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V
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE.
AU— BE.
1
4^, , ■ ^ . jr --^ •^-
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE,
OU
HISTOIRE , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT DISTINGUES PAR LEURS ECRITS , LEURS
ACTIONS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES,
OUTRAGE EJCTIÈEEMEITT WETJF,
RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS.
On doit âe* «égards *«x vivants ; on ne doit , a«x storU,
qae la vérité. ( Vo lt. , première Lettre tur OEdipe. )
TOME TROISIÈME,
A PARIS,
CHEZ xMICHAUD FRÈRES, LIBRAIRES,
KUE DES BOSS-EMFAMTS, M». S.J.
DE L'IMPRIMEiUE DE L. G. MICHAUD.
i8u.
CT
un
•c. 3
9605^2
AVIS DES ÉDITEURS
SUR CETTE SECONDE LIVRAISON.
A peine arrivée à son début , notre entreprise a déjà subi toutes les contrariétés qui,
dans tous les siècles, signalèrenl le berceau des opératious les plus utiles et des dé-
couvertes les plus précieuses. Discussions littéraires et judiciaires 5 accusations et dé-
lations de toute espèce , éloges et encouragements plus nombreux encore , rien n'a
manqué à la célébrité de la Biographie universelle.
Quelque obscurs que soient les ennemis que nous avons eu à combattre, quelques
ridicules qu'aient été leurs moyens d'attaque, ils sont cependant parvenus à exciter
l'attention du public, et nous devons avouer que nous n'avons pas eu moins be-
soin , pour leur résister, de la justice de notre cause, que de l'appui des gens hon-
nêtes et éclairés.
Il s'en faut beaucoup que le triomphe que nous avons obtenu puisse réparer
tout le tort que nous avons éprouvé par les doutes jetés sur nos opérations, et le^.
retards apportés à nos travaux 5 maisloin d'en être découragés , nous allons redoublci'
d'activité j et , marchant désormais sans obstacles, nous devons nous flatter d'aller
à notre but avec plus de rapidité. Convaincus néanmoins des soins qu'exige un
pareil travail, on n'aura jamais à nous accuser de précipitation ni de négligence :
nous aimons mieux faire un ouvrage qui puisse résister au temps et à la critique , que
d'improviser une compilation médiocre et éphémère.
On a fait sur la première livraison quelques observations dont nous ferons notre
profit ; et nous recevrons avec reconnaissance toutes celles que l'on voudra bien noué
adresser encore. Si elles ne nous arrivent pas à temps , elles seront renvoyées au
Supplément et Errata qui se trouveront à la fin de l'ouvrage.
Ceux des sousci-ipteurs qui ont été étonnés de ce que les deux premiers volumes
n'avaient pu contenir la seule lettre A , ne le seront peut-être pas moins de ce quô
le B et le C remplissent aussi chacun plus de deux volumes ; mais il nous suffira de
dire que les trois premières lettres de l'alphabet forment dans tous les dictionnaires
historiques à peu près un tiers de la totalité. Nous pouvons , au reste , assurer que
nous serons toujours fort scrupuleux sur le choix des articles et des détails qui les
composent, et que nous n'en admettrons que de vraiment utiles.
L'objection que Ton avait faite sur le grand nombre d'articles orientaux qui se
trouvent dans les deux premiers volumes, sera sans objet, si l'on veut considérer
que la plupart des noms de l'Orient commencent parla lettre A.
L'orthographe que nous avons adoptée pour ces mêmes noms orientaux a aussi
étonné quelques personnes. Cependant il est sûr qu'elle est aujourd'hui consacrée
dans un grand nombre de bons ouvrages, et que, devenue plus générale, elle
rendra bientôt plus facile la connaissance des langues et de l'histoire orientales.
Enfin, on s'est plaint de l'étendue de quelques articles 5 et ce qui prouve l'injustice
d'une grande partie de ces réclamations , c'est que les mêmes personnes nous accu-
saient d'avoir omis dans ces mêmes aiticles des détails dont nous pourrions aisément
démontrer l'inutilité. Mais nous répondrons à ces objections d'une manière plus
«fficace , en donnant de nouveaux soins à toutes les parties de cet important ouvrage.
III. il
^^A./fV^ ^,%.«/«^V ^-^-V^.^ <
i.«»/*^<»*^^%.«k/W*/%^^k^^*^V^^>/%.*^%^ 'V/*^*»^'* ^/».^;v<%'v-v-».-vi«
SIGNATURES DES AUTEURS
DE LA SECONDE LIVRAISON.
MM.
A.
A— D— R.
A— D.
A G — R.
B— BE.
B— R f.
B— E. f.
B— P.
B— I.
A.B— T.
B~T.
B-Y.
B— -ss.
B—G.
B. N— G.
C. G.
C— AU.
C. et A.
Ch— N.
C— L.
C— R.
C. T— T.
C~S— A.
D— L— E.
D.L.
D — M — T.
D.N-L.
D— G.
D—s.
D—P— s.
D—T.
J.B.E— D.
F— z.
F— E.
G— s.
G—f..
G— D.
G— R.
G— T.
Anonyme.
J-u.
Amar-Durivier.
K.
Artaud.
L-x.
AUGER.
L~s.
Balbe.
L_T— L.
Barbier j*.
L-P-E.
Basante fils.
L-S— E.
Beauchamp.
L. R-E.
Bernardi.
M— B— jv
Beccuot(A. J. Q.).
M— N.
BlOT.
M— D.
BoLLY (Mnie. de).
N-L.
BoiSSONNADE.
P— I.
BourtGOlNG.
P— T.
Brun-Neergard.
c M. P.
Cadet-Gassicourt.
P— E.
Castellan.
r-~x.
Catteau.
g-..R_T
ChAUSSIER etADELOBf.
R— L.
Chéron.
R— ».
ChoiseuL'd'Aillecoukt.
R— T.
Clavier.
S_Y.
Coquebert de Thaizt.
S-s.
Corréa-de-Serra.
s. D. s— Y
Df.L AMBRE.
S. s— I.
Delaulnaye.
s— R.
Demusset-Pathat.
Sx— T.
De Noual-Lahoussaye.
s— D.
Depping.
T— D.
DeSPORTES ( BOSCHERON ).
T— L.
Du-Petit-Thouars.
T—T.
DURDENT.
U—i.
ESMÉNARD.
Y. B— E.
Esméi«ard(J.B.).
T~z.
FÉLETZ.
V-s.
FlivÉE.
V. S— L.
Gallais.
V— T.
GmGUEH^.
v.w.
GlRAUD.
W~s.
Gbosier.
W— R.
GuiIOT.
X-s.
JocRDAur.
MM.
JoHAPfEAU.
Anonyme.
Lacroix.
Langlès.
. LALLY-ToLtENnAL.
LaPorte ( Hippolytfi de).
La Salle.
La REPTAuniÈRE.
• Malte-Brun.
Mersan.
MiCHAUD.
NOEL.
Paroletti.
Peignot.
PiLLET.
P03VCE.
PUJOULX.
. QUATREMÈRE-ROISST.
ROSSEL.
Robin.
Roquefort.
Salaeéry.
SeNONES ( DE ).
. Silvestre-de-Sact.
SiMONDE-SiSMUNDI.
Stapfer.
Stassart (de).
SuARD.
Tabaraud.
Treneuil.
TlSSOT.
CsTiRI.
Yan IIertborn.
Yannoz (M»"e, de).
YlLLERS.
Yiivcekt-Saikt-Laureiït.
VlTET.
Yan Win ( le chevalier de ).
Weiss.
Walkenaer.
Revus par M. SuARD«
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
Au BAI S (Charles de Baschi ,
marquis d' ) , d'une famille illustre ,
originaire d'Italie , qui avait la pre'ten-
tion d'avoir été souveraine , naquit au
château de Bcauvoisin, près de Nîmes,
le 20 mars 1686, et mourut dans ce-
^\i dont il portait le nom, le 5 mars
!']']']> Passionne' pour les lettres, il
leur consacra sa fortune et sa vie. Il
fut des académies de Nîmes et de Mar-
seille. Il a publié : I. avec Léon Mé-
nard ( Foy. ce nom), des Pièces fu-
gitwes pour servir à l'Histoire de
France , avec des notes historiques
et géographiques, l'jSg, 5 vol.in-4''.;
H. seul, une Géographie historique ,
l'jôi , in-8^. Le premier de ces ou-
vrages est un recueil de divers mor-
ceaux qui étaient peu connus, ou to-
talement ignores, généalopes, rela-
tions de voyages , récits de batailles ,
de sièges, de troubles civils , chartes,
titres , etc. Chaque pièce est précédée
d'une notice sur 1 auteur , accompa-
gnée de remarques , et suivie , quand
elle en est susceptible , d'une table
chronologique des événements qui y
sont retracés. Parmi beaucoup de cho -
ses curieuses et utiles , que renferme
cette collection , on en trouve quel-
ques-unes de minutieuses , et qui n'of-
frent aucun intérêt; mais les compila-
teurs à qui on la doit avaient pour sys-
tème que le reproche de mimitie,
en fait d'histoire , n*est que Feffet d*uii
préjugé que les ignorants et les pares-
seux veulent établir , et ils croyaient ,
disaient -ils , rendre un grand service
à la postérité , en travaillant à le dé-
truire. L'un d'eux s'est montré étran-
gement fidèle à ces maximes , dans sa
volumineuse Histoire de Nimes. Les
Pièces fugitives eurent du succès ; la
Géographie historique n*en eut pas :
c'est une misérable compilation sans
méthode et sans exactitude. L'au-
teur s'était cependant procuré les plus
grands secours pour ce genre de tra-
vail, en rassemblant dans son château
une des bibliothèques les plus nom-
breuses et les mieux choisies , qu'un
particulier opulent puisse former.
V. S— L.
AUBAN (marquis DE St.),
mort le 5 septembre 1 785 , lieutenant-
général des armées du roi , après qua-
rante-six ans de service , avait fait dix-
sept campagnes, et s'était trouvé à
trente-huit sièges ou batailles. Parti-
san des anciennes ordonnances de l'ar-
tillerie française, il a donné : I. Consi"
dératioîis sur la réforme des armes
jugée au conseil de guerre , ^77^)
in-8 '. ; II. Supplément aux considé^
rations , etc. , in - 8''.; III. Mémoire
sur les nouveaux systèmes d'Artil-
lerie , 1775 , iu-S*". -y V. une traduc-
lion du Traité des armes a feu ,
a AUB
d'Anloni, publiée par le marquis de
Fraguier, beau-iils de Saiut-Auban ( ^.
Antoni ). A. B — T.
AUBENTON. Voy. Daubentow.
AUBERT, AUDBERT, AUTBERT
•u HAUBERT (S.). Cenom s'est écritet
prononcé de ces différentes manières ;
il paraît êu-e aussi le même que celui
d'Albert , puisque la place Maubert est
nommée ainsi parce qu'Albert le
Grand, ou maître Aubert y donnait
&ts leçons. Ce nom a été très-commun
dans toutes les parties du royaume,
dès les premiers temps de la monar-
chie. Deux évêques qui l'ont porté
ont mérité , par leurs vertus , d'être
mis au rang des saints. Le plus ancien
fut évêque de Cambrai et d'Arras , en
Tan 655. Ces deux sièges étaient réu-
nis à cette époque. Il fiit honoré de la
confiance de Dagobert , et mourut en
C6S. Il fonda plusieurs abbayes , entre
autres celle de St.-Ghilain à Cambrai,
et celle de St.-Vaast à Arras. Après sa
mort , on en consacra deux autres sous
son invocation , dans ces deux villes ;
son corps int déposé dans celle de
Cambrai , et celle d'Arras devint une
des principales paroisses de celte ville.
Sa fête a été placée au 16 décembre,
anniversaire de sa mort. Mabillon a
publié sa vie , dans le tome II , A et.
Benedict, — Le second S. Aubert oc-
cupa le siège d'Avranches , au com-
mencement du 8'. siècle, et il en fut le
dixième évêque; il s'est rendu célèbre
par la fondation du mont St.-Michel,
Suivant l'usage de ces temps, on a ré-
pandu beaucoup de merveilleux sur les
motifs qui l'y déterminèrent. On a dit
entre autres choses, qu'un esprit céleste
apparut pour lui ordonner de cons-
truire un temple , eu son nom , sur la
pointe d'un rocher , situé au milieu de
ia mer, et qui se nommait alors le
Mont de la Tombe. Le saint, jugeant la
chose impossible, uc put se résoudre à
AUB
l'entreprendre : ce ne fut qu'à la troi'
sième apparition , que , convaincu de 1*
puissance de l'archange , par une puni-
tion que celui-ci lui infligea, il se mit en-
fin en devoir d'obéir, et, que surmon-
tant toutes les difficuhés , il parvint à
bâtir un oratoire dans le lieu indiqué,
qui devint bientôt célèbre, sous le nom
de St.'Michel , en péril de la mer.
S. Aubert y établit d'abord des chanoi-
nes; mais ceux-ci s' étant relâchés, on les
remplaça , en g-yô , par des bénédic-
tins , qui y sont restés jusqu'à la révo-
lution. On a raconté des détails encore
plus merveilleux sur cet événement ;
mais on doit remarquer qu'ils sont
exactement les mêmes que ceux qu'on
a attribués à la fondation de St.-Michel .
du mont Gargan , maintenant mont
St.-Ange , faite plus d'un siècle avai>t
celle-ci. Celte confo imité suffit pour les
faire reléguer parmi les fraudes pieuses
que l'ignorance inventait alors. Il est
probable que S. Aubert , animé de l'es-
prit sage qui avait dirigé les premiers
apôtres, chercha à sanctifier des usages
superstitieux, restes du paganisme ou
du druïdisme , en leur donnant ui.c
direction plus pure ; et il suivit , pour
y parvenir, une coutume assez géné-
ralement établie dans toute la cbrélien-
té , celle de consacrer à S. Michel les
lieux élevés qui, sous le paganisme,
l'avaient presque tous été à Mercure.
Ce nouveau St. - Michel devint en
peu de temps l'objet d'un pèlerinage
trcs-accrédilé. Le corps de S. Aubert
y fut déposé après sa mort; mais il fut
oublié pendant plus de 3oo ans.
Ayant été alors découvert par une ré-
vélation , cette rehque renouvela la
ferveur des pèlerins, parmi lesquels on
a compté les personnages les plus il-
lustres : Louis XI fut de ce nombre ,
et ce fut ce qui le détermina à établir
l'ordre de St. - Michel , en 1469. La
fête dç S. Aubert a c le fixée au 26 juin
AUB
anniversaire de la découverte de son
corps.
D— P—s.
AUBERT DE PUICIBOT, trou-
badour , qu'on a aussi nomme le Moi-
ne de Puicihot , était fils d'un châ-
telain de ce lieu, dans le Limousin,
fut placé très-jeune dans un couvent
de bénédictins , et ne paraît pas avoir
eu une véritable vocation pour cet
état. Après avoir en vain cherché,
dans la poésie , une ressource contre
la gène et l'ennui du cloître , il quitta
son monastère, et se rendit auprès
de Savary de Mauléon , qui lui donna
les moyens de paraître avec quel-
que avantage dans plusieurs cours ,
ou il célébra la beauté, dans quelques
chansons pleines de jeux de mots, et
d'un style négligé et diffus. Long-
temps volage , comme tous les trouba-
dours, il parut enfin se fixer; mais sa
maîtresse ne voulait épouser qu'un
chevalier. Mauléon leva cette difficulté,
en armant Aubert chevalier , et assura
sa fortune. Heureux époux, Aubert de
Puicibot compta trop sur la fidélité de
sa femme ; et, tandis qu'il alla chercher
des aventures en Espagne , l'épouse
s'anmsa à courir le pays avec un An-
glais , qui l'abandonna bientôt. Aubert,
aussi peu délicat que sa femme sur le
choix de ses plaisirs , était loin , ce-
pendant , de soupçonner le vil métier
qu'elle avait embrassé. En revenant
d'Espagne, il se laissa entraîner dans
une de ces maisons où le vice ne sait
plus même emprunter l'apparence de la
pudeur : ce fut là qu'il revit sa femme.
Sa confusion fit place à la colère. On
a publié qu'il avait voulu la jeter dans
un précipice fameux en Provence;
mais il paraît qu'il se borna à la forcer
à se faire religieuse, et que, dégoûté
du monde, il vendit ses biens, et se fit
lîioine dans le monastère de Pignan ,
où il mourut, en 1265. P — x.
AUBEUT (Guillaume), sieur de
AUB 5
Massoignes, né à Poitiers, vers 1 554*
avocat au parlement de Paris, et en-
suite avocat - général à la cour des
aides, avait acquis, par l'exercice de
sa profession, plus de réputation que
de fortune. Suivant Lacroix du Maine ^^
il passait pour l'un des hommes les
plus savants et les plus éloquents de
son temps, ce qui ne l'empêcha pas
de vivre dans la misère ; il se vit
même obligé , à l'âge de près de
soixante ans , de se justifier de ce qu'é-
tant avocat-général , il continuait à plai-
der au parlement pour les particuliers,
et d'en donner , pour raison , les tris-
tes circonstances où il se trouvait. On
ne peut indiquer au juste l'époque de
sa mort, arrivée vers l'an iSgô. Il
a traduit de l'espagnol, le douzième
Ywve <X Amadis de Gaule; il se pro-
posait d'écrire l'histoire des guerres
faites pour la conquête de la Terre*
Sainte , et il en fit même imprimer le
premier livre, en iSSg. Il avait éga-
lement entrepris de continuer l'Histoire
de France, depuis l'époque des croi-
sades ; mais ces projets n'eurent point
de suite. On a, de Guillaume Aubert,
1. un Discours sur les moyens d" en-
tretenir la paix entre les princes
chrétiens f Paris, iSSg, in-4".; tra-
duit en latin , par Martin Helsing, Pa-
ris , 1 56o , in-4''. ; IL une Elégie sur
la mortdeJoachimduBellaj, 1 56o,
in-4".; m. des Vers à M. de V Hô-
pital, sur sa nomination à la place
de chancelier, i56o, et d'autres sur
la mort du comte de Brissac , 1 569 ,
in-S".; IV. un Hymne sur la venue
du roiHenrillIj in-8*. ; V.iin recueil
de vers et de prose ( 1 585) in-B". , qu'il
intitula les Retranchements, parce
qu'il avait pris sur les heures de ses oc-
cupations, pour le composer. Scevole de
* Ste.-Marthe a traduit en vers latins , la
plupart des pièces dp poésies de Gui ! lau-
me Aubert, YL Histoire des Guerres
4 AUB
faites par les Chrétiens contre les
Turksy soiis la conduite de Gode/roi
de Bouillon , Paris , i SSg, in-4°. , de
^4 feuillets. Ce n'est qu'un essai, en-
li-epris par l'auteur , pour prouver qu'il
était capable d'exécuter un ouvrage de
longue haleine. VII. les Occasions,
iSgS, in-S". de 64 pages. Ce sont
quatre discours politiques, auxquels il
a donné des titres bizarres : les Re-
mu£urSy\es Chenaux, \e Bien public,
les Fents. Aucun de ces ouvrages ne
justifie la réputation dont a joui leur
auteur. VIII. Quelques opuscules sur
lesquels on peut consulter la Biblioth.
du Poitou de Dreux du Radier , et les
Mémoires de Niceron. W — s.
AUBERT (Pierre), né à Lyon le
g février 1642, composa, à l'âge de
seize ans , un petit roman sous le titre
de Voyage de Vile d^ Amour ^ qui lui
fit concevoir l'idée d'un autre, dont le
sujet fut le Retour de Vile d* Amour.
Pendant qu'il était à Paris, son père
jBt imprimer cet ouvrage , contre les
intentions de son auteur. Revenu dans
sa patrie, Aubert embrassa la profes-
sion d'avocat, fut échevin en 1700,
et remplit diverses places de judica-
ture, jusqu'à sa mort, arrivée le 19
février 1755. Il s'était formé une bi-
bliothèque nombreuse , qu'il légua à la
ville de Lyon, pour être rendue publi-
que. On a encore de lui : I. un Recueil
de Factums de différents avocats ,
Lyon, 17 10, 1 vol. in-4''.; II. une
nouvelle édition du Dictionnaire de
Richelet, Lyon, 1 728, 5 vol. in-fol.,
édition que les dernières ont fait ou-
blier ; III. quelques Dissertations dans
les Mémoires et Journaux du temps.
Elles n'ont pas été recueillies.
A.B-T.
AUBERT. La médecine s'honore
de plusieurs médecins de ce nom ,
dont la réputation, néanmoins, fut
toujours renfermée dans de petites lo-
ATJB
calites.— i**. Aubert ( François ), mé-
decin du roi à Marseille , né à Ollioules ^
le 21 juillet iGg^, mort en 1782,
qui, plein de philantropie, légua son
bien pour fonder un hôpital, et une
place de médecin des pauvres. — 2".
AuDERT (François), né à Dormans , pe-
tite ville de Champagne , le 28 septem-
bre 1695, fut long -temps à la tète
des hôpitaux de Châlons-sur-Marne.
On a de lui : I. un Discours sur les
maladies des bestiaux^ IL Consul'
tations médicinales sur la maladie
noire, 1745, in-4°.; HL Réponse
aux écrits de M. JVavier, touchant
le péritoine y 1751, in -4". — 5"*.
Aubert ( Jacques ) , docteur en phi-
losophie et en médecine , du i&,
siècle, né à Vendôme , et mort à Lau-
sanne, en i586. Ses ouvrages sont:
I. Libellas de peste ^ Laus., 1571,
in-S". } IL un ouvrage sur les tempé-
raments, des Natures et Complexions
des hommes, etc., Laus., 157 1, in-S".,
Paris, 1572, in-i 6; Ht. deux ouvra-
ges contre la chimie. De métallo^
mm ortu et causis , brevis et diluci-
da explicatio , Lugd., i575, in-8".;
Duce apologeticœ responsiones ad
Josephum Qiiercetanum , Lugd. ,
1576, in-8".; IV. Progrmnasmata
in Joannis FemeUi librum de ah^
diiis rerum naluralium causis , Ba-
sileae, 1579, in-8".; V. Instituliones
pkysicce instar commentariorum in
libros physicœ Aristotelisy Lugd.,
i584, in-S".; VI. Semeiotice, sive
ratio dignoscendarum sedium maie
ajfectarum et affectuum prœter na-
turam , Laus. , 1 687 , in-8 '. , Lugd. ,
1596, in-8**. Ce dernier ne parut
qu'après la mort de l'auteur. C. et A.
AUBERT-DUBAYEÏ, néàlaLoui-
siane , le 19 août 1759, tait en
1780 , sous -lieutenant au régiment
de Bourbonnais, et, après a\^ir com-
battu eu Amérique, revint eu France
AUB
au comramencement de la reVolution.
On voit par une brochure qu'il publia
en 1789, contre les juifs, qu'il n'en
adopta pas d'abord les principes j
mais il changea bientôt d'opinion ,
et fut nomme', en 1791 , député
au corps législatif. Après la session, il
1 entra dans la carrière militaire, et,
en 1 795, défendit Mayence. Après un
siège opiniâtre , il rendit cette place au
roi de Prusse , et en conduisit la gar-
nison contre les Vendéens. Ce corps
de troupes contribua puissamment à
contenir Finsurrectioii. Battu, néan-
moins , à Clisson , Aubert-Dubayet fut
l'objet de quelques dénonciations , dont
il finit par triompher. Commandant en
1 7 96 , l'armée des côtes de Cherbourg,
il fut appelé par le gouvernement di-
rectorial, au ministère de la guerre,
qu'il ne garda que trois mois , et de-
vint ambassadeur à Con stantinople , où
il mourut, le 17 décembre 1797. K.
AUBERTIN (Edme), savant mi-
nistre de Féglise réformée de Charen-
ton , né à Châlons-sur-Mame, en i SgS,
mort à Paris, en i65'2, publia, en
jÔ'àô : Conformité de la créance de
V Eglise et de S. Augustin , sur V Eu-
charistie, in-8°«, qu'il reproduisit en
i653, sous cet autre titre : X Eucha-
ristie de l'ancienne Eglise, in-fol.
Comme il y employait des termes in-
jurieux contre les cardinaux Bellarmin
et du Perron , et qu'il y prenait la qua-
lité de ministre de l'Eglise réformée ,
sans y ajouter l'épithète de prétendue,
ainsi que l'exigeaient les ordonnances,
il y eut un arrêt du conseil, contre
l'auteur et contre l'ouvrage; mais l'af-
faire n'eut aucune suite. Le succès de
ce livre , dans la communion d'Auber-
tin, l'engagea à le traduire en latin.
Cette traduction ne parut que deux
ans après sa mort, par les soins de
Blondel; Deveuter, i654, in-fol. Auber-
ùu y déploie toutes les ressources de
AUB 5
son émdition , et toutes les subtilités
de sa Ipgique contre le dogme de la
présence réelle. Ses objections avaient
été prévenues par les cardinaux Bel-
larmin et Duperron. Elles furent de-
puis réfutées par Arnauld et Nicole,
dans la Perpétuité de la Foi. A^tks
sa mort, les catholiques répandirent
que ce ministre avait été tourmenté,
dans ses derniers moments, par de
violents scrupules sur l'orthodoxie de
son parti, et qu'il l'aurait abjuré, sans
les larmes de sa femme et les empor-
tements de son fils. Les calvinistes
prétendirent de leur coté, que M, Olier,
curé de St.-Sulpice, se présenta chez
hii avec le bailli de St.- Germain, es-
corté d'un grand nombre de gens du
peuple, pour l'intimider. On peut voir,
sur ce fait, les observations de l'abbé
Joly, sur l'article Aubertin, du Dic-
tionnaire de Bayle. T — d.
AUBERY (Claude), médecin fran-
çais du 16". siècle, qui, ayant em-
brassé la réforme, se retira à Lausanne,
oii il devint professeur de philosophie.
Il y publia des Apodictœ orationes ,
sur VEpître aux Romains^ qui paru-
rent trop conformes aux principes des
catholiques. Bèzc les fit condamner an
synode de Berne. Aubery, mécontent
de cette condamnation, revint faire
son abjuration à Dijon , où il mourut
en 1 5(yC). Ses ouvrages annoncent une
grande érudition : L Posterioiiim no-
tionum explicatio , Lausanne, 1 576,
in-8°.; IL De interpretatione ^ '^77,
in-S**.; III. Instrumentum doctrina--
rum omnium j i584j Jii-4°.; \N.De
terrœ moîu, i585, in -8°.; V. De
animœ immortalitate, in -8".; VI.
De resurrectione mortuorum ; VIL
De caritale ; VUL De coneordid
mediconnn. Il avait fait des Commen-
taires sur Hippocrate et sur Aristote,
qui n'ont point paru. T — d.
AUBERY (Antoine), naquit à
6 AUB
Paris , le 1 8 mai 1 6 1 6. Écrivain labo-
rieux , il se levait tous les jours à cinq
hciues, et travaillait toute la mati-
née ; il travaillait encore l'après-midi
jusqu'à six heures, qu'il allait chez
^îM. Dupuy, (le Thou, ou de Vile-
vauit , converser avec les savants qui
s'y assemblaient. Pour se délasser de
ses études, il Usait quelques pages des
Remarques de Vaugelas. Il ne faisait
presqu'aucune visite, et en recevait
encore moins. Outre les langues sa-
vantes , le latin et le grec , il savait
l'itahen, l'espagnol et l'anglais, et était
en état de liie les livres écrits en ces
trois langues. Quoique reçu avocat au
conseil, en avril 1 65 1 , il n'en a guère
foit les fonctions. Ainsi , l'histoire de
ses ouvrages fait proprement l'his-
toire de sa vie. Il mourut, le 29 jan-
vier 1695, des suites d'une chute.
Voici la liste de ses ouvrages : I. His-
ioire générale des cardinaux (depuis
le pontificat de Léon IX), i6.|'2-49,
5 vol. in-4°.; II. De la prééminence
de nos rois , et de leur préséance sur
l'empereur et le roi d'Espagne ,
1649, in-4"-; III. Histoire du car-
dinal de Joyeuse, i654, in-4".; IV.
Histoire du cardinal de Richelieu ,
1G60, in -fol.; 1666, 2 vol. in-12.
« Quoique cette histoire soit faite
» sur de bons mémoires, dit Lenglet ,
« elle est cependant peu estimée
» Aubcry a voulu faire du cardinal
» un trop honnête homme , et ne l'a
« pas fait assez politique. » Gui-Patin,
dans sa 1 56*". lettre, adressée à Spon,
n'en parle pas plus favorablement, et
dit qu'Aubery avait fait cet ouvrage
])Oui la duchesse d'Aiguillon, nièce du
rardiiial de Richelieu , qui lui en avait
fourni les matériaux. V. Mémoires
pour l'histoire du cardinal de Hi-
chelieu , depuis Van i G ! 6 , jusqu'à
lu fin de iG4'A, 2 vol. iu-fol. , iGGo,
e\ 5 Yol. in-12 , 1GC7. Celte dernière
ÂUB
e'ditionest préférable. Le libraire An-
toine Bertier, qui imprima la première
édition , représenta à la reine-mère
(Anne d'Aulriche), avant d'entrepren-
dre l'impression , qu'il n'osait la pu-
blier sans une autorité et une protec-
tion particuUère de S. M., craignant
que quelques personnes , rentrées en
grâce à la cour , ne vissent pas avec
plaisir rappeler leur conduite passée,
« Allez, répondit la reine, travaillez
» sans crainte, et faites tant de honte
» au vice , qu'il ne reste que la vertu
» en France.» VI. Des justes préten-
tions du roi sur l'Empire, Paris,
1G67, in-4''. et ( Amstcrd.), suivant
la copie de Paris , in- 1 2 . Aubery répèle
dans ce livre beaucoup de choses qu'il
avaitdéjàavancéesdans son Traité sur
la prééminence» Cet ouvrage donna
de l'ombrage à tous les princes d'Al-
lemagne. Le conseil , pour les apaiser,
fit conduire l'auteur à la Bastille, où il
fut bien traité , visité par les person-
nes les plus distinguées du royaume ,
et mis bientôt en liberté. Ce Traité
donna naisnanceà plusieurs ouvrages,
que des éaivains allemands publiè-
rent pour le réfuter. VII. Delà di-
gnité de cardinal^ 1^7^, in-i'i;
VIIL De la régale, 1678 , in-40. ;
IX. Histoire du cardinal Mazarin ,
depuis sa naissance jusqu'à sa mortj
tirée y pour la plus grande partie,
des registres du parlement de Paris,
1G95, 2 vol.; 1 75 1, 4 vol. in- 12.
Cette Vie, qui commence en 1602 et
finit en 1G6 1 , est fardée et peu exacte ;
cependant on y trouve des détails qu'on
chercherait vainement ailleurs. C'est
dans lechapitre II du livre VIII de cette
Vie, qu'Aubery avance « que le testa-
ment politique du cardinal de Riche-
lieu est supposé, » ce qui a fait dire
à Voltaire , qu'Aubery fut le premier
qui fit connaître la fourbe de son au-
teur. — AuBEûY , son frère, chanoine
AUB
de St.-Jacqiies , puis du St.-Sepukre^
enfin de la Ste.-Chapelle , et confesseur
du président Laraoignon , figure dans
le Lutrin de Boileau , où il est désigné
par ces vers du 4*« chant :
Alain , ce savant homm* ,
Qui de Banni vingt fois a lu toute la Somme ^
Qui possède Abéli, qui sait tout Raconis ,
El même entend , dit-on, le latin d'A-Kempi».
A. B— T.
AUBERY , AUBRY ( Jean ) AL-
BÉRICUS , natif du Bourbonnais ,
médecin du duc de Monttpensier , vi-
vait au commencement du 17^. siècle.
On a de lui: I. VJpologie de la mé-
decine , en latin , Paris , 1 608 , in-S". ;
II. un Traité des bains de Bourhon-
Lancy et de Bourbon - VArcham-
bault, Paris, i6o4 , in-S**.; III. Y An-
tidote de l* Amour, iSqq, in- 12,
réimprimés, àDelft, en 1 663, in- 12.
D'après la manière dont l'auteur envi-
sage son sujet, il ne paraît pas être
du sentiment d'Ovide , qui regarde
l'amour comme rebelle aux secours de
la médecine :
NuUis amor ett medicabilis herbu. (Ovide. )
— Un autre Aubry (Jean-François ),
médecin, intendant des eaux minérales
de Luxeuil , sa patrie , a publié un
excellent ouvrage, sous le titre d' Ora-
cles de Cos , Paris, 1 776 , in-8°. , et
Paris, 1781 , in-8''. , avec une Intro-
duction à la thérapeutique de Cos.
Ce médecin est mort à Luxeuil, en
1795. Cet A.
ÀUBESPTNE ( Claude de l' ) ,
baron de Châteauneuf , d'une famille
originaire de Bourgogne , fut le pre-
mier qui porta le titre de secrétaire-
d'état, au lieu de celui de secrétaire des
finances,etle transmit à ses successeurs.
Il servit son pays avec autant de zèle
que d'intelligence, sous François I*"". ,
Henri II , François II et Charles IX.
Le premier de ces princes le nomma ,
en 1545, un des commissaires char-
gés d'aller négocier la paix de Hardelot,
AUB 7
avecles Anglais, et le second l'envoya,
en 1 555 , aux conférences de la Marck.
L'Aubespine fut encore un des pléni-
potentiaires de France au traité de Ca-
teau-Carabresis, et il se trouva aux états
de Paris, en iSSg, à l'assemblée de
Fontainebleau, en 1 56o ; enfin, il n'y
eut pas une opération diplomatique ,
de sou temps, dans laquelle il ne fût
appelé ; et il s'y acquit la réputation
d'un des plus habiles négociateurs de
l'Europe. Chargé par la cour de traiter
avec le prince de Condé et les autres
chefs des huguenots, il ne put réussir
à les ramener. La morgue qu'ils lui
témoignèrent, jointe à la vive douleur
qu'il ressentait du triste état de la
France, déchirée par les factions, lui
causa une maladie, qui le conduisit
au tombeau, le ti novembre 1567.
Catherine de Médicis , qui ne faisait
rien d'important sans avoir son avis,
alla le consulter au chevet de son ht,
le jour de la bataille de St. -Denis. Il
lui proposa des mesures utiles pour
le bien de l'état , et mourut le lende-
main. T— D.
AUBESPINE (Gabriel de l'),
évêque d'Orléans , né le 26 janvier
1579 , d'une famille originaire de
Beaune , qui avait fourni à l'état plu-
sieurs habiles négociateurs, e'iait fils
de Guillaume de l'Aubespine , baron
de Châteauneuf , conseiller d'état, et
ambassadeur en Angleterre. Après la
mort de Jean de l'Aubespine , son pa-
rent , évêque d'Orléans , il fut désigné
pour lui succéder, n'ayant encore que
vingt ans, et fut sacré à Rome, eu
1604, par Clément VIII. L'apanage
de sa famille était d'être employé dans
les négociations. Il s'acquitta avec suc-
cès de celles qui lui furent confiées , ce
qui ne l'empêchait pas de se livrer au
gouvernement de son diocèse
édifia par ses vertus
l'antiquité ecclésiastique, pour laquelle
, qu'il
ni à l'étude de
8 AUB
3 avait un attrait particulier. II donna,
en 1623 , un traite: De veteribus ec-
clesiœ ritibus , in-4*'« ; et ensuite un
autre de Y Ancienne police de l'Église,
sur l'administration de l'Eucharis-
tie; des Notes sur les Canons de plu-
sieurs conciles, insérées dans la collec-
tion de Labbe , sur Tertullien et sur
Optât de Mile ,fe, que les derniers e'di-
teurs de ces anciens écrivains ont pla-
cées au bas des pages. Tous ces ouvra-
ges respirent une érudition choisie,
une grande conn.iissance de Tanliqui-
té , et plus de critique qu'on n'en
avait communément alors. Ils répan-
dent beaucoup de lumières sur l'ad-
ministratiç n des sacrements de la Pé-
nitence et de l'Eucharistie, dans les
premiers siècles de l'Église , matière
obscure, qui avait besoin d'être éclair-
cie par un homme aussi habile. Ses
observations ne sont pas toujours
justes , mais elles sont ingénieuses et
savantes. Il donnait un peu trop aux
conjectures, et concluait trop facile-
ment de quelques passages particu-
liers , de quelques pratiques observées
dans certaines églises, à un usage uni-
versel. Il se fondait quelquefois sur
des ouvrages supposés , tels que ceux
qu'on attribuait à S. Denis l'Aréopa-
gite , sur les constitutions apostoli-
ques , qu'il croyait plus anciennes
qu'elles ne le sont ; du reste il écrivait
bien en latin et en français. L' Aubes -
pine, obligé, par le rang de son siège,
de se trouver à l'assemblée des évê-
ques de la province de Sens , en 1 6 1 2 ,
n'y signa qu'à regret la condamnation
du fameux livre de Richer. La mort
surprit ce savant prélat, à Grenoble,
le 1 5 août i65o, dans un voyage qu'il
a\ait fait pour cuuiplinicnter Louis
XI JI, 8ur le rétablissement de sa wntc.
T— D.
AUBESPINE (Charles de l' ),
marquis de GiâttauucuJ' , frère du
AtlB
précédent , abbé de Préaux , naquit à
Paris, en i58o. Il s'acquit beaucoup
de réputation dans ses ambassades ,
fut fait , en i65o , gouverneur de
Touraine et garde des sceaux. Pen-
dant les deux années que dura son
ministère, il se déshonora par la con-
duite qu'il tint dans le procès des ma-
réchaux de Marillac et de Montmo-
rency. Au lieu de se récuser , en sa
qualité d'ecclésiastique, il obtint un
bref de Rome qui l'autorisait à pré-
sider les commissions où ces deux il-
lustres personnages furent condam-
nés. Le premier i'avaif récusé, attendu
qu'ayant profité de la dépouille de son
frère , il avait intérêt à le trouver cou-
pable , et à servir la passion de ceux
qui l'avaient élevé. Il fut cependant
un des juges qui opinèrent à la mort.
Quant au dernier , Châteauneuf ayant
été page du connétable de Montmo-
rency, on trouvait étrange qu'il osât
présider au jugement du fils, après
avoir été au service du père. Il était
juste que celui qui avait été le vil ias-
trnment des vengeances de Richelieu ,
en devînt la victime dès qu'il voudrait
cesser d'en être l'esclave. Les sceaux
lui furent otés en i655, et il resta en-
fermé au château d'Angoulême jusqu'a-
près la mort de Louis XIII. La cause
de cette disgrâce a toujours été un
mystère. Richelieu, dans son testa-
ment , lui reproche un mauvais pro^
cédé. On suppose que ce mauvais pro-
cédé consistait dans des intrigues avec
la duchesse de Chevreuse et le cheva-
lier de Jars, pour supplanter le cardi-
nal. Louis XIII , dans sa déclaration
pour la régence , avait expressément
iccommandé de tenir Châteauneuf
toujours éloigné; cequi n'empêcha pas
Anne d'Autriche de le rappeler aussi-
tôt après la mort du monarque , pour
l'exiler encore au bout de dciix ans ,
comuie un des chefs du [ nrti des im-
AUB
portants. Châteanneuf, ne pouvant
vivre sans intriguer j se jeta dans le
parti (le la fronde. La régente lui
rendit les sceaux en i65o. Il devint
alors l'homme de la cour. Anne d'Au-
triche le sacrifia ensuite au ressenti-
ment du prince de Gondé, qui ne pou-
vait lui pardonner le jugement du duc
de Montmorency. Rappelé de nouveau
au conseil par une autre intrigue, il
fut encore obligé de céder à la hau-
teiu" de Mazarin dont il avait ambi-
tionné la place. Enfin , le vieux cour-
tisan mourut en lô^'S ^ chargé d^ an-
nées et d'intrigues , dit M™^ de
Molteville. Châteauneuf avait hérite'
des talents de sa famille pour les né-
gociations et pour les affaires minis-
térielles ; mais son goût pour l'intrigue
remplit sa vie d'agitations : ses galan-
teries déshonorèrent son état, et son
orgueil fit dire qu'il avait plutôt les
manières d'un grand- vizyi', que celles
d'un ministre de la cour de France. —
Madeleine de I'Aubespine , tante des
deux précédents , épouse de Nicolas
de Neufville , secrétaire d*état , avait
fait , par son esprit et sa beauté , l'or-
nement de la cour , sous Gharlas IX,
Henri III et Henri IV. Les poètes du
temps, et entre autres Ronsard, célé-
})rèrent ses charmes et ses talents.
Elle avait même composé quelques
pièces de vers et de prose. On lui at-
tribue une traduction des Épîtres
d'Ovide. Sa statue en marbre blanc
est au Musée des monuments fran-
çais. T — D.
AUBETEURE ( David Bouchard,
vicomte d' ) , né à Genève , d'une fa-
mille illustre qui s'y était retirée après
avoir embrassé la religion protes-
tante , revint dans sa patrie , où il
avait obtenu la restitution de ses biens
qui avaient été donnés au maréchal
de St.-Andrc, fit profession de la re-
ligion catholique;, et fut nommé gou-
AUB 9
verneur du Périgord , par Henri IV.
Inquiété dans son gouvernement par
Montpezat , un des généraux de la
ligue, il l'attaqua en iSgS, le défit,
et se montra généreux en renvoyant
les prisonniers; il fit le siège, la même
année , de la petite place de l'Isle , en
Périgord , et y fut tué d'un coup de
mousquet. B — p.
AUBIGNAG ( François HEDE-
LIN, plus connu sous le nom d'abbé
d' ) , naquit à Paris , le 4 août i6o4 ,
de Claude Iledelin , avocat au parle-
ment, et de Catherine Paré, fille du
célèbre chirurgien Ambroise Paré.
Après avoir achevé ses études, il
exerça la profession d'avocat à Ne-
mours , où son père avait acheté la
charge de Ueutenant-général. II aban-
donna bientôt le barreau pour l'état
ecclésiastique , et devint prof sscur du
duc de Fronsac, neveu du cardinal de
Richelieu. Peu de temps après , Fran-
çois Hedelin fut pourvu de l'abbaye
d'Aubignac ( dont le nom lui est resté),
puis de celle de Mainac. L'eUve , de-
venu majeur, fit à son précepteur une
pension de 4,000 liv. , pour laquelle
d'Aubignac eut un procès à soutenir
après la mort du duc , en 1 646. Cette
mort fut , pour l'abbé d'Aubignac , un
coup de foudre qui lui fit perdre les
pensées de la fortune et des plaisirs
de la vie. Il continua cependant à s'oc-
cuper de littérature. Sur la fin de ses
jours , il se retira à Nemours , où il
est mort le ^5 juillet 1676. D'Aubi-
gnac fut en liaison ou en querelle avec
tous les beaux esprits de son temps.
Il s'était brouillé avec Ménage et avec
P.Corneille, et, départ et d'autre, on
publia des épigrammes et àcs bro-
chures. Les épigrarames n'ont pas été
recueiUics; les brochures subsistent
encore. Celle que l'abbé d'Aubignac
fit imprimer contre Ménage, est infi-
lulc'e : Térence justifié , ou deux Dis-
To AUB
sertations sur la troisième comédie
de Térence , intitulée : Heautouti-
moruraenos , contre les erreurs de
M. Gilles Ménage , avocat au par-
lement , Paris, iG50, in-4*'. Elle
contient la brochure publiée seize
ans auparavant , sous le titre de Té-
rence justifié , à l'occasion d'une con-
versation, entre Menîige et d'Aubignac.
Ce dernier, qui avait donne quel-
ques conseils à P. Corneille , le van-
tait partout y et en fit l'éloge dans sa
Pratique du Théâtre. Irrite de voir
que , .dans l'examen de ses tragé-
dies , P. Corneille ne faisait nulle
mention de lui , d'Aubignac se dé-
chaîna contre ce grand homrae,el,
saisissant toutes les occasions de l'atta-
quer, il Gt imprimer deux Disserta-
tions concernant le poème drama-
tique , en forme de remarques sur
les deux tragédies de Corneille ,
intitulées : Sophonishe et Sertorius,
Paris, i665, in- 12. Corneille, alar-
mé, s'en plaignit hautement, et voulut
faire arrêter l'impression; n'ayant pu
en venir à bout, il engagea un de ses
amis à publier les Défenses de la
Sophonisbe et du Sertorius. L'abbé
d'Aubignac y répliqua par ses Troi-
sième et quatrième Dissertations
concernant la tragédie de M. Cor-
neille , intitulée : Œdipe , et Ré-
ponse à ses calomnies , 1 665 . in- 1 '2.
Quoique l'abbé d'Aubignac réponde
directement à Corneille, il ne faut
pas croire que celui-ci fut l'auteur de
ses Défenses. Outre les ouvrages dont
nous venons de parler , on en doit
beaucoup d'autres à l'abbé d'Aubignac;
les principaux sont : I. Traité de la
nature des Satyres , Brutes , Mons-
ireset Démons, iG'in,in-8 .,ffuc quel-
ques-uns ait ribuent à un autre François
lIcdelin.IL La Pratique du Théâtre^
a 65 7, ou 1 6(jç), in-4°. Les exemplaires
6QU5 CCS deux date« S(Hit de la même
AUB
édition ; réimp. en 1 7 1 5, à Amsterdam,
2 vol. in-8°. Cette édition contient le
Discours de Gilles Ménage sur
V/Ieautontimorumenos, et le Térence
justifié. D'Aubignac travailla jusqu'à !a
fin de sa vie à reloucher la Pratique
du Théâtre, et y ajouta un chapitre
entier sur les discours de piété dans
les tragédies. On le trouve dans les
Mémoires de littérature du père Des-
molets, tome VI, page 210. L'auteur
avait retranché de son livre tous les
endroits où il parle de Corneille. « La
» Pratique du Théâtre, dïl La Harpe,
» est un lourd et ennuyeux commen-
» taire d'Aristote, fait par un pédant
» sans esprit et sans jugement, qui
M entend mal ce qu'il a lu , et qui croit
» connaître le théâtre, parce qu'il sait
)) le grec.» III. Zénobie j tragédie en
prose, i647,in-4°- Cette pièce est la
seule que 1 auteur donna au théâtre.
Les auteurs qu'il avait repris dans sa
Pratique du Théâtre furent ravis de
trouver cette occasion de le critiquer.
Ils lui reprochèrent que les règles qu'il
avait données lui étaient infructueuse?;
et, comme il se vantait d'être le seul
qui eût suivi les règles d'Aristote , le
prince de Condé dit un jour « qu'if
» savait bon gré à l'abbé d'Aubignac
» d'avoir si bien suivi les règles d'A-
» ristote; mais qu'il ne pardonnait pas
» aux règles d'Aristote d'avoir fait
» faire une si mauvaise tragédie à l'ab-
» bé d'Aubignac. » IV. Macarise, ou
la Peine des îles Fortunées , 1 6O4 ,
2 vol. in-8". C'est sur cet ouvrage que
Richelct , qui l'avait d'abord loué et
qui ensuite se brouilla avec d'Aubi-
gnac, fit ces quatre vers qu'il lui en-
voya :
Hédelin , c'eit à tort que tu te plaiai èe moi ,
[N'ai-JB pa« loue Ion ouvrage ?
Pouvait-je faire plut pour toi
Que de tendre un faux témoignage ?
V. Ilisloire du temps, ou Relation
du rojanmc de Coquetterie y iu-12 ,
AUB
1654, i655, i65g. Cette dernière
édition est augmentée d'unfe lettre
d'Ariste à Cléonte, contenant l'apolo-
gie de ^Histoire du temps. VI. Essais
d'éloquence : il n'y a qu'un tome d'im-
primé; VII. Discours au roi, sur
rétablissement d'une seconde Aca-
démie dans sa ville de Paris , 1 664 ■>
in-4". L'abbed'Aubignac, qui rassem-
blait chez lui un certain nombre de
beaux esprits , demandait le titre d'a-
cadémie royale pour cette société. Mal-
gré la protection du dauphin , ce Dis-
cours ne produisit aucun elFet. Aucun
des ouvrages de l'abbé d'Aubignac
n'est' lu aujourd'hui, malgré ce juge-
ment de Chapelain : « C'est un esprit
» tout de feu , qui se jette à tout , et
» qui se tire de tout, sinon à la per-
» fection ^ au moins en sorte qu'il y
» a plus lieu de le louer que de le
» blâmer. Il prêche , il traite de la
» poétique, il fait des romans pro-
» fanes et allégoriques. On a vu des
» comédies de lui et quelques sonnets
» assez approuvés. Il a pour tout cela
» une grande érudition , et son style
» n'est pas des pires. » Dans les Mé-
moires de Sallengre oi\ trouve un
article très -curieux sur la vie et les
ouvrages d'Aubignac. A. !> — t.
AUBIGNÉ ( Théodore - Agrippa
d' ) , né à St.-Maury , près de Pons ,
en Saintonge , le 8 février i55o,
d'une famille très-ancienne. Sa mère
mourut en le mettant au jour , et il
nous apprend lui-même que c'est la
raison qui le fit nommer Agrippa :
Quasi œgre partus. Son père lui
donna des maîtres fort habiles , et ne
négligea rien pour son éducation. Le
jeune d'Aubigné répondit si bien à
leurs soins , qu'à l'âge de six ans , il
lisait déjà le latin , ie grec et l'hébreu ,
et qu'à sept ans et demi, il traduisit en
français le Cj'iton de Platon , sur la
promesse de son père de faire impri-
ÂUS lî
mer cet ouvrage , et d'y joindre sou
portrait. Il n'avait que huit ans et de-
mi, lorsque, passant à Amboise avec
son père , celui-ci ayant reconnu sur
un échafaud les restes de ses malheu-
reux compagnons , dit à son fils :
« Mon enfant , il ne faut point épar-
» gner ta tête après la mienne pour
» venger ces chefs pleins d'honneur;
» si tu t'y épargnes , tu auras ma ma-
)) lédiclion. » Ce peu de mots , et la
manière dont ils furent prononcés ,
firent une grande impression sur
d'Aubigné , naturellement plein de
courage , et, dès-lors , il attendit avec
impatience le moment de se signaler,
A i3 ans , il se trouva au siège d'Or-
léans , où il se fît remarquer par un
sang-froid peu commun dans les en-
fants de cet âge. Ayant perdu son
père , dont les affaires étaient fort
dérangées , on lui conseilla de renon-
cer à sa succession , et on l'envoya à
Genève , oii il étudia quelque temps
sous le célèbre l5èze , qui le prit en
affection ; mais dégoûté des études , il
s'enfuit secrètement à Lyon ; et à
quelque temps de là , il s'enrôla dans
les troupes qui , sous le commande-
ment du prince de Condé , désolaient ,
par zèle de religion , les provinces
méridionales de France. Il s'acquit
quelque réputation dans cette guerre,
et, peu de temps après, il entra au ser-
vice du roi de Navarre. D'Aubigné se
fît remarquer à la cour par la vivacité
de son esprit et par son adresse à tous
les exercices du corps. Il se fit aimer
du roi , et sut en même temps se conci-
lier les bonnes grâces des Guises et
des autres grands seigneurs, qui le
recherchaient à cause de sa gaîté et de
sa facilité à inventer de nouveaux di-
vertissements. Ce fut à cette époque
qu'il composa une tragédie de Circe\
La reine-mère n'en voulut pas per-
mettre la représentation , à raison de
12 AU 15
!.i dépense qi/clle devait occasionner ;
mais cette pièce fut joucc dans la suite
pendant les fêtes qui curent lieu à
l'occasion du mariage du duc de Joyeu-
se. Il s*était établi entre d'Aubigné et
le jeune roi de Navarre, une amitié
qui ne se démentit jamais par la suite.
Dans les guerres que Henri IV fut
obligé d'entreprendre pour reconqué-
rir son royaume, d'Aubigné lui rendit
les plus grands ser\'ices, bravant tous
les dangers , cherchant les postes les
plus périlleux , et exposant sa vie
pour sauver celle de son maître. Il ne
lui fut pas moins utile par son talent
pour les négociations. Cependant , ce
prince ne récompensa pas d'Aubigné
comme il le méritait. Celui-ci , qui
croyait avoir Conservé le droit de dire
la vérité au roi, se plaignit hautement
de son ingratitude ; Henri entendit ses
plaintes , et ne lit rien pour sa fortune.
Sa ftancbise trop rude , la vanité qu'il
tirait de ses ser\ices , et son refus
jd'aider le roi dans ses amours , dé-
plurentà ce prince; d'Aubigné le sen-
tit , et se retira de la cour ; il y revint
quelque temps après , mais il ne tarda
pas à être exilé une seconde fois , sur
la demande de la reinc-mcre , à qui
d'Aubigné n'épargnait pas les épigram-
mes. Lassé des intrigues de la cour, et
peut-être aussi déterminé par le mau-
vais état de ses affaires , il se retira
dans son gouvernement de Maillezais j
mais , tant que vécut Henri I V , il se
montra, dans toutes les occasions , su-
jet fidèle et zélé ; aussi , chaque fois
qu'il se présenta devant ce prince, il
en fut toujours bien accueilli , quoi-
qu'on n'épargnât aucune manœuvre
pour le perdre dans son esprit. Lors
même qu'on croyait Henri IV le plus
irrité contre d'Aubigué , les ministres
ayant pensé qu'il convenait de choisir
lia lieu plus sîir que Chinon peur y
tenir en prison le cardinal de Bour-
AUB
bon, reconnu roi de France par la
ligue,, Henri IV décida qu'on le trans-
férerait à Maillezais , sous la garde de
d'Aubigné; et , sur ce que Duplessis
Mornay alléguait contre cet avis les
sujets de plainte qu'avait ce nouveau
gardien , le roi répHqua « que la
» parole qu'on tirerait de lui était un
» remède suffisant à l'encontre. »
Aprè's la mort de son maître , d'Au-
bigné passa plusieurs années dans la
retraite la plus entière ; il employa
ses loisirs à composer l'histoire de son
temps , ouvrage écrit avec beaucoup
de franchise et de hardiesse. Les deux
premiers volumes furent imprimés
avec privilège ; mais le troisième
n'ayant pas été approuvé, à raison des
c'îioses trop libres qu'il contenait,
d'Aubigné ne laissa pas de le faire
imprimer. Cette hardiesse lui réussit
mal ; car aussitôt que ce volume parut ,
il fut condamné à être brûlé avec les
deux premiers, par arrêt du parle-
ment de Paris , en date du 4 janvier
1 620. D'Aubigné, poijr éviter les per-
sécutions dont il était menacé , se ré-
fugia à Genève. Son éloignement et la
privation de ses biens n'avaient point
encore apaisé ses ennemis ; ils le pour-
suivirent, sous prétexte , qu'au mépris
des lois , il avait employé , à la répa-
ration des bastions de la ville de Ge-
nève, les matériaux d'une église rui-
née dès 1572 , et obtinrent un arrêt
qui le condamnait à avoir la tête tran-
chée. C'était le quatrième arrêt de
mort rendu contre lui, pour de sem-
blables crimes , « lesquels , dit-il ,
» m'ont fait honneur et plaisir. » Dans
ce même temps, on parlait de lui faire
épouser , à Genève , une veuve de
l'ancienne maison des Bnrlamaqui ,
aimée et considérée pour sa vertu , son
illustre extraction et svs biens, qui
étaient considérables. D'Aubigné , pour
l'éprouver , lui aononça , le premier ,
AUB
Varrêt rendu contre lui j mais cette
nouvelle ne changea rien à la résolu-
tion de cette femme courageuse, et
leur mariage se conclut vers 1622. Il
mourut à Genève , le 29 avril i63o,
âgé de quatre-vingts ans, et fut enterre'
dans le cloître de l'église St.-Pierre. Il
avait composé lui-même son épitaphe.
U eût été facile de grossir cet article
d'anecdotes sur d'Aubigné; mais outre
qu'elles se trouvent dans tous les re-
cueils , nous pensons qu'un Diction-
naire historique ne doit pas être com-
posé sur le plan d'un Ana. Nous rap-
porterons cependant ici un trait fort
connu de d'Aubigné , par la raison
qu'il a été défiguré par ceux qui
l'ont cité. Une nuit qu'il était couché
dans la garde-robe de son maître ,
avec le sieur de la Force , il lui dit ,
à plusieurs reprises : a Notre mai-
» tre est un ladre vert , et le plus
» ingrat mortel qu'il y ait sur la face
» de la terre, » La Force, qui som-
meillait, lui demanda ce qu'il disait ;
le roi , qui avait entendu d'Aubigné ,
répéta le propos , de quoi d'Aubigné
resta un peu confus j mais son maître
ne lui eu fit pas pour cela plus mau-
vais visage le lendemain ; aussi ne lui
en donna-t-il pas un quart d'écu da-
vantage. Voilà le trait tel que d'Aubi-
gné le rapporte lui-même. Il avoue
qu'il fut confus en entendant le roi,
et on conviendra qu'il avait lieu de
l'être 5 mais il ne dit pas qu'il répon-
dit: a Sire, dormez ; nous en avons
» bien d'autres à dire. » Ce mot eût
e'té le comble de l'audace. D'Aubigné
avait épousé , en premières noces, le
6 juin i583, Suzanne de Lczay. U
eut plusieurs enfants de ce mariage ,
entre autres Constant , père de la
célèbre dame de Maintcnon, Voici le
catalogue de ses ouvrages : I. Fers
funèbres sur la mort d'Etienne Jo-
délie i Paris, 1574, iu-4''. } H. les
AUB i3
Tragiques donnés au public par le
larcin de Prométhée , au Désert,
1616, in-4°. ; sans date , in-8°. ;
Genève, la Rovière, iQï5, in-B'^.Cet
ouvrage est très-curieux : quoiqu'il ait
eu plusieurs éditions , il n'en est pas
moins rare ; mais c'est à tort que
quelques bibliographes ont dit qu'il
avait été brûlé. III. Les Aventures du
baron de Fœncste, divisées en quatre
parties ; la première édition com-
plète est imprimée au Désert, (Maillé),
j65o, in~8^. ^ Cologne, 1729-1 731;
Amsterdam, 1701 , 1 vol. in-S". ,
roman satirique fort piquant; IV. Coih'
fession catholique du sieur de San-
cf ; c'est une satire contre ce seigneur,
l'un des favoris de Henri IV ; elle a
e'té imprimée plusieurs fois dans les
Recueils de pièces du temps ; V. His-
toire universelle ^ depuis Van i55o
jusqu'à Van 1601 , IMailIé ( St-Jean-
d'Angely ) , Jean Moussât , 1616,
1618 et 1620, 5 vol. in-fol. ; Ams-
terdam ( Genève ) ; les héritiers de
Hiérom. Commelin, 1626, iu-fol. : 1a
première édition est la plus rare j mais
la seconde est la plus complète et la
meilleure ; cependant, comme la pre-
mière contient des traits satiriques qui
ne se trouvent pais dans la nouvelle
édition, on peut les réunir; VI. Let-
très du sieur d'Aubigné sur quelques
histoires de France, et sur la sienne.
Maillé, 1620 , in-8°. ; VII. Libre
Discours sur l'état présent des égli-
ses réformées en France , 1625,
in-8^; VIII. Petites Œuvres mêlées
du sieur d'Aubigné, en prose et en
vers, Genève , Pierre Aubert, i65o,
in-8''., rare ; IX. Histoire secrète de
Théod, Agripp. d'Aubigné , écrite
par lui-même, impr. plusieurs fois
avec les Aventures du baron de Fœ-
neste. On peut consulter cet ouvrage,
où l'on trouve bien des particularités
curieuses et interessaptes» On lira aus-
ri AUB
si avec plaisir l'article à'Aubig,né
daus le Diclioimaiie de Prosper Mar-
chand.. W— s.
AUBIGNÉ (Nathan d'), appelé
en latin Albineus, dit la Fosse, fils
du précèdent, exerça la médecine à
Genève, où il obtint la bourgeoisie
en 1627. Il a publié Bihlioiheca
chemica , contracta, ex delectu et
emendatione Nathanis Albinei ,
Genève , i654 , in-B". ; 1670 , in-8°.,
recueil de divers Traités , ainsi que le
titre l'indique : on y trouve enlr'aulres
le Novum lumen chemicum , de Mi-
chel Scndivogius , polonais ; et ÏAr-
canum philosophiœ hermeticœ , de
d'Espagnet.— AuBiGNÉ ( Tite d' ), ûls ,
et non pas frère de Nathan , né à
Genève en i654, docteur eu méde-
cine en 1660, puis ingénieur ordinaire
au service de Hollande, a publié la Dé-
fense droite , qui est la fortification
défensive establie sur les principes
fixes et nouveaux de M, de Cœhom ,
Breda, 1705 , in-8°. A. B — t.
AUBIN. Voy. Saint-Aubin.
AUBLET (Jean Baptiste Curis-
TOPEE Fuse'e), botaniste français, né à
Salon en Provence, le 4 nov. 1720,
s'échappa de la maison paternelle , et
alla à Montpellier pour s'y livrer à
l'étude de la botanique; il passa en-
suite dans les colonies espagnoles
d'Amérique, où il exerça la profes-
sion de pharmacien. De retour dans
sa patrie, il fut envoyé à l'Islc- de-
France , en 1 752 , pour y établir une
pharmacie et un jardin de botanique.
Il y séjourna neuf ans. 11 eut des al-
tercations avec le célèbixî Poivre , et
ou lui reproche i'avoir contrarié les
projets de cet administrateur pour la
«aturalisalion des aibres à épiceries
daus cette colonie, jusque-là qu'on
l'accusa d'avoir fait passer à l'eau
bouillante les graines qu'on lui avait
conflues ; afin de dciruirc leur faculté
AUB
germinal ive; ce qui est hors de toute
vraisemblance. 11 examina les plantes
del'Isle, mais superficiellement, et re-
vint en Europe. Il fut envoyé, en 1 762,
à la Guiane, où il rassembla un her-
bier considérable. Ce pays , n'ayant
pas été parcouru par les botanistes ,
offrait une moisson aussi riche que
nouvelle ; car Préfontaine , Barrère
et M*^«. Mérian, l'avaient à peine ef-
fleuré. Aublet dit , dans sa relation ,
qu'il pénétra fort avant dans les con-
trées désertes ; d'autres assurent
qu'étant retenu par une maladie,
fruit de ses de'bauches , il dut sa col-
lection à des nègres qu'il envoyait
parcourir les forêts. De là il passa,
en 1764, à nie de St.-Dommgue,
sur l'établissement que le comte d'Es-
taing avait formé au môle St.-Nicolas,
et il revint à Paris l'année suivante.
Bernard de Jussieu le détermina à
arranger les matériaux qu'il avait ap-
portés de ses voyages , et il en résulta
un ouvrage remarquable , qui parut
en 1775, sous le titre de Plantes de
la Guiane , 4 vol. in - 4". , dont
deux de planches, au nombre de
592. Sur environ 800 plantes qui y
sont décriles, près de la moitié sont
nouvelles. Les figures sont gravées
presque au simple trait; elles sont cor-
rectes, mais, n'ayant été dessinées quç
sur des échantillons desséchés , elles
manquent de détails sur la fructifica-
tion. Les plantes y sont rangées sui-
vant la méthode de Linné. M. de Jus-
sieu a donné un nouvel intérêt à cet
ouvrage , en rapportant le plus grand
nombre des genres qu'il contient à
ses familles naturelles, dans son Ge--
nera Plantarum, publié en 1789;
mais il n'a pu faire ce travail que
d'après les figures incomplètes et les
descriptions données par Aublét; car
son herbier, quiauraitélé si utile pour
la vérification dos caractères, avait été
AUB
vendu , pour une somine modique , au
célèbre M. Bancks. Aublct avait con-
servé à ses genres les noms que les
indigènes donnent à chaque espèce.
Cependant M. de Jussieu les a presque
tous adoptés , en supprimant , dans
quelques uns , la répétition trop dure
des syllabes qui ont le même son. Les
botanistes étrangers , Schreber entre
autres , se conformant aux lois établies
par Linné, les ont changés , soit en
tirant les uns du grec, soit en consa-
crant les autres à la mémoire de quel-
ques botanistes , plus ou moins célè-
bres , mais qui n'avaient peut-être ja-
mais vu ces plantes , même sèches.
Il est douteux que la science ait ga-
gné à ces changements , d'autant plus
que ces nouveaux noms sont souvent
plus choquants pour l'oreille que ceux
qu'ils remplacent. Aublet publia dans
le même ouvrage une liste très-peu
nombreuse des plantes qu'il avait
observées à risle-de- France, et il ne
les fit connaître que par la simple ci-
tation des noms et des figures don-
nés par Rhéede et Rumphius, aux-
quels il les rapporte j mais il y en a
plusieurs qui n'y ont jamais existé. Il
cite aussi des plantes de la Guiane,
qu'il prétend avoir trouvées à l'Isle-
de-France; mais cela est très -dou-
teux. Il y .a ajouté des mémoires cu-
rieux , et qui ont de l'utilité, sijr
l'emploi et la culture de diverses plan-
tes. Beaucoup plus occupé des plai-
sirs que l'on trouve facilement dans
les colonies , que de l'étude de la bo-
tanique, Aublet se vantait d'avoir
laissé plus de 3oo enfants dans les
pays qu'il avait parcourus. Il est
mort à Paris, le 6 mai 17 78. L'abbé
Rozier ( Journal de Physique^
tom. V\ ) lui avait dédié un genre j
mais, par une faute d'orthographe,
il le nomma Ohletia) Linné l'a réu-
ni depuis aux Feryeines, en cuur
AUB i5
servant le nom pour désigner l'es-
pèce sur laquelle on l'avait formé
{Ferhena Aubletia.) Gaertner lui
en a ensuite consacré un j mais il
n'a pas été généralement adopté,
parce qu'il avait été donné précé-
demment au voyageur Sonnerat. En-
fin M. Richard, de l'Institut, qui a
habité l'île de Cayenne et la Guiane ,
et de qui on attend une Flore com-
plète de ces contrées, a donnéle nom
d^Auhletia à l'un de ses nouveaux
genres. D — P — s.
AUBREY ( Jean ) , en latin Albe-
riciis, antiquaire anglais , né en i625
ou 1 G26 à Easton - Piers , dans le
comté de Wilt, fut un des premiers
membres de la société royale de
Londres. C'était un homme égale-
ment versé dans l'histoire naturelle ,
la littérature et les antiquités ; d'ail-
leurs crédule et superstitieux , comme
on peut en juger par quelques-uns
de ses ouvrages. 11 a écrit : I. la
Fie de Thomas Hohhes de Malmes-
hurjr, restée manuscrite, mais où le
docteur Blackbourne a puisé de bons
matériaux pour la Fie de Hohbes ;
II. Mélanges sur les sujets sui-
vants : Fatalité de jours , fatalité
locale , prodiges, présages , songes ,
apparitions, etc., 1(396, et i-^/si
avec des additions ; 11 1. Fojage
dans le comté de Surrey , com-
mencé en i6y3, Jini en 1692, 5
vol. in-8°., 1719J IV. Histoire na-
turelle de la partie septentrionale
du comté de fFilt ( incompl te et
restée inédite); V. Idée d'éduca-
tion universelle; VI. des Lettres
sur la physique et autres sujets in-
téressants , publiées dans différents
recueils ; VII. quelques Notices
inédites sur des auteurs anglais,
et autres manuscrits. Jean Aubrey a
eu part à l'ouvrage intitulé : Monas-
ticon anglicanum , et il a fourni a
iG
AUB
M. Wood des matériaux curieux pour
$011 histoire de l'université d'Oxford,
li est mort vers l'année 1700, dans
«n état voisin de l'indigence. X — s.
AUBRIET (Claude), peintre de
plantes, de fleurs, de papillons, d'oi-
seaux et de poissons , soit à la gouache ,
soit en miniature , naquit à Châlons-
su r- Marne , en i65i , et mourut à
Paris, en 1743. Ses talents et la célé-
brité qu'il avait acquise, le firent nom-
mer dessinateur du Jardin du roi; et
ce fut en cette qualité qu'il accompagna
Tournefort dans le Levant. A son re-
tour, il remplaça Jean Joubert, peintre
du roi, au Jardin royal , et y continua
la magnifique collection de dessins de
plantes sur vélin , que Nicolas Robert
«vait commencée à Blois, par ordre de
Gaston, duc d'Orléans j frère de Louis
XlIL Louis XI V ayant he'rilede cette
collection , la fit continuer et déposer
à la bibliothèque du roi. Depuis la re'-
volution, on l'a transportée au muséum
d'histoire naturelle, où on l'augmente
annuellement de douze dessins. Elle
est maintenant composée de 66 vol.
in-fol. Aubriet, successeur de Joubert,
lui est de beaucoup supérieur, mais est
reste' au dessous de Robert. M^^^ Bas-
srporte qui remplaça Aubriet son maî-
tre , lui fiit inférieure. Mais le succes-
seur de cette dernière , en 1 780 ,
a donné à ce genre de dessin toute
la perfection dont il paraît suscep-
tible. C'est d'après les dessins d'Au-
brict qu'ont été gravées les planches
des Eléments de botanique de Tour-
nefort, qui servirent ensuite dans la
version latine de cet ouvrage, ou les
Institutiones rei herhariœ , avec le
Corollaire. C'est à lui qu'on doit aussi
les figures du Voyage de cet auteur ,
dans le Levant ; il en avait rapporté
les dessins originaux , faits sur les
lieux. Après son retour, il fut employé
parSeb. Vaillant à dessiner les plantes
AUB
qui composent le Botanicon Pari-
siense , Loyde , 17*7 , in-fol. Ou
voit au cabinet des dessins et es-
tampes de la bibliothèque impériale
de Paris , 5 vol. in-fol. , de ses dessins ,
qui renferment: 1. un superbe Recueil
de coquillages et de poissons. , grand
in-fol. oblong; IL Deux Suites de
papillons , d'oiseaux et de poissons.
Plusieurs autres suites de dessins sont
dans les cabinets de quelques ama-
teurs. Dirigé par Tournefort , Au-
briet devint un habile botaniste j
aussi ne négligea-t-il aucun détail,
et il fit entrer dans ses dessins les
plus petites parties , surtout celles
des fleurs , et il en exprima toujours
le nombre , la forme et les proportions
relatives , avec beaucoup d'exactitude ,
quoiqu'on n'y fît pas beaucoup d'at-
tention alors. Tournefort lui-même
n'en fit pas toujours mention dans ses
descriptions. 11 ne faut pas croire pour
cela que celui-ci ne les eût pas remar-
quées. C'est un reproche très -gratuit
que lui fait Linné , qui va même jus-
qu'à faire entendre qu'Aubriet était
plus habile botaniste que Tournefort.
Tout porte à croire que le peintre
n'exprimait que ce qui lui était in-
diqué par le naturaliste. D — P — s.
AUBRIOT ( HuGUEs% prévôt de
Paris , sous Charles V , né à Dijon , de
parents obscurs , fut d'abord inten-
dant des finances. Charles V le char-
gea de diriger la nouvelle enceinte de
Paris, et les fortifications tiécessaires
à sa sûreté, entre autres, du château
de la BasuUe, pour lui servir de bou-
levart contre les Anglais. Les murs
de la porte St.-Anloiiie , le long de la
Seine, pour retenir la rivière dans ses
débordements , le Pont-au-Change, le
Pont -St. - Michel , le Petit - Châtelet ,
pour réprimer les excès des étudiants
de l'université , sont l'ouvrage d'Au-
briou C'est lui qui, le premier, imagina
AUB
ou canaux souterrains
idict'f
I-es ëgoùts ,
pour l'écoulement des immonaices.
Victime de son zèle à maintenir l'ordre
jtublic, il s'attira l'animosilede l'uni-
versilë, qui était alors trcs-puissante,
f t , ayant voulu faire arrêter quelques
pcoliers insolents, les partisans de la
maison d'Orléans , ennemie de celle
de Bourgogne, à laquelle il devait son
élévation , se joignirent à ses persécu-
teurs. On lui fit son procès, comme cou-
jiable du crime d'hérésie. Il fut cou-
damné, renfermé à la Bastille, puis
transféré, quelques mois après, dans
les prisons de révêclié , que l'on nom-
mait Oubliettes. En i58i ,lesMaillo-
tins brisèrent sa prison, pour le mettrjL'
à leur tête. Aubriot , victime d'une
faction , n'était pas lait pour conduire
des factieux ; il s'arracha, le soir même,
de leui^ mains, et se réfugia dans sa
patrie , où il mourut l'année suivante.
— Jean Aubriot, évêque deChâlons-
sur-Saone , en 1 546 , président de la
chambre des comptes de Dijon , et
conseiller d'Odion IV, duc de Bour-
gogne, auquel il rendit de grands ser-
vices , était de la même famille. T — d.
AUBRY, médecin. I^oy. Aubery.
AUBRY ( Jacques- Charles ) , ju-
risconsulte, nésurlafindu i-j'. siècle,
fut reçu au parlement, en 170--. Ses
plaidoyers sont estimés , et l'on doit
regretter que ses consultations et ses
mémoires imprimés n'aient pas été
réunis. Le plus remarquable est contre
le comte d'A^énois pour les ducs et
pairs. Sa logique était serrée , et il sa-
vait surtout fort bien manier l'arme de
l'ironie. Il mourut , le 11 octobre
1709, âgé de cinquante -un ans. Il
laissa deux fils et une fille; et son fils
aîné, qui embrassa la profession de
son père , s'y distingua comme lui.
M—x.
AUBRY (Jean-Baptiste), né en
1 706 à Deyviller , près d'Épinal , dàs
iir.
A U 17
l'àgc de 1 6 ans se destina h l'état ecclé-
siastique. Les jésuites, chez qui il avait
été élevé, voulaient, le faire entrer dans
leur société. Aubry choisit l'ordre de
St.-Benoît, et entra à Moycn-Moutier,
monastère de la congrégation de St.-
Vannes. Tout son temps était consa-
cré à l'étude et à la lecture , et il avait
la méthode de faire, des ouvrages qu'il
lisait , des extraits , qui lui furent très-
utiles dans la suite; aussi disait-il:
« Ge'^n'cst guère qu'avec des livres
» qu'on fait des livres.» A la mort de
Rémi Cellier , à qui l'on doit Y Histoire
des auteurs sacrés et ecclésiastiques^
Aubry fut , avec un de ses confrères ,
chargé de la continuation de cet ou-
vrage. Les deux collaborateurs eurent
bientôt composé un volume, qu'on
soumit à plusieurs savants de la con-
grégation de St.-Maur , qui en firent
de grands éloges; mais l'imprimeur en
ayant offert un prix trop modique , ce
travail n'a pas vu le jour, et il est à
croire que cet ouvrage restera toujours
imparfait. La suppression des ordres
monastiques en France mit Aubry
dans un état voisin de la misère. Ses
ouvrages ne furent pas une source de
fortune. Il n'a rien écrit de neuf, de
bien saillant , rien qui porte l'em-
preinte d'un génie original , ni même
d'un esprit brillant; mais on remar-
que dans tons ses écrits la pureté du
style et de la morale. Aiibry est mort
à Commercy, le 4 octobre 'i8og. On
a de lui ; I. U Ami philosophe et pc-
litlque , ouvrage où Von trouve l'es-^
sence , les espèces , les principes , les
signes caractéristiques , les avanta-
f^es et les devoirs de V amitié , 1776,
in-8". « Votre ouvrage , écrivait d'A-
» lembert à l'auteur, est le livre d'uu
» philosophe vertueux et citoyen. » U.
Théorie de l'ame des hétes, 1780,
nouvelle édition , 1 790 ; III. Ques-
tions philosophiques sur la religion
v8
AUB
naturelle, '785, iii-8^. Toutes les
objections dis philosophes sont ras-
sembltfes dans ce \ohirae, et sont re'-
i'utées séparément. Riballicr le cen-
seur, l'abbé Bcrgier, d'Alerabert et
Lalandc ont fait l'éloge de cet ouvrage.
L'abbé Guinot, auteur des Leçons phi-
losophiques y en fit cependant la cri-
tique; et, pour sa défense, Aubry pu-
blia ses Lettres critiques sur plusieurs
questions de la métaphysique mo-
derne ; IV. Leçons métaphysiques à
un milord incrédule sur Vexistence
et la nature de Dieu, 1790; V.
Questions aux philosophes du jour,
sur Vame et la matière, 1791 ; YI.
Y Anti-Condillac , on Harangue aux
idéologues modernes, 1801 j VIL
Nouvelle Théorie des êtres, 1804.
Le Journal des Débats ayant maltraité
cet ouvrage, l'auteur publia son Au-
bade, ou Lettres apologétiques et
critiques à MM. Geoffroy et Mon-
gin. VIII. Le nouveau Mentor, 1807,
ouvrage contenant des notions courtes
€t claires sur les sciences , les belles-
lettres et les beaux-arts. A. B — t.
AUBUSSON ( Pierre d'), grand-
maître de l'ordre de St. -Jean de Jéru-
salem, naquit en i4'i3 ; il descendait,
par son père , des anciens vicomtes de
la Marche , et , par sa mère , il était allié
aux rois d'Angleterre. Presque au sortir
de Tenfance , il porta les armes dans
la Hongrie , alors déplorable théâtre
des ravages des Othonïansj et, à peine
âgé de vingt ans , il mérita , par sa pru-
dence et sou intrépidité , d'être dis-
tingué de Sigismond de Luxembourg,
alors empereur d'Allemagne , sous les
drapeaux duquel il était venu se ran-
ger. Des apparences de guerre entre
î'Anglelerre et la France le rappelè-
rent dans sa patrie. Au milieu du tu-
multe des r^mps et dans les intervalles
de repos, ii s'était livré à l'étude de
iii géographie , de i'histoiix et des ma-
AUB
thématiques. Son esprit était aussi
formé que son jugement , et sa ré-
putation répondait à sa naissance et
à son instruction , lorsque son cou-
sin Jean d'Aubussou , chambellan du
roi Charles VII, le présenta à la cour.
11 ne tarda pas à gagner ks bonnes
grâces du dauphin, qoi régna depuis
sous le nom de Louis XL D'Aubussou
l'accompagna au siège de Montereau,
en 1 447 y et , s'il ne put pas empêcher
le scandale d'un fils révolté contie son
père , du moins la sagesse de ses con-
seils disposa le jeune prince à un
prompt retour. D'Aubussou suivit le
dauphin dans son expédition contre
les Suisses, en i444 > à l'attaque de
Baie , et au combat de Saint- Jacques.
Un assez long repos succéda k ces
guerres d'une importance secondaire.
D'Aubussou , indigné de l'oisiveté, et
animé par les nobles exemj)lcs de Hu-^
niade et de Scunlerby, dont il partageait
la haine contre l'ennemi du nom chré-
tien , conçut l'idée de se rendre à
Rhodes , et d'entrer dans l'illustre et
religieuse milice dont la vocation était
de poursuivre et de combattre sans
relâche les musulmans. Il obtint bien-
tôt , par sa conduite , une comman-
dcrie , et le grand-maître de Milly
l'envoya ambassadeur en France pour
obtenir des secours contre les infi-
dèles. Il négocia si habilement et avec
^ant de succès, que Charles Vil , eu
refusant d'entrer publiquement dans
la ligue contre les Othomans, permit
qu'on levât des décimes sur tout le
clergé pour subvenir aux frais de la
guerre, et fit donner a d'Aubusson
1 6,000 écus d'or. Le succès de sa né-
gociation ne fit qu'ajouter à la hauic
idée de ses talents, et à la bienveil-
lance de l'ordre. Né Français , il sou-
tenait avec fermeté les prérogatives de
sa nation . et son noble caractère se
développa dans les conseils de Rho-
AUB
des , comme dans les cours de la dire-
tienlé.DesUrsins, successeur de Mil-
ly , ay.iut crée une nouvelle dignité de
baiiii capitulaire, pour les clievaliers
de la langue d'Auvergne , le com-
mandeur d'Aubusson en fut revêtu le
premier, et , bientôt après , le grand-
prieure d'Auvergne lui fut défère. La
surintendance des fortifications de
nie lui fut confiée; son esprit actif
et son génie supérieur sufîisaient à
tout : il était Tame et le bras du con-
seil de la religion. Les vœux des
chevaliers et même du peuple l'appe-
laient à la grande maîtrise , lorsque
la mort de Des Ursins , en 1 476 , le fit
proclamer unanimement. D'Aubusson
ne pouvait être élu dans des circons-
tances plus glorieuses , ni plus difii-
ciles. Le conquérant de Consîanlino-
ple , Mahomet U, menaçait l'ile de
Rhodes avec toute sa puissance. Le
nouveau grand-maître fît tête à cet
orage. Le port de Rhodes fut fermé,
par ses ordres , avec une grosse chaîne j
de nouveaux forts , de nouveaux ou-
.vrages- furent construits , et tous les
préparatifs d'une défense vigoureuse
furent achevés avant l'apparition des
Othomans. Ce fut en 1 480 que leur
flotte parut devant l'île , forte de cent
soixante vaisseaux de haut bord ,
portant 100,000 hommes de dc'bar-
quement, commandés par le pacha
Paléologue, renégat de la race des
derniers empereurs grecs, et qui s'é-
tait vendu au conquérant. Après un
siège de deux mois, le grand -maître
vit les Othomans découragés de la ré-
sistance, effrayés de leurs pertes, hu-
miliés de leurs affronts , se rembar-
querhonteusement. D'Aubusson , qui,
depuis le premier assaut , n'avait pas
quitté les remparts et s'était toujours
montré le premier aux postes les plus
périlleux, rentra dans son palais , cou-
Vert de son propre sang et de celui
AtJB 19
des ennemis. Il remercia Dieu de ses
succès, et bâtit, en actions de grâces,
la magnifique église de Ste.-Marie de
la Victoire. La mort de Mahomet H
empêcha les suites terribles de sa co-
lère et de sa honte ; il préparait ,
contre Pvhodes , un second armement
encore plus formidable , lorsqu'il
mourût, en i/j8i. Sa mort laissa le
trône à Bajazet lï ; mais Jem , ou Zi-
ziice, son frère puîné, le lui disputait.
Ce prince, vaincu, proscrit, pour-
suivi , demanda un asyle au généreux
d'Aubusson. Le grand-maître l'accorda
par humanité et par politique , et de-
vint l'hote et le protecteur d'un prince
du sang des suîthans. Forcé, au bout
de quelques mois, d'éloigner cet infor-
tuné , que la haine de son frère cher-
chait à attcind rc par le fer ou par le poi-
son , le grand-maître accorda la géné-
rosité avec l'intérêt et la tranfpiillité
de l'ordre dont il était chef, en fai-
sant passer Zizime en France , sous
la garde du chevalier de Blanchefort,
et en le faisant garder dans la coraman-
derie de Bourgneuf, en Auvergne. Le
pape Linocent V'ill exigea que le
prince othoman fût remis entre ses
mains : le grand-maître n'osa pas déso-
béir au souverain pontife , dont il dé-
pendait immédiatement. Zizime pass.i
à Rome, et d'x\ubusson , pour prix de
sa soumission , fut revêtu delà pour-
pre, en 1 489. Cependant , les princes
chrétiens , et Charles YIII à leur tête,
préparaient une croisade contre les
Othomans. D'x4.ubusson , indigné de la
mauvaise foi de Bajazet, avait accepte
l'honneur de la commander. La mort
violente et imprévue de Zizime , dont
on accusa le pape Alexandre VI , les
jalousies des puissances alliées , dissi-
pèrent cette grande entreprise. D'Au-
busson , pénétré de douîeur do voir
son nom et son honneur compromis
par la perfidie dont son illustre pro-
2..
^•o À U B
tege avait été la victime ; do voir un
si vaste arraoïiicnt n'aboulir qu'à de
vaines menaces , tomba dans une mé-
lo ncoiie profonde qui le fil descendre
au tombeau , le i 5 juillet i5o5, à l'âge de
quatre-vingts ans. Pendant tréntc-un
ans qu'avait dure' sou sage et brillant
magistère , il ne cessa pas d'être chéri
et respecté de ses chevaliers : unissant
«ne piété solide à une valeur éprou-
vée , la fermeté à la douceur , l'écono-
mie à la bienfaisance, il fut le plus
illustre grand-maître que l'ordre eût
encore vu à sa tête. Ou a , sous le nom
de Pierre d'Aubusson , un récit en
latin du siège de Rhodes , sous ce titre :
De ser^atd urhe prœsidioque siio,
et insiajii contra Turcas victoridy
ad Fridericum III iiiiperatoreni re-
latio ; il se trouve dans le recueil De
Scriptorihus Germaniœ , Francfort,
1602, in-folio. Le père Bouhours
( V. ce mot ) , a écrit la Fie du grand-
Kiaître d'Aubusson. S — y.
AUBUSSON (François d'), duc
<îe la Feuillade. Foj. La Feuillade.
AUBUSSON ( Jean d') , troubadour
du i5^ siècle, a laissé une pièce assez
singuhère, dans laquelle, en se faisant
expliquer un rêve, il fait allusion à
-)*expédition de Frédéric II , empereur
d'Allemagne, contre la ligue de Lom-
bardie , dont il explique les résultats.
Cette allégorie diaioguée peut servir à
juger quelle étendue les jurisconsultes
d'alors , d'après lesquels il y a lieu de
croire qu'Aubusson raisonne , vou-
laient donner à la domination des em-
pereurs d'Allemagne. Millot a rap-
porté cette piè( e dans son Histoire
littéraire des Troubadours. P — x.
AUBUSSON (Jeand') de la
1VUI80N-^EUFVE. C'est ainsi qu'il faut
écriie le nom de cet auteur, et Duver-
dicr a commis une faute , en le nom-
mant simplement Jean de la Maison-
Ui'njve} car il semble par-là le distia-
AUD
giier de Jean d'Aubusson^ et fait
deux auteurs d'un seul. 11 paraît, par
le titre qu'il joignait à son nom, qu'il
était d'une famille nobie et proprié-
taire de fiefs. Peut-être , et c'est l'opi-
nion de l'abbé Goujet, que le mot d«
Berniyer , ajouté au titre de la Mai-
son-neuf>e , par Duverdier , prouve
qu'il était originaire du Berry. Il était
né vers 1 55o. 11 fit imprimer, à Paris :
L Discours sur le magnifique re-
cueil ( accueil ) fait par les Féni-
tiens à M. le cardinal de Lorraine ,
en 1 556 ; Il . l'Adieu des neuj Muses,
aux rois ^ princes et princesses d<t
France j à leur département du fes-
tin nuptial de François de Valois
et de Marie Stuart, reine d'Ecosse y
en i558; ÏII. le Colloque social de
paix, justice, miséricorde, et vérité,
pour Vheureux accord entre le roi
de France et d'Espagne, in-8<*.,
1 559. Ce dernier ouvrage est envers.
IV. Huictains poétiques de l'onction
des rois élus de Dieu, et de V obéis-
sance que leurs sujets leur doivent
porter, Paris, Pierre Gauthier, i56i.
La IVIonnoye lui attribue : la Déplo-
ration sur le trépas de noble et vé-
nérable personne , M. Maitre Fran-
çois Le Fie art, docteur en théologie ^
j55o, in-8'., ayant trouvé dans ces
mois ; Dena suasu boni, qu'on lit au
bas de cette pièce, l'anagramme de
Jean d'Aubusson^ W — s.
AUCOUR (Barbier d), Foy^.
Barbier.
AUDEBERT (Jean - Baptiste ),
s'est distingué à la fin du i8^ siècle,
en réunissant à un haut degré de per-
fection les talents du peintre aux con-
naissances du naturaliste. Il naquit à
Rochefort, en 1759, d'un employé
dans les vivres de la marine, dont la
fortune ne lui permit pas de seconder les
dispositions de son fils. Celui-ci vint
à Paris , à l'âge de dix-sept ans, pour
AUD
y étudier le dessin et la peinture. De-
venu très-habile à peindre le portrait
en miniature, il vivait honorablement
du produit de cet art. En T789, M.
(irigot d'Orcy, receveur - ge'ncral des
finances, connu par son goût j>our
l'histoire naturelle , et par la magnifi-
cence avec laquelle il contribuait à ses
])rogrès , ayant eu l'occasion do juger
des talents d'Audebert, l'employa pour
peindre les objets les plus rares de son
immense collection, et l'envoya en-
suite en Angleterre et en Hollande ,
d'où il rapporta de nombreux dessins,
qui servirent à r^i5f otr^ des insectes,
de M. Olivier , aujourd'hui membre de
l'institut. Ces occupations déterminè-
rent le goût d'Audebert pour riiistoirc
naturelle, et bientôt ce goût devint
une passion. Voulant n'être plus as-
servi aux idées d'autrui, il entreprit
des ouvrages qui l'ont à jamais illustre'.
Le premier est ÏHistoire naturelle
des Singes , des Makis et des Ga-
léopithèqiies , i vol. gr. in-fol., figures
imprimées en couleur , Paris , 1 800 ,
contenant 62 planches. Cet ouvrage fit
une vive sensation parmi les natura-
listes. L'auteur , réunissant les qualités
de peintre, de graveur et d'écrivain ,
sut faire marcher de front ces trois par-
ties , avec un accord ])arfait , et jusqu'a-
lors sans exemple. Naturellement in-
dustrieux et adroit, il étudia tous les
proce'dës de la gravure , et les tentatives
qu'on avait faites pour lui donner les
couleurs , si utiles dans l'histoire natu-
relle. Le moyen le plus ingénieux
qu'on eût imaginé, était d'avoir, pour
nue seule épreuve , autant de planches
que l'on employait de couleurs difïc-
I entes. Audebert sut appliquer sur la
planche même les couleurs qui con-
viennent à chaque partie, en sorte que
l'on y faisait une espèce de peinture.
Un passage des Mémoires pour ser-
vir à VHisWirG des Plantes , par
AUB at
Dadart, publics en 1679, peut faire,
croire que ce moyen était connu à
Cette époque. Audebert donna bientôt
à cet art toute la perfection dont il
était susceptible : ce fut e» employant
des couleurs à l'huile , plus solides et
plus durables que les couleurs à l'eau ,
qu'on employait auparavant. De plus,
il réussit à y imprimer de l'or, dont il
varia les couleui s de manière à imiter
les pliis brillants effets de ses modèles.
Cet art une fois créé, l'histoire natu-
relle s'enrichit de ses produits j ils éton-
nèrent par leur magnificence. Aude-
bert pu])!ia \ Histoire des Colibris,
des Oiseaux -Mouches y des Jaca^
mars et des Fromerops , i vol. gr..
in-fol., Paris, 1 8 osi. Cet ouvrage est.
regardé comme le plus parfait qui ait
jamais pai'u en ce genre. Audebert,
non content d'imiter fidèlement les
couleurs, surpassa tous ceux qui l'a-
vaient précédé, par l'espritavec lequel
il saisit l'expression de ces oiseaux,
auxquels il donna , pour ainsi dire, U
vie ; il descendit aux plus petits dé-
tails. Les descriptions dont il est lui-
même l'auteur, sont dignes de l'ou-
vrage. Il voulut aussi que la magnifi-
cence de la typographie concourût à,
la perfection de ce beau monument ;
mais un tel livre, ne pouvant convenir-
qu'à des souverains , ou à de riches
amateurs, on n'en tira que 200 exem--
plaires, grand in-fol. , dont la lettre au
bas de chaque figure est en or ; plus ,
I 00 exemplaires très-grand in-4''., et
1 5 seulement grand in-fol. , dont tout
le texte est imprimé en or, non pas
en lettres dorées au pinceau, mais ce
fut en appliquant à la typographie le
procédé qu'à avait découvert pour là
gravure j un exemplaire sur vélin,
avec les dessins originaux, appartient
à Téditeur, M. Desray. Cet ouvrage
était à peine commencé , qu'Audebert
en méditait d'autres j il voulait corn-»
21 AUD
pleter Yffistoire des Oiseaux, celle
des Mammifères , et ensuite faire
celle de Y/Iomme. Il paraisait ne
connaître de bornes à ses travaux
que celles de la nature. II préparait
et empaillait avec beaucoup d'adresse
les animaux , et il se formait un
très-beau cabinet; mais il ne se bor-
nait pas à étudier la nature sur des
squelettes; il savait l'observer vivante;
les plus petits détails ne pouvaient
échapper à sa patience et à sa sagacité'.
11 nourrissait depuis long-temps des
.araignées, ce qui lui avait donne' les
moyens de faire des remarques cu-
rieuses sur leur histoire. Audebert s'é-
tait donc préparc lies travaux auxquels
une très-longue vie eut à peine suffi
pour les exécuter, lorsqu'on 1800, la
mort l'enleva, à l'âge de quarante-
deux ans. Aussi estimable par ses
moeurs que par ses talents , son cœur
était sensible et généreux. Quoique na-
turellement cdlme et réfléchi, il avait
beaucoup de gaîté, et sa société était
agréable. 11 aimait la littérature, et
même il a composé des comédies.
Quand la mort vint arracher Audebert
à ses travaux , il commençait ÏHis-
toire des Grimvereaux et des Oi-
seaux de Paradis , etc. , i vol. L'édi-
tCTir , M. Dcsray , qui possédait ses ma-
tériaux et la connaissance des procédés
qu*»» avait découverts et employés, a
fait terminer ces deux derniers ou-
vrages avec autant de perfection que
ce qui avait été dirigé par l'auteur lui-
même. Le texte a été rédigé par M.
Vieillot, naturaliste, ami d' Audebert.
Ces deux ouvrages sont réunis sous ce
ti>e collectif: Oiseaux dorés ou à
reflets métalliques , 'i vol. grand in-
fol. et grand in -4"., Paris, i8o9. ,
ï)esray. C'est sui* le même plan et d'a-
près les mêmes procédés que M. Vieil-
lot a publié: Histoire dfs Oiseaux de
t Amérique septentrionale , qui fait
AUD
suite. C'est à Audebert que les Oiseaux
d'Afrique^ deLevail'ant , ont dû leur
succès : il a dirigé l'impression des fi-
gures de cet ouvrage jusqu'à la trei-
zième livraison. Les autres branches
de l'histoire naturelle , et surtout la
botanique , ont profité des découvertes
d'Audebcrt; de-!à, ces ouvrages pré-
cieux, tels que le Jardin de Malmai-
son ^ de Ventenat, et les Liliacées ,
de Redouté, qui, réunissant l'exacti-
tude à la magnificence, ont acquis,
dans ce genre, à la France une préé-
minence que les autres nations ont en
vain tenté de lui enlever. D — P — s.
AUDÉE, hérésiarque du 4' . siècle,
natif de Mésopotamie, était célèbre
dans sa province par son zèle pour la
religion , et par l'austérité de ses
moeurs. 11 joignait malheureusement à
ces qualités un caractère orgueilleux
et morose, qui le portait à censurer
sans ménagement , non seulement les
désordres qu'il voyait dans l'Église,
mais encore les personnes, surtout les
prêtres et les évêques coupables , qu'il
reprenait avec autant de hauteur que
d'amertume. Cette hardiesse impro-
tuue, qui ne savait se plier à aucune
convenance, le rendit insupportable, et
l'exposa à des contradictions qui révol-
tèrent son orgueil. 11 se sépara de
l'Église, afin de ne pas communiquer
avec les hommes vicieux qu'elle souf-
frait dans son sein. 11 entraîna
beaucoup de monde dans son schis-
me , et séduisit même un évcque , qui
lui donna la consécration épiscopale.
Devenu chef d'une secte, dont le ca-
ractère principal était une aversion
invincible pour toute espère de con-
descendance, on le déféra à l'empereur
Constance, qui le relégua en Scythie,
où il travailla avec succès à la conver-
sion des infidèles. Étant passe de là
dans le pays des Goths , il y bâtit des
mouaslères , prêcha la pratique de la
AUD
virginité et de la vie solitaire. On ignore
l'époque de sa mort. S. Épiphane
semble dire qu'elle fut antérieure à
l'an 372, où Athanaric chassa tous les
chrétiens de la Golhie. Sa secte fut
gouvernée, après lui, par des éveques
qu'il avait établis. Ces évéques étant
morts avant 577, plusieurs Audiens
rentrèrent dans l'Église. Les autres,
réduits à un petit nombre, se rassem-
blèrent sur les bords de l'Euphrate,
où ils furent joints par ceux qui avaient
été chassés de la Gothie, et par tous
les autres , qui étaient répandus sur le
mont Taurus , dans la Palestine et dans
l'Arabie. Ils demeuraient dans des
monastères, ou dans des cabanes, à
peu de distance des villes, ne com-
muniquaient point avec les catholi-
ques. S. Épiphane loue la pureté de
leurs mœurs, et la discipline sévère
qui régnait parmi eux. Tliéodoret, au
contraire, leur reproche une grande
dissolution. Il paraît effectivement que,
dans les derniers temps, ils avaient
dégénéré de leur première austérité.
Audée, dans le commencement de son
schisme, n'était tombé dans aucune
erreur sur la foi. Cependant, dès celle
époque, il célébra la Pâque le même
jour que les juifs , prétendant que le
concile de Nicée n'avait changé à cet
égard la pratique de l'Église que par
complaisance pour Constantin, que
l'on voulait flatter, en faisant tomber
la fête de Pâques le jour de sa nais-
sance ; ce qui présente une absurdité
ridicule , puisque , selon la correction
faite par ce concile, la fête de Pâques
ne doit point être fixée à un certain
jour, comme l'était l'anniversaire delà
fêle de l'empereur, mais changer tous
les ans. Audée, prenant ensuite trop
à lalettre ce qui est dit dans la Genèse,
que « l'homme est fait à l'image de
.) Dieu , » se jeta dans l'erreur des an-
thropomorphites , eu donnant à Dieu
AUD 23
une forme humaine. Le P. Pétau a fait
de vains efforts pour le justifier sur
ce point. Les Audiens donnèrent dans
queli]ues erreurs des manichéens. Ils
enseignèrent que Dieu i^avait point
créé les ténèbres, ni le feu, ni l'eau,
et que ces éléments étaient éternels.
Leur pratique pour l'absolution des
péchés était singulière. Ils admet-
taient une paitie des livres canoniques j
ils en avaient une autre partie d'apo-
cryphes, qu'ils mettaient au-dessus
des autres. Ils les rangeaient sur deux
lignes, les canoniques d'un côté, les
apocryphes de l'autre; faisaient passer
les pécheurs entre les deux lignes , en
confessant leurs péchés. Après quoi ils
leur donnaient l'absolution , sans en
exiger aucune satisfaction canonique.
Cette secte n'existait plus sur la fin du
5*^. siècle. T — D.
AUDEFROI , surnommé le Bâtard,
trouvère, ou poète français du i3'\
siècle, a composé plusieurs lais. Le
Grand en cite cinq dans son Recueil
des fabliaux , et considère Audefroi
comme l'inventeur de ces petils poè-
mes que nous nommons romances.
Ces lais offrent chacun une histoire,
racontée en plusieurs stances termi-
nées par un refrein. Les manuscrits
de la Bibliothèque impériale contien-
nent même la musique de ces ro-
mances. P — x.
AUDEN-AERD (Robert van) , na-
quit à Gand, en i665. Le désir de se
perfectionner dans la peinture, qu'il
avait étudiée dans son pays, lui fit en-
treprendre le voyage d'ItaUe. 11 sé-
journa long-temps à Rome , où il reçut
des leçons de Carie Maratle, qui le
prit dans une singulière affection.
Ayant été chargé de graver quelques-
uns des tableaux de ce maître, et cet
essai ayant réussi , Auden-Aerd se con-
sacra entièrement à la gravure. Il a
exécuté un assez grand nombre d'où-
^i
AUD
vragcs estimables , non seulement
d'après Gîrle Maratte , mais aussi d'a-
près les tableaux de Dan ici de Volterrc,
d*Annibal Cirracbe, du Dominiqiiin,
de Piètre de Cortonne, du cavalier
JBernin, cl de quelques autres. Parmi
toutes ces estampes, on distingue la
Mort de la Fierge, et le Martyre de
S. Biaise. Cet artiste mérite d'être cite
avec e!oge, autant par l'esprit et le
sentiment qu'il a rais dans ses produc-
tions, que par la multitude des beaux
tableaux qu'il a gravés. Il est mort
en 1745, dans sa patrie. P — e.
AUDIFFREDI (Jean-Baptiste),
domiuicain, ne'à 5aorgio, près deNice,
en 1 7 1 4 7 mourut le 5 juillet 1 794' On
n'a aucun détail sur la vie de ce savant,
qui,aurapportdeM.Lalande, était, en
1765, bibliothécaire de la Minerve à
Rome. Suivant le nicme auteur, le
père Jean-]3apt!stc AudilTredi n'était
plus charge de la bibliothèque que le
cardinal Casanatle avait léguée au cou-
vent de la Minerve. Il s'était bâti un
petit observatoire , cl il a public quel-
ques dissertations astronomiques, dont
les premières sont indiquées dans son
catalogue de la bibliothèque Casanatle.
Voici les titres de ses principaux ou-
vrages : I. Catalogus historico-cri-
tiens Romanorimi editionum sœcidi
A"/^, Romae, 1785, in-4°., ouvrage
trcs-cstimc ; II. Catalosus hislorico-
crilicus editionum italicarum sœ-
culi XV^ Romae, i794> i"-4"'? ï'^*
Catalogus libliothece Casannlensis
librorum typis impressorum, Romae,
1761-VS8, 4 v<'J- in-foiio. L'abbé Mer-
cier de St.-Lég.^r regardait ce catalogue
eornme un chef-d'œuvre ; malheureu-
.sement il n'est pas terminé , et ne va
que jusqu'à la lettre L. IV. Phœno-
mena cœlestia ohservata y Romœ,
1755-54-55-5G; V. Transitus Fe-
neris antè sçlem obsen'ali Hoinœ^ 6
junii 17G1 ,ejr/;o5/(to,Uomae l'-^ivÀ,
AUD
in-8 '. j VI. Im'estigatio parallaxis
solis, exercitalioDABEi Ruffi, Romîe,
1765, in-4"' I^cs mots Dadei Ruffi,
sont l'anagramme d'Audifbedi. VII.
Dimostrazione délia stazione délia
cometa, 1769, Romae, 17 70. La com-
paraison de ces diverses dates pour-
rait faire croire qu'il s'était d'abord li-
vré l'astronomie; mais que Iç soin
de la bibliothèque Casa natte l'avait
tourné tout entier vers les recherches
bibliographiques , dont il s'est occupé
jusqu'à sa mort, et qu'il n'interrompait
que pour observer quelques phéno-
mènes extraordinaires , tels que le
passage de Vénus et la comète de 1 769.
D— L~E.
AUDIFFRET (Hercule), géné-
ral de la congrégation des Pères de la
doctrine chrétienne, est auteur de plu-
sieurs ouvrages de piété, dont le plus
connu est intitulé : Questions spiri-
tuelles et curieuses sur les psaumes ^
1668, in-i9.j ses oraisons funèbres
de la princesse de Condé et du duc de
Caudale ont eu de la réputition; on y
voit peu de traces du mauvais goût qui
régnait alors, et elles prouvent que le
père Audiffiet était digne de frayer à
Fléchier, son neveu et son disciple,
la route de la véritable éloquence. Né
à Ciarpentras, le i5 mai i6o3, il y
mourut, le fi avril 1659. St— t.
AUDIFREÏ (J.-B.)', né à Marseil-
le, et mort à Nancy, en 1755, à
soixante - seize ans , parcourut avec
honneur la carrière diplomatique , et
fut successivement envoyé extraor-
dinaire de France à Mantoue, à Pai"^
me, à Modènc et en Lorraine. 11 em-
]>loya tous ses loisirs à l'étude des
sciences géographiques, et commença
à publier, en 1689, la Géographie
anciejme , mx)derne et historique. Les
'2, vol. in-4°., ou 5 vol. in-i'2, qu'il
fit paraître, ne renferment que l'Eu-
rope. Dans cet ouvrage, raulciu' corn-
AUD
Mne les événements de l'histoire avec
la description des lieux, et, par cette
méthode nouvelle alors, et perfection-
née depuis , donne à la science ce de-
gré d'intérêt qu'elle ne peut attendre
d'une nomenclature sèche et aride.
L. R—E.
AUDTGUIER ( Vital d'), naquit
vers 1 565 , à Clerraont, suivant les au-
teurs du Dictionnaire historique , qui
ne disent pas oij ils ont puisé ce fait ,
mais plus vraisemblablement à la Me-
ner , terre dans le llouërgue , qui ap-
partenait à sa famille. Son pcre avait
dans la magistrature une place qu'il
lui résigna. Il en exerça les fonctions
jusqu'en iSgo. Son attachement à la
cause du roi lui fit souvent courir
des dangers, et même il fut blessé par
des soldats du parti des ligueurs , en
deux occasions. Ce fut à cette époque
qu'il entra dans la carrière militaire ;
il fit plusieurs campagnes, se trouva à
im grand nombre d'affaires, et, quoi-
qu'il eût du courage et qu'il cherchât
toutes les occasions de se distinguer,
il n'obtint aucun avancement. La paix
lui permettant de se retirer, il vint
demeurera Paris, où il se lia d'amitié
avec les plus beaux esprits du temps.
Il ne manquait lui-même ni d'esprit,
ni de goût; son éducation n'avait point
été négligée ; et , comme il s'aperçut
que tous ceux qui faisaient des vei s
obtenaient facilement l'entrée des
meilleures maisons , il se mit à en
composer. D'Audiguier n'était point
poète , et il n'attachait pas une très-
grande importance à ses vers; aussi
ne se pressait- il pas de les recueillir.
Des malheurs qui lui arrivèrent, ache-
vant de le ruiner, l'obligèrent de se
faire une ressource de sa plume. Ce
fut alors qu'il se mit à faire à.Q5 tra-
ductions de l'espagnol. Elles eurent
la plupart du succès, et l'Académie
française, en 1 638 , les désigna panai
AUD a5
les ouvrages les mieux écrits qu'il y
eût dans notre langue. Elles n'ont
inaintenant aucune réputation , parce
que nous en avons de meilleures. Sa
traduction des Nouvelles de Cervan-
tes et celle des Aventures de Lazarille
de Tormes , ont été réimprimées le
plus souvent. Il a traduit aussi les Tra-
vaux de Persillé et de Sigismonde,
de Cervantes , 1 6.i6, in-8°. Le Frai et
ancien usage des duels^ Paris, 1617,
in-8". , est un livre curieux, et qui,
au jugement de Bayle , n'est pas in-
digne de conserver une place dans les
bibliothèques. Ses poésies ont été im-
primées en 1606 et en 1614, et
réimprimées en partie dans les re-
cueils du temps. Ou trouvera la liste
de ses ouvrages , dans le Dictionnaire
de Moréri. On ne peut fixer d'une
manière précise l'époque de sa mort;
les uns îa placent, eu i6*i5 , Bayle , en
i65o, et d'autres en 1 634; mais on
s'accorde à dire qu'il fut assassiné. On
a confondu notre Vital d'Audiguier
avec son neveu , qui se nommait
Pierre , et on leur a attribué indiffé-
remment les mêmes ouvrages. — Il y
a eu aussi un Henri d'AuniGuiEu, sieur
de Mazet, avocat-général de la reine-
mère, en 1662; celui-ci n'est connu qv.e
})ar des corrections à la traduction
d'Héliodore, par Montlyard, 1626,
1628, in-8". , et par une mauvaise
brochure in-4''. , contre Mézeray. Elle
apourùtrele Censeur censuré^ adres-
sé au sieur Sandricourt ( Fr. Eud.
de Mézeray ) , auteur d'un libelle ,
intitulé', le Censeur du temps.
W— s. •
AUDINOT (Nicolas - Medard ) ,
né à Nancy, débuta au théâtre italien ,
le 3 janvier f 764, et se retira en 1 767,
à l'occasion d'un passe-droit qu'on lui
avait fait. Pendant les années 1 767 et
1 768, il exploita le théâtre de Versail-
les , et revint à Paris en 1 769. Son res-
a6 XVD
sentiment contre la comédie ilalienue
nctait pas éteint; il loua une loge à la
foire St.-Gerraain , et y plaça des bam-
boches , ou comédiens de bois; chaque
figure imitait un acteur de la comédie
italienne. La nouveauté de ce spectacle,
la ressemblance des personnages pi-
queront la curiosité, et les comédiens
C de bois attirèrent la foule. Audinot
avait acheté, dès le commencement de
cette année , l'emplacement qu'occupe
aujourd'hui l'Ambigu comique; il y
construisit une salle , dont il fit l'ou-
verture au mois de juillet; il y conti-
nua ses représentations de comédiens
de bois , et y ajouta de petits ballets.
~- En 1770, il prit le titre à* ambigu
comique, et substitua, à ses marionnet-
tes , des enfants , auxquels il faisait
représenter quelques scènes déta-
chées , telles que le Testament de
Polichinelle. Il avait mis sur sa toile
cette inscription : Sicut infantes au-
di nos. Audinot fut secondé dans son
entreprise par Arnoiilt , qu'il s'associa
par la suite. Il obtint de tels succès ,
qu'il se vit forcé, en 1772, d'agran-
dir sa salle, où l'on commença à re-
présenter de grandes pantomimes ,
qui firent la fortune de l'entrepreneur.
11 y avait déjà long-temps qu'Audinot
avait affermé son théâtre, quand il
mourut , le '2 ï mai 1 80 1 . On a de lui :
I. le Tonnelier , opéra comique à
trois acteurs, représenté le 28 sept.
1 7G1 , sans succès, et cependant im-
primé, 1761 , in-S". Quelques situa-
tions théâtrales firent naître l'idée de
le remettre au théâtre. M. Quêtant se
chargea d'y faire des changements. Le
Tonnelier , ']oué le 16 mars 1765,
eut alors un très-grand succès , et est
resté au théâtre. Cette pièce a été
réimprimée un grand nombre de fois,
et même traduite en allemand, en 1 7 7 4.
II. Dorothée, pantomime, précédée
des Preux Chevaliers^ prologue pan-
AUD
lomime,i782, in-8''. Audinot était
un excellent acteur pour les rôles dits
à tablier; ce fut lui qui créa le rôle du
Maréchal ferrant , dans la pièce de ce
nom. A. B — t.
AUDOIN ou ALDUIN (Alduinus
HiEi.DuiNus ) , est regardé comme le
9". roi des Lombards hors d'Ita-
hc. Cette peuplade , anciennement ap-
pelée Viniles , qui faisait partie du
grand peuple des Suèves , s'était ori-
ginairement établie sur l'Elbe, et trans-
plantée depuis, par plusieurs migra-
tions, dans la Pannonie. Alduin , com-
mer.ça la conquête de cette dernière
contrée , vers l'an 5^7, et l'avait en-
tièrement achevée en 548.11cutàcora-
battre, pendant long-temps, lesHérules
et les Gépides, peuple goth d'origine,
dont le nom signifie Paresseux , et
ainsi surnommé, parce qu'il n'avait
suivi que long-temps après les pre-
miers conquérants Ostrogoths et Visi-
goths ses frères. Ces Gépides , qui ha-
bitaient sur la rive gauche du Danube ,
dans l'ancienne Dacie, s'y étaient déjà
rendus formidables. Audoin détruisit
leur armée en 55 1, et mourut vers l'an
555. Ce prince avait épousé Rodelinde ,
fille de Hermanfried ou Hcrmanfroi ,
roi de ïhuringc et d'Amalberge , issue
du mariage de Trasimond, roi des
Vandales , avec Amalafride , qui fut
assassinée en Afrique. Audoin laissa
deBodelinde deux enfants, Alboin P^,
roi des Lombards en Italie ( Foy. Al-
boin), et un autre fils dont les histo-
riens ne nous ont point conservé le
nom. X.
AUDOINDECiuiGNEBRurî (Henri),
e'tait chirurgien de la généralité de Pa-
ris, dans le milieu du 18". siècle. Il avait
été employé dans les armées du roi,
et fut ensuite long-temps médecin des
épidémies. Non seulement il étudia les
maladies épidémiques qui attaquent les.
hommes, mais il porta aussi bou ut-
AUD
tention sur celles qui frappent les
animaux. On a de lui la Relation d'une
maladie épidémique et contagieuse
qui a régné Vêlé et l'automne de
1-^57, sur les animaux de diffé-
rentes espèces dans la Brie , Paris,
1 762 , in- 1 2 , qui est un des meilleurs
ouvrages de la médecine vétérinaire.
Goulin, dans des Mémoires , a con-
signé un grand nombre des observa-
tions précieuses d'Aiidoin sur les ma-
ladies des animaux. Ce chirurgien a
aussi écrit plus particulièrement sur
son art et sur l'anatomie; mais ces
écrits n'ont rien de bien remarquable;
l'un rapproche les différentes méthodes
de faire l'opération de la taille ; un
autre est relatif à la cautérisation des
plaies d'armes à feu. Ses Cartes mi-
crocosmographiques , ou Descrip-
tion du corps humain, 1770, in-4". ,
furent même l'objet d'une contestation
entre lui et Cliirol , contre lequel il
revendiquait cette idée , quoique celui-
ci, dès 176-2, eût fait paraître sa
première Carte d'angéiologie.
Cet A.
AUDOUL ( Gaspard) , né en Pro-
vence , avocat à Paris, et membre du
conseil de la maison d'Orléans , mort
en 1 69 1 , est auteur d'un Traité de
V Origine de la Régalé , et des cau-
ses de son établissement, 1708,
iR-4". Cet ouvrage est rare ; il doit sa
célébrité h la censure qu'il a encourue
par bref de Clément XI , du 1 8 janvier
1710. Le parlement supprima le bref
du pape, tout eu reconnaissant que le
livre d'Audoul contient des choses di-
gnes de répréhension , que cependant
il ne condamna pas nommément.
L'auteur combat avec vigueur , dans
ce livre , Bellarmin et Baronius.
A. B— T.
AUDOVÈRE , première femme de
Chilpéric, roi de France , lui avait déjà
donné trois fils , lorsque ce prince
AUD 17
forma la résolution de s'en séparer.
Frédégonde, attachée au service de la
reine, pour donner à ce prince un
prétexte de rompre son mariage ,
conseilla à Audovère de tenir elle-
même, sur les fonds de baptême , le
dernier fils dont elle était accouchée
pendant l'absence du roi , lui persua-
dant qu'en se faisant doublement mère
de cet enfant, elle en serait plus chère
à son époux. A celte époque, l'Église
interdisait rigoureusement le mariage
entre ceux qui avaient contracté une
alliance spirituelle; on fît valoir contre
la reine l'union spirituelle qu'elle ve-
nait de contracter avec Ghilpéric , en
devenant marraiiie d'un de ses en-
fants , et il la répudia. Il est probable
que cette histoire a été inventée à
plaisir ; car l'évêque auquel les lois
canoniques devaient être connues , se
serait opposé au dessein de la reine ;
et d'ailleurs on sait que Chilpéric
n'était pas assez scrupuleux poiu' cher-
cher des prétextes quand il voulait
satisfaire ses passions ; il le prouva ,
en faisant périr, quelque temps après,
sa seconde femme, Galesuiute, sœur
de la célèbre Brunehaut. Ce ne fut
qu'après l'assassinat de Galcsuinte,
que Chilpéric épousa Frédégonde ,
ciontle bonheur et les forfaits étonnent
encore aujourd'hui les esprits réflé-
chis : celte femme fit étrangler Audo-
vère vers l'an 58o, dans le monastère
où elle s'était retirée depuis sa répu-
diation. F— E.
AUDRA (Joseph), né à Lyon , en
1714, ecclésiastique , professa d'a-
bord la philosophie dans sa patrie.
L'État de la population de la géné-
ralité de Lyon , qui parut sous le
nom de Mézence , secrétaire de l'in-
tendance , fut le fruit de ses loisirs et
de ses liaisons avec l'intendant, M. de
la Michaudière. Eu 1769, l'abbé Au-
dra fut nommé professeur d'histoire,
aB A U D
AU collège royal tic Touloiisp, H rem-
plit cette chaire d*«ine manière dis-
tinguée. La part qu'il prit, dans cette
ville , à l'artàirc de Sir\ en , et l'activité'
de ses demarcbes pour faire triom-
pher son innocence, le mirent eu cor-
respondance avec Voltaire. « Vous
» avez du recevoir, lui mandait i'au-
* tcur à\'Uzire. le factum des dix-sept
» avocats au parlement de Paris , en
» faveur de Sirven: il est très bien
» fait ; mais Sirven vous devra beau-
» coup plus qu'aux dix-sept avocats ,
» et vous aurez fait une action digne
» de la philosophie et de vous. » Audra
jouissait d'une considération due à ses
talents et à ses services, lorsqu'il publia
en 1 770 le i'*". vol. d'une Histoire gé-
nérale. Voltaire applaudit à cette pro-
duction , et écrivit à l'auleur : « D'Alem-
» bert est bien content de votre Ahrégé
» sur l'Histoire générale. Quelques
» fauati(jues n'en sont pas si contents ;
» mais c'est qu'ils n'ont ni esprit, ni
» mœurs. A l'égard de votre sage
» hardiesse , vous n'avez rien à crain-
» dre : il n'y a pas un mot dans
» votre écrit sur lequel on puisse
» vous inquiéter. On sera fàchë; mais
» comme les plaideurs qui ont perdu
» leur procès. Vous avez d'ailleurs un
» archevêque qui pense comme vous ,
» qui est prudent comme vous , et qui
» sera bientôt de racademic. w Cet ar-
chevêque , qui était M. de Brieune ,
ne justifia pas les assurances de Vol-
taire. L'abbé Audra se démit de sa
place; un ranndement de l'archevêque
rJoudamna l'ouvrage, sans désigner
Tauleur , comme rempli de maximes
eironées. Celui-ci, fiappc de cette flé-
trissure , tomba malade d'une fièvre
maligne, eut le transport au cerveau,
ctmourutcnvingt-quatreheuresàTou-
louso,lo 1 n sept. 1 -57 o. Voltaire fut très-
scusib'e à cet cvénoucn!, qui , dit son
ëdiieur, lui arrachait encore des larme*
quelques jours avant m mort. Un«
lettre de Voltaire à d'Alembert ( 1 1
décembre 1770) donne de plusgrand»
détails sur cette affaire , et juslifie la
conduite de M. de Brienne, qui mit
dans ses procédés tous les ménage-
ments qu'on pouvait désirer, qui sou-
tint seul l'abbé Audra, durant une
année entière , contre le parlement ,
les évêques, l'assemblée du clergé,
mais qui se vit enfin obligé de céder
aux clameurs ( f^oj^. la Note sur le
67/. chap. de VEssai sur l'Histoire
géiicrala ). IV— l.
AUDRAN ( Charles , ou Karle ).
Cet oncle du célèbre Girard Audran
naquit a Paris, eu iSyj , et mourut
dans la même ville, en if^74î il était
fils de Louis Audran, ofîlcierdeloii-
veterie sous \leu\'\ IV. Ayant com-
mencé à Paris l'élude du dessin et
de la gravure , il entreprit le voyage
d'Italie pour se perfectionner. Ce fut à
Rome qu'il fit connaissance avec Cor-
neille Blocmaert , et qu'il s'identifia ,
en quelque sorte, avec la manière de
ce maître. On a de cet artiste un assez
grand nombre d'estampes , d'après le
Dominiquin , le Titien , le Cortone, le
Guide , l'Albane , Le Sueur , les Carra-
che et autres grands maîtres ; les plus
capitales sont une ^Annonciation et
une Assomption. P — e.
AUDRAN ( Claude ) , né à Paris ,
en i5()7 , et mort à Lyon, en 1^77 ,
fut le père du célèbre Girard Audran ,
et c'est là son meilleur titre à l'im-
mortalité. Ses estampes médiocres ,
quoique d'un assez bon goût, sont peu
connues. Il eut trois fils , (iermain y
])rofcsseur a l'académie de Lyon, et
dont on a quelques estampes ; Claude ,
et Girard. P — e.
AUDRAN ( Claude) , peintre , fils
du précédent, ne à Lyon , en i64 1 ,
fut placé d'abord dans l'école de Per-
rier , et en iG58, vint à Paris, où
aUD
Errard le fit travailler clans les appar-
tements de la reine, dont il avait la
direction. Gliarlcs Lebrun, témoin de
sa facilite à peindre , l'employa pour
les ébauches des Batailles d'Alexan-
dre, De ce moment , Audran ne fut
plus que l'imitateur , ou , pour mieux
dire , le copiste servile de son nouveau
maître ; il ne sembla plus voir dans la
peinture d'autre manière que celle de
cet artiste , et , comme il arrive d'or-
dinaire , sa réputation en souffrit.
Toutefois, les ouvrages de Claude Au-
dran prouvent qu'il aurait pu obtenir
une place honorable parmi les artistes
de l'école française , s'il eût voulu pen-
ser et travailler d'après lui - même. Il
fut reçu , en 1675 , à l'académie , sur
un tableau représentant Y Institutiort
de VEucharistie , et nommé profes-
seur eu 1 68 1 . Ses principaux ouvrages
sont : une Décollation de S. Jean-
Baptiste^ S. Denis, S. Louis , et le
Miracle des cinq pains , la chapelle
du château de Sceaux , le grand cs-
x-alier de Versailles , la galerie des
Tuileries, etc. Claude Audran mou-
rut à Paris, en i684, ^ l'âg^ de qua-
rante-trois ans, sans avoir jamais été
marié. Ce fut lui qui composa et exécu-
ta, de concert avec le régent, les sujets
de Daphnis et Chloé, qui furent gra-
vés par Benoît Audran. — Un autre
Audran, nommé aussi Claude, et
neveu de celui-ci , préiéra comme lui
la peinture à la gravure , où tous leurs
parents acquirent plus ou moins de
réputalion.Ihiaquità Lyon, en i658,
et mourut à Paris, en 1 7 54, au Luxem-
bourg. Le genre des aiabesques , ou
grotesques , est celui qu'il a le plus
particulièrement cultivé. Il travailla
beaucoup à Versailles, et dans les mai-
sons royales. On ne lui connaît d'autre
élève que Wateau. D — t.
AUDRAN (Girard) peut être re-
gardé comme le plus célèbre graveur
AUD aç»
d'histoire qui ait jamais existé , et
comme l'un des artistes qui ont le plus
contribué à illustrer le siècle de Louis
XIV, en propageant dans toute l'Eu-
rope les chefs-d'œuvre des grands maî-
tres qui ont honoré l'école française.
Audrau naquit le 'i août 1(340, à
Lyon, où il reçut les premiers élé-
ments de son art , de Claude Audran
son père, et de là vint à Paris, pour
se perfectionner. Il fut bientôt l'ami
de Lebrun , avec lequel il passera à
la postérité. Vouî;int mettre à profit
les grandes dispositions dont la na-
ture l'avait doué, et convaincu que,
sans une profonde étude du dessin, il
est impossible à un graveur d'atteindre
à la perfection , d se détermina à faire
le voyage d'Italie. Arrive à Rome, en
1666, il employa trois années à l'é-
tude de l'antique , dont il dessina les
plus belles statues; mais ne bornant
pas ses travaux à cette seule étude, ii
s'appliqua aussi à copier avec le crayon
et le pinceau, les chefs-d'œuvre de
Raphaël, et cjcux des autres grands
maîtres qui ont contribué à donner
tant de célébrité à l'école d'Italie ; gr-ava
un plafond peint par Piètre de Cor-
tonne, et |)lusieurs tableaux du Domi-
niquin. Coibert, qui avait su apprécier
les talents d' Audran, et qui voulait les
rendre utiles à la France, le fit rap-
peler par Louis XIV, lui obtint une
pension et un logement aux Gobeîiai.
De retour dans sa patrie, cet artiste
fut chargé de graver, pour le roi , la
suite des Batailles d^ Alexandre. Celte
production iramortcUc répandit dans
toute l'Europe la réputation de Lebrun
et celle d'Audran. Plusieurs artistes
même , surtout en Italie , trouvèrent
plus de correction dans les traductions
que dans les originaux. Une multitude
d'autres ouvrages mirent le comble à
la gloire d'Audran. Parmi tant de chefs-
d'œuvre, on distingue sua Recueil des
5o AUD
proportions du corps humain^ qu'il a
grave d'après ses dessins; son Martyre
de S. Laurent y d'après Le Sueur; la
Peste d'Eaque, et le plafond du Val-
de-Grâce , d'après Mignard ; le Mar-
tyre de Ste. A^ès , d'après le Domi-
lîiquin; la Femme adultère ; le Pyr-
rhus ; le Coriolan ; le Baptême du
Pharisien, d'après le Poussin , et sur-
tout V Enlèvement de la Vérité, d'a-
près le même. Les épreuves avant la
draperie de cette dernière estampe^
sont fort rares. L'académie de peinture^
qui avait reçu Audran dans son sein ,
le nomma un de ses conseillers , en
1 68 1 . Un grand sentiment de dessin,
fier et correct, un burin souple et fer-
me , un faire large , une touche savante,
qui est toujours celle du maître qu'il
traduit, caractérisent les productions
d' Audran. On ne saurait, sans injus-
tice, lui contester la supériorité' sur
tous les graveurs qui l'ont précédé ou
suivi : les jeunes gens qui courent la
même carrière ne sauraient choisir un
meilleur modèle. Girard Audran a
traité le genre de l'histoire avec la no-
blesse et la dignité qui lui convien-
nent. Sans s'a! tacher à un servile ar-
rangement de hachures , on remarque
dans les parties où il a cru devoir en
faire usage, qu'il possédait à fond les
principes de son art , et qu'il en con-
naissait toutes les ressources. Son
style, sans avoir ce fini précieux,
trop souvent le cachet de la médio-
crité , est loin de ce désordre et de cette
négligence que l'impuissance de mieux
faire voudrait présenter quelquefois
comme le résultat du savoir et du goût.
Entre ses savantes mains , le burin et
la pointe semblent s'être métamorpho-
sés en pinceaux, et en avoir acquis
l'empâtement et la suavité. Dans sa
marche savante , on reconnaît toujours
l'artiste habile qui suit pas à pas la
nature , qu'il a étudiée cl méditée pro-
AUD
fondement, et le traducteur fidèle qui
a approfondi les secrets de son art.
Girard Audran termina sa carrière à
Paris , en 1700 , universellement re-
gretté , autant pour ses qualités aima-
bles et douces , que j>our la supériorité
de ses talents. P — e.
AUDRAN (Be>oÎt), fils de Ger-
main Audran , graveur à Lyon , né
dans cette ville, le 5 novembre 1661 ,
vint à Paris , à l'âge de dix-sept ans ,
se mettre sous la direction de Girard
Audran son oncle. Entre autres ou-
vrages estimables qu'il a produits , on
remarque les sept Sacrements , du
Poussin ; Alexandre malade , peint
par Le Sueur, et le Seipent d'airain ,
de Lebrun. Louis XIV, juste appré-
'ciateur des talents, répandit ses bien-
faits sur Benoît Audran , comme il l'a-
vait fait sur toute sa famille. L*ac<idé-
mie le reçut au nombre de ses mem-
bres, et le nomma l'un de ses conseil-
lers , en 1 7 1 5. Cet artiste mourut à
Louzouer, près de Sens, en 1721 ,
dans une terre acquise du produit de
ses talents. — Louis , son jeune frère ,
né à Lyon , en 1 670 , et mort à Paris
en 1712, fut aussi élève de Girard ;
dans le nombre de ses productions ,
ou dislingue les OEuvres de miséri-
corde ^ d'après Bourdon. P — e.
AUDRAN (Jean), autre fils de
Germain Audran, neveu et élève de
Girard Audran , naquit à Lyon en
1667. Sans avoir atteint, comme son
oncle , à la sublimité de l'art, il peut
être placé au rang des graveurs ha-
biles. Ses Batailles d' Alexandre
en petit; son Enlèvement des Sa-
bines j d'après le Poussin; son Es-
ther et son Athalie , d'après les
Coypel, lui assignent une place distin-
guée parmi ses confrères. Une vie
longue et laborieuse le mit à portée
d'exécuter un grand nombre d'ou-
vrages. Louis XIV lui accorda , çn
AUF
1707, le titre de son graveur , au-
quel il joignit une pension et un lo-
gement aux Goheiins ; l'annëe sui-
vante, l'académie lui ouvrit ses portes.
Jean Audran mourut à Paris , en
175G, âgé de près de quatre-vingt-
dix ans. P — E.
AUDREIN (Yves -Marie), an-
cien professeur du collège de Quim-
per, préfet des études au collège de
Louis-le-Grand , fut ensuite coadju-
teur et vicc-gcrent à celui des Gras-
sins. Des sermons qu'il avait pronon-
cés lui acquirent quelque réputation ,
et il fut. nommé grand-vicaire ad
honores de plusieurs évêques. il pu-
blia , dans les premières années de la
révolution, un plan d'éducation, dont
la base était de retirer renseignement
aux corporations , et de soumettre
tous les élèves à un même mode d'ins-
truction nationale. Nommé déjjuté du
Morbihan à l'assemblée législative,
il fut commissaire pour l'examen des
papiers trouvés aux Tuileries. Élu
député du même département à la
convention, il y vola la mort de
Louis XV^I, avec la restriction d'exa-
miner la question du sursis. Un
écrit qu'il publia en juillet 1 795 , en
faveur de la fille de Louis XVI, pro-
cura à cette jeune princesse quelques
adoucissements dans sa captivité.
Bentré, à la fin de la session de la
convention, dans la classe de citoyen,
il fut nommé évêque de Quimper par
une assemblée de prêtres assermen-
tés. 11 se rendait dans son diocèse en
1800, lorsque la diligence où ii était
fut arrêtée par les chouans qui l'en ar-
rachèrent et l'assassinèrent sous les
yeux de ses compagnons de voyage.
On a de l'abbé Audrein : L Discours
prononcé à l'occasion du serinent
civique, 1790: IL Mémoire sur
l'éducation nationale française ;
lu. Recueil de discours à. la jeu-
AUF 5i
neste, 1790, in-12; IV. Mémoire
à l'assemblée nationale sur Vim-
poriance de maintenir les lois qui
organisent le culte catholique ^
1792, in-8°. ; V. u4pologie de la,
religion contre les prétendus phi-
losophes , 1797, in- 8''.; VI. quel-
ques Rapports au^x assemblées dont
il a fait partie. A. B — t.
AUFFRAY ( François ) , gentil-
homme breton , et chanoine de St.-
Brieux, né sur la fin du I6^ siècle,
était encore jeune quand il pub'ia une
tragi-comédie morale, intitulée : Zoan*
tropie^ ou de la Fie de l'homme,
embellie de feintes appropriées au
sujet , Paris , 1 6 1 4, 1 6 1 5 , iu-^*". ; il la
dédia , par une ode , au cardinal de
Bouzas, évêque de Be'ziers, grand
aumônier de la reine. Son canoni-
cat de St.-Brieux en fut peut-être
la récompense. Il n'en méritait au-
cune; car sa pièce est au-dessous du
médiocre , tant sous le rapport de
l'invention que sous celui du style.
Les vers qui se trouvent à la suite ne
valent pas mieux. Il fallait qu'Âuf-
fray eût bien peu de talent, puisque
Golletet , qui n'était pas un juge
difficile , dit a qu'il s'exjirime si rus-
» tiquement , et avec un style si con-
» traint et si barbare , qu'il semble te-
» nir un peu plus de l'air de l'antique
«langage des Goths et des Vandales
» que de l'air de notre langue fran-
» çaise. » Golletet ajoute qu'il publia
en 16*25, à St.-Brieux, \esHymneset
les Cantiques de l'Eglise , trad, en
vers français sur les plus beaux
airs de ce temps-là , et qu'à la fin
de ce livre , il y a un assez bon nom-
bre de quatrains et sentences morales
tirées de S. Grégoire de Naziauze.
W— s.
AUFRESNE(Jean Rival), ac-
teur français, mérite une place distin-
guée dans les annales du théâtre.
5* A U F
quoiqu'on n'ait joui que peu de temps
eu France de ses taleuts. 11 naquit à
Genève , en i -^9.9, d'un horloger nom-
me Rival ^ dont J.-J. Rousseau parle
dans ses Confessions , comme d'un
homme d'esprit et de goiit. Rival était
également lie avec Voltaire , et lui
adressa une pièce de vers , intitulée
les Torts , à laquelle le poète de Fer-
ney fit une réponse qui est imprimée
dans ses œuvres. Le jeune Rival, des-
tine à l'état d'horloger, partageait les
goûts de son père pour la littérature ,
et annonçait un talent distingué pour
la déclamation, lorqu'il fut appelé,
vers l'année 1757 , dans une ville de
Normandie , pour des affaires de com-
merce. Sa passion pour le théâtre lui
fit contracter des liaisons avec les co-
médiens qui y étaient établis ; l'un
d'entr'eux s'étant trouvé indisposé
quelques heures avant la représenta-
tion d'une tragédie , on engagea Rivai
à le remplacer; il hésita quelques ins-
tants , mais on flatta sa vanité , et les
applaudissements qu'il recueillit le dé-
terminèrent à suivre cette carrière.
Sa famille ayant vu avec peine son
chanp;ement d'état , pour l'apaiser ,
il, quitta son nom, et prit celui d'^M-
fresne, sous lequel il a toujours élé
connu au théâtre. Après avoir joué
dans les principales villes des provin-
ces et dans les pays étrangers, et s'être
appliqjic à un système de déclamation
qui lui était propre, il débuta, le 5o mai
1765 , à la Comédie française, par le
rôle d'Auguste dans Cinna , avec un
brillant succès , et sut vaincre les pré-
ventions du public, accoutumé au dé-
bit emphatique de la plupart des ac-
teurs de ce tem])s. Aufresne parlait
presque la tragédie, et rappelait, dit-
on , à beaucoup d'égards , par le na-
turel de son débit , la manière de Ba-
ron. Sans chercher a discuter ici une
question souvent reproduite, on peut
AUF
dire du moins qu'Aufresne faisait sor-
tir de cette simpUcité même des traits
sublimes qui subjuguaient les specta-
teurs ; cependant ce naturel , qu'on
ne pouvait censurer dans les rôles de
pères de la haute comédie, qu'il jouait
également avec beaucoup de succès ,
lui fit une foule d'ennemis secrets et in-
téressés de tous ses camarades. Il fal-
lait qu'il changeât de manière , ou que
la Comédie toute entière changeât la
sienne : voilà ce qui s'opposa à ce
qu'Aufresne fût admis comme socié-
taire à la Comédie française. Satisfait
du public , mais fatigué de la lutte iné-
gale qu'il avait à soutenir contre
ses camarades, il quitta la France.
On lit, dans une lettre de Frédé-
ric II, roi de Prusse, à Voltaire ,
ce passage : a Nous avons eu , l'année
» passée, Aufresne, dont le jeu noble ,
» simple et vrai , m'a fort contenté.
» Le Kain va venir ici cet été , et je
» lui verrai représenter vos tragédies.
» C'est une fête pour moi ; il faudra
» voir si les eiforts de l'art surpassent
» dans Le Kain ce que la nature a
» produit dans l'autre. » Cette lettre
est de l'année 1 775. L'année suivante,
Aufresne, après avoir fait un voyage
en Italie , vint à Fernev , où il reçut
de Voltaire les plus vifs applaudisse-
ments. « Vous me prêtez par votre jeu
« plus d'esprit que je n'en ai , » lui dit
ce vieillard, qui flattait parce qu'il ai-
mait à être flalté. Aufresne reçut eu
Russie un accueil très-distingué de Ca-
therine H, et a continué de jouir de
la faveur publique sous les successeurs
de cette impératrice : quelques mois
avant sa mort, arrivée vers l'année
1806, il a joué ce même rôle d'Au-
guste dans lequel il avait del)uté , et ,
malgré son grand âge , il y a produit
beaucoup d'eflcl. Cet acteur jouissait
de l'estime générale dans le pays oii il
s'était fixt. P—x.
AUG
AUGER ( Edmond ) , né en 1 5 1 5 ,
au village d'Alleman , dans le voisi-
nage deTroyes, d'un père qui était
laboureur , fit ses études chez son
oncle, curé de campagne. On a dit que
dans sa jeunesse, il avait été bateleur
et qu'il avait mené l'ours dans les rues.
Un fait plus certain , c'est qu'il entre-
prit le voyage de Rome à pied, men-
diant son pain , muni d'une lettre de
recommandation pour un jésuite de
cette ville, qu'il trouva mort à son
arrivée. Auger , dépourvu de toute
ressource , se fit écrivain public au
Campo de^ Fiori. Cet état ne lui four-
nissant pas de quoi vivre , il entra
au collège des jésuites , en qualité de
garçon de cuisine. On s'aperçut bien-
tôt qu'il avait fait de bonnes études.
S. Ignace l'admit an noviciat. Il pro-
fessa les humanités à Pérouse , à Pa-
doue , et la philosophie au collège ro-
main. Son talent pour la chaire se
manisfesta dans les exhortations qu'il
faisait au peuple dans les rues , selon
l'usage des Italiens. Lainez l'envoya ,
en iSSg, en France pour travaillera
la conversion des huguenots. Sa mis-
sion eut de grands succès dans plu-
sieurs villes du Midi; mais son zèle le
porta souvent à des déclamations qui
eurent des suites fâcheuses , surtout
à Bordeaux. Le fameux baron des
Adrets l'arrêta à Valence , et le con-
damna à être pendu. Il était d jà sur
l'échelle pour monter à la potence ,
lorsqu'un ministre, attendri du dis-
cours qu'il prononça dans cette posi-
tion , obtint sa grâce , dans l'espoir
d'en faire un prosélyte de sa secte.
Auger , échappé à ce danger , reprit
ses missions avec encore plus d'ar-
deur. Il eut de grands succès en Au-
vergne , principalement à Issoire , où
i,5oo huguenots rentrèrent dans le
seindeTÉgUsc. Il ne fut pas moins heu-
reux à Lyon , où il eut l'avautage de
UT.
AUG
33
rétablir l'exercice de la religion catho-
lique. Chargé de prêcher le carême de
1 5^5 , devant Henri III, ce prince le
nomma son prédicateur ordinaire, et
le prit pour son confesseur. Cette der-
nière commission lui attira le repro'
che d'avoir inspiré à son pénitent le
goût des petites pratiques d'une dé-
votion minutieuse, au lieu de le ré-
primander sur les vices qui déshono-
rèrent la vie de ce monarque. Ce
reproche paraît justifié par l'ouvrage
qu'Auger publia, en i584, sous ce
titre : Métanéologie sur le sujet de
Varchi - congrégation des pénitents
de V Annonciation de N.-D, , et de
toutes les autres de\>otieuses assem-
blées de r Eglise. C'est un mélange
bizarre de citations profanes et sacrées,
pour justifier la confrérie des péni-
tents blancs , étabhe par Henri III ,
etauxprocessions de laquelle ce prince
assistait vêtu d'un sac de toile. Son
attachement à la personne de Henri lïl
le rendit odieux aux ligueurs. Ils l'o-
bligèrent de se réfugier à Lyon , puis
à ïournon , de passer ensuite en Ita-
lie , où il voyagea de ville en ville ,
regardé comme un excommunié, et
alla mourir, en 1 5g f , à Côme , épuisé
de fatigue et de chagrin. Le P. Auger
se distingua par sa constante fidélité à
la cause royale dans un temps et dans
un corps où cette qualité était fort rare;
ce qui fait dire à l'historien Mathieu
« que, s'il eût vécu et qu'on ne lui eût
défendu la chaire , il eût fait autant de
service que tous les autres de son or-
dre pouvaient faire de mal. » On a
vanté sa modération envers les pro-
testants ; mais cet éloge est démenti
par plusieurs de ses ouvrages , entre
autres , par celui qui a pour titre : te
Pédagogue d* armes , pour instruire
un prince à bien entreprendre et a
heureusement terminer une bonne
guerre. C'est un vrai manifeste contre
54 AUG
les religionnaiies. On doit en dire au-
tant de son Sacre spirituel , dont il
serait à souhaiter qu'on n'eût à re-
prendre que le titre ridicule. On a en-
core de cet auteur une cinquantaine
délivres de controverses, oublies au-
jourd'hui ; un Catéchisme français ,
<;rec et latin , dont il se débita , à
Paris, en huit ans, près de 4o,ooo
exemplaires ; les définitions en sont
daires et justes j mais les maximes n'en
sont pas toujours exactes ; Breviarium
Romaimm^ cum ruhricis Gallicis ,
Paris, i588, i vol. in-fol. C'est ce
•fu'ou appelle le Bréviaire de Hen-
ri III. On dit que le P. Auger avait
refusé un évechc , et qu'il avait con-
verti 405O00 protestants. C'est le pre-
mier je'siiile qui ail été confesseur des
rois, il était éloquent pour le temps ,
et fort considéré de tous les gens de
lettres. T — d.
AUGER ( Nicolas ). Ce comédien ,
après avoir joué, avec beaucoup de
succès , l'emploi des valets , sur le
théâtre de Yienne en Autriche, vint
débuter à Paris, le i4 avril 1765,
dans le même emploi. Ses débuts fu-
rent très-brillants, puisque Armand,
qui était depuis quarante ans en pos-
session de ces rôles , dit , en le voyant,
qu'Auger le ferait un jour oublier.
Cependant, le public, après avoir
cédé au charme de la nouveauté , ne
fut point injuste envers un comédien
célèbre, et, quoiqu'on ait publié, Pré-
ville conserva la faveur dont il jouis-
sait , et que nulle comparaison ne
pouvait lui enlever. Auger était grand;
sa taille était bien proportionnée ; sa
figure convenait parfaitement à l'em-
ploi qu'il avait choisi ; sa physiono-
mie avait de la mobilité , et il en abu-
sait quelquefois, en se laissant aller à
des grimaces , à des charges outrées;
il en introduisit même dans quelques
r«les qiii auraient dû lui imposer de
AUG
la retenue ; telle est celle du gros bâ*.
ton de Kéglisse qu'il offrait dans la
scène où, jouant le Tartuffe, il cher-
che à séduire Elmire; plaisanterie in-
décente qui a long-temps été répétée
comme une tradition théâtrale. 11 avait
demandé à débuter dans la tragédie ; le
froid accueil qu'il reçut dans les rôles
d'Huascar et de Warwick lui prou-
va que le cothurne ne lui convenait
nullement : il a cependant joué avrc
succès quelques rôles qui exigent de
la noblesse , tel que celui du Com-
mandeur , dans le Père de famille.
Auger quitta la comédie en 1782, et
mourut à Paris, le 26 février 1785.
P— X.
AUGER ( Athanase ) , né à Paris,
le 12 décembre 1754, ecclésiastique,
fut d'abord ])rofèsseur de rhétôriqu»^
au collège de Rouen. L'évêque de Les-
car , M. de Noé , qui Tavait connu dans
cette ville , le fit son grand-vicaire ,
et l'ajipelait, en riant, son grand- vi-
caire inpartibus Alheniensiiim , al-
lusion à sa profonde connaissance de
la langue de Démosthènes. L'abbé Au-
ger, transporté d'Athènes à Paris, était ,
en effet , plutôt un philosophe grec
qu'un Français du 1 8*". siècle. Ses trait»
retraçaient ceux de Sorrate , comme
sa conduite offrait les vertus du sage.
de la Grèce. Étranger à toutes les
jouissances dont le luxe nous a fait
des besoius , son unique passion était
l'étude, devenue pour lui une des pre-
mières nécessités de la vie. Content
d'un revenu plus que modeste , qu'il
partageait avec une famille [)eu aisée,
jamais on ne le vit grossir la foule des
solliciteurs, et demander les grâces qui
vont si rarement chercher ceux qui se
contentent de les mériter. Modeste ,
ingénu, bienveillant, il joignait a la
simplicité d'un enfant, la candeur et
rinnocer)ce des mœui-s patriarchales.
Sans fiel , incapable de ressentiment ^
AUG
docile à la critique , souffrant la con-
tradiction , il .sut pourtant dire la ve'-
rile aux grands sans les blesser , et
trouvait au besoin la chaleur et l'é-
lïcrgie nécessaires pour dëiéndre ces
anciens dont la lecture avait fait les
délices et rocciipalion de toute sa vie.
Aussi eut-il le rare boidieur de ne con-
naître ni ennemis , ni envieux, et ces
vers de Séiis, pour son portrait, n'eu-
rent point de contradicteurs:
Voici rauiewr qui réunit
Le c<eur , les mœurs , le don d'ticrire ;
Que. jamais on n'entend médire ,
i£t dont personne ne médit.
Ixéçu à racade'mie des inscriptions ,
il s'y fit estimer, et encore plus aimcF)
par sa friUKbise et sa bonté. Les com-
luencenicnls de la révolution avaient
de quoi séduire une ame pure , noble
et ficre, et qui ne vit, dans les premiers
accès de cette fièvre temble, que le
lenne des abus at la naissance d'iui
meilleur ordre de choses; mais cette
adhésion aux premiers pvi.nci])es ne
put l'entraîner à aucun acte dont il
-eût à rougir. Cet écrivain estimable ,
qui cultiva les lettres sans les avilîr ,
leur fut enlevé le 7 février i79'2.
SoM éloge funèbre, par Hérault de
SécheRes , qui avait fait avec lui une
étude approfondie delà langue grecque
et des |;rands modèles qui l'immorla-
lisenl > ftit lu à la séance publique de
la société des neuf sœurs , k 'i5 mars
de la même année, et imprima depuis.
6es principaux ouvrages sont: f. Ha-
rans^ues de DémostJiènes ^l d'Eschi-
nes , sur la couronne , llouen , 1 768 ,
in- 1 '1 ; ÏT. OEuvres complètes de Dé-
mosihènes et d^ Es chine ^ '777 ^
1788, 6 vol. in-8\ Jl est le premier
qui ait fait passer dans notre langue
tout ce qui nous reste de ces deux
oratem"S , dont on ne connaissait que
quelques discours; mais tout le feu de
ces grands maîtres s'éteint sous les
mains timides du traducl€ur. Sa ver-
AUG
55
sion se recommande par la correction ,
par l'exactitude; mais elle manque de
vie , de chaleur et de noblesse. (iCpen-
dan t, ce grand ouvrage l'occupa dix ans,
et son panégyriste nous apprend qu'il 1«
rel'ondit en entier, avant de donner la
seconde édition, lïl. OEuvres com-
plètes d^Isocrate, 1 785 , 3 vol. in-8 '.
Cet ouvrage est plus estimé que le pré-
cédent , parce qu'il est pins facile de
reproduire la froide symétrie d'Iso-
crate , que l'éloquence impétueuse et
rapide de Démosîhènes. Cependant ,
un critique, sans doute trop sévère,
dit que le traducteur savait mieux le
grec que le fiançais, et que, si son tra-
vail pouvait servir aux études des
jeunes gens , il n'était pas fait pour
donner aux gens du monde une idée
de l'éloquence des anciens, et de l'élé-
gance attique. IV. OEuvres complètes
de Lrsias , 1 783 , in-8 '. ; V. Ho-
mélies , Discours^ et Lettres choi'-
sies de S. Jean Chrjsostôme , 1 785,
4 vol. in-8''.; VI. Discours choisis
de Cicéron, 1787 , 5 vol. in- 12. Il
les avait traduits tous, et il avait au-
tant médité l'orateur romain que l'o-
rateur grec, VU. Harangues tirées
d^ Hérodote ^ de Thucydide et des
œuvres de Xénophon, 1788, 2 voL
in-8 '. ; VIlî. Homélies et Lettres
choisies de S. B as ile-le- Grand, 1 7S8,
in - 8". IX. Projet d'éducation pu-
blique , précédé de quelques ré-
Jlexions sur V assemblée nationale,
-1789, in-8^î X. Catéchisme du
citoyen français. Xf. Des ^u\^er-
nements en générai, et en pçrrticulier
de celui qui nous conviant, i-Oi ,
in'8°.;XlI. Cor.ibien Hnous importe
d'avoir la paix, 1792 , in-8". XIII.
De la constitution des Romains , sous
les rois et au temps de la république,
179^, 3 vol. in-8\ L'auteur avait
consacré plus de trente ans à cet impor-
tant ouvragt, ïi y pi{^sente la consli-
5.T
36 AUG
tution romaine, d'abord dans son en-
semble , ensuite dans chacune de ses
parties, et développe l'organisation
des trois pouvoirs, législatif, executif,
judiciaire, et leur action simultanée
et réciproque. XIV. De la tragédie
grec/jue, 1792, in -S'*. Ce dernier
écrit, qui parut quatre jours après la
mort de l'auteur, était destine à servir
de préface à une traduction des trois
tragiques grecs, en prose et en vers.
Les écrits d'Auger , réunis à Paris ,
dont la partie posthume a été publiée
en 179^ (an '2 ), fonnent une collec-
tion de ig volumes , iu-S". La partie
posthume, en 1 o vol. in-8°. , contient
fa Constitution des Romains , et la
traduction de tous les Discours de
Gcéron. N — l.
AUG KR EAU (Antoine), en latin
Augerellus , fut reçu imprimeur li-
braire à Paris, en 1 55 r. Il paraît qu'il
exerça aussi l'état de graveur de ca-
ractères ; car La Caille, dans son His-
toire de V Imprimerie et de la Li^
hrairie ; pag. 1 04 , dit qu'il fut un
des premiers qui tailla des poiuçons
pour les lettres romaines, l'impres-
sion de ce temps-là n'étant presque
qu'en lettres gothiques. Les éditions
données par Augereau ont été assez
estimées : en voici quelques - unes ,
rapportées dans les Annales t^po-
graphiques de Panzer : I. Plinii
Seciuidi Historianim naturœ li-
bri XXX Fil, i53i, in-fol.; H.
Novus orhis regionum ac insula-
rum veteribus incognitarum , etc. ,
i552, in-fol. ; III. le Château de
Labour, et les Faintises du monde ^
1 55 i , in- 1 '2 ; IV. le Miroir de Mar-
guerite de France , reine de Na-
varre , etc., i555, in-8". ; V. He-
siodi opéra et dies , grœcè , 1 535 ,
in-8'.j VI. M. F. Quintiliani In-
stit. orat, lib. XII , 1 555, in-fol. ;
VII. Eusebius deprœparatione evan-
AUG
gel , 1 554 , in-8". ; VIÏI. S. Augus-
tini de naturd et graiid libellus ,
1 554 , in- 1 i ; IX. Sancli Prosperi de
gratid et libero arbitrio epistola ,
i554, in-8''. La Caille lui attribue
encore , Andreœ Naugerii Patricii
orationes duce, i55i , in-4".; Nu-
merus et tiiuli cardinalium . etc. ,
1 555 , in-8"'. Oraison de Cicéron
pour le rappel de Marcellus , par
Antoine Macault, i554. Panzer n'a
point parlé de ces trois derniers ou-
vrages. Il est présumable qu'Auge-
reau est mort vers i555, époque à
laquelle il exerçait encore , dit Lottin ,
dans son Catalogue des libraires de
Paris ; mais dès-lors on ne voit plus
d'éditions données par lui. P — t.
AUGIER ( Jean ) , sieur des Mai-
sons-Neuves, conseiller du roi , con-
trôleur-général des finances à Orléans',
était originaire d'Issoudun, 011 il occu-
pait la place de maître particulier des
eaux et forêts. Il avoue lui-même , dans
le seul ouvrage que nous ayons de lui ,
qu'il n'avait jamais fait d'étude, et que
c'est le chagrin seul de la perte de
son épouse qui l'a engagé à écrire.
Il fit imprimer, en un vol. in-8*'.,
en 1589, le Recueil des vers que sa
douleur lui avait inspirés , et il l'inti-
tula : Torrent de pleurs funèbres,
La vraie sensibilité s'annonce d'une
manière moins pompeuse, et tojit l'é-
talage qu'Augier fait de la sienne n*a
pu garantir ses vers de l'oubli. W — s.
AUGURELLO ( Jean-AurÈle ) ,
poète latin , né à Rimiui , vers 1 44 ' >
professa les belles-lettres à Trévise et
à Venise. Il habita le plus souvent la
première de ces deux villes , où il
mourut le '24 octobre i5'24. Outre la
poésie, il cultivait la langue grecque,
l'histoire, les antiquités et la philoso-
phie. On l'accusa de s'être adonné à
1 alcliiuiie; en efi'et il con)posa un poème
intitulé C^r;.so/;fÇi<i, dans lequel il eu-
AUG
seigne les moyens de faire de l'or ; mais
le savant Tiraboschi nie qu'il y ait
pailësërieusement, et qu'il ait cru à
ce prétendu art. On dit cependant
que f^eon X , à qui il dëdia ce poërae,
lui fit donner une grande bourse vide,
en lui disant que celui qui savait faire
de l'or n'avait besoin que d'une bourse
pour le mettre. Augurello fit des odes,
des élégies, des vers ïambes , des dis-
cours, qui ont été vivement critiqués
par Jules Scaligcr, mais où l'on re-
marque cependant un mérite au-dessus
du commun. L'auteur se montre un
des plus heureux imitateurs des an-
ciens. Ces poésies furent imprimées à
Vérone , 1 49.2 , in-4''. , et à Venise ,
1 5o5 , in-8 '. Son poëme de la Chry-
sopée parut à Baie , 1 5 1 8 , in-4''. ; An-
vers , 1 58^ , in-S". , et a été réimprimé
dans la Bibliotheca chemica curiosa,
dcMauget; il a été trad. envers français
par François Habert, Lyon, i548,
in- 16; Paris, 1626, in-8°. Il écrivit
aussi un livre intitulé Geronticon ,
ou delà Vieillesse, dédié à son disciple
Pierre Lippomano , depuis évêque de
Vérone. G — e.
AUGUSTE (Caïus Julius C^-
SAR Octave ) , originairement appelé
Caïus Octaviiis, était fils de Gains
Octavius, et d'4ttia, fille de Julia ,
sœur de Jules César. La famille des
Octaviens était originaire de Vellé-
tri, dans le pays des Volsques. lia
branche dont sortait Auguste était ri-
che , et tenait à l'ordre des chevaliers.
Son père fut le premier qui s'éleva
jusqu'à l'ordre des sénateurs. Ce der-
nier , après avoir été préteur , alla en
Macédoine , où il acquit de la réputa-
tion dans les emplois civils et militaires.
Octave, qui est le sujet de cet article ,
naquit pendant le consulat de Cicé-
ron, l'an de Iioiae 689 , le 23 septem-
bre de l'an iyi avant J.-C. Il perdit
son père peudant son enfance. Par
AUG 37
les soins de sa mère et de L. M. Phi-
lippus, qu'Attia avait épousé en se-
condes noces , le jeune Octave reçut à
Rome une très-bonne éducation , et fit
de tels progrès dans l'art de parler ,
le plus ulile et le plus important de
tous dans une république , qu'd pro-
nonça publiquement l'éloge funèbre
de sa grand'raère Julia , n'ayant encore
que douze ans. Son jugement préma-
turé , et la circonspection de sa con-
duite , lui attirèrent la faveur de son
grand-oncle Jules César, qui annonça
le dessein de l'adopter , dans le cas où
il n'aurait point d'enfants. Il l'aurait
même emmené avec lui en Espagne,
pour qu'il apprît l'art mihtaire sous
ses ordres, dans la guerre contre le
fils de Pompée, si Altia ne l'eût retenu,
sous prétexte qu'il était d'une santé fai-
ble. 11 se trouvait à ApoUonie en Epire,
où il étudiait l'éloquence , sous le fa-
meux rhéteur grec Apollodore , lors-
qu'il apprit ei/même temps la nouvelle
de la mort tragique de son oncle, et de
son adoption par ce dernier. Malgré les
timides avis de ses amis , il mit à la
voile pour l'Itafie , afin de connaître
sur les lieux mêmes l'état des choses , et
de poursuivre , ainsi que l'occasion s'en
présenterait , les espérances que lui
donnait l'adoption de Jules César. En
débarquant à un petit port près de
Brindes , il fut visitépar une députation
des soldats vétérans réunis en cette
ville. Conduit en triomphe , et pro-
clamé l'héritier et le vengeur de César,
il déclara soleuneilement son adop-
tion , et prit le nom de son oncle, en
y ajoutant celui d'Ortave. Il se mit à
la tête des vétérans , intercepta, pour
son propre usage, le tribut que les pro-
vinces au - delà de la mer envoyaient
à la capitale , ainsi que tout l'argent
<îui appartenait à l'état dans la ville
de Brindes, et marcha ensuite vers
Rome , en traver;saût la Gampanie. Il
38 AU G
n'avnil alors que dix-neuf ans , ef s'es-
sayait déjà à Ja souveraine j)uissance.
A Rome, deux partis divisaient l'état ,
celui des républicains , cpii ^ah fait
périr Ce'sar; celui d'Antoine et de Lë-
pide, qui prétendait le venger, et qui
n'avait rëellement d'autre intention
que celle d'élever leur pouvoir au-des-
sus des lois. A cette époque , le der-
nier ])arti clait triomphant , et le con-
sul Antoine exerçait une auloritë pres-
qu'absolue. Octave alîa d'abord visi-
ter Cicëron , retire à sa villa , près de
Cumes ; il lui parut très- avantajçcux
de faire entrer dans ses intérêts ce
grand orateur , qui, éloigne des deux
partis, conservait encore une gi-ande
popularité' , et qui d'ailleurs haïssait et
redoutait Antoine. Lorsqu'Octave ap-
procha de Rome, la plupart des ma-
gistrats , des soldats et des citoyens ,
allèrent à sa rencontre; mais Antoine
ne daigna pas faire attention à son ar-
rivée. La première démarche d'Octave
fut d'obtenir la ratification lëaale de
son adoption , ce qui se fit de la ma-
nière la plus solennelle. Il alla ensuite
voir Antoine , lui ofTrit son amitié , et
lui demanda l'argent que César avait
laissé pour paver ses legs. Antoine,
qui était blessé du ton de fermeté du
jeune héritier de César, et qui croyait
trouver en lui un obstacle à son ambi-
tion, le traita avec beaucoup de hau-
teur j mais il ne put détruire l'ascen-
dant que prenait Octave sur le peu-
ple , et chaque jour son rivai acqué-
rait de la popularité , à mesure que
lui-même perdait de la sienne. IjCS
amis de la famille de César ména-
gèrent entre les deux rivaux une ri>
courilialion, fondée sur l'intérêt qu'ils
flvaieut l'un et l'autre de s'opposer au
parti des républicains. Comme leur
ambition élait la même , il était dif-
ficile que leur union fût durable. Ils
s'embrassèrent plusieurs fois , le cœur
AUO
toujours dévoré de haine et de jaIorisi<?.
Leur inimitié était si connue , qu'on
accusa Octave d'avoir voulu faire as-
sassiner Antoine. Voyant que son ri-
val assemblait une armée, Octave se
rendit en Gampanie , réunit un grand
corps des vétérans de Ces; r , et revint
à Rome, quoiqu'il n'y eût aucun ca-
ractère ])uÎj1ic et aucune autorité. Il
alFerlait de se conduire toïjjours par
les conseils de Cicéron , qu'il appelait
son père. Voyant que le parti du sénat
était très - puissant, il s'y réunit, et
accepta un commandement dans l'ar-
mée qui devait marcher contre An-
toine, déclaré ennemi de l'état. 11 ac-
compagna les troupes des nouveaux
consuls Hirtius et Pansa , lorsqu'ils
marchèrent à Modène pour secourir
Décimus Brutus. Dans la première af-
faire de cette campagne, il donna lieu
à ses ennemis de soupçonner sa bra-
voure; dans la seconde, les historiens
s'accordent à dire qu'il remplit tous
les devoirs d'un général et d'iui soldat.
Les deux consuls périrent dans cette
bataille , et la circonstance de leur
mort parut si favorable à Octave , qui
restait le maître d'une armée victo-
rieuse , qu'il fut soupçonné, quoiqu'in-
justement , d'y avoir contribué. Octave
ne resta pas long-temps dans le parti
du sénat , qui lui préférait Décimus
Brutus , l'un des assassins de César ;
la haine qu'il portait aux chefs de ce
nouveau parii, et le peu d'espoir sur-
tout qu'il y trouvait de réaliser ses se-
crets desseins , le portèrent à se ré-
concilier avec Antoine , qui venait de
réunir une armée très-nombreuse , et
marchait en Italie , après en avoir été
chassé. Octave , campé à Bologne, es-
saya , par le moyen de Cicéron , d'ol)-
tenir le consulat; connne cette tenta-
tive ne réussit point , il eut soin de ca-
cher son mécontentement, et s'occupa
des moyens de se venger. Le sénat ,
AUG
alarme de l\ marche d'Ânlohie, donna
la conduite de la ç;uerre à Octave et à
Decimus Brutus. Octave, qui avait fait
son traite avec Antoine , au lieu de
marcher contre -lui , vint à Rome de-
mander , à la tête de son armée , le
coi.sulat qu'on lui avait refusé. Les ré-
publicains firent quelques préparatifs
de résistance; mais les soldats et le
peuple étaient trop affectionnés à Oc-
tave , pour que ses adversaires eus-
sent quelque espoir de succès. 11 fijt
reçu au milieu des plus vives accla-
mations , et déclaré consul par le peu-
ple, à l'unanimité des suffrages , quoi-
qu'il n'eût pas encore 20 ans révolus.
Lin des premiers actes de son auto-
rité consulaire fut de faire condam-
ner légalement tous cens qui avaient
pris part à la mort de César ; il fit
ensuite révoquer les décrets poités
contre Antoine et Lépide, et les in-
rita à revenir en Italie. Il alla au-
devant d'eux , et le lieu de l'entrevue
fut une île du Rlienus , aujourd'hui
Reno, petite rivière qui se perd dans
le Pô. Ce fut là qu'ils jetèrent les bases
de la fameuse puissance appelée le
triumvirat, dont le principe était une
égale distribution du pouvoir su-
prême entre les trois chefs, qui de-
vaient gouverner d'après de nou-
velles lois, et réformer, disaient-
ils, la chose publique. Ce plan fut
cimenté par l'horrible proscription
qui devait faire périr tous leurs ri-
vaux, tous leurs ennemis, et remplir
leurs trésors par les confiscations.
Ils se sacrifièrent mutuellement plu-
sieurs de leurs proches et de leurs
amis; Octave abandonna Cicéron à
la vengeance d'Antoine, qui, à son
tour, consentit à la proscription de
son oncle Lucius César. Un autre
sacrifice qu'on exigea d'Octave fut de
répudier Servilie pour épouser Clu-
dia , fille du fameux tribun Clodius et
AUG 59
de Fulvie, alors épouse d'Antoine.
La terreur devança les triumvirs dans
les murs de Rome. A leur arrivée , la
ville fut inondée du sang de ses ci-
toyens. Ce fut au milieu de ces pros-
criptions , dont il faut lire le récit
dans Appien , qu'Octave et Antoine
firent des préparatifs contre Brutus
et Cassius , qui s'étaient rendus maî-
tres des provinces d'Orient. Ayant
conduit leur armée en Grèce, ils ren-
contrèrent les chefs républicains dans
les plaines de Philippes , oii cette
grande contestation entre le triumvi-
rat et la ré[uiblique fut décidée en
deux batailles. Octave , retenu par ua
accès de fièvre, n'assista point au pre-
mier combat, à la suite duquel Cas-
sius se donna la mort. Il se montra
dans le second , où l'aile qu'il com-
mandait fut d'abord repoussée, mais
qui n'en fut pas moins décisif par la
victoire d'Antoine et par la mort de
Brutus. Antoine, qui avait gagné la
bataille, honora la mémoire de son
ennemi ; Octave se montra moins
généreux, et insulta, tisent les histo-
riens , aux restes de Biutus. Après
cette campagne , la santé d'Octave se
trouva si altérée que , lorsqu'il débar*
qua à Brindes , on désespéra de sa
vie, A son retour à Rome, il eut à
remplir la tâche difïicile de satisfaire
l'avidité des soldats , par la distribu-
tion des terres conquises sur le parti
vaincu. Cette distribution occasionna
de grands troubles ; Octave vit plu-
sieurs fois sa vie en danger. Au mi-
lieu des scènes tumultueuses qui agi-
taient toute riîalie, Octave eut à
combattre Fulvie , dont il avait répu-
dié la fiile C'ocîia, et Lucius, beau-
frère d'Antoine, qui avaient rassem-
blé des troupes dans^la Gaule cisal-
pine. Après plusieurs combats , Lu-
cius , le < hef de cette nouvelle guerre
civile , s'enferma dans Pérouse, et fut
4b AUG
bientôt obligé de cnpitnlcr. La ville
fui mise au pillage, et trois cents se'-
nateurs furent condamnes à mourir,
pour expier rattachement qu'ils
avaient montre au frère d'Antoine.
Ils invoquèrent l'humanitc d'Octave,
qui se contenta de leur repondre :
« 11 faut que vous mourriez. » Ce
massacre fut présente comme une
offrande pieuse , offerte à un autel
cleve aux mânes de Jules César
déifié. Antoine, revenu en Italie, fit,
avec Octave, un nouvel accord, par
lequel ils se partagèrent le monde
romain , laissant à Lépide les provin-
ces d'Afrique. Dans ce partage, Oc-
tave eut Bome et les provinces de
l'ouest. Alors les proscriptions com-
mencèrent à s'arrêter ; Octave laissa
revenir les proscrils quiavaientéchap-
pé à la mort, et qui ne pouvaient plus
lui faire ombrage ; la paix qu'il avait
rendue à l'empire romain ne lut trou-
blée que par la révolte de quelques
provinces des Gaules , qu'il alla paci-
fier en personne, et par la guerre
maritime de Sextus Pompée, qui dura
plusieurs années, et qui fut mêlée de
revers et de triomphes. Octave ne
pardonna point à Neptune d'avoir
favorisé Pompée dans quelques ren-
contres ; et , long-temps après , il fit
enlever sa statue du cirque où l'on
célébrait des jeux publics. Ce fut à son
retour des Gaules qu'il épousa la fa-
meuse Livie, alors femme deClaudius
Wëron , qu'il obligea de divorcer ,
après avoir répudié lui-même Scribo-
nia , sa troisième femme. Trois mois
après son mariage , Livie , déjà mère
d'une file, donna le jour à un fils ,
nommé Tibère, qui, dans la suite,
devint empereur. Bientôt le monde
romain n'eut plus que deux maîtres.
Dans la guerre contre Sextus Pom-
pée , Lépide , qui était venu eu Sicile,
avec une armée , cul quelques diffc-
AUG
rends avec Octave ^ il voulut faire va-
loir ses droits à l'autorité ; mais le
caractère de ce triumvir était si insi-
gnifiant, que toute son armée se rangea
"sous les ordres d'Octave, qui, dans
cette affaire, montra beaucoup de
prudence et de présence d'esprit.
Lépide fut dépouillé de son autorité
triumvirale , et il parut si mépri-
sable , qu'on lui permit de ^ivre.
Octave devait bientôt n'avoir plus de
rivaux à l'empire. Antoine, qui avait
l'Orient , semblait avoir pris les mœurs
des peuples soumis à sa domination ;
et, quoiqu'avancé eu âge, il se livrait
à l'amour et à la volupté, tandis que
le jeune Octave se montrait un véri-
table homme d'état , marchant tou-
jours à son but, et profitant de chaque
faute de son collègue. II avait l'avan-
tage très - important de voir Rome
dans son partage, cette ville dont le
monde était accoutumé à recevoir
des lois ; il sut en profiter , et s'ap-
pliqua à se faire aimer du peuple ,
dont il méritait eu quelques points
la reconnaissance , pour avoir rendu
à l'Italie l'abondance et la paix. La
générosité ou la prudence , qui lui fit
jeter au feu, sans les ouvrir, plusieurs
lettres de sénateurs trouvées parmi
les ])apers de Pompée , parurent an-
noncer un gouvernement plus doux ;
il ajouta encore à sa po])ularité, en dé-
clarant solennellement qu'il résigne-
rait la puissance suprême, aussitôt
qu'Antoine reviendrait de la guerre
conti'e les Parthes. On s'attachait d'au-
tant plus à lui, qu'il avait l'air de dé-
daigner le pouvoir ; il parut permettre,
plutôt que demander, qu'on le revêtît
du titre de tribun perpétuel , qualité
populaire, et qui fut son premier pas
pour arriver à la j)uissance suprême. A
mesure qu'il se rapprochait du peuple
romain, il se déclarait plus ouverle-
inent contre Amoin©.Pro(itint dr tou-
AUG
tes les occasions de rendre son rival
odieux, il acheva enfin de soulever
contre lui l'indignation des Romains ,
en lisant publiquement le testament
dans lequel l'amant de Clëopâtre re-
connaissait pciu' héritiers les fils qu'il
avait eus de celte princesse. Profitant
de la disposition des esprits , Octave fit
déclarer la guerre à la reine d'Egypte ;
«t, après avoir levé des forces considé-
rables, de terre et de mer , il s'avança
vers le golfe d'Ambracie, rencontra la
flotte d'Antoine à Actium, et, secondé
par son amiral Agrippa , remporta une
victoire qui le rendit maître du monde
romain. 11 poursuivit son rival en
Eg}'pte , et termina la guerre , se mo-
quant, avec sa froideur ordinaire , de la
proposition que lui fit Antoine, de ter-
miner leurs différends par un combat
singulier, en disant qu'il pouvait trou-
ver un autre moyen de mourir. Après la
mort d'Antoine etdeCîéopâtrc, il leur
fit faire de magnifiques funérailles. Un
fils, que son compétiteur avait eu de
Fulvie , n'eu fut pas moins immolé à
sa' vengeance ou à sa sûreté; un enfant,
appelé Césarion, que Cléopâtre, di-
sait-on , avait eu de César , subit le
même sort ; Octave reçut ensuite en
faveur le reste delà famille d'Antoine,
*t n'usa plus de ses succès qu'avec mo-
dération. 11 resta deux années dans
rOricnt , pendant Icsquell^ il arran-
gea toutes les affaires de4'Égypte,
de la Grèce, de la Syrie, de l'Asie
mineure et des îles. De retour à Rome,
il triomphapendant trois jours de suite,
avec une grande pompe. Délivré de
ses rivaux et de ses ennemis, et maître
de l'univers , il eut , dit-on , quelque
peine à se décider sur le mode de son
autorité futiu-e ; Agrippa , qui l'avait
élevé à l'empire par ses victoires, lui
conseilla d'y renoncer; Mécène, qui
n'avait point eu de part à ses con.
quêtes, était d'avis qu'il les mît à profit j
AUG il
il suivit l'alis de Mécène , ou plutôt
sa propre inclination, et, fidèle à k
politique qu'il avait toujours montrée,
il chercha à inspirer au peuple et au
sénat le désir de le voir maître ab-
solu de l'empire ; il abolit les lois du
triumvirat , embellit la ville , et s'oc-
cupa de réformer les abus nés au mi-
lieu des guerres civiles. A la fin de son
7*. consulat, vingt -sept ans avant
J.-C. , dans la 56'. année de son âge , il
se rendit au sénat, et, dans un discours
étudié, proposa d'abdiquer la puis-
sance. Le sénat admira sa modération ,
et le conjura de garder l'empire. Ce fut
alors , disent les historiens , une con-
testation de civilités qui aboutirent à
une satisfaction commune ; car Octave
continua à gouverner l'empire par le
sénat, et le sénat se gouverna toujours
par Octave. Il reçut alors un nom qui
exprimait la dignité de sa personne et
de son rang; et ce nom fut celui d^ Au-
guste. Auguste réunissait en lui le pou-
voir, lO. à'imperator ou empereur,
dont la signification fut étendue, et qui
le constituait commandant en chef de
toutes les forces de terre et de mer,
l'arbitredclapaix et delà guerre; 2". de
proconsul, que lui donnait une supré-
matie légale sur toutes les provinces
qu'il pouvait visiter ; 5°. de tribun per-
pétuel, qui rendait sa personne invio-
lable, et qui lui donnait le droit de s'op-
poser à tous les actes publics; 4"' de
censeur ou surveillant des mœurs ; 5".
de souverain pontife ou de chef de la
religion. Il avait de plus une dispense
d'observer les lois , suivant sa volonté.
A toutes ces prérogatives , on ajouta le
titre vénérable de père de la patrie,
qui semblait faire considérer son peu-
ple, ou plutôt le genre humain, comme
sa famille. Cependant , tous ces pou-
voirs , tous ces honneurs , ne lui furent
pas conférés à la fois, et ne se trou-
vèrent réunis sur sa tête qu'après un
42 AUG
intervalle de plusieurs années. Il limita
lui-même au terme de dix ans , son au-
torité, laissant aux circonstances lé soin
de la renouveler. Il abandonna au
sénat la nomination des gouverne-
ments des provinces , à l'exception ,
cependant, de celles qui étaient ex-
posées aux attaques de l'enuemi, cl
dans lesquelles se trouvaient rassem-
blées les léi^ions ; il conserva au peuple
!e' droit de choisir les principaux ma-
gistrats. L'esprit de sa politique fut
toujours de conserver les anciens noms
€t les anciennes formes , persuadé
que les formes et les noms ont plus
d'empire sur l'esprit des peuples , que
les institutions elles-mêmes. Un de ses
plus grands soins était de rendre sa
domination insensible , et de cacher
la main qui tenait les rênes du monde;
il rejeta jusqu'aux noms qui pouvaient
déplaire , et, sur toutes choses , la qua-
lité de dictateur, détestée dansSylla,
et odieuse dans César même. Le peu-
ple courut au devant d'une autorité
dans laquelle il voyait encore quelque
chose de l'ancien gouvernement. « A la
» réserve , dit un moderne , de quel-
» ques amcs iières que rien ne ^eut
« contenter , chacun se faisait hon-
. M ncur de l'apparence de la répubhque,
» et n'était pas fâché , en elTet , d'une
» douce et agréable domination. »
Le règne d'Auguste appartient plus à
l'histoire générale qu'à la biographie ;
nous nous contenterons d'en retracer
un rapide tableau. Il cul plusieurs
guerres à soutenir en Afrique, eu
Asie , et surtout dans les Gaules et en
Espagne , oii les lép,ions, animées ]iar
sa présence, eurei.t beaucoup de])eiue
à triompher des Cintabres. Ses armes
soumirent l'Aquitiine, la Pannonie,
la Dalmatie, rillyric; elles continrent
les Daces, les Numides elles Éthio-
jMcns. Il lit une alliance avec les
Piulhcs . qui ccHU-rrnt l'Armrnic , et
AUG
rendirent les drapeaux enlevés à
Crassus et à Antoine. Après avoir pa-
cifié la terre et la mer, Auguste ferma,
pour la troisième fois, l'an ^44 ^^
Rome, le temple de Janus , qui n'avait
été fermé que deux fois .want lui ; mais
cette paix ne tarda pas à être troublée
par la défaite de Varus, qui perdit
trois légions dans une bataille contre
les Germains, commandés par Armi-
nius {voy, Arminius), et se tua lui-
même après sa défiite. La nouvelle de
cet échec affligea vivement Auguste, qui
laissa croître sa barbe et ses cheveux,
et s'écria souvent , dans ses accès de
douleur : a Varusl imprudent Varus!
a rends-moi mes légions ! » Cepen-
dant, les Germains furent contenus
par Tibère, et cessèient de donner de
sérieuses alarmes au chef de l'empire.
Auguste, pendant la paix, fit un grand
nombre de règlements utiles, et s'oc-
cupa de perfocûonner son gouverne-
ment, en corrigeant les abus; il donna
une nouvelle organisation au sénat; îA
s'occu])a de la réforme des mœurs,
surtout dans ce qui concerne les ma-
riages , qu'il encouragea; i! fil aussi des
lois somptuaires; régla la discipliue
de l'armée, qu'il avait besoin de con-
tenir; rétablit l'ordre dans les jeux da
cirque et dans les spectacles, et tra-
vailla à l'embellissement de Rome,
qu'il se vanta, avec raison, de laisser
de raaibre après l'avoir trouvée de
briqut. Il fit plusieurs voyages , ^in
de porter partout , selon l'expression
de Patcrculus , les bienfaits de la paix
qu'il avait donnée au monde. Jl visita
la Sicile et la Grèce, l'Asie mineure,
la Syrie, la Gaule, etc.; fonda, dans
plusieurs contrées, des villes et des
colonies. Les peuples lui élevèrent des
autels, et, par un décret du sénat, le
mois de sextiîis prit le nom d'Auguste.
On conspira deux fois contre la vie
d' Auguste; Cœpio, Wurcna , Egna-
A U G
tins, etc., furent découverts et punis.
Cinna fut plus heureux; ciprès avoii-
conspiré contre Auguste , il obtint sou
amitié'. La ge'nerosite' d'Auguste ne fit
qu'augmenter l'alïection des Uoraains,
vl diminua le nombre des mécontents.
Dès-lors , il n'eut plus d'ennemis,
jii au dedans , ni au dehors; il ne
trouva plus d'obsticles à sa volonté,
ni à sa puissance, et le maître de l'em-
jiirc ne pouvait plus avoir de vœux à
former, s'il eiit gouverne' sa propre
maison avec autant de bonheur qu'il
gouvernait l'univers. Les dëi èglements
de sa fille Julie l'affligèrent vivement)
il se montra même cruel en cette occa-
sion , et traita plus sévèrement ceux
qui avaient attente à l'honneur de sa
famille, que ceux qui avaient attente à
sa vie. L'histoire dit qu'il se lais -a
gouverner, dans sa vieillesse, par Li-
vie, la seide personne, peut-être , qu'il
eût véritablement aimc'e. A])iès avoir
perdu ses enfants , et tous les jeunes
princes en qui il avait ])lacé ses espé-
rances pour lui succéder, il ne trouva
plus que Tibère, dont il conmiissait les
mauvaises qualités , pour gouverner
après lui l'em j>ire. Son âge avancé, et sa
santé, qui s'affaiblissait tous les jours ,
lui fit enfin désirer le repos. Il venait
défaire un voyage vers la cote de Cara-
panie, lorsqu'il fut obligé de s'arrêter
à INole, où il se mit au lit, et attendit
patiemment les approches de la mort.
Le dernier jour de sa vie, disent les
liistoriens, il demanda un miroir, et
fa arranger ses cheveux et son visage;
alors, fiisant venir ses amis autour
de son lit, il leur demanda s'il avait
Lieu joué son rôle sur le théâtre de la
vie. Lorsqu'ils lui eurent exprimé
leur assentiment : « Ainsi donc, » ajou-
ta-t-il , eu se servant des paroles que
prononçaient les acteurs à la fin des
pièces, « adieu, battez des mains. »
Qiiaud ils èç furent retirés, il fil à
A U G 43
Livie de tendres adieux, et rendit dans
ses bras les derniers soupirs. Il mou-
rut le 19 du mois qui portait sou
nom, l'an i4 de J.-C. , et de Pxome,
•^65, à l'âge de soixante-seize ans. Si
le dernier trait de la vie d'Auguste est
authentique, il peut servir à expliquer
son caractère, sa politique, et même
sa fortune. Il est certain que sa con-
duite fut toujours calculée et réfléchie,
et qu'il eut le giand avantage de rester
froid et impassible, au milieu d'im'
empire agité. Il marcha toujours a son
but, sans jamais laisser pénétrer ses
desseins. L'effet de cette politique était
si sûr, que, sans être un grand guer-
rier , il profita/de la guerre pour arriver
à l'empire; il profita de toutes les
passions qu'il ne partageait point, et,
souvent des quahtés qu'il trouva dans
les autres. 11 vainquit Brutus par An-
toine, et Antoine par Agrippa; il chan-
gea j)lusieurs fuis de [)arti, sans lien
changer à ses projets, et devint enfin
le maître, sans que la haine ou la jn-
lousie eu>scnt pu le deviner. Toute sa
vie, il parut refuser l'em piie qu'il avait
désiré , et, cinq fois, il offrit d'abdiquer
une puissance qu'on le priait toujours
de retenir entre ses mains. Auguste
est un des hommes dont on a dit le
phis de bien et le plus de mal. Après
avoir promené dans l'empire toutes
les fureurs de la guerre civile, ii fit
connaître aux Romains toutes les dou-
ceurs de la paix; «t l'histoire est obh-
gée de répéter qu'il aurait dû ne jamais
vivre, ou ne jamais mourir. Dèslelrn-
demain de la bataille d'Actium, il regar-
da comme ses sujets tous les Romains
qu'il avait combattus , et les traita avec
modéi-alion ; il oubliait facilement les
injures personnelles, et souffrait qu'eu
fît devant lui l'éloge de Pomjjée. de
Catoii et de Brutus. On peut dire qu'il
donna l'impulsion à tout ce qui se fit
de bien sous son règne; il raninKi
44
AU G
raj^rkulture , enromngra les arts , et
JeslitaimcT.Doué d'imgoiit exquis, et
d'un esprit qui s'appliquait à tout, il
cultiva et protégea les lettres, et mé-
rita d'attacher son nom à l'une des épo-
ques les plus honorables pour l'esprit
humain. Après une longue vie, il mou-
rut regretté de l'univers, qu'il avait
troublé dans sa jeunesse, moins grand
peut-être que César, mais d'un esprit
plus réglé; ce qui a fait dire qu'il eût
été plus glorieux d'être dans l'armée
de César, et plus doux de vivre sous
le gouvernement d'Auguste. Après sa
mort, Drusus communiqua au sénat
quatre petits livres écrits de sa main ;
le premier contenait quelques règle-
ments relatifs à la cérémonie de ses
obsèques ; le second était un journal
des principales actions de sa vie ,
qui furent gravées sur les colonnes
d'airain qui soutenaient le frontis-
pice de son mausolée. Une grande
partie de ce journal a été conservée
sur un ancien marbre trouvé dans la
ville d'Ancyre. Le troisième livre con-
tenait un abrégé des forces et des dé-
penses de l'empire ; le quatrième
était un recueil d'instructions pour ses
successeurs, qu'il détournait d'entre-
prendre de nouvelles conquêtes. Les
funérailles d'Au<ruste furent célébrées
avec une grande pompe. La maison
oîi il était ne, celle où il était mort,
furent changées en sanctuaires. Livie
se mit à la tête des prêtresses de cette
nouvelle divinité. Elle iit compter
10,000 se terces à un sénateur qui
affirma, par serment, qu'il. avait vu
l'ame d'Auguste monter au ciel. On
érigea partout des temples au prince
déifié , et un nouvel ordre de prêtres
fut institué en son honneur. Tibère
lui consacra un sanctu;urc dans son
propre palais, et choisit vingt -un
prêtres parmi les sénateurs. Auguste
s'était exerce dans la poésie j il avait
AUG
composé une tiagédic à'Ajax et
Ulysse, un livre d'épigrammes, et
un poëme , inlilu'.é : la Sicile. On a
souvent cité ces vers suv ÏÉnéid" ,
qu'Auguste sut assez apprécier pour la
dérober aux flammes, malgré les der-
nières volontés, de Virgile:
Er{;« ne supremis potiiil xo\ improba vcrbi»
Tam «liniiii mandar»' nefns; '■'••jo ibit m i{;nes,
Matînafjiie <io( tiloqui iiiori>'lur iniua Mar«»>iis?
Scd le^iim servaiula lides ; suprema volunli»
Quod mandat. Heriqiic jub/t. parère ncc< sse est.
Frangalnr potiùii legum vrnpraiida poleslas
(^)u;im toi congeslos nocluque dieque labore»
Haiiserit una dies .'...•
Les fragments qui nous restent d'Au-
guste ont été recueillis par J. Iiutgers ,
et publiés par J. A. Fabricius; Ham-
bourg, 17*^7, in-4''. Ce volume con-
tient différents opuscules relatifs à
Auguste. M — D.
AUGUSTE, dit le Pieux, duc de
Saxe, fils de Hcmi-le Pipux, naquit
le 5i juillet iSiô, fut d'abord admi-
nistrateur de révêché de Mersrbourg,
succéda, en i553, à son frère Mau-
rice, dans l'électorat de Saxe, et re-
çut , treize ans après , de l'empereur
Maxirailien II, l'investiture de ses
états, avec dix étendards, solennité qui
fut la dernière de ce genre en Alle-
magne , les investitures d'apparat
étant tombées en désuétude. L'élec-
teur Auguste dissipa, en i56'5, une
révolte suscitée par les partisans de
Jean-Frédéric , duc de Saxe , fils de
l'électeur déposé , et fit arrêter et con-
duire à Vienne ce prince aussi mal-
heureux que sou père , et dont les
états furent donnés à son frère Guil-
laume. Les réformes ayant voulu s'in-
troduire dans les états d'Auguste , ce
})rince les en écarta , et fit dresser le
ameux coi-ps de doctrine connu sous
le nom de Formule de concorde , pour
réunir les lutbériins qui commen-
çaient à se diviser. Il s'opposa , en
1 58'i , dans la diète d'Augsbourg, à la
réception du calendrier • grégorien ,
soutonant qu'on ne pouvait l'adraettic
AUG
sans donner atleinle aux libertés ger-
maniques, attendu le ton iiupérieux que
prenait , pour le faire adopter , le
chef de TEglise catholique. L'avis d'Au-
guste fut suivi par tout le parti pro-
testant. Ce prince mourut le 1 1 fé-
vrier i586, après avoir embelli la
Saxe de plusieurs édifices publics , et
dépensé des sommes considérables à
faire bâtir le château d'Angusten-
bourg; mais ses fiiiances étaient en si
bon ordre , qu'il laissa dans son trésor
dix-sept millions d'écus. — Son fils ,
Christian V^. , lui succéda. B — p.
AUGUSTE II (Frédéric), élec-
teiu- de Saxe et roi de Pologne, second
fils de Jean- George III, électeur de
Saxe , et d'Anne-Sophie , fille de Fré-
déric m , roi de Danemarck , naquit
à Dresde , le isi mai 1670* La nature
l'a vait doué d'une force et d'une adresse
qui le firent réussir, dès sa première
jeunesse , dans les exercices du corps,
et une éducation très -soignée lui ins-
pira, pour les occupations de l'esprit,
un goût dont l'influence se retrouve
dans tout le cours de sa vie. La guerre
que l'Europe entière faisait alors à
Louis XIV, l'appela sur les bords du
Rhin, où son père, joint à l'électeur
de Bavière , commandait l'armée de
l'Empire. 11 se distingua dans plusieurs
rencontres j mais l'entreprise des im-
périaux sur la Franche-Comté n'ayant
pas eu de succès , la campagne ne fut
que défensive , et le jeune prince n'eut
aucune occasion brillante de se faire
remarquer. Il n'en apprit pas moins
de ses ennemis l'art de la guerre : il
devait déjà au séjour qu'il avait fait en
France , avant la rupture de la trêve
de Ratisbonne , celte élégance de ton ,
ce goût du luxe et des arts qui , dans
la suite , firent regarder la cour de Saxe
comme la plus brillante d'Europe ,
après celle de Louis XIV. En 1691 ,
l'électeur son père étant mort, Au-
A U G 45
gustc alla à Vienne , oii il se Ha d'une
étroite amitié avec l'archiduc Joseph ,
depuis empereur , sous le nom de Jo -
seph P''. Cette amitié l'attacha pour
long-temps aux intérêts de l'Autriche.
La mort de son frère aîné , Jean Geor-
ge IV, l'ayant rendu maître de la Sb%c^
il accepta, en lôgS , le commande-
ment de l'armée impériale destinée à
repousser les Turks, qui se prépa-
raient a entrer dans la Transylvanie ,
et se rendit à Péter-Wa radin pour mar-
cher de là au secours du comte Vélé-
rani , chargé de garder les passages
de cette province. Il arriva trop lard:
le comte , battu à Lugos , avait été
fait prisonnier , et les débris de son
armée rejoignirent avec peine celle de
l'électeur , qui , après avoir apaisé les
troubles de la Transylvanie, et mis les
frontières en état de défense , retourna
à Vienne pour demander de nouvelles
forces. Dans la campagne suivante, Au-
guste fit avancer les impériaux, et forma
le siège de Temeswar ; mais il fut bien-
tôt contraint de le lever ; les Turks se
préparaient à l'attaquer dans ses re-
tranchements. Il les prévint, et enga-
gea avec eux , sur les bords du Begb ,
une action où la victoire resta i?idé-
cisc; il fit habilement une retraite diffi-
cile, et vint camper, le 5o août iOqC),
à Oitatsch, où il quitta l'armée pour
aller consacrer ses soins, son argent et
ses troupes à l'acquisition du trône de
Pologne , que se disputaient plusieurs
rivaux. Jean Sobieski avait laissé trois
fils 5 mais la cour de France n'avait pas
oublié qu'en 1 6'j'i ce prince, ne soup-
çonnaia pas qu'il dût bientôt régner,
avait écrit à Louis XIV, au nom des
grands de Pologne, «pour lui demander
de leur donner pour roi , ou Tureune,
ou Coudé, ou un prince de Conti, en-
core enfant , dont Turenne serait le tu-
teur. » Tm'enne et Condé étaient morts;
mais le prince de Conti n'était plus en-
46 A U G
fant , et Tabbé de Polignac, ambassa-
deur de France en Pologne, fit agir en
sa faveur tous les ressorts de l'intri-
gue et tous les pouvoirs de rëloqucnce.
Tout semblait servir ses projets ; la
plupart des prétendants avaient ete
écartés. Jean Przependowiski , caste' -
lan de Gulm , engagea tout à coup l'c-
Iccteur de Saxe à s.? mettre sur les
rangs , et l'abbé de Polignac craignit
bientôt de ne pouvoir vaincre un ad-
versaire si redoutable. Le cardinal Rad-
ziejowski, primat du royaume, ainsi
que le plus grand nombre des palatins,
soutenaient le prince de Conti ; mais
Auguste était aux frontières ; il vendait
ses droits sur quelques-uns de ses cLits
d'Allemagne, pour avon* de l'argent,
et employait cet argent à acheter des
suffrages ; il abjurait le luthéranisme
pour embrasser la religion des nou-
veaux sujets qu'il voulait gagner : la
diète s'assembla le 25 juin 1697. ^^^
double élection fut faite le ly, Au-
guste confirma lui-même la sienne, en
entrant aussitôt en Pologne avec dix
mille Saxons. La corruption et reffroi
l'emportèrent sur l'adresse du minis-
tre français ; l'électeur de Saxe fut
couronné à Cracovie, le i5 septem-
bre , et le prince de Conti , après s'ê-
tre présenté devant Dantzig , fut obligé
de revenir en France, laissant son ri-
val possesseur d'une couronne plus
difficile à conserver qu'à conquérir.
Auguste ne tarda pas à s'en a])crce-
voir. « Élevé, dit Khulières, dans les
» préjugés des souverains , il crut
» qu'il lui serait facile de régner arbi-
» trairement dans un pays en proie à
» tant de désordres.... Il conçut de cette
M facilité même , avec laquelle il avait
)» acquis le royaume, l'espoir dangereux
» d'y rendre souauloriteabsolue.il vio-
» la toutesles conditions qui lui avaient
» él4 prescrites , et, pour conserver
» auprès de lui , soui le nom de trou-
AUG
» pes auxiliaires, l*armée saxonne qu'il
» avait juré , à son couronnement, de
» renvoyer en Saxe, il chercha à eu-
» gager la république dans une nou-
» velle guerre. » L'occasion s'en pré-
senta bientôt. Par le traité d'Oliva ,
conclu le 7 mai 1660 , la Pologne
avait cédé à la Suède la phis grande
partie delà Livonie. Auguste , en mon-
tant sur le troue, avait fait serment de
la rejoindre à ses états; le roi deDa-
nemarck et le czar Pierre I**". s'en-
gageaient à l'attaquer de leur côté;
Charles XII, encore très-jeune, sem-
blait peu propre k la défendre. Auguste
fit marcher ses troupes, et parut bien-
tôt à leur tête pour former le siège de
Riga. 11 eût emporté la place, sans la
fermeté du gouverneur, le vieux comte
Dalberg. Le siège traînant en longueur,
Auguste saisit uu prétexte pour se re-
tirer sans honte; la viile était pleine
de marchandises hollandaises ; les
Étals-Généraux firent faire des repré-
sentations à la cour de Pologne , et « le
» roi , dit Voltaire , consentit à lever
» le siège, plutôt que de causerie moin-
» dre dommage à ses alliés , qui ne fu-
» rent point étonnés de cet excès de
» complaisance , dont ils surent la vé-
» ritable cause. » Des motifs détermi-
nants se Joignirent à ce prétexte : Au-
guste apprit la défaite de ses alliés;
Charles XII venait de battre le roi
de Danemarck sous les murs de Co-
penhague , et ce prince avait été obligé
de se racheter par le traité de Tra-
vendahl ^ conclu le 1 8 août 1 700 ;
Pierre P' . avait été battu à Narva , et
Charles se disposait à pénétrer en Po-
logne. Auguste sentit la nécessité de
songer à se défendre, plutôt qu'à con-
quérir. Dans une entrevue qu'il eut
avec le czar , les deux monarques
contractèrent unt' étroite alliance , sç
promirent réciproquement 5o,ooo
lioraines de troupes , «t , après s'être
A U G
livres pendant quinze jours à des excès
d'intempérance qui étaient dans les
mœurs de l'un et dans les goûts de
l'autre , se séparèrenl pour alltr veiller
à la sûreté de leurs états. Alors s'en-
gagea cette lutte digne de l'histcirc, et
qui a trouvé un historien digne d'elle.
Charles Xllel Pierrel'. y attirent seuls
les regards ; leurs noms ont jeté un
tel éclat , qu'Auguste II , éclipsé , n'est
guère connu de la plupart des lecteurs
que comme l'ennemi de l'un et l'allié
de l'autre : cependant , il fît tout ce que
pouvait faire un prince habile et vail-
lant; il avait à combatlre, avec ses
fidèles Saxons , l'insubordination po-
lonaise et la bravoure suédoise. Ce
royaume, qu'il avait payé si cher,
était plein de ses ennemis . que son
despotisme avait irrités. Il n'était pas
assez fort pour ramener l'unité dans
ce désordre: il avait moins une véri-
table fermeté , qu'une bravoure à toute
épreuve, et cet amour opiniâtre du
trône, qui naît de l'habitude de ré-
gner. Charles Xll , bien conseillé par
son ministre , le comte de Piper , ne
parut jamais le considérer que comme
un usurpateur , monté sur le trône en
dépit des Polonais , et sépara cons-
tamment de la cause du roi celle de
la république. Aussi n'eut-il que les
troupes saxonnes à combattre; encore
Auguste ne pouvait-il pas en faire
entrer beaucoup en Pologne : la na-
tion s'y opposait continuellement. Ce
fut auprès de Riga que se livra la
première bataille ; Auguste ne put s'y
trouver, parce qu'il était malade; en
son absence , le maréchal de Sténau
la perdit, et rentra dans laLusace,
laissant Charles maître de la Cour-
lande et de la Lithuanie , et, entre au-
tres, de cette petite ville de Birsen, où
le roi de Pologne et le czar avaient
conspiré sa ruine quelques mois au-
paravant. « Ce fut dans <iette place ,
AU G 47
» dit Voltaire, qu'il conçut le dessein
» de détrôner le roi de Pologne , par
» les mains des Polonais eux-mêmes. »
Il eut peu de peine à y réussir ; le
cardinal liadziejowski, qui s'était op-
posé autrefois à l'élection d'Auguste ,
se mit secrètement à la tête du parti
qui voulait le détrôner ; la diète ,
convoquée à Varsovie le i déc. 1701,
se sépara sans avoir rien fait que prou-
ver au roi l'état chancelant de son
autorité ; il envoya à Charles XII la
comtcs.-^e de Kœnigsmarek , sa maî-
tresse, pour obtenir une paix avanta-
geuse ; elle ne put obtenir une au-
dience, et, lorsque le primat se rendit
lui-même dans le camp suédois pour
négocier , Charles lui dit tout haut :
« Je ne donnerai point la paix aux
» Polonais qu'ils n'aient élu un autre
» roi. » Le primat informa tous les
palatins de cette réponse : Auguste
vit qu'il fallait combattre ; il fit venir
iu,ooo Saxons , rassembla l'armée
polonaise , dite armée de la couronne,
et marcha au-devant de son ennemi.
Les deux armées se rencontrèrent le
i5 juillet 1702, entre Varsovie et
Cracovie ; Auguste avait ^/^jooo hom-
mes; Charles n'en avait que 12,000;
mais dès le commencement de l'action ,
les Polonais lâchèrent le pied , et , mai-
gré la bravoure des Saxons , malgré
les eiTorts de leur prince, qui les rame-
na trois fuis à la charge , Charles rem-
porta une victoire complète, poursui-
vit Auguste, entra après lui dans Cra-
covie, en sortit pour le poursuivre
encore, et ne se fût ariêté qu'après
l'avoir atteint, s'il ne s'était cassé la
cuisse en tombant de cheval. Auguste
profila de l'intervalle que lui laissait
cet accident pour regagner des parti-
sans en Pologne ; la justice de ses
plaintes, l'affabilité de ses manières ,
la facilité de ses promesses , entraînè-
rent les palatins convoqués à Lublin:
48 AU G
le ministre que renipcreur Leopold
avait envoyé à la diète contribua à les
ramener ; ils promirent à Auguste
une arrace de 5 0,000 Polonais , et
donnèrent six semaines aux révoltés
pour \ enir demander pardon à leur
roi ; mais ces révoltés formaient aussi
à Varsovie une diète ou confédération
redoutable que Charles Xïl, guéri de
sa chute, se préparait à appuyer. Il
marcha tout à coup contre les restes
de Tarmée saxonne qui s'étaient ras-
semblés à Pultusck , et le maréchal
de Stenau , battu de nouveau , eut
peine à se sauver avec deux régiments.
Thorn , Elbing , Marienbourg tom-
bèrent au pouvoir du vainqueur j le 1 9
avril 1704 , la diète de Varsovie
déclara Auguste , électeur de Saxe ,
inhabile à porter la couronne de Po-
logne 5 un interrègne fut publié ; on
fixa le T2 juin suivant pour l'élec-
tion d'un nouveau roi ; la voix pu-
blique et la volonté de Charles appe-
laient au trône Jacques Sobieski; mais
le roi détrôné sut encore écarter ce
rival. Sobieski chassait aux environs
de Breslau avec son frère Constantin j
trente cavaliers saxons , envoyés par
Auguste, les saisissent à l'improviste et
les emmènent prisonniers à Leipzig :
leur frère Alexandre refusa unç cou-
ronne que sa générosité lui défendait
d'accepter aux dépens de son aîné.
Charles se vit un moment embarrassé
pour trouver un roi : Stanislas Lec-
zinski, palatin dePosnanie, reçut enfin
dans Varsovie, le 12 juillet 1704,
un honneur qu'il désirait peu , et que,
malgré son courage, il défendit ensuite
faibUment, parce qu'il n'avait point
d'ambition. Auguste, accoutumé à en-
lever ses livaux , et qui lui-même
s'était vu sur le point d'être enlevé
près de Cracovie , par le général sué-
dois Reinschild, qui , l'ayant surpris à
tftbk, l'avait force de s'enftur jusqu'à
AUG
Sandomir, résolut de marcher bruS'
quement sur Varsovie , où Stanislas
était resté avec sa famille , une garde
polonaise peu sûre, et i5oo Sué-
dois, commandés par le comte de
Horn. L'électeur de Saxe touchait aux.
murs de la ville, avec 20,000 hom-
mes, avant qu'on se doutât de son
approche : Stanislas s'enfuit précipi-
tamment ; le comte de Horn et ses
Suédois furent faits prisonniers ; Au-
guste rançonna durement une capitale
infidèle ; le nonce du, pape , qui l'avait
accompagné, menaça de l'excommuni-
cation tous les prélats qui l'abandon-
neraient; mais la surprise d'une ville
et la colère de la cour de Rome étaient
de faibles secours contre Charles XIÏ,
que Stanislas avait rejoint , et qui no
tarda pas à chercher Auguste, soigneux
de l'éviter. En vain le monarque dé-
trôné s'efforça de tromper son ennemi
par des marches rapides et mulliphées ;
en vain le comte de Schulenbourg, à
qui il avait confié l'infanterie saxonne .
passa l'Oder sous les yeux de Charles,
et exécuta une retraite glorieuse ; en
vain Auguste eut à Grodno une nou-
velle entrevue avec le czar Pierre, qui
fit entrer eu Pologne un corps consi-
dérable de Moscovites : la fortune da
Charles tiiompha de tant d'efforts ; le
général suédois Reinschild remporta,
près de Fraucnstadt , le 1 5 février
1706 , une victoire complète sur le
comte de Schulenbourg. Auguste com-
mença à trembler pour ses états héré-
ditaires; la fidéhté des Saxons méritait
qu'il portât désormais sur eux toute sa
sollicitude ; il fit fortifier Dresde , gar-
nit de troupes la Lusace et toutes ses
frontières ; niais un pays épuisé ne
pouvait opposer qu'une faible résis-
tance à une armée victorieuse : Charles
pénétra en Saxe , et ces mêmes Saxons
qui, depuis dix ans, combattaient sans
imiriqure pour4X)nqueïir àleurprinoe
AUG
clés ëtats étrangers, ouvrirent partout
leurs portes à l'enneiui qui Tenait le
dépouiller de ses états héréditaires.
L'électeur était resté en Pologne avec
les Mosco-v-ites ses alliés; sentant eufm
la nécessité de faire la paix, mais,
forcé de négocier secrètement pour ne
pas se brouiller avec le czar qui vou-
lait la guerre , il envoya des députés à
Charles, et leur donna ses pleins pou-
voirs, a Allez, leur dit -il en propres
» mots , tâchez de m'obtenir des con-
» ditions raisonnables et chrétiennes ».
Charles en imposa de fort dures; il exi-
gea qu'Auguste renonçât à la couronne
de Pologne , reconnût Stanislas pour
roi , abandonnât l'alliance de la Russie,
renvoyât libres les princes Sofcieski ,
les prisonniers de guerre, et livrât
tous les déserteurs. Pendant que les dé-
putés s'efforçaient d'obtenir quelqu'a-
doucissement , ce prince lui-même,
forcé par les Russes, qui ignoraient
cette négociation , de livrer bataille au
général suédois Mardefeld que Charles
avait laissé en Pologne , remportait ,
près de Kalisch, une grande victoire ,
rentrait dans Varsovie, et y faisait
chanter un Te Deiim, lorsqu'on lui
rapporta la réponse de Charles. L'é-
lecteur fut tenté de profiter d'un mo-
ment de prospérité ; il accusa ses
plénipotentiaires d'une précipitation
déplacée ; mais il n'était plus temps :
continuer la guerre, c'était exposer
la Saxe à de nouvelles dévastations.
Auguste signa le traité qu'on lui pro-
posait, et alla, le 1 8 décembre 1706,
rendre visite à Charles , dans son
camp d'Alt-Ranstaîdt. Pour comble
d'humiliation , il se vit forcé d'écrire
une lettre de feTicitation à Stanislas, en
lui envoyant les pierreries et les ar-
chives de la couronne, moyennant
quoi il redevint paisible possesseur
de son électorat, et rentra dans Dresde,
uù il reçut, peu après ; la visite iuatteii-
II.
AUG 49
due du roi Charles, qui, marchant
contre la Russie, vint incognito passer
quelques heures avec l'électeur éton-
né. Celui-ci ne démentit point , en cette
occasion, sa réputation déloyauté; il
ne voubit pas écouter les insinuations
de son premier ministre , le comte de
Flemraing, qui lui conseillai! de ne pas
laisser partir son redoutable ennemi.
Rendu à ses premiers sujets, Auguste
ne s*occupa d*abord que de leur bon-
heur: il s'appliqua à réformer l'admi-
nistration et la jurisprudence; il créa da
nouvelles chaires dans les universités,
et fonda un collège j)Our l'éducation de
la noblesse : les lettres fleurirent sous
sa protection ; Dresde dut à ses soins
de beaux édifices; mais son humeur
guerrière ne l'avait pas quitté, et son
goût pour le faste l'entraînait souvent
à des dépenses ruineuses. En 1 708 ,
il fît incognito la campagne des Pays-
Bas contre la France ; en 1 701) , il se
vit rappelé dans ce royaume qu'il avait
quitté avec tant de regret, quoiqu'il
n'y fût ni puissant ni aimé; Char-
les XI l , battu à Pulîawa , ne pouvait
plus soutenir le roi qu'il avait fait : le
comte de Flemming préparait depuis
plusi( urs mois les Polonais à rentrer
sous la domination d'Auguste, Ce prince
protesta contre le traité d'Alt-Ranslaedt,
rentra en Pologne, où il fut bien ac-
cueilli , accorda aus partisans de Sta-
nislas une amnistie générale, engagea
le pape à relever ses sujets de leur
serment de fidélité envers ce prince , et
pubha , le 1 8 août , un long manifeste
pour se justifier de ce qu'il redevenait
roi , après y avoii- renoncé. (]omraé
il demr.ndait un iour à un gentilhomme
polonais ee qu'il pensait de cette pièce
diplomatique , ceîui-ii lui répondit :
« Il fallait dire tout simplement : At-
» tendu que le roi de Suède a été battu
» à Puitawa , je suis remonté sur le
» troue, » Auguste reprit avec le scep-
4
t>0
Ava
Ire ses deux projets favoris, se venger
des Sue'dois et asservir les Polonais :
ils occupèrent le reste de sa vie. Pour
réussir dans le premier, il eutàThorn
une entrevue avec le cz.ir Pierre, et les
deux monarques, de concert avec* le
roi de Danemarck , firent entrer leurs
troupes en Pome'ranie. La Suède, mal-
gré l'absence de son roi, etrépuisemcnl
où elle se trouvait, repoussa ces atta-
ques ; le comte de Steinbeck remporta ,
près de Gadebusch , le -20 décembre
17 12, une grande \ictoire sur les alliés,
qui furent obligés de lever le siège de
Stralsund et de Wismar. Les Turks
firent une diversion qui , bien que
peu vigoureuse, ne laissa pas d'ef-
frayer et d'occuper les confédérés ; le
roi de Prusse prit la Poméranie eu sé-
questre : enfin, en 17 i4) un congrès
s'ouvrit à Brunswick pour la pacifica-
tion des états du Nord. Les préten-
tions exagérées de tous les souverains
qui y avaient des députés ne laissaient
aux amis de la p.iix que de faibles es-
pérances , lorsque Charles XII , de
retour à Striifsund ^ manifesta l'inten-
tion de recommencer la guerre avec
acharnement. Une n ou veîle ligue , d ont
le roi de Pologne était le principal
moteur, se forma contre lui; Stral-
suud , inutilement défendu par Char-
les , se rendit, le 2 1 décembre 1 7 1 5.
La Suède semblait toucher à sa ruine;
mais les projets du baron de Gcertz,
qui méditait une alliance entre ce
royaume et la Russie, portèrent la
de'sunion parmi les confédérés : le
czar fut sur le point de s'unir avec
Charles XII pour détrôner Auguste et
rétablir Stinislas. La défiance régnait
entre les cours du Nord; elles s'é-
piaient mutuellement, lorsque la mort
dcCharlesX]ï,en 17 18, mit un terme
à cet étit d'inquiétude. Auguste fit sa
paix avec la Suède, pour consacrer tous
ses soins , tantôt aux querelles que lui
AUG
suscitait la noblesse polonaise , tantôt
aux fêtes qu'il se plaisait à donner. En
remontant sur le trône de Pologne, il
avait repris, comme on l'a déjà dit,
le dessein d'y rendre son pouvoir ab-
solu : le séjour df^s troupes saxonnes
semblait lui en fournir les moyens;
ces troupes , dispersées dans timt le
roj^aume, y subsistaient aux dépens
de la noblesse qu'elles opprimaient ,
et qu'insultaient , dans sa misère , le
luxe et les pliisirs de la cour. Une
confédération fut bientôt formée pour
résister à ces vexations. Tout à coup,
la cavalerie saxonne se vit attaquée et
détruite sur tous les points. Fidèle à
ce précepte héréditaire chez les Polo-
nais : « Brûlez vos maisons , et errez
» dans votre pays, les armes à la main,
» ])lutôtque de vous soumettre au pou-
» voir arlDitraire, » un simple gentil-
homme, nommé Ledukoski, se mit à
la tête de la nouvelle ligue. Auguste
eut recours à la médiation du czar;
en 1 7 1 7 , la paix fut conclue entre
la république et le roi ; les troupes
saxonnes sortirent du royaume, et
a Auguste , renonçant alors , dit Rhu-
» hères , au dessein d'asservir cette
» nation par la force, ne chercha plus
» qu'à la corrompre et à la séduire....
V H s'abandonna à la mollesse et au
» luxe. Son plus beau régiment de
» dragons fut donné à un de ses plus
» dangereux voisins, à Frédéric-Guil-
» laume , roi de Prusse, en échange
» de douze grands vases de porce-
» laine. Sa cour était fastueuse et po-
» lie.... Les Polonais, dont les mœurs
» sont faciles , se livrèrent à tous les
«dangers de son exemple, et si les
» premières années de ce règne avaient
» augmenté les désordres de l'état ,
» celles qui suivirent y ajoutèrent bien-
» tôt le désordre des mœurs. » On lit
avec étonnement le détail des fêtes que
ce monarque donna au loi et au prince
AUG
liereJitaire de Prusse qui e'taicnt ve-
nus le visiter : une armée , campée à
Miihlberg , près de TElbe , offrit à ces
souverains le spectacle d'une bataille
fictive^ où la vérité des tableaux nV-
tait épjaiee que par leur magnificence.
C'était le plus souvent aux dépens de
la Saxe que le roi de Pologne étalait
un luxe si somptueux. Cependant, il se
faisait aimer de ses sujets , et soutenait
avec dioiiité l'éclat de son rang dans les
cours d'Europe, envoyait le cx)mte de
Hoym complimenter Louis XV sur son
mariage avec la fille de Stanislas, cher-
cbait à s'agrandir en iMlcmague aux
dépens de la succession de Charles VI ,
en refusant d'approuver la pragmati-
que sanction de cet empereur, projetait
de céder aux puissances voisines quel-
ques provinces de la Pologne, afin de
les engager à le soutenir dans son des-
sein de rendre la royauté héréditaire
dans sa maison, et unissait ainsi, pas
tme bizarre alliance, des sentiments gé-
néreux à des habitudes despotiques , le
goût des plaisirs aux soucis de l'ambi-
tion, et l'inquiétude d'une humeur
guerrière à la raolicsse d'une vie volup-
tueuse. La mort viiî mettre un terme
à ses fêtes et à ses projets. Comme il
se rendait, en i ^35, à une -diète con-
voquée à Varsovie, la gangrène se
mit à une plaie qu'il avait à la cuisse,
et il mourut dans cette ville , le l*'^
février de cette année. On cite de lui
plusieurs mots pleins de bonté et de
sagesse. Il accordait aux catholiques et
aux prolestants une égale tolérance.
Sa femme, Cijristine Eberhardine,
fille du margrave de Brandebourg-
Cuîmbach , n'ayant jamais voulu re-
noncer au luthéranisme, il ne fit rien
pour l'y contraindre; mais ce refus em-
pêcha cette princesse d'étrecouronnée
reine de Pologne. Il donna ordre un
jour, au primat et aux sénateurs, de
faire cesser quelques vexations excr-
AUG
5i
cées par les catholiques contre les
protestants : « J'ai été établi do Dieu,
» leur dit-il , pour protéger mes .sujets
» sans exception, et pour les maintenir
» dans leurs privilèges, coufijrmé-
» ment aux lois du royaume. » — îl
laissa de sa femme, un seul fils. Fré-
déric- Auguste {f\ l'article suivant) ;
mais il eut de ses maîtresses , un grand
nombre d'enfants, entre autres, le cé-
lèbre Maurice , comte de Saxe, que lui
donna la Comtesse de Kœnis;smarck
( Foj . son article ). Le Dictionnaire
historique de Bâie (Nupplém., tome I,
p. 9O8} , a donné la liste des maîtresses
et des enfants naturels d'Auguste II.
G-^T.
AUGUSTE III ( Frédéric ) , élec-
teur de Saxe et roi de Pologne , ûU
du précédent , naquit en 1 ^'jô , et
succéda , en i ^55 , à son père, dans
l'électoral de Saxe. Vers la fin de la
même année , Louis XV voulut placer
sur le trône de Pologne Stanislas Lec-
zinski , dont il avait épousé la fille ;
mais la France était trop éloignée pom'
envoyer assez de troupes dans ce
royaume. Une partie de la noblesse
polonaise , retirée du champ d'élec-
tion, et' soutenue d'une armée tusse,
élut Auguste III, qu'elle opposa à Sta-
nislas, protégé par la cour de France j
cependant Auguste ne fut universelle-
ment reconnu roi de Pologne que dans
la diète de pacification ouverte à Var-
sovie, en 1736. Quoique dépourvu
des grandes qualités de son père , ee
prince marcha en apparence sur les
mêmes traces , se ruinant en magnifi-
cences , en musique et en tableaux: ,
sans s'y connaître. Sa phvsion(!mie
épaisse et muette n'avait aucun carac-
tère, et son esprit était si lx)rné que
jamais il ne put apprendre la langue
de son royaume ; son unique passion
fut pour la chasse , et il abandonna
tous les soins du gouvernement au
4..'
52 AUG
comte de BruîL, son favori, assez adroit
pour que ce monarque médioae, mais
orgueilleux et jaloux de son autorité,
crût toujours l'exercer lui-même. Pour
satisfaire chaque jour aux nouvelles
fantaisies d'Auguste , le favori chargea
«n Saxe , la banque de Tëtat , de plus
de billets qu'elle n'avait de fonds, et
mit à l'enchère tous les emplois de la
1^'publique. Du reste , le maîtic et le
favori n'eurent point d'autre système
politique qu'une entière dépendance
ae la Russie. Tandis qu'Auguste por-
tait tranquillement le sceptre de la
JPologne, de longs orages politiques,
excites par son élection , exerçaient
leurs ravages dans d'autres contrées.
Ce prince préférait le se'jour de Dresde
à celui de Varsovie , parce que les
forêt* de sou électoral étaient plus
agréables pour la chasse que celles
de son royaume , et parce qu'étant
ennemi de toute représentation , il
n'était pas obligé de tenir une cour à
Dresde ; mais ses longues absences
laissaient le gouvernement de Pologne
dans une sorte d'inaction : jamais les
diètes ou les assemblées de la nation
»e furent plus orageuses et plus inu-
tiles par l'entêtement de leurs mem-
bres. Pendant toute la durée de ce
îègne , la nation s'assembla toujours
vainement , et presque toujours les
prétextes les plus frivoles suffirent
pour faire rompre les diètes. Auguste
paraissait aisément consolé quand la
saison était favorable ponr retourner
en Saxe , et l'un des plus grands
royaumes de l'Europe resta pendant
près de trente années sans aucune
sorte d'administration. Toutefois, sous
cette espèce d'anarchie régulière , la
Pologne paraissait heureuse et tran-
quille : il n'en fut pas de même de la
Saxe. Alarmé de l'accroissement subit
de la puissance prussienne , le roi de
Pelogac forma ^ comme électeur de
AUG
Sâxe , une alliance avec la reine âe
Hongrie, s'engageant à faire marcher
au secours de la reine une armée de
3o,ooo hommes, au moyen de sub-
sides que l'Angleterre et la Hollande
promirent de lui payer. Cette armée ,
réunie à l'armée autrichienne , s'étant
avancée en Silésie,y essuya une en-^
ticre défaite. Le roi de Prusse attaqua
la Saxe, et battit de nouveau, le i5
décembre 1 745 , l'armée de l'électeur,
à la vue même de Dresde, x^ugusle
abandonna précipitamment sa capi-
tale , prit soin de sauver les tableaux,
et les porcelaines , et oublia les ar-
chives de l'élcctorat, qui tombèrent
entre les mains du vainqueur. Auguste
se réfugia dans son royaume; mais
son miuistre préféra le secours de»
Russes à celui d'une armée polonaise.
L*éIecleur-roi ne recouvra la SniiCf
l'année suivante , qu'en vertu d'un
traité humiliant, et moyennant un
million d'écus d'empire, qu'il paya au
roi de Prusse. En i ^56 , il se vit en-
yeloppé dans la guerre de sept ans
par ce même monarque, qui pénétra
de nouveau en Saxe, sous prétexte de
prévenir les entreprises hostiles de la
reine de Hongrie et de son allié. I/é-
lecteur-roi essaya en vain de détourner
l'orage, en faisant faire à Frédéric II
des propositions de neutralité; pour |
réponse , il ne reçut que ces mots acca- %
blants : u Tout ce que vous me propo-
» sez ne me convient pas. » Auguste
sortit de Dresde le lo septembre, et se
rendit au camp de Pirna , où 1 7,000
Saxons étaient campés. Frédéric s'em-
para de nouveau de Dresde , investit
l'armée sasone, et l'obligea , le 1 5 oc-
tobre , de se rendre par capitulation.
Le même jour, Auguste se retira au châ-
teau de Kœnigstein, et de là à Varsovie;
mais son autorité, déjà peu respe» téeeii
Pologne, le fut moins encore après la
perte de son éiectorat. L'avcuemeut
AUG
de Catlierine II au trône de Russie fut
«ne source de nouveaux malheurs pour
Auguste. Le duc Charles son fils, ayant
été attaque en Courlandc par les Russes,
qui voulaient son expulsion, Auî^uste ne
j)ut résister à cette nouvelle infortune.
Atteint d'une maladie dangereuse , la
situation de son fils l'occupait nuit et
jour 'y mais la Saxe , restée depuis six
ans à la discrétion de la Prusse , lui
ayant e'te' rendue à la paix d'Hu-
berts, en 1763, cette heureuse nou-
velle suspendit ses chagrins. Le séjour
de Dresde se présenta à son esprit
comme un asyle contre le malheur qui
le menaçait en Pologne , par les efforts
de la Russie pour éloigner du trône de
Pologne les princes Saxons , devenus
allies de la France. Les mouvements
des tfoupes russes firent prendre à Au-
guste la résolution de fuir de son royau-
me, et, maigre sa faiblesse , il partit
à la haie pour la Saxe , abandonnant
pour jamais la Pologne. Arrive à Dres-
de , il s'y plongea dans l'inaction qu'il
chc'rissait; mais un violent accès de
goutte lui e'tant remonte' dans la poi-
trine , il mourut le 5 octobre 1 ^63.
Ce piince, malgré ses malheurs, et
des intentions droites , laissa une me'-
moirc peu recoramandable. En nion-
taat sur le ti-one de Pologne, il avait
irtnbrassé , comme son père, la reli-
gion catholique, dans laquelle ses des-
cendants ont persévère , quoique la
confession d'Augsbourg soit la seule
elablic en Saxe. — Son fils , Frèdèric-
Ohiistian Leopoid, lui succéda dans
l'clcctorat de Saxe , et Stanislas Po-
niatON.'ski sur le trône de Pologne.
B— P.
AUGUSTE DE BRUJNSWIGK. r.
ALiGUSïE ( Guillaume), prince
de Prusse, général en chef de l'armée
prussienne, second fils de Frédéric-
Guillaume P"'"., naquit à Berlin, le 9 août
AUG
53
1 752. Ce prince était le favori de son
père, el ne le quittait presque jamais.
Lorsque son fière Frédéric II fut
monté sur le trône, le prince Auguste
Guillaume se distingua dans les deux
premières campagnes de Silésie, et
surtout à la bataille de Hohenfriedberg
( le 4 j"i" Ï745 )• En mai 1 756, il
fut fait général de l'infanterie , el con-
tribua à cerner le camp des Saxons ,
près de Pirna , au commencenient de
la guerre de sept ans. Il ne déploya pas
moins de bravoure dans la bataille de
Lewositz. Le roi, son frère, lui remit
le commandement de l'armée qui avait
été battue à KoUin ; mais mécontent
de la retraite que fit le prince aux en-
virons de Zittaw , il lui écrivit une
lettre fort dure. Le prince désespéré,
quitta Tai-mée , tomba malade et mou-
rut le \'i juin 1758, à Oranienbourg.
Frédéricll montra dans cette occasion,
une dureté qui étonnerait, si elle n'était
pas d'accord avec les autres traits de
son caractère. La correspondance qui
eut lieu entre les deux frères a été
publiée en 1 769 , sous le titre d^ Anec-
dotes pour éclaircir l'histoire de la,
maison de Brandebourg et de la
dernière guerre :[\ est impossible, en
la lisant , de ne pas s'intéresser au prin-
ce. Son autre frère , le prince Henri ,
fut si affecté de cette mort , et si irrite'
de la conduite du roi, qu'il ne put ja-
mais la lui pardonner entièrement.
G— T.
AUGUSTE d'Udine, poète latin
du 16*". siècle, se nommait Graziani^
et prit, selon l'usage de ce tcraps-là,
les noms de Puhlius Augustus Gra-
zianus ; mais il se bornait le plus or-
dinairement à celui d'Auguste. Sur une
médaille frappée en son hoiineur , on
lit , autour de sa figure couronnée de
laurier, ces simples mots : u4ugustU9
vates. On a imprimé uu livre de ses
odes , sous ce titre : Jtugusti vatis
54 AU G
Odœ, Venise, iSap , in- 4*- Elles
sont precëde'es d'une vie de l'antcur ,
OÙ l'on apprend qiùl prolVssa les belles-
Ictlrcs à Tiieste et à Udine sa patrie,
qu'il aimait beaucoup l'astronomie, et
qu'il chanta quelquefois dans ses vers
les événements futurs , ce qui fait voir
que c'était plulot l'astrologie que l'as-
tronomie qu'il cultivait ; qu'enfin il
av.iit fleuri sons trois empereurs , Fré-
déric IV, Maximilien et Cbarles-Quint,
dont le premier lui avait décerné la
couronne de laurier. Il mourut à Udi-
ne , où on lui érigea un tombeau de
marbre , avec cette cour! e inscription ,
Aogustiu yatM blc situ* est.
G— E.
AUGUSTI- ( Frédéric- Albert ) ,
iiaquit en 1696, à Francfort - sur-
rOder , de parents juifs qui , à l'épo-
que de sa circoncision , lui donnèrent '
les noms de Josué Ben Abraham
Herschel. Ayant f^iit ses études à Bres-
ci, en Lithuanie, il voulut se rendre à
Constantinople, mais il fut réduit en
esclavage, et racheté par un négociant
Polonais ; il fit ensuite de nouvelles étu-
des à CracoAÎe et à Prague, et fut, en
1722, converti au cliristianisme, par
le surintendant luthérien Rcinhard,
dont il avait, par hasard, fait la con-
naissance à Sondershausen. Après son
baptême, il étudia de nouveau, à Go-
Uia et à Leipzig, devint, en 1734,
pasteuF à Eschenberg', dans le duché
de Gotha, et y mourut, en 1782, à
liage de quatre-vingt-cinq ans. Sa vie
fut exemplaire, et on ne peut avoir de
doute sur la sincérité de sa conversion.
On lui doit de très-bonnes apologies
de la religion chrétienne, contre les
juifs *>* ^^•'» tiuvrages utiles : ï. Diss.
de adveniûs Christinecessitate, tem-
fjore tempU seciindi , Leipz., 1794*
iii-V'.; 11. Aphorismi de studus Jii-
dœonim hodiernh ^ Gotha, 1731,
m-J('. in. Mjsùr^s des juifs, c'o/i-.
AU G
V
cemant le Jleuve miraculeux Sam-
balhion , et les Juifs rouges pour
l'explication duv. l'-i, du ch, XFII
du Second livre des rois , Erfurt ,
1 748, in-8". (en allemand); IV. No-
tice sur les Karaites , ibid., 1752 ,
in-8<*. (en allemand); V. Disserta-
tiones historico - philol. in quibus
Judœorum hodiernorum consuetudi-^
nés, mores et ritus , tam in rébus
sacriSf quam civilibus exponujiUir,
ibid., 1 755, in-8^. Ses écrits sont tous
indiqués dans le Répertoire des au-^
teurs allemands morts, de 1750-
1 800 , par J. G. Meusel , 1 ". vol. , pag,
118. Un ami d'Augusti a publié sa
Vie, rédigée sur les matériaux qu'il
fournit lui^rmême : elle a paru en aile-
mand, à Erfurt, en 1791, in-8".
S-^— R.
AUGUSTIN (S.), naquit à Tagaste,
petite ville d'Afrique , le i5nov. 554,
sous le règne de l'empereur Constance.
Lui-même nous a laissé de grands dé»
tails sur sa vie , dans son hvre des Con-^
fessions. De tous ses ouvrages, il n'en
est aucun qui ait plus contribué à jeter
de l'intérêt sur S. Augustin. La science,
les vertus, la constance des saints sont
un, objet d'éternelle vénération ; la
piç'té de S. Augustin avait ce caractère
d'amour passionné pour Dieu, qui,
dans tous les siècles , a toujours sé-^
duit et entraîné ; les récits qu'il a faits
de ses fautes , de son orageuse jeu-^
nesse, l'effet progressif des sentiments
religieux sur son ame , qui resta en--
core long-temps faible , après avoir été
persuadée, tout cela le rend moins
étranger à notre humanité, que U
l)lupart des autres pères de l'Église.
Les Confessions de S. Augustin sont
une prière continuelle ; il s'adresse
sans cesse à Dieu avec ime sorte de
faïuiîiaiiîé d'adorati<m , singulière et
touchante ; il le supplie de lui donner
la lumière nécessaire pour décQuyrij;
AUG
les fautes qu'il a pu commettre dans
tous les temps de sa vie, et il exhale
avec force des stritiments de honte et
de repentir. Ses scrupules ont, par
fois, trop de subtilité, c'est là le de-
Êiut de son jijenie; les écoles de philo-
sophie, le goût particulier aux Afri-
cains , et le caractère général de l'es-
prit à cette époque, l'ont quelquefois
éloigné de la simplicité. S. Augustin
raconte comment il fut élevé par les
soins d'une mère pieuse , Sic Moni-
que, qui désira ardemment de le ren-
dre savaut et religieux j il s'accuse d'a-
voir mal répondu à celte éducation.
Mais dès son enfance, on démêle en
lui les penchants qu il sanctifia depuis j
on les retrouve toujours au milieu de
SCS fautes ; à peine savait-il parler,,
qu'il priait Dieu ardemment de lui
éviter les punitions que ses maîtres lui.
iàisaient craindre. îs'est-ce pas la pieté'-
la plus sincère et la plus ardente que
puisse montrer un enfant? Dans ses
études , les règles de la grammaire ,
l'élude du grec, tout ce qui deman-
dait \in travail positif le rcljutait; mais
il fondait en larmes en lisant la mort
de Didon, et il ne pouvait se séparer
de ces fahles de l'antiquité, qui ani^
maient son imagination : telle fut la
direction que prit son esprit. Un peu
plus tard , il commença à se livrer avec
ardeur aux passions de la jeunesse.
Dès l'âge de seize ans, il conçut un
penchant vioient pour les femmes, et
goûta avec ivresse les plaisirs des sens«
Sa mère s'en affligeait; son père , nous
dit-il lui-même, s'en inquiétait moins ;
il lui importait surtout que son fils de-
vînt docte, éloqurnt, et capable d'ac-
quérir de la gloiie et de la fortune. Ses
parents, rassemblant leurs modiques
ressources, parvinrent à l'envoyer à
Carthage pour achever ses études; jus-
qu'alors c'était à Madaure qu'd avait
«ké enseigné. 11 continua à se livrer aux
ÀtlG 55
plaisirs avec un avide empressement.
Cependant , il ne faut pas croire qu'il
s'alDandonnât à de honteuses débau-
ches, u Eh qu'est-ce qui faisait mon
» plaisir, s'écric-l-il , sinon d'aimer et
» d'être aimé? » Aussi s'attacha-t-il
uniquement à une femme qu'il aima
pendant quinze ans avec fidélité, dont
il eut un fils , et qu'il ne quitta que
lorsqu'il commença à réformer sa vie.
En même temps il s'appliquait avec
soin à la rhétorique et à rélo(}uence,
et se préparait à suivre la carrière du
barreau; d s'accuse du goût extrême
qu'il avait alors pour les représenta-
tions de théâtre; d y trouvait des émo-
tions conformes aux sentiments aux-
quels il se livrait. Il était dans sa 1 9®»,
année , étudiant arec zèle les lettres
et l'éloquence , lorsqu'd vint à hre
un livre de Cicéron , nommé JHor-
tensius. qui n'est point parvenu jusqu'à,
nous. Ce-livre renfLumait une exhor-
tation à la philosophie; il fît en lui une
soudaine révolution; et dès-loi'S il con-
çut une ardeurincroyablepour la vérité-
et pour la sagesse; mais le philosophe
qui avait évcille'^ en lui ce sentiment,,,
était loin de le satisfaire. S. Augustin
se trouva ramené vers cet amour de
Dieu, qu'il avait sucé avec le lait , et
qui lui était entré bien avant dans le
cœur. Dès-lors il chercha à combler
cet intervalle immense qui sépare le&
premières notions de la sagesse hu-
maine, des sommets célestes de la re-
ligion. 11 était en cet état d'anxiété où
met la recherche des plus hautes véri-
tés, lorsqu'il entendit professer les
systèmes des manichéens. Il en ïnt
séduit , et embrassa leur secte aveo
un grand zèle. 11 trouva que leurs rai-
sonnements étaient bien liés, et résul-
taient d\me dialectique qui piocédait
régulièrement. Son cœur n'était point
satisfait; il lui semblait souvent que
les manichéens k eonduisaie2t à dîr
56 AUG
grandes aLsurdités ; mais accontiimë
à la philosophie humaine, il se con-
tentait d'un système, d.-s qu'il rendait
compte d'une dilïinuilé. Le maui-
chéiirce se fondait alors sur deux er-
reurs principales : l'exislencc des deux
principts , et la persuasion que ces
deux principes étaient deux substances
subtiles, inhérentes à la matière; c'é-
tait un panfhe'israe doubJj et maté-
riel , mile d'une physique ridicule , de
superstitions magiques , et de fob'es
grossières , où l'imagination afticaine
trouvait moyen de déployer quelques
séductions. S. Augustin devint non
seulement manichéen, mais il entraîna
plusieurs de ses amis dans son erreur;
et y demeura attaché pendant neuf
ans. De phis en phis ébranlé par les
difficultés qu'il se faisait, et par les ab-
surdités que l'étude des physiciens et
des astronomes lui laissait apercevoir
dans le manichéisme , mais ne sachant
que substituer à ce système,, sentant le
besoin de ne pas laisser sans solution
les questions qui importent le plus à
tout homu)e qui pense, il n'abjurait
pas positivement sa secte. C'était la
philosophie d'Aristote qui le tenait
pour ainsi dire renfermé dans les ab-
surdités des manichéens. Accoutumé à
croire que toutes nos idées ont nos
sens pour unique principe , il ne pou-
vait s'élever à aucune notion spiri-
tuelle ; la matière et ses pro])riélés
étaient les seules vérités qui lui sem-
blassent exister. Une des choses qui
contribua à le dégoûter davantage des
manichéens, ce furent ses conversa-
tions avec Fauste, le chef de la secte.
On lui avait annoncé que toutes ses
objections seraient résolues par cet
Irdbile sophiste ; il vit un homme
agréable , mais peu savant, plus jspiri-
tuel que profond , et détournant adroi-
tement les questions pour éviter les
difficultés. Pendant ces neuf années ,
AUG
S. Augustin croissait toujours en sa-«
voir, en éloquence, en méditation;
les peines de la vie et le dévelojjpe-
mcnt de son esprit le rapprochaient
de p!us en plus des idées de la vraie
reii|?;ion. La perte de son meilleur ami ,
qu'il vit mounr avec les consolations
chrétiennes, la douleur continuelle de
sa mère, qui s'affligeait de le voir ma-
nichéen , tout contribuait à le pousser
au but qu'il devait atteindre. Après
avoir professé l'éloquence, soit à Car-
thage , soit à ïagaste; après avoir com-
posé son preniier ouvrage , De la
beauté et de la convenance , qui
n'est point parvenu jusqu'à nous , il
se lendit à Borne; c'était un théâtre
plus digne de ses talents ; d'ailleurs ,
le désordre des mœurs de Carthage
lui étiiit odieux. Il se déroba furtive-
ment aux lai mes de sa mère, et quitta
l'Afrique ; il passa peu de temps à
Rome, et alla remplir à Milan une
place de professeur d'éloquence, à la-
quelle il fut nommé. S. Ambroise,
occupait le siège de Milan, et ses
saintes prédications étaient célèbres.
L'amour de l'éloquence attira d'abord
S. Augustin , et , peu à peu , il en vint à
goûter non seulement la diction , mais
aussi la doctrine du prélat. Les livres
des platoniciens contribuèrent encore à
le tirer d'erreur. Cette philosophie
idéale remplit son ame d'une noble
flamme, le souleva au-dessus du ma-
térialisme, dont il ne pouvait sortir,
et le plaça tout-à-fiit sur le seuil de la
religion ; car Platon et l'école d'Alexan-
drie étaient arrivés aux notions les
plus raisonnables de la Divinité ; ils
avaient dégagé Dieu et l'aine humaine
de toute idée matérielle. Ainsi, S. Au-
gustin apprenait de S. Ambroise à ré-
vérer l'Évangile, et de Piatonà se faire
une idée de l'essence divine ; mais il
n'avait pas encore uni ces deux choses
par le lien de la révélation , eu quoi
AUG
consiste le vrai fondement àe la reli-
gion. Sa mère vint le joindre; Alype
et Nébride, ses vertueux amis, vinrent
vivre avec lui. Ses méditations deve-
naient de plus en plus profondes, sa
vie prenait chaque jour plus de gra-
cile; il marchait d*un pas rapide vers
la religion : il était convaincu , mais
quitter tout attachement à la terre lui
paraissait trop rude. H reconnut faci-
lement le néant de la gloire et de l'am-
bition; mais il ne pouvait arracher
de son cœur les plaisirs de l'amour.
11 quitta la femme avec laquelle il
vivait , mais peu après il en prit une
autre. 11 lut l'Écriture-Sainte , et, pour
la première fois , il en sentit toute la
puissance. Ses agitations , ses combats
redoublaient ; tout le poussait vers
une sublime résolution ; enfin , un jour
qu'on lui avait raconté comment deux
officiers de l'empereur venaient d'a-
bandonner leur brillante existence
pour vivre chrétiennement, il sentit
en lui un mouvement extraordinaire,
€t une lutte décii>ive s'engagea dans
son ame. Il quitta son ami Alype ; il
ce pouvait pliLS parler, tant il était
agité. 11 alla se coucher sous un figuier ;
se rouîaut par terre , versant des tor-
rents de larmes; il demanda à Dieu de
Im donner plus de force. Alors, il lui
sembla entendre une voix., qui disait :
» Prenez , et lisez ; » il se leva , et prc -
nant les Epures de S. Paul, il les ou-
vrit au hasard, avec une inexprimable
angoisse. Il y lut : <c Ne vivez pas dans
î> les festins ni dans l'impudicité. Re-
» vête^-vous de N. S, J.-C. , et ne chcr-
» chez pas à contenter votre chair sui-
» vaut les désirs de votre sensualiîé.»
De ce moment il se sentit tranquille
et soulagé; son sort fut fixé. Cette
scène, la plus sublime peut-être qui
puisse se passer dans le cœur d'uu
comme, est dépeinte d'une façon ad-
miiâblf dans les Confessions ; on ne
AUG
f;^
saurait rien lire de plus vrai et de plus
élevé. Cette époque de sa vie a paru si
intéressante, que l'Église, par un pri-
vilège que S. Augustin ne partage qu'a-
vec 6. Paul , l'a consacrée par une fêle
particulière , qui se célèbre le 5 du mois
de mai. Dès-lors, il ne s'occupa plus qu'à
vivre saintement; il se retira à la cam-
pagne avec quelques amis , qui , se
réglant toujours sur lui, étaient deve-
nus de pieux chrétiens. Ste. Monique
présidait à cette sainte société, où l'on
se livrait sans cesse à de religieux en-
tretiens et à des études assidues. S. Au-
gustin élevait, en outre, avec soin et
amour , sou fils Adéodat , qui donnait
de grandes espérances. Dans cette re-
traite, il composa divers ouvrages. Ses
amis recueillaientles conférences qu'ils
avaient avec lui, et plusieurs nous sont
parvenues. Il fit un livre contre les aca-
démiciens et leur septicisme; un autre
sur la vie bienheureuse, où il soutient
que la connaissance et l'amour de Dieu
peuvent , dès cette vie, conduire à la
béatitude; un troisième, intitulé : De
V Ordre , où il essaie à montrer com-
ment les biens et les maux sont com-
pris dans l'ordre de la providence , et
passe ensuite à tracer l'ordre qu'il
faut Suivre dans hs études pour arri-
ver à la connaissance des choses in-
corporelles : ilfit aussi ses Soliloques,
qui sont une peinture de l'état de son
ame , et de la jouissance qu'il éprou-
vait à dompter le reste de ses passions,
pour servir et aimer Dieu unique-
ment. Ce fut ainsi qu'il se rendit
digne du baptême ; il le reçut, dans sa
trente- troisième année, des mains de
S. Ambroise, en même temps qu'Alype
et Adéodat. Il résolut alors de retour-
ner eu Afrique : ce fut à cette époque
quil perdit sa mère. Ce lui fut une
cruelle douleur , que la religion seule
put adoucir. Il passa encore quelque
temps à Rome, où, continuant sa vie stu-
58 AU G
dieusc, il fit les livres <îes mœurs de
l'Eglise contre les niaiiicljécns , et de
la grandeur de l'a me. 11 commença
aussi son ouvrage sur le libre arbitre.
De retour en Afrique, il vendit ses
biens pour en donner le produit aux
pauvres, et conserva seulement de
quoi vivre frugalement, en commun,
avec quelques amis. Cependant, ses
r'crits et ses travaux sur la religion al-
laier.t toujours se multipliant. 11 vivait
ainsi depuis trois ans, lorsqu'un jour,
étant à l'église d'Hippone, Tévéque
qui était vieux, témoigna le désir d'or-
donner un prêtre qui pût l'aider et lui
succéder; le peuple se saisit de S. Au-
gustin, et le força à promettre qu'il
entrerait dans l'état ecclésiastique. 11 se
faisait une idée si sévère des devoirs
du ministère, qu'il obéit à la voix pu-
blique avec crainte et douleur. Dès-
lors , il commença à prêcher avec un
incroyable succès ; la piété se répan-
dait à sa voix , l'Afrique s'emplissait
de monastères. Une foule de disciples
se pressait autour du prédicateur, qui
exerçait à la fois l'empire de la reli-
gion, de la philosophie et de l'élo-
qu' nce. Il rassembla , comme à Ta-
gasfe, dans une maison contigue à
l'église, des serviteurs de Dieu que
son exemple porta au renoncement
des choses du monde. Là , on rece-
vait des enfants pour les instruire ,
des catéchumènes pour les disposer
au b.iptême. Plusieurs autres églises
en tirèrent des colonies pour faire de
semblables institutions , qui furent la
pépinière de l'épiscopat. Os commu-
nautés de prêtres et de clercs ont servi,
dans ces derniers temps , de modèle à
rércclion des séminaires. S. Augustin
f composait toujours de nouveaux écrits,
^ spécialement contre le manicbe'israe,
dont il avait connu tout le danger. Kn
395, un concile d'Afrique se rassembla
irHippouO; et S. Augustin y parut avec
AU(5
un grand éclat. Peu après, il commença
à comK'ittre les denafistos, dont l'hé-
résie iiitoléraute désolait l'Afrique, lis
prétendaient que les évoques, s'étant
montrés îsibles peiidant la persécution
de Dioclélit n^ avaient perdu leurs pou-
voirs ; qu'ils n'avaient pu depuis, ni
les exercer, ni les communiquer ; ils
regardaient comme nuls les sacrements
donnés par ces évêques et leurs suc-
cesseurs , et dans leur prétendue rigi-
dité , ils curidamnaicnt et persécutaient
l'Église , en s'abandonnant à mille dé-
sordres. S. Augustin se livra avec ar-
deur à les ramener par ses livres, ses
conférences et ses sermons; il y réus-
sissait souvent. En 595, il fut fait
évcquc d'Hippone, conjointement avec
le vieillard ValfTC, que jusqu'alors il
avait simplement aidé dans ses fonc-
tions ; il ne fut pas moins admirable
dans ce haut rang. Sa piété, sa dou-
ceur , son savoir, son zèle à convertir
les hérétiques , sa charité envers les
pauvres , ses soins éclairés pour les
affaires civiles lui attirèrent la véné-
ration de toute l'Afrique. C'est princi-
palement par ses longs et pénibles com-
bats contre les donatistes, qui cou-
vraient presque toute l'Afrique, où ils
comptaient plus de cinq cents évêques^
de leur parti , qu'il signala la première
époque de son épiscopat. Plus jaloux
d'éteindre le schisme par des mesures
pacifiques , que de s'acquérir la gloire
du triomphe par des victoires écla-
tantes , il chercha tous les moyens de
douceur qui lui parurent propres à
les rapprocher; il engagea même les-
préfets à modifier, en leur faveur^
U rigueur des lois impériales, toutes^^
les fuis que la sûreté publique n'y
était pvis intéressét?. Ou kv vit s'adres-
ser aux plus considérables d'entre eux,
à leurs évcques surtout, pour les ame-
ner à des discussions amicales ; les
aller trouver jusqiie dans leurs asscm.--
AUG*
ble'es : « Au nom de Dieu , leur disait-
» il , cberclioiis eusomblc et de bonne
» fui la vérité. — Gardez vos brebis ,
y» lui répondait souvent l'eveque don a-
» liste, et laissez-nous les nôtres. —
V Fort bien, répliquait Augustin, voi-
» ià mes brebis, voilà les vôtres; mais
» où est le troupeau de J.-G. ? » Les
donatistes, redoutant son éloquence,
iucidentaicnt sur des règles d'étiquette.
Augustin , guidé par Tesprit de chari-
té, leur ôtait ce moyen illusoire, en
s'elevant au-dessus des formes cano-
niques, toutes les fois que l'occasion
de conserver ou de rétablir l'imité se
présenta, soit en les mettant à l'écart,
soit en sus))endant leur exercice. C'est
ainsi qu'il fît décréter , par le concile
de Cartilage, eu 401 , que l'on pour-
rait admettre dans leuis grades res-
pectifs, ceux des ecclésiastiques dona-
tistes, qui voudraient se réunir, lors-
que cette condescendance tendrait à
faciliter d'autres réunions. C'est ainsi
que , pour préliminaire à la célèbre
conférence de Carthage, il décida, les
évêques catholiques à proposer la ces-
sion de leurs sièges, s'ils succombaient
dans la dispute , et à recevoir les
évêques donatistes en partage de leur
dignité et de leur ministère , s'ils
triomphaient ; et, dans le cas où les
peuples témoigneraient de la répu-
gnance à voir deux évêques en rcême
temps sur un siège , à donner l'un et
l'autre leur démission en faveur d'un
troisième, qui serait élu canonique-
ment. « C*est pour le peuple cLrélieu
» que nous sommes évêques, disait-il ;
» la dignité épiscopale nous sera bien
» plus honorable, si , en la quittant,
» nous réunissons le troupeau de J.-C. ,
» que si nous le dispersions en la rete-
i) nant. Dms les causes importantes,
» où il s'agit de détruire de grandes
^ scissions , et de iaire cesser de
», jjrajids scandales , il faut savoir se
A U G 59
» relâcher d'une trop rigoureuse se-
» vérité, et employer tous les remèdes
» que suggère la charité. Que les do-
» nalistes reviennent à l'Egiise; qu'ils
» soient prêtres, évêques pour son
» utilité , comme ils l'avaient été dans
» le schisme pour la combattre ; bien
» loin d'en concevoir de la jalousie ,
» nous les exhortons a venir , nous
» allons les chercher dans les rues ,
» sur les chemins, dans les haies ,
)) ])Our les ramener , et nous les em-
» brassons tendrement, lorsqu'ils sont
» arrivés : qu'ils viennent ,^ et que lai
)) paix se fasse , voilàtout ce que nous
» demandons. » Ce fut en publiant
hautement ces grandes maximes d'or-
dre public et de. charité chrétienne,
qu'Augustin contint dans le silence ceux
de ses collègues dont la mesure propo-
sée aurait pu révolter l'ambition, qu'il
réprima les murmures de certains ca-
tholiques , qui, peu instruits de l'esprit
de l'Église, osaient la blâmer , et qu'il
a mérité l'admiration de la postérité.
Plus de cinq cents évêques , de part ou
d'autre , s'étaient rendus à Carthage.
La conférence , ouverte le i"'. jiiin
4» I , dura trois jours. Augustin , l'or-
gane des orthodoxes, démontra l'uni-
versalité de la véritable Eglise , quo
les donatistes prétendaient concentrer
dans leur société. Plusieurs évêques
rentrèrent dans le sein de l'unité avec
leurs troupeaux ; et Ton aj)pril , par la
conduite de ce grand homme, qufllc est
la voie qu'on doit suivre pour terminer
les guerres religieuses. Augustin était
encore aux prises avec les donatistes ,
lorsque l'aff tire la plus importante que
i'Eghse ait eue peut-être jamais à démê-
Ir, l'appela à de nouveaux combats..
« Dès que Pelage parut , dit Bossuet,
» les particuliers,les évêques, les con-^
» ciles , les papes , et tout le monde , en
» un mot, tant en Orient qu'en Occi-»
», dent, tourucrentlesy eux vers cepèr.ft-
Co AUG
» ( Augustin ) ce mmc vers celui qu'on
» char^e.iit, par un suffrage commun,
» de la cause do i'Église. On le consuU
» lail de tous côtes sur cette be'résie,
t> dont il découvrit d'abord le venin ,
i> pciidrint qu'elle se cachait sous une
» appannce trompeuse et par des
» termes enveloppés. » Il l'attaqua
dans des sf rraons et dans des écrits ,
ayant qu'elle eût été condamnée , sans
toutefois nommer les chefs, dans l'es-
pérance de les gagner par la modéra-
tion de ses procédés ; mais quand Pe-
lage eut surpris le concile de Diospo-
lis par une confession captieuse ;
quand ses disciples, vaincus en Afri-
que, eurent trouvé des protecteurs à
Korae , et jusque sur la chaire de
S. Pierre , alors Augustin électrisa
tous ses collègues , devint le régulateur
de toutes leurs démarches , l'arae de
tous leurs conciles. On commençait à
agiter les questions du libre arbitre ,
de la grâce et de la prédestination;
lui-même avait traité du libre arbitre
en combattant les manichéens , et
avait montré comment le mal pro-
vient de la volonté de l'homme. 11 n'a-
vait point essayé de déterminer jus-
qu'à quel point cette volonté était sou-
veraine; il s'appHqua à cette question
dans ses Livres de la prédeslina-
iion. Là , évitant l'hérésie des péla-
giens et des semipélagiens, qui don-
nait^nt une extension indéfinie au libre
arbitre , et voulaient que la grâce fût
une récompense et non pas une cause
des mérites de l'homme , il étabUt que
le premier commencement de la foi
ii'est pas moins un don de la grâce
que toute la suite des bonnes œuvres,
tetle doctrine est fort délicate, et
S. Augustin convenait que , des qu'on
parle du hbre arbitre , il semble qu'on
nie la grâce, et rccipi-oqucment. On
sent, au fond du cœur, que les deux
principes sont vrais à la fois ) mais
AUG
ces vérités de sentiment sont difficiles
à exprimer: ce qui fait que l'on ne sau-
rait assigner bien précisément leurs
limites. 11 semble que S. Augustin soit
tombé dans une sorte de fatalisme,
puisque la première volonté du bien est
un don gratuit de Dieu. On ne la rece-
vrait donc que par une sorte de pré-
destination ; mais S. Augustin a tou-
jours pris soin de protester contre
toute conséquence exagérée qu'on
pourrait tirer de sa doctrine. Avant
lui , on avait peu traité ces questions;
comme on n'avait pas eu à se précau-
tionner contre les hérétiques, qui ou-
trèrent le libre arbitre, on n'avait pas
parlé de la grâce ; et l'Église approuve
et révère de saints écrivains , qui sem-
blent s'accorder mal avec S. Augus-
tin , plutôt par ce qu'ils n'ont pas dit
que par ce qu'ils ont dit. S. Augustin
employa sa vie entière à maintenir la
foi catholique contre les attaques de
toute espèce, à la répandre par ses
vertus. De tous les points du monde
chrétien , on lui soumettait toutes les
difficultés , et l'on implorait son savoir
et son éloquence. Son zèle ne se ralen-
tissait pas; il terrassa les manichéens,
il fit condamner les pélagicns par les
conciles , il confondit les donatistcs
dans plusieurs conférences, il écrivit
contre les priscilnianistcs; mais le plus
beau et le plus complet de ses ouvrages,
dont l'intérêt a subsisté en entier dans
la chaleurdescontroverses,c'estla Cilc
de Dieu. Lorsqu'on 4 1 o,Rome fut prise
par Alaric , et que la plus belle partie du
monde civilisé était en pi-oie aux bar-
bares, il s'éleva des clameurs contre
la religion; le reste des païens et des
philosophes se prit à dire que depuis
l'établissement de la religion, le monde
était de plus en plus livré à d'effroya-
bles calamités. S. Augustin entreprit
alors de montrer combien , même
lorsqu'elle est ccUirée par la plus pur»
ATJG
plnlosOpliie , Tidolâtrie est impuissante
à donner aux hommes , même le bon-
heur de cette vie. Puis il explique ce
que c'est que la cité céleste c'est-à-dire
l'église de Dieu , qui subsiste là haut
dans toute sa gloire , et dont quelques
fragments sont dispersés parmi la cité
terrestre : c'est l'opposition continuelle
de l'amour des choses de ce monde,
avec l'amour des choses divines, et
leur combat commencé depuis la chute
des anges. Presque toute la doctrine
de S. Augustin se retrouve dans ce li-
vre, qui est sans doute la plus noble
peinture de la religion chrétienne; elle
y est présentée, comme dans tausses
écrits , avec une douceur pénétrante.
11 semble toujours appeler les hommes
au bonheur et à la plénitude de l'ame ,
non pas seulement pour l'éternité,
mais encore pour cette vie ; il parlait
d'après son expérience. Plein de pas-
sion et de scrupule, lui-même n'avait
pu trouver de calme qut dans cet asyle.
En 429, le comte Boniface, gouver-
neur d'Afrique , appela les Vandales
et leiir roi Genseric ; la contrée fut
bientôt livrée à mille maux par cette
incursion , et les derniers jours de
S. Augustin , qui pour lors avait
soixante-quinze ans , furent rendus
amers par la vue de ce fléau. En vain
Boni face se repentit de sa trahison ,
et voulut arrêter ceux qu'il avait ap-
pelés j il fut plusieurs fois vaincu, et
finit par s'enfermer dans Hippone,
où les Vandales vinrent l'assiéger. Le
saint évêque ne se laissa point abattre ,
et prodigua des secours et des conso-
lations à son troupeau malheureux.
Cependant , il demandait à Dieu de
ne pas lui laisser voir la ruine de sa
ville ; il mourut le troisième mois du
siège , le 28 août 45o. On rendit de
grands honneurs à sa mémoire; quel-
ques années après, il paraît que son
corps fut transporte' en Sardaigne,
III.
AUG 61
d'où il a été, dit-on, dans le 8®. siècle,
apporté dans l'église de St.-Pierre de
Pavie , où il est révéré. Son disciple ,
S. Posside , a écrit sa vie , et ras-
semblé ses ouvrages. En s'adressant
aux lecteurs , il dit : a Je crois que
» ceux qui ont eu le bonheur de
«l'entendre lui-même parler dans
» l'église, ont eu encore plus d'avan-
» tages pour profiter de ses lumières ;
» mais ils en ont eu moins que ceux
» qui ont été témoins de ses actions
» et de sa vie; car il n'a rien enseigné
» qu'il n'ait lui-même pratiqué. » S.Au-
gustin a continué d'obtenir la vénéra-
tion de toute l'Église catholique. Quel-
ques jésuites, emportés par leur ardeur
contre les jansénistes, ont parlé de lui
sans respect , sans justice et sans dé-
cence. On peut dire que, parmi les
pères de l'Église, il y en a eu de plus
savants , de plus habiles dans le lan-
gage, d'un goût plus pur ; il v en a eu
aussi qui ont eu occasion de souffrir
davantage pour la foi. Il n'en est
point qui attire plus à la religion , qui
la fasse aimer davantage , qui pénètre
plus dans le cœur de l'homme. Il a été
surnommé le Docteur de la e^rdce ,
et les penitres , dans leurs tableaux ,
lui ont donné pour symbole un cœur
enflammé. On trouve dans ses écrits
trop d'allégories ; mais elles lui four-
nissaient une certaine facilité pour
appuyer les instructions qu'il don-
nait à son peuple ; des pointes , des
antithèses , des rimes même , alors en
vogue , mais qu'il a admises lard dans
ses discours; car ses premiers écrits
sont cités comme des modèles dans le
genre de traiter les graves questions
de doctrine, et il n'affaiblit depuis sou
style , selon la remarque d'Érasme ,
que pour s'accommoder au goût de
ceux à qui il parlait. Ses ouvrages ,
en général, forment un corps comr
plet de théologie. Le seul livre de
\a. Doctrine chrétienne contient, au
jugement de Bossuet , plus de princi-
pes pour entendre l'Écriture -Sainte ,
qiul n'y en a dans tous les autres
docteurs. Ses Sermons , dont il nous
reste près de quatre cents , faits pour
la plupart sur-le-champ , sont de sim-
ples homélies , où l'on voit un pasteur
qui instruit ses brebis ; un maître , ses
disciples ; un père , ses enfants. Ils
sont écrits sans art, sans plan ; mais
on voit qu'il savait imprimer ses ins-
tructions dans les esprits , par des ex-
pressions agréables; des pensées vives
et subtiles, adaptées au génie des
Africains, qui en étaient souvent tou-
chés jusqu'aux larmes. Comme tous
les grands hommes, il s'est peint dans
ses Lettres^ il y développe sa belle
ame , y fait admirer une vaste étendue
de connaissances , une éloquence na-
turelle, une prudence consommée,
im zèle ardent pour les intérêts de
l'Église , un amour constant pour la
vérité , une piété tendre et solide , une
bontéqui ne se refusait à personne, une
modestie sans égale. Consulté de toutes
parts, et sur toutes sortes de ques-
tions, plusieurs de ses réponses sont des
traités complets : on y trouve presque
entière l'Histoire ecclésiastique de son
temps , surtout celle des donatistes et
des pélagiens. La meilleure édition des
Œuvres de S. Augustin a été don-
itéc en onze tomes in-folio, par les
îk'nédictins ( F. Delfau , Th. Blam-
pin , P. Coûtant , et Cl. Guesnié ) ,
jGng et années suivantes. Il est bon
de joindre à celte édition XAppen-
dix Àugustinianus , volume qui
fait partie de la réimpression des
ceuvres de ce père , faite à Anvers ,
par les soins de T. Le Clerc, i «jog-S,
douze tomes en g volumes in - folio.
Dans V Histoire générale des Ecri-
vains sacrés, on trouve une analyse
excellente de ses OEmres , en 9. vol.
AVÙ
iof^^. M. de Tillemonta écrit sa vie»
Cet ouvrage a de la réputation, et la
mérite en effet A.
AUGUSTIN ( S. ), ou AUSTIN ,
premier archevêque deCantorbéry, fut
envoyé , en 596 , par S. Grégoire le
grand , pour prêcher le christianisme
en Angleterre , dont il est regardé com-
me l'apotre. Ce pontife lui associa, pour
cette mission, quelques bénédictins du
monastère de St.-André de Rorae^
dont il était piieur , et commença par
lui conférer l'épiscopat. Augustin s'é-
tant d'abord arrêté à la cour de Brune*
hault , reine de France, fit de là , aVcc
ses com[)agnons , un premier voyage
en Angleterre. Effrayé des difFicuités
et des dangers à courir , en venant pro-
poser une religion nouvelle à un peu-
ple encore peu civilisé, et dont il igno-
rait entièrement la langue, il adressa
quelques représentations à la cour de
Rome; mais le pape, loin de vouloir
abandonner son dessein , autorisa le
missionnaire à prendre avec lui quel-
ques interprètes pris parmi les Francs,
dont le langage était à peu près le même
que celui des Anglo-Saxons. Us ftirenl,
cette fois , accueillis mieux qu'ils n'a-
vaient pu espérer de l'être, par Ethel-
bert, roi de Kent, qui, à la vérité, lais-
sait à Berthe, sa femme, li'lc de Ghari-
bert, et aux Français qu'elle avait ame-
nés avec elle, le libre exercice de leur
religion ; et ils s'établirent , en 697 , à
Dorovernura, appelé depuis Gintor»
béry. Après une conférence ou , par
l'entremise de ses interprètes , Augus-
tin exposa devant le roi , les principes
fondamentaux de la rehgion chré-
tienne, et reçut, en conséquence, la
permission de tenter quelques couverf
sions, il se mit à prêcher l'Évangile >
et ne fit d'aboid que peu de prosély-
tes; mais, lorsqu'Elhelbert eut con-
f euti à recevoir le baptême , son exem-
ple fut suivi par uu grand nombre d«
AUG
S?;s sujets. Bientôt rinflufnce de ren-
voyé de S. Grégoire s'étendit si loin,
que dans un seul jour, celui de Noël,
il baptisa 10,000 personnes, dans la
Swale. A défaut de prêtres suffisants
pour la cercmouie , Augustin be'nit
celte rivière , puis ordonna au peuple
assemble d'y entrer deux par deux,
qui se conféreraient mutnclicracnt, au
nom de la Ste. Trinité', le Sacrement
de rcgëne'ration. Daus les premiers
temps de sa mission, il fut loin de
forcer les consciences , et se borna à
convertir les temples païens en églises
chrétiennes ; mais ses rapides succès
ayant étendu ses vues et augmenté
sou zclc, il forma le désir d'obtenir,
en qualité d'archevêque de Canlor-
béry , l'autorité suprême sur touta
l'Église anglaise, quoiqu'à peine en-
core formée. 11 eut effectivement l'aveu
du pape, et reçut de lui \epalUumy
avec des instructions pour ériger
douze évéchés , dont il devait être le
métropolitain. L'attachement d'Augus-
tin pour le Saint-Siège lui fit tenter
des efforts pour amener sous sa juri-
diction les évêques anglais du pays
de Galles , qui différaient de l'Église
romaine par la célébration de la
Pâques et quelques autres pratiques.
Mais les anciens Bretons étaient aussi
jaloux de leurs droits religieux , que
de leur liberté civile. On a reproché,
peut-être injustement, au premier ar-
chevêque dcCantorbery, d'avoir em-
ployé d'autres moyens que ceux de la
persuasion pour arriver à ses fins,
€t d'avoir excité Ethelbert à tomber
les armes à la main sur ces évêques,
qui refusaient de reconnaître l'autorité
f)ontificale. Il y a peu de saints dans
a légende auxquels on ait attribué
autant de miracles. Ce qui est incon-
testable , c'est le changement opéré de-
puis sa mission, dans les moeurs de
i' Angleterre. Il mourut en 6o4; d'autres
AUG 65
disent en 607 ou 61 4, après avoir
nommé Laurence son successeur.
L_-.p_E.
AUGUSTIN (Antoine), arche-
vêque de Tarragoiie , et l'un des
plus célèbres. jurisconsultes et des
plus illustres prélats que l'iîspagnc
ait produits , naquit à Sarragoce en
i5i6. Son père, vice *• chancelier
d'Aragon et président en chef de la
cour souveraine de justice de ce
royaume, n'épargna point les soins
et les dépenses pour l'instruction de
ce fils qu'il destinait à l'ÉgUscll fut
envoyé aux universités d'Ah^ala de
Henarès et de Salamauque, d'où il
passa à Bologne en Italie, pour per-
fectionner les connaissances qu'd
avait acquises. A l'àgc de vingt-cinq
ans, il publia sou premier ouvrage ,
intitulé: Emendalionum et opinio^
num jiiris civilis libri quatuor,
qui lui fit une grande réputation de
savoir et de goût; car il fut un des
premiers qui fit servir les antiqiûtés
romaines à l'intelligence du droit de
ce même peuple. Trois ans après , le
pape Paul ni le nomma auditeur de
Rote , aux instances de l'empereur
Charles - Quint. Jules III l'envoya
en Angleterre , lors du mariage du
prince Philippe avec la reine Marie.
De retour à Bome , Paul IV lui con-
féra l'évêché d'Alise, et l'employa en
Allemagne auprès de l'empereur Fer-
dinand. Philippe II, roi d'Espague,
le lit transférer au siège de Lérida , et
ce fut en cette qualité qu'il assista au
concile de Trente, où il se distiu-
gua par ses vertus et ses connais-
sances. En 1574, il fut fait archevê-
que de Tarragone , où il mourut en
i586 , âgé de soixante -dix ans. Il
jouit pendant sa vie de la plus haute
considération , et les ouvrages qu'il a
laissés conserveront sa célébrité dans
tous les temps. Nous les diviserons
6i AUG
eu trois classes, ceux qui concernent
la littérature , le droit civil et \vs ma-
tières ecclésiastiques. Les premiers
sont : I. In Murcnm Terenlium
Farronem de lingud laiind emen-
flationes et iiotœ , Rome , fSS^ ;
II. In Sextum Pornpeïum Festum
notœ, Rome et Paris ; III. Familiœ
HomanoruTn XXX cum Fulvii
Ursini nous , Rome , 155^, in-fol. ',
cet ouvrage fut réimprime à Lyon en
i594 r in-4'- '-) 1^ • Fragmenta vete-
mm historicorum ab eo et Fulvio
Ursino collecta , Anvers , i StjS , in-
8^. ; V. Épistola ad Hieronymum
Blancam de Cœsaraugustanœ pa-
triœ comrmmis episcopis atqiie am-
ciliis , imprimée à la suite des Fasti
Aragonensium de Blanca; VI. Dia-
îogos de las medallas , inscripciones
y otras antiguidades. Cet ouvrage
a éîé traduit en latin, en italien tt en
d'autres lai.gues. La première édition,
Tarragone, 1 5*} 5, in^,"*, ^st rare. Les
ouvrages suivants sur le droit civil :
"Vïl. Emendationum et opinionum
juris cwilis lib.VI^ et ad Modes ii-
num de excusationibus liber singu^
laris , et ad Lœlium Taurellum de
militiis épistola ; la première édition
estdeLyon, i5447*""4 •; onTaréim*
primée à Lyon , à Venise et à Bàle ;
y\\\.De legibus et senalusconsultis ,
Rome, i585, in- 4°*? réirapiimé
à Paris et à Lyon; IX. Depropriis
nominibus pandectariun , Tarra-
gone , i579 , in-fol.; X. Cons^
tittttionum codicis Juslinianœi col-
lectio , llerda , 1 5G7 , in-8 \ ; XL No-
vellarum Juliani anlecessoris epi-
iome, cum notis et constitittionibui y
grœcè^ Ilerda, 1^67, in-8\ et in-
fol. lia public sur les matières ccclé'-
siastiques : Xll. Âniiqute collection
nés Decretalium , cum notis , llcrda,
15O7, in-fol., réimprime à Rome,
|583, in-fol. j Paris, 1009, in-fol. j
AUG
XîîL Canones pœnilentiaîcs , cum
notis , Tarragone , 1 58 1 , in - 4". ,
réimprime à Venise et à Paris; XIY.
Dialogi XL de emendatione Gra^
iiani. Tarragone, i58r,in-4"., réim-
primé à Paris, i8o4, in-8'\ : Baluze
en donna une édition avec des notes ,
1679. , in-8''.; XV. Notœ in canones
h XXII ab Adriano papa promul"
galosy etc. Cet ouvrage a été publié
dans le cinquième volume de la Col- |
lection des conciles, par Bini; XVI. 1
Constitutiones provinciales et sjno-'
dales Tarraconensium , Tarragone,
i58o, in-4''.; XWL Epitome juris
poîitificii veteris , Tarragone, i 586^
in-fol., réimpriméà Paris, 1G4 i,in-4".;
XVIII. De qitibiisdam veteribus ca-
noniim collectoribus jiidicium , im-
primé dans la Collection des Déci-
sions de la Rote romaine de Théodose
de Rossi. C — S — a.
AUGUSTIN de Sienne. F, Agos-
TINO.
AUGUSTIN, surnomme Vénitien,
né à X'enisc, vers 1490? apprit dans
cette ville les premiers éléments du
dessin et de la gravure , et se rendit
à Rome pour étudier sous les yeux
de Marc-Antcine Raimondi. Il y fit
de si grands progrès, qu'il fut bien-
tôt regardé comme un de ses meil-
leurs élèves. A l'époque du sac de
Rome, en 15.17, Augustin , ainsi
que Marc de Ravenne , son compagnon
d'étude, furent obligés de quitter cette
ville, pour se retirer à Florence, où
le premier grava un Christ, d'après
André del Sarte, production qui n'ob-
tint pas l'assentiment de ce maître.
Augustin occupe un rang distingué
parmi les artistes ses contemporains;
cependant il est éloigné de la correc-^
tion qui distingue les ouvrages de
Marc-Antcine. Les estampes d'Augus-
tin sont assez rares , et son OEuvre
trcs-dillicile à compléter. Ou y trouva
AU G
beaucoup de sujets dont il a fait lui-
même les compositions ; on en re-
marque quelques-uns qui sont telle-
ment dans la manière de Marc- Antoine,
que plusieurs amateurs les attribuent
à ce maître. Il marquait ordinairement
ses gravures d'un A et d'un V , place's
sur une petite tablette, ou quelquefois
pose's à cru sur l'estampe. Ses prin-
cipaux ouvrages , sont: une Jphigénie,
d'après l'antique; une adoration des
Bergers , d'après Jules Romain ; un
Sacrifice d'Isaac; un Portement de
croix , diaprés Raphaël , et les Israé-
lites dans le désert , d'après Polidore
de Carra vage. Cet arliste, étant re-
tourné à Rome, mourut dans cette
ville, vers 1 540. P — e.
AUGUSTULE (Romulus), der-
nier empereur d'Occident , mériterait
à peine que l'histoire fît mention de
lui , s'il n'avait , en réunissant les
noms du fondateur de Rome et du
premier des Césars , rattaché les plus
grands souvenirs de l'histoire romaine
à l'époque la plus honteuse de sa dé-
cadence. Tout ce qu'on sait de ce
prince, c'est qu'il était parfaitement
beau. Son père , Oreste , patrice de
Rome, ayant reçu ordre de l'empe-
reur Népos , qui résidait à Ravenne ,
de réunir quelques troupes pour re-
pousser les barbares, depuis long-
temps maîtres de toutes les provinces
d'Occident, conçut le projet de s'em-
parer du trône. Un sceptre sans ap-
pui , méprisé par les Romains mêmes
qui ne pouvaient plus le défendre, et
dédaigné par leurs vainqueurs, qui,
plus d'une fois , en avaient disposé à
leur gré , n'était , à cette époque ,
qu'une conquête sans difficulté comme
sans gloire. Népos n'essaya point de ré-
sister; il abandonna Ravenne ; Oreste
y entra aussitôt , et fit proclamer son
fils empereur, en 475. Les Romains ,
par dérision , ajoutèrent un diminutif
HT.
AUL
65
au titre di Auguste que prenait ce fai-
ble souverain. Oreste continua de ré-
gner sous le nom de son fils ; il envoya
des députés à Constantinople , pour re-
chercher l'alliance et l'appui de Basi-
lisque , qui venait de détrôner Zenon ;
mais des alliances étrangères et les
vains efforts de la politique ne pou-
vaient soutenir un empire qui n'avait
plus de sujets. L'Italie était inondée
de barbares ; les Hérules , les Squir-
res , les- Huns , formaient eux-mêmes
l'armée. Un refus les irrita ; ils se las-
sèrent de servir ces Césars, rangés
depuis si long-temps sous leur dépen-
dance ; Odoacre , l'un d'eux , reçut le
titre de roi , et se chargea d'effacer la
dernière ombre de la puissance ro-
maine; Oreste fut pris dans Pavie, et
décapité à Plaisance, 1g 28 août 47^-
Le 4 septembre suivant, les vainqueurs
entrèrent dans Ravenne ; Augustuïe ,
abandonné de tous , se dépouilla lui-
même de la pourpre; sa jeunesse ex-
cita la pitié ; on lui laissa la vie , et
Odoacre lui assigna pour retraite le
château de Lucullane, en Campanie,
avec une forte pension, et il y vécut
avec assez de liberté. L'empire d'Oc-
cident, qui s'éteignit sous son règne ^
avait subsisté \i'i(^ ans depuis la fon-
dation de Rome, et 5 06 ans depuis la
bataille d'Actium. Sa chute , prévue
et commencée depuis long-temps , fut
à peine aperçue du reste du monde ;
Constantin l'avait préparée en trans-
férant le siège de l'empire à Constan-
tinople. Ses successeurs ne firent rien
pour la retarder , et ceux du grand
Théodose en précipitèrent le moment-
Bientôt , sur ses débris , s'élevèrent
les fondements des états dont les an-
nales forment l'histoire moderne de
l'Europe. L — S — e.
AULAIRE. F. Saint-Aulaire.
AULBERY. F. Albery.
AULISIO (Dominique D')/célèbr4'
G6 AUL
litlëratcnr du 17^01 du 1 8% siècles,
uaquità Na}jlos,|p i4 jauvier lO.jç),
dp. ricliçs Qt l^pquçlps parents , qu'il
ptîr.(^it S sf'pt ans. S'c'taiU applique à
l'étude de la grammaire , de la rhéto-
rique et de la poésie , il fil de si grands
progrès, qu'a Jix-iieufans ii fut cho'si
pour enseigner la poétique à la pins
grande partie de la noblesse napoli-
taine. Aulisio s'adonna à l'étude des
langues oriejitaîcs et de toutes les lan-
gues d'Europe; il les apprit si bien,
qii'il expliquait couranimcnt tout ce
qui regarde le genre, les règles , et les
différents dialectes des premières , et
qu'il parlait presque toutes les autres
avec une égale facilité. Il s'appliqua
ensuite à l'histoire, à la chronologie
et à la numisuiatique, dont ii fit une
étude particulière. Outre ces sciences,
il acquit à un degré supérieur la con-
naissance des lois , fat reçu docteur en
droit civil et en droit canon , et exerça
quelque temps la profession d'avo-
cat j il quitta ensuite le barreau, dans
le seul but d'acquérir de nouvelles
counaissaiîces. Il apprit la philosophie,
!a médecine, les hautes mathémati-
ques, la perspective, la géographie,
J'astronomic , science dont il donna des
leçons publiques, et oîi il a fait des dé-
couvertes. Après avoir généreusement
refusé plusieurs places qui lui étaient
offertes, il accepta enfin, en 1664,
imc chaire de droit civil dans l'univer-
sité de Naples. 11 y professa pendant
plusieurs années avec éclat. 11 fut mem-
irede plusieurs académies, et admis
aux assemblées littéraires que le duc
<le Mediua-Celi, vice-roi de Naples,
yéuuissait dans son palais; assemblées
où if n'appelait que les httérateurs les
plus distingués. Aulisio mourut à Na-
ples^ Ic 29 janvier 1717, âgé de 78
ans, et fut inhumé dans l'église de
Sic. Anne. Ses jjrincipaux ouvrages
i««l: 1. De G/mnasii constructione ;
AUL
De Maiisolei archileclurd ; De har*
monid Timaicd} De numeris medi-
cis ; De Colo majerano , Naples ,
i6()5, in-4'\ : le premier, le second
et le dernier de ces traite's ont été
réimprimés dans le 5 '. volume du No-
vus Thésaurus Antiquit. , de Sallen-
gre; II. Commcntariorumjuris c'wi-'
lis , etc. , en 1 vol. in-4"., imprimés
à jNaples, le premier en 1719, et le
deuxième en 1720; 111. RaE^iona-
menli intorno a principi délia filo~
sofia e teologia degli Assiri, etc. ;
ce sont deux discours que l'auteur
avait lus dr.ns les assemblées littéraires
dont on a parlé ; ils sont imprimés
dans le vol. VI du recueil publié à
Venise , sous le litre de Miscellanea
di varie opérette; IV. Délie scuole
sacre libri due postumi, etc., Naples,
1 720, a vol.in-4 ". ; V. plusieurs autres
productions restées manuscrites, panni
lesquelles on remarque Dell* archi-
tetlura civile e militare ; De ori-
gine Medicinœ ; Délia poetica ;
Délia lirica , e delV Osiri^ osiapoe^
sia Fenicia, e loro crojwlogia , etc.
G— É.
AULNOY. r. AuNOY.
AULU-GELLE (Aulus-Gelliijs,
ou, selon quelques écrivains, Agel-
Lius), célèbre grammairien et criti-
que, vivait dans le '2*^. siècle, à Borne,
sa ville natale, sous les empereurs
Adrien et Antonin , et raounit au
commencement du règne de Marc Au-
rèle. Gn a pris, pour fixer le vrai
nom de cet auteur , beaucoup plus de
peines que le sujet ne le méritait,
Aulu-Geile étudia la grammaire sous
Sulpicins Apollinaris , et la rhétorique
sous Titus Castritius et Anlonius Julia-
nus. Dans sa jeunesse, il vint à Athè-
nes , et Y vécut dans la société de plu-
sieurs savants. 11 voyagea , peur son
ii;sfrucfion, dans uii£ jy-ande partie
de la Grôce. De icLuur à. Rome, il se
destina à l'étude des lois , et fut nomme
juge. Les Nuits atiiques d'Aulu-Geîîe
méritent un raug distingue' parmi les
ouvrages que l'antifjuité nous a trans-
mis. L'auteur, corame il nous en in-
forme dans sa préface , donna ce titre
à son livre, parce que la plus grande
partie en fut écrite à Atliènes, dans
les longues soire'es d'iiiver. Son but était
d'amuser IVsprit de ses enfants et le
sien, dans l'intervalle de travaux plus
importants. D'après la manière dont
le recueil fut compose, les morceaux
en devaient nécessairement être me'-
langës , et d'une valeur inégale, a Lors-
» que , dit-il , un livre grec ou lalin
r> me tombait sous ia main, ou lorsque
» j'apprenais quoique cliose de remar*-
» quable, ou qui plaisait à mon ima-
» gination , j'e'crivais sans examen et
» sans ordre. » Ces notes devinrent la
base de sOn ouvrage, dans lequel l'au-
teur place les objets comme le hasard
les lui a présentes. Ce recueil contient
im grand nombre d'observations cri-
tiques sur plusieurs auteurs ; des anec-
dotes historiques et biographiques,
avec des réflexions; de courtes dis-
cussions sur divers sujets , tels que la
grammaire, les antiquités, la morale,
la philosophie, la physique, (t\c. 11 s'y
trouve des choses triviales et dénuées
d'intérêt; mais il y en a beaucoup
d'intéi essantes , et elles sont accompa-
gnées de remarques ingénieuses, mais
d'un style souvent obscur. L'ouvrage
est smtout recommandablc , comme
renfermant un grand nombre de frag-
ments d'anciens auteurs dont on n'a
plus les ouvrages. S. Augustin, dans sa
Cité de DieUj loue l'élégance du style
d*Aul .-Celle; mais, quelque rang que
la critique accorde à cet auteur, sous
ce rapport, on ne peut lui refuser des
recherches profondes et une vaste
érudition. Les IVuîts attiques fiu-ent
imprimccs, pour la première fois , à
A t M 6^
Komc, en 1469, iii-fol., par Svveyn-
heyra et Pannariz, et, la même année^
le savant Jean André, évêque d'Alcria ,
publia, dans la même ville, des notes
sur cet auteur. La seconde édition fut
publiée en 147 2,. à Venise, par Jen-
son. Plusieurs autres éditions paru-
rent au i5^. siècle; et, dans le 16''.,
celle d'Aide , Venise , 1 5 1 5 ; Paris ^
in-8". , 1 585 , avec les excellentes re-
cherches critiques de Henri Etienne.
Les dernières éditions dignes d'être
remarquées , sont celles ad usum DeU
pkini, in-4''. , 1681; des Elzevirs,
Amsterd. , i65 t , iu - 1 2 ; de Leyde,
cum notis variorum, 1666; de Gro-
novius , Leyde, 1706, in-4''.; et de
Conrad, î^eip^ig, 1762, 1 vol. in-S".
Bcloe a donné, en 1 790, 5 vol. in-8''.,
unetraduction d'Aulu-Gelle, en anglais,
avec des notes intéressantes. L'abbé
Douze de Vcrteuil eu a fait une traduc-
tion française, Paris, 1776-77,611
5 vol. in- 12. D T.
AUMALE ( Claude de Lorraine ,
duc d') , fils de René II , duc de Lcr«
raine, auquel il succéda au comté d'Au-
male, s'établit en France , où il obtint
des lettres de naturalisation , et fut
pourvu de la charge de graud-veneur.
Il commanda, en i5i5, les troupes
du duC de Gueldre , son oncle, à la
bataille de Maiignan , défit les Anglais
devant Hesdin , en 1 5ii , et les Alle-
mands devant Neufchâteau , en Lor-
raine. Pendant la prison de François
l"^, il alla joindre, avec un corps de
troupes, le duc Antoine son frère,
pour s'opposer aux ])aysan5 révoltés
de Misnie , de Souabe et d'Alsace, qui
se préparaient à pénétrer en Lorraine
et en France ; il les défit et les dissipa
à Saverne , et reçut à cette occasion
des lettres de féiicitation du parler
ment de Paris. François P'.érig(^'i en
sa faveur la terre de Guise en duché .
et le nomma gouverneur de la Gham^
68
AUM
pagne , que le duc d'Aumale mit à cou-
vert des incursions de l'ennemi. En
1542 , il lit la conquête du duclie' de
Luxembourg , et pourvut , deux ans
après, à la sûreté des Parisiens alar-
més. De-là, date l'affection qu'ils vouè-
rent depuis aux princes de sa maison.
Il mourut à Joinville , le 1 2 avril 1 55o.
CJaude ^'^ de Lorraine était grand ,
beau , spirituel , magnifique , homme
d'état et habile capitaine , ce qui était
fort rare. Ses enfants , dont il créa la
fortune , héritèrent d'une partie de ses
qualités , mais poussèrent plus loin leur
ambition ( J^» Guise et Lorraine ).
A U M A L E ( Claude II de Lor-
raine , duc d'), troisième fils du pré-
cédent, naquit en 1 523 ; il eut en par-
tage la terre d'Aumale et la charge de
grand-veneur de France, et obtint en
i55o , le gouvernement de Bourgo-
gne. Il assista au sacre des rois Henri II,
François II et Charles IX. A la pre-
mière de ces cérémonies , on vit éclater
les prétentions des princes de la mai-
son de Lorraine , nouvellement éta-
blis en France , et qui allaient néan-
moins jusqu'à s'égaler aux princes du
sang. Dans une occasion solennelle ,
le duc d'Aumale ayant pris rang avec
le duc de Vendôme : « Cest tout ce
» que je pourrais permettre au duc de
» Lorraine , chef de votre maison , lui
» dit ce dernier. — Il est vrai, répon-
» dit d'Aumale , que vous avez le pas
» sur lui en France, mais non ailleurs;
» car il est souverain , et vous, sujet
» et vassal de la couronne : M', de
» Lorraine ne relève que de Dieu et
» de son épée. » Henri II décida en
faveur du duc d'Aumale , qui ne tarda
pas à se signaler , en suivant les traces
de ses ancêtres dans la carrière des
armes. Il vint au secours de Metz,
assiégé, en i552 , parCharlcs-Quint,
«t défendu par François , duc de
AUM
Guise, son frère. Chargé d'observer,
avec un petit corps de troupes , le
margrave de Brandebourg , qui com-
mandait un corps de 26,000 hommes,
il fut attaqué , battu , blessé de trois
coups de pistolet , et fait prisonnier.
Remis en liberté , en 1 553 , il donna
des preuves de sa valeur au combat
de Renti , et prit d'assaut la ville de
Volpiano en Piémont. Eu 1 558, il eut
part à la reprise de Calais, et ensuite
aux batailles de Dreux , de St. -Denis
et de Moncontour. Ce prince ne par-
donna jamais à l'amiral Coligni la mort
de François , duc de Guise, son frère,
dont il le regardait comme l'auteur ou
le complice j résolu de la venger lors-
que l'occasion s'en présenterait, il fut
l'un des principaux moteurs du mas-
sacre de laSt.-Barthélemi; mais, après
avoir satisfait sa vengeance sm* l'ami-
ral et sur les seigneurs de son parti
les plus distingués , il rennt aux senti-
ment de générosité qui lui étaient na-
turels , et contribua, avec le duc Henri
de Guise, son neveu, à sauver du
carnage un grand nombre de person-
nes. C'est le témoignage que lui rend
La Popelinière , écrivain protestant.
Le duc d'Aumale suivit le duc d'Anjou
au siège de la Rochelle, en iS-jS , et
y fut emporté, le 1 4 mars , d'un bou-
let de canon. B — p.
AU MALE (Charles de Lor-
raine, duc d'), fils du précédent,
lui succéda au duché d'Aumale , ainsi
que dans la charge de grand- veneur.
La ligue, qui était l'ouvrage de sa
maison , eut en lui un de ses plus ar-
dents défenseurs. Il présida en 1 586,
avec le duc de Guise, à l'assemblée
des ligueurs tenue dans l'abbaye. d'Or-
camp , où l'on résolut de prendre les
armes contre les huguenots , sans at-
tendre les ordres du roi. Le duc
d'Aumale surprit, au mois de décem-
bre, la ville de Dourlens; mais, jaloux
AUM
de la popularité du duc et du cardi-
nal de Guise , il fit avertir Henri III
qu'ils préparaient tout pour attenter
à sa personne , espérant , ainsi que le
duc de Mayenne, devenir, par leur
mort, le chef principal de la ligue.
L'un et l'autre ne furent pas trompés
dans leurs espérances ; car ils parta-
gèrent entre eux le commandement
qu'ils ambitionnaient. En 1 589 •> ^^
ligue des seize déféra au duc d'Au-
male le commandement de Paris.
Étant sorti de cette ville avec un corps
de troupes pour assiéger Senlis ,
il fut défait par le duc de Longueville,
qui l'obligea de rentrer dans la capi-
tale. Le 1 1 septembre de la même an-
née, il perdit, avec le duc de Mayenne,
la bataille d'Arqués contre Henri IV ,
qui le battit aussi à Ivri. D'Aumale
défendit Paris contre ce monarque,
qui fut contraint de lever le siège.
Défait ensuite par le baron de Bi-
ron, chassé d'Amiens par les habi-
tants , qui se soumirent au roi , et
voyant les affaires de la ligue déses-
pérées , il aima mieux se tourner du
côté des ennemis de la France, que de
se soumettre à Henri IV, dont il se
crut méprisé , parce que ce prince lui
avait refusé le gouvernement de Pi-
cardie j il traita avec les Espagnols ,
qui , secondés par lui , firent de
grands progrès dans cette province.
Le roi , pour le punir de son obsti-
nation, permit que le parlement le
déclarât criminel de lèze- majesté , et
le condamnât à être écartelé. La sen-
tence fut exécutée en effigie le 24
juillet iSgS. La considération dont
jouissait le duc d'Aumale à la cour
d'Espagne et à celle d'Autriche ne
put étouffer les remords que lui causa
sa désertion , et , sans la rigueur du
parlement , il paraît certain qu'il au-
rait suivi l'exemple des autres princes
de sa maison. 11 finit ses jours h
AUM 69
Bruxelles en i65i , dans la 77*. an-
née de son âge. — Son frère Claude ,
chevalier de Malte , dit le chevalier
d'Aumale^ célèbre aussi dans l'his-
toire de la ligue, se fit remarquer au
siège de Dieppe et au combat d'Ar-
qués ; ayant voulu surprendre St.-
Denis sur Henri IV , il fut tué dans
l'attaque , le 5 janvier i Sg i , à l'âge
de vinp,t-huit ans. B — p.
AUMOINT (Jean d') , d'une de^
plus anciennes maisons de France ,
naquit en 1622. Dès sa première jeu-
nesse , il porta les armes en Italie ,
sous le maréchal de Brissac. Il fut
blessé et fait prisonnier à la bataille de
St. -Quentin, en 1557. L'année sui-
vante , il se trouva à la prise de Ca-
lais ; fidèle serviteur de ses rois, Jean
d'Aumont combattit pour eux contre les
huguenots, en i562, à la bataille de
Dreux , à celles de St.-Denis , de Mon-
contour,et enfin, au siège de la Rochelle,
en 1575. HenrillI, devenu roi de Fran-
ce, récompensa ses services en le fai-
sant chevalier de ses ordres , en 1 579,
et ensuite maréchal de France. A la
mort de Henri III , en 1 589 , le ma-
réchal d'Aumont fut un des premiers
à reconnaître Henri IV, et le servit
avec le même zèle que ses cinq prédé-
cesseurs. 11 reçut de ce prince le gou-
vernement de la Champagne. Il le
joignit devant Dieppe, et se trouva à
la journée d'Arqués, en iSSg; l'an-
née suivante, il se distingua tellement
à la bataille d'Ivri , que Henri IV, en
l'invitant à souper le soir même de
cette mémorable victoire, lui dit: «Il
» est juste que vous soyez du festin ,
» après m'avoir si bien servi à mes
» noces ». Nommé ensuite au gouver-
nement de Bretagne, il sut y tenir tête
au duc de Mercœur qui y commandait
pour les ligueurs. Il s'empara de diffé-
rentes places, telles que la ville de
Mayeune ^ le château de llochefort ,
70 AUi\ï
près d'Angers; mais, en assiégeant
Camper, à qiiaîre lieues de Tours, il
reçut un coup de mousquet qui lui
fracassa le bras, et il mourut de sa bles-
sure, le 19 août iSgS, à 75 ans. Il
avait refuse, comme Crillon, d'assas'
sifier le duc de Guise , et conseilla à
Henri III de faire trancher la tête,
8ur une place publique, à cet illustre
rebelle; mais comme la puissance et
Vaudace de ce çrand coupable le met-
taient au-dessus des lois, le maréchal
respecta le secret de son maître, et
s'abstint de juger le moyen de ven-
geance choisi pai- lui. Aussi , au mo-
ment de l'assassinat du duc, lorsque
le cardinal se leva dans la salle du
conseil en s'ëcriant : « Haï on tue mon
» frère ! » le maréchal d' Au mont mit
i'épée à la main , en disant : « Mort
» dieul qu'homme ne bouge, s'il ne
» veut mourir, w Les n^e'moiresde^'e-
vers et de l'Étoile , et d'Aubigné, dans
la Confession de Sancy , pi ésentent
le maréchal d'Aumont comme un preux
de l'ancienne roche , et un Franc-Gau-
lois. Il eut pour première femme An-
toinette Chabot , de qui descendent les
derniers ducs d'Aumont , et , en se-
condes noces , une fille de Florimond
Bobertet, veuve de Jacques Babou
de la Bourdaisière , dont une des cinq
filles fut mariée à Antoine d'Eslrees ,
marquis de Cœuvres , et devint mère
d'Aunibal d'Estrées, mare'chal de Fran-
ce , et de la belle Gabrielle. Le ma-
riage du maréchal d'Aumont avec
M'"*, de la Bourdaisière , riche et
âgée, quoique encore belle, au rap-
poit de Brantôme , lui fit trouver une
place dans l'ouvrage satirique intitulé;
Bibliothèque de inadame de Mont"
pensier^ sous le n". 21, avec ce titre
ridicule : La nouvelle façon d*entre~
tenir les vieilles lices, et trouver
moyen d'avoir argent ^ par le maré-
cMd'Aunionty commente par ma-
A II M
dame de la Bourdaisière. D'Auraont
fut un des meilleurs capitaines et des
plus zélés serviteurs qu'aient eus Fran»
çeis 1 ^, Henri II, François II , Char-
les IX, Henri ill, et Henri IV. —
Antoine d'Aumont, son pr lit-fils , né
en 1601 , se distingua dans plusieui*s
affaires , et surtout à la bataille de
Rhétel , en 1 65o ; l'année suivante ,
il obtint le grade de maréchal de
France. Nommé gouverneur de Paris,
en 1662, duc et pair, en i665, il
mourut à Paris , en 1 669 , à l'âge dt»
soixante-huit ans. S— y.
AUMONT ( Louis-Maiue-Victob
d'Aumont et de RocnEBAnoN, duc
d') , naquit le 9 décembre i632.
Nommé colonel de cavalerie à dix ans,
et à 16, capitaine des gardes , en sur-
vivance, il accompagna Louis XIV
dans les Pays - Bas , avec le titre de
brigadier, et prit Armentières, Bergue,
Furnes et Courtrai. 11 fut ensuite
nommé genîilLon.nie de la chambre,
et gouverneur de Boulogne et du Bou-
lonnais. Le duc d'Aumont y mit les
cotes dans un tel état de défense, que
les flottes ennemies furent forcées
de respecter cette partie du terri-
toire français. Il se maria deux fois ,
fut membre de l'académie des inscrip-
tions, et mourut subitement à Paris,
en 1704, ivgé de soixante -douze ans-
K.
AUMONT (Jacques, duc d*), de
la même famille que les précédents.
On lui offrit le commandement de la
garde nationale de Paris , en 1 789 ,
lors de la prise de la Bastille ; mais il
hésita, et on nomma le marquis de la
Salle , qui fut remplacé par M. de la
Fayette. Lorsque la populace de Paris
alla à Versailles, le 5 octobre delà
même année, avec une partie de la
garde nationale, d'Aumont, qui avait
été fait chef de division , en corn-
mandait l'aviuit- garde. Le 10 juin
ÀUM
'i']C)^ , il commandait le bataillon de
garde nationale qui faisait le service
près du roi : on l'accusa d'avoir pris
part à l'évasion de ce prince, et, après
l'avoir maltraité, on le conduisit à
l'hôtel -de -ville, d'où il fit passer à
l'assemblée nationale une lettre con-
tenant son serment de fidélité' à la
constitution. Au mois de juillet suivant,
il prit , avec le titre de lieutcnant-gë-
néral, le commandement de Lille, et
se fit admettre à la socie'îé des amis
"de la constitution , dans cette ville.
Ayant quitte le service en 1795, lors-
que tous les ci -devant nobles furent
renvoyés , il vécut obscur depuis cette
époque, et mourut à l'âge de 66 ans,
dans sa terre de Guiscard, à la fin
d'octobre 1 799. K.
AUNAI ( Pbilippe et Gauthier d').
P'oj' Marguerite de Bourgogne.
AUNaIKE ( s. ), évêque d'Auxerre,
convoqua , en 58 1 , un synode de
prêtres et d'abbés de son diocèse. On
y dressa quarante-cinq canons , dont
voici les plus propres à donner une
idée des mœurs et de la discipline de
ce siècle, dans l'église gallicane. Par
le premier, il était défendu a de se dé-
» guiser le premier jour de janvier en
» l'ache ou en cerf^ ou de donner des
» étrennes diaboliques ; mais on peut
» en ce jour se rendre service les
•A uns aux autres comme dans tout
» autre jour de Tannée. » Le texte
porte : Cervolo ^vel vituldfacere. Le
premier jour de janvier était alors con-
sacré, par les païens ou les mauvais
chrétiens , à se déguiser et à prendre
la figure de divers animaux. Le troi-
sième canon défend a de s'assembler
» dans des maisons particulières pour
» célébrer les veilles des fêles, et
» d'acquitter des vœux à des buis-
» sons, à des arbres , à des fontaines,
» ou de faire des figures de pied et
» d'homme avec du Unge. » Lé texte
AUN 7T
porte : Pedeet homine lineo : Fleuri a
lu /j'g-nea, puisqu'il a traduit , des pieds
de bois; cependant toutes les éditions
portent lineo. Le neuvième canon
défend a aux laïques de danser dans
» l'église, d'y faire chanter des filles,
î) ou d'y donner des festins. » S. Au-
naire mourut en 6o5. T — n.
AUNGERVILLE (Richard ou
Richard de Bury ) , prélat anglais ,
né en 1281 , à St.-Edmund's Bury
en Suffolk. Edouard îll, dont il avait
été le gouvernear , le combla d'hon-
nem-s etde biens. Il fut sacré évêque
de Durham, en i553, nommé grand-
chancelier en t534î et trésorier d'An-
gleterre en 1 556. 11 se montra l'ami
des pauvres et le protecteur des lettres ,
et fonda à Oxford une bibliothèque
très-considérable poiU' le temps. Sa
passion pour les livres était telle qu'il
entretenait , hors du royauiiie , des
personnes chargées d'augmenter ses
richesses en ce genre, et que des co-
pistes, des dessinateurs et des relieurs
étaient, pour ainsi dire, établis dans son
palais. Ilaécril, en mauvais latin, un ou-
vrage singulier, intitule: F hilobiblos, k
l'honneur des livres et sur leur Usage,
publié à Spire, en i485, in-4''.; réim-
primé à Paris, en i5oo; à Oxford,
en 1599; et à Leipzig, en 1674 , à la
suite de Philologie arum episloldrum
centuria una. il a laissé deux autres
ouvrages : Orationes ad principes,
et Epistolœ familiarium , où l'on
trouve quelques lettres adressées par
lui au poète Pétrarque. Aungerviîlê
mourut à Aukland, en i345. X^s.
AUNOY, ou AULN0Y(Mari£-
Catherine Jumelle de Bernevillé,
comtesse d' ) , était femme du comté
d'Aunoy qui, accusé, par trois N'or-
mands , du crime de lèze-majesté , fat
sur le point de perdre la vie , et né dut
son salut qu'aux, remords de l'un des
accusateurs qui confessa la calomnie ;
7'2 AUR
elle était aussi nièce de cette M"*.
Deslogcs qui , sous Louis XIII, se fit
une grande réputation d'esprit, et fut
l'amie des hommes les plus distingués
de son temps. M"'^. d'Aunoy mourut
en i-yoS. On a d'elle des Contes de
jées^ en 4 vol.; V Histoire d'Hippoljte^
comte de Duglas , en 2 vol. ; des
Mémoires historiques de ce qui s^est
passé de plus remarquable en Eu-
rope, depuis 1 6 j2, jusqu'en 1679,
tard aux s,uerres contre les Hollan-
dais quà la paix de IVimègue , en 2
vol. , Paris , 1 692 ; des Mémoires de
la cour d'Espagne, eu 2 vol. (elle
avait vécu dans cette cour avec sa
mère ); une Histoire de Jean de Bour-
bon, prince de Carency, etc. De tous
ses nombreux ouvrages , le seul que
quelques personnes lisent encore est
son Histoire d'Hippolyte , comte de
Duglas. Il y a de l'imagination et de
Tintcrêt. Toutefois , l'auteur , comme
Je dit La Harpe , est une de ces imita-
trices de M"", de la Fayette , fort in-
férieures à leur modèle pour l'art d'in-
venter et d'écrire. Ses autres produc-
tions sont un mélange monstrueux de
faits historiques et de fictions roma-
nesques , où tous les personnages par-
lent le langage d'une fade galanterie.
Les ouvrages mêmes qu'elle donne
comme purement historiques ne sont
pas exempts de cet alliage. A — G — r.
AURAT. r, DoRAT.
AURÈLE ( S. ), était archidiacre de
l'église de Carthage, lorsqu'en 588, il en
fut nommé archevêque , dignité qui
lui donnait une juridiction fort éten-
due sur les métropolitains de plusieurs
provinces d'Afrique. D'après les cons-
eils de S. Augustin, son ami, il assembla
plusieurs conciles pour ramener les do-
natistes à l'orthodoxie. Dans un concile
tenu en 4 1 2 , il condamna, le premier,
Célestius , disciple de Pelage , et
quatre aus après, Pelage Ini-mênie. S.
AUR
Aurcle mourut en 4^5. Le calendrier
d'Afrique , formé dans le 5^ siècle , le
nomme le 20 de juillet, et l'Église ré-
vère sa mémoire ce même jour.
D—T.
AURÈLE. F. Marc-AurÈle.
AURELIANUS (Foj.Cjelivs
AURELIANUS ).
yVURELlANUS AMBROSINUS.
f^. Ambrosinus.
AUBÉLIEN ( Lucius Domitius
AuRELTANus), naquit, dans le terri-
toire de Sirmium en Illyrie , d'un pay-
san qui occupait une petite ferme dans
les terres d'Aurélius, liche sénateur.
Actif et robuste , il montra bientôt une
inclination décidée pour la vie mili-
taire, et s'enrôla comme simple sol-
dat dans les troupes impériales. Il
s'éleva par degrés, et montra un esprit
si martial , que les soldats , pour le
distinguer d'un autre officier du même
nom , l'appelèrent : Aurelianus , ma-
nus adferrum {Aurélien , la main
à Vépée ). Telle était sa vigueur, qu'on
dit qu'en un jour il tua quarante- huit
Sarmates, et que, dans la suite, le nom-
bre d'ennemis tués de sa main monta
à neuf cent cinquante. L'empereur Va-
lérien lui conféra l'emploi important
d'inspecteur des camps romains , et le
chargea d'y rétablir la discipline. Il le
créa consul, et, à sa recommandation ,
UlpiusOinitus, descendant de Trajan,
l'adopta, et, lui donnant en mariage sa
fille, Ulpia Severiua, lui fit part de
ses richesses. Sous le règne peu glo-
rieux de Galien, il n'est point question
d'Aurélien; mais il reparut de nou-
veau sous celui de Claude II, qu'il se-
conda lorsqu' Auréole fut vaincu par
cet empereur. Dans la guerre des
Goths , il eut le commandement de la
cavalerie; et quand l'empereur mou-
rut , il désigna Aurélicn comme le plus
digne de lui sucxrédcr. Les légions d'il-
lyrie curent égard à ce choix , et clc- ,
AUll
TÈrent Aurelien au pouvoir suprême ,
l'an 270. Quinlilius, frère de Claude ,
qui commandait dans Aquilée un corps
de troupes, prit y de sou côté, les mar-
ques de la dignité impériale; mais,
connaissant la supériorité de son rival,
il termina un règne de dix-sept jours,
en se faisant ouvrir les veines. ]S*ayant
séjourné que peu de temps à Kome,
dans l'intention de s'y faire reconnaî-
tre par le sénat, Aurelien retourna
dans la Pannonie, que les Goths me-
naçaient d'une nouvelle irruption. Ils
avaient traversé le Danube, lorsque
Tempereur , à la tête de ses forces , les
joignit, et leur livra une bataille à
laquelle la nuit seule put mettre fin.
Après cette action douteuse , les deux
nations se trouvèrent alors disposées
à terminer leur longue guerre par une
paix durable. Les Gollis s'engagèrent
à fournir aux armées romaines un
corps d'auxiliaires , et donnèrent des
otages , pour assurance que leur re-
traite serait paisible. Aurelien retira
les troupes romaines de la Dacie , et ,
laissant ainsi tacitement cette province
au pouvoir des Goths et des Van-
dales , il se hâta de revenir en Italie ,
pour repousser une incursion des Ger-
mains. Ces barbares se retiraient avec
leur butin , lorsque l'empereur les at-
teignit près du Danube , et les obligea
de se rendre à discrétion. Ici, les récits
des historiens sont assez confus , et
on ne peut guère concevoir comment
une nouvelle incursion des Ger-
mains eut assez de succès, pour qu'ils
Farvinssent jusque dans le nord do
Italie, où une bataille, livrée près
de Plaisance, fut si fatale aux Romains,
qu'on crut que l'empire allait être dé-
truit. Rome entière fut en alarmes , et
on y mit en usage toutes sortes de pra-
tiques superstitieuses pour détourner
le courroux des Dieux. Les Germains
s'avancèrent jusqu'à Fano, près do la
AUR 75
rivière du Métaurc, où, cinq cents ans
auparavant, Asdrubal avait perdu son
armée et la vie. Ce lieu fut encore heu-
reux aux Romains : i'emporeur défit
les ennemis, en fit un grand carnage,
et , peu après , extermina eJitièrement,
près de Pavie, ceux qui avaient sur-
vécu à leur première défaite. On voit
encore à Pcsaro, éloigné de Fano de
cinq milles , un monument érigé par
les habitants , en mémoire de ces vic-
toires d' Aurelien. Ayant enfin délivré
l'Italie des b^îrbares , Aurelien revint
à Rome , où il fit mettre à mort plu-
sieurs sénateurs, soupçonnés d'avoir
conspiré contre lui. Il agrandit la ville,
et pourvut à sa sîiieté par une nou-
velle enceinte de murailles , qui avait
plus de cinquante milles de tour, et
qui porta son nom , quoique ces tra-
vaux n'aient été finis que sous le règne
de son successeur , Probus. Gibbon
prétend que ce fut vers ce temps
qu'Aurélien marcha dans les Gaules,
pour mettre fin à l'usurpation de Té-
tricus, qui avait succédé à plusieurs
autres gouverneurs et généraux, élevés
à l'empire par les troupes de celte
province. Tétricus lui-même, fatigué
de sa puissance précaire qu'il ne pou-
vait abdiquer sans danger, avait in-
vité l'empereur à venir le délivrer. Il
posta son armée de manière qu'elle fut
attaquée avec un grand avantage par
Aurelien, et presque entièrement taillée
en pièces , près de Châlons en Cham-
pagne. Tétricus se rendit au vainqueur,
qui ne tarda pas à réduire la Gaule.
En 272, Aurelien entreprit l'expédi-
tion qui a le plus illustré son règne ,
en allant combattre Zénobie, reine de
Palmyre. Un général , nommé Héra-
clien , envoyé contre elle par Gallien ,
avait été battu , et Claude , occupé de la
guerre des Goths , l'avait laissée tran-
quille. Aurelien résolut de venger la
majesté de l'empire, et de lui rendre
7i Aun
les provinces qui eu avaient ete' dé-
tachées. Il marcha vers l*orieiit avec ses
légions , par l'illyrie et !a Thrace. La
douceur avec laquelle il tr^rita les habi-
tants, et la discipline observée par
SCS troupes, favorisèrent ses succès
en Syrie. Comme il s'approchait d'An-
tioche, Zenobie tenta d'arrêter ses pro-
grès. Une bataille s'engagea près de
cette ville, et Aurë'i< n y remporta la
victoire, q>ii fut long-temps disputée.
Une autre action, près d'Emèse, dé-
cida de la guerre. Zenobie, après cette
seconde défaite, se renferma dans Pal-
myre , et ré.sista quelque temps , avec
intrépidité, aux armes d'Anrclien qui
avait investi la ville. Les difficultés
qu'il rencontrait le portèrent à inviter
Zenobie à se rendre; ri s'engageait à
lui laisser la vie; mais Zenobie lui fit
une réponse pleine de courage et
même de hauteur, que l'on attribua au
célèbre Longin. A la fin , comme Ze-
nobie essayait de s'enfuir en Perse, elle
fut prise, et amenée captive en présence
de l'empereur. Elle rejeta sa longue
résistance sur les gens de son conseil ,
et surtout sur Longin, dont la mort
funeste est une tache à la mémoire
d'Auréiien, et même à celle de Zeno-
bie. L'empereur, au reste, traita avec
humanité les habitants de Palmyre.
Pendant ce temps , Probus avait sou-
mis l'Egypte, et Aurélien reprit le
chemin de l'Europe, après avoir
réuni à l'empire toutes les posses-
sions de Zenobie. Il avait déjà passé
le Bosphore avec sou armée, lors-
qu'il apprit que les Palmyréniens
s'étaient révoltés , et , qu'après avoir
massacré la garnison romaine , ils
avaient proclamé un nouvel empe-
reur. Aurélien revint sur ses pas avec
une célérité qui ne leur permit pas
de se mettre en défense , et exerça
une vengeance terrible sur l'infortu-
née ville de Palmyre , qu'il aban-
AUR
donna pendant trois jours à la fu-
reur des soldats. Après cette ef-
froyable exécution , il épargna le peu
d'habitants qui restaient, vt fit réta-
blir dans toute ?a splendeur le ma-
gnifique temple duSohil, ayant tou-
jours honoré cet astre d'un culte par-
ticulier. De là , l'infatigable Aurélier»
courut en Egypte , où f irmius , allie
de Zenobie, avait pris possession
d'Alexandrie, et s'était fait proclamer
empereur. AuréUen éteignit sans peine
cette rébellion , et en fit périr publi-
quement l'auteur. Il retourna aussitôt
après vers l'Italie. On vit à son
triomphe une longue suite de riches
dépouilles , d'animaux curieux , de
gladiateurs, de captifs, d'ambassa-
deurs venus des parties les plus éloi-
gnées de la terre. La marche était fer-
mée par les souverains déposés. Té-
trîaiset son fils parurent avec le cos-
tume des rois gaulois; mais l'aspect du
premier en état de captif affligeait et
humiliait les sénateurs, dont il était le
cdlégue. Zenobie, chargée de chaînes
d'or et comme accablée sous le poids
d'une immense quantité de bijoux pré-
cieux, offrait à ^orgueil romain un as-
pect plus agréable. Sa rare beauté, sa
taille majestueuse et son air noble at-
tirèrent tous les regards. Apres que
l'empereur eut ainsi fait servir ses
antagonistes à l'ornement de son
triomphe, il monti'a de la clémence
dans la manière dont il les traita. Ze-
nobie eut près de Tibur une villa ,
où elle passa ses jours avec honneur.
Tétricus et son fils recouvrèrent leur
rang et leur fortune, et furent comp-
tés parmi les membres les plus res-
pectables du sénat. Aurélien alors
donna ses soins à rétablir l'ordre et
réformer les abus. 11 déploya une
grande munificence dans les largesses
qu'il fit au peuple de la capitale. Oa
assure qu'après avoir augmenté Ici
AUR
dîslribmlons d'huih et de pam , et y
avoir ajoute celle d'uue certaine quan-
tité de viande de porc , il voulait en-
core en établir une devin; mais qu'il
en fut détourné par le préfet du pré-
toire, qui lui dit que, si la populace re-
cevait du vin , elle s'attendrait ensuite
à se voir donner des oies et des pou-
lets. Il mérita la reconnaissance géné-
rale en faisant remise de tout ce qui
était dû au trésor public , et en fai-
sant brûler dans la place Trajane
toutes les obligations relatives à ces
dettes. On croit qu'Aurélien conser-
vait de la partialité en faveur de l'or-
dre des plébéiens , auquel il avait ap-
partenu, et qu'il regardait les patii-
ciens avec jalousie et méfiance. Son
zèle pour la réforme tint de la sévé-
rité de son caractère, et la dureté du
soldat se mêla souvent aux sollici-
tudes paternelles du monarque. Une
sédition eut lieu dans Rome ; elle
commença par les ouvriers de la
monnaie, qui craignaient d'être pu-
nis pour leurs malversations ; ils
curent l'audace de se retrancher sur
le mont Caelius , dans l'intérieur même
de la vil'e. Aurélien les y fit attaquer ,
et ils furent tous massacrés ; mais
''jooo hommes des troupes de l'empe-
reur y périrent. Ce malheureux évé-
nement donna lieu à une punition
terrible, dans laquelle plusieurs sé-
nateurs et patriciens furent envelop-
pés. On compta parmi ces victimes
le fils, ou, selon d'autres, la fille de
la propre sœur d' Aurélien. Un voyage
en Gaule, et une expédition contre les
barbares , qui avaient fait une irrup-
tion en Vindélicie, ne furent que
le prélude d'une grande entreprise
militaire contre l'empire des Perses.
Déjà il avait commencé à se mettre
en marche pour l'Orient, et attendait
en Thrace le moment favorable pour
K porter plus avant, quand unecons-
AUR -5
piration termina ses jours. Il soup-
çonnait son secrétaire Mnesthée de
coiifussion, et l'avait menacé de lui
faire rendre compte. Mnesthée con-
trefit la main de l'empereur, et mon-
tra aux principaux chefs une liste de
proscrits, où il avait réuni leurs
noms et le sien. La sévérité connue
de l'empereur et l'indignation les ren-
dirent crédules; et lorsque l'armée
était en marche, ils attaquèrent Au-
réhen près d'un lieu nommé Cœno-
phriirium (le nouveau Château) , en-
tre Byzance et Héraclée, et le tuèrent
vers la fin de janvier 275. Il périt,
dit-on, de la main d'un chef nommé
Mucapor. Aurélien était âgé d'environ
soixante-trois ans , et en avait régné
cinq. Sa mort fut vengée. Ses assas •
sins détrompés livrèrent Mnesthée
aux bêtes féroces , et élevèrent à Au-
rélien un tombeau et un temple au
lieu où il avait été tué. Ces regrets
tardifs ne sauvèrent point leurs jour.s.
Une partie d'entre eux fut massacrée
par les soldats ; les autres périrent
dans la suite par les ordres de Tacite
ou de Probus. Aurélien ne laissa
qu'une fille. Quoique l'on convînt
généralement que cet empereur avait
été sage , actif, heureux et très - utile à
l'empire , dont il avait arrêté la dé-
cadence , le souvenir de ses cruautés
se mêla aux justes regrets qu'il inspi-
rait. Après avoir traité les chrétiens
avec douceur au commencement de
son règne, il avait rendu contre eux
des édits terribles; mais il mourut
avant leur publication. Aurélien est
le premier empereur qui ait porté
publiquement un diadème; il fut
imité en cela par ses successeurs ;
cependant, Constantin ftit le premier
qui fit habituellement usage de cette
marque du pouvoir suprême. D — t.
AURÉLIO , roi des Astuiies , cou-
sin germain de Froila I*"*., et l'un de&
:6 AUTx
conjures qui assassinèrent ce prince, fut
élu roi à sa place , par les grands du
royaume, en -^68; il renouvela avec
les Maures, la trêve qu avait conclue
son prédécesseur, apaisa une révolte
des esclaves maures , qui s'étaient sou-
levés contre les chrétiens, leurs maîtres ;
ouvrit le chemin du tione à Silo, son
ami, en lui faisant épouser Adosiuda ,
sa parente, et mourut , en 7-^4 5 après
six ans de règne. B — p.
AUBELIO ( Louis ) , né à Pérouse,
se distingua dans la carrière des lettres,
vers le commencement du 17**. siècle,
litant entré de bonne heure chez les
jésuites , il s'appliqua avec tant d'ar-
deur à la philosophie et à la théologie,
qu'on fut obligé ^e le renvoyer chez
son père pour rétablir sa santé, altérée
par l'excès du travail. Après trois ans
de repos, il s'adonna à la jurispru-
dence , et fut reçu docteur en droit ,
comme dans les deux autres facultés.
II fiit d'abord nommé bibliothécaire à
Pérouse j il alla ensuite à la cour de
Vienne , en qualité d'auditeur du
nonce apostolique; à son retour, il
fut fait chanoine de St.-Jean-de-La-
tran, et mourut à Rome, en 1657.
Cet auteur , qui joignait à l'étude des
langues latine, grecque et allemande ,
une connaissance approfondie de l'his-
toire , était regardé , par le pape Ur-
Lain VIII, comme le premier historio-
graphe de son temps. Ses principaux
ouvrages sont : I. Ristretto délie sto-
rie del Mondo di Orazio Torsellino
gesuita , col suppUmeiito di Lod.
Aurelio , traduttore de l'opéra, Pé-
rouse, i6'23, puis Venise, i655,
in- 12. Cette édition a été augmentée
d'une seconde partie , jusqu'à l'an
i65o, par Bemardo Oldoini, de Gê-
nes ; II. Délia Rihellione de' Boemi
contra Mattkia , e Ferdiiiando Im-
peradore, Istoria, etc., Rome, 1626,
et Milan, 1626, in-S". j III. ué anales
AUR
Card. Baronii in epitomen redacti ,
Rome, 1 656, Paris, 1657, 2 vol. in-
12 j III. Bzovii continuatio in epito-
men redacta, Rome, 1641 , in-12,
traduite en français , par Charles
Chaulmer^ historiographe de France,
Paris, 166^, en 6 vol. in-12, puis
réimprimée en 8 vol., avec un supplé-
ment, depuis l'an 1 656 où finit Aure-
lio, jusqu'en 1664. On a encore de
cet auteur des éloges , et différents au-
tres discours. Il écrivit en vers latins,
et traduisit lui-même en italien deux
tragédies , Pompée et Gernianicus ,
qui n'ont jamais été imprimées. G — e.
AURELIO (AuRELio), poète véni-
tien qui florissait vers la fin du 17''.
siècle, et au commencement du 18*'.,
fut attaché au duc de Parme , et se
distingua particulièrement par la com-
position de drames en musique. Maz-
zuchelli, Scrittori ital., tom. I, p. II,
rapporte les titres et les dates de trente-
six de ces drames, et prévient qu'il ne
les indique pas encore tous. Le pre-
mier , intitulé Eroinda, est de l'année
i652, et le dernier, Amore e Ge-
/o\m, est de 1729. G — e.
AURELIO (Jean Muzio), Joan-
NES Mutius Aurelius , poète latin ,
né à Mantoue, florissait au commen-
cement du 16''. siècle. Il fut un de
ceux qui eurent part à la favem' de
Léon X. Ce pape crut, en 1 52o, con-
tribuer à sa fortune , en le faisant gou-
verneur d'une ville de l'état romain ;
mais Aureho y commit des abus d'au-
torité et des vexations qui révoltèrent
contre lui les habitants. Etant sorti
seul un jour sur luie mule , il disparut,
et fut trouvé , plusieurs jours après ,
au fond d'un puits , avec sa mule. Le
recueil de Math. Toscanus , intitulé :
Carmina illmtrium Poétarnm ita-
îorum, contient deux de ses pièces de
vers , un hymne à S. Jean-Baptiste ,
et une élégie adressée à Léon X.
AUR
Jules - César Scaliger , dans le VP.
livre de SApoétique, auquel il a donné
le titre dî! Hypercritique , fait un grand
éloge d'Aurelio, et particulièrement de
cette élégie , où le poète se plaint de
sa pauvreté et implore, pour en sortir,
la libéralité du pontife. « Il a , dit
Scaliger , emprunté toutes ses pein-
tures de Catulle, mais si bien, que je
n'oserais assurer que Catulle lui-même
put mieux faire, s'il vivait aujourd'hui.
Aussi poli, aussi élégant, il est beau-
coup plus soigné que lui , etc. » C'est
sans doute la tradition de cet éloge
qui a fait écrire , en parlant d'Aurelio ,
qu'il se proposa Catulle pour modèle ,
aux obscénités près. Il n'avait en effet
garde d'en mettre, ni dans sou élégie
au pape, ni dans son hymne de S.
Jean. G — e.
AURELIUS COTTA (C), fut con-
sul avec P. Servilius Géminus, l'an
5o2 de Rome, pendant le cours de la
première guerre punique. Après avoir
pris Himère , en Sicile , il tenta de s'em-
parer de l'île et de la ville de Lipari ;
mais, lorsqu'il était revenu à Mes-
sine , pour consulter les augures , ses
lieutenants , Q. Cassius et P. Aurélius
Pécumola , son parent , attaquèrent la
place , malgré sa défense. Il les en pu-
nit avec toute la rigueur qu'autorisaient
les lois militaires. Cassius fut privé de
sou grade, et Pécumola , probable-
ment plus coupable , passa dans le
rang des simples soldats, après avoir
été battu de verges. Aurélius Cotta prit
la place d'assaut , et fit massacrer
la plus grande partie des habitants.
D'accord avec le grand pontife Tib.
Coruncanius , il fit dégrader treize séna-
teurs , et rejeter dans les plus basses
classes du peuple 4oo chevaliers, qui
avaient refusé à Lipari d'obéir à ses
ordres. Aux ides d'avril , Aurélius fut
honoré d'un triomphe. Onze ans plus
tard; à l'époque où la première guerre
AUR
77
punique se termina glorieusement
pour les Romains , Aurélius Cotta fut
nommé censeur, et fit, en cette qua-
lité , le dénombrement du peuple , avec
son collègue M. Fabius Butéo. Depuis
ce temps, l'histoire ne parle plus de
lui. D^ — T.
AURÉLIUS VICTOR ( Sextus),
historien romain , vivait au 4^. siècle,
probablement depuis le règne de
Constance jusqu'à celoi de ïhéodose.
Il parle ( HisL, ch. 28. ) de la 1 1 00^.
année depuis la fondation de Rome ,
qui était la 548^. de J.-C, ou la ri*',
du règne de Constance , comme s'étant
passée de son temps. 11 fait mention,
d'un tremblement de terre qui eut
alors lieu à Nicomédie, sous le con-
sulat de Céréalis , c'est-à-dire , l'an
1 1 1 G de la ville , ou 558^. de J. - C.
Aurélius Victor était fils de parents
obscurs et sans éducation. L'Afri-
que fut peut - être sa patrie ; car
dans ses écrits , il donne de grandes
louanges à ce pays , qu'il appelle la
gloire du monde. Malgré la bassesse
de son extraction , se5 talents Rele-
vèrent aux honneurs : en 36 1 , Julien
le nomma préfet de la n^. Pannonie ;
et, pour récompense de ses services,
il fut honoré d'une statue d'airain.
Long-temps après , il fut préfet de
Rome(Amm. MarceUin , liv. XXI,
chap. 18. ), et en 069, consul avec
Valentinien. Il obtint probablement
cette dernière dignité sous le règne
de Théodose ; car il nous reste une
inscription , que Sextus Aurélius Vic-
tor, préfet de la ville, grava sur un
monument, en l'honneur de Théo-
dose. Si tous ces passages ont rapport
au même Sextus Aurélius Victor,
comme cela n'est pas improbable , il
occupa , sous plusieurs empereurs ,
des postes d'une grande distinction ,
et vécut jusque vers la fin du 4''. siècle.
Il nous reste sous son nom quatre ou-
iS
AUR
Trages : I. Origo gentis Romance;
cette histoire allait, d'après son titre,
depuis les temps incertains de Janus
jusqu'au lo*". consulat de Constance;
mais ce que nous en possédons ne
s*ctend que jusqu'à la première année
de la fondation de l«oiue. II. De Firis
ilhtslribus urlns Romœ, souvent im-
primé dans le 1 6"". siècle sous les noms
de Pline le jeune, de Suétone, ou
d'iErailius Probus. Ce livrt, qui com-
mence à Phocas et se termine à Pom-
pée , a aussi été attribué à Cornélius
îJépos. m. De Cœsarihus historia,
ab Auguslo Octavio^ id est^ à fine
Titi-Livii usque ad consulatum de-
eimum Conslantii Augusti et Ju-
liani Cœsaris tertium; IV. De vila
et morihus imperalorumRomanorum
excerpta , à Cœsare Augusto usque
ad Theodosium imperatorem. Le
troisième de ces ouvrages est le seul
qu'on puisse attribuer avec certitude
à Aurclius Victor. La première édition
de cet auteur fut donnée par André
Schott, Anvers, 1079, in-8^ Auré-
lius Victor a été réimprimé dans les
coîlectians de Sjburge , 1 588- 1 Sgo ,
5 vol. iii-fol.; de Gruter, 161 1, in-fol. ;
de Boxhorn , i63'2, in- 13. Il en a
paru beaucoup d'éditions séparées;
les meilleures sont, i". celle d'Amster-
dam, 1 755, in-4''., cwm notis vario-
rum, curante Joh. Amtzenio; i"".
celle de Cobourg, 1759 et 1768,
in-S"., cum notis, J. Fr. Gruneri;
5". celle d'Erlang, ex recensiojie, J.
Fr. Gruneri , cum notis selectis, cu-
rante Chr, Harles. Barbou a imprimé
Aurélius Fictora la suite (ÏEutrope,
1 795 , in- 1 3 , édition soignée . par M.
Caperonnier. Cet auteur se trouve en-
core dans les Scriptores historiœ Ro-
mance minores, 1 789, in-8". , fiisant
partie de la collection des Deux-Ponts.
D— T.
'. AURÉLIUS (Cornélius ), né à
AUR
Gonda en Hollande , vivait vers le
commencement du 16*^. siècle , fut
chanoine à flemsdonk , près Dor-
drecht , et précepteur d'Erasine. Il
composa deux traités, l'un Defensio
gloriœ Balavinœ , l'autre EÎucida-
rium imriaruni quœstionum super
Batavind regione. Ils furent réunis et
publiés ensuite par Bonavcnture Vul-
canius , sous ce titre : De situ et lau-
dibus Bataviœ. L'empereur Maximi-
lien lui envoya la couronne de poète.
Aurélius composa encore d'autres ou-
vrages, et on lui attribua un poëmc
en l'honneur de l'empereur Charles-
Quint , intitulé : Prognosticon , seu
Caroli V Cœsaris prœconium. On
ignore l'année de sa mort. K.
AURENG.ZEYB(MoHnY Êd-Dyn,
c'est-à-dire , le Vivificatcur de la reli-
gion, ornement du trône, sumomtiié
dans la suite Adlemgujr , conqué-
rant de l'univers), naquit, pour le
malheur de son faible et infortuné
père, Châh-Djéhân, le ïi de dzoùl-
càdéh 1028 ( 20 octobre 1619).
Son aïeul, Djéhânguyr, filsd'Akbar,
occupait encore le trône de l'Hindous-
tân, et s'estima si heureux de voir
augmenter sa famille, qu'il donna au
nouveau-né, le nom d^Aiireng-Zejb,
ornement du trône. Élevé, comme tous
les princes asiatiques , dans le fond
d'un harem , il ne fit rien de remar-
quable dans son enf ince , ou , du
moins, nous ne connaissons de lui
aucun trait qui semblât présager la
profonde politique, l'insatiable ambi-
tion et les grands talents qu'il déve-
loppa dans la suite. Il eut le même
instituteur qtie ses deux frères aînés :
c'était un docteur musulman , jouissant
d'une haute répjîtalion , et nommé
Mélik-Ssdleh , littérateur distingué,
comme on peut en juger par une his-
toire des vingt premières années du
règne de son élève, qu'il composa eu
AUR
persan, et que nous possédons à la
Bibliothèque impériale, en un volume
iu-fol. Cependant, ce choix n'élail pas
heureux, si Ton en juge par les re-
proches qu'Aureng-Zeyb adressa dans
la suite à ce savant, qui, en effet,
paraît n'avoir enseigné au jeune prin-
ce , que la langue arabe , et s'être borné
à l'Hindoustan, pour les connaissan-
ces géographiques, sans lui parler des
autres royaumes de i'x\sie. A peine lui
avait-il indiqiié les noms des royau-
mes de l'Europe. Aureng-Zeyb répara
l'imperfection de son éducation pre-
mière, par une application assidue et
par la force de son génie. II n'avait
que neuf ans, lorsque le scepti'e de
l'Hindoustan passa (en 1627) ^^*
mains de son aïeul entre celles de son
père Cliâh-Djchân , et il annonçait
dcs-lors, par son maintien composé,
par ses fréquentes prières et par son
goût pour la solitude, sa profonde hy-
pocrisie, sa prévoyance et ses projets
ultérieurs. Bientôt, on le vit s'inscrire
parmi les faqyrs, prendre presque
leur costnrae, et annoncer l'intention
de se retirer à Médyne, auprès du
tombeau du Prophète. Cependant, il
saisit avec empressement l'occasion de
mettre décote, pour quelques instants,
le Koràn , qu'il portait continuelle-
ment sous le bras, et de prendre l'é-
pée. Créé à l'âge de vingt ans (en
i658), émyrpendje hazary , ou chef
de quinze mille hommes, il obtint,
presque aussitôt, le commandement du
3)ékehan. Impatient de s'essayer dans
la carrière des armes, il profita de
l'armée qui était sous son commande-
ment, pour faire une invasion dans le
pays de Baglena. Les forteresses fu-
rent enlevées, et les chefs réduits à
payer le tribut. Après cette expédition ,
qui fut peu avantageuse pour l'état, à
cause de U pauvreté du pays conquis ,
Auren^-Zeyb demanda et obtint la pcr-
AUR ^r)
mission de se rendre à Lâlior, où l'em-
pereur son père avait fixé sa résiden-
ce ; mais bientôt il eut ordre de re-
tourner dans son gouvernement. Il y
reprit sa vie austère , s'occupa de
construire d<»s mosquées , fonda la
%nlle d'Aurcng-Abâd , et vécut dans
une plus grande intimité avec des
faqyrs. Voulant un jour leur donner
un témoignage éclatant d'amitié et
de vénération , il en invita un grand
nombre à un modeste festin , et en.
suite voulut les revêtir d'habille-
ments neufs. Ces cénfcbitcs refusèrent
l'honneur excessif qu'on prétendait
leur faire. Le vice-roi insista, et , mal-
gré leurs refus opiniâtres et même
leurs efforts, car on alla jusqu'à la
violence, ils se retirèrent vêtus plus
décemment qu'ils n'étaient venus , et
peut-être aussi un peu plus légère-
ment; car, les vieilles robes ayant été
brûlées toutes ensemble, on trouva
dans les cendres, une énorme quan-
tité de pièces d'or et d'argent. Cette
somme fut d'un grand secours à Au-
reng-Zeyb, quand il fit la guerre à ses
frères. Du gouvernement du Dckchan,
il passa ( en i645 ) à celui du Guza-
rate, et fixa son séjour à Ahhmed-
Abàd, sans changer de manière de
vivre, et attendant avec impatience
l'occasion de satisfaire l'ambition dont
il était intérieurement dévoré. Sa pre-
mière expédition ne fut pas heureuse;
chargé par son père (en 1649), de
combattre les troupes persannes , qui
avaient fait une invasion dans le Can-
dahar, et s'étaient emparées , l'année
précédente, de la capitale de cette pro-
vince, il ne put les repousser. Vaine-
ment fit-il aussi le siège de cette place;
il fallut le lever au bout de trois mois ,
et retourner dans l'Hindoustan, après
avoir,à la vérité, remporté sur les Per-
sans quelques avantages, et même une
victoire assez complète, mais qui n'eut
Se AUR
aucun résultat heureux. Deux ans
après, il fit de nouvelles tentatives
sur la même ville, établit un sie'ge
dans les formes, et fut encore oblige
de le lever. A son retour dans le pays
de Kaboul ( en 1 65-2 ) , son père le rap-
pela dans le De'kehan. Dârâ'Che'koiih ,
son frère aîné , prince recommandable
par sa piëte' filiale et par son amour
pour les lettres , mais aussi pre'somp-
tueux qu'imprudent , sollicita et obtint
de leur trop faible père, la permission
de venger la gloire des armes mogoles,
et de se mesurer avec ces invincibles
Persans. Il fit le siège de Gandahâr, et
fut également obligé de se retirer. Au-
reng-Zeyb triompha en secret, et jura
à son frère une haine d'autant plus im-
placable, que Châh-Djéhân avait déjà
désigné publiquement Dârâ pour hii
succéder. L'unique moyen de se déli-
vrer d'un rival aussi redoutable était
de rexterrainer , et de s'assurer de la
couronne le plus promptement possi-
ÎjIc, et à quelque prix que ce fût.
Notre jeune ambitieux s'occupa forte-
ment de remplir ce double but; les
circonstances le secondèrent. Châh-
Djéhân était tombé dangereusement
malade, en T067 de l'hégire (i656-
î<557 ); Dârâ s'empressa de saisir les
i^nes du gouvernement , et des actes
d'autorité arbitraires le rendirent
odieux à ses trois autres frères. Les
deux plus jeunes d'entre eux, Aureng-
Zeyb et Mourâd-Bakheche, se liguè-
rent contre lui , et accucillirentavecem-
pressement l'êmyr Djemlah , qui avait
rempli le poste de pruicipal vizyr au-
près de Châh-Djéhân , et qui venait
d'être disgracié par Dârâ, à cause de
son attachement pour Aureng-Zeyb.
Celui-ci feignit de se livrer avec plus
d'ardeur aux exercices de piété, et
ne se mêla des alTiires mondaines
que pour rempUr les devoirs imposés
par sa place. U excitait secrètement
AUR
l'ambition de son jeune frère, dont la
jalousie, à l'égard de Dârâ , lui était
favorable; il comptait bien en faire
tourner le résultat à son propre avan-
tage. Mourâd énonça ouvertement ses
prétentions à rem])ire , et trouva un
puissant appui dans Aureng-Zeyb. Ils
marchent de concert vers Agrah ,
avec une armée d'environ 4^,000
hommes. Châh-Djéhân veut aller lui-
même au-devant de ces fils rebelles ;
Dârâ parvient à le détourner de ce
sage projet , afin d'être chargé de cette
expédition. Il se met en effet à la tête
de l'armée impériale , composée de
plus de 100,000 chevaux et de 5o,ooo
fantassins , suivis d'une nombreuse
artillerie. Après plusieurs marches et
contre-marches, l'action s'engagea près
de Fethh-Abâd , à cinq lieues d'Agrah,
le 6 juin i658; elle fut terrible; Dârâ
et Mourâd firent des prodiges de va-
leur; la conduite d' Aureng-Zeyb fiit
peut-être moins brillante , mais plus
adroite, et contribua puissamment au
gain de la bataille, en semant la zizanie
parmi les chefs de l'armée de Dârâ ,
et surtout en gagnant plusieurs d'entre
eux , qui restèrent immobiles pendant
l'action; quelques-uns même aban-
donnèrent le champ de bataille, dont
ses deux frères restèrent maîtres.
L'astucieux Aureng-Zeyb s'empressa
de faire honneur de la journée à son
jeune frère ; après quelques heures de
méditation et de prières, il vint devant
lui , le Korân à la main , lui adresser
ses félicitations , en lui donnant le titre
d^ empereur. 11 le traita en ])ublic et en
particulier avec la soumission la plus
respectueuse ; et cependant il entrete-
nait une correspondance très -active
avec les nahdb , ou vice-rois , et au-
tres gouverneurs : il donnait aussi au
nouveau monarque un ministre chargé
d'obseiTcr toutes ses actions. L'armée
victorieuse marcha droit sur Agrah ;
AUR
h ville ne tint pas long-temps ; mais
Cliàh-'Djeliân s'était retranclié dans
sou palais avec nne assez forte garni-
son. Aurcng-Zeyb entamaavecluiune
négociation qui fut si adroitement
conduite , que le vieux monarque se
décida à renvoyer ses gardes , et se
mit ainsi à la discrétion de son petit-
fils Mohammed. Celui-ci, fidèle aux
ïustructionsqu'itavait reçues d' Aurcng-
Zeyb , son père , le confina dans l'in-
térieur du harem. Tandis que ses
émissaires portaient leurs mains sacri-
lèges sur son père et leur légitime
souverain , Aureng-Zeyb faisait sa
prière au tombeau d'Akbar, situé dnns
le voisioage d'Agrah. Les heureuses
nouvelles qu'on vint lui annoncer
Tarrachèrentà cette pieuse occupation ;
il s'empressa de se rendre auprès de
Mourad-Bakhehe; du plus loin qu'il
le vit: a Vous n'étiez jusqu'à présent,
» s'écria -t-il , monarque que de nom,
» vous l'êtes nwinlenant en réalité;
« mes vœux les plus ardents sont
» accomplis; je n'en forme plus que
» deux, c'est de faire le pèlerinage de
» la Mekke , et de passer ensuite le
» reste de mes jours loin des embarras
» du monde, dans la prière et dans
» la retraite.» Mourâd entreprit de le
détourner , au moins pour le moment ,
d'un semblable dessein, et y réussit
facilement. Les deuxprinces résolurent
de marcher sur Dehly, où le fugitif
Dârâ avait rassemblé quelques forces :
mais au moment de se mettre en mou-
•veracnt, leur armée se souleva ; la paie
étant arriérée de quelques mois. Mou-
râd eut recours aux banquiers d'A-
grah; ils furent sourds à ses demandes
et à SCS propositions. Le prince allait
user de violence envers eux et même
envers les habitants les plus opulents ,
lorsque l'astucieux Aureng-Zeyb offrit
d'acquitter la solde des troupes avec son
propre trésor; le jeune monarque eut
AUR 8t
Pimprudence d'accepter un service qui
recommandait son fière à la recon-
naissance de l'armée et de la capitale
entière: et bienlot les disposijions de
pèlerinage se changèrent en prépara-
tifs de guerre -, et Aîourâd fut arrêté
au milieu de son camp , en pré-
sence d' Aureng-Zeyb , lié et envoyé'
à Agrah , sous bonne garde. Ce der-
nier ne tarda pas à se rendre à Dchiy,
où il exerça ouvertement seul l'auto-
rité suprême. Il se trouvait alors dans
THindoustan trois souverains vivants ;
savoir : Châh-Djéhân , enfermé dans
la citadelle d'Agrah, et ses deux fils,
Dârâ-Chékoùh , qui fuyait alors , et
Aureng-Zeyb, ou plutôt Aâlem-Guyr,
qui avait saisi le timon des affaires.
JNous pourrions encore en citer un
quatrième , Châh-Soudjâh , autre fils
de Châh-Djéhan. Il donna de vives
inquiétudes à son frère, et lui disputa
énergiquement la couronne ; mais la
perfidie de ses officiers , autant que sa
propre inexpérience, causa sa ruine;
il se vit perdu sans retour, par les
suites d'une bataille malheureuse qu'il'
livra le 2ï de rabyi 2*^. io69( ^4
janvier 1659); et le 24 ramadhân
de la même année, Aureng-Zeyb mon-
ta sur le trône avec toutes les cérémo-
nies accoutumées ; son nom , changé en
celui (VAdlem- Qujr, fut proféré dans
les prières publiques , et inscrit sur
les monnaies. Le seul compétiteur
capa!:le d'inspirer de l'inquiétude au
nouveau monarque, é'ait Dârâ-Gbé-
koùh, qui errait dans le nord de l'Inde :
il le poursuivit , un traître le livra; on
lui coupa la tête aussitôt, et on vint la
présentera Aureng-Zeyb lorsqu'il lisait
et méditait le Coran ; il ferma le livre,
demanda de l'eau , et fit laver le visage
de Dàrâ, pour mieux le reconnaître;
il lui ouvrit les yeux, et, y ayant dé-
couvert une taie qui ne lui laissait
aucun doute, il versa un torrent de
6
82 AUR
larmes en s*e'criaiit : « Tinfortund î »
11 fit embaumer celte tête , et l'envoya
à lenr malhcnreuX père , qui e'iait à
table quand on lui présenta la ftineste
boîte : il se félicitait de recevoir un
témoignage du souvenir de ses en-
fants. Qu'on juge de son effroi et de
son horreur, quand il reconnut la
tête de Dârâ, son fils cbéri. Mourâd-
Bakliche, quoique enfermé étroite-
ment, troublait quelquefois le repos
de son frère , sa mort fut résolue ; mais
« on emprunta, dit Manucci, le masque
de la justice pour couvrir cette grande
iniquité.» Âurcng-Zeyb se fit d'abord
conférer , par le chef de la loi , une
espèce de consécration qu'on regarde
parmi les Mogols comme le sceau de
îa juridiction impériale; le premier
usage qu'il fit de sa nouvelle autorité,
fut d'ôter la vie à Mourâd - Bakbche.
On lai suscita une fausse accusation ,
appuyée par de faux témoins, qui fu-
rent secondés par les astrologues. Au-
reng-Zeyb voulut être long -temps et
vivement sollicité. 11 céda, non sans
affecter de bien vifs regrets. Des lar-
mes abondantes coulèrent de ses yeux ,
quand il ordonna aux soldats de sa
garde de faire piquer son malheureux
frère par une de ces couleuvres dont le
venin est aussi prompt qu'infaillible.
Ce dernier fratricide assurait au cou-
pable la paisible possession de la cou-
ronne. Son père , enfermé et soigneu-
sement gardé dans la forteresse d'A-
grali , n'avait aucun moyen de res-
saisir le pouvoir. Ce fiit alors qu'on put
reconnaître dans Aâlem-Guyr autant
de talent pour l'administration , qu'il
tn. avait montré pour la guerre et les
intiigues. Il encouragea l'agriculture et
le commerce . établit une garantie pour
les propriétés territoriales, simplifia
la marche de la justice. Pour la pre-
mière fois , dans l'empire Mogol , on
punit, comme un crime capital, Icstea-
AUR
tatives faites pour corrompre un jugf .
Lui-même surveilla les décisions des
tribunaux , écouta les réclamations des
plaideurs, et destitua plusieurs magis-
trats iniques ou ineptes. Il ne donna
pas moins d'attention à la réforme des
mœurs et an maintien des préceptes de
la religion. Les musiciennes et les dan-
seuses publiques , qui s'étaient multi-
pliées à l'infini, sous le règne du faible
e^ voluptueux Chah - Djéhan , furent
poursuivies avec activité, et contrain-
tes , ou d'abandonner cette scandaleuse
profession , ou de ne l'exercer qu'avec
le plus grand mystère ; on défendit sé-
vèrement l'usage du vin. Tous ces dé-
tails ne lui faisaient pas négliger des
objets d'une plus haute importance.
Une grande partie des domaines de la
couronne avait été distribuée par Ak-
bar aux mécontents de la Perse , qui
étaient venus se réfugier à la cour
d'Agrah. Cette mesure, dans le prin-
cipe , assez adroite , avait fini par être
funeste à l'état, et l'avait appauvri;
Aureng-Zeyb trouva le moyen de ren-
trer dans ses domaines aliénés , et en-
voya ces familles persanes dans le pays^
de Kachemyr. Son élévation à l'em-
pire , et surtout ses exploits , ses pro-
fondes , mais atroces combinaisons ,
enfin, sa sage administration, attirèrent
l'attention de plusieurs potentats; et
on vit successivement arriver à la cour
de Dehly des ambassadeurs du chéryf
de la Mekke , du roi d'Ethiopie , du
roi de Perse , du prince des Ouzbeks.
Toutes ces jouissances si flatteuses pour
l'amour-propre du monarque indien ,
ne furent pas sans mélange. Le fameux
Sevâdjy , fondateur de la puissance
Marhatte, faisait de fréquentes et san-
glantes incursions dans différentes pro-
vinces de l'empire ; plusieurs villes
furent pillées. L'empereur eut encore
la douleur d'être obligé de condamner
à une prison perpétuelle deux de ses
. AUK
fils. Ces jeuîies princes , dignes imita-
teurs de leur père , avaient essayé de
se faire un parti dans l'e'tat ; mais ils
manquaient de talents , et ils n'avaient
pas affaire à un Châh-Djëbàn. On les
enferma dans la citadelle de Gualyour;
on leur fit boire un poison lent , apjjelé
poùst , qui affaiblit insensiblement le
corps et l'esprit , et conduit à l'imbé-
cillité' et au marasme. Les soins multi-
pliés de l'administration, les inquiétu-
des et les tourments involontaires
d'une con science bourrelée de remords,
juste et inévitable punition des coupa-
bles placés par leur rang au-dessus des
lois , affectèrent la santé d'Aureng-
Zeyb , et le conduisirent aux portes
du tombeau ; mais sa vigoureuse cons-
titution triompha du mal et de l'igno-
rance des médecins. Sa convalescence
fut longue, et, quand il put se mettre
au courant des affaires , il trouva que
les sulthanes avaient déjà ourdi de
puissantes intrigues en faveur de leurs
enfants respectifs. Au reste, la tranquil-
lité de l'empire ne fut pas troublée , et
aucun des grands ne conçut , ou du
moins ne manifesta des projets ambi-
tieux, tant était profonde la terreur
que le nom d'Aureng - Zeyb leur ins-
pirait. Les travaux auxquels il se li-
vra, avant sa parfaite guerison, et
surtout les chaleurs de la saison , s'op-
posaient à son parfait rétablissement.
Les médecins lui conseillèrent d'éviter
les chaleurs de l'été suivant, en le
passant au Kachemyr, pays célèbre
par ses beautés pittoresques et par la
salubrité du cUmat. La sœur bien-ai-
mée du monarque , la belle Raùchen-
Arâ, qui conservait toujours une grande
influence sur son esprit, appuya l'avis
des médecins de tout son pouvoir ; les
sulthanes saisissent toujours avec en-
thousiasme les occasions de changer
de demeure , et de sortir de leur pri-
son habituelle. Le voyage de Kache-
, AUR 85
myr fut résolu. La cour toute entière ,
et une armée composée de 55,ooo ca-
valiers , de 10,000 fantassins, avec
la grosse et la petite artillerie , suivi-
rent le monarque, qui se mit en mar-
che le 6 décembre 1661 . Cette date ne
s'accorde pas avec celles qui sont indi-
quées par le docteur Manucci et par
Ferichtah ; mais on ne sera pas étonné
que nous l'adoptions ici , puisqu'elle
nous est fournie par le médecin Ber*
nier , dont l'exactitude est reconnue
par les Anglais même. Il fut, comme
on le sait, du voyage. La plus grande
partie de cet immense cortège, qui eût
affamé le petit pays de Kachemyr, resta
dans le Lâhor, et l'empereur ne con-
serva auprès de lui que le moins de fem-
mes qu'il put, les meilleures amies dç
Raùchen-Arâ-Beygum , les principaux
omrâ , et un petit nombre de soldats
pour sa garde. La fatigue de la marche
et le plaisir de la chasse , auquel il se
livrait volontiers , n'interrompirent
point ses travaux ordinaires. Les affai-
res s'expédiaient tout aussi régulière-
ment qu'on le faisait à Dehly. Malgré
cette activité inconcevable , et malgré
les précautions qu'il avait prises , des
troubles éclatèrent dans le Guzarate,
Les Radjepouts descendirent de leurs
montagnes pourfondresurles Mogols^
mais ils furent vigoureusement re-
pousse's y leurs princes perdirent leur
juridiction héréditaire, et la nation hin-
doue fut soumise à des gouverneurs
musulmans , qui recevaient leur pou-
voir du monarque même. Ses armes
furent moins heureuses du côté d'Ar
cham; le gouverneur du Bengale, le
fidèle Djeralah, fit une expédition
contre ce royaume ; après de brillants
succès , il en fut chassé par la saison
des pluies. La mort de ce grand gène'-
rai , celle du fils aîné de l'empereur ,
et de Châh-Djéhân, son père, qui ,
toujours soigneusement gardé dans la
0..
H
AUR
citadelle cl'Agrah, périt le 27 redjcb
1 076 (le '.i février 1666), accablé d'en-
nuis , et par une rétention d'urine ,
peut-être par le poison j enfin les ex-
cursions et l'arrestation de Sevâdjy,
ce fameux chef marhatte, qui fut en-
voyé à Dehiy, au moment même où
Aureng-ZeyÎD arrivait du Kachcmyr,
sont autant d'événements importants ,
sur lesquels nous regrettons de ne pou-
voir donner des détails qui excite-
raient l'intérêt de nos lecteurs j mais
qui excéderaient de beaucoup les bor-
nes dans lesquelles nous devons nous
restreindre. Une querelle presque ri-
dicule , et occasionnée par l'ineptie
d'un secrétaire, rompit la bonne in-
telligence qui régnait entre Châh-Ab-
bâs II et Aureng-Zcyb , et la guerre
éclata entre ces deux souverains , vers
Tanderiiég. 1 07 7 (1666-7 ),Le Mogol
se mit lui-même à la tête de ses trou-
pes. Arrivé dans les environs de Lâhor,
il apprit la mort de Châh-Abbàs. Cet
événement, dont il aurait pu tirer un
î»rand avantage, avec des dispositions
plus belliqueuses, ou s'il eût eu moins
d'inquiétudes de la part de ses enfants
et des gouverneurs de provinces , le
détermina à retourner paisiblement
dans sa capitale. Peut-être aussi peu-
isait-il, avec raison, que la nature sem-
ble avoir fait de la Perse et de l'Inde
deux contrées très - distinctes et très-
indépendantes l'une de l'autre , ci:
qu'il y aurait de grands inconvé-
Dieuts à vouloir franchir les barrières
qui les séparent. La paix venait d'être
conclue entre ces deux royaumes ; le
monarque s'occupait de l'extirpation
du brahmanisme , et surtout de la des-
truction des pagodes , sur les ruines
desquelles il ordonna , au mois de ra-
madhàn io8o (février 1670), d'éle-
ver des mosquées, lorsqu'un de ses
fils troubla la tranquillité de l'empire.
'(jhâh-Aâlcm , à qui il avait confie le
AUR
gouvernement du Guzarate, essaya de
s'y rendre indépendant. A peme son
père fut-il instruit de ses premières ten-
tatives , que l'étendart impérial prit la
route d' Agrah j le jeune prince intimidé,
s'excusa le mieux qu'il put; ses excuse»
furent agréées, et tout rentra dans
l'ordre. Son père fut moins heureux
contre Sevâdjy , qui s'était enfui de sa
prison de Dehly , et qui trouvait tou-
jours le moyen d'échapper aux armées
impériales , les montagnes des Ghattes
lui fournissant un asyle presque impé-
nétrable ; mais la mort de cet audacieux
aventurier, arrivée le 5 avril 1680 ,
ne calma point les justes inquiétudes
qu'inspiriient les Marhattes ; Sarabad-
jy , son fils et son successeur , marcha
plusieurs fois contre les Mogols , et
obligea ceux-ci à se concerter avec les
Portugais pour le repousser. Pourcom-
ble de malheur, un fils d'Aureng-Zeyb
se joignit à Sambâdjy, tandis que le mo-
narque faisait, avec très-peu de succès,
aux Radjepouts , une guerre qui n'eût
pas été beaucoup plus glorieuse , si
Sambâdjy eût hérité des talents de son
adroit et intrépide père, comme de ses
états. Mais son incapacité causa le dé-
couragement dei'illustre réfugié ; Akbar
vit bien qu'un pareil appui n'était pas
capable de le porter sur le trône de
l'Inde j vaincu par un de ses frères ,
dans une bataille hvrée le 5 mo-
harrem i og'i ( 1 5 janvier 1 68 r ) , il
résolut de passer en Perse , et de de-
mander asyle et secours au Cliâh-So-
léimân , alors régnant. Sa retraite ra-
lentit les hostilités, qui recommencè-
rent en 1684» ^t continuèrcntpendant
plusieurs années, avec des succès à
peu près égaux de part et d'autre. Au-
reng-Zeyb se contenta donc de tenir
coutinuellemeht Sambâdjy en échec,
et, tandis que son gouverneur du Ka-
cheniyr lui conquérait une grande
partie du Tibet, il dirigea sua atten-
AUR
tlon et ses forces d'un autre côte. I/an
1GS7 lut pour lui uncépoque glorieuse.
Depuis long -temps les richesses du
\ isapour et de Golconde avaient ex-
cité son avidité. Déjà il avait fait atta-
quer ces royaumes par un de ses fils;
ii résolut de mai cher en personne , et ,
quoique âgé de plus de soixante-huit
ans , on le vit entrer en campagne
avec l'ardeur d'un jeune homme. Le
Visapour, gouverne par un monarque
dequinze ans, n'opposa pas unelongue
résistance. Ce prince fut fait prisonnier
le ^4 de dzoul-càdéh iog8 ( i^"". oc-
tobre 1 687 ;. La conquête de Golcoude
suivit de près celle-ci ; la capitale ou-
vrit ses portes aux Mogols le 2g de
rabyi i". i o( 19 ( -2 février 1688),
et, malgré les richesses immenses qu'on
y trouva, on bartit indignement le roi,
pour le forcer d'indiquer le lieu où il
avait caché ses diamants. Cette con-
quête fut le signal de la rupture de la
trêve conclue avec Sambâdjy ; les nora-
l)reux mécontents du Visapour et de
Golconde s'étaient réfugiés auprès de
lui , et il se voyait à la têf e d'une puis-
sante armée ; mais , au défaut de talents,
il joignait les passions les plus basses
et les plus déréglées. Elles le conduisi-
rent à sa perte. II se laissa prendre par
un parti mogol. Un de ses officiers ,
séduit par Aureng-Zevb, lui suggéra
le projet d'enlever une jeune indienne,
et, sous prétexte de lui servir de guide,
le conduisit dans une embuscade , 011
im détachement ennemi s'empara fa-
cilement du prince Marhatte et de sa
petite escorte. On le conduisit devant
le monarque indien , qui commença
par f jire armclier la langue au ministre
perfide qui avait livré son maître. Ce
misérable fut bientôt étouffé par le sang
qui jaillissait de cette horrible plaie.
Ou proposa ensuite à Sambâdjy de
changer de religion. Il s'y refusa cou-
lageubcment^ alors, on lui ouvrit le
AUR 85
côté , pour lui arracher le cœur ; son
corps , coupé en plusieurs morceaux ,
fut livré aux chiens. Aureng-Zeyb
voulut être témoin de cette épouvanta-
ble exécution . 1 1 avait alors ( en 1 689 ),
plus de soixante-dix ans. La mort de
Sambâdjy répandit la consternation
parmi les Marhattes ; ils fiuenî har-
celés , poursuivis jusque dans leurs
montagnes par les Mogols, qui leur
enlevèrent successivement leurs prin-
cipales villes , Sattarah et Pounah , et
un grand nombre de forteresses du
Dékehan et du Mayssour. Cette pé-
nible expédition occupa les dernières
années de la vie d'Aureng-Zeyb. En
1 1 1 7 ( 1705-6 ) , il tomba dangereu-
sement malade , et montra une coura-
geuse résignation. Il répétait souvent
ces vers persans :
Lorsque tu es arrivé à 80 on 90 ans ,
Tu as dû éprouTcr de nombreux chagrin»;
Mais lorsque de-là tu avances vers la centaine.
C'est la mort qui prend alors la forme de la vie.
Il fut assez heureux pour recouvrer
la santé , et quoiqu'il dut sa guérison
plutôt à son excellent tempérament
et à sa sobriété, qu'aux soin s de sou mé-
decin , il le fit peser avec des roupies
d'or, qu'il lui donna ensuite. Au reste,
cette maladie avait sensiblement altéré
sa santé, et il ti-aîna une existence lan-
guissante, jusqu'àl'époque de sa mort,
qui arriva le 28 de dzoul-càdéh, 1 11 8
de rhég.( le vendredi 21 février 1707);
il était alors âgé do quatre-vingt-dix:
années lunaires et treize jours 5 il en
avait régné cinquante , deux mois et
vingt-sept jours. L'époque de sa mort
fut celle de la décadence de l'empire
Mogol , porté à un si haut degré de
splendeur par Akbar , et accru encore
q)ar Aureng-Zcyb , qui , entre autres ac-
quisitions importantes , y ajouta les
royaumes de Visapour et de Golconde,
et beaucoup d'autres territoires impor-
tants. Les guerres civiles , qu'il avait
eu tant de peine à étouffer entre ses
86 AUR
fils , se rallumèrent avec plus d'acli-
vite' que jamais après sa mort. Les
radjah ( ou princes hindous ) , tribu-
taires , profitèrent de ces troubles pour
se rendre indépendants j les nabdb ,
ou gouverneurs musulmans , devin-
rent bientôt des souverains , et, sur les
ruines de la puissance mogole , s*est
eievëc la puissance colossale des An-
glais , qui prend chaque jour de nou-
veaux accroissements. Les de'tails dans
lesquels nous sommes entre's , nous pa-
raissent caractériser suffisamment Au-
reng-Zeyb, et prouver qu'il unissait
à la fois et au plus haut degré, les ta-
lents politiques et militaires à une pro-
fonde hypocrisie , à de vastes concep-
tions, et au caractère sanguinaire, com-
mun à presque tous les souverains
musulmans. Malgré la longueur de cet
article , je ne puis résister à la tentation
d'y ajouter une anecdote qui en rap-
pellera une autre assez connue. Au
mois de dzoul-hedjah i o85 , Aureng-
Zeybétantcampéprèsde Haçan-Abâd,
dans le Dékehan , ses soldats détour-
nèrent un ruisseau qui faisait tourner
un moulin , seule ressource d'une
femme et de sa famille. Il en fut averti;
non content de faire rendre au ruisseau
son cours ordinaire, il envoya cinq
roupies d'or à cette femme, en la
Î)riant de lui pardonner le tort qu'on
ui avait fait sans qu'il en fût instruit.
Il combla de bienfaits le mari et les
quatre enfants de cette même femme ,
lui donna en propriété le village qu'elle
habitait, et alla lui rendre visite, ac-
compagné de toute sa cour. L— ^s.
AURÉOLE (Mamus Acilius), l'un
de xcs concurrents éphémères qui se
disputèrent l'empire romain. 11 était
Dace de naissance, et avait été berger
dans sa jeunesse j mais lorsqu'il se fut
enrôlé dans l'armée jomaine, il par-
vint, parsa bravoure, à commanderun
coi-p? de cavalerie, avec lequel il ren-
AUR
dit de grands services à l'empereur
Gallien, dans une bataille contre le re-
belle Ingenuus : on assure même qu'il
eut le principal honneur de cette jour-
née. Dans la suite, étant commandant
en chef en Ulyrie , il défit Macrin qui
avait pris la pourpre impériale , et in-
corpora dans son armée les troupes de
cet usurpateur, qui venaient de le met-
tre à mort avec son fils. Auréole de-
meura pendant quelque temps fidèle à
Gallien, et le servit contre Posthumius
qui s'était révohé dans les Gaules. Gal-
lien f\it défait dans la première ba-
taille, et Posthumius dans la seconde.
Auréole qui pouvait le prendre, le laissa
s'enfuir et recommencer la guerre. A
la fin, peu content d'un pouvoir pres-
que indépendant dans la Rhœtie et sur
les bords du Danube , il accepta ou- j
vertement la dignité impériale que ses "■
soldats lui offraient, et marcha en Ita-
lie avec des forces considérables. Quel-
ques historiens assurent que Gallien
l'avait alors associé à l'empire; d'au-
tres prétendent que les armées abhor-
raient GalUen, et ne voulaient obéir
qu'à des empereurs nommés par elles--
mêmes. Gallien le rencontra , et le dé-
fit près de Milan. Auréole se réfugia
dans celte ville, et y fut assiégé par
l'empereur l'an 2G8 , x 5*. du règne de
Gallien. Tandis que Gallien était de-
vant la place, il fut massacré par des
conjurés qu'Auréole avait, dit-on , ex-
cités , en faisant circuler dans le camp
une liste des officiers dont l'empereur
avait l'intention de se défaire. ïoutcl'ois
cet événement ne fut point avanta-
geux à Auréole; car le nouvel empe-
reur, Claude 11 , se refusant à lui ac-
corder aucune capitulation , l'ob-'igea
de hvrer la ville et sa personne à U dis-
crétion du vainqueur. Claude voulut,
ou feignit de vouloir lui sauver la vie,
mais il fut à la fin mis à mort , à la de-
maudc de l'arwce, l'an d(^ J.-G. 208*
AU1\
On raconte la mort d'Auréole d'une
manière un peu difFérente ; on dit qu'il
était campe à peu de distance de Mi-
lan, lorsque Claude le défit; on ajoute
que Tempereur lui érigea un monu-
ment, et fit bâtir un pont suri'Adda,
au lieu où il avait été tué. Ce pont fut
appelé d'abord Pons Aureoli , et c est
de là , sans doute , que le village de
Pontirole, entre Milan et Bergame,
tire son nom. D — t.
AURÉOLUS. r. AURIOL (Blaise
d'), et ORIOL (Pierre).
AURIFABER (André), médecin,
né en 1 5 1 2 à Bresiau. 11 fit ses études
à Wittenberg, et parcourut ensuite
r Italie aux frais d'Albert , margrave
de Brandebourg , qui, à son retour , le
prit pour son médecin , et le nemma
professeur à l'université de Kœnigs-
bei-g; i! a publié : Phœmo de cura ca-
num , avec des notes et des variantes,
Wittenberg, ï545 , in-8°. On lui doit
aussi Succini historia , Koenisberg ,
ï 56 1 , in- 4°' , insérée par son parent,
Laurent Scholze , dans le 4^* ^ivre :
Consilioriim et Epistolarwn Crato-
nis. Il mourut d'apoplexie, le 12 dé-
cembre iSog. Jean Aurifaber, con-
temporain d'André , lié avec Luther ,
fiit présent à sa mort, et eut beaucoup
de part à l'édition de ses œuvres.
G— T.
AURIGNY (Gilles d ), né à
Beauvais, était avocat au parlement de
Paris } l'étude des lois ne le détourna
pas de son goût pour la poésie, et il
trouva assez de loisir pour composer
\m grand nombre d'ouvrages. Les cu-
rieux en recherchent quelques-uns;
ce qui ne doit rien faire préjuger en fa-
veur de leur mérite. Dans sa jeunesse,
il publia une édition du Songe du
Verrier , et, si l'on s'en rapporte au ti-
tre , ceiîe édition est la première de ce
fameux ouvrage : Aureus de uirdque
poiestate, temporali scilicet et spi-
AUR 87
rituali , lihellus in hune usque dieni
non visuSf Somnium Viridaril vulga-
riter nuncupatus , Parisiis, Galeotus a
Prato, i5i6, in-4''. H fit imprimer
ensuite le 52*. Arrêt d'amour, avec
les Ordonnances sur le fait des mas-
ques, Paris, i5iS, in-B'*. , et depuis
dans difTérentes éditions des Arrêts^
d* amour. J'aurai l'occasion de parler
de ce singulier ouvrage , à l'article de
Martial de Paris , qu'on en regarde
généralement comme l'auteur. Suivant
La Crois du Maine, d'Aurigny a re-
cueilli et fait imprimer quelques Or^
dojmances des rois de France. Le
même bibliographe lui attribue aussi
quelques ouvrages de piété. Ceux
de ses écrits , dont suivent les ti-
tres, sont les seuls qui soient recher-
chés : L La Généalogie des Dieux
poétiques , composée par l'Innocent
égaré ; la Description d'Hercule de
Gaule, composée en grec par Lucien^,
et traduite en français par ledit Inno-
cent égaré ; la Peinture de Cupido ,
parle même, Poitiers, Marnef, i545-,
in- 1 2. D'Aurigny a pris , à la tête de ces
différentes pièces le nom de l'Innocent
égaré; peut-être, par allusion à l'égare-
ment où il semblait être en composant
desouvragesun peu plus gais que ne le
permettait la sévérité de son état : il était
aussi surnommé le Pamphile , antre
allusion qui n'a plus rien de piquant
pour nous. IL Le Tuteur d'amour,
auquel est comprise la fortune de l'/w-
nocent en amour, ensemble un livre
où sont : Épistres , Élégies , Com-
plaintes ^ etc. , Lyon , 1 547 , in-8". ;
autre édition , augmentée de quelques
pièces, Paris, i553, iu-r2, réimpri-
mé dans les Annales poétiques. III.
Contemplation sur la mort de Jésus-
Christ y le tout en rime , Pans, 1 547,
in-8". ; IV. Psalmes de Daçid, trad»
en rime, Rouen, sans date. Il a, en
outre j abrégé le livre de Police ha.^
8S AUR
Tnrtme^ de François PaJricc de Sienne,
écrit en lutin ; et J. han Le Blond a tra-
duit cet abrégé en français , 1 544 ^^
26^4, in -8". Auriguy mourut en
i553. W— s.
AURIOL (Blaise d' ), né à Castel-
naud;iry, et chanoine de Téglise collé-
giale de cette ville, a composé un poè-
me intitulé : Le Dépari d^ Amour. Ce
poëme est imprimé à la suite de la
Chasse d^ Amour , d'Octavien de St.-
Gelais , et quelques personnes ont con-
clu de-:à, ass«z légèrement, que c'en
étrtit une continuation. 11 a été réim-
primé à Paris , en i Sog , in-fol., et en
i553, in-4°. Ces éditions sont rares
et recherchées. Cet ouvrage n'est ce-
pendant pa5f très-estimé , et des criti-
ques prétendent que l'auteur y a inséré
en entier des pièces de Charles, duc
d'Orléans , sans nommer ce prince. Il
De s'attendait sans doute pas à être
convaincu d'un aussi énorme plagiat j
et cependant rien ne serait plus facile,
aujourd'hui que les poésies du duc d'Or-
léans sont imprimées. Duverdicr dit
que d'Auriol a traduit, partie en prose
et partie en rime , les Joies et Dou-
leurs de Notre-Dame^ et d'autres ou-
vrages de dévotion , imprimés à Tou-
louse, par Jean Faure, in-4". , i5'20.
Jl était professeur en droit-canon à
l'université de cette ville, et il publia,
pendant qu'il remplissait cette place,
un ouvrage en latin : Interpretatio de
capiie , de rescriptione in antiquis.
François 1*'^., à son passage à Tou-
louse en 1 535 , ayant anobli les pro-
fesseurs de l'université, d'Auriol, au
nom de ce corps , harangua le monar-
que , et ftit fait chevalier. Bodin dit,
dans sa République, que d'Auriol avait
«ne si grande confiance à l'astrologie,
que, sur la foi de quelques astrologues
qui avaient prédit un déluge pour Tan-
Bcc 1 5^4 , il fit construire une espèce
d'arche, à l'aide de laquelle il prétcn-
AUR
dait se sauver; il se démit de sa chaire
en 1539, et mourut peu de temps
après. W — s.
AURÎSPA (Jean), l'un de ces il-
lustres érudits italiens du 1 5' . siècle
qui remirent en honneur la littérature
grecque et latine, et l'élude des an-
ciens, naquit à Noto, en Sicile, vers
l'an 1 56g. Le désir de s'instruire et le
manque absolu des objets nécessaires
à son instruction lui firent quitter sa
patrie, d'oij il resta fort long-temps
éloigné. Il s'embarqua vers l'an 1 4 ' B ',
pour Constantinople , dans le dessein
d'apprendre le grec et de recueillir
d'anciens manuscrits. Il y resta plu-
sieurs années ; ses recherches furent
si heureuses , qu'outre un grand nom-
bre d'écrivains sacrés qu'il avait en-
voyés de Constantinople en Sicile,
il repassa en Italie avec 238 manus-
crits grecs d'auteurs profanes , parmi
lesquels on comptait Yllistoire de
Procope, le Traité de VE qui talion,
par Xénophon; les Poésies de Calli-
maque , de Pindare , d'Oppien , celles
qui sont attribuées k Orphée, toutes
les Œuvres de Platon, de Procîus,
de Plotin , de Xénophon , de Lucien ;
les Histoires d'Arrien , de Dion , de
Diodore de Sicile ; la Géographie de
Strabon , etc. Aurispa revint d'abord à
Venise , puis à Bologne, où il occupa
une chaire de littérature grecque. Nic-
colô Niccoli , illustre florentin, et Am-
broise le dmaldule , se réunirent poiu'
l'appeler à Florence, où il remplaça
Guarino dcVérone; mais il n'y resta pas
long-temps , et quelques mécontente-
ments prliculiers rengagèrent à en sor-
tir. 11 se rendit à Ferrare , où il fut ac-
cueilli avec toute la faveur qu'il méri-
tait, par le duc Nicolas 111. Il y était
en 1438, lorsque l'empereur grec,
Jean Paléologue, s'y rendit pour assis-
ter au concile assemblé par le pape
Eugène! V. Ce pape ayant eu occasion
AUR
de reconnaître le mérite d'Aurispa , le
nomma son secrétaire en 1 44^ ? il oc-
cupa six ans cette place, et y fat con-
firmé par Nicolas V, successeur d'Eu-
gène. Quoique parfaitement traite par
ce pontife, qui lui conféra plusieurs
bénéfices , Aurispa quitta Rome deux
ou trois ans après, pour revenir à Fer-
rare. Il y mourut vers la fin de 14^0,
âgé de 90 ans. On a de lui : I. Hiero-
clis liber in Pjthagorœ aiirea car-
mina, ladnitate donatiis , Padouc,
1474, in-4".; Rome, 1476 et 1 --(p,
in-4°. ; Lyon, in-i2, et}3ale, i543,
in-S". ; II. Philiscl consolatoria ad
Ciceronem dùm in Macedonid exii-
laret, è Grœco Dionis Cassii, lib.
XXXVIII, Hist. Rom. in latinum
versa , Paris , 1 5 1 o, in-8''. ; III. plu-
sieurs autres traductions du grec eh
latin qui n'ont pas été imprimées , et
dont les manuscrits sont conservés
dans les bibliothèques d'Italie. Gcss-
11er, dans sa Bibliothèque , lui en at-
tribue aussi une des OEuvres d* Ar-
chimede , mais avec si peu de fonde-
ment, qu'Aurispa lui-même, dans une
de ses lettres écrites lorsqu'il était très-
vieux, et publiée dans la Collection
dé Martène et Durand, tom. IJI , pag.
714, se plaint do n'avoir jamais pu
voir les^ûEuvres d'Archimède, ni
trouver jprsonne qui lui assurât les
avoir vues. G — e.
AUROGALLUS(MATTnms), phi-
lologue du 1 G*", siècle , né à Commo-
tau, en Bohême, fut un des co -opéra-
leurs de Luther, pour sa traduction (-e
la Bible en langue allemande : il mou-
rut en 1545, à Wittenberg, où il pro-
fessait les langues hébraïque, grec-
que et latine. On a de lui : I. Com-
mentariirerum Bohemicanim. Tho-
mas Mitis assure que dans cet ouvrage
les Rhapsodiœ seules sont d'Aurogal-
lus {F, Raibini, Bohemia docia,
t, 2, p. 79 ). 1!. Z?e Ebrœis urbium no-
A US 80
minihus, 1^, édition , augmentée, Râle,
1 539, in-8°.; m. Grammatica hebr,
chaldeœqiie linguœ, édition augmen-
tée, BAle, 1559, in-8".; IV. Collée-^
tic Gnomicorum , cum Callimachi
hymnis , grœcisqiie in illos scholiis ,
Râle, i5'.i5, in-4". (V. John. Ris-
marci , Fitœ prœcip. theologorum. )
S — R.
AUSONE (Dectus Magnus), le poète
le plus célèbre du 4'"- siècle, naquit à
Rordeaux vers l'an ôog. S< n père ( Ju-
Lius ), qui jouissait de la fciveur de l'em-
pereur Valentinien , et qui , de son mé-
decin , était devenu préfet d'Illyrie , ne
négligea rien pour lui donner une édu-
cation digne de sa naissance. Ausone
étudia d'abord sous les maîtres les
plus distingués des écoles , déjà fameu-
ses, de Rordeaux, et fut ensuite envoyé
sous la direction d'iEmilius Magnus
Arborius , son oncle maternel , qui pro-
fessait la rhétorique à Toulouse. De re-
tour dans sa patrie, il suivit quelque
temps le barreau, avec assez d'éclat;
mais son goiit le ramenant toujours
aux belles-lettres , il accepta avec era-
pressejnent une chaire de grammaire
qu'on lui offrit à l'école de Rordeaux.
La chaire d'éloquence étant venue à
vaquer , quelque temps après , elle lui
fut donnée j et la manière dont il s'ac-
quitta de ses nouvclies fonctions, en
attirant auprès de lui un grand nom-
bre d'élèves, lui fit une répulation qui
s'étendit bientôt dans tout l'empire.
Valentinien , sur le bruit de son mé-
rite , lui confia l'éducation de son fils
Gratien, et le récompensa de ses soins,
en le nommant comte de l'Empire,
questeur et préfet du préfoire. Lorsque
Gratien fut monté sur le trône, il ne
se montra pas moins reconnaissant en-
vers son maître. Vers l'année 579,
pendant qu'AusoneétaitàTrèves, l'em-
pereur lui conféra la dignité de consul
dans les Gaules j et la lettre par laquelle
90 AU S
il lui annonce celte faveur, fait un ton-
deur infini à Grauen( f'. Gbatien).
Tant que vécut son élève , Ausone de-
meura à la cour; mais il se retira en-
suite dans une terre qu'il posse'dait aux
environs de Bordeaux; il y vécut en
liorame que la fortune n'avait point
abusé, et qui, à la coui'mcme, avait
su se garantir de la corruption. Parta-
geant son temps entre quelques amis,
la culture des lettres et les plaisirs sim-
ples de la campagne , il parvint à une
grande vieillesse. On ignore Tépoque
de sa mort j mais les critiques les
mieux instruits la fixent à l'année 394.
Ausone avait épouse une femme digne
de lui : il la perdit peu d'années après
son mariage , et la regretta toute sa vie ;
il en eut deux fils et une fille. Quelques
tiographes ont cru qu'il était païen ;
mais il suffit de savoir que Valentinien
a été un des empereurs les plus atta-
chés au christianisme, pour sentir qu'il
n'aurait pas confié son fils à un homme
qui n'aurait pas professé cette religion.
Parmi les poésies d' Ausone, il s'en
trouve d'ailleurs qui ne laissent aucun
doute sur sa croyance. On a reproché
à Ausone d'avoir composé des vers
obscènes , et on en a conclu que ses
moeurs n'étaient pas pures. La pièce
qui a le plus révolté dans ce genre est
son Cenlo nuptialis , composé de vers
de Virgile auxquels il donne un sens
tien éloigné de celui qu'ils ont dans l'au-
teur original. Sans prétendre justifier
Ausone, nous observerons qu'il com-
posa celte pièce dans une cour dont les
mœurs étaient tout au moins relâchées ;
qu'il la composa pour ainsi dire mal-
gré lui , et par ordre de Valenfinien ;
et qu'enfin , prévoyant le tort qu'elle
ferait à sa réputation , il s'en excusa
d'avance, en y insérant ce vers, si
connu de Martial , et dont l'applica-
tion n'a jamais été plus heureuse :
Latciva fit aoh'u payioa, vil* proba.
AUS
Les critiques ne sont pas d'accord
sur le rang que mérite Ausone, comme
Foète ; les uns l'ont loué , et les autres
ont blâmé avec excès. On ne peut
nier qu'il n'eût infiniment d'esprit, des
connaissances variées ; que parmi ses
épigrammes , il ne s'en trouve d'excci-
lentes, et que son poème de la Moselle
ne mérite une partie des éloges que ses
contemporains lui ont donnés. Les na-
turalistes y ont remarqué une Descrip-
tion des poissons qui se trouvent dans
ce fleuve , aussi exacte que l'homme le
plus instruit pourrait en faire aujour-
d'hui. D'un autre coté , on est forcé de
convenir que la versification d' Ausone
manque de facilité ; que son style est
dur , et a une partie des défauts
de son siècle ; sa latinité même est
moins pure que celle de Claudien, qui
vécut peu de temps après lui. Ausone ,
en un mot, ne peut pas être regarde
comme un modèle ; mais les hommes
de goût n'en doivent pas moins lui con-
server une place honorable parmi les
poètes latins. On a d'Ausone des épi-
grammes, des idylles, dont le poème de
la Mosellefa.it partie ; des églogues, des
lettres en vers, un discours à Gratic-n ,
pour le remercier de l'avoir nommé con-
sul, où l'esprit brille plus que l'éloquen-
ce. Quelques personnes, se fondant sur
une mauvaise interprétatîÉyie sa 16",
épître , croient qu'il avaifTen outje ,
composé une histoire qui commençait
à la fondation de Rome , et se terminait
à son consulat, une chronique de Cor-
néhus Népos, une traduction des Fa-
bles d'Ésope. Il paraît certain qu'il
avait écrit des Fables, qui ne compre-
naient que les noms des magistrats.
Ces ouvrages en prose se sont perdus ;
les autres ont été réunis en partie , et
imprimés , pour la première fois, à Ve-
nise, 1 47 1) iu-fol. Cette édition est irès-
rarc , et se porte dans les ventes à un
prix excessif. Les suivantes sont plus
AUS
complètes , et sont fort estimées , Bor-
deaux , 1 58o , in-4°. , avec les notes de
A^inet j celle de Tollius , Heidelberg,iu-
8 \ en 2 vol., dont un comprend les le-
çons de Josepb Scaliger, et se termine
par une notice historique sur notre au-
teur, Amst., 167 i,in-8°. Elle fait partie
de la Collection, dite cum notis varior.y
Paris , 1 780 , in-4''. , à l'usage du dau-
phin, donnée par M. Souchay. L'abbe'
Jaubert a publié en français une tra-
duction estimée des poésies d'Ausone ,
Paris , 1 769 , 4 vol. in-i 2 , peu com-
mune, Outre Bayle, Goujet et Baillet,
qui ont parlé d'Ausone avec quelque
étendue, on peut consulter les Diatrib.
in Auson de IVÎ. A. Accorso ; ï Histoire
littéraire de France , et la Disserta-
tion de M. de Querlon , insérée dans
le II*. vol. des Amusements du cœur
et de Vesyrit. W — s.
AUSONE (S.), premier évêque
d'Angoulême.Ou ne rapportera ici , de
la vie de ce saint , que ce qui , parmi un
grand nombre de faits controuvés, pa-
raît le plus vraisemblable. I/idolâtrie
régnait encore dans les Gaules , lors-
qu Ausone y prêcha la foi chrétienne.
11 convertit, dans le territoire d'Angou-
lême, un grand nombre de païens , et
périt par les ordres des magistrats du
lieu, ou par ceux du chef des barbares
qui avaient fait une invasion dans le
pays.On voyait, près d'Angoulême,une
abbaye très-ancienne , dont ce saint
fut le fondateur, et à laquelle Gharle-
magne et les princes ses fils firent
de riches donations. Dans la suite ,
Louis XIII en fit reconstruire le mo-
raslère , ruiné par les calvinistes, qui
avaient brûlé les reliques du saint mar-
tyr, en i568. L'Église célèbre le 1 1
Miia la commémoration de S. Ausone.
D— T.
ÂUSSURD ( Antoine) fut reçu li-
tre et imprimeur, à Paris, en iSig.
loue la beauté et la cori-ection de ses
AUS ^t
éditions , parmi lesquelles on remarque
Justinus , Florus , Sextus Rufus ,
1 5 1 9 , in-fol. , qu'il imprima sur un
ancien manuscrit tiré de la bibliothè-
que du collège de Lisieux ; et les Joan.
Raulin sermones de penileniid^i^'i^.t
in-4''. Panzer ne parle d'aucun des
ouvrages imprimés par Aussurd. Ou
croit que cet impiimeur est mort vers
1594. P— T. "
AUSTAU D'ORLHAC, troubadour
du 1 5*. siècle , dont il ne nous est par-
venu qu'une pièce de vers qui contient
de violentes imprécations contre le
clergé, au sujet des croisades. Austau,
après avoir déploré la mort de S.
Louis , maudit tous ceux qui ont été
les promoteurs de la guerre dans h-
quelïe il a péri ; il dit que , puisque
Dieu est pour les infidèles, les chic-
tiens devraient se faire mahométans ,,
et que l'empereur devrait se croiser
avec les Français , pour combattre ]ç
clergé, qui a fait périr la chevalerie et
qui ne songe qu'à dormir. Si cette
pièce ne donne pas une grande idée du
talent poétique d'Âustau , elle peut
servir à faire connaître à quels excèis
les troubadours se livraient quelque-
fois dans leurs écrits. P — x.
AUSTIN. Foy. Augustin.
AUSTÎN (Jean), natif de Wal-
pole, dans le comté de Norfolck,
mort à Londres en 1669, fut regardé
comme un des meilleurs écrivains de
son temps. Il est auteur des ouvrages
suivants : ï. Modérateur chrétien^
i652 , in-4°. , publié sous le nom de
Guillaume Birkley. L'objet de ce traité
est de prouver que la persécution,
pour cause de rehgion, est contraire
à \di raison , à la loi divine et aux
principes de la constitution britanni-
que. II. Réflexions sur les serments
de suprématie et d^ allégeance , par
un catholique j enfant obéissant de
V Eglise y et loyal sujet du roi, 1 66 1 ;
92
AUS
Iir. Lettre d^iin ca\>alicr du York-
shire, à son ami; IV. Dévotions sui-
vant l^ ancienne pratique , Paris ,
1(375, in-8''. , 'ivol., ouvrage pos-
thume auquel Kcightley, ami de l'au-
teur, ajouta des prières, qui furent
attaquées comme eontenant l'opinion
de Jilackloe, sur Texistence d'un clat
niit03'^cn pour les âmes entre le pa-
radis et Tenfer. V. Réponse à la Rc^le
de la Foi , du docteur Tillotson.
J/auteur n*eut pas le temps d'y mettre
la dernière main. 11 n'y en a eu que six
feuilles d'imprimées. Ans lin avait pu-
Mie', sous le protectorat de Cromwell,
«ne suite de pamphlets anonymes,
principalement destines à faire con-
naître l'état des églises réformées ,
d'après l'assemblée des théologiens
de cent vingt sectes différentes, réunis
«Westminster, sous l'autorité du par-
lement. — On ne doit pas confondre
Jean Austin avec Guillaume Austin,
avocat de Liucoln's -înn comme lui,
de qm" nous avons un Traité de Vex-
cellence des femmes , emprunté en
grinrle partie de celui d'Agrippa , De
ncbilitate et prœcellentid fœminei
sexiis, Guillaume Austin a encore
comj)osé des Méditations sur les
principales fêtes de V Eglise, ou-
vrage posthume, 1687. T — d.
AUSÏRRGILDK, seconde femme
de Gontran , roi de Bourgogne et d'Or-
léans , ne devait pas prétendre au
trône , puisqu'elle était née dans une
condition servile , et que Gontran était
marié; mais les mœurs des rois de la
première race étaient barbares et dis-
solues , surtout à celte époque , si fer-
tile en crimes et en perfidies que, des
quatre fils dcClotaire 1' '.qui régnèrent
après lui , Gontran a été généralement
loué parce qu'il ne fut cruel que par
faiblesse, et que ses frères fiirent mé-
chants avec persévérance. Austregildc,
simple suivante de la leinc Marcatru-
AUT
de , parvint à la faire répudier , et !«
rerapl.jça, en l'année 550. D'autant
plus vaine de la place qu'elle occupait,
qu'elle avait eu plus d'obstacles à fran-
chir pour y arriver, elle ne put sup-
porter les nunmures que laissèrent
éclater deux frères de h reine Marca-
trude, et excita contre eux la colère
de Gontran, au point qu'il les poi-
gnarda de sa propre main. Austrcgilde
ne goûta pas long-temps le bonheur
qu'elle s'était promis sur le trône ;
deux fils, nés de son mariage , mou-
rurent en bas âge; elle-mèine, frap-
pée d'une maladie de langueur, perdit
la vie dans sa 5*1'' année. Avant de
fermer les yeux , elle pria son époux
de faire égorger sur son tombeau les
deux médecins qui l'avaient soignée ,
les déclarant coupables , puisqu'ils n'a-
vaient pas su la guérir. Gontran lui en
fit la promesse , et Taccomplil scrupu-
leusement. Pour rendre l'anecdote plus
croyable , on a conservé le nom de
ces deux médecins; ils se nommaient
Douât et Nicolas. F — e.
AUSTREMOINE ( S. ) , en latin
Stremonius y ou Strjm-onius , un des
sept missionnaires qui, vers le milieu
du If. siècle, prêchèrent la foi dans
les Gaules. Il fonda l'église d'Auver-
gne , nom que la ville principale avait
alors, ainsi que la province. Ce siège
fut depuis transféré à Clermont: On
assure que S. Austremoine fut enterré
à l'abbaye d'issoire. jVFibillon a public
l'histoire de la translation de ses reli-
ques à Manzac.L'ÉgHse célèbre sa fête
le 1*"^ novembre. K.
AUïELZ (Guillaume des ), né à
Charolles , en iStiQ, possédait une
terre à Montcenis , et comme il date
quelques-uns de ses ouvrages de cette
ville , c'est là sans doute ce qui a fait
croire qu'il y était né. Pendant qu'il
étudiait le droit à l'université de Valen-
ce, entraîné par son goût pour la poésç \
A UT
française et iioiir les romans, i! en com-
posa un , à l'imitation du Panta^rucd
de Babelais, intitule : Fanfreluche
et Gaudiclion mythistoire bara-
gouine; mais il resta bien au-dessous
de son modèle. Un certain Louis Mey-
gret , de Lyon , ayant publie' un ou-
vrage sur la nécessite de reformer
l'orthograplie française, en la confor-
mant à la prononciation, Des Autels
fît paraître une critique de cet ouvrage.
Meygret répliqua avec humeur j Des
Autels lui re'pondit sur le même ton ; les
deux cLampions se prodiguèrent les
noms les plus injurieux. Chacun prit
parti dans cette querelle ; il y eut les
meygretistes et les anti-meygretistes.
Sans examiner ici lesquels avaient rai-
son, on se contentera d'observer que les
anti-meygretistes ont etc justifiés par
J'évenemenf. Des Autels a compose un
grand nombre de vers , tant français
que latins, f^a Croix du Maine lui attri-
bue une Traduction envers du poème
de Lucrèce ; elle n'a point été impri-
mée. On ignore l'époque de sa mort.
Rigoley de Juvigny,dans ses Notes sur
la Croix du Maine, dit que Des Autels
mourut environ en iS^o, et, par une
contradiction , dans ses Notes siu- Du-
yerdier, qu'il vécut environ -^o ans :
ce qui reculerait sa mort jusqu'à l'année
1699; il vivait encore en iS-jG. Il
s'est caché sous le nom de Glaumalis
duFezelet, anagramme du sien, dans
ses écrits contre Meygret ; et sous
celui de G. Terhault, dans des vers à
Ch. Fontaine, poète contemporain, son
ami. Ses ouvrages sont : 1. Le Mois
de Mai, f^von, Guill. Arnoullet. C'est
un recueil des poésies qu'il avait com-
posées dans sa première jeunesse. H.
Traité touchant Vancîen orthogra-
phe français contre l'orthographe des
Mejgreiistes , par Glaunsaiis du Vé-
zelet, Lyon, 1 54-B, in-8\; Lyon,î 55o,
»Q-i(), rare; lU. Repos duplus grand
A U T r|5
travail ( recueil de poésies ); Lyon ,
Jean de Tournes, i55o , in-8*'. ; IV.
Fanfreluche et Gaudichon^ mythis-
toire baragouine , de la valeur de
dix atomes , pour la récréation de
tous bons Fanfreluchistes , Lyon ,
Jean Diépi (Jean Pidié^, in- 8'.;
Rouen, in-i6; Lyon, i574,in-i65
V. Réplique de Guillaume Des Au-
telz aux furieuses défenses de Louis
Meygret , avec la suite du repos de
l'auteur, Lyon, i55i, in-8'. ; VI.
Amoureux repos de Guill. Des Au-
telz, Lyon, i555,in-8". Ce recueil
est divisé en trois parties ; la première
contient des pièces galantes ; la seconde
des oàiQ.^ façons lyriques, et la troi-
sième une élégie et des épigrammes ; il
y en a une seconde édition , Lyon ,
i56o, in-i6j VII. Récréation des
Tristes (mélanges de poésies), Lyon,
in- 16; YWV.la Paix venue du ciel, en
vers héroïques; plus, le Tombeau de
l'empereur Charles- Quint , en douze
sonnets, Paris, i558, Anvers, i559,
in-4". ; IX. Encomium Gallice Belgi-
cœ, accesssrunt ejusdem alii versi-
culi , Antuerpiae , Ch. Plantin , 1 55c) ,
in-4°., réimprimé dans les Delicice
poëtar. Gallor. de Gruter. Il a -laisse
quelques autres ouvrages moins impor-
tants. Papillon Ribl. de Bourgogne,
lui attribue encore une traduction de
la Philosophie d'Amour de Léon,
hébreu, Lyon, i55i, in-S".; mais
c'est à tort; elle est de Pontus de
Thiard. VV— s.
AUTEROGflE ( Chappe d' ). r'oy,
Chappe d'Auteroche.
AUTHABIS , roi des Lombards.
Après la mort de Cléphis , cette na-
tion ne voulut point lui donner de
successeur. Les trente ducs qui gou-
V -rnaient les trente principales villes
d'Italie crurent pouvoir se dispenser
de partager leur autorité avec un
supérieitf. Les Lombards demeurèrent
94 AUX
dix ans sans chef, et néanmoins les
Grecs ne surent point profiter de cet
étal d'anarchie, pour recouvrer les
provinces qu'ils avaient perdues ; mais
Childebert , roi des Francs , ayant été
engagé, en 584 » P^*" l'empereur Mau-
rice, à envahir la Lombardie , les
ducs se réunirent pour décerner la
couronne à Autharis , fils de CIcphis ,
leur dernier roi. Ce monarque lit
quelques conquêtes sur Texarque de
Ravenne , qu'il contraignit à demander
une trêve : il repoussa , en 588, une
seconde invasion des Francs , sur
lesquels il remporta une grande vic-
toire. L'année suivante, il épousa Tlic'o-
delinde , fiile de Garibald , duc de
Bavière. Il avait voulu connaître cette
princesse par ses propres yeux , avant
de la recevoir pour femme, et il s'était
mis à la suite des ambassadeurs qu'il
envoyait à son père pour en faire la
demande. 11 ne se fit point connaître
avant d'avoir repassé les frontières de
Bavière. La princesse seule sut démê-
ler un amant dans les regards du jeune
roi 5 le plus bel homme de sa nation ,
et plus encore dans la manière pas-
sionnée dont il avait saisi sa main , en
recevant d'elle une coupe hospitalière.
De retour en Italie, Autharis continua
la guerre contre les Grecs , et l'on
assure que , pénétrant jusqu'à Reggio
de Calabre, il poussa son cheval dans
les flots , pour atteindre de sa lance
une colonne plantée en avant du ri-
vage , à cette extrémité du continent.
« Ce n'est qu'ici , dit-il , que je re-
ït connais la limite du royaume des
» Lombards.» Les Francs, cependant,
envahirent une troisième fois l'Italie
en 590, avec des forces tellement
supérieures , qu'Autharis ne put tenir
la campagne , et qu'il se réduisit à
défendre les pbces fortes ; mais , au
bout de t) ois mois, le mauvais air et la
f.anine forcèrent les Francs à repasser
AÛT
les montagnes , après avoir perdu
plus de la moitié de leur armée. Au-
tharis mourut à Pavie, le 5 septembre
de la même année, chéri des Lom-
bards, mais détesté des papes, qui ne
lui pardonnaient pas de professer
l'ariaiiisme , ainsi que toute sa nation.
S. S— I.
AUTHON. rcyy. Autun.
AUTISTATES ou Antistates , ar-
chitecte grec, vivait à Athènes, vers la
55*. olympiade. Pisistrate le chargea,
ainsi que trois autres architectes , Pori-
nos, Callaeschros et Antimachides, de
construire un temple magnifique en
l'honneur de Jupiter Olympien ; ils en
posèrent en effet les fondements ; mais
les troubles auxquels Athènes fut en-
suite livrée , arrêtèrent ces travaux,
qu'on reprit et qu'on abandonna plu-
sieurs fois. La grandeur de l'entreprise
effraya ceux qui voulurent tenter de la
continuer, et ce ne fut qu'environ
sept siècles après, qu'Adrien éleva,
sur les fondements bâtis par Pisis-
trate , un temple qu'il acheva.
L— S— E.
AUTOLYCUS , célèbre mathéma-
ticien , né à Pitane , ville éolienne de
l'Asie , vivait vers l'an 53o av. J.-C.
Il enseigna les mathématiques à Arce-
silas le philosophe. Nous avons de lui
deux ouvrages : I. De Sphœrd qiue
movetur; IL Devario crtu et occasu
Syderum inerrantium libri. Ils ont
été imprimés en grec et en latin, parle»
soins de Conrad Dasypodius , Stras-
bourg, 1572, in-8*.; et en latin , seu-
lement de la traduction de Joseph
Auria, napolitain , qui y a joint la
traduction de diverses scolies grecques
qu'il a trouvées dans les manuscrits ,
Romae , 1 587 et 1 588, in-4". Les deux
ouvrages d'Autolycus ont été trad. en
français par P. Forcadel , Paris, 1572,
in-4''. — Il y eut, au second siècle, un
autre Autojlycus , ami de Théophile
AUT
d*AntiocLe, et que ce patriarche cou -
vcuit à la foi chrétienne. C — r.
AUTOMNE (Bernard), avocat
an parlement de Bordeaux , naquit
dans i'Agënois , en 1 587. Moins porte'
à briller au barreau par ses plaidoyers ,
qu'à se distinguer par ses écrits , à peine
dans sa vingtième année , il avait déjà
fait imprimer à Paris , Perse et Juve-
nal , avec un Commentaire latin très-
étendu. Ce fut en 161 o que parut,
pour la première fois , son livre, intitu-
le' : Conférence du droit français ayec
h droit romain; en 1629, il en fît
faire une troisième édition, Paris, in-
fol. , et en i644, une 4^, en deux vol.
in-fol. Après ce premier ou^Tage sur la
jurisprudence , il écrivit , en 1 6 1 1 , sur
la Pratique d^Imbert, et donna au
public, dans le cours de la même an-
née, des Commentaires sur Touvrage
de droit ayant pour titre : Jani Lam-
hlœi semestriaj Paris, in-4''. Us sont
pleins de recherches très-curieuses sur
les antiquités romaines , et montrent
rétendue des connaissances qu'Au-
tomne avait puisées dans les écrits du
profond Heineccius et du savant Bar-
nabe Brisson. En 1 6 1 5 , il fit paraître :
Censura Gallica in Jus civile Roma-
norum , Paris , in-S". , ouvrage où sont
indiquées , dans le plus grand détail ,
les lois romaines abrogées en France,
rt celles que son code a conservées.
Automne fit encore des Commentaires
sur \esPandectes et le Code Justinien.
Ce travail qu'il a intitulé ses Para-
titles , était fort estimé à l'époque oii
il parut ( I vol. in- 1 2 , Paris , 1617);
mais depuis les Traités de Columbet ,
de Doraat et de Perrière , sur le même
sujet , le livre d'Automne est peu con-
sulté. Son Commentaire sur la Cou-
tume de Bordeaux est à présent le
plus connu de ses divers ouvrages. La
meilleure édition est celle de Dupin ,
1 728, in-fol. , avee des notes. On peut
AUT
95
dire de toutes les productions de Ber-
nard Automne, qu'on y trouve plus
d'érudition que de jugement , et , dans
ses discussions , plus de citations que
de logique. Il mourut , en 1 666 , âgé
de soixante-dix-neuf ans. M — x.
AUTREAU ( Jacques ) , né à Pa-
ris, en i656 , était peintre et poète.
Comme peintre , ses ouvrages ne joui-
rent pas d'une très-grande estime : on
fit pourtant quelque cas d'un tableau
qui représentait Fontenelle , l.amotte
et Danchet , écoutant une lecture ; et
d'un portrait du cardinal de Fleury ,
auprès duquel est placé Diogène,
éteignant sa lanterne : ce portrait a été
gravé. En 1 7 1 8 , à l'âge de plus de
60 ans , Autreau commença à travailler
pour le théâtre , et donna sa comédie
du Port-à'V Anglais , dont le succès
fixa en France les comédiens italiens,
qui étaient 'décidés à retourner dans
leur pays. Les Amants ignorants et
Démocrite prétendu fou réussirent
aussi beaucoup au théâtre italien :
V Amante romanesque ou capricieU"
se ; la Fille inquiète , ou le Besoin
d'aimer , et Panurge à marier^ y
furent froidement accueillis. Autreau
donna au théâtre français le Chevalieic
Bayard , qui disparut promptement
de la scène , et la Magie de V Amour ^
qui, mal reçue d'abord, fut ensuite
fouée quinze fois de suite , avec beau-
coup d'applaudissements. On a encore
de lui un opéra de Platée, dont Ra-
meau fit la musique. Ses pièces ont
été réunies en 4 vol. in- 12 , Paris,
1749, par Pessellier , qui mit en tête
une fort bonne préface , où il peint
Autreau comme un homme d'une hu-
meur sauvage et d'un extérieur peu
agréable, mais d'un esprit fin , déli-
cat, et surtout naturel , à qui il n'a
manqué que de voir meilleure com-
pagnie pour mettre plus de noblesse
et dç bienséance dans son style. Ses
OO A UT
intrigues sont fort simples et ses dé-
iioûnients trop pre'vus ; mais l'agre'-
ment des détails rachète ce défaut.
Autreau , en sa double qualité de
peintre et de poêle, vécut toujours
pauvre , et mourut aux Incurables ,
en 1745, âgé de quatre-vingt-neuf
ans. Dans les fameux couplets attribués
à Rousseau , il est appelé ce peintre
uéutreau , toujours ivre. Soit qu'il
crût , ou non , Rousseau auteur de ces
couplets, il fit contre lui la chanson
long-temps célèbre qui commence
ainsi :
Or, écoutei petit» et grand».
L'histoire d'un ingrat enfant, etc.
A G R.
AUTREY (Henry-Fabri, comte d').
V. Boulanger.
AUTUN ou AUTHON (Jehan d*),
que La Croix du Maine et Du Verdier
nomment à tort Dauthon , naquit
vers l'an 1466, d'une famille noble.
Les biographes ne sont pas d'accord
sur le lieu de sa naissance; une opi-
nion assez vrai6embla])le le fait naître
en Saintonge ( F. Barberousse). En-
tré fort jeune dans l'ordre des Augus-
lins , d'Autun ne tarda pas à se faire
connaître par son goût pour la poésie
et pour l'histoire j il eut même assez de
réputation pour que Louis Xïl se l'at-
tachât en qualité de chroniqueur, c'est-
à-dire d'historiographe. Ce monarque
le pourvut ensuite de l'abbaye d'An-
gle , en Poitou , et du prieuré de Cler-
raont-Lodève. Des ce moment, d'Au-
lun suivit le roi dans tous ses voyages,
et, après la mort de ce prince, il se re-
tira dans son abbaye, où il termina
ses jours, au mois de janvier 1627,
âgé de soixante ans. On a de lui : Les
yj anales du roi Louis XII , depuis
j 499 jusquen 1 5o8 , faites en 1 5o6-
i5o8 , qui se trouvent parmi les ma-
nuscrits de la Bibliothèque impériale,
sous les n°*. 8421, 9700 et 9701,
AUT
iu-fol. Théodore Godcfroy en fit im-
primer les quatre premières années,
en 161 5, in-4°., à la suite de V His-
toire de Louis XII, par Claude Seys-
sel, et puis séparément, en 1620,
in-4'*. Les quatre dernières années sont
restées en manuscrit. Il est à regretter
que ces Annales n'ayent pas été pu-
bliées en entier; car l'auteur, témoin
de la plupart des faits qu'il rapporte ,
s'était en outre procuré d'excellents
mémoires sur les autres. 11 est souvent
entré dans des détails qui, pour être
longs, n'en sont pas moins curieux.
Cependant, l'abbé Garnier,' dans son
Histoire de France (XXll-545),
dit que Jehan d'Autun « n'est qu'un
» froid bel esprit , fastidieux dans le
» détail des petits faits , stérile ou aveiK
» gle dans le ûévelo])pement des cau-
» ses ». Malgré ce jugement, divers
auteurs ont loué d'Autun , pour l'exac-
titude , la clarté et la précision de son
style. Jehan Bouchct , ami de d'Autun ,
et qui a composé son épitaphe, lui
donne dans cette pièce le titre de gran d
orateur, tant en prose qu'en rime. 11
lui attribue une traduction des Méta-
morphoses d' Ovide. Cet ouvrage s'est
perdu , et, malgré ce que dit Bouchct,
les vers qui nous restent de d'Auttm
sont au-dessous du médiocre. On a en-
core de cet auteur : 1. Deux Epistres
en vers, dont l'une est lepanégyric du
Chevalier sans reproche, Paris, in-4 ".
sans date ; H. Epistres envoyées au
roy très-chrestien de là les monts ,
par les estais de France , avec cer-
taines ballades et rondeaulx , sur le
faict de la guerre de Fenise , Lyon ,
* 1 5 op , i n-4 ' . ; 1 1 L l'Exil de Gesnes la
superbe, Lyon , 1 5o8, et s. d. in-4". ;
IV. enfin , deux Pièces de 7wrs eu
l'honneur de la belle Génoise, Thomas-
sineSpinola, faites par le commande-
ment de Louis XI 1 , et qui n'ont jamais
été imprimées. J/abbc Goujet , tome
AU Y
XI , rapporte répitaphe de Jehan
d'Autiin. K— T.
AUVERGNE ( Pierre d' ) , trou-
badour, qui florissait au commence-
ment du 1 5^ siècle , naquit à Cler-
mont, et prit, sans doute, le nom de ta
province où il était ne. Le» manuscrits
le désic^nent comme le meille»ir des
troubadours connus avaiit Giraud de
J3orneii, et lui dounent le surnom de
Fieux. Il paraît que ce gpèle joignait à
beaucoup de talent un^^ figure très-
agréable, ce qui le fit traiter avec dis-
tinction par beaucoup de grands sei-
gneurs et de dames. Les vint;t-quatre
pièces qui nous restent de ce trouba-
dour roulent sur des sujets de galante-
rie, de dévotion et de j)olitique. Dans
presque ton tt's, il pajîe de lui avec peu
de modestie; mais ce qui dut! ni faire
beaucoup d'ennemis, c'est un sirvenie^
ou plutôt une satire, dans laquelle il
pass£ en revue les troubadours ses
contemporains, qu'il nomme et carac-
térise par des personnalités révol-
tantes. Auvergne , dégoûté du monde,
embrassa l'état monastique , et l'on
peut croire que c'est dans le cloître
qu'il a composé de petits poèmes sur
des sujets de dévotion. Millet pense
que ce troubadour est le même qu'un
jacobin du i S", siècle, connu sous le
nom de Pelrus de Alvernia. P— x.
AUVERGNE (Antoine d'), musi-
cien , né à Gcrmont-Ferrand , le 4 oct.
1715, mort àLyon,le 1 1 février 1 797,
se livra de bonne heure a l'éîude de la
musique, et fut admis, on 1 7 59, comme
violon , au nombre des musiciens de
la chambre du roi ; ses succès , comme
compositeur au Concert spirituel, dont
il eut l'entreprise , et à l'Académie
royale de musique , dont il fut dircc-
tnur , lui valurent la place de surinten-
dant de la musique du roi. Il a publié
un oeuvre de trio , et divers motets exé-
cutés au Concert spirituel j mais ses
ouvrages les plus remarquables sont
ceux qu'il fit représenter à l'Académie
l'ovale de musique , à la cour et à i'O-
péra-comique ; les principaux sont :
Enée et Lavînie j les Amours de
Tempe, les Fêtes d'Eutcjye^Polyxè-
ne , la Vénitienne. Les Troqiieurs ,
dont Vadé composa les paroles, peu-
vent être considérés comme le premier
opéra comique français : représenté en
1755, comme l'ouvrage d'un compo-
siteur italien , il eut le plus grand suc-
cès. Jusque-là nos opéras comiques
avaient été de simples vaudevilles.
D'Auvergne a laissé en manuscrit la
musique de S émir amis , tragédie en
cinq actes , poëme de Roy, et la Mort
d^ Orphée , tragédie en cinq actes , de
MarmoDtel, non représentées. P^ — x.
AUVERGNE ( Latour d' ) Foy.
Latour d'Auvergne.
AUVERGNE. -T. Martial.
AU VIGNY ( ( Jean du Castre d' ) ,
né dans le Hainault , en 1 7 1 2 , était
doué d'une imagination singulière
qui r entraînait tour à tour du plaisir à
l'étude , et de l'étude aux projets les
{)lus bicarrés et les plus hardis. 11 voil-
ait donner le récit de ses propres ex-
ploits; mais il n'rjvait pas encore trente
arts ;ctnc pouvait décrire que quelques
actions plus périlleuses et téméraires
que dignes de mémoire. En^^agé dans
les chevau - légers, il alla chercher- à
l'armée des matériaux plus importants
{ïour son histoire , et trouva la mort à
a malheureuse bataille de Dettingen, îe
2,7 juin 1743. D'Auviguy avait publié :
\. Amusements historiques^ 1755,
•X vol in- T 2 ; II. Anecdotes ^alantea
et tragiques de la cour de Néron ,
I 755 , in- 1 2; cet ouvrage est aussi at-
tribué à Deîlery; 111. Foyaaes et
Aventures d'Aristée et de Télasie ,
histoire galante et héroïque^ i 75 1 , 2
vol. in- 1 2 ; lY. Histoire de la ville de
Faris (jusqu'en lySo), 1755, 5
9» AUV
vol. in-i*i. Les quatre premiers vo-
lumes sont de d*Auvigny et de Des-
fontaines, avec qui il avait demeure j
le cinquième a pour auteur Louis-
Joseph de la Barre , qui a revu tout
l'ouvrage. V. Mémoires de madame
de Barnevelty i75'2, 2 vol. in- 12.
Desfontaiues travailla aussi à cet ou-
vrage, rempli de traits satiriques , et
qu'on range dans la classe des ro-
mans. VL L'Histoire de France et
r Histoire romaine , par demandes
et par réponses, 1759, 2 vol. in- 12.
Cet ouvrage porte le nom de Desfon-
tv^ines; mais la Bibliothèque histori-
que de France nomme d'Auvigny
pt l'abbc' Guyart comme collabora-
teurs. VIL Vies des hommes illustres
de la France , 1 7 09 , et ann. suiv. ,
10 vol. in- 12. Les deux suivants ont
e'te' donne's, sur ses mémoires, par
Tabbe' Përau , qui a travaillé jusqu'au
25". volume; les tomes 24, 25 et 26
sont de Turpin. On joint à cette collec-
tion la Fie de Vahhé Bignon , par
Pe'rau, qui forme un 27^. volume. Au-
vigny a donné les Vies de soixante-dix
hommes illustres. Les onze volumes
de l'abbé Pérau ne parlent que de
quatorze hommes illustres. Aussi les
volumes de ce dernier sont-ils plus in-
téressants que ceux de d'Auvigny. VIIL
La Tragédie en prose , ou la Tra-
gédie extravagante, comédie en un
acte et en prose, 1730, in- 12. A.B — t.
AU VRâY ( Jean ) , né en Norman-
die, vers 1590. 11 paraît, d'après
Goujel, qu'il avait d'abord étudié la
chirurgie , et qu'il y renonça pour le
droit ; la plupart des compilateurs , qui
le copient les uns les autres, assurent
qu'il était avocat ; mais il ne prend ce
litre à la tête d'aucun de sqs ouvrages.
Son goût l'entraînait vers la poésie,
et étant encore fort jeune, il remporta
des prix à l'académie de Rouen, connue
soui le nom du Pujr, Il était âgé de
AUX
dix-huit ans quand il publia un volume
de Poésies diverses , avec un Dis-
cours funèbre sur la mort de Henri ,
duc de Montpensier, Rouen , 1608,
in- 1 2. L'année suivante, il fit représen-
ter une tragi-comédie, '\ni\[v\éc Marfi-
lie ou V Innocence découverte. Ces
deux ouvrages n'annoncent pas de
grands talents dans leur auteur ; il ne
manquait cependant ni de grâce ni de
facilité; quelques-unes de ses poésies
étincellent d'^prit; il réussissait sur-
tout dans l'épigramme et dans la satire,
et il occuperait un rang distingué parmi
nos anciens poètes , si ses meilleures
pièces n'étaient pas défigurées par des
expressions basses, grossières, et par
des images indécentes. Il a aussi com-
posé, daus sa première jeunesse, des
poésies chrétiennes, qui sont pour la
plupart très -faibles; il pria, en mou-
rant, le libraire Ferrand, son ami , de
les faire imprimer. Auvray mourut , eu
i653, âgé d'environ quarante - trois
ans. Outre les ouvrages que nous
avons déjà cités , on a de ce poète : T.
le Trésor sacré de la Muse sainte ,
Rouen , 1 6 1 3 , in-8^. ; II. Poème du
sieur Auvray , prœmiez au Puy de
la Conception , année 1 62 1 , avec
les Grâces de V auteur à la Vierge ,
Rouen, 1622, in-8".; 111. Z<? Triom^
phe de la Croix ^ Rouen, 1622, in-8".;
IV. le Banquet des Muses et le Théâ-
tre , contenant V Innocence décou-
verte , la Madonte et la Dorinde.
Ces deux dernières pièces sont tirées
du roman d!Astrée ; la première a seule
été représentée, Rouen, 1628-3 1 ,
in-8 '. : ce recueil d'Auvray est recher-
ché. Goujet indique une nouvelle édi-
tion du Banquet des Muses , Rouen ,
i635, in-8'.; V. OEuvres saintes,
recueillies par David Ferrand , Rouen ,
i634 , in-8°. W— s.
AUXIRON ( Jean - Baptiste d' ) ,
médecin, né à Baume-lcs-Darnes , vers
AUX
ïG8o,mort à Besançon, en 1760,
négligea sa profession pour les scien-
ces mathématiques. On a de lui : I.
Démonstration d'un secret utile à la
marine , Paris , 1 75o , in - 8". j II.
Nouvelle Manière de diriger la
bombe, Paris, 1754, in-8". — Auxi-
RON ( Gaude-François-Joscph d') , son
frère, ne en 167G , avocat au parle-
ment de Besançon , fut employé par
l'empereur d'Allemagne dans différen-
tes occasions importantes. En récom-
pense de ses services il obtint une place
de conseiller aulique à Vienne , où il
est mort vers le milieu du siècle der-
nier. Il a publié un traité de ['Educa-
tion d'un prince , dont le gouverneur
des archiducs voulut bien accepter la
dédicace. W — s.
AUXÏRON (Cl AUDE -François-
Joseph d' ) , né à Besançon , en 1 728,
servit pendant quelque temps dans le
régiment d'Austrasie. Ce corps ayant
éprouvé une réforme , il revint dans
sa famille, où, à l'exemple de son
père , il se livra à l'étude des mathéma-
tiques. Bientôt après , il fut nommé à
une place de capitaine dans un régi-
ment d'artillerie ; mais les devoirs que
lui imposait cette place, ne lui per-
mettant pas de suivre ses goûts , il
donna sa démission, et se retira àParis.
Il se fit d'abord connaître en 1 765 par
un Mémoire sur les moyens de four-
nir des eaux saines a cette ville, qui
en manquait; ce premier mémoire fut
suivi d'un second, dans lequel il com-
battit , mais sans succès , le projet pré-
senté par ÎVr. Deparcieux , de l'aca-
démie des sciences , sur le même
objet. Il publia, en 1766, un ou-
vrage intitulé : Principes de tous
Gouvernements , ou Examen des
causes de la faiblesse ou de la
splendeur de tout état, considéré en
lui-même et indépendamment des
mœurs , Paris, 2 vol. in- 12. Il a tra-
AUZ 99
dult de l'allemand de Jean-Isaïe Sil-
berschlag, pasteur de Magdebourg, sa.
Théorie des Fleuves , avec fart de
bâtir dans les eaux et d'en prévenir
les ravages, Paris , Jombcrt, 1769,
in-4'. H mourut à Paris, en 1778,
âgé de cinquante ans. — Pierre-Claude
d'AuxiRON son frère, exerça la méde-
cine , et publia plusieurs écrits en fa-
veur de l'inoculation. W — s.
AUXIKON ( Jean - Baptiste d' ) ,
né à Besançon , en 1736, professeur
en droit français à l'université de cette
ville. Il a publié : I. Observations sur
les juridictions anciennes et moder-
nes de la ville de Besançon , 1777,
in-8". j II. Projets pour les Fontaines
publiques de cette ville, 1777, in-8**.;
Ilï. Réflexions sur le sujet proposé
par V académie de Besancon ( eu
1781 , sur les Vertus patriotiques ),
1785, m-8".; IV. Mémoires histori-
ques et critiques sur les écluses de Be-
sançon et sur la navigation du Doubs^
Genève (Besancon), 1785, in -8*.
Le mémoire qu'il envoya à l'académie
de Châlons-sur Marne , sur les moyens
d'éteindre la mendicité en France, ob-
tint les suffrages de cette compagnie y
il a laissé , sur ce sujet , un ouvrage
içiportanl qu'il se proposait de faire
imprimer. Il est mort à Besançon , eu
1 800 , âgé de soixante-quatre ans.
W— s.
AUZANET(Barthélemi), d'au-
tres disent Pierre Ausannet , juris-
consulte, naquit dans le commence-
ment du 17*^. siècle , et fut un des
plus célèbres avocats consultants du
parlement de Paris. Ses ouvrages,
très -recherchés de son temps, sont
encore estimés. On distingue dans
la collection qui en fut faite , en ui^
volume in-fol. , Paris, 1 708, ses Notts
sur la Coutume de Paris, où se trou-
vent des réflexions neuves et profon-
des au sujet de la réformation qu'il en
7-
100 AU2
propose , ainsi que ses Ohscn>ations
et Mémoires sur l'élude de la juris-
prudence. Son intégrité et la droiture
de son jugement étaient tellement re-
connues , que, dans les procès les plus
importants, les parties s*en rappor-
taient d'ordinaii*e à ses conseils où à
son arbitrage. Louis XIV lui accorda
h brevet de conseiller d'état. Il mou-
rut, en i685, âgé de 82 ans. M — x.
AUZEBY ( Pierre ) , dentiste , né
à Nîmes , en 1 73G , étudia la chirur-
gie à Toulouse et à Bordeaux , et fut
ensuite , à Paris , éiève de Mouton ,
dentiste du roi. Il fut reçu chirurgien-
dentiste , en 1762, et pratiqua son
art à Lyon avec succès. Il a donné un
Traité d'odontalgie , où Vçn pré-
sente un nouveau système sur Vori-
S^ine et la formation des dents , et
une description de différentes ma-
ladies (pà affectent la bouche , Ly on ,
1771, in*i 2. Auzeby est mort à Lyon
en 1791. C. et A.
AL'ZOUT (Adrien), mathématicien,
naquit à Kouen, dans le 17^ siècle , et
fut un des premiers membi'cs de l'aca-
démie des sciences de Paris. On doit
le regarder comme l'inventeur du mi-
cromètre à fils mobiles, qui sert aujour-
d'hui aux astronomes pour mesurer
les diamètres apparents des petits ob-
jets , particulièrement ceux des corps
célestes. Avant lui, Huygens avait ima-
giné de mesurer l'espace occupé par lo»
astres dans le champ des lunettes , et
il se servait pour cela de lames de
métal mobiles, entre lesquelles il com-
prenait l'objet observé. Malvasia de
Pologne avait substitué à ces lames des
iils triangukiire^ , qui divisaient le
champ de la lunette en plusieurs petits
tarrés CLaux : cela cLiit plus facile
pour Tobservalion ; et l'on évitait
aufcsi l'effet de la diffraction de U lu-
mière qui avait lieu sur le lK)rd des la-
jiRs daus i'apj^arcil d« lluygcus. Mais
AUZ
ces fils étant fixes, Tappareil perdait \m
de ses principaux avantages. Auzouf
imagina de rendre l'un des fils mobile
parallèlement à lui-même, au moyen
d'une vis dont les mouvements très-
lents mesuraient la marche avec une
grande exactitude ; dès-lors son appa-
reil réunit tous les avantages de celui
d'Huygens, sans en avoir les inconvé-
nients. C'est encore, pour le fond , celui
dont se servent aujourd'hui les astro-
nomes. Auzput publia sa découverte en
1666, et la fit réim])rimer ensuite
dans \cs Mémoires de V académie des
sciences pour 1693. L'honneur de
cette invention a été réclamée par les
Anglais, eu faveur de M. Gascoigne,
et M. Touuwley a publié à ce sujet
une dissertation dans les Transac-
tions philosophiques ; mais si , comme
M. Tounv/ley l'assure , M. Gascoigne
était en possession du micromètre à
fils mobiles , du moins il ne l'avait pas
publié , et , par conséquent, l'honneur
de l'invention doit être attribué à Au-
zout^ qui le premier en a fait jouir les
savants. Auzout partagea aussi avec
Picard Hionneur d'avoir appliqué les
limettes aux instruments divisés; et
l'on doit regarder cette idée comme
une des plus heureuses que Ton ait eues
pour l'avancement de l'astronomie ob-
servatrice , puisque celte invention ,
celle du micromètre, et l'application
du pendule aux horloges , qui est duc
à Huygens , sont les trois causes prin-
cipales des progrès immenses que l'art
de l'observation a faits depuis cinquante
ans. Auzout mourut en 1691. On lui
doit un Traité du Micromètre, 1667,
in-4''., et quelques autres opuscules
dont Lalaude rapporte les titres dans
sa Bibliographie astronomique. 11
a publié, en outre , dans les Mémoires
de Vacadémie plusieurs lettres sur
les lunettes , et sur divers autres objets
d'obscrratioii. lî— t.
AVA
A YAK, prince arménien , fui nom-
mé , en 1258, commandant d'une
armée ge'orgienne que la reine Rou-
Eoutan envoya contre les Tatars , qui
menaçaient son royaume. Après avoir
perdu la plus grande partie de ses
troupes en combattant courageuse-
ment, il fut oblige de se renfermer
dans la forteresse de Gaën , oii il con-
clut un traite par lequel , au moyen
d'un tribut et d'un corps d'auxi!iaires
qu'il fut obligé de fournir aux vain-
queurs , il resta maître de l'Arménie.
11 obtint ensuite les mêmes conditions
pour la Géorgie, et donna, pendant le
reste de sa vie, beaucoup de preuves
d'attachement au kban des ïatars,
nommé Oiikhala. La reine Rouzoutan
le nomma tuteur de son fils, et il mou-
rut sans enfants en 1249, laissant les
rênes du gouvernement à sa femme
Vartouch. K.
AVALOS ( Ferdinand - François
d') marquis de Pescaire, d'une famille
distinguée du royaume de Naples , ori-
ginaire d'Espagne, fît ses premières
armes , en 1 5 12, sous les ordres du
vice-roi Raymond de Girdone, et fut
fait prisonnier par les Français à la
Lataille de Ravenne. Il était alors âgé
de vingt-un ans, et, dans sa prison,
il composa des poésies qu'il dédia à sa
femme Vitloria Colonna , poète comme
lui. Mais Pescaire ne demeura pas
long -temps prisonnier; dès l'année
suivante , il était de retour à l'armée ;
il commandait l'avant-garde de Car-
done , et ce fut lui qiii réussit à pro-
voquer l'Alviano , de manière à lui
faire offrir la bataille où il fut défait,
près de Vicence, le 7 octobre i5i3.
Pescaire acquit plus de gloire encore,
le 19 novembre 1 52i , par la prise de
Milan sur le maréchal de Lautrec. Ce
succès fut du à sa valeur et à son au-
dace ; car Prosper Colonna , sous les
ordres de qui il servait , u'avait pus
AVA loi
osé tenter celte entrcpr55;e. îï prit en-
suite Como, en poursuivant les Fran-
çais ; mais , après avoir promis d'é-
pargner cette ville , il ia livra au pil-
lage , et il tenta vainement ensuite de
se laver de ce manque de foi , par nu
duel avec celui qui le lui reprochait.
La campagne de 1622 fut brillante
pour Pescaire , quoiqu'il ne comman-
dât point en chef. 11 secourut Pavie,
assiégée parles Français; il se signala
dans la bataille de la Bicoque , prit
Lodi et Pizzighittoue ; il contraignit
le maréchal de Lescun , frère de Lau-
trec , à capituler dans Crémone. A la
suite de celte capitulation , les Fran-
çais évacuèrent le Milanez ; enfin, il
prit Gênes qu'il livra au pillage. Pes-
caire , par des exploits si brillants^,
avait acquis la réputation d'un des
meilleurs généraux de Charles-Quint.
11 eut la plus grande part aux victoires
remportées sur l'amiral Bonnivet et
à la journée de Pavie, où François P^
fut fait prisonnier , le 24 février 1 525.
Il y fut blessé. Lannoy ayant conduit
ce monarque en Espagne, Pescaire de-
vint généralissime de l'armée espa-
gnole. Les princes italiens, jaloux du
pouvoir sans bornes qu'avait acquis
l'empereur, essayèrent de séduire Pes-
caire par les offres les plus magnifiques.
Il lui promirent de le faire roi de Na-
ples, s'il les aidait à chasser les Alle-
mands et les Espagnols d'Italie. Pes-
caire parut prêter l'oreille à leurs pro-
positions , et l'on ignore s'il fut d'abord
tenté de les accepter, ou si , dès le com-
mencement, il n'avait d'autre but que
de connaître leurs secrets ; mais, après
avoir traité assez long-temps avec Jé-
rôme Morone, conseiller du duc de
Miian, il instruisit l'empereiu' des pro-
positions qu'on lui avait faites , et fit
repentir le duc d'avoir songé à le
corrompre. Cette duplicité acheva de
le rendre odieux aux Milanais , qm
1 03 A V A
lui reprochaient déjà son orgueil et
sa déloyauté. 11 mourut a Milan, cette
même année, le 4 novembre i5i5 ,
âgé de trente-six. ans. Son neveu , Al-
phonse d^Avalos , marquis de Vasto ,
lui succéda dans le commandement.
S. S— I.
AVALOS (Alphonse d'), marquis
de Vasto , général de Charles-Quint, en
Italie , et capitaine-général du duché de
Milan. Alphonse d'Avalos, fils d'ini-
go II d*Avalos et de Laure de San Se-
verino, était né à Naples, le 25 mai
i5o3. U fit ses premières armes sous
les ordres de Ferdinand d'Avalos ,
marquis de Pcscaire, son oncle. Il se
distingua au siège de Pavie, par une
valeur brillante , et cette même année
15^5, son oncle étant mort, il lui
succéda dans le commandement des
armées de Charles-Quint. En i552,
il passa en Autriche, comme général
d'infanterie, pour défendre ce pays
contre SoHman. Il suivit l'empereur
dans presque toutes ses expéditions ,
à Tunis et en Provence j partout , il
donna des preuves de grand talent
militaire et de grande bravoure; mais
partout aussi, il laissa percer son ca-
ractère dur, vaniteux, faux et perfide.
Après la mort d'Antoine de Leva, il
fut nommé capitaine-général du duché
de Milan, et il gouverna et défendit
cette province avec beaucoup de va-
leur; mais il fit assassiner les négocia-
teurs que François P*". avait envoyés à
Constantinople, lorsqu'ils ti'aversaicnt
le Milanez , après avoir conclu un traité
d'alliance entre la France et la Porte.
D'Avalos montra , dans plus d'une
circonstance, que les crimes ne l'é-
pouvantaient point, lorsqu'il y trou-
vait son avantage. Il fit lever le siège
de Nice , en 1 543 , au duc d'Enguien
et à Barberousse ; mais , l'année sui-
vante, le i4 avril, il fut défaite Céri-
7.oles, par ce mcmc duc d'Enguien j
AVA
on dit même qu'il s'enfuit des pr«-
micrs de ce combat, où son armée
perdit i o,ooo hommes. Ses bravades
avant cette bataille, dans laquelle on
assure qu'il s'était fait suivre par des
chars remplis de menottes, pour les
prisonniers , rendirent sa disgrâce
plus cruelle encore pour lui. Cepen-
dant, quoique blessé, il rassembla ses
troupes devant Milan, et sauva cette
capitale, en sorte que les Français
tirèrent peu d'avantage de leur vic-
toire, jusqu'à la paix de Crcpy, qui
se fit la même année; mais les Mila-
nais, accablés d'impositions, et tour-
mentés par la dureté et l'arrogance
d'Alphonse d'Avalos , recoururent con-
tre lui à la justice de CharleS-Quint;
ils accusèrent leur gouverneur de pé-
culat , et un ordre avait été donné de
vérifier ses comptes, lorsque la mort
vint le délivrer de cette humiliation ,
le dernier jour de mars 1 54^, à Vige-
vano. Il laissa plusieurs enfants de
Marie d'Aragon , sa femme , fille de
Ferdinand , duc de Montalte. Ferdi-
nand de Gonzague lui succéda dans le
gouvernement du duché de Milan.
S. S— I.
AVALOS (Constance d'). Fojr.
AMALFI.
AVANCINUS ( Nicolas ) , jésuite,
originaire du Tirol , fut professeur
de rhétorique , de morale et de phi-
losophie à Gralz , et professeur de
théologie morale et scholastique à
Vienne. Il a écrit un assez grand
nombre d'ouvrages, parmi lesquels
on remarque : I. Jmperium Romano-
Germanicum , swe Elogia L. Cœsa-
rum Germanojiim y Vienne, i665,
in-4".; IL Fita et doctrina J.-C,
Vienne, 1667, 1O747 in-i 2, traduit
en français, Paris, 1 7 1 5; III. Poësis
lyrica. Vienne, 1670, Amst. 171 i ;
] V. Poësis dramatica , \t. I.-IV, Co-
logne, 1G75-79. G — T.
AVA
ÂVANZI (Jean-Marie), célèbre
jurisconsulte et poète , né à Rovigo le
35 d'août i549, étudia dans sa pa-
trie la littérature grecque et latine,
sous Antonio Riccoboni , qui se van-
tait dans la suite d'avoir seul découvert
les heureuses dispositions de son élève
pour la poésie et l'éloquence. Avanzi
apprit les sciences à Fcrrare : il se lia
d'amitié avec plusieurs célèbres litté-
rateurs, parmi lesquels il suffit de
nommer Baptiste Guarini , et le
Tasse. 11 s'appliqua ensuite à la juris-
prudence, et reçut à Padoue le lau-
rier doctoral. Revenu dans sa patrie,
il fut nommé avocat fiscal , et remplit
en même temps les fonctions d'avocat
civi! et criminel. Des persécutions que
ses ennemis lui suscitèrent , le forcè-
rent de s'aller établir à Padouc. 11 mou-
rut en cette ville le 2 mars 16.22. Ou
a de lui ; I. // Saiiro , favola -pas-
torale^ Venise, 1587, in-iaj cette
espèce de comédie en vers , dans un
genre qui était alors fort à la mode,
fut représentée à Rovigo, devant le
podestat, dans une occasion solennelle;
II. la Lucciola , ( le Fer luisant ,
poème en IX chants ),Padoue, 1627,
in- 12. Ses autres ouvrages, qui ap-
partiennent , tant à sa profession qu'à
l'histoire et à la simple littérature ,
n'ont pas été imprimés , à l'exception
de quelques poésies qui se trouvent
dans divers recueils ; ainsi , non seule-
ment ses Consultations sur diffé-
rentes matières civiles et criminelles,
et son Histoire ecclésiastique de Va-
postasie de Luther ^ mais son poème
intitulé : Le Lagrime di Giacohhe ,
celui des Frimi Amori d^Ortando,
et son traité De partu hominis , qui
e'tait écrit en latin , et que la n^ort l'em-
pêcha d'achever , n'ont jamais vu le
jour que dans des dictionnaires.
G— E.
A YANZINO (Joseph-Marie), de
I
AVA io5
Rovcredo , professent' de médecine à
Florence, dans le 18*. siècle , fut dis-
ciple du célèbre Antonio VaUisnieri ,.
et soutint le sentiment de son maître
sur l'origine des fontaines. VaUisnieri
ajant publié, en 1 7 1 5 , une Disserta-
tion académique , dans laquelle il dé-
montrait que les sources étaient for-
mées par les eaux pluviales , le doc-
teur Niccolo Guahicri soutint, dans
une autre Dissertation qu'il publia en
1 726 , que les eaux des fontaines dé-
rivaient de la mer , en filtrant par des
voies souterraines. Avanzino défendit
l'opinion de VaUisnieri, et réfuta Gual-
tieri dans une Dissertation qu'il lut le
17 mai 1725, à l'académie de Flo-
rence , et qui fut imprimée , avec la
seconde édition de la Dissertation de
son maître, Venise, 1726, in-4**. On
a du même auteur une Dissertation in
Iode délia Cioccolata , lue à l'acadc-
mie des Apatisii, de Florence, et im-
primée dans cette ville en 1 728 et en
1 729, in-4''- C'est une réponse au doc-
teur Giov. Bat. FeHci, qui avait sou-
tenu que l'usage du chocolat était dan-
gereux , dans un livre intitulé: Pa-
rère intomo altuso délia cioccolata,
Florence, 1728, in-4**. G — e.
AVATJX. JT. Mesme.
AVA U X ( Claude de Mesme ,
comte d' ) , surintendant des finances,
fut d'abord conseiller au grand-conseil,
maître des requêtes et conseiller d'état.
Envoyé en ambassade à Venise , en
1627, il engagea cette république à
prendre les armes pour assurer au duc
de Nevcrs la possession de Mantoue.
Il rendit bientôt lui-même aux Véni-
tiens un service signalé, en étouffant
des semences de division qui nais-
saient entre eux et le pape Urbain Vllï .
Ce pontife fut si satisfait du négocia-
teur français, dans les entretiens qu'il
(Ut avec lui à Rome, qu'il 1^ demanda
à la cour de France pour ambassa-
ic4 AVA
deur; mais Louis XIII lui destinait
des négociations plus importantes. Il
renvoya en Dancmaick, puis en Suède
et en Pologne , pour raëiiager un rap-
prochement entre ces deux puissances.
I.e comte d'Avaux remplit lattfnle de
sa cour, et conclut la fameuse trêve de
^6 ans, entre les deux, royaumes. Au
moment de la signature du traite, il
s'cleva, entre les ministres des puis-
sances médiatrices , une contestation
sur la préséance. D'Avaux prétendait
signer avant Douglas, ambassadeur
d'Angleterre, et les ministres des États-
Généraux refusaient également de cé-
der le pas à ceux de l'électeur de Bran-
debourg. Pour terminer ce différend,
il fut convenu qu'aucun des ministres
médiateurs n'apposerait sa signature
au traité, et qu'on se bornerait à les
nommer dans le préambule. Douglas
consentit à ce que l'ambassadeur de
France fût nommé le prt mier dans
l'un et l'autre instrumeni de ce traité.
D'Avaux s'était acquis dès-lors une
telle réputation de probité, que sa pa-
role, dans les négociations, valait un
serment. De retour en France, en
1643, on le renvoya presque immé-
diatement à la Haye et à Munster, en
qualité de plénipotentiaire pour la paix
générale, il ouvrit les négociations à la
Haye , avec les Provinces-Unies , et
vnt ensuite à Munster, où il prit le
pas sur les plénipotentiaires espagnols.
R4)uté cependant des manières de son
eoliégue Servien à son égard, il de-
manda son rappel; mais la régente,
et surtout Mazarin , dont Servien était
la créature , lui ordonnèrent de conti-
nuel- les négociations. On fut obligé
néanmoins d'envoyer le duc de Lon-
gueville avec le litre de premier pléni-
potentiaire, pour que les affaires ne
souflVissent pas de cette mésintelli-
pence. Oalui donna ordre de .s'éclairer
des luimèies et de i'cxpéricnce dti
AVA
comte d'Avaux et de Servien. D'A-
vaux ouvrit un avis qui termina les
différends des trois collèges de l'Em-
pire , sur la forme de leurs délibéra-
tions , et parvint , à Osnabruck, à con-
cilier les intérêts des Suédois et de l'é-
lecteur de Brandebourg. 11 fut révo-
qué tout à coup, après vingt ans de
services signalés , et lorsqu'il éîait à la
veille de conclure un traité célèbre au-
quel il avait tant contribué. Celte dis-
grâce était le rruit de l'intrigue et de la
jalousie de son collègue Servien , qui
l'accusa d'avoir tenu des discours in-
discrets et peu respectueux contre le
cardinal Mazarin. Ce ministre tout-
puissant exila le comte d'Avaux dans
ses terres; mais bientôt les tnubles de
Paris ayant rendu nécess.iire à la cour
le président de Mesmc, frère du né-
gociateur disgracié , le comte d'Avaux
fut rappelé , rétabli dans son emploi
de surintendant des finances , et con-
sulté dans toutes les affaires délicates.
\\ mourut le 19 novembre iG5o, à
cinquante-cinq ans, et fut enterré aux
Grands-Augustius de Paris , dans le
tombeau de ses ancêtres. Pénétration, j
jugement net et solide, éloquence
persuasive, application et activité, telles
sont les qualités qui placent le comte
d'Avaux parmi les plus illustres négo-
ciateurs qu'ait produits la France. 11 sa-
vait surtout allier le cérémonial et la
gravité des formes diplomatiques avec |
la politesse française. A tant de qua- 1
lités , il joignait encore une parlaite
connaissance de l'histoire. df'S langues
et des belles-lettres. Voilure, Balzac,
et tout ce qui brillait alors sur le Par-
nasse français , lui rendirent hom-
mage. Les duchesses de Savoie et de
Longucville ne pouvaient .se lasser de
sa correspondance. H écrivait avec la
même facilité et la même politesse , eu
allemand , en italien et en latin. Les
seules lâches que l'histoire ait à repro-
AVA
cher k son caractère , sont d'avoir
montre dans sa disgrâce la faiblesse
d'un courtisan , et d'avoir fait eVlater,
dans le cours même de ses négocia-
tions, un zèle oulrë pour la religion,
zèle qui lui attira le blâme de sa cour
pendant son ambassade à la Haye , où
il s'était permis de faire aux Etats-Gé-
ne'raux uu discours en faveur des ca-
tholiques. On a de lui : î. Exemplmn
lilleruriim ad serenissimum Daniœ
regem scriptarum, Paris, 1642, in-
fol.; Amsterdam, idj^'i, in-4''. ; IL
Lettres de d'Ai'aux et de Sen'ien ,
1 65 o, in-8^.; HI. Mémoires touchant
les jiégociations du traité de paix
fait à Munster , en 1648, Cologue,
1674? Grenoble, 1674? i"-i2.
AVAUX ( Jean-Antoine , comte
d'), petit-neveu du précédent, hérita
non seulement de son nom , mais de
ses talents , de ses emplois et même de
sa réputation de négociateur habile. 11
fut d'abord, ainsi que son oncle , con-
seiller au parlement , maître des re-
quêtes, conseiller d'état et ambassa-
deur extraordinaire à Venise. Le roi
le choisit, en 1672, pour son pléni-
potentiaire au congrès de IN'imègue ,
dont il termina heureusement les né-
gociations. 11 fut envoyé ensuite en
Hollande avec le titre d'ambassadeur,
et ménagea , en 1684 1 ^^^ trhe avec
l'empereur , par laquelle la forteresse
de Luxembourg fut cédée à Louis XI V.
Le renouvellement de la guerre l'ayant
rappelé en France, en 1688, le roi
le nomma, Tannée suivante , ambas-
sadeur auprès de Jacques II, roi d'An-
gleterre, qui était alors en Irlande. En
1G95, il fut envoyé en Suède, où il
coopéra aux préliminaires de la paix
qui fut conclue depuis àRiswick. Après
a voir renouvelé les anciens traités entre
les princes d'Allemagne, la Suède et la
France y il re.Tîplaça, en 1 7 1 , le comte
AVE io5
de Briord , ambassadeur auprès des
États-Généraux. Ses négociations, ap-
puyées par la présence des troupes
françaises sur les frontières de la Hol-
lande, déterminèrent d'abord les Etats
à reconnaître Philippe V , eu qualité
de roi d'Espagne; mais l'influence de
l'Angleterre ayant ensuite prévalu, le
comte d'Avaux prit congé de Etats,
en 1 702 , annonçant, dans une décla-
ration publique, qu'on ne pouvait rien
attendre de satisfaisant des négocia-
tions qui avaient été commencées. Il
mourut à Paris, en 1709, âgé
de
soixante-neuf ans. Voici ce que dit de
ce négociateur le duc de St.-Simon ,
dans nu de ses mémoires qui sont res-
tés inédits : o Le comte d'Avaux était
» un des plénipotentiaires à îîimèguc,
w où , en grand courtisan qu'il était ,
» il s'aittcha à Croissy, son collègue ,
» fière de Colbert. Quelque temps
» après la paix de INimègue, d'Avaux
)> fut ambassadeur en Hollande. Le
w nom qu'il portait lui servit fort dans
» tous les emplois , et le persuada qu'il
» en était aussi capable que son oncle.
» 11 fèmt pourtant avouer qu'il avait
» des talents , de l'adresse , de l'insi-
» nuation , de la douceur, et qu'il était
» aussi capable que son oncle. Il
» fut toujours partout parfaitement
») averti.... Il s'acquit en Hollande, une
» amitié , une considération singu-
» lièies. » Les lettres et négociations
d'Estrades , de Colbert de Croissy ^
et de d'Avaux^ pour les conférences
de 1676 et 1677, ont été imprimées à
La Haye , 1710,3 vol. in- 1 2. On a de
d'Avaux : 1. Mémoire présenté aux
États - Généraux , le 5 noi^embre
1681 , in- 12; II. JVégociations du
comte d' Ai' aux en Hollande^ 1 7 5'2 -
55, 6 vol. in- 12 , dont l'abbé Mallet
fut l'éditeur. B — p.
AVED ( jACQUES-ÂNDRE'-JoSEPn ),
peintre, naquit à Douaj^ le 12 janvier
io6 AVE
T 7 02, d'un médecin, et fut orplielin des
l'enfance. Un de ses ondes, capitaine
dans les gardes hollandaises , le prit
auprès de lui , à Amsterdam. Il le desti-
nait à l'ëtat militaire; mais les ouvra-
ges de Bernard Picart, habile dessina-
teur cl graveur, inspirèrent au jeune
Aved un goût irès-vif pour les beaux-
arts, et bientôt il leur donna la préfé-
rence sur Tart de la guerre. 11 parcourut
les Pays-Bas, pour se perfectionner
par Tëtudc des grands maîtres. Arrive à
Paris, en 1 72 1 , il reçut les leçons du
peintre Lebel, et eut pour amis. Carie
"Vanloo , Boucher , Dumont le Romain ,
alors élèves comme lui, mais qui,
bientôt ( à la vérité dans un temps de
décadence), furent à la tête de Técole
française. Agréé en 1729, à l'acadé-
mie , Aved en devint membre en
1734, et ne tarda point à obtenir de
)a réputation dans le genre du por-
trait. Ce n'est pas que, comme l'ont
dit quelques-uns de ses contempo-
rains , « Aved eût le secret de rendre
dans ses portraits , non seulement la
figure, mais encore le génie, le carac-
tère, les talents, les habitudes des per-
sonnes qu'il peignait. » S'il eût mérité
de tels éloges, que l'abbé de Fontenai ,
copié par d'autres biographes, n'a pas
manqué de répéter, van Dyck et Ti-
tien eux-mêmes ne devraient pas lui
être préférés; mais il suffit de dire
qu'il avait une touche agréable, un
coloris assez harmonieux, et qu'il ne
saisissait pas mal la ressemblance.
C'en était sans doute assez pour qu'il
méritât des éloges, à une époque où
ses rivaux n'avaient pas le droit d'être
difficiles, et où le goût du public ne
pouvait être sûr. Le portrait de Mehe-
met-Effendi , ambassadeur de la Porte ,
qu'Aved fit pour être offert au roi
Louis XV, lui procura l'avantage de
peindre ce monarque lui-même, ainsi
que plusieurs personnes de la cour.
AVE
Aved avait, dans le caractère, celle
douceiir et cette complaisance qui,
dans le genre de peinture qu'il avnit
embrassé, sont peut-être aussi utiles
que les talents, pour donner à un ar-
tiste ce qu'on appelle la vogue; aussi
fut-il très-employé. 11 mourut d'apo-
plexie, à Paris, le 4 iiiars 1766, à
soixante-quatre ans. D — t.
AVEIRO (Don Joseph Mascade-
NHAS et Lancastre, duc d'}, grand-
maître héréditaire de la maison du roi
de Portugal , président de la cour du
palais, et l'un des plus giands sei-
gneurs du royaume. Sa maison avait
pour tige George , fils naturel de
Jean lî , dit le Parfait. Le duc d'A-
vciro fut tout-puissant pendant les der-
nières années du règne de Jean V;
mais il perdit sa faveur à l'avènement
de Joseph V^., en 1750, et devint
bientôt l'ennemi personnel du marquis
de Pombal , alors premier ministre.
Il se lia avec les seigneurs mécon-
tents du nouveau ministère , et avec
les jésuites , qui avaient perdu l'emploi
de confesseurs de la cour. Une conju-
ration contre le roi et son premier mi-
nistre fut ourdie en secret , et elle éclata
le 3 septembre 1758, à 11 heures du
soir. Le roi , revenant de son château
de Belem , dans la voiture de Texeira
son valet de chambre, pour se rendre
incognito chez la jeune marquise de
Tavora , sa maîtresse , sortait de la
porte appelée la Guesta , lorsque
deux conjurés à cheval, Joseph Po-
lycarpe de Azevcdo et Alvarez Fcreira
son beau - frère , tirèrent en même
temps sur sa voiture deux coups
de carabine , et le blessèrent griè-
vement à l'épaule et au bras; mais
ce prince ayant eu la présence d'es-
prit d'ordonner au cocher de re-
brousser chemin, évita ainsi le gros
des conjurés qui l'attendait sur son
passage. De sévères et promptes re-
AVE
clierclies , pour découvrir les coupa-
bles, suivirent immédiatement cet at-
tentat. Le duc d'Avciro se démasqua
lui-même par des propos imprudents,
et , quoique prévenu à temps , il négli-
gea de se sauver. Après l'avoir ensuite
essayé inutilement, il fit une assez lon-
gue défense dans sa maison de cam-
pagne d'Azeitaô , sur les bords du Tage,
au-dessus de Lisbonne ; mais enfin ,
arrêté et renfermé, ainsi que la plu-
part de ses complices , dans les loges
destinées aux bêtes féroces , à l'aitrée
du jardin du roi , à Bélem , on le traita
avec la dernière rigueur , pendant toute
Tinstructiou du procès. Ayant d'abord
ctc dégradé de son rang et de ses titres ,
il fut condamné, par la junte criminelle,
à être mené la corde au cou, précédé
du crieur public , à la place du Caës de
Bêlera , pour êîre rompu ensuite sur
une roue, et brûlé vif avec l'échafaud,
et ses cendres jetées à la mer. D'Avciro
subit cette terrible sentence le 1 5 jan-
vier 1 -^Sq , à l'âge de 5 1 ans. Ses ar-
moiries furent effacées , ses biens con-
fisqués , ses châteaux et palais démo-
lis , et défense fut faite, à qui que ce
fût, de porter son nom. Le marquis
de Tavora fut condamné aux mêmes
peines ; le marquis d'Autoguia , Braz
Joseph Romeiro, Jean Miguel Manoel
d'Alvarez , et les deux fils du marquis
de Tavora, furent étranglés, puis rom-
pus et brûlés , et leurs cendres jetées
à la mer. Ferreira et Azevedo forent
condamnés à être brûlés vifs, mais le
dernier avait pris la fuite. La vieille
marquise Éléonora de Tavora, après
avoir vu périr son mari et ses deux fils
dans les supplices , fut décapitée. Sa
bellc-fiUe, la jeune marquise de Ta-
vora, maîtresse du roi, ne fut point
impliquée dans cet effroyable procès ;
mais elle eut ordre de se retirer dans
un couvent. La cour de Lisbonne
chassa les jésuites du Portugal, comme
AVE 107
instigateurs des coupables ( F. Mala-
GRiDA ). Telles furent les suites de celte
fameuse conjuration, qui excita l'at-
tention de toute l'Europe , et dont la
véritable cause e§t encore l'objet de
quelques doutes. Quelques personnes
croyeut que les coups des conspira-
teurs n'étaient pas dirigés contre la
personne du roi , mais contre le mi-
nistre qui régnait sous son nom. La
révision du procès sous le dernier
règne a mis le crime hors de doute.
B— p.
AVÉIS I"., second prince de la
dynastie des Ilkhaniens , était fils de
Haçan-Buzurk , à qui il succéda en
i536. Il se rendit recomraandable
par ses vertus et son courage. Maître
du trône , il songea à étendre IVmpire
très -borné qu'il avait reçu de son
père. Il conquit deux fois l'Adzer-
baydjan, prit Moussoul, Marédyn et
tous les pays voisins. En iS^o, il
chassa du Mazendéran l'émyr Vély,
qui s'en était emparé après avoir
usurpé la couronne ; ce fut la dernière
expédition remarquable de son règne.
Il mourut quelques années après, l'an
776 del'hég. ( 1 574-5), laissant quatre
fils. Peu avant sa mort, ses ministres
le prièrent de fixer le sort de l'état
par le choix d'un successeur. 11 leur
désigna son fils Hoce'in- ils lui repré-
sentèrent qiie cette disposition , con-
traire à Haçan, pourrait le portera la
révolte. «Vous savez, leur dit-il, ce
» que vous avez à faire. » Se croyant
autorisés par cette réponse , ils firent
arrêter Haçan ; et Ave'is ayant perdu
presque aussitôt la connaissance et la
vie, ils firent mourir ce jeune prince,
et le mirent dans le même tombeau
que son père. Ce meurtre plaça Hoce''in
sur le tronc , dont Avéïs II le fît bientôt
descendre. J — n.
AVÉIS II, ouAHMED-DJÉSAIR,
fils du précédent, se fit proclamer suL
tioS AVE
than, après avoir otë, en ï58f , le
tronc et la vie à son frère Hocéïn ,
prince verlueux j mais il trouva, dans
wn règne malheureux et une fin tragi-
«pie, le juste châtiment de son crime.
Dès qu'il n'eut plus rien à craindre de
Bayazyd son frère, et d'Adeld-Aghâjgë -
ne'rai et veitgeur de Hoce^in , il s'aban-
donna à toute la violence de son carac-
tère, se livra à la brutalité de ses pas-
sions , et devint un exécrable tyran.
Le peuple , lassé de ses fureurs , ap-
pela à son secours Tamfrlan. Ave"is ,
trop faible pour résister au conqué-
rant tatar, fut dépouillé de ses états,
erra quelque temps , revint à Bagh-
dâd, y signala son séjour par des
meurtres nombreux , et s'unit à Cara-
Yousouf, prince de la dynastie du
mouton noir, marcha avec lui vers
Alep, et de là se rendit auprès du sul-
than Bajazet. Cependant, Baghdâd était
tombée au pouvoir de Tamerlan , qui
s'avançait vers l'Asie mineure, sous le
prétexte de punir ce prince d'avoir
donné un asyle à son ennemi j Avéis
rentra encore deux fois dans sa capi-
tale , et deux fois il en fut chassé ; en-
fin, il se retira auprès du sulthan d'É-
|:;ypte, et après la mort de Tamerlan,
il forma une ligue avec Cara-Yousouf ,
qui l'avait chassé de Baghdàd en der-
nier lieu. Abandonné de Barkok, qu'il
avait trahi , il prit des habits de men-
diant , s'introduisit dans Baghdâd , y
suscita une sédition ; et, à sa faveur, re-
jnonta sur le trône, et se livra de
nouveau à toute la violence de ses pas-
sions ; mais ses liaisons avec Yousouf
furent de courte durée. Il lui fit la
guerre , tomba en son pouvoir , et fut
mis à mort par le conseil des officiers
de son vainqueur , vers l'an 1 4 » o. En
lui finit la dynastie desllklianiens, qui
fut remplacée par celle du mouton
noir, ( ro;y. Car a- Yousouf). J — n.
AVELINE ( Pierre ), graveur,
A V E
membre de l'académie de peinture, a
produit un assez grand nombre d'ou-
vrages dignes d'estime, entre autres,
la Mort de Sénèque , d'après Luc Jor-
dans, qu'il a gravée pour la galerie
de Dresde ; un grand paysage d'après
fierghem, plusieurs morceaux d'après
Vischer, Valtcau, Jouvenet, Natoirc,
Oudry , Boucher. Il a gravé aussi d'a-
près ses dessins. Né à Paris en 1710,
il est mort dans la même ville en 1 760.
— Il ne faut pas le confondre avec F.
A. Aveline, son parent, qui a gravé
différents sujets. P — e.
AVELLANEDA (Alphonse Fer-
NAND DE ) , du bourg de Tordesillàs ,
en Espagne, dans le 16". siècle, con-
tinua le Don- Quichotte. Cette con-
tinuation, où l'on ne retrouve ni l'i-
magination féconde, ni la critique ju-
dicieuse et piquante de Cervantes, est
intitulée : La segunda parte del in-
genioso hidalgo D. Quixote de la
Mancha, Tarragone, ï6i4, iii-8\,
et a été traduite en français par Le
Sage, sous le titre de Nouvelles Aven-
tures de Don-Quichotte de la Man-
che ^ 1704, 1716, a vol. in- 12. Cer-
vantes, piqué de ce qu'on continuait
son ouvrage , se décida à le terminer ;
et dai^is les dernières parties de son
roman , on trouve plusieurs traits
mordants contre Avellaneda.— Avel-
LANEDA (Didacus), jésuite, né à
Grenade, mort à Tolède, le 2 mars
iSqB, a publié, sans y mettre son
nom, Tractatus utrum in confessions
sacramentali criminis consors no-
minari debeat , ouvrage composé
pour la défense de sa société , à la-
quelle on reprochait de divulguer la
confession, et imprimé à Rome vn
1693. — Un autre Didacus Avella-
NEDA , de Tolède , a laissé Traladi*
de la casay familla de Avellaneda^
1 6 1 3. — Avellaneda ( Didacus Col-
lantes de), de Guadalaxara, en Cas-
AVE
tille, professeur de droit à Sîguenza,
y fut aussi avocat. Ou a de lui : Coin-
mentariomm pragmaticœ in favo-
rem rei frumentariœ , et agricola-
mm, et renim quœ agriculturœ des-
tinatœ sunt libri très , Madrid , 1 606 ^
m-4". A. B— T.
AVELLINO ( François ) , méde-
cin de Messine, florissait vers Tan
i65o , et jouit d'une grande réputa-
tion. Il a publie : I. Expostidatio
contra chymicos , qud eorum para-
doxa , seu ratlonis umbrœ ( si qiiœ
sint) enucleantur , ejectantur , ex-
pelluniur , Messanae, 1637 , in-4". ;
IL un autre écrit, aussi en latin, contre
ceux qui condamnaient Vusage des
vésicatoires dans les fièvres mali-
gnes , Messine, 1664. C. et A.
AVENELLES ( Aubin des ) , cha-
noine de Soissons , né vers 1 480 , a
composé quelques pièces de vers assez
libres , et qu'on trouve imprimées à
la suite d'une traduction française de
Y Art d'aimer d'Ovide. L'auteur de
cette traduction est inconnu ; elle a
été imprimée, pour la première fois,
suivantM. Barbier, à Genève, in-8".,
sans date. Goujct donne ainsi le
titre de cette édition : Ovide, deJrte
amandi, translaté de latin en Jran-
cais , avec le Chief d'amour et les
sept Arts libéraux , Genève , sans
date, in-4°. , gothique. Si cette édition
est effectivement la première , elle a
paru à la fin de 11)09 , ou, au plus
tard, en 1 5 1 o. Il y en a une seconde,
Paris, Nicolas Bonfous , in- 16, éga-
lement sans date. C'est la seule que La
Croix du Maine ait connue. Eslienne
Groulleau en donna mie nouvelle à
Paris, 1548, in-8°. ; et une autre,
i556 , iu-i6. M. Barbier en cite une
d'Anvers, Gérard Spelraan, i556,
in- 18. Les pièces qui suivent la tra-
duction de XArt d'aimer, dans ces
difleVenles éditions , appanieunent
AVE 109
seules à Des Avcnelles* Ce sont la
Clefd*amour, ou le Chief d'amour 'y
les sept Arts libéraux d^ amour ; le
Remède d'amour , traduit du latin
d'iEneas Silvius ( Pie IL), avec les
additions de Mantuan ,• la Corn"
plainte d'JEneas Silvius sur la des-
cription par lui faite des amours
d'Eurialus et Lucrèsse ; et enfin , la
Déclamation morale de l'amant
renonçant à la folle amour, La
Monnoye n'attribue à Des Avenelles
que les trois dernières pièces ; mais
M. Barbier lui donne toutes celles que
nous venons de citer, et c'est aussi
l'opinion de Du Verdier'^ écrivain
presque contemporain de Des Ave?
nelles- W — s,
AVENPACE. Foy. Aben-Pace.
AVENTINUS (Jean Tour-
MAYER, plus connu sous le nom d') ,
était fils d'un cabaretier d'Abeus-
perg , ville de Bavière , où il naquit
vers 147^7 et oii l'on montre encore
sa maison. Il étudia à Ingolstadt , puis
à Paris , où il fut reçu maîlre-ès-arts ,
alla à Vienne donner des leçons de
poésie et d'éloquence , puis à Craco-
vie,où il enseigna le grec et les ma-
thématiques. En 1 5 1 2, il fut appelé à
Munich par le duc de Bavière , pour
présider à l'éducation des jeunes ducs
Louis et Ernest. Ce fut par l'ordre da
ces princes qu'il composa en latin les
sept livres de ses Annales de Ba-*
viere. Il vécut dans le céiibat jusqu'à
l'âge de soixante-quatre ans j mais ,
songeant alors à se marier, il con-
sulta ses amis , et compara les pas-
sages de l'Ecriture-Sainte qui repré-
sentent les avantages et les inconvé-
nients du mariage, pour se déterminer
sur le parti qu'il prendrait. Il se dé-
cida enfin, en disant : «Je suis vieux,
» j'ai besoin d'une compagne qui me
» serve. » Il fut malheureux dans le
choix qu'il fit , et mourut quatre aa5
Il© AVE
après, le 9 janvier i554' Un a de
lui : Annalium Boioriim libri sep-
tem , ouvrage classique pour ceux
qui ne remontent pas aux sources.
On avait ouvert à l'auteur , pour ce
travail, les archives et les bibliothè-
ques des monastères. La première
édition fut donnée en i554 , in- fol. ,
par les soins de Jérôme Ziegler , qui
mit en fête la vie d'Aventin. L'éditeur
fit quelques retranchements qui dé-
plurent à plusieurs personnes. Nico-
las Gisner les rétablit dans l'édition
qu'il donna en i58o. Elle a été réim-
primée plusieurs fois , et effacée par
celle que publia Gundling , Leipzig ,
1710, in-fol. Il faut ajouter à cette
édition et à celle de Gisner Parali-
pomena ad J. Aventini Annales
Boiorum , que Struve a insérés dans
la huitième partie de ses Acla lilte-
raria. Ge qui a contril^ué à maintenir
jusqu'à nous la grande réputation des
Annales de Bavière , c'est que Vel-
ser, qui entreprit après lui de traiter
le même sujet, n'a pas eu le temps
d'achever son ouvrage. Il existe une
traduction allemande abrégée des
Annales de Bavière , faite par Aven-
tin lui-même , et imprimée à Franc-
fort en i566, et i6'22, in-fol. Eric
Olaiis Tormius a publié Anliquilales
Danicœ exJ. Avenlino selectœ, cum
Commentario Joh. Lyscandri, Co-
penhague, 164*2, in-4''. IL Chro-
nicon , sive Annales Schirenses ,
1600, 1625, 1716, in-4". m. His-
ioria cœnohii OEtingensis in Bava-
rid cum diplomatibus , Nurem-
berg, î5i8, in-4''.? qu'on trouve
aussi dans le second volume de Lu-
dewig, 1718. IV. Numerandi per
digitos manusque , quin eliam lo-
quendi veterum consuetitdinis aha-
cus, i523, in -4".; et à la suite des
Annales de Bavière ,1710, Aventi-
nus avait eu l'idée de cet ouvrage par
AVE
des Tables représentant Tancienne
manière des Romains de compter
sur leurs doigts , qu'il avait trouvées
à Ratisbonne. V. Budimenta gram-
maticce et Encjclopœdia orbisque
doctrinarum ^ iSig et i52o, in-
4". ; VI. un Traité des causes des
malheurs de la chrétienté, dans la
Chronica Turcica de Londres. VIT.
Fita Henrici quarti imperatoris ,
cum ejusdem imp. episiolis. Aug.
Viud. i5i8, iii-4"'j très-rare.
A. B— T.
AVEN-ZOAR. r. Aben-Zohar.
AVERANI ( Benoit ) , ne à Flo-
rence , le 19 juillet 1645, d'une hon-
nête et ancienne famille , montra , dès
sa tendre jeunesse, la plus grande in-
clination pour l'étude. Au lieu de par-i
tager les amusements des jeunes gens
de son âge , il lisait continuellement
l'Arioste et le Tasse, ou étudiait seul et
sans maître l'arithmétique. Envoyé à
l'école des jésuites , il y fit des progrès
surprenants. Ses compositions , tant
en prose qu'en vers , étaient des mo-
dèles que son professeur donnait à
imiter aux autres élèves. A peine avait-
il fini sa rhétorique, qu'un P. domini-
cain l'engagea à faire un poëme en l'hon-
neur de S. Thomas d'Aquin. L'ouvrage
fut composé en deux jours , quoiqu'il
fut de plus de trois cents vers. L'au-
teur y expliquait, avec une clarté sur-
prenante , les mystères les plus secrets
de Id théologie. En philosophie, il ne
se contenta point des leçons qu'on lui
donnait ; il voulut recourir aux sources
mêmes, c'est-à-dire aux ouvrages
d'Aristote et de Platon ; la doctrine de
ce dernier eut pour lui un attrait par-
ticulier , et devint dans la suite le sujet
favori de ses méditations j il voulut
avoir aussi des connaissances en géo-
métrie, en astronomie, et dans toutes
les parties des mathématiques ; il les
apprit sans maître et par la seule force
AVE
6e son génie. Il étudiait la jurispru-
dence à Pise , où il fut ensuite reçu
docteur, lorsque le cardinal Lëopold
de Toscane, grand protecteur des
lettres, ayant apprécié son mérite,
rengagea à ne pas négliger les études
purement littéraires , parce qu'il lui
destinait une chaire de belles -lettres
dans cette université. Ce fut alors qu A-
verani apprit le grec , sans maître ,
comme il avait appris tout le reste. Au
bout de six mois , il fut en état de l'en-
seigner ; et ayant été nommé , en
1676, professeur de littérature grec-
que , il expliqua l'Anthologie, Euripide
et même Thucydide. Il passa ensuite
à la chaire d'humanités , et donna des
leçons sur Tite-Live,Gcéron et Virgile.
Toutes CCS leçons ont été imprimées.
Il mourut à Pise, le 28 décembre
1707, et fut enterré solennellement
dans le Campo Sanio. Son buste fut
placé sur son tombeau , où fut gravée
une longue inscription, contenant l'é-
loge de son savoir, des services qu'il
avait rendus aux sciences et de ses
vertus. Il était membre de l'académie
des Apatisli de Florence et de celle
de la Crusca. Il fut aussi de celle des
Arcades, dès le commencement de son
institution, et y \iv\i le nom de Corileo
Nassio. Il était doué d'un esprit éten-
du et d'une mémoire prodigieuse.
Quoiqu'il n'eût point fait d'extraits des
auteurs qu'il avait lus , il les citait de
mémoire dans ses discours , ou trou-
vait avec une extrême facilité dans les
auteurs mêmes les passages dont il
avait besoin. Il cullivait aussi la poésie
latine et italienne, et improvisait faci-
lement dans ces deux langues. Il s'était
formé, de tous les systèmes anciens de
philosophie morale, un système par-
'iculier qui approchait du stoïcisme,
ilurellement taciturne et ennemi des
uiscours inutiles, il n'avait cependant
1 ien de rude dans les manières, il sa-
AVE lit
vait jouir d'une conversation intéres-
sante, et aimait à rendre les soins qu'il
recevait de l'amitié. On a de lui : I.
JDissertationes habitce in Pis and aca»
demid , in quibiis grcecœ , latinœque
eloquentiœ principes explicantur et
illustrantury etc.; accesserunt ejus"
dem orationes et carmina omnia
iteriim édita, etc., Florence, 1-^16
et 1 7 1 7 , 5 vol. in-fol. ; II. Dieci le-
zioni composte sopra il quarto SO'
netlo délia prima parie del Canzo^
niere delPetrarca , Ravenne, 1707,
in-4''.; III. seplLeçons danslevol. liï
de la seconde partie des Prose fia-
rentine , et quatre autres dans le vol.
IV , sur différents sujets , tels que la
théologie des païens , la doctrine de
Platon, les antiquités, etc. ; IV. plu-
sieurs compositions envers et en prose,
restées manuscrites ou publiées dans
divers receuils. G — e.
AVRRANI ( Joseph ), frère du pré-
cédent, né à Florence en 1662, fut
professeur de droit à Pise, et y mou-
rut le 24 août 1758. Il publia en
170") : Disputaiio de Jure helli et
pacis^Oii a de lui plusieurs opuscules,
entre autres , Dissertatio de calcuîo'
rum, seu latrunculorum ludo, im-
primée dans le tome VII du recueil
intitulé : Miscellanea di varie opé-
rette. Il a donné en latin des interpré-
tations du Droit en cinq livres. Les
deux premiers parurent à Leyde,
1 7 1 6 , 1 7 36 , 2 vol. in-B". ; les trois
derniers à Leyde, 1742^4^. L'ou-
vrage entier a été réimprimé à Lyon ,
1751, 2 vol.in-4°.j à Leyde, 1755,
2 vol. in -4°., ou 2 vol. in-8'*.j à Lyon ,
1 758, 2 vol. in-4''. « Ces interpréta-
» tions sont savantes , dit Camus. L'ob-
)) jet principal de l'auteur est de faire
» disparaître les contradictions des
» lois ou antinomies apparentes : sou*
)> vent il y réussit avec beaucoup d'ha-
)» bileté. » A.B— ï.
/
lia AVE
AV E R D Y ( Clémem T - Charles-
François DE l'), né à Parisien 1723,
était coDseiller au parlement, lorsque
sa réputation de probité , appuyée de
la j)rotertion de M'"* . de Pompadour ,
le fit nommer couti'ôleur- générai, eu
ï-yôS, à la place de Brrtin. L'ar-
gent était rare, les dissipations scan-
daleuses, et les circonstances diffi-
ciles. Les écrits ou couplets satiriques
sont des sources où l'historien peut
puiser plus qu'on ne pense. Le Noël
fameux qui courut sur la cour de
Louis XV , à l'époque de la nomina-
tion de l'Averdy , peignit sous df s
couleurs trop vraies l'apparition d'un
homme honnête et impuissant dans
le ministère des finances :
N'ayant de confiance
Qu'au poupon nouveau-né
De r AvcrJy s'avance
D'uu air toul consterné ,
Disant : Puisqu'on ce jour
Vous êtes noire oracle ,
Jésus , je me livre à vos soins :
Pour su]>venir à nos besoins
II nous faut uu miracle.
On attendait de l'Averdy des réfor-
mes heureuses et de sages écono-
mies; mais on ne lui donnait pas les
moyens de les effectuer. Il délivra le
commerce des grains de ses entraves;
mais ce principe , qui demande à être
contenu dans de justes bornes, ne tarda
pas à entraîner des abus dans son ap-
plication. Il fallut imaginer de nou-
velles ressources , et en revenir au
désastreux moyeu de l'augmentation
des impôts. Laverdy était un hon-
nête homme timide, et on l'accusa
non seulement d'autoriser ce qu'il ne
pouvait pas empêcher , mais d'être le
complice des abus sur lesquels il avait
la faiblesse de fermer les yeux. ^ 'ayant
ni l'esprit de la cour , ni l'esprit de sa
place, comme min istie il fit tout mal,
même le bien. Il fut remercié la même
année. G)mme il n'avait pas répondu
à l'attente générale, et qu'il n'avait
pas fait de miracles, Ivs couplets sati-
AVE
riques celelirèrent sa retraite, de même
qu'ils avaient célébré son arrivée au
ministère ; et le Français léger se ven-
gea et se consola d'être grevé de quel-
ques impôts de plus , en chantant ce
refrain qui courut dans le temps ;
Le roi dimanche
Dit à l'Averdy:
Va-t-en lundi.
Voltaire lui a rendu plus de justice
dans une lettre à Taboureau : « Ce
» ministre, dit-il, avait fait du bien.
» On lui devait la Hberté du commerce
» des grains , celle de l'exercice de
» toutes les professions , la noblesse
» donnée aux commerçants , la siip-
» pression des recherches sur le cen-
î) ticrae denier après deux années , les
» privilèges des corps de ville , l'éta-
» blissement de la caisse d'amortisse-
» ment. Trop souvent le public est
» injuste et ingrat.» Retiré dans sa
terre de Gambais , près de Montfort-
l'Amaury, l'Averdy se livrait, dans
la retraite, à la culture des lettres,
et s'occupait du bonheur de ses vas-
saux , lorsque la révolution de 1 -^89
arriva. 11 en fut une des victimes , et
les prétextes ne manquèrent pas pour
le perdre. On accusa ce vieillard d'a-
voir été associé au monopole qui s'é-
tait exercé sous son ministère qua-
rante ans auparavant; d'avoir, en
1789, par une suite de cette même
haine pour le peuple, fait jeter des grain s
dans un des bassins de son parc de
Gambais , et d'être ainsi complice de
la famine, dont les vraies causes et
les vrais auteurs n'étaient déjà que
trop connus. L'Averdy entendit son
arrêt de mort sans aucune émotiou
ni plainte ; il regietta seulement la
peine qu'il avait prise de prouver
son innocence ; et, pour qne rien ne
manque à l'intérêt de tout être sen-
sible sur le sort de cet innocent et res-
pectable vieillard , nous ajouterons
qu'eu allant au supplice, il relevait,
AVE
par ses consolations et son exemple ,
le courage abattu d'un de si's com-
pagnons d'infortune. Ce fut avec ce
calme et cette fermeté qui n'appa»'-
liennent qu'à \S vertu , que l'Averdy
reçut la mort à soixante-dix ans, le
114 novembre 1793. L'académie des
inscriptions et belles - lettres l'avait
admis en 1 764 au nombre doses mem-
bres honoraires , à la place du comte
d'Argenson. li a laisse' quelques ouvra-
ges, tels que : I. Code pénal y i'5'2y
in- 12; II. De la pleine souvernifielé
du roi sur la province de Bretagne ,
j 7(35 , iu-8 '. ; m. Mémoire sur le
procès criminel de Robert d' Artois y
pair de France , dans les notices et
extraits des manuscrits de la biblio-
thèque du roL IV. Suite des expé-
riences de Gambais sur les bleds
noirs ou cariés ^ 1788, in-8^; V.
(avec G. Poirier) Tableau général^
raisonné et méthodique des ouvrages
contenus dans le Recueil des Mé-
moires de r académie des inscrip-
tions y depuis sa naissance jus que s et
compris 1788, Paris, 1791, in-4°.
's—y.
AVEROLDI ( Jules -ÂNTOI^E),
savant antiquaire du 17''. et du
j8 . siècle, naquit à Venise le
6 janvier ib5i. Après avoir ete reçu
docteur en droit à Padoue , il se
livra à l'élude des antiquités , et se
forma une riche collection de livres,
d'inscriptions et de médailles. Son
goût le porta à traduire en italien
le Discours sur douze médailles
des jeux séculaires de l'empereur
Domitien , écrit en français par Rains-
sant , de Reims , médecin et anti-
quaire du roi de France. La traduc-
tion d'Âveroldi parut à Brescia , 1687,
in-8". Il eut aussi de grandes con-
naissances et un goût très-fxercé en
'peinture. Il en donne la preuve dans
Ip Scelle pitUira di Brescia addi,-
iif.
AVË
ti5
iate al forestière , Brescia, 1700,
in-4''. 11 n'y traite pas seu!em( nt de
la peinture , il y parle aussi des anti->-
quités et des m.onuments remarqua-
bles que renferme Brescia ; il réla^
blir quarante inscriptions qui avaient
été publiées d'une manière incorrecte
par Rossi et Vinacesi. Averoldi mou-
rut à Brescia, le 5 juin 1717. Outre
les deux ouvrages cités , cet auteur a
laissé un grand nombre de mémoires
sur des objets curieux et intéressants,
conservés en manuscrit dans sa fa-^
mille. G-— e'.
AVEIIRHOES ( Aboul-Vélyô-
MoHjiMMED , OU régulièrement Îbn-
Rochd), philosophe et médecin arabe,
naquit à Gordoue, au 1*2". siècle. Sa
grande réputation vient surtout de ce
qu'il est le premier traducteur des
OEuvres d*Ar;stole. Il étudia succes-
sivement la jurisprudence, les mathé-
matiques et la médecine. Né avec
d'heureuses dispositions, et subtil dia*-
lerticieu, on le surnomma le Comment
tateur, à chaise du grand nombre de
volumes qu'il composa pour expliquer
Aristote. Il fut plus philosophe , ou
médecin spéculateur , que médecin
praticien , et plusieurs fois il exprirnà
cette vérité trop peu sentie et si sou-
vent oubHée dans le monde, qu'un
honnête homme peut se plaire à là
théorie de cette science , mais doit
tremblerquand il veut en fait-e la moin-
dre application pratique , tant il est
difficile et délicat de préciser les cas.
Cependant , à la prière du prince
de Maroc, il écrivit un ouvrage de
médecine intitulé : Collyget, divisé
en sept livres , où il s'attache plus à
la partie spéculative qu'à la partie pra-
tique; il introduit, dans cette science,
plus qu'aucun autre écrivain de sa na-
tion, la philosophie péripatéticienne,
et professe une grande estime "pour
Galicu. Avcrrlioës ^vcst pas moins
8
ii4
AVE
faraeux comme philosophe. Ses enne-
mis, jaloux de sa réputation, cher-
chèrent à lui enlever la faveur de l'em-
pereur de Maroc , en l'accusant d'he'-
rësie, et celui-ci força le savant à se
rëtracler à la porte de la mosquée, et
à recevoir sur le visage les crachats
de tous ceux qui y entraient , acte bien
digne du despotisme oriental. Je ne
sais si les divers jugements sur les re-
ligions chrétienne, juive et mahome'-
tane, qu'on lui attribue, sont vrais;
il disait la rehgion chrétienne impos-
sible , à cause du mystère de l'Eucha-
ristie; il nommait celle des juifs une
religion d'enfants , à cause de ses dif-
férents préceptes et observations lé-
gales; il avouait que la religion de
Mahomet, bornée au plaisir des sens ,
cîait une religion de pourceaux ; et,
dans son indignation , il s'écriait : Mo-
riatur anima mea morte philoso-
phorum. Je ne sais non plus si le re-
proche d'athe'isme qui lui a été intenté
repose sur des fondements plus réels ;
le fait est qu'à la fin de l'empire
des Arabes, leurs écoles ne suivirent
plus que sa philosophie, et que , de
son vivant même, il fut regardé, par
les mahoraétans, comme un raison-
neur hardi et dangereux qui sapait
les fondements de toutes les religions ,
et que la lecture de ses écrits fut in-
terdite aux chrétiens par plusieurs co-
rèdes. Averrhoës mourut à Maroc,
Tan SgS de Thég. ( 1 1 98 de l'ère chré-
tienne ) , selon Abou-Osaibah , qui lui
a consacré un article dans sa Biogra-
phie des Médecins. Son Commentaire
sur Arisiote parut à Venise, en 1 495,
in-fol. , et a été réimprimé plusieurs
fois. Son Collj^get, en sept livres,
a eu de nombreuses éditions à Venise,
à Lyon , etc. 11 a aussi publié des Com-
menlaîYes sur les Canons d'Avi-
cenne ^ Venise, '4^4? in-fol.; un
Traité de la tJiériaque, réuni à son
AVE
Colfyget ; un livre sur les poisons ,
l-.yon , 1 5 F 7 , in-4*'. ; un Traité sur
les fièvres. Dans le livre d' Averrhoës,
inlilulé : Colljget , il y a quelques pas-
sages sur les plantes médicinales , mais
qui sont de très -peu d'importance.
Cependant, Linné lui a consacré, sous
le nom A^Averrhoa , un genre de
plantes qui comprend des arbres de
l'Inde dont les fruits sont estimés; ce
sont le Carambola et le Bilijnbi. On
trouvera la liste des ouvrages d' Aver-
rhoës dans la BibL arab. hisp. de
Casiri. J — w. C. et A.
AVERSA (Thomas), poète italien
du 176. siècle, était d'Amistrato , ville
de Sicile; mais s'établit, dès sa pre-
mière jeunesse à Païenne , où il passa
la plus grande partie de sa vie , livré
à l'étude des lettres. Il fut d'abord at-
taché au cardinal Giannettino Doria ,
archevêque de Palerme , puis à Louis
de Moncade , duc de Montalte ; enfin
à Diego d'Aragon, duc de Tcrra-Nuo-
va , qui l'emmena en Espagne , où il
se fit estimer par son savoir. Le duc
ayant été nommé ambassadeur auprès
d-e l'empereur Ferdinand III , puis au-
près du pape Alexandre VI, Aversa
eut l'occasion de se faire des amis, tant
à Vienne qu'à Rome, parmi les littéra-
teurs les plus distingués ; étant de re-
tour à Palerme , il y mourut d'une at-
taque d'apoplexie, le 5 avril i663.
On a de lui les ouvrages suivants : I.
Piramo e Tisbe , idylle en langue si-
cilienne, Palerme, 1617, in-8".;II.
gli Avventurosi intrichi, comédie en
prose, Palerme, 1657, in-8".; IIL;
la Notte di Palermo , première co- î
mëdie en langue sicilienne ( en vers ), I
Palerme , 1 658 , in-8". ; IV. il Pelle-
grino, ovvero la Sfinge debellata;
il Sebastiano , ilBartolommeo^ tra-
gédies sacrées , Palerme , 1641 et
1G45 , in-8°.; V. il primo tomo delV
Eueide de FirgiliOy tradotto in rima
AVE
siciliana , Palcrme, 1 65 4 , in- 12.
Ce premier volume contient les i".,
•2*. , S*", et 4^ livres j le 1''. volume,
qui parut en 1657, in- 12, contient
les 5, 6, 7 et 8^ livres; enfin le 3".
et dernier, imprimé en 1660, in- 12 ,
contient le reste de V Enéide, VI. La
Corte nelle selve , traltenimenti mo-
desti ed utili , etc., Rome, 1657,
in- 12. Ces Amusements sont parta-
ges en plusieurs veille'es , pour les der-
niers jours du carnaval; l'auteur s'y
est déguisé sous le nom de Tomino
d'Jmisirato ; il y a joint une de ses
comédies , intitulée : JVotte, Faio ed
Amore , et des observations sur cette
piècç. Il a encore composé d'autres
comédies , des tragi-comédies, des
chansons siciliennes et des poèmes ,
qui sont imprimés à part , ou insérés
dans divers recueils. G — e.
AVESBURY (Robert), historien
anglais du 1 4". siècle. On ne connaît
rien de sa vie , sinon que , d'après le
titre de son ouvrage , il dut être gref-
fier de la cour de l'archevêque de Can-
torbéry. Son Histoire intitulée : Mi-
rabilia gesta magnifici régis Angliœ
Domini Edwardi tertii, contient le
détail de tout ce qui s'est passé pendant
la vie d'Edouard III , depuis sa nais-
sance jusqu'en i356, époque où l'ou-
vrage resta incomplet, sans doute par
la mort de l'auteur. Ce morceau esti-
mable de l'histoire d'Angleterre est un
récit des faits , justifié par des copies
fidèles des actes publics. L'auteur, plus
exact que la plupart des écrivains de
ce temps , a donné les dates des évé-
nements. Si son style a la rudesse de
cette époque , ce défaut est amplement
compensé par la candeur et l'impartia-
lité de l'historien. Cet ouvrage curieux
resta long-temps inconnu , même des
gavants anglais. En 1720, Thomas
Uearne le fit imprimer à Oxford, après
avoir coUationné trois manuscrits ,
AVI ii5
qu on croit être du temps de l'auteur,
ïyrrel , dans la préface du 5". vol. de
son Histoire générale d^ Angleterre,
dit qu'Avesbury était un écrivain recom-
mandable pour son temps , et très-
exact dans le compte qu'il rend des
actions du roi Edouard au-delà de la
mer , ayant consulté plusieurs lettres
originales écrites par des personnes
distinguées. L'édition qu'Hearne a
donnée de cette Hisoire est accom-
pagnée d'un apppendix contenant plu-
sieurs pièces curieuses d'antiquités.
On y trouve, entre autres , une copie
de la correspondance de Henri VÎII
avec Anne de Boulen. D — t.
AVESNE. Fojr. Davesne.
AVIANO ( Je'rôme ), Vicentin , fut
un des poètes de son temps qui réus-
sirent le mieux dans le genre plaisant
ou burlesque. Il florissait en 1 6 1 o ; on
trouve, dans le S*", livre du recueil des
Rime piacevoli , Vicence , 1 6 1 o , in-
1 2 , et dans un autre recueil de ces
mêmes Rime, 1627, in- i2,troisca-
pitoliy ou chapitres satiriques dont il
est l'auteur : le premier, adressé à une
dame, pour se plaindre de l'amour; le
second à un seigneur vicentin , pour
le féliciter de son mariage; le troisième
à la louange des cervelas et des bou-
dins de Milan. Ce dernier est tout-à-fait
dans le genre des capitoli du Berni ,
du Mauro, du Lasca et des autres poè-
tes burlesques , qui , soit pour se mo-
quer des éloges que l'on faisait sou-
vent de gens et de choses' peu loua-
bles , soit par pure plaisanterie , se
mirent à faire l'éloge des fruits , de^
viandes, des anguilles, de la salade;
des fèves , de la soif, et même de lît
peste. G— E.
AVICENNE, ou correctement
IBN-SINA(ABou-ALYHocEm), le
plus célèbre des médecins arabes, na-
quit en sefer 370 de l'hégire (août-
septembre 980 de J.-C. ), à Afcha-
ii6 AVI
ïiah , bourg dépendant de Cliyraz et
dont son père était gouverneur. Il
avait reçu de la nature des dispositions
si heureuses , que , dès l'âge de einq
ans, il commença ses études à Bokhara,
où son père le conduisit , et apprit en
cinq ans les principes du droit , les
belles-lettres et la grammaire. Toutes
les brancbes des connaissances cul-
tivées de son temps, furent ensuite
successivement Tobjet de ses études. Il
apprit les sciences physiques et natu-
relles, la logique, la métaphysique, et,
à diîL-huit ans , il était assez instruit
pour entrer en lice avec ses maîtres.
La médecine avait été particulièrement
l'objet de SCS études ; il n'était encore
qu'élève à Bokhara , dont la riche bi-
bliothèque lui offrait tous les moyens
de s'instruire , lorsqu'il guérit Témyr
Nouh d'une maladie giave. Cette cure
jeta les fondements de sa réputation
et lui mérita la faveur du prince. De
retour auprès de son père , il se forma
sous ses yeux à l'administration et à
la conduite des affaires. La mort lui
ravit cet appui à l'âge de 22 ans, et,
depuis ce premier malheur, la vie d'A-
vicenne n'offre plus qu'un tableau de
vicissitudes. Les princes samanides,
ses protecteurs, s'avançant à grands
pas vers leur ruine , il se retira auprès
du roi duKharizra, où Alfarabius ,
Abou-Ryhnn, et plusieurs autres grands
bommcs avaient déjà cherché un asyle.
Mahraoud-Se'bektéguy, conquérant cé-
lèbre , qui joignait à la gloire des
armes l'amour des lettres , et dont la
cour était une académie de savants et
de portes, écrivit au roi du Kharizm
de lui envoyer ces illustres savants.
Alfarabius et Abuu-Ryhan obéirent;
mais Avicenne, qui craignait leurs in-
trigues et les caprices des grands, pré-
féra prendre la fuite avec Abou-Sahal.
11 se dirigea vers A by vcrd, et erra long-
temps dans le désert qiù sépare cette
AVI
ville du Kharizm, sans guide, sans
vivres , et exposé aux ardeurs d'un
soleil brûlant. Abou-Sahal succomba,
et Avicenne, plus heureux, arriva à
Abyverd , mal.idc et dénué de tout.
De là, il alla à Djordjan. Uneguérisoa
désespérée qu'il fit dans un caravan-
sérai , lui fit une grande réputation j
mais ce qui contribua surtout à sa for-
tune en ce pays, fut la guérison du
neveu de Cabous ( Foy. Cabous). Ce
jeune homme était attaqué d'une ma-
ladie de langueur qui avait résisté à
tous les remèdes. Avicenne , plus
adroit , soupçonna qu'elle n'avait
d'autre cause que l'amour. Pour s'en
assurer , il amena un jour la con-
versation sur les diverses femmes
de la ville, et il reconnut, à l'agitation
que le nom de la femme préférée dé-
termina dans le pouls du jeune prince,
et la vraie nature du mal, et celle qui
le produisait. Ce succès le mit en
grande faveur auprès de Cabous ;
bonheur dont il jouit peu. Cabous
passa du trône dans une prison.
Avicenne , privé de son bienfaiteur,
poursuivi par le ressentiment de Mah-
mouh-Seljektégui qui avait envoyé son
portrait dans tous les pays soumis à
son influence , afin qu'on arrêtât celui
qui le représentait , se retira à Rey ,
où il acquit une grande faveur auprès
de Madj-Eddaulah, qui y régnait, en le
guérissant d'une grande maladie. Il
devint son premier médecin et son
vizyr. La marche de Mahmoud vers
rirac le força d'abandonner encore
SCS dignités. Il alla à Hamadan, où
la guérison de Chams-Eddaulah lui
valut la dignité de \i7.yr de ce
prince. Au bout de quelque temps ,
les troupes s'ctant révoltées , sa mai-
son fut pillée , et peu s'en fallut qu'il
ne perdît la vie. Dégoûté alors des
honneurs , il se cacha , et résolut
de ne plus reparaître à la coui*; mai&
AVI
Cîiams-EdclAulah , attaque d'une nou-
velle maladie , le fit chercher avec
tant de soin , qu'il découvrit sa re-
traite, et le força à reprendre ses
dignités. Cependant les affaires de
l'état ne lui firent point oublier ses
travaux. Il consacrait le jour aux pre-
mières, et la nuit à ses plaisirs et à la
composition de ses ouvrages. Ce fut
dans ce poste émiiient qu'il conçut le
plan de son traité de métaphysique , in-
titulé: Ketdb el- Chéfd, et qu'il compo-
sa la première partie de ses C«?ion5. A la
mort de Ghams-Eddaulah , il se démit
de sa place de vizy r , et se retira chez un
de ses amis , pour se livrer tout entier
à la composition de ses ouvrages;
mais un des ministres du successeur
de ce prince , le soupçonnant d'entre-
tenir des inteliigences avec Ala-Ed-
daulah, sulthân d'ispahan , le fit en-
fermer dans un château-fort , d'où il
ne sortit que lorsque ce prince eut
vaincu le successeur de Chams-Eddau-
lah. Avicenne revint alors à Hamadan ,
y composa son traité de philosophie ,
intitulé: Adou/^eh-Félasyféh, et se
rendit ensuite à Ispahan. Lorsqu'il
approcha de cette ville , les courtisans
d'Ala-Eddaulah vinrent en grande
pompe à sa rencontre, et le conduisi-
rent dans un hôtel richement décoré
qu'on lui avait préparé. Le prince le
combla de bienfaits , et l'éleva àla di-
gnité de vizyr. Dans cette place émi-
nente , il eut besoin de toute sa politi-
que pour conserver les états de son
prince , et le défendre contre Maçoud,
fils de Mahmoud-Sebektéguy. Cepen-
dant, les soins de la politique, ses excès
avec les femmes et àla table, avançaient
le terme de sa vie. Un de ses esclaves,
qui voulait s'emparer de ses richesses,
ayant raclé une forte dose d'opium à la
potion qu'il prenait pour calmer ses
attaques d'épilepsie , lui porta le coup
mortel. 11 eut bien la force de résister
AVI 117
d'abord àla violence dn poison ; mais ssl
santé ne put se rétablir. Il mourut en
ramadan 42B de l'hég. ( 1 057 de J.-C),
à Hamadan , où il avait été forcé d'ac-
compagner Ala-Eddauîah. On voit en-
core dans crtte ville les ruines de son
tombeau. Si quelque chose peut excu-
ser la passion d' Avicenne pour le vin,
c'est l'origine qu'il lui donne. « Jamais
» je ne dormais , dit-il, une nuit en-
» tièrc. Je travaillais continuellement,
» et je connus , au dérangement de ma
» santé et à l'affaiblisscinent de mes
» organes, que j'avais besoin de forti-
î) fier la nature. Je préférai le vm ,
» celte liqueur salubrc , au sommeil
» qui m'aurait ravi un temps pré-
» cieux; » ajoutons que les malheurs
qu'il éprouva contribuèrent beau-
coup à le jeter dans ce fâcheux excès.
Avicenne est, sans contredit , un des
hommes les plus extraordinaires qu'ait
produits l'Orient. Doué d'une mémoire
prodigieuse et d'une rare facilité, il
s'appliqua à toutes les sciences , et,
malgré ses malheurs, ses emplois et
ses excès , il composa sur toutes des
ouvrages dont chacun semble* avoir
dû remplir toute entière la vie d'un
homme laborieux. L'étendue de ses
connaissances ne l'avait point garanti
des travers de l'ignorance. Il composa
plusieurs Traités d'alchimie. La mé-
taphysique l'avait également égaré,
et , à force de raisonnements, il était
devenu sceptique. On dit que , vers I.1
fin de sa vie , il reconnut ses erreurs.
Ce mélange de bien et de mal se re-
trouve dans tous ses ouvrages, et, si
Ton en croit Abdallatif, le mal l'em-
porte; car cet écrivain dit qu'ils sont
dangereux et qu'ils ont perdu beaucoup
de gens. En Europe, ses principes
philosophiques sont presqu'ignorés ;
il n'y est connu que comme médecin.
Sous ce rapport, son mérite est surtout
de compilation, et, œainteuaut que l'oii
ii8 AVI
possède les monuments précieux de
la médecine grecque , Avicenne est
oublie' comme tout ce qu'a produit
Técole arabe ; mais il n'en fut pas tou-
jours de même. Aucun homme, depuis
Galien et Aristote , n'a exercé dans la
science un empire aussi absolu qu'A-
vicenne. Pendant près de six siècles ,
ses Canons fment suivis exclusive-
ment en Europe dans les écoles. Ce
n'est guère que depuis un siècle qu'ils
ont été abandonnés par les universités
de Montpellier et de Louvain , et c'est
une justice à rendre aux universités
d'Italie et de Paris que d'avancer qu'el-
les quittèrent les premières la doc-
trine des Arabes, pour reveuir aux
médecins grecs j mais il faut convenir
îiussi que , d'un excès , on est passé à
l'autre, et qu'aujourd'hui Avicenne est
trop négligé. Ses Cajions ont été tra-
duits et imprimés plusieurs fois, en
tout ou en partie. La première de toutes
ces traductions latines est celle qu'eu
fît Gérard de Crémone , vers le 1 2^.
siècle, à Tolède, d'après le manus-
crit arabe qui. existe encore dans la
bibliothèque de cette ville. Cette tra-
duction fut imprimée à Paris, en 3
vol. in-fol. , avec les commentaires de
J. de Partibus. Cette édition est sans
datej mais J. de Partibus nous ap-
prend qu'il commença ses commen-
taires en 1452 , et qu'il les finit en
145 4' Tout porte à croire qu'elle pa-
rut peu après cette dernière époque ,
ç'est-à-dire vers l'an 1 460 . Les princi-
pales éditions des ouvrages d' Avicenne
50nt : L Canon. A vie. lihri V^ lat.
versi à G. de Cremond. Tractatus
de viribus cordis, Amaldo de Filla-
nova interpr.^ Yen., 1 485 j IL Canon,
Avic. , hehraicè, Ncapoli, if\git.. Les
juifs ont beaucoup étudié Avicenne^
dont ils possèdent plusieurs traduc-
tions. Tout porte à croire que celle-ci
estdu^abbiu^'athall Amathi. III. Ope-
AVI
raphiîosophica^ casiis^ataper cano-
nés regidares S. Aug. de viridario ,
Yen., 1 495, in-fol. ; l\ .Metaphjsica,
sive prima Philosophia , castig, per
F. de Maceraia et Ant. Fracantia-
niim, Yen., i495. ; Y. Texius fen
Avic. , et Cantica lat. cum Isagoge
Joannitii, Yen. , 1 507 ; V I. Canon. ,
cum explan. Gentilis Folgin et sup-
plementis J. à Partibus et Math, de
Grado^ Yen., i52o; y\\. Quarta
fen. libri primi de universali ra-
tione meàendi , Jac. Mantino medico
hebrœo interprète J F SkTÏs, i532. Cet
ouvrage a été traduit de nouveau par
Gratiolus , et publié , avec des notes, à
Yenise, en 1 58o ; Wll. Cojnpendium
de anima J lat.fact. ab Alpago cum
expos, y Yen. y i546. IX. Prima fen
quarti Can. de Febribus , Paris ,
1549. •^' Cantica f cum comment.
Averrhoés. , dans le tome X des Œu-
vres d^ Aristote, éd. de 1 562. XI. Libri
tertii fensecunda, deœgriludine ner-
vorum , ex hebrœo in lat. versa ,
Parisiis , 1 5 •- o, in-8°. ; ejusd. libri fen
prima tractatus quarti in quo scribit
de œgritudinibus capitis et noxa
multa illarum infunctionibus sensus
et moderaminis ; ex hebr. in lat.
translatio , Parisiis , 1572, in-8". Ces
deux ouvrages sont traduits par Cinq-
Arbres, professeur d'hébreu au col-
lège royal de France. Xïl. Canonis li-
bri quinque , cum prœmissd autoris
vitd , accedit index J. Palamedis in
Avic.libroSfYen.j i5Si ; XIII. Libri
quinque Canon, medic, quibus additi
sunt librilogicœ,phys. metaph., Ro-
mae, in typis Medicis, ï^gS, in-fol.
Cette édition est un chef-d'œuvre de ty-
pographie arabe. XIV. Libri quinque
Canon. Avic. , ex vers. Ger. de Cre-
mondetAlpugo, castigai.àJ. Costeo
et iMos. annotationibus; prœmissa est
vitaAvicennœ ex Jurjano arabo ejus
discip. f à IS\ Massa lat. scripla, Ven.
AVI
1608, 2 vol. iii-fol. Cette e'dîtîon , quoi-
que fautive , est celle qu'on cite le plus
souvent. XV. Libri duo Can. Avic.
arab. etlat. à P.Kirstenio, cumnotis,
Wratislaviae , 1609 ; XVI. De conge-
laiione et conglutinatione lapidis, se
trouve?, I". dans le i *'Mome de F-^ri
aurifera, édition de Baie, 161 o; i"".
dans le Gj^mnas. chymic. , de i65(),
et dans le Gebri magisterium , ëdit.
de 1682. XVlI.^r^ chymica, Perna,
1 572. XVII I. u4d regem Hasen epis-
tola de re recta , imprime dans le
Theatrum chemiC On trouve dans le
même volume le petit Traité, intitule :
Declaratio lapidis physicœ j mais
plusieurs personnes croient que ces
deux ouvrages ne lui appartiennent
point. XIX. Khothbah Ibn Sina,
prière d'A^icenne , imprimée à la
suite des Proverbes d'Aly , Leyde ,
1629. Vattier Ta traduite en fran-
çais, sous le titre dUHymne d'u4vi-
cenne, et l'a donnée à la suite des
inêraes Proverbes , Paris , 1 660. XX.
Canlica Avicennœ ex arab. lat.
redd. à J. Fauchero, Nemausi, i65o.
XXI. De morbis mentis tractatus
ex arab. in lat. vers, à P. Falterio ,
Paris, 1659. XXII. Canon. Avic.
lib. primas , secundus , atque ex lib.
quarto, tractatus de febribus, inter-
prct. et scholiis Fospico fortunata et
Plemblio, Lavanii, i658; XXIII. Z^
Logique d'Ai^icenne , traduite en
français par Fattier, Paris, 1678.
Vattier, médecin et professeur d'arabe,
avait une prédilection particulière pour
1 école arabe. Il avait achevé, et remis
au célèbre Boiviu , son beau-frère,
une traduction complète d'Avicenne.
Depuis la mort de ce savant académi-
cien , ce manuscrit s'est perdu. XXIV.
De tîncturis metallorum, Francfort,
l53o, in-4°. , et dans le recueil de
Alchimia, Francfort, i55o, in-l".;
XXV. Porta elementorum , Baie y
AVI
iif?
1572, in-S".; XXVI. Tractatulus de
Alckimidy dans le 2". vol. de [*Ars
aurifera, et dans le i*"". de Manget ;
XXVII. De Mineralibus , dans le
Magisterium de Geber ; XXVIÏI.
Expositio epistolœ Alexandri ma-
gni, dans les deux mêmes recueils.
Linné a donné'le nom èiAvicennia à
un genre qui renferme des arbres sin-
guliers qui croissent sur les bords de
la mer , dans les pays situés entre les
tropiques. On trouvera des détails
très-étendus sur Avicenne dans X His-
toire pragmatique de la médecine ,
de M"". Sprengcl, tome II, pag. 401,
dans la Bibliotheca Arab. Hisp. de
Casiri, tom. T'. pag. 268, et dans
\ Histoire de la philosophie hermé-
tique. Ce dernier ouvrage donne ime
nomenclature détaillée des différentes
parties de ses Traités d'alcbimie qui
ont été publiés , et qu'il aurait été trop
long de transcrire ici. Nous avons puisé
nos détails biographiques sur Avicenne
dans VHabybul - Seïr du célèbre
Khondémir, historien persan.
J — N. C, et A.
AVIENUS(RuFus Festus ) vécut
vers l'an 40O5 ^t se livra à la traduc-
tion d'auteurs grecs en vers latins. Il
a fait passer dans cette langue les
Phœnomena d'Aratus, et le Perie-
gesis de Denys , sous le titre de
Descriptio orbis terrœ. Il est encore
auteur d'un poëme intitulé : Ora ma-
ritima , en vers ïambes. Cet ouvrage,
dans lequel il décrit les mers intérieu-
res , paraît n'être qu'une traduction de
quelques écrivains carthaginois. Le
premier livre , renfermant la descrip-
tion des cotes de la Méditerranée ,
depuis le détroit des Colonnes jusqu'à
Marseille, est le seul qui nous soit
parvenu. A ces différents ouvrages, ou
doit ajouter une petite pièce de vers ,
adressée à Flavius Murmérius , et
une allégorie des sirènes. On lui attri-
Ï.2Q AVI
bue encore une traduction de qua-
rante deux fables d'Ésope, en vers
e'iégiaques ; mais Haries , et avant
lui , Canniegcter , ont prétendu que
celte pièce est d'un Flavius Avicnus ,
antérieur à celui-ci de 240 ans. D'au-
tres savants, Vossius , et, de nos jours ,
"^Ycrnsdorf , frappes de la ressera-
Llance de styl'^ qui existe entre les
ouvrages d'Avienus , dont nous avons
parle, ont cru pouvoir aflirmer qu'ils
sont tous du même R. F. Avicnus.
L'édition Priuccps d'Avienus est de
Venise , 1 488 , in -4''- ; f^He ne contient
d'Avienus que ses traductions d'Aratus
et de Denis. L'édit. de Madrid , 1 654 >
contient de plus les fables de cet au-
teur. H. Fricsemann a donne une édi-
tion de la Description de la terre
avec des notes de Schrader, Heinsius ,
vSanmaise, etc., Amsterdam, 1786,
in-8^. Les meilleures éditions des Fa-
bles sont celles d'Amsterdam 1751 ,
ju-8\ , avec les notes de Cannegicter ;
et d'Amsterdam, 1787, in-8^. , avec
les notes de iSodell. Les meilleures
éditions de la traduction d'Aratus se
trouvent dans les Sjntagma Ara-
taeorum de Grotius , Leyde , 1 600 ,
iu-8'. , et dans le second volume de
XAratus de M. Biilde. Les deux ou-
vrages géographiques d'Avienus sont
insérés dans ie tome IV des Petits
Géographes , Oxford , et dans le tome
V des Poëtœ latini minores , de
Werusdorff, dont le commentaire est
excellent. L. R — e.
AYILA Y ZUNIGA(don Louis d),
grând-coramandcur de l'ordre d'Alcan-
tt'ua,nalifdePlacentia,dansi'Estrama-
douve, à la fuis diplomate , général et
historien , fut honoré de l'estime et de
la faveur de Charles-Quint , qui Ten-
voya en ambassade auprès des papes
Paul IV et Pie IV, poui* presser les
opérations du concile de Ti^ente.
D'Avila accompagna ensuite ce mo-
AVI
narque dans la guerre contre les pr^-
testants d'Allemagne, et au siège de
Metz, en i55-ji , oii il commanda la
cavalerie. On a de lui des Commen-
taires de la guerre d'Allemagne ,
faite par Charles V ^ pendant les
années iSqG et 1647 , Madrid,
i549,in-8*., en espagnol , dont on
fit deux éditions , Tannée suivante , à
Tolède et à Anvers. Cet ouvrage fut
traduit depuis en plusieurs langues j
l'auteur en donna lui-même une tra-
duction italienne , à Venise, en 1 549»
in-8 '. La traduction latine , publiée à
Anvers, »55o, in-8"., est de Guil-
laume Mahnaeus; et la traduction alle-
mande, de Philippe Magnus, duc de
Brunswick , Woifenbutel , i557 ,
in-4". Il existe aussi trois tiaductions
françaises de cet ouvrage , l'une par
Mathieu Vaulchier , héraut d'armes
de Charles-Quint, Anvers, j55o,
in-8**. ; la seconde, par Gilles Boy-
leau , controieur à Cambray , Paris ,
i55i ,in-8'.; cl la troisième intitulée:
Histoire de la f^uerre civile d^ Alle-
magne sous l'empereur Charles-
Quint , Paris, i67'i,in-i2. Quoique
d'Avila ait été taxé de partialité par le
président de Thou , ses Commentaires
l'ont placé au premier rang des histo-
riens espagnols. IMttamorus les re-
garde comme une heureuse imitation
des Commenta ires de César ; et Chnr-
les-Quint eu faisait tant de ras qu'il
s'< stimait plus lieureux qu'Alexandre
d'avoir un tel historien. Le style
d'Avila est clair et rapide, quoique
dur et quelquefois incorrect ; ses seii-
tences sont précises et profondes ; ses
descriptions rapides et énergiques.
D'Avila avait éci if aussi des Commen-
taires sur la guerre faite en Afrique
par Charles - Quint ; mais cet ou-
vrage , resté en manuscrit , n'a pu se
retrouver. B— p.
AYILA (Jean d'), aé àAlmodû-
AVI
Var deîCainpo, dans la Nouvel! e-Cas-
tille, vers Tan 1 5oo, fît sa tlieologie à
AlcaJa de Heuarez, et , après avoir reçu
la prêtrise, se destinait à aller prêcher
la foi dans les Indes Occidentales ;
luais il alla d'abord à Sëville, où il
fat retenu par révêquc Alphonse IVIan-
rique. A Tàge de tr/nte ans , il com-
mença donc à parcourir n ^n seulement
les villes et les bourgs, mais les mon-
tagnes et les forêts de l'Andalousie ,
enseignant le bien par ses préceptes et
par ses exemples. Ce fut dans ces
fonctions , qui lui méritèrent le nom
à' apôtre de V Andalousie , qu'il passa
quarante années, il mourut le lo mai,
1 569. Sa vie et ses œuvres ont été pu-
bliées par Martin Ruiz, sous ce titre :
T'aida y ohras de Juan de A^ila^
predicador apostolico deV Andalu-
zia, Madrid, 1618, 2 vol. in-Z^".
Elles ont été réimprimées en 1757.
C'est sur la première édition qu Arnauld
d'Andilly donna sa traduction fran-
çaise, Paris, i675,in-fol. l.esEpilres
spirituelles avaient été traduites par
Gabr. Gliappuys , Paris , 1 588 , 1 vol.
in- 12. Cette traduction retouchée, ou
ime nouvelle traduction , fut donnée
par Simon Martin, minime, i655,
'j vol. in- 1 2. Nicolas Antonio , dans
sa BihliolhecaHispana Noi>a , a con-
sacré un très-long article à d'Avila.
A. B-T.
AVILA (Sanche d*), né à Avila,
en 1.540 , fut évêque de Murcie, puis
de Jaën, eut, en 161 5 , l'évêché de
Sagonte , et , sept ans après ;, celui de
Placenlia , où il mourut , le 6 décembre
3625. On a de lui, en espagnol : I. De
la vénération que Von doit aux
corps des Saints et à leurs reliques ,
etc., Madrid, 1611 , in-fol.; II. des
iSermonj , Baeza , i6i5, in-4'*.; III.
quelques autres ouvrages de piété. Il
a traduit du latin en espagnol les Sou-
pirs de S. du Justin, Madrid ,1601^
AVI lit
1626, in- 16. Il a laissé en manuscrit
les Fies de S. u^ugustin et /ie S.
Thomas. A. B — t.
AMLA (Alphonse), né a Bel-
iTioute en Espagne, tn i54t), entra,
à l'âge de vingt ans, dans la com-
pagnie de Jésus, fut supérieur de»
coliéges de Ségovie et de Palencia, et
mourut, selon les uns, à Valladolid,
le 1 2 janvier 16 1 3 ; selon les autres , à
Maiaga, le 21 m^i i() 18. C'était, dit-
on. un éloquent prédicateur. Il a laissé
en latin, deux volumes de sermons,
Anvers, 1610, in-4**. — Alphonse
AviLA, aussi jésuite, mais qui pa-
raît être différent du précédent , et
qu'on croit né à Avi'a , écrivit en
1 585, en espagnol , un Traité sur le
bienheureux S. Second, és^e'que dA-
vila. — Etienne d' Avila , Espagnol
et jésuite, né à Avila en i549, mort
à Lima, le 1 4 avril 160 1 , a laissé : ï.
De censuri'i ecclesiasticis tractatus ,
Lyon, 1608, in-4^. ; II Compen-
dium summce, seu Manualis doctoris
JVai^arri in ordinem alphaheticum
redactum, l^^on, 1609, et Paris,
i(32o, in- 16. A. B — T.
AVILA ( Gilles-GonzalÈs d' ),
né en Espagne, vint , dans son en-
fance , à Rome , où il fut élevé dans la
maison du cardinal Deza : il y acquit
des connaissances dans la société de
plusieurs savants. A Tàge de vingt ans,
il retourna dans sa patrie , et s'établit
à Salamanque , où il composa V His-
toire des Antiquités de la ville de
Salamanque, publiée dans cette vills
eu 1606, in^''- Cet ouvrage, dans
lequel il y a beaucoup de recherches
et une concision assez rare chez les
historiens espagnols , avait été précé-
dé d'une petite dissertation sur le
taureau en pierre qui se trouvait au-
trefois sur le pont de Salamanque , et
qui paraît être de la plus haute anti-
quité. Il est à regretter que l'auteur,
I2Î AVI
au lieu d'eiamiuer plus attentivement
les monuments de ce genre qui se
trouvent disséminés dans l'Espagne,
se soit jeté dans l'histoire fabuleuse
d'flercule, qui l'écarté de sa route, et
laisse indécise la question sur l'origine
de ces antiquités. En 1612, d'Avila
fut appelé à Madrid , et nommé histo-
riographe du roi de Castille , à la
place de Tamajus. Dans cette nou-
velle charge, il composa : I. le Théâtre
des grandeurs de la ville de Ma-
drid, 1625 , in-fol. j IL V Histoire de
la vie et des gestes du roi D. Hen^
ri m de Castille, Madrid , i658 ,
in-fol. ( ouvrage que quelques-uns at-
tribuent à P. Barraut Maldonadus ) ;
III. le Théâtre des églises d'Espagne,
Madrid, 1645 5o , 4 vol. in-folio;
IV. enfin, le Théâtre des églises des
Indes , 1 volumes , dont le premier
contient l'Amérique septentrionale ,
Madrid , i G49 ; et l'autre , l'Amérique
méridionale , ibid. , 1 656. Il mourut
plus qu'octogénaire, en i658. D— g.
AVILER( Augustin-Charles d' ),
architecte, né à Paris, en 1 653 , d'une
famille originaire de Nancy, fit de
tels progrès dans son art , qu'à vingt
ans, il fut envoyé à l'académie de Rome.
Embarqué à Marseille , avec l'archi-
tecte Desgodets et l'antiquaire Vaillant,
il fut' pris par les Algériens , et fait
esclave avec tout l'équipage. Sa capti-
vité , qui dura seize mois , ne l'empê-
cha point de cultiver son art : il des-
sinait sans cesse, et donna même le
plan d'une mosquée construite dans
la grande rue de Tunis ; on assure
que cet édifice est d'un bon goût d'ar-
chitecture. Lorsqu'en 1 676, Louis Xi V
lui fit rendre la liberté, ainsi qu'à ses
compagnons d'infortune, il se rendit à
Rome, et , pendant un séjour de cinq
ans , il y étudia avec zèle les princi-
paux bâtiments. De retour en France,
il travailla sous Mansard ; et , mal-
AVI
gré ses nombreuses occupations , il
traduisit de l'italien , et enrichit de
notes le sixième livre de V Architec-
ture de Scamozzi. Cet ouvrage , qui
contient les ordres, un volume in-
fol. , à Paris , i685 , et Ltyde ,
1713, in-fol., fut suivi d'un très-bou
commentaire sur Vignole , qui devint ,
par les additions de d'Aviier , un cours
complet d'architecture, et d'un Dic-
tionnaire de tous les termes de
V architecture civile et hydraulique,
dont les définitions claires et ]ustes
furent adoptées dans les meilleurs
dictionnaires de la langue. En faisant
travailler d'Aviier , Mansard , selon
un usage assez ordinaire , obligeait
cet artiste à n'exécuter rien que d'a-
près les dessins qu'il lai fournissait. Dc-
sirant se soustraire à ce joug, d'Aviier
se rendit à Montpellier pour y exé-
cuter une porte triomphale, appelée
aujourd'hui Forte du Peirou. M. de
Bàville, intendant de la province , se
déclara son protecteur, et les villes
de Nîmes, Carcassone, Béziers , Mont-
pellier , Toulouse , furent ornées d'é-
difices qui attestèrent les talents de
d'Aviier ; dans cette dernière ville , on
remarque surtout le magnifique palais
archi-épiscopal. Les États récompen-
sèrent d'Aviier, en créant pour lui ,
en 1 693 , la place d'architecte de la
province. Fixé dans le pays où il
trouvait ces avantages , d'Aviier se
mariaà Montpellier , mais il ne jouit
que peu d'années de la situation heu-
reuse qu'il avait méritée , et mourut ,
dans cette ville, en 1700, n'ayant
encore que quarante-sept ans. Son
Cours d'architecture fut impriiijé à
Paris en 1691 , 1 vol. in-4". , avec
figures, et eut plusieurs autres édi-
tions, dont la plus remarquable est
celle de Jean Mariette, avec de nou-
velles planches , de nouveaux des-
sins et un grand nombre de remar-
AVI
ques. Elle parut à Paris, en l'y 58,
avec une préface, et les Vies de d'A-
> lier et de Bernin , par l'éditeur.
D— T.
AViRON. Voy. Batelier (le).
AVIS. l'oy. AvEis.
AVIS. f^of. LorSEL.
AVISSE ( Etienne ), mort en
1747 j 3 donné au théâtre français, le
Divorce, ou les Epoux mécontents,
1723; au théâtre itahen, la Réunion
forcée, i^Sojla Gouvernante, 1 7875
le Falet embarrassé, 174^? 1^^ Pe-
tits - Maîtres, 1745. Les Vieillards
intéressés qu'on lui attribue , sont de
Guyot de Merville , et ne sont autre
que le Dédit inutile. Long-temps]après
la raort d' A visse , une circonstance
singulière a tiré son nom de l'injuste
oubli où il était tombé. Collin-d'Har-
leville ayant donné, en 179^, son
f'ieux Célibataire , un journaliste
.^retendit qu'il avait de grandes obli-
::;ations à la Gouvernante d'Avisse.
'^n voit, en effet, dans les deux piè-
, une gouvernante rusée qui as-
l'ire à la main de son maître, et un
leveu, long-temps écarté par cette
Femme , à force de mensonges , de Ict-
! xes controuvées et interceptées, qui
parvient à s'introduire auprès de son
DDcle, déguisé en domestique. Coi-
i in-d'Harleville protesta qu'il ignorait
I iisqu'à l'existence de la comédie d'A»
, fisse. Sa candeur bien connue ne
I Dcrmet pas de croire qu'il ait voulu en
n^oserj mais, d'un autre côté, les
rapports entre les deux ouvrages sont
! i >i nombreux et si frappants , qu'il est
' n difficile d'imaginer que l'un n'ait
^ servi à l'auteur de l'autre. Ne
eut-on pas tout concilier, en pensant
l 'le Collin-d'Harleville , ayant lu dans
a jeunesse la Gouvernante d'Avisse,
idée seule de la pièce lui était restée
lans la mémoire, et que, long-temps
près, lorsqu'il voulut faire le Fieux
AVI 125
Célibataire , il prit pour une concep-
tion qui lui appartenait en propre , ce
qui n'était au fond qu'une réminiscen-
ce? Le Falet embarrassé d'Avisse a
aussi fourni bien évidemment le sujet
àeMa Tante Aurore, opéra-comique,
joué avec succès dans ces derniers
temps. A — G — R.
AVISSE, né à Paris, vers 1772,
s'embarqua à Nantes , à l'âge de
quinze ans, pour la traite des nègres.
Parti comme mousse, il se fit distin-
guer dans la traversée, et le capitaine
du vaisseau le prit pour son secrétaire.
Le voyage de France en Afrique, et
d'Afrique en Amérique, fut heureux;
Avisse revint en France, et se rembar-
qua. Ce fut dans ce second voyage que,
sur les cotes d'Afrique, à l'âge de dix-
sept ans , il perdit la vue. Après deux
années de traitements inutiles , il prit
son parti avec résignation , et se livra
tout entier à l'étude. Montaigne , Sénè-
que , Horace , étaient ses auteurs favo-
ris. M'". Haiiy venait de créer l'institut
des aveugles travailleurs; Avîsse y fut
admis comme pensionnaire, et, lors-
que l'assemblée législative eut déclaré
national cet établissement, il en fut
nommé professeur de grammaire et de
logique. Il est mort en 1802. M"". Del-
pierre (Dutremblay), a publié les OEu-
vres d'Avisse, Paris, in- 1 2, de 1 7 5 p.,
non compris \ errata, sans date, mais
imprimé en 1802 -, 2*^. édition , 1 8o3.
On y trouve une traduction assez
plate , et en prose , de XE pitre de Pé-
nélope à Ufysse, d'Ovide; des ré-
flexions morales, quelques vers, des
fables, la Ruse d'aveugle, comédie
en un acte et en vers. Tous ces ou-
vrages sont médiocres. A. B — t.
AV I T ( S. ) , Alcimus Ecditius
AviTus , archevêque de Vienne , na-
quit en Auvergne , au milieu du cin-
quième siècle , d'une famille patri-
cienne et sénatoriale. Il succéda^ en
ni AVI
4oo , à son père Isicius , dans \e
siège de Vienne, et devint un des
plus illustres prélats des Gaules, par
sou savoir, ses talents et ses vertus
pastorales. Son mérite le fît respecter
de Clovis, encore idolâtre, et de Gon-
deband, roi de Bourgogne, quoique
arien. Ce dernier prince le chargea
d*eVrire contre les eutychéens , et il le
fit avec succès. Dans la ce'lèbre confé-
rence de Lyon, entre les évêques ca-
tholiques et le^ évêques ariens , en
présence du roi de Bourgogne , il con-
fondit les hétérodoxes , les réduisit au
silence , et ramena un grand nombre
d'hérétiques dans le sein de l'Eglise.
Goudebaud , retenu par des considé-
rations politiques, persista dans ses
erreurs; mais, après sa mort, son fils
Sigisraond se rendit aux pressantes
sollicitations de S. Avit. Ce prince
ayant trempé ses mains dans le sang
de son fils, sur de fausses accusations,
le saint lui fit sentir l'indignité de son
crime, et l'engagea, pour le réparer,
à ri'bâtir le fameux monastère d*\'
gauue, où il se relira, et mourut dans
les exercices de la plus sévère péni-
tence. On ne sait autre chose du reste
de la vie de notre saint, si ce n'est
qu'il présida au concile d'Epaune , et
qu'il eut la plus grande part aux règle-
ments salutaires qui y furent faits. 11
mourut, selon la plus commune opi-
nion, le 5 février 5i5. Cependant,
l'église collégiale de Vienne, qui porte
son nom , ne célèbre sa fête que le
20 août. La plupart des ouvrages qu'il
avait composés sont perdus ; ceux qui
nous restent de lui annoncent qu'il
était très-versé dans l'Ecriture Sainte,
la théologie, et qu'il avait quelque con-
naissance de riiclireu et du grec : ou y
remarque de belles pensées , mais le
style en est dur, obscur et embarrassé ;
c'étaient les défauts de son siècle. Ses
vers valent mieux que sa prose -, il y
AVI
a de l'inrention , de la facilité; les plans
de ses poèmes sont bien tracés et bien
conduits. Il y en a cinq sur la création,
le péché, et la punition d'Adam, le Dé-
luge, et le passage de la Mer Rouge;
et un sur la virginité, en l'honneur de
Stc. Fuscine, sa sœur. Les fragments
qui nous restent de ses Traités contre
les ariens font regretter la perte de
ceux que nous n'avons plus. Ses lettres,
adressées pour la plupart à des souve-
rains , à des évêques, à des laïques de
distinction , sont précieuses par di-
vers points de discipline, de morale et
d'histoire, qui y sont traités et éclair-
cis. Ony trouve des traces de la Prière
pour les mons; des détails curieux sur
les Rogations, et la véritable signifi-
cation du mot messe, qu'il nous ap-
prend venir de ce que, dans les salles
du prétoire et dans les églises, ou emploi
yait, comme aujourd'hui , la formule:
Ite, missaest. LeP.Sirmond recueillit
tous ses écrits épars , Paris , 1 643, in-
8".; mais l'édition la meilleure et la plus
complète est dans la collection des œu-
vres de ce père, accompagnée de savan-
tes notes pour éclaircir les endroits obs-
curs et difficiles. Dom Martenne a pu-
blié depuis , dans le cinquième volume
du Thésaurus Anecdot. , une nou-
velle homélie qui n'a été découverte
que depuis l'édition de Sirmond.
T— D.
AVITABILE. L'histoire littéraire
d'Italie, compte, dans le 17% siècle,
trois Napolitains de ce nom : — i**.
Pierre Avitabile, missionnaire théa-
tin, entra dans cet ordre, en 1607, et
fut envoyé à Messine pour achever ses
études en théologie : là , son goût pour
les missions étrangères s'étanl déclaré,
il fut nommé, le 4 mai i6.î(>, par la
congrégation de la propagande , préfet
des missions dans la Géorgie et dans
les Indes. Après avoir rempli avec
beaucoup de zèle les fonctions de celle
AVI
place , il mourut à Goa , en i65o. On
a de lui une relation intitulée : De ec-
clesiasiico Georgiœ statu ^ adponli-
ficem Urbanum f^lll, historica re-
latio , imprimée à Rome après sa
mort. — 2^". Corneille Avitabile , do-
minicain, vicaire - général et provin-
cial de son ordre, mort en odeur de
sainteté à Naples , en i656, n*a laissé
qu'un ouvrage sur la Fie religieuse ,
suivi de quelques Sermons , imprimés
à Naples , en 1 6o5. — 3°. Biaise Ma-
Joli d' Avitabile , qui florissait dans
le même temps , fut jurisconsulte ,
philosophe, théologien et poète. Ses
poésies lyriques sont répandues dans
plusieurs recueils. On a de lui des
Letlres apologétiques sur la Théolo-
gie morale , et des Vies de plusieurs
académiciens des Arcades. L*Ailacci,
dans sa Dramaturgie , cite de lui une
tragédie en prose , intitulée : Il Tor-
zone ^ Naples, 1701 , in-12. Un
dictionnaire italien a mis Torgone,
au lieu de Torzone , faute qui a passé
dansd.cs Dictionnaires français, où Ton
copie , sans examen , les ouvrages
éti-augers. G — É.
A V ï T U S , empereur d'Occident ,
auquel les médailles donnent les pré-
noms de Fla^^ius Mœcilius , tandis
que , sur quelques inscriptions , on
trouve ceux de Flavius Eparchius ,
naquit en Auvergne , d'une famille
considérée parmi les Gaulois. Son
règne fut un des plus courts et des
plus obscurs de la fin de l'empire
a Occidejit ; et les années de sa
jeunesse , qu'il passa dans la Gaule ,
offrent seules quelques faits que l'his-
toire aurait peut-être négligés, mais
dont la plupart ont été conservés par
Sidoine Apollinaire son gendre. Avant
qu'Avitus songeât à monter sur le
trône, sa valeur, son éloquence et la
considération dont il jouissait le ren-
dirent quelquefois utile à ces Uu:i»ains,
AVI 125
qui ne savaient plus défendre leur cn>
pire délabré que par des négociations
honteuses, ou en soudoyant ces bar-
bares que leurs bras énervés ne pou-
vaient plus combattre. Avitus leur
ménagea plusieurs fois ces tîistes res-
sources ; SCS talents, fruits d'une édu-
cation soignée , sa force prodigieuse
et son adresse dans les exercicfs , con-
tribuèrent à ses succès. 11 commença
sa carrière publique en 42 1 ; ses com-
patriotes le députèrent vers l'empereur
Honorius pour obtenir le redresse-
ment de quelques injustices ; sa de-
mande lui ayant été accordée , il se
rendit à Toulouse, près de Théodoric ^
roi des Visigolhs, pour réclamer la
liberté de quelques otages; celui-ci,
charmé par les manières et par la no-
ble assurance du jeune Avitus , fit des
efforts inutiles pour le retenir à sa
cour; mais il lui promit une amitié
qui ne se démentit point. Lorsqu'Aë-
tius rétablit dans les Gaules la gloire
des armes romaines , Avitus apprit
l'art de la guerre sous ce chef habile.
En 4^6 , Avitus vivait paisiblement
dans l'Auvergne, lorsqu'un corps de
Huns, soldés par les Romains, tra-
versa cette province pour marcher
contre les Visigoths, et commit sur
sa route d'horribles ravages. Avitus ,
voulant s'opposer à ces excès , tua l'un,
de ces étrangers , favori du chef des
Huns y ce dernier, pour venger son
compatriote , défia Avitus , et fut tue'
à son tour : ces auxiliaires indisciplinés
savaient mieux piller les provinces ro-
maines que les défendre ; ils furent
taillés en pièces par les Visigoths , qui
mirent le siège devant Narbonne , et
poussèrent leurs succès avec vigueur.
Avitus employa le crédit qu'il avait
acquis sur l'esprit de Théodoric pour
faire consentir ce prince à la paix, et
reçut, à la même époque, en 4^»;, le
titre de préfet des Gauler que lui dé-
126 AVI
ccrua Valcnlinien. Lorsqu'Attila , qucl-
<{ues années après, fondit sur la Gaule
et s'avança jusqu'à Orléans , ce fut
Avitus qu'Aëtius employa pour de'tcr-
mincr Thëodoric à s'unir à lui contre
le redoutable conquérant. Toute la
GauJe regardait Avitus comme son
appui , et le sceptre d'Occident étant
tombé entre les mains d'un Gaulois ,
Pétrone-Maxime, en J\55, celui-ci se
iiâta de confier le commandement de
toutes les milices gauloises à son com-
patriote ; Avitus , aussitôt se mit à leur
tête , repoussa les Saxons et les peu-
ples du nord de la Germanie, et re-
vint dans la Gaule Nnrbonnaise pour
contenir les Visigolhs qui menaçaient
d'une nouvelle attaque. Ce fut là qu'il
apprit la mort de Maxime ; les Gau-
lois le proclamèrent empereur; Théo-
doric II lui offrit son appui ; Rome et
l'Italie , que Gcnseric venait de rava-
ger , l'appelèrent à grands cris. Tant
de suffrages et l'éclat du trône sédui-
sirent Avitus, qui fut proclamé à Tou-
louse , en 455 , et qui ne reçut le
sceptre que pour le porter sans gloire
et sans éclat pendant quatorze mois.
Étant parti pour Rome avec Sidoine
Apollinaire , il se fit reconnaître em-
pereur d'Occident par Marcien , em-
pereur d'Orient; mais il se reposa sur
Théodoric du soin de reconquérir les
provinces d'Espagne, que Requiaire,
chef des Suèves , venait d'envahir. La
même année , il fit un voyage en Fran-
conie pour conclure un traité avec les
Ostrogoths. Ce fut à cette époque que
IcsErules , qui depuis devinrent si fu-
nestes à l'empire romain , commencè-
rent à y faire des incursions. Avitus se
vit bientôt forcé de combattre Gensé-
ric , roi des Vandales. Le comte Rici-
mcr, qui commandait la flotte romaine,
délit celle de Gcnseric, en 4^6; mais
son ambition , excitée par cette vic-
toire, lui fit regarde*' Avitus avec uh
AVO
mépris que la conduite de cet empc-
reurparut justifier. Ricimer, de retour
en Italie , y fut reçu comme un libé-
rateur. Il profita de la faveur publi-
que pour fomenter une révolte géné-
rale , fit déposer Avitus , le combattit
près de Plaisance, et le fit prisonnier ;
on laissa la vie au prince détrôné, en
Tobligeant à se faire évcque de Plai-
sance. Avitus apprit bientôt que le sé-
nat romain voulait le faire mourir; il
prit le parti de se réfugier en Auver-
gne ; mais il mourut en chemin , et
fut enterré à Brioude. Il laissa une fille
nommée Papianilla, qu'avait épousée
Sidoine Apollinaire , et un fils nom-
mé Eccidius j qui fut préfet des Gaules.
L — S — E.
AVITY. r. Davity.
A VOGADRO (Albert), poète la-
tin , né à Verceil , florissait au 1 5'.
siècle, et passa une partie de sa vie à
Florence , au temps du célèbre Cosme
de Médicis , père de la patrie , et non
pas de Cosme I*^'. , grand-duc de Tos-
cane, dignité qui ne fut créée qu'un
siècle après. Avogadro est auteur d'un
ouvrage en vers élégiaques, divisé en
deux livres , et intitulé : De religione
et magnificentid Cosmi Medicis ,
resté en manuscrit jusqu'au 1 B*". siècle,
dans la bibliothèque Laurentiennc, et
imprimé, pour la première fois, par
le savant Lami, dans ses Deliciœ
eruditorum , tom. XII, 1742. L'au-
teur y traite des églises , des palais et
autres monuments élevés par Cosme
de Médicis. Il lui donne de grands et de
justes éloges , mais dans un style qui
n'est ni poétique ni élégant. G — e'.
AVOGADRO ( Nestor - Denis ),
patrice novarois, entra dans l'ordre
des frères mineurs, où il se rendit
célèbre, sous le nom de Nestor-De-
ms da Novarra. H florissait dans U
dernière moitié du 1 5*. siècle, et pu-
blia un Lexicoiif ou Dictiof maire ïai
AVO
tin y dont la dédicace, en vers hexa-
mètres, adressée à Louis Sforce , duc de
Milan , fait mention du pape Sixte IV ,
comme encore existant. Ce lexique,
qui jouit d'une grande réputation, pa-
rut pour la seconde fois, à Venise, en
i488, in-fol. lia été réimprimé dans
le même format, à Milan, ii[)5; à
Paris et Venise, 1496; à Strasbourg,
i5o2; à Venise, 1 5 06; et, finalement,
*à Strasbourg , 1 5o7 , in-fol. Dans cette
dernière édition, on a ajouté les traités
suivants, du même auteur : Ve octo
partibus orationis / Quarundam dic-
tioniim et orationum exposiiio ; De
quantitate sjllaharum; Emendatio
Sulpitii de quantitate sfUaharum.
G— E.
AVOGADRO (LuciA), femme-
poète ilalienne , qui florissait vers
Tan 1 56o , était fille du chevalier
J. Jérôme Albano de Bergame, qui
fut ensuite cardinal • elle se distingua ,
dès sa jeunesse , par son talent poéti-
que, et reçut les plus grands éloges
des poètes ses contemporains ; elle en
obtint même du Tasse. Elle épousa
en i56o le chevalier Faustiu Avo-
gadro, de l'une des familles nobles
les plus distinguées de Brescia. De-
venue veuve huit ans après, eWe mou-
rut dans le cours de la même année
i568. Il n'est resté d'elle que quel-
ques poésies lyriques , dans le recueil
de Diwersi eccellenti poeti Bresciani,
Venise, i553et i554, in-B^jCtdans
d'autres recueils. Crescimbeni, (/sfor.
dellavolg.pocs.) trouve que cettemuse
se distingua par des inventions vives
et par la douceur et la facilité de
sou style. Il cite d'elle plusieurs mor-
ceaux qui ne démentent point cet
éloge. Il y en a aussi quelques-uns
dans la première partie des Compo-
nimenti poetici délie pià illustri
Rimalrlci d'ogni secolo , Venise,
1726, in- 12. G — ^É.
AVO 127
AVOGADRO'( le comte Louis ), était
un gentilhomme de Brescia , qui se
montra fidèle aux Vénitiens , ses an-
ciens souverains, pendant la guerre
de ligue de Cambrai. Les français s'é-
taient emparés de Brescia en iSog;
ils furent attaqués dans cette ville au
commencement de l'année 1 5 1 2 , par
André Gretti, procuratenr de St.-
Marc. Avogadro saisit ce moment pour
déterminer ses compatriotes à signa-
ler leur loyauté, en chassant les en-
nemis du milieu de leur ville : il pro-
clama le nom de St.-Marc , et força le
comte du Lude à s'enfermer dans la
citadelle; mais Gaston de Foix étant
arrivé de Bologne, par une marche
forcée, pour secourir du Lude , entra
dans la ville, le 19 février, par la
citadelle. Le comte Avogadro , à la
tête de deux cents citoyens, voulut
s'ouvrir un passage au travers des en-
nemis; mais accablé par le nombre,
et fait prisonnier , il fut écartelé. Ses
deux fils eurent la tête tranchée. La
conjuration d' Avogadro , pour délivrer
sa patrie , a été représentée par Du Bel-
loy, dans sa tragédie de Gaston et
Bayard, comme une perfidie atroce.
S. S— I.
AVOGRADO (JÉRÔME ) , né à Bres-
cia, d'une noble famille, fils d'Ara-
broise Avogrado , jurisconsulte de
quelque célébrité, florissait vers Tan
i486. Il ne se borna pas à cultiver les
lettres avec succès, il fut encore, dans
sa patrie, l'appui et le Mécène de ceux
qui les cultivaient, titre qui lui conve-
nait parfaitement, dit le savant Maz-
zuchelli, étant également favorisé des
dons de l'esprit et de ceux de la for-
tune. On lui a attribué la gloire d'avoir
été le premier à corriger et à pu])lier
en entier les œuvres d'architecrure de
Vitruve. Peut-être, en effet, fit-il cette
correction sur quelques anciens ma-
nuscrits, et en prépara-t-il l'édition;
138 AVO
mais auculi clés auteurs qui ont écrit,
soit sur les livres imprimés à Brescia
eu particulit^r, soit sur l'imprimerie eo
général, n*ayant jamais eu connais-
sance de cette édition, il est peu vrai-
semblable qu'elle ait existé. G — e.
AVOND (Jacques), originaire de
Die , dans \c Dauphiué, d'api è> Goujet
et Chalvet. Tout ce qu'on sait de lui,
c'est que, né dans la nli<:,ion réformée,
et avant embrassé le culte romain , il
prit l'état ecclésiastique. 11 défendit le
céiibit des prêtres, dans un ouvrage,
intitulé: Poëme à Vhonneur du sacré
vœu de virginité et de continence ^
etc. , Grenoble, Pierre Fremon, 1 55 1 ,
in-4'^. Goujet convient que cet ouvrage
prouve plus de zèle que de talent.
W— s.
AVOST (JÉRÔME d' ), né à Laval,
en i558 ou iSSc), avait une charge
dans la maison de Marguerite , pre-
mière femme du roi Henri IV. Il a
traduit de l'italien, de Louis Domeni-
clii , une comédie, intitulée : Les deux
Cour lis annes. Cette ^ïhce n'était point
encore imprimée en i584. Beau-
champs , qui en parle d'après nos an-
ciens biographes , n'avait pas étendu
ses recherches plus loin. Si l'on s'en
rapportait à La Croix du Maine, on
serait tenté de regarder Jérôme d'A-
vost comme l'un des meilleurs poètes
de son temps; mais Ton en jugera bien
différemment, si l'on prend la peine
de lire le troisième chant de sa traduc-
tion de la Jérusalem délivrée que
Duverdier a inséré en entier, comme
l'un des bons , dans sa Bibliothèque. Se
ne sais pas si cette traduction a été im-
primée à Lyon , par Barthélémy Ho-
norât, entre les mains de qui Duver-
dier en avait vu une copie. Si elle est
imprimée, elle est fort rare, ainsi que
les autres ouvrages de d'Avost, dont
V(;ici les litres : 1. Les yïmours d^Is-
mène et de la chaste hmine, écrils
AVR
premièrement eu grec par Eustathius J
traduits du grec en italien , par Lelio
Càrassi , et de l'italien en français , par
d'Avost, Paris, Nicol. Bonfons, 1 582,
in-i6 ; II. Dialogues des grâces et
excellences de Vhommc , et de ses
misères et disgrâces , trad. de l'ital.,
d'Alphonse Ulloa , en français, Paris ,
Robert Colombet, i585, in-8o.;nL
Poésies de Hiérome d'Avost de La-
val , en faveur de plusieurs illustres
et nobles personnes , Paris , Abel Lan-
gelier, in-S". ; IV. Essais sur les Son-
nets du divin Pétrarque . avec quel"
ques autres poésies de V invention de
l'auteur, Paris , Abei Langclier, 1 584,
in-8**.; V. dt s Quatrains de la vie et
de la mort, imprimés à Paris, chez
Jean LeClcrc. LaCroix du Marne nous
apprend que d'Avost se proposait de
continuer la traduction de Pétrarque,
et l'abbé Goujet-dit que ce qu'il en a
traduit est assez bon pour son temps.
On sera surpris qu'un homme qui
avait une place à la cour ait pu trou-
ver le loisir de traduire, avant l'âge de
Liôans, tous les ouvrages que nous
venons d'indiquer ; mais on le sera
davantage , quand on saura qu'à cette
époque, il avait en portefeuille la tra-
duction du 4''' volume des É pitres
de Guevara, et un autre ouvrage,
intitulé : Les Elites et plus belles
Meurs, recueillies de toutes les OEu-
vres spirituelles, de Louis de Gre-
nade , qui devait fournir six parties,
W—s.
AYRTGNY 'Hyaci>theRobili.ard
d'), né à Caen, en 1675, entra chez
les jésuites en 1 691 . Sa santé naturel-
hment délicate, ayant beaucoup souf-
fert dans la régence des humanités ,
on le lit piocureur du collège d'Ah n-
çon, em})loi peu relevé dans la société,
et dans lequel on reléguait ordinaire-
ment les sujets qui n'annonçaient aucu-
ne capacité pour les sciences ou pour le
AVR
^uvernénicnt. C'est dans cette pbcc
obscure que le P. d'Avrigny mourut in-
connu en 1719, laissant eu manuscrit
deux ouvrages qui lui ont fait une répu-
tation distinguée parmi les historiens
du siècle de Louis XIV. Le premier
est intitule : Mémoires chronologi-
ques et dogmatiques , pour servir à
l'histoire ecclésiastique, depuis 1600
fusqW'en ï 7 1 6 , avec des réjlexions
et des remarques critiques , irapri-
me's ( à Paris, iGio, chez Gueriii )
sans nom d'auteur, de ville et d'im-
primeur, 4 vol. in-ia, réimprimes
!iès-incorrccfemontàLyon et à Rouen.
Le second ouvrage a pour titre : Mé-
moires pour servir à l'histoire uni-^
ver selle de V Europe , depuis 1600
jnsquen 1716, Paris, I7'i5, 4 vol.
in- 1 2, réimprimés en 1 757, en 5 vol. ,
par les soins du P. Griffet, avec des
additions et des corrections. Nous
n'avons point ces deux ouvrages tels
qu'ils sont sortis de la plume de l'au-
teur. Il fut obligé par Sf s supérieurs
de les soumettre à la révision du P*
Lallemant , qui y fit des changements
si considérables, qu'on assure que le
P. d'Avrigny, affligé de les voir ainsi
défigurés , en mourut de chagrin. Ils
se recommandent tous les deux par
i'éléj];ante précision du style, par l'exac*
titude des dates, par des anecdotes
curieuses, par des remarques critiques
poussées souvent jusqu'à la satire ,
par le développement des faits , plus
ingénieux que fidèle^ Les défauts
qu'on leur reproche tombent princi-
palement sur les Mémoires ecclésias-
tiques. Aussi furent- ils supprimés à
Rome par un décret du 2 sept. 1 7 >.7.
M. de Tourouvre , évêque de Rhodez,
publia l'année suivante, une lettre pas-
torale contre ces mémoires , qui de-
puis ont fourni quelques propositions
répréhensibles au recueil des Asser-
tions. Les mémoires sur l'histoire uni-
AVR I2Ï)
verselle n'annoncent pas moins de
partialité contre les protestants que les
mémoires dogmatiques contre les écri-
vains de Port-Royal. Les retranche-
ments qu'ils subirent par ordre des
supérieurs de l'auteur , eurent princi-
palement pour objet les cruautés exer-
cées dans le Palatinat , qui sont justi-
fiées dans l'imprimé, et les mystères
qui couvrirent les mauvais succès de
la France , dans la guerre de la suc-
cession , que le P. d'AVrigf y dévoi-
lait avec beaucoup de franchise. T— iD.
AVRl L ( Jean ), sieur de La Roche ,
prieur de Corzé, né au Pont-de-Cé>
dans l'Anjou, vivait à la fin du lô*".
sièclr. La Croix du Maine lui donne la
qualité de poète latin et français ; mais
il ne ciie de lui aucun ouvragé écrit en
latin. Suivant ce bibliothécaire, Avril
avait traduit du latin, en vers fran-
çais, les deux premiers livres du Zo-
diaque de la vie humaine, de Marcel
Palingène (Pet. Ang. Manzoli); mais
il n'osa pas publier sa traduction,
ayant eu connaissance de celle que Scé-
voledc Ste.-Marthe préparait du même
poëme. On a de Jean Avril les Regrets
sur la rupture de la paix , en 1 568 ;
Ode sur les victoires obtenues pat
M'', le duc d'Anjou, imprimés en-
semble, en 1570 j lé Bienveigne^
ment ( l'heureuse arrivée ) , à Monsei-
gneur (le duc d'Anjou , ) Angers, René
Troismailles , 1 578. On voit , par les
titres de. ces pièces, que Jean Avril ne
laissait passer aucune circonstance de
donner aux grands des louanges qui
pouvaient bien n'être pas tout-à-fait
désintéressées. W — s.
AVHILLON(Jean-Baptiste-Élie)^
religieux minime , né à Pans , en 1 652,
mort dans la même ville, en 1729,5©
distingua dans son ordre , par ses ser-
mons et par ses écrits ascétiques, qu'on
lit encore aujourd'hui, parce qu'ils sont
pleins d'onction , tels sont : I. les Mé^
m.
dilations sur la sainte Communion ^
in • 1 2 ; II. Retraite de dix jours pour
tous les états, 'n\-\ 'l'y III. Conduite
pour passer saintement le temps de
l'Aident , in - l 'j ; IV. idem , pour le
temps de Carême , in-i 2. ; Y. idem ,
pour les octaves de la Pentecôte ,
du St.-Sacrement , de V Assomption,
in^i2 ; VI. Commentaire ajfecùfsur
le Miserere , pour servir de prépara-
tion à la mort; VII. Traité de Va-
mour de Dieu ; VIII. Réjlexions pra-
tiques sur la divine enfance de J.- C. ;
ÏX. Pensées sur divers sujets de mo-
tale, etc. Le P. Avrillon connaissait
Je cœiir humain , et avait le talent d*en
pe'ne'trer les plus secrets replis. Sa pie'té
a quelque chose d'attachant, qui se
communique à ses lecteurs, et son
style, clair et touchant, se rapproche
quelquefois de celui de Massillon .G — s.
AYRILLOÏ (Barbe), plus con-
nue sous le nom de M™". Acarie , qui
était celui de son mari, ou àcSœur
Marie de V Incarnation , qu*clle prit
en entrant en religion , naquit à Paris ,
le i**^. février i565 , de Nicolas AvHl-
lot, seigneur de Charaplatreux , maî-
tre des comptes. Elle montra, dès son
enfance , une vertu au-dessus de son
âge , et voulut se faire religieuse. Ses
parents s'y opposèrent, et lui firent
épouser, eu i582 , Pierre Acarie,
maître des comptes. Son mari, zélé
ligueur, sortit de Paris lorsque Hen-
ri ÏV y entra, et la laissa dans la
misère, avec six enfants en bas âge.
Elle soutint cette épreuve avec nne
fcTraeté d'ara e qui lui fit beaucoup
d'honneur. Sa pieté, son zèle pour la
religion , lui accjuirent une telle consi-
dération, qu'elle était consultée dans
toutes les entreprises religieuses qui
avaient pour objet de réparer les dé-
sordres causés par les troubles civils.
S'étant crue inspirée du ciel pour tra-
vailler à rétablissement des carme-
AXA
lites en France, elle s'en ouvrit à
Dom. Beaucousin, vicaire des char-
treux de Paris , qui avait été son di-
recteur , et au P. de Bérulle qui l'était
alors. Cette pensée ayant été jugée ve-
nir de Dieu, dans une conférence te-
nue entre ces deux personnages,
S. François de Sales , les docteurs
Duval et Gallcmant, il y fut arrêté
qu'on ferait venir d'Espagne des re-
ligieuses foimées par Ste. Thérèse,
morte depuis vingt ans, pour exécu-
ter le pieux dessein de M"*^. Acarie ,
qu'on regarde en quelque sorte comme a
la fondatrice de cet ordre en France. 1
Devenue veuve en 161 3, elle y en-
tra en qualité de sœur converse à
Amiens. On voulut , par la suite , l'y
faire supérieure; elle refusa constam-
ment cette dignité , se retira dans le
couvent de Pontoise , qui lui devait
son établissement, y vécut dans la
pratique exemplaire de toutes les
vertus, et y mourut saintement le
18 avril 1618. On rapporte que son
tombeau fut honoré de plusieurs mi-
racles. Pie VI l'a mise, en 1791 ,au
nombre des bienheureux. Sa vie a
été écrite par le docteur Duval , par
le P. Morin, barnabite, et, en der-
nier lieu, par l'abbé de Montis, Pa-
ris, 1778. — Marguerite Acarie sa
fille se fit aussi carmélite , vécut. ,
comme sa mère , d'une manière très-
sainte , sous le nom de sœur Margue-
rite du Saint-Sacrement f et mourut
à l'âge de soixante-dix aus. M. Trou-
son a écrit sa vie. T— d.
AXAJACATL , 7". empereur dfs
Mexicains ou Aztèques , second fils do
Montezuma I*^, monta sur le trône
en i464. Sa première expédition fut
dirigée contre les Indiens de Quatulco
etdeTécomptipique, situés à2oon7iI-
les, au sud de Mexico. Aprèsavoirdéfait
l'ennemi en bataille rangée , il revint eu
triomphe dans sa capitale, suivi d'uii*
AXE
îbuîe tle captifs qui furent sacrifies à
la cérémonie de son couronnemeiit. H
fit ensuite la conquête de Tiatélolco,
ville située sur des ilôts , au nord-ouest
du temple de Mexitli (dieu de la guerre),
et qui avait un roi indépendant. Tiaté-
lolco fut réunie dès-lors, par des ponts,
à la ville de Tenochtitlan , ou l'an-
cienne Mexico. Le reste du règne
d'Axajacatl fut lieureux et pacifique.
Ce prince mourut en 1477? ^* ^^^^
pour successeur Âluiitzol, l'un des
électeurs de l'empire. Il avait employé
douze ans à soumettre ses ennemis, à
étendre les limites du Mexique, et à
encourager l'agriculture et les arts.
B— p.
AXELSON (Éric), de la famille
Tod^ ne vassal du Danemarck, il se^
de'clara contre Éric XIII , et passa en
Suède pour y soutenir le parti mécon-
tent de l'union de Calmar. Il devint
très-puissanl dans le pays , et en fut
même quelque temps le souverain, sous
le titre d'administrateur. Jaloux de
Charles Canutson, qui e'tait parvenu à
la dignité royale , Axelson se joignit à
ses ennemis , et contribua à la révo»
lution qui plaça sur le trône Chris-
tian P*"., roi de Danemarck. Mécon-
tent de nouveau du gouvernement da-
nois , il rappela Chai'les , et lui fit ren-
dre la couronne. Charles étant mort
en 1470^ Axelson appuya de tout son
crédit l'éleclion de Slen-Sture, en qua-
lité d'administrateur. Stiire lui céda la
Finlande , où il commanda en souve-
rain jusqu'eij 1 480 , année de sa mort.
La famille Totli resta en Suède , oi^i elle
fit des alliances illustres. Henri Totl
épousa Sigride, fijle du roi EricXIY,
et son petit-fils, Claude Toth , joua un
rôle bridantàîa cour deChristine. Cette
princesse se proposait de l'élever au
rang de duc , et de lui faire assurer le
droit de succéder au trône de Suède,
dans le cas où Charles Gustave^ nomme
AXT i5i
prince royal, mourrait sans enfants;
mais le chancelier Oxenstiern, et d'au-
tres grands du pays , s'opposèrent à
l'exécution de ce projet. C — au.
AXIOTHÉE. F, NicocLEs.
AXT EL (Daniel), officier anglais
au service du long-parlement, avait
été, dans sa jeunesse , garçon de bou-
tique chez un épicier. D'un caractère
sérieux , et imbu de bonne heure des
principes des puritains, il acheva d'être
exalté par les prédications de leurs
chefs j et, ayant pris du service dans
leur armée, il ])arvint au grade de
lieutenant-colonel , et s'opposa forte-
ment à toute réconciliation avec Char-
les V, Quand ce prince fut conduit
devant ses juges, Axtel commandait
le détachement chargé de l'escorter.
L'épouse du général Fairfax ayant
parlé hautement, ainsi que d'autres
femmes, en faveur du roi, Axtel s'e'-
cria : « Chassez ces coquines , fusillez-
» les. )) Sur le chemin du roi , quel-
ques personnes , touchées de compas-
sion , crièrent : « Dieu sauve le roi! »
les soldats d'Axtel crièrent: u Justice!
justice! » Et lorsque, le dernier jour
du jugement, quelques-uns crièrent:
« Dieu préserve votre majesté î » les
soiuats crièrent: «Exécution, exécu-
» tion ! » Quand la sentence de mort
fut prononcée, le roi fut transporté
dans une chaise à porteurs au milieu
de la rue Royale. Les deux hommes
qui le portaient ôtèrent leurs chapeaux
par respect , mais les soldats d'Axtel
les forcèrent à les mettre sur leur tête.
On vérifia dans la suite qu'Axtel avait
été jusqu'à battre ses soldats pour leur
faire tenir une pareille conduite; que,
pendant le procès , il riait et plaisantait
avec eux , et qu'il les avait excités à
brûler devant le visage du prince , de
la poudre qu'il leur avait donnée. II
passa ensuite en Irlande avec Crom-
well j obtint le gouvernement de Kil-
9-.
i37. AXT
kenny, et poursuivit rigoureusement
les partisaus de la monarchie. Lorsque
Cromwell se fut empare' ouvertement
du pouvoir , Axtel et plusieurs autres
officiers donnèrent leur démission à
Henri, fils du protecteur, envoyé' par
lui en Irlande comme major-gënéral;
et Axtel surtout montra, dans cette cir-
constance, beaucoup d'emportemenl.
Depuis celte dpoque, il vécuten simple
particulier, de la fortune qu*il avait ac-
quise ; mais il se vit toujours surveillé,
jusqu'à la mort du protecteur. Le long-
parlement reprit alors son autorité,
et Axtel fut nommé colonel par le lieu-
tenant-général Ludlow. Quoiqu'il eût
changé d'idées en matières religieuses,
et que de puritain il fut devenu anabap-
tiste, il ne varia jamais dans ses idées
politiques. La réputation qu'il s'était
laite à cet égard, et son courage bien
pi-ouvé, le firent placer à la tête d'une
division d'Irlandais, chargée de défen-
dre le parlement contre Charles II; mais
lorsque cite division fut arrivée dans
l'Yorkshire, Monk lui fit congédier
Axtel, ainsi que ceux qui pensaient
comme lui, et choisir d'autres officiers.
Axtel tenta ensuite, avec le général
Lambert et quelques troupes , de ré-
tablir les affaires de son parti; mais il
n'y réussit point, et se tint caché,
prévoyant bien que le rôle qu'il avait
joué dans le procès du roi l'exposerait
à être poursuivi. En efflt, après la
restauration, il fut du nombre de ceux
queCharles II excepta formellement de
l'amnistie générale. Mis en jugement,
il se défendit sur tous les chefs d'ac-
cusation ave<î une grande presence
d'esprit. 11 fut coudamné à mort, ainsi
que le colonel Hacker , et souffrit son
supplice avec fermeté. On exerça sur
son cadavre d'inutiles cruautés; mais
on ne priva point sa veuve et ses sept
enfants du bien qu'il avait amassé dans
Je temps de sa prospérité. D— t.
AYA
AXTIUS (Jean Conrard) , méde-
cin allemand, a publié un petit traire
sur les arbres résineux conifères, tels
que les pins , les cèdres , les sapius ,
les cyprès , etc. , dont on extrait la té-
rébenthine et la poix. 11 fait connaître
les différentes sortes d'utilité que l'on
retire de ces arbres, et cite plusieurs
passages des poètes. Ses descriptions
sont animées et intéressantes, et son
style a de l'agrément. Il y a joint une
lettre sur l'antimoine, dans laquelle
il accuse calomnieusement Guy-Patin ,
grand ennemi de ce remède , de l'avoir
donné à son propre fils pour s'en dé-
faire. L'université d'Iéna exigea d'Ax-
tius une rétractation publique , consi-
gnée dans une petite feuille réunie
quelquefois à son ouvrage intitulé :
Tractaius de arhoribus coniferis ,
elpice conficiendd , aliisque ex illis
arboribiis provenieniibus ; accessit
Epistola de aniimonio : Jenœ , tjpis
Samuelis Krebsiij 1679, in- 12.
D— P— s.
AYALA ( Pierre Lopez de ), né
dans le royaume de Murcie en 1 532 ,
d'une famille distinguée, servit soUs
quatre rois de Castille. 11 s'attacha d'a-
bord à Pierrc-lc-Cruel ; mais la con-
duite de ce prince ayant fait révolter
ses sujets en i566, Ayala prit le parti
de Henri de Transtaraare. Pierre étant
revenu dans ses états à la tête d'une
armée d'anglais et de navarrois, livra
bataille à Henri, le 5 avril 1367, au-
])rès de Naxara ou Navarctte. Ayala y
fut fait prisonnier (ainsi que Dugues-
cliu ), emmené en Angleterre, cl ren-
fermé dans un cachot dont il fait la
description dans son poème intitulé :
Rimado de Palacio , et fut racheté
pour une grosse somme d'argent.
Henri, victorieux à son tour de Pierre,
et maître du royaume , nomma Ayala
son conseiller et son ambassadeur au-
près de Charles V, roi de France.
AYA
Jean I*'. , fils de Henri , lui ayant suc-
cède , garda auprès de lui Ayala , qui
dans la guerre de Portugal, porteur
de l'étendard de l'ordre de la V^anda
à la bataille d'Aliuharrata , en i385,
y fut encore fait prisonnier, quoiqu'il
eût agi en vaillant soldat et eu habile
capitaine. Jean P''. le nomma son
grand chambellan, et grand chancelier
de Castille. Henri III, successeur de
Jean, garda auprès de lui Ayala, qui
mourut à Calahorra, en i4o7> sous le
règne de Jean II. A}ala était l'homme
le plus savant, le plus éloquent et le
plus brave de toute l'Espagne, et se
faisait distinguer dans les conseils
comme à l'armée. 11 aimait beaucoup
les lettres , et fut presque le seul es-
pagnol qui les cultivât de son temps.
Ses auteurs favoris étaient S. Grégoire
et Tite-Live. Il avait apporté d'Italie
ce dernier auteur , jusqu'alors inconnu
en Espagne, et le traduisit en espa-
gnol. Cette traduction fut , au rapport
d'Antonio , imprimée à Salamanque ,
sans nom d'auteur, 1497, in-fol. , ^''
réimprimée à Cologne, chez Arnauld
Birchmann,en i552 ou i555. Il avait
aussi traduit les Commentaires de S.
Grégoire-le~ Grand sur le livre de
Job; le traité d'Isidore, De summo
Bono ; la Consolation de la philoso-
phie de Boëce, et Y Histoire de Troie
de Guy Columna. Il avait composé en
espagnol un Traité de Fauconnerie ,
et la Généalogie de la maisonrojale.
Il paraît que ces ouvrages et traductions
n'ont pas vu le jour j mais, outre le
Tite-Live d* Ayala , on a encore im-
primé de lui , I. une traduction du.
traité de Boccace, De Casihus viro-
rum illustrium, Séville, 14^5, in-
fol., Alcalade Henarez, i552, in-fol.
Ayala n^avait traduit que les huit pre-
miers livres et le chapitre du 9"., con-
sacré à Artus , roi d'Angleterre. La tra-
ductijoa. fut. achevée par Alphonse
AYA
35
Garzias de Ste. -Marie, doyen des
églises de Compostelle et de Ségovie.
II. Cronicas de los reges de Castilla^
D. Pedro y D. Henrique II, D. Juan
el priniero ,/ D. Henrique tercero ,
Pampelune, iSgi , in-fol. Celte pre-
mière édition ne contient que les règnes
de Pierre , Henri 11 , et Jean l^^ L'ou-
vrage entier a été réimprimé à Sara-
goce, i68'2 : il y a une édition de
Madrid, 1779, 4 vol. in-^o. Ayak
avait été témoin des événements dont
il parle, a II est, dit Antonio, historien
» fidèle , et son style est élégant pour
» le temps où il écrivait. » A. B — t.
AYALA (Diego Lopez de), cha-
noine de Tolède , vers le milieu du
1 6". siècle , traduisit en castillan , avec
beaucoup d'élégance et de pureté , le
Philocopo de Boccace , sous le titre
de El Laberinto de Amor , etl'^r-
cadie , de Sannazar. Ces deux ou-
vrages ont été imprimés in-4°. , le
premier en 1 555 , le second en 1 547 ?
ils jouissent de l'estime des littérateurs
espagnols. G— S — a.
AYALA ( Gabriel ), médecin de la
faculté de Louvain, et médecin pen-
sionnaire de la ville de Bruxelles , mort
vers 1 562 , a laissé un recueil de vers
latins , imprimé à Anvers , en i562 ,
in "4°., contenant quatre-vingt-neuf
épigrammes qu'il avait déjà fait impri-
mer sous le titre de : Popularia eni-
^rammala medica, un livre d'E-
légies, etc. L'auteur convient lui même
que ses épigrammes sont un peu trop
longues et peu piquantes j mais il prie
le lecteur de faire attention qu'elles,
sont Medica et Galenicaynon CatuU
liana. — Balthazar Ayala , cousin
de Gabriel, et né à Anvers, en i548
environ , jtu'iscon suite et auditeur gé-
néral des troupes de Philippe II dans
les Pays-Bas, adonné: De jure, of-
ficiis bellicis , ac militari discipliaii^
libri ires , Douai , i ^82 , in-S"*. f- An-
i54 AYA
vers, i597, iii-8°. — Nicolas An-
tonio, dans sa Bibliotheca Hispana
Nova , parle de beaucoup d'autres
Ayala , qui , la plupart , n'ont compose'
qiic des ouvrages de dévotion.
A. B— T.
AYAMONTE (le marquis d'), sei-
gneur espagnol de la maison de Guz-
man , dans laquelle ce marquisat sub-
siste encore , naquit vers les premières
anne'es du 17''. siècle , et suivit la car-
rière des armes. Il était proche parent
de Louise de Guzman , dont le^mari ,
Jean , duc de Bragancc , venait d'être
proclame' roi de Portugal (1640). Aya-
monte, flatte' d'une telle alliance, oublia
la fidélité qu'il devait à son propre sou»
vcrain , et cbercha à susciter une révo-
lution dans la province d'Andalousie ,
qu'il voulut rendre indépendante de la
couronne de Castille, d'accoi'd avec le
nouveau roi de Portugal. Le duc de
Médina Sidonia , beau-iVère de celui-ci,
se trouvait gouverneur de cette pro-
vince, où il possédait des biens im-
menses. L'Espagne était dans un état
de décadence sous le règne du pusil-
lanime Philippe IV; tout concourait
a séduii'e l'ambition du duc de IMe-
dina Sidonia, et les circonstances four-
nirent au marquis d'Ayamonte des ar-
guments assez forts pour ébranler sa
fidélité. Mais l'indiscrétion du moine
Velasco , qui fut trahi par le confi-
dent qu'il avait choisi , fit avorter la
conspiration, au moment où elle allait
ctre exécutée. Le comte d'Olivarez
fut instruit de tout, et le roi PhiUp-
c voulut bien laisser à son ministre
e soin d'une affaire , dont les détails et
la recherche alarmaient encore plus
sa paresse , que le danger n'effrayait
son imagination. Soit que le duc de
Médina Sidonia ne fût coupable d'au-
cun acte positif de rel)cilion , soit que
le ministre voulût préserver la fière
maison de Guziian^ dont il était lui-
l
AYL
même, de la honte de voir traîner à
l'échafaud celui qui en était le chef, il
paraît que le marquis d'Ayamonte fut
la seule victime sacrifiée, et encore
voulut-on jeter une espèce de voile sur
la nature du crime qui hii fut imputé.
On le flatta de l'espoir d'obtenir sa
grâce, jusques au moment où ia hache
du bourreau allait faire tomber sa tcte.
Il avait pourtant avoué tout , persuade
qu'il ne serait pas moins favorable-
ment traité que le duc, à qui le roi
s'était contenté d'otcr le gouvernement
de l'Andalousie. Mais on se servit de
sa propre confession pour lui faire son
procès ; il fut condamné à perdre la
tête. Ses juges lui prononcèrent sa sen-
tence le soir. Il l'écoula avec une tran-
qlùllité surprenante, et sans se plain-
dre ni du duc ni du ministre; il soupa
ensuite à l'ordinaire, et passa toute la
nuit dans un profond sommeil. Il fallut
que ses juges le fissent éveiller pour
aller au supplice : il y marcha sans
dire un mot, et mourut avec une fei*-
meté digne d'une meilleure occasion.
( FofAes articles Médina Sidonia
( Guzman, duc de), Nicolas Velas-
co , LoLiSE, etc., Guzman, Bra-
gance , etc. J. B. E — d.
AYDEB-ALY. Ton Hider-Aly.
^ AYESHA , femme de Mahomet. T.
Aichah.
AYGUEBERRE (Jacques Bumas
d' ). P^. AlGUEBF.RRE.
AYLESBURY (Thomas), né à
Londres en 1576, fut créé baronet en
1G27.ll était très-instruit, surtoutdans
les mathématiques ; mais il mérite plus
particulièrement d'être cité pour le
noble usage qu'il fit de sa fortune en
faveur des savants et des gens de let-
tres. Noh seulement il les recherchait
et les réunissait chez lui, mais il fai-
sait encore des pensions à plusieurs
d'entre eux. Son attachement à Charles
I". l'obligea, eu 1 64 2, d'aller chercher
AVL
un asyle dans les Pays-Bas , où il mou-
rut, en 1657, à l'âge de 81 ans, lais-
sant une fille qui épousa Edouard
Hyde de Porto n , depuis le fameux
comte de Glarendon, el un fils (Guil-
laume), qui fut choisi par Charles P'".
pour être gouverneur du duc de Ruc-
kingbam et de son frère. Guillaume par-
courut avec ses élèves les différents
royaumes de l'Europe. Ce monarque le
chargea du soin de traduire del'itahen
en anglais V Histoire des guerres civi-
les de France^ par Davila. Cette tra-
duction, où il eut pour collaborateur sir
Charles Colterel , parut à Londres , en
1647, in-fol. Dans une seconde édi-
tion, publiée en 1678, on attribue
» presque tout l'ouvrage à sir Charles
Gollcrel. Guillaume Aylesbury mou-
-ut à la Jamaïque, dans un âge peu
irancé. X — s.
AYLEÏT (Robert), auteur an-
glais, né au commencement du 17^
siècle, a publié deux ouvrages en vers ,
intitulés , l'un : Contemplations di-
vines el morales; l'autre ; Suzanne ,
ou le Procès des deux vieillards,
Londres, i6'2'2 , in-8". On lui attribue
la Britannia antiqua illuslrata , pu-
bliée sous le nom d'Aylett Sammes,
son neveu. , X — s.
AYLIN (Jean ), ou plutôt Ailîno ,
surnommé DE Maniago, du nom d'un
château du Frioul, où il était né, flo-
vissait au 14*". siècle. 11 écrivit en
Utln l'histoire de la guerre du Frioul,
JlistoriaBelluForojuliensis. On croit
que Maniaco, lieu de sa naissance,
fivait été bâti à la place où était ancien-
nement la ville do Célina , dont parle
Pline, et qui depuis long -temps ne sub-
siste plus. Aylin était notaire, et ses
aicux l'avaient été au même lieu , de
}>cre en fils, depuis l'an 1277. Son
J/istoire de la t^uerre du Frioul ,
^ui s'iîtend depuis i56G jusqti'eu
x^^j a été insérée, paç Muralori,
AYL
i55
dans ses Antiquitates Italien wedii
œi'i, tom. III, pag. 1 187. Ce savant
critique avoue qu'Aylin n'écrit pas'
comme Salluste ni comme Tite-Live j
mais c'est ce qu'on ne peut exiger d'un
écrivain du 1 4"- siècle. Cette histoire
contient, relativement à la guerre qui
en est le sujet , des particularités qui
ne se trouvent point ailleurs. G— e'.
AYLMER (Jean), prélat anglais,
né à Aylmcr-Haîl, en Norfolk, vers
1 521 , d'une famille distinguée. Ayant
dû le bienfait de son ducation à la
protection de Henri Grey , marquis
de Dorset, et depuis duc de Suffoik,
il fit à son tour l'éducation des en-
fants de ce seigneur, et entre autres
de lady Jeanne Grey, si célèbre par
sa fin tragique : guidée par lui ,
elle fit des progrès rapides dans lea
langues grecque et latine, et lui té-
moigna iDeaucoup d'affection. L'atta-
chement qu'il montra pour le pro-
testantisme l'obligea de sortir du
royaume sous le règne de Marie. Il y
y rentra à l'avènement d'Elisabeth au
trône; mais, malgré son zèle, ses pro-
tecteurs et ses talents, s'élant élevé
dans ses écrits contre la richesse et le
faste des ecclésiastiques , il resta long-
temps sans avancement. 11 crut devoir
se justifier par la suite, en disant que
« lorsqu'il était un enfant , il paiTait
» et pensait comme un enfant. » Ce ne
ftil qu'en 1576, qu'ayant été élu évêque
de Londres, il commença à déployer la,
plus grande magnificence, entretenant
quatre-vingts personnes pour le ser-
vice de son palais. L'amour de l'ar-
gent, l'ambition du pouvoir et l'into-
lérance religieuse faisaient le fonds
dominant de son caractère. Ses pro-
cédés tyranniques à l'égard des puri-
tains lui attirèrent des leproches de
la part mêine du gouverjiement, et
le rendirent teliemeut odieux qu'il
demanda piusiriirs fois à résigner son
i
i56 AYL
c'vêdie. Tl mourut très-ricLe en 1394,
à l'àgc de soixante -treize ans , et fut
enterre à S. Paul. Parmi plusieurs
traits de sa vie, on cite le courage avec
lequcUIse fit extraire une dent, pour
engager la reine Elisabeth à se sou-
mettre à la même opération. Aylmer
avait du talent pour l'éloquence de la
chaire, ce qui n'empêchuit pas qu'il
ne fît bâiller quelquefois son auditoire.
S'aperccvaiit un jour en prêchant que
la plupart de ses auditeurs étaient en-
dormis, il tira de sa poche une Bible
hébraïque , et se mil à !a lire tout haut.
La nouveauté des sons réveilla ceux
qui dormaient , et ils y prêtèrent d'au-
tant plus d'attention qu'ils n'y com-
prenaient rien. Alors il reprit la suite
de son s«"rraon , après avoir fait ob-
server à SCS auditeurs combien il était
déraisonnable de prêter si peu d'at-
tention à la parole de Dieu , et de la
réserver pour un langage dont ils
D'entendaient pas un seul mot. 11 est
auteur d'une Réponse au livre de
Knox\ contre le gouvernement des
femines ^ et il a aidé Fox dans la tra-
duction latine de l'Histoire des Mar-
tyrs. S — 1>.
AYLOFFE (siR Josepu), anti-
quaiie anglais , né vers 1708^, d'une
bonne famiile du comté d'Essex , a
publié : Calendriers des anciennes
Chartres , etc. , et des Archives gal-
loises et écossaises existantes à la
tour de Londres, 1772, in-4". H
avait entrepris la traduction de VEn-
ç^clopédie française , avec des ad-
ditions relatives à sou pays ; mais la
première livraison ayant reçu peu
d'accueil , l'ouvrage ne fut pas conti-
nué. Il a eu pari aux éditions des Coî-
lectanea de Leiand, en 9 vol. in-
8'., 1 770 j du Liber niger Scacca-
rii, 1771 , en 2 vol. in-S"., et il a
icvu l'édition de 1771 des Discours
curieux , de Hearne. 11 est aussi l'au-
AYM
teur de YUniversal lihrarian { îe^
Bihliotliécaire universel), et de plu-
sieurs articles intéressants de YAr-
chœologia Britannica ( Mémoires de
la Société des antiquaires de