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"The search for truth even unto its innermost parts'
Jlatlieai BRulim
The Gift of
SADYE RUBIN MARANTZ LEE
The National Women's Committee
of Brandeis University
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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
TOME QUATRIÈME
TVl'OGKAPlIIt; 1)K 11. IIIUIIN 1)11)01. — MESNIL (EDUE).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
ET
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
-OO^^OO-
DEUXIÈME ÉDITION
KNTIÈRKMENT RKFONmiR F.T AlIGMENTÉIÏ RE PLUS OE IIOITIF
PAR /.''jf^ÉTlS
UAiTRE DE CHAPELLE DU Àoi DES BELGES
niriECTEUH Dl' COi\SERVAT(>lRE ROYAL DE MUSIQUE DE BRUXELLES, ETC.
TOME QUATRIÈME
PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'^
IMPP.IMEURRS DE l'iNSTITUT, RUE JACOB, Mi
1866
Tons (Iruitf réservés.
Mus le
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I
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
G
GIBBONS (Roland ou ORt*>Do), compo-
siteur anglais qui a eu de la c'Iébrilé dans sa
(latne, naquit à Cambridge en 1583. A l'âge
de vingt et un ans, il fut nommé organiste de
la chapelle royale, et en 1622, il obtint le grade
de docteur en musique à l'université d'Oxl'ord.
Trois ans après, il mourut de la petite vérole à
Canlerbury, où il avait été envoyé pour assis-
ter aux solennités du mariage de Charles I*'""
avec Henriette de France. Il fut inhumé dans
l'église cathédrale de cette ville. On connaît de
ce compositeur : Madrigals in five parts for
voices and viols, Londres, 1612. Ces madri-
gaux sont bien écrits; mais la musique d'église
de Gibbons est supérieure à ses autres compo-
sitions; on cite surtout ses antiennes comme
des modèles de ce genre de musique. On
les trouve répandues dans presque toutes les
collections de musique sacrée publiées en
Angleterre, et son Hosanna y est célèbre. Le
docteur Crotch a publié dans ses Spécimens
le madrigal à cinq voix Silver Swan, de Gib-
bons. Les leçons pour l'épinelte, composées par
cet artiste, et qui se trouvent dans la collection
intitulée : Parlhenia, ainsi que les préludes
et autres pièces d'orgue insérés par Smith dans
sa Musica antiqua, prouvent qu'il était orga-
niste distingué. Son portrait se trouve dans le
quatrième volume de VHisloire de la musique
de llawkins, p. 54.
GIBBONS (Edouard), frère aîné du pré-
cédent, né à Cambridge, comme lui,'étail bache-
lier en musique à l'université de cette ville, et
fut admis dans celle d'Oxford au mois de juil-
let 1592. Appelé ensuite à Bristol i)our être
organiste de l'église cathédrale, il réunit à ses
fonctions celles de vicaire, de sous-chantre, et
BIOCU. t.MV. DES MCSICIENS. T. IV.
Jcidierenoe
458
de directeur du chœur au même lieu. En 1604,
il entra à la chapelle royale. Son attachement
à la cause de Charles I'"'' le compromit dans sa
vieillesse. Il avait donné au roi une somme de
mille livres sterling; cet acte de dévouement
le fit bannir de l'Angleterre avec ses fils,
par Cromwell, quoiqu'il fût alors âgé de plus
de quatre-vingts ans. Plusieurs compositions
d'Edouard Gibbons existent dans la bibliO'
thèque de l'école de musique à Oxford.
GIBBONS (Ellis), frère puiné d'Orlando,
né à Cambridge, vers la fin du seizième siècle,
a été nommé par Wood l'admirable organiste
de Salisbury. Malheureusement il ne reste rien
des pièces d'orgue de cet artiste; et deux ma-
drigaux,
l'un à cinq voix, l'autre à six, sont
les seules compositions qu'on connaisse de lui.
Ils sont dans la collection qui a pour titre :
le Triomphe d'Oriane ( the Triumph of
Oriana).
GIBBONS (Christophe), fils d'Orlando,
étudia la musique dès ses premières années
chez son oncle Ellis Gibbons, organiste à Salis-
bury. Admis dans le chœur de la chapelle de
Charles I'^^'", il eut, après la restauration, les
places d'organiste de Charles II et de l'abbaye
de Westminster. Le roi, qui aimait Gibbons à
cause du dévouement que sa famille avait mon-
tré à la royauté dans des circonstances péni-
bles, le recommanda à l'université d'Oxford,
pour qu'on lui conférât le grade de docteur en
musique ; il l'obtint au mois de juillet 1664, et
mourut le 20 octobre 1676, dans la paroisse
de Sainte-Marguerite, au quartier de West-
minster. On ne connaît de cet artiste, dont le
talent parait avoir été médiocre, que quebiues
antiennes, particulièrement : Helpme,o Lord;
GIBBONS - GIBELLINI
Lord, 1 am not high minded, et Teach me,
o Lord. On croit qu'il fut un des auteurs du
recueil qui a pour titre : Cantica sacra, con
laining hymns and anthems, for 2 voices to
the organ, Londres, 1674, in-fol. Gibbons est
ce même organiste de Westminster qui eut
pour souffleur d'orgue l'illustre Froberger, et
qui le traita si mal {Foijez Frocercer).
GÎREL (Othos), en latin Gibelins, com-
positeur ^t théoricien distingué , naquit en
1612, >■> Borg, dans l'île de Femcrn, dans la
Baltique, près des côtes du Ilolslein, où son
père était ecclésiastique. Ayant été forcé de
quitter son pays natal, à cause de la peste qui
le ravageait, il se retira à Brunswick, où il
trouva auprès de quelques parents les secours
qui lui étaient nécessaires, tant pour son en-
tretien que pour la continuation de ses études,
lïeurensemenl pour lui, le savant canfor
Henri Grimm se trouvait aussi à Brunswick,
où il s'était retiré après la destruction de Mag-
debourg, en 16ôl. Il profita si bien des in-
structions de cet habile maître, dans la théorie
et la pratique de l'art musical, qu'il put être
nommé cantor de ville à Schauenbourg, avant
même que ses études fussent terminées. Il prit
possession de cet emploi, en î6ô4, à l'âge de
vingt-deux ans; mais il ne le garda que huit
années. En 1642, il se rendit à Minden, où il
fut d'abord sous-corecteur, et ensuite cantor
et directeur de l'école après la mortdeSchefTer,
Enfin, après quarante ans d'exercice de ses
fonctions, il mourut en 1682, à l'âge de
soixante et dix ans. Les ouvrages imprimés de
Gibel sont : \° Seminarium modulatoris- vo-
calis, das ist ein Pflantz-Garten der Sing-
kunst, Zelle, 1645, in-4'^. La deuxième édition
a été publiée à Brème, Kœhler, 1657, in-S".
C'est une méthode de chant, où l'on trouve les
exercices de vocalisation qu'on a reproduits
Jusqu'aujourd'hui dans les livres de celte
espèce : elle contient aussi un grand nombre
de pièces à deux, trois et quatre voix, soit des
compositeurs allemands du temps de Gibel, soit
de lui-même. 2" Kurtzer jedoch griindiicher
Bericht von den Focibus musicalibus , da-
rinnen gehandelt loird von den musikalischen
SyUabisation, oder von der Solmisation, etc.
(Avertissement court mais essentiel sur les
voix, oii l'on traite de la syllabisalion et de la
solmisation, etc.), Brème, 1659, in-8'\ Ce li-
vre, où les avantages et les défauts des systèmes
de solmisation par les hexacordes et par sept
syllabes sont exposés avec clarté, est le meil-
leur livre qu'on ait pour l'histoire des disputes
élevées à ce sujet, bien que renfermé dans
quatre-vingt-quinze pages in-S" seulement.
•"" Jntroductio musiex theoricas didactics:
in qua prxcipua ejus prîncipia cum primis
vero mathematica , etc. Pars getieralis ,
Brème, 1600, in-4". Gibel promettait, dans
l'introduction de cet ouvrage, une deuxième
partie, qui n'a pas paru. Printz dit que la situa-
tion peu fortunée de Gibel ne lui permit pas de
faire imprimer la suite de son ouvrage (voyez
Histor. Beschreibung der Singhunst, c. XII,
p. \A'i). Il serait cependant possible que le
livre dont le titre suit fut précisément cette
deuxième partie. 4" Propositiones mathema-
tico-mvsic.r, das ist miisikalische Anfgaben
ans der Mathesi demonstrirt, Minden, 1666,
in-4''. 5» Geistliche Harmonien von 1 his
5 Slimmen, Theils ohne, Theils mit Instru-
menten (Harmonie spirituelle depuis une jus-
qu'à cinq voix, paitie sans instruments, et
partie accompagnée), Hambourg, 1071, in-4''.
GIBELLI (Laurent), maître de chapelle de
l'église Saint-Barlholomé à Bologne, fut, dit-
on, un des derniers élèves du P. Martini; ce-
pendant son nom ne figure pas dans la liste
des écoliers de ce savant maître donnée par le
P. Délia Valle, dans ses Memorie storîche dei
P. M. Giambattistaj¥arlini (r. 9 et \0,n. a).
Quoi qu'il en soit, Burney, qui connut Gibelli
à Bologne, dit que c'était un savant homme,
mais dépourvu de génie mélodique. Gibelli
avait été agrégé à l'Académie des philharmo-
niques de Bologne, en 1743; il en fut prince
en 175Ô. Après avoir été maître de chapelle des
chanoines de Saint-Sauveur et de Saint-Bartho-
lonié, il occupa la même position à l'église des
Théatins, et obtint la place de maître de la con-
grégation de l'oratoire de Saint-Philippe. Ses
ouvrages sont conservés en manuscrit dans
l'église dont il était le maître de chapelle. Dn
Magnificat de sa composition a été exécuté
avec succès dans plusieurs églises de Bologne.
Relistab, de Berlin, possédait un Kyrie et un
Gloria en partition, de ce maître. Gibelli est
mort à Bologne, en 1811, dans un âge avancé.
Un littérateur, nommé Pancaldi (C), a fait im-
primer une notice sur ce compositeur, sous ce
titre : Fila di D. Gibelli, célèbre contrappun-
tista e cantore, Bologne, 18ô0, in-S».
GlBELLIiM ou GIIIBELLOI (Elisée),
né à Osimo, dans la Marche d'Ancône, vers
1520, fut maître de chapelle de l'église de la
confrérie du Saint-Sacrement, à Ancône, où il
se trouvait encore en 1581. On a imprimé de
sa composition : 1» Mottctta super piano
cantu cum quinque vocibus et in festis so-
îemnibus decantanda, Ycneliis, apud llicro-
CIBELLINI — GIDE
nvniiim Scohim, 154G, in-4''. J'ignore si c'est
le même ouvrage qui a été reproduit avec un
nouveau frontispice sous ce titre : Motettorum
cum qutnque vocibus liber prîmus, Venetiis,
apud Hieronymum Scotum, 1548, in-4'' obi.
2» Madrigali a tre voci, in Venetia, app.
Ant. Gardane, 1552, in-4" obi. 3" Inlroilus
missarum de festis per cursum anni, qiiin-
quevocum, Rome, 1565, in-fol. 4» Il primo
libro de' Madrigali a cinque voci, in Vene-
tia, app. Angelo Gardane, 1581, in-4''.
GIBELIIM (Jérôme), compositeur du dix-
septième sièle, n'est connu que par deux collec-
tions de psaumes intitulées : Salmi di f'espro
a due et tre voci, Venise, 1G24, et Salmi spez-
zati a due e tre voci, Venise, 1626.
GIBELLIIM (NicotAs), moine auguslin et
rompositeurdudix-septième sièle, né à Norcia,
dans les États du pape, fut maître de chapelle
à l'église Saint-Étienne de Venise, et publia
dans cette ville : Motetti a pià voci concertati,
1655, in-4".
GIBERT (PAUL-CÉSAn), fils d'un olTicierde
la maison du roi, naquit à Versailles, en 1717,
et fut envoyé dans sa jeunesse en Italie, où il
étudia la musique sous divers maîtres habiles.
Lalande dit {f'oxjage en Italie, t. VII, p. 193)
que Gibert vécut pendant plusieurs années à
Naples, qu'il y prit des leçons des meilleurs
maîtres des conservatoires, et qu'il y était em-
ployé à faire des engagements de bons chan-
teurs pour la chapelle du roi. Ce fut lui qui
envoya à Paris les castrats dont plusieurs
chantaient encore à Versailles les parties de
contralto, au moment de la révolution de 1789,
particulièrement Albanèse (voyez ce nom). De
retour en France, il se livra à l'enseignement,
et écrivit pour ses élèves un ouvrage qui fut
gravé à Paris, sous le titre de : Solfèges ou
leçons de musique, sur toutes les clefs et dans
tous les tons, modes et genres, avec accompa-
gnement d'une basse cliiffrée, très-utile aux
personnes qui veulent apprendre l'accompa-
gnement du clavecin, et qui désirent acqué-
rir l'usage de s'accompagner elles-mêmes,
avec un précis des règles de la musique,
Paris, 178Ô, in-4''. Il a composé la musiquede
quelques divertissements ou opéras pour la
Comédie-Italienne. Les plus connussent ceux
dont les noms suivent : la Sibylle, 21 octobre
1738; le Carnaval d'été, 11 août 1759; la
Fortune au village, 8 octobre 1760 ; les airs de
Soliman ou les trois Sultanes, en 1761 ; Àpelle
et Campaspe, 21 avril 1763. Il a écrit aiis«i,
pour l'Opéra, Deucalion et Pyrrha, par dns
de Watclct. Gibert est mort à Paris, en 1787.
GIBOIN (Gilbert), né à Montargis , fut
organiste à Orléans, dans les premières an-
nées du dix-septième siècle. Il jouait de la
harpe avec une habileté extraordinaire pour
le temps oii il vécut. On connaît de sa compo-
sition : Chansons de printemps avec les ayrs
nouveaux et la basse, Paris, Ballard, 1622,
in-4'' obi.
GIBSON (Edmond), évêque de Londres, né
en 1669, à Rnip, dans leWestmoreland, reçut
sa première instruction dans une école de ce
comté, et fut ensuite admis à l'université d'Ox-
fort, où il se livra particulièrement à l'étude
des langues du Nord, et à celle des antiquités
de son pays. C'était un homme vertueux et
savant. Il mourut à Londres, le 6 septembre
1748, à l'âge de 79 ans. Il a donné une édition
de la Cantilena rustica , de Jacques V, roi
d'Ecosse (Oxford, 1091, in-4"), avec des notes
savantes et curieuses, qui ne sont pas sans in-
térêt pour l'histoire de la musique. Il a écrit
aussi un petit traité du chant des églises angli-
canes, sous ce litre : Metliod , or course of
singing in Church. Cet écrit se trouve dans
VJppendiX du livre de Gibson intitulé : Di-
rect ion to the clerggofthe Diocèse ofLondon,
Londres, 1727, iu-4".
GIDE (Casimir), fils d'un libraire de Paris,
et d'une dame qui a eu de la réputation pour
la beauté de sa voix, et qui était de la chapelle
du roi, est né à Paris le 4 juillet 1804. Destiné
à la profession de son père, il n'avait appris la
musique que pour cultiver cet art en amateur;
cependant après avoir fait quelques études au
Conservatoire de Paris , où il avait été admis,
le 13 mars 1817, comme élève de Dourlen
pour l'harmonie, il se sentit entraîné par un
goût passionné pour la composition, et satisfit
son penchant en écrivant des morceaux de
toute espèce pour des vaudevilles et des dra-
mes. C'est ainsi qu'il composa la musique du
drame de M. Duport, représenté, en 1828, au
théâtre des Nouveautés, sous le titre : les Trois
Marie. Le 17 octobre 1830, il fit représentera
rOpéra-Comique un petit opéra en un acte in-
titulé : le Roi de Sicile. Cet ouvrage n'eut
point de succès. M. Gide fut plus heureux dans
la Tentation, grand ballet en cinq actes, avec
des choeurs, qu'il avait composé en collaboration
avec M. Halévy, et qui fut représenté à l'Opéra
le 20 juin 1832. Il a mis dans cet ouvrage des
airs de danse fort jolis, particulièrement un
galop qui a eu beaucoup de vogue. Il composa
ensuite la musique de l'Jngelus, opéra-comi-
(|ue en un acte, qui a été joué le 7 juillet 1834,
En 1847, on représenta à l'Oiiéra de Paris Ozai,
1.
GIDE - GIL
baHet en 3 actes dont il avaitéciitla musique.
Depuis cette époque, M. Gide a succédé à son
père dans la librairie, et semble ne plus vou-
loir écrire pour le théâtre.
GIESE (Théophile-Ciirétien), né au mois
de novembre 1721, à Crossen dans la Basse-
Silésie, fut pasteur luthérien à Resselsdorf, puis
sous-diacre en 17oo, et enfin archidiacre de la
cathédrale de Gnerlilz, en 17G0. Il mourut en
cette ville, le 28 décembre 1788. Cet ecclésias-
tique est auteur de plusieurs savants ouvrages.
On lui a attribué la description historique de
l'orgue de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul
de Gœrlitz (Nistorische Nachricht von den
Vrgein der Pétri und Pauli Kirche in Gœr-
litz, Gœrlitz, 1766, in-4»); mais Gerber, qui
s'est procuré ce petit ouvrage, a reconnu que
son auteur est Chrétien-Daniel BrUckner (voy.
ce nom). Il est singulier que Lichtenthal
n'ait pas remarqué ce fait dans le Lexique de
Gerber, et qu'il ait placé l'ouvrage dont il
s'agit sous le nom de Giese, dans sa Bibliogra-
phie de la musique.
GlESSE (Chari.es), amateur de musique à
"Wittenberg, vers la tin du dix-huitième siècle,
a publié une romance de sa composition inti-
tulée : Theobald und Rœschen, avec accompa-
gnement de piano. Dresde, Hilscher, 1799.
Cette production ayant été critiquée dans la
•jirsmière année de la Gazette musicale de
Zeipsick, Giesse attaqua le rédacteur de cette
critique dans une lettre qui se trouve à Vlntel-
iiyenzblatt de cette gazette, t. I, p. 101.
-GIESSEI^iDOUFEi; (...). On trouve sous
ce nom, dans le catalogue de Traeg de Vienne
(1799), l'indication d'un concerto pour le cla-
vecin avec accompagnement de deux violons,
alto et basse, et de préludes d'orgue. Ces deux
ouvrages étaient en manuscrit.
•GIGLI (Jules), musicien, né à Imola, vers
le njilieu du seizième siècle, a publié une col-
lection de morceaux à cinq voix de vingt-sept
différents auteurs et de lui-même, sur ces pa-
roles : Ardo, si, ma non t'amo, etc. Ce recueil
a pour titre : Sdegnosi ardori : musica di
diversi autori sopra un islesso sogetto di
parole a 5 voci. Munich, 1585, in-4''.
GIGLI (Thomas), compositeur de madri-
gaux, naquit en Sicile dans la seconde moitié
du seizième siècle. On trouve plusieurs mor-
ceaux de sa composition dans le recueil inti-
tulé : Infidilumi, Palerme, 1603.
GIGLI (Jean-Baptiste), dit il Tedeschino,
compositeur au service du grand-duc de Tos-
cane, vers la lin du dix-septième siècle, a pu-
blié à Bologne, en 1690, un ouvrage intitulé :
Sonate da chiesa e da caméra a tre stro"
vient i, col basso continua per Vorgano j
in-fol.
GIGAULT (Nicolas), organiste de Saint-
Martin, de Saint-Nicolas des Champs et de
l'église du Saint-Esprit, à Paris, naquit à
Claye, en Brie, vers 1645. Il eut pour maître
Titelouze , organiste à Paris. Gigault est un
des bons organistes français de l'école du
dix-septième siècle, bien supérieure à celle
du dix-huitième. Il a publié pour son instru-
ment : 1» Licre de musique pour l'orgue,
contenant plus de cent quatre-vingts pièces
de tous les caractères, dédié à la f'ierge,
Paris, 1685, in-4'^ obi. 2» Livre de Noëls di'
versifiés à deux, trois et quatre parties, Pa-
ris, 1685, in-4» obi.
GIL (...), moine portugais, né à Lisbonne,
vers la fin du seizième siècle, eut pour maître
de musique le compositeur Duarte Lobo, et fut
maître de chapelle dans un couvent de Francis-
cains, à Guarda. Il mourut dans ce monastère,
en 1G40. Les compositions de ce maître sont
restées en manuscrit. Parmi ces ouvrages Ma-
chado cite (Bibliot. Lusil., t. II, p. 380) ceux-
ci : 1" Huit messes pour tous les tons à plu-
sieurs voix. 2" Psaumes de tous les tons.
3" Psaumes et compiles à six voix. 4" Motets à
quatre voix,
GIL (François d'Assise), compositeur et
professeur d'harmonie au Conservatoire royal
de musique de Madrid, est né à Cadix, en 1829.
Doué d'une heureuse organisation pour la mu-
sique, il n'avait trouvé dans sa ville natale que
des ressources insulTisantes pour son instruc-
tion, lorsque le Trat te d'Aannonie de l'auteur
de cette notice lui tomba entre les mains, et
dissipa tout à coup l'obscurité qui lui avait
paru être inséparable de cette science. La pré-
dilection que lui avait inspirée ce livre lui per-
suada d'en faire une traduction en langue
espagnole, qu'il publia sous ce titre : Tratadu
compléta de la teoria y practica de la Armo-
nia, Madrid, M. Salazar, 1850, un volume gr.
in-4''. Dans la même année, il fit le long tra-
jet de Cadix à Bruxelles pour venir demander
à l'auteur de cet ouvrage de l'admettre au
nombre de ses élèves pour la composition. Il
fit sous sa direction un cours complet de contre-
point, et ses progrès furent si rapides, qu'au
printemps de 1852, il put écrire une fugue à
huit voix réelles, avec tous les développements
de la science, ouvrage très-remarquable, et,
dans l'été de la même année, il obtint au con-
cours le premier prix de com|>osition. De re-
tour en Espagne, au commencement de 1853,
GIL - GILLIER
M. Gil a élé nommé, par la reine Isabelle,
professeur d'harmonie au Conservatoire de
Madrid. Une lutte s'établit alors entre lui et
Carnicer {voyez ce nom) sur la science de
l'harmonie; mais la vieille routine de ce
maître ne put tenir contre la clarté des démon-
strations faites par Gil. Celui-ci, demeuré
vainqueur, a fait pour ses élèves un résumé de
cette doctrine qu'il a publié sous ce titre :
Tratado elemental teorico-practico de Jr-
monia, dedicndo à M. F.-J. Fétis, etc.,
Madrid, Casimiro Martin, 1856, un volume
gr. in-S" de quatre-vingt-huit pages. M. Gil a
fourni un grand nombre d'articles à la Gaceta
musical de Madrid, publiée, en 1855 et 1850,
par M. Hilarion Eslava (voyez ce nom). 11 a
aussi composé plusieurs opéras pour leThéâtre-
Espagnol de Ma<irid.
GILBERT (Alphonse), né à Paris, le 2 fé-
vrier 1805, fut admis au Conservatoire de celle
ville, le 9 octobre 1822, comme élève de l'auteur
de cette notice, pour le contrepoint. En 1827,
M obtint le second grand prix de composition
musicale de l'Institut de France, pour la can-
tate d'Orp/te'e. Il fut attaché pendant plusieurs
années à l'orchestre du théâtre de l'Odéon, en
([iialité de violoncelliste. Il a obtenu plus tard
la place d'organiste à l'église Notre-Dame de
Lorette, à Paris. En 1847, le premier prix lui
l'ut accordé au concours ouvert par le ministre
de l'intérieur pour la composition de chants
historiques et religieux.
GILES ( Nathaniel), organiste du roi
d'Angleterre Charles I"^"", naquit à Worcestcr,
en 1558. En 1585, il était bachelieren musique,
organiste et directeur de la musique de la cha-
pelle Saint-Georges, à Windsor. Après la mort
de Guillaume Hunni (1597), on le chargea de
l'éducation des enfants de chœur de la chapelle
royale; plus tard, il obtint la place d'organiste
de cette chapelle. En 1C22, le grade de docteur
en musique lui fut conféré. II mourut à Wind-
sor, le 24 janvier lOôô. Ce musicien n'a écrit
(|ue pour l'église ; ses compositions sont restées
en manuscrit.
GILLES (Jeaîi), né à Tarascon, en 1GG9,
fit ses premières études musicales à Aix, en
Provence, sous la direction d'un maître de
chapelle nommé Poilevin. Il fut le condisciple
<lc Campra. Après la mort de son maître ,
Gilles lui succéda, mais il quitta bientôt sa
place pour celle de maître de chapelle à Agdc.
Sa répulalion s'étendit dans tout le midi ;
l'évéquc de Rieux ayant entendu parler avan-
tageusement de ses talents, demanda pour lui
la maîtrise de Saint-Éticnnc de Toulouse; ninis
elle venait d'être donnée à un musicien italien
nommé Farinelli. Il y eut entre ces deux ar-
tistes un combat de générosité, à la suite duquel
Gilles fut obligé de se rendre à Toulouse et d©
permuter avec Farinelli ; ce changement de
situation eut lieu en 1097. Bien qu'âgé seule-
ment de vingt-huit ans, Gilles avait déjà com-
posé plusieurs messes et d'autres ouvrages
pour l'église; malheureusement, il mourut
jeune, en 1705, et ne put multiplier ses pro-
ductions. Au nombre de ses meilleurs ouvrages,
on place une Messe des morts, qu'il avait
écrite pour deux conseillers au Parlement de
Toulouse qui avaient cessé de vivre à peu près
dans le même temps. Les héritiers de ces ma-
gistrats voulurent ensuite discuter le prix de
l'ouvrage, mais le compositeur rejeta leurs
offres, et déclara que la messe ne servirait que
pour lui. En effet, il mourut peu de femp.s
après. La messe des morts composée par Gilles
se trouve en manuscrit à la Bibliothèque impé-
riale de Paris. Elle a été exécutée dans l'église
de l'Oratoire de Paris, pour le service funèbre
de Rameau. Un Diligante, un Benedictus et
cinq autres motets du même auteur sont
aussi en manuscrit dans la même Biblio-
thèque.
GILLES (Henhi-Noel), né à Paris, en
1779, entra au Conservatoire de musique en
1796, dans la classe de hautbois de Sallenlin.
L'année suivante, il obtint le deuxième prix de
cet instrument au concours ; le premier prix lui
fut décerné en 1798. Un son agréable, un style
élégant et doux, telles étaient les qualités de
son talent. Entré à l'orchestre du théâtre Fey-
deau, en 1799, il y resta comme second haut-
bois les deux premières années, devint premier
en 1801, et quitta cet orchestre, eu 1803, pour
entrer à celui de l'Opéra-Italien , où il de-
meura jusqu'en 1814. Dans cet intervalle, il
joua plusieurs fois et toujours avec succès, des
solos dans les concerts de la semaine sainte,
qu'on donnait à ce théâtre. A l'époque de
la restauration (1814), l'attachement de Gilles
pour Napoléon le décida à s'éloigner de la
France; il se rendit d'abord à New-York, puis
s'établit à Philadelphie. Cet artiste a publié ;
1" Air varié pour hautbois, violon, viole et
basse ; Paris, madame Duhan. 2» Petits airs et
thème varié pour la guitare. 3" Trois roman-
ces, avec accompagnement de guitare; Paris,
Hanry. A" Six, idem, Paris, Hanry.
GILLIER (Jean-Claude), violon de la
Comédie-Française, né à Paris, en 16G7, est
mort en cette ville, en 1737, à l'âge de soixante
et dix ans. 11 a écrit la musique primitive des
GILLIER - GINGUENÉ
petites comédies et des divertissements de Rc-
gnard et de Dancourt.
GILSON (Corn), professeur de musique à
Edimbourg, né en Ecosse, vers 1715, a publié
un traité du chant intitulé : Lessotis on
the Pratîca of singing, Edimbourg, 1759,
in-4".
GIMENO (Joachim), né à Santo-Domingo
de la Calzada, le 21 novembre 1817, entra
dans la Comi)agnie de Jésus à Madrid, le
28 avril 1834. Dès son enfance, il avait appris
la musique : cet art continua d'être cultivé par
lui, après son entrée chez les Jésuites. Après
les événements (jui amenèrent en Espagne la
' suppression des ordres religieux, le P. Gimeno
se retira en Belgique, et s'y occupa de Téduca-
tion de la jeunesse au collège de Saint-Michel,
à Bruxelles. Attaqué d'une maladie de lan-
gueur, il est mort à Nivelles (Brabant), le
29 novembre 1849. On a imprimé de sa com-
position : 1» Cantate à quatre voix avec ac-
compagnement de grand orchestre, composée
pour une distribution de prix au collège de
Saint-Michel, Bruxelles (s. d.), lithographie de
Persenaire. 2" Totapulchra, solo concertant
pour basse-taille et violoncelle, avec accom-
pagnement de deux violons, alto et basse ^
ihid. 5» O saUitaris hostin, trio pour ténor,
baryton et basse, avec accompagnement de
deux violons, allô, violoncelle et cornets con-
certants, ibid. 4" y/i^c Maria, duo pour deux
soprani, avec accompagnement d'harmonium
ou de piano, ou d'orchestre, ibid. 5" Colleccion
de canticos al sagrado corazon de Jésus y
Maria suntisima con varias letrillas, w.u-
sica escogida pnr, etc. Bruxelles, Lal)auze et
Persenaire. Le P. Gimeno a laissé en manu-
scrit plusieurs autres compositions.
GIN (Pierre-Locis-Claude), ancien magis-
trat, auteur d'une mauvaise traduction de
l'Iliade, naquit à Paris en 1726, et mourut
dans la même ville, le 19 novembre 1807, à
l'âge de 81 ans. Ce médiocre littérateur a pu-
blié une brochure intitulée : De l'influence
de la musique sur la littérature; discours
prononcé^ /e 11 vendémiaire an XI. à la
séance publique do la Société académique des
sciences et arts séant à l'Oratoire, Paris,
1802, in-12. L'auteur prétendait y démontrer
que la décadence de la liltérature est le fruit
des progrès de la musi<|uc; thèse non moins
ridicule |)arses aiierrus i|ue par l'exéculion et
le style.
GIIXKSTKT (PKosi'Kn !)E), compositeur,
fils d'un magistrat, est né à Aix, en Provence,
vers 1790. Après avoir fait longlcmps de la
musique la principale occupation de sa vie, il
entra dans les gardes du corps de Louis XYIII.
Il ne quitta ce service que pour passer comme
oITicier dans un régiment; mais après la révo-
lution de juillet 1830, il donna sa démission,
pour ne pas manquer au serment de fidélité
qu'il avait fait à la famille royale de la branche
aînée. Attaché au parti de l'opposition légiti-
miste, il prit part alors à la rédaction de
Z'^uenzr, journal de cette opposition, et y fit
les articles du feuilleton sur l'Opéra, le Théâtre
Italien, l'Opéra-Comique et les concerts. Les
premières productions de M. de Ginestet con-
sistent en duos et nocturnes pour piano et
violon, ou |)iano et violoncelle. Plus tard il a
donné à l'Opéra-Comique : 1" L'Orphelin et
le Brigadier, opéra en 2 actes, représenté
le 13 septembre 1827 ; cet ouvrage ne réussit
pas. 2" A l'Opéra : Fratiçois /"' à Chamhord ,
opéra en 2 actes, représenté le 15 mjirs 1830.
ô" A l'Opéra-Comique : Le Mort fiancé , en
un acte, le 10 janvier 1835.
GliSESTET (E. DE), frère du précédent,
amateur distingué sur le violoncelle, a publié
des nocturnes concertants pour piano et vio-
loncelle, un duo pour les mêmes instruments,
et des airs variés pour violoncelle, Paris,
A. Petit.
GOGUENÉ (Pierre-Louis), littérateur,
né à Rennes le 25 avril 1748, se rendit à
Paris , après avoir terminé ses études avec
succès. Quelques poésies, assez froidement ac-
cueillies, marquèrent ses premiers pas dans la
carrière littéraire. 11 com])rit bientôt que la
nature ne l'avait pas fait poète. Doué de plus
de talent pour la critique, ce fut par les jour-
naux qu'il commença sa réputation. Ses lettres
sur les Confessions deJ.-J. Rousseau le firent
connaître avantageusement. Assez bon musi-
cien et amateur passionné de musique ita-
lienne, il prit avec chaleur la défense de cette
musique et de Piccinni contre les attaques des
Gluckisles ; ses liaisons avec l'auleurde Bidon
et de Roland lui procurèrent alors les maté-
riaux dont il s'est servi plus tard pour la notice
qu'il a publiée sur la vie et sur les ouvrages de
cet artiste célèbre. La littérature italienne et
la littérature de la musique devinrent dès lors
les objets des travaux constants de Ginguené;
c'est par ces mêmes travaux qu'il a transmis
d'une manière solide son nom à la j)oslérit<'.
Tout le monde connaît son Histoire littéraire
d'Italie, qu'il n'eut pas le temps d'achever, et
(|ui fui continuée jiar M. Salfi. Monument de
savoir, de goût et de saine critique, ce livre
sera toujours cmsiilêrc comme une des mcil-
GINGUENÉ — GIOBERTI
leurcs productions de notre temps. Incarcéré
pendant le règne des fureurs révolutionnaires,
Ginguené eut à craindre un moment pour sa
vie; mais révénement qui vint changer le sys-
tème du gouvernement au 9 thermidor, le ren-
dit aux lettres et à la liberté. Tour à tour
appelé à la direction de l'instruclion publique,
près du ministère de l'intérieur, nommé mem-
bre de rinslilut de France, dans la classe de
littérature ancienne, ambassadeur auprès du
roi de Sardaigne, et membre du Tribunat, il se
montra digne de ces distinctions par ses talents
el par sa probité. Quoique recherché dans le
monde par l'agrément de son esprit et la va-
riété de ses connaissances, il y allait peu, et
dans ses dernières années il ne sortait presque
plus de chez lui, consacrant toutes les heures
au travail ou à sa famille. Les proscriptions
dont quelques-uns de ses amis avaient été
frappés en 1815 l'affligèrent; sa santé s'altéra,
et il mourut le 16 novembre 1816, à l'âge de
soixante-huit ans. Sa riche bibliothèque, dont
le catalogue a été publié en 1817, renfermait
une nombreuse collection de livres relatifs à
l'histoire et à la littérature de la musique.
Garât, de l'Académie française, a publié une
Notice sur lavie et les ouvrages de P.-L. Gin-
guené, Paris, 1817, in-S".
Les ouvrages où Ginguené a traité de la mu-
sique sont : 1° Lettres et articles sur la musi-
que, insérés dans les journaux sous le nom
de Mélophile, penriant nos dernières querelles
musicales, en 1780, 1781, 1782 et 1783, Paris,
1783, in-S". 2" Dictionnaire de musique de
l'Encyclopédieméthodique,'Pavis,179\-ÏSl8,
deux volumes in-4''. C*^ dictionnaire fut com-
mencé par Ginguené et Framery. L'abbé Fey-
lou avait fourni quelques articles de théorie
d'après un nouveau système. Le plan était
mauvais, car on avait conservé pour ia base
de l'ouvrage les articles du dictionnaire de
niusi(iue de J.-J. Rousseau, qui sont souvent
alta(|ués dans les additions de l'abbé Feytou ou
de Framery. Ginguené s'était chargé des ar-
ticles historiques; ce sont les meilleurs du
livre; il est vrai que la plupart sont traduits de
l' Histoire de la musique de Burney. La pre-
mière partie du premier volume avait paru en
1791 ;les troubles de la révolution inlerromiii-
rent le travail, et Ginguené resta étranger au
reste de la publication. 5" Notice sur la vie et
les ouvrages de Piccinni. Vav'is, \cu\e Panc-
koukc, 1800, in-8''de xi et 144 pages. Cette
notice, bien écrite, a de l'intérêt; mais Gin-
guené y laisse apercevoir de la pailialité on fj
veur de Piccinni contre Gluck. 4'^ Rapport (ail
à la classe des beaux-arts de l'Institut de
France par 31. Ginguené, au nom de la
commission, dans la séance du samedi SToc-
tobre 1815; sur une nouvelle exposition de la
séméiographie, ou notation musicale des
Grecs, par ./?/.Perne, Paris, 1815, douze pages
in-4''. 5» Histoire littéraire d'Italie, conti-
nuée par Salfi, Paris, 1811-1835, quatorze
volumes in-S". On trouve dans cet ouvrage des
renseignements utiles et curieux sur l'étude d(!
la musique au onzième siècle et sur Gui
d'Arezzo (t. I'"', p. 134 et suiv.), sur les trou-
badours provençaux ((. I'^^'', p. 241-354), sur
quelques musiciens célèbres de l'Italie, aux.
quatorzième et quinzième siècles, tels que
François Landino (t. II et III en divers en-
droits), et sur le drame en musique (t. VI,
p. 450-486). Salfi a ajouté dans le dixième vo-
lume du même ouvrage un long itiorceau
(p. 403-424) à ce que Ginguené avait écrit sur
la musique. Ce passage est relatif aux musi-
ciens et aux théoriciens de musique qui ont
vécu en Italie dans le seizième siècle : il four-
mille d'erreurs.
GINI (Jean-Antoine), maître de chapelle
du roi de Saidaigne, à Turin, vers '1728, a
écrit la musique de deux opéras, Mitridale et
Tamerlano, qui ont été représentés dans cette
ville.
GINZLER (Simon), luthiste allemand, vé-
cut à Venise, dans la première moitié du sei-
:;ième siècle. On a de lui un livre de pièces de
luth, en tablature, sous ce litre : Intabola-
tura de Lauto de ricercari , motetti, madri-
gali et canzon francese. Libro primo, in
Venetia, Ant.Gardane, 1547, in-4'' obi.
GIOBEllTI (Vincent), prêtre piémontais,
né à Turin, le 5 avril 1801, lit ses études à
l'Université de cette ville. Après avoir recule
grade de docteur en théologie, il fut appelé en
1825 à professer cette science dans la même
université. Impliqué dans une conspiration
républicaine, en 1 835, il fut arrêté et exilé sans
jugement. Aj)rès avoir passé une année à Pa-
ris, il se rendit à Bruxelles, oii il demeura jus-
qu'en 1843, dans la position de professeur à
l'Institution Gaggia. Ce fut là qu'il écrivit tous
ses livres de philosophie, ouvrages remarqua-
bles par l'élévation des idées autant que par la
beauté du style, mais dont la plupart sont
étrangers à l'objet de ce dictionnaire. Il n'est
cité ici que pour le traité del Bello, qui a été
traduit en français par M. Bertinatli, sous ce
litre : Essai sur le beau, ou éléments de phi-
lo<tnphie sUuiique . Bruxelles, Méline, Cans
et C", 184o, un volume in-8". Gioberli y traite
8
GIOBERTl - GIORDANI
du beau dans la musique, et (Ual)lit d'une ma-
nière admirable que la concepUon du beau
dans cet art est complètement idéale et pro-
cède d'une révélation divine. Gioberti est mort
à Paris, le 25 octobre 1831.
GIO JA ( Gaf.ta> ) , chef d'orchestre au
théâtre de Turin, en 1810, et compositeur de
musique de ballets, a eu de la réputation en
Italie pour ce genre d'ouvrages. En 1801, il a
écrit à Turin les ballets suivants qui ont été
représentés aussi à Milan et dans d'autres
villes : 1" Cesare in Eqitlo, en trois actes.
2" Le Nozze di Figaro. 5» Gurtdeberga.
4° I Morlacchi. En 1813, Gioja était attaché
au théâtre de la Pergola, à Florence, et y écri-
vit le ballet de Niobe, qui fut ensuite Joué à
Milan; en 1810, il donna, à Florence, Odoacre,
et dans la même année, à Milan, Tamer-
lano. Gioja est mort jeune encore à Milan,
en 1826.
GIORDAj>I (Jacoues), compositeur, s'est
fait connaître vers le milieu du dix-septième
siècle par un ouvrage intitulé : Musica per la
Passinne di Giesii Cristo a tre, con stro-
menti. Cet ouvrage se trouve en manuscrit
dans la bibliothèque de M. l'abbé Santini, à
Rome.
GIORDAIVI (le P. Domimqfe-Amoiîie) ,
franciscain du couvent de Rocca Sinibalda,
dans les États romains, fut d'abord maître de
chapelle des cathédrales de Narni et de Rieti,
et occupa en dernier lieu une position sem-
blable à l'église des XII Apôtres, à Rome. On
connaît de sa composition un recueil d'offer-
toires intitulé : Armonia sacra a 2voci,che
tcntiene tutti gli offertori délia prima dome-
nica délia SS. Trinità ail' ultima dopo Pen-
tecoste, Rome, 1724.
GlOUDAiM (Joseph), surnommé il Gior-
danellOj et dont le nom de famille était Car-
miné/ naquit à Naples, en 1755, et fut admis
fort jeune au Conservatoire de Loreto, où il
devint le condisciple de Cimarosa et de Zinga-
relli. Également distingué comme claveciniste,
comme violoniste et comme compositeur, il
n'était âgé que de dix-huit ans lorsqu'il écri-
vit, pour le théâtre de Pise, son i)remier o|)éra
intitulé : l'Asiuto in imbroglio. La famille de
Giordani, composée de son père, de deux
frères et de trois sœurs, formait une troupe
chantante qui jouait des farces et des opéras
bouffes dans un des petits théâtres de Naples.
Toute cette famille partit pour Londres, vers
1762, pendant que Giordanello étudiait au
Conservatoire de Najyles, et obtint des suceès
d'enthousiasme au théâtre de llay-Markct,
dans de petits opéras du genre napolitain. Ac-
trices aussi piquantes et aussi spirituelles que
cantatrices agréables, les sœurs de Giordani
étaient obligées de ré[)éter chaque soir phi-
sieurs airs de leurs rôles et attiraient la foule.
Lorsque Giordani fut sorti du Conservatoire de
Loreto et eut donné son premier opéra, son
I>ère l'appela à Londres; il s'y rendit, et sou
premier ouvrage dramatique fut une sorte de
pasticcio intitulé : Artaserse , dont il avait
écrit une grande partie, et qui servit aux dé-
buts de Millico, en 1772. Il y avait dans cet
opéra un air (Infelice, ah ! dove io vado) qui
obtint alors un succès de vogue. L'Jnligono,
opéra sérieux écrit entièrement par Giordani,
succéda à cet ouvrage. Les leçons de chant, de
clavecin, et la publication de plusieurs compo-
sitions de musique vocale et instrumentale oc-
cupèrent cet artiste pendant les années sui-
vantes, et l'on ne connaît de lui que l'opéra
bouffe il Baccio, qui ait été représenté à Lon-
dres, depuis 1774 jusqu'en 1779. De retour en
Italie au printemps de 1782, il écrivit, pour le
théâtre de Mantoue, il Ritorno d'Ulisse, qui
fut représenté le 20 décembre de la même
année. Cet ouvrage fut suivi de Jcomato,
opéra sérieux, à Pise, 1783. Dans les années
suivantes il écrivit : Erifife,àBergame, 1783;
£pponina, à Novare, 1783; Elpinice, à Bo-
logne, 1784; Tito Manlio, à Gênes, 1784;
Pizzuro nell' Jndie , à Florence, 1784; la
Morte d'yibele, oratorio, à Jesi, 1783; Os-
mane, à Rergame, 1783; la restais, à Mo-
dène, 1786 ; Jfigenia in Aulide, Rome, 1780;
VTmpegno, ossia chi la fà l'aspetta/A Rome,
1786: Ferdinando nel Messico, Rome, 1786;
1 Ripieghi fortunatî, intermède, à Rome,
1787; Jlciade e Telesia, à Rome, 1787; Caio
Osiilio, à Faenza, 1788; Ariarate, à Turin,
1788; la Distruzzione di Gerusalernme, à
Naples, 1788 ; il Corrivo, dans la même ville,
1788; la Disfatla di Dario, à Milan, 1788;
Cajo Mario, à Venise, 1790; Medonte, re
d'Epiro, à Rome, 1791 ; Don Miirillo con-
trastulo, à Venise, 1791 ; Atalanta, à Turin,
1792. Appelé à Lisbonne, pour y diriger le
Théâtre-Italien, Giordani est mort en cette
ville, au mois de mai 1794.
On a souvent confondu les compositions in-
strumentales de Giordanello avec celles de son
frère aîné Thomas Giordani; celles qui lui ap-
partiennent sont : 1" Trois quintettes pour
clavecin, deux violons, alto et basse, op. 1,
Londres, 1776, Offenbach. 2" Trois idem,
op. 2, Londres, 1777, Offenbach.ô"Trois qua-
tuors pour piano, deux violons et basse, op. 5.
GIOR'DANI - GIORGETTI
OfTenbach. 4" Quatorze préIndes pour le cla-
vecin, Londres, 1779. 5" Six petites sonates
j)ourle clavecin, op. 5, Londres, 1780. 6" Six
petits duos pour le clavecin à quatre mains,
Londres, 1780. 7" Six trios pour clavecin, vio-
lon et violoncelle, op. 7, Londres, 1780.
8" Douze leçons pour le clavecin, op. 8, Lon-
dres, Berlin, Hunimel. 9" Trois concertos pour
violon et orchestre, Londres, 1781 , Berlin,
Hummel, comme œuvre 4^ 10" Trois sonates
pour piano à quatre mains, op. 10, Londres,
1781. 11" Six quatuors pour deux violons,
viole et basse, op. Il, Londres, Paris, 12" Six
leçons progressives pour le clavecin, Londres,
1782. 13" Six trios pour piano, violon et vio-
loncelle, publiés chez Hummel, comme l'œu-
vre 11'. Après le retour de Giordani en Italie,
il écrivit encore un grand nombre de composi-
tions instrumentales dont il a été répandu des
copies manuscrites. On en a gravé : 14" Trois
trios pour clavecin, violon et violoncelle,
op. 27, Berlin, Hummel. 15" Six idem, op. 29,
Lopdres. 16" Trois concertos pour violon,
op. 51, Berlin, Hummel. 17" Trois trios pour
piano, op. 32, Londres, Preston. 18°Six grands
trios pour piano, op. 35, ibùl. On connaît
aussi de ce compositeur : 19" Duos potir deux
voix de soprano, Londres, 1779. 20" Cinq
livres de canzonettes italiennes à voix seule,
ibid. Comme compositeur de musique d'église,
Giordani s'est l'ait connaître par des litanies à
quatre voix et orchestre, et par les psaumes
Lxtalus sum, Cum invocarem, In te Domine
speravi, et Qui habitat, à quatre voix et
orchestre. On trouve de ce maître, en ma-
nuscrit, à la Bibliothèque royale de Berlin :
Le tre ore d'agonia di N. S, Giasxi Cristo,
oratorio.
GIORDANI (Tuo.TiAs), frère aîné du pré-
cédent, né à Naples, vers 1744, se rendit à
Londres avec sa famille, en 1762, et y parut au
the.itre de Hay-Markel, comme bouffe chan-
tanl, dans de petits o[)éras exécutés par ses
frères et sœurs. Fixé dans la capitale de l'An-
gleterre, comme i)rol'esseur de musii|ue, il
écrivit beaucoup de compositions instiumen-
tdles et vocales qu'on a souvent confondues
avec celles de son frère. En 1779, il s'associa
avec Leoni pour établir un Opéra à Dublin,
Giordani était le directeur et le compositeurdu
théâtre; celte entreprise ne réussit pas, et
Giordani fut obligé de manquer à ses engage-
ments. Ce fâcheux événement ne l'empêcha
pas de s'établir à Dublin et de s'y marier. Il y
vivait encore en 1816, à l'âge de soixante-
douze ans. On ne sait pas d'une manière cer-
taine si l'opéra bouffe il Baccio est l'ouvrage
de Thoiflas ou de Joseph Giordani. On a im-
primé pour le piano l'ouverture et les airs d'un
opéra anglais que Thomas a fait représenter à
Dublin, en 1789, sous ce titre : Persévérance,
tlie Ihird time is Ihe best. Son oratorio d'/«aac a
été considéré comme une bonne production dans
son genre. Au nombre de ses divers ouvrages
de musique instrumentale et vocale, on cite :
1" Cinq livres de duos pour deux flûtes, Lon-
dres, 1775-1783. 2" C^Songs, from the reliques
of ancient poctry (six chansons anglaises,
tirées des anciennes poésies), ibid. 3" Six trios
pour deux flûtes et basse, Londres, Berlin.
4" Leçons faciles pour le clavecin, Londres.
5" Six sonatinas for Ihe Harpsichord, ibid.
C)" Six duos pour deux violoncelles, op. 5, ibid.
7» Six trios pour flûtes et violoncelle, tirés
d'airs d'opéras, op. 9, ibid.
GIORGETTI (Ferdisand), violoniste et
compositeur, est né à Florence, en 1796. A l'âge
de trois ans, il commença à jouer seul d'un
petit violon que son père, professeur de mathé-
matiques, lui avait donné. A cinq ans, il prit
les premières leçons d'un maître nommé Fran-
çois Giuliani. Giorgctti n'était âgé (}ue de quinze
ans quand il fut attaché comme violoniste à la
musique de la chambre de la reine d'Eirurie,
et voyagea à sa suite en Espagne et en France.
Cette princesse ayant pour demeure le château
de Compiègne, lejeune artiste vécut dans cette
résidence pendant deux ans, et profita de la
Iiroximité de Paris pour faire plusieurs excur-
sions dans celle ville, et y entendre les vio-
lonistes les plus remarquables. Rode devint
particulièrement son modèle, et ce fut d'après
lui qu'il réforma son mécanisme d'archet et son
style. Après les événements politiques de 1814,
Giorgetti retourna à Florence, où il fut atteint,
peu de temps après, d'une maladie grave dont
il n'a jamais été entièrement guéri, el qui l'a
laissé dans un état valétudinaire pour le reste
de ses jours. Presque toujours renfermé dans
sa maison, à cause de ses souffrances, il cher-
cha dans la composition des distractions à ses
maux. Disma Ugolini, maître renommé à Flo-
rence, lui enseigna Thaimonie; mais ce fut
surtout dans la lecture des ouvrages de Reicha
et des partitions des grands maîtres, que Gior-
getti apprit l'art d'écrire avec élégance. En
1839, il fut nommé professeur de violon au
Lycée impérial et royal de Florence, en rem-
placement de Tinti, décédé depuis i)eu. Son en-
seignement a été fructueux, car plusieurs élèves
.sortis de son école, tels que Joseph Giovacchini,
César Corazzi, Robert Ferroni, Jean Bruni,
40
GIORGETTJ — GIORGIO
Tito Brogialdi et d'aulres, sont devenus de
bons artistes. Parmi les œuvres de Giorgetli,
dont une partie est encore inédite, on remar-
que : 1° Trois trios pour deux violons et violon-
celle, dédiés à Paganini, lesquels ont été gravés
à Florence et à Paris. 2" Variations sur un
thème original, dédiées à Spohr. ô" Autres va-
riations sur un thème de Mozart, dédiées au
célèbre clarinettiste Cavalini, Milan, F. Lucca.
4" Idem sur des motifs de la Sonnanbida,
ibid. 5" Idem sur un thème du Pirate, ibid.
6» Duo concertant pour deux violons, intitulé :
l'Emulazione, dédié au roi de Danemark;
Florence, Lorenzi. 7" Concerto dramatico,
exécuté au casino de Florence parGiovacchini,
élève du compositeur. 8» Quintetto pour deux
violons, deux violes et violoncelle, dédié au
prince Poniatowski ; Milan, Ricordi. 9» Primo
quartetto per due violini, viola e violoncello ,
dedicato uRossini, gravé en partition. Milan,
Ricordi. 10" Seconda quartetto idem, dédié à
Spohr, gravé en partition, ibid. 11» Terzo
quartetto idem, op. 31 , dédié à Fr. Fétis,
ibid. 12" Deux sextuors pour deux violons,
deux violes, violoncelle et contrebasse, dédiés
àRossini et à Liszt. 13" Sextuor pour piano,
deux violons, alto, violoncelle et contrebasse,
dédié à madame Cambiasi, pianiste milanaise.
14" Messe de Requiem, dont le Dies iras seule-
ment a été publié à Florence, chez Lorenzi.
15" Messe solennelle exécutée à Pescia, en
1834. 16" Psaume des vêpres, dédié au pape
Grégoire XVI, qui, en témoignage de satisfac-
tion, a fait M. Giorgetti chevalier de la Milice-
Dorée. 17" Le Turbe ncl Deserto, oratorio
présenté à l'ex-duc de Lucques, qui a décoré
l'auteur de l'ordre de Saint-Louis. 18" Quin-
tetto pour deux violons, alto, violoncelle et
contrebasse. On connaît aussi de M. Giorgetti
des duos concertants pour deux violons, op. 7,
et des duos d'études pour le même instru-
ment, op. 13, publiés à Leipsick, chez Breit-
kopf et Ilterlel.
(ilOllGI (Jeas) , compositeur de l'école
romaine, né vers la fin du dix-septième siècle,
lut nommé maître de chapelle de Saint-Jean
de Lalran, au mois de septembre 1719, et mou-
rut au mois de janvier 1725. Ce maître a écrit
des offertoires à deux, quatre, six et huit voix ;
des messes à cinq et à huit voix, et des psaumes
à six voix. Toute cette musique existait autre-
fois en manuscrit à Sainl-Jean de Latran et
à Sainte-Marie-Majeure, mais elle a disparu
avec le reste dos archives musicales si pré-
cieuses de ces anciennes chapelles. L'abbé San-
tini donne à ce musicien le titre de maître de
chapelle de cette dernière église, dans son
catalogue (Rome, 1820, in-12) ; c'est une
erreur.
GIORGI (Philippe), chanteur distingué, a
vécu vers le milieu du dix-huitième siècle.
Après avoir brillé comme ténor au théâtre
Ârgentina, de Rome, il passa à Pétersbourg
pour y chanter au Théâtre Italien qu'on venait
d'y établir. J'ignore si cet artiste est l'auteur
d'un opéra de Don Chisciotlo, qui est connu
en Italie sous le même nom.
GIORGI-llIGUETTI (M>"«Marie), dame
bolonaise et cantatrice distinguée, naquit à
Bologne en 1785, et reçut une très-bonne édu-
cation musicale. Son nom de famillei était
Giorgi. M'if^ Giorgi fut engagée en 1804 pour
le Théâtre-Italien de Paris et y chanta avec
succès. Elle était recherchée particulièrement
pour les concerts de la Cour Impériale de ce
temps. En 1806, elle retourna en Italie. Ce fut
pour elle que Rossini écrivit en 1816 le rôle de
Rosine, dans le Barbier de Séville, qu'elle
chanta à Rome avec Garcia, Botticelli et Zam-
boni. Elle avait épousé depuis plusieurs années
M. Righetti, avocat à Bologne, et ne cultivait
plus la musique que comme dilettante. Habile
pianiste et femme d'esprit, elle réunissait chez
elle une élite d'artistes et d'amateurs, et sa
maison était le rendez-vous des étrangers de
distinction qui visitaient Bologne. Elle vivait
encore en 1849. On a de cette dame un écrit
qui a pour titre : Cenni di una donna qia
cantante sopra il maestro Rossini, in riposta
a cio che ne scrisse nella state delU anno 1822
il giornalista inglese in Parigi, e fu ripor-
tato in una gazzetta di Milano dello stesso
anno. Bologne, 1823, per le stampe del Sassi,
in-8". M°^° Giorgi-Righelti réfute dans cette
brochure les anecdotes imaginées à plaisir
qu'on débitait alors sur l'illustre maître : elle
y rapporte, dans un slyle élégant et facile,
l'histoire pleine d'intérêt des premières repré-
sentations d'il Barbiere, à Rome, où elle-
même était acti'ice.
GIORGIO (...), surnommé DI ROMA,
parce qu'il était né à Rome, fut attaché pen-
dant quelques années au Théâtre-Italien de
Paris, en qualité de choriste et d'accordeur
de pianos. Il est auteur du 3Ianuel simplifié
de l'accordeur, ou l'art d'accorder le piano
misàlaporlée detout le monde, Paris, Roretj
1834. in-18 de 32 pages, avec deux tableaux
lithographies. Une deuxième édition, à la-
quelle on a fait quelques additions avec ti'ois
planches, a paru dans la même année, chez
le même éditeur. L'ouvrage fut écrit originai-
GIORGIO — GIOVANELLI
it
iTiiicnl Cl) i(;i!icn cl liaduil en français par
un ami de l'auleiir.
GIORGIS (Joseph), violoniste, né 5 Turin,
en 1777, recul des leçons de Colla pour son in-
strument, cl ne l'ut pas, comme on le dit dans
\e Diclionnairc de Choron et Fai/oUc, élève
deViolli. Les seuls conseils qu'il reçut de ce
grand artiste consistèrent en une Intlre que
celui-ci lui écrivit après l'avoir entendu. Venu
à Paris en 1807, il s'y fit entendre dans (ilu-
sieurs concerts sans exciter une vive scnsaiion
et y publia quelques compositions, lîlangini,
son compatiiote, à qui il avait été recom-
mandé, le (il entrer dans la musique du roi de
AVestphalie. Jérôme-Napoléon. Les événe-
ments de la guerre de 1813 l'obligèrent à
quitter précipitamment Cassel. Rentré en
France, il voyagea pendant quelques années
jiour donner des concerts avec sa femme, nièce
de Lamparelli, qui avait été aussi attachée au
théâtre de Cassel comme seconde femme. En
1820, il se fixa à Paris; trois ans après il entra à
l'orchestre de l'Opéra-Comique comme un des
premiers violons. Devenu vieux, il a été mis à
la retraite en 1834. Parmi les compositions de
cet artiste qui ont été publiées, on remarque :
1° Des pots-pourris pour violon et orchesUe,
Paris, M™" Duhan. 2» Romance de llichard,
variée pour violon et orchestre, Bruxelles,
Plouvier. 3» Trois trios pour violons et basse,
op. 4, Paris, M'"" Duhan. 4° Plusieurs airs
variés, avec accompagnement de quatuor ou
d'un second violon et violoncelle, ibid. 5" Duos
faciles pour deux violons, livres I et II, Paris,
Ilanry.
GIOUNOVÎCIIÏ. Foyez Jarnovvick.
GIOSA (Nicolas DE), compositeur napo-
litain, élève du Collège rf)yal de musique de
celle ville, et de Mercadanle pour la composi-
tion, a fail représenter dans la même ville, en
1842, la Casa di trc artisti. opéra bouffe, et,
en 1845, Elvino, drame lyrique.
GIOVANELLI (Pierre), en latin Joan-
ndlus, musicien, né à Gandino, dans la pro-
vince de liergame, au commencement du
seizième siècle, s'est fait connaître comme
éditeur d'une précieuse collection de motets
d'anciens maîtres, dont le plus grand nombre
nu attaché à la chapelle des empereurs Maxi-
niilien II et Ferdinand \". Cette collection,
d'viséc en cinq livres, est inlilulée : ]\omis
Thésaurus musicus; elle a été imprimée à
Venise, chez Antoine Gardane, en 1SG8, in-4".
Les cinq livres réunis forment 407 pages, à la
partie du Cantiis. On y trouve 257 moleis à
'Itiatre, cinq, six, sept et huit voix. Les noms
des compositeurs sont : Jacques Regnarl, Jean
Louys, Christian llollander, Mathias Zapfel,
Henri Delacourt, Pierre Speillier, Michel des
Buissons, Georges Prenner, Jo. Caslileti
(Guioz), Verdière, Jacques Vaet, Michel Deiss,
Alexandre Ultendaler, Simon Le Roy, Jean
Chaynée, Orl. Lasso, Etienne Mahu, François
de Nieuport, Antoine Gallus (Le Coq), Jean de
Cleve, Jean Deslins, Philippe Le Duc, Guil-
laume Formellis, Adam Dupont, Jacques de
Wert, Jacques de Broucke, André Pevernage,
Lambert de Sayne, Josquin de Près, Grégoire
Trehou, Ant. Delacourt, et André Gabrieli.
Les Lamenlutions de Jc'rémie, par Etienne
Mahu, contenues dans le premier livre, sont
une œuvre capitale dont la facture est de la
plus grande beauté en son genre. Je possède
l'exemplaire de dédicace «le la collection de
Giovanelli, avec les armes de la maison de
Bavière, peintes en couleurs, avec cette inscrip-
tion : Illustrissime Serenissimoque Principi
ac Domino, Domino GulielmoComili Pala-
tino Hheni titriusque Bavarix Duci , etc.
Domino suo colendissimo ac gratiosissimo,
Petnis Joannellits de Gandino, officii ac ob-
servantia! ergo dono dédit.
GIOVAIVELLl (Roger ou Ruggiero ) ,
compositeur célèbre de l'école romaine, naquit
à Velletri, vers 1560. On ignore le nom du
maître qui a dirigé ses études dansla musique.
On voit, par le titre d'un de ses ouvrages, qu'il
était déjà maître de chapelle à Saint-Louis-des-
Français (à Rome), en 1587. De là, il passa à
l'église du Collège allemand, et après la morl
de Pierluigi de Palestrina, il fut jugé digne de
succéder à ce grand homme dans la place de
maître de chapelle de Saint-Pierre du Vatican.
Sa nomination à cette place est du 12 mars
1394; il entra en fonctions le 13 du même
mois. Le 7 avril 1599, il fut agrégé au Col-
lège des chapelains chantres de la chapelle
Sixtine. Ce maître vivait encore en 1G15, car
il i)ul)lia celte même année le Graduel des
saints, qu'il avait corrigé ou plutôt altéré.
Giovanelli est considéré comme un des meil-
leurs maîtres d'un temps où les grands ar-
tisles abondaient dans l'école romaine. Son
mérile n'est point au-dessous de sa renom-
mée. Ses ouvrages se font particulièrement
remarquer par un rare mérite de facture, et
par une harmonie pure, bien que remplie. Il
s'est distingué surtout dans le genre des ma-
drigaux, des canzoneltes el des villanelles,
quoique son habileté ail été aussi remarquable
dansla musique d'église. Les ouvrages de sa
cornposiiinn ipTon a piililn-s sont; l" Jl Primo
12
GIOVANELLI - GIRACE
libro di madrigaU a cinque voci, Venise,
Gardane, 1386. 2° Jl Seconda libro iflem,
ibid., 1387, réimprimé à Venise, chez Angelo
Gardane, en 1607, in-4''. 3" // Terzo libro
idem, ibid., 1389 et 139Î). 4° De' MadrigaU
sdruccioU a 4 voci, il primo libro, Venise,
Vincenli, 1387. 5» De gli sdruccioU Madri-
gaU a 4 voci, il 2" libro, ibid. 6*^ // Primo
libro di moletli, a 3-8 voci, Rome, Coatlino,
1394. 7° Il Seconda libro idem, ibid., 1592.
8» Canzonette a tre voci con l'intavolatura
del liuto, Rome, Coattino, 1392. 9° Le f'illa-
nelle eterie alla napoUtana a 5 voci, Rome.
Coattino, 1395; une deuxième édition de cet
ouvrage a été publiée à Venise, chez Barlho-
lomé Magni, en 1624, sous ce titre : Libro
primo délia villanelle a 3 voci. Outre ces ou-
vrages, une très-grande quantité de messes,
de motets et de psaumes, composés par Gio-
vanelli, se trouvent en manuscrit dans les ar-
chives de la basilique du Vatican, et dans celles
de la chapelle Sixtine. Parmi ces productions,
on remarque la messe à huit voix composée
sur le madrigal de Palestrina Festiva i colli,
et le Miserere à quatre voix avec le dernier
verset à huit voix^ composé pour la semaine
sainte, et qui se chantait avant que celui de
Grégoire Allegri fût écrit. On trouve quelques
motets et psaumes à huit voix, de Giovanelli,
dans les recueils de Fabio Costantini(uoi/ei ce
nom), et des madrigaux de sa composition
dans les collections dont les titres suivent :
1° Spoglia amorosa , madrigaU a cinque
voci di diversi eccellentissimi musici , etc.,
Venise, chez les héritiers de Jérôme Scoto,
1583. 2°Melodia olympica didiversi eccellen-
tissimi musici, a 4, 5, 6 e 8 voci, etc., publié
par Pierre Philipps, chez Phalèse et Jean Bel-
lère, à Anvers, 1594, 10-4" obi. ô» // Lauro
f'erde, madrigaU a sei voci, composti da
diversi eccellentissimi musici, etc., Venise et
Anvers, 1591 . 4" // Trionfo di Dori descritto
da diversi e posto in musica da altrettanti
musici, a 6 voci, etc., Venise, 1396, in-4'',
Anvers, Pierre Phalèse, 1596, 1601, 1614,
in-4° ol)l. 5» Il Paradiso musicale di madri-
gaU e canzoni a cinque voci, etc., Anvers,
Pierre Phalèse, 1396, in 4» ob!. 6" MadrigaU
a Otto voci di diversi eccellentissimi e famosi
autori, etc., Anvers, Pierre Phalène, 1396,
in-4''. Le pape Paul V ayant ordonné à Roger
Giovanelli de corriger le graduel , pour
l'usage de la chapelle pontificale, ce savant
musicien employa près de sept années à ce tra-
vail. Rien ne fut épargné pour que le livre fût
établi avec luxe. Jean- Baptiste Rairaondi, di-
recteur de l'imprimerie Médicis, pour les lan-
gues orientales, fondit de beaux caractères de
plain-chant sur une grande échelle, et les deux
parties de ce Graduel parurent en deux
volumes, in-fol. max., le premier en 1614, le
second en 1615. Le premier de ces volumes,
qui contient le graduel des temps est intitulé :
1" Graduale de tempore juxta ritum sacro-
santœ romanx ecclesix cum cantu Pauli V
Pont. Max. jussu reformata. Cumprivilegio,
Romœ, ex typographia medicœa, annol614.
Le deuxième, contenant le graduel des saints,
a pour titre : Graduale de sanctis juxta ri-
tum sacrosanctx romanx ecclesix cum cantu
Pauli V Pont. Max. jussu reformata. Cum
privilégia, Romse, ex typographia medicœa,
anno 1615. Lorsque j'ai parlé de ce travail,
dans la première édition de la Biographie
universelle des musiciens, ']e n'en avais pas vu
d'exemplaire, et je n'étais que l'écho de l'opi-
nion des Baini : mais j'ai examiné les volumes
pendant mon séjour à Rome, en 1841, et j'ai
vu avec regret que Giovanelli s'est écarté, en
beaucoup de passages, des bonnes leçons des
anciens manuscrits.
GlOVAINiMI (Scipion), organiste du dix-
septième siècle, est cité par Walther, d'après le
catalogue de Pastorf, comme auteur d'une col-
lection de pièces de clavecin intitulée : Parti-
tura di cembalo ed organo, toccate, roma-
nesche, parlile sopra il basso di Fiorenza a
Mantoua, capricci, correnti, balletti, e ga-
gliarde diverse.
GIOVIO (le comte Jean-Baptiste), amateur
de musique et littéraleur, né à Como, le 10 dé-
cembre 1748, mort en cette ville, Iel7mail814,
a publié quelques notices sur l'orgue, à propos
de l'instrument que le célèbres facteurs Serassi
ont placé dans le sanctuaire del Crocefisso, à
Como. Cet opuscule a pour litre : Pel nuovo or-
gano, opéra de' Signori Serassi nel santuurio
del Crocefisso. Lettera e descrizione, Como,
Cari' Antonio Ostinelli, 1808, 26 pages in-8''.
GIPPEj>BUSCH (Jacques), jésuite, né à
Spire en 1612, entra dans son ordre en 1629,
et fut chargé d'enseigner la littérature grecque
et latine à Cologne. Il était en même temps
directeur du chœur. Il mourut le ô juillet 1664.
Ses compositions connues sont : 1° Cantiones
musicx 4 vocum. 2" Psalteriolum harmoni-
cum cantionum cathoUcarum per annum
quatuor vocibusconcinnatum, Colonise, iG6'2,
in-8». ô° Cantiones etmotettx selectissimx .
GIRACE (...). Un compositeur de ce nom
a fait représenter surdivers Ihéàtrcsde l'Italie,
dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle,
GIRACE — GIRARD
<3
les opéras dont les litres suivent : 1° Il Sordo.
2" Un perfetto Ricambio. ô" jVoUo paura e
nesstin maie. 4" Riconoscenza ed amore,
cantate.
GIllANEK (Antoine), violoniste et com-
positeur, né en Bohême vers 1712, vécut quel-
ques années à Prague, se rendit ensuite à
Varsovie pour entrer dans la chapelle du roi,
comme premier violon, et mourut à Dresde,
avec le titre de directeur de musique, le 16 jan-
vier 1761. Il possédait un talent remarquable
sur le clavecin. Les compositions de cet artisfe
consistent en vingt-qualre concertos pour le
violon, plusieurs concertos pour le clavecin,
la basse de viole et la flûte. La plupart de ces
ouvrages sont restés en manuscrit. Giranek
fut le père de la célèbre cantatrice allemande
M""' Roch.
GIUARD ( PHiLiprE-IlENRi de), célèbre
ingénieur mécanicien et premier inventeur des
machines à filer le lin, naquit à Lourmarin
(Vaucluse), le \" février 1775, d'une famille
ancienne qui avait été persécutée, sous le règne
de Louis XIV, pour la cause du protestantisme.
Dès son enfance, Philippe de Girard montra
les plus rares dispositions pour la mécanique.
Obligé de sortir de France avec sa famille par
les événements de la première révolulion, il se
lit industriel dans les i)a5's étrangers, quoique
bien jeune, ne réussit pas dans ses entreprises,
et revint en Provence sous le Consulat. Plus
tard , ne trouvant pas dans le gouvernement
français lesencoiiragements iiu'il avait espérés,
il s'expatria de nouveau et porta en Autriche,
puis en Pologne, son génie industrieux. En
1826, l'empereur de Russie le nomma ingé-
nieur en chef des mines de Pologne; mais les
événements de 1850 le privèrent encore de
celte position. Rentré de nouveau en France
en 1844, Philippe de Girard reçut de toute
part des témoignages d'intérêt et d'admiration
pour ses nombreuses et importantes décou-
vertes; mais il ne jouit pas longtemps du bien-
être qui lui était donné après une vie agitée,
car il mourut le 26 août 1845, à l'âge de 70 ans.
On n'a point à s'occuper ici de ses nombreuses
inventions telles que les lampes hydrostatiques,
ses perfectionnements des machines à vapeur,
les machines à filer le lin, la fabrication des
bois de fusil par la mécanique et beaucoup
d'autres; les renseignements sur ces objets se
trouvent dans les biographies générales et dans
les ouvrages spéciaux (jui concernent l'indus-
trie; il n'est cité dans ce livre que pour l'in-
venlion d'un piano ocAaviant, qu'il construi-
sit en Pologne et <iui fut transporte à Vienne,
en 1842. Léopold De Meyer et Liszt le jouèrent
alors devant la famille impériale. Cet instru-
ment fut placé à l'exposition de l'industrie, à
Paris, en 1844. En 1835, M. Bloudel, facteur de
pianos à Paris, mit à l'exposition universelle
un piano octavianl, qui n'était que la repro-
duction exacte du système de Girard. La fa-
mille de ce mécanicien adressa au jury des
réclamations accompagnées de pièces qui dé-
montraient la priorité et l'identité d'invention :
le jury fit droit à la réclamation, en l'insérant
dans ses procès-verbaux.
GIllARD (Narcisse), directeur général de
la musique et premier chef d'orchestre du
théâtre de l'Opéra, à Paris, naquit à Manies
(Seine-et-Oise), le 27 janvier 1797. Admis au
Conservatoire, le 12 février 1817, comme
élève violoniste, sous la direction de Baillol,
il obtint le deuxième prix de son instrument
au concours de 1819, et le premier lui fui dé-
cerné dans l'année suivante. Il reçut dans la
même école des leçons de contrepoint de
Reicha. En 1830, M. Girard dirigea l'orchestre
de l'Opéra Italien, en remplacement de Gras-
set, qui s'était retiré ; mais il ne conserva celte
position que pendant deux années. En 1837,
il succéda à Valentino dans la direction de
l'orchestre de l'Opéra-Comique : il ne quilla
celte place qu'en 1846, lorsqu'il fut appelé à
la direction de l'orchestre de l'Opéra, laissée
vacante par Habeneck [voyez ce nom), qui ve-
nait d'être frappé d'apoplexie. Dix ans plus
tard, il a été nommé directeur général de la
musique de ce théâtre. En 1847, il succéda
aussi à Habeneck en qualité de professeur de
violon au Conservatoire et de chef d'orchestre
de la Société des Concerts. Comme composi-
teur, M. Girard a écrit la musique des Deux
voleurs, opéra-comique en un acte, joué en
1841, et d'un ouvrage intitulé : le Conseil des
Dix, en un acte, joué aussi au théâtre de
rOpéra-Comique,en 1842. Ces deux partitions,
éciites d'un style léger et de peu de portée,
ont été bientôt oubliées. Cet artiste a arrangé
en symphonie la sonate pathétique de Beet-
hoven, et l'a fait exécuter dans un concert
donné par Liszt, à l'ancienne salle Saint-Jean
de l'hôtel de ville de Paris, en 1852. Comme
chef d'orchestre, Girard était soigneux, exact
et avait de l'aplomb ; mais il manquait de verve
et de poésie. Il est mort [iresque subitement,
le 16 janvier 1860. Il dirigeait l'orchestre à
une représentation des Huguenots; pendant
le troisième acte, il se sentit sérieusement in-
disposé ; on le tr.msiioita chez lui, et à minuit
il avait ctissé de vivre.
14
GIRAUD — GinOD
GIRAUD ( François- Joseph ) , violoncel-
liste et compositeur, entra à l'orchestre de
rOpéra, en 1752, et se retira à la fin de 17C7.
Il était aussi musicien de la chapelle et de la
chambre du roi. Quelques motels qui furent
exécutés au Concert spirituel commencèrent
sa réputation : on remarqua surtout un Reginn
Cœli d\\n bon effet, qui fut répété souvent. Il
fit en collaboration avec Berlon \}ève,Deticalion
et Pyrrha, en un acte, représenté avec succès
à l'Opéra, en 1755. En 17G2, il donna seul
l'Opéra de Société, en un acte, paroles de
Mondorge. On connaît aussi de ce musicien un
livre de sonates pour le violoncelle, qui a été
gravé à Paris, sans date.
GIRALXT (Claude -Xavier), né à
Auxonne, en Bourgogne , le 15 avril 1704,
était fils d'un médecin. Ses études de droit
terminées, il fut reçu avocat au Parlement de
Dijon, le 21 juillet 1783, et nommé, quelques
années après, conseiller auditeur à la chambre
des comptes de Bourgogne et de Bresse. Ses
goûts le portaient vers les études historiques;
le riche dépôt de chartes et de litres originaux
qu'il avait sous la main facilita ses recherches,
et lui procura des connaissances spéciales aux-
quelles il dut ses succès. Après avoir obtenu,
au concours, le prix pour une question histo-
rique proposée par l'Académie de Besançon,
il fut admis dans cette Académie et dans celle
de Dijon. Dès lors, il se livra presque sans re-
lâche à des travaux sur l'histoire littéraire et
sur différents points d'antiquité; une multi-
tude d'écrits fut publiée par lui sur divers ob-
jets plus ou moins intéressants, et dans tous il
montra du savoir et de l'exactitude. Nommé
maire d'Auxonne, en 1801, il se démit de cette
place après quatre ans, puis fut conservateur de
la Bibliothèque de cette ville : il retourna à
Dijon, en 1808, pour y exercer la profession
d'avocat. En 1821, il fut appelé aux fonctions
«le juge de paix et mourut le5 novembre 1823.
Parmi les nombreux ouvrages de ce savant, on
remarque une Lettre à M. 3Hllin sur la mu-
sique des Hébreux, et sur l'ancienneté de la
musique dans les églises. Cette lettre est insé-
rée dans le Magasin Encyclopédique, an.
ISIO, t. I", i>. 515-502. 11 en a été tiré à
part (|uelques exemplaires.
GIllALiLT (Auguste), premier violon du
théâtre Montansier, à Paris, né dans celte
ville, vers 1770, mort en 1800, a publié un
*i^uvrc de six duos pour deux violons, divisé en
deux livres, Paris, Pleyel.
GIIllîEIlT(CiiRiSTOPiiE-HEixni), professeur
de musique à Bayreuth et compositeur, naquit,
le 8 juillet 1751, àFrœhestokheim, enFranco-
nie,oii son père était prédicateur. Un goût pas-
sionné pour la musique et une persévérance à
toute épreuve le conduisirentà un certain degré
d'instruction dans cet art, car sa mère était si
pauvre, qu'elle ne put lui donner de maître.
Quelques leçons que lui donna Stadler, cantor à
Bimbach, furent les seules qu'il reçut jamais.
Parvenu à jouer plusieurs pièces de clavecin et
d'orgue, il se rendit à Bayreuth pour y donner
des concerts, et le peu d'argent qu'il en retira
lui servit à acheter des livres et de ia musique
pour s'instruire. Ce temps est celui de ses plus
grands progrès. En 1784, ledirecteurdu théâtre
Schmidt lui proposa d'être le maitre de mu-
sique de sa troupe ambulante; Girbert accepta
ces propositions , et sa nouvelle position lui
procura l'avantage de connaître et d'entendre
des artistes distingués à Anspach, Nuremberg,
Salzbourg et Passau. De retour à Bayreuth
après treize mois, il reprit ses paisibles fonc-
tions de professeur de musique et ses travaux
comme compositeur. Il a laissé en manuscrit :
\° Sept petits opéras, qu'il avait écrits pour la
troupe de Schmidt. 2» Quatre concertos pour le
clavecin, écrits avant 1777. 5" Six sonates pour
le piano. 4» Cinq autres, idem. 5" Deux sym-
phonies à huit et dix instruments. 6"^ Cinq qua-
tuors faciles pour le violon.
GIllBERT (Jean-Georges), de la même
famille, né à Bayreuth, était en 1844 cantor à
Gôssnitz, dans le duché de Saxe-llildburg-
hausen. Il est auteur d'un livre élémentaire
qui a pour titre : Kleine theorétisch-praktis-
che Tonschule, oder die wichtigsten Regeln
der Tonsetzkunst in ihrer Anwendung in
zahlreichen Beispielen und Aufgaben (Petite
méthode théorique et pratique de musique, ou
les règles les plus importantes de la composition
dans leur application à de nombreux exemples),
Weimar, 1845, gr. in-4''de x et 170 pages.
GIRELLI (Santino), né à Brescia, dans la
seconde moitié du seizième siècle, s'est dis-
tingué par ses compositions d'un bon style
pour l'église. On connaît de lui les ouvrages
dont voici les titres : 1" Salmibrevi per tutlo
l'anno a otto voci, con due Dixit e un Magni-
ficat conccrtati aW usa moderno e litanie
délia B. V., in Venczia, Bart. Magni, 1020,
in-i". '2'' Salmiintieripervespria '6vocicon
Dixit e Magnificat concertati, Venise, Alex.
Vincenti, 1020, in-4''. 5" Messe concertate a 5
e 8 voci con una messa per i defonti, Venise,
Bart. Magni, 1027, in-4''.
GIROD (le Rev. P. Louis), de la compa-
gnie de Jésus, professeur au Collège de Namur
GinOD — GIROUST
15
(Belgique), et amaleur distingué de musique,
est né le 27 septembre 181C, à Eslavayer,
canton de Fribourg (Suisse). Pendant quatre
années, il y fit des études de solfège, de piano,
d'orgue et d'harmonie; études qu'il continua à
Fribourg pendant cinq autres années, en y
ajoutant celle du contrepoint. A l'âge de
dix -sept ans, le P. Girod entra dans la Com-
pagnie de Jésus, après avoir étudié dans les
maisons de cet institut, à Estavager et à Fri-
bourg, les lettres, la philosophie, les mathé-
matiques, la physique et la théologie. Il exerça
pendant sept ans les fondions d'organiste et
de maître de chapelle dans les maisons des
jésuites à Eslavayer et à Fribourg, et les con-
tinua pendant trois ans dans. diverses localités
de France et à Mélan (Savoie), puis à Namur
(Belgique), où la direction de tout ce qui con-
cerne la musique lui est confiée depuis 1851.
Le P. Girod a enseigné la littérature au collège
de Fribourg, et la philosophie au collège de
Mélan. Pendant deux ans, il a été chargé de la
préfecture des études au collège d'Eslavayer, et
il a enseigné à Namur les antiquités romaines
pendant neuf années; puis il a cessé ses fonc-
tions de professeur pour celles de prédicateur.
Le P. Girod est auteur d'un livre intitulé : De
la Musique religieuse^ Namur, 1853, volume
in-S" de deux cent cinquante-sept pages. L'objet
de cet ouvrage est de défendre les formes de la
musique moderne etson système d'harmonie et
d'instrumentation contre l'oiiinion de quelques
écrivains qui voudraient que ce genre de mu-
sique lut ramené à la sévérité des formes du
seizième siècle et à sa tonalité. Quelques-uns
même voudraient l'abolition de la musique
dans les églises et le retour pur et simple au
plain-chanl. C'est à ces exagérations que ré-
pond l'écrit du P. Girod. Dans diverses circon-
stances, ce digne ecclésiastique a composé en-
viron cinquante pièces d'orgue et vingt motets
qui sont encore inédits.
GiUOLAMO, surnommé DA UDINE, à
cause du lieu de sa naissance, fut un célèbre
joueur de cornet, et reçut, le 29 juillet ]5G7,sa
nominalien de chef du corps de musique d'in-
struments à vent au service de la Sérénissime
Seigneurie de Venise. Garzoni en parle avec
éloge dans son livre intitulé : Piazza univer-
sale di tutte le professioni del mondo, Ve-
nise, 1585 (Discorso 42), et dit qu'il fut com-
positeur de mérite. On a de lui un livre d'une
rareté excessive qui a pour litre : il Fero modo
di diminuire (1) con lutte le sorti di stro-
(t) Diminuire sigiiil'n' ftiiit tles variations.
menti, Venise, 1384, in-4". J'ai vu la partie de
ténor d'un ouvrage qui a pour titre : Motetli
a Quattro voci de cantare e suonare neyl' in-
strumentiditutlo génère, da Giron di Udine,
musico délia illustr. Signioria (sic) di f'ene-
tia, inVenetia, app. di Antonio Gardane, 1531,
in-4'', obi. Aucun musicien du nom de Giron
ne figure dans les anciennes listes de musiciens
au service de la république de Venise : il y a
donc lieu de croire que Giron est le même ai'-
tiste que Girolamo (Jérôme) (I). Deux frères
de Girolamo d'Udine, Zuane (Jean), et Nicole»,
ont été aussi joueurs de cornet dans la musique
du gouvernement de Venise (2).
GIÏIOKI (M. l'abbé Roeustiaxo), directeur
de l'Académie impériale et royale de Brera, à
Milan, naquit à Gorgonzola, près de Milan, le
24 octobre 1760. Après avoir fait ses études au
Séminaire de cette ville, il entra dans la con^
grégation des oblats de Saint-Ambroise et de
Saint-Charles-Borromée ; puis il alla ensei-
gner la rhétorique au Collège de Gorlo. Après
l'invasion de l'Italie par les armées françaises,
il obtint une place de sous-bibliothécaire à
l'Université de Brera. L'abbé Gironi est mort
à Milan, le l'''" avril 1838. Au nombre des ou-
vrages publiés par ce savant, on en remarque
un relatif à la musique des Grecs, intitulé :
Saggio intorno alla mxtsica de' Greci, Mi-
lano, Ferrario, 1822, in 4", avec dix planches.
Cet ouvrage -est exécuté avec beaucoup de
luxe typographique. On lit dans le supplément
du 3Ianuel du Libraire de M. Brunet (t. II,
p. 92), l'anecdote suivante sur ce livre : « Cette
«dissertation n'étant point destinée au com-
« merce,il n'en a été tiré que trente exemplaires,
«et l'auteur en a l'ait hommage à une dame à
Il l'occasion de son mariage. Les gravures sont
« faites d'après les dessins de peintres célèbres.»
L'auteur m'ayant fait l'honneur de m'envoyer
un de ces précieux exemplaires, j'ai pu lire
son ouvrage, et j'y ai reconnu un mérite in-
contestable d'érudition.
OïllOUST (FK.iNçois), n'est pas né à Or-
léans, comme le disent les auteurs du livre in-
titulé : les Hommes illustres de l'Orléanais
(t. I", p. 79), mais à Paris, le 9 avril 1730. Il
entra comme enfant de chœur à l'église Notre-
Dame dès l'âge de sept ans, et y apprit la mu-
sique et l'harmonie sous la direction deGoulit,
maître de cette cathédrale. On lit dans une
notice sur la vie et les ouvrages de ce musicien,
(1; Dans le dialecle vénitien, Giron est Tabrégé de
GeroniMO, <]ui est la même chose que Girolamo.
(2) Voyoi le livre de M. Cafîi, concernant la c liapclle de
Saint-.Maïc, de Venise,!. Il, ji. 5G,
16
GIROUST — GIRSCHNER
publiée par sa veuve, qu'un prix consistant en
une médaille d'or ayant été proposé en 17G8,
pour l'auteur de la meilleure musique écrite
sur le psaume : Super flumina Babxjlonis,
•vingt-cinq ouvrages furent envoyés à Dau-
vergne, et que deux de ces psaumes partagè-
rent les suffrages ; on décida qu'une seconde
médaille serait accordée, et quand on eut déca-
cheté les noms des auteurs, il se trouva que
Giroust avait mérité les deux prix. Il était alors
maître de musique de l'église métropolitaine
d'Orléans; son succès le fit appeler à Paris,
pour être maître de la chapelle des Innocents.
En 1775, il succéda à l'abbé Gauzargues dans
la place de maître de la chapelle et de surin-
tendant de la musique du roi. Il écrivit pour
cette chapelle beaucoup de motets, et fit exé-
cuter au Concert spirituel plusieurs oratorios,
entre autres celui du Passage de la mer
Rouge. Giroust avait écrit pour l'Opéra un Té-
lèphe, un cinq actes, qu'il ne put faire repré-
senter, malgré l'autorité que lui donnait sa
position. Il mourut à Versailles, le 28 août
1799. Sa veuve, Marie-Françoise de Beaumonl
d'Aventois, a publié un Eloge historique de
François Giroust, Versailles, 1799, in -8",
dont il a été fait une deuxième édition en 1 804.
Dans cet opuscule, Giroust est présenté comme
un homme de génie et un grand compositeur,
ce qui est fort excusable; mais ce qui ne l'est
pas, c'est que les auteurs iiu Dictionnaire his-
torique des musiciens aient copié ces éloges
sans restriction. La collection des partitions
originales de Giroust a été acquise i)ar la bi-
bliothèque du Conservatoire de Paris ; j'ai
examiné cette musique, et je puis déclarer que
tout y est misérable, d'un mauvais style et mal
écrit.
GII\SCHl>iEIl(CHRISTIAN-FnÉDÉRIC-jEAN),
fils d'un soldat, est né à Spandau, en 1794.
Après avoir été fifre dans le régiment de son
père, il alla faire des études sérieuses de mu-
sique à Francfort-sur-rOdoî-, puis se rendit à
Berlin, où il arriva en 1820. Il y obtint une
place d'organiste qu'il occupa pendant deux
ans; mais Logier (voyez ce nom) étant arrivé
dans cette ville, dans les derniers mois de
1821, pour y établir une école de musique et
de piano d'après sa méthode du Chiroplasl,
Girschner s'attacha à lui, étudia le mécanisme
de sa méthode et devint, en 1822, le directeur
de l'Académie logérienne. Une polémique s'éta-
blit bientôt en Allemagne sur les avantages
prétendus et les défauts de cette méthode.
Stoepel, la Gazette générale de musique de
Leipsickj Erdmann, plusieurs professeurs de
musique de Hambourg, particulièrement Jii-
lich, qui avait établi dans cette ville une école
par le même système, Logier lui-même, y pri-
rent part, ainsi que Girschner, qui publia, pour
la défense de la méthode, une brochure de
trente-trois pages, intitulée : Ueber J.-B. Lo-
gier's neues System des musihalische Unter-
richts, oder ivodurch unterscheidet sich der
Logiersche System von den alten? etc., Ber-
lin, Trautwein, 1828, in-8'', avec une planche
lithographiée. Toutefois, les adversaires de la
méthode l'emportèrentdans l'opinion publique,
les écoles logériennes furent abandonnées, et
Girschner fut obligé de chercher d'autres res-
sources pour son existence. En 1833, il fut le
rédacteur d'une gazette musicale de Berlin
{Berliner Musikalische Zeitung); mais ce
journal ne put se souteniraudelàd'une année.
En 1830, Girschner avait fait représenter, au
théâtre Kœnigstadt, l'opéra intitulé • Un-
dine, qui eut quelque succès. En 1854, il
donna, au même théâtre, die 3 Schidmeister
(les trois Maîtres d'école). En 1835, on le trouve
à Potsdam, comme professeur de piano. Deux
ans après, il était à Dantzick, en qualité de
directeur de musique de la ville et d'une société
de chant; mais il n'y resta qu'une année, et
déjà, en 1838, il s'arrêtait à Jéna,où il faisait
exécuter un psaume de sa composition, etquel-
ques mois après, il était à Aix-la-Chapelle,
comme directeur d'une société chorale
d'hommes. Ayant obtenu la place d'organiste
de la chapelle évangélique de la rue du Musée,
à Bruxelles, au mois d'octobre 1840, il s'éta-
blit dans cette ville, et fut nommé professeur
d'orgue au Conservatoire, dans l'année sui-
vante. I! aurait pu s'y faire une réputation
honorable d'artiste ; malheureusement, l'ivro-
gnerie l'entraînait à des excès qui compromet-
taient souvent sa dignité : ces désordres devin-
rent si graves, qu'il fallut lui donner sa démis-
sion de professeur au Conservatoire, en 1848,
et bientôt après il perdit sa place d'organiste. Il
vécut ensuite quelques mois à Gand, puis fut
obligé d'en partir pour la même cause. Il dis-
parut pendant plusieurs années, puis j'appris,
en 1851, qu'il était chef d'orchestre du théâtre
de Rochefort, en France. Depuis lors, je n'en
avais plus entendu parler, lorsque les journaux
ont annoncé sa mort, au mois de juin 1860. I!
était décédé à Libourne (Gironde), à l'âge de
soixante-six ans. Girschner avait du talent
pour la composition, et aurait pu faire de
bonnes choses, si sa vie eût été mieux réglée.
J'ai de lui quelques morceaux de musi(iue
d'église bien écrits. 11 a écrit ai:ssi des sym-
GIRSCHNER - GIULINI
n
phonies et des ouverlures, dans lesquelles l'in-
strumentalion est bien traitée : une de ses ou-
vertures a été exécutée à Berlin avec succès,
en 1835; enfin, on a de lui des chœurs pour
voix d'hommes, d'un bon effet et qui sont au
répertoire de sociétés chorales de la Belgique et
des provinces rhénanes. On a publié plusieurs
œuvres de sa composition, entre lesquelles on a
remarqué : Psaume pour un chœur d'hommes à
quatre parties avec orchestre, œuvre 12'= (Gross
ist der J/err), Berlin, 1853, et six Lieder pour
voix de mezzo soprano ou ténor, en deux
suites, iilrfurt, Kœrner, 1839.
Girsehner a eu deux filles, qui se sont fait
connaître, l'aînée, comme pianiste ; la plus
jeune, comme harpiste.
GITTER (J.), musicien attaché à la cour
de Manheim, depuis 1780 jusqu'en 1795, a pu-
blié de sa composition : 1» Trois quatuors pour
flûte, violon, alto et basse, op. 1, Manheim.
2° Trois duos pour deux violons, op. 2,
Mayence. a" Trois duos pour deux flûtes, op. 3,
t&îd. 4» Six duos pour deux violons, op. 5, ibid.
GIUBILEI (le P. André), né à Pistoie,
maître de chapelle de l'église et du monastère
de l'Enfant Jésus, fut agrégé au Collège des
chapelains chantres de la chapelle pontificale,
à Rome, en 1758. Ce maître était un savant
compositeur , qui a beaucoup écrit pour
l'église ] ses ouvrages sont restés en ma-
nuscrit.
GIULIANI (François), né à Vienne, dans
les dernières années du seizième siècle, s'est
fait connaître comme compositeur de musique
d'église, par des messes imprimées à Venise,
en 16Ô0.
GIULIAIXI (Antoine), claveciniste accom-
pagnateur du théâtre de Modène, a donné à ce
théâtre, en 1784, un opéra bouffe intitulé :
Guerra in pace.
GIULIAIM (François), professeur de vio-
lon, de harpe, de chant et de piano, naquit à
Florence, en 1760. Élève de Nardini pour le
violon, il fit de rapides progrès sous la direc-
tion de ce maître, et fut nommé, fort jeune,
premier violon du Nouveau -Théâtre. Son
maître de contrepoint fut Bartholomé Felici,
On a gravé de la composition de cet artiste :
1» Deux quatuors pour deux violons, alto et
basse, Offehbach, André. 2" Trois duos pour
deux violons, op. 1, Berlin et Amsterdam,
Ilummel. 3» Six duos concertants pour deux
violons, Londres. 4» Six duos pour violon et
violoncelle, op. 8, ibid. On a aussi de Giuliani
<|uelques compositions vocales. Cet artiste vi-
vait encore à Florence, en 1819.
biocr. cniv. des bosiciens. t. IV.
GILLIANI (Cécile), née ^lancfti, fut une
cantatrice distinguée de la fin du dix-huitième
siècle. En 1790, elle chantait avec un brillant
succès au théâtre de la Scala, à Milan. Engagée
au Théâtre-Irnpérial de Vienne, en 1791, en
qualité de prima donna, elle y était encore en
1796, et jouissait de la faveur du public. Cette
cantatrice se faisait remarquer par l'étendue,
la pureté et la flexibilité de sa voix. Elle exé-
cutait de la manière la plus brillante les traits
les plus difiîciles.
GIULIAIM (Mauro-G.), virtuose sur la
guitare, né à Bologne, vers 1780, s'est fait con-
naître en Italie par son talent d'exécution et par
sa musique, supérieure à ce qu'on connaissait
alors pour la guitare. Vers la fin de 1807, cet
artiste se rendit à Vienne, et s'y fixa. En 1821 ,
il était à Rome; mais il partit bientôt après
pour Saint-Pétersbourg, où il est resté plusieurs
années. On connaît sous son nom : 1° Trois
concertos pour guitare et orchestre, œuvresoO,
36 et 70, Vienne, Haslinger, Artaria , Dia-
belli. 2" Un grand quintette pour guitare, deux
violons, alto et basse. Milan, Ricordi. 3» Des
thèmes variés pour guitare, avec accompagne-
ment de quatuor, op. 65, 101, 102, 203, Milan,
Ricordi, Vienne, Diabelli. 4" Sérénade con-
certante pour guitare, violon et violoncelle,
op. 19, Vienne, Artaria. 5" Une multitude de
duos , pots-pourris, divertissements, valses,
polonaises, etc., pour deux guitares. 6° Environ
cinquante œuvres de morceaux pour guitare
seule, renfermant des sonates, études, ron-
deaux, caprices, pots-pourris, airs variés, etc.
Giuliani a eu une fille, Madame Emilie Giu-
liani-Gugielmi, guitariste habile, qui était à
Vienne, en 1841.
GIULIAIXO TIBURTINO, musicien dis-
tingué du seizième siècle, est connu par un
ouvrage devenu fort rare, et intitulé : Fanta-
sie e Ricercari a tre voci accomodate da
cantare e sonare per ogni instrumenti, com-
poste da mes. Giuliano Tiburtino mtisico
eccellentissimo, con la giunta di alcuni altri
ricercari, e madrigali a tre voc%.i composti
da lo eccellentissimo Adriano Willaert, e
Cipriano Rore suo discepolo, Venezia, 1579.
GIULllNI (André), maître de chapelle de
la cathédrale d'Augsbourg, naquit en celte
ville, vers 1730. Dans sa jeunesse, il étudia
chez les Jésuites, et composa, pour leur maison,
la musique de plusieurs drames, et des médi-
tations. Plus tard, lorsqu'il eut été appelé à
lamaîtrisede la cathédrale (1760), il écrivit un
grand nombre de messes, de vêpres, des sym-
phonies, etc., cil l'on remarque un style scvèic
18
GIULINI - GLyESER
et correct. Toute sa musique est restée en ma-
nuscrit.
GIUSTIIVI (Louis), claveciniste et compo-
siteur, néàPistoie, dans les premières années
du dix-î.uitième siècle, a écrit douze sonates
pour le clavecin, qui ont été gravées à Amster-
dam en 173G.
GIVEKCI ou GïVEKCîil (Le sire Adam
de), appelé Guenci, par la Croix-du-Maine,
fut un trouvère du pays d'Artois (Pas-de-Ca-
lais), et prit son nom d'une commune de cette
province de France. M. Arthur Binaux {les
Trouvères Jrtésiens, p. M) fixe vers l'an 1260
l'époque où il florissait. Les événements c.j
sa vie ne sont pas connus. Il reste huit chansons
<le ce trouvère, avec les mélodies notées dans
le Mss. 7222 de la bibliothèque impériale de
Paris (ancien fonds), et dans un autre qui pro-
vient de la bibliothèque de Noailles.
GIZZI (Dominique), célèbre professeur de
chant et compositeur, né en 1684 à Arpino,
petite ville du royaume de Naples, eut pour
l)remier maître de musique son compatriote
M. T. Angelio, maître de chapelle, qui avait
été élève de Carissimi. Quoique très-vieux,
Angelio prit plaisir à développer les heureuses
dispositions du jeune Gizzi, et il ne songea à
l'envoyer à Naples pour y continuer ses études,
qu'après en avoir fait un chanteur déjà fort
habile, et après lui avoir donné les premières
connaissances du contrepoint. Gizzi entra au
Conservatoire de S. Onofrio, dirigé alors par
A. Scariatli, et devint le compagnon de Por-
|iora et de Durante. Il se livra alors à la com-
position et écrivit plusieurs oeuvres pour l'église
et la chambre; mais Scarlalti ayant reconnu en
lui les qualités d'un grand maître de chant,
l'engagea à ouvrir une école propre à former
fl'habiles chanteurs; Gizzi suivit ce conseil, et
de cette école sortirent Fr. Feo et l'admirable
sopraniste G. Conti, qui, par reconnaissance
pour son maître, prit le surnom de Gizziello.
Vers 1740, Gizzi cessa de donner des leçons
et se retira dans sa ville natale, oii il mourut
cinq ans après.
GIZZIELLO (Joachim), Voyez Conti
(Gioacchino).
GLACflAIVT (Auguste), ancien élève du
Conservatoire de musique de Paris, né dans
cette ville, en 1780, fut quelque temps violon
«lu théâtre des Variétés et s'y trouvait encore
en 1823. En 1824, il passa à l'orchestre du
Théâtre-Français et y resta jusqu'en 1830; il
donna alors sa démission, pour se fixer dans
UD chef-lieu de déparlement. Ai)rès cette éi)o-
ijiic, on ne trouve plus i- renseignement sur
sa pei'sonne. Il a publié : 1" Trois duos pour
deux violons, op. 1, Paris, Janet.2° Symphonie
concertante pour deux violons, op. 2, ibùl.
3" Trois duos pour deux flûtes, op. 2, ibid.
4" Trois quatuors pour deux violons, alto et
basse, op. 5, Paris, Janet.
GLv5lSEPi (Michel), facteur d'orgues, né à
Gelnau(Saxe), en 1602, a eu de la réputation en
Allemagne, par les positifs et autres petits in-
struments qu'il a construits. Il mourut en
1774. à l'âge de 82 ans.
GLyESER. (Jean-Michel) , violoniste , né
à Erîangen en 1725, fut d'abord attaché à la
chapelle d'Anspach, et retourna en 1775 dans
sa ville natale pour y être, suivant l'expression
allemande, musicien de ville. Il y vivait encore
en 1700. On a publié de cet artiste sîk sym-
phonies pour l'orchestre, op. 1, Amsterdam,
1784.
GLtESER (Charles -Louis ""raugott),
directeur de musique et professeur au sémi-
naire de Weissenfels, né en 1747, fut consi-
déré dans sa patrie comme un homme de
mérite. Il mourut à Vi'eissenfels, le 31 janvier
1797, à l'âge de 50 ans. Il a écrit beaucoup de
musique d'église qui est restée en manuscrit.
Le seul ouvrage qu'il a publié contient une
suite de petits morceaux de piano dans tous
les tons, pour l'enseignement, avec une préface
de J. Fr. Doles ; ce( ouvrage a pour titre -.
Kurze Clavierstiike ziim Gebrauche beim Un-
terricht, W^eissenfels, 1794.
GL^ESEll ( Charles - Gotthilf) , fils du
précédent, est né à Weissenfels, le 4 mai 1784.
Après la mort de son père, il se rendit à Leip-
sick, pour y continuer ses éludes à l'école de
Saint-Thomas; il y reçut les leçons de liilier.
Eberhard Huiler lui donna ensuite des leçons
de piano et d'harmonie, et il apprit à jouer du
violon sous la direction de Campagnoli. Après
(ju'il eut atteint sa vingtième année, il suivit
un cours de droit à l'université, quoiqu'il eut
préféré la théologie, afin d'être chanlre de
paroisse. Lorsqu'il eut passé ses examens, en
1808, il alla occuper une place de j>eu d'im-
jîorlance à Naumbourg; mais il ne resta pas
longtemps dans cette ville ; son goût passionné
pour la musique le ramena à Leipsick ; il s'y
fit correcteur chez Riihnel. Son séjour dans
cette ville fut marqué par ses progrès comme
organiste et comme compositeur. Ses études
étant achevées, il accepta rofTi'cqui lui futfaile
ti'une place de directeur de musique à Barmcn,
en WesIphalie.Dès ce moment, toutes ses vues
se tournèrent vers les moyens de faciliter l'en-
seignement, el les ouvrages qu'il jinblia furent
GL/ESER — GLAUËAN
iy
parliculièrerucnt destinés à SCS élèves. La guerre
<te 1813 obligea Glœser de s'éloigner de Bar-
mcn. Il fil des voyages à Berlin, Weissenfels,
Naumbourg et Leipsick, puis s'enrôla comme
volontaire, et passa le Rhin avec les armées
alliées. Après la campagne de 1814, il retourna
à Barmen et reprit ses travaux. Il établit plus
tard en cette ville un bureau d'abonnement de
musique elun commerce d'instruments. GUescr
est mort à Barmen, le16 avril 1829, des suites
d'une douloureuse et longue maladie de peau,
avant d'avoir atteint sa quarante-cinquième
année. Au nombre de ses productions on
compte : 1" Neue praktisrhe Klaviersclnde
(Nouvelle école pratique du clavecin, etc.), pre-
mière partie, Barmen, 1817. La deuxième
partie de celte méthode de piano était termi-
née, mais non publiée, quand Glaeser a cessé
de vivre. 1° Karl Glœser's Liedcrbuch (Livre
de chant de Glaeser, etc.) ; Barmen, 1819. Ce
recueil était destiné à une classe d'enfants ((ue
l'auteur faisait chanter d'oreille, avant de
leur enseigner la lecture de la musique. Il en
a paru une deuxième édition en 1822. ô" Chants
pour les poésies de Leith, avec accompagne-
ment de piano, plusieurs cahiers, Barmen,
1821-1828. 4" Exercices de lecture de musique
en dix-sept grands tableaux, pour les écoles;
Barmen, 1821. 3" If/usikalische Schulgesmig-
buch, methodisch geordiiet nach Natorp's
Anleitung zur Unterweisung in singen
(Manuel musical de chant d'après l'Introduc-
tion à l'enseignement du chant de ÎN'alorp) y
première et deuxième parties, 1821-1825. La
deuxième édition de cette méthode a paru en
1827. G" Chants chorals et poésies de Mohn à
quatre voix, à l'usage des sociétés de chant, et
des chœurs d'église ; Essen, Bœdecker. 7'' Drey-
stimmige Chorale (Chants chorals à trois voix),
à l'usage des écoles moyennes, des gymnases
et des paroisses où l'on chante sans orgue;
Barmen, 1828. 8" Kurze Anweizung zum
Cltoralspiel (Instruction courte sur l'art d'ac-
compagner les mélodies chorales, etc.) ; Essen,
Baedecker, 1824. 9» Fereinfachter zum Kurz-
gefasster Untsrricht in der Théorie der Ton-
sctzknnst, millelst eines musikalisches Com-
passés (Méthode brève et simplifiée de la théo-
rie de la musi(iue, au moyen d'un compas
musical), ibid. 1828. On a aussi de Glaeser des
sonates, airs variés et autres morceaux pour
le |>iano, quelques pièces pour la guitare, et
it'.iuircs petites compositions.
(iL/ESEK (FRA^çoIs), compositeur, né
en Autriche dans l'année 1792, fit ses études
musicales à Vienne et y fut ensuite directeur
de musique au Théàtrc-sur-la-Vienue. Il a
écr*it un très-grand nombre de mélodrames,
panlcunimcs et vaudevilles. 11 y lilau^si repré-
senter plusieurs opéras, pai'mi lesquels on re-
marque : \'> Jrmide la magicienne, en 1828.
2" Der Brief an Sich selbst (La leitre écrite à
soi-même), en 1826. o" Elsbeth, opéra co-
mique et romantique, en 1828. 4" Jh'Undor,
opéra iéerique,-ea 1826. 5° Sauetcupfchen, etc.,
(le Chevalier aux éperons d'or), opéra roman-
tique, en 1824. G" i'oK(fcr^«rZoî/ne (l'Humeur
singulière), opéra comique, en 1823. En 1830,
il succéda à Sicgmayer dans la place de chef
d'orchestre du théâtre Rœnigstadi à Berlin, et
y fit représenter les opéras dont voici les
titres : 7" Dte B raïUschau {\cs Fiançailles).
8" des Jdlers Horst (l'Aire de l'aigle); An-
dréa; l'Œil du Diable; Jurora; les quatre
Fils Agmon. Plusieurs de ces ouvrages ont été
gravés en partition pour le piano, à Berlin,
chez Traulwein. Glœser a écrit dans cette ville
une ouverture de fête, un finale pour la Clau-
dine^ de Goethe, et des vaudevilles, pantomimes
et farces. On a aussi de Glaeser quelques pe-
tites compositions pour divers instruments,
des arrangements de morceaux de différents
maîtres, et des romances allemandes.
En 1842, cet artiste a été appelé à Copen-
hague en qualité de maître de chapelle; trois
ans après il a été fait directeur du Conserva-
toire de cette ville, et le roi de Danemark l'a
décoré de l'ordre de Dsnebrog en 1847.
GLAlMN'Ell (Gaspard), compositeur alle-
mand du seizième siècle, et organiste à Salz-
bourg, afait imprimer des motets ou Cantiones
sacra'de sa composition, Munich, 1578et 1380,
et des chants sacrés et profanes à quatre et cinq
voix. Cet ouvrage a pour titre : Erster Theil
newer tcutscher geistlicher und weltlicher
Liedlein, mit A und 5 Stimmen zu singen,
und auf alîerley Instrunienten zu gebrau-
chen, durch Casparum Glanncr , furstl.
Salzburgischen Organislen, Munich, Adam
Berg, 1378-1580, in-4".
GLxUlÉAN (IIenui LORIT), poëte cou-
ronné, philosophe, mathématicien ethisiorien,
fut un des hommes qui contribuèrent le plus
activement au progrès des sciences et des arts
dans le seizième siècle. Le nom de Glareanus
lui fut donné parce qu'il naquit dans le canton
de Glaris, en 1488. Fils de cultivateurs qui vi-
vaient dans l'aisance, mais qui avaient beaucoup
d'enfants, il fut employé à la garde des iroii-
jieaux jusqu'à l'âge de douze ans. Ses heureuses
dispositions pour la (loésie se développércni m
bien, |iar la médilalion dans les solitudes un le
20
GLÂREAN
conduisait son existence de pâtre, que ses pa-
rents, émerveillés, consentirent à l'enToyer à
Berne, pour y commencer des études litté-
raires. Michel Rubellus, professeur en cette
yille, lui inspira le goût de la belle latinité,
forma son style et lui enseigna les éléments de
la musique. Sorti de chez ce maître, Glaréan se
rendit à l'Université de Cologne, où il demeura
sept ans. Ce fut là qu'il reçut de Cochlœus
{voyez Cochlée) des leçons de théorie et de
pratique de la musique. C'est à Cologne que
Glaréan fut couronné comme poète, en 1512,
par Maximilien I<''", après avoir chanté le pa-
négyrique de ce prince, en piésence de toute la
cour, en s'accompagnant d'un instrument. En
1517, il s'établit à Paris et y fonda un pen-
sionnat. Schreiber a démontré, dans une mo-
nographie intéressante de ce savant, qu'il ne
fut jamais professeur à l'Université, comme
on le croit généralement. Parvenu à l'âge de
ti'cnte ans, Glaréan éprouva le besoin de re-
tourner dans sa patrie. Son piojet l'ut d'abord
de s'établira Zurich; mais sur les instances
des chefs de l'Université de Bàle, il alla demeu-
rer dans cette ville, et y fonda une institution
libre, quoiqu'il y fit des cours publics. Son sa-
voir était universel, et dans tous ses travaux il a
porté des vues profondes qui décèlent l'homme
supérieur. Amateur passionné des arts, il cul-
tiva surtout avec succès la poésie et la musique.
Ses vers latins étaient admirés de son temps.
Des troubles religieux ayant éclaté àBâle, vers
1529, Glaréan n'y voulut point prendre part,
et comme il arrive presque toujours en pa-
reille circonslance, sa sagesse lui fit des enne-
mis dans tous les partis. Ami du repos, il se
retira alors à Fribourg, en Brisgau, y ouvrit
un cours d'histoire et de littérature, et y attira
un grand nombre d'élèves qui devinrent par la
suite des savants distingués, et répandirent le
goût des lettres dans toute l'Allemagne. Dans
sa jeunesse, Glaréan avait eu de la gaieté;
mais les injustices dont il fut victime, et la
perte de quelques amis, rendirent son humeur
chagrine lorsqu'il fut devenu vieux. 11 passa
ses dernières années dans une retraite absolue,
et mourut à Fribourg, le 28 mai 1563, à l'àge
de soixante-quinze ans. Glaréan se maria à
Bâle, à l'âge de trente-quatre ans, avec une
femme qu'il aimait beaucoup, et avec laquelle
il vécut dix-sept ans ; mais il n'en eut pas d'en-
fants, et il en fut de même d'un second ma-
riage.
Érasme, ami de Glaréan, Juste Lipse, Vos-
sius, et d'autres savants hommes, lui ont
accordé des éloges ; le premier, particulière-
ment, a dit de lui : « Henri Glaréan, à la fleur
de l'âge, d'une santé robuste, et d'une acti-
vité infatigable, très-expérimenté dans la
dialectique, s'est approché du sommet de la
théologie... de laquelle, cependant, il s'est
retiré, à cause de la glaciale et pointilleuse
subtilité qui, maintenant, est presque seule
applaudie dans les écoles... Ses essais,
comme poète, ne sont pas dépourvus de
grâce. Il possède de grandes connaissances
en histoire... C'est dans la musique, la géo-
graphie et les autres sciences mathémati-
ques que consiste sa force principale... Mo-
mus lui-même ne pourrait découvrir en lui
d'autre défaut que l'excessive fianchise avec
laquelle il se déchaîne contre les sophistes.
Glaréan descend contre eux dans l'arène
avec une ardeur égale à celle dont Hercule
était animé quand il combattait les mon-
stres. Pour peu qu'avec eux il y ait avantage
à crier bien fort, les poumons ne lui font pas
défaut plus que le courage herculéen... Au
surplus, il est éloigné de toute présomption.
Ses procédés sont remplis de complaisance
et se conforment aux usages de la bonne
société. »
Plus tard, il parait qu'il y eut quelque re-
froidissement dans la liaison de ces deux
hommes célèbres; ce qui a été attribué aux
railleries que Glaréan se permettait quelque-
fois sur le système de prononciation de la
langue grecque qu'Érasme avait essayé de faire
adopter, et à la jalousie que ce dernier aurait
eue parce que le savant professeur de Bâle et
de Fribourg possédait des connaissances plus
profondes que les siennes dans l'histoire et
dans les antiquités. Quoi qu'il en soit, il est re-
marquable que Glaréan fut le seul de ses amis
qu'Érasme oublia dans son testament.
A l'égard de la théorie de la musique, ou
peut considérer Glaréan comme un des auteurs
qui l'ont exposée avec le plus de clarté et de
savoir dans le seizième siècle. Le premier ou-
vrage qu'il a publié sur cet art a pour titre :
Isagoge in musicen Henrici Glareani Helve-
tii poet. laur. e qulbusdam bonis authoribus
latinis et grxcis ad studiosorum utililatem
multo labore élaborât a. Jd Falconem Coss.
urbis Aventicensis, petit in-4'' de vingt feuil-
lets non chiffrés, avec les signatures y/2 — Eô,
sans nom de lieu et sans date; mais l'ouvrage
a été vraisemblablement publié en 1516, car
l'épître dédicatoire de Glaréan, qui remplit le
verso du premier feuillet, a pour souscription :
Basilex ^ anno Christi MDXVI, ad idus
martias. Ce petit ouvrage est de la plus grande
GLARÉAN
21
rareté. A la publicalion du catalogue de feu
Van Hullhem, je fus étonné de trouver dans le
deuxième volume (n» 9748) le môme opuscule
indiqué sous ce titre : Isagoge in musicen
IfenriciGlariani {sic) Jfelvetii Pact. laur.ad
Falconem coss. urbis Aventicensis, Basiliae,
1506, petit in-4'', etc. Il ne me fut pas dilTicile
de voir que Glariani pour Glareani, et Pact.
laur. pour Poet. laur., étaient des fautes
d'impression. Quant à la date de 1506, elle me
paraissait évidemment fausse, car Glaréan n'a
été poëte couronné qu'en 1512. Cependant,
pour éclaircir le fait, j'ai écrit à M. Voisin,
bibliothécaire de l'Université de Gand, et la-
borieux rédacteur du catalogue delà nombreuse
bibliothèque de Van Hulthem; il a eu l'obli-
geance de confirmer mes conjectures, et de
m'envoyer le titre véritable, tel qu'il est ci-
dessus, avec la description du volume. Je ne
fais ces remarques qu'afin d'éviter que quelque
compilateur ne copie étourdiment le titre du
catalogue Van Hulthem, en s'appuyant de son
autorité, et qu'une nouvelle erreur ne s'accré-
dite ainsi dans la bibliographie de la musique,
où il y en a déjà trop. L'opuscule de Glaréan
est divisé en dix chapitres qui n'ont point de
titres, et qui traitent de la solmisation, des
muances, des intervalles, de la constitution des
tons ou modes, et de leur usage. L'ouvrage
est terminé par un éloge en vers de la mu-
sique.
Trente et un ans s'écoulèrent entre l'époque
de la publication de ce premier ouvrage et
celle d'un deuxième traité de musique beau-
coup plus important; celui-ci a pour titre:
Glareani Dodecachordon. A la dernière l)age,
au-dessous des errata, on lit : Basika; j)er
Henrichum Pétri mense septembri anno
post Firginis parlum MDXLVII, in-fol. de
quatre cent cinquante pages, avec neuf feuil-
lets d'épilre dédicatoire et (Vindex non chif-
frés, et trois pages d'errata à la fin. L'objet de
Glaréan est de démontrer, dans ce livre savant
et bien écrit, que les tons du plain-chant, (jui
servaient de base à toute la musique de son
temps, ne sont pas au nombre de huit, comme
le prétendent la plupart des auteurs qui ont
traité de la tonalité du plain-chant, mais au
nombre de douze qui correspondent à chacun des
modesdc l'ancienne musiquegrecque. Déjà vers
la fin du huitième siècle, une discussion avait
été agitée à ce sujet, et l'on avait même voulu
porter les tons du chant ecclésiastique jusqu'à
quatorze. Les partisans de ce système disaient:
« Les sons de la musique se représentent par
>' les sept lettres A, B, C, D, E, F, G (qui cor-
« respondent aux notes la, si, ut, ré, mi, fa,
« sol) ; or, chacune de ces lettres peut être la
i< première d'une échelle musicale, d'où il suit
« qu'une nouvelle suite de lettres est engen-
« drée et représentée, dans des sons plus
« élevés par a, b, c, d, e, f, g. Or, les mélo-
« dies sont de deux sortes, savoir, celles qui
« ont leur note fondamentale à la quatrième
« note du ton, et celles qui ont cette note à la
H tonique, en sorte qu'on doit compter qu'il
« y a quatorze modes ou tons ; mais attendu
» que la lettre B n'a pas de quinte juste, ce
« nombre doit être réduit à douze. » On pré-
tend que le sujet de la discussion entre les par-
tisans de huit tons et ceux de douze modes fut
soumis à Charlemagne, et qu'après avoir écouté
tous les arguments, ce prince décida que huit
tons étaient sufTisants {octo modi videntur
sufjicere). L'ouvrage de Glaréan est divisé en
trois livres. Le premier traite du plain-
chant, selon les principes établis dans la plu-
part des livres de cette espèce. L'auteur y a re-
fondu, dans les premiers chapitres, la plus
grande partie de son petit traité de musique
publié en 1516. Il y expose la doctrine des huit
tons usités du plain-chant, mais avec des con-
sidérations importantes qui rendent cette pre-
mière partie du livre fort instructive. Dans le
second livre, il établit sa doctrine des douze
modes. Quoique cette partie de l'ouvrage ait
été souvent attaquée et par les contemporains
et par les successeurs de Glaréan, on ne peut
nier que les chants de cinquième et du septième
tons n'appartiennent au onzième mode trans-
posé; car ils ont pour base les mêmes espèces
de quintes et de quartes, et leurs demi-tons
doivent se trouver aux mêmes places. De même,
les chants du premier ton, avec la sixième note
abaissée, sont du neuvième mode transposé.
La plupart des auteurs de traités de plain-
chant n'ont rien compris à cela.
Le troisième livre du Dodecachordon est
consacré à l'application de la doctrine des
douze modes à la musique harmonique et me-
surée. Cette partie de l'ouvrage est du plus
haut intérêt, à cause des nombreux exemples
de musique à plusieurs parties puisés par Gla-
réan dans les œuvres des compositeurs des
quinzième et seizième siècles, entre autres
d'Ockeghcm, d'Obrccht, de Josquin Deprès,
et autres. Ce recueil est d'autant plus précieux
sous ce rapport, que les ouvrages de ces maî-
tres sont d'une rareté excessive, et qu'il est
surtout difficile d'en trouver les différentes
parties réunies. Au résumé, le livre de Glaréan
est de grande valeur pour l'histoire de la mu-
92
GLÂRÉAN
sique ; il offre la preuve la plus coinpièle du
profond savoir de Glaréan dans cet art. Tout y
est traité avec ordre, méthode, et l'esprit
d'analyse y brille à un haut degré. Un abrégé
de cet excellent ouvrage a été fait par Jean Li-
lavicus Wonegger, et a paru sous ce titre :
Musicx cpitome ex Glareani Dodecachordo.
Ce volume, composé de 150 pages chifTrées
jtetit in-8", et de quatre feuillets d'épitre dédi-
catoire, non chiffrés, est terminé par cette
souscription : Basilex per Ilenricum Pétri,
mente (sic) marlio , anno mdlvu. L'épître dé-
dicatoire est datée de Fribourg en Brisgau,
•15i5G. Une autre édition de ce petit ouvrage a
«^té publiée deux années après, c'est-à-dire en
1359; celle-là a pour titre : Musicx epitome
ex Glareani Dodecachordo imâ cum qiiinque
roctim mclodiis super ejusdem Glareane Pa-
iiegyrico de helveticarum XIII urhium lau-
dibus, per Manfredum Barbaricum Corc-
fjiensem. Le formai et le nombre des pages
chifTrées du Traité de Musique sont sembla-
bles à l'édition précédente, mais l'épitre dédi-
catoire, datée de Fribourg 1339, a cinq pages,
et la souscri[>tion est au dernier feuillet conçue
en ces termes : Basilex ex ofjlcina Hiero-
nxjmi Cnrionis , impensis Ilcnrici Pétri,
anno mdlix, mense martio. Quoicju'on puisse
croire que cette deuxième édition n'est que la
précédente renouvelée par un titre et une
^pîlre dédicatoire, elle es't pourtant réelle, car
au titre courant de la page 19 de l'édilion de
15.37, il y a cmpendium, et à la même page,
édition de 1539, on lit compendiw.n. Il existe
une traduction allemande de l'abrégé de Won-
negger; elle a i)our titre : Uss (sic poui- Aus)
Glareani Musik ein Usszrig (pour Auszug),
mit Beicilligung und Hilf Glareani, allen
christlichenKirchen altundgœttliche Gesang
SM lernen, auch zuverstanganz nuzlich, und
denen zu I/ilf, sa Mathamath und villicht
dor latinschen (sic) Sprach mit ganz Unter-
richt, Bàle, Henri Pétri, 1337, in-S". Un exem-
plaire de cette traduction esta la Bibliothèque
royale de Munich ; je n'en connais pas d'autre.
A l'égard du panégyrique des villes fédérées de
la Suisse par Glaréan, mis en musique à cinq
voix, par Manfred Barbarin, cl (jui est com-
liosé de lOî! pages petit in-S", ajoutées à l'ou-
vrage de Wonegger, ce n'est que la reproduc-
tion d'une édition de cet œuvre publiée à Bâie
en 1558 chez Henri Pétri, et intitulée: Quinque
vocibits cantiones elegantissimx in gratiam
cl laudem trcdecim urbium I/elvetix. L'abrégé
du Dodécacorde, par Wonegger, est divisé en
ifiux parties : la première, qui conlioiil seize
chapitres, est relative aux principes de la mu-
sique plaine (planus-cuntus), et à la constitu-
tion des tons; c'est un résumé bien fait des
deux premiers livres. Wonegger dit avec
raison, dans son épître, qu'il n'a rien négligé
de ce qui pouvait établir le système de Glaréan
pour la division des douze modes. La deuxième
partie, divisée en douze chapitres, est un
abrégé du troisième livre sur le chant mesuré.
Draudius et VAthenx Raucicx client un
livre de Glaréan intitulé, selon le premier :
De musices divisione ac definitione, Bâle,
1549, in-fol., et suivant l'autre : De Arte mu-
sicd. Walther. qui suit en cela Draudius, dans
son Lexique de musique, conjecture que cet
ouvrage doit être une réimpression de celui de
131G. Forkel, Gerber, Lichtenthal, et tous les
copistes, ont répété cette erreur. Le fait est que
cet ouvrage n'existe pas, et que le titre : De
m,usices divisione ac definitione , n'est que
celui du premier chapitre du Dodécacorde ; en
sorte (ju'il y a lieu de croire que Draudius a
cité le livre d'après un exemplaire dont le
frontispice manquait, et que, par une faute
d'impression, on aura mis dans son catalogue
1349 pour 1547. Glaréan avait préparé une
excellente édition des œuvres de Boèce; elle
n'a paru que sept ans après sa mort, par les
soins de Marlianus Rota, sous ce titre : Jnitii
Manilii Severini Boethi, philosophorum et
theologorum principis opéra omMî'a^ Basilea?,
ex ofTicina Ilenrici Petrinae^ 1570, in-fol. de
1,346 pages chiffrées, et de 22 feuillets d'épi-
tres, préfaces et tables. On a joint à cette édition
les commentaires de Jean Marmeiius et de Ro-
dolphe Agricola sur le traité des consolations
de la philosophie, et ceux de Gilbert Porreta
sur celui de la Trinité. Glaréan n'a point fait
de commentaires ni de notes sur les cinq livres
du Traité de musique de Boèce; mais, en plu-
sieurs endroits, il a ajouté des figures jiour
l'intelligence du texte, et il a corrigé avec soin
ce texte, le donnant tel qu'il est dans les meil-
leurs nianuscrils, et mettant à la marge ses
corrections. I! est à regretter que des fautes
assez considérables se soient glissées dans
l'impression, et ne soient point réparées par
une table d'errata. Je les ai toutes corrigées
dans mon exemplaire i)our une édition du
Traité de musique de Boèce, que je me pro-
posais de donner avec une traduction frau-
çaise.
Jodocus Castner a publié, à l'occasion de la
mort lie Glai'éan, un recueil d'éloges intitulé :
Epicedionct epigrammata quxdam funcbria
<le obilu Ilcnrici Loriti Glareani. Basilcae,
GLARËAN — GLEICHMâNN
23
15CÔ, in-4''. M. Henri Schreiber a donné
une très-bonne monographie de ce savant,
sous ce litre : Heinr. Lorilus Glareanus
gekronter Dichter und Malhematiker aus
dem IG. Jahrhundert , etc. (Henri Lorit
Glaréan, poëte couronné et mathématicien du
seizième siècle, etc.), Fribourg en Brisgau,
1837, in-4''.
GLASEP». (Jean-Adam), né en Allemagne
dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
était étudiant en philosophie à Schauenstein,
lorsqu'il y soutint une thèse sur les instru-
ments de musique dont il est parlé dans les
psaumes IV et V. Cette thèse fut ensuite
imprimée sous ce titre : Exercilalio philolo-
gica de instrumentis Ilehrxorum rnusicis ex
psalm. 4 et '5, Leipsick, 168G, in-4'' de deux
feuilles et demie. Ugolini a inséré la disserta-
lion de Glaser dans son Trésor de Vantiquité
sacrée, t. XXXII, p. 137.
GLAUCUS, philosophe, néàUhegium (au-
jourd'hui Reggio, dans le royaume de Naples),
a écrit, selon Plutarque, un Traité historique
des poètes et des musicieiis de l'antiquité,
que d'autres écrivains ont attribué à l'orateur
Antiphon. Diogène Laërce ditque Glaucus était
contemporain de Démocrite le philosophe,
et qu'il avait eu pour maître un pythagori-
cien.
GLEICH (Ferdinand) ; sous ce nom d'un
écrivain sur lequel on n'a pas de renseigne-
ments, a été publié un livre intitulé : Weg-
lociser fiir Opernfreunde. Erlauternde Be-
sprechimg dermichtigsten aufdem Répertoire
hefindlichen Opern, nebst Biographien der
Componisten (Guide des amateurs d'opéras.
Résumé explicatif de ce qui concerne les opéras
qui sont au répertoire, avec les biographies des
compositeurs), Leipsick, II. Matthes, 1857, un
volume petit in -8".
GLEïCIiEN(ANDRi;), directeur de musique
au Gymnase de Géra, naquit à Erfurt, le 4 fé-
vrier 1G23. En 1G48, il entra en fonctions à
Géra ; il les remplit pendant quarante-cinq ans
et mourut le 25 février 1695. Plusieurs éloges
funèbres furent prononcés sur sa tombe par les
professeurs de Géra, et le recteur du Gymnase
de cette ville. Rœber fit imprimer. à cette oc-
casion une dissertation intitulée : Bc Musicx
quibusdam admirandis , Geree, lG9o, in-4''.
Le docteur Jean-André Gleichen, fils du direc-
teur de musique, rassembla les oraisons funè-
bres qui avaient été faites pour son père, et les
publia avec la dissertation de Rœber, à Dresde,
en 1714. On trouve dans ce recueil le portrait
d'André Gleichen. On a de ce musicien deux
petits traités de musique, à l'usage des élèves
du Gymnase de Géra ; le premier a pour litre :
Compendium iniisicum instrumentale, Leip-
sick, 1651, in.-S", réimprimé en 1653, deux
feuilles et demie. Le deuxième est intitulé :
Compendium musicum vocale, Jéna, 1657,
in-8».
GLEICHMAINN (Jean-Georges) , bourg-
mestre et organiste à Ilmcnau , dans la Thu-
ringe, naquit à Sleltzen, près d'Eisfeld, le
22 décembre 1683. Après avoir reçu des leçons
d'orgue et de clavecin de Zahn, organiste de
Hildbourg, il fut lui-même nommé organiste à
Schalckau, près de Cobourg, en 1706; puis il
fut appelé à Ilmenau, en 1717. En 1744, on le
choisit pour être bourgmestre de ce lieu. Après
cette époque, on n'a plus de rcnseignemenls
sur lui. Gleichmann inventa, à l'âge de vingt-
quatre ans (en 1709), un clavecin-viole qui a
été imité par un de ses parents, nommé Reisch,
en 1758. Plus tard, il fit aussi un clavecin-
luth, monté de cordes de boyau qui étaient
pincées par des crochets. C'est ce dernier in-
strument que Diefz a renouvelé depuis lors
par un mécanisme tout nouveau, sous le nom
de claviharpe, et en substituant aux cordes de
boyau des cordes métalliques filées de canne-
tille.
GLEICIÎMAKN (Jean-André), directeur
de musique à la cour du duc de Hildburg-
hausen, est né à Bockstadt, le 13 février 1773.
Dans sa Jeunesse, ses études ne se sont pas
bornées à la musique ; il a reçu une bonne
éducation littéraire et scientifique. On connaît
I)eu de compositions de cet artiste; celles
qu'on peut citer sont : 1° Ferbesserte Mélodie
der Einsetzungsworte der heiligen Abend-
mahlcn (Mélodies corrigées des paroles de
consécration delà sainte Cène), avec accom-
pagnement d'orgue, Hildbourg et Brunswick.
Cet ouvrage est estimé en Allemagne. 2" Deux
recueils de Lieder, avec accompagnement de
piano. 3" Pot-pourri pour piano et clarinette ou
violon, Ilildburghausen. 4" Cantates religieuses
pour des chœurs de voix d'hommes, n''^ 1
et 2. Ilildburghausen, Kesselring, 1837-1840.
En partition. 3" Cantate 'pour la fête de la
Réformation, à quatre voix et orchestre.
Meiningen , 1858. C'est particulièrement
comme critique que M. Gleichmann occupe
une place distinguée parmi ses compatriotes.
La plupart de ses articles en ce genre ont
paru dans la Gazette musicale de Leip-
sick. Les principaux sont : l" Recherches
sur la théorie du troisième son (au grave),
ann. 1805, pag. 277. 2» Sur la manière et la
24
GLEICHMANN — GLETTINGER
modt dans la musique pratique, particulière-
ineDtdans l'exécution surle violon, ann. 1814,
p. 173. 5» Sur l'invention de VAeoline ou de
YJeolodicon, 1820, p. 505. A" Exposé de quel-
ques principes posés par les anciens Grecs
dans la musique, 1822, p. 193. 5° Observations
sur la musique considérée comme science,
1828, p. 729, deuxième partie, 1830, p. 839.
6» Du mérite de la musique d'église, 1831,
p. 837. Plusieurs articles du même auteur ont
été publiés dans la Cxcilia; le plus considé-
rable consiste dans des Observations sur la
prétendue influence du climat sur la voix
humaine (t. XII, p. 169).
GLEISSlXEll (François), né à Neustadt
en 1760, était, vers 1800, musicien de la cha-
pelle de l'électeur de Bavière. Il fut envoyé
fort jeune au séminaire d'Amberg, et y mon-
tra de rares dispositions pour la poésie e4»pour
la musique. Doué d'une belle voix, il chantait
au chœur; plus lard il y joua la partie de
contrebasse. Il n'était âgé que de dix-huit ans
lorsqu'il écrivit, en 1778, un Requiempour la
mort du prince électoral Maximilien-Joseph
de Bavière. Quelques années après, il se rendit
à Munich pour y achever ses études de philo-
sophie. Il y compléta ses connaissances dans
la musique. Cet artiste s'est fait connaître
avantageusement et par ses compositions, et
par l'invention de la gravure de la musique sur
pierre, dont il dut l'idée aux recherches et aux
procédés de Senefelder pour la lithographie.
Les plus grandes dilTicultés qu'il rencontra
pour l'emploi de ses procédés consistaient dans
la forme et dans les fonctions de la presse;
ces difficultés furent levées par l'éditeur de
musique Falter, de Munich, avec qui Gleissner
s'associa. Le premier ouvrage imprimé par ce
procédé fut un recueil de six chansons avec
accompagnement de piano, composé par ce
dernier; il parut à Munich, chez Falter en
1798. En 1799, Gleissner suivit M. André à Of-
fenbach et y fonda un grand établissement
d'imprimerie lithographique pour le compte de
cet éditeur; on sait que cet établissement est
devenu par la suite un des plus florissants de
l'Europe. Plus tard , Gleissner fit aussi des
voyages à Vienne, dans le but de propager son
invention de la lithographie de la musique. De
retour à Munich, il y fut nommé membre de la
commission royale pour la répartition des con-
tributions directes, et inspecteur de l'impri-
merie. Il occupait encore ces emplois en 1815.
Le Zext^uedeniwstguede Schilling, qui ne con-
tient pas même ces détails biographiques sur
Gleissner, ditquesescompositionssont estimées
en Allemagne, mais ne sont pas connues en
France. Au nombre de ses ouvrages on compte :
1" Symphonies faciles, oeuvre premier, n°sl,2,
3, Oifenbach, André. 2» Idem pour deux vio-
lons, alto,^ basse, deux hautbois et deux cors,
op. 15, Vienne, Haslinger. 3» Six pièces pour
flûte, trois clarinettes, deux cors et basson,
OfTenbach, André. 4» Trois quatuors pour deux
violons, alto et basse, op. 13, Vienne, Haslinger.
5" Quatuors pour flûte, violon, alto et basse,
op. 38, Leipsick. 6° Six duos pour deux flûtes,
op. 12, Vienne, Haslinger. 7» Des variations
pour flûte. 8° Des duos faciles pour deux cors
ou deux trompettes, Munich, Falter. 9» Deux
œuvres de sonates pour piano et violon, Vienne,
Haslinger. 10» Plusieurs recueils de petites
pièces pour le piano, ibid. 11° Des menuets,
des allemandeset des valses. Vienne et Munich.
12° Six messes brèves et offertoires à quatre
voix, orchestre et orgue, op. 2, Augsbourg,
Lotter. 13" Ber Pachtbrief (\e Bail), petit
opéra, gravé en extraits pour le piano.
14» Quelques ballets héroïques représentés à
Munich, et parmi lesquels on remarque Paw/ef
Firginie. 15» u4gnès Bernauerin, mélodrame
qui a obtenu un brillant succès à Munich.
1 G" Lazare, oratorio, exécuté à Munich en
1795.
GLEITSMANN (Paul), maître de chapelle
et valet de chambre du comte de Schwarzbourg
à Arnstadt, naquit à Wéissenfels, où son père
était musicien de la ville. Le maître de concert
Jean Bœhr lui enseigna la composition. Gleitb-
mann obtint sa nomination de maître de cha-
pelle en 1690, et mourut le 11 novembre 1710.
On a imprimé de ce musicien : Concentus
harmonicus . oder 20 Stiicke fiir 2 Fiolinen
und Cont., Nuremberg, 1703.
GLEITSMANN (...), luthiste et composi-
teur, vraisemblablement fils du précédent, na-
quit à Arnstadt, vers la fin du dix-septième
siècle. En 1716, il étudiait le droit à Leipsick ;
il alla ensuite à Prague pour y perfectionner
son talent dans la musique et fut placé comme
musicien de chambre au service du prince de
Wlirzbourg. Il y avait autrefois, chez Breit-
kopf, 12 partite a Liuto solo, et un trio pour
luth, violon et basse, en manuscrit, de la com-
position de Gleitsmann.
GLETTINGER ( Jean ) , organiste de
l'église Sainte-Elisabeth, à Breslau, naquit en
cette ville, le 20 août 1661 . Son père, qui était
musicien à Sainte-Marie-Madeleine, lui ensei-
gna à jouer du clavecin, du violon, de la basse
de viole, de la harpe et de plusieurs instru-
ments à vent. En 1684, il voyagea dans la Po-
GLETTINGER — GLINKA
âS
logne prussienne, dans le Brandebourg, dans
la Poméranie; puis il s'établit à Dantzig, en
1685, comme musicien du conseil. De retour à
Breslau, il fut nommé organiste à Sainte-Éli-
. sabeth, et occupa cette place jusiiu'à sa mort,
en 1739. Je possède en manuscritdix fantaisies
jtour l'orgue, à deux claviers et pédale, com-
posées par cet artiste.
GLEÏTLE (Melchior), maître de chapelle
(le la cathédrale d'Augsbourg, naquit à Brem-
garten, en Suisse, dans la première moitié du
dix-septième siècle. On a imprimé de ce
maître : 1» Expeditionis musicx classis I.
Motettx sacrx concertât^ 36 ; 18 vocales tan-
tum absqiie instrumentis ; 18 vocales ac in-
strnmentis simul ; potissimiim 2, 3, 4, S,
ctim nonnullis 6, duabus T , et una 8 voc.
Opus 1, August., 1667, in-4". 2° Ejusdem
classis II.Missx^ voc. concert, necessarium,
et 5 instrum. concert, ad libitum, cum ca-
pella 5 t;ocum, ibid., 1667. 3" Ejusdem clas-
sis III. Psalmi brèves, breviores, brevissimi,
5 voc. concert, necess. et 5 instr. concert, ad
libit., ibid., 1667. 4° Ejusdem classis If.
Missx concertât^ 5 vocibus conc. necess.
5 instrum. concert, ad libit., 5 ripienis seu
pleno choro ; addita una ab 8 vocib. et 7 in-
str., op. III, ibid., 1670, in-4''. ^"Ejusdem
classis V. Motettx 36 a voce sola et 2 violi-
nis , cum aliis quoque instr., ibid., 1607.
G" Musica generalis latino-germanica, oder
neue lateinische und teutsche weltlichen Mus.
conc. von. 1, 2,3, 4, 5 Slimmen, theils mit
2 yiolinen ad libit., samt ^ Sonaten und
56 Trompeter-StUcklein, auf 2 Trompetten-
Marinen, ibid., 1674, 10-4°. 7" Musicx gene-
ralis latino-germanicx classis II, oder neue
lateinisch und teutschen weltlicher musika-
lischer Concerten, anderer Theil, von 2 und
o Slimmen, ohne Instrum., Opus VIII.
poslhumum II, ihid., IGSA. 8° Psalmi 18 om-
nibus totius anni dominicis ac fesiis ad
r espéras concinnendi , ô voc. , ibid., 1685.
GLIMES (Jean-Baptiste-Jules DE), né
h Bruxelles, le 24 janvier 1814, fut envoyé, à
l'âge lie six ans, à l'École royale de musiijue de
cette ville, et y apprit le solfège, puis les élé-
ments du piano. Il reçut ensuite quelques
leçons d'harmonie de M.Charles-Louis Hans-
sens, d'après la méthode de Reicha {voyez ce
nom). Enfin, lorsque l'auteur de cette notice
fut appelé à Bruxelles pour y occuper les places
de maître de chapelle du roi des Belges et de
directeur du Conservatoire, de Glimcs devint
un de ses élèves et refit, sous sa direction, des
études de composition. Ses progrès furent ra-
pides, et il put bientôt occuper la position de
répétiteur du cours. Après le mort de Cassel
{voyez ce nom), M. de Glimes fut chargé par in-
térim de l'enseignement du chant au Conserva-
toire pendant les années 1837 et 1838. En 1839,
il fut professeur-adjoint de Géraldy {voyez ce
nom) pour cette partie de l'art, dans la même
école; mais il quitta cette position, en 1840,
pour se livrer à la composition et faire des
cours particuliers de chant et d'accompagne-
ment. Il a eu l'honneur de donner des leçons
de chant au prince Albert de Saxe-Cobourg,
pendant son séjour à Bruxelles. En 1842, il est
allé à Londres comme professeur de chant, et
depuis lors il a passé alternativement une par-
tie de l'année dans cette capitale, et l'autre
partie à Bruxelles, puis il s'est fixé de nouveau
dans cette dernière ville. Professeur distingué,
et l'un des meilleurs accompagnateurs au piano
de l'époque actuelle, M. de Glimes s'est aussi fait
connaître comme compositeur de romances et
de mélodies charmantes, oii l'on remarque un
goût fin dans les idées et dans la forme, une
harmonie distinguée et l'expression juste de la
parole. La plupart ont été publiées à Paiis et à
Bruxelles. Parmi celles qui ont eu le succès le
plus décidé, on remarque celles-ci : le Papil-
lon ; la Neige ; A une Femme ; une Nuit
d'été ; Laisse-toi donc aimer; Rose et papil-
lon; la Tombe et la Rose; le Prisonnier et
l'Hirondelle; ô ma Charmante; l'Extase;
Dieu qui sourit; Etoile de l'amour; Tu vas
partir; Belle épousée, à deux voix; l'Oiseau
bleu, idem; le Pays inconnu, idem ; etc., tic.
Il a fait exécuter, à la Société de l'hôtel d'An-
gleterre, à Bruxelles, une ouverture à grand
orchestre; une ouverture, pour le drame Arte-
velde , a été exécutée au grand théâtre de
Bruxelles. M. de Glimes a écrit aussi la Maison
inhabitée, ballet, au même théâtre; Tobie,
trio à trois voix; les Trois sœurs, trio pour
trois voix de soprano ; les Tyroliennes, quatuor
de chant, etc., etc. Il a formé une belle biblio-
thèque de musique composée de huit cents
grandes partitions, de beaucoup d'autres pour
le piano, d'un grand nombre d'œuvres manu -
scriiesdes maîtres les plus célèbres, dont quel-
ques-unes autographes, et d'une nombreuse
collection d'ouvrages théoriques et historiques.
GLOIiA (Michel DE), compositeur russe,
naquit en 1804, d'une famille noble et riche,
dans une terre près de Smolensk. Bercé par les
mélodies si originales de sa patrie, il conçut
pour elles, dès son enfance, un goût passionné
qui ne s'est pas affaibli parla suite, et qui a
exercé sur son talent une influence considéra-
56
CLÏNKA
l>le. On ignore le nom du mailrcqîii dirigea ses
premières études musicales : il était âgé de dix-
huit ans lorsqu'il reçut, à Moscou, des leçons
de piano de Field, et c'est à ce maître de la
bonne école d'autrefois qu'il fut redevable de
l'exécution élégante autant qu'expressive qu'il
eut, dans sa jeunesse, sur cet instrument.
Homme de plaisir et jouissant, par les avan-
tages de la naissance et de la fortune, de tous
les agréments réservés en Pvussie aux membres
delà haute société, M. de Glinka ne considéra
<rabord la musique que comme un art d'agré-
ment , suivant l'expression usitée dans le
monde. Son heureux instinct lui inspirait
des mélodies où se révélait un sentiment Irès-
iin de cet art : elles se répandaient chez les
amateurs, et les éditeurs s'empressaient de les
publier. Le pianiste et compositeur distingué
Henselt a pris quelques motifs de ces mélodies
comme thèmes de plusieurs morceaux de piano.
Glinka laissa aussi mettre au jour de jolies in-
spirations pour cet instrument sur lequel il
brillait.
Après avoir résidé quelque temps à Varso-
vie, d'où il ne s'éloigna que par suite des évé-
nements de 1830, il obtint de son gouverne-
ment l'autorisation de se rendre en Italie. Il
séjourna d'abord à Vienne pendant plusieurs
mois, puis il se rendit à Venise, où il s'arrêta
l)our jouir de la vie facile et polie de cette reine
de l'Adriatique. A Milan, il publia des can-
zones italiens; des divertissements pour piano
et instruments à cordes sur des thèmes de Bel-
lini et de Donizetti ; une sérénade pour piano,
harpe, cor, basson, alto, violoncelle et contre-
basse, sur des motifs (VJnna Bolena ; un
sextuor original pour piano, deux violons,
alto, violoncelle et contrebasse; des variations
brillantes et des rondeaux pour piano seul, sur
(les thèmes de la 5'omnaî??&u/g de Bellini, enfin,
«les danses pour piano à quatre mains. En 183ô,
M. de Glinka était à Naples et y charmait les
salons par son talent de pianiste, par ses can-
lilènes que chantait IwanotT, alors dans la pos-
session complète de son admirable voix de
lénor, et par la manière dont le compositeur
les accompagnait. En 1836, il était de retour à
l'étersbourg, après s'être arrêté quelque temps
à Berlin, où Dehn lui donna des leçons de
contrepoint. Un changement considérable
s'était alors opéré en lui : de délassement que
1,1 musique était autrefois, elle était devenue
pour lui une chose sérieuse, parce qu'il avait
compris qu'il était destiné à y occuper un rang
d'artiste i)ar son talent. Le désir de révéler à
sa patrie ce talent par une grande composition
lui fil entrciucndre l'opéra en langue russe
dont le litre traduit est : la Fie pour le Czar.
Plusieurs années furent employées par M. de
Glinka à la composition de cet ouvrage, qui fut
représenté, en 1839, au théâtre du Grand-
Opéra de Saint-Pétersbourg. Un succès d'en-
thousiasme l'accueillit, et l'auteur fut placé
immédiatement par l'opinion publique au rang
des plus célèbres compositeurs. La cour impé-
riale avait pris intérêt à la mise en scène de
l'œuvre patriotique de M. de Glinka, et rien
n'avait été négligé pour donner de l'éclat à sa
représentation. LéonofT, fils naturel du célèbre
pianiste Field, ténor et bon musicien, une can-
tatrice russe dont l'éducation avait été faite en
France, et qui fut connue à Paris sous le nom
de mademoiselle Verteuil, madame Stepanowa,
seconde femme, et le bassiste Péterof, chantè-
rent convenablement les rôles ; les chœurs fu-
rent très-bien exécutés, et l'orchestre, dirigé
avec soin par Cavos, artiste italien de beaucoup
de mérite, rendit avec exactitude les intentions
du compositeur.
A la première partition de H. de Glinka suc-
céda un grand opéra en cinq actes, Rouslann
et Lioudmita, dont le sujet, pris dans l'his-
toire ancienne des Russes et des grands-ducs
de Kiew, est populaire chez les Russes par le
poëme de Pouschkine. Quoique cette composi-
tion ait été bien accueillie, le succès n'eut pas
autant d'éclat que celui de la fie pour le
Czar. La faveur dont l'auteur jouissait à la
cour impériale lui fit obtenir l'autorisation de
faire de nouveaux voyages dans le midi de l'Eu-
rope. M. de Glinka était âgé de quarante ans
lorsqu'il arriva à Paris, en 1844. Inconnu de
tous, à l'exception de quelques artistes qui
avaient visité la Russie, il voulut prendre po-
sition en France parmi les compositeurs re-
nommés, et le seul moyen qui lui fut offert
consista à donner un concert pour y faire en-
tendre quelques fragments de ses œuvres. A cet
effet; il loua la salle de llerz, y fit réunir un
orchestre sous la direction de M. Tilmant, et y
fit entendre quelques morceaux de peu d'im-
portance qui ne pouvaient donner qu'une ?dée
fort imparfaite de ses grands ouvrages. Le i)u-
blic, qui n'entendait pas les paroles et ne
connaissait rien des situations dramatiques
auxquelles appartenaient les choses qu'il enten-
dait, trouva cette musique ennuyeuse, et les
artistes ne considérèrent M. de Glinka que
comme un arrangeurhabiledesmélodiesde son
pays, dont il a fait, en effet^ un emploi très-
large dans ses deux opéras.
Trompé dans son attente, et blessé qu'on
GLINKA — GLOEGGL
27
l'piH jugé avec précipitation (riinc manière
«lél'avorable, dans une ville dont l'opinion lui
avait paru importante, il partit vers le milieu
(le 1845. Au mois de juillet de la même année,
il était à Valladolid, et au mois d'octobre il
arriva à Madrid. L'objet de son voyage était de
recueillir dans la péninsule une riche collec-
tion de mélodies populaires du pays. Homme
du monde et ami du plaisir, il passa plusieurs
années en Espagne, dans le dolce far niente,
ou n'ayant d'autre occupation que celle de col-
lectionneur et d'arrangeur d'airs populaires.
Ses amis voyaient avec regret s'écouler le
temps sans qu'il produisît rien de sérieux pour
l'art; mais il était dans une de ces phases de
dégoût qui sont plus fréquentes qu'on ne pense,
même chez les artistes qui n'ont connu que le
succès. M. de Glinka ne retourna en Russie
qu'à la fin de 1852 : alors il parut se réveiller
et vouloir rentrer avec activité dans la carrière
où il s'était précédemment distingué. Un chan-
gement se fit bientôt dans sa position, car
l'empereur de Russie lui confia la direction de
sa chapelle et de l'Opéra. Ses nouvelles fonc-
tions lui inspirèrent le goût de la musique
d'église; il écrivit plusieurs œuvres de ce genre,
au nombre desquelles était une messe avec or-
chestre à laquelle il mettait la dernière main
lorsque la mort le surpris à Berlin, le 15 fé-
vrier 1857, à l'âge de cinquante-trois ans. Sa
jierte est regrettable pour les progrès de la mu-
sique en Russie; car, quel que soit le juge-
ment que portera la postérité des deux grands
ouvrages qui ont fait sa réputation chez ses
compatriotes, elle ne pourra méconnaître dans
.sa musique un caractère tout spécial qui
s'éloigne des tendances et des formes de la
musique des écoles française, italienne et alle-
mande, de toutes les époques. Les partitions
réduites pour le i)ianode la fie pour le Czar,
cl de Rouslann et Lioudmila , ont été gra-
vées à Saint-Pétersbourg, oii l'on s'occupe de
la publication des œuvres posthumes de M. de
Glinka.
GLIIiO (Jean-François), compositeur du
seizième siècle, né à Bari, dont on trouve
(|uelques compositions dans le Primo libro a
due voci di diversi autori di Bari, publié à
Venise, en 1585, par De Antiquis.
(iLISS (Jean), bon facteur d'orgues à Nu-
remberg, dans la première moitié du dix-hui-
lième siècle, a construit dans l'église luthé-
rienne de cette ville, on MZl et 17Ô8, un
orgue de trente et un registres avec deux cla-
viers et pédales.
liLOLGiGL (FnA>rois-XAViEr.), maître de
chapelle de l'église cathédrale de Linz, naquit
dans cette ville, le 21 février 1764. Bénédict
Kraus fut son maître de chant; il apprit le vio-
lon sous la direction de Freudenthaler et d'An-
toine Hoffmann, et chez le tromboniste Mes-
serer, à Vienne. Il n'était âgé que de dix-huit
ans lorsqu'il fut nommé directeur de musique
au théâtre de Linz; quelques années après, il
ouvrit une école publique de musique dans cette
ville. Sa nomination de maître de chapelle de
la cathédrale lui fut accordée en 1790. Parvenu
à l'âge de soixante-huit ans, Glœggl a célébré
en 1802 son jubilé de 50 ans comme directeur
de musique. On a de cet artiste les ouvrages
dont voici les titres : 1" Musikalische Monat-
schrifl (Journal mensuel de musique) , Linz,
1803. Quatre nnméros seulementont paru dans
les mois de juillet, août, septembre et octobre.
Cette publication, n'ayant point de succès, fut
alors arrêtée. 2» Ein musikalische Blatter zur
Zeil (Petite feuille périodique musicale), Linz,
1810, in-8". Ce journal n'a eu qu'une année
d'existence. 3" Erklarunij des musikalischeii
Ilaupt-zirkcls (Explication claire du domaine
supérieur de la musique), Linz, 1810. Cet ou-
vrage est un petit Irai té d'harmonie. 4''^Z/3emet-
nes musikalischer Lexikon, ans den bewalir-
testen Schrifstellern gesauimelt (Dictionnaire
général de musique en quatre livraisons, re-
cueilli d'après les meilleurs auteurs), Linz, 1822,
in-S», livre qui n'a point été achevé et n'a pas
été mis dans le commerce, n'ayantété imprimé
que jusqu'à la page 248. Il s'en trouve quel-
ques exemplaires en cet étal entre les mains
de plusieurs artistes à Vienne et dans plusieurs
autres villes de l'Autriche. 5" Musikalish No-
iizen (Notices musicales). Cet écrit devait être
une sorte de journal paraissant à des époques
indéterminées : il n'en a paVu que trois numé-
ros. G" Der musikalische Gottesdienst, oder
Anleilunrj wie dteser nach hochster f'or-
schrift soUe (]ehnllentverden, etc. (Le service
divin en musique, ou introduction à sa con-
naissance, d'après les meilleurs ouvrages con-
nus, etc.), Linz, 1822. Glœggl a laissé en ma-
nuscrit plusieurs autres productions.
GLOEGGL (EnANcois) , fils du précédent,
né à Linz vers 1788, est élève de son père pour
la musique. Fixé à Vienne, il s'y est livré à
l'enseignement et a publié plusieurs ouvrages
méthodiques. Il est archiviste et secrétaire de
la Société des amis de la musique de l'empire
d'Autriche, et directeur de musique à l'église
de Saint-Paul. Les ouvrages de François Glœggl
ont été attribués à son père par plusieur.i
auteurs; ce sont ceux dont voici les litres:
28
GLOEGGL — GLUCK
1" JUgevieine Jnfangsgriinde der Tonkunst
(Éléments généraux de la musique), Vienne,
chez l'auteur, in-S». André a publié une édi-
tion de cet ouvrage, à Offenbach (sans date),
in-S". 2" Kttrzgefasstes Schulbuch der Ton-
Jiunst (Manuel abrégé de musique à l'usage des
écoles), Vienne, chez l'auteur, 10-4". 3" Musi-
kalische Zeitung fur die Oesterreichischen
Staaten (Gazette musicale des États autri-
chiens), Vienne, chez l'auteur, première année,
1812, in-4''; deuxième année, 1813. Cette
deuxième année n'a pas été achevée; elle finit
au treizième numéro. 4° Kirchen Musik-Ord-
nung; erklarendes Handbuch des musikali-
schen Gottesdienst fUrKappelmeisler ,Regens-
chori, Songer und Tonkiinstler (l'Ordre de
la musique d'église; manuel instructif du ser-
vice divin pour les maîtres de chapelle, les
directeurs de chœur, les chanteurs et les mu-
siciens). Vienne, chez l'auteur, 1828, in-4''.
Cet ouvrage semble n'être qu'une nouvelle
édition du livre de François-Xavier Glœggl
sur le même sujet. 5" Calendrier musical pour
les États autrichiens. Vienne, 1842, in-8°.
GLCSISCH (Charles-Gcillacme), fils de
Pierre Glœsch, hautboïste de la musique de
chambre du roi de Prusse, naquit à Berlin en
1732, et apprit, sous la direction de son père,
à jouer de la flûte et du clavecin. Vers 17G5,
il fut attaché au prince Ferdinand de Prusse,
comme musicien de la chambre et comme
maître de clavecin de la princesse. Il est mort
à Berlin, le 21 octobre 1809, à l'âge de 77 ans.
Cet artiste a composé la musique de deux
petits opéras : 1° la Fête des Fertus et des
Grâces, en 1773. '2° Der Bruder Graurok und
die Pilgerinn (le Moine gris et la Pèlerine) ; ce
dernier a été publié en extrait pour le piano
chez Rellstab, à Berlin. Les œuvres de mu-
sique instrumentale composées par Glœsch
sont : 1° Marche variée pour plusieurs instru-
ments, Berlin, 1779. 2» Six duos pour flûte
ou violon et basse, op. 1, ibid.^ 1779. 3" Trois
concertos pour flûte, opéra 2. 4" Six sonatines
pour clavecin, op. 3, 1780. 5° Vaudeville de
Figaro^ varié pour clavecin, Amsterdam.
GLOGGIHEll (Gothard), né le 7 septem-
bre 1765, à Kreut, en Bavière, reçut son in-
struction littéraire et musicale chez les Béné-
dictins de Tegernsée, entra dans cet ordre en
1781, et fut ordonné prêtre le 18 octobre 1789.
L'abbé du monastère ayant remarqué les heu-
reuses dispositions de Gloggner pour la mu-
si(iue, lui fit donner des leçons de composition
par Michl, maître de chapelle du prince élec-
toral de Bavière j ses progrès furent rapides.
Gloggner a écrit pour son couvent plusieurs
messes et cantates d'église qui se sont fait re-
marquer par leur style facile et agréable. Après
la suppression du monastère de Tegernsée,
Gloggner s'est occupé de l'instruction de la
jeunesse de ce lieu. Il vivait encore en
1817.
GLOVATZ (Henri), facteur d'orgues alle-
mand du seizième siècle, vivait à Rostock, vers
1390. Il y construisit, en 1593, un orgue de
trente-neuf jeux, dont on trouve la descrip-
tion dans les Syntagm. mus. de Preetorius,
t. II, p. 64.
GLUCK (Jean), diacre à Markswserzenbach,
sur la Saale, naquit à Plauen dans la première
moitié du dix-septième siècle. Ce musicien a
écrit sept morceaux dans le style madriga-
lesque, pour les sept dernières paroles de Jésus-
Christ sur la croix; l'ouvrage a pour titre :
Heptalogus Christi musicus, musicx eccle-
siastica; prodromus , oder musihalischen Be-
trachtung den 7 TForte Christi am Creiitz
gesprxchen, als ein Forlrah einer geistlichen
Kirchenmusik, 'Le\\)sick, 16G0. La même idée
a servi de thème à J. Haydn, plus d'un siècle
après , pour un de ses plus beaux ou-
vrages.
GLUCK (CHniSTOPHE-WiLLiBALD), illustrc
compositeur dramatique, partage avec plu-
sieurs grands hommes la singulière destinée
d'avoir illustré le cours d'une vie dont les cir-
constances les plus importantes ont été long-
temps inconnues et ont donné lieu aux asser-
tions les plus contradictoires. Le Lexique
allemand de la conversation, d'après Forkel,
et la Biographie universelle des frères Mi-
chaud, disent qu'il naquit, en 1714, dans le
Haut-Palatinat, sur les frontières de la Bohême ;
Lipowsky, dans son Lexique des musiciens
de la Bavière, place la date de sa naissance au
14 février 1712, et ajoute qu'il dut le jour à
des parents obscurs et pauvres du Palatinat; j'ai
suivi cette indication dans la première édition
de mon livre. Le P. Dlabacz, de l'ordre des
Prémontrés, au couvent de Slrahow, en Bo-*
hème, publia, dans la septième partie de la
Statistique de la Bohême, un essai sur les ar-
tistes de cette partie de l'empire d'Autriche,
dans lequel il établissait que Christophe Gluck
était né en 1714, à Weidenwangen, dans le
Ilaut-Palatinat, où son père était chef des
gardes-chasse du prince de Lobkowitz. Gerber
suivit ce renseignement dans son Nouveau
Lexique des artistes musiciens (t. II,
col. 544) Le même P. Dlabacz donna ensuite
(1815) son Lexique général et historique des
GLUCK
29
artistes de la Bohême (1), où il ajoulait au
prénom de Christophe, connu jusqu'alors, ce-
lui de Willibald, et disait que Gluck était né le
4 juillet 1714, à Weidenwang, que son père se
nommait Alexandre et sa mère, JTalhurge.
Dans l'article Gluck du Dictionnaire de Schil-
ling (2), la date du 4 juillet 1714 est répétée,
mais le prénom de "Willibald est supprimé,
ainsi que ceux des parents de l'artiste.
Un document qui renversait toutes ces don-
nées parut, en 18ô2, dans un journal qui se
publiait à Munich sous le litre de : Feuille ba-
varoise pour l'histoire^ la statistique, la lit-
térature et l'art (ô) : il fut répété par plusieurs
autres. Ce document, découvert par un curé de
Neustadt, sur la Naab, nommé Lintl, est un
acte de baptême par lequel il paraissait que
Gluck était né dans ce village, en 1700. Il est
ainsi conçu : 25 martii anno 1700 baptizatus
est à me M. Andréa Dozler, cooperator ,
Joannes Christophorus , Joannis Adami
Gluck, venatorii aulici et Annae Catharinx
filius legitimus, tenante prxnobili Domino
Joanne Christophoro Pfreimbder de Bruc-
kenthurn et Altensteinreith. De ce document
il résultait que Gluck serait né à Neustadt et non
à Weidenwang; qu'il se serait appelé Jean-
Christophe et non Christophe - IFlllibald ;
que son père se serait appelé Jean-Adam au
lieu à'' Alexandre, et sa mère Anne-Catherine
au lieu de JFalburge; enfin, qu'il serait né
quatorze ans avant l'époque indiquée par For-
kel, Dlabacz et leurs copistes. Gassner s'em-
pressa de recueillir cette version nouvelle pour
le supplément du Lexique de Schilling; mais
il est revenu à celle de Dlabacz et de Schillini;-
dans son Dictionnaire universel de mu-
sique (4), Le fait est que le document décou-
vert par le curé de Neuhaus se rapporte à un
individu différent du grand artiste connu par les
belles créations admirées dans toute l'Europe :
celte vérité est démontrée par deux autres do-
cuments originaux qui existaient dans la pré-
cieuse collection d'Aloïs Fuchs, qui fut chanteur
de la chapelle impériale et employé de la chan-
cellerie de la guerre, à Vienne. Le premier de
ces monuments historiques est un certificat de
vie délivré à Gluck par le marquis de Noailles,
ambassadeur à Vienne, et dans lequel on lit :
(t) Allgemeines histOTisclies Kunstler - Lexikon fiir
Holimen, etc. Prague, 1815, i", l<^''vol col., 109.
(2) Vnivtrsai Lexikon der Tonkunst. T. Ml, p. 2"4.
(")) llnijerisclicn /tlutier fur Geschichie, ^tnlislili, Lile-
ralur unU Kunst, 1832, ii" '21.
(4) Vni\iersal Lexikon der Tuiiktuist. StuUgart, 13.10,
grand in-8.
« Nous, Emmanuel-Louis, marquis de Noail-
« les..., certifions à tous cçux à qui il appar-
« tiendra que Christophe Gluck, né le deux
« juillet mil sept cent quatorze, compos\{o\)\-
« et directeur de la musique de Sa Majesté Ini-
« périale, demeurant en cette ville, rue de Ca-
« rinthie, paroisse Saint-Étienne..., est ac-
« tuellement vivant, pour s'être présenté
« aujourd'hui devant nous, à l'effet d'obtenir ^
« le présent certificat de vie, qu'il a signé
« avec nous. En foi de quoi, etc.. Fait à
« Vienne, en notre hôtel, le huit octobre mil
« sept cent quatre-vingt-cinq. » L'autre docu-
ment est l'extrait des registres de la paroisse
de Weidenwang, près de Neuniarkt, en cette
forme :
lîapliians. Bnptizatus Parentes Levantes
Simon P.ibst, Clirislopliorus Alexaniler Christopli.
4juli 1714. W illibaldus. Gliick Fleisclimann
uxor Wal- hospes in
luirga Weiden-
\enat. wang.
II résulte de cette pièce que la date du 4 juil-
let, donnée par Dlabacz et adoptée dans le
Lexique de Schilling comme celle de la nais-
sance de Christophe-Willibald Gluck, est celle
du jour de son baptême. Enfin, des deux do-
cuments qui viennent d'être cités, et qui ont
été publiés pour la première fois dans la Ga-
zette générale de musique de Leipsick, n" 16
de l'année 1832, il est prouvé que l'illustre
compositeur naquit le 2 juillet 1714, que ses
prénoms étaient Chrislophe-Willibald, que
son père se nommait Alexandre , sa mère,
Walburge, et, enfin, que le lieu de la nais-
sance fut Weidenwang, près de Neumarkt ,
dans le Haut-Palatinat, aux frontières de la
Bohême.
Antoine Schmid, savant conservateur de la
Bibliothèque impériale de Vienne, a publié,
en 1854, une monographie de la vie et des
œuvres de Gluck dans laquelle il a porté les
soins minutieux qu'on remarque dans tous ses
ouvrages. J'emprunte à ce livre des renseigne-
ments sur la jeunesse de ce grand artiste qui
n'ont pas été connus antérieurement à celle
publication. Les premières années de son en-
fance se passèrent dans la seigneurie d'Eisen-
berg, qui appartenait au prince de Lobkowitz,
dont Alexandre Gluck était serviteur. Il reçut
sa première instruction élémentaire dans
l'école de ce lieu. A l'âge de douze ans, il fut
envoyé au Collège des Jésuites dans la petite
ville de Rommotau et y fit ses études entre les
années 1726 et 17ô2. Il y recul des leçons de
ch ni, (le violon, de clavecin et d'orgue, et fut
employé à chanter au chœur dans l'éjjlise
30
GLUCK
• le Saint-Ignace. Dans rannée 1732, Gluck,
parvenu à l'âge de dix-huit ans, se rendit à
Prague, dans le but d'y continuer ses éludes
musicales. En allant chanter et jouer du vio-
lon dans les églises de cette ville pour gagner
quelque argent, il fut remarqué dans celle du
couvent polonais de Sainte-Agnès par le P. Gzer-
nohorsky, grand musicien qui fut le maître du
célèbre organiste Seger. Gluck se perfectionna,
sous sa direction, dans l'art du chant et apprit
à jouer du violoncelle, qui devint son instru-
ment favori. Les dimanches et fêtes, il allait de
village en village chanter dans les églises, et
jouer du violon pour la danse des paysans; et
de temps en temps il donnait de petits concerts
dans les villes les plus importantes du pays et
s'y faisait entendre sur le violon. En 1736, il
se rendit à Vienne, où vivaient encore, lors-
qu'il y arriva, les célèbres maîtres Antoine
Caldara, Jean-Joseph Eux, les frères François
et Ignace Conti, ainsi que Joseph Porsile, mu-
sicien de la cour impériale , et compositeur
distingué d'opéras. Le jeune artiste ne pouvait
arriver dans des circonstances plus heureuses
pour augmenter ses connaissances dans l'art.
Vers le même temps, le prince de Melzi,
dont la résidence était à Milan, se trouvait dans
la capitale de l'Autriche. Frappé de l'heureuse
organisation de Gluck, qu'il avait rencontré
dans le palais du prince de Lobkowitz, il l'en-
gagea pour sa musique particulière et l'em-
mena à Milan, où il le confia aux soins de Jean-
Baptiste Sammartini, compositeur et organiste
de grand talent, pour qu'il complétât son in-
struction dans l'harmonie et dans le contre-
point. Après quatre ans d'études, Gluck se
sentit en état d'écrire pour le théâtre. Son
premier opéra, intitulé : Jrtaserse, fut repré-
senté à Milan, en 1741 ; il fut suivi (.Vlperm-
nestre et de Demetrio, à Venise (1742;; de
Demofonle, à Milan (1742); de VArtamene,
à Crémone (1743) ; de Siface, à Milan (1743) ;
de VAkssandro nell' Indie, à Turin (1744),
et de la Fedra, à Milan (1744).
Toutes ces productions, ayant été bien reçues
du public, mirent Gluck au rang de meilleurs
compositeurs; sa réputation s'étendit, et l'ad-
ministration de l'Opéra de Haij-Market , à
Londres, l'appela, en 1745, pour écrire deux ou-
, vragcs. Il ne parait pas que Gluck ait complète-
ment réussi dans ces compositions, dont l'une
avait pour litre : la Caduta de' Gigand. re-
l)rcsenlée le 7 janvier 1746, et dont l'autre Olaii
l'Arlamene, joué à Crémone, en 1744. Ilœii-
del les ayant entendues, les déclara détestables,
cl depuis lors il manifesta toujours peu d'os- j
time pour les talents de ce grand artiste. Il est
vrai que, jusque-là, Gluck semblait avoir mé-
connu la destination de son génie; il avait
obtenu des succès, mais dans une route qu'il
avait trouvée tracée, et dans le style qui était
alors en vogue en Italie. C'est à l'époque de son
voyage en Angleterre qu'une révolution se fit
dans son esprit, et qu'il commença à chercher
la vérité dramatique pour laquelle il était né.
Une circonstance, indifféreute en apparence,
fut la cause de ce grand changement; la voici :
indépendamment des deux opéras qu'on avait
demandés à Gluck pour le théâtre de Londres,
on l'avait engagé à arranger un pasticcio. On
sait que ce sont des poèmes auxquels on adapte
des morceaux de musique choisis dans d'autres
opéras. Il prit donc dans tous ses ouvrages les
morceaux qui avaient toujours été applaudis,
et les arrangea avec le plus d'art et dhabileté
qu'il put sur le poëme qui lui avait été donné,
et qui s'appelait, à ce qu'on croit, Prjrame et
Thisbé. A la représentation, Gluck fut étonné
de voir que les mêmes morceaux qui avaient
produit le plus grand effet dans les opéras pour
lesquels ils avaient été composés, n'en faisaient
pas, transportés sur d'autres paroles et adaptés
à une autre action. En y réfléchissant, il ju-
gea que toute musique bien faite a une expres-
sion propre à la situation pour laquelle elle a
été composée, et que cette expression est une
source d'effet plus riche et plus puissante que
le plaisir vague dont l'oreille est chatouillée
par un arrangement de sons bien combinés.
Il conclut aussi de ce qu'il avait remarqué dans
son pasticcio que la force du rhythme et de
l'accent des paroles est un puissant auxiliaiie
pour le musicien, quand il sait en tirer parti.
I! prit dès lors la résolution de renoncer au
genre iulien de son temps, dont on pouv;iit
dire avec raison, comme l'abbé Arnaud, que
VOpéra était un concert dont le drame était le
prétexte.
Dans un intervalle entre les représentations
de ses opéias à Londres, Gluck avait fait un
court voyage à Paris pour y entendre les opéras
de Rameau, qui lui suggérèrent ses premières
idées sur la déclamalion du récitatif. Revenu à
Londres, et apiès y avoir rempli ses engage-
ments, il retourna en Allemagne jtar Ham-
bourg et s'arrtia quelque temps à Dresde, vers
la fin de l'année 1740.
De retour à Vienne, Gluck y composa quel -
ques opéias et des symphonies (1). Il n'était
(I) Leslliùnipsde six rie ces symplionies sont rapport''s
ilnnsle Calaloriuc llieiiitiiiqiit: du in .•/(.(jiVydc en iieHfecAi-
UreiiLoyf, àLi:i»sick, l7oi.
GLUCK
pas né pour ce dernier genre ; la musique
n'élait quelque chose pour lui que lorsqu'elle
tlait appliquée non-seulement à des paroles,
mais à une action dramatique. Pendant la durée
de son séjour dans la capitale de l'Autriche, il
chercha à réparer le vice de sa première édu-
cation. La nature lui avait donné le goût de la
littérature comme celui de la musique; il se
mit à travailler avec ardeur. L'étude de lan-
gues, la lecture des meilleurs ouvrages en tout
genre, et la conversation des hommes de mé-
rite fortifièrent ses idées sur la nécessité d'une
réforme de la musique dramatique, et c'est de
cette époque que ses ouvrages prirent insensi-
blement la teinte de son genre particulier. Le
style de Gluck avait pris un caractère évidem-
ment plus dramatique et plus grandiose dans
la Semiramicle riconosciuta qu'il écrivit à
Vienne, en 1748, sur le poëme de Métastase:
déjà son récitatif y est plus accentué que dans
ses productions précédentes, et son harmonie
y prend une teinte plus germanique.
En 1749. il fut appelé à Copenhague pour y
composer une sérénade en deux actes, inti-
tulée : Filide, à l'occasion du jour de naissance
du roi Christian VII. La partition de cet ou-
vrage existe à la Bibliothèque royale de
Berlin (1).
La réputation toujours croissante de Gluck
le fit rappeler en Italie, en 1750 ; là il écrivit,
pour le théâtre Argentina, à Rome, Tdemacco,
et la Clemenza di Tito ; à Naples, il Trionfo di
Caînillo ; ei rJnliçjono, à Rome. C'est dans
le Telemacco que Gluck employa, dans un
chœur, le motif qui lui a servi plus tard pour
l'introduction de l'ouverture d'Iplngénie en
Valide. Ce motif avait été trouvé auparavant
et traité par Feo, compositeur napolitain, dans
une messe dont la partition manuscrite se
trouve à la Biblioi.hèque du Conservatoire de
musique à Paris. L'ouverture du même Tele-
macco est devenue celle d'^rmîrfs; cette cir-
constance fait voir le cas qu'on doit faire des
critiques de journaux ; car les gens de lettres et
les connaisseurs du temps ne manquèrent pas
de féliciter l'auteur û'Armide sur le ton che-
valeresque qu'il avait si heureus3ment mis dans
cette ouverture.
Dans les ouvrages dont on vient de parler,
Gluciv avait commencé la réforme de son style;
chaque nouvelle production de sa plume était
un pas de plus dans la route qu'il s'était tra-
cée. C'est dans ces idées qu'il écrivit, à Vienne^
(1) Antoine Sclimiil a ignoré la circonslaneo (!e ce
royatjoln Gluck à Coponli.i!;"''» (^' n'.T pas eu connaissance
lie l'ouvrage qu'il y écrivit.
de 1701 à 17G4, Jlceste, Paris et Hélène ( t
Orphée. Pour achever la révolution musicale
qu'il avait entreprise, il avait besoin d'im
poète qui comprit ses idées, qui voulût s'y
prêter, et qui eût assez de talent pour le faire
avec succès. Il rencontra tout ce qu'il pouvait
désirer dans Calzabigi, auquel il dut les pièces
qiii viennent d'être citées. Jloins riches de
poésie que les drames de Métastase, mais plus
heureusement disposés pour la musique, les
poëmcs de ces opéras présentent des situations
dramatiques du plus bel effet. Rien de plus fa-
vorable aux inspirations du musicien que les
belles scènes où Alcestc consulte l'oracle sur
le sort de son époux, et se dévoue pour le sau-
ver; rien surtout n'est comparable au magni-
fique tableau du deuxième acte (TOrphce. C'est
dans ce second acte que Gluck s'est élevé au plus
haut degré du sublime où il soit jamais par-
venu. Dès In première ritournelle, le spec-
tateur presstnrit tout l'effet de la scène qui va
se passer sous ses yeux. La gradation parfaile
observée dans les sensations du chœur des dé-
mons, la nouveauté des formes, et surtout le
pathétique admirable qui règne dans tout le
chant d'Orphée, font de celte scène un chef-
d'œuvre qui résistera à tous les caprices de la
mode, et qui sera toujours considéré comme
une des plus belles productions du génie.
Gluck a mis en tète de ses partitions d'Al-
ceste et de Paris et Hélène deux épîtres dédi-
catoires dans lesquelles il rend compte de ses
idées sur la musique dramatique, et du plan
qu'il a suivi dans ses ouvrages. Il est curieux
de voir Gluck faire en quelque sorte lui-même
l'histoire de ses idées sur la nature de l'Opéra.
Je crois devoir donner ici ces deux morceaux,
et je pense qu'on les verra avec plaisir, paice
qu'ils sont de nature à mieux faire connaître les
principes de cet artiste célèbre, que ne pour-
raient le faire des volumes de dissertations.
ÉPÎTRE DÉDICATOIRE D'ALCESTE.
« Lorsque j'entrepris de mettre en musique
« l'opéra d'Jlceste, je me proposai d'éviter
« tous les abus que la vanité mal entendue des
« chanteurs et l'excessive complaisance des
« compositeurs avaient introduits dans rOj>éra
« italien, et qui, du plus pompeux et du plus
« beau des spectacles, avaient fait le plus e;i-
« nuyeux et le plus ridicule. Je cherchai à lé-
» duire la musique à sa véritable ftnclion,
« celle de seconder la poésie pour fortifier
« rex!)ression des sentiments et l'intérêt des
« situations, sans interrompre l'action cl la
(' relVoidir par des ornements superflus ; je crus
« que la musiiiue devait ajouter à la poésie ce
3-2
GLUCK
« qu'ajoutent à un dessin correct et bien com-
« posé la vivacité des couleurs et Taccord heu-
« reux des lumières et des ombres, qui servent
« à animer les figures sans en altérer les
« contours. Je me suis donc bien gardé d'in-
« terrompre un acteur, dans la chaleur du
« dialogue , pour lui faire attendre une en-
« nuyeuse ritournelle, ou de l'arrêter au mi-
« lieu de son discours sur une voyelle favorable,
« soit pour déployer dans un long passage
« l'agilité de sa belle voix, soit pour attendre
« que l'orchestre lui donnât le temps de re-
« prendre haleine pour faire un point d'orgue.
« Je n'ai pas cru non plus devoir ni passer
« rapidement sur la seconde partie d'un air,
« lorsque cette seconde partie était la plus im-
« portante , afin de répéter régulièrement
« quatre fois les paroles de l'air, ni finir l'air
« oii le sens ne finit pas, pour donner au chan-
« leur la facilité de faire voir qu'il peut varier
« à son gré, et de plusieurs manières, un pas-
o sage.
« Enfin, j'ai voulu proscrire tous ces abus
« contre lesquels, depuis longtemps, se ré-
« criaient en vain le bon sens et le bon goût.
« J'ai imaginé que l'ouverture devait pré-
« venir les spectateurs sur le caractère de
« l'action qu'on allait mettre sous ses yeux, et
« leur indiquer le sujet; que les instruments
« ne devaient être mis en action qu'en propor-
« tion du degré d'intérêt et de passion, et qu'il
« fallait éviter surtout de laisser dans le dia-
« logue une disparate trop tranchante entre
Il l'air et le récitatif, afin de ne pas tronquer à
» contre-sens la période, et de ne pas inler-
» rompre mal à propos le mouvement et la
« chaleur de la scène.
« J'ai cru encore que la plus grande partie
« de mon travail devait se réduire à chercher
« une belle simplicité, et j'ai évité de faire
« parade de dilTicullés aux dépens de la clarté ;
« je n'ai attaché aucun prix à la découverte
« d'une nouveauté, à moins qu'elle ne fût na-
« turellement donnée par la situation, et liée
« à l'expression; enfin il n'y a aucune règle
« que je n'aie cru devoir sacrifier de bonne
« grâce en faveur de reffet.
« Voilà mes principes; heureusement le
« poëme se prêtait merveilleusement à mon
« dessein. Le célèbre auteur d'Jlceste (1),
« ayant conçu un nouveau plan de drame
« lyrique, avait substitué aux descriptions
« fleuries, aux comparaisons inutiles, aux
(<) Calzabigi.
(2) Vienne.
« froides et sentencieuses moralités, des pas-
« sions fortes, des situations intéressantes, le
« langage du cœur et un spectacle toujours
« varié. Le succès a justifié mes idées, et l'ap-
« probation universelle, dans une ville aussi
« éclairée (2), m'a démontré que la simplicité
« et la vérité sont les grands principes du beau
u dans toutes les productions des arts, etc. »
Il me semble qu'on ne peut lire cette sorte
de profession de foi de Gluck, en ce qui con-
cerne l'Opéra, sans être frappé des considéra-
tions suivantes : il était âgé de quarante-quatre
ans lorsqu'il écrivit Alceste, où il se conforma
pour la première fois aux principes qu'il expose
dans son épitre; jusque-là il avait suivi d'une
manière plus ou moins absolue les formes arrê-
tées par les compositeurs italiens qui l'avaient
précédé. Plus de vingt opéras écrits par lui,
soit eu Italie, soit en Angleterre, soit à Vienne,
ne faisaient voir que de légères traces d'in-
dividualité, et depuis vingt et un ans il parcou-
rait la carrière du théâtre lorsqu'il imagina
d'y porter la réforme : n'est-il pas évident,
d'après cela, que le talent de Gluck fut plutôt
le résultat de la réflexion et d'une sorte de phi-
losophie de l'art, que d'un penchant irrésis-
tible, tel qu'il s'en est manifesté dans l'organi-
sation de certains grands artistes ? Remarquez,
au reste, que ce n'est pas le premier exemple
d'une grande et juste renommée fondée par
suite de méditations tardives. Rameau, qui
précéda Gluck, et qui fut aussi réformateur,
avait près de soixante ans quand il écrivit son
premier opéra. Jusque-là il s'était borné à
réfléchir sur les défauts de la musique de son
temps. La suite fera voir que Gluck n'entra que
pas à pas dans sa route particulière, et qu'en
continuant de se faire une philosophie de la
musique dramatique, il apporta dans ses pre-
mières idées des modifications qui ont achevé
d'imprimer à ses productions le cachet d'indi-
vidualité auquel il a du sa grande renommée.
Remarquez encore que cette approbation dont
il se vante n'était pas si universelle qu'il vient
de le dire; car il va se plaindre tout à l'heure
des critiques qu'on a faites de ses idées. Dans
le fait, cette approbation s'était bornée à celle
de quelques amis et de la cour de l'empereur,
qui était fort habile en musique. Écoutons ce
que Gluck va nous dire à ce sujet dans son
épître dédicatoire de Paris et Hélène.
u Je ne me suis déterminé à publier la musi-
« que A^Jlceste que dans l'espoir de trouver des
« imitateurs. J'osais me flatter qu'en suivant
« la route que j'ai ouverte, on s'elTorcerail dR
« détruire les abus qui se sont introduits dans
GLUCK
« le spectacle italien, et qui le déshonorent.
« Je l'avoue avec douleur, je l'ai tenté vaine-
« ment jusqu'ici. Les demi-savants, les doc-
« leurs de goùl, i buonyustai , espèce mal-
« heureusement trop nombreuse, et de tout
(I temps mille fois plus funeste au progrès des
« arts que celle des ignorants, se sont déclarés
« contre une méthode qui, en s'établissant,
« anéantirait leurs prétentions.
« On a cru pouvoir prononcer sur VÀlceste
« d'après des répétitions informes, mal dirigées
« et plus mal exécutées ; on a calculé, dans un
« appartement, l'effet que cet opéra pourrait
« produire sur un théâtre^ c'est avec la même
« sagacité que, dans une ville de la Grèce, on
« voulut juger autrefois, à quelques pieds de
« distance, de l'effet de statues faites pour être
<> placées sur de hautes colonnes. Un de ces
« délicats amateurs, qui ont mis toute leur
« âme dans leurs oreilles, aura trouvé un air
« trop âpre, un passage trop dur ou mal pré-
V paré, sans songer que, dans la situation, cet
» air, ce passage, étaient le sublime de l'ex-
(> [)ression, et formaient le plus heureux con-
•« Iraste. Un harmoniste pédant aura remarqué
« une négligence ingénieuse ou une faute
« d'impression,et se sera empressé de dénoncer
<> l'une et l'autre, comme autant de péchés
« irrémissibles contre les mystères de l'har-
« monie; bientôt après une foule de voix se
« seront réunies pour condamner cette musi-
« que comme barbare, sauvage, extravagante.
« Il est vrai que les autres arts ne sont
<• guère plus heureux, et Votre Altesse en de-
« vine la raison. Plus on s'attache à chercher
« la perfection et la vérité, plus la précision
« et l'exactitude deviennent nécessaires. Les
» traits qui distinguent Raphaël de la foule des
« peintres sont en quelque sorte insensibles;
« de légères altérations dans les contours ne
« détruiront point la ressemblance dans une
« léte de caricature, mais elles défigureront
« entièrement le visage d'une belle personne :
« je n'en veux pas d'autre preuve que mon
« air d'Orphée, Che faro senza Euridice?
« Faites-y le moindre changement, soit dans
« le mouvement, soit dans la tournure de l'ex-
« pression, et cet airdeviendra unairdema-
« rionnetles. Dansunouvrage de ce genre,une
« note plus ou moins soutenue, une altération
« de force ou de mouvement, un appogialure
« hors de place, un trille, un passage, une rou-
« lade, peuvent ruiner l'effet d'une scène tout
« entière. Aussi lorsqu'il s'agit d'exécuter une
« musique faite d'après les principes que j'ai
« établis, la présence du compositeur est-elle,
BIOGn. UMV. DES MUSICIENS. T. IV.
« pour ainsi dire, aussi nécessaire que le soleil
« l'est aux ouvrages de la nature; il en est l'âme
« et la vie; sans lui, tout reste dans la confu-
« sion etle chaos : mais il faut s'attendre à ren-
« contrer ces obstacles tant qu'on rencontrera
« dans le monde de ces hommes qui, parce
« qu'ils ont des yeux et des oi'eilles, n'importe
« de quelle espèce, se croient en droit de juger
« des beaux-arts, etc., etc. « Il y a loin, comme
on voit, de ces plaintes amèrcs aux enchante-
ments de l'épître dédicatoire (VAlceste.
Eli 17GIÎ, Gluck fut chargé de composer la
musique d'un opéra pour le mariage de Jo-
seph II; dans cet ouvrage {il Parnasso con-
fuso), l'archiduchesse Amalie chantait le rôle
d'Apollon; les autres archiduchesses Elisabeth,
Joséphine et Charlotte, représentaient les trois
Gi'âces ; et l'archiduc Léopold était au clavecin.
Gluck écrivit aussi pour la fête de l'empereur
François P"", dans cette même année, la Co-
rona, action théâtrale de Métastase, qui fut
aussi exécutée par les princesses de la famille
impériale. Ce genre d'ouvrage ne convenait
pas plus au talent de l'illustre compositeur que
celui de l'opéra comique, qu'il traita plusieurs
fois pour les divertissements de la Cour. Il se
retrouva dans son domaine véritable lorsqu'il
écrivit, en 1766, VJlceste, de Calzabigi, qui
fut représentée à Vienne, l'année suivante.
En 1769, Gluck écrivit, pour la Cour de Parme,
les intermèdes intitulés : le Feste d'y/pollo;
Bauci et Filemone, et y/risleo.
Ce grand artiste, dont l'Allemagne et l'Italie
admiraient les talents, n'était cependant pas
encore satisfait des résultats qu'il avait obtenus
dans ses derniers ouvrages. L'idée d'un poëme
régulier, dont la musique ne ferait que fortifier
les situations sans l'isoler de la pensée du poète,
occupait sans cesse son imagination. Il crut
que la scène française était plus piopre qu'une
autre à réaliser son dessein, et il en parla au
bailli du Rollet, qui se trouvait à Vienne en
1772, attaché à l'ambassade de France. C'était
un homme d'esprit, qui avait le goût et l'habi-
tude du théâtre, et qui, malgré ses préventions
en faveur de l'Opéra français, fut vivement
frappé des idées que lui présenta Gluck. Il les
adopta avec chaleur, et de conceit avec lui,
choisit Vlphigénie de Racine, comme le sujet
le plus propre à réunir tout l'intérêt de la
tragédie aux grands eflets d'une musique pas-
sionnée et dramatique. Gluck se mit aussitôt à
l'ouvrage, et, dès la fin de la même année, on
fit à Vienne des répétitions d'essai du nouvel
opéra.
Le bailli du Rollet écrivit alors à l'adminis-
34
GLUCK
tration de l'Opéra pour lui proposer d'engager
le célèbre musicien à venir monter son ouvrage
à Paris. Sa lettre, dans laquelle il entrait dans
beaucoup de détails sur le nouveau système de
musique dramatique qui avait été adopté dans
la composition de VIphigénie, fut insérée dans
le Mercure de France, au mois d'octobre 1772.
Ce fut le premier signal de la fameuse polé-
mique des Gluckistes et des Piccinnistes. Une
autre lettre, écrite par Gluck lui-même au com-
mencement de 1773, succéda à celle de du Rol-
let. Beaucoup d'opposition au projet d'une
révolution musicale se rencontrait dans l'ad-
ministration de l'Opéra; on eut recours à la
Dauphine, Marie-Antoinette, qui avait été élève
«Je Gluck, et toutes les difficultés furent levées.
Après de nombreuses répétitions d'une com-
position que les musiciens français d'alors ne
parvinrent à exécuter qu'avec beaucoup de
peine, Jphigénie en Julide fut représentée
pour la première fois à l'Opéra Ie19avrill774.
Gluck était alors âgé de soixante ans; ainsi,
c'est dans l'âge où les hommes de talent voient
s'affaiblir la force de leur génie, que le sien
l)riHa de son éclat le plus vif, et qu'il établit
les bases les plus solides de sa réputation.
Cette musique vraie, pathétique, dont aucune
autre jusque-là n'avait donné l'idée, fit un effet
prodigieux sur les habitués de l'Opéra. Le pu-
blic français y trouvait ce qu'il recherchait
alors au théâtre : la vérité dramatique et beau-
coup de respect pour les convenances de la
scène. Les vieux admirateurs de la musique
de Lulli et de Rameau regrettaient, il est vrai,
le bon temps où les chants de Bcllérophon,
iVAmadis et des Indes galantes charmaient
leur jeunesse ; mais ils étaient en petit nombre.
Les querelles des Bouffons (en 1753) avaient
<iisposé les esprits à croire qu'on pouvait
faire d'autre musique que la musique fran-
çaise de ce temps. Les littérateurs qui, à cette
époque, donnaient le ton en toutes choses, se
firent les preneurs d'une innovation qui était
favorable à leurs prétentions (1); la haute
société fit le reste : car la cour protégeait
Gluck, et l'on devait être de l'avis de la cour.
Après Iphigénie vinrent Orphée et Jlceste,
qui furent traduits sur les partitions italiennes.
Gluck y fit les changements qu'exigeait son
(I) « Toiiles les musiques que je connais, écrivait
Tabbé Arnaud, (ludiiucs jours ,Tprés la première repré-
sentation d'Ipliitjénie, sont ù celle de M. Gluck ce que
les tableaux de ,!;enre sont aux tableaux d"liisloire; ce
que Tépigramme et le madrigal sont au poème épique;
jamais on ne donna ce caractère de magiiifuence et de
grandeur aux coniposilions musicales. «
nouveau système dramatique; Jkestey gagna :
il n'en fut pas de même A'Orphée. Il n'y avait
point, en France, de contralto pour chanter le
rôle principal ; il fallut transposer ce rôle et
l'ajuster pour une haute-contre, ce qui était
à la musique le caractère de profonde mélan-
colie qui convenait si bien au sujet : c'était
déjà un mal ; mais ce n'était pas tout. Par un
excès de complaisance pour Legros, l'acteur le
plus renommé de cette époque, Gluck consentit
à ajuster quelques traits de mauvais goût dans
le rôle principal , ce qui est d'autant plus
remarquable, que ce grand musicien n'avait
jamais eu de ces sortes de condescendances,
même lorsqu'il écrivait en Italie.
Tel qu'il est , cet ouvrage est néanmoins
encore un chef-d'œuvre; aussi obtint-il, ainsi
qn''Jlceste, un succès d'enthousiasme. La ré-
putation de Gluck était si bien établie, qu'on
n'osait plus prononcer le nom d'un autre mu-
sicien. C'était une espèce de délire ; on sollici-
tait la faveur d'être admis aux répétitions de
ses ouvrages, comme on aurait pu le faire pour
le meilleur spectacle. Les répétitions générales
d'Orphée et d'Jlceste furent les premières
qu'on rendit publiques en France. L'afïluence
qui s'y porta fut immense; on fut obligé de ren-
voyer plusieurs milliers de curieux. Ces répéti-
tions n'étaient pas moins piquantes par les
singularités de l'auteur, ses boutades et son
indépendance, que par la nouveauté de la mu-
sique. C'est là ([u'on vit des grands seigneurs, et
même des princes, s'empresser de lui présenter
son surtout et sa perruque quand tout était fini ;
car il avait l'habitude d'ôter tout cela, et de se
coiffer d'un bonnet de nuit avant de commen-
cer ses répétitions, comme s'il eût été retiré
chez lui. Il avait donné, en 1775, le petit opéra
de Cythère assiégée, qui eut peu de succès;
l'abbé Arnaud dit, à propos de cet ouvrage,
qu'Hercule était plus habile à manier la massue
que les fuseaux. Les amateurs de la vieille
musique française reprochaient à VIphigénie
de Gluck d'être trop italienne, tandis que
d'autres, initiés à la connaissance des œuvres
de Jomelli, de Traetla et de Piccinni, lui trou-
vaient le défaut contraire. Ces derniers, qui
étaient en assez grand nombre et qui avaient
quelque crédit, obtinrent qu'on fit venir Pic-
cinni à Paris, et qu'on le chargeâtde la compo-
sition d'un opéra. Cet adversaire était plus
dilTicile à vaincre que Rameau et Lulli j aussi
Gluck ne put-il se défendre de montrer de
l'humeur, quand il eut appris qu'on avait donné
à son antagoniste l'opéra de Roland à faire
concurremmentaveclui ; ilétaitalorsàViennc,
GLUCK
3S
oii il venaiKieterminerson Armide (en 1777).
Il avait commencé le Roland, mais l'engage-
ment de Piccinni le fit renoncer à cet ouvrage,
et il écrivit à ce sujet au bailli du RoUet, son
ami, une lettre pleine d'expressions hautaines
et dédaigneuses, qui fut insérée dans VÀnnée
Littéraire, et qui devint une déclaration de
guerre en forme (1).
Deux partis violents se formèrent aussitôt :
les gens de lettres s'enrôlèrent dans l'un ou
dans l'autre, et les journaux furent remplis
tous les matins d'épigrammes, de bons mots et
d'injures que les coryphées de chaque parti se
décochaient (2). Les chefs des G/r/cAîsfes étaient
Suard et l'abbé Arnaud ; du côté des Piccin-
nistes on comptait Marmontel, La Harpe, Gin-
guené, et jusqu'au froid d'Alembert. La plus
haute société, les femmes du meilleur ton,
entraient avec chaleur dans cette querelle
grotesque. Les soupers, alors à la mode, réu-
nissaient les antagonistes, encore émus des
impressions qu'ils venaient de recevoir au
théâtre; ils devenaient une arène, où l'on
combattait avec chaleur pour des opinions mal
définies ; on y entendait pousser des cris inhu-
mains, et tout y présentait à l'œil de l'obser-
vateur lin spectacle plus curieux que celui pour
lequel on disputait. Cet état de choses dura
(I) n Je viens de recevoir, mon ami (écrivait-il), votre
lettre du 15 jnnvicr, par laquelle vous m'exhortez à con-
tinuer de travailler sur les paroles de Topera de lioland ;
cela n'est plus faisable, parce que quand j'ai appris que
l'administration de l'Opéra, qui n'ignorait pas que je
faisais ^otanrf. avait donné ce même ouvrage à M. Pic-
cinni, j'ai brûlé tout ce que j'en avais déjà fait, qui peut-
être ne valait pas grand'chose, et en ce cas le public doit
avoir obligation à M. Marmontel qu'on ne lui fit pas
entendre une mauvaise musique. D'ailleurs, je ne suis
plus homme fait pourentrer en concurrence: M. Piccinni
surait trop d'avantage sur moi, car, outre son mérite
personnel, qui est assurément très-grand, il aurait celui
de la nouveauté, moi ayant donné à Paris quatre ouvrages
bons ou mauvais, n'importe; cela use la fantaisie; et
puis je lui ai frayé le chemin, il n'a qu'à me suivre. Je
ne vous parle pas de la protection : je suis sur qu'un ccr-
nin politique de ma connaissance (Caraccioli) donnera
il dincr et à souper aux trois quarts de Paris pour lui
taire des prosélytes, et que Marmontel, qui sait si bien
faire des contes, contera à tout le royaume le mérite
exclusif de H. Piccinni. Je plains en vérité M. Hébert (di-
rceieurde l'Opéra) d'être tombédans lesgrilTesde pareils
personnages, l'un amateur exclusif de musique italienne,
l'autre, auteur dramatique d'opéras prétendus comiques.
Ils lui feront voir la lune i midi. »
I Après avoir parlé avec entiiousiasmede son Armidccl
dMIcesIe, il ajoute : « Il faut finir, autrement vous
croiriez que je suis devenu fou ou charlatan. Rien ne fait
un si mauvais efT'ot que de se louer soi-même, cela ne
convenait qu'au grand Corneille; mais quand Marmontel
ou moi nous nous louons, on se moque de nous et on
nous rit au nez. Au reste vous avez raison de dire qu'on
a trop négligé les compositeurs français, car, ou je me
jusqu'en 1780, époque où Gluck retourna à
Vienne; alors les esprits se calmèrent, et l'on
comprit qu'il valait mieux jouir des beautés
répandues dans Armide et dans Roland que
disputer sur leur mérite.
^rmide fut représentée le S mars 1777 ; son
succès ne vérifia pas les prédictions de Gluck.
Loin de faire tourner la tête aux habitants de
Paris, cette pièce fut reçue d'abord avec froi-
deur; il fallut du temps pour la comprendre;
mais insensiblement on s'y accoutuma ; chaque
reprise qu'on en fit augmenta le nombre de ses
partisans, et l'indifTérence finit par se trans-
former en enthousiasme. Celte indifférence,
qui s'était manifestée aux premières représen-
tations d'un ouvrage si plein de charme, n'est
pas un des événements les moins singuliers de
l'histoire de l'art : peut-être ne fut-ce que
l'étonnement d'y trouver des chants qu'on
n'attendait pas du génie énergique de Gluck.
Il n'en fut pas de même d'Iphigénie en
Tauride; tout Paris fut entraîné par cette
merveille d'expression dramatique; les enne-
mis de l'auteur furent même forcés de garder
le silence. Quel moyen, en effet, de disputer
contre de pareilles beautés, contre ce magni-
fique premier acte, contre ce sommet"/ d'Oreite,
et contre tant de créations répandues à pleines
trompe fort, je crois que Gossec et Pliilidor, qui con-
naissent la coupe de l'opéra français, serviraient infini-
ment mieux le public que les meilleurs auteurs italiens,
si on ne s'enthousiasmait pas pour tout ce qui a l'air de
nouveauté. »
(2) r.e Journal de Paris, la Gazette de littérature, le
Mercure et l'Année littéraire, furent remplis, pendant
plus de deux ans, d'une foule d'articles satiriques dont
l'abbé Arnaud, Suard, La Harpe, Marmontel et Framery
étaient les auteurs. L'abbé Leblond a réuni toutes ces
pièces dans un volume qui a pour titre : Mémoire! pour
■lervir à la révolution opérée dans In musique, par M. le
chevalier Gluck. Paris, 1781, in-S" de 401 pages. Parmi
les anecdotes qui s'y trouvent, celles-ci pourront faire
juger de la disposition d'esprit des antagonistes :
u On donnait la semaine dernière, à l'Opéra, Aleette,
t/agédfe de M. le chevalier Gluck. Mademoiselle Levas-
seur jouait le rôle d'Alcesle; lorsque celle actrice, à la fin
du second acte, chanta re vers sublime par son accent :
/; me déchire et m'arrache le cœur, une personne s'écria :
Ali.' mademoiselle, vous m'arrachez les oreilles! Son
voisin, transporté par la beauté de ce passage et par la
manière dont il était rendu, lui répliqua .■" Ah ! mon-
sieur, quelle fortune si c'est pour vous en donner d'au-
tres! 11 (Journal de Paris, 1777).
« Savez-vous, disait quelqu'un (l'abbé Arnaud) à l'am-
pliilhéàlre, que Gluck arrive avec la musique A'Armtde
cl de Roland? — De Uoland! dit son voisin, mais M. Pic-
cinni travaille actuellement à le mettre en musique!
— Eli bien, répliqua l'autre, tant mieux, nous aurons
un Orlando et un Orlandino. »
On sait que les détracteurs de Gluck le logeaient rue
du Granit Hurleur; ceux de Piccinni indiquaient son
adresse flue des pclils chants (des Pctils-CIiamps).
3.
36
GLUCK
mains dans cette belle pioduclion? Cependant
Gluck était âgé de soixante-cinq ans lorsqu'il
récrivit. Son rival Piccinni avait aussi composé
une Iphigénie en Tauride ; mais, malgré les
beautés réelles qu'on y trouve, cet ouvrage ne
put lutter contre celui de Giuck, et la victoire
demeura à celui-ci.
Le peu de succès d'Echo et Narcisse (repré-
senté le 21 septembre 1779), dernière com-
position de ce grand artiste, ne put nuire à sa
renommée, trop bien établie. Il y a, d'ailleurs,
«lans cet ouvrage un chœur délicieux (le dieu
de Paphos et de Gmjde) (Cnide), digne de son
pénie. Il ovait projeté d'écrire l'opéra des
Danàides, pour terminer sa carrière; mais
une attaqiie d'apoplexie, qui diminua sensible-
ment ses forces, le fit renoncer à cette entre-
prise; il confia le poëme à Salieri, et retourna
à Vienne, où il jouit encore, pendant quelques
années, de sa renommée et de l'aisance qu'il
avait acquise par ses travaux. Une seconde
attaque d'apoplexie l'enleva à ses amis et à l'art
musical, le 25 novembre 1787. Il laissait à ses
héritiers une fortune de six cent mille francs.
Un instinct, qu'il serait difficile d'analyser,
indique à tous les hommes fortement organisés
la position la plus favorable au développement
de leurs facultés. C'est ce même instinct qui
fit désirer à Gluck d'écrire pour l'Opéra fran-
çais. Il sentait que c'était là que son système
de vérité dramatique serait le mieux accueilli,
et qu'il pourrait s'y livrer avec le plus abandon.
Il savait que les Français étaient ce qu'ils sont
encore aujourd'hui, c'est-à-dire moins sensi-
bles aux beautés de la musique en elle-même,
qu'à son application à l'action scénique, et
qu'ils sacrifiaient volontiers les jouissances de
leur oreille à celles de leur raison. Or, cette
disposition, si nécessaire pour goûter la mu-
sique de Gluck, il ne la trouvait qu'en France.
Tout en rendant justice à la force de son génie,
les Italiens, et même les Allemands, ne pou-
vaient se soustraire aux conséquences de leur
conformation, ni oublier que la musique était
plutôt pour eux un plaisir sentimental qu'une
récréation de l'esprit. Cette musique, ils la vou-
laient dominante et non point accessoire de
l'action tragique, comme Gluck la fit quelque-
fois. Ils avouaient volontiers que ce grand
musicien composait le récitatif mieux qu'aucun
autre ; mais ils lui reprochaient de le multiplier
à l'excès, et de briser souvent la phrase musi-
cale en faveur de la poéticiue. Le soin ([u'il a
pris de développer, dans l'épilre dédicaloire de
Vu^tceste italienne, les principes qui l'avaient
guidé dans la composition de cet ouvrage.
prouve qu'il avait reconnu la nécessité de jus-
tifier son système auprès de ses compatriotes.
J'ai dit que les Français seuls rendirent
d'abord justice à ce grand homme; le pays qui
l'avait vu naître ne montra pas seulement de
l'indifférence pour sa musique; des critiques
amères y furent publiées sur les inventions qui
s'y trouvaient : on crut les flétrir en disant
qu'elles n'étaient bonnes que pour les Fran-
çais. L'un des antagonistes les plus ardents
de la musique de Gluck fut le savant Forkel,
dont l'esprit sec et pédant était incapable de
sentir ce qui tient à l'imagination et à la poé-
tique de la musique. A propos de la publi-
cation d'une brochure qui parut à Vienne, en
1773, sur la révolution musicale opérée par
Gluck (1), il inséra dans le premier volume de
sa Bibliothèque de musique (2), une longue dis-
sertation où il attaqua sans ménagement le sys-
tème du grand artiste. Aux raisons qu'il donne
pour soutenir son opinion, il est évident qu'il
n'avait pas aperçu ce qu'il y avait de neuf et
d'inventé dans l'objet de ses dénigrements.
Ce fut encore un homme de lettres qui, le pre-
mier, comprit en Allemagne le mérite du célèbre
compositeur. Wieland , à la même époque où
Forkel publiait sa diatribe, s'exprimait ainsi
sur l'auteur d'Iphigénie : « Grâce au génie
« puissant du chevalier Gluck, nous voilà donc
« parvenus à l'époque où la musique a recou-
« vré tous ses droits : c'est lui, et lui seul, qui
« l'a rétablie sur le trône de la nature, d'où la
« barbarie l'avait fait descendre, etd'oùl'igno-
« rance, le caprice et le mauvais goût la te-
« naient jusqu'à présent éloignée. Frappé
» d'une des plus belles maximes dePythagore,
« il a préféré les inuses aux sirènes (-5), il a
« substitué à de vains et faux ornements celte
« noble et précieuse simplicité qui, dans les
« arts comme dans les lettres, fut toujours le
« caractère du vrai, du grand et du beau. Eh !
« quels nouveaux prodiges n'enfanterait pas
« cette âme de feu, si quelque souverain de
" nos jours voulait faire pour l'Opéra ce que
« fit autrefois Périclès pour le théâtre d'Athè-
« nés! » L'admiration si bien exprimée par
le littérateur allemand ne trouva point d'échos
parmi les musiciens de la Germanie, pendant
le reste du dix-huitième siècle. Vienne, témoin
des premiers triomphes de Gluck, continue
(I) Ueber die l\lusik des Ritlers Chrtsloph lonClack, c[c.
1775, in-8o.
(i) Musikaliscli-Krilisehe Bibliothek, vun Joliann Ni-
colaiis Forkel, t. !"■, p. 53.
(3) Ces mois ont clé placOs comme devise au bas du
poilriiil de Clu(k.
GLUCK
37
lîK'Tiie à se montrer insensiMe à sn gloire ; mais
rAliemagne du nord est revenue de ses pré-
jugés, et proclame aujourd'hui le nom de
Gluck comme un de ceux dont elle s'honore le
plus.
Dans le vrai, les compatriotes de Gluck goû-
tèrent peu sa nouvelle manière, et ce fut sur-
tout ce motif qui lui fit désirer de travailler
pour l'Opéra français. Il lui avait suffi de jeter
les yeux sur les partitions de Lulli, de Rameau
et de leurs imitateurs, pour voir que c'était par
leurs qualités dramatiques que ces auteurs
avaient réussi. Le récitatif de Lulli était de la
déclamation notée, et cette déclamation occu-
pait une grande place dans les ouvrages de ce
vieux musicien. Rameau se distinguait surtout
par la beauté de ses chœurs, et les chœurs en-
traient pour beaucoup dans le système de
Gluck. Tout lui faisait donc pressentir que la
France serait le théâtre de sa gloire, et il ne
se trompait pas. D'ailleurs, les littérateurs,
qui devaient appuyer son système, étaient sans
influence à Vienne, et ils dictaient les arrêts
du goût à Paris. Ils contribuèrent beaucoup à
donner de l'éclat à ses succès dans cette der-
nière ville, mais peut-élre lui furent-ils quel-
quefois nuisibles. Loin de chercher à modérer
ses idées, ces gens de lettres le poussèrent
sans cesse vers l'expression dramatique, à la-
(|uelle ils voulaient que tout fût sacrifié. C'est
sans doute à ces amis imprudents qu'il faut at-
tribuer l'exagération dans laquelle il tombe en
plusieurs endroits. Cette exagération se fait
remarquer à la multitude de phrases courtes
de mélodie qu'il a introduites au milieu de son
récitatif, et qui, sans être des airs, empêchent
qu'on ne sente le commencement des airs véri-
tables, et jettent de la monotonie dans le déve-
loppement des scènes.
Les transformations de quelques parties de
l'art musical, surtout de l'instrumentation et
des développements de l'idée principale, ont
dû faire vieillir les compositions de Gluck sous
certains rapports; mais pour juger du mérite
de ses ouvrages, il ne faut pas les comparer
avec les produits d'une époque de l'art d'instru-
menter plus avancée que celle où il a vécu ; il
faut voir en quel état il a trouvé cet art, ce qu'il
a fait pour le perfccllonner, et surtout, ne pas
oublier qu'il s'était renfermé dans les conditions
du système d'expression dramatique. On peut
ne pas aimer ce système, et l'on conçoit (jue
les amateurs passionnés de la musique pure-
ment i'.alienne n'y trouvent guère de plaisir ;
mais une fois le système admis, on est forcé
d'avouer que Gluck a déployé une sup«^rinriléj
une force d'invention, dont rien n'avait donné
l'idée avant lui, et qui n'a point été égalée en
son genre. Quel est le musicien, assez éclairé
pour n'avoir point de prévention, qui refusera
son admiration à la grandeur qui brille dans le
dessin des rôles d'Aganiemnon et de Clytem-
nestre? Qui sera insensible à des mélodies
expressives, telles que : Armez-vous d'un noble
courage; Par un père cruel à la mort con-
damnée; Alceste, au nom des dieux? Qui
n'éprouvera les plus vives émotions aux accents
passionnés A\4lceste, aux voluptueuses canli-
lènes A''Ârmide, aux tourments si bien expri-
mésû'' Oreste, aux regrets touchants cVOrphée?
Qui ne voudra rendre hommage à la vaste
raison qui domine toujours la ci-éation mélo-
dique, sans nuire à la verve de l'inspiration?
Les beautés répandues dans les partitions de
Gluck sont de tous les temps, pour qui cherche
dans la musique autre chose que des formes
d'époques que le temps engloutit.
Ces beautés, il est vrai, ne sont pas sans mé-
lange. On a reproché à Gluck, avec raison, de
chanter quelquefois péniblement; de manquei-
de variété dans ses tours de modulation et
d'avoir évité avec affectation le développement
des formes musicales. Il faut l'avouer, ces re-
proches ne sont pas dénués de fondement. Soit
système, soit qu'on ne puisse posséder une
qualité éminente qu'aux dépens de quelque
autre, il est certain que les mélodies des aii'S
de Gluck sont quelquefois communes; qu'il y
néglige trop la période; et que, lorsqu'il n'a
pas quelque grande catastrophe à peindre ou
quelque sentiment énergique à exprimer, il
tombe dans la monolonie. Mais il rachète ces
défauts par de si grandes qualités, qu'ils ne
sauraient porter atteinte à sa renommée.
Gluck n'était pas harmoniste correct, mais il
avait le génie de l'harmonie. Son orchestre est
souvent écrit avec un embarras apparent, et
cei)endant il produit toujours de l'effet. On
ne connaît de lui que deux morceaux de nni-
si(|ue d'église, à savoir le psaume Domine Do-
vtinus noster, et un De profundis qui a eu
delà réputation, mais qui n'est que médiocre.
Deux choses sont remarquables dans les
é[)Ures que Gluck a mises en tête de ses parti-
tions d'Alceste, de Paris et Hélène et dans
toute sa correspondance : l'une est l'amer-
tume qui perce à chaque phrase sur les criti-
ques dont sa nouvelle manière avait été l'objet;
l'autre, la naïveté d'amour-propre à laquelle
il s'est toujours abandonné, et (lu'il a laissé
voir dans toutes les occasions. Il n'y a guère
d'homme de génie (jui n'ait le sentiment de sa
38
GLUCK
supdriorilé; ceux qui afTectent de la modeslie,
et qui repoussent les éloges, obéissent plutôt
aux convenances sociales qu'au témoignage de
leur conscience ; mais il y a des bornes qu'on
ne peut franchir dans l'expression de la bonne
opinion qu'on a de soi-même : Gluck ne les
connut jamais. Son langage prenait souvent la
/einte d'un orgueil insupportable, surtout lors-
qu'il s'agissait d'un rival. Les éloges des gens
de lettres avaient fini par ajouter à ses dispo-
sitions naturelles la conviction que son genre
était non-seulement le meilleur, mais le seul
admissible. « Vous me dites, écrirait-il au
i> bailli du Rollet, que rien ne vaudra jamais
i< ^tceste; mais je ne souscris pas encore à
« votre prophétie. Mceste est une tragédie
>i complète, et je vous avoue qu'il manque
« très-peu de chose à sa perfection; mais
i< vous n'imaginez pas de combien de nuances
« et de routes différentes la musique est sus-
« ceptible. L'ensemble de VJrmide est si dif-
« férent de celui de VJlceste, que vous croiriez
« qu'ils ne sont pas du même compositeur ;
« aussi ai-jc employé le peu de suc qui me res-
« tait pour achever VJrmide : j'ai tâché d'y
« être plus peintre et plus poêle que musicien ;
u enfin, vous en jugerez, si on veut l'entendre.
« Je vous confesse qu'avec cet opéra j'aimerais
i< à finir roa carrière ; il est vrai que pour le
« public il lui faudra au moins autant de
« temps pour le comprendre qu'il lui en a
» fallu pour comprendre VJlceste. Il y a une
« espèce de délicatesse dans VJrmide qm
« n'est pas dans VJlceste; car j'ai trouvé le
» moyen de faire parler les personnages de
tt manière que voiis connaîtrez d'abord à
u leur façon de s'exprimer, quand ce sera
» Jrmide qui parlera ou une suivante, etc. «
La reine de France, Marie- Antoinette, lui de-
mandait un jour où il en étaitde la composition
d' Jrmide : Madame, dit-il, cet opéra sera
bientôt fini, et vraiment cela sera superbe!
CATALOGUE CHRONOLOGIQUE
des opéras, intermèdes et ballets de Gluck.
1741. Jrtaserse, de Métastase, à Milan.
1742. Demofoonte, idem, ibid.
» Demetrio, sous le nom de Cleonice, du
même, à Venise.
» Ipermnestra, du même poëte, à Venise.
1743. Jrtamene, à Crémone,
n Siface, à Milan.
1744. Fedra, à Milan.
1745. Jlessandro neW Indie, de Métastase ;
sous le titre de Poro, à Turjn.
5746. La Cadula de' Giganti, à Londres.
1746,
1748,
1749,
1730.
1731,
1734
«
«
1735
1736
»
1738
n
1759
1700
»
1761
11
1762
176Ô,
1764
1703,
V Jrtamene, refait en partie à Lon-
dres.
Piramo e Tisbe, pasticcio, ibid.
La Semiramide riconosciuta, de Mé-
tastasa;, à Vienne.
Filide, sérénade en deux actes, à Co-
penhague.
Telemacco, à Rome.
La Clemenza di Tito de Métastase, à
Naples.
L'Eroe Cinese, du même, à Scbœn-
brunn, puis à Vienne, en 1733.
Il Trionfo di Camillo, à Rome.
Jntigono, de Métastase, ibid.
La Danza, du même, au château im-
périal de Luxembourg.
Airs nouveaux pour la pastorale les
Jmours champêtres, à Vienne.
L'Innocenza giustificata, à Vienne.
IlRepaslore, de Métasiase, ibid.
Airs nouveaux pour le Chinois poli,
opéra comique du théâtre de la foire
au château de Laxembourg.
Vaudevilles pour le Déguisement pas-
toral, au château de Schœnbrunn.
Airs pour la féerie l'Ile de Merlin, à
Schœnbrunn.
Airs nouveaux pour l'opéra comique la
fausse Esclave, à Vienne.
Airs pour la pièce de Favart, Cythère
assiégée, à Vienne.
, Airs pour la comédie l'Ivrogne corrigé,
à Vienne,
Tetide, o[térai en trois actes, de Maglia-
vacca, ibid.
, Airs nouveaux pour le Cadi dupé, de
Monsigny, ibid.
Do7i Juan, ballet, ibid.
, On ne s'avise jamais de tout, opéra
comique, remis en musique, ibid.
Airs nouveaux pour la comédie T^rère
enchanté, ibid.
Il Trionfo di Clelia, de Métasiase, à
Bologne.
Orfeo ed Euridice, de Calzabigi, à
Vienne.
Ezio, de Métastase, à Vienne.
. La Rencontre imprévue, de Dancourt,
en opéra comique, pour le théâtre de
la cour, à Vienne, arrangé plus tard
en allemand, sous le titre : Die Pil-
grime vo7i Mekka (les Pèlerins de la
Mecque), ouvrage où l'on ne peut re-
connaître le génie de Gluck.
, Il Parnasso confuso, de Métastase, à
Scliœnbrunn.
GLUCK
39
17C5. TeJcmacco, ossia V Isola di Circe, re-
fait en partie, à Vienne.
» Za Corona, de Métastase, à Vienne.
17C7. Alceste^ deCalzabigi, ibid.
17G9. Paride cd Elena, de Calzabigi, ibid.
» Le Feste d'Jpollo^ à Parme.
« Bauci e Filemone, ibid.
» ^mfeo.ibid.
j 1774. Iphigénie en Aulide, du bailli du Ilol-
let, à Paris.
» Orphée et Eurydice, arrangé pour la
scène française, ibid.
1775. L' Arbre enchanté:, de Vadé, à Ver-
sailles,
n Cythère assiégée, de Favart, ibid.
177G. Alceste, arrangé pourlascène française.
à Paris.
1777. Armide, de Ouinault, ibi<l.
1779. Iphigénie en Tauride , de Guillard,
^ ibid.
» Echo et Narcisse, du baron de Tschudi,
ibid.
A ces ouvrages dramatiques, il faut ajouter :
1° Le huitième psaume : Domine Dominus
noster. 2» Le psaume de la pénitence De Pro-
fundis, pour choeur et orchestre. 3" Six sym-
phonies pour deux violons, alto, basse et deux
cors. 4" Huit chants de Rlopstock pour voix
seule, avec accompagnement de clavecin.
5° Une partie de la cantate religieuse intitulée :
le Jugement dernier, terminée par Salieri.
Les partitions de Gluck qui ont été impri-
mées ou gravées sont celles-ci : 1" Orfêo ed
Euridice, azione tealrale, in Parigi, 1764,
in-fol. de 158 pages, gravé par Chambon avec
le frontispice dessiné par Monnet (\).'2°Al-
ceste, tragedia (avec le texte italien), gravée
à Vienne, Vienne, 17G9, in-fol. Les exem-
plaires sont très-rares, o" Paride ed Elena,
dramma per musica, dedicata a Sua Altezza
il signer Duca Don Giovanni di Braganza,
in Vienna, nella slamperia aulica di Giovanni
Tomaso de Trattern, 1770, gr. in-fol. Cette
(I) J'ai dit, dans la première édition de cette biogra-
pliie, que les partitions de Paris et Hélène et iTAlceste,
avec les paroles italiennes, furent publiées à Paris et
que le comte Durazzo en fit la dépense ; c'est une erreur :
la partition seule de YOrfeo fut envoyée par ce seigneur
à Favart pour qu'il la fit graver à Paris; Favart la
confia à Slondonville qui la remit au graveur. La dé-
pense fut de 2,000 livres; mais personne ne voulut se
donner la peine de corriger les épreuves, et la parliiion
fut imprimée avec un si grand nombre de fautes à un
premier tirage, qu'il fallut que le comte Durazzo payât
ensuite SOO francs à Duni {voyez ce nom) pour les cor-
riger. On peut consulter, i ce sujet, les Mémoires et la
correspondance de Favart, tome Il«. La partition de
lOrfeo est d'une grande rareté.
partition est imprimée en caractères de mu-
sique mobiles. Elle est aussi rare que les pré-
cédentes. Les partitions d'iphigénie en Au-
lide , à''Orphée , d^Alcesle (avec les paroles
françaises), d''Armide , A'' Iphigénie en Tau-
ride, de Cylhère assiégée et d'Echo et Nar-
cisse, furent publiées par Deslauriers dans les
années où ces ouvrages furent représentés
pour la première fois. Ces partitions sont rem-
plies de fautes et fort incommodes pour la lec-
ture, parce que l'éditeur, par économie, n'a
pas conservé toutes les portées des manuscrits
originaux, et qu'il faut à chaque instant cher-
cher ce que doit jouer un instrument sur la
portée d'un autre. Il serait désirable que de
nouvelles éditions régulières et correctes de
ces beaux ouvrages fussent faites pour rendre
un juste hommage à la mémoire d'un si grand
artiste. Une édition réduite pour le piano des
partitions d'Alceste, Armide, Iphigénie en
Aulide, Iphigénie en Tauride et Orphée a
été publiée à Paris, chez Brandus, en format
in-4''; on trouve dans la même maison une
autre édition portative, in-8". Schlesinger, à
Berlin, a publié une édition de ces cinq opéras
avec des paroles françaises et allemandes.
L'éditeur Challier, de la même ville, en a
donné une avec les paroles allemandes et ita-
liennes. Enfin, Simrock, de Bonn, a publié
VAlceste avec des paroles allemandes seules.
Il existe plusieurs éditions du De Profundis
avec orchestre en partition, en France et en
Allemagne, particulièrement à Bonn, chez
Simrock.
Les partitions manuscrites des opéras ita-
liens de Gluck se trouvent dans les grandes
Bibliothèques impériale de Vienne, royale de
Berlin, impériale de Paris et dans quelques col-
lections particulières. Aloys Fuchs, cité déjà
dans cette notice, eut la bonne fortune d'ac-
quérir une quantité considérable de manu-
scrits originaux qui furent retrouvés, en 1809,
dans la maison de campagne où la veuve de
l'illustre compositeur s'était retirée, et qui
était située à Ralschspurg, près de Vienne.
Antoine Schmid a donné la description de ces
précieux autographes dans son livre sur la
vie et les ouvrages de Gluck (2). On trouve
aussi à la Bibliothèque royale de Berlin, dans
le fonds de Pœlchau, quelques airs et scènes
des opéras italiens de Gluck en manuscrits ori-
ginaux.
Plusieurs portraits de cet artiste illustre ont
été gravés ou lithographies. Le premier a été
'JJ Chrisloph Wiltibald Ritter von Gluck, p. 43S-441
40
GLUCK — GNECCO
gravé par Saint-Aubin, en 1781, d'après un
portrait peint par Duplessis, en 1775, lersqu'il
était parvenu à l'âge de soixante el un ans. Un
autre a été gravé par Miger, à Paris, d'après la
même peinture de Duplessis. On en trouve un
autre, gravé au pointillé d'après un buste de
Houdon, en tête du volume qui a pour titre : Mé-
moires pour servir à l'histoire de la Révolu-
tion opérée dans la musique par M. le cheva-
lier Gluck (Paris et Naples , chez Bailly, 1781,
in-S"). Celui qui est placé au l'iontispice de la
cinquième année de la Gazette générale de
musique de Leipsick a le mérite de la ressem-
blance. Il y en a un fort mauvais, exécuté par
le moyen d'un instrument appelé physiono-
trace, par Quenedey. Il en existe un gravé au
pointillé par Philippeaux, d'après un tableau
peint par Iloudeville. Un portrait lithographie
a été publié à Munich, parWinter; un autre,
à Vienne, chez Geiger, et un troisième, à
Manheim, chez Ileckel. Le plus beau est celui
que j'ai fait lithographier par Maurin,àParis,
pour l'ouvrage que je publiais sous le titre de :
Galerie des musiciens célèbres, et qui a été
arrêté, en 1829, par la banqueroute de l'édi-
teur.
Les principaux ouvrages à consulter, pour
l'histoire des impressions produites par les
grandes œuvres de Gluck, sont : 1° Le volume
de Mémoires qui vient d'être cité.2»J.-G. Sieg-
meyer, Ueher den Ritter Gluck vnd seine
TFerke. Briefe von ihm und andern heruhm-
ten Mànnern seiner Zeit (Sur le chevalier
Gluck et sur ses oeuvres. Lettres de lui et d'au-
tres hommes célèbres de son temps), Berlin,
1825, 1 vol. in-S". Une deuxième édition de
cet ouvrage a été publiée à Berlin, en 18-37.
3» Fr.-Just. Riedel, Ueher die Musik des Rit-
ters Christoph von Gluck (Divers écrits ras-
semblés et publiés par Fr.-Just. Riedel sur la
musique du chevalier de Gluck), Vienne, 1775,
in-S». Ce petit volume contient la traduction
de deux lettres françaises qui parurent immé-
diatement après la représentation d'Iphigénie
en Aulide, et celle d'un dialogue de Moline
entre Lulli , Rameau et Orphée. 4» Etwas
iihbr Gluckischte Musik und die Oper Iphige-
niain Tauris auf demBerlinischen National
Theater (Quelque chose sur. la musique de
Gluck et l'opéra Iphigénie en Tauride, repré-
senté au Théâlce-National de Berlin), sans
nom d'auteur, Berlin, Hummel, in-S", sans
date (1799). 5° Mie!, IVotice sur Christophe
Gluck, célèbre compositeur dramatique, Pa-
ris, 1840, in-8''. 6° Solié, Etudes biographi-
queSy anecdotiques et esthétiques sur les com-
positeurs qui ont illustré la scène française.
Gluck, Annecy, 1853, in-12. 7" Christophe
ÏTillibald Ritter von Gluck. Dessen Lcben
und tonkiinstlerisches JFerken, von Jnton
Schmid, etc. (Christophe-Willibald chevalier
de Gluck. Sur sa vie et son génie musical, par
M. Antoine Schmid), Leipsick, Fr. Fleischer,
1854, 1 vol. gr. in-S" de 508 pages. Ouvrage
remarquable par les recherches , mais trop
chargé de détails dépourvus d'intérêt. On peut
consulter aussi les œuvres de l'abbé Arnaud et
de Suard.
GNADENTIIALER (Jérôme) , organiste
à Ratisbonne, vers la fin du dix-septième
siècle, est auteur de différents recueils de
chants profanes et de motets qui ont paru sous
les titres suivants : 1» Délices de musique,
première partie, Nuremberg, 1675, deuxième
partie idem, ibid., 1G7G. 2" Exercices de dé-
votion (chansons spirituelles à deux voix),
ibid., 1077. o" Réjouissance religieuse de
l'âme (vingt-cinq airs de ténor avec accompa-
gnement de deux violons et basse continue),
ibid., 1685. 4" Frorilegium musicx, ibid.,
1587. 5" Facéties musicales (cent quatorze
morceaux à plusieurs voix), ibid., 1C95.
G° Horloge musicale., qui indique les premiers
principes du chant. Cet ouvrage a eu deux édi-
tions; la première a paru à Nuremberg en 1687.
GINECCO (François), né à Gênes, en 1769,
fut destiné par sa famille à la profession de
négociant; mais un penchant irrésistible le
portant vers l'étude de la musique, il fut mis
sous la direction de Mariani, maître de la cha-
pelle Sixtine et de la cathédrale de Savone,
homme fort instruit dans son art. Ses études
achevées, Gnecco se livra à la composition
dramatique et écrivit avec quelque succès poul-
ies théâtres de Naples, de Venise, de 3Iilan,
de Rome, de Gênes, de Padoue et de Livourne.
Ses opéras les plus connus sont : 1° Lo Sposo
di tre , marito di nessuna, à Milan, 1793.
2« Gli Bramini. ô° Jrgete. 4» Le Nozze de'
Sanniti. ^"LaProva d'un opéra séria. 6° Le
Nozze di Lauretta. 7" Carolina c Filandro.
8° Il Pignattaro. 9" La Scena sensa scena.
10» Gli ullimi due Giorni di Carnavale.
11° La Prova degli Orazzi e Ctiriazi (1).
12" Arsace e Semiramide. 1-5" / falsi Galan-
tuomini, au théâtre Carcano de Milan, à l'au-
tomne de 1809. lA" Gli Amant i filarmonici.
Gnecco est mort à Milan, en 1810, avant
d'avoir achevé un opéra bouffe intitulé : la
(() Je pense que ce titre, donné par l'alnianacli /;irfiee
leatrale, n'est qu'une variante de la Proia d un Oferi^
stria.
GNECCO — GODECHARLE
41
Conversazîone filarmonka , pour le([uel il
était engagé. De tous ses ouvrages, on n'a re-
présenté à Paris que la Prova d'un opéra
séria. Le style de ce compositeur est lâche, et
son chant est souvent trivial ; mais il ne man-
que pas d'effet scénique.
GIXOCCIIÏ (Jean-Baptiste) est cité par
Walther comme auteur de messes à quatre
voix, qui ont été imprimées. Il ne dit pas en
quel temps ce musicien a vécu.
GOBEPiT (Thomas), maître de musique de
la chambre du roi de France sous les règnes de
Louis XIII et de Louis XIV, a mis en musique,
à quatre parties, la paraphrase des psaumes en
vers de l'évoque de Grasse et de Vence, An-
toine Godeau. Cet ouvrage a été publié à Paris,
en 1659, in -12. Il y a lieu de croire que Gobert
était né en Picardie. Gantez dit de lui, dans
VEntretien des musiciens : « A tout le moins
« il a esté maistre à Péronne, et de là fist un
« beau saut chez M. le Cardinal, et un meilleur
« chez le roy, puisqu'il est maistre de sa cha-
« pelle qu'il gagnât au prix. Bien que ses en-
« nemis disent que c'est par la faveur de son
« éminence, toutefois on ne le doibt point
« croyre, car à Paris ils sont médisants, etc. «
M. Ch. Gomarl établit, d'après des pièces au-
thentiques (1), que Gobert était chanoine de
Saint-Quentin dès IGôO, et qu'il figure encore
en celte position et en celle de maître de
musique privilégié dans un inventaire fait
le 14 octobre 1669, après l'incendie de la
même collégiale.
GOBLAIÎV (Joseph-Albert), répétiteur à
l'ancien théâtre de l'Opéra-Comique de la foire
Saint-Laurent, a donné à la Comédie italienne
la musique de la Suite des Chasseurs et la
Laitière , de la Fête de Saint-Cloud , et
VArnant invisible, comédie à ariettes en trois
actes.
GOCCirSÏ (Jacques), né à Bologne en 1672,
eut pour maître de contrepoint Jacques-An-
toine Perti. Il fut organiste et compositeur
distingué de musique d'église. En 1701, l'Aca-
démie des philharmoniques de Bologne l'admit
au nombre de ses membres : il en fut prince
en 1706. Appelé à Bergame, en qualité de
maître de chapelle, en 1718, il y passa le reste
de ses jours. Ses compositions sont restées en
manuscrit.
GODART ou GODÀIID (...), musicien
français, a joui d'une certaine réputation vers
le milieu du seizième siècle par ses chansons
fO T>ans SCS Noies hi»toriques sur la mailrisedeSainl-
Queniin, p. Kl.
à quatre voix. Bans les comptes de la Sainte-
Chapelle du Palais, que j'ai consultés aux
archives de l'empire, à Paris, j'ai vu son nom
figurer comme ténor, depuis 1541 jus(]H'cn
1568. Les douzième, treizième et (piinzième
livres de Chansons à quatre parties, publiés
parAttaingnant à Paris, 1543-1544, in-8» obi.,
contiennent des pièces de Godart. On en trouve
aussi : 1" dans le quatrième livre des Chansons
à quatre parties, auxquelles sont contenues
trente-six chansons composées à quatre par-
ties par bons et excellentz autheurs, Paris,
Adrian Le Roy et Robert Ballard , 2 dé-
cembre 155Ô. La chanson de Godard (sic),
l'Homme est heureux, qui est dans ce livre,
est fort agréable, pour le temps où elle a été
composée. Dans la deuxième édition du Quart
livre, etc., imprimée par les mêmes en 1561,
in-4'' oblong., on retrouve celte même chan-
son et une autre sur ces paroles: Que gagnez-
vous, etc.
GODECIÏARLE (Eugène-Charles-Jean),
né à Bruxelles, le 15 janvier 1742, était fils de
Jacques-Antoine Godecharle, né dans la même
ville en 1712, qui fut maître de musique de la
paroisse Saint-Nicolas, et basse chantante à la
chapelle du prince Charles de Lorraine, gou-
verneur des Pays-Bas. Eugène Godecharle est
le même artiste que Gerber et ses copistes
appellent Godchalk. Après avoir appris les
éléments de la musique sous la direction de
son père, il fut admis dans la chapelle royale,
comme enfant de chœur, et montra des dispo-
sitions si heureuses pour le violon , que le
prince l'envoya à Paris pour y prendre quel-
ques leçons d'un bon maître. De retour à
Bruxelles, il rentra à la chapelle pour y jouer
la partie de viole ; sa nomination à cette place
est du 8 mars 1773 ; ses appointements annuels
ne furent pendant treize ans que de 140 flo-
rins. La place de maître de musique de l'église
Saint-Géry étant devenue vacante en 1776,
Godecharle l'obtint et en remplit les fonctions
jusqu'à sa mort. Le décès du maître de chapelle
de la cour, Croes, en 1786, décida Godecharle
à se présenter pour le remplacer; il avait pour
concurrent Mestrino, arrivé récemment de la
Bohême à Bruxelles, et Vitzthumb, chef d'or-
chestre du théâtre ; ce dernier obtint la place,
quoique Godecharle eut plus de talent que lui
pour la composition. Obligé de rester dans sa
position de simple viole, Godecharle n'obtint
la place de premier violon qu'en 1788. Il mou-
rut à Bruxelles vers 1814. Homme de talent
comme violoniste, comme harpiste et comme
compositeur , Godecharle a publié quelques
42
GODECHARLE — GODEFROID
œuvres de musique inslrumentaîe, et a laissé
en manuscrit beaucoup de bonne musique
d'église. Parmi ses ouvrages imprimés, on
remarque : 1» Sonates à violon seul avec basse
continue, œuvre 1", Bruxelles, Ceulemans.
2" Symphonie nocturne à deux violons, deux
hautbois, deux cors, petite flûte et tambour,
ibid. ô" Six symphonies pour deux violons,
viole , basse , deux hautbois et deux cors ,
Paris, lluet. 4» Trois sonates pour la harpe
avec accompagnement de violon, Bruxelles,
Cromm et Ceulemans. 5° Trois sonates pour
le piano avec accompagnement de violon,
op. 5, ibid.
GODECIÎ ARLE ( Lambert - François ) ,
frère du précédent, né à Bruxelles, le 12 fé-
vrier 1751, fit ses études de musique comme
enfant de chœur de la chapelle royale, et reçut
de Croes, maître de cette chapelle, des leçons
de composition. En 1771, il fut nommé basse
chantante de la musique et de la chapelle du
prince Charles de Lorraine ; il y resta jusqu'à
l'invasion des Pays-Bas par l'armée française.
En 1782, il avait remplacé son père comme
maître de musique de l'église Saint-Nicolas; il
conserva cet emploi jusqu'à sa mort qui eut
lieu le 20 octobre 1819. Godecharle a laissé en
manuscrit trois Tantum ergo à quatre voix,
deux Salve regina, une messe solennelle, un
Libéra, et un morceau connu sous le nom de
Musique des Capucins par Godecharle. Cet
artiste fut nommé membre de l'Institut des
Pays-Bas, en 1817.
Deux autres frères des artistes précédents ont
été attachés à la chapelle royale de Bruxelles;
le premier (Joseph-Antoine), né le 17 jan-
vier 1746, y jouait la partie du premier haut-
bois; l'autre (Louis-Joseph-Melchior), né le
5 janvier 1748, fut basse chantante de la cha-
pelle comme son père et son frère. Il était en
même temps sous-maître à l'école de dessin de
Bruxelles. Sa position n'était pas heureuse; le
désespoir le porta à mettre fin à ses jours. Un
autre frère de ces artistes fut un sculpteur de
mérite.
GODENDACII (Jea>). Foyez Gutestac.
GODEFllOID, dit de Fumes, parce qu'il
était né dans cette ville, vers le milieu du
quatorzième siècle, est mentionné dans les
comjjtes de la cathédrale de Rouen, comme
ayant fait des réparations consiciérables à
l'orgue de cette église en 1382 : ce qui prouve
qu'à cette époijue reculée la facture des orgues
était plus avancée dans les Pays-Bas qu'en
France, et même à Paris, puisqu'on était obligé
l'aller chercher si loin un homme capable de
faire ces' réparations dans la capitale de la
Normandie (1).
GODEFROID (Jules-Joseph), harpiste et
compositeur, naquit à Namur, le 25 février
1811, de parents liégeois, qui allèrent s'établir
à Boulogne (Pas-de-Calais), en 1824. Son père,
bon musicien, fonda l'école de musique de celte
dernière ville. Elevé dans une famille dont
tous les membres cultivaient cet art avec
succès, Jules Godefroid y fit de rapides pro-
grès. Le 23 octobre 1826, il fut admis au Con-
servatoire de Paris, comme élève de harpe,
sous la direction de Naderman aîné. Deux
ans après, il obtint le second prix de cet instru-
ment; mais le concours de 1829 ne lui ayant
pas été favorable, il quitta l'école le 1"' no-
vembre de cette année. Il avait reçu des leçons
de Lesueur sur la composition libre, mais
n'avait pas fait d'études régulières d'harmonie
ni de contrepoint dans le Conservatoire. De
retour à Boulogne, il s'y livra à l'enseignement
de la harpe, qui alors était encore cultivée
par les amateurs, particulièrement dans les
familles anglaises qui se trouvaient en grand
nombre à Boulogne. C'est alors aussi que le
jeune artiste commença à exercer son talent
dans la composition par des œuvres pour son
instrument, des ouvertures, une fantaisie mili-
taire qui fut exécutée à l'occasion de l'inau-
guration de la statue de Napoléon sur la colonne
de Boulogne, et des mélodies qui ont eu de la
vogue et parmi lesquelles on remarque : Sal-
vator Rosa, le Lac de Genève, la Feille des
noces, Julie aux cheveux noirs et l'Enlève-
ment. En 18-36, il fit jouer à l'Opéra-Comique,
relégué alors au petit théâtre de la place de la
Bourse, un joli ouvrage intitulé : le Diadesté,
ou la Gageure arabe. La partition, sagement
écrite, bien instrumentée, était un bon début,
quoiqu'on n'y remarquât pas beaucoup d'ori-
ginalité dans les idées. Un succès fut le résultat
de ce premier essai. En 1837, Jules Godefroid
fit un voyage en Belgique, visita Namur, Liège,
Bruxelles, et y donna des concerts dans les-
quels son talent sur la harpe fut chaleureu-
sement applaudi. Il vint me voir alors et me
parla de ses espérances dans la carrière de
compositeur dramatique. JYe travaillez, lui
dis-je, que sur des ouvrages d'auteurs connus
et qui ont l'habitude de la disposition d'un
sujet; car la musique, en France, ne peut
(I) Voyez l'écrit de Tabbc Langlols contenant la
Revue des maîtres de cha/ielle et musiciens de la métropole
de Rouen, dans le Précis analytique des Travaux de
l'A cadémie des sciences, belles-lellres et arts de celle ville,
Rouen, 1850, ln-8".
GODEFROID — GODNEPt
43
sauver une pièce mal faite. Mais déjà il avait
reçu le livret d'un opéra-comique en doux
actes qui avait pour titre : la Chasse royale,
et quelques morceaux de la partition étaient
composés. L'ouvrage fut joué au Théâtre de la
Renaissance, le 20 octobre 1839 ; la pièce, fort
mauvaise, entraîna la chute de la partition
dans laquelle il y avait plusieurs morceaux
distingués. Affligé de cet échec inattendu,
Godefroid laissa abattre son courage; sa santé
se dérangea et il mourut le 27 février 18-50, au
moment où il entrait dans sa trentième année.
S'il eût vécu, il se fût vraisemblablement fait
un nom honorable parmi les compositeurs de
la scène française.
GODEFllOID (DiEUDONNÉ - Joseph - GniL-
lAUHE-FÉnx), frère du précédent, harpiste
célèbre et compositeur, est né à Namur, le
24 juillet 1818. Transporté à Boulogne, avec
sa famille, à l'âge de six ans, il apprit les élé-
ments de la musique dans l'école fondée par
son père en cette ville. Admis au Conserva-
toire de Paris, le 11 octobre 1832, il y devint
élève de Naderman pour la harpe. Son frère
lui avait donné précédemment des leçons de cet
instrument. Félix Godefroid obtint le second
prix de harpe au concours de 1833 ; mais ayant
eu occasion d'entendre Labarre, et plus tard
Parish-Alvars, il comprit qu'il ne pouvait plus
rien apprendre de Naderman, et il sortit du
Conservatoire, le 9 décembre 1833. Il avait
appris aussi à jouer du piano dès l'âge de six
/ ans et était parvenu au point de jouer la mu-
sique la plus dilTicile; mais son talent sur cet
instrument n'a été pour lui qu'une ressource
utile pour son existence lorsque la harpe fut
abandonnée par les amateurs, à cause des diffî-
cultés qu'ils éprouvaient dans le mécanisme
des pédales à double mouvement. C'est surtout
à son talent de harpiste que Félix Godefroid
doit sa brillante renommée. Par ses longues et
patientes études, la musique de harpe s'est
enrichie d'effets nouveaux, et, comme Parish-
Alvars, il a donné à la main gauche une impor-
tance égale à celle de la droite. De là des com-
binaisons de traits et d'effets d'harmonie in-
connus avant lui. En 1839, Félix Godefroid,
âgé seulement de vingt et un ans, avait fait un
premier voyage en Allemagne pour y donner
des concerts, et y avait fait impression par son
talent, qui n'était cependant que le prélude de
celui qu'il doit à ses longues et persévérantes
études depuis celte époque. Encouragé par le
célèbre facteur de pianos et de harpes, Pierre
Erard, il se rendit à Londres, où il a fait des
séjours plus ou moins prolongés à diverses
époques. Il a aussi voyagé en Espagne, en Hol-
lande, en Belgique, en a visité les villes prin-
cipales et y a donné des concerts. En 1836, il a
été appelé à Bruxelles pour s'y faire entendre
dans un grand concert, à l'occasion du vingt-
cinquième anniversaire du règne du roi Léo-
pold I"; et il a reçu dans cette solennité la
décoration de l'ordre institué par ce monarque.
Félix Godefroid vit habituellement à Paris : il
y a publié la plupart de ses ouvrages. Dans
l'été de 1838, il a fait représenter, au Théâtre-
Lyrique de cette ville , un opéra en un acte
intitulé : la Harpe d'or. Cet ouvrage a été bien
accueilli par le public. On a publié de Gode-
froid pour la harpe : 1» Études caractéristiques
pour harpe seule, sous les titres suivants : le
Rêve; la Mélancolie ; la Danse des Sylphes;
les Rives de la Plata; Souvenir castillan;
Boléro. 2" Duo pour deux harpes , ou pour
harpe et piano, à Paris, chez Chaillot. 3" Mé-
lodies de Schubert, pour harpe seule, ibid.
4" Des rondeaux, des fantaisies, des variations.
Il a en manuscrit des compositions difficiles
pour les concerts. On a aussi du même artiste •
quelques morceaux de différents caractères
pour le piano.
GODîNEll (madame Augustine DE), canta-
trice distinguée, néeàFrancfort-sur-le-Mein,le
3 mars 1797 , est la fille de madame Engst,
actrice remarquable du théâtre allemand . Après
la mort de sa mère, elle fut adoptée par madame
Aschenbrenner , autre actrice renommée en
Allemagne, et ses études furent dirigées vers la
carrière du théâtre, dès sa plus tendre enfance.
Dans les rôles d'enfant qu'elle remplissait, elle
se fit remarquer de bonne heure ; on ne la dé-
signait alors que sous le nom de la gentille
petite aux cheveux noirs. Après avoir fait des
éludes de chant sous la direction de Danzi, elle
parut avec succès sur les théâtres de Stuttgard
et de Hambourg. La beauté de sa voix et l'ex-
pression de son chant dramatique la rendirent
bientôt célèbre en Allemagne, et les journaux
retentirent d'éloges accordés à son talent. A
Hambourg elle épousa l'acteur Krtlger, puis,
sous le nom de madame KrUger .Aschenbren-
ner , elle parcourut l'Allemagne, chanta à
Vienne, à Munich, à Berlin, et se fit partout
applaudir dans Otello, le Freyschiitz, la Fa-
mille suisse, et autres grands ouvrages des
théâtres italien et allemand. Les biographes de
l'Allemagne ne s'expliquent pas sur les motifs
qui la firent se séparer de son premier mari,
mais ils disentque ce fut après cette séparation
qu'elle fut engagée en 1819 au théâtre de la
cour à Darmstadl. Après la mortdu grand duc,
u
GODNEU — GOEPFERT
en 183J, le théâtre cessa d'exister, el madame
Aschenbrenner se retira avec une pension con-
sidérable de la cour. Elie a épousé, vers le
même temps, M. de Godner, écuyer du grand-
duc, et vit encore à Darmstadt.
GOEBEL (Jean-Ferdinand), directeur d'or-
chestre du théâtre de Breslau, est né en 1817
à Baumgarten, près de Frankenslein, en Silé-
sie. A l'âge de quatorze ans, il fut envoyé au
collège de Glatz, puis il alla faire ses études
musicales au conservatoire de Prague. Pixis y
fut son maître de violon, et Dionys Weber lui
enseigna la composition. En 1840, il obtint la
place de premier violon solo au théâtre de
Breslau, et celle de directeur d'orchestre du
même théâtre lui fut donnée en 1844. Ses com-
positions consistent en thèmes variés pour le
violon, ouvertures à grand orchestre, et plu-
sieurs suites de Lieder, qui ont été publiés
chez Cranz et chez Leukart, à Breslau; enfin,
on a de lui un grand nombre de chants pour
voix d'hommes en chœur.
GOECKl]>iGIi. ( Léopold-Frédéric-Gun-
i'HER DE), né à Groningen (Halberstadl) en
1745, mort le 18 février 1828, fut d'abord
tlélégué de la chancellerie de Prusse à Elrich,
et fut nommé en 1791 conseiller particulier
des finances de la Prusse méridionale, à Berlin.
Il a donné une notice biographique de la
célèbre pianiste Thérèse Paradies , dans le
huitième numéro du journal intitulé : Journal
von und fiir Deutschland (Journal de l'Alle-
magne et pour l'Allemagne), ann. 1785.
GOElIRlJ\G(J.-G.), violoniste à Cobourg,
en 1841, fut élève de Spohr à Cassel, et se
trouvait à Brunswick en 1835. Il a publié de
sa composition : Introduction et thème varié
pour le violon, avec quatuor ou piano. Op. 1 ,
Brunswick, Meyer.
GOEPFEKT (CiiARLEs-TnÉopuiLE), maître
de concert à Weimar, fut un des meilleurs
violonistes de son temps, en Allemagne; il na-
quit à Weissenslein (Saxe), en 1733. Après avoir
fait ses études musicales comme enfant de
chœur à l'école de Sainte-Croix et à la cha-
pelle de Dresde, il alla à Leipsick faire un
cours de .jurisprudence. Au moment de son
départ, son père lui remit un violon en lui di-
sant : Mon fils, prends cet instrument : tu
connais ma position, et tu sais que je ne puis
guère te donner davantage. Si tu es heureux,
tu pourras te passer facilement de m.on faible
secours; si tu ne l'es pas, le peu que je pour-
rais te donner ne saurait t'aider. Jusqu'en
1704, la fortune ne sembla pas être favorable
â Gœpfcrt; mais s'étant rendu à Francfort
dans cette année, à l'occasion du couronne-
ment de l'empereur Joseph II, H s'y lit en-
tendre avec succès et commença à recueillir les
fruits de ses efforts et de son talent. Il fit dans
cette ville la connaissance de Ditters de IJit-
lersdorf, étudia sa manière et se l'appropria
pour ses compositions. En 1765, il fut engagé,
au grand concert de Francfort comme violon
solo : après avoir occupé cette i)Iace jusqu'en
1709, il partit pour Berlin et resta une année
alternativement dans cette ville et à Potsdam.
En 1770, il passa à Weimar, dans le dessein
de se rendre en Angleterre ; mais après l'avoir
entendu, la grande -duchesse douairière le
nomma maître de concert; le successeur de
cette princesse le maintint dans sa place.
Gœpfert la conserva jusqu'à sa mort qui arriva
le 3 octobre 1798. On a imprimé de sa compo-
sition six polonaises pour violon principal et
orchestre : il les exécutait avec un rare talent.
Le violoniste allemand Rranz a été son élève.
GOEPFERT (Charles-André), clarinet-
tiste et compositeur, naquit le 16 janvier 1768,
à Pvimpar, près de Wtirzbourg. Il commença
l'élude de la musique dès sa plus tendre jeu-
nesse, et prit des leçons de chant, de piano et
d'orgue; il passa ensuite sous la direction du
virtuose iVIeisner, musicien de la chambre à
Wtirzbourg, pour l'étude de la clarinette. A
seize ans, ses progrès avaient été si rapides,
que son talent n'avait déjà plus besoin d'autre
guide que lui-même. Il se livra alors à l'étude
de la composition. En 1788, il fut engagé
comme première clarinette dans la chapelle de
Meinungen. Dix ans après, sa réputation le fit
appeler à Vienne, mais il'ne put obtenir de son
gouvernement la permission de s'y rendre ; ce
refus fut adouci par la promesse de lui confier
la direction de la chapelle, mais son espoir à
cet égard ne se réalisa pas. Vers le mémo
temps, plusieurs de ses ouvrages parurent à
Leipsick, à Bonn et à Offenbach. Gœpfert est
mort à Meinungen, le 11 avril 1818, des suites
d'une maladie de poitrine. On a de lui :
1" Premier concerto pour clarinette (en se bé-
mol), Bonn, Simrock. 2" Deuxième îiiem (en m/),
Offenbach, André. 3" Symphonie concertante
pour clarinette et basson, ibid. 4" Troisième
concerto, op. 20 {en si), ibid. 5» O'iatrième
idem, op. 36 (en m?'), ibid. 7° Premier pot-
pourri pour clarinette et orchestre, op. 32,
Leipsick, Tïofmeister. 8° Deuxième idem, op. 38
(en fa), Offenbach, André. 9» Fantaisie mili-
taire pour l'orchestre, op. 33 avec le portrait
de l'auteur, Leipsick, Hofmeister, 1814.
10" Douze pièces d'harmonie pour deux clari-
GOEPFERT — GOES
nettes, deux cors et basson, op. 20, liv. I et II,
Offenbach, André. 11" Dix-huit pièces, idem,
pour deux clarinettes, deux cors, hautbois ou
flûte, trompette, basson et serpent, ibid.
12" Variations pour flûte et orchestre, op. 28,
ibid. lô" Deux quatuors pour clarinette, violon,
alto et basse, op. 10, ibid. 14" Trois quatuors
idem, ibid. 15° Deux œuvres de dnos pour
clarinettes en ut, op. 19 et 22, ibid. IG" Six
duos faciles pour deux clarinettes, op. 30,
Leipsick, Ilofmeister. 17" Concerto pour cor
(en fa)j op. 21, Offenbach, André. 18" Vingt-
quatre petits duos pour deux cors, op. 23,
ibid. 19° Vingt-quatre idem^op. ôl, Leipsick,
Ilormeister. 20" Sonate pour deux guitares et
flûte, op. ri, ibidj 21° Plusieurs sonates et
duos pour guitare et fiùte, ctguitare et basson,
op. 13, 15, 17 et 18, ibid. 22" Sonate pour
l)iano et cor, op. 35, Leipsick, Ilofmeister.
23° Trois recueils de chansons, à voix seule, avec
accompagnement de piano, Offenbach, Andrd.
Gœpferta laissé en manuscrit trois symphonies
pour Porcheslre, un concerto pour hautbois,
deux trios concertants pour trois cors, un qua-
tuor pour quatre cors, un quatuor pour cor, vio-
lon, alto et violoncelle, deux symphonies con-
certantes pour deux bassons, un concerto pour
trompette, et plusieurs autres productions.
GOERMAR ( Chrétien -tiAuguste), orga-
niste à Colleda , dans la Thuringe, s'est fait
connaître, en 1799, par douze préludes faciles
pour l'orgue, publiés à Leipsick.
GOEROLDT (Jean-IIe>ri), né le 13 dé-
cembre 1773, à Stempeda, village du comté de
Stolberg, a appris la musique sous la direction
de Georges-Frédéric Wolf, auteur d'un Diction-
naire de musique et de plusieurs autres ou-
vrages {voyez ce nom). En 1803, il a été appelé
à Quedlinbourg comme directeur de la musique
d'église. Il remplissait encore ces fonctions en
1832. M. Gœroldt a publié quelques petites
pièces pour le piano et des mélodies chorales
pour quatre voix d'hommes, avec accompagne-
ment d'orgue, Quedlinbourg, Basse, in-8°. Il
avait en manuscrit des cantates, des hymnes, des
motels et des airs. C'est particulièrement par
des traités concernant l'harmonie et l'art du
chant que cet artiste est connu. Ces ouvrages
ont pour titres : 1° Leitfaden zum Unter-
richt im Generalbass und in der Composition
(Guide pour l'instruction dans la basse con-
tinue et la composition), première partie, Qued-
linbourg, 1815, gr. in-8". Deuxième partie,
^816, ibid. La deuxième édition de cet ouvrage
a été publiée en 1828, et la troisième en 1832.
Celle-ci a pour titre : Griindlicher Untcrricht
im Generalbass und in der Composition ,
Leipsick, 1832, in-8". Je ne sais si c'est le
même ouvrage quiestcitédansle Folstxndiges
Biicher-Lexikon de Kayser, sous ce litre :
Handbuch der Musik, der Generalbasses und
der Composition, Quedlinbourg, Basse, 1832.
2" Der Kiinst nach Noten zu singen, oder
praktische Elementar-Gesanglehre , etc. (Mé-
thode élémentaire et pratique du chant d'après
les notes), Quedlinbourg, 1832, gr. in-8°. C'est
une deuxième édition, ô" Jusf'dhrliche theore-
tisch-praktische Hornschule vom ersten Ele-
mentar-Unterricht, bis zur volkommensten
Aushildung (Méthode complète théorique et
pratique de cor, depuis les premiers éléments
jusqu'à l'instruction complète), Quedlinbourg,
Basse, 1830, in-4°. A" Die Orgel und deren
Zwechmxssinger Gebrauch beim, œ/fentli-
chen Gottesdienst. Ein Handbuch fiir ange-
hende Organisten , Prediger , Kirchen-in-
spectoren und Kirchenpatrone (L'Orgue et
son usage conforme aux offices divins. Manuel
pour les organistes commençants , prédica-
teurs, inspecteurs et patrons d'églises), Qued.
linbourg, Baker, 1835, in-8°. 5» Gedanken
und Bemerkungen iiber Kirchen-musik (Idées
et remarques sur la musique d'église), dans
l'écrit périodique intitulé : Eutonia, 1830,
t. IV, pages 1-10.
GOERRES (Jacques-Joseph), docteur et
professeur de philosophie à Munich, précé-
demment à Coblence, est né dans celte dernière
ville, le 25 janvier 1776. Au nombre de ses
ouvrages, il en est un qui a pour titre : Apho-
rism iiber die Kunst (Aphorismes sur l'art),
Coblence, 1814, in-8°. Ce livre renferme des
idées d'un ordre élevé concernant la musique.
Gœrresest mort à Munich, le 29 janvier 1848.
GOES (Damien DE), historiographe portu-
gais, naquit en 1501, au bourg d'Alenquer,
d'u-ne famille noble el distinguée. Après qu'il
eulfait, sous d'habiles maîtres, de bonnes étu-
des qu'il termina à l'Université de Padoue, les
rois de Portugal don Sébastien et Jean III
l'employèrent dans diverses négociations en
France, en Italie, près du pape Paul III, qui
l'honorait de sa bienveillance, en Suède, en
Pologne et en Danemark. Retiré dans les Pays-
Bas pour s'y livrer à ses travaux littéraires, il
vécut particulièrement à Louvain, où plusieurs
ouvrages de sa composition ont été imprimés.
Quelques petits voyages qu'il fit en Hollande
et en Allemagne lui procurèrent la connais-
sance d'Érasme et de Glaréan, dont il fut l'ami
pendant le reste de sa vie. Ce fut dans les con-
versations qu'il eut à Fribourg avec ce dernier
46
GOES — GOETZ
qu'il eut occasion de lui faire apprécier ses
profondes connaissances dans la musique. De
retour en Portugal, de Goes fut nommé par le
roi Jean III historiographe du royaume, et
garde-major de la tour de Tombo, emploi con-
sidéré comme une des premières charges de
l'État. Il mourut à Lisbonne, au mois de dé-
cembre loGO, à rage de cinquante-neuf ans.
De Goes savait le grec, le latin, l'arabe, l'éthio-
pien, et parlait les langues modernes de l'Eu-
rope avec beaucoup de facilité. On a de lui
beaucoup de bons ouvrages sur l'histoire et les
antiquités, qui ont été imprimés à Louvain, à
Cologne, à Paris et à Lisbonne. Ses études
dans la musique avaient été celles qu'aurait
pu faire un maître de chapelle. Il jouait bien
de plusieurs instruments. Glaréan a inséré
dans son Dodecachordon un motet (/Ve Ixteris
inimica mea) à trois voix (p. 264), qui est bien
écrit, dans la manière de Josquin Deprès, et
qui n'a d'autre défaut qu'un peu de nudité
dans l'harmonie. Le catalogue de la bibliothè-
que de musique du roi de Portugal, publié à
Lisbonne par Craesbeke, indique beaucoup de
compositions de de Goes qui y étaient conser-
vées. Machado dit, dans sa Bibliothèque (t. P"",
p. 617), que ces ouvrages étaient exécutés avec
succès dans les églises portugaises. On trouve
un motet à six voix de la composition de de Goes
dans le rarissime recueil intitulé : C'antiones
septem, sex et quînque vocum. Longe gravis-
simse juxta ac amcenissîma; , in Germania
maxime hactenus typis non excusa , Au-
guslœ Vindelicorum, Melchior Kriesstein ex-
cudebat, 1545, petit in-4'' obi. Les autres mu-
siciens dont il y a des morceaux dans ce recueil
sont : Dietrich, Noé, Maislre Jan , Adrien
Willaert, Josquin Deprès, Lupi, Claudin, Til-
man Susato, Consilium,Benedict, JeanHeugel,
Morales, Jorius Wender, Thomas Crequillon,
Hesdin, Jacquet, et plusieurs anonymes. De
Goes a laissé en manuscrit un livre intitulé :
Tractado theorica du Musica, cité avec d'au-
tres ouvrages par le chevalier d'Oliveyra.
GOETHE (Jean-Wolfcaivg), illustre poëte
allemand, né à Francfort-sur-le-Mein, le 28
août 1749 , est mort à Weimar, le 22 mars
18-32. La biographie de cet homme célèbre,
l'histoire de ses idées, de ses travaux et de son
influence sur la langue et la littérature de l'Al-
' Icmagne, n'appartiennent pas à mon livre : il
n'est mentionné ici que pour sa correspon-
dance avec Zelter (voyez ce nom), qui a été i)u-
hliée sous ce titre : Briefwechsel zwiscfien
Gœthc und Zelter in den Jahren 1796 bis
18Ô2, herausgcgeben von Dr. FriedTf'iih.
iî^■e?ner (Correspondance entre Gœthc et Zelter,
dans les années 1796 à 1852, publiée par le
docteur Fr.-W. Riemer), Berlin, 1833, six vo-
lumes in-8». On lit avec intérêt, dans cette
collection, quelques lettres où Gœthe expose
ses idées sur la musique, et ses opinions con-
cernant le mérite de quelques compositeurs.
GOETHE (WalterDE), petit-fils du pré-
cédent, né à Weimar, en 1816, s'est fait con-
naître par des essais de composition en différents
genres. En 1839, il a fait représentera Vienne,
puis à Weimar, un opéra en un acte, sous le
titre de : Ânselmo Lancia; cet ouvrage n'ob-
tint pas de succès. En 1846, un opéra en trois
actes, du même compositeur-amateur, intitulé :
der Gefangen voti Bologna (le Prisonnier de
Bologne), a été joué au théâtre de Weimar. On
connaît aussi, sous le même nom, des recueils
de Lieder avec accompagnement de piano ,
op. 1, Leipsick, Breilkopf et Hsertel, op. 14,
Tienne, Ilaslinger, et quelques œuvres pour le
piano.
GOETTING (Valentin), écrivain sur la
musique, né à Witzenhausen, dans la Thu-
ringe, paraît avoir vécu à Erfurt, dans la
deuxième moitié du seizième siècle. Il a publié
un livre élémentaire sur la musique, dans lequel
il a résumé en neuf tableaux la doctrine de
Glaréan, concernant les douze modes de la to-
nalité du plain-chant. A la suite de ces ta-
bleaux, on trouve quelques morceaux à trois
et à quatre voix, dans le style fugué. L'ouvrage
a pour titre : Compendium musica; modula-
tivx, Erfurt, 1587, in-8°. Cette édition est la
deuxième : j'ignore la date de la première.
GOETTIJ^G (Hekri), pasteur àClettstadI,
près de Francibrl-sur-l'Oder, au commence-
ment du dix-septième siècle, est auteur d'une
musique à quatre voix sur le catéchisme de
Luther, avec une instruction élémentaire, pu-
bliée sous ce titre : Catechismus Lutheri
von JFort zu TFort in vier Stimmen schoen
und liehlich componirt, beneden einem £e-
richt, wie junge Knaben und Maedchen in-
nerhalb 12 Stunden in Musicam begriefen
koennen. Francfort, 1605, in-S".
GOETTLE (jEAiv-3lELciiioR), maître de
chapelle de la cathédrale d'Augsbourg, dans la
seconde moitié du dix-septième siècle. Il a fait
imprimer dans cette ville, en 1670, un recueil
de messes concertées de sa composition.
"GOETZ (François), violoniste et compo-
siteur, né en 1755 à Straschelz, en Bohême,
fit ses études musicales et littéraires comme
enfant de chœur chez les Jésuites du Mont-
Sacré, lires de Pribram, et ensuite au sémi-
GOETZ - GOETZE
47
naire de Saint-Wenceslas. Après qu'il eut <5lé
gradué bachelier, il fit un cours d'histoire
ecclésiastique à l'Université de Prague, dans
l'intention d'enirer dans l'ordre de Saint-
Benoît; mais il changea ensuite de projet, et se
rendit à Brlinn, où la place de premier violon
du théâtre lui avait été offerte. Après avoir
passé quelques années dans cette ville, il voya-
gea dans la Silésie , et y fut employé comme
cher d'orchestre dans les églises de plusieurs
ahhayes. Dans un séjour qu'il fit à Breslau, il
y fil la connaissance de Dittersdorf qui lui pro-
cura la place de chef d'orchestre dans la cha-
l)ellc de Johannisberg. Après que cette cha-
I)elle eut été dissoute, Gœtz retourna à Breslau
et s'y fit entendre à l'occasion du couronne-
ment du roi Frédéric-Guillaume. Rappelé en-
suite à Brdnn par le baron kaschnitz, il y fut
chargé de la direction de l'orchestre du théâtre ;
mais il ne garda pas longtemps cette position,
car, en 1787, il fut nommé maître de chapelle
de l'archevêque d'Olmutz. C'est dans cette place
qu'il a écrit la plupart de ses ouvrages, lesquels
consistent en symphonies pour l'orchestre ,
concertos, sonates, trios et duos pour le violon.
Toutes ces productions sont restées en manu-
scrit. Quelques-unes de ses symphonies ont été
exécutées à Prague aux couronnements des
empereurs Léopold II, en 1791 , et François !<'''
l'année suivante. Gœtz vivait encore à OlmUtz
en 1799, suivant le Dictionnaire des artistes
{Kunstler Lexikon) de Mensel (tomel, p.â97).
Les renseignements manquent sur sa personne
depuis cette époque.
GOETZE (George-Hes-ri), ministre luthé-
rien, né à Leipsick, le 11 août 1667, fit ses éludes
aux universités de Wittenberg et de Jéna.
En 1688, il fut professeur adjoint à Witten-
berg, puis prédicateur à Burg en 1690 ; il rem-
plit l'année suivante les mêmes fonctions à
Chemnitz, fut appelé à Dresde, en 1694, puis à
Annaberg, enlC97,et enfin à Lubeck,en 1702.
Il mourut dans celte dernière ville, le 23 avril
1728, et selon d'autres biographes, le 23 mars
1729. On a de ce savant théologien quelques
ouvrages où l'on trouve des choses utiles pour
l'iiistoire de la musique; ils ont pour titre :
1° De Odio pontificiorum in hymnos ecclesia;
Zw(/(crana?, Dresde, 1702, in-4''. '2" De Hynmis
et hymnopœis Lubecensibus, hoc est Liibec-
hische Liedcrhistorie y Luheck, 1709, in-4'' de
ô2 pages, réimprimé à Lubeck , en 1721. Il y
a des exemplaires de la même date dont le
frontispice a élé changé et dont le titre est :
Sendsckreibcn on den Iferrn Fcrfasscr des
evainjelisdwn Liederschatze... Jo. -Christ. I
Olearius. Cette dissertation, adressée à Jean-
Christophe Olearius, renferme de curieux dé-
tails sur les chants locaux de Lubeck. Gœtze a
réimprimé l'oraison funèbre du chantre Los-
sius, parBachmeister, dans ses Elogia Germa-
norum qiiorumdam Theolog. sœculi XVI
et XFIl, Lubeck, 1708, in-S" {voyez Bacu-
meister).
GOETZE (Jean-Melchior) , docteur en
théologie et conseiller du consistoire d'Hal-
berstadt, naquit en Thuringe, vers le milieu
du dix-septième siècle. En 1083, il fut appelé
aux fonctions de prédicateur de l'église Saint-
Martin, à Halberstadt, fut vice-surintendant
en 1707, et conseiller du consistoire en 1716.
Il mourut en 1728. Gœtze est auteur d'un
éloge de Werkmeister, organiste et écrivain
sur la musique {voyez Werkmeister), qui a élé
imprimé sous ce titre : Der weit beriihmte
Dlusicus und Organista ivurde bei Irauriger
Leich-Bestellung des weyl. Edlen und Kunst-
Hoch-erfahrnen Herrn Andréas Werkmeis-
ter, etc., in einer Sland-Rede dargeslellt,
Halberstadt, 1707, 2 feuilles in-8".
GOETZE (Nicolas), claveciniste et violo-
niste à Rudolsladl, fut d'abord au service du
prince de Waldeck. Il demeurait à Augsbourg
vers 1740, et y fit paraître une sonate pour le
clavecin avec accompagnement de violon; il
en annonçait alors cinq autres, qui ne parais-
sent pas avoir été publiées.
GOETZE (jEAJi-NicoLAS-CoNRAD), violo-
niste et compositeur, est né à Weimar, le 1 1 fé-
vrier 1791. Dès son enfance, il montra d'heu-
reuses dispositions pour la musiqu^, qui déci-
dèrent son père, membre de la chapelle de la
cour, à lui faire donner, à l'âge de sept ans, des
leçons de violon, de clavecin et d'harmonie.
Ses progrès furent si rapides, que le maître de
chapelle Rranz en fut émerveillé et recom-
manda cet enfant à la grande duchesse Amélie.
Généreuse autant que sensible aux beautés de
l'art, la princesse admit le jeune Gœtze à ses
soirées musicales, et l'encouragea par ses bien-
faits. Parvenu à l'âge de quinze ans, il possédait
déjà un talent remarquable sur le violon. Un
comte polonais, qui l'avait entendu à la cour,
lui proposa de le suivre à Leipsick, où le jeune
artiste se fit entendre avec succès. Après quel-
ques mois de séjour dans cette ville, Gœlze
retourna à Weimar et y entra dans la chapelle
ducale, vers la fin de 1806. La grande-duchesse
Amélie étant morle peu de temps après, Gœtze
trouva une autre prolectrice non moins géné-
reuse dans la grande duchesse héréditaire
Marie Paulowna, qui l'envoya, à ses frais, pcr-
43
COETZE — GOLD
f<iClionner son talent sous la direction de
Spohr, et plus lard le confia aux soins de
A. E. Muller, à Weimar, pour l'étude de la
composition. Ce fut près de ce maître qu'il
écrivit ses premiers quatuors qui, quelques
années après, furent publiés à Leipsick, chez
Breitkopf et Haertel, ainsi qu'un concerto qu'il
exécuta aux concerts de la couravec un brillant
succès, et qui lui fit obtenir de sa noble pro-
tectrice une pension pour se rendre à Paris,
où il arriva en 1813. Nonobstant les agitations
de cette époque désastreuse pour la France, et
bien qu'il eût été obligé de servir dans la garde
nationale parisienne, il put être admis au Con-
servatoire, par l'intervention du comte de
Saint-Aignan, ambassadeur de France près des
cours saxonnes, pour y recevoir des leçons de
violon de Kreutzer, et de contrepoint de Che-
rubini. Après un séjour de huit mois^à Paris,
Gœtze retourna à Weimar, d'où il ne s'est
éloigné deux ou trois fois que pour des voyages
d'art, particulièrement à Vienne, où il a brillé
comme violoniste. Quelques opéras qu'il fit
jouer au théâtre deWeimarjustifièrent parleur
succès la haute protection dont l'artiste avait
été l'objet jusqu'alors. En 1820, la place de ré-
pétiteur du théâtre de la cour lui fut donnée,
et il la remplit avec intelligence. En 1848,
Gœtze a été admis à la retraite.
Cet artiste a beaucoup écrit en différents gen-
res de musique. Son premier opéra, intitulé : le
Marché , ioué en 1819, fut accueilli avec fa-
veur. Il fut suivi à.'' Alexandre en Perse, en
quatre actes, qui, au moyen de quelques chan-
gements et de coupures bien faites, eut un bon
nombre de représentations et fut repris plu-
sieurs fois avec succès. En 1822, Gœtze fit
jouer, à Weimar, l'Oracle, qui fit une vive
impression sur le public. La grande-duchesse
témoigna sa satisfaction au compositeur par le
don d'une riche tabatière en or. Enfin, en 18ô4,
il donna, au même théâtre, le Gallego, opéra
romantique en quatre actes, qui fut l'objet de
beaucoup de critiques et d'autant d'éloges dans
les journaux de musique. Gœtze a écrit aussi
la musique de plusieurs vaudevilles et mélo-
drames. On a de lui des ouvertures pour l'or-
chestre; un quatuor brillant pour des instru-
ments à cordes, œuvre 2, Leipsick, Breitkopf et
Hsertel; trois autres quatuors idem, op. 3,
ibid.; des variations pour violon avec accom-
jiagnement; dix trios faciles pour deux violons
et violoncelle, Weimar, Voigt; des œuvres de
différents genres pour piano; des Lieder, etc.
Un frère de cet artiste (Benjamin Gœtze) a été
musicien de ville à Jéna.
GOETZEL (François-Joseph), flûtiste dis-
tingué de la chapelle de l'électeur de Saxe, à
Dresde, occupait cette place en 1756. Il a laissé
en manuscrit six concertos pour la flûte, et
quelques trios pour le même instrument.
GOEZ (...), facteur d'orgues, vivait en
1G80. Il a construit à Farlh, dans la princi-
pauté d'Anspach, un instrument de vingt-
quatre jeux, avec deux claviers et pédale.
GOFFEU (Jeas), facteur d'orgues, vivait
à Striegau, au commencement du dix-septième
siècle. Il a construite Reichenbach, en 1632,
un orgue de vingt-deux jeux, trois claviers et
pédales.
GOGAYIN (Antoine-Hermann) , ou GO-
GAVA,né à Grave, Brabant hollandais, dans
la première partie du seizième siècle, exerça la
médecine à Venise, où il se lia avec le célèbre
musicien Zarlino, qui l'engagea à traduire
quelques-uns des auteurs grecs qui ont traité
de la musique. Gogavin suivit ce conseil, et
publia une traduction latine des traités d'Aris-
toxène, de Ptolémée, et de quelques fragments
d'Arislote et de Porphyre. Son travail a paru
sans les textes originaux sous ce titre : ^iris-
toxeni musici antiquissiini Harmonicorum
elementorum Libri III. Ptolemsi Harmoni-
corum, seu de musica Lib. III. Omnia nunc
primum latine conscripta et édita. Venetiis,
1552, in-4". Les manuscrits dont Gogavin s'est
servi pour son édition étaient peu exacts, et sa
traduction n'est pas bonne; mais elle a été
pendant plus d'un siècle la seule qu'on eût des
ouvrages d'Aristoxène et de Ptolémée. Les
versions de Meibomius et de Wallis {voyez ces
noms), ont fait oublier la sienne. Le P. Mar-
tini indique, dans le troisième volume de son
Histoire de la musique {p. 250), une autre édi-
tion de la traduction de Gogavin, sous la date
de 1572 : je crois qu'il y a erreur ou faute ty-
pographique dans cette citation, et que cette
édition de 1572 n'existe pas.
GOGUET ( Antoine-Yves ), savant juris-
consulte, né à Paris, le 18 janvier 1716, mort
de la petite vérole, le 2 mai 1758, est auteui*
d'un très-bon livre, pour l'époque où il fut
composé, lequel a pour titre : De l'oriyine des
lois, des arts et des sciences, et de leurs pro-
grès chez les anciens peuples. Paris, 1758,
3vol.in-4<'; ibid. ,G\ol. in-12.Il y en a deux
autres éditions, la première de 1778, 6 vol.
in-12, l'autre de 1809, 3 vol. in-S". Ce qui
concerne la musique est la partie la plus faible
de cet ouvrage.
GOLD (Leonuard), violoniste et composi-
teur, né à Odessa, en 1818, reçut dans cette
GOLD — GOLDINGHAI\I
49
ville sa première éducation musicale, puis fui
envoyé par ses parents au Conservatoire de
Vienne pour y achever ses études. Sorti de
celle école en 18r30, il étonna les connaisseurs
par la pureté de son jeu et le brillant du mé-
canisme de son archet, dans les concerts où il
se (it entendre. Dans la même année, il fit
exécuter à Vienne une ouverture de sa compo-
sition. Il avait écrit aussi un opéra italien qui
fut représenté à Odessa en 1837, après le re-
tour du compositeur en cette ville. En 18Û9,
Gold voyagea en Russie pour y donner des con-
certs. De retour dans sa ville natale en 1840, il
a été mis en possession de la place de violon
solo au théâtre. On manque de renseignements
sur la suite de la carrière de cet artiste.
GOLBAST DE HEIMII^SFELD {^U.l-
ciuor.), hislorien et jui'isconsullc, né à lisperi
en Suisse, près de BischoffzeU, le 6 janvier
1570, vécut dans la misère à Genève et à Lau-
sanne, et mourut à Giessen, dans la princi-
paulé de Ilesse-Darmstadt, le 11 août 1635.
Dans l'ouvrage qu'il à publié sous ce titre : ^la-
vianicarum Rerum Scriplores , etc. (Franc-
fort, 1606, 5 v. in-fol.), il a traité de l'inven-
tion, des transformations, de la rénovation et
de la perfcclion de la musique. Il la divise en
musique chorale et musique mesurée.
GOLDBACK (Chréïie!s), conseiller du roi
de Piusse à Rœnigsberg, et membre de l'Aca-
démie de sciences de Péieisbourg, s'est fait un
nom honorable parmi les mathématiciens par
les mémoires qu'il a fournis aux actes de cette
académie dans les années 1728-1744; sa mort
paraît être arrivée vers cette dernière année.
Dans les Acta Erudilorum de 1717, il a fait
insérer (p. 114), un morceau intitulé : Tempe-
ramentum musîcum universale.
GOLDBEUG { Jean-Gottlieb ou Théo-
j'iiiLt), musicien au service du comte de Eruhl,
à Dresde, en 1757, paraît avoir vécu de 1720
.1 1760. Il a été considéré en Allemagne comme
un des meilleurs élèves de Jean-Sébastien Bach.
Reichardt a donnédegrands éloges à son talent ;
il le considérait comme un musicien d'un ordre
su|)érieur. Son caractère était mélancolique;
on l'accusait d'égoïsme et d'orgueil. Tout ce
qu'il a écrit est d'une grande dilTicuité, dans
la manière de Bach ; pourtant il avait l'habi-
tude d'appeler ses ouvrages des bagatelles
pour les dames. On connaît de lui en ma-
nuscrit plusieurs concertos pour le clavecin,
dont un en nu bémol, et un autre en r« mi-
neur, des préludes et fugues i)0ur le clavecin,
vingl-ciuatro polonaises, une sonate pour le
clavecin avec un menuet et douze variations,
BlOCr,. liMV. DES MUSICIE.NS. T. IV
et six trios pour fiiile, violon cl basse. La Bil)lio-
thèque royale de Berlin possède de cet artiste
des préludes et fugues pour clavecin ou orgue,
et en manuscrits originaux, un motet allemand
à six voîx, deux violons, deux altos, basse et
orgue, ainsi que le 12""= psaume à quatre voix,
deux violons, alto et basse.
GOLDlîERG (il.), canlor à la synagogue
de Brunswick et professeur de la population
Israélite de celle ville, est auteur d'un recueil
intitulé : Gcsxnye fur Synagogett (Chants
pour les Synagogues), Brunswick, 1843, in-S".
Une deuxième édilion de ce recueil a été
publiée en 1845, et une troisième en 1853, avec
une préface do M. Freudenlhal, directeur de
musique dans la même ville. Bien que le lilre
soil en langue allemande, tous les chants sont
sur le texte hébreu.
GOLDHOiiN (.Je.v"!-David), docteur et
professeur de théologie, [)asteur de l'église
Saint-Nicolas, à Leipsick, naquit à PUchau,
près de Wurzen, le 12 septembre 1774, et
mourut à Leipsick, le 23 octobre 1836. On a
de lui une dissertation sur la musique d'église
intitulée : Fin Wansch fur die Kirchlich Ju-
helfcier der Augslmrgischen, Confession in
musikalischer lîinsicht (Un désir en ce qui
concerne la musique dans la fêle jubilaire des
églises de la confession d'Augsbourg). Celte
dissertation a paru d'abord dans la Gazelle des
églises [Kirchen Zeitung) , de Zimniermann,
en 1829, puis a été réimprimée dans l'écrit
musical périodique intitulé : der Eutonia,
1830,1. III, p. 187-200.
GOLDIiVGHAM (Jean), major du génie
à Madras, a rendu compte d'expériences faites
sur la vélocité du son aux forts Saint-Georges
et Saint-Thomas de Madras, avec des canons
de 24, chargés de huit livres de poudre à la dis-
lance d'environ quatre mille huit cents toises.
On trouva que la vitesse du son était entre
mille quatre-vingt-dix-neuf et onze cent
soixante-quatre pieds anglais par seconde.
Les chronomèlres dont on se servait étaient
d'Arnold, et l'on tenait note de l'état du baro-
mètre, du thermomètre et de l'hygromètre.
Cette vitesse est, beaucoup moins ra[)ido que
celle qui fut observée dans des expériences
faites, en 1822, entre Monllhéry et Villejuif,
l)ar des membres de l'Institut de France. Le
Mémoii'e de M. Goldingham a été publié sous
ce lilre : Expcriments for ascertaining tlœ
velocity of Sound, at Madras, dans les An-
nals of Philosopky de Thomson (se[)t. 1823,
p. 201), cl dans la première partie des Tran-
sactions philosophiques, de la même année.
4
KO
GOLDNER — GOLLMICK
GOLDIVER (Madame Aucustine DE), can-
tatrice distinguée, née à Fiancfort-sur-le-
Mein, le 5 mars 1797, est la fille de madame
Ëngst, actrice remarquable du théâtre alle-
mand. Après la mort de sa mère, elle fut adop-
tée par madame Aschenbrenner, autre actrice
renommée en Allemagne, et ses études furent
dirigées vers la carrière du théâtre, dès sa
plus tendre enfance. Dans les rôles d'enfant
qu'elle remplissait, elle se fit remarquer de
bonne heure : on ne la désignait alors que sous
le nom de la gentille petite aux cheveux
noirs. Après avoir fait des études de chant
sous la direction de Danzi, elle parut avec
succès sur les théâtres de Stutlgard et de Ham-
bourg. La beauté de sa voix et l'expression de
son chant dramatique la rendirent bientôt
célèbre en Allemagne, et les journaux retenti-
rent d'éloges accordés à son talent. A Ham-
bourg, elle épousa l'acteur Rrtiger, puis, sous
le nom de madame RrUger-Aschenbrenner,
elle parcourut l'Allemagne, chanta à Vienne,
à Munich, à Berlin, et se fit partout applaudir
dans Otello, le Freyschiitz , la Famille suisse,
et autres grands ouvrages des théâtres italien
et allemand. Les biographes de l'Allemagne ne
s'expliquent pas sur les motifs qui la firent se
séparer de son premier mari, mais ils disent
que ce fut après cette séparation qu'elle fut en-
gagée, en 1819, au théâtre de la cour à Darm-
stadt. Après la mort du grand-duc, en 1831,
ce théâtre cessa d'exister, et madame RrUger-
Aschenbrenner se retira avec une pension
considérable de la cour. Elle a épousé vers le
même temps M. de Goldner, écuyer du grand-
duc, et vivait encore à Darmstadt, en 1837.
GOLDSCIIAD (Gottiulf-Conrad), pas-
leur, à Leubnitz, né à Posendorf, près de
Dresde, le 18 mai 1719, fit ses études à Wit-
tenberg, fut nommé, en 1744, régent du Col-
lège de la Croix, à Dresde, puis, en 1730,
recleurà Sainte-Anne. Il perdit, en 1760, tout
ce qu'il possédait, avec sa bibliothèque, par
les dévastations du siège de cetteville.Enl7Cô,
il fut nommé pasteur à Leubnitz. Comme rec-
teur de Sainte-Anne, il a publié à Dresde, en
1731 , un programme académique intitulé :
Chorus musicus gloriam Chrisli celebrans
ex ps. 68.26.
GOLDSCIIMIDT (Sicismond), pianiste et
compositeur, né à Prague, le 28 septembre
1815, a fait ses éludes musicales dans cette
ville et a reçu des leçons de i)iano de Drey-
schock. Après avoir résidé à Berlin pendant
les années 1845 et 1844, il a vécu à Paris de
1845 à 1849, puis il est retourné à Prague. Cet
artiste distingué a l'ait exécuter dans cette
ville, en 1839, une ouverture intitulée : Romeo
et Juliette. Une deuxième ouverture, qui a
pour titre : Friihlingsgenuss (les Plaisirs du
printemps), fut exécutée avec succès à Prague,
en 1843, puis à Berlin et à Leipsick, et, enfin,
M. Goldschmidt en fit entendre une troisième,
intitulée Ondine, dans cette dernière ville.
On a publié de sa composition des études pour
piano, œuvres 4 et 13; des sonates pour le
même instrument, œuvres 3 et 8 ; des pièces de
différents genres, et des Lieder avec accom-
pagnement de piano. M. Goldschmidt est
membre de l'Académie des beaux-arls de
Stockholm.
GOLDSCHMIDT (Otto), pianiste et com-
positeur, né à Hambourg, en 1829, a fait ses
études musicales au Conservatoire de Leipsick.
Ses maîtres ont été Mendelsohn et M. Haupt-
mann. Après avoir terminé son éducation
musicale, il est parti pour l'Amérique septen-
trionale. Pendant son séjour aux États-Unis,
on a publié de sa composition un concerto
pour le piano, diverses pièces, pour le même
instrument et des Lieder. Cet artiste a épousé
la célèbre cantatrice Jenny Lind.
GOLDSCnMIDT (M™-^); voyez Li>d
(Jenny).
GOLDWIN (Jean), ou GOLDING, lut
élève du docteur Child, et lui succéda au mois
d'avril 1697, comme organiste de la chapelle
de Saint-Georges à Windsor. En 1703, il joi-
gnait à cette place celle de directeur du chœur
de la même chapelle. Il conserva ces emplois
jusqu'à sa. mort, qui arriva le7novembre 1719.
Il a laissé plusieurs antiennes à quatre voix de
sa composition; le docteur Boyce en a publié
une {I hâve set Godalways before me); deux
autres ont été insérées dans l'^armon/a sacra
de Page.
GOLLMICK (CnAiiLEs), fils d'un acteur de
l'Opéra allemand, né à Dessau,lel9mars 1790,
reçut sa première éducation à Cologne, oii
Bernard Rlein fut son condisciple. La vie
aventureuse de théâtre que suivait son père
interrompit souvent ses études. En 1812, il alla
jtour la seconde fois à Strasbourg. Il y fit un
cours de théologie, et vécut en donnant des
leçons de latin et de musique. Pendant qu'il y
continuait ses études sérieuses, il apprit la
composition sous la direction du maître de
chapelle Spindler. Dès son enfance, il avait
montré beaucoup de dispositions pour cet art;
il n'était âgé (jue de onze ans lorsqu'il [)ublia
son premier recueil de six chansons, chez
André, à OlTenbach. Organiste et pianiste assez
GOLLMICK — GOMDEPvT
Kl
habile, il se faisait entendre avec succt's dans
les églises et dans les concerts. En 1817, il se
rendit à Francfort où il donna des leçons de
langue française pour vivre. Bientôt après,
Spohr rengagea comme timbalier à l'orchestre
du thcâtrc de cette ville; il se maria, et vécut
plusieurs années dans celle position. Plus tai'd,
il a fait un séjour de plusieurs années à Lon-
dres; mais il est retourné vraisemblablement
en Allemagne, car on a publié de lui un petit
ouvrage en deux parties, sous ce titre : Hand-
lexikon der Tonkunst (Dictionnaire portatif
de musique), Offenbach, André, 1857, 1 vol.
petit in-8". La deuxième partie de cet ouvrage
renferme des notices abrégées de musiciens.
On a de cet artiste : 1" Des rondeaux et
nnlres pièces pour le piano à quatre mains,
op. 10, 14, 19, 23, Offenbach, André. 2" So-
nates pour piano seul, op. 9 et 11. ô" Des
polonaises et des pots-pourris idem, op. 12,17,
20, ibid. 4" Des thèmes variés, op. 8, 13, 15,
10, 18, 22, ibid. 5» Des chansons allemandes,
avec accompagnement de piano ou de guitare,
ibid. Mais c'est principalement comme cri-
tique que M. Gollmick s'est fait connaître, par
des articles relatifs à la musique, qu'il a fait
insérer dans plusieurs journaux. Ces articles
se font en général remarquer par leur ton sa-
tirique. Cet artiste a aussi publié une sorte de
dictionnaire de musique sur un nouveau plan ;
l'ouvrage a pour titre : Crilische Terminolo-
gie fur Musiker und Musikfreunde (Termi-
nologie critique pour les musiciens et les amis
de la musique), Francfort-sur-le-Mein, 1833,
in-8" de 225 pages. Il y en a une deuxième
édition publiée à Francfort-sur-le-Mein, en
1859, gr. in-12 de XII et 232 pages. Ce livre
est divisé en six classes de mots : la première
renferme les termes qui se rapportent aux di-
verses modifications du son; la seconde, aux
mots relatifs à la mesure et au rhythme; la
troisième, à ceux qui indiquentle caractère des
morceaux de musique; la quatrième, à l'ex-
pression ; la cinquième, aux termes généraux;
la sixième, aux choses historiques. Un index
des mots renvoie pour chacun à la page où il
se trouve. On connaît aussi de cet auteur :
Miisikalische Novellen und Silhouelten (Nou-
velles et Silhouettes musicales). Zeitz, Schofer-
decker, 1842, in-S"; une notice nécrologique
sur Guhr, Francfort, 1849, in-8'', et quelques
auli'es opuscules de peu d'importance.
GOLTEUHIAIMX (Georges), violoncelliste
et compositeur, est né à Hanovre en 1832.
Après avoir vécu quelque temps à Munich, il a
occupé une place de directeur de musi(iue à
Wurzbourg, puis s'est établi à Francfort stir-
le-Mein, où il est en ce moment (1800). On a
publié de sa composition un concerto pour
violoncelle, ainsi que différentes pièces pour
le même instrument, quelques sonates pour
piano et violoncelle et des Lieder. Une sym-
l)honie écrite par ce jeune artiste a été exécutée
dans les concerts de Leipsick.
GOMAIV'T (L'abbé), curé de Pervenchères,
au diocèse de Séez (Orne), précédemment curé
de Sainl-Symphorien-des-Bruyères, au même
diocèse, est auteur d'un livre qui a pour titre :
Manuel du chantre, contenant une nouvelle
méthode de plut n-chant; les éléments com-
parés de la musique et du plain-chant musi-
cal; un ample recueil depièces diverses, dont
beaucoup décomposition îiouvelle j etc., Paris,
Langlois et Leclerc (sans date), un vol. in-12,
deuxième édition ; la première a été publiée en
1837. Il y en a eu une troisième, publiée à
Paris, chez Langlois et Leclerc, 1844, un vol.
in-12. Ce livre est un des plus mauvais ouvia-
ges qui aient été publiés sur le même sujet. Le
prétendu plain-chant musical, monstruosité
mise en vogue dans certaines provinces de
France, en est la base.
GOMART (Cuahles-Marie-Gabriel), che-
valier de la Légion d'honneur , né à Ilam
(Somme), le l*^-" juillet 1805, a fait ses études
au collège de Soissons. Fixé à Saint-Quentin
depuis 1838, il a occupé ses loisirs par des tra-
vaux relatifs aux arts, à l'histoire et à la litté-
rature. 3Iusicien amateur, président de la so-
ciété de l'orchestre du théâtre de Saint-Quentin^
pendant plusieurs années; il a publié, d'après
des documents originaux, des Notes histori-
ques sur la Maîtrise de Saint-Quentin et sur
les célébrités musicales de celte ville, ouvrage
qui peut fournir des renseignements intéres-
sants pour l'histoire de la musique au seizième
siècle, dans le nord de la France (1). Les autres
ouvrages de M. Gomart, ainsi que ses nom-
breux mémoires insérés dans des collections
académiques et dans des revues périodiques,
ne concernent pas l'objet de ce dictionnaire.
GOMBERT (NrcoLAs), un des plus célèbres
compositeurs belges de la première moitié du
seizième siècle, naquit à Bruges (Flandre occi-
dentale), suivant ce que nous apprenons du
tilre de l'édition du premier livre de ses molel«
à quatre voix, publiée à Venise, chez Jérôme
Scolto, en 1540, sous ce titre : IVicolai Gom-
(1) Ces notes ont été publiées ihins les /liino/cJ </e /a
Soeiélé acadéJiiique de Saint-Quentin, tome \Hl' (ISjO),
pr-f^'eSli, et dans le l'r volume des Éludes Saint-Quenu-
nuiies, nniie -Ul-
52
GOMBERÏ
berti Flandri Brugensis miisici excdlentis-
sinn Motettoriim quatuor vocum liber pri-
mus. L'abbé Baini s'est trompé lorsqu'il a fait
deGombert un prédécesseur de Josquin Deprès
{Mem. stor. crit. délia vita e délie opère dl
Giov. Pierluîgi da Pahslrina, 1. 1"", p. 530),
dont il fut au contraire l'élève, et en le faisant
vivre en 1460. La preuve que Gombert a été le
disciple de Josquin Deprès se trouve dans la
Déploration de Gérard Avidius, de Nimègue,
sur la mort de ce maître célèbre, et par le té-
moignage d'ilermann Fink. On sait en effet que
cette même Déploration a été mise en musique
à six voix par Gombert. L'époque précise de la
naissance de cet excellent musicien n'est pas
connue : les écrivains belges qui ont vécu de son
temps se taisent sur ce point. Il ne paraît pas
qu'il ait vu le jour avant les dernières années
du quinzième siècle, ni peut-être avant les
premières du seizième siècle; car son nom ne
paraît dans aucun recueil de compositions
publié antérieurement à 1330. La plus ancienne
collection de motets où l'on trouve un morceau
de lui est le septième livre publié à Paris sous
ce titre : Liber septimus XXI III triunij qua-
tuor, qiiinque, sex vocwn modtdos Dominici
AdventuSj Nalivitatisqite, ac Sanctorum eo
iempore occurrentium habet; Parisiis,in vico
Citharae, apud Petrum Attaingnant, musices
calcographum, in-4''obl. Il n'y a point de date
à ce livre, mais le buitième ayant paru en
1334, celui-ci doit être delà même année.
Gombert était ecclésiastique. Il paraît qu'il
fut attacbé d'abord au chœur de l'église Notre-
Dame, d'Anvers, si toutefois c'est lui qui est
désigné dans les registres de cette ancienne
collégiale, sous le nom de Maître Nicolas.
Thuringius (1), Walther (!2), Gerber (ô) et Kie-
.sewetter (4), disent que Gombert fut maître de
chapelle de l'empereur Charles-Ouintj la même
qualité a été attribuée à Clément non papa et
à Thomas Créquillon ou Cricquillon {voyez ces
noms) ; mais personne n'a songé à examiner
en quel ordre ils auraient pu se succéder
dans cette position. Les incertitudes à cet égard
proviennent de ce qu'on n'a pas su qu'il y avait
trois chapelles de musique attachées à la mai-
son impériale : la première, à Vienne, au
(1) Opusc. P. II, cap. 4, p. 20.
(2) Musikalischfs Lexicon, p. 286.
(ô) Neues hist.-biogr. Lexikon der Tonkunstlei; II.
irt. Gombertus, col. 557.
(4) Die Verdienste der Nùderlander in die Tonhinsl,
p. Sb —Geschichte der Europ. AbenJtand. odtr unsrer
k'-imyen Musik, p. Jitj. — Caiatog. der Samml. aller Mu-
ùk. p. SG.
service de l'empereur; l'autre, à la cour du
même prince, comme roi d'Espagne, à Madrid,
et la troisième, à Bruxelles, moins nombreuse,
pour le service des princes gouverneurs des
Pays-Bas, au nom du même monarque. On
voit, dans la notice de Clément non papa,
qu'il fut maître de la chapelle impériale de
Vienne ; Gombert était, en ISoO et 1534, maître
des enfants de chœur de la chapelle de Madrid,
suivant les registres des archives du royaume
de Belgique. On ne trouve immédiatement
avant lui dans cette charge que Jacques Cham-
pion, qui succéda à Nicole Carlier, lorsque
celui-ci mourut, en 1326. C'est donc entre les
années 1326 et ISôO qu'il fut appelé aux fonc-
tions de maître des enfants de la chapelle, et
vraisemblablement vers cette dernière date.
Quelle était sa position dans cette chapelle au-
paravant? Vraisemblablement celle de simple
chantre, ainsi que l'avaient été précédemment
d'autres musiciens de la même chapelle avant
d'obtenir les positions de maître des enfants ou
de maître de chapelle. Gombertest qualifié sim-
plement du titre de musicien de l'empereur
(musicus imperatorius) au titre d'un de ses
ouvrages imprimé chez Gardane, à Venise, en
1331 ; mais l'éditeur était fort mal informé,
car il devait être élevé alors à la position de
maître de chapelle : il est cei tain du moins
qu'il n'était plus maître des enfants, puisqu'on
voit, dans les comptes de la chapelle, aux ar-
chives du royaume de Belgique, qu'un certain
Jean Taisnier occupait cette place en 1543.
D'autre part, Corneille Canis (voyez Crkouil-
I.0N, t. II, p. 288, note 1) était maître de la
même chapelle, en 1548 : Gombert n'y était
donc plus alors, et, sans doute, il avait obtenu
dans les Pays-Bas quelqu'un des bénéfices qui
étaient à la nomination de l'empereur; car il
vivait encore en 1336, si l'on s'en rapporte à ce
passage de la Practica musica d'ilermann
Finck, publiée dans la même année : « De nos
« jours il existe plusieurs nouveaux inven-
« teurs, parmi lesquels on distingue Nicolas
« Gombert, élève de Josquin, de pieuse mé-
« moire, et qui a montré à tous les composi-
« leurs le chemin et même le sentier pour
« trouver des fugues et toutes les subtilités (de
« l'art; enfin, qui a fait entendre une musique
« toute différente de la précédente. Il évite, en
■-<■ effet, les pauses, et sa composition est à la
« fois remplie d'harmonie et de recherches
« fuguées (1). »
(I) Nostro verc tcmpore novi sunl invcntores,inquibus
estlN'icol.ms Gomberl, Jusqiiini piœ memoriœ iliscipulus
qui omnibus iiiusicis osicndii >iaiii, iitio seniltaui jj
GOMBERT
53
Les éloges accordés à Gombcrt parllermann
Finck n'ont rien d'exagéré ; ce (juc j'ai examiné
et rois en partition parmi ses ouvrages m'a
fait voir que l'art d'écrire avec facilité dans le
style fugué et d'imitation le distinguait émi-
nemment. Il ne fut pas moins remarquable par
J'élévalion de son style dans certaines compo-
sitions dont les paroles ont un caractère grave,
genre de mérite bien rare et même à peu près
inconnu dans la première moitié du seizième
siècle. Gombert fut en cela le précurseur du
slyle de Paiestrina qui n'a rien produit de plus
beau que le Pater noster de ce musicien,
exécuté dans un de mes concerts histori-
ques, et qui a produit une profonde imi)res-
sion sur l'auditoire. Trois artistes belges de
la même époque sont cités par les auteurs con-
temporains comme les chefs d'école de cette
période de l'art ; ce sont : Clément non papa,
Créquillon (votjez ces noms) et Gombert.
Nonobstant le haut mérite des deux autres,
Gombert me paraît avoir des qualités de sen-
timent supérieures à ce qu'on trouve chez ses
émules. Il ajoute à ces avantages celui d'une
rare fécondité : on en peut juger par la liste
de ses ouvrages connus jusqu'à ce jour.
1» Il primo libro de' Motelti a quattro
voci, in-4'', sans date et sans nom de lieu. Le
nom de l'auteur est écrit Gomberth. Un exem-
plaire de cette édition est à la Bibliothèque
l'oyale de Munich. La deuxième édition a pour
titre : Nicolai Gomberti Flandri Brugensis
wnsi'ci excelleniissimi Moteitorum liber pri-
mus , Venetiis, apud Hieronymum Scofum,
1S40, in-4» obi. La troisième édition est inti-
tulée : Di Nie. Gombert il primo libro de'
Mottctli a quatlro voci , in Veneîia, apj).
Ant. Gardano (sîc), 1544, in-4'' obi. Ce pre-
mier livre a été réimprimé avec ce titre latin :
Nicolai Gomberti musici imperatorii Motec-
torum nuperrimi maxima diligentia in lu-
cem editorum liber prinms quatuor vocum,
Venetiis, apud Anlonium Gardanum, 153!,
in-4" obi. Je possède un exemplaire de ce pre-
mier livre, avec le titre italien, le nom du
même imprimeur et la date de 1550. Je n'ai
pu vérifier si c'est l'édition de 1544, avec un
nouveau frontispice, ou si c'est la même qu'on
a reproduite avec un litre latin, en 1551.
2'» Nicolai Gomberti Musici excelleniissimi
Pentaphthongos Harmonia, qux quinque vo-
cnm Motetta vulgo nominaniur. Additis
nunc ejusdem quoque ipsius Gomberti, nec
<iu;crcndas fugas ae subtilitatem, ac est autlior musices
plancdiversa; à supcriori. Is enim vitat pausas, et ilUus
composilioestplcnacum concordanliaruni tumfugaruni.
non Jachelti et Uloralis Motettis, etc. Liber
primus, Venetiis, apud Hieronymum Scotum,
1541, in-4" obi. Antoine Gardane a donné une
édition de ce livre de motets à cinq voix, en
1531, avec ce titre : Nicolai Gomberti musici
excellentissimi Motectorum cum quinque vo-
cibus liber primus, in-4'' obi. ô" Nicolai Gom-
berti Musici solertissimi Motectorum quinque
vocum maximo studio in lucem editorum
liber secundus, Venetiis, apud Hieronymum
Scotum, 1541. Une autre édition de ce second
livre a été publiée chez Antoine Gardane, en
1552, in-4». Il y a des exemplaires des deux
livres réunis, avec le nom du même impri-
meur, et la date de 1532. A° Nicolai Gomberti
Musici imperatorii Motectorum, nuperrime
maxima diligentia in lucem editorum liber
secundus, Venetiis, apud Hieronymum Sco-
tum, 1541, in-4» obi. C'est le second livre des
motets h quatre voix. Il y en a d'autres édi-
tions données à Venise, chez Antoine Gar-
dane, et à Lyon, chez Jacques 3Ioderne. 5» Mis-
sarum quinque vocibus liber primus, Vene-
tiiS; apud Ant. Gardanum, 1549, in-fol. Les
cinq parties sont imprimées en regard. 6» Les
chansons françaises et flamandes du même ar-
tiste formant le cinquième livre d'une collec-
tion publiée à Anvers; le titre de ce volume
est : Le cinquiesme livre contenant trente-
deux chansons à cinq et à six parties compo-
sées par Maistre Nicolas Gombert et aultrcs
excellents autheurs, convenables et propices
à jouer siir.tous les instrumentz, correctement
imprimées en Anvers, par Tylman Susato,
l'an 1344, au mois de décembre, in-4» obi.
Peaucoup de compositions de Gombert, soit de
musique religieuse, soit de musique profane,
ont été insérées dans les recueils publiés en
Italie, en Allemagne, en France et en Belgique,
particulièrement dans ceux-ci. 7» 3Iotetli del
Frutto. Liber primus cum quinque vocibus
(sic), in Venetia ne la stampa d'Antonio Gar-
dano, 13Ô8, petit in-4» obi. 8» Motetti del
Frutto a sei voci. ibid., 15ô9, petit in-4» obi.
9» Motetti del Flore a quattro voci. Libri 1 ,
2, 3 et 4, Lugduni, per Jacobum Modernum
de Pinguento (sic), 1502-1539, in-4». Le pre-
mier livre renferme trois motels de Gombert
(pages 13, 41 et 44). Le second livre contient
six motels (pages 3, 17, 19, 27, 32, 34) ; et
l'on en trouve deux dans le troisième livre,
p. 50 et 37. 10» Fior di Motetti Iratti dalle
Mottetli del Fiore a quattro voci, in Venetia,
presse Ant. Gardano, 1559, petit in-4" obi.
Une autre édition du même recueil a été pu-
bliée sous le titre lalin : Fias Florum, cum
54
GOMBERT
quatuor vocihus. Liber primus et liber secun-
diis^ ibid., 1545, 111-4" obi. Le premier livre
renferme les motets de Gombert : yive Sanc-
tissima Maria et Fiiit homo 7nissus a Deo ;
l'on trouve dans le second, Tti es Peints et
absolve me. 11" Cantiones seplem , sex et
quinque vocum. Longe gravissimx,juxta ac
aruœnissimx, in Germania maxime hacte-
nns typis excusx , Auguslfe Vindelicorum,
Melchior Rriesstein excudebat , 1545, petit
in-4» obi. 12" Novum et insigne npus musi-
cum, sex^ (juinque et quatuor vocum, cujus
in Germania hactenus nihil simile iinquam
est edilum, Noribergae, arte llieronymi Gra-
l)hœi, 1537, petit in -4" obi. 'là" Tomus secun-
dusPsalmorumselectorumquatuoretquinque
vocum, Norimbergfe, apud Jo. Petreium, 1539.
14» Tomusterlius, etc., ibid. 1542. 15" Selec-
tissimarum 3Iotetarumpartimquinque,par-
tim quatuor vocum. Tomus primus. D. Géor-
gie Forstero selectore , imprimebat Jo.
Petreius, 1540, in-4" obi. 16° Ecclesiasticx
cantiones quatuor et quinque vocum, vulgo
Moteta vocant, tam ex veteri. quam ex novo
Testamento , ab optimis quibusqus hujus
œtalis Musicis composite'. Jntea nunquam
excusa;, Antverpiœ, per Tilemanum Susato,
155Ô, in-4" obi. Lib. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Les
motels de Gombert remplissent tout le qua-
trième livre. 17" Sacrarum cantionum, vulgo
liodie Motetta vocant, quinque et sex vocum
ad veram harmoniam concertumque ab op-
timis quibusque Jfïusicis in philomusorum
gratiam compositarum libri très., Antwer-
piae, per Johannem Latium (Jean Lael), 1554-
1555, in-4" obi. On trouve dans ce recueil
trois motets à six voix de Gombei t, (les livres
deuxième et troisième), lesquels sont d'une
grande beauté en leur genre. 18" Cantiones
quinque vocum selectissimx a primariisGer-
manix inferioris, Gallix et Italix Miisicis
magistris edilx. Anteiiac typis nondum di-
xndgatx. Numéro viginti octo, Argenlorati,
per Petrum Schœtror, 1539, in-4" ol)l. De ces
vingt-huit motets, neuf à cinq voix sont de
Gombert. 19" Cantionum sacrarum vxdgo
Moteta vocant, quinque^ sex et plurium vo-
cum ex optimis quibusque Musicis selectarum
libri octo, Lovanii, apud Petrum Phalesium,
1554-1555, in-4" obi. Cinq motets à cinq et six
voix , de Gombert, sont contenus dans le
deuxième livre de ce recueil. '20° £vangelia
Dominicorum et Feslcrum dieram, 7nusicis
numeris pulchcrrime comprehcnsa et ornuta
quatuor, quinque , sex et plurium vocum.
Tomi sex, Noriberua;, in olTicinn Johannis
Montani et Ulrici Neuberi, 1554-1556, Jn-4"
oblong. Les pièces de Gombert contenues dans
ces six volumes, sous le titre : Evangelia et
sententix pix quatuor, quinque et sex vo-
cum, sont au nombre de dix-huit, à savoir,
t. I", n"s 14 et 24; t. II, n» 25; t. III, n"^ 41,
47; t. IV, n"27; t. V, n"' 8, 11, 19, 24, 25,
27, 30, ôl ; t. YI, n"^ 21, 25, 36, 37. 21" Ail
Motets à quatre et cinq voix de divers au-
teurs, Paris, par Pierre Altaingnant, 1529,
in-8" obi. On y trouve le motet à quatre voix
de Gombert Jngelus Domini. 22" Liber tri-
ginta novem Motettorum quatuor vooum ,
diversorum authorum, Ferrarise, in sedibus
Francisci Rubci, de Valentia, expensis et la-
bore Joannis de Bulghat, Henriei de Campis
et Ântonii Hacher, sociorum, 1538, in-4" obi.
Deux motets de Gombert se trouvent dans ce
rarissime recueil, p. 10 et 2o. 25" Motetti de la
Simia, Lib. J, quinque vocum, ibid., 1539.
Ce recueil renferme deux motets à cinq voix de
Gombert, p. 3 et 7. 24" Motettorum a Jacobo
Moderno, alias Grand-Jaques, in unum coac-
torum et ab eodem impressorum. Libri 1-5,
ad quatuor, quinque, sex et septem voces,
Lugduni, per Jacobum Modernum, 1532-1542,
in-4". Ce recueil contient quatorze motels à
cinq voix, et un Bealus vir, à six, de Gom-
bert. 25° Motetti a sei voci da diversi ex-
cellentissimi musici composti. Libre primo.
Veneliis, apud Hieronymum Scotum , 1549,
in-4" obi. On trouve dans ce recueil cinq mo-
tets à six voix, de Gombert, p. 2, 4, 20, 24, 29.
26" Psalmorum selectorum a prxstantissi-
mis hujus nostri temporis in arte musica
arlificibus in harmonia quatuor, quinque et
sex vocum redactorum Tomi quatuor, Nori-
bergae, ex oflicina Joannis Montani et Ulrici
Neuberi, 1553-1554, in-4° obi. On trouve dans
ce recueil huit psaumes de Gombert à cinq et
six voix, à savoir, t. P"", n"= 9, 10; t. II, n"2l ;
t. III, n" 14; t. IV,n»s2, 10,21, 22. 27° Dans
la grande collection de messes imprimées par
Adrien Le Roy et Robert Ballard, on trouve la
messe à quatre voix de Gombert sur le thème
de la chanson Je suis déshéritée. 28" Le troi-
sième volume d'une collection manuscrite de
musique du seizième siècle, laquelle se trouve
à la Bibliothèque du Conservatoire de Paris,
sous le nom de Collection Eler, renferme dix-
neuf motets de Gombert, à cinq voix, en par-
tition. Ils sont extraits des deux livres publiés
à Venise, chez Scoto et Gardane. Los chansons
de ce maître sont répandues dans divers re-
cueils ; les principaux sont ceux-ci : 2d°Chan-
sons à qualr?, cinque (sic), six et huit pcn>
GOMBEUT — GOMIS
S5
lies. Livres 1 à 13, Anvers, par Tylman Susalo,
1543-1550, in -4» obi. Les livres I", II, IV,
V, VI, VII, XII et XIII, renferment des
chansons de Gombert, à cinq et six voix. C'est
dans le seplième volume que se trouve la com-
plainte de Gérard Avidius, de Nimègue, sur la
mort de Josquin Deprès, mise en musique à
six voix par Gomijert, et qui a pour titre : In
Josquinium a Prato musicorum principem
Nasnia sex vocum. On trouve dans le même
volume la complainte mise en musique à
quatre voix par Benoît d'Appenzell (voyez
Be^edictus). 30» Le Paragon des chansons,
livres 1 à 10, à Lyon, par Jacques Moderne,
dit Grand Jacques, 1540-1543, in-4'' obi. Les
livres I, Il et IX contiennent des chansons à
quatre voix de Gombert. 31» Six Gaillardes
et six Pavannes avec treize chansons musi-
cales à quatre parties, à Paris, par Pierre At-
taignant, 1529, in-8» obi. Le n» 7 de ce recueil
est une chanson très-i)laisante de Gombert sur
ces paroles : Alleluja me faut chanter. Le té-
nor a le chant de V Alléluia du graduel de la
messe du dimanche de Pâques, sur lequel les
autres voix font un joli badinage en contre-
I)oinl d'imitation. 52» Plusieurs chansons du
même maître se trouvaient dans un manuscrit
(lu seizième siècle qui a appartenu à la du-
chesse d'Orléans, mère du roi Louis-Philippe,
et qui est passé dans la bibliothèque du Palais
royal, d'où il a disparu au mois de février 1848.
On y remarquait particulièrement les chansons
dont les premiers mots sont : Mon pensement
(ma pensée) ne gist qu'en ombre; Quand
d'nng chascun; Si de me voir, etc. 33» Le
vingtième livre de Chansons à quatre et cinq
parties, publié par Adrien Le Roy et Robert
Ballard, à Paris, en 1567, renferme les chan-
sons qui commencent par Hâtez-vous , à
quatre voix; Ma maistresse , à cinq voix.
34° On en trouve aussi dans le Premier recueil
des recueils composés à quatre parties, im-
primé en quatre volumes, à Paris, chez les
mêmes éditeurs, 1563, in-4» obi.; elles com-
mencent par ces mots : If ors envieux ; Toutes
les nuicts; Mon pensement (même chanson
c|uc celle du manuscrit de la duchesse d'Or-
léans). 35° Enfin, le Premier livre de chan-
sons à trois parties composées par plusieurs
autheurs, chez les mêmes, 1578, in-4» obi.
contient la chanson de Gombert C'est mon
amy, canlilène d'une remai(iuable naïveté.
G0.11ES (Jean), compositeur, né à Beiros,
dans la province d'Alenlejo, en Portugal, eut
pour maître de musique Antoine Ferro de Por-
talègrc. Il fut trésorier cl musicien de la cha-
pelle du prince à Villaviciosa, cl mourut en celle
ville, en 1653. Machado dit (Biblioth. Lusit.,
t. II, p. 669) que ses œuvres de musique d'église
existaient de son temps dans la Bibliothèque du
roi de Portugal, sans doute en manuscrit.
GOMEZ (Thomas), abbé de l'ordre de ' '-
teaux, né à Cauca, au diocèse de Ségovie, dans
la Vieille-Castille, élaitsavantdansla théologie
et dans la philosophie. Il mourut à Barcelone
en 1668. On lui attribue un traité de plain-
chant intitulé -. Reformacion del canto llano;
mais on ne dit pas si cet ouvrage a été im-
primé.
GOMEZ-DA-SILVA ( Albert-Joseph ) ,
compositeur et organiste portugais, vécut à
Lisbonne vers le milieu du dix-huitième siècle.
Il est auteur d'un opuscule qui a pour titre :
Regras de acompanhar para cravo,ou orgaô
e ainda tambem para qualquer outro instru-
menta de vozes, reduzidas a brève méthode,
e facilpercepçaô. Dedicado a Sua Magestade
fidelissima p. Joseph I , que Deos guarde
(Règles de l'accompagnement pour le clavecin
ou l'orgue , de même que pour tout autre in-
strument servant à accompagner les voix, en-
seignées par une méthode courte et facile à
comprendre). Lisboa (Lisbonne), na oflicina
Patriarcal de Francisco Fuiz Ameno. 1758,
petit in-4" de VIII et 42 pages. Les exemples
d'harmonie qu'on trouve dans ce petit ouvrage
ne donnent pas une opinion favorable du goût
et du savoir de l'auteur.
GOMIS ( Joseph-Melchior) , compositeur
dramatique, né en 1793 à Anteniente, dans le
royaume de Valence, en Espagne, fut reçu à
Valence comme enfant de chœur, à l'âge de
sept ans, dans une maison de chanoines régu-
liers, où avait été faite l'éducation musicale de
Vincent Martini , auteur de la Cosa rara.
Les progrès de Gomis dans la musique furent
si rapides, qu'on le choisit pour enseigner le
chant dans celte maison, avant qu'il eûtatteint
sa seizième année. Vers le même temps, il
reçut des leçons de composition du P. Pons,
moine catalan qui était fort instruit dans les
différentes parties de l'art. Ce professeur avait
donné à son élève le conseil d'étudier les œu-
vres de musique religieuse qui enrichissaient
les bibliothèques des églises et des couvents de
Valence : celte élude est en effet la meilleure
qu'on puisse faire, après avoir appris d'une
manière analytique les principes de l'art
d'écrire. A l'âge de vingt et un ans, Gomis fut
nommé chef de musique de l'arlilleric à Va-
lence. Jusque-là, il ne s'était occupé que de
musique d'église; sa nouvelle posilion l'obli-
.S6
GOJilS — GÔMOLKA
gea à étudier les ressources et les effets dos in-
struments à vent; plus tard celte étude lui fut
utile pour l'instrumentation de ses opéras. En
1817, son goùc pour la musique dramatique le
décida à donner sa démission et à se rendre à
Madrid. Il y portait les partitions de plusieurs
petits opéras qu'il avait composés; VAdeana
Oa paysanne) fut le seul qu'il put faire repré-
senter, mais le succès qu'il obtint fixa sur l'au-
teur l'attenlion publique, et le résultat de la
représentation de cet ouvrage fut la nomina-
tion de Gomis à la place de chef de musique de
la garde royale. Les événements de 1823 l'ame-
nèrent à Paris. Le désir de s'y distinguer par
des succès au théâtre l'occupa dès lors tout
entier; mais les abords de la scène sont dilïi-
ciles, et les succès sont souvent précédés par
de longues tribulations. Gomis en eutla preuve,
car ses actives démarches pendant trois ans, ni
la protection de Rossini, ne purent lui procu-
rer un libretto pour écrire un opéra. Fatigué
de sollicitations et de vaines démarches près
<les gens de lettres, il partit pour Londres en
1826, et s'y livra à l'enseignement du chant.
Les romances, boléros et airs espagnols qu'il
y publia furent accueillis avec faveur; il fit
aussi exécuter avec succès au concert philhar-
monique Vlnvcrno , quatuor à quatre voix
avecaccompagnementd'orchestre ; enfin, dans
le même temps il publia une méthode de mu-
sique avec des solfèges, dont il parut aussi une
édition à Paris. Dans un voyage qu'il fit en
cette ville eu 1827, il obtintun poëmed'opéra-
comique, objet de tous ses désirs. De retour à
Londres, il se mit immédiatement à l'ouvrage,
et bientôt il envoya sa partition au directeur
de rOpéra-Comique. Peu de temps après , il
reçut l'invitation de venir diriger les répéti-
tions; mais à peine celles-ci furent-elles com-
mencées, que le directeur du théâtre refusa de
faire jouer la pièce. Un procès fut la suite de
ce refus, et le directeur fut condamné à payer
à Gomis une somme de trois mille francs, à
litre de dommages-intérêts; cette somme fut
payée, mais l'opéra ne fut point joué. Les len-
teurs de ces discussions et de la procédure
avaient fait perdre au compositeur les avan-
tages de sa position de professeur de chant, à
Londres ; il se décida à ne plus retourner dans
cette ville, et à subir la destinée de composi-
teur dramatique à Paris. Après une vaine al-
lentede prèsdehnii.années,les vœux de Gomis
furent enfin exaucés, et le 29 janvier 1851, il
put entendre au théâtre Venladour la première
exécution de son opéra en deux actes, le
Diable à Séville. Il y avait de l'originalité
dans la musique de cet ouvrage; on y remar-
qua particulièrement un chœur de moines
d'un fort bon caractère; mais le rhythme et la
modulation de la musique espagnole s'y repro
duisant dans la plupart des morceaux, il en
résultait pour l'ensemble de l'ouvrage une
teinte monotone qui nuisit à la durée du suc-
cès. D'ailleurs, mal prosodiée et peu favorable
à la voix (défauts singuliers dans l'œuvre d'un
ancien professeur de chant), cette musique ne
fut chantée ni dans les salons ni dans les
concerts. Les mêmes qualités, les mêmes dé-
fauts, se sont reproduits dans le Revcnanl ,
opéra-comique joué sans succès, en 1853, et
dans le Portefaix, ouvrage en trois actes, qui
fut encore plus malheureux. Gomis avait in-
contestablement du talent; mais ce talent était
peu susceptible de variété ; il y a lieu de croire
que, s'il eut vécu, il n'aurait jamais obtenu de
succès populaires. Un grand opéra qu'il avait
écrit pour l'Académie royale de musique n'a
pas trouvé de faveur auprès de l'administra-
tion de ce théâtre, et n'a point été joué. Les
contrariétés de la vie dramatique avaient rendu
cet artiste morose, et sa santé s'était altérée;
ses dernières années furent souffrantes. Heu-
reusement l'amitié de Gavé, alors chef de la
division des beaux-arts au ministère de l'in-
térieur, l'avait mis à l'abri du besoin, en lui
faisant obtenir une pension du gouvernement.
Gomis est mort à Paris le 26 juillet 1836.
GOMOLRA (Nicolas), musicien polonais
du seizième siècle, vécut sous lerègned'Étienne
Batlory. M. Sowinski dit [les Musiciens Polo-
nais, p. 222) que plusieurs historiens placent
répo(jue de sa naissance en 1504, mais que le
grand ouvrage qui l'a fait connaître ayant été
imprimé en 1580, il est vraisemblable qu'il a
vu le jour quelques années plutôt. Gomolka a
composé les mélodies d'une très-bonne traduc-
tion polonaise des psaumes de David par le
poëte Jean Kocbanowski. Le titre de ce recueil
est celui-ci : Mclodye na Psalterz ofiarowane
Jegomosli XiendzuPielroici 3/yszkowskienu
Bishipovoi Krakowskiemu panu mute milos-
ciwenn etc. (Mélodies pour le psautier polo-
nais, composées par Nicolas Gomolka, et dé-
diées à Son Eminence Monseigneur Pierre
Myskowski, évêquedeCracovie, etc.), Cracovic,
1580, in-4°, de quarante et une feuilles. M. Jo-
seph Cichocki. amateurdistingué de Varsovie, a
publié quelques psaumes de Gomolka, traduits
en notation moderne par Jean Zandman, pro-
fesseurdechant, sous ce titre : Chants d'église
à plusieurs voix des anciens compositeurs
polonais, première livraison contenant dix
GOMOLKA — GORCZYCKI
fsaumes de Nicolas GomoUca. Varsovie, Sen-
iH'\valdt,et Leipsick, HofTmeister, 1838. M. So-
winski a reproduit cinq de ses psaumes dans
son livre intitulé : les Musiciens Polonais,
Gomolka mourut le 5 mars 1609 à Chorawla,
ainsi qu'on le voit par son épitaphe sur le tom-
beau qui lui a été élevé à Jaslowiec où il était
né. Cotte épitaphe se trouve dans le livre de
31. Sowinski (p. 2Ô5).
GOIXELLA (Joseph), compositeur italien
du commencement du dix-huitième siècle, dont
Paolucci a donné un Dona eis requiem con-
certé à quatre voix, deux violons, viole et or-
gue. (y^rfeprai/cadeC'oiiYrop/Jtmfo, part. Il",
p. 40 et suiv.), morceau fugué à deux sujets.
Paolucci ne fournit aucun renseignement sur
ce compositeur, qui paraît avoir été moine.
GOIMET (VALKRiEJi), musicien, né à Arras,
dans la seconde moitié du seizième siècle, a
écrit des Magnificat à quatre, cinq et six par-
ties qui sont contenus dans un manuscrit du
dix-septième siècle, lequel est à la Bibliothèque
de Cambrai, sous le n» 14. En tête du volume
se trouve une épître dédicatoire de Gonet, aux
chanoines de la cathédrale de Cambi'ai. M. de
Coussemaker, qui a donné la description de ce
manuscrit, dans ses Notices sur les collections
musicales de la Bibliothèque de Cambrai
(p. 45), présume que Gonet a été élève, puis
maître de la maîtrise de l'église Notre-Dame
de Cambrai. Dix Magnificat , une fantaisie
instrumentale à quatre parties, et un motet
à huit pour le jour de l'Annonciation de la
Y ierge se trouvent dans ce volume. A la fin
de la fantaisie, datée de 1615, on lit : F. Gonet
plionascus atrebuiensis c'est-à-dire^ directeur
du chœur de la cathédrale d'Arras.
GONSALTES (Jean), musicien portugais,
né à Elvas, dans la province de d'Alentejo,
fut attaché à l'église cathédrale de Séville. Il a
laissé en manuscrit quelques compositions reli-
gieuses, indiquées dans le catalogue de la Bi-
bliothèque de musique du roi de Portugal, pu-
blié par Craesbcek, en 1049.
GOIVTHÎER (Rose Françoise C ARPEN-
TIEÏl, connue sous le nom de madame), née à
MclZ; le 4 mars 1747, débuta à Bruxelles, à l'âge
de vingt ans, dans l'emploi des duègnes d'opéra
comique et des soubrettes de comédie. Après
avoir été attachée pendant près de huit années
, à la troupe du prince Charles de Lorraine, gou-
verneur desPays-Bas, elle débuta à la Comédie-
Italienne, en 1778, par les rôles de Simonne,
du Sorcier, delà mère Bobi, dans Rose et Colas,
cl d'Jlix, dans les Trois Fermiers. Ceile actrice
n'était pas musicienne et n'avait qu'une mau-
vaise voix de contralto; mais son intelligence
de la scène et sa manière de dire étaient par-
faites. Elle n'est citée ici que pour l'histoire de
l'opéra comique français. Elle n'ignorait pas
son peu d'aptitude à la musique; lorsque
Boieldieu écrivit pour elle le rôle de Ma Tante
.aurore, elle lui disait : 3fon jeune ami, si
vous parvenez à me faire chanter de manière
à vous satisfaire , je vous tiens pour un
homme habile. Il lui fit le duo : Quoi! vous
avez connu l'amour? et les complets : Je ne
vous vis jamais rêveuse, et par le chant syl-
labique de ces morceaux, il lui procura l'occa-
sion de s'y faire applaudir avec enthousiasme,
parce qu'elle les disait de la manière la plus
spirituelle. Madame Gonthier s'est retirée en
1804. Elle est morte à Paris, le 7 décembre
1829, à l'âge de près de quatre-vingts ans. Elle
était depuis longtemps femme d'Allaire, an-
cien et médiocre acteur de'l'Opéra-Comique.
GONZALES (Antoine), maître de piano
et d'accompagnement à l'Institut musical de
Bergame, et organiste de l'église Sainte-Marie-
Majeure de cette ville, naquit à Gromo, dans
le Bergamasque, en 1704, et reçut à Bergame
les premiers principes de musique du maître
Focaccia. Plus tard, il alla terminer ses études
musicales sous la direction de Quaglia. Son pre-
mier ouvrage fut une farce qu'il fil représenter
à Venise au théâtre S. Mosè, sous le titre : il
Calandrino. De retour à Bergame, il se livra
particulièrement à la composition de la mu-
sique d'église. A l'orgue, il avait un style
grave et sévère. Cet artiste vivait encore à
Bergame en 1814.
GOODBAIV (Thomas), né à Canterbury,
de parents musiciens, vers 1780, fit ses études
musicales sous la direction de Samuel Porter,
organiste de la cathédrale. Le violon et le
piano furent les instruments qu'il choisit, et
plus tard, il en donna des leçons. En 1810, il
fut chargé de la direction d'une société de mu-
sique qui avait été fondée par son père, et cette
société lui offrit, en 1819 , un vase d'argent
avec une inscription honorable, en témoignage
des services qu'il lui avait rendus. Les princi-
paux ouvrages de cet artiste sont: 1» yi com-
plète Guide to the Fiolin , Londres, 1810.
2» J Guide to the Piano, ibid., 1811. Une
deuxième édition de cet ouvrage a paru en
1823. ô» The Rudiments of Music with pro-
gressive exercises, ibid., 1820. On a de
M. Goodban quelques glees ou chansons à plu^
sieurs voix.
GORCZYCKI (l'abbé Grégoire), compo-
siteur polonais, vécut dans la première moitié
S8
GORCZYCKl - GORDIGIANl
du dix-huitième siècle, et mourut le 30 avril
1734, suivant son épitaphe placée dans la cha-
pelle de la Vierge, à la cathédrale de Cracovie.
II fut maitre de chapelle et directeur du Col-
lège des Roraristes, institué par Sigismond I^'"",
j)our l'exécution des messes en musique dites :
Messes Rorate. Ce fut lui qui dirigea la mu-
sique au service du roi Jean Sobieski et de la
reine Marie-Casimire, ainsi que du roi Au-
guste III. Les fatigues que lui firent éprouver
ses fonctions dans cette dernière circonstance
lui occasionnèrent une maladie qui le conduisit
au tombeau. Savant dans l'art du contrepoint,
l'abbé Gorczyçki a écrit huit messes à quatre
voix sans accompagnement, dont six se sont
égarées; deux seulement existent en manu-
scrit original dans les archives de la cathédrale
de Cracovie. Elles sont écrites dans le système
de l'ancienne notation, sans division de me-
sures. M. Joseph Kçogulski, directeur de mu-
sique de la maison.des Piarisles, à Varsovie, et
compositeur distingué, les a mises en partition
et notées dans le système moderne, et M. Ci-
choçki les a publiées, en 1838, dans la deuxième
livraison de son recueil des compositions des
anciens maîtres polonais. La première est
une messe i)ascale, et l'autre, une messe de
VAvent. M. Sowinski a reproduit, dans son
livre des Musiciens polonais^ le Kyrie de la
messe pascale (p. 237-240), et le Rorate de la
seconde (p. 241-243). Le style est celui des
maîtres de la fin du seizième siècle et du com-
f mencement du dix-septième.
GORCZYNSKI ou DE GORCZYN
^Jean-Alexandre), musicien, graveur et litté-
rateur polonais, vécut à Cracovie, vers le mi-
lieu du dix-septième siècle. Au nombre de ses
ouvrages est une tablature musicale, ou traité
élémentaire de musique qui a pour titre :
Tabulatura muzyki abo zoprawa muzy-
kalna, etc., Cracovie, 1647, in-8" de vingt-
huit feuillets et quatre planches [voyez le livre
de M. Sowinski, intitulé : les Musiciens polo-
nais, p. 236).
GORDIGIANl (Jean-Baptiste), profes-
seur de chant au Conservatoire de Prague, est
né, vers 1800, à Modène, où son père, Antoine
Gordigiani, était attaché au théâtre, comme
chanteur. Dès ses premières années, son édu-
cation musicale commença. A l'âge de huit
ans, il chanta, à Monza, dans une cantate
d'Asioli, à l'occasion d'une fête donnée au
prince Eugène Beauharnais , vice -roi du
royaume d'Italie. Peu de temps après, il entra
nu Conservatoire de Milan, comme élève pen-
sionnaire, et y resta six ans, pour l'étude du
chant et de la composition. Il suivit son père
à Florence, en 1815, et fut attaché au théâtre
de la Pergola, en 1817. Dans l'année suivante,
il chantait à Pise. Après la mort de son père,
il abandonna la carrière du théâtre pour la-
quelle il ne se sentait pas de vocation, et se
borna à chanter dans les concerts et à se livrer
à l'enseignement du chant. Après avoir passé
quelque temps à Milan, il se rendit en Alle-
magne et s'arrêta à Ratisbonne pendant en-
viron dix-huit mois, comme professeur. De là,
il alla à Prague, en 1822, et y obtint la place
de maître au Conservatoire pour l'enseigne-
ment de l'art du chant. Depuis lors, il n'a plus
quitté cette ville. Je l'ai connu dans cette posi-
tion au mois de juillet 1858, et j'ai trouvé en
lui un artiste doué d'un bon sentiment de l'art
et un homme d'esprit, ayant de l'instruction
et de l'amabilité. M. Gordigiani est aussi com-
positeur. Il a fait représenter, à Prague, deux
opéras, en 1845,1e premier intitulé : Pygtna-
lion, l'autre Consuelo; mais il cultive parti-
culièrement le style de la musique d'église. On
a publié de sa composition : 1» /{e^rinocœ??,
Salve Regina et Pater noster, pour quatre
voix et orgue, Prague, Berra. 2» Quatre
h-^mncs : ô Sanctissima ; Cantate Domino;
Ave regina; Aima RedemptoriSj idem, op. 7,
ibid. û» £cce quomodo moriturjustus, idem,
op. 8 , ibid. 4° Ave Maria , idem , ibid.
5" Salve mundi Domina, idem, ibid. 6" Douze
canzonnettes italiennes à voix seule avec
piano, op. 13, ibid. 7" Six Lieder à voix seule
avec piano, op. ]6, ibid. 8° Douze marches
triomphales de cavalerie pour quatre trom-
pettes et timbales, ibid.
GORDIGIANI (Louis) , frère puîné du
précédent, est né à Florence, en 1814, et a
fait ses études musicales en cette ville. Sou
premier ouvrage connu est une cantate qu'il
fit exécuter à Florence, en 1835. Deux ans
après, il fit représenter au théâtre de la Per-
gola un opéra, intitulé Fausto, qui ne fut
considéré que comme un essai, et dans lequel
on remarque seulement quelques mélodies
faciles. Au mois de juin 1841 , Gordigiani
donna, au même théâtre, Gli Aragonesi in
NapoU, opéra qui fut bien accueilli et fut joué
dans la même année, à Livourne, avec succès.^
/ Ciarlatani, troisième ouvrage dramatique
de ce compositeur, joué au théâtre Leopoido,
à Florence, en 1843, ne réussit pas; un Ere-
dità in Corsica, opéra chanté par la famille
du prince Poniatowski, au théâtre Cocomero,
en 1847, fut plus heureux ; mais de ces diverses
épreuves résulte la démonstration que le talent
GORDIGIANI — GORI
deGoi'digiani n'a pas trouvé sa voie au llicâlre.
Son domaine véiilable devait élve dans la mu-
sique de chambre et surtout dans ces mélo-
dies à voix seule ou à deux voix avec piano,
dont il a publié un grand nombre. Remar-
quables par l'originalilé des idées, par l'ex-
pression des paroles et par une harmonie
distinguée, quelques-unes de ces petites pièces
sont des œuvres parfaites en leur genre. Ses
romances Vlnvito , V Innamorato , VEsule,
la GondoUera, la Sera, et ses ariettes l'Amoj-e
tratiquillo, et la Danza, sont de ce nombre.
On a aussi du même artiste des duos et des
petits trios de chambre qui se font remarquer
}iar la délicatesse et la grâce. La plupart de ses
mélodies pour une, deux et trois voix ont été
recueillies en albums, parmi lesquels on dis-
lingue In rivaaW Arno, composé de six ro-
mances et quatre duos, et le Mosaico Etrusco,
contenant deux ariettes, deux romances, trois
<luos et trois petits trios. Gordigiani a fait
aussi une publication pleine d'intérêt dans une
collection d'airs populaires toscans avec ac-
compagnement de piano, en trois recueils.
Toute cette musique a été publiée parRicordi,
à Milan. Gordigiani est mort à Florence en
mai 18G0.
GOIIDON (le capitaine W.), né en Suisse
d'une famille d'origine anglaise, dans les der-
nièi'es années du dix-huitième siècle, se livra
dès sa jeunesse à l'étude de la musique, dans
ses moments de loisirs. Amateur passionné de
la tlûte, il devint élève de Drouet pour cet in-
strument et acquit une brillante exécution.
Ayant pris du service dans les troupes suisses,
après la chute de l'empire français, il parvint
au grade de capitaine dans un des régiments
suisses de la garde royale en garnison à Paris.
Ce fut dans cette ville (]u'il entreprit, vers
1826, la réalisation d'un projetde réformequ'il
avait conçu pour son instrument. Ce projet
avait pour objet de modifier la perce de l'in-
strument, dans le but d'obtenir pour l'échelle
chromatique des sons une division plus juste
de la colonne d'air, et de rendre le doigté
plus facile au moyen de croissants attachés à
des tiges de clefs, par lesquels plusieurs mou-
vements pouvaient être exécutés par un seul
doigt. Dès 1827, il avait déjà fait fabriquer
par des ouvriers de Paris quelques instruments
bien imparfaits encore, mais qui démontraient
la possibilité d'atteindre au but par des amélio-
rations progressives. La révolution de 1850
ayant privé M. Gordon de sa position, par le
licenciement des régiments suisses, il prit le
parti de s'occuper d'une manière sérieuse de
sa nouvelle flûte, dans laquelle il espérait
trouver la source d'une fortune pour sa femme
et ses enfants. Dans un voyage que Bœhm
{voyez ce nom) avait fait à Paris, il lui avait
communiqué ses vues pour une nouvelle
et meilleure construction de la flûte : il
apprit plus tard que cet artiste célèbre s'oc-
cupait à Munich de recherches pour le même
objet, et qu'il faisait fabriquer ce genre d'in-
struments par d'habiles ouvriers : M. Gordon
prit alors la résolution de se rendre dans
cette ville, et de faire fabriquer sa nouvelle
flûte par ces mêmes ouvriers. Il arriva à
Munich au commencement de 18ôô, et y resta
environ six mois qui furent employés à la con-
struction de deux instruments. Persuadé alors
qu'il était parvenu à la parfaite réalisation de
son système, il fit imprimer des propectus du
nouvel instrument, et les répandit en Alle-
magne, à Paris et à Londres. Il se rendit alors
dans cette dernière ville, se berçant de l'espoir
que les demandes de sa nouvelle flûte lui arri-
veraient de toutes parts : mais le temps se
passa dans une attente vaine, et après de
grandes dépenses qui avaient empiré sa situa-
lion, M. Gordon retourna dans sa famille à
Lausanne. Préoccupée de son idée fixe, sa tête
sedérangea dans l'été de 1836, et bientôU'alié-
nation mentale fut complète. Au commence-
ment de 1839, Gordon vivait encore, mais au-
cune amélioration n'était survenue dans son
état. Depuis lors, on n'a plus eu de renseigne-
ments sur sa personne. M. V. Coche a donné
la figure de la flûte inventée par cet amateur
dans son écrit intitulé : Examen critique delà
flûte ordinaire comparée à la flûte deBœhm,
Paris, 1838, in-8". Ce dernier a été accusé de
s'être emparé de l'idée première de Gordon,
et de l'avoir seulement perfectionnée : il s'en
est défendu par une lettre écrite de Munich, le
2 juin 1838, et publiée par M. Coche dans
l'écrit indiqué ci-dessus : il s'en est expliqué
de nouveau dans son écrit traduit en français,
sous ce titre : De la fabrication et des der-
niers perfectionnements des flûtes, Paris, Go-
defroy aîné, 1848, in-8°.
GORI (Antoine-François) , philologue et
polygraphe, né à Florence, le 9 décembre
1691, fut ordonné prêtre, en 1717, et attaché
en cette qualité au baptistère de Saint-Jean.
Il mourut dans sa ville natale, le 20 janvier
1757. Ce savant a été l'éditeur du traité de
Doni intitulé : Lyra Barberina, auquel il a
joint plusieurs ouvrages déjà publiés ou iné-
dits du même auteur, et quel(|ues pièces rela-
tives à la musique par d'autres écrivains
GO
GORI — GOSSE
(voyez DoNi). Gori était bon musicien et pos-
sédait les qualités nécessaires pour diriger
cette édition, qui ne parut que plusieurs an-
nées après sa mort, par les soins de Passeri.
GORIA (Alexandre-Edouard), pianiste et
compositeur pour son instrument, né à Paris,
le 21 janvier 182o, fut admis comme élève au
Conservatoire de cette ville, à l'âge de huit
ans environ, le 15 novembre 1830. Il eut pour
maîtres de piano M. Laurent, puis Zimmer-
man, et suivit un cours d'harmonie, sous la
direction de Dourlen. En 18r34, il obtint au
concours le deuxième prix de piano, et le pre-
mier prix lui fut décerné dans l'année sui-
vante. Ses études furent terminées en 1839.
Depuis lors, il s'est livré à l'enseignement et
s'est fait connaître du monde musical par un
grand nombre de pièces de différents genres
pour le piano, lesquelles on t obtenu beaucoup de
succès chez les amateurs. Parmi ces morceaux,
au nombre de plus de cent, on trouve des
études, des fantaisies, des caprices, des solos
de concert, des nocturnes, des thème.«- variés,
des mazurkas, des polkas, etc. Une de ses
meilleures pièces est sa fantaisie sur les Plaintes
de la jeune fille , de Schubert. Une fièvre céré-
brale a enlevé cet artiste distingué à la fleur
de l'âge : il est décédé à Paris, le 6 juil-
let 1800.
GOPiLIEïl (Simon), musicien et imprimeur
à Lyon, a vécu vers le milieu du seizième siècle.
Du Vcrdier a donné les litres de quelques ou-
vrages de cet artiste; les voici : 1° Tabula-
ture de la flûte d'Allemand, Lyon, 1558, im-
primé par Gorlier. 2» Premier livre de tabu-
lature d'Espinette, chansons, madrigales et
galliardes, Lyon, 1560, in-4'', imprimé par
Gorlier. 3" Livre de tabulature de guiterne,
ibid., Gorlier. 4° Tabulature du cistre, ibid.,
Goilier. 5° Livre de musique tant à jouer
qu'à chanter à quatre ou cinq parties, Lyon,
Gorlier, 1561, 5 vol. in-4''.
GOROIVCZiaEWICZ (Vincent) est fils
d'un organiste de la cathédrale de Cracovie.
Loisque son père alla se fixer à Varsovie, il
lui succéda dans ses fonctions d'organiste et
fut aussi chargé de la direction de l'orchestre
de la cathédrale. Il s'est fait connaître par un
cantional, intitulé : Spiewy choral kosciola
Bzijmsko-Katoliçkiego (Chants choraux de
l'église catholique romaine, tels qu'ils sont
chantés dans la cathédrale de Cracovie, har-
monisés pour l'usage des paroisses), en deux
suites, Varsovie, Spies et C", 1848. M. Goronez-
kiewicz jouit de beaucoup de considération
dans sa patrie.
GOSS (Jean), musicien anglais, profes-
seur d'harmonie à l'Académie royale de mu-
sique de Londres, et organiste de la cathédrale
de Saint-Paul, est né vers 1810. On a de lui
les ouvrages dont voici les titres : 1" An in-
troduction ta Lfarmony and Thourough-
Bass with numerous examples and exer-
cises (Introduction à l'harmonie et à la basse
chiffrée, avec de nombreux exemples et exer-
cices) , Londres, Cramer, Beale et C% sans
date (1847), un volume gr. in-4'', deuxième
édition (j'ignore la date de la première).
2° Organist's companion ; a séries ofvolun-
taries for the commencement, middle, and
conclusion of Divine service ; Also a col-
lection of interludes or short Symphonies to
be played between the verses of the Psalms
and Hymns (Le compagnon de l'organiste;
suite de préludes pour le commencement, le
milieu et la fin du service divin ; avec une col-
lection de versets , ou morceaux courts pour
être joués entre les strophes des psaumes et
des hymnes), Londres, sans date, deux vo-
lumes in-4''. 3" Sacred Minstrel (le Chanteur
religieux), Londres, sans date, trois volumes
in-S".
GOSSE (Maistre ou Maître), musicien
français du seizième siècle, est cité au nom-
bre des musiciens de la cour de Henri II,
roi de France, dans un Compte des officiers
domestiques Ae. ce prince, depuis 1547jusqu'en
154'J (Mss. de la Bibl. impér., «" 540, t. III
du supplément). Des motets de cet artiste ont
été juibliés dans le recueil intitulé : iVodula-
tiones aliquot quatuor voc.iim selectissi/nis
musicis composite, etc. , Norimbergae, Joh.
Petreius, 1538, in-4'' obi. ; dans le recueil de
Georges Fœrster qui a pour titre : Selectissi-
marum Motettorum partim quinque , partim
quatuor vocum tomus primus, Nuremberg,
Jean Petreius, 1540, in^"; dans le neuvième
livre publié par Attaingnant, à Paris, 1534,
in-4'' obi.; enfin, dans le Tertius liber Mo-
tettorum ad quinque et sex voces, dont Jac-
ques Moderne fut l'éditeur, Lyon, 1538, in-4''.
Des chansons françaises du même à quatre
parties sont dans les XP, XII' et XVP livres
de la collection publiée par Attaingnant, Paris,
1543-1545, petit in-4'' obi. Adrien le Roy et
Robert Ballard ont aussi publié une chanson à
(juatre parties de Gosse, commençant par ces
mots : Se fille, dans le deuxième livre du
Recueil des recueils de chansons composées à
quatre parties, de plusieurs autheurs, im-
primés en quatre livres, Paris, 1567, in-A°.
GOSSE (Etienne), littérateur, membre de
GOSSE — GOSSEC
61
la Société pliilolechniqiie de Paris, né à Bor-
deaux en 177Ô, est mort à Toulon, le 21 février
18Ô4. Au nombre de ses écrits, on en trouve
un qui a pour litre : De l'abolition des privi-
lèges et de l'émancipation des théâtres ,
Pans, Delaunay, 1830, in-S". On trouve dans
cette brochure quelques faits curieux relatifs à
l'Opéra et à l'Opéra-Comique.
GOSSEC (François-Joseph), né à Vergnies,
villai^edu IIainaut(Belgi(iue),le 17 janvier 17ôô,
mort à Passy, le IG février 1829. Cet habile
artiste, dont les heureuses dispositions pour la
musique s'étaient manifestées de bonne heure,
fut placé, à l'âge de sept ans, comme enfant de
chœur à la cathédrale d'Anvers. Après y avoir
passé huit années, il en sortit pour se livrer
à l'étude du violon et de ce qu'on nommait
alors l'art de la composition. Ses progrès
furent rapides, et bientôt ses amis jugèrent
que le séjour de Paris était le seul qui convînt
à ses talents. Il y arriva à l'âge de dix-huit
ans, en 1751, et n'eut d'abord d'autre res-
source que d'entrer chez le fermier général
La Popelinière, pour diriger l'orchestre que ce
financier entretenait à ses frais. Alors Rameau
était dans toute sa gloire. C'est sous ses yeux que
Gossec fit son début dans la capitale de la France,
et ce fut dès ce moment que celui-ci comprit
tout ce qu'il y avait à faire pour réformer la
musique française. Le style instrumental lui
parut surtout mériter son attention. En effet,
si l'on excepte quelques sonates de violon, et les
pièces de clavecin de Couperin et de Rameau,
il n'existait rien en ce genre qui méritât quel-
que estime parmi les productions françaises;
la symphonie proprement dite y était absolu-
ment inconnue. Les premières furent publiées
par Gossec, en 1754; c'était une chose nou-
velle; on n'en sentit pas d'abord tout le prix ;
mais, après les avoir entendues au Concert
spirituel plusieurs années consécutives, le pu-
blic commença à goûter ces formes vigoureuses
d'harmonie et d'instrumentation, et les ouver-
tures de Lulli ou de Rameau ne purent plus
soutenir la comparaison dans un concert. Il
est assez remarquable que ce fut dans l'année
même où Gossec tentait cette innovation
en France, que la première symphonie de
Haydn fut écrite.
Devenu vieux, Rameau cessa d'écrire pour
le théâtre; et La Popelinière, qui n'avait établi
son orchestre que pour essayer ses ouvrages,
le réforma. Alors Gossec entra chez le prince
de Conli, comme directeur de sa musique.
Celte situation était avantageuse; il profita des
loisirs que lui laissait sa place, pour se livrer
au travail, et des compo5;itions de tout genre
en furent le fruit. Ses premiers quatuors pa-
rurent en 1759, et eurent tant de succès, que
l'édition de Paris fut contrefaite, dans l'espace
de deux ans, à Amsterdam, à Liège et à Man-
heim. Mais l'ouvrage qui fit le plus d'honneur
à Gossec, et qui fonda sa réputation, fut sa
messe des Morts, qu'il fit graver en 17G0, et
qui fut exécutée à Saint-Roch avec un effet
prodigieux. Philidor, qui était alors le musi-
cien le plus en réputation, dit en sortant de
l'église qu'il donnerait tous ses ouvrages pour
avoir fait celui-là.
Ce ne fut qu'en 17G4 que Gossec s'essaya
dans le style dramatique par le i)etit opéra du
Faux Lord, qui fut représenté à la Comédie-
Italienne, et qui ne se soutint que par la mu-
sique. Mais les Pécheurs, qui furent joués le
8 avril 1766, eurent tant de succès, que ce fut
presque le seul opéra qui occupa la scène pen-
dant le reste de l'année. Le Double Déguise-
ment, Toinon et Toinette, au même théâtre ;
et à l'Opéra : Sabinus , Alexis et Daphné,
Philémon et Baucis, Hylas et Sylvie, la
Fête du Fillage, Thésée, Rosine, etc., ont
achevé de classer Gossec parmi les composi-
teurs dramatiques les plus distingués de l'école
française.
En 1770, il fonda le concert des amateurs,
dont l'orchestre était dirigé i)ar le fameux
chevalier de Saint- Georges. C'est de cette insti-
tution que date la première impulsion donnée
au perfectionnement de l'exécution instrumen-
tale en France, et Gossec peut être considéré
comme y ayant eu la plus grande part. Jus-
qu'alors les partitions les plus chargées d'in-
struments n'avaient renfermé que deux par-
ties de violon, viole, basse, deux hautbois et
deux cors. Gossec sentit qu'avec de nouveaux
instruments on parviendrait à varier les effets,
et il écrivit pour le concert des amateurs sa
vingt- unième symphonie, en ré, dont l'or-
chestre se composait de deux parties de violon,
viole, violoncelle, contrebasse, deux hautbois,
deux clarinettes, flûte, deux bassons, deux
cors, deux trompettes et timbales. L'effet en
fut très-remarquable. Dans le même temps,
Gossec écrivit sa symphonie de la chasse, qui
depuis a servi de modèle à Méhul pour son
Ouverture du Jeune Henri.
L'entreprise du Concert spirituel était de-
venue vacante, en 1773; Gossec s'en chargea
en société avec Gaviniés et Leduc aîné. Pen-
dant les quatre années de sa direction, cet
établissement prospéra, et le goût s'améliora
par le bon choix des ouvrages qu'on y exécuta^
62
GOSSEC
et par le grand nombre des talents étrangers
qui y furent attirés. Mais le service le plus
essentiel que Gossec rendit à la musique fran-
çaise fut l'institution de l'École royale de
chant, première origine du Conservatoire. La
direction de cette école, fondée en 1784, fut
confiée à ce savant musicien, qui en avait conçu
le plan, par le baron de Breteuil. C'est là que
furent formés quelques-uns des acteurs qui ont
brillé depuis lors sur les principaux théâtres
de Paris. Gossec y donnait des leçons d'har-
raonie et de contrepoint : il commença ainsi
l'édifice de l'école française, qui, depuis lors,
s'est placée très-haut dans l'opinion des artistes
de toute l'Europe pendant une période d'en-
viron quarante ans.
Les fêtes nationales de la Révolution française
ouvrirent un nouveau champ aux talents de
Gossec. La plupart de ces fêtes ayant lieu en
plein air, il était difficile d'y faire usage des
instruments à cordes : Gossec imagina d'ac-
compagner les hymnes et les chœurs avec des
orchestres d'instruments à vent, et il écrivit
dans ce système un grand nombre de mor-
ceaux, et même plusieurs symphonies qui se
distinguent par une rare énergie. Toute cette
musique excitait alors le plus vif enthousiasme.
Ses opéras du Camp de Grandpré et de la
Reprise de Toulon se firent aussi remarquer,
dans le même temps, parles mêmes qualités.
Ce fut dans le premier de ces ouvrages qu'il
arrangea en chœur et à grand orchestre
VHymne des Marseillais, avec une harmonie
remarquable par son élégance et sa vigueur.
Lors de l'établissement du Conservatoire,
en 1795, Gossec fut nommé l'un des inspecteurs
de cet établissement, et concourut activement
à son organisation, ainsi qu'à la formation de
plusieurs ouvrages élémentaires destinés à
l'enseignement des élèves. Quoique déjà fort
âgé , il ne montrait pas moins d'ardeur et
d'activité que ses jeunes confrères Méhul et
Cherubini; et même ce fut lui qui eut la plus
grande part à la rédaction et à la confection
des diverses parties du volumineux solfège que
les professeurs du Conservatoire ont publié. Il
ne se borna point à ce travail; car, lorsque
l'on crut les éludes assez avancées pour pou-
voir joindre une chaire de composition à celles
(|ui existaient déjà, ce fut lui qui se chargea
des fonctions de professeur, et pendant plus de
douze ans, c'est-à-dire jusqu'en 1814, il rem-
plit ces fonctions avec zèle. Ainsi, il enseigna
les principes de son art jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-un ans. Au nombre des élèves
qu'il a formés, on distingue Catel, mort à
Paris, en 1831; Androt, qui mourut jeune à
Rome; Dourlen, Gasse etPanseron.
A l'époque de la formation de l'Institut,
Gossec y fut appelé comme membre de la sec-
tion de musique, dans la classe des beaux-arts,
et Napoléon lui accorda la décoration de la
Légion d'honneur, lorsqu'il institua cet ordre.
Après la dissolution du Conservatoire de mu-
sique, en 18i3, il fut admis à la pension, et
cessa de s'occuper de son art, pour goûter le
repos qui lui était nécessaire après tant detra-
vaux. Toutefois, il continua de fréquenter les
séances de l'Académie des beaux-arts jusqu'en
1823; mais alors, ayant atteint l'âge de
quatre-vingt-dix ans, ses facultés s'affaibli-
rent, et il se retira à Passy, où le reste de ses
jours s'écoula paisiblement.
Gossec est un exemi)le remarquable de ce
que peuvent produire le travail et l'étude.
Fils d'un laboureur, dénué des avantages de la
fortune et du secours des maîtres , il s'est
formé seul, et s'est acheminé vers une roule
pure et classique, dont il semblait devoir être
écarté par tout ce qui l'environnait. Placé dans
une école imbue des préjugés les plus nui-
sibles, il a su se préserver de ses erreurs, et a
jeté les bases de la splendeur où la musique
française est parvenue. L'étude des modèles
classiques et je ne sais quel pressentiment de
la science, qui en est le génie, lui avaient fait
devancer l'époque oii cette science devait
s'organiser et prendre de la consistance en
France; et lorsque les circonstances vinrent
seconder ses vœux et ses efforts, on le vit, bra-
vant les atteintes de l'âge, prodiguer à une
jeunesse studieuse l'instruction qu'il ne devait
qu'à lui-même, et qui était le fruit d'un travail
constant.
Voici la liste des ouvrages les plus connus de
ce musicien laborieux :
1" Musique dramatique : à l'Opéra, 1773,
Sabinus , trois actes ; 1773 , Alexis et
Daphné, un acte; Philémon et Baiicis, un
acte; \776, Hylas et Sylvie, un acLe] 1778, /a
Fête du Village, un acte; 1782, Thésée de
Quinault, remis en musique, trois actes; 179C,
la Reprise de Toulon. A la Comédie-Italienne :
17G4, le Faux Lord, un acte; 176G, les Pé-
cheurs, un acte; 1767, Toinon et Toinelte,
un acte; le Double Déguisement , un acte.
Cet ouvrage n'eut qu'une représentation. A la
Comédie-Française, les chœurs d'Jthalie.
Gossec avait en portefeuille quelques opéras
non achevés, parmi lesquels se trouvait une
Nilocris, à laquelle il travaillait encore à l'âge
de soixante-dix-neuf ans.
GOSSEC — GOTSIIOVIUS
G3
2" McsiQUE d'église. Plusieurs messes avec
orchestre; plusieurs motets pour le Concert
spirituel, entre autres, un Exaudiat, qui fut
redemandé plusieurs fois ; la célèbre messe des
Morts qui a été gravée en 17G0, et dont les
planches ont été volées et fondues ; un Te
Beum, qui eut beaucoup de réputation ; O Sa-
lutaris liostia, à trois voix, sans accomi)agne-
ment, qui fut écrit à un déjeuner chez M. de
La Salle, secrétaire de l'Opéra, au village de
Chenevières, et chanté à l'église du lieu, deux
heures après, par Rousseau, Laïs et Chéron.
Ce morceau, devenu célèbre, a été intercalé
dans l'oratorio de Saul. Quelques oratorios exé-
cutés au Concert spirituel, parmi lesquels on
distinguait celui de la Nativité. Il y avait dans
cet ouvrage un chœur d'anges très-remar-
quable, qui se chantait au-dessus de la voûte
de la salle.
3" Musique a l'usage des fêtes patrio-
tiques : l" Chant du 14 juillet (Dieu du
peuple et des rois). 2" Chant martial {Si vous
voulez trouver la gloire). 3'^ Hymne à l'Être
Suprême {Père de l'univers). 4° Hymne à la
liberté {Five à jamais la liberté). 5» Autre
{Auguste et constante image). 6" Hymne à
l'humanité (O mère des vertus). 7" Hymne à
l'égalité {Divinité tutélaire). 8» Hymne fu-
nèbre aux mânes des députés de la Gironde.
9" Hymne patriotique {Peuple, réveille-toi).
10» Hymne à trois voix pour la fête de la Réu-
nion. 11° Chant funèbre sur la mort de Fer-
raud. 12° Serment républicain {Dieu puis-
sant). lô° Choeurs et chants pour l'apothéose
de Voltaire. 14° Idem pour l'apothéose de
J.-J. Rousseau. 15° Musique pour l'enterre-
ment de Mirabeau, qui fut depuis employée
pour les obsèques du duc de Montebello, etc.
4° Musique instrumentale. Vingt-neuf sym-
phonies à grand orchestre, dont trois pour in-
struments à vent; trois oeuvres de six quatuors
pour deux violons, alto et basse ; une œuvre de
quatuors pour flûte, violon, alto et basse; deux
oeuvres de trios pour deux violons et basse ;
deux œuvres de duos pour deux violons. Six sé-
rénades pour violon, flûte, cor, basson, alto et
basse; une symphonie concertante pour onze
instruments obligés; plusieurs ouvertilres dé-
tachées, etc., etc. Toute cette musique a été pu-
bliée à Paris, chez Venier, Bailleux, La Che-
vardière, Sieber, etc.
5° Littérature musicale. 1° Exposition des
principes de la musique, servant d'introduction
aux solfèges du Conservatoire. 2° Deux rap-
ports lus à l'Institut sur le progrès des études
musicales cl sur les travaux des élèves pen-
sionnaires à Rome. 3" Divers rapports sur des
instruments ou des méthodes soumis à l'examen
de l'Institut ou du Conservatoire.
C° Musique élémentaire. Beaucoup de mor-
ceaux à deux, trois et quatre parties dans les
solfèges du Conservatoire.
Une récapitulation si considérable, l)ien
qu'abrégée, doit frapper d'étounement, si l'on
fait attention aux nombreuses occupations qui
ont rempli la vie de Gossec, soit comme pro-
fesseur, soit comme directeur de divers établis-
sements de musique, soit enfin comme inspec-
teur du Conservatoire. M. Pierre Hédouin,
amateur distingué, a publié une notice sur cet
artiste, sous le titre : Gossec, sa vie et ses ou-
vrages, Valenciennes,1852, in-8°, avec le por-
trait de Gossec.
GOSSELIN (Jean), bibliothécaire du roi,
né à Vire en Normandie, vers 1506, mourut
d'une manière malheureuse à l'âge de près de
cent ans, au mois de novembre 1604. Resté
seul dans sa chambre, il tomba dans le feu et
fut trouvé le lendemain à moitié consumé. Au
nombre de ses ouvrages, on remarque celui
qui a pour titre : La Main harmonique, ou les
principes de musique ancienne et moderne,
et les propriétés que la moderne reçoit des
sept planètes, Paris, 1571, in-fol.
GOSTEI> A (Jean-Baptiste DELLA), mu-
sicien italien, né à Gènes vers le milieu du
seizième siècle, est connu par des Madrigali a
4 V0C4, Venise, Ange Gardane, 1582, in-4° obi.
GOSWirV (Antoine), musicien au service
de la cour électorale de Bavière, vers la fin du
seizième siècle et au commencement du dix-
septième, a publié de sa composition des motets
{Cantiones sacrx) à cinq et six voix, à Nurem-
berg en 1583, et des chansons allemandes à
trois voix, intitulées : Neue teutsche Lieder
mit dreyen Stimmen zu singen, und auful-
lerley Instrumenten zu gebrauchen. Nurem-
berg, in 4° obi., 1581 . Le baron d'Arétin pos-
sédait en manuscrit des madrigaux à cinq voix
de cet auteur, datés de 1615. Goswin avait été
d'abord attaché à la chapelle du prince-évéque
de Liège.
Il y a un autre musicien nommé Goswin ou
GoswEiN (Dominique), auteur de messes cou-
rantes appelées Missx communes.
GOTHART (Jean). Foy. Faber (Henri).
GOTSIIOVIUS (Nicolas), organiste de
l'église Sainte-Marie à Rostock, naquit dans
cette ville vers 1575. On a de lui : X" Sacra-
rum cantionum et motectarum 4-9 vocumy
in graliam ecclesiarum recens editarum cen-
turix, Rostock et Hambourg, 1C08, in-4".
64
GOTSHOVIUS - GOTTSCHED
2° Decas musicalis prima sacrarum odarum,
4-10 vocum, Rostock, ICOô.
GOTÏHOLD (FRÉDEnic-AcGusTE), était
directeur du Collège Frédéric, à Kœnigsberg ,
en 1811, et occupait encore cette position en
1841. Les biographes allemands ne fournissent
aucun renseignement sur sa personne. Il a pu-
blié un écrit qui a pour titre : Gedanken iiber
den Unterricht im Gesange auff o/f'entlichen
Schiilen (Idées sur l'enseignement du chant
dans les écoles publiques), Kœnigsberg, 1811,
in-4'^. On a aussi de lui : Ucber des Fursten
Anton Radziwill compositionen zu Goethe's
Faust (Sur les compositions du prince Radzi-
will pourle/'aMSfdeGœlhe). Première édition,
Kœnigsberg, 1839, in-S". Deuxième édition,
avec une suite, ibid. 1841, in-8».
GOTTIEllO (Jean -Vincent), compositeur
né à Bari, vers le milieu du seizième siècle,
est un des auteurs dont quelques morceaux ont
été choisis par De Antiquis pour former le re-
cueil intitulé : // Primo Libre de Canzoni a
2 voci di diversi autori di Bari, Venise,
1585, in-4».
GOTTSCHALDT (Jeau-Jacqïes), magis-
ter et diacre à Eubenstock, naquit en ce lieu
le 21 avril 1688, fit ses études à Altenbourg,
Leipsick et Wittenberg, et occupa d'abord les
places dont il est parlé ci-dessus ; puis il devint
pasteur à Schœneck, en Saxe (l"ôO), et y
mourut le 15 février 1759. On a de cet ecclé-
siastique sept pièces in-8'», publiées depuis
17Ô7 jusqu'en 1748, sous ce titre : Sammlung
vonallerhand Licder-Rcmarquen (Recueil de
toutes sortes de remarques sur les chansons).
GOTTSCHALIi (L. Moreau), pianiste
compositeur pour son instrument, est né, dit-
on, à la Nouvelle-Orléans, en 1828. Il a voyagé
pendant quelques années en Europe; a visité
l'Ailemagne, Paris et l'Angleterre, puis avécu
à New-York, où il se livrait à l'enseignement.
Parmi ses premiers ouvrages, ceux qui ont ob-
tenu de succès sont : 1° Bamboula, danse de
nègres pour piano seul, op. 2. 2«Za Savane,
ballade créole, idem, op. 5. o" Le Bananier ,
chanson nègre, op. 5. 4" Caprice élégant sur
des motifs du Songe d'une nuit d'été, op. d.
5» Le Mancenillier, sérénade, o|). 1 1 .
GOTTSCHED (Jeas-Ciiristophe), poly-
graphe qui a joui d'une brillante réputation,
et qui est maintenant oublié, naquit le 2 février
1700 à Juditen-Kirch, près de Kœnigsberg, oii
son père était ministre protestant. Ayant ter-
miné ses études, Goltsched fut nommé prési-
dent de la Société poétique de Leipsick, en
1726. Après avoir enseigné la philosophie et
la poésie à l'université de cette ville, il fut
nommé décemvir et doyen du grand collège
des princes. Il mourut le 12 décembre 176G.
On a de ce savant plusieurs dissertations rela-
tives à la musique; elles ont pour titre:
1" Gedanke vom Ursprung und Âlter der
Musik (Idées sur l'origine et l'antiquité de la
musique), dans la Bibliothèque de Jlizler,
t. I, part. V, p. 1, ann. 1758. 2« Gedanke von
den Opern oder Singspielen (Idées sur les
opéras ou drames musicaux), dans le Kriti-
sche DicJitkunst du même auteur, Leipsick,
17Ô0, t. II, chap, 12, p. 603-615. On trouve
dans la Bibliothèque de Mizler, t. Il, part. III,
p. 1-49, une réfutation de cet article dirigé
contre l'Opéra. Le docteur Hudemann, de Ham-
bourg, a donné aussi dans le môme recueil,
t. II, part. III, p. 120-151, une dissertation
où les idées de Gottsched sont combattues.
3" Antwort auf D. Hudemanns Abhandlung
von den f'orzilgen der Oper von Tragxdien
und Cpmxdien (Réponse à la dissertation du
docteur Hudemann concernant la supériorité
de l'opéra sur la tragédie et la comédie), dans
la Bibliothèque de Mizler, t. III, p. 1-46.
4" Gedanken von den Cantaten (Idées sur les
cantates), dans le Kritische Dichlkunst de
l'auteur, 1750, et dans la Bibliothèque musi-
cale de Mizler, t. I, part. VI, p. 1-16.
GOTTSCHED (Louise-Aldégonde -Vic-
toire), femme du précédent, naquit à Dantzick,
le 11 avril 1713. Fille d'un médecin du roi
de Pologne et d'une mère instruite, elle reçut
une bonne éducation, et apprit à parler avec fa-
cilité les langues française, anglaise, italienne,
allemande et polonaise. Elle acquit aussi des
connaissances, qui sont rarement le parlage des
femmes, dans la philosophie, les mathémati-
ques, l'histoire et la poésie. Son itenchant pour
l'étude la conduisit même à apprendre le latin
et le grec. Son application au travail affaiblit
sa santé; elle mourut à Leipsick le 26 juin 1762.
Au nombre des ouvrages de cette femme dis-
tinguée, on trouve : le Petit Prophète de
Bohemischbroda , ou prophéties de Gabriel-
Jean-Népomucène-François-de-Paule Tfald-
slorch , dit JValdstœrchcl , Prague, 1755,
in-8". Cet écrit satirique, imitation allemande
du Petit prophète de Bohemischbroda , de
Grimm, est dirigé contre l'opéra comique de
Weise intitulé : les Femmes métamorphosées.
Madame Gottsched a traduit en allemand un
choix de mémoires et de dissertations de \Aca-
démiedes inscriptions (Leipsick, 1753-1754,
2 vol. in-8"). On y trouve l'analyse du mé-
moire de Galland sur l'origine et l'usage de la
GOTTSCHED - GOUDIMEL
6â
trompette chez lesancicns,et celle du mémoire
de l'abbé Fraguier sur un passage de Platon
relatif à la musique.
GOTTWAL (...), violoniste allemand, qui
vivait à Paris en 1734, a fait i;raver dans cette
ville un Livre de sonates en trios pour deux
violons et basse.
GOTTWALD (Joseph), organiste de la
cathédrale de Breslau, naquit le 6 août 1754,
dans le comté de Glatz, à Wilhelmsthal, où
son père, assez bon musicien, était meunier.
Celui-ci donna à son fils les premières leçons
de musique, puis l'envoya, à l'âge de neuf ans,
continuer ses études à Wolferstdorf, sous la
direction de Rupprecht. Trois ans après, Gott-
wald fut rappelé par son père ; mais son aver-
sion pour la profession de meunier décida ses
parents à le l'aire entrer comme enfant de
chœur chez les dominicains de Breslau. Quel-
ques années après, il fut choisi pour jouer
l'orgue de leur église. C'est à cette époque
qu'il étudia l'harmonie et la composition. En
1783, il fut nommé premier organiste à l'église
de la Croix. En 1819, il a obtenu la place d'or-
ganiste de la cathédrale de Breslau. Il était
alors âgé de Co ans. Le talent de cet artiste sur
l'orgue a été renommé dans la Silésie. Ses
compositions pour l'église consistent en dix
hymnes, deux vêpres complètes, trois messes
avec orchestre et six offertoires. Il a participé
à la rédaction de l'ouvrage qui parut en 1804 à
Breslau, chez Gruss et Barth, sous le titre de :
Mélodies et recueil d'airs à l'usage de la jeu-
nesse des écoles catholiques. Goltwaldest mort
à Breslau, le 25 juin 1833.
GOUDAll (Ange), fils d'un inspecteur gé-
nérsl du commerce au port de Marseille, naquit
à Montpellier dans la première moitié du dix-
huitième siècle. Il voyagea quelque temps en
Italie, vécut à Livourne, à Venise et à Naples,
eut partout une vie agitée, et mourut à Lon-
dres, vers 1786, dans une situation peu for
lunée. Littérateur assez médiocre, il a écrit
sur toutes sortes de sujets. C'est lui qui est le
véritable auteur de l'ouvrage singulier publié
sous le pseudonyme de Jean- Jacques Sonnette ,
et qui a pour titre : le Brigandage de la mu-
siijue italienne, Amsterdam et Paris, Bastien,
1780, in-12 de 173 pages. On a aussi deGou-
(lar : Observations sur les trois derniers bal-
lets qui ont paru aux Italiens et aux Fran-
çais, savoir : Télémaque, le Sultan généreux,
la Mort d'Orphée, Paris, 1759, in-12 de 46 p.
GOUDAU (Madame Sara), femme du pré-
cédent, née à Londres, est morte à Paris, vers
1800, dans un état voisin de la misère. Elle a
BlOCn. UMV. DES MUSICIENS. T. IV.
publié : Tîemarques sur lamusique et la danse ,
ou lettres à Milord Pembroke, Paris, 1773,
in-S". Ces remarques portent au frontispice les
lettres initiales du marij cependant madame
Sara Goudar les a insérées dans ses œuvres mê-
lées. Celles-ci ont paru à Amsterdam en 1777,
en deux volumes in-12. Le deuxième volume
renferme douze lettres sur la musique italienne
et sur la danse j les deux premières sont celles
qui avaient été publiées en 1773. Ces lettres,
assez spirituelles, ont une certaine liberté
d'expression qui a de l'analogie avec l'esprit
français.
GOUDIMEL (ClaIde) , musicien célèbre
du seizième siècle, a été mal connu de la plu-
part des auteurs qui ont écrit' sur sa vie et sur
ses ouvrages. Son nom même a été altéré jus-
qu'à devenir méconnaissable. Antimo Liberati
l'appelle Gaudio Mell, dans ses lelires à Ovide
Persapeggi ; il a été copié par Adami (Osser-
vaz. per ben regolare il coro délia capp.
potitif., p. 169) et par le P. Martini; de Thou
lui donne le nom de Gaudimelus (1), ortho-
graphe adoptée également par l'abbé Ger-
bert (2) et par Walther; Gisbert Voet écrit
Gaudimellus (3); Varillas, Gaudinel {\) ] Jé-
rémie de Pours, Guidomel (3); Draudius ,
Condinellus (6). Les copistes des compositions
de Goudimel, dont les manuscrits se trouvent à
Rome en plusieurs églises, ont aussi altéré de
beaucoup d'autres manières le nom de ce mn-
sicien. L'abbé Baini a remarqué dans ces
manuscrits les orthographes suivantes : Goud-
mel, Gudmel, Godmel, Godimel, Gaudimel
et Gaudiomel. On aurait évité toutes ces ridi-
cules altérations de nom si l'on avait copié
celui qui se trouve sur tous les ouvrages pu-
bliés par Goudimel, et la signature de ses let-
tres latines insérées dans le Melissi Schedias-
matuin Reliquix.
Le prénom du compositeur a été aussi la
source d'une autre erreur, car Varillas l'a
confondu avec Claude ou Claudin le Jeune.
Voici ce qu'il en dit : Mandelot (gouverneur
de Lyon) se mit inutilement en devoir d'em-
pêcher à Lyon le massacre de treize cents
calvinistes, et surtout de l'incomparable mu-
sicien Gaudinel, connu sous le nom de Clou-
ai) Histor. lib. LU, p. m. 1084.
(^) De Cantuel mus. sacr. t. Il, p. 53i.
^3) PoUl. eccles., t. I, p. 554.
(4) Ilisloire de Cliarlet IX, livre M, pages 471-472,
édiiion de Paris, in-12, 168V.
(o) Divine Mélodie du saint Pta,lmiste,\i\. Il,cliap. 41,
p. 5S1.
(6) niblioth. class.,L. II.
66
GOUDIMEL
din le Jeune. Son plus grand crime fut
d'avoir inventé les beaux airs des psaumes de
Marot et de Bèze, qui se chantaient au
prêche, etc. L'origine de cette erreur vient
sans doute de ce que Claude le Jeune arrangea
aussi les psaumes de Marot et de Bèze à plu-
sieurs voix; mais Variilas aurait dû se souve-
nir que ce musicien vécut plusieurs années
après la Saint-Barthélémy. (Foxjez Le Jeune).
Le lieu delà naissance de Goudimel est l'objet
d'opinions différentes. Suivant Antimo Libé-
ral! {Lett. in riposta ad una delsign. Ovidio
Persapeagi, etc., pag. 22), il était Flamand :
Gaudio Mell flandro , huomo di grantalento,
e di slile molto culto e dolce, etc. Octave Pi-
toni, savant maître de l'école romaine, auteur
<le notices sur les compositeurs de celte école,
dont le manuscrit se trouve dans la biblio-
thèque du Vatican, dit que Goudimel était né
à Vaison , petite ville du comtat d'Avignon
(Vaucluse); mais quelques vers latins insérés
dans les fragments poétiques de Melissus, où
la mort de l'artiste célèbre est déplorée, font
voir qu'il était né dans des lieux arrosés par
le Doubs. Voici ces vers :
Goudimel ilUmeu.t, meus {eheu.') Goudimel illeest
Occisus. Testes vos, Arar el Rkoilane,
Semineces, vivosque si'iiul violenter tilrisqus
Absorptos visi plnni/ere gtirgitibus.
Sequana cum Ligeri /levit, flevitque Garumna;
Pracipuè patrius flevit amara Dubis (1).
Il est difTicile de décider si ce sont ces vers,
ou quelque indication particulière qui ont fait
dire à Duverdier que Goudimel est né à Besan-
çon ; mais on ne peut mettre en doute, d'après
ces indications contemporaines, qu'il a vu le
jour dans la Franche-Comté.
L'époque précise de la naissance de Goudi-
mel n'est pas connue; mais il y a lieu de
croire qu'elle doit être fixée vers 1510. Li-
berali, Pitoni, l'abbé Baini et d'autres nous
apprennent, d'après d'anciennes notices ma-
nuscrites , que Jean Pierluigi de Paleslrina
se rendit à Rome en 1540, à l'âge de seize ans,
qu'il y entra dans l'École de musique fondée
en cette ville peu de temps auparavant par
Goudimel, et qu'il y eut pour condisciples
Jean Animuccia, Etienne Beltini, surnommé
il Fornarino, Alexandre Merlo, connu sous
le nom de Délia Fiola, Jean Marie Nanini, et
quelques autres, qui devinrent par la suite
d'halMles maîtres. Or, on ne peut supposer que
Goudimel ait acquis, avant l'âge d'environ
trente ans, le savoir el l'expérience nécessaires
(I) Melissi Schediasmalum reliquia-, p. 70.
pour enseigner l'art d'écrire en musique dans
une école publique où se réunissaient de tels
élèves. Je dois faire remarquer ici une erreur
dans laquelle je suis tombé avec Burney (1). Il
me semblait douteux qu'un musicien huguenot
eùtété établir une école de musique à Rome, et
l'altération du nom de Goudimel en celui de
Gaudio 3Iell , ainsi que la qualification de
Flamand, m'avaient fait croire que les auteurs
italiens s'étaient trompés, et qu'ils avaient
confondu le maître dont il s'agit avec Renaut
ou Rinaldo de Melle, compositeur liégeois du
seizième siècle dont on a plusieurs ouvrages,
et qui a été réellement à Rome maître de cha-
pelle pendant plusieurs années. Telle est l'opi-
nion que j'ai émise dans mon Mémoire sur les
musiciens néerlandais (p. 43). J'aurais dû me
souvenir des motets, des Magnificat et des
messes de Goudimel, publiés en 1554, 1557 et
1 558, qui prouvent qu'il n'a embrassé la religion
réformée que postérieurement à cette époque,
et conséquemment, qu'il n'y a pas d'objection
solide contre son séjour à Rome en 1540.
On ne sait rien des circonstances de sa vie
antérieurement à l'établissement de son école
dans la capitale du monde chrétien; mais il
est certain qu'il reçut dans sa jeunesse une
instruction solide non-seulement dans la mu-
sique, mais aussi dans les lettres, car ses
épîlres latines, adressées à son ami Paul Me-
lissus, sont écrites d'un style élégant et pur.
En 1555, Goudimel était à Paris, et il s'y était
associé à Nicolas Du Chemin jjour l'impression
des oeuvres de musique. Ce fait, ignoré de la
plupart de ceux qui ont écrit sur la vie de cet
artiste, est démontré par le frontispice d'un
de ses ouvrages, également peu connu {la Mu-
sique des Odes d'Horace):, on y lit : Ex ty-
pogr. Nicol. Du Chemin et Claudii Goudi-
melli. Cette association avait déjà cessé en
1556, car les messes de Pierre Colin, impri-
mées dans cette année (in-fol. max.) par Ni-
colas Du Chemin, n'ont au frontispice que le
nom de cet imprimeur. Un passage de VHis-
toire de la naissance et des progrès de l'hé-
résie par Florimont de Rémond (liv. VIII,
ch. XVI, p. 1049), pourrait faire croire que
Goudimel alla ensuite à Genève, et qu'il y fil
la connaissance de Calvin. Voici ce passage :
« Calvin eut le soin de les mettre (les psaumes
« de Marot et de Bèze) entre les mains des
« plus excellents musiciens qui fussent lors en
« la chrétienté, entre autres de Goudimel, et
« d'un autre nommé Bourgeois, pour les cou-
(I) A Genn-al lllslory of Music, t. III. p. 580.
GOUDIMEL
C7
» cher en musique... Dix mille exemplaires
« furent faits dès lors de ces psaumes rhyniés,
« mis en musique et envoyez partout. A ce
« commencement chacun les portait, les chan-
« tait comme chansons spirituelles, mesmes
« les catholiques, ne pensant pas faire mal. »
Il mè paraît y avoir une erreur dans ce pas-
sage en ce qui concerne Goudimel. D'abord,
ni ce musicien, ni Bourgeois, ne sont les au-
teurs des mélodies des psaumes en usage dans
>es églises réformées; car ces mélodies, qui
succédèrent aux airs populaires sur lesquels on
avait chanté d'abord les traductions de Marot
et de Bèze, furent arrangées d'après d'anciennes
mélodies allemandes^ ou composées par un
musicien assez obscur nommé Guillaume Franc
ou Franck, et imprimées pour la première fois
à Strasbourg, en 1545 {voijez Franck). Ce fait
est démontré par le passage d'une lettre de
ConstantdeRebecque,professeurde Lausanne,
à Bayle, rapporté par celui-ci à l'article Ma-
rot de son Dictionnaire historique (noie N).
Il y est dit : « J'ai découvert une chose assez
« curieuse, c'est un témoignage que M. de
« Bèze donna de sa main, et au nom de la
« compagnie ecclésiastique, à GuillaumeFranc,
« le 2 de novembre 1552, où il déclare que
» c'est lui qui a mis le premier en musique les
« psaumes comme on les chante dans nos
« églises, et j'ai encore un exemplaire des
« psaumes imprimés à Genève, où est le nom
« de ce Guillaume Franc, et outre cela, un pri-
« vilégedu magistrat, signé Gallatin, scellé de
« cire rouge, en 1564, oii il est aussi reconnu
« pour l'auteur de cette musique. " En second
lieu, si Calvin a conçu le projet de faire mettre
en musique à plusieurs parties ces mêmes mé-
lodies des psaumes, comme un moyen de pro-
pagande, à cause de l'usage général, à cette
époque, de la musiijue vocale en harmonie, il
parait que ses idées ne furent pas alors goû-
tées par les autres membres du consistoire de
Genève, ce qui fut cause que Bourgeois revint
à Paris, en 1557. Il y a donc peu d'apparence
que Goudimel ait choisi ce moment pour s'éloi-
gner de cette ville et pour aller à Genève. Les
psaumes de Bourgeois, à i)lusieurs parties,
furent publiés à Paris en 1561, mais ceux de
Goudimel ne parurent qu'en 1565, et Calvin
était mort depuis le 27 mai 1564. Rien ne jus-
tifie donc l'assertion de Florimont deRémond.
11 ne paraît pas prouvé, d'ailleurs, que Goudi-
mel ait eu le dessein d'abandonner la religion
catholique pour la réforme, lorsqu'il s'occupa
de l'arrangementdes psaumes à quatre parties.
Ainsi que le remarque fort bien Flor. de Ré-
mond lui-même, les catholiques ne virent d'a-
bord rien qui fût contraire à la foi dans la
traduction française en vers des psaumes de
David, et personne n'aperçut d'inconvénient à
les chanter. La Sorbonne elle-même, consultée
à ce sujet, avait donné, le 16 octobre 1561,
une déclaration qui se terminait ainsi : Nous
n'avons rien trouvé contraire à notre foi
catholique, ains conforme à icelle^ et à la vé-
rité hébraïque; en témoignage de quoi nous
avons signé la présente certification. Le
19 octobre suivant, Charles IX accorda un
second privilège pour imprimer ces psaumes,
traduits selon la vérité hébraïque et mis en
rime française et bonne musique. Un autre
privilège fut concédé, le 16 juin 1564, pour
une autre édition des mêmes psaumes donnée
par Plantin, et approuvée par un docteur à ce
député par le conseil. Or, c'est dans l'année
suivante, c'est-à-dire en 1565, que Goudimel a
fait paraître ses psaumes à quatre parties. Au
surplus, Bayle a remarqué avec beaucoup de
justesse que ces psaumes harmonisés n'ont ja-
mais été chantés dans les temples protestants,
et nous avons une preuve certaine que le com-
positeur ne les destinait pas à l'usage de ces
temples, dans la déclaration que Goudimel fait
lui-même au verso du frontispice de son édi-
tion ; elle est conçue en ces termes : Nous
avons adiousté au chant des psaumes, en ce
petit volume, trois parties : non pas pour in-
duire à les chanter en l'église, mais pour
s'esiouir en Dieu particulièrement es mai-
sons. {Je qui ne doit être trouvé mauvais,
d'autant que le chant duquel onuse en l'église,
demeure en son entier, comme s'il estait seul.
C'est donc à tort que Varillas a dit que le plus
grand crime de Goudimel fut d'avoir inventé
les beaux airs des psaumes de Marot et de
Bèze qui se chantaient au prêche. De ce que
Goudimel a harmonisé le chant des psaumes à
quatre parties ne résulte pas la preuve qu'il
ait eu, en faisant ce travail, l'intention d'aban-
donner la foi catholique, surtout si l'on se rap-
pelle qu'il publiait des Magnificat et des
messes de sa composition en 1557 et 1558,-
mais il est vraisemblable qu'après le succès du
recueil des psaumes, les réformés de France
auront fait des efforts pour attirer à eux un
altiste de si grande renommée, et que le com-
positeur se sera trouvé engagé, presque sans le
savoir, dans la nouvelle religion. Quoi qu'il en
soit, son affiliation aux huguenots le conduisit
à une fin prématurée et à une mort violente,
car il fut une des victimes du massacre de
la Saint-Barthélémy. D'Anbigné s'est trompé
r.
68
GOUDIMEL
quand il a placé Goiidimel au nombre de
ceux qui périrent à Paris dans cette jour-
née (1) ; ce fut à Lyon que Goudimel périt
avec les Calvinistes qu'on tua le 24 août 1572,
et qu'on précii>ita dans le Rhône. L'histo-
rien de Thou, Varillas, et le Martyrologe des
protestants, ne laissent point de doute à cet
égard. Ce dernier ouvrage ajoute au récit
abrégé de sa mort le passage suivant : » Claude
« Goudimel, excellentmusicien, et la mémoire
« duquel sera perpétuelle, pour avoir heureu-
« sèment besogné sur les psaumes de David en
« français, la plupart desquels il a mis en mu-
« sique, en forme de motets à quatre, cinq,
« six et huit parties, et sans la mort eût tôt
» après rendu cet œuvre accompli. Mais les
« ennemis de la gloire de Dieu et quelques
« méchants envieux de l'honneur que ce per-
» sonnage avait acquis, ont privé d'un tel
« bien ceux qui aiment une musique chré-
« tienne (2). « Melissus, ami de Goudimel, a
fait une épigramme latine, où il dit que cet
infortuné musicien eût trouvé plus d'humanité
sur les flots que dans sa patrie (3). Il y a
d'autres i)ièces de vers latins, qui ne sont pas
de Melissus, dans le recueil des œuvres poéti-
ques de celui-ci, sur la mort du célèbre musi-
cien. Quatre épitaphes, la première en fran-
çais, la deuxième en latin, et les dernières en
grec, pour le même artiste, ont été insérées
dans le recueil intitulé : La fleur des chan-
sons des deux plus excellents musiciens de
notre temps, etc. Lyon, 1574, in-4''.
Goudimel a été certaincuicnt un musicien
instruit et un bon professeur, puisqu'il a
formé plusieurs élèves qui se sont placés au
premier rang des maîtres dans l'art d'écrire
en musique. Les morceaux de sa composition
que j'ai mis en partition m'ont démontré que
son harmonie est toujours pure; cependant il
était bien inférieur à Clément Jannequin, à
Verdelot et à Arcadet pour l'élégance et l'es-
prit dans les chansons françaises. Les mouve-
ments des voix, dans les compositions de cette
espèce, sont souvent lourds et manquent de
grâce. Un de ses meilleurs ouvrages, à cause
du mérite rhythmique, et pourtant le moins
connu, est le recueil des Odes d'Ilorace à
quatre parties qu'il a publié en 1555.
Parmi les compositions de Goudimel, les
plus anciennes sont vraisemblablement celles
(i) Histoire universelle, t H, liv. I,cbap. IV, an. Ib72.
(2) Marnjrol. liv. X, loi. 772.
(3) Uelissi Schediasmalum reliqvice ( Paris , 1573 ,
:n-8"), p. 79, ou Mtlitii Sdiediasmala jioetica. Paris,
I5S0, in-8'.
qu'il écrivit pour l'église pendant qu'il était à
Rome, et qui existent en manuscrit dans les
archives de la chapelle du Vatican , et chez
les PP. de l'Oratoire, à Sainte -Marie in
Vallice.lla. Ces compositions sont des messes
et des motets à cinq, six, sept, huit et
douze voix. Il en existait autrefois d'autres à
Saint-Laurent in Damaso et dans d'autres
églises; mais elles ont été dispersées dans les
derniers temps. A l'égard des morceaux qui
portent le nom de Claudin dans la collection
imprimée à Venise chez Gardane, en 1S39,
sous le titre de Motetti del frutto, ils ne sont
ni de Goudimel ni de Claude le Jeune, comme
le croyait Burney (Gêner. Ilist. of Music^
t. III, p. 266), copié par Gerber, et celui-ci
par Fink, dans le galimatias sur Goudimel
qu'il a inséré au Lexique de musique publié
par M. Schilling, mais de Claude de Sermisy.
Le savant Antoine Schmid est tombé dans
cette confusion de noms, pages 117 et 244, où il
renvoie par la table des artistes, dans son livre
sur Octavien dei Petrucci. Les ouvrages au-
thentiques de Goudimel, publiés sous son nom
sont : 1° Quelques motels à quatre parties dans;
le recueil intitulé : Liber quarlus ecclesias-
ticarum cantionum 4 vocum vulgà moteta
vacant. Anvers, Tylman Susato, 1554, in-4''
obi. Burney en a extrait le motet : Domine,
quid muUiplicati sunt, et l'a publié en par-
tition, dans le troisième volume de son His-
toire générale de la musique, p. 267 et suiv.
2" Q. Horatii Flacci poetx lyrici odx omnes
quotquot carminum generibus differunt ad
rhythmos musicos redactas. Parisiis ex typo-
graph. Nicol. Duchemin et Claudi Goudi-
melli, 1555, in-4" obi. 3" Chansons spiri-
tuelles de Marc-Jntoine de Muret mises en
musique à quatre parties; à Paris, par Nicolas
Duchemin, 1555. Il y a dix-neuf chansons
dans ce recueil, dont les vers sont fort mau-
vais, et la musique lourde, quoique bien écrite.
4" Magnificat ex oct. mod. quinque voc.
Paris, Adrien Leroy et Robert Ballard, 1557.
5" Missx très a Claudio Goudimel prxslan-
tissimo miisico auctore nunc primum in
lucem cditx cum quatuor vocibus, ad imita-
tionem modulorum : Audi filia; Tant plus ie
metz ; De mes ennuis ; item missx très a
Claudio de Sermisy, Joanne Maillard, Clau-
dio Goudimel cum quatuor vocibus conditx
et nunc primum in lucem editx ad imita-
tionem modulorum: Plurium modulorum ; Je
suis des-héritée; Le bien que j'ai. Lutetix,
apud Jdrianum Leroy et Robertun, Ballard
régis typographos in vico sancli Joannis Bel-
GOUDIMEL — GOUGII
69
lovacensis, sub intersigno divx tienovefx,
1538. Dans le troisième livre des messes de
Jean Pierluigi de Palestrina, il y en a une in-
titulée .^/ma brevis, dont cet illustre maître a
pris le thème, les imitations, les andamenti
et le système fugué de la messe ^iidi filia de
Goudimel, et les a employés avec la supériorité
de talent qui est le, cachet de toutes ses pro-
ducdons. 6" Les Psaumes de David mis en
musique à quatre parties, en forme de motets,
à Paris, par Adrien le Roy et Robert Rallard,
15C2, in-4''. Draudius, avec on inexactitude
ordinaire, a indiqué cet ouvrage sous la date
de 1565, il a été copié par Gerber et par
l'abbé Baini, et ceux-ci par Fink et Randler.
Draudijis avait confondu cet ouvrage avec celui
dont il sera parlé tout à l'heure; M. l'abbé
Baini est tombé dans la même erreur [Jflem.
stor. crit., t. I, p. 21, n» 29), car il indique
comme une deuxième édition de cet œuvre la
quatrième réimpression de l'autre. Au surplus,
Braudius a accumulé les bévues surGoudimel,
car, en défigurant son nom, il a latinisé le
litre de l'ouvrage suivant sous celui-ci : Claud.
Condinelli ad Psalmos Davidis Harmonix
4 vocum, Paris, ap. Adrian, Regium A". Ce
litre pourrait faire croire que Goudimel a mis
en musique le texte latin des psaumes de Da-
vid, ce qui n'est pas. Les psaumes indiqués ici
ne sont qu'au nombre de seize; ils sont réelle-
ment traités en forme de motets, avec des imi-
tations en style fugué sur les mélodies, tandis
que dans le recueil des psaumes de Marot et de
Bèze, à quatre parties, l'harmonie est note
contre note, et les psaumes, au nombre de cent
cin(iuante, sont suivis du décalogue, du can-
tique de Siméon, et des prières avant et après
le relias, également en musique à quatre par-
ties. 7" Les psaumes mis en rime française,
par Clément Marot et Théodore de Bèze. Mis
en musique à quatre parties par Claude
Goudimel. Sans nom de lieu, mais avec ces
mois au bas du frontispice : Par les héritiers
de François Jaqui, 1563, in-12. 'La musique
des ((uatre parties est imprimée en regard. La
mélodie est au ténor. Il y a une seconde édi-
tion de ce recueil publiée à Genève, dans la
même année, une troisième (sans nom de lieu,
mais dans la même ville), par Pierre de Saint-
André, 1580, petit in-S" oblong, et une der-
nière, à Charenton, en 1607. 8° La fleur des
chansons des deux plus excellents musiciens
de notre temps, à savoir de Orlande de
Lassus, et de D. Claude Goudimel : Celles de
M. Cl. Goudimel n'ont jamais été mises e7i
lumière; à Lyon, par Jean Ravcnt, 1374. Pre-
mier livre à quatre parties, in-12 oWong;
deuxième livre à cinq parties, 1575. 11 n'y a
que deux morceaux de Goudimel dans le pre-
mier livre, mais on en trouve sept dans le se-
cond. Burney a indiqué cet ouvrage sous la date
de 1576 (^ General hist. ofmusic, t. III,
p. 263), et il a été copié par M. l'abbé Baini.
Draudius a cité sous le nom de Goudimel un
recueil intitulé ; Flores canlionum quatuor
vocum, Lugduni, 1574; ce n'est que le précé-
dent, dont le titre est latinisé. Cependant, tous
les biographes et historiens de la musique ont
cru qu'il s'agissait d'une autre production.
Dans le sixième livre de Chansons nouvelle-
ment composées en musique par bons et ex-
cellens musiciens, de l'imprimerie d'Adria^i,
le Roy et Robert Ballard, imprimeurs du Roi,
rue Saint-Jean de Beauvais, à l'enseigne
Sainte Geneviève, 1556, in-4'' obi., on trouve
une chanson de Goudimel à quatre parties, sur
les paroles : Si planterai-je le may. Dans le
huitième livre du même recueil, Paris, 1557, il
y a deux autres chansons de ce compositeur;
la première : Je ne t'accuse amour; la se-
conde : Si on pouvait acquérir. Elles n'ont pas
été réimprimées dans le recueil de Lyon.
GOUGELET (Pierre-Marie), organiste de
Saint-Martin des Champs, né à Châlons en
1726, fit ses études de musique à la maîtrise
de la cathédrale de cette ville, et fut ensuite
envoyé à Paris chez un oncle qui voulut li.i
faire abandonner son art pour la finance, mais
qui ne put lui faire goûter son projet. Il com-
posa un Exaudiat et un Domine salvum qui
fLU'ent exécutés à Versailles, en 1744. Cet ar-
tiste mourut à Paris, le 27 janvier 1790. Il a
publié une Méthode ou abrégé des règles d'ac-
compagnement de clavecin, et recueil d'airs
avec accompagnement d'un nouveau genre,
Paris (sans date). On a aussi sous le nom de ce
musicien deux recueils d'ariettes d'opéras
français avec accompagnement de guitare,
Pans, 1768.
GOUGII (Jean), physicien et matnémati-
cien anglais, vivait au commencement du dix-
neuvième siècle. Au nombre de ses écrits, on
remarque : 1° Jn investigation ofthemethod
whereby menjudge by the ear ofthe positions
of sonorous bodies relative to their own per-
sons (Recherche sur la manière dont les
hommes jugent par l'oreille des positions des
corps sonores relativement à leur pro|)re per-
sonne), Londres, 1807, in-S". 2" The nature
of the grave harmonies (La nature des sons
harmoniques graves), dans le journal do phy-
sique de Nicholson, 1803. ô" On the nature of
TO
GOUGIl - GOUNOD
soiinds, in reply to D. Young (Sur la naliirc
des sons, en opposition au D. Young), ibid.,
p. 139. 4° The theory of compound sounds
(Théorie des sons combinés), ibid., p. 152.
5» Exptriments and remarhs on the aug-
mentation of sounds (Expériences et remar-
ques sur l'accroissement d'intensité des sons),
ibid., 1805, p. C5. G» A malhematical theory
of the speaking trumpet (Théorie malhé-
malique de la trompette parlante),, ibid.,
IGO. 7» Observations on the theory of ear
trumpets, with a view to their improvement
(Observationssurla théorie des cornets acousti-
ques, avec un aperçu de leurs perfectionne-
ments), ibid., 1807, p. 310. 8» On the place of
a Sound, produced by a musical string (Sur
le lieu d'un son produit par une corde),
ibid., 1811.
GOULIIV (Pierre), contemporain de Guil-
laume Dufay, fut maître des enfants de chœur
de la collégiale de Saint-Quentin, en 1412
(voyez les Manuscrits de la Fons, publiés par
M. Gomart, première partie, p. 302). On ne
connaît jusqu'à ce jour aucun ouvrage écrit par
Goulin.
GOUNOD (CiuiiLEs-FiiANÇois) , composi-
teur, né àParisle 17 juin 1818, a reçu des le-
çons d'IIalévy, pour le contrepoint, au Conser-
vatoire, dans les années 1836-1838, et a fait des
études pratiques de composition sous la direc-
tion deLesueur, puisdePaer. Enl837, il obtint
un second prix au concours de l'Institut, et le
premier lui fut décerné en 1839; pour la com-
position de la cantate intitulée Fernand. De-
venu pensionnaire du gouvernement à ce titre,
il se rendit à Rome et s'y livra particulière-
ment à l'étude du style de la musique d'église.
En 1843. il était à Vienne et y fit exécutera
l'église Saint-Charles une messe pour des voix
seules, imitée du style de Palestrina. De retour
à Paris, il fut chargé de la direction de la mu-
sique à l'église des Missions étrangères, et
parut vouloir embrasser l'état ecclésiastique,
dont il porta même l'habit. Jusqu'en 1851, le
silence le plus absolu régna dans le monde
musical sur la personne et les travaux de
M. Gounod : la Gazette musicale de Paris
avait seulement annoncé, en 1846, qu'il venait
d'entrer dans les ordres. Mais tout à coup il se
fit une révélation par un article inséré dans
VJthensum de Londres, et qui fut attribué
alors à M. Viardot, mari de la célèbre canta-
trice de ce nom, et littérateur connu par de
bons ouvrages relatifs aux arts. On y rendait
compte d'un concert donné à Saint-Martin-
J/allf où quatre compositions de M. Gounod
avaient été exécutées, et l'on y remarquait des
passages tels que ceux-ci : « Cette musique
" ne nous rappelle aucun autre compositeur
u ancien ou moderne, soit par la forme, soit
« par le chant, soit par l'harmonie : elle n'est
« pas nouvelle, si nouveau veut dire bizarre ou
« baroque ; elle n'est pas vieille, si vieux veut
« dire sec et raide, s'il sulTit d'étaler un aride
« échafaudage derrière lequel ne s'élève pas
« une belle construction ; c'est l'œuvre d'un
« artiste accompli, c'est la poésie d'un nou-
« veau poète...
V ... Que l'impression produite surl'audi-
w toire ait été grande et réelle, cela ne fait nul
« doute; mais c'est de la musique elle-même,
« non de l'accueil qu'elle a reçu, que nous
« présageons pour M. Gounod une carrière peu
« commune ; car s'il n'y a pas dans ses œuvres
« un génie à la fois vrai et neuf, il nous faut
« retourner à l'école, et rapprendre l'alphabet
» de l'art et de la critique. »
Cet article, en forme de prophétie, qui fut
répété dans la Gazette musicale de Paris,
(20 janvier 1851), produisit une sensation d'au-
tant i)lus vive, que la Sapho de M. Gounod,
première œuvre dramatique de ce composi-
teur, était à l'étude à l'Opéra, et devait être
bientôt représentée. L'attention publique était
éveillée autant que l'auteur pouvait le désirer,
lorsque son ouvrage fut joué pour la première
fois, le 16 avril de la même année. Le succès
ne répondit pas aux espérances des amis du
compositeur. Il y eut à cela plusieurs causes
dont les plus importantes étaient un livret mal
fait, et l'absence d'unité, de logique des idées,
et de périodicité des phrases dans la partition.
Cependant, en dépit des longueurs excessives
du récitatif, de la prétention trop persistante
d'éviter les formes consacrées par le génie des
maîtres, et de l'inexpérience de l'effet scé-
nique, il y avait dans cette musique un senti-
ment de poésie qui ne pouvait être méconnu, et
qui jetait à chaque instant des éclairs d'inspi»
ration. Sapho ne réussit pas et n'eut qu'un très-
petit nombre de représentations; mais 4e ce
que les connaisseurs avaient entendu, ils con-
clurent que M. Gounod était un artiste d'avenir.
Des chœurs écrits par lui pour Ulysse, tragédie
de M. Ponsard, furent la première production
de son talent qui succéda à Sapho ; celle tra-
gédie fut représentée au Théâtre-Français ,
en 1852. Dans cette œuvre, le compositeur s'est
attaché à la recherche du caractère antique,
soit par le rhylhme, soit par des modulations
inusitées. Hien qu'il résulte de ce système une
certaine teinte monotone, à laquelle fait pour-
GOUNOD
71
tant diversion le chœur séduisant des Servantes
infidèles, un talent véritable se montre avec
évideuce dans la plus grande partie de l'ou-
vrage. Malheureusement la lenteur de l'action,
et l'absence d'intérêt dans la tragédie, ont
rendu le succès impossible, et le travail dis-
tingué du compositeur a été perdu pour le pu-
blic. La Nonne sanglante, grand opéra, joué
pour la première fois le 18 octobre 1834, a
marqué un progrès de M. Gounod en certaines
parties essentielles de la musique dramatique,
particulièrement dans la conduite des idées,
dans la forme, et dans le coloris instrumental.
Tout n'y est pas à une hauteur égale ; on peut
même y signaler des parties très-faibles, et la
fatigue de l'imagination se fait sentir jusqu'à
la fin, depuis le milieu du troisième acte ; mais
un duo de la plus grande beauté au premier
acte, presque tout le second, un air et un duo
au troisième, font voir dans le talent du com-
positeur une progression évidemment ascen-
dante. Il est fâcheux que ce talent se soit
appliqué à des livrets défectueux qui l'ont en-
traîné dans leur chute : La Nonne sanglante
n'a pu se soutenir à la scène. Le Médecin
malgré lui, de Molière, arrangé en opéra-co-
mique, et que M. Gounod a donné au Théâtre-
Lyrique en 1858, est son premier essai de
musique comique. Quelques bons morceaux se
trouvent dans cette partition; rnais on y sent
que le talent de l'artiste n'est pas fait pour ce
genre.
Le 19 mars 1859 est le grand jour de la vie
d'artiste de M, Gounod : ce fut celui de la pre-
mière représentation de Faust, son œuvre ca-
pitale jusqu'au moment où celte notice est
écrite. Le cachet de l'originalité est empreint
sur cette production : il n'en faut pas davan-
tage pour donner la certitude que la partition
de Faust passera à la postérité, quoiqu'on y
puisse d'ailleurs reprendre à certains égards,
comme une des belles créations de l'école fran-
çaise dans le genre de la musique dramatique.
Si les rôles de Faust et de Méphistophelès n'y
satisfont pas d'une manière complète à ce
qu'on attend de ces personnages fantastiques,
celui de Marguerite est d'une beauté achevée.
Quelques parties du premier acte, presque tout
le second, et surtout le troisième, sont l'œuvre
d'un talent de premier ordre. Dans ce troisième
acte, l'air de Faust, Salùt, demeure chaste et
pure, celui de Marguerite (la chanson du Roi
de Thulé), le quatuor de la promenade, le duo
de Faust et de Marguerite : Laisse-moi con-
templer ton visage, et cette phrase : O nuit
d'amour, ciel radieux , sont de véritables
inspirations du génie. Il y a aussi de beaux
chœurs bien rhylhmés dans le second et le
troisième actes. Celui des vieillards, dans l'in-
troduction du second acte, est d'une naïveté
charmante. La marche du quatrième acte est
aussi très-remarquable. Malheureusement l'in-
spiration ne se soutient pas après ce morceau,
et là où commence la partie sombre du drame,
elle abandonne le compositeur. Lorsque
M. Gounod cherche la force, il ne trouve que
le bruit. Le trio du duel, le morceau d'en-
semble qui le suit, la scène où Méphistophelès
pousse Marguerite au désespoir dans l'église,
et le trio final de la prison, sont plus ou moins
manques. Il en est de même du sabbat du
Brocken, à l'exception de la chanson à boire
de Faust. D'ailleurs, cette partie de l'ouvrage
réveille trop le souvenir du second acte du
Freischiitz.
Il y a de belles choses dans Philémon et
Baucis, opéra en trois actes, qui suivit le suc-
cès de Faust, et fut représenté, pour la pre-
mière fois, au Théâtre-Lyrique, le 18 février
18G0. On y retrouve les précieuses qualités du
compositeur, particulièrement dans une multi-
tude de détails charmants; mais l'inspiration
sentimentale y est moins heureuse, parce que
le sujet du drame est faux. Cet ouvrage ne s'est
pas soutenu à la scène. Au moment où ceci
est écrit, le grand opéra de M. Gounod, la
Heine de Saba, est en répétition à l'Académie
impériale de musique.
La musique religieuse a été d'abord, comme
il a été dit ci-dessus, l'objet principal des tra-
vaux du compositeur : il a écrit des messes, des
psaumes, des motets pour un ou deux chœurs,
pour des voix seules ou avec orchestre. L^^gntts
Dei, extrait d'une de ces messes, fut un des
morceaux exécutés dans le concert de Londres
dont il est parlé dans l'article de VAthenxxim
de 1851 ; depuis lors il a été entendu aux con-
certs de la Société du Conservatoire, à Paris, et
y a produit une vive impression par sa belle
et noble inspiration. Une messe, composée par
M. Gounod pour des voix seules, a été exécutée
dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois; les
amis de l'auteur m'en avaient dit merveille;
mais elle n'a pas été trouvée à la hauteur de
leurs éloges par les connaisseurs. Le même
artiste a écrit aussi de la musique instrumen-
tale, particulièrement des symphonies qu'on a
entendues à la Société des concerts du Conser-
vatoire et dans les séances de l'Association des
jeunes artistes de cette école : elles ont été con-
sidérées comme des œuvres distinguées.
Dans les œuvres dramatiques de M. Gounod,
72
GOUNOD — GOUV\
le récitatif a de la véritt? d'expression et dit
bien les paroles ; les chœurs ont une puissance
magistrale et vigoureuse de rhythme ; la mé-
lodie s'y trouve, et même elle y est parfois
d'une rare suavité; il s'y joint une harmonie
souvent remarquable par l'élégance et l'inat-
tendu des successions; l'instrumentation est
riche d'effets ; mais lorsque la force, la vigueur
d'expression, l'élan inspiré sont nécessaires
pour la situation du drame, ces qualités font
souvent défaut à M. Gounod, comme le prouvent
les derniers actes de Faust. Il a du sentiment ;
mais ce sentiment est réservé, contenu par
rinlelligence ; il ne déborde pas. Partout on
aperçoit l'esprit fin, délicat, analytique; par-
tout on sent le mérite d'une facture de maître ;
mais ces qualités, si précieuses qu'elles soient,
ne peuvent tenir lieu de l'inspiration éner-
gique, lorsque celle-ci est réclamée par l'action
dramatique.
M. Gounod a épousé une des filles de feu
Zimmerman (voyez ce nom). Il était, depuis
1852, chargé de la direction de YOrphéon,
réunion chorale des écoles communales de
musique, à Paris ; mais il a donné sa démission
de cette place en 1860, pour se livrer exclusi-
vement à ses travaux.
GOUPILLET (André), maître de musique
de l'église de Meaux, obtint en 1683 la direc-
tion de la musique de la chapelle de Versailles,
par la protection de Bossuet. Plusieurs motets
furent composés pour lui par Desmarels. In-
formé de cette supercherie, Louis XIV inter-
rogea Goupillet qui avoua le fait. Avez-vous
du moins payé Desmarets? lui demanda le
roi; le musicien ayant répondu affirmative-
ment, le roi, indigné, fit défendre à Desmarets
de paraître devant lui, et obligea Goupillet à
donner sa démission; mais pour le consoler, il
lui accorda la pension de vétérance, et quelque
temps après, il lui fit donner un canonicat.
Le pauvre homme ne jouit pas longtemps des
avantages de sa nouvelle position, car il mou-
rut peu d'années après. On trouve à la Biblio-
thèque impériale, à Paris, des motets de Gou-
pillet (peut-être ceux qui ont été composés par
Desmarets), en manuscrit.
GOURNAY (B.C.), ancien avocat au par-
lement de Paris, mort vers 1794, a publié
divers ouvrages de littérature et d'économie
politique. Il est aussi auteur d'un petit écrit
intitulé : Lettre à M. l'abbé Roussier sur une
nouvelle règle de l'Octave que propose M. le
marquis de C'ulant. Paris, 1785, in-S» de
quatre feuilles.
GOUST (Jean DE), flùlisle de la Comédie-
Française en 175Ô, a fait graver un livre de
sonates à deux flûtes de sa composition.
GOUSSU (Robert), maître de chapelle du
duc d'Aumale, au château d'Ennet, naquit vers
le milieu du seizième siècle. Il se distingua
par ses succès au concours du Puy de musique
d'Evreux, en Normandie, car il obtint, en
1578, le prix de la lyre d'argent pour la com-
position de la chanson française commençant
par ces mots : Aux Créanciers ; en 1580, le
prix de la harpe d'argent pour le molet A spice,
Domine; en 1585, le prix de la lyre, pour la
chanson O beau laurier; en 1584, le prix du
luth d'argent, pour la chanson le boiteux Mary;
en 1585, le même prix pour la chanson Quand
l'infidelle usoit; et enfin, en 1586, le premier
prix de l'orgue d'argent, pour le moiti Respice
in me.
GOUVY (Théodore), compositeur distin-
gué, est né de parents français, le 2 juillet
1819, à Goffontaine, près de Saarbrlick. Son
père, qu'il perdit à l'âge de dix ans, était pro-
priétaire de forges. Son heureuse organisation
pour la musique se manifesta dès ses premières
années; à l'âge de six ans, il improvisait des
variations sur une petite harpe à sept cordes.
Envoyé par sa famille au Collège de 3Ietz, il y
fit ses études littéraires et obtint, à dix-sept
ans, le grade de bachelier es lettres. Jusqu'à
celte époque il n'avait reçu que de médiocres
leçons de piano, ne jouant que les bagatelles à
la mode, et vivant dans une ignorance com-
plète des œuvres des grands maîtres. Arrivé à
PariS; où il devait suivre les cours de droit, il
eut, par une heureuse circonstance, l'occasion
d'assister au concert de la société du Conser-
vatoire un jour que l'on y exécutait la septième
symphonie (en la) de Beethoven. Pour la prc'
mière fois, il entendait de la musique dans la
manifestation de toute sa puissance; l'horizon
immense de l'art idéal, infini, se révéla à son
imagination : il comprit alors quelle était sa
propre destination, et le peu de penchant qu'il
avait eu jusque-là pour l'étude du code devint
une répugnance invincible. Sans tarder da-
vantage, il écrivit à sa famille pour l'informer
qu'il voulait être musicien. Une déclaration si
contraire aux projets qui avaient été formés
pour son avenir rencontra de l'opposition;
BI. Gouvy eut à soutenir d'assez vifs combats;
mais ils furent de courte durée, et bientôt il
put se livrer en liberté à l'élude de l'art vers
lequel il se sentait enlraîné. Billard, élève de
Henri llerz, fut le maître qu'il choisit pour le
piano; mais le travail du mécanisme d'un in-
strument ne pouvait aiisorher longtemps son
GOUVY
73
atlenlion; il brûlait surtout «lu d(<sir de con-
naître les règles de l'art d'écrire la musique,
ou, suivant l'expression consacrée, de la com-
position. Elwart. professeur au Conservatoire,
devint son guide pour cette étude. Pendant
trois ans, il apprit, sous sa direction, l'har-
monie et le contrepoint; puis il se rendit à
Berlin, où les occasions fréquentes qu'il eut
d'entendre de la bonne musique bien exécutée,
ainsi que ses relations avec plusieurs artistes
de mérite, perfectionnèrent son éducation mu-
sicale. Ce fut dans cette ville que M. Gouvy dé-
buta dans la carrière du compositeur, par la
publication de deux études pour le piano,
op. 1 , et d'un chant avec piano, intitulé : Gon-
doliera.
Après une année de séjour à Berlin, le jeune
artiste partit pour l'Italie, oii il passa quinze
mois, plus occupé de produire que d'écouter la
musique théâtrale alors en vogue au delà des
Alpes, mais peu analogue à sa manière de sen-
tir et de comprendre l'art. De retour à Paris,
en 1846, il y apportait son premier trio pour
piano, violon et violoncelle, et sa première
symphonie (non encore publiée), qui fut exé-
cutée dans la même année par une société
d'amateurs connue alors sous le nom de Cerc?e
de Bèze. Au mois de décembre 1847, il donna
son premier concert dans la salle Herz : l'or-
chestre du Théâtre-Italien, dirigé par Tilmant,
y exécuta la deuxième symphonie de M. Gouvy
(en mi bémol), publiée comme première de
l'auteur (œuvre 9), et deux ouvertures de con-
cert, qui n'ont pas été gravées. L'effet produit
l)ar ces ouvrages, à part quelques critiques sur
les détails, fut favorable, et l'auditoire les ac-
cueillit comme d'heureux présages d'une belle
carrière d'artiste. L'institution d'une nouvelle
société de concert, en 1848, sous le nom
d^Union mitsicale, ofîv\l à M. Gouvy l'occasion
d'y faire entendre, pour la première fois, sa
deuxième symphonie (en fa), œuvre 12. Dans
l'hiver de 1849-1850,11 fit son premier voyage
h Leipsick et y dirigea "ui-méme l'exécution de
cette même symphonie dans la salle du Ge-
nandhaus; le succès sympathique qu'elle y
obtint fut un beau jour pour le compositeur.
Chaque fois que M. Gouvy est retourné dans
cette ville et y a fait entendre ses œuvres, il y
.1 reçu le même accueil et y a trouvé la même
bienveillance chez les musiciens et dans le
public. Il en fut de même à Cologne, oii Hiller
avait appelé M. Gouvy : en 183G et au mois
d'avril 1801, il y dirigea ses symphonies en ré
mineur et en ut au concert du GUrzenich, et
les applaudissements unanimes des artistes et
des amateurs lui furent prodigués. Au reste, la
France n'a pas moins bien traité ce composi-
teur distingué, car, depuis 1850, les diverses
sociétés musicales de Paris, notamment celle
de Sainte-Cécile f dirigée par -Seghers, et la
société des jeunes artistes du Conservatoire,
sous la direction de M. Pasdeloup, ont fait en-
tendre presque chaque année quelque grande
composition de M. Gouvy.
Enfant de l'école moderne de l'Allemagne
pour la musique instrumentale, ce composi-
teur ne peut ni ne veut renier sa famille. Il a
du sentiment, de la mélodie et des rhythmes
originaux et bien caractérisés ; mais la facture
de ses ouvrages, leurs harmonies, leur instru-
mentation et leur plan de conduite procè-
dent de Weber et de Beethoven. Çà et là, le
connaisseur remarque un certain embarras et
d'assez fréquentes incorrections dans la ma-
nière d'écrire ; des dissonances qui n'ont point
de résolution, ou qui en ont de mauvaises; enfin
des mouvements de basse qui ne tombent pas
toujours sur les bonnes notes. Ces défauts résul-
tent d'une éducation musicale qui n'a pas été
commencée et développée dans la première
jeunesse ; mais ils sont rachetés par la vitalité
de la pensée et du sentiment. En somme, les
ouvrages de M. Gouvy sont dignes de beau-
coup d'estime et lui assurent une place hono-
rable parmi les meilleurs compositeurs de
l'époque actuelle.
Le catalogue de ses productions, publiées
jusqu'à ce jour (1862) , est composé de la ma-
nière suivante : Deux études pour le piano,
op. 1, Berlin, Bote et Bock. Gondoliera, mor-
ceau de chant avec piano, op. 2, ihid. Pre-
mièresérénade pour piano, op. 3, Paris, Maho.
Deuxième, troisième, quatrième et cinquième
sérénades pour piano seul, op. 4, 5, 6, 7, Paris,
RichauU. Premier trio (en mi majeur) pour
piano, violon et violoncelle, op. 8, ibid. Pre-
mière symphonie (en mi bémol), op. 9, ibid.
Sixième sérénade pour piano seul, op. 10, ibid.
Sérénade en quintette pour deux violons, alto,
violoncelle et contrebasse, ou pour piano à
quatre mains, op. 11 , ibid. Deuxième sym-
phonie (en fa), op. 12, ibid. Première ouver-
ture de concert (en ré), op. 13, ibid. Deuxième
idem (en mi), op. 14, ibid. Le dernier hymne
d'Ossian, scène lyrique pour voix de basse et
orchestre ou piano, op. 13, ibid. Deux quatuors
pour deux violons, alto et basse, op. IG, ibid.
Sonate pour piano seul, op. 17, ibid. Deuxième
trio (en la mineur) pour piano, violon et vio-
loncelle, op. 18, ibid. Troisième trio (en si
bémol), idem, op. 19, ibid. Troisième syra-
7i
GOUVY — CRABU
phonie (en ut majeur), op. 20, ibid. Six mélo-
dies pour voix de bjiylon avec piano, op. 21,
ibid. Quatrième (rio {en fa) pour piano, violon
et violoncelle, op. 22, ibid. Douze chœurs à
quatre voix d'hommes, sans accompagnement,
op. 23, ibid. Quintette pour piano, deux vio-
lons, alto et violoncelle, op. 24, ibid. Qua-
trième symphonie (en ré majeur), op. 25, ibid.
Douze Lieder, paroles allemandes et françaises,
pour ténor et pianc, op. 26, ibid. Trois séré-
nades (septième, huitième et neuvième) pour
piano seul, op. 27, ibid. Bécameron , dix
morceaux pour piano et violoncelle, op. 28^
ibid. Deuxième sonate pour piano seul, op. 20,
ibid. Cinquième symphonie (en si bémol),
op. ôO, ibid. Les ouvrages non encore publiés
par M. Gouvy sont ceux-ci : Quatuor pour
piano, violon, alto et basse, op. 31. Trois
chœurs pour deux parties de soprano, ténor et
basse, sans accompagnement, op. 32. Cin-
quième tiio pour piano, violon et violoncelle
(en sol), op. 33. Sixième symphonie à grand
orchestre, op. 34. Hymne et marche triom-
phale, idetn , op. 55. Sonate pour piano à
quatre mains, op. 36. D'autres compositions
du même artiste sont considérées par lui
comme des i)remiers essais, et ne sont pas des-
tinées à voir le jour ; elles consistent en quatre
quatuors pour deux violons, alto et basse; une
symphonie à grand orchestre ; une messe pour
des voix d'hommes, sans accompagnement, et
une ouverture de concert.
GOU Y (Jean DE) ou DE GOUl, musicien
français, vécut à Paris dans la première partie
du dix-septième siècle. On a imprimé de lui :
Airs -pieux à quatre partias, Paris, Ballard,
1650, in-S" obi. Les paroles de ces airs sont les
paragraphes de cinquante premiers psaumes
par Go<Ieau, d'abord évéque de Grasse, puis de
Vence. De Gouy dit, dans sa préface, qu'il a
pris la résolution d'abandonner la musique
mondaine et d'employer le reste de ses jours
à travailler pour la gloire de Dieu et l'édifica-
tion de son prochain, selon sa profession. Ses
chants ont le caractère des airs de cour de la
même époque ; mais l'ouvrage eut peu de succès,
parce que les psaumes sont écrits à quatre
parties. L'édition complète des psaumes de
Godeau,avec les chants d'Auxcousteaux {voyez
ce nom), a eu beaucoup plus de popularité.
GRAIÎE (...), moine d'un couvent de Bé-
nédictins de Neuenzell, dans la Basse Lusace,
né en Bavière vers 1770, a écrit pour le choeur
de son église des messes, des psaumes, un Te
Deum et des hymnes, qui sont restés en ma-
nuscrit. Grabc vivait dans son monastère en I
1806; on ignore ce qu'il est devenu depuis ce
temps.
GUABELËU (P.), compositeur et violo-
niste à Aix-la-Chapelle, né à Bonn, le l" août
1796, s'est fait connaître par la musique du
145""= psaume à quatre voix et orchestre; par
l'oratorio : le Jugement de Salomon, qui fut
exécuté à Bonn, le 5 juillet 1829, et par des
chansons avec accompagnement de piano. Cet
artiste est mort à Bonn, le 16 décembre 1830.
GIVABOWSRA (Madame la comtesse
Clémentine), d'une ancienne famille polonaise,
est née dans le diiché de Posen, en 1771.
Douée d'un talent distingué pour la musique,
et pianiste remarquable, elle a publié des
sonates pour le piano, œuvres 1 et 2, Posen,
Simon ; des variations pour le même instrument
sur l'air : Narguons la tristesse, ibid. ; deux
polonaises, ibid.; et une grande polonaise,
Varsovie, Brzezina. En 1813, la comtesse Gra-
bowska s'est fixée à Paris ; elle y vivait encore,
en 1830. M. SowinskI ne fournit pas de nou-
veaux renseignements sur cette dame dans son
livre sur les Musiciens polonais.
GRABOWSRI (Stanislas), pianiste po-
lonais, fut attaché, comme professeur de son
instrument, au Lycée de Rrzemieniec, depuis
1817 jusqu'en 1828; puisil se fixa à Vienne, où
il est mort en 1852, suivant un journal polo-
nais cité par M. Sowinski. On a de cet artiste
quelques légères compositions pour le piano,
particulièrement des polonaises et des ma-
zurkas, entre lesquelles on remarque celle qui
a pour titre : Petit tableau musical ou sep-
tième polonaise dramatique. Vienne, Muller.
GUAlîU (Louis), musicien français, s'éta-
blit à Londres, vers 1680. Dryden ayant écrit
une sorte d'opéra, intitulé : Albion and Al-
bnnius, qui était une satire mordante de la fin
du règne de Charles II, Grabu en composa la
musique, et l'ouvrage fut représenté au théâtre
de Dorset-Garden, en 1685, année même de la
mort du roi. Le parti de la cour fit un mauvais
accueil à cet opéra, qui ne fut joué que six fois.
Dryden fit imprimer son ouvrage avec une
préf.ice où le talent du compositeur français
est mis au-dessus de celui de Purcell et des
autres musiciens anglais; l'esprit national en
fut blessé, et l'on fit contre la musique d^Al-
bion and Albanius une ballade satirique dont
la plupart des complets finissent par : and
Monsieur Grabu. Hawkins l'a rapportée va
entier dans son Histoire générale de la mu-
sique (t. IV, p. 396). La partition complète de
l'opéra aéléimprimécà Londres, en 1687,in-4''.
Les exemplaires en sont devenus fort rares.
grai)i:hand — gr^enser
75
GRADEIIAI>'D (Frédéric-L.), organiste
de l'église Saint-Georges et professeur de piano
à Leipsick, naquit le 24 décembre 1812, à
Brehna, près de Bitterfcld, et fit ses éludes mu-
sicales à l'école Saint-Thomas de Leipsick, sous
la direction du cantor Théodore Weinlig. Mu-
sicien instruit, il a écrit de bons motets pour
l'église, une symphonie qui a été exécutée
dans les concerts de Leipsick, et un recueil de
huit pièces pour l'orgue, publié dans cette ville,
chez Prosch. Ce recueil donne une opinion
avantageuse du talent de son auteur, comme
organiste. Gradehand est mort à Leipsick, le
2 juin 1842javantd'avoiraccompli sa trentième
année.
GRADEIMGO (Zuane ou Jean), musicien
vénitien sur qui l'on n'a pas de renseignements,
mais qui vécut dans la seconde moitié du sei-
zième siècle, est connu par un œuvre qui a pour
titre Madrigali a 5 voci, libro primo, in
Venetia, appresso Gardano, 1574, in-4".
GRADErSTHALER (Jérôme), organiste
et compositeur à Ralisbonne, dans le dix-sep-
tième siècle, s'est fait connaître par les ou-
vrages dont les titres suivent : 1° Delicis mu-
sicx, première partie, Nuremberg, 1675, in^".
'2'^ idem, deuxième partie, ibid., 1676, in-4°.
ù° Exercices récréatifs de dévotion en dix-huit
cantiques allemands et latins pour voix seule,
avec basse continue ou accompagnement de
Ihéorbe. A" Heilige Seelenlust (Délices sacrées
de rame) en vingt-cinq airs pour voix de ténor,
avec accompagnement de quatre violons et
basse continue), Nuremberg, 1685, in-4",
op. 8. 5» Florilegium musicum, ibid., 1687,
in-8». 6» Facétie musicales, consistant en
cent quatorze morceaux de tout genre, ibid.,
1695, in-fol. 7» Airs pour les chansons spiri-
tuelles de Jean-Louis Prasch , Ratisbonne,
1686, in-8°. On a du même artiste une sorte
de méthode de musique intitulée : Horologium
musicum, oder treu wohl gemeinter Ruthver-
mittehtdessen ein KnabevonO und 10 J aliren
den Grund der edlen Musik und Singkunst
mit Lust und leichter Miihe kiirzlick lernen
kann (Horloge de musiiiue, ou conseil pour
enseigner la musique et le chant à un garçon
de neuf ou dix ans avec facilité, et en peu de
temps), Ratisbonne, 1676, in-8". Cette pre-
mière édition est sans nom d'auteur. La
deuxième a été publiée à Nuremberg, en 1687,
76 pages in-S".
GR^BNER (Jean-Curistophe), facteur
d'orgues et de divers instruments , vivait à
Dresde vers la fin du dix -septième siècle.
En 1692, il construisit l'orgue de l'église
Saint-Jean de celte ville, composé de onze
jeux.
GRyEBIVER (Jean-Henri), fils du précé-
dent, fut facteur de clavecins de la cour de
Dresde. Les instruments sortis de ses ateliers
ont eu de la réputation en Allemagne, et se
sont répandus jusque dans la Pologne et la Li-
vonie. Graebner est mort à Dresde, en 1777.
GR/EBISER (Jean-Godefroid), fils aîné de
Jean-Henri, né à Dresde, en 1730, fut, comme
son père, facteur d'orgues et de clavecins de la
cour. Ses instruments ont été recherchés en
Allemagne, dans le Nord, et jusque dans la
Crimée. En 1786, il commença à fabriquer de
grands pianos dont cent soixante et onze étaient
déjà sortis de ses ateliers en 1796. Cet artiste
est mort dans les premières années du dix-
neuvième siècle.
GR^BNER (Guillaume), frère de Jean-
Godefroid, naquit à Dresde, en 1737. Il ne se sé-
para jamais de son frère, et partagea ses tra-
vaux dans la facture des orgues et des pianos.
On ignore l'époque de sa mort.
GRilîBINER (Charles-Auguste), troisième
fils de Jean-Henri, naquit d'une seconde
femme de celui-ci, en 1749. Il se distingua
aussi comme fadeur d'instruments. Après la
mort de son père, il se sépara de ses frères, et
établit une manufacture de pianos. Il inventa,
en 1787, des pédales particulières pour cet
instrument.
GR^EN (Henri-Lihert), musicien, né
vers la fin du seizième siècle, ou dans les pre-
mières années du dix-septième, est auteur de
deux motets qui ont été insérés dans la collec-
tion intitulée : Pratum musicum, Anvers,
1634, in-4". Ces motels sont : 1» Le psaume
Miserere mei Deus à deux et trois voix avec
chœur (sous le n" 33). 2" O beata Firgo Ma-
ria, à quatre voix (n» 34).
GRyEEx>SEl\ (Charles-Auguste), né à
Dresde, le 14 décembre 1794, apprit, sous la
direction de son père, les premiers principes de
la musique. Dès l'âge de sept ans, il reçut de
Knoll, musicien de la chambre du duc de Cour-
lande, des leçons de flûte; deux ans après, il
essaya de se faire entendre en public et reçut
des applaudissements accordés à sa Jeunesse.
Encouragé par ce premier début, il continua
ses études avec ardeur. Dans les années 1806
à 1808, il donna des concerts à Tœplitz pen-
dant la saison des bains ; de 1810 à 1813, il fit
partie du corps de musique de Krebs, à Dresde,
bonne école préparatoire pour toutes les
branches de la musi<|ue, et il reçut des leçons
de Stendel, alors baulboisle des chasseurs du
76
GH/tliNSER
GRiEFFER
I»rince électeur, et plus tard première flûte de
la chapelle du roi de Saxe. En 1814, Greeenser
accepta la place de première flûte du concert
et du théâtre de Leipsick. Depuis lors, il s'est
l'ait entendre chaque année en public, et a
toujours été bien accueilli. On a gravé de la
composition de cet artiste : Trois grands duos
pour deux flûtes, op. 1, Leipsick, Probst.
Comme écrivain, M. Grseenser a publié, dans
la Gazette musicale de Leipsick (année 1824,
n" 24), une réponse à un article de M. le doc-
teur Pottgiesser : Sur les défauts de la flûte.
En 1828, il a aussi donné dans les n^^ 7, 8, 9
et 10 de la même gazette un morceau intitulé :
Passages intéressants pour les fliitistes, tirés
du livre : A Word or two on the flûte by
W. N. James (Edimburg and London, 182C),
accompagnés d'annotations par Charles
Grxenser. Enfin, l'article FhUe, inséré dans
le Hauslexikon, publié chez Breilkopf et Ilœr-
tel, est de M. Greeenser.
GRyEF (Jean), facteur d'orgues à Loben-
stein, dans la première partie du dix-huitième
siècle, a construit sous la direction de Sorge,
depuis 1734 jusqu'en 1740, le grand orgue de
Lobenslein, composé de trente-cinq jeux, trois
claviers et pédales.
GRiEF ('\IARIE-MADELEI^E), artiste qui fut
lin prodige d'organisation musicale et d'habi-
leté dans son enfance, et dont on n'a plus
entendu parler ensuite, naquit à Mayence,
au mois de novembre 1754. A l'âge de dix ans,
elle donna (au mois de novembre 1764) deux
concerts à Francfort, où elle exécuta : l^Des
concerlos de piano avec une rare agilité. 2° Des
concertos de harpe. 5" Un duo sur la harpe et
le piano réunis sous ses mains. 4" L'accompa-
gnement en basse chiffrée d'un solo de violon.
5» Des fantaisies improvisées sur le piano.
6" Des variations improvisées sur un thème
donné par un des auditeurs. On lui fit aussi
nommer les sons et les accords qu'on faisait
entendre loin d'elle sur un instrument; enfin
elle joua des solos sur le piano dont le clavier
élait couvert d'un voile, et sur la harpe ren-
versée du haut en bas. Il est peu vraiseml)lable
<|uedes variations pour le piano sur un air de
Joconde, et un rondeau Alla polacca, op. 2,
pour le même instrument publié sous le nom
de Maria Graff. à Hambourg, chez Cranz,
soient de celle qui est l'objet de cet article, car
elle aurait eu plus de soixante ans quand elle
aurait écrit ces morceaux. D'ailleurs il n'y a
{Kis idenlité absolut; de nom.
GU.^FJ^ (Jean-Erébéric) , conseiller de
chambre el des postes du duc de Brunswick, né
à Brunswick, en 1711, fut un des amateurs de
musique les plus distingués de son temps, en
Allemagne. Il mourut dans sa ville natale,
le 8 février 1787, à l'âge de soixante-seize
ans. Les comnositions connues de cet ama-
teur sont : 1» Une collection d'odes avec les
airs, quatre parties, Halle, 1737. La troisième
édition a été publiée en 1743. 2» Odes et pas-
torales mises en musique, Leipsick, 1744,
in-fol. 3° Cinquante psaumes, odes et chan-
sons spirituelles, avec accompagnement de
clavecin, Brunswick, 1760, in-fol. 4° Z'^mour,
cantate de Des touches, mise en musique, Berlin,
1765, in-4''. 5" La même, avec une autre mu-
sique, Leipsick, 1762, petit in-fol. 6" Six odes
et chansons spirituelles, avec basse continue,
Hambourg, 1767, in-fol. 7" Odes et chansons
de Hagedorn mises en musique, première par-
tie, 1767; deuxième partie, 1768. Quelques
pièces détachées dans les recueils du temps,
GRyEFEJ> H AIlJ\ ( Wolfgang - Louis ) ,
magister et professeur au collège d'Ernest,
à Bayreuth, né le 12 avril 1719, mort le 5
mai 1767, a fait imprimer un programme
intitulé : ITettstreit der Muhlerey, Musilc,
Poésie und Schauspielkunst (Concours de la
peinture, de la musique, de la poésie et de
l'art dramatique), Bayreuth et Hof, chez Bier-
ling, 1746, quatre-vingt-quinze pages in-S".
Le discours académique sur la musique, pro-
noncé à cette occasion, par un étudiant nommé
Ferdinand-Louis Braun, de Weimar, a été in-
séré dans le quatrième volume de la Biblio-
thèque musicale de Mizler.
GRAEFF (J.-G.), flûtiste allemand, établi
à Londres dans les dernières années du dix-
huitième siècle, a publié dans cette ville quatre
concertos pour son instrument; une ouverture
en symphonie, op. 11, chez Clementi ; trois
duos pour le piano à quatre mains, op. 12,
ibid., 1799. Cet artiste se faisait encore en-
tendre à Londres, dans les concerts, en 1803;
mais, après cette époque, on ne trouve plus de
renseignements sur sa personne.
GR/EFFER (Antoine), professeur de mu-
sique et guitariste à Vienne, naquit dans cette
ville, vers 1780. Il a publié un grand nombre
de variations, de fantaisies, de rondeaux *t
d'autres morceaux pour la guitare, ainsi
qu'une méthode pour cet instrument, sous
le titre de Systematische Guitarrenscliule ,
deux parties, in-4'', Vienne, Strauss, 1811.
Une deuxième édition a paru dans la même
ville, chez Schaumburg, petit in-fol. On
connaît aussi sous le nom de cet artiste un
éciit intitulé: Ueber Tonkunstj Sprache und
GR/EFFER — GRAF
17
ScJirift, Fragment [Tragmenl sur la musique,
la parole et l'écrilure), avec deux planches de
signatures des compositeurs et des écrivains
les plus célèbres, Vienne, Sollinger, 1830, in-8°
(Je VIII et 70 pages.
GR/ESER (JEA^-CnRÉTIE?^-GoDEFROID), né
à Arnstadi, en 17GG, fut candidat prédicateur
• à Dresde, et mourut à l'âge de vingt-quatre
ans, au château d'Erbach. On a imprimé de sa
composition : 1° Chants avec accompagnement
de piano, Leipsick, 1785. 2" Trois suites de
sonates pour le piano, Leipsick, 1786 et 1787.
5" Six sonates faciles, ibid. 4" Sonates pour
piano et violon obligé, Dresde, 1793. Ce der-
nier ouvrage n'a paru qu'après la mort de
l'auteur.
GIL-ETZ (Joseph), professeur de piano et
de composition, a joui d'une belle réputation
en Allemagne, particulièrement en Bavière
et à Munich, quoiqu'il ne se soit jamais fait
entendre en public, et que le peu qu'on connaît
de ses ouvrages ne s'élève point au-dessus du
médiocre. Il possédait une profonde connais-
sance pratique de l'art, et savait communiquer
avec clarté ce qu'il avait appris : de là vient
qu'il exerça une grande influence sur la mu-
sique à Munich tant qu'il vécut. Graetz naquit
le 2 décembre 1760, à Vohebourg, en Bavière,
et fut élevé dans l'abbaye de Rohr, près d'Abens-
Iterg, où il y avait un bon chœur et d'habiles
maîtres de musique. II continua ses études
à l'Université d'Ingolstadt, où il remplit
d'abord les fonctions d'organiste , chez les
Jésuites. De là il alla exercer le même emploi
au Séminaire de Neubourg; il y fit un cours de
rhétorique et de philosophie. Il se livra ensuite
à l'étude de la jurisprudence, et fut employé
pendant une année comme juge provincial à
Vohebourg. Hais son goût le portant exclusi-
vement vers la musique, il quitta tout pour
aller étudier cet art chez Michel Haydn, à Salz-
bourg. Là il trouva un riche protecteur qui lui
fournit les moyens d'aller achever son éduca-
tion musicale en Italie. Arrivé à Venise, il s'y
mit sous la direction de Bertoni. En quittant
cette ville, il alla visiter Padoue, Vérone, Vi-
cence et d'autres parties de l'Italie. En 1788,
il arriva à Munich, et depuis lors il ne s'est
plus éloigné de celle ville; il y passa les trente-
huit dernières années de sa vie, et y mourut
d'une atteinte d'apoplexie, le 17 juillet 1826, à
r.ige de soixante-six ans. Charles Cannabich,
Lauska, Hoffmann, l'abbé Ladurner, Ett, Mo-
lalt, Lindpaintner, Neuner et beaucoup d'au-
tres artistes distingués le choisirent pour
maître, cl le considérèrent toujours comme un
homme supérieur en son genre. La plus grande
partie de sa vie s'était passée à étudier les pro-
ductions des meilleurs maîtres, et à analyser
les principes qui les avaient dirigés dans leur
manière d'écrire. Il n'a point été remplacé
comme professeur, et l'on assui-e qu'une sorte
de décadence de la musique s'est fait remar-
quer à Munich après sa mort. Grselz avait le
titre de pianiste de la cour, mais il n'y fut ja-
mais appelé pour y faire aucun service. Il vé-
cut toujours indépendant, occupé de donner
des leçons en ville. Comme compositeur, il a
écrit la musique du petit opéra comique Das
Gespenst mit der Trommel (le Revenant avec
son tambour), dont le sujet était pris du Tuhk
bour nocturne de Destouches. Cet ouvrage,
écrit d'une manière sérieuse, n'eut aucun
succès. On en peut dire à peu près autant de
ses messes et autres morceaux de musique,
composés dans un style moderne, et qui ne
furent jamais entendus que dans l'église des
Augustins à Munich. Le génie manquait dans
tout cela. Graetz a laissé en manuscrit uii
traité de musique intitulé : Griinde zur Ton-
setzkunst (Principes pour la composition). Cet
ouvrage forme un volume petit in-4'> de
445 pages.
GllAF, en latin GRAVIUS (Jean-Jé-
rôme), issu d'une famille noble, naquit à Salz-
bach, le 19 novembre 1648. Dans sa jeunesse,
il visita beaucoup d'écoles, tant dans sa patrie
qu'à l'étranger. En 1672, il suivit le doc-
teur en droit Boeckelmann à Leyde, et y fit
un cours de jurisprudence pendant trois ans,
sans négliger l'étude de la musique, où il ac-
quit des connaissances étendues. Il donna en
Hollande des preuves de valeur, car lorsque
les Français voulurent surprendre Leyde en
1672, les étudiants de l'Université les repous-
sèrent, et Graf fut du nombre de ceux qui ol)-
tinrent des états généraux une médaille d'oi-
frappée en mémoire de cet événement, et dont
chaque exemplaire portait le nom de l'étudiant
à qui elle était donnée. Appelé à Brème en
1677, comme professeur de chant du Gymnase
académique, Graf y resta pendant trente ans ;
puis il obtint une place analogue à Berlia. In-
struit dans toutes les parties de la musique,
composant avec facilité, il jouait aussi de plu-
sieurs instruments. Le roi Frédéric l" voulut
le nommer son maître de chapelle, mais Graf
refusa cette place et se contenta de faire exé-
cuter ses compositions dans l'église réformée,
et dans les concerts qu'il donnait chez lui. Il
mourut à Berlin, le 12 mai 1729. Les ouvrages
qu'il a publiés, sont : 1° A'iirze BcsclireibuiKj
78
GRAF
von der Construction der Trompct marin
(Description abrégée de la construction de la
trompette marine), Brème, 1681, une feuille
d'impression. 2" Chansons spirituelles à deux
voix de dessus et basse continue, Brème,
1683, in-8". 3° Rudimenta musicx poeticx,
Bremae, 1685, in-S". 4» Gesprxch zwischen
dem Lehrmeister und Knabeti von der Sing-
kunst (Dialogue entre le maître et les élèves
sur l'art du chant), Brème, 1702, in-S»,
GRAF (Jean), maitre de chapelle du prince
de Schwartzbourg-Rudolstadt, né au territoire
de Nuremberg, apprit à jouer du violon et
étudia les règles de la composition sous diffé-
rents maîtres. Dans sa jeunesse, il obtint une
place de violoniste à Nuremberg; plus tard il
entra comme maitre de hautbois au régiment
de LœfTelholz en Hongrie, où il eut seize haut-
boïstes sous sa direction. Cette position lui
I)rocura deux fois l'occasion d'aller à Vienne
et d'y augmenter ses connaissances dans la
musique. Il ne quitta sa place que pour
entrer au service de l'électeur de Mayence,
puis du prince deBamberg. Enfin, il fut appelé
à ftudolstadt comme maitre de concert; il y
mourut, avec le titre de maître de chapelle,
vers 1745. Les compositions de Graf qui ont
été publiées sont : 1° Six sonates pour violon
seul avec basse continue, op. 1, Bamberg,
1718. 2» Six idem, op. 2, Rudolstadt, 1725?
3" Six petites pièces pour deux violons, viole
et basse, op. 5, ibid. 1739, in-fol. Un motet à
neuf parties {In convertendo) , de cet artiste,
existe en manuscrit à la Bibliothèque Impé-
riale, à Paris.
GRAr (Charles-Frédéric)(1), ou GRAAF
suivant l'orthographe hollandaise, fils du
précédent, naquit dans la principauté de
Schwartzbourg, vers 1726. Il fut d'abord
maîtrede chapelle du prince de Schwartzbourg-
Rudolstadt; puis il entra en la même qualité
au service du prince d'Orange, et passa le reste
de ses jours à La Haye, où il vivait encore en
1802. Cet artiste a publié, à Amsterdam et à
La Haye, cinq œuvres de six symphonies pour
l'orchestre, dont les débuts se trouvent dans le
catalogue thématique de Breitkopf; quinze
concertos pour le violon , et deux oeuvres de
trios pour deux violons et basse. On connaît
aussi de lui : 1» Duoéconomique pour un violon
à deux mains et à deux archets, op. 27, Berlin,
Ilummcl. 2» Six duos pour violon et alto,
op. 28, ibid. 3» Deux sonates à quatre mains
(t) On n'csl pas d'accord sur les prénoms de cet artiste ;
i Itudolstûdt, on lui donne ceux de Chrilitn-Ernest.
pour le clavecin, op. 29. A" Pot-pourri à quatre
mains, op. 31, ibid., 1797. 5" Fables pour le
chant avec accompagnement de clavecin, livre
I et II, op. 52, ibid. 6» Sonate pour piano et
violon, op. 53. Au mois de juillet 1802, Graaf
a fait exécuter dans l'église luthérienne de
La Haye un Oratorio de sa composition pour
célébrer la paix. Cet ouvrage a été estimé.
Graaf s'est aussi fait connaître comme théori-
cien de musique par un livre intitulé : Proeve
overde Natuur der Harmonie, etc. (Démon-
stration de la nature de l'harmonie dans la
basse continue, avec une instruction pour
chiffrer celle-ci correctement). La Haye, Vitte-
leren, 1781.
GRAF (Frédéric-Hermann), frère cadet du
précédent, naquit à Rudolstadt, en 1727.
En 1752, il se rendit à Hambourg, où il donna
des concerts jusqu'en 1764, et fit admirer son
habileté sur la flûte. Plus tard, il voyagea en
Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Italie
et dans une grande partie de l'Allemagne. Fa-
tigué de sa vie errante, il accepta une position
fixe dans la chapelle du comte de Bentheim, à
Steinfurt ; mais bientôt après il fut appelé à La
Haye, et il s'y rendit avec sa famille. En 1779,
il reçut un engagement pour aller à Vienne
composer un opéra pour le théâtre allemand ;
en 1783 et 1784, on le chargea du soin de di-
riger le grand concert qui venait d'être établi
à Londres, et de composer une partie de la mu-
sique qu'on y exécutait : il remplit cette tâche
à la satisfaction générale. Des eflorts furent
faits alors pour le décider à se fixer en Angle-
terre, mais il préféra retourner à Augsbourg,
où il avait succédé à SeyfTert, en qualité de
maître de chapelle. Il y reçut, au mois d'oc-
tobre 1789, le diplôme de docteur en musique
de l'Université d'Oxford, en témoignage de
l'estime que les Anglais avaient pour ses ta-
lents et sa personne. Graf mourut à Augs-
bourg, le 19 août 1795, dans la soixante-hui-
tième année de son âge. Il a publié deux
œuvres de trios pour deux flûtes et basse, plu-
sieurs concertos pour la flûte, et deux qua-
tuors pour flûte, violon, alto et basse. On
trouve les débuts de ces compositions dans le
catalogue thématique de Breitkopf (Leipsick,
1760-1787); mais le catalogue de Traeg, publié
à Vienne, indiciue un plus grand nombre d'ou-
vrages du même artiste, en manuscrit, car on
y compte vingt-quatre concertos pour la flûte;
deux concertos pour flûte d'amour; deux
symphonies concertantes pour flûte et violon;
deux symphonies concertantes pourdeux flûtes;
dix-huit quatuors pour deux violons, alto et
GRAF — CRAGNANI
■Î9
basse; douze quatuors pour flûte, violon, basse
de viole et violoncelle; deux quatuors pour
deux flûtes, viole et basse; un idem pour
quatre flûtes; un idem pour hautbois, violon,
basson et violoncelle ; six duos pour deux flûtes,
et douze solos pour le même instrument. On
connaît aussi deGraf cinq concertos pour flûte,
violon, violoncelle et orchestre, composés à Lon-
dres; l'oratorio le Fils prodigue ;\e ytsaume^d,
d'après la traduction de Cramer; les Bergers
â la crèche de Bethléem, oratorio, poésie de
Ramier; le Déluge, autre oratorio; Andro-
mède, cantique héroïque; Invocation à Nep-
tune, cantate exécutée à Londres, en 1784.
GRAFF (Jean-Chrétien), fils d'un recteur
d'Erfurt, avait reçu de la nature beaucoup de
goût et de facilité pour la musique. Il aimait
Iiarticulièrement à entendre jouer de l'orgue
par le célèbre organiste Pachelbel, et ce fut
en écoutant ce maître qu'il apprit à jouer
du clavecin , et qu'il devint habile dans
son art. Après avoir été organiste de Saint-
Thomas d'Erfurt, puis de deux autres églises,
il fit, en 1694, un voyage dans la Basse-Saxe,
et ce fut alors qu'il reçut les premières instruc-
tions régulières pour l'orgue et la composition
chez Bœhmen. Il fut ensuite nommé organiste
à Magdebourg, et mourut dans cette ville, en
1709. Gerber a possédé des pièces d'orgue
en manuscrit, de la composition de cet artiste.
GUAFF (Madame Charlotte), fille de Jo-
seph-Michel Bœheim, acteur allemand de quel-
que mérite, est née à Berlin, en 1782, et y a
reçu des kçons de chant et de piano. Elle dé-
buta, en 1800, au Théâtre-National de Berlin
et obtint des succès dont elle était plus rede-
vable à la beauté de sa voix qu'à son habileté.
En 1804, elle entreprit un voyage en Alle-
magne; l'année suivante, elle étaitàStuttgard;
l'accueil qu'on lui fit en celle ville fut si favo-
rable, qu'on lui proposa immédiatement un
engagement de plusieurs années. Par son ma-
riage avec le violoncelliste Graff, cet engage-
ment se prolongea jusqu'en 1811, époque où
elle en contracta un autrt pour le théâtre de
Francfort-sur-le-Mein. Elle n'y réussit pas
moins que dans les autres villes. Madame GrafT
a quitté la scène en 1815, et a continué de
résidera Francfort. Elle est morte dans cette
ville, en 1831.
GRAFF (Conrard), facteur de pianos de la
cour de Vienne, est né àRiedIingen, enSouabe,
le 17 novembre 1783. Après avoir appris la
menuiserie, il voyagea à l'étranger, se rendit
à Vienne, en 1797, el entra dans le corps franc
de chasseurs qui venait d'être organisé. Un
mal au pied lui fit obtenir son congé après
quatre ans de service. Il entra alors chez
Jacques Schelcke, facteur de pianos. Bientôt
initié aux détails mécaniques de cet instru-
ment, il travailla pour lui-même en 1804, et
ses recherches constantes, son intelligence cl
ses vues d'améliorations le conduisirent en peu
de temps à se faire une honorable réputation.
Il fut longtemps un des meilleurs facteurs de
pianos de Vienne, et posséda des ateliers con-
sidérables et des magasins somptueux.
GRAFFIGIVA (Achille);, directeur du
Théâtre-Italien d'Odessa el compositeur dra-
matique, est né en Lombardie, vers 1817, et a
fait ses études musicales au Conservatoire de
Milan. Son début dans sa carrière se fit à Lodi,
en 1838, par un petit opéra qui avait pour
titre : un Lampo d'infideltà (un Éclair d'infi-
délité). Le livret de cet ouvrage était fort mau-
vais, el la musique n'était guère meilleure;
cependant le public fut indulgent à cause de la
jeunesse du compositeur. Le résultat de cet
essai fut le mariage du maestro avec la prima
donna Triulzi, qui avait chanté le rôle
principal de l'ouvrage. Dans l'automne de
1841, M. Grafiîgna donna, à Milan, l'opéra
Ildegonda e Riccardo. Il écrivit, en 1842,
pour le théâtre de Vérone, Eleonora di S. Bo-
nifazio, et fit jouer deux ans après, à Florence,
Mignoni e Fanfan. Peu de temps après, l'ar-
tiste fut appelé à Odessa en qualité de direc-
teur de musique de l'Opéra-Italien, et écrivit,
pour cette ville, Gli ultimi Giorni di Suli et
Ester d'Engaddi : ces deux ouvrages y ont
été représentés en 1845. Depuis celle époque,
on ne trouve plus de i'enseignements sur
M. GratTigna.
GRAFFUS ou GRAFF (Valentin),
luthiste et compositeur, né en Hongrie, dans
la première moitié du seizième siècle, paraît
avoir joui de quelque renommée, car il est cité
avec éloge par Garzoni dans sa Piazza Uni-
versale {discorso 54). GrafT a publié un recueil
de pièces pour le luth, sous ce litre : Pars I
Harmoniarum musicarum in usum testu-
dinis, Anvers, 15C9.
GRAGNAI^JI (Philippe), guitariste dis-
tingué de son temps et compositeur, naquit à
Livourne, en 1767. Après avoir appris le contre-
point sous la direction de Luchesi, il étudia les
meilleurs ouvrages théoriques et pratiques,
pour compléter son éducation de compositeur
de musique d'église; mais le hasard lui ayant
mis une guitare dans les mains, il s'attacha à
cet instrument, et en étendit les ressources par
! la musi<iuc qu'il éciivil.Gragnani vivait encore
80
GRAGNANI — GUAMMONT
en 1812, et n'était Agé que de quarante-cinq
ans : j'ignore ce qu'il est devenu depuis lois.
On a de cet artiste : 1» Quatuor pour deux i;ui-
tares , violon et clarinette, op. 8, Paris, Carli,
Richault. 2» Sestetto pour flûte, clarinette,
violon, deux guitares et violoncelle, op. 9,
ibid. 3» Trios pour trois guitares, op. 12,
ibid. A" Trio pour guitare, flûte et violon,
op. 13. 5» Duos pour deux guitares, œuvres ],
2, 3, 4, 6, 7, 14, Paris, Carli, Meissonnier, Ri-
chault; Augsbourg, Gombarl. 6° Duos pour
guitare et violon. Milan, Ricordi. 7» Duos fa-
ciles pour guitare et piano, Paris, Meissonnier.
8" Fantaisie pour guitare seule, op. 5, Paris,
Carli, Richault. 9" Thèmes variés pour guitare
seule, œuvre 10, ibid. 10» Exercices idem,
op. 11, ibid. ll"Divertissement,op. 15, Milan,
Ricordi. 12» La Partenza, sonate sentimen-
tale, ibid.
GRAHAM (Geobges-Farquhar), amateur
de musique et littérateur écossais, s'est fait
connaître par un écrit qui a pour titre : An Ac-
count ofthe first Edinburg musical Festival,
hehl between the oOth of octobre and 5(/i no-
vember 1815, with an Essay, containing
some gênerai observations on Music (Descrip-
tion de la première fête musicale d'Edimbourg
donnée depuis le 30 octobre jusqu'au 5 no-
vembre 1845, avec un essai contenant quel-
ques observations générales sur la musique),
Edimbourg, 1816, petit in-8'' de deux cent
treize pages. Il y a une deuxième édition
de cet ouvrage publiée à Edimbourg, en 1835,
in-S».
GRAHL (André-Traugott), né à Dresde,
vers 1745, fut élevé à l'école de l'église de la
Croix, dans cette ville, et acheva ses études à
l'Université de Leipsick. Il a publié : Odes et
chansons mises en musique, Leipsick, 1779,
in^» obi.
GRAIIL (Frédéric-Benjamin), né à Dresde,
a fait imprimer de sa composition douze va-
riations pour le piano, premier recueil,
Dresde, Meinhold, 1801.
GRAICHEW (Jean-Jacques), facteur d'or-
gues privilégié du prince de Gradenbourg-
Culmbach, apprit son art chez Trost, v€rs
1725. Il a construit des orgues à Culmbach, où
il était fixé, à Neustadt, à Berg, Trebgast,
BischofsgrUn et Worsberg. Son dernier ou-
vrage, terminé en 1750, fut l'orgue de Lichten-
berg, qui n'est point réussi. Il parait que le
chagrin que Graichen en eut le conduisit au
tombeau peu de temps après.
GRAIIWII.LE (Jean-Baptiste-Chris-
topre), littérateur, né à Lisieux, le 15 mars
17G0, l'ut avocat au Parlement de Rouen ; mais
la fatigue que lui causait cette profession, le
détermina à ne l'exercer que peu de temps.
Il se retira dans sa ville natale et s'y livia à
des travaux littéraires et au plaisir de la
chasse, pour lequel il avait un goût passionné.
Il mourut d'une maladie de poitrine, le 19 dé-
cembre 1805. On a de Grainvllle une traduc-
tion française du poëme d'Yriarte sur la mu-
sique, suivie de la traduction du poëme latin
de Lefevre sur le même sujet (Paris, an viii,
un volume in-12). Cette traduction est fort
mauvaise; Grainville savait mal l'espagnol,
et n'avait aucunes notions de musique ; de là
vient que son livre est rempli de contre-sens.
Les notes que Langlé y a ajoutées sont dé-
nuées d'intérêt. Le manuscrit de l'ouvrage
d'Arteaga, intitulé : Bel ritmo sonoro et del
ritmo muto, lui fut confié pour en faire la
traduction; celte traduction n'a point paru,
mais Grainville en a extrait une dissertation
sur les différents rhytlimes employés par les
poètes dramatiques grecs, et l'a publiée dans le
Magasin encyclopédiijuc de Millin (C'^ann.,
t. V, p. 1 et suiv.).
GRA3IAYE (Jean-Baptiste), docteur en
droit et professeur à l'Université de Louvain,
naquît à Anvers vers la fin du seizième siècle.
La passion des voyages le conduisit en Hol-
lande, en Allemagne, en Italie et en Espagne.
Devenu prisonnier des Barbaresques dans ce
dernier pays, il fut emmené en esclavage en
Afrique. De retour dans sa patrie, il fut comblé
de témoignages d'estime et d'intérêt; mais
son goût pour les voyages le conduisit encore
dans le nord de l'Allemagne, et dans une ex-
cursion qu'il fit à Lubeck, il mourut en 1635.
Dans son ouvrage intitulé : Africx illustratx
ZibrîZ (Tournai, 1622, in-4''), il a traité /)e
musica latina, grxca, maurica, et instru-
mentis barbaricis.
GRAMMOrST (Madame DE), connue d'a-
bord sous le nom de Mademoiselle Renaud d'Al-
len, est née à Paris, d'une famille noble, vers
1790. La révolution française ayant ruiné ses
parents, mademoiselle Renaud résolut de tirer
parti pour son existence de ses dispositions
pour la musique. Admise au Conservatoire
comme élève, elle y apprit le chant et le piano,
puis se livra à l'enseignement et fonda une
école publique de musique pour les jeunes
filles. Vers 1820, elle a épousé M. de Gram-
mont, et depuis plusieurs années elle a cessé
de fr.ire sa profession de la musique. On a de
madame deGrammont un Thème varié pour le
piano (Paris, chez l'aulcuf), quelques roD:an-
G RAM MONT — GIl ANDI
ces, et des Principes de musique, dont la
deuxième édition a été publiée à Paris, chez
Nouzon, 1823, in-4" de ô2 pages.
GRAMOIV'T (H. de), prol'esseur de plain-
chant au grand séminaire de Paris, est né
dans cette ville en 1808, et a appris l'art du
chant sous la direction de Plantade. Il est au-
teur d'une Méthode abrégée de plain-chant ,
contenant quelques principes élémentaires
pourbien chanter. Paris, Gaume frères, 1845,
in-S" de 31 pages.
GRANARA (Antoine), compositeur, né à
Gènes en 1809, a fait ses études musicales à
Novare, sous la direction de Generali. En
1852, il a fait jouer, dans sa ville natale, son
premier opéra sous le titre de Elisa di Mon-
taltieri, qui obtint un succès d'enthousiasme,
et qui fut joué au théâtre de la Scala à Milan,
«lans l'année suivante. Il écrivit, en 1836,
Giovanna di Napoli pour le ihéàlre de la
Fenice, à Venise, et dans la même année il fit
représenter dans la même ville Un' Jvventura
teatrale, opéra bouffe. Les morceaux détachés
de ce dernier ouvrage et ceux A''Elisa di Mon-
taltieri ont été publiés avec accompagnement
de piano, chezRicordi, à Milan. Dejiuis 1836,
le maître Granara a disparu du monde musical,
et l'on n'a plus eu de renseignement sur sa
personne.
GRANATA (Jean-Baptiste), célèbre gui-
tariste, né à Bologne au commencement du
dix-septième siècle, y a publié Soavi concenti
diSonatemusicalcperlachitarraspagnuola,
libri diversi , 1639, in-4°.
GRAWCIiM (Michel- Ange), compositeur
milanais du dix-septièmesiècle, obtint, à l'âge
de dix-sept ans, la place d'organiste de l'église
del ParadisOf à Milan. Déjà à cette époque, il
publiait ses premiers ouvrages (jui consistaient
principalement en madrigaux. Sa brillante
réputation lui fit obtenir, jeune encore, la
place d'organiste de la cathédrale de Milan,
puis celle de maître de chapelle de la même
église. Un décret de saint Charles Borromée,
rendu en 1566, avait exclu de ces fonctions les
hommes mariés ; mais Grancini obtint une dis-
pense accordée à ses talents. On ignore la date
de la mort de cet artiste. Piccinelli, dans son
y^ten. dei litterati milanesi (page 425) dit que
Grancini a publié vingt-trois ouvrages de sa
composition contenant des messes, des psau-
mes, des motets, des madrigaux et des chan-
sons italiennes; mais il n'en donne pas les
titres; je n'ai connaissance ((ue de ceux-ci :
1" Novelli Fiori ecclestaslici nel organo aW
ttso mnderno da Michel- Jngelo Grancini,
BlUCIi. IIMV. DES MUSICir.NS. T. IV.
organisla nclla metropolitana di 3Iilano,
divisi in messe, salmi, motetti, magnificat
e litanie délia 31 adona, a quattro voci, opéra
nona; in Milano, appresso Gregorio RoUa,
1643, in-4''. 2» Corona ecclesiastica divisa
in parte, dove sono motetti, messe, salmi,
litanie o 2, 3, 4 e 5 voci, op. 13, Milano,
app. Ch. Magno, 1649. 3» Il seltimo libro di
sacri concerti a 2, 3, 4 voci, op. 14, ibid.,
1649. 4° P^ari concerti a otlo voci : messe,
motetti, magnificat e litanie délia B. F.,
op. 13, ibid., 1632. 5" Giardino spirituale
di vari fiori musicali a 4 voci concertali di
messe, salmi, motetti, antifone e litanie
délia B. F., op. 16. ibid. 1633.
GRAI>CIi\0 (Paul), luthier de Milan, vé-
cut dans la seconde moitié du dix-se|)tième
siècle, et apprit son état dans l'atelier de Ni-
colas Amati, à Crémone. Ses instruments, en
très-grand nombre, particulièrement ses vio-
lons, sont datés depuis 1670 jusqu'en 1090.
Grancino est un des bons luthiers du second
ordre.
GRANCIIVO (Jean), fils du précédent et
son élève, succéda à son père en 1690, et tra-
vailla jusque vers 1710. Beaucoup de violons,
violes et violoncelles de cet artiste sont répan-
dus dans le commerce.
GRAINCIINO (Jean-Baptiste), second fils
de Paul, fut d'abord associé aux travaux de son
frère, dont il se sépara ensuit». Il a moins pro-
duit que lui. Platel, excellent professeur du
Conservatoire de Bruxelles et virtuose sur le
violoncelle, possédait une bonne basse de Jean-
Baptiste Grancino.
GRAINCINO (François), fils de Jean, tra-
vailla aussi à Milan. Il succéda à son père en
1710. On connaît de lui un violon qui porte la
date de 1746. Il produisit beaucoup.
GRAI\DrO]\D (Eugène), né à Compiègnc,
au mois de février 1786, a fait ses études litté-
raires au collège de Vernon, puis est entré au
Conservatoire de musique de Paris, comme
élève. Kreutzer aîné fut son maître de violon,
et Berton lui donna des leçons d'harmonie.
En 1809, il fut choisi pour élie deuxième chef
d'orchestre au théâtre de Versailles. Il a pu-
blié quelques romances avec accompagnement
de piano, Paris, Leduc, et a composé plusieurs
concertos de violon qui sont restés en manu-
scrit. Le 6 mars 1810, il a fait représenter au
théâtre de l'Opéra-Comique un petit opéra
en un acte, intilulé : Monsieur Desbosquets :
cet ouvrage n'a point réussi.
GR.VWni (Alexandre DE), l'un des plus
habiles compoiileurs italiens pour la musique
82
GRANDI
d'église, dans le cours du dix-septième siècle,
naquit à Venise, et fut élève du célèbre or-
ganiste Jean Gabrieli. Il obtint d'abord la
place de maître de chapelle de l'Académie
délia morte à Ferrare, en 1597; appelé ensuite
à Venise, par la protection de son ancien
maître, il fut nommé chantre de la chapelle de
Saint-Marc, le 31 août 1G17, aux appointe-
ments de quatre-vingts ducats. La place de
maître de chant du Séminaire ducal étant de-
venue vacante, dans l'année suivante, par la
retraite du prêtre Gaspard Lucadello, Grandi
l'obtint par décret du 21 août 1618. Le 17 no-
vembre 1620, il succéda à Marc-Antoine Negri
dans la place de vice-maître delà chapelle de
Saint-Marc, et son traitement fut porté à cent
vingt ducats. Il paraît que des avantages plus
considérables lui furentofrerts,avec la place de
maître de chapelle de l'église Sainte-Marie-
Majeure à Bergame, car il accojjta cette posi-
tion en 1627. Il mourut de la peste dans cette
ville, en 1630, à l'âge d'environ cinquante-
quatre ans. Parmi les nombreux ouvrages
qu'il a publiés, on remarque les suivants :
1» Madrigali concertait, troisième édition,
Venise, 1619, in-4°. 2" Salmiper i vespri di
tut ta l'anno con le litanie delta B. V., Te
Deum e Tantum ergo a 4 voci pieni, op. 2,
Lologne, Mar. Silvani, 1607, in-4''. 3° Motelti
a 2, 3 e< 8 voci, six suites. La première porte
la date de Palerme, 1619, in-4'^. Le premier
livre de ces motets, avec une messe à quatre
voix, a été réimprimé en 1621, à Venise, chez
Vincenti ; le second livre, qui contient vingt-
deux motets à trois et à quatre voix, est daté
de 1623. 4'^ Messe concertate, aSvoci. ït° Hissa
e Salmi a 2, 3 e 4 voci, cou basso e ripieni.
6" Salmi brève a 8 voci, raccoUati da ytlcs-
sandro Vincenti, Venise, 1623. 7» Motetli e
Litanie délia B. F., a^ voci. C'est le troisième
livre de motets à deux, trois et quatre voix, daté
de 1621 ; le quatrième livre, qui renferme dix-
sept motets est de lamêmedate. S" Celestifiori,
a 1, 2, 3 e 4 voci. 9" Motetti a 1-4 voci, con
2 violini, trois suites. 10° Motetti a 1 e 2 voci
per cantare e sonare nel chitarone, Venise,
Alexandre Vincenti, 1621, in-4". W" Motetti
a 1 e 2 voci con sinfonia di due violini
lib. 3, ibid., 1629, in-4°. 12" vVessa e salmi
concertaliaôvoci, ibid., 1630, in-4". \ô° Can-
tate e Arie, al e o voci, con 2 violini, ibid.,
1627. 14" Liber sextus motcttorum duobus,
tribus et quatuor vocibus cum basso conti-
nua, o[>. 20, Anvers, 1640, in-4". Il y a des
messes de Grandi dans la collection publiée
par Donfrid. Après la mort de cet arlisle, un
musicien de la chapelle ducale de Saint-Marc ,
nommé Leonardo Simonelli, a publié un recueil
de compositions posthumes du même maître
sous ce titre : Motetti concertati a 2, 3 e 4
voci, con alcune cantilene nel fine, Venise,
Bart. Magni, 1632, in-4''. Je possède un exem-
plaire complet d'un œuvre de Grandi que je
n'ai vu cité dans aucun catalogue; il a pour
titre : Jl primo libro de Motetli a due, tre,
Quattro, cinque e otto voci, con una Messa
a qualtro voci, accomodati per cantarsi
neW organo, clavicembalo, chitarone, o altro
simile stromento, con il basso per sonare, di
Jlessandro Grandi, vice Maestro di capella
délia Serenissiina Signoria di f'enetia in
S. Marco. Novamente in questa quarta im-
pressione con ogni diligenza corretti et ri-
slampati, in Venetia, app. Alessandro Vin-
centi, 1621, in-4".
Dans son catalogue de la musique de la Bi-
bliothèque impériale de Paris, Boisgelou dis-
tingue deux compositeurs du nom de Grandi
(Alexandre). Je ne sais sur quoi il fonde son
opinion à cet égard.
Alexandre Grandi appartient à la nouvelle
école de Monteverde et de Gabrieli et se dis-
tingue surtout par ses tendances à la mélodie.
On ne trouve presque rien des formes de l'an-
cien contrepoint dans ses ouvrages. Ses motets
à deux voix avec orgue peuvent être considérés
comme le type primitif de la musique d'église
moderne.
GIVAINDÏ (Vincent), compositeur, fut
nommé maître de chapelle de la cour de Blo-
dène, le l"^"" janvier 1682, et, par des motifs
inconnus, fut congédié le 21 avril de l'année
suivante. On trouve, dans la Bibliothèque du-
cale, la partition manuscrite de la Caduta
d'jidamo, oratorio, et de quelques cantates
de la composition de cet artiste.
GRAI\DI (GciDo), moine Camaldule et
mathématicien distingué, naquit à Crémone,
le I"' octobre 1671. Il avait été baptisé sous
les nomsde François-Louis, mais il les quitta en
prononçant ses vœux, pour celui de Guido. Il
venait d'être désigné par ses supérieurs pour
enseigner la théologie à Rome, lorsque la i>u-
blication d'un ouvrage sur la solution d'un
problème relatif à la construction des voûtes
fixa sur lui l'attention du grand-duc de Tos-
cane, qui le retint dans ses États, et le nomma
professeur à l'Université de Pise, en 1700. Dès
lors, le P. Grandi se livra sans réserve à ses
travaux sur les mathématiques. Il entretint
pendant longtemps une correspondance avec
les mathématiciens les plus célèbres de son
GRANDI
GRANJON
temps, tels que Leibnitz, Newton, Bernouilli
et Baglivi, qui lui donnèrent des lénjoignages
d'estime et d'afTection. Ses derniôies années
furent agitées par ses discussions avec les
moines de son ordre. Après avoir langui
deux ans dans un état de grande faiblesse, il
mourut le 4 juillet 1742. Au nombre des ou-
vrages de ce savant, on remarque des recher-
ches sur la natui'c et les pioitriétés du son, qui
ont élé insérées dans les Transactions philo-
sophiques, sous ce titre : On Ihe nature and
property of sounds (vol. 20, n" ôIO, p. 270).
Ce travail a procuré au P. Grandi une place à
la Société royale de Londres.
ft«A?iDIS(Yi>CE.>TDE), né à Monte Al-
boUo, dans l'État de l'Église, fut admis comme
chantre contralto à la chapelle pontificale, le
28 octobre ICOiî. Il a fait imprimer plusieurs
ouvrages de sa composition, parmi lesquels on
lemarque des antiennes à six et à huit voix,
publiées à Rome, en 1601, et une collection
<ie psaumes en partition, analysés et mis au
jour par les soins de Philippe Respeol.
GIVArSDVAL (Nicolas RAGOT DE),
né à Paris, en 1676, fut attaché, comme maître
de musique, à une troupe de comédiens ambu-
lants, pour laquelle il écrivait des divertisse-
ments dont il composait la musique. Un air
d'une de ces petites comédies, intitulée : le Sé-
jour à Paris, a été publié dans le Mercure
galant, au mois d'octobre 1722 (p. 68). Fati-
gué (le sa vie errante, Grandval revint à Paris,
et eut l'emploi d'organiste dans une des pa-
loisses de cette ville. Il mourut le 16 novembre
17o-j. Un livre de cantates de sa composition a
été publié en 1729. On a aussi de lui un Essai
sur le bon goût en musique, Paris, Prault,
1702, in-12. Grandval cultivait les lettres, et a
publié quelques comédies et des parodies. Il
fut le père d'un célèbie acteur de la Comédie-
Française qui portait son nom.
GUAIMEll (...), joueur de basse de viole
au service de la reine Marguerite, vécut à Pa-
ris, vers la fin du seizième siècle. On croit
qu'il mourut en 1600.
GKAIVIER (Louis), né àToulouseen 1740,
fit ses études musicales dans celte ville, et se
rendit ensuite à Bordeaux, où il devint maître
de musique de l'Opéra. Quelques années après,
il passa au service du prince Charles de Lor-
raine, en qualité de premier violon de son
spectacle. Pendant son sé.jour à Bruxelles, il
mit en musique les chœurs a''Athalie de Ra-
cine : cet ouvrage lui mérita la protection
spéciale du prince et fut bien accueilli du
public. £a réputation l'ayant fciil appeler à
Paris, il entra à l'Opéra en 17Cfi, non comme
attaché à la direction de ce spectacle ni coniiiu!
chef d'orchestre, ainsi que le disent les autoui s
de la Biographie Toulousaine (Pavis, 182.",
2 vol. in-8"), mais comme un des seconds vio-
lons. Il occupa cette place pendant vingt ans,
et se retira dans sa ville natale en 1787, avec
la pension qu'il avait acquise par ses services.
Il est auteur de IVagmenls ajoutés à l'opéra de
Tancrède, de plusieui-s divertissements, bal-
lets et airs de danse, de l'opéra de Théonis,
fait en collaboration avec Berlon le père, et de
la nouvelle musique introduite dans la tragédie
de Bellérophon, également avec Berlon. Enfin
Granier s'est fait aussi connaître du public,
comme compositeur de musique instrumen-
tale, par des sonates et des airs pour le violon.
Il est mort à Toulouse en 1800.
Un autre musicien du nom de Granier
(François), a publié à Paris, en 1734, six solos
pour le violoncelle, op. 1.
GP»Ar>iJOI\ (Roiîekt), libraire, graveur et
fondeur de caractères du seizième siècle, na-
quit à Paris, car il se qualifie parisiensis au
frontispice d'un livre imprimé par lui. M. G.Pei-
gnot dit (Dict. rais, de Bibliolog. Snpplém.,
p. 140) qu'il exerça depuis 11523 jusqu'en
1573 : on verra tout à l'heure que ses travaux
s'étendent au delà de cette dernière date. S'il
est vrai qu'il se soit fait connaître dès 1525, il
commença fort jeune et mourut très-vieux, cap
il imprimait encore à Rome en 1382. Tous les
historiens de la ty'pographie française parais-
sent avoir ignoré les principales circonstances
de la vie et les travaux les plus importants de
cet artiste recommandable. Il a gravé un ca-
ractère de musique très-différent de ceux dont
on se servait alors dans toute l'Europe, car il
arrondit les notes au lieu de leur donner la
forme de losange; mais il ne borna pas son
amélioration à ce changement de forme, car il
supprima toutes les ligatures et les signes de
proportions qui rendaient alors la musique
dilTicile à lire et à exécuter, de telle sorte qu'il
réduisit toutes les valeurs de temps à la divi-
sion binaire: simplification qui aurait du assu-
rer le succès des livres publiés par Granjon, et
qui paraît au contraire leur avoir nui; car, bien
qu'il eût obtenu un privilège pour l'emploi de
ses types pendant plusieurs années, il ne
paraît en avoir fait usage qu'en 1559. A celLc
époque, il avait quitté Paris, s'était établi à
Lyon et s'y était fait imprimeur. Au reste,
Granjon n'est pas le premier qui ait gravé des
caractères de musi(iue dans ce système, car
Etienne Briard de Bar-lc-Duc {voyez BnuRo),
6.
84
GRANJON - GRAS
l'avait devancé de plus de vingl-cinq ans dans
ceux qu'il grava et fondit pour les œuvres de
Carpentras, publiées à Avignon en 1552. Les
livres de musique mis au jour par Granjon
dans cette même année ont pour titre : Premier
trophée de musique, composé des plus harmo-
nieuses et excellentes chansons choisies entre
la fleur et composition des plus fameux et
excellents musiciens, tant anciens que mo-
dernes, le tout à quatre parties, en quatre
volumes. 2° Second trophée de musique, etc.
ô" Chansons nouvelles, composées par Bar-
thélémy Beaulaigne, excellent musicien, et
par lui mises en musique à quatre parties, et
en quatre livres {voyez Beaulaigne). 4» Mottetz
nouvellement mis en musique à quatre, cinq,
six, sept et huit parties, en quatre livres, par
Barthélémy Beaulaigne, excellent musicien.
Les caractères gravés par Granjon ont le dé-
faut d'être un peu trop petits, mais leur aspect
est agréable.
Cet artiste distingué fut appelé à Rome par
le pape pour dessiner, graver et fondre les
lettres majuscules et capitales de l'alphabet
grec; les historiens de la typographie, qui
nous apprennent ce fait, ne font pas connaître
l'époque précise du voyage de Granjon, et
semblent avoir ignoré quelle fut la fin de sa
carrière. La première édition du Directorium
chori de Guidetti {voyez ce nom), nous four-
nit un renseignement précieux à cet égard,
car on voit au frontispice qu'elle fut imprimée
par le même Robert Granjon en 1582 {Per-
missu supcriorum. Rom?e apud R.obertum
Gran Jon, Parisiens., 1582). On ne trouve
aucune indication dans le livre qui fasse con-
naître si Granjon avait gravé les caractères de
plain-chant qui ont servi à l'impression; mais
cela est vraisemblable, car un artiste tel que
lui n'aurait pas imprimé avec d'autres carac-
tères que les siens. Granjon, devenu sans
doute fort vieux à l'époque de la publication
du Directorium chori, mourut peu de temps
après, ou du moins cessa de travailler, car le
livre du Chant de la Passion de Jésus-Christ,
d'après les quatre évangélistes, publié en 1586
par Guidetti, fut imprimé par Alexandre Gar-
dane.
GRAIHOM (...), amateur de musique, né
en Angleterre, a fait graver à Londres, non
vers 17G0, comme le disent les auteurs du
Dictionnaire des musiciens (Paris, 1810-
1811),- mais en 1751, un livre de douze sonates
pour la flûte, œuvre iiremier, et en 1753, six
trios pour le même instrument.
GKAiVZIlN (Louis), organiste à Danizick,
né vers 1810, à Halle sur la Saale, fit ses études
d'harmonie et de composition sous la direction
deNiemeyer. Après avoir rempli pendantquel-
ques années les places de cantor et de professeur
de musique à Marienwerder, dans l'école de la
ville, il obtint, au commencement de 1840, la
place d'organiste à Dantzick. Plein d'amour
pour son art et homme d'intelligence, Granzin,
unissant ses etforts à ceux de Markull {voyez
ce nom), fut l'âme de la musique à Dantzick
depuis son arrivée dans cette ville. Son Ora-
torio de Tobie, fut exécuté dans cette ville
en 1845, avec succès. Dans la même année, il
fit entendre à Kœnigsberg un Te Deum de sa
composition, à l'occasion du jour de naissance
du roi. On connaît aussi de lui un Crucifixus
à six voix et orgue, un Domine salvum fac
regem, des Lieder, avec accompagnement de
piano, et quelques pièces d'orgue. Granzin a
publié quelques bons articles dans la quarante-
septième année de la Gazette générale de
musique de Leipsick.
GRAPIl./EUS (Jérôme), dont le nom
était Jndrx ou Andrex et, selon d'autres
renseignements, Resch, fut imprimeur et gra-
veur de caractères de musique à Nuremberg;
il naquit dans cette ville, et y mourut le 7 mai
1556. Il changea d'abord son nom en celui de
Formschneider , c''esl-k-dire faiseur de formes
(d'imitrimerie); plus fard, il le traduisit en celui
de Graphasus, qu'il tira du grec. Ce typo-
graphe succéda, en 155-3, à Jean Ott ou Ollo,
et imprima, jusqu'à l'époiiue tie sa mort, des
recueils de comi)osit;ons musicales rares et
estimés, parmi lesquels on remarque en pre-
mière ligne la précieuse collection de messes,
intitulée :- Missx tredecim quatuor vocum a
prxstantissimis artificibus composite, Nu-
remberg, 1500, in-4''. Ce rarissime recueil
contient deux messes d'Obrocht, deux idem
d'Isaac, cinq de Josquin Deprès , trois de
Pierre de la Rue, et une de Brumel.
GRAPP (...), facteur d'orgues allemand,
vers la fin du dix-se|>tième siècle, a fait, en
société avec Prediger , l'orgue de l'église
d'Anspach, composé de vingt-six jeux, deux
claviers et pédales. Cet instrument a été ter-
miné en 1694.
GRAS (Madame DOIVUS), dont le nom
de famille'éfait Stefnkisle, est née à Valen-
ciennes, en 1807. Z>oru.ç est le nom de sa mère.
Fille d'un chef d'orchestre du théâtre de cette
ville, musicien de mérite, mademoiselle Dorus
commença l'étude de la musi(|ue dès ses pre-
mières années, sous la direction de son père. A
l'âge de quatorze ans, elle se fil entendre dans un
GRAS — GRASSET
85
concert avec tant de succès, que l'autorité locale
lui accorda un subside pour se rendre à Paris
et y suivre les cours de chant du Conservatoire.
Elle fut admise dans cette école au mois de dé-
cembre 1821, y reçut des leçons de vocali-
sation de Henri, et Blaugini fut son professeur
de chant. Douée d'une voix très-pure et d'une
grande facilité pour l'exécution des traits ra-
pides, mademoiselle Dorus obtint le premier prix
de chant au concours de 1822. Paer et Bor-
dogni perfectionnèrent ensuite son éducation
vocale. Charmé de ses grands progrès, le pre-
mier de ces maîtres lui procura le titre de can-
tatrice de la chambredu roi. En 1823, la.jeune
artiste commença des voyages pour se faire en-
tendre dans les concerts; arrivée à Bruxelles,
elle y obtint un véritable triomphe dans un
concert qu'elle donna au Théâtre-Royal. Son
.succès fixa sur elle l'attention de M. le comte
de Liedekerke, alors commissaire royal près
du théâtre, au nom de qui des propositions
furent faites à mademoiselle Dorus pour un
engagement, comme première chanteuse. Elle
n'avait fait jusqu'à ce moment aucune étude
relative à l'art dramatique. Ce fut Cassel {voyez
ce nom), ancien élève de Garât et acteur du
théâtre de Bruxelles, qui lui servit de guide
pour cette nouvelle direction de son talent.
Après six mois d'un travail assidu sous ce
maître, mademoiselle Dorus débuta au théâtre
de la Monnaie, et y reçut du public l'accueil le
plus flatteur.
La révolution de 1830 ayant suspendu le
cours des brillantes représentations de made-
moiselle Dorus, elle se retira momentanément
à Valenciennes; cependant elle retourna bien-
tôt à Bruxelles, dans le but de prouver sa
reconnaissance au public de cette ville, en
apportant le concours de son talent dans un
concert donné au bénéfice des blessés de sep-
tembre. Ce fut là qu'elle reçut l'invitation de
se rendre à Paris pour entrer à l'Opéra. Elle y
débuta, le 9 novembre 1830. dans le Comte
Ory, où elle obtint un beau succès. A la re-
traite de madame Damoreau (1833), mademoi-
selle Dorus prit, comme chef d'emploi, jios-
session de ses rôles de la Muette, de Guillaume
Tell, de Fernand Cortez et du Rossignol.
Elle avait créé les rôles de Thérésina dans le
Philtre, d'Alice dans Robert le Diable, et du
page dans Gustave. Cha(jue jour marcjuait les
progrès de celte artiste consciencieuse, dont
l'émission de voix et la légèreté de vocali-
sation ne laissaient rien à désirer. Dans ses
représentations à Toulouse, à Strasbourg, à
Metz, à Nancy, à Lille, dans toutes les villes
importantes de la France, enfin, elle obtint
les plus brillants succès. Appelée à Londres,
en 1839, elle y trouva un accueil enthousiaste,
et de séduisantes propositions lui furent faites
pour la fixer dans cette ville. Mariée, le 9avril
1853, à M. Gras, l'un des premiers violons de
rOpéra, la cantatrice conserva son nom de de-
moiselle au théâtre pendant plusieurs années.
Parmi les rôles qu'elle créa sous ce même nom,
on remarque ceux d'Eudoxie dans la Juive,
de Marguerite de Valois dans les Huguenots,
et de Ginevra dans Guido.
En 1840, la direction de l'Opéra fut changée;
M. Léon Pillet s'en chargea, et la domination
de M. Stolz à ce théâtre commença après son
succès dans la Favorite. Dès ce moment, il
n'y eut plus qu'ennuis pour madame Dorus-
Gras dans ses relations avec l'adminislration.
Tous les bons rôles de femme de la Reine de
Chypre, Charles VI, Don Sébastien, le Laz-
zarone, Marie Stuart, furent écrits, dans les
années 1841, 1842, 1843 et 1844, pourmadame
Stolz, qui ne voulait pas admettre près d'elle
de talent vrai qui eût rendu sensibles les im-
perfections de son chant. Fatiguée de celle
situation, madame Dorus-Gras se retira de
l'Opéra, en 1843 ; mais elle chanta encore pen-
dant plusieurs années, et toujours avec de bril-
lants succès, soit au théâtre, soit dans les con-
certs, et dans cette même année on la li'ouve
à Arras, à Rouen, à Dijon et à Orléans. En
1846, elle chanta à Nantes, à Lyon et à Mar-
seille. En 1847, elle reparut avec éclat dans les
concerts de Paris et reti'ouva à Londres les ap-
plaudissements qu'elle y avait recueillis dans
les années précédentes. Elle y retourna en
1848 et chanta, l'année suivante, au théâtre
de Covent-Gai'don, dans la Muette d'Aubcr,
traduite en italien. Dans les années 1850 et
1831, madame Dorus-Gras ne s'éloigna plus
de Paris, mais elle y chanta encore dans quel-
ques concerts. Ce fut la fin de sa carrière d'ar-
tiste, carrière bien remplie et qui a laissé de
beaux souvenirs.
GUASSBACH (Valemto ) se trouvait
comme étudiant en théologie à l'Université de
Jéna, en 1622. Il y fit imprimer alors le cin-
quième verset du soixante-deuxième chapitre
d'Isaïe, à cinq voix.
GRASSE (Balthasar), facteur d'orgues
allemand, au commencement du dix-septième
siècle, a construit, en 1612, à Habelschwcrd,
un instrument de vingt-quatre jeux, deux cla-
viers et pédale.
GRASSET (JEAS-JAC\tuEs), violoniste et
ancien chef d'orchestre de l'Opéra-ïtalien de
86
GRASSET — GRÂSSINI
Paris, est né en cette ville, vers 17G9. Elève de
llerthaume pour le violon, il acquit, sous la di-
rection de ce maître, un son jiur et doux, mais
peu volumineux, beaucoup de justesse et du
mécanisme. Enlevé à ses travaux d'artiste
pendant la révolution française parla loi de la
réquisition , Grasset fut ol)ligé de se rendre
à l'armée, et d'y servir pendant les guerres
d'Allemagne et d'Italie; mais il mit à profit
cette circonstance pour former son goût en
écoutant la musique italienne. De retour à
Paris, il se livra de nouveau à la profession
d'artiste musicien, et se fit entendre dans les
concerts. Une place de professeur de violon
étant devenue vacante en 1800, par la mort de
Gaviniès, elle fut mise au concours quelques
mois après, et Grasset l'obtint. Ce fut dans
cette circonstance que je l'entendis pour la
première fois ; son succès ne fut pas un instant
douteux, et sa supériorité sur ses compétiteurs
Guénin, Gervais, Guérillot et quelques autres,
ne fut [)as plus contestée par l'auditoire que
par les juges du concours. Environ deux ans
aprèS; Bruni quitta la direction de l'Opéra-Ita-
lien, qui n'avait été rétabli à Paris que dans
l'hiver de 1801 ; la place fut confiée à Gras-
set qui, dès ce moment, acquit la réputation
méritée d'un bon directeur de musique, et qui
la conserva près de vingt-cinq ans. Toutes les ad-
ministrations qui se succédèrent dans l'exploi-
tation de l'Opéra-Italien choisirent cet artiste
pour diriger l'orchestre, et dans ce long espace
de temps, il joua toujours les solos de violon
avec succès. Dans les dernières années, on re-
marqua que son énergie avait diminué. Il s'est
retiré en 1829, quoique VAlmanach des spec-
tacles indique encore son nom comme celui du
chef d'orchestre dans l'année suivante. Gras-
set s'est distingué comme compositeur pour
son instrument; il y a du goût et de la grâce
dans sa musique. Il a publié : 1" Premier con-
certo pour violon, op. 1 (en re), Paris, Im-
bault (Janei). 2" Deuxième idem, op. 2 (en si
bémol), ibid. 5" Troisième idem, op. 4 (en la
mineur), Paris, Sieber. 4" Duos pour deux vio-
lons, livres 1,2, ô, 4, 3, œuvre 9, œuvre A,
Paris, Sieber; Schlesinger. 5" Sonate pour
piano et violon, op. 5, Olfenbach, André.
Grasset est mort à Paris, le 25 août 1859.
GRASSI (François), maître de chapelle de
l'église Saint-Jacques des Espagnols, à Rome,
vers la fin du dix-septième siècle, puis maître
de chapelle de l'église de l'Enfant Jésus, a
laissé en manuscrit un Miserere à huit, deux
Dixit à huit, des messes îi quatre, un Confi-
tebor à huit cl plusieurs autres morceaux de
musique d'église. En 1701,Grassi a fait exé-
cuter, dans l'église (Ze/ia FieUl l'oratorio : il
Trionfo de' Giusti.
G1\ASSI (Madeleine), cantatrice, née à
Parme, vers 1780, apprit fort jeune la mu-
sique, sous la direction de Toscani. Ses progrès
furent rapides; cependant, elle ne paraissait
pas destinée au théâtre, lorsque des circon-
stances inattendues l'obligèrent d'y paraître.
Son premier début se fit au théâtre de Parme,
au carnaval de 1806. Depuis lors elle a eu des
succès dans plusieurs grandes villes.
Un compositeur, nommé Grassi (Carlo), a
fait représenter à Barcelone, en 1843, un
opéra qui avait pour titre : il Proscritto d'Jl-
tenbourg. Je n'ai pas d'autre renseignement
sur cet artiste.
GRASSIISEAU (Jacques), auteur du pre-
mier dictionnaire de musique anglais, naquit
à Londres de parents français , vers 1715.
Après avoir fait de bonnes études , et avoir
acquis quelques légères connaissances dans la
musique, il devint secrétaire d'un pharmacien
nommé Godfrey, qui demeurait dans la rue
de Southaiiipton, Covent Garden. Cette situa-
tion ne convenant point à ses goûts, il en sor-
tit et s'attacha au docteur Pepusch, qui l'em-
ploya à traduire en anglais les auteurs grecs
sur la musique, d'après la version latine de
Meibomius. Après qu'il eut fini ce travail,
Pepusch lui conseilla d'entreprendre la tra-
duction du Dictionnaire de musique de Bros-
sard, et lui-même fournit à Grassineau des
additions aux articles originaux, ainsi que [ilu-
sieurs articles entièrement neufs. Le résultat de
ce travail fut publié sous ce titre : yï musical
Dictionary, being a collection of terms and
characters as tvell antient as modem; inclu-
ding the historical, theorical and practical
parts of Music, etc. (Dictionnaire de musique
ou collection de mots et de signes anciens et
modernes; contenant les diverses parties his-
toriques, théoriques et critiques de la musi-
que, etc.), Londres, 1740, in-S" de trois cent
quarante-huit pages. Beaucoup de fautes ont
été faites par Grassineau dans ce travail,
parce qu'il n'était pas assez instruit on mu-
sique pour comprendre la valeur exacte des
termes. Il était mort avant 1769, époque où
Robson a donné une nouvelle édition du dic-
tionnaire de Grassineau, avec un supplément
tiré de celui de J.-J. Rousseau.
GïlASSirVI(FRA!vçois-MARiE), compositeur
italien dudix-septièmesiècle, a fait imprimer :
jVotclti concertati, a 2, 3, 4 c 5 voci, con et
senza violini, e con Lelanie délia B. ï'. Ccl
GHASSINI - GRATIANI
87
onvrage est cité par AVallhcr, sans date el
sans nom de lieu.
GRASSII\I (Joséphine), cantatrice ita-
lienne, a joui de beaucoui) de célébrité à la fin
du dix-huitième siècle et au commencement
du dix-neuvième. Elle naquit à Varèse, dans la
Lombardie, en 177ô; son père était cultivateur.
La rare beauté de sa voix et les charmes de sa
pei'sonne décidèrent le général Belgiojoso à se
charger de son éducation d'artiste. Il lui donna
les meilleurs maîtres qu'il y eut à Milan, et
ceux-ci ne négligèrent rien pour développer
les heureuses facultés de la jeune cantatrice.
Ses progrès, dans la bonne et large manière de
l'ancienne école, furent rapides. Sa voix, con-
tralto vigoureux et d'un accent expressif, ne
manquait pas d'étendue vers les sons élevés,
et sa vocalisation avait de la légèreté, qualité
fort rare dans les voix fortement timbrées.
L'avantage qu'elle eut de chanter à ses débuis
avec les premiers artistes de son temps, c'est-
à-dire, Marchesi et Gresccntini, donna à son
talent un caractère de grandeur et de perfec-
tion inconnu maintenant, parce que les mo-
dèles manquent. Madame Grassini parut pour
la première fois sur le théâtre de la Scala, à
Milan, au carnaval de 1794. Elle y chanta avec
Marchesi et le ténor Lazzarini dans V Arlaserse
de Zingarelli, et dans le Demofoonle de Porto-
gallo. Ses succès furent éclatants dans ces deux
ouvrages; dès ce moment elle se posa comme
une des cantatrices les plus remarquables de
l'époque, et bientôt après comme la première.
Les principaux théâtres de l'Italie la recher-
chèrent, et partout elle fut applaudie avec
transport. Milan la rappela en 1796, pourchan-
ter, pendant la saison du carnaval, VJpelle e
Cainpaspe de Traetta, et la GiuUetta e Romeo
do Zingarelli , avec Crescentini et le ténor
Adamo Blanchi. L'année suivante, elle excita
le i>lus vif enthousiasme au théâtre de la Fe-
nice, à Venise, dans le rôle à.'Orazio de l'opéra
<le Cimarosa. Dans l'été de celle même année
1797, madame Grassini fut engagée à Naples
pour chanter à Saint-Charles pendant les fêtes
du mariage du prince héréditaire. Entourée
d'hommages i)ar les hommes les plus distin-
gtîés, excitant chez les femmes des transports
d'admiration, il ne manquait déjà plus rien à
la gloire de la cantatrice. De retour à Milan en
1800, elle ne s'y fit pas entendre au théâtre,
mais après la bataille de Marengo, elle chanta
dans un concert devant le premier consul
Bonaparte qui l'emmena à Paris, et la fit
chanter, le 22 juillet de la même année, à la
grande fête nationale qui fut donnée au Champ
de Mars, et dans laquelle on avait réuni huit
cents musiciens. Ce fut à cette époque qu'elle
donna deux concerts à l'Opéra, et que je l'en-
tendis, dans tout l'éclat de son talent. Sa voix
égale et pure dans toute son élendue, sa belle
et libre émission du son, sa grande manière de
phraser, sont encore présentes à ma mémoire.
Il n'y avait pointalors à Paris d'Opéra sérieux
ou madame Grassini aurait pu être engagée;
elle quitta donc cette ville, après avoir élé
magnifiquement récompensée par Napoléon,
et se rendit en Allemagne. Au mois de novem-
bre 1801, elle était à Berlin, où elle annonça
des concerts qui paraissent n'avoir point été
donnés. En 1802, elle fut engagée à Londres
pour succéder à la célèbre cantatrice Bandi,
avec des api»ointements de trois mille livres
sterling pour les mois de mars à juillet. Rap-
pelée en France, en 1804, par l'empereur, elle
fut spécialement attachée au théâtre et aux
concerts de la cour, et pendant plusieurs an-
nées elle y chanla avec Crescentini, Brizzi,
Crivelli, Tacchinardi, et madame Paër. Ses
appointements étaient de 50,000 francs, non
compris environ lo,000 francs de gratifica-
tion, et sa pension fut réglée à 15,000 francs.
Parmi les rôles que madame Grassini chanta
aux théâtres des Tuileries et de Sainl-Cloiid,
il faut citer surtout celui de Didone que Paër
écrivit pour elle, et qu'elle rendait avec un
rare talent et une expression dramatique digne
des plus grands éloges. Les événements qui
renversèrent le trône impérial privèrent ma-
dame Grassini des avantages qu'elle trouvait
à la cour de France ; mais lorsqu'ils arrivèrent,
sa voix avait déjà perdu beaucoup de sa fraî-
cheur et de son élendue. Elle retourna en
Italie, se fit entendre à Milan dans deux con-
certs au mois d'avril 1817, et cessa bientôt
après de paraître en public. Il est dit dans le
Dictionary of viusicians qu'elle chanta au
théâtre de Florence en 1823; ce fait parait au
moins douteux. Madame Grassini est morte à
Milan, au mois de janvier 1850, à l'âge de
soixante-dix-sept ans.
GRATIAIMI, ou plutôt GR AZIAIM (Bo-
niface), maître de chapelle de l'église des Jé-
suites à Rome, naquit à Marino, près de cette
ville, en 1609, et mourut à Rome en 1672. Il a
laissé de nombreuses compositions pour l'é-
glise, qui ont été fort estimées de son tem|>s,
el dont une partie a élé publiée après sa mort,
par les soins de son frère. On en trouve la liste
à la tête de son cinquième livre de motels, im-
primé en 1676. La voici telle qu'elle est rédi-
gée : Tavola dell' opère eccksiaslicfie dd
88
GRATIANI — GRAUN
Gratiani^stampalesin'aU'anno \67G. X" 3Io-
telli a 2-C roc», lihri cinque (1), opéra
prima. 2° Motettia 2-6, librisei, op. 2. 5° Il
primo libre de motetti a voce sola, opéra
terza. 4° Salmi a 5 da canlarsi con organo e
senza, libri sei, op. A. 5*' Salmi a 3 concer-
tait , libri sei, op. 5. 6» Jl secondo libro
Je motetti a voce sola, op. 6. 7» Motetti
a 2, 3, 4 e 3, libri qualtro, opéra settima.
8» Jl terzo libro de motetti a voce sola,
op. 8. 9° Li respoiisorii délia Settimane
Santa a 4, libri cinque, op. 9. 10» Jl quarto
libro de motetti a voce sola, op. décima.
1]''Lelanie délia madonnaaô^ 4, 5 e 8, libri
cinque, op. 11. 12» Motetti a 2-3; libri quat-
tro, op. 12. 13» Salve ed altre Antifone délia
madonna, che si cantano dopo il divin'ojfi-
cio, a 4, 5 e 0, con i ripieni , libri sei,
op. 13. 14° Antifone per diverse festicità
dcll'anno, a 2, 3 c 4, libri cinque, op. 14.
15° Motetti a 2 e 3 cavati délia prima e
seconda opéra. 16° Sacri concerti a 2, 3,
4 e 3, libri cinque, op. 15. 17° Jl quinto libro
de motetti a voce sola, op. 16. 18° Salmi
vespertini concerlati a due chori, libri un-
dici, op. 17. 19° La prima muta délie Messe
a 4 e 5_, libri sei, op. 18. 20° Jl seslo li-
bro de motetti a voce sola, op. 19. 21° Mo-
tetti a 2, 3, 4 e 5, libri quatlro, op. 20.
22" /«ni vespertini 40, per tutte le principale
festività dell'anno a 2, 3, 4 e 3, alcuni con i
ripieni, libri sei, op. 21. 23° La seconda
muta délie Messe u 4, 5 e 8, libri sei, op. 22.
24° Motetti a 2, 5 e 4, libri quatlro, op. 25.
25» Motetti a 2, 3, 4 e 5, libri cinque, op. 24.
26» Musiche sacre et morali al, 2, 3 e 4 voci
col basso per l' organo, Roma, Mascardi,
1678, ii!-4°.
RESTANO DA STAMPAUSI.
l" Diverse mute de'motetti a 2, 3, 4, 5 e 8.
2" Dialoghi ed oratori a 2, 3, 4 e 5, con sin-
fonia e senza. 3» La seconda muta de Salmi
a due chori concertati. 4° Opère volgari, spi-
riluali e morali a 1, 2, 3 e 4.
GUAUIN (CiiARLEs-HErini), maître de cha-
pelle du roi de Prusse, naquit en 1791, à
AVahrenbrUck, petite ville du cercle de la Saxe
électorale, où son père, Auguste Graun, était
receveur général des accises. Charles-Henri
était le plus jeune de trois frères dont l'aîné,
Auguste-Frédéric, est mort, en 1771 , à Merse-
hour":, où il était cantor de l'église principale
et de la ville. Un Kyrie et Gloria à quatre
(I) Les nombres de livres indiques dans ces titres
sont ceux des volumes de parties si-paréesde chaque voix
et de l'orgue.
voix et instruments de sa composition se con-
serve en manuscrit à la Bibliothèque royale de
Berlin. Le second frère, Jean -Théophile
Graun, maître de concert à Berlin, sera l'objet
de l'article suivant. Tous trois montrèrent
dans leur enfance d'heureuses dispositions
pour la musique ; Charles-Henri se distinguait
particulièrement. Il se rendit fort jeune, avec
ses frères, à Dresde, et y fut admis à l'École de
la Croix, où les jeunes gens recevaient alors
une éducation toute musicale. Les frères Graun
y entrèrent en 1713 ; le plus jeune fut employé
au chœur comme sopraniste et reçut des leçons
de chant de Grundig, bon maître, qui avaitfait
une étude particulière de cet art. Pour toutes
les autres parties de la musique, Graun fut
confié aux soins de Chrétien Pezold, organiste
de la chapelle et claveciniste de la musique du
roi. En peu de temps, Graun surpassa tous ses
condisciples par son habileté sur le clavecin et
dans l'art du chant. Sensible aux beautés de
la musique de son temps, et surtout admirateur
des opéras de Reinhard Keiser, compositeur
de génie qui donna l'impulsion à la musique
dramatique en Allemagne (voyez Keiser),
Graun saisissait avec empressement les occa-
sions où il pouvait se procurer quelques mor-
ceaux de cet artiste remarquable, ou les en-
tendre.
La voix de Graun s'était, à l'âge de la puberté,
changée en un ténor, mais d'une qualité faible
et qui ne pouvait se développer qu'avec le
temps. Il mit à profit cet intervalle pour étudier
la composition sous la direction de Jean Chris-
tophe Schmidt, maître de chapelle du roi de
Pologne, et homme instruit. L'année 1719 fut
heureuse pour Graun , car elle lui procura
l'avantage d'entendre, pendant le séjour de la
cour, plusieurs opéras composés par Lotti, et
chantés par la femme de ce maître, par ma-
dame Tesi, par Marguerite Durantasti , par
Bernard Senesino , par Matteo Borselli et par
d'autres bons chanteurs. Son heureuse mémoire
lui permit de retenir et de noter les mélodies
de ces ouvrages et les fioritures que les chan-
teurs y ajoutaient. C'est à cette circonstance
de sa vie qu'il faut attribuer la direction que
Graun donna à ses talents comme compositeur
d'opéras et comme chanteur. Après la clôture
du théâtre, il quitta l'école pour laquelle il
avait déjà écrit quelques motets ; il resta cepen-
dant encore (juclques années à Dresde et s'y
fit des i>rotecteurs qui lui furent utiles plus
tard. Le nombre de morceaux d'église qu'il
composa, pendant ce temps, pour son ancien
maître Grundig ou pour son successeur Théo-
GRAUN
89
dore Chrislieb Reinlioldt fut si considérable,
qu'on aurait pu en former deux services an-
nuels complets. Parmi ces morceaux se trouve
un grand oratorio pour la fête de Pâques. Une
aventure singulière marqua la fin de son siéjour
à Dresde. Peu de temps avant de quitter cette
ville, il travaillait dans le pavillon d'un grand
jardin qui appartenait à un architecte de ses
amis, nommé Uarger. Un orage se déclara tout
à coup : Graun quitta la table sur laquelle il
écrivait et s'éloigna ; mais à peine eut-il quitté
le pavillon, que la foudre y tomba et consuma
la table et la partition qu'il y avait laissée. Les
amis de Graun augurèrent de cet événement
que sa vie serait heureuse. Au nombre de ces
personnes se trouvaient le célèbre luthiste
Weiss et Ouanz, avec qui il fit en 1725 un
voj-age à Prague, pour assister à la représen-
tation de l'opéra de Fux(Cosfanzae/'or(ezza).
Sur la recommandation de Kœnig, poëte de
la cour, Graun fut engagé comme ténor à
l'Opéra de Brunswick, et y débuta, au com-
mencement de 1726, dans un opéra du maî-
tre de chapelle Schurmann , intitulé Hen-
ricus ^uceps. Les airs du rôle qu'on lui
avait donné ne plaisaient point à Graun; il
en écrivit d'autres, dont le duc et sa cour furent
si satisfaits, que la composition de l'opéra de
la foire d'été fut confiée à leur auteur. Cet
opéra, intitulé Polydore, était en allemand :
il fut accueilli par des applaudissements una-
nimes, et procura à Graun l'emploi de vice-
maîlre de chapelle, qu'il cumula avec celui de
ténor de l'Opéra. Polydore fut suivi de plu-
sieurs autres opéras, composés pour le théâtre
de Brunswick, et d'un oratorio pour la fête de
Noël. Tous ces ouvrages obtinrent du succès.
Comme chanteur, Graun n'était pas sans mé-
rite, mais il n'avait aucun talent pour l'action
dramatique. Indépendamment de ses travaux
iwur le théâtre, on lui demandait souvent des
morceaux de musique d'église; il en écrivit un
grand nombre. Il dut aussi composer, en 1731,
toute la musique funèbre pour les funérailles
du duc Auguste-Guillaume. Le successeur de
ce prince (Louis-Rodolphe) le confirma dans
ses emplois et lui accorda les mêmes appoin-
tements. Il en fut de même à l'avénemcnt du
duc Ferdinand-Albert ; mais Frédéric II, prince
royal de Prusse, ayant demandé à ce duc de
lui céder Graun, l'artiste partit pour Rheins-
berg, en 1735. Son occupation principale con-
sista d'abord à chanter dans les concerts; mais
ensuite Frédéric l'employa à composer la mu-
sique des cantates dont il faisait les vers en
français, et qu'il faisait ensuite traduire en
italien par le poëte Bottarelli. Le prince étant
monté sur le trône en 1740, Graun fut chargé
du soin de composer la musique funèbre pour
les funérailles du roi Frédéric-Guillaume. On
fit venir les chanteurs de l'Opéra de Dresde
pour l'exécuter, et l'ouvrage fut imprimé avec
les paroles latines, aux frais du roi. Cette par-
tition est un des meilleurs ouvrages de Graun.
Dans le cours de la même année, il fut aussi
envoyé en Italie par le roi, pour y engager une
troupe complète d'Opéra. Graun employa près
d'un an à visiter Venise, Bologne, Florence,
Rome et Naples. Il y eut des succès comme
compositeur et comme chanteur, Bemacchi,
alors un de plus grands chanteurs de l'Italie,
ne le jugea pas indigne de ses éloges. De retour
en Allemagne, après avoir rempli sa mission
à la satisfaction du roi, Graun composa chaque
année des opéras pour le théâtre de la cour et
beaucoup d'autres ouvrages de musique instru-
mentale et vocale. Frédéric II, qui montrait
peu d'estime pour la littérature de son pays,
n'aimait que la musique des compositeurs
allemands, et celle de Graun avait particuliè-
rement du charme pour lui. Il lui témoigna
toujours beaucoup d'estime et porta ses ap-
pointements jusqu'à deux mille Ihalers (se[)t
mille cinq cents francs), somme considérable
pour ce temps. Après vingt-quatre ans de
service à la cour de Prusse, Graun mourut à
Berlin, le 8 août 1759, regretté de tous les
artistes.
Les circonstances favorables où il s'était
trouvé lui avaient fait acquérir une habileté
dans l'art du chant presque inconnue de son
temps chez les Allemands. Sa voix était un
ténor élevé d'un médiocre volume, mais facile
et expressive. Sa vocalisation était brillante et
légère, mais son trille était défectueux. Comme
compositeur il a joui longtemps en Allemagne
d'une haute réputation ; son Oratorio, La mort
de Jésus, a été particulièrement considéré
comme un chef-d'œuvre en son genre. Les
chœurs en sont estimables par la clarté de leur
facture; toutefois il me semble que le mérite
de cet ouvrage est au-dessous de sa réputation.
Rien d'original ne s'y fait remarquer, et sou-
vent la conception laisse désirer plus de force.
Graun imitait souvent les maîtres italiens de
son temps. Ses mélodies sont suaves , gra-
cieuses ; mais elles manquent d'originalité.
Parmi ses ouvrages principaux on cite: Opé-
ras. \^ Polydore, à Brunswick, 1726. '2" Sa-
nico et Sinide, dont le livret a été traduit de
l'italien, ibid ô" Iphiyénie en Julide, en
allemand, ibid. 4° Scipion V^fricaiHj en
90
GRAUN
allemand, b» Pharaon, avec des airs ilaliens
et des récitatifs allemands, ihid. 0» Rodelinda,
à Berlin, 1741, en italien. 7» Cleopatra, ibid.,
1742. L'analyse de ces deux derniers ouvrages
se trouve dans /s vVwsîc/e/i critique deScheibe,
p. 786. 8° Arlaserse de Métastase, ibid.^MAô.
9" Catone in Utica, de Métastase, ihid., 1744.
10» Alessandro nelle Indie , de Métastase,
ibid., 1744. 11» Lucio Papirio, d'Apostolo
Zeno, ihid., 1745. 12° Adriano in Stria, de
Métastase, ihid., 1745. 13» Bemofoonte , de
Métastase, ihid., 1746. L'air de cet opéra,
Misero pargoletlo, loucha l'auditoire jus-
qu'aux larmes. 14» Cajo Fabrizio, d'Apo-
stolo Zeno, ihid., 1747. 15»Ze Feste galante,
traduit en italien du français, de Duché, ibid.,
1747. 16°' Récitatifs, chœurs et un duo pour
une pastorale, dont l'ouverture et quelques
airs étaient du roi Frédéric II; le reste était
de Quanz et de Nichelmann, Potsdam, 1747.
La célèbre cantatrice Astrua y débuta. 17°6ïn-
na, de Villati, Berlin, 1748. ] S" Europe ga-
lante, traduit du français, ihid., 1748. 19» Jfî-
genia in Aulide , traduit de Racine, par
"Villati, ihid., 1749. 20» Angelica e Medoro,
par Villati, d'après Ouinault, ihid., 1749.
21» Coriolano , par Villati, ibid., 1750.
22» Medonte, ibid., 1750. 23» Mitridate,
traduit de Racine, ihid., 1751. 24» Armida,
traduit de Quinault, ibid., 1741. 25° ^nfan-
nico, traduit de Racine, ibid., 1752. On cite
le chœur de cet opéra, Fanne Néron spietato,
comme excellent. 26» Orfeo , ibid., 1752.
27» Il Giudizio di Paride, de Villati, ibid-,
1752. 28° Silla, écrit en français par Fré-
déric II, et traduit en italien par Taglia-
zucchi, ihid.jM^ô. 29° Semiramide, traduite
de Voltaire, ihid., 1754. 50» Montezuma,
ibid., 1755. 31» Ezio, de Metaslasio, ibid.,
1755. 32» / Fratelli nemici , ibid., 1756.
33° Merope, ibid., 1756. 54» Deux prologues
de circonstance, beaucoup d'airs, duos et trios,
ainsi que plusieurs chœurs ont été extraits des
l)lus beaux opéras de Graun , et publiés en
partition à Kœnigsberg, 1773-1774, en quatre
vol. jn-fol. Kirnbergera donné ses soins à ce
recueil. Les autres ouvrages de ce compositeur
qui ont été imprimés, sont : 35» Te Deum avec
chœur et orchestre, en partition, Leipsick,
1757. 56» Lavinia e Turno, cantate, Leipsick,
Breilkopf. 57» Der Tod Jesu (la mort de Jésus),
oratorio, Leipsick, 1760. Il en a paru une
deuxième édition, en 1766, et le maître de
chapelle lliller en a donné un extrait pour le
clavecin. Le texte de cet oratorio est de Ramier.
58» Recueil d'Odes choisies pour chanter au
clavecin, Berlin, 1761. Wever a été l'éditeur
de cette collection. 39» Cantates d'église au
nombre d'environ vingt-cinq, avec orchestre.
Ces cantates se trouvaient en manuscrit chez
Breitkopf, à Leipsick, en 1761. 40» Deux can-
tates de la Passion, en manuscrit, chez Breit-
kopf. Une de ces cantates est avec accompa-
gnement de trois flûtes à bec, trois flûtes
Iraversières, trois hautbois, deux violons, alto,
un basson, orgue, et un chœur à quatre voix.
41» iVissa, Kyrie ciim Gloria, 4 voc, 2 vio-
lini, viola, 2 corni, 2 oboi et org. La partition
manuscrite de cette messe existait chez Breit-
kopf. 42» Environ vingt motets latins à quatre
voiX; sans accompagnement, en manuscrit,
ibid. 43» Près de deux années complètes de
musique religieuse, composées à Dresde et à
Brunswick. 44» Trois recueils de concertos
pour la flûte, avec accompagnement de plu-
sieurs instruments, composés pour le roi de
Prusse, en manuscrit. 45» Douze concertos
pour le clavecin, avec accompagnement de
deux violons, alto et base, en quatre recueils
manuscrits. Quelques autres compositions in-
strumentales. La plupart des opéras de Graun
se trouvent en partitions manuscrites à la
Bibliothèque royale de Berlin, ainsi que ses
ouvrages pour l'église et sa musique instru-
mentale. On y voit aussi, en manuscrits auto-
graphes, cinq volumes d'esquisses de mor-
ceaux de tout genre, l'opéra A'' Arlaserse, et
beaucoup de cantates et d'autres raerceaux de
circonstance.
Graun s'est marié deux fois avantageuse-
ment et a eu de ses deux femmes quatre (ils et
une fille. Aucun de ses enfants n'a cultivé la
musique. Le portrait de cet artiste a été gravé
plusieurs fois.
GRAUIV (Jean-Gottlieb ou Théophile),
frère du précédent, maître de concert ou chef
d'orchestre du roi de Prusse, naquit à Wah-
renbrtlck, près de Dresde, vers 1698. Après
avoir fait ses études au collège de la Croix à
Dresde, il en sortit en 1718 et reçut ensuite
des leçons de violon et de composition de Pi-
sendel; puis il alla en Italie perfectionner son
talent et étendre ses connaissances. A Padoue,
il fut présenté à Tartini, dont il adopta la ma-
nière. De retour à Dresde en 1726, il fut
bientôt après appelé à Mersebourg comme
directeur de musique ; mais il quitta celte
ville, l'année suivante, pour entrer au service
du prince de Waldeck, qu'il quitta aussi bien-
tôt après pour passer chez le prince royal de
Prusse à Rheinsberg.il y obtint le litre de maître
de concert et le conserva jusqu'à sa mort, qui
GRAUN - GRAZIANI
91
dit lieu le 21 oclolire 1771. Habile sur le violon
et chef d'orchestre expérimenté, il était aussi
compositeur instruit et se distingua particu-
lièrement dans la musique instrumentale. On
n'a imprimé de ses ouvrages qu'un seul œuvre
de six trios pour le violon, publié à Mersebourg
en 1726; mais il en a laissé un très-grand
nombre en manuscrit. On trouvait dans l'an-
cien assortiment deBreitkopf environ quarante
symphonies pour l'orchestre, vingt-neuf con-
certos pour le violon, plusieurs symphonies
concertantes de violon et basse de viole, en-
viron vingt-quatre quatuors pour deux violons,
viole et basse, trente-six trios pourdeux violons
et basse, des solos détachés pour le violon,
quelques Salve regina, etc.; toute cette mu-
sique est maintenant dispersée. Un grand
nombre de ses ouvrages est en manuscrit à la
Bibliothèque royale de Berlin,
GRAUP]>fER (Christophe), maitre de cha-
pelle du prince de Ilesse-Darmstadt, naquit à
Rirchberg, en Saxe, en 1683 ou 1684. Il y ap-
prit les principes de musique à l'école publique
et reçut quelques leçons de piano de l'organiste
Kuster. Cet organiste ayant été appelé à Rei-
chenbach, Graupner l'y suivit et continua de
travailler sous sa direction pendant deux ans.
Il se rendit ensuite à l'école Saint-Thomas de
Leipsick, cty passa neuf années entières. Pen-
dant qu'il y faisait ses études littéraires et qu'il
y faisait un cours de droit, le cantor Schell
lui fit continuer l'étude du clavecin, et Rùhnau
lui enseigna la composition. En 1706, l'inva-
sion de la Saxe par les Suédois obligea Graup-
ner à s'enfuir à Hambourg. Lorsqu'il arriva
dans cette ville, il ne possédait plus que deux
ihalers (écus de Prusse et de Saxe). Heureuse-
ment la place d'accompagnateur au clavecin à
l'orchestre de l'Opéra était alors vacante par
le départ de Jean-Chrétien Schieferdecker;
Graupner l'obtint, et les trois années qu'il
passa dans celte situation furent les plus utiles
pour son éducation musicale, car le théâtre de
Hambourg était alors placé sous la direction de
l'illustre compositeur Reinhard Keiser. Ce
maître devint le modèle de Graupner, et les ou-
vrages que celui-ci écrivit ensuite pourla scène
furent faits d'après le style du célèbre composi-
teur de Hambourg. Des chagrins d'amour dé-
cidèrent Graupner à s'éloigner de cette ville;
la place de vice-maitre de chapelle du Land-
grave de Darmstadt lui fut offerte en 1710, il
l'accepta. Dix ans après, il eut celle de premier
maître. Il mourut à Darmstadt le 10 mai 1760,
à râgc de 70 ans. Les ouvrages connus de
Graiîpncr sont : 1» Didon, opéra, Hambourg,
1707. "i" Hercule et Thésée, ibid., \'09,.Z°Jn-
tiochus et Stratonice, ibid., 1708. 4" BelUi-
rophon, ibid., 1708. ^^ Samson, ibid., 170U.
0" Huit suites pour le clavecin, publiées à
Darmstadt en 1718. 7° Fruits mensuels pour
le clavecin, consistant en préludes, allemandes,
courantes, sarabandes, menuets, gigues, etc.,
la plupart pour les commençants, Darmstadt,
janvier 1722. Une livraison de ce recueil a été
publiée chaque mois de l'année 1722, chez
l'auteur. 8° Huit suites de pièces pour le clave-
cin, consistant en allemandes, courantes, sara-
bandes, gigues, airs, gavottes, dédiées au
prince Ernest-Louis de Darmstadt, première
partie, Darmstadt, 1726. Q° Les Quatre Sai-
sons, concert en quatre parties pour le clave-
cin, ibid., 1703. Les opéras de Didon et
iT Antiochus , ainsi que des cantates d'église
de ce compositeur, sont en partitions autogra-
phes à la bibliothèque royale de Berlin.
GRAVIIXA (Dom!>i(jue), vicaire gt'néral
de l'ordre des Dominicains, né à Naples au
commencement du dix-septième siècle, est cilé
par Joecher, dans son Lexique des savants,
comme auteur d'un ouvrage manuscrit inti-
tulé : De choro et cantu ecclesiastico.
GRAVRAND ou GRAVERAIVD (Jo-
seph), ditGRATRAlND L'AI^iÉ, né à Caen
le 2 avril 1770, a fait ses premières études de
musique à la maîtrise de Saint-Pierre et dans
celle de Saint-Sulpice de celte ville. A l'âge de
neuf ans, il eut pour maitre de violon un élève
de Capron, nommé Quéru; plus tard il se rendit
à Paris, et y termina ses études sous la direc-
tion de Baillot. Après avoir été plusieurs an-
nées violoniste au théâtre de Caen, Gravrand
en devint le chef d'orchestre. Professeur de
violon et de chant, il conduisit pendant plu-
sieurs années avec talent le concert des ama-
teurs. On a de cet artiste distingué sept re-
cueils de duos pour deux violons, œuvres 1,
2, 3, 4, 5, 7, 8, Paris, Gaveaux, P. Petit et
Schlesinger. Ces ouvrages ont obtenu à juste
titre un brillant succès. Gravrand a aussi
publié trois trios pour deux violons et violon-
celle, op. 6, Paris, S. Gaveaux. Si je suis bien
informé, Gravrand est décédé à Caen en 1847,
à l'âge de 77 ans.
GRAZIANI (Le P. Thomas), religieux fran-
ciscain, né à Bagnacavallo (États Romains), fut
maitre de chapelle du couvent de .son ordre à
Milan, et vécut dans la seconde moitié du sei-
zième siècle et au commencement du dix-sep-
tième. On connaît de sa composition les ou-
vrages dont voici les titres : i" Messe a cinque
vociflibro primo. Venise, R. Amndino, 150'J.
92
CRAZIANI - GRECO
1" Psalmiomnes advesperas , quatuor vocum.
Venise, Ange Gardane, 1587. 5" Complète a offo
voci. Venise, Rie. Amadino, 1601. 4" Fesperi
per tuttoVanno a olto voci, ibid., ICOô. 6° Sin-
foniepartenici, litanie o 4, 5, 6 e 8 voci, Ve-
nise, J. Vincenti, 1617. 6° Responsoria in
solemn. S. Francisci 4 vocibus , et Salve
sancte Pater concert. Op. 10, ibid., 1627.
7" Libro primo di Madrigali a cinque voci.
Venise, Ang. Gardano, 1588, in-4».
GRAZIAIVI (Bosiface), voyez Gratiani.
GRAZIATM (...), violoncelliste italien, fut
le maitre de violoncelle du roi Frédéric-Guil-
laume 11, lorsqu'il n'était que prince royal.
A l'époque de l'arrivée de Duport à Berlin,
Graziani ne put se soutenir à côté de lui : il
fut éloigné de la cour et mourut en 1787. Cet
artiste a publié six solos pour violoncelle,
op. 1, Berlin, et six autres solos, op. 2, Paris.
GRAZIOLI (Jean-Baptiste), né à Venise
vers 1755, fut élève de Bertoni elle remplaça
momentanément comme organiste, en 1778,
lorsque ce maître obtint un congé pour se
rendre à Londres. La manière distinguée dont
il s'acquitta de ses fonctions dans cette circon-
stance fut cause que les procurateurs de
l'église de Saint-Marc le choisirent après la
mort de l'organiste Dominique Bettoni, pour
lui succéder, et l'élurent le 28 mai 1782, aux
appointements de deux cents ducats. On a im-
primé de sa composition en Allemagne, vers
1799 : 1° Six sonates pour le clavecin, op. 1.
2° Six idem, op. 2. 3" Six sonates pour clave-
cin et violon, op. 3. Randler parle avec éloge
des pièces d'orgue de cet artiste, qui est mort
à Venise, en 1820.
Un autre compositeur nommé Grazioli vi-
vait à Rome, il y a quelques années, et y a
écrit pour le théâtre et pour l'église. Sa mu-
sique religieuse n'a point le caractère grave,
convenable au sujet; il a mieux réussi au
théâtre. On connaît de lui les opéras intitulés :
1° Il Peller/rino bianco. 2» Il Taglialegno di
Dombar, kome, 1828.
GREATI]>IG (Thomas), musicien anglais,
vivait dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. Il a fait imprimer une méthode pour
apprendre à jouer du flageolet, intitulée : The
pleasant companion, or new lessons and in-
structions for the flageolet, prinled for John
Playford, 1675. Il y a lieu de croire que cet
ouvrage n'est que la traduction d'un autre qui
avait paru |)récédemment en latin, sous ce
titre : Directiones ad pulsationem clegantis
et penetranlis instrumenti, vulgo flageolet
dicti : Socius jucundus, seu nova coUectio
lectionum ad instrumentum flageolet , Lon-
dini, 1(^67. Cet ouvrage est la plus ancienne
instruction sur l'art de jouer du flageolet dont
j'aie connaissance.
GREAVES (Thomas), musicien anglais sur
qui les historiens de la musique, Burney et
Hawkins, ne fournissent aucun renseignement,
vécut au commencement du dix-septième siè-
cle, et publia un ouvrage intitulé ; Songes of
sundrie kindes : first, Aires to be sung ta
the lute and bass violl; next.. Songes ofSad-
ness, for the viols and voyce; lately, Ma-
drigalles, for five voyces (Chansons de divers
genres; premièrement, airs à chanter avec le
luth et la basse de viole ; en second lieu, chan-
sons mélancoliques pour les violes et la voix ;
et enfin, madrigaux à cinq voix). London, im-
printed by John JVindet Dwelling at Powles
JFharfc, at the sign ofthe Cross Keys, and
are there to be sold ; îG04, petit in-4''. Cet
ouvrage, d'une rareté excessive, n'est connu
aujourd'hui que par un exemplaire qui a été
vendu en 1842 avec la collection de livres de
M. Chalmers, auteur de la Fie de Marie, reine
d'Ecosse, à Londres, au prix de huit guinées.
Cet exemplaire, qui se trouvait deux ans
après chez MM. Calkin et Budd, a été acquis
au même prix par M. Chappell.
GREBER (Jacques), musicien allemand,
né dans la seconde moitié du dix-septième
siècle, se rendit à Londres en 1703. En 1705,
il écrivit, pour l'ouverture du théâtre de Hay-
Market, une espèce de mélodrame Intitulé :
The Loves of Ergasto; cet ouvrage fut suivi,
en 1766, de The Temple of Love (le Temple de
l'Amour). On connaît de Greber, en manu-
scrit, une cantate pour voix de basse, avec
accompagnement de flûte et de clavecin.
GRECA (Antoine LA), surnommé Far-
diola, du nom de son maître, musicien béné-
ficié de l'église de Palerme, naquit en cette
ville en 1652, et y mourut, à l'âge de 37 ans,
le 8 mai 1068. On connaît sous son nom une
collection de motets intitulée : Armonia sa-
cra a 2, 3, 4 voci, op. 1, libro 1, Palerme,
1647, in-4''. L'auteur de cet oeuvre n'était âgé
que de seize ans lorsqu'il fut publié.
GRECO (Gaetano), habile contrapuntiste,
naquit à Naples vers 1680. Ayant été admis
comme élève au Conservatoire dei Poveri di
Giesù Crislo, il eut pour maître Alexandre
Scarlatti, à qui il succéda dans les fonctions de
professeur de composition. De là il passa au
Conservatoire de S. Onofrio. On ignore l'épo-
que de sa mort. Son plus beau litre de gloire
est d'avoir été le premier maître de Pcrgolèse
GRECO — GREEN
93
et de Vinci. On connaît en manuscritdes Lita-
nies ùquatre voix avec deux violons, viole et
basse pour l'orgue, de Gaetano Greco, très-
bon ouvrage qui a servi de modèle à Durante
pour des compositions du même genre. On a
aussi du même maître de bonnes toccates et
fugues pour l'orgue, dont une copie existe
dans la collection de l'abbé Santini, à Rome.
GREEF (Wiihelm), professeurde chant au
Séminaire des instituteurs, depuis 1830, à
Meurs (province rhénane des États prussiens),
et organiste dans le même lieu depuis 1833,
est né le 18 décembre 1809 à Keltwig sur la
Murr. 11 s'est fait connaître par la publication
de divers recueils de chants, parmi lesquels on
remarque : 1° Màmierlieder alte nnd neue
fur Freunde des mehrstimmigen Mànnerge-
sanges (Chants pour des voix d'hommes, an-
ciens et nouveaux, pour les amis des chants de
chœurs d'hommes, à plusieurs parties). Essen,
Ladeker, in-8'' obi. M. Greef est un des compo-
siteurs de cette collection, dont la quatrième
édition stéréotype a paru en 1848. Chacune de
ces éditions a été tirée à dix mille exemplaires.
2» GeistlicheMdnnerchore alte und neue, etc.
(Chants religieux anciens et nouveaux pour des
chœurs d'hommes), ibid., 1851 , in-8* obi.
M. Greef a été aussi éditeur, conjointement
avec M. Louis Erk, de plusieurs collections de
chants populaires, à l'usage des écoles et des
réunions intimes, sous le titre de : 1" Lieder-
kranz. ^uswahl heiterer und ernster Gesange
fur Schule, Haus und Leben , en trois suites,
ibid., petit in 8". La neuvième édition stéréo-
type de ce recueil a été publiée en 1847. Il en
a été vendu plus de cent mille exemplaires.
2° Sdngerhain. Sammlung heiterer und ern-
ster Gesdnge fur Gymnasien, Real-und Biir-
gerschulen, en cinq suites, ibid. 1830, in-S"
oblong.
GREEN (Samuel), célèbre facteur d'orgues
anglais, naquit en 1740. Il Kt son apprentis-
sage pour l'art de la construction de ces in-
struments dans les ateliers de Byfield , de
Bridge et de Jordans, les meilleurs facteurs de
cette époque, en Angleterre. Plus tard, il fut lié
d'intérêt avec Byfield le jeune, qui fut son col-
laborateur pour plusieurs instruments. Son
grand mérite lui avait procuré le patronage du
roi Georges III, et Burney dit qu'à l'époque
où il écrivait son Histoire de la musique
(1776-1789) , Green était en possession de la
faveur publique et l'emportait sur tous les au-
tres facteurs anglais. M. le docteur Rimbaull,
Irès-bon juge en tout ce qui concerne la mu-
siiiue,dilque les orgues construites par ce l'ac-
teur se font remarquer parle charme, la distinc-
tion et l'originalité des timbres : il ajoute que
Green n'a jamais été surpassé dans cette partie
si importante de l'art (Voyez New History of
Organ, par M. Rimbault, p. 104, dans le livre
de M. Ed. J. Hopkins, The Organ; ils History
and Construction, Londres, 1855, gr. in-8").
Green mourut à Isleworth, à l'âge de 56 ans,
le M septembre 1796. Son activité productive
avait été considérable. Les orgues construites
par lui sont : I. Orgues de cathédrales et de
collèges : 1» à Canterbury (1784); 2» à Wells
(178G); ô« à Windsor (1790); 4" à Lichtfield
(1789) ; 5» à Salisbury (1792) ; 6° à Rochesler
(1791); 7» à Bangor (1779); 8» à York (res-
tauré seulement); 9° à Cashel (1786); 10» au
nouveau collège d'Oxford (restauré seulement);
1 1" au collège de la Trinité, à Dublin ; 12» au
collège de Winchester (1788). — II. Orgues
de chapelles, à Londres .•18» à l'hôpital de
Sainte-Catherine (1778); 14» à Saint-Botolph,
Aldersgate Street; 15ȈSaint-Pierre-le-Pauvre5
16» à Sainte -Marie, de Ilill; 17» à Saint-
Michel (Cornhill) ; 18» à Saint-Olaf, Hart street
(1781); 19» à la chapelle de Broad street
(Islington) ; 20» à la chapelle de la Madeleine ;
21» à Freemasons Hall. — III. Orgues pour
diverses localités : 22» à Saint-Pétersbourg;
23» à l'hôpital de Greenwich (1789); 24» à
Sleaford, dans le comté de Lincoln; 25» à
Saint-Thomasd'Hardwick, à Manchester (1787);
26» à Helston, dans le comté de Cornouailles
(1796); 27» à Walsal, dans le comté de Staf-
ford ; 28» à Wrexham ; 29» à Wycombe ; 30° à
Nayland, dans le duché d'Essex,- 31» à Wis-
beach, près de Cambridge (1780) ; 32» à Ciren-
cester; 35» à Macclesfield; 54» à Saint-Pierre,
deStockport (1788); 55» àBath; 36» à la cha-
pelle de Saint-Michaël ; 57» à Tunbridge ; 38» à
Loughborough ; 59» à Tamworth ; 40» à Wal-
ton ; 41» à Leigh ; 42» à Chalham ; 45" à Boiton,
dans le comté de Lancastre (1795); 44oàCram-
bourne, dans le Cournouailles; 45» dans la
chapelle épiscopale d'Aberdeen ; 46» à l'église
de Kingston (à la Jamaïque).
GREEN (James), organiste et directeur du
chœur de la paroisse de llull, dans le comté
d'York, en Angleterre, vers 1710. On a de lui
un livre de psalmodie et de chants pour les
antiennes à deux ou à quatre voix, avec les
ornements en usage dans ce temps, précédés
de principes de musique basés sur l'ancienne
méthode de solmisalion par les muances. Ce
recueil a pour titre : A Book of Psalmody :
containing chantinglunes for Fenile exul-
tcmus, Te Deum laudanms, Jubilate Dec,
94
GREEN — GUEFliNGER
Magnificat^ Cantate Domino, Nunc dimittis,
and the readingPsalms, with thirteen Jn-
thems, and great vartety of Psalm-tunes in
four parts, both to the old and neiv versions
(Livre de Psalmodie, contenant les chants pour
le Fenite exultemus, etc., et les psaumes cou-
rants, avec treize antiennes et une grande va-
riété de chants des psaumes à quatre parties,
sur l'ancienne et la nouvelle version). La on-
zième édition de ce livre a été publiée à Lon-
dres, chez Hitch et Hawes, en 1751, 1 vol.
in-S". Les chants de Green ont été en usage
pendant près d'un siècle dans les paroisses de
Hull, Lincoln, Lowth et Gainsborough.
GREEÎSE (MAtRicE) , fils d'un ecclésias-
tique anglais, naquit à Londres, en 1696, et
fit ses premières études de musique dans le
chœur de Saint-Paul, sous la direction de King.
Richard Brind, organiste de cette cathédrale,
lui donna ensuite des leçons tl'orgue. En 1710,
Greene, âgé seulement de vingt ans, fut nommé
organiste de Saint-Dunstan, à Londres; au
mois de février 1717, il succéda à Purcell,
comme organiste de Saint-André (Holborn), et
l'année suivante, l'orgue de Saint-Paul étant
devenu vacant par la mort de Brind, il l'ob-
tint avec cinquante livres sterling d'appointe-
ments. Après la mort du docteur Croft, en
1727, Greene fut nommé organiste et compo-
siteur de la chai)elle royale. Trois ans après,
il prit le grade de docteur en musique à l'Uni-
versité de Cambridge, et il obtint en même
temps îc titre de professeur de cette Université,
en remplacement du docteur Tudv^ay. Le mor-
ceau qu'il composa pour son exercice de doc-
teur en musique fut l'ode de sainte Cécile, de
Pope.
Homme médiocre, bien que considéré par
ses compatriotes comme un artiste distingué.
le docteur Greene, comme tous ceux de son
espèce, réussissait surtout par l'intrigue et la
llatlerie près des hommes puissants qui pou-
vaient lui être utiles. C'est ainsi qu'il témoi-
gnait à Uîendel une amitié vive et une admi-
ration sans bornes, tandis qu'il agissait de
même auprès de Bononcini. rival de ce crrand
homme, dénigrant l'un auprès de l'autre.
Heendei, ayant découvert ce manège, rompit
avec Greene et l'accabla de son mépris; alors
celui-ci leva le masque et devint un des plus
ardents détracteurs de l'illustre maître. Plus
tard, sa conduite fut plus blâmable encore en-
vers Bononcini, dans la malheureuse affaire du
Madrigal de Lotli (voyez Bononcini), et ce der-
nier trait le rendit si odieux, qu'il fut obligé de
se retirer de rAcadcmic de musique, l'n héri-
tage considérable qu'il recueillit après la mort
de son oncle Sergeant Greene, lo consola de
ses disgrâces, et le mit en état de vivre dans
l'indépendance. Il mourut à Londres, le 1"" sep-
tembre 1753. Greene avait composé une suite
de leçons pour le clavecin et se proposait de la
publier, mais un marchand de musique,
nommé Wright, s'en procura une copie prise
furtivement, et la fit paraître avec tant de
fautes, que Greene fut obligé de la désavouer
et de nier qu'il en fût l'auteur. Telle est du
moins la version de cette anecdote présentée
par quelques écrivains anglais; mais il parait
que les amères critiques que Hœndel fit de cet
ouvrage furent la cause principale du désaveu
de Greene. Il a beaucoup écrit pour l'église et
a composé plusieurs opéras anglais : on a dit
que sa musique dramatique n'était que de la
psalmodie, et que ses antiennes sentaient le
théâtre. Parmi les ouvrages de sa composition
qui ont été publiés, on cite, outre les leçons
de clavecin dont il a été parlé précédemment :
1" TeDcum, exécuté dans l'église de Saint-
Paul, en 1724. 2» Quarante antiennes avec or-
chestre, dans le style dramatique de son temps.
3'^ The Amoretli of Spencer (sonnets en mu-
sique). 4° Song of Dehorah. 5" Collection of
catches, canons and tivo parts song's. 6" Deux
livres de cantates et de chansons anglaises,
Londres, in-fol. 7" 6 sélect anthems in score
(Six antiennes choisies en partition), par
Greene, Croft et Purcell, Londres, Preston.
8" Trois concertos pour le clavecin, Londres,
Bland. 9" Leçons pour le clavecin, ibid.
10' Trois sonates séparées pour le clavecin,
ibid. 11" Sonate pour clavecin et violon, Lon-
dres, Preston. 12" XIJ capital voluntaries
with fugues (Douze grands préludes avec
fugues), Londres, Bland. 15" Quatuors pour
quatre violes, Londres, Preston. Dans ses der--
nières années, Greene s'occupa presque exclu-
sivement de corriger les fautes de copie des
meilleurs morceaux de musique d'église com-
posés par les compositeurs les plus célèbres de
l'Angleterre, et de les disposer en collection.
Avant de mourir, il remit ce travail au docteur
Boyce, son ami, (jui le termina et le publia
sous le titre de Cathedral Music {voyezBoncz).
Cette collection est la plus belle et la plus com-
plète qui ait paru en Angleterre.
GREFIIXGER ou GR^FINGER
(Jean-Wolfcang), musicien allemand ou plu-
tôt croate, naquit dans le second moitié du
(juinzième siècle. Il fut prêtre et vécut à
Vienne. Comme musicien, il fut élève de Paul
lIoiThcimcr. On connaît de lui quelques odes
GREFINGER - GRËGOIRE 1"
9d
à quatre voix imprimées dans le recueil raris-
sime qui a pour litre : ^urelii Prudentii
Cathemerinon : hoc est Diurnarum rerum
opxis variiim, et cum lingue elegantia, ttim
sententiarum gravilate , frequenti lectiune
(hgnissimum. Cujus singulis Odis singulas
liarmonias quatuor vocum, nusquam antea
impressas , Hieronyrmis Victor calcogra-
plnts , singulari diligentîa emendatus, in
sludiosorum communern utilitatem adjecit :
componente aliquando eas Domino JFolf-
gango Grxfinger Pannone, Sacerdote Mu-
sices peritissimo, Yiennœ Austriae, anno 1515,
iri-4''. Ce recueil est précédé d'une préface de
Rodolphe Agricola. On trouve deux motels de
Grœfinger, à quatre et cinq voix, dans le re-
cueil intitulé : Seatndus Tomus novi operis
mtisici, sex, quinque et quatuor vocum, nunc
recens in lucem sditus, Noribergœ in celeber-
rima Germaniœ urbe arte Hieronymi Graphei
civis Noribergensis, 1538, petit in-4'' obi. On
trouve aussi des pièces de cet auteur dans le
recueil qui a pour titre : Sacrorum Hgmno-
rum liber primus. Centum et triginla qua-
tuor Hymnos continens, ex optimis quibus-
que Juthoribus musicis co^Zec^MS^Vitebergse,
apud Georgium Rhav, anno 1542, petit in-4"
obi. Grefinger fut éditeur du rare anliphonaire
imprimé à Vienne, en caractères gothiques et
en notation allemande, sous ce titre : Psalte-
rium Patauiense Ântiplwnis , Responsoris
Hymnisque in nolis musicalibus. Au deuxième
l'euillet on lit : Nocturnus dominicalis inci-
pit Psalterium cum notis , Anliphonis et
Ifymnis Dominicis diebus ad matulinas ; et
à la fin : Psalterium Davidicum cum suis An-
tiphonis, Responsoris ac Hymnis. Sub nolis
recle ipm. concernentibus : per Joannem
ÏFinterburger ciuem T'ienn., anno Domini
1512, studiose iusta ritum patauiens. im-
pressum : et per Dominum IFolfgangum
Grefinger musicum diligenter emendatum,
in-fol.
GRÉGÔIUE P-- (S.), surnommé LE
GRAIMD, fut élu pape en 590, et succéda à
Pelage II. Il était fils du sénateur Gordien, et
descendait d'une ancienne famille patricienne.
11 mourut à Rome, le 12 mars 604, à l'âge de
soixante-deux ans, et dans la quatorzième
année de son pontificat. Les événements de sa
vie appartiennent à l'histoire de l'Église, et ce
n'est point ici qu'ils doivent être rapportés :
on se bornera donc dans cette notice à ra])pe-
1er la réforme que ce pape fit du chant ecclé-
siasti(|ue, lequel, depuis ce temps, prit son
nom, et fut appelé Grégorien. A vrai dire, il
serait très-dirticile de déterminer avec précision
en quoi consista cette réforme : on sait seule-
ment que Grégoire composa l'antiphonaire de
fragments pris dans le chant de l'église grecque,
réunis aux mélodies de saint Ambroise , de
Paulin, de Licentius et de quelques autres au-
teurs des premiers chants de l'église d'Occi-
dent ; c'est pourquoi cet anli|)honaire fut appelé
centonien. Mais, suivant la tradition, ce n'est
point à cela seul que se serait borné le travail
du saint pontife; car on lui attribue la consti-
tution définitive de la tonalité du plain-chant
dans les huit tons vulgaires. A ce sujet plu-
sieurs observations se présentent. La tonalité
des chants de l'église grecque avait été formée
sur le modèle des sept modes les plus anciens,
déjà abandonnés au temps d'Aristoxène (en-
viron trois cents ans avant Jésus-Christ), et
reproduits de nouveau avec d'autres noms par
Ptolémée. Aces sept modes, l'Égiise grecque en
avait ajouté un huitième, qui était la répéti-
tion du première l'octave supérieure. Ces huit
modes de l'église grecque commençaient par
Vhypodorien (lequel était le plus grave), et se
suivaient dans l'ordre diatonique, en s'élevant
chacun d'un degré. Suivant la tradition, saint
Ambroise n'aurait pris pour le chant de son
église que quatre de ces modes, c'est-à-dire,
le quatrième (dorien), le cinquième {phry-
gie7i), le sixième (lydien) et le septième (wiîcro-
lydien). J'ai suivi cette tradition autrefois;
mais, en 1850, j'ai trouvé des chants du mode
hypodorien (deuxième des tons ordinaires du
plain-chant) et de l'hypolydien (sixième du
plain-chant) dans un livre de chœur du chant
ambroisien, manuscrit de la fin du treizième
siècle qui est à la Bibliothèque ambrosienne
de Milan. Si saint Ambroise a pris, pour le
chant de son église, la tonalité grecque tout
entière, il est au moins douteux qu'il en ait
fait la classification en quatre tons authen-
tiques et quatre tons plaguux, telle qu'elle
est dans la constitution du plain-chant. Ca-
mille Perego dit, dans sa Règle du chant am-
brosien, qu'il n'y eut, antérieurement à Guido
d'Arezzo, d'autres tons que les quatre authen-
tiques, lesquels étaient fatigants et peu agréa-
bles, et que ce fut ce moine qui y ajouta les
iiuatre tons plagaux (1). Une erreur si singu-
lière a droit d'étonner de la part d'un homme
aussi instruit que le prêtre Perego; car, dès le
(I) Prima di Guido monacho Arelino... non erano in
uso .iltri tuoni,che gli autentici, a ciascun de quali poi,
perche crano mollo faticosi, c poco dilcllcvoli, csso
aggiunse il suo plagalc. La /iff/ota del canio ftrmo
ambrosiano, Trait. 2''", cap. IV, p. -3.
96
GRÉGOIRE P
huitième siècle, Alcuin éciivait, ilans le livre
concernant la musique, lequel est contenu dans
son Traité de la Philosophie, qu'il y a huit
tons dans le chant ; que les plus élevés se nom-
ment aut/ienfigues, et les inférieurs, p/agrauj;;.
Le huitième chapitre du Traité de la disci-
pline de la musique du moine Auréiien de
Réomé, écrit dans le même temps, traite des
huit tons divisés en authentiques etpiagaux;
enfin, Hucbald, moine de Saint- Amand, a fait
une très-longue exposition des huit tons dans
lin de ses traités de musique, composé à la fin
du neuvième siècle ou au commencement du
dixième.
D'autre part, Boèce et Cassiodore, hommes
illustres du sixième siècle, ([ue l'Église révère
et qui ont écrit de longs ouvrages sur des ma-
tières Ihéologiques, sont aussi auteurs de
traités de musique dans lesquels on ne trouve
que l'exposé de la tonalité des Grecs. Cassio-
dore, qui vivait encore en oG2, ne connaît que
les quinze modes d'Alypius et ne dit pas un
mot d'un système detonsdilTérent pour l'usage
de l'Église catholique ; quarante-deux ans seu-
lement séparant le temps oii il vivait encore
dans le monastère qu'il avait fondé, et l'année
de la mort de saint Grégoire. Il est donc pré-
sumable qu'avant ce saint pontife rien n'était
réglé d'une manière uniforme pour la tonalité
des chants ecclésiastiques; tandis qu'Alcuin
nous apprend que de son temps la doctrine de
cette tonalité était si bien répandue, que tout
musicien devait savoir que la musique tout
•entière était contenue dans les huit tons {Octo
tonos in musica àonsistere musicus scire
débet). Tout porte donc à croire qiie c'est à
saint Grégoire qu'appartient la classification
des huit tons de l'Église grecque dans un
système différent. Dans ce système nouveau,
le mode hypodorien ne fut plus le premier,
Vhypophrygien le second , Vhypolydien le
troisième, et ainsi de suite en montant diato-
niquement; mais le dorien fut le premier ton,
le phrygien le troisième, le lydien le cin-
quième, et le mixolydien le septième; ceux-là
furent appelés authentiques. Par un simple
renversement de tétracordes, à une quarte au-
dessous de chacun des tons authentiques furent
placés les tons plagaux, et il fut réglé que la
finale des chants de ces tons auxiliaires serait
celle des modes authentiques.
La formation du premier recueil officiel des
chants de l'Église catholique et le règlement
de la tonalité de ces chants sont donc la part
qui ne parait pas pouvoir être contestée à
saint Grégoire j mais de quelle notation se ser-
vit ce saint personnage pour écrire l'antipho-
naire auquel il a donné son nom? Ici il y a un
dissentiment profond. Je me suis trouvé engagé
dans des luttes ardentes à ce sujet, parce que
j'ai soutenu que celte notation devait être celle
des lettres romaines. Mon opinion s'est formée
à cet égard de ce que Boèce explique, dans son
Traité de musique, les signes de la notation
grecque par ces mêmes lettres ; ce qui démontre
jusqu'à l'évidence que leur signification mu-
sicale était connue des musiciens en Italie :
car on n'explique pas l'inconnu par l'inconnu.
Le conseiller Kiesewetter {voyez ce nom) me
mit au défi de citer des chants notés avec ces
lettres ailleurs que dans des traités de musique
du onzième siècle, et je répondis à ce défi en
lui indiquant l'ofTicede saint Thuriave ouThu-
riaf, composé en 743 et noté avec les quinze
premières lettres de l'alphabet latin ^ et le
traité de musique de Hucbald, intitulé : 3Iu-
sicaenchiriadis, delà fin du neuvième siècle,
où la notation par les lettres est employée.
A cela Kiesewetter répondit en alTirmant que
l'antiphonaire de saint Grégoire fut noté dans
la notation du moyen âge employée dans un
grand nombre de livres de chant et qu'on dé-
signe par le nom de neumes; et il en donna
pour preuve un manuscrit du monastère de
Saint-Gall, que, d'après une ancienne tradition,
il déclara une copie authentique de l'antipho-
naire du saint pontife. A l'inspection de la no-
tation de ce manuscrit, je fis observer qu'elle
n'a jamais été en usage en Italie sous cette
forme et que la copie dont il s'agissait a dû
être faite en Allemagne. Sei'.t ans après cette
discussion {voyez la Gazette musicale de
Paris, ann. 1844), le P. Lambillote {voyez ce
nom) a publié : Antiphonaire de saint Gré-
goire. Fac simile du manuscrit de Saint-
Gall, huitième siècle (Paris, 1851, un volume
gr. in-4°), avec une préface dans laquelle il
me tance vertement de n'avoir pas cru à l'au-
thenticité de cette œuvre attribuée à saint
Grégoire; mais en 1856, dom Anselme Schu-
biger, savant musicien, liturgiste et archéo-
logue, maître de chapelle à l'abbaye d'Einsie-
deln (en Suisse), qui a examiné avec soin et a
étudié le manuscrit de Saint-Gall, a établi
d'une manière irrésistible (dans la Revue de ■
musique ancienne et moderne, n° 12, dé-
cembre 1856, p. 721 et sulv.), et par une ana-
lyse rigoureuse : 1° Que ce manuscrit n'est
point un antiphonaire , puisqu'il ne contient
pas une seule antienne, mais un graduel, et
conséquemmcnt, que ce n'est pas une copie de
raoliphonaire de saint Grégoire; 2" Que sa
GRËGOIRE 1" — CRElNEll
fli
notation et son écriture n'appartiennent pas
au huitième siècle, mais au dixième. Or, ces
propositions sont précisément celles que j'ai
émises, en 1844 (Gazette musicale de Paris ^
p, 22Ô, première colonne), dans ma discussion
avec Riesewetter.
Detoulcequi piécèdeil résulte que la question
concernant la nolalion dont s'est servi saint
Grégoire pour son antiphonaire reste indécise ;
cependant il paraît raisonnable de croire que
puisqu'il existait à Rome, de son temps, une
notation par les lettres latines, laquelle était
simple, d'une lecture facile et connue des
chantres, c'est de cette notation qu'il a dû
faire usage, plutôt que d'une collection de
signes compliqués qui, bien que généralement
employés plus fard pour la notation des livres
de chant, présentaient d'inextricables difli-
cultés qui ne furent aplanies que par l'appli-
cation de certains accessoires, et surtout par
les lignes que les couleurs aidaient à distin-
guer.
A l'égard du chant des antiennes qui se
trouvait dans l'antiphonaire de saint Grégoire,
il n'existe plus ou, du moins, on ne connaît
pas aujourd'hui de manuscrit dans lequel on
puisse le retrouver avec certitude. La plupart
des mélodies en usage dans l'église ont été
composées dans des temps postérieurs, et du
chant grégorien il ne reste plus guère que la
tonalité. La prosodie et le rhythme paraissent
avoir disparu de la langue latine chantée au
temps de saint Grégoire ; on croit qu'il acheva
de l'effacer, et que, dans son antiphonaire,
toutes les syllabes étaient notées à temps égaux.
Le chant à notes égales s'est conservé chez les
Bernardins et chez les Chartreux jusqu'à la fin
du dix-huitième siècle.
GRÉGOIRE DE lîRIDLINGTON,
chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augustin,
fut ainsi appelé parce qu'il était préchantre
dans un monastère à Bridlington, ville du
comté d'York, en Angleterre, et qu'il en fut
nommé prieur, en 1217. Tanner le cite, dans
sa Bibliothèque britannique (p. 358), comme
auteur d'un livre intitulé : De Arte musices
lib. III. Aucun catalogue imprimé des biblio-
thèques d'Angleterre ne mentionne cet ou-
vrage.
GRÉGOIRE (PiERRt), docteur en droit,
né à Toulouse, vers 1510, enseigna d'abord le
droit à Cahors, puis à Toulouse. Le duc Charles
l'attira en Lorraine, et lui confia une chaire
de droit civil et de droit canon dans l'Aca-
démie de Pont-à-Mousson. Il s'y distingua et
mourut en 1597. Au nombre des ouvrages
uio'jn. vyw. des musiciexs. t. (v.
qu'il a publiés, il en est un qui a pour titre :
Syyitaxis artis mirabilis, Libris XL compre-
hensa, Lugduni, 1574. Deux vol. in-S". Il y
traite de la musique, en vingt pages, dans les
chapitres III-XXI du douzième livre. Il y a eu
des éditions de cet ouvrage, publiées à Cologne,
en IGOOet IGIO.
GREGORI (Jean-Laurent), violoniste et
compositeur du dix-septième siècle, était au
service de la république de Lucques, en 1695.
Il a fait imprimer de sa composition : \'* Arie
instile francese a 1 e 2 voci, Lucques 1698.
'2'* X concerna 4 voci, ibid. 1698. S» Cantate
da caméra a voce sola, ibid., 1699.
GREGORIO (AnNibal), compositeur, né à
Sienne, vers la fin du seizième siècle, fut maître
de chapelle de l'église cathédrale de cette ville,
et membre de l'Académie des Intronati. On a
de sa composition : Il primo libro de madri-
gali a cinque voci. Stampa del Gardano,
Venetia, 1617, in-4''. Cet ouvrage ne se dis-
tingue par aucune qualité particulière. Il pa-
raît que Gregorio était peu satisfait du succès
de ses compositions, car il se plaint beau-
coup de l'envie et des envieux, dans l'épltre
dédicatoire de ce recueil. Un autre œuvre de
ce musicien est connu sous ce litre : Sacra;
cantiones et Lamentationes , 2, Zet Avocum,
Sienne, 1620.
GREGORIUS (P.), compositeur de mu-
sique d'église, né en Allemagne, est connu par
un ouvrage de sa composition intitulé : Enco-
mium Ferbo incarnato ejusdemque matri
musicis decantatum, Ingolstadt, 1618,
GREGORY (Jean) , savant antiquaire et
orientaliste, né à Amsterdam, en 1607, a
passé la plus grande partie de sa vie en An-
gleterre : il est mort à Hindiington, en 1646.
Dans ses Opéra postimma, publiées à Londres,
1650-1683, in-4'', on trouve une dissertation
intitulé : De More canendi symbolum Ni-
cxum. Il y traite (p. 49 et suiv.) : De Organis
musicis Uydraulicis et pneumaticis.
GREIIN'ER (Jean-Charles), mécanicien et
facteur d'instruments à Wetzlar, né en cette
ville, en 1755, a exécuté un instrument à cla-
vier, monté de cordes à boyau, mises en
vibration par de petits archets cylindriques,
à l'imitation d'une ancienne invention renou-
velée, en 1754, parllohlfeld de Berlin. En 1779,
Greiner construisit un de ces instruments, au-
(juel, sur l'invitation de l'abbé Vogler, il avait
adapté un piano ordinaire. Celte combinaison
de Greiner offrait beaucoup d'imperfections ;
Schmidt, facteur allemand, fixé à Paris, l'a
reproduite dans un instrument qui a été Oîis
98
GREINER — GRELL
à l'exposilion des produits de l'industrie en
1806. Depuis lors, il a été fait, d'après di-
vers systèmes, différents essais d'instruments
à claviers, à cordes et à sons soutenus ; ce-
lui de M. Dielz fils est resté jusqu'à ce joui'
le moins imparfait. Greiner est mort à Wet-
7lar, le 8 octobre 1798, à l'âge de cinquante-
cinq ans.
GREINER (jEAN-THÉODonE), fils de Jean-
Martial Greiner, violoniste de la chapelle du
duc de Wurtenberg{l), naquit à Stuttgard, vers
le milieu du dix-huitième siècle. On a de lui ;
1» Symphonies pour l'orchestre, op. 1 et 2.
Amsterdam, 1784. S^Sixduospourdeux flûtes,
ibid. Il a laissé aussi en manuscrit plusieurs
trios pour le clavecin.
GREIIVIIVGER (Aucusxrri), compositeur
allemand du dix-septième siècle, a publié des
motets sous ce titre : Cantiones sacrs 1, 2 ei'
Zvoc. cum et sine instrum. Augsbourg, 1681.
in-4'>.
GREIS (Jean) , professeur de musique à
Bonn, vivait dans celte ville en 1845. On a de
lui un petit ouvrage qui a pour titre : Ber
erste Unterricht in der Harmonielehre (La
première instruction dans la science de l'har-
monie). Bonn, Simrociî, in-8».
GREITER (Mathieu), musicien de la ca-
thédrale de Strasbourg, mort dans cette ville
le 20 décembre 1550, a publié un traité de
musique intitulé : Uletnenlale musicum juven-
luli accomodalum. Strasbourg, 1544, in-8'>.
11 y a une seconde édition de cet ouvrage,
Strasbourg, 1546. Greiter fut un homme de
mérite très-distingué dans l'art d'écrire la
musique de son temps. On a de lui une chanson
allemande à deux voix, qui se trouve dans le
j)remier volume des Bicinia gallica, latina
et germanica, publiés par Georges Rhav, à
Wittenberg, en 1545; mais il mérite surtout
d'être signalé pour un chant latin à quatre
voix dont les premiers mots sont Passibus
ambigitis. Sur une phrase du ténor, laquelle
se répète après un repos plus ou moins
long, en montant de quarte en quarte, ou
descendant de quinte, et conséquemment pas-
sant toujours dans des tons différents, par
la méthode ancienne qui était appelée chant
(1) Ce Jean-Martial Greiner ëlait né à Constance, le
8 février 1721, et s'était livré d'abord à l'étude de la
tliéologic; mais ayant fait de rapides progrés sur le
violon, il se rendit en Italie, visita Venise, puis alla i
Padoue, où il reçut des leçons de Tartini. De retour en
Allemagne, il entra au service de la cour de Stuttgard, à
fàge de vingt-trois ans. Artiste de talent sur son instru-
ment, il parait s'être borné à l'exécution et n'avoir écrit
aucune compotilion.
feint, Greiter a établi, entre les trois autres
parties, un travail d'imitations d'une remar-
quable élégance, faisant chanter toutes les
voix d'une manière naturelle, et sans y intro-
duire une seule intonation dilTicile. Ce mor-
ceau, chef-d'œuvre de facture, pour le temps
où il a été écrit, se trouve dans le livre de
Grégoire Faber (voyez ce nom), intitulé : Ifhi-
sices practicae erotematum (pages 140 et sui-
vantes).
GRELL (Joseph-Éphraïm) , prédicateur à
l'église Sainte-Marie, de Berlin, naquit dans
cette ville en 1771, et y mourut le 17 mars
1821. On a de lui quelques livres de théologie;
il n'est cité ici que pour un petit ouvrage qui
a pour titre : B'' 31artin Luthers geiitliche
Lieder nebst dessen Gedanken ilber die Mu-
sica, von neuen gesammelt und herausgege-
hen durch eine Festgabe zur Reformationfeier
1817 (Cantiques spirituels du docteur Martin
Luther, suivis de ses idées sur la musique ; re-
cueillis de nouveau et publiés à l'occasion de
la fête anniversaire de la Réformation, en 1817),
Berlin, 1817, in-8'' de xii et 68 pages.
GRELL (Edouard), neveu du précédent et
directeur de l'Académie royale de chant de
Berlin, est né dans cette ville en 1799. Doué
des plus heureures dispositions pour la mu-
sique, il fil de si rapides progrès dans cet art,
qu'à l'âge de 17 ans, il put être nommé orga-
niste de l'église Saint-Nicolas, et en remplir
les fonctions de manière à justifier le choix
qu'on avait fait de lui. Dans sa dix-huitième
année, il fit sensation par l'exécution d'une
fugue d'Albrechtsberger sur l'orgue dans un
concert de musique religieuse. Membre de
l'Académie de chant dirigée alors par Zelter,
il y fut employé d'abord comme accompagna-
teur; plus tard, il en fut un des sous-direc-
teurs, et après la mort de Rungenhagen {voy.
ce nom), il lui succéda dans la direction. Il est
aussi membre correspondant de la Société
hollandaise de Rotterdam pour l'encourage-
ment de la musique, de l'Académie des beaux-
arls de Berlin, et décoré de l'ordre de l'Aigle
reuge. Comme compositeur, il a fait exécuter
à Berlin des cantates religieuses, des psaumes
et un Te Beum : il a publié dans cette ville :
1" Des préludes pour l'orgue, œuvres 4 et 29.
2" Des Lieder et chants à voix seule avec piano,
op. 1, 12 et 14; 3° des mélodies chorales, des
hymnes et des motets pour quatre voix d'nom-
mes, op. 2 et 5 ; 4" des motets à trois et à quatre
voix, op. 13, 22, û2 et 34 ; 5" des psaumes à huit
et onze voix, op. 26 et 53; G* des chants de Noei
à deux et trois voix, op. 10 et 10, etc.
GRENERIN — GRENIE
99
GREIVERIIN (Henui), ihéorbisfe français,
vécut à Paris dans la seconde moitié du dix-
septième siècle. Il s'est Jait connaître par un
ouvrage qui a pour titre : Livre de théorbe
contenant plusieurs pièces sur différents
tofis, avec une nouvelle méthode très- facile
pour apprendre à jouer sur la partie les
basses continues et toutes sortes d'airs à
livre ouvert; dédié à Monsieur de Lulhj,
escuyer, conseiller secrétaire du Roy, et sur-
intendant de la musique de Sa Majesté.
Paris, Bonneuil (sans date), in-4'' obi., gravé
sur cuivre.
GRE^iET (...), directeur du concert de
Lyon et maître de musique de l'Académie
royale de cette ville, a donné à l'Opéra de
Paris, en 1757, un ballet intitulé : le Triomphe
de l'harmonie. La musique de cet ouvrage fut
applaudie : on remarqua surtout la troisième
entrée qui était celle d'^mphion. Quelques
années après, Grenet donna le Triomphe de
l'amitié, divertissement, et enfin il fit repré-
senter, en 1739, Apollon, berger d'Jdmète,
en un acte. Ce musicien est mort à Paris en
1761.
GRENET (Claude DE) , compositeur et
amateur de musique, naquit le 24 avril 1771.
Dans sa jeunesse, il servit comme officier au
régiment d'Orléans; puis il s'est retiré à
Chartres, pour y cultiver la musique qu'il
aimait avec passion. Ruhn, musicien de la
chapelle de Dresde, lui a donné les premières
leçons de piano et de composition ; mais
M. De Grenet dut surtout à ses lectures ce
qu'il savait de la théorie de la musique. Il a
publié : 1» Trois œuvres de sonates pour le
piano, Paris, Gaveaux. 2» Sept concertos pour
divers instruments. 3° Six romances avec ac-
compagnement de piano, op. 1. ibid. 4° Plu-
sieurs œuvres de quintettes et de quatuors pour
violon, Paris, Launer. Il a laissé en manuscrit
un très grand nombre de compositions instru-
mentales qui ont été exécutées à Paris, en 1 829
et 1850. M. De Grenet est mort à Chartres,
en 1831.
GRENIE (Gabriel-Joseph), amateur de
musique, né à Bordeaux en 17oG, est mort à
Paris le 3 septembre 1837, à l'âge de quatre-
vingt-un ans. Il était jeune lorsqu'il se rendit
à Paris, où il occupa jusqu'en 1830 des emplois
dans des administrations publiques ou par-
ticulières. On lui doit la découverte de l'in-
strument qu'il a appelé orgue expressif. A vrai
dire, il ne réclamait pas le mérite de l'inven-
tion primitive, car il rapporte, dans un de ses
l'crils sur ce sujet, que l'idée lui en avait été
fournie par un jeu d'orgue de deux octaves,
qui se trouvait chez un de ses amis, vers 1790.
En 1810, il fit connaître le premier de ces in-
struments qui n'était qu'un orgue de chambre;
il le soumit à l'examen de l'Institut de France
et du Conservatoire de Paris : des rapports
favorables furent faits parle physicien Charles
et par Méhul, au nom de ces institutions, et
imprimés dans la même année à Paris, chez
Porlhmann. Depuis lors, Grenié a construit
des orgues expressifs sur des échelles beaucoup
plus considérables au Conservatoire de Paris,
au couvent du Sacré-Cœur de cette ville, et
M. Biot, dans son grand Traité de physique,
ainsi que dans l'abrégé de cet ouvrage, a
donné une analyse détaillée, mais assez peu
exacte, des principes qui ont dirigé Grenié.
Plusieurs tentatives avaient été faites long-
temps avant Grenié, pour obtenir dans l'orgue
le crescendo et le decrescendo des sons.
Le premier moyen dont on s'était servi con-
sistait à ouvrir des trappes à la caisse de l'in-
strument, et à les refermer par une pédale,
pour laisser entendre les sons avec plus ou
moins d'intensité; à ces trappes on avait en-
suite substitué des jalousies qui a valent diminué
le défaut du bâillement que faisaient entendre
les trappes. On avait aussi trouvé le moyen de
faire sortir successivement des registres qui
ajoutent des unissons à d'autres unissons, cl
augmentent ainsi la puissance sonore, mais
non par une gradation insensible, comme le
véritable crescendo. La découverte de Grenié
consiste en un procédé mécanique pour ouvrir
ou fermer progressivement la soupape qui
fournit du vent aux tuyaux, de manière à mo-
difier la puissance d'insufflation d'une manière
analogue à celle d'un musicien qui joue du
hautbois, de la clarinette ou du basson, et cela
par la pression plus ou moins forte du pied sur
une pédale. De plus, ayant remarqué que les
battements de l'anche sur les parois du bec, ou
de la rigole, donnent à la qualité du son
quelque chose de rauque et de dur, Grenié a
ajusté celles de son instrumentde manière à la
faire agirlibrement dans l'ouverture qui lui est
laissée, et sur laquelle elle est ajustée avec
beaucoup de précision. L'élasticité naturelle
de l'anche suffit pour la ramener après qu'elle
a été mise en vibration par l'air, et de celte
manière s'opère le mouvement alternatif et
vibratoire d'où résulte un son beaucoup plus
pur que dans les jeux où l'anche bat sur les
parois de la rigole. C'est ce même procédé qui
a été employé dans tous les instruments du
genre de Vj^lodion, tels que le physharmo-
7.
100
GRENIÉ - GRESEMUND
nica, Vaérophone, etc. (1). Le principe de
l'anche libre a été trouvé dans une haute anti-
quité par les Chinois ; car leur instrument ap-
pelé Cheng, qui est très-ancien, est composé
de tuyaux de bambou avec des anches de cette
espèce. La difficulté de maintenir l'accord des
flûtes avec les jeux d'anches, sous une pres-
sion non constante du vent, a déterminé Grenié
à ne mettre dans ses premiers instruments que
des jeux d'anches : car on sait que les flûtes
montent lorsqu'on souffle avec force dans leur
embouchure, tandis qu'elles baissent progres-
sivement à mesure qu'on diminue la puissance
d'insufflation; mais, postérieurement, l'ingé-
nieux inventeur de l'orgue expressif avait
trouvé un moyen pour maintenir la justesse
des flûtes sous une pression quelconque du vent
en l'établissant au point le plus faible, avec
un compensateur placé au-dessus de l'orifice
des tuyaux et qui, abaissé par un petit soufflet,
lequel se soulève, en raison du vent surabon-
dant entré dans une rainure placée parallè-
lement à l'un des côtés du tuyau, rétablit
l'équilibre de l'intonation. Au reste, Grenié
parait en être resté aux expériences sur ce
moyen, car on ne connaît de lui aucun instru-
ment dans lequel il en ait fait usage. Sébastien
Érard a complété le système de l'orgue ex-
pressif, au moyen d'un clavier particulier de
récit, dont chaque tuyau a son expression propre
et indépendante, par l'ouverture progressive
de sa soupape, laquelle résulte de la pres-
sion plus ou moins forte du doigt sur la touche.
Grenié a publié un petit écrit qui a pour titre :
(I) Cette îiivention n"élait pas absolument nouvelle;
un Allemand, nomme Kralzenstcin, qui vivait à Saint-
Pétersbourg sous le règne de Calberine, parait avoir
employé le premier les onches libres dans les tuyaux
d'orgue. Raekivilz, l'abbé Vogler, Sauer, Kober et d'au-
tres Allemands avaient employé ensuite ces anches
dans des instruments construits avant 1807. Godefroid
Weber,cn rappelant ces faits dans le n» 43 de la Cœcilia,
a contesté les droits de Grenié à celte amélioration du
système des jeuxd'anches ; mais outre que Grenién''a\ait
jamais été en Allemagne et ne savait pas un mot d'alle-
mand, il est prouvé par les registres des séances du
comité d'enseignement du Conservatoire de Paris qui
ont clé entre les mains de Vinil, ancien secrétaire de
celte école, que douze ans avant de produire son orgue
expressif en public, Grenié avait fait, le20 nivôse an VI
(janvier 1798) des essais de comparaison entre des tuyaux
à nncbes ordinaires et à ancbes libres.
En ce qui concerne la théorie des jeux d'orgue à aug-
mentation et diminution du son, on trouve d'excellentes
observations duns lu dissertation de Guillaume Wcber
{voyez ce nom) intitulée : Lerjes oscillaiionis oriunJce
coiijungaiur, ut osciUare non possiiit, itisi simul et syn-
cU-onice . exemplo illusiratœ luboru>n lingualorum ,
Halle, 1827. On peut voir aussi sur le même sujet un
morceau du même savant dans le n" 43 de la CKçilia, et
dans la /ievue musicale, t. XI, p. "37 et 3S3.
Réponse à un article inséré au Journal des
Débats du 16 septembre dernier (182'J), et
extraits de divers rapports faits par V In-
stitut et par le Conservatoire de musique,
sur les petites et grandes orgues expressives
de Gr<3/ue, Paris, sans date (1829), une feuille
in-S". Il y a aussi de lui quelques autres opus-
cules sur le même sujet : leurs titres me sont
inconnus.
GRENIER (Gabriel), harpiste et compo-
siteur, vécut à Paris dans la dernière moitié
du dix-huitième siècle. Il y a publié : 1» Six
romances avec accompagnement de harpe ou
de piano, Paris, Leduc, 1795. 2" Sonates pour
la harpe, Paris, Cousineau. 3° Premier recueil
de divertissements iiour la harpe et violon
obligé, op. 7, Paris, Leduc, 1794.
GREj^SER (Charles -Augcste), facteur
d'instruments de la cour de Dresde, né,
en 1720, à "NViehe, en Thuringe, a eu de la
réputation pour les flûtes, hautbois, clarinettes
et bassons sortis de ses ateliers. Il avait étudié
l'art de la facture des instruments chez Pœrch-
mann, à Leipsick. A l'âge de dix-neuf ans, il
se rendit à Dresde, et, pendant cinquante-cinq
ans, il y travailla avec succès. En 1796, il a
cédé son établissement à son neveu, et s'est
retiré. Il vivait encore en 1810, âgé de quatre-
vingt-dix ans.
GREIS'SER (Henri), neveu et élève du pré-
cédent, est le premier inventeur de la clari-
nette basse; il fit connaître cet instrument
en 1793. Il a donné quelques renseignements
dans l'Intelligenz Blatt de la Gazette musi-
cale de Leipsick (an II, n" 11) sur la construc-
tion de ses flûtes et sur celles de Tromlitz;
enfin il a fait une description d'une invention
relative à la flûte dans la treizième année de
cette gazette (p. 775).
GRENZEBACH (Ernest), professeur de
piano à Cassel, né en 1812, s'est distingué
comme compositeur de Lieder, dont il a publié
environ trente recueils. En 1839, il a fait re-
présenter, à Cassel, un opéra comique intitulé:
une Nuit à Smyrne, qui a été bien accueilli
par le public.
GREI^'ZER (Jean-Frédéric), né à Dresde,
était hautboïste de la musique particulière du
roi de Suède, en 1785. En 1779, il a fait gra-
ver chez llummel, à Berlin, six trios pour la
llùte. On connaît aussi de cet artiste un con-
certo pour le basson et quelques symphonies
en manuscrit.
GRESEMUND (Théodore), docteur en
droit, né à Spire, dans la deuxième moitié du
quinzième siècle, fit imprimer, à l'âge de
GRESEMUND — GRESSET
iOt
quinze ans : Dialog. in septem artium libe-
ralium defensionem. Le cinquième dialogue
contient une apologie de la musique. Grese-
mund est mort i. Mayence, en 1512.
GRESIMCK (Antoine-Frédéhic), compo-
siteur dramatique, né à Liège, en 1752, fut
envoyé fort jeune comme pensionnaire au
CollégeliégeoisdeRome, y fitde bonnes études
musicales, et alla les terminer à Naples, sous
la direction de Sala. Il paraît qu'il écrivit pour
les théâtres de Naples avant 1780, car il est
compté au nombre des compositeurs drama-
tiques dans V Almanach des Théâtres de cette
année; cependant on ne trouve point de traces
de ses premiers travaux. Ou sait seulement
qu'il alla à Londres une première fois avant
1784. Dans cette même année, il retourna en
Italie et y composa il Francese bizzarro ,
opéra bouffe, qui fut joué à Savona. Rappelé
à Londres, en 1785, il y écrivit Demetrio, en
trois actes ; Alessandro nell'Indie, en trois
actes, et la Donna di cattiva umore. Le suc-
cès de ces ouvrages le fit choisir pour être di-
recteur de la musique du prince de Galles. En
1786, il écrivit Alceste pour la célèbre canta-
trice Mara. Après un séjour de six ans en An-
gleterre, il vint à Paris en 1791, ne put y trou-
ver l'emploi de son talent, et se rendit à Lyon
comme chef d'orchestre du Grand-Théâtre. Il
y écrivit un grand opéra intitulé l'Amour à
C'ylhère, qui fut représenté en 1793. Le suc-
cès de cet ouvrage, qui fut joué dans la même
année sur six théâtres de Paris (1), le ramena
dans cette ville. Il travailla d'abord pour le
théâtre de la rue de Louvois, rival des théâtres
Favart et Fcydeau, et y donna : 1» Le Savoir-
faire , en deux actes, 1795. 2» les Petits
Commissionnaires, un acte, 1795. ô" Épo-
nine et Sabinus, deux actes, 1796. 40 Les
Faux Mendia^ils, un acte, 1796. 5" Le
Baiser donné et rendu, un acte, 1796; joli
ouvrage dont la partition a été gravée. Au
théâtre Montansier : 6» Les Extravagances de
la vieillesse, un acte, 1796; même sujet que
le Jeune Sage et le Fieux Fou, de Méhul.
7» La Forêt de Sicile, deux actes, 1797; la
partition a été gravée. 8° Le Petit Page, ou
la Prison d'État, un acte, 1797. 9» Les Faux
Monnoyeurs. ou la vengeance, drame en
trois actes, mêlé de chant, 1797. 10° Le Tu-
teur original, un acte, 1797. 11" La Grotte
des Cévennes, en un acte, 1708. 12« L' Heu-
reux Procès, ou Alphonse et Léonore, en un
(I) Il y aTnit alors beaucoup de tbcàtrcs i Paris où
l'an jouait l'opcia.
acte, au théâtre Feydeau, 1798. La partition
a été gravée. 13» La Tourterelle dans les bois,
en un acte, au théâtre Montansier, 1790.
14° Rencontres sur rencontres, en un acte,
au même théâtre, 1799. 15" Le Rêve, en
un acte, au théâtre Favart, 1799; joli ou-
vrage dont la partition a été gravée. 16" Léo'
nidas ou les Spartiates, en un acte, à l'Opéra,
en société avec Persuis. Cet ouvrage ne réus-
sit pas. Gresnick avait écrit depuis près d'un
an la Forêt de Brahma, en trois actes, pour
l'Opéra, sur un poëme de madame Bourdic
Viot; mais au moment où il espérait qu'on
allait jouer cet ouvrage, il apprit que sa mu-
sique n'était reçue qu'à correction; cette dé-
ception et la chute de Léonidas lui causèrent
un profond chagrin qui le conduisit au tom-
beau, le 16 octobre 1799, à l'âge de quarante-
sept ans. Indépendamment des ouvrages cités
précédemment, on a gravé de sa composition :
i" Amusement social, recueil d'ariettes avec
accompagnement de piano, Paris, "^o Récréa-
tions nouvelles, ariettes, duos et romances,
idem, ibid. 3" Dix romances et ariettes avec
accompagnement de piano ou harpe et violon
ou flûte, Paris, 1707. 4" Duo italien : Questa
è la bella face, avec accompagnement de piano
ou harpe et violon ou flùte, ibid., 1797.
5" Symphonie concertante pour clarinette et
basson, avec orchestre, exécutée aux concerts
de Feydeau, Paris, Pleyel, 1797. Il y a du
goût et une certaine grâce mélancolique dans
la musique de Gresnick, mais elle manque de
verve et d'effet scénique; de là vient qu'elle
n'a point obtenu de succès populaires.
GRESSET (Jean-Baptiste-Louis), né à
Amiens, en 1709, s'est placé, par son joli
poëme de Fert-Fert et sa comédie du Mé-
chant^ au nombre des bons poètes français. Il
entra dans l'ordre des Jésuites à l'âge de seize
ans, fut envoyé à Paris pour y compléter son
instruction, et rentra plus tard dans le monde,
où l'appelaient ses succès littéraires. Admis à
l'Académie française, en 1748, il se retira
dans le lieu de sa naissance quelques années
après, y fonda une académie, s'en repeniii
bientôt, puis se fit dévot par faiblesse, et finit
par désavouer ses titres à la renommée. Il
mourut à Paris, le 16 juillet 1777. En 1737,
il a fait imprimer un Discours sur l'harmonie
(Paris, in-8" de quatre-vingt-neuf pages) qui
a été inséré depuis lors dans toutes les éditions
de ses œuvres. Gresset avait écrit d'abord ce
discours en latin; il le traduisit en français
pour le publier. Ce morceau, vide de faits et
d'idées, n'a pu sortir que de la plume d'un
102
GRESSliT - GRÉTRY
homme entièrement étranger à la connais-
sance et au sentiment de l'art. Il a cependant
été traduit en allemand par Wolf, commis-
saire général à Wolfenbuttel, sous ce titre :
Die Harmonie, ein Rede, Berlin, 1752, in-4''.
Il en existe aussi une traduction hollandaise
intitulée : Lof der Ilarmony , Amersfoort,
177G, grand in-8».
GRÉTUY (André-Ernest-Modeste), né
à Liège, le 11 février 1741, reçut le jour d'un
musicien pauvre, qui était violoniste à la Col-
légiale de Saint-Denis. Une constitution faible,
que divers accidents graves ébranlèrent encore,
semblait le rendre peu propre au travail, et ne
lui promettre qu'une existence courte et valé-
tudinaire; cependant il vécut longtemps, fut
rarement malade, et produisit un grand
nombre d'ouvrages.
Dans son enfance, on ne connaissait guère
d'autre éducation musicale que celle qu'on re-
cevait dans les maîtrises de cathédrales; aussi
fut-il placé à la Collégiale comme enfant de
chœur, à l'âge de six ans. Cette condition était
fort pénible autrefois, parce que les maîtres
de musique, imbus des préjugés d'une édu-
cation despotique, croyaient ne pouvoir user
de trop de sévérité envers leurs élèves; dans la
maîtrise de Liège, l'existence d'un enfant de
chœur était un supplice continuel.
Une dureté excessive et déraisonnable de la
part des maîtres n'est pas pro|)re à hâter les
progrès des élèves ; il ne faut donc pas s'éton-
ner si ceux de Grétry furent lents. On le
crut incapable d'apprendre la musique, et son
père fut ol»ligé de le retirer de la maîtrise pour
le confier aux soins d'un professeur habile,
nommé Leclerc, qui fut depuis maître de
musique à la cathédrale de Strasbourg. Celui-
ci, aussi doux que le premier était brutal, ren-
dit bientôt Grétry bon lecteur. Mais l'arrivée à
Liège d'une troupe de chanteurs italiens, qui
jouait les opéras de Pergolèse et de Bura-
nello, fut l'événement qui contribua surtout
à développer en lui l'instinct de la musique;
c'est en assistant aux représentations de ces
ouvrages qu'il prit un goût passionné pour
l'art dans lequel il s'est ensuite rendu cé-
lèbre.
Comme tous ceux que la nature a destinés à
être compositeurs, Grétry commença à écrire
presque dès l'enfance, et sans avoir appris
les premiers éléments de la composition. Ses
premiers ouvrages fuient un motet à «luatre
voix, et une espèce de fugue instrumentale
«lu'il fit en suivant pas à pas une autre fugue
•lonl il retourna le sujet. Ces premières pro-
ductions parurent des merveilles aux amis de
sa famille; mais le fruit le plus avantageux
qu'il en retira fut qu'on sentit la nécessité de
lui donner un maître d'harmonie. Renekin,
organiste de la Collégiale, lui en enseigna les
principes, et peu de temps après le maître de
chapelle de Saint-Paul, Moreau, commença à
lui donner des leçons de contrepoint. Mais
déjà il était trop lard pour qu'il pût donner à
ses études l'attention nécessaire; la fermenta-
tion de son imagination y mettait un obstacle
invincible. « Je n'eus pas assez de patience
« pour m'en tenir à mes leçons de composi-
« tion, dit-il ; j'avais mille idées de musique
« dans la tête, et le besoin d'en faire usage
» était trop vif pour que je pusse y résister. Je
« fis six symphonies; elles furent exécutées
(< dans notre ville avec succès. » (Essais sur la
musique, t. l", p. 35.) Cette histoire est celle
de tous les musiciens qui ont entrepris l'étude
de leur art dans l'âge des passions, et lorsque
le besoin de produire se fait déjà sentir; elle
explique les causes de l'ignorance où Grétry
est resté toute sa vie des procédés de l'art
d'écrire la musique, et de son peu d'aptitude à
s'en instruire.
Un chanoine de la cathédrale de Liège avait
suggéré au jeune compositeur la pensée d'aller
à Rome. Le désir d'étudier n'était pas le motif
le plus puissant pour l'engager à faire ce
voyage. L'attrait d'un pays nouveau, le besoin
de mouvement et d'agitation qu'on éprouve à
dix-huit ans, et la persuasion qu'on est appelé
à de hautes destinées, occupent surtout à cet
âge. Quoi qu'il en soit, il fallait, pour entre-
prendre ce voyage, obtenir des secours du cha-
pitre de Liège , car les parents de • Grétry
n'étaient pas riches. Une messe qu'il fit exé-
cuter décida les chanoines à lui accorder ce
qu'il désirait, et il partit, en 1759, pour la ca-
pitale du monde chrétien. Arrivé à Rome, il y
fit choix de Casali pour maître de contrepoint,
et étudia pendant quatre ou cinq ans sous la
direction de ce professeur distingué, dont il ne
parait pas avoir apprécié le mérite. Sa manière
d'écrire l'harmonie dans ses opéras, et son
embarras visible lorsqu'il parle de celle
science dans ses Essais sur la musique ,
prouvent que son temps fut assez mal em-
ployé. Ce n'était pas à être harmoniste qu'il
était destiné : son génie le portait surtout à la
musique dramatique et à l'expression des
paroles.
Il avait composé quelques scènes italiennes
et des symphonies qui furent entendues avec
plaisir, et qui lui procurèrent un engagement
GRÉTRY
1P3
pour le pelil théâtre d'Aliberti, à Rome. L'in-
termède qu'il écrivit était intitulé le f'ende-
miatrice : il fut bien accueilli par le public
romain. Ce premier essai était de bon augure,
et présageait au jeune musicien les succès
qu'il a obtenus depuis. Ce fut peu de temps
après que le hasard lui fit connaître le genre
qu'il était appelé à traiter. Un secrétaire de la
légation française lui avait prêté la partition
de Rose et Colas. Charmé par la musique na-
turelle et gracieuse de Monsigny, et par le
genre de l'ouvrage, Grétry sentit tout à coup
sa véritable vocation : il s'éprit de passion
pour l'opéra comique français. Paris pouvait
seul lui offrir les moyens d'utiliser le talent
qu'il tenait de la nature; il le comprit et
partit de Rome avec d'heureux pressenti-
ments.
Grétry quitta l'Italie au mois de janvier 1 7G7,
après y avoir passé neuf ans, et se dirigea vers
Genève. Il s'y arrêta dans l'intention de voir
Voltaire et d'en obtenir un poëme d'opéra
comique. Quoique bien accueilli par ce grand
homme, il n'en eut qu'une promesse vague
pour un temps éloigné. Il y avait alors à Ge-
nève un Opéra-Comique français; Grétry vou-
lut y essayer son talent pour ce genre, et refit
la musique d''Isabelle et Gertrude. L'ouvrage
fut joué avec succès et eut six représentations,
ce qui est beaucoup pour une petite ville comme
était alors Genève. La nécessité de pourvoir à
son existence l'obligeait à donner des leçons;
les femmes les plus distinguées de la ville vou-
lurent l'avoir pour maître, en sorte qu'il jouis-
sait d'une certaine aisance. Mais près d'une
année s'était écoulée sans aucun résultat pour
sa réputation; il avait vingt-huit ans et n'était
pas connu. Voltaire lui conseilla d'aller directe-
tement au but et de se rendre à Paris, seul en-
droit, disait-il, où l'on peut aller promptement à
rimmortalité. Grétry suivit ce conseil et arriva
bientôt dans la grande ville, plein d'espérance
et d'illusions qui ne tardèrent pas à se dis-
siper.
Ce qu'il y a de plus difficile pour un musi-
cien qui veut travailler pour le théâtre, et qui
n'est pas connu, c'est d'inspirer assez de con-
fiance à quelque poëte pour qu'il consente à
hasarder le sort d'une pièce entre ses mains.
Près de deux années furent perdues par Grétry
en sollicitations infructueuses. Enfin Du Rozoy,
dont le nom était aussi ignoré que le sien,
écrivit pour lui les Mariages Samnites, ou-
vrage en trois actes, destiné à la Comédie Ita-
lienne, mais qu'on trouva d'un genre trop noble
IMJurcc spectacle, et qu'on fut obligé d'arranger
pour l'Opéra. Après bien des délais, le jour de
la première répétition fut fixé. « C'est ici,
« dit le compositeur, qu'il faudrait une plume
« exercée pour déci'ire ce qu.» j'entrevis de
« fâcheux sur la mine des musiciens rassem-
« blés; un froid glacial régnait partout : si je
« voulais, pendant l'exécution, ranimer de ma
« voix ou de mes gestes cette masse indolente,
« j'entendais rire à mes côtés, et l'on ne m'é-
« coûtait pas. « Ce fut encore pis le soir où la
cour s'était rassemblée chez le prince de Conti
pour entendre l'ouvrage avec l'orchestre : tout
alla au plus mal, et chacun sortit persuadé que
Grétry n'était point appelé à faire de la mu-
sique dramatique. Heureusement le comte de
Creutz, envoyé de Suède, ne partagea pas
l'opinion générale : il prit sous sa protection
l'auteur des Mariages Samnites, et obtint
de Marmontel qu'il lui confiât la petite comédie
du Huron. La pièce, représentée le 20 août
17G8, alla aux nues. La mélodie des airs du
Huron, est agréable et facile , et déjà l'on y
remarque le talent naturel de l'auteur pour
l'expression des paroles; mais le peu d'élé-
gance des formes musicales y est d'autant plus
frappant que ce musicien arrivait d'Italie, où
il avait passé près de dix ans, à l'époque où
Piccinni, Jomelli, MajoetGaluppi produisaient
des modèles de perfection en ce genre. On ne
vit peut-être pas alors tout ce que Grétry pour-
rait faire par la suite ; mais on put juger de ce
qui lui manquerait toujours.
Quelques mois après le Huron, parut Lu-
cile, où l'on trouve un quatuor (Oii peut-on
être mieux qu'au sein de sa famille?) que
toutle monde connaît, et qui est le seul morceau
qu'on ait retenu. Mais le Tableau parlant, qui
fut donné presque dans le même temps (17G9),
plaça dès ce moment Grétry au rang des meil-
leurs compositeurs français : cet ouvrage char-
mant a survécu aux diverses révolutions que
la musique a éprouvées. Malgré les conditions
désavantageuses de la comédie lyrique, oii
les airs se succèdent rapidement, et daps la-
quelle la même scène en contient plusieurs,
malgré l'instrumentation faible et les formes
vieillies de cette pièce, on l'écoute encore avec
plaisir, parce que les mélodies en sont char-
mantes, naturelles, expressives. Rien de plus
gracieux que le cantabile du duo de Colom-
binc et de Pierrot : ce morceau serait un chef-
d'œuvre, si la modulation en était plus variée,
et si Grétry n'avait maladroitement parcouru
deux fois la même série de tons, au lieu de
transporter la réponse du thème principal à la
dominante.
104
GRËTRY
Trois opéras, Sylvain, les Deux avares,
et r Amilié à l'épreuve, furent composés par
Grétry dans l'année 1770. On a beaucoup
vanté le premier, dans sa nouveauté; le duo,
Dans le sein d'uti père, a eu surtout grand
nombre d'admirateurs ; néanmoins cet ouvrage
m'a toujours paru languissant, et l'un des
moins remarquables de l'auteur. Le duo même,
quoiqu'on y trouve une belle phrase, manque de
plan et n'est pas écrit dans les limites natu-
relles des voix. Le Sylvain est une des compo-
sitions de Grétry qui ont le plus vieilli j il
a disparu du théâtre depuis longtemps, et
tout porte à croire qu'il n'y sera plus entendu.
On ne joue plus les Deux Avares, parce que
le genre de la pièce n'est plus à la mode ; mais
on y trouve un duo du meilleur comique; c'est
celui, Prendre ainsi cet or, ces bijoux, un
chœur de Janissaires excellent {Ah! qu'il est
bon, qiCil est divin!), et plusieurs autres
morceaux agréables. L'Amitié à l'épreuve
n'a point réussi ; néanmoins la musique en
est fort bonne : c'est un des ouvrages les
mieux écrits de l'auteur.
Le succès de Zémire et Azor, qu'on joua
dans l'automne de 1771, fut éclatant; l'ima-
gination de Grétry s'y montra dans toute sa
fraîcheur; jamais il n'avait été plus riche de
chants heureux que dans cet opéra. Rien de
plus piquant que l'air, Les esprits dont on
nous fait peur; rien de plus suave que le
rondo, Du inoment qu'on aime , etc. Malgré
les transformations de certaines parties de la
musique, de pareilles inspirations ne peuvent
cesser d'être belles ni d'intéresser les artistes
sans préjugés. Il y a aussi une multitude de
phrases charmantes dans l'Ami delamaison:
c'est un tour de force que d'avoir pu intéresser
par la musique dans une comédie aussi froide,
aussi languissante. En voulant répéter cette
espèce de défi dans le Magnifique, Grétry fut
moins heureux. On a donné souvent des éloges
à la scène de la rose ; ce qui n'empêche pas
cette scène d'être longue et ennuyeuse. Il n'en
est pas de même de la Rosière de Salency,
qui fut jouée en 1774; là, tout est frais, élé-
gant, dramatrriue. On connaît l'air, Mabarque
légère; l'ouvrage fourmille de jolis traits qui
ne le cèdent pas à celui-là. La Fausse Magie
est une des mauvaises pièces que Blarmontel
a écrites pour Grétry. Il s'en attribuait tout le
succès, et ne s'apercevait pas qu'elles ne de-
vaient leur existence qu'à la musique. C'est
l'esprit du musicien qui a soutenu la Fausse
Magie et non celui du poCte. Que de fois on
est retourné entendre le duo : Quoi! c'est I
x'otis qu'elle préfère! Sans ce duo et quelques
jolis chants, personne n'aurait eu le courage
d'entendre la pièce.
Grétry n'était pas né pour la tragédie ly-
rique. Il ne manquait cependant pas de force
d'expression; mais il ne pouvait soutenir un
ton élevé pendant trois ou cinq actes. Céphale
et Procris, qu'il donna au mois de mai 1773,
Andromaque, jouée en 1780, Aspasie , et
Denys le Tyran, tous représentés sans succès
à l'Opéra, en sont la preuve. Le duo Donne-
la-moi dans nos adieux (de Céphale) est ce-
pendant célèbre; on y trouve plusieurs belles
phrases, mais le morceau est mal disposé pour
les voix et généralement mal écrit. D'ailleurs,
ce n'est point assez d'un duo dans un opéra en
trois actes.
La renommée de Grétry s'augmentait à
chaque production de sa plume ; le Jugement
de Midas (1778), V Amant jaloux (même an-
née), les Evénements imprévus (1779), Au-
cassin et Nicolette (même année), VEpreuve
villageoise (1784), et surtout Richard Cœuf
de Lion (1785), mirent le comble à sa gloire,
et, dès lors, il n'eut plus de rivaux en France,
pour l'opéra comique. Ces ouvrages sont si
connus, qu'il est inutile de s'étendre sur leur
mérite. Quant aux défauts que les musiciens
peuvent y trouver, ils prennent en partie leur
source dans le goût français de l'époque où
leur auteur écrivait, et dans les moyens d'exé-
cution dont il pouvait disposer. La Caravane
du Caire, Panurge et Anacréon chez Poly-
crate, introduisirent à l'Opéra le genre de
demi-caractère, et même le genre bouffe, car
Panurge n'est qu'un opéra bouffon. Grétry
était plus apte à traiter ces deux styles que
celui de la tragédie; aussi réussit-il complète-
ment. Peu d'ouvrages ont été joués aussi sou-
vent que ceux qui viennent^d'être nommés; la
Caravane a été longtemps la ressource des
administrateurs de l'Opéra.
Au milieu des succès dont l'auteur de tant
de productions voyait couronner ses travaux,
un nouveau genre de musique, créé par Méhul
et par Cherubini, s'était introduit sur la scène
de l'Opéra-Comique. Cette musique, plus forte
d'harmonie, plus riche d'instrumentation, et
beaucoup plus énergique que celle de Grétry,
devint tout à coup à la mode au commencement
de la révolution, et fit oublier pendant plu-
sieurs années le Tableau parlant, VAmant
jaloux et la Fausse Magie. Il n'y a point
d'auteur qui se résigne de bonne grâce àl'oubH
du public : Grétry fut très-sensible à cette sorte
de disgrâce, à laquelle il n'était pas préparé.
GRËTRY
105
Il n'aimait pas la musique nouvelle, mais il
regreltait que des études plus fortes ne l'eus-
sent point mis en état de lutter avec ses nou-
veaux adversaires : toutefois, comme on ne se
rend jamais justice sur ce qui touche l'amour-
propre, il ne se considéra pas comme vaincu,
et il voulut rentrer dans la carrière en imitant,
autant qu'il le pouvait, un genre qu'il dédai-
gnait au fond de l'âme. C'est à ses efforts pour
y parvenir qu'on dut Pierre le Grand, Lis-
beth, Guillaume Tell et Elisca. Quoiqu'on
retrouve dans ces ouvrages des traces de son
ancienne manière, on aperçoit facilement le
tourment qu'il se donne pour être autre que la
nature ne l'avait fait. Les mélodies de ces pro-
ductions n'ont plus l'abandon, le naturel ni
la verve qui distinguaient les œuvres de la
jeunesse de Grétry; en un mot, il n'est plus
qu'imitateur timide au lieu d'inventeur qu'il
était.
La musique de Grétry était presque aban-
donnée, lorsque le célèbre acteur Elleviou en-
treprit de la remettre à la mode, et de la sub-
stituer aux grandes conceptions harmoniques
alors en vogue, qui n'étaient pas de nature à
faire briller ses facultés personnelles. Le talent
dont il fit preuve dans Richard, dans l'Ami
de la maison, dans le Tableau parlant et dans
Zémire et Azor fut tel, que l'on ne voulut
plus voir que ces ouvrages, qui étaient neufs
jtour une partie du public. Depuis lors, les
œuvres de Grétry n'ont cessé de plaire au
public français jusqu'à la nouvelle révolution
qui, dans ces derniers temps, s'est opérée dans
la musique dramatique. Les effets de celle-ci
ont été d'accoutumer les spectateurs à de
riches effets d'harmonie et d'instrumentation,
et conséquemment de les rendre plus exigeants
sous ces rapports. Rien ne pouvait nuire da-
vantage à la musique de Grétry ; car ces parties
de l'art musical sont précisément le côté faible
de ses ouvrages. Le dédain qu'on affecte au-
jourd'hui pour les productions d'un homme de
génie qui s'est illustré par de belles mélodies
et par l'expression des paroles n'en est pas
moins injuste. Au reste, Grétry attachait si
peu d'importance à l'instrumentation de ses
ouvrages, qu'il en chargeait ordinairement
quelqu'un de ses amis. L'orchestre de ses vingt
derniers opéras a été écrit par Panseron, père
de l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages
pour l'enseignement du solfège, du chant et de
l'harmonie, {f'oy^z Pansekon.)
Matroco, C'olinette à la Cour, VEmharras
des richesses, le Comte d'Albert et sa suite,
le Rival confident, les Méprises par rcjsem-
blance, le Prisonnier anglais, Amphilryon,
et plusieurs autres opéras n'ont pas été men-
tionnés dans leur ordre chronologique, parce
que, si l'on y retrouve quelquefois le musicien
spirituel, si même ces partitions contiennent
quelques airs remarquables, ils n'ont cepen-
dant rien ajouté à la réputation de leur au-
teur.
On a vu que la musique de Grétry brille
surtout par le chant et par l'expression des
paroles ; malheureusement toute qualité exa-
gérée peut devenir un défaut: c'est ce qui a
lieu dans les productions de ce musicien ori-
ginal. En s'occupant trop des détails, il négli-
geait l'effet des masses; de là vient que sa
- musique, bonne pour les Français, n'a pas
réussi chez les étrangers. Les observations
minutieuses qu'il a faites sur ses propres ou-
vrages, dans ses Essais sur lu musique, prou-
vent qu'il était bien moins préoccupé des
formes musicales que du soin de rendre avec
justesse un mot qui lui paraissait important.
On en peut juger par ce qu'il dit d'un air de
V Amant jaloux. « L'endroit qui me parait le
« mieux saisi dans l'air suivant. Plus de sœur,
« plus de frère, est la suspension après ces
« vers :
« Maïs si quelque confidente,
« Malicieuse, impertinente,
<< Cherchait à tromper mon attente...
« Les deux notes suivantes que fait l'or-
« chestre en montant par semi-tons, expri-
« ment la mine que fait Lopez : j'aurais pu
« lui faire chanter ces deux notes sur une
« exclamation, Oh! mais le silence est plus
« éloquent. » Méhul disait avec justesse, en
parlant de ces détails, que c'est de l'esprit,
mais que ce n'est pas de la musique. On a dit
spirituellement de Grétry : C'est un homme
qui fait les portraits ressemblants, mais qui
ne sait pas peindre. Ce qui a pu contribuer à
empêcher ce compositeur de suivre les progrès
de l'art dans l'effet musical, c'est le dédain qu'il
avait pour toute autre musique que la sienne ;
dédain qu'il ne prenait même pas la peine de
dissimuler. Un de ses amis entrait un jour
chez lui en fredonnant un motif : « Qu'est-ce
w que cela?demanda-t-il. — C'est, lui répondit
« son ami, un rondo de cet opéra que nous
« avons vu l'autre jour dans votre loge. —
« Ah ! oui, je m'en souviens ; ce jour où nous
« sommes arrivés trop tôt à Richard .' » H
s'agissait d'un des meilleurs ouvrages du ré-
pertoire de l'Opéra-Comique. L'excès de son
amour-propre et ses opinions sur es œuvres
des autres musiciens prenaient leur source
ioê
GRÊTRY
dans sa manière absolue de concevoir la mu-
sique dramatique. Le savoir profond dans l'art
d'écrire, la pureté de style, la qualité des idées
mélodiques, abstraction faite de l'expression
dramatique, enfin le coloris musical, n'étaient
rien pour lui. On dissertait un soir, au foyer
de rOpéra-Comique, sur les instruments qui
produisent le plus d'effet et, en général, sur les
moyens d'exciter de fortes émotions par la
musique de théâtre. Plusieurs compositeurs
distingués assistaient à cette discussion; cha-
cun proposait ses vues et disait son mot; les
opinions étaient partagées. « Messieurs , dit
« l'auteur de VAmant jaloux, je connais
« quelque chose qui fait plus d'effet que tout
« cela. — Quoi donc? — La vérité. « Ce mot
peint Grétry d'un seul trait ; il est rempli de
justesse ; mais celui qui le disait ne voyait pas
que la vérité dans les arts est susceptible d'une
multitude de nuances, et que pour être vrai il
faut être coloriste autant que dessinateur, il
n'était donc pas inutile de chercher à aug-
menter l'effet des couleurs musicales.
On connaît quelques mots de Grétry qui in-
diquent de la finesse dans l'esprit ; il aimait à
en dire, mais ses saillies manquaient quelque-
fois de justesse. Par exemple, interrogé par
Napoléon sur la différence qu'il trouvait entre
Mozart et Cimarosa, il répondit : « Cimarosa
« met la statue sur le théâtre, et le piédestal
» dans l'orchestre ; au lieu que Mozart met la
« statue dans l'orchestre et le piédestal sur le
» théâtre. » On ne sait ce que cela veut dire.
Il faut que la statue et le piédestal ne soient
point séparés. Grétry, qui n'était pas assez
musicien pour concevoir la mélodie et les par-
ties d'accompagnement d'un seul jet, séparait
toujours deux choses qui ne doivent en faire
qu'une. Nul doute qu'il n'ait voulu dire que
l'instrumentation de Mozart l'emporte sur ses
chants et sur l'expression dramatique : mais
il se trompait. Il ne comprenait pas cette mu-
sique, trop forte pour lui, et n'était pas plus
avancé, à cet égard, que le public de son
temps. Malgré ses prétentions à l'esprit, sa
conversation était plus fatigante qu'agréable,
parce qu'elle n'avait et ne pouvait avoir que
lui ou ses ouvrages pour objet. Il y revenait
sans cesse, et l'habitude qu'il avait de vivre
entouré d'amateurs passionnés de sa musique,
qui ne l'entretenaient que de choses dont son
amour-propre était flatté, lui rendait tout autre
entretien insupportable. Bien qu'il attachât
beaucoup d'importance à sa qualité d'écrivain,
son ignorance en ce qui concerne l'histoire, la
littérature et le mécanisme du style, était com-
plète. En 1780, il publia à Paris un volume
in-S", sous le titre de Mémoires ou Essais sur
la musique. Ce volume contenait l'histoire de
sa vie et celle des ouvrages qu'il avait fait re-
présenter jusqu'alors. En 1797 (an v) il obtint
du gouvernement français la réimpression
gratuite à l'imprimerie nationale de cet ou-
vrage, auquel il joignitdeuxnouveaux volumes.
On a dit avec justesse que Grétry aurait dû ap-
peler son livre Essais sur ma musique; il n'y
parle, en effet, que de ses opéras. Quoi qu'il
en soit, Grétry n'a point écrit les trois volumes
qui portent son nom ; il n'en a jeté que les
idées informes sur le papier : ce fut un de ses
amis, nommé Legrand, ancien professeur au
collège du Plessis , qui leur donna la forme
qu'ils ont aujourd'hui. Le premier volume, qui
contient la partie historique de la vie et des
ouvrages de Grétry, est le plus intéressant. Les
autres ne renferment que de longues et faibles
dissertations sur une métaphysique de l'art
dont les musiciens ne sauraient rien tirer
d'utile. Mees, ancien professeur de musique à
Bruxelles, a donné une nouvelle édition des
mémoires de Grétry, avec des notes, Bruxelles,
1829, trois vol. in- 18. En 1802 (an x), Grétry
a publié une Méthode simple pour apprendre
à préluder, en peu de temps, avec toutes les
ressources de l'harmonie, Paris, de l'impri-
merie de la république, in-8» de quatre-vingt-
quinze pages. Ce livre est celui d'un écolier, et
démontre la profonde ignorance de l'auteur sur
la matière qu'il voulait traiter. Il lui prit aussi
fantaisied'écrire, vers le même temps, un livre
qu'il publia sous le titre de la Férité, ou ce
que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que
7WUS devrions être (Paris, 1802, trois vol.
in-8"). II avait cru s'y montrer profondément
versé dans les sciences politiques; mais on a
dit avec justesse qu'il y a justifié le proverbe :
Ne sutor ultra crepidam. Ayant renoncé à la
musique dans ses dernières années, il ne s'en
occupait plus que d'une manière spéculative,
et avait consigné ses réflexions sur cet art ainsi
que sur beaucoup d'autres objets dans un
ouvrage auquel il donnait le titre deRéflexions
d^un solitaire. Deux ans avant sa mort, il en
avait annoncé la publication prochaine à un
de ses amis, et assurait qu'il travaillait au
sixième volume! Soit qu'on n'ait point re-
trouvé son manuscrit, soit que, soigneux de
sa gloire, ses amis l'aient condamné à l'oubli,
ce livre n'a point paru.
Des honneurs de tout genre ont été accordés à
Grétry, même pendant sa vie. Dès l'année 1 785,
la ville de Paris avait donné son nom à l'une
GRETRY
107
des rues qui avoisinenl le Théâtre Italien, et
ce nom lui est resté. Son buste fut placé vers
le même temps au grand foyer de l'Opéra. Le
comte de Livry lui fit ériger, vers 1809, une
statue en marbre qui a été placée sous le vesti-
bule du théâtre de l'Opéra-Comique. Son por-
trait fut gravé, en 1776, et copié plusieurs
fois. Plus tard, Isabey dessina de nouveau un
portrait fort ressemblant de ce compositeur
célèbre, qui fut gravé par Simon; enfin, un
autre portrait fut lithographie parM.Maurin,
en 1829, d'après celui qui avait été peint par
Robert Lefèvre pour la salle d'assemblée de
rOpéra-Comique, et fut publié par la deuxième
livraison de la Galerie des musiciens avec
une notice par l'auteur de ce dictionnaire.
A l'âge de vingt-six ans, Grétry fut admis dans
l'Académie des philharmoniques de Bologne.
Lors de la formation de l'Institut, en 1796, on
le choisit pour remplir une des trois places de
compositeurs dans la section de musique de la
classe des beaux-arts. Plus tard, il fut nommé
correspondant de la société d'Émulation de
Liège, membre de l'Académie de musique de
Stockholm , et de plusieurs autres sociétés
savantes. Le prince évêque de Liège lui avait
donné le titre de conseiller intime, en 1784;
une place de censeur royal pour la musique
lui fut accordée vers le même temps, et à
plusieurs époques il fut membre du jury de
l'Opéra. Ayant été nommé, en 1795, inspecteur
de l'enseignement au Conservatoire de mu-
sique, il en remplit d'abord les fonctions; mais
au bout de quelques mois, le besoin de recou-
vrer sa liberté lui fit demander sa démission.
Napoléon lui accorda la décoration de la Légion
d'honneur à la création de cet ordre.
Recherché par quelques hommes puissants
de l'ancienne cour, il en fut comblé de bien-
faits. En 1782, il lui avait été accordé une pen-
sion de mille francs sur la caisse de l'Opéra ;
le roi lui en donna une autre de mille écus,
vers le même temps, et la Comédie Italienne
le mit au nombre de ses pensionnaires,
en 1786. A ces revenus assez considérables se
joignait le produit de diverses sommes qu'il
avait placées sur l'État : la révolution de 1789
renversa l'édifice de sa fortune. Le succès écla-
tant de ses ouvrages, à l'époque où ils furent
lenils en scèiie, par Elleviou, et le produit
considérable qu'il en relirait, joint à une pen-
sion de quatre mille francs qui lui avait été
accordée par Napoléon, lui rendit l'aisance
(|n'il avait perdue, et il en jouit jusqu'à la fin
de ses jours.
Grétry ayait été marié et avait eu plusieurs
enfants; l'une de ses filles, qui s'est fait con-
naître par la musique de deux petits opéras,
annonçait d'heureuses dispositions ; mais elle
mourut jeune {voyez l'article suivant), et son
père eut le malheur de survivre à toute sa fa-
mille.
L'acquisition de l'Erfinitage de J.-J. Rous-
seau, à Montmorency, que Grétry avait faite, le
détermina à se retirer à la campagne, et à y
passer la plus grande partie de ses dernières
années. Il s'y plaisait et y retrouvait une
gaieté qui l'abandonnait aussitôt qu'il se re-
trouvait à Paris. Un événement funeste lui fit
quitter brusquement ce séjour. Un de ses voi-
sins, meunier de profession et au-dessus de
son état par son éducation, fut assassiné dans
son moulin, le ôO août 1811. Dès ce moment,
Grétry ne fut plus tranquille chez lui. De re-
tour à Paris, il eut recours aux ressources de
la médecine pour rétablir sa santé, fort affai-
blie depuis quelque temps, mais elles n'eurent
d'autre résultat que de prolonger ses souf-
frances. Ne se dissimulant pas que sa fin ap-
prochait, il voulut qu'au moins elle fût douce,
et demanda qu'on le ramenât à l'Ermitage;
ses forces s'affaiblirent insensiblement, et, le
24 septembre 1813, il cessa de vivre. Les poètes
et les compositeurs, les professeurs du Conser-
vatoire de musique, et les acteurs des princi-
paux théâtres de Paris se joignirent aux mem-
bres de l'Institut pour honorer ses funérailles;
elles furent dignes de la renommée d'un tel
artiste. Le 6 octobre, sa messe de Requiem fut
exécutée à grand orchestre à l'église Saint-
Roch. Le convoi parcourut une partie des rues
de Paris, et s'arrêta devant les deux théâtres
lyriques principaux avant de se rendre au ci-
metière de l'Est. Plusieurs discours furent i)ro-
noncés sur sa tombe; son éloge, par Méhul,
ne fu< pas le moins remarquable de tous ces
morceaux. Le soir même, on exécuta à l'Opéra-
Comique une sorte d'Ai)othéose qui excita une
vive émotion parmi les spectateurs. Pendant
plusieurs jours, on ne joua à l'Opéra et à
l'Opéra-Comique que des ouvrages composés
par Grétry; enfin, rien ne manqua aux hon-
neurs qui lui furent accordés. Déjà, dès le mois
de février 1809, la Société académique des
Enfants d'Apollon avait rendu hommage aux
talents remarquables de ce compositeur, en le
nommant l'un de ses membres. Au mois de
mars suivant, un concert composé seulement
de morceaux de Grétry fut exécuté par les
membres de cette société savante, et des dis-
cours, <iui avaient pour objet son éloge, furent
prononcés par Guichard et par Bouiily. Les
408
GRETRY
détails de cette séance ont été réimprimés dans
une brochure de vingt pages in-4", sous le
titre de : Hommage rendu à Grétry. Joa-
chim Le Breton, secrétaire de la classe des
beaux-arts de l'Institut royal de France, lut,
dans la séance publique du l*^"" octobre 1814,
une Notice sur la vie et les ouvrages d' An-
dré-Ernest Grétry, qui a été imprimée dans
la même année par Firmin Didot (Paris, 1814,
in-4'> de trente-quatre pages). M. de Gerlache,
premier président de la cour de cassation à
Bruxelles, a publié une notice intitulée :
Essai sur Grétry, lu à la séance publique de
la Société d'émidation de Liège, le 25 avril
1821^ Liège, 1821, in-8°. Une deuxième édi-
tion de cet essai a paru à Bruxelles, chez
Hayez, en 1843, gr. in-S" de quarante-quatre
pages, et l'auteur l'a reproduit dans son His-
toire de Liège, depuis César jusqu'à Maxi-
milien de Bavière, Bruxelles, Hayez, 1843,
un volume in-8°. Diverses autres notices ont
été données dans la Biographie universelle
de MM. Michaud , dans la Biographie des
contemporains, publiée par MM. Arnaud, de
Jouy, etc., dans la Biographie universelle et
portative des contemporains, de Raab, et dans
plusieurs autres ouvrages du même genre ; l'au-
teur de ce dictionnaire en a donné une, accom-
pagnée du portrait de Grétry et d'un fac-similé
de sa notation, dans la deuxième livraison de
sa Galerie des musiciens célèbres, Paris, 1828,
gr. in-fol. André- Joseph Grétry, neveu du cé-
lèbre compositeur, a publié : Grétry en fa-
mille, ou anecdotes littéraires et musicales
relativesà ce célèbre compositeur {Paris, 1813,
in-12). Le comte de Livry avait fait paraître
auparavant un Recueil de lettres écrites à
Grétry ou à son sujet, Paris, Ogier, sans
date (1809), in-8» de cent cinquante-sept
pages. Le gouvernement de la Belgique a^ant
fait faire la statue de Grétry par M. Guillaume
Geefs, sculpteur à Bruxelles, on en fit l'inau-
guration à Liège, sur la place de l'Université,
en 1842. A cette occasion, les écrits dont voici
les Utres furent publiés : 1» Gréiry, par
M. Félix Van llulst, Liège, 1842, in-S", avec
portrait. 2» J toutes les gloires de l'ancien
pays de Liège: inauguration de la statue de
Grétry, 18 juillet 1842, par M. Polain, pro-
fesseur de l'Université, membre de l'Académie
royale de Belgique, ibid., in-S". 3» La statue
de Grétry, i)oeme, par M. Etienne Henaux,
ibid., 1842, in-S". M. Flamant (voyez ce nom),
époux de la nièce de Grétry, dans le dessein
<rhonorer la mémoire de son illustre parent,
avait otTcrt son copur aux magistrats de la
ville de Liège; un procès fameux fut la suite
de cette offre. M. Flamant, dans un volume qui
a pour titre : Cause célèbre relative au procès
du cœur de Grétry (Paris, 1825, in-S»), ainsi
que dans plusieurs mémoires et brochures, a
rendu compte des circonstances de ce procès ;
il a donné aussi Vltinéraire historique, bio-
graphique et topographique de la vallée
d'Enghien à Montmorency , précédé des mé-
moires de l'auteur et de l'histoire complète
du procès relatif au cœur de Grétry (Paris,
182G, in-S"). Enfin, M. Frémolle, de Bruxelles,
a fait imprimer une brochure sous ce litre :
Hommage aux mânes de Grétry au moment
de la restitution du cœur de ce grand homme
à sa patrie (Bruxelles, 1828), opuscule qui
contient des Réflexions historiques sur le com-
positeur.
Voici la liste des ouvrages de Grétry :
Pour i,'ÉCLisE:l''v)'/esseso/ennette à quatre voix,
à Liège, en 1759. 2» Confiteor à quatre voix et
orchestre, à Rome, en 1762. La Bibliothèque du
Conservatoire de musique de Paris possède le
manuscrit autographe de cet ouvrage. 3° Six mo-
tels à deux et trois voix, à Rome, 1703 et années
suivantes. 4° De profundis {voyez les Essais
sur la musique, 1. 1", p. 78 et 79). A°bis Messe
de Requiem. Musique intrumentale : 5° Six sym-
phonies pour orchestre, àLiége, en 1738. G°Deux
quatuors pour clavecin, flûte, violon et basse,
gravés à Paris, 1768, et ensuite à OITenbach,
comme œuvre l'^'". 7" Six sonates pour le cla-
vecin, Paris, 1768. 8" Six quatuors pour deux
violons, viole et basse, œuvre 3% Paris, 1769.
Les thèmes de ces œuvres de musique instru-
mentale se trouvent dans le neuvième supplé-
ment du catalogue de Breitkopf, Leipsick,
1774. Opéras : 9» Le Vendemiutrice , inter-
mède, au théâtre d'Aliberti, à Rome, en 1765.
10" Lsabelle et Gertrude, à Genève, 1767. A
Paris, à la Comédie-Italienne. W" Le Huron,
en deux actes, 1768. 12» Lucile, en un acte,
1769. Le Tableau parlant, 1769. 14» Silvain,
en un acte, 1770. X^" Les Deux Avares, 1770.
16° L'Amitié à l'épreuve, en deux actes,
1771, réduit en un acte, 1776, et remis en trois
actes, en 1786. 17* Zémire et Azor, en trois
actes, 1771. 18» L'Ami de la maison, en trois
actes, 1772. 19» Le Magnifique , en trois
actes, 1773. 20» La Rosière de Salency, en
quatre actes, puis en trois, 1774.21»Za/'aus5C
Magie, en deux actes, 1773. 'i'2'> Les Mariages
samnites, en trois actes, 1776, repris en 1782,
avec des changements. 23° Matroco,en quatre
actes, 1778. 24° Le Jugement de Midas, en
trois actes, 1778. 23'^ Les Evénements impré-
GRETRY - GREULICH
109
ru*, en trois actes, 1779. 26» Aucassin et
Nicoletle, en trois actes, 1780. 29» 7 halte au
Nouveau-Théâtre, prologue pour l'ouverture
du théâtre Favart, en 1783. 28» Théodore et
Paulin, en trois actes, représenté sans succès,
le 18 mars 1783; remis au théâtre avec beau-
coup d'effet, le 24 Juin de la même année,
sous le titre de l'Epreuve villageoise, en deux
actes. 29» Richard Cœur de Lion, en trois
actes, 1784. 30» Les Méprises par ressem-
blance, en trois actes, 178G. 31° Le Comte
d'Jlbert, en deux actes, 1787. 32» La Suite
du comte d'Jlbert, en un acte, 1787. où" Le
Prisonnier anglais, en trois actes, 1787, re-
mis au théâtre, en 1793, avec des change-
ments, sous le titre de Clarice et Bellon.
ZA° Le Rival confident, en deux actes, 1788,
sans succès. 55» Raoul Barbe-Bleue, en trois
actes, 1789. 56° Pierre le Grand, en trois
actes, 1790.57»Gi«7/awme Je/Z^en trois actes,
1791 . ùS" Basile, ou à Trompeur trompeur et
demi, en un acte, 1792. 59» Les Deux cou-
vents, en deux actes, 1792. AO" Joseph Barra,
en un acte, 1794. 41» Callias, ou Amour et
Patrie, 1794. 42» Lisbeth, en trois actes, 1797.
43° Elisca, en un acte, 1799, au théâtre Fey-
deau. 44» Le Barbier de village, en un acte,
1797. A l'Opéra : 45» Céphale et Procris-, en
trois actes, 1773. 46» Les Trois Ages de
l'opéra , prologue dramatique , en 1778.
47° Andromaque , en trois actes , 1780.
48» Emilie, en un acte, 1781. 49» La Double
Epreuve, ou Colinetteù la cour, en trois actes,
1782. 50» L'Embarras des richesses, en trois
actes 1782. 51» La Caravane du Caire, en
trois actes, 1783. 52» Panurge dans l'île des
Lanternes, en trois actes, 1785. 53» Amphi-
tryon, en trois actes, 1788. ^A" Aspasie^en
trois actes, 1789. 53» Denis le Tyran, maître
d'école à Corinthe, en trois actes, 1794.
56° Anacréon chez Polycrate, en trois actes,
1797. 57° Le Casque et les colombes, en un
acte, 1801. 58» Delphis et Mopsa, en trois
actes, 1803. Outre ces ouvrages, Grétry a écrit
pour la cour, en 1777 : 59° Les divertissements
d'^mowr pour amour , comédie de Lachaus-
sée, sur des paroles de Laujon. 60» Les Filles
pourvues, compliment de clôture pour la Co-
médie-Italienne. 61° Momus sur la terre,
prologue donné au château de la Hoche-Guyon.
Il a laissé aussi en manuscrit les partitions
d'opéras non représentés dont les noms sui-
vent : 62» Alcindor et Zaide, en trois actes.
63° Ziméo , en trois actes. 64° Zelmar ou
l'Asile, en un acte. 63» Élsclre, en trois actes.
CG» Diogène cl Alexandre, en trois actes.
67° Les Maures d'Espagne, en trois actes.
L'auteur de l'article Grétry, dans la Biogra-
phie universelle et portative des contempo-
rains, dit que Frey, éditeur de musique, a
fait graver de nouveau, en 1823, trente-deux
des meilleures partitions de ce compositeur
célèbre : c'est une erreur. Les planches dont
on s'est servi pour cette publication sont celles
des anciennes éditions; on a seulement ra-
fraîchi les frontispices. Castil-Blaze a donné,
en 1827, un choix de morceaux des opéras de
Grétry, arrangés avec accompagnement de
piano, sous le titre de : Grétry des Concerts.
GRÉTRY (Lucile), fille du précédent, na-
quit à Paris, veis 1770, et apprit la musique
sous la direction de son père. Elle n'était âgée
que de treize ans lorsqu'elle composa la mu-
sique du petit opéra intitulé : le Mariage d'An-
tonio; cet ouvrage fut joué avec succès à la
Comédie-Italienne, en 1786. L'année suivante,
celte jeune fille donna, au même théâtre, Toi-
nelte et Louis, qui fut moins bien accueilli.
Elle se maria vers le même temps, ne futpoint
heureuse avec son mari, dont elle n'eut point
d'enfants, et mourut à la fleur de l'âge, en
1793. La partition du Mariage d'Antonio a
été gravée.
GRÉTRY (André-Joseph), neveu du com-
positeur, naquit à Boulogne-sur-Ufer, le 20 no-
vembre 1774. Aveugle presque de naissance,
et littérateur sans talent, il passa presque toute
sa vie dans un état de malaise et de souffrance
dont son oncle aurait pu le garantir si, moins
complètement égoïste, celui-ci avait voulu
faire usage de son crédit pour lui faire accor-
der par le gouvernement quelque portion des
secours destinés aux gens de lettres malheu-
reux. Tombé dans la plus affreuse misère, cet
infortuné est mort d'hydropisie, à Paris, le
19 avril 1826. On a de lui plusieurs comédies,
jouées sur les théâtres secondaires, quelques
romans bientôt oubliés, et des livrets d'opéras
mis en musique par son oncle, mais non re-
présentés. Il n'est cité ici que pour une détes-
table rapsodie, intitulée: Grétry en famille,
ou Anecdotes littéraires et musicales, rela-
tives à ce célèbre compositeur, qu'il publia à
Paris, en 1813, un volume in-8°. On connaît
aussi sous son nom ({uelques romances dont il
avait fait les paroles et la musique.
GRELXICII (CnARLEs-GuiLLAUME), né à
Kunzendorf, près de Lœwenberg, le 13 février
179';. a fait ses études musicales sous la direc-
tion de son père, organiste dans le lieu de sa
naissance. A peine âgé de six ans, il jouait déjà
de l'orgue et faisait admirer son talent précoce.
110
GREULICIi - GRIESINGER
Destiné à l'état ecclésiastique, il fut envoyé au
gymnase de Hirschberg en 1808. Il y reçut des
leçons de l'organiste Kohi, qui, frappé des
progrès rapides de son élève, le détermina à
se vouer à la carrière d'artiste. Greulich se
rendit à Liegnitz en 1812, pour y continuer ses
études de musique, et alla à Berlin en 1816.
Le compositeur Anselme Weber, Bernard Rom-
berg et le pianiste Berger l'encouragèrentdans
ses débuts ; ils le firent connaître comme pro-
fesseur. Il commença dès lors à publier ses
compositions pour le piano, et fit paraître des
sonates, des rondos, des exercices, des thèmes
variés, etc., qui furent publiés à Berlin, chez
Schlesinger et à Leipsick. L'ouvrage qui a le
plus contribué à faire connaître Greulich avan-
tageusement est sa méthode de piano, divisée
en quatre parties, publiée à Berlin en 1828.
On en trouve une analyse détaillée, par Gleich-
mann, dans la Cœcilia, tome XIV, p. 265 et
suivantes. Ses compositions sont au nombre
d'environ quarante œuvres.
GRIEBEL (Aloïs), né à Wtlrzbourg en
1779, apprit l'harmonie et la composition de
Joseph Kraft, au couvent de Haidelfeld , en
Bavière. Après que son éducation musicale eut
été terminée, il visita Bamberg, Nuremberg
et Kaisersheim, et obtint une place d'organiste
dans cette dernière ville; mais après six mois
d'exercice, il la quitta et se rendit en Hollande.
Il se disposait à s'embarquer pour l'Angle-
terre, lorsque la guerre vint mettre obstacle à
ce projet, et obligea Griebel à retourner en
Allemagne. Il prit sa route par Francfort et
Sluttgard, puis alla se fixer à Munich, et s'y
établit comme maître de piano. Sans posséder
une habileté de premier ordre, il se faisait
remarquer par le goût et l'expression de son
jeu. Il a publié : 1» Marche à (juatre mains
pour le piano, Munich, Falter. 2" Grande
sonate pour piano seul, Mayence, Schott.
3° Sonate pour piano, op. 2. Munich, Falter.
4" Rondeau pour le piano, op. 5, ihid.
GUIEPEINKERL (Frédehic -Conrad) ,
professeur au collège Carolinum de Bruns-
wick, naquit à Peina, petite ville du royaume
lie Hanovre, en 1782. Il avait été instituteur à
Hofwyl, dans le canton de Berne, pendant
plusieurs années, avant de se fixer à Brunswick.
Il est mort dans cette ville, le 6 avril 1849.
Cultivant avec ardeur la philosophie et la mu-
sique, il avait rassemblé une précieuse collec-
tion d'œuvres des maîtres anciens, qui a été
vendue après sa mort. Dans son livre intitulé :
Lehrbuch der Aisllietik (Brunswick, Vieweg,
1827, in-S", 2 parties), Griepenkerl traite
mieux de la musique que la plupart des philo-
sophes qui ont écrit sur l'esthétique d'une ma-
nière générale. On trouve aussi de bonnes
choses concernant cet art dans son traité de
Logique {Lehrbuch der Logik)^ dont la
deuxième édition a été publiée à Helmsladt, en
1831. On est redevable à Griepenkerl de l'édi-
tion la meilleure et la plus complète des œu-
vres de Jean-Sébastien Bach {voyez ce nom),
pour le clavecin et pour l'orgue, avec une
bonne préface (Leipsick, Peters).
GRIEPENKERL (Wolfcang-Robert) ,
fils du précédent, né à Hofwyl, le 4 mai 1810,
a fait ses éludes à Brunswick et à l'Université
de Leipsick. Il a été, pendant plusieurs années,
professeur de langue et de littérature alle-
mande à l'Ecole des cadets à Brunswick ; mais
ses opinions politiques le déterminèrent à se
fixer à Brème, en 1851 . Comme son père, il est
amateur de musique. Ses ouvrages relatifs à
cet art sont des opuscules de peu d'étendue,
sous les titres suivants : \° Das Mustkfest oder
die Beethovener (la Fête musicale, ou les par-
tisans de Beethoven, nouvelle), Leipsick,
1838, in-8''; deuxième édition, ibid. , 1841,
in-8». 2» Ritter Berlioz in Braunschweig
(le chevalier Berlioz à Brunswick), Brunswick,
1843, in-S". ô" Die Oper der Gegenwart
(l'Opéra contemporain). Leipsick, 1847, in-8°.
Ces écrits sont empreints du plus vif enthou-
siasme pour la nouvelle école de musique de
l'Allemagne. Griepenkerl est auteur des deux
tragédies intitulées : Maximilien Robespierre^
et les Girondins, pour lesquelles Henri Littolf
{voyez ce nom) a écrit des ouvertures.
GRIESBACII (Jean-Henri), fils aîné d'un
musicien allemand au service du roi d'Angle-
terre, Georges III, est né à New-Windsor en
1798. A l'âge de huit ans, il commença l'étude
de la musique et du piano, sous la direction
de son oncle G. L. J. Griesbacl\, professeur de
musique à Londres^ et ses progrès furent si
rai)ides, qu'il excita l'étonnement de la famille
royale lorsqu'il joua devant elle en 1810. Peu
de temps après , il devint élève de Kalk-
brenner qui le prit en affection et le logea chez
lui. M. Griesbach s'est fait connaître par quel-
ques compositions, dont les plus importantes
sont : 1" Quatuor pour piano, violon, alto et
basse, dédié à Kalkbrenner. 2° Deux fantai-
sies pour piano, o" Romance pour le piano.
4» Quelques duos à quatre mains.
GRIESIISGER (Georce-Adcuste), secré-
taire de la légation de Saxe, né à Vienne, mort
le 27 avril 1828, a donné sur Haydn, qu'il
avait connu, une intéressante notice biogra-
GRIESINGER — GRIMAREST
111
phique, inlilulée : Biographische nolizen
iiber Joseph Haydn, Leipsick, Breitkopf el
Haerlel, 1810, 126 pages in-8», avec deux
planches qui représentent cinq médailles dé-
cernées à Haydn par diverses sociétés ou aca-
«lémies. C'est la notice de Griesinger qui a
servi de base à celle que Framery a publiée
peu de temps après, en français.
GRIFFI (Horace), compositeur italien du
seizième siècle, est un des auteurs dont on
trouve des madrigaux dans la collection qui a
pour litre : De' Floridi virtuosi d'Italia il
terzo libro de madrigali a cinque voci, nuo-
vamente composti e dati in luce. In Venezia
apresso Giacomo Vincenti e Ricciardo Ama-
dino, 1586, in-4».
GRIFFIIV (Geoiiges-Charles), pianiste et
compositeur anglais, naquit à Londres, vers
1770. Il fut un des fondateurs de la Société
philharmonique de cette ville. Cet artiste a pu-
blié : 1" Sonate pour le clavecin, Londres, Pres-
ton, 1797. 2° Concerto pour le clavecin, ibid.
5» Sonate pour le clavecin, dédiée à Miss War-
ner, ibid. 4» Sonate favorite, op. 4, Londres,
Lbngman. 5» Trois quatuors pour deux vio-
lons, alto et basse, op. 8, Paris, Imbault (Ja-
net). 6" Sonate brillante pour le piano, op. 10,
Bonn, Simrock. Griffîn aurait été vraisem-
blablement un compositeur distingué s'il eût
trouvé plus de goût, dans son pays, pour la
musique sérieuse et classique.
GRIFOIVI (Antoine), Vénitien, aveugle-
né, vivait au commencement du dix-huitième
siècle. Il a publié un œuvre de musique pra-
tique intitulé : Suonate da caméra a due vio- >
Uni, con il violoncello e cembalo, opéra
prima, Venise, 1770, in-4».
GRIGÎSY (N. DE), organiste de l'église
cathédrale de Reims, au commencement du
dix-huitième siècle, a fait imprimer, en 1700,
un livre de pièces d'orgue, contenant des mo-
tets et des hymnes pour les principales fêtes de
l'année.
GRILL (François), compositeur à Olden-
bourg, mourut en cette ville, vers 1795. Ger-
ber dit qu'il avait choisi Haydn pour modèle
dans ses compositions. On connaît sous son
nom : 1" Trois sonates pour clavecin avec violon
obligé, op. 1. 2» Trois idem, op. 2. 3» Trois
quatuors pour deux violons, alto et basse,
op. ô, Offenbach, André. 4" Trois sonatespour
clavecin et violon obligé, op. 4, ibid. 5» Trois
quatuors pour violon, op. 5. 6" Six sonates
liour clavecin et violon, op. 6, ibid. 7" Six
«luatuors pour deux violons, alto et basse,
op. 7, ibid. 8" Quatre-vingt-neuf caprices
pour clavecin. Vienne, 1791. 9" Duos concer-
tants pour clavecin et violon, ibid., 1791. Vers
1840, il y avait à Pesth, en Hongrie, un maître
de chapelle du même nom, de qui l'on a quel-
ques compositions pour le chant.
GRIM.4.LDÏ (le chevalier Nicolino), né à
Venise, vers 1685, eut de la célébrité comme
basse chantante et comme acteur. En 1710, il
se rendit à Londres presque dans le même
temps que Haendel, et y chanta avec beaucoup
de succès dans le Rinaldo de ce grand maître.
En 1718, il chanta à Naples, dans le même
opéra. Quanz le rencontra à Venise, en 1726,
et l'entendit au théâtre ; il était alors plus ad-
miré comme acteur que comme chanteur. Il
avait été fait en cette ville chevalier de Saint-
Marc. Grimaldi avait reçu de l'instruction lit-
téraire et écrivait bien envers. Avantde quitter
Londres, il composa les livrets italiens des
opéras de Hamlet et de Hydaspe, qui furent
représentés en 1712. On ne le connaissait en
Italie que sous le nom de Nicolino.
GRIMALDI (François-Antoine), publi-
ciste et historien, naquit en 1740, à Seminora,
dans la Calabre, et s'établit à Naples, où il
exerça la profession d'avocat. Vers la fin de sa
vie, il fut nommé auditeur militaire. II mou-
rut à Naples, en 1784, à l'âge de quarante-
quatre ans. Amateur passionné des arts, par-
ticulièrement de la musique, Grimaldi a écrit
une brochure intitulée : Lettera sopra la mu-
sica, Napoli, 1766, in-S" de soixante-quatre
pages. Ces opuscule est relatif aux effets mo-
raux de l'art j particulièrement dans l'anti-
quité.
GRIMALDI (Louis DELLA PIETRA,
marquis), de la famille des princes de Monaco,
naquit à Gênes, en 1762. Il cultiva la musique
avec succès, joua bien du violon, qu'il avait
étudié sous la direction de Pugnani, et com-
posa des concertos pour cet instrument. Ses ou -
vrages sont restés en manuscrit. Il avait
épousé une dame de Florence , musicienne
distinguée, dont il eut deux filles qui se firent
remarquer i)ar leur talent dans l'art du chant.
Le marquis Grimaldi est mort à Turin, le
31 juillet 1834. Il avait vu la principauté de
Monaco passer dans une autre branche de sa
famille : le Congrès de Vienne de 1815 ayant
reconnu les droits du duc de Valentinois sur
cette principauté, Grimaldi ne cessa jusqu'à sa
mort de réclamer contre cette décision.
GRIMAREST (Jean-Léonard LE GAL-
LOIS DE), né à Paris, dans le dix -septième
siècle, était écrivain médiocre, et cejiendant il
fut recherché dans le monde, parce qu'il avait
m
GRIMAREST — GRIMM
le talent de conter avec agrément des anec-
dotes dont il possédait un ample répertoire. Il
donnait des leçons de langue française aux
étrangers de distinction qui visitaient Paris,
leur servait de cicérone, et disait, avec une va-
nité ridicule, que c'était lui qui avait donné de
l'esprit à tout le Nord. Il mourut à Paris, en
1720, dans un âge avancé. Au nombre de ses
productions, depuis longtemps oubliées, il en
est une qui a pour titre : Traité du récitatif
dans la lecture, dans Vaction publique, et
dans le chant ; avec un traité des accents,
de la quantité et de la ponctuation, Paris,
Jacques Lefèvre, 1707, in-12. Nouvelle édi-
tion, Amsterdam, 1740, in-12. Quoiqu'il soit
dit au frontispice de cette deuxième édition
qu'elle est augmentée, je n'y ai trouvé aucune
différence avec la première. L'ouvrage est di-
visé en huit chapitres dont les deux premiers
seulement sont relatifs à la musique. Par réci-
tatif, Grimarest entend le récit dans la lecture,
dans le débit oratoire et dans la déclamation,
comme dans le chant. Au reste, il n'y a dans
tout ce livre que des observations sans intérêt.
GRIMM (Henri), cantor à Magdebourg, au
commencement du dix-septième siècle, se ré-
fugia à Brunswick, à l'époque de l'invasion de
l'Allemagne par les Suédois, et devint cantor à
l'église Sainte-Catherine. Il mourut le ISjuillet
1637. Ce musicien s'est fait connaître avanta-
geusement par la publication des ouvrages sui-
vants de sa composition : '[°Unterricht,wie ein
Knabe nach der Guidonischen Art zu solmi-
siren leichtanyefiihrtverden kœnne (Instruc-
tion d'après laquelle un enfant peut être conduit
facilement à solfier d'après l'ancienne méthode
de Gui d'Arezzo) , Magdebourg, 1624, in-S".
4" Tyrocinia seu exercitia tyronum musiez,
concert ationibus variis tam ligatis quam so-
lutisad très voces ,pro schola Magdeburgensi
concinnata et elaborata. Halle, 1624, in-8°. La
seconde édition a paru à Magdebourg, en 1626,
in -8". Z" Missen und deutsche Psalmen, fiir
5 und 6 Stimmen, Magdebourg, 1628, in-4".
Cet œuvre contient dix pièces. 4" Passion,
deutsch Gesangweise mit vier Stimmen, etc.,
(la Passion, mélodies allemandes à quatre
voix, etc.), Magdebourg, 1629, in-4"'. 5° Il y a
une collection de motels composés par Grimm,
qui a pour titre : Festibulum hortuli harmo-
ntcî. J'ignore le lieu et la date de l'impression.
Grimm a donné aussi une seconde édition de
l'ouvrage de Baryphonus, intitulé : Pléiades
musicx, et y a joint une préface, Magdebourg,
1630. Conrad Mallhei (in Tract, de mod. mu-
sicis, page 15) cite un livre de Grimm, sous le
titre : De Monocordo, en allemand. Walther,
Forkel et Gerber, qui l'indiquent d'après lui,
n'en ont point découvert la date.
GRIMM (Fréderic-Melchior, baron DE),
littérateur, naquit à Ratisbonne le 26 décem-
bre 1723. Ses parents étaient pauvres, néan-
moins ils s'épuisèrent en efforts pour lui donner
une bonne éducation qui, plus tard, lui tint
lieu de fortune. La musique n'y fut point
étrangère. Arrivé à Paris vers 1747, il y forma
des liaisons avec la coterie philosophique, et le
goût de la musique le rapprocha de J.-J. Rous-
seau. C'était à peu près le seul point de contact
qu'il y eût entre deux hommes fort différents
l'un de l'autre; cependant ils s'unirent par
des liens d'une amitié qui parait avoir été
sincère chez Rousseau, mais qui fut plus ap-
parente que réelle de la part de Grimm. La
troupe de chanteurs italiens qui, sous le nom
de 6oM/7bns. vint à Paris en 1752 jouer des
intermèdes ou opéras bouffes, fit éclater de
vives discussions entre les admirateurs fana-
tiques de l'ancien Opéra français et les parti-
sans d'un goût plus moderne ; ils se séparèrent
en deux camps, dont l'un, composé des admi-
rateurs de LuUi et de Rameau, se plaça sous
la loge du roi, et fut appelé le Coin du roi, et
l'autre s'établit sous la loge de la reine. Grimm
engagea le combat, mais d'une manière assez
timide, par sa Lettre sur Omphale, tragédie
lyrique, reprise par l'Académie royale, le
14 juillet 1752, sans nom de ville ni d'impri-
meur, 1752, in-8». Cet écrit fut suivi d'un
autre beaucoup plus piquant, intitulé : le Petit
Prophète de Boemischbroda, 1753. in-S", ré-
imprimé à Paris en 1754, puis à La Haye, en
1774, in-12, enfin dans le Supplément à la
Correspondance littéraire de MM. Grimm
et Diderot, etc. ; publié par Ant.-Alex. Bar-
bier, Paris, 1814, 1 vol. in-8'', et dans le quin-
zième volume de la dernière édition de cette
correspondance. Il en a été fait aussi une
édition à Dresde, chez Walther, 1753, in 8".
Grimm, amateur passionné de la musique ita-
lienne, déverse le ridicule sur ses adversaires
dans cette brochure satirique. M. Quérard se
trompe {France littér., t. III, p. 480), lors-
qu'il présente comme une édition de cet écrit
celui qui a pour titre : Les vingt-un chapitres
de la prophétie de Gabriel Johannes Nepo-
mucenus-Franciscus de Paula JFaldstorch,
dit TFaldstorchel, qu'il appelle sa vision,
Prague, in-12. Ce dernier pamphlet, éciiten
allemand, est en partie une imitation, et en
partie une traduction de celui de Grimm par
Madame Gottsched.
GRIMM
Mi
Grimm, devenu en l'ijô le correspondant
littéraire de la duchesse de Saxe-Gotha, écrivit
à cette princesse une suite de longues lettres
jusqu'en 1790, c'est-à-dire pendant trente-sept
ans, sur toutes sortes de sujets de littérature,
de polémique, de musique, de peinture, etc.
Ces lettres ont été publiées en différentes par-
ties, sous le titre de Correspondance litté-
raire, philosophique et critique, adressée à
un souverain d'Allemagne, par le baron de
Grimm et Diderot, Paris, 1812-1814, dix-sept
volumes in-8". La dernière édition, donnée par
M. Jules Taschereau (Paris, Furne, 1829-1831)
est en (|uinze volumes in-S", avec un volume
de correspondance inédite et de fragments.
Dans toute celte correspondance, on trouve
beaucoup de choses intéressantes sur la mu-
sique française et sur plusieurs musiciens,
particulièrement sur les opéras de Monsigny,
de Duni, de Philidor, de Grétry, de Gluck, sur
Mozart, etc. Les jugements de Grimm ne sont
pas toujours exempts de prévention ni d'er-
reur; mais on y trouve, en général, un goût
assez pur et une certaine connaissance de l'art.
On a aussi de cet écrivain :ZeUre de iV. Grimm
à M. l'abbé liaynal, sur les remarques au
sujet de sa Lettre d'Omphale. Elle a paru
dans le Mercure de France du mois de mai
1732, et a été réimprimée dans le supplément
de Barbier et dans le quinzième volume de
l'édition de la correspondance publiée pi:r
M. Taschereau. Forlcel et Lichten thaï ont donné
d'une manière inexacte le titre de cet opuscule,
car ils ont écrit Lettre à M. Grimm, au lieu
de Lettre de M. Grimm. Ils ont supposé une
autre édition de cette lettre, datée de Paris,
1752, in-S" : elle n'a été publiée alors que dans
le Mercure. Grimm a donné dans VEncyclo-
pédie de D'Alembert et de Diderot un long
article sur le Poème lyrique, dans lequel il
a traité de l'Opéra français., et de l'Opéra
italien. Ce morceau a été réimi)rimé dans le
supplément de Barbier et dans le quinzième
volume de M. Taschereau.
A l'époque où la révolution française prit
un caractère de violence (jui conduisit à la
terreur, Grimm s'éloigna de Paris et se retira
à la cour de Gotha, où il fut accueilli avec fa-
veur. L'impératrice de Russie le nomma, en
1793, son ministre plénipotentiaire près des
Etals de la Basse-Saxe. L'empereur Paul \" le
confirma dans cet emploi, qu'il conserva jus-
qu'à ce qu'une maladie douloureuse, suivie de
la perte d'un œil, l'obligea de renoncer aux
alTaires. Il retourna alors à Golha, y passa les
dernières années de sa vie, et y mourut le
BIOCR. UrClV. DES MUSICIENS. T. IV.
18 décembre 1807, à l'âge de quatre-vingt-
quatre ans.
(ilVOlM (jEAN-FRÉDÉuic-CnAnLEs) , méde-
cin cl conseiller du duc de Golha , né à Eise-
nach en 1757, est mort dans cette ville le
28 octobre 1821. On a de lui un livre intitulé :
Bemerkungen eincs reisenden durch Deutsch-
land , Frankreich , Holland und Enyland
(Remarques d'un voyageur en Allemagne, en
France, en Hollande et en Angleterre), Allen-
bourg , 1775, trois parties in-8''. Cet ouvrage,
écrit sous la forme de lettres, renferme des
renseignements et des aperçus sur la musique
en France et en Angleterie. Forkel a donné
des extraits de ces lettres dans le premier
volume de sa Bibliothèque musicale, p. 232
à 250.
CjiRIj^lDÏ (GuiLiAUME-CnARLEs), sous-hibllo-
thécaire à Gœtlingue, est né à Hanau, le 24 fé-
vrier 1786. Il commença ses éludes à Cassel
avec ses frères, puis, en 180i, il alla à Mar-
burg, où il fit un cours de droit. Nommé secré-
taire de la Bibliothèque de Cassel, en 1814, il
occupa cette jilace pendant seize ans. En 1830,
il a été appelé à Goettingue comme sous-biblio-
thécaire ; mais il quitta celte position en 1838
pour rejoindre son frèie aîné à Cassel, et
en 1841, il le suivit à Berlin. Depuis lors ils
ont uni leurs travaux pour de grandes entre-
prises liltéraires et philologiques. Ils ne sont
plus connus en Allemagne que sous le nom
des frères Grimm. Guillaume-Charles Grimm
a publié un recueil d'anciennes chansons et
ballades danoises, traduites en allemand, avec
des remarques et une bonne préface, intitulé :
JUdanische Heldenlieder , Balladen , und
Mxrschen , iibersetzt von etc., Ileidclbcrg,
Mohr und Zimmer, 1811, un vol. in-8» de 345
et xl pages. Ce recueil, qui n'est pas sans
intérêt pour l'histoire de la musique, avait été
précédé par une publication du même genre
faite par Robert Jamicson, sous ce titre : Po-
pular ballads and songs from tradition,
manuscripts, and scarce éditions with trans-
lation of similar pièces from the ancient
danish language and a few originals, Lon
dres, 1809.
GRIMM (Louis-Jacques) , frère aîné du
précédent, érudit et philologue célèbre par
ses travaux sur la langue allemande et sur la
mythologie des anciennes nations germani-
ques, est né à llanau, le 4 janvier 1785.
Après avoir l'ait ses études à Marbourg, il fut
employé à diverses missions diplomaliqnes,
puis fut professeur de littérature allemande à
l'L'niversité de Gœttingue j donna sa démissîoa
114
GRIMM — GPilSAll
en 18Ô7, lors de rabolilion de la constitulion
).ar le roi de Hanovre, vécut quelque temps à
Gassel dans la retraite, et fut appelé à Berlin,
en 1841, comme membre de l'Académie de
cette ville. Ce n'est point ici le lieu de parler
des Immenses travaux de ce savant; il n'y est
cité que pour une publication intéressante qui
a pour titre : Jlymnorum veteris ecclesiœ
XXVI interpretatio theolisca, Gœttingue,
1830, in-4'' de soixante-seize pages. Ces an-
ciens monuments de la langue théotisque ou
tudesque, qui appartiennent au neuvième
siècle, ont de l'intérêt pour l'histoire de la
musique. Voyez à ce sujet l'écrit de Hoffmann
de Fallersleben, intitulé : Elnonensia, traduit
et commenté par feu J.-F. Willems, Gand,
F. et E. Gyselynck, 1837, in-4'', de trente-
quatre pages.
GIIIMMER (François), né à Augsbourg,
en 1728, était fils d'un trompette du prince-
évéque. Pendant le cours de ses études litté-
raires, il apprit la musique sous la direction
de son' père, et la composition chez Giulini. Il
suivit ensuite des cours de philosophie et de'
jurisprudence à Salzbourg, mais sans négliger
la musique, qui était pour lui l'objet d'une vé-
ritable passion. Les difficultés qu'il éprouva à
se procurer un emploi le décidèrent à se faire
acteur et chanteur d'Opéra. Il entra d'abord
dans la troupe de Roberwein, pour y chanter
des rôles comiques, puis dans celle de Félix
Berner. Après avoir vécu neuf ans dans cette
dernière position, il se fit hii-même directeur
d'une troupe d'enfants qui jouait des opérettes
dont Grimmer écrivait la musique; il dirigeait
lui-même l'orchestre. Ses petits acteurs, étant
devenus grands, se dispersèrent, et Grimmer
n'eut plus d'autre ressource que de donner des
leçons et de composer quelques morceaux
de musique d'église. Il mourut à Biberach,
en 1807.
GRIMMER (Frédéric), de la même famille
que le précédent, et compositeur de Lieder et
de balladeSy a fondé, à Dresde, un Salon de
musique, en 1845, où l'on faisait entendre des
concerts de chant. On connaît de lui environ
dix œuvres de chants avec accompagnement
de jiiano.
GRISAR (Albert), compositeur, né à An-
vers, le 30 décembre 1808, d'une famille hono-
rable, fut destiné au commerce dès son enfance.
Après eu avoir étudié les éléments et le méca-
nisme pendant six ans dans une des premières
maisons <le cette ville, il alla achever son ap-
lirenlissage à î.iverpool. Cependant ses goûts
ne sym[iaihisaicnl pas avec les desseins de ses
parents pour son avenir. La musique lui avait
été enseignée comme le complément de son
éducation; mais au lieu de considérer cet art
comme un délassement, il l'avait pris au
sérieux et s'était épris de passion pour lui.
Dès lors une sorte de lutte s'engagea entre lui
et sa famille qui, suivant les idées d'une ville
toute commerçante, ne pouvait comprendre
qu'on renonçât aux affaires pour se faire mu-
sicien. La destinée de Grisar finit par s'accom-
plir; il quitta furtivement Liverpool, se rendit
à Paris, et courut, chez Reicha, lui demander
des conseils, au mois de juillet 1830, peu de
jours avant les mémorables événements qui
changèrent la situation politique de l'Europe.
Dès lors il ne s'occupa plus que de l'objet de sa
prédilection, et le grand livre du commerçant
fit place à l'harmonie. Toutefois il ne put
qu'ébaucher ses études de composition sous la
direction de Reicha. Une révolution avait aussi
éclaté dans son pays,et la viile d'Anvers en avait
éprouvé de pénibles effets. Grisar fut obligé do
revenir près de sa famille, et ce fut au milieu
des horreurs d'un siège qu'il continua ses lia-
vaux. Une simple romance {la Folle) commença
sa réputation d'artiste; expressive et remar-
quable par une certaine élégance de forme,
elle obtint un succès de vogue en Belgique et
en France. Un ancien vaudeville arrangé en
opéra-comique, sous le titre du Mariage im-
possible, fut le premier ouvrage de quelque
importance par lequel Grisar se fit connaître :
il fut joué à Bruxelles, au printemps de 1833,
et quoique faible de conception, il y obtint du
succès. Le gouvernement crut devoir encou-
rager le premier essai d'un jeune artiste qui
donnait des espérances, t-t il lui accorda une
somme de douze cents francs pour l'aider à
compléter son éducation musicale. Le jeune
compositeur retourna à Paris, et y publia
bientôt après un album de romances, dans
lequel on a particulièrement distingué ^dieti,
beau rivage de France. Depuis lors, il a fjit
paraître beaucoup de légères compositions du
même genre, qui ont eu du succès. En 185G, il
a donné à l'Opéra-Comique Sarah, en un acte,
dont le sujet paraît avoir été fourni parla ro-
mance de la Folle. Il y a des intentions drama-
tiques dans cet ouvrage ; mais les défauts d'une
éducation musicale tanlivement développée s'y
font apercevoir partout. L'harmonie n'en est
point riche, l'instrumentation manque d'éclat
et de variété; enfin, la partition tout entière
décèle l'inexpérience dans l'art d'écrire. Cet
ouvrage fut suivi de V.^n mille, iietit opéra-
comi(iue en un acte, qui a été icpiésenté au
GRISAR - GRISL
115
mois de juin 1837. Dans ranoée suivante, le
jeune compositeur donna au même thûâtie
V Eau merveilleuse , qui eut du succès et marqua
un progrès dans son talent : cet ouvrage fut
suivi des Travestissements, en 18r30. A l'occa-
sion des fêtes qui furent célébrées à Anvers,
en 1840, pour l'inauguration de la statue de
Rubens, Grisar écrivit une ouverture de fêle
qui fut exécutée dans un grand concert. Cepen-
dant, ayant compris ce qui manquait à son
éducation musicale pour parcourir avec éclat
la carrière de compositeur dramatique, il se
rendit à Naples, vers la fin de la même année,
et se mil sous la direction de Mercadanle. Je
le trouvai dans cette ville, en 1841, occupé
d'études de contrepoint et peu satisfait de ce
qu'il avait écrit auparavant. Le charme du
climat de Naples, puis de Rome, où il vécut
quelque temps, le retint en Italie pendant plu-
sieurs années. De retour à Paris, après une
longue absence, il donna au théâtre de l'Opéra-
Comique, le 21 février 1848, Gilles ravisseur^
joli ouvrage en un acte, qui fut bien accueilli
du public, et qui est resté an lépertoire des
tliéàtres français. Le 12 janvier 1830, il a fait
représenter au même théâtre les Porcherons,
en trois actes, composition [ilus importante
liui a placé Grisar au niveau des compositeurs
d'opéras-comiques les plus en vogue. Bonsoir
monsieur Pantalon, farce en un acte, dont la
partition est écrite d'un ton gai et facile, fut
la seule production du (alentde Grisar, en 1831;
elle fut jouée le 19 février de cette année.
Après cette date, il y eut un long intervalle
j)endant lequel Grisar n'écrivit aucun ouvrage
nouveau; ce ne fut que le 10 janvier 1853 qu'il
I eparut sur la scène avec un opéra en un acte,
intitulé : îe Chien du jardinier^ où l'on re-
trouvait son style mélodique et facile. Éloigné
ensuite du théâtre par une longue maladie, û
a cessé d'écrire.
(illISI (Judith), cantatrice, naquit à Milan,
non en 1802, comme le dit le Lexique de mu-
sique publié par Schilling, mais en 1803.
Llle fut admise fort jeune au Conservatoire
de cette ville et y reçut des leçons de Minoja,
jiuis de Banderaii. Sa voix, mezza soprano
«i'une qualité <iure et peu flexible, exigea beau-
coup de travail pour obtenir une égalité qui
n'a jamais été complètement satisfaisante.
Bladcmoiselle Grisi rachetait ce défaut j)ar un
sentiment musical et dramatique plein d'éner-
gie. Ses premieis débuts eurent lieu dans des
conceits donnés par le Conservatoire de Milan.
En 1S2Ô, elle joua, à Vienne, dans Bianca e
faliero de Rossini, et le public de cette ville,
jilus satisfait de ses qualités que choqué des
défauts de son organe, l'apjjlaudit et la classa
parmi les cantatrices distinguées de cette
époque. De retour en Italie, mademoiselle Grisi
chanta à Milan, à Parme, à Florence, à Gênes
et à Venise. Dans cette dernière ville, Bellini
éciivit pour elle le rôle de Romeo dans son
opéra i Capuleti ; ce rôle lui fit honneur, et
dès lors sa réputation s'étendit. Au mois de
novembre 1832, elle débuta, au Théâtre-Ita-
lien de Paris, dans la Siruniera, où elle pro-
duisit peu d'effet ; mais ensuite le rôle de Ro-
meo et celui de Malcolm, dans la Donna dil
Lap^o, lui furent plus favorables, et son succès
n'y fut point contesté. Au printemps de 1833,
elle retourna en Italie. Mariée dans l'année
suivante au comte Barui de Milan, elle cessa
de chanter à la scène, et passa une partie de
chaque année dans une villa que son mari
possédait i)rès de Crémone. Elle y mourut le
î'"" mai 1840, à l'âge de trente-cinq ans.
G llïSÏ (Julie ou Juliette), sœur de la pré-
cédente, née à Milan, le 28 juillet 1811, est
fille d'un officier topographe au service du
loyaume d'Italie, et nièce de la célèbre canta-
t! ice madame Grassini. Élevée dans un pen-
sionnat de Milan jusqu'à l'âge de onze ans, elle
fut ensuite envoyée au couvent des 3Iantalette
à Florence, où elle reçut les premières leçons
de musique et de piano. Trois ans après, elle
alla, à Bologne, étudier l'art du chant sous la
direction de Giacomo Giacomelli ; puis elle dé-
buta, au théâtre de cette ville, dans le petit
rôle d'Emma de la Zelmira. Engagée pour le
carnaval suivant au même théâtre, elle y
chanta dans le Barbier de Séville, dans lo
Sposo di Provincia et dans Torvaldo e Dor-
liska, puis elle reçut un engagement pour le
théâtre de la Pergola, à Florence. Rappelée
à Milan, en 1S29, elle chanta, à laScala, dans
le Corsaro, écrit pour elle par Pacini. A cette
époque, elle reçut quelques leçons de ma-
dame Pasta; plus tard, Marliani, composilciir
et son compatriote, a dirigé ses études de chant.
Elle arriva à Paris, en 1832, et s'y fit entendre
pour la première fois, le IG octobre de celte
année, éan% Semiramide ; la beauté régulière
de ses traits, la justesse, la légèreté et l'éten-
due de sa voix assurèrent son succès dès le
premier jour, quoiqu'il fût facile, pour une
oreille exercée, d'apercevoir de l'inexpérience
chez la jeune cantatrice. On lui doit la justice
de déclarer que le succès ne l'aveugla point sur
ce qu'il lui restait à acquérir; elle continua
ses études avec persévérance, ses progrès furent
rapides, et la faveur i>ul»liquc s'accrut chaque
8.
116
GRISI — GROLL
jour pour elle. Plusieurs opéras, parliculière-
ment celui de iPuritani, de Bellini, ont été
écrit à Paris pour cette cantatrice ; elle y a
fait adopter avec enthousiasme le chant à
demi-voix dont elle faisait un fréquent usage.
Dans les ouvrages qui exigent un plus grand
caractère de chant, tels que Norma, elle était
moins avantageusement placée; mais dans la
suite, son organe acquit du volume et de la
puissance, et les grands rôles dramatiques
furent ceux qu'elle chanta de préférence. Pen-
dant près de quinze ans, mademoiselle Grisi
tint remploi de prima donna assoluta à
Paris et à Londres avec beaucoup d'éclat. Plus
tard sa voix laissa apercevoir des traces de
fatigue, et la justesse de son intonation devint
plus que douteuse. Cependant elle a conservé
longtemps encore la faveur du public de l'An-
gleterre. Elle a fait avec Mario (voyez ce nom)
vin voyage en Amérique et a chanté au ïhéâlre-
Italien de New-York; mais le succès n'a pas
répondu à son attente. Parvenue à l'âge de
quarante-huit ans, au moment oii celle notice
est écrite, elle est au terme de sa carrière théâ-
trale.
GROBTIZ (A.), luthier allemand établi à
Varsovie, vécut dans la première moitié du
dix-huitième siècle. Dans ses violons, il a imité
les formes de l'école de Steiner.
GUOEl^E (Antoine-Henri), secrétaire du
prince de Lippe-Delmold, a publié : 1" Chan-
sons religieuses et historiques, Rinteln, 1791,
in-4''. 2" Douze sérénades pour piano, violon
et violoncelle, ibid. 1792, in-fol. 3" Deux
sonates et seize morceaux de chant, ibid.,
1789.
GROENEMANIN (Albert), né à Cologne,
demeura d'abord à Leyde, où il se trouvait en
1739. Il y brillait comme violoniste et dispu-
tait le prix du talent à Locatelli, qui demeurait
alors à Amsterdam. Vers 1750, il fut appelé à
La Haye en qualité d'organiste de la grande
église. En 17()0, sa raison fut troublée; on le
mita l'hôpital, et il y mourut quelques années
après. Cel artiste a fait graver, en 1740, douze
solos pour le violon et six trios pour deux vio-
lons et llùle.
GROEINEMANjV (Jean-Frédéric), frère
du précédent, né, comme lui, à Cologne, fut
professeur de musique à Amsterdam, et tit
imprimer dans cette ville, en 1753 et 1754,
trois livres de sonates pour la flûte. Plus tard,
cet ar'isle fixa son séjour à Londres.
GUOETSLAIND (P.), codirecteur de la fa-
l)rique royale de poixelaine de Copenhaguo,
amateur de nmsitiuc, était à Kiel, en 1782.
pour faire ses études , et s'y lia avec Cra-
mer qu'il aida dans la rédaction de son écrit
périodique intitulé : Magasin de musique.
Arrivé à Copenhague, il fut d'abord employé
dans la cbancellerie allemande; puis il obtint
la place indiquée ci-dessus. De 1790 à 1800,
cet amateur instruit a publié : 1» Douze
marches et un chant de bataille pour le piano,
Hambourg, Bœhme. 2» Dix-sept chants reli-
gieux à quatre voix et orgue, Hambourg,
Cranz. ô" Odes et chansons religieuses avec
accompagnement de piano, Altona, 1798.
4» Sonnets de Schlegel, à quatre voix et piano,
Leipsick, Breilkopf et Haertel. 5" rater unser
de Freudentheil, à quatre voix, avec accom-
pagnement de piano et flûte, Hambourg,
Bœhme.
GïlOH (Henri), directeur de la chapelle du
duc de Mersebourg, dans la seconde moitié du
dix-septième siècle, est connu par les deux
ouvrages dont les litres suivent : 1» Geislrei-
cher Jndacht-TFecker (chants de dévotion
au réveil), airs à quatre voix, 1662. 2» Tafel
Ergœtzung (Divertissements de table), douze
suites, 1670.
4iKOU ou GROEHEN (Jean), composi-
teur, né à Dresde, fut organiste à W^eissenslein,
près de celle ville, et vivait encore vers 1723.
On a de sa composition : l" XXX FI Jntraden
(Trenle-six entrées (1) à cinq parties), Nurem-
berg, 1603. 2» XXX newe ausserlesene Pa-
duanen und Galliarden auf allen mus. In-
strumentenzu gehrauchen, Nuremberg, 1604,
in-4» (Trente nouvelles pavanes et galiardes
choisies à l'usage de tous les instruments).
3" £ettler-Mantel , von mai^cherley guten
Flxchlin zusammen geflickt, mit 4 Slimmen
(Le pauvre manteau, composé de plusieurs
bonnes pièces cousues ensemble), Nuremberg,
1607, in-4''. A" Trente nouvelles pavanes et
galiardes à cinq parties, Nuremberg, 1612,
in-4"'. 5" 104<'Psa/TOSi{21 Fersiculen gesangs-
iveiss gesetzt, und nach Art der Muttetten
zu ô, 4-8 Stimmen (Le 104« psaume, etc.,
à trois, quatre et huit voix), Nuremberg, 1613,
in-4''.
GUOLL (Évermond), né à Nitlenau, près
de Ralisbonne, en 1756, reçut sa première in-
struction littéraire et musicale dans l'abbaye
des Bénédictins à Reichenbacb, et acheva ses
éludes à Ralisbonne. Pendant un voyage qu'il
fit à Munich et dans les environs de celle
résidence, il visita le couvent de Sainl-Nor-
bcrl à Scheftlarn, oii il y avait une très-
(1) Les ciUiccs étaient des :iirs Je ballets.
GROLL — GROSHEIM
117
bonne musique de chœur. Celle musique
causa lant de plaisir à Groll , qu'il de-
manda à être admis dans la maison, ce qui
lui fut accordé. Après avoir prononcé ses
voeux, il fut ordonné prêtre, et nommé direc-
teur de la chapelle. Peu de temps après, on le
chargea aussi de rinslruclion des novices.
Après la suppression du couvent, Groll se re-
lira à Munich, en 1804; deux ans après, il lut
nommé curé à Allerhauses. Il mourut en ce
lieu en 1809. Groll a beaucoup écrit pour
l'église, mais de tous ses ouvrages, on n'a im-
primé que ceux dont les titres suivent : 1» Sex
Missx brevissimx cum totidem Offerloriis,
à quatre voix, orgue et orchestre, op. 1 , Augs-
bourg, Lotter. 2" 4 Missss solemniores, atta-
men brèves, cum totidem OfJ'ertoriis, A voc,
org. ac instrum., op. 2, ibid.
GI\OS (Antoine-Jean), musicien français,
vivait à Paris, vers le milieu du dix-huitième
siècle, et y donnait des leçons de clavecin et de
harpe. Il a jiublié sept ouvrages de musique
instrumentale; son œuvre 4" consiste en trois
duos pour piano et harpe ; l'œuvre 5'' renferme
des petits airs pour le clavecin ou la harpe ; les
œuvres G"^ et 7" contiennent des sonates pour
piano seul.
GROSE (MicHEL-TimoTHÉE), musicien alle-
mand, fut d'abord (vers 1789) organiste de
l'église Saint-Gothard, à Brandebourg; puis il
alla remplir les mêmes fondions à Christiania,
en Norwége ; il se rendit ensuite à Copenhague,
où il était encore en 1812. On connaît de lui :
î« Vingt-quatre chansons avec accompagne-
ment de piano, Leipsick, 1780. 2° Six sonates
faciles pour le piano, Berlin, 1785. On a fait
une deuxième édition de ces sonates, en 1792.
GROSilEIM (GEORGEs-CnniSTOPHE), neu-
vième enfant d'un musicien de la chapelle du
Landgrave deHesse, est néàCassel, le 1^'" juil-
let 1764. A l'âge de quatre ans, il fut envoyé à
l'école; à dix ans, il copiait déjà de la musique
pour apporter un peu d'aide dans la maison de
son père, dont la misère était extrême. Un
ami de sa famille lui donna pendant six an-
nées des leçons de piano et d'harmonie ; mais
en échange de ce bon olïice, il remplit, pen-
dant tout ce temps, les fonctions d'organiste,
comme remplaçantde son maître. Cetteobliga-
tion lui fut utile, car elle lui procura des occa-
sions fréquentes d'entendre de la musique
religieuse, tandis que son travail de copiste le
familiarisait avec la musique de théâlre.
A l'âge de dix-huit ans, il entra comme alto
dans la chapelle du prince à Cassel, et il fut en
même temps nommé professeur de musi'iue à
l'Ecole normale. A la mort de l'électeur Frédé-
ric II, la chapelle et l'Opéra cessèrent d'exis-
ter, et Grosheim n'eût d'autre ressource que
de se livrer à l'instruction pour faire vivre ses
parents ; sa position avait toujours été pénible ;
elle le devint plus encore après cet événement,
et l'indigence dans laquelle il languit long-
temps exerça la plus fâcheuse influence sur ses
travaux. En 1800, ses affaires semblèrent
s'améliorer, parce que l'électeur Frédéric-
Guillaume I" fit ouvrir un théâtre d'Opéra et
lui'offrit une place de chef d'orchestre. Celle
nouvelle position lui procura l'avantage d'écriie
deux opéras, Titania, et das Heilige Kleeblatt
(la sainte Feuille de trèfle), qui furent repré-
sentés, et dont les ouvertures et les airs ont été
gravés à Bonn, chez Simrock. Ce bonheur ne
fut pas de longue durée, car après dix-huit
mois, le théâtre fut fermé^ et Grosheim rede-
vint aussi pauvre qu'auparavant. Après l'orga-
nisalion du royaume de Westphalie, il obtint
la place de professeur de musique de la cour,
mais avec de faibles appointements. Vers la
fin de 181Ô, après le retour de l'électeur à
Cassel, il fut confirmé dans ses fonctions, qui
cessèrent quand les enfants du prince eurent
achevé leurs études. En 1819, l'Université de
Marbourg lui conféra le titre de docteur en
philosophie, et cet événement ranima dans son
âme une sorte d'activité qui sommeillaitdepuis
plusieurs années ; car c'est depuis ce temps
qu'il a produit quelques-uns de ses meilleurs
ouvrages.
Les productions de Grosheim se partagent
en deux classes : la première renferme ses
compositions de tout genre; l'autre, ses écrits
relatifs à l'art. Elles sont nombreuses, et bien
que dans aucune on ne trouve de puissante
conception, néanmoins il y a lieu de s'étonner
que, placé dans la triste situation où sa vie
s'est écoulée, il ait conservé si longtemps du
penchant à produire. Ses compositions les plus
importantes sont restées en manuscrit; on y
remarque : 1" Un oratorio de la Passion. 2» Six
psaumes à quatre voix. 3" Plusieurs grands
morceaux d'église avec orchestre. 4° Titania,
opéra en deux actes, dont les airs seulement
et l'ouverture pour piano ont paru chez Sim-
rock à Bonn. 5° La sainte Feuille de trèfle,
opéra, qui n'a été également publié qu'en ex-
traits pour le piano, chez le même éditeur, en
1798. C" La Sympathie des âmes, drsme,
1790. 7« Prologue et épilogue pour le mariage
du prince héréditaire de Gotha. 8» Six sympho-
nies pour orchestre. 9" Six concertos, dont
trois pour piano, un i)our clarinette, un pour
118
GROSHEIM - GROSJEAN
ttùie, et un pour deux hautbois. 10° Douze
sonates pour piano et violon. Parmi les ou-
vrages gravés, on compte ; 11" Trois fantaisies
pour piano, Mayence, Scholt. 12» Six petites
fantaisies, idem, Bonn, Simrock. lo" Thème
avec deux variations, idem, Cassel, 179ô.
14° Marche de Bonaparte à Marengo, idem,
ibid. 15» Anglaises i)our le piano, Manheim,
Heckel. 16» Préludes d'orgue, cinq parties,
Mayence, Scholt. 17» Les dix commandements
à une, deux, trois et quatre voix avec orgue,
Leipsick. Pelers. 18» Livre choral de l'égîise
réformée de la Hesse, ibid. 19» L'Adieu
d'Hector, de Schiller, pour deux voix et or-
chestre, Leipsick et Cassel. 20» Chants à plu-
sieurs voix pour l'usage des écoles, cinq suites,
Mayence, Schott. 21» Environ dix recueils de
chants et de chansons populaires à voix seule
avec accompagnement de piano, Mayence,
Schott. 22» Plusieurs chants caractéristiques
séparés , idem, Cassel, Leipsick et Mayence.
23» Euterpe, journal de chant et de piano,
une année complète (1797) et le commence-
ment de la deuxième année 1798), Bonn, Sim-
rock. Grosheim s'est lait connaître comme
écrivain par les ouvrages suivants : 1» Das
Leben der Kiinstlerinn Mara ( La vie de ma-
dame 3Iara), Cassel, Lockhardt, 1823, petit
in-8» de 72 pages. 2» Ueber Pflege und An-
icendung der Stimme (Sur la direction et
l'usage de la voix), Mayence, Schott, 1830,
iii-8». û» C'IironologiscItcs J erzeichniss vor-
ziKjlisclicn L'cfœrderer und iMeister der Ton-
liunsl (Catalogue chronologique des promo-
teurs et maîtres de la musique), ibid., 1831,
grand in-8». A" Fragmenleausder Geschiclite
der Musik (Fragments pour l'histoire de la
musique), ibid., 1832. 5° Ueber den P'erfall
der Tonkunst (Sur la décadence de la musique),
(ioettingue, Dietrichl, 1835 in-S». 6» General-
bass-Catechismus (Traité élémentaire d'har-
monie), ibid. Grosheim a aussi fourni un
grand nombre d'articles à la Gazette élégante
{Die eleganten Zeitung), au Libéral (Der
l'reimulhige), au journal de musique hollan-
dais, intitulé : Amphion, et à la Cxcilia.
Enfin, il a été un des collaborateurs du Lexique
général de musique publié par Schilling.
La dernière production de cet artiste esti-
mable et peu fortuné a paru sous ce titre : Fer-
such einer xslhelischcn Darslellung mehrer
Jf'erke dramalischer Tonmeister altérer und
nenerer Zeit. (Essai d'un tableau esthétique
des plusieurs oeuvres dramali(]ucs de com-
positeurs anciens et modernes), Mayence,
Scholt, 1854, in-8», de cent quatrc-vingi-
ircize pages. Les opéras que Grosheim ana-
lyse dans cet écrit sont au nombre de onze ; ce
sont: 1» Le Déserteur, de Monsigny. 2» La
Rosière de Salency, de Grétry. 3» Le Matri-
monio segreto, de Cimarosa. A° Don Juan,
de Mozart. 5» Iphigénie en Aulidc, de Gluck.
G» Le Freisckutz, de Weber. 7» Les Deux
Journées, de Cherubini. 8» Joseph, de Méhul.
0" Zémire et Azor, de Grétry. 10» Iphigénia
en Tauride, de Gluck. 11» Athalie, de Schtitz.
Les biographes allemands et les journaux ont
gardé le silence sur les dernières années de
Grosheim : s'il vit encore (1861) il esl âgé de
quatre-vingt-dix-sept ans.
GIIOSIER (L'abbé Jean-Baptiste Gabriel-
Alexandre), ancien chanoine de Saint-Louis
du Louvre, né à Saint-Omer, le 17 mars 1743,
fut convervaleur de la Bibliothèque de l'Arse-
nal, et mourut à Paris, le 7 décembre 1823.
On a de cet ecclésiastique, qui avait été jésuite
dans sa jeunesse, une Description générale de
la Chine, rédigée d'après les mémoires de
la mission de Pékin, etc. Paris, 1785. Un vol.
in-4» qui forme le treizième de la grande his-
toire de la Chine du P. Mailla. Une troisième
édition, considérablement augmentée, en sept
volumes in-8», a paru en 1818-1820, chez
Pillet aîné. On trouve dans cet ouvrage un
essai sur les pierres sonores de la Chine.
GROSJEAN (Jean-IIomary), organiste de
mérite, est né le 12 janvier 1815 à Rochesson,
village de l'arrondissement de Remiremont
(Vosges). Fils d'un pauvre artisan, il parais-
sait destiné à la profession de son père, lors-
qu'un organiste du pays, nommé Lambert,
ayant remarqué ses heureuses dispositions
pour la musique, se chargea de lui enseigner
les éléments de cet art, dans sa septième
année. Les progrès du jeune paysan furent si
rapides, que dès l'âge de douze ans, il fut en
étal de remplir lui-même les fonctions d'orga-
niste dans le lieu de sa naissance, puis à Pa-
doux, commune située aux environs d'Epinal.
Le temps qu'il passa dans cette dernière posi-
tion fut employé à son instruction par la lec-
ture de quelques bons livres, et à la continua-
tion de ses études musicales. A quinze ans, non
seulement son travail sulfisait pour son exis-
tence, mais il venait en aide à ses parents. En
1837, M. Grosjean fut nommé organiste de la
principale église église paroissiale de Remire-
mont : il se livra aussi pendant quelque temps
dans celle ville à l'enseignement du piano;
mais il n'y fit pas un long séjour, parce qu'il
ohlint au concours, à la fin de 1839, la place
(l'organiste de la cathédrale de Sainl-l)ié
GROSJEAN — GROSS
119
(Vosges). Quelques congi's, (lu'il obtint dans
les années suivantes, lui permirent défaire des
voyages à Paris, pour y augmenter ses con-
naissances dans son art. C'est ainsi qu'il reçut
les conseils de Boely , ancien organiste de
Saint-Germain l'Auxerrois , et qu'il prit des
leçons de piano de M. CamilloStamaty, pianiste
de l'école de Raliibrenncr (uoj/e:; Boely et Sta-
maty) : d'après l'avis du premier de ces ar-
tistes , M. Grosjean se livra à l'étude des
compositions des meilleurs organistes de l'Al-
lemagne, et en fit, pour son usage, des extraits
dont il a tiré en 1850 un recueil de trois cents
versets pour l'orgue, publié par souscription.
On doit aussi à M. Grosjean une collection qui
a pour titre : Jlbum d'un organiste catho-
lique, ou recueil de morceaux d'orgue pour
l'offertoire^ l'élévation, la communion et la
sortie des offices, en deux volumes. Une partie
des pièces contenues dans ce recueil a été
composée par l'éditeur. Enfin, M. Grosjean
rend des services aux organistes des petites
localités par la publication d'un Journal des
organistes , ou choix de musique d'orgue
pour toutes les parties du service divin. 11
prépare en ce moment (1861) une édition
complète des Noëls de la Lorraine, avec les
mélodies populaires. Cet artiste estimable a
fait, en 1857, la découverte d'un manuscrit
précieux dans la Bibliothèque publique de
Saint- Dié : ce volume contient la seule copie
complète connue jusqu'à ce jour de Vlntro-
duçtion à la musique plaine et mesurée de
JeandeGarlande(t>oj/e3GARLANDE), avec d'au-
tres ouvrages de Marchelto de Padoue , de
Francon de Cologne, et d'autres de moindre
importance. M. de Coussemaker a rendu compte
de cette découverte dans une Notice sur un
manuscrit musical trouvé à la Bibliolhèç^ue
de Saint-Dié. Paris, Didron.
GUOSLEY (Pierke-.Ieak), maire de Saint-
Loup, bailli de Chap et de Vaucharsis, membre
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
de Paris, des sociétés académi(iues de Nanci,
Cbàlons, etc., né à Troyes, le 18 novembre
1718, est mort le 4 novembre 1785. Ce littéra-
teur fécond a publié un livre intitulé : Obser-
vations sur l'Italie et sur les Italiens, par
deux gentilshommes suédois. Londres (Paris),
1764, trois volumes in-12; nouvelle édition,
augmentée. Paris, Dehansy, 1774, quatre vol.
in-12. On y trouve un Précis de l'histoire de
la musique et beaucoup de renseignements
sur les musiciens modernes de l'Italie. Il a
paru une traduction allemande de l'ouvrage de
Grosley en 1706. Le mniuc de chapelle llillcr
en a extrait l'essai sur l'histoire de la musique
et l'a inséré dans les n^^ ô, 4, 5, G de ses
JFœchcnitiche Nachrichten und Anmerkun-
gen die Musik betreff'end, de l'année 1767.
GROSS (Pierre), musicien allemand, de-
meurait à Zeitz au commencement du dix-
septième siècle. II a publié un recueil de pièces
pour violons et violes, à cinq parties, en 1616,
in^».
GROSS (Jean), né près de Nuremberg, vers
1688, fut d'abord employé comme violoniste
dans une maison de cette ville j puis il voyagea
en Hongrie, y prit du service dans le régiment
de Losselholz, comme chef de musique, et plus
tard fut en garnison à Vienne. Après six ans
de service, il obtint son congé, et entra dans la
chapelle du prince-évéque de Bamberg. En
1718, il publia, dans celte ville, six solos de
violon de sa composition. Enfin, Gross fut
nommé maître de concert du prince de
Schwartzbourg-Rudolstadt, vers 1723 ; il publia
dans cette même année six sonates pour le
violon, et mourut en 1755.
GROSS (Gottfried-Auguste), compositeur
et écrivain sur la musique, né à Elbing, en
1799, était directeur de musique à Lubeck, vers
18Ô0. Plus tard, il alla se fixer à Hambourg,
où il rédigea, en 1837, le journal qui avait
pour titre : Hamburger musikalische Zeilmtg
(la Gazette musicale de Hambourg), chezSchu-
berth et Niemaier, 1838, in-S». Cette publica-
tion a cessé de paraître avec le cinquante -
deuxième numéro de la môme année. Gross
est devenu postérieurement directeur de mu-
sique à Ilildesheim. On a de cet artiste des
compositions pour le piano et pour le chant,
parmi lesquelles on remarque : Le 91"= psaume
à quatre voix et orchestre, plusieurs cahiers
d'airs allemands avec piano.
GROSS (Jean-Benjamin), frère du précé-
dent, est né à Elbing, le 12 septembre 1809. Il
se rendit à Berlin dans sa jeunesse et s'y livra
avec ardeur à l'élude du violoncelle. Admis
dans l'orchestre du théâtre Kœnigstadt, il en
sortit, en 1831, pour aller à Leipsick, où il
se distingua tians la plupart des réunions de
musique, ainsi que dans les concerts de Ge-
waudhaus. En 1833, une place lui fui offerte à
Uorpat, comme violoncelliste du quatuor du
comte Liphart, dont le célèbre pi'ofesseur Fer-
dinand David (voyez ce nom) était alors pre-
mier violon. En 1835, Gross abandonna celte
position pour celle de premier violoncelle de
l'orchestre du Théâtre-Impérial de Péters-
bourg. En 1847, il obtint une pension pour
ses services à la cour et voyagea en Allemagne
Ii20
G ROSS — G ROSSER
pour y donner des concerts; mais hienlôt il
fut rappelé à Pétersbourg au service du grand-
duc Michel ; mais il ne conserva pas longtemps
les avantages qui lui avaient été assurés, étant
mort du choléra le 1" septembre 1848. On a
de cet artiste distingué quatre quatuors pour
des instruments à cordes ; des études pour le
violoncelle; des duos pour le même instru-
ment; un concerto pour violoncelle et or-
chestre; une sonate pour piano et violoncelle;
un concerto pour ces deux instruments ; des
variations et des pièces de salon, le tout au
nombre d'environ quarante œuvres.
GROSSE (Jean-Georges), théologien alle-
mand, vivait à Bàle, au commencement du
dix-septième siècle, et y a publié, en 1620, un
livre qui a pour titre : Competidhiin quatuor
facultatum , in-S". On y trouve, dans la partie
philosophique , un Compendium musices
(p. 1Ô6 152).
GROSSE (Jean), professeur au Gymnase
de Halle, en Saxe, dans la première partie du
dix-septième siècle, s'est fait connaître par un
petit écrit intitulé : Miscella probkmata de
imisicUj Hallis Saxonum, 1038, in-4'' de huit
pages.
GROSSE (Bernard-Sébasties), prédicateur
à Ilmenau , vers le milieu du dix-huitième
siècle, et assesseur au consistoire suprême du
duché de Saxe-Weimar, a prononcé, en 1765,
un discours à l'occasion de l'érection d'un
nouvel orgue dans l'église de la ville d'Ilme-
nau. Ce discours, accompagné d'une histoire
abrégée de l'oigue^ a paiu sous ce titre : Die
heiUgen p'erriclUungen in dem I/ause des
J/errn bey der ncuen Orgel in der Ilmenauis-
chen Sladlkirche vorgeslellt, und mit einer
Kurzgefassten Orgelgeschichte zum Druck
iibergeben , Eisenach, 1705, deux feuilles et
demie in-S".
GROSSE (Samuel-Dietrich ou Théodore),
violoniste distingué au service du prince royal
de Prusse, naquit à Berlin, en 1756, fut élève
de Lolli et joua dans sa manière, avec un beau
son et un style large. Il se fit entendre à Paris,
au Concert spirituel, en 1780, et fut fort ap-
plaudi. 11 mourut à Berlin, en 1789, dans sa
trente-troisième année. Ses compositions pu-
bliées sont : 1" Trois concertos pour le violon,
op. 1 , liv. P"", II, III, Berlin, Hummel. 2« Sym-
phonie concertante pour deux violons, op. 2,
ibid. 3° Six duos pour violon et alto, op. 3,
ibid. 4" Trois trios pour deux violons et vio-
loncelle, op. 4, ibid. 5° Trois duos pour deux
violons, op. 5, Paris, Imbault (Janet).
GROSSE (Jean-Guillaume), organiste à I
Rahla, dans le duché de Saxe-Altenhourg,
vers la fin du dix-huitième siècle, s'est fait
connaître par la publication de six préludes de
chorals (Choral vorspiele) pour l'orgue, Ru-
dolsladt, 1787 in-4". Ces préludes sont traités
dans un style moderne, où l'on remarque de
l'imagination, mais qui n'a aucun rapport avec
le style de l'école de Bach.
Un autre artiste de ce nom , organiste à
Klosterbergen, près de Magdebourg, vécut
dans le même temps, et fit imprimer six sonates
pour le clavecin, à Leipsick, en 1783. Ces
pièces sont une imitation des sonates de
Charles-Philippe-Emmanuel Bach.
GROSSE (Henri), fils d'un musicien de la
chapelle du roi de Prusse {voyez l'article pré-
cédent Samuel-Dietrich)^ naquit à Berlin, et
devint un violoncelliste habile, sous la direc-
tion de Louis Dujjort. Il se fit entendre avec
succès, plusieurs fois, à la cour et dans des con-
certs publics. En 1798, il était attaché à la
chapelle du loi de Prusse. On a imprimé de sa
composition : 1" Sonates pour violoncelle et
basse, op. 1, Berlin, Hummel. 2» Huit varia-
lions pour violoncelle et basse, ibid. o" Quel-
ques œuvres pour le piano.
Un frère cadet de cet artiste fut second
hautbois à la chapelle royale de Berlin.
GROSSER (Jean-Emmanuel), fils d'un
cantor de l'église principale de Warmbrunn,
est né en cette ville, le 50 janvier 1799. Doué
d'heureuses dispositions pour la musique, il fit
de rapides progrès dans cet art, sous la direc-
tion de Schnolz. A l'âge de vingt et un ans, il
se rendit à Breslau |)our se livrer à l'enseigne-
ment; mais il y resta peu de temps, car il fut
rappelé dans sa ville natale, en 1821, pour y
remplir les fonctions de professeur. L'année
suivante, il alla à Friedberg, en qualité de
canfor et d'organiste; en 1823, il fut appelé
comme organiste à l'église catholique de
Hirschberg, et les fonctions de recteur à Polk-
vvitz lui furent confiées en 1826. Il a publié, à
Breslau, des variations et des danses pour le
piano, trois recueils de pièces d'orgue faciles,
trois suites de chants à voix seule et piano, et
a composé aussi des messes, graduels, olîer-
toires, et des chants funèbres qui n'ont pas été
imprimés jusqu'à ce jour. On a aussi de cet
artiste : Lebensbeschreibung den Johann Se-
bast. Bach, Breslau, Grœson et compagnie,
petit in-8". La deuxième édition de cette bio-
graphie du grand musicien Bach a été publiée
chez les mêmes éditeurs en 1834, petit in-S».
Deux biographies semblables, la première, de
Haydn, la spconde, fie Mozart, ont été égale-
GROSSER — GROSSMANN
1<21
menl publiées par M. Grosscr j elles sont inté-
ressantes par les anecdotes qu'elles renferment.
GROSSI (Le chevalier Charles), chanteur
et compositeur vénitien, vécut dans la seconde
moitié du dix-sepliùme siècle. Il était homme
de mérite, dit M. Calfi {Storîa délia musica
sacra nella gia Capella ducale di S. Marco
in Fenezia^Vait. I, p. 308, et Part. II, p. 34),
mais vaniteux et charlatan. Admis dans la
chapelle de Saint-Marc, en qualité de chanteur,
il se présenta à diverses reprises comme can-
didat pour les places vacantes d'organiste, de
vice-maître et de maître de cette chapelle, mais
sans réussir jamais dans son dessein, précisé-
ment à cause de son charlatanisme. Cependant
il prit effrontément le titre de chevalier et de
maître de chapelle de cette cathédrale au livret
de l'opéra Gtocasta regina d'Armenia, dont
il écrivit la musique à Florence, en 1C98. Le
nom du compositeur y est indiqué de celte ma-
nière : Carlo Grossi Cavalière , Maestro délia
Cappella ducale di San Marco di Fenezia.
« Je n'ai pu découvrir en quelle circonstance,
« ni par qui il a été cavaliérisé, « dit M. Cafiî.
Dans une supplique adressée aux procurateurs
de Saint-Marc, il vante la multiplicité de ses
ceuvres répandues dans tout l'univers par la
presse, et desquelles beaucoup de souverains
se délectent incessamment. Découragé par la
malheureuse issue de tous ses efforts pour ob-
tenir un poste élevé dans la chapelle de Saint-
Marc, il présenta une requête aux procurateurs
de cette chapelle, le 29 juillet 1G85, à l'effet
d'être pensionné pour cause de vieillesse et
d'infirmités, et obtint celte faveur. Cependant
ses infirmités et sa vieillesse ne l'empêchèrent
pas de composer, treize ans après cette date,
l'opéra dont il vient d'être parlé. M. Caffi dit
qu'il écrivit trois oi)éras pour les théâtres de
Venise; je n'en connais qu'un, yiirtaserse, re-
i)tésenlé au théâtre Saint-Jean el Saint-Paul,
en 1069. Il composa aussi pour l'église, car
il l'cçut des procurateurs de Saint-Marc une
médaille d'or de la valeur de cinquante ducats
• pour un livre de comi)osilions à l'usage de cette
chapelle. On connaît aussi de cet artiste :
1" la Cetra d'Jpollo, canzone a 1 e 2 voci.
Venise, Gardane, 1673, in-4''. 2» l'Jnfione,
madrigali a 2 e 3 voci, ibid., 1673, in-4».
GUOSSI (André), violoniste au service du
duc de Mantoue, vers la fin du dix-septième
siècle, a publié plusieurs ouvrages pour son
instrument, parmi lesquels on remarque :
1" Douze sonates à deux, trois, quatre el cinq
instruments, op. 3. 2" Suonate da caméra a
tre slromcnli, op. ^3, Molo^ne, 1G9G, in-fol.
GUOSSI (Jean- FnAm;ois). Foyez Siface.
GUOSSI (Gaétan), célèbre bassoniste, né
à Milan, fut admis en 1782 à la cour de Parme
comme artiste de la chambre el de la chapelle.
Après la mort du duc Ferdinand, il retourna à
Milan, oii il est mort le 14 février 1807. Il a
écrit plusieurs concertos et des quatuors pour
le basson, qui sont restés en manuscrit.
GUOSSI (Rosalinde-Silva), fille du pré-
cédent, fut une cantatrice distinguée. Elle na-
quit à Parme en 1782, reçut les premières
leçons de musique de Joseph Colla, et perfec-
tionna ensuite son talent sous la direction de
Forlunato et de Paer. Mariée fort jeune au
violoniste et chef d'orchestre Prosper Silva,
elle brilla sur les principaux théâtres d'Italie
comme prima donna, particulièrement à Mi-
lan. Au retour de Venise, où elle avait chanté
avec succès, elle fut saisie d'une violente ma-
ladie qui l'enleva à la tleur de l'âge , en
1804.
GPiOSSI (Gennaro), avocat napolitain,
amateur des arts , vécut dans la première
moitié du dix-neuvième siècle. Il a été un des
coopéraleurs du livre qui a pour titre : Bio-
grafia degli uornini illustri del regno di
Napoli, ornata dei loro rispettivi ritratli.
In Napoli, 1819, trois vol. 10-4". Le volume
qui contient les éloges des maîtres de chapelle,
chanteurs et cantatrices, renferme pal'ticuliè-
rement les notices composées par M. Grossi.
On a aussi de ce dilettante un recueil de mé-
moires intitulé : le BelUurtî. Opuscoli storici
musicali. Napoli, 1820, 2 vol. in-8».
GUOSSMAl^iN (Eurkiiard), receveur de
l'électeur de Saxe, à Jéna et à Burgau, au
commencement du dix-septième siècle, a pu-
blié une colleclion de quarante-trois morceaux
des principaux compositeurs de la Saxe, sous
ce litre : Jngst der J/œllen und Friede der
Seelen (Angoisse des enfers et joie des âmes),
Jéna, 1623, in-fol. Tous ces morceaux sont
com|)Osés sur le psaume 116, à trois, quatre et
cinq voix.
GUOSSMAI^N (Jeak-François), fadeur
d'orgues, vivait à Palschkau, en Silésie, vers
1730. Il a construit à Munslerberg, en 1734,
un instrument de vingt-cinq jeux, à deux
claviers et pédale.
GUOSSMAIVIV (Frédérique), fille de l'ac-
teur célèbre de ce nom, cantatrice et actrice
dans sa troupe, née en 1769, a brillé sur le
théâtre de Cassel en 1785 et dans les années
suivantes. Elle jouait et chantait les premiers
rôles des opéras allemands Alceste, de Schwei-
Izcr, cl Gunlher de Schwarzbourg de lIoU-
12-2
GROSSMANN — GRUA
bauer. Sa voix avait une si grande étendue,
qu'elle allait jusqu'au contre-fa aigu.
GUOSSMAI\N (...). Deux artistes de ce
nom paraissent avoir été des instrumentistes
à la fin du dix-huitième siècle. On trouve du
premier trois quatuors pour deux clarinettes,
viole et basse, en manuscrit, indiqués dans le
catalogue de Traeg (1799); l'autre a fait gra-
ver, à Bonn, chez Simrock, six valses et six con-
tredanses pour le piano.
GROSSWALD (...), facteur d'orgues de
la Hesse, né à Ilanau, était coasidéré, en 1775,
comme un des premiers artistes de son genre.
Il y a un musicien de ce nom qui a publié
un grand nombre de recueils de danses pour le
piano, à Prague et à Vienne.
GROTTE (Nicolas DE LA), valet de
chambre et organiste du roi de France,
Henri III, vécut à Paris, depuis 15G5 environ
jusqu'en 1587. Jean Dorât, poëte du roi, fit sur
le nom de cet artiste l'anagramme suivante,
qui prouve l'estime qu'on avait pour son mé-
rite :
Nicolaus Grotus, tu sol orgMiîcus.
La Croix-du-Maine dit, en effet {Bihliot.,
l. II, p. ICô et 164, édit. de Rigoley de Juvi-
gny), que De la Grotte passait pour le plus ha-
bile joueur d'orgue et d'épinette de France en
son temps. On a de ce musicien : 1° Chansons
de Pierre de Ronsard^ Bayf, Des Portes,
Silîac et autres, mises en musique à quatre
parties, Paris, Adrian Le Roy, 1570. 2" ^irs
et chansons à trois, quatre, cinq et six par-
ties, par Nicolas De La Grotte, organiste
ordinaire de la chambre du roi, à Paris,
par Jean Cavellat^ 1585, in 4°. Une chanson
de De La Grotte {C'est mon amy) a été insé-
rée, sous le nom de Nicolas, dans le Premier
livre de chansons à trois parties composées
par plusieurs aut heurs, imprimées en trois
volumes, à Paris, chez Adrian Le Roy et Ro-
bert Ballard, 1578.
GROTZ (Denis), organiste et compositeur
au couvent de Barnbach, vers la fin du dix-
huitième siècle, a publié un ouvrage de sa
composition intitulé : Deutsche Gesxnge zur
hcil. Messe (Chants allemands pour la sainte
messe), à quatre voix, orgue, deux violons,
alto, deux cors et violoncelle, Augsbourg,
Lolter, 1791.
GRUA (Gaspard), organiste de l'église
Saint-Jean-Bapliste à Monza, près de Milan,
vécut dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. On a imprimé de sa composition un
œuvre qvjï a pour litre : Missa c Salmi a la
romana spedite con due Magnificat , le quat-
tro antifone a otto vocijConilGloriaintiero,
Venise, 1651.
GRUA (Guillaume) naquit à Milan, où il
apprit la musique et la composition. Il visita
les principales villes d'Italie, puis se rendit en
Allemagne et s'établit à Dusseldorf, comme
maître de chapelle, en 1697. De là, il alla à
Manheim, en 1714. On a de lui : Missx quin-
que voc. cum instrumentis et org. , Mu-
nich, 1712,
GRUA(Charles-Louis-Pierre), né en 1700,
à Milan, y apprit la musique et la composition,
puis se rendit chez son oncle (Guillaume Grua)
pour achever son éducation musicale. Il devint
habile dans le contrepoint et dans le style fu-
gué, et passa en Allemagne pour un des musi-
ciens les plus instruits de son temps. Il fut
d'abord placé, comme maître de chapelle, à la
cour de l'électeur palatin, àManhein; l'élec-
teur Charles-Philippe joignit à ses fonctions sa
nomination, en 1742, de directeur de l'Opéra.
Pendant les solennités qui eurent lieu au ma-
riage du prince électoral Charles-Théodore, on
joua, le 17 janvier 1742, l'opéra italien Cam-
byse, dont la musique avait été composée par
Grua : cet ouvrage eut un brillant succès. Grua
mourut à Manheim, en 1775.
GRUA (Paul), fils du précédent, naquit à
Manheim, le 2 février 1754. Après avoir aii|)ris
chez son père les éléments du piano et de
l'harmonie, il alla continuer ses études chez
le maître de chapelle Holzbauer. Le prince
électoral du palatinat, Charles-Théodore, ayant
remarqué les heureuses dispositions du jeune
Grua pour la musique, résolut de l'envoyer eu
Italie, afin de perfectionner son goût. Il y ar-
riva en 177-3 et y passa six années. A Bologne,
il prit des leçons du P. Martini, et à Venise, il
reçut des consils de Traetta pour le style dra-
matique. De retour en Allemagne, en 1779, il
dut se rendre à Munich, oii l'électeur avait
transporté sa cour. On le chargea de composer
la musique de l'opéra sérieux Telemacco, qui
fut représenté l'année suivante. Le succès de
cet ouvrage lui fit obtenir le titre de conseiller
et celui de maître de chapelle. Grua a beau-
coup écrit pour l'église, et l'on connaît de lui
trente et une messes avec orchestre, six vêpres
complètes, vingt-neuf offertoires et motets,
six Miserere, trois Stabat mater, cinq Lita-
nies, trois Te Deum (en allemand), quatorze
hymnes, quatre Salve Regina, trois Regina
Cœlii quatre graduels pour le carême, des ré-
pons pour la semaine sainte, trois Requiem,
cinq Fvni Sancte Spiritus , et plusieurs
GKUA
GULBLiR
123
Itsaumcs. Giiia a t^crit aussi des concertos pour
piano, claiinelfc, llùle, etc. Il vivait encore à
31unicli, en 1812.
GHUBE (IIiiiiMAMN), fils d'un cordonnier
de Lubeck, né en 1CÔ7, fut fait docteur en mé-
decine à Leyde, en ICGG, et professeur de phy-
sique à Iladersleben l'année suivante. Il
mourut au mois de février 1698. Parmi les
ouvrages de ce savant, on en remarque un qui
a pour titre : Conjecture physico-medicx de
iclu tarcntulx, et vi musices in ejus cura-
tione. Francfort, 1679, in-S" de huit feuilles.
GllUCEU (Érasme), surintendant à Ralis-
bonne dans la seconde moitié du dix-septième
siècle, est auteur de la préface du livre inti-
tulé : Synopsis musica, oder kiirze Jnicei-
sung, wie die Jugend kurzlich und mit
geringer Milhe in der Singkunst abzuricli-
ten, Ratisbonne, 1C37, quatre feuilles in-8».
GRUBEU (Georges-Guilladme), naquit le
22 septembre 1729 à Nuremberg. Dretzel, or-
ganiste de cette ville, lui donna les premières
leçons de musique. Après la mort de ce maître,
qui lui avait enseigné à jouer du piano, il alla
chez un autre organiste, nommé Siebenkees,
qui lui apprit les éléments de l'harmonie et de
la composition. Il était à peine âgé de dix-huit
ans, lorsqu'il fit admirer son habileté sur
l'orgue dans des excursions à Francfort, à
Dresde et à Mayence. A Dresde, Umstadt, maî-
tre de chapelle du comte de Brlihl, lui donna
des leçons de contrepoint. De retour à Nurem-
berg en 1750, Giuber y fut placé au chœur de
l'église principale. L'arrivée du éélèbre violo-
niste Ferrari en cette ville lui fournit l'occa-
sion de perfectionner son talent sur le violon.
Après la mort du maître de chapelle Agrell,
Gruber obtint sa place, le 16 février 1765. De-
puis lors il ne quitta plus sa ville natale, et
toutes les offres qu'on lui fit pour des places
de maître de concert en différentes cours
furent refusées par lui. Il mourut à Nu-
remberg le 22 septembre 1796. Les composi-
tions de cet artiste consistent en oratorios,
psaumes latins et allemands, airs d'église,
chorals en contrepoint figurés, symphonies,
((uatuors, trios, concertos, etc. Le plus grand
nombre de ses ouvrages est resté en manu-
scrit, mais on a imprimé ceux-ci : 1° Les Ber-
gers à la crèche, sur le texte de Ramier,
Nuremberg, 1782. 2" Deux trios pour piano,
violon et violoncelle. 3» Poésies de Btirger
liour voix seule et piano, premier et second
cahiers, Nuremberg, 1780. i" Deux sonates
pour piano, flûte et violoncelle obligés, ibid.
5" Chansons do différents poètes favoris pour
voix seule et piano, Vienne. G" Deux sonates
pour piano seul, Nuremberg.
GllUBER (Jean-SigismoiNd), fils du précé-
dent, né à Nuremberg le 4 décembre 1759,
fut avocat et docteur en droit. Vers la fin de
sa vie, il eut les litres de conseiller et d'asses-
seur, et mourut à Nuremberg le 3 décembre
1805. Gruber est auteur de deux ouvrages qui
ont i)Our titre : Litteratur der JJusik, oder
^nleilung zur Kenntniss der Forziiglichen
musikalischen £ïtcher (Littérature de la
musique, ou Instruction pour connaître les
meilleurs livres de musique), Nuremberg,
1783, cinquante-six pages in-S". Il y en a une
deuxième édition qui a été publiée à Francfort-
sur-le-Mein, in-S", sans date. Cet ouvrage est
fort imparfait, et surtout très-incomplet. On
ne sait pouiquoi Gruber a considéré comme
de bons livres sur la musique certains ou-
vrages fort médiocres, ni pourquoi il en a re-
jeté d'autres qui ont un mérite réel. Beaucoup
de titres sont rapportés par lui sans exactitude,
et souvent il se trompe sur le contenu des li-
vres, et' les range dans des classes auxquelles
ils n'appartiennent \tas. 2" Beytra^ge zur Lit-
teratur der Musik (Essai sur la littérature
delà musique), Nuremberg, 1785, cent seize
pages in-8°. Cet opuscule, extrait du Lexique
de Walther, est un peu moins défectueux que
le précédent, bien qu'on y aperçoive beaucoup
de négligences : c'est un catalogue de noms
d'écrivains sur la musique et de compositeurs,
terminé par des notices biographiques sur le
père de l'auteur, sur son prédécesseur Agrell,
et sur Jean-André Ilerbst. Forkel et Lichten-
thal indiquent une deuxième partie de cet
ouvrage qui aurait paru à Francfort et à Leip-
sick en 1790, in-S". Je ne la connais pas; je
crois même qu'elle n'existe pas, que ces biblio-
graphes se sont trompés sur la date, et qu'ils
ont voulu parier de l'ouvrage suivant : o" Bio-
graphien einiger Tonkunstler, ein Beitrag
zur 7nusikalischen Gelehrgcscliiclite, Franc-
fort et Leipsick, 1786, in-8° de quarante-huit
pages. Cet opuscule peut être considéré comme
la suite du précédent. Il ne porte point le nom
de l'auteur. On y trouve d'abord un aperçu
très-superficiel de l'histoire de la musique, à
Nuremberg, en douze pages ; puis viennent les
biographies de musiciens qui sont nés, ou qui
ont demeuré dans cette ville : ce sont celles du
luthiste Baron, de Dretzel (Corneille-IIenri),
Lang (Ernest-Jean-Benoîl), Siebenkees (Jean),
et Zeidler (Maximilien) ; elles font suite à
celles de Georges-Guillaume Gruber, Agrell et
Jean-André llcrbsl , pul)liécs dans l'ouvra^'c
424
GRUBER - GRUND
précédent. Le livre est terminé parles analyses
de la Bibliothèque musicale d'Eschstruth, de
l'opuscule de Rnecht en défense de la théorie
de l'harmonie {voyez Knecht et Vogler),
d'annonces de quelques ouvrages de musique,
et du catalogue des œuvres du maître de cha-
pelle Gruber.
GRUBEÏl (Benoit), bénédictin de l'abbaye
de Woltenbourg, près de Ratisbonne, vivait à
la fin du dix-huitième siècle, et mourut en
1798. Il était directeur de musique de l'église
de cette abbaye. On connaît de lui : 1° Anti-
phonx Marianx (G Aima, 6 Jve, 6 Regina
Cceli, 6 Salve Regina) 4 vocibus, 2 viol, et
organe ohlig., 2 corn, et violonc. non obîig.,
Augsbourg, Lotter, 1793. 2" Stabat Mater,
4 voc., 2 viol, et org. oblig., viola, 2 corn, et
violonc. non oblig., op. 2, ibid.
GRUGER (Joseph), chapelain à Habelsch-
werdt, en Silésie, naquit dans le comté de
Glfetz, vers 1772. Il fit ses études à Glœtz, puis
à Breslau, fut nommé chapelain à Mittelsteine,
et de là se rendit à Habelschwerdt. Il mourut
.jeune encore, au mois de février 1814. On a de
lui plusieurs bonnes compositions, entre au-
tres l'opéra Haine et Réconciliation., repré-
senté à Breslau, et dont on a gravé dans cette
ville, en 1798, la grande partition, et la même
réduite pour piano.
GRÏJNBAUBI (...), cantatrice allemande,
a joui d'une grande célébrité depuis 1812 jus-
qu'en 1820. Fille du compositeur Wenzel
Muller, elle reçut de lui les premières leçons de
musique; puis son père la confia aux meilleurs
maîtres de Vienne. Plus tard, elle épousa un
organiste nommé Griinbaum, auteur de trios
comiques publiés à Vienne, à Breslau et à
Leipsick. On dit que madame Griinbaum unis-
sait à un rare talent dramatique une vocalisa-
tion brillante et facile qui lui fil donner le nom
de Catalani allemande. Sa fille, née en 1812,
n'a pas la puissance de talent qui distingua sa
mère, mais elle fut une des cantatrices les
plus agréables de la scène allemande de 1830
à 1830. Sa première apparition en public a
eu lieu au théâtre de Nuremberg; puis elle a
été appelée à Berlin pour le théâtre de Kœnig-
sladt, oit elle était en 1836.
Un guitariste de Prague nommé Griinbaum
a fait imprimer en celte ville de petites pièces
pour cet instrument, et des chants à voix seule.
GRU.^BERG (Gottlieb), flûtiste aveugle,
né s Hanovre vers 1802, voyagea dans le nord
<le l'Allemagne et en Danemark, où il donna
des concerts avec succès, pendant les années
1829 et 1830. En 1832, il était à Weimar. '
Dans la même année, il inventa un nouvel in-
strument, auquel il donna le nom de /"urona.
Il le fit entendre dans un concert qu'il donna
à Minden, le 29 novembre 1832. J'ignore en
quoi cet instrument était différent des flûtes
ordinaires : peut-être y-a-t-il quelques ren-
seignements à ce sujet dans le livre qui a été
publié sous ce titre : Leben und Reisen des
erblindeten Flôtetispielers G. Griinberg ; Be-
htiss Sichcrung seiner und der seinigen biir-
gerlichen Existenz, etc. (Vie et Voyages du
flûtiste aveugle G. Griinberg, etc.), Hanovre
1834, in-8<'.
GRL'1\BERGER (Théodore), prêtre et
compositeur, vivait dans les dernières années
du dix-huitième siècle et au commencement
du suivant. Gerber croit qu'il était moine dans
un couvent de la Souabe. Il a fait imprimer :
1" Misss brèves, faciles, cuique choro ac-
commodatas a 4 voc. ordin., 2 viol.., alto, et
org. oblig., 2 corn., 2 /Z. vel ob. et violonc.
non oblig., Augsbourg, Lotter, 1792. 2» Neue
Orgelstiicke nach der Ordnung unter dem
Amte der heilig Messe zu spielen (Nouvelles
pièces d'orgue pour l'olTice de la sainte messe),
première suite, Munich, 1793; deuxième id.,
ibid., 1796; troisième idem, ibid., 1797;
quatrième, cinquième, sixième idem, ibid.,
jusqu'en 1799. Cette collection contient des
préludes, de petites fugues et des versets.
o" Neue Pastorell-Orgelstiike (Nouvelles pièces
pastorales pour l'orgue), première suite, BIu-
nich, 1799. 4° Première messe allemande pour
soprano, contralto, basse et orgue, Munich,
1802.
GRUND (Chrétien), né, le 29 juin 1723, à
Prague, où son père était peintre de portraits,
fut un harpiste de premier ordre en son temps.
Ne trouvant point de musique qui répondît au
degré d'habileté qu'il possédait sur son instru-
ment, il composa lui-même toute celle qu'il
exécutait. Il se fit entendre à Vienne devant
l'empereur François I'''", à la cour de Dresde et à
Varsovie; partout il excita l'admiration, ainsi
que son frère Eustache, harpiste comme lui,
mais dans un genre tout différent. Au retour de
la Pologne, Grund entra avec son frère au ser-
vice de l'évêque de Leitmeritz, duc de Sachsen-
zeilz. Quelques années après, ces deux artistes
passèrent à la cour de l'électeur de Bavière, à
Munich, puis ils furent attachés à la chapelle
d'Anspach. Après la suppression de cette cha-
pelle, les deux frères se séparèrent, et Chrétien
fut admis dans la musique du prince évêque de
Wurzbourg. Ce prince le combla de témoi-
gnages d'estime etd'afTeclion jusqu'à sa raort.
GRUND - GRUNDIG
12Î
qui arriva ]e il novembre 1784. Grund a eu
une fille, professeur de harpe et de guitare à
VVurzbourg, qui eut du talent. Les composi-
tions de Grund sont restées manuscrites,
GRUISD (Edstache), frère du précédent et
artiste extraordinaire sur la harpe, naquit à
Prague, vers 1725. Dans sa jeunesse, il mena
la vie de musicien ambulant, jouant toujours
de fantaisie, et quelquefois improvisant des
choses d'une grande beauté. Après avoir visité
Vienne, Dresde, la Pologne, il entra au ser-
vice de l'évéque de Leitmeritz, puis à celui
de l'électeur de Bavière, et enfin à la cour
d'Anspach, où il épousa mademoiselle Fugger,
dame d'une naissance distinguée. Après la
réforme de la chapelle d'Anspach, Euslache
Grund reprit ses voyages, se sépara de son
frère, et Ton n'entendit plus parler de lui.
Longtemps après, sa femme fit insérer dans les
journaux un avis où elle annonçait le projet de
prendre un autre époux, si le sien ne reparais-
sait plus. On croit que cet artiste fantasque se
i-endit à Stuttgard, après la suppression de la
chapelle d'Anspach, puisqu'il alla à Tettnang
sur le lac de Constance, où il mourut au ser-
vice du comte de Montfort.
GllLfISD (Guillaume-Frédéric), né à Ham-
bourg, le 7 octobre 1791, reçut de son père,
chef d'orchestre du théâtre, des leçons de chant
et de piano, puis il passa sous la direction de
Schwenke. D'autres maîtres lui enseignèrent
aussi le violon et le violoncelle. Quant à son
instruction dans l'harmonie et dans le contre-
point, il l'acquit lui-même dans les livres et
dans les œuvres des bons maîtres. Son éduca-
tion musicale terminée, il s'est livré à l'ensei-
gnement et à la composition. En 1819, il a
fondé une Société de chant, et, en 1828, il a
dirigé des concerts philharmoniques avec
beaucoup de talent, et y a fait exécuter depuis
lors les symphonies de Beethoven, qui étaient
à peu près inconnues à Hambourg. Il dirigeait
encore cette société musicale en 1845. Son
oratorio la Résurrection de Jésus, sur le texte
de Ramier, a été exécuté en 1826, et a été
considérée comme une grande et belle compo-
sition. Grund s'est aussi essayé dans le genre
dramatique par l'opéra : Die Burg Falken-
slein (le Bourg de Falkenstein), qu'il n'a pu
faire jouer jusqu'à ce jour à aucun théâtre, et
par Mathilde, drame musical, qui est encore
en manuscrit. On a imprimédesa composition :
l''Ouintetto pour piano, hautbois, clarinette,
cor et basson, op. 8; Leipsick, Petcrs. 2" Qua-
tuor pour piano, violon, alto et violoncclic,
op. 5, en sol mineur j ibid. ô" Sonates pour
piano et violon ou violoncelle, op. 9, 11, 1ô,
Hambourg et Leipsick. A" Sonates pour piano
à quatre mains, op. 10, Hambourg, Bœhme.
5° Polonaises, marches et valses, idem, ibid.
6" Sonatines pour piano seul, op. 14, ibid.
7" Introduction et rondeau pour piano seul,
plusieurs œuvres. 8" Hymne de Krummacher,
avec accompagnement de piano, ibid. 9" Le
Bourg de Falkenstein réduit pour le piano,
ibid. 10" Six recueils de chants à voix seule et
accompagnement de piano, Leipsick et Ham-
bourg. M. Grund a en manuscrit une messe à
huit voix, en 5î mineur, sans accompagnement,
trois cantiques, iilusieurs ouvertures et sym-
phonies, un grand ottelto pour i)iano et instru-
ments à vent.
GRIIl^D (Edouard), frère du précédent, est
né à Hambourg, dans le mois de mai 1802.
Élève de Spohr, il passe en Allemagne pour un
violoniste habile. En 1829, il a fait un voyage
en Hollande, où il a donné i)lusieurs concerts
avec succès; puis il s'est rendu à Paris, où il a
passé l'hiver. De retour en Allemagne, il a été
nommé maître de chapelle du duc de Saxe-
Meinlingen. Parmi les compositions qu'il a pu-
bliées, on remarque ses concertos et concer-
tinos, œuvres 2'= et 3% un quatuor brillant,
des solos pour le violon, deux ouvertures, et
plusieurs symphonies. Dans un voyage que
Grund fit en Allemagne, en 1840, il donna à
Prague des séances de quatuors d'instruments
à cordes.
GRUNDIG (CHRiSTOPnE-GoTTLOB), docteur
en théologie et surintendant à Fribourg, pre-
mier prédicateur de l'église principale, et in-
specteur du Gymnase de cette ville, naquit à
Dorfhain, le 5 septembre 1707. Il commença
sa carrière ecclésiastique par les fonctions de
pasteur à Hermansdorf, près d'Annaberg. En
1749, il fut nommé premier pasteur à Schnee-
berg; ensuite (en 1752), il alla à Glauchen en
qualité de surintendant; et enfin, en 1759, il
prit possession, à Fribourg, des emplois dont
il a été parlé précédemment. Il mourut en
cette ville, le 9 août 1780. Dans le grand
nombre d'écrits publiés par ce savant ecclé-
siastique, il en est un relatif à la musique, et
qui a pour titre : Geschichte des Singens be;/
detn Gottesdienste (Histoire du chant pendant
l'olTice divin), Schneeberg, 1753, in-8".
GRÙrVEIiERG (Jean-Guillauihe), facteur
d'orgues et de pianos à Brandebourg, dans la
seconde moitié du dix-huitième siècle, con-
struisit en 1776 des pianos, avec des tables
d'harmonie doul)les qui eurent de la réputa-
tion, et qui produisaient des sons plus forts
ne
GRUNDIG — GUADAGNI
que ceux des pianos de celle époque. Ces in-
struments montaient jusqu'au sol et au la au-
dessus du fa aigu de la cinquième oclave, ce
(jui n'avait point eu lieu jusque-là. Grlineberg
a fait aussi un grand nombre de petites orgues
considérées en Allemagne comme de bons in-
struments. En 179G, il a construit, dans l'église
Sainte-Catherine de Magdebourg, un grand
orgue de vingt-neuf jeux, deux claviers cl
l)édale, dont on trouve le dessin et la disposi-
tion dans la deuxième année de la Gazette
musicale de Leipsick, p. 637.
GRUlXEri (Joseph), né à Engelsberg, vers
1712, était en 1737, à Olmutz, où il étudiait
la philosophie. Il était dans le même temps
ténor à l'église des Jésuites. Le 15 avril 1737,
on exécuta, dans cette église, un oratorio de sa
composition intitulé : Passio Domini nostri
Jesu-Christi in Golgotha consummala.
GRCrVESl (Nathaniel-Godefroi) , cantor
et directeur de musique au Gymnase de Géra,
fut considéré en Allemagne comme un des
bons compositeurs du dix-huitième siècle,
particulièrement pour l'église. L'incendie qui
consuma une grande partie de la ville de Géra,
en 1781, lui ayant enlevé tout ce qu'il possé-
dait, Gruner proposa par souscription un
œuvre de six sonates pour le piano, qui parut
dans la même année chez Breilkopf, à Leip-
sick, et pour lequel il eut en peu de temps
treize cent soixante-cinq souscripteurs. Son
oeuvre deuxième, composé aussi de six sonates
pour le piano, a été publié chez le même édi-
teur en 1783. Gerber dit, dans son ancien
Lexique^ que sept œuvres de ce musicien,
composés de divertissements, de quatuors et
«ie concertos pour le clavecin, ont été gravés à
Lyon, ce qui semble indiquer que Gruner
s'était établi dans cette ville. Il mourut vers
1795. Le plus grand nombre de ses composi-
tions pour l'église est resté en manuscrit :
parmi ces ouvrages on cite les psaumes 8<',
27«, 51%'85'^et 113' pour chœur et orchestre, et
environ quinze chorals arrangés en forme de
cantates, également pour chœur et orchestre.
On a imprimé de ces compositions : Chants à
quatre voix pour des chœurs d'églises et d'é-
coles ; première et deuxième suites, Leipsick,
KoUmann.
GRUTSCïI (François-Séraphin) , né à
Vienne, le 24 octobre 1800, apprit les élé-
ments de la musique comme enfant de chœur
dans une des églises de cette ville. Il se distin-
guait au chœur par la beauté de sa voix et son
intelligence musicale. Dès l'âge de cinq ans, il
commença l'étude du mécanisme du violon.
Les frères Blumenlhai furent ses maîtres pour
cet instrument et pour l'harmonie. A l'âge de
dix ans, il obtint une place de violoniste dans
l'orchestre du théâtre de Presbourg, et un an
après, il entra à celui du théâtre sur la Vienne,
dans la capitale de l'Autriche. En 1830, la
jilace de second chef d'orchestre au théâtre
Karnthnerlhor lui fut donnée, et dans l'année
suivante, il entra dans la chapelle impériale.
On a imprimé de sa composition des Lieder et
autres pièces de chant, ainsi que divers ou-
vrages pour le piano et pour les instruments
à cordes. Cet artiste a en manuscrit des duos,
trios et quatuors de violon, des ouvertures,
des messes et d'autres morceaux de musique
d'église. Il a fait représenter, àVienne,enl835,
der Nachtwdchter {le Veilleur de nuit), petit
opéra en un acte, et, en 1838, der Liebhaber
als contrebande (l'Amateur contrebandier) ,
idem.
GUADAGI^'I (Gaétan), célèbre contral-
tiste, né àLodi,vers 1725, fut un de ces grands
chanteurs qui se formèrent en Italie pendant
le dix-huitième siècle, si fécond en filenls de
premier ordre. On ignore quel fut soij maître,
et l'on ne trouve à ce sujet aucuns renseigne-
ments dans le livre de ]\Iancini,nl dans les
biographies de Gervasoni. Guadagni commença
à se faire connaître, en 1747, au théâtre de
Parme. En 1754, il chanta, au Concert spirituel
de Paris et à la cour de Versailles, avec beau-
coup de succès. De retour en Italie, il y chanta
le rôle de Telemacco que Gluck avait écrit
pour lui; il y produisit la plus vive impres-
sion. La manière dont il avait chanté cet ou-
vrage fut cause que l'illustre compositeur le fit
engager, en 17G6, à Vienne, pour son Orfco,
où Guadagni atteignit le plus haut degré de
perfection. L'année suivante, il chanta à Lon-
dres, puis il se rendit à Venise où VOrfeo de
Bertoni fut pour lui l'occasion d'un nouveau
triomphe. Il y lit aussi preuve de talent comme
compositeur, car il écrivit une partie de son
rôle, notamment l'air qu'il chantait aux en-
fers. Le succès d'enthousiasme qu'il obtint en
cette circonstance le fit décorer du titre de che-
valier de Saint-Marc. L'électrice de Saxe
l'ayant entendu à Vérone, en 1770, fut char-
mée de son talent et l'emmena à Munich, où il
jouit de la plus grande faveur auprès de l'élec-
teur jusqu'à la mort de ce prince. En 177G, il
chanta à Potsdam devant le roi de Prusse, Fré-
déric II, et ce monarque lui témoigna sa satis-
faction par le don d'une tabatière d'or enrichie
de brillants , la i)lus belle qu'il ait donnée.
En 1777j il retourna à Padouc, où il était en-
GUADAGNI — GUAMI
i'ii
i;agé depuis plusieurs années comme clianleui"
de l'église Saint-Anloine, et y jiassa ses der-
nières années, aussi estimé pour son caractère
qu'admiré pour son talent. Il avait amassé des
richesses considérables, dont il faisait usage
avec noblesse et générosité. 11 mourut à Pa-
doue, en 1797. Les qualités du talent de Gua-
dagni consistaient dans l'expression, le pathé-
tique et l'art de déclamer le récitatif.
GUADAGIMNI (Laurent), habile luthier,
né à Plaisance, dans la seconde moitié du dix-
huitième siècle, fut élève de Slradivari, à Cré-
mone, et s'établit ensuite dans le lieu de sa
naissance, puis à Milan. Il travailla longtemps,
car on trouve de ses instruments depuis la
date de 1693 jusqu'en 1740. Il copia les formes
des instruments de son maître, parliculière-
mentdans les violons, qu'il fit en général d'un
petit patron. Il les finissait avec le même soin
que Stradivari mettait à terminer les siens.
Ses ouïes sont d'une forme élégante; ses filets
sont bien faits, et son vernis à l'huile est fort
beau. Malheureusement, on remarque que la
troisième corde est sourde à la plupart de ses
violons, ce qui est cause qu'ils ont beaucoui»
moins de prix que ceux des Guarneri et de
Stradivari. On les vend ordinairement de six
à huit cents francs. Il paraît qu'en 1742 son
fils était déjà connu, car il distinguait dès lors
ses instruments i)ar le nom de Guadagnini père.
Je connais un violon de cette date qui porte
cette inscription: Laurentius Guadagninius
pater Placent intts, Slradivarii alumnus.
GUADAGÎV'IIM (Jean-Baptiste), fils du
précédent, né à Plaisance, suivit son père à
Milan, et devint son élève dans la facture des
instruments. Ses violons, ses basses ont les
mêmes formes, les mêmes qualités, les mêmes
défauts que ceux de son père, et se vendent à
peu près à prix égal. Je connais un violon de
cet artiste qui porte la date de 1771 ; il est pré-
sumable qu'il ne travailla pas longtemps après
cette époque. Cependant les derniers rensei-
gnements qui me sont parvenus indiquent des
instruments sortis de ses mains jusqu'en 1785.
II s'était établi d'abord à Plaisance, puis à
Parme, après quoi il retourna à Milan, et enfin
il se fixa à Turin, où il mourut. Il eut deux
fils, nommés Gaétan et Joseph. Gaétan, fixé à
Turin, fut plutôt un restaurateur d'anciens in-
struments qu'un luthier fabricant. Il eut un
fils dont le prénom est inconnu, mais qui ac-
quit de la réputation dans la fabricalion des.
guitares. Joseph Guadagnini retourna en Lom-
bardie après la mort de son père et se fixa à
Pavie, oii il élablii un atelier d'oii sont sortis
beaucoup de violons, altos et violoncelles imi-
tés de Stradivari.
GUADET (J.), fils du célèbre déinilé gi-
rondin qui fut guillotliué le 15 juin 1794,
ancien avocat, puis directeur de l'Instilulion
des jeunes aveugles de Paris, s'est fait con-
naître par (le bons ouvrages sur différentes
malièi'es, dont plusieurs ont été couronnés par
l'Institut de France. Il n'est cité ici (jue pour
un petit écrit qui a pour titre : les Aveugles
musiciens (extrait des Annales de l'éducalion
des sourds-muets etdes aveugles)^ Paris, 1846,
in-S" de quatre feuilles. M. Guadel y examine
quatre objets principaux • 1° aptiUide musicale
des aveugles; 2" mode d'enseignement maté-
riel pour les aveugles; 5° notation musicale à
l'usage des aveugles; 4° musiciens remarqua-
bles sortis de l'Institution des aveugles de Pa-
ris. Il y a de l'intérêt dans ce programme,
traité par l'auteur avec bonne foi et sim-
l)licité.
GUAITOLI (François-Marie), néàCarpi,
en 156Ô, fut nommé chanoine et maître de
chapelle de la cathédrale de celte ville, en
1593. Il est mort dans la même position, le
3 janvier 1628. On a de lui les ouvrages sui-
vants : 1" Salmi per Fesperia 5 voci, in Ve-
nezia, app. Vincenli, 1604, in-4''. 2» Libro
primo di madrigali a 5 voci, ibid., 1000,
in-4". o" Canzonetle a tre e quattro voci, libro
primo, ibid., 1606, in-4''. 4° Psalmi ad ter-
tiam quinis vocibus in omnibus solemnita-
tibus decantandi una cum litaniis B. Fir-
ginis quinque , septem et octo vocibus
nuperrime editi cum basso ad organum, Ve-
netiis, apud Jacobum Vincentinum, 1618,
in-4°. 5" Messe e Moletti a olto voci, libro
primo, ibid., 1618. 6» Idem, libro 2», ibid.,
1618. La confrérie de Saint-Roch, de Carpi,
dont Guaitoli était aussi maître de chapelle^
depuis le 25 mars 1602, avait ordonné que
les motets à plusieurs chœurs que ce maître a
laissés en manuscrit seraient publiés à ses
frais ; mais il ne paraît pas que celte résolution
ait reçu son exécution.
GUALTIliRI (Antoine), maître de cha-
pelle à Monte-Silice, près de Padoue, au
commencement du dix-septième siècle, a fait
imprimer de sa composition des Madrigali
a cinque voci, Yenise, 1615.
GUAMI ( Joseph), célèbre organiste, naquit
à Lucques vers 1545. On ignore le nom du
maître sous qui il fit ses études musicales. Les
premiers renseignements sur sa personne se
trouvent dans les registres de la chaiielle
royale de Munich : on y voit (ju'en 1573 il était
128
GUAMI — GUARNERl
attaché àcette chapelle, en qualité d'organiste.
Par décision des procurateurs de la chapelle
ducale de Saint-Marc de Venise, en date du
ôO octobre 1588, Guami succéda à Yincent
Beirilaver, décédé à la fleur de l'âge, comme
organiste du second orgue de cette chapelle,
aux appointement de cent vingt ducats. Dans
les registres de cette chapelle, le nom de l'ar-
tiste est écrit GMamnu'; mais cette orthographe
est inexacte, car lui-même écrit Guami aux
titres de ses ouvrages. On est étonné de le voir
abandonner sa place au mois de septembre
1591, c'est-à-dire moins de trois ans après sa
nomination, pour accepter celle d'organiste de
la cathédrale de Lacques. M. CalTi présume
(Storia délia musica sacra délia gia capella
ducale di San Marco, etc., p. 190) que Guami
s'était engagé à payer une certaine somme
annuelle à la famille Bell'IIaver, de Trévise,
parce qu'un certain Jean-Baptiste Bell'Haver
avait présenté une requête aux procurateurs,
pour que l'organiste de Lucques succédât à
son parent ; et il suppose, que voulant s'affran-
chir de cette redevance, il avait quitté sa place
pour celle de la cathédrale de Lucques. Il se
peut toutefois que sa résolution lui ait été
inspirée par le désir de rentrer dans sa ville
natale. Zarlino qualilie Guami d'excellent
compositeur et de suonator d'organi suavis-
simo .• cet éloge n'a rien d'exagéré, car les
ouvrages de cet artiste le justifient d'une ma-
nière complète. Ses pièces d'orgue ont beau-
coup d'intérêt pour le temps où elles furent
écrites. J'en possède en manuscrit qui méri-
tent d'être publiées comme des modèles du
style des organistes italiens à la fin du seizième
siècle ; Diruta en a inséré quelques-unes dans
la première partie de son Transilvano {voyez
Diruta). Bottegari fournit quelques. renseigne-
ments sur la position de Guami à la cour de
Bavière dans son Recueil de madrigaux
(voyez Bottegari). On connaît de Guami :
1» Madrigali a cinque voci, Venezia, Gar-
dane, 15G5. 2" Sacra; cantiones vel motetii
5-10 voc, Venise, 1586. o" Parlitura per so-
narc délia canzonette alla francese, in Ve-
netia app. Giacomo Vincenli, 1601, in-fol.
A° Canzonette francese a 4, 5 cf 8 voci, con
tm madrigale passeggiato, Anvers, 1615.
Dans la collection qui a pour titre : Ghirlanda
di madrigali a sei voci di diversi eccelentis-
simi autori de noslri tempi (Anvers, Pierre
Phalèse, 1601 , in-4'', obi.), on trouve des mor-
ceaux de Guami.
GUAMI (François), frère du précédent, né
à Lucques, fut maître de chapelle de l'érlise
San Marcelino, à Venise, et vécut vers la fin
du seizième siècle. On connaît sous son nom :
1" // primo libro di Madrigali a 4, 5 et 6
voci, in Venetia app. Angelo Gardano, 1592,
in-4''. 2° Il seconda libro di Madrigali a 4,
5 e 6 voci, con uîi dialogo a olto, ibid., 1593,
in-4«.
GUAÏlDtrCCl (Thomas), né à Monlefias-
cone vers 1720, étudia l'art du chant à Bo-
logne sous la direction de Bernacchi, et devint
un des meilleurs chanteurs de son temps, par-
ticulièrement dans le genre expressif. Il brilla
sur les principaux théâtres de l'Italie depuis
1745 jusqu'en 1770, et l'Angleterre l'accueillit
avec enthousiasme. En 1771, il se retira du
théâtre et vécut au sein de sa famille, l'hiver
à Florence, et l'été à Blontefiascone, où il avait
une maison de campagne richement meublée.
GUAîllNERI (André), ou GUARNE-
llIUS, chef d'une famille de luthier^célèbres,
naquit à Crémone dans la première moitié du
dix-septième siècle, et fut un des premiers
élèves de Nicolas Amati. Il travailla depuis
1650 jusqu'en 1695 environ. Ses instruments
se recommandent par une bonne facture dans
la manière des Amati, bien qu'on remarque
en eux certains détails particuliers qui les
distinguent et les font reconnaître. Leur son
est joli , mais peu intense et d'une courte
portée. On les range dans le commerce parmi
les instruments de second ordre.
GUARKEUI (Joseph), est considéré gé-
néralement comme le fils aîné A'Ândré , et
l'on dit qu'il fut élève de son père. Il travailla
depuis 1690 jusqu'en 1730. Bien qu'il eût été
l'élève d'André, il n'a pas suivi ses modèles.
Ses premières tendances furent de se rap-
procher des patrons de Stradivari {voyez ce
nom), dont il était contemporain; mais plus
tard il imita la manière de son cousin, nommé
Joseph comme lui. Il a donc varié dans les
formes et dans les détails de la facture; néan-
moins ses instruments ont de la qualité et sont
estimés.
GUARNERl (Pierre) , second fils d'In-
dre, et frère du précédent, a travaillé depuis
1690 jusqu'en 1725. Ses premiers produits
sont datés de Crémone; plus tard il s'éta-
blit à Mantoue, où il a fabriqué un grand
nombre d'instruments qui ne sont pas dépour-
vus de mérite, mais auxquels on reproche
d'avoir les voùles trop élevées et de manquer
de brillant.
Un autre Pierre Guarneri était fils de Jo-
seph et petit-fils d'André. On a de lui des
violons et des basses datés de Crémone, depuis
GUARNEHI
12»
1725 jusqu'en 1740. Dans ces quinze années,
il a peu produit. Ses instruments ressemblent
à ceux de son père, dont il était élève, mais ils
ont moins de fini.
GUARIMERI (Joseph-Antoine) ou GUAR-
KERIUS, le plus célèbre artiste de cette fa-
mille, appelé communément en Italie Giu-
seppe Guarnerio del Gesu, parce que beaucoup
de violons sortis de ses mains portent sur
l'étiquette celte marque IllS, naquit à Cré-
mone le 8 juin 1683, et fut baptisé le 11 du
même mois, dans la paroisse de Saint-Donat,
succursale de la cathédrale (1). Jean-Baptisle
Guarneri, son père, était frère d'André. Il
paraît hors de doute qu'il était étranger à la
fabrication des instruments, car on n'en con-
naît aucun signé de ce nom. Il parait même
que ses rappoi'ts avec les membres de sa fa-
mille n'étaient pas intimes, car ce ne fut ni
chez Joseph ni chez Pierre Guarneri que son
(ils apprit la lutherie, mais chez Antoine Stra-
divari. Joseph Guarneri del Gesu a travaillé
à Crémone depuis 1725 jusqu'en 1745. Ses
premiers essais ne se font remarquer par au-
cun signe caractéristique d'originalité, si ce
n'est une certaine indifférence dans le choix
des matériaux, dans les formes, qui sont va-
riables, et dans le vernis. Quelques années
plus tard, on trouve des instruments faits
avec soin; l'excellente qualité du bois des
éclisses et du fond est prise sur maille; le
sapin de la fable est du meilleur choix ; le ver-
nis, d'une pâte fine, élastique, est de la plus
belle teinte, et peut rivaliser avec celui de
Stradivari. Les instruments de cette époque
sont de petit patron ; leurs contours sont heu-
reusement dessinés; les voûtes, peu élevées,
s'abaissent jusqu'aux filets par une courbe
adoucie; les parties intérieures sont en bon
sapin. Une seule critique est applicable ik ces
instruments, à savoir, que les épaisseurs, par-
ticulièrement au centre du fond, sont trop
fortes; défaut essentiel qui nuit à l'élasticité,
à la liberté des vibrations, et conséquem-
mentà l'éclat de la sonorité. Montés à la ma-
nière de l'époque où ils furent construits, ces
instruments devaient manquer de puissance
et de portée. Le caractère de l'originalité
s'y fait remarquer, nonobstant les variations
(1) Extrait du registm de baptêmes de la paroisse
S.TiiU-Donat, de 16G9 à 1692 : « Guarneri {Oiuseppe An-
!■ lonio) fi^lio de' lc<;itimi conjugi Giovanni-lialtista
M Guarneri cd Angela Jlaria Locadella, nacquc nella
<• paroccliia di San Donato aggrcgata alla cattedrale, il
« sinrno ollo Giugno 1CS3 c batlisalo il giorno tl del
« deilo mesc. »
UlOfili. USIV. DES MUSICIENS. T. IV.
de formes auxquelles l'ailiste s'abandonne
encore.
Dans la troisième époque de sa carrière
Joseph Guarneri nous offre une variété dans
les formes de ses instrumenis plus étonnante
encore, tout en conservant néanmoins ce ca-
ractère d'originalité et d'indépendance où se
révèle son génie. C'est dans cette même époque
qu'ont été construits quelques instruments
admirables d'un grand patron, faits d'un bois
excellent pris sur maille, et dans les meil-
leures conditions possibles en ce qui concerne
les voûtes et les épaisseurs. Un beau vernis,
aussi remarquable par sa finesse et son élasti-
cité que par son coloris, garantit ces excellenls
instruments, dont le mérite égale celui des
plus beaux produits d'Antoine Stradivari, après
avoir subi les changements nécessaires pour
les besoins de l'époque actuelle.
Tout à coup, immédiatement après cette
période glorieuse de sa carrière, Guarneri se
montre si inférieur à lui-même, dans les in-
struments sortis de ses mains, qu'il devien-
drait méconnaissable, si le cachet d'originalité,
qu'il a conservé jusqu'à ses derniers jours,
dans certains détails , ne donnait la certitude
que ces produits sont les siens. Pauvreté de
bois, de travail, de vernis, voilà ce qui frappe
l'œil des connaisseurs dans un certain nombre
de violons, fruits dégénérés d'un grand talent
déchu. Une semblable métamorphose serait
inexplicable, si la fin malheureuse de l'artiste,
indiquée parla tradition, ne faisait connaître
la cause d'un si grand et si déplorable chan-
gement. Les bruits répandus en Italie sur
les infortunes auxquelles Guarneri fut en butte
dans ses dernières années sont vagues et con-
tradictoires ; mais en les comparant, on recon-
naît avec certitude que la fin de ce luthier
célèbre n'a pas été celle d'un homme de bien.
Le vieux Bergonzi, mort à Crémone en 1788,
à l'âge de quatre-vingts ans, et qui était petit-
fils de Charles, élève de Stradivari (voyvz
Bergonzi), rapportait à ses amis que Joseph
Guarneri del Gesu avait eu une existence peu
régulière; que, paresseux, négligent, il aimait
le vin, les plaisirs, et que sa femme, née dans
le Tyrol, n'avait pas trouvé le bonheur auprès
de lui, quoiqu'elle l'eût souvent aidé dans ses
travaux. Bergonzi ajoutait que Guarneri avait
été retenu dans une prison pendant plusieurs
années, pour une cause maintenant inconnue,
et qu'il y était mort en 1745. D'autres tradi-
tions ajoutent quelques détails à ces révéla-
tions : par exemple, on rapporte que la fille du
geôlier lui procurait le l)ois qui lui éiait né-
9
130
GUARNERI — GUËDRON
cessnire, quelques niiséiohlcs outils, et qu'elle
iiavaillail avec lui. C'est à cette époque mal-
heureuse qu'auraient été produits les instru-
ments peu dignes du talent de l'artiste. Cette
même fille les colportait et les vendait ù vil
prix pour lui procurer quelque soulagement
dans sa misère. C'était elle aussi qui achetait,
tantôt chez un luthier, tantôt chez un autre, le
vernis dont il enduisait ses violons; ce qui
explique la variété de composition et de
teintes qu'on remarque dans ces produits d'une
époque désastreuse.
La réputation de Joseph Guanieri ne s'est
faite en Italie qu'après sa mort. Elle a été
beaucoup plus tardive en France. Dans ma
jeunesse, on pouvait acquérir un de ses meil-
leurs violons pour douze ccncs francs : on les
l>aie aujourd'hui six mille francs et même
plus. Parmi ses plus beaux instruments il
faut placer en première ligne celui sur le(]uel
Paganini jouait dans ses concerts, et qu'il a
légué à la ville de Gênes, sa patrie. Malheureu-
sement on l'a enfermé dans une boîte fermée
par une glace et privée d'air ; les vers s'y sont
mis et le dévorent. Quelques luthiers italiens
ont imité la manière de Guarneri, ])articuliè-
rement Paul-Antoine Testore, de Milan, Char-
les-Ferdinand Landolfi, de la même ville, cl
Laurent Storioni, de Crémone.
GUARNERIUS (Guillaume), ou plutôt
GUARI^ÎEPi, professeur de musique qui eut
de la célébrité dans la seconde moitié du quin-
zième siècle, et qui paraît avoir l'eçu la nais-
sance en Belgique. Il se tiouvait à Naples,
en 1478, lorsque Gafori y arriva, et il y ensei-
gnait publiquement la musique; mais il y a
lieu de croire qu'il jouissait déjà de la réputa-
tion de savant musicien avantd'aller en Italie,
car dans un manuscrit in-fol. allant, sur vélin
|ui se trouve à la Bibliothèque de la ville de
Cambrai (n" 9), et qui contient des Faux-bour-
dons et autres pièces à quatre parties, il y a
deux hymnes de Giiarnerius musicus opti-
vms. Ces spécimens du savoir de Guarnerius
ouGuarnier senties seuls que j'aie trouvés jus-
qu'à ce jour. Le manuscrit qui les renferme est
du milieu du (|uinziùmc siècle.
GUAZZI (Electerio), maître de la musique
instrumentale au service de la sérénissime
république de Venise, naquit à Casale vers la
fin du seizième siècle. On a imprimé de sa
composition ; Spiritosi affetti ed aric madri-
galeschi a una e due voci con il basso^ in
Venezia, app. Giac. Viconli, 1022.
GUCKou GUCKY (V.m.e>ti>), composi-
teur; né à Casscl, a vécu au commencement du
dix-septième siècle. Il a fait imprimer de sa
composition : 1° Tricinia, ou chansons pro-
fanes à trois voix pour chanter et pour jouer
sur les instruments, Cassel, 'ICOô. 2» Opus
musicum, continens tcxtics metricos sacros
feslorum Dominicalium et feriarum 8, G
et 5 vocibus inceptum^ et a morte illius, il-
lustriss.Principis landgravii /lessix, etc.,
opéra absolutum, Casselis, 1603, in-4''.
GUE (Philippe DU), professeurde musique
à Pans, en 1730. On a de sa composition ies
cantatilleSj d'Iphis, de Sémelé, de Thétis et
Pelée, des Charmes de la Société^ deux livres
d'airs à chanter, et quatre livres de pièces
pour les musettes ou vielles, en solos, duos et
trios. Tous ces ouvrages avaient été publiés
avant 1754.
GUËDON DE PP.ESLES (IIoKonÉ-
Claude), musicien ordinaire de la chambre du
roi, a donné à Paris, antérieurement à 1734,
un livre de cantates ou de cantatilles.
GUÉDRON (Pierre), né à Paris, vers 1303,
était chanteur de la musitiue du roi dès ISUO.
En 1001, il succéda à Claude Lejeune dans
l'emploi de compositeur de cette musique. Par
l'acte de baptême d'un de ses fils, inscrit aux
registres de la paroisse de Saint-Eustaclie,
sous la date du 3 février 1005, on voit qu'il
était alors valet de chambre du roi Henri IV et
maître des enfants de la musique de la coui-.
Plus tard, il devint surintendant de la iTiusi(iue
de Louis Xlli : ce fut en cette qualité qu'il
écrivit la musique de la Sérénade, ballet,
en 1014; un autre ballet, sans titre, en 1013;
les récits du Ballet de 3Iadame, au mois de
mars de la même année; le Ballet de M. le
prince de Coudé (avec le Bailly); le ballet
dansé par le roi, le 29 janvier 1C17 (avec Mau-
duit, Boesset et Bataille) ; le Ballet delà reine,
reiu'ésenté le 23 février 1018; quelques airs
du ballet du Psijclté;en 1019; plusieurs autres
ballets, en 1020, dont celui des Dernières vic-
toires du roi; et enfin, le Ballet de M. le
Prince, dans la même année (avec Bataille).
Sous le règne de Henri IV, les chansons à
voix seule commencèrent à prendre faveur et
succédèrent aux airs à trois, (]uatre, cinq et six
parties , qui avaient été en vogue pendant
pres(iue toute la durée du seizième siècle. Gué-
dron, Mauduit, les Boesset et Bataille furent
les compositeurs qui mirent à !a mode ce nou-
veau genre de musique dans le monde élégant
de la cour et de la ville. Antoine Boesset, qui
était le rival de Guédron dans le genre de la
chanson, avait épousé sa fiWe Jeanne. Guédron
a publié chez Ballard plusieurs recueils il\-/irs
GUËDRON
GUÉNIN
131
de cour à voix seule, et d'autres à quatre et
cinq voix, depuis 1605 jusqu'en ICûO. On en a
fait un choix, qui a été traduit en anglais et
jHiblié sous ce titre : French Conrl-Jijres iinth
their duties englished , of 4 and 5 paris,
coUecled, translated, and pubîished byEdw.
Filmer, getitl. Dedicated to the Oîveen, Lon-
dres, 1G2Î), in-fol. Gabriel Bataille a inséré
plusieurs chansons de Guédron dans la collec-
tion de ses y^irs mis en tablature de luth,
Paris, Ballard, 1608-lGlô, iu-Zi". Les mélodies
des airs de ce musicien sont gracieuses et
naïves.
GUEI!>Z (CniîÉTiEîs), recteur au gymnase
de Halle, naquit à Kola, dans la Basse-Lusace,
le 15 octobre 1592. Il étudia à Wittenberg, y
fut fait magister, en 1616, fut ensuite, pendant
trois ans, au service du duc de Saxe-Weimar,
puis du prince d'Anhalt. Ayant ensuite étudié
le droit à Jéna, il fut avocat à Wittenberg
jusqu'en 1627, époque où il obtint le rectorat
à Halle. Il mourut le 5 avril 1650, comme il
l'avait prédit. Ses écrits sont : \° Pars gene-
ralis musicx publicx disquisilioni subjecta,
Halle, 1634. Cet ouvrage contient huit thèses
sur les principes de la musique. 2° Pars spe-
cialis Hmsîc<r, ibid., 1635. 3" Miscella proble-
muta de musica, ibid., 1638. 4° Mnemo-
synon musicum ecclesiasticmn dissertatio,
ibid., 1646.
GUEIT (Mauius), aveugle, né à Paris,
vers 1810, entra à l'institution des jeunes
aveugles de cette ville à l'âge de dix ans, et s'y
livra à l'étude de la musique. Madame Van-
derbuch, professeur de cet établissement, lui
donna les premières leçons de piano; Benazet
fut son maître de violoncelle et en fit un artiste
distingué sur cet instrument. Dirigé ensuite
dans l'étude de l'orgue par Lasceux, organiste
de Saint-Étienne-du-Mont, et par Marrigues,
organiste de Saint-Thomas d'Aquin, Marins
Gueit acquit un talent remarquable pour l'im-
provisation, dans la manière des organistes
français. Sorti de l'institution des aveugles,
en 1851 , il fut appelé à Orléans, pour y occuper
la place d'organiste de Saint-Paterne; il y
resta jusqu'en 1840, et perfectionna son talent
par ses études d'orgue et de composition. De
retour à Paris, au commencement de 1841, il
fut nommé organiste de l'église Saint-Denis,
au Marais, et y attira souvent la foule des
amateurs par ses improvisations de Te Deum.
On a de cet artiste intéressant des recueils de
pièces d'orgue parmi lescjuelles on remarque :
1° [''Indicateur de l'organiste , recueil de
soixante pièces pour Antiennes, Kyrie, Gloria
in exrelsis , hymnes, Magnificat, etc. Ce
recueil est divisé en trois suites. La troisième
renferme des offertoires et des fugues. 2" Douze
grandes pièces pour l'orgue. 5» Trois offer-
toires pour l'orgne, op. 25. Tous ces ouvrages
sont publiés à Pai'is, chez le successeur de
madame veuve Canaux. 4" Méthode pour l'orgue
expressif, ibid. 5° Des morceaux de différents
genres pour l'orgue et Vharmonium, fantai-
sies, divertissements, romances sans paroles,
sérénades, etc., ibid. 6° Des motels à plusieurs
voix ou à voix seule, avec orgue, ibid. 7" Des
cantiques, idem, ibid.
GUEM:E(Luc),néàCadix,lel9aoinl781,
entra comme élève au Conservatoire de mu-
sique de Paris, au mois de germinal an v, sous
la direction de Gaviniès, |)uis dellode, et obtint
le premier prix de violon deux ans après. Il
entra alors à l'orchestre du théâtre de la rue
de Louvois. Plus tard, il prit des leçons de
Mazas pour perfectionner son talent, et étu-
dia l'harmonie avec plusieurs maîtres et en
dernier lieu avec Reicha. En 1809, Guenée
est entré à l'orchestre de rOpéi'a ; retiré de ce
théâtre, après vingt-cinq ans de service, il a
obtenu la pension, et depuis lors il est devenu
chef d'orchestre du théâtre du Palais-Royal.
Cet artiste a donné à l'Opéra-Comique : 1" La
Chambre à coucher, en un acte, 1813. 2» La
Comtesse de Troun , en trois actes, 1816.
3" Une f'isite à la campagne, en un acte, au
Gymnase Dramalitine. Il a arrangé pour la
scène française la musique de plusieurs opéras
italiens, dans lesquels il a introduit quehiues
morceaux de sa composition. Guenée a aussi
publié plusieiys œuvres de musique instru-
mentale, parmi lesquelles on remarque :
1° Premier concerto pour violon et orchestre,
Paris, Le Duc. 2° Trios pour deux violons et
basse, op. 5^ Paris, Hentz-Jouve. 3''Troisduos
concertants pour deux violons, op. 1, Paris, Le
Duc. 4° Trois îdem, op. 2, ibid. 5» Six caprices
pour violon, avec basse, ibid. 6" Trois quatuors
pour deux violons, alto et violoncellej op. 4,
ibid.
La fille de Guenée s'est faitconnaître comme
pianiste dans les concerts de Paris, en 1840 et
dans les années suivantes.
GUENIN (Marie-Alexandre), violoniste et
compositeur, né à Mauheuge (Nord), le 20 fé-
vrier 1744, commença l'étude du violon à l'âge
de six ans, et fit de rapides progrès sur cet
instrument. En 1760, son jtère l'envoya à
Paris pour y déveloi)per soij talent. Guénin
prit des leçons de Capron !)0ur le violon, et de
Gossec pour la comiiosition. En 1775, il se fit
9.
132
GUÉNIN - GUÉRIN
entendre avec succès au concert spirituel, dans
un concerto de sa composition. En 1777, le
prince de Condé le choisit pour être intendant
de sa musique; l'année suivante, il fut admis
dans la chapelle du roi, et la place de premier
violon solo de l'opéra lui fut confiée, en 1780.
Il l'occupa jusqu'en 1800. Kreutzer fut alors
appelé à la remplir, etGuénin ne figura plus que
parmi les autres premiers violons de l'orchestre.
Retiré de l'Opéra au mois de janvier 1810, avec
Ja pension, après trente années de service, il
fut alors attaché comme second violon au'ser-
vice de Charles IV, roi d'Espagne, retiré en
Erance à cette époque. De retour à Paris,
en 1814, et alors âgé de soixante et dix ans, il y
vécut dans le repos, et mourut en 1819, dans
une situation peu aisée. Cet artiste a eu de la
réputation en France pour les symphonies
qu'il a composées, et dont le premier œuvre fut
publié à Paris, en 1770. La facture en est
bonne, mais le génie d'invention y manque, et
c'est à tort qu'on les a mises, dans leur nou-
veauté, en parallèle avec celles de Haydn, où ce
génie brille jusque dans les moindres détails.
Les compositions de Guénin connues aujour-
d'hui sont : 1» Six symphonies pour deux vio-
lons, alto, basse, deux hautbois et deux cors,
op. 2, Paris, La Chevardière, 1770. 2" Trois
idem, op. 4, Paris, Imbault. ô° Trois idem,
op. 6, ibid. 4" Deux symphonies imprimées avec
une symphonie de Barrière, Paris, Sieber. 5" Six
quatuors pour deux violons, alto et violoncelle,
op. 7, Paris, Louis. 6" Six duos pour deux vio-
lons, op. 1, Paris, Sieber. 7" Six idem, op. 3,
Paris, Imbault. 8" Trois sonates avec second
violon, op. 9, Mayence, Schott. 9" Trois ide7n,
op. 10, ibid. 10" Trois duos pour deux violons,
op. 13, ibid. 11° Trois idem, op. 15, Paris,
Sieber. 12° Premier concerto pour l'alto, op.
14, ibid. 13° Trois duos faciles pour deux vio-
loncelles, op. 18, ibid. 14° Trois sonates pour
clavecin et violon, op. 5, Paris, 1781.
GUÉIVIIV (HiLAiRE-NicoLAs), fils du précé-
dent, né à Paris le 4 juillet 1773, a étudié le
chant sous la direction de Langlé, Guichard et
Piccinni, le piano sous Gobert, et a reçu des
leçons d'harmonie et de composition de Ro-
dolphe et de Gossec. Il a été professeur de
piano à Paris pendant plus de quarante ans.
On a de cet artiste : 1° Variations pour le piano
sur l'air du Grenadier, Paris, Ph. Petit.
2° Grand rondo brillant pour le piano, op. A,
Paris, Le Duc. 3° Fantaisie sur l'air : O pes-
cator, Paris, Érard. 4° Fantaisie sur l'air de
la Sentinelle, op. 3, Paris, Le Duc.
GUÉRILLOT (Uemu), né à Bordeaux en
1749, se distingua dès sa jeunesse par son ta-
lent sur le violon. Vers 1776, il s'établit à Lyon
et y fut employé comme premier violon du
grand théâtre. En 1782, il publia dans cette
ville son premier concerto pour le violon.
Deux ans après, il se rendit à Paris. En 1785,
il débuta d'une manière brillante au concert
spirituel dans un concerto de sa composition,
etdans les années suivantes, il brilla au même
concert où il exécuta un concerto de Jarno-
wick et plusieurs symphonies concertantes.
Entré à l'Opéra comme un des premiers vio-
lons en 1784, il occupa cette place jusqu'à sa
mort, qui arriva en 1805. Guérillot avait été
appelé comme professeur de violon au Conser-
vatoire de Paris, à l'époque de la formation de
cette école ; mais il fut compris dans la ré-
forme de 1802, et perdit sa place. Sensible à
cet affront fait à son talent, il devint dès ce
moment un des plus ardents détracteurs du
Conservatoire. On a gravé de sa composition
deux concertos de violon, Paris, BaiUeux, et
un œuvre de duos pour deux violons.
GUÉRIN (Emmanuel), connu sous le nom
de GUÉRIN AÎNÉ, est né à Versailles en
1779. Admis comme élève au Conservatoire de
musique en 1796, il y reçut des leçons de vio-
loncelle de Levasseur, et obtint le premier
prix de cet instrument au concours de l'an vi.
Au concert qui fut donné à l'Opéra le 14 fri-
maire an VII, pour la distribution de ces prix, il
exécuta avec succès un concerto de Reichardl.
Entré à l'orchestre du théâtre Feydeau en
1799, il y est resté jusqu'en 1824, époque oii
il a obtenu la pension après vingt-cinq ans de
service. Cet artiste a publié de sa composition :
l°Duos faciles pour deux violoncelles, op. 1,
Paris, Imbault (Janel). 2° Trois idem, op. 6,
Paris, Sieber. 3° Variations pour violoncelle et
quatuor d'accompagnement sur l'air : Sitl
margine, op. 7, ibid. 4° Air de Lina, varié,
op. 8, idem, Paris, madame Duhan. 5° Au
clair de la lune, varié, idem, Paris, Janet.
6° Trois sonates pour violoncelle et basse, Paris,
Pacini. 7° Plusieurs thèmes variés pour violon-
celle solo ou avec accompagnement de piano.
Le frère puîné de cet artiste, né également
à Versailles, a été admis au Conservatoire
comme élève de violon et y a fait ses études
sous la direction de Baillot. Il fut longtemi)s
répétiteur des élèves de ce maître ; puis il fut
nommé professeur de la classe préparatoire
de violon. Dès 1824, il était un des premiers
violons de l'opéra, où il a fait un service de
trente années. Il était aussi membre de la so-
ciété des concerts du Conservatoire.
GUËRIN — GUERRERO
133
GUÉRIN (E.), ingénieur -mécanicien à
Paris, a mis à Texposilion de l'industrie, en
1844, une machine à laquelle il donnait le
nom de pianographe. et qui était destinée à
iranscrire les improvisations des compositeurs
et des pianistes. Bien qu'insutTisante pour at-
teindre d'une manière complète le but que
l'inventeur s'était proposé, cette machine en
approche pins que tout ce qui a été entrepris
jusqu'à ce jour (1861) pour le même objet
(voyez Creed, Unger, Hoiufeld, Engramelle,
lllEDLER, CaREIRE, WjTZELS, PaPE Ct AdORNO).
La machine appelée pianographe se fixait
sous un piano ordinaire au moyen de deux vis.
Elle était composée d'une caisse rectangulaire,
laquelle renfermait : 1" un mécanisme des-
tiné à mettre en action la pointe qui traçait les
signes de notation; 2" un système de cylindres
au moyen duquel se déroulait le papier qui
devait recevoir les signes; 3» un mouvement
d'horlogerie servant à régler la rotation de ces
cylindres. Le papier, sur lequel étaient tracées
deux portées ordinaires de cinq lignes, avec
des lignes additionnelles pour les octaves su-
périeures et inférieures, recevait les marques
qui y étaient imprimées dans une longueur
relative à la pression du doigt sur une des
touches du clavier : ces lignes formaient un
système sténographique dont la traduction se
faisait à l'aide d'une table des signes corres-
pondants aux notes et à leur durée. On peut
voir l'analyse des fonctions du mécanisme de
cette machine par M. Anders, dans la Revue et
Gazette musicale de Paris (ann. 1844, n° 30).
M. Guérin a publié : Mémoire descriptif sur
le pianographe, avec une planche contenant
un exemple de musique noté en signes sténo-
graphiques et traduit en notation ordinaire :
ce sont huit mesures d'un morceau fort simple
qui prouvent que, pour des choses de cette na-
ture, l'opération de la traduction n'offrait pas
de difficultés trop grandes ; mais on y voit en
même temps que le problème serait insoluble
pour les improvisations rapides d'un pianiste
<iui embrasserait toute l'étendue du clavier.
M. Guérin a inventé aussi une clef à engre-
nage et un diapason chromatique à treize
lames, accordé dans le système tempéré, pour
rendre plus facile l'accord des pianos, ainsi
«lu'un appareil appelé sthénochire, destiné à
donner de la souplesse et de la force aux doigts
des pianistes. L'inventeur a publié une bro-
chure intitulée : E. Guérin, ingénieur-méca-
nicien, inventeur et fabricant breveté du
pianographe, de la clef de piano à engre-
nages avec diapason à gamme chromatique,
et du sthénochire. Description sommaim
avec planches de ces instrutnents ; mémoire
explicatif sur leur emploi, Saint-Germain,
1845, in-S» de dix-huit pages avec cinq
planches.
GUERIIVI (François), violoniste napoli-
tain, a été au service du prince d'Orange à
la Haye, depuis 1740 jusque vers 1760; puis
il se rendit à Londres, où il paraît avoir ter-
miné sa carrière. On a publié à Amsterdam
quatorze œuvres de concertos, solos, duos et
trios pour le violon et le violoncelle, de sa com-
position.
GUEROULT (...), musicien français, vi-
vait à Paris vers 1750. On a de lui plusieurs
œuvres de cantates, parmi lesquelles on remar-
que celle de Narcisse.
GUEROLILT (Adolphe), publiciste, né à
Radepont (Eure), en 1810, entra dans la secte
des saint-simoniens , après avoir terminé ses
études, puis fut attaché au journal intitulé le
Temps, d'où il passa au Journal des Débats.
En 1858, Berlin l'aîné, l'un des propriétaires
de ce journal, lui donna une mission en Es-
pagne, d'où il écrivit des lettres sur la situa-
tion de ce pays, qui furent insérées dans le
Journal des Débats ; puis il voyagea en Italie.
M. Guizôt le nomma, en 1842, consul à Ma-
zatlan (Mexique), puis à Jassy, en 1847. Des-
titué, après la révolution de 1848, M. Gueroult
vivait à Paris et prit part à la rédaction de
plusieurs journaux issus de cette même révolu-
tion, particulièrement au Crédit, à la Répu-
blique et à VIndustrie, fournissant aussi des
articles à quelques journaux et revues sur les
arts. Il est aujourd'hui (1861) sous-chef de bu-
reau à la Société du Crédit foncier en France.
Ce littérateur s'est beaucoup occupé de mu-
sique, dont il n'a qu'une connaissance som-
maire, et a écrit un grand nombre d'articles
sur cet art depuis 1830, dans la plupart des
journaux. Grand admirateur des excentricités
de quelques compositeurs qui se sont produites
depuis lors, il s'est montré antagoniste de
l'art classique dans tout ce qu'il a publié sur
ce sujet.
GUERRE (Elisabeth-Claude JACQUET
DE LA), {voyez Laguerre.)
GUERRERO (François), célèbre compo-
siteur espagnol, naquit à Séville en 1528 (1).
(l) La notice de la première édition de la Biographie
universelle des musiciens est ici entièrement refaite
d'après de nouveaux documents ou renseignements, par-
ticulièrement d'après les faits que M. Adrien de La Page
a publiés dans la Gaceta musical de Madrid (1835, no 7),
ct cju'il a puisés dans les relations d'un voyage fait ù
«3i
GUERRERO
On ignore quelle fut la iirOl'ession de son père,
mais on sait que son frère aJné, Pierre Guer-
i-ero, fut un professeur de musique très-instruit,
et que ce fut lui qui dirigea les premières
éludes du jeune François dans cet art, pour
lequel il était doué de l'organisation la plus
heureuse. Une absence de ce frère fut cause
de la bonne fortune qu'eut Gucrrero de deve-
nir élève du savant musicien Morales. Toute-
fois, il ne jouit sans doute pas longtemps de
cet avantage, car le savant maître se rendit à
Rome en 1540, et nous voyons dans le livre
(l'Adami de Bolsena (Osservaz. per ben rego-
lare il coro délia cappella ponlificia, p. 164)
que le savant maître fut fait chantre de la cha-
pelle pontificale par le pape Paul III, à qui il
dédia son second livre de messes en 1544. Or,
en 1540, Guerrero n'était âgé que de douze
ans. A cet âge, on n'a pas achevé l'étude d'un
art difficile; à peine la commence-t-on. Les
renseignements fournis par Guerrero lui-même
sur sa vie nous apprennent qu'il n'était âgé
que d'environ dix-huit ans, quand il futappelé
à remplir la place vacante de maître de cha-
pelle à la cathédrale de Jaen. C'est donc en
1546 qu'il prit possession de celte place, et
cette époque est précédée d'une lacune d'en-
viron six ans, pendant laquelle ses études
durent être dirigées par un autre maître que
Morales. Après trois ans de séjour à Jaen,
Guerrero fit un voyage à Séville pour revoir sa
famille, et [tendant qu'il y resta, il accepta la
position de chantre de la cathédrale, avec des
appointements suffisants. Ce fut le désir a'rdent
de ses parents de le conserver près d'eux qui le
décida à renoncer à sa position de Jaen. Plu-
sieurs années se passèrent ainsi ; puis la place
de maître de chapelle de la cathédrale de Ma-
laga fut mise au concours et Guerrero l'em-
porta sur SCS compétiteurs j mais sa nomina-
.Ii'rusalem par Guerrero, en lo88; livre très-rare, bien
<l II "il en ait été fait plusieurs éditions, et dont un hasard
lipureux a fait tonijjer un exemplaire dans les mains de
M. fie La Fagc. Guerrero y rapporte les circonstances
priiuipaies de sa vie. Il parait en résulter qu'il ne fit
point dans sa jeunesse ie voyage à Uomequej "ai indiqué
dans rancienne notice. M. de la Page présume que j"ai
cru au voyage de Guerrero à Konie, parée qu'un liliserere
composé par lui se trouve dans les volumes manuscrits
à l'usage de la diapelle pontificale, après celui de Dcn-
tice el avant celui de Paleslriiin. Ce n'est pas seulement
à cause de l'existence de te Miserere dans ces li\rcs que
j'y ai cru, mais parce (|ue l'aini dit en termes exprés
que ce fui Guerrero qui le donna à la cliapelle : la lerzo
liiogo teijttono negliim/i<uti voiauii dueversi dcl Miserere
a ivoci di Francesco lluerero di Seviglia, famosUsimo
fiinesiro, che donotli simiimente ul nostro rolleyto. {Mem.
lit G. P. da Palesirtnct, n. o'i6.)
tion devait être approuvée par le roi, et par
des circonstances inconnues, l'ap[irobation se
fit attendre. Dans l'intervalle, le chapitre de
Séville, qui désirait s'attacher le jeune artiste,
lui fit proposer de succéder à Pierre Feman-
dez (appelé par Guerrero le maître des maî-
tres), en qualité de maître de chapelle de cette
cathédrale, sous la condition que la moitié du
traitement resterait à Fernandez comme pen-
sion de retraite, et qu'il recevrait l'aulie
moitié, à laquelle s'ajouteraient ses appointe-
ments de chantre. A la mort de Fernandez,
Guerrero devait avoir la totalité du traitement,
mais le vieux maître vécut encore vingt-cinti
ans. A vrai dire, depuis le retour de Jaen,
nous ne voyons pas dans la vie de Guerrero
d'époque déterminée jusqu'à l'année 1588, où il
réalisa le projet, qu'il avait depuis longtemps,
de faire le voyage de Jérusalem. Or, il re-
tourna de Jaen à Séville en 1549, et jusqu'en
1588 trente-neuf ans s'écoulèrent. Que se
passa-t-il dans ce long espace? Toute cette
partie active de l'existence du maître s'écoula-
t-elle d'une manière uniforme dans la capitale
de l'Andalousie, et ne prit-il jamais de congé
pour voyager? Il n'en dit rien dans la relation
de son voyage à Jérusalem; mais est-ce une
raison suffisante pour affirmer qu'il ne s'éloi-
gna jamais de Séville ? Je ne puis l'admeltiv,
et j'ai des motifs très-sérieux pour croire qu'il
en fut autrement. Les voici : dans la collec-
tion de l'abbé Santini se trouvent des psaumes
et une messe de Requiem de Guerrero, impri-
més à Rome, en 1559. Ses fliagnifcat, belle
collection d'un style large, dans la manière
des maîtres de l'école romaine, ont été impri-
més par son ordre et à ses frais, à Louvaiii,
sous ce litre : Canticum Beats Maria:, quud
Magnificat nuncupatur , per octo music.e
modos variatum. Francisco Guerrero Mu-
sices apud Hispalensem ecclesiam prjrfcclo
anthère. Lovanii , apud Petrum Phalesitim,
bibliopol. Jurât. Anno 1563; cum gratin et
privilégia régis. Impens. aulhoris; in-folio
maximo. Les quatre parties sont imprimées
en regard. L'ouvrage est dédié à Philippe II,
roi d'Espagne (les Pays-Bas étaient alors sous
sa doniinalion), et l'inscription de la dédicace
est celle-ci : Invictissimo Principi et Do-
mino Philippo ejus nominis secundo divina
favente clementia Ilispaniarum Régi Catho-
lico Franciscus Guerrero almx ecclesia; Ilis-
palensis musices pra^feclus S. D. P. Enfin, il
a fait imprimer à Paris le premier livre de ses
messes, et l'ouvrage est intitulé: Zîfccrjjnmus
Missarum Francisco Guerrero Hispalensis
GUERRERO
135
Odei (ï) phonasco authore. Parisiis, ex typo-'
i>rij[)hiâ Nicolai du Chemin, 1366; ci«/i prà'c-
legio régis ; un volume grand in-folio de cent
cinquanle-six feuillets. Au revers du fronti-
spice se trouve la table du contenu du volume,
où sont quatre messes à cincf voix, cinq messes
à quatre, et trois motels dont un à cinq voix,
un à six, et le dernier à huit. L'ouvrage
est dédié à don Sébastien, roi de Portugal,
alors encore mineur, el qui périt dix ans après
dans une entreprise folle contre les Maures
d'Afrique. La souscription de la dédicace est
ainsi conçue ; Sebasliano Lusitanix , Alçjar-
biorumque Régi, et yEthiopix, ac ultra ci-
traque in y^phrica potentissimo Domino
Frunciscus Guerrerus Hispalensis S. P. D.
Des exemplaires de ces deux volumes rarissi-
mes sontà la Bibliothèque impérialede Vienne.
Remarquons qu'on n'imprimait pas encore
de musique en caractères mobiles à cette
époque en Espagne, en sorte que les ouvrages
des compositeurs qui ne sortaient pas de leur
pays ne se répandaient que par des co])ies
manuscrites. On verra tout à l'heure que, pour
faire imprimer quelques-unes de ses autres
productions, Guerrero fut obligé de se rendre
à Venise, vingt-deux ans après la publication
de son premier livre de messes à Paris. D'ail-
leurs, si ce maître ne s'éloigna |)as de Séville
avant 1388, d'où vient qu'il faisait publier
longtemps auparavant ses psaumes à Rome, ses
Magnificat à Louvain, ses messes à Paris?
Pourquoi ces changements de lieux, s'il ne s'y
trouvait pas lui-même?
Quoi qu'il en soit, le cardinal archevêque de
Séville ayant été mandé i)ar le pape à Rome,
en 1388, Guerrero obtint du chapitre l'autori-
salion de l'accompagner dans ce voyage ; mais
arrivé à Madrid, le cardinal s'y arrêta, parce
que la chaleur lui parut trop forte pour conti-
nuer sa route immédiatement. Ce contre-temps
fit prendre à Guerrero la résolution de se
rendre seul en Italie, pour y publier quelques-
uns de ses ouvrages. En ayant obtenu la per-
mission du cardinal archevêque, il alla s'em-
barquer à Carthagène, sur une galère qui se
(1) Que signifient ces mots? Hispalensis Odei pho-
nascus (musicien de VOUcum de Séville) ! J'avoue que je
n en trouve pas d'explication. Vilruve parle de l'0deU7ii
(wSeTov en grec) et dit que c'était un petit tliéàtre cou-
vert. Suivant le scholiasted'Aristophane, l'Odéon servait
aux repétitions; mais l'Iutarque, dans la vie dcréricics,
\eu! que ce fut le lieu où s'assemblaient les juges des
coneours de musique. Quel rapport tout cela pciil-il
avoir avec les fonctions de Guerrero? Il n'y avait point
alors lie ihcàtrc ; ci certes on y songeait moins en Ksjiagiie
«iJailleurs.
rendait en Toscane. Arrivé à Gênes, il conti-
nua directement sa route vers Venise. Un na-
vire qui se trouvait dans le port allait partir
pour Tripoli de Syrie : le maître espagnol se
décida à profiler de cette occasion pour accom-
plir son vœu de visiter Jérusalem, et il pria le
célèbre Joseph Zarlino de se charger du soin
de revoir les épreuves de ses compositions
qu'on venait de mettre sous presse. Accom-
pagné d'un de ses élèves, nommé Francisco
Sanchez, il s'embarqua, le 14 aotît 1588, à
l'âge de soixante ans. Arrivé à Zanle, le na-
vire s'y arrêta pour faire provision de vivres,
et Guerrero y trouva l'hospilalilé dans un cou-
vent de Franciscains, ou il entendit la messe
grecque dont le chant lui parut entièrement
dépourvu d'art. Embarqué de nouveau, il ar-
riva enfin à Jaffa, d'oii il gagna péniblement
Jérusalem. Après y avoir passé la semaine
sainte dans des exercices de dévotion et visilé
Bethléem, le Calvaire et le Saint-Sépulcre, il
retourna en Syrie et s'y rembarqua pour Venise,
où il s'arrêta quelque temps, pour achever la
révision de ses ouvrages, et vécut fort retiré,
ne voyant aucun autre artiste que Zarlino.
Lorsiju'il s'éloigna de cette viile, il prit sa
roule par Ferrare, Bologne et Florence, pour
aller s'embarquera Livoiiine. De là, il se rendit
à Marseille, puis à Barcelone, et enfin il arriva
à Séville, après avoir accompli, à l'âge de
soixante ans, un long voyage, alors environné
de dangers et considéré comme une mer-
veille. Il a publié la relation de sa longue
excursion, sous ce lilre : £1 viage de Jérusa-
lem que hiza Francisco Guerrero, racionero
y maestro de la santa iglesia de Sevilla,
ano 1611, en Alcala, in-18". Il paraît y avoir
d'autres éditions de ce livre en formats plus
grands et qui sont vraisemblablement plus
anciennes, car Nicolas Antonio, dont la Biblio-
theca Hispana ne donne la biographie que
des auteurs antérieurs au dix-sejUième siècle
dit que Guerrero mourut à la fin de 1399, à
l'âge de quatre-vingt-un ans, et qu'il eut pour
successeur immédiat D. Antoine Core^ nommé
le 22 septembre 1600. Outre les ouvrages
de ce musicien célèl)re , cilés précédem-
ment, on a aussi imi>rimé de lui : 1» Psal-
morum quatuor vocum liber primus acced.
Missa defunctorum quatuor vocum. Romfc,
apud Antonium Bladum, 1559, in-fo!. 2" Il
seconda libro di Messe. Roma, Busa, 1584,
(cité j)ar M. De la Fage). S" Il primo libro di
salmi a quattro, ibid. 1584, (idem). On voit
que c'est une réimpression de l'œuvre publié
en 1359. i° Libro di Molli {Motelli} à quattro,
136
GUERRERO — GUERSON
cinque, sei e otto voei, VeQ.ezia(cité par M. De
la Fage). M. Hilarion Eslava a publié, en par-
lilion, dans sa précieuse collection des œuvres
de compositeurs espagnols intitulée : Lira
sacro-hispana : 1» la Passion, d'après saint
Mathieu, à cinq voix, pour le. dimanche des
Rameaux ; 2" la Passion, selon saint Jean, éga-
lement à cinq voix^ pour le vendredi saint;
octrois motets pour le même nombrede voix,et
la messe à quatre sur le chant Simile est reg-
num cœlorum, compositions de Guerrero. Le
savant éditeur dit : {Gaceta musical de Ma-
drid, 1835), qu'il est peu d'églises importantes
en Espagne où Ton ne trouve quelque ouvrage
de Guerrero j il n'en est pas de même dans le
reste de l'Europe, où ses œuvres sont d'une
rareté excessive. Les Bibliothèques royales de
Berlin et de Munich, si riches en antiquités
musicales, ne possèdent rien de ce maître. On
ne trouve aucune de ses compositions dans les
célèbres Bibliothèques de Milan, de Venise et
de riorence , et l'immense collection du
P. Martini, aujourd'hui au Lycée communal de
musique de Bologne, n'en a pas une feuiHe.
L'abbé Santini (de Rome) seul a réuni un assez
grand nombre d'ouvrages de ce maître. On
trouvait autrefois dans la Bibliothèque musicale
du roi de Portugal, dont Craesbecke a publié le
catalogue, trois livres de motets à trois, qualité
et cinq voix, de Guerrero, et deux livres à cinq,
six et huit.
GUEUSATV (...), luthier français, élève de
Bocquay et son successeur, vivait vers la fin
du règne de Louis XIIL Ses violons, d'un petit
j)atron, sont d'un beau fini, et égalent ceux
d'Antoine et d'André Amati. Ils sont devenus
très-rares; on croit même qu'il n'en existe pas
plus de vingt qu'on puisse considérer comme
son ouvrage propre ; ceux-là sont vernis à
l'huile ; mais un grand nombre d'autres ont
été fabriqués dans son atelier et portent son
nom. Ils se reconnaissent facilement, parce
qu'ils sont vernis à l'esprit-de-vin.
La famille des Guersan a pratiqué la lutherie
de père en fils, pendant plus d'un siècle. Louis
Guersan, descendant de cette famille, demeu-
rait, en 17G0, dans la rue de la Comédie
française, et faisait des imitations de Nicolas
Amati qui étaient recherchées.
GUERSOiy (Guillaume), musicien fran-
çais, naquit dans la seconde moitié du (juin-
zième siècle à Longueville, bourg de Nor-
mandie, près de Dieppe. Il est auteur d'un
traité de musique devenu fort rare, et dont la
plupart des biographes ont ignoré l'existence,
quoiqu'il en ail été fait au moins quatre édi-
tions. Celle qui paraît être la plus ancienne a
pour titre : Utilissime musicales régule cunc-
tis summopere necessarie plani cantus sim-
j)licis contrapuncti rerum factarum tonorum
et artis accentuundi tam exemplariter quam
practice per magistrum GuHlelmum Guer-
sonum,de Fillalonganoviter compilate inci-
piunt féliciter. Au-dessous de ce litre, on
trouve la vignette et la marque de Michel
Tliolose, imprimeur de Paris, avec son nom
écrit de cette manière : Michiel Tholoze, sans
date. Le volume, composé de vingt-huit feuillets
petit in-4'' non chifTrés, mais avec les signa-
tures a-d, est terminé par huit vers latins
adressés au lecteur, et par le mot finis. L'ou-
vrage est divisé en trois livres, dont le premier
traite des éléments de la musique, et des tons
du plain-ehant; le second, du contrepoint, et
le dernier, des proportions de la notation. Il y
a lieu de croire que ce petit ouvrage a été im-
primé dans les dernières années du quinzième
siècle, ou dans les quatre ou cinq premières du
suivant.
La deuxième édition est intitulée : Utilissime
musicales régule cunctis opère necessarie ,
plani cantus simplicis contrapuncti, rerum
factarum, tonorum seu organorum usua-
lium, et artis accenluandi tam spéculative
quam practice novissime impresse. Au-des-
sous du titre est la vignette et la marque de
François Regnault, imprimeur de Paris, avec
son nom au bas écrit ainsi : Francoys Re-
gnault. Au dernier feuillet on lit : Impresse
Parisiis pro Francisco Regnaidt (In vico
Sancli Jacobi) ad intersignium Divt Clau-
dii. Anna salutis fere Passionis Domini
nostri Jesu Christi, 1509, in-4" de trente
feuillets non chiffrés. Cette édition est plus
complète que la précédente, car elle est divisée
en cinq livres. Les trois premiers sont sembla-
bles à ceux de l'édition de Tholoze; le qua-
trième traite de l'accent de la voix dans la
récitation des épitres et des évangiles; le cin-
quième, de la prosodie appliquée au chant des
hymnes et des antiennes.
La troisième édition, dont j'ai connaissance,
a pous titre : Utilissimx musicales regulx
Plani cantus, simplicis contrapuncti, rerum
factarum, tonorum usualiiim, nec non artis
accentuandi Epistolx ac evangelix, Vavisiis,
Gaufredi de Marnef, 15!ô, in-4». Le litre de la
(juatrième édition, semblable à celui de la troi-
sième, n'en diffère que par ces mots qui suivent
Tonorum nsiialium : et artis accentuandi
tam spéculative quam practice, cum acerrima
diligenlia noviter corrccli. Parisiis, apad
GUERSON — GUEVARA
137
Jfieronymum et Dionysium de Marnef fra-
tres, ad insigne Pelicani, via ad divtim Ja-
cubitni, 1350, in-4''. Toutes ces éditions sont
en caractères gothiques. La dernière contient
de notal)les changements et additions; on y
trouve l'explication et la figure de la main
musicale qui n'est pas dans les autres ; mais
il y a, dans les exemples de musique, beaucoup
de fautes d'impression qui ne sont pas dans
les éditions de Michel Tholoze et de François
Regnault.
Il existe un autre ouvrage, sans nom d'au-
teur, qu'il ne faut pas confondre avec celui de
Guerson, quoique les titres aient quelque ana-
logie; celui-ci est un traité spécial et assez
étendu des tons du plain-chant, de l'accentua-
tion de la voix dans la récitation des épîlres
eTOes évangiles, du chant des hymnes, de VJte
Missa est et du Benedicamus Domino. Il a
pour titre : Utilissimum Gregorian-e psal-
modie (sic) Enchiridion tonorum artem et
régulas aperle demonstrans. Tractus (sic) de
arts accentuandi epistolas et evangelias me-
trice et prosaice apluribus extractns. Régule
quibus orationes missarum, matulinarum,
et vesperarum accentuari debent. Item primi
et secundi cantus hymnorum communium.
Item cantus Ite missa est, et Benedicamus
Domino per lotum anni circitlum. Carmen
rsciprocum de Laudibus musice ad Juvenes^
in-A° de quarante-quatre feuillets chiffrés, go-
thique; au bas du verso du dernier feuillet, on
lit : Cy-finent ces presens tons, nouvellement
imprimez a Paris par Didier Maheu; li-
braire-imprimeur ala rue Sainct- Jacques au
prés Sainct- Benoist. Sans date.
GUESDOiV (Nicolas), né à Chàteaudun,
vers 1614 {voynz D. Liron, Bibliothèque
chartraine), fut un bon musicien du dix-sep-
tième siècle. Il était renommé paiticulière-
raent pour la viole, quoiqu'il jouât aussi du
clavecin. On a de lui deux livres de pièces de
viole, imprimés à Paris, en 1(538.
GUEST (R.\lph), né en 1742, à Basely,
dans le comté de Shrop, en Angleterre, étudia
les principes de la musique dans le chœur de
sa paroisse. A vingt et un ans, il se rendit à
Londres, pour entrer dans le commerce; mais
Kl musique qu'il entendit dans la chapelle de
Portland le décida à cultiver l'art pour en faire
sa profession. Il entra comme choriste dans
1j même chapelle, et prit des leçons de Frost
pour l'orgue. Après avoir obtenu la place
d'organiste à la chapelle de Sainte-Marie, il
publia : the Psalms of David (les Psaumes de
David, arrangés à plusieurs voix pour cliaque
jour du mois). A cet ouvrage est ajoutée une
courte instruction sur l'art du chant et sur la
basse continue. Plus tard, Guest a publié une
sorte de supplément à cet ouvrage, sous le
litre de : I/ymns and Psalms. On connaît
aussi plusieurs chansons de sa composition.
GUEST (Georges), fils du précédent, né à
Londres, en 1771, reçut de son père les pre-
mières leçons de musique. Le docteur Nares
lui ayant entendu chanter quelques airs de
Ilsendel, lorsqu'il était encore enfant, le fit en-
trer à la chapelle royale, où son éducation mu-
sicale fut achevée. En 1784, il chanta le pre-
mier dessus avec distinction à la grande fête
musicale de la commémoration de Hœndel. Il
n'avait que seize ans lorsqu'il fut nommé, en
1787, organiste à Tye. Deux ans après, il passa
en la même qualité à Wisbeck, près de Cam-
brigde ; depuis lors, il a continué de résider en
ce lieu, et s'est fait dans son pays une réputa-
tion honorable comme professeur de piano et
improvisateur sur l'orgue. Guest a publié
quelques œuvres de sa composition, parmi les-
quels on remarque : 1» Fugues et caprices
pour l'orgue, Londres, Clementi. 2" Antienne
pour le jour de Noël, ô" Recueil d'hymnes
pour le service divin. 4" Six grandes pièces
pour la musique militaire. 3" Quelques Glees
et Catches. 6" Trois quatuors pour flûte, vio-
lon, al(o et violoncelle, op. 18.
GUETWILLIG (Georges-Louis), compo-
siteur allemand du commencement du dix-hui-
tième siècle, paraît avoir été moine dans un
couvent de la Souabe, vers 1720. On connaît
de lui : Jntiphonx , Mma Redemptoris mu-
ter, Ave regina, Regina cœli et Salve regina,
a voce sola, 2 viol, et B. gêner, op. 7,, Augs-
bouig, Lotter, in-4''.
GUEVAllA (François VELLEZ DE),
gentilhomme portugais qui vivaitauquinzième
siècle, est auteur d'un livre intitulé : De la
realidad y experiencia de la musica. Ma-
chado, (jui cite cet ouvrage comme ayant été
imprimé {Bibl. Lusit. t. III, p. 765), ne
fait connaître ni le lieu ni la date de l'impres-
sion.
GUEVARA (Pedro de Loyola), prêtre at-
taché à l'église cathédrale de Séville, et en-
suite habitant de Tolède, vécut dans la seconde
moitié du seizième siècle. On a de lui un traité
de la composiliondu plain-chant, sous ce titre:
yirte para componsr el Canto llano, y para
corregir y emendar la Canturia que esta
compuesta fuera de Arte, quitando todas
las opiniones y diffïcultades, que hasta agora
a avido , por fallu de las que la cotnpusie-
138
GUEVARA - GUGLIELMI
ron. Puesla en razon por Pedro de Loyola
Guevara; en Sevilla, en casa de Andréa Pes-
cioni, anno de 1582, in-S» de trente feuillets.
Ce petit ouvrage est particulièrement destiné à
expliquer les règles de la tonalité dans les
trois genres d'hexacordes anciens, c'est-à-dire
par bécarre, bémol et nature. On y voit (feuil-
let 9, verso) ijue Guevara avait écrit un autre
traité de musique plus considérable, dont le
manuscrit était achevé à l'époque où il publia
celui-ci, et qui avait pour titre : De la Ferdad
(de la Vérité). Il était divisé en six livres qui
traitaient du plain-chant (de Canto llano), du
cliant mesuré (Canto de organo), des pro-
pertions, du contrepoint et de la haute compo-
sition (Compusicion mayor). On ignore si cet
ouvrage a été imprimé. En plusieurs endroits
de son traité de lacomposition du plain-chant,
et particulièrement dans son avis au lecteur
(p. 5 et suiv.). Guevara cite plusieurs auteurs
espagnols qui ont traité du plain-chant et qui
sont aujourd'hui peu connus ou même entière-
ment ignorés ; ces musiciens sont : Taraçona,
Juan 3Iartinez j Christoval de Reyna et PWa
Franco. Malheureusement il ne fait pas con-
naître le contenu de leurs livres. Il cite aussi
(feuillet 7, recto) un écrivain sur la musique
nommé GM27/ermo, nom qui parait se rapporter
à Guillaume Dufay. On sait, en effet, que ce
musicien a écrit un traité de musique qui n'est
point parvenu jusqu'à nous. Le petit livre de
Guevara est d'une rareté excessive.
GUGEL (Joseph et Henri), frères, célèbres
cornistes, ont brillé en Allemagne, depuis 1796
jusqu'en 1816. Jose])h naquit à Stuttgard, en
1770, et Henri en 1770. Joseph fut élevé à
Vienne, chez Scholl, habile professeur, qui lui
fit faire de rapides progrès sur le cor; lui-
même devint ensuite l'instituteur de son frère.
Tous deux étaient encore fort jeunes lorsque
leur père les fit voyager avec lui pour exploiter
leur talent à son profit ; spéculation malheu-
reusement trop fréquente et qui a fait avorter
souvent de belles organisations. Les jeunes
Gugel, doués d'une grande puissance de vo-
lonté, travaillèrent avec persévérance à per-
fectionner leui' habileté, malgré les inconvé-
nients de leur vie errante : les applaudissements
du public, d'abord accordés à leur jeunesse,
devinrent ensuite la récompense de talents
réels. Us avaient compris que le cor est par sa
nature un instrument destiné à chanter plutôt
<|u'à briller dans les traits chargés de ditTicul-
lés dont l'exécution laisse presque toujours
<|tielque chose à désirer. L'entente des effets
dans les morceaux à deux cors qu'ils exécu-
taient dans leurs concerts, était la cause prin-
cipale des succès qu'ils obtenaient. Après avoir
brillé dans les villes les plus importantes de
l'Allemagne et de l'étranger, ils sont entrés
au service du duc de Saxe-Hildburghausen.
Henri, le seul des deux frères qui a composé, a
publié : 1» Premier concerto pour cor princi-
pal, Mayence, Schott. 2» Nocturne pastoral
pour cor et piano, ibid. Z" Douze études (dilîi-
ciles) pour le cor, premier et deuxième cahiers,
îbid.
GUGGUMOS (Gallus), organiste de la
cour du duc de Bavière, au commencement du
dix-septième siècle, est connu par des motets
à quatre, cinq et six voix, publiés à Venise en
1612.
GUGL (Mathieu), organiste de la cathé-
drale de Salzbourg,dans la première moitié du
dix-huitième siècle, est auteur d'un traité élé-
mentaire d'harmonie pratique et d'accomi)a-
gnement intitulé : Fundamentaparliturx in
compendio data, das ist : kurzer und griind-
licher Unterricht dem Generalbass oder die
Partitur nach den Regeln recht und wohl
scidagen zu lernen, Salzbourg, 1719, in-4''.
Une seconde édition de ce livre a été publiée à
Augsbourg, en 1757, et une troisième a paru
dans la même ville, en 1777.
GUGL (Georges). On a sous ce nom :
1° Six quatuors concertants pour deux violons,
alto et basse. 2» Symphonie en ut à grand or-
chestre, Manheim. Ces ouvrages ont été publiés
avant 1790.
GUGLIELMI (Pierre), compositeur ita-
lien qui a joui de beaucoup de célébrité, na-
quit à Massa-Carrara, au mois de mai 1727, et
reçut les premières leçons de musique de son
père, Jacques Guglielmi, maître de chapelle du
duc de Modène. Lorsqu'il eut atteint l'âge de
dix-huit ans, il fut envoyé àNaples et entra au
Conservatoire de Loreto, où il fit ses études
sous la direction de Durante. L'auteur de
l'article Guglielmi, inséré dans la Biogra-
phie universelle, a mis en doute si ce musicien
célèbre a été, en effet, élève de Durante ;
mais Gervasoni, l'abbé Bertini et la Biogra/la
degli maestri di Capella di Napoli sont d'ac-
cord sur ce point. D'ailleurs, Guglielmi arriva
à Naples dix ans avant la mort de Durante, et
le Conservatoire de Loreto est le dernier où ce
maître a enseigné : le doute du biographe n'a
donc aucun fondement. Le nouvel élève du sa-
vant musicien annonçait peu de dispositions
pour la musique, et sa paresse était ennemie
de toute étude. Durante ne parvint à dévelop-
per en lui le sentiment de l'art et à lui ap-
GUGLIELMI
139
prendre à écrire correclement, qu'en l'obli-
jîeant à recommencer sans cesse les travaux
élémentaires du contrepoint. Il disait souvent
en parlant de Guglielmi ; Bi queste orecchie
d'asino ne voglio fare orecchie musicali.
Cependant ses efforts faillirent échouer contre
le défaut d'application et l'étourderie de
l'élève. Une circonstance inattendue vint
changer toutàconp les dispositionsde celui-ci :
un concours était ouvert entre les élèves du
Conservatoire pour la meilleure fugue à huit
voix réelles; ce concours devait être jugé cer-
tain jour déterminé, et Guglielmi n'avait pas
commencé son travail la veille de ce jour. Il se
vengeait de sa paresse en troublant par ses
plaisanteries l'attention de ses condisciples ;
irrités contre lui, ceux-ci le chassèrent de la
classe. L'humiliation que Guglielmi ressentit
de cet affront le changea en un instant. Il se
retira dans sa chambre, travailla trente heures
sans relâche, et obtint le prix. Durante pleu-
rait de joie en le lui décernant. Je ne me suis
donc pas trompé, disait ce respectable vieil-
lard; j'en ai fait un de mes meilleurs
élèves.
Sorti du Conservatoire à l'âge de vingt-sept
ans, Guglielmi fit représenter àTurin, en 1735,
son premier opéra, qui obtint un brillant
succès. Les principales villes de l'Italie l'appe-
lèrent tour à tour, et partout ses ouvrages
furent accueillis avec faveur. En 1762, il fut
appelé à Venise où il fit représenter quelques
opéras, puis il alla à Dresde, oii il passa plu-
sieurs années avec le litre de maître de cha-
pelle de l'électeur; de là, il alla à Brunswick;
enfin, en 1772, on l'appela à Londres; il y
demeura cinq ans. Cependant il paraît que la
|>rolection de quelques amateurs de musique
de la haute société ne put le défendre contre
les tracasseries d'une cabale qui cherchait à
l'éloigner et à nuire à ses succès. De retour à
Xaples, en 1777, à l'âge de cinquante ans, il
y trouva Cimarosa et Paisiello en possession
dç la faveur publique. Quinze ans s'étaient
écoulés depuis qu'il s'était éloigné de l'Italie.
<l les ouvrages qu'il y avait donnés autrefois
avaient vieilli, en sorte qu'il lui fallut en quel-
que sorte recommencer sa carrière à une époque
de la vie oîi elle est ordinairement finie pour
les autres artistes, et lutter contre de jeunes
compositeurs brillants de verve et de génie. Le
pas eût été glissant pour tout autre que pour
Guglielmi; mais, ainsi qu'on l'a remarqué
chez plusieurs artistes qui ne se sont dévelop-
pés qu'avec peine, et chez qui le talent ne s'est
pas manil'eslé de bonne heure, ce fut alors que
le génie de Guglielmi prit son essor le plus
élevé : le danger de sa position semblait avoir
doublé ses forces. Paisiello, qui de tout temps
a craint la concurrence, quoiqu'il eût assez de
talent pour ne pas la redouter, Paisiello mit en
œuvre tous les moyens possibles pour nuire au
nouvel adversaire qui se présentait. Guglielmi
devait donner un opéra nouveau au petit
théâtre des Florentins, à Naples ; le jour de la
première représentation, tous les amis de Pai-
siello remplirent la salle, et dès le commence-
ment de l'ouverture firent tant de bruit, qu'il
fut impossible d'entendre la musique : ils re-
doublèrent surtout d'efforts pendant un quin-
tetto , morceau excellent et plein de force
comique, où le public, suivant l'usage de ce
temps, amendait le compositeur pour le juger.
Heureusement pour celui-ci, le roi entra dans
la salle en ce moment; le silence se rétablit à
l'instant, le quintetto fut recommencé, et
l'enthousiasme qu'il fit naître fut tel, que Gu-
glielmi fut enlevé de sa place à la fin de la
pièce, et transporté chez lui en triomi)he. Dès
ce moment, Paisiello fut obligé de renoncer à
ses intrigues contre un homme que toute la
ville de Naples prenait sous sa protection. Ci-
marosa, plus indolent, moins prompt à s'effa-
roucher des succès d'autrui, n'avait pas voulu
prendre part aux menées ourdies contre Gu-
glielmi ; toutefois ce n'était pas sans un certain
déplaisir qu'il voyait ses succès. Le prince
San-Severo, amateur passionné de musique et
admirateur des ouvrages des trois antago-
nistes, les réunit chez lui dans un splendide
repaS; les fit s'embrasser et se promettre une
amitié dont la sincérité est plus que probléma-
tique. Tous trois aimés du public, ils étaient à
peu près sans rivaux; ils convinrent, en 1780,
de ne plus j)ermetire aux entrepreneurs de
spectacle de mettre leurs ouvrages au rabais,
et fixèrent le prix de chaque opéra à six cents
ducats, prétention qui paraîtrait aujourd'hui
fort modeste aux compositeurs français, car ce
prix unique d'une volumineuse partition
équivaut à peu près à deux mille quatre cents
francs. Après avoir écrit une immense quan-
tité d'ouvrages sérieux et bouffes, Guslielmi
accepta la place de maître de chapelle de
l'église Saint-Pierre du Vatican, et reçut sa
nomination le 5 mars 1793. Cette nouvelle
position lui fournit l'occasion de faire preuve
d'un autre genre de talent, en écrivant plu-
sieurs morceaux de musique d'église. Il mou-
rut à Rome, le 19 novembre 1804, à l'âge de
soixante-dix-sept ans.
Il s'était marié jeune et avnii eu beaucoup
1W
GUGLIELMI
tl'enfants, mais il montra pour sa famille l'in-
diflTéi'ence la plus coupable. Non-seulement il
délaissa sa femme, mais après la mort de celle-
ci, il ne s'inquiéta point du sort de ses enfants.
Ses fils, au nombre de huit, furent recueillis
charitablement par un négociant de Naples
(son ancien ami), qui les fît élever. Aimant les
femmes avec passion, Guglielmi, que plusieurs
souverains avaient comblé de richesses, et qui
avait gagné des sommes considérables à Lon-
dres, dissipa tout ce qu'il possédait avec ses
maîtresses. A soixante ans, on le voyait encore
disputer aux jeunes gens les plus brillantes
conquêtes. Redoutable par son épée, il écar-
tait ses rivaux par l'effroi qu'il leur inspirait,
el déjà vieux, on le vit désarmer et mettre en
liiiîc plusieurs spadassins chargés de l'assassi-
ner. La cantatrice Oliva, fameuse par ses
aventures galantes, fut 'a dernière de ses maî-
tresses : elle acheva de le ruiner.
Guglielmi était sévère avec les chanteurs, et
liC leur permctiait ni ilc broder ni de changer
s.i musique. A Londres, la célèbre cantatrice
RIara ayant intercalé dans son rôle quelques
traits «lu'il n'avait point écrits : Mon devoir
est de composer, lui dit-il, le vôtre est de
chanter. Chantez donc, et ne gâtez pas ce
que je compose. Dans une circonstance sem-
blable, il dit au fameux ténor Babbini : Mon
ami, je vous prie de chanter ma musique et
non la vôtre. David, chanteur non moins re-
nommé, refusait de chanter, dans l'Oratoiio
Bebora e Sisara, le duo : .Al mio contento il
seno, à cause de son extrême simplicité; Gu-
glielmi l'y contraignit, et lo morceau eut un
succès d'enthousiasme.
Des trois maîtres autrefois célèbres, Cima-
rosa, Paisielloet Guglielmi, ce dernier est ce-
lui dont les Français connaissent le moins les
ouvrages, car on n'a, je pense, jamais joué
d'autre opéra de lui à Paris que / Due Ge-
inelli, et la Serva innamorata. De là vient
qu'on le croit, en général, inférieur aux deux
autres. Un homme d'esprit, assez mauvais juge
en musique, a même décidé que Guglielmi
n'était point un homme de génie, et l'a rangé
parmi les compositeurs d'un ordre subalterne
(f''ie de Rossini, par M. de Stendhal, p. 30).
Il n'y aura bientôt plus personne qui con-
naîtra de ce musicien autre chose que son
nom; ceiicndant il est l'égal des deux autres.
iJcaucoup plus âgé qu'eux, il a lutté avec eux
pendant vingt ans, et les Italiens les mettaient
au même degré. S'il était moins abondant que
Ciniarosa en motifs heureux, s'il n'avait pas la
douce mollesse et lu pathétique de Paisiello, la
nature l'avait doué de certaines qualités émi-
nentes qui sont aussi de grande valeur dans Is
musique dramatique. Ainsi, dans le style
boutre, il avait bien plus d'animation, de
franche gaieté, d'entraînement que les deux
autres. Ses morceaux d'ensemble ont presque
tous un effet vif et pénétrant. Le retour des
idées principales s'y fait toujours si heureuse-
ment et d'une manière si naturelle, qu'il
semble que chacun de ces morceaux a été
conçu d'un seul jet. D'ailleurs, Guglielmi avait
la faculté de se modifier, ce qui est le signe
certain du génie. Rien de moins semblable à
sa manière que son oratorio de Bebora e Si-
sara. Le style de cet ouvrage est élevé, majes-
tueux et tendre, et toute l'Italie a considéré
cette production comme une des plus belles de
la fin du dix-huitième siècle. Il y a, sans
doute, non-seulement beaucoup de morceaux,
mais même beaucoup d'opéras entiers de Gu-
glielmi écrits avec négligence et précipita-
tion ; mais, s'il est vrai, comme on le dit, que
ce compositeur a écrit près de deux cents
opéras, beaucoup de musique d'église et de
pièces instrumentales, quoiqu'il ait commencé
tard et qu'une partie de sa vie se soit dissipée
près des femmes, on conçoit qu'il n'a pu ac-
corder que peu de temps à chacune de ses pro-
ductions, et ce n'est pas sans beaucoup d'éton-
nement qu'au milieu de tous ces ouvrages
négligés on trouve tant d'heureuses inspira-
tions chez un homme qui écrivail avec tant de
rapidité. Pour le musicien qui sait apprécier
le beau de quelque genre qu'il soit, i Bue Ge-
melli, i Fiaggiatori, la Serva innamorata,
i FratelU Pappa Mosca, la Pastorella no-
bile, la Bella Pescatrice, la Bidone, Enea e
Lavinia, Bebora e Sisara, seront toujours
des ouvrages d'une valeur réelle dans l'his-
toire de l'art.
On ne conservait autrefois en Italie que les
partitions d'opéras qui survivaient aux orages
des premières représentations ; de là vient que
les titres de tous les opéras de Guglielmi ne
sont pas connus; car s'il a eu beaucoup de
succès, il a eu aussi beaucoup de chutes. Parmi
ceux qu'on a, il est difficile d'assigner la date
et le lieu de la première représentation, car
l'empressement qu'on mettait à jouer ceux-là,
était cause qu'ils paraissaient en plusieurs
villes presque dans le même temps. Je ne
donne donc pas la liste suivante comme abso-
lument exacte et complète, mais comme la
plus complète et la moins défectueuse que j'ai
pu me procurer. Opéras : 1» / Capricci d'nna
marchcsa, 1739. 2" / Bue Soldati, 1760.
GUGLIELMI
141
ô" Il Finto Cieco, 1762. 4" Bon Jmhroglo,
17C2. 5" Siroe, 1705. 6» Tamerlano, 17C5.
7" Il Matrimotiio villano, 1765. 8° Farnace.
9" Jpgenia in Julide. 10» Semiramide.
Il» L'Inganno amoroso. 12» Adriano in
Stria j 1766. 13° Ze Convenienze teatraU.
14» Zo Spirilo di Contradizzione, 1765.
15» Sesostri, 1707. 16" 7/ i?e pastore, 1767.
17» 7 Rivait plaçait, 1708. 18° Za Pace fm
^/î amici, à Brescia. 19" 7i i?af<o de//a sposa,
à Gênes. 20» Za Donna scaltra, à Rome.
21» L'Impresa d'Opéra, 1769. 22» Buggiero,
1709. 23» L' Amante che spende , 1769.
24» Or/eo, à Londres, 1770. 25» Il Carnavale
di Venezia, à Londres, 1770. 25» {bis) Ezio,
à Londres, 1770, parlition gravée. 26» Le
Pazzied'Orlando, Londres, 1771. 27» Il Be-
sertore, 1772. 28» La Sposa fedele, 1772.
29» 7 Fiaggiatori ridicoU , 1772. 50» La
Frascatana, 1773. 31» 3Iirandolina, 1773.
32° Demetrto, Turin, 1773. 33° 7 Raggtri
délia serva, 1774. 34° Bon Papirio, 1774.
35» Za Ftnta Zingara, 1774. 36° La Vir-
tuosa in Margellina, 1774. 57» Bue Nozze ed
un sol marito, Naples, 1774. 38» La Scella
d'uno sposo, 1775. 59° Le Nozze in Cam-
pagna, 1775. 40» Il Sedecia, 1775. 41» Tito
Maiilto. 42» Jrtaserce. 43° GU Uccellatori.
44° Il Raggiratore di poco fortuna, 1770.
45» L'Impostore punz7o^ Parme, 1770. 40° i?j-
cimero, Naples, 1778. 47° La Serva inna-
morata, 1778. 48» La Bella Pescatrice.
49° Narcisso, 1779. 50° La QuaJcera spirt-
tosa, Naples, 1783. 51° 7 FratelU Pappa
Mosca, Milan, 1783. 52" La Bonna amante
di tutti e fedele a nessuno, Naples, 1784.
55° Le Ficcnde d'Jmore, Rome, 1784.
54° Enea e Lavinia, Naples, 1785. 5^" I Ftnti
Amori^ Palerme, 1786. 56» Didone, Venise,
1785. 57° La Clemenza di Tito, Turin, 1785.
^%° I Fuorusciti , Castel-Nuovo, 1785. 59° La
Donna al peggior s'appiglia, Naples, 1780.
60» Ballade, cantate, le 30 mai 1780, au
théâtre Saint-Charles de Naples. 01» Lo Sco-
primento inaspettato , 1787. 62» Guerra
aperfO; Florence, 1787. 03» La Fedova con-
trastata, 1787. 64» Le Astuzzte villane,
1787. 65» I Bue Gemelli, Rome, 1787. 66° La
Pastorella nobile, Naples, 1788. 67» Le Nozze
disturbate, Venise, 1788. 07° (bis) Ademira,
1789. 68° Jrsace, Venise, 1789. 09» La Spora
bisbetica, Naples, 1789. 70° Rtnaldo, Venise,
1789. 71° Jlvaro, Vienne, 1790. 72» ZaZan-
terna di Biogenio , Naples, 1791. 73» Lo
Sciocco pocta, 1791. 74" Paolo e Firginin.
OiiATonios : 75° La Morte d'Jbele. 70" L'elu-
Ua liberata. 77° Lu Bistruzionc di Gicrusa-
lemme. 78° Bebora e Sisara. 79° Le Lagrime
di san Pietro. Musique d'église : 80° Messa a
cinqiie con strornenlt. 81° Salino Laiidate a
due cori concertalo. 82° In convertendo a
8 voci. 80° Miserere a 5 voci. 84° Motet ti a 2,
3 e 4 voci, en manuscrit. 85» Regina Cœli
a 4 voci. 80» Grattas agitnus tibi, motet à
voix seule et orchestre. Vienne , Ilaslinger.
87° Hymnes des vêpres et de complies, à quatre
voix. Musique INSTRUMENTALE. 88° Six divertis-
sements pour clavecin, violon et violoncelle,
op. 1, Londres. 89» Six quatuors pour clavecin,
deux violons et violoncelle, op. 2, ibid.
90° Six solos pour le clavecin, op. 5, ibid.
Joachim le Breton a publié une notice biogra-
phique sur Guglielmi dans le Magasin Ency-
clopédique, 1806, t. VI, p. 98.
GUGLIELMI (Pierre- Charles), fils du
précédent, naquit à Naples, vers 1703. Re-
cueilli par un ami de sa famille après la mort
de sa mère, il fut mis au Conservatoire de Lo-
relo et y apprit l'art du chant, le clavecin et la
composition. A l'âge de vingt ans, il donna son
premier opéra au théâtfe Saint-Charles de
Naples, ce qui était alors sans exemple, car on
n'admettait jamais de débutant à ce théâtre.
L'heureux succès de cet ouvrage fit appeler
Guglielmi en plusieurs villes d'Italie, puis à
Londres, où il se trouvait encore en 1810. De
retour en Italie, il obtint la place de maître
de chapelle de l'archiduchesse Béatrix, du-
chesse de Massa-Carara. Il mourut le 28 fé-
vrier 1817. Guglielmi a imité le style de son
père dans la plupart de ses opéras. On con-
naît de lui : \°Asteriae Teseo, au théâtre Saint-
Charles. 2° Za Fiera, opéras bouffe, au
théâtre des Florentins. 5° Il Nuufragio for-
tunato, ibid. 4° L'Equivoquo délit sposi,
ibid. 5° La Serva bizarra, au théâtre Nuovo.
0° L'Erede di Bel Prato, opéra boulïe.
7° L'Isola di Caltpso, opéra seria^ à Milan,
1813. 8° La Persuastone corretta. 9° Ernesto
e Palmiru. 10° La Moglie giudice del marito.
1 1° Z>ort Papirio, opéra refait avec une nou-
velle musique. 12° Romeo e Gtultetta. On a
attribué à ce compositeur quelques opéras de
son père.
GUGLIELMI (Jacques), huitième fils de
Pierre Guglielmi, naquit à Massa di Carara, le
10 août 1782. Après avoir étudié le solfège
sous un maître nommé Mazzanti, le chant sous
Nicolas Piccinni, neveu du compositeur, et le
violon avec Capanna, il débuta comme chan-
teur au théâtre Jrgentina, de Rome, se lit
entendre ensuite à Parme, puis à Naples, Flo-
142
GUGLIELMI — GUHR
rence, Bologne, Venise, Amsterdam et enfin à
Paris, où il débuta, en 1809, dans la Serva
innamorata de son père. Après deux années
de séjour en cette ville, il retourna en Italie.
En 1819, il était à Naples ; peu d'années après,
il a quitté la -scène. Sa voix était un ténor
agréable, mais d'un faible volume; il chantait
avec plus de goût que de verve.
GUGLiÈïTI (Domipikjue), célèbre bary-
ton, naquit à Campoli, près de Sora, dans le
royaume de Naples, vers 1750. Ses premières
études pour le chant se firent dans l'école de
D. Gizzi ; mais à la retraite de ce professeur, il
passa au Conservatoire de S. Onofrio. Après
avoir chanté avec succès sur les divers théâtres
d'Italie, en Angleterre et à Dresde, il se retira
à Naples, où il devint chanteur de la chapelle
royale. Il est mort dans cette ville, en 1803.
GUHR (Charif,s-Guili.acme-Ferdiivapid ) ,
chef d'orchestre du théâtre de Francfort-sur-
le-Mein, est né à Militsch enSilésie, le 27 oc-
tobre 1787. Son père, can/or de l'église prin-
ci|)ale de cette ville, se chargea du soin de son
éducation musicale. A quatorze ans, Guhr
entra comme violon dans la chapelle où son
père était employé. Sa jeunesse et son inexpé-
rience dans l'art d'écrire ne l'empêchèrent
pas de composer beaucoup de concertos, de
quatuors et d'autres morceaux pour le violon.
Lorsqu'il eut atteint l'âge de quinze ans, son
l)àre l'envoya à Breslau pour y continuer ses
études sous la direction du maitre de chapelle
Schnabel et du violoniste Janitschek. Ses pro-
grès furent rapides, et bientôt il retourna à
Militsch. En 1810, Guhr partit pour WUrz-
bourg, où il venait d'être apjielé comme musi-
cien de la chambre; mais il ne garda pas
longtemps cette position, car lorsque Reuter
prit la direction du théâtre de Nuremberg, il
offrit la place de chef d'orehestre à Guhr, qui
l'accepta. Son talent dans l'art dedirigeiun
orchestre introduisit en peu de temps de nota-
bles améliorations dans l'état de la musique en
cette ville. Il s'y fit entendre dans plusieurs
concertos de sa composition, et fit représenter
au théâtre quelques-uns de ses opéras, qui fu-
rent bien accueillis. Après avoir passé plu-
sieurs années à Nuremberg et y avoir épousé
mademoiselle Epp, cantatrice du théâtre, il
accepta la direction de la musique au théâtre
de "Wiesbaden ; mais la guerre de 1813 ayant
ruiné cette résidence, Guhr se rendit à Cassel,
où le prince le nomma directeur de la musique
de sa chapelle et du théâtre. On ignore les
motifs qui lui firent donner sa démission l'an-
née suivante. Hoffmann, son biographe, dit
que ce fut pour se livrer en liberté à la compo-
sition : mais la position qu'il occupait était
précisément favorable à ses travaux , car il
avait à sa disposition un théâtre et un orchestre
pour exécuter ses ouvrages. Quoi qu'il en soi(,
il resta sans emploi jusqu'en 1821 ; alors un
engagement de vingt-deux ans lui fut offeit
pour la place de directeur d'orcheslre du
théâtre de Francfort, avec cinq mille florins
d'appointements ; il l'accepta et entra en fonc-
tion au mois d'avril; depuis lors, il n'a plus
quitté cette ville.
Comme violoniste et comme compositeur,
Guhr est connu avantageusement en Alle-
magne. D'abord imitateur de Rode, il s'attacha
à la justesse et à la pureté dans son jeu sur le
violon; mais après avoir entendu Paganini,
il a changé de manière et a fait une étude
spéciale des procédés d'exécution de cet homme
extraordinaire. On lui doit même à ce sujet
un ouvrage qui a été accueilli avec beaucoup
de curiosité, et qui a pour titre : Ueher Paga-
nini' s Kiinst die P'ioline zn spielen. Mayence,
Schott. 1831. Les mêmes éditeurs en ont pu-
blié une édition française à Paris. On connaît
de Guhr plusieurs opéras ou drames en mu-
sique, parmi lesquels on remarque : 1° Théo-
dore (de Kotzebue), représenté à Cassel en
1814. 2» Feodata, drame avec des romances,
des chœurs et des airs de danse, représenté à
Cassel le 28 juillet 1813. 3» La Feslale, grand
opéra, dédié au prince de Hesse-Cassel.
A" Siegmar , représenté à Cassel en 1819, et
dans lequel il y a plusieurs beaux duos et un
bon finale au deuxième acte. 4» Jladin, ou la
Lampe merveilleuse, opéra en trois actes, à
Francfort, en 1830. Guhr a aussi écrit à Cassel
une messe avec orchestre et une symphonie. Il
a publié : 1» Souvenir de Paganini, premier
concerto pour le violon, op. 13 (en mi),
Mayence, Schott. 2» Introduction et rondo
pour le piano à quatre mains, op. 2. Berlin,
Grœbenchiilz. 5° Grande sonate pour piano
seul, op. 1. Mayence, Schott. 4" Caprice pour
piano, Berlin, Grœbenchutz, et plusieurs au-
tres compositions pour le violon et le piano.
A|irès avoir été directeur du théâtre de Franc-
fort pendant plusieurs années, il est mort dans
cette ville le 23juillet 1848. On a de Gollmick
une notice nécrologique sur cet artiste, inti-
tulée : Cari Guhr, Nccrolog. Fraiicfort-sur-
le-Mein, 1849, in-8''.
GUim (Frédékic-IIenri-Flor!a?() , frère
du précédent, est né à Militsch, le 17 avril 1791 .
Après avoir appri^ sous la direction de son
père les éléments de la musique, le violon, le
GUllR — GUIAUD
143
piano et l'orgue, il a ûtt; engagé en 1807 dans
la chapelle de l'église principale de sa ville
natale. Celte chapelle ayant été supprimée en
1810, Guhrs'est rendu auséminairede Breslau
])our y achever ses études. En 1811, il a été
nommé adjoint, puis successeur de son père,
comme ca/ifor de l'église de Mililsch. Il occu-
pait encore cette place en 1845. Guhr a publié 1
un livre élémentaire intitulé : Katechismus
(1er Singliunst (Catéchisme de l'art du chant),
Mililsch, 1828. On a de ce musicien divers
recueils à l'usage des églises et des écoles, dont
voici les litres : 1» Soixante chorals à deux
voix pour soprano et contralto. Miltitz, 1829.
2'J Cent trente et un chorals à trois parties pour
des voix d'enfants ou d'hommes, ibid. 3° Seize
chansons populaires de la Prusse, à trois voix.
4" Huit chœurs de fête pour Noël, la nouvelle
année, Pâques, etc., à trois voix, ibid. 5° Chants
pour l'examen dans les écoles, à trois voix.
G" Quatorze chœurs de la liturgie, à deux voix.
M. Guhr est aussi auteur d'un petit ouvrage des
éléments de l'art du chant, publié sous ce litre :
Erster elementar Vnterricht in der Gesang-
lehre. Miltitz, 1831, in 8».
GUId'Auxerre, quarante-quatrième évêque
de cette ville, naquit vers la fin du neuvième
siècle. Il fit ses éludes à la cathédrale de sa
ville nalale. Après la mort de l'évêque Valdric,
Gui fut choisi pour lui succéder, il fut sacré
le 19 mai 9ôô. Il mourut à Auxerie le 6 jan-
vier 961. Cet évéque a composé le texte et le
chant de l'otTice de saint Julien, martyr.
GUI, abbé de Chàlis, monastère de l'ordre
de Citeaux, en Bourgogne, dans le douzième
siècle, est auteur d'un traité du chant ecclé-
siastique {De Cantu ecclesiastico) dont un
manuscrit existait autrefois à l'abbaye de
Saint-Germain-des-Prés. Il y en a un aussi à la
bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, sous
le n"^ 1611, et Casimir Oudin en cite deux au-
tres {Comment, de Script, écoles.) dont l'un
existait à l'abbaye de Foigny, et l'autre, à
celle de Bucilly, ordre de Prémontrés. Cet ou-
vrage est de quelque intérêt parce qu'il con-
tient des règles pour l'organisation du chant,
<|Ui prouvent qu'à cette époque on faisait
usage dans les monastères de France d'un con-
trepoint qui n'était plus la simple diaphonie.
Yoici un passage du traité de Gui qui se rap-
porte à ce genre de contrepoint : Si cantus
ascendit duas voces et orgamim incipit in
duplici voce, descenderit très voces et crit in
quintOj vel descenderit septem voces et erit
cum cantu. Dans un traité de musique ano-
nyme, du même temps, dont le manuscrit, du
fonds de Saint-Victor, est à la bibliothèque
impériale, à Paris (u» 812 du supplément), on
trouve des règles à peu près semblables pour le
même cas, et pour d'autres plus variés. On y liL :
Quando canlus ascendit per duas voces,
primum débet esse in duplo, et descendit per
unam vocem, vel aliter, prima cum cantu in
quinto et descendere usque ad cantum. L'ou-
vrage de Gui est divisé en deux parties, dont
la première est relative au [ilain-chant, et
l'autre, beaucoup plus courte, traite du dé-
chanM M. de Coussemaker a publié le texte
avec une traduction française de cette der-
nière dans son livre intitulé : Histoire de
l'harmoriie au moyen âge, p. 255-238. On
attribue au même Gui de Chàlis l'ouvrage in-'
titulé : Traclahis de correctione cantus or-
dinis cisterciensis seu Anliphonarii, que
Mabillon a inséré dans son édition des œuvres
de saint Bernard (t. II, p. CGI); mais il est
douteux qu'il soit de lui, car on a pensé qu'il
pouvait être aussi d'un moine de Cluni, qui
aurait demeuré à Nanleuil-le-Baudoin ou à
Coincy, ou bien de Gui, religieux de Cîteaux,
qui écrivait dans le douzième siècle près de
Soissons, ou enfin de Gui, abbé de Longpont.
GUI; moine de Saint-Denis, vécut vraisem-
blablement à la fin du treizième siècle. Parmi
les manuscrits de la bibliothèque Harléienne qui
sont au Muséum Britannique, on trouve, dans
un volume qui contient divers traités de musi-
que (coté 43 dans le catalogue imprimé sous ce
titre : Catalogue of the manuscript Music
in the British Muséum , Londres , 1842 ,
page 13), un traité des tons composé par ce
moine. Il a pour titre : Traclatus de tonis, a
fratre Guidone , monacho Monasterii S.
Dionysii in Francia, compilatus. Ce petit
ouvrage, qui commence au feuillet cinquante-
quatre du volume, est précédé d'un prologue
dont les premiers mots sont : Gaudere sciens
brevitate. Le commencement de l'ouvrage
est : Ut de tonis perfeclior possit haberi noli-
tia, etc. L'auteur de cet écrit est vraisembla-
blement le même Gui, abbé du monastère de
Saint-Denis, (jui mouruten 1513, et que cite Fe-
vret de Fon telle (Bibliot. histor. de la France,
1. 1, page 750, art. 12,047) comme auteur de la
vie de saint Guignolé, en latin, laquelle a été pu-
bliée dans le Martyrologe bénédictin, p. 308.
GUI D'AREZZO. Foyez Guido.
GUIAUD (...) fils, docteur en médecine de
la Faculté de Paris, a publié des Considéra-
tions littéraires et médicales sur la musique,
lues à la séance publique de la Société de mé-
decine de Marseille, Maiseille, 1819, in-12.
144
GUICHARD - GUIDETTI
GUICIIAIID (Henri), intendant général
des bâtiments du duc d'Orléans, vers 1760, l'ut
d'abord lié d'intérêts avec Lulli pour l'exploi-
tation de l'Opéra, puis fut exclu de cette entre-
prise par le rusé musicien. Une grande animo-
sité de part et d'autre fut la suite de cette
affaire. Guichard intenta un procès à Lulli et
publia : Requête servant de factum contre
Baptiste LxiUy et Sébastien Auhry , Paris,
in-^i», sans date (1675). Il y fait l'histoire des
premiers essais de l'établissement de l'opéra en
Trance. Un extrait de ce mémoire a été inséré
dans Isi Bibliothèque française de l'abbé Goujet
(tome VIII, page 383). Lulli se vengea des
attaques de Guichard, en l'accusant d'avoir
•voulu l'empoisonner dans du tabac. De nou-
veaux scandales s'ensuivirent, et l'on publia
pendant l'instruction du procès : Mémoires de
Guichard contre Lully et de Lully contre Gui-
chard, Paris, 1673; in-4''. Louis XIV assoupit
cette affaire, et ordonna aux antagonistes
de la terminer par une transaction. En 170ô,
Guichard donna à l'Opéra Ulysse, en cinq actes,
dont Rebel le père avait composé la musique.
Quelques années après, il suivit Philippe IV
en Espagne, et établit à Madrid un théâtre
d'Opéra. On croit qu'il est mort en ce pays.
GL'ICïIAUD (L'abbé François), sous-maî-
tre de musique de la cathédrale de Paris, naquit
au Mans, le 2G août 1745. Après avoir fait ses
éludes littéraires et musicales comme enfant de
chœur à l'église cathédrale de cette ville, il se
rendit à Paris et entra comme haute-contre
dans le chœur de Notre-Dame. Plus taid il ob-
tint un bénéfice avec la place de sous-maître de
musique de la même église. La révolution
de 1789 lui fit perdre ses avantages, et ses res-
sources pour vivre se bornèrent à quelques
leçons de guitare et aux ouvrages qu'il iiul)!iait
pour cet instrument. Il mourut à Paris, le 24
février 1807. Le prénom de Nicolas qu'on a
donné à ce musicien, dans le dictionnaire de
Choron et de Eayolle, ne lui appartient pas
plus que les initiales J.-F. qu'on trouve dans
le nouveau Lexique de Gerber. Jean-François
sont les prénoms du littérateur Guichard, mort
à Paris, le 23 février 1811. L'abbé Guichard a
publié : 1» Essais de nouvelle psalmodie ou
Faux-bourdons à une, deux ou trois voix,
divisés en sept tons majeurs et mineurs, Rome
(Paris), Nyon, 1783, in-8». Ces faux bourdons
ne contiennent que des magnificats; ils sont
fort mal écrits : l'auteur dit cependant, dans
l'avertissement de son Supplément, qu'ils ont
obtenu un brillant succès lors(|u'iis ont été
chantes dans l'église de Notre-Dame, le 31
.juillet 1783, et renvoie aux journaux du temps
pour les éloges qui lui ont été donnés. Au sur-
plus le titrede ce recueil est absurde, càvFaux-
bourdon signifie plain-chant harmonisé ; il
ne peut donc y avoir de faux-bourdons à une
voix. 2" Supplément transposé en ptain-chant
pour faciliter l'exécution des essais de nou-
velle psalmodie à ime, deux ou trois voix,
Paris, Bignon. 3» Cinq recueils de chansons et
romances avec accompagnement de harpe ou
piano, Paris, Michaud, 1784-1788. On trouve
dans ces recueils plusieurs jolies mélodies ;
quelques-unes ont même obtenu un succès de
vogue, entre autres : Un bouquet de romarin ,
Le coin du feu, Jl est passé le bon vieux
temps, etc. 4° Rorate Cœli, prière à deux voix
et basse d'accompagnement, ibid., 1788.
5» Loisirs bachico-harmoniques, recueil de
solos, duos, trios, quatuors, ibid., 1788.
G" Hymne à la liberté, à quatre voix, Paris,
1798. 7° Hymne à Vespérance, à voix seule ou
en quatuor, avec accompagnement, Paris, 1794.
8° Nouveatix desserts anacréontiques, rondes
de table, avec accompagnement de guitare,
op. 37, Paris, 1798, 9° Petites pièces pour gui-
tare, Paris, Porro, 1793. 10" Les plaisirs des
soirées, pièces pour guitare, ibid. 11" Petite
méthode de guitare, Paris, Frère. 12" Trente
duos pour deux violons, Paris, Naderman.
Guichard a laissé en manuscritplusieurs messes
et motets de sa comi)osition.
GUICIIART (Daniel), né vers le milieu du .
seizième siècle, fut maître des enfants de chœur
de l'église de Chinon, en Touraine. En 1388,
il obtint au concours du Puy-de-musique
d'Évreux le second prix de la harpe d'argent,
pour la composition du motet Dum aurora,
qu'il traita dans le deuxième ton par bémol.
Son concurrent fut Nicolas Fauquet {voyez ce
nom) qui, sur les mêmes .paroles, composa son
motet dans le deu'xième ton par bécarre, et
obtint le premier prix.
GlilDETTÏ (Jean) , clerc bénéficié du
Vatican, et chapelain du pape Grégoire XIII,
naquit à Bologne, en 1332, et après avoir fait
ses études, fut ordonné prêtre. S'étant rendu à
Rome^ il devint élève de Pierluigi de Paies-
trina. Après son élection, le pape Grégoire XIII
le fit son chapelain, et lui conféra, le 27 novem-
bre 1573, un clérical bénéficié dans la chapelle
du Vatican, vacant par la mort de François
Tosti. Ce pape avait confié à Palestrina le soin
de revoir et de corriger les livres du chant
ecclésiastique d'après les meilleurs et les plus
anciens manuscrits de la Bibliothèque du Va-
tican et de la chapelle pontificale. Guideiii
GUIDETTI
U3
offrit à son maître de partager ses travaux pour
cette grande entreprise, et tous deux y travail-
lèrent pendant plusieurs années; mais la pu-
blication d'une bonne édition du graduel et de
l'antiphonaire ayant été faite, à Venise, en 1580,
par Leichtenstein (deux vol. in-fol. max.), Pa-
leslrina renonça à son travail, et Guidetti donna
une autre direction au sien. Il fit paraître
d'abord le directoire du chœur, qui contient
des instructions sur la conduite de l'olfice, et
les intonations des antiennes, hymnes, invita-
toires et répons, ainsi que les tons des psaumes,
préfaces, Benedicamus, Ite Missa est, orai-
sons, épîtres, évangiles, etc., conformément
aux usages de la chapelle pontificale. Cet ex-
cellent livre a pour titre : Directorium chori
ad usum sacro-sanctx basilicx Faticanx , et
aliarum cathedralium et collegiatarutn eccle-
siarum collectum operd Johannis Guidetti
Bononiensis , ejusdem f'aticanx basilicx
clerici beneficiati, etSS. D. N. GregoriiXIII
capellani j permissu superiorum, Romse apud
Robertum Granjon, Parisien., 1582. L'accueil
fait à cette édition, lorsqu'elle parut, rendit
bientôt nécessaire la réimpression du livre; il
en fut publié une nouvelle édition, en 1589,
et une autre en 1600. François Massani réim-
prima le directoire avec quelques petites addi-
tions, Rome, 1604; le chanoine D. Florido
Silvestri de Barbarano le corrigea, et le fit pa-
raître de nouveau, en 1642, in-S"; Nicolas
Stamegna, maître de chapelle à Sainte-Marie-
Majeure, y fit de nouvelles additions, et le réim-
prima à Rome, en 1665, in-4''. Après plusieurs
autres éditions, François Pelichiari, maître de
chant grégorien au collège allemand de Rome,
y a fait de nouvelles corrections, et en a donné
une dernière édition, imprimée par Salvioni,
à l'imprimerie du Vatican, 1737, un volume
in-4».
Après sa première publication, Guidetti em-
ploya plusieurs années à préparer une édition
correcte et complète du chant de la Passion,
d'après les quatre évangélistes. Il dédia ce
nouveau travail à Guillaume, comte palatin du
Rhin, duc de Bavière, et le fit paraître sous ce
titre: Cantus ecclesiasticus passionis Domini
Nostri Jesu-Christi secundum Matthxum,
Marcum, Lucam et Joannem. Juxtà ritum
capellx SS- D. N. Papx ac sacro-sanctx
basilicx Faticanx a Joanne Guidetto Bono-
niensi, ejusdem basilicx clerico beneficiato,
in très libros divisus;et diligenti adhibitd
castigatione, pro aliarum ecclesiarum com-
moditale; typis datus, Romae, apud Alexan-
drum Gardanum, 1586. Plusieurs autres édi-
BIOCU. UJilV. DES MUSICIENS. T. IV.
tions de ce livre ont été publiées , savoir :
1" Rome, Alois Zanetti, 1604. 2" Rome, impri-
merie d'André Phœi, 1637. 3" Rome, Antoine
Poggioli, 1643. 4" Rome, imprimerie de Marc-
Antoine et Horace Campana, 1689. Le troisième
ouvrage de Guidetti est le chant de tout l'olîice
de la semaine sainte qu'il publia sous ce litre ;
Cantus ecclesiusticus officii majoris hebdo-
madx juxtà ritum capellx SS. D. N. Papa-,
acbasilicx f'aticanx collectus et emendatus
a Joanne Guidetto Bononiensi, ejusdem ba-
silicx perpétua clerico beneficiato, nunc pri-
mum in lucem éditas, Romae, ex typographia
Jacobi Tornerii : excudebant Alexander Gar-
danus et Franciscus Coattinus, socii , 1587.
La deuxième édition de ce livre, après laquelle
il paraît n'en avoir plus été donné, avec de^
corrections, par François Soiiano ou Siiriano,
et par Scipion Manilio, est intitulée : cantus
ecclesiasticus officii majoris hebdomadx a
Joanne Guidetti Bononiensi, basilicx Fati-
canx clerico beneficiato olim collectus, et in
lucem editus ; nunc autem a Francisco Su-
riano romano, basilicx S.-Marix-Majoris de
urbe beneficiato decano, ac faticanx capellx
prxfecto emendatus, et ad melioretn vocum
concentum ledactus. Offtcium vero a Sci-
pione Manilio roma7iOy ejusdem basilicx be-
neficiato, juxtà formam breviarii romani
démentis FUI auctoritate recogniti, resti-
<M(um,Romse, typographia AndreaePhaei, 1619.
Enfin, Guidetti termina l'entreprise qu'il avait
formée par la publication du chant des pré-
faces. L'ouvrage parut sous ce titre : Prœfa-
tiones in cantu firmo, juxtà ritum Sanctx
jRomanx ecclesix emendatx^ et nunc primum
in lucem editx a Joanne Guidetto Bono-
niensi, basilicx principis apostolorum de
urbe clerico beneficiato, Romae, ex typographia
Jacobi Tornerii. Excudebant Alexander Gar-
danus, et Franciscus Coattinus, socii, 1588.
Après cette dernière partie de son travail,
Guidetti ayant complété son œuvre, se reposa
et revit seulement la deuxième édition de son
directoire du chœur. Il mourut le 30 novem-
bre 1592, à l'âge de soixante ans. Je ne finirai
pas cet article sans relever une erreur singu-
lière d'Orlandi qui, dans ses Notizie degli
scrittori Bolognesi(i>. 145), attribue le Direc-
torium chori à Jean Guidotti, docteur en phi-
losophie et en médecine, qui fut gonfalonnier
de justice à Bologne, en 1419, et qui mourut
dans cette ville le 19 juillet 1424. Orlandi au-
rait dû être mis en garde contre cette bévue
par cela seul que l'ouvrage a été publié par
l'ordre de Grégoire XIII, dont le pontificat
10
U6
GIJIDETTI — GUIDO
s'étendit depuis 1572 jusqu'en 1585. L'abbé
Bailli, qui m'a fourni d'utiles reuseignemenls
surGuidetti, n'a point fait cette remarqiie.
GUÏOI (Jean), maître de chapelle à l'église
Sainte -Marie in Transtevere, à Rome, est né à
Florence vers le milieu du dix-huitième siècle,
et a eu pour maître Magrini, de celle ville, qui
avait été élevé dans l'école de Clari. En 1827,
lorsque Kandler visita Rome, Guidi vivait en-
core et remplissait ses fonctions de maître de
chapelle, quoique fort vieux. Ce maître, alors
le Nestor des compositeurs de l'église romaine,
avait conservé dans ses ouvrages la pureté et
la sévérité de l'ancienne école, mais Kandler
trouvait de la sécheresse dans son style {voyez
la Revue musicale, t. 3, p. 78). On trouve de
ce compositeur, dans le Catalogue de la collec-
tion de M. l'abbé Santini, de Rome : 1" Des
Partimenti pour l'accompagnement, sous le
titre de Bassi per Vorgano. 2° Salmo Dixit,
a 4 e 8 voci. o" Salmo In te Domine speravi,
a 4 voci. 4° Le tre ore di Âgonia di Giesu-
Cristo , oratorio à trois voix avec instru-
ments.
GUIDO, en français GUI, moine de l'ab-
baye de Pompose, naquit à Arezzo, ville de la
Toscane, vers la fin du dixième siècle. Cet
homme jouit depuis près de huit cents ans
d'une des plus grandes célébrités de l'histoire
de la musique, et la doit moins aux choses
<lont il est réellement auteur, qu'à celles qui
lui ont été attribuées sans fondement. Il est
digne de remarque que les erreurs qui le con-
cernent sont presque aussi anciennes que lui ;
ce])endant, de tous les auteurs de musique du
moyen âge, il est celui dont les ouvrages
s'étaient le plus répandus : on en trouve des
copies manuscrites dans presque toutes les
grandes bibliothèques. Les événements de sa
vie, plus ignorés encore que la nature de ses
ouvrages, ont été le sujet de beaucoup de
fausses allégations. Il faudrait un volume
pour rectifier tant de méprises : j'essayerai de
rétablir la vérité des faits autant que le per-
mettent les bornes d'un article de Diction-
naire biographique.
Que Guido soit né à Arezzo, cela ne parait
pas pouvoir être mis en doute, car cinquante-
trois manuscrits, qui contiennent une partie,
ou la totalité de ses ouvrages, et qui sont par-
venus à ma connaissance, l'appellent Guido
aretinus, et plusieurs auteurs des douzième,
treizième et (jualorzième siècles le désignent
de la même manière ou simi)lcment sous le
nom iVArétin (Arclinus). Cependant il s'est
trouvé des auteurs <iui l'ont fait naine, ou du
moins vivre, en Normandie, en Allemagne et
en Angleterre. Suivant Montfaucon (1), il y
aurait dans la bibliothèque du Vatican quatre
manuscrits qui auraient pour titre : Guidonis
augensis libri de musica; ce qui a déterminé
le savant bibliothécaire à lui donner le litre
de Augens dans l'index de son livre. Ce nom
a fait dire à plusieurs écrivains, qui se sont
copiés mutuellement, que Guido a été moine
de l'abbaye d'Auge, située près de la ville d'Eu,
en Normandie. On se serait épargné cette
faute si l'on eût consulté Mabillon [Annal.
Ord. Bened., t. IV, p. 595), qui a prouve que
ce monastère ne fut fondé qu'en 1039, c'est-
à-dire environ vingt-cinq ans après que Guido
eut écrit son Micrologue de musique. Vossius
est au nombre de ceux qui en ont fait un moine
d'un couvent de bénédictins en Normandie;
mais son erreur a une autre cause, car il a
confondu Guido avec Gui ou Guilmond(2) qui,
vers 1070, sous le pontificat de Grégoire VII,
écrivit, contre l'hérésiarque Béranger, un traité
de Feritate corporis et sanguinis Chrisli in
Eucharistiâ. Ce Gui fut d'abord moine du
couvent de Saint-Leufred au diocèse d'Evreux,
puis devint cardinal et évéque d'Aversa en
Italie. Vossius assure que c'est le même qui a
écrit deux traités de musique, l'un en prose,
l'autre en vers. Engelbert, abbé d'Aimont, qui
vivait à la fin du treizième siècle et dans la
première moitié du quatorzième siècle, a fait
de Guido un Anglais né à Canlorbery : Guido
vero Cantuariensis, dit-il, addidit in suo
eodem Micrologo de Musica' etc. (5). Je ne
sais quelles fausses indications ont pu con-
duire Engelbert à cette erreur. Si l'on n'a pas
voulu faire naître Guido en Allemagne, on 1'?
du moins fait venir dans ce pays, car Adam de
Brème, chanoine et professeur en cette ville,
vers 1067, dit positivement que Hermann,
archevêque de Brème, y appela le musicien
Guido, dont l'habileté corrigea la mélodie et
la discipline monastique : Musicum Guido-
nem Hermannus archiepiscopus Bremam
adduxit, cujus industria melodiam et clati-
stralem disciplinam correxit (4). Cette asser-
tion a été répétée par Ilelmods , dans sa
chroni(|uedes Slaves insérée dans les Script,
ver. Brunsvic. (t. II, p- 743) de Leibniz, et
l>ar d'autres; mais nonobstant l'autorité d'an
(1) Bibttotheca Bibliothecarum, t. I, p. 91.
(2) De Scient. Malhem., p. !)!>.
(3) De Musicd tract. I. cnp. XIII, apud Gcrberl. l. Il,
p. 295.
(4) llisloria ecclcsiurum /lamhurqcnsis et Ihemen-
si.t, clr.. ai) aiin. 788 ad lU7i, lib. Il, ca|i. lOi'. pa^. 50.
GUIDO
i47
contemporain, la réalilû He ce fnit est au
moins douteuse, car l'archevêque lleiniann
ne succéda à Libentius qu'en 10ô2, suivant les
* mêmes chroniques et celle d'Albert, abbé du
cloitre de Sainte-Marie à Stade (1); or, on
verra plus loin que Guido ne parait pas avoir
quitté l'Italie après cette époque. Enfin, M. So-
riano Fuertes , de Barcelone,, auteur d'une
Histodre de la musique espagnole (2), dont la
publication a commencé en 1855, y affirme
(t. P', ch. V) que Guido, obligé de s'éloigner
de son monastère, à cause de l'animosité des
autres moines contre lui, voyagea dans toute
l'Europe pour dissiper sa tristesse, et qu'il
acquit en Catalogne ses connaissances en
musique.
La date précise de la naissance de Guido
n'est point connue, et l'on ne peut tirer qu'une
indication vague des paroles du chroniqueur
Sigebert, qui, à l'année 1028, dit : Claruit
hoc tempore in Jtaliâ Guido aretinus ,
multi inter musicos nominis, etc. Mais si
Baronius a cité exactement le manuscrit d'où
il a tiré les lettres de Guido, on peut dire avec
certitude que ce moine est né dans les dix der-
nières années du dixième siècle. Ce manuscrit
est ainsi terminé : Explicit Micrologus Gui-
donis sux xtatis unno XX IF, JohanneXX
romanam gubernante ecclesiam (3). En fai-
sant cette citation, Baronius a eu tort de pla-
cer sous la date de 1022 l'époque où Guido
écrivait son Micrologue, carie pape Jean XX,
ou iilulôt XIX, ne fut appelé à gouverner
l'église qu'au mois d'août 1024, ou selon les
corrections de Pagi sur Baronius, au mois
d'avril de l'année suivante. Ce pape mourut au
mois de mai 1033. De tout cela résulterait la
preuve que Guido serait né dans l'intervalle de
991 aux premiers mois de l'année 1000. Maz-
zuchelli a cité une très-ancienne note manus-
crite placée en tête des sonnets de Fra Guit-
tone d'Arezzo, d'après quoi Guido aurait été
de la famille des Donati (4); mais ce fait peut
être révoqué en doute, car les Donati étaient
de Florence et non d'Arezzo; ils furent même
(1) Hittoriographia Jeu CUron., p. 118, édition de
Wiltenberg, 1008.
(2) IJisloria de la musica espanola desde la venida
de los Fenicios hasta el anno de 18'J0, por Mariano
Sariano Fuerles. Barcelona, 1855,4 vol. gr. in-S».
(3) Baron. Annal, eccles., ann. 1022.
(4) C.lie fosse délia famiglia dé' Donati si afferma in
toi' anlica nota a pcnna avanti i sonnetli di Fra Guillone
d'Arezzo, riferiia dal Signor avvocato Mario Ftori ,
tjenliluomo uretino, in uno sua lettera assai erudita., che
41 trova inserita dal chiarissimo nonsignor Giovan
ISaltista BoUari, in frnnie aile Lellere di Fra Guillone.
Mazzuclielli, Sci-ill. dlialia.l.]. jiait.'i, p. KW, note?.
presque toujours en guerre avec les habitants
de cette dernière ville.
Ce qu'on sait de plus cnrlain conc>^rnnni les
événements de la vie de Guido l'ésulte des ren-
seignements qu'il a fournis dans deux lettres,
l'une adressée à Théodald ou Tbéobald, qui fut
évûque d'Arezzo depuis 1023 jusqu'en 1036;
l'autre à son ami Michel, moine de l'abbaye de
Pompose, près de Fcrrare. De ces deux lettres,
et particulièrement de la dernière, résultent
les faits suivants : Guido fut moine bénédictin
dans la même abbaye de Pompose ; il s'y dis-
tingua par ses connaissances, particulièrement
dans la musique et le chant ecclésiastique.
Frappé des dilTicultés de la méthode alors en
usage pour l'enseignement du chant d'église,
ou plutôt de l'absence de toute méthode, qui
rendait les études longues et pénibles, il avait
imaginé divers procédés par lesquels toute in-
c:rtitude était dissipée, et qui permettaient
d'acquérir dans un mois des connaissances
qui n'étaient auparavant que le fruit de dix
années de travaux. Une école, qu'il avait in-
stituée dans son couvent pour l'application de
sa méthode à l'enseignement de novices et
d'enfants, avait eu tant de succès, que le nom
de Guido était bientôt devenu célèbre en Italie.
La jalousie des moines de Pompose , excitée
par la renommée de leur confrère, suscita des
tracasseries de tout genre à Guido, et finit par
lui nuire dans l'esprit de son abbé, nommé
Guido comme lui. Incessamment troublé dans
son repos, il finit par s'éloigner de son monas-
tère, et, pendant son exil, fut contraint de faire
de longs voyages {Inde est quod me vides pro-
lixis fïnihus exulatum). Ces mots ont paru à
l'abbé Gerbert confirmer le fait avancé par
Adam de Brème, Albert de Stade et autres, du
séjour de Guido à Brème, sur l'invitation
d'Hermann, archevêque de celte ville (1);
mais, ainsi qu'on l'a vu, Ilermann ne devint
archevêque de Brème qu'au mois d'août 1032
el non en 1023, comme dit l'abbé Gerbert;
l'exil dans les contrées éloignées, dont parle
Guido par sa lettre, a précédé son voyage à
Rome, car il se réconcilia dans cette ville avec
son ancien abbé, et ce voyage eut lieu au plus
tard dans l'été de 1032, puisque le pape
Jean XIX qui l'avait appelé à Rome mourut au
mois de mai 1033 : les mots prolixis finibus
exulatum n'ont dont point de rapport avec le
voyage que Guido aurait fait à Brème. Il y a
aussi peu d'apparence qu'il ait été plus tard
fil Siriplor. ecclesiast. de Hfusica, t. II, in pretfa-
lione.
10.
U8
'GUIDO
dans cette rille; car il avait alors plus de
quarante ans; il devait désirer le repos dont
il se plaint d'avoir été longtemps privé, et les
causes de son exil avaient cessé. Quoiqu'il en
soit, ce fut à Arezzo, où il s'était retiré dans
un monastère de bénédictins, qu'il reçut un
message du pape, qui, sur le bruit des mer-
veilles opérées par Guido dans l'enseignement
de la musique, l'engageait à se rendre à Rome.
Ce ne fut qu'après trois invitations semblables
qu'il se décida à faire ce voyage. Il partit ac-
compagné de Grimoald ou Grimaldi, son abbé,
et de Pierre, doyen du chapitre d'Arezzo.
Bayle, trompé par la date 1022 fixée par Ba-
ronius pour le temps oii Guido écrivit sa lettre
à Michel, dit que ce fut Benoit VIII qui appela
Guido à Rome (1). Si ce savant critique avait
lu la lettre même, telle qu'elle existe dans les
bons manuscrits, il aurait vu que ce ne fut
point ce pontife, mais Jean XIX, qui voulut
connaître la méthode du moine d'Arezzo :
Summs sedis apostolicx Johannes j dit Gmdo,
qui modo romanam gubernat ecclesiam ,
audiens famam nostra; scholx, et quomodo
per nostra antiphonaria inauditos pueri
cognoscerent cantus, valdè miratus , tribus
me ad se nuntiis invitavit. Guido expliqua sa
méthode au saint-père, et lui fit voir son anti-
phonairedans la même séance. Après quelques
minutes d'instruction, le pape eut assez bien
compris le but et l'utilité de cette méthode,
pour être en état de trouver le ton d'une an-
tienne et de la chanter. Saisi d'admiration, il
voulut déterminer Guido à se fixer à Rome,
mais la santé de celui-ci , dérangée par les
chaleurs de l'été et par la fièvre qui règne en
certains temps dans cette ville, ne lui permit
pas d'y rester. Il avait retrouvé à Rome son
ancien abbé du monastère de Pompose, qui se
réconcilia avec lui, approuva ses travaux, et
lui témoigna le regret d'avoir autrefois écouté
ses détracteurs. Il l'invita à retourner à son
ancien monastère, lui représentant que la vie
paisible d'un simple moine valait mieux pour
lui que les honneurs de l'évôché auxquels il
pouvait prétendre. Touché de ces paroles bien-
veillantes, Guido promit de retourner à Pom-
pose; cependant, par des motifs qu'il n'ex-
plique pas, il n'exécuta pas immédiatement ce
dessein, et l'on peut croire que, lorsqu'il écri-
vit sa lettre à Michel il avait changé de réso-
lution, quoiqu'il dise le contraire; car tout le
reste de cette longue lettre est rempli par
(I) Dictionnaire hitlorique tt critique, article Aretik
(Oui).
l'exposé de sa doctrine et de sa méthode de
solmisation , pour l'instruction de son ami,
Michel ; or, ce soin aurait été superflu s'il eût
dû retourner près de celui-ci. Ici finissent les
renseignements authentiques sur la personne
de Guido : le reste n'a d'autre valeur que celle
des conjectures.
Des opinions contradictoires ont été soute-
nues par divers écrivains concernant la fin de
cet homme célèbre. Suivant les annalistes de
l'ordre des Camaldules, Razzi (1), Guido
Grandi (2), Ziegelbauer (3), et en dernier lieu
Mittarelli et Costadoni (4), Guido aurait été
s'enfermer au monastère de Sainte-Croix d'A-
vellano, où Ludolf, fondateur de cette maison,
l'aurait pris pour coadjuteur en 1030; puis il
aurait succédé à ce même Ludolf, en 1047,
comme prieur du couvent, et enfin il serait
mort le 10 mai 1050 (5). Celte opinion, copiée
de quelques annalistes plus anciens de l'ordre
des Camaldules, paraît avoir pour base les
faits «uivants : 1» Deux catalogues des
prieurs d'Avellano existent en manuscrit : le
premier, à la suite d'une vie de Ludolf, ano-
nyme, est au Blusée britannique, n" 113 du
catalogue supplémentaire. Ce manuscrit est du
douzième siècle. On y voit que Guido aretinus
succéda, non en lOôO, mais en 1029, à Jean,
successeur de Ludolf. D'après le second ma-
nuscrit, du quatorzième siècle, cité par les an-
nalistes des Camaldules, Mittarelli et Costa-
doni, Guido succéda, en 1025, à Jean, succes-
seur de Julien, qui l'était de Ludolf (6). On voit
qu'il y a contradiction dans les dates ; mais les
renseignements s'accordent pour démontrer
qu'un Guido, né à Arezzo, a été prieur du mo-
nastère d'Avellano. 2* Dans le réfectoire de ce
monastère il y avait autrefois un portrait avec
cette inscription : Beatus Guido Aretinus,
inventor musicx. C'est, je pense, la seule fois
qu'on a rangé Guido dans la classe des saints
et des bienheureux, et Vinventor musicx est
fort ridicule; mais l'existence de ce portrait
dans le réfectoire d'un couvent de Camaldules
(1) Yila rfe' Santt e Beati delV ordine Cumaldolese, in
fine.
(2) Dissert. Camald. T. c. 4, n» 8, pag. 70 ; IV, c. 2, n» 4,
pog. 14 et c. 6, n» 1, pag. 6!).
(3) Centifolium Camaldulense. nnm. XXXVIII.
(4) Annal. Camald. ann. 1034, lom. II, pog. 42.
(b) Anna 1030, Guido arelinus a B. Ludulfo, sacrœ
domus Aveltanœ ad normam inslituli CamaidaUntis
fitndatore, in coadjulorem seuvicarium suum est coapta-
tus, cui etiam, anno 1047, in priorall^ succcssit., usquedum
anno lObO, die 17 maii Deuui adiit. V. Ziegclb. Ceittif,
Camald. iium. XXXVIII.
(G) Milt.Trelli otCosladonij/liiiia/. CnHio/</.,(. M, p. 41.
GUIDO
H9
semble confirmer l'opinion que Guide a ap-
partenu à cet ordre. Les adversaires de Razzi,
de Grandi, de Ziegelbauer et des autres anna-
listes, opposent à leurs assertions les termes
mêmes de la lettre de Guido, où l'on voit clai-
rement qu'il fut moine de Pompose ; mais cet
argument n'est pas sans réplique, car, parmi
les événements de la vie du moine arétin,
postérieurs à la lettre qu'il écrivit à Michel,
il se peut qu'on doive placer son entrée dans
l'ordre des Camaldules. C'est un fait bien
singulier que l'ignorance des historiens de
l'ordre de Saint-Benoît sur les dernières an-
nées d'un homme si célèbre, tandis que les
Camaldules fournissent des renseignements^ si
précis.
Les inventions attribuées à Guido ne sont
pas de peu d'importance; car, suivant certains
écrivains, on ne lui devrait pas moins que la
gamme et son nom, les noms des notes, le
système de solmisation par les trois hexa-
cordes de bémol, bécarre et nature et par les
tnwonces, la méthode de la main musicale, la
notation avec la portée du plain-chant, le
contrepoint, le monocorde, le clavecin, le cla-
vicorde et d'autres instruments. Forkel a
prouvé, dans une longue et savante discus-
sion (1), que la plupart de ces choses étaient
connues avant lui, ou n'ont pris naissance
qii'a])rès sa mort ; cependant il a négligé ou
ignoré quelques-unes des preuves les plus évi-
dentes de ces vérités : en résumant ici ce qu'il
en dit, j'ajouterai ce qu'il a oublié.
Jean-Jacques Rousseau qui, dans son Dic-
tionnaire de musique, a accumulé les erreurs
à l'article Gamme, dit; d'après Brossard, que
Gui d'Arezzo a inventé la gamme, et lui a
donné son nom à cause du r grec qu'il avait
placé comme signe de la note la plus grave
dans l'échelle générale des sons. Les continua-
teurs de Jean-Jacques Rousseau, dans VEncy-
cîopédie méthodique , sont restés dans les
mêmes idées. Il est singulier que Rousseau,
qui dit avoir lu à la Bibliothèque du roi, à Pa-
ris, les ouvrages de Guido, n'y ait pas vu, au
deuxième chapitre du Micrologue, que le
gamma a été placé par les modernes à la pre-
mière note du système : In frimis ponatur
T grxcnm a modernis adjunctum, et que,
dans ses règles rhythmiques, il dit encore ;
Gamma grxcum, quidam ponunt ante pri-
mam litteris. Ainsi cette adjonction du T
n'appartient pas à Guido. J'ajouterai qu'en
aucun endroit de ses écrits il ne donne le nom
(1) Allgm. Gttch. der Blustk, l. It, p. 239 à 288.
de gamme à l'échelk des sons, et qu'en géné-
ral, il désigne cette échelle par le nom de mo-
nocorde, sur quoi ses degrés sont marqués ;
en sorte qu'au lieu de dire qu'il y a sept notes
dans la gamme, it dit : Septem sunt litterx
monocordi sicut plenis posteà demonstrabo
(Prologue en prose de l'antiphonaire, ch. V).
Voilà donc deux inventions de Guidoanéanties
à la fois. Venons aux noms des notes.
Suivant ro|)inion commune, Guido les au-
rait tirées de l'hymne de saint Jean-Baptiste,
dont les trois premiers vers de la première
strophe sont :
Vt «jueant laxîs Besonare fibris
Slira gcsiorum Famuli tunrum,
Sohe poUuti Lahii reatum,
Sancte Joannes.
De là les noms ut, ré, mi, fa, sol, la, que
Guido aurait voulu donner aux noies de la
gamme, réduites par cela au nombre de six ;
mais il suffit de lire avec quelque attention le
passage de la lettre du moine de Pompose à
Michel où se trouve la citation de cette hymne,
pour acquérir la conviction qu'il n'a point pré-
tendu y attacher le sens qu'on lui donne. « Si
(c vous voulez (dit-il) imprimer dans votre mé-
« moire un son ou neume (1) pour pouvoir le
« retrouver partout et dans quelque chant que
« ce soit (connu de vous ou ignoré), de ma-
« niere à l'entonner sans hésitation, il faut
« mettre dans votre tête la teneur d'une mé-
« lodie très-connue, et, pour chaque chant
« que vous voulez apprendre, avoir présent à
« l'esprit un chant du même genre qui com-
« raence par la même note, comme, par
« exemple, cette mélodie dont je me sers pour
(1) Cette phrase a une importance à laquelle on n'a
pas attaché l'attention qu'elle mérite. On a cru que les
neumei, ou caractères de notation lombarde et saxonne
ne représentaient pas d'intonations déterminées, et que
les signes n'acquéraient leur signification absolue que
par leurs positions respectives, ou par les lignes de cou-
leurs différentes, ou enTin, par certains signes accessoires
dont il est parlé plus loin ; mais si ces neurocs n'avaient
pas eu une valeur déterminée : si chacun d'eux n'était
pas la représentation d'un son et n'était pas ce que nous
appelons une noie (le ton de l'antienne ou du répons
étant connu), Guido n'aurait pas donné une méthode
pour imprimer dans la mémoire le ton et son signe (in
memoria commendare vocem vel neumam). Un très-grand
nombre de livres de chant sont notés sans lignes dans les
neuvième et dixième siècles; beaucoup n'ont point de
lettres faisant usage de clefs; il fallait cependant bien
qu'ils pussent être déchiffrés par les chantres de ces
temps reculés, puisque ceux-ci n'en avaient pas d'autres
à leur disposition. Toutes les objections qu'on m'a faites
contre ce que j'ai dit concernant la signification tonale
des neumcs tumbeot d'elles-mêmes devant cette simple
observation.
tso
GUIDO
« enseigner aux enfants qui coinniencent et
j même aux plus avancés :
Ut queant Iaxis, etc. (1).
Ainsi ce n'est qu'un exemple que Guido
veut donner à Michel, lui laissant d'ailleurs le
soin de choisir quelque autre mélodie bien
connue (alicujus notissimx symphonix), s'il
en est qui lui soit plus familière. Il y a, sans
doute, une preuve de perspicacité dans le
choix de l'hymne de saint Jean-Baptiste fait
par Guido pour l'objet qu'il se proposait,
parce que le son monte d'un degré à chaque
syllabe vt, ré, mi, etc.; cette canlilène offre à
cause de cela plus de facilité qu'aucune autre
pour imprimer chaque son dans la mémoire;
mais ce n'est pas à dire qu'un autre chant ne
puisse conduire au même but. Au surplus, il
demeure démontré, par le passage de la lettre
de Guido, qu'il n'a point songé à donner aux
notes de la gamme les noms d'wf, ré, mi, etc.;
car il ne faut pas prendre à la lettre ces noms
ut, ré, mi, fa, sol, la, donnés par l'abbé Ger-
bert dans le Prologue rhylhmique de l'an-
liphonaire , avec les lettres grégoriennes ;
quelque copiste ignorant aura ajouté ces noms
qui ne se trouvent ni dans le manuscrit de
Saint-Évroult, ni dans les autres bons manu-
scrits que j'ai vus, et qui, d'ailleurs, sont en
opposition manifeste avec le vers qui précède
l'exemple. Quoi qu'il en soit, ces noms furent
bientôt en usage pour désigner les six notes de
la gamme du plain-chant, car Jean Cotton,
qui paraît avoir écrit dans la seconde moitié
du onzième stècle, dit que les Français, les
Allemands et les Anglais s'en servaient géné-
ralement, et il rapporte leur origine à l'hymne
de saint Jean, mais il ne cite point Guido
comme auteur de cette invention.
Si Guido n'a pas voulu donner des noms aux
notes de la gamme, il n'a donc pas borné ces
noms à six, et conséquemment il n'a pas ima-
giné le système de solmisation par les hexa-
cordes et les muances ; mais en cela, comme en
d'autres choses importantes, les erreurs qui le
concernent sont, ainsi que je l'ai dit au com-
mencement de cet article, presque aussi an-
(I) Si quam ergo vocem vel neumam vis ila memoriœ
commendare, ut ubicumque velis, in qiwcitmque cantti,
quem scias vel nescias, tibi mox jtossit occurrere, qnatenus
iltum indubi(anler possis enuntiare, ilebes ipsam vocem
vel neumam in capile alicujus iiotissimœ st/mphoniœ
noiare, et pro unaquaque voce mémorial rstinendd liujiis
modi symphoniam in prompui habcre, quœab edd.-m voce
inripiat : utpote sit Ikpc sytiiplionia, qiid ego docciidi.t
piieris in primii alque etiiDii in uUimis utor . Ul (|ucant
Iaxis, etc.
ciennes que lui. Bien qu'Engelbert d'Aimont,
écrivain du treizième siècle, soit le plus ancien
connu qui nous ait transmis la théorie de la
solmisation parl'hexacorde et par les muances,
comme une invention de Guido, néanmoins on
a dans la Chronique de Sigebert de Gemblours,
terminée en 1112, la preuve que, longtemps
auparavant, cette théorie, ainsi que celle de la
main musicale qui en est en quelque sorte in-
séparable, était considérée comme une inven-
tion du moine arétin. Sous la date de 1028, ce
chroniqueur s'exprime ainsi : Claruit hoc
tempore in Ilalia Guido aretinus multi inter
musicos nominis. In hoc eniin prioribus
prxferendus , qiiod ignolos cantus etiam
pucri facilius discant per ejus regulam,
quam per vocem magistri, aut per usum
alicujus instrumenti : dum sex litteris vel
sijllabis modulatim appositis ad sex voces,
quos regulariter musica recipit, hisque vo-
cibus per flexuras digitorum Ixvx manus
distinctis per integrum diapason se ocu-
lis et auribus ingerunt intentx et remissa;
elevationes vel dispositiones earumdem sex
vocum. C'est encore avec les paroles de Guido
même que se réfute cette prétendue invention
qui lui est attribuée. En plusieurs endroits de
ses ouvrages, il déclare qu'il y a sept sons
dans l'échelle musicale, et qu'il faut sept let-
tres ou caractères pour les représenter. Il y a
nécessairement sept notes ou sept tons dans
toute espèce de chant, dit-il, comme il y s
vingt-quatre lettres dans l'alphabet, comme il
y a sept jours dans la semaine, etc. (1). La
(I) Dinpason est camdem lilleram liabere ïn ulroque
latere, ul à B in 4, à C in c, A D in d, et rcliqua. Sicut
enim iitraque vox eâilem litterà notatur, ila per omnia
ejusdem qualitatis perfectissimaeque simililudinis utra-
que habetur et crcditur. Nam sicut finitis septem diebus,
eosdem repetimus, ut semper primum et octavum dierii
eumdem dicamus ; ila octavas semper voces esse easdim
figuramus et dieimus, quia naturali eas eoncordiâ con-
sonare sentimus. Unde verissime poeta dixit esse septem
discrimina vocum, quia cisi plures tianl,non estadjcctio,
scd earumdem renovaiio et repetitio. Microlofius, c. 8.
(Ce chapitre a pour titre : De Diapason et cur septem
lanlum sint notai.)
Sicut in omni sçrîplurà XX et IIII Lilteras, ila in
omni canlu septem lantum habemus voces ; nam septem
suntdies in liebdomadà, ila septem sunt voces in musicà,
Aliœ vero, qusc super VII adjungunler cscdem sun(, et
per omnia cantu similiter in nullo dissimiles. nisi quod
altius dupliciter sonant: ideoqueseplem dieimus graves,
seplem vero vocamus acutas; septem aulem lillcris du-
pliciter scd dissimiliter designantur hoc modo :
A. D. C. n. E. F. fi.
I. II. III. IV. V. ,VI. V!I.
a. b. c. d. e. f. g.
I. II. III. IV. V. VI. Vu.
Prologue en prose de TAiitiphonaiic, c. b.
GUIDO
•liii
manière dont il a établi d'ailleurs l'ordre des
tons et des demi-tons dans la gamme du pre-
mier ton du plain- chant, offre la preuve qu'il
concevait la constitution de celte gamme mi-
neure exactement conforme à celle de la mu-
sique moderne, et détruit toute supposition
d'iiexacorde dans son esprit. Voici cette
gamme, telle qu'on la trouve dans sa lettre à
Michel :
A. D C. D. i;. F. G.
ton. demi-ton. ton. ton. demi-ton. ton. ton.
Il serait inutile, d'après ce qui précède, de
chercher à démontrer que l'invention de la
main musicale n'appartient pas à Guido (puis-
que cette méthode est intimement liée au sys-
tème de l'hexacorde, lequel est étranger à ce
moine, comme on vient de le voir), s'il n'existait
(les manuscrits des ouvrages de Guido où la
main se trouve : tels sont ceux du Micrologue
à Oxford, dans la Bibliothèque du collège du
Christ, n» 50, in-A", et à Florence, dans la
Bibliothèque des Médicis, case 29; mais cette
figure y est isolée et sans explication. Nul
doute que le copiste n'ait mis la main à la suite
de l'ouvrage de Guido, pour son usage parti-
culier, et sans avoir remarqué qu'il n'est aucun
passage dans le Micrologue à quoi cette figure
ait du rapport. On peut en dire autant d'un
manuscrit du douzième siècle dont le savant
De Wurr a donné la description (1), et dans
lequel, au milieu de plusieurs fragments, on
trouve Manus Guidonis, qui ne tient à aucun
ouvrage du moine de Pompose.
A l'égard de la notation du plain chant, dont
l'invention a été attribuée à Guido, il est né-
cessaire de faire ici quelques observations im-
portantes; et d'abord je ferai remarquer que
les exemples de musique qu'on trouve dans le
Micrologue et dans la lettre àMichel sont notés
de plusieurs manières différentes dans les di-
vers manuscrits, et qu'on trouve même plu-
sieurs systèmes de notation dans un seul ma-
nuscrit. Celui de l'abbaye de Saint-Évroult
(aujourd'hui dans la bibliothèque impériale)
offre des exemples de trois systèmes, car
le Micrologue est noté avec les lettres ro-
maines ; dans le prologue rhylhmique de
l'Antiphonaire, il y a des passages notés en
neumes lombards tronqués et placés sur une
seule ligne; enfin l'Antiphonaire est noté avec
quatre lignes, dont une (pour fa) est rouge,
l'autre (pour ut) est verle, et les deux autres,
(I) Nolitm iuorum rodicum musicorum Guidonis are-
tini sœruli XI et S. WU/icimi /lirsaugiensis Sœc. Xll
«n mem6ronii eiaralum. cu.m II lali. wneis. Norini-
bcrgx, 1801, 4.
placées dans l'intervalle et au-dessus, sont
tracées simplement dans l'épaisseur du vOliu
et sans couleur. Les signes de notation placés
sur ces lignes ne sont autre chose que des mo-
difications de la notation lombarde qui ont
donné naissance à la notation régulière du
plain-chant. Il ne faut pas oublier que ce ma-
nuscrit est du douzième siècle, et que c'est le
plus complet et le plus correct que l'on con-
naisse.
Suivant l'âge des manuscrits et les divers
pays où ils ont été confectionnés, on trouve en
eux tant de différences dans les systèmes de
notation, qu'il est hors de doute que chaque
époque, chaque contrée, et presque chaque
école, en ont eu, ou de complètement dissem-
blables, ou du moins de très-diversement
modifiés. De là vient que les copistes qui ont
transcrit les ouvrages de Guido en ont noté
les passages de chant avec les caractères usités
dans leur école ou leur église, et quelquefois
ont employé plusieurs systèmes dans le même
manuscrit, soit pour faire étalage de sa-
voir, soit pour certaines convenances rela-
tives aux exemples qu'il fallait noter. C'est
ainsi que dans un manuscrit du Micrologue,
de la bibliothèque Laurentienne de Flo-
rence, cité par le P. Martini (1), les exem-
ples de chant sont notés en lettres grégo-
riennes rangées sur une seule ligne; c'est ainsi
que dans un autre manuscrit du seizième
siècle, appartenant au même P. Martini, les
mêmes lettres sont placées à des hauteurs res-
pectives; surabondance de distinction entre
les notes qui ne pouvait être d'aucune utilité,
car les lettres étaient suffisantes pour marquer
la différence des sons. On peut en dire autant
de la notation d'un autre manuscrit, cité par
le P. Costadoni, où les lettres, placées à divers
degrés d'élévation, sont liées entre elles par
des traits qui se prolongent en différentes
directions, et surtout de deux manuscrits dont
Cerone (2) et Gafori ont tiré l'hymne Ut queant
Iaxis, etc.; dans le premier, les lettres qui
désignent les notes sont placées sur les lignes
ou dans les espaces d'une grande portée de
quatre lignes ; dans l'autre, ce sont les noms
mêmes des notes cpii remplissent la portée.
Deux manuscrits du quinzième siècle qui ren-
ferment quelques écrits de Guido, et qui sont
dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan,
ont les exemples de la lettre à Michel notés en
notes de plain-chant sur une portée de quatre
(I) Storia delta mus., t. I, p. 177.
l'i) El MAo]ieu. Tract, de/llasiia lUeor. ctprat. I.ib I,
cap. t't, p. ^71.
152
GUIDO
lignes ; les quatre manuscrits de la Biblio-
thèque impériale cotés 3713, 7211, 7369 et
7461 (ancien fonds) renferment aussi divers
systèmes de notation; celui qui était autrefois
dans la bibliothèque de l'abbé de Tersan avait
des exemples notés sur deux lignes, et d'autres
sur quatre. Mon manuscrit (du quinzième siè-
cle), qui contient le Micrologue, le prologue
en vers de l'Antiphonaire, ou règles rhyth-
miques, le prologue en prose, et la lettre à
Michel, a des exemples notés en lettres, d'au-
tres par les paroles dans les espaces d'une
portée de cinq lignes, d'autres par desneumes
placés sur deux lignes rouge et jaune, et d'au-
tres enfin, en neumes saxons placés sur des
portées de trois et de quatre lignes non colo-
riées. Les bornes d'un article de dictionnaire
ne permettent pas de pousser plus loin cette
énumération, mais ce que j'ai rapporté dé-
montre qu'aucune notation n'a été consi-
dérée spécialement jusqu'au seizième siècle
comme une invention de Guido, et que,
pour l'enseignement du plain-chant, l'usage
des anciennes lettres grégoriennes s'était
conservé même jusqu'à celte époque. Il me
serait facile de démontrer que des livres de
chant ecclésiastique d'une date antérieure à
Guido ont déjà les modifications de la nota-
tion lombarde semblables aux notes du plain-
chant; je pourrais aussi faire voir que les
lignes coloriées ont été appliquées aux no-
tations purement saxonne et lombarde dès le
dixième siècle; mais celte discussion me mè-
nerait trop loin, et je dois me borner à renvoyer
le lecteur à l'extraitd'un manuscritde l'abbaye
de Jumièges, daté de 842, et publié par l'au-
teur du livre inlitulé : Lascienceet lapratique
du plain-chant, et à des fragments d'anciens
missels de la fin du neuvième et du commen-
cement du dixième siècles , insérés par le
P. Martini dans son Histoire de la musique
(l. I, p. 184). Ainsi, lorsque Guido a écrit ;
Ut proprielas sonorum discernatur elarius,
Quasdaiu lineas signamus variis coloribiis :
Ut quo loro (|uis sil sonus max discernât oculus
Ordine tertiae vocis splendcns crocus radial,
Sexta eju«, scd afiinis flavo rubet rninio :
Est aflinitas colorum rcliquis indicio.
il a parlé d'une chose qui se faisait avant lui,
car les lignes jaunes et rouges sont précisé-
ment employées dans les fragments publiés par
le P. Martini, et dans d'autres plus anciens
encore que je possède (1). Remarquez au sur-
(!) Le savant Baini, qui n'a point clé porté par ses
éludes i vérifier le fait de cette prétendue invention des
lignes attribuée k Guido, ne la met point en doute, et dit
plus que les copistes de ses ouvrages n'ont pas
eu toujours égard à ses instructions, car au
lieu du jaune {crocus), qu'il indique pour la
ligne C, on a employé le vert dans l'antipho-
naire du manuscrit de Saint-Évroult, et dans
celui de SaintÉmeran, de Ralisbonne.
On ne doit point passer ici sous silence une
invention en quelque sorte double attribuée à
Guido, et qui n'est pas étrangère à la nota-
tion ; il s'agit des neumes ou récapitulations
du ton des antiennes considérées par Zarlino,
le P. Martini, Baini et plusieurs autres écri-
vains comme ayant pris naissance au onzième
siècle, et dont les formes comme les signes au-
raient été fixées par Guido, qui en parle, en
effet, en plusieurs endroits de ses ouvrages (1).
Le vingt et unième chapitre du Traité demu'
sique de Jean Collon a pour titre : Quid uti-
litatis afferant neumx a Guidone inventa.
Il y fait pourtant connaître un système de cette
récapitulation des cordes stables et principales
du ton du chant qui a précédé l'invention de
Guido; ce qui fait voir que la neume en elle-
même était connue avant lui. En effet, Regi-
non, abbé de Prum, a donné à la suite de son
exposition des huit tons du chant grégorien,
les formules des neumes de deux cent quarante-
trois antiennes et de cinquante-deux répons,
notés en notation saxonne, et tirés en partie
du chant de l'église grecque. Le manuscrit de
Reginon, qu'on croit autographe, est daté de
885 ; il se trouve dans la Bibliothèque royale
de Bruxelles. Dès le quatrième siècle, les
neumes du chant des antiennes et des hymnes
étaient en usage dans l'église grecque, car
saint Grégoire de Naziance en parle. Ces
neumes grecques sont désignées par les mots
barbares noneagis , noneanne , noneoagis ,
noneoantie, etc. A l'égard de la notation de ces
formules, Jean Cotton avoue qu'il existait avant
Guido une manière de noter les neumes par
des signes de convention dont on trouve l'ex-
plication dans le Traité de musique d'Her-
mann, surnommé C'ontract (2). Ces signes
dans SCS mémoires sur Pierluigi de Palestrina (n. 528,
t. II., p. 94), qu'elle se répandit en Europe dans l'es-
pace de moins de trente ans. S'il eût examiné beaucoup
de manuscrits de l'ouvrage de Guido, il aurait eu lu
preuve du contraire.
(1) Il est à remarquer que neuma (neume) a une
double signification clicz les écrivains du moyen âge.
Dans le sens de signe de la notation, il ne s'emploie
guère qu'au pluriel {neumœ, les neumes); lorsqu'il
signifie la récapitulation de la forme et du ton des an-
tiennes, il s'emploie au singulier. En à'ançais, ntttme,
signe de notation, est masculin (le neume); et neume,
formule de récapitulation, est féminin {laneHtne).
(2) \.Gerberliscri)i'.oreseccles.J(!Musica,l. II, (>. 149,
GUIDO
ISS
étaient au nombre de dix : 1" E signifiait
unisson; 2" S, seconde mineure ou demi-ton ;
3" T, seconde majeure ou ton ; A" TS, tierce
mineure ou ton et demij 5° TT, tierce ma-
jeure ou deux tons; C D, quarte (diates-
saron) ; 1" A, quinte (diapente) ; 8» AS, sixte
mineure; 9» AT, sixte majeure; 10" AD, oc
tave. Hucbald, ou Hucbaud, de Saint-Amand,
fait connaître un autre système de neumes et
de signes particuliers de leur notation, dans
son livre de l'Institution harmonique. A ces
signes, Guido, selon Jean Cotton, en a substi-
tué cinq, appelés virgas, clines, qualismata,
puncta et podatos. Jean Cotton a donné les
figures de ces signes dans le vingt et unième cha-
pitre de son Traité de musique; l'abbé Ger-
bert ne les a point publiées avec le texte, mais
le P. Martini les a insérées dans son Histoire
de la musique (tome I", p. 183, n<» 62), et
elles ont été reproduites par Burney, Haw-
kins et Forkel. Ici, Jean Cotton confond deux
choses très-différentes, à savoir: les neumes
des tons des antiennes et répons, et les signes
des notations lombardes et saxonnes qui por-
tent le même nom. Les cinq signes dont il at-
tribue l'invention à Guido se trouvent avec
d'autres dans des manuscrits plus anciens que
lui. L'abbé Gerbert en a publié une table (De
Cantu et musica sacra, t. II, pi. X), d'après
un manuscrit du dixième siècle qui se trouvait
à l'abbaye de Saint-Biaise avant qu'un incendie
eût anéanti la Bibliothèque de ce monastère.
D'ailleurs, aucune tracedu nom de ces signes ne
se trouve dans les ouvrages que nous possédons
de Guido. Mais ce qui parait lui appartenir in-
contestablement, c'est la représentation de
l'échelle générale de sons de son temps par les
cinq voyelles aeio u, appliquées aux syllabes
des deux chants de l'église : Sancle Joannes
meritorum tuorum, etc., et Linguam refre-
nans temperet , etc. Il dit positivement, au
commencement du dix-septième chapitre du
Micrologue, que cela était inconnu avant lui :
His breviter intimatis aliud tibi planissi-
mum dabimus hic argumentum, utilissimum
usuij licet hactenùs inauditum. U conseille
dans ce chapitre d'écrire ces cinq voyelles sur
le monocorde, au-dessous des lettres représen-
tatives des sons, en recommençant la série des
cinq voyelles autant de fois qu'il est nécessaire
jusqu'au son le plus aigu. L'usage auquel il
destine ces voyelles semble être une sorte de
récapitulation des sons, et c'est aussi une
espèce de neume dont l'utilité n'est pas aussi
évidente que Guido semble le croire. Il ne se-
rait pas impossible que la triple série de
voyelles, dont chacune représente des notes
différentes, eût donné l'idée du système des
muances qui s'établit ensuite dans toutes les
écoles de musique.
Guido a traité, dans le dix-huitième cha-
pitre de son Micrologue, de la diaphonie, sorte
d'harmonie grossière en usage dans l'église
pendant le moyen âge, et qui n'était composée
que de successions de quartes ou de quintes :
de là, l'invention de l'harmonie et du contre-
point qui lui a été attribuée. Quant à l'har-
monie proprement dite, on peut voir dans le
Résumé philosophique de l'histoire de la mu-
sique, qui précède la première édition de ce
dictionnaire (p. cxxviii et suiv.), que son ori-
gine se trouve dans le nord de l'Europe aux
temps les plus reculés; il n'est donc question
que de son application dans la diaphonie, qui
est bien plus ancienne que Guido, car saint
Isidore de Séville, qui vivait dans le septième
siècle, en parle dans le sixième chapitre de ses
sentences sur la musique (1), et Hucbald,
mort le 20 juin 932, en donne les règles dans
les chapitres 11-15 de son livre intitulé :
Musica enchiriadis. J'ai fait voir dans mon
Mémoire sur la question si les Grecs et les
Romains ont connu l'harmonie simultanée
des sons, quelle est l'origine de cette diaphonie.
A l'égard de l'harmonisation régulière, dési-
gnée communément sous le nom de contre-
point, Guido n'en dit pas un mot, bien qu'elle
fût connue à deux parties antérieurement à
lui (2).
Il ne paraît pas nécessaire de réfuter sé-
rieusement ceux qui ont présenté Guido comme
l'inventeur du monocorde, du clavecin, du cla-
vicorde et de plusieurs autres instruments de
musique. Le monocorde est clairement expli-
qué et figuré dans le huitième chapitre du
premier livre des Harmoniques de Ptolémée,
dans le Traité de musique de Boèce et dans
beaucoup d'autres écrits antérieurs à Guido :
il ne l'a donc pas inventé; mais il est le pre-
mier qui enseigna à en faire usage pour ap-
prendre la musique pratique. Il ne dit pas un
mot des autres instruments dont on lui fait
honneur. Il est vrai qu'il existe à la Biblio-
thèque de l'Université de Gand un précieux
manuscrit des premières années du seizième
siècle, qui renferme plusieurs traités de mu-
sique parmi lesquels on en remarque un qui a
pour titre : De diversis m,onochordis ^ telra-
(1) V. Script. EccUsiast. de Husica, t. I. p. 121.
(2) V. Uésumé philos, de l'hisl. de ta musique, p. 182,
au 1" volume de la première édition de cette Hiograpliie
universelle des musiciens.
loi
GUIDO
chordis , pentachordis , exachordis , epta-
chordîs, octochordis , etc., ex quibus diversa
fonnantur instrumenta musicx., cum figuris
instrumentorum. Ce traité est placé à la
suite du dialogue de l'ahlié Odon de Cluny sur
la musique, attribué à Guido dans le manu-
scrit ; de là vraisemblablement Terreur de
M. Joseph-Ant. Walvein de Tervliet, ancien
bibliothécaire de l'Université de Gand qui,
dans son catalogue des manuscrits de cette
Bibliothèque, a porté ce curieux traité des
instruments à cordes sous le nom du moine
d'Arezzo, quoique la composition de l'ouvrage
ne soit pas, évidemment, antérieure au qua-
torzième siècle (1).
Après cette longue discussion, qui était né-
cessaire à cause de la célébrité du musicien
dont il est question, on sera, sans doute, con-
duit à dire : Si Guido 7i'est l'auteur d'au-
cune des innovations qui lui ont été at-
tribuées , et que vous lui refusez, que lui
reste -t-il donc, et sur quelles bases s'est établie
sa renommée depuis plus de huit cents ans?
Je répondrai qu'il a eu des titres incontesta-
bles à l'admiration de ses contemporains;
mais que, dans les temps postérieurs, personne
n'a songé à ceux-là, et que, séduit par l'éclat
de son nom, on a voulu le justifier par des in-
ventions supposées, n'ayant pas compris ce
qu'il avait fait en réalité.
Si l'on examine les traités de musique de
Rémi d'Auxerrc, de Reginon de Prum , de
llucbald, d'Odon, abbé de Cluny, on y trou-
vera plus ou moins de savoir, des idées plus ou
moins heureuses, mais non des méthodes d'en-
seignement basées sur des principes féconds
en résultats; aucun moyen de direction dans
l'élude de l'art n'existait avant lui. Les instru-
ments des Grecs et des Romains étaient tom-
bés dans l'oubli, parce que les chrétiens n'a-
vaient pas cru devoir se servir de choses dont
on avait fait usage dans les cérémonies reli-
gieuses du paganisme. L'orgue ne'se trouvait
que dans un petit nombre d'églises, et peu de
musiciens étaient capables d'en jouer. Plus
rares encore étaient les autres instruments
dans les neuvième et dixième siècles, en sorte
qu'il n'existait aucun autre moyen de diriger
la voix et de former l'oreille des élèves de
chant que les leçons du maître, et qu'aucune
élude individuelle n'était possible. De là venait
que la plupart des chantres étaient inhabiles
et d'une ignorance à peu près complète con-
cernant les principes de l'art, (luoiqu'ils eus-
(I) \oyct la Revue musicale, lomc MV (janvier ISô'i).
sent employé beaucou'p d'années à apprendre
le peu qu'ils savaient. Guido, par l'invention
d'une méthode d'enseignement, la première
qui eût été imaginée, fit cesser cet état de
choses, et rendit si facile l'instruction musi-
cale, que peu de jours suffisaient pour mettre
un enfant en état d'apprendre seul le chant
d'une antienne ou d'un répons. Cette méthode
consistait à trouver les intonations au moyen
du monocorde, instrument de facile construc-
tion et cur lequel étaient marquées les lettres
représentatives des notes. Un chevalet mo-
bile se plaçait sur la lettre de la note qu'on
cherchait, et la corde pincée donnait l'intona-
tion. A ce moyen, Guido avait joint l'usage
d'une certaine mnémonique des sons, qui con-
sistait à bien apprendre une mélodie connue
pour s'en servir comme d'un point de compa-
raison, en donnant pour nom aux notes df
cette mélodie les syllabes placées sous chacune
d'elles, afin de conserver ces mêmes noms à
toutes les notes semblables. Enfin, il recom-
manda l'usage des neumes, comme le meilleur
moyen de distinguer les notes principales de
toute mélodie, et d'en reconnaître le ton. Il
paraîtra peut-être singulier qu'une grande re-
nommée ait été le prix de choses si simples;
mais à l'époque où Guido vivait, trouver ces
choses, maintenant vulgaires, était un effort
de génie. Le service qu'il rendit fut immense,
car dès qu'il eut fourni l'instrument de l'en-
seignement , des écoles régulières de chant
ecclésiastique furent instituées partout, et l'in-
struction se répandit. Il est vrai que quelques-
unes de ses paroles mal interprétées donnèrent
bientôt naissance à un système de solmisation
essentiellement faux et hérissé de difficultés
qui détruisit le bien qu'il avait fait; et ce qui
est remarquable, c'est qu'on oublia le bien
pour lui faire honneur de ce monstrueux sys-
tème, comme d'une invention merveilleuse, et
que pendant plus de six cents ans l'autorité de
son nom fut un obstacle au retour du système
naturel. Dans des écrits postérieurs à la publi-
cation de cette notice, j'ai été attaqué pour avoir
osé me mettre en opposition avec les traditions
consacrées par le temps concernant les inven-
tions prétendues de Guido; on peut voir dans
la préface de la présente édition comment j'ai
mis au néant les objections qui m'ontété faites.
Au mérite de l'invention de sa méthode,
Guido a joint celui d'exposer avec lucidité ses
principes dans son Micrologue, dans sa lettre
à Michel, et dans le prologue de son Antipho-
naire. Si sa latinité ne brille pas par l'élégance,
il ne faut pas oublier que l'époque oii il vtcut
GUIDO
155
(ut celle des ténèbres pour les bonnes éludes.
Il ne faut pas croire toutefois que son slyle soit
aussi mauvais dans les bons manuscrits que
dans le texte publié par l'abbé Gerbert. On est
choqué, dans celui-ci, par une mullilude de
non-sens et de barbarismes qui n'existent pas
dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale
(n" 7211, in-fol.), et surtout dans le manuscrit
de l'abbaye de Saint-Évroult, aujourd'hui à la
Biblothèque impériale. J'ai conféré ces manu-
scrits avec les trois autres de la Bibliothèque
impériale et celui de l'abbé de Tersan avec
ceux de la Bibliothèque royale de Bruxelles ,
enfin avec le mien et avec les variantes des
manuscrits d'Oxford, pour corriger le texte, et
j'ai signalé un grand nombre de fautes ou omis-
sions dans l'édition de Gerbert.
Les ouvrages qui appartiennent incontesta-
blement à Guido sont : 1» Le Micrologue ,
précédé d'une Jetlre à Théobald , évêque
d'Arezzo. 2" L'Anliphonaire, avec deux prolo-
gues ou préfaces, l'une en vers et l'autre en
prose, contenant des règles de musique et de
chant, û" La lettre au moine Michel, qui ren-
ferme des conseils sur la manière de diriger
des études de chant et de musique. 4" Un petit
traité intitulé : De sex motibus a se invicem,
en quarante-trois vers hexamètre, fort altérés
et en désordre dans plusieurs manuscrits. Le
Micrologue est l'ouvrage le plus considérable
de Guido, quant à l'étendue, mais non celui
qui peut donner des notions exactes de sa
méthode. L'épltre dédicatoire qui le précède a
été publiée séparément par Baronius dans ses
Annales ecclésiastiques (1), par le P. Pez (2),
par l'auteur de la Science et la pratique du
plain-chant (3) et par Angeloni (4). Guido y
fait connaître que Théobald lui a ordonné
d'écrire son traité de musique pour l'enseigne-
ment des enfants de son église. Dans beau-
coup de manuscrits, particulièrement dans
celui de la Bibliothèque impériale (n" 7211),
le Micrologue est divisé en vingt chapitres : ce
nombre est augmenté ou diminué dans d'au-
tres manuscrits, mais le contenu en est sem-
blable, et la différence n'est qu'apparente ,
l)arce qu'on y a réuni deux chapitres en un
seul, ou bien divisé un seul en deux. Voici
ce que contiennent ces chaiiitres : 1° Ce que
<loit l'aire celui qui désire apprendre les règles
de la musique. 2» Quelles sont les notes, et
(1) Ann. 1022.
(2) rhesaur. once:/., t. III, part. 3.
(3) Idem., p. 206 et suiv.
(4) Sopra la vita , le opère ed il sapere ai Guido
d'Arezzo, p. 214.
combien il y en a. ô" Comment on les dispose
sur le monocorde. 4° Quelles sont les six ma-
nières dont les notes se lient entre elles. îî" De
l'octave, et pourquoi elle ne renferme que
sept notes. G" Des intervalles de sons; expli-
cation de leurs noms. 7° Des quatre modes
d'alTinité des sons. 8" Des autres alTinités des
sons, particulièrement du bémol et du bécarre.
9" De la similitude des sons dans le chant, qui
n'est parfaite que dans l'octave. 10» De la ma-
nière de distinguer les mélodies altérées et de
les corriger. 11" Quelles notes tiennent le pre-
mier rang dans le chant. 12" De la division des
quatre modes en huit. 15° De la connaissance
des huit modes, de leur acuité et gravité.
14"Des tropes et de la puissance de la musique.
15" De la composition du chant. 16" De la va-
riété multipliée des sons et des neumes.
17" Comment peut être écrit tout ce qui appar-
tient au chant. 18" De la diaphonie, c'est-à -
dire, des règles de i'or^ranum. 19" La diaphonie
démontrée par des exemples. 20" Comment la
musique a été inventée (calculée) d'après le son
des marteaux.
Le petit traité de Sex motibus vocum com-
mence par ces deux vers :
Omnibus ecce modis scrîpta relatio vocis ;
Esl ionus in numeris, superanlur ut octo novenis.
Il est terminé par cet acrostiche sur le nom
de Guido :
Gliseunt corda me!s hominum mollita camœnis :
Una niilii virlus numeratos conluiit ictus.
In cœ!i summo gratissima carmina fundo,
Dans aulœ Christi munus cum voce ministri.
Ordinc me scripsi primo qui carmina finxi.
Dans l'édition que l'abbé Gerbert a donnée
des écrits de Guido (1), il a supprimé l'intitulé
de ce petit traité, ainsi que sa division en
quatre chapitres ; il en a mis trente-huit vers à
la suite du prolongue rhylhmique de l'Anliplio-
naire, quoiqu'il ne dût rien y aveir après le
mot amen qui termine celui-ci, et a placé
l'acrostiche au commencement de ce même
prologue.
Guido aimait à faire des acrostiches sur son
nom, car il s'en trouve, au commencement du
Micrologue, un autre ainsi conçu :
Gymnasio musas placuil revocare solutas;
Ut pateant parvis, habita: vix bactenus altis-
Invidix lelum périmât dilectio cœcum.
Dira quidem pestis tulit omnia commoda terris.
Ordinc m» scripsi primo qui carmina finxi.
Le prologue rhythmique de l'Anliphonaire
(1) Seriptor. eccUsinsl. de Musica sacra potiss.; I. Il,
page 55.
Iii6
GUIDO - GUIDONIUS
contient les règles du chant exprimées avec
assez de clarté dans des vers didactiques en
latin monacal. Le manuscrit d'où l'abbé Ger-
bert a tiré ce morceau ne contient pas vingt
vers qui sont dans les manuscrits 7211 de
la Bibliothèque impériale de Paris, de Saint-
> Évroult et d'Oxford. Cet abbé a aussi supprimé
le chant de quelques antiennes qui servent
d'exemples aux règles de ce traité de chant.
Le prologue en prose du même Anliphonaire,
publié par l'abbé Gerbert sous le titre de Ré-
gula de ignoto cantu, est de peu d'étendue,
et en apparence de peu d'importance. Cepen-
dant quelques paragraphes de ce morceau ren-
ferment de précieux éclaircissements sur la
nature des travaux et de la doctrine de Guido.
Quant à l'Antiphonaire lui-même, il ne faut
pas croire que ce soit un recueil noté de toutes
les antiennes en usage dans l'église au com-
mencement du onzième siècle, car dans lei
manuscrits de Saint-Évroult, de Ratisbonne et
de Nuremberg, où il se trouve, cet Anlipho-
naire est renfermé dans huit ou dix feuillets.
Guido n'y a fait entrer qu'un choix des an-
tiennes les plus utiles pour l'application de sa
méthode.
Le commencement de la lettre à Michel a été
publié par Baronius, Pez, Angeloni et d'au-
tres; l'abbé Gerbert seul l'a donnée en entier,
sauf quelques exemples de musique qui se
trouvent dans les manuscrits, et qu'il a sup-
primés. Ce morceau est un document impor-
tant, car Guido y a exposé son système, ou
plutôt sa méthode, avec beaucoup plus de
clarté qu'en aucun autre de ses écrits.
Dans les catalogues de plusieurs grandes bi-
bliothèques, on voit des ouvrages relatifs à la
musique, indiqués sous le nom de Guido ou de
IVido, et sous d'autres titres que ceux qui
viennent d'être analysés; mais ces ouvrages
sont ou des extraits de ceux-ci, avec des titres
choisis par la fantaisie des copistes, ainsi que
j'ai eu occasion de le vérifier plusieurs fois, ou
des ouvrages qui ont été faussement attribués
au moine d'Arezzo : dans cette dernière classe
on doit ranger un dialogue sur la musique
dont Odon, abbé de Cluny, au dixième siècle,
est l'auteur (voyez Odon), et que Guido cite lui-
même dans la lettre à Michel ; le traité des
instruments du manuscrit de Gand, qui est du
quatorzième siècle, car le traité de musique
de Jérôme de Moravie y est cité; le correc-
toire des erreurs qui se font dans le chant
grégorien en beaucoup de lieux, publié par
l'abbé Gerbert, i)uis(|ue le graduel Ostende
nobisj composé {)ar Ingobrand, abbé de
Lobbes, au douzième siècle, y est cité ; et enfin
l'opuscule : Quomodà de arithmetica proce-
dit musica, que Gerbert n'a placé parmi les
écrits de Guido que parce qu'il l'a trouvé à la
suite du Micrologue dans le manuscrit de
saint Émeran de Ratisbonne. Les recherches
spéculatives de ce petit traité n'ont aucun
rapport avec les autres travaux de Guido.
D'ailleurs, l'ancienne division de l'échelle par
télracordes y est fréquemment employée, tan-
dis que Guido concevait la division par octaves
comme la seule naturelle, ainsi que cela se voit
dans tout ce qui est incontestablement de lui.
Il est bon de répondre ici à des critiques
qui, pour conserver à Guido l'invention de la
solmisation par hexacordes, du nom des notes
de la gamme, et de tout ce qu'on lui a attri-
bué, supposent que nous ne connaissons pas
tous les ouvrages de ce moine. Il se pourrait,
en effet,' qu'il s'en fût égaré quelqu'un; mais
il ne serait pas possible que la doctrine de ce-
lui-là fût opposée à celle que nous trouvons
clairement exprimée dans le Micrologue, dans
les prologues de l'Antiphonaire et dans la lettre
à Michel.
Parmi les ouvrages supposés de Guido, il
faut aussi compter celui qui est cité par Or-
landi (I) sous ce titre : Guidonis de Aretio
repertorium, 1494, in-fol.; édition apocryphe,
comme l'a fait bien remarqué De Murr (2), et
celui qu'André Reinhard, organiste à Schnee-
berg, a publié sous ce titre : 3Iusica, sive
Guidonis ^retint de usu et constitutione mo-
nochordi, Dialogus, jam denuo recognitus,
Lipsiae, 1604, in-12. La première publication
des écrits qui sont incontestablement de Guido
a été faite par l'abbé Gerbert, dans la collection
des écrivains ecclésiastiques sur la musique.
Il existe une monographie de Guido par
Angeloni (voyez ce nom), intitulée : Sopra la
vita, le opère, ed il sapere di Guido d'Arezzo,
restauratore délia scienza e deW arte musica,
Parigi, 1811, un volume in-S». Elle est rem-
plie d'erreurs : l'auteur ne possédait pas les
connaissances musicales qui auraient été né-
cessaires pour faire ce travail.
GUIDOIMUS (Jean), écrivain hollandais
du seizième siècle, est connu par un traité qui
a pour titre : Minervalia, in quitus scientis
pi xconium atque ignorantix socordia con-
sideratur, artium liberalium in tnusicen de-
cretatio lepida appingitur, W.aestricht, 1534,
in-4'».
(1) Origine e progressi délia Slampa (Bologna, 1770,
in -4"), p. 280.
(tij Noiitia daorum codicum musicorum, etc., p. 4.
GUIGNON - GUILLAUME
iS7
GUIGNON (Jean-Pierre), violoniste, né à
Turin le 10 février 1702, est le dernier musi-
cien qui a porté le titre vain et ridicule de Roi
des violons. Il vint jeune à Paris, et se livra
d'abord à l'étude du violoncelle, puis aban-
donna cet instrument pour le violon, sur lequel
il acquit, en peu d'années, une rare habileté ;
son talent prit même assez de développement
pourqu'ildevîntun rival redoulabledeLeclair.
En 1733, il entra au service du roi, et fut
choisi pour donner des leçons de violon au
Dauphin, père de Louis XVI. Il se servit de son
crédit pour faire revivre en sa faveur le titre
et les droits de roi des violons et des méné-
triers : ses lettres patentes lui furent expédiées,
le 19 juin 1741. A peine en fut-il possesseur,
qu'il fit des règlements pour contraindre les
organistes et compositeurs de musique français
à se faire recevoir membres de la confrérie des
ménétriers, et à lui payer un droit de patente ;
ceux-ci formèrent opposition aux prétentions
de Guignon, le 19 août 1747, et bientôt après
le procès s'engagea. Ainsi se trouvèrent renou-
velées toutes les querelles que Dumanoir avait
fait naître longtemps auparavant, par des pré-
tentions semblables. Une multitude de mé-
moires et de requêtes furent publiés de part et
d'autre, jusqu'à l'arrêt du parlement qui inter-
vint le 30 mai 1750, et débouta Guignon de ses
prétentions. On trouve toutes les pièces rela-
tives à ce procès dans le Recueil d'edits jarrets
du conseil du roi, lettres patentes, mémoires
et arrêts du parlement, etc., en faveur des
musiciens du royaume, Paris, 1751, in-S».
En 1773, Guignon abdiqua un titre sans préro-
gatives, et depuis lors il n'y a plus eu de roi des
violons. La Borde accorde beaucoup d'éloges
à la qualité des sons que cet artiste tirait du
violon, et à la légèreté de son archet. Guignon
mourut à Versailles, le 30 janvier 1775, d'une
attaque d'appoplexie. Il avait obtenu sa vété-
rance de la musique du roi, en 17C2. On a de
lui plusieurs livres de sonates, duos et con-
certos, gravés à Paris.
GUILARDUCCI (...), violoniste italien,
vivait vers le milieu du dix-huitième siècle :
on a delui un concerto de violon, gravé àParis,
sans date.
GUILBERT DE PIXÉRECOURT.
Voyez PiXÉRECOURT.
GL'ILLAUD (Maximilien), musicien de la
Sainte-Chapelle de Paris, né à Châlons-sur-
Saone, au commencement du seizième siècle,
est auteur d'un traité de musique publié sous
ce titre : Rudimens de musique pratique,
réduits en deux briefs traitiez. Le premier
contenant les préceptes de la plaine, Vautni
de la figitrée, àVaris, de l'imprimerie de Nico-
las Du Chemin, à l'enseigne du Gryphon d'ar-
gent, rue Saint-Jean-de-Lalran, 1554, in-i",
oblong. Ce titre est différent de celui que La
Borde a donné dans le troisième volume de
son Essai sur la musique (pag. 637) et qui a
été copié par Forkel, Gerber et Lichlenlhal.
Celui-ci est ainsi conçu : Traité de musique,
dédié à V excellent musicien M'' Claude deSer-
misy, maître de chapelle du roi, et chanoine
de la Sainte-Chapelle de Paris, 1554. Il est
peu vraisemblable que deux éditions du môme
livre aient vu le jour dans la même année, et
il y a lieu de croire que La Borde a cité inexac-
tement, à moins qu'il n'y ait eu un change-
ment de frontispice. Les deux petits traités qui
composent cet ouvrage sont divisés : le pre-
mier, en sept chapitres; le second, en treize.
Ce dernier renferme des explications fort
claires des diverses proportions de la notation
qui peuvent être encore utiles aujourd'hui. On
trouve des compositions de Guillaud dans le
Recueil de douze messes., à quatre parties, pu-
blié à Paris, en 1554, chez Du Chemin.
GUILLAUME (EDME),chanoined'Auxerre,
au seizième siècle, était ami d'Amyot, son com-
mensal et son économe. L'abbé Lebeuf, dans
son Histoire d'Auxerrc {\.om. I, p. 643), et les
ancres historiens de la Bourgogne, le donnent
pour inventeur du serpent, instrument de mu-
sique qui a longtemps servi dans l'église pour
accompagner le plain-chant. Mersenne, qui a
donné, dans le traité des instruments de son
Harmonie universelle, la figure de cet instru-
ment, et qui en a expliqué la construction et
l'usage, ne dit rien de l'inventeur. Au surplus,
cette invention n'a pas dû coûter beaucoup
d'efforts à l'imagination de Guillaume, car le
serpent n'était que la basse du cornet (instru-
ment alors en vogue), tournée dans une
forme commode pour que les doigts pussent
atteindre facilement aux trous et les boucher.
Le premier essai du serpent fut fait dans des
concerts qui se donnaient dans la maison
d'Amyot, vers 1590. De l'église, le serpent
avait ensuite passé comme basse dans la mu-
sique militaire; mais ses imperfections lui
ont fait substituer dans ces derniers temps
l'ophicléide, le basson russe, et, en dernier
lieu, la basse à pistons, appelée tuba, instru-
ments du même genre, sous le rapport de
l'intensité des sons, mais d'une qualité beau-
coup plus égale et plus juste. Ces instruments
ont remplacé le serpent dans la plupart des
églises.
158
GUILLAUME - GUILLAUME DE MACHAU
GUILLAUME DE IIIRSCÎLVU. Foyez
WllHELM.
GUILLAUME DE MACIIAU ou DE
MACHAUT, poète et musicien français, du
quatorzième siècle, est né vers 1284 au village
de Machau, près de Rethel, en Champagne,
d'où lui est venu le nom ajouté à celui de Guil-
laume. Cette circonstance a été ignorée du
comte de Caylus et de l'abbé Rive, qui ont
donné des notices sur la vie et les ouvrages de
Guillaume. J'ai acquis la preuve du fait par un
Traité de musique, manuscrit, daté du 1 2 jan-
vier 1375 (1), où l'autorité de Guillaume est
citée : il y est appelé Guillermus de Mascan-
dio. C'est aussi de la même manière que Gafori
le cite dans le onzième chapitre du deuxième
livre de son Traité de musique pratique ; or,
Mascandium est précisément le nom latin du
village de Machau. Caylus et l'abbé Rive ont
donc dit avec justesse que Guillaume était
champenois ; mais ils se sont trompés lorsqu'ils
ont cru que 3Iachau était son nom de famille,
à moins qu'il n'ait été fils du seigneur du vil-
lage de ce nom. Au surplus, l'usage de désigner
les personnages de quelque importance dans
les arts, les sciences et les lettres, par le lieu
de leur naissance, ajouté à leur prénom, était
fréquent, et s'est conservé jusque dans le sei-
zième siècle. Guillaume de Machau est aussi ce
musicien cité dans un manuscrit de la Biblio-
thèque impériale de Paris dont j'ai donné une
notice au premier volume de \SiRevue musicale
(p. 106-1 lô), et qui est nommé Guiglielmo di
Francia.
En 1 301 , Guillaume fut attaché au service de
Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel,
roi de France. Il devint valet de chambre du
roi, en 1307, et conserva son emploi jusqu'à
la mort de ce prince, arrivée au mois de no-
vembre 1314. Deux ans après, Jean de Luxem-
bourg, roi de Bohême, le prit pour clerc ou
secrétaire. Ce nouvel emploi l'obligeait à
quitter la France : Guillaume a exprimé dans
des vers touchants le chagrin qu'il eut de
s'éloigner de sa patrie. Il demeura trente ans
en Bohême, et ne s'établit de nouveau en
France qu'après que le roi, son maître, eut été
tué à la bataille de Créci, en 1546. Bonne de
Luxembourg, duchesse de Normandie, le prit
alors à son service. Après la mort de cette
princesse, Guillaume fut secrétaire du duc de
Normandie, et continua de lui être attaché
(t) Je possède ce manuscrit, qui n'a pas de litre, mais
qui csi terminé par cette souscription : Finis hujus libri
compilati Paritiis anno a Nativitate Domini MCCC sep-
luagesimo quinlo die duo Uecimo mensis januarii.
lorsqu'il eut succédé comme roi de France à
son père, Philippe de Valois. Le roi Jean ayant
cessé de vivre, Guillaume conserva sa charge
auprès de Charles V, et l'exerça même long-
temps. Il vivait encore en 1370, car dans un
de ses ouvrages, intitulé -.la Prise d'Alexan-
drie, il rapporte l'assassinat de Pierre, roi de
Jérusalem et de Chypre, qui n'eut lieu qu'à la
fin de l'année 1369. Guillaume était alors âgé
de quatre-vingt-cinq ou six ans.
Guillaume de Machau a laissé un grand
nombre de poésies de tout genre. Ses composi-
tions musicales consistent en motets français
et latins, à deux o.u à trois voix, ballades à voix
seule ou à deux parties, rondeaux, chansons
badines, et en une messe à quatre parties qu'on
croit avoir été chantée dans la cathédrale de
Reims, au sacre de Charles V. Les manuscrits
de la Bibliothèque impériale de Paris, 7609,
7612, 7993,7221 (ancien fonds) et 2771, in-fol.
(fonds de La Vallière) contiennent un grand
nombre de ces pièces. Le manuscrit de La Val-
lière est le plus beau, et c'est dans celui-là que
se trouve la messe à quatre parties, d'où Ralk-
brenner a tiré des extraits qu'il a complète-
ment défigurés, et dont il n'a pas compris les
plus simples éléments delà notation (I). Cette
notation est celle dont on trouve la théorie
dans le Traité de la musique mesurée par
Francon. Kiesevetter, trompé par Kalkbrenner,
a reproduit, dans son ouvrage sur l'histoire <!o
la musique européenne, cet informe essai qui
n'a point de rapport avec la musique de Guil-
laume de Machau. Perne a lu à l'Institut de
France, en 1817, un mémoire intéressant sur
la messe de ce musicien-poëte. qu'il a mise en
partition et traduite avec exactitude en notation
moderne. La messe et les motets de Guillaume
offrent de nombreux passages remplis de mau-
vaises successions d'harmonie, restes de la
diaphonie qui avait été longtemps en usage au
moyen âge. Cependant il a précédé de peu de
temps Dufay, Dunstaple et Binchois, dont les
ouvrages sont purs de ces fautes grossières.
C'est par la comparaison de productions si
différentes qu'on peut comprendre l'importance
des perfectionnements introduits dans l'ait
d'écrire par les trois musiciens qui viennent
d'être nommés.
Un poëme de Guillaume de Machau, inti-
tulé : li Tems pastour, contient un passage en
trente vers sur les instruments de musique de
son temps, dans le chapitre qui a pour titre :
Comment li amant fut au diner de sa dame.
(I) llitloire (/s la musique, pi. 5.
GUILLAUME DE MACHAU — GUILLON
159
Ce curieux morceau, souvent publié, a élu re-
produit par Roquefort, dans son livre De Vélat
de la poésie française dans les douzième et
treizième siècles, avec un commr'nlairo qui
n'est pas à l'abri de toute critique, sous le rap-
port de l'exactitude, mais qui a de l'intérêt
historifjue (1).
GUILLEMAIN (Gabriel), violoniste fran-
çais qui eut de la réputation vers le milieu du
dix-huitième siècle, naquit à Paris, le 1o no-
vembre 1703. On ignore le nom de son maître,
mais il est vraisemblable qu'il dut principale-
ment à ses heureuses dispositions, à son tra-
vail, et à l'élude qu'il fit des ouvrages de Co-
relli, l'habileté qu'il acquit sur son instrument.
11 se distinguait surtout par la dextérité de sa
main gauche qui lui permettait de doigter des
])assagesdont la difTiculté rebutait ses contem-
l)orains. C'est sans doute à ces ditTicuUés,
multipliées dans ses ouvrages, qu'il faut attri-
buer le défaut de succès de ceux-ci : fort peu
de violonistes de cette époque étaient en état
de les exécuter. En 1738, Guillemain fut admis
comme musicien ordinaire dans la chapelle et
à la chambre du roi. Il avait déjà publié, qua-
torze oeuvres de musique instrumentale, con-
sistant en sonates et trios pour le violon et pour
le clavecin, lorsque, en 1749, il composa le di-
vertissement musical de la pièce intitulée : la
Cabale, qui fut représentée cette même année :
cette composition fut fort applaudie. Malgré
tant de talents, Guillemain n'était pas heu-
reux : son caractère sombre et inquiet l'éloi-
gnait des autres artistes; il manquait de con-
fiance en lui-même, et jamais il ne se hasarda
à jouer auconcertspirituel. Le !"■ octobre 1770,
sa tête se dérangea pendant qu'il se rendait de
Paris à Versailles, et il se tua.de quatorze
coups de couteau, près de Châville. Le lende-
main, il fut inhumé dans cette commune. Il
était alors âgé de soixante-cinq ans. Le quin-
zième œuvre de Guillemain, composé de deux
divertissements de symphonie, parut en 1731.
On y trouve un catalogue des autres ouvrages
de ce musicien, avec une indication du carac-
tère de chacun. Son œuvre seizième parut,
en 1757, et le dix-septième et dernier deux
ans après.
GUILLEMAWT (...), maître de flûte à
Paris, vers 1740, a publié : 1» Un livre de
sonates pour deux flûtes, Paris, sans date.
2» Un livre de duos pour deux basses, ibid.
Z" Deux suites d'airs pour deux flûtes à la
tierce. En 174G, il a fait graver six sonates
(!) De l état de la poésie française, eu., p. lOS-llô.
pour deux flûtes, un violon obligé et une basse
continue jiour le clavecin.
Un musicien de ce nom, organiste à Bou-
logne (Pas-de-Calais) en 1841, et maître des
enfants de chœur à l'église Saint-Nicolas, est
considéré comme un artiste de mérite. Son fils,
Alexandre Guillemant, organiste de l'église
Saint-Nicolas de Boulogne, et élève de M. Lem-
mcns (voyez ce nom), est un jeune artiste
déjà très-remarquable (18G!), soit comme exé-
cutant sur son instrument, soit comme com-
positeur de musique d'orgue. Il est vraisem-
lilable qu'il se fera dans l'avenir une brillante
et juste réputation et sera classé parmi les
organistes les plus habiles du dix-neuvième
siècle.
GUILLET(CiunLEs),né àBruges (Flandre
Occidentale), dans la seconde moitié du sei-
zième siècle, fut échevin de cette ville. Il est
connu comme compositeur par un ouvrage qui
a pour litre : Fingt-quatre fantaisies à quatre
parties, disposées suivant Vordre des douze
modes, Paris, Pierre Ballard, 1010, in-4». Une
deuxième édition de ce recueil a paru chez le
même imprimeur avec ce titre : Fingt-quatre
fantaisies à quatre parties, par C. Guillet,
natif de Bruges, en Flandres, Paris, Pierre
Ballard (S.-D.), in-4°. La Bibliothèque imi>ériale
de Vienne possède un manuscrit de musique
intitulé : Institution harmonique divisée en
trois livres. Le premier contient la théorie
musicale ; le second contient la prattique
d'iceUe: et la troisième, les controverses qui
se trouvent en la musique , par le sieur
Charles Guillet, ancien eschevin de la ville de
Bruges, un volume petit in-folio formé de dix
feuilles de litre, dédicace, préface, d'un catalo-
gue d'auteurs qui ont écrit sur la musique, etc.,
de quatre cent soixante-quatorze pages de texte,
et de quatre liages de table. Ce volume ne ren-
ferme que le premier livre ; on ignore si les
autres ont été achevés. La table des auteurs
s'arrêtantà l'année 1G42, il y a lieu de croire
que le premier livre de l'ouvrage a été achevé
dans la même année. Schmid, employé supé-
rieur de la Bibliothèque impériale de Vienne,
a donné une notice de ce manuscrit, avec la
table des chapitres et de leur contenu dans ses
intéressants Essais sur la littérature et Vhis-
toire de la musique {Cxcilia, tome XX H',
pages 232-256).
GUILLOIV (IIenri-Ciiari-es), musicien à
Paris, vers 1730, a fait graver des cantatilles
parmi lesquelles on remarquait le Retour
d''Hébé, Céphale et VJurorc, le Perroquet,
ri/armoniej Fénus en vivacité.Oo a aussi de
u
GUILLON - GUILLOU
lui trois livres d'airs à chanter, deux livres de
sonates en trios pour le violon, dont un est
intitulé les amusements, un concert pour
deux violons, viole et basse, des canons pour
la voix, et des sonates pour les flûtes et les
musettes ou vielles.
GUILLON (...), officier au régiment de
Bouillon, infanterie allemande au service de
France, vers 1789, eut quelque mérite comme
violoniste, et jouait aussi du basson. Il a laissé
en manuscrit un concerto pour ce dernier in-
strument. On a aussi de lui trois œuvres de
quatuors pour deux violons, viole et basse,
gravés à Lyon, sans date, et un œuvre de duos
pour violon et viole.
GLILLOIV (Albert), compositeur, né à
Meaux en 1801, fit ses premières études de
musique à la Cathédrale de Paris, puis les
termina au Conservatoire. En 1819, il devint
élève de l'auteur de ce dictionnaire pour le
contrepoint et la fugue ; puis il reçut des leçons
de Berton pour le style idéal. Le premier prix
de composition lui fut décerné par l'Académie
des beaux-arts del'InstitutdeFrance^en 1825,
pour la cantate A'' Ariane à Naxos, sujet du
concours de cette année, et cette scène fut exé-
cutée dans la séance publique du mois d'oc-
tobre. Devenu pensionnaire du gouvernement,
Guillon partit pour l'Italie et vécut quelque
temps à Bome , d'oii il envoya à l'Institut
plusieurs morceaux de musique d'église de sa
composition; puis il alla à Venise oi» il écrivit,
en 1830, l'opéra sérieux Maria di Brabante,
pour le théâtre de la Fenice : cet ouvrage fut
applaudi. Depuis lors, Guillon s'est fixé à Ve-
nise, protégé par une famille noble qui lui
confia l'administration de ses biens. Dès ce
moment, Guillon cessa de s'occuper de la mu-
sique, se livra à l'agriculture, à l'industrie, et
fonda dans une terre à Pederiva di Monte-
belluna, près de Trévise, un grand établisse-
ment pour l'élève du ver à soie, et pour le
dévidage des cocons par des machines de son
invention, mues par la vapeur. En 1851, il a
publié une description de cet établissement,
de ses procédés mécaniques et des résultais
obtenus, sous ce titre : Jflemoria sopra una
filanda a vapore e dettagli sopra la maniera
di filare i hozzoli, preceduti da alcuni cenni
sull'ullima educazione dei bachi da seta,
Venise, in-fol. lithographie, avec six grandes
planches représentant l'intérieur de l'établis-
sement et les détails de la filature. Doué d'une
rare intelligence et d'une activité infatigable,
il introduisit dans le royaume Lombardo- Véni-
tien de nombreux perlectionnements dans la
culture des terres, dans leur amendement, et
dans lesystèmedessuccessions des récoltes. On
lui doit plusieurs mémoires intéressants sur
ces objets. La Société impériale et centrale
d'agriculture de France, la Société d'économie
politiquedeSaint-Pétersbourg, toutes les socié-
tés d'agriculture d'Italie l'admirent au nombre
de leurs membres, et plusieurs souverains le
dôcorèrent de leurs ordres. Guillon est mort
subitement k Venise, dans les premiers jours
d'avril 1854. Avant d'obtenir le premier grand
prix à l'Institut, il était contrebasse à l'Opéra-
Comique.
GUILLOU (Joseph), flûtiste et composi-
teur, né à Paris, entra comme élève au Con-
servatoire de musique de celte ville, en l'an v
(1797), à l'âge de treize ans. II y reçut des
leçons de Devienne pour la flûte, et l'année
suivante il obtint au concours un second prix
de cet instrument. Ses progrès ne répondirent
pas ensuite à cet heureux défaut; le concours
de l'an vu ne lui fut point favorable, et, dès
lors, il n'y eut plus pour lui d'espoir de triom-
pher dans ces épreuves publiques du talent,
car il trouva l'année suivante un rival trop
redoutable dans le jeune Tulou, dont le talent
a été depuis lors célèbre dans toute l'Europe.
L'altération des facultés morales de Devienne
et la mort de lingot firent bientôt après réduire
les classes de flûte à une seule, qui fut confiée
aux soins deWunderlick; le nombre des élèves
fut diminué, et Guillon se trouva compris dans
la réforme. Il ne se laissa pourtant pas décou-
rager; après de nouveaux efforts, il rentra
dans les classes du Conservatoire, et il y obtint
le premier prix, à l'âge de vingt et un ans. Ses
études terminées, il fut longtemps sans emploi
aux grands théâtres de Paris ; mais, en 1815,
il entra comme seconde flûte à l'Opéra et à la
Chapelle du roi, et, l'année suivante, il obtint
la place de professeur au Conservatoire, qui
venait d'être réorganisé sous le nom d'Ecole
royale de chant et de déclamation. Bientôt
après, la place de première flûte de la chapelle
du roi, étant devenue vacante, lui fut donnée.
Irrité de ces nominations, Tulou donna sa
démission de l'Opéra, et ce fut encore Guillou
qu'on choisit pour le remplacer. Ainsi, en
moins de trois ans, il passa de l'obscurité à la
plus belle position qu'un flûtiste pût désirer à
Paris. Ilestjustededire qu'il remplit ses fonc-
tions avec beaucoup de zèle, et qu'il forma de
bons élèves au Conservatoire, parmi lesquels
on remarque Becquié et M. Dorus. En 1830,
le dérangement de ses affaires le décida à
quitter toutes ses places pour chercher une
GUILLOU - GUMLICII
Î6I
position dans les pays étrangers. Il voyagea
d'abord dans la Belgique, y donna des concerts,
puis se rendit à Berlin, où il se fit entendre. Il
visita ensuiteHambourgetStockholm, s'établit
quelque temps en cette ville, et enfin se rendit
à Saint-Pétersbourg où il se fixa, ayant renoncé
à la musique pour la profession de leinturier-
dégraisseur. Fatigué d'une situation qui ne
convenait ni à son éducation, ni à ses goûts, il
rentra plus lard dans la carrière d'artiste, et
se fit écrivain surla musique dans les journaux,
sans parvenir à se créer une position aisée. Il
avait fondé, à Saint-Pétersbourg, un journal
français, sous le titre de l'artiste russe. Guil-
lou est mort dans cette ville, au mois de sep-
tembre 1853, à l'âge de soixante-neuf ans. On a
de lui pourson instrument: 1° Premier concerto
avec orchestre, Paris, P. Petit. 2" Deux idem,
ibid. 3" Concertino composé poUr les concours
du Conservatoire. 4" Plusieurs thèmes variés
pour flûte et orchestre. 5" Plusieurs thèmes
avec quatuor. 6" Deux œuvres de duos pour
deux flûtes, Paris, Hentz-Jouve. 7° Quatre
fantaisies pour deux flûtes, Paris, Meissonnier.
8» Des fantaisies pour flûte et piano, ibid.
GUIOT, poëte et musicien, né à Dijon, au
commencement du treizième siècle, nous a
laissé seize chansons notées qu'on trouve
dans un manuscrit de la Bibliothèque impé-
riale, coté 7222.
GUIOZ (Jean). Foyez GUVOT.
GUISLAirV (Antoine), ou GUILLAIN,
compositeur de musique d'église, naquit à
Douai (Nord), dans la seconde moitié du dix-
septième siècle. En 1721, il fut nommé maître
de chapelle de l'église Sainle-Walburge, à
Audenarde; mais il ne jouit pas longtemps de
cette position, car il mourut dans l'année sui-
vante. Ces renseignements résultent de la liste
des maîtres de chapelle, tirée des registres de
celte église; on y lit sous la date de 1721 :
Jnlonius Guislain, geboren te Douay, sterft
tenjare 1722. Le catalogue des œuvres manu-
scrites de ce musicien se trouve dans la liste
générale de la musique qui existait à l'église
Sainte-Walburge d'Audenarde, en 1754, la-
quelle est imprimée dans la huitième partie des
Judenaerdsche Mengelingen (1856). Ces œu-
vres, qui consistent en messes, motels, Te
Deutn, etc., sont au nombre de trente-six. On
y voit ([ue la plus ancienne messe solennelle
de Guislain porte la date de 1706. Il en est une,
à quatre voix et trois instruments, qui a pour
titre : Chanson de nouvel an.
GULDER (Ignace), né à Rabbourg, près
de Ratisbonne, le 24 novembre 1757, se livra
BIOCB. UNIV. DES MUSICIENS. T. IV.
à l'étude des sciences dans sa jeunesse et ap-
prit la musique au Séminairede Saint-Émcran,
à Ratisbonne. Le 12 octobre 1777, il fit pro-
fession dans le couvent des Bénédictins à
Scheurn , sous le nom de Marianus, et le
19 janvier 1783, il fut ordonné prêtre. Son
mérite lui fit remplir plusieurs fonctions dans
son couvent, entre autres celles de i)rieur. Il
mourut le 9 juin 1809, peu de temps après la
suppression de son ordre. On connaît, en Ba-
vière, des messes, vêpres, litanies, ofi'erloires
et graduels de sa composition, qui sont restés
en manuscrit.
GULDEH (Pierre-Benoît), frère du pré-
cédent, né à Rabbourg, le 21 janvier 1761,
entra aussi dans l'ordre des Bénédictins, et
fit profession dans l'abbaye de Michelfeld, le
11 novembre 1782; trois ans après, il fut or-
donné prêtre. On ignore ce qu'il est devenu
après la suppression de son monastère. Il était
bon chanteur et organiste habile. On connaît
de lui, en manuscrit, trois messes allemandes,
deux petits opéras, et quelques chansons avec
accompagnement de piano.
GUMBERT (Ferdinand), compositeur, né
à Berlin, en 1818, commença l'étude du violon
à l'âge de six ans, sous la direction de C. Rielz,
mais abandonna cet instrument à l'époque de
la mort de son maître. Après avoir terminé
ses études de collège, il entra, en qualité de
commis, dans une librairie , et pendant ce
temps il étudia, dans ses moments deloisir, la
théorie de la musique et la pratique 'du chant.
Devenu libre de choisir un état après la mort
de son père, il se fit acteur d'opéra et chanta
au théâtre de Cologne, dans les années 1840 à
1842, sous la direction de Conradin Kreutzer.
Dégoûté ensuite du théâtre, où il n'avait
qu'une position secondaire, il résolut de se
livrer à la composition, et retourna à Berlin
vers la fin de 1842. Quelques Lieder qu'il y
publia le firent connaître des amateurs, et dès
lors il sortit de son obscurité. En 1844, il a
fait représenter, au théâtre Kœnigstadt, l'opéra
de sa composition die Schœne Schusterin
(la Belle Cordonnière), et trois ans après, il
donna, à Potsdam, l'opérette vaudeville inti-
tulé : die Kunst geliebt zu werden (l'art de se
faire aimer). Les Lieder publiés par Gumbert
sont au nombre d'environ vingt-cinq recueils.
GUMLICII (Frédéric), compositeur alle-
mand de l'époque actuelle, s'est fait connaître
par deux quatuors pour flûte, violon, allô et
basse, Bonn, Sirarock ; deux quatuors pour
basson, ibid.; (|uel(iues morceaux détachés
pour le même inslrumentj ibid.; un rondeau
11
16-2
GUMLICH — GUMPELTZHAIMER
hrillant pour piano et orchestre, OfTenbach,
André; des polonaises pour piano et violon-
celle, Leipslck, Hofmeister; des variations
pour le même instrument, ibid.; des airs de
danse, et des chansons allemandes à voix
seule, avec accompagnement de piano, ibid.
GUMPELTZHAIMER (Adaji), cantor
à l'église de Sainte-Anne d'Augsbourg, naquit
à Trossberg, en Bavière, en 1560. Son père,
homme d'une sévérité excessive, le chassa de
la maison paternelle, ainsi que son frère ,
quoiqu'ils fussent encore enfants, parce qu'ils
avaient cassé les vitres de leurs voisins avec
leur arbalète. Les deux frères se rendirent
chez leur aïeul, qui les recueillit et se chargea
de leur éducation. Le jeune Adam fut envoyé
d'abord à OEttingen, et ensuite à Augbourg,
où il se livra à l'élude de la musique sous la
direction de J. Entzemilller. Dès que son in-
struction dans cet art fut sulTisante, il se livra
à l'enseignement particulier pendant plusieurs
années; ensuite il passa, comme musicien, au
service du duc de Wurtemberg, et enfin, en
1581, il fut appelé aux fonctions de cantor à
l'école d'Augsbourg. On ignore l'époque de
sa mort.
Ce musicien, peu connu aujourd'hui de la
l)lupart des artistes, méritait cependant que
son nom fût immortel, car on peut le consi-
dérer comme l'un des créateurs de cette vigou-
leuse harmonie allemande dont Hœndel ,
J.-S. Bach et Mozart ont fait depuis un si bel
usage. Gumpeltzhaimer partage cette gloire
avec Léon Ilasler, Chrétien Erbach et un petit
nombre de ses contemporains; mais sa supé-
riorité dans son genre est assez marquée pour
lui mériter une place à part. L'auteur de ce
dictionnaire a mis en partition queliiues-unes
(le ses motets et a vu avec étonnement et
admiration (jue sa modulation, dont la tona-
lité moderne est la base, est toujours vive,
inattendue, et cependant douce et naturelle,
qualités dont nul avant lui n'avait donné
d'exemple. Son style, moins riche de formes que
celui de Roland de Lassus, dont il fut le con-
temporain, a cependant de l'élégance et de la
pureté. L'illustre maitre de chapelle de l'élec-
teur de Bavière, sans rien inventer quant à
l'harmonie, s'est immortalisé par l'heureuse
application de ce que d'autres avaient trouvé;
le pauvre maître d'école d'Augsbourg, tout en
ouvrant des routes nouvelles, est cependant
resté dans l'obscurité.
Les ouvrages de Gumpeltzhaimer sont :
1" Compendium musicas latinx germanicum
Augsbourg, 1595, in-4''. Celle édition d'un
livre excellent, enrichi d'exemples curieux
et bien écrits, n'est pas la première, quoi-
qu'elle ait été indiquée comme telle par
Walther, Forkel et quelques autres; car
l'exemplaire de cette date, qui se trouve
dans la Bibliothèque publique de Strasbourg,
porte ces mots au frontispice : Nunc altéra
hdc editione alicubi mutatum et auctum. La
troisième édition a été publiée à Augsbourg,
en 1600, un volume in-4°. La quatrième édi-
tion est de 1605, la cinquième de 1611, la
sixième de 1616. Celle-ci a pour lilre : Com-
pendium musicas latino-germanicum. Studio
et opéra Adami Gumpelzhaimeri, Trossper-
gii Boij. nunc editione hac sexta, non nus-
quam correctum et auctum. Augustae, typis et
impensis Joh. Udalr. Schœnigii, 1616, in-4'»
de 81 feuillets. Dans la huitième édition, qui a
été publiée par le même imprimeur, avec le
même litre, en 1625, petit in-4'', on trouve le
portrait de l'auteur, à l'âge de soixante-trois
ans, gravé en 1622 parLucas Rilian, d'où il ré-
sulte que Gumpeltzhaimer ne serait pas né en
1560, mais en 1559. Il paraîtrait aussi que sa
nomination de cantor et de professeur à l'école
d'Augsbourg est antérieure à 1581, car on lit
au bas du portrait : Jdamus Gumpelzhai-
merus, scholx annex 44 an. collega. La neu-
vième édition estde 1632, la onzième, de 1655,
et la douzième, de 1675. Il existe une édition
allemande, sans le latin, sous ce titre : Sing-
kunst in 10 Capiteln, etc., sans nom de lieu,
mais avec la date de 1604, in-4». Toutes sont
datées d'Augsbourg. Lipenius (Bibliot., p. 977,
col. 2) a fait une lourde méprise à propos
de cet ouvrage : il en indique une édition de
Nuremberg, 1540, in-S"; or, Gumpeltzhaimer
n'était pas né alors. Une faut pas confondre cet
abrégé de musique avec celui de Henri Faber,
traduit en allemand par Christophe Rhid, et
dont Gumpeltzhaimer à donné à Augsbourg,
en 1618, une édition enrichie d'exemples et
de préceptes sous le titre : Compendium mu-
siez Henr. Fabri in vernaculum sermonem
conversum à M. Christ. Rhid. et prxceptis
ac exemplis auctum, studio Jdami Gum-
peltzhaimeri. On a copié celte édition dans
un autre datée de Jéna, 1653, in-8''. 2o Erster
Theil des Lustgartleins teutsch und latei-
nischer Lieder von o Stimmen (Première
partie du Jardin agréable des cantiques alle-
mands et latins, à trois voix), première édi-
tion, Augsbourg, 1591 ; troisième 1619. 3" La
deuxième partie du même ouvrage a été publiée
pour la première fois en 1611, à Augsbourg;
la seconde édilion a pa.'u à Anvers, 1615, etia
GUMPELTZHAIMER — GUNN
1C3
Iroisièmeen IClt). 4» Erster Theitdes Tf'iirtz-
Gartkins 4 stimmiger geistlicher Lieder,
première édition, Augsbourg, 1504; deuxième
ibid., 1619. 5° La deuxième partie du même
ouvrage, Augsbourg, 1619. 6" Psalmus iîO,
oclovocum, Augsbourg, 1604, in-4". 6" (bis)
Partitio sacrorum concentuum octonis voci-
bus modulandorum , cum duplici basso in
organorum usum^ Augustae Vindelicorum,
sumptu aucloris apud Valentinum Schvenig-
gium, 1614, in-4''. 7" Pars II concentuum
sacrorum octo vocwm, Augsbourg, 1619.
8° 10 geistliche Lieder 4 Stimmen, jungen
Sing-knahen zu gut, etc. (Dix chansons spi-
rituelles à quatre voix, etc.). Augsbourg,
1617. 9" 2 geistlicher Lieder mit 4 Stim-
men, etc. (Deux chansons spirituelles à quatre
voix , etc.), ibid. 10» 5 geistlicher Lieder
mit 4 Stimmen von der ffimmelfahrt ./esu
Christi, efc.(Cinq cantiques spirituels à quatre
voix pour l'Ascension de Jésus Christ, etc.).
Augsbourg. 11" Newe teutsche geistlicher
Lieder mito und 4 Stimmen, etc. (Nouvelles
chansons spirituelles allemandes à trois ou
quatre voix, etc.), Augsbourg, 1591, in-4" et
Munich, 1592. Le Florilegium porteuse de
Bodenschatzet les Promp/warî mwsîce d'Abra-
ham Schad contiennent de fort beaux motets
de Gumpeltzhaimer.
GUISDELWEIN (Frédéric), musicien à
Ambach, au commencement du dix-septième
siècle, a publié : Der Psalter mit newenMe-
lodien auff 4 Stimmen, du der Discant die
rechte Melodiam furcht , in Contrapuncto
simplici gegen einander iibersetz (Le psautier
avec de nouvelles mélodies à quatre voix, etc.)
Magdehourg. 1615, in-S".
GUISG'L (Joseph), compositeur de danses,
<lont les productions jouissent de la vogue en
Allemagne, est né en 1810 à Zsambek en
Hongrie. Après avoir terminé ses études de
musique à Pesth, il entra fort jeune dans un
corps de musique militaire, en qualité de
hautboïste. Plus tard, il forma un orchestre
jiour l'exécution de ses marches, polkas, ga-
lops et valses, et alla de ville en ville donner
des concerts de ce genre de musique. Arrivé à
Berlin en 1 84-3 avec ses musiciens, il y eut de
grands succès dans sa spécialité. Il demeura
dans cette ville jusqu'en 1848, où l'état d'agi-
tation de l'Allemagne, et en particulier de la
Prusse, lui fit prendre la résolution de passer
en Amérique avec ses musiciens; mais cette
entreprise n'ayant pas réussi, il revint en Eu-
rope, passa quehiues années en Russie, puis
arriva à Vienne, cù il était en 1857. Les œu-
vres de danses et les marches de la composi-
tion de cet artiste sont au nombre de plus de
deux cents; elles se font remarquer par une
élégance facile de mélodies et par un bon sen-
timent d'harmonie. La plupart de ses ouvrages
ont été publiés à Berlin, chez Schlesinger.
GUIVG'L (Jean), neveu du précédent, né à
Zsambek, en 1819, a aussi du talent pour la
composition de la musique de danse. Ayant
formé un orchestre pour l'exécution de ses
ouvrages, il s'établit à Berlin en 182-3 avec ses
musiciens. Deux ans après, il se rendit à Saint-
Pétersbourg et y passa plusieurs années. En
ce moment (1861), il est à Vienne.
GUISN (Jean), professeur de musique, vio-
loncelliste et savant écrivain sur la musique,
est né, je crois, à Edimbourg, vers 1765. En
1790, il se fixa à Londres comme professeur de
violoncelle, et peu de temps après il y publia
quarante airs écossais arrangés en trios pour
violon, violoncelle et flûte. Il possédait une
vaste instruction non-seulement dans la mu-
sique, mais dans les lettres, et il a donné une
preuve irrécusable de son savoir dans l'ou-
vrage qu'il publia sous ce titre : The theory
and pratice of fingering the violoncello, con-
laining rules and progressive tessons for
attaining the knowledge and command of
the whole compass of the instrument (La
théorie et la pratique du doigté du violoncelle,
contenant des règles et des leçons progressives
pour atteindre à la connaissance parfaite de
cet instrument), Londres, 179-3, in-fol. Cet
ouvrage, divisé en deux parties, est précédé
d'une excellente dissertation sur l'origine du
violoncelle, et sur les instruments à cordes
anciens et modernes, en trente deux pages,
suivies de planches. La première partie du
corps de l'ouvrage traite de la théorie du
doigté ; la seconde, de la pratique. Des gammes
et des exercices terminent le volume, qui peut
être considéré comme ce qui existe de meilleur
sur la matière dont il s'agit. Peu de temps
après celte publication, Gunn fit paraître un
livre intitulé : ^rt of playing the german
flûte on new principles (Art de jouer de la
flùle allemande d'après de nouveaux prin-
cipes), Londres, 1794, in-fol. L'année sui-
vante, une position avantageuse lui fut offerte
à Edimbourg, il l'accepta et retourna dans
cette ville. En 1801, il publia à Londres un
ouvrage intitulé : Essay theorical and
practical on the application of harmony,
thoroughbass and modulation to the vinlan-
cello (Essai théorique et pratique sur l'appli-
cation de l'harmonie, de la basse conlinue et
II.
i64
GUNN - GURRLICH
de la modulation au violoncelle), in-fol. Sur la
demande de la Société nationale d'Ecosse, il
écrivit, en 1806, un savant ouvrage sur la
liarpe et le j%u de cet instrumentdans les mon-
tagnes de rÉcosse, et ce livre, exécuté avec un
luxe typographique extraordinaire, et tiré à
un petit nombre d'exemplaires sur grand pa-
pier d'une rare beauté, parut sous ce titre :
An historical inquiry respecting the perfor-
mance on the harp in the Highlands of Scot-
land; from the earliest times, until it was
discontinued , about the year 1734. To
which is prefixed an account of a very an-
cient caledonian harp, and of the harp of
queen Mary, Edinburgh, A. Constable and C°,
1807, un volume, gr. in-4", avec trois planches
qui représentent deux très-anciennes harpes
écossaises et la harpe de la reine Marie. On
voit, au titre de cet ouvrage, que M. Gunn avait
précédemment composé un traité de l'origine
et des progrès des instruments; j'ignore si ce
traité est ditîérent de la dissertation placée en
tête de la méthode de violoncelle. M. Gunn a
épousé mademoiselle Anne Young, professeur
de musique et de piano dont il sera parlé dans
l'article suivant ; j'ignore s'il vit encore.
GUNN (Madame Anjie), femme du précé-
dent, fut d'abord connue comme professeur de
piano sous le nom de Jlliss Young. Elle in-
venta plusieurs jeux et tableaux au moyen des-
quels l'enseignement des principes de la mu-
sique devait être rendu plus facile , et elle
en publia la description, avec un traité des
éléments de l'art. J'ignore en quelle année
la première édition parut et en quel lieu elle
fut publiée; la deuxième a pour titre : ^Ji
Introduction to Music; to ivhich the elcmen-
tary parts of the science and the principles
of thorough bass and modulation are illus-
trated by the musical games and apparatus,
and fully and famiUarly explained (Intro-
duction à la musique, dans laquelle les parties
élémentaires de cette science et les principes
de la basse continue et de la modulation sont
expliqués pleinement et familièrement par di-
vers jeux et appareils musicaux, etc.), Edim-
bourg, 1820, un volume in-S" de deux cent cin-
quante-six pages, avec vingt planches. Il est
vraisemblable que l'auteur de cet ouvrage
avait cessé de vivre lorsque la troisième édi-
tion de 1827 fut publiée, car les éditeurs
disent dans l'avertissement qu'ils ont trouvé
les additions dans ses papiers.
GUNTERSBEUG (Henri-Chrétien-
Cbarles), né le 14 mars 1772, à Rossla, dans
le comté de Stolberg, fut nommé organiste de
l'église Saint-André, à Eisleben, petite ville de
la Saxe, en 1809. Il a publié un traité sur l'art
de jouer de l'orgue intitulé : Ber fertige Or-
gelspieler, oder casual Magasin fur aile vor-
hommende Fxlle in Orgelspiele. Ein prac-
tisches Hand und Hiilfsbuch filr Cantoren,
Organist'en, Landschullehrer undangehende
Orgelspieler, Meissen, Gœdsche, 1823-1827,
Jn-4''. Cet ouvrage est divisé en deux parties.
La première renferme des instructions et des
exercices pour le doigté dans tous les tons, et
des instructions suivies d'exercices pour la
pédale. Dans la seconde, il est traité des orne-
ments de tout genre dans l'exécution, de la
manière d'accompagner le chant choral, et de
l'emploi des jeux de l'orgue, de préludes pour
les chorals, avec de nombreux exemples : l'ou-
vrage est terminé par des notions élémentaires
d'harmonie.
GUISTHER (F.-A.), organiste et profes-
seur de piano à Sondershausen, dans la pre-
mière moitié du dix-neuvième siècle, est au-
teur d'une méthode de piano intitulée : Théorie
des Klavierspielens , ein Leitfaden beim
erslen Unterricht , Sondershausen , Eupel,
in-4'':
On a publié sous le nom d'un autre GUnther
(G.-C), des chorals avec des préludes pour
l'orgue , intitulés : Kirchengesœnge nebst
Forspielen, Leipsick, 1833, in-4''.
GURLÏTT (Cornélius), compositeur, né à
Altona, en 1820, s'est fixé à Copenhague, où
il a publié, chez Lose, plusieurs recueils de
chants avec accompagnement de piano, et
des sonates pour piano' et violoncelle et pour
piano et violon, œuvres 5 et 4.
GUmiLICll (Joseph-Auccstiik), directeur
de musique du théâtre royal de Berlin, naquit,
en 1761, à Mtinsterberg, dans la Silésie. Il fit
ses études chez les jésuites de Breslau et y
apprit la musique. En 1781, il fut nommé
or^:,'anisle de l'église catholique de Berlin,
et professeur de musique de l'école de cette
même église; en 1790, le roi de Prusse
l'admit dans sa chapelle comme contrebassiste.
Il commença alors à écrire, pour le théâtre
royal, des ballets, des scènes et des airs qu'on
intercalait dans divers opéras. A l'époque de
la réunion des deux théâtres royaux, il fut
choisi (en 1811) pour remplir les fonctions de
second chef d'orchestre, diriger les répétitions
et tenir le piano. Le succès des ouvrages qu'il
écrivit pour le théâtre, depuis ce temps, lui
jtrocura l'avantage d'être nommé maître de
chapelle du roi, au mois de mars 1816; mais il
ne garda pas longtemps celte honorable posi-
GURRLÎCII - GUSIKOW
tion, car il mourut le 27 juin 1817. Également
distingué comme professeur, comme accompa-
gnateur, comme chef d'orchestre et comme
compositeur, Gurrlich a joui de l'estime des
artistes qui l'ont connu et qui ont entendu ses
ouvrages. Il est vraisemblable qu'il se serait
fait une réputation plus étendue s'il n'avait
lutté, pendant une partie de sa vie, contre les
embarras d'une position peu fortunée. Les
principaux ouvrages de cet artiste sont :
1" L'Obedienza di Gionata, oratorio. 2° Can-
tate pour les obsèques de Mererotto (en 1801),
en collaboration avec Hurka. 5» L'Incognito^
opéra-comique, en 1797. 4" Dus Opfer von
der Bildsxule des Amor (le Sacrifice devant
la statue de l'Amour), ballet pastoral, 1804.
5» Fertumne et Pomone, ou les Métamorpho-
ses par amour , ballet pantomime, 1804. ù" Le
Tailleur de VOpéra, opéra-comique, 1801.
7° Plusieurs morceaux pour la tragédie de Cal-
lirhoé, 1805. 8» Die Einschiffung nach Cy-
thera (l'Embarcation pour Cythère) , ballet,
1805. 9" Die Schwestern als nebenbuhle-
rinnen, oder der grossmiithige Corsar (les
Sœurs rivales, ou le Corsaire magnanime),
ballet, 1805. 10" Der unterbrochene Dorf-
jahrmarkt (la Foire de village interrompue),
idem, 1805. 11° Plusieurs morceaux pour la
tragédie patriotique JFoldemar de Brande-
bourg. 12" Die Launen des Ferliebten (les
Caprices de l'amoureux), comédie pastorale de
Goethe. 13" Écho et Narcisse, ballet, 1813.
14" Hans Max Giesbrecht de Humpenbourg ,
opéra-comique de Rolzebue, 1815. 15" Lucas
et Laurette, ou le Fiancé congédié, ballet,
1815. 16" Le Retour de Mars, idem. 17" Plu-
sieurs morceaux pour la tragédie Don Fernand
de Portugal, 1816. 18" Les Femmes alle-
mandes, ballet, \^'^ Alexandre et Campaspe,
idem. 20» Le Peintre, ou les Amusements de
l'Hiver, idem. 21" Alfred le Grand, idem.
On n'a gravé de tous ces ouvrages que quelques
ouvertures et airs de ballets pour le piano; le
reste est en manuscrit. Les productions instru-
mentales de Gurrlich consistent en pièces dé-
tachées et variations pour le piano, qui ont été
publiées à Berlin, depuis 17'J1 jusqu'en 1805,
et en chansons allemandes avec accompagne-
ment de piano.
GUSIKOW (Michel-Joseph), artiste d'un
talent prodigieux, est né de parents Israélites,
le 2 septembre 1806, à Sklov, petite ville de la
Russie Blanche, dans le gouvernement de Mo-
hilev (sur le Dnieper). Son père, pauvre méné-
trier, jouait de la flûte et du tympanon, instru-
ment à cordes métalliques qu'on frappe avec de
légères baguettes, et qui est en usage parmi les
juifs de la Pologne et de la Russie. L'éducation
de Joseph se borna à apprendre de son père à
jouer des mêmes instruments pour les noces et
danses de village; mais la nature l'avait formé
pour être un grand artiste, et dès son enfance
il fit admirer, dans sa misérable profession, le
rare et beau sentiment qui l'animait. Ne con-
naissant pas une note de musique, il ne jouait
que des mélodies populaires juives, polonaises
ou russes; mais ces airs recevaient de l'accent
qu'il y mettait un caractère nouveau, inconnu.
A l'âge de dix-sept ans, il se maria et vécut
paisiblement comme ses frères, n'ayant d'autre
occupation que celle de ménétrier, et n'inter-
rompant l'uniformité de son existence que par
de courts voyages à Moscou. Sa constitution
physique était faible; une grave maladie de
poitrine ne lui permit plus, en 1831, déjouer
de la flûte, et dès lors sa famille et lui-même
tombèrent dans une misère profonde. Gusikow
avait joué autrefois d'un instrument [grossier,
originaire de la Chine et de l'Inde, et répandu
chez les Tarlares, les Cosaques, les Russes, les
Lithuaniens et jusque dans la Pologne; cet in-
strument, composé de barreaux de bois sonore,
tel que le pin, est appelé par les peuplades
juives de ces contrées Jerova i Salamo. Il
est ordinairement construit d'après le système
de la gamme majeure des Chinois, avec le qua-
trième degré élevé d'un demi-ton. Gusikow,
poussé par la nécessité, se proposa de perfec-
tionner cet instrument et de s'en servir pour
assurer son existence. Il augmenta le nombre
des barreaux de bois jusqu'à deux octaves et
demie chromatiques, non dans un ordre alter-
natif de demi-tons, mais dans une disposition
particulière propre à faciliter l'exécution. En
cherchant aussi les moyens d'augmenter l'in-
tensité des sons de l'instrument, il imagina de
poser les barreaux sur de légers rouleaux de
paille cousue, et réussit à isoler les vibrations
et à les rendre plus puissantes. Un travail
continuel de près de trois ans conduisit l'ar-
tiste jusqu'à rhabileté merveilleuse qu'on lui
a vu déployer à Vienne, à Paris, partout où il
s'est fait entendre, et l'admirable instinct dont
la nature l'avait doué lui enseigna les moyens
de tirer des accents expressifs et passionnés de
son singulier instrument. Dans une excursion
qu'il fit à Moscou, il excita l'étonnement de
tous ceux qui l'entendirent, et reçut de ses
amis le conseil de voyager. Il partit, en effet,
au mois de juillet 1834, avec quatre frères ou
parents qui l'accompagnaient sur le violon et
1 sur la basse, et se rendit à Kiew, où il trouva
I6fi
GUSIKOW — GUYON
Lipinski,qiiilui préditles plus brillants succès.
A Odessa^ une foule immense vint l'admirer
dans plusieurs concerts, au Théâtre-Italien.
Le célèbre poète Lamartine et Blichaud de
l'Académie française s'y trouvaient alors et
engagèrent Gusikow à aller à Paris. Encou-
ragé par leurs éloges, par ceux du comte Wo-
ronzow, grand amateur de musique, et par le
produit des concerts qu'il venait de donner, il
entreprit, en effet, son grand voyage, visita la
Pologne, la Bohême, Vienne, Berlin, Franc-
fort, Paris, Bruxelles, et partout il excita la plus
vive admiration. Malheureusement une santé
déplorable l'a souvent retenu au lit des mois
entiers dans un état de soutTrance qui faisait
croire à sa fin prochaine ; de là cette mélancolie
habituelle empreinte sur ses traits, et cette pâ-
leur qui ajoutait à l'intérêt inspiré par son
prodigieux talent. Une longue et douloureuse
maladie le retint à Bruxelles pendant plus de
quatre mois. A peine convalescent, il essaya de
reprendre le chemin de son pays j mais il avait
atteint le terme de sa carrière, car il mourut à
Aix-la-Chapelle, le 21 octobre 18-57. M. Schle-
singer, devienne, a publié une notice biogra-
phique sur Gusikow, accompagnée de son por-
trait et du dessin de son instrument, sous le
titre: Ueber Gusikow, Vienne, Tendler, 1856,
in-S". Une notice biographique sur Gusikow
insérée dans le supplément de la Biographie
universelle de Michaud diffère, en beaucoup de
faits, de la mienne; mais les renseignements
qui m'ont guidé m'ont été fournis par Gu-
sikow lui-même, pendant son long séjour à
Bruxelles.
GUSSACO (César), général de Tordre des
Jéronymites, à Brescia, naquit en celte ville,
vers 15Ô0. Il fit ses études à Padoue et y fut
gradué docteur en philosophie et en théologie.
Son savoir et ses vertus lui procurèrent la pro-
tection de la cour de Rome et des ducs de Man-
toue. Il était habile musicien et se faisait
remarquer par son talent de compositeur.
Dans sa jeunesse, il publia des Motetti a 2, 3 e
4 voci, Venise, Gardane, 1560, in- 4°.
On a aussi, sous le nom de Gussaco ou Gus-
sachi, des motets intitulés : Sacrx cantiones
octovocum, Venise, Rie. Amadino, 1604. C'est
une réimpression.
GUTHE (Jean) , compositeur allemand ,
vécut dans la seconde moitié du dix-septième
siècle, et fut attaché au service du prince de
Hesse-Rhinfeld. On a de lui : Novitates musi-
cales, consistant en toute espèce de canons et
fugues à deux, trois et quatre voix, avec basse
continue, composés dans une manière singu-
lière et inconnue jusqu'à cette époque, Franc-
fort-sur-le-Mein , 1674. Ce recueil contient
trente-neuf canons et fugues.
GUTHMAIVN (Frédéric), musicien alle-
mand et recteur de l'école de Schandau, vivait
au commencement du dix-neuvième siècle, et
s'est fait connaître comme écrivain par quel-
ques petits articles insérés dans la Gazette
musicale de Leipsick (seizième année). Il a
aussi publié : 1" Méthode pour apprendre en
peu de temps et sans maître à jouer de la gui-
tare, Leipsick, Ktihnel. 2° Méthode de clavecin
et de piano, Nuremberg et Leipsick, Campe,
1805, cinquante-neuf pages in^" oblong. Une
seconde édition de celte méthode augmentée a
paru à Leipsick, chez Hofmeister. 3° Collec-
tion de passages pour les pianistes, extraits des
ouvrages des meilleurs maitres., avec des anno-
tations instructives, Leipsick, Kuhnel.
GUTHRIE (Mathieu), écrivain anglais ,
conseiller de la cour de l'empereur de Russie
et médecin du corps des nobles cadets, est
mort à Saint-Pétersbourg, en 1807. Il a publié
une Dissertation sur les antiquités de la Rus-
sie, Saint-Pétersbourg, 1795, in-8''. On trouve
dans cet ouvrage de curieux renseignements
sur la musique et les instruments natio-
naux des paysans russes, avec des planches
de figures d'instruments , et des mélodies
russes.
GUÏMAWN (Adolphe), né à Paris, de pa-
rents allemands, en 1818, s'est fait connaître
comme pianiste et compositeur pour son in-
strument. En 1847, il voyagea en Allemagne
et se fit entendre à Hanovre, à Brunswick et à
Leipsick, dans des concerts. On a de lui envi-
ron vingt œuvres de Fantaisies sur des thèmes
d'opéras, de nocturnes et de marches caracté-
ristiques, pour le piano, publiés à Paris, à
Brunswick et à Leipsick.
GUY (Maître), facteur d'orgues à Anvers,
dans la première moitié du quinzième siècle,
est mentionné dans le registre n" 1-3675 de la
chambre des comptes, aux archives du royaume
de Belgique, à Bruxelles, comme ayant reçu
en payement, en 1431, une somme de dix-
huit livres quinze sous, pour avoir remis â
point (réparé) les orgues de Philippe le Bon,
duc de Bourgogne, au château de Hesdin, en
Artois.
GUYON (Jean), chanoine et maître des
enfants de chœur de la cathédrale de Chartres,
dans la première moitié du seizième siècle, fut
un des compositeurs français estimés de celle
époque, pour la musique d'église. On connaît
sous son nom des psaumes qui se trouvent
GUYON — GYROWETZ
i&i
dans le neuvième livre de la coUeclion d'Al-
taingnant (Paris, 1534, petit in-4'' obi.); des
chansons françaises à quatre voix, dans les
treizième et quatorzième livres du recueil pu-
blié par le même éditeur, en 1543^ in-S» obi.
Enfin, Guyon est auteur de la messe à quatre
voix sur la chanson française : Je suis déshé-
ritée, qui est im|irimée dans la collection des
Missarum musicalium liber secundus, pu-
blié par Du Chemin, Paris. 1556, in-fol. m".
GUYOT (Jean) , ou GUIOZ, musicien
belge fort distingué du seizième siècle, fut
connu généralement sous le nom de Caslileti,
parce qu'il était né au Chàtelet, en latin Cas-
tilelunij près de Charleroi, qui était autrefois
enclavé dans la principauté de Liège, et qui
fait aujourd'hui partie de la province de Ilai-
naut. Il est aussi inscrit dans les registres de
l'église de Notre-Dame, à Anvers, sous le nom
de Jean de Castelier, c'est-à-dire, du Chàte-
let. Tylman Susato nous a révélé le nom véri-
table de Castileti, dans un de ses recueils.
Castileti, dit-il, alias Guyot, Joan. Villen-
fagne {Recherches sur l'histoire de Liège),
Dewez (IVotice des Liégeois célèbres), à la
fin de son Histoire du pays de Liège), et
le comte do Becdelièvre-Hamal {Biographie
Liégeoise, t. I, p. 278), font naître Guioz ou
Guyot en 1500, et disent qu'après avoir dirigé
longtemps la musique de la chapelle de l'em-
pereur Ferdinand I'^^'', il fui chanoine prébende
de la cathédrale de Liège, et mourut en 1589.
Tous se copient, et aucun d'eux ne dit sur
quels documents sont appuyées ces assertions.
Les résultats obtenus par M. Léon de Burbure
{voyez ce nom) dans ses recherches, démon-
trent qu'elles sont erronées. Il est impossible
que Guyot ne soit né qu'en 1500, car dès 1505
on trouve, au nombre des chantres de l'église
de Notre-Dame d'Anvers, Maître Jean du
Castclier (alias Guyot). Après l'année 1500,
son nom disparait jusqu'en 151C, où il eut le
titre de Maître, c'est-à-dire maître es arts,
Ce fut alors qu'il devint chapelain de la Cha-
pelanie de Sainte-Catherine. En 1521, il re-
nonça à ce bénéfice, suivant toute apparence,
pour entrer dans la chapelle de l'empereur,
ainsi que l'indique le Novus thésaurus musi-
cus de Joannelli. Il revint à Anvers en 15ô6 et
y obtint une chapelanie de la Vierge. Il mou-
rut dans cette position en 1551.
On trouve sous le nom de Castileti deux
motets à six voix et quatre motets à huit dans
le premier livre du Novus thésaurus musicus
de Pierre Joannelli (Venise, Antoine Gardane,
15G8, in-4''); un motel à cinq, un autre à six,
[ et un à huit, dans le troisième livre de la
mêm« collection ; un remarquable motet à
donze voix, dans le quatrième livre, cl un
motet à huit dans le cinquième. D'autres mo-
tets de Castileti {alias Guyot) sont dans les
Cantiones sacrae, quas vulgo moteta vocant,
ex optimis quibusque hujus xtatis musicis
selectx, publiées en quatre livres, par Tylman
Susato, à Anvers, en 1546-1547. Enfin, neuf
chansons à 4, 6 et 8 voix du même Caslileti
ont été recueillies par le même éditeur dans
le recueil qui a pour titre : Chansons à qua-
tre, cinque, six et huict parties de divers
autheurs, livres I à XIII. Anvers, 1543-1550,
in-4" obi.
GUYS (Piere-Aucdstin), né à Marseille en
1721, se fixa d'abord à Constantinople, après
plusieurs voyages, et y exerça la profession de
négociant; puis il alla à Smyrne. Une grande
partie de sa vie se passa en voyages dans la
Grèce, dont il étudiait les mœurs et les anti-
quités. Il mourut à Zante en 1799, avec les
titres de correspondant de la classe de littéra-
ture et des beaux-arts de l'Institut de France, et
de membre de l'Académie des Arcades de Rome.
En 1776, il publia un Foyage littéraire de la
Grèce, en quarante-six lettres. La seconde édi-
tion de cet ouvrage parut à Paris, en 1783,
quatre volumes in-8». Il préparait la troisième
édition depuis plus de douze ans, lorsqu'il
mourut à l'âge de soixante-dix-neuf ans. On
trouve dans son livre des renseignements sur
la musique moderne des Grecs.
GYROWETZ (Adalbert), compositeur,
naquit, le 19 février 1703, à Budweis en
Bohême, où son père était directeur du chœur
de l'église principale. Après avoir achevé ses
humanités au collège des Piaristes de cette
ville, il alla, à l'université de Prague, suivre des
cours de philosophie et de jurisprudence, et
employa ses heures de loisir à cultiver la mu-
sique, pour laquelle il avait manifesté, dès son
enfance, les dispositions les plus heureuses;
car, avant d'avoir atteint sa neuvième année,
il s'était exercé dans de petites compositions.
Ayant été obligé de retourner chez ses parents
à la suite d'une maladie grave, l'art musical
devintsonunique occupation, et tout son temps
fut employé à composer. Charmé par les ou-
vrages du jeune Gyrowelz, le comte de Ftiiif-
kirchen, seigneur d'une terre voisine de liiul-
weis, le prit chez lui, et l'employa comme
maître de chapelle et comme secrétaire. Quel-
ques morceaux de musique écrits par Gyrowelz
dans ce séjour eurent tant de succès, que les
copies s'en répandirent, et qu'on les imiuiiiia
168
GYROWETZ
à l'insu de l'auteur. Les avantages qu'il trouva
dès lors dans la publication de ses ouvrages lui
procurèrent les moyens d'entreprendre un
voyage en Italie. Après avoir visité Venise,
Bologne et Rome, il employa deux années à
étudier le contrepoint sous la direction de Sala,
à Naples. Il y fut chargé par le roi d'écrire
douze grandes sérénades de concert. De là il se
rendit à Paris, par Milan, y composa plusieurs
symphonies, puis alla à Londres, où il demeura
trois années entières. Pendant son séjour en
cette ville, son talent de compositeur, ses con-
naissances littéraires et ses manières distin-
guées lui ouvrirent les portes des maisons du
plus haut rang. Il y écrivit plusieurs cantates,
et l'opéra de Semiramide , qui eut du succès.
Cependant sa santé éprouvait de fréquentes
altérations sous le climat humide de l'Angle-
terre ; il fut obligé de s'éloigner, et prit sa
route pour Berlin par Ostende, Bruxelles,
Liège et Wesel. De Berlin il alla à Dresde, puis
à Prague, et enfin à Vienne, où il a passé la
plus grande partie de sa vie.
Gyrowetz parlait le latin, le boliémien, l'al-
lemand, l'italien, le français et l'anglais, et
possédait des connaissances étendues dans les
sciences et particulièrement dans la jurispru-
dence. Ces avantages lui procurèrent de l'em-
ploi dans les affaires diplomatiques, et il rem-
plit pendant plusieurs années les fonctions de
chancelier de légation à Munich, Schweizingen,
ïlannheim et Heidelberg. De retour à Vienne,
il se livra exclusivement à la culture de la mu-
sique et écrivit plusieurs opéras, beaucoup de
symphonies, des quatuors de violon, des sonates
de piano et des morceaux de chant. En 1804,
il a été nommé directeur de musique de l'Opéra
Impérial. Ce théâtre étant passé sous une
administration particulière, Gyrowetz obtint
sa pension. Ses symphonies ont eu particuliè-
rement beaucoup de succès, et ont été jouées
longtemps dans les concerts, où elles ne parais-
saientpas indignesd'être entendues après celles
de Haydn. Parmi ses opéras, on a distingué
Jgnès Sorti et le Harpiste aveugle (der Blinde
Harfner); cependant, les critiques allemands
avouent que la force dramatique manque dans
les compositions théâtrales de Gyrowetz. Le
dernier ouvrage dont il vient d'être parlé fut
écrit pour le théâtre de Prague en 1828. Gyro-
wetz était alors âgé de soixante-cinq ans.
Lorsque ce vénérable artiste parut dans l'or-
chestre, les applaudissements éclatèrent dans
toutes les parties de la salle. Ils recommen-
cèrent après l'ouverture et à plusieurs reprises
pendant la représentation, malgré les défauts
d'une exécution négligée. L'ouverture fut re-
demandée, et à la fin de la pièce, des couronnes
et des vers furent jetés en profusion sur le
théâtre.
Parmi les compositions de Gyrowetz , on
compte : Opéras : 1° Semiramide, à Londres.
2» Les Métamorphoses d'Arlequin, ou Arle-
quin perroquet, pantomime en deux actes.
3° Les Pages du duc de Fendôme, opéra en
un acte, 1808. 4° Le Trompeur trompé , mélo-
drame en un acte. Vienne, 1810. 5" Agnès
Sorel, opéra en trois actes, Vienne, 1808.
6" Mirina, mélodrame en un acte. 7° Ida,
opéra en deux actes. %" Le Ménage de garçon,
opérette en un acte. 9" Selico, opéra en trois
actes. 10» L'Oculiste, opéra en deux actes.
11" Il Finto Stanislas, opéra italien en deux
actes. 12» Aladin ou la Lampe merveil-
leuse, opéra en trois actes. 13» Le Harpiste
aveugle, opéra, à Prague, en 1824. 14» Amé-
nie, ballet. 15» Les Noces de Thétis et Pelée,
ballet mythologique. 16» Les Pages du duc
de Fendôme, ballet composé avec une partie
des morceaux de l'opéra. 17» La Laitière
suisse, ballet. 18» La Fée et le Chevalier,
ballet. 19» Gustave TFasa, ballet. 20» Le
Sommeil magique, haWei. ^1° Hélène, opéra.
22» Federicaet Adolphe, idem. ^Z" Emerika,
idem. 24» L'Epoux par hasard, idem.
25» L'Epreuve, idem. 26» Le Quartier d'hi-
ver en Amérique, idem. 27» Le Fantôme,
idem. 28» Le Treizième Manteau, idem.
29» Félix et Adèle, idem. ZO" L'Embarras,
idem. Les ouvertures, airs et danses de plu-
sieurs de ces compositions théâtrales ont été
publiés à Vienne chez différents éditeurs. Mu-
sique INSTRUMENTALE : 31° Trois symphonies à
grand orchestre, op. 6, Vienne, 1791 . 32» Trois
idem, op. 8. Offenbach, 1793. 33» Trois idem,
op. 9, ibid. 34» Trois idem, op. 12, ibid.
35» Trois idem, op. 13. 36»Trois idem, op. 14,
ibid. 37° Une idem, op. 18, ibid. 38» Trois
idem, op. 23, ibid. 39» Trois idem, périodi-
ques, op. 53, Augsbourg, Gombart. 40» Une
idem, op. 47, Offenbach, André. 41» Séré-
nade pour deux clarinettes, deux cors et bas-
son, op. 3. 42» Idem à dix parties, Offenbach,
André. 43» Idem à neuf parties, op. 7, ibid.
44» Idem pour deux clarinettes, deux cors et
basson, op. 32, ibid. 45° Grand quinluor pour
deux violons, deux violes et violoncelles, op. 36.
Augsbourg, Gombart. 46° Idem, op. 57, Offen-
bach, André. 47» Quatuors pour deux violons,
alto et basse, op. 1, liv. I et ÎI, Offenbach,
André. 48» Trois, idem, op. 4, ibid. 49* Six
idem, op. 5, ibid. 30» Trois idem, op. 9,
GYROWETZ
169
Vienne, Mollo. 51" Trois idem, op. II, ibid.
I 52"Troisidem;0[). IC, Vienne, Artaria.5û<'Trois
tdem, op. 17, Paris, Sieber. 54° Trois Mem,
op. 21, ibid. 55" idem, op. 25, Offenbach,
André. 56" Trois idem, op. 28, Paris, Sieber.
57» Trois idem, op. 29, Vienne, Artaria.
58" Trois idem, op. 42, Augsbourg, Gombart.
59" Six nocturnes en quatuors pour flùtc, vio-
lon, alto et basse, op. 20, 23, ô2, ô5, 38, Augs-
bourg, Gombart. GO" Quatuors pour flùte,
op. 26, 37, Offenbach, André. 61° Concertos
pour le piano, op. 29, 39, 49, Offenbach, An-
dré; Augsbourg, Gombart. 62" Sonates pour
piano, violon et violoncelle, op. 9, 10, 12, 15,
16(6js), 19, 22, 23, 26, 27, 28, 29, 31, ôô,
34, 40, 41, 45, 46, 48, 51, 55, 57, 58, 59, 60,
Offenbach, André; Vienne, Artaria; Augs-
bourg, Gombart, etc. 63" Sonates pour piano
seul, op. 62, 63, Vienne, Ilaslinger. 64" Plus
de vingt recueils de danses de différents ca-
ractères. 65" Scènes italiennes et allemandes
pour voix seule et accompagnement de piano.
66" Environ quinze recueils de chansons et
romances, à voix seule et piano.
Il y a peu d'exemples d'une fécondité plus j
active que celle dont ce musicien a fait preuve
dans sa longue carrière, car il a plus écrit que
Haydn, et ses ouvrages présentent une masse
de compositions presque triple de celles de Mo-
zart et de Beethoven. Remplis d'idées agréa-
bles, écrits avec intelligence, et bien instru-
mentés, ils ont eu des succès dans les concerts,
au théâtre et chez les amateurs; cependant, si
l'on cherche aujourd'hui, dans un si grand
nombre d'œuvres, les traces de l'individualité
de leur auteur, on ne trouvera pas une demi-
page qui porte le cachet de la création, et qui
tienne une place dans l'histoire de la musique^
De là vient que Gyrowetz a vu tomber ses pro-
ductions dans l'oubli; de là vient qu'il ne res-
tera rien d'une vie si laborieuse. Cet artiste
respectable est mort à Vienne le 22 mars 1850,
à l'âge de quatre-vingt-sept ans. H a écrit lui-
même sa biographie, remplie de détails inté-
ressants sur sa jeunesse et sur ses voyages en
Italie, en France, en Angleterre et en Alle-
magne; cet ouvrage a été publié sous ce titre :
Biographie des Adalbert Gyrowetz. Vienne,
1848, grand in-8'' de quatre-vingt-seize pages,
avec son portrait lithographie.
H
HAACK (Charles), et non Haach, comme
il est nommé dans la première édition de cette
Biographie , violoniste de la cliambre et de la
chapelle du roi de Prusse, naquit à Potsdam, en
1757. On vantait la justesse parfaite de son in-
tonation et son expression dans l'adagio. Il a
eu aussi de la réputation comme pianiste. Ses
compositions consistent en six concertos pour
le violon , dont le premier a paru chez Hummel,
à Berhn , avant 1790 ; les 2" , 3^ , 4^ et 5^ ont été
publiés par le même éditeur en 1791 , et le 6«
en 1797. On connaît aussi de cet artiste trois
grandes sonates pour le piano ; Berlin, Rellstab ,
1793; des rondos pour le même instrument; des
duos pour 2 violons, et des trios pour 2 violons
et violoncelle. Haack avait été nommé maître de
concerts du prince de Prusse, en 1782. Il est mort
à Berlin, le 28 septembre 1819.
HAACK (Frédéric) , frère puîné du précé-
dent, fut pianiste, organiste distingué, et vio-
loniste. Il étudia la composition sous la direction
de Fasch {vojj. ce nom). En 1779, il obtint la place
d'organiste à Stargard , en Poméranie , et quel-
ques années après il fut appelé a Slettin comme
directeur de musique et organiste de l'église
du Château. On ignore la date de sa mort. Les
compositions de cet artiste consistent en un ora-
torio, plusieurs symphonies, un opéra intitulé :
Die Geister Insel (L'Ile-des-Esprits) , des con-
certos et des sonates de piano, des quatuors
pour instruments à cordes , des solos, des ron-
dos pour le violon, et plusieurs cahiers de danses
allemandes.
HAAKE (Wilhelm), flûtiste à Leipsiek,
s'est distingué dans les concerts de cette ville,
depuis 1830 jusqu'en 1848. On a publié de sa
composition des fantaisies pour la flûte avec or-
chestre, et des danses pour l'orchestre, à Leip-
siek, chez Kistner.
HAAS (Jean-Martin) , cantor et directeur
de musique de l'école de Altdorf , naquit à En-
gelsthal, le 23 juin 1696. Après avoir fait ses
études au gymnase poétique de Ratisbonne, il
suivit, en 1714, un cours de théologie à Altdorf ,
puis se rendit, en 1720, au séminaire des candi-
dats à Nuremberg. L'année suivante il fut rap-
pelé à Altdorf pour y prendre possession de la
place de cantor, qu'il occupa pendant trente ans.
11 mourut en cette ville, le 5 juin 1750. Quelques
dissertations et des poésies qu'il avait envoyées
àGœttingueen 1737, à l'occasion de l'installation
de l'université, lui valurent le laurier poétique
et magistral. On a de ce savant : 1° Airs chorals
à plusieurs voix , pour les élèves de chant. —
2° Balletti à 3, op. 2. Il a aussi publié des
poésies dont il avait mis une partie en musi-
que , sous ce titre : Des Altdorfischen Zions
harmonische Freude im singen und spielen
(Jeu harmonique de Sion pour le chant et les
instruments, etc.); Altdorf, 1722, in-S".
HAAS (Ildefonse), bénédictin au couvent
de Ettenheimmiinster , et bibliothécaire de ce
monastère, naquit à Offenburg, le 23 avril 1735.
A peine âgé de douze ans, il entra, en 1747,
chez Wolbrecht, musicien de la cour de Bade,
pour y apprendre à jouer du violon. En 1751 ,
il commença son noviciat, et se livra à l'étude
de la théologie : pendant ce temps il perfec-
tionna son talent de violoniste , sous la direc-
tion de Winceslas Stamitz. Dans le même temps,
il étudia aussi la composition dans les livres de
Fux , de Mattheson et de Marpurg. Istrid Kai-
ser, Portmann , et plus tard l'abbé Vogler, lui
donnèrent des conseils pour cette science , mais
170
HAAS — HAASE
171
spulement par correspondance. Quelques années
d'études sérieuses et ses méditations solitaires
l'ont rendu un des meilleurs compositeurs de
musique d'église de la Bavière. Haas était dans
sa vingt-neuvième année lorsqu'il publia à
Augsbourg, chez Lotter, une collection d'hymnes
pour les Vêpres, à quatre voix et orchestre,
qui furent considérées comme une œuvre ori-
ginale; on leur reprocha même trop de pré-
tention à la singularité. Le mérite de Haas lui
fit confier divers emplois dans son couvent,
entre autres ceux de bibliothécaire , d'archiviste
et de procureur. Il entretenait une correspondance
active avec plusieurs savants et artistes de l'Alle-
magne. Il était âgé de cinquante six ans lorsqu'il
imagina de se livrer à l'étude des mathéma-
tiques transcendantes ; six semaines d'un tra-
vail excessif sur ces sciences épuisèrent tout à
coup les forces de son corps débile, et après
deux jours d'une pénible agonie, il mourut, le
30 mai 1791. Quelques-unes de ses lettres insérées
dans la correspondance musicale de Spire (Mu-
sikalische Correspondent der deutschen filar-
monischen Gesellschaft , 1791 , p. 319 et suiv.)
font connaître son noble caractère. Ses ouvrages
imprimés ou restés en manuscrit sont ceux dont
les titres suivent : 1° Fragen und Zweifel, je-
dem Tongelehrten zu beliebiger Beaniwor-
tung empfohlen (Demandes et doutes adressés
à tous les savants en musique) , dans la pre-
mière année de ta Gazette musicale de Spire
(Musikalische Real-Zeit., 1789, p. 387). —
2° Hymnes pour les Vêpres; Augsbourg, Lotter
1764. — 3° Offertoires ; ibid., 1766. On vante
particulièrement le n" 14 de ce recueil, sur le
texte : Ego su7n Pastor bonus. — 4° Collec-
tion de chants allemands pour des églises de
campagne; ibid., 1769. — 5° Salve Regina
pour alto, deux violons et orgue, en partition,
dans la correspondance musicale de Spire, 1791,
p. 149. — 6° Cantique : Wie weit , mein Hei-
land , à quatre voix et orgue, en partition;
ibid., p. 156. — 7° Pièce dramatique composée
pour Offenburg, en 1752, en manuscrit. — 8° 34
Antiphonsb Marlanœ, id est. Aima Redenip-
ioris, Ave Regina, Regina Cœli, Salve Re-
gina. La plupart de ces morceaux étaient esti-
més du temps de l'auteur; ils sont restés en
manuscrit. — 9° Messes dans le style moderne :
elles furent écrites d'abord avec des parties de
clarinettes et de cors , puis réduites à 4 voix
et orgue pour les églises de la campagne. En
1784, ces messes étaient prêtes pour l'impres-
sion. — 10° Deux vêpres, la première pour les di-
manches, l'autre pour les fêtes de la Vierge,
^ 4 voix, avec violons, clarinettes cl cors obli-
gés. Ces ouvrages , considérés comme les meil-
leures productions de l'auteur, étaient prêts k
être imprimés en 1788. — IP Deuxième suite
de cantiques allemands , à l'usage des institu-
teurs de la campagne, prêts pour l'impression
en 1790.
HAAS (Ignace) , directeur de musique et
excellent organiste à Kœniggraetz, en Autriche,
naquit en cette ville, vers le milieu du dix-hui-
tième siècle. Il était considéré comme un com-
positeur distingué en 1790, et comme un
homme instruit dans la théorie du contrepoint.
En 1797, il a publié chez Artaria, à Vienne,
des variations pour le piano sur un Andante
de Mozart , et des marches pour les chœurs
libres {Freychœre) de Vienne.
HAASE (Louis) , musicien de la chambre du
roi de Saxe , virtuose sur le violon et sur le
cor, est né à Dessau, le 25 décembre 1799. Son
père , musicien de cette chapelle , fut son pre-
mier maître de musique ; il reçut ensuite des
leçons de violon de Dittmar, et enfin , lorsqu'il
eut atteint sa neuvième année, il se rendit à
Dresde, où les maîtres de concert Morgenrath et
Polledro achevèrent son éducation. A cette
époque, le cor était l'instrument qu'il jouait de
préférence; mais plus tard il fit une étude plus
spéciale du violon. En 1317 , il fut placé comme
corniste dans la chapelle royale, et dès ce mo-
ment il fut considéré comme un des artistes les
plus distingués de son temps. En 1823 , il fit
avec son frère un voyage en Allemagne, et visita
Leipsick , Weimar, Nuremberg, Hambourg,
Munich, Cassel, Hanovre , et plusieurs autres
villes, où les deux frères obtinrent des succès
dans leurs symphonies concertantes pour deux
cors. L'étonnement qu'ils faisaient naître s'aug-
mentait encore lorsqu'on entendait Louis jouer
des solos de violon ; car son exécution était
aussi remarquable par la pureté du son et la
justesse des intonations que par la variété de
son archet. Lorsqu'il se fit entendre dans sa
ville natale, en 1821 , le duc régnant fut si sa-
tisfait de son talent, qu'il lui donna le titre de
maître de conceri de sa cour. La dernière fois
qu'il se fit entendre en public fut dans un con-
cert donné à Hambourg, en 1833. On ne con-
naît aucune composition de cet artiste.
HAASE (Acccste), frère aîné du précé-
dent, naquit le 2 mars 1792, à Coswig, près
de Wittemberg. Il reçut de son père la pre-
mière instruction musicale. Devenu corniste ha
bile, il se rendit à Dresde en 1811, et deux
ans après il obtint la place de premier cor
dans la chapelle royale. Il occupait encore cette
position en 1846.
172
IIABEINECK
HABEIVECK (François- Antoine), aîné de
trois frères de ce nom, est né à Mézièrcs ( Arden-
nes ), le i" juin 1781. Fils d'un musicien de régi-
ment, né à Manlieim, mais qui avait pris du service
en France, il apprit de son père à jouer du violon,
et dès l'âge de dix ans il se faisait déjà entendre
en public dans des concertos. Après avoir habité
quelques villes où le régiment de son père était
en garnison, il alla à Brest, et y passa plusieurs
années uniquement occupé du soin de développer
ses facultés, autant qu'il pouvait le faire sans mo-
dèle et sans maître. Il y écrivit quelques concertos,
et môme des opéras, sans autre guide que son
instinct, et sans posséder aucunes notions de l'har-
monie. Il était âgé de plus de vingt ans lorsqu'il
arriva à Paris. Admis au Conservatoire, comme
élève de Baillot, il ne tarda point à se placer au
premier rang parmi les violonistes sortis de cette
école, et après un brillant concours il obtint le
premier prix en 1804, et fut nommé répétiteur
de la classe de son maître. Après l'avoir entendu
dans un solo, l'impératrice Joséphine lui témoi-
gna sa satisfaction par le don d'une pension de
1,200 francs. Vers la môme époque, il entra à
l'orchestre de l'Opéra-Comique ; mais il y resta
peu de temps, ayant obtenu au concours une
place parmi les premiers violons de l'Opéra. Moins
heureux dans un autre concours qui fut ouvert
bientôt après pour l'emploi de chef des seconds
violons au même théâtre, Habeneck se vit pré-
férer un violoniste médiocre nommé Chol, fort
honnôte homme, mais dont le talent ne pouvait
lutter avec celui du jeune artiste. Bientôt après,
l'injustice qu'on avait faite à celui-ci fut réparée,
car on lui confia la place de premier violon ad-
joint pour les solos, et lorsque Kreutzer prit la
direction de l'orchestre, après la retraite de Per-
suis, Habeneck lui succéda comme premier vio-
lon.
Dès 1806 il s'était fait connaître par son heu-
reuse organisation pour la direction d'un orches-
tre de concerts. A cette époque, les violonistes qui
avaient obtenu un premier prix aux concours du
Conservatoire dirigeaient alternativement pendant
une année les concerts de cette école; mais la supé-
riorité d'Habeneck sur ses condisciples pour cette
mission difficile fut bientôt si évidente, qu'il resta
en possession de l'emploi jusqu'à la clôture du
Conservatoire, en 1815, après l'entrée des armées
alliées à Paris. C'est dans ces concerts qu'il fit en-
tendre pour la première fois la première sympho-
nie (en ut) de Beethoven; plus tard, lorsqu'il fut
chargé de la direction des concerts spirituels de
l'Opéra, il continua de faire connaître les œuvres
de ce grand artiste au petit nombre d'amateurs
éclairés qui venaient les écouler; mais ce fut sur-
tout quand une nouvelle société des concerts fut
organisée an Conservatoire, au commencement
de 1828, que ces grandes compositions excitèrent
le plus vif enthousiasme, à cause de la chaleur et
de l'énergie imprimée à l'exécution par Habeneck ;
car les étrangers les plus instruits en musique
avouent que c'est surtout par ces qualités que
brillait alors l'orchestre du Conservatoire de
Paris, et qu'il était supérieur à ceux des plus
grandes villes de l'Europe. Aujourd'hui cet or-
chestre a moins de jeunesse ; mais il est in-
comparable pour la délicatesse et le fini. La plu-
part des artistes qui le composent sont des maî-
tres, chacun en leur genre.
Ayant été nommé directeur de l'Opéra en 1821,
il en remplit les fonctions jusqu'en 1824. A cette
époque, M. le vicomte de La Rochefoucauld
changea l'administration de ce théâtre; mais pour
indemniser Habeneck, il créa pour lui une place
d'inspecteur général du Conservatoire, qu'il n'a
jamais remplie, une troisième classe de violon,
et mit Kreutzer à la retraite, pour donner à Ha-
beneck sa place de chef d'orchestre de l'Opéra.
Depuis la révolution de juillet 1830, Habeneck a
réuni à ces titres celui de premier violon de la
musique du roi. En 1846, il quitta la direction
de l'orchestre de l'Opéra, et fut remplacé par
Girard. Les meilleurs élèves qu'il a formés au
Conservatoire sont MM. Cuvillon, Alard et Léo-
nard.
Habeneck s'est fait connaître comme compo-
siteur par quelques morceaux écrits pour ter-
miner l'opéra de la Lampe mer veilleuse, après
la mort de Benincori, et par les ouvrages sui-
vants : 10 1" concerto pour le violon; Paris,
G. Gaveaux. — 2° 2e idem; Paris, Sieber. —
3" Premier air varié avec orchestre ; Paris, Le-
duc. — 4° Vive Henri IV, varié avec quatuor;
Paris, Frey. — 5° Trois duos concertants pour
deux violons, liv. I ; Paris, Langlois. — 6° Noc-
turne sur les airs de la Gazza-Ladra, pour
deux violons ; Paris, Janet. — 7° Trois caprices
pour violon solo, avec accompagnement de
basse. — 8" Grande polonaise pour violon et or-
chestre, exécutée au festival musical de Lille en
1829. — 9° Grande fantaisie pour piano et violon,
en collaboration avec Schuncke ; Paris.Schlesin-
ger. Cet artiste d'élite est mort à Paris, le 8 février
1849. Son portrait, d'une ressemblance frappante,
se trouve dans la quarante-septième année de
la Gazette générale de musique de Leipsick.
HABENECK (Joseph), frère du précédent,
est né à Quimper, le ter avril 1785. Élève de son
père pour le violon, il entra au Conservatoire de
Paris en 1802, et s'y fit remarquer dans les con-
cours de 1806 et 1807. Il joua aussi avec succès
llABKrvECK — HABERMANN
17:î
dans un concert de celte école en 1808. Entré à
cette époque à l'orchestre de l'Opéra-Comique,
il en est devenu le second chef en 1819, et a oc-
cupé cette place jusqu'au commencement de
1837.
HABENECK (Corentin), troisième frère
des précédents, est né à Quimper, en 1787. Après
avoir reçu, comme ses frères, sa première édu-
cation de violoniste par les leçons de son père, il
entra au Conservatoire de Paris et obtint, après un
concours brillant, le premier prix, en 1808. Dans
plusieurs concerts donnés à cette époque, il exé-
cuta des concertos de Viotti avec un talent distin-
gué, qui semblait lui promettre un brillant avenir ;
mais ainsi que beaucoup d'autres artistes de mé-
rite, il a vu passer sa jeuuesse dans l'obscurité
d'un orchestre, où ses facultés se sont usées.
Admise l'Opéra en 1314, il a succédé à Lau-
ner, eu 1834, comme premier violon de ce spec-
tacle. Des discussions survenues entre lui et l'ad-
ministration, à l'occasion d'un solo qu'on vou-
lait faire jouer par Urhan, l'ont fait exclure, avec
violence, de l'orchestre, en 1837. Il y est rentré
depuis lors, et ne s'est retiré qu'en 1850, après
trente-six ans de service. Corentin Habeneck,
après avoir obtenu au concours une place de
violon dans la chapelle du roi, ne l'a perdue que
par la suppression de cette chapelle, après la
révolution de juillet 1830.
HABERBIER (Ernest), pianiste distingué,
est né à Kœnigsberg, le 5 octobre 1313. Son
père, organiste de cette ville, lui donna une
bonne et solide éducation musicale. A l'âge de
huit ans, il jouait déjà les fugues de H;cndel et de
Bach. En 1832, il se rendit à Saint-Pétersbourg ;
et, après y avoir donné des concerts avec succès,
il s'y livra à l'enseignement. En 1839, il s'y ma-
ria; mais son union ne fut point heureuse.
En 1847, Haberbier fut nommé pianiste de la
Cour et chargé de donner des leçons de piano à la
grande-duchesse Alexandra Josephowna, femme
du grand-duc Constantin. Arrivé à Londres au
mois de janvier 1850, pour y donner des concerts,
il dut y faire prononcer sa séparation de sa femme,
et celte circonstance l'ayant jeté dans le décou-
ragement, il quitta brusquement la capitale de
l'Angleterre, et se rendit à Christiania, en Nor-
vège, oii il vécut dans la retraite pendant six
mois. Ce fut alors qu'il imagina un nouveau
sjslème de doigter pour certains traits, ou plutôt
qu'il appliqua à la musique moderne celui des
anciens clavecinistes de l'école de Dominique
Scarlatti et d'Alberti de Milan, lequel consiste à
partager les traits rapides entre les deux mains
pour les lier et éviter les fréquents passages du
pouce : ce qui, du reste, ne constitue que des
cas particuliers de l'art de jouer du piano. Per-
suadé que cette méthode devait lui procurer une
brillante renommée à Paris , et d'ailleurs possé-
dant un grand style et tirant de beaux sons de
l'instrument, Haberbier arriva dans cette ville,
au mois d'août 1851, après avoir donné de bril-
lants concerts à Copenhague, à Kiel, et à Ham-
bourg. Son premier concert, donné le 3 avril
1852, dans la salle Pleyel, fit sensation par la
nouveauté de ses traits ; et bientôt après il en
donna deux autres, qui attirèrent la foule des ar-
tistes et des amateurs. On s'occupa beaucoup à
cette époque de cette nouvelle méthode, dont l'ex-
posé fut annoncé comme devant paraître chez les
frères Escudier, sous le titre de Nouveaux doig-
ter s pour le piano, en deux parties. L'opinion des
artistes fut partagée sur le mérite de cette inno-
vation : quelques-uns l'approuvaient, d'autres
la blâmaient. En quittant Paris, Haberbier se
rendit à Strasbourg, où il donna deux concerts au
mois de juin de la même année; puis il alla se
faire entendre à Baden-Bade. Dans les derniers
mois de cette même année il s'est établi en Russie,
et a vécu tour-à-tour à Pétersbourg et à Moscou.
Il est en ce moment (1861) à Hambourg, où ses
derniers ouvrages ont paru chez Schuberth et
chez Cranz.
HABERMANN ( François- Jean ) , compo-
siteur, naquit eu 1706, à Kœnigswerth, en Bo-
hême. Après avoir fait ses humanités à Klattau,
et un cours de philosophie à Prague, il se livra
particulièrement à la culture de la musique, et
(it quelques bons essais de composition. Dans
le dessein d'augmenter ses connaissances dans
l'art d'écrire, il se rendit en Italie, visita Rome,
Naples et quelques autres grandes villes, se lia
avec les plus habiles maîtres, et profita de leurs
conseils. Le goftt des voyages le conduisit en
Espagne et en France. Pendant son séjour à
Paris, le prince de Condé l'engagea à son ser-
vice, en 1731. Après la mort de ce prince, Ha-
berraann alla à Florence, où le grand -duc de
Toscane le nomma son maître de chapelle. Es-
timé pour son savoir, il occupa ce poste jusqu'à
la mort du prince, puis il se rendit à Prague pour
y assister au couronnement de l'impératrice Ma-
rie-Thérèse. Chargé de la composition d'un
opéra pour cette circonstance, il l'écrivit rapi-
dement , et cet ouvrage fut exécuté avec succès
devant l'impératrice. Pendant plusieurs années
il vécut à Prague, sans autre emploi que d'en-
seigner la musique à quelques grands seigneurs
protecteurs des arts ; il donna aussi des leçons
de composition à Dussek, à Misliweseck et à
Cajetan Vogel, de l'ordre des Servîtes. Plus tard
on lui confia la direction de la musique de l'é-
171
HABERINIAINN
glise des Tliéatins; en 1750, il fut nommé
maître de chapelle de l'église de Malte. Après
avoir rempli ces dernières fonctions pendant
vingt-trois ans, il fut appelé, en 1773, à Eger,
pour y diriger la musique de la Collégiale. C'est
dans ce lieu qu'il termina sa carrière, le 7 avril
1783, à l'âge de soixante-dix-sept ans. On a pu-
blié de sa composition : 1° Missee XII; Pra-
gue, 1746, in-fol. — 2° Litaniae VI; Prague,
1747, in-fol. Habermann a laissé en manuscrit
des sonates pour divers instruments, des sym-
phonies, des Messes, Litanies, Vêpres, Salve Re-
gina, Regina Cœli, Aima, Miserere, Stabat
Mater, Requiem, etc. En 1749, il écrivit un
grand oratorio intitulé : Conversio peccatoris,
qui fut exécuté à l'église Saint-Jacques de Pra-
gue : on a aussi de lui en manuscrit un autre
oratorio, intitulé Deodatus, qui a été exécuté en
1754, à l'église de Malte. Toutes ces compositions
se font remarquer par un profond savoir dans
le contrepoint, mais non par le génie.
HABERMANN (François-Jean), fils du
précédent, naquit à Prague vers 1750, y fit ses étu-
des littéraires et philosophiques, et reçut de son
père des leçons de musique et de composition.
Après la mort de celui-ci, il lui succéda comme
maître de chapelle à Eger 5 il occupait encore
cette place en 1799. On a de lui, en manuscrit,
des Messes, graduels et offertoires.
HABERMANN (Charles), frère cadet de
François-Jean le vieux, naquit à Kœnigswerth
en 1712. 11 eut de la réputation comme composi-
teur de musique d'église, et se distingua par
ses messes et ses offertoires. Son talent comme
tromboniste était aussi très-remarquable. Cet
artiste est mort à Prague, le 4 mars 1766, à l'âge
de cinquante-quatre ans.
HABERT (François), né vers le milieu du
seizième siècle, fut maître de chapelle de l'église
de Saint-Gatien, à Tours. En 1585, il obtint au
concours ou Puij de musique d'Évreiix, en Nor-
mandie, le prix de la harpe d'argent, pour la
composition du motet Dum aurora.
HABISREUTINGER (Coltjhban), béné-
dictin au couvent de Zwiefalten en Bavière, vécut
dans la première moitié du dix-huitième siècle.
Il a fait imprimer de sa composition : Melodix
Ariosas, pour les quatre livres de l'imitation de
Jésus-Christ; Augsbourg, 1744.
HACKE (GEORGEs-ALEXANnRE), compositeur
allemand, né vraisemblablement en Bavière, s'est
fait connaître dans la première moitié du dix-
huitième siècle par des ouvrages qui ont pour
titres : 1° Musikalische- Marianische Schiits^
Kammer, etc. (Trésor musical de Marie, 58
airs et motets pour toutes les fêtes de la Vierge);
- HA.CKER
Augsbourg, Lotter. — 2° XIV Mélodies pour la
fête de Noël et pour différents saints, etc., à une
et deux voix chantantes, 2 violons, alto et basse
continue pour l'orgue; ibid., in-4''.
HACKEL (Antoine), adjoint comptable dans
la direction impériale d'architecture , à Vienne,
et compositeur, est né en cette ville, le 1 1 avril
1799. Fils d'un médecin distingué, il était destiné
à la même profession , mais la mort imprévue
de son père ne lui permit pas d'achever ses étu-
des médicales : heureusement, la protection de
quelques amis de sa famille lui fit obtenir la place
qui lui a procuré une existence honorable. Dans
sa jeunesse, il avait appris les éléments de la
musique; mais il avait montré peu d'application
et de persévérance pour cet art; plus tard les
compositions de Beethoven éveillèrent en lui un
goût qui sommeillait, et le déterminèrent à faire
un cours régulier d'harmonie et décomposition ,
sous la direction d'Emmanuel Fœrster. Sous
les yeux de son maître, et ensuite abandonné à
ses propres forces, il a écrit des chansons, de
petites sonates, des rondeaux et d'autres com-
positions pour le piano, et tout le temps dont il
a pu disposer a été employé à la composition.
Hackel s'est même essayé dans des ouvrages
plus considérables , et l'on connaît de lui une
Messe solennelle, des Graduels, Offertoires, des
marches et d'autres morceaux de musique mili-
taire composés pour le régiment de Maximilien
Joseph. A son premier quatuor pour quatre voix
d'hommes, Die Sterne (Les étoiles), qui a eu
beaucoup de succès, ont succédé des chansons ,
des ballades, des trios, quatuors, etc., parmi
lesquels on cite particulièrement ia Revue noc-
turne, sur les paroles du baron de Zeidlitz, et
des chants d'adieu écrits pour M.Paek, chanteur
estimé du théâtre de Josephstadt. Les composi-
tions de Hackel ont été publiées à Vienne chez
Diabelli, Mechetti, et à l'institut lithographique :
il en avait beaucoup d'autres en manuscrit.
Hackel est mort à Vienne, le 19 novembre 1846.
François-Xavier Weigl a publié une notice sur
ce compositeur amateur, sous le titre de Erin-
nerung an A. H ackel ; Y'ienne, 1847, in-8''.
HACKENBERGER (André). Voy. Ha-
RENBERGER.
HACKER (Benoît), éditeur de musique à
Salzbourg, est né le 30 mai 1769 à Metten, près
de Deggendorf, dans la Bavière inférieure. Des-
tiné dès son enfance à la chirurgie, il fut en-
voyé à Wœrth, près de Ralisbonne, pour étudier
cet art; mais l'aspect des opérations douloureuses
fit sur lui une impression si pénible, qu'il résolut
de retourner chez ses parents. Pendant son ab-
sence il avait perdu son père, et la pauvreté de
HACKER — H^FFNER
i;:,
sa mère ne lui laissait pas d'espoir de faire d'au-
tres études; il n'eut alors d'autre ressource que
de se livrer à la musique, sous la direction du
maître de l'école de chant du couvent de Metten.
Sou penchant pour cet art s'était manifesté dès
l'enfance. Après trois mois «l'éludes sur l'orgue
elle piano, il quitta l'école pour aller à Salzbourg,
en 1783, chez un ami de sa famille qui lui donna
Léopold Mozart comme maître de violon, et qui
le recommanda à Michel Haydn, pour les autres
parties de la musique. Sa fortune eut encore à
souffiir bien des vicissitudes, et la mort de son
protecteur l'obligea à se faire commis d'un li-
braire. Après plusieurs années passées dans
l'exercice de cet état, il conçut le projet d'éta-
blir un commerce de musique à Salzbourg,
et le réalisa en 1803. Hacker s'est fait une ho-
norable réputation en Allemagne comme compo-
siteur de musique d'église, et d* chansons à
plusieurs voix. Il a publié : 1" Sept messes alle-
mandes à voix seule et orgue, avec 2 autres voix,
2 violons, et 2 cors ou trompettes ad libitum;
Salzbourg, chez l'auteur. — 2° 6 chants alle-
mands, pour être exécutés pendant et après la
bénédiction, à voix seule et orgue, avec 2 voix
d'accompagnement, 2 violons et 2 cors ad libi-
tum ; ibid. — 3° Herr Gott, dich loben wir,
cantique allemand pour une voix et orgue, avec
2 voix d'accompagnement, 2 violons et 2 cors
ou trompettes ccJ //ôiÏMOT ,• ibid. — 4° Recueil
de chants d'église avec paroles allemandes pour
une, deux ou trois voix avec orgue, \\°^ 1 à 24;
ibid. — 5° Messe de requiem allemande pour
une voix et orgue, avec 2 voix d'accompagne-
ment, 2 violons et 2 cors ou trompettes ad libi-
tum ; ibid. — 6° Chants pour 4 voix d'hommes,
nos 1 à 14; ibid. — 7° Six chansons à voix seule
avecacc.de piano, 1" recueil; Munich, 1798.
— 8° 2" recueil idem; ibid., 1799. On connaît
aussi de Hacker un opéra de carnaval pour des
hommes seulement, intitulé List gegen List, etc.
(Malice contre malice, ou le diable dans le châ-
teau), représenté avec succès deux années de
suite à Salzbourg. On ignore l'époque de la mort
de Hacker.
HACHMEISTER ( Charles-Christophe) ,
organiste à l'église du Saint-Esprit, à Hambourg,
vivait en cette ville vers le milieu du dix-hui-
tième siècle. 11 a fait imprimer de sa composition
un recueil d'exercices pour le clavecin, consis-
tant en 5 variations sur un menuet , sous ce titre :
Klavier Uebung bestehend in 5 ausserlesenen
Variationen iiber eine Menuet zum nutzen der
Information componirt, etc.; Hambourg, 1753.
Gerbcr dit que Hachmeisfer fait preuve dans
cet ouvrage de bon goût autant que de savoir.
Un autre musicien de ce nom , né à Clausthal,
en 1791, était directeur de musique a Mittaii
en 1822. Il a publié plusieurs recueils de chants
pour des voix d'hommes.
HACQUART (Charles), musicien au ser-
vice du prince d'Orange, naquit à Bruges, vers
1640. On connaît de sa composition les deux ou-
vrages suivants : 1" Cantioncs Sacrée 2, 3, 4,
5, 6 et 7 tam vocum quam Instrumentorum ,
op. 1; Amsterdam, 1674, in-fol. — 2° Harmo-
nia Pamassia Sonatarum, trium et quatuor
inst ruineiit arum ;l]trecM, 1680, in-fol. On voit
par le titre et la préface de cet ouvrage que Hac-
quart demeurait alors à La Haye.
HADRAVA ou HADRAWA (...), pia-
niste distingué, né en Hongrie, était en 1774 se-
crétaire de la légation autrichienne à Berlin. En
1795, il était secrétaire d'ambassade à Napies, et
donnait des leçons de musique au roi. En 1782, il
a fait graver à Berlin six sonates pour le cla-
vecin, et en 1793 il apubliéà Napks Sonata pel
Clavicembalo.
H^FFJVER ( JEAN-CHRÉTiEN-FnÉnÉRic), di-
recteur de nuisique de l'univer.vité d'Upsal, et
organiste de l'église cathédrale de cette ville, est
né le 2 mars 1759, à Oherschœnaii, dans le Hen-
neberg, où son père était maître d'école. Pendant
qu'il fréquentait l'école de Schmalkalden, il prit
des leçons d'orgue et d'harmonie chez Vierling,
organiste distingué. En 1776, il alla à l'université
de Leipsick, y continua ses études, et vécut en
corrigeant des épreuves chez Breilkopf. Dans les
années 1778 et 1779 il fut alfaclié à des troupes
ambulantes d'Opéra comme chef d'orchestre, et
visita avec elles Francfort, Hambourg et quel-
ques autres villes, où il commença à se faire
conn;dtre comme artiste. En 1780, il obtint d'un
négociant allemand des lettres de recommanda-
tion pour aller s elabiir à StocKliolin, où il fut
employé comme organiste, puis comme accom-
pagnaleur au Théâtre royal. Eu peu de temps,
la langue suédoi^^e lui devint si familière, qu'il la
parlait avec autant de facilité qu'iui Suédois. Le
style dramatique de Gluck élait devenu son mo-
dèle; les trois opéras Electre, Alcide&K Renaud,
que Hœffner écrivit pour le théâtre de Stockholm,
sont des imitations de la manière de ce maître :
ces ouvrages lui procurèrent la faveur de Gus-
tave III, qui le nomma son maître de chapelle.
En 1808, Hœflner a donné sa démission de ses
fonctions à la cour, et s'est retiré à Upsal, où
il a occupé depuis 1820 la position d'organiste
de la cathédrale. On a de ( el alli.^le un livre
choral pour les églises de Suède, intitulé : Svensk
Koralbok; Stockliolm, N.-AI. Lindhs, 18 JO,
1 vol. in-4° ohl. de 128 pagos. Ce livre contient
17G
H^FFNER — H^NDEL
(out le chant choral des églises de Suède, arrangé
à 4 parties pour l'orgue. Haeffner est mort à
Upsai, le 28 mai 1833, à l'âge de soixante-qua-
torze ans.
Indépendamment des trois opéras cités précé-
demment, cet artiste a écrit environ trente
prologues pour les solennités de l'Académie
d'Upsal. On connaît aussi de lui : 1° Des essais
lyriques pour le chant, avec accompagnement
de piano; Upsal, 1819. — 2° Des chansons sué-
doises avec accompagnement de piano; ibid.,
1822. — 3° Svensk Choralbok (Livre de chant
suédois), ire partie; ibid., 1819; 2® partie,
1821. Haeffner s'est attaché à rappeler, dans
ce travail , le chant choral de la Suède à sa pu-
reté primitive, fort altérée dans la réforme qui
en avait été faite en 1697. Il éprouva de grandes
difficultés dans son entreprise, par l'opposilion
de la plupart des chantres et organistes suédois,
et montra beaucoup d'emportement et de vio-
lence dans les disputes qu'il eut à soutenir à ce
sujet. Mais lorsque son travail fut publié, il reçut
une approbation générale. —4° Prxludier till
vielodlerna uii svenska Choralboken (Pré-
ludes pour les mélodies du livre choral suédois);
Upsal, 1822. — 5° Mélodies pour les chansons
suédoises de Geyer et de -Afzelius; ibid. —
G* Messe suédoise à quatre voix et orgue, dans
l'ancien style. — 7° Haeffner a commencé en 1832
la publication du recueil d'anciens airs populaires
de la Suède; deux cahiers avaient paru en 1833.
Il a respecté dans cette pubUcation la tonalité
originale de ces mélodies.
HACKEI\ZŒLLI\ER(L.), compositeur
de Lieder, à Vienne, vers 1845, y obtint des
succès pour ce genre de composition. Il en a pu-
blié plusieurs recueils, chez Glœggl. Une de ses
plus jolies inspirations a pour titre : Die Linde
(LeTilieul).
H^HIVEL (Jran-Ernest), facteur d'or-
gues de la cour de Saxe,dans la première moitié du
dix-huitième siècle, fut un des meilleurs artistes j
de l'Allemagne, en son genre, à cette époque. {
Ses principaux instruments sont : 1" Un orgue
de 31 jeux à Oschalz. — 2'' Un autre à Kadiz,
eu Bohême. — 3** En 1737 , il plaça l'orgue du
château de Dresde dans l'éghsede Friedrichstadt.
Hœhnel est aussi connu comme inventeur d'une
espèce de Clavecin d'amour, ou de Clavecin
céleste , dont on trouve la description dans la
Musica mechanica organœdi d'AàluDg (t. 2,
p. 126). Il demeura vers la fin de sa vie à Au-
bertsbourg , et y mourut.
H^HNEL (Amélie), cantatrice du théâtre
Kœnigsladt, à Berlin, puis du théâtre royal,
eu 1841, est née en 1807, et reçut son éduca-
tion musicale à Vienne, oii elle débuta, en 1825,
comme cantatrice de concert. Sa voix était un
contralto contenu dans l'étendue de deux oc-
taves , lie fa grave à fa aigu. On vante la lé-
gèreté de sa vocalisation , la justesse de ses in-
tonations et son accent expressif. Sa carrière
théâtrale a commencé en 1829, dans le rôle de
Rosine, où elle fut bien accueillie. L'arrivée de
M"« Pasta à Vienne lui fournit un beau modèle,
qui contribua beaucoup au développement de
son talent. En 1830 M"^ Hœhnel accepta un
engagement pour le théâtre Kœnigsladt à Berlin,
où elle débuta avec beaucoup de succès, particu-
lièrement dans le rôle de Romeo de / Capii-
leti. Depuis lors sa voix a acquis de l'étendue
vers le haut. Elle a été considérée comme une des
meilleures cantatrices du théâtre allemand.
HyEKEL (Antoine ), facteur d'instruments,
à Vienne, est le premier qui a construit celui
qu'on connaît sous le nom de Physharmonica.
Le premier de ces instruments parut en 1821 : ce
n'était qu'une application en petit du système
des anches libres sans tuyaux , avec un clavier
de deux octaves et demie donnant précisément
l'étendue du hautbois. M. Christian Dietz a per-
fectionné cet instrument , et lui a donné le nom
d^Aerophone iVoij. Dietz). A vrai dire, le phys-
harmonica n'était qu'un diminutif de VjEoline,
instrument à anches libres d'une plifs grande
étendue, construiten premier lieu par Eschenbach
de Kœnigshoven , puis modifié par Schlimbach,
facteur d'orgues à Ohrdruff ; d'ailleurs, le principe
de l'anche libre n'appartient à aucun de ces artistes,
car il existe depuis plus de deux mille ans dans
le Cheng des Chinois. C'est le même principe
qui, par les travaux de Fourneaux père, de De-
bain , de Martin de Provins, d'Alexandre, et en
dernier lieu de Merklin, a produit l'instrument
complet, poussé jusqu'à la perfection, auquel on
donne aujourd'hui le nom d'Harmonium. (Voy.
tous ces noms. )
H.^1\DEL (1) (Georges-Frédéric) , illustre
|i) Dans la première édition de celte Biographie, J'ai
écrit le nom de ce grand artiste conformément à l'ortiio-
graplie adoptée par lui-même dans ia signature de tous
ses manuscrits originaux et dans sa correspondance, c'est •
à-dire Handel, quoique je susse que Mattlieson et d'au-
tres biographes ont écrit selon l'orthographe allemande ,
Hasndel. Les diverses collections de ses œuvres publiées
en Angleterre, tant du vivantde l'auteur qu'après sa mort,
ont le nom écrit Handel , et toutes les notices biogra-
phiques qui ontT paru dans le même pays, y compris la
grande monographie de M. Schœlcher, ont la même or-
thographe. Cependant le parti que J'avais pris n'a été ap-
prouvé ni en France ni en Allemagne : J'ai donc cru de-
voir reprendre dans cette édition l'orthographe allemande.
Toutefois, Il est bon de remarquer que M. Charles-Edouard
Fôrstmann, qui a publié l'arbre généalogique de Haendel
à Leipsick, en 18*4, a constaté dans les registres de l'é-
H /EN DE t
1:7
eomposileui allenianil, apa^sr^la plus grande par-
tie de sa vie ciiez les Anglais, qui l'ont en quelque
sorte adopté , et se sont approprié la gloire de
ses travaux. Filsd'un chirurgien de Halle, ville de
la Saxe, Hœndel naquit en cette ville, le 23 février
1685. Dans la première édition de ce livre, j'ai
donné, comme tous les biographes anglais et
allemands, le 24 février pour la date de la
naissance de Hsendel; mais M. Forstmann a
fait voir que ce jour est celui de son baptême.
J'ai aussi indiqué l'année 1684, d'après les
rr.êmes sources; mais l'acte de naissance porte
f685. Dès son enfance Ha;ndel eut un goût si
passionné pour la musique, que son père, qui le
destinait à la jurisprudence, bannit de chez lui
tout instrumentée musique, et ne négligea rien
pour éteindre ce penchant. Cependant, pous-é
par un instinct irrésistible, le jeune Hœndel,
aidé d'un domestique , réussit à placer une pe-
tite épinette dans une chambre haute, et , quoi-
qu'il neconniUpasunenotede nmsique, il parvint
à jouer de cet instrument par ses études persé-
vérantes pendant la nuit, tandis que sa famille se
livrait au repos. Il n'avait pas atteint sa hui-
tième année lorsqu'il accompagna son père à la
cour du duc de Saxe- Weissenfels , où il avait
un frère consanguin, valet de chambre du
prince. La liberté qu'on lui avait laissée de se
promener dans le palais lui faisait trouver des
clavecins dans diverses pièces des appartements;
rarement il résistait à la tentation d'en jouer
lorsqu'il était sans témoins; mais un matin, le
service de la chapelle étant commencé, il alla se
placer à l'orgue, et le fit résonner. Bien des
fautes se faisaient remarquer dans ce qu'il y
jouait, mais au milieu de ces irrégularités on
distinguait une certaine originalité et un goût
d'harmonie peu commun. Le duc envoya son va-
Jet de chambre pour s'informer de ce qui se
passait, et celui-ci vint l'en instruire, en ajou-
tant que le jeune improvisateur était son frère.
Saisi d'étonnement , le duc fit venir près de lui
Hœndel et son père, et insista pour qu'on renon-
çât à faire de cet enfant un docteur en droit,
et pour qu'on développât ses heureuses disposi-
tions par «ne bonne éducation musicale.
De retour à Halle , Hœndel fut en effet confié
aux soins de Zachau, excellent organiste, digne
de servir de guide à ce beau génie dans ses pre-
miers pas. Après lui avoir enseigné les éléments
de la musique, Zachau mit entre les mains de
glise Sainte-Marie de Saint -Laurent, à Halle, que les noms
de la famille de l'illustre compositeur sont écrits tour à
tour Hàndel . Hcndel , Hendeler, Hândeler et Hendler
{[". 12, note •) , mais plus souvent Handel.
HIUi.K. LMY. DF.5 Ml:SICIE^S. — T. IV.
son élève les œuvres des organistes les plus cé-
lèbres de l'Allemagne. Ce temps d'étude, ()ui(liiiii
deux ans, fut aussi employé par llfiendel à écrire
des fugues et des contrepoints conditioimels,
genre de musique alors en vogue. Pendant ce
temps, il apprenait aussi le latin; et, quoiqu'il
n'eilt étudié avec soin que la musique, il savait
assez bien cette langue, même dans sa vieillesse.
Dès l'âge de dix ans il composait des motets qui
furent chantés à l'église principale de Halle. Pen-
dant trois ans, il en écrivit un chaque semaine.
Lorsqu'il eut atteint sa treizième année, des
amis firent remarquer à son père que Halle n'of-
frait point (le ressources suffisantes pour déve-
lopper le talent du jeune artiste : il consentit à
l'envoyer à Berlin. Arrivé danscette ville en 1696,
Hœndel y trouva l'Opéra sous la direction de
Bononcini et d'Altilio Ariosti. Le premier, bon
musicien, mais plein d'insolence et de vanité, ac-
cueillit mal l'enfant extraordinaire, lorsqu'il lui
fut présenté; mais Ariosti, dont les manières
étaient bienveillantes et douces, lui donna des
témoignages d'intérêt, et prit plaisir à l'entendre
sur le clavecin. Hœndel ne fut pas longtemps à
Berlin sans êti'e remarqué par l'électeur (1), qui,
charmé de son talent précoce, offrit de faire les
frais d'un voyage en Italie pour le perfectionner ;
mais, par des motifs qui ne sont pas connus, cette
offre ne fut point acceptée, et Hœndel retourna
à Halle. Peu de temps après, il perdit son père
(1697) : rien ne le retenant plus alors dans le lieu
de sa naissance, il s'en éloigna de nouveau, et se
rendit à Leipsick. On manque de renseigne-
ments précis sur l'existence de Hœndel danscette
ville jusqu'au moment où il se rendit à Ham-
bourg, où était à celte époque le meilleur ou
plutôt le seul bon Opéra allemand. Ce fut pen-
dant l'été de l'année 1703 qu'il y arriva. H. s'y
lia d'amitié avec Telemaun et Mattheson. Nous
sommes redevables à ce dernier de renseigne-
ments sur ces premiers temps de la carrière
d'artiste où Hœndel enlrait alors. D'abord il joua
la partie de second violon à l'orchestre de l'Opéra,
et personne ne prit garde à lui. Reinhard Keiser
était alors le soutien de ce théâtre, par le génie
qui brillait dans ses compositions; mais cet il-
lustre artiste s'était malheureusement associé
pour l'exploitation du théâtre à un Anglais
rtomrné Dnwifce, dont les folles dépenses ruinè-
rent l'entreprise, et Keiser fut obligé de se ca-
cher quelque temps pour se soustraire aux pour-
suites de ses créanciers. Il fallut le remplacer
dans l'orchestre comme directeur au clavecin :
|1| Dans la première édition, j'ai donné à Frédéric l" le
titre de roi; mais il ne le devint qu'en 1701.
1-2
17S
ILENDEL
ce fut Haendel qui prit cette place; il la remplit
avec une rare habileté, au grand étonnement des
autres musiciens, qui le croyaient un idiot dé-
pourvu de talent. A cette époque, dit Matthe-
son ( Grundlage einer Ehrenpforte, p. 93,) il
composait des airs très-longs et des cantates in-
terminables {unendliche Cantalen), qui ne
brillaient point par le goût, et dans lesquelles il
y avait même des fautes contre l'harmonie;
mais bientôt les beaux opéras de Keiser lui firent
prendre une meilleure direction dans ses travaux.
Comme organiste, Haendel était dès lors au
rang des plus remarquables. Matthesondit qu'on
désirait dans son jeu plus de mélodie, mais que
ses fugues étaient admirables. Le sentiment mé-
lodique, qui parait avoir été faible dans ses pre-
mières productions, s'est ensuite développé, et
domine jusque dans les morceaux les plus sévè-
rement travaillés de ses beaux ouvrages. Au mois
d'août 1703, il fot invité à se rendre à Lubeck
avec Mattlieson, afin d'y concourir pour le rtm-
placement du célèbre organiste Buxteliude, qui,
devenu vieux, voulait prendre sa retraite. Haen-
del fut jugé digne de succéder à ce grand artiste;
mais celui-ci ne voulant se démettre de sa place
qu'en faveur de l'artiste qui épouserait sa fille,
ni lui, ni Mattlieson, ne vouiurenlsouscrire à cette
condition ; ils revinrent tous deux à Hambourg,
après avoir été traités avec honneur par le ma-
gistrat de Lubeck.
L'amitié qui unissait Haendel et Mattlieson ne
se démentit pas jusqu'à la fin de 1704 ; mais
le 5 décembre de cette année, pendant une re-
présentation de Cléopdtrè, troisième opéra de
ce dernier, Haendel était au clavecin lorsque
Mattheson, qui jouait le rôle d'Antoine dans son
ouvrage, n'ayant plus à paraître dans ledernier
acte, voulut revenir à l'orcliestre et prendre la
place de directeur, conformément à l'usage de
l'Italie, où le maître est au clavecin pendant la
représentation de son opéra -. ce fut l'occasion
d'une violente discussion ; car Haendel considéra
comme un affront pour lui la prétention de son
ami, et ne voulut point s'éloigner du clavier.
Fuiieux, Mattheson l'entraîna hors du théâtre
après que la représentation eut été terminée. A
peine arrivés dans la rue, tous deux mirent l'épée
à la main, et là, entourés de spectateurs et d'ar-
tistes qui les avaient suivis, ils se battirent avec
acharnement. C'en était fait vraisemblablement
de la vie de Haendel si l'épée de Mattheson n'eût
rencontré sur sa poitrine un large bouton de mé-
tal contre lequel elle se brisa. Par les bons of-
fices d'un conseiller de la ville de Hambourg,
cette affaire n'eut i)as de suite, et les jeunes ar-
tistes furent nxonciliés. Le 30 décembre, dit
Mattheson ( loc. cit.), j'eus l'honneur d'avoir
Haendel pour hôte, et le même soir nous assis-
tâmes à la répétition de son opéra Almira, après
quoi nous fûmes meilleurs amis que jamais (1).
Haendel avait un grand nombre d'élèves à Ham-
bourg, ce qui ne l'empêchait pas d'écrire beau-
coup de musique pour les instruments, l'église et
le théâtre. Le 8 janvier 1705, la première repré-
sentation de son opéra intitulé Almira, reine
de Castille, fut donnée avec succès ; mais déjà un
autre ouvrage (Néron) était prêt : il fut joué
le 25 février de la même année, c'est-à-dire en-
viron six semaines après le premier. Il ne fut
pas moins bien accueilli que l'autre. Après cet
opéra, une lacune se fait remarquer dans l'ac-
tivité productive de Haendel; car les autres
opéras allemands qu'il donna à Hambourg ne
furent représentés qu'en 1708(2). Mais j'ai trouvé
l'explication de ce silence de sa muse dans le
partition d'un Laudate de la main de Haendel,
et daté de Rome, le 9 juillet 1707. Un voyage en
Italie a donc précédé cette date. Ce premier
voyage a été ignoré de tous les biographes ; Mat-
theson même, qui vécut dans l'intimité de Haen-
del, n'en parle pas; mais .la date de l'ouvrage qui
vient d'être cité et la signature de l'auteur ne
laissent pas de doute à cet égard. La Résurrec-
(1) Mattheson ajoute qu'il n'est entré dans ces détails
qu'afin de repousser les fausses allégations et les bruits
Injurieux qui ont couru sur l'affaire dont il s'agit. Certes,
ce soin n'était pas inutile, c.tr les bruits dont il se plaint
ont été recueillis par l'histoire. Sur des renseignements
inexacts, Hawkinsa donné dans son Histoire générale de
la musique (t. V, p. 265) une notice sur Haindel où il est
dit qu'il s'était emparé de vive force de la place d'un
autre accompagnateur, soutenu dans cette action In-
convenante par la préférence du public ; que le rival
humilié (dont on ne dit pas le nom) avait dissimulé sa
colère pour se venger dans un moment favorable; qu'il
l'avait attaqué la nuit, armé d'un poignard, et que les
jours de Hœndel n'avaient été sauvés que parce qu'une
partition placée sous son bras l'avait garanti du coup qui
lui était porté. L'auteur anonyme d'une compilation in-
titulée -. Musical llioqrap/iy ( W. liinglev), Londres, i8U,
2 vol. in-8», a copié Hawkins à ce sujet ( t. 2, p. 128) ; 11
se serait épargné cette erreur s'il eût consulté une Biogra-
phie de Haendel, publiée à Londres en 1784, sous la direction
de Smith, élève de ce maître, et les Anecdotes sur Hxndel
et Smith, rédigées sur les notes de Coxe, oii le récit de
l'aventure dont il s'agit est conforme à celui de Mattheson.
(2) M. Schœlcher dit [The Life of Handel, p. 12 ) que
dans son opinion les opéras de ce niaitre Daphné et Flo-
rinrfa ont été représentés en 1706 : c'est une erreur; car
je possède la collection complète des livrets d'opéras re-
présentés au théâtre de Hambourg, depuis 1U89 jusqu'en
1748, et les ouvrages de ce genre qui y ont été joués en 1706
sont : 1° la Fedelta coronata ; t" Mafaqniello (sic)/tt-
rioso ; 9° Justinius ; 4» Germanicus Romischer General ;
5» la Costanza sforzata, oder die lustige Rache des
5îieno; tandis que je trouve en 1708, Die f^erwandette
Daphne; Die lustige Hochzeit; il Fido Jmico oder
Hercules und Tlicseus ; Florinda; et Delldoplion.
H/EINDEL
Hîî
tion, oratorio italien ou méuie auteur, porte la
date du 11 avril 1708, et fut écrite à Rome;
Haendel n'avait donc point quitté l'Italie depuis
le mois de juillet précédent, et ce n'est qu'au
retour de son voyage qu'il composa Florindaet
Daphné, opéras allemands que Maltlieson con-
sidérait comme inférieurs à VAlmira. Hawkins
et ses copistes se trompent sur toutes les dates
àe& premiers travaux de Haendel ; ils n'ont
point connu les documents fournis par Mattlieson
dans ses deux notices. Au nombre des com-
positions de Haendel écrites à Hambourg se
trouve une cantate de la Passion avec orches-
tre, poésie du sénateur Broches de Hambourg, et
dont les premières paroles sont : Mich vovi
Stricke meiner Sunder. Le manuscrit de cet
ouvrage, écrit en 1704, se trouve à la bibliothèque
royale de Berlin.
Vers le milieu de 1708, Haendel partit de Ham-
bourg pour aller à Florence composer Rodrigo,
son premier opéra italien, à la demande du
prince de Toscane, frère du grand-duc Jean-
Gaston de Médicis. L'ouvrage fut exécuté à la
cour, en octobre de cette année, car j'ai trouvé,
en l8it,deux airs de cet opéra { For^e l'aima,
è lieio il volto, et Non mi sprezzar, crudele )
dans la précieuse collection musicale de feu
M. Landsberg, à Rome : ils portaient cette date.
Le prince fit à l'auteur un cadeau de cent sequins
etd'iinservicede porcelaine. Danslesdecniersjouis
de 1709, Hfndel fit représenter à Venise son
Agrippina, opéra dont le succès eut tant d'éclat,
qu'on le joua vingt-sept fois de suite, ce qui était
fort rare à cette époque (1). De Venise, il alla à
Rome, où ilécrivitune cantate intitulée II Trionfo
0) M. Schœlcher a placé la représentation de cet opéra à
Venise, au mois (le janvier 1707; son erreur est évidente, cir
OH lit dans la Dramaturgia d'AUacci (Venise, 1753, p. 18):
« Agrippina, dramma recitato l'anno 1709, in Venezia.
« nelteatro dl S. Gio. Crisostomo.— In Venezia, appresso
■ Marine Rossettl. 1709, in-l2. — l'oesia di Vincenzo Gri-
« raani, Patrizlo Veneto, poi Cardinale dl Santa Chlesa
« e Vicere di Napoli— Muslca di Giorgio Federigo Hendel,
c tedesco. » M. le Dr. Chrysandcr. qui place la représenta-
tion de cet opéra en 17o8 (G. F.Haendel, tome 1^', p. 181), a
été également mal Informé. Dans le livre qui a pour titre :
Le glorie délia Poesia e délia Musica ( in Venezia, 1730,
in-l2| , V^grippina de Hasndel est portée à la date de
1710 et en tête des ouvrages de la saison d'hiver qui en
Italie s'ouvrait le lendemain du jour de Noël; or, la sai-
son d'iiiver, de 1710 avait commencé le 26 décembre 1709.
\ l'égard de la pastorale Aci, Galatea e Polifemo, M. le
Dr. Chrysandcr, qui la fait composer à la fln de l7o8 et au
commencementde 1709, et qui a réuni dans cette même an-
née 1703 la composition de Rodrigo, A' Agrippina, UTrionfo
del tempo, VorMoTio la Résurrection, le psaume I/iudate,
et plusieurs autres ouvrages, s'est trompé: car j'ai prouvé
que Ha;ndel était à Hambourg dans In même année où
U donnait Daphne et Plorinda.
del (empo{i). L'ouverture d'Agrippma a donné
lieu à une anecdote rapportée par Mattlieson, où
l'on voit un des traits de cette violence brutale
qui malheureusement se reproduisirent souvent
dans la vie de Haendel. Corelli exécutait ce mor-
ceau devant lui ; furieux de ce que ce célèbre vio-
loniste ne lui donnait pas l'expression convenable,
Haendel lui arracha rin.strument des mains, et exé-
cuta sa musique comme il voulait qu'on le lit.
Corelli, avec sa douceur ordinaire, lui dit sans
s'émouvoir : Ma, c(iro Sassone, questa musica
è netlo stilo francese, di Mio non m'intendo
(Mais, mon cher Saxon, cette musique est dans
le style français, à quoi je n'entends rien ) (2).
En 1710 Haendel se rendit de Rome à Naples;
il y composa pour une princesse espagnole, que
Mattheson désigne sous le nom de Donna Laura,
une pastorale qui a pour litre : Aci, Galathea
(sic) e Polifemo. Cette pastorale est entière-
ment différente de celle qui a été exécutée en-
suite en Angleterre, et que Arnold a publiée dans
sa collection des œuvres de Haendel. Ce compo-
siteur resta peu de temps à Naples, et lorsqu'il en
partit, il visita plusieurs villes d'Italie, n'y trouva
point d'engagement , et résolut de retourner en
Allemagne. N'ayant de préférence pour aucune
ville, et ne connaissant point Hanovre, il rcso-
hit de s'y rendre. Steffani était alors le maître
de chapelle de cette cour; il lit au jeune artisie
le plus généreux accueil, le présenta au prince
et le désigna comme son successeur. Cette é|»oque
fut décisive pour le caractère déllnitif du talent
de Haendel ; car il adopta dès lors le style élé-
gant de Steffani, et en (it une heureuse fusion
avec la vive et piquante modulation de i'iiarmo-
nie allemande, et avec lesqualités de son propre
génie. De là vient qu'on remarque une dilfé-
rence très-sensible entre les productions de
Haendel qui datent de ce temps et ses ouvrages
antérieurs.
L'électeur de Hanovre avait offert à Hœndei
1,500 éciisd'appointements, avec le titre de maître
de chapelle; l'artiste hésitait à accepter ces pro-
(1) Je me suis trompé lorsque j'ai dit dans la Revue mu-
sicale (t. VI, p. 170) que la cantate // Trionfo del tempo
fut écrite à Florence; c'est la Biographie publiée par Mat-
theson (Hambourg, 1761, in-12) qui m'a Induit on erreur.
(2) M. Scbœlcher dit que ce fait est démenti par la
meilleure autorité de toutes, la partition à' Agrippina, ou
rien ne ressemble â la musique française: ce jugement
est celui d'un amateur dont les connaissances sont insuf-
fisantes. Il s'agit de l'ouverture, dont l'introduction est
exactement dans le style de Lully, et dont {'allegro, en
style fugué d'imitation, n'a aucun rapport avec la musique
Italienne dont Alexandre Scarlatti et Manello étalent
alors les grands représentants. L'ouverture d'Jgrippina
était et ne pouvait être que de la musique française pour
Corelli.
12.
180
H/ENDEL
positions , parce qu'il voulait visiter l'Angleterre ;
instruit de cette circonstance, le prince lui fit
dire qu'il lui accordait un congé, et que son trai-
tement lui serait payé comme s'il ne s'était pas
éloigné de la cour. Hœndel accéda à ces propo-
sitions, et partit immédiatement pour Halle, où
il voulait visiter sa mère, devenue aveugle. 11 vit
aussi son ancien maître, Zacliau, et quelques
amis , puis il se rendit à Londres par Dusseldorf
et la ITollaude. Il y arriva au mois de décembre
1710. Le directeur du théâtre de Hay-Market
l'engagea à écrire un opéra, et Rinaldo, que
Haendel composa en quatorze jours, fut joué le
24 février suivant. Hawkins et ses copistes disent
que le succès théâtral surpassa tout ce qu'on
espérait; mais cette assertion est évidemment
ine.\acle, car Burney nous apprend {General
Hibtory of Mvsic, t. IV, p. 225) que depuis le
24 février jusqu'au 2 juin, la pièce n'eut que
quinze représentations. Toutefois, la musique fut
recherchée avec tant d'empressement, que le
ni«rchand de musique Walsh gagna quinze cents
livres sterling par sa publication. On cite à ce
sujet un mot plaisant dit par Haendel, lorsqu'il
eut connaissance de ce bénéfice : Mo7i cher mon-
sieur, dit-il à Walsn, il faut que tout soit
égal entre nous; vous voudrez donc bien
composer le premier opéra, et moi je le
vendrai.
Le congé qui avait été accordé à Haendel était
près d'expirer : il lui fallut songer à retourner à
Hanovre, et il alla prendre congé de la reine
(.4nne), qui lui fit de beaux présents et lui té-
moigna le désir de le voir revenir à Londres. Le
premier ouvrage de Hawidel, après son retour à
la cour de l'électeur, fut la composition de douze
duos de chambre, pour la princesse électorale
Charlotte, qui fut ensuite reine d'Angleterre. Ces
duos, devenus célèbres, sont écrits dans le style
de Steffani , mais avec ces modulations vives et
inattendues qui sont un des caractères du génie
de Haendel.
Après un séjour d'environ neuf mois à Hanovre,
il obtint de l'électeur la permission de retourner
à Londres pour un temps limité. Il y arriva dans
le courant du mois de janvier 1712. Son pre-
mier ouvrage fut l'ode pour célébrer le jour de
naissance de la reine Anne ( Ode for the Queen
Anne's Birth datj), qm fut exécutée le 6 février
de cette même année (1). Le 22 novembre, il fit
(1) II est assez singulier que M. Schœlcher dise dans une
note de son livre ( p. 34), que la date de la naissance de
la reine Anne ne se trouve pas dans les dictionnaires bio-
grapliiques, et qu'elle est si peu connue, qu'il ne l'a apprise
que par l'obligeance de M. Rimbault, d'après l'autorité d'une
gazette anglaise' On lit cependant dans toutes les édi- '
représenter au théâtre son Paslor Fido. Après
que le traité de paix d'Utrecht eut été conclu ,
Haendel reçut de la reine l'ordre de composer un
Te Deum et un Jubilafe, qui furent exécutes
le 7 juillet 1713, à l'église Saint-Paul, en présence
de cette princesse. Le 10 décembre suivant, il
fit jouer pour la première fois son Teseo, qui fut
immédiatement après traduit en allemand pour
le théâtre de Hambourg. Chacun de ces ouvrages
ajoutait à sa réputation, et leur succès lui rendait
agréable son séjour en Angleterre. La reine étant
morte le 12 août 1714 (l), l'électeur de Hanovre
fut appelé à lui succéder par acte du parlement,
et vint prendre possession du trône, sous le nom
de Georges 1"^. Irrité contre Haendel, à cause
de l'oubli qu'il avait fait de ses engagements, et
aussi parce qu'il avait composé un Te Deuvi
pour la paix d'Utrecht, considérée comme désas-
treuse par tous les princes protestants d'Alle-
magne, ce monarque éloigna de lui l'artiste à son
arrivée en Angleterre. L'amitié du baron de Kil-
mansegge, chambellan du roi , pour Haendel,
s'épuisa longtemps en vains efforts pour le faire
rentrer en grâce; enfin, il crut avoir trouvé une
occasion favorable dans une partie de plaisir qui
devait avoir lieu sur la Tamise, et que le roi
avait promis d'honorer de sa présence. Le baron
demanda à Haendel de la musique pour cette
fête, et celui-ci composa une symphonie suivie
de divers morceaux de musique instiumentale.
Tout cela est connu dans les œuvres de Hœndel
sous le nom de Water-Music. L'orchestre était
placé dans une barque qui suivait celle du roi :
le compositeur dirigeait lui-même l'exécution.
Georges pf n'eut pas de peine à reconnaître legé-
nie de Haendel dans celte musique ; mais, quoiqu'il
eût paru satisfait, il ne parla point de l'auteur de
l'ouvrage. Le baron attendait avec impatience
une occasion favorable pour parler de sou pro-
tégé : elle se présenta lorsque le roi témoigna le
désird'entendie Geminiani exécuter les nouveaux
solos qu'il venait de publier. Craignant que ces
morceaux ne répondissent pas à l'attente de Geor-
ges Jc", si le claveciniste était inhabile, Geminiani
demanda que Haendel l'accompagnât : le roi y cod«
sentit. Lorsque Haendel se trouva en sa présence,
il lui exprima son regret de l'avoir offensé, et sa
résolution de réparer sa faute par les plus grands
lions de VArt de vérifler les dates cette indication très-
précise : Anne, ftllc de Jacques II et de Hldde , sa pre-
mière femme , née le 6 février 1664, etc. Moréri, éditions
del';40et 1759; la BjOf;rap*ie universelle àe Michaud,
et tous les grands recueils biograpliii|ues publiés en France,
donnent également cette date. Quels livres a donc consul-
tés M. Schœlcher?
(1) M. Schœlcher dit que ce fut le 1" août : il a été mal
informé.
IL4S1SDET.
181
efforts de zèle et de reconnaissance. Dès lors il
rentra en grâce, et la faveur royale se manifesta
en doublant le traitement que la reine Anne lui
avait accordé (1).
Déterminé à se fixer en Angleterre, Hœndel
rominença à céder aux instances de quelques
personnages riches et titrés, qui témoignaient le
désir de lier avec lui une connaissance intime.
Le comte de Burlington avait pour ses ouvrages
nue admiration sans bornes; il offrit au célèbre
artiste un logement dans sa maison, qui fut
accepté. Dès ce moment , Haendel put se livrer
en liberté aux inspirations de son génie. Il assis-
tait fréquemment à des soirées de musique, dont
ses compositions faisaient le principal ornement.
Quelquefois il allait à Saint-Paul, quand le ser-
vice du soir était achevé, et là il excitait l'en-
thousiasme d'une assemblée nombreuse et choi-
sie par son talent d'organisle. Après un séjour de
trois années chez le comte de Burlington, séjour
pendant lequel il composa son opérad^Amadigi,
qui fut représenté le 23 mai 1715, il reçut du.
duc de Chandos l'invitation de prendre la direc-
tion de sa chapelle, dont Pepusch avait été quel-
que temps le maître. Ce seigneur magnifique ne
ut point effrayé par les sacrifices qu'il devait
faire pour mettre à la tète de sa musique le pre-
mier compositeur du royaume, et peut-être de
l'Europe; quelles qu'aient pu être les prétentions
de Hœndel, elles furent acceptées, et l'illustre
arli.ste alla s'établir, en 1718, àCannons-Castle,
résidence du duc. Il y composa vingt grandes
antiennes pour plusieurs voix et instruments,
dont on a publié douze, lesquelles sont mises au
nombre de ses plus belles productions. C'est aussi
• pour le duc de Chandos qu'il écrivit sa pastorale
anglaise d^Acis et Galatée, sur un poème
de Gay. Cette pastorale est entièrement diffé-
|l) D'après une note de Malcolra {voyez ce nom),
M. Schœlchcr [Life of Handel, p. 41) et M. le Dr. Chry-
.sander [G.- F. Hœndel, t. I, p. 425) placent la date de
l'eiccution de l'œuvre de Ha^ndcl connue sous le nom de
/f-'ater-Music au 22 août 1715 ; mais Burney dit que l'ou-
vrage ne fut composé qu'en 1716, et Arnold a mis au litre
de son édition : The celebrated Jf^ater Miisick in Score ,
composed in the year 1716. Cette date est la bonne, car
on vient de voir que Hœndel ne rentra en grâce près de
Georges l^f qu'a l'occasion de l'esécution de quelques-uns
des solos de Geminianl, qu'il accompagna au clavecin.
Or, les lî solos pour violon avec basse continue, œuvre
1" de Geminiani, dédiés au roi, ne furent publiés qu'en
1716. 11 est vrai que le roi se rendit à Hanovre le 7 Juil-
let 1716, et ne revint en .\nglcterre qu'au mois de jan-
vier 1717; mais rien ne prouve que la fête dont il vient
d'être parlé n'a pas eu lieu avant le mois de juillet 1716.
4u reste, ces vétilles méritent à peine qu'on s'en occupe;
M. Schœlcher doit avoir eu beaucoup de temps à perdre
lorsqu'il a rempli son livre de tant de discassions sur des
choses de peu d'importance.
rente de celle qu'il avait composée h >aples.
Il est remarquable que le beau chœur de la
pièce anglaise : Behold the monster Polij-
pheme, dont l'expression d'horreur et d'ef-
froi a toujours été admirée, est tirée d'un des
douze duos de chambre de Haendel , dont les
paroles ont un sens tout différent. Indépen-
damment de ces ouvrages , et nonobstant l'ab-
sence de Haendel de l'Angleterre pendant toute
l'année 1717, à cause d'un voyage qu'il fit à Ha-
novre, à la suite du prince de Galles , ce grand
artiste a écrit de 1718 à i720 son Te Deum en
si bémol, un autre Te Deum en la , quelques-
uns de ses concertos de hautbois, une suite de
pièces pour le clavecin, et l'oratorio Esthcr,
le premier ouvrage de ce genre qui fut com-
posé sur des paroles anglaises, et qui fut
exécuté pour la première fois à Cannons-Castle,
le 29 août 1720.
Il paraît que ce fut à Hanovre, en 1717 , que
Haendel écrivit son oratorio allemand La Pas-
sion, mais qu'il ne le termina qu'à Londres; car
ce fut de cette ville que l'ouvrage fut envoyé
à Hambourg, où il fut exécuté, soit à la fin
de 1717, soit au commencement de 1718 (I).
Pendant la dernière année du séjour de Haendel
chez le duc de Chandos , la plus haute noblesse
du royaume forma ime association pour la re-
présentation des opéras italiens, au théâtre de
Hay-Market; le roi donna mille livres sterlin»
pour sa part dans la réalisation de ce plan. L'é-
tablissement prit le titre de Royal Academy of
Music, et un comité composé d'un gouverneur,
d'un vice-gouverneur, et de vingt directeurs, fut
chargé de l'administrer. On donna à Haendel la
mission de faire le choix des chanteurs. Pér-
il) Le premier. J'ai signalé au monde musical l'existence
des- manuscrits originaux de Hœndel, dans ma Beviie
musicale (t. V, p. 577-593, et t. vi, p. 169-176 1. Je les dé-
couvris à Londres en 1829, dans une maison inhabitée où
on les avait transportés, avec de vieux meubles provenant
du château de Windsor. On n'avait eu Jusqu'à cette épo-
que que de vagues notions concernant cette précieuse
colleclion. On n'y trouvait alors qu'une Passion, en alle-
mand, sur laquelle Je donnai cette note (t. V, p. 583):
a On peut aussi considérer comme un oratorio une
« Passion en allemand. Le manuscrit n'est point de la
I main de Hœndel, mais une copie qui parait, d'après la
a notation, avoir été faite dans le nord de l'Allemagne.
• Cet ouvrage est de la Jeunesse de Haendel. Le texte est
« pitoyable. » C'est cette même Passion à quatre voix et
orchestre, qui se trouve à la bibliothèque royale de Ber-
lin, sons le n" 265 b. Quant à l'autre Passion, qui est au-
jourd'hui au palais de Buckingham, et que M. .Schœlcher
y a trouvée, elle n'était pus dans la coUection de manus-
crits originaux que J'ai fait connaître en 18j9 .J'ai été tn
duit en erreur lorsque J'ai dit qu'elle a été publiée autre-
fois à Leipsick, chez Breitkopf : je ne me souviens plus où
j'ai trouvé ce renseignement.
1S2
H^NDEL
siiadé que le succès d'une telle entreprise serait
subordonné au mérite des chanteurs, Hœndel
résolut d'attacher à son spectacle les naeilleurs
artistes qu'il pourrait se procurer. Dans ce des-
sein il se rendit à Dresde, et y engagea Senesino
et la célèbre Marguerite Durantasti. Le pre-
mier opéra qu'il écrivit pour le nouveau théâtre
fut le Radamisto, dont la représentation eut lieu
dans l'hiver de 1720. Cet ouvrage fut accueilli
avec transport, eut un grand nombre de repré-
.sentalions, et donna à la nation anglaise une
haute idée des talents du compositeur. C'est ce
môme ouvrage qui, traduit en allemand, fut
joué à Hambourg, en 1721, sous le titre de
Zénobia. tlsendel était l'âme de la nouvelle en-
treprise. Cependant , presque au même moment
du succès qu'il venait d'obtenir commença contre
lui une opposition née de la violence de sou carac-
tère et du ton hautain qu'il mettait souvent dans
ses relations avec les directeurs et commissaires
de l'Académie royale. Les ennemis de Hsendel
parvinrent à faire engager comme compositeurs
IJononcini et Ariosti , en concurrence avec lui.
Chacun de ces maîtres eut ses partisans jusque
dans le sein de la commission administrative de
l'Opéra : pour les mettre d'accord, il fallut décider
qu'ils composeraient ensemble un opéra, et que
cliacun d'eux serait chargé d'un acte. Le sujet
«hoisi fut Muzio Scevola. Bononcini écrivit le
premier acte; Ariosti, le second, et HaBudel, le
troisième. Il eut fini son travail le 23 mars 1721.
Son génie fut vainqueur dans cette lutte ; mais
son orgueil s'offensa d'avoir été mis en parallèle
avec des hommes qu'il considérait avec raison
comme inférieurs à lui.
Depuis 1720 jusqu'en 1726, Haendel écrivit
dix opéras; VAlessandro, qui fut le dixième,
devint l'occasion de vives disputes qui prépa-
rèrent la ruine de l'Opéra. Les applaudissements
frénétiques accordés par le public à Senesino
avaient rendu ce chanteur hautain, même avec
Haendel, qui payait ses dédains par des empor-
tements. Dans le dessein d'humilier sa vanité,
le maître engagea pour son Alexandre la fameuse
cantatrice Faustina Bordoni , qui depuis lors de-
vint la femme du compositeur Hasse. Il ne dou-
tait pas que les succès de cette cantatrice ne di-
minuassent ceux de Senesino; mais des difficultés
qu'il n'avait pas prévues vinrent bientôt con-
trarier ses projets. Une lutte s'établit entre les
partisans de Faustina et ceux de la Cuzzoni,
autre célèbre cantatrice, qu'on applaudissait de-
puis plusieurs années; les spectateurs , les musi-
ciens, et jusau'aux directeurs de l'Opéra, se par-
tagèrent enaeux camps ennemis, et bientôt l'a-
mour-propre des deux femmes objets de cette
querelle ne connut plus de bornes. Ne doutant pas
que l'exemple de Senesino n'eût été contagieux
pour elles, Haendel proposa le renvoi de ce
chanteur aux administrateurs du théâtre, et ne
put l'obtenir. De son côté, le compositeur se re-
fusa non-seulement à écrire pour cet artiste,
mais même à conserver avec lui aucun rapport.
Le résultat inévitable de ces dissensions fut la
ruine d'un théâtre qui pendant près de neuf ans
n'avait connu que la prospérité : il fut fermé
vers la fin de 1728. Les Opéras composés par
Haendel pendant l'existence de cette entreprise
furent : Floridante, 1721; Ottone, 1722 ; Fla-
vio, \713; Giulio Cesare , 1723; Tamerlano,
\11k; Rodclinda, Il 2b ; Scipione , ll2G;Ales-
sandro, \12G;Ammeto, \727 ; Riccardo primo,
1727; Siroe, 1728; et Tolomeo, 1728.
Après la dissolution de l'association, quelques
nobles, qui s'étaient déclarés les adversaires de
Haendel, firent une nouvelle souscription pour
l'établissement d'un opéra au théâtre de Lin-
coln's Inn Fields : Senesino y fut engagé. Ce nou-
vel établissement , dirigé par un comité de douze
souscripteurs , ne laissa d'autre ressource à
Haendel que de s'associer avec un ancien direc-
teur de spectacle nommé Heidegger, pour orga-
niser un autre opéra au théâtre de Hay-Market.
L'acte d'association était fait pour trois ans. A
peine fut-il conclu , que Haendel fit un voyage
en Italie pour y engager des chanteurs. Ce qu'il
en ramena de mieux fut La Strada, cantatrice
d'un mérite très-remarquable. Le théâtre fut ou-
vert le 2 décembre 1729, par la première repré-
sentation de Lotario, opéra de Haendel. Ce
maître écrivit Partenope pour la clôture de la
saison, en 1730, et dans les années suivantes il
composa Porus, en 1 73 1 , Hzio, en 1732, Sosarnic,
dans la même année, et retoucha son Orlando
en 1733; il paraît même qu'il refit à peu près en
entier celui-ci. Ayant été informé que ses adver-
saires se proposaient d'attenter à sa propriété en
faisant exécuter son oratorio d^Esther et VAcis
et Galathée , lui-même les donna à son théâtre
en 1732. Dans l'année suivante, Haendel fit un
effort de génie en mettant au jour l'oratorio de
Deborah, l'une de ses plus belles productions.
Cet ouvrage acheva d'indisposer contre lui la
noblesse, parce qu'il augmenta le prix d'entrée
pour les soirées où l'oratorio était exécuté. C'est
aussi dans cette même année 1733 que Haendel
écrivit son oratorio Athalie, qui fut exécuté à
Oxford pendant l'été, sous sa direction, et Ariane,
opéra.
Le terme de l'association étant arrivé , Haendel
prit la résolution de se charger de l'entreprise
de l'Opéra à ses risques et périls. Pour la réali-
HJ-NDEL
1S.3
sation de ce projet, il se remit en voyage et alla
à la recherche de chanteurs. Il entendit en Italie
Farinelli et Carestini. Tous deux étaient des ar-
tistes de premier ordre; mais il y avait plus
d'entraînement dans Farinelli, plus de ce je ne
sais quoi qui est le génie de l'art et qui fait le
succès populaire : malheureusement pour les
inttTêts de Haendel, ce maître lui préféra
Carestini.
Jusque-là, ses adversaires n'avaient point eu
plus de succès que lui dans leur entreprise; s'ils
avaient des chanteurs plus aimés du public, les
compositeurs obscurs qu'ils employaient ne pou-
vaient lutter avec son génie : des deux côtés, il
y avait eu des pertes considérables. En 1734, il
proiliiisit son Ariodant, et dans l'année sui-
vante, /l?drt«. Mais enfin le spectacle rival de
Ilœndel fit l'acquisition de Porpora pour la di-
rection de la musique, et de Farinelli comme
premier chanteur ; de plus, on le transporta au
lliéàlre de Hay-Market, que Ha-ndel avait été
forcé d'abandonner, et qui avait l'avantage d'être
au centre de la ville. Obligé de se réfugier avec
ses chanteurs au petit théâtre de Lincoln's Inn
JF'ieW , Haendel reconnut bientôt l'impossibilité
de s'y soutenir en concurrence avec Farinelli et
Senesino réunis; il n'y resta que peu de temps,
abandonna son entreprise, et renonça enfin aune
lutte désastreuse qui avait ruiné sa bourse, sa
santé, et de plus avait porté atteinte à sa répu-
tation ; car on doit avouer que les opéras com-
posés par Hsendel jusqu'en 1729 sont bien su-
périeurs à ceux qu'il écrivit ensuite au milieu
des ennuis de ses disputes et des embarras de
ses spéculations. Des préoccupations de tous
genres nuisirent aux inspirations de son génie ;
d'ailleurs, l'obligation de renouveler seul le ré-
pertoire de son théâtre le fit souvent travailler
avec précipitation, et ne lui permit pas de ter-
miner ses ouvrages avec soin. La puissance de
son génie ne se retrouvait entière que dans ses
oratorios. En renonçant à son entreprise d'Opéra
italien, son caactère ferme et décidé avait cédé
à la nécessité; mais il lui restait encore quelque
espoir de soutenir la lutte à l'Opéra anglais de
Covent-Garden ; il se tourna de ce côté , et fit
avec l'entrepreneur un arrangement pour la
composition d'une Alceste, qu'il écrivit avec
rapidité, dont on fit les répétitions , les décora-
tions et les costumes, mais qui, par des circons-
tances inconnues, ne fut pas représentée. La
plus grande partie de cet ouvrage a été ensuite
adaptée à l'ode de Dryden , composition admi-
rable connue sous le nom de Alexander's feast.
Cet ouvrage fut exécuté pour la première fois le
10 février 1736. Dans la même année il donna
Atalante, opéra composé à l'occasion du ma-
riage du prince de Galles avec la duchesse de
Saxe-Gotha; il écrivit pour la môme circonstance
l'antienne connue sous le titre de Wedding An-
them, et enfin il fit représenter son Armtnio.
Près de huit années agitées par l'inquiétude et
par des soins de toutes espèces, des travaux mul-
tipliés, et le chagrin causé par la perte des ri-
chesses qu'il avait autrefois amassées, détruisirent
la santé de Haendel. On lui conseilla l'usage des
eaux de Tunbridge ; mais, au lieu d'en éprou-
ver du soulagement, ses maux s'accrurent au
point que ses facultés morales en parurent al-
térées; et pour comble de malheur, son bras droit
fut frappé de paralysie. Les médecins ne connais-
sant point de remède à cet accident, l'envoyèrent
aux bains d'Aix-la-Chapelle. Ce ne fut pas sans
peine qu'il se résolut à y aller : cependant ce
voyage lui procura tant de soulagement, que six
semaines suffirent pour lui rendre l'usage de son
bras. Au commencement de novembre 1736, il
retourna a Londres, dans un état de santé satis-
faisant, et avec l'esprit retrempé d'une nouvelle
énergie. Décidé à ne rien négliger pour regagner
la faveur publique, il fit de nouveaux efforts
dans les opéras anglais Justin et Bérénice, qu'il
écrivit pour le théâtre de Covent-Garden ; mais
le succès ne répondit pas à ses espérances. Il
était devenu évident que la musique dramatique
de Haendel avait perdu son attrait pour les An-
glais ; rien ne prouva mieux leur indifférence à
cet égard que la tentative infructueuse de quel-
ques amis.de ce grand artiste, qui voulurent pu-
blier une collection de ses ouvrages à son béné-
fice; car la souscription fut à peine suffisante
pour les frais de l'impression. Une seule exception
se fit remarquer au milieu de cet oubli relie vint
du comte de Middlesex, qui demanda à Haendel,
en 1737, Pharamond, opéra, et Alexandre
Sévère, pasticcio que Haendel traduisit ensuite
en allemand. Le comte donna au compositeur
mille livres sterling pour prix de ces parti-
tions (1). Serse, commencé le 26 décembre 1737,
fini le 6 février 1738 et représenté le 14 du même
mois; Deidamie, commencé le 27 octobre 1739,
fini le 30 novembre suivant; et Tmeneo, opéra
fini le 10 octobre de la même année, furent les
derniers ouvrages de Hœndel pour le théâtre.
Ici finit pour le grand artiste une longue suite
de tourments et de déceptions : bientôt après il
entra dans une carrière nouvelle de gloire et de
fortune.
(1) Il y a dissentiment sur ce fait entre Hawklns et
Burney ; car ce dernier assure que le comte de Middlesex
et le duc de Dorset ne se chargèrent de l'entreprise du
tlifltre que dans l'automne de î741.
184
H^NDEL
Persuadé qu'un compositeur parvenu à nn
âge qui touche à la vieillesse est moins propre
aux ouvrages dramatiques qu'à la musique
grave, Hœndel prit, en 1740 , la résolution de n'é-
crire que des oratorios, de la musique d'église et
des pièces instrumentales. Déjà il avait composé
précédemment les oratorios de Déborah, Esiher,
Israël en Egypte, et Athalle, admirables pro-
ductions du génie de ce grand liomme. S'il en
faut croire les biographes anglais, le motif prin-
cipal de la resolution que Hfendel prit d'écrire
des oratorios aurait été l'espoir d'une bonne
spéculation , parce que l'exécution de ces dra-
mes religieux pendant le carême, où tout autre
spectacle était interdit, n'occasionnait aucune
dépense pour des costumes, des décorations,
ni même pour des chanteurs renommés; car
l'exécution d'une musique simple et large, dont
l'effet était particulièrement dans les chœurs,
n'exigeait que de belles voix et une habileté or-
dinaire. Il est permis de croire en effet que des
soins de fortune ne furent point étrangers à la
direction que prit alors le talent de H<éndel;
mais on ne peut mettre en doute que son âme
d'artiste n'ait surtout éprouvé le besoin de déve-
lopper les rares facultés qu'il tenait de la nature
et de l'art pour le nouveau genre de musique
qu'il adoptait, et de mettre en œuvre son habi-
leté dans le style fugué, si bien approprié aux
compositions de cette espèce. Il s'était d'ailleurs
déterminé à introduire dans ses oratorios le con-
certo d'orgue, dont l'invention paraît lui appar-
tenir. Plus de vingt-cinq ans s'étaient écoulés
depuis le temps où il se faisait entendre à une
société choisie sur l'orgue de Saint-Paul, et de-
puis lors un petit nombre d'amis savaient seuls
qu'il n'avait point de rival en Angleterre comme
organiste , et qu'il n'y avait dans toute l'Europe
que Jean-Sébastien Bach qui l'emportât sur lui a
cet égard. Par exception cependant, le 7 et le
14 avril 1736, où il fit exécuter son oratorio
A'Esther, il avait exécuté deux concertos d'orgue
chaque soir,afin d'exciter la curiosité du public. Son
admirable talent d'exécution eut donc pour le pu-
blic anglais le mérite de la nouveauté : ce ne fut
pas une des moindres causes de l'immense suc-
cès qu'obtinrent les oratorios. Dans chaque exé-
cution d'un oratorio, il introduisait un concerto
d'orgue, presque toujours placé avant le chœur
final. C'est ainsi qu'après un air ajouté à son
oratorio italien II Trionfo del Tempo, il a écrit
ces mots sur sa partition : Segue il Concerto
per Vorgano, e poi V Alléluia.
Le 28 mars 1738, Hœndel avait donné pour
son bénéfice son oratorio Saûl, dont le produit
fut, dit on, de 800 livres sterling, et, selon Main-
waring (auteur de Mémoires sur la vie de Heen^
del), de 1,500 livres, ce qui paraît exagéré.
Saul fut suivi de l'ode pour le jour de Sainte-Cé-
cile {Ode for Santa Cecilia's day , 1739), des
sonates en trios pour deux violons ou flûtes et
violoncelle, 1739 ; de L'Allégro ed il Penseroso,
1740; de //«eneo , opéra , 1740, et de Dcidamia
opéra , même année. Ce fut surtout en 1741 que
ces séanres de musique religieuse obtinrent un
succès de vogue lorsqu'on entendit le Messie
(Messiah), considéré à juste titre comme le
chef-d'œuvre de Haendel. A l'admiration qu'ins-
pire un si bel ouvrage se joint l'étonnement lors-
qu'on se souvient que son auteur était âgé de cin-
quante-sept ans lorsqu'il l'écrivit, et que toute
la partition fut achevée dans l'espace de vingt-
quatre jours. Ces faits sont prouvés par le ma-
nuscrit original de celle sublime composition qui
existe dans la collection appartenant à la reine
d'Angleterre. Outre que la notation porte les
traces d'une rapidité prodigieuse de main , on
trouve en plusieurs endroits des dates écrites
par l'auteur, qui ne laissent aucun doute sur
l'espèce d'improvisation de ce monument de sa
gloire. Au bas de la première page sont ces
mots : Angefangen den 22 August 1741 (com-
mencé le 22 août 1741). A la fia de la première
partie, on trouve cette date : August 28, 1741.
On lit au bas de la seconde partie : September
6, 1741. Enfin, après la troisième partie, on
trouve cette souscription : Fine delV oratorio.
G.-F. Handel. September 12, 1741 ; et les der-
niers morceaux ajoutés ou changés furent ter-
minés le 14 du même mois. On a souvent cité
la facilité de quelques compositeurs modernes :
il est bien peu d'exemples qui égalent celui-là.
Haendel était si pressé par les copistes, que sa
notation est à peine formée; on a remarqué
avec raison que quatre duos italiens, précédem-
ment écrits par Haendel, ont fourni les thèmes
de quatre chœurs du Messie; ce qui ne doit
point étonner, si l'on songe à la prodigieuse ra-
pidité avec laquelle ce grand ouvrage a été com-
posé. La plupart des dates qui se trouvent sur
les divers manuscrits de Hœndel démontrent
que cette facilité de production était une qua-
lité constante de son génie.
Le duc de Devonshire, à cette époque lord
lieutenant d'Irlande, ayant invité Haendel à visi-
ter ce royaume, l'illustre compositeur entrefirit
ce voyage, et arriva à Dublin le 18 novembre
1741. Pendant l'espace de cinq mois, il y fit en-
tendre V Allegro ed il Penseroso, Acis et Gala-
tce , VOde de Dryden, Esther, Alexander'i
Feast et Vlmeneo. Le 18 avril 1742 il y donna
son admirable Messie, au bénéfice de trois ins*
HJÎNDEL
Î8i
tilutions de cliarilé. Le 23 mai suivant, il (it
exécuter son Saiil; et le 3 juin il (it entendre
une seconde fois le Messie, comme concert
d'adieu. Le 13 août il quitta Dublin, et retourna
à Londres, après un séjour de près de neuf mois
en Irlande.
A peine Ilœndel avait-il terminé le Messie,
qu'il commença un nouvel oratorio sur des mor-
ceaux choisis du Samson de Milton ; et son
travail fut d'abord très-rapide , car la fin de la
première partie est datée du 29 septembre i741 ,
conséquemment quinze jours après l'entier acliè-
vement du MeiSie. Mais le voyage de Haendel
en Irlande, et son long séjour à Dublin ne lui
permirent de terminer le Samson qu'en 1742. Le
succès de ce bel ouvrage tut des plus brillants ;
et dès lors la supériorité de Hœndel sur les autres
compositeurs devint pour les Anglais un article
de foi; dès lors aussi les oratorios attirèrent
chaque année la foule à Covent-Garden. Cepen-
dant , la rancune de la noblesse contre l'ariiste
n'était point encore apaisée : on souffrait impa-
tiemment ses succès ; et pour y mettre obstacle
on imagina d'interdire les oratorios, sous pré-
texte que toute assemblée destinée à l'amusement
devait être interdite pendant le carême. Peu
s'en fallut que la fermeté de Haendel n'échouât
encore en cette occasion ; mais enfin le peuple prit
parti pour lui, sa volonté l'emporta : les orato-
rios furent entendus chaque année, et le Messie
devint l'objet d'une admiration générale. A ses
précédents oratorios Haendel ajouta, dans l'espace
de huit ans, Sémélé , Joseph, Hercule, Bal-
ihasar, un oratorio de circonstance intitulé The
occasional oratorio, Judas Maccabée, Alexan-
dre Balus, Josué, Salomon, Susanne, Théo-
dora , le Choix d'Hercule, cantate, et Jephié.
De plus, il écrivit dans le même temps son
grand Te Dcum (en ré), plusieurs concertos
d'orgue, douze concertos de liautbois, plusieurs
concerli grossi, et beaucoup d'autres pièces.
Vers la fin de l'année 1750, Haendel s'aperçut
de l'affaiblissement de sa vue; le mal augmenta
progressivement, et avant la fin de 1751 sa cécité
fut complète. Jephté, dont le manuscrit original
appartient à la reine d'Angleterre, est le dernier
ouvrage sorti delà main de l'artiste. Il fut com-
mencé le 21 janvier 1751, et fini le 27 juillet de
la même année. Quelques additions faites à la
partition n'ont été terminées que le 30 août sui-
vant : l'écriture du compositeur est fort altérée
dans ce manuscrit; et l'on y voit que sa vue
était excessivement affaiblie. Au bas d'une des
dernières pages, il a écrit d'une main tremblante:
Swcet us sight tn the blind ( Doux comme la
Tue à l'aveugle). Les médecins lui conseillaient
l'opération de la cataracte : il hésita quelque
temps à s'y soumettre ; mais enfin il se confia
aux soins du docteur Sharp, qui tenta cette dou-
loureuse opération à plusieurs reprises et ne put
réussir. Convaincu qu'il n'y avait plus d'es-
poir pour lui de recouvrer la vue, Haendel se
soumit à son sort avec courage, et ne s'occupa
plus que du soin de se taire remplacer pour la
direction de la musique dans l'exécution annuelle
des oratorios ; Smith , son élève, et fils de son
copiste, fut l'artiste qu'il choisit pour cet emploi.
Les dernières années de Haendel s'écoulèrent
dans une vie douce et calme. Ses forces dimi-
nuèrent sensiblement au commencement de 175S;
dès lors il prévit sa fin et se résigna. La faiblesse
augmenta jusque dans les premiers mois de 1759,
et le 13 avril de cette année il s'éteignit. Des
obsèques magnifiques lui furent faites à l'abbaye
de Westminster ; l'évêque de Rochester et le
doyen de l'abbaye y officièrent, et les chœurs
réunis de Saint-Paul et de Westminster y chan-
tèrent son antienne funèbre, ainsi que plusieurs
autres morceaux de sa composition. Après le
service, il fut inhumé dans cette célèbre abbaye
de Westminster, réservée?, la sépulture des rois
d'Angleterre et de quelques grands hommes. Un
tombeau en marbre blanc, orné de la statue de
l'artiste célèbre, lui fut élevé dans le même lieu, où
il se voit encore. C'est près de ce tombeau que l'an-
niversaire de la mort de Haendel fut célébré avec
une pompe extraordinaire, dans des concerts
qui furent donnés en 1784, 1785, 1786, et 1787.
La musique exécutée dans ces concerts était
choisie dans les œuvres de Haendel. La première
année, le nombre des chanteurs et des instru-
mentistes s'élevait à 500 ; il s'accrut progressive-
ment dans les années suivantes, en sorte qu'il y
avait 616 exécutants en 1785, 741 en 1786, et
806 en 1787. Burney a publié la description
de ces grandes fêtes musicales, dans un livre de
luxe intitulé : Account of the musical perfor-
mance in comviemoration of Handel (Notice
de l'exécution musicale, en mémoire de Haendel).
Si l'on considère les voyages lointains et fré-
quents qui remplirent une partie de la vie de
Haendel, ses emplois auprès de plusieurs princes
et grands seigneurs, ses occupations multipliées
comme directeur de spectacle et des concerts,
et les embarras de tous genres qu'ils lui sus-
citèrent, on ne comprend pas qu'il ait trouvé le
temps nécessaire pour écrire l'immense quan-
tité d'ouvrages qui est sortie de sa plume; mais
telle était son activité dans le travail, qu'aucun
de ses moments n'était perdu. Dans les com-
mencements de son séjour en Angleterre, il
partageait le temps entre la composition et la
1«0
HiiNDKL
direction des concerts du duc de Riitland, du
comte (le Builinj^ton, et du duc de Chandos;
pins tard il rompit toutes ces relations, et n'en
voulut plus former d'autres. Il refusait toutes
les invitations qui lui étaient faites, et ne sor-
tait de chez lui que pour l'exercice de ses fonc-
tions comme directeur de spectacle, comme chef
d'orchestre, ou comme maître de musique de
la famille royale. Toute visite lui était importune;
et il n'admettait près de lui que trois amis in-
times, les seuls à pourprés qu'on lui connût, à sa-
voir Smith, son élève, un peintre nominé Goupy,
cl Jlurter, teinturier en écarlarte. On ne lui connut
d'affection pour aucune femme; et il vécut dans
le célihat le plus rigoureux. Incessamment livré
au travail, il composait et écrivait ses pensées
avec une rapidité qui tenait du prodige, ou jouait
du clavecin. Celui dont il se servait était un ins-
trument deRuckers, dont il avait usé le clavier
de telle sorte, que les touches étaient creusées
comme des cuillers. Le seul goût étranger à la
musique qu'on lui ait connu était celui de la pein-
ture; il possédait quelques bons tableaux, et il
ne manquait jamais d'aller voir ceux qu'on ex-
posait en vente.
Également ennemi de la parcimonie et de la
prodigalité, Hiiendel avait réglé sa dépense en
proportion de son revenu. La portion fixe de ce
revenu consistait en six cents livres sterling,
dont deux cents lui étaient accordées par la reine
Anne, deux cents par le roi Georges [", et le
reste lui était payé comme maître de musique
des princesses. L'autre portion de son revenu
était précaire et dépendait surtout du produit du
théâtre ou des concerts; caria vente de ses ou-
vrages n'eut presque jamais de résultat avanta-
geux que jiour le marchand de musique qui en
élait l'éditeur. A l'époque de sa brouillerie avec
la noblesse, il possédait dix mille livres sterling;
les désastres de ses entreprises de théâtre absor-
bèrent non-seulement cette sommejusqu'au der-
nier sche'ling, mais obligèrent Haendel à sous-
crire des billets aux acteurs de son Opéra, pour
les sommes considérables qu'il leur devait. Ces
artistes quittèrent l'Angleterre, n'emportant que
la promesse qu'ils seraient payés : ils le furent
en effet plus tard, lorsque les bénéfices consi-
dérables qu'il fit dans ses concerts spirituels
eurent procuré au célèbre musicien les moyens
de se libérer. Ces concerts produisaient an-
nuellement à Hœndel environ deux mille livres
sterling de revenu. A sa mort il légua mille gui-
nées à l'hospice des enfants trouvés, et environ
cinq cent mille francs à ses pauvres parents
d'Allemagne.
A l'exception de quelques études latines que
llœndel avait faites dans son enfance, son édu-
cation avait été négligée; il ne savait bien que
la musique et la langue italienne. Un long séjour
en Angleterre lui avait donné assez d'habitude
de l'anglais pour sentir les beautés des poètes et
pour les bien exprimer; mais il prononça tou-
jours les mots de cette langue avec l'accent alle-
mand. Dans sa conversation, il mêlait souvent
les idiomes des diverses contrées où il avait ré-
sidé, surtout lorsqu'il était animé ou ému par
la colère, ce qui donnait à son langage l'air le
plus étrange, et parfois le plus comique.
Deux grands défauts ternissaienU'éclat qui le-
jaillissait sur lui des productions de son génie.
Le premier était une violence de caractère, un
emportement qui ne connaissait point de bornes;
le second, une intempérance qui le faisait souvent
s'abandonner aux excès les plus condamnables.
Dans les accès de sa colère, il était capable de
se porter aux dernières extrémités : c'est ainsi
que, dans un mouvement de fureur contre la
cantatrice Cuzzoni, qui refusait de chanter l'air :
Fulsa imagine, de son opéra d'Othon, il la
prit dans ses bras, et la menaça de la jeter par
la fenêtre si elle persistait dans son refus. Quel-
quefois ses emportements avaient un côté plai-
sant : on cite à ce sujet l'aventure suivante.
Le D. Morell, poète d'opéra qui arrangeait ses
livrets, osa un jour lui faire remarquer qu'un
passage de sa musique n'était pas en harmonie
avec le sens de ses paroles : au lieu de pren-
dre cette remarque en considération, Haendel,
pâle de colère, s'écria : Voulez-vous m^ap-
premdre mon art? Ma musique est bonne,
elle est excellente ; ce sont vos paroles qui ne
valent pas le diable! puis, se mettant au clave-
cin et frappant le clavier de toute sa force : La
voilà, ma musique ! Je vous répète qu'elle est
bonne, excellente, parfaite! Allez-vous-en
faire des paroles sur ma musique! De telles
habitudes auraient dû, ce semble, contracter les
traits de son visage, et leur donner un caractère
dur; mais il n^en était point ainsi. Sa figure était
belle et noble j sa taille était élevée ; il avait beau-
coup d'embonpoint ; sa démarche était lourde et
sans grâce ; mais lorsque rien ne l'agitait, son exté-
rieur annonçait de la douceur et de la tranquillité.
La plupart des portraits qu'on a de lui manquent
de ressemblance; ils sont en grand nombre. Les
plus connus ont été gravés ; fparJ.-G. Wolfgang,
gr. in-fol., à Berlin; 2" par Houbraken, in-fol.,
3'' par Faber, d'après Hudson, in-fol.; 4° par Sch-
midt, d'après le même, in-fol.; 5° par Rebecca, d'a-
près le même, in-4'';6'' par Grignon, pour l'his-
toire de la musique de Hawkins ; 7° par Rolfsen,
pour la viede Hœndel parMattheson ; par Henné,
1I.4^,1SDEL
187
d'après Barldozzi, pour la de-ci ipUon des fêtes
musicales de Westminster, de Burney ; 9" par
Hardy, gr. iii-fol., pour une collection de dix-
liuit airs de Haendel, publiée à Londres en 1790;
10° par Handings, d'après Denner, pour les
Anecdotes sur Hœndel et sur Smith, publiées à
Londres en 1799, gr. in-4'' : celui-ci paraît être
le plus ressemblant.
Le caractère dominant du talent de Ilœndel
est la grandeur, l'élévation, la solennité des idées.
Autour de cette qualité, qu'il a portée jusqu'au
sublime, se groupent d'autres genres de mérites
secondaires, qui font de plusieurs de ses ouvrages
des modèles de perfection en leur genre. Ainsi,
la modulation, quoique souvent ricbe, inatten-
due, est toujours douce et naturelle ; ainsi, l'art
(le disposer les voix et de les faire chanter sans
effort paraît lui avoir été aussi facile qu'aux
maîtres italiens de la bonne école, quoique la
contexture serrée de son harmonie présentât des
obstacles à cette facilité. On a accusé Haendel de
manquer de mélodie : cette critique ne me pa-
rait pas fondée. C'est de la mélodie, et de la mé-
lodie des plus suaves que celle de quelques airs
de Radamiste, A'Othon, de Renaud, de Rode-
linde, et de plusieurs autres opéras de Haendel,
mais de la mélodie qu'on ne peut apprécier qu'en
se plaçant à un certain point de vue pour aper-
cevoir tout ce qu'il y a de profond et d'expressif
dans ses accents. C'est aussi de la mélodie qu'on
trouve dans plusieurs pièces de ses suites de
clavecin, mais de la mélodie environnée de dé-
tails si riches, qu'elle ne peut être sentie que par
une oreille exercée et délicate. C'est surtout dans
les chœurs que Haendel est incomparable pour
lagrandeurdustyle, la netteté des pensées, et la
|)iogression de l'intérêt. L'effet de ces morceaux,
dont le plus grand nombre n'est accompagné
que par des violons, des violes et des basses, est
immense et accuse des proportions colossales.
Telle est même la puissance de ces chœurs, que,
loin d'y ajouter par le luxe de l'instrumentation
moderne, on ne pourrait que l'affaiblir. Mozart,
cet homme dont le sentiment musical fut une
des merveilles de la nature, Mozart, dis-je, avait
bien compris cette difficulté o'angmenter l'effet
des chœurs de Haendel ; car, après avoir ajouté
des parties d'instruments à vent au Messie, il
disait qu'il n'avait réussi à colorer que les airs.
Beethoven, si riche et si puissant dans les efiets
de ses compositions, se prosternait aussi devant
le grandiose de Haendel, et avouait que la sim-
plicité de ses moyens était une véritable magie.
Deux hommes sortis de la même école furent
en présence dans la première moitié du dix-hui-
tième siècle ; ils furent les géants de la musique
de leur époque : ces deux hommes sont Hœndel
et Jean-Sébastien Bach. On a souvent essayé de
les comparer, dans le but de donner la palme à
l'un ou à l'autre ; il me semble qu'ils ont été tous
deux mal appréciés. A l'exception de quelques for-
mes de style, inhérentes à l'époque où ils vécurent,
les routes qu'ils suivirent et les qualités de leur
génie sont absolument différentes. Point d'analogie
dans le but qu'ils se proposèrent; point de rap-
port exact dans leurs travaux ; donc point de
vainqueur ni de vaincu. Toutefois, l'appréciation
parallèle de ces deux grands artistes n'est point
sans intérêt pour l'histoire de l'art, car elle est
de nature à faire comprendre par combien de voies
différentes l'homme de génie peut fournir une
noble et belle carrière.
L'éclat des succès de Haendel fut basé pendant
près de trente ans sur des productions de musi-
que dramatique plus que sur d'autres ouvrages ;
J.-S. Bach n'a point écrit pour le théâtre : il n'y
a donc pas d'analogie entre eux sur ce point ;
mais tous deux ont écrit de la musique d'église,
des oratorios, des cantates, de la musique ins-
trumentale ; tous deux ont été de grands orga-
nistes, et ont composé pour l'orgue et le cla-
•vecin : voyons .ce qui les distingue dans ces
choses, par la direction qu'ils ont prise.
Haendel, incessamment placé en évidence, dé-
sirant et recherchant la faveur publique, et s'a-
dressant à des assemblées nombreuses, qu'il fal-
lait émouvoir, a dû s'occuper des moyens qui
pouvaient le mieux atteindre ce but. Soit que
la nature l'eût doué originairement des qualités
qui pouvaient y conduire plus sûrement, soit que
ces qualités aient été le résultat de l'art et de
l'observation, il est certain qu'il y arriva princi-
palement par la netteté delà pensée et par la sim-
plicité des moyens, évitant toute complication qui
aurait pu nuire à une facile perception, chez un
peuple dont l'éducation musicaleétait peu avancée.
C'est aussi par les mêmes motifs que s'il y a dans
ses compositions richesse et variété de motifs, il
y a uniformité dans la manière de les traiter. Ou-
vrez tous les opéras, tous les oratorios de Haen-
del, vour y verrez une imagination féconde dans
la production des motifs, mais une instrumenta-
tion presque partout la môme, et des formes
identiques dans toutes les circonstances analo-
gues. Nul doute que ce ne fût ainsi qu'il fallait
faire pour que l'attention ne fût pas distraite des
beautés fondamentales qui rendent ces grandes
compositions impérissables; mais enfin on ne
peut nier que Haendel ne soit tombé dans la for-
mule à cet égard. La musique d'église de ce
giand homme a été aussi écrite pour des occa-
sions doont'es et toujours solenn. 'Iles; 'es mêmes
188
HvCNDEL
coni] liions se retrouvaient donc dans ses com-
positions de cette espèce, parce que les circons-
tances étaient semblables.
Bach, organisé sans doute d'autre manière,
s'est trouvé aussi pendant toute sa vie dans «ne
situation absolument différente. Vivant presque
toujours isolé, dans de petites villes, et dans les
fonctions modestes d'organiste ou de maître d'é-
cole, l'art n'exista pour lui qu'en lui seul. N'ayant
point d'auditoire, point d'appétit de fortune, il ne
travailla que pour se plaire, et la récompense de
ce qu'il fit pour l'art ne se trouva que dans l'art
lui-même. Son âme chaleureuse et son vaste
cerveau purent concevoir à loisir d'immenses
combinaisons dominées par de grandes pensées,
sans s'inquiéter de l'effet extérieur et de l'opi-
nion d'une assemblée. Rien de tout ce qu'il fai-
sait n'était destiné à voir le jour; du moins l'ar-
tiste le croyait. Chaque création de son génie al-
lait prendre place dans une armoire quand elle
était achevée; elle était suivie d'une création
nouvelle. Point d'entraves donc; point de consi-
dération du succès; point de formules. De laces
hardiesses inouïes et ces inventions qui débordent
dans sa Passion, dans sa messe en si mineur,
dans les psaumes, et dans plus de cent cantates ■
ornées d'instrumentations toutes originales. De
là, dis-je, ces trésors d'imagination qui n'ont été
tirés de l'oubli que plus d'un demi-siècle après
la mort de leur auteur.
Mais par cela même que Bach n'a point sou-
mis sa musique d'église, ses oratorios, ses can-
tates, ses plus belles compositions instrumentales
à l'effet de l'exécution devant de nombreuses
assemblées; par cela même- qu'il n'a été connu
de ses contemporains que comme le plus grand
organiste de son temps, ses inventions, si hardies,
si multipliées, n'ont point exercé d'influence sur
l'art de son époque ; et lorsqu'elles ont été con-
nues, les transformations que cet art avait éprou-
vées depuis environ soixante-dix ans étaient telles,
qu'il ne s'est plus trouvé qu'un petit nombre d'hom-
mes assez éclairés pour apprécier ces œuvres sin-
gulières, qui se présentent à nous comme des
abstractions sublimes plutôt que comme des mo-
numents de l'histoire de l'art. Haendel représente
une époque de cette histoire: il en est l'expression
réalisée dans l'ordre le plus élevé; Bach a été au
delà; par un effet de la plus vaste conception, il
s'est affranchi de toute formule; il a conçu dans
ses ouvrages la variété infinie des formes ; et ces
formes incessamment modifiées ne sont que les
accessoires d'une pensée grande et forte qui do-
mine tout. Mais ces orchestres doubles ou triples,
ces deux ou trois chœurs , qui ont tous des
desseins différents, offrent à l'attention une si
grande complication d'éléments divers, que l'es-
prit en est comme accablé. Un mûr examen fait
découvrir le lien qui unit tous ces éléments et
les dirige vers le but ; mais où trouver une po-
pulation douée de l'attention nécessaire, et ca-
pable de faire un effort continu d'intelligence
pour comprendre une telle musique?
En résumant ce qui vient d'être dit, on voit
que Haendel se dislingue par la netteté de la
pensée, Bach par la profondeur; Haendel est
grand par sa simplicité, Bach par ses combi-
naisons complexes. Tous deux sont doués d'ua
vif sentiment du beau; mais ce sentiment se
manifeste chez eux dans des ordres d'idées abso-
lument différents.
Il était entre eux une autre différence; mais
celle-ci était tout à l'avantage de Bach. Tout ce
qu'on sait de la vie de Haendel démontre que la
musique tout entière, se résumait dans son es-
prit en ses propres ouvrages. 11 ne s'occupait
guère des travaux des autres compositeurs de
son temps, à moins que ce ne fût dans une vue
de critique, et ne paraissait aimer l'art que pour
la gloire et pour les autres avantages qu'il en re-
cevait. Il n'en était pas ainsi de Bach : admirateur
passionné de tout ce qui était beau, il recherchait
avec empressement les artistes distingués, et ren-
dait une justice impartiale à leur mérite. On sait
qu'il se rendit inutilement plusieurs fois à Halle
pour y voir et entendre Haendel, aux différentes
époques où celui-ci visita l'Allemagne, tandis que
Haendel n'a jamais manifesté le désir de con-
naître Bach , que la renommée lui signalait
comme son rival le plus redoutable sur l'orgue.
Les œuvres de Haendel se divisent en cinq
classes , qui sont : i° les opéras ; 2° les orato-
rios; 3° la musique d'église; 4° la musique de
concert el de chambre ; 5" la musique d'orgue
et de clavecin. La liste suivante de ces produc-
tions est la plus complète qu'on connaisse.
L Opéras allemanus : i° Almira; à Ham-
bourg, 1704.-2° Néron; ibid., 1705. — 3" Flo-
rindo; ibid., 1708. — 4° Daphnc; ibid., 1708.
— 5° Thesxus; Londres, 1711. — 6" Amadis;
ibid., 1715.
7° Admète; ibid., 1727. —
8° Alexandre Sévère, pasticcio tiré des œuvres
de l'auteur. — H. Opéras italiens : — 9° Bo-
drigo; à Florence, 1708. — 10° Agrippina;
Venise, 1709. — 11° Aci, Galatea ePoUfemo ,
pastorale; Naples, 1710. — 12" Rinaldo; Lon-
dres, joué le 24 février 1711. — 13» Pastor
fldo , ibid. , le 22 novembre 1712. — 14° Teseo,
le 10 décembre 1713. — 15° Amadigi, le 25
mai 1715. Cet opéra est le même, sauf quelques
changements, que VAmadis en allemand. Un
manuscrit origin la de lapartition de cet ou-
IL^NDEL
189
\iage se trouvait en 1844 chez MM. Kalkin et
Budil, à Londres. M. Rimbault, dont les grandes
connaissances musicales sont connues (voyez ce
nom), a constaté l'authenticité de ce manuscrit
pur une note annexée à cette précieuse relique.
- 16° Radamisto; ibid., le 27 avril, 1720. —
17"* Muzio Sccvola. La partition originale porte
a date du 23 mars 1721. — 18° Floridantc i au
mois de décembre 1721. — 19" Ottone; Lon-
dres, 1722. — la" Flavio ; ibid., mai 1723.
— 1\°Ghaio Cesore; ibid., 1723. —22° Ta-
merlanoj ibid., commencé le 3 juillet 1724 , (ini
le 23 du même mois. — 23° Rodelindaj Londres ,
achevé le 30 janvier 1725. — 24° Sc/j5ione,- ibid ,
(ini le 2 mars 1726. — 25° Alessandro ^\h\i\. ,
achevé le 11 avril 1726. — 26° ^mme<o; 1727. —
270 Riccardo- ibid., achevé le 16 mars 1727.
— 28° Siroe; ibid., représenté le 5 février 1728.
— 29° Tolomeo; ibid., lini le 19 avril 1728. —
30° Lotario ; ibid., représenté le 2 décembre
1729. — 31°/'G/-^enope;ibid., fini le 12 février
1730. — 32° Poro ,• ibid., fini le"l6 janvier 1731.
— 33" Sosarme; ibid., fini le 4 février 1732. —
34° Orlando; ibid., fini le 20 novembre 1732.
— 35° .Ê':;/»,- ibid., 1733. — 36Mnana;ibid., fini
le 5 novembre 1733. — 37° Tito, fini au com-
mencement de 1734; non représenté. — III.Opé-
FAS ANGLAIS : 38° Alccste ; Londres, 1734. —
39° Ariodmit; ibid., achevé le 24 octobre 1734.
— 40° Alclne; ibid., représenté le S avril 1735.
— 41° Atalante; ibid., fini le 22 avril 1736.
— 42° Arminius, fini le 3 octobre 1736. —
43° Justin; ibid., commencé le 14 août 1736,
fini le 7 septembre de la même année. —
44° Bérénice; ibid., commencé le 18 décembre
1736, fini le 18 janvier 1738. — 45° Phara-
mond; ibid., commencé le 15 novembre 1737,
fini le 24 décembre de la même année. —
46° Xercès, commencé le 26 décembre 1737, fini
le 6 février 1738 ; représenté le 14 du même mois.
— 47° Alexandre Sévère (différent de l'opéra
allemand), mars 1738. — 48» Deidamie, pastic-
cio avec des morceaux nouveaux , commencé le
27 octobre 1730, fini le 30 novembre .suivant. —
40° L'Allégro, il Penseroso ed il Moderato ,
opéra allégorique, commencé le 19 janvier 1740 ,
fini le 4 février suivant. — 50° Le Parnasse
en fête, intermède, 1734. — b\° Imeneo, pas-
ticcio, fini le 10 octobre 1740. — 52° Acis and
Galathea, pour le duc de Chandos, 1719. —
IV. Oratorios : 53° Passion, en allemand y de
la jeunesse de Haendel. Le manuscrit de cet
ouvrage, qui n'est point de la main de Haen-
del , se trouve dans la collection de la reine d'An-
plelerro. On en trouve une copie à la Biblio-
thèque royale de Berlin. — 54° Il Trionfo del
Tempo; Florence, 1707. — àh" La Resurrezio-
ne, fini à Rome, pour lejourde Pâques, le 11 avril
1708. — 56° Esther, chez le duc de Chandos, le
20 août 1720 (sur des paroles anglaises). — 57°
Deborah (sur des paroles anglaises); Londres,
1733. — b%° Athalie; idem, ibid., 1735. — 59° /s-
rael en Egypte; idem, ibid., 1738 60° tiaixl ;
idem, ibid., 1738. — 61° Le Messie ;\(]cm, ibid.,
commencé le 22 août 1741, fini le 14 septembre
suivant. — 62° Samson; idem, ibid. , fini le 12
octobre 1742. On dit dans plusieurs notices sur
la vie de Haendel que cet ouvrage fut écrit par
Smith, sous la dictée de l'auteur, après que ce-
lui-ci eut été frappé de cécité : mais c'est une
erreur, car Haendel ne perdit la vue qu'en 1751.
Son manuscrit original, signé par lui, existe
dans la collection de la reine d'Angleterre. —
63° Sdmélé; idem, ibid., commencé le 3 juin
1743, fini le4 juillet suivant. Cet ouvrage n'est
point un oratorio à proprement parler : c'est
plutôt une cantate dramatique. — 64° Joseph;
idem, ibid. , 1743. — 65° Hercule; idem, ibid.,
commencé le 19 juillet 1744, achevé le 17 août
suivant. — 66° Balthazar ; idem, ibid., com-
mencé le 23 août 1744, exécuté le 23 septembre
delamême année. — &T^ Occasional Oratorio;
idem, ibid., 1745. Cet ouvrage fut exécuté à
l'occasion de la victoire de Cidioden ; c'est delà
que lui vint son titre. — 68° Judas Machabée;
idem, ibid., commencé le 19 juillet, fini le 11
août suivant. — 69° Alexandre Balus; idem,
ibid., commencé le 1'^'' juin 1747, fini le 30 du
même mois, exécuté le 4 juillet suivant. -=-
70° /o5we;idem, ibid., commencé le 19 juillet
1747, fini le 18 aoiit suivant. — 71° Suzanne;
idem, ibid., belle composition peu connue, com-
mencée le 11 juillet 1748, achevée le 9 août de
la même année. — 72° Salomon; idem, ihid.,
1748. — 73° Theodora; idem, ibid., commencé
le 24 juin 1849, lini le 17 juillet suivant, exécuté
le 27 du même mois. — 74° Le Triomphe du
temps et de la vérité, traduit de l'italien, avec
quelques changements; idem, ibid., 1750. —
76° Jephté, dernier ouvrage sorti de la main de
Hœndel, commencé le 23 janvier 1751 , fini le
17 juillet de la môme année. — V. Musique
d'église : 76° Environ soixante Motets alle-
mands et cantates religieuses, composés à Halle,
depuis l'âge de seize ans jusqu'à celui de dix-
neuf. Il existe vingt-trois de ces morceaux à
deux, trois, quatre et cinq voix , avec deux vio-
lons et orgue, dans la collection de la reine
d'Angleterre ; les manuscrits n'ont point de date.
— 77° Laudate pueri, à quatre voix et or-
chestre, écrit à Rome, et achevé le 8 juillet
1707, — 78° Dixit, à cinq (en sol mineur), fi.ii
tno
H^NDEL
à Rome, le 4 avril 1707. — 79° Messe à quatre
voix, 2 violons , 2 liautbois, alto et orgue , écrite
à Napics en 1710. — 80° Te Deum (en re)
composé pour la paix d'Utrecht, et exécuté à
Sainl-Paul en 1714. — 81" Jiihilate , grand
motet à 4 voix et orchestre, composé pour la
même circonstance. — 82» Plusieurs antiennes
anglaises à 3, 4 , 5 voix et orgue , pour le ser-
vice de la chapelle du roi Georges 1"' , à Lon-
dres , en 1717.-83° Douze grandes antiennes
anglaises à 4 voix et orchestre, composées en
1719 et 1720 pour la chapelle du duc de
Chandos, gravées à Londres en partition. —
84° Grande antienne du couronnement de Geor-
ges I*^"" (A/y Heart is inditing). — 85° Autre
grande antienne {The King shall rejoice), pour
la môme circonstance. — 86° Autre antienne
(Let Ihy hand be sirengihen'd) pour la
môme circonstance. -^ 87° Autre grande an-
tienne ( Zadok, the p?iest ) pour la même cir-
constance. — 88° Antienne pour le couronne-
ment du roi Georges II , à quatre voix , orgue et
orchestre, composée en 1727. ~ iil9° Antienne
ou cantate funéraire pour la mort de la reine Ca-
roline, à 4 voix et orchestre. Tune des plus
considérables compositions de Haendel, écrite en
1737. — 90° Antienne nuptiale (Wedding Aîi-
them ) pour le mariage du prince de Galles , père.
de Georges HI, à quatre voix etorciiestre, grande
et belle composition. — 91° Te Deum (en si
bémol), à 4 voix et orchestre, gravé en parti-
tion dans la collection d'Arnold. — 92° Te Deum
(en la), à 4 voix et orchestre ( dans la même
collection). — 93° Te Deum (en re) bref, à
4 voix et orchestre (dans la même collection ).
— 94° Grand Te Deum à 4 voix et orchestre ,
connu sous le nom de Te Deum de Detiingen,
parce qu'il a été composé et exécuté à l'occasion
de la bataille de Dettingeu, gagnée en 1743 par
les Autrichiens et les Anglais, réunis sous le
commandement de Georges H. Ce Te Deum
est célèbre. — 95° Antienne de Dettingen , à 5
voix et orgue, composé pour la même circons-
tance. — 96» Grand Jubilate précédé et suivi
de symphonies , pour la même circonstance. —
97° Psaumes allemands, à quatre voix et or-
chestre, écrits à Hambourg de 1703 à 1709 , et
publiés en 3 volumes in-fol., dans cette ville ,
chez Christiani, savoir : 1» Lobsinget Gott ,
ihr Enge.l des Herrn; 2° Kommt, Herr, lasst
unssingen unserm Gott; 3° So voie der Hlrsch
nach Labung lechzt; 4» Der her ist mein
Licht ; 5° Herr, mach' dich auf; 6° Erbarme
meiner dich, o Gott; 7° Mein Lied singet
laut. — Vf. Musique de concert et de chambre :
98° Beaucoup d'airs détachés et de cantates avec
orchestre, sur des paroles allemandes, composés
à Hambourg, depuis 1703 jusqu'en 1708. La
plupart de ces morceaux, qui n'ont jamais été
publiés, se trouvent dans la collection des ma-
nuscrits originaux de Haendel appartenant à la
reine d'Angleterre. — 99° Environ deux cents
cantates avec accompagnement de clavecin ,
composées pour le service de la cour de Hanovre,
depuis 1711 jusqu'en 1713. — 100° Une suite de
duos à deux voix avec basse continue, composés
pour l'électrice de Hanovre. Ces duos ont été
publiés à Londres en 1714, par Walsh, et ont
été reproduits avec un choix de cantates, en
deux volumes , par Arnold , dans sa grande
collection des œuvres de Haendel. — 101° Ode
à la reine Anne, à quatre voix et orchestre,
écrite an mois de décembre 1713. — 102° Wa-
ter Music, suite de diverses pièces instrumentales
composées pour une fête sur la Tamise donnée
au roi Georges I*'. — 103° Fire Music, suite
de pièces instrumentales composées pour un feu
d'artilice , à l'occasion de la bataille de Dettin-
gen. — 104° La Fe'te d'Alexandre, grande
cantate à quatre voix et orchestre, mal à propos
considérée en France comme un oratorio. —
105° Sonates en trios pour deux violons , et vio-
loncelle, ou deux hautbois et basse continue,
souvent réimprimées, deux suites. — 106° Can-
tates à trois voix et basse continue. Plusieurs
éditions en un volume in-fol. — 107° Douze
grands concertos pour quatre violons, 2 vio-
les, violoncelle et basse continue pour clave-
cin ou orgue; plusieurs éditions. — 108° Sym-
phonie concertante pour divers instruments,
publiée par Arnold dans sa collection. —
109° Douze concertos pour hautbois et or-
chestre; plusieurs éditions. — 110° Douze so-
los pour flûte allemande et basse continue , com-
posés pour le prince de Galles. — VIL Musique
d'orgue et de clavecin : 111° Leçons pour le
clavecin composées de pièces de différents gen-
res; trois suites souvent publiées en Angleterre,
en France et en Allemagne. Ces compositions
sont du plus beau style, et ne peuvent être mises
en parallèle qu'avec les pièces du même genre
composées par J.-S. Bach. — 112° Six fugues
pour le clavecin, différentes de celles qui se
trouvent dans les suites , publiées par Arnold.
Elles ont été aussi publiées comme fugues pour
l'orgue, avec le numéro d'œuvre 3 — 113° Dix-
huit concertos pour l'orgue, divisés en trois suites,
dont la troisième a été publiée pour la première
fois en 1797. Ces concertos ne sont pas dans le
grand style de l'orgue ; Hœudel ne les a com-
posés que pour plaire au public , et l'attirer aux
oratorios. La troisième suite de l'édition pu-
HyENDEL
191
bliée par Walsli est donnée comme deuxième
suite dans l'édition des œuvres complètes d'Ar-
nold.
Tel est l'ensemble prodigieux d'ouvrages sor-
tis de la plume de Hœndel : presque toutes ces
compositions sont de grandes dimensions, et l'on
conçoit à peine qu'un seul liomme ait pu suffire
au travail matériel qu'elles ont exigé. On a fait
plusieurs éditions de presque toutes ces produc-
tions. Les plus importantes sont les premières
éditions anglaises publiées par "Walsh , Meare et
Ciuer, où se trouvent les opéras italiens et an-
glais représentés à Londres, les oratorios, les
cantates italiennes , les Te Deum , Jubilate et
grandes antiennes, et les pièces d'orgue. Ces
éditions ne sont pas belles; mais elles ont le mé-
rite de la correction. Le roi Georges III, qui
n'aimait ou plutôt ne connaissait que la mu-
sique de H.Tendel, voulut élever un monument à
la gloire de ce grand artiste, dans une édition
complète de ses oeuvres, exécutée avec beaucoup
de luxe typographique; Arnold (voy. ce nom)
fut chargé de la direction de cette entreprise, et
le roi lui confia les manuscrits autographes de
Haendel qu'il avait acquis à l'époque de sa mort;
mais Arnold ne justifia ni la confiance du prince
ni l'atlente des amateurs , car son édition est
remplie de fautes. Il n'a pas profité des ressour-
ces que lui offraient les manuscrits originaux
pour les variantes; et s'il a publié quelques ou-
vrages qui n'avaient point vu le jour pendant la
vie de l'auteur ( par exemple l'oratorio de la lié-
surrection), il y a laissé plus de fautes encore
que dans les copies des anciennes éditions. De
là vient que les partitions de Haendel publiées
par Walsh sont aujourd'hui plus recherchées
par les connaisseurs que la collection d'Arnold ,
dont les exemplaires étaient originairement co-
tés à un prix fort élevé , surtout en grand pa-
pier. Cette collection, d'ailleurs, n'a pas été
achevée : on y trouve tous les oratorios , à l'ex-
ception de la Passion, en allemand, formant
21 volumes in-fol. , cinq Te Deum, l'antienne
et le Jubilate de Dettingen , les grandes an-
tiennes du duc de Chandos, les antiennes des
couronnements de Georges l^"" et de Georges II ,
l'antienne funéraire de la reine Caroline, et
l'antienne nuptiale, en 17 volumes. La Fe'te
d'Alexandre, Water Music, Fire Music, les
douze grands concertos , la symphonie concer-
tante, les concertos de hautbois, les trois suites
de concertos d'orgue , les suites et les fugues de
clavecin, les solos de flûte allemande, l'ode à
la reine Anne, une musique de ballet intitulée
Mask, les duos de chambre à 2 voix et le.s can-
tates en trios, 18 volumes; mais Sosarmes, Acis
, mais il n'y a pas eu de souscri|iteurs
suffisant pour continuer l'entre-
et Galathée, Thésée, Jules César, L'Allégro,
et Agrippine, sont les seuls opéras qu'Arnold
a publiés. Une belle et correcte édition a été en-
treprise vers 1835, par une société d'artistes
distingués, au nombre desquels on remarque
MM. W. S. Bennet, Macfairren, Mcndelsolin,
Moscheles, Riinbault, etc. Il en a été publié douze
volumes, dont Israël, Esther, le Messie, Bel-
shazzar, Samson, Judas Machabée, SaiU, les
antiennes du couronnement et de Dettingen,
L'Allégro, Vode de Dryden , et Acis et Gala-
thée
en nombre
prise.
Le Te Deum de la paix d'Utreclit a paru à
Leipsick , chez Schwickert, en 1783, par les
soins du maître de chapelle Hiller. Mozart a ajouté
des instruments à vent au Messie , avec un texte
allemand , et la partition , ainsi arrangée , a paru
à Leipsick , chez Breitkopf et Hœrlel. M. Gasse
a publié à Paris, en 1827, une partition du même
oratorio avec l'instrumentation de Haendel , le
texte anglais , ime traduction française et un ac-
compagnement de piano. Adrien, chanteur de
l'Opéra de Paris, a placé un texte latin sur le
même ouvrage; la partition manuscrite avec ce
texte existe à la bibliothèque du Conservatoire.
Choron a fait graver, en 1826, les parties de
chœur séparées, avec celle version. Le même
éditeur a publié ensuite les oratorios de Sam-
son, û'Athalie et La Fe'te d'Alexandre avec une
traduction italienne et un accompagnement de
piano. Les oratorios de Josué , Israël en
Egypte, Judas Machabée, Samson, Saiil ,
Athalie et Jephté ont été publiés à Berlin , à
Francfort , à "Vienne et à Bonn , avec des textes
allemands, en grande partition et en partition
pour le piano. Breitkopf et Haertel, de Leipsick ,
ont donné une édition du 100^ psaume [Jauch-
zedem Herrn), à 4 voix et orchestre. L'an-
tienne du couronnement de Georges II et le Te
Deum de Dettingen, avec des traductions alle-
mandes et un accompagnement de piano, ont
aussi paru à Bonn et à Berlin. A l'égard des
suites de pièces de clavecin et des fugues pour
le même instrument, il en a été fait plusieurs
é-ditions anciennes et modernes à Paris , Zurich ,
Leipsick, Vienne et Berlin.
Les oratorios de Haendel sont exécutés chaque
année dans les festivals des musiques en Angle-
terre, et sont aussi choisis souvent pour les
fêtes musicales de l'Allemagne. En 1834, Deborah
a été entendu à la fête d'Aix-la-Chapelle; M. Fer-
dinand Hiller {voy. ce nom ) a ajouté pour cette
solennité des parties d'instruments à vent à la
partition originale.
192
H/ENDEL
Farmi les notices biographiques de Hiiendel
qui ont été publiées, on distingue, comme la
première en date , celle que Mattlseson a donnée
dans ses Fondements d'un arc de triomphe
où se trouvent la vie, les œuvres et le mérite j
des plus habiles viaûres de chapelle, etc.
(Grundlage einer Elirenpforte, etc.), pages 93-101,
d'après ses propres souvenirs et sa correspon-
dance. Celles dont les titres suivent : 1" Me-
moirs of ihe Uve of the laie G.-F. Hœndel ,
Londres, 1760, in-8°. Cette notice a été écrite,
d'après des renseignements fournis par Smilli, par
le révérend John Mainwaring, du collège de Saint-
Jean, à Cambridge. — 2" Geor.-Friederich Hxn-
dels Lebensbeschreibung , nebst einem Ver-
zelchnisse seiner Ausûbungsverke nnd de-
rcn Beurtheilung , etc.; vom Mattheson;
Hambourg, 1761, in-S" de dix feuilles. Cette
notice de Mattheson est une traduction de la
précédente, avec des remarques du traducteur
sur les œuvres de Haendel. Une traduction fran-
çaise abrégée de la même notice a été insérée
dans les Variétés littéraires, ou recueil de
pièces, tant originales que traduites, concer-
nant la Philosophie , la Littérature et les
Arts , par l'abbé Arnauld et Suard ; Paris , 1778 ,
4 vol. in-12. — 3° Une vie abrégée de Haendel a
été donnée par le maître de chapelle Hiller,
dans ses Notices critiques sur la musique ( Wœ-
chentliche Nachrichten, etc. ) , 4" année, p. 379,
387, 395. Elle est traduite d'une notice an-
glaise publiée dans le Gentleman's Magaziîie
àe 1760. Hiller a retouché cette notice dans ses
Biographies de musiciens célèbres ( Lebensbe-
schreibungen beriXhmter Musikgelehrten ,
p. 99-127.) — 4' Une notice détaillée sur la vie et les
œuvres de^1Haendel se trouve dans le cinquième
volume de l'Histoire de la musique par Haw-
kins ( voy. ce nom ) ; elle contient des rensei-
gnements curieux , mais elle n'est pas exempte
d'erreurs. Cette même notice a servi de base à
celle qu'on trouve dans le Musical Biography ,
or memoirs of the lives and writings of the
most eminent musical composers and writers
(t. II, p. 125-163). C'est aussi la notice de
Hawkins que Burgh a mise à contribution pour
ce qu'il a donné dans sa compilation intitulée :
Anecdotes of Music, historical and biogra-
phical (t. III, p. 1-125); mais il y a ajouté
(p. 193-249) des anecdotes qu'il a extraites de
deux ouvrages dont il sera fait mention tout à
l'heure. — 5° The life of George-Frederic Hsen-
del; Londres, 1784, in-8°. Cette notice est ci-
tée dans la Revue critique (Critical Review de
1784,I.LVIII, p.240). — (," Account of the mu-
sical performance in Westminster Abbey to
commémoration of Handel; Londres, 1785,
in-4°. Dans cette description des fêtes musicales de
Westminster, Burney {voy. ce nom) a donné une
notice étendue sur la vie et les œuvres de Haendel.
Cet ouvrage a été traduit en allemand par Es-
chenburg (voy. ce nom), avec des additions et
des notes. — 7° On a de Reichardt un petit ouvrage
intéressant sur la jeunesse de Haendel {Georg.
Friederich Bœndels Jugend) , Berïm, 1785,
30 pages in -8". — 8° Anecdotes of George-Fre-
derik JJandel and John Christopher Smith ,
with pièces of their music never before pu-
blished (Anecdotes sur Georges-Frédéric Haen-
del et Jean-Christophe Smith, avec des pièces
de leur musique qui n'ont point été publiées au-
paravant); Londres, Bulrner, 1799, in-4''. Cet
ouvrage n'est pas de Coxe; Gerber a été induit
en erreur à cet égard par les catalogues anglais,
et a été copié parLichtenthal. J'ai fait la même
faute dans le deuxième volume de cette biogra-
phie; Coxe a seulement fourni les matériaux de
ces anecdotes, mais l'auteur de la rédaction a
gardé l'anonyme. — 9° Herder a donné aussi une
notice sur Haendel, dans la deuxième partie de
mnAdrastea, n° 5, Leipsick, 1802. — 10" Krause
en a publié une autre, dans ses Darstellungen
aus der Geschichte der Musik (p. 155-170 ). —
11° Enfin, M.Théodore Milde a donné aussi J
une notice sur le même sujet dans son livre in- I
titulé Ueber das Leben und die Werke der be-
liebtestcn deutschen Dichter und Tonsetzer
(Sur la vie et les ouvrages des poètes et des mu-
siciens allemands les plus célèbres) ; Meissen ,
1834, 2 parties in-s" : c'est un morceau de peu
de valeur. M. John Bishop, qui a donné de
bonnes éditions de quelques-uns des plus beaux
ouvrages de Haendel, avec accompagnement de
piano, a mis en tête de ces œuvres une bonne
notice abrégée de la vie de l'illustre maître,
sous le titre de Brief Memoirs of George-Fre-
deric Handel (8 pages in-fol.). On doit à
M. Charles-Edouard Fôrstemann, docteur en
théologie et philosophie, un travail plein d'in-
térêt intitulé : Georg.- Friedrich HsendeVs
Stammbaum , nach Original-Quellenundau-
thentischen Nachrichten (Arbre généalogique
de Georges-Frédéric Haendel d'après les sources
originales et des notices aulhenliques). Leipsick,
Breitkopf et Hœrtel, 1844, très-grand in-folio
de 14 pages, avec des tableaux généalogi-
ques.
Dans ces derniers temps , deux ouvrages im-
portants ont paru sur la vie et les œuvres de
Haendel. Le premier est le fruit des laborieuses
recherches de M. Victor Scbœlcher , amateur des
arts, ancien membre de l'Assemblée nationale de
H^NDrX — H/ENSEL
103
France, réfiisié à Londres; il a pour titre :
The life of Handel; Londres, Triibner et
compagnie, 1857, 1 vol. gr. in-S" de xxxii et
443 pages. On y trouve beaucoup de reclierches
faites avec soin, et exactitude; mais l'auteur exa-
gère ce g(;nre de mérite, et s'attache souvent à
«^claircir des choses qui n'offrent au fond aucun in-
térêt, tandis qu'on y cherche en vain la véritable
critique d'art , qui est l'objet important. M. Schœl-
cher n'était pas assez musicien pour celte partie
essentielle de la biographie de Hœndel. Il en ré-
sulte que son livre peut être consulté avec con-
fiance pour les choses les plus minimes , mais
qu'il n'est pas lisible. L'autre ouvrage a pour
titre simplement G.-F. Hxndel. L'auteur est
M. le docteur Chrysander, l'un des fondateurs
de la Société de Leipsick, pour la publication
d'une nouvelle édition complète des œuvres de
Hœndel. Le premier volume a paru en 185S
(Leipsick, Breikopf et Hsertel). Il est divisé en
deux livres, dont le premier embrasse depuis la
naissance de Hœndel 1685 jusqu'en 1706, et le se-
cond la période de 1707 à 1720. Le deuxième
volume vient de paraître; mais le troisième
est encore inédit au moment où cette notice
est écrite. Le livre de M. Chrysander, où l'on
trouve toute l'exactitude désirable à l'égard des
faits, a sur celui de ISI. Schoelcher l'avantage
considérable d'être traité en connaisseur au
point de vue musical , et offre sous ce rapport
\in grand intérêt à ses lecteurs. Ou a de Rochlitz
tme très- longue dissertation sur le Messi-e de
Hœndel dans le premier volume de son livre inti-
tulé : Fur Freunde der Tonkunst (Pour les amis
delà musique, p. 227-280).
H^JXDIi (Jacques), en latin Gallus, mu-
sicien (li>tingu(', né dans la Carniole, en 1550,
fut d'abord au service de l'évêque d'Olmùtz,
Stanislas Pawlousky , comme maître de cha-
pelle , puis fut appelé à la cour impériale, où
il mourut, le 18 juillet 1591. Son portrait a
été gravé en 1590, avec celte inscription :
Jaeobus Uandl Gallus dictus, Carniolus, œta-
tis suœ XL , anno IMDXC. Un recueil d'éloges
avec son portrait, par les poètes Jean Kerner,
Piisenus, Mylius et d'autres, a été publié à Pra-
gue, en 1591. On connaît de Hœndl : 1" Mis-
sarum 4 , 5 , 6 , 7 ei 8 vocum liber primus.
Selectiores quxdam Missse, pro Ecclesia Dei
non inutiles, nunc primum in lucem datx,
et correclx ab autore Jacobo Hxndel; Pra-
gœ, ex oITicina Nigritiana, 1580, petit in-4'' obi.
— 2° Musicum Opus , cantionesh, 6, 8 et
plurium vocum , qux ex sancto catholicx ec-
clesix usu ita sunt dispositx , ut omni tem-
pore inservire qxixant, 1" partie; Prague,
BIi)Ci;. LMV. DES ML'SICrENS. — T. IV.
1586. — 3°, 2*, et 3e partie; ibid., 1587. —
4° 4" partie; ibid., 1590 , in-4''. Le dernier mor-
ceau de ce recueil est à 24 voix en 4 chœurs.
— 5° Hexastichon, poésie de Salomon Freu-
zelius sur la mort de Guillaume d'Oppendorf
mis en musique par Hœndl. — 6° Harmonix
varix 4 vocum; Prague, 1591. — 1° Hat-
moniarum moralium 4 vocum libri ÎII ,
quibus heroica , naturalia, quodlibeticn ,
tum facla, ficfaque poetica , etc., admixta
sunt; Prague, 1591, in-4"'. — 8" Moralia, 5,
& et 8 vocibus concinnata , atque tom feriis
quam festivis cantibus voluptati humanx
accommodata et nunc primum in lucem édita;
Nuremberg, 1590 , in-4". — 9" Sacrxcantiones
de prxcipuis festis per iotum annum 4, 5,
G, 8 et plurimum vocum; Nuremberg, 1597,
jn-4''. — 10° Opéra mottetarum , qux p restant
omnia apud Nicolaum Steinium; Francfort,
1610. Hœndl a été incontestablement un des
musiciens allemands les plus remarquables de
son temps.
IliEIVDLER (J.-W.), maître de chapelle
de l'évoque de Wurtzbourg, né à Nuremberg,
vers la fin du dix-septième siècle, étudia le cla-
vecin et le contrepoint sous la direction du cé-
lèbre organiste Pachelbel. Admis dans la chapelle
du prince évêque de Wurtzbourg, en 1712, comme
simple chantre du chœur, il obtint peu de
temps après le titre d'organiste de la cour. Plus
tard, le prince, satisfait du mérite de ses com-
positions, le nomma son maître de chapelle,
après que Chelleri eut quitté Wurtzbourg pour
se rendre à Cassel. Cet avancement excita ,
dit-on, la jalousie des musiciens qui compo-
saient la chapelle, et qui lui suscitèrent beau-
coup de tracasseries ; Mizler assure même ( dans
sa Bibliothèque) que la mort de Hœndler, en
1742 , fut la suite des chagrins qu'il éprouva.
Les compositions de cet artiste sont restées en
manuscrit dans la chapelle de Wurtzbourg.
HvEiVSEL (Pierre), né à Leppe , dans la
Silésie prussienne, le 29 novt^mbre 1770, reçut
son éducation littéraire et musicale chez un oncle
qu'il avait à Varsovie. En 1787 , il entra à Péters-
bourg dans l'orchestre du prince Potemkin, di-
rigé par Sarti ; puis , à l'âge de vingt ans , il ob-
tint la place de maître de concerts de la princesse
Lubomirska,à Vienne. En 1792, Joseph Haydn
l'accueillit pour élève, et lui enseigna le contre-
point; trois ans après, c'est-à-dire en 1795, il
publia son premier œuvre, qui fut suivi de plu-
sieurs autres. En 1802, il visita Paris, et y passa
une année entière. De retour à Vienne , Haensel
reprit ses travaux de compositeur, et publia un
grand nombre d'ouvrages de tous genres. En
13
19 1
H.l.NSEL — H/ESER
1831 , lorsque le choléra ilésola l'Autriche et
[larlicuiièrement Vienne, Haensel fut une de ses
victimes. Il a eu de la réputation comme violo-
niste et comme compositeur; cependant ses ou-
vrages ont été peu connus hors de l'Allemagne.
On a de lui 55 quatuors pour deux violons, alto
et basse , divisés en 24 œuvres qui ont paru à
Vienne, Oflenbach et Bonn ; quatre quintettes,
œuvre.s 9, 13, 15, 23, Vienne, Weigl, Cappi ,
Hasslinger et Artaria; six trios pour deux vio-
lons et basse, ibid.; quinze duos pour deux vio-
lons, œuvres 22, 24 , 26 , 38, 39 , ibid.; trois
quatuors pour flûte, clarinette, cor et basson,
ibid.; des airs variés et des solos pour violon;
différentes pièces pour piano.
H^NSEL ( Jean- Antoine ) , violoniste à
Berlin. On a sous son nom un article concer-
nant la construction du violon, inséré dans la
Gazette musicale de Leipsick (13* année, page'
69etsuiv.), sous ce titre : Veber den Bau der
Violin.
H^IVTZ (Joseph-Simon), dont le nom a été
écrit Hinze, Heinze et Haenze, né à Dresde, en
1751 , fut un violoniste de mérite, dans le genre
de Tarlini. En 1779, il fut nommé maître de con-
certs du margrave de Brandebourg-Schwedt. Il
avait«u pour maîtres Neruda et Hundt.En 1793
Hœntz était à Berlin, où il dirigeait avec talent
l'orchestre du concert des amateurs. Il mourut
en cette ville, au commencement de 1800. Il ne
paraît pas qu'on ait gravé de compositions de
cet artiste.
H-'ïlSELER (Élie). Foye; Erdmann.
HyESER (Jean-Geokges), né à Gersdorf,
près de Gœrlitz, le 1 1 octobre 1729, était fils
d'un charpentier qui lui lit apprendre la mu-
sique chez Rœnisch , organiste à Reichenbach.
Haeser fut ensuite envoyé au lycée de Lobau ,
pour y continuer ses études. S'étant renduà Leip-
sick en 1752, pour faire un cours de droit, il fut
obligé de pourvoir à son existence en donnant
des leçons de musique; bientôt après il se livra
tout entier à la culture de cet art , et renonça à
la jurisprudence. En 1763, il fut placé comme
premier violon solo au grand concert dirigé par
k maître de chapelle Hiller. A cette place fut
ajoutée plus tard celle de chef d'orchestre du
théâtre, que Haîser remplit avec distinction pen-
dant trente-sept ans. La place de directeur de mu-
sique de l'église de l'université lui fut confiée en
1785; il en remplissait encore les fonctions en
1808, à l'âge de soixante-dix neuf ans, mais de-
puis plusieurs années il avait été mis à la retraite
de ses autres emplois, avec la totalité de ses trai-
tements, accordée comme pension. Il est mort à
Leipsick, le 15 mars 1809, dans sa qualre-
vingtièmeannée. La bibliothèquedu Conservatoire
de musique de Bruxelles possède de cet artiste, en
tnanuscrit.six hymnes allemandes à quatre parties
avec orchestre , et deux symphonies pour 2 vio-
lons, alto, basse, 2 hautbois, flûte et deux cors.
HvESER ( Jean-Frédékic), fils du précé-
dent, naquit à Leipsick, en 1775, et eut de la
réputation comme organiste de l'église réformée
de cette ville, où il mourut, en 1801. ^
ïL-ESER (Auguste-Ferdinand), troisième
fils de Jean-Georges, naquit à Leipsick, le 15 oc-
tobre 1779. Destiné à l'état ecclésiastique , il fit
depuis 1789 jusqu'en 1791 des études prélimi-
naires à l'école Saint-INicolas de Leipsick , fré-
quenta ensuite le gymnase d'Eisleben jusqu'en
1793, et enfin acheva ses études comme élève
à l'école Saint-Thomas de Leipsick, depuis 1793
jusqu'en 1796. Le penchant qu'il avait toujours eu
pour la musique le décida enfin à se livrer exclusi-
vement à la culture de cet arl. En 1797, il fut ap-
pelé à Lemgo, en qualité de professeur du collège
etdecantor de l'église principale. Cette situation
lui offrait peu de ressources pour compléter son
instruction dans les sciences , et pour le dévelop-
pement de ses facultés. Savant dans les mathé-
matiques, il les enseigna augymnase de Lemgo
depuis 1799 jusqu'en 1806. Au mois de septem-
bre 1804 11 se maria, et en 1806 il partit pour
l'Italie avec sa femme et sa belle-sœur. Il ne re-
tourna en Allemagne qu'en 1813, après avoir
étendu ses connaissances dans la musique et avoir
appris plusieurs langues, particulièrement l'ita-
lien. Depuis l'automne de 1813 jusqu'en 1818,
il vécut sans emploi, mais il fut nommé dans
cette dernière année professeur de mathémati-
ques et de langue italienne au gymnase de Wei -
mar et y remplit les fonctions de sous-recteur. Le
grand-duc de Weimar lui confia, en 1817, la mis-
sion d'organiser un chœur nouveau pour le
théâtre de la cour, dont il fut nommé le chef. Cest
depuis cette époque qu'il écrivit un grand nom-
bre d'articles, particulièrement sur léchant et
l'enseignement de cette branche de l'art, qui ont
paru dans la Gazette musicale An Leipsick, dans
la Cxctlia, dans le Musicalische Eilpost, dans
l'Almanach de Sichler et de Reinliardt, dans le
Magasin mathématique de Kraushaar, et dans
d'autres publications littéraires. On a aussi de ce
savant : 1° Versuch einer systeviatischen Ve^
bersicht der Gesanglehre (Essai d'une méthode
systématique de chant); Leipsick, Breitkopf et
Haerlel, 1820. — 2° Méthode pour apprendre
à chanter en chœur, à l'usage des écoles, des
théâtres et des académies de chant ^ Mayence,
Scholt, I83I, in-4° obi. Cet ouvrage, où l'on
pourrait désirer un meilleur plan et plus dt
H^SER
196
spécialité dans les développements du sujet , n'est
pas sans mérile, et peut ÔIre employé avec lUi-
lité pour la formation des chœurs. Le livre est
imprimé en allemand et en français; la traduc-
tion française a été faite par Jelensperger, ancien
élève, puis répétiteur au Conservatoire de Paris.
En 1820, Hseser a été nommé directeur de mu-
sique à l'église principale de Weimar. Il a été de-
puis 1817 le maîtrede musique des princes et prin-
cesses de Sa\e-\N'eimar. Comme compositeur, cet
artistes'est fait connaître parle grand oratorio de
La Foij le Pater nostcr de Kiopstock, traité
deux fois, la première pour 4 voix seules, choeur
et orchestre, la deuxième , pour voix d'hommes et
instruments de cuivre. — 2" Deux Sanctus. — 3°
\]no[)ér&\n[\tu\é Les ISègres, ouRobert et Marie,
et quelques pièces de circonstance |)our le théâtre
de la cour de Weimar. — 4° Ouverture à grand
orchestre pour le drame Die deutsche Treue {\a.
Fidélité allemande) ; Leipsick, Hofmeister. — 5°
Une ouverture pour le drame Der Basses und
der licbe Rache, ibid. — 6° Deux autres ouvertu-
res pour l'orchestre, n" 1 et 2 ;.Offenbach, André.
— 7" Kyrie et Gloria pour 4 voix sans accom-
pagnement , op. 6 ; Leipsick , Hofmeister. —
8° Te Deum pour 2 ténors et 2 basses, op. 7,
ibid. — 9" Chants à 4 voix sans accompagnement,
ibid. — 10" Messe pour 2 voix solos et chœur
à l'usage des commençants; Mayence, Schott;
— 11° Miserere, à quatre voix, en partition;
Leipsick, Breitkopf et Haertel. — 12" Requiem,
Missa pro defunctis, vocibus humanis vel si-
gillatim vel junctim, Leipsick, Hofmeister. —
13° Salve Regina à 4 voix; Leipsick, Breitkopt
et Hartel. — 14° Des solos pour piano, avec ac-
compagnement d'instruments à cordes ou à vent,
ibid. — 15° Des pièces pour piano à 4 mains, œu-
vres 22 et 23 ; Hanovre, Baclimann. — 16° Sonates
pour piano seul, Leipsick ; Breitkopf et Haertel. —
17° Des pièces détachées pour le même instrument.
— 18° des chansons, etc. Ha;ser est mort à Wei-
mar, le 1" novembre- 1844. Il a laissé quatre fils;
l'aîné (Henri), né à Rome, le 15 octobre 1811, est
docteur en médecine et professeur à l'université de
Jéna; le second est attaché au théâtre de Weimar.
On a du docteur Haeser, fds aîné d'Auguste-Ferdi-
nand , un ouvrage estimable intitulé : Die mens-
cliché Stimme, ihre Organe, ihre Ausbildung ,
Pllege! und Erhallung, etc. ( La voix humaine ,
ses organes, son hygiène et sa conservation, à l'u-
sage des chanteurs . des professeurs , et des ama-
teurs); Berlin, Herschwald, 1839, in-8'' de vi
et 86 pages, avec deux planches litliographiées.
HiSSER (Chrétien-Guillaume), quatrième
(ils de Jean-Georges, est né à Leipsick, le 24 dé-
cembre 1781. Après avoir commencé l'étude du
droit, H l'abandonna pour celle du chant, apprit
la composition sous la direction de Schicht, et
enfin débuta comme basse chantante au théàtra
de Leipsick, en 1802. Pendant les années 1804 a
1806, il chanta au théâtre italien de Prague,
sous la direction de Guardasoni. Apres la mort
de celui-ci, il entra, en 1807, à l'Opéra alle-
mand de la même ville, comme première basse.
Engagé au théâtre national de Breslaii , il s'y
rendit en 1809, et y resta jusqu'en 1813, épo-
que où il fut appelé à Vienne; mais il ne resta
pas longtemps dans cette capitale, car il reçut
dans la môme année un engagement pour le théâ-
tre de la cour de Stuttgard, d'où il ne s'est plus
éloigné depuis ce temps. Hœser a été considéré
comme un des meilleurs chanteurs dramatiques
de l'Allemagne, tant pour la beauté de sa voix
que pour son habileté dans le chant et son ta-
lent comme acteur. Ses principaux rôles étaient
ceux de Don Juan et dL''Agamemnon. Cet ar-
tiste s'est fait connaître aussi comme composi-
teur par la musique de l'intermède intitulé
Pi(/(/JHaiiG?i, qu'il chantait et jouait avec beaucoup
de talent, par l'opéra 9a5 Geburts Tag (l'anni-
versaire de naissance), par des solfèges et par des
chansons allemandes et italiennes pour une et
plusieurs voix. Enfin, versificateur italien d'un
mérite distingué, il a traduit en vers le Don Car-
los de Schiller et quelques autres pièces de ce
grand écrivain et de Gœthe. Il est aussi auteur
des opéras du Vampire , mis en musique par
Marschner, de La Fiancée du Brigand , com-
posée par Ries, et des Nègres , mis en musique
par son frère. Sa fille Mathilde, née à Stuttgard,
le 23 décembre 1815, a débuté avec succès au
théâtre de Weimar; elle a été engagée en 1834
à celui de Golha comme première chanteuse. Le
fils du même artiste (Charles), né à Stuttgard, le
14 mars 18 18, est employé comme violoniste dans
la chapelle du roi de Wurtemberg. Un autre
de ses fils (Gustave) , a été ténor aux théâtres de
Stuttgard et de Jéna. On connaît de sa composi-
tion 6 Z/ecfer avec accompagnement de piano.
HyESER (Charlotte-Henriette), fille du
directeur de musique Jean-Georges Haeser, et
sœur d'Auguste Ferdinand et de Chrétien-Guillau-
me, esl née à Leipsick, le 24 janvier 1784. Douée
d'une belle voix et d'un sentiment exquis de
musique , elle fit de rapides progrès sous la di-
rection de son père. Dans les années 1800 à 1803,
elle chanta avec succès dans les concerts d'ama-
teurs; mais sa vocation pour le chant et pour le
théâtre se décida surtout dans un voyage qu'elle
fit à Dresde, à l'âge de 19 ans. Le maître de
chapelle Gestewitz ayant remarqué ses heureuse»
dispositions,lafitengagerau Théâtre italien, ellui
13.
190
HJÎSER — H^USER
donna pour maître Ceccarelli, très-bon professeur
de chant à cette époque. Paer, alors compositeur
du théâtre de Dresde et chargé de la direction
de la musique de la cour, la prit en affection , et
lui donna aussi des conseils. En 180G, elle lit
avec son frère Auguste-Ferdinand et la femme
de celui-ci, un voyage à Prague et à Vienne. Dans
cette dernière ville, elle chanta pendant huit
mois à l'Opéra italien , et plusieurs fois'àla cour ;
puis, elle partit pour l'Italie, et chanta à Bolo-
gne, Florence, Milan, Naples et Rome jusqu'en
1812. Vers la lin de celte année, elle alla à Mu-
nich, où elle excita le plus vif enthousiasme. Sa
rcputaliuii, à Rome et à Naples, était égal; à
celle des cantatrices les plus célèbres de cette
époque; on ne l'appelait que la diva Tedesca.
En 1812, elle épousa Joseph Vero .jurisconsulte
instruit, qui fut employé au congrès de Vienne
pour régler les affaires du duché de Lucques et
dePiombino, et plus lard parle pape, à Milan.
Retirée du théâtre depuis ce temps, madame
Vero ne s'est plus occupée que de l'éducation de
ses enfants. Depuis la mort de son mari ( 13 no-
vembre 1831) elle passait l'hiver à Rome et
l'été à la campagne. La relation de sa vie, mê-
lée de quelques aventures romanesques, a fourni
le sujet d'une nouvelle inlilulce : La Cantatrice
(Die Ssengerinn), qui a paru dans la Cxcilia,
t. 13, p. 65 et suivantes.
HiUSSLER (Jean-Guillaume), né le 29 mars
1747, à Erfiirt, fut un des clavecinistes et orga-
nistes les plus distingués de l'Allemagne, dans
la seconde moitié du dix-huitième siècle. Neveu
du célèbre organiste Kittel , il apprit de cet ha-
bile maître les principes de la musique dès l'âge
de 9 ans. Ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge
de quatorze ans il obtint la place d'organiste de
l'église des Récollets, dans sa ville natale. En-
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