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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"






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V 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE. 
AU— BE. 



1 



4^, , ■ ^ . jr --^ •^- 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 

OU 

HISTOIRE , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE 
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT DISTINGUES PAR LEURS ECRITS , LEURS 
ACTIONS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES, 

OUTRAGE EJCTIÈEEMEITT WETJF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit âe* «égards *«x vivants ; on ne doit , a«x storU, 
qae la vérité. ( Vo lt. , première Lettre tur OEdipe. ) 



TOME TROISIÈME, 




A PARIS, 

CHEZ xMICHAUD FRÈRES, LIBRAIRES, 

KUE DES BOSS-EMFAMTS, M». S.J. 

DE L'IMPRIMEiUE DE L. G. MICHAUD. 

i8u. 



CT 

un 
•c. 3 




9605^2 



AVIS DES ÉDITEURS 

SUR CETTE SECONDE LIVRAISON. 



A peine arrivée à son début , notre entreprise a déjà subi toutes les contrariétés qui, 
dans tous les siècles, signalèrenl le berceau des opératious les plus utiles et des dé- 
couvertes les plus précieuses. Discussions littéraires et judiciaires 5 accusations et dé- 
lations de toute espèce , éloges et encouragements plus nombreux encore , rien n'a 
manqué à la célébrité de la Biographie universelle. 

Quelque obscurs que soient les ennemis que nous avons eu à combattre, quelques 
ridicules qu'aient été leurs moyens d'attaque, ils sont cependant parvenus à exciter 
l'attention du public, et nous devons avouer que nous n'avons pas eu moins be- 
soin , pour leur résister, de la justice de notre cause, que de l'appui des gens hon- 
nêtes et éclairés. 

Il s'en faut beaucoup que le triomphe que nous avons obtenu puisse réparer 
tout le tort que nous avons éprouvé par les doutes jetés sur nos opérations, et le^. 
retards apportés à nos travaux 5 maisloin d'en être découragés , nous allons redoublci' 
d'activité j et , marchant désormais sans obstacles, nous devons nous flatter d'aller 
à notre but avec plus de rapidité. Convaincus néanmoins des soins qu'exige un 
pareil travail, on n'aura jamais à nous accuser de précipitation ni de négligence : 
nous aimons mieux faire un ouvrage qui puisse résister au temps et à la critique , que 
d'improviser une compilation médiocre et éphémère. 

On a fait sur la première livraison quelques observations dont nous ferons notre 
profit ; et nous recevrons avec reconnaissance toutes celles que l'on voudra bien noué 
adresser encore. Si elles ne nous arrivent pas à temps , elles seront renvoyées au 
Supplément et Errata qui se trouveront à la fin de l'ouvrage. 

Ceux des sousci-ipteurs qui ont été étonnés de ce que les deux premiers volumes 
n'avaient pu contenir la seule lettre A , ne le seront peut-être pas moins de ce quô 
le B et le C remplissent aussi chacun plus de deux volumes ; mais il nous suffira de 
dire que les trois premières lettres de l'alphabet forment dans tous les dictionnaires 
historiques à peu près un tiers de la totalité. Nous pouvons , au reste , assurer que 
nous serons toujours fort scrupuleux sur le choix des articles et des détails qui les 
composent, et que nous n'en admettrons que de vraiment utiles. 

L'objection que Ton avait faite sur le grand nombre d'articles orientaux qui se 
trouvent dans les deux premiers volumes, sera sans objet, si l'on veut considérer 
que la plupart des noms de l'Orient commencent parla lettre A. 

L'orthographe que nous avons adoptée pour ces mêmes noms orientaux a aussi 
étonné quelques personnes. Cependant il est sûr qu'elle est aujourd'hui consacrée 
dans un grand nombre de bons ouvrages, et que, devenue plus générale, elle 
rendra bientôt plus facile la connaissance des langues et de l'histoire orientales. 

Enfin, on s'est plaint de l'étendue de quelques articles 5 et ce qui prouve l'injustice 
d'une grande partie de ces réclamations , c'est que les mêmes personnes nous accu- 
saient d'avoir omis dans ces mêmes aiticles des détails dont nous pourrions aisément 
démontrer l'inutilité. Mais nous répondrons à ces objections d'une manière plus 
«fficace , en donnant de nouveaux soins à toutes les parties de cet important ouvrage. 
III. il 



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i.«»/*^<»*^^%.«k/W*/%^^k^^*^V^^>/%.*^%^ 'V/*^*»^'* ^/».^;v<%'v-v-».-vi« 



SIGNATURES DES AUTEURS 

DE LA SECONDE LIVRAISON. 



MM. 



A. 

A— D— R. 

A— D. 

A G — R. 

B— BE. 
B— R f. 
B— E. f. 

B— P. 
B— I. 
A.B— T. 

B~T. 
B-Y. 

B— -ss. 

B—G. 

B. N— G. 

C. G. 

C— AU. 

C. et A. 
Ch— N. 

C— L. 

C— R. 

C. T— T. 

C~S— A. 

D— L— E. 

D.L. 

D — M — T. 

D.N-L. 

D— G. 

D—s. 
D—P— s. 

D—T. 

J.B.E— D. 
F— z. 

F— E. 

G— s. 

G—f.. 

G— D. 

G— R. 

G— T. 



Anonyme. 


J-u. 


Amar-Durivier. 


K. 


Artaud. 


L-x. 


AUGER. 


L~s. 


Balbe. 


L_T— L. 


Barbier j*. 


L-P-E. 


Basante fils. 


L-S— E. 


Beauchamp. 


L. R-E. 


Bernardi. 


M— B— jv 


Beccuot(A. J. Q.). 


M— N. 


BlOT. 


M— D. 


BoLLY (Mnie. de). 


N-L. 


BoiSSONNADE. 


P— I. 


BourtGOlNG. 


P— T. 


Brun-Neergard. 


c M. P. 


Cadet-Gassicourt. 


P— E. 


Castellan. 


r-~x. 


Catteau. 


g-..R_T 


ChAUSSIER etADELOBf. 


R— L. 


Chéron. 


R— ». 


ChoiseuL'd'Aillecoukt. 


R— T. 


Clavier. 


S_Y. 


Coquebert de Thaizt. 


S-s. 


Corréa-de-Serra. 


s. D. s— Y 


Df.L AMBRE. 


S. s— I. 


Delaulnaye. 


s— R. 


Demusset-Pathat. 


Sx— T. 


De Noual-Lahoussaye. 


s— D. 


Depping. 


T— D. 


DeSPORTES ( BOSCHERON ). 


T— L. 


Du-Petit-Thouars. 


T—T. 


DURDENT. 


U—i. 


ESMÉNARD. 


Y. B— E. 


Esméi«ard(J.B.). 


T~z. 


FÉLETZ. 


V-s. 


FlivÉE. 


V. S— L. 


Gallais. 


V— T. 


GmGUEH^. 


v.w. 


GlRAUD. 


W~s. 


Gbosier. 


W— R. 


GuiIOT. 


X-s. 


JocRDAur. 





MM. 

JoHAPfEAU. 

Anonyme. 

Lacroix. 

Langlès. 

. LALLY-ToLtENnAL. 

LaPorte ( Hippolytfi de). 
La Salle. 
La REPTAuniÈRE. 
• Malte-Brun. 

Mersan. 

MiCHAUD. 
NOEL. 

Paroletti. 
Peignot. 

PiLLET. 
P03VCE. 
PUJOULX. 
. QUATREMÈRE-ROISST. 
ROSSEL. 

Robin. 

Roquefort. 

Salaeéry. 

SeNONES ( DE ). 

. Silvestre-de-Sact. 

SiMONDE-SiSMUNDI. 

Stapfer. 
Stassart (de). 

SuARD. 

Tabaraud. 
Treneuil. 

TlSSOT. 
CsTiRI. 

Yan IIertborn. 
Yannoz (M»"e, de). 

YlLLERS. 

Yiivcekt-Saikt-Laureiït. 

VlTET. 

Yan Win ( le chevalier de ). 

Weiss. 

Walkenaer. 

Revus par M. SuARD« 



BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



Au BAI S (Charles de Baschi , 
marquis d' ) , d'une famille illustre , 
originaire d'Italie , qui avait la pre'ten- 
tion d'avoir été souveraine , naquit au 
château de Bcauvoisin, près de Nîmes, 
le 20 mars 1686, et mourut dans ce- 
^\i dont il portait le nom, le 5 mars 
!']']']> Passionne' pour les lettres, il 
leur consacra sa fortune et sa vie. Il 
fut des académies de Nîmes et de Mar- 
seille. Il a publié : I. avec Léon Mé- 
nard ( Foy. ce nom), des Pièces fu- 
gitwes pour servir à l'Histoire de 
France , avec des notes historiques 
et géographiques, l'jSg, 5 vol.in-4''.; 
H. seul, une Géographie historique , 
l'jôi , in-8^. Le premier de ces ou- 
vrages est un recueil de divers mor- 
ceaux qui étaient peu connus, ou to- 
talement ignores, généalopes, rela- 
tions de voyages , récits de batailles , 
de sièges, de troubles civils , chartes, 
titres , etc. Chaque pièce est précédée 
d'une notice sur 1 auteur , accompa- 
gnée de remarques , et suivie , quand 
elle en est susceptible , d'une table 
chronologique des événements qui y 
sont retracés. Parmi beaucoup de cho - 
ses curieuses et utiles , que renferme 
cette collection , on en trouve quel- 
ques-unes de minutieuses , et qui n'of- 
frent aucun intérêt; mais les compila- 
teurs à qui on la doit avaient pour sys- 
tème que le reproche de mimitie, 



en fait d'histoire , n*est que Feffet d*uii 
préjugé que les ignorants et les pares- 
seux veulent établir , et ils croyaient , 
disaient -ils , rendre un grand service 
à la postérité , en travaillant à le dé- 
truire. L'un d'eux s'est montré étran- 
gement fidèle à ces maximes , dans sa 
volumineuse Histoire de Nimes. Les 
Pièces fugitives eurent du succès ; la 
Géographie historique n*en eut pas : 
c'est une misérable compilation sans 
méthode et sans exactitude. L'au- 
teur s'était cependant procuré les plus 
grands secours pour ce genre de tra- 
vail, en rassemblant dans son château 
une des bibliothèques les plus nom- 
breuses et les mieux choisies , qu'un 
particulier opulent puisse former. 

V. S— L. 

AUBAN (marquis DE St.), 

mort le 5 septembre 1 785 , lieutenant- 
général des armées du roi , après qua- 
rante-six ans de service , avait fait dix- 
sept campagnes, et s'était trouvé à 
trente-huit sièges ou batailles. Parti- 
san des anciennes ordonnances de l'ar- 
tillerie française, il a donné : I. Consi" 
dératioîis sur la réforme des armes 
jugée au conseil de guerre , ^77^) 
in-8 '. ; II. Supplément aux considé^ 
rations , etc. , in - 8''.; III. Mémoire 
sur les nouveaux systèmes d'Artil- 
lerie , 1775 , iu-S*". -y V. une traduc- 
lion du Traité des armes a feu , 



a AUB 

d'Anloni, publiée par le marquis de 
Fraguier, beau-iils de Saiut-Auban ( ^. 
Antoni ). A. B — T. 

AUBENTON. Voy. Daubentow. 
AUBERT, AUDBERT, AUTBERT 
•u HAUBERT (S.). Cenom s'est écritet 
prononcé de ces différentes manières ; 
il paraît êu-e aussi le même que celui 
d'Albert , puisque la place Maubert est 
nommée ainsi parce qu'Albert le 
Grand, ou maître Aubert y donnait 
&ts leçons. Ce nom a été très-commun 
dans toutes les parties du royaume, 
dès les premiers temps de la monar- 
chie. Deux évêques qui l'ont porté 
ont mérité , par leurs vertus , d'être 
mis au rang des saints. Le plus ancien 
fut évêque de Cambrai et d'Arras , en 
Tan 655. Ces deux sièges étaient réu- 
nis à cette époque. Il fiit honoré de la 
confiance de Dagobert , et mourut en 
C6S. Il fonda plusieurs abbayes , entre 
autres celle de St.-Ghilain à Cambrai, 
et celle de St.-Vaast à Arras. Après sa 
mort , on en consacra deux autres sous 
son invocation , dans ces deux villes ; 
son corps int déposé dans celle de 
Cambrai , et celle d'Arras devint une 
des principales paroisses de celte ville. 
Sa fête a été placée au 16 décembre, 
anniversaire de sa mort. Mabillon a 
publié sa vie , dans le tome II , A et. 
Benedict, — Le second S. Aubert oc- 
cupa le siège d'Avranches , au com- 
mencement du 8'. siècle, et il en fut le 
dixième évêque; il s'est rendu célèbre 
par la fondation du mont St.-Michel, 
Suivant l'usage de ces temps, on a ré- 
pandu beaucoup de merveilleux sur les 
motifs qui l'y déterminèrent. On a dit 
entre autres choses, qu'un esprit céleste 
apparut pour lui ordonner de cons- 
truire un temple , eu son nom , sur la 
pointe d'un rocher , situé au milieu de 
ia mer, et qui se nommait alors le 
Mont de la Tombe. Le saint, jugeant la 
chose impossible, uc put se résoudre à 



AUB 

l'entreprendre : ce ne fut qu'à la troi' 
sième apparition , que , convaincu de 1* 
puissance de l'archange , par une puni- 
tion que celui-ci lui infligea, il se mit en- 
fin en devoir d'obéir, et, que surmon- 
tant toutes les difficuhés , il parvint à 
bâtir un oratoire dans le lieu indiqué, 
qui devint bientôt célèbre, sous le nom 
de St.'Michel , en péril de la mer. 
S. Aubert y établit d'abord des chanoi- 
nes; mais ceux-ci s' étant relâchés, on les 
remplaça , en g-yô , par des bénédic- 
tins , qui y sont restés jusqu'à la révo- 
lution. On a raconté des détails encore 
plus merveilleux sur cet événement ; 
mais on doit remarquer qu'ils sont 
exactement les mêmes que ceux qu'on 
a attribués à la fondation de St.-Michel . 
du mont Gargan , maintenant mont 
St.-Ange , faite plus d'un siècle avai>t 
celle-ci. Celte confo imité suffit pour les 
faire reléguer parmi les fraudes pieuses 
que l'ignorance inventait alors. Il est 
probable que S. Aubert , animé de l'es- 
prit sage qui avait dirigé les premiers 
apôtres, chercha à sanctifier des usages 
superstitieux, restes du paganisme ou 
du druïdisme , en leur donnant ui.c 
direction plus pure ; et il suivit , pour 
y parvenir, une coutume assez géné- 
ralement établie dans toute la cbrélien- 
té , celle de consacrer à S. Michel les 
lieux élevés qui, sous le paganisme, 
l'avaient presque tous été à Mercure. 
Ce nouveau St. - Michel devint en 
peu de temps l'objet d'un pèlerinage 
trcs-accrédilé. Le corps de S. Aubert 
y fut déposé après sa mort; mais il fut 
oublié pendant plus de 3oo ans. 
Ayant été alors découvert par une ré- 
vélation , cette rehque renouvela la 
ferveur des pèlerins, parmi lesquels on 
a compté les personnages les plus il- 
lustres : Louis XI fut de ce nombre , 
et ce fut ce qui le détermina à établir 
l'ordre de St. - Michel , en 1469. La 
fête dç S. Aubert a c le fixée au 26 juin 



AUB 

anniversaire de la découverte de son 



corps. 



D— P—s. 



AUBERT DE PUICIBOT, trou- 
badour , qu'on a aussi nomme le Moi- 
ne de Puicihot , était fils d'un châ- 
telain de ce lieu, dans le Limousin, 
fut placé très-jeune dans un couvent 
de bénédictins , et ne paraît pas avoir 
eu une véritable vocation pour cet 
état. Après avoir en vain cherché, 
dans la poésie , une ressource contre 
la gène et l'ennui du cloître , il quitta 
son monastère, et se rendit auprès 
de Savary de Mauléon , qui lui donna 
les moyens de paraître avec quel- 
que avantage dans plusieurs cours , 
ou il célébra la beauté, dans quelques 
chansons pleines de jeux de mots, et 
d'un style négligé et diffus. Long- 
temps volage , comme tous les trouba- 
dours, il parut enfin se fixer; mais sa 
maîtresse ne voulait épouser qu'un 
chevalier. Mauléon leva cette difficulté, 
en armant Aubert chevalier , et assura 
sa fortune. Heureux époux, Aubert de 
Puicibot compta trop sur la fidélité de 
sa femme ; et, tandis qu'il alla chercher 
des aventures en Espagne , l'épouse 
s'anmsa à courir le pays avec un An- 
glais , qui l'abandonna bientôt. Aubert, 
aussi peu délicat que sa femme sur le 
choix de ses plaisirs , était loin , ce- 
pendant , de soupçonner le vil métier 
qu'elle avait embrassé. En revenant 
d'Espagne, il se laissa entraîner dans 
une de ces maisons où le vice ne sait 
plus même emprunter l'apparence de la 
pudeur : ce fut là qu'il revit sa femme. 
Sa confusion fit place à la colère. On 
a publié qu'il avait voulu la jeter dans 
un précipice fameux en Provence; 
mais il paraît qu'il se borna à la forcer 
à se faire religieuse, et que, dégoûté 
du monde, il vendit ses biens, et se fit 
lîioine dans le monastère de Pignan , 
où il mourut, en 1265. P — x. 
AUBEUT (Guillaume), sieur de 



AUB 5 

Massoignes, né à Poitiers, vers 1 554* 
avocat au parlement de Paris, et en- 
suite avocat - général à la cour des 
aides, avait acquis, par l'exercice de 
sa profession, plus de réputation que 
de fortune. Suivant Lacroix du Maine ^^ 
il passait pour l'un des hommes les 
plus savants et les plus éloquents de 
son temps, ce qui ne l'empêcha pas 
de vivre dans la misère ; il se vit 
même obligé , à l'âge de près de 
soixante ans , de se justifier de ce qu'é- 
tant avocat-général , il continuait à plai- 
der au parlement pour les particuliers, 
et d'en donner , pour raison , les tris- 
tes circonstances où il se trouvait. On 
ne peut indiquer au juste l'époque de 
sa mort, arrivée vers l'an iSgô. Il 
a traduit de l'espagnol, le douzième 
Ywve <X Amadis de Gaule; il se pro- 
posait d'écrire l'histoire des guerres 
faites pour la conquête de la Terre* 
Sainte , et il en fit même imprimer le 
premier livre, en iSSg. Il avait éga- 
lement entrepris de continuer l'Histoire 
de France, depuis l'époque des croi- 
sades ; mais ces projets n'eurent point 
de suite. On a, de Guillaume Aubert, 
1. un Discours sur les moyens d" en- 
tretenir la paix entre les princes 
chrétiens f Paris, iSSg, in-4".; tra- 
duit en latin , par Martin Helsing, Pa- 
ris , 1 56o , in-4''. ; IL une Elégie sur 
la mortdeJoachimduBellaj, 1 56o, 
in-4".; m. des Vers à M. de V Hô- 
pital, sur sa nomination à la place 
de chancelier, i56o, et d'autres sur 
la mort du comte de Brissac , 1 569 , 
in-S".; IV. un Hymne sur la venue 
du roiHenrillIj in-8*. ; V.iin recueil 
de vers et de prose ( 1 585) in-B". , qu'il 
intitula les Retranchements, parce 
qu'il avait pris sur les heures de ses oc- 
cupations, pour le composer. Scevole de 
* Ste.-Marthe a traduit en vers latins , la 
plupart des pièces dp poésies de Gui ! lau- 
me Aubert, YL Histoire des Guerres 



4 AUB 

faites par les Chrétiens contre les 
Turksy soiis la conduite de Gode/roi 
de Bouillon , Paris , i SSg, in-4°. , de 
^4 feuillets. Ce n'est qu'un essai, en- 
li-epris par l'auteur , pour prouver qu'il 
était capable d'exécuter un ouvrage de 
longue haleine. VII. les Occasions, 
iSgS, in-S". de 64 pages. Ce sont 
quatre discours politiques, auxquels il 
a donné des titres bizarres : les Re- 
mu£urSy\es Chenaux, \e Bien public, 
les Fents. Aucun de ces ouvrages ne 
justifie la réputation dont a joui leur 
auteur. VIII. Quelques opuscules sur 
lesquels on peut consulter la Biblioth. 
du Poitou de Dreux du Radier , et les 
Mémoires de Niceron. W — s. 

AUBERT (Pierre), né à Lyon le 
g février 1642, composa, à l'âge de 
seize ans , un petit roman sous le titre 
de Voyage de Vile d^ Amour ^ qui lui 
fit concevoir l'idée d'un autre, dont le 
sujet fut le Retour de Vile d* Amour. 
Pendant qu'il était à Paris, son père 
jBt imprimer cet ouvrage , contre les 
intentions de son auteur. Revenu dans 
sa patrie, Aubert embrassa la profes- 
sion d'avocat, fut échevin en 1700, 
et remplit diverses places de judica- 
ture, jusqu'à sa mort, arrivée le 19 
février 1755. Il s'était formé une bi- 
bliothèque nombreuse , qu'il légua à la 
ville de Lyon, pour être rendue publi- 
que. On a encore de lui : I. un Recueil 
de Factums de différents avocats , 
Lyon, 17 10, 1 vol. in-4''.; II. une 
nouvelle édition du Dictionnaire de 
Richelet, Lyon, 1 728, 5 vol. in-fol., 
édition que les dernières ont fait ou- 
blier ; III. quelques Dissertations dans 
les Mémoires et Journaux du temps. 
Elles n'ont pas été recueillies. 

A.B-T. 

AUBERT. La médecine s'honore 

de plusieurs médecins de ce nom , 

dont la réputation, néanmoins, fut 

toujours renfermée dans de petites lo- 



ATJB 

calites.— i**. Aubert ( François ), mé- 
decin du roi à Marseille , né à Ollioules ^ 
le 21 juillet iGg^, mort en 1782, 
qui, plein de philantropie, légua son 
bien pour fonder un hôpital, et une 
place de médecin des pauvres. — 2". 
AuDERT (François), né à Dormans , pe- 
tite ville de Champagne , le 28 septem- 
bre 1695, fut long -temps à la tète 
des hôpitaux de Châlons-sur-Marne. 
On a de lui : I. un Discours sur les 
maladies des bestiaux^ IL Consul' 
tations médicinales sur la maladie 
noire, 1745, in-4°.; HL Réponse 
aux écrits de M. JVavier, touchant 
le péritoine y 1751, in -4". — 5"*. 
Aubert ( Jacques ) , docteur en phi- 
losophie et en médecine , du i&, 
siècle, né à Vendôme , et mort à Lau- 
sanne, en i586. Ses ouvrages sont: 
I. Libellas de peste ^ Laus., 1571, 
in-S". } IL un ouvrage sur les tempé- 
raments, des Natures et Complexions 
des hommes, etc., Laus., 157 1, in-S"., 
Paris, 1572, in-i 6; Ht. deux ouvra- 
ges contre la chimie. De métallo^ 
mm ortu et causis , brevis et diluci- 
da explicatio , Lugd., i575, in-8".; 
Duce apologeticœ responsiones ad 
Josephum Qiiercetanum , Lugd. , 
1576, in-8".; IV. Progrmnasmata 
in Joannis FemeUi librum de ah^ 
diiis rerum naluralium causis , Ba- 
sileae, 1579, in-8".; V. Instituliones 
pkysicce instar commentariorum in 
libros physicœ Aristotelisy Lugd., 
i584, in-S".; VI. Semeiotice, sive 
ratio dignoscendarum sedium maie 
ajfectarum et affectuum prœter na- 
turam , Laus. , 1 687 , in-8 '. , Lugd. , 
1596, in-8**. Ce dernier ne parut 
qu'après la mort de l'auteur. C. et A. 
AUBERT-DUBAYEÏ, néàlaLoui- 
siane , le 19 août 1759, tait en 
1780 , sous -lieutenant au régiment 
de Bourbonnais, et, après a\^ir com- 
battu eu Amérique, revint eu France 



AUB 

au comramencement de la reVolution. 
On voit par une brochure qu'il publia 
en 1789, contre les juifs, qu'il n'en 
adopta pas d'abord les principes j 
mais il changea bientôt d'opinion , 
et fut nomme', en 1791 , député 
au corps législatif. Après la session, il 
1 entra dans la carrière militaire, et, 
en 1 795, défendit Mayence. Après un 
siège opiniâtre , il rendit cette place au 
roi de Prusse , et en conduisit la gar- 
nison contre les Vendéens. Ce corps 
de troupes contribua puissamment à 
contenir Finsurrectioii. Battu, néan- 
moins , à Clisson , Aubert-Dubayet fut 
l'objet de quelques dénonciations , dont 
il finit par triompher. Commandant en 
1 7 96 , l'armée des côtes de Cherbourg, 
il fut appelé par le gouvernement di- 
rectorial, au ministère de la guerre, 
qu'il ne garda que trois mois , et de- 
vint ambassadeur à Con stantinople , où 
il mourut, le 17 décembre 1797. K. 
AUBERTIN (Edme), savant mi- 
nistre de Féglise réformée de Charen- 
ton , né à Châlons-sur-Mame, en i SgS, 
mort à Paris, en i65'2, publia, en 
jÔ'àô : Conformité de la créance de 
V Eglise et de S. Augustin , sur V Eu- 
charistie, in-8°«, qu'il reproduisit en 
i653, sous cet autre titre : X Eucha- 
ristie de l'ancienne Eglise, in-fol. 
Comme il y employait des termes in- 
jurieux contre les cardinaux Bellarmin 
et du Perron , et qu'il y prenait la qua- 
lité de ministre de l'Eglise réformée , 
sans y ajouter l'épithète de prétendue, 
ainsi que l'exigeaient les ordonnances, 
il y eut un arrêt du conseil, contre 
l'auteur et contre l'ouvrage; mais l'af- 
faire n'eut aucune suite. Le succès de 
ce livre , dans la communion d'Auber- 
tin, l'engagea à le traduire en latin. 
Cette traduction ne parut que deux 
ans après sa mort, par les soins de 
Blondel; Deveuter, i654, in-fol. Auber- 
ùu y déploie toutes les ressources de 



AUB 5 

son émdition , et toutes les subtilités 
de sa Ipgique contre le dogme de la 
présence réelle. Ses objections avaient 
été prévenues par les cardinaux Bel- 
larmin et Duperron. Elles furent de- 
puis réfutées par Arnauld et Nicole, 
dans la Perpétuité de la Foi. A^tks 
sa mort, les catholiques répandirent 
que ce ministre avait été tourmenté, 
dans ses derniers moments, par de 
violents scrupules sur l'orthodoxie de 
son parti, et qu'il l'aurait abjuré, sans 
les larmes de sa femme et les empor- 
tements de son fils. Les calvinistes 
prétendirent de leur coté, que M, Olier, 
curé de St.-Sulpice, se présenta chez 
hii avec le bailli de St.- Germain, es- 
corté d'un grand nombre de gens du 
peuple, pour l'intimider. On peut voir, 
sur ce fait, les observations de l'abbé 
Joly, sur l'article Aubertin, du Dic- 
tionnaire de Bayle. T — d. 

AUBERY (Claude), médecin fran- 
çais du 16". siècle, qui, ayant em- 
brassé la réforme, se retira à Lausanne, 
oii il devint professeur de philosophie. 
Il y publia des Apodictœ orationes , 
sur VEpître aux Romains^ qui paru- 
rent trop conformes aux principes des 
catholiques. Bèzc les fit condamner an 
synode de Berne. Aubery, mécontent 
de cette condamnation, revint faire 
son abjuration à Dijon , où il mourut 
en 1 5(yC). Ses ouvrages annoncent une 
grande érudition : L Posterioiiim no- 
tionum explicatio , Lausanne, 1 576, 
in-8°.; IL De interpretatione ^ '^77, 
in-S**.; III. Instrumentum doctrina-- 
rum omnium j i584j Jii-4°.; \N.De 
terrœ moîu, i585, in -8°.; V. De 
animœ immortalitate, in -8".; VI. 
De resurrectione mortuorum ; VIL 
De caritale ; VUL De coneordid 
mediconnn. Il avait fait des Commen- 
taires sur Hippocrate et sur Aristote, 
qui n'ont point paru. T — d. 

AUBERY (Antoine), naquit à 



6 AUB 

Paris , le 1 8 mai 1 6 1 6. Écrivain labo- 
rieux , il se levait tous les jours à cinq 
hciues, et travaillait toute la mati- 
née ; il travaillait encore l'après-midi 
jusqu'à six heures, qu'il allait chez 
^îM. Dupuy, (le Thou, ou de Vile- 
vauit , converser avec les savants qui 
s'y assemblaient. Pour se délasser de 
ses études, il Usait quelques pages des 
Remarques de Vaugelas. Il ne faisait 
presqu'aucune visite, et en recevait 
encore moins. Outre les langues sa- 
vantes , le latin et le grec , il savait 
l'itahen, l'espagnol et l'anglais, et était 
en état de liie les livres écrits en ces 
trois langues. Quoique reçu avocat au 
conseil, en avril 1 65 1 , il n'en a guère 
foit les fonctions. Ainsi , l'histoire de 
ses ouvrages fait proprement l'his- 
toire de sa vie. Il mourut, le 29 jan- 
vier 1695, des suites d'une chute. 
Voici la liste de ses ouvrages : I. His- 
ioire générale des cardinaux (depuis 
le pontificat de Léon IX), i6.|'2-49, 
5 vol. in-4°.; II. De la prééminence 
de nos rois , et de leur préséance sur 
l'empereur et le roi d'Espagne , 
1649, in-4"-; III. Histoire du car- 
dinal de Joyeuse, i654, in-4".; IV. 
Histoire du cardinal de Richelieu , 
1G60, in -fol.; 1666, 2 vol. in-12. 
« Quoique cette histoire soit faite 
» sur de bons mémoires, dit Lenglet , 

« elle est cependant peu estimée 

» Aubcry a voulu faire du cardinal 
» un trop honnête homme , et ne l'a 
« pas fait assez politique. » Gui-Patin, 
dans sa 1 56*". lettre, adressée à Spon, 
n'en parle pas plus favorablement, et 
dit qu'Aubery avait fait cet ouvrage 
])Oui la duchesse d'Aiguillon, nièce du 
rardiiial de Richelieu , qui lui en avait 
fourni les matériaux. V. Mémoires 
pour l'histoire du cardinal de Hi- 
chelieu , depuis Van i G ! 6 , jusqu'à 
lu fin de iG4'A, 2 vol. iu-fol. , iGGo, 
e\ 5 Yol. in-12 , 1GC7. Celte dernière 



ÂUB 

e'ditionest préférable. Le libraire An- 
toine Bertier, qui imprima la première 
édition , représenta à la reine-mère 
(Anne d'Aulriche), avant d'entrepren- 
dre l'impression , qu'il n'osait la pu- 
blier sans une autorité et une protec- 
tion particuUère de S. M., craignant 
que quelques personnes , rentrées en 
grâce à la cour , ne vissent pas avec 
plaisir rappeler leur conduite passée, 
« Allez, répondit la reine, travaillez 
» sans crainte, et faites tant de honte 
» au vice , qu'il ne reste que la vertu 
» en France.» VI. Des justes préten- 
tions du roi sur l'Empire, Paris, 
1G67, in-4''. et ( Amstcrd.), suivant 
la copie de Paris , in- 1 2 . Aubery répèle 
dans ce livre beaucoup de choses qu'il 
avaitdéjàavancéesdans son Traité sur 
la prééminence» Cet ouvrage donna 
de l'ombrage à tous les princes d'Al- 
lemagne. Le conseil , pour les apaiser, 
fit conduire l'auteur à la Bastille, où il 
fut bien traité , visité par les person- 
nes les plus distinguées du royaume , 
et mis bientôt en liberté. Ce Traité 
donna naisnanceà plusieurs ouvrages, 
que des éaivains allemands publiè- 
rent pour le réfuter. VII. Delà di- 
gnité de cardinal^ 1^7^, in-i'i; 
VIIL De la régale, 1678 , in-40. ; 
IX. Histoire du cardinal Mazarin , 
depuis sa naissance jusqu'à sa mortj 
tirée y pour la plus grande partie, 
des registres du parlement de Paris, 
1G95, 2 vol.; 1 75 1, 4 vol. in- 12. 
Cette Vie, qui commence en 1602 et 
finit en 1G6 1 , est fardée et peu exacte ; 
cependant on y trouve des détails qu'on 
chercherait vainement ailleurs. C'est 
dans lechapitre II du livre VIII de cette 
Vie, qu'Aubery avance « que le testa- 
ment politique du cardinal de Riche- 
lieu est supposé, » ce qui a fait dire 
à Voltaire , qu'Aubery fut le premier 
qui fit connaître la fourbe de son au- 
teur. — AuBEûY , son frère, chanoine 



AUB 

de St.-Jacqiies , puis du St.-Sepukre^ 
enfin de la Ste.-Chapelle , et confesseur 
du président Laraoignon , figure dans 
le Lutrin de Boileau , où il est désigné 
par ces vers du 4*« chant : 

Alain , ce savant homm* , 
Qui de Banni vingt fois a lu toute la Somme ^ 
Qui possède Abéli, qui sait tout Raconis , 
El même entend , dit-on, le latin d'A-Kempi». 

A. B— T. 
AUBERY , AUBRY ( Jean ) AL- 
BÉRICUS , natif du Bourbonnais , 
médecin du duc de Monttpensier , vi- 
vait au commencement du 17^. siècle. 
On a de lui: I. VJpologie de la mé- 
decine , en latin , Paris , 1 608 , in-S". ; 
II. un Traité des bains de Bourhon- 
Lancy et de Bourbon - VArcham- 
bault, Paris, i6o4 , in-S**.; III. Y An- 
tidote de l* Amour, iSqq, in- 12, 
réimprimés, àDelft, en 1 663, in- 12. 
D'après la manière dont l'auteur envi- 
sage son sujet, il ne paraît pas être 
du sentiment d'Ovide , qui regarde 
l'amour comme rebelle aux secours de 
la médecine : 

NuUis amor ett medicabilis herbu. (Ovide. ) 

— Un autre Aubry (Jean-François ), 
médecin, intendant des eaux minérales 
de Luxeuil , sa patrie , a publié un 
excellent ouvrage, sous le titre d' Ora- 
cles de Cos , Paris, 1 776 , in-8°. , et 
Paris, 1781 , in-8''. , avec une Intro- 
duction à la thérapeutique de Cos. 
Ce médecin est mort à Luxeuil, en 
1795. Cet A. 

ÀUBESPTNE ( Claude de l' ) , 
baron de Châteauneuf , d'une famille 
originaire de Bourgogne , fut le pre- 
mier qui porta le titre de secrétaire- 
d'état, au lieu de celui de secrétaire des 
finances,etle transmit à ses successeurs. 
Il servit son pays avec autant de zèle 
que d'intelligence, sous François I*"". , 
Henri II , François II et Charles IX. 
Le premier de ces princes le nomma , 
en 1545, un des commissaires char- 
gés d'aller négocier la paix de Hardelot, 



AUB 7 

avecles Anglais, et le second l'envoya, 
en 1 555 , aux conférences de la Marck. 
L'Aubespine fut encore un des pléni- 
potentiaires de France au traité de Ca- 
teau-Carabresis, et il se trouva aux états 
de Paris, en iSSg, à l'assemblée de 
Fontainebleau, en 1 56o ; enfin, il n'y 
eut pas une opération diplomatique , 
de sou temps, dans laquelle il ne fût 
appelé ; et il s'y acquit la réputation 
d'un des plus habiles négociateurs de 
l'Europe. Chargé par la cour de traiter 
avec le prince de Condé et les autres 
chefs des huguenots, il ne put réussir 
à les ramener. La morgue qu'ils lui 
témoignèrent, jointe à la vive douleur 
qu'il ressentait du triste état de la 
France, déchirée par les factions, lui 
causa une maladie, qui le conduisit 
au tombeau, le ti novembre 1567. 
Catherine de Médicis , qui ne faisait 
rien d'important sans avoir son avis, 
alla le consulter au chevet de son ht, 
le jour de la bataille de St. -Denis. Il 
lui proposa des mesures utiles pour 
le bien de l'état , et mourut le lende- 
main. T— D. 

AUBESPINE (Gabriel de l'), 
évêque d'Orléans , né le 26 janvier 
1579 , d'une famille originaire de 
Beaune , qui avait fourni à l'état plu- 
sieurs habiles négociateurs, e'iait fils 
de Guillaume de l'Aubespine , baron 
de Châteauneuf , conseiller d'état, et 
ambassadeur en Angleterre. Après la 
mort de Jean de l'Aubespine , son pa- 
rent , évêque d'Orléans , il fut désigné 
pour lui succéder, n'ayant encore que 
vingt ans, et fut sacré à Rome, eu 
1604, par Clément VIII. L'apanage 
de sa famille était d'être employé dans 
les négociations. Il s'acquitta avec suc- 
cès de celles qui lui furent confiées , ce 
qui ne l'empêchait pas de se livrer au 
gouvernement de son diocèse 
édifia par ses vertus 
l'antiquité ecclésiastique, pour laquelle 



, qu'il 
ni à l'étude de 



8 AUB 

3 avait un attrait particulier. II donna, 
en 1623 , un traite: De veteribus ec- 
clesiœ ritibus , in-4*'« ; et ensuite un 
autre de Y Ancienne police de l'Église, 
sur l'administration de l'Eucharis- 
tie; des Notes sur les Canons de plu- 
sieurs conciles, insérées dans la collec- 
tion de Labbe , sur Tertullien et sur 
Optât de Mile ,fe, que les derniers e'di- 
teurs de ces anciens écrivains ont pla- 
cées au bas des pages. Tous ces ouvra- 
ges respirent une érudition choisie, 
une grande conn.iissance de Tanliqui- 
té , et plus de critique qu'on n'en 
avait communément alors. Ils répan- 
dent beaucoup de lumières sur l'ad- 
ministratiç n des sacrements de la Pé- 
nitence et de l'Eucharistie, dans les 
premiers siècles de l'Église , matière 
obscure, qui avait besoin d'être éclair- 
cie par un homme aussi habile. Ses 
observations ne sont pas toujours 
justes , mais elles sont ingénieuses et 
savantes. Il donnait un peu trop aux 
conjectures, et concluait trop facile- 
ment de quelques passages particu- 
liers , de quelques pratiques observées 
dans certaines églises, à un usage uni- 
versel. Il se fondait quelquefois sur 
des ouvrages supposés , tels que ceux 
qu'on attribuait à S. Denis l'Aréopa- 
gite , sur les constitutions apostoli- 
ques , qu'il croyait plus anciennes 
qu'elles ne le sont ; du reste il écrivait 
bien en latin et en français. L' Aubes - 
pine, obligé, par le rang de son siège, 
de se trouver à l'assemblée des évê- 
ques de la province de Sens , en 1 6 1 2 , 
n'y signa qu'à regret la condamnation 
du fameux livre de Richer. La mort 
surprit ce savant prélat, à Grenoble, 
le 1 5 août i65o, dans un voyage qu'il 
a\ait fait pour cuuiplinicnter Louis 
XI JI, 8ur le rétablissement de sa wntc. 
T— D. 
AUBESPINE (Charles de l' ), 
marquis de GiâttauucuJ' , frère du 



AtlB 

précédent , abbé de Préaux , naquit à 
Paris, en i58o. Il s'acquit beaucoup 
de réputation dans ses ambassades , 
fut fait , en i65o , gouverneur de 
Touraine et garde des sceaux. Pen- 
dant les deux années que dura son 
ministère, il se déshonora par la con- 
duite qu'il tint dans le procès des ma- 
réchaux de Marillac et de Montmo- 
rency. Au lieu de se récuser , en sa 
qualité d'ecclésiastique, il obtint un 
bref de Rome qui l'autorisait à pré- 
sider les commissions où ces deux il- 
lustres personnages furent condam- 
nés. Le premier i'avaif récusé, attendu 
qu'ayant profité de la dépouille de son 
frère , il avait intérêt à le trouver cou- 
pable , et à servir la passion de ceux 
qui l'avaient élevé. Il fut cependant 
un des juges qui opinèrent à la mort. 
Quant au dernier , Châteauneuf ayant 
été page du connétable de Montmo- 
rency, on trouvait étrange qu'il osât 
présider au jugement du fils, après 
avoir été au service du père. Il était 
juste que celui qui avait été le vil ias- 
trnment des vengeances de Richelieu , 
en devînt la victime dès qu'il voudrait 
cesser d'en être l'esclave. Les sceaux 
lui furent otés en i655, et il resta en- 
fermé au château d'Angoulême jusqu'a- 
près la mort de Louis XIII. La cause 
de cette disgrâce a toujours été un 
mystère. Richelieu, dans son testa- 
ment , lui reproche un mauvais pro^ 
cédé. On suppose que ce mauvais pro- 
cédé consistait dans des intrigues avec 
la duchesse de Chevreuse et le cheva- 
lier de Jars, pour supplanter le cardi- 
nal. Louis XIII , dans sa déclaration 
pour la régence , avait expressément 
iccommandé de tenir Châteauneuf 
toujours éloigné; cequi n'empêcha pas 
Anne d'Autriche de le rappeler aussi- 
tôt après la mort du monarque , pour 
l'exiler encore au bout de dciix ans , 
comuie un des chefs du [ nrti des im- 



AUB 

portants. Châteanneuf, ne pouvant 
vivre sans intriguer j se jeta dans le 
parti (le la fronde. La régente lui 
rendit les sceaux en i65o. Il devint 
alors l'homme de la cour. Anne d'Au- 
triche le sacrifia ensuite au ressenti- 
ment du prince de Gondé, qui ne pou- 
vait lui pardonner le jugement du duc 
de Montmorency. Rappelé de nouveau 
au conseil par une autre intrigue, il 
fut encore obligé de céder à la hau- 
teiu" de Mazarin dont il avait ambi- 
tionné la place. Enfin , le vieux cour- 
tisan mourut en lô^'S ^ chargé d^ an- 
nées et d'intrigues , dit M™^ de 
Molteville. Châteauneuf avait hérite' 
des talents de sa famille pour les né- 
gociations et pour les affaires minis- 
térielles ; mais son goût pour l'intrigue 
remplit sa vie d'agitations : ses galan- 
teries déshonorèrent son état, et son 
orgueil fit dire qu'il avait plutôt les 
manières d'un grand- vizyi', que celles 
d'un ministre de la cour de France. — 
Madeleine de I'Aubespine , tante des 
deux précédents , épouse de Nicolas 
de Neufville , secrétaire d*état , avait 
fait , par son esprit et sa beauté , l'or- 
nement de la cour , sous Gharlas IX, 
Henri III et Henri IV. Les poètes du 
temps, et entre autres Ronsard, célé- 
})rèrent ses charmes et ses talents. 
Elle avait même composé quelques 
pièces de vers et de prose. On lui at- 
tribue une traduction des Épîtres 
d'Ovide. Sa statue en marbre blanc 
est au Musée des monuments fran- 
çais. T — D. 

AUBETEURE ( David Bouchard, 
vicomte d' ) , né à Genève , d'une fa- 
mille illustre qui s'y était retirée après 
avoir embrassé la religion protes- 
tante , revint dans sa patrie , où il 
avait obtenu la restitution de ses biens 
qui avaient été donnés au maréchal 
de St.-Andrc, fit profession de la re- 
ligion catholique;, et fut nommé gou- 



AUB 9 

verneur du Périgord , par Henri IV. 
Inquiété dans son gouvernement par 
Montpezat , un des généraux de la 
ligue, il l'attaqua en iSgS, le défit, 
et se montra généreux en renvoyant 
les prisonniers; il fit le siège, la même 
année , de la petite place de l'Isle , en 
Périgord , et y fut tué d'un coup de 
mousquet. B — p. 

AUBIGNAG ( François HEDE- 
LIN, plus connu sous le nom d'abbé 
d' ) , naquit à Paris , le 4 août i6o4 , 
de Claude Iledelin , avocat au parle- 
ment, et de Catherine Paré, fille du 
célèbre chirurgien Ambroise Paré. 
Après avoir achevé ses études, il 
exerça la profession d'avocat à Ne- 
mours , où son père avait acheté la 
charge de Ueutenant-général. II aban- 
donna bientôt le barreau pour l'état 
ecclésiastique , et devint prof sscur du 
duc de Fronsac, neveu du cardinal de 
Richelieu. Peu de temps après , Fran- 
çois Hedelin fut pourvu de l'abbaye 
d'Aubignac ( dont le nom lui est resté), 
puis de celle de Mainac. L'eUve , de- 
venu majeur, fit à son précepteur une 
pension de 4,000 liv. , pour laquelle 
d'Aubignac eut un procès à soutenir 
après la mort du duc , en 1 646. Cette 
mort fut , pour l'abbé d'Aubignac , un 
coup de foudre qui lui fit perdre les 
pensées de la fortune et des plaisirs 
de la vie. Il continua cependant à s'oc- 
cuper de littérature. Sur la fin de ses 
jours , il se retira à Nemours , où il 
est mort le ^5 juillet 1676. D'Aubi- 
gnac fut en liaison ou en querelle avec 
tous les beaux esprits de son temps. 
Il s'était brouillé avec Ménage et avec 
P.Corneille, et, départ et d'autre, on 
publia des épigrammes et àcs bro- 
chures. Les épigrarames n'ont pas été 
recueiUics; les brochures subsistent 
encore. Celle que l'abbé d'Aubignac 
fit imprimer contre Ménage, est infi- 
lulc'e : Térence justifié , ou deux Dis- 



To AUB 

sertations sur la troisième comédie 
de Térence , intitulée : Heautouti- 
moruraenos , contre les erreurs de 
M. Gilles Ménage , avocat au par- 
lement , Paris, iG50, in-4*'. Elle 
contient la brochure publiée seize 
ans auparavant , sous le titre de Té- 
rence justifié , à l'occasion d'une con- 
versation, entre Menîige et d'Aubignac. 
Ce dernier, qui avait donne quel- 
ques conseils à P. Corneille , le van- 
tait partout y et en fit l'éloge dans sa 
Pratique du Théâtre. Irrite de voir 
que , .dans l'examen de ses tragé- 
dies , P. Corneille ne faisait nulle 
mention de lui , d'Aubignac se dé- 
chaîna contre ce grand homrae,el, 
saisissant toutes les occasions de l'atta- 
quer, il Gt imprimer deux Disserta- 
tions concernant le poème drama- 
tique , en forme de remarques sur 
les deux tragédies de Corneille , 
intitulées : Sophonishe et Sertorius, 
Paris, i665, in- 12. Corneille, alar- 
mé, s'en plaignit hautement, et voulut 
faire arrêter l'impression; n'ayant pu 
en venir à bout, il engagea un de ses 
amis à publier les Défenses de la 
Sophonisbe et du Sertorius. L'abbé 
d'Aubignac y répliqua par ses Troi- 
sième et quatrième Dissertations 
concernant la tragédie de M. Cor- 
neille , intitulée : Œdipe , et Ré- 
ponse à ses calomnies , 1 665 . in- 1 '2. 
Quoique l'abbé d'Aubignac réponde 
directement à Corneille, il ne faut 
pas croire que celui-ci fut l'auteur de 
ses Défenses. Outre les ouvrages dont 
nous venons de parler , on en doit 
beaucoup d'autres à l'abbé d'Aubignac; 
les principaux sont : I. Traité de la 
nature des Satyres , Brutes , Mons- 
ireset Démons, iG'in,in-8 .,ffuc quel- 
ques-uns ait ribuent à un autre François 
lIcdelin.IL La Pratique du Théâtre^ 
a 65 7, ou 1 6(jç), in-4°. Les exemplaires 
6QU5 CCS deux date« S(Hit de la même 



AUB 
édition ; réimp. en 1 7 1 5, à Amsterdam, 
2 vol. in-8°. Cette édition contient le 
Discours de Gilles Ménage sur 
V/Ieautontimorumenos, et le Térence 
justifié. D'Aubignac travailla jusqu'à !a 
fin de sa vie à reloucher la Pratique 
du Théâtre, et y ajouta un chapitre 
entier sur les discours de piété dans 
les tragédies. On le trouve dans les 
Mémoires de littérature du père Des- 
molets, tome VI, page 210. L'auteur 
avait retranché de son livre tous les 
endroits où il parle de Corneille. « La 
» Pratique du Théâtre, dïl La Harpe, 
» est un lourd et ennuyeux commen- 
» taire d'Aristote, fait par un pédant 
» sans esprit et sans jugement, qui 
M entend mal ce qu'il a lu , et qui croit 
» connaître le théâtre, parce qu'il sait 
)) le grec.» III. Zénobie j tragédie en 
prose, i647,in-4°- Cette pièce est la 
seule que 1 auteur donna au théâtre. 
Les auteurs qu'il avait repris dans sa 
Pratique du Théâtre furent ravis de 
trouver cette occasion de le critiquer. 
Ils lui reprochèrent que les règles qu'il 
avait données lui étaient infructueuse?; 
et, comme il se vantait d'être le seul 
qui eût suivi les règles d'Aristote , le 
prince de Condé dit un jour « qu'if 
» savait bon gré à l'abbé d'Aubignac 
» d'avoir si bien suivi les règles d'A- 
» ristote; mais qu'il ne pardonnait pas 
» aux règles d'Aristote d'avoir fait 
» faire une si mauvaise tragédie à l'ab- 
» bé d'Aubignac. » IV. Macarise, ou 
la Peine des îles Fortunées , 1 6O4 , 
2 vol. in-8". C'est sur cet ouvrage que 
Richelct , qui l'avait d'abord loué et 
qui ensuite se brouilla avec d'Aubi- 
gnac, fit ces quatre vers qu'il lui en- 
voya : 

Hédelin , c'eit à tort que tu te plaiai èe moi , 
[N'ai-JB pa« loue Ion ouvrage ? 
Pouvait-je faire plut pour toi 
Que de tendre un faux témoignage ? 

V. Ilisloire du temps, ou Relation 
du rojanmc de Coquetterie y iu-12 , 



AUB 

1654, i655, i65g. Cette dernière 
édition est augmentée d'unfe lettre 
d'Ariste à Cléonte, contenant l'apolo- 
gie de ^Histoire du temps. VI. Essais 
d'éloquence : il n'y a qu'un tome d'im- 
primé; VII. Discours au roi, sur 
rétablissement d'une seconde Aca- 
démie dans sa ville de Paris , 1 664 ■> 
in-4". L'abbed'Aubignac, qui rassem- 
blait chez lui un certain nombre de 
beaux esprits , demandait le titre d'a- 
cadémie royale pour cette société. Mal- 
gré la protection du dauphin , ce Dis- 
cours ne produisit aucun elFet. Aucun 
des ouvrages de l'abbé d'Aubignac 
n'est' lu aujourd'hui, malgré ce juge- 
ment de Chapelain : « C'est un esprit 
» tout de feu , qui se jette à tout , et 
» qui se tire de tout, sinon à la per- 
» fection ^ au moins en sorte qu'il y 
» a plus lieu de le louer que de le 
» blâmer. Il prêche , il traite de la 
» poétique, il fait des romans pro- 
» fanes et allégoriques. On a vu des 
» comédies de lui et quelques sonnets 
» assez approuvés. Il a pour tout cela 
» une grande érudition , et son style 
» n'est pas des pires. » Dans les Mé- 
moires de Sallengre oi\ trouve un 
article très -curieux sur la vie et les 
ouvrages d'Aubignac. A. !> — t. 

AUBIGNÉ ( Théodore - Agrippa 
d' ) , né à St.-Maury , près de Pons , 
en Saintonge , le 8 février i55o, 
d'une famille très-ancienne. Sa mère 
mourut en le mettant au jour , et il 
nous apprend lui-même que c'est la 
raison qui le fit nommer Agrippa : 
Quasi œgre partus. Son père lui 
donna des maîtres fort habiles , et ne 
négligea rien pour son éducation. Le 
jeune d'Aubigné répondit si bien à 
leurs soins , qu'à l'âge de six ans , il 
lisait déjà le latin , ie grec et l'hébreu , 
et qu'à sept ans et demi, il traduisit en 
français le Cj'iton de Platon , sur la 
promesse de son père de faire impri- 



ÂUS lî 

mer cet ouvrage , et d'y joindre sou 
portrait. Il n'avait que huit ans et de- 
mi, lorsque, passant à Amboise avec 
son père , celui-ci ayant reconnu sur 
un échafaud les restes de ses malheu- 
reux compagnons , dit à son fils : 
« Mon enfant , il ne faut point épar- 
» gner ta tête après la mienne pour 
» venger ces chefs pleins d'honneur; 
» si tu t'y épargnes , tu auras ma ma- 
)) lédiclion. » Ce peu de mots , et la 
manière dont ils furent prononcés , 
firent une grande impression sur 
d'Aubigné , naturellement plein de 
courage , et, dès-lors , il attendit avec 
impatience le moment de se signaler, 
A i3 ans , il se trouva au siège d'Or- 
léans , où il se fît remarquer par un 
sang-froid peu commun dans les en- 
fants de cet âge. Ayant perdu son 
père , dont les affaires étaient fort 
dérangées , on lui conseilla de renon- 
cer à sa succession , et on l'envoya à 
Genève , oii il étudia quelque temps 
sous le célèbre l5èze , qui le prit en 
affection ; mais dégoûté des études , il 
s'enfuit secrètement à Lyon ; et à 
quelque temps de là , il s'enrôla dans 
les troupes qui , sous le commande- 
ment du prince de Condé , désolaient , 
par zèle de religion , les provinces 
méridionales de France. Il s'acquit 
quelque réputation dans cette guerre, 
et, peu de temps après, il entra au ser- 
vice du roi de Navarre. D'Aubigné se 
fît remarquer à la cour par la vivacité 
de son esprit et par son adresse à tous 
les exercices du corps. Il se fit aimer 
du roi , et sut en même temps se conci- 
lier les bonnes grâces des Guises et 
des autres grands seigneurs, qui le 
recherchaient à cause de sa gaîté et de 
sa facilité à inventer de nouveaux di- 
vertissements. Ce fut à cette époque 
qu'il composa une tragédie de Circe\ 
La reine-mère n'en voulut pas per- 
mettre la représentation , à raison de 



12 AU 15 

!.i dépense qi/clle devait occasionner ; 
mais cette pièce fut joucc dans la suite 
pendant les fêtes qui curent lieu à 
l'occasion du mariage du duc de Joyeu- 
se. Il s*était établi entre d'Aubigné et 
le jeune roi de Navarre, une amitié 
qui ne se démentit jamais par la suite. 
Dans les guerres que Henri IV fut 
obligé d'entreprendre pour reconqué- 
rir son royaume, d'Aubigné lui rendit 
les plus grands ser\'ices, bravant tous 
les dangers , cherchant les postes les 
plus périlleux , et exposant sa vie 
pour sauver celle de son maître. Il ne 
lui fut pas moins utile par son talent 
pour les négociations. Cependant , ce 
prince ne récompensa pas d'Aubigné 
comme il le méritait. Celui-ci , qui 
croyait avoir Conservé le droit de dire 
la vérité au roi, se plaignit hautement 
de son ingratitude ; Henri entendit ses 
plaintes , et ne lit rien pour sa fortune. 
Sa ftancbise trop rude , la vanité qu'il 
tirait de ses ser\ices , et son refus 
jd'aider le roi dans ses amours , dé- 
plurentà ce prince; d'Aubigné le sen- 
tit , et se retira de la cour ; il y revint 
quelque temps après , mais il ne tarda 
pas à être exilé une seconde fois , sur 
la demande de la reinc-mcre , à qui 
d'Aubigné n'épargnait pas les épigram- 
mes. Lassé des intrigues de la cour, et 
peut-être aussi déterminé par le mau- 
vais état de ses affaires , il se retira 
dans son gouvernement de Maillezais j 
mais , tant que vécut Henri I V , il se 
montra, dans toutes les occasions , su- 
jet fidèle et zélé ; aussi , chaque fois 
qu'il se présenta devant ce prince, il 
en fut toujours bien accueilli , quoi- 
qu'on n'épargnât aucune manœuvre 
pour le perdre dans son esprit. Lors 
même qu'on croyait Henri IV le plus 
irrité contre d'Aubigué , les ministres 
ayant pensé qu'il convenait de choisir 
lia lieu plus sîir que Chinon peur y 
tenir en prison le cardinal de Bour- 



AUB 

bon, reconnu roi de France par la 
ligue,, Henri IV décida qu'on le trans- 
férerait à Maillezais , sous la garde de 
d'Aubigné; et , sur ce que Duplessis 
Mornay alléguait contre cet avis les 
sujets de plainte qu'avait ce nouveau 
gardien , le roi répHqua « que la 
» parole qu'on tirerait de lui était un 
» remède suffisant à l'encontre. » 
Aprè's la mort de son maître , d'Au- 
bigné passa plusieurs années dans la 
retraite la plus entière ; il employa 
ses loisirs à composer l'histoire de son 
temps , ouvrage écrit avec beaucoup 
de franchise et de hardiesse. Les deux 
premiers volumes furent imprimés 
avec privilège ; mais le troisième 
n'ayant pas été approuvé, à raison des 
c'îioses trop libres qu'il contenait, 
d'Aubigné ne laissa pas de le faire 
imprimer. Cette hardiesse lui réussit 
mal ; car aussitôt que ce volume parut , 
il fut condamné à être brûlé avec les 
deux premiers, par arrêt du parle- 
ment de Paris , en date du 4 janvier 
1 620. D'Aubigné, poijr éviter les per- 
sécutions dont il était menacé , se ré- 
fugia à Genève. Son éloignement et la 
privation de ses biens n'avaient point 
encore apaisé ses ennemis ; ils le pour- 
suivirent, sous prétexte , qu'au mépris 
des lois , il avait employé , à la répa- 
ration des bastions de la ville de Ge- 
nève, les matériaux d'une église rui- 
née dès 1572 , et obtinrent un arrêt 
qui le condamnait à avoir la tête tran- 
chée. C'était le quatrième arrêt de 
mort rendu contre lui, pour de sem- 
blables crimes , « lesquels , dit-il , 
» m'ont fait honneur et plaisir. » Dans 
ce même temps, on parlait de lui faire 
épouser , à Genève , une veuve de 
l'ancienne maison des Bnrlamaqui , 
aimée et considérée pour sa vertu , son 
illustre extraction et svs biens, qui 
étaient considérables. D'Aubigné , pour 
l'éprouver , lui aononça , le premier , 



AUB 

Varrêt rendu contre lui j mais cette 
nouvelle ne changea rien à la résolu- 
tion de cette femme courageuse, et 
leur mariage se conclut vers 1622. Il 
mourut à Genève , le 29 avril i63o, 
âgé de quatre-vingts ans, et fut enterre' 
dans le cloître de l'église St.-Pierre. Il 
avait composé lui-même son épitaphe. 
U eût été facile de grossir cet article 
d'anecdotes sur d'Aubigné; mais outre 
qu'elles se trouvent dans tous les re- 
cueils , nous pensons qu'un Diction- 
naire historique ne doit pas être com- 
posé sur le plan d'un Ana. Nous rap- 
porterons cependant ici un trait fort 
connu de d'Aubigné , par la raison 
qu'il a été défiguré par ceux qui 
l'ont cité. Une nuit qu'il était couché 
dans la garde-robe de son maître , 
avec le sieur de la Force , il lui dit , 
à plusieurs reprises : a Notre mai- 
» tre est un ladre vert , et le plus 
» ingrat mortel qu'il y ait sur la face 
» de la terre, » La Force, qui som- 
meillait, lui demanda ce qu'il disait ; 
le roi , qui avait entendu d'Aubigné , 
répéta le propos , de quoi d'Aubigné 
resta un peu confus j mais son maître 
ne lui eu fit pas pour cela plus mau- 
vais visage le lendemain ; aussi ne lui 
en donna-t-il pas un quart d'écu da- 
vantage. Voilà le trait tel que d'Aubi- 
gné le rapporte lui-même. Il avoue 
qu'il fut confus en entendant le roi, 
et on conviendra qu'il avait lieu de 
l'être 5 mais il ne dit pas qu'il répon- 
dit: a Sire, dormez ; nous en avons 
» bien d'autres à dire. » Ce mot eût 
e'té le comble de l'audace. D'Aubigné 
avait épousé , en premières noces, le 
6 juin i583, Suzanne de Lczay. U 
eut plusieurs enfants de ce mariage , 
entre autres Constant , père de la 
célèbre dame de Maintcnon, Voici le 
catalogue de ses ouvrages : I. Fers 
funèbres sur la mort d'Etienne Jo- 
délie i Paris, 1574, iu-4''. } H. les 



AUB i3 

Tragiques donnés au public par le 
larcin de Prométhée , au Désert, 
1616, in-4°. ; sans date , in-8°. ; 
Genève, la Rovière, iQï5, in-B'^.Cet 
ouvrage est très-curieux : quoiqu'il ait 
eu plusieurs éditions , il n'en est pas 
moins rare ; mais c'est à tort que 
quelques bibliographes ont dit qu'il 
avait été brûlé. III. Les Aventures du 
baron de Fœncste, divisées en quatre 
parties ; la première édition com- 
plète est imprimée au Désert, (Maillé), 
j65o, in~8^. ^ Cologne, 1729-1 731; 
Amsterdam, 1701 , 1 vol. in-S". , 
roman satirique fort piquant; IV. Coih' 
fession catholique du sieur de San- 
cf ; c'est une satire contre ce seigneur, 
l'un des favoris de Henri IV ; elle a 
e'té imprimée plusieurs fois dans les 
Recueils de pièces du temps ; V. His- 
toire universelle ^ depuis Van i55o 
jusqu'à Van 1601 , IMailIé ( St-Jean- 
d'Angely ) , Jean Moussât , 1616, 
1618 et 1620, 5 vol. in-fol. ; Ams- 
terdam ( Genève ) ; les héritiers de 
Hiérom. Commelin, 1626, iu-fol. : 1a 
première édition est la plus rare j mais 
la seconde est la plus complète et la 
meilleure ; cependant, comme la pre- 
mière contient des traits satiriques qui 
ne se trouvent pais dans la nouvelle 
édition, on peut les réunir; VI. Let- 
très du sieur d'Aubigné sur quelques 
histoires de France, et sur la sienne. 
Maillé, 1620 , in-8°. ; VII. Libre 
Discours sur l'état présent des égli- 
ses réformées en France , 1625, 
in-8^; VIII. Petites Œuvres mêlées 
du sieur d'Aubigné, en prose et en 
vers, Genève , Pierre Aubert, i65o, 
in-8''., rare ; IX. Histoire secrète de 
Théod, Agripp. d'Aubigné , écrite 
par lui-même, impr. plusieurs fois 
avec les Aventures du baron de Fœ- 
neste. On peut consulter cet ouvrage, 
où l'on trouve bien des particularités 
curieuses et interessaptes» On lira aus- 



ri AUB 

si avec plaisir l'article à'Aubig,né 
daus le Diclioimaiie de Prosper Mar- 
chand.. W— s. 

AUBIGNÉ (Nathan d'), appelé 
en latin Albineus, dit la Fosse, fils 
du précèdent, exerça la médecine à 
Genève, où il obtint la bourgeoisie 
en 1627. Il a publié Bihlioiheca 
chemica , contracta, ex delectu et 
emendatione Nathanis Albinei , 
Genève , i654 , in-B". ; 1670 , in-8°., 
recueil de divers Traités , ainsi que le 
titre l'indique : on y trouve enlr'aulres 
le Novum lumen chemicum , de Mi- 
chel Scndivogius , polonais ; et ÏAr- 
canum philosophiœ hermeticœ , de 
d'Espagnet.— AuBiGNÉ ( Tite d' ), ûls , 
et non pas frère de Nathan , né à 
Genève en i654, docteur eu méde- 
cine en 1660, puis ingénieur ordinaire 
au service de Hollande, a publié la Dé- 
fense droite , qui est la fortification 
défensive establie sur les principes 
fixes et nouveaux de M, de Cœhom , 
Breda, 1705 , in-8°. A. B — t. 
AUBIN. Voy. Saint-Aubin. 
AUBLET (Jean Baptiste Curis- 
TOPEE Fuse'e), botaniste français, né à 
Salon en Provence, le 4 nov. 1720, 
s'échappa de la maison paternelle , et 
alla à Montpellier pour s'y livrer à 
l'étude de la botanique; il passa en- 
suite dans les colonies espagnoles 
d'Amérique, où il exerça la profes- 
sion de pharmacien. De retour dans 
sa patrie, il fut envoyé à l'Islc- de- 
France , en 1 752 , pour y établir une 
pharmacie et un jardin de botanique. 
Il y séjourna neuf ans. 11 eut des al- 
tercations avec le célèbixî Poivre , et 
ou lui reproche i'avoir contrarié les 
projets de cet administrateur pour la 
«aturalisalion des aibres à épiceries 
daus cette colonie, jusque-là qu'on 
l'accusa d'avoir fait passer à l'eau 
bouillante les graines qu'on lui avait 
conflues ; afin de dciruirc leur faculté 



AUB 

germinal ive; ce qui est hors de toute 
vraisemblance. 11 examina les plantes 
del'Isle, mais superficiellement, et re- 
vint en Europe. Il fut envoyé, en 1 762, 
à la Guiane, où il rassembla un her- 
bier considérable. Ce pays , n'ayant 
pas été parcouru par les botanistes , 
offrait une moisson aussi riche que 
nouvelle ; car Préfontaine , Barrère 
et M*^«. Mérian, l'avaient à peine ef- 
fleuré. Aublet dit , dans sa relation , 
qu'il pénétra fort avant dans les con- 
trées désertes ; d'autres assurent 
qu'étant retenu par une maladie, 
fruit de ses de'bauches , il dut sa col- 
lection à des nègres qu'il envoyait 
parcourir les forêts. De là il passa, 
en 1764, à nie de St.-Dommgue, 
sur l'établissement que le comte d'Es- 
taing avait formé au môle St.-Nicolas, 
et il revint à Paris l'année suivante. 
Bernard de Jussieu le détermina à 
arranger les matériaux qu'il avait ap- 
portés de ses voyages , et il en résulta 
un ouvrage remarquable , qui parut 
en 1775, sous le titre de Plantes de 
la Guiane , 4 vol. in - 4". , dont 
deux de planches, au nombre de 
592. Sur environ 800 plantes qui y 
sont décriles, près de la moitié sont 
nouvelles. Les figures sont gravées 
presque au simple trait; elles sont cor- 
rectes, mais, n'ayant été dessinées quç 
sur des échantillons desséchés , elles 
manquent de détails sur la fructifica- 
tion. Les plantes y sont rangées sui- 
vant la méthode de Linné. M. de Jus- 
sieu a donné un nouvel intérêt à cet 
ouvrage , en rapportant le plus grand 
nombre des genres qu'il contient à 
ses familles naturelles, dans son Ge-- 
nera Plantarum, publié en 1789; 
mais il n'a pu faire ce travail que 
d'après les figures incomplètes et les 
descriptions données par Aublét; car 
son herbier, quiauraitélé si utile pour 
la vérification dos caractères, avait été 



AUB 

vendu , pour une somine modique , au 
célèbre M. Bancks. Aublct avait con- 
servé à ses genres les noms que les 
indigènes donnent à chaque espèce. 
Cependant M. de Jussieu les a presque 
tous adoptés , en supprimant , dans 
quelques uns , la répétition trop dure 
des syllabes qui ont le même son. Les 
botanistes étrangers , Schreber entre 
autres , se conformant aux lois établies 
par Linné, les ont changés , soit en 
tirant les uns du grec, soit en consa- 
crant les autres à la mémoire de quel- 
ques botanistes , plus ou moins célè- 
bres , mais qui n'avaient peut-être ja- 
mais vu ces plantes , même sèches. 
Il est douteux que la science ait ga- 
gné à ces changements , d'autant plus 
que ces nouveaux noms sont souvent 
plus choquants pour l'oreille que ceux 
qu'ils remplacent. Aublet publia dans 
le même ouvrage une liste très-peu 
nombreuse des plantes qu'il avait 
observées à risle-de- France, et il ne 
les fit connaître que par la simple ci- 
tation des noms et des figures don- 
nés par Rhéede et Rumphius, aux- 
quels il les rapporte j mais il y en a 
plusieurs qui n'y ont jamais existé. Il 
cite aussi des plantes de la Guiane, 
qu'il prétend avoir trouvées à l'Isle- 
de-France; mais cela est très -dou- 
teux. Il y .a ajouté des mémoires cu- 
rieux , et qui ont de l'utilité, sijr 
l'emploi et la culture de diverses plan- 
tes. Beaucoup plus occupé des plai- 
sirs que l'on trouve facilement dans 
les colonies , que de l'étude de la bo- 
tanique, Aublet se vantait d'avoir 
laissé plus de 3oo enfants dans les 
pays qu'il avait parcourus. Il est 
mort à Paris, le 6 mai 17 78. L'abbé 
Rozier ( Journal de Physique^ 
tom. V\ ) lui avait dédié un genre j 
mais, par une faute d'orthographe, 
il le nomma Ohletia) Linné l'a réu- 
ni depuis aux Feryeines, en cuur 



AUB i5 

servant le nom pour désigner l'es- 
pèce sur laquelle on l'avait formé 
{Ferhena Aubletia.) Gaertner lui 
en a ensuite consacré un j mais il 
n'a pas été généralement adopté, 
parce qu'il avait été donné précé- 
demment au voyageur Sonnerat. En- 
fin M. Richard, de l'Institut, qui a 
habité l'île de Cayenne et la Guiane , 
et de qui on attend une Flore com- 
plète de ces contrées, a donnéle nom 
d^Auhletia à l'un de ses nouveaux 
genres. D — P — s. 

AUBREY ( Jean ) , en latin Albe- 
riciis, antiquaire anglais , né en i625 
ou 1 G26 à Easton - Piers , dans le 
comté de Wilt, fut un des premiers 
membres de la société royale de 
Londres. C'était un homme égale- 
ment versé dans l'histoire naturelle , 
la littérature et les antiquités ; d'ail- 
leurs crédule et superstitieux , comme 
on peut en juger par quelques-uns 
de ses ouvrages. 11 a écrit : I. la 
Fie de Thomas Hohhes de Malmes- 
hurjr, restée manuscrite, mais où le 
docteur Blackbourne a puisé de bons 
matériaux pour la Fie de Hohbes ; 
II. Mélanges sur les sujets sui- 
vants : Fatalité de jours , fatalité 
locale , prodiges, présages , songes , 
apparitions, etc., 1(396, et i-^/si 
avec des additions ; 11 1. Fojage 
dans le comté de Surrey , com- 
mencé en i6y3, Jini en 1692, 5 
vol. in-8°., 1719J IV. Histoire na- 
turelle de la partie septentrionale 
du comté de fFilt ( incomplte et 
restée inédite); V. Idée d'éduca- 
tion universelle; VI. des Lettres 
sur la physique et autres sujets in- 
téressants , publiées dans différents 
recueils ; VII. quelques Notices 
inédites sur des auteurs anglais, 
et autres manuscrits. Jean Aubrey a 
eu part à l'ouvrage intitulé : Monas- 
ticon anglicanum , et il a fourni a 



iG 



AUB 



M. Wood des matériaux curieux pour 
$011 histoire de l'université d'Oxford, 
li est mort vers l'année 1700, dans 
«n état voisin de l'indigence. X — s. 
AUBRIET (Claude), peintre de 
plantes, de fleurs, de papillons, d'oi- 
seaux et de poissons , soit à la gouache , 
soit en miniature , naquit à Châlons- 
su r- Marne , en i65i , et mourut à 
Paris, en 1743. Ses talents et la célé- 
brité qu'il avait acquise, le firent nom- 
mer dessinateur du Jardin du roi; et 
ce fut en cette qualité qu'il accompagna 
Tournefort dans le Levant. A son re- 
tour, il remplaça Jean Joubert, peintre 
du roi, au Jardin royal , et y continua 
la magnifique collection de dessins de 
plantes sur vélin , que Nicolas Robert 
«vait commencée à Blois, par ordre de 
Gaston, duc d'Orléans j frère de Louis 
XlIL Louis XI V ayant he'rilede cette 
collection , la fit continuer et déposer 
à la bibliothèque du roi. Depuis la re'- 
volution, on l'a transportée au muséum 
d'histoire naturelle, où on l'augmente 
annuellement de douze dessins. Elle 
est maintenant composée de 66 vol. 
in-fol. Aubriet, successeur de Joubert, 
lui est de beaucoup supérieur, mais est 
reste' au dessous de Robert. M^^^ Bas- 
srporte qui remplaça Aubriet son maî- 
tre , lui fiit inférieure. Mais le succes- 
seur de cette dernière , en 1 780 , 
a donné à ce genre de dessin toute 
la perfection dont il paraît suscep- 
tible. C'est d'après les dessins d'Au- 
brict qu'ont été gravées les planches 
des Eléments de botanique de Tour- 
nefort, qui servirent ensuite dans la 
version latine de cet ouvrage, ou les 
Institutiones rei herhariœ , avec le 
Corollaire. C'est à lui qu'on doit aussi 
les figures du Voyage de cet auteur , 
dans le Levant ; il en avait rapporté 
les dessins originaux , faits sur les 
lieux. Après son retour, il fut employé 
parSeb. Vaillant à dessiner les plantes 



AUB 

qui composent le Botanicon Pari- 
siense , Loyde , 17*7 , in-fol. Ou 
voit au cabinet des dessins et es- 
tampes de la bibliothèque impériale 
de Paris , 5 vol. in-fol. , de ses dessins , 
qui renferment: 1. un superbe Recueil 
de coquillages et de poissons. , grand 
in-fol. oblong; IL Deux Suites de 
papillons , d'oiseaux et de poissons. 
Plusieurs autres suites de dessins sont 
dans les cabinets de quelques ama- 
teurs. Dirigé par Tournefort , Au- 
briet devint un habile botaniste j 
aussi ne négligea-t-il aucun détail, 
et il fit entrer dans ses dessins les 
plus petites parties , surtout celles 
des fleurs , et il en exprima toujours 
le nombre , la forme et les proportions 
relatives , avec beaucoup d'exactitude , 
quoiqu'on n'y fît pas beaucoup d'at- 
tention alors. Tournefort lui-même 
n'en fit pas toujours mention dans ses 
descriptions. 11 ne faut pas croire pour 
cela que celui-ci ne les eût pas remar- 
quées. C'est un reproche très -gratuit 
que lui fait Linné , qui va même jus- 
qu'à faire entendre qu'Aubriet était 
plus habile botaniste que Tournefort. 
Tout porte à croire que le peintre 
n'exprimait que ce qui lui était in- 
diqué par le naturaliste. D — P — s. 
AUBRIOT ( HuGUEs% prévôt de 
Paris , sous Charles V , né à Dijon , de 
parents obscurs , fut d'abord inten- 
dant des finances. Charles V le char- 
gea de diriger la nouvelle enceinte de 
Paris, et les fortifications tiécessaires 
à sa sûreté, entre autres, du château 
de la BasuUe, pour lui servir de bou- 
levart contre les Anglais. Les murs 
de la porte St.-Anloiiie , le long de la 
Seine, pour retenir la rivière dans ses 
débordements , le Pont-au-Change, le 
Pont -St. - Michel , le Petit - Châtelet , 
pour réprimer les excès des étudiants 
de l'université , sont l'ouvrage d'Au- 
briou C'est lui qui, le premier, imagina 



AUB 



ou canaux souterrains 
idict'f 



I-es ëgoùts , 

pour l'écoulement des immonaices. 
Victime de son zèle à maintenir l'ordre 
jtublic, il s'attira l'animosilede l'uni- 
versilë, qui était alors trcs-puissante, 
f t , ayant voulu faire arrêter quelques 
pcoliers insolents, les partisans de la 
maison d'Orléans , ennemie de celle 
de Bourgogne, à laquelle il devait son 
élévation , se joignirent à ses persécu- 
teurs. On lui fit son procès, comme cou- 
jiable du crime d'hérésie. Il fut cou- 
damné, renfermé à la Bastille, puis 
transféré, quelques mois après, dans 
les prisons de révêclié , que l'on nom- 
mait Oubliettes. En i58i ,lesMaillo- 
tins brisèrent sa prison, pour le mettrjL' 
à leur tête. Aubriot , victime d'une 
faction , n'était pas lait pour conduire 
des factieux ; il s'arracha, le soir même, 
de leui^ mains, et se réfugia dans sa 
patrie , où il mourut l'année suivante. 
— Jean Aubriot, évêque deChâlons- 
sur-Saone , en 1 546 , président de la 
chambre des comptes de Dijon , et 
conseiller d'Odion IV, duc de Bour- 
gogne, auquel il rendit de grands ser- 
vices , était de la même famille. T — d. 

AUBRY, médecin. I^oy. Aubery. 

AUBRY ( Jacques- Charles ) , ju- 
risconsulte, nésurlafindu i-j'. siècle, 
fut reçu au parlement, en 170--. Ses 
plaidoyers sont estimés , et l'on doit 
regretter que ses consultations et ses 
mémoires imprimés n'aient pas été 
réunis. Le plus remarquable est contre 
le comte d'A^énois pour les ducs et 
pairs. Sa logique était serrée , et il sa- 
vait surtout fort bien manier l'arme de 
l'ironie. Il mourut , le 11 octobre 
1709, âgé de cinquante -un ans. Il 
laissa deux fils et une fille; et son fils 
aîné, qui embrassa la profession de 
son père , s'y distingua comme lui. 
M—x. 

AUBRY (Jean-Baptiste), né en 
1 706 à Deyviller , près d'Épinal , dàs 
iir. 



A U 17 

l'àgc de 1 6 ans se destina h l'état ecclé- 
siastique. Les jésuites, chez qui il avait 
été élevé, voulaient, le faire entrer dans 
leur société. Aubry choisit l'ordre de 
St.-Benoît, et entra à Moycn-Moutier, 
monastère de la congrégation de St.- 
Vannes. Tout son temps était consa- 
cré à l'étude et à la lecture , et il avait 
la méthode de faire, des ouvrages qu'il 
lisait , des extraits , qui lui furent très- 
utiles dans la suite; aussi disait-il: 
« Ge'^n'cst guère qu'avec des livres 
» qu'on fait des livres.» A la mort de 
Rémi Cellier , à qui l'on doit Y Histoire 
des auteurs sacrés et ecclésiastiques^ 
Aubry fut , avec un de ses confrères , 
chargé de la continuation de cet ou- 
vrage. Les deux collaborateurs eurent 
bientôt composé un volume, qu'on 
soumit à plusieurs savants de la con- 
grégation de St.-Maur , qui en firent 
de grands éloges; mais l'imprimeur en 
ayant offert un prix trop modique , ce 
travail n'a pas vu le jour, et il est à 
croire que cet ouvrage restera toujours 
imparfait. La suppression des ordres 
monastiques en France mit Aubry 
dans un état voisin de la misère. Ses 
ouvrages ne furent pas une source de 
fortune. Il n'a rien écrit de neuf, de 
bien saillant , rien qui porte l'em- 
preinte d'un génie original , ni même 
d'un esprit brillant; mais on remar- 
que dans tons ses écrits la pureté du 
style et de la morale. Aiibry est mort 
à Commercy, le 4 octobre 'i8og. On 
a de lui ; I. U Ami philosophe et pc- 
litlque , ouvrage où Von trouve l'es-^ 
sence , les espèces , les principes , les 
signes caractéristiques , les avanta- 
f^es et les devoirs de V amitié , 1776, 
in-8". « Votre ouvrage , écrivait d'A- 
» lembert à l'auteur, est le livre d'uu 
» philosophe vertueux et citoyen. » U. 
Théorie de l'ame des hétes, 1780, 
nouvelle édition , 1 790 ; III. Ques- 
tions philosophiques sur la religion 



v8 



AUB 



naturelle, '785, iii-8^. Toutes les 
objections dis philosophes sont ras- 
sembltfes dans ce \ohirae, et sont re'- 
i'utées séparément. Riballicr le cen- 
seur, l'abbé Bcrgier, d'Alerabert et 
Lalandc ont fait l'éloge de cet ouvrage. 
L'abbé Guinot, auteur des Leçons phi- 
losophiques y en fit cependant la cri- 
tique; et, pour sa défense, Aubry pu- 
blia ses Lettres critiques sur plusieurs 
questions de la métaphysique mo- 
derne ; IV. Leçons métaphysiques à 
un milord incrédule sur Vexistence 
et la nature de Dieu, 1790; V. 
Questions aux philosophes du jour, 
sur Vame et la matière, 1791 ; YI. 
Y Anti-Condillac , on Harangue aux 
idéologues modernes, 1801 j VIL 
Nouvelle Théorie des êtres, 1804. 
Le Journal des Débats ayant maltraité 
cet ouvrage, l'auteur publia son Au- 
bade, ou Lettres apologétiques et 
critiques à MM. Geoffroy et Mon- 
gin. VIII. Le nouveau Mentor, 1807, 
ouvrage contenant des notions courtes 
€t claires sur les sciences , les belles- 
lettres et les beaux-arts. A. B — t. 

AUBUSSON ( Pierre d'), grand- 
maître de l'ordre de St. -Jean de Jéru- 
salem, naquit en i4'i3 ; il descendait, 
par son père , des anciens vicomtes de 
la Marche , et , par sa mère , il était allié 
aux rois d'Angleterre. Presque au sortir 
de Tenfance , il porta les armes dans 
la Hongrie , alors déplorable théâtre 
des ravages des Othonïansj et, à peine 
âgé de vingt ans , il mérita , par sa pru- 
dence et sou intrépidité , d'être dis- 
tingué de Sigismond de Luxembourg, 
alors empereur d'Allemagne , sous les 
drapeaux duquel il était venu se ran- 
ger. Des apparences de guerre entre 
î'Anglelerre et la France le rappelè- 
rent dans sa patrie. Au milieu du tu- 
multe des r^mps et dans les intervalles 
de repos, ii s'était livré à l'étude de 
iii géographie , de i'histoiix et des ma- 



AUB 

thématiques. Son esprit était aussi 
formé que son jugement , et sa ré- 
putation répondait à sa naissance et 
à son instruction , lorsque son cou- 
sin Jean d'Aubussou , chambellan du 
roi Charles VII, le présenta à la cour. 
11 ne tarda pas à gagner ks bonnes 
grâces du dauphin, qoi régna depuis 
sous le nom de Louis XL D'Aubussou 
l'accompagna au siège de Montereau, 
en 1 447 y et , s'il ne put pas empêcher 
le scandale d'un fils révolté contie son 
père , du moins la sagesse de ses con- 
seils disposa le jeune prince à un 
prompt retour. D'Aubussou suivit le 
dauphin dans son expédition contre 
les Suisses, en i444 > à l'attaque de 
Baie , et au combat de Saint- Jacques. 
Un assez long repos succéda k ces 
guerres d'une importance secondaire. 
D'Aubussou , indigné de l'oisiveté, et 
animé par les nobles exemj)lcs de Hu-^ 
niade et de Scunlerby, dont il partageait 
la haine contre l'ennemi du nom chré- 
tien , conçut l'idée de se rendre à 
Rhodes , et d'entrer dans l'illustre et 
religieuse milice dont la vocation était 
de poursuivre et de combattre sans 
relâche les musulmans. Il obtint bien- 
tôt , par sa conduite , une comman- 
dcrie , et le grand-maître de Milly 
l'envoya ambassadeur en France pour 
obtenir des secours contre les infi- 
dèles. Il négocia si habilement et avec 
^ant de succès, que Charles Vil , eu 
refusant d'entrer publiquement dans 
la ligue contre les Othomans, permit 
qu'on levât des décimes sur tout le 
clergé pour subvenir aux frais de la 
guerre, et fit donner a d'Aubusson 
1 6,000 écus d'or. Le succès de sa né- 
gociation ne fit qu'ajouter à la hauic 
idée de ses talents, et à la bienveil- 
lance de l'ordre. Né Français , il sou- 
tenait avec fermeté les prérogatives de 
sa nation . et son noble caractère se 
développa dans les conseils de Rho- 



AUB 

des , comme dans les cours de la dire- 
tienlé.DesUrsins, successeur de Mil- 
ly , ay.iut crée une nouvelle dignité de 
baiiii capitulaire, pour les clievaliers 
de la langue d'Auvergne , le com- 
mandeur d'Aubusson en fut revêtu le 
premier, et , bientôt après , le grand- 
prieure d'Auvergne lui fut défère. La 
surintendance des fortifications de 
nie lui fut confiée; son esprit actif 
et son génie supérieur sufîisaient à 
tout : il était Tame et le bras du con- 
seil de la religion. Les vœux des 
chevaliers et même du peuple l'appe- 
laient à la grande maîtrise , lorsque 
la mort de Des Ursins , en 1 476 , le fit 
proclamer unanimement. D'Aubusson 
ne pouvait être élu dans des circons- 
tances plus glorieuses , ni plus difii- 
ciles. Le conquérant de Consîanlino- 
ple , Mahomet U, menaçait l'ile de 
Rhodes avec toute sa puissance. Le 
nouveau grand-maître fît tête à cet 
orage. Le port de Rhodes fut fermé, 
par ses ordres , avec une grosse chaîne j 
de nouveaux forts , de nouveaux ou- 
.vrages- furent construits , et tous les 
préparatifs d'une défense vigoureuse 
furent achevés avant l'apparition des 
Othomans. Ce fut en 1 480 que leur 
flotte parut devant l'île , forte de cent 
soixante vaisseaux de haut bord , 
portant 100,000 hommes de dc'bar- 
quement, commandés par le pacha 
Paléologue, renégat de la race des 
derniers empereurs grecs, et qui s'é- 
tait vendu au conquérant. Après un 
siège de deux mois, le grand -maître 
vit les Othomans découragés de la ré- 
sistance, effrayés de leurs pertes, hu- 
miliés de leurs affronts , se rembar- 
querhonteusement. D'Aubusson , qui, 
depuis le premier assaut , n'avait pas 
quitté les remparts et s'était toujours 
montré le premier aux postes les plus 
périlleux, rentra dans son palais , cou- 
Vert de son propre sang et de celui 



AtJB 19 

des ennemis. Il remercia Dieu de ses 
succès, et bâtit, en actions de grâces, 
la magnifique église de Ste.-Marie de 
la Victoire. La mort de Mahomet H 
empêcha les suites terribles de sa co- 
lère et de sa honte ; il préparait , 
contre Pvhodes , un second armement 
encore plus formidable , lorsqu'il 
mourût, en i/j8i. Sa mort laissa le 
trône à Bajazet lï ; mais Jem , ou Zi- 
ziice, son frère puîné, le lui disputait. 
Ce prince, vaincu, proscrit, pour- 
suivi , demanda un asyle au généreux 
d'Aubusson. Le grand-maître l'accorda 
par humanité et par politique , et de- 
vint l'hote et le protecteur d'un prince 
du sang des suîthans. Forcé, au bout 
de quelques mois, d'éloigner cet infor- 
tuné , que la haine de son frère cher- 
chait à attcind rc par le fer ou par le poi- 
son , le grand-maître accorda la géné- 
rosité avec l'intérêt et la tranfpiillité 
de l'ordre dont il était chef, en fai- 
sant passer Zizime en France , sous 
la garde du chevalier de Blanchefort, 
et en le faisant garder dans la coraman- 
derie de Bourgneuf, en Auvergne. Le 
pape Linocent V'ill exigea que le 
prince othoman fût remis entre ses 
mains : le grand-maître n'osa pas déso- 
béir au souverain pontife , dont il dé- 
pendait immédiatement. Zizime pass.i 
à Rome, et d'x\ubusson , pour prix de 
sa soumission , fut revêtu delà pour- 
pre, en 1 489. Cependant , les princes 
chrétiens , et Charles YIII à leur tête, 
préparaient une croisade contre les 
Othomans. D'x4.ubusson , indigné de la 
mauvaise foi de Bajazet, avait accepte 
l'honneur de la commander. La mort 
violente et imprévue de Zizime , dont 
on accusa le pape Alexandre VI , les 
jalousies des puissances alliées , dissi- 
pèrent cette grande entreprise. D'Au- 
busson , pénétré de douîeur do voir 
son nom et son honneur compromis 
par la perfidie dont son illustre pro- 

2.. 



^•o À U B 

tege avait été la victime ; do voir un 
si vaste arraoïiicnt n'aboulir qu'à de 
vaines menaces , tomba dans une mé- 
lo ncoiie profonde qui le fil descendre 
au tombeau , le i 5 juillet i5o5, à l'âge de 
quatre-vingts ans. Pendant tréntc-un 
ans qu'avait dure' sou sage et brillant 
magistère , il ne cessa pas d'être chéri 
et respecté de ses chevaliers : unissant 
«ne piété solide à une valeur éprou- 
vée , la fermeté à la douceur , l'écono- 
mie à la bienfaisance, il fut le plus 
illustre grand-maître que l'ordre eût 
encore vu à sa tête. Ou a , sous le nom 
de Pierre d'Aubusson , un récit en 
latin du siège de Rhodes , sous ce titre : 
De ser^atd urhe prœsidioque siio, 
et insiajii contra Turcas victoridy 
ad Fridericum III iiiiperatoreni re- 
latio ; il se trouve dans le recueil De 
Scriptorihus Germaniœ , Francfort, 
1602, in-folio. Le père Bouhours 
( V. ce mot ) , a écrit la Fie du grand- 
Kiaître d'Aubusson. S — y. 

AUBUSSON (François d'), duc 
<îe la Feuillade. Foj. La Feuillade. 

AUBUSSON ( Jean d') , troubadour 
du i5^ siècle, a laissé une pièce assez 
singuhère, dans laquelle, en se faisant 
expliquer un rêve, il fait allusion à 
-)*expédition de Frédéric II , empereur 
d'Allemagne, contre la ligue de Lom- 
bardie , dont il explique les résultats. 
Cette allégorie diaioguée peut servir à 
juger quelle étendue les jurisconsultes 
d'alors , d'après lesquels il y a lieu de 
croire qu'Aubusson raisonne , vou- 
laient donner à la domination des em- 
pereurs d'Allemagne. Millot a rap- 
porté cette piè( e dans son Histoire 
littéraire des Troubadours. P — x. 

AUBUSSON (Jeand') de la 
1VUI80N-^EUFVE. C'est ainsi qu'il faut 
écriie le nom de cet auteur, et Duver- 
dicr a commis une faute , en le nom- 
mant simplement Jean de la Maison- 
Ui'njve} car il semble par-là le distia- 



AUD 

giier de Jean d'Aubusson^ et fait 
deux auteurs d'un seul. 11 paraît, par 
le titre qu'il joignait à son nom, qu'il 
était d'une famille nobie et proprié- 
taire de fiefs. Peut-être , et c'est l'opi- 
nion de l'abbé Goujet, que le mot d« 
Berniyer , ajouté au titre de la Mai- 
son-neuf>e , par Duverdier , prouve 
qu'il était originaire du Berry. Il était 
né vers 1 55o. 11 fit imprimer, à Paris : 
L Discours sur le magnifique re- 
cueil ( accueil ) fait par les Féni- 
tiens à M. le cardinal de Lorraine , 
en 1 556 ; Il . l'Adieu des neuj Muses, 
aux rois ^ princes et princesses d<t 
France j à leur département du fes- 
tin nuptial de François de Valois 
et de Marie Stuart, reine d'Ecosse y 
en i558; ÏII. le Colloque social de 
paix, justice, miséricorde, et vérité, 
pour Vheureux accord entre le roi 
de France et d'Espagne, in-8<*., 
1 559. Ce dernier ouvrage est envers. 
IV. Huictains poétiques de l'onction 
des rois élus de Dieu, et de V obéis- 
sance que leurs sujets leur doivent 
porter, Paris, Pierre Gauthier, i56i. 
La IVIonnoye lui attribue : la Déplo- 
ration sur le trépas de noble et vé- 
nérable personne , M. Maitre Fran- 
çois Le Fie art, docteur en théologie ^ 
j55o, in-8'., ayant trouvé dans ces 
mois ; Dena suasu boni, qu'on lit au 
bas de cette pièce, l'anagramme de 
Jean d'Aubusson^ W — s. 

AUCOUR (Barbier d), Foy^. 
Barbier. 

AUDEBERT (Jean - Baptiste ), 
s'est distingué à la fin du i8^ siècle, 
en réunissant à un haut degré de per- 
fection les talents du peintre aux con- 
naissances du naturaliste. Il naquit à 
Rochefort, en 1759, d'un employé 
dans les vivres de la marine, dont la 
fortune ne lui permit pas de seconder les 
dispositions de son fils. Celui-ci vint 
à Paris , à l'âge de dix-sept ans, pour 



AUD 

y étudier le dessin et la peinture. De- 
venu très-habile à peindre le portrait 
en miniature, il vivait honorablement 
du produit de cet art. En T789, M. 
(irigot d'Orcy, receveur - ge'ncral des 
finances, connu par son goût j>our 
l'histoire naturelle , et par la magnifi- 
cence avec laquelle il contribuait à ses 
])rogrès , ayant eu l'occasion do juger 
des talents d'Audebert, l'employa pour 
peindre les objets les plus rares de son 
immense collection, et l'envoya en- 
suite en Angleterre et en Hollande , 
d'où il rapporta de nombreux dessins, 
qui servirent à r^i5f otr^ des insectes, 
de M. Olivier , aujourd'hui membre de 
l'institut. Ces occupations déterminè- 
rent le goût d'Audebert pour riiistoirc 
naturelle, et bientôt ce goût devint 
une passion. Voulant n'être plus as- 
servi aux idées d'autrui, il entreprit 
des ouvrages qui l'ont à jamais illustre'. 
Le premier est ÏHistoire naturelle 
des Singes , des Makis et des Ga- 
léopithèqiies , i vol. gr. in-fol., figures 
imprimées en couleur , Paris , 1 800 , 
contenant 62 planches. Cet ouvrage fit 
une vive sensation parmi les natura- 
listes. L'auteur , réunissant les qualités 
de peintre, de graveur et d'écrivain , 
sut faire marcher de front ces trois par- 
ties , avec un accord ])arfait , et jusqu'a- 
lors sans exemple. Naturellement in- 
dustrieux et adroit, il étudia tous les 
proce'dës de la gravure , et les tentatives 
qu'on avait faites pour lui donner les 
couleurs , si utiles dans l'histoire natu- 
relle. Le moyen le plus ingénieux 
qu'on eût imaginé, était d'avoir, pour 
nue seule épreuve , autant de planches 
que l'on employait de couleurs difïc- 
I entes. Audebert sut appliquer sur la 
planche même les couleurs qui con- 
viennent à chaque partie, en sorte que 
l'on y faisait une espèce de peinture. 
Un passage des Mémoires pour ser- 
vir à VHisWirG des Plantes , par 



AUB at 

Dadart, publics en 1679, peut faire, 
croire que ce moyen était connu à 
Cette époque. Audebert donna bientôt 
à cet art toute la perfection dont il 
était susceptible : ce fut e» employant 
des couleurs à l'huile , plus solides et 
plus durables que les couleurs à l'eau , 
qu'on employait auparavant. De plus, 
il réussit à y imprimer de l'or, dont il 
varia les couleui s de manière à imiter 
les pliis brillants effets de ses modèles. 
Cet art une fois créé, l'histoire natu- 
relle s'enrichit de ses produits j ils éton- 
nèrent par leur magnificence. Aude- 
bert pu])!ia \ Histoire des Colibris, 
des Oiseaux -Mouches y des Jaca^ 
mars et des Fromerops , i vol. gr.. 
in-fol., Paris, 1 8 osi. Cet ouvrage est. 
regardé comme le plus parfait qui ait 
jamais pai'u en ce genre. Audebert, 
non content d'imiter fidèlement les 
couleurs, surpassa tous ceux qui l'a- 
vaient précédé, par l'espritavec lequel 
il saisit l'expression de ces oiseaux, 
auxquels il donna , pour ainsi dire, U 
vie ; il descendit aux plus petits dé- 
tails. Les descriptions dont il est lui- 
même l'auteur, sont dignes de l'ou- 
vrage. Il voulut aussi que la magnifi- 
cence de la typographie concourût à, 
la perfection de ce beau monument ; 
mais un tel livre, ne pouvant convenir- 
qu'à des souverains , ou à de riches 
amateurs, on n'en tira que 200 exem-- 
plaires, grand in-fol. , dont la lettre au 
bas de chaque figure est en or ; plus , 
I 00 exemplaires très-grand in-4''., et 
1 5 seulement grand in-fol. , dont tout 
le texte est imprimé en or, non pas 
en lettres dorées au pinceau, mais ce 
fut en appliquant à la typographie le 
procédé qu'à avait découvert pour là 
gravure j un exemplaire sur vélin, 
avec les dessins originaux, appartient 
à Téditeur, M. Desray. Cet ouvrage 
était à peine commencé , qu'Audebert 
en méditait d'autres j il voulait corn-» 



21 AUD 

pleter Yffistoire des Oiseaux, celle 
des Mammifères , et ensuite faire 
celle de Y/Iomme. Il paraisait ne 
connaître de bornes à ses travaux 
que celles de la nature. II préparait 
et empaillait avec beaucoup d'adresse 
les animaux , et il se formait un 
très-beau cabinet; mais il ne se bor- 
nait pas à étudier la nature sur des 
squelettes; il savait l'observer vivante; 
les plus petits détails ne pouvaient 
échapper à sa patience et à sa sagacité'. 
11 nourrissait depuis long-temps des 
.araignées, ce qui lui avait donne' les 
moyens de faire des remarques cu- 
rieuses sur leur histoire. Audebert s'é- 
tait donc préparc lies travaux auxquels 
une très-longue vie eut à peine suffi 
pour les exécuter, lorsqu'on 1800, la 
mort l'enleva, à l'âge de quarante- 
deux ans. Aussi estimable par ses 
moeurs que par ses talents , son cœur 
était sensible et généreux. Quoique na- 
turellement cdlme et réfléchi, il avait 
beaucoup de gaîté, et sa société était 
agréable. 11 aimait la littérature, et 
même il a composé des comédies. 
Quand la mort vint arracher Audebert 
à ses travaux , il commençait ÏHis- 
toire des Grimvereaux et des Oi- 
seaux de Paradis , etc. , i vol. L'édi- 
tCTir , M. Dcsray , qui possédait ses ma- 
tériaux et la connaissance des procédés 
qu*»» avait découverts et employés, a 
fait terminer ces deux derniers ou- 
vrages avec autant de perfection que 
ce qui avait été dirigé par l'auteur lui- 
même. Le texte a été rédigé par M. 
Vieillot, naturaliste, ami d' Audebert. 
Ces deux ouvrages sont réunis sous ce 
ti>e collectif: Oiseaux dorés ou à 
reflets métalliques , 'i vol. grand in- 
fol. et grand in -4"., Paris, i8o9. , 
ï)esray. C'est sui* le même plan et d'a- 
près les mêmes procédés que M. Vieil- 
lot a publié: Histoire dfs Oiseaux de 
t Amérique septentrionale , qui fait 



AUD 

suite. C'est à Audebert que les Oiseaux 
d'Afrique^ deLevail'ant , ont dû leur 
succès : il a dirigé l'impression des fi- 
gures de cet ouvrage jusqu'à la trei- 
zième livraison. Les autres branches 
de l'histoire naturelle , et surtout la 
botanique , ont profité des découvertes 
d'Audebcrt; de-!à, ces ouvrages pré- 
cieux, tels que le Jardin de Malmai- 
son ^ de Ventenat, et les Liliacées , 
de Redouté, qui, réunissant l'exacti- 
tude à la magnificence, ont acquis, 
dans ce genre, à la France une préé- 
minence que les autres nations ont en 
vain tenté de lui enlever. D — P — s. 
AUDÉE, hérésiarque du 4' . siècle, 
natif de Mésopotamie, était célèbre 
dans sa province par son zèle pour la 
religion , et par l'austérité de ses 
moeurs. 11 joignait malheureusement à 
ces qualités un caractère orgueilleux 
et morose, qui le portait à censurer 
sans ménagement , non seulement les 
désordres qu'il voyait dans l'Église, 
mais encore les personnes, surtout les 
prêtres et les évêques coupables , qu'il 
reprenait avec autant de hauteur que 
d'amertume. Cette hardiesse impro- 
tuue, qui ne savait se plier à aucune 
convenance, le rendit insupportable, et 
l'exposa à des contradictions qui révol- 
tèrent son orgueil. 11 se sépara de 
l'Église, afin de ne pas communiquer 
avec les hommes vicieux qu'elle souf- 
frait dans son sein. 11 entraîna 
beaucoup de monde dans son schis- 
me , et séduisit même un évcque , qui 
lui donna la consécration épiscopale. 
Devenu chef d'une secte, dont le ca- 
ractère principal était une aversion 
invincible pour toute espère de con- 
descendance, on le déféra à l'empereur 
Constance, qui le relégua en Scythie, 
où il travailla avec succès à la conver- 
sion des infidèles. Étant passe de là 
dans le pays des Goths , il y bâtit des 
mouaslères , prêcha la pratique de la 



AUD 

virginité et de la vie solitaire. On ignore 
l'époque de sa mort. S. Épiphane 
semble dire qu'elle fut antérieure à 
l'an 372, où Athanaric chassa tous les 
chrétiens de la Golhie. Sa secte fut 
gouvernée, après lui, par des éveques 
qu'il avait établis. Ces évéques étant 
morts avant 577, plusieurs Audiens 
rentrèrent dans l'Église. Les autres, 
réduits à un petit nombre, se rassem- 
blèrent sur les bords de l'Euphrate, 
où ils furent joints par ceux qui avaient 
été chassés de la Gothie, et par tous 
les autres , qui étaient répandus sur le 
mont Taurus , dans la Palestine et dans 
l'Arabie. Ils demeuraient dans des 
monastères, ou dans des cabanes, à 
peu de distance des villes, ne com- 
muniquaient point avec les catholi- 
ques. S. Épiphane loue la pureté de 
leurs mœurs, et la discipline sévère 
qui régnait parmi eux. Tliéodoret, au 
contraire, leur reproche une grande 
dissolution. Il paraît effectivement que, 
dans les derniers temps, ils avaient 
dégénéré de leur première austérité. 
Audée, dans le commencement de son 
schisme, n'était tombé dans aucune 
erreur sur la foi. Cependant, dès celle 
époque, il célébra la Pâque le même 
jour que les juifs , prétendant que le 
concile de Nicée n'avait changé à cet 
égard la pratique de l'Église que par 
complaisance pour Constantin, que 
l'on voulait flatter, en faisant tomber 
la fête de Pâques le jour de sa nais- 
sance ; ce qui présente une absurdité 
ridicule , puisque , selon la correction 
faite par ce concile, la fête de Pâques 
ne doit point être fixée à un certain 
jour, comme l'était l'anniversaire delà 
fêle de l'empereur, mais changer tous 
les ans. Audée, prenant ensuite trop 
à lalettre ce qui est dit dans la Genèse, 
que « l'homme est fait à l'image de 
.) Dieu , » se jeta dans l'erreur des an- 
thropomorphites , eu donnant à Dieu 



AUD 23 

une forme humaine. Le P. Pétau a fait 
de vains efforts pour le justifier sur 
ce point. Les Audiens donnèrent dans 
queli]ues erreurs des manichéens. Ils 
enseignèrent que Dieu i^avait point 
créé les ténèbres, ni le feu, ni l'eau, 
et que ces éléments étaient éternels. 
Leur pratique pour l'absolution des 
péchés était singulière. Ils admet- 
taient une paitie des livres canoniques j 
ils en avaient une autre partie d'apo- 
cryphes, qu'ils mettaient au-dessus 
des autres. Ils les rangeaient sur deux 
lignes, les canoniques d'un côté, les 
apocryphes de l'autre; faisaient passer 
les pécheurs entre les deux lignes , en 
confessant leurs péchés. Après quoi ils 
leur donnaient l'absolution , sans en 
exiger aucune satisfaction canonique. 
Cette secte n'existait plus sur la fin du 
5*^. siècle. T — D. 

AUDEFROI , surnommé le Bâtard, 
trouvère, ou poète français du i3'\ 
siècle, a composé plusieurs lais. Le 
Grand en cite cinq dans son Recueil 
des fabliaux , et considère Audefroi 
comme l'inventeur de ces petils poè- 
mes que nous nommons romances. 
Ces lais offrent chacun une histoire, 
racontée en plusieurs stances termi- 
nées par un refrein. Les manuscrits 
de la Bibliothèque impériale contien- 
nent même la musique de ces ro- 
mances. P — x. 

AUDEN-AERD (Robert van) , na- 
quit à Gand, en i665. Le désir de se 
perfectionner dans la peinture, qu'il 
avait étudiée dans son pays, lui fit en- 
treprendre le voyage d'ItaUe. 11 sé- 
journa long-temps à Rome , où il reçut 
des leçons de Carie Maratle, qui le 
prit dans une singulière affection. 
Ayant été chargé de graver quelques- 
uns des tableaux de ce maître, et cet 
essai ayant réussi , Auden-Aerd se con- 
sacra entièrement à la gravure. Il a 
exécuté un assez grand nombre d'où- 



^i 



AUD 



vragcs estimables , non seulement 
d'après Gîrle Maratte , mais aussi d'a- 
près les tableaux de Dan ici de Volterrc, 
d*Annibal Cirracbe, du Dominiqiiin, 
de Piètre de Cortonne, du cavalier 
JBernin, cl de quelques autres. Parmi 
toutes ces estampes, on distingue la 
Mort de la Fierge, et le Martyre de 
S. Biaise. Cet artiste mérite d'être cite 
avec e!oge, autant par l'esprit et le 
sentiment qu'il a rais dans ses produc- 
tions, que par la multitude des beaux 
tableaux qu'il a gravés. Il est mort 
en 1745, dans sa patrie. P — e. 

AUDIFFREDI (Jean-Baptiste), 
domiuicain, ne'à 5aorgio, près deNice, 
en 1 7 1 4 7 mourut le 5 juillet 1 794' On 
n'a aucun détail sur la vie de ce savant, 
qui,aurapportdeM.Lalande, était, en 
1765, bibliothécaire de la Minerve à 
Rome. Suivant le nicme auteur, le 
père Jean-]3apt!stc AudilTredi n'était 
plus charge de la bibliothèque que le 
cardinal Casanatle avait léguée au cou- 
vent de la Minerve. Il s'était bâti un 
petit observatoire , cl il a public quel- 
ques dissertations astronomiques, dont 
les premières sont indiquées dans son 
catalogue de la bibliothèque Casanatle. 
Voici les titres de ses principaux ou- 
vrages : I. Catalogus historico-cri- 
tiens Romanorimi editionum sœcidi 
A"/^, Romae, 1785, in-4°., ouvrage 
trcs-cstimc ; II. Catalosus hislorico- 
crilicus editionum italicarum sœ- 
culi XV^ Romae, i794> i"-4"'? ï'^* 
Catalogus libliothece Casannlensis 
librorum typis impressorum, Romae, 
1761-VS8, 4 v<'J- in-foiio. L'abbé Mer- 
cier de St.-Lég.^r regardait ce catalogue 
eornme un chef-d'œuvre ; malheureu- 
.sement il n'est pas terminé , et ne va 
que jusqu'à la lettre L. IV. Phœno- 
mena cœlestia ohservata y Romœ, 
1755-54-55-5G; V. Transitus Fe- 
neris antè sçlem obsen'ali Hoinœ^ 6 
junii 17G1 ,ejr/;o5/(to,Uomae l'-^ivÀ, 



AUD 

in-8 '. j VI. Im'estigatio parallaxis 
solis, exercitalioDABEi Ruffi, Romîe, 
1765, in-4"' I^cs mots Dadei Ruffi, 
sont l'anagramme d'Audifbedi. VII. 
Dimostrazione délia stazione délia 
cometa, 1769, Romae, 17 70. La com- 
paraison de ces diverses dates pour- 
rait faire croire qu'il s'était d'abord li- 
vré  l'astronomie; mais que Iç soin 
de la bibliothèque Casa natte l'avait 
tourné tout entier vers les recherches 
bibliographiques , dont il s'est occupé 
jusqu'à sa mort, et qu'il n'interrompait 
que pour observer quelques phéno- 
mènes extraordinaires , tels que le 
passage de Vénus et la comète de 1 769. 

D— L~E. 

AUDIFFRET (Hercule), géné- 
ral de la congrégation des Pères de la 
doctrine chrétienne, est auteur de plu- 
sieurs ouvrages de piété, dont le plus 
connu est intitulé : Questions spiri- 
tuelles et curieuses sur les psaumes ^ 
1668, in-i9.j ses oraisons funèbres 
de la princesse de Condé et du duc de 
Caudale ont eu de la réputition; on y 
voit peu de traces du mauvais goût qui 
régnait alors, et elles prouvent que le 
père Audiffiet était digne de frayer à 
Fléchier, son neveu et son disciple, 
la route de la véritable éloquence. Né 
à Ciarpentras, le i5 mai i6o3, il y 
mourut, le fi avril 1659. St— t. 

AUDIFREÏ (J.-B.)', né à Marseil- 
le, et mort à Nancy, en 1755, à 
soixante - seize ans , parcourut avec 
honneur la carrière diplomatique , et 
fut successivement envoyé extraor- 
dinaire de France à Mantoue, à Pai"^ 
me, à Modènc et en Lorraine. 11 em- 
]>loya tous ses loisirs à l'étude des 
sciences géographiques, et commença 
à publier, en 1689, la Géographie 
anciejme , mx)derne et historique. Les 
'2, vol. in-4°., ou 5 vol. in-i'2, qu'il 
fit paraître, ne renferment que l'Eu- 
rope. Dans cet ouvrage, raulciu' corn- 



AUD 

Mne les événements de l'histoire avec 
la description des lieux, et, par cette 
méthode nouvelle alors, et perfection- 
née depuis , donne à la science ce de- 
gré d'intérêt qu'elle ne peut attendre 
d'une nomenclature sèche et aride. 
L. R—E. 
AUDTGUIER ( Vital d'), naquit 
vers 1 565 , à Clerraont, suivant les au- 
teurs du Dictionnaire historique , qui 
ne disent pas oij ils ont puisé ce fait , 
mais plus vraisemblablement à la Me- 
ner , terre dans le llouërgue , qui ap- 
partenait à sa famille. Son pcre avait 
dans la magistrature une place qu'il 
lui résigna. Il en exerça les fonctions 
jusqu'en iSgo. Son attachement à la 
cause du roi lui fit souvent courir 
des dangers, et même il fut blessé par 
des soldats du parti des ligueurs , en 
deux occasions. Ce fut à cette époque 
qu'il entra dans la carrière militaire ; 
il fit plusieurs campagnes, se trouva à 
im grand nombre d'affaires, et, quoi- 
qu'il eût du courage et qu'il cherchât 
toutes les occasions de se distinguer, 
il n'obtint aucun avancement. La paix 
lui permettant de se retirer, il vint 
demeurera Paris, où il se lia d'amitié 
avec les plus beaux esprits du temps. 
Il ne manquait lui-même ni d'esprit, 
ni de goût; son éducation n'avait point 
été négligée ; et , comme il s'aperçut 
que tous ceux qui faisaient des vei s 
obtenaient facilement l'entrée des 
meilleures maisons , il se mit à en 
composer. D'Audiguier n'était point 
poète , et il n'attachait pas une très- 
grande importance à ses vers; aussi 
ne se pressait- il pas de les recueillir. 
Des malheurs qui lui arrivèrent, ache- 
vant de le ruiner, l'obligèrent de se 
faire une ressource de sa plume. Ce 
fut alors qu'il se mit à faire à.Q5 tra- 
ductions de l'espagnol. Elles eurent 
la plupart du succès, et l'Académie 
française, en 1 638 , les désigna panai 



AUD a5 

les ouvrages les mieux écrits qu'il y 
eût dans notre langue. Elles n'ont 
inaintenant aucune réputation , parce 
que nous en avons de meilleures. Sa 
traduction des Nouvelles de Cervan- 
tes et celle des Aventures de Lazarille 
de Tormes , ont été réimprimées le 
plus souvent. Il a traduit aussi les Tra- 
vaux de Persillé et de Sigismonde, 
de Cervantes , 1 6.i6, in-8°. Le Frai et 
ancien usage des duels^ Paris, 1617, 
in-8". , est un livre curieux, et qui, 
au jugement de Bayle , n'est pas in- 
digne de conserver une place dans les 
bibliothèques. Ses poésies ont été im- 
primées en 1606 et en 1614, et 
réimprimées en partie dans les re- 
cueils du temps. Ou trouvera la liste 
de ses ouvrages , dans le Dictionnaire 
de Moréri. On ne peut fixer d'une 
manière précise l'époque de sa mort; 
les uns îa placent, eu i6*i5 , Bayle , en 
i65o, et d'autres en 1 634; mais on 
s'accorde à dire qu'il fut assassiné. On 
a confondu notre Vital d'Audiguier 
avec son neveu , qui se nommait 
Pierre , et on leur a attribué indiffé- 
remment les mêmes ouvrages. — Il y 
a eu aussi un Henri d'AuniGuiEu, sieur 
de Mazet, avocat-général de la reine- 
mère, en 1662; celui-ci n'est connu qv.e 
})ar des corrections à la traduction 
d'Héliodore, par Montlyard, 1626, 
1628, in-8". , et par une mauvaise 
brochure in-4''. , contre Mézeray. Elle 
apourùtrele Censeur censuré^ adres- 
sé au sieur Sandricourt ( Fr. Eud. 
de Mézeray ) , auteur d'un libelle , 
intitulé', le Censeur du temps. 

W— s. • 
AUDINOT (Nicolas - Medard ) , 
né à Nancy, débuta au théâtre italien , 
le 3 janvier f 764, et se retira en 1 767, 
à l'occasion d'un passe-droit qu'on lui 
avait fait. Pendant les années 1 767 et 
1 768, il exploita le théâtre de Versail- 
les , et revint à Paris en 1 769. Son res- 



a6 XVD 

sentiment contre la comédie ilalienue 
nctait pas éteint; il loua une loge à la 
foire St.-Gerraain , et y plaça des bam- 
boches , ou comédiens de bois; chaque 
figure imitait un acteur de la comédie 
italienne. La nouveauté de ce spectacle, 
la ressemblance des personnages pi- 
queront la curiosité, et les comédiens 
C de bois attirèrent la foule. Audinot 
avait acheté, dès le commencement de 
cette année , l'emplacement qu'occupe 
aujourd'hui l'Ambigu comique; il y 
construisit une salle , dont il fit l'ou- 
verture au mois de juillet; il y conti- 
nua ses représentations de comédiens 
de bois , et y ajouta de petits ballets. 
~- En 1770, il prit le titre à* ambigu 
comique, et substitua, à ses marionnet- 
tes , des enfants , auxquels il faisait 
représenter quelques scènes déta- 
chées , telles que le Testament de 
Polichinelle. Il avait mis sur sa toile 
cette inscription : Sicut infantes au- 
di nos. Audinot fut secondé dans son 
entreprise par Arnoiilt , qu'il s'associa 
par la suite. Il obtint de tels succès , 
qu'il se vit forcé, en 1772, d'agran- 
dir sa salle, où l'on commença à re- 
présenter de grandes pantomimes , 
qui firent la fortune de l'entrepreneur. 
11 y avait déjà long-temps qu'Audinot 
avait affermé son théâtre, quand il 
mourut , le '2 ï mai 1 80 1 . On a de lui : 

I. le Tonnelier , opéra comique à 
trois acteurs, représenté le 28 sept. 
1 7G1 , sans succès, et cependant im- 
primé, 1761 , in-S". Quelques situa- 
tions théâtrales firent naître l'idée de 
le remettre au théâtre. M. Quêtant se 
chargea d'y faire des changements. Le 
Tonnelier , ']oué le 16 mars 1765, 
eut alors un très-grand succès , et est 
resté au théâtre. Cette pièce a été 
réimprimée un grand nombre de fois, 
et même traduite en allemand, en 1 7 7 4. 

II. Dorothée, pantomime, précédée 
des Preux Chevaliers^ prologue pan- 



AUD 

lomime,i782, in-8''. Audinot était 
un excellent acteur pour les rôles dits 
à tablier; ce fut lui qui créa le rôle du 
Maréchal ferrant , dans la pièce de ce 
nom. A. B — t. 

AUDOIN ou ALDUIN (Alduinus 
HiEi.DuiNus ) , est regardé comme le 
9". roi des Lombards hors d'Ita- 
hc. Cette peuplade , anciennement ap- 
pelée Viniles , qui faisait partie du 
grand peuple des Suèves , s'était ori- 
ginairement établie sur l'Elbe, et trans- 
plantée depuis, par plusieurs migra- 
tions, dans la Pannonie. Alduin , com- 
mer.ça la conquête de cette dernière 
contrée , vers l'an 5^7, et l'avait en- 
tièrement achevée en 548.11cutàcora- 
battre, pendant long-temps, lesHérules 
et les Gépides, peuple goth d'origine, 
dont le nom signifie Paresseux , et 
ainsi surnommé, parce qu'il n'avait 
suivi que long-temps après les pre- 
miers conquérants Ostrogoths et Visi- 
goths ses frères. Ces Gépides , qui ha- 
bitaient sur la rive gauche du Danube , 
dans l'ancienne Dacie, s'y étaient déjà 
rendus formidables. Audoin détruisit 
leur armée en 55 1, et mourut vers l'an 
555. Ce prince avait épousé Rodelinde , 
fille de Hermanfried ou Hcrmanfroi , 
roi de ïhuringc et d'Amalberge , issue 
du mariage de Trasimond, roi des 
Vandales , avec Amalafride , qui fut 
assassinée en Afrique. Audoin laissa 
deBodelinde deux enfants, Alboin P^, 
roi des Lombards en Italie ( Foy. Al- 
boin), et un autre fils dont les histo- 
riens ne nous ont point conservé le 
nom. X. 

AUDOINDECiuiGNEBRurî (Henri), 
e'tait chirurgien de la généralité de Pa- 
ris, dans le milieu du 18". siècle. Il avait 
été employé dans les armées du roi, 
et fut ensuite long-temps médecin des 
épidémies. Non seulement il étudia les 
maladies épidémiques qui attaquent les. 
hommes, mais il porta aussi bou ut- 



AUD 

tention sur celles qui frappent les 
animaux. On a de lui la Relation d'une 
maladie épidémique et contagieuse 
qui a régné Vêlé et l'automne de 
1-^57, sur les animaux de diffé- 
rentes espèces dans la Brie , Paris, 
1 762 , in- 1 2 , qui est un des meilleurs 
ouvrages de la médecine vétérinaire. 
Goulin, dans des Mémoires , a con- 
signé un grand nombre des observa- 
tions précieuses d'Aiidoin sur les ma- 
ladies des animaux. Ce chirurgien a 
aussi écrit plus particulièrement sur 
son art et sur l'anatomie; mais ces 
écrits n'ont rien de bien remarquable; 
l'un rapproche les différentes méthodes 
de faire l'opération de la taille ; un 
autre est relatif à la cautérisation des 
plaies d'armes à feu. Ses Cartes mi- 
crocosmographiques , ou Descrip- 
tion du corps humain, 1770, in-4". , 
furent même l'objet d'une contestation 
entre lui et Cliirol , contre lequel il 
revendiquait cette idée , quoique celui- 
ci, dès 176-2, eût fait paraître sa 
première Carte d'angéiologie. 
Cet A. 
AUDOUL ( Gaspard) , né en Pro- 
vence , avocat à Paris, et membre du 
conseil de la maison d'Orléans , mort 
en 1 69 1 , est auteur d'un Traité de 
V Origine de la Régalé , et des cau- 
ses de son établissement, 1708, 
iR-4". Cet ouvrage est rare ; il doit sa 
célébrité h la censure qu'il a encourue 
par bref de Clément XI , du 1 8 janvier 
1710. Le parlement supprima le bref 
du pape, tout eu reconnaissant que le 
livre d'Audoul contient des choses di- 
gnes de répréhension , que cependant 
il ne condamna pas nommément. 
L'auteur combat avec vigueur , dans 
ce livre , Bellarmin et Baronius. 

A. B— T. 
AUDOVÈRE , première femme de 
Chilpéric, roi de France , lui avait déjà 
donné trois fils , lorsque ce prince 



AUD 17 

forma la résolution de s'en séparer. 
Frédégonde, attachée au service de la 
reine, pour donner à ce prince un 
prétexte de rompre son mariage , 
conseilla à Audovère de tenir elle- 
même, sur les fonds de baptême , le 
dernier fils dont elle était accouchée 
pendant l'absence du roi , lui persua- 
dant qu'en se faisant doublement mère 
de cet enfant, elle en serait plus chère 
à son époux. A celte époque, l'Église 
interdisait rigoureusement le mariage 
entre ceux qui avaient contracté une 
alliance spirituelle; on fît valoir contre 
la reine l'union spirituelle qu'elle ve- 
nait de contracter avec Ghilpéric , en 
devenant marraiiie d'un de ses en- 
fants , et il la répudia. Il est probable 
que cette histoire a été inventée à 
plaisir ; car l'évêque auquel les lois 
canoniques devaient être connues , se 
serait opposé au dessein de la reine ; 
et d'ailleurs on sait que Chilpéric 
n'était pas assez scrupuleux poiu' cher- 
cher des prétextes quand il voulait 
satisfaire ses passions ; il le prouva , 
en faisant périr, quelque temps après, 
sa seconde femme, Galesuiute, sœur 
de la célèbre Brunehaut. Ce ne fut 
qu'après l'assassinat de Galcsuinte, 
que Chilpéric épousa Frédégonde , 
ciontle bonheur et les forfaits étonnent 
encore aujourd'hui les esprits réflé- 
chis : celte femme fit étrangler Audo- 
vère vers l'an 58o, dans le monastère 
où elle s'était retirée depuis sa répu- 
diation. F— E. 

AUDRA (Joseph), né à Lyon , en 
1714, ecclésiastique , professa d'a- 
bord la philosophie dans sa patrie. 
L'État de la population de la géné- 
ralité de Lyon , qui parut sous le 
nom de Mézence , secrétaire de l'in- 
tendance , fut le fruit de ses loisirs et 
de ses liaisons avec l'intendant, M. de 
la Michaudière. Eu 1769, l'abbé Au- 
dra fut nommé professeur d'histoire, 



aB A U D 

AU collège royal tic Touloiisp, H rem- 
plit cette chaire d*«ine manière dis- 
tinguée. La part qu'il prit, dans cette 
ville , à l'artàirc de Sir\ en , et l'activité' 
de ses demarcbes pour faire triom- 
pher son innocence, le mirent eu cor- 
respondance avec Voltaire. « Vous 
» avez du recevoir, lui mandait i'au- 
* tcur à\'Uzire. le factum des dix-sept 
» avocats au parlement de Paris , en 
» faveur de Sirven: il est très bien 
» fait ; mais Sirven vous devra beau- 
» coup plus qu'aux dix-sept avocats , 
» et vous aurez fait une action digne 
» de la philosophie et de vous. » Audra 
jouissait d'une considération due à ses 
talents et à ses services, lorsqu'il publia 
en 1 770 le i'*". vol. d'une Histoire gé- 
nérale. Voltaire applaudit à cette pro- 
duction , et écrivit à l'auleur : « D'Alem- 
» bert est bien content de votre Ahrégé 
» sur l'Histoire générale. Quelques 
» fauati(jues n'en sont pas si contents ; 
» mais c'est qu'ils n'ont ni esprit, ni 
» mœurs. A l'égard de votre sage 
» hardiesse , vous n'avez rien à crain- 
» dre : il n'y a pas un mot dans 
» votre écrit sur lequel on puisse 
» vous inquiéter. On sera fàchë; mais 
» comme les plaideurs qui ont perdu 
» leur procès. Vous avez d'ailleurs un 
» archevêque qui pense comme vous , 
» qui est prudent comme vous , et qui 
» sera bientôt de racademic. w Cet ar- 
chevêque , qui était M. de Brieune , 
ne justifia pas les assurances de Vol- 
taire. L'abbé Audra se démit de sa 
place; un ranndement de l'archevêque 
rJoudamna l'ouvrage, sans désigner 
Tauleur , comme rempli de maximes 
eironées. Celui-ci, fiappc de cette flé- 
trissure , tomba malade d'une fièvre 
maligne, eut le transport au cerveau, 
ctmourutcnvingt-quatreheuresàTou- 
louso,lo 1 n sept. 1 -57 o. Voltaire fut très- 
scusib'e à cet cvénoucn!, qui , dit son 
ëdiieur, lui arrachait encore des larme* 



quelques jours avant m mort. Un« 
lettre de Voltaire à d'Alembert ( 1 1 
décembre 1770) donne de plusgrand» 
détails sur cette affaire , et juslifie la 
conduite de M. de Brienne, qui mit 
dans ses procédés tous les ménage- 
ments qu'on pouvait désirer, qui sou- 
tint seul l'abbé Audra, durant une 
année entière , contre le parlement , 
les évêques, l'assemblée du clergé, 
mais qui se vit enfin obligé de céder 
aux clameurs ( f^oj^. la Note sur le 
67/. chap. de VEssai sur l'Histoire 
géiicrala ). IV— l. 

AUDRAN ( Charles , ou Karle ). 
Cet oncle du célèbre Girard Audran 
naquit a Paris, eu iSyj , et mourut 
dans la même ville, en if^74î il était 
fils de Louis Audran, ofîlcierdeloii- 
veterie sous \leu\'\ IV. Ayant com- 
mencé à Paris l'élude du dessin et 
de la gravure , il entreprit le voyage 
d'Italie pour se perfectionner. Ce fut à 
Rome qu'il fit connaissance avec Cor- 
neille Blocmaert , et qu'il s'identifia , 
en quelque sorte, avec la manière de 
ce maître. On a de cet artiste un assez 
grand nombre d'estampes , d'après le 
Dominiquin , le Titien , le Cortone, le 
Guide , l'Albane , Le Sueur , les Carra- 
che et autres grands maîtres ; les plus 
capitales sont une ^Annonciation et 
une Assomption. P — e. 

AUDRAN ( Claude ) , né à Paris , 
en i5()7 , et mort à Lyon, en 1^77 , 
fut le père du célèbre Girard Audran , 
et c'est là son meilleur titre à l'im- 
mortalité. Ses estampes médiocres , 
quoique d'un assez bon goût, sont peu 
connues. Il eut trois fils , (iermain y 
])rofcsseur a l'académie de Lyon, et 
dont on a quelques estampes ; Claude , 
et Girard. P — e. 

AUDRAN ( Claude) , peintre , fils 
du précédent, ne à Lyon , en i64 1 , 
fut placé d'abord dans l'école de Per- 
rier , et en iG58, vint à Paris, où 



aUD 

Errard le fit travailler clans les appar- 
tements de la reine, dont il avait la 
direction. Gliarlcs Lebrun, témoin de 
sa facilite à peindre , l'employa pour 
les ébauches des Batailles d'Alexan- 
dre, De ce moment , Audran ne fut 
plus que l'imitateur , ou , pour mieux 
dire , le copiste servile de son nouveau 
maître ; il ne sembla plus voir dans la 
peinture d'autre manière que celle de 
cet artiste , et , comme il arrive d'or- 
dinaire , sa réputation en souffrit. 
Toutefois, les ouvrages de Claude Au- 
dran prouvent qu'il aurait pu obtenir 
une place honorable parmi les artistes 
de l'école française , s'il eût voulu pen- 
ser et travailler d'après lui - même. Il 
fut reçu , en 1675 , à l'académie , sur 
un tableau représentant Y Institutiort 
de VEucharistie , et nommé profes- 
seur eu 1 68 1 . Ses principaux ouvrages 
sont : une Décollation de S. Jean- 
Baptiste^ S. Denis, S. Louis , et le 
Miracle des cinq pains , la chapelle 
du château de Sceaux , le grand cs- 
x-alier de Versailles , la galerie des 
Tuileries, etc. Claude Audran mou- 
rut à Paris, en i684, ^ l'âg^ de qua- 
rante-trois ans, sans avoir jamais été 
marié. Ce fut lui qui composa et exécu- 
ta, de concert avec le régent, les sujets 
de Daphnis et Chloé, qui furent gra- 
vés par Benoît Audran. — Un autre 
Audran, nommé aussi Claude, et 
neveu de celui-ci , préiéra comme lui 
la peinture à la gravure , où tous leurs 
parents acquirent plus ou moins de 
réputalion.Ihiaquità Lyon, en i658, 
et mourut à Paris, en 1 7 54, au Luxem- 
bourg. Le genre des aiabesques , ou 
grotesques , est celui qu'il a le plus 
particulièrement cultivé. Il travailla 
beaucoup à Versailles, et dans les mai- 
sons royales. On ne lui connaît d'autre 
élève que Wateau. D — t. 

AUDRAN (Girard) peut être re- 
gardé comme le plus célèbre graveur 



AUD aç» 

d'histoire qui ait jamais existé , et 
comme l'un des artistes qui ont le plus 
contribué à illustrer le siècle de Louis 
XIV, en propageant dans toute l'Eu- 
rope les chefs-d'œuvre des grands maî- 
tres qui ont honoré l'école française. 
Audrau naquit le 'i août 1(340, à 
Lyon, où il reçut les premiers élé- 
ments de son art , de Claude Audran 
son père, et de là vint à Paris, pour 
se perfectionner. Il fut bientôt l'ami 
de Lebrun , avec lequel il passera à 
la postérité. Vouî;int mettre à profit 
les grandes dispositions dont la na- 
ture l'avait doué, et convaincu que, 
sans une profonde étude du dessin, il 
est impossible à un graveur d'atteindre 
à la perfection , d se détermina à faire 
le voyage d'Italie. Arrive à Rome, en 
1666, il employa trois années à l'é- 
tude de l'antique , dont il dessina les 
plus belles statues; mais ne bornant 
pas ses travaux à cette seule étude, ii 
s'appliqua aussi à copier avec le crayon 
et le pinceau, les chefs-d'œuvre de 
Raphaël, et cjcux des autres grands 
maîtres qui ont contribué à donner 
tant de célébrité à l'école d'Italie ; gr-ava 
un plafond peint par Piètre de Cor- 
tonne, et |)lusieurs tableaux du Domi- 
niquin. Coibert, qui avait su apprécier 
les talents d' Audran, et qui voulait les 
rendre utiles à la France, le fit rap- 
peler par Louis XIV, lui obtint une 
pension et un logement aux Gobeîiai. 
De retour dans sa patrie, cet artiste 
fut chargé de graver, pour le roi , la 
suite des Batailles d^ Alexandre. Celte 
production iramortcUc répandit dans 
toute l'Europe la réputation de Lebrun 
et celle d'Audran. Plusieurs artistes 
même , surtout en Italie , trouvèrent 
plus de correction dans les traductions 
que dans les originaux. Une multitude 
d'autres ouvrages mirent le comble à 
la gloire d'Audran. Parmi tant de chefs- 
d'œuvre, on distingue sua Recueil des 



5o AUD 

proportions du corps humain^ qu'il a 
grave d'après ses dessins; son Martyre 
de S. Laurent y d'après Le Sueur; la 
Peste d'Eaque, et le plafond du Val- 
de-Grâce , d'après Mignard ; le Mar- 
tyre de Ste. A^ès , d'après le Domi- 
lîiquin; la Femme adultère ; le Pyr- 
rhus ; le Coriolan ; le Baptême du 
Pharisien, d'après le Poussin , et sur- 
tout V Enlèvement de la Vérité, d'a- 
près le même. Les épreuves avant la 
draperie de cette dernière estampe^ 
sont fort rares. L'académie de peinture^ 
qui avait reçu Audran dans son sein , 
le nomma un de ses conseillers , en 
1 68 1 . Un grand sentiment de dessin, 
fier et correct, un burin souple et fer- 
me , un faire large , une touche savante, 
qui est toujours celle du maître qu'il 
traduit, caractérisent les productions 
d' Audran. On ne saurait, sans injus- 
tice, lui contester la supériorité' sur 
tous les graveurs qui l'ont précédé ou 
suivi : les jeunes gens qui courent la 
même carrière ne sauraient choisir un 
meilleur modèle. Girard Audran a 
traité le genre de l'histoire avec la no- 
blesse et la dignité qui lui convien- 
nent. Sans s'a! tacher à un servile ar- 
rangement de hachures , on remarque 
dans les parties où il a cru devoir en 
faire usage, qu'il possédait à fond les 
principes de son art , et qu'il en con- 
naissait toutes les ressources. Son 
style, sans avoir ce fini précieux, 
trop souvent le cachet de la médio- 
crité , est loin de ce désordre et de cette 
négligence que l'impuissance de mieux 
faire voudrait présenter quelquefois 
comme le résultat du savoir et du goût. 
Entre ses savantes mains , le burin et 
la pointe semblent s'être métamorpho- 
sés en pinceaux, et en avoir acquis 
l'empâtement et la suavité. Dans sa 
marche savante , on reconnaît toujours 
l'artiste habile qui suit pas à pas la 
nature , qu'il a étudiée cl méditée pro- 



AUD 

fondement, et le traducteur fidèle qui 
a approfondi les secrets de son art. 
Girard Audran termina sa carrière à 
Paris , en 1700 , universellement re- 
gretté , autant pour ses qualités aima- 
bles et douces , que j>our la supériorité 
de ses talents. P — e. 

AUDRAN (Be>oÎt), fils de Ger- 
main Audran , graveur à Lyon , né 
dans cette ville, le 5 novembre 1661 , 
vint à Paris , à l'âge de dix-sept ans , 
se mettre sous la direction de Girard 
Audran son oncle. Entre autres ou- 
vrages estimables qu'il a produits , on 
remarque les sept Sacrements , du 
Poussin ; Alexandre malade , peint 
par Le Sueur, et le Seipent d'airain , 
de Lebrun. Louis XIV, juste appré- 
'ciateur des talents, répandit ses bien- 
faits sur Benoît Audran , comme il l'a- 
vait fait sur toute sa famille. L*ac<idé- 
mie le reçut au nombre de ses mem- 
bres, et le nomma l'un de ses conseil- 
lers , en 1 7 1 5. Cet artiste mourut à 
Louzouer, près de Sens, en 1721 , 
dans une terre acquise du produit de 
ses talents. — Louis , son jeune frère , 
né à Lyon , en 1 670 , et mort à Paris 
en 1712, fut aussi élève de Girard ; 
dans le nombre de ses productions , 
ou dislingue les OEuvres de miséri- 
corde ^ d'après Bourdon. P — e. 

AUDRAN (Jean), autre fils de 
Germain Audran, neveu et élève de 
Girard Audran , naquit à Lyon en 
1667. Sans avoir atteint, comme son 
oncle , à la sublimité de l'art, il peut 
être placé au rang des graveurs ha- 
biles. Ses Batailles d' Alexandre 
en petit; son Enlèvement des Sa- 
bines j d'après le Poussin; son Es- 
ther et son Athalie , d'après les 
Coypel, lui assignent une place distin- 
guée parmi ses confrères. Une vie 
longue et laborieuse le mit à portée 
d'exécuter un grand nombre d'ou- 
vrages. Louis XIV lui accorda , çn 



AUF 

1707, le titre de son graveur , au- 
quel il joignit une pension et un lo- 
gement aux Goheiins ; l'annëe sui- 
vante, l'académie lui ouvrit ses portes. 
Jean Audran mourut à Paris , en 
175G, âgé de près de quatre-vingt- 
dix ans. P — E. 

AUDREIN (Yves -Marie), an- 
cien professeur du collège de Quim- 
per, préfet des études au collège de 
Louis-le-Grand , fut ensuite coadju- 
teur et vicc-gcrent à celui des Gras- 
sins. Des sermons qu'il avait pronon- 
cés lui acquirent quelque réputation , 
et il fut. nommé grand-vicaire ad 
honores de plusieurs évêques. il pu- 
blia , dans les premières années de la 
révolution, un plan d'éducation, dont 
la base était de retirer renseignement 
aux corporations , et de soumettre 
tous les élèves à un même mode d'ins- 
truction nationale. Nommé déjjuté du 
Morbihan à l'assemblée législative, 
il fut commissaire pour l'examen des 
papiers trouvés aux Tuileries. Élu 
député du même département à la 
convention, il y vola la mort de 
Louis XV^I, avec la restriction d'exa- 
miner la question du sursis. Un 
écrit qu'il publia en juillet 1 795 , en 
faveur de la fille de Louis XVI, pro- 
cura à cette jeune princesse quelques 
adoucissements dans sa captivité. 
Bentré, à la fin de la session de la 
convention, dans la classe de citoyen, 
il fut nommé évêque de Quimper par 
une assemblée de prêtres assermen- 
tés. 11 se rendait dans son diocèse en 
1800, lorsque la diligence où ii était 
fut arrêtée par les chouans qui l'en ar- 
rachèrent et l'assassinèrent sous les 
yeux de ses compagnons de voyage. 
On a de l'abbé Audrein : L Discours 
prononcé à l'occasion du serinent 
civique, 1790: IL Mémoire sur 
l'éducation nationale française ; 
lu. Recueil de discours à. la jeu- 



AUF 5i 

neste, 1790, in-12; IV. Mémoire 
à l'assemblée nationale sur Vim- 
poriance de maintenir les lois qui 
organisent le culte catholique ^ 
1792, in-8°. ; V. u4pologie de la, 
religion contre les prétendus phi- 
losophes , 1797, in- 8''.; VI. quel- 
ques Rapports au^x assemblées dont 
il a fait partie. A. B — t. 

AUFFRAY ( François ) , gentil- 
homme breton , et chanoine de St.- 
Brieux, né sur la fin du I6^ siècle, 
était encore jeune quand il pub'ia une 
tragi-comédie morale, intitulée : Zoan* 
tropie^ ou de la Fie de l'homme, 
embellie de feintes appropriées au 
sujet , Paris , 1 6 1 4, 1 6 1 5 , iu-^*". ; il la 
dédia , par une ode , au cardinal de 
Bouzas, évêque de Be'ziers, grand 
aumônier de la reine. Son canoni- 
cat de St.-Brieux en fut peut-être 
la récompense. Il n'en méritait au- 
cune; car sa pièce est au-dessous du 
médiocre , tant sous le rapport de 
l'invention que sous celui du style. 
Les vers qui se trouvent à la suite ne 
valent pas mieux. Il fallait qu'Âuf- 
fray eût bien peu de talent, puisque 
Golletet , qui n'était pas un juge 
difficile , dit a qu'il s'exjirime si rus- 
» tiquement , et avec un style si con- 
» traint et si barbare , qu'il semble te- 
» nir un peu plus de l'air de l'antique 
«langage des Goths et des Vandales 
» que de l'air de notre langue fran- 
» çaise. » Golletet ajoute qu'il publia 
en 16*25, à St.-Brieux, \esHymneset 
les Cantiques de l'Eglise , trad, en 
vers français sur les plus beaux 
airs de ce temps-là , et qu'à la fin 
de ce livre , il y a un assez bon nom- 
bre de quatrains et sentences morales 
tirées de S. Grégoire de Naziauze. 
W— s. 

AUFRESNE(Jean Rival), ac- 
teur français, mérite une place distin- 
guée dans les annales du théâtre. 



5* A U F 

quoiqu'on n'ait joui que peu de temps 
eu France de ses taleuts. 11 naquit à 
Genève , en i -^9.9, d'un horloger nom- 
me Rival ^ dont J.-J. Rousseau parle 
dans ses Confessions , comme d'un 
homme d'esprit et de goiit. Rival était 
également lie avec Voltaire , et lui 
adressa une pièce de vers , intitulée 
les Torts , à laquelle le poète de Fer- 
ney fit une réponse qui est imprimée 
dans ses œuvres. Le jeune Rival, des- 
tine à l'état d'horloger, partageait les 
goûts de son père pour la littérature , 
et annonçait un talent distingué pour 
la déclamation, lorqu'il fut appelé, 
vers l'année 1757 , dans une ville de 
Normandie , pour des affaires de com- 
merce. Sa passion pour le théâtre lui 
fit contracter des liaisons avec les co- 
médiens qui y étaient établis ; l'un 
d'entr'eux s'étant trouvé indisposé 
quelques heures avant la représenta- 
tion d'une tragédie , on engagea Rivai 
à le remplacer; il hésita quelques ins- 
tants , mais on flatta sa vanité , et les 
applaudissements qu'il recueillit le dé- 
terminèrent à suivre cette carrière. 
Sa famille ayant vu avec peine son 
chanp;ement d'état , pour l'apaiser , 
il, quitta son nom, et prit celui d'^M- 
fresne, sous lequel il a toujours élé 
connu au théâtre. Après avoir joué 
dans les principales villes des provin- 
ces et dans les pays étrangers, et s'être 
appliqjic à un système de déclamation 
qui lui était propre, il débuta, le 5o mai 
1765 , à la Comédie française, par le 
rôle d'Auguste dans Cinna , avec un 
brillant succès , et sut vaincre les pré- 
ventions du public, accoutumé au dé- 
bit emphatique de la plupart des ac- 
teurs de ce tem])s. Aufresne parlait 
presque la tragédie, et rappelait, dit- 
on , à beaucoup d'égards , par le na- 
turel de son débit , la manière de Ba- 
ron. Sans chercher a discuter ici une 
question souvent reproduite, on peut 



AUF 

dire du moins qu'Aufresne faisait sor- 
tir de cette simpUcité même des traits 
sublimes qui subjuguaient les specta- 
teurs ; cependant ce naturel , qu'on 
ne pouvait censurer dans les rôles de 
pères de la haute comédie, qu'il jouait 
également avec beaucoup de succès , 
lui fit une foule d'ennemis secrets et in- 
téressés de tous ses camarades. Il fal- 
lait qu'il changeât de manière , ou que 
la Comédie toute entière changeât la 
sienne : voilà ce qui s'opposa à ce 
qu'Aufresne fût admis comme socié- 
taire à la Comédie française. Satisfait 
du public , mais fatigué de la lutte iné- 
gale qu'il avait à soutenir contre 
ses camarades, il quitta la France. 
On lit, dans une lettre de Frédé- 
ric II, roi de Prusse, à Voltaire , 
ce passage : a Nous avons eu , l'année 
» passée, Aufresne, dont le jeu noble , 
» simple et vrai , m'a fort contenté. 
» Le Kain va venir ici cet été , et je 
» lui verrai représenter vos tragédies. 
» C'est une fête pour moi ; il faudra 
» voir si les eiforts de l'art surpassent 
» dans Le Kain ce que la nature a 
» produit dans l'autre. » Cette lettre 
est de l'année 1 775. L'année suivante, 
Aufresne, après avoir fait un voyage 
en Italie , vint à Fernev , où il reçut 
de Voltaire les plus vifs applaudisse- 
ments. « Vous me prêtez par votre jeu 
« plus d'esprit que je n'en ai , » lui dit 
ce vieillard, qui flattait parce qu'il ai- 
mait à être flalté. Aufresne reçut eu 
Russie un accueil très-distingué de Ca- 
therine H, et a continué de jouir de 
la faveur publique sous les successeurs 
de cette impératrice : quelques mois 
avant sa mort, arrivée vers l'année 
1806, il a joué ce même rôle d'Au- 
guste dans lequel il avait del)uté , et , 
malgré son grand âge , il y a produit 
beaucoup d'eflcl. Cet acteur jouissait 
de l'estime générale dans le pays oii il 
s'était fixt. P—x. 



AUG 
AUGER ( Edmond ) , né en 1 5 1 5 , 
au village d'Alleman , dans le voisi- 
nage deTroyes, d'un père qui était 
laboureur , fit ses études chez son 
oncle, curé de campagne. On a dit que 
dans sa jeunesse, il avait été bateleur 
et qu'il avait mené l'ours dans les rues. 
Un fait plus certain , c'est qu'il entre- 
prit le voyage de Rome à pied, men- 
diant son pain , muni d'une lettre de 
recommandation pour un jésuite de 
cette ville, qu'il trouva mort à son 
arrivée. Auger , dépourvu de toute 
ressource , se fit écrivain public au 
Campo de^ Fiori. Cet état ne lui four- 
nissant pas de quoi vivre , il entra 
au collège des jésuites , en qualité de 
garçon de cuisine. On s'aperçut bien- 
tôt qu'il avait fait de bonnes études. 
S. Ignace l'admit an noviciat. Il pro- 
fessa les humanités à Pérouse , à Pa- 
doue , et la philosophie au collège ro- 
main. Son talent pour la chaire se 
manisfesta dans les exhortations qu'il 
faisait au peuple dans les rues , selon 
l'usage des Italiens. Lainez l'envoya , 
en iSSg, en France pour travaillera 
la conversion des huguenots. Sa mis- 
sion eut de grands succès dans plu- 
sieurs villes du Midi; mais son zèle le 
porta souvent à des déclamations qui 
eurent des suites fâcheuses , surtout 
à Bordeaux. Le fameux baron des 
Adrets l'arrêta à Valence , et le con- 
damna à être pendu. Il était djà sur 
l'échelle pour monter à la potence , 
lorsqu'un ministre, attendri du dis- 
cours qu'il prononça dans cette posi- 
tion , obtint sa grâce , dans l'espoir 
d'en faire un prosélyte de sa secte. 
Auger , échappé à ce danger , reprit 
ses missions avec encore plus d'ar- 
deur. Il eut de grands succès en Au- 
vergne , principalement à Issoire , où 
i,5oo huguenots rentrèrent dans le 
seindeTÉgUsc. Il ne fut pas moins heu- 
reux à Lyon , où il eut l'avautage de 

UT. 



AUG 



33 



rétablir l'exercice de la religion catho- 
lique. Chargé de prêcher le carême de 
1 5^5 , devant Henri III, ce prince le 
nomma son prédicateur ordinaire, et 
le prit pour son confesseur. Cette der- 
nière commission lui attira le repro' 
che d'avoir inspiré à son pénitent le 
goût des petites pratiques d'une dé- 
votion minutieuse, au lieu de le ré- 
primander sur les vices qui déshono- 
rèrent la vie de ce monarque. Ce 
reproche paraît justifié par l'ouvrage 
qu'Auger publia, en i584, sous ce 
titre : Métanéologie sur le sujet de 
Varchi - congrégation des pénitents 
de V Annonciation de N.-D, , et de 
toutes les autres de\>otieuses assem- 
blées de r Eglise. C'est un mélange 
bizarre de citations profanes et sacrées, 
pour justifier la confrérie des péni- 
tents blancs , étabhe par Henri III , 
etauxprocessions de laquelle ce prince 
assistait vêtu d'un sac de toile. Son 
attachement à la personne de Henri lïl 
le rendit odieux aux ligueurs. Ils l'o- 
bligèrent de se réfugier à Lyon , puis 
à ïournon , de passer ensuite en Ita- 
lie , où il voyagea de ville en ville , 
regardé comme un excommunié, et 
alla mourir, en 1 5g f , à Côme , épuisé 
de fatigue et de chagrin. Le P. Auger 
se distingua par sa constante fidélité à 
la cause royale dans un temps et dans 
un corps où cette qualité était fort rare; 
ce qui fait dire à l'historien Mathieu 
« que, s'il eût vécu et qu'on ne lui eût 
défendu la chaire , il eût fait autant de 
service que tous les autres de son or- 
dre pouvaient faire de mal. » On a 
vanté sa modération envers les pro- 
testants ; mais cet éloge est démenti 
par plusieurs de ses ouvrages , entre 
autres , par celui qui a pour titre : te 
Pédagogue d* armes , pour instruire 
un prince à bien entreprendre et a 
heureusement terminer une bonne 
guerre. C'est un vrai manifeste contre 



54 AUG 

les religionnaiies. On doit en dire au- 
tant de son Sacre spirituel , dont il 
serait à souhaiter qu'on n'eût à re- 
prendre que le titre ridicule. On a en- 
core de cet auteur une cinquantaine 
délivres de controverses, oublies au- 
jourd'hui ; un Catéchisme français , 
<;rec et latin , dont il se débita , à 
Paris, en huit ans, près de 4o,ooo 
exemplaires ; les définitions en sont 
daires et justes j mais les maximes n'en 
sont pas toujours exactes ; Breviarium 
Romaimm^ cum ruhricis Gallicis , 
Paris, i588, i vol. in-fol. C'est ce 
•fu'ou appelle le Bréviaire de Hen- 
ri III. On dit que le P. Auger avait 
refusé un évechc , et qu'il avait con- 
verti 405O00 protestants. C'est le pre- 
mier je'siiile qui ail été confesseur des 
rois, il était éloquent pour le temps , 
et fort considéré de tous les gens de 
lettres. T — d. 

AUGER ( Nicolas ). Ce comédien , 
après avoir joué, avec beaucoup de 
succès , l'emploi des valets , sur le 
théâtre de Yienne en Autriche, vint 
débuter à Paris, le i4 avril 1765, 
dans le même emploi. Ses débuts fu- 
rent très-brillants, puisque Armand, 
qui était depuis quarante ans en pos- 
session de ces rôles , dit , en le voyant, 
qu'Auger le ferait un jour oublier. 
Cependant, le public, après avoir 
cédé au charme de la nouveauté , ne 
fut point injuste envers un comédien 
célèbre, et, quoiqu'on ait publié, Pré- 
ville conserva la faveur dont il jouis- 
sait , et que nulle comparaison ne 
pouvait lui enlever. Auger était grand; 
sa taille était bien proportionnée ; sa 
figure convenait parfaitement à l'em- 
ploi qu'il avait choisi ; sa physiono- 
mie avait de la mobilité , et il en abu- 
sait quelquefois, en se laissant aller à 
des grimaces , à des charges outrées; 
il en introduisit même dans quelques 
r«les qiii auraient dû lui imposer de 



AUG 

la retenue ; telle est celle du gros bâ*. 
ton de Kéglisse qu'il offrait dans la 
scène où, jouant le Tartuffe, il cher- 
che à séduire Elmire; plaisanterie in- 
décente qui a long-temps été répétée 
comme une tradition théâtrale. 11 avait 
demandé à débuter dans la tragédie ; le 
froid accueil qu'il reçut dans les rôles 
d'Huascar et de Warwick lui prou- 
va que le cothurne ne lui convenait 
nullement : il a cependant joué avrc 
succès quelques rôles qui exigent de 
la noblesse , tel que celui du Com- 
mandeur , dans le Père de famille. 
Auger quitta la comédie en 1782, et 
mourut à Paris, le 26 février 1785. 
P— X. 
AUGER ( Athanase ) , né à Paris, 
le 12 décembre 1754, ecclésiastique, 
fut d'abord ])rofèsseur de rhétôriqu»^ 
au collège de Rouen. L'évêque de Les- 
car , M. de Noé , qui Tavait connu dans 
cette ville , le fit son grand-vicaire , 
et l'ajipelait, en riant, son grand- vi- 
caire inpartibus Alheniensiiim , al- 
lusion à sa profonde connaissance de 
la langue de Démosthènes. L'abbé Au- 
ger, transporté d'Athènes à Paris, était , 
en effet , plutôt un philosophe grec 
qu'un Français du 1 8*". siècle. Ses trait» 
retraçaient ceux de Sorrate , comme 
sa conduite offrait les vertus du sage. 
de la Grèce. Étranger à toutes les 
jouissances dont le luxe nous a fait 
des besoius , son unique passion était 
l'étude, devenue pour lui une des pre- 
mières nécessités de la vie. Content 
d'un revenu plus que modeste , qu'il 
partageait avec une famille [)eu aisée, 
jamais on ne le vit grossir la foule des 
solliciteurs, et demander les grâces qui 
vont si rarement chercher ceux qui se 
contentent de les mériter. Modeste , 
ingénu, bienveillant, il joignait a la 
simplicité d'un enfant, la candeur et 
rinnocer)ce des mœui-s patriarchales. 
Sans fiel , incapable de ressentiment ^ 



AUG 

docile à la critique , souffrant la con- 
tradiction , il .sut pourtant dire la ve'- 
rile aux grands sans les blesser , et 
trouvait au besoin la chaleur et l'é- 
lïcrgie nécessaires pour dëiéndre ces 
anciens dont la lecture avait fait les 
délices et rocciipalion de toute sa vie. 
Aussi eut-il le rare boidieur de ne con- 
naître ni ennemis , ni envieux, et ces 
vers de Séiis, pour son portrait, n'eu- 
rent point de contradicteurs: 

Voici rauiewr qui réunit 
Le c<eur , les mœurs , le don d'ticrire ; 
Que. jamais on n'entend médire , 
i£t dont personne ne médit. 

Ixéçu à racade'mie des inscriptions , 
il s'y fit estimer, et encore plus aimcF) 
par sa friUKbise et sa bonté. Les com- 
luencenicnls de la révolution avaient 
de quoi séduire une ame pure , noble 
et ficre, et qui ne vit, dans les premiers 
accès de cette fièvre temble, que le 
lenne des abus at la naissance d'iui 
meilleur ordre de choses; mais cette 
adhésion aux premiers pvi.nci])es ne 
put l'entraîner à aucun acte dont il 
-eût à rougir. Cet écrivain estimable , 
qui cultiva les lettres sans les avilîr , 
leur fut enlevé le 7 février i79'2. 
SoM éloge funèbre, par Hérault de 
SécheRes , qui avait fait avec lui une 
étude approfondie delà langue grecque 
et des |;rands modèles qui l'immorla- 
lisenl > ftit lu à la séance publique de 
la société des neuf sœurs , k 'i5 mars 
de la même année, et imprima depuis. 
6es principaux ouvrages sont: f. Ha- 
rans^ues de DémostJiènes ^l d'Eschi- 
nes , sur la couronne , llouen , 1 768 , 
in- 1 '1 ; ÏT. OEuvres complètes de Dé- 
mosihènes et d^ Es chine ^ '777 ^ 
1788, 6 vol. in-8\ Jl est le premier 
qui ait fait passer dans notre langue 
tout ce qui nous reste de ces deux 
oratem"S , dont on ne connaissait que 
quelques discours; mais tout le feu de 
ces grands maîtres s'éteint sous les 
mains timides du traducl€ur. Sa ver- 



AUG 



55 



sion se recommande par la correction , 
par l'exactitude; mais elle manque de 
vie , de chaleur et de noblesse. (iCpen- 
dan t, ce grand ouvrage l'occupa dix ans, 
et son panégyriste nous apprend qu'il 1« 
rel'ondit en entier, avant de donner la 
seconde édition, lïl. OEuvres com- 
plètes d^Isocrate, 1 785 , 3 vol. in-8 '. 
Cet ouvrage est plus estimé que le pré- 
cédent , parce qu'il est pins facile de 
reproduire la froide symétrie d'Iso- 
crate , que l'éloquence impétueuse et 
rapide de Démosîhènes. Cependant , 
un critique, sans doute trop sévère, 
dit que le traducteur savait mieux le 
grec que le fiançais, et que, si son tra- 
vail pouvait servir aux études des 
jeunes gens , il n'était pas fait pour 
donner aux gens du monde une idée 
de l'éloquence des anciens, et de l'élé- 
gance attique. IV. OEuvres complètes 
de Lrsias , 1 783 , in-8 '. ; V. Ho- 
mélies , Discours^ et Lettres choi'- 
sies de S. Jean Chrjsostôme , 1 785, 
4 vol. in-8''.; VI. Discours choisis 
de Cicéron, 1787 , 5 vol. in- 12. Il 
les avait traduits tous, et il avait au- 
tant médité l'orateur romain que l'o- 
rateur grec, VU. Harangues tirées 
d^ Hérodote ^ de Thucydide et des 
œuvres de Xénophon, 1788, 2 voL 
in-8 '. ; VIlî. Homélies et Lettres 
choisies de S. B as ile-le- Grand, 1 7S8, 
in - 8". IX. Projet d'éducation pu- 
blique , précédé de quelques ré- 
Jlexions sur V assemblée nationale, 
-1789, in-8^î X. Catéchisme du 
citoyen français. Xf. Des ^u\^er- 
nements en générai, et en pçrrticulier 
de celui qui nous conviant, i-Oi , 
in'8°.;XlI. Cor.ibien Hnous importe 
d'avoir la paix, 1792 , in-8". XIII. 
De la constitution des Romains , sous 
les rois et au temps de la république, 
179^, 3 vol. in-8\ L'auteur avait 
consacré plus de trente ans à cet impor- 
tant ouvragt, ïi y pi{^sente la consli- 

5.T 



36 AUG 

tution romaine, d'abord dans son en- 
semble , ensuite dans chacune de ses 
parties, et développe l'organisation 
des trois pouvoirs, législatif, executif, 
judiciaire, et leur action simultanée 
et réciproque. XIV. De la tragédie 
grec/jue, 1792, in -S'*. Ce dernier 
écrit, qui parut quatre jours après la 
mort de l'auteur, était destine à servir 
de préface à une traduction des trois 
tragiques grecs, en prose et en vers. 
Les écrits d'Auger , réunis à Paris , 
dont la partie posthume a été publiée 
en 179^ (an '2 ), fonnent une collec- 
tion de ig volumes , iu-S". La partie 
posthume, en 1 o vol. in-8°. , contient 
fa Constitution des Romains , et la 
traduction de tous les Discours de 
Gcéron. N — l. 

AUG KR EAU (Antoine), en latin 
Augerellus , fut reçu imprimeur li- 
braire à Paris, en 1 55 r. Il paraît qu'il 
exerça aussi l'état de graveur de ca- 
ractères ; car La Caille, dans son His- 
toire de V Imprimerie et de la Li^ 
hrairie ; pag. 1 04 , dit qu'il fut un 
des premiers qui tailla des poiuçons 
pour les lettres romaines, l'impres- 
sion de ce temps-là n'étant presque 
qu'en lettres gothiques. Les éditions 
données par Augereau ont été assez 
estimées : en voici quelques - unes , 
rapportées dans les Annales t^po- 
graphiques de Panzer : I. Plinii 
Seciuidi Historianim naturœ li- 
bri XXX Fil, i53i, in-fol.; H. 
Novus orhis regionum ac insula- 
rum veteribus incognitarum , etc. , 
i552, in-fol. ; III. le Château de 
Labour, et les Faintises du monde ^ 
1 55 i , in- 1 '2 ; IV. le Miroir de Mar- 
guerite de France , reine de Na- 
varre , etc., i555, in-8". ; V. He- 
siodi opéra et dies , grœcè , 1 535 , 
in-8'.j VI. M. F. Quintiliani In- 
stit. orat, lib. XII , 1 555, in-fol. ; 
VII. Eusebius deprœparatione evan- 



AUG 

gel , 1 554 , in-8". ; VIÏI. S. Augus- 
tini de naturd et graiid libellus , 
1 554 , in- 1 i ; IX. Sancli Prosperi de 
gratid et libero arbitrio epistola , 
i554, in-8''. La Caille lui attribue 
encore , Andreœ Naugerii Patricii 
orationes duce, i55i , in-4".; Nu- 
merus et tiiuli cardinalium . etc. , 
1 555 , in-8"'. Oraison de Cicéron 
pour le rappel de Marcellus , par 
Antoine Macault, i554. Panzer n'a 
point parlé de ces trois derniers ou- 
vrages. Il est présumable qu'Auge- 
reau est mort vers i555, époque à 
laquelle il exerçait encore , dit Lottin , 
dans son Catalogue des libraires de 
Paris ; mais dès-lors on ne voit plus 
d'éditions données par lui. P — t. 

AUGIER ( Jean ) , sieur des Mai- 
sons-Neuves, conseiller du roi , con- 
trôleur-général des finances à Orléans', 
était originaire d'Issoudun, 011 il occu- 
pait la place de maître particulier des 
eaux et forêts. Il avoue lui-même , dans 
le seul ouvrage que nous ayons de lui , 
qu'il n'avait jamais fait d'étude, et que 
c'est le chagrin seul de la perte de 
son épouse qui l'a engagé à écrire. 
Il fit imprimer, en un vol. in-8*'., 
en 1589, le Recueil des vers que sa 
douleur lui avait inspirés , et il l'inti- 
tula : Torrent de pleurs funèbres, 
La vraie sensibilité s'annonce d'une 
manière moins pompeuse, et tojit l'é- 
talage qu'Augier fait de la sienne n*a 
pu garantir ses vers de l'oubli. W — s. 

AUGURELLO ( Jean-AurÈle ) , 
poète latin , né à Rimiui , vers 1 44 ' > 
professa les belles-lettres à Trévise et 
à Venise. Il habita le plus souvent la 
première de ces deux villes , où il 
mourut le '24 octobre i5'24. Outre la 
poésie, il cultivait la langue grecque, 
l'histoire, les antiquités et la philoso- 
phie. On l'accusa de s'être adonné à 
1 alcliiuiie; en efi'et il con)posa un poème 
intitulé C^r;.so/;fÇi<i, dans lequel il eu- 



AUG 

seigne les moyens de faire de l'or ; mais 
le savant Tiraboschi nie qu'il y ait 
pailësërieusement, et qu'il ait cru à 
ce prétendu art. On dit cependant 
que f^eon X , à qui il dëdia ce poërae, 
lui fit donner une grande bourse vide, 
en lui disant que celui qui savait faire 
de l'or n'avait besoin que d'une bourse 
pour le mettre. Augurello fit des odes, 
des élégies, des vers ïambes , des dis- 
cours, qui ont été vivement critiqués 
par Jules Scaligcr, mais où l'on re- 
marque cependant un mérite au-dessus 
du commun. L'auteur se montre un 
des plus heureux imitateurs des an- 
ciens. Ces poésies furent imprimées à 
Vérone , 1 49.2 , in-4''. , et à Venise , 
1 5o5 , in-8 '. Son poëme de la Chry- 
sopée parut à Baie , 1 5 1 8 , in-4''. ; An- 
vers , 1 58^ , in-S". , et a été réimprimé 
dans la Bibliotheca chemica curiosa, 
dcMauget; il a été trad. envers français 
par François Habert, Lyon, i548, 
in- 16; Paris, 1626, in-8°. Il écrivit 
aussi un livre intitulé Geronticon , 
ou delà Vieillesse, dédié à son disciple 
Pierre Lippomano , depuis évêque de 
Vérone. G — e. 

AUGUSTE (Caïus Julius C^- 
SAR Octave ) , originairement appelé 
Caïus Octaviiis, était fils de Gains 
Octavius, et d'4ttia, fille de Julia , 
sœur de Jules César. La famille des 
Octaviens était originaire de Vellé- 
tri, dans le pays des Volsques. lia 
branche dont sortait Auguste était ri- 
che , et tenait à l'ordre des chevaliers. 
Son père fut le premier qui s'éleva 
jusqu'à l'ordre des sénateurs. Ce der- 
nier , après avoir été préteur , alla en 
Macédoine , où il acquit de la réputa- 
tion dans les emplois civils et militaires. 
Octave, qui est le sujet de cet article , 
naquit pendant le consulat de Cicé- 
ron, l'an de Iioiae 689 , le 23 septem- 
bre de l'an iyi avant J.-C. Il perdit 
son père peudant son enfance. Par 



AUG 37 

les soins de sa mère et de L. M. Phi- 
lippus, qu'Attia avait épousé en se- 
condes noces , le jeune Octave reçut à 
Rome une très-bonne éducation , et fit 
de tels progrès dans l'art de parler , 
le plus ulile et le plus important de 
tous dans une république , qu'd pro- 
nonça publiquement l'éloge funèbre 
de sa grand'raère Julia , n'ayant encore 
que douze ans. Son jugement préma- 
turé , et la circonspection de sa con- 
duite , lui attirèrent la faveur de son 
grand-oncle Jules César, qui annonça 
le dessein de l'adopter , dans le cas où 
il n'aurait point d'enfants. Il l'aurait 
même emmené avec lui en Espagne, 
pour qu'il apprît l'art mihtaire sous 
ses ordres, dans la guerre contre le 
fils de Pompée, si Altia ne l'eût retenu, 
sous prétexte qu'il était d'une santé fai- 
ble. 11 se trouvait à ApoUonie en Epire, 
où il étudiait l'éloquence , sous le fa- 
meux rhéteur grec Apollodore , lors- 
qu'il apprit ei/même temps la nouvelle 
de la mort tragique de son oncle, et de 
son adoption par ce dernier. Malgré les 
timides avis de ses amis , il mit à la 
voile pour l'Itafie , afin de connaître 
sur les lieux mêmes l'état des choses , et 
de poursuivre , ainsi que l'occasion s'en 
présenterait , les espérances que lui 
donnait l'adoption de Jules César. En 
débarquant à un petit port près de 
Brindes , il fut visitépar une députation 
des soldats vétérans réunis en cette 
ville. Conduit en triomphe , et pro- 
clamé l'héritier et le vengeur de César, 
il déclara soleuneilement son adop- 
tion , et prit le nom de son oncle, en 
y ajoutant celui d'Ortave. Il se mit à 
la tête des vétérans , intercepta, pour 
son propre usage, le tribut que les pro- 
vinces au - delà de la mer envoyaient 
à la capitale , ainsi que tout l'argent 
<îui appartenait à l'état dans la ville 
de Brindes, et marcha ensuite vers 
Rome , en traver;saût la Gampanie. Il 



38 AU G 

n'avnil alors que dix-neuf ans , ef s'es- 
sayait déjà à Ja souveraine j)uissance. 
A Rome, deux partis divisaient l'état , 
celui des républicains , cpii ^ah fait 
périr Ce'sar; celui d'Antoine et de Lë- 
pide, qui prétendait le venger, et qui 
n'avait rëellement d'autre intention 
que celle d'élever leur pouvoir au-des- 
sus des lois. A cette époque , le der- 
nier ])arti clait triomphant , et le con- 
sul Antoine exerçait une auloritë pres- 
qu'absolue. Octave alîa d'abord visi- 
ter Cicëron , retire à sa villa , près de 
Cumes ; il lui parut très- avantajçcux 
de faire entrer dans ses intérêts ce 
grand orateur , qui, éloigne des deux 
partis, conservait encore une gi-ande 
popularité' , et qui d'ailleurs haïssait et 
redoutait Antoine. Lorsqu'Octave ap- 
procha de Rome, la plupart des ma- 
gistrats , des soldats et des citoyens , 
allèrent à sa rencontre; mais Antoine 
ne daigna pas faire attention à son ar- 
rivée. La première démarche d'Octave 
fut d'obtenir la ratification lëaale de 
son adoption , ce qui se fit de la ma- 
nière la plus solennelle. Il alla ensuite 
voir Antoine , lui ofTrit son amitié , et 
lui demanda l'argent que César avait 
laissé pour paver ses legs. Antoine, 
qui était blessé du ton de fermeté du 
jeune héritier de César, et qui croyait 
trouver en lui un obstacle à son ambi- 
tion, le traita avec beaucoup de hau- 
teur j mais il ne put détruire l'ascen- 
dant que prenait Octave sur le peu- 
ple , et chaque jour son rivai acqué- 
rait de la popularité , à mesure que 
lui-même perdait de la sienne. IjCS 
amis de la famille de César ména- 
gèrent entre les deux rivaux une ri> 
courilialion, fondée sur l'intérêt qu'ils 
flvaieut l'un et l'autre de s'opposer au 
parti des républicains. Comme leur 
ambition élait la même , il était dif- 
ficile que leur union fût durable. Ils 
s'embrassèrent plusieurs fois , le cœur 



AUO 

toujours dévoré de haine et de jaIorisi<?. 
Leur inimitié était si connue , qu'on 
accusa Octave d'avoir voulu faire as- 
sassiner Antoine. Voyant que son ri- 
val assemblait une armée, Octave se 
rendit en Gampanie , réunit un grand 
corps des vétérans de Ces; r , et revint 
à Rome, quoiqu'il n'y eût aucun ca- 
ractère ])uÎj1ic et aucune autorité. Il 
alFerlait de se conduire toïjjours par 
les conseils de Cicéron , qu'il appelait 
son père. Voyant que le parti du sénat 
était très - puissant, il s'y réunit, et 
accepta un commandement dans l'ar- 
mée qui devait marcher contre An- 
toine, déclaré ennemi de l'état. 11 ac- 
compagna les troupes des nouveaux 
consuls Hirtius et Pansa , lorsqu'ils 
marchèrent à Modène pour secourir 
Décimus Brutus. Dans la première af- 
faire de cette campagne, il donna lieu 
à ses ennemis de soupçonner sa bra- 
voure; dans la seconde, les historiens 
s'accordent à dire qu'il remplit tous 
les devoirs d'un général et d'iui soldat. 
Les deux consuls périrent dans cette 
bataille , et la circonstance de leur 
mort parut si favorable à Octave , qui 
restait le maître d'une armée victo- 
rieuse , qu'il fut soupçonné, quoiqu'in- 
justement , d'y avoir contribué. Octave 
ne resta pas long-temps dans le parti 
du sénat , qui lui préférait Décimus 
Brutus , l'un des assassins de César ; 
la haine qu'il portait aux chefs de ce 
nouveau parii, et le peu d'espoir sur- 
tout qu'il y trouvait de réaliser ses se- 
crets desseins , le portèrent à se ré- 
concilier avec Antoine , qui venait de 
réunir une armée très-nombreuse , et 
marchait en Italie , après en avoir été 
chassé. Octave , campé à Bologne, es- 
saya , par le moyen de Cicéron , d'ol)- 
tenir le consulat; connne cette tenta- 
tive ne réussit point , il eut soin de ca- 
cher son mécontentement, et s'occupa 
des moyens de se venger. Le sénat , 



AUG 

alarme de l\ marche d'Ânlohie, donna 
la conduite de la ç;uerre à Octave et à 
Decimus Brutus. Octave, qui avait fait 
son traite avec Antoine , au lieu de 
marcher contre -lui , vint à Rome de- 
mander , à la tête de son armée , le 
coi.sulat qu'on lui avait refusé. Les ré- 
publicains firent quelques préparatifs 
de résistance; mais les soldats et le 
peuple étaient trop affectionnés à Oc- 
tave , pour que ses adversaires eus- 
sent quelque espoir de succès. 11 fijt 
reçu au milieu des plus vives accla- 
mations , et déclaré consul par le peu- 
ple, à l'unanimité des suffrages , quoi- 
qu'il n'eût pas encore 20 ans révolus. 
Lin des premiers actes de son auto- 
rité consulaire fut de faire condam- 
ner légalement tous cens qui avaient 
pris part à la mort de César ; il fit 
ensuite révoquer les décrets poités 
contre Antoine et Lépide, et les in- 
rita à revenir en Italie. Il alla au- 
devant d'eux , et le lieu de l'entrevue 
fut une île du Rlienus , aujourd'hui 
Reno, petite rivière qui se perd dans 
le Pô. Ce fut là qu'ils jetèrent les bases 
de la fameuse puissance appelée le 
triumvirat, dont le principe était une 
égale distribution du pouvoir su- 
prême entre les trois chefs, qui de- 
vaient gouverner d'après de nou- 
velles lois, et réformer, disaient- 
ils, la chose publique. Ce plan fut 
cimenté par l'horrible proscription 
qui devait faire périr tous leurs ri- 
vaux, tous leurs ennemis, et remplir 
leurs trésors par les confiscations. 
Ils se sacrifièrent mutuellement plu- 
sieurs de leurs proches et de leurs 
amis; Octave abandonna Cicéron à 
la vengeance d'Antoine, qui, à son 
tour, consentit à la proscription de 
son oncle Lucius César. Un autre 
sacrifice qu'on exigea d'Octave fut de 
répudier Servilie pour épouser Clu- 
dia , fille du fameux tribun Clodius et 



AUG 59 

de Fulvie, alors épouse d'Antoine. 
La terreur devança les triumvirs dans 
les murs de Rome. A leur arrivée , la 
ville fut inondée du sang de ses ci- 
toyens. Ce fut au milieu de ces pros- 
criptions , dont il faut lire le récit 
dans Appien , qu'Octave et Antoine 
firent des préparatifs contre Brutus 
et Cassius , qui s'étaient rendus maî- 
tres des provinces d'Orient. Ayant 
conduit leur armée en Grèce, ils ren- 
contrèrent les chefs républicains dans 
les plaines de Philippes , oii cette 
grande contestation entre le triumvi- 
rat et la ré[uiblique fut décidée en 
deux batailles. Octave , retenu par ua 
accès de fièvre, n'assista point au pre- 
mier combat, à la suite duquel Cas- 
sius se donna la mort. Il se montra 
dans le second , où l'aile qu'il com- 
mandait fut d'abord repoussée, mais 
qui n'en fut pas moins décisif par la 
victoire d'Antoine et par la mort de 
Brutus. Antoine, qui avait gagné la 
bataille, honora la mémoire de son 
ennemi ; Octave se montra moins 
généreux, et insulta, tisent les histo- 
riens , aux restes de Biutus. Après 
cette campagne , la santé d'Octave se 
trouva si altérée que , lorsqu'il débar* 
qua à Brindes , on désespéra de sa 
vie, A son retour à Rome, il eut à 
remplir la tâche difïicile de satisfaire 
l'avidité des soldats , par la distribu- 
tion des terres conquises sur le parti 
vaincu. Cette distribution occasionna 
de grands troubles ; Octave vit plu- 
sieurs fois sa vie en danger. Au mi- 
lieu des scènes tumultueuses qui agi- 
taient toute riîalie, Octave eut à 
combattre Fulvie , dont il avait répu- 
dié la fiile C'ocîia, et Lucius, beau- 
frère d'Antoine, qui avaient rassem- 
blé des troupes dans^la Gaule cisal- 
pine. Après plusieurs combats , Lu- 
cius , le < hef de cette nouvelle guerre 
civile , s'enferma dans Pérouse, et fut 



4b AUG 

bientôt obligé de cnpitnlcr. La ville 
fui mise au pillage, et trois cents se'- 
nateurs furent condamnes à mourir, 
pour expier rattachement qu'ils 
avaient montre au frère d'Antoine. 
Ils invoquèrent l'humanitc d'Octave, 
qui se contenta de leur repondre : 
« 11 faut que vous mourriez. » Ce 
massacre fut présente comme une 
offrande pieuse , offerte à un autel 
cleve aux mânes de Jules César 
déifié. Antoine, revenu en Italie, fit, 
avec Octave, un nouvel accord, par 
lequel ils se partagèrent le monde 
romain , laissant à Lépide les provin- 
ces d'Afrique. Dans ce partage, Oc- 
tave eut Bome et les provinces de 
l'ouest. Alors les proscriptions com- 
mencèrent à s'arrêter ; Octave laissa 
revenir les proscrils quiavaientéchap- 
pé à la mort, et qui ne pouvaient plus 
lui faire ombrage ; la paix qu'il avait 
rendue à l'empire romain ne lut trou- 
blée que par la révolte de quelques 
provinces des Gaules , qu'il alla paci- 
fier en personne, et par la guerre 
maritime de Sextus Pompée, qui dura 
plusieurs années, et qui fut mêlée de 
revers et de triomphes. Octave ne 
pardonna point à Neptune d'avoir 
favorisé Pompée dans quelques ren- 
contres ; et , long-temps après , il fit 
enlever sa statue du cirque où l'on 
célébrait des jeux publics. Ce fut à son 
retour des Gaules qu'il épousa la fa- 
meuse Livie, alors femme deClaudius 
Wëron , qu'il obligea de divorcer , 
après avoir répudié lui-même Scribo- 
nia , sa troisième femme. Trois mois 
après son mariage , Livie , déjà mère 
d'une file, donna le jour à un fils , 
nommé Tibère, qui, dans la suite, 
devint empereur. Bientôt le monde 
romain n'eut plus que deux maîtres. 
Dans la guerre contre Sextus Pom- 
pée , Lépide , qui était venu eu Sicile, 
avec une armée , cul quelques diffc- 



AUG 

rends avec Octave ^ il voulut faire va- 
loir ses droits à l'autorité ; mais le 
caractère de ce triumvir était si insi- 
gnifiant, que toute son armée se rangea 
"sous les ordres d'Octave, qui, dans 
cette affaire, montra beaucoup de 
prudence et de présence d'esprit. 
Lépide fut dépouillé de son autorité 
triumvirale , et il parut si mépri- 
sable , qu'on lui permit de ^ivre. 
Octave devait bientôt n'avoir plus de 
rivaux à l'empire. Antoine, qui avait 
l'Orient , semblait avoir pris les mœurs 
des peuples soumis à sa domination ; 
et, quoiqu'avancé eu âge, il se livrait 
à l'amour et à la volupté, tandis que 
le jeune Octave se montrait un véri- 
table homme d'état , marchant tou- 
jours à son but, et profitant de chaque 
faute de son collègue. II avait l'avan- 
tage très - important de voir Rome 
dans son partage, cette ville dont le 
monde était accoutumé à recevoir 
des lois ; il sut en profiter , et s'ap- 
pliqua à se faire aimer du peuple , 
dont il méritait eu quelques points 
la reconnaissance , pour avoir rendu 
à l'Italie l'abondance et la paix. La 
générosité ou la prudence , qui lui fit 
jeter au feu, sans les ouvrir, plusieurs 
lettres de sénateurs trouvées parmi 
les ])apers de Pompée , parurent an- 
noncer un gouvernement plus doux ; 
il ajouta encore à sa po])ularité, en dé- 
clarant solennellement qu'il résigne- 
rait la puissance suprême, aussitôt 
qu'Antoine reviendrait de la guerre 
conti'e les Parthes. On s'attachait d'au- 
tant plus à lui, qu'il avait l'air de dé- 
daigner le pouvoir ; il parut permettre, 
plutôt que demander, qu'on le revêtît 
du titre de tribun perpétuel , qualité 
populaire, et qui fut son premier pas 
pour arriver à la j)uissance suprême. A 
mesure qu'il se rapprochait du peuple 
romain, il se déclarait plus ouverle- 
inent contre Amoin©.Pro(itint dr tou- 



AUG 

tes les occasions de rendre son rival 
odieux, il acheva enfin de soulever 
contre lui l'indignation des Romains , 
en lisant publiquement le testament 
dans lequel l'amant de Clëopâtre re- 
connaissait pciu' héritiers les fils qu'il 
avait eus de celte princesse. Profitant 
de la disposition des esprits , Octave fit 
déclarer la guerre à la reine d'Egypte ; 
«t, après avoir levé des forces considé- 
rables, de terre et de mer , il s'avança 
vers le golfe d'Ambracie, rencontra la 
flotte d'Antoine à Actium, et, secondé 
par son amiral Agrippa , remporta une 
victoire qui le rendit maître du monde 
romain. 11 poursuivit son rival en 
Eg}'pte , et termina la guerre , se mo- 
quant, avec sa froideur ordinaire , de la 
proposition que lui fit Antoine, de ter- 
miner leurs différends par un combat 
singulier, en disant qu'il pouvait trou- 
ver un autre moyen de mourir. Après la 
mort d'Antoine etdeCîéopâtrc, il leur 
fit faire de magnifiques funérailles. Un 
fils, que son compétiteur avait eu de 
Fulvie , n'eu fut pas moins immolé à 
sa' vengeance ou à sa sûreté; un enfant, 
appelé Césarion, que Cléopâtre, di- 
sait-on , avait eu de César , subit le 
même sort ; Octave reçut ensuite en 
faveur le reste delà famille d'Antoine, 
*t n'usa plus de ses succès qu'avec mo- 
dération. 11 resta deux années dans 
rOricnt , pendant Icsquell^ il arran- 
gea toutes les affaires de4'Égypte, 
de la Grèce, de la Syrie, de l'Asie 
mineure et des îles. De retour à Rome, 
il triomphapendant trois jours de suite, 
avec une grande pompe. Délivré de 
ses rivaux et de ses ennemis, et maître 
de l'univers , il eut , dit-on , quelque 
peine à se décider sur le mode de son 
autorité futiu-e ; Agrippa , qui l'avait 
élevé à l'empire par ses victoires, lui 
conseilla d'y renoncer; Mécène, qui 
n'avait point eu de part à ses con. 
quêtes, était d'avis qu'il les mît à profit j 



AUG il 

il suivit l'alis de Mécène , ou plutôt 
sa propre inclination, et, fidèle à k 
politique qu'il avait toujours montrée, 
il chercha à inspirer au peuple et au 
sénat le désir de le voir maître ab- 
solu de l'empire ; il abolit les lois du 
triumvirat , embellit la ville , et s'oc- 
cupa de réformer les abus nés au mi- 
lieu des guerres civiles. A la fin de son 
7*. consulat, vingt -sept ans avant 
J.-C. , dans la 56'. année de son âge , il 
se rendit au sénat, et, dans un discours 
étudié, proposa d'abdiquer la puis- 
sance. Le sénat admira sa modération , 
et le conjura de garder l'empire. Ce fut 
alors , disent les historiens , une con- 
testation de civilités qui aboutirent à 
une satisfaction commune ; car Octave 
continua à gouverner l'empire par le 
sénat, et le sénat se gouverna toujours 
par Octave. Il reçut alors un nom qui 
exprimait la dignité de sa personne et 
de son rang; et ce nom fut celui d^ Au- 
guste. Auguste réunissait en lui le pou- 
voir, lO. à'imperator ou empereur, 
dont la signification fut étendue, et qui 
le constituait commandant en chef de 
toutes les forces de terre et de mer, 
l'arbitredclapaix et delà guerre; 2". de 
proconsul, que lui donnait une supré- 
matie légale sur toutes les provinces 
qu'il pouvait visiter ; 5°. de tribun per- 
pétuel, qui rendait sa personne invio- 
lable, et qui lui donnait le droit de s'op- 
poser à tous les actes publics; 4"' de 
censeur ou surveillant des mœurs ; 5". 
de souverain pontife ou de chef de la 
religion. Il avait de plus une dispense 
d'observer les lois , suivant sa volonté. 
A toutes ces prérogatives , on ajouta le 
titre vénérable de père de la patrie, 
qui semblait faire considérer son peu- 
ple, ou plutôt le genre humain, comme 
sa famille. Cependant , tous ces pou- 
voirs , tous ces honneurs , ne lui furent 
pas conférés à la fois, et ne se trou- 
vèrent réunis sur sa tête qu'après un 



42 AUG 

intervalle de plusieurs années. Il limita 
lui-même au terme de dix ans , son au- 
torité, laissant aux circonstances lé soin 
de la renouveler. Il abandonna au 
sénat la nomination des gouverne- 
ments des provinces , à l'exception , 
cependant, de celles qui étaient ex- 
posées aux attaques de l'enuemi, cl 
dans lesquelles se trouvaient rassem- 
blées les léi^ions ; il conserva au peuple 
!e' droit de choisir les principaux ma- 
gistrats. L'esprit de sa politique fut 
toujours de conserver les anciens noms 
€t les anciennes formes , persuadé 
que les formes et les noms ont plus 
d'empire sur l'esprit des peuples , que 
les institutions elles-mêmes. Un de ses 
plus grands soins était de rendre sa 
domination insensible , et de cacher 
la main qui tenait les rênes du monde; 
il rejeta jusqu'aux noms qui pouvaient 
déplaire , et, sur toutes choses , la qua- 
lité de dictateur, détestée dansSylla, 
et odieuse dans César même. Le peu- 
ple courut au devant d'une autorité 
dans laquelle il voyait encore quelque 
chose de l'ancien gouvernement. « A la 
» réserve , dit un moderne , de quel- 
» ques amcs iières que rien ne ^eut 
« contenter , chacun se faisait hon- 
. M ncur de l'apparence de la répubhque, 
» et n'était pas fâché , en elTet , d'une 
» douce et agréable domination. » 
Le règne d'Auguste appartient plus à 
l'histoire générale qu'à la biographie ; 
nous nous contenterons d'en retracer 
un rapide tableau. Il cul plusieurs 
guerres à soutenir en Afrique, eu 
Asie , et surtout dans les Gaules et en 
Espagne , oii les lép,ions, animées ]iar 
sa présence, eurei.t beaucoup de])eiue 
à triompher des Cintabres. Ses armes 
soumirent l'Aquitiine, la Pannonie, 
la Dalmatie, rillyric; elles continrent 
les Daces, les Numides elles Éthio- 
jMcns. Il lit une alliance avec les 
Piulhcs . qui ccHU-rrnt l'Armrnic , et 



AUG 

rendirent les drapeaux enlevés à 
Crassus et à Antoine. Après avoir pa- 
cifié la terre et la mer, Auguste ferma, 
pour la troisième fois, l'an ^44 ^^ 
Rome, le temple de Janus , qui n'avait 
été fermé que deux fois .want lui ; mais 
cette paix ne tarda pas à être troublée 
par la défaite de Varus, qui perdit 
trois légions dans une bataille contre 
les Germains, commandés par Armi- 
nius {voy, Arminius), et se tua lui- 
même après sa défiite. La nouvelle de 
cet échec affligea vivement Auguste, qui 
laissa croître sa barbe et ses cheveux, 
et s'écria souvent , dans ses accès de 
douleur : a Varusl imprudent Varus! 
a rends-moi mes légions ! » Cepen- 
dant, les Germains furent contenus 
par Tibère, et cessèient de donner de 
sérieuses alarmes au chef de l'empire. 
Auguste, pendant la paix, fit un grand 
nombre de règlements utiles, et s'oc- 
cupa de perfocûonner son gouverne- 
ment, en corrigeant les abus; il donna 
une nouvelle organisation au sénat; îA 
s'occu])a de la réforme des mœurs, 
surtout dans ce qui concerne les ma- 
riages , qu'il encouragea; i! fil aussi des 
lois somptuaires; régla la discipliue 
de l'armée, qu'il avait besoin de con- 
tenir; rétablit l'ordre dans les jeux da 
cirque et dans les spectacles, et tra- 
vailla à l'embellissement de Rome, 
qu'il se vanta, avec raison, de laisser 
de raaibre après l'avoir trouvée de 
briqut. Il fit plusieurs voyages , ^in 
de porter partout , selon l'expression 
de Patcrculus , les bienfaits de la paix 
qu'il avait donnée au monde. Jl visita 
la Sicile et la Grèce, l'Asie mineure, 
la Syrie, la Gaule, etc.; fonda, dans 
plusieurs contrées, des villes et des 
colonies. Les peuples lui élevèrent des 
autels, et, par un décret du sénat, le 
mois de sextiîis prit le nom d'Auguste. 
On conspira deux fois contre la vie 
d' Auguste; Cœpio, Wurcna , Egna- 



A U G 

tins, etc., furent découverts et punis. 
Cinna fut plus heureux; ciprès avoii- 
conspiré contre Auguste , il obtint sou 
amitié'. La ge'nerosite' d'Auguste ne fit 
qu'augmenter l'alïection des Uoraains, 
vl diminua le nombre des mécontents. 
Dès-lors , il n'eut plus d'ennemis, 
jii au dedans , ni au dehors; il ne 
trouva plus d'obsticles à sa volonté, 
ni à sa puissance, et le maître de l'em- 
jiirc ne pouvait plus avoir de vœux à 
former, s'il eiit gouverne' sa propre 
maison avec autant de bonheur qu'il 
gouvernait l'univers. Les dëi èglements 
de sa fille Julie l'affligèrent vivement) 
il se montra même cruel en cette occa- 
sion , et traita plus sévèrement ceux 
qui avaient attente à l'honneur de sa 
famille, que ceux qui avaient attente à 
sa vie. L'histoire dit qu'il se lais -a 
gouverner, dans sa vieillesse, par Li- 
vie, la seide personne, peut-être , qu'il 
eût véritablement aimc'e. A])iès avoir 
perdu ses enfants , et tous les jeunes 
princes en qui il avait ])lacé ses espé- 
rances pour lui succéder, il ne trouva 
plus que Tibère, dont il conmiissait les 
mauvaises qualités , pour gouverner 
après lui l'em j>ire. Son âge avancé, et sa 
santé, qui s'affaiblissait tous les jours , 
lui fit enfin désirer le repos. Il venait 
défaire un voyage vers la cote de Cara- 
panie, lorsqu'il fut obligé de s'arrêter 
à INole, où il se mit au lit, et attendit 
patiemment les approches de la mort. 
Le dernier jour de sa vie, disent les 
liistoriens, il demanda un miroir, et 
fa arranger ses cheveux et son visage; 
alors, fiisant venir ses amis autour 
de son lit, il leur demanda s'il avait 
Lieu joué son rôle sur le théâtre de la 
vie. Lorsqu'ils lui eurent exprimé 
leur assentiment : « Ainsi donc, » ajou- 
ta-t-il , eu se servant des paroles que 
prononçaient les acteurs à la fin des 
pièces, « adieu, battez des mains. » 
Qiiaud ils èç furent retirés, il fil à 



A U G 43 

Livie de tendres adieux, et rendit dans 
ses bras les derniers soupirs. Il mou- 
rut le 19 du mois qui portait sou 
nom, l'an i4 de J.-C. , et de Pxome, 
•^65, à l'âge de soixante-seize ans. Si 
le dernier trait de la vie d'Auguste est 
authentique, il peut servir à expliquer 
son caractère, sa politique, et même 
sa fortune. Il est certain que sa con- 
duite fut toujours calculée et réfléchie, 
et qu'il eut le giand avantage de rester 
froid et impassible, au milieu d'im' 
empire agité. Il marcha toujours a son 
but, sans jamais laisser pénétrer ses 
desseins. L'effet de cette politique était 
si sûr, que, sans être un grand guer- 
rier , il profita/de la guerre pour arriver 
à l'empire; il profita de toutes les 
passions qu'il ne partageait point, et, 
souvent des quahtés qu'il trouva dans 
les autres. 11 vainquit Brutus par An- 
toine, et Antoine par Agrippa; il chan- 
gea j)lusieurs fuis de [)arti, sans lien 
changer à ses projets, et devint enfin 
le maître, sans que la haine ou la jn- 
lousie eu>scnt pu le deviner. Toute sa 
vie, il parut refuser l'em piie qu'il avait 
désiré , et, cinq fois, il offrit d'abdiquer 
une puissance qu'on le priait toujours 
de retenir entre ses mains. Auguste 
est un des hommes dont on a dit le 
phis de bien et le plus de mal. Après 
avoir promené dans l'empire toutes 
les fureurs de la guerre civile, ii fit 
connaître aux Romains toutes les dou- 
ceurs de la paix; «t l'histoire est obh- 
gée de répéter qu'il aurait dû ne jamais 
vivre, ou ne jamais mourir. Dèslelrn- 
demain de la bataille d'Actium, il regar- 
da comme ses sujets tous les Romains 
qu'il avait combattus , et les traita avec 
modéi-alion ; il oubliait facilement les 
injures personnelles, et souffrait qu'eu 
fît devant lui l'éloge de Pomjjée. de 
Catoii et de Brutus. On peut dire qu'il 
donna l'impulsion à tout ce qui se fit 
de bien sous son règne; il raninKi 



44 



AU G 



raj^rkulture , enromngra les arts , et 
JeslitaimcT.Doué d'imgoiit exquis, et 
d'un esprit qui s'appliquait à tout, il 
cultiva et protégea les lettres, et mé- 
rita d'attacher son nom à l'une des épo- 
ques les plus honorables pour l'esprit 
humain. Après une longue vie, il mou- 
rut regretté de l'univers, qu'il avait 
troublé dans sa jeunesse, moins grand 
peut-être que César, mais d'un esprit 
plus réglé; ce qui a fait dire qu'il eût 
été plus glorieux d'être dans l'armée 
de César, et plus doux de vivre sous 
le gouvernement d'Auguste. Après sa 
mort, Drusus communiqua au sénat 
quatre petits livres écrits de sa main ; 
le premier contenait quelques règle- 
ments relatifs à la cérémonie de ses 
obsèques ; le second était un journal 
des principales actions de sa vie , 
qui furent gravées sur les colonnes 
d'airain qui soutenaient le frontis- 
pice de son mausolée. Une grande 
partie de ce journal a été conservée 
sur un ancien marbre trouvé dans la 
ville d'Ancyre. Le troisième livre con- 
tenait un abrégé des forces et des dé- 
penses de l'empire ; le quatrième 
était un recueil d'instructions pour ses 
successeurs, qu'il détournait d'entre- 
prendre de nouvelles conquêtes. Les 
funérailles d'Au<ruste furent célébrées 
avec une grande pompe. La maison 
oîi il était ne, celle où il était mort, 
furent changées en sanctuaires. Livie 
se mit à la tête des prêtresses de cette 
nouvelle divinité. Elle iit compter 
10,000 se terces à un sénateur qui 
affirma, par serment, qu'il. avait vu 
l'ame d'Auguste monter au ciel. On 
érigea partout des temples au prince 
déifié , et un nouvel ordre de prêtres 
fut institué en son honneur. Tibère 
lui consacra un sanctu;urc dans son 
propre palais, et choisit vingt -un 
prêtres parmi les sénateurs. Auguste 
s'était exerce dans la poésie j il avait 



AUG 

composé une tiagédic à'Ajax et 
Ulysse, un livre d'épigrammes, et 
un poëme , inlilu'.é : la Sicile. On a 
souvent cité ces vers suv ÏÉnéid" , 
qu'Auguste sut assez apprécier pour la 
dérober aux flammes, malgré les der- 
nières volontés, de Virgile: 

Er{;« ne supremis potiiil xo\ improba vcrbi» 
Tam «liniiii mandar»' nefns; '■'••jo ibit m i{;nes, 
Matînafjiie <io( tiloqui iiiori>'lur iniua Mar«»>iis? 
Scd le^iim servaiula lides ; suprema volunli» 
Quod mandat. Heriqiic jub/t. parère ncc< sse est. 
Frangalnr potiùii legum vrnpraiida poleslas 
(^)u;im toi congeslos nocluque dieque labore» 
Haiiserit una dies .'...• 

Les fragments qui nous restent d'Au- 
guste ont été recueillis par J. Iiutgers , 
et publiés par J. A. Fabricius; Ham- 
bourg, 17*^7, in-4''. Ce volume con- 
tient différents opuscules relatifs à 
Auguste. M — D. 

AUGUSTE, dit le Pieux, duc de 
Saxe, fils de Hcmi-le Pipux, naquit 
le 5i juillet iSiô, fut d'abord admi- 
nistrateur de révêché de Mersrbourg, 
succéda, en i553, à son frère Mau- 
rice, dans l'électorat de Saxe, et re- 
çut , treize ans après , de l'empereur 
Maxirailien II, l'investiture de ses 
états, avec dix étendards, solennité qui 
fut la dernière de ce genre en Alle- 
magne , les investitures d'apparat 
étant tombées en désuétude. L'élec- 
teur Auguste dissipa, en i56'5, une 
révolte suscitée par les partisans de 
Jean-Frédéric , duc de Saxe , fils de 
l'électeur déposé , et fit arrêter et con- 
duire à Vienne ce prince aussi mal- 
heureux que sou père , et dont les 
états furent donnés à son frère Guil- 
laume. Les réformes ayant voulu s'in- 
troduire dans les états d'Auguste , ce 
})rince les en écarta , et fit dresser le 
ameux coi-ps de doctrine connu sous 
le nom de Formule de concorde , pour 
réunir les lutbériins qui commen- 
çaient à se diviser. Il s'opposa , en 
1 58'i , dans la diète d'Augsbourg, à la 
réception du calendrier • grégorien , 
soutonant qu'on ne pouvait l'adraettic 



AUG 

sans donner atleinle aux libertés ger- 
maniques, attendu le ton iiupérieux que 
prenait , pour le faire adopter , le 
chef de TEglise catholique. L'avis d'Au- 
guste fut suivi par tout le parti pro- 
testant. Ce prince mourut le 1 1 fé- 
vrier i586, après avoir embelli la 
Saxe de plusieurs édifices publics , et 
dépensé des sommes considérables à 
faire bâtir le château d'Angusten- 
bourg; mais ses fiiiances étaient en si 
bon ordre , qu'il laissa dans son trésor 
dix-sept millions d'écus. — Son fils , 
Christian V^. , lui succéda. B — p. 
AUGUSTE II (Frédéric), élec- 
teiu- de Saxe et roi de Pologne, second 
fils de Jean- George III, électeur de 
Saxe , et d'Anne-Sophie , fille de Fré- 
déric m , roi de Danemarck , naquit 
à Dresde , le isi mai 1670* La nature 
l'a vait doué d'une force et d'une adresse 
qui le firent réussir, dès sa première 
jeunesse , dans les exercices du corps, 
et une éducation très -soignée lui ins- 
pira, pour les occupations de l'esprit, 
un goût dont l'influence se retrouve 
dans tout le cours de sa vie. La guerre 
que l'Europe entière faisait alors à 
Louis XIV, l'appela sur les bords du 
Rhin, où son père, joint à l'électeur 
de Bavière , commandait l'armée de 
l'Empire. 11 se distingua dans plusieurs 
rencontres j mais l'entreprise des im- 
périaux sur la Franche-Comté n'ayant 
pas eu de succès , la campagne ne fut 
que défensive , et le jeune prince n'eut 
aucune occasion brillante de se faire 
remarquer. Il n'en apprit pas moins 
de ses ennemis l'art de la guerre : il 
devait déjà au séjour qu'il avait fait en 
France , avant la rupture de la trêve 
de Ratisbonne , celte élégance de ton , 
ce goût du luxe et des arts qui , dans 
la suite , firent regarder la cour de Saxe 
comme la plus brillante d'Europe , 
après celle de Louis XIV. En 1691 , 
l'électeur son père étant mort, Au- 



A U G 45 

gustc alla à Vienne , oii il se Ha d'une 
étroite amitié avec l'archiduc Joseph , 
depuis empereur , sous le nom de Jo - 
seph P''. Cette amitié l'attacha pour 
long-temps aux intérêts de l'Autriche. 
La mort de son frère aîné , Jean Geor- 
ge IV, l'ayant rendu maître de la Sb%c^ 
il accepta, en lôgS , le commande- 
ment de l'armée impériale destinée à 
repousser les Turks, qui se prépa- 
raient a entrer dans la Transylvanie , 
et se rendit à Péter-Wa radin pour mar- 
cher de là au secours du comte Vélé- 
rani , chargé de garder les passages 
de cette province. Il arriva trop lard: 
le comte , battu à Lugos , avait été 
fait prisonnier , et les débris de son 
armée rejoignirent avec peine celle de 
l'électeur , qui , après avoir apaisé les 
troubles de la Transylvanie, et mis les 
frontières en état de défense , retourna 
à Vienne pour demander de nouvelles 
forces. Dans la campagne suivante, Au- 
guste fit avancer les impériaux, et forma 
le siège de Temeswar ; mais il fut bien- 
tôt contraint de le lever ; les Turks se 
préparaient à l'attaquer dans ses re- 
tranchements. Il les prévint, et enga- 
gea avec eux , sur les bords du Begb , 
une action où la victoire resta i?idé- 
cisc; il fit habilement une retraite diffi- 
cile, et vint camper, le 5o août iOqC), 
à Oitatsch, où il quitta l'armée pour 
aller consacrer ses soins, son argent et 
ses troupes à l'acquisition du trône de 
Pologne , que se disputaient plusieurs 
rivaux. Jean Sobieski avait laissé trois 
fils 5 mais la cour de France n'avait pas 
oublié qu'en 1 6'j'i ce prince, ne soup- 
çonnaia pas qu'il dût bientôt régner, 
avait écrit à Louis XIV, au nom des 
grands de Pologne, «pour lui demander 
de leur donner pour roi , ou Tureune, 
ou Coudé, ou un prince de Conti, en- 
core enfant , dont Turenne serait le tu- 
teur. » Tm'enne et Condé étaient morts; 
mais le prince de Conti n'était plus en- 



46 A U G 

fant , et Tabbé de Polignac, ambassa- 
deur de France en Pologne, fit agir en 
sa faveur tous les ressorts de l'intri- 
gue et tous les pouvoirs de rëloqucnce. 
Tout semblait servir ses projets ; la 
plupart des prétendants avaient ete 
écartés. Jean Przependowiski , caste' - 
lan de Gulm , engagea tout à coup l'c- 
Iccteur de Saxe à s.? mettre sur les 
rangs , et l'abbé de Polignac craignit 
bientôt de ne pouvoir vaincre un ad- 
versaire si redoutable. Le cardinal Rad- 
ziejowski, primat du royaume, ainsi 
que le plus grand nombre des palatins, 
soutenaient le prince de Conti ; mais 
Auguste était aux frontières ; il vendait 
ses droits sur quelques-uns de ses cLits 
d'Allemagne, pour avon* de l'argent, 
et employait cet argent à acheter des 
suffrages ; il abjurait le luthéranisme 
pour embrasser la religion des nou- 
veaux sujets qu'il voulait gagner : la 
diète s'assembla le 25 juin 1697. ^^^ 
double élection fut faite le ly, Au- 
guste confirma lui-même la sienne, en 
entrant aussitôt en Pologne avec dix 
mille Saxons. La corruption et reffroi 
l'emportèrent sur l'adresse du minis- 
tre français ; l'électeur de Saxe fut 
couronné à Cracovie, le i5 septem- 
bre , et le prince de Conti , après s'ê- 
tre présenté devant Dantzig , fut obligé 
de revenir en France, laissant son ri- 
val possesseur d'une couronne plus 
difficile à conserver qu'à conquérir. 
Auguste ne tarda pas à s'en a])crce- 
voir. « Élevé, dit Khulières, dans les 
» préjugés des souverains , il crut 
» qu'il lui serait facile de régner arbi- 
» trairement dans un pays en proie à 
» tant de désordres.... Il conçut de cette 
M facilité même , avec laquelle il avait 
)» acquis le royaume, l'espoir dangereux 
» d'y rendre souauloriteabsolue.il vio- 
» la toutesles conditions qui lui avaient 
» él4 prescrites , et, pour conserver 
» auprès de lui , soui le nom de trou- 



AUG 

» pes auxiliaires, l*armée saxonne qu'il 
» avait juré , à son couronnement, de 
» renvoyer en Saxe, il chercha à eu- 
» gager la république dans une nou- 
» velle guerre. » L'occasion s'en pré- 
senta bientôt. Par le traité d'Oliva , 
conclu le 7 mai 1660 , la Pologne 
avait cédé à la Suède la phis grande 
partie delà Livonie. Auguste , en mon- 
tant sur le troue, avait fait serment de 
la rejoindre à ses états; le roi deDa- 
nemarck et le czar Pierre I**". s'en- 
gageaient à l'attaquer de leur côté; 
Charles XII, encore très-jeune, sem- 
blait peu propre k la défendre. Auguste 
fit marcher ses troupes, et parut bien- 
tôt à leur tête pour former le siège de 
Riga. 11 eût emporté la place, sans la 
fermeté du gouverneur, le vieux comte 
Dalberg. Le siège traînant en longueur, 
Auguste saisit uu prétexte pour se re- 
tirer sans honte; la viile était pleine 
de marchandises hollandaises ; les 
Étals-Généraux firent faire des repré- 
sentations à la cour de Pologne , et « le 
» roi , dit Voltaire , consentit à lever 
» le siège, plutôt que de causerie moin- 
» dre dommage à ses alliés , qui ne fu- 
» rent point étonnés de cet excès de 
» complaisance , dont ils surent la vé- 
» ritable cause. » Des motifs détermi- 
nants se Joignirent à ce prétexte : Au- 
guste apprit la défaite de ses alliés; 
Charles XII venait de battre le roi 
de Danemarck sous les murs de Co- 
penhague , et ce prince avait été obligé 
de se racheter par le traité de Tra- 
vendahl ^ conclu le 1 8 août 1 700 ; 
Pierre P' . avait été battu à Narva , et 
Charles se disposait à pénétrer en Po- 
logne. Auguste sentit la nécessité de 
songer à se défendre, plutôt qu'à con- 
quérir. Dans une entrevue qu'il eut 
avec le czar , les deux monarques 
contractèrent unt' étroite alliance , sç 
promirent réciproquement 5o,ooo 
lioraines de troupes , «t , après s'être 



A U G 

livres pendant quinze jours à des excès 
d'intempérance qui étaient dans les 
mœurs de l'un et dans les goûts de 
l'autre , se séparèrenl pour alltr veiller 
à la sûreté de leurs états. Alors s'en- 
gagea cette lutte digne de l'histcirc, et 
qui a trouvé un historien digne d'elle. 
Charles Xllel Pierrel'. y attirent seuls 
les regards ; leurs noms ont jeté un 
tel éclat , qu'Auguste II , éclipsé , n'est 
guère connu de la plupart des lecteurs 
que comme l'ennemi de l'un et l'allié 
de l'autre : cependant , il fît tout ce que 
pouvait faire un prince habile et vail- 
lant; il avait à combatlre, avec ses 
fidèles Saxons , l'insubordination po- 
lonaise et la bravoure suédoise. Ce 
royaume, qu'il avait payé si cher, 
était plein de ses ennemis . que son 
despotisme avait irrités. Il n'était pas 
assez fort pour ramener l'unité dans 
ce désordre: il avait moins une véri- 
table fermeté , qu'une bravoure à toute 
épreuve, et cet amour opiniâtre du 
trône, qui naît de l'habitude de ré- 
gner. Charles Xll , bien conseillé par 
son ministre , le comte de Piper , ne 
parut jamais le considérer que comme 
un usurpateur , monté sur le trône en 
dépit des Polonais , et sépara cons- 
tamment de la cause du roi celle de 
la république. Aussi n'eut-il que les 
troupes saxonnes à combattre; encore 
Auguste ne pouvait-il pas en faire 
entrer beaucoup en Pologne : la na- 
tion s'y opposait continuellement. Ce 
fut auprès de Riga que se livra la 
première bataille ; Auguste ne put s'y 
trouver, parce qu'il était malade; en 
son absence , le maréchal de Sténau 
la perdit, et rentra dans laLusace, 
laissant Charles maître de la Cour- 
lande et de la Lithuanie , et, entre au- 
tres, de cette petite ville de Birsen, où 
le roi de Pologne et le czar avaient 
conspiré sa ruine quelques mois au- 
paravant. « Ce fut dans <iette place , 



AU G 47 

» dit Voltaire, qu'il conçut le dessein 
» de détrôner le roi de Pologne , par 
» les mains des Polonais eux-mêmes. » 
Il eut peu de peine à y réussir ; le 
cardinal liadziejowski, qui s'était op- 
posé autrefois à l'élection d'Auguste , 
se mit secrètement à la tête du parti 
qui voulait le détrôner ; la diète , 
convoquée à Varsovie le i déc. 1701, 
se sépara sans avoir rien fait que prou- 
ver au roi l'état chancelant de son 
autorité ; il envoya à Charles XII la 
comtcs.-^e de Kœnigsmarek , sa maî- 
tresse, pour obtenir une paix avanta- 
geuse ; elle ne put obtenir une au- 
dience, et, lorsque le primat se rendit 
lui-même dans le camp suédois pour 
négocier , Charles lui dit tout haut : 
« Je ne donnerai point la paix aux 
» Polonais qu'ils n'aient élu un autre 
» roi. » Le primat informa tous les 
palatins de cette réponse : Auguste 
vit qu'il fallait combattre ; il fit venir 
iu,ooo Saxons , rassembla l'armée 
polonaise , dite armée de la couronne, 
et marcha au-devant de son ennemi. 
Les deux armées se rencontrèrent le 
i5 juillet 1702, entre Varsovie et 
Cracovie ; Auguste avait ^/^jooo hom- 
mes; Charles n'en avait que 12,000; 
mais dès le commencement de l'action , 
les Polonais lâchèrent le pied , et , mai- 
gré la bravoure des Saxons , malgré 
les eiTorts de leur prince, qui les rame- 
na trois fuis à la charge , Charles rem- 
porta une victoire complète, poursui- 
vit Auguste, entra après lui dans Cra- 
covie, en sortit pour le poursuivre 
encore, et ne se fût ariêté qu'après 
l'avoir atteint, s'il ne s'était cassé la 
cuisse en tombant de cheval. Auguste 
profila de l'intervalle que lui laissait 
cet accident pour regagner des parti- 
sans en Pologne ; la justice de ses 
plaintes, l'affabilité de ses manières , 
la facilité de ses promesses , entraînè- 
rent les palatins convoqués à Lublin: 



48 AU G 

le ministre que renipcreur Leopold 
avait envoyé à la diète contribua à les 
ramener ; ils promirent à Auguste 
une arrace de 5 0,000 Polonais , et 
donnèrent six semaines aux révoltés 
pour \ enir demander pardon à leur 
roi ; mais ces révoltés formaient aussi 
à Varsovie une diète ou confédération 
redoutable que Charles Xïl, guéri de 
sa chute, se préparait à appuyer. Il 
marcha tout à coup contre les restes 
de Tarmée saxonne qui s'étaient ras- 
semblés à Pultusck , et le maréchal 
de Stenau , battu de nouveau , eut 
peine à se sauver avec deux régiments. 
Thorn , Elbing , Marienbourg tom- 
bèrent au pouvoir du vainqueur j le 1 9 
avril 1704 , la diète de Varsovie 
déclara Auguste , électeur de Saxe , 
inhabile à porter la couronne de Po- 
logne 5 un interrègne fut publié ; on 
fixa le T2 juin suivant pour l'élec- 
tion d'un nouveau roi ; la voix pu- 
blique et la volonté de Charles appe- 
laient au trône Jacques Sobieski; mais 
le roi détrôné sut encore écarter ce 
rival. Sobieski chassait aux environs 
de Breslau avec son frère Constantin j 
trente cavaliers saxons , envoyés par 
Auguste, les saisissent à l'improviste et 
les emmènent prisonniers à Leipzig : 
leur frère Alexandre refusa unç cou- 
ronne que sa générosité lui défendait 
d'accepter aux dépens de son aîné. 
Charles se vit un moment embarrassé 
pour trouver un roi : Stanislas Lec- 
zinski, palatin dePosnanie, reçut enfin 
dans Varsovie, le 12 juillet 1704, 
un honneur qu'il désirait peu , et que, 
malgré son courage, il défendit ensuite 
faibUment, parce qu'il n'avait point 
d'ambition. Auguste, accoutumé à en- 
lever ses livaux , et qui lui-même 
s'était vu sur le point d'être enlevé 
près de Cracovie , par le général sué- 
dois Reinschild, qui , l'ayant surpris à 
tftbk, l'avait force de s'enftur jusqu'à 



AUG 

Sandomir, résolut de marcher bruS' 
quement sur Varsovie , où Stanislas 
était resté avec sa famille , une garde 
polonaise peu sûre, et i5oo Sué- 
dois, commandés par le comte de 
Horn. L'électeur de Saxe touchait aux. 
murs de la ville, avec 20,000 hom- 
mes, avant qu'on se doutât de son 
approche : Stanislas s'enfuit précipi- 
tamment ; le comte de Horn et ses 
Suédois furent faits prisonniers ; Au- 
guste rançonna durement une capitale 
infidèle ; le nonce du, pape , qui l'avait 
accompagné, menaça de l'excommuni- 
cation tous les prélats qui l'abandon- 
neraient; mais la surprise d'une ville 
et la colère de la cour de Rome étaient 
de faibles secours contre Charles XIÏ, 
que Stanislas avait rejoint , et qui no 
tarda pas à chercher Auguste, soigneux 
de l'éviter. En vain le monarque dé- 
trôné s'efforça de tromper son ennemi 
par des marches rapides et mulliphées ; 
en vain le comte de Schulenbourg, à 
qui il avait confié l'infanterie saxonne . 
passa l'Oder sous les yeux de Charles, 
et exécuta une retraite glorieuse ; en 
vain Auguste eut à Grodno une nou- 
velle entrevue avec le czar Pierre, qui 
fit entrer eu Pologne un corps consi- 
dérable de Moscovites : la fortune da 
Charles tiiompha de tant d'efforts ; le 
général suédois Reinschild remporta, 
près de Fraucnstadt , le 1 5 février 
1706 , une victoire complète sur le 
comte de Schulenbourg. Auguste com- 
mença à trembler pour ses états héré- 
ditaires; la fidéhté des Saxons méritait 
qu'il portât désormais sur eux toute sa 
sollicitude ; il fit fortifier Dresde , gar- 
nit de troupes la Lusace et toutes ses 
frontières ; niais un pays épuisé ne 
pouvait opposer qu'une faible résis- 
tance à une armée victorieuse : Charles 
pénétra en Saxe , et ces mêmes Saxons 
qui, depuis dix ans, combattaient sans 
imiriqure pour4X)nqueïir àleurprinoe 



AUG 
clés ëtats étrangers, ouvrirent partout 
leurs portes à l'enneiui qui Tenait le 
dépouiller de ses états héréditaires. 
L'électeur était resté en Pologne avec 
les Mosco-v-ites ses alliés; sentant eufm 
la nécessité de faire la paix, mais, 
forcé de négocier secrètement pour ne 
pas se brouiller avec le czar qui vou- 
lait la guerre , il envoya des députés à 
Charles, et leur donna ses pleins pou- 
voirs, a Allez, leur dit -il en propres 
» mots , tâchez de m'obtenir des con- 
» ditions raisonnables et chrétiennes ». 
Charles en imposa de fort dures; il exi- 
gea qu'Auguste renonçât à la couronne 
de Pologne , reconnût Stanislas pour 
roi , abandonnât l'alliance de la Russie, 
renvoyât libres les princes Sofcieski , 
les prisonniers de guerre, et livrât 
tous les déserteurs. Pendant que les dé- 
putés s'efforçaient d'obtenir quelqu'a- 
doucissement , ce prince lui-même, 
forcé par les Russes, qui ignoraient 
cette négociation , de livrer bataille au 
général suédois Mardefeld que Charles 
avait laissé en Pologne , remportait , 
près de Kalisch, une grande victoire , 
rentrait dans Varsovie, et y faisait 
chanter un Te Deiim, lorsqu'on lui 
rapporta la réponse de Charles. L'é- 
lecteur fut tenté de profiter d'un mo- 
ment de prospérité ; il accusa ses 
plénipotentiaires d'une précipitation 
déplacée ; mais il n'était plus temps : 
continuer la guerre, c'était exposer 
la Saxe à de nouvelles dévastations. 
Auguste signa le traité qu'on lui pro- 
posait, et alla, le 1 8 décembre 1706, 
rendre visite à Charles , dans son 
camp d'Alt-Ranstaîdt. Pour comble 
d'humiliation , il se vit forcé d'écrire 
une lettre de feTicitation à Stanislas, en 
lui envoyant les pierreries et les ar- 
chives de la couronne, moyennant 
quoi il redevint paisible possesseur 
de son électorat, et rentra dans Dresde, 
uù il reçut, peu après ; la visite iuatteii- 
II. 



AUG 49 

due du roi Charles, qui, marchant 
contre la Russie, vint incognito passer 
quelques heures avec l'électeur éton- 
né. Celui-ci ne démentit point , en cette 
occasion, sa réputation déloyauté; il 
ne voubit pas écouter les insinuations 
de son premier ministre , le comte de 
Flemraing, qui lui conseillai! de ne pas 
laisser partir son redoutable ennemi. 
Rendu à ses premiers sujets, Auguste 
ne s*occupa d*abord que de leur bon- 
heur: il s'appliqua à réformer l'admi- 
nistration et la jurisprudence; il créa da 
nouvelles chaires dans les universités, 
et fonda un collège j)Our l'éducation de 
la noblesse : les lettres fleurirent sous 
sa protection ; Dresde dut à ses soins 
de beaux édifices; mais son humeur 
guerrière ne l'avait pas quitté, et son 
goût pour le faste l'entraînait souvent 
à des dépenses ruineuses. En 1 708 , 
il fît incognito la campagne des Pays- 
Bas contre la France ; en 1 701) , il se 
vit rappelé dans ce royaume qu'il avait 
quitté avec tant de regret, quoiqu'il 
n'y fût ni puissant ni aimé; Char- 
les XI l , battu à Pulîawa , ne pouvait 
plus soutenir le roi qu'il avait fait : le 
comte de Flemming préparait depuis 
plusi( urs mois les Polonais à rentrer 
sous la domination d'Auguste, Ce prince 
protesta contre le traité d'Alt-Ranslaedt, 
rentra en Pologne, où il fut bien ac- 
cueilli , accorda aus partisans de Sta- 
nislas une amnistie générale, engagea 
le pape à relever ses sujets de leur 
serment de fidélité envers ce prince , et 
pubha , le 1 8 août , un long manifeste 
pour se justifier de ce qu'il redevenait 
roi , après y avoii- renoncé. (]omraé 
il demr.ndait un iour à un gentilhomme 
polonais ee qu'il pensait de cette pièce 
diplomatique , ceîui-ii lui répondit : 
« Il fallait dire tout simplement : At- 
» tendu que le roi de Suède a été battu 
» à Puitawa , je suis remonté sur le 
» troue, » Auguste reprit avec le scep- 

4 



t>0 



Ava 



Ire ses deux projets favoris, se venger 
des Sue'dois et asservir les Polonais : 
ils occupèrent le reste de sa vie. Pour 
réussir dans le premier, il eutàThorn 
une entrevue avec le cz.ir Pierre, et les 
deux monarques, de concert avec* le 
roi de Danemarck , firent entrer leurs 
troupes en Pome'ranie. La Suède, mal- 
gré l'absence de son roi, etrépuisemcnl 
où elle se trouvait, repoussa ces atta- 
ques ; le comte de Steinbeck remporta , 
près de Gadebusch , le -20 décembre 
17 12, une grande \ictoire sur les alliés, 
qui furent obligés de lever le siège de 
Stralsund et de Wismar. Les Turks 
firent une diversion qui , bien que 
peu vigoureuse, ne laissa pas d'ef- 
frayer et d'occuper les confédérés ; le 
roi de Prusse prit la Poméranie eu sé- 
questre : enfin, en 17 i4) un congrès 
s'ouvrit à Brunswick pour la pacifica- 
tion des états du Nord. Les préten- 
tions exagérées de tous les souverains 
qui y avaient des députés ne laissaient 
aux amis de la p.iix que de faibles es- 
pérances , lorsque Charles XII , de 
retour à Striifsund ^ manifesta l'inten- 
tion de recommencer la guerre avec 
acharnement. Une n ou veîle ligue , d ont 
le roi de Pologne était le principal 
moteur, se forma contre lui; Stral- 
suud , inutilement défendu par Char- 
les , se rendit, le 2 1 décembre 1 7 1 5. 
La Suède semblait toucher à sa ruine; 
mais les projets du baron de Gcertz, 
qui méditait une alliance entre ce 
royaume et la Russie, portèrent la 
de'sunion parmi les confédérés : le 
czar fut sur le point de s'unir avec 
Charles XII pour détrôner Auguste et 
rétablir Stinislas. La défiance régnait 
entre les cours du Nord; elles s'é- 
piaient mutuellement, lorsque la mort 
dcCharlesX]ï,en 17 18, mit un terme 
à cet étit d'inquiétude. Auguste fit sa 
paix avec la Suède, pour consacrer tous 
ses soins , tantôt aux querelles que lui 



AUG 

suscitait la noblesse polonaise , tantôt 
aux fêtes qu'il se plaisait à donner. En 
remontant sur le trône de Pologne, il 
avait repris, comme on l'a déjà dit, 
le dessein d'y rendre son pouvoir ab- 
solu : le séjour df^s troupes saxonnes 
semblait lui en fournir les moyens; 
ces troupes , dispersées dans timt le 
roj^aume, y subsistaient aux dépens 
de la noblesse qu'elles opprimaient , 
et qu'insultaient , dans sa misère , le 
luxe et les pliisirs de la cour. Une 
confédération fut bientôt formée pour 
résister à ces vexations. Tout à coup, 
la cavalerie saxonne se vit attaquée et 
détruite sur tous les points. Fidèle à 
ce précepte héréditaire chez les Polo- 
nais : « Brûlez vos maisons , et errez 
» dans votre pays, les armes à la main, 
» ])lutôtque de vous soumettre au pou- 
» voir arlDitraire, » un simple gentil- 
homme, nommé Ledukoski, se mit à 
la tête de la nouvelle ligue. Auguste 
eut recours à la médiation du czar; 
en 1 7 1 7 , la paix fut conclue entre 
la république et le roi ; les troupes 
saxonnes sortirent du royaume, et 
a Auguste , renonçant alors , dit Rhu- 
» hères , au dessein d'asservir cette 
» nation par la force, ne chercha plus 
» qu'à la corrompre et à la séduire.... 
V H s'abandonna à la mollesse et au 
» luxe. Son plus beau régiment de 
» dragons fut donné à un de ses plus 
» dangereux voisins, à Frédéric-Guil- 
» laume , roi de Prusse, en échange 
» de douze grands vases de porce- 
» laine. Sa cour était fastueuse et po- 
» lie.... Les Polonais, dont les mœurs 
» sont faciles , se livrèrent à tous les 
«dangers de son exemple, et si les 
» premières années de ce règne avaient 
» augmenté les désordres de l'état , 
» celles qui suivirent y ajoutèrent bien- 
» tôt le désordre des mœurs. » On lit 
avec étonnement le détail des fêtes que 
ce monarque donna au loi et au prince 



AUG 

liereJitaire de Prusse qui e'taicnt ve- 
nus le visiter : une armée , campée à 
Miihlberg , près de TElbe , offrit à ces 
souverains le spectacle d'une bataille 
fictive^ où la vérité des tableaux nV- 
tait épjaiee que par leur magnificence. 
C'était le plus souvent aux dépens de 
la Saxe que le roi de Pologne étalait 
un luxe si somptueux. Cependant, il se 
faisait aimer de ses sujets , et soutenait 
avec dioiiité l'éclat de son rang dans les 
cours d'Europe, envoyait le cx)mte de 
Hoym complimenter Louis XV sur son 
mariage avec la fille de Stanislas, cher- 
cbait à s'agrandir en iMlcmague aux 
dépens de la succession de Charles VI , 
en refusant d'approuver la pragmati- 
que sanction de cet empereur, projetait 
de céder aux puissances voisines quel- 
ques provinces de la Pologne, afin de 
les engager à le soutenir dans son des- 
sein de rendre la royauté héréditaire 
dans sa maison, et unissait ainsi, pas 
tme bizarre alliance, des sentiments gé- 
néreux à des habitudes despotiques , le 
goût des plaisirs aux soucis de l'ambi- 
tion, et l'inquiétude d'une humeur 
guerrière à la raolicsse d'une vie volup- 
tueuse. La mort viiî mettre un terme 
à ses fêtes et à ses projets. Comme il 
se rendait, en i ^35, à une -diète con- 
voquée à Varsovie, la gangrène se 
mit à une plaie qu'il avait à la cuisse, 
et il mourut dans cette ville , le l*'^ 
février de cette année. On cite de lui 
plusieurs mots pleins de bonté et de 
sagesse. Il accordait aux catholiques et 
aux prolestants une égale tolérance. 
Sa femme, Cijristine Eberhardine, 
fille du margrave de Brandebourg- 
Cuîmbach , n'ayant jamais voulu re- 
noncer au luthéranisme, il ne fit rien 
pour l'y contraindre; mais ce refus em- 
pêcha cette princesse d'étrecouronnée 
reine de Pologne. Il donna ordre un 
jour, au primat et aux sénateurs, de 
faire cesser quelques vexations excr- 



AUG 



5i 



cées par les catholiques contre les 
protestants : « J'ai été établi do Dieu, 
» leur dit-il , pour protéger mes .sujets 
» sans exception, et pour les maintenir 
» dans leurs privilèges, coufijrmé- 
» ment aux lois du royaume. » — îl 
laissa de sa femme, un seul fils. Fré- 
déric- Auguste {f\ l'article suivant) ; 
mais il eut de ses maîtresses , un grand 
nombre d'enfants, entre autres, le cé- 
lèbre Maurice , comte de Saxe, que lui 
donna la Comtesse de Kœnis;smarck 
( Foj . son article ). Le Dictionnaire 
historique de Bâie (Nupplém., tome I, 
p. 9O8} , a donné la liste des maîtresses 
et des enfants naturels d'Auguste II. 

G-^T. 

AUGUSTE III ( Frédéric ) , élec- 
teur de Saxe et roi de Pologne , ûU 
du précédent , naquit en 1 ^'jô , et 
succéda , en i ^55 , à son père, dans 
l'électoral de Saxe. Vers la fin de la 
même année , Louis XV voulut placer 
sur le trône de Pologne Stanislas Lec- 
zinski , dont il avait épousé la fille ; 
mais la France était trop éloignée pom' 
envoyer assez de troupes dans ce 
royaume. Une partie de la noblesse 
polonaise , retirée du champ d'élec- 
tion, et' soutenue d'une armée tusse, 
élut Auguste III, qu'elle opposa à Sta- 
nislas, protégé par la cour de France j 
cependant Auguste ne fut universelle- 
ment reconnu roi de Pologne que dans 
la diète de pacification ouverte à Var- 
sovie, en 1736. Quoique dépourvu 
des grandes qualités de son père , ee 
prince marcha en apparence sur les 
mêmes traces , se ruinant en magnifi- 
cences , en musique et en tableaux: , 
sans s'y connaître. Sa phvsion(!mie 
épaisse et muette n'avait aucun carac- 
tère, et son esprit était si lx)rné que 
jamais il ne put apprendre la langue 
de son royaume ; son unique passion 
fut pour la chasse , et il abandonna 
tous les soins du gouvernement au 

4..' 



52 AUG 

comte de BruîL, son favori, assez adroit 
pour que ce monarque médioae, mais 
orgueilleux et jaloux de son autorité, 
crût toujours l'exercer lui-même. Pour 
satisfaire chaque jour aux nouvelles 
fantaisies d'Auguste , le favori chargea 
«n Saxe , la banque de Tëtat , de plus 
de billets qu'elle n'avait de fonds, et 
mit à l'enchère tous les emplois de la 
1^'publique. Du reste , le maîtic et le 
favori n'eurent point d'autre système 
politique qu'une entière dépendance 
ae la Russie. Tandis qu'Auguste por- 
tait tranquillement le sceptre de la 
JPologne, de longs orages politiques, 
excites par son élection , exerçaient 
leurs ravages dans d'autres contrées. 
Ce prince préférait le se'jour de Dresde 
à celui de Varsovie , parce que les 
forêt* de sou électoral étaient plus 
agréables pour la chasse que celles 
de son royaume , et parce qu'étant 
ennemi de toute représentation , il 
n'était pas obligé de tenir une cour à 
Dresde ; mais ses longues absences 
laissaient le gouvernement de Pologne 
dans une sorte d'inaction : jamais les 
diètes ou les assemblées de la nation 
»e furent plus orageuses et plus inu- 
tiles par l'entêtement de leurs mem- 
bres. Pendant toute la durée de ce 
îègne , la nation s'assembla toujours 
vainement , et presque toujours les 
prétextes les plus frivoles suffirent 
pour faire rompre les diètes. Auguste 
paraissait aisément consolé quand la 
saison était favorable ponr retourner 
en Saxe , et l'un des plus grands 
royaumes de l'Europe resta pendant 
près de trente années sans aucune 
sorte d'administration. Toutefois, sous 
cette espèce d'anarchie régulière , la 
Pologne paraissait heureuse et tran- 
quille : il n'en fut pas de même de la 
Saxe. Alarmé de l'accroissement subit 
de la puissance prussienne , le roi de 
Pelogac forma ^ comme électeur de 



AUG 

Sâxe , une alliance avec la reine âe 
Hongrie, s'engageant à faire marcher 
au secours de la reine une armée de 
3o,ooo hommes, au moyen de sub- 
sides que l'Angleterre et la Hollande 
promirent de lui payer. Cette armée , 
réunie à l'armée autrichienne , s'étant 
avancée en Silésie,y essuya une en-^ 
ticre défaite. Le roi de Prusse attaqua 
la Saxe, et battit de nouveau, le i5 
décembre 1 745 , l'armée de l'électeur, 
à la vue même de Dresde, x^ugusle 
abandonna précipitamment sa capi- 
tale , prit soin de sauver les tableaux, 
et les porcelaines , et oublia les ar- 
chives de l'élcctorat, qui tombèrent 
entre les mains du vainqueur. Auguste 
se réfugia dans son royaume; mais 
son miuistre préféra le secours de» 
Russes à celui d'une armée polonaise. 
L*éIecleur-roi ne recouvra la SniiCf 
l'année suivante , qu'en vertu d'un 
traité humiliant, et moyennant un 
million d'écus d'empire, qu'il paya au 
roi de Prusse. En i ^56 , il se vit en- 
yeloppé dans la guerre de sept ans 
par ce même monarque, qui pénétra 
de nouveau en Saxe, sous prétexte de 
prévenir les entreprises hostiles de la 
reine de Hongrie et de son allié. I/é- 
lecteur-roi essaya en vain de détourner 
l'orage, en faisant faire à Frédéric II 
des propositions de neutralité; pour | 
réponse , il ne reçut que ces mots acca- % 
blants : u Tout ce que vous me propo- 
» sez ne me convient pas. » Auguste 
sortit de Dresde le lo septembre, et se 
rendit au camp de Pirna , où 1 7,000 
Saxons étaient campés. Frédéric s'em- 
para de nouveau de Dresde , investit 
l'armée sasone, et l'obligea , le 1 5 oc- 
tobre , de se rendre par capitulation. 
Le même jour, Auguste se retira au châ- 
teau de Kœnigstein, et de là à Varsovie; 
mais son autorité, déjà peu respe» téeeii 
Pologne, le fut moins encore après la 
perte de son éiectorat. L'avcuemeut 



AUG 

de Catlierine II au trône de Russie fut 
«ne source de nouveaux malheurs pour 
Auguste. Le duc Charles son fils, ayant 
été attaque en Courlandc par les Russes, 
qui voulaient son expulsion, Auî^uste ne 
j)ut résister à cette nouvelle infortune. 
Atteint d'une maladie dangereuse , la 
situation de son fils l'occupait nuit et 
jour 'y mais la Saxe , restée depuis six 
ans à la discrétion de la Prusse , lui 
ayant e'te' rendue à la paix d'Hu- 
berts, en 1763, cette heureuse nou- 
velle suspendit ses chagrins. Le séjour 
de Dresde se présenta à son esprit 
comme un asyle contre le malheur qui 
le menaçait en Pologne , par les efforts 
de la Russie pour éloigner du trône de 
Pologne les princes Saxons , devenus 
allies de la France. Les mouvements 
des tfoupes russes firent prendre à Au- 
guste la résolution de fuir de son royau- 
me, et, maigre sa faiblesse , il partit 
à la haie pour la Saxe , abandonnant 
pour jamais la Pologne. Arrive à Dres- 
de , il s'y plongea dans l'inaction qu'il 
chc'rissait; mais un violent accès de 
goutte lui e'tant remonte' dans la poi- 
trine , il mourut le 5 octobre 1 ^63. 
Ce piince, malgré ses malheurs, et 
des intentions droites , laissa une me'- 
moirc peu recoramandable. En nion- 
taat sur le ti-one de Pologne, il avait 
irtnbrassé , comme son père, la reli- 
gion catholique, dans laquelle ses des- 
cendants ont persévère , quoique la 
confession d'Augsbourg soit la seule 
elablic en Saxe. — Son fils , Frèdèric- 
Ohiistian Leopoid, lui succéda dans 
l'clcctorat de Saxe , et Stanislas Po- 
niatON.'ski sur le trône de Pologne. 
B— P. 
AUGUSTE DE BRUJNSWIGK. r. 

ALiGUSïE ( Guillaume), prince 
de Prusse, général en chef de l'armée 
prussienne, second fils de Frédéric- 
Guillaume P"'"., naquit à Berlin, le 9 août 



AUG 



53 



1 752. Ce prince était le favori de son 
père, el ne le quittait presque jamais. 
Lorsque son fière Frédéric II fut 
monté sur le trône, le prince Auguste 
Guillaume se distingua dans les deux 
premières campagnes de Silésie, et 
surtout à la bataille de Hohenfriedberg 
( le 4 j"i" Ï745 )• En mai 1 756, il 
fut fait général de l'infanterie , el con- 
tribua à cerner le camp des Saxons , 
près de Pirna , au commencenient de 
la guerre de sept ans. Il ne déploya pas 
moins de bravoure dans la bataille de 
Lewositz. Le roi, son frère, lui remit 
le commandement de l'armée qui avait 
été battue à KoUin ; mais mécontent 
de la retraite que fit le prince aux en- 
virons de Zittaw , il lui écrivit une 
lettre fort dure. Le prince désespéré, 
quitta Tai-mée , tomba malade et mou- 
rut le \'i juin 1758, à Oranienbourg. 
Frédéricll montra dans cette occasion, 
une dureté qui étonnerait, si elle n'était 
pas d'accord avec les autres traits de 
son caractère. La correspondance qui 
eut lieu entre les deux frères a été 
publiée en 1 769 , sous le titre d^ Anec- 
dotes pour éclaircir l'histoire de la, 
maison de Brandebourg et de la 
dernière guerre :[\ est impossible, en 
la lisant , de ne pas s'intéresser au prin- 
ce. Son autre frère , le prince Henri , 
fut si affecté de cette mort , et si irrite' 
de la conduite du roi, qu'il ne put ja- 
mais la lui pardonner entièrement. 

G— T. 

AUGUSTE d'Udine, poète latin 
du 16*". siècle, se nommait Graziani^ 
et prit, selon l'usage de ce tcraps-là, 
les noms de Puhlius Augustus Gra- 
zianus ; mais il se bornait le plus or- 
dinairement à celui d'Auguste. Sur une 
médaille frappée en son hoiineur , on 
lit , autour de sa figure couronnée de 
laurier, ces simples mots : u4ugustU9 
vates. On a imprimé uu livre de ses 
odes , sous ce titre : Jtugusti vatis 



54 AU G 

Odœ, Venise, iSap , in- 4*- Elles 
sont precëde'es d'une vie de l'antcur , 
OÙ l'on apprend qiùl prolVssa les belles- 
Ictlrcs à Tiieste et à Udine sa patrie, 
qu'il aimait beaucoup l'astronomie, et 
qu'il chanta quelquefois dans ses vers 
les événements futurs , ce qui fait voir 
que c'était plulot l'astrologie que l'as- 
tronomie qu'il cultivait ; qu'enfin il 
av.iit fleuri sons trois empereurs , Fré- 
déric IV, Maximilien et Cbarles-Quint, 
dont le premier lui avait décerné la 
couronne de laurier. Il mourut à Udi- 
ne , où on lui érigea un tombeau de 
marbre , avec cette cour! e inscription , 

Aogustiu yatM blc situ* est. 

G— E. 

AUGUSTI- ( Frédéric- Albert ) , 
iiaquit en 1696, à Francfort - sur- 
rOder , de parents juifs qui , à l'épo- 
que de sa circoncision , lui donnèrent ' 
les noms de Josué Ben Abraham 
Herschel. Ayant f^iit ses études à Bres- 
ci, en Lithuanie, il voulut se rendre à 
Constantinople, mais il fut réduit en 
esclavage, et racheté par un négociant 
Polonais ; il fit ensuite de nouvelles étu- 
des à CracoAÎe et à Prague, et fut, en 
1722, converti au cliristianisme, par 
le surintendant luthérien Rcinhard, 
dont il avait, par hasard, fait la con- 
naissance à Sondershausen. Après son 
baptême, il étudia de nouveau, à Go- 
Uia et à Leipzig, devint, en 1734, 
pasteuF à Eschenberg', dans le duché 
de Gotha, et y mourut, en 1782, à 
liage de quatre-vingt-cinq ans. Sa vie 
fut exemplaire, et on ne peut avoir de 
doute sur la sincérité de sa conversion. 
On lui doit de très-bonnes apologies 
de la religion chrétienne, contre les 
juifs *>* ^^•'» tiuvrages utiles : ï. Diss. 
de adveniûs Christinecessitate, tem- 
fjore tempU seciindi , Leipz., 1794* 
iii-V'.; 11. Aphorismi de studus Jii- 
dœonim hodiernh ^ Gotha, 1731, 
m-J('. in. Mjsùr^s des juifs, c'o/i-. 



AU G 

V 
cemant le Jleuve miraculeux Sam- 
balhion , et les Juifs rouges pour 
l'explication duv. l'-i, du ch, XFII 
du Second livre des rois , Erfurt , 
1 748, in-8". (en allemand); IV. No- 
tice sur les Karaites , ibid., 1752 , 
in-8<*. (en allemand); V. Disserta- 
tiones historico - philol. in quibus 
Judœorum hodiernorum consuetudi-^ 
nés, mores et ritus , tam in rébus 
sacriSf quam civilibus exponujiUir, 
ibid., 1 755, in-8^. Ses écrits sont tous 
indiqués dans le Répertoire des au-^ 
teurs allemands morts, de 1750- 
1 800 , par J. G. Meusel , 1 ". vol. , pag, 
118. Un ami d'Augusti a publié sa 
Vie, rédigée sur les matériaux qu'il 
fournit lui^rmême : elle a paru en aile- 
mand, à Erfurt, en 1791, in-8". 
S-^— R. 
AUGUSTIN (S.), naquit à Tagaste, 
petite ville d'Afrique , le i5nov. 554, 
sous le règne de l'empereur Constance. 
Lui-même nous a laissé de grands dé» 
tails sur sa vie , dans son hvre des Con-^ 
fessions. De tous ses ouvrages, il n'en 
est aucun qui ait plus contribué à jeter 
de l'intérêt sur S. Augustin. La science, 
les vertus, la constance des saints sont 
un, objet d'éternelle vénération ; la 
piç'té de S. Augustin avait ce caractère 
d'amour passionné pour Dieu, qui, 
dans tous les siècles , a toujours sé-^ 
duit et entraîné ; les récits qu'il a faits 
de ses fautes , de son orageuse jeu-^ 
nesse, l'effet progressif des sentiments 
religieux sur son ame , qui resta en-- 
core long-temps faible , après avoir été 
persuadée, tout cela le rend moins 
étranger à notre humanité, que U 
l)lupart des autres pères de l'Église. 
Les Confessions de S. Augustin sont 
une prière continuelle ; il s'adresse 
sans cesse à Dieu avec ime sorte de 
faïuiîiaiiîé d'adorati<m , singulière et 
touchante ; il le supplie de lui donner 
la lumière nécessaire pour décQuyrij; 



AUG 

les fautes qu'il a pu commettre dans 
tous les temps de sa vie, et il exhale 
avec force des stritiments de honte et 
de repentir. Ses scrupules ont, par 
fois, trop de subtilité, c'est là le de- 
Êiut de son jijenie; les écoles de philo- 
sophie, le goût particulier aux Afri- 
cains , et le caractère général de l'es- 
prit à cette époque, l'ont quelquefois 
éloigné de la simplicité. S. Augustin 
raconte comment il fut élevé par les 
soins d'une mère pieuse , Sic Moni- 
que, qui désira ardemment de le ren- 
dre savaut et religieux j il s'accuse d'a- 
voir mal répondu à celte éducation. 
Mais dès son enfance, on démêle en 
lui les penchants qu il sanctifia depuis j 
on les retrouve toujours au milieu de 
SCS fautes ; à peine savait-il parler,, 
qu'il priait Dieu ardemment de lui 
éviter les punitions que ses maîtres lui. 
iàisaient craindre. îs'est-ce pas la pieté'- 
la plus sincère et la plus ardente que 
puisse montrer un enfant? Dans ses 
études , les règles de la grammaire , 
l'élude du grec, tout ce qui deman- 
dait \in travail positif le rcljutait; mais 
il fondait en larmes en lisant la mort 
de Didon, et il ne pouvait se séparer 
de ces fahles de l'antiquité, qui ani^ 
maient son imagination : telle fut la 
direction que prit son esprit. Un peu 
plus tard , il commença à se livrer avec 
ardeur aux passions de la jeunesse. 
Dès l'âge de seize ans, il conçut un 
penchant vioient pour les femmes, et 
goûta avec ivresse les plaisirs des sens« 
Sa mère s'en affligeait; son père , nous 
dit-il lui-même, s'en inquiétait moins ; 
il lui importait surtout que son fils de- 
vînt docte, éloqurnt, et capable d'ac- 
quérir de la gloiie et de la fortune. Ses 
parents, rassemblant leurs modiques 
ressources, parvinrent à l'envoyer à 
Carthage pour achever ses études; jus- 
qu'alors c'était à Madaure qu'd avait 
«ké enseigné. 11 continua à se livrer aux 



ÀtlG 55 

plaisirs avec un avide empressement. 
Cependant , il ne faut pas croire qu'il 
s'alDandonnât à de honteuses débau- 
ches, u Eh qu'est-ce qui faisait mon 
» plaisir, s'écric-l-il , sinon d'aimer et 
» d'être aimé? » Aussi s'attacha-t-il 
uniquement à une femme qu'il aima 
pendant quinze ans avec fidélité, dont 
il eut un fils , et qu'il ne quitta que 
lorsqu'il commença à réformer sa vie. 
En même temps il s'appliquait avec 
soin à la rhétorique et à rélo(}uence, 
et se préparait à suivre la carrière du 
barreau; d s'accuse du goût extrême 
qu'il avait alors pour les représenta- 
tions de théâtre; d y trouvait des émo- 
tions conformes aux sentiments aux- 
quels il se livrait. Il était dans sa 1 9®», 
année , étudiant arec zèle les lettres 
et l'éloquence , lorsqu'd vint à hre 
un livre de Cicéron , nommé JHor- 
tensius. qui n'est point parvenu jusqu'à, 
nous. Ce-livre renfLumait une exhor- 
tation à la philosophie; il fît en lui une 
soudaine révolution; et dès-loi'S il con- 
çut une ardeurincroyablepour la vérité- 
et pour la sagesse; mais le philosophe 
qui avait évcille'^ en lui ce sentiment,,, 
était loin de le satisfaire. S. Augustin 
se trouva ramené vers cet amour de 
Dieu, qu'il avait sucé avec le lait , et 
qui lui était entré bien avant dans le 
cœur. Dès-lors il chercha à combler 
cet intervalle immense qui sépare le& 
premières notions de la sagesse hu- 
maine, des sommets célestes de la re- 
ligion. 11 était en cet état d'anxiété où 
met la recherche des plus hautes véri- 
tés, lorsqu'il entendit professer les 
systèmes des manichéens. Il en ïnt 
séduit , et embrassa leur secte aveo 
un grand zèle. 11 trouva que leurs rai- 
sonnements étaient bien liés, et résul- 
taient d\me dialectique qui piocédait 
régulièrement. Son cœur n'était point 
satisfait; il lui semblait souvent que 
les manichéens k eonduisaie2t à dîr 



56 AUG 

grandes aLsurdités ; mais accontiimë 
à la philosophie humaine, il se con- 
tentait d'un système, d.-s qu'il rendait 
compte d'une dilïinuilé. Le maui- 
chéiirce se fondait alors sur deux er- 
reurs principales : l'exislencc des deux 
principts , et la persuasion que ces 
deux principes étaient deux substances 
subtiles, inhérentes à la matière; c'é- 
tait un panfhe'israe doubJj et maté- 
riel , mile d'une physique ridicule , de 
superstitions magiques , et de fob'es 
grossières , où l'imagination afticaine 
trouvait moyen de déployer quelques 
séductions. S. Augustin devint non 
seulement manichéen, mais il entraîna 
plusieurs de ses amis dans son erreur; 
et y demeura attaché pendant neuf 
ans. De phis en phis ébranlé par les 
difficultés qu'il se faisait, et par les ab- 
surdités que l'étude des physiciens et 
des astronomes lui laissait apercevoir 
dans le manichéisme , mais ne sachant 
que substituer à ce système,, sentant le 
besoin de ne pas laisser sans solution 
les questions qui importent le plus à 
tout homu)e qui pense, il n'abjurait 
pas positivement sa secte. C'était la 
philosophie d'Aristote qui le tenait 
pour ainsi dire renfermé dans les ab- 
surdités des manichéens. Accoutumé à 
croire que toutes nos idées ont nos 
sens pour unique principe , il ne pou- 
vait s'élever à aucune notion spiri- 
tuelle ; la matière et ses pro])riélés 
étaient les seules vérités qui lui sem- 
blassent exister. Une des choses qui 
contribua à le dégoûter davantage des 
manichéens, ce furent ses conversa- 
tions avec Fauste, le chef de la secte. 
On lui avait annoncé que toutes ses 
objections seraient résolues par cet 
Irdbile sophiste ; il vit un homme 
agréable , mais peu savant, plus jspiri- 
tuel que profond , et détournant adroi- 
tement les questions pour éviter les 
difficultés. Pendant ces neuf années , 



AUG 

S. Augustin croissait toujours en sa-« 
voir, en éloquence, en méditation; 
les peines de la vie et le dévelojjpe- 
mcnt de son esprit le rapprochaient 
de p!us en plus des idées de la vraie 
reii|?;ion. La perte de son meilleur ami , 
qu'il vit mounr avec les consolations 
chrétiennes, la douleur continuelle de 
sa mère, qui s'affligeait de le voir ma- 
nichéen , tout contribuait à le pousser 
au but qu'il devait atteindre. Après 
avoir professé l'éloquence, soit à Car- 
thage , soit à ïagaste; après avoir com- 
posé son preniier ouvrage , De la 
beauté et de la convenance , qui 
n'est point parvenu jusqu'à nous , il 
se lendit à Borne; c'était un théâtre 
plus digne de ses talents ; d'ailleurs , 
le désordre des mœurs de Carthage 
lui étiiit odieux. Il se déroba furtive- 
ment aux lai mes de sa mère, et quitta 
l'Afrique ; il passa peu de temps à 
Rome, et alla remplir à Milan une 
place de professeur d'éloquence, à la- 
quelle il fut nommé. S. Ambroise, 
occupait le siège de Milan, et ses 
saintes prédications étaient célèbres. 
L'amour de l'éloquence attira d'abord 
S. Augustin , et , peu à peu , il en vint à 
goûter non seulement la diction , mais 
aussi la doctrine du prélat. Les livres 
des platoniciens contribuèrent encore à 
le tirer d'erreur. Cette philosophie 
idéale remplit son ame d'une noble 
flamme, le souleva au-dessus du ma- 
térialisme, dont il ne pouvait sortir, 
et le plaça tout-à-fiit sur le seuil de la 
religion ; car Platon et l'école d'Alexan- 
drie étaient arrivés aux notions les 
plus raisonnables de la Divinité ; ils 
avaient dégagé Dieu et l'aine humaine 
de toute idée matérielle. Ainsi, S. Au- 
gustin apprenait de S. Ambroise à ré- 
vérer l'Évangile, et de Piatonà se faire 
une idée de l'essence divine ; mais il 
n'avait pas encore uni ces deux choses 
par le lien de la révélation , eu quoi 



AUG 

consiste le vrai fondement àe la reli- 
gion. Sa mère vint le joindre; Alype 
et Nébride, ses vertueux amis, vinrent 
vivre avec lui. Ses méditations deve- 
naient de plus en plus profondes, sa 
vie prenait chaque jour plus de gra- 
cile; il marchait d*un pas rapide vers 
la religion : il était convaincu , mais 
quitter tout attachement à la terre lui 
paraissait trop rude. H reconnut faci- 
lement le néant de la gloire et de l'am- 
bition; mais il ne pouvait arracher 
de son cœur les plaisirs de l'amour. 
11 quitta la femme avec laquelle il 
vivait , mais peu après il en prit une 
autre. 11 lut l'Écriture-Sainte , et, pour 
la première fois , il en sentit toute la 
puissance. Ses agitations , ses combats 
redoublaient ; tout le poussait vers 
une sublime résolution ; enfin , un jour 
qu'on lui avait raconté comment deux 
officiers de l'empereur venaient d'a- 
bandonner leur brillante existence 
pour vivre chrétiennement, il sentit 
en lui un mouvement extraordinaire, 
€t une lutte décii>ive s'engagea dans 
son ame. Il quitta son ami Alype ; il 
ce pouvait pliLS parler, tant il était 
agité. 11 alla se coucher sous un figuier ; 
se rouîaut par terre , versant des tor- 
rents de larmes; il demanda à Dieu de 
Im donner plus de force. Alors, il lui 
sembla entendre une voix., qui disait : 
» Prenez , et lisez ; » il se leva , et prc - 
nant les Epures de S. Paul, il les ou- 
vrit au hasard, avec une inexprimable 
angoisse. Il y lut : <c Ne vivez pas dans 
î> les festins ni dans l'impudicité. Re- 
» vête^-vous de N. S, J.-C. , et ne chcr- 
» chez pas à contenter votre chair sui- 
» vaut les désirs de votre sensualiîé.» 
De ce moment il se sentit tranquille 
et soulagé; son sort fut fixé. Cette 
scène, la plus sublime peut-être qui 
puisse se passer dans le cœur d'uu 
comme, est dépeinte d'une façon ad- 
miiâblf dans les Confessions ; on ne 



AUG 



f;^ 



saurait rien lire de plus vrai et de plus 
élevé. Cette époque de sa vie a paru si 
intéressante, que l'Église, par un pri- 
vilège que S. Augustin ne partage qu'a- 
vec 6. Paul , l'a consacrée par une fêle 
particulière , qui se célèbre le 5 du mois 
de mai. Dès-lors, il ne s'occupa plus qu'à 
vivre saintement; il se retira à la cam- 
pagne avec quelques amis , qui , se 
réglant toujours sur lui, étaient deve- 
nus de pieux chrétiens. Ste. Monique 
présidait à cette sainte société, où l'on 
se livrait sans cesse à de religieux en- 
tretiens et à des études assidues. S. Au- 
gustin élevait, en outre, avec soin et 
amour , sou fils Adéodat , qui donnait 
de grandes espérances. Dans cette re- 
traite, il composa divers ouvrages. Ses 
amis recueillaientles conférences qu'ils 
avaient avec lui, et plusieurs nous sont 
parvenues. Il fit un livre contre les aca- 
démiciens et leur septicisme; un autre 
sur la vie bienheureuse, où il soutient 
que la connaissance et l'amour de Dieu 
peuvent , dès cette vie, conduire à la 
béatitude; un troisième, intitulé : De 
V Ordre , où il essaie à montrer com- 
ment les biens et les maux sont com- 
pris dans l'ordre de la providence , et 
passe ensuite à tracer l'ordre qu'il 
faut Suivre dans hs études pour arri- 
ver à la connaissance des choses in- 
corporelles : ilfit aussi ses Soliloques, 
qui sont une peinture de l'état de son 
ame , et de la jouissance qu'il éprou- 
vait à dompter le reste de ses passions, 
pour servir et aimer Dieu unique- 
ment. Ce fut ainsi qu'il se rendit 
digne du baptême ; il le reçut, dans sa 
trente- troisième année, des mains de 
S. Ambroise, en même temps qu'Alype 
et Adéodat. Il résolut alors de retour- 
ner eu Afrique : ce fut à cette époque 
quil perdit sa mère. Ce lui fut une 
cruelle douleur , que la religion seule 
put adoucir. Il passa encore quelque 
temps à Rome, où, continuant sa vie stu- 



58 AU G 

dieusc, il fit les livres <îes mœurs de 
l'Eglise contre les niaiiicljécns , et de 
la grandeur de l'a me. 11 commença 
aussi son ouvrage sur le libre arbitre. 
De retour en Afrique, il vendit ses 
biens pour en donner le produit aux 
pauvres, et conserva seulement de 
quoi vivre frugalement, en commun, 
avec quelques amis. Cependant, ses 
r'crits et ses travaux sur la religion al- 
laier.t toujours se multipliant. 11 vivait 
ainsi depuis trois ans, lorsqu'un jour, 
étant à l'église d'Hippone, Tévéque 
qui était vieux, témoigna le désir d'or- 
donner un prêtre qui pût l'aider et lui 
succéder; le peuple se saisit de S. Au- 
gustin, et le força à promettre qu'il 
entrerait dans l'état ecclésiastique. 11 se 
faisait une idée si sévère des devoirs 
du ministère, qu'il obéit à la voix pu- 
blique avec crainte et douleur. Dès- 
lors , il commença à prêcher avec un 
incroyable succès ; la piété se répan- 
dait à sa voix , l'Afrique s'emplissait 
de monastères. Une foule de disciples 
se pressait autour du prédicateur, qui 
exerçait à la fois l'empire de la reli- 
gion, de la philosophie et de l'élo- 
qu' nce. Il rassembla , comme à Ta- 
gasfe, dans une maison contigue à 
l'église, des serviteurs de Dieu que 
son exemple porta au renoncement 
des choses du monde. Là , on rece- 
vait des enfants pour les instruire , 
des catéchumènes pour les disposer 
au b.iptême. Plusieurs autres églises 
en tirèrent des colonies pour faire de 
semblables institutions , qui furent la 
pépinière de l'épiscopat. Os commu- 
nautés de prêtres et de clercs ont servi, 
dans ces derniers temps , de modèle à 
rércclion des séminaires. S. Augustin 
f composait toujours de nouveaux écrits, 
^ spécialement contre le manicbe'israe, 
dont il avait connu tout le danger. Kn 
395, un concile d'Afrique se rassembla 
irHippouO; et S. Augustin y parut avec 



AU(5 

un grand éclat. Peu après, il commença 
à comK'ittre les denafistos, dont l'hé- 
résie iiitoléraute désolait l'Afrique, lis 
prétendaient que les évoques, s'étant 
montrés îsibles peiidant la persécution 
de Dioclélit n^ avaient perdu leurs pou- 
voirs ; qu'ils n'avaient pu depuis, ni 
les exercer, ni les communiquer ; ils 
regardaient comme nuls les sacrements 
donnés par ces évêques et leurs suc- 
cesseurs , et dans leur prétendue rigi- 
dité , ils curidamnaicnt et persécutaient 
l'Église , en s'abandonnant à mille dé- 
sordres. S. Augustin se livra avec ar- 
deur à les ramener par ses livres, ses 
conférences et ses sermons; il y réus- 
sissait souvent. En 595, il fut fait 
évcquc d'Hippone, conjointement avec 
le vieillard ValfTC, que jusqu'alors il 
avait simplement aidé dans ses fonc- 
tions ; il ne fut pas moins admirable 
dans ce haut rang. Sa piété, sa dou- 
ceur , son savoir, son zèle à convertir 
les hérétiques , sa charité envers les 
pauvres , ses soins éclairés pour les 
affaires civiles lui attirèrent la véné- 
ration de toute l'Afrique. C'est princi- 
palement par ses longs et pénibles com- 
bats contre les donatistes, qui cou- 
vraient presque toute l'Afrique, où ils 
comptaient plus de cinq cents évêques^ 
de leur parti , qu'il signala la première 
époque de son épiscopat. Plus jaloux 
d'éteindre le schisme par des mesures 
pacifiques , que de s'acquérir la gloire 
du triomphe par des victoires écla- 
tantes , il chercha tous les moyens de 
douceur qui lui parurent propres à 
les rapprocher; il engagea même les- 
préfets à modifier, en leur faveur^ 
U rigueur des lois impériales, toutes^^ 
les fuis que la sûreté publique n'y 
était pvis intéressét?. Ou kv vit s'adres- 
ser aux plus considérables d'entre eux, 
à leurs évcques surtout, pour les ame- 
ner à des discussions amicales ; les 
aller trouver jusqiie dans leurs asscm.-- 



AUG* 

ble'es : « Au nom de Dieu , leur disait- 
» il , cberclioiis eusomblc et de bonne 
» fui la vérité. — Gardez vos brebis , 
y» lui répondait souvent l'eveque don a- 
» liste, et laissez-nous les nôtres. — 
V Fort bien, répliquait Augustin, voi- 
» ià mes brebis, voilà les vôtres; mais 
» où est le troupeau de J.-G. ? » Les 
donatistes, redoutant son éloquence, 
iucidentaicnt sur des règles d'étiquette. 
Augustin , guidé par Tesprit de chari- 
té, leur ôtait ce moyen illusoire, en 
s'elevant au-dessus des formes cano- 
niques, toutes les fois que l'occasion 
de conserver ou de rétablir l'imité se 
présenta, soit en les mettant à l'écart, 
soit en sus))endant leur exercice. C'est 
ainsi qu'il fît décréter , par le concile 
de Cartilage, eu 401 , que l'on pour- 
rait admettre dans leuis grades res- 
pectifs, ceux des ecclésiastiques dona- 
tistes, qui voudraient se réunir, lors- 
que cette condescendance tendrait à 
faciliter d'autres réunions. C'est ainsi 
que , pour préliminaire à la célèbre 
conférence de Carthage, il décida, les 
évêques catholiques à proposer la ces- 
sion de leurs sièges, s'ils succombaient 
dans la dispute , et à recevoir les 
évêques donatistes en partage de leur 
dignité et de leur ministère , s'ils 
triomphaient ; et, dans le cas où les 
peuples témoigneraient de la répu- 
gnance à voir deux évêques en rcême 
temps sur un siège , à donner l'un et 
l'autre leur démission en faveur d'un 
troisième, qui serait élu canonique- 
ment. « C*est pour le peuple cLrélieu 
» que nous sommes évêques, disait-il ; 
» la dignité épiscopale nous sera bien 
» plus honorable, si , en la quittant, 
» nous réunissons le troupeau de J.-C. , 
» que si nous le dispersions en la rete- 
i) nant. Dms les causes importantes, 
» où il s'agit de détruire de grandes 
^ scissions , et de iaire cesser de 
», jjrajids scandales , il faut savoir se 



A U G 59 

» relâcher d'une trop rigoureuse se- 
» vérité, et employer tous les remèdes 
» que suggère la charité. Que les do- 
» nalistes reviennent à l'Egiise; qu'ils 
» soient prêtres, évêques pour son 
» utilité , comme ils l'avaient été dans 
» le schisme pour la combattre ; bien 
» loin d'en concevoir de la jalousie , 
» nous les exhortons a venir , nous 
» allons les chercher dans les rues , 
» sur les chemins, dans les haies , 
)) ])Our les ramener , et nous les em- 
» brassons tendrement, lorsqu'ils sont 
» arrivés : qu'ils viennent ,^ et que lai 
)) paix se fasse , voilàtout ce que nous 
» demandons. » Ce fut en publiant 
hautement ces grandes maximes d'or- 
dre public et de. charité chrétienne, 
qu'Augustin contint dans le silence ceux 
de ses collègues dont la mesure propo- 
sée aurait pu révolter l'ambition, qu'il 
réprima les murmures de certains ca- 
tholiques , qui, peu instruits de l'esprit 
de l'Église, osaient la blâmer , et qu'il 
a mérité l'admiration de la postérité. 
Plus de cinq cents évêques , de part ou 
d'autre , s'étaient rendus à Carthage. 
La conférence , ouverte le i"'. jiiin 
4» I , dura trois jours. Augustin , l'or- 
gane des orthodoxes, démontra l'uni- 
versalité de la véritable Eglise , quo 
les donatistes prétendaient concentrer 
dans leur société. Plusieurs évêques 
rentrèrent dans le sein de l'unité avec 
leurs troupeaux ; et Ton aj)pril , par la 
conduite de ce grand homme, qufllc est 
la voie qu'on doit suivre pour terminer 
les guerres religieuses. Augustin était 
encore aux prises avec les donatistes , 
lorsque l'aff tire la plus importante que 
i'Eghse ait eue peut-être jamais à démê- 
Ir, l'appela à de nouveaux combats.. 
« Dès que Pelage parut , dit Bossuet, 
» les particuliers,les évêques, les con-^ 
» ciles , les papes , et tout le monde , en 
» un mot, tant en Orient qu'en Occi-» 
», dent, tourucrentlesy eux vers cepèr.ft- 



Co AUG 

» ( Augustin ) ce mmc vers celui qu'on 
» char^e.iit, par un suffrage commun, 
» de la cause do i'Église. On le consuU 
» lail de tous côtes sur cette be'résie, 
t> dont il découvrit d'abord le venin , 
i> pciidrint qu'elle se cachait sous une 
» appannce trompeuse et par des 
» termes enveloppés. » Il l'attaqua 
dans des sf rraons et dans des écrits , 
ayant qu'elle eût été condamnée , sans 
toutefois nommer les chefs, dans l'es- 
pérance de les gagner par la modéra- 
tion de ses procédés ; mais quand Pe- 
lage eut surpris le concile de Diospo- 
lis par une confession captieuse ; 
quand ses disciples, vaincus en Afri- 
que, eurent trouvé des protecteurs à 
Korae , et jusque sur la chaire de 
S. Pierre , alors Augustin électrisa 
tous ses collègues , devint le régulateur 
de toutes leurs démarches , l'arae de 
tous leurs conciles. On commençait à 
agiter les questions du libre arbitre , 
de la grâce et de la prédestination; 
lui-même avait traité du libre arbitre 
en combattant les manichéens , et 
avait montré comment le mal pro- 
vient de la volonté de l'homme. 11 n'a- 
vait point essayé de déterminer jus- 
qu'à quel point cette volonté était sou- 
veraine; il s'appHqua à cette question 
dans ses Livres de la prédeslina- 
iion. Là , évitant l'hérésie des péla- 
giens et des semipélagiens, qui don- 
nait^nt une extension indéfinie au libre 
arbitre , et voulaient que la grâce fût 
une récompense et non pas une cause 
des mérites de l'homme , il étabUt que 
le premier commencement de la foi 
ii'est pas moins un don de la grâce 
que toute la suite des bonnes œuvres, 
tetle doctrine est fort délicate, et 
S. Augustin convenait que , des qu'on 
parle du hbre arbitre , il semble qu'on 
nie la grâce, et rccipi-oqucment. On 
sent, au fond du cœur, que les deux 
principes sont vrais à la fois ) mais 



AUG 

ces vérités de sentiment sont difficiles 
à exprimer: ce qui fait que l'on ne sau- 
rait assigner bien précisément leurs 
limites. 11 semble que S. Augustin soit 
tombé dans une sorte de fatalisme, 
puisque la première volonté du bien est 
un don gratuit de Dieu. On ne la rece- 
vrait donc que par une sorte de pré- 
destination ; mais S. Augustin a tou- 
jours pris soin de protester contre 
toute conséquence exagérée qu'on 
pourrait tirer de sa doctrine. Avant 
lui , on avait peu traité ces questions; 
comme on n'avait pas eu à se précau- 
tionner contre les hérétiques, qui ou- 
trèrent le libre arbitre, on n'avait pas 
parlé de la grâce ; et l'Église approuve 
et révère de saints écrivains , qui sem- 
blent s'accorder mal avec S. Augus- 
tin , plutôt par ce qu'ils n'ont pas dit 
que par ce qu'ils ont dit. S. Augustin 
employa sa vie entière à maintenir la 
foi catholique contre les attaques de 
toute espèce, à la répandre par ses 
vertus. De tous les points du monde 
chrétien , on lui soumettait toutes les 
difficultés , et l'on implorait son savoir 
et son éloquence. Son zèle ne se ralen- 
tissait pas; il terrassa les manichéens, 
il fit condamner les pélagicns par les 
conciles , il confondit les donatistcs 
dans plusieurs conférences, il écrivit 
contre les priscilnianistcs; mais le plus 
beau et le plus complet de ses ouvrages, 
dont l'intérêt a subsisté en entier dans 
la chaleurdescontroverses,c'estla Cilc 
de Dieu. Lorsqu'on 4 1 o,Rome fut prise 
par Alaric , et que la plus belle partie du 
monde civilisé était en pi-oie aux bar- 
bares, il s'éleva des clameurs contre 
la religion; le reste des païens et des 
philosophes se prit à dire que depuis 
l'établissement de la religion, le monde 
était de plus en plus livré à d'effroya- 
bles calamités. S. Augustin entreprit 
alors de montrer combien , même 
lorsqu'elle est ccUirée par la plus pur» 



ATJG 

plnlosOpliie , Tidolâtrie est impuissante 
à donner aux hommes , même le bon- 
heur de cette vie. Puis il explique ce 
que c'est que la cité céleste c'est-à-dire 
l'église de Dieu , qui subsiste là haut 
dans toute sa gloire , et dont quelques 
fragments sont dispersés parmi la cité 
terrestre : c'est l'opposition continuelle 
de l'amour des choses de ce monde, 
avec l'amour des choses divines, et 
leur combat commencé depuis la chute 
des anges. Presque toute la doctrine 
de S. Augustin se retrouve dans ce li- 
vre, qui est sans doute la plus noble 
peinture de la religion chrétienne; elle 
y est présentée, comme dans tausses 
écrits , avec une douceur pénétrante. 
11 semble toujours appeler les hommes 
au bonheur et à la plénitude de l'ame , 
non pas seulement pour l'éternité, 
mais encore pour cette vie ; il parlait 
d'après son expérience. Plein de pas- 
sion et de scrupule, lui-même n'avait 
pu trouver de calme qut dans cet asyle. 
En 429, le comte Boniface, gouver- 
neur d'Afrique , appela les Vandales 
et leiir roi Genseric ; la contrée fut 
bientôt livrée à mille maux par cette 
incursion , et les derniers jours de 
S. Augustin , qui pour lors avait 
soixante-quinze ans , furent rendus 
amers par la vue de ce fléau. En vain 
Boni face se repentit de sa trahison , 
et voulut arrêter ceux qu'il avait ap- 
pelés j il fut plusieurs fois vaincu, et 
finit par s'enfermer dans Hippone, 
où les Vandales vinrent l'assiéger. Le 
saint évêque ne se laissa point abattre , 
et prodigua des secours et des conso- 
lations à son troupeau malheureux. 
Cependant , il demandait à Dieu de 
ne pas lui laisser voir la ruine de sa 
ville ; il mourut le troisième mois du 
siège , le 28 août 45o. On rendit de 
grands honneurs à sa mémoire; quel- 
ques années après, il paraît que son 
corps fut transporte' en Sardaigne, 
III. 



AUG 61 

d'où il a été, dit-on, dans le 8®. siècle, 
apporté dans l'église de St.-Pierre de 
Pavie , où il est révéré. Son disciple , 
S. Posside , a écrit sa vie , et ras- 
semblé ses ouvrages. En s'adressant 
aux lecteurs , il dit : a Je crois que 
» ceux qui ont eu le bonheur de 
«l'entendre lui-même parler dans 
» l'église, ont eu encore plus d'avan- 
» tages pour profiter de ses lumières ; 
» mais ils en ont eu moins que ceux 
» qui ont été témoins de ses actions 
» et de sa vie; car il n'a rien enseigné 
» qu'il n'ait lui-même pratiqué. » S.Au- 
gustin a continué d'obtenir la vénéra- 
tion de toute l'Église catholique. Quel- 
ques jésuites, emportés par leur ardeur 
contre les jansénistes, ont parlé de lui 
sans respect , sans justice et sans dé- 
cence. On peut dire que, parmi les 
pères de l'Église, il y en a eu de plus 
savants , de plus habiles dans le lan- 
gage, d'un goût plus pur ; il v en a eu 
aussi qui ont eu occasion de souffrir 
davantage pour la foi. Il n'en est 
point qui attire plus à la religion , qui 
la fasse aimer davantage , qui pénètre 
plus dans le cœur de l'homme. Il a été 
surnommé le Docteur de la e^rdce , 
et les penitres , dans leurs tableaux , 
lui ont donné pour symbole un cœur 
enflammé. On trouve dans ses écrits 
trop d'allégories ; mais elles lui four- 
nissaient une certaine facilité pour 
appuyer les instructions qu'il don- 
nait à son peuple ; des pointes , des 
antithèses , des rimes même , alors en 
vogue , mais qu'il a admises lard dans 
ses discours; car ses premiers écrits 
sont cités comme des modèles dans le 
genre de traiter les graves questions 
de doctrine, et il n'affaiblit depuis sou 
style , selon la remarque d'Érasme , 
que pour s'accommoder au goût de 
ceux à qui il parlait. Ses ouvrages , 
en général, forment un corps comr 
plet de théologie. Le seul livre de 



\a. Doctrine chrétienne contient, au 
jugement de Bossuet , plus de princi- 
pes pour entendre l'Écriture -Sainte , 
qiul n'y en a dans tous les autres 
docteurs. Ses Sermons , dont il nous 
reste près de quatre cents , faits pour 
la plupart sur-le-champ , sont de sim- 
ples homélies , où l'on voit un pasteur 
qui instruit ses brebis ; un maître , ses 
disciples ; un père , ses enfants. Ils 
sont écrits sans art, sans plan ; mais 
on voit qu'il savait imprimer ses ins- 
tructions dans les esprits , par des ex- 
pressions agréables; des pensées vives 
et subtiles, adaptées au génie des 
Africains, qui en étaient souvent tou- 
chés jusqu'aux larmes. Comme tous 
les grands hommes, il s'est peint dans 
ses Lettres^ il y développe sa belle 
ame , y fait admirer une vaste étendue 
de connaissances , une éloquence na- 
turelle, une prudence consommée, 
im zèle ardent pour les intérêts de 
l'Église , un amour constant pour la 
vérité , une piété tendre et solide , une 
bontéqui ne se refusait à personne, une 
modestie sans égale. Consulté de toutes 
parts, et sur toutes sortes de ques- 
tions, plusieurs de ses réponses sont des 
traités complets : on y trouve presque 
entière l'Histoire ecclésiastique de son 
temps , surtout celle des donatistes et 
des pélagiens. La meilleure édition des 
Œuvres de S. Augustin a été don- 
itéc en onze tomes in-folio, par les 
îk'nédictins ( F. Delfau , Th. Blam- 
pin , P. Coûtant , et Cl. Guesnié ) , 
jGng et années suivantes. Il est bon 
de joindre à celte édition XAppen- 
dix Àugustinianus , volume qui 
fait partie de la réimpression des 
ceuvres de ce père , faite à Anvers , 
par les soins de T. Le Clerc, i «jog-S, 
douze tomes en g volumes in - folio. 
Dans V Histoire générale des Ecri- 
vains sacrés, on trouve une analyse 
excellente de ses OEmres , en 9. vol. 



AVÙ 

iof^^. M. de Tillemonta écrit sa vie» 
Cet ouvrage a de la réputation, et la 
mérite en effet A. 

AUGUSTIN ( S. ), ou AUSTIN , 
premier archevêque deCantorbéry, fut 
envoyé , en 596 , par S. Grégoire le 
grand , pour prêcher le christianisme 
en Angleterre , dont il est regardé com- 
me l'apotre. Ce pontife lui associa, pour 
cette mission, quelques bénédictins du 
monastère de St.-André de Rorae^ 
dont il était piieur , et commença par 
lui conférer l'épiscopat. Augustin s'é- 
tant d'abord arrêté à la cour de Brune* 
hault , reine de France, fit de là , aVcc 
ses com[)agnons , un premier voyage 
en Angleterre. Effrayé des difFicuités 
et des dangers à courir , en venant pro- 
poser une religion nouvelle à un peu- 
ple encore peu civilisé, et dont il igno- 
rait entièrement la langue, il adressa 
quelques représentations à la cour de 
Rome; mais le pape, loin de vouloir 
abandonner son dessein , autorisa le 
missionnaire à prendre avec lui quel- 
ques interprètes pris parmi les Francs, 
dont le langage était à peu près le même 
que celui des Anglo-Saxons. Us ftirenl, 
cette fois , accueillis mieux qu'ils n'a- 
vaient pu espérer de l'être, par Ethel- 
bert, roi de Kent, qui, à la vérité, lais- 
sait à Berthe, sa femme, li'lc de Ghari- 
bert, et aux Français qu'elle avait ame- 
nés avec elle, le libre exercice de leur 
religion ; et ils s'établirent , en 697 , à 
Dorovernura, appelé depuis Gintor» 
béry. Après une conférence ou , par 
l'entremise de ses interprètes , Augus- 
tin exposa devant le roi , les principes 
fondamentaux de la rehgion chré- 
tienne, et reçut, en conséquence, la 
permission de tenter quelques couverf 
sions, il se mit à prêcher l'Évangile > 
et ne fit d'aboid que peu de prosély- 
tes; mais, lorsqu'Elhelbert eut con- 
f euti à recevoir le baptême , son exem- 
ple fut suivi par uu grand nombre d« 



AUG 

S?;s sujets. Bientôt rinflufnce de ren- 
voyé de S. Grégoire s'étendit si loin, 
que dans un seul jour, celui de Noël, 
il baptisa 10,000 personnes, dans la 
Swale. A défaut de prêtres suffisants 
pour la cercmouie , Augustin be'nit 
celte rivière , puis ordonna au peuple 
assemble d'y entrer deux par deux, 
qui se conféreraient mutnclicracnt, au 
nom de la Ste. Trinité', le Sacrement 
de rcgëne'ration. Daus les premiers 
temps de sa mission, il fut loin de 
forcer les consciences , et se borna à 
convertir les temples païens en églises 
chrétiennes ; mais ses rapides succès 
ayant étendu ses vues et augmenté 
sou zclc, il forma le désir d'obtenir, 
en qualité d'archevêque de Canlor- 
béry , l'autorité suprême sur touta 
l'Église anglaise, quoiqu'à peine en- 
core formée. 11 eut effectivement l'aveu 
du pape, et reçut de lui \epalUumy 
avec des instructions pour ériger 
douze évéchés , dont il devait être le 
métropolitain. L'attachement d'Augus- 
tin pour le Saint-Siège lui fit tenter 
des efforts pour amener sous sa juri- 
diction les évêques anglais du pays 
de Galles , qui différaient de l'Église 
romaine par la célébration de la 
Pâques et quelques autres pratiques. 
Mais les anciens Bretons étaient aussi 
jaloux de leurs droits religieux , que 
de leur liberté civile. On a reproché, 
peut-être injustement, au premier ar- 
chevêque dcCantorbery, d'avoir em- 
ployé d'autres moyens que ceux de la 
persuasion pour arriver à ses fins, 
€t d'avoir excité Ethelbert à tomber 
les armes à la main sur ces évêques, 
qui refusaient de reconnaître l'autorité 

f)ontificale. Il y a peu de saints dans 
a légende auxquels on ait attribué 
autant de miracles. Ce qui est incon- 
testable , c'est le changement opéré de- 
puis sa mission, dans les moeurs de 
i' Angleterre. Il mourut en 6o4; d'autres 



AUG 65 

disent en 607 ou 61 4, après avoir 
nommé Laurence son successeur. 
L_-.p_E. 
AUGUSTIN (Antoine), arche- 
vêque de Tarragoiie , et l'un des 
plus célèbres. jurisconsultes et des 
plus illustres prélats que l'iîspagnc 
ait produits , naquit à Sarragoce en 
i5i6. Son père, vice *• chancelier 
d'Aragon et président en chef de la 
cour souveraine de justice de ce 
royaume, n'épargna point les soins 
et les dépenses pour l'instruction de 
ce fils qu'il destinait à l'ÉgUscll fut 
envoyé aux universités d'Ah^ala de 
Henarès et de Salamauque, d'où il 
passa à Bologne en Italie, pour per- 
fectionner les connaissances qu'd 
avait acquises. A l'àgc de vingt-cinq 
ans, il publia sou premier ouvrage , 
intitulé: Emendalionum et opinio^ 
num jiiris civilis libri quatuor, 
qui lui fit une grande réputation de 
savoir et de goût; car il fut un des 
premiers qui fit servir les antiqiûtés 
romaines à l'intelligence du droit de 
ce même peuple. Trois ans après , le 
pape Paul ni le nomma auditeur de 
Rote , aux instances de l'empereur 
Charles - Quint. Jules III l'envoya 
en Angleterre , lors du mariage du 
prince Philippe avec la reine Marie. 
De retour à Bome , Paul IV lui con- 
féra l'évêché d'Alise, et l'employa en 
Allemagne auprès de l'empereur Fer- 
dinand. Philippe II, roi d'Espague, 
le lit transférer au siège de Lérida , et 
ce fut en cette qualité qu'il assista au 
concile de Trente, où il se distiu- 
gua par ses vertus et ses connais- 
sances. En 1574, il fut fait archevê- 
que de Tarragone , où il mourut en 
i586 , âgé de soixante -dix ans. Il 
jouit pendant sa vie de la plus haute 
considération , et les ouvrages qu'il a 
laissés conserveront sa célébrité dans 
tous les temps. Nous les diviserons 



6i AUG 

eu trois classes, ceux qui concernent 
la littérature , le droit civil et \vs ma- 
tières ecclésiastiques. Les premiers 
sont : I. In Murcnm Terenlium 
Farronem de lingud laiind emen- 
flationes et iiotœ , Rome , fSS^ ; 
II. In Sextum Pornpeïum Festum 
notœ, Rome et Paris ; III. Familiœ 
HomanoruTn XXX cum Fulvii 
Ursini nous , Rome , 155^, in-fol. ', 
cet ouvrage fut réimprime à Lyon en 
i594 r in-4'- '-) 1^ • Fragmenta vete- 
mm historicorum ab eo et Fulvio 
Ursino collecta , Anvers , i StjS , in- 
8^. ; V. Épistola ad Hieronymum 
Blancam de Cœsaraugustanœ pa- 
triœ comrmmis episcopis atqiie am- 
ciliis , imprimée à la suite des Fasti 
Aragonensium de Blanca; VI. Dia- 
îogos de las medallas , inscripciones 
y otras antiguidades. Cet ouvrage 
a éîé traduit en latin, en italien tt en 
d'autres lai.gues. La première édition, 
Tarragone, 1 5*} 5, in^,"*, ^st rare. Les 
ouvrages suivants sur le droit civil : 
"Vïl. Emendationum et opinionum 
juris cwilis lib.VI^ et ad Modes ii- 
num de excusationibus liber singu^ 
laris , et ad Lœlium Taurellum de 
militiis épistola ; la première édition 
estdeLyon, i5447*""4 •; onTaréim* 
primée à Lyon , à Venise et à Bàle ; 
y\\\.De legibus et senalusconsultis , 
Rome, i585, in- 4°*? réirapiimé 
à Paris et à Lyon; IX. Depropriis 
nominibus pandectariun , Tarra- 
gone , i579 , in-fol.; X. Cons^ 
tittttionum codicis Juslinianœi col- 
lectio , llerda , 1 5G7 , in-8 \ ; XL No- 
vellarum Juliani anlecessoris epi- 
iome, cum notis et constitittionibui y 
grœcè^ Ilerda, 1^67, in-8\ et in- 
fol. lia public sur les matières ccclé'- 
siastiques : Xll. Âniiqute collection 
nés Decretalium , cum notis , llcrda, 
15O7, in-fol., réimprime à Rome, 
|583, in-fol. j Paris, 1009, in-fol. j 



AUG 

XîîL Canones pœnilentiaîcs , cum 
notis , Tarragone , 1 58 1 , in - 4". , 
réimprime à Venise et à Paris; XIY. 
Dialogi XL de emendatione Gra^ 
iiani. Tarragone, i58r,in-4"., réim- 
primé à Paris, i8o4, in-8'\ : Baluze 
en donna une édition avec des notes , 
1679. , in-8''.; XV. Notœ in canones 
h XXII ab Adriano papa promul" 
galosy etc. Cet ouvrage a été publié 
dans le cinquième volume de la Col- | 
lection des conciles, par Bini; XVI. 1 
Constitutiones provinciales et sjno-' 
dales Tarraconensium , Tarragone, 
i58o, in-4''.; XWL Epitome juris 
poîitificii veteris , Tarragone, i 586^ 
in-fol., réimpriméà Paris, 1G4 i,in-4".; 
XVIII. De qitibiisdam veteribus ca- 
noniim collectoribus jiidicium , im- 
primé dans la Collection des Déci- 
sions de la Rote romaine de Théodose 
de Rossi. C — S — a. 

AUGUSTIN de Sienne. F, Agos- 

TINO. 

AUGUSTIN, surnomme Vénitien, 
né à X'enisc, vers 1490? apprit dans 
cette ville les premiers éléments du 
dessin et de la gravure , et se rendit 
à Rome pour étudier sous les yeux 
de Marc-Antcine Raimondi. Il y fit 
de si grands progrès, qu'il fut bien- 
tôt regardé comme un de ses meil- 
leurs élèves. A l'époque du sac de 
Rome, en 15.17, Augustin , ainsi 
que Marc de Ravenne , son compagnon 
d'étude, furent obligés de quitter cette 
ville, pour se retirer à Florence, où 
le premier grava un Christ, d'après 
André del Sarte, production qui n'ob- 
tint pas l'assentiment de ce maître. 
Augustin occupe un rang distingué 
parmi les artistes ses contemporains; 
cependant il est éloigné de la correc-^ 
tion qui distingue les ouvrages de 
Marc-Antcine. Les estampes d'Augus- 
tin sont assez rares , et son OEuvre 
trcs-dillicile à compléter. Ou y trouva 



AU G 

beaucoup de sujets dont il a fait lui- 
même les compositions ; on en re- 
marque quelques-uns qui sont telle- 
ment dans la manière de Marc- Antoine, 
que plusieurs amateurs les attribuent 
à ce maître. Il marquait ordinairement 
ses gravures d'un A et d'un V , place's 
sur une petite tablette, ou quelquefois 
pose's à cru sur l'estampe. Ses prin- 
cipaux ouvrages , sont: une Jphigénie, 
d'après l'antique; une adoration des 
Bergers , d'après Jules Romain ; un 
Sacrifice d'Isaac; un Portement de 
croix , diaprés Raphaël , et les Israé- 
lites dans le désert , d'après Polidore 
de Carra vage. Cet arliste, étant re- 
tourné à Rome, mourut dans cette 
ville, vers 1 540. P — e. 

AUGUSTULE (Romulus), der- 
nier empereur d'Occident , mériterait 
à peine que l'histoire fît mention de 
lui , s'il n'avait , en réunissant les 
noms du fondateur de Rome et du 
premier des Césars , rattaché les plus 
grands souvenirs de l'histoire romaine 
à l'époque la plus honteuse de sa dé- 
cadence. Tout ce qu'on sait de ce 
prince, c'est qu'il était parfaitement 
beau. Son père , Oreste , patrice de 
Rome, ayant reçu ordre de l'empe- 
reur Népos , qui résidait à Ravenne , 
de réunir quelques troupes pour re- 
pousser les barbares, depuis long- 
temps maîtres de toutes les provinces 
d'Occident, conçut le projet de s'em- 
parer du trône. Un sceptre sans ap- 
pui , méprisé par les Romains mêmes 
qui ne pouvaient plus le défendre, et 
dédaigné par leurs vainqueurs, qui, 
plus d'une fois , en avaient disposé à 
leur gré , n'était , à cette époque , 
qu'une conquête sans difficulté comme 
sans gloire. Népos n'essaya point de ré- 
sister; il abandonna Ravenne ; Oreste 
y entra aussitôt , et fit proclamer son 
fils empereur, en 475. Les Romains , 
par dérision , ajoutèrent un diminutif 
HT. 



AUL 



65 



au titre di Auguste que prenait ce fai- 
ble souverain. Oreste continua de ré- 
gner sous le nom de son fils ; il envoya 
des députés à Constantinople , pour re- 
chercher l'alliance et l'appui de Basi- 
lisque , qui venait de détrôner Zenon ; 
mais des alliances étrangères et les 
vains efforts de la politique ne pou- 
vaient soutenir un empire qui n'avait 
plus de sujets. L'Italie était inondée 
de barbares ; les Hérules , les Squir- 
res , les- Huns , formaient eux-mêmes 
l'armée. Un refus les irrita ; ils se las- 
sèrent de servir ces Césars, rangés 
depuis si long-temps sous leur dépen- 
dance ; Odoacre , l'un d'eux , reçut le 
titre de roi , et se chargea d'effacer la 
dernière ombre de la puissance ro- 
maine; Oreste fut pris dans Pavie, et 
décapité à Plaisance, 1g 28 août 47^- 
Le 4 septembre suivant, les vainqueurs 
entrèrent dans Ravenne ; Augustuïe , 
abandonné de tous , se dépouilla lui- 
même de la pourpre; sa jeunesse ex- 
cita la pitié ; on lui laissa la vie , et 
Odoacre lui assigna pour retraite le 
château de Lucullane, en Campanie, 
avec une forte pension, et il y vécut 
avec assez de liberté. L'empire d'Oc- 
cident, qui s'éteignit sous son règne ^ 
avait subsisté \i'i(^ ans depuis la fon- 
dation de Rome, et 5 06 ans depuis la 
bataille d'Actium. Sa chute , prévue 
et commencée depuis long-temps , fut 
à peine aperçue du reste du monde ; 
Constantin l'avait préparée en trans- 
férant le siège de l'empire à Constan- 
tinople. Ses successeurs ne firent rien 
pour la retarder , et ceux du grand 
Théodose en précipitèrent le moment- 
Bientôt , sur ses débris , s'élevèrent 
les fondements des états dont les an- 
nales forment l'histoire moderne de 
l'Europe. L — S — e. 

AULAIRE. F. Saint-Aulaire. 

AULBERY. F. Albery. 

AULISIO (Dominique D')/célèbr4' 



G6 AUL 

litlëratcnr du 17^01 du 1 8% siècles, 
uaquità Na}jlos,|p i4 jauvier lO.jç), 
dp. ricliçs Qt l^pquçlps parents , qu'il 
ptîr.(^it S sf'pt ans. S'c'taiU applique à 
l'étude de la grammaire , de la rhéto- 
rique et de la poésie , il fil de si grands 
progrès, qu'a Jix-iieufans ii fut cho'si 
pour enseigner la poétique à la pins 
grande partie de la noblesse napoli- 
taine. Aulisio s'adonna à l'étude des 
langues oriejitaîcs et de toutes les lan- 
gues d'Europe; il les apprit si bien, 
qii'il expliquait couranimcnt tout ce 
qui regarde le genre, les règles , et les 
différents dialectes des premières , et 
qu'il parlait presque toutes les autres 
avec une égale facilité. Il s'appliqua 
ensuite à l'histoire, à la chronologie 
et à la numisuiatique, dont ii fit une 
étude particulière. Outre ces sciences, 
il acquit à un degré supérieur la con- 
naissance des lois , fat reçu docteur en 
droit civil et en droit canon , et exerça 
quelque temps la profession d'avo- 
cat j il quitta ensuite le barreau, dans 
le seul but d'acquérir de nouvelles 
counaissaiîces. Il apprit la philosophie, 
!a médecine, les hautes mathémati- 
ques, la perspective, la géographie, 
J'astronomic , science dont il donna des 
leçons publiques, et oîi il a fait des dé- 
couvertes. Après avoir généreusement 
refusé plusieurs places qui lui étaient 
offertes, il accepta enfin, en 1664, 
imc chaire de droit civil dans l'univer- 
sité de Naples. 11 y professa pendant 
plusieurs années avec éclat. 11 fut mem- 
irede plusieurs académies, et admis 
aux assemblées littéraires que le duc 
<le Mediua-Celi, vice-roi de Naples, 
yéuuissait dans son palais; assemblées 
où if n'appelait que les httérateurs les 
plus distingués. Aulisio mourut à Na- 
ples^ Ic 29 janvier 1717, âgé de 78 
ans, et fut inhumé dans l'église de 
Sic. Anne. Ses jjrincipaux ouvrages 
i««l: 1. De G/mnasii constructione ; 



AUL 

De Maiisolei archileclurd ; De har* 
monid Timaicd} De numeris medi- 
cis ; De Colo majerano , Naples , 
i6()5, in-4'\ : le premier, le second 
et le dernier de ces traite's ont été 
réimprimés dans le 5 '. volume du No- 
vus Thésaurus Antiquit. , de Sallen- 
gre; II. Commcntariorumjuris c'wi-' 
lis , etc. , en 1 vol. in-4"., imprimés 
à jNaples, le premier en 1719, et le 
deuxième en 1720; 111. RaE^iona- 
menli intorno a principi délia filo~ 
sofia e teologia degli Assiri, etc. ; 
ce sont deux discours que l'auteur 
avait lus dr.ns les assemblées littéraires 
dont on a parlé ; ils sont imprimés 
dans le vol. VI du recueil publié à 
Venise , sous le litre de Miscellanea 
di varie opérette; IV. Délie scuole 
sacre libri due postumi, etc., Naples, 
1 720, a vol.in-4 ". ; V. plusieurs autres 
productions restées manuscrites, panni 
lesquelles on remarque Dell* archi- 
tetlura civile e militare ; De ori- 
gine Medicinœ ; Délia poetica ; 
Délia lirica , e delV Osiri^ osiapoe^ 
sia Fenicia, e loro crojwlogia , etc. 
G— É. 

AULNOY. r. AuNOY. 

AULU-GELLE (Aulus-Gelliijs, 
ou, selon quelques écrivains, Agel- 
Lius), célèbre grammairien et criti- 
que, vivait dans le '2*^. siècle, à Borne, 
sa ville natale, sous les empereurs 
Adrien et Antonin , et raounit au 
commencement du règne de Marc Au- 
rèle. Gn a pris, pour fixer le vrai 
nom de cet auteur , beaucoup plus de 
peines que le sujet ne le méritait, 
Aulu-Geile étudia la grammaire sous 
Sulpicins Apollinaris , et la rhétorique 
sous Titus Castritius et Anlonius Julia- 
nus. Dans sa jeunesse, il vint à Athè- 
nes , et Y vécut dans la société de plu- 
sieurs savants. 11 voyagea , peur son 
ii;sfrucfion, dans uii£ jy-ande partie 
de la Grôce. De icLuur à. Rome, il se 



destina à l'étude des lois , et fut nomme 
juge. Les Nuits atiiques d'Aulu-Geîîe 
méritent un raug distingue' parmi les 
ouvrages que l'antifjuité nous a trans- 
mis. L'auteur, corame il nous en in- 
forme dans sa préface , donna ce titre 
à son livre, parce que la plus grande 
partie en fut écrite à Atliènes, dans 
les longues soire'es d'iiiver. Son but était 
d'amuser IVsprit de ses enfants et le 
sien, dans l'intervalle de travaux plus 
importants. D'après la manière dont 
le recueil fut compose, les morceaux 
en devaient nécessairement être me'- 
langës , et d'une valeur inégale, a Lors- 
» que , dit-il , un livre grec ou lalin 
r> me tombait sous ia main, ou lorsque 
» j'apprenais quoique cliose de remar*- 
» quable, ou qui plaisait à mon ima- 
» gination , j'e'crivais sans examen et 
» sans ordre. » Ces notes devinrent la 
base de sOn ouvrage, dans lequel l'au- 
teur place les objets comme le hasard 
les lui a présentes. Ce recueil contient 
im grand nombre d'observations cri- 
tiques sur plusieurs auteurs ; des anec- 
dotes historiques et biographiques, 
avec des réflexions; de courtes dis- 
cussions sur divers sujets , tels que la 
grammaire, les antiquités, la morale, 
la philosophie, la physique, (t\c. 11 s'y 
trouve des choses triviales et dénuées 
d'intérêt; mais il y en a beaucoup 
d'intéi essantes , et elles sont accompa- 
gnées de remarques ingénieuses, mais 
d'un style souvent obscur. L'ouvrage 
est smtout recommandablc , comme 
renfermant un grand nombre de frag- 
ments d'anciens auteurs dont on n'a 
plus les ouvrages. S. Augustin, dans sa 
Cité de DieUj loue l'élégance du style 
d*Aul .-Celle; mais, quelque rang que 
la critique accorde à cet auteur, sous 
ce rapport, on ne peut lui refuser des 
recherches profondes et une vaste 
érudition. Les IVuîts attiques fiu-ent 
imprimccs, pour la première fois , à 



A t M 6^ 

Komc, en 1469, iii-fol., par Svveyn- 
heyra et Pannariz, et, la même année^ 
le savant Jean André, évêque d'Alcria , 
publia, dans la même ville, des notes 
sur cet auteur. La seconde édition fut 
publiée en 147 2,. à Venise, par Jen- 
son. Plusieurs autres éditions paru- 
rent au i5^. siècle; et, dans le 16''., 
celle d'Aide , Venise , 1 5 1 5 ; Paris ^ 
in-8". , 1 585 , avec les excellentes re- 
cherches critiques de Henri Etienne. 
Les dernières éditions dignes d'être 
remarquées , sont celles ad usum DeU 
pkini, in-4''. , 1681; des Elzevirs, 
Amsterd. , i65 t , iu - 1 2 ; de Leyde, 
cum notis variorum, 1666; de Gro- 
novius , Leyde, 1706, in-4''.; et de 
Conrad, î^eip^ig, 1762, 1 vol. in-S". 
Bcloe a donné, en 1 790, 5 vol. in-8''., 
unetraduction d'Aulu-Gelle, en anglais, 
avec des notes intéressantes. L'abbé 
Douze de Vcrteuil eu a fait une traduc- 
tion française, Paris, 1776-77,611 
5 vol. in- 12. D  T. 

AUMALE ( Claude de Lorraine , 
duc d') , fils de René II , duc de Lcr« 
raine, auquel il succéda au comté d'Au- 
male, s'établit en France , où il obtint 
des lettres de naturalisation , et fut 
pourvu de la charge de graud-veneur. 
Il commanda, en i5i5, les troupes 
du duC de Gueldre , son oncle, à la 
bataille de Maiignan , défit les Anglais 
devant Hesdin , en 1 5ii , et les Alle- 
mands devant Neufchâteau , en Lor- 
raine. Pendant la prison de François 
l"^, il alla joindre, avec un corps de 
troupes, le duc Antoine son frère, 
pour s'opposer aux ])aysan5 révoltés 
de Misnie , de Souabe et d'Alsace, qui 
se préparaient à pénétrer en Lorraine 
et en France ; il les défit et les dissipa 
à Saverne , et reçut à cette occasion 
des lettres de féiicitation du parler 
ment de Paris. François P'.érig(^'i en 
sa faveur la terre de Guise en duché . 
et le nomma gouverneur de la Gham^ 



68 



AUM 



pagne , que le duc d'Aumale mit à cou- 
vert des incursions de l'ennemi. En 
1542 , il lit la conquête du duclie' de 
Luxembourg , et pourvut , deux ans 
après, à la sûreté des Parisiens alar- 
més. De-là, date l'affection qu'ils vouè- 
rent depuis aux princes de sa maison. 
Il mourut à Joinville , le 1 2 avril 1 55o. 
CJaude ^'^ de Lorraine était grand , 
beau , spirituel , magnifique , homme 
d'état et habile capitaine , ce qui était 
fort rare. Ses enfants , dont il créa la 
fortune , héritèrent d'une partie de ses 
qualités , mais poussèrent plus loin leur 
ambition ( J^» Guise et Lorraine ). 

A U M A L E ( Claude II de Lor- 
raine , duc d'), troisième fils du pré- 
cédent, naquit en 1 523 ; il eut en par- 
tage la terre d'Aumale et la charge de 
grand-veneur de France, et obtint en 
i55o , le gouvernement de Bourgo- 
gne. Il assista au sacre des rois Henri II, 
François II et Charles IX. A la pre- 
mière de ces cérémonies , on vit éclater 
les prétentions des princes de la mai- 
son de Lorraine , nouvellement éta- 
blis en France , et qui allaient néan- 
moins jusqu'à s'égaler aux princes du 
sang. Dans une occasion solennelle , 
le duc d'Aumale ayant pris rang avec 
le duc de Vendôme : « Cest tout ce 
» que je pourrais permettre au duc de 
» Lorraine , chef de votre maison , lui 
» dit ce dernier. — Il est vrai, répon- 
» dit d'Aumale , que vous avez le pas 
» sur lui en France, mais non ailleurs; 
» car il est souverain , et vous, sujet 
» et vassal de la couronne : M', de 
» Lorraine ne relève que de Dieu et 
» de son épée. » Henri II décida en 
faveur du duc d'Aumale , qui ne tarda 
pas à se signaler , en suivant les traces 
de ses ancêtres dans la carrière des 
armes. Il vint au secours de Metz, 
assiégé, en i552 , parCharlcs-Quint, 
«t défendu par François , duc de 



AUM 

Guise, son frère. Chargé d'observer, 
avec un petit corps de troupes , le 
margrave de Brandebourg , qui com- 
mandait un corps de 26,000 hommes, 
il fut attaqué , battu , blessé de trois 
coups de pistolet , et fait prisonnier. 
Remis en liberté , en 1 553 , il donna 
des preuves de sa valeur au combat 
de Renti , et prit d'assaut la ville de 
Volpiano en Piémont. Eu 1 558, il eut 
part à la reprise de Calais, et ensuite 
aux batailles de Dreux , de St. -Denis 
et de Moncontour. Ce prince ne par- 
donna jamais à l'amiral Coligni la mort 
de François , duc de Guise, son frère, 
dont il le regardait comme l'auteur ou 
le complice j résolu de la venger lors- 
que l'occasion s'en présenterait, il fut 
l'un des principaux moteurs du mas- 
sacre de laSt.-Barthélemi; mais, après 
avoir satisfait sa vengeance sm* l'ami- 
ral et sur les seigneurs de son parti 
les plus distingués , il rennt aux senti- 
ment de générosité qui lui étaient na- 
turels , et contribua, avec le duc Henri 
de Guise, son neveu, à sauver du 
carnage un grand nombre de person- 
nes. C'est le témoignage que lui rend 
La Popelinière , écrivain protestant. 
Le duc d'Aumale suivit le duc d'Anjou 
au siège de la Rochelle, en iS-jS , et 
y fut emporté, le 1 4 mars , d'un bou- 
let de canon. B — p. 

AU MALE (Charles de Lor- 
raine, duc d'), fils du précédent, 
lui succéda au duché d'Aumale , ainsi 
que dans la charge de grand- veneur. 
La ligue, qui était l'ouvrage de sa 
maison , eut en lui un de ses plus ar- 
dents défenseurs. Il présida en 1 586, 
avec le duc de Guise, à l'assemblée 
des ligueurs tenue dans l'abbaye. d'Or- 
camp , où l'on résolut de prendre les 
armes contre les huguenots , sans at- 
tendre les ordres du roi. Le duc 
d'Aumale surprit, au mois de décem- 
bre, la ville de Dourlens; mais, jaloux 



AUM 

de la popularité du duc et du cardi- 
nal de Guise , il fit avertir Henri III 
qu'ils préparaient tout pour attenter 
à sa personne , espérant , ainsi que le 
duc de Mayenne, devenir, par leur 
mort, le chef principal de la ligue. 
L'un et l'autre ne furent pas trompés 
dans leurs espérances ; car ils parta- 
gèrent entre eux le commandement 
qu'ils ambitionnaient. En 1 589 •> ^^ 
ligue des seize déféra au duc d'Au- 
male le commandement de Paris. 
Étant sorti de cette ville avec un corps 
de troupes pour assiéger Senlis , 
il fut défait par le duc de Longueville, 
qui l'obligea de rentrer dans la capi- 
tale. Le 1 1 septembre de la même an- 
née, il perdit, avec le duc de Mayenne, 
la bataille d'Arqués contre Henri IV , 
qui le battit aussi à Ivri. D'Aumale 
défendit Paris contre ce monarque, 
qui fut contraint de lever le siège. 
Défait ensuite par le baron de Bi- 
ron, chassé d'Amiens par les habi- 
tants , qui se soumirent au roi , et 
voyant les affaires de la ligue déses- 
pérées , il aima mieux se tourner du 
côté des ennemis de la France, que de 
se soumettre à Henri IV, dont il se 
crut méprisé , parce que ce prince lui 
avait refusé le gouvernement de Pi- 
cardie j il traita avec les Espagnols , 
qui , secondés par lui , firent de 
grands progrès dans cette province. 
Le roi , pour le punir de son obsti- 
nation, permit que le parlement le 
déclarât criminel de lèze- majesté , et 
le condamnât à être écartelé. La sen- 
tence fut exécutée en effigie le 24 
juillet iSgS. La considération dont 
jouissait le duc d'Aumale à la cour 
d'Espagne et à celle d'Autriche ne 
put étouffer les remords que lui causa 
sa désertion , et , sans la rigueur du 
parlement , il paraît certain qu'il au- 
rait suivi l'exemple des autres princes 
de sa maison. 11 finit ses jours h 



AUM 69 

Bruxelles en i65i , dans la 77*. an- 
née de son âge. — Son frère Claude , 
chevalier de Malte , dit le chevalier 
d'Aumale^ célèbre aussi dans l'his- 
toire de la ligue, se fit remarquer au 
siège de Dieppe et au combat d'Ar- 
qués ; ayant voulu surprendre St.- 
Denis sur Henri IV , il fut tué dans 
l'attaque , le 5 janvier i Sg i , à l'âge 
de vinp,t-huit ans. B — p. 

AUMOINT (Jean d') , d'une de^ 
plus anciennes maisons de France , 
naquit en 1622. Dès sa première jeu- 
nesse , il porta les armes en Italie , 
sous le maréchal de Brissac. Il fut 
blessé et fait prisonnier à la bataille de 
St. -Quentin, en 1557. L'année sui- 
vante , il se trouva à la prise de Ca- 
lais ; fidèle serviteur de ses rois, Jean 
d'Aumont combattit pour eux contre les 
huguenots, en i562, à la bataille de 
Dreux , à celles de St.-Denis , de Mon- 
contour,et enfin, au siège de la Rochelle, 
en 1575. HenrillI, devenu roi de Fran- 
ce, récompensa ses services en le fai- 
sant chevalier de ses ordres , en 1 579, 
et ensuite maréchal de France. A la 
mort de Henri III , en 1 589 , le ma- 
réchal d'Aumont fut un des premiers 
à reconnaître Henri IV, et le servit 
avec le même zèle que ses cinq prédé- 
cesseurs. 11 reçut de ce prince le gou- 
vernement de la Champagne. Il le 
joignit devant Dieppe, et se trouva à 
la journée d'Arqués, en iSSg; l'an- 
née suivante, il se distingua tellement 
à la bataille d'Ivri , que Henri IV, en 
l'invitant à souper le soir même de 
cette mémorable victoire, lui dit: «Il 
» est juste que vous soyez du festin , 
» après m'avoir si bien servi à mes 
» noces ». Nommé ensuite au gouver- 
nement de Bretagne, il sut y tenir tête 
au duc de Mercœur qui y commandait 
pour les ligueurs. Il s'empara de diffé- 
rentes places, telles que la ville de 
Mayeune ^ le château de llochefort , 



70 AUi\ï 

près d'Angers; mais, en assiégeant 
Camper, à qiiaîre lieues de Tours, il 
reçut un coup de mousquet qui lui 
fracassa le bras, et il mourut de sa bles- 
sure, le 19 août iSgS, à 75 ans. Il 
avait refuse, comme Crillon, d'assas' 
sifier le duc de Guise , et conseilla à 
Henri III de faire trancher la tête, 
8ur une place publique, à cet illustre 
rebelle; mais comme la puissance et 
Vaudace de ce çrand coupable le met- 
taient au-dessus des lois, le maréchal 
respecta le secret de son maître, et 
s'abstint de juger le moyen de ven- 
geance choisi pai- lui. Aussi , au mo- 
ment de l'assassinat du duc, lorsque 
le cardinal se leva dans la salle du 
conseil en s'ëcriant : « Haï on tue mon 
» frère ! » le maréchal d' Au mont mit 
i'épée à la main , en disant : « Mort 
» dieul qu'homme ne bouge, s'il ne 
» veut mourir, w Les n^e'moiresde^'e- 
vers et de l'Étoile , et d'Aubigné, dans 
la Confession de Sancy , pi ésentent 
le maréchal d'Aumont comme un preux 
de l'ancienne roche , et un Franc-Gau- 
lois. Il eut pour première femme An- 
toinette Chabot , de qui descendent les 
derniers ducs d'Aumont , et , en se- 
condes noces , une fille de Florimond 
Bobertet, veuve de Jacques Babou 
de la Bourdaisière , dont une des cinq 
filles fut mariée à Antoine d'Eslrees , 
marquis de Cœuvres , et devint mère 
d'Aunibal d'Estrées, mare'chal de Fran- 
ce , et de la belle Gabrielle. Le ma- 
riage du maréchal d'Aumont avec 
M'"*, de la Bourdaisière , riche et 
âgée, quoique encore belle, au rap- 
poit de Brantôme , lui fit trouver une 
place dans l'ouvrage satirique intitulé; 
Bibliothèque de inadame de Mont" 
pensier^ sous le n". 21, avec ce titre 
ridicule : La nouvelle façon d*entre~ 
tenir les vieilles lices, et trouver 
moyen d'avoir argent ^ par le maré- 
cMd'Aunionty commente par ma- 



A II M 

dame de la Bourdaisière. D'Auraont 
fut un des meilleurs capitaines et des 
plus zélés serviteurs qu'aient eus Fran» 
çeis 1 ^, Henri II, François II , Char- 
les IX, Henri ill, et Henri IV. — 
Antoine d'Aumont, son pr lit-fils , né 
en 1601 , se distingua dans plusieui*s 
affaires , et surtout à la bataille de 
Rhétel , en 1 65o ; l'année suivante , 
il obtint le grade de maréchal de 
France. Nommé gouverneur de Paris, 
en 1662, duc et pair, en i665, il 
mourut à Paris , en 1 669 , à l'âge dt» 
soixante-huit ans. S— y. 

AUMONT ( Louis-Maiue-Victob 
d'Aumont et de RocnEBAnoN, duc 
d') , naquit le 9 décembre i632. 
Nommé colonel de cavalerie à dix ans, 
et à 16, capitaine des gardes , en sur- 
vivance, il accompagna Louis XIV 
dans les Pays - Bas , avec le titre de 
brigadier, et prit Armentières, Bergue, 
Furnes et Courtrai. 11 fut ensuite 
nommé genîilLon.nie de la chambre, 
et gouverneur de Boulogne et du Bou- 
lonnais. Le duc d'Aumont y mit les 
cotes dans un tel état de défense, que 
les flottes ennemies furent forcées 
de respecter cette partie du terri- 
toire français. Il se maria deux fois , 
fut membre de l'académie des inscrip- 
tions, et mourut subitement à Paris, 
en 1704, ivgé de soixante -douze ans- 

K. 

AUMONT (Jacques, duc d*), de 
la même famille que les précédents. 
On lui offrit le commandement de la 
garde nationale de Paris , en 1 789 , 
lors de la prise de la Bastille ; mais il 
hésita, et on nomma le marquis de la 
Salle , qui fut remplacé par M. de la 
Fayette. Lorsque la populace de Paris 
alla à Versailles, le 5 octobre delà 
même année, avec une partie de la 
garde nationale, d'Aumont, qui avait 
été fait chef de division , en corn- 
mandait l'aviuit- garde. Le 10 juin 



ÀUM 

'i']C)^ , il commandait le bataillon de 
garde nationale qui faisait le service 
près du roi : on l'accusa d'avoir pris 
part à l'évasion de ce prince, et, après 
l'avoir maltraité, on le conduisit à 
l'hôtel -de -ville, d'où il fit passer à 
l'assemblée nationale une lettre con- 
tenant son serment de fidélité' à la 
constitution. Au mois de juillet suivant, 
il prit , avec le titre de lieutcnant-gë- 
néral, le commandement de Lille, et 
se fit admettre à la socie'îé des amis 
"de la constitution , dans cette ville. 
Ayant quitte le service en 1795, lors- 
que tous les ci -devant nobles furent 
renvoyés , il vécut obscur depuis cette 
époque, et mourut à l'âge de 66 ans, 
dans sa terre de Guiscard, à la fin 
d'octobre 1 799. K. 

AUNAI ( Pbilippe et Gauthier d'). 
P'oj' Marguerite de Bourgogne. 

AUNaIKE ( s. ), évêque d'Auxerre, 
convoqua , en 58 1 , un synode de 
prêtres et d'abbés de son diocèse. On 
y dressa quarante-cinq canons , dont 
voici les plus propres à donner une 
idée des mœurs et de la discipline de 
ce siècle, dans l'église gallicane. Par 
le premier, il était défendu a de se dé- 
» guiser le premier jour de janvier en 
» l'ache ou en cerf^ ou de donner des 
» étrennes diaboliques ; mais on peut 
» en ce jour se rendre service les 
•A uns aux autres comme dans tout 
» autre jour de Tannée. » Le texte 
porte : Cervolo ^vel vituldfacere. Le 
premier jour de janvier était alors con- 
sacré, par les païens ou les mauvais 
chrétiens , à se déguiser et à prendre 
la figure de divers animaux. Le troi- 
sième canon défend a de s'assembler 
» dans des maisons particulières pour 
» célébrer les veilles des fêles, et 
» d'acquitter des vœux à des buis- 
» sons, à des arbres , à des fontaines, 
» ou de faire des figures de pied et 
» d'homme avec du Unge. » Lé texte 



AUN 7T 

porte : Pedeet homine lineo : Fleuri a 
lu /j'g-nea, puisqu'il a traduit , des pieds 
de bois; cependant toutes les éditions 
portent lineo. Le neuvième canon 
défend a aux laïques de danser dans 
» l'église, d'y faire chanter des filles, 
î) ou d'y donner des festins. » S. Au- 
naire mourut en 6o5. T — n. 

AUNGERVILLE (Richard ou 
Richard de Bury ) , prélat anglais , 
né en 1281 , à St.-Edmund's Bury 
en Suffolk. Edouard îll, dont il avait 
été le gouvernear , le combla d'hon- 
nem-s etde biens. Il fut sacré évêque 
de Durham, en i553, nommé grand- 
chancelier en t534î et trésorier d'An- 
gleterre en 1 556. 11 se montra l'ami 
des pauvres et le protecteur des lettres , 
et fonda à Oxford une bibliothèque 
très-considérable poiU' le temps. Sa 
passion pour les livres était telle qu'il 
entretenait , hors du royauiiie , des 
personnes chargées d'augmenter ses 
richesses en ce genre, et que des co- 
pistes, des dessinateurs et des relieurs 
étaient, pour ainsi dire, établis dans son 
palais. Ilaécril, en mauvais latin, un ou- 
vrage singulier, intitule: F hilobiblos, k 
l'honneur des livres et sur leur Usage, 
publié à Spire, en i485, in-4''.; réim- 
primé à Paris, en i5oo; à Oxford, 
en 1599; et à Leipzig, en 1674 , à la 
suite de Philologie arum episloldrum 
centuria una. il a laissé deux autres 
ouvrages : Orationes ad principes, 
et Epistolœ familiarium , où l'on 
trouve quelques lettres adressées par 
lui au poète Pétrarque. Aungerviîlê 
mourut à Aukland, en i345. X^s. 

AUNOY, ou AULN0Y(Mari£- 
Catherine Jumelle de Bernevillé, 
comtesse d' ) , était femme du comté 
d'Aunoy qui, accusé, par trois N'or- 
mands , du crime de lèze-majesté , fat 
sur le point de perdre la vie , et né dut 
son salut qu'aux, remords de l'un des 
accusateurs qui confessa la calomnie ; 



7'2 AUR 

elle était aussi nièce de cette M"*. 
Deslogcs qui , sous Louis XIII, se fit 
une grande réputation d'esprit, et fut 
l'amie des hommes les plus distingués 
de son temps. M"'^. d'Aunoy mourut 
en i-yoS. On a d'elle des Contes de 
jées^ en 4 vol.; V Histoire d'Hippoljte^ 
comte de Duglas , en 2 vol. ; des 
Mémoires historiques de ce qui s^est 
passé de plus remarquable en Eu- 
rope, depuis 1 6 j2, jusqu'en 1679, 
tard aux s,uerres contre les Hollan- 
dais quà la paix de IVimègue , en 2 
vol. , Paris , 1 692 ; des Mémoires de 
la cour d'Espagne, eu 2 vol. (elle 
avait vécu dans cette cour avec sa 
mère ); une Histoire de Jean de Bour- 
bon, prince de Carency, etc. De tous 
ses nombreux ouvrages , le seul que 
quelques personnes lisent encore est 
son Histoire d'Hippolyte , comte de 
Duglas. Il y a de l'imagination et de 
Tintcrêt. Toutefois , l'auteur , comme 
Je dit La Harpe , est une de ces imita- 
trices de M"", de la Fayette , fort in- 
férieures à leur modèle pour l'art d'in- 
venter et d'écrire. Ses autres produc- 
tions sont un mélange monstrueux de 
faits historiques et de fictions roma- 
nesques , où tous les personnages par- 
lent le langage d'une fade galanterie. 
Les ouvrages mêmes qu'elle donne 
comme purement historiques ne sont 
pas exempts de cet alliage. A — G — r. 

AURAT. r, DoRAT. 

AURÈLE ( S. ), était archidiacre de 
l'église de Carthage, lorsqu'en 588, il en 
fut nommé archevêque , dignité qui 
lui donnait une juridiction fort éten- 
due sur les métropolitains de plusieurs 
provinces d'Afrique. D'après les cons- 
eils de S. Augustin, son ami, il assembla 
plusieurs conciles pour ramener les do- 
natistes à l'orthodoxie. Dans un concile 
tenu en 4 1 2 , il condamna, le premier, 
Célestius , disciple de Pelage , et 
quatre aus après, Pelage Ini-mênie. S. 



AUR 

Aurcle mourut en 4^5. Le calendrier 
d'Afrique , formé dans le 5^ siècle , le 
nomme le 20 de juillet, et l'Église ré- 
vère sa mémoire ce même jour. 

D—T. 

AURÈLE. F. Marc-AurÈle. 
AURELIANUS (Foj.Cjelivs 

AURELIANUS ). 

yVURELlANUS AMBROSINUS. 
f^. Ambrosinus. 

AUBÉLIEN ( Lucius Domitius 
AuRELTANus), naquit, dans le terri- 
toire de Sirmium en Illyrie , d'un pay- 
san qui occupait une petite ferme dans 
les terres d'Aurélius, liche sénateur. 
Actif et robuste , il montra bientôt une 
inclination décidée pour la vie mili- 
taire, et s'enrôla comme simple sol- 
dat dans les troupes impériales. Il 
s'éleva par degrés, et montra un esprit 
si martial , que les soldats , pour le 
distinguer d'un autre officier du même 
nom , l'appelèrent : Aurelianus , ma- 
nus adferrum {Aurélien , la main 
à Vépée ). Telle était sa vigueur, qu'on 
dit qu'en un jour il tua quarante- huit 
Sarmates, et que, dans la suite, le nom- 
bre d'ennemis tués de sa main monta 
à neuf cent cinquante. L'empereur Va- 
lérien lui conféra l'emploi important 
d'inspecteur des camps romains , et le 
chargea d'y rétablir la discipline. Il le 
créa consul, et, à sa recommandation , 
UlpiusOinitus, descendant de Trajan, 
l'adopta, et, lui donnant en mariage sa 
fille, Ulpia Severiua, lui fit part de 
ses richesses. Sous le règne peu glo- 
rieux de Galien, il n'est point question 
d'Aurélien; mais il reparut de nou- 
veau sous celui de Claude II, qu'il se- 
conda lorsqu' Auréole fut vaincu par 
cet empereur. Dans la guerre des 
Goths , il eut le commandement de la 
cavalerie; et quand l'empereur mou- 
rut , il désigna Aurélicn comme le plus 
digne de lui sucxrédcr. Les légions d'il- 
lyrie curent égard à ce choix , et clc- , 



AUll 

TÈrent Aurelien au pouvoir suprême , 
l'an 270. Quinlilius, frère de Claude , 
qui commandait dans Aquilée un corps 
de troupes, prit y de sou côté, les mar- 
ques de la dignité impériale; mais, 
connaissant la supériorité de son rival, 
il termina un règne de dix-sept jours, 
en se faisant ouvrir les veines. ]S*ayant 
séjourné que peu de temps à Kome, 
dans l'intention de s'y faire reconnaî- 
tre par le sénat, Aurelien retourna 
dans la Pannonie, que les Goths me- 
naçaient d'une nouvelle irruption. Ils 
avaient traversé le Danube, lorsque 
Tempereur , à la tête de ses forces , les 
joignit, et leur livra une bataille à 
laquelle la nuit seule put mettre fin. 
Après cette action douteuse , les deux 
nations se trouvèrent alors disposées 
à terminer leur longue guerre par une 
paix durable. Les Gollis s'engagèrent 
à fournir aux armées romaines un 
corps d'auxiliaires , et donnèrent des 
otages , pour assurance que leur re- 
traite serait paisible. Aurelien retira 
les troupes romaines de la Dacie , et , 
laissant ainsi tacitement cette province 
au pouvoir des Goths et des Van- 
dales , il se hâta de revenir en Italie , 
pour repousser une incursion des Ger- 
mains. Ces barbares se retiraient avec 
leur butin , lorsque l'empereur les at- 
teignit près du Danube , et les obligea 
de se rendre à discrétion. Ici, les récits 
des historiens sont assez confus , et 
on ne peut guère concevoir comment 
une nouvelle incursion des Ger- 
mains eut assez de succès, pour qu'ils 
Farvinssent jusque dans le nord do 
Italie, où une bataille, livrée près 
de Plaisance, fut si fatale aux Romains, 
qu'on crut que l'empire allait être dé- 
truit. Rome entière fut en alarmes , et 
on y mit en usage toutes sortes de pra- 
tiques superstitieuses pour détourner 
le courroux des Dieux. Les Germains 
s'avancèrent jusqu'à Fano, près do la 



AUR 75 

rivière du Métaurc, où, cinq cents ans 
auparavant, Asdrubal avait perdu son 
armée et la vie. Ce lieu fut encore heu- 
reux aux Romains : i'emporeur défit 
les ennemis, en fit un grand carnage, 
et , peu après , extermina eJitièrement, 
près de Pavie, ceux qui avaient sur- 
vécu à leur première défaite. On voit 
encore à Pcsaro, éloigné de Fano de 
cinq milles , un monument érigé par 
les habitants , en mémoire de ces vic- 
toires d' Aurelien. Ayant enfin délivré 
l'Italie des b^îrbares , Aurelien revint 
à Rome , où il fit mettre à mort plu- 
sieurs sénateurs, soupçonnés d'avoir 
conspiré contre lui. Il agrandit la ville, 
et pourvut à sa sîiieté par une nou- 
velle enceinte de murailles , qui avait 
plus de cinquante milles de tour, et 
qui porta son nom , quoique ces tra- 
vaux n'aient été finis que sous le règne 
de son successeur , Probus. Gibbon 
prétend que ce fut vers ce temps 
qu'Aurélien marcha dans les Gaules, 
pour mettre fin à l'usurpation de Té- 
tricus, qui avait succédé à plusieurs 
autres gouverneurs et généraux, élevés 
à l'empire par les troupes de celte 
province. Tétricus lui-même, fatigué 
de sa puissance précaire qu'il ne pou- 
vait abdiquer sans danger, avait in- 
vité l'empereur à venir le délivrer. Il 
posta son armée de manière qu'elle fut 
attaquée avec un grand avantage par 
Aurelien, et presque entièrement taillée 
en pièces , près de Châlons en Cham- 
pagne. Tétricus se rendit au vainqueur, 
qui ne tarda pas à réduire la Gaule. 
En 272, Aurelien entreprit l'expédi- 
tion qui a le plus illustré son règne , 
en allant combattre Zénobie, reine de 
Palmyre. Un général , nommé Héra- 
clien , envoyé contre elle par Gallien , 
avait été battu , et Claude , occupé de la 
guerre des Goths , l'avait laissée tran- 
quille. Aurelien résolut de venger la 
majesté de l'empire, et de lui rendre 



7i Aun 

les provinces qui eu avaient ete' dé- 
tachées. Il marcha vers l*orieiit avec ses 
légions , par l'illyrie et !a Thrace. La 
douceur avec laquelle il tr^rita les habi- 
tants, et la discipline observée par 
SCS troupes, favorisèrent ses succès 
en Syrie. Comme il s'approchait d'An- 
tioche, Zenobie tenta d'arrêter ses pro- 
grès. Une bataille s'engagea près de 
cette ville, et Aurë'i< n y remporta la 
victoire, q>ii fut long-temps disputée. 
Une autre action, près d'Emèse, dé- 
cida de la guerre. Zenobie, après cette 
seconde défaite, se renferma dans Pal- 
myre , et ré.sista quelque temps , avec 
intrépidité, aux armes d'Anrclien qui 
avait investi la ville. Les difficultés 
qu'il rencontrait le portèrent à inviter 
Zenobie à se rendre; ri s'engageait à 
lui laisser la vie; mais Zenobie lui fit 
une réponse pleine de courage et 
même de hauteur, que l'on attribua au 
célèbre Longin. A la fin , comme Ze- 
nobie essayait de s'enfuir en Perse, elle 
fut prise, et amenée captive en présence 
de l'empereur. Elle rejeta sa longue 
résistance sur les gens de son conseil , 
et surtout sur Longin, dont la mort 
funeste est une tache à la mémoire 
d'Auréiien, et même à celle de Zeno- 
bie. L'empereur, au reste, traita avec 
humanité les habitants de Palmyre. 
Pendant ce temps , Probus avait sou- 
mis l'Egypte, et Aurélien reprit le 
chemin de l'Europe, après avoir 
réuni à l'empire toutes les posses- 
sions de Zenobie. Il avait déjà passé 
le Bosphore avec sou armée, lors- 
qu'il apprit que les Palmyréniens 
s'étaient révoltés , et , qu'après avoir 
massacré la garnison romaine , ils 
avaient proclamé un nouvel empe- 
reur. Aurélien revint sur ses pas avec 
une célérité qui ne leur permit pas 
de se mettre en défense , et exerça 
une vengeance terrible sur l'infortu- 
née ville de Palmyre , qu'il aban- 



AUR 

donna pendant trois jours à la fu- 
reur des soldats. Après cette ef- 
froyable exécution , il épargna le peu 
d'habitants qui restaient, vt fit réta- 
blir dans toute ?a splendeur le ma- 
gnifique temple duSohil, ayant tou- 
jours honoré cet astre d'un culte par- 
ticulier. De là , l'infatigable Aurélier» 
courut en Egypte , où f irmius , allie 
de Zenobie, avait pris possession 
d'Alexandrie, et s'était fait proclamer 
empereur. AuréUen éteignit sans peine 
cette rébellion , et en fit périr publi- 
quement l'auteur. Il retourna aussitôt 
après vers l'Italie. On vit à son 
triomphe une longue suite de riches 
dépouilles , d'animaux curieux , de 
gladiateurs, de captifs, d'ambassa- 
deurs venus des parties les plus éloi- 
gnées de la terre. La marche était fer- 
mée par les souverains déposés. Té- 
trîaiset son fils parurent avec le cos- 
tume des rois gaulois; mais l'aspect du 
premier en état de captif affligeait et 
humiliait les sénateurs, dont il était le 
cdlégue. Zenobie, chargée de chaînes 
d'or et comme accablée sous le poids 
d'une immense quantité de bijoux pré- 
cieux, offrait à ^orgueil romain un as- 
pect plus agréable. Sa rare beauté, sa 
taille majestueuse et son air noble at- 
tirèrent tous les regards. Apres que 
l'empereur eut ainsi fait servir ses 
antagonistes à l'ornement de son 
triomphe, il monti'a de la clémence 
dans la manière dont il les traita. Ze- 
nobie eut près de Tibur une villa , 
où elle passa ses jours avec honneur. 
Tétricus et son fils recouvrèrent leur 
rang et leur fortune, et furent comp- 
tés parmi les membres les plus res- 
pectables du sénat. Aurélien alors 
donna ses soins à rétablir l'ordre et 
réformer les abus. 11 déploya une 
grande munificence dans les largesses 
qu'il fit au peuple de la capitale. Oa 
assure qu'après avoir augmenté Ici 



AUR 

dîslribmlons d'huih et de pam , et y 
avoir ajoute celle d'uue certaine quan- 
tité de viande de porc , il voulait en- 
core en établir une devin; mais qu'il 
en fut détourné par le préfet du pré- 
toire, qui lui dit que, si la populace re- 
cevait du vin , elle s'attendrait ensuite 
à se voir donner des oies et des pou- 
lets. Il mérita la reconnaissance géné- 
rale en faisant remise de tout ce qui 
était dû au trésor public , et en fai- 
sant brûler dans la place Trajane 
toutes les obligations relatives à ces 
dettes. On croit qu'Aurélien conser- 
vait de la partialité en faveur de l'or- 
dre des plébéiens , auquel il avait ap- 
partenu, et qu'il regardait les patii- 
ciens avec jalousie et méfiance. Son 
zèle pour la réforme tint de la sévé- 
rité de son caractère, et la dureté du 
soldat se mêla souvent aux sollici- 
tudes paternelles du monarque. Une 
sédition eut lieu dans Rome ; elle 
commença par les ouvriers de la 
monnaie, qui craignaient d'être pu- 
nis pour leurs malversations ; ils 
curent l'audace de se retrancher sur 
le mont Caelius , dans l'intérieur même 
de la vil'e. Aurélien les y fit attaquer , 
et ils furent tous massacrés ; mais 
''jooo hommes des troupes de l'empe- 
reur y périrent. Ce malheureux évé- 
nement donna lieu à une punition 
terrible, dans laquelle plusieurs sé- 
nateurs et patriciens furent envelop- 
pés. On compta parmi ces victimes 
le fils, ou, selon d'autres, la fille de 
la propre sœur d' Aurélien. Un voyage 
en Gaule, et une expédition contre les 
barbares , qui avaient fait une irrup- 
tion en Vindélicie, ne furent que 
le prélude d'une grande entreprise 
militaire contre l'empire des Perses. 
Déjà il avait commencé à se mettre 
en marche pour l'Orient, et attendait 
en Thrace le moment favorable pour 
K porter plus avant, quand unecons- 



AUR -5 

piration termina ses jours. Il soup- 
çonnait son secrétaire Mnesthée de 
coiifussion, et l'avait menacé de lui 
faire rendre compte. Mnesthée con- 
trefit la main de l'empereur, et mon- 
tra aux principaux chefs une liste de 
proscrits, où il avait réuni leurs 
noms et le sien. La sévérité connue 
de l'empereur et l'indignation les ren- 
dirent crédules; et lorsque l'armée 
était en marche, ils attaquèrent Au- 
réhen près d'un lieu nommé Cœno- 
phriirium (le nouveau Château) , en- 
tre Byzance et Héraclée, et le tuèrent 
vers la fin de janvier 275. Il périt, 
dit-on, de la main d'un chef nommé 
Mucapor. Aurélien était âgé d'environ 
soixante-trois ans , et en avait régné 
cinq. Sa mort fut vengée. Ses assas • 
sins détrompés livrèrent Mnesthée 
aux bêtes féroces , et élevèrent à Au- 
rélien un tombeau et un temple au 
lieu où il avait été tué. Ces regrets 
tardifs ne sauvèrent point leurs jour.s. 
Une partie d'entre eux fut massacrée 
par les soldats ; les autres périrent 
dans la suite par les ordres de Tacite 
ou de Probus. Aurélien ne laissa 
qu'une fille. Quoique l'on convînt 
généralement que cet empereur avait 
été sage , actif, heureux et très - utile à 
l'empire , dont il avait arrêté la dé- 
cadence , le souvenir de ses cruautés 
se mêla aux justes regrets qu'il inspi- 
rait. Après avoir traité les chrétiens 
avec douceur au commencement de 
son règne, il avait rendu contre eux 
des édits terribles; mais il mourut 
avant leur publication. Aurélien est 
le premier empereur qui ait porté 
publiquement un diadème; il fut 
imité en cela par ses successeurs ; 
cependant, Constantin ftit le premier 
qui fit habituellement usage de cette 
marque du pouvoir suprême. D — t. 

AURÉLIO , roi des Astuiies , cou- 
sin germain de Froila I*"*., et l'un de& 



:6 AUTx 

conjures qui assassinèrent ce prince, fut 
élu roi à sa place , par les grands du 
royaume, en -^68; il renouvela avec 
les Maures, la trêve qu avait conclue 
son prédécesseur, apaisa une révolte 
des esclaves maures , qui s'étaient sou- 
levés contre les chrétiens, leurs maîtres ; 
ouvrit le chemin du tione à Silo, son 
ami, en lui faisant épouser Adosiuda , 
sa parente, et mourut , en 7-^4 5 après 
six ans de règne. B — p. 

AUBELIO ( Louis ) , né à Pérouse, 
se distingua dans la carrière des lettres, 
vers le commencement du 17**. siècle, 
litant entré de bonne heure chez les 
jésuites , il s'appliqua avec tant d'ar- 
deur à la philosophie et à la théologie, 
qu'on fut obligé ^e le renvoyer chez 
son père pour rétablir sa santé, altérée 
par l'excès du travail. Après trois ans 
de repos, il s'adonna à la jurispru- 
dence , et fut reçu docteur en droit , 
comme dans les deux autres facultés. 
II fiit d'abord nommé bibliothécaire à 
Pérouse j il alla ensuite à la cour de 
Vienne , en qualité d'auditeur du 
nonce apostolique; à son retour, il 
fut fait chanoine de St.-Jean-de-La- 
tran, et mourut à Rome, en 1657. 
Cet auteur , qui joignait à l'étude des 
langues latine, grecque et allemande , 
une connaissance approfondie de l'his- 
toire , était regardé , par le pape Ur- 
Lain VIII, comme le premier historio- 
graphe de son temps. Ses principaux 
ouvrages sont : I. Ristretto délie sto- 
rie del Mondo di Orazio Torsellino 
gesuita , col suppUmeiito di Lod. 
Aurelio , traduttore de l'opéra, Pé- 
rouse, i6'23, puis Venise, i655, 
in- 12. Cette édition a été augmentée 
d'une seconde partie , jusqu'à l'an 
i65o, par Bemardo Oldoini, de Gê- 
nes ; II. Délia Rihellione de' Boemi 
contra Mattkia , e Ferdiiiando Im- 
peradore, Istoria, etc., Rome, 1626, 
et Milan, 1626, in-S". j III. ué anales 



AUR 

Card. Baronii in epitomen redacti , 
Rome, 1 656, Paris, 1657, 2 vol. in- 
12 j III. Bzovii continuatio in epito- 
men redacta, Rome, 1641 , in-12, 
traduite en français , par Charles 
Chaulmer^ historiographe de France, 
Paris, 166^, en 6 vol. in-12, puis 
réimprimée en 8 vol., avec un supplé- 
ment, depuis l'an 1 656 où finit Aure- 
lio, jusqu'en 1664. On a encore de 
cet auteur des éloges , et différents au- 
tres discours. Il écrivit en vers latins, 
et traduisit lui-même en italien deux 
tragédies , Pompée et Gernianicus , 
qui n'ont jamais été imprimées. G — e. 

AURELIO (AuRELio), poète véni- 
tien qui florissait vers la fin du 17''. 
siècle, et au commencement du 18*'., 
fut attaché au duc de Parme , et se 
distingua particulièrement par la com- 
position de drames en musique. Maz- 
zuchelli, Scrittori ital., tom. I, p. II, 
rapporte les titres et les dates de trente- 
six de ces drames, et prévient qu'il ne 
les indique pas encore tous. Le pre- 
mier , intitulé Eroinda, est de l'année 
i652, et le dernier, Amore e Ge- 
/o\m, est de 1729. G — e. 

AURELIO (Jean Muzio), Joan- 
NES Mutius Aurelius , poète latin , 
né à Mantoue, florissait au commen- 
cement du 16''. siècle. Il fut un de 
ceux qui eurent part à la favem' de 
Léon X. Ce pape crut, en 1 52o, con- 
tribuer à sa fortune , en le faisant gou- 
verneur d'une ville de l'état romain ; 
mais Aureho y commit des abus d'au- 
torité et des vexations qui révoltèrent 
contre lui les habitants. Etant sorti 
seul un jour sur luie mule , il disparut, 
et fut trouvé , plusieurs jours après , 
au fond d'un puits , avec sa mule. Le 
recueil de Math. Toscanus , intitulé : 
Carmina illmtrium Poétarnm ita- 
îorum, contient deux de ses pièces de 
vers , un hymne à S. Jean-Baptiste , 
et une élégie adressée à Léon X. 



AUR 

Jules - César Scaliger , dans le VP. 
livre de SApoétique, auquel il a donné 
le titre dî! Hypercritique , fait un grand 
éloge d'Aurelio, et particulièrement de 
cette élégie , où le poète se plaint de 
sa pauvreté et implore, pour en sortir, 
la libéralité du pontife. « Il a , dit 
Scaliger , emprunté toutes ses pein- 
tures de Catulle, mais si bien, que je 
n'oserais assurer que Catulle lui-même 
put mieux faire, s'il vivait aujourd'hui. 
Aussi poli, aussi élégant, il est beau- 
coup plus soigné que lui , etc. » C'est 
sans doute la tradition de cet éloge 
qui a fait écrire , en parlant d'Aurelio , 
qu'il se proposa Catulle pour modèle , 
aux obscénités près. Il n'avait en effet 
garde d'en mettre, ni dans sou élégie 
au pape, ni dans son hymne de S. 
Jean. G — e. 

AURELIUS COTTA (C), fut con- 
sul avec P. Servilius Géminus, l'an 
5o2 de Rome, pendant le cours de la 
première guerre punique. Après avoir 
pris Himère , en Sicile , il tenta de s'em- 
parer de l'île et de la ville de Lipari ; 
mais, lorsqu'il était revenu à Mes- 
sine , pour consulter les augures , ses 
lieutenants , Q. Cassius et P. Aurélius 
Pécumola , son parent , attaquèrent la 
place , malgré sa défense. Il les en pu- 
nit avec toute la rigueur qu'autorisaient 
les lois militaires. Cassius fut privé de 
sou grade, et Pécumola , probable- 
ment plus coupable , passa dans le 
rang des simples soldats, après avoir 
été battu de verges. Aurélius Cotta prit 
la place d'assaut , et fit massacrer 
la plus grande partie des habitants. 
D'accord avec le grand pontife Tib. 
Coruncanius , il fit dégrader treize séna- 
teurs , et rejeter dans les plus basses 
classes du peuple 4oo chevaliers, qui 
avaient refusé à Lipari d'obéir à ses 
ordres. Aux ides d'avril , Aurélius fut 
honoré d'un triomphe. Onze ans plus 
tard; à l'époque où la première guerre 



AUR 



77 



punique se termina glorieusement 
pour les Romains , Aurélius Cotta fut 
nommé censeur, et fit, en cette qua- 
lité , le dénombrement du peuple , avec 
son collègue M. Fabius Butéo. Depuis 
ce temps, l'histoire ne parle plus de 
lui. D^ — T. 

AURÉLIUS VICTOR ( Sextus), 
historien romain , vivait au 4^. siècle, 
probablement depuis le règne de 
Constance jusqu'à celoi de ïhéodose. 
Il parle ( HisL, ch. 28. ) de la 1 1 00^. 
année depuis la fondation de Rome , 
qui était la 548^. de J.-C, ou la ri*', 
du règne de Constance , comme s'étant 
passée de son temps. 11 fait mention, 
d'un tremblement de terre qui eut 
alors lieu à Nicomédie, sous le con- 
sulat de Céréalis , c'est-à-dire , l'an 
1 1 1 G de la ville , ou 558^. de J. - C. 
Aurélius Victor était fils de parents 
obscurs et sans éducation. L'Afri- 
que fut peut - être sa patrie ; car 
dans ses écrits , il donne de grandes 
louanges à ce pays , qu'il appelle la 
gloire du monde. Malgré la bassesse 
de son extraction , se5 talents Rele- 
vèrent aux honneurs : en 36 1 , Julien 
le nomma préfet de la n^. Pannonie ; 
et, pour récompense de ses services, 
il fut honoré d'une statue d'airain. 
Long-temps après , il fut préfet de 
Rome(Amm. MarceUin , liv. XXI, 
chap. 18. ), et en 069, consul avec 
Valentinien. Il obtint probablement 
cette dernière dignité sous le règne 
de Théodose ; car il nous reste une 
inscription , que Sextus Aurélius Vic- 
tor, préfet de la ville, grava sur un 
monument, en l'honneur de Théo- 
dose. Si tous ces passages ont rapport 
au même Sextus Aurélius Victor, 
comme cela n'est pas improbable , il 
occupa , sous plusieurs empereurs , 
des postes d'une grande distinction , 
et vécut jusque vers la fin du 4''. siècle. 
Il nous reste sous son nom quatre ou- 



iS 



AUR 



Trages : I. Origo gentis Romance; 
cette histoire allait, d'après son titre, 
depuis les temps incertains de Janus 
jusqu'au lo*". consulat de Constance; 
mais ce que nous en possédons ne 
s*ctend que jusqu'à la première année 
de la fondation de l«oiue. II. De Firis 
ilhtslribus urlns Romœ, souvent im- 
primé dans le 1 6"". siècle sous les noms 
de Pline le jeune, de Suétone, ou 
d'iErailius Probus. Ce livrt, qui com- 
mence à Phocas et se termine à Pom- 
pée , a aussi été attribué à Cornélius 
îJépos. m. De Cœsarihus historia, 
ab Auguslo Octavio^ id est^ à fine 
Titi-Livii usque ad consulatum de- 
eimum Conslantii Augusti et Ju- 
liani Cœsaris tertium; IV. De vila 
et morihus imperalorumRomanorum 
excerpta , à Cœsare Augusto usque 
ad Theodosium imperatorem. Le 
troisième de ces ouvrages est le seul 
qu'on puisse attribuer avec certitude 
à Aurclius Victor. La première édition 
de cet auteur fut donnée par André 
Schott, Anvers, 1079, in-8^ Auré- 
lius Victor a été réimprimé dans les 
coîlectians de Sjburge , 1 588- 1 Sgo , 
5 vol. iii-fol.; de Gruter, 161 1, in-fol. ; 
de Boxhorn , i63'2, in- 13. Il en a 
paru beaucoup d'éditions séparées; 
les meilleures sont, i". celle d'Amster- 
dam, 1 755, in-4''., cwm notis vario- 
rum, curante Joh. Amtzenio; i"". 
celle de Cobourg, 1759 et 1768, 
in-S"., cum notis, J. Fr. Gruneri; 
5". celle d'Erlang, ex recensiojie, J. 
Fr. Gruneri , cum notis selectis, cu- 
rante Chr, Harles. Barbou a imprimé 
Aurélius Fictora la suite (ÏEutrope, 
1 795 , in- 1 3 , édition soignée . par M. 
Caperonnier. Cet auteur se trouve en- 
core dans les Scriptores historiœ Ro- 
mance minores, 1 789, in-8". , fiisant 
partie de la collection des Deux-Ponts. 
D— T. 

'. AURÉLIUS (Cornélius ), né à 



AUR 

Gonda en Hollande , vivait vers le 
commencement du 16*^. siècle , fut 
chanoine à flemsdonk , près Dor- 
drecht , et précepteur d'Erasine. Il 
composa deux traités, l'un Defensio 
gloriœ Balavinœ , l'autre EÎucida- 
rium imriaruni quœstionum super 
Batavind regione. Ils furent réunis et 
publiés ensuite par Bonavcnture Vul- 
canius , sous ce titre : De situ et lau- 
dibus Bataviœ. L'empereur Maximi- 
lien lui envoya la couronne de poète. 
Aurélius composa encore d'autres ou- 
vrages, et on lui attribua un poëmc 
en l'honneur de l'empereur Charles- 
Quint , intitulé : Prognosticon , seu 
Caroli V Cœsaris prœconium. On 
ignore l'année de sa mort. K. 

AURENG.ZEYB(MoHnY Êd-Dyn, 
c'est-à-dire , le Vivificatcur de la reli- 
gion, ornement du trône, sumomtiié 
dans la suite Adlemgujr , conqué- 
rant de l'univers), naquit, pour le 
malheur de son faible et infortuné 
père, Châh-Djéhân, le ïi de dzoùl- 
càdéh 1028 ( 20 octobre 1619). 
Son aïeul, Djéhânguyr, filsd'Akbar, 
occupait encore le trône de l'Hindous- 
tân, et s'estima si heureux de voir 
augmenter sa famille, qu'il donna au 
nouveau-né, le nom d^Aiireng-Zejb, 
ornement du trône. Élevé, comme tous 
les princes asiatiques , dans le fond 
d'un harem , il ne fit rien de remar- 
quable dans son enf ince , ou , du 
moins, nous ne connaissons de lui 
aucun trait qui semblât présager la 
profonde politique, l'insatiable ambi- 
tion et les grands talents qu'il déve- 
loppa dans la suite. Il eut le même 
instituteur qtie ses deux frères aînés : 
c'était un docteur musulman , jouissant 
d'une haute répjîtalion , et nommé 
Mélik-Ssdleh , littérateur distingué, 
comme on peut en juger par une his- 
toire des vingt premières années du 
règne de son élève, qu'il composa eu 



AUR 

persan, et que nous possédons à la 
Bibliothèque impériale, en un volume 
iu-fol. Cependant, ce choix n'élail pas 
heureux, si Ton en juge par les re- 
proches qu'Aureng-Zeyb adressa dans 
la suite à ce savant, qui, en effet, 
paraît n'avoir enseigné au jeune prin- 
ce , que la langue arabe , et s'être borné 
à l'Hindoustan, pour les connaissan- 
ces géographiques, sans lui parler des 
autres royaumes de i'x\sie. A peine lui 
avait-il indiqiié les noms des royau- 
mes de l'Europe. Aureng-Zeyb répara 
l'imperfection de son éducation pre- 
mière, par une application assidue et 
par la force de son génie. II n'avait 
que neuf ans, lorsque le scepti'e de 
l'Hindoustan passa (en 1627) ^^* 
mains de son aïeul entre celles de son 
père Cliâh-Djchân , et il annonçait 
dcs-lors, par son maintien composé, 
par ses fréquentes prières et par son 
goût pour la solitude, sa profonde hy- 
pocrisie, sa prévoyance et ses projets 
ultérieurs. Bientôt, on le vit s'inscrire 
parmi les faqyrs, prendre presque 
leur costnrae, et annoncer l'intention 
de se retirer à Médyne, auprès du 
tombeau du Prophète. Cependant, il 
saisit avec empressement l'occasion de 
mettre décote, pour quelques instants, 
le Koràn , qu'il portait continuelle- 
ment sous le bras, et de prendre l'é- 
pée. Créé à l'âge de vingt ans (en 
i658), émyrpendje hazary , ou chef 
de quinze mille hommes, il obtint, 
presque aussitôt, le commandement du 
3)ékehan. Impatient de s'essayer dans 
la carrière des armes, il profita de 
l'armée qui était sous son commande- 
ment, pour faire une invasion dans le 
pays de Baglena. Les forteresses fu- 
rent enlevées, et les chefs réduits à 
payer le tribut. Après cette expédition , 
qui fut peu avantageuse pour l'état, à 
cause de U pauvreté du pays conquis , 
Auren^-Zeyb demanda et obtint la pcr- 



AUR ^r) 

mission de se rendre à Lâlior, où l'em- 
pereur son père avait fixé sa résiden- 
ce ; mais bientôt il eut ordre de re- 
tourner dans son gouvernement. Il y 
reprit sa vie austère , s'occupa de 
construire d<»s mosquées , fonda la 
%nlle d'Aurcng-Abâd , et vécut dans 
une plus grande intimité avec des 
faqyrs. Voulant un jour leur donner 
un témoignage éclatant d'amitié et 
de vénération , il en invita un grand 
nombre à un modeste festin , et en. 
suite voulut les revêtir d'habille- 
ments neufs. Ces cénfcbitcs refusèrent 
l'honneur excessif qu'on prétendait 
leur faire. Le vice-roi insista, et , mal- 
gré leurs refus opiniâtres et même 
leurs efforts, car on alla jusqu'à la 
violence, ils se retirèrent vêtus plus 
décemment qu'ils n'étaient venus , et 
peut-être aussi un peu plus légère- 
ment; car, les vieilles robes ayant été 
brûlées toutes ensemble, on trouva 
dans les cendres, une énorme quan- 
tité de pièces d'or et d'argent. Cette 
somme fut d'un grand secours à Au- 
reng-Zeyb, quand il fit la guerre à ses 
frères. Du gouvernement du Dckchan, 
il passa ( en i645 ) à celui du Guza- 
rate, et fixa son séjour à Ahhmed- 
Abàd, sans changer de manière de 
vivre, et attendant avec impatience 
l'occasion de satisfaire l'ambition dont 
il était intérieurement dévoré. Sa pre- 
mière expédition ne fut pas heureuse; 
chargé par son père (en 1649), de 
combattre les troupes persannes , qui 
avaient fait une invasion dans le Can- 
dahar, et s'étaient emparées , l'année 
précédente, de la capitale de cette pro- 
vince, il ne put les repousser. Vaine- 
ment fit-il aussi le siège de cette place; 
il fallut le lever au bout de trois mois , 
et retourner dans l'Hindoustan, après 
avoir,à la vérité, remporté sur les Per- 
sans quelques avantages, et même une 
victoire assez complète, mais qui n'eut 



Se AUR 

aucun résultat heureux. Deux ans 
après, il fit de nouvelles tentatives 
sur la même ville, établit un sie'ge 
dans les formes, et fut encore oblige 
de le lever. A son retour dans le pays 
de Kaboul ( en 1 65-2 ) , son père le rap- 
pela dans le De'kehan. Dârâ'Che'koiih , 
son frère aîné , prince recommandable 
par sa piëte' filiale et par son amour 
pour les lettres , mais aussi pre'somp- 
tueux qu'imprudent , sollicita et obtint 
de leur trop faible père, la permission 
de venger la gloire des armes mogoles, 
et de se mesurer avec ces invincibles 
Persans. Il fit le siège de Gandahâr, et 
fut également obligé de se retirer. Au- 
reng-Zeyb triompha en secret, et jura 
à son frère une haine d'autant plus im- 
placable, que Châh-Djéhân avait déjà 
désigné publiquement Dârâ pour hii 
succéder. L'unique moyen de se déli- 
vrer d'un rival aussi redoutable était 
de rexterrainer , et de s'assurer de la 
couronne le plus promptement possi- 
ÎjIc, et à quelque prix que ce fût. 
Notre jeune ambitieux s'occupa forte- 
ment de remplir ce double but; les 
circonstances le secondèrent. Châh- 
Djéhân était tombé dangereusement 
malade, en T067 de l'hégire (i656- 
î<557 ); Dârâ s'empressa de saisir les 
i^nes du gouvernement , et des actes 
d'autorité arbitraires le rendirent 
odieux à ses trois autres frères. Les 
deux plus jeunes d'entre eux, Aureng- 
Zeyb et Mourâd-Bakheche, se liguè- 
rent contre lui , et accucillirentavecem- 
pressement l'êmyr Djemlah , qui avait 
rempli le poste de pruicipal vizyr au- 
près de Châh-Djéhân , et qui venait 
d'être disgracié par Dârâ, à cause de 
son attachement pour Aureng-Zeyb. 
Celui-ci feignit de se livrer avec plus 
d'ardeur aux exercices de piété, et 
ne se mêla des alTiires mondaines 
que pour rempUr les devoirs imposés 
par sa place. U excitait secrètement 



AUR 

l'ambition de son jeune frère, dont la 
jalousie, à l'égard de Dârâ , lui était 
favorable; il comptait bien en faire 
tourner le résultat à son propre avan- 
tage. Mourâd énonça ouvertement ses 
prétentions à rem])ire , et trouva un 
puissant appui dans Aureng-Zeyb. Ils 
marchent de concert vers Agrah , 
avec une armée d'environ 4^,000 
hommes. Châh-Djéhân veut aller lui- 
même au-devant de ces fils rebelles ; 
Dârâ parvient à le détourner de ce 
sage projet , afin d'être chargé de cette 
expédition. Il se met en effet à la tête 
de l'armée impériale , composée de 
plus de 100,000 chevaux et de 5o,ooo 
fantassins , suivis d'une nombreuse 
artillerie. Après plusieurs marches et 
contre-marches, l'action s'engagea près 
de Fethh-Abâd , à cinq lieues d'Agrah, 
le 6 juin i658; elle fut terrible; Dârâ 
et Mourâd firent des prodiges de va- 
leur; la conduite d' Aureng-Zeyb fiit 
peut-être moins brillante , mais plus 
adroite, et contribua puissamment au 
gain de la bataille, en semant la zizanie 
parmi les chefs de l'armée de Dârâ , 
et surtout en gagnant plusieurs d'entre 
eux , qui restèrent immobiles pendant 
l'action; quelques-uns même aban- 
donnèrent le champ de bataille, dont 
ses deux frères restèrent maîtres. 
L'astucieux Aureng-Zeyb s'empressa 
de faire honneur de la journée à son 
jeune frère ; après quelques heures de 
méditation et de prières, il vint devant 
lui , le Korân à la main , lui adresser 
ses félicitations , en lui donnant le titre 
d^ empereur. 11 le traita en ])ublic et en 
particulier avec la soumission la plus 
respectueuse ; et cependant il entrete- 
nait une correspondance très -active 
avec les nahdb , ou vice-rois , et au- 
tres gouverneurs : il donnait aussi au 
nouveau monarque un ministre chargé 
d'obseiTcr toutes ses actions. L'armée 
victorieuse marcha droit sur Agrah ; 



AUR 

h ville ne tint pas long-temps ; mais 
Cliàh-'Djeliân s'était retranclié dans 
sou palais avec nne assez forte garni- 
son. Aurcng-Zeyb entamaavecluiune 
négociation qui fut si adroitement 
conduite , que le vieux monarque se 
décida à renvoyer ses gardes , et se 
mit ainsi à la discrétion de son petit- 
fils Mohammed. Celui-ci, fidèle aux 
ïustructionsqu'itavait reçues d' Aurcng- 
Zeyb , son père , le confina dans l'in- 
térieur du harem. Tandis que ses 
émissaires portaient leurs mains sacri- 
lèges sur son père et leur légitime 
souverain , Aureng-Zeyb faisait sa 
prière au tombeau d'Akbar, situé dnns 
le voisioage d'Agrah. Les heureuses 
nouvelles qu'on vint lui annoncer 
Tarrachèrentà cette pieuse occupation ; 
il s'empressa de se rendre auprès de 
Mourad-Bakhehe; du plus loin qu'il 
le vit: a Vous n'étiez jusqu'à présent, 
» s'écria -t-il , monarque que de nom, 
» vous l'êtes nwinlenant en réalité; 
« mes vœux les plus ardents sont 
» accomplis; je n'en forme plus que 
» deux, c'est de faire le pèlerinage de 
» la Mekke , et de passer ensuite le 
» reste de mes jours loin des embarras 
» du monde, dans la prière et dans 
» la retraite.» Mourâd entreprit de le 
détourner , au moins pour le moment , 
d'un semblable dessein, et y réussit 
facilement. Les deuxprinces résolurent 
de marcher sur Dehly, où le fugitif 
Dârâ avait rassemblé quelques forces : 
mais au moment de se mettre en mou- 
•veracnt, leur armée se souleva ; la paie 
étant arriérée de quelques mois. Mou- 
râd eut recours aux banquiers d'A- 
grah; ils furent sourds à ses demandes 
et à SCS propositions. Le prince allait 
user de violence envers eux et même 
envers les habitants les plus opulents , 
lorsque l'astucieux Aureng-Zeyb offrit 
d'acquitter la solde des troupes avec son 
propre trésor; le jeune monarque eut 



AUR 8t 

Pimprudence d'accepter un service qui 
recommandait son fière à la recon- 
naissance de l'armée et de la capitale 
entière: et bienlot les disposijions de 
pèlerinage se changèrent en prépara- 
tifs de guerre -, et Aîourâd fut arrêté 
au milieu de son camp , en pré- 
sence d' Aureng-Zeyb , lié et envoyé' 
à Agrah , sous bonne garde. Ce der- 
nier ne tarda pas à se rendre à Dchiy, 
où il exerça ouvertement seul l'auto- 
rité suprême. Il se trouvait alors dans 
THindoustan trois souverains vivants ; 
savoir : Châh-Djéhân , enfermé dans 
la citadelle d'Agrah, et ses deux fils, 
Dârâ-Chékoùh , qui fuyait alors , et 
Aureng-Zeyb, ou plutôt Aâlem-Guyr, 
qui avait saisi le timon des affaires. 
JNous pourrions encore en citer un 
quatrième , Châh-Soudjâh , autre fils 
de Châh-Djéhan. Il donna de vives 
inquiétudes à son frère, et lui disputa 
énergiquement la couronne ; mais la 
perfidie de ses officiers , autant que sa 
propre inexpérience, causa sa ruine; 
il se vit perdu sans retour, par les 
suites d'une bataille malheureuse qu'il' 
livra le 2ï de rabyi 2*^. io69( ^4 
janvier 1659); et le 24 ramadhân 
de la même année, Aureng-Zeyb mon- 
ta sur le trône avec toutes les cérémo- 
nies accoutumées ; son nom , changé en 
celui (VAdlem- Qujr, fut proféré dans 
les prières publiques , et inscrit sur 
les monnaies. Le seul compétiteur 
capa!:le d'inspirer de l'inquiétude au 
nouveau monarque, é'ait Dârâ-Gbé- 
koùh, qui errait dans le nord de l'Inde : 
il le poursuivit , un traître le livra; on 
lui coupa la tête aussitôt, et on vint la 
présentera Aureng-Zeyb lorsqu'il lisait 
et méditait le Coran ; il ferma le livre, 
demanda de l'eau , et fit laver le visage 
de Dàrâ, pour mieux le reconnaître; 
il lui ouvrit les yeux, et, y ayant dé- 
couvert une taie qui ne lui laissait 
aucun doute, il versa un torrent de 
6 



82 AUR 

larmes en s*e'criaiit : « Tinfortund î » 
11 fit embaumer celte tête , et l'envoya 
à lenr malhcnreuX père , qui e'iait à 
table quand on lui présenta la ftineste 
boîte : il se félicitait de recevoir un 
témoignage du souvenir de ses en- 
fants. Qu'on juge de son effroi et de 
son horreur, quand il reconnut la 
tête de Dârâ, son fils cbéri. Mourâd- 
Bakliche, quoique enfermé étroite- 
ment, troublait quelquefois le repos 
de son frère , sa mort fut résolue ; mais 
« on emprunta, dit Manucci, le masque 
de la justice pour couvrir cette grande 
iniquité.» Âurcng-Zeyb se fit d'abord 
conférer , par le chef de la loi , une 
espèce de consécration qu'on regarde 
parmi les Mogols comme le sceau de 
îa juridiction impériale; le premier 
usage qu'il fit de sa nouvelle autorité, 
fut d'ôter la vie à Mourâd - Bakbche. 
On lai suscita une fausse accusation , 
appuyée par de faux témoins, qui fu- 
rent secondés par les astrologues. Au- 
reng-Zeyb voulut être long -temps et 
vivement sollicité. 11 céda, non sans 
affecter de bien vifs regrets. Des lar- 
mes abondantes coulèrent de ses yeux , 
quand il ordonna aux soldats de sa 
garde de faire piquer son malheureux 
frère par une de ces couleuvres dont le 
venin est aussi prompt qu'infaillible. 
Ce dernier fratricide assurait au cou- 
pable la paisible possession de la cou- 
ronne. Son père , enfermé et soigneu- 
sement gardé dans la forteresse d'A- 
grali , n'avait aucun moyen de res- 
saisir le pouvoir. Ce fiit alors qu'on put 
reconnaître dans Aâlem-Guyr autant 
de talent pour l'administration , qu'il 
tn. avait montré pour la guerre et les 
intiigues. Il encouragea l'agriculture et 
le commerce . établit une garantie pour 
les propriétés territoriales, simplifia 
la marche de la justice. Pour la pre- 
mière fois , dans l'empire Mogol , on 
punit, comme un crime capital, Icstea- 



AUR 

tatives faites pour corrompre un jugf . 
Lui-même surveilla les décisions des 
tribunaux , écouta les réclamations des 
plaideurs, et destitua plusieurs magis- 
trats iniques ou ineptes. Il ne donna 
pas moins d'attention à la réforme des 
mœurs et an maintien des préceptes de 
la religion. Les musiciennes et les dan- 
seuses publiques , qui s'étaient multi- 
pliées à l'infini, sous le règne du faible 
e^ voluptueux Chah - Djéhan , furent 
poursuivies avec activité, et contrain- 
tes , ou d'abandonner cette scandaleuse 
profession , ou de ne l'exercer qu'avec 
le plus grand mystère ; on défendit sé- 
vèrement l'usage du vin. Tous ces dé- 
tails ne lui faisaient pas négliger des 
objets d'une plus haute importance. 
Une grande partie des domaines de la 
couronne avait été distribuée par Ak- 
bar aux mécontents de la Perse , qui 
étaient venus se réfugier à la cour 
d'Agrah. Cette mesure, dans le prin- 
cipe , assez adroite , avait fini par être 
funeste à l'état, et l'avait appauvri; 
Aureng-Zeyb trouva le moyen de ren- 
trer dans ses domaines aliénés , et en- 
voya ces familles persanes dans le pays^ 
de Kachemyr. Son élévation à l'em- 
pire , et surtout ses exploits , ses pro- 
fondes , mais atroces combinaisons , 
enfin, sa sage administration, attirèrent 
l'attention de plusieurs potentats; et 
on vit successivement arriver à la cour 
de Dehly des ambassadeurs du chéryf 
de la Mekke , du roi d'Ethiopie , du 
roi de Perse , du prince des Ouzbeks. 
Toutes ces jouissances si flatteuses pour 
l'amour-propre du monarque indien , 
ne furent pas sans mélange. Le fameux 
Sevâdjy , fondateur de la puissance 
Marhatte, faisait de fréquentes et san- 
glantes incursions dans différentes pro- 
vinces de l'empire ; plusieurs villes 
furent pillées. L'empereur eut encore 
la douleur d'être obligé de condamner 
à une prison perpétuelle deux de ses 



. AUK 

fils. Ces jeuîies princes , dignes imita- 
teurs de leur père , avaient essayé de 
se faire un parti dans l'e'tat ; mais ils 
manquaient de talents , et ils n'avaient 
pas affaire à un Châh-Djëbàn. On les 
enferma dans la citadelle de Gualyour; 
on leur fit boire un poison lent , apjjelé 
poùst , qui affaiblit insensiblement le 
corps et l'esprit , et conduit à l'imbé- 
cillité' et au marasme. Les soins multi- 
pliés de l'administration, les inquiétu- 
des et les tourments involontaires 
d'une con science bourrelée de remords, 
juste et inévitable punition des coupa- 
bles placés par leur rang au-dessus des 
lois , affectèrent la santé d'Aureng- 
Zeyb , et le conduisirent aux portes 
du tombeau ; mais sa vigoureuse cons- 
titution triompha du mal et de l'igno- 
rance des médecins. Sa convalescence 
fut longue, et, quand il put se mettre 
au courant des affaires , il trouva que 
les sulthanes avaient déjà ourdi de 
puissantes intrigues en faveur de leurs 
enfants respectifs. Au reste, la tranquil- 
lité de l'empire ne fut pas troublée , et 
aucun des grands ne conçut , ou du 
moins ne manifesta des projets ambi- 
tieux, tant était profonde la terreur 
que le nom d'Aureng - Zeyb leur ins- 
pirait. Les travaux auxquels il se li- 
vra, avant sa parfaite guerison, et 
surtout les chaleurs de la saison , s'op- 
posaient à son parfait rétablissement. 
Les médecins lui conseillèrent d'éviter 
les chaleurs de l'été suivant, en le 
passant au Kachemyr, pays célèbre 
par ses beautés pittoresques et par la 
salubrité du cUmat. La sœur bien-ai- 
mée du monarque , la belle Raùchen- 
Arâ, qui conservait toujours une grande 
influence sur son esprit, appuya l'avis 
des médecins de tout son pouvoir ; les 
sulthanes saisissent toujours avec en- 
thousiasme les occasions de changer 
de demeure , et de sortir de leur pri- 
son habituelle. Le voyage de Kache- 



, AUR 85 

myr fut résolu. La cour toute entière , 
et une armée composée de 55,ooo ca- 
valiers , de 10,000 fantassins, avec 
la grosse et la petite artillerie , suivi- 
rent le monarque, qui se mit en mar- 
che le 6 décembre 1661 . Cette date ne 
s'accorde pas avec celles qui sont indi- 
quées par le docteur Manucci et par 
Ferichtah ; mais on ne sera pas étonné 
que nous l'adoptions ici , puisqu'elle 
nous est fournie par le médecin Ber* 
nier , dont l'exactitude est reconnue 
par les Anglais même. Il fut, comme 
on le sait, du voyage. La plus grande 
partie de cet immense cortège, qui eût 
affamé le petit pays de Kachemyr, resta 
dans le Lâhor, et l'empereur ne con- 
serva auprès de lui que le moins de fem- 
mes qu'il put, les meilleures amies dç 
Raùchen-Arâ-Beygum , les principaux 
omrâ , et un petit nombre de soldats 
pour sa garde. La fatigue de la marche 
et le plaisir de la chasse , auquel il se 
livrait volontiers , n'interrompirent 
point ses travaux ordinaires. Les affai- 
res s'expédiaient tout aussi régulière- 
ment qu'on le faisait à Dehly. Malgré 
cette activité inconcevable , et malgré 
les précautions qu'il avait prises , des 
troubles éclatèrent dans le Guzarate, 
Les Radjepouts descendirent de leurs 
montagnes pourfondresurles Mogols^ 
mais ils furent vigoureusement re- 
pousse's y leurs princes perdirent leur 
juridiction héréditaire, et la nation hin- 
doue fut soumise à des gouverneurs 
musulmans , qui recevaient leur pou- 
voir du monarque même. Ses armes 
furent moins heureuses du côté d'Ar 
cham; le gouverneur du Bengale, le 
fidèle Djeralah, fit une expédition 
contre ce royaume ; après de brillants 
succès , il en fut chassé par la saison 
des pluies. La mort de ce grand gène'- 
rai , celle du fils aîné de l'empereur , 
et de Châh-Djéhân, son père, qui , 
toujours soigneusement gardé dans la 
0.. 



H 



AUR 



citadelle cl'Agrah, périt le 27 redjcb 
1 076 (le '.i février 1666), accablé d'en- 
nuis , et par une rétention d'urine , 
peut-être par le poison j enfin les ex- 
cursions et l'arrestation de Sevâdjy, 
ce fameux chef marhatte, qui fut en- 
voyé à Dehiy, au moment même où 
Aureng-ZeyÎD arrivait du Kachcmyr, 
sont autant d'événements importants , 
sur lesquels nous regrettons de ne pou- 
voir donner des détails qui excite- 
raient l'intérêt de nos lecteurs j mais 
qui excéderaient de beaucoup les bor- 
nes dans lesquelles nous devons nous 
restreindre. Une querelle presque ri- 
dicule , et occasionnée par l'ineptie 
d'un secrétaire, rompit la bonne in- 
telligence qui régnait entre Châh-Ab- 
bâs II et Aureng-Zcyb , et la guerre 
éclata entre ces deux souverains , vers 
Tanderiiég. 1 07 7 (1666-7 ),Le Mogol 
se mit lui-même à la tête de ses trou- 
pes. Arrivé dans les environs de Lâhor, 
il apprit la mort de Châh-Abbàs. Cet 
événement, dont il aurait pu tirer un 
î»rand avantage, avec des dispositions 
plus belliqueuses, ou s'il eût eu moins 
d'inquiétudes de la part de ses enfants 
et des gouverneurs de provinces , le 
détermina à retourner paisiblement 
dans sa capitale. Peut-être aussi peu- 
isait-il, avec raison, que la nature sem- 
ble avoir fait de la Perse et de l'Inde 
deux contrées très - distinctes et très- 
indépendantes l'une de l'autre , ci: 
qu'il y aurait de grands inconvé- 
Dieuts à vouloir franchir les barrières 
qui les séparent. La paix venait d'être 
conclue entre ces deux royaumes ; le 
monarque s'occupait de l'extirpation 
du brahmanisme , et surtout de la des- 
truction des pagodes , sur les ruines 
desquelles il ordonna , au mois de ra- 
madhàn io8o (février 1670), d'éle- 
ver des mosquées, lorsqu'un de ses 
fils troubla la tranquillité de l'empire. 
'(jhâh-Aâlcm , à qui il avait confie le 



AUR 

gouvernement du Guzarate, essaya de 
s'y rendre indépendant. A peme son 
père fut-il instruit de ses premières ten- 
tatives , que l'étendart impérial prit la 
route d' Agrah j le jeune prince intimidé, 
s'excusa le mieux qu'il put; ses excuse» 
furent agréées, et tout rentra dans 
l'ordre. Son père fut moins heureux 
contre Sevâdjy , qui s'était enfui de sa 
prison de Dehly , et qui trouvait tou- 
jours le moyen d'échapper aux armées 
impériales , les montagnes des Ghattes 
lui fournissant un asyle presque impé- 
nétrable ; mais la mort de cet audacieux 
aventurier, arrivée le 5 avril 1680 , 
ne calma point les justes inquiétudes 
qu'inspiriient les Marhattes ; Sarabad- 
jy , son fils et son successeur , marcha 
plusieurs fois contre les Mogols , et 
obligea ceux-ci à se concerter avec les 
Portugais pour le repousser. Pourcom- 
ble de malheur, un fils d'Aureng-Zeyb 
se joignit à Sambâdjy, tandis que le mo- 
narque faisait, avec très-peu de succès, 
aux Radjepouts , une guerre qui n'eût 
pas été beaucoup plus glorieuse , si 
Sambâdjy eût hérité des talents de son 
adroit et intrépide père, comme de ses 
états. Mais son incapacité causa le dé- 
couragement dei'illustre réfugié ; Akbar 
vit bien qu'un pareil appui n'était pas 
capable de le porter sur le trône de 
l'Inde j vaincu par un de ses frères , 
dans une bataille hvrée le 5 mo- 
harrem i og'i ( 1 5 janvier 1 68 r ) , il 
résolut de passer en Perse , et de de- 
mander asyle et secours au Cliâh-So- 
léimân , alors régnant. Sa retraite ra- 
lentit les hostilités, qui recommencè- 
rent en 1684» ^t continuèrcntpendant 
plusieurs années, avec des succès à 
peu près égaux de part et d'autre. Au- 
reng-Zeyb se contenta donc de tenir 
coutinuellemeht Sambâdjy en échec, 
et, tandis que son gouverneur du Ka- 
cheniyr lui conquérait une grande 
partie du Tibet, il dirigea sua atten- 



AUR 

tlon et ses forces d'un autre côte. I/an 
1GS7 lut pour lui uncépoque glorieuse. 
Depuis long -temps les richesses du 
\ isapour et de Golconde avaient ex- 
cité son avidité. Déjà il avait fait atta- 
quer ces royaumes par un de ses fils; 
ii résolut de mai cher en personne , et , 
quoique âgé de plus de soixante-huit 
ans , on le vit entrer en campagne 
avec l'ardeur d'un jeune homme. Le 
Visapour, gouverne par un monarque 
dequinze ans, n'opposa pas unelongue 
résistance. Ce prince fut fait prisonnier 
le ^4 de dzoul-càdéh iog8 ( i^"". oc- 
tobre 1 687 ;. La conquête de Golcoude 
suivit de près celle-ci ; la capitale ou- 
vrit ses portes aux Mogols le 2g de 
rabyi i". i o( 19 ( -2 février 1688), 
et, malgré les richesses immenses qu'on 
y trouva, on bartit indignement le roi, 
pour le forcer d'indiquer le lieu où il 
avait caché ses diamants. Cette con- 
quête fut le signal de la rupture de la 
trêve conclue avec Sambâdjy ; les nora- 
l)reux mécontents du Visapour et de 
Golconde s'étaient réfugiés auprès de 
lui , et il se voyait à la têf e d'une puis- 
sante armée ; mais , au défaut de talents, 
il joignait les passions les plus basses 
et les plus déréglées. Elles le conduisi- 
rent à sa perte. II se laissa prendre par 
un parti mogol. Un de ses officiers , 
séduit par Aureng-Zevb, lui suggéra 
le projet d'enlever une jeune indienne, 
et, sous prétexte de lui servir de guide, 
le conduisit dans une embuscade , 011 
im détachement ennemi s'empara fa- 
cilement du prince Marhatte et de sa 
petite escorte. On le conduisit devant 
le monarque indien , qui commença 
par f jire armclier la langue au ministre 
perfide qui avait livré son maître. Ce 
misérable fut bientôt étouffé par le sang 
qui jaillissait de cette horrible plaie. 
Ou proposa ensuite à Sambâdjy de 
changer de religion. Il s'y refusa cou- 
lageubcment^ alors, on lui ouvrit le 



AUR 85 

côté , pour lui arracher le cœur ; son 
corps , coupé en plusieurs morceaux , 
fut livré aux chiens. Aureng-Zeyb 
voulut être témoin de cette épouvanta- 
ble exécution . 1 1 avait alors ( en 1 689 ), 
plus de soixante-dix ans. La mort de 
Sambâdjy répandit la consternation 
parmi les Marhattes ; ils fiuenî har- 
celés , poursuivis jusque dans leurs 
montagnes par les Mogols, qui leur 
enlevèrent successivement leurs prin- 
cipales villes , Sattarah et Pounah , et 
un grand nombre de forteresses du 
Dékehan et du Mayssour. Cette pé- 
nible expédition occupa les dernières 
années de la vie d'Aureng-Zeyb. En 
1 1 1 7 ( 1705-6 ) , il tomba dangereu- 
sement malade , et montra une coura- 
geuse résignation. Il répétait souvent 
ces vers persans : 

Lorsque tu es arrivé à 80 on 90 ans , 
Tu as dû éprouTcr de nombreux chagrin»; 
Mais lorsque de-là tu avances vers la centaine. 
C'est la mort qui prend alors la forme de la vie. 

Il fut assez heureux pour recouvrer 
la santé , et quoiqu'il dut sa guérison 
plutôt à son excellent tempérament 
et à sa sobriété, qu'aux soin s de sou mé- 
decin , il le fit peser avec des roupies 
d'or, qu'il lui donna ensuite. Au reste, 
cette maladie avait sensiblement altéré 
sa santé, et il ti-aîna une existence lan- 
guissante, jusqu'àl'époque de sa mort, 
qui arriva le 28 de dzoul-càdéh, 1 11 8 
de rhég.( le vendredi 21 février 1707); 
il était alors âgé do quatre-vingt-dix: 
années lunaires et treize jours 5 il en 
avait régné cinquante , deux mois et 
vingt-sept jours. L'époque de sa mort 
fut celle de la décadence de l'empire 
Mogol , porté à un si haut degré de 
splendeur par Akbar , et accru encore 
q)ar Aureng-Zcyb , qui , entre autres ac- 
quisitions importantes , y ajouta les 
royaumes de Visapour et de Golconde, 
et beaucoup d'autres territoires impor- 
tants. Les guerres civiles , qu'il avait 
eu tant de peine à étouffer entre ses 



86 AUR 

fils , se rallumèrent avec plus d'acli- 
vite' que jamais après sa mort. Les 
radjah ( ou princes hindous ) , tribu- 
taires , profitèrent de ces troubles pour 
se rendre indépendants j les nabdb , 
ou gouverneurs musulmans , devin- 
rent bientôt des souverains , et, sur les 
ruines de la puissance mogole , s*est 
eievëc la puissance colossale des An- 
glais , qui prend chaque jour de nou- 
veaux accroissements. Les de'tails dans 
lesquels nous sommes entre's , nous pa- 
raissent caractériser suffisamment Au- 
reng-Zeyb, et prouver qu'il unissait 
à la fois et au plus haut degré, les ta- 
lents politiques et militaires à une pro- 
fonde hypocrisie , à de vastes concep- 
tions, et au caractère sanguinaire, com- 
mun à presque tous les souverains 
musulmans. Malgré la longueur de cet 
article , je ne puis résister à la tentation 
d'y ajouter une anecdote qui en rap- 
pellera une autre assez connue. Au 
mois de dzoul-hedjah i o85 , Aureng- 
Zeybétantcampéprèsde Haçan-Abâd, 
dans le Dékehan , ses soldats détour- 
nèrent un ruisseau qui faisait tourner 
un moulin , seule ressource d'une 
femme et de sa famille. Il en fut averti; 
non content de faire rendre au ruisseau 
son cours ordinaire, il envoya cinq 
roupies d'or à cette femme, en la 

Î)riant de lui pardonner le tort qu'on 
ui avait fait sans qu'il en fût instruit. 
Il combla de bienfaits le mari et les 
quatre enfants de cette même femme , 
lui donna en propriété le village qu'elle 
habitait, et alla lui rendre visite, ac- 
compagné de toute sa cour. L— ^s. 
AURÉOLE (Mamus Acilius), l'un 
de xcs concurrents éphémères qui se 
disputèrent l'empire romain. 11 était 
Dace de naissance, et avait été berger 
dans sa jeunesse j mais lorsqu'il se fut 
enrôlé dans l'armée jomaine, il par- 
vint, parsa bravoure, à commanderun 
coi-p? de cavalerie, avec lequel il ren- 



AUR 

dit de grands services à l'empereur 
Gallien, dans une bataille contre le re- 
belle Ingenuus : on assure même qu'il 
eut le principal honneur de cette jour- 
née. Dans la suite, étant commandant 
en chef en Ulyrie , il défit Macrin qui 
avait pris la pourpre impériale , et in- 
corpora dans son armée les troupes de 
cet usurpateur, qui venaient de le met- 
tre à mort avec son fils. Auréole de- 
meura pendant quelque temps fidèle à 
Gallien, et le servit contre Posthumius 
qui s'était révohé dans les Gaules. Gal- 
lien f\it défait dans la première ba- 
taille, et Posthumius dans la seconde. 
Auréole qui pouvait le prendre, le laissa 
s'enfuir et recommencer la guerre. A 
la fin, peu content d'un pouvoir pres- 
que indépendant dans la Rhœtie et sur 
les bords du Danube , il accepta ou- j 
vertement la dignité impériale que ses "■ 
soldats lui offraient, et marcha en Ita- 
lie avec des forces considérables. Quel- 
ques historiens assurent que Gallien 
l'avait alors associé à l'empire; d'au- 
tres prétendent que les armées abhor- 
raient GalUen, et ne voulaient obéir 
qu'à des empereurs nommés par elles-- 
mêmes. Gallien le rencontra , et le dé- 
fit près de Milan. Auréole se réfugia 
dans celte ville, et y fut assiégé par 
l'empereur l'an 2G8 , x 5*. du règne de 
Gallien. Tandis que Gallien était de- 
vant la place, il fut massacré par des 
conjurés qu'Auréole avait, dit-on , ex- 
cités , en faisant circuler dans le camp 
une liste des officiers dont l'empereur 
avait l'intention de se défaire. ïoutcl'ois 
cet événement ne fut point avanta- 
geux à Auréole; car le nouvel empe- 
reur, Claude 11 , se refusant à lui ac- 
corder aucune capitulation , l'ob-'igea 
de hvrer la ville et sa personne à U dis- 
crétion du vainqueur. Claude voulut, 
ou feignit de vouloir lui sauver la vie, 
mais il fut à la fin mis à mort , à la de- 
maudc de l'arwce, l'an d(^ J.-G. 208* 



AU1\ 

On raconte la mort d'Auréole d'une 
manière un peu difFérente ; on dit qu'il 
était campe à peu de distance de Mi- 
lan, lorsque Claude le défit; on ajoute 
que Tempereur lui érigea un monu- 
ment, et fit bâtir un pont suri'Adda, 
au lieu où il avait été tué. Ce pont fut 
appelé d'abord Pons Aureoli , et c est 
de là , sans doute , que le village de 
Pontirole, entre Milan et Bergame, 
tire son nom. D — t. 

AURÉOLUS. r. AURIOL (Blaise 
d'), et ORIOL (Pierre). 

AURIFABER (André), médecin, 
né en 1 5 1 2 à Bresiau. 11 fit ses études 
à Wittenberg, et parcourut ensuite 
r Italie aux frais d'Albert , margrave 
de Brandebourg , qui, à son retour , le 
prit pour son médecin , et le nemma 
professeur à l'université de Kœnigs- 
bei-g; i! a publié : Phœmo de cura ca- 
num , avec des notes et des variantes, 
Wittenberg, ï545 , in-8°. On lui doit 
aussi Succini historia , Koenisberg , 
ï 56 1 , in- 4°' , insérée par son parent, 
Laurent Scholze , dans le 4^* ^ivre : 
Consilioriim et Epistolarwn Crato- 
nis. Il mourut d'apoplexie, le 12 dé- 
cembre iSog. Jean Aurifaber, con- 
temporain d'André , lié avec Luther , 
fiit présent à sa mort, et eut beaucoup 
de part à l'édition de ses œuvres. 
G— T. 
AURIGNY (Gilles d ), né à 
Beauvais, était avocat au parlement de 
Paris } l'étude des lois ne le détourna 
pas de son goût pour la poésie, et il 
trouva assez de loisir pour composer 
\m grand nombre d'ouvrages. Les cu- 
rieux en recherchent quelques-uns; 
ce qui ne doit rien faire préjuger en fa- 
veur de leur mérite. Dans sa jeunesse, 
il publia une édition du Songe du 
Verrier , et, si l'on s'en rapporte au ti- 
tre , ceiîe édition est la première de ce 
fameux ouvrage : Aureus de uirdque 
poiestate, temporali scilicet et spi- 



AUR 87 

rituali , lihellus in hune usque dieni 
non visuSf Somnium Viridaril vulga- 
riter nuncupatus , Parisiis, Galeotus a 
Prato, i5i6, in-4''. H fit imprimer 
ensuite le 52*. Arrêt d'amour, avec 
les Ordonnances sur le fait des mas- 
ques, Paris, i5iS, in-B'*. , et depuis 
dans difTérentes éditions des Arrêts^ 
d* amour. J'aurai l'occasion de parler 
de ce singulier ouvrage , à l'article de 
Martial de Paris , qu'on en regarde 
généralement comme l'auteur. Suivant 
La Crois du Maine, d'Aurigny a re- 
cueilli et fait imprimer quelques Or^ 
dojmances des rois de France. Le 
même bibliographe lui attribue aussi 
quelques ouvrages de piété. Ceux 
de ses écrits , dont suivent les ti- 
tres, sont les seuls qui soient recher- 
chés : L La Généalogie des Dieux 
poétiques , composée par l'Innocent 
égaré ; la Description d'Hercule de 
Gaule, composée en grec par Lucien^, 
et traduite en français par ledit Inno- 
cent égaré ; la Peinture de Cupido , 
parle même, Poitiers, Marnef, i545-, 
in- 1 2. D'Aurigny a pris , à la tête de ces 
différentes pièces le nom de l'Innocent 
égaré; peut-être, par allusion à l'égare- 
ment où il semblait être en composant 
desouvragesun peu plus gais que ne le 
permettait la sévérité de son état : il était 
aussi surnommé le Pamphile , antre 
allusion qui n'a plus rien de piquant 
pour nous. IL Le Tuteur d'amour, 
auquel est comprise la fortune de l'/w- 
nocent en amour, ensemble un livre 
où sont : Épistres , Élégies , Com- 
plaintes ^ etc. , Lyon , 1 547 , in-8". ; 
autre édition , augmentée de quelques 
pièces, Paris, i553, iu-r2, réimpri- 
mé dans les Annales poétiques. III. 
Contemplation sur la mort de Jésus- 
Christ y le tout en rime , Pans, 1 547, 
in-8". ; IV. Psalmes de Daçid, trad» 
en rime, Rouen, sans date. Il a, en 
outre j abrégé le livre de Police ha.^ 



8S AUR 

Tnrtme^ de François PaJricc de Sienne, 
écrit en lutin ; et J. han Le Blond a tra- 
duit cet abrégé en français , 1 544 ^^ 
26^4, in -8". Auriguy mourut en 
i553. W— s. 

AURIOL (Blaise d' ), né à Castel- 
naud;iry, et chanoine de Téglise collé- 
giale de cette ville, a composé un poè- 
me intitulé : Le Dépari d^ Amour. Ce 
poëme est imprimé à la suite de la 
Chasse d^ Amour , d'Octavien de St.- 
Gelais , et quelques personnes ont con- 
clu de-:à, ass«z légèrement, que c'en 
étrtit une continuation. 11 a été réim- 
primé à Paris , en i Sog , in-fol., et en 
i553, in-4°. Ces éditions sont rares 
et recherchées. Cet ouvrage n'est ce- 
pendant pa5f très-estimé , et des criti- 
ques prétendent que l'auteur y a inséré 
en entier des pièces de Charles, duc 
d'Orléans , sans nommer ce prince. Il 
De s'attendait sans doute pas à être 
convaincu d'un aussi énorme plagiat j 
et cependant rien ne serait plus facile, 
aujourd'hui que les poésies du duc d'Or- 
léans sont imprimées. Duverdicr dit 
que d'Auriol a traduit, partie en prose 
et partie en rime , les Joies et Dou- 
leurs de Notre-Dame^ et d'autres ou- 
vrages de dévotion , imprimés à Tou- 
louse, par Jean Faure, in-4". , i5'20. 
Jl était professeur en droit-canon à 
l'université de cette ville, et il publia, 
pendant qu'il remplissait cette place, 
un ouvrage en latin : Interpretatio de 
capiie , de rescriptione in antiquis. 
François 1*'^., à son passage à Tou- 
louse en 1 535 , ayant anobli les pro- 
fesseurs de l'université, d'Auriol, au 
nom de ce corps , harangua le monar- 
que , et ftit fait chevalier. Bodin dit, 
dans sa République, que d'Auriol avait 
«ne si grande confiance à l'astrologie, 
que, sur la foi de quelques astrologues 
qui avaient prédit un déluge pour Tan- 
Bcc 1 5^4 , il fit construire une espèce 
d'arche, à l'aide de laquelle il prétcn- 



AUR 

dait se sauver; il se démit de sa chaire 
en 1539, et mourut peu de temps 
après. W — s. 

AURÎSPA (Jean), l'un de ces il- 
lustres érudits italiens du 1 5' . siècle 
qui remirent en honneur la littérature 
grecque et latine, et l'élude des an- 
ciens, naquit à Noto, en Sicile, vers 
l'an 1 56g. Le désir de s'instruire et le 
manque absolu des objets nécessaires 
à son instruction lui firent quitter sa 
patrie, d'oij il resta fort long-temps 
éloigné. Il s'embarqua vers l'an 1 4 ' B ', 
pour Constantinople , dans le dessein 
d'apprendre le grec et de recueillir 
d'anciens manuscrits. Il y resta plu- 
sieurs années ; ses recherches furent 
si heureuses , qu'outre un grand nom- 
bre d'écrivains sacrés qu'il avait en- 
voyés de Constantinople en Sicile, 
il repassa en Italie avec 238 manus- 
crits grecs d'auteurs profanes , parmi 
lesquels on comptait Yllistoire de 
Procope, le Traité de VE qui talion, 
par Xénophon; les Poésies de Calli- 
maque , de Pindare , d'Oppien , celles 
qui sont attribuées k Orphée, toutes 
les Œuvres de Platon, de Procîus, 
de Plotin , de Xénophon , de Lucien ; 
les Histoires d'Arrien , de Dion , de 
Diodore de Sicile ; la Géographie de 
Strabon , etc. Aurispa revint d'abord à 
Venise , puis à Bologne, où il occupa 
une chaire de littérature grecque. Nic- 
colô Niccoli , illustre florentin, et Am- 
broise le dmaldule , se réunirent poiu' 
l'appeler à Florence, où il remplaça 
Guarino dcVérone; mais il n'y resta pas 
long-temps , et quelques mécontente- 
ments prliculiers rengagèrent à en sor- 
tir. 11 se rendit à Ferrare , où il fut ac- 
cueilli avec toute la faveur qu'il méri- 
tait, par le duc Nicolas 111. Il y était 
en 1438, lorsque l'empereur grec, 
Jean Paléologue, s'y rendit pour assis- 
ter au concile assemblé par le pape 
Eugène! V. Ce pape ayant eu occasion 



AUR 

de reconnaître le mérite d'Aurispa , le 
nomma son secrétaire en 1 44^ ? il oc- 
cupa six ans cette place, et y fat con- 
firmé par Nicolas V, successeur d'Eu- 
gène. Quoique parfaitement traite par 
ce pontife, qui lui conféra plusieurs 
bénéfices , Aurispa quitta Rome deux 
ou trois ans après, pour revenir à Fer- 
rare. Il y mourut vers la fin de 14^0, 
âgé de 90 ans. On a de lui : I. Hiero- 
clis liber in Pjthagorœ aiirea car- 
mina, ladnitate donatiis , Padouc, 
1474, in-4".; Rome, 1476 et 1 --(p, 
in-4°. ; Lyon, in-i2, et}3ale, i543, 
in-S". ; II. Philiscl consolatoria ad 
Ciceronem dùm in Macedonid exii- 
laret, è Grœco Dionis Cassii, lib. 
XXXVIII, Hist. Rom. in latinum 
versa , Paris , 1 5 1 o, in-8''. ; III. plu- 
sieurs autres traductions du grec eh 
latin qui n'ont pas été imprimées , et 
dont les manuscrits sont conservés 
dans les bibliothèques d'Italie. Gcss- 
11er, dans sa Bibliothèque , lui en at- 
tribue aussi une des OEuvres d* Ar- 
chimede , mais avec si peu de fonde- 
ment, qu'Aurispa lui-même, dans une 
de ses lettres écrites lorsqu'il était très- 
vieux, et publiée dans la Collection 
dé Martène et Durand, tom. IJI , pag. 
714, se plaint do n'avoir jamais pu 
voir les^ûEuvres d'Archimède, ni 
trouver jprsonne qui lui assurât les 
avoir vues. G — e. 

AUROGALLUS(MATTnms), phi- 
lologue du 1 G*", siècle , né à Commo- 
tau, en Bohême, fut un des co -opéra- 
leurs de Luther, pour sa traduction (-e 
la Bible en langue allemande : il mou- 
rut en 1545, à Wittenberg, où il pro- 
fessait les langues hébraïque, grec- 
que et latine. On a de lui : I. Com- 
mentariirerum Bohemicanim. Tho- 
mas Mitis assure que dans cet ouvrage 
les Rhapsodiœ seules sont d'Aurogal- 
lus {F, Raibini, Bohemia docia, 
t, 2, p. 79 ). 1!. Z?e Ebrœis urbium no- 



A US 80 

minihus, 1^, édition , augmentée, Râle, 
1 539, in-8°.; m. Grammatica hebr, 
chaldeœqiie linguœ, édition augmen- 
tée, BAle, 1559, in-8".; IV. Collée-^ 
tic Gnomicorum , cum Callimachi 
hymnis , grœcisqiie in illos scholiis , 
Râle, i5'.i5, in-4". (V. John. Ris- 
marci , Fitœ prœcip. theologorum. ) 
S — R. 
AUSONE (Dectus Magnus), le poète 
le plus célèbre du 4'"- siècle, naquit à 
Rordeaux vers l'an ôog. S< n père ( Ju- 
Lius ), qui jouissait de la fciveur de l'em- 
pereur Valentinien , et qui , de son mé- 
decin , était devenu préfet d'Illyrie , ne 
négligea rien pour lui donner une édu- 
cation digne de sa naissance. Ausone 
étudia d'abord sous les maîtres les 
plus distingués des écoles , déjà fameu- 
ses, de Rordeaux, et fut ensuite envoyé 
sous la direction d'iEmilius Magnus 
Arborius , son oncle maternel , qui pro- 
fessait la rhétorique à Toulouse. De re- 
tour dans sa patrie, il suivit quelque 
temps le barreau, avec assez d'éclat; 
mais son goiit le ramenant toujours 
aux belles-lettres , il accepta avec era- 
pressejnent une chaire de grammaire 
qu'on lui offrit à l'école de Rordeaux. 
La chaire d'éloquence étant venue à 
vaquer , quelque temps après , elle lui 
fut donnée j et la manière dont il s'ac- 
quitta de ses nouvclies fonctions, en 
attirant auprès de lui un grand nom- 
bre d'élèves, lui fit une répulation qui 
s'étendit bientôt dans tout l'empire. 
Valentinien , sur le bruit de son mé- 
rite , lui confia l'éducation de son fils 
Gratien, et le récompensa de ses soins, 
en le nommant comte de l'Empire, 
questeur et préfet du préfoire. Lorsque 
Gratien fut monté sur le trône, il ne 
se montra pas moins reconnaissant en- 
vers son maître. Vers l'année 579, 
pendant qu'AusoneétaitàTrèves, l'em- 
pereur lui conféra la dignité de consul 
dans les Gaules j et la lettre par laquelle 



90 AU S 

il lui annonce celte faveur, fait un ton- 
deur infini à Grauen( f'. Gbatien). 
Tant que vécut son élève , Ausone de- 
meura à la cour; mais il se retira en- 
suite dans une terre qu'il posse'dait aux 
environs de Bordeaux; il y vécut en 
liorame que la fortune n'avait point 
abusé, et qui, à la coui'mcme, avait 
su se garantir de la corruption. Parta- 
geant son temps entre quelques amis, 
la culture des lettres et les plaisirs sim- 
ples de la campagne , il parvint à une 
grande vieillesse. On ignore Tépoque 
de sa mort j mais les critiques les 
mieux instruits la fixent à l'année 394. 
Ausone avait épouse une femme digne 
de lui : il la perdit peu d'années après 
son mariage , et la regretta toute sa vie ; 
il en eut deux fils et une fille. Quelques 
tiographes ont cru qu'il était païen ; 
mais il suffit de savoir que Valentinien 
a été un des empereurs les plus atta- 
chés au christianisme, pour sentir qu'il 
n'aurait pas confié son fils à un homme 
qui n'aurait pas professé cette religion. 
Parmi les poésies d' Ausone, il s'en 
trouve d'ailleurs qui ne laissent aucun 
doute sur sa croyance. On a reproché 
à Ausone d'avoir composé des vers 
obscènes , et on en a conclu que ses 
moeurs n'étaient pas pures. La pièce 
qui a le plus révolté dans ce genre est 
son Cenlo nuptialis , composé de vers 
de Virgile auxquels il donne un sens 
tien éloigné de celui qu'ils ont dans l'au- 
teur original. Sans prétendre justifier 
Ausone, nous observerons qu'il com- 
posa celte pièce dans une cour dont les 
mœurs étaient tout au moins relâchées ; 
qu'il la composa pour ainsi dire mal- 
gré lui , et par ordre de Valenfinien ; 
et qu'enfin , prévoyant le tort qu'elle 
ferait à sa réputation , il s'en excusa 
d'avance, en y insérant ce vers, si 
connu de Martial , et dont l'applica- 
tion n'a jamais été plus heureuse : 

Latciva fit aoh'u payioa, vil* proba. 



AUS 

Les critiques ne sont pas d'accord 
sur le rang que mérite Ausone, comme 

Foète ; les uns l'ont loué , et les autres 
ont blâmé avec excès. On ne peut 
nier qu'il n'eût infiniment d'esprit, des 
connaissances variées ; que parmi ses 
épigrammes , il ne s'en trouve d'excci- 
lentes, et que son poème de la Moselle 
ne mérite une partie des éloges que ses 
contemporains lui ont donnés. Les na- 
turalistes y ont remarqué une Descrip- 
tion des poissons qui se trouvent dans 
ce fleuve , aussi exacte que l'homme le 
plus instruit pourrait en faire aujour- 
d'hui. D'un autre coté , on est forcé de 
convenir que la versification d' Ausone 
manque de facilité ; que son style est 
dur , et a une partie des défauts 
de son siècle ; sa latinité même est 
moins pure que celle de Claudien, qui 
vécut peu de temps après lui. Ausone , 
en un mot, ne peut pas être regarde 
comme un modèle ; mais les hommes 
de goût n'en doivent pas moins lui con- 
server une place honorable parmi les 
poètes latins. On a d'Ausone des épi- 
grammes, des idylles, dont le poème de 
la Mosellefa.it partie ; des églogues, des 
lettres en vers, un discours à Gratic-n , 
pour le remercier de l'avoir nommé con- 
sul, où l'esprit brille plus que l'éloquen- 
ce. Quelques personnes, se fondant sur 
une mauvaise interprétatîÉyie sa 16", 
épître , croient qu'il avaifTen outje , 
composé une histoire qui commençait 
à la fondation de Rome , et se terminait 
à son consulat, une chronique de Cor- 
néhus Népos, une traduction des Fa- 
bles d'Ésope. Il paraît certain qu'il 
avait écrit des Fables, qui ne compre- 
naient que les noms des magistrats. 
Ces ouvrages en prose se sont perdus ; 
les autres ont été réunis en partie , et 
imprimés , pour la première fois, à Ve- 
nise, 1 47 1) iu-fol. Cette édition est irès- 
rarc , et se porte dans les ventes à un 
prix excessif. Les suivantes sont plus 



AUS 

complètes , et sont fort estimées , Bor- 
deaux , 1 58o , in-4°. , avec les notes de 
A^inet j celle de Tollius , Heidelberg,iu- 
8 \ en 2 vol., dont un comprend les le- 
çons de Josepb Scaliger, et se termine 
par une notice historique sur notre au- 
teur, Amst., 167 i,in-8°. Elle fait partie 
de la Collection, dite cum notis varior.y 
Paris , 1 780 , in-4''. , à l'usage du dau- 
phin, donnée par M. Souchay. L'abbe' 
Jaubert a publié en français une tra- 
duction estimée des poésies d'Ausone , 
Paris , 1 769 , 4 vol. in-i 2 , peu com- 
mune, Outre Bayle, Goujet et Baillet, 
qui ont parlé d'Ausone avec quelque 
étendue, on peut consulter les Diatrib. 
in Auson de IVÎ. A. Accorso ; ï Histoire 
littéraire de France , et la Disserta- 
tion de M. de Querlon , insérée dans 
le II*. vol. des Amusements du cœur 
et de Vesyrit. W — s. 

AUSONE (S.), premier évêque 
d'Angoulême.Ou ne rapportera ici , de 
la vie de ce saint , que ce qui , parmi un 
grand nombre de faits controuvés, pa- 
raît le plus vraisemblable. I/idolâtrie 
régnait encore dans les Gaules , lors- 
qu Ausone y prêcha la foi chrétienne. 
11 convertit, dans le territoire d'Angou- 
lême, un grand nombre de païens , et 
périt par les ordres des magistrats du 
lieu, ou par ceux du chef des barbares 
qui avaient fait une invasion dans le 
pays.On voyait, près d'Angoulême,une 
abbaye très-ancienne , dont ce saint 
fut le fondateur, et à laquelle Gharle- 
magne et les princes ses fils firent 
de riches donations. Dans la suite , 
Louis XIII en fit reconstruire le mo- 
raslère , ruiné par les calvinistes, qui 
avaient brûlé les reliques du saint mar- 
tyr, en i568. L'Église célèbre le 1 1 
Miia la commémoration de S. Ausone. 

D— T. 

ÂUSSURD ( Antoine) fut reçu li- 
tre et imprimeur, à Paris, en iSig. 
loue la beauté et la cori-ection de ses 



AUS ^t 

éditions , parmi lesquelles on remarque 
Justinus , Florus , Sextus Rufus , 
1 5 1 9 , in-fol. , qu'il imprima sur un 
ancien manuscrit tiré de la bibliothè- 
que du collège de Lisieux ; et les Joan. 
Raulin sermones de penileniid^i^'i^.t 
in-4''. Panzer ne parle d'aucun des 
ouvrages imprimés par Aussurd. Ou 
croit que cet impiimeur est mort vers 
1594. P— T. " 

AUSTAU D'ORLHAC, troubadour 
du 1 5*. siècle , dont il ne nous est par- 
venu qu'une pièce de vers qui contient 
de violentes imprécations contre le 
clergé, au sujet des croisades. Austau, 
après avoir déploré la mort de S. 
Louis , maudit tous ceux qui ont été 
les promoteurs de la guerre dans h- 
quelïe il a péri ; il dit que , puisque 
Dieu est pour les infidèles, les chic- 
tiens devraient se faire mahométans ,, 
et que l'empereur devrait se croiser 
avec les Français , pour combattre ]ç 
clergé, qui a fait périr la chevalerie et 
qui ne songe qu'à dormir. Si cette 
pièce ne donne pas une grande idée du 
talent poétique d'Âustau , elle peut 
servir à faire connaître à quels excèis 
les troubadours se livraient quelque- 
fois dans leurs écrits. P — x. 

AUSTIN. Foy. Augustin. 

AUSTÎN (Jean), natif de Wal- 
pole, dans le comté de Norfolck, 
mort à Londres en 1669, fut regardé 
comme un des meilleurs écrivains de 
son temps. Il est auteur des ouvrages 
suivants : ï. Modérateur chrétien^ 
i652 , in-4°. , publié sous le nom de 
Guillaume Birkley. L'objet de ce traité 
est de prouver que la persécution, 
pour cause de rehgion, est contraire 
à \di raison , à la loi divine et aux 
principes de la constitution britanni- 
que. II. Réflexions sur les serments 
de suprématie et d^ allégeance , par 
un catholique j enfant obéissant de 
V Eglise y et loyal sujet du roi, 1 66 1 ; 



92 



AUS 



Iir. Lettre d^iin ca\>alicr du York- 
shire, à son ami; IV. Dévotions sui- 
vant l^ ancienne pratique , Paris , 
1(375, in-8''. , 'ivol., ouvrage pos- 
thume auquel Kcightley, ami de l'au- 
teur, ajouta des prières, qui furent 
attaquées comme eontenant l'opinion 
de Jilackloe, sur Texistence d'un clat 
niit03'^cn pour les âmes entre le pa- 
radis et Tenfer. V. Réponse à la Rc^le 
de la Foi , du docteur Tillotson. 
J/auteur n*eut pas le temps d'y mettre 
la dernière main. 11 n'y en a eu que six 
feuilles d'imprimées. Ans lin avait pu- 
Mie', sous le protectorat de Cromwell, 
«ne suite de pamphlets anonymes, 
principalement destines à faire con- 
naître l'état des églises réformées , 
d'après l'assemblée des théologiens 
de cent vingt sectes différentes, réunis 
«Westminster, sous l'autorité du par- 
lement. — On ne doit pas confondre 
Jean Austin avec Guillaume Austin, 
avocat de Liucoln's -înn comme lui, 
de qm" nous avons un Traité de Vex- 
cellence des femmes , emprunté en 
grinrle partie de celui d'Agrippa , De 
ncbilitate et prœcellentid fœminei 
sexiis, Guillaume Austin a encore 
comj)osé des Méditations sur les 
principales fêtes de V Eglise, ou- 
vrage posthume, 1687. T — d. 

AUSÏRRGILDK, seconde femme 
de Gontran , roi de Bourgogne et d'Or- 
léans , ne devait pas prétendre au 
trône , puisqu'elle était née dans une 
condition servile , et que Gontran était 
marié; mais les mœurs des rois de la 
première race étaient barbares et dis- 
solues , surtout à celte époque , si fer- 
tile en crimes et en perfidies que, des 
quatre fils dcClotaire 1' '.qui régnèrent 
après lui , Gontran a été généralement 
loué parce qu'il ne fut cruel que par 
faiblesse, et que ses frères fiirent mé- 
chants avec persévérance. Austregildc, 
simple suivante de la leinc Marcatru- 



AUT 

de , parvint à la faire répudier , et !« 
rerapl.jça, en l'année 550. D'autant 
plus vaine de la place qu'elle occupait, 
qu'elle avait eu plus d'obstacles à fran- 
chir pour y arriver, elle ne put sup- 
porter les nunmures que laissèrent 
éclater deux frères de h reine Marca- 
trude, et excita contre eux la colère 
de Gontran, au point qu'il les poi- 
gnarda de sa propre main. Austrcgilde 
ne goûta pas long-temps le bonheur 
qu'elle s'était promis sur le trône ; 
deux fils, nés de son mariage , mou- 
rurent en bas âge; elle-mèine, frap- 
pée d'une maladie de langueur, perdit 
la vie dans sa 5*1'' année. Avant de 
fermer les yeux , elle pria son époux 
de faire égorger sur son tombeau les 
deux médecins qui l'avaient soignée , 
les déclarant coupables , puisqu'ils n'a- 
vaient pas su la guérir. Gontran lui en 
fit la promesse , et Taccomplil scrupu- 
leusement. Pour rendre l'anecdote plus 
croyable , on a conservé le nom de 
ces deux médecins; ils se nommaient 
Douât et Nicolas. F — e. 

AUSTREMOINE ( S. ) , en latin 
Stremonius y ou Strjm-onius , un des 
sept missionnaires qui, vers le milieu 
du If. siècle, prêchèrent la foi dans 
les Gaules. Il fonda l'église d'Auver- 
gne , nom que la ville principale avait 
alors, ainsi que la province. Ce siège 
fut depuis transféré à Clermont: On 
assure que S. Austremoine fut enterré 
à l'abbaye d'issoire. jVFibillon a public 
l'histoire de la translation de ses reli- 
ques à Manzac.L'ÉgHse célèbre sa fête 
le 1*"^ novembre. K. 

AUïELZ (Guillaume des ), né à 
Charolles , en iStiQ, possédait une 
terre à Montcenis , et comme il date 
quelques-uns de ses ouvrages de cette 
ville , c'est là sans doute ce qui a fait 
croire qu'il y était né. Pendant qu'il 
étudiait le droit à l'université de Valen- 
ce, entraîné par son goût pour la poésç \ 



A UT 

française et iioiir les romans, i! en com- 
posa un , à l'imitation du Panta^rucd 
de Babelais, intitule : Fanfreluche 
et Gaudiclion mythistoire bara- 
gouine; mais il resta bien au-dessous 
de son modèle. Un certain Louis Mey- 
gret , de Lyon , ayant publie' un ou- 
vrage sur la nécessite de reformer 
l'orthograplie française, en la confor- 
mant à la prononciation, Des Autels 
fît paraître une critique de cet ouvrage. 
Meygret répliqua avec humeur j Des 
Autels lui re'pondit sur le même ton ; les 
deux cLampions se prodiguèrent les 
noms les plus injurieux. Chacun prit 
parti dans cette querelle ; il y eut les 
meygretistes et les anti-meygretistes. 
Sans examiner ici lesquels avaient rai- 
son, on se contentera d'observer que les 
anti-meygretistes ont etc justifiés par 
J'évenemenf. Des Autels a compose un 
grand nombre de vers , tant français 
que latins, f^a Croix du Maine lui attri- 
bue une Traduction envers du poème 
de Lucrèce ; elle n'a point été impri- 
mée. On ignore l'époque de sa mort. 
Rigoley de Juvigny,dans ses Notes sur 
la Croix du Maine, dit que Des Autels 
mourut environ en iS^o, et, par une 
contradiction , dans ses Notes siu- Du- 
yerdier, qu'il vécut environ -^o ans : 
ce qui reculerait sa mort jusqu'à l'année 

1699; il vivait encore en iS-jG. Il 
s'est caché sous le nom de Glaumalis 
duFezelet, anagramme du sien, dans 
ses écrits contre Meygret ; et sous 
celui de G. Terhault, dans des vers à 
Ch. Fontaine, poète contemporain, son 
ami. Ses ouvrages sont : 1. Le Mois 
de Mai, f^von, Guill. Arnoullet. C'est 
un recueil des poésies qu'il avait com- 
posées dans sa première jeunesse. H. 

Traité touchant Vancîen orthogra- 
phe français contre l'orthographe des 
Mejgreiistes , par Glaunsaiis du Vé- 
zelet, Lyon, 1 54-B, in-8\; Lyon,î 55o, 
»Q-i(), rare; lU. Repos duplus grand 



A U T r|5 

travail ( recueil de poésies ); Lyon , 
Jean de Tournes, i55o , in-8*'. ; IV. 
Fanfreluche et Gaudichon^ mythis- 
toire baragouine , de la valeur de 
dix atomes , pour la récréation de 
tous bons Fanfreluchistes , Lyon , 
Jean Diépi (Jean Pidié^, in- 8'.; 
Rouen, in-i6; Lyon, i574,in-i65 
V. Réplique de Guillaume Des Au- 
telz aux furieuses défenses de Louis 
Meygret , avec la suite du repos de 
l'auteur, Lyon, i55i, in-8'. ; VI. 
Amoureux repos de Guill. Des Au- 
telz, Lyon, i555,in-8". Ce recueil 
est divisé en trois parties ; la première 
contient des pièces galantes ; la seconde 
des oàiQ.^ façons lyriques, et la troi- 
sième une élégie et des épigrammes ; il 
y en a une seconde édition , Lyon , 
i56o, in-i6j VII. Récréation des 
Tristes (mélanges de poésies), Lyon, 
in- 16; YWV.la Paix venue du ciel, en 
vers héroïques; plus, le Tombeau de 
l'empereur Charles- Quint , en douze 
sonnets, Paris, i558, Anvers, i559, 
in-4". ; IX. Encomium Gallice Belgi- 
cœ, accesssrunt ejusdem alii versi- 
culi , Antuerpiae , Ch. Plantin , 1 55c) , 
in-4°., réimprimé dans les Delicice 
poëtar. Gallor. de Gruter. Il a -laisse 
quelques autres ouvrages moins impor- 
tants. Papillon Ribl. de Bourgogne, 
lui attribue encore une traduction de 
la Philosophie d'Amour de Léon, 
hébreu, Lyon, i55i, in-S".; mais 
c'est à tort; elle est de Pontus de 
Thiard. VV— s. 

AUTEROGflE ( Chappe d' ). r'oy, 
Chappe d'Auteroche. 

AUTHABIS , roi des Lombards. 
Après la mort de Cléphis , cette na- 
tion ne voulut point lui donner de 
successeur. Les trente ducs qui gou- 
V -rnaient les trente principales villes 
d'Italie crurent pouvoir se dispenser 
de partager leur autorité avec un 
supérieitf. Les Lombards demeurèrent 



94 AUX 

dix ans sans chef, et néanmoins les 
Grecs ne surent point profiter de cet 
étal d'anarchie, pour recouvrer les 
provinces qu'ils avaient perdues ; mais 
Childebert , roi des Francs , ayant été 
engagé, en 584 » P^*" l'empereur Mau- 
rice, à envahir la Lombardie , les 
ducs se réunirent pour décerner la 
couronne à Autharis , fils de CIcphis , 
leur dernier roi. Ce monarque lit 
quelques conquêtes sur Texarque de 
Ravenne , qu'il contraignit à demander 
une trêve : il repoussa , en 588, une 
seconde invasion des Francs , sur 
lesquels il remporta une grande vic- 
toire. L'année suivante, il épousa Tlic'o- 
delinde , fiile de Garibald , duc de 
Bavière. Il avait voulu connaître cette 
princesse par ses propres yeux , avant 
de la recevoir pour femme, et il s'était 
mis à la suite des ambassadeurs qu'il 
envoyait à son père pour en faire la 
demande. 11 ne se fit point connaître 
avant d'avoir repassé les frontières de 
Bavière. La princesse seule sut démê- 
ler un amant dans les regards du jeune 
roi 5 le plus bel homme de sa nation , 
et plus encore dans la manière pas- 
sionnée dont il avait saisi sa main , en 
recevant d'elle une coupe hospitalière. 
De retour en Italie, Autharis continua 
la guerre contre les Grecs , et l'on 
assure que , pénétrant jusqu'à Reggio 
de Calabre, il poussa son cheval dans 
les flots , pour atteindre de sa lance 
une colonne plantée en avant du ri- 
vage , à cette extrémité du continent. 
« Ce n'est qu'ici , dit-il , que je re- 
ït connais la limite du royaume des 
» Lombards.» Les Francs, cependant, 
envahirent une troisième fois l'Italie 
en 590, avec des forces tellement 
supérieures , qu'Autharis ne put tenir 
la campagne , et qu'il se réduisit à 
défendre les pbces fortes ; mais , au 
bout de t) ois mois, le mauvais air et la 
f.anine forcèrent les Francs à repasser 



AÛT 

les montagnes , après avoir perdu 
plus de la moitié de leur armée. Au- 
tharis mourut à Pavie, le 5 septembre 
de la même année, chéri des Lom- 
bards, mais détesté des papes, qui ne 
lui pardonnaient pas de professer 
l'ariaiiisme , ainsi que toute sa nation. 
S. S— I. 
AUTHON. rcyy. Autun. 
AUTISTATES ou Antistates , ar- 
chitecte grec, vivait à Athènes, vers la 
55*. olympiade. Pisistrate le chargea, 
ainsi que trois autres architectes , Pori- 
nos, Callaeschros et Antimachides, de 
construire un temple magnifique en 
l'honneur de Jupiter Olympien ; ils en 
posèrent en effet les fondements ; mais 
les troubles auxquels Athènes fut en- 
suite livrée , arrêtèrent ces travaux, 
qu'on reprit et qu'on abandonna plu- 
sieurs fois. La grandeur de l'entreprise 
effraya ceux qui voulurent tenter de la 
continuer, et ce ne fut qu'environ 
sept siècles après, qu'Adrien éleva, 
sur les fondements bâtis par Pisis- 
trate , un temple qu'il acheva. 

L— S— E. 
AUTOLYCUS , célèbre mathéma- 
ticien , né à Pitane , ville éolienne de 
l'Asie , vivait vers l'an 53o av. J.-C. 
Il enseigna les mathématiques à Arce- 
silas le philosophe. Nous avons de lui 
deux ouvrages : I. De Sphœrd qiue 
movetur; IL Devario crtu et occasu 
Syderum inerrantium libri. Ils ont 
été imprimés en grec et en latin, parle» 
soins de Conrad Dasypodius , Stras- 
bourg, 1572, in-8*.; et en latin , seu- 
lement de la traduction de Joseph 
Auria, napolitain , qui y a joint la 
traduction de diverses scolies grecques 
qu'il a trouvées dans les manuscrits , 
Romae , 1 587 et 1 588, in-4". Les deux 
ouvrages d'Autolycus ont été trad. en 
français par P. Forcadel , Paris, 1572, 
in-4''. — Il y eut, au second siècle, un 
autre Autojlycus , ami de Théophile 



AUT 

d*AntiocLe, et que ce patriarche cou - 
vcuit à la foi chrétienne. C — r. 

AUTOMNE (Bernard), avocat 
an parlement de Bordeaux , naquit 
dans i'Agënois , en 1 587. Moins porte' 
à briller au barreau par ses plaidoyers , 
qu'à se distinguer par ses écrits , à peine 
dans sa vingtième année , il avait déjà 
fait imprimer à Paris , Perse et Juve- 
nal , avec un Commentaire latin très- 
étendu. Ce fut en 161 o que parut, 
pour la première fois , son livre, intitu- 
le' : Conférence du droit français ayec 
h droit romain; en 1629, il en fît 
faire une troisième édition, Paris, in- 
fol. , et en i644, une 4^, en deux vol. 
in-fol. Après ce premier ou^Tage sur la 
jurisprudence , il écrivit , en 1 6 1 1 , sur 
la Pratique d^Imbert, et donna au 
public, dans le cours de la même an- 
née, des Commentaires sur Touvrage 
de droit ayant pour titre : Jani Lam- 
hlœi semestriaj Paris, in-4''. Us sont 
pleins de recherches très-curieuses sur 
les antiquités romaines , et montrent 
rétendue des connaissances qu'Au- 
tomne avait puisées dans les écrits du 
profond Heineccius et du savant Bar- 
nabe Brisson. En 1 6 1 5 , il fit paraître : 
Censura Gallica in Jus civile Roma- 
norum , Paris , in-S". , ouvrage où sont 
indiquées , dans le plus grand détail , 
les lois romaines abrogées en France, 
rt celles que son code a conservées. 
Automne fit encore des Commentaires 
sur \esPandectes et le Code Justinien. 
Ce travail qu'il a intitulé ses Para- 
titles , était fort estimé à l'époque oii 
il parut ( I vol. in- 1 2 , Paris , 1617); 
mais depuis les Traités de Columbet , 
de Doraat et de Perrière , sur le même 
sujet , le livre d'Automne est peu con- 
sulté. Son Commentaire sur la Cou- 
tume de Bordeaux est à présent le 
plus connu de ses divers ouvrages. La 
meilleure édition est celle de Dupin , 
1 728, in-fol. , avee des notes. On peut 



AUT 



95 



dire de toutes les productions de Ber- 
nard Automne, qu'on y trouve plus 
d'érudition que de jugement , et , dans 
ses discussions , plus de citations que 
de logique. Il mourut , en 1 666 , âgé 
de soixante-dix-neuf ans. M — x. 

AUTREAU ( Jacques ) , né à Pa- 
ris, en i656 , était peintre et poète. 
Comme peintre , ses ouvrages ne joui- 
rent pas d'une très-grande estime : on 
fit pourtant quelque cas d'un tableau 
qui représentait Fontenelle , l.amotte 
et Danchet , écoutant une lecture ; et 
d'un portrait du cardinal de Fleury , 
auprès duquel est placé Diogène, 
éteignant sa lanterne : ce portrait a été 
gravé. En 1 7 1 8 , à l'âge de plus de 
60 ans , Autreau commença à travailler 
pour le théâtre , et donna sa comédie 
du Port-à'V Anglais , dont le succès 
fixa en France les comédiens italiens, 
qui étaient 'décidés à retourner dans 
leur pays. Les Amants ignorants et 
Démocrite prétendu fou réussirent 
aussi beaucoup au théâtre italien : 
V Amante romanesque ou capricieU" 
se ; la Fille inquiète , ou le Besoin 
d'aimer , et Panurge à marier^ y 
furent froidement accueillis. Autreau 
donna au théâtre français le Chevalieic 
Bayard , qui disparut promptement 
de la scène , et la Magie de V Amour ^ 
qui, mal reçue d'abord, fut ensuite 
fouée quinze fois de suite , avec beau- 
coup d'applaudissements. On a encore 
de lui un opéra de Platée, dont Ra- 
meau fit la musique. Ses pièces ont 
été réunies en 4 vol. in- 12 , Paris, 
1749, par Pessellier , qui mit en tête 
une fort bonne préface , où il peint 
Autreau comme un homme d'une hu- 
meur sauvage et d'un extérieur peu 
agréable, mais d'un esprit fin , déli- 
cat, et surtout naturel , à qui il n'a 
manqué que de voir meilleure com- 
pagnie pour mettre plus de noblesse 
et dç bienséance dans son style. Ses 



OO A UT 

intrigues sont fort simples et ses dé- 
iioûnients trop pre'vus ; mais l'agre'- 
ment des détails rachète ce défaut. 
Autreau , en sa double qualité de 
peintre et de poêle, vécut toujours 
pauvre , et mourut aux Incurables , 
en 1745, âgé de quatre-vingt-neuf 
ans. Dans les fameux couplets attribués 
à Rousseau , il est appelé ce peintre 
uéutreau , toujours ivre. Soit qu'il 
crût , ou non , Rousseau auteur de ces 
couplets, il fit contre lui la chanson 
long-temps célèbre qui commence 



ainsi : 

Or, écoutei petit» et grand». 
L'histoire d'un ingrat enfant, etc. 

A G R. 

AUTREY (Henry-Fabri, comte d'). 
V. Boulanger. 

AUTUN ou AUTHON (Jehan d*), 
que La Croix du Maine et Du Verdier 
nomment à tort Dauthon , naquit 
vers l'an 1466, d'une famille noble. 
Les biographes ne sont pas d'accord 
sur le lieu de sa naissance; une opi- 
nion assez vrai6embla])le le fait naître 
en Saintonge ( F. Barberousse). En- 
tré fort jeune dans l'ordre des Augus- 
lins , d'Autun ne tarda pas à se faire 
connaître par son goût pour la poésie 
et pour l'histoire j il eut même assez de 
réputation pour que Louis Xïl se l'at- 
tachât en qualité de chroniqueur, c'est- 
à-dire d'historiographe. Ce monarque 
le pourvut ensuite de l'abbaye d'An- 
gle , en Poitou , et du prieuré de Cler- 
raont-Lodève. Des ce moment, d'Au- 
lun suivit le roi dans tous ses voyages, 
et, après la mort de ce prince, il se re- 
tira dans son abbaye, où il termina 
ses jours, au mois de janvier 1627, 
âgé de soixante ans. On a de lui : Les 
yj anales du roi Louis XII , depuis 
j 499 jusquen 1 5o8 , faites en 1 5o6- 
i5o8 , qui se trouvent parmi les ma- 
nuscrits de la Bibliothèque impériale, 
sous les n°*. 8421, 9700 et 9701, 



AUT 

iu-fol. Théodore Godcfroy en fit im- 
primer les quatre premières années, 
en 161 5, in-4°., à la suite de V His- 
toire de Louis XII, par Claude Seys- 
sel, et puis séparément, en 1620, 
in-4'*. Les quatre dernières années sont 
restées en manuscrit. Il est à regretter 
que ces Annales n'ayent pas été pu- 
bliées en entier; car l'auteur, témoin 
de la plupart des faits qu'il rapporte , 
s'était en outre procuré d'excellents 
mémoires sur les autres. 11 est souvent 
entré dans des détails qui, pour être 
longs, n'en sont pas moins curieux. 
Cependant, l'abbé Garnier,' dans son 
Histoire de France (XXll-545), 
dit que Jehan d'Autun « n'est qu'un 
» froid bel esprit , fastidieux dans le 
» détail des petits faits , stérile ou aveiK 
» gle dans le ûévelo])pement des cau- 
» ses ». Malgré ce jugement, divers 
auteurs ont loué d'Autun , pour l'exac- 
titude , la clarté et la précision de son 
style. Jehan Bouchct , ami de d'Autun , 
et qui a composé son épitaphe, lui 
donne dans cette pièce le titre de gran d 
orateur, tant en prose qu'en rime. 11 
lui attribue une traduction des Méta- 
morphoses d' Ovide. Cet ouvrage s'est 
perdu , et, malgré ce que dit Bouchct, 
les vers qui nous restent de d'Auttm 
sont au-dessous du médiocre. On a en- 
core de cet auteur : 1. Deux Epistres 
en vers, dont l'une est lepanégyric du 
Chevalier sans reproche, Paris, in-4 ". 
sans date ; H. Epistres envoyées au 
roy très-chrestien de là les monts , 
par les estais de France , avec cer- 
taines ballades et rondeaulx , sur le 
faict de la guerre de Fenise , Lyon , 
* 1 5 op , i n-4 ' . ; 1 1 L l'Exil de Gesnes la 
superbe, Lyon , 1 5o8, et s. d. in-4". ; 
IV. enfin , deux Pièces de 7wrs eu 
l'honneur de la belle Génoise, Thomas- 
sineSpinola, faites par le commande- 
ment de Louis XI 1 , et qui n'ont jamais 
été imprimées. J/abbc Goujet , tome 



AU Y 

XI , rapporte répitaphe de Jehan 
d'Autiin. K— T. 

AUVERGNE ( Pierre d' ) , trou- 
badour, qui florissait au commence- 
ment du 1 5^ siècle , naquit à Cler- 
mont, et prit, sans doute, le nom de ta 
province où il était ne. Le» manuscrits 
le désic^nent comme le meille»ir des 
troubadours connus avaiit Giraud de 
J3orneii, et lui dounent le surnom de 
Fieux. Il paraît que ce gpèle joignait à 
beaucoup de talent un^^ figure très- 
agréable, ce qui le fit traiter avec dis- 
tinction par beaucoup de grands sei- 
gneurs et de dames. Les vint;t-quatre 
pièces qui nous restent de ce trouba- 
dour roulent sur des sujets de galante- 
rie, de dévotion et de j)olitique. Dans 
presque ton tt's, il pajîe de lui avec peu 
de modestie; mais ce qui dut! ni faire 
beaucoup d'ennemis, c'est un sirvenie^ 
ou plutôt une satire, dans laquelle il 
pass£ en revue les troubadours ses 
contemporains, qu'il nomme et carac- 
térise par des personnalités révol- 
tantes. Auvergne , dégoûté du monde, 
embrassa l'état monastique , et l'on 
peut croire que c'est dans le cloître 
qu'il a composé de petits poèmes sur 
des sujets de dévotion. Millet pense 
que ce troubadour est le même qu'un 
jacobin du i S", siècle, connu sous le 
nom de Pelrus de Alvernia. P— x. 
AUVERGNE (Antoine d'), musi- 
cien , né à Gcrmont-Ferrand , le 4 oct. 
1715, mort àLyon,le 1 1 février 1 797, 
se livra de bonne heure a l'éîude de la 
musique, et fut admis, on 1 7 59, comme 
violon , au nombre des musiciens de 
la chambre du roi ; ses succès , comme 
compositeur au Concert spirituel, dont 
il eut l'entreprise , et à l'Académie 
royale de musique , dont il fut dircc- 
tnur , lui valurent la place de surinten- 
dant de la musique du roi. Il a publié 
un oeuvre de trio , et divers motets exé- 
cutés au Concert spirituel j mais ses 



ouvrages les plus remarquables sont 
ceux qu'il fit représenter à l'Académie 
l'ovale de musique , à la cour et à i'O- 
péra-comique ; les principaux sont : 
Enée et Lavînie j les Amours de 
Tempe, les Fêtes d'Eutcjye^Polyxè- 
ne , la Vénitienne. Les Troqiieurs , 
dont Vadé composa les paroles, peu- 
vent être considérés comme le premier 
opéra comique français : représenté en 
1755, comme l'ouvrage d'un compo- 
siteur italien , il eut le plus grand suc- 
cès. Jusque-là nos opéras comiques 
avaient été de simples vaudevilles. 
D'Auvergne a laissé en manuscrit la 
musique de S émir amis , tragédie en 
cinq actes , poëme de Roy, et la Mort 
d^ Orphée , tragédie en cinq actes , de 
MarmoDtel, non représentées. P^ — x. 

AUVERGNE ( Latour d' ) Foy. 
Latour d'Auvergne. 

AUVERGNE. -T. Martial. 

AU VIGNY ( ( Jean du Castre d' ) , 
né dans le Hainault , en 1 7 1 2 , était 
doué d'une imagination singulière 
qui r entraînait tour à tour du plaisir à 
l'étude , et de l'étude aux projets les 

{)lus bicarrés et les plus hardis. 11 voil- 
ait donner le récit de ses propres ex- 
ploits; mais il n'rjvait pas encore trente 
arts ;ctnc pouvait décrire que quelques 
actions plus périlleuses et téméraires 
que dignes de mémoire. En^^agé dans 
les chevau - légers, il alla chercher- à 
l'armée des matériaux plus importants 

{ïour son histoire , et trouva la mort à 
a malheureuse bataille de Dettingen, îe 
2,7 juin 1743. D'Auviguy avait publié : 
\. Amusements historiques^ 1755, 
•X vol in- T 2 ; II. Anecdotes ^alantea 
et tragiques de la cour de Néron , 
I 755 , in- 1 2; cet ouvrage est aussi at- 
tribué à Deîlery; 111. Foyaaes et 
Aventures d'Aristée et de Télasie , 
histoire galante et héroïque^ i 75 1 , 2 
vol. in- 1 2 ; lY. Histoire de la ville de 
Faris (jusqu'en lySo), 1755, 5 



9» AUV 

vol. in-i*i. Les quatre premiers vo- 
lumes sont de d*Auvigny et de Des- 
fontaines, avec qui il avait demeure j 
le cinquième a pour auteur Louis- 
Joseph de la Barre , qui a revu tout 
l'ouvrage. V. Mémoires de madame 
de Barnevelty i75'2, 2 vol. in- 12. 
Desfontaiues travailla aussi à cet ou- 
vrage, rempli de traits satiriques , et 
qu'on range dans la classe des ro- 
mans. VL L'Histoire de France et 
r Histoire romaine , par demandes 
et par réponses, 1759, 2 vol. in- 12. 
Cet ouvrage porte le nom de Desfon- 
tv^ines; mais la Bibliothèque histori- 
que de France nomme d'Auvigny 
pt l'abbc' Guyart comme collabora- 
teurs. VIL Vies des hommes illustres 
de la France , 1 7 09 , et ann. suiv. , 
10 vol. in- 12. Les deux suivants ont 
e'te' donne's, sur ses mémoires, par 
Tabbe' Përau , qui a travaillé jusqu'au 
25". volume; les tomes 24, 25 et 26 
sont de Turpin. On joint à cette collec- 
tion la Fie de Vahhé Bignon , par 
Pe'rau, qui forme un 27^. volume. Au- 
vigny a donné les Vies de soixante-dix 
hommes illustres. Les onze volumes 
de l'abbé Pérau ne parlent que de 
quatorze hommes illustres. Aussi les 
volumes de ce dernier sont-ils plus in- 
téressants que ceux de d'Auvigny. VIIL 
La Tragédie en prose , ou la Tra- 
gédie extravagante, comédie en un 
acte et en prose, 1730, in- 12. A.B — t. 
AU VRâY ( Jean ) , né en Norman- 
die, vers 1590. 11 paraît, d'après 
Goujel, qu'il avait d'abord étudié la 
chirurgie , et qu'il y renonça pour le 
droit ; la plupart des compilateurs , qui 
le copient les uns les autres, assurent 
qu'il était avocat ; mais il ne prend ce 
litre à la tête d'aucun de sqs ouvrages. 
Son goût l'entraînait vers la poésie, 
et étant encore fort jeune, il remporta 
des prix à l'académie de Rouen, connue 
soui le nom du Pujr, Il était âgé de 



AUX 

dix-huit ans quand il publia un volume 
de Poésies diverses , avec un Dis- 
cours funèbre sur la mort de Henri , 
duc de Montpensier, Rouen , 1608, 
in- 1 2. L'année suivante, il fit représen- 
ter une tragi-comédie, '\ni\[v\éc Marfi- 
lie ou V Innocence découverte. Ces 
deux ouvrages n'annoncent pas de 
grands talents dans leur auteur ; il ne 
manquait cependant ni de grâce ni de 
facilité; quelques-unes de ses poésies 
étincellent d'^prit; il réussissait sur- 
tout dans l'épigramme et dans la satire, 
et il occuperait un rang distingué parmi 
nos anciens poètes , si ses meilleures 
pièces n'étaient pas défigurées par des 
expressions basses, grossières, et par 
des images indécentes. Il a aussi com- 
posé, daus sa première jeunesse, des 
poésies chrétiennes, qui sont pour la 
plupart très -faibles; il pria, en mou- 
rant, le libraire Ferrand, son ami , de 
les faire imprimer. Auvray mourut , eu 
i653, âgé d'environ quarante - trois 
ans. Outre les ouvrages que nous 
avons déjà cités , on a de ce poète : T. 
le Trésor sacré de la Muse sainte , 
Rouen , 1 6 1 3 , in-8^. ; II. Poème du 
sieur Auvray , prœmiez au Puy de 
la Conception , année 1 62 1 , avec 
les Grâces de V auteur à la Vierge , 
Rouen, 1622, in-8".; 111. Z<? Triom^ 
phe de la Croix ^ Rouen, 1622, in-8".; 
IV. le Banquet des Muses et le Théâ- 
tre , contenant V Innocence décou- 
verte , la Madonte et la Dorinde. 
Ces deux dernières pièces sont tirées 
du roman d!Astrée ; la première a seule 
été représentée, Rouen, 1628-3 1 , 
in-8 '. : ce recueil d'Auvray est recher- 
ché. Goujet indique une nouvelle édi- 
tion du Banquet des Muses , Rouen , 
i635, in-8'.; V. OEuvres saintes, 
recueillies par David Ferrand , Rouen , 
i634 , in-8°. W— s. 

AUXIRON ( Jean - Baptiste d' ) , 
médecin, né à Baume-lcs-Darnes , vers 



AUX 

ïG8o,mort à Besançon, en 1760, 
négligea sa profession pour les scien- 
ces mathématiques. On a de lui : I. 
Démonstration d'un secret utile à la 
marine , Paris , 1 75o , in - 8". j II. 
Nouvelle Manière de diriger la 
bombe, Paris, 1754, in-8". — Auxi- 
RON ( Gaude-François-Joscph d') , son 
frère, ne en 167G , avocat au parle- 
ment de Besançon , fut employé par 
l'empereur d'Allemagne dans différen- 
tes occasions importantes. En récom- 
pense de ses services il obtint une place 
de conseiller aulique à Vienne , où il 
est mort vers le milieu du siècle der- 
nier. Il a publié un traité de ['Educa- 
tion d'un prince , dont le gouverneur 
des archiducs voulut bien accepter la 
dédicace. W — s. 

AUXÏRON (Cl AUDE -François- 
Joseph d' ) , né à Besançon , en 1 728, 
servit pendant quelque temps dans le 
régiment d'Austrasie. Ce corps ayant 
éprouvé une réforme , il revint dans 
sa famille, où, à l'exemple de son 
père , il se livra à l'étude des mathéma- 
tiques. Bientôt après , il fut nommé à 
une place de capitaine dans un régi- 
ment d'artillerie ; mais les devoirs que 
lui imposait cette place, ne lui per- 
mettant pas de suivre ses goûts , il 
donna sa démission, et se retira àParis. 
Il se fit d'abord connaître en 1 765 par 
un Mémoire sur les moyens de four- 
nir des eaux saines a cette ville, qui 
en manquait; ce premier mémoire fut 
suivi d'un second, dans lequel il com- 
battit , mais sans succès , le projet pré- 
senté par ÎVr. Deparcieux , de l'aca- 
démie des sciences , sur le même 
objet. Il publia, en 1766, un ou- 
vrage intitulé : Principes de tous 
Gouvernements , ou Examen des 
causes de la faiblesse ou de la 
splendeur de tout état, considéré en 
lui-même et indépendamment des 
mœurs , Paris, 2 vol. in- 12. Il a tra- 



AUZ 99 

dult de l'allemand de Jean-Isaïe Sil- 
berschlag, pasteur de Magdebourg, sa. 
Théorie des Fleuves , avec fart de 
bâtir dans les eaux et d'en prévenir 
les ravages, Paris , Jombcrt, 1769, 
in-4'. H mourut à Paris, en 1778, 
âgé de cinquante ans. — Pierre-Claude 
d'AuxiRON son frère, exerça la méde- 
cine , et publia plusieurs écrits en fa- 
veur de l'inoculation. W — s. 

AUXIKON ( Jean - Baptiste d' ) , 
né à Besançon , en 1736, professeur 
en droit français à l'université de cette 
ville. Il a publié : I. Observations sur 
les juridictions anciennes et moder- 
nes de la ville de Besançon , 1777, 
in-8". j II. Projets pour les Fontaines 
publiques de cette ville, 1777, in-8**.; 
Ilï. Réflexions sur le sujet proposé 
par V académie de Besancon ( eu 
1781 , sur les Vertus patriotiques ), 
1785, m-8".; IV. Mémoires histori- 
ques et critiques sur les écluses de Be- 
sançon et sur la navigation du Doubs^ 
Genève (Besancon), 1785, in -8*. 
Le mémoire qu'il envoya à l'académie 
de Châlons-sur Marne , sur les moyens 
d'éteindre la mendicité en France, ob- 
tint les suffrages de cette compagnie y 
il a laissé , sur ce sujet , un ouvrage 
içiportanl qu'il se proposait de faire 
imprimer. Il est mort à Besançon , eu 
1 800 , âgé de soixante-quatre ans. 
W— s. 

AUZANET(Barthélemi), d'au- 
tres disent Pierre Ausannet , juris- 
consulte, naquit dans le commence- 
ment du 17*^. siècle , et fut un des 
plus célèbres avocats consultants du 
parlement de Paris. Ses ouvrages, 
très -recherchés de son temps, sont 
encore estimés. On distingue dans 
la collection qui en fut faite , en ui^ 
volume in-fol. , Paris, 1 708, ses Notts 
sur la Coutume de Paris, où se trou- 
vent des réflexions neuves et profon- 
des au sujet de la réformation qu'il en 

7- 



100 AU2 

propose , ainsi que ses Ohscn>ations 
et Mémoires sur l'élude de la juris- 
prudence. Son intégrité et la droiture 
de son jugement étaient tellement re- 
connues , que, dans les procès les plus 
importants, les parties s*en rappor- 
taient d'ordinaii*e à ses conseils où à 
son arbitrage. Louis XIV lui accorda 
h brevet de conseiller d'état. Il mou- 
rut, en i685, âgé de 82 ans. M — x. 

AUZEBY ( Pierre ) , dentiste , né 
à Nîmes , en 1 73G , étudia la chirur- 
gie à Toulouse et à Bordeaux , et fut 
ensuite , à Paris , éiève de Mouton , 
dentiste du roi. Il fut reçu chirurgien- 
dentiste , en 1762, et pratiqua son 
art à Lyon avec succès. Il a donné un 
Traité d'odontalgie , où Vçn pré- 
sente un nouveau système sur Vori- 
S^ine et la formation des dents , et 
une description de différentes ma- 
ladies (pà affectent la bouche , Ly on , 
1771, in*i 2. Auzeby est mort à Lyon 
en 1791. C. et A. 

AL'ZOUT (Adrien), mathématicien, 
naquit à Kouen, dans le 17^ siècle , et 
fut un des premiers membi'cs de l'aca- 
démie des sciences de Paris. On doit 
le regarder comme l'inventeur du mi- 
cromètre à fils mobiles, qui sert aujour- 
d'hui aux astronomes pour mesurer 
les diamètres apparents des petits ob- 
jets , particulièrement ceux des corps 
célestes. Avant lui, Huygens avait ima- 
giné de mesurer l'espace occupé par lo» 
astres dans le champ des lunettes , et 
il se servait pour cela de lames de 
métal mobiles, entre lesquelles il com- 
prenait l'objet observé. Malvasia de 
Pologne avait substitué à ces lames des 
iils triangukiire^ , qui divisaient le 
champ de la lunette en plusieurs petits 
tarrés CLaux : cela cLiit plus facile 
pour Tobservalion ; et l'on évitait 
aufcsi l'effet de la diffraction de U lu- 
mière qui avait lieu sur le lK)rd des la- 
jiRs daus i'apj^arcil d« lluygcus. Mais 



AUZ 

ces fils étant fixes, Tappareil perdait \m 
de ses principaux avantages. Auzouf 
imagina de rendre l'un des fils mobile 
parallèlement à lui-même, au moyen 
d'une vis dont les mouvements très- 
lents mesuraient la marche avec une 
grande exactitude ; dès-lors son appa- 
reil réunit tous les avantages de celui 
d'Huygens, sans en avoir les inconvé- 
nients. C'est encore, pour le fond , celui 
dont se servent aujourd'hui les astro- 
nomes. Auzput publia sa découverte en 
1666, et la fit réim])rimer ensuite 
dans \cs Mémoires de V académie des 
sciences pour 1693. L'honneur de 
cette invention a été réclamée par les 
Anglais, eu faveur de M. Gascoigne, 
et M. Touuwley a publié à ce sujet 
une dissertation dans les Transac- 
tions philosophiques ; mais si , comme 
M. Tounv/ley l'assure , M. Gascoigne 
était en possession du micromètre à 
fils mobiles , du moins il ne l'avait pas 
publié , et , par conséquent, l'honneur 
de l'invention doit être attribué à Au- 
zout^ qui le premier en a fait jouir les 
savants. Auzout partagea aussi avec 
Picard Hionneur d'avoir appliqué les 
limettes aux instruments divisés; et 
l'on doit regarder cette idée comme 
une des plus heureuses que Ton ait eues 
pour l'avancement de l'astronomie ob- 
servatrice , puisque celte invention , 
celle du micromètre, et l'application 
du pendule aux horloges , qui est duc 
à Huygens , sont les trois causes prin- 
cipales des progrès immenses que l'art 
de l'observation a faits depuis cinquante 
ans. Auzout mourut en 1691. On lui 
doit un Traité du Micromètre, 1667, 
in-4''., et quelques autres opuscules 
dont Lalaude rapporte les titres dans 
sa Bibliographie astronomique. 11 
a publié, en outre , dans les Mémoires 
de Vacadémie plusieurs lettres sur 
les lunettes , et sur divers autres objets 
d'obscrratioii. lî— t. 



AVA 

A YAK, prince arménien , fui nom- 
mé , en 1258, commandant d'une 
armée ge'orgienne que la reine Rou- 
Eoutan envoya contre les Tatars , qui 
menaçaient son royaume. Après avoir 
perdu la plus grande partie de ses 
troupes en combattant courageuse- 
ment, il fut oblige de se renfermer 
dans la forteresse de Gaën , oii il con- 
clut un traite par lequel , au moyen 
d'un tribut et d'un corps d'auxi!iaires 
qu'il fut obligé de fournir aux vain- 
queurs , il resta maître de l'Arménie. 
11 obtint ensuite les mêmes conditions 
pour la Géorgie, et donna, pendant le 
reste de sa vie, beaucoup de preuves 
d'attachement au kban des ïatars, 
nommé Oiikhala. La reine Rouzoutan 
le nomma tuteur de son fils, et il mou- 
rut sans enfants en 1249, laissant les 
rênes du gouvernement à sa femme 
Vartouch. K. 

AVALOS ( Ferdinand - François 
d') marquis de Pescaire, d'une famille 
distinguée du royaume de Naples , ori- 
ginaire d'Espagne, fît ses premières 
armes , en 1 5 12, sous les ordres du 
vice-roi Raymond de Girdone, et fut 
fait prisonnier par les Français à la 
Lataille de Ravenne. Il était alors âgé 
de vingt-un ans, et, dans sa prison, 
il composa des poésies qu'il dédia à sa 
femme Vitloria Colonna , poète comme 
lui. Mais Pescaire ne demeura pas 
long -temps prisonnier; dès l'année 
suivante , il était de retour à l'armée ; 
il commandait l'avant-garde de Car- 
done , et ce fut lui qiii réussit à pro- 
voquer l'Alviano , de manière à lui 
faire offrir la bataille où il fut défait, 
près de Vicence, le 7 octobre i5i3. 
Pescaire acquit plus de gloire encore, 
le 19 novembre 1 52i , par la prise de 
Milan sur le maréchal de Lautrec. Ce 
succès fut du à sa valeur et à son au- 
dace ; car Prosper Colonna , sous les 
ordres de qui il servait , u'avait pus 



AVA loi 

osé tenter celte entrcpr55;e. îï prit en- 
suite Como, en poursuivant les Fran- 
çais ; mais , après avoir promis d'é- 
pargner cette ville , il ia livra au pil- 
lage , et il tenta vainement ensuite de 
se laver de ce manque de foi , par nu 
duel avec celui qui le lui reprochait. 
La campagne de 1622 fut brillante 
pour Pescaire , quoiqu'il ne comman- 
dât point en chef. 11 secourut Pavie, 
assiégée parles Français; il se signala 
dans la bataille de la Bicoque , prit 
Lodi et Pizzighittoue ; il contraignit 
le maréchal de Lescun , frère de Lau- 
trec , à capituler dans Crémone. A la 
suite de celte capitulation , les Fran- 
çais évacuèrent le Milanez ; enfin, il 
prit Gênes qu'il livra au pillage. Pes- 
caire , par des exploits si brillants^, 
avait acquis la réputation d'un des 
meilleurs généraux de Charles-Quint. 
11 eut la plus grande part aux victoires 
remportées sur l'amiral Bonnivet et 
à la journée de Pavie, où François P^ 
fut fait prisonnier , le 24 février 1 525. 
Il y fut blessé. Lannoy ayant conduit 
ce monarque en Espagne, Pescaire de- 
vint généralissime de l'armée espa- 
gnole. Les princes italiens, jaloux du 
pouvoir sans bornes qu'avait acquis 
l'empereur, essayèrent de séduire Pes- 
caire par les offres les plus magnifiques. 
Il lui promirent de le faire roi de Na- 
ples, s'il les aidait à chasser les Alle- 
mands et les Espagnols d'Italie. Pes- 
caire parut prêter l'oreille à leurs pro- 
positions , et l'on ignore s'il fut d'abord 
tenté de les accepter, ou si , dès le com- 
mencement, il n'avait d'autre but que 
de connaître leurs secrets ; mais, après 
avoir traité assez long-temps avec Jé- 
rôme Morone, conseiller du duc de 
Miian, il instruisit l'empereiu' des pro- 
positions qu'on lui avait faites , et fit 
repentir le duc d'avoir songé à le 
corrompre. Cette duplicité acheva de 
le rendre odieux aux Milanais , qm 



1 03 A V A 

lui reprochaient déjà son orgueil et 
sa déloyauté. 11 mourut a Milan, cette 
même année, le 4 novembre i5i5 , 
âgé de trente-six. ans. Son neveu , Al- 
phonse d^Avalos , marquis de Vasto , 
lui succéda dans le commandement. 
S. S— I. 
AVALOS (Alphonse d'), marquis 
de Vasto , général de Charles-Quint, en 
Italie , et capitaine-général du duché de 
Milan. Alphonse d'Avalos, fils d'ini- 
go II d*Avalos et de Laure de San Se- 
verino, était né à Naples, le 25 mai 
i5o3. U fit ses premières armes sous 
les ordres de Ferdinand d'Avalos , 
marquis de Pcscaire, son oncle. Il se 
distingua au siège de Pavie, par une 
valeur brillante , et cette même année 
15^5, son oncle étant mort, il lui 
succéda dans le commandement des 
armées de Charles-Quint. En i552, 
il passa en Autriche, comme général 
d'infanterie, pour défendre ce pays 
contre SoHman. Il suivit l'empereur 
dans presque toutes ses expéditions , 
à Tunis et en Provence j partout , il 
donna des preuves de grand talent 
militaire et de grande bravoure; mais 
partout aussi, il laissa percer son ca- 
ractère dur, vaniteux, faux et perfide. 
Après la mort d'Antoine de Leva, il 
fut nommé capitaine-général du duché 
de Milan, et il gouverna et défendit 
cette province avec beaucoup de va- 
leur; mais il fit assassiner les négocia- 
teurs que François P*". avait envoyés à 
Constantinople, lorsqu'ils ti'aversaicnt 
le Milanez , après avoir conclu un traité 
d'alliance entre la France et la Porte. 
D'Avalos montra , dans plus d'une 
circonstance, que les crimes ne l'é- 
pouvantaient point, lorsqu'il y trou- 
vait son avantage. Il fit lever le siège 
de Nice , en 1 543 , au duc d'Enguien 
et à Barberousse ; mais , l'année sui- 
vante, le i4 avril, il fut défaite Céri- 
7.oles, par ce mcmc duc d'Enguien j 



AVA 

on dit même qu'il s'enfuit des pr«- 
micrs de ce combat, où son armée 
perdit i o,ooo hommes. Ses bravades 
avant cette bataille, dans laquelle on 
assure qu'il s'était fait suivre par des 
chars remplis de menottes, pour les 
prisonniers , rendirent sa disgrâce 
plus cruelle encore pour lui. Cepen- 
dant, quoique blessé, il rassembla ses 
troupes devant Milan, et sauva cette 
capitale, en sorte que les Français 
tirèrent peu d'avantage de leur vic- 
toire, jusqu'à la paix de Crcpy, qui 
se fit la même année; mais les Mila- 
nais, accablés d'impositions, et tour- 
mentés par la dureté et l'arrogance 
d'Alphonse d'Avalos , recoururent con- 
tre lui à la justice de CharleS-Quint; 
ils accusèrent leur gouverneur de pé- 
culat , et un ordre avait été donné de 
vérifier ses comptes, lorsque la mort 
vint le délivrer de cette humiliation , 
le dernier jour de mars 1 54^, à Vige- 
vano. Il laissa plusieurs enfants de 
Marie d'Aragon , sa femme , fille de 
Ferdinand , duc de Montalte. Ferdi- 
nand de Gonzague lui succéda dans le 
gouvernement du duché de Milan. 
S. S— I. 

AVALOS (Constance d'). Fojr. 
AMALFI. 

AVANCINUS ( Nicolas ) , jésuite, 
originaire du Tirol , fut professeur 
de rhétorique , de morale et de phi- 
losophie à Gralz , et professeur de 
théologie morale et scholastique à 
Vienne. Il a écrit un assez grand 
nombre d'ouvrages, parmi lesquels 
on remarque : I. Jmperium Romano- 
Germanicum , swe Elogia L. Cœsa- 
rum Germanojiim y Vienne, i665, 
in-4".; IL Fita et doctrina J.-C, 
Vienne, 1667, 1O747 in-i 2, traduit 
en français, Paris, 1 7 1 5; III. Poësis 
lyrica. Vienne, 1670, Amst. 171 i ; 
] V. Poësis dramatica , \t. I.-IV, Co- 
logne, 1G75-79. G — T. 



AVA 
ÂVANZI (Jean-Marie), célèbre 
jurisconsulte et poète , né à Rovigo le 
35 d'août i549, étudia dans sa pa- 
trie la littérature grecque et latine, 
sous Antonio Riccoboni , qui se van- 
tait dans la suite d'avoir seul découvert 
les heureuses dispositions de son élève 
pour la poésie et l'éloquence. Avanzi 
apprit les sciences à Fcrrare : il se lia 
d'amitié avec plusieurs célèbres litté- 
rateurs, parmi lesquels il suffit de 
nommer Baptiste Guarini , et le 
Tasse. 11 s'appliqua ensuite à la juris- 
prudence, et reçut à Padoue le lau- 
rier doctoral. Revenu dans sa patrie, 
il fut nommé avocat fiscal , et remplit 
en même temps les fonctions d'avocat 
civi! et criminel. Des persécutions que 
ses ennemis lui suscitèrent , le forcè- 
rent de s'aller établir à Padouc. 11 mou- 
rut en cette ville le 2 mars 16.22. Ou 
a de lui ; I. // Saiiro , favola -pas- 
torale^ Venise, 1587, in-iaj cette 
espèce de comédie en vers , dans un 
genre qui était alors fort à la mode, 
fut représentée à Rovigo, devant le 
podestat, dans une occasion solennelle; 
II. la Lucciola , ( le Fer luisant , 
poème en IX chants ),Padoue, 1627, 
in- 12. Ses autres ouvrages, qui ap- 
partiennent , tant à sa profession qu'à 
l'histoire et à la simple littérature , 
n'ont pas été imprimés , à l'exception 
de quelques poésies qui se trouvent 
dans divers recueils ; ainsi , non seule- 
ment ses Consultations sur diffé- 
rentes matières civiles et criminelles, 
et son Histoire ecclésiastique de Va- 
postasie de Luther ^ mais son poème 
intitulé : Le Lagrime di Giacohhe , 
celui des Frimi Amori d^Ortando, 
et son traité De partu hominis , qui 
e'tait écrit en latin , et que la n^ort l'em- 
pêcha d'achever , n'ont jamais vu le 
jour que dans des dictionnaires. 

G— E. 

A YANZINO (Joseph-Marie), de 



I 



AVA io5 

Rovcredo , professent' de médecine à 
Florence, dans le 18*. siècle , fut dis- 
ciple du célèbre Antonio VaUisnieri ,. 
et soutint le sentiment de son maître 
sur l'origine des fontaines. VaUisnieri 
ajant publié, en 1 7 1 5 , une Disserta- 
tion académique , dans laquelle il dé- 
montrait que les sources étaient for- 
mées par les eaux pluviales , le doc- 
teur Niccolo Guahicri soutint, dans 
une autre Dissertation qu'il publia en 
1 726 , que les eaux des fontaines dé- 
rivaient de la mer , en filtrant par des 
voies souterraines. Avanzino défendit 
l'opinion de VaUisnieri, et réfuta Gual- 
tieri dans une Dissertation qu'il lut le 
17 mai 1725, à l'académie de Flo- 
rence , et qui fut imprimée , avec la 
seconde édition de la Dissertation de 
son maître, Venise, 1726, in-4**. On 
a du même auteur une Dissertation in 
Iode délia Cioccolata , lue à l'acadc- 
mie des Apatisii, de Florence, et im- 
primée dans cette ville en 1 728 et en 
1 729, in-4''- C'est une réponse au doc- 
teur Giov. Bat. FeHci, qui avait sou- 
tenu que l'usage du chocolat était dan- 
gereux , dans un livre intitulé: Pa- 
rère intomo altuso délia cioccolata, 
Florence, 1728, in-4**. G — e. 

AVATJX. JT. Mesme. 

AVA U X ( Claude de Mesme , 
comte d' ) , surintendant des finances, 
fut d'abord conseiller au grand-conseil, 
maître des requêtes et conseiller d'état. 
Envoyé en ambassade à Venise , en 
1627, il engagea cette république à 
prendre les armes pour assurer au duc 
de Nevcrs la possession de Mantoue. 
Il rendit bientôt lui-même aux Véni- 
tiens un service signalé, en étouffant 
des semences de division qui nais- 
saient entre eux et le pape Urbain Vllï . 
Ce pontife fut si satisfait du négocia- 
teur français, dans les entretiens qu'il 
(Ut avec lui à Rome, qu'il 1^ demanda 
à la cour de France pour ambassa- 



ic4 AVA 

deur; mais Louis XIII lui destinait 
des négociations plus importantes. Il 
renvoya en Dancmaick, puis en Suède 
et en Pologne , pour raëiiager un rap- 
prochement entre ces deux puissances. 
I.e comte d'Avaux remplit lattfnle de 
sa cour, et conclut la fameuse trêve de 
^6 ans, entre les deux, royaumes. Au 
moment de la signature du traite, il 
s'cleva, entre les ministres des puis- 
sances médiatrices , une contestation 
sur la préséance. D'Avaux prétendait 
signer avant Douglas, ambassadeur 
d'Angleterre, et les ministres des États- 
Généraux refusaient également de cé- 
der le pas à ceux de l'électeur de Bran- 
debourg. Pour terminer ce différend, 
il fut convenu qu'aucun des ministres 
médiateurs n'apposerait sa signature 
au traité, et qu'on se bornerait à les 
nommer dans le préambule. Douglas 
consentit à ce que l'ambassadeur de 
France fût nommé le prt mier dans 
l'un et l'autre instrumeni de ce traité. 
D'Avaux s'était acquis dès-lors une 
telle réputation de probité, que sa pa- 
role, dans les négociations, valait un 
serment. De retour en France, en 
1643, on le renvoya presque immé- 
diatement à la Haye et à Munster, en 
qualité de plénipotentiaire pour la paix 
générale, il ouvrit les négociations à la 
Haye , avec les Provinces-Unies , et 
vnt ensuite à Munster, où il prit le 
pas sur les plénipotentiaires espagnols. 
R4)uté cependant des manières de son 
eoliégue Servien à son égard, il de- 
manda son rappel; mais la régente, 
et surtout Mazarin , dont Servien était 
la créature , lui ordonnèrent de conti- 
nuel- les négociations. On fut obligé 
néanmoins d'envoyer le duc de Lon- 
gueville avec le litre de premier pléni- 
potentiaire, pour que les affaires ne 
souflVissent pas de cette mésintelli- 
pence. Oalui donna ordre de .s'éclairer 
des luimèies et de i'cxpéricnce dti 



AVA 

comte d'Avaux et de Servien. D'A- 
vaux ouvrit un avis qui termina les 
différends des trois collèges de l'Em- 
pire , sur la forme de leurs délibéra- 
tions , et parvint , à Osnabruck, à con- 
cilier les intérêts des Suédois et de l'é- 
lecteur de Brandebourg. 11 fut révo- 
qué tout à coup, après vingt ans de 
services signalés , et lorsqu'il éîait à la 
veille de conclure un traité célèbre au- 
quel il avait tant contribué. Celte dis- 
grâce était le rruit de l'intrigue et de la 
jalousie de son collègue Servien , qui 
l'accusa d'avoir tenu des discours in- 
discrets et peu respectueux contre le 
cardinal Mazarin. Ce ministre tout- 
puissant exila le comte d'Avaux dans 
ses terres; mais bientôt les tnubles de 
Paris ayant rendu nécess.iire à la cour 
le président de Mesmc, frère du né- 
gociateur disgracié , le comte d'Avaux 
fut rappelé , rétabli dans son emploi 
de surintendant des finances , et con- 
sulté dans toutes les affaires délicates. 
\\ mourut le 19 novembre iG5o, à 
cinquante-cinq ans, et fut enterré aux 
Grands-Augustius de Paris , dans le 
tombeau de ses ancêtres. Pénétration, j 
jugement net et solide, éloquence 
persuasive, application et activité, telles 
sont les qualités qui placent le comte 
d'Avaux parmi les plus illustres négo- 
ciateurs qu'ait produits la France. 11 sa- 
vait surtout allier le cérémonial et la 
gravité des formes diplomatiques avec | 
la politesse française. A tant de qua- 1 
lités , il joignait encore une parlaite 
connaissance de l'histoire. df'S langues 
et des belles-lettres. Voilure, Balzac, 
et tout ce qui brillait alors sur le Par- 
nasse français , lui rendirent hom- 
mage. Les duchesses de Savoie et de 
Longucville ne pouvaient .se lasser de 
sa correspondance. H écrivait avec la 
même facilité et la même politesse , eu 
allemand , en italien et en latin. Les 
seules lâches que l'histoire ait à repro- 



AVA 

cher k son caractère , sont d'avoir 
montre dans sa disgrâce la faiblesse 
d'un courtisan , et d'avoir fait eVlater, 
dans le cours même de ses négocia- 
tions, un zèle oulrë pour la religion, 
zèle qui lui attira le blâme de sa cour 
pendant son ambassade à la Haye , où 
il s'était permis de faire aux Etats-Gé- 
ne'raux uu discours en faveur des ca- 
tholiques. On a de lui : î. Exemplmn 
lilleruriim ad serenissimum Daniœ 
regem scriptarum, Paris, 1642, in- 
fol.; Amsterdam, idj^'i, in-4''. ; IL 
Lettres de d'Ai'aux et de Sen'ien , 
1 65 o, in-8^.; HI. Mémoires touchant 
les jiégociations du traité de paix 
fait à Munster , en 1648, Cologue, 
1674? Grenoble, 1674? i"-i2. 

AVAUX ( Jean-Antoine , comte 
d'), petit-neveu du précédent, hérita 
non seulement de son nom , mais de 
ses talents , de ses emplois et même de 
sa réputation de négociateur habile. 11 
fut d'abord, ainsi que son oncle , con- 
seiller au parlement , maître des re- 
quêtes, conseiller d'état et ambassa- 
deur extraordinaire à Venise. Le roi 
le choisit, en 1672, pour son pléni- 
potentiaire au congrès de IN'imègue , 
dont il termina heureusement les né- 
gociations. 11 fut envoyé ensuite en 
Hollande avec le titre d'ambassadeur, 
et ménagea , en 1684 1 ^^^ trhe avec 
l'empereur , par laquelle la forteresse 
de Luxembourg fut cédée à Louis XI V. 
Le renouvellement de la guerre l'ayant 
rappelé en France, en 1688, le roi 
le nomma, Tannée suivante , ambas- 
sadeur auprès de Jacques II, roi d'An- 
gleterre, qui était alors en Irlande. En 
1G95, il fut envoyé en Suède, où il 
coopéra aux préliminaires de la paix 
qui fut conclue depuis àRiswick. Après 
a voir renouvelé les anciens traités entre 
les princes d'Allemagne, la Suède et la 
France y il re.Tîplaça, en 1 7 1 , le comte 



AVE io5 

de Briord , ambassadeur auprès des 
États-Généraux. Ses négociations, ap- 
puyées par la présence des troupes 
françaises sur les frontières de la Hol- 
lande, déterminèrent d'abord les Etats 
à reconnaître Philippe V , eu qualité 
de roi d'Espagne; mais l'influence de 
l'Angleterre ayant ensuite prévalu, le 
comte d'Avaux prit congé de Etats, 
en 1 702 , annonçant, dans une décla- 
ration publique, qu'on ne pouvait rien 
attendre de satisfaisant des négocia- 
tions qui avaient été commencées. Il 



mourut à Paris, en 1709, âgé 



de 



soixante-neuf ans. Voici ce que dit de 
ce négociateur le duc de St.-Simon , 
dans nu de ses mémoires qui sont res- 
tés inédits : o Le comte d'Avaux était 
» un des plénipotentiaires à îîimèguc, 
w où , en grand courtisan qu'il était , 
» il s'aittcha à Croissy, son collègue , 
» fière de Colbert. Quelque temps 
» après la paix de INimègue, d'Avaux 
)> fut ambassadeur en Hollande. Le 
w nom qu'il portait lui servit fort dans 
» tous les emplois , et le persuada qu'il 
» en était aussi capable que son oncle. 
» 11 fèmt pourtant avouer qu'il avait 
» des talents , de l'adresse , de l'insi- 
» nuation , de la douceur, et qu'il était 
» aussi capable que son oncle. Il 
» fut toujours partout parfaitement 
») averti.... Il s'acquit en Hollande, une 
» amitié , une considération singu- 
» lièies. » Les lettres et négociations 
d'Estrades , de Colbert de Croissy ^ 
et de d'Avaux^ pour les conférences 
de 1676 et 1677, ont été imprimées à 
La Haye , 1710,3 vol. in- 1 2. On a de 
d'Avaux : 1. Mémoire présenté aux 
États - Généraux , le 5 noi^embre 
1681 , in- 12; II. JVégociations du 
comte d' Ai' aux en Hollande^ 1 7 5'2 - 
55, 6 vol. in- 12 , dont l'abbé Mallet 
fut l'éditeur. B — p. 

AVED ( jACQUES-ÂNDRE'-JoSEPn ), 

peintre, naquit à Douaj^ le 12 janvier 



io6 AVE 

T 7 02, d'un médecin, et fut orplielin des 
l'enfance. Un de ses ondes, capitaine 
dans les gardes hollandaises , le prit 
auprès de lui , à Amsterdam. Il le desti- 
nait à l'ëtat militaire; mais les ouvra- 
ges de Bernard Picart, habile dessina- 
teur cl graveur, inspirèrent au jeune 
Aved un goût irès-vif pour les beaux- 
arts, et bientôt il leur donna la préfé- 
rence sur Tart de la guerre. 11 parcourut 
les Pays-Bas, pour se perfectionner 
par Tëtudc des grands maîtres. Arrive à 
Paris, en 1 72 1 , il reçut les leçons du 
peintre Lebel, et eut pour amis. Carie 
"Vanloo , Boucher , Dumont le Romain , 
alors élèves comme lui, mais qui, 
bientôt ( à la vérité dans un temps de 
décadence), furent à la tête de Técole 
française. Agréé en 1729, à l'acadé- 
mie , Aved en devint membre en 
1734, et ne tarda point à obtenir de 
)a réputation dans le genre du por- 
trait. Ce n'est pas que, comme l'ont 
dit quelques-uns de ses contempo- 
rains , « Aved eût le secret de rendre 
dans ses portraits , non seulement la 
figure, mais encore le génie, le carac- 
tère, les talents, les habitudes des per- 
sonnes qu'il peignait. » S'il eût mérité 
de tels éloges, que l'abbé de Fontenai , 
copié par d'autres biographes, n'a pas 
manqué de répéter, van Dyck et Ti- 
tien eux-mêmes ne devraient pas lui 
être préférés; mais il suffit de dire 
qu'il avait une touche agréable, un 
coloris assez harmonieux, et qu'il ne 
saisissait pas mal la ressemblance. 
C'en était sans doute assez pour qu'il 
méritât des éloges, à une époque où 
ses rivaux n'avaient pas le droit d'être 
difficiles, et où le goût du public ne 
pouvait être sûr. Le portrait de Mehe- 
met-Effendi , ambassadeur de la Porte , 
qu'Aved fit pour être offert au roi 
Louis XV, lui procura l'avantage de 
peindre ce monarque lui-même, ainsi 
que plusieurs personnes de la cour. 



AVE 

Aved avait, dans le caractère, celle 
douceiir et cette complaisance qui, 
dans le genre de peinture qu'il avnit 
embrassé, sont peut-être aussi utiles 
que les talents, pour donner à un ar- 
tiste ce qu'on appelle la vogue; aussi 
fut-il très-employé. 11 mourut d'apo- 
plexie, à Paris, le 4 iiiars 1766, à 
soixante-quatre ans. D — t. 

AVEIRO (Don Joseph Mascade- 
NHAS et Lancastre, duc d'}, grand- 
maître héréditaire de la maison du roi 
de Portugal , président de la cour du 
palais, et l'un des plus giands sei- 
gneurs du royaume. Sa maison avait 
pour tige George , fils naturel de 
Jean lî , dit le Parfait. Le duc d'A- 
vciro fut tout-puissant pendant les der- 
nières années du règne de Jean V; 
mais il perdit sa faveur à l'avènement 
de Joseph V^., en 1750, et devint 
bientôt l'ennemi personnel du marquis 
de Pombal , alors premier ministre. 
Il se lia avec les seigneurs mécon- 
tents du nouveau ministère , et avec 
les jésuites , qui avaient perdu l'emploi 
de confesseurs de la cour. Une conju- 
ration contre le roi et son premier mi- 
nistre fut ourdie en secret , et elle éclata 
le 3 septembre 1758, à 11 heures du 
soir. Le roi , revenant de son château 
de Belem , dans la voiture de Texeira 
son valet de chambre, pour se rendre 
incognito chez la jeune marquise de 
Tavora , sa maîtresse , sortait de la 
porte appelée la Guesta , lorsque 
deux conjurés à cheval, Joseph Po- 
lycarpe de Azevcdo et Alvarez Fcreira 
son beau - frère , tirèrent en même 
temps sur sa voiture deux coups 
de carabine , et le blessèrent griè- 
vement à l'épaule et au bras; mais 
ce prince ayant eu la présence d'es- 
prit d'ordonner au cocher de re- 
brousser chemin, évita ainsi le gros 
des conjurés qui l'attendait sur son 
passage. De sévères et promptes re- 



AVE 

clierclies , pour découvrir les coupa- 
bles, suivirent immédiatement cet at- 
tentat. Le duc d'Avciro se démasqua 
lui-même par des propos imprudents, 
et , quoique prévenu à temps , il négli- 
gea de se sauver. Après l'avoir ensuite 
essayé inutilement, il fit une assez lon- 
gue défense dans sa maison de cam- 
pagne d'Azeitaô , sur les bords du Tage, 
au-dessus de Lisbonne ; mais enfin , 
arrêté et renfermé, ainsi que la plu- 
part de ses complices , dans les loges 
destinées aux bêtes féroces , à l'aitrée 
du jardin du roi , à Bélem , on le traita 
avec la dernière rigueur , pendant toute 
Tinstructiou du procès. Ayant d'abord 
ctc dégradé de son rang et de ses titres , 
il fut condamné, par la junte criminelle, 
à être mené la corde au cou, précédé 
du crieur public , à la place du Caës de 
Bêlera , pour êîre rompu ensuite sur 
une roue, et brûlé vif avec l'échafaud, 
et ses cendres jetées à la mer. D'Avciro 
subit cette terrible sentence le 1 5 jan- 
vier 1 -^Sq , à l'âge de 5 1 ans. Ses ar- 
moiries furent effacées , ses biens con- 
fisqués , ses châteaux et palais démo- 
lis , et défense fut faite, à qui que ce 
fût, de porter son nom. Le marquis 
de Tavora fut condamné aux mêmes 
peines ; le marquis d'Autoguia , Braz 
Joseph Romeiro, Jean Miguel Manoel 
d'Alvarez , et les deux fils du marquis 
de Tavora, furent étranglés, puis rom- 
pus et brûlés , et leurs cendres jetées 
à la mer. Ferreira et Azevedo forent 
condamnés à être brûlés vifs, mais le 
dernier avait pris la fuite. La vieille 
marquise Éléonora de Tavora, après 
avoir vu périr son mari et ses deux fils 
dans les supplices , fut décapitée. Sa 
bellc-fiUe, la jeune marquise de Ta- 
vora, maîtresse du roi, ne fut point 
impliquée dans cet effroyable procès ; 
mais elle eut ordre de se retirer dans 
un couvent. La cour de Lisbonne 
chassa les jésuites du Portugal, comme 



AVE 107 

instigateurs des coupables ( F. Mala- 
GRiDA ). Telles furent les suites de celte 
fameuse conjuration, qui excita l'at- 
tention de toute l'Europe , et dont la 
véritable cause e§t encore l'objet de 
quelques doutes. Quelques personnes 
croyeut que les coups des conspira- 
teurs n'étaient pas dirigés contre la 
personne du roi , mais contre le mi- 
nistre qui régnait sous son nom. La 
révision du procès sous le dernier 
règne a mis le crime hors de doute. 
B— p. 

AVÉIS I"., second prince de la 
dynastie des Ilkhaniens , était fils de 
Haçan-Buzurk , à qui il succéda en 
i536. Il se rendit recomraandable 
par ses vertus et son courage. Maître 
du trône , il songea à étendre IVmpire 
très -borné qu'il avait reçu de son 
père. Il conquit deux fois l'Adzer- 
baydjan, prit Moussoul, Marédyn et 
tous les pays voisins. En iS^o, il 
chassa du Mazendéran l'émyr Vély, 
qui s'en était emparé après avoir 
usurpé la couronne ; ce fut la dernière 
expédition remarquable de son règne. 
Il mourut quelques années après, l'an 
776 del'hég. ( 1 574-5), laissant quatre 
fils. Peu avant sa mort, ses ministres 
le prièrent de fixer le sort de l'état 
par le choix d'un successeur. 11 leur 
désigna son fils Hoce'in- ils lui repré- 
sentèrent qiie cette disposition , con- 
traire à Haçan, pourrait le portera la 
révolte. «Vous savez, leur dit-il, ce 
» que vous avez à faire. » Se croyant 
autorisés par cette réponse , ils firent 
arrêter Haçan ; et Ave'is ayant perdu 
presque aussitôt la connaissance et la 
vie, ils firent mourir ce jeune prince, 
et le mirent dans le même tombeau 
que son père. Ce meurtre plaça Hoce''in 
sur le tronc , dont Avéïs II le fît bientôt 
descendre. J — n. 

AVÉIS II, ouAHMED-DJÉSAIR, 
fils du précédent, se fit proclamer suL 



tioS AVE 

than, après avoir otë, en ï58f , le 
tronc et la vie à son frère Hocéïn , 
prince verlueux j mais il trouva, dans 
wn règne malheureux et une fin tragi- 
«pie, le juste châtiment de son crime. 
Dès qu'il n'eut plus rien à craindre de 
Bayazyd son frère, et d'Adeld-Aghâjgë - 
ne'rai et veitgeur de Hoce^in , il s'aban- 
donna à toute la violence de son carac- 
tère, se livra à la brutalité de ses pas- 
sions , et devint un exécrable tyran. 
Le peuple , lassé de ses fureurs , ap- 
pela à son secours Tamfrlan. Ave"is , 
trop faible pour résister au conqué- 
rant tatar, fut dépouillé de ses états, 
erra quelque temps , revint à Bagh- 
dâd, y signala son séjour par des 
meurtres nombreux , et s'unit à Cara- 
Yousouf, prince de la dynastie du 
mouton noir, marcha avec lui vers 
Alep, et de là se rendit auprès du sul- 
than Bajazet. Cependant, Baghdâd était 
tombée au pouvoir de Tamerlan , qui 
s'avançait vers l'Asie mineure, sous le 
prétexte de punir ce prince d'avoir 
donné un asyle à son ennemi j Avéis 
rentra encore deux fois dans sa capi- 
tale , et deux fois il en fut chassé ; en- 
fin, il se retira auprès du sulthan d'É- 
|:;ypte, et après la mort de Tamerlan, 
il forma une ligue avec Cara-Yousouf , 
qui l'avait chassé de Baghdàd en der- 
nier lieu. Abandonné de Barkok, qu'il 
avait trahi , il prit des habits de men- 
diant , s'introduisit dans Baghdâd , y 
suscita une sédition ; et, à sa faveur, re- 
jnonta sur le trône, et se livra de 
nouveau à toute la violence de ses pas- 
sions ; mais ses liaisons avec Yousouf 
furent de courte durée. Il lui fit la 
guerre , tomba en son pouvoir , et fut 
mis à mort par le conseil des officiers 
de son vainqueur , vers l'an 1 4 » o. En 
lui finit la dynastie desllklianiens, qui 
fut remplacée par celle du mouton 
noir, ( ro;y. Car a- Yousouf). J — n. 
AVELINE ( Pierre ), graveur, 



A V E 

membre de l'académie de peinture, a 
produit un assez grand nombre d'ou- 
vrages dignes d'estime, entre autres, 
la Mort de Sénèque , d'après Luc Jor- 
dans, qu'il a gravée pour la galerie 
de Dresde ; un grand paysage d'après 
fierghem, plusieurs morceaux d'après 
Vischer, Valtcau, Jouvenet, Natoirc, 
Oudry , Boucher. Il a gravé aussi d'a- 
près ses dessins. Né à Paris en 1710, 
il est mort dans la même ville en 1 760. 
— Il ne faut pas le confondre avec F. 
A. Aveline, son parent, qui a gravé 
différents sujets. P — e. 

AVELLANEDA (Alphonse Fer- 
NAND DE ) , du bourg de Tordesillàs , 
en Espagne, dans le 16". siècle, con- 
tinua le Don- Quichotte. Cette con- 
tinuation, où l'on ne retrouve ni l'i- 
magination féconde, ni la critique ju- 
dicieuse et piquante de Cervantes, est 
intitulée : La segunda parte del in- 
genioso hidalgo D. Quixote de la 
Mancha, Tarragone, ï6i4, iii-8\, 
et a été traduite en français par Le 
Sage, sous le titre de Nouvelles Aven- 
tures de Don-Quichotte de la Man- 
che ^ 1704, 1716, a vol. in- 12. Cer- 
vantes, piqué de ce qu'on continuait 
son ouvrage , se décida à le terminer ; 
et dai^is les dernières parties de son 
roman , on trouve plusieurs traits 
mordants contre Avellaneda.— Avel- 
LANEDA (Didacus), jésuite, né à 
Grenade, mort à Tolède, le 2 mars 
iSqB, a publié, sans y mettre son 
nom, Tractatus utrum in confessions 
sacramentali criminis consors no- 
minari debeat , ouvrage composé 
pour la défense de sa société , à la- 
quelle on reprochait de divulguer la 
confession, et imprimé à Rome vn 
1693. — Un autre Didacus Avella- 
NEDA , de Tolède , a laissé Traladi* 
de la casay familla de Avellaneda^ 
1 6 1 3. — Avellaneda ( Didacus Col- 
lantes de), de Guadalaxara, en Cas- 



AVE 
tille, professeur de droit à Sîguenza, 
y fut aussi avocat. Ou a de lui : Coin- 
mentariomm pragmaticœ in favo- 
rem rei frumentariœ , et agricola- 
mm, et renim quœ agriculturœ des- 
tinatœ sunt libri très , Madrid , 1 606 ^ 
m-4". A. B— T. 

AVELLINO ( François ) , méde- 
cin de Messine, florissait vers Tan 
i65o , et jouit d'une grande réputa- 
tion. Il a publie : I. Expostidatio 
contra chymicos , qud eorum para- 
doxa , seu ratlonis umbrœ ( si qiiœ 
sint) enucleantur , ejectantur , ex- 
pelluniur , Messanae, 1637 , in-4". ; 
IL un autre écrit, aussi en latin, contre 
ceux qui condamnaient Vusage des 
vésicatoires dans les fièvres mali- 
gnes , Messine, 1664. C. et A. 

AVENELLES ( Aubin des ) , cha- 
noine de Soissons , né vers 1 480 , a 
composé quelques pièces de vers assez 
libres , et qu'on trouve imprimées à 
la suite d'une traduction française de 
Y Art d'aimer d'Ovide. L'auteur de 
cette traduction est inconnu ; elle a 
été imprimée, pour la première fois, 
suivantM. Barbier, à Genève, in-8"., 
sans date. Goujct donne ainsi le 
titre de cette édition : Ovide, deJrte 
amandi, translaté de latin en Jran- 
cais , avec le Chief d'amour et les 
sept Arts libéraux , Genève , sans 
date, in-4°. , gothique. Si cette édition 
est effectivement la première , elle a 
paru à la fin de 11)09 , ou, au plus 
tard, en 1 5 1 o. Il y en a une seconde, 
Paris, Nicolas Bonfous , in- 16, éga- 
lement sans date. C'est la seule que La 
Croix du Maine ait connue. Eslienne 
Groulleau en donna mie nouvelle à 
Paris, 1548, in-8°. ; et une autre, 
i556 , iu-i6. M. Barbier en cite une 
d'Anvers, Gérard Spelraan, i556, 
in- 18. Les pièces qui suivent la tra- 
duction de XArt d'aimer, dans ces 
difleVenles éditions , appanieunent 



AVE 109 

seules à Des Avcnelles* Ce sont la 
Clefd*amour, ou le Chief d'amour 'y 
les sept Arts libéraux d^ amour ; le 
Remède d'amour , traduit du latin 
d'iEneas Silvius ( Pie IL), avec les 
additions de Mantuan ,• la Corn" 
plainte d'JEneas Silvius sur la des- 
cription par lui faite des amours 
d'Eurialus et Lucrèsse ; et enfin , la 
Déclamation morale de l'amant 
renonçant à la folle amour, La 
Monnoye n'attribue à Des Avenelles 
que les trois dernières pièces ; mais 
M. Barbier lui donne toutes celles que 
nous venons de citer, et c'est aussi 
l'opinion de Du Verdier'^ écrivain 
presque contemporain de Des Ave? 
nelles- W — s, 

AVENPACE. Foy. Aben-Pace. 

AVENTINUS (Jean Tour- 
MAYER, plus connu sous le nom d') , 
était fils d'un cabaretier d'Abeus- 
perg , ville de Bavière , où il naquit 
vers 147^7 et oii l'on montre encore 
sa maison. Il étudia à Ingolstadt , puis 
à Paris , où il fut reçu maîlre-ès-arts , 
alla à Vienne donner des leçons de 
poésie et d'éloquence , puis à Craco- 
vie,où il enseigna le grec et les ma- 
thématiques. En 1 5 1 2, il fut appelé à 
Munich par le duc de Bavière , pour 
présider à l'éducation des jeunes ducs 
Louis et Ernest. Ce fut par l'ordre da 
ces princes qu'il composa en latin les 
sept livres de ses Annales de Ba-* 
viere. Il vécut dans le céiibat jusqu'à 
l'âge de soixante-quatre ans j mais , 
songeant alors à se marier, il con- 
sulta ses amis , et compara les pas- 
sages de l'Ecriture-Sainte qui repré- 
sentent les avantages et les inconvé- 
nients du mariage, pour se déterminer 
sur le parti qu'il prendrait. Il se dé- 
cida enfin, en disant : «Je suis vieux, 
» j'ai besoin d'une compagne qui me 
» serve. » Il fut malheureux dans le 
choix qu'il fit , et mourut quatre aa5 



Il© AVE 

après, le 9 janvier i554' Un a de 
lui : Annalium Boioriim libri sep- 
tem , ouvrage classique pour ceux 
qui ne remontent pas aux sources. 
On avait ouvert à l'auteur , pour ce 
travail, les archives et les bibliothè- 
ques des monastères. La première 
édition fut donnée en i554 , in- fol. , 
par les soins de Jérôme Ziegler , qui 
mit en fête la vie d'Aventin. L'éditeur 
fit quelques retranchements qui dé- 
plurent à plusieurs personnes. Nico- 
las Gisner les rétablit dans l'édition 
qu'il donna en i58o. Elle a été réim- 
primée plusieurs fois , et effacée par 
celle que publia Gundling , Leipzig , 
1710, in-fol. Il faut ajouter à cette 
édition et à celle de Gisner Parali- 
pomena ad J. Aventini Annales 
Boiorum , que Struve a insérés dans 
la huitième partie de ses Acla lilte- 
raria. Ge qui a contril^ué à maintenir 
jusqu'à nous la grande réputation des 
Annales de Bavière , c'est que Vel- 
ser, qui entreprit après lui de traiter 
le même sujet, n'a pas eu le temps 
d'achever son ouvrage. Il existe une 
traduction allemande abrégée des 
Annales de Bavière , faite par Aven- 
tin lui-même , et imprimée à Franc- 
fort en i566, et i6'22, in-fol. Eric 
Olaiis Tormius a publié Anliquilales 
Danicœ exJ. Avenlino selectœ, cum 
Commentario Joh. Lyscandri, Co- 
penhague, 164*2, in-4''. IL Chro- 
nicon , sive Annales Schirenses , 
1600, 1625, 1716, in-4". m. His- 
ioria cœnohii OEtingensis in Bava- 
rid cum diplomatibus , Nurem- 
berg, î5i8, in-4''.? qu'on trouve 
aussi dans le second volume de Lu- 
dewig, 1718. IV. Numerandi per 
digitos manusque , quin eliam lo- 
quendi veterum consuetitdinis aha- 
cus, i523, in -4".; et à la suite des 
Annales de Bavière ,1710, Aventi- 
nus avait eu l'idée de cet ouvrage par 



AVE 
des Tables représentant Tancienne 
manière des Romains de compter 
sur leurs doigts , qu'il avait trouvées 
à Ratisbonne. V. Budimenta gram- 
maticce et Encjclopœdia orbisque 
doctrinarum ^ iSig et i52o, in- 
4". ; VI. un Traité des causes des 
malheurs de la chrétienté, dans la 
Chronica Turcica de Londres. VIT. 
Fita Henrici quarti imperatoris , 
cum ejusdem imp. episiolis. Aug. 
Viud. i5i8, iii-4"'j très-rare. 

A. B— T. 

AVEN-ZOAR. r. Aben-Zohar. 

AVERANI ( Benoit ) , ne à Flo- 
rence , le 19 juillet 1645, d'une hon- 
nête et ancienne famille , montra , dès 
sa tendre jeunesse, la plus grande in- 
clination pour l'étude. Au lieu de par-i 
tager les amusements des jeunes gens 
de son âge , il lisait continuellement 
l'Arioste et le Tasse, ou étudiait seul et 
sans maître l'arithmétique. Envoyé à 
l'école des jésuites , il y fit des progrès 
surprenants. Ses compositions , tant 
en prose qu'en vers , étaient des mo- 
dèles que son professeur donnait à 
imiter aux autres élèves. A peine avait- 
il fini sa rhétorique, qu'un P. domini- 
cain l'engagea à faire un poëme en l'hon- 
neur de S. Thomas d'Aquin. L'ouvrage 
fut composé en deux jours , quoiqu'il 
fut de plus de trois cents vers. L'au- 
teur y expliquait, avec une clarté sur- 
prenante , les mystères les plus secrets 
de Id théologie. En philosophie, il ne 
se contenta point des leçons qu'on lui 
donnait ; il voulut recourir aux sources 
mêmes, c'est-à-dire aux ouvrages 
d'Aristote et de Platon ; la doctrine de 
ce dernier eut pour lui un attrait par- 
ticulier , et devint dans la suite le sujet 
favori de ses méditations j il voulut 
avoir aussi des connaissances en géo- 
métrie, en astronomie, et dans toutes 
les parties des mathématiques ; il les 
apprit sans maître et par la seule force 



AVE 

6e son génie. Il étudiait la jurispru- 
dence à Pise , où il fut ensuite reçu 
docteur, lorsque le cardinal Lëopold 
de Toscane, grand protecteur des 
lettres, ayant apprécié son mérite, 
rengagea à ne pas négliger les études 
purement littéraires , parce qu'il lui 
destinait une chaire de belles -lettres 
dans cette université. Ce fut alors qu A- 
verani apprit le grec , sans maître , 
comme il avait appris tout le reste. Au 
bout de six mois , il fut en état de l'en- 
seigner ; et ayant été nommé , en 
1676, professeur de littérature grec- 
que , il expliqua l'Anthologie, Euripide 
et même Thucydide. Il passa ensuite 
à la chaire d'humanités , et donna des 
leçons sur Tite-Live,Gcéron et Virgile. 
Toutes CCS leçons ont été imprimées. 
Il mourut à Pise, le 28 décembre 
1707, et fut enterré solennellement 
dans le Campo Sanio. Son buste fut 
placé sur son tombeau , où fut gravée 
une longue inscription, contenant l'é- 
loge de son savoir, des services qu'il 
avait rendus aux sciences et de ses 
vertus. Il était membre de l'académie 
des Apatisli de Florence et de celle 
de la Crusca. Il fut aussi de celle des 
Arcades, dès le commencement de son 
institution, et y \iv\i le nom de Corileo 
Nassio. Il était doué d'un esprit éten- 
du et d'une mémoire prodigieuse. 
Quoiqu'il n'eût point fait d'extraits des 
auteurs qu'il avait lus , il les citait de 
mémoire dans ses discours , ou trou- 
vait avec une extrême facilité dans les 
auteurs mêmes les passages dont il 
avait besoin. Il cullivait aussi la poésie 
latine et italienne, et improvisait faci- 
lement dans ces deux langues. Il s'était 
formé, de tous les systèmes anciens de 
philosophie morale, un système par- 
'iculier qui approchait du stoïcisme, 
ilurellement taciturne et ennemi des 
uiscours inutiles, il n'avait cependant 
1 ien de rude dans les manières, il sa- 



AVE lit 

vait jouir d'une conversation intéres- 
sante, et aimait à rendre les soins qu'il 
recevait de l'amitié. On a de lui : I. 
JDissertationes habitce in Pis and aca» 
demid , in quibiis grcecœ , latinœque 
eloquentiœ principes explicantur et 
illustrantury etc.; accesserunt ejus" 
dem orationes et carmina omnia 
iteriim édita, etc., Florence, 1-^16 
et 1 7 1 7 , 5 vol. in-fol. ; II. Dieci le- 
zioni composte sopra il quarto SO' 
netlo délia prima parie del Canzo^ 
niere delPetrarca , Ravenne, 1707, 
in-4''.; III. seplLeçons danslevol. liï 
de la seconde partie des Prose fia- 
rentine , et quatre autres dans le vol. 
IV , sur différents sujets , tels que la 
théologie des païens , la doctrine de 
Platon, les antiquités, etc. ; IV. plu- 
sieurs compositions envers et en prose, 
restées manuscrites ou publiées dans 
divers receuils. G — e. 

AVRRANI ( Joseph ), frère du pré- 
cédent, né à Florence en 1662, fut 
professeur de droit à Pise, et y mou- 
rut le 24 août 1758. Il publia en 
170") : Disputaiio de Jure helli et 
pacis^Oii a de lui plusieurs opuscules, 
entre autres , Dissertatio de calcuîo' 
rum, seu latrunculorum ludo, im- 
primée dans le tome VII du recueil 
intitulé : Miscellanea di varie opé- 
rette. Il a donné en latin des interpré- 
tations du Droit en cinq livres. Les 
deux premiers parurent à Leyde, 
1 7 1 6 , 1 7 36 , 2 vol. in-B". ; les trois 
derniers à Leyde, 1742^4^. L'ou- 
vrage entier a été réimprimé à Lyon , 
1751, 2 vol.in-4°.j à Leyde, 1755, 
2 vol. in -4°., ou 2 vol. in-8'*.j à Lyon , 
1 758, 2 vol. in-4''. « Ces interpréta- 
» tions sont savantes , dit Camus. L'ob- 
)) jet principal de l'auteur est de faire 
» disparaître les contradictions des 
» lois ou antinomies apparentes : sou* 
)> vent il y réussit avec beaucoup d'ha- 
)» bileté. » A.B— ï. 

/ 



lia AVE 

AV E R D Y ( Clémem T - Charles- 
François DE l'), né à Parisien 1723, 
était coDseiller au parlement, lorsque 
sa réputation de probité , appuyée de 
la j)rotertion de M'"* . de Pompadour , 
le fit nommer couti'ôleur- générai, eu 
ï-yôS, à la place de Brrtin. L'ar- 
gent était rare, les dissipations scan- 
daleuses, et les circonstances diffi- 
ciles. Les écrits ou couplets satiriques 
sont des sources où l'historien peut 
puiser plus qu'on ne pense. Le Noël 
fameux qui courut sur la cour de 
Louis XV , à l'époque de la nomina- 
tion de l'Averdy , peignit sous df s 
couleurs trop vraies l'apparition d'un 
homme honnête et impuissant dans 
le ministère des finances : 

N'ayant de confiance 

Qu'au poupon nouveau-né 

De r AvcrJy s'avance 

D'uu air toul consterné , 

Disant : Puisqu'on ce jour 

Vous êtes noire oracle , 
Jésus , je me livre à vos soins : 
Pour su]>venir à nos besoins 

II nous faut uu miracle. 

On attendait de l'Averdy des réfor- 
mes heureuses et de sages écono- 
mies; mais on ne lui donnait pas les 
moyens de les effectuer. Il délivra le 
commerce des grains de ses entraves; 
mais ce principe , qui demande à être 
contenu dans de justes bornes, ne tarda 
pas à entraîner des abus dans son ap- 
plication. Il fallut imaginer de nou- 
velles ressources , et en revenir au 
désastreux moyeu de l'augmentation 
des impôts. Laverdy était un hon- 
nête homme timide, et on l'accusa 
non seulement d'autoriser ce qu'il ne 
pouvait pas empêcher , mais d'être le 
complice des abus sur lesquels il avait 
la faiblesse de fermer les yeux. ^ 'ayant 
ni l'esprit de la cour , ni l'esprit de sa 
place, comme min istie il fit tout mal, 
même le bien. Il fut remercié la même 
année. G)mme il n'avait pas répondu 
à l'attente générale, et qu'il n'avait 
pas fait de miracles, Ivs couplets sati- 



AVE 

riques celelirèrent sa retraite, de même 
qu'ils avaient célébré son arrivée au 
ministère ; et le Français léger se ven- 
gea et se consola d'être grevé de quel- 
ques impôts de plus , en chantant ce 
refrain qui courut dans le temps ; 

Le roi dimanche 
Dit à l'Averdy: 
Va-t-en lundi. 

Voltaire lui a rendu plus de justice 
dans une lettre à Taboureau : « Ce 
» ministre, dit-il, avait fait du bien. 
» On lui devait la Hberté du commerce 
» des grains , celle de l'exercice de 
» toutes les professions , la noblesse 
» donnée aux commerçants , la siip- 
» pression des recherches sur le cen- 
î) ticrae denier après deux années , les 
» privilèges des corps de ville , l'éta- 
» blissement de la caisse d'amortisse- 
» ment. Trop souvent le public est 
» injuste et ingrat.» Retiré dans sa 
terre de Gambais , près de Montfort- 
l'Amaury, l'Averdy se livrait, dans 
la retraite, à la culture des lettres, 
et s'occupait du bonheur de ses vas- 
saux , lorsque la révolution de 1 -^89 
arriva. 11 en fut une des victimes , et 
les prétextes ne manquèrent pas pour 
le perdre. On accusa ce vieillard d'a- 
voir été associé au monopole qui s'é- 
tait exercé sous son ministère qua- 
rante ans auparavant; d'avoir, en 
1789, par une suite de cette même 
haine pour le peuple, fait jeter des grain s 
dans un des bassins de son parc de 
Gambais , et d'être ainsi complice de 
la famine, dont les vraies causes et 
les vrais auteurs n'étaient déjà que 
trop connus. L'Averdy entendit son 
arrêt de mort sans aucune émotiou 
ni plainte ; il regietta seulement la 
peine qu'il avait prise de prouver 
son innocence ; et, pour qne rien ne 
manque à l'intérêt de tout être sen- 
sible sur le sort de cet innocent et res- 
pectable vieillard , nous ajouterons 
qu'eu allant au supplice, il relevait, 



AVE 

par ses consolations et son exemple , 
le courage abattu d'un de si's com- 
pagnons d'infortune. Ce fut avec ce 
calme et cette fermeté qui n'appa»'- 
liennent qu'à \S vertu , que l'Averdy 
reçut la mort à soixante-dix ans, le 
114 novembre 1793. L'académie des 
inscriptions et belles - lettres l'avait 
admis en 1 764 au nombre doses mem- 
bres honoraires , à la place du comte 
d'Argenson. li a laisse' quelques ouvra- 
ges, tels que : I. Code pénal y i'5'2y 
in- 12; II. De la pleine souvernifielé 
du roi sur la province de Bretagne , 
j 7(35 , iu-8 '. ; m. Mémoire sur le 
procès criminel de Robert d' Artois y 
pair de France , dans les notices et 
extraits des manuscrits de la biblio- 
thèque du roL IV. Suite des expé- 
riences de Gambais sur les bleds 
noirs ou cariés ^ 1788, in-8^; V. 
(avec G. Poirier) Tableau général^ 
raisonné et méthodique des ouvrages 
contenus dans le Recueil des Mé- 
moires de r académie des inscrip- 
tions y depuis sa naissance jus que s et 
compris 1788, Paris, 1791, in-4°. 
's—y. 
AVEROLDI ( Jules -ÂNTOI^E), 
savant antiquaire du 17''. et du 
j8 . siècle, naquit à Venise le 
6 janvier ib5i. Après avoir ete reçu 
docteur en droit à Padoue , il se 
livra à l'élude des antiquités , et se 
forma une riche collection de livres, 
d'inscriptions et de médailles. Son 
goût le porta à traduire en italien 
le Discours sur douze médailles 
des jeux séculaires de l'empereur 
Domitien , écrit en français par Rains- 
sant , de Reims , médecin et anti- 
quaire du roi de France. La traduc- 
tion d'Âveroldi parut à Brescia , 1687, 
in-8". Il eut aussi de grandes con- 
naissances et un goût très-fxercé en 
'peinture. Il en donne la preuve dans 
Ip Scelle pitUira di Brescia addi,- 
iif. 



AVË 



ti5 



iate al forestière , Brescia, 1700, 
in-4''. 11 n'y traite pas seu!em( nt de 
la peinture , il y parle aussi des anti->- 
quités et des m.onuments remarqua- 
bles que renferme Brescia ; il réla^ 
blir quarante inscriptions qui avaient 
été publiées d'une manière incorrecte 
par Rossi et Vinacesi. Averoldi mou- 
rut à Brescia, le 5 juin 1717. Outre 
les deux ouvrages cités , cet auteur a 
laissé un grand nombre de mémoires 
sur des objets curieux et intéressants, 
conservés en manuscrit dans sa fa-^ 
mille. G-— e'. 

AVEIIRHOES ( Aboul-Vélyô- 
MoHjiMMED , OU régulièrement Îbn- 
Rochd), philosophe et médecin arabe, 
naquit à Gordoue, au 1*2". siècle. Sa 
grande réputation vient surtout de ce 
qu'il est le premier traducteur des 
OEuvres d*Ar;stole. Il étudia succes- 
sivement la jurisprudence, les mathé- 
matiques et la médecine. Né avec 
d'heureuses dispositions, et subtil dia*- 
lerticieu, on le surnomma le Comment 
tateur, à chaise du grand nombre de 
volumes qu'il composa pour expliquer 
Aristote. Il fut plus philosophe , ou 
médecin spéculateur , que médecin 
praticien , et plusieurs fois il exprirnà 
cette vérité trop peu sentie et si sou- 
vent oubHée dans le monde, qu'un 
honnête homme peut se plaire à là 
théorie de cette science , mais doit 
tremblerquand il veut en fait-e la moin- 
dre application pratique , tant il est 
difficile et délicat de préciser les cas. 
Cependant , à la prière du prince 
de Maroc, il écrivit un ouvrage de 
médecine intitulé : Collyget, divisé 
en sept livres , où il s'attache plus à 
la partie spéculative qu'à la partie pra- 
tique; il introduit, dans cette science, 
plus qu'aucun autre écrivain de sa na- 
tion, la philosophie péripatéticienne, 
et professe une grande estime "pour 
Galicu. Avcrrlioës ^vcst pas moins 

8 



ii4 



AVE 

faraeux comme philosophe. Ses enne- 
mis, jaloux de sa réputation, cher- 
chèrent à lui enlever la faveur de l'em- 
pereur de Maroc , en l'accusant d'he'- 
rësie, et celui-ci força le savant à se 
rëtracler à la porte de la mosquée, et 
à recevoir sur le visage les crachats 
de tous ceux qui y entraient , acte bien 
digne du despotisme oriental. Je ne 
sais si les divers jugements sur les re- 
ligions chrétienne, juive et mahome'- 
tane, qu'on lui attribue, sont vrais; 
il disait la rehgion chrétienne impos- 
sible , à cause du mystère de l'Eucha- 
ristie; il nommait celle des juifs une 
religion d'enfants , à cause de ses dif- 
férents préceptes et observations lé- 
gales; il avouait que la religion de 
Mahomet, bornée au plaisir des sens , 
cîait une religion de pourceaux ; et, 
dans son indignation , il s'écriait : Mo- 
riatur anima mea morte philoso- 
phorum. Je ne sais non plus si le re- 
proche d'athe'isme qui lui a été intenté 
repose sur des fondements plus réels ; 
le fait est qu'à la fin de l'empire 
des Arabes, leurs écoles ne suivirent 
plus que sa philosophie, et que , de 
son vivant même, il fut regardé, par 
les mahoraétans, comme un raison- 
neur hardi et dangereux qui sapait 
les fondements de toutes les religions , 
et que la lecture de ses écrits fut in- 
terdite aux chrétiens par plusieurs co- 
rèdes. Averrhoës mourut à Maroc, 
Tan SgS de Thég. ( 1 1 98 de l'ère chré- 
tienne ) , selon Abou-Osaibah , qui lui 
a consacré un article dans sa Biogra- 
phie des Médecins. Son Commentaire 
sur Arisiote parut à Venise, en 1 495, 
in-fol. , et a été réimprimé plusieurs 
fois. Son Collj^get, en sept livres, 
a eu de nombreuses éditions à Venise, 
à Lyon , etc. 11 a aussi publié des Com- 
menlaîYes sur les Canons d'Avi- 
cenne ^ Venise, '4^4? in-fol.; un 
Traité de la tJiériaque, réuni à son 



AVE 

Colfyget ; un livre sur les poisons , 
l-.yon , 1 5 F 7 , in-4*'. ; un Traité sur 
les fièvres. Dans le livre d' Averrhoës, 
inlilulé : Colljget , il y a quelques pas- 
sages sur les plantes médicinales , mais 
qui sont de très -peu d'importance. 
Cependant, Linné lui a consacré, sous 
le nom A^Averrhoa , un genre de 
plantes qui comprend des arbres de 
l'Inde dont les fruits sont estimés; ce 
sont le Carambola et le Bilijnbi. On 
trouvera la liste des ouvrages d' Aver- 
rhoës dans la BibL arab. hisp. de 
Casiri. J — w. C. et A. 

AVERSA (Thomas), poète italien 
du 176. siècle, était d'Amistrato , ville 
de Sicile; mais s'établit, dès sa pre- 
mière jeunesse à Païenne , où il passa 
la plus grande partie de sa vie , livré 
à l'étude des lettres. Il fut d'abord at- 
taché au cardinal Giannettino Doria , 
archevêque de Palerme , puis à Louis 
de Moncade , duc de Montalte ; enfin 
à Diego d'Aragon, duc de Tcrra-Nuo- 
va , qui l'emmena en Espagne , où il 
se fit estimer par son savoir. Le duc 
ayant été nommé ambassadeur auprès 
d-e l'empereur Ferdinand III , puis au- 
près du pape Alexandre VI, Aversa 
eut l'occasion de se faire des amis, tant 
à Vienne qu'à Rome, parmi les littéra- 
teurs les plus distingués ; étant de re- 
tour à Palerme , il y mourut d'une at- 
taque d'apoplexie, le 5 avril i663. 
On a de lui les ouvrages suivants : I. 
Piramo e Tisbe , idylle en langue si- 
cilienne, Palerme, 1617, in-8".;II. 
gli Avventurosi intrichi, comédie en 
prose, Palerme, 1657, in-8".; IIL; 
la Notte di Palermo , première co- î 
mëdie en langue sicilienne ( en vers ), I 
Palerme , 1 658 , in-8". ; IV. il Pelle- 
grino, ovvero la Sfinge debellata; 
il Sebastiano , ilBartolommeo^ tra- 
gédies sacrées , Palerme , 1641 et 
1G45 , in-8°.; V. il primo tomo delV 
Eueide de FirgiliOy tradotto in rima 



AVE 

siciliana , Palcrme, 1 65 4 , in- 12. 
Ce premier volume contient les i"., 
•2*. , S*", et 4^ livres j le 1''. volume, 
qui parut en 1657, in- 12, contient 
les 5, 6, 7 et 8^ livres; enfin le 3". 
et dernier, imprimé en 1660, in- 12 , 
contient le reste de V Enéide, VI. La 
Corte nelle selve , traltenimenti mo- 
desti ed utili , etc., Rome, 1657, 
in- 12. Ces Amusements sont parta- 
ges en plusieurs veille'es , pour les der- 
niers jours du carnaval; l'auteur s'y 
est déguisé sous le nom de Tomino 
d'Jmisirato ; il y a joint une de ses 
comédies , intitulée : JVotte, Faio ed 
Amore , et des observations sur cette 
piècç. Il a encore composé d'autres 
comédies , des tragi-comédies, des 
chansons siciliennes et des poèmes , 
qui sont imprimés à part , ou insérés 
dans divers recueils. G — e. 

AVESBURY (Robert), historien 
anglais du 1 4". siècle. On ne connaît 
rien de sa vie , sinon que , d'après le 
titre de son ouvrage , il dut être gref- 
fier de la cour de l'archevêque de Can- 
torbéry. Son Histoire intitulée : Mi- 
rabilia gesta magnifici régis Angliœ 
Domini Edwardi tertii, contient le 
détail de tout ce qui s'est passé pendant 
la vie d'Edouard III , depuis sa nais- 
sance jusqu'en i356, époque où l'ou- 
vrage resta incomplet, sans doute par 
la mort de l'auteur. Ce morceau esti- 
mable de l'histoire d'Angleterre est un 
récit des faits , justifié par des copies 
fidèles des actes publics. L'auteur, plus 
exact que la plupart des écrivains de 
ce temps , a donné les dates des évé- 
nements. Si son style a la rudesse de 
cette époque , ce défaut est amplement 
compensé par la candeur et l'impartia- 
lité de l'historien. Cet ouvrage curieux 
resta long-temps inconnu , même des 
gavants anglais. En 1720, Thomas 
Uearne le fit imprimer à Oxford, après 
avoir coUationné trois manuscrits , 



AVI ii5 

qu on croit être du temps de l'auteur, 
ïyrrel , dans la préface du 5". vol. de 
son Histoire générale d^ Angleterre, 
dit qu'Avesbury était un écrivain recom- 
mandable pour son temps , et très- 
exact dans le compte qu'il rend des 
actions du roi Edouard au-delà de la 
mer , ayant consulté plusieurs lettres 
originales écrites par des personnes 
distinguées. L'édition qu'Hearne a 
donnée de cette Hisoire est accom- 
pagnée d'un apppendix contenant plu- 
sieurs pièces curieuses d'antiquités. 
On y trouve, entre autres , une copie 
de la correspondance de Henri VÎII 
avec Anne de Boulen. D — t. 

AVESNE. Fojr. Davesne. 

AVIANO ( Je'rôme ), Vicentin , fut 
un des poètes de son temps qui réus- 
sirent le mieux dans le genre plaisant 
ou burlesque. Il florissait en 1 6 1 o ; on 
trouve, dans le S*", livre du recueil des 
Rime piacevoli , Vicence , 1 6 1 o , in- 
1 2 , et dans un autre recueil de ces 
mêmes Rime, 1627, in- i2,troisca- 
pitoliy ou chapitres satiriques dont il 
est l'auteur : le premier, adressé à une 
dame, pour se plaindre de l'amour; le 
second à un seigneur vicentin , pour 
le féliciter de son mariage; le troisième 
à la louange des cervelas et des bou- 
dins de Milan. Ce dernier est tout-à-fait 
dans le genre des capitoli du Berni , 
du Mauro, du Lasca et des autres poè- 
tes burlesques , qui , soit pour se mo- 
quer des éloges que l'on faisait sou- 
vent de gens et de choses' peu loua- 
bles , soit par pure plaisanterie , se 
mirent à faire l'éloge des fruits , de^ 
viandes, des anguilles, de la salade; 
des fèves , de la soif, et même de lît 
peste. G— E. 

AVICENNE, ou correctement 
IBN-SINA(ABou-ALYHocEm), le 
plus célèbre des médecins arabes, na- 
quit en sefer 370 de l'hégire (août- 
septembre 980 de J.-C. ), à Afcha- 



ii6 AVI 

ïiah , bourg dépendant de Cliyraz et 
dont son père était gouverneur. Il 
avait reçu de la nature des dispositions 
si heureuses , que , dès l'âge de einq 
ans, il commença ses études à Bokhara, 
où son père le conduisit , et apprit en 
cinq ans les principes du droit , les 
belles-lettres et la grammaire. Toutes 
les brancbes des connaissances cul- 
tivées de son temps, furent ensuite 
successivement Tobjet de ses études. Il 
apprit les sciences physiques et natu- 
relles, la logique, la métaphysique, et, 
à diîL-huit ans , il était assez instruit 
pour entrer en lice avec ses maîtres. 
La médecine avait été particulièrement 
l'objet de SCS études ; il n'était encore 
qu'élève à Bokhara , dont la riche bi- 
bliothèque lui offrait tous les moyens 
de s'instruire , lorsqu'il guérit Témyr 
Nouh d'une maladie giave. Cette cure 
jeta les fondements de sa réputation 
et lui mérita la faveur du prince. De 
retour auprès de son père , il se forma 
sous ses yeux à l'administration et à 
la conduite des affaires. La mort lui 
ravit cet appui à l'âge de 22 ans, et, 
depuis ce premier malheur, la vie d'A- 
vicenne n'offre plus qu'un tableau de 
vicissitudes. Les princes samanides, 
ses protecteurs, s'avançant à grands 
pas vers leur ruine , il se retira auprès 
du roi duKharizra, où Alfarabius , 
Abou-Ryhnn, et plusieurs autres grands 
bommcs avaient déjà cherché un asyle. 
Mahraoud-Se'bektéguy, conquérant cé- 
lèbre , qui joignait à la gloire des 
armes l'amour des lettres , et dont la 
cour était une académie de savants et 
de portes, écrivit au roi du Kharizm 
de lui envoyer ces illustres savants. 
Alfarabius et Abuu-Ryhan obéirent; 
mais Avicenne, qui craignait leurs in- 
trigues et les caprices des grands, pré- 
féra prendre la fuite avec Abou-Sahal. 
11 se dirigea vers A by vcrd, et erra long- 
temps dans le désert qiù sépare cette 



AVI 

ville du Kharizm, sans guide, sans 
vivres , et exposé aux ardeurs d'un 
soleil brûlant. Abou-Sahal succomba, 
et Avicenne, plus heureux, arriva à 
Abyverd , mal.idc et dénué de tout. 
De là, il alla à Djordjan. Uneguérisoa 
désespérée qu'il fit dans un caravan- 
sérai , lui fit une grande réputation j 
mais ce qui contribua surtout à sa for- 
tune en ce pays, fut la guérison du 
neveu de Cabous ( Foy. Cabous). Ce 
jeune homme était attaqué d'une ma- 
ladie de langueur qui avait résisté à 
tous les remèdes. Avicenne , plus 
adroit , soupçonna qu'elle n'avait 
d'autre cause que l'amour. Pour s'en 
assurer , il amena un jour la con- 
versation sur les diverses femmes 
de la ville, et il reconnut, à l'agitation 
que le nom de la femme préférée dé- 
termina dans le pouls du jeune prince, 
et la vraie nature du mal, et celle qui 
le produisait. Ce succès le mit en 
grande faveur auprès de Cabous ; 
bonheur dont il jouit peu. Cabous 
passa du trône dans une prison. 
Avicenne , privé de son bienfaiteur, 
poursuivi par le ressentiment de Mah- 
mouh-Seljektégui qui avait envoyé son 
portrait dans tous les pays soumis à 
son influence , afin qu'on arrêtât celui 
qui le représentait , se retira à Rey , 
où il acquit une grande faveur auprès 
de Madj-Eddaulah, qui y régnait, en le 
guérissant d'une grande maladie. Il 
devint son premier médecin et son 
vizyr. La marche de Mahmoud vers 
rirac le força d'abandonner encore 
SCS dignités. Il alla à Hamadan, où 
la guérison de Chams-Eddaulah lui 
valut la dignité de \i7.yr de ce 
prince. Au bout de quelque temps , 
les troupes s'ctant révoltées , sa mai- 
son fut pillée , et peu s'en fallut qu'il 
ne perdît la vie. Dégoûté alors des 
honneurs , il se cacha , et résolut 
de ne plus reparaître à la coui*; mai& 






AVI 

Cîiams-EdclAulah , attaque d'une nou- 
velle maladie , le fit chercher avec 
tant de soin , qu'il découvrit sa re- 
traite, et le força à reprendre ses 
dignités. Cependant les affaires de 
l'état ne lui firent point oublier ses 
travaux. Il consacrait le jour aux pre- 
mières, et la nuit à ses plaisirs et à la 
composition de ses ouvrages. Ce fut 
dans ce poste émiiient qu'il conçut le 
plan de son traité de métaphysique , in- 
titulé: Ketdb el- Chéfd, et qu'il compo- 
sa la première partie de ses C«?ion5. A la 
mort de Ghams-Eddaulah , il se démit 
de sa place de vizy r , et se retira chez un 
de ses amis , pour se livrer tout entier 
à la composition de ses ouvrages; 
mais un des ministres du successeur 
de ce prince , le soupçonnant d'entre- 
tenir des inteliigences avec Ala-Ed- 
daulah, sulthân d'ispahan , le fit en- 
fermer dans un château-fort , d'où il 
ne sortit que lorsque ce prince eut 
vaincu le successeur de Chams-Eddau- 
lah. Avicenne revint alors à Hamadan , 
y composa son traité de philosophie , 
intitulé: Adou/^eh-Félasyféh, et se 
rendit ensuite à Ispahan. Lorsqu'il 
approcha de cette ville , les courtisans 
d'Ala-Eddaulah vinrent en grande 
pompe à sa rencontre, et le conduisi- 
rent dans un hôtel richement décoré 
qu'on lui avait préparé. Le prince le 
combla de bienfaits , et l'éleva àla di- 
gnité de vizyr. Dans cette place émi- 
nente , il eut besoin de toute sa politi- 
que pour conserver les états de son 
prince , et le défendre contre Maçoud, 
fils de Mahmoud-Sebektéguy. Cepen- 
dant, les soins de la politique, ses excès 
avec les femmes et àla table, avançaient 
le terme de sa vie. Un de ses esclaves, 
qui voulait s'emparer de ses richesses, 
ayant raclé une forte dose d'opium à la 
potion qu'il prenait pour calmer ses 
attaques d'épilepsie , lui porta le coup 
mortel. 11 eut bien la force de résister 



AVI 117 

d'abord àla violence dn poison ; mais ssl 
santé ne put se rétablir. Il mourut en 
ramadan 42B de l'hég. ( 1 057 de J.-C), 
à Hamadan , où il avait été forcé d'ac- 
compagner Ala-Eddauîah. On voit en- 
core dans crtte ville les ruines de son 
tombeau. Si quelque chose peut excu- 
ser la passion d' Avicenne pour le vin, 
c'est l'origine qu'il lui donne. « Jamais 
» je ne dormais , dit-il, une nuit en- 
» tièrc. Je travaillais continuellement, 
» et je connus , au dérangement de ma 
» santé et à l'affaiblisscinent de mes 
» organes, que j'avais besoin de forti- 
î) fier la nature. Je préférai le vm , 
» celte liqueur salubrc , au sommeil 
» qui m'aurait ravi un temps pré- 
» cieux; » ajoutons que les malheurs 
qu'il éprouva contribuèrent beau- 
coup à le jeter dans ce fâcheux excès. 
Avicenne est, sans contredit , un des 
hommes les plus extraordinaires qu'ait 
produits l'Orient. Doué d'une mémoire 
prodigieuse et d'une rare facilité, il 
s'appliqua à toutes les sciences , et, 
malgré ses malheurs, ses emplois et 
ses excès , il composa sur toutes des 
ouvrages dont chacun semble* avoir 
dû remplir toute entière la vie d'un 
homme laborieux. L'étendue de ses 
connaissances ne l'avait point garanti 
des travers de l'ignorance. Il composa 
plusieurs Traités d'alchimie. La mé- 
taphysique l'avait également égaré, 
et , à force de raisonnements, il était 
devenu sceptique. On dit que , vers I.1 
fin de sa vie , il reconnut ses erreurs. 
Ce mélange de bien et de mal se re- 
trouve dans tous ses ouvrages, et, si 
Ton en croit Abdallatif, le mal l'em- 
porte; car cet écrivain dit qu'ils sont 
dangereux et qu'ils ont perdu beaucoup 
de gens. En Europe, ses principes 
philosophiques sont presqu'ignorés ; 
il n'y est connu que comme médecin. 
Sous ce rapport, son mérite est surtout 
de compilation, et, œainteuaut que l'oii 



ii8 AVI 

possède les monuments précieux de 
la médecine grecque , Avicenne est 
oublie' comme tout ce qu'a produit 
Técole arabe ; mais il n'en fut pas tou- 
jours de même. Aucun homme, depuis 
Galien et Aristote , n'a exercé dans la 
science un empire aussi absolu qu'A- 
vicenne. Pendant près de six siècles , 
ses Canons fment suivis exclusive- 
ment en Europe dans les écoles. Ce 
n'est guère que depuis un siècle qu'ils 
ont été abandonnés par les universités 
de Montpellier et de Louvain , et c'est 
une justice à rendre aux universités 
d'Italie et de Paris que d'avancer qu'el- 
les quittèrent les premières la doc- 
trine des Arabes, pour reveuir aux 
médecins grecs j mais il faut convenir 
îiussi que , d'un excès , on est passé à 
l'autre, et qu'aujourd'hui Avicenne est 
trop négligé. Ses Cajions ont été tra- 
duits et imprimés plusieurs fois, en 
tout ou en partie. La première de toutes 
ces traductions latines est celle qu'eu 
fît Gérard de Crémone , vers le 1 2^. 
siècle, à Tolède, d'après le manus- 
crit arabe qui. existe encore dans la 
bibliothèque de cette ville. Cette tra- 
duction fut imprimée à Paris, en 3 
vol. in-fol. , avec les commentaires de 
J. de Partibus. Cette édition est sans 
datej mais J. de Partibus nous ap- 
prend qu'il commença ses commen- 
taires en 1452 , et qu'il les finit en 
145 4' Tout porte à croire qu'elle pa- 
rut peu après cette dernière époque , 
ç'est-à-dire vers l'an 1 460 . Les princi- 
pales éditions des ouvrages d' Avicenne 
50nt : L Canon. A vie. lihri V^ lat. 
versi à G. de Cremond. Tractatus 
de viribus cordis, Amaldo de Filla- 
nova interpr.^ Yen., 1 485 j IL Canon, 
Avic. , hehraicè, Ncapoli, if\git.. Les 
juifs ont beaucoup étudié Avicenne^ 
dont ils possèdent plusieurs traduc- 
tions. Tout porte à croire que celle-ci 
estdu^abbiu^'athall Amathi. III. Ope- 



AVI 

raphiîosophica^ casiis^ataper cano- 
nés regidares S. Aug. de viridario , 
Yen., 1 495, in-fol. ; l\ .Metaphjsica, 
sive prima Philosophia , castig, per 
F. de Maceraia et Ant. Fracantia- 
niim, Yen., i495. ; Y. Texius fen 
Avic. , et Cantica lat. cum Isagoge 
Joannitii, Yen. , 1 507 ; V I. Canon. , 
cum explan. Gentilis Folgin et sup- 
plementis J. à Partibus et Math, de 
Grado^ Yen., i52o; y\\. Quarta 
fen. libri primi de universali ra- 
tione meàendi , Jac. Mantino medico 
hebrœo interprète J F SkTÏs, i532. Cet 
ouvrage a été traduit de nouveau par 
Gratiolus , et publié , avec des notes, à 
Yenise, en 1 58o ; Wll. Cojnpendium 
de anima J lat.fact. ab Alpago cum 
expos, y Yen. y i546. IX. Prima fen 
quarti Can. de Febribus , Paris , 
1549. •^' Cantica f cum comment. 
Averrhoés. , dans le tome X des Œu- 
vres d^ Aristote, éd. de 1 562. XI. Libri 
tertii fensecunda, deœgriludine ner- 
vorum , ex hebrœo in lat. versa , 
Parisiis , 1 5 •- o, in-8°. ; ejusd. libri fen 
prima tractatus quarti in quo scribit 
de œgritudinibus capitis et noxa 
multa illarum infunctionibus sensus 
et moderaminis ; ex hebr. in lat. 
translatio , Parisiis , 1572, in-8". Ces 
deux ouvrages sont traduits par Cinq- 
Arbres, professeur d'hébreu au col- 
lège royal de France. Xïl. Canonis li- 
bri quinque , cum prœmissd autoris 
vitd , accedit index J. Palamedis in 
Avic.libroSfYen.j i5Si ; XIII. Libri 
quinque Canon, medic, quibus additi 
sunt librilogicœ,phys. metaph., Ro- 
mae, in typis Medicis, ï^gS, in-fol. 
Cette édition est un chef-d'œuvre de ty- 
pographie arabe. XIV. Libri quinque 
Canon. Avic. , ex vers. Ger. de Cre- 
mondetAlpugo, castigai.àJ. Costeo 
et iMos. annotationibus; prœmissa est 
vitaAvicennœ ex Jurjano arabo ejus 
discip. f à IS\ Massa lat. scripla, Ven. 



AVI 
1608, 2 vol. iii-fol. Cette e'dîtîon , quoi- 
que fautive , est celle qu'on cite le plus 
souvent. XV. Libri duo Can. Avic. 
arab. etlat. à P.Kirstenio, cumnotis, 
Wratislaviae , 1609 ; XVI. De conge- 
laiione et conglutinatione lapidis, se 
trouve?, I". dans le i *'Mome de F-^ri 
aurifera, édition de Baie, 161 o; i"". 
dans le Gj^mnas. chymic. , de i65(), 
et dans le Gebri magisterium , ëdit. 
de 1682. XVlI.^r^ chymica, Perna, 
1 572. XVII I. u4d regem Hasen epis- 
tola de re recta , imprime dans le 
Theatrum chemiC On trouve dans le 
même volume le petit Traité, intitule : 
Declaratio lapidis physicœ j mais 
plusieurs personnes croient que ces 
deux ouvrages ne lui appartiennent 
point. XIX. Khothbah Ibn Sina, 
prière d'A^icenne , imprimée à la 
suite des Proverbes d'Aly , Leyde , 
1629. Vattier Ta traduite en fran- 
çais, sous le titre dUHymne d'u4vi- 
cenne, et l'a donnée à la suite des 
inêraes Proverbes , Paris , 1 660. XX. 
Canlica Avicennœ ex arab. lat. 
redd. à J. Fauchero, Nemausi, i65o. 
XXI. De morbis mentis tractatus 
ex arab. in lat. vers, à P. Falterio , 
Paris, 1659. XXII. Canon. Avic. 
lib. primas , secundus , atque ex lib. 
quarto, tractatus de febribus, inter- 
prct. et scholiis Fospico fortunata et 
Plemblio, Lavanii, i658; XXIII. Z^ 
Logique d'Ai^icenne , traduite en 
français par Fattier, Paris, 1678. 
Vattier, médecin et professeur d'arabe, 
avait une prédilection particulière pour 
1 école arabe. Il avait achevé, et remis 
au célèbre Boiviu , son beau-frère, 
une traduction complète d'Avicenne. 
Depuis la mort de ce savant académi- 
cien , ce manuscrit s'est perdu. XXIV. 
De tîncturis metallorum, Francfort, 
l53o, in-4°. , et dans le recueil de 
Alchimia, Francfort, i55o, in-l".; 
XXV. Porta elementorum , Baie y 



AVI 



iif? 



1572, in-S".; XXVI. Tractatulus de 
Alckimidy dans le 2". vol. de [*Ars 
aurifera, et dans le i*"". de Manget ; 
XXVII. De Mineralibus , dans le 
Magisterium de Geber ; XXVIÏI. 
Expositio epistolœ Alexandri ma- 
gni, dans les deux mêmes recueils. 
Linné a donné'le nom èiAvicennia à 
un genre qui renferme des arbres sin- 
guliers qui croissent sur les bords de 
la mer , dans les pays situés entre les 
tropiques. On trouvera des détails 
très-étendus sur Avicenne dans X His- 
toire pragmatique de la médecine , 
de M"". Sprengcl, tome II, pag. 401, 
dans la Bibliotheca Arab. Hisp. de 
Casiri, tom. T'. pag. 268, et dans 
\ Histoire de la philosophie hermé- 
tique. Ce dernier ouvrage donne ime 
nomenclature détaillée des différentes 
parties de ses Traités d'alcbimie qui 
ont été publiés , et qu'il aurait été trop 
long de transcrire ici. Nous avons puisé 
nos détails biographiques sur Avicenne 
dans VHabybul - Seïr du célèbre 
Khondémir, historien persan. 

J — N. C, et A. 
AVIENUS(RuFus Festus ) vécut 
vers l'an 40O5 ^t se livra à la traduc- 
tion d'auteurs grecs en vers latins. Il 
a fait passer dans cette langue les 
Phœnomena d'Aratus, et le Perie- 
gesis de Denys , sous le titre de 
Descriptio orbis terrœ. Il est encore 
auteur d'un poëme intitulé : Ora ma- 
ritima , en vers ïambes. Cet ouvrage, 
dans lequel il décrit les mers intérieu- 
res , paraît n'être qu'une traduction de 
quelques écrivains carthaginois. Le 
premier livre , renfermant la descrip- 
tion des cotes de la Méditerranée , 
depuis le détroit des Colonnes jusqu'à 
Marseille, est le seul qui nous soit 
parvenu. A ces différents ouvrages, ou 
doit ajouter une petite pièce de vers , 
adressée à Flavius Murmérius , et 
une allégorie des sirènes. On lui attri- 



Ï.2Q AVI 

bue encore une traduction de qua- 
rante deux fables d'Ésope, en vers 
e'iégiaques ; mais Haries , et avant 
lui , Canniegcter , ont prétendu que 
celte pièce est d'un Flavius Avicnus , 
antérieur à celui-ci de 240 ans. D'au- 
tres savants, Vossius , et, de nos jours , 
"^Ycrnsdorf , frappes de la ressera- 
Llance de styl'^ qui existe entre les 
ouvrages d'Avienus , dont nous avons 
parle, ont cru pouvoir aflirmer qu'ils 
sont tous du même R. F. Avicnus. 
L'édition Priuccps d'Avienus est de 
Venise , 1 488 , in -4''- ; f^He ne contient 
d'Avienus que ses traductions d'Aratus 
et de Denis. L'édit. de Madrid , 1 654 > 
contient de plus les fables de cet au- 
teur. H. Fricsemann a donne une édi- 
tion de la Description de la terre 
avec des notes de Schrader, Heinsius , 
vSanmaise, etc., Amsterdam, 1786, 
in-8^. Les meilleures éditions des Fa- 
bles sont celles d'Amsterdam 1751 , 
ju-8\ , avec les notes de Cannegicter ; 
et d'Amsterdam, 1787, in-8^. , avec 
les notes de iSodell. Les meilleures 
éditions de la traduction d'Aratus se 
trouvent dans les Sjntagma Ara- 
taeorum de Grotius , Leyde , 1 600 , 
iu-8'. , et dans le second volume de 
XAratus de M. Biilde. Les deux ou- 
vrages géographiques d'Avienus sont 
insérés dans ie tome IV des Petits 
Géographes , Oxford , et dans le tome 
V des Poëtœ latini minores , de 
Werusdorff, dont le commentaire est 
excellent. L. R — e. 

AYILA Y ZUNIGA(don Louis d), 
grând-coramandcur de l'ordre d'Alcan- 
tt'ua,nalifdePlacentia,dansi'Estrama- 
douve, à la fuis diplomate , général et 
historien , fut honoré de l'estime et de 
la faveur de Charles-Quint , qui Ten- 
voya en ambassade auprès des papes 
Paul IV et Pie IV, poui* presser les 
opérations du concile de Ti^ente. 
D'Avila accompagna ensuite ce mo- 



AVI 

narque dans la guerre contre les pr^- 
testants d'Allemagne, et au siège de 
Metz, en i55-ji , oii il commanda la 
cavalerie. On a de lui des Commen- 
taires de la guerre d'Allemagne , 
faite par Charles V ^ pendant les 
années iSqG et 1647 , Madrid, 
i549,in-8*., en espagnol , dont on 
fit deux éditions , Tannée suivante , à 
Tolède et à Anvers. Cet ouvrage fut 
traduit depuis en plusieurs langues j 
l'auteur en donna lui-même une tra- 
duction italienne , à Venise, en 1 549» 
in-8 '. La traduction latine , publiée à 
Anvers, »55o, in-8"., est de Guil- 
laume Mahnaeus; et la traduction alle- 
mande, de Philippe Magnus, duc de 
Brunswick , Woifenbutel , i557 , 
in-4". Il existe aussi trois tiaductions 
françaises de cet ouvrage , l'une par 
Mathieu Vaulchier , héraut d'armes 
de Charles-Quint, Anvers, j55o, 
in-8**. ; la seconde, par Gilles Boy- 
leau , controieur à Cambray , Paris , 
i55i ,in-8'.; cl la troisième intitulée: 
Histoire de la f^uerre civile d^ Alle- 
magne sous l'empereur Charles- 
Quint , Paris, i67'i,in-i2. Quoique 
d'Avila ait été taxé de partialité par le 
président de Thou , ses Commentaires 
l'ont placé au premier rang des histo- 
riens espagnols. IMttamorus les re- 
garde comme une heureuse imitation 
des Commenta ires de César ; et Chnr- 
les-Quint eu faisait tant de ras qu'il 
s'< stimait plus lieureux qu'Alexandre 
d'avoir un tel historien. Le style 
d'Avila est clair et rapide, quoique 
dur et quelquefois incorrect ; ses seii- 
tences sont précises et profondes ; ses 
descriptions rapides et énergiques. 
D'Avila avait éci if aussi des Commen- 
taires sur la guerre faite en Afrique 
par Charles - Quint ; mais cet ou- 
vrage , resté en manuscrit , n'a pu se 
retrouver. B— p. 

AYILA (Jean d'), aé àAlmodû- 



AVI 

Var deîCainpo, dans la Nouvel! e-Cas- 
tille, vers Tan 1 5oo, fît sa tlieologie à 
AlcaJa de Heuarez, et , après avoir reçu 
la prêtrise, se destinait à aller prêcher 
la foi dans les Indes Occidentales ; 
luais il alla d'abord à Sëville, où il 
fat retenu par révêquc Alphonse IVIan- 
rique. A Tàge de tr/nte ans , il com- 
mença donc à parcourir n ^n seulement 
les villes et les bourgs, mais les mon- 
tagnes et les forêts de l'Andalousie , 
enseignant le bien par ses préceptes et 
par ses exemples. Ce fut dans ces 
fonctions , qui lui méritèrent le nom 
à' apôtre de V Andalousie , qu'il passa 
quarante années, il mourut le lo mai, 
1 569. Sa vie et ses œuvres ont été pu- 
bliées par Martin Ruiz, sous ce titre : 
T'aida y ohras de Juan de A^ila^ 
predicador apostolico deV Andalu- 
zia, Madrid, 1618, 2 vol. in-Z^". 
Elles ont été réimprimées en 1757. 
C'est sur la première édition qu Arnauld 
d'Andilly donna sa traduction fran- 
çaise, Paris, i675,in-fol. l.esEpilres 
spirituelles avaient été traduites par 
Gabr. Gliappuys , Paris , 1 588 , 1 vol. 
in- 12. Cette traduction retouchée, ou 
ime nouvelle traduction , fut donnée 
par Simon Martin, minime, i655, 
'j vol. in- 1 2. Nicolas Antonio , dans 
sa BihliolhecaHispana Noi>a , a con- 
sacré un très-long article à d'Avila. 
A. B-T. 
AVILA (Sanche d*), né à Avila, 
en 1.540 , fut évêque de Murcie, puis 
de Jaën, eut, en 161 5 , l'évêché de 
Sagonte , et , sept ans après ;, celui de 
Placenlia , où il mourut , le 6 décembre 
3625. On a de lui, en espagnol : I. De 
la vénération que Von doit aux 
corps des Saints et à leurs reliques , 
etc., Madrid, 1611 , in-fol.; II. des 
iSermonj , Baeza , i6i5, in-4'*.; III. 
quelques autres ouvrages de piété. Il 
a traduit du latin en espagnol les Sou- 
pirs de S. du Justin, Madrid ,1601^ 



AVI lit 

1626, in- 16. Il a laissé en manuscrit 
les Fies de S. u^ugustin et /ie S. 
Thomas. A. B — t. 

AMLA (Alphonse), né a Bel- 
iTioute en Espagne, tn i54t), entra, 
à l'âge de vingt ans, dans la com- 
pagnie de Jésus, fut supérieur de» 
coliéges de Ségovie et de Palencia, et 
mourut, selon les uns, à Valladolid, 
le 1 2 janvier 16 1 3 ; selon les autres , à 
Maiaga, le 21 m^i i() 18. C'était, dit- 
on. un éloquent prédicateur. Il a laissé 
en latin, deux volumes de sermons, 
Anvers, 1610, in-4**. — Alphonse 
AviLA, aussi jésuite, mais qui pa- 
raît être différent du précédent , et 
qu'on croit né à Avi'a , écrivit en 
1 585, en espagnol , un Traité sur le 
bienheureux S. Second, és^e'que dA- 
vila. — Etienne d' Avila , Espagnol 
et jésuite, né à Avila en i549, mort 
à Lima, le 1 4 avril 160 1 , a laissé : ï. 
De censuri'i ecclesiasticis tractatus , 
Lyon, 1608, in-4^. ; II Compen- 
dium summce, seu Manualis doctoris 
JVai^arri in ordinem alphaheticum 
redactum, l^^on, 1609, et Paris, 
i(32o, in- 16. A. B — T. 

AVILA ( Gilles-GonzalÈs d' ), 
né en Espagne, vint , dans son en- 
fance , à Rome , où il fut élevé dans la 
maison du cardinal Deza : il y acquit 
des connaissances dans la société de 
plusieurs savants. A Tàge de vingt ans, 
il retourna dans sa patrie , et s'établit 
à Salamanque , où il composa V His- 
toire des Antiquités de la ville de 
Salamanque, publiée dans cette vills 
eu 1606, in^''- Cet ouvrage, dans 
lequel il y a beaucoup de recherches 
et une concision assez rare chez les 
historiens espagnols , avait été précé- 
dé d'une petite dissertation sur le 
taureau en pierre qui se trouvait au- 
trefois sur le pont de Salamanque , et 
qui paraît être de la plus haute anti- 
quité. Il est à regretter que l'auteur, 



I2Î AVI 

au lieu d'eiamiuer plus attentivement 
les monuments de ce genre qui se 
trouvent disséminés dans l'Espagne, 
se soit jeté dans l'histoire fabuleuse 
d'flercule, qui l'écarté de sa route, et 
laisse indécise la question sur l'origine 
de ces antiquités. En 1612, d'Avila 
fut appelé à Madrid , et nommé histo- 
riographe du roi de Castille , à la 
place de Tamajus. Dans cette nou- 
velle charge, il composa : I. le Théâtre 
des grandeurs de la ville de Ma- 
drid, 1625 , in-fol. j IL V Histoire de 
la vie et des gestes du roi D. Hen^ 
ri m de Castille, Madrid , i658 , 
in-fol. ( ouvrage que quelques-uns at- 
tribuent à P. Barraut Maldonadus ) ; 

III. le Théâtre des églises d'Espagne, 
Madrid, 1645 5o , 4 vol. in-folio; 

IV. enfin, le Théâtre des églises des 
Indes , 1 volumes , dont le premier 
contient l'Amérique septentrionale , 
Madrid , i G49 ; et l'autre , l'Amérique 
méridionale , ibid. , 1 656. Il mourut 
plus qu'octogénaire, en i658. D— g. 

AVILER( Augustin-Charles d' ), 
architecte, né à Paris, en 1 653 , d'une 
famille originaire de Nancy, fit de 
tels progrès dans son art , qu'à vingt 
ans, il fut envoyé à l'académie de Rome. 
Embarqué à Marseille , avec l'archi- 
tecte Desgodets et l'antiquaire Vaillant, 
il fut' pris par les Algériens , et fait 
esclave avec tout l'équipage. Sa capti- 
vité , qui dura seize mois , ne l'empê- 
cha point de cultiver son art : il des- 
sinait sans cesse, et donna même le 
plan d'une mosquée construite dans 
la grande rue de Tunis ; on assure 
que cet édifice est d'un bon goût d'ar- 
chitecture. Lorsqu'en 1 676, Louis Xi V 
lui fit rendre la liberté, ainsi qu'à ses 
compagnons d'infortune, il se rendit à 
Rome, et , pendant un séjour de cinq 
ans , il y étudia avec zèle les princi- 
paux bâtiments. De retour en France, 
il travailla sous Mansard ; et , mal- 



AVI 

gré ses nombreuses occupations , il 
traduisit de l'italien , et enrichit de 
notes le sixième livre de V Architec- 
ture de Scamozzi. Cet ouvrage , qui 
contient les ordres, un volume in- 
fol. , à Paris , i685 , et Ltyde , 
1713, in-fol., fut suivi d'un très-bou 
commentaire sur Vignole , qui devint , 
par les additions de d'Aviier , un cours 
complet d'architecture, et d'un Dic- 
tionnaire de tous les termes de 
V architecture civile et hydraulique, 
dont les définitions claires et ]ustes 
furent adoptées dans les meilleurs 
dictionnaires de la langue. En faisant 
travailler d'Aviier , Mansard , selon 
un usage assez ordinaire , obligeait 
cet artiste à n'exécuter rien que d'a- 
près les dessins qu'il lai fournissait. Dc- 
sirant se soustraire à ce joug, d'Aviier 
se rendit à Montpellier pour y exé- 
cuter une porte triomphale, appelée 
aujourd'hui Forte du Peirou. M. de 
Bàville, intendant de la province , se 
déclara son protecteur, et les villes 
de Nîmes, Carcassone, Béziers , Mont- 
pellier , Toulouse , furent ornées d'é- 
difices qui attestèrent les talents de 
d'Aviier ; dans cette dernière ville , on 
remarque surtout le magnifique palais 
archi-épiscopal. Les États récompen- 
sèrent d'Aviier, en créant pour lui , 
en 1 693 , la place d'architecte de la 
province. Fixé dans le pays où il 
trouvait ces avantages , d'Aviier se 
mariaà Montpellier , mais il ne jouit 
que peu d'années de la situation heu- 
reuse qu'il avait méritée , et mourut , 
dans cette ville, en 1700, n'ayant 
encore que quarante-sept ans. Son 
Cours d'architecture fut impriiijé à 
Paris en 1691 , 1 vol. in-4". , avec 
figures, et eut plusieurs autres édi- 
tions, dont la plus remarquable est 
celle de Jean Mariette, avec de nou- 
velles planches , de nouveaux des- 
sins et un grand nombre de remar- 



AVI 

ques. Elle parut à Paris, en l'y 58, 
avec une préface, et les Vies de d'A- 
> lier et de Bernin , par l'éditeur. 

D— T. 
AViRON. Voy. Batelier (le). 
AVIS. l'oy. AvEis. 
AVIS. f^of. LorSEL. 
AVISSE ( Etienne ), mort en 
1747 j 3 donné au théâtre français, le 
Divorce, ou les Epoux mécontents, 
1723; au théâtre itahen, la Réunion 
forcée, i^Sojla Gouvernante, 1 7875 
le Falet embarrassé, 174^? 1^^ Pe- 
tits - Maîtres, 1745. Les Vieillards 
intéressés qu'on lui attribue , sont de 
Guyot de Merville , et ne sont autre 
que le Dédit inutile. Long-temps]après 
la raort d' A visse , une circonstance 
singulière a tiré son nom de l'injuste 
oubli où il était tombé. Collin-d'Har- 
leville ayant donné, en 179^, son 
f'ieux Célibataire , un journaliste 
.^retendit qu'il avait de grandes obli- 
::;ations à la Gouvernante d'Avisse. 
'^n voit, en effet, dans les deux piè- 
, une gouvernante rusée qui as- 
l'ire à la main de son maître, et un 
leveu, long-temps écarté par cette 
Femme , à force de mensonges , de Ict- 
! xes controuvées et interceptées, qui 
parvient à s'introduire auprès de son 
DDcle, déguisé en domestique. Coi- 
i in-d'Harleville protesta qu'il ignorait 
I iisqu'à l'existence de la comédie d'A» 
, fisse. Sa candeur bien connue ne 
I Dcrmet pas de croire qu'il ait voulu en 
n^oserj mais, d'un autre côté, les 
rapports entre les deux ouvrages sont 
! i >i nombreux et si frappants , qu'il est 
' n difficile d'imaginer que l'un n'ait 
^ servi à l'auteur de l'autre. Ne 
eut-on pas tout concilier, en pensant 
l 'le Collin-d'Harleville , ayant lu dans 
a jeunesse la Gouvernante d'Avisse, 
idée seule de la pièce lui était restée 
lans la mémoire, et que, long-temps 
près, lorsqu'il voulut faire le Fieux 



AVI 125 

Célibataire , il prit pour une concep- 
tion qui lui appartenait en propre , ce 
qui n'était au fond qu'une réminiscen- 
ce? Le Falet embarrassé d'Avisse a 
aussi fourni bien évidemment le sujet 
àeMa Tante Aurore, opéra-comique, 
joué avec succès dans ces derniers 
temps. A — G — R. 

AVISSE, né à Paris, vers 1772, 
s'embarqua à Nantes , à l'âge de 
quinze ans, pour la traite des nègres. 
Parti comme mousse, il se fit distin- 
guer dans la traversée, et le capitaine 
du vaisseau le prit pour son secrétaire. 
Le voyage de France en Afrique, et 
d'Afrique en Amérique, fut heureux; 
Avisse revint en France, et se rembar- 
qua. Ce fut dans ce second voyage que, 
sur les cotes d'Afrique, à l'âge de dix- 
sept ans , il perdit la vue. Après deux 
années de traitements inutiles , il prit 
son parti avec résignation , et se livra 
tout entier à l'étude. Montaigne , Sénè- 
que , Horace , étaient ses auteurs favo- 
ris. M'". Haiiy venait de créer l'institut 
des aveugles travailleurs; Avîsse y fut 
admis comme pensionnaire, et, lors- 
que l'assemblée législative eut déclaré 
national cet établissement, il en fut 
nommé professeur de grammaire et de 
logique. Il est mort en 1802. M"". Del- 
pierre (Dutremblay), a publié les OEu- 
vres d'Avisse, Paris, in- 1 2, de 1 7 5 p., 
non compris \ errata, sans date, mais 
imprimé en 1802 -, 2*^. édition , 1 8o3. 
On y trouve une traduction assez 
plate , et en prose , de XE pitre de Pé- 
nélope à Ufysse, d'Ovide; des ré- 
flexions morales, quelques vers, des 
fables, la Ruse d'aveugle, comédie 
en un acte et en vers. Tous ces ou- 
vrages sont médiocres. A. B — t. 

AV I T ( S. ) , Alcimus Ecditius 
AviTus , archevêque de Vienne , na- 
quit en Auvergne , au milieu du cin- 
quième siècle , d'une famille patri- 
cienne et sénatoriale. Il succéda^ en 



ni AVI 

4oo , à son père Isicius , dans \e 
siège de Vienne, et devint un des 
plus illustres prélats des Gaules, par 
sou savoir, ses talents et ses vertus 
pastorales. Son mérite le fît respecter 
de Clovis, encore idolâtre, et de Gon- 
deband, roi de Bourgogne, quoique 
arien. Ce dernier prince le chargea 
d*eVrire contre les eutychéens , et il le 
fit avec succès. Dans la ce'lèbre confé- 
rence de Lyon, entre les évêques ca- 
tholiques et le^ évêques ariens , en 
présence du roi de Bourgogne , il con- 
fondit les hétérodoxes , les réduisit au 
silence , et ramena un grand nombre 
d'hérétiques dans le sein de l'Eglise. 
Goudebaud , retenu par des considé- 
rations politiques, persista dans ses 
erreurs; mais, après sa mort, son fils 
Sigisraond se rendit aux pressantes 
sollicitations de S. Avit. Ce prince 
ayant trempé ses mains dans le sang 
de son fils, sur de fausses accusations, 
le saint lui fit sentir l'indignité de son 
crime, et l'engagea, pour le réparer, 
à ri'bâtir le fameux monastère d*\' 
gauue, où il se relira, et mourut dans 
les exercices de la plus sévère péni- 
tence. On ne sait autre chose du reste 
de la vie de notre saint, si ce n'est 
qu'il présida au concile d'Epaune , et 
qu'il eut la plus grande part aux règle- 
ments salutaires qui y furent faits. 11 
mourut, selon la plus commune opi- 
nion, le 5 février 5i5. Cependant, 
l'église collégiale de Vienne, qui porte 
son nom , ne célèbre sa fête que le 
20 août. La plupart des ouvrages qu'il 
avait composés sont perdus ; ceux qui 
nous restent de lui annoncent qu'il 
était très-versé dans l'Ecriture Sainte, 
la théologie, et qu'il avait quelque con- 
naissance de riiclireu et du grec : ou y 
remarque de belles pensées , mais le 
style en est dur, obscur et embarrassé ; 
c'étaient les défauts de son siècle. Ses 
vers valent mieux que sa prose -, il y 



AVI 
a de l'inrention , de la facilité; les plans 
de ses poèmes sont bien tracés et bien 
conduits. Il y en a cinq sur la création, 
le péché, et la punition d'Adam, le Dé- 
luge, et le passage de la Mer Rouge; 
et un sur la virginité, en l'honneur de 
Stc. Fuscine, sa sœur. Les fragments 
qui nous restent de ses Traités contre 
les ariens font regretter la perte de 
ceux que nous n'avons plus. Ses lettres, 
adressées pour la plupart à des souve- 
rains , à des évêques, à des laïques de 
distinction , sont précieuses par di- 
vers points de discipline, de morale et 
d'histoire, qui y sont traités et éclair- 
cis. Ony trouve des traces de la Prière 
pour les mons; des détails curieux sur 
les Rogations, et la véritable signifi- 
cation du mot messe, qu'il nous ap- 
prend venir de ce que, dans les salles 
du prétoire et dans les églises, ou emploi 
yait, comme aujourd'hui , la formule: 
Ite, missaest. LeP.Sirmond recueillit 
tous ses écrits épars , Paris , 1 643, in- 
8".; mais l'édition la meilleure et la plus 
complète est dans la collection des œu- 
vres de ce père, accompagnée de savan- 
tes notes pour éclaircir les endroits obs- 
curs et difficiles. Dom Martenne a pu- 
blié depuis , dans le cinquième volume 
du Thésaurus Anecdot. , une nou- 
velle homélie qui n'a été découverte 
que depuis l'édition de Sirmond. 
T— D. 
AVITABILE. L'histoire littéraire 
d'Italie, compte, dans le 17% siècle, 
trois Napolitains de ce nom : — i**. 
Pierre Avitabile, missionnaire théa- 
tin, entra dans cet ordre, en 1607, et 
fut envoyé à Messine pour achever ses 
études en théologie : là , son goût pour 
les missions étrangères s'étanl déclaré, 
il fut nommé, le 4 mai i6.î(>, par la 
congrégation de la propagande , préfet 
des missions dans la Géorgie et dans 
les Indes. Après avoir rempli avec 
beaucoup de zèle les fonctions de celle 



AVI 

place , il mourut à Goa , en i65o. On 
a de lui une relation intitulée : De ec- 
clesiasiico Georgiœ statu ^ adponli- 
ficem Urbanum f^lll, historica re- 
latio , imprimée à Rome après sa 
mort. — 2^". Corneille Avitabile , do- 
minicain, vicaire - général et provin- 
cial de son ordre, mort en odeur de 
sainteté à Naples , en i656, n*a laissé 
qu'un ouvrage sur la Fie religieuse , 
suivi de quelques Sermons , imprimés 
à Naples , en 1 6o5. — 3°. Biaise Ma- 
Joli d' Avitabile , qui florissait dans 
le même temps , fut jurisconsulte , 
philosophe, théologien et poète. Ses 
poésies lyriques sont répandues dans 
plusieurs recueils. On a de lui des 
Letlres apologétiques sur la Théolo- 
gie morale , et des Vies de plusieurs 
académiciens des Arcades. L*Ailacci, 
dans sa Dramaturgie , cite de lui une 
tragédie en prose , intitulée : Il Tor- 
zone ^ Naples, 1701 , in-12. Un 
dictionnaire italien a mis Torgone, 
au lieu de Torzone , faute qui a passé 
dansd.cs Dictionnaires français, où Ton 
copie , sans examen , les ouvrages 
éti-augers. G — É. 

A V ï T U S , empereur d'Occident , 
auquel les médailles donnent les pré- 
noms de Fla^^ius Mœcilius , tandis 
que , sur quelques inscriptions , on 
trouve ceux de Flavius Eparchius , 
naquit en Auvergne , d'une famille 
considérée parmi les Gaulois. Son 
règne fut un des plus courts et des 
plus obscurs de la fin de l'empire 
a Occidejit ; et les années de sa 
jeunesse , qu'il passa dans la Gaule , 
offrent seules quelques faits que l'his- 
toire aurait peut-être négligés, mais 
dont la plupart ont été conservés par 
Sidoine Apollinaire son gendre. Avant 
qu'Avitus songeât à monter sur le 
trône, sa valeur, son éloquence et la 
considération dont il jouissait le ren- 
dirent quelquefois utile à ces Uu:i»ains, 



AVI 125 

qui ne savaient plus défendre leur cn> 
pire délabré que par des négociations 
honteuses, ou en soudoyant ces bar- 
bares que leurs bras énervés ne pou- 
vaient plus combattre. Avitus leur 
ménagea plusieurs fois ces tîistes res- 
sources ; SCS talents, fruits d'une édu- 
cation soignée , sa force prodigieuse 
et son adresse dans les exercicfs , con- 
tribuèrent à ses succès. 11 commença 
sa carrière publique en 42 1 ; ses com- 
patriotes le députèrent vers l'empereur 
Honorius pour obtenir le redresse- 
ment de quelques injustices ; sa de- 
mande lui ayant été accordée , il se 
rendit à Toulouse, près de Théodoric ^ 
roi des Visigolhs, pour réclamer la 
liberté de quelques otages; celui-ci, 
charmé par les manières et par la no- 
ble assurance du jeune Avitus , fit des 
efforts inutiles pour le retenir à sa 
cour; mais il lui promit une amitié 
qui ne se démentit point. Lorsqu'Aë- 
tius rétablit dans les Gaules la gloire 
des armes romaines , Avitus apprit 
l'art de la guerre sous ce chef habile. 
En 4^6 , Avitus vivait paisiblement 
dans l'Auvergne, lorsqu'un corps de 
Huns, soldés par les Romains, tra- 
versa cette province pour marcher 
contre les Visigoths, et commit sur 
sa route d'horribles ravages. Avitus , 
voulant s'opposer à ces excès , tua l'un, 
de ces étrangers , favori du chef des 
Huns y ce dernier, pour venger son 
compatriote , défia Avitus , et fut tue' 
à son tour : ces auxiliaires indisciplinés 
savaient mieux piller les provinces ro- 
maines que les défendre ; ils furent 
taillés en pièces par les Visigoths , qui 
mirent le siège devant Narbonne , et 
poussèrent leurs succès avec vigueur. 
Avitus employa le crédit qu'il avait 
acquis sur l'esprit de Théodoric pour 
faire consentir ce prince à la paix, et 
reçut, à la même époque, en 4^»;, le 
titre de préfet des Gauler que lui dé- 



126 AVI 

ccrua Valcnlinien. Lorsqu'Attila , qucl- 
<{ues années après, fondit sur la Gaule 
et s'avança jusqu'à Orléans , ce fut 
Avitus qu'Aëtius employa pour de'tcr- 
mincr Thëodoric à s'unir à lui contre 
le redoutable conquérant. Toute la 
GauJe regardait Avitus comme son 
appui , et le sceptre d'Occident étant 
tombé entre les mains d'un Gaulois , 
Pétrone-Maxime, en J\55, celui-ci se 
iiâta de confier le commandement de 
toutes les milices gauloises à son com- 
patriote ; Avitus , aussitôt se mit à leur 
tête , repoussa les Saxons et les peu- 
ples du nord de la Germanie, et re- 
vint dans la Gaule Nnrbonnaise pour 
contenir les Visigolhs qui menaçaient 
d'une nouvelle attaque. Ce fut là qu'il 
apprit la mort de Maxime ; les Gau- 
lois le proclamèrent empereur; Théo- 
doric II lui offrit son appui ; Rome et 
l'Italie , que Gcnseric venait de rava- 
ger , l'appelèrent à grands cris. Tant 
de suffrages et l'éclat du trône sédui- 
sirent Avitus, qui fut proclamé à Tou- 
louse , en 455 , et qui ne reçut le 
sceptre que pour le porter sans gloire 
et sans éclat pendant quatorze mois. 
Étant parti pour Rome avec Sidoine 
Apollinaire , il se fit reconnaître em- 
pereur d'Occident par Marcien , em- 
pereur d'Orient; mais il se reposa sur 
Théodoric du soin de reconquérir les 
provinces d'Espagne, que Requiaire, 
chef des Suèves , venait d'envahir. La 
même année , il fit un voyage en Fran- 
conie pour conclure un traité avec les 
Ostrogoths. Ce fut à cette époque que 
IcsErules , qui depuis devinrent si fu- 
nestes à l'empire romain , commencè- 
rent à y faire des incursions. Avitus se 
vit bientôt forcé de combattre Gensé- 
ric , roi des Vandales. Le comte Rici- 
mcr, qui commandait la flotte romaine, 
délit celle de Gcnseric, en 4^6; mais 
son ambition , excitée par cette vic- 
toire, lui fit regarde*' Avitus avec uh 



AVO 

mépris que la conduite de cet empc- 
reurparut justifier. Ricimer, de retour 
en Italie , y fut reçu comme un libé- 
rateur. Il profita de la faveur publi- 
que pour fomenter une révolte géné- 
rale , fit déposer Avitus , le combattit 
près de Plaisance, et le fit prisonnier ; 
on laissa la vie au prince détrôné, en 
Tobligeant à se faire évcque de Plai- 
sance. Avitus apprit bientôt que le sé- 
nat romain voulait le faire mourir; il 
prit le parti de se réfugier en Auver- 
gne ; mais il mourut en chemin , et 
fut enterré à Brioude. Il laissa une fille 
nommée Papianilla, qu'avait épousée 
Sidoine Apollinaire , et un fils nom- 
mé Eccidius j qui fut préfet des Gaules. 
L — S — E. 

AVITY. r. Davity. 

A VOGADRO (Albert), poète la- 
tin , né à Verceil , florissait au 1 5'. 
siècle, et passa une partie de sa vie à 
Florence , au temps du célèbre Cosme 
de Médicis , père de la patrie , et non 
pas de Cosme I*^'. , grand-duc de Tos- 
cane, dignité qui ne fut créée qu'un 
siècle après. Avogadro est auteur d'un 
ouvrage en vers élégiaques, divisé en 
deux livres , et intitulé : De religione 
et magnificentid Cosmi Medicis , 
resté en manuscrit jusqu'au 1 B*". siècle, 
dans la bibliothèque Laurentiennc, et 
imprimé, pour la première fois, par 
le savant Lami, dans ses Deliciœ 
eruditorum , tom. XII, 1742. L'au- 
teur y traite des églises , des palais et 
autres monuments élevés par Cosme 
de Médicis. Il lui donne de grands et de 
justes éloges , mais dans un style qui 
n'est ni poétique ni élégant. G — e'. 

AVOGADRO ( Nestor - Denis ), 
patrice novarois, entra dans l'ordre 
des frères mineurs, où il se rendit 
célèbre, sous le nom de Nestor-De- 
ms da Novarra. H florissait dans U 
dernière moitié du 1 5*. siècle, et pu- 
blia un Lexicoiif ou Dictiof maire ïai 



AVO 
tin y dont la dédicace, en vers hexa- 
mètres, adressée à Louis Sforce , duc de 
Milan , fait mention du pape Sixte IV , 
comme encore existant. Ce lexique, 
qui jouit d'une grande réputation, pa- 
rut pour la seconde fois, à Venise, en 
i488, in-fol. lia été réimprimé dans 
le même format, à Milan, ii[)5; à 
Paris et Venise, 1496; à Strasbourg, 
i5o2; à Venise, 1 5 06; et, finalement, 
*à Strasbourg , 1 5o7 , in-fol. Dans cette 
dernière édition, on a ajouté les traités 
suivants, du même auteur : Ve octo 
partibus orationis / Quarundam dic- 
tioniim et orationum exposiiio ; De 
quantitate sjllaharum; Emendatio 
Sulpitii de quantitate sfUaharum. 
G— E. 
AVOGADRO (LuciA), femme- 
poète ilalienne , qui florissait vers 
Tan 1 56o , était fille du chevalier 
J. Jérôme Albano de Bergame, qui 
fut ensuite cardinal • elle se distingua , 
dès sa jeunesse , par son talent poéti- 
que, et reçut les plus grands éloges 
des poètes ses contemporains ; elle en 
obtint même du Tasse. Elle épousa 
en i56o le chevalier Faustiu Avo- 
gadro, de l'une des familles nobles 
les plus distinguées de Brescia. De- 
venue veuve huit ans après, eWe mou- 
rut dans le cours de la même année 
i568. Il n'est resté d'elle que quel- 
ques poésies lyriques , dans le recueil 
de Diwersi eccellenti poeti Bresciani, 
Venise, i553et i554, in-B^jCtdans 
d'autres recueils. Crescimbeni, (/sfor. 
dellavolg.pocs.) trouve que cettemuse 
se distingua par des inventions vives 
et par la douceur et la facilité de 
sou style. Il cite d'elle plusieurs mor- 
ceaux qui ne démentent point cet 
éloge. Il y en a aussi quelques-uns 
dans la première partie des Compo- 
nimenti poetici délie pià illustri 
Rimalrlci d'ogni secolo , Venise, 
1726, in- 12. G — ^É. 



AVO 127 

AVOGADRO'( le comte Louis ), était 
un gentilhomme de Brescia , qui se 
montra fidèle aux Vénitiens , ses an- 
ciens souverains, pendant la guerre 
de ligue de Cambrai. Les français s'é- 
taient emparés de Brescia en iSog; 
ils furent attaqués dans cette ville au 
commencement de l'année 1 5 1 2 , par 
André Gretti, procuratenr de St.- 
Marc. Avogadro saisit ce moment pour 
déterminer ses compatriotes à signa- 
ler leur loyauté, en chassant les en- 
nemis du milieu de leur ville : il pro- 
clama le nom de St.-Marc , et força le 
comte du Lude à s'enfermer dans la 
citadelle; mais Gaston de Foix étant 
arrivé de Bologne, par une marche 
forcée, pour secourir du Lude , entra 
dans la ville, le 19 février, par la 
citadelle. Le comte Avogadro , à la 
tête de deux cents citoyens, voulut 
s'ouvrir un passage au travers des en- 
nemis; mais accablé par le nombre, 
et fait prisonnier , il fut écartelé. Ses 
deux fils eurent la tête tranchée. La 
conjuration d' Avogadro , pour délivrer 
sa patrie , a été représentée par Du Bel- 
loy, dans sa tragédie de Gaston et 
Bayard, comme une perfidie atroce. 
S. S— I. 
AVOGRADO (JÉRÔME ) , né à Bres- 
cia, d'une noble famille, fils d'Ara- 
broise Avogrado , jurisconsulte de 
quelque célébrité, florissait vers Tan 
i486. Il ne se borna pas à cultiver les 
lettres avec succès, il fut encore, dans 
sa patrie, l'appui et le Mécène de ceux 
qui les cultivaient, titre qui lui conve- 
nait parfaitement, dit le savant Maz- 
zuchelli, étant également favorisé des 
dons de l'esprit et de ceux de la for- 
tune. On lui a attribué la gloire d'avoir 
été le premier à corriger et à pu])lier 
en entier les œuvres d'architecrure de 
Vitruve. Peut-être, en effet, fit-il cette 
correction sur quelques anciens ma- 
nuscrits, et en prépara-t-il l'édition; 



138 AVO 

mais auculi clés auteurs qui ont écrit, 
soit sur les livres imprimés à Brescia 
eu particulit^r, soit sur l'imprimerie eo 
général, n*ayant jamais eu connais- 
sance de cette édition, il est peu vrai- 
semblable qu'elle ait existé. G — e. 

AVOND (Jacques), originaire de 
Die , dans \c Dauphiué, d'api è> Goujet 
et Chalvet. Tout ce qu'on sait de lui, 
c'est que, né dans la nli<:,ion réformée, 
et avant embrassé le culte romain , il 
prit l'état ecclésiastique. 11 défendit le 
céiibit des prêtres, dans un ouvrage, 
intitulé: Poëme à Vhonneur du sacré 
vœu de virginité et de continence ^ 
etc. , Grenoble, Pierre Fremon, 1 55 1 , 
in-4'^. Goujet convient que cet ouvrage 
prouve plus de zèle que de talent. 
W— s. 

AVOST (JÉRÔME d' ), né à Laval, 
en i558 ou iSSc), avait une charge 
dans la maison de Marguerite , pre- 
mière femme du roi Henri IV. Il a 
traduit de l'italien, de Louis Domeni- 
clii , une comédie, intitulée : Les deux 
Cour lis annes. Cette ^ïhce n'était point 
encore imprimée en i584. Beau- 
champs , qui en parle d'après nos an- 
ciens biographes , n'avait pas étendu 
ses recherches plus loin. Si l'on s'en 
rapportait à La Croix du Maine, on 
serait tenté de regarder Jérôme d'A- 
vost comme l'un des meilleurs poètes 
de son temps; mais Ton en jugera bien 
différemment, si l'on prend la peine 
de lire le troisième chant de sa traduc- 
tion de la Jérusalem délivrée que 
Duverdier a inséré en entier, comme 
l'un des bons , dans sa Bibliothèque. Se 
ne sais pas si cette traduction a été im- 
primée à Lyon , par Barthélémy Ho- 
norât, entre les mains de qui Duver- 
dier en avait vu une copie. Si elle est 
imprimée, elle est fort rare, ainsi que 
les autres ouvrages de d'Avost, dont 
V(;ici les litres : 1. Les yïmours d^Is- 
mène et de la chaste hmine, écrils 



AVR 
premièrement eu grec par Eustathius J 
traduits du grec en italien , par Lelio 
Càrassi , et de l'italien en français , par 
d'Avost, Paris, Nicol. Bonfons, 1 582, 
in-i6 ; II. Dialogues des grâces et 
excellences de Vhommc , et de ses 
misères et disgrâces , trad. de l'ital., 
d'Alphonse Ulloa , en français, Paris , 
Robert Colombet, i585, in-8o.;nL 
Poésies de Hiérome d'Avost de La- 
val , en faveur de plusieurs illustres 
et nobles personnes , Paris , Abel Lan- 
gelier, in-S". ; IV. Essais sur les Son- 
nets du divin Pétrarque . avec quel" 
ques autres poésies de V invention de 
l'auteur, Paris , Abei Langclier, 1 584, 
in-8**.; V. dt s Quatrains de la vie et 
de la mort, imprimés à Paris, chez 
Jean LeClcrc. LaCroix du Marne nous 
apprend que d'Avost se proposait de 
continuer la traduction de Pétrarque, 
et l'abbé Goujet-dit que ce qu'il en a 
traduit est assez bon pour son temps. 
On sera surpris qu'un homme qui 
avait une place à la cour ait pu trou- 
ver le loisir de traduire, avant l'âge de 
Liôans, tous les ouvrages que nous 
venons d'indiquer ; mais on le sera 
davantage , quand on saura qu'à cette 
époque, il avait en portefeuille la tra- 
duction du 4''' volume des É pitres 
de Guevara, et un autre ouvrage, 
intitulé : Les Elites et plus belles 
Meurs, recueillies de toutes les OEu- 
vres spirituelles, de Louis de Gre- 
nade , qui devait fournir six parties, 
W—s. 
AYRTGNY 'Hyaci>theRobili.ard 
d'), né à Caen, en 1675, entra chez 
les jésuites en 1 691 . Sa santé naturel- 
hment délicate, ayant beaucoup souf- 
fert dans la régence des humanités , 
on le lit piocureur du collège d'Ah n- 
çon, em})loi peu relevé dans la société, 
et dans lequel on reléguait ordinaire- 
ment les sujets qui n'annonçaient aucu- 
ne capacité pour les sciences ou pour le 



AVR 

^uvernénicnt. C'est dans cette pbcc 
obscure que le P. d'Avrigny mourut in- 
connu en 1719, laissant eu manuscrit 
deux ouvrages qui lui ont fait une répu- 
tation distinguée parmi les historiens 
du siècle de Louis XIV. Le premier 
est intitule : Mémoires chronologi- 
ques et dogmatiques , pour servir à 
l'histoire ecclésiastique, depuis 1600 
fusqW'en ï 7 1 6 , avec des réjlexions 
et des remarques critiques , irapri- 
me's ( à Paris, iGio, chez Gueriii ) 
sans nom d'auteur, de ville et d'im- 
primeur, 4 vol. in-ia, réimprimes 
!iès-incorrccfemontàLyon et à Rouen. 
Le second ouvrage a pour titre : Mé- 
moires pour servir à l'histoire uni-^ 
ver selle de V Europe , depuis 1600 
jnsquen 1716, Paris, I7'i5, 4 vol. 
in- 1 2, réimprimés en 1 757, en 5 vol. , 
par les soins du P. Griffet, avec des 
additions et des corrections. Nous 
n'avons point ces deux ouvrages tels 
qu'ils sont sortis de la plume de l'au- 
teur. Il fut obligé par Sf s supérieurs 
de les soumettre à la révision du P* 
Lallemant , qui y fit des changements 
si considérables, qu'on assure que le 
P. d'Avrigny, affligé de les voir ainsi 
défigurés , en mourut de chagrin. Ils 
se recommandent tous les deux par 
i'éléj];ante précision du style, par l'exac* 
titude des dates, par des anecdotes 
curieuses, par des remarques critiques 
poussées souvent jusqu'à la satire , 
par le développement des faits , plus 
ingénieux que fidèle^ Les défauts 
qu'on leur reproche tombent princi- 
palement sur les Mémoires ecclésias- 
tiques. Aussi furent- ils supprimés à 
Rome par un décret du 2 sept. 1 7 >.7. 
M. de Tourouvre , évêque de Rhodez, 
publia l'année suivante, une lettre pas- 
torale contre ces mémoires , qui de- 
puis ont fourni quelques propositions 
répréhensibles au recueil des Asser- 
tions. Les mémoires sur l'histoire uni- 



AVR I2Ï) 

verselle n'annoncent pas moins de 
partialité contre les protestants que les 
mémoires dogmatiques contre les écri- 
vains de Port-Royal. Les retranche- 
ments qu'ils subirent par ordre des 
supérieurs de l'auteur , eurent princi- 
palement pour objet les cruautés exer- 
cées dans le Palatinat , qui sont justi- 
fiées dans l'imprimé, et les mystères 
qui couvrirent les mauvais succès de 
la France , dans la guerre de la suc- 
cession , que le P. d'AVrigf y dévoi- 
lait avec beaucoup de franchise. T— iD. 

AVRl L ( Jean ), sieur de La Roche , 
prieur de Corzé, né au Pont-de-Cé> 
dans l'Anjou, vivait à la fin du lô*". 
sièclr. La Croix du Maine lui donne la 
qualité de poète latin et français ; mais 
il ne ciie de lui aucun ouvragé écrit en 
latin. Suivant ce bibliothécaire, Avril 
avait traduit du latin, en vers fran- 
çais, les deux premiers livres du Zo- 
diaque de la vie humaine, de Marcel 
Palingène (Pet. Ang. Manzoli); mais 
il n'osa pas publier sa traduction, 
ayant eu connaissance de celle que Scé- 
voledc Ste.-Marthe préparait du même 
poëme. On a de Jean Avril les Regrets 
sur la rupture de la paix , en 1 568 ; 
Ode sur les victoires obtenues pat 
M'', le duc d'Anjou, imprimés en- 
semble, en 1570 j lé Bienveigne^ 
ment ( l'heureuse arrivée ) , à Monsei- 
gneur (le duc d'Anjou , ) Angers, René 
Troismailles , 1 578. On voit , par les 
titres de. ces pièces, que Jean Avril ne 
laissait passer aucune circonstance de 
donner aux grands des louanges qui 
pouvaient bien n'être pas tout-à-fait 
désintéressées. W — s. 

AVHILLON(Jean-Baptiste-Élie)^ 
religieux minime , né à Pans , en 1 652, 
mort dans la même ville, en 1729,5© 
distingua dans son ordre , par ses ser- 
mons et par ses écrits ascétiques, qu'on 
lit encore aujourd'hui, parce qu'ils sont 
pleins d'onction , tels sont : I. les Mé^ 



m. 



dilations sur la sainte Communion ^ 
in • 1 2 ; II. Retraite de dix jours pour 
tous les états, 'n\-\ 'l'y III. Conduite 
pour passer saintement le temps de 
l'Aident , in - l 'j ; IV. idem , pour le 
temps de Carême , in-i 2. ; Y. idem , 
pour les octaves de la Pentecôte , 
du St.-Sacrement , de V Assomption, 
in^i2 ; VI. Commentaire ajfecùfsur 
le Miserere , pour servir de prépara- 
tion à la mort; VII. Traité de Va- 
mour de Dieu ; VIII. Réjlexions pra- 
tiques sur la divine enfance de J.- C. ; 
ÏX. Pensées sur divers sujets de mo- 
tale, etc. Le P. Avrillon connaissait 
Je cœiir humain , et avait le talent d*en 
pe'ne'trer les plus secrets replis. Sa pie'té 
a quelque chose d'attachant, qui se 
communique à ses lecteurs, et son 
style, clair et touchant, se rapproche 
quelquefois de celui de Massillon .G — s. 
AYRILLOÏ (Barbe), plus con- 
nue sous le nom de M™". Acarie , qui 
était celui de son mari, ou àcSœur 
Marie de V Incarnation , qu*clle prit 
en entrant en religion , naquit à Paris , 
le i**^. février i565 , de Nicolas AvHl- 
lot, seigneur de Charaplatreux , maî- 
tre des comptes. Elle montra, dès son 
enfance , une vertu au-dessus de son 
âge , et voulut se faire religieuse. Ses 
parents s'y opposèrent, et lui firent 
épouser, eu i582 , Pierre Acarie, 
maître des comptes. Son mari, zélé 
ligueur, sortit de Paris lorsque Hen- 
ri ÏV y entra, et la laissa dans la 
misère, avec six enfants en bas âge. 
Elle soutint cette épreuve avec nne 
fcTraeté d'ara e qui lui fit beaucoup 
d'honneur. Sa pieté, son zèle pour la 
religion , lui accjuirent une telle consi- 
dération, qu'elle était consultée dans 
toutes les entreprises religieuses qui 
avaient pour objet de réparer les dé- 
sordres causés par les troubles civils. 
S'étant crue inspirée du ciel pour tra- 
vailler à rétablissement des carme- 



AXA 

lites en France, elle s'en ouvrit à 
Dom. Beaucousin, vicaire des char- 
treux de Paris , qui avait été son di- 
recteur , et au P. de Bérulle qui l'était 
alors. Cette pensée ayant été jugée ve- 
nir de Dieu, dans une conférence te- 
nue entre ces deux personnages, 
S. François de Sales , les docteurs 
Duval et Gallcmant, il y fut arrêté 
qu'on ferait venir d'Espagne des re- 
ligieuses foimées par Ste. Thérèse, 
morte depuis vingt ans, pour exécu- 
ter le pieux dessein de M"*^. Acarie , 
qu'on regarde en quelque sorte comme a 
la fondatrice de cet ordre en France. 1 
Devenue veuve en 161 3, elle y en- 
tra en qualité de sœur converse à 
Amiens. On voulut , par la suite , l'y 
faire supérieure; elle refusa constam- 
ment cette dignité , se retira dans le 
couvent de Pontoise , qui lui devait 
son établissement, y vécut dans la 
pratique exemplaire de toutes les 
vertus, et y mourut saintement le 
18 avril 1618. On rapporte que son 
tombeau fut honoré de plusieurs mi- 
racles. Pie VI l'a mise, en 1791 ,au 
nombre des bienheureux. Sa vie a 
été écrite par le docteur Duval , par 
le P. Morin, barnabite, et, en der- 
nier lieu, par l'abbé de Montis, Pa- 
ris, 1778. — Marguerite Acarie sa 
fille se fit aussi carmélite , vécut. , 
comme sa mère , d'une manière très- 
sainte , sous le nom de sœur Margue- 
rite du Saint-Sacrement f et mourut 
à l'âge de soixante-dix aus. M. Trou- 
son a écrit sa vie. T— d. 

AXAJACATL , 7". empereur dfs 
Mexicains ou Aztèques , second fils do 
Montezuma I*^, monta sur le trône 
en i464. Sa première expédition fut 
dirigée contre les Indiens de Quatulco 
etdeTécomptipique, situés à2oon7iI- 
les, au sud de Mexico. Aprèsavoirdéfait 
l'ennemi en bataille rangée , il revint eu 
triomphe dans sa capitale, suivi d'uii* 



AXE 

îbuîe tle captifs qui furent sacrifies à 
la cérémonie de son couronnemeiit. H 
fit ensuite la conquête de Tiatélolco, 
ville située sur des ilôts , au nord-ouest 
du temple de Mexitli (dieu de la guerre), 
et qui avait un roi indépendant. Tiaté- 
lolco fut réunie dès-lors, par des ponts, 
à la ville de Tenochtitlan , ou l'an- 
cienne Mexico. Le reste du règne 
d'Axajacatl fut lieureux et pacifique. 
Ce prince mourut en 1477? ^* ^^^^ 
pour successeur Âluiitzol, l'un des 
électeurs de l'empire. Il avait employé 
douze ans à soumettre ses ennemis, à 
étendre les limites du Mexique, et à 
encourager l'agriculture et les arts. 
B— p. 
AXELSON (Éric), de la famille 
Tod^ ne vassal du Danemarck, il se^ 
de'clara contre Éric XIII , et passa en 
Suède pour y soutenir le parti mécon- 
tent de l'union de Calmar. Il devint 
très-puissanl dans le pays , et en fut 
même quelque temps le souverain, sous 
le titre d'administrateur. Jaloux de 
Charles Canutson, qui e'tait parvenu à 
la dignité royale , Axelson se joignit à 
ses ennemis , et contribua à la révo» 
lution qui plaça sur le trône Chris- 
tian P*"., roi de Danemarck. Mécon- 
tent de nouveau du gouvernement da- 
nois , il rappela Chai'les , et lui fit ren- 
dre la couronne. Charles étant mort 
en 1470^ Axelson appuya de tout son 
crédit l'éleclion de Slen-Sture, en qua- 
lité d'administrateur. Stiire lui céda la 
Finlande , où il commanda en souve- 
rain jusqu'eij 1 480 , année de sa mort. 
La famille Totli resta en Suède , oi^i elle 
fit des alliances illustres. Henri Totl 
épousa Sigride, fijle du roi EricXIY, 
et son petit-fils, Claude Toth , joua un 
rôle bridantàîa cour deChristine. Cette 
princesse se proposait de l'élever au 
rang de duc , et de lui faire assurer le 
droit de succéder au trône de Suède, 
dans le cas où Charles Gustave^ nomme 



AXT i5i 

prince royal, mourrait sans enfants; 
mais le chancelier Oxenstiern, et d'au- 
tres grands du pays , s'opposèrent à 
l'exécution de ce projet. C — au. 

AXIOTHÉE. F, NicocLEs. 

AXT EL (Daniel), officier anglais 
au service du long-parlement, avait 
été, dans sa jeunesse , garçon de bou- 
tique chez un épicier. D'un caractère 
sérieux , et imbu de bonne heure des 
principes des puritains, il acheva d'être 
exalté par les prédications de leurs 
chefs j et, ayant pris du service dans 
leur armée, il ])arvint au grade de 
lieutenant-colonel , et s'opposa forte- 
ment à toute réconciliation avec Char- 
les V, Quand ce prince fut conduit 
devant ses juges, Axtel commandait 
le détachement chargé de l'escorter. 
L'épouse du général Fairfax ayant 
parlé hautement, ainsi que d'autres 
femmes, en faveur du roi, Axtel s'e'- 
cria : « Chassez ces coquines , fusillez- 
» les. )) Sur le chemin du roi , quel- 
ques personnes , touchées de compas- 
sion , crièrent : « Dieu sauve le roi! » 
les soldats d'Axtel crièrent: u Justice! 
justice! » Et lorsque, le dernier jour 
du jugement, quelques-uns crièrent: 
« Dieu préserve votre majesté î » les 
soiuats crièrent: «Exécution, exécu- 
» tion ! » Quand la sentence de mort 
fut prononcée, le roi fut transporté 
dans une chaise à porteurs au milieu 
de la rue Royale. Les deux hommes 
qui le portaient ôtèrent leurs chapeaux 
par respect , mais les soldats d'Axtel 
les forcèrent à les mettre sur leur tête. 
On vérifia dans la suite qu'Axtel avait 
été jusqu'à battre ses soldats pour leur 
faire tenir une pareille conduite; que, 
pendant le procès , il riait et plaisantait 
avec eux , et qu'il les avait excités à 
brûler devant le visage du prince , de 
la poudre qu'il leur avait donnée. II 
passa ensuite en Irlande avec Crom- 
well j obtint le gouvernement de Kil- 

9-. 



i37. AXT 

kenny, et poursuivit rigoureusement 
les partisaus de la monarchie. Lorsque 
Cromwell se fut empare' ouvertement 
du pouvoir , Axtel et plusieurs autres 
officiers donnèrent leur démission à 
Henri, fils du protecteur, envoyé' par 
lui en Irlande comme major-gënéral; 
et Axtel surtout montra, dans cette cir- 
constance, beaucoup d'emportemenl. 
Depuis celte dpoque, il vécuten simple 
particulier, de la fortune qu*il avait ac- 
quise ; mais il se vit toujours surveillé, 
jusqu'à la mort du protecteur. Le long- 
parlement reprit alors son autorité, 
et Axtel fut nommé colonel par le lieu- 
tenant-général Ludlow. Quoiqu'il eût 
changé d'idées en matières religieuses, 
et que de puritain il fut devenu anabap- 
tiste, il ne varia jamais dans ses idées 
politiques. La réputation qu'il s'était 
laite à cet égard, et son courage bien 
pi-ouvé, le firent placer à la tête d'une 
division d'Irlandais, chargée de défen- 
dre le parlement contre Charles II; mais 
lorsque cite division fut arrivée dans 
l'Yorkshire, Monk lui fit congédier 
Axtel, ainsi que ceux qui pensaient 
comme lui, et choisir d'autres officiers. 
Axtel tenta ensuite, avec le général 
Lambert et quelques troupes , de ré- 
tablir les affaires de son parti; mais il 
n'y réussit point, et se tint caché, 
prévoyant bien que le rôle qu'il avait 
joué dans le procès du roi l'exposerait 
à être poursuivi. En efflt, après la 
restauration, il fut du nombre de ceux 
queCharles II excepta formellement de 
l'amnistie générale. Mis en jugement, 
il se défendit sur tous les chefs d'ac- 
cusation ave<î une grande presence 
d'esprit. 11 fut coudamné à mort, ainsi 
que le colonel Hacker , et souffrit son 
supplice avec fermeté. On exerça sur 
son cadavre d'inutiles cruautés; mais 
on ne priva point sa veuve et ses sept 
enfants du bien qu'il avait amassé dans 
Je temps de sa prospérité. D— t. 



AYA 

AXTIUS (Jean Conrard) , méde- 
cin allemand, a publié un petit traire 
sur les arbres résineux conifères, tels 
que les pins , les cèdres , les sapius , 
les cyprès , etc. , dont on extrait la té- 
rébenthine et la poix. 11 fait connaître 
les différentes sortes d'utilité que l'on 
retire de ces arbres, et cite plusieurs 
passages des poètes. Ses descriptions 
sont animées et intéressantes, et son 
style a de l'agrément. Il y a joint une 
lettre sur l'antimoine, dans laquelle 
il accuse calomnieusement Guy-Patin , 
grand ennemi de ce remède , de l'avoir 
donné à son propre fils pour s'en dé- 
faire. L'université d'Iéna exigea d'Ax- 
tius une rétractation publique , consi- 
gnée dans une petite feuille réunie 
quelquefois à son ouvrage intitulé : 
Tractaius de arhoribus coniferis , 
elpice conficiendd , aliisque ex illis 
arboribiis provenieniibus ; accessit 
Epistola de aniimonio : Jenœ , tjpis 
Samuelis Krebsiij 1679, in- 12. 
D— P— s. 

AYALA ( Pierre Lopez de ), né 
dans le royaume de Murcie en 1 532 , 
d'une famille distinguée, servit soUs 
quatre rois de Castille. 11 s'attacha d'a- 
bord à Pierrc-lc-Cruel ; mais la con- 
duite de ce prince ayant fait révolter 
ses sujets en i566, Ayala prit le parti 
de Henri de Transtaraare. Pierre étant 
revenu dans ses états à la tête d'une 
armée d'anglais et de navarrois, livra 
bataille à Henri, le 5 avril 1367, au- 
])rès de Naxara ou Navarctte. Ayala y 
fut fait prisonnier (ainsi que Dugues- 
cliu ), emmené en Angleterre, cl ren- 
fermé dans un cachot dont il fait la 
description dans son poème intitulé : 
Rimado de Palacio , et fut racheté 
pour une grosse somme d'argent. 
Henri, victorieux à son tour de Pierre, 
et maître du royaume , nomma Ayala 
son conseiller et son ambassadeur au- 
près de Charles V, roi de France. 



AYA 

Jean I*'. , fils de Henri , lui ayant suc- 
cède , garda auprès de lui Ayala , qui 
dans la guerre de Portugal, porteur 
de l'étendard de l'ordre de la V^anda 
à la bataille d'Aliuharrata , en i385, 
y fut encore fait prisonnier, quoiqu'il 
eût agi en vaillant soldat et eu habile 
capitaine. Jean P''. le nomma son 
grand chambellan, et grand chancelier 
de Castille. Henri III, successeur de 
Jean, garda auprès de lui Ayala, qui 
mourut à Calahorra, en i4o7> sous le 
règne de Jean II. A}ala était l'homme 
le plus savant, le plus éloquent et le 
plus brave de toute l'Espagne, et se 
faisait distinguer dans les conseils 
comme à l'armée. 11 aimait beaucoup 
les lettres , et fut presque le seul es- 
pagnol qui les cultivât de son temps. 
Ses auteurs favoris étaient S. Grégoire 
et Tite-Live. Il avait apporté d'Italie 
ce dernier auteur , jusqu'alors inconnu 
en Espagne, et le traduisit en espa- 
gnol. Cette traduction fut , au rapport 
d'Antonio , imprimée à Salamanque , 
sans nom d'auteur, 1497, in-fol. , ^'' 
réimprimée à Cologne, chez Arnauld 
Birchmann,en i552 ou i555. Il avait 
aussi traduit les Commentaires de S. 
Grégoire-le~ Grand sur le livre de 
Job; le traité d'Isidore, De summo 
Bono ; la Consolation de la philoso- 
phie de Boëce, et Y Histoire de Troie 
de Guy Columna. Il avait composé en 
espagnol un Traité de Fauconnerie , 
et la Généalogie de la maisonrojale. 
Il paraît que ces ouvrages et traductions 
n'ont pas vu le jour j mais, outre le 
Tite-Live d* Ayala , on a encore im- 
primé de lui , I. une traduction du. 
traité de Boccace, De Casihus viro- 
rum illustrium, Séville, 14^5, in- 
fol., Alcalade Henarez, i552, in-fol. 
Ayala n^avait traduit que les huit pre- 
miers livres et le chapitre du 9"., con- 
sacré à Artus , roi d'Angleterre. La tra- 
ductijoa. fut. achevée par Alphonse 



AYA 



35 



Garzias de Ste. -Marie, doyen des 
églises de Compostelle et de Ségovie. 
II. Cronicas de los reges de Castilla^ 
D. Pedro y D. Henrique II, D. Juan 
el priniero ,/ D. Henrique tercero , 
Pampelune, iSgi , in-fol. Celte pre- 
mière édition ne contient que les règnes 
de Pierre , Henri 11 , et Jean l^^ L'ou- 
vrage entier a été réimprimé à Sara- 
goce, i68'2 : il y a une édition de 
Madrid, 1779, 4 vol. in-^o. Ayak 
avait été témoin des événements dont 
il parle, a II est, dit Antonio, historien 
» fidèle , et son style est élégant pour 
» le temps où il écrivait. » A. B — t. 

AYALA (Diego Lopez de), cha- 
noine de Tolède , vers le milieu du 
1 6". siècle , traduisit en castillan , avec 
beaucoup d'élégance et de pureté , le 
Philocopo de Boccace , sous le titre 
de El Laberinto de Amor , etl'^r- 
cadie , de Sannazar. Ces deux ou- 
vrages ont été imprimés in-4°. , le 
premier en 1 555 , le second en 1 547 ? 
ils jouissent de l'estime des littérateurs 
espagnols. G— S — a. 

AYALA ( Gabriel ), médecin de la 
faculté de Louvain, et médecin pen- 
sionnaire de la ville de Bruxelles , mort 
vers 1 562 , a laissé un recueil de vers 
latins , imprimé à Anvers , en i562 , 
in "4°., contenant quatre-vingt-neuf 
épigrammes qu'il avait déjà fait impri- 
mer sous le titre de : Popularia eni- 
^rammala medica, un livre d'E- 
légies, etc. L'auteur convient lui même 
que ses épigrammes sont un peu trop 
longues et peu piquantes j mais il prie 
le lecteur de faire attention qu'elles, 
sont Medica et Galenicaynon CatuU 
liana. — Balthazar Ayala , cousin 
de Gabriel, et né à Anvers, en i548 
environ , jtu'iscon suite et auditeur gé- 
néral des troupes de Philippe II dans 
les Pays-Bas, adonné: De jure, of- 
ficiis bellicis , ac militari discipliaii^ 
libri ires , Douai , i ^82 , in-S"*. f- An- 



i54 AYA 

vers, i597, iii-8°. — Nicolas An- 
tonio, dans sa Bibliotheca Hispana 
Nova , parle de beaucoup d'autres 
Ayala , qui , la plupart , n'ont compose' 
qiic des ouvrages de dévotion. 

A. B— T. 
AYAMONTE (le marquis d'), sei- 
gneur espagnol de la maison de Guz- 
man , dans laquelle ce marquisat sub- 
siste encore , naquit vers les premières 
anne'es du 17''. siècle , et suivit la car- 
rière des armes. Il était proche parent 
de Louise de Guzman , dont le^mari , 
Jean , duc de Bragancc , venait d'être 
proclame' roi de Portugal (1640). Aya- 
monte, flatte' d'une telle alliance, oublia 
la fidélité qu'il devait à son propre sou» 
vcrain , et cbercha à susciter une révo- 
lution dans la province d'Andalousie , 
qu'il voulut rendre indépendante de la 
couronne de Castille, d'accoi'd avec le 
nouveau roi de Portugal. Le duc de 
Médina Sidonia , beau-iVère de celui-ci, 
se trouvait gouverneur de cette pro- 
vince, où il possédait des biens im- 
menses. L'Espagne était dans un état 
de décadence sous le règne du pusil- 
lanime Philippe IV; tout concourait 
a séduii'e l'ambition du duc de IMe- 
dina Sidonia, et les circonstances four- 
nirent au marquis d'Ayamonte des ar- 
guments assez forts pour ébranler sa 
fidélité. Mais l'indiscrétion du moine 
Velasco , qui fut trahi par le confi- 
dent qu'il avait choisi , fit avorter la 
conspiration, au moment où elle allait 
ctre exécutée. Le comte d'Olivarez 
fut instruit de tout, et le roi PhiUp- 
c voulut bien laisser à son ministre 
e soin d'une affaire , dont les détails et 
la recherche alarmaient encore plus 
sa paresse , que le danger n'effrayait 
son imagination. Soit que le duc de 
Médina Sidonia ne fût coupable d'au- 
cun acte positif de rel)cilion , soit que 
le ministre voulût préserver la fière 
maison de Guziian^ dont il était lui- 



l 



AYL 

même, de la honte de voir traîner à 
l'échafaud celui qui en était le chef, il 
paraît que le marquis d'Ayamonte fut 
la seule victime sacrifiée, et encore 
voulut-on jeter une espèce de voile sur 
la nature du crime qui hii fut imputé. 
On le flatta de l'espoir d'obtenir sa 
grâce, jusques au moment où ia hache 
du bourreau allait faire tomber sa tcte. 
Il avait pourtant avoué tout , persuade 
qu'il ne serait pas moins favorable- 
ment traité que le duc, à qui le roi 
s'était contenté d'otcr le gouvernement 
de l'Andalousie. Mais on se servit de 
sa propre confession pour lui faire son 
procès ; il fut condamné à perdre la 
tête. Ses juges lui prononcèrent sa sen- 
tence le soir. Il l'écoula avec une tran- 
qlùllité surprenante, et sans se plain- 
dre ni du duc ni du ministre; il soupa 
ensuite à l'ordinaire, et passa toute la 
nuit dans un profond sommeil. Il fallut 
que ses juges le fissent éveiller pour 
aller au supplice : il y marcha sans 
dire un mot, et mourut avec une fei*- 
meté digne d'une meilleure occasion. 
( FofAes articles Médina Sidonia 
( Guzman, duc de), Nicolas Velas- 
co , LoLiSE, etc., Guzman, Bra- 
gance , etc. J. B. E — d. 

AYDEB-ALY. Ton Hider-Aly. 
^ AYESHA , femme de Mahomet. T. 
Aichah. 

AYGUEBERRE (Jacques Bumas 

d' ). P^. AlGUEBF.RRE. 

AYLESBURY (Thomas), né à 
Londres en 1576, fut créé baronet en 
1G27.ll était très-instruit, surtoutdans 
les mathématiques ; mais il mérite plus 
particulièrement d'être cité pour le 
noble usage qu'il fit de sa fortune en 
faveur des savants et des gens de let- 
tres. Noh seulement il les recherchait 
et les réunissait chez lui, mais il fai- 
sait encore des pensions à plusieurs 
d'entre eux. Son attachement à Charles 
I". l'obligea, eu 1 64 2, d'aller chercher 



AVL 

un asyle dans les Pays-Bas , où il mou- 
rut, en 1657, à l'âge de 81 ans, lais- 
sant une fille qui épousa Edouard 
Hyde de Porto n , depuis le fameux 
comte de Glarendon, el un fils (Guil- 
laume), qui fut choisi par Charles P'". 
pour être gouverneur du duc de Ruc- 
kingbam et de son frère. Guillaume par- 
courut avec ses élèves les différents 
royaumes de l'Europe. Ce monarque le 
chargea du soin de traduire del'itahen 
en anglais V Histoire des guerres civi- 
les de France^ par Davila. Cette tra- 
duction, où il eut pour collaborateur sir 
Charles Colterel , parut à Londres , en 
1647, in-fol. Dans une seconde édi- 
tion, publiée en 1678, on attribue 
» presque tout l'ouvrage à sir Charles 
Gollcrel. Guillaume Aylesbury mou- 
-ut à la Jamaïque, dans un âge peu 
irancé. X — s. 

AYLEÏT (Robert), auteur an- 
glais, né au commencement du 17^ 
siècle, a publié deux ouvrages en vers , 
intitulés , l'un : Contemplations di- 
vines el morales; l'autre ; Suzanne , 
ou le Procès des deux vieillards, 
Londres, i6'2'2 , in-8". On lui attribue 
la Britannia antiqua illuslrata , pu- 
bliée sous le nom d'Aylett Sammes, 
son neveu. , X — s. 

AYLIN (Jean ), ou plutôt Ailîno , 
surnommé DE Maniago, du nom d'un 
château du Frioul, où il était né, flo- 
vissait au 14*". siècle. 11 écrivit en 
Utln l'histoire de la guerre du Frioul, 
JlistoriaBelluForojuliensis. On croit 
que Maniaco, lieu de sa naissance, 
fivait été bâti à la place où était ancien- 
nement la ville do Célina , dont parle 
Pline, et qui depuis long -temps ne sub- 
siste plus. Aylin était notaire, et ses 
aicux l'avaient été au même lieu , de 
}>cre en fils, depuis l'an 1277. Son 
J/istoire de la t^uerre du Frioul , 
^ui s'iîtend depuis i56G jusqti'eu 
x^^j a été insérée, paç Muralori, 



AYL 



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dans ses Antiquitates Italien wedii 
œi'i, tom. III, pag. 1 187. Ce savant 
critique avoue qu'Aylin n'écrit pas' 
comme Salluste ni comme Tite-Live j 
mais c'est ce qu'on ne peut exiger d'un 
écrivain du 1 4"- siècle. Cette histoire 
contient, relativement à la guerre qui 
en est le sujet , des particularités qui 
ne se trouvent point ailleurs. G— e'. 
AYLMER (Jean), prélat anglais, 
né à Aylmcr-Haîl, en Norfolk, vers 
1 521 , d'une famille distinguée. Ayant 
dû le bienfait de son ducation à la 
protection de Henri Grey , marquis 
de Dorset, et depuis duc de Suffoik, 
il fit à son tour l'éducation des en- 
fants de ce seigneur, et entre autres 
de lady Jeanne Grey, si célèbre par 
sa fin tragique : guidée par lui , 
elle fit des progrès rapides dans lea 
langues grecque et latine, et lui té- 
moigna iDeaucoup d'affection. L'atta- 
chement qu'il montra pour le pro- 
testantisme l'obligea de sortir du 
royaume sous le règne de Marie. Il y 
y rentra à l'avènement d'Elisabeth au 
trône; mais, malgré son zèle, ses pro- 
tecteurs et ses talents, s'élant élevé 
dans ses écrits contre la richesse et le 
faste des ecclésiastiques , il resta long- 
temps sans avancement. 11 crut devoir 
se justifier par la suite, en disant que 
« lorsqu'il était un enfant , il paiTait 
» et pensait comme un enfant. » Ce ne 
ftil qu'en 1576, qu'ayant été élu évêque 
de Londres, il commença à déployer la, 
plus grande magnificence, entretenant 
quatre-vingts personnes pour le ser- 
vice de son palais. L'amour de l'ar- 
gent, l'ambition du pouvoir et l'into- 
lérance religieuse faisaient le fonds 
dominant de son caractère. Ses pro- 
cédés tyranniques à l'égard des puri- 
tains lui attirèrent des leproches de 
la part mêine du gouverjiement, et 
le rendirent teliemeut odieux qu'il 
demanda piusiriirs fois à résigner son 



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i56 AYL 

c'vêdie. Tl mourut très-ricLe en 1394, 
à l'àgc de soixante -treize ans , et fut 
enterre à S. Paul. Parmi plusieurs 
traits de sa vie, on cite le courage avec 
lequcUIse fit extraire une dent, pour 
engager la reine Elisabeth à se sou- 
mettre à la même opération. Aylmer 
avait du talent pour l'éloquence de la 
chaire, ce qui n'empêchuit pas qu'il 
ne fît bâiller quelquefois son auditoire. 
S'aperccvaiit un jour en prêchant que 
la plupart de ses auditeurs étaient en- 
dormis, il tira de sa poche une Bible 
hébraïque , et se mil à !a lire tout haut. 
La nouveauté des sons réveilla ceux 
qui dormaient , et ils y prêtèrent d'au- 
tant plus d'attention qu'ils n'y com- 
prenaient rien. Alors il reprit la suite 
de son s«"rraon , après avoir fait ob- 
server à SCS auditeurs combien il était 
déraisonnable de prêter si peu d'at- 
tention à la parole de Dieu , et de la 
réserver pour un langage dont ils 
D'entendaient pas un seul mot. 11 est 
auteur d'une Réponse au livre de 
Knox\ contre le gouvernement des 
femines ^ et il a aidé Fox dans la tra- 
duction latine de l'Histoire des Mar- 
tyrs. S — 1>. 

AYLOFFE (siR Josepu), anti- 
quaiie anglais , né vers 1708^, d'une 
bonne famiile du comté d'Essex , a 
publié : Calendriers des anciennes 
Chartres , etc. , et des Archives gal- 
loises et écossaises existantes à la 
tour de Londres, 1772, in-4". H 
avait entrepris la traduction de VEn- 
ç^clopédie française , avec des ad- 
ditions relatives à sou pays ; mais la 
première livraison ayant reçu peu 
d'accueil , l'ouvrage ne fut pas conti- 
nué. Il a eu pari aux éditions des Coî- 
lectanea de Leiand, en 9 vol. in- 
8'., 1 770 j du Liber niger Scacca- 
rii, 1771 , en 2 vol. in-S"., et il a 
icvu l'édition de 1771 des Discours 
curieux , de Hearne. 11 est aussi l'au- 



AYM 

teur de YUniversal lihrarian { îe^ 
Bihliotliécaire universel), et de plu- 
sieurs articles intéressants de YAr- 
chœologia Britannica ( Mémoires de 
la Société des antiquaires de