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Spécial ^ook Collection
IrattèFia îïmurratty Etbrary
"The search for truth even unto its innermost parts'
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(M.ciiheiv laub'iu
The Gift of
SADYE RUBIN MARANTZ LEE
The National Wornen's Committee
of Brandeis University
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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
SUPPLEMENT ET COMPLEMENT
TOME SECOND
TVPOGnAPIllE FlRJlI.'y-DIDOT. — Mf.SML ( KURE ).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
ET
F F
BIBLIOGRAPHIE GENERALE DE LA MUSIQUE
PAR F.-J.'FETIS
SUPPLEMENT ET COMPLEMENT
Publiés SOUS la direction de
M. ARTHUR POUGIN
TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C'e
IMPRIMEURS DE l'iNSTITUT, RUE JACOB, d6
1880
Tous droits réservés.
SIGNATURES DES AUTEURS
DU SECOND VOLUME.
MM.
A. L — N LoQuiN (Anatole). .
Ad. J — N JuLLiEN (Adolphe).
All Lasalle (Albert de).
Al. R — D Rostand (Alexis).
Éd. de h Hartog (Edouard de ).
Er. T Thoinan (Ernest).
F. D Delhasse (Félix).
G. B Bertrand (Gustave).
J. B Batka (Jean).
J.-B. W Weckerlin ( J.-B.).
J. G — z Carlez (Jules).
J. D. F FiLipPi (J. de).
J. DE V Vasconcellos (Joaquim de).
J. G Gallay (Jules).
L.-F. G Casamorata (L.-F.).
Y Anonyme.
Tous les articles non signés sont de M. Arthur Pougin.
Tous les noms précédés d'un astérisque sont ceux que l'on trouve dans la Biographie
universelle des Musiciens, et dont les notices ont été rectifiées, corrigées ou complétées.
Les notices qui ne sont accompaguées d'aucun signe sont entièrement nouvelles.
Référence
91^6';
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
SUPPLÉMENT
H
(suite.)
Ho LMES(M"''iLUGusTA), pianiste distinguée,
née en Irlande vers 1850, habite Paris depuis
longtemps, et s'y est produite plusieurs fois dans
des concerts. Compositeur aussi, cette artiste a
écrit les paroles et la musique d'un grand
opéra en un acte, Héro et Léandre, qu'elle
a fait entendre à la direction du tliéàtre du
Châtelet, à l'époque de la courte transforma-
tion de ce théâtre en Opéra populaire (1874);
j'assistais à l'audition de cet ouvrage, qui m'a
paru intéressant et qui renfermait quelques bon-
nes qualités, en dépit des doctrines ultra-wagné-
riennes que l'on attribue à son auteur et qui ne
m'ont pas semblé percer dans sa partition.
M"' Holmes a, dit-on, deux autres opéras en
portefeuille, Astarté et Lancelot du Lac. Elle a
fait exécuter à la Société philharmonique de Paris
(1873) , le psaume In exita , mis en musique
par elle, et aux concerts du Châtelet (1877) un
andante pastoral pour orchestre. Enfin elle a
publié, sous le pseudonyme d'//ermann Zenta,
quelques mélodies vocales.
IlOLSTEIN (Franz VOi\), compositeur
allemand, est né à Brunswick le 16 février 1826.
Fils d'un ancien officier supérieur, il embrassa
lui-même la carrière militaire, devint de bonne
heure officier, mais prit sa retraite dès l'âge de
vingt-sept ans, en 1853, pour consacrer sa vie
à l'art musical , qu'il affectionnait. Il avait fait,
sous ce rapport, de bonnes études au Conserva-
toire de Leipzig, et avait eu des leçons particu-
lières du fameux théoricien Moritz Hauptmann.
Du reste, M. von Holstein, dont les connaissan-
ces sont très-vastes et les aptitudes très-diverses,
8'est occupé aussi d'esthétique , d'histoire , de
BIOGR. UNIV, DES MUSICIENS. — SUPPL. ■
philosophie, de poésie, de travaux de mécanique
et particulièrement de dessin.
Après avoir fait plusieurs voyages dans l'Alle-
magne du Sud, en Italie, à Berlin, à Paris,
M. Franz von Holstein commença à se faire
connaître comme compositeur par la publication
d'un assez grand nombre de recueils de chœurs
et de lieder à une ou plusieurs voix. Déjà il
avait écrit deux ouvrages dramatiques : Deux
Nuits à Venise {2 actes, 1845), et Waverley
(5 actes, 1852) ; en 1869, il donna à Dresde un
opéra en 3 actes, der Haideschacfit, qui obtint
un grand succès non-seulement en cette ville ,
mais dans toute l'Allemagne, et en 1872 il faisait
représenter à Berlin der Erbe von Morleij
{l'Héritier de Morley), autre opéra en 3 actes.
Enfin, en 1876, M. von Holstein offrait au pu-
blic un nouvel ouvrage dramatique, Die Ho-
chlaender, qui a été représenté à Mannheim,
et l'année suivante il donnait sur le théâtre
de Leipzig nn opéra romantique, les Monta-
gnards, dont il avait écrit les paroles et la
musique et qui paraît avoir obtenu un vif
succès. On connaît aussi de lui un trio pour
piano, violon et violoncelle, Béatrix, air de
concert pour soprano avec accompagnement
d'orchestre, et quelques autres compositions.
HOLTZHEM (Louis-Alphonse), né à Paris
le 26 juin 1827 , étudia de bonne heure la musi-
que, fut enfant de chœur dans ses jeunes années,
travailla ensuite le violon, fit partie de l'orchestre
de divers théâtres de Paris, entre autres de ce-
lui du Vaudeville, et enfin se fit admettre au
Conservatoire, dans la classe d'harmonie de
Colet, le 14 janvier 1847. Mais bientôt il aban-
T. II. 1
2
IIOLTZIIEM
IIONAYN
donna cette élude pour celle du chanf, entra dans
la classe de l'oncliaid en 18'j9, dans la classe
d'opéra -comique de Morin l'année suivante, ob-
tint un second accessit de cliant en ISiti, un
troisième accessit d'opéra-comique en 1802, et
le premier accessit en 1853. Il embrassa alors la
carrière lyrique, se montra sur diverses scènrs
de la province et de l'étranger, et, étant allé en
Italie, prit à Milan des leçons d'un professeur
renommé de celte ville, M.Lamperti. Vers I8G1,
M. Holt/liem, de retour à l'aris, fit une courte
apparition à l'Opéra-Comique, où il débuta,
dans l'emploi des seconds ténors, par le rôle île
Tonio, de ta Fille du Régiment. 11 se livra en-
suite à l'enseignement, et, peu d'années après,
publia un traité assez médiocre, ainsi intitulé :
Bases de Vart du chant , traité théorique et
pratique et guide spécial à Vusage des jeunes
chanteurs et des amateurs (Paris, Girod,
1865, petit in-8°). Depuis lors, M. Holt/liem
paraît avoir renoncé entièrement à la carrière du
Ibéâlre et n'a plus fait parler de lui.
IIOLTZMANIV ( ), .organiste et com-
positeur de musique religieuse, était, vers 1770,
maître de chapelle de l'église paroissiale à Meers-
bourg, petit pays situé sur les bord du lac de
Constance. L'organiste allemand Hamma, qui fut
plus lard organiste de cette église, a prétendu
qu'en feuilletant les œuvres manuscrites de cet
artiste, il aurait découvert, dans le Credo de sa
4* messe solennelle, le c\\?in\.à&la Marsrillaise,
que Rouget de Lisie n'aurait pris que la peine de
copier effrontément pour en faire son liymne
fulgurant. On trouvera au mot Hamma des dé-
tails plus étendus à ce sujet.
IIOMILIUS (L ), compositeur russe,
s'est fait connaître par plusieurs lieder, deux
morceaux pour le piano : ISoctume et Moment
musical, et un recueil de Gammes dans tous
les tons et pour tous' les degrés, réunis d'après
la Méthode d'Antoine Jîuhinstein. Ces divers
ouvrages ont été publiés à Saint-Pétersbourg,
chez l'éditeur Ressel. Je n'ai pas d'autres ren-
seignements sur M. Ilomilius , qui est un des
meilleurs élèves de M. Antoine Rubinstein.
IIOMAIEY (J ), professeur au Conser-
vatoire de Toulouse et au lycée de cette ville.
est l'auteur de l'ouvrage suivant : Nouveau
Cnide pour l'enseignement de l'harmonie, ou
Petit Manuel pouvant servir atix personnes
qui enseignent ou pratiquait celle science,
Paris, Ileiigel, 18ô7, in-8°.
IIOXAUEU (Ijont/.i), claveciniste remar-
quable et compositeur, dont le nom semble
indiquer une origine germanique, était établi à
Paris dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle, et s'y livrait à l'enseignement. 11 a publié
en celte ville : 1" trois livres de chacun six
sonates pour le clavecin-, 2" un livre de six
son.'tt's pour le clavecin avec accompagnement
(le violon ad libitum ,• 3" quatre quatuors pour
le clavecin, avec accompagnement de dcAW
violons et basse, et deux cors ad libitum. Cet
artiste vivait encore à Paris en 1785.
IIONAYN (Abou cÀn), musicien arabe, né
vers l'an 620 de l'ère chrétienne, était désigné
sous le nom de Honaijn al-H'iry, parce qu'il
était originaire de la ville de Hira, ancienne
capilale de l'Irak arabe. Chrétien de religion, il
commença par être marchand de fleurs, puis,
se voyant doué d'ime voix charmante, il se
livra à l'élude de la musique et devint chanteur,
en même temps que joueur de luth et compo-
siteur. A la fois poète et musicien, il écrivait,
dit-on, des vers légers d'un tour aimable et facile,
cl des airs d'une excellente facture. Il se lit une
grande réputation, et était recherché partout
pour son talent. On raconte que Khàlid, gou-
verneur de l'Irak pour le calife Abd el-Mélik,
trouvant que la musique tendait à corrompre
les mœurs, l'interdit formellemenl dans toute
l'étendue de la province. Un jour qu'il donnait
audience publique, Honayn se présenta à lui et
lui dit : « J'avais une profession qui faisait sub-
.sister ma famille et moi; tu en as prohibé
l'exercice, et tu m'as ainsi réduit à la misère.
— Quelle était la profession, demanda Khâlid?
— En voici l'instrument, » répondit Honayn
en tirant un luth de dessous son manteau.
« Ah ! tu étais musicien, reprit l'émir; eh bien,
voyons je veux te juger; chante. » Honayn,
s'accompagnant de son lufli, chanta aussitôt
quelques vers qui contenaient des maximes de
morale. Après l'avoir entendu, Khàlid s'écria :
« A la bonne heure; je te permets de chanler,
mais je le permets à toi seul. »
Quelques années plus tard, le gouvernement
de l'Irak fut confié à un autre foncllonnaire,
nommé Richr, qui aimait la musique, et auprès
duquel Honayn fut en grande laveur. Il y avait
alors dans l'Irak un grand nombre de musiciens,
mais tous médiocres, à l'exception de Honayn.
Celui-ci tenait donc en quelque sorte le sceptre
de l'art musical dans la province, lorsqu'il se
vit menacé d'une dangereuse concurrence par
un chanteur d'une contrée voisine, Ibn Mouhri/.,
qui venait chercher fortune. Honayn alla à sa
rencontre, l'aborda, et réussit à l'éloigner par
un cadeau de .''lOO pièces d'or (7,000 fr.).
Honayn, même en sa vieillesse, gagnait d'ail-
leurs beaucoup d'argent, ainsi que le consta-
tait un jour un de ses amis en lui disant : « De-
HONAYN — HOPPFER
puis cinqunnle années que tu chanles et que fu
exploites en Irak la générosité des grands, il
n'en est pns un seul à la fortune duquel tu
n'aies fait une brèche considérable. » Ilonayu
répondit avec fierté -. « Eh ! mes amis, soyez
donc équitables. Ce que je donne, moi, à mes
auditeurs, c'est mon souflle, c'est mon àme.
Ai-je donc tort, après tout, d"y mettre un si
haut ])rix ? «
Ilonayn parvint à un âge Irès-avancé; il
mourut, (lit-on, presque centenaire, sur la (in
du premier siècle de l'hégire (vers 718 ou 719
de l'ère chrétienne), et par suite d'un accident
dont les circonstances sont ainsi rapi^rléc-;
par Caussin de Perceval dans ses JSotices anec-
dotiques sur les musiciens arabes :
« Des chanteurs de la Mekke et de iMédine,
entre autres ibn Souraydj et Malied, l'avaient
engagé à venir visiter ses confrères du Hidjàz.
Pour le déterminer plus sûrement à les satis-
faire, ils lui avaient envoyé une somme d'argent
destinée à le défrayer de son voyage. Honayn
s'achemina vers Médine, où une réception
lui était préparée chez une dame du plus haut
rang, Soucayna, fille de Hoçayn, femme éi^ale-
ment célèbre par son esprit, sa beauté et le
nombre de ses maris. On alla au-devant de
lui à plusieurs lieues hors de la ville, et on le
conduisit en pompe à la demeure de Soucayna.
Lorsque le vieillard y fut entré, Soucayna fit
ouvrir au public les portes de sa maison. La
foule d'amateurs qui se présenta pour entendre
chanter Honayn et ses confrères ne pouvant
tenir dans la salle où ils étaient, la plupart des
curieux montèrent sur la terrasse qui recouvrait
cette salle. La maîtresse du logis leur y fit
porter des rafraîchissements. Honayn, comme
étant le doyen des artistes présents et le héros
de la fête, (ut prié de chanter le premier.
D'une voix encore ferme et agréable, il chanta
une chanson dont il était l'auteur Il n'a-
vait pas achevé sa chanson que tout à coup
on entend un craquement affreux mêlé de cris
d'effroi. La terrasse, surchargée de monde,
s'effondre; les plâtras, les solives tombent
sur les assistants, les auditeurs d'en haut sont
précipités sur ceux d'en bas. Il y eut bien des
contusions et des blessures, mais personne ne
périt, excepté Honayn. Ou le retira sans vie
de dessous les décombres. Il était mort en
chantant. « Pauvre ^> Honayn! (Vu Soucayna, il
n y avait bien longtemps que nous desirions
te connaître; faut-il qu'en f appelant ici
nous t'ayons entraîné à ta perte! »
HONUON (.\nuiE.N), compositeur belge,
a fait représenter h. Tongres, le 12 septembre
1877, un opéra- comique en un acte intitulé
Monsieur Totn. M. Honlion a fait ses études
musicales au Conservatoire de Liège, où il a
remporté, il y a une dizaine d'années, le prix
d'(!xcellence dans la classe d'orgue et le premier
prix de contrepoint et fugue.
* IIOPFE (Jules), compositeur et Tprofes-
seur, est né le 18 janvier 1817 au château de
Hcldrungrn, dans la Thuringe. Il fit de bonnes
études lilléraircs à l'Université de Berlin, et
reçut son éducation artistique à l'Académie
de musique de la même ville, où il se fixa
définilivement. 11 s'y livra à l'enseignement du
piano et de l'harmonie, et devint directeur d'une
société instrumentale. Outre un grand oratorio
intitulé la Résurrection de Lazare, qui a été
exécuté en 1850, on doit à cet artiste un nombre
consiilérable de compositions importantes, des
symphonies, des ouvertures, des trios et des
quatuors pour piano et instruments à cordes,
enfin plusieurs cantates ainsi que des lieder
avec accompagnement de piano.
I10PIÀIi\S (JoHN-LARKiiN), organiste et
compositeur anglais, cousin de M. Edward-John
Hopkins (Voyez Biographie universelle des
Musiciens, t. IV), est né en 1820. Il a fait ses
premières études musicales comme^ enfant de
chœur à l'abbaye de Westminster, puis, après
avoir terminé son éducation, devint organiste
de la catliédrale de Rochester, après quoi il fut
appelé à succéder à Walmisley comme orga-
niste du Trinity collège, à Cambridge. M.
Hopkins a écrit un grand nombre de compo-
sitions pour l'orgue et pour la voix, des services
religieux, etc.
IIOPP (Juuus), compositeur allemand, a
écrit les paroles et la musique d'une parodie
de Faust, qui, sous le titre de Fxustling und
Margareth'l, a été représentée à Berlin, sur
le théâtre Friedrich- Willielm, au mois de juil-
let 1872.
HOPPFER (Louis-Bernard), pianiste et
compositeur, né à Berlin le 7 août 1840, se
consacra de bonne heure à l'élude de la musi-
que, et reçut une excellente éducation technique
à la nouvelle Académie de musique, que venait
de fonder M. Théodore Kullak. Il devint, dans
cet établissement, l'élève de M. Kullak lui-
même pour le piano, de MM. Wohlers et Espeu-
halui pour le violoncelle, enfin de MM. Dehn
et Richard Wuerst pour la théorie de l'art et
la composition. M. Hoppferse fit d'abord con-
naître, en tant que compositeur, par plusieurs
productions instrumentales importantes , entre
autres deux sonates pour piano et violon,
un quatuor pour piano, violon, alto et violon-
IIOPPFER _ IIORTA Y LLEOPAIlT
celle, un quinteUc pour instruments à cordes,
des marelles, etc., et aussi par un certain
nombre de lieder. Il avait acquis ainsi une
certaine notoriété lorsqu'il (il représenter à
l'Opéra de Berlin, le 11 avril 1871, un drame
lyrique que le puhlic attendait avec impatience.
Cet ouvrage, intitulé Friihjof, ne répondit pas
aux espérances quon en avait conçues, et n'ob-
tint qu'im mince succès malgré la présence des
deux artistes aimés qui en remplissaient les
principaux rôles, M. Niemann (Fritlijofj, et M""^
Mallinger (Ingeborg). Peu de temps après, le
17 juin de la même année, M. Hoppfer faisait
exécuter sur cette même scène de l'Opéra, mais
en dehors de la saison théâtrale, une sorte de
grande légende musicale pour soli, chœurs et
orchestre, Borberoussc, qui paraît avoir été
accueillie aussi par le public avec une certaine
réserve, bien que M. Niemann en chantât encore
la partie principale. On connaît aussi de Hoppl'er
un opéra-comique intitulé PÉludiant de Pra-
gue, le 23'' psaume pour soli, chœur et or-
chestre, et une ballade pour voix seule, chœur
et orchestre. Cet arliste est mort dans toute la
force de la jeunesse, à Niederwald, près de
Rudesbeim, le 21 août 1877. — Son frère aîné,
Emile-Henri Hoppfer, né à Berlin le 22 jan-
vier 1838, a commencé par étudier aussi la
musique, au Conservatoire-Stern, mais s'est
tourné plus lard vers la poésie et les lettres.
Critique et correspondant de théâtres, il vécut
à Hambourg depuis 1872. C'est lui qui a écrit
pour son frère, qu'il précéda de peu de jours
dans la tombe, les livrets des trois ouvrajges
que celui-ci a mis en musique.
* IIOUAK (Wenceslas-Emmanuel), com-
positeur, organiste et écrivain musical, est
mort à Prague le 4 septembre 1871. Il était
né à Mscheno (Bohème), en 1800.
I10RA.T1IS (Cesare DE), théoricien italien,
est l'auteur de l'ouvrage suivant : IS'uovi h'ie-
menti délia scienza acuslico-musicale, appli-
cabili alla scienza délie arti, INaples, 1865.
UOIlK(;i;i (Félix), virtuose sur la guitare
et comi)Ositeur pour son instrument, naquit en
Pologne vers la fin du dix-huilième siècle.
Employé un instant à la Chambre des comptes
de Varsovie, il quitta cette ville en 1815 pour
aller s'établir comme professeur en Aul riche,
et se fixa à Vienne. Là, il réns>it pleinement,
donna des leçons aux archiduchesses, et se vit
patronné par la cour. Pourtaid, au bout de
quelques années, il i>arlit pour l'Angleterre,
commença à composer pour son instrumeid^
puis s'établit à Edimbourg, et publia environ
une centaine d'œuvres pour la guitare. On
trouve dans ces morceaux, qui se répandirent
beaucoup en Angleterre, de la grâce et de la
facilité. Horeçki fut le premier maître du cé-
lèbre guitariste polonais Stanislas Szczepanowski
{Voyez ce nom). Il était encore à Edimbourg
en 1833.
IIORMILLE (Jean-Jacques), compositeur,
chef d'orchestre et violoniste, né à Nancy le
17 novembre 1799, était attaché au théâtre
de l'Opéra-Comique, en 1829, en qualité de
second chef d'orchestre. Il entra peu de temps
après (lors de la fermeture de la salle Venta-
dour) comme premier chef au Gymnase dra-
matique. Il demeura à ce théâtre jusqu'en 1845,
se faisant remarquer par le talent qu'il dé-
ployait dans la composition des airs et mor-
ceaux nouveaux qu'il écrivait pour les nom-
breux vaudevilles joués à ce théâtre. Aujour-
d'hui retiré à Nancy, sa ville natale, M. Hor-
mille, qui avait été en 18i3 l'un des 46 mem-
bres fondateurs de l'Associalion des artistes
musiciens, est président du Comité correspon-
dant de cette association à Nancy.
* IIORN (Charles-Edouard), chanteur et
compositeur anglais, était allé, sur la fin de sa
vie, se fixer aux États-Unis. Il y est mort en 1849.
HORN (Auguste), pianiste et compositeur
allemand, né le 1""' septembre 1825 à Freiberg,
en Saxe, a fait de très-bonnes études musicales
au Conservatoire de Leipzig. 11 s'est, une fois
son éducation terminée, livré à la composition,
et a publié, en même temps qu'un certain
nombre de lieder, des fantaisies et des mor-
ceaux de genre pour le piano. Il a aussi fait
représenter à Leipzig, le 28 février 1875, une
opérette intitulée les Voisins. M. Horn est l'au-
teur des excellents arrangements pour le piano
à quatre mains, publiés par la maison Peters,
des symphonies d'Haydn, de Mozart et de
Beethoven.
IIORIXSTEIN ( ), compositeur alle-
mand, a fait représenter à Munich, en 1872,
un opéra intitulé l'Avocat de village.
* IIORSLEY (Chaules-Edouard), né à
Kensington (près Londres) le IG décembre 1821,
est mort à New-Vork le 28 février 187G. 11
était depuis longues années fixé en cette ville,
d'où il envoyait à une feuille spéciale de Londres,
le Musical .standard, des lettres fort intéres-
santes sur l'état de la musique aux États-Unis.
IIORTA Y LLEOPAKT (Anasïasio),
organiste et compositeur espagnol, né dans la
seconde moilié du dix-huilième siècle, étudia
le piano et l'orgue avec José Maseras, et la
composition avec Andrevi et Queralt. Dès sa
plus grande jeunesse il se distingua sur l'orgue,
HORTA Y LLEOPART — HUBEUTI
et fut siiccessivempnt organiste des églises de
Saint-Pliilippe de Néri, de Saint-Sévère et des
Saints Juste et Pasteur, de Barcelone. Rarement
il lui arrivait de jouer des morceaux étudiés,
quelque solennelles que fussent les cérémonies,
parce qu'il improvisait d'une façon admirable.
Son exécution était rapide et brillante, et se
distinguait par l'élégance de mélodies char-
mantes qu'il accompagnait d'une chaude et ro-
buste harmonie. Il écrivit quelques compositions
pour voiv avec accompagnement d'orgue et
pour orgue seul, et instruisit un grand nombre
d'élèves qui lui firent beaucoufi <rbonneur.
Horta, qui était extraordinairement contrefait,
et qui, tout debout, n'était pas plus liaut qu'un
enfant de dix ans (s'il était petit par la taille,
dit un biographe, il était grand par le talent),
mourut à Barcelone le 12 février 1843.
IIOUSSÏJ (Antoine), était un organiste
distingué qui vivait au dix-septième siècle, et
dont le neveu était aussi un artiste de talent
dans le même genre. « Parmi nos organistes
les plus habiles que la mort a enlevez, dit Ti-
ton du Tillet dans son Pornoxsc François, on
ne doit pas oublier.... Antoine Houssu, orga-
niste de l'église de Saint-Jean-en-Grève et
Houssu, son neveu, qui lui avoit succédé à
cette place. » C'est là le seul souvenir qui nous
reste de ces deux artistes, et il m'a été impos-
sible de savoir si l'un ou l'autre avait laissé
quelques compositions.
HOWEf.L (F ), compositeur anglais,
est l'auteur d'un oratorio, fhe Land of promise,
qui a été exécuté à Westerham en 1872.
IIUBANS (CuARLEs), hautboïste, chef d'or-
chestre et compositeur, né vers 1820, a occupé
pendant plusieurs années à Paris les fondions
de chef d'orchestre au Cirque d'hiver. Plus
tard, il remplit le même emploi aux concerts de
Paris, où il succéda à M. Musard fils, puis au
café-concert de l'Alcazar, et enfin il entra en la
même qualité aux Bouffes- Parisiens, qu'il a
quittés depuis pour entrer aux Folies-Bergère.
Il a donné aux Bouffes-Parisiens, en 1874,
le Tour de Moulinet, opérette en un acte,
qu'il a fait suivre de quelques autres ou-
vrages dont voici les titres : la Belle Lina,
opéra bouffe en 3 actes (Athénée, 187,5), qui
n'eut que quatre ou cinq représentations,
par suite de la fermeture du théâtre,- les
de\tx Loups de mer, saynète en un acte
(Casino d'Engbien, 1876); Rien qu'un jour,
opéra-comique en 3 actes (Fantaisies-Parisiennes
de Bruxelles, 1876). M. Hubans a fait jouer
encore, dans divers cafés-concerts, plusieurs
opérettes en un acte : Un Amour dans le dos.
Héloïse et Ahedard, liavigore et Collodium,
Prisonnier par amour. Un Fausse Gélatine,
les Grignolleuses, etc., et il a écrit quelques
airs nouveaux pour un grand vaudeville joué
au théâtre Déjazet : les Femmes qui font des
scènes. Enfin, cet artiste a publié un certain
nombre de romances et chansonnettes, ainsi
que plusieurs morceaux de genre pour le haut-
bois. Tout cela est de médiocre valeur.
HUBENE (Louis), pianiste, professeur et
compositeur belge établi à Bruges, et, je crois, né
en cette ville, fut élève d'un musicien nommé
Berget, son oncle, qui avait lui-même étudié sous
Cherubini. Devenu carillonneur communal et or-
ganiste d'une des principales églises de Bruges,
cet artiste s'est fait connaître comme composi-
teur non-seulement par un grand nombre de mor-
ceaux de piano, dont quelques-uns ont été pu-
bliés à Paris, chez l'éditeur M. Maho, par des
motets exécutés dans diverses églises, mais
encore par trois opéras flamands dont voici
les litres : 1° Baudeuujn van Constantino-
pelen, 2 actes, représenté sur le théâtre de
Bruges au mois de septembre 1853; 2" Willem
Beukels, un acte, non représenté; 3° Bertha
of maed en Heldendaed {Berthe, ou courage
et héroïsme) ; j'ignore si ce dernier a vu le jour.
HUBER (Feriiinand), compositeur, né vers
1780, mort à Saint-Gall le 9 janvier 1863, est
l'auteur des lieder suisses les plus renommés.
Il en dédia un cahier à Mendeissohn, qui lui
écrivit à ce sujet une lettre de chaleureuses
félicitations.
HUBER (HvNs), pianiste et compositeur
allemand contemporain, s'est fait connaître en
ces dernières années par la publication de
de diverses compositions pour son instrument,
entres autres les suivantes : Blxlter und
Blûthen, pièce de concert, op. 2; élude sur
un thème original, op. 7 ; Bdderbuch ohne
Bilder, 10 fantaisies, op. 12; Fantaisie pour
piano et violon, op. 17 ; Mélodies pour piano,
op. 21 ; 5 Ilumoresques, op. 24.
IIUBERTl (Gustave-Léon), compositeur
belge, né à Bruxelles le 14 avril 1843, fit ses étu-
des musicales au Conservatoire de cette ville.
Après avoir obtenu au concours de Bome, en
1863, le second grand prix de composition pour
sa cantate de Paul et Virginie, il obtint le
premier prix en 1865, avec une cantate qui avait
pour titre la Fille de Jephté. Dans un grand
concert donné par lui à Bruxelles au mois d'Oc-
tobre 1870, cet artiste a fait entendre un«
suite d'orchestre, un concerto de piaoo avec
accompagnement d'orchestre, une ballade et
quelquesiniorceaux de chant- Depuis, il a fait
HUBERTI — IIUERTA Y CATURLA
ex(?ciifer à Druxelles, dans la salle de la Grande-
Ilarinonie, un oratorio flamand intitulé De laais/e
Zoiiticslraat (le Doriiier rayon de soleil), (|ui
pariiit n'avoir obtenu qu'un inodiocrc succès.
M, Iliiberti est, assnre-l-on, l'un des champions
les plus décides de Part (lamand, c'est-à-dire de
la fraction de l'école belf;equi, en opposition avec
celle qui suit les traces et les traditions des Grélry ,
des Gossec et des Grisar, tourne ses vues du côle
de la nouvelle Allemagne musicale et se ranime
sous les drapeaux de M. Richard Wagner. Le chef
déclaré de ce groupe artistique est M. Pierre
Benoit, directeur du Conservatoire d'Anvers.
IIUEL ( ), professeur et compositeur,
vivait dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle, et faisait partie de la musique des Suis-^es
de la ganle de Louis XVI. lia publié un recueil de
six sonates à violon seul, avec la basse, op. 1.
HUER TA Y CATURLA (Trinité Fran-
çois), virtuose célèbre sur la guitare, artiste
étrange et surprenant, est né à Oribuela, près
Cadix, le 8 juin 1803. On ignore quelle était
son origine, et avec qui il apprit la musique ;
mais on sait qu'étant entré à dix- sept ans
comme cadet dans l'armée espagnole, il prit
part au soulèvement militaire de 1820, dont
l'un des chefs était le général Ricgo, et qu'en
1823, lorsque le roi Ferdinand Vil eut écrasé
l'insurrection avec l'aide de l'armée française,
il se vit obligé de venir chercher un refuge en
France et vint tout droit à Paris, avec tant
d'autres. Ici, il songea, se trouvant sans res-
sources, à tirer parti de ses connaissances mu-
sicales, se fit [)atronner i)nr le fameux chanteur
Garcia, son compatriote, le père de la Malibran,
et se produisit dans les concerts avec un
énorme succès, que justifiait son talent vérita-
blement prodigieux sur la guitare. Garcia quit-
tant i'I'^urope en 181iô pour aller diriger en
Aniéri(iuo une trou|)e d'oj'éra italien dont lui,
sa femme et ses enfants formaient les éléments
principaux, emmena lluerta, qui se rendit
avec lui à >'e\v-York, et sans doute se fit en-
tendre comme guitariste dans les représenta-
tions de la compagnie Garda; toutefois, ce
qui est certain, c'est que lluerta monta sur la
scène aussi conime chanteur, et qu'à New-Yoi K
il se montra, aux cAtés de Garcia, dans le rôle
de don Basile du Barbier.
11 est à croire pourtant que Huerta ne resta
que quelque temps avec son ami. Après avoir
visité les États-Uni« et la Havane, il revint eu
Europe et se rendit à Londres, où il n'obtint
pas moins de succès que naguère à Paris, et
où il gagna des sommes considérables. De là
il partit pour Malle, de Malte gagna Constanti-
nople, et revint en 1830 à Paris, où il se lia
avec Rossini, et, l'année suivante, connut Pa-
gauini. 11 retrouva en Franco ses triomphes
passés, et devint l'idole du public, qui lui faisait
fête chaque fois qu'il se taisait entendre. « En
vérité, — disait Fétis dans la Jlevue musicale
— en vérité, M. lluerta est un honuue fort
extraordinaire ; les difficultés qu'il exécute
tiennent du prodige. Rien ne peut donner l'idée
de la merveilieu>e agilité de ses iloigts. » On
le louait alors en prose et en vers, et M"'° de
Girardin, devenue déjà fameuse sous son nom
de Delphine Gay, exaltait ainsi .son talent :
L'avez-vous entendu ce troubiiilour ii'Esp,Tgne,
Qu'un art inelocliciix .■uix coiiibat-; accmiip/igiiL'?
Sur sa guitaïc il cliuntc et soupire à la fols;
Ses doigts ont un accent, ses cordes une voix;
Son cliant est on poenie luruiuiiiciu sans rime ;
Tout ce que l'on éprouve et l'on rêve, il l'exprime,
les cœurs à ses accfirds se sentent rajeunir;
La beauté qui l'écoute, heureuse en souvenir.
S'émeut, sourit et pleure, c' croit encore entendre
Ce qu'on lui dit Jamais de plus doux, de plus tendre.
Sa };uitare, en vibrant, vous parle tour à tour
Le Iangai:e Q'csprit, le lani:age d'amour;
Chacun y reconnaît l'instrument qui l'inspire :
Pour le coiiiposileur c'est un orclieslre entier.
C'est le tambour léger pour le basque en délii'e,
C'est le clairon pour le guerrier,
l'our le poL'te c'est la lyre !
En 1833, Huerta retourne pour un instant
dans sa patrie, puis il revient à Paris l'année
suivante, fait bientôt un grand voyage dans les
départements, qui ne l'accueillent pas avec une
moindre laveur, et en 1843 va se faire entendre
en Belgi<]ue. En 1S49, on répand le bruit de
sa mort; la nouvelle était f;iusse, mais on
n'entend plus parler de lui jusqu'au mois d'oc-
tobre 1855, époque où la même nouvelle est
remise en circulation par les journaux italiens.
C'est alors qu'on lit dans Vllalia e Popolo -. —
<c Le célèbre guitariste espagnol Hueita vient
de mettre fin à ses jours, en se tirant un coup
de pistolet dans le cœur. Son cadavre a été
trouvé dans une des rues les moins fré'quentées
de Nice. Avant de mourir, il avait écrit une
lettre pour recommander que l'on distribuât en
(cuvres de bienfaisance une somme d'argent
(|u'il avait en sa possession. 11 devait donner
un concert à Nice, et déjà les affiches étaient
placardées. » Cependant, cette fois encore, et
malgré des détails si précis, la nouvelle de la
mort de lluerta était controuvée ; l'artiste est
encore, à rbcnrc présente, en parfaite santé,
après avoir fait, il y a peu de temps encore
(1873), un voyage en RelgKpie.
La génération présente n'a pu apprécier le
talent de lluerta; mais il fallait que ce talent
fût bien extraordinaire pour exciter l'entliou-
IIUERÏA y CATURLA ~ HUET
siasme de fous ceux, artistes et amateurs, qui
étaient à même de l'apprécier; et d'ailleurs il
faut se rappeler que lorsque Hiierta se produisit
à Paris, deux autres guitaristes, fort distingués
tous deux, et ses compatriotes, obtenaient eux-
mêmes de grands succès aiq)r6s du pul)lic ;
je veux parler de Sor et d'Aguado. Il est vrai
que le jeu de ceux-ci était normal, classique
si l'on peut dire, tandis que Huerta était un
virtuose d'une nature étrange, d'un ordre ex-
ceptionnel , qui semblait transformer la gui-
tare en lui demandant ce qu'on n'en avait jamais
obtenu avant lui, et qui se caractérisait lui même
avec justesse, sinon avec modestie, en répétant
sans CHSse : Je souis lé Paganini dé la goui-
tare ! Fétis disait, dans la Berne mvsicale du
21 juillet 1832^ en parlant de cet artiste pro-
digieux : — « Nous avons déjà dit et tout le
monde sait que M. Huerta exécute sur la gui-
tare de très-grandes difficultés; mais lorsque
j'entends un artiste distingué déployer un talent
peu ordinaire sur la guitare, la sensation qui
domme en moi est celle du regret de voir des
facultés applifpiées d'une manière peu utile; car
un fait qui ne peut être contesté, c'est que la
guitare est destinée à demeurer constamment
dans un état complet d'infériorité à l'égard des
autres instruments, malgré tout le talent que
des artistes tels que MM. Aguado et Huerta
emploient à donner plus d'étendue à ses faibles
ressources. M. Huerta est peu musicien, et
riiarmonie dont il accompagrie ses mélodies
est quelquefois étrange. » D'autre part, il est
certain que Huerta, un peu grisé sans doute
par ses facultés exceptionnelles, prétendait tirer
de la guitare ce qu'elle est inapte à rendre. A ce
sujet, on a mis sur le compte d'un grand mu-
sicien le jugement que voici, qui parait tout à
fait équitable : — « Je reprocherai un défaut à
Huerta. I^arce qu'il entend bruire dans sa tête
les accords nombreux et variés de tout un or-
chestre; parce qu'il sent vibrer en lui, sur tous
les tons, tous les échos de son âme, il s'imagine
pouvoir rendre sur les si\ cordes de sa guitare
tout ce volcan d'harmonie intérieure. Mais
lui seul y est trompé. L'oreille du dilettante
n'entend qu'une voix, qui module harmonieu-
sement, il est vrai, mais qui ne peut servir
d'interprète aux mille voix que l'artiste écoute
chanter en lui. Du reste, Huerta est un excel-
lent guitariste, c'est même le plus excellent
que je connaisse. » Ces réflexions, je le répète,
sont on ne peut plus sensées (1).
(1) On a attribué à Ilacrta la composition du faim \\x
chant national espagnol connu sous le nom i' Hymne de
II CET (Auguste), acteur français qui a brillé
pendant plus de vingt ans sur le tliéàtre de l'O-
péra-Comique, commença sa carrière à l'époque
de la Révolution, sur l'aimable Ihéàtredes Jeunes-
Artistes, habilement dwigé par Foignet, père et
(i\9. {Voyez ce nom), et où l'on jouait beaucoup
d'opéras-comiques. Vers 1798, il passa au théâtre
des Troubadours, où le répertoire se composait
tout à la fois de vaudevilles et de pièces lyriques,
et où il commença à acquérir les qualités qui de-
vaient le distinguer plus tard comme comédien.
Mais celui-ci ayant fait de mauvaises affaires et
ayant fermé ses portes, Huet partit pour la pro-
vince, où il acheva son éducation scéniqiie. 11
était au Grand-Théâtre de Rouen, où il tenait
l'emploi des /io2//e;ç-coH/;v, lorsqu'il fut appelé à
rOpera-Comique. Il y débutale 10 décembre 1805,
dans Adolphe et dura et le Médecin Turc.
Ses commencements furent modestes, et il se
borna à doubler Elleviou et Gavaudan; mais
bientôt on reconnut qu'il était <iouéd'un physique
plein de grâce et de noblesse, d'une voix fraîche
et conduite avec goût, qu'il portait le costume
avec une rare distinction, et qu'enfin ses progrès
en tant que comédien étaient sensibles de jour
en jour. A la retraite d'Elleviou il avait été déjà
reçu sociétaii-e, et le départ de ce grand artiste
lui donna l'occasion de créer quelques rôles
qui lui firent honneur.
En peu d'années, Huet acquit, avec un véri-
Itiego, et je Tai fait raol-méine, en un article publié
sur cet hymne dans la Gazette musicale du 25
octobre I868. Je croyais pouvoir alors ajouter toute con-
liance aux documents sur lesquels je m'appuyais. Je
suis moins sur de mon f^ilt aujourd'hui, quoique je n'aie
pas la preuve du contraire. Je vais donc reproduire, i
titre de simple renseignement, ce que je disais à ce
sujet:— « .... C'était dans les premiers jours de septembre
i820. L'Espagne, cette terre classique des révolutions,
venait de se soulever contre Ferdinand VII, et deux
généraux insurgés Riego et Qulroga, entraient en vain-
queurs à Madrid, obligeant le roi a octroyer une cons-
titution à son peuple. — L'elfervescence était dans tous
Il s esprits, 1 émotion populaire était à son comlile,
toute l'Espagne enfin était dans uie sorte d'enivrement
fac ile à concevoir. C'est à ce moment que deux hommes
se rencontrèrent nans une même pensée, celle de duter
leur pays d'un hymne de résurrection, d'un chant pa-
triotique et national. L'un d'eux, le colonel Kvariste San-
Mrguel, ancien officier de l'armée de Cadix lors du sou-
lèvement de 1812, ancien rédacteur du journal VEspec-
tador, " trlLiuii et poète en même temps que soldat, m
était chef d'état-major de Riego; l'autre, jeune cadet
djns l'armée, était un adolescent de dix-si pt ans, ayant
un peu étudié la musique, et s'appelait lluerla. — Tous
deux associèrent leur inspiration, et dans une nuit de
fièvre ils enfantèrent un chant auquel ils donnèrent le
nom du libérateur, et qu'ils appelèrei t l'Hymne de
Jiiego. L'Espagne avait trouvé sa marseillaise, et huit
jours après, ce chant, devenu rap dément célèbre,
retentissait dans les airs d'un bout a l'autre du pays, u
8
HUET— lîUNDT
table talent, une action l^^gitimé sur le public et
une incontestable autorité. Outre les rôles im-
portants (tu répertoire courant, il s'en vit confier
un grand nombre de nouveaux qui établirent so-
lidement sa réputation, et on le vit ainsi dans
le Philosophe en voyage, Ethelwina, le Négo-
ciant de Hambourg, le Petit Souper, Valent ine
de Milan, Marie, la Vieille, le Colporteur,
l'Orphelin et le Brigadier, Masaniello, etc.,
etc., se distinguant à la fois par ses qualités
vocales et scéniques, et gagnant chaque jour dans
l'estime des amateurs. Huet se fit remarquer
aussi, d'une façon moins connue du public, par
l'énergie, l'activité, l'intelligence et la probité
qu'il déploya lorsque, à la réorganisation de l'O-
péra-Comique, il fut nommé, par l'autorité su-
périeure, l'un des quatre acteurs chargés de l'ad-
ministration de ce théâtre, et l'on assure que sous
ce rapport il rendit d'inappréciables services.
Huet se retira en 1828, pour prendre avec
Paul, son ancien camarade de l'Opéra-Comiquc^
la direction du Grand-Théâtre de Rouen. Tous
deux s'étaient associés à cet effet, mais Paul
ayant obtenu le privilège en son nom seul, voulut
rompre le traité. Huet fit alors valoir ses droits,
par des actes authentiques, et obligea Paul à lui
payer 40,000 francs de dommages- intérêts. Cet
artiste distingué est mort on 1832.
HUGH-CASS ( ), chef d'orchestre et
compositeur, était en 1805 chef d'orchestre du
Casino de Marseille, et remplissait, en 1874, les
mêmes fonctions au théâtre de Toulon. Il a fait
représenter les ouvrages suivants : 1" La Croix
de Jeannette, o\)éTSi-com\(nie en un acte, Grand-
ThéàtredeMarseille, 17 janvier 1865; 2«Za Ronde
de nuit, opérette en un acte, Alcazar de Mar-
seille, 10 août 1872; 3° Le légataire de Gre-
nade, drame lyrique en quatre actes, théâtre de
Toulon, 28 février 1874. Ce dernier ouvrage,
dont les paroles, comme celles des deux précé-
dents, étaient l'œuvre de M. Maurice Bouquet,
avait été présenté |)ar ses auteurs au concours
ouvert en 1867 au Théâtre-Lyrique. M. Hugh-
Cass est encore l'auteur d'une saynète burlesque :
Une Revue à Trépigny-les-Oursins.
IIULLAIl (JouN), professeur, théoricien cl
écrivain musical anglais, est né à Worcester en
1812. Élève d'abord de Horsiey, il entra en 182!)
à l'Académie de musique de Londres, où il suivit
le cours de chant de Crivelli. En 1832 il se pro-
duisit comme compositeur, en écrivant la mu-
pique des Coquettes de village, opéracomiciue
de Charles Dickens, puis bientôt il se livra à
l'enseignement et à la propagation du chant
populaire, et fit depuis lors, dans cet ordre
d'idées, les efforts les plus intelligents, les plus
persévéranf.s et les plus heureux. Il fit cons-
truire en 18'i7, pour ses exercices, une grande
salle de concerts connue sous le nom ût Suint-
Martin's Hall, que le feu détruisit en 1860. Cet
événement, qui le ruinait à peu près complète-
ment, le rendit l'objet des plus ardentes sympa-
thies, et ses élèves, ses amis, ses partisans lui
donnèrent en cette circonstance des preuves non
équivoques de leur vive affection.
M. John Hullah a été professeur de musique
vocale et d harmonie aux collèges du roi, de la
reine et de Bedford, à Londres, organiste de la
Chartreuse, directeur de l'on hestre et des chœurs
de l'Académie royale de musique. En 1872, le
Conseil d'Éducation l'a nommé inspecteur mu-
sical pour le Royaume- Uni; depuis lors, il s'est
démis de ses fonctions au Collège du Roi.
M. Hullah a produit de nombreux ouvrages
d'enseignement, et il s'est occupé aussi avec ar-
deur des questions relatives à l'histoire de la
musique. Voici la liste de ses ouvrages les plus
importants : 1° Méthode de chant de B. Wilhem,
traduite en anglais ; 2° Notation. Résumé histo-
rique concernant le choix,- la convenance et
la formation des lettres et des caractères qui
constituent l'alphabet musical; 3° Histoire de
la musique moderne (the Historij of modem
music), ouvrage formé d'une série de lectures
faites par l'auteur à l'Institution royale de la
Grande-Bretagne (Londres, Longmans, 1862, in-
8°; 2' édition 1875) ; 4' La Période de transition
de l'histoire musicale [the Transition period
of musical history], ouvrage formé dans les
mêmes conditions (Londres, in-8°); 5° i^Hrf(7?^e?^<s
de la grammaire musicale; 6' Grammaire de
Vharmonie musicale; 7" Grammaire du con-
trepoint ; 8° Exercices pour la culture de la
voix; etc. M. Hullah a publié aussi des recueils
de chants pour les enfants, et il a donné, dans
des publications spéciales, un grand nombre d'ar-
licles sur des sujets relatifs à la musique.
IIÛLSKAMP (Gustave-Henri), habile
facteur de pianos, fondateur et directeur d'une
des maisons les plus considérables en ce genre
qui existent en Amérique, est né en Westphalie.
En 1830 il alla se fixer aux États-Unis, établit
à f roy, dans l'état de New- York, une fabrique
de pianos qui, grâce â son talent et à son éner-
gie, acquit bientôt une grande importance, et
obtint en 1857 une médaille pour l'excellente
construction de ses instruments. Depuis 1866,
M. Hiilskamp a transporté sa fabrique dans la
ville même de ;Vew-Vork.
IIUI\I>T (M'" Aline), jeune musicienne
allemande, s'est fait connaître avantageusement,
en ces dernières années, comme chef d'orchestre
HUNDT — HYE (DE LA)
9
et comme compositeur. Au mois de mars ou
d'avril 1871, elle a fait exécuter sous sa direc-
tion à Berlin, dans la salle de l'Académie de
chant, une symphonie en sol mineur et une
grande marche instrumentale qui paraissent
avoir obtenu un grand succès. Un journal alle-
mand disait, en parlant de la seconde de ces
compositions, que c'est une « œuvre originale et
puissante, où le sexe de l'auteur ne se trahit ni
dans la hardiesse de l'harmonie, ni dans la cou-
leur de l'instrumentation. » J'ignore si, depuis
lors, celte artiste s'est produite de nouveau.
HURLEBUSCH (Conrad-Frédéric), or-
ganiste et compositeur, né à Brunswick en 1696,
vivait vers le milieu du dix-huitième siècle à Ams-
terdam, où il devint organiste de l'église réformée.
Les renseignements manquent sur l'existence de
cet artiste, qui fut un compositeur très-fécond,
mais dont on ignore les dates de la naissance et
de la mort; on sait seulement qu'il était déjà
oiganiste à Amsterdam en 1738, et qu'il vivait
encore dans cette ville en 1766. On connaît les
œuvres suivantes de Huriebusch : l» Vlnnocenza
difcsa, opéra italien; 2° Flavio Cuniberio,
opéra italien; 3" VI Sonate di cembalo, Amster-
dam, 1746; 4° Les \bO psaumes de David avec
ses motets, composés pour le clavecin et l'or-
gue, d'après la base et la vraie harmonie, to-
nalité, basse chiffrée, avec petits agréments,
etc., Amsterdam, Jan Freisiich, 1766; 5" 80 à
100 airs italiens, avec instruments; 6° 12 Can-
tates italiennes, avec violon et autres instru-
ments ; 7° Cantates italiennes, avec basse et chant ;
8" 12 concertos, 12 sonates et 8 ouvertures;
9^ 6 concertos pour clavecin, avec instruments;
10° 24 fugues pour clavecin et orgue; 11» 18 so-
nates ou suites pour le clavecin. Huriebusch est
encore l'auteur d'un grand ouvrage sur la théorie
de la musique.
IIURTADO (Pierre), musicien du dix-sep-
tième siècle, évidemment d'origine espagnole (il
signait: Pierre Hurtado y de Avalos), mais tl\é
dans les Pays-Bas et peut-être né dans cette con-
trée, était fils d'un lieutenant de cavalerie au
service du roi des Pays-Bas. Pendant dix ans il
fut enfant de chœur à la chapelle royale de
Bruxelles, et devint ensuite maître de chant à
l'église Saint-Bavon, cathédrale deGand. M. Van
dei Slraeten a retrouvé, dans les archives de l'é-
glise de Sainte- Walburge, d'Audenarde, une liste
datée de 1734 et donnant l'inventaire de la mu-
sique appartenant alors à cette église; cette liste
contient la mention des compositions suivantes de
Pierre Hurtado : 1° Motet de chœur, à 4 voix et
3 instruments; 2" Motet de chœur, à 3 voix et 3
instruments; 3° Motet à 3 voix; 4° Te Demn à
6 voix et 3 instruments ; 5° Motet à 6 voix et 3
instruments.
* HUTII (Louis), compositeur allemand,
est mort à Londres en 1859.
HUTOY (Eugène), compositeur belge, né à
Liège le 2 juillet 1844, a fait son éducation mu-
sicale au Conservatoire de cette ville, où il suivit
les cours de solfège, de violon, d'harmonie et de
fugue. Après avoir publié quelques mélodies
vocales, cet artiste a écrit la musique de deux
opéras-comiques en un acte, l'un, Quiroco et
Cristi, représenté au Pavillon de Flore, à Liège,
le 8 février 1872, l'autre, la Posada ou le Sou-
per du Roi, représenté au théâtre royal de la
même ville le 24 février 1874. M. Hutoyesl pro-
fesseur de solfège au Conservatoire de Liège, de-
puis 1872.
Le frère puîné de cet artiste, M. Achille Hii-
toy, né à Tournai le 2 avril 1849, s'est adonné à
l'étude de la flûte et est devenu un artiste dis-
tingué. Elève aussi du Conservatoire de Liège, il y
a été couronné au concours de 1869. Il fait aujour-
d'hui partie de l'orchestre de M. Bilse, à Berlin.
* IIUTSCHENRUYTER (Guillaume),
compositeuretchef d'orchestre,est né à Rotterdam
le 25 décembre 1796. Il étudia dans sa jeunesse le
violon, le cor et la trompette, fit un cours com-
plet d'harmonie et de contrepoint, puis se livra
avec succès à la composition. Doué d'une intel-
ligente initiative secondée par un savoirréel, cet
artiste contribua d'une façon considérable au dé-
veloppement du goût musical dans sa ville natale :
directeur des concerts de la Société Eruditio mu-
sica, mallre de chapelle de l'église St-Dominique,
chef de la musique de la garde bourgeoise, direc-
teur de la Société Musis sacrum et de la société
chorale £"M;er/)e, professeur à l'École de musique,
il a occupé pendant longues années une position
brillante et exercé une grande influence sur la
marche de l'art. Comme compositeur, on lui doit
les ouvrages suivants il» le Roi de Bohême,
opéra représenté à Rotterdam ; — 2° quatre sym-
phonies à grand orchestre (dont une publiée à
Bruxelles, chez Schott) ; — 3° deux ouvertures
de concert, couronnées par la Société musicale
des Pays-Bas; — 4° une ouverture pour instru-
ments à vent; — 5" plusieurs recueils de lieder;
— 6° des chants d'écoles (publiés à Schiedam,
chez Roelandt) ; — 7" plusieurs messes ; — 8" des
cantates; — enfin un grand nombre de compo-
sitions de divers genres, qui portent le chiffre de
ses œuvres à plus de cent cinquante. Cet artiste
vivait encore à Rotterdam en 1864.
HYE (>!■"« DE LA). — Voyez LA HYE
(M"" DE).
IBi\ AK'JIA (Mohammfd), clianteiir ara-
be, élève de Djémîlè et de Màbed, fut l'un
«les artistes les plus renommés <le l'Orient.
Mais il était «loué «l'un orgueil insupportable,
et tel, dit un bio;iraplie, que si on le priait de
chanter, il se fâchait, et que s'il chantait et
qu'on lui criût : Bravo ! il s'emportait et cessait
aussitôt, disant qu'il n'avait pas besoin d'ap-
plaudissements. Pour donner une idée de son
talent, on raconte qu'un jour, se trouvant à la
MeKUe et voyant passer une immense troupe
de p«4|erins, Ibn Aiclia dit à un ami : — « Je
connais un homme qui, s'il ouvrait la bouche,
tiendrait tout ce monde immobile et arrêterait
la circulation. — Qui donc? demanda l'ami.
— Moi, » répondit-il, et il se mit à chanter.
A .sa voix, tout le cortège cessa d'avancer, les
litières .se pressaient et s'entre-choquaient, les
chameaux allongeaient leur cou vers le chan-
teur, et la confusion qui résulta de celte sus-
pension de la marche faillit amener de graves
accidents.
Un autre fait peint son caractère. Revenant
de Damas, où il avait été appelé par le calife
Walîd I[ et par lui comblé de présents, Ibn
Aicha, retournant à Médine, s'était arrêté au
château de Dhou-Klioucbb, chez El-Ghamr,
frère de ce prince. Un soir qu'il était à boire
avec El Ghumr sur la terrasse qui formait le
toit du château, il chanta un air qui |)lut beau-
coup à celui-ci. El-Ghamr le pria de recom-
mencer; Ibn Aicha refusa par fierté; le prince
in.sista, le chanteur s'obstina, et El-Ghamr,
irrité de ce refus et échauffé par les fumées du
vin, fit précipiter l'artiste indocile du haut en
bas de la terrasse. Quelques-uns disent, il est
vrai, que cette chute fut accidentelle. Quoi
qu'il en soit, Ibn Aicha en mourut, vers l'an
125 ou 1?.G de l'hégire (environ 743 de l'ère
chrétienne).
IBN MOUHRIZ, musicien arabe, vivait
au premier siècle de l'hi^gire (septième siècle de
l'ère chrétienne). C'était un chanteur fort dis-
tingué, s'il faut en croire l'anecdote suivante,
rapportée par Caussin de Perceval dans sa notice
sur un autre chanteur arabe, Honayn el-Hiry (t) :
— " Honayn tenait, en quelque sorte, le sceptre
(1) Notices anecdotiqucs sur tes principaux musiciens
arabes des trois preinicrs\sicctes de l'Islamisme.
de l'art musical dans sa province, quand il ap-
prit qu'il éliiit menacé d'une dangereuse concur-
rence. Ibn Moidu'i/, attiré |)ar ce qu'on lui avait
rajjporté du caractère et des goilts de l'émir
Bichr, fils de Merwân, s'était mis en route pour
venir faire une tournée en Irak. Honayn s'em-
pressa d'aller au-devant d'un rival qu'il redoub-
lait. H le rencontra au bourg «le Cadecyiè, fur
la limite même de l'Irak et «lu déserf. Il fit
connaissance avec lui et le pria de lui faire en-
tendre sa voix. Ibn Mouhriz ayant aussit(it chanté
un air de sa composition , Honayn lui dit : —
« Combien te flattes-tu de gagner dans ce pays ?
a _ Peut-être 1,000 pièces d'or (14,000 fr.),
» répondit Ibn Moubriz. — Eh bien! reprit Ho-
" nayu , contente-toi de 500 (7,000 fr.) ; les
« voici-, va ailleurs, et promets-moi de ne plus
« revenir. « Ihn Mouhriz était modeste en ses
désirs et naturellement disposé à fuir le monde.
Il accepta le marché, et s'en retourna. Les con-
frères de Honayn le plaisantèrent au sujet de
cette aventure. « Riez tant qu'il vous plaira, leur
« dit-il, j'ai agi sagement. Si cet homme était
« entré en Irak, j'étais perdu, ruiné. Il m'aurait
« tellement écrasé de sa supériorité, que jamais
ce je n'aurais pu me relever. »
IBI\-SOURAYDJ, l'un des chanteurs
arabes les plus fameux, brillait dans le premier
siècle de l'islamisme (sixième de l'ère chré-
tienne). « Il avait, dit Caussin de Perceval
la peau brune, peu de barbe^ le teint couperosé,
les yeux louches. H se coiffait habituellement
d'un chapeau rond et se couvrait le visage
d'un léger voile, lorsqu'il chantait, afin que l'at-
tention des auditeurs ne AU pas distraite par
la vue de sa figure disgracieuse, et se fixât
uniquement sur sa voix, qui était d'une grande
beauté. Né à la Mekke à la fin du califat d'O-
mar, fils de Khaltab, il eut pour ma'.îie de chant
ibn-Mouçaddjih. H alla ensuite à Médine, où il
fré(|uenta la maison d'Âzzè-tel-Meylà et apprit
plusieurs des airs de cette cantatrice. De retour
à la Mekke, il y demeura longtemps obscur;
il cxer(;ait la profession de ndijeJi ou chanteur
de vers élégiaques dans les funérailles. Il végéta
ainsi jusqu'à l'âge de quarante ans. »
En réalité, Ibn-Souraydj naquit vers l'an 23
de l'hégire, soit vers 641 de l'ère chrétienne.
Les circonstances finirent par lui être favora-
bles, et, après une jeunesse obscure, plusieurs
IBN-SOURAYDJ — IMBIMBO
H
occasions lui permirent de mettre en relief
son très-beau talent de ciianleur et môme son
habileté à composer de jolis airs, et il (itiit par
être considéré à la Mekke, à Médine et dans
tout le Hidjàz pour le premier des nayeh.
Bientôt il augmenta encore sa renommée en
prenant l'habitude de s'accompagner avec le
lulli, rt il fut, assure-ton, le premier qui
chanta des vers arabes en s'aidant de cet ins-
trument.
L'histoire de sa lutte artistique avec un de
ses serviteurs devenu son élève, El-Gharîdh,
affranchi comme lui, est intéressante et cu-
rieuse. Celui-ci avait si bien profité des leçons
de son maître, qu'il devint bientôt son rival,
sa voix paraissant d'ailleurs particulièrement
propre au chant des poésies élégiaques. Ihn-
Souraydj, pour éviier une com]iaraison qui
blessait son amour-propre, abandonna alors la
professjjn de 7wye/i, et s'attacha à composer
des airs d'un style grave et noble, dans les
espèces de rhylhmes du genre ihdkil ou lent.
Mais El-Gharidli le suivit sur ce terrain et en-
gagea avec lui une lutte qui, pendant plusieurs
années, excita l'attention et la curiosité du pu-
blic MeKkois, lequel jouissait du talent des
deux artistes sans accorder la palme à l'un
plus qu'à l'autre. Ibn-Souraydj voulut alors
changer de nouveau sa manière, et se mit à
composer des hazadj, airs tendres et faciles,
et surfout des ramai, mélodies vives et agitées;
mais, là encore, Ei-Gharîdh le poursuivit et
presque l'égala. Enfin, Ibn-Souraydj composa
un jour, sur des vers du poète Omar et dans
le rhylhme tliakil second, un chant d'une si
grande beauté et d'une allure si magnifique,
que son rival dut s'avouer vaincu ; cet air a
été mis au rang des chefs-d'œuvre de la musi-
que arabe.
La renommée du chanteur devint immense,
et le calife Walîd, fils d'Abd el-Mélik, à son
avènement au trône, le fit venir à Damas et
en fit son favori. C'était d'ailleurs un fort hon-
nête homme, aussi estimé pour sa conduite
qu'admiré pour son talent. Attaqué de l'éléphan-
tiasis, il mourut à la Mekke, dans sa quatre-
vingt-cinquième année, vers l'an 108 de l'hégire
(726 de J.-C).
IMBAULT (J -J ), violoniste, puis
éditeur de musique , naquit à Paris le 9 mars
1753. Il commença jeune l'étude de la musique,
et à l'âge de dix ans devint pour le violon l'élève
de Gaviniés, sous la direction duquel il acquit
un remarquable talent. 11 débuta comme virtuose
à dix-sept ans, en se faisant entendre dans les
concerts donnés au profit de l'École de dessin
fondée par Bachelier, et l'on raconte que son
succès y fut si grand que, pour hii exprimer sa
satisfaction, M. de Sartine lui accorda le droit de
désigner un élève i)oui' élre admis dans cette
école. Imbault se prodinsit ensuite au Concert
spirituel, puis aux brillantes séances de la So-
ciété olym|)ique, et il eut l'honneur d'exécuter
trois fois avec Violti, devant la reine Marie-An-
toinette, les symphonies concertantes de cet iU
lustre maître. Sous l'empire, il lit partie de l'or'
cliestre île la chapelle.
Vers 1780, Iiubault, qui avait été attaché pen-i
dant quelques années à l'orchestre de l'Opéra, se
nn't à la tète d'un établissement d'éilition musi-
cale qui fut bientôt l'un des premiers de Paris.
« Comme éditeur de musique, disait le Diction-
naire historique des Musiciens, il s'est attaché
plus constamment que tout autre à donner des
éilitions belles et correctes, môme dans les ou-
vrages les plus onhnaires; outre cela il en a
donné un grand nombre de très- bonnes et de
très-importantes; on lui doit le Traité de la
fugue et du contrepoint de Marpurg, VÉcole
d'orrjve par M. Jos. Martini, les Méthodes de
violoncelle par Tillière, Bréval et L. Duport. 11
a publié en 1808 une superbe édition des quatuors
d'Haydn, au nombre de cinquante-six, avec le
portrait de ce compositeur. » Parmi les très-
nombreuses publications faites par imbault, il
faut citer aussi plusieurs concertos de violon de
Roile, des duos de Viotti, des sonates de clavecin
de Boieldieu, et l'un des chefs-d'œuvre de son
vieux maître Gaviniés, les ringt-quatre Mati-
nées. Peu de temps avant la mort de ce dernier,
en 1800, Imbault donna deux brillants concerts
à son bénéfice , et Gaviniés , reconnaissant en-
vers son élève, lui fit don de son portrait dessiné
par P. Guérin.
lAlBERTouYMBERT (Tn ),composU
teiu-, a fait leprésenter le 8 mars 18f)l, au Théâ-
tre-Lyrique, un opéra comique en un acte inti-
tulé les Deux Cadis. Ce petit ouvrage, très-bien
accueilli du public, renfermait de bonnes qualités
et semblait d'un bon augure pour l'avenir du
jeune artiste qui débutait ainsi. Pouitant, et
j'ignore pourquoi, il n'a plus été question depuis
lors de M, Imbert, qui a seulement publié la
partition d'une sorte de petit oratorio, Bethléem,
« pastorale » en trois parties (Paris, Choudens).
On doit aussi à ce compositeur quel(|ues ro-
mances et chansons, tiur le Lac, la Baya'
dère, Juliette, Tircis et Amarante, VHiron-'
délie, le Batelier du i\il, Pauvre Jacques,
la Mort et le Bûcheron, le Satyre et le Pas-
sant, etc.
* IM6l\lBO (EM.MA.NUia). Cet artiste est
12
TMBIMBO — INGRANDE (D')
l'auteur d'un Salve regina avec accompagne-
ment d'orchestre, dont M. le docteur Basevi, de
Florence, [tosst'de une copie datée de 1793.
IMME\RAET (Michel), facteur de clave-
cins, né à Cologne à la fin du seizième siècle,
s'établit à Anvers, et fut inscrit au nombre îles
bourgeois de cotte ville le 5 mars 1610. 11 était
contemporain du fameux Hans Ruckers le vieux,
le plus célèbre facteur de clavecins d'Anvers,
qui possédait en ce genre un grand nombre d'ar-
tistes distingués.
IMPALLOMENI ( ), compositeur ita-
lien, a fait représenter au théâtre Garibaldi, de
Palerme, en 1875, un opéra intitulé i-'A^iwia.
IMPERATORI ( ).Un musicien italien
de ce nom a fait représenter sur le théâtre de la
Scala, de Milan, le 22 novembre 1842, un opéra
sérieux intitulé Bianca di Belmonte.
INCIIINDI. — Voyez HE!\NEKINDT.
IIVDY(S\iNT-ANr,E-WiLFRiDD'),né à Valence
(Drôme), le 14 décembre 1821 , est un de ces
hommes de goût qui savent utiliser par la culture
intelligente de l'art, les loisirs que leur crée une
situation aisée et indépendante. Venu à Paris en
1839, M. d'indy y prit des leçons de piano d'An-
toine de Konstki, et eut en même temps Bande-
rai! comme professeur de chant. En outre, il
suivait au Conservatoire le cours de composi-
tion de Carafa, ou plutôt celui que faisait au
nom du maître Alexis Roger, qui obtint en
1842 le grand prix de l'Institut.
Un quatuor pour instruments à cordes, publié
en 1841, chez Challiot , puis un certain nombre
de morceaux pour piano, de duos pour piano et
violon, et de pièces de chant, parmi lesquelles
il faut distinguer une scène dramatique intitidée
Charlotte Corday (M""" Maeyens-Couvreur,
éditeur), tels furent les débuts de M. d'indy
dans la carrière du compositeur. Il écrivit en-
suite sur un livret de M. Emilien Pacini (les
deux Princesses) , un opéra-comique en deux
actes, qui fut représenté le 2 février I8.")0, dans
la grande salle du Con.servaloire, et qui a été
édité par M"''= Maeyens. Le succès de cet ouvrage
engagea M. Perrin, directeur de l'Opéra-Comique,
à accofiter du jeune coinposileur une nouvelle
partition, le Feu sous la nc'<;e; mais différentes
circonstances en tirent ajourner la mise à la .scène,
et ce ne fut qu'en 18G0 que cet opéra, qui avait
été retiré du théâtre, fut représenté au Louvre ,
chez M. le comte de Niewerkerke, et dans quel-
ques autres salons. L'tm des interprèles de l'ou-
vrage était le ténor Capoiil, qui paraissait pour
la première fois devant le public parisien.
Pourvu par M. Roquoplan , directeur de l'O-
péra , d'un poème de M. de Saint-Georges ,
Maître Claude, M. d'indy en avait écrit la
musique, et les répétitions allaient commencer,
lorsque la direction île l'Opéra vint à passer
dans les attributions du ministre de la maison
de l'empereur. L'accès de notre première scène
lyrique s'élant trouvé en même temps interdit
à tout compositeur n'ayant pas encore fait ses
preuves sur une scène subventionnée, M. d'indy
dut rendre .son poème à M. de Saint-Georges,
qui le remania, et le transmit cette fois à M. Jules
Cohen ; ce fut , comme on le sait , l'Opéra-Co-
mique qui hérita de Maître Clavde.
Les derniers ouvrages dramatiquesde M. d'indy
sont deux opéras de salon : Méprise et Surprise,
et Dans le brouillard, composés l'un et l'aiWre
en 1807, sur des paroles de M. Jules d'Evry. Ces
deux partitions, finement touchées, et d'un
caractère très-agréable, ont été exécutées dans
la salle du Conservatoire. Une affection préma-
turée de l'organe visuel, dont la gravité s'est
promptement accrue, a forcé M. d'indy à re-
noncer aux travaux de composition qui lui étaient
chers, et pour lesquels il se sentait heureuse-
ment doué. Je compléterai l'énumération de ses
fl'uvres principales en signalant : un trio |)our
piano, violon et violoncelle, op. 15 (Paris, Ri-
cbaull), deux sonatines pour piano, et une Séré-
nade, dont la mélodie élégante et l'accompagne-
ment soigné donnent la mesure du talent du
compositeur.
M. Wilfrid d'indy a fourni au Correspondant,
de 1869 à 1873, d'inléres.sants articles de criti-
que musicale. Il habite depuis un certain nombre
d'années l'arrondissement de Bayeux (Calvados).
J. C-z.
lA^DY (Vincent D'), compositeur, neveu du
précédent, s'est fait connaître, depuis quehjues
années, par plusieurs productions importantes.
C'est ainsi (pi'il a fait entendre successivement
une ouverture intitulée les Piccolotnini (Concerts
populaires, 1874), des fragments d'une « sym-
phonie chevaleresque» (Société nationale, 1876),
une ouverture iVAntoine et Ciéopâtre (Con-
certs populaires, 1877), et une « chanson espa-
gnole » avec chd'ur intitulé la Chevauchée du
^(/(Société nationale, 1877).Cejeuneartiste, qui
ne manque ni de talent ni de vigueur, mais qui
cbercbe encore sa voie , semble, comme (juel-
(pies-uns des musiciens <ie notre nouvelle école
française, un peu trop imbu des théories éner-
vantes de M. Richard Wagner. M. d'indy a pris
une part assez importante à l'utile et intelligente
publication <Ies cantiques et des madrigauv de
Saloinon Rossi, faite récemment par M. S. Naum-
bourg {Voyez ce nom).
ll\GRA!\DE (Edmond D'), organiste et coin-
INGRANDE (D') — ISMAEL
13
positeur, est né à Paris le 19 mars 1825. D'abord
élève lie W'ilheni et de Tasliin, il travailla ensuite
avec Zimniermann, et prit part, en 1845, an
concours préparatoire pour le prix de Rome.
N'ayant pas réussi, il entra en 1848 au Conser-
vatoire, dans la classe de composition d'Adolphe
Adam, mais n'y resta que peu de temps. 11 devint
bientôt professeur de cliant dans les écoles com-
munales de la ville de Paris, puis, successive-
ment, organiste de l'église Saint-Ambroise , de
Notre- Dame-des-Blancs-Manteaux, et maître de
chapelle à Saiut-Leu. M. d'ingrande a écrit un
grand nombre de chœurs orphéoniques : le
Guet, Il est minuit , les Papetiers , le Chant
des Forgerons, la Fêle du bon Dieu, les Génies
de la terre, l'Union de l'industrie et des arts,
le Chant de V atelier, qui ont été couronnés à
différents concours; il est aussi l'auteur d'une
grande cantate , Jeanne d'Arc, pour soprano et
chœurs, avec accompagnement de piano et ins-
truments à cordes, couronnée par la Société libre
des Beaux-Arts, et de deux messes brèves à 3
voix d'hommes, avec accompagnement d'orgue,
qui lui ont valu deux mentions honorables au
concours ouvert en 1874 par la Société des com-
positeurs de musique. IVI. Edmond dlngrande a
pris part à la rédaction du journal l'Orphéon et
à celle de l'Union chorale, devenue plus tard
l'Union musicale.
IMGUEZ ( ), organiste espagnol con-
temporain, a publié chez l'éditeur Romero y
Andia, à Madrid, un Traité complet de plain-
chant et une Méthode complète, théorique et
pratique d'orgue.
* li\SANGUlI\E (Jacques). Aux ouvrages
dramatiques de cet artiste, il faut ajouter la
Matilde generosa , opéra représenté à Naples,
sur le théâtre des Fiorentini, i;n 1757.
IiXZElXGA (José), pianiste, compositeur et
professeur espagnol contemporain , est l'auteur
d'un manuel intitulé : Quelques observations
sur l'art d'accompagner au piano (Madrid,
Romero y Andia). Cet artiste a fait représenter
sur divers théâtres de Madrid, soit seul, soit en
collaboration, un certain nombre de :iarzuelas ;
je ne puis signaler que les suivantes : 1° Por se-
guir a una mujer, 4 actes (en société avec Gaz-
taiiibide, MM. Barbieri etOudrid), 24 décembre
1851-, 2" Don Simplicio Bobadilla , 3 acies
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Hernando),
7 mai 1853; 3° wn Dia de reinado, 3 actes
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Oudrid), il
février 1854; 4° Cubiertos à cuatro reaies, un
acte, 27 octobre 18GC ; 5° Oro, astucia y amor,
3 actes -, 6" Si yo fuera rey, 3 actes. M. Inzenga
Ç9t professeur de chant au Conservatoire de Ma-
drid depuis le l" février 1860. Il a publié ré-
cemment le premier volume d'un recueil inté-
ressant, qui, sous le titre d'^cos de Espana
(Barcelone, Vidal et Bernareggi), reproduit
cinquante-deux pièces de musique populaire ,
chansons ou airs de danse, parmi lesquels on
retrouve les airs joyeux des montagnes de la
Catalogne , la Guaracha de l'île de Cuba , des
seviltanas , la jota aragonesa , et jusqu'aux
chants militaires de la guerre de l'Indépendance.
M. Inzenga , qui a fait un voyage artistique en
Italie, a aussi publié un livre intitulé : Jmpre-
sionas de un artista en Itaiia, qui renferme,
dit-on, de bonnes vues sur l'art lyrique et sur
l'art du chant.
lREi\10i\GER (Michel), compositeur, s'est
fait connaître en Italie par un petit opéra, una
Notie di novembre, qui fut joué en 1869 au
théâtre Re, de Milan, avec un certain succès. Cet
artiste, qui fut , je crois , avec un de ses con-
frères, directeur un instant d'une des petites
scènes de Milan , mourut en cette ville , à la
fleur de l'âge, le 6 janvier 1871.
ISMAÉL (Jean-Vital-Ismael JAMMES,
dit), chanteur dramatique , est lils d'un pauvre
tailleur d'Agen , et naquit en cette ville le 28
avril 1827. Doué d'une superbe voix de baryton
et d'heureuses aptitudes musicales, il ne put
être aidé par sa famille , trop pauvre pour lui
fournir les maîtres dont il avait besoin. Alors,
poussé par sa vocation, il quitta un jour la mai-
son paternelle, se rendit à pied à Bordeaux, puis
delà à Nantes, s'arrêtant de ville en ville, et
faisant le métier de chanteur ambulant pour pou-
voir vivre le long de la route. Arrive à Nantes,
il trouva le moyen de se faire engager comme
choriste au Grand-Théâtre , et fut appelé un
jour, par occasion , à jouer le rôle de Max dans
le Chalet. 11 avait alors seize ans environ.
Bientôt il vint à Paris , se vit refuser, dit-on ,
l'entrée du Conservatoire , prit quelques leçons
avec un artiste peu connu , et
pour
tenir, dans une petite ville de la Belgique, l'em-
ploi de baryton et de basse chantante.
Le jeune artiste possédait un tempérament in-
tellectuel remarquable. Seul , sans maîtres , il
avait appris à lire et à écrire ; presque seul aussi,
il apprit la musii|ue, se mit en état de lire les
partitions, et fit d'une façon toute pratique, sur
les scènes secondaires de la province , son rude
apprentissage de chanteur et de comédien. Apiès
avoir tenu son emploi à ïournay, à Orléans, à
Amiens, à Saint-Étienne, il arriva à Bordeaux,
et c'est dans cette ville qu'il rencontra ses pre-
miers grands succès , en jouant tous les grands
rôles du répertoire de l'Opéra et de l'Opéra-Co-
u
ISMAEL — ISOUARD
niique. 11 iHait lancé alors, et ne quitta plus les
granilfs villes , se produisant succissiveinent à
Bruxelles, à Rouen, à Lyon, à Marseille, etc.
La réputation que M. Isniaël s'était acquise en
province était parvenue jnsquà Paris. M. Car-
vallio, directeur du Théâtre ■ Lyrique , songea à
se l'attacher, et, le 30 septembre 1863, M. Isinaël
débutait à ce théâtre dans un ouvrage nouveau,
les Pécheurs de perles, de Georges Bizet,
après quoi il se produisait dans Rigolât (o.
Quoique un peu hésitant à son apparition sur une
scène aussi importante, en raison de certains
défauts que les artibtes contractent forcément en
pro\ince, M. Isniaèl, dont les qualités de chan-
teur et de comédien étaient incontestables, dont
la voix était sympathique bien que parfois un
peu dure, et qui joignait à un grand sentiment
pathétique la verve comique qui force le rire,
M. Ismaël prit bientôt possession du public et
devint son acteur favori. Des créations nom-
breuses dans Cardillac, la Fiancée d'Abydos,
les Joyeuses Commères de Windsor, Mireille,
Macbeth, etia reprise de certains rôles du réper-
toire, entre autres celui de Sganarelle du Mé-
decin malgré lui, vinrent montrer toute l'am-
pleur, la souplesse et la variété de son talent.
Vers 1871, M. Ismaël fut engagé à l'Opéra-
Comique, et là encore , sans parler de l'a'uvre
ridicule qui s'appelle Fantasio, il fit plusieuis
excellentes créations : le Roi l'a dit, le Floren-
tin, et surtout Gille etGillotin, auquel il dut
un de ses plus grands succès. Malheureusement,
vers cette époque, il fut atteint d'une affection
vocale qui l'obligea de s'éloigner de la scène à
plusieurs reprises. Il n'importe ; M. Ismaël reste
un artiste extrêmement distingué, bien doué à
tous les points de vue, soigneux de toutes choses,
et qui réunit, qualité si rare aujourd'hui , le
talent du comédien à celui du chanteur. C'est en
raison de cet avantage que le Conservatoire l'a-
vait placé, il y a quelques années, à la tète de
sa classe d'opéra. Il a dû résigner depuis ces
fonctions, et la perte de sa voix, qui semblait
l'avoir obligé aussi à quitter définitivement la
scène, lui a cependant permis d'entrer au
théâtre de la Renaissance, oii il a tait une
excellente création dans une opérette de
M. Johann Strauss, la Tzigane {{^11).
ISO ( ), compositeur français, vivait
dans la seconde moitié du dix-huilième siècle.
Le 20 juillet 1759, l'Opéra donnait la première
reiirésentatidU de Fragments hcroïques dont
chacun des trois actes, comme c'était Ihabiludc
pour ces sortes d'ouvrages, formait un tout com-
plet et indépendant des deux autres. Le premier
avait pour titre Phaétuse (paroles de Fuselier),
le second Zémide (paroles de Laurè-s), et la
musique de ces deux actes était d'Iso. Ce com-
positeur, aujourd'hui complètement oublié et
qui n'a pas laissé d'autres tra(;es de son passage,
serait resté absolument ignoré sans nn incident
as.sez étrange, que l'on trouve ainsi relaté dans
les Anecdoles dramatiques de l'abbé de La
Porte : « M. Iso est connu par le procès qu'il a
intenté à M. de Lagarde, compositeur de la cham-
bre de Sa Majesté et ordinaire de sa musique.
M. Iso prétendait que de tous les ouvragesj de
musique qui ont paru sous le nom de M. de La-
garde, il n'y en a pas un seul qui lui appartienne.
Je suis, dit-il dans son Mémoire, l'auleur de
tous ces ouvrages.... Le sieur de Lagarde s'en
est approprié la gloire et le profit. M. Iso
fut condamné au Châtelet, et ensuite au Parle-
ment. » Il m'a été impossible de mettre la main
sur le Mémoire d'Iso , qui est sans lioiiîe fort
curieux, et je n'ai pu découvrir aucun autre ren-
seignement sur cet artiste , si ce n'est que le
mardi-saint de l'année 1773, M'i^ Dnval chantait
un motet de sa composition au Concert spirituel.
Je crois toutefois qu'il ne fait qu'un avec celui
qui est mentionné sous le nom li'Yzo, au tome
VIII de la Biographie universelle des musi-
ciens , comme auteur d'un écrit intitulé Lettre
sur celle de M. J.-J. Rousseau , citoyen de
Genève, sur la musique, et publié en 1754.
ISOLAiVI (Le comte ALEssAXDRo),est l'auteur
d'un opéra-ballet intitulé Amina , qui a été
représenté en 1859 au théâtre communal de Bo-
logne.
* ISOUARD (NicoLo), compositeur, était
né à Malte, d'une famille française, le décembre
1775. A la liste de ses ouvrages, il faut ajouter
le Baiser et la Quittance, opéra-comique en 3
actes, écrit en société avec Boieldieu, Kreutzer
et Mehul, et rei)résenté à l'Opéra-Comique le
18 juin 1803; on lui doit au.ssi quehjues frag-
ments d'M«e Nuit de Gustave Wasa , opéra-
comique donné le 29 septembre 1827, et au sujet
duquel Fétis disait, dans sa Revue musicale :
" Cette pièce n'est point favorable à la musi-
que. INicolo Isouard, qui en avait été chargé
primitivement, avait jeté sur le papier quehpus
idées, et avait écrit tout le cha ur de la fin du
premier acte. Le reste de la musique a été com-
posé par M. Casse. »
S'il faut en croire certains documents, le véri-
table nom de famille de Nicolo aurait été Isoiar,
et non Isouard. Ainsi, dans l'acte de mariage de
.son frère, dressé à Gand en 1827, on lit : « Jo-
seph- Alexandre- Victor- Antoine-Calcédoine- Jac-
ques-Emmanuel Lsoinr, dit Aicolo Isouard, né
à Malte le 2i juillet I7i)i.... « Ce frère cadet,
ISOUARD — IVRY (D')
lo
voulant profiter de la renommée de Nicolo , se
faisait appeler lui aussi, comme on le voit, Nicolo
Isouaid. Après avoir été officier sous lo premier
empire , il avait ensuite embrassé la carrière
théâtrale, d'abord comme chanteur, puis comme
directeur. Il chanta l'empini des ténors d'opéra-
comique dans plusieurs jurandes villes des dépar-
tements et de létranger, notamment à Lille
(1825), Gand (1826 et 1827), Rouen (1828),
Nîmes (1829), Toulouse (1833), et ensuite de
nouveau à Rouen pendant plusieurs années. Il
resta établi en cette ville, où il deviid plus tard
sous-inspecteur des monuments historiques à
la préfecture de la Seine-Inférieure, et y mourut
le 23 mars 1803.
L'une des deux filles de Nicolo, M'i-^ Miirlle
JSicolo Isouard, était musicienne et s'était quel-
que peu livrée à la composition. Elle avait pu-
blié quelques romances et mélodies vocales. Elle
est morte à Paris, le 6 octobre 1876, à l'âge
de soi\anfe-deux ans.
ITASSE ( ), professeur de chant à
Paris, appartenait au personnel de TOpéra et fit
partie des hautes-contre des chœurs de ce théâ-
tre depuis 1768 jusqu'à 1783, époque à laquelle
il fut pensionné. Cet artiste a publie un Premier
recueil cPairs et duos avec accompagneinent
de violon et alto, ou avec la guitare et basse.
ITIER (Léonard), luthiste fort distingué,
vivait dans la seconde moitié du dix-septième
siècle et dans la première moitié du dix-huitième.
Bien qu'on ne connaisse point l'année de sanais-
.sance ni celle de sa mort, i! est certain qu'il vé-
cut fort vieux , car ÏÉIat de la France , qui
l'inscrit, à la date de 1721, comme maître de
lutli ordinaire des pages de la musique de la
chapelle du roi, avec « 600 livres par an -pour
nourriture, » ajoute qu'« il étoit déjà en posses-
sion de cette charge au saci e du roy Louis XIV
en 1654. » Hier a donc fourni une carrière d'une
longueur peu commune, et est resté en exercice
pendant au moins soixante sept ans. Il occupait
la même charge pour les pages de la musique de
la chambre, avec « 730 livres de nourriture
par an, » et enfin il était joueur de viole de la
musique de la chambre pour le semestre de
juillet, « à raison de 450 livres 5 sols pour
nourriture, » ce qui lui constituait un traitement
total annuel de 1780 livres 5 sols. — Son fils,
Gaston Hier, luthiste comme lui, avait la sur-
vivance de ces trois charges , et lui succéda
vraisemblablement.
IVANOFF (Nicolas), l'un des rares chan-
teurs russes qui se soient (ait un nom , est né
dans la Petite-Russie au commencement de ce
siècle. Doué d'une fort jolie voix de ténor, il
quitta jeune son pays pour aller étudier léchant
à Milan, sous la direction d'Eliodorn Bianchi. Il
débuta à Naples vers 1830, prit encore en cette
ville des leçons de Nozzari, et presque aussitôt
était engagé au Théâtre-Italien de Paris, où il
se produisait pour la première fois en 1832, et
où il supporta sans désavantage le redoutable
voisinage de Riibini. La voix d'Ivanoff avait un
remarquable caractère de tendresse et de suavité,
et ses qualités naturelles étaient doublées par la
pureté d'un chant plein de douceur et d'élégance.
H chantait Vadagio avec un charme exquis, et
jamais ne laissait échapper de ces cris et de ces
coups de gosier qui sont l'unique ressource des
artistes médiocres. Seulement, il était froid et
compassé comme acteur. Ivanoff resta plusieurs
années à Paris, se fit entendre également à Lon-
dres, puis retourna en Italie, se fit applaudir à
Florence , à Palerme, à Milan, revint un instant
à Paris, vers 1850, et enfin alla se retirer à Bo-
logne, où il vit encore aujourd'hui, entouré, dit-
on, de l'estime et de l'affection de tous ceux qui
le connaissent.
IVRY (Paul-Xa.vier-Désiré, marquis de
RICHARD D'), compositeur dilettante , est
né à Beaune (Côte-d'Or) le 4 février 1829. Dès
1847 il faisait exécuter par la Société philharmo-
nique de cette ville une ouverture de concert,
et écrivait bientôt les paroles et la musique d'un
opéra intitulé Fatnia, en môme temps qu'il pu-
bliait quelques mélodies vocales. S'élant fixé à
Paris en 1854, il y composa la musique de deux
opéras-comiques en un acte, Quentin Melzys et
la Maison du docteur, sans pouvoir réussir à
se faire ouvrir les portes d'un théâtre ; le second
de ces ouvrages fut pourtant joué dans quelques
salons et représenté à Dijon en ISâô, et la par-
tition en fut gravée chez l'éditeur M. Choudens.
A cette époque, M. d'Ivry, qui n'avait reçu au-
cune éducation musicale et ne s'était formé que
par la lecture de quelques traités et des œuvres
des maîtres, prit des leçons de contrepoint de
Leborne et fit un cours de composition avec
M.Aristide Wv^wmA {Voyez ce nom). C'e.U pen-
dant ce temps qu'il écrivit un nouvel ouvrage en
un acte, Omphaleet Pénélope, qui lui avait é[é
commandé pour le Théâtre-Lyrique, mais qu'un
changement de direction fit rester dans ses
cartons.
Quelques années plus tard, M. d'Ivry, voulant
réaliser un rêve longtemps caressé, entreprit
d'écrire le poème et la musique d'un Roméo et
Juliette qui fût à l'œuvre de Shakespeare ce que
\& Faust Ae. M. Gounod était au draïue de Gœlhe.
La moitié de l'ouvrage était déjà faite lorsque,
vers la fin de ISCi, le compositeur se trouvant
46
IVRY (D')
à Rouen, apprit de Liszt que M. Gounod était en
train de traiter le même sujet. Douloureusement
surpris à cette nouvelle, il se remit pourtant au
travail , mais sans se dissimuler les dirticultés
qu'allait créer à l'expansion de son œuvre une
concurrence aussi redoutable. Il la termina néan-
moins, et, désirant prendre date, il lit graver sa
partition sous le titre : les Amants de Vérone
(Paris, Flaxiand), de façon que sa publication
précédât de quelques jours l'apparition, sur la
scène du Théâtre -Lyrique, du Roméo et Juliette
de M. Gounod. La partition des Amants de Vé-
rone était signée du pseudonyme anagrammatique
de Richard Yrvid. Peu de semaines après, le 12
mai 1867, une exécution en était faite à l'école
de M. Duprez, avec M. Duprez fils et sa sœur,
M™' Vandenheuvel-Duprez, dans les deux rôles
de Roméo et de Juliette; la presse musicale, in-
vitée à cette soirée, fut très-favorable à l'œuvre
et à l'auteur.
Toutefois, celui-ci n'eut plus alors qu'une dou-
ble pensée : compléter et parfaire une œuvre qui
ne le ^satisfaisait qu'à demi et, dans ce nouveau
travail, s'éloigner le plus possible de l'interpré-
tai ion que M. Gounod avait donnée au chef-
d'œuvre de Shakespeare ; puis, faire jouer les
Amants de Vérone. L'ouvrage, refait en grande
partie, augmenté d'un acte (il n'en comportait
primitivement que quatre), s'éloigne sensiblement
de l'opéra de demi-caractère, pour se rapprocher
du grand drame lyrique , et l'auteur a donné
beaucoup de développement aux deux rôles de
Mercutio et de la nourrice, tenus dans l'ombre
par les collaborateurs de M. Gounod. J'ai en-
tendu les deux versions des Amants de Vérone,
et, déjà fort satisfait de la première, j'ai trouvé
la seconde très-supérieure et digne d'être pré-
sentée au public avec de grandes chances de
succès. Par malheur, celui-ci n'a pas encore été
appelé à la juger.
M. le marquis d'Ivry a publié chez MM. Ma-
yaud, Richault et Heu un certain nombre de
mélodies vocales : le Roi de Thulé, l'Ondine,
V Adieu de la Nourrice, Matin et Soir, Fleur
de jasmin, etc., ainsi qu'un «« cantique à Notre-
Dame de Lourdes, » Litanies de la Délivrance,
dont il a écrit les paroles et la musique. , ,
JACOBS (Peeter) , lulliier flamand, exerça
son art à Amsterdam dans les dernières années
du dix-septième siècle et au commencement du
dix-huitième. C'était un artiste habile, dont les
produits avaient une réelle valeur. Les instru-
ments laissés par lui sont nombreux, tant violons
qu'altos et basses, et construits sur le modèle de
ceux de Nicolas Amali.
JACOBY (Georges), violoniste et compo-
siteur, né à Berlin le 13 février 1840, fut amené
de bonne heure en France par ses parents, et se
fit admettre au Conservatoire de Paris, où il
entra, le 29 décembre J832, dans la classe de
M. Massart. Admis au concours en 1 854, il obtint
un 3« accessit, et se vit décerner le l" en 1836,
puis concourut deux nouvelles années sans ob-
tenir une récompense supérieure ; aux termes
des règlements de l'école, il aurait dû être rayé
des classes, mais il obtint un sursis, concourut
de nouveau en 1859 , remporta un second prix ,
et enQn eut le premier en 1861. A peu près à
cette époque il entra à l'orchestre de l'Opéra, ce
qui ne l'empêchait pas de se faire entendre fré-
quemment dans les concerts. Quelques années
plus tard, en 1868, M. Jacoby devenait chef
d'orchestre au petit théâtre des Bouffes-Parisiens,
puis , étant allé se fixer à Londres en 1870 , il
acceptait, en 1872, les fonctions de chef d'or-
chestre à l'Alhambra , fonctions qu'il exerce en-
core aujourd'liui. Cet artiste a fait représenter à
Paris deux ou trois opérettes sans conséquence
et sans valeur, et il a écrit à Londres la musique
de quelques pantomimes et féeries ; voici la liste
de ces ouvrages : i° le Feu aux poudres , un
acte, dans un concert, 21 mars 1869; — 2° la
Nuit du 15 octobre, un acte. Bouffes- Parisiens ,
15 octobre 1869;— 3° Black-Crook, féerie en
4 actes (eu société avec M. Fr. Clay), Alhambra
de Londres, décembre 1872; — k° Mariée de-
puis midi, monologue, Alhambra, Juillet 1873
(représenté en suite aux Bouffes- Parisiens le 6
mars 1874); — 5° la Forêt enchantée, ballet-
pantomime, Alhambra, août 1873; — 6" the
Démon' s Bride, féerie en 3 actes, id., 7 sep-
tembre 1874 ; — 7° Cupid in Arcadia , ballet
en 2 tableaux, id., 26 juin 1875;— 8° the
Fairies Home, ballet, id., décembre 1876. — 9°
Yolande, ballet, id., août 1877. Dans les con-
certs fréquents qu'il donnait naguère à Paris,
M. Jacoby fit entendre plusieurs œuvres com-
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — . SUPPL. «-•
posées par lui pour le violon : 1« concerto, dédié
au roi de Prusse ; 2" concerto, dédié à la reine
d'Espagne; Valse de concert ; Prière ; Nocturne;
Berceuse ; Chanson de matelots ; Fantaisies sur
VÉtoile du Nord, V Africaine, la Fille du
régiment, etc., etc. J'ignore si aucune de ces
compositions a été publiée.
JACOPS (Edouard) , est auteur de l'écrit
suivant : Nomenclature des sociétés musicales
de la Belgique, suivie d''une notice chronolo-
gique sur l'Association royale de sociétés lyri-
ques d'Anvers (Anvers, 1853, in-8°).
JACQUARD (Léos-Jean), violoncelliste
distingué, né à Paris le 3 novembre 1826, fit ses
études littéraires à Pont-le-Voy, près de Blois, où
il commença à travailler le violoncelle sous l'ha-
bile direction de Hus-Desforges, qui s'était retiré
en cette ville. Celui-ci étant mort eu 1838,
M. Jacquard fut confié pendant quelque temps
aux soins d'un artiste nommé Auguste Levacq,
puis vint à Paris, et fut admis, au Conservatoire,
dans la classe de Norblin. Ses progrès furent
rapides avec ce nouveau maître, et après avoir
obtenu un second prix au concours de 1842, il
se voyait décerner le premier en 1844. A partir
de ce moment, M. Léon Jacquard se produisit
fréquemment en public, et fit apprécier de réel-
les qualités de virtuose. Vers 1855, il fonda, en
compagnie de l'excellent violoniste M. Armin-
gaud, et avec le concours de MM. Mas et Saba-
tier, une société de musique de chambre qui
compta bientôt au nombre des meilleures de
Paris. La réputation de M. Jacquard s'établit
alors solidement, et l'on remarqua le style élé-
gant, la belle sonorité et le jeu expressif que cet
artiste faisait briller dans l'exécution de la mu-
sique de chambre.
M. Jacquard , qui est membre de la Société
des concerts du Conservatoire, a été nommé
au mois de décembre 1877, lors de la mort
de Cheviliard, professeur de violoncelle dans
cet établissement. Il a publié un certain
nombre de morceaux de genre pour son
instrument. — Son frère, M. Louis-Auguste
Jacquard, né à Pont-le-Voy le 26 décembre
1832, violoncelliste comme lui, a été, au Con-
servatoire, l'élève de M. Franchomme, dans la
classe duquel il a remporté un second prix en
1850, elle premier en 1852.
JACQUES (M'ie Charlotte), pianiste, pro-
T. II. 2
18
JACQUES — J^EHNS
fesseiir et compositeur, a fait représenter au
lhé;\tre Déjazet, au mois de décembre 18G2, une
opérette vn un acte intitulée la Veillée.
JACQUOT (Charles), luthier français, né
à Mirecourt (Vosges) en 1808, était fils d'un
maître tailleur d'un régiment de ligne. 11 lit
son apprentissage dans sa ville natale, d'abord
chez Nicolas, ensuite chez Breton, puis partit
pour Nancy, où il travailla pendant plusieurs
années comme ouvrier compagnon, après quoi
il s'établit à son compte. En 18j2 il quitta
Nancy pour venir se fixer à Paris, et se fit une
bonne renommée en cette ville, aussi bien par
le talent qu'il déploya dans la facture des ins-
truments neufs que par ses rares connaissances
en ce qui concerne la lutherie ancienne.
M. Jacquot est un des meilleurs luthiers de
l'école française actuelle, ses produits sont re-
marquables à beaucoup d'égards, et il a obtenu
plusieurs récompenses dans les Expositions : à
Paris (1849), un premier et un second prix; à
Paris (Exposition universelle de 1855), une
médaille d'argent; à Bayonne (1854), une
médaille d'or.
Un !ils de cet artiste, M. Charles Jacquot,
né à Nancy en 1828 et élève de son père, est
établi luthier dans sa ville natale.
* JADASSOHIV (Salomon). Cet artiste
distingué, dont le talent est fort apprécié dans
sa pairie, quoique sa renommée ne se soit guère
étendue en deiiors de l'Allemague, a rempli,
de 1867 à 1869, les fonctions de chef d'orchestre
de la société musicale Euterpe, de Leii)zig.
Ses compositions pour l'orchestre , pour le
piano ou pour le chant se montent à plus de
soixante, parmi lesquelles nous citerons les
suivantes ; 1" symphonie, en ut majeur; 2^
symphonie; 3' symphonie, en ré mineur, op. 50;
trois sérénades pour orchestre ; 1*"^ grand trio
pour piano, violon et violoncelle; 2" grand trio
id., op. 20; quatuor pour instruments à cordes,
op. 10; plusieurs sonates pour piano et violon;
ouverture de concert, pour orchestre; sérénade
pour piano, op. 35; 3 petits morceaux pour
violon et piano, op. 18 ; 2 morceaux pour piano,
op. 21 ; Bal masqué, 7 airs de ballet pour
piano, op. 26; Variations pour piano, op. 40;
Improvisations, \mwT \mno, op. 48; 9 lieder
avec accompagnement de piano, op. 36; & lie-
der, id., op. 52; 6 pièces pour piano, op. 49;
motet pour voix seule et chu'ur.
* JADIiX (Louis). Le répertoire dramatique
de ce compositeur doit se compléter par les
ouvrages suivants : 1" le Coucou, un acte, th.
Monlansier, 1798; 2" les Trois Prétendus, un
acte, même théâtre, 1805; 3" les Arts et l'Ami-
tié (ancienne comédie de Bouchard, mise en
opéra-comique), un acte, Opéra-Comique, 9
juin 1807. A ces ouvrages, il faut joindre encore
la mort de Léopold Brunswick, scène à grand
ciionir qu'il fit exécuter au concert spirituel le
i'' avril 1790, l'Education de l'ancien et du
nouveau régime, hymne exécuté à l'Opéra le 11
octobre 1794, et le Serment des Gardes, cantate
exécutée au même théâtre le 30 mars 1821. En
1802, un éditeur de musique. M'"' Duhan,
entreprit la publication d'un recueil périodique,
le Journal d'Apollon, qui contenait des mor-
ceaux de chant et de piano dont les auteurs
étaient Boieldieu, Cherubini et Jadin. C'est le 11
avril 1853 que Jadin est mort à Paris.
* JADIN (Hyacinthe), est mort non en
1802, mais au mois d'octobre 1800. On peut
lire un article nécrologique sur cet artiste dans
le Courrier des Spectacles du 19 vendémiaire
an IX.
JAEGHER (L DE), organiste de la
cathédrale de Bruges, naquit à Oostvoosbeke
(Flandre occidentale), et fut élève du Conserva-
toire de Gand, où il se trouvait en 1840. Devenu
organiste à Tourcoing, il fut appelé plus tard
à remplir les mêmes fonctions à Bruges. Comme
compositeur, cet artiste a publié une messe à
4 voix, des offertoires, plusieurs grands chœurs,
des motets, etc., etc.
* J.^Hi\S (Frédéric-Wilhelm), chanteur,
compositeur, professeur et écrivain sur la mu-
sique, est né à Berlin le 2 janvier 1809. Doué
d'une fort belle voix, il se destina d'abord au
théâtre, chanta quelques rôles à l'Opéra de
Berlin, mais bientôt abandonna cette carrière
pour se livrer à l'enseignement. Il étudia alors
le piano, prit des leçons de Louis Horzi/.ky, se
vit bientôt très-recherché comme professeur
de chant, et forma un nombre considérable de
très-bons élèves. Il fonda en 1845 et dirigea
jusqu'en 1870 une société connue sous le nom
d'Union de chant.
En même temps, M. Jœhns se faisait con-
naître aussi comme compositeur par la publi-
cation de plus de 130 morceaux de chant à
pinsieurs voix, dont quelques-uns écrits dans le
style religieux; il faisait paraître encore un trio
pour piano, violon et violoncelle, une sonate
pour piano et violon, un grand duo pour piano
et violoncelle, 4 pièces caractéristiques pour
piano, des marches et divers arrangements pour
le même instrument. M.Jœhns occupe une place
à part comme arrangeur des œuvres des grands
maîtres, particulièrement de Weber, son auteur
favori, auquel il a voué un culte véritable et
intelligent.
JyEHNS — JAHN
C'est cette admiration profonde pour Weber
qui a amené M. Jc«hns à puhlier, sur cet ar-
tiste immortel, un livre important qu'il a
donné sous ce titre : C. M. von Weber in
seinen Werken {C. M de Weber dans ses
œuvres). Cet écrit, qui a paru à Berlin en 1871
et que l'on peut comparer à celui que le che-
valier de Kœchel a publié sur Mozart, donne
un catalogue thématique et raisonné des diverses
œuvres du maître, avec autographes, critique,
biographie et portraits, d'après les lettres et le
journal de Weber. M. J;ehns possède, dit-on,
une fort belle bibliothèque musicale, dont la
partie la plus remarquable et la plus intéres-
sante est la collection relative à Weber, qui ne
contient pas moins de 3,500 pièces, consistant
en manuscrits, lettres, portraits (au nombre de
86), curiosités et reliques de toutes sortes.
* JAELL (Alfred), pianiste et compositeur.
Cet artiste fort distingué, au jeu brillant, élégant
et plein de délicatesse, a fait de grands voyages
à travers l'Europe, et y a toujours obtenu de
légitimes succès. M. Alfred Jaëll se distingue
surtout par le style qu'il apporte dans l'exécu-
tion des grandes œuvres classiques. Comme
compositeur, il a publié près de deux-cents mor-
ceaux de piano, parmi lesquels beaucoup de
transcriptions et de fantaisies sur d'es motifs
d'opéra; on remarque cependant, dans ces
nombreuses productions, quelques morceaux
originaux, d'un caractère aimable : Aux bords
de TArno, caprice élégant, op. 124; Sérénade
italienne, op. 44 ; Ballade, op. 88; 3 Morceaux
de salon, op. 106; Bluette, op. 59; Nocturne
dramatique, op. 122; le Carillon; Aux bords
du AJississipi, morceau caractéristique, op.
37 ; le Carnaval de Venise, variations burles-
ques, op. 22 ; Impromptu, op. 151 ; Nocturne op.
G; Inlerlaken, chant du soir, op. 102, etc., etc.
M. Alfred Jaëll a épousé, vers 1864, une
jeune pianiste, M"' Marie Trauttmann, Alsa-
cienne de naissance, qui déjà s'était fait elle-
même une brillante réputation de virtuose,
mais dont le talent contraste singulièrement
avec le sien, car le jeu de M""* Jaëll brille sur-
tout par la fougue, la puissance et l'éclat,
tandis que celui de son mari se fait remarquer
par une grâce et une élégance presque fémi-
nines. Déjà bien connus en France, ces deux
artistes se sont fait entendre de nouveau à Paris,
en 1875 et 1876, avec un grand succès. Élève
du Conservatoire de cette ville, M"= Trauttmann
y avait remporté, en 1862, un premier prix de
piano. Ne se bornant pas à ses succès de
virtuose. M*"' Jaëll s'est fait aussi connaître,
en ces derniers temps, comme compositeur.
Non-seulement elle a publié chez l'éditeur M. Gé-
lanl un fort joli recueil de 12 valses à quatre
mams pour le piano, écrites dans un très-bon
style, mais elle a fait entendre un concerto en
re mineur pour piano avec accompagnement
d orchestre, q.ii est une œuvre remarquable à
beaucoup d'égards et qui la classe au nombre
des artistes les plus distingués.
JAFFÉ (MoRiTz), est l'auteur d'un opéra
'ntilulé : Das Kœthelen von Heilbronn, qui a
été représenté pour la première fois à Augsbourg
en 1866, et que l'auteur donna sous le pseu-
donyme de Morja. Au mois de juillet 1875, cet
artiste a donné au théâtre Kroll, de Berlin, un
second ouvrage qui portait pour titre : Ecke-
hard,- celui-ci n'a obtenu aucun succès.
JAGARTE (Manoel), compositeur et vio-
lomste espagnol, né vers 1796, mourut à St-
Sébastien en 1819, à l'âge de 28 ans. Je n'ai
trouve aucuns renseignoanents sur cet artiste
en dehors de la notice nécrologique suivante,
insérée dans les Annales de la musique de 1820 :
— « Ayant pris à Bordeaux les premières no-
tions de la musique, pour laquelle il manifesta
des dispositions extraordinaires. 11 acquit sur
le violon un talent remarquable et exquis pour
son âge; puis, se livrant à la composition, il
préluda par one foule de pièces légèresqui dé-
celaient un goût aussi pur qu'original ; enfin,
il produisit plusieursouvrages plus importants,
entre autres cette belle messe de Meguietn , oxé-
cutée à St-Sébaslien, en commémoration du 3l
août 1813, elïopérà de l'Infante de Zamora,
qui se donne actuellement à Madrid. Une mort
prématurée prive l'art musical d'un soutien
distingué, et ses amis d'un homme aussi ai-
mable par sa modestie que par ses talents.
Plusieurs ouvrages inédits, et qui restent à
finir, ou à rassembler, assureraient seuls sa
réputation d'artiste. »
* JAHN (Otto), l'auteur de la biographie
de Mozart dont le succès a été si grand en
Allemagne, est mort à Grettingue, le 9 septembre
1869, à l'âge de cinquante-six ans. Cet écrivain,
qui était un savant remarquable et un homme
distingué à tous égards, avait publié un assez
grand nombre de lieder. Il a consacré une étude
à la nouvelle et superbe édition des œuvres de
Beethoven donnée par la maison Breilkopf et
Hœrlel; cette étude a pour titre : Gesammelte
Aîtfsdtze ûber Musik.
Au reste, Jahn avait l'intention de donner
un pendant à son admirable biographie de
Mozart en publiant sur Beethoven un livre du
même genre, pour lequel il avait réuni tous
20
JAHN — JAKUBOWSKI
ses matériaux ; il sera toujours à regretter
que le temps ne lui ait pas permis de mettre
ce projet à exécution.
Il me faut signaler ici, au compte de ce mu-
sicographe remarquable, un intéressant volume
de Mélanges sur la nitisique, contenant,
entre autres chapitres, une étude sur les ora-
torios de Mendelssohn, une autre sur quelques
ouvrages d'Hector Berlioz, et une critique (ort
\ive des opéras de M. Richard Wagner. Jahn
possédait cet outil indispensable à tout histo-
rien sérieux et instruit : une bibliothèque spé-
ciale très riche, très-nombreuse et très-variée,
et l'on peut affirmer que sa collection de livres et
de documents sur la musique était une des plus
belles qui existassent. Un journal allemand le
constatait en ces termes, à l'époque de .sa mort :
— « Grâce à ses recherches continuelles, il
avait réussi h se procurer des ouvrages que
ne possèdent même pas les collections de Berlin
ou de Vienne, qui sont pourtant si riches. »
JAHiV ( ), compositeur, a fait représen-
ter le 28 janvier 1873, sur le théâtre royal
d'Anvers, dont il est le directeur, un opéra-
comique en un acte intitulé Michel le Marin.
Cet artiste est, pendant la saison d'été, chef
d'orchestre du Casino de Spa,
JAILLET (J -B ), organiste de
l'église de Saint-Étienne, à Rennes, a publié
vers 1857 une Mélhode nouvelle pour ap-
prendre facilement l'accompagnement du
plain-chant, Rennes, l'auteur, in-é".
JAKUBOWSKI (Samson), inventeur de
l'harmonica de bois et paille, et virtuose sur
cet instrument, naquit à Kowno, en Lithuanie,
en 1801. Après avoir passé ses premières an-
nées à Wladislavvowa, ville du Palalinat d'Au-
gustowo, il suivit les cours de droit de l'Uni-
versité de Kœnigsberg, et entra ensuite dans
le commerce. 11 habitait depuis trois ans Saint-
Pétersbourg lorsque le hasard, dil-on, le mit
sur la trace de son invention et lui donna la
première idée de l'instrument qui devait être
la cause de sa renommée, instrument qui se
composait d'un certain nombre de morceaux
de bois de sapin reliés entre eux, posés sur des
rouleaux de paille, et que l'exécutant frappait
avec deux baguettes.
Son instrument une fois bien ordonné, Jaku-
bowski le produisit pour la première fois en
public à Tibourg, en 182G, puis retourna à
Saint-Pétersbourg pour s'y faire entendre. Là,
il donna quelques le(;ons, et eut particulièrement
pour élève Gusikow (1), qui devait, quelques
(1) Gusikow a passé, et Félis le cite pour l'inventeur de
années plus tard, acquérir une renommée euro-
péenne. « Eu 1827, dit M. Albert Sowinî-ki. il
partit pour l'Allemagne et obtint des applandis-
semenis dans les principales villes, excitant
partout la curiosité et l'étonnement. Les artistes,
les connaisseurs rendaient justice à l'habileté
de M. Jakubowski, qui se faisait écouter dans
de grandes salles de concert et sur les théâtres,
en tirant de ses morceaux de bois un son
extraordinaire. Encouragé par de nombreux
succès, notre artiste écrivit plusieurs morceaux
pour son harmonica, voyagea en Danemarck,
en Suède et Norwége, et vint en France en 1832.
L'impression qu'il y produisit augmenta encore
sa réputation ; il parcourut les départements,
visita l'Angleterre et l'Irlande, revint à Paris,
où M°" la comtesse de Spare, qui admirait
beaucoup l'exécution étonnante de M. Samson
Jakubowski, lui organisa un fort beau concert
dans lequel elle chanta elle-même et ravit par
son admirable voix un auditoire nombreux et
brillant. Depuis cette époque, M. Jakubovvski
réside habituellement en France en faisant des
excursions fréquentes en province. Son instru-
ment consiste en vingt-quatre morceaux de bois
de sapin (il n'en comptait primitivement que
quinze) posés sur quatre rouleaux de paille.
Le tout placé sur une table dont les pieds
reposent sur du verre. Les vingt-quatre mor-
ceaux de bois sont attachés entre eux, et dis-
posés de manière que les sons élevés du dessus
se trouvent du côté de la main gauche de l'exé-
cutant; les morceaux pour la basse de l'harmo-
nica sont plus longs et sont placés à droite.
L'exécutant tient dans ses mains deux baguettes
en bois de fer, avec lesquelles il frappe sur les
morceaux de sapin avec une dextérité remar-
quable. Il arrive à une grande netteté, et ses
cadences sont perlées. »
Les compositions écrites par Jakubowski
(toutes restées en manuscrit, puisque son ins-
trument ne s'est pas répandu et est demeuré
à l'état de curiosité), sont les suivantes: Mar-
che Tartarc; Tyrolienne variée; les Adieux
du Cosaque, avec variations ; Fantaisie sur
un thème russe; Fantaisie sur une rêverie
(Dumka) ; Polonaise en si mineur ; Polonaise
célèbre du prince Oginski, arrangée pour
nnsirument en question. M. Albert Sowinski affirme que
celui-ci est bien dû à Jakubowski. Tout porte à croire
que M. Sowinski a raison, et que Gusikow n'a fait que
perfectionner l'harmoniia de bois el paille, en purlant
son éteniluc à deux octaves et demie tandis que Jaku-
bowski ne lui avait donné que vingl-quatre sons. Ce
qui est certain, c'e^t que celui-ci se fit entendre dés
182B, et Gusikow seulement sept ou huit ans plut
tard.
JAL — JANINA (DE)
21
l'harmonica ; Ouverture du Calife de Bag-
dad, id. ; Variations sur un tliènie russe;
Valse tirée du Freischixlz; Mazurek de Kur-
pin>lii.
JAL (Augustin), écrivain français, né à
Lyon le 13 avril 1795, mort à Paris le 6 avril
1873, est l'auteur d'un ouvraj'e important
publié sous ce titre : Dictionnaire critique de
biographie et d'histoire, errata et supplé-
ment pour toits les Dictionnaires historiques,
d'après des documents authentiques inédits
(Paris, 1865, in-S"; 2' édition, 1872). Jal avait
passé une partie de son existence à défiouiller
avec soin les registres de l'état civil et ceux
des paroisses de Paris, il avait levé dans ces
registres des copies d'une foule d'actes authen-
tiques concernant des personnages célèbres :
actes de naissance, de baptême, de mariage,
de décès, et cela lui avait permis de relever
bien des erreurs commises par les biographes
et de com|iléter le travail de ces derniers. De
là, la publication du livre dont on vient de lire
le litre, livre dont on ne saurait contester la
grande utililé, bien que son auteur s'attache
quelquefois à de véritables minuties et qu'il
lui arrive aussi, lorsqu'il ne s'appuie pas sur
des pièces authentiques, de se livrer à des
conjectures un peu forcées. Toutefois, on trouve,
au seul point de vue musical, des renseignements
pleins d'intérêt dans le Dictionnaire critique
de Jal, et j'y ai puisé, pour le présent recueil,
les éléments de rectifications très-importantes.
* JANCOURT (Louis-Marie-Eugène). Cet
artiste fort distingué, qui en 1867 était devenu
capitaine de musique de la o'' subdivision de
la garde nationale de la Seine, a été nommé
en 1875, à la mort de Cokken, professeur de
basson au Conservatoire. M. Jancourt, qui a
apporté des modifications et des perfectionne-
ments importants au mécanisme du basson,
a publié" de nouvelles et nombreuses composi-
tions pour son instrument : 3" Air varié (Paris,
Choudens); 1", 2% 3% el 4" Solos, op. 23, 52,
53, 54; Air varié facile, op. 28 (Paris, Richaulf) ;
6« Fantaisie, op. 24 (id., id.); 6 Mélodies, op.
51 (Paris, Gérard); Études caractéristiques, op.
55 (Paris, Goumas) ; Concertino, d'après Fer-
dinand David, op. 12 bis (Paris, Richault);
Souvenir de Vltatie, fantaisie, op. 30 (id., id);
Fantaisie sur Don Juan, op. 50 (id., id.) ; Con-
certante pour clarinette et basson, sur Norma,
op. 12 (Paris, Choudens) ; Duo concertant, id.,
sur la Sonnambula, op. 16 (Paris, Richaull) ;
Fantaisie concertante pour hautbois et basson,
sur l'Italienne à Alger, op. 26 (id., id.) ; Fan-
aisie .concertante, id., sur Sémiramïde, op. 48
(id., id.); Concertino pour les mêmes instru-
ments, op.40(id., id.); Duo concertant pour piano
et basson, op. 56 (id., id.). M. Jancourt a publié
aussi divers morceaux de musique militaire.
Cet artiste, qu'un engagement avantageux
avait forcé de quitter l'Opéra pour un grand
voyage qu'il fit en Angleterre, en Ecosse et en
Irlande, avec M"* Persiani et M. Bottesini,
remplit plus tard les fonctions de premier
basson à l'orchestre de l'Opéra-Comique, puis
à celui des Italiens. Il a donné en 1869, après
trente ans de service, sa démission de basson-
solo à la Société des conceits du Consei'vatoire.
JAJVIiX (Jules-Gabriel), écrivain français ,
né à Saint-Élienne (Loire) le 24 décembre 1804,
mort à Passy,près Paris, le 19 juin 1874, fut pen-
dant pins de trente-cinq ans chargé de la rédaction
du feuilleton dramatique du Journal des Dé-
bals, qui lui valut une renommée européenne.
C'est à ce seul titre que son nom se trouve con-
signé ici, 'non que Jules Janin ait jamais été char-
gé spécialement de la critique musicale, mais
parce qu'on trouve souvent, dans ses feuille-
tons, des détails sur tel ou tel chanteur, tel ou
tel musicien. Sous le titre un peu prétentieux
d'Histoire de la littérature dramatique, il
a formé et publié un choix de ces feuilletons
(Paris, 1858, 6 vol. in-12).
JANINA (Olga DE), pianiste russe, élève
de M. Franz Liszt, s'est fait entendre pour la
première fois à Paris au mois de décembre 1872,
et depuis lors s'est produite avec succès dans
un grand nombre de concerts et de soirées
musicales. Le talent de cette artiste, plein de
fougue, de puissance, d'éclat, est incontestable
en ce qui concerne les qualités mécaniques du
virtuose; en ce qui touche le style, le charme,
la grâce, c'est toute autre chose, et le jeu de
M"" Olga de Janina aurait singulièrement à
gagner sous ce rapport.
Mais, il faut bien le dire, ce n'est pas son
talent de pianiste qui a valu en France, à
M'"^ Olga de Janina, une sorte de célébrité;
c'est le scandale qui s'est fait autour de son
nom par la publication d'un livre étrange,
mal.sain, qu'elle a mis au jour sous le titre
de Souvenirs d'une Cosaque et sous le pseu-
donyme de Robert Franz (Paris, Denlu, 1874,
in-12). Dans ce livre, d'une crudité de ton
vraiment écœurante, M'"'^ Olga de Janina
faisait connaître, dans leurs détails les plus in-
times et les plus fâcheux, la nature des rela-
tions qui avaient existé entre elle et M. Liszt
et qui étaient fort loin de s'être bornées à
celles d'un maître et d'une élève. Je n'ai pas
à apprécier davantage^ici ce, produit, lilléraire
32
JANINA — JAUCH
d'un esprit évidemment malade et exalté; les
aulobiograpliies de ce genre excitent les nau-
sées beaucoup plus que l'iulérôt, et si j'ai cru
devoir signaler celle-ci, c'est parce que je n'ai
pas pensé qu'il était possible de passer sous
silence un document de cette nature, lorsqu'il
se rapportait à un artiste de la valeur et de la
notoriété de M. Franz Liszt. Pour être complet
sur cette question, je dois même ajouter qu'il
a paru, en guise de réponse aux Souvenirs
d'une Cosaque, une contre-partie de ce récit,
intitulée le Roman du pianiste et de la Cosa-
que et publiée sous le pseudonyme de Sylvia
Zorelli (Paris, s. 1. n. d. [1875], in-12). J'ignore
quel est le véritable auteur de ce dernier écrit,
et je ne sais pas davantage de qui sont deux au-
tres volumes, publiés sous le couvert de l'ano-
nyme : Souvenirs d'un pianiste, réponse aux
« Souvenirs d'une Cosaque » (Paris, Lacliaud
et Burdin, 1874, in-î2); et les Amours d'une
Cosaque, par un ami de l'abbé X*** (Paris,
DegorceCadot, s. d. in-12).
JANNOIVI ( ). Un musicien italien de
ce nom a fait représenter le 1 février 1807, sur
le théâtre de la Scala, de Milan, un opéra sérieux
intitulé Paolo Emilio.
* JANSA (Léopoi.d), violoniste et composi-
teur, est mort à Vienne le 25 janvier 1875. Il
était né, dit-on, en 1794, et non en 1797, et
s'était encore fait entendre pour la dernière
fois à Vienne en 1871, étant âgé, par consé-
quent, de 77 ans.
JANSSEN (Gcstave), virtuose et composi-
teur, est néàDortmunden 1817. Il eut pour pre-
mier maître son père, qui lui enseigna à jouer de la
flûte, de l'orgue et du piano. En 1840 il se rendit à
Berlin pour compléter et perfectionner son éduca-
tion musicale, et en 1849 il fil en cette ville la
connaissance de lord Westmoreland, qui s'inté-
ressa à lui et l'envoya à Londres, où, grâce à son
patronage, il devint un professeur recherché. 11
est retourné depuis lors à Berlin, où il réside en-
core aujourd'hui. En 1861, M.Janssen a publié
un Supplément aux sonates pour piano de Bee-
thoven ;on lui doit aussi une collection de lieder
avec accompagnement de piano, parmi lesquels
VAfImmde Gœthe, en 6 cahiers (Berlin, 1863).
JA\SSEI\ (Gustave F...), né à Jever (Ha-
novre) le 15 décembre 1831, a fait ses éludes
musicales à Leipzig, où il fut l'élève de Coccius
pour le piano et de Riccius pour la théorie de
l'art. Devenu ensuite professeur à Oœltingue, il
échangea, en 1855, cette situation contre celle
d'organiste àVerden, et en 1861 sévit nommer
Musilidirector par le roi de Hanovre. On doit
à cet artiste quelques composilions vocales, ainsi
que des arrangements et transcriptions pour le
piano.
* JANSSEI\S ( Jean -François- JosEpn ).
M. Edmond VanderStraeten a publié sur cet ar-
tiste une notice étendue et intéressante : J.-F.-
J. Janssens, compositeur de musique (Fîruxplles,
impr. Sannes, 1860, in-8° de 53 pp.) Il a donné
dans cet opuscule le catalogue complet des
œuvres du compositeur, parmi les plus impor-
tantes desquelles il faut signaler deux opéras
inédits : les Trois Hussards et Gillette de
Narbonne (ce dernier, resté inachevé), et deux
cantates, dont une sans titre et l'autre intitulée
Winierarmaede (Pauvreté d.Viiver).
JAPI1.\ (Louise).— Voyez LANGHANS.
JASIXSKA (M""=), née LASANSK A, can-
tatrice et actrice polonaise d'un rare mérite,
tint pendant quinze ans, de 1785 à 1800, l'em-
ploi de première chanteuse à l'Opéra national
polonais de Varsovie et au théâtre de Cracovie.
Elle se faisait remarquer, dans sa jeunesse,
par le charme pénétrant et le sentiment poéti-
que qu'elle apportait dans l'exécution des Dumki
(airs nationaux), ce qui attira sur elle l'atten-
tion du fameux directeur d'opéra Boguslawski.
Celui-ci l'attacha à sa troupe, la produisit
d'abord à Nieswiez, sur le théâtre particulier
du prince Charles Radziwill, puis la fit débuter
à Varsovie, où sa jolie voix, sa beauté rare et
son intelligence de la scène lui attirèrent aussi-
tôt les sympathies du public. Elle parut avec
succès dans l'École des Jaloux, de Salieri,
la Cosa rara, de Martini, il Re Teodoro, de
Paisiello, l'Imprésario in Angustie, de Cima-
rosa, et, avec le ténor KacKowski, transporta
surtout ses admirateurs en jouant, avec un
très-grand talent de tragédienne, dans VAxur
de Salieri. M'"" Jasinska, dont le mari tenait
l'emploi des ténors dans la troupe de Bogus-
lawski, avait conquis une grande renommée
lorsqu'elle mourut en 1800, toute jeune encore,
au milieu de ses plus grands succès.
* JASPAR (André), est mort à Angleur,
près Liège, le 27 juin 1863.
JASPKRS (Jean), facteur de luths, né
dans la première moitié du seizième siècle à
Coesvelt, exerça sa profession à Anvers, et fut
inscrit dans la bourgeoisie de cette ville le 28
janvier 1568.
JAUCH ( ), luthier habile et renommé,
vivait à Dresde dans le courant du dix-hui-
tième siècle. Cet artiste remarquable, qui ne
travaillait pas d'une façon empirique, mais dont
le talent était basé sur une étude sérieuse et
de solides connaissances acquises, a fait d'ex-
cellents violons dans le style et sur le modèle
JAUCH — JEAN IV
23
des bons instruments de Crémone. Christophe
Frédéric Hunger, luthier distingué hii-même,
établi aussi à Dresde, était son élève.
JAVVURECIÎ (M'io Constance), cantatrice
d'un talent remarquable, fille d'un musicien
alleuiand élabli à Paris, naquit en cette ville
au mois de septembre 1803. Élève du Conser-
vatoire, elle y reçut des leçons de Planlade et
de Carat pour le clianl et la vocalisation, de
Baptiste aîné pour la déclamation, et otjtint un
second prix de vocalisation en 1820. Bientôt
engagée à l'Opéra, elle débuta à ce théâtre
dans un rôle secondaire, celui de Zarine dans
Aladin ou la Lampe merveilleuse (6 février
1822). Douée d'une voix charmante et d'une
remarquable beauté, son succès fut très-grand
tout d'abord, et elle se fit surtout applaudir
dans l'air : Venez, charmantes bayadères,
qu'elle chantait à ravir. Cependant, l'adminis-
tration de l'Opéra ne sut pas tirer aussitôt
parti des rares qualités de la jeune artiste, et
ce n'est qu'à partir du jour où elle eut l'occasion
de jouer le rôle d'Auiazillie de Fernand Cortez,
que la direction, enhardie par l'accueil très-
chaleureiix que lui avait fait le public, prit
confiance en elle et lui fit la position qu'elle
méritait. Peu de temps auparavant, lors d'une
reprise d'Orphée, elle avait rempli le rôle de
l'Amour dans le chef-d'œuvre de Gluck, et c'est
à cette occasion qu'im critique avait dit de
l'aimable artiste : Elle est charmante dans
lerdle de V Amour; elle représente le fils
presque aussi naturellement qu'elle repré-
senterait au besoin la mère.
Quoi qu'il en soit, du jour où elle se fut
montrée dans Fernand Cortez, MHe Jawnreck
fut comptée au nombre des meilleures canta-
trices de notre première scène lyrique, et prit
place à côté et un peu au-dessous de M'"'^ Da-
moreau. C'est elle qui créa, avec un talent
véritable et une grâce charmante, les rôles du
page Isolier dans le Comte Ory, de Jeannette
dans le Philtre, sans compter ceux qu'elle
remplit dans Sapho, Vendôme en Espagne,
Pharamond, Don Sanche, la Tentation, la
Esmeralda.
Pourtant, après une heureuse carrière de
quinze années à l'Opéra, cette artiste distinguée
quitta en 1837 la scène de ses succès, et fut
aussitôt engagée au théâtre royal de Bruxelles,
où elle débuta le 5 juin de la même année dans
Fernand Cortez, puis dans Guillaume Tell
pI Pobert-le-Diable. Sa belle voix, sonore et
étendue, et son jeu intelligent et dramatique
eurent bientôt conquis les faveurs du public de
Bruxelles, dont elle conserva la sympathie jus-
qu'en 1840, époque où elle abandonna la car-
rière dramatique, encore en pleine possession
de son talent, de sa voix et de sa beauté.
M"« Jawureck est morte à Bruxelles, le 8 juin
1858.
JAYE (Hf.nrv), luthier anglais, exerçait sa
profession à I^ondres au dix-septième siècle.
On lui doit des violes dont le vernis, dit-on,
est parfait, et qui forment de bons spécimens
de l'art de la lutherie à cette époque. Le Musée
instrumental du Conservatoire de Paris possède
de Jaye une petite basse de viole, datée de 1624.
* JEAIM IV, roi de Portugal.^Ce prince mérite
certainement une place bien plus importante
dans l'histoire de la musique que celle qu'on lui
a accordée jusqu'ici. Aucun des musicographes
étrangers au Portugal n'a apprécié à leur juste
valeur les services qu'il a rendus à l'art, parce que
aucun d'eux n'a prêté une attention suffisante à
son grand Catalogue de musique (qui se trouve
à la Bibliothèque nationale de Paris).
M. Ernest David a signalé, le premier à l'é-
tranger, dans la Bévue et gazette musicale
(1874) la haute importance de ce Catalogue dans
une série d'articles sur VEssai que j'ai publié en
1873 sur la Bibliothèque de musique du Roi
Jean IV (I). M. E. David a donné dans ces arti-
cles un très-bon résumé de l'histoire de cette
Bibliothèque, et y a réuni les résultats les plus
importants de mon travail. Toutefois, l'histoire de
cette merveilleuse Bibliothèque n'est qu'esquissée
dans mon Ensaio; depuis sa publication (1873),
j'ai recueilli bien des notes qui doivent prendre
leur place dans l'Introduction historique que je
mettrai en tête de la nouvelle édition critique du
Catalogue, qui paraîtra prochainement.
Les quelques renseignements que je vais donner
sur la Bibliothèque de musique du roi Jean IV
suffirontpour attirer l'attention de ceux qui n'ont
pas lu le compte-rendu de M. E. David. La Bi-
bliothèque était contenue dans 42 caisses énormes,
rangées dans des armoires ; le Catalogue (un gros
volume de xix-525 pages in-4''), ne renferme
pas moins de 931 numéros; chaque numéro se
compose d'une certaine quantité de recueils (col
lecçoès) de messes, de motets, de madrigaux etc.,
ce qui forme une quantité énorme de composi-
tions; pour donner une idée du volume de ces
recueils, il suffit de dire que ceux des caisses
25-30 (Nos 657-743), se composent de 2259 Vi'
Ihancicos (Noëls, etc.); or, c'est là seulement le
contenu de 5 caisses ou 86 numéros, et le Cata-
logue se compose de 40 caisses ou 951 numéros !
(1 )Énsaio critico sobre o Catalogn d'Él-Reij D.Joâo If^ .
Porto, 187S ln-40.
24
JEAN rv
Ces Vilhancicos appartiennent presque fous à
des compositeurs portugais et espagnols, notam-
ment à Gabriel Dias et Francisco de Santiago;
cepemlant, on y trouve aussi quelques composi-
teurs flamands qui vécurent en Espagne et en
Portugal : Gesy de Gherseni , Carlos Caulier,
Nicolas de Pont, Ph. Rogier, etc. La plupart des
compositions du Catalogue étaient en manus-
crit; cependant il y avait aussi la majeure partie
des recueils publiés en Hollande, en Italie, en
Allemagne, en France et en Angleterre. Les noms
les plus illustres de toutes les écoles y étaient re-
présentés, et l'on y trouvait les recueils les plus
précieux, les ouvrages théoriques les plus célè-
bres et les plus rares, et même des manuscrits
hors ligné. Il suffit de nommer le manuscrit au-
tographe du Micrologue de Guido d'Arezzo, ca-
deau de la célèbre Christine de Suède au roi
Jean IV (1), la presque totalité des compositions
autographes du célèbre Philippe Rogier (2), dont
les ouvrages sont si rares, une quantité de ma-
nuscrits de la main de Palestrina (3) lui-même,
les traités manuscrits de John Hof hby ,.Iean de Mu-
ris, Alarchettuide Padoue, Berno, Tincloris,etc.
Ce qui frappe l'attention du lecteur du Catalogue,
ce ne sont pas les milliers de cahiers de musique,
mais la rubrique finale du volume-, on lit : Le-
guessea segunda parte d'esté Index em outro
volume. Le volume de la Bibliothèque nationale
n'est donc que la première partie Aa Catalogue,
à laquelle une deuxième partie, devait faire
suite. Celle-ci na pas paru, malgré la recom-
mandation expresse du roi faite dans son testa-
ment (4). On peut consulter mon Essai sur les
obstacles qui survinrent après la mort du roi
(1656) et qui empêchèrent aussi la publication de
son traité sur l'Histoire de la musique. C'est
donc une double perle qu'on a éprouvée. Le roi
était aussi fort dans la théorie que dans la pra-
tique de la musique; les traités publiés en font
foi, tout aussi bien que les rares compositions
qui nous restent de lui. Baini (5) fait beaucoup
d'éloges de son analyse (6) de la messe Panis
(1) V. Ensaio critiro, pag. 47-ol.
(t) V. Ibid., p.ig. 23 et 24, note 4. J'ai compté 233 com-
positions de Philippe RDgicrdans le Cutalogue du roi.
(3) V. Jbid.. pag. 54.
(4) V. Jbid., pag. 68-70.
[i) Memorie storico-criliche, vot.ir, pag. 559-362.
(6) ttCfpocsUis a las Diidas Que. sepiisicron a la .Vi.<:sa
Panis qiicm ego dubt de Palestrina (sic) ; Impressa en cl
qainlo llbrt) de sus Missas, sans lieu, ni date; ù la fin
(p. 4î), la date : a 23 de setlenibre 1634, petit in-4"' de ii,— 29
pag. avec frontispice gravé aux armes de la maison de
Bragancc. V. pour les détails : flitisicos portuguezes, vol.
I, pag. 138-144. Il y a une traduction des Jtespoestas en
Itallea : Jiiposte ulli dubil proposti sopra la missa, etc.
V. Mus. portug., tome i, pag. 138.
quejn ego daho de Palestrina ; sa Defensa de la
Musica moderna (i) contre l'évêque Cyrille
Franco est un livre d'excel'.ente critique, plein
d'érudition, et qui contient des aperçus remar-
quables sur bien des maîtres célèbres. J'en ai
donné ailleurs l'analyse (2). Malheureusement
ces deux volumes (t649 et 1654) sont aussi rares
dans l'édition originale (en espagnol) que dans les
traduclions (en italien) qu'on en a faites à Rome.
Jean IV avait laissé en outre à son successeur
(D. Alfonso VI) le soin d'imprimer deux autres
manuscrits : Concordancia da Musica epassos
da CoUegiada dos vmiores professores d'esta
arte, et Principios de Musica, quem foram
seus primeiros autores e os progressas que
levé. Ms in-fol.
J'ai déjà dit qu'on n'en a fait aucun cas. Les
compositions du roi Jean IV étaient très-nom-
breuses (3), mais elles ont été perdiies pour la
plupart. On ne connaît aujourd'hui que deux
Motets insérés dans les œuvres de Rebello (Ro-
mse, 1657), et un autre Motet inséré dans Y An-
thologie universelle de Musique sacrée, pu-
bliée par Georges Schmilt (Paris, Repos 1869),
l'^ série, vol. vu). Félis croit que les exemples
de musique qu'on trouve à la fin de la Defensa
sont des compositions du roi, ce qui ne me paraît
pas exact. On n'a que des renseignements fort
vagues sur le sort de la Bibliothèque de mu-
sique du roi D. Jean IV après sa mort; on ne
sait pas au juste si elle a été ensevelie sous les
ruines de Lisbonne lors du grand tremblement
de terre de 1755. Elle se trouvait alors probable-
ment, à cette époque, dans le même endroit oti
Jean IV l'avait installée, c'est-à-dire dans le pa-
lais royal (Caza do Paço); celui-ci fut presque
entièrement détruit. J'espère pouvoir donner
bientôt des renseignements définitifs sur ce sujet;
en tout cas, qu'elle soit détruite ou non, la pre-
mière partie du Catalogue nous reste, piédestal
grandiose sur lequel on pourra élever au roi ar-
tiste le monument qui lui est dû (4).
J. DE V.
(1) Defensa de la Musica moderna, contra la crrada
opinion dcl Obispo Ciirtlo Franco. Sans lieu, ni date, ni
nom d'auteur, tout comme les Respocsies; à la fin on lit :
Lisboa a ide Dcziébre de |619, petit in-4i> de iv — 56 p.
1^ traduction italienne porte le titre suivant : Difesa délia
Ulusica moderna coniro la falsa opinione del f-'e.^covo
( irillo Franco, Iraclolta di spafjnuolo in itallano. Sans
lieu, ni date, ni nom d'autenr. Le frontispice gravé est le
même qui se trouve dans un exemplaire des llespnestas,
que Je possède. Le nombre des pages de la traduction Ita-
lienne est de 74. Je tire ces renseignements d'un exem-
plaire que j'ai vu à la Bibliothèque royale de Berlin.
|2) v. Musicos l'ortng., vol, i, pag. ni-148.
(3) J'en al donné la liste complète dans mes Musicos
portuguezes, vol. i, pag. 144-145.
(4) Je u'al pas cru devoir donner ici dei détails biogra-
JEAN DE CLÈVES — JENSEN
25
* JEAN DE CLEVES. Dans le premier
volume de son ouvrage : la Musique aux Pays-
Bas, M. Vander Straeten donne le texte lalin de
l'épitaphe de cet artiste, épitaphe qui se voyait
dans la grande église d'Augsbourg et qui fait
connaître, avec la date de sa mort, l'âge qu'il
avait alors. En voici la traduction : « Épitaphe
de l'éminent musicien, maître Jean de Clèves.
Dans cette urne, repose l'excellent musicien de
Clèves, de la bouche duquel s'échappent des
sons mélodieux. Il fut autrefois musicien de l'em-
pereur Ferdinand 1", directeur du chœur de
l'archiduc Charles, dont il fut la gloire. Il mourut
en 1582, le 14 juillet, âgé de cinquante-trois ans. «
Jean de Clèves était donc né en 1528 ou 1529.
JEAI\DEL (Pierre-Napoléon), luthier
français, né en 18 1 2 à Courcelles-sous-Vaudemont
(Meurthe), fit son apprentissage à Mirecourt,
chez Charotte, et en 1835 se rendit à Rouen, où
il entra comme ouvrier chez le frère de celui-ci,
établi en cette ville. A la mort de son patron (1830),
M. Jeandel, s'associant avec Lucien Delau, lui
succéda; puis, s'étant séparé de son associé en
1848, il s'établit seul, sans quitter Rouen, et se
fit avantageusement connaître par un assez grand
nombre d'instruments, remarquables, dit-on, par
leur bonne facture et leur belle sonorité. Artiste
habile, M. Jeandel a obtenu plusieurs récom-
penses dans les Expositions : à Rouen (1854), une
médaille de bronze; à Paris (Exposition univer-
selle de 1855), une médaille de première classe;
à Rouen (1856), une médaille d'argent.
JENIKE (Emile), pianiste et compositeur
polonais, s'est fait connaître par de jolies mélo-
dies vocales publiées sous ce titre : Dziewine
Pies'ni. Parmi ces mélodies, on distinguait sur-
tout celles intitulées -. le Soir sur Veau, le Sou-
venir, Mon souhait. A la mort de Chopin, cet
artiste composa une marche à la mémoire de l'il-
lustre virtuose, qui fut publiée à Varsovie, chez
Klukowski. Emile Jenike, qui appartenait, dit-
on, par la nature de son talent, à l'école roman-
tique, mourut prématurément en 1852, sans
avoir eu le temps de justifier les espérances qu'on
avait fondées sur lui.
JEi\SEl\ (Adolphe), compositeur, né à Koe-
nigsberg le 12 janvier 1837, apprit tout seul
les éléments de la musique, puis reçut pendant
deux ans les conseils bienveillants d'Ehlert et de
Marpurg, que son talent précoce avait frappés.
Grâce aux études sérieuses qu'il fit sous leur
.direction , il put bientôt écrire de nombreux
morceaux -. sonates, ouvertures, quatuors, ^ierfer;
phiques sur D. Jean iv. On pourra consalter sa biogra-
phie dans les Mustcos Porluguezes, vol. i, pag. 130-130,
et mon Ensaio critico.
mais ces professeurs ayantiquitté la ville, Jensen
se retrouva sans maître. Il continua de composer
avec ardeur, puis alla passer en Russie l'année
1856, afin d'y gagner, par ses leçons de piano,
l'argent nécessaire pour se rendre auprès de
Schumann , son maître de prédilection. Il eut la
douleur d'apprendre la mort de ce grand musicien
avant d'avoir pu le connaître. Il revint en Alle-
magne en 1857 et habita successivement Berlin,
Leipzig, Weimar et Dresde. Nommé, la même
année, chef d'orchestre du théâtre de Posen, il
renonça bientôt à celte position pour se rendre à
Copt'nhague, afin de faire la connaissance de
M. Niels Gade. Deux ans après , il revenait à Kœ-
nigsberg, où ses leçons étaient très-recherchées.
En 1866, il était mandé à Berlin par Cari Tausig,
pour être premier professeur à l'École des vir-
tuoses, et, en 1868, il quittait Berlin pour aller
à Dresde, puis à Grœtz, en Bohême, où il est
encore aujourd'hui.
Les sept morceaux qui composent le recueil
Eroiikon (op. 44) sont d'une mélodie élégante et
d'une harmonie intéressante, qui leur prête un
attrait particulier. Ces esquisses antiques, CaS'
sandre, Eres, Galatée , Electre, etc., expri-
ment tour à tour une grâce coquette et une ten-
dresse langoureuse ; il s'en faut que ces pièces
soient faciles à jouer et surtout à bien rendre,
mais l'exécutant goûte d'autant plus de plaisir à
distinguer peu à peu les intentions de l'auteur et
à s'en pénétrer. Ce recueil est le seul de Jensen
qui soit encore publié en France; mais je con-
nais à peu près tout son œuvre de piano, qui est
déjà considérable , et sans insister sur tant de
morceaux, qu'il serait difficile de se procurer à
Paris, je citerai simplement ceux qui m'ont
frappé par la distinction de l'inspiration et l'élé-
gance de la facture, puis je jugerai d'ensemble le
talent de ce compositeur.
Je recommande aux amateurs la Botnance,
(op. 19), une valse brillante (op. 3), les Fauta-
sieslùcke, la grande sonate en fa dieze mineur
un délicieux recueil de vingt morceaux , Chants
et danses, trois charmantes Valses-Caprices
et deux jolies romances A celle qui s'en va.
Jensen a aussi composé des morceaux à quatre
mains d'une grâce et d'une poésie charmantes.
Sa suite intitulée : Musique de noce , .«es trois
morceaux séparés (op. 18) et ses huit Idylles,
dépeignant tout le cycle d'une journée , depuis
le crépuscule matinal jusqu'à la nuit, sont des
compositions de haute valeur. Jensen n'a encore
que peu écrit pour l'orchestre ; mais sa compo-
sition des Pèlerins d'Emmaiis , d'après l'É-
vangile de Saint-Luc, est ime création symphoni-
que de premier ordre , pleine de poésie et de
26
JENSEN — JIMENEZ HUGALDE
grandeur religieuse. En résumé, la ieclure de
ces œuvres, faiJe en suivant l'ordre de produc-
tion, montre bien que, comme tant d'autres, le
compositeur n'a pu dégager qu'à la longue son
inspiration propre : ses premiers morceaux ren-
ferment des idées charmantes , mais elles se
noient sous les notes et les coml)inaisons liar-
moniques. A mesure qu'on suit la filière de ses
oeuvres, la pensée du musicien devient plus
nette, plus claire; la contexture même en est
d'autant plus riche qu'elle est moins touffue, et
celui de ses recueils qui est peut-être le plus
poétique elle plus gracieux. Chants et danses,
semble inspiré directement par Robert Scliu-
mann, dont Jensen (ut le disciple et l'admira-
teur.
Voici le catalogue des œuvres de Jensen :
Musique podr orchestre. La Fille de Jeph-
té, d'après Byron, avec soli et chœurs (op. 26;.
— Les Pèlerins d'Emmaiis, morceau religieux
d'après l'Évangile de saint Luc (op 27).— Musique
DE MANO. Voix intérieures, 5 pièces, (op. 2). —
Valse brillante, (op. 3) Six pièces de fantaisie,
en deux cahiers, (op. 7). — Études romantiques,
dix-sept pièces en deux cahiers, (op. 8). — Ber-
ceuse, (op. 12), — Scène de chasse, (op. 15). —
A celle qui s^en va, deux romances, (op. 16). —
Tableaux de voyage, douze morceaux en deux
cahiers, (op. 17). — Scherzo, Berceuse et Pasto-
rale, à quatre mains, (op. 18). — Prélude et
romance, (op. 19). — Quaire impromptus, (op.
20). — V Sonate en fa dièze mineur, (op. 25).
— Trois valses-caprices, (op. 31). — Vingt-cinq
études en trois recueils, (op. 32). — Chants et
danses, vingt pièces en deux recueils, (op. 33).
— Six suites allemandes, (op. 36). — Impromptu,
en sol majeur, (op. 37). — Deux nocturnes, en
fa dièze majeur et en si bémol mineur, (op.
3s). — Marche, Cunzonetta et Scherzo, (op 42).
— Idylles, huit morceaux à deux et quatre
mains , (op. 43). — Erotikon, sept pièces, (op.
44). — Musique de noce, quatre morceaux à
quatre mains, (op. 45). — Chants du pays de
Berchtesgaden , en deux recueils, (op. 46). —
Idylle de la forêt, (op. 47). — Souvenirs, cinq
morceaux, (op. 48). — Musique de CHA^T. Six
lieder, (op. 1). — Sept chants du livre des Chants
d' Espar/ne, de E. Geibel et P. IIeyse,(op. 4). —
Quatre chants sur des poésies de G. Herwegh et
de Eichendorff, (op. 5). — A Vinnomée, six
mélodies d'amour d'après E. Geibel, (op. 6). —
Ilnif lieder pour mezzo-soprano ou baryton, fop.
9j. — Deux chants sur des poésies de Uhland,
(op. 10), avec deux cors et harpe (ou piano) -. n.
Chant des Nonnes, pour soprano solo et cbrur
à quatre voix de femmes; b. Chant delà fiancée,
pour chœur général. — Sept lieder d'apriis Hafis,
(op. 11). — Chants d'amour, six morceaux
pour voix grave, (op. 13). — Six lieder populai-
res de Wilhelm Herz pour voix moyenne, (op.
14). - Sept chants du recueil des Chants d'Espa-
gne de E. Geibel et P. Heyse, (op. 21). — Douze
lieder de P. Heyse pour voix moyenne en deux
cahiers, (op. 22). — Six lieder avec texte alle-
mand et danois, (op. 23). — Six lieder, (op. 24).
— Huil^JefZer pour soprano, alto, ténor et basse
d'après E. Geibel , (op. 28). — Huit lieder à
quatre parties, d'après Geibel, en deux recueils,
(op. 29). — Dolorosa, six poésies de Chami.sso,
(op. 30). — Antique Heidelberg ! extrait du
Trompette de Sackingen,\)aT Sc^heffel, morceau
de concert pour basse ou baryton, (op. 34). —
Six lieder pour voix grave, d'après O. Roquette,
(op. 35). — Deux lieder : Chante, ô ma belle
et Senteurs de la Nuit, (op. 39). — Douze lie-
der, tirés du GaudeamusdeSd\e(M, pour voix
de basse avec piano, (op. 40). — Romances et
ballades, de Robert Hamerling, six morceaux
pour voix seule avec piano, (op. 41). — Sept
lieder, de Robert Burns, (op. 49). — Sept lieder,
(op. 50). — Jensen-Album , recueil de lieder
pour une voix avec piano. — Laisse-moi reposer,
laisse-moi réver,i\°l de la collection des Chants
du Printemps, composés par Jensen, Taubert,
Abt, Reinecke, etc. Ad. J — n.
JERVOLliXO (Arcangelo), prêtre et com-
positeur italien, vivait dans la première moitié
du dix-huitième siècle et fut professeur au Con-
servatoire de Santa-Maria di Loreto, à Naples. Il
écrivit la musique d'un intermède qu'il lit re-
présenter sur le petit théâtre de cet établisse-
ment, en 1737, et qui avait pour titre lo Finto
Remita e lo Stroccione {le Faux Ermite et le
Gueux).
JESPER. Voyez REISET (Le comte DE).
JIMEXEZ, est le nom d'une famille de mu-
siciens nègres qui sont venus se faire entendre
à Paris, aux mois de novembre et de décembre
1875, et non sans succès. Le père, José Julian
Jimenez, est, dit-on, élève de Ferdinand David,
et possède les qualités solides qui distinguent
l'école de ce maître remarquable ; toutefois , il
manque un peu de charme et de grâce. Nicasio
Jimenez, le fils aîné, est un violoncelliste de
talent, au jeu expressif et au mécanisme précis,
mais dont l'archet manque d'ampleur. Enfin le
second lils, Manuel Jimenez, pianiste bien jeune
encore, n'en est pas moins un artiste d'un vrai
talenl, aussi remarquable par sa virtuosité que
par un sentiment plein de grâce.
JIMENEZ HUGALDE ou UGALOE
(CiiUACo), prêtre {'s;iagnol, compositeur et or-
JIMENEZ HUGALDE — JOMMELLI
27
ganiste, est né à Pampelune le 5 février 1828.
Son [)ère fut son premier maître de solfège, et il
étudia ensuite le piano avec José Guelbonzu.
Désirant se livrer à la composition et à l'élude
de l'orgue, il se rendit à Madrid et se tit admettre
au Conservatoire , où il eut pour professeur
M. Hilarioii Eslava. Ses études terminées, il de-
vint, à la suite de plusieurs concours, maître de
chapelle de la cathédrale de Jaca (1857), puis
de l'église métropolitaine de Valence (1861), et
enfin de la primatiale de Tolède (1865). M. Ji-
menez a composé un grand nombre de messes,
psaumes , répons, motets , saluts , litanies, etc.
On cite comme les plus remarquables parmi ces
œuvres un Miserere de larges proportions, une
messe en mi bémol, deux psaumes, deux can-
tiques, et un salut accompagné d'une litanie.
* JOACFIIM (Joseph). Cet illustre virtuose
est assurément l'un des plus grands violonistes
dont l'histoire de l'art puisse enregistrer le nom.
Enfant prodige, il a vu son talent toujours gran-
dir, jusqu'au jour où ce talent a atteint le déve-
loppement le plus magnifique et le plus merveil-
leux. Avec celaclief d'orchestre habile, composi-
teur distingué, M. Joachim ne se borne pas à
être ce qu'on appelle un virtuose de premier
ordre : pourvu d'une instruction solide, familier
avec les œuvres des grands maîtres, connais-
sant la musique de Bach et de Corelli aussi bien
que celle des violonistes modernes, il est un des
plus admirables quartettistes que l'on puisse
entendre.
M. Joachim est aujourd'hui fixé à Berlin, où
il s'est établi après la guerre de 1866 , alors que,
le Hanovre ayant été absorbé par la Prusse, il
se vit obligé de renoncer aux fonctions de maître
de la chapelle royale de Hanovre, qu'il occupait
depuis 1854. Il rertouva d'ailleurs à Berlin une
situation brillante, devint directeur du Conser-
vatoire particulier qui venait d'être fondé en
cette ville sous le titre d'Académie de musique,
se distingua tout à la fois comme virtuose, comme
compositeur et comme chef d'orchestre , et fut
élu membre de l'Académie des Arts.
M. Joachim, qui, dès l'âge de quatorze ans,
en 1845, avait obtenu de véritables triomphes à
Londres, où Mendeissohn l'avait emmené, ne se
vit pas accueillir avec moins de succès à Paris,
lorsqu'il y vint en 1866 et qu'il se fit entendre
à l'Athénée et aux Concerts populaires de M. Pas-
deloup. Sa renommée d'ailleurs est depuis long-
temps européenne, mais nulle part elle n'est
mieux établie qu'en Angleterre. Engagé , avec
un traitement annuel de 2,000 thalers , comme
directeur de l'Académie de musique de Berlin',
M. Joachim s'est réservé un congé chaque année,
du nouvel an à Pâques, congé qu'il va passer ré-
gulièrement à Londres, où l'entrepreneur de
concerts M. Chappell lui assure mille livres ster-
ling, soit 25,000 francs pour chaque voyage.
Comme compositeur, M. Joachim s'est produit
pour la première fois au mois de décembre 1845,
en exécutant , dans un concert du Gewandhaus
de Leipzig, un adagio et rondo qu'il avait écrit
avec accompagnement d'orchestre. Depuis lors,
il a composé d'as.sez nombreux morceaux sym-
phoniques , et plusieurs concertos de violon
parmi lesquels on cite surtout son Concert in
ungarischer Weise (op. il), production toute
brillante de couleur et de fraîcheur. Je mention-
nerai, parmi ses autres œuvres : 2 Marches
pour orchestre ; 3 pièces pour violon et piano,
op. 2; Concerto pour violon, avec orchestre,
op. 3 ; Ouverture A'Hamlet, op. 4 ; 3 Pièces pour
violon et piano, op. 5; Mélodies hébraïques,
pour alto et piano, op. 9; "Variations pour alto ,
avec accompagnement de piano , op. 10. — En
1863, M. Joachim a épousé une cantatrice d'un
grand talent , IW" Amélie Weiss, qui se fait
surtout remarquer dans l'exécution des Ueder.
JOANXES (Antoine), facteur de clavecins,
vivait à Anvers dans la première moitié du dix-
septième siècle.
JOELLljER(ANDRÉ),compositeur allemand,
directeur de musique à Meiningen , s'est fait
connaître par un grand nombre de chansons,
dont quelques-unes obtinrent des succès popu-
laires. Cet artiste est mort à Meiningen, le 2 mars
1862, à l'âge de cinquante-huit ans.
JOLIVET ( ), compositeur, habitait
Dijon dans la première moitié du dix-huitième
siècle. Il a écrit la musique des ouvrages sui-
vants : Cantate sur la naissance de Monseigneur
le Dauphin, exécutée à Dijon le 14 septembre
1729 : Idylle héroïque en deux scènes , avec
prologue et épilogue, chantée par les écoliers du
collège de Dijon le 6 mai 1730; Divertissement
pour la fête de M le comte de Tavannes, Dijon,
1730.
* JOLY ( ) , violoniste et marchand de
musique. Outre les publications mentionnées au
nom de ce musicien, on lui doit encore : r Mé-
thode de Guitare, Paris, Schlesinger ; T l'Art
de jouer de la guitare, ou Méthode rédigée
sur ttn nouveau plan (nouvelle édition), Lille,
Bohem.
* JOMMELLI (NicoLÔ). A la liste des pro-
ductions dramatiques de ce musicien immortel,
il faut ajouter les suivantes , qui sont conservées
dans les Archives du Conservatoire de Naples :
r Ezio, opéra sérieux en 3 actes , Bologne
1741 ; 2" Artaserse, 3 actes, Rome, th. Argen-
28
JOMMELLT — JONCIÊRES
tina, 1749; 3° Temisfocle, 3 actes, Naples, tli.
San Carlo, 1757; 4° il Trion/o di Clelin . 3
actes, il!., ùl., I7à7 ; 5° Ezio, 3 actes, écrit imur
le jour de naissance du roi Joseph l" de Portu-
gal, 1771 (c'est le troisième opéra que Jonmiplli
composait sur ce sujet); C" Cercre placata, fête
théâtrale, 1772; T Cajo Marzio, 3 actes (1).
L'ahbé Alfieri a publié sur Jommelii on opuscule
ainsi inlitulé : Notizie biocjrafiche di Mcolo
Jommelii (Rome, 1845, in-8"} ; on trouve aussi
une biograpl)ie et un portrait de cet homme cé-
lèbre dans la Biografia degli Italiani illustri
delsecolo XVIfl (1^'vol.), Venise, 1835,in-8°.
* JONAS (Emile). Le répertoire dramatique
de ce compositeur se complète par les ouvrages
suivants : Job et son chien , un acte, Bouffes-
Parisiens, 1863; le Manoir des La Renardière,
un acte, id., 1864 ; Avant la Noce, un acte, id.,
1865 ; les Deux Arlequins, un acte, Fantaisies-
Parisiennes, 1865; Malbrough s'en va-t-en
guerre, 4 actes (en société avec MM. Bizel, De-
libes et Legouix), Athénée, 1867; le Canarda
trois becs, 3 actes, Folies-Dramatiques, 1869;
Désiré, sire de Champigny, un acte, Bouffes-
Parisiens , 1869; Javot/e , 3 actes, Athénée,
1871 (ouvrage écrit pour le théâtre de la Gaité,
de Londres, et représenté sur cette scène et
sous le titre de Cinderella, peu de mois avant
d'être joué à Paris) ; le Chignon d'or, 3 actes
Bruxelles, 1874. M. Jonas a aussi une part,
avec MM. Bazille, Clapisson, Eug. Gautier, Ge-
vaert. Mangeant et F. Poise , dans la musique
de la Poularde de Caux, opérette en un acte
représentée au théâtre du Palais-Royal. 11 a en
portefeuille un opéra bouffe en 3 actes, intitulé la
Princesse Kelebella, et il a publié dans le jour-
nal le Magasin des Demoiselles une opérette,
Miss Bobinson, qui n'a pas été représentée.
Après avoir été, depuis 1847, professeur de
solfège au Conservatoire, cet artiste s'élait vu
chargé d'une des classes d'harmonie créées dans
cet établissement pour les élèves militaires , lors
de la suppression du Gymnase musical. En même
temps, il était chef de musique d'une des subdi-
visions de la garde nationale de Paris. Nommé,
en 1867, secrélaire du Comité d'organisation des
festivals militaires à l'Exposition universelle,
c'est à lui qu'incomba presque tout le travail
relatif à ces festivals ; il reçut en récompense le
ruban de chevalier de la Légion d'honneur.
JONCIÈUES (Fki.ix-Luucer, dit Victorin,
DE), compositeur et critique musical, fils d'un
écrivain politique qui, après avoir été saint-simo-
(t) Qii.int à l'opéra il rrasIuUo, titr» qui n'a pont de
sens, U faut le remplacer par Don Iras'.ullo, intermède 3
troh voix.
nien, devint, sous le .second empire, l'un des prin-
cipaux rédacteurs de In Patrie et du Constitu-
tionnel, e.st né à Paris le 12 avril 1839 (1). Après
avoir appris, avec une de ses tantes, les premiers
principes de la mu.sique et commencé l'étude du
piano, il entra au lycée Bonaparte pour y faire
son éducation littéraire, et en sortit à l'âge de
seize ans, après avoir terminé ses classes. A cette
époque, se croyant une vocation irrésistible pour
la peinture , il entra dans l'atelier de Picot, ce qui
ne l'empêcha pas de reprendre ses premières
études interrompues et de culliver la musique
en amateur; il écrivit même la partition d'un
petit opéra-comique dont un de ses amis lui
avait taillé le livret dans le Sicilien ou l'Amour
peintre de Molière , et lit exécuter cet ouvrage
en 1859, par des élèves du Conservatoire, à la
salle lyrique de la rue de la Tour-d'Auvergne.
Franck-Marie, critique musical de la Patrie,
mort depuis, assistait à cette représentation, et
a()rès l'audilion de l'ouvrage, lui conseilla de
quitter la peinture pour la musique.
Suivant ce conseil , M. Joncières abandonna
l'atelier de Picot, et se mil sous la direction de
M. Elvvart, avec qui il fit un cours d'harmonie.
Il entra ensuite au Conservatoire, dans la classe
de fugue et de contrepoint de Leborne, et se pré-
parait à concourir à l'Institut , pour le grand
prix de composition musicale , lorsqu'à la suite
d'une discussion à propos de Richard Wagner,
qui venait de donner son premier concert dans
la salle du Théâtre-Italien , il quitta la classe
d'un professeur en qui, dit-il lui-même, il n'avait
plus confiance. Il commença alors à se livrer
sérieusement à la composition , fit jouer aux
Concerts-Musard une ouverture, une marche et
différents morceaux d'orchestre, puis écrivit, sur
la traduction de \' Hamlet de Shakespeare faite
par Alexandre Dumas et M. Paul Meurice, une
partition qui comprenait une .ouverture , une
marche, des eutr'actes et des mélodrames. Il fit
entendre cette musique, vers 1864, dans un
concert organisé à ses frais , et le 21 septembre
1807 il allait en diriger l'exécution à Nantes, pour
une représentation i\' Hamlet qui avait lieu au
Grand-Théâtre de cette ville, et dans laquelle
M""* Judith, delà Comédie Française, remplissait
le rôle d'Hamlet. L'année suivante, M""^ Judith
donnait des représentations de cet ouvrage à la
Galle, encore avec la musique du jeune com-
positeur.
Cependant , le 8 février 1867 , M. Joncières
(1) Et non le î6 avrl', comme le dit le Dictionnaire des
Contemporains ; Je tiens cette date de source certaine.
On a donné à M. Joncières le prénom de Victorin m sou-
venir lie sa mère, qni s'appelait Victorinc, et qui mourut
quinze Jours après l'.n olr mis au monde.
JONCIÈRES
29
faisait ses véritables débuts de musicien dramati-
que en donnant auTliéàtre-Lyriquei'crrfflnapfl/e,
grand opéra en trois actes dans lequel M"« Nils-
son, dont c'était la première création, remplissait
le principal rôle. Malgré la présence de cette
artiste aimée du public, Sardanapale , dont la
musique manquait d'élan et d'originalité, ne
réussit que médiocrement, quoique certains
morceaux de la partition ne fussent pas absolu-
ment dépourvus de qualités. Il en fut de mètne
du second ouvrage de M. Joncières, le Dernier
jour de Pompéi, opéra en 4 actes donné au
môme théâtre en 1869, et que la critique trouva
inférieur au précédent. Depuis lors, le Théàlre-
Lyrique avant disparu et M. Joncières n'ayant
pu réussir à forcer les portes de l'Opéra, cet
artiste, dont le teiispérament musical est abso-
lument hostile au genre de l'opéra-comique, ne
s'est pas produit à la scène, bien qu'il ait en por-
tefeuille un ouvrage entièrement terminé , Di-
mitri , opéra en 5 actes écrit sur un poëme de
MM, Henri de Bornier et Armand Silveslre. Il
s'est borné à publier quelques romances, quel-
ques morceaux de piano, et à faire entendre un
concerto de violon, exécuté au Conservatoire,
en 1870, par M. Danbé, et une Symphonie ro-
mantique, exécutée au Concert national au mois
de mars 1873. C'est aussi depuis cette époque,
et en 1871, que M. Joncières a pris possession du
feuilleton musical du journal la Liberté, qu'il
signe de son nom, tandis que sous le pseudonyme
de Jennius, il écrit, à ce même journal, une chro-
nique quotidienne des théâtres.
Il est difficile, à l'heure présente, de porter un
jugement raisonné sur la valeur musicale de
M. Joncières. N'ayant encore fait représenter que
deux ouvrages, et quoique ces ouvrages fussent
importants, le jeune artiste ii'est pas encore sorti
de ta période des débuts, des tâtonnements, et
nous pensons que l'on serait injuste en voulant
apprécier son talent sur deux productions im-
parfaites. 11 est vrai que M. Joncières a une
fort bonne opinion de lui-même, qu'il se croit
appelé à régénérer l'école musicale française, et
que, joignant la plume du critique à celle du com-
positeur, il le prend de très-haut avec ses con-
frères, et reproche àdesarlistestelsqueM.Reyer,
par exemple, de ne pas être musiciens et de ne
pas connaître la pratique de leur art. Un tel
grief, articulé par l'auteur de Sardanapale
contre l'auteur de la Statue, peut à bon droit
faire sourire ce dernier. Du reste, les musiciens
français de ce temps ne sont pas les seuls pour
lesquels M. Joncières professe un dédain magni-
fique; en prenant la collection des feuilletons
publiés par lui depuis quatre ans dans la Li-
berté, il serait facile de se convaincre de ee
fait, que M. Joncières fait dater l'existence de la
musique française du jour où il a abordé le théâ-
tre. Quels que soient le nom et la valeur des
artistes auxquels la France avait cru devoir
jusqu'ici accorder un peu de reconnaissance ,
quel que soit le genre auquel ces artistes se sont
attachés, ceux-ci ne sauraient trouver grâce
devant un critique aussi farouche : Monsigny ,
Grétry, Boieldieu , Auber, Adam, Berlioz, tous
sont traités par lui avec une superbe écrasante.
Voici comment M. Joncières apprécie le gt^nie
inculte, mais naturel et passionné, de Monsigny :
« Nous ne sommes pas, il faut l'avouer, de ceux
qui pleurent d'admiration en entendant la mu-
sique du Déserteur. Les chants heureux de
Monsigny, comme disent les amateurs de ce vieil
opéra-comique, n'ont pas le don de nous tou-
cher Il faut avoir porté la culotte courte,
s'être délecté aux comédies de Picard, avoir passé
ses soirées à Feydeau, après un bon dîner chez
le traiteur, en un mot, avoir été jeune il y a
cinquante ans, pour goûter les charmes de la
musique de Monsigny. » On pense bien qu'après
avoir ainsi traité le Déserteur, le critique ne
saurait user d'une grande indulgence pour la
Dame blanche : « L'Opéra-Comique, écrivait-il
un jour au sujet de cet ouvrage, donnait la se-
maine passée la 1, 2370 représentation de la Dame
blanche . Devant l'éloquence d'un pareil chiffre
la critique perd ses droits, et n'a plus qu'à s'in-
cliner; nous ne discuterons pas la valeur de
cet ouvrage. Depuis quarante-six ans le public
se pâme d'aise aux la la -i-tou des montagnards
écossais, à la cavatine du ténor : « Ah! quel
plaisi-ir d'être soldat !» à la strette, qui parut
si entraînante en 1825, du fameux duo : Cette
main, cette main sijoti-i-i-e, et rien ne semble
encore annoncer la lin de l'engouement général
pour cet opéra tyrolien dont l'action se passe
en Ecosse.... » M. Joncières qui, on le voit, cher-
che parfois à faire de l'esprit, est plus sévère en-
core envers Berlioz qu'il ne l'a été envers Mon-
signy et Boieldieu ; il regrette d'abord son inex-
périence des procédés de l'art musical , la
stérilité de son imagination , et voici comme
il le juge : « Berlioz ressemble à un cuisinier
inexpérimenté qui , voulant inventer un art cu-
linaire nouveau, jetterait pêle-mêle dans la cas-
serole tous les ingrédients qui lui tomberaient
sous la main, se disant : ce sera peut-être mau-
vais, mais en tous cas on ne pourra contester
l'originalité de ma cuisine, et il se trouvera cer-
tainement des palais blasés qui prendront plaisir
à goûter une sensation qu'ils n'ont encore jamais
éprouvée. » ,. .
3Ô
JONCIERES — JOSSE
I On voit que la criftque de M. Joncières est
enfantine, malgré les grands airs qu'elle veut
prendre parfois. Ses efforts n'enlèveront pas aux
grands artistes qui ont honoré ou illustré la
France une parcelle de leur génie, mais ils pour-
raient porter préjudice à l'avenir du jeune com-
positeur qui se livre à de tels écarts et qui semble
tro[) porté à croire que tous les yeux de l'Europe
sont tournés sur lui. M. Joncières n'est pas en-
core célèbre ; pour le devenir, il ne suffit pas
d'avoir, comme lui, deux admirations exclusives
dont l'accouplement semble au moins étrange
lorsqu'on sait qu'elles ont pour objet M. Wagner
d'une part, M. Offenbach de l'autre; il faut
composer, produire beaucoup, créer des chefs-
d'œuvre et forcer l'admiration du public. Mais
se cantonner chaque semaine dans le coin d'un
journal dans l'unique but de rabaisser sans cesse
l'art de son pays, de ternir la mémoire des grands
hommes qui l'ont illustré, de s'accorder à soi-
même des éloges au moins singuliers, enfin d'a-
mener les administrations théâtrales à représen-
ter vos œuvres, cela n'est pas le fait d'un véri-
table artiste. Je suis d'avis, pour ma part, qu'on ne
peut, pour une foule de raisons, être à la fois pro-
ducteur et critique. Berlioz, qui, quoi qu'en puisse
penser M. Joncières, présentait sous ce double
rapport une autre surface que lui-même, a usé sa
vie à ce jeu dangereux et avait fini par s'aliéner
toutes les sympathies. Que M. Joncières y prenne
garde, s'il lient à sa carrière de compositeur (1).
JOSSE {Je.\n-Marie), compositeur, est né
à Toulouse le 23 février 1815, dans une famille
d'artistes. Elevé d'abord à la maîtrise de Saiiit-
Élienne, cathédrale de Toulouse, il se rendit
vers l'âge de douze ans à Bordeaux, où son pèie
venait d'être engagé comme chef d'orchestre
du Grand -Théâtre. Ce fut là qu'il apprit l'har-
monie et la composition sous la direction de
Massin, dit Turinu, disciple de Reicha, qui, en
1819, avait partagé avec Ilalévy le grand prix
de Rome. En 1832, et après de sérieuses études,
son maître l'envoya à Paris terminer son édu-
cation musicale et le recommanda chaudement
à Reicha. Le digne artiste lit plus : en se sé-
parant de son élève, il lui fit don de la somme
qu'il avait reçue de lui pendant plusieurs années
pour prix de ses leçons, et qu'il avait soigneu-
sement amassée pour la lui rendre et lui faci-
liter ainsi les premiers pas dans la carrière.
(1) DepiiU qiic cette nntire est écrite, lo ThMtrc-
I.yrlqiie s'est recon<tltii(>, et M. Joncières y a fait repré-
senter, pour sa réoiivi-rturc, Dimiiri, grand opér.i en 5
acte< qu'il avait Inulilcincnt tenté de faire jouer à l'Opéra.
Bien que cet ouvrage n'ait point attiré le public. Il a
obtenu auprès des arilste» et de la critique un .iccueil
trùs-f.ivorable, que justiûdicnt de réelles qualités. De
Arrivé à Paris, M. Josse entra au Conservatoir©
et suivit la classe de Reicha pour la fugue, et
celle de Lesueur pour la composition draina-
tique. En 1836, il obtint, avec Louis Maillart,
la seule mention que le jury décerna pour le
contrepoint et la fugue. En même temps, il
occupait l'emploi de second violon au théâtre
Nautique, puis d'alto à l'Opéra-Comique, et,
enfin, devenait sous-chef d'orchestre à ce dernier
théâtre. C'e.st pendant cette période qu'il écrivit
la Tentation, oratorio en trois parties, qui fut
exécuté en 1848 aux Italiens, à l'Opéra-Comique
et aux concerts du Conservatoire; puis le Ta-
lisman , opéra-comique en un acte, qui fut
donné en 1849 à l'Opéra-Comique.
En 1850, M. Josse se rendit en Russie, où l'ap-
pelait un engagement de chef d'orchestre au
Théâtre-Michel de Saint-Pétersbourg. Il con-
serva ce poste jusqu'en 1861. A celte époque,
il est rentré en France, où il habite encore
aujourd'hui. — C'est à Marseille qu'il s'était
fixé en dernier lieu. — Dégagé de toute fonc-
tion assujettissante , s'étant par son travail as-
suré l'indépendance qu'il avait souhaitée , il a
pu dès ce moment se livrer tout entier à son pen-
chant pour la composition. Il a écrit des frag-
ments de musique, sjmphonique et lyrique, des
quatuors, des ouvertures, marches, etc. — Plu-
sieurs de ses pièces d'orchestre ont été exécutées
avec succès aux Concerts populaires de Marseille.
Son ouvrage le plus important est un grand
opéra en 5 actes dont le poëme est tiré du
drame d'Alexandre Dumas, Ilenî-i III, et qui
a été traduit en italien sous le nom de la Lega
(la Ligue). Cet opéra doit être donné au théâlre
de la Scala, à Milan, pendant la saison du
carnaval 1876 (1).
Il y a dans ces diverses compositions une
grande sûreté de main, une facture solide et
ferme. On y sent l'intluence du style et des
procédés de Meyerbeer. Le caractère de la
pensée et les moyens employés pour la mettre
beaucoup supérieure aux deux (tuvres précédantes de
l'auteur, la pirtition de Dimitri, bien que manquant
encore d'originalité, dénote un vrai tcnipcrament scéni-
qne, et fait honneur à l'artiste qui l'a écrite ; les progrès
de celui-ci sont évidents, sa main est beaucoup plus
sûre, snn orchestre est sonore et brillant, et l'inspiration
si elle pèche un peu trop du côté de la nouveauté, ne man-
que du moins ni d'ampleur ni de pu ssance. Dimitri n'esf
pas sans doute une prndnction accdinplic, mais c'est une
œuvre niAle, liardie, sincère, qui est un heureux gage
pour l'avenir du musicien. Un fai' est à signaler au sujet
de cet ouvrage; c'est (|ue, chez M. .lo'icleres, les théories
du crlUqiie n'ont aucune influeiice sur la pratique du
compositeur; la musique de Dimitri est aussi peu wag-
nériennc que possible.
fi) fM Leçia fut en effet représentée a la Scala, de
Milan, le 25 janvier i876,el bien accueillie par le publiic,
JOSSE — JOURET
3\
en valeur accusent un tempérament vigoureux
qui doit s'appliquer heureusement aux compo-
sitions dramatiques. Al.R — D.
JOUAIV (J....-M....-J ), instituteur à
Caro, près de Pioërmel (Bretagne), est l'auteur
d'un Petit Recueil de mélodies religieuses,
contenant une messe solennelle, un motet pour
Toi\ d'enfants, et des Chants en l'Iionneur du
Très-Saint Sacrement et de la Très-Sainte
Vierge. Ce recueil a été publié il y a quelques
années à Rennes, chez Vatar.
JOURET (Théodore), né à Ath (Belgique),
le 11 septembre 1821, ne s'est d'abord occupé
de musique que comme amateur, cherchant
dans la culture de cet art un délassement à
ses études scientifiques. C'est ainsi que de
iS-iO à 1846, il a composé des mélodies et des
chœurs pour quatre voix d'hommes. En asso-
ciation avec Guillaume Meynne, qui lui avait
servi de guide et de conseil dans ses pre-
miers essais de composition musicale, M. Théo-
dore Jouret a pris sa part de collaboration
à un opéra-comique en un acle, le Médecin
Turc, exécuté en 1845, dans un salon mu-
sical à Bruxelles. (Voir Biographie universelle
des Musiciens, t. VI, p. 129, l'article con-
sacré à Meynne). Depuis 1846, M. Théodore
Jouret n'a plus consacré ses loisirs qu'à la
critique musicale. Durant ces trente années,
il a successivement collaboré à la Bévue
de Belgique, dont il était l'un des fonda-
teurs, à la Revue trimestrielle, à l'Étoile
Belge, à V Observateur, au A'ord, au Guide
musical, et enfin à VOf/ice de publicité, de-
puis sa fondation (1858). Il a aussi envoyé, de
Paris et de l'Allemagne, un grand nombre de
correspondances musicales à l'Indépendance
belge et au Journal de Saint-Pétersbourg .
Enfin, il a publié dans le journal l'Art, de
Paris (n'" des 1^"^ et 8 octobre 1876), une étude
sur Verdi, dont il a été fait un tirage à part
(Paris, 1876, in-f).
M.Théodore Jouret est professeur de chimie à
l'École militaire de Bruxelles et chevalier de
l'ordre de Léopold. F. D.
JOURET (Léon), compositeur, frère du
précédent, naquit à Ath (Belgique), le 17 octo-
tobre 1828, entra, à l'âge de huit ans, aux
cours de l'École de musique de sa ville natale,
où il apprit les premiers éléments de son art,
et étudia le violon et le piano. Il tenait déjà
très-souvent l'orgue à l'église Saint-Julien; à
celte époque, l'église élant pour lui l'endroit
où l'on faisait le plus de musique, il ambitionna
— c'est le mot — la place d'enfant de chœur,
qu'il obtint; ses entrées au Jubé lui causèrent
une joie immense, et il accompagnait la plupart
des offices.
En 1839, sa famille quitta la ville d'Ath pour
aller habiter Bruxelles, et dès lors il voulut à
tout prix devenir musicien. Rien ne le con-
traria dans sa vocation, et ses parents le lais-
sèrent libre de suivre son instinct.
Le Conservatoire royal était encombré d'é-
lèves, et il ne put y entrer que vers la fin
de 1840. Admis aux cours de solfège et de
piano, il fréquenta plus tard les cours d'orgue,
de violoncelle, d'harmonie et de composition.
C'est en 1848 que M. Léon Jouret publia sus
premières mélodies, écrites sur des paroles de
V. Hugo, Alfred de Musset et Th. Gautier.
Ses premiers essais furent bien accueillis, et
c'est alors qu'il reçut pour son art les meilleurs
conseils de deux de ses amis, Guillaume
Meynne et Alexandre Stadtfeldl, deux artistes
pour qui il eut toujours les sentiments de la
plus vive reconnaissance.
A dater de 1850, M. Jouret publia d'année en
année des mélodies, des romances, des chan-
sons et des chœurs pour voix d'hommes, sans
accompagnement. Depuis lors, à différentes
reprises, il a été choisi pour écrire des chœurs
destinés à des concours de chant d'ensemble.
Sa dernière production en ce genre (1872)
a été imposée aux sociétés belges, françaises,
allemandes et hollandaises qui entraient
en lutte pour le prix d'excellence au concours
international de Verviers. Cette composition
a pour titre : Invocation à la Patrie. Parmi
ses œuvres chorales, dont la plus grande partie
est au répertoire des sociétés du pays et de
l'étranger, nous citerons : le Lever, Sa'ut
au pays natal, les Blancs Bonnets de Sam-
bre-et-Meuse, Chanson Espagnole, Hymne
à la Charité, Chanson de ma Mie et d'autres
encore. Il n'est que juste de mentionner aussi
plusieurs mélodies, qui ont été accueillies avec
succès : Ma Mie Annette, Chanson de Mai, La-
menta, Barcarolle, Une Fleur, On dit mon
Ange, l'Empressement, Chanson de Novem-
bre, ISoel, etc., éditées, les unes à Paris, et la
plus grande pai-tie à Bruxelles.
La maison Schott a publié dernièrement un
nouveau recueil de huit mélodies, écrites sur
des paroles prises aux meilleurs auteurs, et
dont quelques pièces sont de véritables poè-
mes. Les concerts du Cercle Arlistique de
Bruxelles ont fait connaître la Ritournelle, le
Franc Archer, et plusieurs autres du recueil,
qui contient en outre : Le Printemps, J'aime
à chanter, L'Évangile des champs, le Collier
de cœurs, l'Absent et la Promenade aux
32
JOURET — JOURNET
chainpx. M. Léon Jouret a fait paraître aussi
(1871), chez Scholt, une autre collection <le six
morceaux de chant à deux et à trois voix de
femmes, avec accompagnement de piano, et des-
tinés principalement aux cours de chant d'ensem-
ble. Ces morceaux ont pleinement réussi, et les
plus favorisés sont : les Fleurs, les Clochettes
bleues, — {Cantate du Printemps) — et Tom-
bée du jour, à trois voix, avec accompagnement
d'orgue et de piano; ce dernier est écrit fur
une délicieuse poésie de Théophile Gautier.
M. Jouret, qui s'est occupé de musique reli-
gieuse, a encore écrit des psaumes et des motets,
ainsi qu'une messe et une Cantate pour le jour
de Pâques, en trois parties, à cinq voix, avec
accompagnement d'orgue, violoncelle et contre-
basse. En 1851, on exécuta à l'église Saint-
Joseph, à Bruxelles, un Salut de sa composi-
tion, où l'on remarqua un Ave Man'o et le psaume
Super flumina Babylonis. 11 a fait entendre
à plusieurs reprises, dans sa ville natale, une
messe à cinq voix, avec accompagnement d'or-
gue, violoncelle et contre-basse, et lors de la
visite du Roi dans celte ville, il écrivit pour
cette circonstance un Domine Salvum fac, qui
fut exécuté par un grand nombre de chanteurs
et d'instrumentistes.
En 18G5, le Cercle Artistique et Littéraire
do Bruxelles mit à sa disposition son splen-
dide local; c'est là qu'il fit représenter son
premier opéra, intitulé Quentin Matsys, pa-
roles de M. F. Covelicrs. L'ouvrage obtint un
véritable succès. En 1868, le Cercle eut encore
la primeur d'un autre opéra : le Tricorne
enchanté, comédie originale et charmante de
Th. Gautier et Siraudin, appropriée à la scène
lyrique par M. F. Coveliers; poëme et musi-
que réussirent à souiiait. Grâce à ses relations
artistiques et à la sympathie qui s'attachait à
son nom, M. Jouret eut le rare bonheur d'avoir
pour interprèles les premiers sujets du Théâ-
tre royal de la Monnaie. On eut beau lui de-
mander sa partition pour une scène plus im-
portante et plus grande, il refusa toujours,
craignant le trop grand cadre, et disant à ses
amis que, s'il se décidait un jour à écrire pour
le théâtre, il voulait y produire une œuvre
nouvelle, et plus complète, si c'était possible,
que le Tricorne. Depuis lors, il a terminé diffé-
rents ouvrages ; mais le chant d'ensemble est
surtout depuis plusieurs années l'objet de tous
ses soins et son travail de prédilection.
En 187 i, M. Léon Jouret a été nommé profes-
seur au Conservatoire royal de Bruxelles, et
chargé du cours d'ensemble vocal dans les
classes du soir. , -.; F. D.
JOURNET (Françoise), l'une des plus
fameuses chanteuses de l'Opéra, quoique son
nom soit aujourd'hui bien oublié, brilla pen-
dant quinze ans à ce théâtre, au commencement
du dix-huitième siècle, et y tint le premier
rang. L'abbé de Fontenai, dans son Diction-
naire des Artistes, a donné sur cette actrice
alors célèbre une notice très-complèle, et que
je ne crois pouvoir mieux faire que de repro-
duire ici. « Françoise Journet, dit-il, est née
à Mâcon selon quelques-uns, et selon plusieurs
autres à Lyon. Sa mauvaise fortune la fit entrer,
dans cette dernière ville, chez une marchande
dont le mari fit banqueroute. Quoique aban-
donnée de sa maîtresse et n'ayant d'autre bien
qu'une très-jolie figure, elle ne céda aux pour-
suites d'un jeune homme qui l'aimait, qu'en
l'épousant. Mais ayant appris, au bout de quel-
ques mois, que ce jeune homme était déjà marié,
elle prit alors le parti du théâtre. Elle débuta
à l'Opéra de Lyon, et le succès qu'elle eut fut
si grand, qu'on l'engagea de venir à Paris. Elle
y fut médiocrement reçue. Ses amis lui conseil-
lèrent de persister; elle suivit cet avis, et réus-
sit au point que, peu d'années après, elle devint
la première actrice de l'Opéra de Paris. Elle y
avait débuté, au mois d'avril 1705, par le rôle
d'Yole dans l'opéra de la Mort d'Alcide. Elle
n'a jamais été remplacée dans ceux d'Isis, de
Thétis et d'Iphigénie. Elle quitta le théâtre en
1720. Le Système (1) lui avait procuré une for-
tune de huit à neuf cent mille livres, qui ne
dura qu'autant que le papier : le chagrin qu'elle
en eut et un squirrhe au loie la mirent au tom-
beau en 1722. On a vu longtemps à Paris un
portrait de mademoiselle Journet, peinte en
Iphigénie, par le fameux Raoust. C'était un des
chefs-d'œuvre de ce peintre : il a disparu depuis
quelque temps, sans qu'on sache à qui il ap-
partient aujourd'hui. »
M"« Journet avait dû une partie de son talent
aux excellentes leçons de M"« Le Rochois, qui,
aussi bonne qu'intelligente, se plaisait, après
être sortie de l'Opéra, à former des élèves qui
pussent lui succéder. M"« Journet avait inspiré
à un grand seigneur qui fut son amant, le
marquis de Rochemore, une passion telle qu'il
mourut du chagrin de l'avoir perdue, et que sa
perte lui inspira les vers suivants.:
Aux autels du lyran des morts,
D'une tremblante main, Je consacre ma lyre;
Je no cliintois que pour Tliémire,
Théinlre a vu les sombres bords ;
, Tendres concerts, charmant délire,
(1) l.e système de Law, source de ruine pour les Part-
siens.
JOURNET — JUILLET
33
Faite» pl.ice à d'autres transports.
Une douleur iiiuetie et sombre,
Des larmes qui partent du cœur,
Ne chercher, ne sentir, ne voir que mon malheur,
Voila le seul tribut que Je dois à son ombre.
Soyez les garans de raa fol,
' I.leux redoutés où repose sa cendre;
II n'est plus auiourd'hui d'autre plaisir pour mol
Que les pleurs qu'en secret je viens ici répandre.
Parmi les très-nombreuses créations que fit
M"« Journet dans le cours des quinze années
qu'elle passa à l'Opéra, il faut surtout citer
les ouvrages suivants : Zes Fêles Vénitiennes,
Idoménée, Camille reine des Voisgvrs et
Télèphe, de Campra; l'Iiilomène, et Brada-
mante, de La Coste; Polyxène et Pyrrhus,
de Colasse; Cassandre, de Bouvard et Berlin ;
le Jugement de Paris et les Plaisirs de la
campagne, de Berlin ; Manto la Fée, de Ba-
tislin (Siriick) ; Médée et Jason, de Salomon-,
les Amours déguisés, de Bourgeois; Télému-
que et Callirhoé, de Destouches; les Fêles
de l'été, de Montéclair; les Fêles de Thalie,
de Moiiret. Un an avant sa retraite, en 1719,
M"» Journet obtint un véritable triomphe en
se montrant dans Vlphigénie de Desinarets,
dont elle remplit le rôle principal avec une
grâce touchante et des qualités pathétiques
qui arrachaient des larmes des yeux des spec-
tateurs ; grâce à elle, la reprise de cet ouvrage,
qui s'était vu très-froidement accueilli lors de
sa création en 1704, obtint un succès relenlis-
sant et prolongé.
* JOUSSE (J ). Aux écrits de cet ar-
tiste, on doit ajouter l'ouvrage suivant : Com-
pendious Dictionary of Italian and otker
terms iised in vmsic, illusiraied by mime-
rons examples for studenls (Dictionnaire
abrégé des termes italiens et autres usilés en
musique, accompagné de nombreux exemples
pour les élèves).
* JOLI VE (L'abbé Esprit-Gustave). Comme
compositeur, M. l'abbé Jouve a publié lesou-
viagcs suivants : 1° T*^ messe à 3 voix, avec
ace. d'orgue (en ut majeur), Paris, Repos; 2°
3= messe à 3 voix, id. (en si bémol majeur),
id., id ; 3" 4* messe à 3 voix, id. (en sol ma-
jeur), id. id.; 4° Stnbat Mater à 3 voix, avec
ace. d'orgue, id., id.; 5° Recueil de motets,
hymnes et antiennes, avec ace. d'orgue ou
harmonium, id., id.; 6° Recueil de cantiques
à 3 voix égales, avec ace. d'orgue ou har-
monium, id..id.; 7" Album de 6 morceaux à
3 voix égales avec strophes déclamées, réci-
tatifs, soli et «hœiiis, pour distribution de
piix, Paris, Heugel. A la liste des écrits publiés
sur la musique religieuse par M. l'abbé Jouve,
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. -
il faut joindre les deux suivants : i" Du chant
liturgique, état actuel de la question. Quelle
serait la meilleure manière de la résoudre,
Avignon, 1854, in-8° de 160 pp.; 1" Rapport
sur un antiphonaire manuscrit de Sainte'
Tulle {Provence), Paris, 1856, in-S".
JOUVIN (Benoît-Jean-Baptiste), écrivain
qui s'est occupé de critique musicale, est né
à Grenoble le 20 janvier 1820. M. Jouvin a
pris part à la rédaction d'un grand nombre de
journaux, et, comme il paraissait prendre un
goût spécial aux choses de la musique, il a
traité des matières relatives à cet art dans le
Globe (1844), VÉpoque (1845-47), le Grand
Journal, le Paris- Magazine, la Situation
(1867), la Presse (1868), l'Événement, et sur-
tout le Figaro, où, depuis 1856, il n'a guère
cessé d'écrire. M. Jouvin a donné au Ménestrel
deux longues notices qui ont été ensuite publiées
à part, l'une : D. F. E. Auber, sa vie et ses
œuvres (Paris, Heugel, 1864, gr. in-S" avec
portrait et autographes) ; l'autre : Hérold, sa
vie et ses œuvres (id., id., 1868, id.). Il a
donné aussi quelques articles à la Critiqice
musicale (1846), ainsi qu'à la Gazette musi-
cale. Les articles que M. Jouvin publie sur la
musique dans le journal le Figaro sont signés
du pseudonyme de Bénédict.
JUAP»RAÎ\Z (Eduardo-Lopez), musicien
espagnol de l'époque actuelle, a fait ses études
au Conservatoire de Madrid, où il a obtenu un
premier prix de composition. Cet artiste ne
m'est connu que par une publication qu'il a
entreprise et dont il est le directeur conjointe-
ment avec M. Gonzalez Martinez : El canto
sacra, publicacion religiosa-imtsical, dedioa-
da a S. S. Pio IX (Madrid, Andres Vidal).
JUBII\'(Le Frère Marie), prêtre et musicien,
est l'auteur anonyme des publications suivantes ;
1° Principes de plain-chant, à l'usage des
écoles, par un membre de l'Institut des Petits-
Frères-de-Marie (Lyon, Périsse, 1865, in-18);
2° Principes de musique et de chant, à l'u-
sage des écoles (id., id., id.); 3'^ Récite il d'airs
à 1, 2 ou 3 voix égales, adaptés aux canti-
ques, à l'usage des PetitsFrères-de-Marie, suivis
de quelques motets pour les saluts du Saint-
Sacrement (id., id., id.).
* JUILLET (Marcel-Jean-Antoine), fils
du fameux acteur de ce nom qui fit les beaux
jours de l'Opéra-Comique, était né à Rouen
le le"^ juillet 1789 et mourut à Bruxelles le 16
novembre 1841. Un de ses frères était à cette
époque major d'infanterie dans l'armée belge.
Je ne suis nullement certain que le nom de cet
artiste et de son père doive s'écrire Juillet,
t. II. 3
34
JUILLET — JULLIEN
et j'ai même beaucoup de raisons de croire que
c'est JuUet qu'ils s'appelaient réellement. Ce-
pendant, coiiune je n'ai pas à ce sujet de certi-
tude absolue, j'ai conservé à ce nom la torme
qui lui etdil donnée dans la Biographie univer-
selle des Mmiciois.
JULIÀ (Le Père Bemto), moine et compo-
siteur espagnol, tut élevé au fameux collège de
musique du couvent de Moniserrat, dans la
Catalogne, et vivait au dix-buitièine siècle. On
conserve dans les archives de ce collège plusieurs
de ses compositions, pour la [jluparl fort impor-
tantes, entre autres un ollice de vêpres pour les
morts, à quatre voix, et des répons pour la
semaine sainte, qui constituent, dit-on, une
œuvre particulièrenient remarquable.
JULIAAO (A. P.). — Voyez PILATI.
JCJLl EN (A ), est l'auteur d' un écrit publié
sous ce titre : L'enseignement du chant consi-
déré comme l'un des objets essentiels qui doi-
vent faire partie de l'instruction primaire de
la commune {\&2\).
JUIJEN (Le l'rère). — Foyes LIESEN-
HOF (Charles),
JULlEiX (Toussaint-Fortuné), né à la Ro-
que d'Autberon (Boucbes-duRbône), le 1"'' no-
■vcmbre 1837, a fait représenter au théâtre d'Aix,
en Provence, le 13 février 1864, un opéra-bouffe
en un acte intitulé le Fils de Thésée. On connaît
également de cet artiste une messe à trois voix
égales avec orchestre, qui a été exécutée dans
la même ville le 20 mai 1866. Al. R — d.
* JULLIEIX (Maucel-Bernard). Outre l'ap-
probation de Fetis, M. 13. Jidlien eut aussi dans la
savante discussion qu'il soutint contre Yiucent
à propos de la musique ancienne, l'appui des mu-
siciens de profession, de Georges Bousquet à
rillustraiion, et de Berlioz, qui écrivait aux Dé-
bats, avec une intention assez méchante contre
Vincent : « M. Juliien a un immense avantage
sur la plupart des écrivains qui se sont occupés
de sujets touchant à l'art musical : il sait la mu-
sique, il comprend la signiliccition des mots et n'at-
tribue point, comme tant d autres, aux expres-
sions qu'il en)ploie un sens vicieux, détourné ou
complètement faux, mais bien le sens réel qui
leur est assigné dans la pratique de l'art. « Pos-
térieurement a la notice que lui a consacrée Félis,
M. Juliien a publié des Thèses de Pkilosoph'ie
(un vol. in-S» de 400 p., Paris, Hachette, 1873),
dans l'une desquelles, intitulée l'Idéologie, ï\ dis-
cute et combat les opinions de d'Orligue sur la
constitution primordiale du langage musical el
sur la musique religieuse : ce chapitre intéres-
sant doit donc se rattacher aux ouvrages anté-
rieurs de M. B. Juliien sur la musique. A la liste
de ces derniers, il faut ajouter le petit écrit sui-
vant : De Vétude de la musique instrumen-
tale dans les pensions de demoiselles ( Paris
M. Alteste, 1848, in-18 de 16 pp.)
JlILLIEiV (Jean-Lucien-Adolphe), littéra-
teur, historien et critique musical, fils du précé-
dent, naquit à Paris le 1" juin I8i5. M. Adolphe
Juliien est aussi pelit-neveu du conventionnel
Juliien de la Drôme et cousin-filleul du célèbre
ingénieur général Adolphe Juliien, qui construisit
et dirigea quelques-unes de nos principales lignes
de chemins de fer, comme celles de Lyon et de
l'Ouest. M. Ad. Juliien fit toutes ses études lit-
téraires au lycée Charlemagne, puis fut reçu li-
cencié en droit. Ses parents, passionnés pour la
musique, la lui firent enseigner de bonne heure
ainsi que divers instruments : il apprit le piano,
le violon et le chant, puis il étudia l'harmonie
et le contrepoint avec un ami de son père,
Bienaimé, alors professeur retraité du Conserva-
toire. Tout en faisant de la critique musicale
active, M. Juliien s'occupe de travaux d'esthé-
ti(iue pure et d'histoire; il se livre aussi à de
fructueuses recherches sur la musique et les
théâtres publics et privés au siècle dernier. Il a
déjà mis au jour des documents de baut intérêt
enfouis aux Archives nationales, et il poursuit
activement le dépouillement de ces richesses
ignorées sur les mystères artistiques et admi-
nistratifs de l'Opéra avant la Révolution. M. Jul-
iien publia son premier article au Ménestrel,
en 1869, à propos de l'exécution du Paradis et
la Péri au Théâtre-Italien , et il se montra dès
lors ardent admirateur et défenseur convaincu
de Schumann, comme il l'est encore, ainsi que
de Berlioz et de Wagner. Il fournit ensuite d'im-
portantes études aux journaux spéciaux comme
la lievue et Gazette musicale, le Ménestrel,
la Chronique musicale, et aux grands recueils
[loliliques et littéraires: iiei'2/e Contemporaine,
Correspondant, Revue de France, Revue Bri-
tannique. En mai 1872, il fut chargé de rédiger
le feuilleton musical du journal le Français,
qu'il continue de tenir au profit des idées sé-
rieuses et élevées, de la grande musique classi-
que. En outre, M. Ad. Juliien a rédigé à l'occa-
sion certaines des revues uuisicales de la Revue
de France, signées du pseudonyme collectif
d'O. Mercier, et il est chargé depuis quatre ans
de faire à la Gazette musicale le compte-rendu
spécial de l'Opéra ; il collabore aussi au Courrier
littéraire, recueil de fondation récente, où il
apprécie tous les livres ayant Irait à la musique.
Les travaux de critique et d'histoire publiés
par M. Juliien dans ces diflérents recueils,
entrant pour la plupart dans un plan général.
JULLIEN — JUSTINIANO
35
doivent former par la suite plusieurs ouvrages
se complétant les uns les autres, et la musi-
que lient une large place même dans ceux
dont le titre plus général n'implique pas d'idée
musicale. Ses écrits publiés jusqu'à ce jour
sont: l' V Opéra en 1788, documents inédits
extraits des Archives de l'État (iu-8", Paris,
Pottier de Lalaine , 1873) ; — 2" Za Musique et
les Philosophes au XVIir siècle (in-8% Paris,
Daur, 1873); — 3" Uisloire du théâtre de
Mme de Pompadour, dit théâtre des Petits-
Cabinets , avec une eau-forte de Martial d'après
Boucher (grand in-8°, Paris, Daur, 1874); —
4° La Comédie à la cour de Louis XVI, le
Théâtre de la reine à Trianon, d'après des
documents nouveaux et inédits (in-8", Paris,
Baur, 1875); — 5° Les Spectateurs sur le théâ-
tre. Établissement et suppression des bancs
sur les scelles de la Comédie- Française et
de t'Opéra, avec documents inédits extraits des
archives de la Comédie-Française, un plan du
Théâtre- Français avant 1759, d'après Blondel, et
une gravure à l'eau-forte de E. Champollion,
d'après Charles Coypel, 1726 (grand in-S", Paris,
Détaille, 1875); — 6" Le Théâtre des demoi-
selles Verrières, la Comédie de société dans
le monde galant du siècle dernier (grand in-
8°, Paris, Détaille, 1875); — 7" Les grandes
nuits de Sceaux; le Théâtre de la duchesse
du Maine (in-8°, Paris, Baur, 1876); — 8" Un
Potentat musical. Papillon de la Ferlé, son
règne à l'Opéra de 1780 à 1790 (in-S" Paris,
Détaille, I87G);— 9° L'Église et l'Opéra en
1735. Mademoiselle Lemaure et l'évêque de
Saint-Papoul (in-8°, Paris, Détaille, 1877);
— 10° Weber à Paris ; son voyage de Dresde
à Londres par lu France; la musique elles
théâtres, le Monde et la Presse pendant son
séjour (in- 8°, Paris, Détaille, 1877); — II" Airs
variés, Histoire, critique, biograghie musi-
cales et dramatiques (in-12, Paris, Charpen-
tier, 1877); 12" La Cour et l'Opéra sous Louis
XVL Marie- Antoinette et Sacchini; Favart
et Gluc/c (in-12, Paris, Didier, 1878).
* JUMILUAC (DoM BexNOitDE). M. Théo-
dore Ni.^ar<I a publié sur ce fameux bénédictin
une notice 'intitulée : Biographie de Dont
Benoit de Jumilltuc (Paris, s. d., Repos, in-8°).
JU\(j]\IAI\N (Albert), pianiste et com-
positeur, né à Langensalza le 14 novembre 1814,
a été employé chez divers éditeurs de musique,
particulièrement dans les magasins de G. W,
Kœrner à Erfurt, el chez G. A. Spina à Vienne.
11 s'est partagé entre les fonctions qu'il occu-
pait ainsi et la composition d'une quantité in-
nombrable de petits morceaux de salon pour le
piano, qui ont été publiés à Vienne, Leipzig,
Offenbach, etc. Le nombre des compositions en
ce genre de M. Albert Jungmann ne s'élève
guère, aujourd'hui, à moins de 350.
JlI\GMAi\l\ (Louis), pianiste, compositeur
et professeur, né à Weimar en 1822, a été en
cette ville l'élève de M. Liszt, et y est aujour-
d'hui professeur de musique à l'Institut ^Sophie.
On lui doit un assez grand nombre de lieder, des
morceaux pour le piano, et aussi des trios et
quelques compositions pour l'orchestre.
JURIEWICZ (Conrad), compositeur polo-
nais, est l'auteur d'un drame lyrique italien,
Piero Calabrese, qui a été représenté au mois
de février 1867 sur le théâtre d'Odessa.
JUSTIXIANO (AiNTONio DE s. Ieronymo),
artiste portugais, né k Lisbonne en 1675, étudia
la musique avec Marques Lesbio et obtint
encore assez jeune, la place de maître de cha-
pelle au couvent des Bénédictins de Enxabregas
(près de Lisbonne). Il y avait fait profession
en 1697. On ne connaît pas la date de sa mort.
— Un autre musicien du même nom, l'abbé
Justiniano, était, vers 1822, un des meilleurs
pianistes de la colonie artistique de Rio de
Janeiro, où il enseignait la musique. 11 composa
une grande quantité de musique sacrée qui n'a
pas été publiée. J. de V. _
K
KiïSSMAYER (Moiutz), violoniste et
compositeur, né à Vienne en 1831, a fait ses
éludes musicales au Consçrvatoiie de cette
ville, sous la direction de Secliter et de Preyer.
11 devint par la suite premier violon à l'Opéra
impérial de Vienne, puis clief d'orchestre du
ballet à ce théâtre, situation qu'il occupe en-
core aujourd'hui. Outre un opera-comique in-
titulé la Maison de campagne à Meudon,
qui a été représenté au mois de février 1869,
avec un succès modéré, au théâtre impérial de
Vienne, et qui a été reproduit ensuite à Prague,
M. Kaessmayer est l'auteur de compositions
nombreuses et imjiortantes, parmi lesquelles il
faut surtout signaler plusieurs symphonies, des
messes avec orchestre, 6 quatuors pour instru-
ments à cordes, des morceaux pour le piano,
enlin des lieder et des chants à plusieurs
voix.
KAFKA (Johann-Népomucène), musicien
allemand contemporain, a obtenu une certaine
popularité dans sa patrie par la publication
d'une énorme quantité de petits morceaux de
musique légère pour le piano, nocturnes, idyl-
les, mélodies, improvisations, rhapsodies, etc.
Le nombre de ses compositions en ce genre
s'élève à deux-cents environ. M. Kafka est
né à Ncustadt (lîohême), le 17 mai 1819.
* KAIILERT (Charles-Aucuste-Timothée),
compositeur et écrivain sur la musique, est
mort à Breslau le 29 mars 18C4.
KAISER (Mahtin), luthier allemand qui
avait sans doute, comme tant d'autres, fait son
apprentissage en Italie, était étalili à Venise
dans les premières années du dix-septième
.siècle. Le musée instrumental du Conservatoire
de musique de Paris possède de cet artiste un
archilulh daté de 1609.
KAISER (Fiî....), musicien allemand con-
tempoijiin, a fait représenter en 1867 à Vienne,
sur le Carl-théâtre, un opéra intitulé Moine et
soldat.
* KAEKimE\'NER (CnnÉTiEN). L'ouvrage
intitulé la Descente des Français en Angle-
terre, et indiqué par erreur comme n'ayant pas
été joué, a été représenté à l'Opéra le 4 sep-
tembre 1798. Kalkbrenner a donné aussi, au
théâtre Molière, en 1800, un opéra-comique en
un acte, le Mort par spéculation.
* KALKRRE1\;\ER (Faêdéric - Guil-
laume). A la liste des œuvres de cet artiste,
il faut ajouter l'ouvrage suivant : Traité d^har-
monie du pianiste, principes rationnels de la
modulation, etc., dédié à ses élèves. Paris,
l'auteur, 1849, in-f»de 64 pages.
KALKBREIXNER (Arthur), fils de Fré-
déric-Guillaume Kalkbrenner, est mort à Paris
le 24 janvier 1869. Cet artiste, qui s'était fait un
renom à Paris par sa vie excentrique et ses
prodigalités, a légué par testament, à l'Associa-
tion des artistes musiciens de France, une
somme de 120,000 francs. Il avait écrit les
paroles et la musique d'un opéra en trois actes,
intitulé VAmoiir, qui n'a jamais été représenté,
et il avait publié un certain nombre de compo-
sitions légères pour le piano.
* KALLIWODA (Jean-Wenceslas), vio-
loniste remarquable et compositeur, est mort
à Carisruhe, le 3 décembre 1866, des suites
d'une attaque d'apoplexie.
KAPPEY ( ), compositeur anglais, a
fait représenter à Londres, le 30 novembre
1872, sur le petit théâtre de la Gaîté, dont il
était alors le chef d'orchestre, un opéra-comi-
que important, intitulé the Wager, qui a été
accueilli par le public d'une façon très-favo-
rable.
* KAROW (Charles), compositeur, est
mort à Bunziau le 20 décembre 1863.
KASCHPEliOFF ( ..), compositeur
russe, lit en Italie ses débuts de musicien dra-
matique en donnant à Milan, vers 1860, un
opéra intitulé Maria Tudor, qui fut assez bien
accueilli, et qui fut joué ensuite à Nice et à
Odessa. Épris de l'Italie et de ses gloires, M.
Kaschperoff chercha, pour tenter une seconde
épreuve, un sujet qui fût ciier à la nation, et
il écrivit un lUenzi qu'il voulut faire représenter
à Turin. Mais Turin était alors le siège du gou-
vernement, et la censure, par suite de scrupules
et de .susceptibilités diplomatiques, souleva des
diflicultés au compositeur et surtout à l'auteur
du livret; les journaux s'emparèrent de la ques-
tion, et de vives polémiques s'engagèrent à ce
sujet, dans lesquelles la personne même de
M. Kaschperoff ne fut pas épargnée. Fatigué de
tout ce bruit, le compositeur abandonna son
premier projet, et s'en alla à Florence dans le
KASCHPEROFF — KASTNER
37
Ijut d'y faire représenter son opéra, espérant
trouver en celte ville moins d'hostilité. Mais,
ici encore, on voulut, malgré tout, et sur le seul
titre de l'oeuvre, mêler les passion'^ politi(|nes
et religieuses à une question purement artisti-
que. Un jomnal fort avancé, la iXnova Europa,
avait en quelque sorte patroné le compositeur
et son opéra; c'en était assez pour que d'autres
journaux n'en voulussent point entendre parler,
et que le sort de celui-ci fût fixé dès avant
son apparition. En effet, la première représen-
tation de Eienzi, qui eut lieu au théâtre de la
Pergola vers la fin du mois de mars 1863, fut
très-orageuse, et provoqua à plusieurs reprises
des manifestations bruyantes, quoique la parti-
tion de M. Kascliperoff parût ne pas être dé-
pourvue de réelles qualités. Un journal italien
disait à ce sujet : « On doit déclarer, à l'hon-
neur du maestro Kascliperoff, que la plus grande
partie des artistes florentins, à commencer par
MM. Romani, Vanuccini, les musiciens d'or-
chestre et les chanteurs, lui ont rendu justice,
louant son œuvre et déplorant que, pour des
raisons étrangères à l'art, elle ait été si mal
accueillie par une partie de l'auditoire de la
Pergola. On aurait dû écouter avec plus de
respect une œuvre aussi consciencieuse, au
sujet de laquelle l'auteur venait demander,
sans prétention et sans orgueil, un jugement
calme et courtois. » Malgré tout, les conditions
dans lesquelles l'ouvrage s'était produit en
empêchèrent absolument le succès. A la suite
de cette déconvenue, M. Kaschperoff retourna
dans sa patrie, et bientôt il s'occupa d'un opéra
russe, la Tempête, qui dut d'abord êtie repré-
senté à Moscou, et qui le fut à Saint-Péters-
bourg, au mois de novembre 1867, sans grand
succès, je crois. En l869, M. Kaschperoff était
devenu professeur au Conservatoire de Moscou,
et travaillait à un opéra intitulé : Thadéus, le
courtier de mariages.
* KASTNER (Jean-Georges), est mort à
Paris le 19 décembre 1867. Les lignes suivantes,
extraites de l'article nécrologique publié par
Félis, sur cet écrivatii, dans la Revue et Ga-
zette musicale de Paris, serviront tout natu-
rellement de complément à la notice qui lui a
été consacrée dans la Biographie universelle
des Musiciens :
« Une dernière production bien remarquable
de Kastner a pour lilre : Par émiologie musicale
de la langue française, ou, explication des
proverbes, locutions proverbiales , mots figurés
qui tirent leur origine de la musique, accom-
pagnée de recherches sur un grand nombre
d'expressions du même genre empruntées aux
langues étrangères , et suivies de la Saint-
Julien des ménétriers, symphonie-cantate à
grand orchestre, avec solo et chœur (Paris,
Brandus , in-4"). lîappelons ici ce qui a été dit
ailleurs de cet ouvrage singulier : « La concep-
« tion d'un pareil livre est une des originalités
« de l'esprit qui a imaginé et exécuté ceux dont
« il vient d'être parlé. Au simple énoncé du
'( sujet, il est difficile de comprendre qu'il puisse
« être la matière d'un livre, et ce n'est que dans
n l'ouvrage même qu'on en saisit l'étendue. Le
« plan de l'auteur est des plus vastes ; il ne faut
« pas moins que sa grande érudition pour le
« réaliser. Pour en donner un aperç^u, il suffit
« de rappeler quelques-unes des expressions
« proverbiales les plus familières, par excnipie :
<< Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un
« son ; ce qui vient de la flûte s'en retourne
« au tambour ; faire sonner la trompette de
« la renommée ; payer les violons, et cent au-
« très semblables. Dansces dictons, en apparence
« si simples, il y a pour l'espril investigateur de
« Kastner occasion de déployer autant de sagacité
« que de savoir.... »
« Nonobstant l'intérêt qui s'atfaehe à ses
travaux , on ne peut s'empêcher de regretter
qu'ils aient interrompu ceux de I\astner pour
l'achèvement du grand dictionnaire de musique
dont il s'occupa pendant près de vingt aiuiées,
et auquel il donnait le litre à' Encyclopédie
musicale. Esprit véritablement encyclo|)édique,
nul n'était plus capable que lui de remplir ce
vaste cadre de l'art et de la science des sons.
Possédant toutes les connaissances nécessaires
et familiarisé avec les langues anciennes et mo-
dernes, armé d'ailleurs d'une patience infatigable,
il aurait, sans doute, produit un livre bien supé-
rieur à ceux de Schilling et de Bernsdorff. Ayant
amassé d'immenses matériaux pour la réalisatio»
de celle grande entreprise , il y attachait l'im-
portance qu'elle mérite, mais il en ajournait
la terminaison, persuadé sans doute qu'il était
encore éloigné de l'époque où il faut compter
avec la mort . »
KASTNER (Frédéric), fils du précédent,
est auteur d'un écrit intitulé : les Flammes
chantantes (Paris, Dentu, 1875, in- 18), destiné
à rendre compte des expériences faites par lui
sur les llammes chantantes et sur la découverte
du pujncipe de leur interférence par l'emploi de
deux fiammes au lieu d'une, placées dans un
tube de verre ou d'autres matières, ouvert à ses
extrémités. L'application de ce principe, qui avait
amené déjà M. Frédéric Kastner à adresser à
l'Académie des sciences un mémoire intéressant,
l'a conduit à l'invention d'un instrument de mu-
38
KASTNEU — KELLOGG
siqued'un timbre nouveau, se rapprocluint sen-
siblement de celui de la voix humaine. Cet ins-
trument , pour lequel son auteur a pris des
brevets en iMance et à l'él ranger, a reçu de lui
le nom de Pyroplione. C'est la première fois,
dit M. Kasfner, qu'on a sn rendre pratique l'ap-
plication des tlammes chantantes produites par
la combustion du gaz hydrogène pur, à un appa-
reil ayant le caractère et les propriétés d'un ins-
trument musical.
* KAUER (Ferdinand), compositeur, était
né le 18 janvier 1751 à K'Iein-Thaga, et mourut
à Vienne le 13 avril 1831.
* K.VUFFiMANlV (Frédéric), musicien,
acousticien et mécanicien allemand, est mort le
1"" décembre 1866 à Dresde , où il était né le
5 février 1785.
KAUFFiVItXN.^ (Frédéric-Théodore), fils
du précédent, né à Dresde en 1812 , mort en
cette ville au mois de février 1872, fut un facteur
d'instruments distingué, et hérita, sans la laisser
déchoir, de l'excellente renommée que son père
avait acquise par ses nombreux et intéressants
travaux.
KÉLER lîÉLA (Alrert YOIV KÉLER,
connu sous le nom de), chef d'orchestre et
compositeur de musi(iue de danse, est né à
Bartfeid (Hongrie) le 13 février 1820. Adorant la
musique, il jouait du violon dès son enfance, mais
son père l'envoya faire son droit à l'Université.
Cela n'empêclia pas le jeune homme de s'oc-
cuper de peinture et de faire du paysage pen-
dant trois ans, après quoi il étudia sérieusement
la musique. S'étant rendu à Vienne en 1845,
il y étudia- le contrepoint et l'harmonie avec
Schlesinger et Décider, tout en tenant une
partie de violon à l'orchestre d'un des théâtres
de cette ville, puis, en 1854, partit pour Berlin,
où il devint chef d'orchestre de la Sommer'' schen
Kapelle, dirigée précédemment par Joseph
Gung'l, et où il se distingua tout à la fois
comme directeur, violon-.solo et compositeur de
danses, marches, pots-pourris, etc. En 1855,
il retournait à Vienne pour succéder à Auguste
Lanner, qui venait de mourir, en 1856 il de-
venait chef de musique d'un régiment d'infan-
terie, et en 1807 se fixait à Wiesbaden comme
chef d'orchestre du Kursall, conservant cette
position jusqu'en 1873. A partir de ce moment,
le mauvais état de sa santé vint l'obliger au
repos, et depuis lors il vit retiré à Wiesbaden,
ce qui ne l'empêche pas de se livrer encore à
la composition. — Oidre ses nombreux mor-
ceaux de musique de danse, on doit à M. Kéler-
Béia quelques ouvertures, des lieder, et dos
concertos et fantaisies pour le violon. Le nom-
qre de ses œuvres publiées s'élève à 110 envi-
ron.
KELLOGG (Ci.\ra-Louise), cantatrice
américaine renommée, est née à Sumter (Caro-
line du Sud) en 1842. Après avoir montré de
bonne heure de remarquables dispositions mu-
sicales, ses premiers essais furent loin pourtant
de faire présager la brillante carrière qu'elle était
appelée à parcourir. En effet, ses deux pre-
miers débuts à l'Académie de musique de New-
York, en ISGO, furent peu satisfaisants, et ce n'est
que tors d'une troisième tentative, faite l'année
suivante, que l'on put croire que miss Kellogg
deviendrait un jour une artiste. Heureusement,
la jeune femme élait douée d'une rare persévé-
rance, et un riche banquier de New-York,
M. H. G. Slibbins, voidut bien se charger des
dépenses que nécessiterait le complément de
son éducation musicale. Elle ne reparut sur la
scène de l'Académie de musique qu'après quatre
nouvelles années d'un travail acharné, pendant
la saison de 1864-65, et son succès fut alors si
grand dans le rôle de Marguerite de Faust, que
ses compatriotes la proclamèrent aussitôt l'une
des plus grandes cantatrices de son temps.
l'>lle ne fut pas moins accueillie, dans le cours
de deux années, en se montrant dans le Bar-
bier de Séville, Cri.ipivo e la Comare, Lucia
di Lamermoor, la Sonnainbuln et Linda di
Chamouni.
Après s'être fait ainsi connaître dans sa patrie,
miss Kellogg partit pour l'Europe et se rendit
à Londres, fut engagée au théâtre de la reine,
et y débuta, en 1867, d'abord dans Morta, puis
dans le joli rôle de Zerline de Don Giovanni.
Douée d'une voix charmante, claire, pure, éten-
due et flexible, vocalisant avec agilité, avee
cela vive et agréable en scène et fort intelli-
gente comme comédienne, miss Kellogg obtint
aussitôt de très-grands succès et devint l'une
des cantatrices préférées du public anglais.
Elle se fit entendre successivement dans la
Traviata, la Gazza ladra, la Figlia del reggi-
mento, Fra Diavolo, Crispino e la Comare,
et dans tous ces rôles la finesse de srm jeu,
son véritable talent de chanteuse et une origi-
nalité rare lui valurent chaque jour de plus nom-
breux suffrages. Cependant, en 1869, l'entre-
preneur Maretzek, qui formait une troupe
pour l'Amérique, lui proposa un brillant enga-
gement et la décida à le suivre. Miss Kellogg
s'embarqua donc pour les États-Unis, se fit
entendre de nouveau à New-York, puis à Phi-
ladelphie, à San Francisco et dans la plupart
(les villes importantes de la grande république,
et retrouva partout les succès qui l'avaient ac-
KELLOGG — KETTEN
39
cueillie en Angleterre. Elle aborda alors les
rôles tout à fait dramatiques, et ne craignit pas
de se montrer dans Mignon, dans Homéo et
Juliel/e et autres ouvrages semblables. Elle
était encore en Amérique en 1877.
* KELZ (Jean Frédéric), compositeur alle-
mand, est mort à Berlin au mois d'oclobre 18G2.
KEWEDY (Alexandre), luthier anglais
(1700-1786), exerçait sa profession à Londres.
Il était né en Ecosse, et fut le chef d'une fa-
mille dont le nom fut connu dans la lutherie
pendant un siècle et demi. Son neveu, John
Kennedy, né en 1730, mourut en 1816, et le
fils de celui-ci, Thomas Kennedy, fabriqua à
lui seul plus d'instruments que les deux luthiers
qui en construisirent le plus, si l'on en excepte
toutefois le prolifique Georges Crask. Thomas
Kennedy, qui était né en 1784, est mort en 1870.
KI:HCAD0 (M"' LE SÉ\ÉCHAL DE).
Une jeune femme de ce nom lit représenter à
rOpéra-Comique, le 5 juin 1805, un ouvrage
en un acte intitulé la Méprise volontaire, ou
la double Leçon.
KERCHOVE (Joseph), compositeur de
musique religieuse, naquit à Gand (Belgique) le
26 septembre 1804. D'abord élève de son père,
il reçut ensuite des leçons de Jean Gabriels,
maître de chapelle de l'église Saint-Michel, puis
étudia l'harmonie et le contrepoint avec Pierre
"Verheyen. Devenu ténor dans la chapelle de
l'église Saint-Nicolas, de sa ville natale (1821),
puis dans celles de Saint Michel (1827) et de
Saint-J.icques (1831), il fut appelé, le 9 décem-
bre 1839, à remplir les fonctions de maître de
chapelle de Saint-Sauveur, où il succéda à Jean
d'Hollander. Il a écrit plusieurs messes solen-
nelles, dont une entre autres est fort estimée,
tin Miserere, 3 Commandations, beaucoup de
motets, ain.si que des chœurs d'hommes compo-
sés pour divers cercles chantants qu'il dirigeait
à Gaud ou dans les environs.
KERMOYSAiX (Jean), écrivain français,
auteur d'une Histoire de Napoléon, n'est cité
ici que pour un long article sur l'Opéra donné
par lui dans VEncyclopédie moderne publiée
par MM. Firmin-Didot. Cet article a été tiré
5 part sous ce titre : Opéra, par M. Kermoy-
san. Kermoysan est mort le 9 octobre 1877, à
Paris, âgé de soixante-sept ans.
KERST (Léon), musicien et écrivain fran-
çais, est chargé depuis quelques années du
feuilleton musical du journal la Presse. Il y a
publié récemment une série d'articles sur l'ad-
ministration de l'Opéra, dont il a formé ensuite
une brochure sous ce titre : l'Opéra et M. Ha-
lanzier (Paris, 1877, in-8° de 32 pp).
KES (Willem), jeune violoniste et composi-
teur d'avenir, ex-pensionnaire de S. M. le roi
des Pays-Bas, est né à Dordrecht en 18.56. Hls
d'un riche négociant de cette ville, il commença
par apprendre le piano avec un professeur nom-
mé Nollidenft, puis, peu de temps après, aban-
donna cet instrument pour prendre des leçons
de violon de M. Thyssens, et continua ensuite
ses études avec M. Bôhme, qui lui donna aussi
des leçons d'harmonie. En 1871, il se rendit à
Leipzig auprès de Ferdinand David, et y resta
pendant deux années. En 1874, il eut l'honneur
de devenir pensionnaire de S. M. le roi des Pays-
Bas, qui le fit envoyer au Conservatoire de
Bruxelles pour y travailler avec M. Henri Wie-
niawski ; mais, comme peu après M. Wieniawski
tomba en disgrâce complète auprès du roi,
M Kes reçut l'ordre de partir pour Berlin, où
il acheva son éducation musicale sous la direc-
tion de M. Joachim pour le violon et de M. Kiel
pour le contrepoint, au Conservatoire (Hœhs-
chide) de cette ville. Il passa son examen avec
la plus grande distinction et obtint le diplôme
d'honneur [zeiignifs der reifé). Pour obtenir ce
témoignage honorable, il faut savoir déchiffrer
à première vue un morceau pour piano et pour
violon, transposer un choral figuré, réduire une
grande partition d'orchestre au piano, diriger
une ouverture à grand orchestre, et improviser
au piano sur un motif donné.
M. Kes, qui a déjà composé plusieurs petits
ouvrages! fort aimables, a remporté le premier
prix au concours institué par l'Association des
musiciens néerlandais {Toonkunstenaars Ve-
reeniging) pour un concerto de violon solo et
orchestre, œuvre très-honorable. Actuellement
violon-solo (concertmeister) à l'orchestre du
Parc, M. Kes est un jeune artiste sérieux, qui
donne de grandes espérances.
Ed. de h.
* KESSLER (Joseph - Christophe), pia-
niste et compositeur, est mort à "Vienne le 13
janvier 1872. Cet artiste n'était né nia Leitme-
ritz ni à Varsovie, mais à Augsbourg, le 26
août 1800.
KETTEIV (Heuri), pianiste distingué et
compositeur, est né à Baja (Hongrie) le 25 mars
1848. Il a fait son éducation musicale au Con-
servatoire de Paris, où il a été admis, le 23
décembre 1857, dans la classe de piano de
M. Marmontel, et le 27 octobre 1860 dans la
classe de composition d'Halévy. Après avoir
quitté cet établissement en 1863, il y rentra
l'année suivante comme élève de M. Reber, et
prit part sans succès aux concours de Rome
de 1865 et 1866. Déjà il s'était fait entendre.
40
RETTEN
RIEL
souvent en public, et avait obtenu des succès
de virtuose, succès un peu trop escomptés
peut-être par sa famille, qui voulait le faire
passer jiour un pio<lige. Le jeune artiste avait
du talent néanmoins, et pendant plusieurs an-
nées se produisit à l'étranger, où il fut fort
bien accueilli, non-seulement comme exécutant,
mais aussi comme chef d'orchestre. De retour
à Paris, il voulut se faire connaître comme
compositeur, et (it entendre quelques œuvres
qui n'étaient point sans valeur, entre autres
une sonate pour piano et clarinette, une Mar-
che persane pour orchestre, quelques heureuses
mélodies vocales, et divers morceaux de genre
pour le piano. — Un frère de cet artiste, M. Léo-
pold Ketlen, de quelques années plus âgé que
lui, pianiste aussi, s'est fait chanteur par la
suite et s'est consacré à la carrière lyrique;
après s'être, sous ce rapport, produit sans suc-
cès à Paris, il a tenu l'emploi des ténors dans
plusieurs villes de l'étranger.
KETTERER (EuGi:NE), pianiste et compo-
siteur, né à Rouen, en 1831, d'une famille ori-
ginaire d'Alsace, fit ses études musicales au
Conservatoire de Paris, où 11 obtint un second
prix de solfège en 1847. Admis ensuite dans
la classe de piano de M. Marmonlel, il se vil
décerner un premier accessit au concours de
1852, et n'obtint pas d'autre récompense. Il
commença bientôt à se faire entendre dans
les concerts, puis se mit h publier une multi-
tude de morceaux de piano : fantaisies, trans-
criptions, etc., qui obtinrent un grand succès
auprès du public frivole. 11 en inonda littéra-
lement le commerce de musique, si bien qu'en
l'espace de quinze ans environ, le nombre de
ses publications en ce genre se monta à près
de trois-cents. Eugène lietterer est mort à
Paris, pendant le siège de celte ville, le 18
décembre 1870.
* KHAYLL (Aloys), nûlisle bohémien et
compositeur pour son instrument, est mort à
Ober-Dobling, le 28 décembre 1866, à l'âge de
75 ans.
Kl EL (At'GL'STF.), virtuose sur le violon,
chef d'orchestre et compositeur (qu'on ne doit
pas confondre avec l'artiste du même nom
qui est mentionné au T. V. de la Biographie
universelle des Musiciens), naquit à Wiesba-
den le 2G mai 1813. Élève favori de Spobr, il
acquit un talent distingué sur le violon, et plus
tard devint chef d'orchestre. Il remplissait de-
puis longues années ces fonctions à Detmold,
lorsqu'il mourut en cette ville le 28 décembre 187 1 .
RIEL (FiucDiiuic), un des compositeurs les
plus estimés de l'Allemagne contemporaine
pour la musique de chambre et la musique
religieuse, est né à Piiderhach sur la Lalin, le
7 octobre 182(. Après avoir appris le piano
avec son père, il se rendit à Onrlin, où il devint
élève de Schutz pour le violon et de Dehn pour
la composilion. Il se fixa ensuite déliiiiliveinent
en cette ville, où il se livra à l'enseignement et
à la composition, formant un grand nombre
d'élèves distingués, et se faisant connaître par
des œuvres fort importantes, qui le classaient
au premier rang des artistes de son pays. Au
mois de février 1862, M. Frédéric Kiel faisait
exécuter pour la première fois à Berlin, au
profit de la Société Guslave-A<iol|>he, un Re-
quiem pour voix seules, chœur et orchestre
(op. 20), qui obtenait un très-grand succès, et
qui était reproduit le 8 novendire suivant pour
l'anniversaire de la mort de Mendeissohn. Une
autre œuvre non moins considérable, son oratorio
Christus (op. 60), ne fut pas accueillie avec
moins de faveur, et est considérée en Allemagne
comme l'ouvrage le plus remarquable en ce
genre qui ait été produit depuis le Paulus de
ce maître. Parmi les autres compositions de
M. Iviel, qui s'élèvent à soixante-dix environ, je
citerai les suivantes : Stabat mater pour soli,
chœur et orchestre; Te Deuni; plusieurs messes
avec orchestre ; des psaumes et des motets ;
des marches pour orchestre ; quatuor en la
bémol, pour piano et instruments à cordes; 2
trios pour piano, violon et violoncelle, op. 65 ;
trio pour les mômes instruments, op. 24 ; so-
nates pour piano et violon, op. 35; sonate pour
piano et alto, op. 67 ; 3 morceaux pour violon-
celle et piano, op. 12; 3 romances pour piano
et alto, op. 69; 3 pièces pour piano et violon,
op. 70; variations pour piano et violon, op.
37 ; Jlumoresqites, pour piano à quatre
mains, op. 42; Làndler pour piano à quatre
mains, op. 66; 2 ca|irices pour piano, op. 26;
3 gigues pour piano, op. 30; 3 valses pour
I)iano, op. 45 ; Souvenirs de voyage, pour
piano, op. 38 et 41 ; danse russe, pour violon-
celle; 2 cliants de Novalis, pour voix, cliu'ur
et orchestre, op. 63; 3 pièces en formes de
mélodies, pour piano, op. 8; 3 romances pour
piano, op. 5 ; 10 pièces de piano, op. 18; 3 piè-
ces de piano, op. 21; 12 liedcr à une voix,
avec accompagnement de piano, op. 31; 2 mo-
tets, pour voix seule et chœur de femmes, avec
piano, op. 32; 6 lieder, op. Ci; Iteisrbilder,
pièces pour piano et violon ou violoncelle, op.
Il,''en 2 livres. — M. Frédéric Kiel, dont la
renommée est grande en sa |)atrie, est membre
de l'Académie de Berlin. Il a élé prolesseur
au Conservatoire de Stem, de cette ville.
RIEL — KIRSGHNER
4i
Artiste véritable, dans la saine et grande ap-
plication du mot, réunissant les dons dune ins-
piration souple et abondante aux qualités d'un
musicien instruit et rompu à toutes les ditïicultés
pratiques de l'art, M. Kiel est l'un des musiciens
allemands contemporains (beaucoup moins nom-
breux qu'on ne le pense) dont il restera quelque
chose et dont la postérité saura retenir le nom.
Son oratorio Christus et sa messe de Ikquiem,
pour ne citer que ces deux ouvrages, sont des
œuvres mâles, vigoureuses, véritablement re-
marquables, et dans lesquelles la solidité du
fond, la largeur d'une inspiration puissante, s'al-
lient à la beauté de la forme. La fécondité de
M. Kiel, dont les travaux sont nombreux, n'est
pas d'ailleurs une de ces fécondités impuissantes
et stériles comme on n'en rencontre que trop
souvent, en Allemagne tout aussi bien qu'ailleurs;
toutes ses œuvres offrent le cachet d'un art
per.sonnel^ vivement accuentué, et font le plus
grand honneur à celui qui les a signées. M. Kiel
n'est pas moins respectable comme professeur
que comme producteur; son enseignement est
recherché avec une ardeur qu'explique la re-
nommée qu'il s'est légitimement acquise sous
ce rapport, et cette renommée prend sa source
non-seulement dans les bons conseils, l'expé-
rience, la pratique qu'il met au service de ses
élèves, mais encore dans la sollicitude dont il
les entoure, et dans la bonté dont il fait preuve
à l'égard des jeunes artistes qui s'adressent à
lui.
KIEINLEIV (Je,\n-Christophe), compositeur
polonais, né sous le règne d'Auguste 111, ht
ses éludes à Posen, et fut d'abord maître de
chapelle à Presbourg. il remplit ensuite le même
poste auprès du prince Radziwill, puis devint
directeur de musique au théâtre d'Augsbourg,
pour lequel il écrivit im opéra allemand en trois
actes, Claudine de Villabella, qu'il reproduisit
plus tard à Berlin. 11 vint à Paris, sans doute
à l'époque de la Révolution, y séjourna pendant
quelques années, et se rendit à Munich, où il
fut nommé maître de chapelle de la cour de
Bavière. Mais Kienlen semble avoir été d'humeur
assez capricieuse, car on le retrouve un peu
plus tard remplissant les mêmes fonctions à
Baden, près Vienne. En 1816, il donne à Léo-
polsladt un opéra intitulé d,ie Keiserose, et en
1818 il écrit à Berlin la musique d'une tragédie,
Germanicus. Kienlen a fait graver à Posen,
chez Simon, une symphonie à grand orchestre,
et une polonaise pour piano, à quatre mains;
à Berlin, chez Traulwein, deux sonates pour
pianoseul; à Paris, chez Naderman, l'air d'/li-
ceste, varié pour piano, et chez Hentz-Jouve,
plusieurs chansons allemandes avec accompagne-
ment (le piano, séparées et en recueils.
KIENZL (Ch\ules), né à Graetz, en Slyrie,.
passa la plus grande partie de sa vie active,
comme umsicien dans la ville de Guebwiller
(Maut-Rliin), où il arriva jeune encore. Compo-.
siteur modeste, vivant du produit de ses leçons,
il organisa dans sa ville adoplive une société
philharmonique dont il dirigea l'orchestre et
les chœurs. C'est là qu'il lit entendre, de 1835
à 1845, la Création et les Saisons de J.
Haydn, des messes de Mozart, et des sympho-
nies de Haydn et de Beethoven. Beaucoup des
compositions de Kienzl, consistant en messes,
motets, chœurs, etc., ont été publiées en Alsace,
mais n ont guère franchi la limite de cette pro-
vince. Cet artiste méritant et distingué, qui a
donné à l'auteur de cette notice, encore enfant,
ses premières leçons de musique, est mort en
1874 à Guebwiller. La bibliothèque du Conser-
vatoire de Paris possède de lui une Méthode
d''hurmonie (texte allemand), qui forme un
volume petit in-8° de 160 pages, et quelques
œuvres de musique religieuse.
J.-B. 'W.
* KINDSCHER (Henri-Charles-Louis),
compositeur, professeur et écrivain sur la
musique, est mort à Wœrlitz, au mois de fé-
vrier 1875.
KINTERLAND ( ), compositeur et
chef d'orchestre, dont le nom indique une ori-
gine germanique, a fait représenter sur un
théiitre de Gênes, en 1862, un opéra intitulé
BalHta. Cet artiste a rempli les fonctions de
chef d'orchestre dans plusieurs théâtres italiens
importants, entre autres au théâtre San Carlos
de Lisbonne et au théâtre royal de Malte.
KIPPER (Hermann), compositeur, né à
Coblenfz le 27 août 1826, a fait ses études
musicales à Cologne, sous la direction de H.
Dorn, et est depuis longtemps établi en cette
ville comme professeur, après avoir passé plu-
sieurs années à Paris. C'est à Paris, où il était
directeur d'une société chorale allemande, Lie-
derkranz, que cet artiste a composé, pour les
réunions annuelles de cette société, deux opé-
rettes en un acte dont voici les titres : le Prince
malgré lui (26 janvier 1867), et Fidelia (25
janvier 1868). En Allemagne, il a écrit de nom-
breux chœurs pour voix d'hommes, et a fait re-
présenter quelques opérettes, parmi lesquelles
celle intitulée les Esquimaux, dont on lui doit
les paroles et la musique.
KIRSGHNER (Théodore) , pianiste, orga-
niste et compositeur, né à Neukirchen, près
Chemnilz, en 1824, fit de bonnes études au
42
KIUSCHNER — KLOSÉ
Conservatoire de Leipzig, puis accepta les fonc-
tions d'organiste à Wintertiiur, après quoi il
devint directeur de musique à Zurich, tout en
se livrant dans cette ville à l'enseignement de
l'orgue et du piano. Il se vit chargé, en 1875,
de la direction de l'école royale de musique de
Wurzbourg, mais ne conserva pas longtemps
cette situation, et alla peu de temps après s'é-
tablir à Leipzig. Cet artiste s'est fait connaître,
comme compositeur, par des tiède?', des qua-
tuors pour instruments à cordes, et des mor-
ceaux de piano de divers genres, parmi les-
quels on peut surtout citer ses derniers re-
cueils : 10 Pièces caractéristiques pour piano,
op. 25; album pour piano, op. 26 ; caprices, id.,
op. 27; nocturnes, op. 28; esquisses, op. 29;
études et pièces, op. 30 ; Im zwielieht, lieder
et danses, op. 31 ; 10 pièces, op. 32.
KIRSCHA'ER (Fritz), pianiste et compo-
siteur allemand contemporain, sans doute parent
du précédent, a publié, dans le cours de ces
dernières années, une cinquantaine de morceaux
de genre pour le piano.
* KIST (I^e docteur Fi.op.ent-Corneille),
est mort à Utrecht, le 23 mars 1863.
* lîlTTL (JiîAN-pRKnÉnic), compositeur,
ancien directeur du Conservatoire de Prague,
est mort à Lissa (province de I^sen), le 20
juillet 1868. Cet artiste a écrit la musique dun
opéra intitulé les Français devnjit Nice, dont
on assure que M. Richard Wagner avait écrit le
poème ; cet ouvrage fut reiirésenté à Prague
vers 1848, et fut joué de nouveau en 1868.
KLEFFEL (Arno), musicien allemand,
s'est fait connaître par la publication d'un assez
grand nombre de recueils de lieder avec accom-
pagnement de piano, parmi lesquels je citerai
les suivants : 7 lieder, op. 7; 5 mélodies, op.
10; 6 chn-urs, op. 11; 12 lieder, en deux livres,
op. 12 ; 6 lieder à quatre voix, op. 13 ; 6 lieder,
op. 14 ; 6 lieder, op. 23.
* KI^EIN (Joseph), pianiste et compositeur
allemanrl, est mort à Cologne le 10 février
1862.
* I»LEIIV(Cuarli:s-Auguste, baron DE), est
mort le 13 février 1870, à sa villa d'Assmanns-
hausen.
lîLEIXMICIIEL (Rrr.HARu), pianiste alle-
mand contemporain et compositeur pour son
instrument, s'est fait une grande réputation de
virtuose à Hambourg, où il réside. Il a publié
un certain nond)re de morceaux de genre pour
piano, que l'on dit pleins de grâce, de délica-
tes.<;e et d'élégance. On cite surtout un recueil
de poésies musicales à quatre mains intitulé
Zur VVinterzeit {En hiver), les Aquarelles,
Bal d'enfants (six petites danses caractéristi-
ques), etc.
* KLEMM (Frédéric), dilettante et compo-
siteur autrichien,' est mort à Meidling, près
Vienne, le 13 septembre 1854.
* KLEIVGEL (Auguste-Alexandre), orga-
niste à Dresde, mort en cette ville le 22 novem-
bre 1852, y était né le 29 janvier 1784.
KLERR ( ), chef d'orchestre et compo-
siteur allemand contemporain, a écrit la musi-
que de plusieurs opérettes parmi lesquelles je
signalerai les suivantes : les Fleurs animées,
Vienne, tliéàtre ^?i rfer Wieii, décembre 1866;
le petit Josi, id., id., mars 1867; la belle
Meunière, Berlin, théâtre Friedrich-Wilhelm-
stadt, mars 1867. M. Klerr a rempli les fonc-
tions de chef d'orchestre au théâtre de l'Har-
monie, à Vienne, et a même été pendant un
instant (1867), directeur de ce théâtre.
KLOP ( ), musicien belge, naquit à
Gand dans la première moitié du dix-huitième
siècle, et remplissait, en 1781, les fonctions de
maître de chapelle de l'église Notre-Dame
(Saint-Pierre) de sa ville natale. Il a laissé des
chants d'église estimés, et un Requiem en plain-
cliant qu'on exécute souvent encore en Flandre,
dans des funérailles solennelles.
* KLOSE (Hiacynthe-Éléonore). Cet ar-
tiste a pris, il y a quelques années, sa retraite
de professeur de clarinette au Conservatoire.
Il a publié (Paris, Leduc) trois Méthodes de
saxophone aigu et soprano, de saxophone alto
et ténor, et de saxophone baryton et basse, et
a fait paraître, chez le même éditeur, un cer-
tain nombre de morceaux pour fanfares et
musiques militaires : Retraite aux Flam-
beaux, Marche funèbre, Andante religioso,
V Étape, pas redoublé, Dardanus, id., Baden-
burg, id., Augusta, m^rch^, V Artilleur , galop,
le Bandit, id., etc., etc. M. Klosé a encore
publié : 1" 6 petites Fantaisies pour clarinette,
avec accompagnement de piano (Paris, Leduc) ;
2" le Décaméron des jeitnes clarinettistes,
20 [tetites fantaisies brillantes (id., id.) ; 3° le
Progrès, 16 petites fantaisies brillantes (id.,
id.); 4° environ dix duos pour clarinette et
piano, en société avec Leduc (id., id,) ; 5° mélo-
dies populaires, choix de 40 petits airs, id.,
Gérard ; 6" Grande méthode pour la clarinette
à anneaux mobiles, contenant la théorie et
les tablaluies de cet instrument, des gammes
dans tous les tons, des exercices de mécanisme
eld'articuliition, des duos, 15 grands morceaux,
des préludes et 12 études, id., id.: 7° 18 Étu-
des mélodiques, tirées des 46 Études de violon
de Charles Dancla; 8° enfin, un certain nombre
KLOSE
RŒCHEL
/i3
de fantaisies et airs variés, avec accompagne-
ment de piano. M. Kiosé avait été professeur de
clarinette an Gymnase musical militaire, et ciirf
de musique de la 10" légion de la garde na-
tionale.
lîLUGHARDT (AucrsTs), compositeur
allemand, directeur de musique à Weimar, né
à C(Pthen le 30 novembre 1847, est l'auteur
d'un opéra intitulé Mirjam, qui a été repré-
senté sur le théâtre de Riaa au mois d'avril
187.3. En 1871, il avait fail exécuter à léna
une symphonie en mi bémol. On connaît de
lui plusieurs autres compositions, entre autres
un nonolto pour violons, alto, violoncelle, con-
trebasse, (Iftte, hautbois, clarinette et basson.
KMGGE (Le baron DE). - Voyez PO-
LAlî DAMELS.
K!\ YVETT (Deborah TIÎAVIS, épouse),
fut l'une des cantatrices les plus renommées
de l'Angleterre pour les festivals et les ora-
torios, et partagea en ce genre les succès de
son mari, William Knyvett (V. Biographie
universelle des Musiciens, t. V.). Elle est
morte à Heyside, près Oldham, le 10 janvier
1876, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Son
mari était mort sans doute depuis longtemps
à cette époque, étant né en 1778.
KOCH (Bernard), violoniste et composi-
teur, fils d'un bijoutier d'Amsterdam, naquit
en cette ville en 1791. Il reçut d'abord des
leçons d'un de ses compatriotes, puis, lors du
séjour en Hollande de Guillaume Navoigille,
se perfectionna avec lui dans l'étude de sou
instrument. On dit même que Navoigille, qui
l'avait pris en affection, aida de sa bourse son
élève, qui était orphelin, après l'avoir fait entrer
comme surnuméraire à la chapelle du roi Louis
Bonaparte. Après avoir terminé son éducation,
Koch se livra à l'enseignement, devint direc-
teur d'une société musicale, et plus tard chef
d'orchestre de l'opéra allemand et italien d'Ams-
terdam. C'est lui qui, en 1827, dirigea les con-
certs donnés en cette ville par la fameuse can-
tatrice M""' Sontag.
Koch s'est fait connaître, comme composi-
teur, par plusieurs ouvrages dramatiques, et
par un grand nombre de produclions de divers
genres : 1° La mère Ganz et l'Œuf (Vor,
opéra représenté à Amsterdam ; — 2° Der HoL-
zerne Snbel, opérette en un acte, représentée à
La Haye en 1830; — ^"Das gcstole Làmmchen,
opérette; — 4" Pvmpernihel, opéra en 3 actes
(non représenté) ; — 5° Jane Grey, récit his-
torique ; — 6° Benjamin, récit biblique, Amster-
dam-, —7° De Verlatene, cantate, Amster-
dam-, — 8° Elégie sur la mort de Mendelssohn ;
— 9° Moederliefde, cantate couronnée par la
Société musicale des Pays- fias; — 10" Qua-
tuor pour instruments à cordes (Mayence,
Scholt); — tr Deux recueils de romances à
2 voix; — 12» Variations pour clarinette sur
linbin-des-Bois (Paris, Schlesinger); — 13° Pot-
pourri pour piano et violon sur il Crociato
(id.,id.); — 14° Variations pour violon; —
15° enfin, des romances, lieder, méloilies voca-
les, etc., publiés à Amsterdam. Koch, qui a
pris une part de collaboration au journal inti-
tulé Amphion, est mort à Amsterdam le 30
juillet 1858.
lîOCHER (C ), théoricien allemand,
a publié vers 18G0 l'ouvrage suivant : Harmo-
nik. Die Kunsi des Tonsatzes ans den grun-
debmenten théoretisch eniwickelt vnd prak-
tisch dargestellt {Harmonie. La science de
la combinaison des sons développée théori-
quement et exposée pratiquement), Stuttgart,
in-4" de 210 pages, avec de nombreux exem-
ples.
KOCIPl^^SKI (Antoine), pianisle et com-
positeur polonais du dix-neuvième siècle, s'é-
tablit comme éditeur de musique à Kamienieç-
Podolski. Il est l'auteur de plusieurs composi-
tions remarquables pour le piano, entre autres :
X" Deux Polonaises, op. 5; 2° Invitation à
la danse; 3° Quatre mazurkas, op. 8;
4» Polonaise et Trois mazurkas, op. 12.
KOECHEL (Le docteur Ludwig VON),
l'un des musicographes les plus fameux de
l'Allemagne, naquit à Stein sur le Danube
(Basse-Autriche) le 14 janvier 1800, et mourut
à Vienne le 3 juin 1877. Après avoir été pré-
cepteur des fils de l'arcbiiluc Charles, il con-
sacra toute son existence, à partir de l'année
1842, à des études scienliliques et surtout à
des travaux d'érudition qui avaient la musique
pour objet. On lui doit sur cet art de nombreux
écrits soit critiques soit biographiques; mais
son chef-d'œuvre est le grand catalogue thé-
matique et chronologique des oeuvres de Mozart
{Chronologisch - thematisches Verzeichniss
sàmmtlicher Tomcerke Wol/gang Amadeiis
Mozart's), ouvrage vraiment admirable, qui
fut publié en 1862 (Leipzig, BreitKopf et Hser-
tel), et qui donne l'exemple le plus éclatant
du parli qu'un esprit sagace et ingénieux peut
tirer du sujet le plus sec et le plus aride en
apparence. Le chevalier de Kœchel, qui avait
consacré vingt années de sa vie à ce travail
monumental, a été le promoteur de la belle
édition définitive des œuvres de Mozart publiée
par la maison Breifkopf et Hajrtel, et il y a
contribué, non-seulement de ses lumières et
44
KQKGHEL — ROLAR
de son travail, mais encore d'une notable
partie de sa fortune.
* KOEIILER (Loiis). Le nombre des œuvres
pour le piano publiées parce compositeur s'élève
aujourd'hui à environ 300; ces œuvres com-
prennent des études, des exercices, des sonates,
et quelques fantaisies soit originales, soit écrites
sur des mélodies célèbres. Le second volume
de sa Méthode instructive et systématique de pia-
no (Sijsiematische Lehrmethode fur Klaviers-
pielund Musik) a paru en 1858. M. Kœliler
a fondé à Kœnigsberg une école pour l'enseigne-
ment du piano et de la théorie de l'art, école
dans laquelle se sont formés un grand nombre
de très-bons professeurs des deux sexes. Cet
artiste s'est fait connaître aussi comme écrivain
musical : il a pris une part active à la rédaction
de plusieurs feuilles spéciales importantes,
entre auties la Nouvelle Gazette musicale
de Berlin et les Signale, de Leipzig, et il a
publié divers ouvrages estimés sur l'enseigne-
ment.
KOELLIIVG (Charles)j pianiste et composi-
teur, né sans doute en Allemagne, ne m'est
connu que par les litres de quelques-unes de
ses publications. Cet arliste n'a guère livré
au public moins de deux cents pelites compo-
sitions de genre pour le piano, qui paraissent
avoir été accueillies avec faveur par les ama-
teurs de cette sorte de musique.
KOEMPEL (Auguste), violoniste allemand
fort remarquable, né à iiriickenau le 15 aoilt
1831, fut à Cassel l'un des meilleurs élèves de
Spolir, et travailla aussi à Leipzig avec Ferdi-
nand David et à Hanovre avec M. Joacbim.
Il s'est fait de bonne heure une réputation
dans sa |)atrie, et occupait le poste de violon-
solo du roi de Hanovre lorsqu'il vint se produire
en France pour la première fois. Le 4 mars
1860, dans une des séances de la Société des
jeunes artistes, dirigée par M. Pasdeloup, M.
Kci'nipel se faisait entendre dans le 8' concerto
de son maître Spohr, qu'il exécutait d'une
façon magistrale, avec de rares qualités de
mécanisme, une justesse retnanjuable et un
style très-pur; on lui aurait seulement désiré
un son plus velouté et plus distingué. Son succès
néanmoins fut très-grand et très-légitime. M.
Koempel revint à i^aris en 1867, et se tit en-
tendre à l'Athénée, dans le môme concerto ;
l'accueil qui lui fut fait cette seconde fois ne
fut pas moins brillant. Depuis lors, la renoinmce
de l'artiste a grandi dans son pays, et il est
aujourd'hui considéré comme l'un des virtuoses
les plus accomplis de l'Allemagne contempo-
raine. Fixé depuis 1863 à Weimar, où il remplit
les fonctions de maître de chapelle, il y donne
chaque année, en compagnie de MM. Edouard
Lassen et Walbrul, des séances de musique de
chambre qui obtiennent le plus grand succès.
KOETTLITZ (Adolkhk), violoniste remar-
quable et compositeur distingué, naquit à Trêves
le 27 septembre 1820. Il se produisit de très-
bonne heure comme virtuose, se lit entendre
avec succès à Cologne dès l'âge de 16 ans,
après avoir reçu des applaudissements dans
plusieurs villes moins importantes, et passa
ensuite trois années à Paris, avec Liszt. A la
suite de ce séjour en France, il se rendit à
Rreslau, puis à Kœnigsberg, en qualité de con-
certmeister . En 1856 il partit pour la Russie
et s'établit à Uralsk, où il était chargé de la
direction d'une école de musique; il y mourut
par accident, le 26 octobre 1860, dans une
partie de chasse. Comme compositeur, on doit
à Kœttlitz des concertos de violon, des lieder
pour la voix, et plusieurs quatuors pour ins-
truments à cordes qui lui ont valu une certaine
réputation. — La seconde femme de cet artiste,
M"" Clotilde Kœitlitz, née Ellendt, est
établie comme professeur de chant à Kœnigs-
berg, où son enseignement est très-recherché
et sa renommée très-solide. Elle est née le 22
septembre 1822.
KOEUPPERS (Jean), habile luthier fla-
mand du dix-huitième siècle, exerça son art
à La Haye de 1755 à 1780. Il passe pour le plus
remarquable artiste en ce genre qu'ait produit
son pays.
* KOHAULT ou KOHAUÏ (Joseph).
Cet artiste obtint de grands succès en jouant
au Concert spirituel (1763), avec le violoncel-
liste Duport, des duos pour luth et violoncelle.
Dans le cours de celte même année, il fit
exécuter aussi au Concert spirituel im Salve
regina à grand chœur, dont les récits étaient
chantés par M'" Fel avec accompagnement de
violoncelle obligé par Duport. Cette composition
fut très-favorablement accueillie.
lîOLAU (M""^^ AUSP1TZ-), pianiste fort
distinguée, née à Prague vers 18i5, est fille
d'un savant IJohémien, M. Kolar, qui a traduit
Shakespeare en langue bohème. Elle a fait son
éducalion musicale dans sa ville natale, et se
|)roduisit d'abord, en 18C0, à Vienne, où son
mécanisme parfait, la délicatesse de soa jeu,
ses grandes qualités d'expression et de senti-
ment lui valurent un succès légitime. Elle
épousa peu de temps après un médecin, M. le
docteur Auspilz, et se fit entendre en 1869 à
Londres, dans les séances de Wnion musi-
cale, dirigée par M. John Ella, où elle fut
ROLAR — RORSOFF
45
accueillie avec la plus grande faveur. J'ignore
ce qu'elle estti'venue depuis lors.
KOLBE (Oscar), pianiste, compositeur et
professeur, né à Berlin le 10 août 1836, est
mort en cettte ville au mois de janvier 1878.
Fils d'un graveur et devenu orphelin dès l'âge
de neuf ans, il fut placé à l'orphelinat royal d'O-
ranienburg, où il commença l'étude du piano
et du violon, et de là fut admis, en 1849, au
Gymnase de Berlin. En 1852 il entra à l'Inslitut
royal de cette ville, où, sous la direction de
MM. Lœschorn, A. W. Bach et E. Grell, il se
perfectionna dans l'étude du piano et apprit
l'orgue, le chant, l'harmonie et la composition.
Enfin, après être devenu pendant deux ans élève
de l'Académie royale, il se livra à l'enseigne-
ment du piano et du chant en cultivant la com-
position, et de 1859 jusqu'à 1875 fut attaché au
Conservatoire-Stern à Berlin, comme profes-
seur de la classe de piano d'ensemble.
Kolbe a publié un Manuel de l'enseignement
général de la basse {General basslehre), Leip-
zig, 1872, et un Manuel de renseignement de
Vharmonie {Harmonielehre), Leipzig, 1873.
On lui doit aussi toute une série de compositions
pour le piano et pour le chant, des lieder, des
arrangements mélodramatiques (Melodrama-
tische Bearbeitungen), et un oratorio intitulé
Johannes der Tàufer {Saint- Jean- Baptiste),
qui fut exécuté à Berlin en 1872. Ce dernier
ouvrage lui valut le titre de directeur de mu-
sique.
KOMAN (Henri), pianiste et compositeur,
est né en 1828 à Varsovie. Son père avait été
chef de musique dans l'ancienne armée polo-
naise, et sa mère était Italienne. Après avoir
fait ses premières études musicales avec son
père, qui lui enseigna le piano et l'orgue, il se
fortifia en se mettant sous la direction d'Elsner,
directeur du Conservatoire de Varsovie. Il se
fit entendre ensuite dans les concerts, et acquit
une certaine réputation de virtuose et de com-
positeur. Aujourd'hui, il est professeur de la
classe supérieure de piano au Conservatoire.
M. Koman a publié pour cet instrument un
certain nombre de compositions, parmi lesquelles
on remarque : 2 sonates (en 7ni bémol mineur
et en fa mineur), 4 Nocturnes, une Polonaise,
un Impromptu, une Valse de concert, 5 Ma-
zurkas, une BarcaroUe, un Andante, une In-
troduction et Étude, etc., etc.
KOMEXDA (Antoine), professeur et com-
positeur allemand, naquit le 18 janvier 1795 à
Raps, dans la Basse-Autriche. Destiné (lar sa
famille à l'état ecclésiastique, il perdit un oeil
étant encore enfant, et la fatigue de celui qui
lui restait ne lui permit pas de terminer les
études de littérature et de théologie qu'il avait
commencées. Il se lourna alors vers la musique,
et étudia simultanément, sous la direction d'uQ
prêtre, le violon, le diant, le piano el l'orgue.
iNommé en 1811 professeur à l'école de musique
de Closterneubourg, il devint ensuite maître
de chapelle du chapitre et de la ville. En 1847
il se vit obligé, par suite du faible état de sa
santé, de prendre sa retraite de ces deux em-
plois et d'abandonner l'enseignement pour ne
plus s'occuper que de composition. M. Komenda
a écrit plus de soixante œuvres, parmi lesquelles
on remarque plusieurs symphonies et quelques
concertos ; mais il a su faire briller surtout son
talent dans la musique religieuse, et l'on assure
que ses compositions en ce genre se distin-
guent par le caractère élevé, noble et sévère
qu'il a su leur iipprimer.
KOiMOROWSKI (Ignace), compositeur
polonais, né dans la première moitié de ce siècle,
s'est fait connaître par un certain nombre de
compositions vocales distinguées, qu'il chante
lui-même avec talent en s'accompagnant avec
habileté, et qui ont été publiées pour la plupart
chez les éditeurs Spies et C" et J. Klukowski
à Varsovie, ainsi que chez Friediein. Les mélo-
dies de M. Komorowski sont empreintes, dit-
on, d'un parfum national qui les fait particuliè-
rement bien accueillir par tous les Polonais.
On cite surtout de lui un chant pour voix
seule, intitulé Kalina, et un Chant de Marie,
pour .solo et chœur.
* ItOi\II\G (David), pianiste, compositeur
et professeur néerlandais, est mort à Amsterdam
le 6 novembre 1876. Il était né à Rolterdain le
19 m;irs 1820.
* KOIVTSKI (Charles DE), est mort à
Paris, le 27 août 1867. Cet artiste avait fait, pen-
dant plusieurs années, partie de l'orchestre de
rOpéra-Comique en qualité de premier violon.
KOPFFER ( ), musicien allemand,
est l'auleur de Frifjhof, op ra qui a été repré-
senté sur l'un des théâtres de Berlin le 11 avril
1871.
KOPKOSCHI\Y ( ). Un compositeur
de ce nom a écrit la musique d'un opéra- co-
mique intitulé Saint- .Mcolas, qui a été repré-
senté avec succès sur la scène du théâtre na-
tional de Prague, au mois de décembre 1870.
' KORSOFF ( ), un des chanteurs russes
les plus estimés de l'époque actuelle, a com-
mencé sa carrière artistique en Italie, où il fut
l'élève lie M. Corsi. Doué d'une belle voix de
baryton, qu'il conduit avec goût et avec style,
il retourna en Russie après plusieurs années
46
KORSOFF — RRAKAMP
passées en Italie, se consacra à l'iiiteipietalioii
de l'opéra national russe, et devint l'un des
artistes les plus aimés du théâtre Marie, deSaint-
Pélersbours?, où son succès tut grand surtout
dans un ouvrage du compositeur Sérotf, Ju-
di/lt, et dans les traductions de Guillaume
J'ell et de Faust, où il remplit les rôles de
Guillaume et de Valentin. Chaque année, M.
Korsoff donne une série de concerls dans les-
quels il se plaît à faire connaître au public
moscovite les meilleures compositions des mu-
siciens étrangers, et paiticulièrement les œuvres
des artistes français contemjjorains, MM. Gou-
nod, Rojer, Massenet, etc., pour lesquels, dit-
on, il éprouve une vive sympathie.
KOSCHAT (TiioMA*), compositeur alle-
mand contemporain, a publié, parliculièrement
chez l'éditeur Leuckart, à Leipzig, environ vingt-
cinq œuvres de chœurs qui paraissent avoir été
tnen accueillis par le public. Les composilions
diverses de cet artiste atteignent le chiffre de
plus de deux-cents.
KOSMOWSKI ( ), habile facteur
d'orgues, vivait à Varsovie au dix-huitième
siècle, et était qualifié du titre de facteur d'or-
gues du roi de Pologne. 11 fut chargé, en 1721,
de construire l'orgue de la chapelle de Sainte-
Marie de Czenstochowa, instrument qui lui fut
payé 4,000 florins de Pologne.
KOWALSKI (Henri), pianiste et composi-
teur, né à Paris en 1841, n'a fait que passer au
Conservatoire, où il a été un instant l'élève de
M. Marmontel pour le piano, et de M. Reber
pour l'harmonie. Il s'est fait connaître d'a-
bord comme virtuose en se faisant entendre
fréquemment dans les concerts, et a publié en-
suite un certain nombre de compositions légères
pour le piano. Après un voyage artistique, en
Angleterre, en Allemagne et en Amérique, il
a livré aussi au public l'écrit suivant : A ira-
vers l'Amérique, impressions d un musicien
(Paris, Lachaud, 1872, in-8"), absolument insi-
gnifiant et dénué d'intérêt. Quelques années
après, le 24 décembre 1877, cet artiste faisait
représenter au Thcàlre-Lyrique un grand opéra
en 4 actes, Gilles de Bretagne, dont l'insuccès
fut éclatant et qui ne put être joué plus de
trois fois. Parmi les morceaux de piano publiés
par M. Kowalski, il faut signaler une Marche
hongroise, qui a obtenu une sorte de vogue.
Je signalerai aussi : 12 Caprices en forme dé-'
ludes, op. 10 ; Dansedes Dryades ; Sur l'Adria-
tique, barcarolle, op. 9 ; Polonaise, op. 10 ;
Bans les bois, op. 12; 3 Mazurkas caractéris-
tiques ; Galop de bravoure; etc.
HOZOLT ( ), professeur de musique
au séminaire de Posen vers 1838, s'est fait
connaître comme compositeur en mettant en
musique Six Chants religieux de Wroblewski
et en écrivant un certain nombre de mélodies
vocales, que l'on dit conçues dans un très-bon
style.
HR^AIER (Tralgott), violoniste et com-
positeur, né à Cobourg le 19 novembre 1818,
a coiiimencé de bonne heure l'élude de la
musique, et a terminé son éducation artistique
au Conservatoire de Prague, doiit il a été l'élève
pendant trois années, de 1834 à 1837. H revint
ensuite dans sa ville natale, on au bout de peu
(le temps il fut nommé concerlmeisler (1854)
lie la chapelle du duc de Saxe-Cobourg et Go-
tha, On doit à cet artiste estimable d'assez
nombreuses composilions, parmi lesquelles je
(itérai une symphonie, une ouverture de con-
cert, plusieurs quatuors pour instruments à
cordes, diverses cantates, et enfin des chants
et des lieder avec accompagnement de piano.
KRAHL (K -F ), professeur de mu-
sique à Varsovie, s'est fait connaître comme
compositeur, il y a une trentaine d'années, par
la publication à Berlin, chez l'éditeur Simon,
des morceaux de piano suivants : 1° Huit varia-
tions {Johbi)i Liedertich); 2" neuf variations
sur une mazurke favorite; 3° variations sur
Schdne Minka.
* KRAKAMP (Emannuel), flûtiste et com-
positeur, est né, non en Allemagne vers 1815,
comme il a été dit par erreur, mais à Palerme,
le 3 février 1813. Fils d'un chef de musique
militaire, il commença avec son père l'étude de
la flûte, et devint rapidement un virtuose dis-
tingué. M. Krakamp a beaucoup voyagé, et,
après s'être fait entendre à Messine, à Catane,
a Malte, il partit pour l'Amérique, se produisit
comme virtuose dans toutes les grandes villes
des États-Unis, du Canada, des Antilles et
du Mexique, puis revint en Europe et se trouvait
à Naples en 1837. Devenu chef de musique du
92" régiment écossais à Corfou, il revenait à
Naples en 1841, était nommé l'année suivante
sous-inspecteur des classes externes du Conser-
vatoire de San-Pielro a Majella et première llùte
de la nmsique du comte de Syracuse, et se
voyait contraint démigrcr, en 1848, pour avoir
pris part aux événements politiques du 15 mai.
S'élant relugié à Rome, il devenait chef de mu-
sique de la première légion romaine avec le
grade de sous-lieutenant, et prenait part à
tous les combats soutenus par elle. Après la
chute de la République, il reprenait sa vie no-
made de virtuose, et se faisait entendre dans
presque toutes les grandes capitales de l'Europe,
KRAKAMP — RRAUSS
47
puis à Alexandrie, au Caire, à Malte et à Tunis.
De retour dans sa patrie en 1860, M. Krakamp
était iiouimé professeur des classes d'instruments
à vent en bois au Conservatoire, position qu'il
écliangea en 1874 contre celle de professeur de
solfège parlé. Il est en mérne temps, depuis
1867, professeur de llùte à VAlbergodé'po-
veri.
M. Krakamp n'a pas écrit moins de 555
œuvres pour la llûte, toutes publiées, parmi
lesquelles on remarque 30 Éludes caractéris-
tiques, 12 Éludes-Caprices, une Grande Mé-
thode, 2 Albums, etc. Il a publié en outre des
Méthodes pour la clarinette, pour le hautbois
et pour le basson, qui ont été approuvées par
tour> les Conservatoires d'Italie.
KRA]\1ER(II ), luthier allemand, était
établi à Vienne au commencement du dix-liui-
lième siècle. On trouve, dans la collection de la
Gesellschaft der Mustkfreunde de celle ville,
une viola di bordone signée du nom de cet
artiste et datée de 1717.
KRASCROPOLSKV ( }, musicien
russe ou polonais contemporain, est l'auteur
d'un opéra intitulé Lesta, qui a été représenté
en Russie il y a quelques années.
KUAUS (Alessandro), pianiste et écrivain
musical, est né à Florence le 12 octobre 1853,
d'un père d'origine et de naissance allemandes,
établi en cette ville depuis longues années.
Élève de son père (1), qui l'accompagna
en France et en Allemagne dans un voyage
entrepris pour lui faire compléter son éducation
musicale, il s'est livré à l'enseignement du
piano, tout en s'occupant avec ardeur de tra-
vaux historiques sur l'art. Sous ce rapport, M.
Kraus n'a encore publié jusqu'ici qu'un opus-
cule ainsi intitulé : le Quattro Scale diatoni-
che délia moderna Tonaliià (s. I. n. d. [Flo-
rence, 1874], in-8°de 7 pp.), écrit dont il a été
fait, à Florence même, une édition française
sous ce titre : les Quatre Gammes diatoniques
de la tonalité moderne, proposition d'Alexan-
dre Kraus fils; mais on assure qu'il travaille
activement à une Histoire des divers instru-
ments de musique, et les journaux italiens
ont annoncé en 1877 la prochaine publication
de deux écrits de ce jeune artiste : Storia de''
musicisti fiorentini, et Storia delV Istituto
musicale di firehze e délia sua bihlioteca ;
jusqu'ici pourtant ces deux ouvrages n'ont pas
paru. On doit à M. Kraus le recueil suivant :
Eserctzi elementari per sciogliere le dita ai
pianisti (Florence, 1873).
(1) M. Alissandro Kraus père e$t né h Franefort-6ur-
le-Mein k' 6 août 1820.
KRAUSE (Antoine), pianiste et compositeur
allomaïul, né à Geithain le 9 novembre 1834,
a fait ses études musicales au Conservatoire de
Leipzig. Devenu en 1859 directeur de musique
dans une ville secondaire, à Barmen, je crois,
il s'y est livré avec ardeur à l'enseignement en
même temps qu'à la composition. La plupart
des œuvres de M. Antoine Krause ont été pu-
bliées par la maison IJrdlkopf et Hsertel, de
Leipzig ; on y remarque, entre autres : 3 Sonates
pour piano, op. 1; Étude du trille sur le piano,
op. 2; Sonate pour le piano à 4 main.s, op. 3;
10 Éludes pour le piano, adoptées par le Conser-
vatoire de Leipzig, op. 5; Sérénade pour le
piano à 4 mains, op. 6; 2 Sonates pour le piano,
op. 10; 3 lieder avec accompagnement de
piano, op. 11 ; 3 Sonates pour le piano, op. 12 ;
Prélude, Menuet et Toccata pour le piano, op.
13 ; 3 lieder pour ténor ou soprano, avec piano,
op. 14; 10 Études pour le piano, en 2 livres,
op. 15 ; Kyrie pour voix seule, chœur et or-
chestre, op. 16; Sanctus et Benedictus pour
voix seule, chœur et orchestre, op. 16; Sonate
pour deux pianos, op. 17 ; 2 Sonates pour piano
à 4 mains, op. 18; 2 Sonates pour piano, op.
19; 2 Sonates pour piano à quatre mains, op.
20; 2 Sonates pour piano, op. 21; 2 Sonates
pour piano à quatre mains, op. 22 ; 3 Sonates
pour piano et violon, op. 23; 2 Sonates pour
piano, op. 24 ; 2 Sonates pour piano, op. 26.
KRAUSE (G ), maître de chapelle à
Sarrebruck, a fait représenter en cette ville, le
15 avril 1866, un opéra-comique en deux actes,
intitulé le Maitre d'école du village.
Un artiste du même nom, M. Emile Krause,
a publié en Allemagne, dans ces dernières an-
nées, une trentaine de cojupositions pour le
piano.
* KHAUSHAAR (Otto), compositeur
allemand, est mort à Cassel le 23 novembre
1866.
KRAUSS (Marie-Gabrielle), cantatrice
remarquable, fille d'un employé ministériel de
l'empire d'Autriche, est née à Vienne le 23
mars 1842. Douée de rares dispositions pour
la musique, que venait seconder une vive intel-
ligence, elle reçut, dit-on, ses premières leçons
(le sa sœur aînée, et à peine âgée <le onze ans,
en 1853, elle entrait au Conservatoire de Vienne.
Elle fit dans cet établissement de brillantes
études, y travailla le piano et l'harmonie, et
devint bientôt l'une des élèves favorites de
M'"' Marchés!, le célèbre professeur de chant.
Ces études furent couronnées par toutes les
récompenses auxquelles une élève puisse aspi-
rer, et M"' Krauss était encore au Conservatoire
48
RRAUSS
lorsqu'un engagement lui fut offert par la
direction de l'Opéra impérial, et accepté par
elle.
La jeune cantatrice débuta à ce théâtre le
20 juillet 1860, d'une façon très-lieureuse, par
le rôle de Matliilde de Guillaume Tell, et
chanta, dans le cours de sa première année,
ceux de Berlha du Prophète, d'Alice de Robert
le Diable, de Pamina de la Flûte enchantée,
de Gabrielle àhine Nuit à 'Grenade, d'Agallie
du Freischiiiz, d'Elisabeth du Tannhauser,
d'Elvire et d'Anna de Don Juan, enlin d'Eisa
de Lohengrin. Très-bien accueillie par le public
dès ses premiers essais, elle entra de plus en
■plus dans ses bonnes grâces, à mesure que la
diversité des rôles qu'elle était chargée d'inter-
préter donnait des preuves incontestables de
la souplesse de son talent, de la sûreté de son
style, et de ses rares facultés scéniques. M"*
Krauss put affirmer davantage encore ses belles
qualités en se montrant bientôt dans un grand
nombre d'ouvrages de genres et de caractères
très-divers : les Huguenots, le Vaisseau fan-
tôme, la Dame blanche, il Trovatore, Cosi
fan tutte, Fidelio, Lalla Roukh, Belisario,
Eurynnthe, Ernani, la Croisade des Dames,
Gustave III, Lucrezia Borgia, les Noces de
Figaro, Zampa, Maria di Rohan, etc.
Les succès de M'" Krauss croissaient de jour
en Jour, et il était facile de voir que la jeune
artiste était destinée à parcourir une carrière
exceptionnellement brillante. M. Bagier, alors
■directeur du Tliéâtre-ltalien de Paris, ayant
été à même de l'entendre à Vienne, lui proposa
un engagement; M"' Krauss accepta, et débuta
sur notre scène italienne, le 6 avril 1866, dans
il Trovatore, après quoi elle chanta Lucrezia
Borgia. Le public parisien était à cette époque
sous l'inllucnce, on pourrait dire sous la fasci-
nation d'une cantatrice d'un autre genre, M"*
Adelina Patti, dont la voix insolemment belle
et la facilité d'exécution semblaient tenir du
prodige. Tenu sous le charme de cette nature
luxuriante et vraiment extraordinaire, ce public
parut ne porter qu'une attention distraite au
talent si pur, au style si noble, à l'iiitelligence
si remarqual)le de la nouvelle venue. Seule,
la critique, se voyant en présence d'une artiste
de premier ordre, aussi grande au point de vue
dramatique que sous le rapport de l'art vocal,
l'accueillit comme elle le méritait et sut lui
rendre la justice qui lui était due. M"' Krauss
revint à Paris la saison suivante, et, cette fois,
trouva une réception digne d'elle et de son
admirable talent. Elle se montra successive-
ment dans quelques-uns de ses meilleurs rôles :
Lucia di Lamermoor, où on la voyait touchante
et résignée ; Norma, où elle déployait une
puissance pathétique irrésistible; Poliuto, où
elle semblait atteinte d'une flamme surnaturelle;
Fidelio enfin, où elle poussait jusqu'au sublime
l'intensité et la grandeur de la passion. On la
vit aussi dans Otello, Semiramide, il Tem-
plario, «H Ballo in Mascheru, Don Giovan-
ni, Rigoletto, puis dans un opéra inédit de
M"' de Grandval, Piccolino. Dans ces derniers
ouvrages, M"° Krauss sut coni]uorir de haute
lutte l'approbation et l'affection d'un pid)lic qui,
tout d'abord, s'était à son égard montré sin-
gulièrement réservé, et bientôt elle fut on pos-
session de toutes ses sympathies.
Les événements politiques vinrent, en 1870,
éloigner M^" Krauss de la France. En 1872,
nous la retrouvons au théâtre San-Carlo, de
Naples, on elle obtient de très-grands succès
et où elle contribue puissamment, par sa pré-
sence, à la réussite d'un opéra nouveau de Pe-
trella, Manfrcdo. Dès les premiers jours de
l'année suivante, elle fait son appaiilion à la
Scala, de Milan, où elle crée aussi le rôle prin-
cipal d'un nouvel ouvrage de M. Carlos Gomes,
Fosca. Au mois d'octobre 1873, elle revient au
Théâtre-Italien de Paris; au mois de février
1874, elle va jouer à Naples Aida, et donner
encore l'appui de son talent au compositeur
Petrella pour sa Bianca Orsini; puis, de
retour à Paris, elle se décide, sur de vives ins-
tances, à aborder la carrière française et à signer
un engagement avec la direction de l'Opéra.
Mais comme elle ne devait faire ses débuts que
dans la nouvelle salle, qui n'était pas encore
prête, elle va passer une saison au théâtre ita-
lien de Saint-Pétersbourg.
C'est le 5 janvier 1875, jour de l'inauguration
du nouveau théâtre de l'Opéra, que M"^ Krauss
parut pour la première fois dans le répertoire
français. M;iis le spectacle de cette soirée n'é-
tant composé que de fragments, le véritable
début de la cantatrice eut lieu seulement le 8
janvier, dans le rôle de Rachel de la Juive. Son
succès ne fut pas douteux un instant, malgré
la difficulté que présentait pour l'artiste l'ar-
ticulation d'une langue qui ne lui était pas en-
core familière au i»omt de vue vocal. Bientôt elle
se montra dans les rôles de Valenline des Hu-
guenots, de donna Anna de Don Juan et d'Alice
de Robert- le- Diable, par lesquels elle gagna
complètement les faveurs du public. Elle créa
même le rôle de Jeanne dans la Jeanne d'Arc
de M. Mermet, et cet ouvrage d'une valeur
plus que médiocre dut à sa présence et à celle
de M. Faure de ne point subir un sort plus
RRAUSS — KRETSCHMAR
49
fâcheux encore que celui qui lui était réservé.
Au moment oii cette notice est écrite (juin
1877), M"' Krauss continue de faire partie du
personnel de l'Opéra.
Le talent de M"' Krauss est d'autant plus
remarquable que l'instrument dont elle dispose
est loin d'être parfait et de répondre toujours
à ses efforts. La voix de la cantatrice, en effet,
si elle ne manque ni de brillant, ni d'éclat,
manque parfois de timbre et de couleur ; dans
certaines parties de l'échelle, la sonorité est
sourde, et c'est seulement dans le haut qu'elle
acquiert ses plus belles qualités. Mais l'éduca-
tion de l'artiste est si complète, son habileté
€st si grande, qu'elle donne le change jusqu'à
un certain point sur la valeur de ses facultés
vocales. Le style de M"' Krauss est pur jus-
qu'à la perfection, son phrasé est magistral, et
chez elle la diction musicale, surtout dans le
récilalif, atteint les dernières limites de la gran-
deur et de la beauté. Si l'on joint à ces qualités
purement musicales la flamme puissante dont
l'artiste est animée, le sentiment pathétique et
l'expression passionnée dont elle fait preuve, sa
grande intelligence scénique et l'incontestable
puissance de son accent dramatique, on conce-
vra l'action qu'une telle artiste exerce sur le
public et l'on aura la raison des succès qui
ont marqué sa carrière. M"« Krauss est cer-
tainement l'une des plus grandes cantatrices
dont l'art contemporain puisse se glorifier.
KREBS (M"' Mary), pianiste remarquable,
née à Dresde le 5 décembre 18ôl, est fille de
M. Charles-Auguste Krebs, directeur de musi-
que en cette ville (V. Biographie universelle
des Musiciens, t. V). .Sa mère, M™* Aloyse
Krebs, née Michalesi. élait une cantatrice dis-
tinguée, douée d'une fort belle voiv de mezzo-so-
prano, qui obtint des succès sur l'une des scènes
italiennes de Londres, et qui poursuivit ensuite
sa carrière en Allemagne. Élevée dans un tel
milieu, la jeune Mary Krebs ne pouvait qu'y re-
cueillir legoiU et l'amour de l'art musical. Elève de
son père, elle acquit sous sa direction un talent si
précoce qu'à peine âgée de douze ans, en 1864,
elle fut par lui conduite en Angleterre, et se
fit entendre à Londres, dans les belles séances
de \' Union musicale, avec le plus vif succès.
Une étonnante puissance de son, un mécanisme
irréprochable, de rares qualités de style, enfin
une exécution dont l'ensemble était en quelque
sorte magistral, la firent accueillir par les An-
glais avec une sympathie et une chaleur voi-
sines de l'enthousiasme. De retour à Dresde,
M'" Mary Krebs se vit l'objet des plus rares
prévenances de la part de ses compatriotes, et
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. —
reçut le titre de virtuose du roi de Saxe. Elle
obtint de très-grands succès dans diverses villes
de l'Allemagne, ainsi qu'en Bohême, puis, en
1870, s'embarqua pour l'Amérique, qu'elle par-
courut pendant trois années, remportant par-
tout de véritables triomphes. Elle revint en
Europe en 1873, y retrouva toute la faveur du
public allemand, et en 1875 enthousiasma de
nouveau les Anglais, qui se portaient en foule
à ses concerts. Depuis lors l'éclat de sa carrière
ne s'est pas ralenti, et elle n'a cessé de ren-
contrer les succès auxquels elle était habi-
tuée (1).
KREIPL (Joseph), chanteur et compositeur
allemand, naquit dans les premières [années
du dix-neuvième siècle. 11 fit de bonnes études
musicales, embrassa d'abord la carrière^ dra-
matique, et chanta avec succès dans sa jeu-
nesse, à Linz, les rôles de ténor. Plus tard il
s'adonna à la composition, et rendit son nom
populaire par la publication d'un grand nombre
de lieder, qui obtinrent de véritables succès.
L'un d'eux surtout, intitulé Maililfterl, jouit
d'une vogue prolongée. Cet artiste mourut à
Vienne, au mois de juin 1866, à l'âge de 61
ans.
KREMPELSETZER (Georges), compo-
siteur allemand, naquit à Vilsbiburg (Bavière) le
20 avril 1827, et fit son éducation musicale sous
la direction de l'un des frères Lachner. Devenu
chef d'orchestre du théâtre populaire de Mu-
nich, il fit représenter en cette ville, au mois
dedécem.bre 1868, un opéra-comique intitulé le
Manteati rouge. Deux ans auparavant, en 1866,
il avait fait exécuter avec succès, dans une des
séances de la Société de chant académique de
Munich, un drame lyrique dont le titre était
Médée ou l'Oracle de Delphes. Cet artiste
mourut à Munich, le 9 juin 1871.
KRETSCHMAR (E ), professeur et
compositeur, né à Wilsdorf, en Saxe, le 25
juillet 1828, commença l'élude delà musique
avec son père, la continua au Gymnase} de
Dresde, où il devint l'élève de J. Otto et de
Ch. Mayer, et enfin termina son éducation au
(1) Une confusion que je ne m'explique pas s'esl pro-
duite au tome 11 de la Biographie universelle des mu-
siciens, au mot : Christern. Cet artisie y reçoit les
prénoms de Charles Krebs, et il est dit qu'une brocliure
a ét(i publiée sur lui sous ce titre : Christern ats
mensc/i, coniponist vnd dirigent. Or, M. Christern était
non l'objet, mais l'auteur de cette brochure, qui avait
tnàt à M. Charles Krebs, père de M"» .Mary Krebs, et
dont voici le titre exact : Karl Krebs aïs mensch, tom-
ponisl vnd dirigent (Charles Krebs comme homme,
compositeur et chef d'orchestre).
T. II. 4
ËO
KRETSCHMAR -^ KREUTZER
Conservatoire de Leipzig, avec Rietz, Haupt-
inann, Richter et Moscheles. Il entreprit ensuite
la carrière du professorat, se lixa à Arnbeni, où
il enseignait le cliant, le piano et la théorie de
l'art, et dans le même temps se livrait à la
composition. On connaît de M. Kretsclimar un
certain nombre d'œuvres de musique de cham-
bre ; quatuors et trios pour piano et instru-
ments à cordes, des sonates et divers morceaux
pour le piano, des lieder, etc. J'ignore si c'est
cet artiste, ou un homonyme, qui a pris part
à la rédaction de divers feuilles musicales alle-
mandes.
KRETSCIIMEK (Edmond), organiste et
compositeur allemand, est né le 31 août 1830 à
Oslritz, en Saxe. H a fait ses études au Conserva-
toire de Dresde, où il eut pour maîtres de com-
position Jules Otto et Jean Schneider. Son nom
ne commença, à sortir de l'obscurité qu'en 1865,
époque à laquelle, ayant pris part à un grand
concours ouvert par l'Association des chanteurs
allemands, il remporta le prix avec une can-
tate intitulée la Bataille des Sceptres. En
1868, il fut de nouveau proclamé vainqueur
d'un concours international organisé à Bruxelles
pour la composition d'une messe, concours
auquel avaient pris part 98 compositeurs de
quatorze nationalités différentes. Il lui falhil
attendre pourtant jusqu'en 1874 pour faire son
début au théâtre, objet de ses convoitises, mais
ce début fut éclatant; son opéra die lolkunger,
dont le livret très-dramatique, inspiré d'un
épisode de l'histoire de Suède, lui avait été
fourni par Mosenthal, « le Scribe allemand, »
fut représenté avec un très-grand succès sur le
Ihéàtre royal de Dresde et rendit aussitôt po-
pulaire le nom du compositeur. Cet ouvrage fit
rapidement le tour de l'Allemagne, et dans
l'espace de deux années fut joué sur près de
cent théâtres.
M. Krelschmer est, dit-on, un ardent secta-
teur des doctrines et des procédés de M. Ri-
chard Wagner, dont il reproduit jusqu'à un
certain point les qualités, les défauts, et surtout
l'étonnante inégalité. Les juges sincères qui
ont entendu son premier ouvrage affirment que
l'influence de l'auteur de Tristan et Iseulde
s'y fait un peu trop sentir; la partition des
Folkunger, ajoutent-ils, est d'ailleurs puissante
dans quelques-unes de ses parties, l'orchestre
Y est assez bien traité, l'harmonie est originale,
quoique souvent tourmentée, mais c'est dans
la vigueur et la netteté du rhythme que le
compositeur a trouvé la meilleure partie de
ses effets; ce qui manque dans les l'olliungcr,
ce n'est ni la grandeur, ni la force, c'est la
passion humaine, c'est surtout la tendresse,
c'est, en un mot, l'émoi ion.
Quoi qu'il eu soit, l'opéra de M. Krelschmer
a obtenu par toute l'Allemagne un succès in-
contestable Depuis lors, le compositeur a écrit
les paroles et la musique d'un nouvel ouvrage
dramatique, Heinrich der Lœwe [Henri le
Lion), opéra en 4 actes, qui a été représenté
pour la première fois au Studttheater de Leip-
zig, le 8 décembre 1877, et qui, comme le pré-
cédent, a obtenu toute la faveur du public. On
a constaté que cet ouvrage, de même que les
Folkunger^ était écrit avec un incontestable
talent, mais toujours avec une recherche visible
et parfois excessive de l'effet matériel, et que
l'auteur continuait de prendre M. Richard Wag-
ner comme type et comme modèle. Depuis lors,
on a annoncé que M. Krelschmer travaillait à
un troisième opéra qui aurait pour titre l'Exi-
lé. Jusqu'ici, cet ouvrage n'a pas paru à la
scène. M. Krelschmer, qui a le titre d'orga-
niste du roi de Saxe, a publié plusieurs com-
positions religieuses, parmi lesquelles une messe
à quatre voix et orgue, œuvre fort importante,
qui se fait remarquer par la science que l'au-
teur y a déployée, mais où l'on voudrait un
peu plus de chaleur et surtout d'inspiration.
KREUEL (Puis), conventuel d'Einsiedeln,
né à Zug en 1629, mort en 1696, fut un des
facteurs d'orgues les plus estimés de la Suisse
au dix- septième siècle.
* KREUTZER (Rodolphe). A la liste des
ouvrages dramatiques de cet artiste, il faut
ajouter les suivants : 1° la Journée du 10 août
1792, ou la Chute du dernier tyran, 4 actes,
Opéra, 10 août 1795; 2° l'Heureux Retour,
divertissement (en société avec Certon et Per-
suis). Opéra, i25 juillet 1815; 3° Blanche de
Provence, ou la cour des Fées, 3 actes (en
société avec Berton, Boieldieu, .Cherubini et
Paër), Opéra, 3 mai 1821; 4° le Paradis de
Mahomet, 3 actes, Opéra-Comique, 23 mars
1822; 5° l'haramond, 3 actes (en société avec
Berton et Boieldieu), Opéra, 10 juin 1825. Cet
artiste extrêmement distingué mourut à Genève,
non le 6 juin, mais le 6 janvier 1831*
'* KREUTZER (Jean-Nicolas - Auguste).
Sur la tombe de cet artiste, la date de sa
naissance est fixée au 3 septembre 1778; il est
mort â Paris le 31 aoiU 1832.
* KREUTZER (Llon-Chaules-Fiunçois),
compositeur et écrivain nmsical, est mort à
Vichy le 6 octobre 1868. Cet artiste fort remar-
quable, qui, comme Berlioz, |)our lequel il
ressentait une profonde admiration, était en
avance sur les idées musicales de son pays, n'a
KREUTZER — RRINITZ
51
pas eu la renommée à laquelle il avait droit.
D'un caractère atrabilaire et un peu fantasque,
prenant la misanthropie pour de la raison, la
sauvagerie pour de la réserve, il mettait au-
tant d'ardeur à fuir le suffrage du public que
d'autres en mettent à le rechercher, sans
considérer qu'en somme le public ne peut pas
deviner votre existence, et que travailler
dans le silence du cabinet sans jamais produire
ses œuvres, sous prétexte d'un dédain orgueil-
leux du suffrage de la foule, est un enfantillage
qui n'est profitable à personne et ne peut qu'être
nuisible à l'art. LOon Kreutzer est donc mort
sans avoir, par sa faute, acquis la notoriété qu'il
méritait à tant de titres, et cela est d'autant
plus regrettable qu'il eût certainement occupé
une place à part, et fort importante, parmi les
artistes les plus distingués de la nouvelle école
française. Musicien consommé, symphoniste
remarquable, poète vérilablement inspiré, cher-
chant un peu trop l'originalité, il est vrai, et
et atteignant parfois la bizarrerie, Kreutzer
avait tout le tempérament et présentait toute
l'envergure d'un grand artiste.
Il faut ajouter qu'à son grand talent de com-
positeur, il joignait les rares qualités du criti-
que et de l'analjste. Doué d'une intelligence
vaste et diverse, que rehaussait une instruction
solide, pratique et variée, tiiéoricien profond et
très-expérimenté, né et élevé dans un milieu
tout artistique, ses connaissances techniques
étaient relevées encore par un rare savoir litté-
raire et par la possession de plusieurs langues,
avantage inappréciable pour qui veut s'occuper
d'études critiques et historiques concernant un
art ou une science quelconque. Très-versé dans
les littératures étrangères, l'esprit étendu par
le fait des voyages fréquents que sa position de
fortune lui permettait d'effectuer, il possédait
toutes les qualités nécessaires pour faire un
critique excellent et respecté. Aussi, les travaux
qu'il publia en dehors de son feuilleton de
critique courante de VUnion (il avait débuté
sous ce rapport dans la Quotidienne), soit dans
la Revue et Gazette musicale, soit dans la
Reviie contemporaine, soit dans YEnclyclopé-
die du XIX" siècle, peuvent-ils être lus avec
fruit et consultés avec utilité. Il est fâcheux
qu'on n'ait pas songé à réunir en volume la
longue et intéressante série d'articles sur l'Opé-
ra en Europe qu'il publia dans le premier de
ces recueils, ni la substantielle étude sur Meyer-
beer qu'il donna dans le second ; ces deux
écrits trouveraient on ne peut mieux leur
place dans toute bonne bibliothèque musicale.
Entre autres travaux donnés par lui à VEncy-
clopédie dit XIX^ siècle, il faut signaler sur-
tout l'article Opéra, Opéra- Comique, qu'il
rédigea de concert avec M. Edouard Foumier,
et dont les deux auteurs firent faire un tiré
à part sous ce titre : Essai sur l'art lyrique
au théâtre, depuis les anciens jusqti'à Meyer-
beer (Paris, Bouchard-Huzard, 1849, in-12.)
On trouvera de nombreux détails sur cet
artiste distingué dans une brochure publiée
par moi sous ce titre : Léon Kreutzer (Paris,
LiepmannssohnetDufour, 1868, in-8° de 16 pp.).
KRIESEL ( ), artiste né vers 1815,
a tenu dans divers petits théâtres de Paris, les
les Délassements- Comiques, les Folies-Marigny,
les Nouveautés, les Folies-Montholon, l'emploi
de chef d'orchestre. Il a écrit la musique de
deux opérettes en un acte : l'Orphéon de
Fouilly-les-Oles, et un Pierrot en cage, re-
présentées toutes deux aux Folies-Maiigny en
1865. Cet artiste est mort à Paris, en 1876.
KRIGAR (Heruann), pianiste et composi-
teur, né à Berlin le 3 avril 1811, commença
d'abord par s'occuper de peinture, mais au
bout de peu de temps abandonna l'élude de cet
art pour celle de la musique, qui convenait
mieux à son esprit. Il devint l'élève de plusieurs
grands artistes, et travailla, à Leipzig, sous la
direction de Mendelssohn, de Robert Schumann,
(le Moritz Hauptmann, de Finck et de Jules
Knorr. En 1845 il revenait s'établir à Berlin,
ou il se livrait à l'enseignement et à la com-
position, tout en fournissant des articles de
critique à la Nouvelle Gazette musicale, et en
1852 il fondait en cette ville une Société de
chant pour laquelle il écrivait un grand nombre
de chœurs pour voix d'hommes. Devenu direc-
teur de la musique royale en 1857, il a rédigé,
depuis 1874, le Calendrier musical publié
par les éditeurs Bote et Bock. M. Hermann
Krigar a écrit de nombreux airs pour des comé-
dies et vaudevilles, et on lui doit aussi des mo*
têts, des psaumes, des lieder, des chœurs à 4
voix, ainsi que différents morceaux de musique
instrumentale.
KRINITZ (M"» DE), femme de lettres
française, qui a adopté le pseudonyme de
Camille Selden, sous lequel ses écrits ont été
publiés, est née vers 1835. Sous ce nom de
Camille Selden, M™" de Krinitz a livré au
public un petit volume portant ce titre : la
Musique en Allemagne : Mendelssohn (Paris,
Germer-Baillière, 1867, in-12), qui n'est qu'une
sorte de paraphrase d'un certain nombre de
lettres de l'auteur de Paulus, et qui ne donne
ni une biographie du maître, ni un jugement
raisonné sur son œuvre et son génie. Il n'y a
52
KRINITZ — KRUGER
là qu'une dissertation assez élt?gante au point
de vue de la forme, mais sans valeur historique,
estliétique ou critique. Quelques annt^es aupa-
ravant, le même écrivain avait publié un récit
roiiHinesqne, intitulé Daniel Vlady, liistoire
d'uu musicien (Paris, Charpentier, 1862,
in- 12).
KltOLL (Franz), pianiste et professeur
allemand, né à Bromberg en 1820, fut l'élève
de M. Liszt à Weimar, et se livra ensuite à
renseignement. S'étant établi à Berlin en 1849,
il s'occupa, tout en donnant des leçons, d'assez
importants travaux pédagogiques, et fut un
instant (1863-1864) professeur au Conservatoire
de cette ville. Il publia aussi quelques compo-
sitions, mais n'obtint jamais de grands succès
sous ce rapport. 11 fut plus heureux avec ses
éditions nouvelles d'œuvres anciennes, notam-
ment celle qu'il fit du Clavecin bien tempéré
de Jean-Sébastien Bach, qui fut bien accueillie
du public. On cite aussi comme dignes d'estime
et d'attention ses critiques et observations sur
la musique ancienne et nouvelle de piano,
publiées à Berlin en 1867. Franz Kroll est mort
en celte ville le 28 mai 1877.
KROMER (Valentin), évéque de Varmie,
homme d'État, historien renommé, l'un des
homrnes les plus remarquables qu'ait produits
la Pologne, naquit à Biecz, près de Cracovie,
en 1612, et mourut en 1689, à l'âge de soixante-
dix-sept ans. Kromer n'est cité ici que pour
deux écrits publiés en lalin par lui et relatifs
à la musique. Ce savant prélat avait appris
les éléments de la musique à Biecz, sa ville
natale, et son seul professeur avait été le
maître d'école attaché à l'église paroissiale,
lequel enseignait le plain-chant aux enfants de
clid'ur. Des deux petits ouvrages qu'il publia
par la suite, l'un élait intitulé : De conceniibxix
musices guos chorales appellamus, l'autre :
Musica ficjurata.
IWXOXLVAN (Hei'.mann), musicien et litlé-
rateiu', rédacteur de la Carlsruher Zeitung,
a écrit les paroles et la musique d'un opéra
en trois actes intitulé Magellone, qui a été
représenté sur le théâtre de Carlsrulie le 24
avril 1874. L'auteur était mort quelques
semaines avant l'apparition de son o'uvre, qui,
du reste, n'obtint qu'un très-médiocre succès.
Je n'ai pas d'autres renseignements sur cet
artiste, qui, je crois, n'avait pas abordé la scène
avant cet ouvrage.
* HRUG (Gustave). — Les renseignements
qui suivent compléteront et rectifieront ceux
qui ont été donnés par la Biographie nnirer-
selle des Musiciens sur cet amateur distingué.
— Pianiste habile et compositeur de talent,
M. Krug, qui est né à Berlin en 1810, commença
d'abord par l'étude du droit, qu'il fil aussi
complète et aussi étendue que possible. Cela ne
l'onipêcha pourtant pas de travailler la musique
l)our son agrément, et de suivre un cours de
piano et de composition avec Louis Berger.
En 1845, il fut nommé magistrat (juge) à
Naumbourg, et il occupe encore ces fonctions
à l'heure présente.
* KRUG (Diedrich), pianiste, professeur et
compositeur, est né à Hambouig erf 1821 et a
été l'élève de Jacob Schmitt. Le nombre des
compositions de cet artiste ne s'élève guère
à moins de 350, parmi lesquelles on trouve,
pour une part, un très-grand nombre de mor-
ceaux de genre pour le piano, fantaisies, ro-
mances sans paroles, etc., et en second lieu
toute une série d'études pour le même instru-
ment, publiées pour la plupart à Leipzig, chez
l'éditeur J. Schuberth.
KRUG (Ahnold), pianiste et compositeur,
(ils du précédent, est né à Hambourg en 1848,
et a été l'élève de son père.
Après avoir terminé son éducation, il se con-
sacra à l'enseignement et devint, en 1872, pro-
fesseur de piano au conservatoire de Stem à
Berlin, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de se li-
vrer avecactiviléà la composition. Quoique fort
jeune encore, M. Arnold Krug a déjà publié les
ouvrages suivants : Trio pour piano, violon et vio-
loncelle, op. 1, Leipzig .Forberg ; 7 Lieder avec
piano, op. 2; 4 Phantasiestiicke, pour piano,
op. 3; Impromptus en forme de valse pour piano
à 4 mains, op. 4; Fragment du 130^ Psaume, pour
5 voix et chœur a cappella, op. 6; 5 Lieder
avec chœur, op. 7; 5 Z,/erfer à voix seule, avec
[tiano, op. 8; Symphonie pour orchestre, en xit,
op. 9 , elc.
M. Arnold Krug, qui, en 1869, avait obtenu à
Francfort-sur-le Mein le prix de la fondation
Mozart, remporta en 1877 un autre succès du
même genre : il se vit décerner par l'Académie
des arts de Berlin le prix delà fondation Meyer-
beer. Le programme du concours ouvert à cette
occasion consistait dans la composition d'un opé-
ra en un acte [la Mort de l{i:,zio), d'une fugue
double à 8 voix et deux chn-urs a cappella, et
d'une ouverture à grand orchestre. Le prix, de
4,500 marks (5,025 francs), comportait l'obliga-
tion, pour le lauréat, de faire un voyage de six
mois en Italie et à Paris, et de passer six autres
mois à Mimich, Dresde, Leipzig et Berlin.
KUiJGER (GoTTMEB), flûtiste distingué,
allaclié comme première flûte à la chapelle du
roi de Wurteniherg, naquit a Berlin en 1790
Jj
RRUGER — KUMMEU
53
ot mourut à Sfuttgani le 8 mai 1868. Il était
le père de M. W.Kriiger, pianiste et composi-
teur bien connu, qui a longtemps habité Paris.
{\ .Biographie universelle des Musiciens, t. V.)
KUFFEIIATH (Louis), frère de Jean-Her-
manuKufferath et de Hubert Ferdinand Kuft'eralh
(V. Biorjruphie universelle des Musiciens, T.
V), naquit à Mulheim le 10 novembre 1811,
commença de bonne heure l'étude de la musique
sous la direction de son frère Jean-Herman , et
plus tard travailla avec Frédéric Schneider. On
assure que dès l'âge de huit ans il commençait
à composer. Devenu un brillant pianiste, il se
fit entendre avec succès en Allemagne et ea Hol-
lande. Après s'être fixé en 1836 à Leeuwarden,
où il devint directeur de l'École de musique,
il s'établit en 1830 à Gand,où il dirigea pen-
dant deux ans la Société royale des chœurs,
tout en se livrant avec activité à l'enseignement
et à la composition.
On connaît de cet artiste un grand nombre de
compositions de divers genres, parmi lesquelles je
citerai les suivantes; 3 Polonaises pour piano;
3 Valses pour piano ; Valse pour piano à 4 mains ;
quelques morceaux originaux pour le même ins-
tiuinent (Souvenance, un Moment de distrac-
tion, la Branche de lierre, un Soir d'hiver,
etc.) ; quelques chœurs pour 4 voix d'hommes ;
Préludes pour orgue; Messe à 4 voix, avec or-
chestre et orgue; Arlevelde, cantate ; 250 ca-
nons, etc., etc.
* KUHE (Guillaume), pianiste et composi-
teur, est né non à Sluttgard en 1822, mais à
Prague le 10 décembre 1823.
* KUHLAU (Frédéric), compositeur, était
né à Uelzen le 11 septembre 1786, et est mort
à Copenhague le 12 mars 1832.
* KULLAK (Théodore), virtuose sur le
piano, professeur et compositeur, est né non
à Berlin en 1820, mais à Krotoczin, dans le
duché de Posen, le 12 septembre 1818. Protégé
par le prince Antoine Radzivvill, qui l'avait
pris en affection, il dut à ce personnage de
pouvoir faire d'excellentes études musicales,
d'abord à Posen sous la direction du piofesspur
Agthe, puis à Berlin avec IMM. Taubert et Deiin,
et enfui à Vienne avec C/.erny et Sechter. Des
l'âge de cinq ans il jouait du piano, et il en
avait à peine onze lorsqu'il se produisit avec
succès dans un concert donné à Posen, devant
la cour, en compagnie de la célèbre chanteuse
M»* Sonlag. Devenu jeune homme, il suivit
pendant cinq ans les cours de l'Université do
Berlin, après quoi, en 1842, il alla donner à
Vienne et dans toute l'Autriche une série de
concerts qui commencèrent sa réputation. De
retour à Berlin l'année suivante, il y devint
professeur de musique de la maison royale, fut
nommé en 1846 pianiste du roi de Prusse, prit
part à l'organisation de l'Association des artistes
musiciens, puis fonda en 1850, avec Stem, l'ins-
titution connue d'abord sous le nom d'École de
musique de Berlin et ensuite sous celui de Con-
servatoire de Stem, institution dont il fut pen-
dant cinq ans l'un des directeurs, et enfin créa
en 18.')5 la nouvelle Académie de musiipie. De-
puis lors il n'a cessé d'habiter Berlin, oii il e.st
extrêmement estimé comme professeur, et oii
il a formé un nombre considérable d'élèves qui
sont devenus des artistes de talent.
Parmi les nombreuses compositions de M.
Théodore Kullak, on remarque un concerto
pour piano avec accompagnement d'orchestre,
des sonates, des trios, une série d'études publiée
sous le litre de l'École du jeu en octaves, de
nombreux caprices (Psyché, la Gazelle, Perles
d\'cume, les Arpèges, etc.), des romances, et
toute une|collection de transcriptions pour le pia-
no de mélodies nationales allemandes, espagno-
les, russes et hongroises.
* KULLAK (Adolphe), frère du précédent,
né à Moseritz le 23 février 1823, est mort à
Berlin le 25décembre 1862. Pianiste et composi-
teur, il a publié pour son instrument un certain
nombre d'agréables morceaux de genre : fantai-
sies, impromptu, rêveries, idylles, ballades,
nocturnes, etc.
KULLAK (Franz), neveu du précédent et
fils de M. Théodore Kullak, né à Berlin eu 1842,
est devenu aussi un pianiste distingué, il rem-
plit aujourd'hui, à la nouvelle Académie de mu-
sique fondée par son père, les fonctions de pro-
fesseur de piano et de directeur de la classe
d'orchestre. Cet artiste a écrit la musique d'un
opéra qui jusqu'ici n'a pas encore été représenté.
* KUMMER (Gaspard), flûtiste, est mort à
Cobourg le 21 mai 1870.
* KUMMER (Frédéric-Auguste), violon-
celliste et compositeur. — Je n'ai aucun rensei-
gnement nouveau à donner sur cet artiste, mais je
ne crois pas inutile de faire remarquer que le nom-
bre de ses œuvres publiées s'élève aujourd'hui à
plus de 160.
M. Kummer a eu trois fils musiciens : 1° Olto
Kummer, né le 19 avril 1826, violoniste, fait par-
tie de la chapelle royale de Dresde : 2" Mav-
Charles Kummer, violoncelliste, né le 23 avril
1842, est mort à Odessa le 18 septembre 1871 :
3" Ernest- Charles Kummer, violoncelliste aussi,
né les novembre 1844, a appartenu à la chapelle
royale, et est mort le 2 août 1860. — Un fils de
M. Olto Kummer, Alexandre-Charles Kummer
54
KUMMER — RUSTER
né le 10 juin ISJO, violoniste, a été l'élève de
Fcnlinanil David au Conservatoire de Leipzig,
et habite aujourd'hui l'Angleterre.
* lîUNC (ALOYs-MAnTiN). Au mois de no-
vembre 1863, M. Aloys Kunc quittait Ancli pour
revenir à Toulouse comme professeur et maître
dech.ipelle du collège Sainte-Marie dirigé par
les PP. de la connpagnie de Jésus, et comme
organiste de l'église Saint-Aubin. Dans ces derniè-
rt-s fonctions, il a été parfailement secondé par
sa jeune femme, pianiste habile et organiste fort
distinguée. Fille aînée de M. Durgein, organiste
de la métropole d'Auch, M'"' Aloys Kunc, une
des meilleures élèves de la classe de madame
Farrenc au Conservatoire de Paris , n'a pas tar-
dé à prendre elle-même à Toulouse le premier
rang parmi les professeurs de piano.
En 1S6.5, M. Aloys ICunc échangeait le poste
de Sainte-Marie contre celui d'organiste et de]maî-
tre de chapelle à l'église de Jésus. Là, il fonda une
société de jeunes gens, vouée au chant des of-
fices, et qui, pendant huit années, a donné les
mpilieurs résultats. C'est incontestablement aux
tentatives heureuses faites dans cette église
quest <iùle mouvement de restauration qui s'est
produit depuis lors dans les églises de Toulouse.
En 1868, les travaux divers de M. Aloys Kunc
lui méritèrent une faveur particulière :Me pape
Pie IX lui fit adresser le bref de chevalier de
l'ordre de Saint-Sylvestre et de l'Éperon d'or,
en lui envoyant en môme temps, comme témoi-
gnage tout particulier de son estime , les insignes
de l'ordre. En 1870, la place de maître de chapel-
le de la métropole lui était offerte pour la deuxiè-
me fois. M. Kunc prit possession de ces fonctions
le 15 juin. Il fut aussi nommé à la même époque
suppléant de M. Hommey, comme professeur de
haut solfège et de transposition au Conservatoire
de Toulouse, et en même temps professeur de
musique à l'écoU normale, place qu'il occupe
encore aujourd'hui. — Plusieurs ouvrages de
M. Aloys Kunc lui ont mérité un prix à l'^-xpo-
sition générale de Rome en 1870, etde nouveaux
brefs du pape sont venus encourager leur au-
teur. Au mois de décembre 1874, M. Kunc a fon-
dé à Toulouse, .sous le titre de Musica sacra,
une nouvelle revue de chant liturgique etde mu-
sifiue religieuse.
Les ouvrages publiés par cet artiste, depuis
1863, .sont les suivants : 1" Corona .sacrn, re-
cueil décent morceaux religieux (deux éditions) ;
2" Chants de la milice du Pape, cantiques fran-
çais ; 3" Recueil de faux-bourdons notés en clef
de sol ; 4° Manuel de chant religieux, en no-
tation usuelle ; 5° Messeà 3 voix en faux-bour-
don, in-folio de lutrin; c'Écrin de l'organiste,
ofliccsdu matin ; 7' Quinze motels, transcrits;
8° Cantiques populaires pour l'Église et la Fran-
< e (nombreuses éditions, traductions en plusieurs
langues); 9° De la musique religieuse (Congrès
de Malines); 10" Nouvel Essai sur la tradition
du chant grégorien ; 1 1" Recherches historiques
sur Tart musical religieux (Revue de Gasco-
gne), etc., etc.
A. L— N.
KUI\TZE (Charles), compositeur, pianiste,
organiste et chef d'orchestre, est né à Trêves le
17 mai 1817. Élève de l'Académie et de l'Ins-
titut de musique d'église de Berlin, il a reçu
dans cet établissement uneexcellenle éducation,
est devenu directeur de musique à Aschersiebeu,
et s'est fait connaître comme compositeur par
un grand nombre de productions de genres très-
divers. Ses œuvres, dont le nombre ne s'élève
guère aujourd'hui à moins'de trois-cents, et qui
l'uibrassent un peu tous les genres, consistent en
licder et chœurs pour voix d'hommes, en mar-
ches, morceaux de danse, ouvertures pour or-
chestres symphoniques et pour musiques d'har-
monie, en motets. Ave Maria et diverses autres
compositions de musique religieuse. On con-
naît aussi de lui une opérette en un acte, Dans
la montagne, qui a été donnée sur le Thalie-
Théâtre, à Dessau , au mois de janvier 1875.
M. Charles Kunize a dirigé avec talent plusieurs
grands festivals de musique de chant.
I>U01\ (Giovanni), musicien italien, mort à
Rome au mois de décembre 1875, à l'âge de 75
ans, a publié un petit traité d'harmonie et d ins-
trumentation.
* IîÛSTER(Hermann), directeur de musique
et organiste du Dom à Berlin, est né à Templin
le 14 JHillet 1817, et est mort à Berlin le 17 mars
1878. Les lignes suivantes compléteront en vn
rectifiant quelques détails, la notice publiée sur
cet artiste dans la Biographie universelle
lies Musiciens.
Organiste remarquable, KiJster avait reçu une
excellente et .solide éducation. Élève d'abord de
Chr. Kock pour le piano et poui' l'orgue, il entra
en 1842 à l'Académie des arts de Berlin, où il
eut pour maîtres L. Berger pour le piano, A. W.
Bach pour l'orgue, Rungeidiagen et A. B. Marx
pour la théorie de l'art. Après trois années pas-
sées dans cette institution, il fut appelé à Sarre-
bruck pour y remplir les fonctions de directeur
de musique. De retour à Berlin en 1852, il alla
faire un court séjour à Diesde, puis revint dans
la capitale delà Prusse, où il s'établit connue
professeur. C'est en 1857 seulement qu'il succéda
à M. Grell comme organiste de la cour et du
Dom de cette ville.
KUSTER — KWAST
55
Parmi les composilioas les plus importantes
de luisfer, il faut citer d'abord les six oratorios
dont les titres suivent : Judith, Julien r Apos-
tat, r Apparition de la croix, Jean l'Évangé-
liste, la Patrie éternelle, et Hermann le Ger-
main ,• puis des psaumes, des cantates, des mo-
tels, des lieder, de nombreux préludes pour
orgue, et diverses compositions symphoniques.
Kûster s'est fait connaître aussi comme écrivain
sur la musique, en donnant à V Echo, de lîerlin,
ainsi qu'à la Nouvelle Gazette musicale de la
même ville, plusieurs travaux importants, entre
autres une élude qui portait ce titre : Sur
V « Israël en Egypte » de Hxndel (1854). On
lui doit encore l'écrit suivant : Exposé populaire
pour l'instruction et la description de la mu
^i5«e(Lpipzig,Breitkopf et Hfcrtel, 1872), ouvrage
divisé en trois cycles et formé d'une série de
conférences faites par l'auteur de 1869 à 1871.
KWAST (Jacob), jeune pianiste de talent,
musicien sérieux et surtout d'avenir, élève de
M. Brassin et pensionnaire de S. M. le roi des
Pays-Bas, est né à Dordrecht. Il serait appelé
à devenir un artiste fort distinf;ué,^'il n'avait de
lui-même une opinion beaucoup trop favorable.
Sa vanité et une trop grande dose de suffisance
l'empêchent de développer et de perfectionner
son talent, d'acquérir ce qui lui manque encore,
et c'est dommage, car avec plus de modestie et de
simplicité dans les formes, il pourrait parvenir
sans aucun doute à faire honneur à son pays. Il
est actuellement professeur de piano au Conser-
vatoire de Cologne, et vient d'épouser une jeune
actrice allemande. M'" Tony Hiller, fille de
M. Ferdinand Hiller (1).
Ed. de h.
(1) Après avoir été l'élève de M. Br.issin au Conserva-
toire de Bruxelles, M. Kwast a reçi à Leipzig des leçons
de Moscheles. Il s'est fait entendre plusieurs fois en cette
ville, avec succès, à partir de 1870, et c'est en 1874 qu'il
fut nommé professeur de piano au Conservatoire de Colo-
gne. — A. r.
* LAUARRE (Théodore). Nous compléte-
rons le répertoire de ce compositeur en mention-
nant les trois ouvrages suivants : 1° Panta-
gruel, 2 actes, joué une seule fois à l'Opéra, le
24 décembre 1855; 2" Gvaziosa, ballet en un
acte, Opéra, 25 mars 1861; 3° le Roid'Yve-
tol, ballet en un acte. Opéra, 28 décembre 1865.
Un fait singulier empêcha la seconde représen-
tation de Pantagruel : l'empereur Napoléon
assistait au spectacle dans lequel cet ouvrage
fit cette apparition,'et l'on s'avisa, un peu tard,
que la commission de censure, dite commission
d'examen, avait laissé subsister, dans le livret,
certains passages qui prêtaient à des allusions po-
litiques fâcheuses ; il n'en fallut pas davantage
pour exciter le courroux du souverain, et mal-
gré la situation d'inspecteur-accompagnateur que
Labarre occupait à la chapelle impériale depuis
1852, Pantagruel fut condamné sans rémission.
Quant au Boi d'Yvetot, on assura que Labarre
n'était point l'auteur de la musique de ce ballet,
et qu'il n'était en cette circonstance que l'arran-
geur et le prête-nom d'un amateur titré : M. le
prince Richard de Metlernicb.
Labarre avait succédé en 1867 à Prumier,
comme professeur de harpe au Conservatoire. Peu
d années après, il se chargeait de faire la cri-
tique musicale dans un journal nouvellement
fondé, Paris illustré ; mais il mourait presque
subitement, le 9 mars 1870, avant d'avoir pu
donner son premier article, et l'on me confiait
la tâche qu'il avait assumée.
LABAT ( ) Un artiste de ce nom a fait
représenter sur le théâtre de Montpellier, le
21 germinal an II (Il avril 1794), le Vieillard
philosophe ou le Double Hymen, pastorale
héroïque en 3 actes, dont il avait écrit la mu-
sique. Le livret de cet ouvrage a été imprimé.
* LABAT, (Jean-Baptiste), compo.sileur,
organiste et écrivain sur la musique, est mort à
Lagarosse (Tarn-et-Garonne), le6 janvier 1875.
Les écrits nombreux de cet artiste, d'ailleurs
intelligent et laborieux, sont des travaux de
seconde main, dans lesquels on clierclierail vai-
nement des fails nouveaux, des vues person-
nelles ou des tendances originales, et qui, par
conséquent, ne peuvent rien apprendre à ceux
qui sont au courant de rhi>luiie de l'art et des
recherches de leslliétique moderne. Au surplus,
le seui de ses ouvrages qui ait quelque impor-
tance et quelque étendue est celui qu'il a intitulé
«mbitieusement : Études philosophiques et
morales stcr l'histoire de la musique, ou
Recherches analytiques sur les éléments
constitutifs de cet art à toutes les époques,
sur la signification de sçs transformations,
avec la biographie des auteurs qui ont con-
couru à ses progrès (2 vol.). Sous le couvert
de ce titre sonore et étendu, on ne trouve
qu'une compilation un peu banale, présentant
un résumé historique qui n'est pas exempt
d'erreurs et dont le plan lui-même n'est pas
toujours très-logique, et dans laquelle on ne
trouve nulle trace de vues morales ou philoso-
jibiqnes.
* LAIîLACHE (Lotjis),'célèbre chanteur ita-
lien, a publié, outre la Mélhoiie de chant que
l'on connaît de lui, 28 Exercices pour voix de
basse et 12 Vocalises pour la même voix. M.
L. Couailbac a consacré, dans la Galerie des
artistes dramatiques de.Paris, une notice à cet
artiste fameux (Paris, Marchant, 1841, in 4 de
4 pp.), et l'on a publié en Italie un grosse brochure
ainsi intitulée : Onori alla memoria di Luigi
Lablache (Naples, Cottrau, 1858, in-4).
LABORY ( ), compositeur belge et
chef de musique militaire, né en 1843, a tra-
vaillé, dit-on, sous la direction de Fétis, et ensuite
de M. Gevaert. Il s'est fait une réputation pour
son habileté comme chef de musique, et n'a guère
écrit et publié moins de 200 morceaux de tout
genre pour musiques d'harmonie et fanfares. On
lui doit aussi un opéra en 2 actes doul j'ignore le
titre et qui a été représenté en 1809 à Louvain
et à Namur, ainsi qu'un Te Deum qu'il a fait
entendre d'abord à Louvain, et qui a été exé-
cuté en Angleterre lors des fêles célébrées pour
la convalescence du prince de Galles.
LAIÎOUBEAU ( ), artiste resté abso
lument inconnu, est auteur d'une Théorie de
lecture musicale (1842, in-12).
LABUIOLA (P ), compositeur italien
contemporain, ne m'est connu que par la pu-
blication d'un album de chant avec accompa-
gnement di> \mno, Seredi Aapoli, formé de six
mélodies écrites sur des vers du poète Domenico
Bolognese (Milan, Lucca), et parcelle d'un autre
albiun de douze mélodies : Aure dell Infras-
caia.
LABRO (Nicolas-Chahi.f.s), contrebassiste
LABRO — LACOiMBE
57
et professeur, est né à Sedan le 19 octobre 1810.
Admis au Conservatoire de Paris, le 23 janvier
1830, dans la classe de violoncelle de M. Vaslin,
il abandonna bientôt cet instrument pour se li-
vrer à l'étude de la contrebasse, et entra dans
la classe de Chenié. Il obtint un second prix de
contrebasse en 1833, le premier en 1833, puis
passa quelque temps dans la classe préparatoire
de contrepoint et fugue d'Elwarf. Depuis cette
époque, M. Labro fait partie, en (lualilé de pre-
mière contrebasse, de l'orcbestre de la Société
des concerts du Conservatoire et de celui de l'O-
péra-Comique. Il a été nommé, le 1" décembre
1853, professeur de contrebasse au Conserva-
toire, en remplacement de Cbaft. Cet excellent
artiste a publié, en 1870, une très-bonne il/e//io-
dede contrebasse, en tête de laquelle il a placé
sous ce titre modeste : iVoici sur la contrebas-
se, un résumé bistorique très-utile et très-bien
fait sur cet instrument. J'ai rendu compte lon-
guement de cet ouvrage, lors de son apparition,
dans la Revue et Gazette musicale.
LACERDA (D. Bernarda FERREIRA
DE), dame portugaise illustre, s'est distinguée,
dans les lettres et dans les arts. Elle savait la plu-
part des langues vivantes de l'Europe, et connais-
sait à fond les langues, mortes, le latin, le grec
et riiébreu ; elle avait fait en outre de très-fortes
études sur la poésie et l'bistoire; sentaient dans
la musique était fort remarquable, et elle par-
vint à jouer d'une façon supérieure la plupart
des instruments connus ; enlin, ses dessins et
surtout ses minialures| étaient admirés dans
toutes les Espagnes. Sa réputation était si grande
vers le commencement du XVII siècle, que Phi-
lippe m, roi d'Espagne, la chargea de l'éduca-
tion de ses fils, malgré le grand nombre de sa-
vants illustres qui aspiraient à cette charge.
D. Bernarda n'accepta point cet honneur, et
préféra rester chez elle (à Lisbonne), au milieu de
ses livres. Elle était née en I.')9â à Porto, d'une
famille très-noble, et mourut en 1G44. En de-
hors de ses éludes, elle s'intéressait à toutes les
entreprises utiles, et elle encouragea bien des
fondations, entre autres celle du couvent des
Carmes déchaussées à Goa (Inde portugaise). Elle
laissa beaucoup de manuscrits, entre autres celui
d'un ouvrage estimé ; Hespanha liberlada.
J. deV.
LACÏIEURIE (Eugène), compositeur, né à
Paris le 7 juin ls31, élève d'Halévy et de M. Bar-
bereau, a pris part en 1856 au concours de l'Ins-
titut, et a obtenu le deuxième second grand
prix de composition musicale. Le 15 février 1867,
cet artiste faisait exécuter, à l'Athénée, dont
les concerts étaient dirigés par M. Pasdeloup,
une symphonie de sa composition. Depuis lors,
il n'a plus fait en aucune façon parler de lui.
LACHEZ (Théodore), architecte, membre
de la Société centrale des architectes, inspecteur
des travaux publics et de la Préfecture de police,
a publié l'écrit suivant : Acoustique et Optique
des salles de réunions publiques, théâtres,
et amphithéâtres, spectacles,' concerts, etc.,
suivies d'un projet de salle d'Assemblée cons-
tituante pour neuf cents membres (Paris,
l'auteur, 1848, in-8 de 137 pp., avec trois-
pl.uiches gravées sur cuivre).
* LACHiXER (Théodore), l'aîné des quatre
frères de ce nom, est mort le 23 mai 1877 à
iMunich, où il remplissait les fonctions d'orga-
ni-^te de la cour.
* LACHiXER (François). — Parmi les com-
positions de cet artiste remarquable qui n'ont
pu être comprises dans le catalogue donné
par la Biographie universelle des Musiciens, il
faut signaler plusieurs suites d'orchestre, dont
une intitulée Ballsuite, une suite pour piano et
violon ou violoncelle, une grande messe de Re-
quiem en/«, deux trios pour voix de femmes,
et les récitatifs qu'il a écrits pour la traduction
allemande de Médée, l'un des plus beaux opéras
de Chérubini.
LACHNER (Ignace), a célébré, le 18 octobre
1875, le cinquantième anniversaire de son en-
trée dans la carrière de chef d'orchestre. Depuis
cette époque, il vit|)aisible et retiré à Francfort.
* LACHIXER (Vincent). Parmi les œuvres
de cet artiste, il faut citer les deux ouvertures
de Turandot et de Démétrius.
* LACOAIBE(Loiis BROUILLOiX-), pia
niste et compositeur. Parmi les œuvres nom-
breuses publiées pour le piano par cet artiste
distingué, il faut surtout signaler les suivantes r
1° Grande sonate de salon, op. 33, Paris,
Colombier; 2'^ Grandes études, op. 19, id., iJ.;
3*^ Études de salon, op. 38, id., id.; 4° 6 Études
de style et de mécanisme, Paris, Heugel; b°
les Harmonies de la nature, 9 morceaux ca-
ractéristiques, Paris, Choudens ; 6" Grand Ca-
price, op. 1, Paris, Lemoine ; 7" Bacchanale,
élude de concert, Paris, Heugel ; 8° 4 Noctur-
nes brillants, op. 8, Paris, Colombier; 9" 3 Noc-
turnes, op. 24,id.,id.; 10° 3 Mélodies, op. 18,
id., id.; 1 r Simples Mélodies (6 morceau\)Paris,
Choudens; 12° 3 Nocturnes, op. 33, id., Gérard ;
13" Valse de concert, op. 29, id., id.; 14" Suite
de valses, op. 70, Paris, Gregli. M. Louis La-
combe a publié aussi des chœurs orphéoniques :
Extase, Hymne, le Matin (Colombier), et,
pour voix seule : 6 Fables de la Fontaine (le
Renard et le Houe, le Lion devenu vieux, le
)8
LACOMBE — LACOME-D'ESTALENX
Renard et la Cigogne, le Lièvre et les Gre-
nouilles, l'Ane chargé de reliques, la Lai-
tière et le Pot au lait), op. 72 Gregli); 2 Sonnets
de François Barrillol, eu quatre livres (Grcgli);
2 Sonnets de Zacharie Aslruc (Gregli), etc. M.
Lacombe a écrit la musique <ie VAmour, drame
lyrique de M. t^aulin Nil)o\el, qui fui représenté
vers 1855 au Ihéfttre Saint-Marcel, alors que cette
petite scène populaire était dirigée par le grand
comédien Bocage. Cet artiste s'est occupé aussi
de littérature musicale, et a donné quelques ar-
ticles au journal la Chronique\musicale.
M. Louis Lacombe aé|)Ouséen secondes noces
une aimable cantatrice, M"' Andréa Favel, qui
fil pendant quelques années partie du personnel
de rOpéra-Comique, oîi elle acquit une certaine
réi)utation. Elle avait fait ses études au Conser-
vatoire, d'où elle était sortie avec un second prix
d'opéra-comique et un accessit d'opéra (1851).
Elle quitta de bonne heure le théâtre, pour se
livrer à l'enseignement. Cette artiste distinguée
a publié sous ce titre ; La Science du méca-
nisme vocal et fart du chant (Paris, Enoch,
in-S°), une sorte de court traité dédiant accom-
pagné de nombreux exercices, qui avait paru
d'abord dans un journal spécial, la Chronique
musicale. Elle a signé cet ouvrage du nom de
M"'^ Andrée Lacombe.
LACOMBE (Paul), compositeur distingué
dans le genre instrumental, est né en 1837 à
Carcas.-^onne, où il fit sa première éducation
musicale sous la direction d'un professeur nom-
mé Teysseyre, qui avait été élève du Conserva-
toire de Paris, et qui lui enseigna l'harmonie et
le contrepoint. M. Lacombe travailla seul ensui-
te, se formant surtout par l'étude attentive des
œuvres des grands maîtres, et par de fréquents
voyages à Paris et à l'étranger, pendant lesquels
il recherchait avidement les occasions d'entendre
de bonne musique et de se familiariser avec les
produclions importantes de toutes les écoles.
Bientôt M. Lacombe se livra avec ardeur à la
composition, et dans l'espace dequelques années,
publia un certain nombre d'o'uvres qui se
<iistinguent par l'élégance de la forme et le (h'dain
de toute espèce de banalité. En voici la liste :
Sonate pour piano et violon, op. 8, Paris,
Maho ; — 2>^ Sonate, id., op. 17,'Leip/ig, Breit-
kopt et Htertel-, — ïrio pour piano, violon et
violoncelle, op. 12, id., id.; — Suite en la mi-
neur, pour piano, op. 15, Paris, Maho; — Qua-
tre morceaux pour piano et violon, op. l-i, id-,
id.; — Deux idylles pour piano, op. il, id.,
id.; — Nocturne et Impromptu, id, op., 13, id.,
id.; — Éludeslen forme de variations. id.,op, 18,
id., id.; — 4 Pièces pour piano à 4 mains, op.
9, Paris, Hartmann; — 3 Morceaux de fantaisie
pour piano et violoncelle, op. 10. id,, id.; —
Arabesques [tour piano, op. 16, id., id.; — Cinq
morceaux caractéristiques pour piano, op. 7,
Leipzig, Breitkopf et lUertel ; — Ouverture sym-
jibonique, arrangée pour piano à 4 mains, Paris,
Maho ; enlin, un certain nombre de mélodies vo-
cales, ne portant pas de numéros d'œuvre. La
plupart de ces compositions ont été exécutées à
Paris, dans des concerts, entre autres aux séan-
ces de la Société nationale de musique. Dans ces
derniers temps, et sans abandonner le genre de
la musique de chambre, vers lequel le portent
surtout ses goûts et ses études, M. Lacombe a
écrit plusieurs morceaux pour orchestre; son
premier essai public en ce genre a été une Pas-
torale, fort bien réussie, dont l'exécution a eu
lieu le 7 novembre 1875 au concert de l'Asso-
ciation artistique dirigée par M. Colonne (théâtre
du Chàtelet).
LACOME-D'ESTALE\'X (Paui.-Jean-
Jacques), compositeur, est né au Houga (Gers) le
4 mars 1838. Fils et petit-fils d'excellents musi-
ciens amateurs, il apfirit la musique et le pia-
no dès sa plus tendre enfance, et plus tard,
d'excellentes études littéraires qui se terminèrent
par l'obtention du diplôme de bachelier, ne
l'empêchèrent point de continuer à se livrer à
son goût passionné pour l'art. Très-jeune encore
il écrivit, sans connaître aucunes notions d'har-
monie, plusieurs actes d'opéra-comique et jus-
qu'à un grand opéra. Le hasard, heureusement,
le mit, à l'âge de dix-neuf ans, en relations avec
un artiste fort distingué, don José Puig y Absu-
hide, organiste d'Aire-sur-1'Adour, conlre-
pointiste fort habile qui avait été élève de la maî-
trise de Barcelone, et ensuite de Mercadante. M.
Lacoine fit, en trois ans, un cours complet de
composition avec cet artiste. Au bout de ces trois
années, le hasard amena M. Lacome à Paris :
le directeur du Musée des Familles as'Siit mis
au concours la mu.Mque d'une o|Ȏrette que le
directeur des Bouffes-Parisiens avait promis de
jouer ; M. Lacome concourut , vit son ceuvre
couronnée, et vint à l^aris pour en activer la re-
présentation. Malheureusement, c'était à l'épo-
que où les Bouffes- Parisiens, poursuivis parla
inalechance, changeaient d'administration plus
fré([uemment qu'il n'eût fallu |)our leur prospé-
rité. Bref, après quatre ans d'attente et deux ans
de rép('tilion> intennittcides. le Dernier des
Paladins (c'était le tihe de l'opérette en ques-
tion) finit par ne pas être joué.
Pendant ce tem|)s, M. Lacome, qui avait be-
soin de gagner sa vie et qui avait horreur de
l'enseignement, avait réussi à s'introduire dans
LàCOME-D'ESTALENX — LA PAGE
59
quelques journaux, auxquels il donnait de nom-
breux articles; il écrivit ainsi, sucessivemenl,
dans le Musée des Familles, le Grayid Jour-
nal, le Ménestrel, le Magasin d'éducation et
de récréalion, l'Art musical, l'Année illustrée,
la Revue et Gazette musicale, etc., etc. Il
composait beaucoup aussi, et publiait un certain
nombre de morceaux de divers genres. Mais
le lli(';Ure restait toujours son objectif. Au mois
de Juillet 1870, il donnait sur la petite scène
desFolies-Marigny une opérette en un acie, Epi-
cier par amour ; deux ans après, en 1872, il
faisait représenter à la Tertulia J'veux mon
peignoir,el En Espagne, petites pièces du même
genre, et l'année suivante il produisait au théâ-
tre-lyrique de l'Atliéiiée un opéra bouffe en trois
actes, la Dot mal placée, qui fut bien accueilli
et, peu après, traduit et représenté en Espagne.
Au mois de mai 1873, M. Lacome donnait aux
Bouffes-Parisiens une saynète intitulée leMouton
enragé, et au mois d'avril 1874, il faisait repré-
senter à la salle Taitbout un ouvrage en un acte
fort important. Amphitryon, qui était resté neuf
ans dans les cartons de l'Opéra-Comique. Peu
de mois auparavant,' M. Lacome, qui ressent
pour le génie de Destouches une admiration
profonde, avait fait exécuter au môme théâtre
un acte de Callirhoé, opéra de ce compositeur,
dont il avait retouché et augmenté l'orchestra-
tion sans enlever à l'œuvre son caractère particu-
lier. Enfin, le 28 octobre 1876, il donnait aux
Folies-Dramatiques un opéra-comique en trois
actes, Jeanne, Jeanne/te et Jeanneton.
M. Lacome, quiesldoué d'une rare facilité de
production, et qui écrit constamment, a en por-
tefeuille trois 'grands opéras, un opéra-féerie, et
unedixaine d'opéras bouffes et opéras-comiques.
Il a publié les œuvres suivantes : 1° Trio en ré
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris,
Richault; 2" Grande valse de concert, pour piano,
Paris, Escudier ; 3" Trois valses caractéristiques,
pour piano, id, id.; 4° Deux mazurkas caractéris-
tiques, pour piano, id., id.; 5° Quatuor (allegro
et romance) pour quatre cornets à six pistons,
Paris, Sax ; 6" Introduction et Polonaise pour
cornet à six pistons, id., id.-, 7° Pastorale pour
saxophone ténor, id., id.; 8° Trois lieder pour
chant, avec piano et violoncelle obligés, Paris,
Heu ; 9° Hymne à la France, chœur orphéoni-
<}ue, Paris, Durand-Schœnewerck ; 10° Chan-
son de Charles I\, id., i.L-, il" Plusieurs mé-
lodies vocales, publiées chez Heugel et chez Be-
noit-, 12° Douze Psaumes des lyriques fran-
çais, à xine ou plusieurs voix, avec accom-
pagnement d'orgue ou de piano, id., Leduc,
recueil remarquable au double point de vue de la
forme et de l'inspiration, et qui fait le plus grand
honneur à son auteur. — M. Lacome est l'éditeur
des recueils suivants : 1° le Don vieux Temps,
12 airs de société, sérieux, à fredons, à danser
et à boire, à une ou deux voix, par divers
auteurs oubliés des XVII« et XVlir siècles,
transcrits avec accompagnement de piano, par
P. Lacome (Paris Heugel); 2° Échos d'Es-
pagne, chansons et danses populaires recueillies
et transcrites par P. Lacome et J. Puig y Absu-
bide, traduction française de P. Làcome et du
comte J. de Lau Lusignan (Paris, Durand-Schœ-
newerk); 3" le Tour du Monde en 10 chan-
sons nationales et caractéristiques (Paris, Chou-
dens). (1) :
LACOUSTÈNE ( ), compositeur, a
fait ses études musicales au Conservatoire de
Toulouse, où il obtint diverses récompenses.
Devenu ensuite musicien au 77« régiment de
ligne, il a fait représenter sur le théâtre d'Agen,
au mois de février 1867, une opérette en un
acte intitulée le Caporal et la recrue, dont il
jouait et chantait lui-même le rôle principal.
LACROIX (Paul), écrivain fécond, qui
a adopté le pseudonyme littéraire de Bibliophile
Jacob, sous lequel il a publié la presque
totalité de ses ouvrages, est né à Paris le 27
février 1806. Dans un de ses écrits, intitulé :
Curiosités de l'Histoire des Arts (Paris, De-
lahays, 1858, in-16), se trouve un chapitre sur
les Instruments de musique au moyen âge.
• LACY(RoPHiNo), violoniste et composi-
teur, est mort à Londres le 20 septembre 1867.
Cet artiste était né à lîilbao, le 19 juillet 1795,
et non 1765, comme il a été dit par suite d'une
erreur typographique. C'est à Ropliino Lacy
que l'on doit « l'adaptation » anglaise de Robert
le Diable.
* LA FAGE (Juste-Adrien LENOIR DE).
A la liste des ouvrages didactiques et de.s
écrits de ce musicien, il faut ajouter les sui-
vants : 1° Nouveau Traité de plain-chant
romain, à Vusage de tous les diocèses, Paris,
Repos, 1859,in-8'^;— 2° Essais de diphthéro-
graphie musicale et moderne, ounotices, des-
criptions, analyses, extraits et reproduc-
tions de manuscrits relatifs à la pratique,
à la théorie et à Vhistoire de la musique, Pa-
ris, in-8'' avec atlas; — 3° De l'unité tonique et
de la fixation d'un diapason universel, Paris,
Dentu, 1859, in-8°; —4" Appendice au court
(l) M. Laeome est aussi réditeur.avcc M. Edmond Neu-
komm. d'une publication dont U n'a paru qu'un seul vo-
lume, l'Année musicale (Paris, Faure, 1867, In-lS), rédi-
gée, sous leur direction, par une réunion d'écrivains spé-
ciaux.
GO
LA PAGE
LA FONT
complet de plain-chant, Paris, in-S"; — h"
Gaétan Donizelii (extrait de la Biographie uni-
verselle), Paris, in-8"; — 6° La viusique mo-
derne attaquée par un évéque et défendue
par îin roi (extrait de la Maîtrise), Paris, typ.
deMourgiies, 1859, in-8" de 15 pp. ; — 7" Nicolas
Olivier, évéque d'Evreux (e\traif de la Revue
et Gazette musicale), Paris, impr. Cliaix, iii-
8° de 4 pp.; — 8° Lettera intorno alV introdu-
zione del metodo-Wilhem nelle scuole di
Torino, indirizzata al signor maestro Luigi
Felice Rossi, Milan, 1846, in-8" ; — 9" Banquet
choronien, ou; Réunion annuelle des anciens
élèves de l'école de chant fondée et dirigée
par Alexandre Choron (T* année, 1855), Pa-
ris, in-S" de 8 pp. (2* année, 1856), Paris, in-
8° de 8 pp. ; — 10° Pierre Bassi, ou le danger
des secondes noces (nouvelle musicale luimo-
ristique), Paris, in-8°. — Adrien de La Page
avait été rédacteur en chef du journal le Pluin-
chant, fondé en 1860 par l'éditeur Repos, et
devenu plus tard la Revue de musique sacrée
ancienne et moderne. Dieudonné Denne-Baron
a publié sur cet excellent artiste, dont il avait
été le collaborateur et l'ami, une notice inté-
ressante qui a paru sous ce titre : Adrien de
La Fage (s. l. n. d. [Paris, Repos, 1863] in-8).
Cette notice est accompagnée d'un portrait de
La Fage et de deux de ses compositions reli-
gieuses, un Ave Regina et un Saluiaris
avec accompagnement d'orgue.
LAFAYE ( ). Un compositeur de ce
nom a fait représenter en 1864, sur le théâtre
de Périgueux, un opéra-comique en un acte in-
titulé la Croix de ma mère.
LA FERTÉ. - Voyez. PAPILLON DE
LA FEtlTÉ.
* L.\FLÈCI1E (J....-A....-M.... DE), com-
positeur et |)rofesseur, était, en 1820, directeur,
conjointement avec un violoncelliste nommé
Lefèvre, d'une école de musique située place
des Carmes, à Lyon, Cet artiste a publié un as^ez
grand nombre de romances, et, s'il faut on
croire l'auteur anonyme de la Bibliographie
musicale publiée en 1822 {César Gardeton),
il aurait écrit aussi deux opéras, qui sans
doute furent représentés à Lyon. Voici la note
qu'on trouve à ce sujet dans le livre que je
viens de citer : — » Nous devons à M. de
Laflèche la musique de deux o|)éras-<'omiqucs
joués avec succès : Isaure, en trois actes,
1808; le Roman d'un jour, en un acie, 1812. »
LAFLEUR est le nom d'une famille d
luthiers qui, de piîre en fils, exercent cette pro-
fession depuis au moins, un siècle à Paris. En
1782, un J. Ladcur était établi depuis plusieurs
années rue de la Coutellerie. Un autre demeu-
rait en 1835 rue de la Cité, après avoir été
rue de la Juiverie. Enfin, depuis environ 1840,
la maison Lafleur est installée au boulevard
Bonne-Nouvelle, près de la porte Saint-Denis,
et depuis longtemps déjà a joint un commerce
d'édition de muidque à la fabrication des ins-
truments, fabrication qui, en ce qui la con-
cerne, est bien déchue de ce qu'elle était au
siècle dernier et au commencement de celui-ci.
Va frère de M. Lafleur, le luthier parisien,
est établi aujourd'hui luthier à Londres (1).
* LA FONT (Cmarlks-Phiuppe). L'opéra-
comique intitulé Zélie et Terville, attribué
par erreur à cet artiste, n'est point de lui, mais
de Blangini. D'autre part, Lafont est l'auteur
d'un autre opéra-comique en un acte, qui n'a
pas été porté à son nom-, celui-ci avait pour
titre la Rivalité villageoise, et fut représenté
au théâtre des Jeunes-Artistes le 29 octobre
1801.
LAFONT (Marcelin), chanteur qui acquit
de la réputation à l'Opéra, à l'époque des plus
grands succès d'Adolphe Nourrit, était né en
1800 à Bordeaux, oii il remplissait le poste de
lieutenant de douanes, lorsque des succès de
salon lui suggérèrent la pensée de travailler en
vue du théâtre. La nature l'avait doué d'une
voix superbe, fraîche et sympathique, en même
temps que d'un physique opulent et magnifique.
U vint à Paris en 1821, avec son compatriote
Ferdinand Prévost, qui, ainsi que lui, devait
appartenir plus tard h l'Opéra, et tous deux
entrèrent au Conservatoire. Le 9 mai 1823,
Lafont débutait sur notre première scène lyri-
que dans le rôle de Polynice d' Œdipe à Colone;
(luoifiue très-bien reçu par le public, il com-
prit qu'il avait beaucoup à faire encore au
point de vue de la pratique de la scène, et,
avec une modestie que ne_- connaissent guère
(1) Hans son livre : les Instrumentt à archet, M. Vidal
[foy. ce iiuiii) cite seulement deux I.afleur, et 11 les incn-
liiinm^nnn coin nrev' luthiers proprctr.ent dits, malt
roiiiuie simples faiseurs d'archets. Voici les deux notices
qu'il leur consacre :
« I.AFLEUR (Jacques), né h] Nancy en 1760, morl à
Parlsfilii eliolera en 1832, aval: ses ateliers rue de la Jul-
verlcTn" sd^ëT'arclieis, ont une réputation ruérilec;
on en rencontre qui valent des Fr.mçels Tourte l.e mu-
sée du Conservatoire de l'arlsen possède un (n" 49 du
catalogue).— I afi.euk iJoseph-Rcne), liU du précèdent,
né à Paris le 8 juillet 1 SU. mort à Malsons-I.atnile le
19 février 1874, élève rie son père, a fait de bons arcliets.
Il en existe un très-beau au musée du Conservatoire de
Paris (n» *i du catalogue). •
M, Vidal reproduit un très-curicui portrait de Jarqucs
I.allcur,; habllenirnt pravé à reau-lnrte par M. lllllc-
m.iclii'r.
LAFONT — LAGET
61
les chanteurs de nos jours, il prit le parti de
quitter momentanément Paris et d'aller faire
en province son apprentissage de comédien.
C'est ainsi qu'en 1826 et 1827 il tenait au Grand-
Tliéâtre de Marseille l'emploi de premier ténor
d'opéra et d'opéra-comique.
Lorsqu'il fut plus sûr de lui, il songea h
rentrer à l'Opéra, et reparut en effet à ce théâ-
tre, avec un très-réel succès, le 24 octobre 1828,
dans le rôle de Masaniello de la Muette de
Portici, que Nourrit venait de créer avec tant
de succès. Engagé pour doubler cet artiste,
il se montra dans plusieurs rôles du répertoire,
où sa belle voix, ses qualités physiques et son
talent de chanteur lui attirèrent toutes les sym-
pathies. Il ne fut pas moins bien reçu lorsqu'il
créa ceux de Raimbaul dans Robert le Diable,
de Léopold dans la Juive et de Don Ollavio
dans l'adaptation de Don Juan. Il promettait
de fournir une carrière brillante, et s'apprêtait
à partir en congé pour Bordeaux, où il devait
donner avec Levasseur une série de repré-
sentations, lorsqu'il fut enlevé rapidement par
une maladie qui ne présentait d'abord au-
cun symptôme alarmant. Il mourut le 23 août
1838.
On peut dire que la vie artistique deLafont,
tout honorable qu'elle fut, n'a pas été ce qu'elle
aurait dû être s'il s'était produit dans des cir-
constances plus favorables. S'il avait eu un chef
d'emploi moins admirable que Nourrit, et si la
mort ne l'avait frappé sitôt, il aurait certaine-
ment fourni une carrière brillante et son nom
ne serait pas oublié. Il est à peu près certain
qu'un artiste de sa valeur et réunissant ses
qualités, se reproduisant aujourd'hui, excite-
rait l'enthousiasme du public et parviendrait à
la célébrité.
Lafont était le frère cadet du comédien du
même nom qui se lit une si grande réputation
au Vaudeville et au Gymnase, et qui mourut
il y a quelques années.
* LAGARDE (Pierre), et non N. DE
LAGARDE, compositeur, naquit aux envi-
rons de Crécy, dans la Brie, le 10 février 1717.
Dans sa Note sur (quelques vucsiciens dans
la Brie, M. Th. Lhuillier produit des rensei-
gnements nouveaux sur cet artiste, qui fut at-
taché à la musique de la chambre de Louis XV
et de Louis XVI, et, après avoir été professeur
des enfants de France, devint surintendant de
la musique du comte d'Artois et enseigna à
Marie-Antoinette à pincer de la harpe. « En
1789, dit M. Lhuillier, il était payé et nourri
par la maison du roi, sur laquelle il toucha en
1791, pour sa pension, 7,542 1. 10 s. » La date
de sa naissance se trouve consignée en 1791 au
Bulletin des lois, dans un décret qui prouve
que ce compositeur survécut jusqu'à la Révolu-
tion; son nom, d'ailleurs, est encore compris
en 1792 dans la liste que donnait chaque année
l'almanach intitulé les Spectacles de Paris des
« musiciens vivants qui ont travaillé pour l'A-
cadémie royale de musique ou pour les autres
spectacles ».
Le seul ouvrage dramatique de cet artiste qui
soit mentionné dans la Biographie universelle
des musiciens, Ecjlé, opéra-ballet en un acte
fut écrit par lui pour le théâtre des Petits-
Appartements, et y fut représenté le 13 janvier
1748, avant d'être donné à l'Opéra dans les
Nouveaux Fragments; ce petit acte était joué
alors par la marquise de Pompadour, la du-
chesse de Brancas et le duc d'Ayen. Le 26 fé-
vrier 1749, Lagarde donnait encore, sur le théâ-
tre particulier de la Pompadour, Sylvie, opéra-
ballet en trois actes et un prologue, dont Lau-
jon lui avait fourni les paroles. Enfin, le 25
février 1750, il faisajt représenter, toujours sur
la petite scène de Versailles, un autre opéra-
ballet en trois actes, la Journée galante, dans
lequel la favorite jouait encore, comme dans
les précédents ; le premier et le troisième acte
de celui-ci étaient seuls nouveaux, et le second
était formé du premier ouvrage de Lagarde,
Eglé.
Un musicien nommé Lagarde était chef d'or-
chestre à l'Opéra en 1750, remplissait encore
ces fonctions en 1755 et se retira peu d'années
après. J'ignore si c'est le même que celui dont
il est ici question, mais cela me paraît probable.
LAGARDE (Pall), est le nom d'un ama-
teur fortuné qui a fait représenter à l'Opéra-
Comique, le 16 mai 1860, un petit ouvrage en
un acte, V Habit de Mylord, dont l'insigni-
fiance était le moindre défaut. M. Lagarde a
publié quelques romances et mélodies vocales,
la Première Hirondelle, Espérance et souve-
nir, les Trois Filles du ciel, etc.
LAGET (Auguste), chanteur, né vers 1820,
lit son éducation musicale au Conservatoire
de Paris, fut engagé ensuite à l'Opéra-Comique,
où il resta plusieurs années, puis quitta ce
théâtre pour aller tenir l'emiiloi des ténors sur
diverses scènes de province. Aujourd'hui fixé
à Toulouse, où il a ouvert une école de chant
et de déclamation lyrique, cet artiste est profes-
seur de solfège au Conservatoire de cette ville.
M. Laget a publié dan> la Revue de Toulouse
et dans un autre journal local un certain nom-
bre d'articles sur l'art du chant et sur les chan-
teurs; il a réuni récemment ces ailicles, et
&2
LAGKT — LAGUERRE
en a formé un volume qui a paru sous ce
titre : Le chant et tes chanteurs {Pat'is, Heu-
gel, s. il. [iS7iJ, iii-8"). 11 n'y a dans ce vo-
lume, d ailleurs assez varié et d'une lecture
facile, rien de bien nouveau ni de bien intéres-
saiil. Précédemment, M. Laget avait publié sous
ce titre : Roger (Toulouse, iinpr. Charouin,
1805, In-S"), une notice biographique sur ce
chanteur distingué.
LAGET (Pai'l-Pierre-Marie-Henri), chan-
teur dramatique et professeur au Conservatoire
de Paris, est né à Toulouse le 10 décembre
1821. Reçu enfant de chœur à la maîtrise de
cette ville le 25 novembre 1830, il étudia d'a-
bord le violon, puis le violoncelle, et au bout
de quelques années fit partie de l'orchestre du
Grand-Théâtre. Il quitta Toulouse pour venir
à Paris, où il comptait se livrer entièrement à
l'étude du chant, et fut admis au Conservatoire
le 24 juin 1839. Au concours de 1841 il rem-
portait les deux seconds prix de chant et d'o-
pera-comique, et, sans attendre davantage,
il quitta l'école pour débjiter à l'Opéra-Comi-
que, le 26 octobre de la même année, dans
un ouvrage nouveau d'Adam, la Main de fer,
dont le succès fut négatif et qui n'eut que
quatre représentations. Cependant on avait re-
marqué que la voix du débutant était d'une
étonnante fraîcheur, d'un timbre charmant,
et qu'elle était conduite avec un goût véritable ;
le jeune chanteur se montra bientôt dans
divers ouvrages du répertoire, notamment dans
Joconde, le Chalet, Frère et Mari. Mais le
théâtre ne lui fut pas favorable, soit que sa
santé, qui laissa toujours à désirer, se trouvât
mal des fatigues qu'il lui causait, soit que les
auteurs hésitassent à lui confier des rôles nou-
veaux. Toujours est-il qu'au bout de quelques
années, Laget quitta la scène pour se livrer à
l'enseignement. Dans cette nouvelle carrière, il
réu.ssit pleinement, et le 1^' mai 1856 il était
nommé professeur de chant au Conservatoire
en remplacement de Rordogni; sa classe fut
bientôt considérée cotnme une des meilleures
de cet établi.ssemeiit, et l'on peut surtout citer
parmi les élèves qui en sortirent MM. Caron,
Roudil, Mirai, Melchissédec, Bosquin, Géraizer,
M"*' Daiam, Barelti, Mauduit, etc. Laget a
rempli ses fonctions de professeur au Conser-
vatoire jusqu'au mois de février 1875, époque
où il fut remplacé par M. Henri Potier, l'état
précaire de sa santé l'obligeant à un repos
absolu. Ce repos ne sufOl pas à la rétablir, et
Laget, qui était allé se fixer à Rieux (Haute-
Garonne), non loin de sa ville natale, y mourut
le 15 septembre .suivant.
LAGOAiXERE (0 DE), violoniste
et compositeur, a fait représenter deux opé-
rettes en uu acte : fÊtape d'un réserviste,
Folies-Marigny, 1876, et les Deux Panthères,
Douffes-du-Nord, 1877. Ce jeune artiste occupe
l'emploi de répétiteur au théâtre de la Renais-
sance.
LAGRAVE (Pierre), compositeur, né à
Paris en 1810 ou ISll, fit ses études au Con-
servatoire de celte ville, où il fut l'élève de
Fétis pour le contrepoint et la fugue, et de
Berton pour la composition lyrique. Ayant
pris part, en 1831, au concours de l'Institut,
il y obtint le premier second prix de Rome,
tandis que M. Ainbroise Thomas obtenait une
mention honorable; mais l'année suivante,
M. Thomas remportait le premier prix, et La-
grave n'était point couronné, ce qui causa la
mort de ce jeune artiste trop impressionnable.
Dans la Revue musicale du 14 juillet .1832,
Fétis rendait compte de ce fait dans les termes
suivants : — « Les suites du concours de corn-
•
position musicale de l'Institut ont été funestes
cette année, car le jeune Lagrave y a trouvé
la mort. Doué de l'imagination la plus bril-
lante et la plus originale, ce jeune artiste, élève
deïMM. Berton et iFétis, était vraisemblable-
ment destiné à faire un jour la gloire de l'école
française. Des quatuors, des symphonies qu'il
avait fait entendre avaient donné de lui celte
opinion à ceux qui les avaient entendus. L'aunée
dernière il avait obtenu un premier second prix
à l'Institut. Tout semblait présager son triom-
phe au concours de cette année; mais le pre-
mier prix a été adjugé jeudi dernier à M. Tho-
mas, élève de M. Lesueur, par la section de
musique. Ému à l'excès par ce jugement qui
renversait ses espérances, Lagrave fut frappé
d'une attaque de nerfs si violente qu'elle a causé
sa mort. Ce cruel événement n'est pas seule-
ment douloureux pour sa famille et ses amis;
elle enlève à la France un artiste qui l'aurait
honorée. »
■* LAGUERRE (Marie-Joséphine). On a
publié sur cette chanteuse l'opuscule suivant :
Une vente d'actrice sous Louis XV J. Ai"» La-
guerre, de l'Opéra, son inventaire, jueubles
précieux, porcelaines de Sèvres, cristal de
roche, etc., avec une introduction et des notes,
par le baron Ch. Davillier. Portrait à l'eau-
forte par Gilbert (Paris, Aubry, 1870, in-8°).
L'auteur, grand amateur de faïences et de cu-
riosités de toutes sortes, avait publié précé-
demment un livre sur les faïences espagnoles ;
c'est ce qui explique cette publication, faile
uniquement au point de vue de la curiosité,
LAGUERRE — LA HYE
6a
et qui n'a de musical que le nom de l'artiste
qui en fait l'objet d'une façon indirecte et le
portrait qui l'accompagne.
LAG\E (Alexandre), musicien belge, occupe
les fonctions de dief d'orchestre au théâtre de
l'Alcazar, de Bruxelles, où il a fait représenter,
le 7 mars 1878, un opéra-comique en un acte
intitulé Pierrot et Folie. Cet artiste a écrit la
musique de quelques ballets dont j'ignore les
tiires, et qui ont été joués au théâtre royal de la
Monnaie, de Bruxelles.
LA HAUSSE (F -J ), est auteur
d'un écrit dirigé contre le système de la nota-
tion musicale par le chiffre : De la vulgari-
sation de la musique. Égarements de la mé-
thode Galin-Paris-Chevé (Paris, Legouii,
1858, in-S").
LAIIOZ (Florencio), prolcaseur de piano
et compositeur espagnol, né dans l'Aragon, fit
son éducation musicale au Conservatoire royal
de Madrid, où il devint l'élève de Pedro Albeniz
pour le piano, et de Ramon Carnicer pour la
théorie de l'art. Il se lit connaître ensuite par
la publication d'un grand nombre de composi-
tions pour le piano et pour le chant, dont quel-
ques-unes devinrent populaires. Cet artiste est
mort à Madrid, le 25 avril 1868, à l'âge de
cinquante-deux ans.
LA HYE (LoL'isE - Geneviève ROUS-
SEAU, épouse DE), pianiste, organiste et
compositeur, professeur d'harmonie au Conser-
vatoire de Paris, naquit à Charenton (Seine),
le 8 mars 1810. Elle était arrière-petile-nièce
de Jean-Jacques-Rousseau ; son père, Charles-
Louis Rousseau, musicien obscur, étant le fils
de Denis-Claude Rousseau ; qui lui-même était
fils du frère aine de l'auteur de la Nouvelle
Uéloïse (1). Elle étudia la musique dès ses
plus jeunes années, d'abord avec son père,
[tuis avec Saint-Amans, et dès l'âge de neuf
ans, elle s'exerçait à la composition, sans con-
naître les règles de l'art, mais avec un instinct
naturel et une intelligence qui faisaient prévoir
un brillant avenir. Admise au Conservatoire
à l'âge de onze ans, elle y suivit les classes
d'orgue, de piano et de chant, et faisait, dit-on,
l'admiration de ses professeurs. En 1825, elle
obtenait un accessit de vocalisation, mais bien-
(1) Je tire les éléments de cette notice d'un article
publié par Castil-Blaze dans la France musicale du si
février 1839. Quoique je n'aie qu'une confiance trés-liml-
tée dans les assertions historiques de Castil-Blaie, qui
sont toujours sujettes à caution, comme J'ai pu vérifier
l'exactitude absolue des faits artistiques rapportes dans
cet article, J'ai pensé qu'on pouvait accorder la même
créance aux autres faits, contre lesquels, d'al'leurs,
personne n'a réclan é
tôt elle était, pour raisons de santé, obli-
gée d'abandonner l'étude du chant; en 1826,
elle se voyait décerner un second prix d'orgue,
et elle remportait le premier l'année suivante.
Elle se li\ la alors à l'enseignement et à la com-
position, et, en 183U, Cherubini lui confiait une
classe d'harmonie spécialement destinée aux
jeunes filles. Le 10 avril 1831, elle exécutait à
la Société des concerls du Conservatoire une
fantaisie pour orgue expressif avec accompagne-
ment, composée par elle, et obtint un très-
grand succès. Mais elle venait de se marier, et,
abandonnant la situation qu'elle s'était acquise
gi jeune au Conservatoire, elle quitta Paris et
suivit son époux à Cambrai, où elle passa trois
années.
De retour à Paris à la fin (ffe 1834, elle y
reprit son enseignement, tout en s'occnpaut
beaucoup de composition, et même de littéra-
ture, car c'était im esprit distingué à tous les
points de vue. En 1835, M™' de La Hye faisait
entendre, dans un concert donné par elle à
l'Hôtel-de-Ville, une grande composition dra-
matique intitulée le Songe de la Religieuse,
qui n'était autre chose qu'un grand acte d'opéra
avec choeurs. Bientôt elle publia un certain
nombre de compositions, parmi lesquelles un
duo de piano et cor sur des motifs de Hobin-
des-Bois, des variations pour piano avec ac-
compagnement de quatuor, des variations pour
le même instrument sur un air de la Muette
de Portici (publiées sous le nom de M. Léon
Saint-A)nans fils), et une douzaine de romances
et mélodies vocales.
Malheureusement, l'état de santé de cette
femme intéressante était très-précaire. Souffrant
depuis ses jeunes années d'une affection au foie
que venait compliquer une inllammation intes-
tinale, elle se vit bientôt obligée de renoncer
à tout travail. Malgré ce repos forcé, la ma-
ladie fit de rapides progrès, et M'" de La Hye
mourut le 17 novembre 1838, à l'âge de vingt-
huit ans, laissant deux jeunes orphelins qu'elle
n'avait pas eu le temps d'élever.
On publia après sa mort une Méthode d'orgue
expressif el un recueil de six mélodies italiennes
tiiée'î de l'Esule de Pietro Giannone, composées
pour Tamhurini, Rubini, Lablache, M""" Grisi,
Persiani, Albertazzi, et dédiées à la princesse
Belgiojoso. Elle laissait en portefeuille plusieurs
messes, une Méthode et des Études de piano,
un Traité d'haimonie et de contrepoint, plus
de vingt compositions de genre pour le piano
et pour l'orgue expressif, enfin une centaine de
romances, mélodies, scènes dramatiques, etc.
La maladie ne lui avait pas laissé le temps de
64
LA HYE — LAJARTE
tnellre la main h deux livrets d'opéras-comi-
■ques qui lui avaient été confiés. M"" de la Hye
avait publié dans un journal, la Gazette des
safona, deux nouvelles intitulées : J'ai vu t
et les Deux Justices.
LAIR DE BEAUVAIS (Alfrf.d), com-
positeur, né à Bayeux vers 1820, était le fils
<3'un architecte de cette ville. Il cultiva de
bonne heure ses dispositions pour la musique,
et conduisit ses éludes assez loin pour qu'il
lui fût permis d'aborder avec un égal succès
le genre sacré et le genre profane. Il publia
beaucoup, et il obtint même, avec quelques-
unes de ses romances, chantées par les artistes
en renom, un succès de vogue.
Il eut été d'autant plus facile à Lair de Beau-
■vais de donna" satisfaction à ses inclinations
artistiques, qu'il se trouvait à la tête d'une
jolie fortune; mais il ne sut que la gaspiller dans
de folles entreprises. Ainsi, en 1846, il fonda
à Bayeux le Courrier mustcat du Calvados,
feuille mensuelle d'abord, puis bientôt semi-
mensuelle, avec musique et portraits; et pour
se montrer gracieux envers ses abonnés, il
ieur olfrit, avec le concours d'artistes renom-
més, deux concerts, l'un à Caen, l'autre à
Sayeux. Ce journal ne vécut guère plus d'un an.
Quelques années après, Lair de Beauvais
établit dans sa ville natale une maison pour la
vente des pianos et des orgues, entreprise qui
ne réussit point. En octobre 1859, il vint se
fixer à Caen, comme professeur de musique,
et il organisa, pour faire entendre ses œuvres,
quelques grandes exécutions musicales, en-
trautres un festival auquel M"' Masson,
MM. Roger et J. Lefort ap|)ortèrent le concours
de leur talent. Son séjour à Caen dura peu ; il
transporta ses pénates à Brest, où il fonda une
société musicale qui devint bientôt prospère ;
mais l'esprit de conciliation manquait complète-
ment à Lair de Beauvais. lirouillé avec tout le
monde, il dut quitter Brest, et il se rendit à
Paiis.
A peu près ruiné, ne comptant plus sur la
musique pour trouver des moyens d'existence,
il essaya de diverses industries, et ne réussit
dans aucune. Enfin, il fut trop heureux de
pouvoir accepter la place qu'on lui offrait,
d'organ'iste de l'église Saint-Pierre, à Dreux,'
ville dans laquelle il est mort, au mois de mai
1809.
Lair de Beauvais est auteur d'un Traité des
principes théoriques qui régissent la musi-
que, publié à Paris, chez Dentu, en 18G2,
br. in-S°. On trouve à la fin un catalogue
complet des œuvres de l'auteur. iNous nous
bornerons à ciler les principales : r Musique
RELIGIEUSE : mcssc solennelle à (rois voix
d'iiommes avec orgue ou orchestre, Paris, Ri-
cliault. — Te Deum, à 4 v. sans ace, id., id.
— Te Deum, à quatre v. d'hommes, orgue et
orchestre, id., id.— Inviolala, motet pour so-
prano ou ténor, id., id. — Jlegina Cœli, solo
de soprano ou ténor, id., id. — Salve liegina,
id., id. — Subtuuîn praesidium, pour soprano
ou ténor, id., id. — Tantum ergo, pour soprano
ou ténor, id., id. — Les Litanies de la Sainte
T'ie/'g'e, paroles françaises, solo de soprano, id.,
id. — La Journée sainte, recueil de six can-
tiques à 3 voix, Paris, Heugel et Cie. — 2" Scè-
nes, MÉLObiES, etc. : Ephraïm, scène biblique,
Paris, Richault. — Le premier concert, grande
scène lyrique, id., id. — Une étoile daris les
deux, grande scène dramatique, id., id. — Les
deux Captives, nocturne à 2 v. id . , id. — Gloire
du ttwnde, mélodie avec violoncelle, id., id. —
Le Testament divin, mélodie, id., id. — La
Reine du Coteau, chanson pour soprano et
hautbois, id., id. — 3° Choeuhs : Ifymne à la
terre, à 4 voix d'hommes (sans ace), Paris,
Richault. — Une promenade à la mer, id.,
id. — Une halte de Bohémiens (avec piano),
id., id. — Les Charbonniers de la Forét-Noire
(id.), id., id... etc. etc. Ces compositions annon-
cent un musicien instruit, mais peu original;
s'il n'a rencontré que de loin en loin d'heu-
reuses inspirations, au moins a-t-il montré
partout de la clarté et de la franchise. La mu-
sique religieuse de Lair de Beauvais lui avait
valu les titres très-enviés de membre de
l'Académie pontificale de Sainte-Cécile de
Rome, et de l'Académie des beaux-arts de Flo-
rence.
J.C — z.
LAJARTE (Théodore - Edouard DU-
FA URE DE), compositeur et écrivain sur
la musique, est né à Bordeaux le 10 juillet
1826. Après avoir étudié la musique dans sa
ville natale sous la direction d'un arti.ste nommé
Graff, qui avait été élève de Rticba, après
avoir travaillé le violon et le piano, il vint
à Paris en 1850, et fut admis au Conser-
vatoire dans la classe de fugue et de com-
position de Leborne. Celui-ci le prit en affec-
tion, et ce fut lui-même qui le conduisit chez
Séveste, directeur du Théâtre Lyrique, pour
le lui recommander et lui faire obtenir un
poème. Séveste confia au jeune compositeur
celui d'un petit opéra-comique en un acte, le
Secret de l'oncle Vincent, qui fut joué avec
succès en 1855, et obtint soixante-dix repré-
sentations consécutives. M. de Lajarle donna
LAJARTE — LARE
65
ensuite au même tliéàlre le Duel du. Comman-
deur (un acte, 1857), Mam'zelle Pénélope
(un acte, 1859), et le Neveu de Gulliver, opé-
ra-ballet en 3 actes (1861); après un long si-
lence, il fit jouer au tliéâfre de l'Aliiénée, en
1872, un petit acte intitulé la Farce de
maistre Villon, et à Enghien, par les artistes de
l'Opéra-Comique (1" juillet 1876), un autre
petit acte. Pierrot ténor.
M. Théodore tle Lajarte s'est fait connaître
aussi comme compositeur de musique mili-
taire; il a fait exécuter à l'église Saint-Roch,
le 10 mars 1857, par cent cinquante soldats-
choristes de la musique du 1" régiment de
grenadiws de la garde impériale, une grande
messe militaire, et il a publié les compositions
suivantes : r VOrphéon de l'armée, six chœurs
avec accompagnement de fanfai'C, dédiés au
maréchal Niel (Paris, Grus); 2" Nouveau ré-
pertoire des musiqties d''fiannonie et des fan-
fares civiles et militaires, 25 marches et pas
redoublés (id.,id.); 3" Six pas redoublés {Lon-
dres, C ramer- NVood) ; 4° Marche triomphale,
pour harmonie (Paris, Leduc); 5" Fantaisie
symphoniqiie, pour harmonie (Paris, Lalleur);
6° six ouvertures pour harmonie (Paris, Gautrot
aîné); 7" Airs de ballet, fantaisie originale
pour harmonie (id., id.) ; S" le Beau Grena-
dier, pas redoublé pour fanfare (id., id.), etc., etc.
Comme écrivain spécial, M. Th. de Lajarte
a donné de nombreux articles au Moniteur des
Arls, à la France musicale, au Ménestrel,
à la Chronique musicale, au Monde illustré,
à l'Illustration, à la Presse, à la Patrie, au
Courrier diplomatique, à VAvenir libéral
(sous un pseudonyme) ; il a été le critique
musical en titre de trois journaux qui n'ont eu
qu'une courte existence : le Globe, le Public
et V Assemblée nationale; enfin, il a publié
une brochure ainsi inlitidée : Instruments
Sax et Fanfares civiles (Paris, I8C7, in-S").
Depuis 1873, M. Théodore de Lajarte est atta-
ché aux Archives de l'Opéra, auxquelles il a
rendu de véritables services en apportant l'ordre
nécessaire dans la bibliothèque musicale de ce
théâtre, jusque-là négligée plus que de raison,
et en en dressant l'inventaire avec un soin
scrupuleux; c'est ce qui lui adonné l'idée d'un
ouvrage fort utile dont la publication par fas-
cicules a commencé rétemment (la première
livraison a paru au mois de juillet 1876), et
qui formera deux forts volumes : Biblio-
thèque musicale du théâtre de VOpéra,
Catalogue historique, chronologique, anecdo-
tique, publié sous les auspices du ininis-
tère de V Instruction publique et des beaux-
BIOGR. vm\. DES MUSICIENS. SL'PPL. — T.
arts et rédigé par Théodore de Lajarte, bi-
bliothécaire attaché aux Archives de VOpéra
(Paris, Jouaust, in-8" avec portraits à l'eau-
forte). Ce catalogue contient, sur les œuvres
représentées à l'Opéra, des renseignements pré-
cieux et inédits puisés dans les registres d'é-
margement de notre première scène lyrique,
les états de recettes, les affiches, etc.; c'est
assurément là un livre , sans pré<édents,- et
dont l'importance se mesure à celle du théâ-
tre dont il rappelle les hauts faits.
M. Théodore de Lajarte a fait jouer naguère,
en société, un petit opéra de salon intitulé :
On guérit de la peur, et il a en portefeuille
un opéra-comique en deux actes, le Portrait
d'un grand liomme. On lui doit encore un
petit recueil intéressant publié sous ce titre :
Airs à danser, de Lulli à Méhul, transcrits
d'après les manuscrits originaux de la
Bibliothèque de l'Opéra de Paris, Paris, Du-
rand-Schœnewerk, in-8°. Enfin, M. de Lajarte
a entrepris tout récemment une publication
utile, intéressante, et d'un caractère en quel-
que sorte national ; sous le titre de Chefs-
d'Œuvre classiques de l'Opéra français,
il se propose d'offrir au public toute une sé-
rie de partitions pour piano et chant, choisies
parmi les anciens chefs-d'œuvre de notre pre-
mière scène lyrique dont on n'a jamais donné
que les partitions à orchestre, lesquelles sont
aujourd'hui à peu près introuvables, et dont,
en tout cas, la lecture exige un musicien ab.so-
lument exercé. Déjà, la partition du Thésée de
Lully a paru (Paris, Michaelis, in-S"), et M. de
Lajarte annonce celles de Psyché et (\'Armide,
du même artiste, de Castor et Pollux et des
Fêles d''Hébé, de Rameau, de l'Europe galan-
te, de Campra, de Didon, de Picinni, etc.
C'est là une entreprise intelligente et vraiment
pleine d'intérêt.
LA JAUiMÈREi (André DE), musicien
normand, fut maître de musique de la collégiale
du Sépulcre, à Caen, et dut remplir ces fonc-
tions pendant environ un demi-siècle, car il
en était déjà chargé en 1714, et les occupait
encore en 1757. Cet artiste, aujourd'hui tombé
dans l'oubli, a joui dans son temps d'une grande
renommée, et était célèbre dans toute la Nor-
mandie. On lui doit, entre autres compositions,
la musique du Triomphe de la vertu ou
Sainte Cécile, « tragédie chrestienne en mu-
sique, » publiée à Caen en 1714, chez J. Godes,
et qui fut sans doute exécutée à la Collégiale.
LAlîE (GEoncEs), compositeur, organiste
et écrivain musical anglais, artiste estimé dans
on pays, a produit, entre autres œuvres, un
II. 5
66
LARE — LALO
grand oratorio, Daniel, (|ui a clé exôculé à
Londres, dans St-Marlia's liall, avec (|uel<iue
succès. Il a publié pendant un certain temps
une feuille spéciale, the Musical Gazelle,
dont l'existence n'a pas été de longue durée.
Cet artiste est mort à Londres le 24 décem-
bre 18C5.
* LALAADE (MicnKi.-RicHARD DE). La
musique du ballet les ÉlcmenU a été écrite
par cet ariisle en société avec Destouches.
Quelques auteurs lui attribuent aussi la mu-
sique des chants et des divertissements de
l'Inconnu, comédie iiéroique de Thomas Cor-
neille et de De Visé, jouée au théâtre Guéné-
gaud le 17 novembre 1075; mais cela paraît
peu probable, car à cette époque il n'avait pas
encore accompli sa dix-huitième année. Lalande
a écrit, pour les théâtres de la cour, les ou-
vrages dont voici les titres : 1° Ballet de la
Jeunesse, divertissement en 3 actes et 3 inter-
mèdes, Versailles, 28 janvier 168C; 2" V Amour
fléchi par la Constance, pastorale divisée en
neuf scènes, Fontainebleau, 1697 ; 3" les Folies
de Cardenio, pièce héroï-comique, ballet en
trois actes et en prose, précédé d'un prologue
en vers, « dansé par le roi, dans son château
des Thuilleries, le 13 décembre 1720. »
* LALAXDE (HENRIETTE - Clkmextine
LAMIRAUX-LALAADE, épouse MÉRIC,
connue sous le nom de M""= MER1C-). Cette
grande artiste est morte à Chantilly, près de
Paris, le 7 septembre 1867.
LALEM ( ), compositeur italien, a fait
représenter sur le théâtre de la Concorde, à
Crémone, le 10 février 1868, un opéra semi-
sérieux qui avait pour titre Fornaretto.
LALLIET (C.vsiJiiR-TuÉopniLE), hautboïste
distingué et compositeur pour son instrumejit,
est né à Evreux (Kure), le 5 décembre 1837.
Admis au Conservatoire de Paris, dans la classe
de liaulbois de Verroust, en 1858, il y fit de
rapides progrès, fut admis au concours dès
l'année suivante, remporta le second prix, et
se vil décerner le premier en 1800. M. Lalliet
se fit bientôt remarquer comme virtuose, dans
les concerts, par sa jolie qualité de son, son
style pur et son élégante manière de phraser ;
il se fit applaïuiir surtout aux Concerts-Danbé
et dans les intéressantes séances de la Société
clas.^ique. Il lait depuis plusieurs années partie
de l'orchestre de l'Opéra. Cet artiste s'est fait
connaître aussi par la publication d'un certain
nombre de morceaux pour hautbois avec ac-
compagnement d orchestre ou de piano, parmi
lesquels je signalerai les suivants : Fantaisie
de concert sur un thème populaire de Frédéric
Uérat, op. 4, Paris, Gérard ; Fantaisie sur Lu-
cie de Lamermoor, op. 18, Paris, Crus; Sou-'
venir de Berlin, fantaisie sur un thème ori-
ginal, Paris, Gérard ; Echos des Bois, fan-
liiisie originale; Fantaisie sur Marlha, Paris,
Braudus; Préluiie et Variations sur le Car-
naval de Venise, etc., elc. M. Lalliet a publié
aussi un Terzetto pour piano, hautbo'is et bas-
son, op. 22, Paris, Maho.
LALLOUETTE (Ambroise), écrivain fran-
çais du dix-septième siècle, est l'auteur d'un
petit ouvrage publié sous ce titre : Histoire
abrégée des ouvrages latins, italiens et fran-
çois pour et contre la comédie et l'opéra,
OriiMi^ 16';.7, tn 12.
"^LALLOYAU ( ), est le nom d'un ar-
tiste obscur, qui écrivit la musique de trois
ballets-pantoinirnes représentés vers 1772 sur le
théâtre de Nicolet : 1° le Bavissemeni d'Eu-
rope; 2° la Descente d'Enée aux Enfers;
3° le Triomphe de famour conjugal.
LALO (Edouard), violoniste, compositeur
distingué et l'un des représentants les plus in-
téressants et les mieux doués de la nouvelle
école musicale française, est né vers 1830 et a
lait ses études musicales au Conservatoire de
Lille, sous la direction d'un professeur alle-
mand nommé Baumann. Il vint ensuite à Paris,
et, tout en se faisant remarquer comme exécu-
tant eu tenant la partie d'alto dans les séances
de musique de chambre fondées par MM. Ar-
mingàud et Léon Jacquard, il se livra à la
composition et commença à publier des mélo-
dies vocales et quelques œuvres instrumentales.
Pourvu d'une éducation très-solide, doué de
réelles aptitudes et d'un sentiment <]e l'art
très-élevé, soucieux à la fois du fond et de la
forme, M. Lalo, qui était évidemment en avance
sur le goût public, entrevoyait un idéal auquel
songeaient alors bien peu de musiciens. Ses
tendances progressives se faisaient jour dans
ses premières œuvres; aussi celles-ci, qui
furent remarquées en Allemagne, i)asjèrent à
Paris tout à tait inaperçues. 11 faut remarquer
qu'à cette époque, le terrain nuisical était
infesté de ces pioduclions sans saveur et sans
valeur qu'on a|)pelait fantai.^ies, variations,
transcriptions, etc., et qui, coulées toutes dans
un moule uniforme et prenant pour base des
motifs populaires et des thèmes d'opéras en
vogue, ne laissaient place à aucune person-
nalité.
Le résultat négatif ((u'il avait obtenu avec
ses premières publications découragea le jeune
compositeur, et fit naître dans son esprit ce
doute si afiligeanf, si douloureux et si cruel
LALO
67
pour les véritables artistes. Ces premiers tra-
vaux étaient considérables, et comprenaient
2 trios pour piano, violon et violoncelle, un
quatuor pour instruments à cordes, une sonate
pour piano et violon, une série de six mélodies
vocales sur des paroles de Victor Hugo, et
plusieurs morceaux de moindre importance.
Outre cela, M. Lalo avait composé deux sym-
phonies et deux quintettes qui n'ont jamais
été publiés. Devant l'indifférence du public,
il fut pris d'une véritable défaillance intellec-
tuelle, et, renonçant à la lutte, il s'abstint abso-
lument d'écrire pendant plusieurs années.
Cependant, tandis qu'il avait tort de se dé-
courager, le goiU public, activé par l'intelli-
gente impulsion que M. Carvaibo avait donnée
au Tliéàlre-Lyrique, stimulé par la fondation
des Concerts populaires de M. Pasdeloup, su-
bissait une évolution vraiment magnilique,
et l'art commençait à marcher dans une voie
nouvelle, où il devait se transformer et se
régénérer. M. Lalo commença à regretter l'état
d'engourdissement dans lequel il s'était laissé
tomber, et bientôt l'annonce des trois concours
ouverts simultanément dans nos trois théâtres
lyriques vint le réveiller tout à fait de sa tor-
peur. Absolument hostile au genre de l'opéra-
comique (comme quelques-uns des membres
de notre jeune école musicale, qui ont le tort
d'être exclusifs et de repousser d'instinct cer-
laines formes de l'art), mais d'ailleurs se con-
formant à ses goûts naturels, M. Lalo songea
à prendre part au concours du Theàtre-Lyri-
q ue, et écrivit, sur un poème qui lui avait été
fourni par M. Charles Beauquier (Voyez ce
nom), un grand opéra en trois actes, intitulé
Fiesque. Cette œuvre remarquable et empreinte
d'un grand souffle, dont la [sartition pour piano
et chant a été publiée depuis lors et dont
plusieurs fragments ont été exécutés avec
succès dans des concerts, n'obtint pas le prix,
qui fut décerné au Magnifique, de M. Pliili-
pot (Voyez ce nom); mais sur sept ouvrages
qui furent mentionnés avec éloges par le jury,
Fiesque fut placé en troisième ligne, à un
rang extrêmement honorable (1).
Toutefois, ce n'était là qu'un succès négatif,
puisque Fiesque ne pouvait être joué au Théâ-
tre-Lyrique. Un membre du jury parla de
l'ouvrage à M. Perrin, alors directeur de l'Opé-
ra, qui voulut l'entendre et qui fut frappé des
qualités de la musique, mais qui trouva le
(1) Entre le Magnifique et Fiesque, la partition tqiii
obtint le n" 2 était la Coupe et les Lèvres, de M. Canoby.
Cinquante-deux compositeurs avaient pris part au con-
cours.
poème défectueux et proposa de le faire re-
manier. Cette condition acceptée, les lenteurs
ordinaires se produisirent, et, finalement,
M. Lalo retira sa parti lion et la publia. Quel-
ques années après, et sur une intervention de
M. Gounod, M. Yachot, directeur du théâtre
de la Monnaie de Bruxelles, s'engagea à repré-
senter Fiesque, et distribua aussitôt les rôles
|>rincipaux à M"*' Annah Slernherg (aujourd'hui
jyjme Yaucorbell) et Van Edeisberg, à MM.Warot
et Lassalle. L'ouvrage allait être mis en répé-
tition lorsqu'un désaccord survint entre la
direction du théâtre et la municipalité de
Bruxelles, désaccord à la suite duquel M. Ya-
chot donna sa démission. Fiesque rentra déci-
dément dans les cartons, et jusqu'ici l'auteur
n'a pu tirer parti de cette œuvre fort distin-
guée à beaucoup d'égards.
Néanmoins , et malgré tous ces déboires ,
M. Lalo avait repris courage en voyant que le
public français était redevenu accessible aux
grandes œuvres et aux manifestations les plus
nobles de l'art. Après avoir publié plusieurs jolies
mélodies nouvelles , après avoir composé un
Divertissement pour orchestre, productioo
remarquable et qui obtint dans les concerts un
succès légitime , il se remit à l'a^uvre et com-
mença un opéra, .S'fli'OHaro/e (paroles de M. Ar-
mand Silvestre). Puis, sur la demande de
M. Sarasate, il écrivit pour ce virtuose un con-
certo de violon avec accompagnement d'orches-
tre, qui fut exécuté par lui au Concert national
(18 janvier 1874), et ensuite aux Concerts popu-
laires. Cette composition, conçue dans un grand
style, instrumentée avec une puissance réelle,
est, à mon sens, trop développée, et les qualités
■qui la distinguent ne sont pas, me semble-t-il,
celles qui doivent constituer une œuvre de ce
genre. Son succès, toutefois, ne fut pas douteux,
et le talent de M Sarasate s'exerça avec autant
de bonheuB, l'année suivante, sur un second
concerto auquel M. Lalo donna, je ne sais trop
pourquoi, le titre de Symphonie esiiagnole.
Depuis lors, M. Lalo a fait entendre encore au
public les productions suivantes : Allegro sym-
idionique (Concerts populaires. Janvier 1S7G);
Concerto pour violoncelle, exécuté par M. Fis-
cher (Concerts populaires, 9 Décembre 1877);
Ouvertoire du Roi cPYs, opéra inédit (Con-
certs populaires, puis Concerts du Conserva-
toire).
M. Lalo fait partie de ce petit groupe d'ar-
tistes fort distingués qui, depuis quelques années,
ont révélé au public les nouvelles tendances de
l'école française, et qui ont su se faire écouter
avec plaisir et sympathie; il a pris place à côté
G8
LALO — LA MADELAINE
du pauvre Bizef, mort si jeune, de MM. Masse-
net, Ernest Guiraud , Théodore Dubois et de
quelques autres , et a obtenu des succès incon-
testés, dus à ses qualités incontestables. Ces
qualih's sont la clarté, réléi^ance, l'art des déve-
loppements, une grande habileté dans le manie-
ment de l'orchestre, et avec cela le style, la
couleur, et parfois la passion. En un mot ,
M. Lalo a su jouer un rôle ]>ersonnel dans le
mouvement auquel prennent part tant de jeunes
artistes , et cela seul prouve en faveur de ses
facultés. Il ne lui manque, peut-être, que d'être
un peu moins chatouilleux en ce qui concerne
la critique , de conserver son sang-froid devant
les observations qui peuvent lui être adressées,
et de ne pas prendre pour ennemis les artistes
sincères qui accompagnent leurs éloges de réser-
ves et de conseils absolument désintéressés.
Voici la liste des œuvres de M. Lalo, publiées
jusqu'à ce jour. — Musique instrumentale.
Ouverture de Fiesque (partition à grand orches-
tre), Paris, Durand et Schœnewerk ; — Diver-
tissement pour orchestre (réduction pour ])iano,
par M. J. Massenet), Paris, Hartmann; — Con-
certo pour violon avec accompagnement d'or-
chestre (grande partition et réduction pour piano),
op. 20, Paris, Durand et Schœnewerk ; — Sym-
phonie espagnole pour violon principal et
orchestre (grande partition et réduction pour
piano), op. 21, id., id. ; — Quatuor en 7ni bémol
majeur, pour 2 violons, alto et violoncelle, op.
19, Paris, Maho; — 1" trio pour piano, violon
et violoncelle, Paris, Richanlt ; — 2'^ trio, en si
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris,
Maho; — Sonate pour piano et violon, Paris,
Ledentu ; — Grand duo concertant pour piano
et violon, op. 12, Paris, Benacci-Peschier; —
Sonate pour piano et violoncelle, Paris, Hart-
mann; — Chanson villageoise et Sérénade, pour
piano et violon ou violoncelle, op. 14, Paris,
Maho; — Allegro en mi bémol m^enr pour
piano et violoncelle, op. le, id., id, ; — Soirées
parisiennes (en société avec M. Charles >Vclile-,
3 morceaux caractéristiques pour piano et violon
(1. Ballade; 2. Menuet; 3. Idylle), op. 18, l^aris,
Lemoine; — Arlequin, esquisse caractéristique
pour violon ou violoncelle, avec accoMq)agne-
ment de piano, Paris, Gérard ; — 2 Impromptus
(1. Espérance; 2. Insouciance) , pour violon,
avec accomitagnemenl de piano, op. 4, Paiis,
Lemoine; — Pastorale et Scherzetto jiour violon,
avec accompagnement de piano, Paris, Richault.
— Musique vocale. Fie^que, grand opéra en
3 actes (partition pour chant et piano) , Paris ,
Hartmann ; — Six Mélodies, sur des poésies de
Victor Hugo, op. 17, Paris, Maho; — Trois
Mélodies, sur des vers d'Alfred de Musset, Paris,
Harlmann ; — la Captive, Souvenir, la Fenai-
son, BalUide à la lune, mélodies vocales.
LAM.\I)KLAIi\E(Étienne-Jean-Baptiste-
NicoLAs MAI)ELAIi\E, dit Stéphen DK),
musicien et écrivain français', naquit à Dijon le
16 avril 1801. Après avoir fait ses études litté-
raires à Metz, il vmtàParis en 1825, pour passer
l'examen du doctorat ès-lettres , mais le .sort
décida autrement de .son avenir. Stéphen de La
Madelaine était doué d'une superbe voix de
basse-taille ; on l'engagea à se pré.senter au Con-
servatoire, dont il suivit les cours pendant deux
ans, tout en faisant son service de chanteur
récitant à la chapelle et à la musique particulière
de Charles X, où les ducs de Damas et de Blacas,
gentilshonunes de la chambre du roi, l'avaient
fait entrer. Cependant, malgré ces premiers
succès , il n'embrassa pas aussitôt la carrière
musicale, et entra vers 1833 dans l'administra-
tion, en qualité de chef de bureau à la direction
des beaux-arts du ministère de l'intérieur.
A partir de ce moment, il occupa ses loisirs à
écrire des feuilletons, des articles de revues et
quelques petits romans d'éducation dont il se
fit plusieurs éditions; c'est ainsi qu'il rédigea
pendant quelque temps le feuilleton musical du
Courrier français, et qu'il publia successive-
ment : Scènes de la vie adolescente, Après le
travail, le Curé de campagne, etc. Cependant,
il finit par se livrer au profe.ssorat, et c'est alors
qu'il offrit au public plusieurs écrits relatifs à
l'enseignement vocal, qui lui firent une réputa-
tion. Son premier ouvrage en ce genre fut la
Physiologie du chant (Paris, Desloges, 1840,
in- 10), bientôt suivi des Théories complètes
du chant (Paris, Amyot, s. d.,in-8°); le pre-
mier fut traduit successivement en italien, en
anglais et en allemand, et le second fut approuvé
par l'institut de France et adopté par plusieurs
Conservatoires de l'étranger.
Mais Stéphen de la Madelaine songeait à une
innovation dans l'enseignement du chant, qui, si
l'on en savait profiter, |)ourrait rendre d'im-
menses services, en ce sens qu'elle perpétuerait
les bonnes traditions de l'art : il songeait à aider
l'enseignement oral par l'enseignement écrit.
Prenant un jour pour texte de ses observations
un air célèbre, il s'avisa d'annoter cet air période
par période, phrase par phrase, mesure par
mesure, indiquant sous chaque fragment, sous
( haque note, l'infiexion, le caractère, le degré
d'intensité sonore (ju'il fallait lui doinier; c'était
une interprétation complote, détaillée, de l'air
en question, tellement complète et tellement
détaillée qu'un élève n'avait qu'à étudier le
LA MADELAINE — LAMBERTI
69
morceau d'après les observations écrites, à le
travailler dans le sens indiqué, pour s'en rendre
maître et le chanter comme il convient, et cela
sans le secours d'un [trofesseur.
Le premier air que Stéphen de la Madelaine
interpréta ainsi et qui lui servit à faire une
« leçon écrite, » était celui d'Agathe dans le
Fre'ischûlz. Il adressa cette leçon à l'Académie
des l)eau\-arts, qui en fit l'objet d'un rapport
très-élogieux, trop élogieux peut-être; car si
l'idée était excellente, sa mise en pratique ne
laissait pas que de donner lieu à quelques cri-
tiques. Entre autres choses, le professeur avait
le tort grave non-seulement de ne point engager
les élèves au respect absolu du texte musical,
mais même d'encourager les altérations qu'ils
pourraient apporter à ce texte sous forme de
points d'orgue, ports de voix, etc., s'en remet-
tant pour cela à leur goût et <à leur sagacité.
Or, je ne sache pas de goût au monde qui puisse
encourager un chanteur dans cette voie déplo-
rable; le compositeur écrit sa musique comme
il veut qu'elle soit chantée, et aucun interprète
ne peut se reconnaître le droit de modifier sa
pensée d'une façon quelconque. Cette réserve
faite, le procédé pédagogique «le .Stéphen de la
Madelaine restait excellent, et lorsqu'il se trou-
vera un grand maître pour l'appliquer, il pourra
produire de merveilleux résultats.
De la Madelaine ne s'en tint pas à l'air du
Freischiitz; il en annota ainsi plusieurs autres :
celui d'Eléazar, dans la Juive; celui de lîosine,
dans le Barbier de Séville ; les .«stances de
Racliel, dans la Juive; l'air de I^'igaro, dans le
I\'ozze di Figaro; enfin l'air célèbre attribué à
Stradella. Il publia alors cette série de leçons
sous le litre d'Études pratiques de sltjle vocal
(Paris, Albanel, 1868, 2 vol. in- 12), en les
accompagnant de très-bonnes observations sur
les divers styles de la musique vocale, et de très-
utiles consiilérations sur l'enseignement élémen-
taire du chant.
L'excellent professeur eut à peine le temps de
voir s'établir le succès de son dernier ouvrage.
Trois mois environ après la publication de
celui-ci, il mourait à Paris, non le 4, comme il
a été dit par erreur dans le Dictionnaire des
contemporains, mais le jeudi 3 septembre 18G8.
— Stéphen de la Madelaine avait été rédacteur
en chef du journal \ Univers musical, et avait
été le collaborateur de la Revue et Gazette
musicale de Paris.
LAMAZOU (L'abbé), vicaire de l'église de
la Madeleine, à Paris, s'est occupé des questions
relatives à la musique religieuse, et a publié
l'écrit suivant : Èlxide sur la facture d'orgue
ancienne et moderne, et description de l'or-
gue monumental de Saint-Sulpice- {Pm-'x^,,
Repos, s. d. [18<)2J, in-8'' avec planches). On lui
doit aussi une biographie de Lcfébure-Wély,
publiée dans i" Illustration musicale Ju même
éditeur, et un troisième opuscule, intitulé VOr-
(?Me (Paris, Ledoyen, in-8" isô.'j).
LAMBERT (Nicolas), luthier, était établi
maître à Paris en 1745. On n'a point de rensei-
gnements sur cet artiste. On sait seulement (pi'il
était mort en 178.3, et qu'à cette époque sa
veuve continuait son commerce. JNicolas Lambert
était sans doute le fils ou le frère du luthier
Lambert, établi à Nancy au milieu du dix-hui-
tième .siècle, et dont il est question au t. V de la
Biographie universelle des Musiciens.
* LAMBERT (Cii acles), est mort à l-:vreux
le 23 décembre 1865. Cet artiste avait obtenu
au Conservatoire, eu 1809, un premier prix de
piano, et s'était voué ensuite à l'enseignement.
On assure qu'il fut le premier maître et l'ami
d'Halôvy.
LAMBERT (Georc.es), musicien français,
mort il y a environ vingt ans , n'est connu que
par la libéralité dont il a fait preuve envers les
artistes , en créant un prix que l'Académie
française et l'Académie des beaux-arts ont été
chargées par lui de décerner chaque année.
K Ce prix, dit à ce sujet le compte-rendu annuel
des séances publiques de cette dernière compa-
gnie, est destiné par le testateur, ancien compo-
siteur et professeur de musique, à être décerné
chaque année, par l'Académie française et par
l'Académie des beaux-arts, à un hou. me de
lettres, ou à un artiste, ou à la veuve d'un artiste
honorable, comme marque publique d'estime. »
Je n'ai pu recueillir aucun renseignement tou-
chant la vie ou la carrière de cet homme géné-
reux, dont la double fondation artistique a pris
le nom (\& prix Georges Lambert.
LAMBliRTI ( ), compositeur italien,
né, je crois, à Cuneo, et depuis longtemps fixé à
Turin , s'est fait connaître par deux opéras
représentés en cette ville , Leila di Granata,
donné avec succès au théâtre Gerbino, en 1857,
et Malek-Adel. Il a fait exécuter en 1861,
dans l'église San-Giovanni, aux funérailles du
roi Charles-Albert, une messe avec orchestre,
qui est considérée comme une oeuvre extrême-
ment remarquable, et il a fait entendre, lors
du mariage de la princesse Pie, tille du roi
Victor-Emmanuel, avec le roi don Louis de
Portugal, une cantate en froi-; parties, écrite
sur des paroles du poète nernin/.one, et dont
on dit beaucoup de bien. Les Ilaliens tien-
nent M. Lamberti pour un artiste extrêmement
70
LAMBERTI — L AMOUREUX
dislingné, remarquable au double point de vue
du savoir et de rimaginafion, et qui fait véritable-
ment iionneur à leur pays.
* L.\MHERTL\I (Jr.\N-TnoM\s), prtMre et
compositeur, né à Bologne, était, non pas vice-
maîtro de chapelle de l'i'glise de San-Lorenzo,
maischapiMaiu, copiste et diantre de la colléi^iaie
de San-Pelronio, de Bologne, à'partirde l'année
1545. Sa mauvaise conduite lui donna plus d'une
fois maille à partir avec le chapitre deceite église,
qui finit par le rayer de la liste des chapelains.
En 15C9 pourtant, Lambertini, que la bonté du
cardinal Paleotti avait empêché de tomber dans
une entière disgrâce, faisait encore partie du per-
sonnel de la chapelle de San-Petronio ; mais en
1573 il était à Rome, auprès de son protecteur
le cardinal Ottone Truclises, qui, dans sa jeu-
nesse, l'avait attaché à son service comme musi-
cien, et chez lequel il se retrouva peut-être dans
la même situation. A partir de cette époque, on
n'a' plus de renseignements sur lui. Ceux qui
sont résumés ici ont été empruntés à l'excellent
écrit de M. Gaspari (T'oy. ce nom) : Memorie
risguardanti la stor'm deWartc musicale in
Bologna al XVI secolo.
* LAMBILLOTTE (Le P. Louis), est mort
au collège de Vaugirard, près Paris, le 27 février
1855. Il a été l'objet du travail suivant : Louis
Lambillotte et ses frères, par M. Mathieu de
Monter (Paris, Régis-Ruffet, I871,in-12 avec
portrait et autographes).
Le P. Louis Lambillotte avait deux frères, qui.
comme lui, avaient embrassé l'état ecclésastiqiie,
et, qui , comme lui aussi musiciens, avaient
composé des œuvres nombreuses. Le cadet,
François, né à la Hamaide en 1802 , mourut à
Fribourg en 1836 ; le plus jeune, Joseph, né dans
le même village en 1805, mourut en France, au
collège des Jésuites de St-Acheul (1). Un éditeur,
M. Gambogi, a entrepris, il y a quelques années,
la publication des œuvres poslluimes des trois
frères. Celle des œuvres complètes de ces trois
compositeurs a été entreprise et se poursuit
activement par les soins de la maison Rrandiis.
LAAIOMXARY ( ), compositeur,
vivait à Valenciennes dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. 11 a publié, outre plusieurs
livres de duos ou sonates pour violon et violon-
celle, un recueil de Six Quatuors en symphonie
pour deux violons, alto, violoncelle obligé et
orgnnn.
LAMOTTE (Nicoi.\s-Antonv), compositeur
de musiqnc de danse, est né en 1819 à Beaurieiix
(l) Louis I.nmbillolte, comme ses frères, 'est né non à
Cliarleroi, mais au petit village de I.a Hamaide, situé
près de celle ville.
(Aisne). Il apprit la musique à la maîtrise de
Soissons, où il fut enfant de chcpur, fit ensuite
de bonnes études littéraires au petit séminaire de
Laon, et de là passa, pour y faire sa philosophie,
au grand séminaire de Soissons. Son père voulait
lui voir embrasser la carrière ecclésiastique,
mais le jeune homme n'y voulut pas consentir.
Après avoir passé deux années comme professeur
ou maître d'études dans diverses institutions,
après avoir servi pendant une autre année, il se
remit à l'élude de la musique, qu'il aimait avec
passion, se livra à la composition, et écrivit deux
messes qui furent exécutées dans l'église de
Ham. Mais il était encore inexpérimenté , et
reconnaissait la nécessité de travailler sérieuse-
ment. II vint à Paris, oîi il suivit un cours
d'harmonie avec M. Ehvart, et bientôt se lit
connaître par la publication d'une foule de mor-
ceaux de musique de danse, qui se distinguaient
par la grâce de la forme, l'élégance et la fraîcheur
des mélodies. Vers 1850, il devint chef d'orches-
Ire du bal du Chàteau-d'Eau, d'où il passa à la
salle Bai'lhélemy, puisa la salle Valentino, faisant
exécuter et connaître ses compositions dans ces
divers établissements. En 1857, il fut appelé à
Londres pour y conduire l'orchestre de danse
d'Argyll-Rooms, et il y obtint de grands succès.
Depuis plusieurs années, il est revenu se fixer
à Paris. M. Antony Lamotte n'a pas composé
moins de quatre à cinq cents morceaux de
musique de danse, presque tous publiés.
On a publié sur cet artiste : Biographie d''An-
iony Lamotte, par A. de Rolland (Lyon, impr.
Chanoine, 1863, in-t8).
LAMOUREUX (Chaules), violoniste et
chef d'orchestre, naquit à Bordeaux, le 28 sep-
tembre 1834. Après avoir commencé en cette
ville l'étude du violon sous la direction d'un
artiste distingué, M. Beaudoin, il fut envoyé par
sa famille à Paris ^ el entra en 1850 au Conser-
vatoire, dans la classe de Girard, alors chef
d'orchestre de l'Opéra. Ayant obtenu un second
accessit en 1852, il se vit décerner le second
prix au concouis de 1853, et le premier l'année
suivante. 11 avait d'abord appartenu à l'orchestre
du Gymnase en qualité de premier violon, et bien-
tôt entra à celui de l'Opéra, où il resta plusieurs
années. A[)rès avoir fait de bonnes études d'har-
monie avec M. Tolbecque, avoir suivi ensuite le
cours de contrepoint de Leborne au Conserva-
toire, et eiilin terminé ses études théoriques avec
Chauvet {Voyez ce nom), M. Lamoureiix se livra
à l'enseignement, et fonda une société de musi-
que de chambre dont les séances étaient très-
suivies, et dans laquelle il avait pour partenaires
MM. Colonne, Adam et Rignault.
LAMOUREUX — LAMPERT
71
Virtuose extrêmement distingué, artiste fort
intelligent, esprit largement ouvert à tontes les
grandes manifestiitionsdel'art musical, M. Lamou-
reux, qui, après avoir été admis à la Société des
concerts du Conservatoire, était devenu second
chef d'orchestre de cette illustre association,
rêvait de doter son pays d'une institution d'un
nouveau genre. Après avoir fait plusieurs voyages
en Allemagne et en Angleterre, s'être lié avec
deux célèbres chefs d'orchestre, MM. Ferdinand
Hiller et Michaël Costa, avoir admiré les incom-
parables exécutions d'oratorios qui avaient lieu
sous la direction de ces deux grands artistes, il
étudia les moyens pratiques à l'aide desquels il
pourrait, à son tour, faire connaître à la France
les œuvres immortelles des Rach, des Ha'ndel et
des Mendelssohn , qui jusqu'à présent étaient
restées pour elle presqu'à l'étal de lettre morte,
et dont elle n'avait entendu que de rares frag-
ments, exécutés dans des conditions lainentabies.
A la suite de quelques tâtonnements, de quelques
essais un peu timides qui ne firent pourtant que
le confirmer dans la pensée d'un succès final,
M. Lamoureux finit par concevoir un plan qui
devait le mener victorieusement au but vers
lequel il t( ndait.
En dépit de tous les obstacles qui étaient semés
sur son chemin, malgré le mauvais vouloir qu'il
rencontrait de divers côtés , les jalousies qu'il
excitait contre lui, M. Lamoureux, à l'aide de
ses seules forces, de ses seules ressources, fonda
en 1873 une société dite de l'Harmonie sacrée,
organisée à l'instar de la Sacred harmonie
Society de Londres. Il forma un orchestre, un
personnel choral nombreux, se mit énergique-
ment à l'œuvre, el à la fin de 1873 des affiches
apposées sur les murs de Paris annonçaient
qu'une première audition du Messie, oratorio
de Hœndel, aurait lieu le 19 décembre dans la
salle du Cirque des Champs-Elysées. Les soli
du chel'-d'(Tuvre de Hfendel étaient chantés par
quatre élèves du Conservatoire, M^'" Belgirard
et Armandi, MM. Vergnet et Dufriche-, l'orgue
était tenu par M. Henri Fissot; l'orchestre et les
chœurs étaient dirigés par M. Charles Lamou-
reux. L'exécution fut admirable, et le public,
pénétré de la grandeur de l'œuvre qui lui était
offerte pour la première fois , aux prises avec
des sensations jusqu'alors inconnues pour lui, fit
l'accueil le plus enthousiaste à -cette œuvre,
ainsi qu'à l'artiste énergique et convaincu qui
i'in liait si courageusement à ses beautés. De
ce jour, l'oratorio était acclimaté en France, une
nouvelle source d'émotions était ouverte au
public, et M. Lamoureux avait donné à son pays
l'institution qui lui manquait.
Plusieurs auditions du Messie suffirent à
peine à satisfaire les désirs de la foule. Après
cet ouvrage, M. Lamoureux fit entendre la Pas-
sion de Jean-Sébastien Bach, puis, la saison
suivante, il remporta un nouveau triomphe en
faisant exécuter, avec un succès colossal, le Judas
Mochabée de Hœndel. S'onlaiit varier ses pro-
grammes, et, tout en faisant connaître les chets-
d'o'uvre consacrés, réserver une place à l'élément
contemporain, il produisit aussi la cantate de
M. Gounod intitulée Gallia, et une œuvre char-
mante el encore inédite de M. Massenet {Voij. ce
nom), Eve, « mystère » en trois parties. L'une
et l'autre furent accueillies avec la plus grande
faveur, et assurèrent définitivement le succès de
la Société de l'Harmonie sacrée et de son excel-
lent directeur.
Les séances de cette Société révélèrent du
premier coup, en M. Charles Lamoureux, un
chef d'oichestre de premier ordre, soigneux de
l'exécution jusque dans ses moindres détails,
sachant préparer les études avec une patience,
une intelligence et un sentiment musical bien
difficiles à rencontrer à un pareil degré, joignant
enfin, dans la direction, la précision et la fermeté
à la chaleur et à l'enthousiasme, et sachant
retenir dans ses écarts possibles le personnel
placé sous ses ordres en même temps qu'il lui
communique son ardeur et le feu dont il est
animé.
M. Lamoureux fut chargé, en î875, de la
direction musicale des grandes fêtes données à
Rouen pour la célébration du centenaire de
Boieldieu. Lorsque, Tannée suivante, M. Car-
valho fut nommé directeur de l'Opéra-Comique
en remplacement de M. du Locle, il s'empressa
d'attacher à ce théâtre, comme chef d'orchestre,
un artiste si distingué et si digne en tous points
de remplir ces difficiles fonctions. Cependant ,
au bout de quelques mois, des diflicidtés s'étant
élevées entre la direction de l'Opéra-Comique et
M. Lamoureux, ce dernier crut devoir se retirer
et donna sa démission. Peu de temps après, c'est-
à-dire vers le milieu de 1877, il fut appelé à
l'Opéra pour succéder, dans les fonctions de
premier chef d'orchestre, à M. Deldevez, qui
allait prendre sa retraite. Il est aujourd'hui en
possession de cet emploi.
LAMPERT (Ernest), pianiste, chef d'or-
chestre et compositeur, né à Gotha le 3 juillet
1818, fut à Weimar élève de Hummel pour le
piano, et reçut ensuite à Cassel des leçons de
composition de Morilz Hauptmann. Devenu con-
certmeister en 1844, il fut, en 1855, nommé
maître de chapelle à Gotha où il réside encore
aujourd'hui. M. Lampert a écrit la musique de
72
LAMPERT — LANCi
quatre opéras qui ont été représentés à Cobourg
et à Gotha, et dont j'ignore les titres; il a com-
posé en outre dos ouvertures, des cantates, et
divers morceaux pour instruments à cordes et
pour piano.
LAMPERTI (Francesco), professeur de
.chant au Conservatoire de Milan, est né à Savone
le 11 mars 1813. Cet artiste jouit non-seulement
à Milan, non-seulement en Italie, mais par toute
l'Europe, d'une éclatante renommée, et depuis
1850, époque où il a été chargé d'une classe de
chant au Conservatoire de Milan , il a formé un
nombre incalculable d'élèves, parmi lesquels on
signale M™«' Waldmann, Teresina Stolz, Emma
Albani, MM. Campanini, Collini, etc.; on assure
qu'il est le dernier dépositaire des traditions de
la grande école du chant italien; aussi, tous
ceux de nos chanteurs français qui, depuis vingt
ans et plus, ont voulu aborder la carrière ita-
lienne, n'ont jamais manqué de se rendre auprès
de lui pour recevoir ses leçons et ses conseils.
Après une longue carrière entièrement vouée à
l'enseignement , M. Francesco Lamperti a pris
sa retraite au mois d'avril 187G. On lui doit les
ouvrages suivants : 1° Guide théorico-prafique
élémentaire pour Vétude du chant, dédié à
ses élèves du Conservatoire de musique de Milan
(Milan, Ricordi); 2" Exercices journaliers pour
soprano ou mezzo-soprano (id., id.) ; 3" Études
de bravoure pour soprano, approuvées par le
Conscrvaloire de Milan (id., id.), 4° Observa-
tions et conseils S2ir le trille (id., id.) ; b° 8 Sol-
fèges dans le style moderne, pour soprano et
mezzo-soprano.
Un professeur de chant du même nom, M. G.-
B. Lamperti, a publié à Milan, chez l'éditeur
Lucca, un ouvrage intitulé École de chant,
contenant six solfèges et six vocahses pour
soprano, mezzo-soprano ou contralto, ténor et
baryton, avec accompagnement de piano, et un
recueil de 12 Vocalises pour soprano. J'ignore
si cel artiste est parent du précédent.
* LA.\I1»UGI\A1XI (Jean-Baptiste), a écrit,
outre les ouvrages dramatiques signalés à son
nom, un opéra bouffe intitulé la Scuola délie
Cantatrici, et un opéra sérieux, VOlimpiade,
qui fut représenté, je crois, en Italie, vers 17jO.
LAMY (Muiiii.), prêtre et musicien, fut
maître de la chapelle de la cathédrale de Rouen
de 1C07 au mois de mars 1728, et fit entendre en
cette église plusieurs messes de sa composilioii.
LAACIAAI (Fi.Avio), com()ositeur italien,
né dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
est l'auteur d'un oratorio intitulé Sanlu Clolilde,
reina di Francia, qui fut exécuté à Rologne
en I70i. a:-: .'.,;
* LAAXTIN (Charles-François Honoré) ,
dit DUQlJI>:SI\OY, n'est pas né en Belgique
en 17yj, mais en France, à Beauvais (Oise), le
18 mai 17ôS. Pendant le long séjour qu'il fit à
Bruxelles comme chanteur, avant de se rendre
à Hambourg, Duquesnoy écrivit la musique de
trois ouvrages qu'il lit représenter dans la capi-
tale de la Belgique : 1" Âlmanzor ou le Triom-
phe de la gloire, grand opéra ballet en 2 actes
(et en vers libres, paroles de d'Aumale de Cor-
sanville) , 1787; 2° le Mystificateur mystifié,
opéra-comique en 3 actes, vers 1789 ; 3° le Prix
des .'\rts ou In Fête flamande, opéra en un acte,
20 juin 1791. Un peu plus tard, à Hambourg,
il composa une cantate , le Vœu des Muses
reconnaissantes, qui fnt CNécutée en cette ville,
dans le cours de l'année 1795, avec un très-
grand succès.
Avant de faire , comme chanteur, la fortune
du théâtre de Bruxelles, cet artiste avait tenu en
double, de 1781 à 1786, l'emploi de haute-contre
à l'Opéra. Son début à ce théâtre s'effectua le
2'( janvier 1781, par le rôle de Colin du Devin
du village, et ce début donna lieu à une singu-
lière méprise de la part de V Almanach musical
qui, sans doute par la plume de deux rédacteurs
différents, l'enregistre en partie double, avec
réflexions à l'appui, d'abord au nom de Duques-
noy, puis à celui de Lanctin.
LAADVVIAG (Marc), compositeur, né à
Zug, en Suisse, en 1759, entra au couvent d Ein-
siedeln à l'âge de dix-huit ans, et y trouva la
facilité de développer ses rares dis[)ositions pour
la musique. On lui doit l'ouvrage suivant : Anli-
phona Mariana Suive Regina in cantu chorali
cum 3 vocibus (Einsiedeln, Œcbslin, 1787),
dont une seconde édition a été faite en 1790. On
chaule encore aujourd'hui, à Einsiedeln , un
Benedictus Dominus Detis de la composition
de Marc Eandwing. Cet artiste mourut en 1813.
* LAA'G (Jost;i'iiiNE). Une artiste de ce nom,
qui me paraît devoir être la cantatrice dont il est
parlé au tome V de la Biographie universelle
des Musiciens, s'est fait eoniiaitre comme com-
positeur par la publication d'un assez grand
nombre de lieder. Le catalogue des éditeurs
lireitkopf et H;ertel, de Leipzig, en mentionne
deux recueils placés sous les chiffres d'œuvre
14 et 15.
LAXG (Adolphe), violoniste, chef d'orchestre
et compositeur allemand, né ;i Thorn le 10 juin
1830, lit ses études au Conservatoire de Leipzig,
où il resta de 18'i4 à 1847 , et où il fui l'élève
de Ferdinand David pour le Aiolon, de Mcndels-
shon et de Morilz Hauplmann pour la théorie
de l'art et la composilion. Devenu premier violon
LANG — LANGHANS
73
au tliéùtie Friedrich-Willielmstadt de Berlin en
1851, il en fut nommé chef d'orchestre en 1854,
et à partir de ce moment se produisit comme
compositeur, écrivant plusieurs opérettes, faisant
exécuter des marches et des ouvertures, et
publiant des Uexier et divers morceaux de chant.
Cependant, il renonça assez rapidement à la
carrière musicale, et, en 1862, s'établissait à
Thorn, sa ville natale, pour y diriger une maison
de conmierce.
LiV\GE (Gustave), pianiste, professeur et
composilcur, a publié en Allemagne, depuis quel-
ques années , environ 200 morceaux de genre
pour le piano : nocturnes, mélodies,' capfkes,
rondos, etc. Ces compositions, parmi lesquelles
figure une série de 18 pièces intitulées Ica Aqua-
relles, paraissent obtenir un grand succès. On
signale comme étant faites avec goût une nom-
breuse série de tran.scriplions données parM. Lan-
ge des liedcr àë, Sc\\uhtx\ et de Mendelssohn.
Parmi les autres productions de M. Lange, qui
comprennent un grand nombre de fantaisies sur
des mélodies populaires et des motifs d'opéras
célèbres, il faut signaler quelques cruvres plus sé-
rieuses, entre autres un joli quintette pour ins-
truments à vent.
LAXGER (Fbrdinand), violoncelliste, chef
d'orchestre et compositeur dramatique, né en
1839 à Leimem, pi es de Heidelberg, doit, dit-on,
la meilleure partie de son éducation musicale à
.son travail personnel et à sa propre initiative.
Après s'être fait connaître comme violoncelliste, il
voulut se produire comme compositeur drama-
tique, et fit représenter à Manuheim, au mois de
juin 1808, un petit opéra qui avait pour titre
dei Gefœhrliche Nachborschafl [le Voisinage
dangereux). Il devenait peu de temps après
chef d'orchestre du théâtre de IMannheim, et y
donnait, le 18 mars 1873, son second ouvrage
dramati(|uo, un opéra romantique intitulé Dorn-
rœschen [Églantine), qui était écrit sur le sujet
d'un conte de Perrault, la Belle au bois dor-
viant, et qui obtint lui succès très-flatteur.
M. Ferdinand Langer passe pour être en Alle-
magne l'un des partisans les plus décidés et des
soutiens les plus convaincus des idées et des
doctrines de M. Richard Wagner.
Un artiste du même nom, et peut-être parent
de celui-ci, M. Adolphe Langer, s'est fait con-
naître assez récemment par la publication d'une
vingtaine de morceaux de genre pour le piano.
— Un troisième, Gustave Langer, qui apparte-
nait peut-être encore à la même famille, a rempli
les fonctions de chef des choeurs à l'Opéra de
Berlin ; au mois d'avril ou de mai 1876, il a mis
volontairement fin à ses jours en se jetant dans
le Neckar, et son corps a été retrouvé peu après
dans les environs de Heilbronn.
LAIXGERT (Alcuste), compositeur drama-
tique, né en 1830, est depuis longtemps déjà
maître de chapelle du duc de Saxe-Cobourg. Je
«rois que son premier ouvrage théiltral est l'opéra
intitulé la Pucelle d'Orléans , qui fut donné à
Cobourg le 25 décembre 1801. Deux ans après,
le décembre 1863, à l'occasion de l'anniver-
saire de la duchesse de Saxe-Cobourg, il faisait
représenter sur le même théâtre un opéra roman-
tique, des Sxngers Fluch {la Malédiction du
barde), qui obtint un grand succès et fut bientôt
reproduit sur plusieurs autres scènes importantes.
Le 13 mars 1806, cet artiste faisait jouer à
Darmstadt Dona Maria , infante d'Espagne,
opéra dont il avait écrit la musique en société
avec un amateur, M. le comte de Reiset, ancien
ckargé d'alfaires de France, qui prenait en cette
circonstance le pseudonyme anagrammatifiue de
ïesier.
Le nom de M. Langert était déjà favorable-
ment connu lorsque le compositeur produisit à
Cobourg un grand drame lyrique en 3 actes,
les Fabius (26 novembre 1806), qui lui ouvrit
les portes de l'Opéra de lîerlin ; en effet, dix-huit
mois après, en février 1868, ce nouvel ouvrage,
remanié par son auteur, renforcé, agrandi, fai-
sait son apparition dans la capitale de la Prusse.
Quelques critiques reprochèrent alors à M. Lan-
gert un éclectisme un peu trop facile, qui le pous-
sait tantôt du côté de Spontini et de Marschner,.
tantôt sur les routes nouvelles frayées par
MM. Liszt et Richard Wagner, tantôt encore
dans les bras de M. Gounod ; on disait aussi
que la phrase mélodique du compositeur était
généralement courte d'haleine , trop peu déve-
loppée, et que le récitatif prenait une trop large
place dans la structure des morceaux. Quoi qu'il
en soit, M. Langert fit représenter encore h
Leipzig, en 1872, un nouvel opéra, Dornrœschen
(Églantine), qui ne paraît pas avoir obtenu un
grand retentissement. Depuis lors, il n'a pas
reparu à la scène.
Un artiste du même nom que celui dont il est
ici question, M. A. Langert, était, en 1873,
maître de chapelle à Genève, et, à la mort de
Lysberg, le remplaça provisoirement comme pro-
fesseur de la classe supérieure de piano au Con-
servatoire de cette ville.
LAi\GIIANS (GciLr.AL-ME), violoniste, com-
positeur et écrivain sur la musique, est né à
Hambourg le 21 septembre 1832. Élève du
Conservatoire de Leipzig, il y reçut, de 1849
à 1852, des leçons du grand virtuose Ferdinand
David, après quoi il fit partie de l'orchestre du
74
LANGHANS — LAPIERRE
Gevsandhaus et fie celui du théâtre de Leipzig-
Il vient ensuite se peifectionncr à Paris auprès
de M. Alard, puis retourne à lA'ipzi», où il étudie
la composition avec Moritz Ilautpmann et E. F.
Ricliter. Devenu en 1858 concertmeister à Dus-
seldorf, il y épouse bientôt une jeune artiste fort
distinguée, M"'^ Louise Japlia, et tous deux
viennent se faire entendre avec succès à Paris
dans des séances de musique classique. Au bout
de quelque temps, M. Langhans va se fixer déliui-
tivement à Berlin, où , lout en se livrant à l'en-
seignement et à la composition, il commence à se
faire connaître comme écrivain spécial en prenant
part àlarédaction de divers journaux et revues.
Parmi les compositions de M. Langhans, je
signalerai les suivantes -. Quatuor en fa pour
deux violons, alto et violoncelle, couronné en
18G4 au concours ouvert par la Società del
Quarietlo de Florence, sous les auspices tie
M. le docteur Basevi , op. 4; 2 Sonatines pour
piano, op. 18 ; 20 Etudes pour violon ; 2 Recueils
de lieder; Air de Lotti, transcrit pour violon,
avec accompagnement de piano. Comme écrivain
sur la musique, outre sa collaboration à divers
journaux, outre la part trèsactive qu'il a prise
à la rédaction du Musi/ialisches-Conversations-
Lexicon d'Hermann Mendel, M. Langhans a
publié divers écrits, parmi lesquels je citerai les
deux suivants : 1° Dns mxisikalische Vrthell
und seine ambilduncj durch die Erzichunj
{le Jugement musical et son développement
par V instruction), Berlin, 1872; 2° Die Kœnigl.
Hochschide fur Musik zii Berlin ( l'École
royale supérieure de musique à Berlin),
Leipzig, 1873. M. Langhans occupe la chaire
d'histoire de la musique à lu nouvelle Académie
de musique dt^ Berlin.
LAA'tillAiXS (LoiisE JAPHA, épouse),
femme du précédent, pianiste et compositeur de
talent, a été en 185:5, à Dusseldorf, l'élève de
M"^" Clara Schumann, sous la direction de
laquelle elle est devenue une artiste fort distin-
guée. Après son mariage, elle vint se faire enten-
dre et connaître à Paiis, puis retourna en
Allemagne avec son mari. Elle a obtenu comme
virtuose des succès brillants et mérités; en tant
que composite-ur, elle obtint, dit-on, les suffrages
de Schumann, (jui prenait un grand intérêt à ses
production^. Entre autres œuvres publiées, on
connaît d'elle : Drel Gondoliercn {Trois Gon-
do/iers), Hambourg, Scbuberlh ; Blucttcs, Paris,
Flaxland ; iJanse guerrière et Nocturne, Paris,
Hartmann; des lieder, mélodies, etc. Depuis
1874, M""" Louise Langhans s'est (i\ée à Wiesba-
den , où elle ^c livre à l'enseignement et où ses
leçons sont très-recherchées.
I>A WER (JosEPn-FR.4Nçois-CHARLEs), célè-
bre compositeur de musique de danse, est né à
Vienne non le 11 juillet 1802, comme il a été dit
par erreur, mais le 11 avril 1800.
r^ANIXER (Auguste-Joseph), fils du prédé-
dent, violoniste, chef d'orchestre et compositeur
de musique de danse, naquit à Vienne le 23
janvier 1834. Ce jeune artiste, qui donnait de
sérieuses espérances, mourut prématurément en
cette ville, à l'âge de vingt et un ans, le 27 sep-
tembre 1855
* LAWOY (M'"« la comtesse Cléhentine-
JosÉPHiNE-FRANçoisE-TuÉnicsE DE), née prin-
cesse de LOOZ-CORSWAREM, naquit au
château de Gray (Brabanl), le 29 juin 1764 , et
mourut à Liège le 4 juin 1820.
LA\TL\ (J -B ), conseiller au
parlement de Bourgogne, né à Dijon en 1C20,
mort en 1695, était grand amateur de musique
et s'occupait beaucoup de composition. « Il laissa
en manuscrit, dit M. Charles Poisot dans .ses
Musiciens bourguignons , la musique de plus
de trenteodes d'Horace, de VAdjs de Catulle, etc.;
on remarqua son ode d'Huet : Tibi gratcs
zephyris. »
LAAUSSE ( ), artiste ob.scur, qui vivait
à la fin du dix-huitième siècle et au commence-
ment du dix -neuvième, lit représenter deux
opéras-comiques en un acte : au théâtre des
Jeunes-Artistes, le 15 avril 1802, Lanrette; à
la Porte St-.Martin, le 11 octobre suivant, Melzor
et Ziina.
LA ^XTX (PiUL VÉROl\GE DE) , com-
positeur français, est né à Paris, d'une famille
d'artistes, le 29 juin 1853. Son père, pianiste
fort distingué, avait fait ses études au Conserva-
toire, de même que son oncle, mort fort jeune.
Lui-même devint, dans cet établissement, l'élève
de M. François Bazin, et après avoir obtenu un
premier prix de fugue en 1872, se présenta au
concours de Rome et rem|iorla le second grand
prix de composition en 1874; en 1876, il se
voyait décerner le deuxième |)renrier grand prix
pour sa cantate intitulée Judith, tandis que son
camarade, M. Hillemacher , reuq)ortait le pre-
mier grand prix. M. de la Nux occupait à celte
époque l'emploi d'accompagnateur au théâtre de
la Renaissance. Sa partition de Judith, pour
chant el piano, a été publiée.
La sœur de cet artiste , M" ' Jeanne Vcronge
de la Aux, élève de leur père, est une pianiste
fort distinguée.
LAPIERRE (Fiunçois-Antoine), né à
Cavaillon (Vaucluse), le 5 avril 1760, mort le
2.-) décembre 1824 à Sl-Remy ( Houches-du-
Rbône), a été longtemps maître de chapelle à
LAPIERRE
LARMANDÉ
75
Aix-en-Provence, et a laissé diverses œuvres iné-
dites, qui sont assez estimées de ceux qui les
ont entendues, notamment un Stabat avec
accompagnement d'alto et basse, et une messe
de Hequiem. Contemporain et admirateur de
Cheriibini, Lapierre paraît avoir cherché à imiter
le style de ce grand maître.
Le petit-(ils de cet artiste est directeur actuel
du Conservatoire d'Aix. Il a composé des messes,
des motets, de la musique de danse, et un opéra-
comique, Fose et Lyv, qui a été représenté au
théâtre d'Aix.
Ar,. R— n.
LAP0:MMERA\E (Victou BEllD AL-
LE DE), né à Paris, le 24 février 1825, fit ses
études au collège de Rouen, et ne tarda guère à
révéler ses dispositions musicales. 11 devint élève
d'Amédée Mêreaux, et s'étant rendu ensuite au
Conservatoire de Paris, il entra dans la classe de
Zimmermanii. Il avait à peine quitté cette école,
lorsqu'eu 1848 on lui confia l'organisation géné-
rale des musiques de la garde mobile, entreprise
que la prompte suppression de ce corps empêcha
d'aboutir.
Quelques compositions légères , les Matelots
de la Belle- Eugénie, le Paria, etc., firent
connaître avantageusement Berdalle de Lapom-
meraye; son œuvre la plus répandue est une
simple polka pour piano , le lac d'Enghicn
(A. Leduc, éditeur); il en a été tiré 50,000
exemplaires. Le Domino rose, du même auteur,
a acquis presque autant de popularité. Toutefois,
il nous plaira davantage de citer de ce musicien
une composition plus sérieuse, les Psaumes
de David, qu'il mit en musique sur une
traduction en vers de M. Giffard, ancien profes-
seur au collège de Rouen. Cet ouvrage, sur
lequel je ne puis donner aiicim ren.seignement
bibliographique, obtint l'approbation des cri-
tiques les plus autorisés, qui se plurent à en
louer l'originalité et la force expressive. Ce travail
valut à Berdalle de Lapommeraye sa nomination
de membre de l'Académie pontificale de Sainte-
Cécile, laquelle ne comptait alors en France que
deux correspondants , Carafa et Auber. Il fut
décoré aussi de l'ordre de Saint-Grégoire-le-
Grand.
Victor de Lapommeraye est mort du typhus,
au mois de janvier 1866, à Glatina, près de
Bucharest (Valachie) (1).
J. C — z.
;1) D'une nature un peu capricieuse, un peu fantasque,
{.apomnicraye ne savait point poursuivre un but prêci-,
manquait de persistance dans les idées, et ni- pouvait
s'astnindre à la lutte que tout artiste est appelé a sou-
tenir. Son humeur vagabonde le portait tantôt ici, tantôt
LAllDL\( V -JixF.s ) , amateur de
musifjue, né vers 1780, mort, je crois, vers 1870,
est l'auteur d'une notice sur François-André
Danican-Pliiiidor, écrite à l'aide de ses souvenirs
et des notes laissées par l'un des fiis de ce grand
artiste, et insérée dans le Palnmcde (revue des
échecs) de janvier 1847. Cette notice, intitulée :
Philidor peint par lui-même , a été tirée à
part (Paris, 1847, in-8° de IG p.). Lardin avait
été l'ami de Grétry, et s'est plusieurs fois oc-
cupé de ce grand homme. Sous cetitre : Inau-
gxiration de la statue de Grétrij due au
ciseau de Braelicleer, à la société de la
Grande- Harmonie d'Anvers, le 19 août i8(î0
Paris, Claye, 1860, in 8°), il publia sur lui
trois piècesj de vers, d'ailleurs des plus mé-
diocres. Sous le couvert de l'anonyme, il donna
aussi la brochure suivante : Zémire et Azor,
par Grétrij, quelques questions à propos de
la nouvelle falsification de cet opéra (Paris ,
Moessard, 184G, in-8'' de 32 pp.). En 1842, il
offrit à la Société libre de l'Émulation de Liège
un volume in-4'^ manuscrit, ainsi intitulé -. Hom-
mage à la mémoire de Grétrij, écrit et offert
par Jules Lardin, propriétaire à Paris; ce
manuscrit contient des stances, des cantates, des
notes sur Grétry et ses œuvres, ainsi qu'un pro-
jet de festival pour l'inauguiation de sa statue.
LARDIXOIS ( ). Un artiste de ce nom
a fait représenter sur le théâtre de Nancy,
en '1864, un opéra-comique intitulé les Deux
Clochettes.
LARGIII (Desiderio), musicien italien du
dix-huitième siècle, est l'auteur d'un traité de
solfège ainsi intitulé : Il Modo di so/feggiare
all'uso francese, introdotto nuovamente in
Siena dal M. It. signore Fausio Fritielli ,
Sienne, 1744. On sait que Frittelli fit tous ses
efforts pour introduire en Italie, où l'on solfiait
encore par nuances, le système de la gamine de
sept sons , dont l'usage s'était complètement
généralisé en Fiance. L'ouvrage ci-dessus cité
venait en aide à Frittelli.
LA1LMA\DE (A ), est le nom d'un
artiste qui, vers 18.35, était professeur d'iiar-
monie, et qui, à la mort de Reicha, provoqua
Ta, et il éparpillait sans profit et sans utilité des forces
que son talent aurait pu rendre efficaces s'il avait su les
diriger. Kn dernier lieu, les hasards d'une existence apitee
l'avaient conduit à Bucharest, où il était devenu critique
tnusic.il du journal la f'critc. C'est en ce p > ys que la m 'rt
l'a surpris, plein de jeunesse et d'ardeur. Cet artiste, qui
avait travaillé avec Carafa et Halévy, était le frère d'une
aimable ctianfeuse.M'i* de Lapommeraye, quia appartenu
pendant plusieurs années au personnel de l'Opéra, et de
M. Henri de I apommeraye,l'un de nos critiques de théiltre
les plus di.sliiigués — .\. r.
76
LARMANDE - LARUETTE
rouveiture d'une souscription dans le iiul de
faire frapper une médaille de bronze en l'honneur
de ce compositeur. H publia, pour les élrennes
de 1837, un album de si\ morceaux de chant,
intitulé les Violettes, dont les paroles lui avaient
été fournies par M'"'" >Mboyet. Je crois que c'est
le même artiste qui, plus tard, ajusta les paroles
françaises du recueil publié par l'éditeur Flaxland
sous le tilre -. Échos d'AllemcKjne, ainsi que de
la collection des 12 Duos de Meiidelssohn.
LA ROCHE (M''-^ Rose DE), «laveciniste
et compositeur pour son instrument, vivait dans
la seconde moitié du dix-huitièuie siècle. Elle a
publié diverses compositions , parmi lesquelles
une suite de Sonates pour le clavecin (Paris,
Benout), et un Concerto pour le même instru-
ment, avec accompagnement d'orchestre (id.,
id.).
* LARRIVEE (Marie-Jeanne), femme du
fameux chanteur de ce nom, fut elle-même l'une
des artistes les plus aimées du public de l'Opéra,
où elle commença sa carrière sous le nom de
M"^ Lemierre. Elle fut sur le point de quitter
ce théâtre en 1759, par suite d'une prétention
dans laquelle elle ne s'obslina pas. On remontait
Amadis de Gaule, et M'*'-' Lemierre réclamait
comme lui appartenant par son emploi le rôle
d'Oriane, rôle Irès-dramalique, au-dessus de ses
moyens physiques, et que l'administration voulait
très-sagement confier à So[ihie Araould. m""^ Le-
mierre prélendit qu'elle le jouerait, et qu'elle le
jouerait à l'exclusion de toute autre, ou qu'elle
quitterait le théâtre. Le récit de cette petite
querelle se trouve tout au long dans le Mercure
de France, qui, tout en se montrant très-
sympathique au talent de m'"' Lemieire, disait
à ce sujet : « Une voix enchanteresse, une figure
charmante, une action noble et juste , de l'in-
telligence et du sentiment, donnent à M"" Le-
mierre le droit de prétendre à exceller dans
tous les rôles gracieux et tendres. Mais ces sons
brillants, ces cadences légères, celte douce séré-
nité d'une physionomie riante ne semblent pas
faits pour les rôles passionnés tels que celui
d'Oiiane. » Elle finit par céder et par laisser ce
rôle à So()hie Arnould ; mais elle voulut s'y
essayer cependant , quelques mois plus tard, et
n'y réussit que médiocrement.
Sfi'ur du violoniste Lemierre, qui se lit un nom
honorable et qui obtint de vifs succès au Con-
cert spirituel, cette artiste fort distingué'C créa
des rôles imporlanfs Aawa h'iiée et Lavinic,
Léandreel tféro,Caneii(e, ErneUnde, V Union
de V Amour et des Arts, et Céphole et l'm-
cris. tlle était l'une des cantatrices les plus es-
timées du Concert spirituel. Elle prit sa retraite
en 1777, avec une pension de deux mille livres.
L.MIUE (Pierhe), l'acteur d'orgues, exerçait
sa profession à Paris dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. On trouve son nom, à la
date de 1767, dans des règlements de comptes
de la corporation des faiseurs d'instruments dans
un carton des Archives nationales. Pierre Larue
vivait encore en l'Sb. Dans son livre : les Ins-
truments à archet, M. Antoine Vidal cite un
luthier du nom de Pierre Mathieu Larue, qui
était « maître-juré comptable de la corporation
des maîtres luthiers de la ville de Paris pour
l'année 1767. » J'incline à croire que ces deux
artistes n'en faisaient qu'un, et que M. Yidal,
n'ayant pas eu d'autres renseignements et trompé
par celte dénomination générale de luthiers ,
aura classé à tort Pierre Larue parmi les fai-
seurs de violons, tandis qu'il était en réalité
facteur d'orgues.
* LARUETTE (Je\n-Loiis). Il faut joindre
à la liste des ouvrages dramatiques de cet excel-
lent artiste, Cendrillon , opéra-comique en
deux actes, donné à l'Opéra-Comique le 21
février 1759. Les auteurs de YHisioire de l'o-
péra bouffon mentionnent une pièce intitulée
la Fausse aventurière , représentée au même
théâtre le 22 mars 17 J6, et pour laquelle
Laruette avait écrit au moins un morceau impor-
tant , le quatuor final. Je crois que plusieurs
nuisiciens avaient pris part a cet ouvrage, mais
aucun annaliste ne donne leurs noms, et celui
de Laruette se trouve seul cité, pour ce morceau,
dans l'écrit mentionné ci-dessus.
LARUETTE (M^'^' VILLETTE, épouse),
femme du précédent, fut une des plus célèbres
actrices de la Comédie-Italienne, dont elle lit les
délices pendant plus de quinze ans, après avoir
ap!)arfenu au personnel de l'Opéra-Comique,
puis à celui de l'Opéra. Née vers 1740, M"' Vil-
lelte, douée d'une voix charmante et d'une jolie
figure, débuta le 9 septembre 1758 à l'Opéra-
Comique, où elle produisit un grand effet, ainsi
qu'on peut le voir par ces paroles du Mercure
de France : « Dans ce spectacle a paru jioiir la
première fois iM""^ Villette, dont la voix brillante
et flexible a produit la plus vive impression. C'est
un talent acquis à l'Académie royale de musi-
que. » En effet, peu de mois après, M"'' Villette
paraissait sur la scène de rOjjéra, où elle n'était
pas moins bien accueillie, et où elle jouait entre
autres, avec beaucoup de succès, le rôle de.
Colette du Devin du Villarje. Le 5 avril 1759,
elle se faisait entendre au Concert spirituel , tou-
jours avec le même bonheur, car le Mercure
disait encore : « M""-' Villette a; débuté au
Concert spirituel avec le même succès qu'à l'O-
LARLETTE — LA SALLE
77
péra. Une voix juste, brillante et légère ne peut
manquer <le réussir partout. »
Toutefois, cette voix aimable et sympatiiique
manquait un peu de puissance, et n'aurait pu
sans dan;;or se condamner au régime meurtrier
de l'Opéra. Après un séjour lie près de trois ans
à ce Ihéàlre, après y avoir créé le rôle de
l'Amour dans la Canente de Dauvergne, M^'"' Vil-
lette entra à la Comédie-Italienne, où elle débuta
le 7 septembre 1761 par le rôle de iNicette de
Vile des Fous et celui de Zerbine de la Ser-
vante maîtresse. « On ne peut, disaient les
auteurs de Y Histoire de Voilera bouffon ,
paroitre avec plus de succès et jouir plus com-
plètement des suffrages du public. La réussite
que cette actrice avoit eue précédemment à
l'Opéra dans le Devin du Village sembloit
avoir marqué sa place sur ce théâtre et à la tète
du nouveau genre (celui des pièces à ariettes).
Elle a passé de bien loin nos espérances, chaque
jour fait découvrir en elle de nouvelles perfec-
tions. »
Le fait est que la situation de la débutante
devint en peu de temps prépondérante à la Comé-
die-Italienne. Chanteuse d'un mérite reconnu
de tous, elle devint rapidement une comédienne
charmante, pleine de grâces, de charmes et de
séductions, dont les auteurs s'empressèrent
d'utiliser le talent. Devenue en 1763 l'épouse de
Laruette, elle créa dans l'espace de seize ans
environ plus de quarante rôles, dans cet emploi
d'ingénuités et d'amoureuses qui convenait si
bien à sa nature, et dans lequel, sous le double
rapport du chant et du jeu scénique, elle déployait
des qualités exquises. Parmi les ouvrages au
succès desquels elle contribua pour sa bonne part,
il faut citer surtout Rose et Colas, le Roi et le
Fermier, Isabelle et Geririide, Tom Jones,
la Clochette, le Bûcheron, Toinon et Toinc/te,
les Sabots, Lucile, Sylvain, les Deux Avares,
l'Amoureux de quinze ans, les Moissoniieurs,
la Fée Urgèle , le Magnifique, l'École de la
Jeunesse, les Deux Chasseurs et la Laitière,
Alix et Alexis, Nanette et Lucas, la Servante
justifiée, Julie, l'Ile sonnante, le Sorcier, le
Gui de chêne, V Anneau perdu et retrouvé,
les Pécheurs, etc., etc.
Cependant, la santé deM"» Laruette était déli-
cate, et la fatigue l'obligea de se retirer de bon-
ne heure. Elle était à peine âgée de trente-huit
ans lorsqu'elle crut devoir prendre sa retraite, à
Pâques 1778. Son mari suivit son exemple l'an-
née suivante, et tous deux, je crois, allèrent s'é-
tablir en province. On sait que Laruette mourut
à Toulouse en 1792, mais je n'ai pu découvrir
Vépoque de la mort de M"' Laruette. Toutefois
elle vivait encore en 1793, car en cette année
elle était encore portée sur la liste des artistes
auxquels la Comédie-Italienne servait une pension.
LA SALETTE ( ), est l'auteur de l'é-
crit suivant : />e/a_/?j;(^c' et de Vincariabililé
des sons musicaux (Pdvïs, 1824, in-8).
LASALLE (ÂLiîEUT DE),criti(|ue et historien
musical, est né au Mans le 16 aoilt 1833. Après
avoir lait à Paris de bonnes études littéraires,
s'être fait recevoir bachelier ès-lettres et ès-
sciences physiques et eu droit, M. de Lasalle se
livra à l'étude de la nmsique, pour laquelle il
avait un goût déterminé, se lança en même
temps dans la carrière du journalisme, débuta
en \Sbi dans {'Illustration, eldès l'année 1857,
époque de la fondation du Monde illustré, se
vit chargé de la critique musicale de cette revue,
qu'il na jamais abandonnée depuis, tout en
remplissant parfois le même office à d'autres
recueils, entre autres à la Nouvelle Revue de
-Pam. Successivement collaborateur de nombreux
journaux, le Charivari, le Journal amusant,
la Vie parisienne, le Moniteur universel, le
Petit Moniteur, le Boulevard, la Chronique
universelle, la Revue de France, M. de Lasalle
trouva le temps néanmoins de mettre au jour
diverses publications dont la musique était l'ob-
jet. Travailleur consciencieux et écrivain spirituel,
il sait allier la fantaisie de l'imagination au res-
pect le plus scrupuleux de la vérité historique, et
sous ce rapport il a donné, dans la littérature
musicale actuelle, une note particulière, tantôt
sérieuse, tantôt humoristique.
Voici la liste des écrits relatifs à la musique
publiés par M. Albert de Lasalle : 1° Histoire
des Bouffes-Parisiens (Paris, librairie nouvelle,
1860, in-32), petit volume qui retrace fidèlement
l'historique des premières années de ce théâtre,
avec un répertoire soigneusement annoté ; 2° la
Musique à Paris (Paris, Morizot, 1863,in-12)^
en société avec M. Er. Thoinan(roy. ce nom), an-
nuaire musical de l'année 1802, l'une des meil-
leures et des plus solides publications de ce
genre qui aient jamais été essayées en France ;
T Meyerbeer, su biographie et le catalogue
de ses œuvres (Paris, Dcntu, 186i, in-16 de 31
pp.); i" Dictionnaire de la Musique appli-
quée à l'amour {Purh, Làcro\\, 1808, in-12},
fantaisie tout aimable, à la suite de laquelle
l'auteur donne, en appendice, la liste complète et
annotée de tous les dictionnaires de musique pu-
bliés en français; 5° la Musique pendant le siège
de i'rt/i.v, impressions du moment et souvenirs
anecdotiques sur la Marseillaise, le Rhin al-
lemand, les Girondins, le Chant du départ, les
chansons de la rue et du théâtre, la musique
78
LASALLE — LATILLA
religieuse, les conceils de l'Opéra, les concerts au
profit (les canons, les instrunionts de musique
inililaire, etc. (Paris, Lacliaud, 1872, in-12);
t" Les Treize Salles de l'Opéra (Paris, Sar-
lorius, 1875, in-12), voluim» qui est à la 'fois
une liistoire et une chroniiiuc de l'Opéra, d'a-
près les salles que ce théâtre a successivement
occupées ; 7" Mémorial du Thddtre-Lijrique,
catalogue raisonné des cent quatre-vingt-
deux opéras qui y ont été représentés depuis
sa fondation jusqu'à l'incendie de sa salle
du Chdtclet, avec des notes biographiques et
hibliograpliiques (Paris, Lecuir, 1877, in-S").
M. Albert de Lassalle est l'un des collabora-
teurs du supplément à la B'iugrap/iie univer-
selle des Musiciens.
LASEKK (C ), pianiste et compositeur
allemand, vivait vraisemblablement dans la pie-
mière moitié de ce siècle, puisqu'un grand nom-
bre de ses compositions ont été écrites en so-
ciété avec Frédéric-Auguste Kummer. LasekU a
publié, entre autres œuvres ■.rAgitation,(\ud\.ao\-
pour piano, violon, alto et violoncelle; la Chasse,
grand duo concertant pour piano et violoncelle;
concertino brillant pour piano, avec accompagne-
ment d'orcbestre ; 3 morceaux détachés pour
piano ; 3 morceaux de sentiment pour violoncel-
le avec piano; 3 pensées, pièces fugitives pour
piano ; plusieurs lieder avec accompagnement de
piano. Avec Kummer, LaseUk a publié : Sonate
dramatique pour piano, violon et violoncelle ; 9
romances sentimentales pour piano et violoncel-
le, en 3 livres ; Rhapsodie musicale pour piano
et violoncelle ;enlin, diverses fantaisies pour les
deux mêmes instruments.
LASERXA (BL\s),clief d'orchestre et com-
positeur espagnol du dix -huitième siècle, fut un
artiste distingué. On ignore la date de sa nais-
sance et celle de sa mort ; mais on sait qu'à la
fin du siècle il occupait les fonctions de chef
d'orchestre au théâtre de la Cruz, à Mailrid, et
y donnait des preuves d'un véritable talent, il
lit représenter à ce IhéAtre, tandis qu'il y tenait
cet emploi, un opéra espagnol, /« Gilandlu por
umor, qui fut acceuilli avec beaucoup defaveu/'.
LASSABATIIIE (I'ukodoui:), administra-
teur et historien du Cons::rvatoire de Paris, na-
quit à Bordeaux le 13 aoi'it 1800. Il entra de
bonne heure dans l'administration, et devint
chef du bureau da?. théâtres au ministère de
l'intérieur sous le gouMMiicmcnt de juillet. Sa
collection de livres et île documents sur l'artdra-
matique était l'une des plus riches et des plus
précieu.ses (p.ii existassent à Paris. Le 1" août
185i il était nommé administrateur du Conserva-
toire, et après.avoir mis eu ordre les archives
de cet établissement, qui auparavant étaient
dans un assez fâcheux état, il utilisa les uiaté-
riaux classés et coordonnés par lui, et en tira
les éléments d'une Histoire du Conservatoire
i)npérial de musique et de déclamation (Pa-
ris, Lévy, 18G0, in- 12). Cet ouvrage, d'une lec-
ture naturellement un peu sèche, mais d'ime
utilité incontestable , aurait pu être fait avec
plus de soin, et l'ordonnance |)ourrait enêtremeil-
leure ; néanmoins, il est venu combler une véri-
table lacune dans notre littérature musicale.
Lassabathie est mort à Paris, à la maison
municipale de santé, le 5 décembre 1S71.
* LASSEN (Edouard), pianiste et composi-
teur (1). Les œuvres de cet artiste se sont
accrues d'une façon considérable depuis la pu-
blication de la notice qui lui a été consacrée dans
la Biograph'ie universelle des Musiciens. On
peut citer (larticulièrement: l" Le Captif, o[)éra;
2" Œdipe roi , musique sur la tragédie de So-
phocle, exécutée à lénaau mois de mars 18G8 ;
3'^ musique symphonique et chorale pour les deux
parties du Faust, de Gœthe, exécutée avec un
grand succès à AVeimar, au mois de mai 1876 ;
4" Te Deum ;b" musique pour les Aiebclungen,
trilogie dellebbel, exécutée avec succès en Al-
lemagne ; G" Symphonie en ré ; 1° 56 lieder, for-
mant onze recueils ; 8" Phantasiestuke pour
violoncelle et basson, avec accompagnement de
piano, op. iS; 9" enliu, plusieurs autres sym-
phonies, des cantates, des ouvertures, et des
transcriptions pour le piano.
LASSERNE (L ), violoniste qui vivait
dans le milieu du dix-huitième siècle, a pultlié
un livre de sonates à violon seul avec basse
continue, œuvre l''' (Paris, Boivin, in-f").
LATASTE (LoDoïs), compositeur, a publié
quekpies mélodies vocales, et a fait représenter
au théâtre Napoléon, de Bordeaux, le 28 mars
1868, une opérette en un acte intitulée : Quand
les chats n'y sont pas.
* LATILL.\. (Gaetano).A la liste des œuvres
de ce gran<l artiste, il faut joindre les suivantes,
qui sont conservées dans les Archives du Con-
servatoire de Naples : 1° Anligone, opéra sérieux
en 3 actes, représenté au théâtre San- Carlo,
de Naples, en 1775 ; 2" une série de sept mor-
ceaux pour voix de soprano, avec ace. de qua-
tuor d'instruments à cordes ; 3" solfège pour so-
prano, avec acc.de piano. Les quatre opéras'dont
les litres suivent n'ont pas été compris non plus
(1) Danois d'origine et ne à Copenliague, M. Lasscii lut
amène fort jeune à lîriixclles par .ses parents, qui se
lircnl naturaliser belges. Il est fi\c depuis longtemps en
Alicujasne.
LATILLA — LAUGEL
79
dans !a nomenclature do ses productions drama-
tiques : 4° Li Marile. a forza, Naples, lii. des
Fiorentini, \7,i?. ; 5" lo Sposo senza moglie,
id, tii. Nuovo, 1736; G" il Glsmondn,u\.,th.
des Fiorentini, 1737; '"il Barone di Vigaulim-
ga, id., th. Nuovo, 1747.
LATISOIJE (Fr.uDiNAND), est auteur d'un
écrit dont le titre seul indique i'inuliiilé : La
Musique des couleurs, théorie de i application
des couleurs du spectre solaire à la représen-
tation des intervalles musicaux, Paris, impr.
Simon Raçon, 1807, in- 8.
* LAUlî (Ferdinand), violoniste fort re-
marquable, est mort à Gries, près Bozen, le 17
mars 1875. Cet artiste, qui s était fait entendre
dans les principales villes d'Europe, et notam-
ment à Paris , avec un très-grand succès, avait
été nommé professeur au Conservatoire de Mos-
cou. 11 s'était démis de ses fonctions en 1873
pour se retirera Gries, afin d'y soigner sa santé
fortement ébranlée. C'est là qu'il est mort, âgé
seulement de quarante-trois ans.
LAUDAMO (AiNTONio), compositeur drama-
tique, né à Messine au mois d'octobre 1814, lit
ses études musicales en cette ville, où il eut suc-
cessivement pour maître Jean Walter, Platone
et Giuseppe Mosca. Il fit ses débuts de composi-
teur en faisant exécuter en 1829, à l'un des théâ-
tres de Messine, une grande ouverture, qui fut
bientôt suivie d'un opéra intitulé gli Amori di
due selcaggi et d'une cantate pour l'avènement
au trône du roi Ferdinand II. M. Laudamo, qui
paraît doué d'nne grande facilité de production,
donna ensuite : .Arff/a, regina di Caria (ISZ'Î) ;
une Cantate funèbre \m\ir la mort de Bellini (9
novembre 1835); Ettore Fieramosca (1839) ;
un Fiasco alla moda (1842), opéra bouffe qui
eut vingt-trois représentation consécutives ; Cla-
rice Visconli (1845) ; Erna^i in conlumacia
(1849); Calerina Howard (1857). Outre ces ou-
vrages importants, M. Laudamo a encore écrit
et fait exécuter 5 cantates, 4 dialogues dramati-
ques, un hymme national, une grande ouverture
héroïque, un ballet-pantomime, une marche funè-
bre, diverses compositions vocales, et ungrami
nombre d'œuvrcs de musique sacrée pour le ser-
vice de la chapelle municipale, dont il est directeur
depuis 18Ô.J. Cet artiste est professeur de chant
choral à l'Ecole normale de Messine.
LAUGEL (Algi'ste), philosophe, savant et
écrivain français, est l'auteur d'un livre ainsi
intitidé : La Voix, l'oreille et la musique (Piiri^,
Germer-Baillière, 18G7,in-12), dans lequelil s'est
attaché à résumer d'une façon précise, exacte
et intéressante, les doctrines nouvelles et les
découvertes fécondes du grand physicien Helm-
hol!/ (roy.cenpin), que M.Georges Guéroult de-
vait faire connaître complètement l'année suivante
eu donnant une traduction du fiimeux ouvrage
de ce savant. Toute la première partie du livre
de M. Laurel, dans laquelle il expose les faits mis
en vue par M. lielmlioltz et analyse son systè-
me, est excellente de tout point, et remarquable
par sa clarté ; il n'en est pas de même de la se-
conde, où l'auteur, voulant abuider à sou point
de vue personnel des questions purement mu-
sicales, trahit son inexpérience en ces matières,
se livre à des écarts dangereux et commet de
fâcheuses erreurs ; les chapitres qui traitent des
gammes, de la mélodie, de l'harmonie, des ca-
ractères delà musique, montrent trop, en effet,
que M. Laugel s'avance sur un terrain qui lui
est inconnu, et l'écrivain parcourt cette voie qui
lui est étrangère sans paraître même se douter
des dangers qu'il court et des périls auxquels il
s'expose.
M. Laugel, véritablement, n'est pas heureux
lorsque, quittant le domaine de la physique, qui
lui est familier, il veut empiéter sur celui de la
musique , où il se perd de la façon la plus com-
plète; il lui arrive même, en voulant entremêler
les deux choses, de méconnaître le sens des mots
et de parler une langue absolument inintelligible.
Je demande, par exemple, quel est l'homme,
musicien ou non, qui comprendra un traître
mot à l'étrange théorie que voici : « Quand deux
notes, très-voisines, sans être à l'unisson (1),
vibrent ensemble, on entend comme un pe-
tit murmure ou roulement régulier, provenant
des alternatives i)ériodiques de force et de fai-
blesse du son. Ces alternatives, nommées batte-
ments, fournissent les moyens de mesurer, en
quelque sorte, la pureté d'un intervalle ; le se-
cret du déplaisir, du laid musical gît dans les
battements; l'art du musicien doit donc consister
à les éviter; il doit surtout redouter les combi-
naisons qui font naître de trente à quarante
battements par seconde. >- Je délie bien qui que
ce soit de m'expliquer ce que l'auteur a voulu
dire ici, et de tirer de ces lignes l'apparence
même d'un axiome musical. iM. Laugel ignoi-e
sans doute que, 'étant donnée la conslitutiou du
système musical moderne, il n'y a pas d'in-
tervalle qui ne puisse être employé, ou,' pour
parler comme lui, il n'y a pas de voisinage de
(I) Une peut pas y avoir d'à peu prés dans des ques-
tions de ce genre, et il faudrait .ju moins indiquer d'une
façon précise le dcj^ré de voisinage, ou, si l'on veut, de
rapprocliement de ces deux notes. Formeront-elles entre
elles deux un intervalle de seconde mineure, ou de se-
conde majeure, ou de seconde augmentée ? Les musiciens
conviendront avec moi que la question vaut la peine
d'Otrc posée.
80
LAUGEL — LAUTERBACH
notes si étroit i]ni ne puisse se produire d'une
façon agréable ;\ loi eillo -, tout dépend des mo) ens
employés pour l'amener, pour le produire et |)our
le faire disparaître, en d'autres termes (c;ir il
est éviilent que, dans l'esprit de M. Laugel, il
s'agit de dissonance), tout dépend de la faroii
de préparer, d'accompagner et de résoudre la
dissonance. M. Laugel n'est pas plus heureux
lorsque, dans sa prélace, il imprime sérieu-
sement les choses que voici : « L'harmonie,
c'est-à-dire le mariage des consonances et des
accords (?), la pohpiionie des instruments et des
voix, n'est point le caractère des musiques
primitives ; il n'y a point d'harmonie véritable
dans les concerts ou un thème mélodique est
simplement renforcé ou soutenu par des unis-
sons, des basses pédales {!), des sourdines (!!),
dont le murmnie monotone échappe à la me-
sure et au rhythme (!!!) »
Il est impossible de discuter avec un écrivain
qui fait entrer le rhylhme dans l'harmonie, et
qui présente les sourdines comme un élément
sonore ! Mais ceci prouve, une fois de plus,
combien il est dangereux de vouloir parler mu-
sique quand on n'est pas musicien, et démontre
à quel point les hommes les plus instruits et les
plus intelligents peuvent ignorer jusqu'aux plus
simples éléments d'un art dont ils ont, pour-
tant, la prétention (rex|)liquer les phénomè-
nes.
LAURENT DEIllLLÉ (François-Anato-
u;), compositeur, né à Orléans en 1828, com-
mença d'abord par étudier la peinture, se tour-
na ensuite du côté de l'art musical, et ht son
éducation d'abord avec un maître italien nommé
Comoghio, puis avec El^vart. Il s'occupa de
bonne heure de toutes les questions relatives au
chant populaire, devint inspecteur de l'ensei-
gnement du chant dans les lycées et les écoles
normales, et écrivit un grand nombre de chœurs
orphéoniques qui se faisaient remarquer par de
réelles qualités de rlivtbme et de facture et dont
la plupart obtinrent une véritable vogue-, le
nombre de ses compositions en ce genre s'élève
à beaucoup plus d'une centaine, et il faut
citer surtout, i)armi ses choeurs les plus réussis :
JSoël, les Martyrs aux Arènes, la Noce de
village, les Buveurs, le Chant des Travail-
leurs, la SuinI- Hubert, lu Révolte à Mem-
pfiis, le Soir, la Jlclraile, les Fils iVEgijpIc,
l'Orphéon en voyage, le Départ du Jtégiment,
Hymne à sainte Cécile, les Ruines de Gaza,
les Bdlleurs de blé, les Enfants du Pécheur,
le Carillon de Dunkcrque, l'Océan, le Par-
don d'Auray, les Enfants de Cayant,. Pa-
irie, Marche hongroise, les Gondoliers, Mal-
brough, les Archers de Louis XI, Prière a la
Vierge, etc.
M. Laurent de Rillé a travaillé aussi pour le
théâtre, et a fait représenter sur les petites
scènes de Paris un certain nombre d'opérettes
dont voici la liste : 1" Trilby, un acte, Folies-
Nouvelles, 1857; 2° Aimé pour lui-même, \A.,
id., 1857 ; — .3" Bel-Boul, id., id., 1857 ; —
4" le Jugement de Paris, id., id., 1857 ; — 5"
Achille à Scyros, id., id., 185S -, — 6° le Mou-
lin de Catherine, iil., id., 1858 ; — 7" la De-
moiselle de la Hoclietrontblon, id., id., 1858 ou
1859 ; — 8" le Sultan M ysapouf id., id., 1859 ;
— 9» Frasquita, id.. Bouffes- Parisiens, 1859;
— 10° Au fond du verre, un acte, théâtre de
Bade; — II" le Petit-Poucet, 3 actes et 4
tableaux, Athénée, 8 octobre 1868;— 12" Pat-
tes blanches, \ acte, Bouffes-Parisiens, 1873;
— 13" la Liqueur d'or, 3 actes, th. des Me-
nus-Plaisirs, 11 décembre 1873; — ii" Babiole,
3 actes, Bouffes- Parisiens, 16 janvier 1878. Il
faut ajouter à cela la Part à Dieu, opérette en
un acte non représentée, mais publiée dans le
journal le Magasin des Demoiselles, et une can-
tate oflicielle, 1867, exécutée à rOpéra-Comi-
que le 15 août 1867.
Cet artiste, de qui l'on connaît diverses mélodies
vocales, l'Ange gardien, les Cloches du soir, la
Barcarolle, V Hirondelle, Isaure, Venise, l'Es-
clave blanche, s'est encore exercé dans la
musique religieuse, et a publié : 1° Messe brève
facile à deux voix égales, avec accompagnement
d'orgue ad libitum ; 1" Messe à 2 ou 4 voix, avec
accompagnement d'orgue ; 3° Messe à l'unisson,
avec accompagnement d'orgue ou de fanfare;
4° Messe à 3 voix, avec accompagnement d'or-
gue obligé ; 5° Messe des Orphéons français à 4
voix, avec accompagnement d'orgue ad libitum;
6" Salut, vierge Marie, cantique pour 3 voix
de femmes, avec accompagnement d'orgue. On
lui doit aussi un recueil de Morceaux de chant,
à une, deux ou trois voix, composés ou choisis
pour les cours de chant des lycées impériaux,
des écoles normales et des écoles primaires
(Paris, 1870, petit in-8), une sorte de petit ro-
man musical, intitulé Olivier V orphéoniste (Pa-
ris, Hachette, in-r.'.), un rt^cueil iV Exercices de
chant choral pour les Orphéons et les socié-
tés chorales, en \ ptuties (Paris, Chabal),et \\i\
manuel intitulé : /J»c/ir/H/ c//o/o'/( Paris, Per-
rotin, in-18). M. Laurent de Rillé est chevalier
de la Légion d'honneur.
LAUTEIlHACIl (JEVN-CniusToi-nE), violo-
niste, né le 2 i juillet 1832 à Cuimbach, en Bavière,
a fait une partie de ses éludes musicales au Con-
servatoire de Bruxelles, où il devint l'élève de
LAUÏERBACH — LA VIGNE
81
Charles deBériotetdeM. Léonard. Dès 1853, il
se faisait remarquer, en cette ville, par les rares
qualités qu'il apportait dans l'exécution de la mu-
sique de chamhre. L'année suivante il retournait
dans sa patrie, et devenait, à Munich, violon-
solo de la musique royale ot professeur au Con-
servatoire. A lamort deLi|)inski, en 1801,11 était
appelé à Dresde pour y tenir le double emploi de
violon-solo et declief d'orchestre. Il fonda en celte
ville, à cette' époque, une société de quatuors
composée de MM. llullweck, Goung, Griitzma-
cher et de lui-même, société dont l'ensemble
était des plus remarquables. M. Lauterbach
est encore aujourd'hui fixé à Dresde, et rem-
plit les fonctions de professeur au Conservatoire
de cette ville. Cette situation ne l'a pas empê-
ché d'entreprendre plusieurs grands voyages ar-
tistiques, et de se faire entendre successivement
en France, en Belgique, en Hollande, en Alle-
magne, en Autriche et en Angleterre. Cet artiste
distingué a écrit pour le violon divers mor-
ceaux qui ont paru à flambourg, à NYurz-
bourget à Leipzig.
* LA"VAII\E (Ferdinand). Aux ouvrages
dramatiques que ce compositeur avait fait repré-
senter sur le théâtre de Lille, il faut ajouter Né-
rida, opéra-comique en 3 actes, joué en 1800,
et une canlate exécutée le 26 août 1867, lors des
fêtes patriotiques qui eurent lieu pour célébrer
l'anniversaire delà réunion de Lille à la France.
Au nombre des compositions les plus impor-
tantes qui ont été publiées par M. Lavaine, il
faut citer les suivantes : la Fuite en Egypte,
oratorio en deux parties, op. 20, Lille, Bohem ;
Te deum à 4 voix et orchestre, op. 52, Paris,
Rithault; Ouverture de la Mort du Tasse,
Paris, Catelin ; Quintette (en mi bénol) pour piano
violon, alto, violoncelle et contrebasse, o|). oo,
Paris, Launer ; 3 Trios pour piano, violon et
violoncelle (en mi majeur, fa mineur et 5oZ ma-
jeur), op. 57, 58 et 59, Paris, Launer; Fantai-
sie dramatique pour piano, op. 14, Lille, Bohein.
Un fds de cet artiste, Ferdinand Lavaine,
musicien aussi et qui promettait de devenir un
compositeur distingué, est mort le 19 janvier
1874, à ueine âgé de trente ans.
LAVALLEl'E (Edouard), écrivain belge,
né à Liège le 17 avril 1811, mort en cette villeau
mois de septembre 1869, est l'auteur de deux
opuscules relatifs à la musique : r Documents
inédits sur la création d'une École de musi-
que à Liège en 1798, Liège, Carnianne, 1859,
in-8°; 2" Essais de biographies liégeoises. Les
Ilamal, Liège, Renard, 1860, in-8". Lavalleye
était professeur à l'Université de sa ville natale.
LA VALLIÈRE ( ), professeur et
EIOCR. I3MV. DF.S MU6ICIENS. SL'PIL. — T.
compositeur, connu sous le nom dei^a Vallière
l'ainë ,^ivaità Paris dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. Il a publié un certain nombre
décompositions, parmi lesquelles je ne puisciter
que celle qui porte le onzième numéro d'auivre;
en voici le titre complet : « Six sonates en duo
pour le tambourin, accompagnées d'un violon
seul, dédiées à M. le comte de la Blache, maré-
chal de camp des armées du roi, par M. La Val-
lière l'aîné, maître de musique et de tambourin,
onzième o'uvre. Elles peuvent s'exécuter sur le
violon, flûte, hautbois, clarinette, par -dessus
de viole, mandoline, guitare, et sur la vielle
et musette, en les transposant en sol-ut. La qua-
trième et la cinquième peuvent se jouer à deux
(lûtes de tambourin. »
LAVAZZA. Deux luthiers de ce nom, A7i-
tonio-Maria Lavazza, et Santino Lavazza,
vivaient à Milan dans les premières années du
dix-huitième siècle. Dans son livre : les Instru-
ments à archet, M. Antoine Vidal reproduit
une étiquette de chacun de ces deux artistes •
celle d'Antonio Maria est datée de 1708, et celle
de Santino de 1718.
LAVELLO(Rodolphe), pianiste et composi-
teur, a fait représenterau Grand-Théâtre de Mar-
seille, le 13 avril 1859, un opéra-comique en un
acte intitulé : // n'est point de laides amours.
Cet artiste a ré.sidé successivement à Nîmes et
à Marseille, où il s'est voué quelque temps à
l'enseignement, et a publié divers morceaux de
genre pour le piano. al. R— d.
*LAVIG.\A (Vincent). Cet artiste remplis-
sait, dès l'année 1809, l'emploi de maestro al
cembalo au théâtre de la Scala, de Milan ; il
occupait encore ces fonctions en 1829. Outre ses
opéras, il a écrit pour ce théâtre la musique de
deux ballets : Gengis-Kan, 1802, et Emilio e
Carolina, 1804. On lui doit aussi une farsa en
un acte, le Metamorfosi, qui fut donnée sur le
théàlre de la Fenice, de Venise, au printemps de
1807.
LAV1GI\E(Jacqies-Émile), chanteur fran-
çais, né à Pau en 1782, commença sa carrière en
province, puis vintdébuteràrOpéra,le 2 mail809
par le rôle d'Achille dans //j/iij/éji^e en Auiide,
et joua successivement Polynice dans Œdipe à
Colone, Admète dans Alcesle, et Orphée. Il fut
très-bien accueilli dès les premiers jours, et ob-
tint personnellement un très-grand uccès dans
un médiocre opéra de Peisuis, la Jérusalem
délivrée. « Il serait impardonnable, disait à ce
sujet un écrivain (Opinion du Parterre, 1813),
d'oublier les nouveaux titres que le jeune Lavi-
gne vient d'acquérir à la faveur publique. Le rôle
de Tancrède, dans la Jérusalem délivrée, lui
82
LAYIGNE
a fait le plus grand honneur; sa place, jusqu'a-
lors incertaine, est actuellement assui^^ parmi
les sujets les plus dislingnt^s de ce Ihéàlre,
et pour sa réputation, il peut dater de la pre-
mière représentation de ce poème. »
Lavigne était doué d'un très-beau physique,
et sa voix, sonore et vigoureuse, était remar-
quable par son beau timbre et sa solidité. 11
donnait sans faiblir non-seulemeut Vut, mais le
l'é lie poitrine à pleins poumons. On lui aurait
seulement désiré une éducation musicale plus
complète, et parfois un peu plus de goût dans sa
manière de chanter. Les rôles principaux <]U*il
a créés à l'Opéra sont ceux de Gonzalve de Cor-
doue dans les Abeucérages, d'Âlcibiade dans
Alcibiade solïluire, et de iMars dans les Dieux
rivaux. Lavigne ne tint jamais le grand em-
ploi, qui était alors occupé par ^'ourrit; mais
il brilla dans un rang secondaire, qui d'ailleurs
ne rempêciiait pas déjouer des rôles fort impor-
tants. Il obtenait surtout d'immenses succès en
province, lorsqu'il y allait donner des représen-
tations, et il y faisait littéralement fureur. Cet
artiste prit sa retraite en 182 j, et alla se retirer à
Pau, sa ville natale. Je crois qu'il y est mort en
1855.
La puissance remarquable et l'élonnante sono-
rité de sa voix avaient fait surnommer Lavigne
l'Hercule du chant. Il n'était pas médiocrement
lier de ce titre, comme on va le voir par la lettre
suivante, chef-d'œuvre de sottise et de vanité,
qu"il adressait d'.Vmsterdam à son camarade
Dabadie, de l'Opéra, le 21 juin 1821, et qui fut
publiée par le Miroir du 30 : — « Mon fils m'é-
crit, et sa lettre est remplie de rapsodies con-
cernant l'Opéra ; il me dit tenir de vous que
V administration est pénétrée que je n'ai plus
de voix, et qu'à peine je pourrais finir un
premier acte d'opéra sans courir la chance
d'être sifflé. Quelle honte pour les hommes ! Qui
croirait à un |)areil assemblage de perfidies, de
nipsodics etde platitudes, prétextes pour m'éloi-
gner encore de cet établissement. Est-ce (jue
mes succès, naguère obtenus en France, à Bruxel-
les, dans la Belgique et en Hollande, sont déjà
oubliés, même de mes ennemis .? Qu'ils sachent,
ces gens méchants, que je méprise souverainement
leur basse conduite et leur insolente fierté, (]u'ils
n'exercent contre moi que parce ([ue je suis éloi-
gné d'eux. Justice me sera rendue, ou je me la
rendrai inoi-inème. Cette époque n'est pas éloi-
gnée, où jepaiailrai à leurs yeux pour les forcer
à s'abaisser devant moi Je les forcerai à paraître
dans la lice pour être jugés, comme les gladia-
teurs qui se présentaient dans l'arène. Nous ver-
rous alors il qui le peuple décernera lacouroiuie.
Car enfin il en faut finir avec tous cespygmées.
La plus grande preuve d'intérêt et d'amitié que
vous puissiez me donner est celle de lire.ma let-
tre au foyer de l'Opéra; que les prétendants s'ins-
crivent pour lutter avec moi, qu'ils indiquent
l'époque et l'ouvrage dans lequel ils veulentcon-
courir. Je suis prêt à me lancer dans l'arène. .^
lettre vue, je me rendrai à Paris, vous pouvez
même faire connaître mes intentions à l'adminis-
tration de l'Académie de musique; je vous auto-
rise même à leur montrer ma lettre. Je dis plus;
si vous êtes bon ami, bon compatriote et tou-
jours honnête homme, vous devez, pour l'hon-
neur de cette portion de la patrie à qui vous de-
vez le jour et oii je reçus ma naissance, vous de-
vez, dis-je, demander réparation de l'affront
qu'on a voulu faire à un homme de votre pays,^
qui a autant d'honneur que de talent. Montrez
ma lettre à tout Paris, que l'Opéra même la fasse
consigner dans les journaux, mais que les préten-
dants passés, présens et futurs se présentent; ce-
lui qui refusera la partie devra être taxé de (Zro-
/p, de /««/V/roH, enfin de tous les termes qui
constituent l'homme lâche et ignorant. J'attends
votre réponse Sans voix! Les lâ-
ches, d'oser ainsi parler d^V Hercule du chant!
Si je suis votre ami, vous m'en donnerez une
preuve, en donnant de la publicité à ma lettre ;
j'en garde une copie, elle pourra me servir au
besoin. — Votre ami et compatriote, L.wigne. »
Une autre lettre, plus utile à sa renommée
que la précédente, est celle-ci, que Spontini
adressait à Lavigne au lendemain d'une reprise
de Fernand Cariez, le 19 juillet 1817 -. — « En
partant pour la campagne, je ne veux pas, mon
cher Lavigne, ne pas vous réitérer par écrit com-
bien je suis sensible à tout le zèle que vous avez
mis à remplir le rôle de Fernand Cortez, dans
un moment bien funeste et douloureux pour vous.
Ma satisfaction est égale à celle du public, qui
comme moi vous l'a témoignée au-delà de vos
es|)érances, et pour le sacrifice que vous nous
avez fait et pour le talent très-distingué que vou&
avez déployé dans cet ouvrage. Certes que vous
ne pouviez pas mieux répondre à mes instances,
dans une aussi pénible circontance, à celles de
l'administration et à nos désirs. C'est amsi qu'en
remplissant honorablement vos devoirs, vous as-
siMcz une stabilité bien méritée à votre réputa-
tion théâtrale. C'est en continuant ainsi que vou.s^
pourrez maintenir en votre faveur la bienveil-
lance de l'autorité et la protection éclairée de
S. Exe. le ministre de la maison du Roi, qui n'a
ignoré aucune des circontances de votre con-
duite, à l'égard de la mise en scène de Cortez,
et qui a daigné m'en témoigner pour vous sa
LAVIGNE — LAWROWSKY
83
satisfaction particulière. Recevez, je vous prie,
mon- cher Lavigne, ce témoignage sincère de mon
eslimeet Je moiiatfacliement. — Spontini. »
D'aiioni employé en qualité de sous-ciiefà la
direction des droits-réunis de Bordeaux, Lavi-
gne s'était fait en cette ville une réputation de
cliaiitenr amateur. On peut croire, d'après les
éloges de S|)ontini, qu'il était devenu à Paris un
véritable artiste.
LA YILLEMARQUÉ (Tuéodoke-Claude-
Henri IIERSARTDE), littérateur et éni -
dit français, membre de l'Institut, est né en Bre-
tagne le 6 juillet 1815. M. de La Villeiiiarqué
s'est fait connaître par la publication de plu-
sieurs ouvrages sur la langue et la littéra-
ture bretonnes ; parmi eux nous citerons
celui intitulé : Chants populaires de la Breta-
gne {Barzaz-Breiz) , recueillis et publiés avec
une traduction française, des arguments, des
notes, et les mélodies originales. La première
édition de cet ouvrage intéressant a paru en
1839 (2 vol. in-8); la quatrième a été publiée
en 1846 (2 vol. in-12). Cette dernière était aug-
mentée de trente-trois nouvelles ballades his-
toriques.
LAVOIX(Hi:.NRi), écrivain sur la musique,
est né en 1846. Fils d'un employé au cabinet des
médailles delà Bibliothèque nationale, lui-même
entra, après avoir fait de bonnes études, comme
employé au déparlement des imprimés du môme
établissement, en 1866. Doué d'un goiH naturel
pour la musique, il étudia le contrepoint et
l'harmonie avec M. Henri Cohen {Voyez ce
nom), et se livra bientôt à des recherches histo-
riques intéressantes sur cet art. Il devint, pour
ces questions spéciales, collaborateur de divers
journaux, leMomle artiste, la Revue nationale
et étrangère, la Gazette musicale, la Revue
de France, la Chronique musicale, etc., et
publia quelques travaux qui se font remarquer
par leur caractère ingénieux et par la solidité
des informations : 1" les Traducteurs de Sfia-
licspeare en musique (Paris, Liepmannssohn,
1869, in-8 de 32 pp.); 2° la Musique dans la na-
ture (Paris, Pottier de Lalaine, 1873, in-8" de 78
pp.); 3° la Musique dans Vtjviagerie du moyen-
âge (id., id'., 1875, in-8 de 48 pp.). En 1875, l'A-
cadémie des Beaux-Arts, qui avait mis au con-
cours un Mémoire .sur l'histoire de l'instrumenta-
tion depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, a
accordé deux mentions aux deux travaux présen-
tés sur ce sujet par MM. Henri Lavoixet Wecker-
lin.
LAVOYE (Anne-Benoîte-Louise), chan-
teuse et comédienne distinguée, née à Dunker-
quc (Nord), le 28 juin 1823, fut admise dès l'âge
de treize ans, le 8 octobre 1836, au Conserva-
toire de Paris, oii elle devint l'élève de M'"*" Da-
moreau. Elle y fit île très-bonnes études, obtint
un second prix de çhanl en 1839, le premier
l'année suivante, et remporta le premier prix
d'opéra-comi(iue en 1S42. Engagée, à la suite de
ces succès d'école, au théâtre de l'Opéra-Comi-
que, elle y débuta en 1843 dans V Ambassadrice,
et fut accueillie avec faveur et sympathie par
le public. Bientôt elle .se vit chargée de créations
importantes, dans Sultana, le Caquet du Cou-
vent, le Bouquet de Vin faute, il Signor Pas-
cariello. Ne touchez pas à la Reine; mais les
rôles qui lui tirent le plus d'honneur furent ceux
d'Haydée dans l'opéra de ce nom, de Zerbina
dans la Sirène, de Thérèse dans le Ménétrier,
de Georgette dans le Val d'' Andorre, et surtout
l'adoralde rôle d'Alhénais de Solanges dans les
Mousquetaires de la Reine. Sa voix fraîche et
|)ure, sa vocalisation nette et hardie, son intelli-
gence de la scène, son élégance et sa giâce valu-
rent à M"" Lavoye , pendant plusieurs; années,
des succès incontestables et répétés. En dehors
de ses créations, elle se montra aussi avec avan-
tage dans plusieurs rôles du répertoire courant, et
joua ainsi le Domino noir, la Part dudioble,
les Diamants de la Couronne, et divers au-
tres ouvrages. Pourtant, malgré l'excellent ac-
cueil qu'elle recevait chaque jour du public de
l'Opéra-Comique, M"'' Lavoye, j'ignore pour
quelles raisons, ne resta pas à ce tliéàtie. Vers
1850, elle quitta Paris, et s'en alla, dans diverses
grandes villes de la province ou de l'étranger, te-
nir l'emploi des piemières chanteuses légères
d'opéra et d'opéra-comique, se produisant suc-
cessivement à Genève, Bruxelles, Marseille,
Lyon, Bordeaux et Rouen. Depuis assez long-
temps déjà, je crois qu'elle est tout à fait reti-
rée du théâtre.
Une sœur de cette artiste, M'^^ Marie- H ip-
polyle-Antoinette Lavoye, née à Dunkerque le
21 septembre 1828, a fait aussi son éducation au
Conservatoire de Paris, où elle a obtenu, en
1845, un second prix d'opéra-comiipie. Elle a
suivi obscurément la carrière du Ihéàtre. Enliii,
un frère de ces deux cantatrices, musicien aussi,
a suivi au Conservatoire la classe de trombone.
LAVVROWSKY (Elisabeth), chanteuse
russe distinguée, née vers 1848, a fait son édu-
cation musicale au Conservatoire de Saint-Péters-
bourg, où elle a été élève de la célèbre canta-
trice M"« Nissen-Saloman. Douée d'une voix de
mezzo-soprano très-étendue, très-bieu timbrée,
à qui elle avait su donner les qualités d'un style
très-pur, elle parut au théâtre Marie, de Saint-
Pétersbourg (Opéra national russe), aussitôt ses
84
LA^VRO^YSlvY — LEAL
éludes lermiaées, et débuta, au mois de février
1868, dans la Vie pour te tsar, avec un succès
d'autant plus considérable qu'elle était la première
élève du Conservatoire qui se présentait sur cette
scène nationale. Elle fut aussitôt engagée pour
deux années, et se montra avec le même bonheur
dans Orphée et plusieurs autres ouvrages du ré-
pertoire. Elle commençait à acquérir une situa-
tion artistique et une véritable autorité sur le
public, lorsque l'andiilion lui tourna la tête et lui
lit abandonner cette position. Persuadée qu'elle
était destinée à faire événement en Europe et
qu'elle n'aurait qu'à choisir entre les scènes ita-
liennes les plus renommées, elle refusa, en 1872,
de renouveler son engagement avec le tliéàtre
Marie, et donna dans la salle de la noblesse, en
manière d'adieu au public de Saint-Pétersbourg,
un concert qui lui valut une sorte de triomphe.
Elle vint alors à I^aris, se plaça sous la direc-
tion de M""" Yiardot pour étudier le chant fran-
çais et le chant italien, se fit entendre une ou
deux fois en public, puis, en 1873, se rendit à
Leipzig, où elle se produisit, dans plusieurs con-
certs du Gevvandliaus, avec un réel succès. Ce-
pendant, ses espérances de rapide célébrité s'é-
vanouirent peu à peu, et elle ne put réussir à se
montrer, comme elle l'avait supposé, sur l'un
des grands théâtres ilaliens de l'Eurore occiden-
tale. Elle est alors, si je ne me tompe, retour-
née dans sa patrie, où elle n'a pas reparu à la
scène.
M"* LawrowsKy a épousé à Odessa, le 31 juil-
let 1871, le prince Zeretelew, ce qui, dit-on, ne
la rend ni millionnaire ni Irès-giande dame, car
le titre de prince admet en Russie bien des
inégalités. On a raconté sur elle une Idstoire
émouvante. En 1869, sa mère étant tombée dan-
gereusement malade et les ressources de la fa-
mille ayant été assez rapidement épuisées, quel-
ques amis eurent l'idée d'organiser à son bénéfice
un grand concert auquel, naturellement, elle
prendrait [lart. On fixa le jour au 26 mars, on
convoqua l'orchestre, on loua la vaste salle de
l'Opéra et l'on fit imprimer les programmes. Le
soir venu, M"'= Lavvrowsky se rendit au théâtre
le cœur gonflé, car l'état de sa mère avait em-
piré dans la journée. La salle était comble, et
la recette s'élevait à 'j,000 roubles environ. La
jeune ai liste chanta avec plus d'expression que
jamais et transporta tout l'auditoire, qui, après
chaque morceau, la fêtait, la rappelait et l'accla-
mait. Le concert fini, elle se rendit en toute IiTiIh
chez elle, pour retrouver sa mère. Quand elle
lui cul fait connaître le succès qu'elle venait
d'obtenir et conunenl elles se trouvaient désor-
mais l'une et l'autre à l'abri du besoin, la mère
serra la main de sa fille, et ferma les yeux pour
ne plus les rouvrir.
LAZ.MIE (MviiTiN), pianiste et compositeur
néerlandais, né à Bruxelles le 27 octobre 1829,
commença l'élude du solfège au Conservatoire
de cette ville, puis, ses parents étant allés s'éta-
blir à La Haje, y travailla le piano sous la direc-
tion lie M. Van der Does, et vint ensuite continuer
ses études à Paris. Admis au Conservatoire de
cette ville dans la classe de piano de Zimmermann,
il obtint un accessit au concours de 1846 et un
second prix en 1848; il se vit décerner aussi un
premier accessit d'harmonie et accompagnement
en 1847, et es|)érait pouvoir prendre part au
concours de l'Institut, pour le grand prix de
Rome, lorsqu'il apprit que sa nationalité étran-
gère ne lui en laissait par la possibilité. Après
plusieurs années passées à Paris, M. Lazare
alla se fixer pendant quelque temps à Londres,
puis retourna en Hollande, Un concours avant
été ouvert par le roi des Pays-Bas pour la
composition d'un opéra-comique français sur
un livret de M. de Saint-Georges, le Roi de
Bohême, M. Lazare participa à ce concours
et vit son œuvre couronnée. Le Roi de Bohême
fut représenté sur le théâtre royal de La
Haye le 1<^'- avril 1852, et fut bien accueilli du
public. Cependant, M. Lazare ne resta pas dans
sa patrie. Après avoir fait uu voyage artistique
en Allemagne, il s'embarqua pour les États-Unis,
fit un assez long séjour en Amérique, se fixa pen-
dant une année à Toronto (Canada), puis, de re-
tour en Europe en 1860, passa trois années à
Londres, pour s'établir ensuite définitivement à
Bruxelles, où depuis douze ou quinze ans il se
consacre à l'enseignement. Il a fait représenter
récemment en cette ville , dans un salon particu-
lier, une opérette intitulée to devx Mandurins
(9 février 1878). M. Lazare a publié à Paris, à
Londres et à La Haye, plusieurs compositions
pour le piano, parmi lesquelles je citerai les sui-
vantes : 6 Études de concert, Paris, Chabal ; 6
Études de genre, op. 30, id. Schott; 2 Valses de
salon, op. 21 et 27, id., id. ; Sicilienne, id., id. ;
Florence, sérénade, id., Heugel; etc.
LEAL. Il y a plusieurs musiciens portugais
de ce nom : d'abord Eleuthcrio Franclii Leal,
qui fut professeur au séminaire patriarcal de
Lisbonne pendant le gouvervementde D. Maria I
et de Jean VI; il vivait encore en 1839, mais il
avais pris sa retraite. Ce musicien a composé
beaucoup de musique d'église de peu de valeur,
écrite dans !e style théâtral alors en vogue, et
parsemée d'airs de bravoure à l'usage <les artistes
qui se (ilaisaienl alors à les broder d'une foule de
fioritures ; c'était la musique de concert (surtout
LEAL — LEBEL
8;:
la musique rossinienne) , qui à cette époque en-
valiissait pattout les églises. Ou , cite parmi les
meilleures compositions de Leal une Messe de
llequiem, et des Matïnas da Conceiçao.
Joào LEAL fut un compositeur très distin-
gué dans le genre spécial qu'on appelle en Por-
tugal Modinhas. Ces petites mélodies ont une
pliysionomie originale ; elles sont de courte lia-
leine, d'une construction musicale fort simple,
d'un I hyllmie facile, mais pleines d'expression et
empreintes d'une douce mélancolie. Les modin-
has différent essentiellement de la romance
française, ou du lied allemand. Les paroles sont
aussi simples que la musique; c'est presque
toujours l'amour qui en fait le sujet ; mais il
se présente avec des allures très-modestes, sup-
pliant, et n'acquiert jamais le caractère de la vio-
lence ou de la passion. Beaucoup de compositeurs
portugais ont cultivé ce genre de petites pièces,
mais fort peu y ont réussi ; celles de Joào Leal
étaient Irès-estimées au commencement de ce
siècle (1800-1810). Balbi (1) en parle avec éloges.
Cet artiste appartenait à une famille dans laquelle
le talent musical était héréditaire. Son père était
un excellent amateur sur le violon et fort instruit
dans la musique; ses dix enfants étaient tous si
bien doués sous le rapport musical qu'ils exécu-
taient des opéras tout entiers, les chefs-d'œuvre
deCimarosa, de Rossini, de Marcos Portogallo.
C'est,ainsi qu'ils exécutèrent à eux seuls une pièce
italienne à bord du vaisseau de ligne anglais le
Foudroyant, qui avait accompagné le roi Jean VI
à Rio de Janeiro. Balbi dit qu'il est impossible
de décrire leur habileté. Le père de Jo5o Leal
avait aussi deux frères, tous deux médecins et
comme lui grands amateurs de musique; quanta
leur père, il jouait de plusieurs instruments, et l'on
assure qu'il en était de même de leur aïeul. Voilà
donc les facultés musicales se continuant pen-
dant quatre générations dans une même famille.
Miguel LILAL , religieux de l'ordre de Cis-
ter dans le couvent d'Mcobaça, où il entra en
1646, naqu'ità Lisbonne et y passa le reste de sa
vie comme prieur du couvent de N'' S* do Des-
terro; on ignore la date de sa mort. C'était un
musicien Irès-savant, qui a beaucoup composé;
on cite surtout de lui une Messe à neuf chirurs
ou 36 voix, avec accompagnement d'orchestre et
orgue. Les difficultés de cette composition étaient
telles qu'on ne put les surmonter avec les élé-
ments dont on disposait à Alcobaça (petit lieu
où est situé le célèbre couvent de l'ordre de St-
Bernard), Au temps de Miguel Leal, les compo-
sitions à grand nombre de voix étaient fort en
(I) Essai statistique, \ol. II, page2i7.
usage en Portugal. On étudiait beaucoup les sa-
vantes œuvres de Benevoli, représenté en Por-
tugal par le célèbre maître national Duarte Lobo.
Benevoli (1602-1672) a encore surpassé Leal en
composant une messe à 12 chœurs ou 48 voix ;
Giansetti (XVll' siècle) et Gregorio Balabene
{ .WllF siècle) ont écrit des compositions du même
genre. La messe de Benevoli fut exécutée dans
l'église de Santa-Maria sopruMinerva, par 150
musiciens, ce qui est un fait inouï à cette époque.
Miguel Leal n'eut pas la même cliance.
J. ncV.
LEALI-MOLCIEllA ( ), compositeur
italien, a fait représenter en 1800 sur le théâtre
de la Scala, de Milan, un opéra bouffe intitulé
il Disertore. Je n'ai pas d'autres renseignements
sur cet artiste, qui est resté complètement in-
connu.
LEBEAU (lùiANçois), compositeur amateur,
fils d'un ministre d'État de Belgique, est né à
Liège le 4 août 1827. 11 reçut des leçons de piano
de Miclielot aîné et quelques conseils de M"""
Pleyel, puis étudia l'harmonie avec Bossclet. Au-
teur d'un opéra intitulé Esméralda, dontil écri-
vit la musique sur le livret de M. Victor Hugo qui
avait servi à M"*" Loui.se Berlin, M. Lebeau fil
représenter cet ouvrage à Liège le 24 mars 1856,
puis à Anvers, et enfin à Bruxelles , d'abord au
théâtre des Galeries St-Hubert (14 avril 1857),
ensuite à celui de la Monnaie (25 avril 1859). Il fit
traduire le livret en italien, et publia sa partition
dans cette langue. En parlant de cet opéra, le
journal V Indépendance belge s'exprimait ainsi :
« Comme compositeur, M. Lebeau est un enfant
de la nature. Il n'a point étudié l'art; ce qu'il en
sait, il l'a en quelque sorte deviné. » M. François
Lebeau a été secrétaire de la commission admi-
nistrative du Conservatoire de Bruxelles.
LEBEL (Louis-Bon), professeur et organiste
aveugle, est né à Nangis (Seine-et-Marne) le 10
février 1831. Admis à l'institution des Jeunes-
Aveugles de Paris à l'âge de dix ans, il y fit son
éducation musicale, et remport;i, dans sa der-
nière année d'études, les prix d'honneur d'orgue,
de piano et de violon, ainsi que celui connu sous
le nom de prix de six cents francs. En 1849, il
entra au Conservatoire, où il devint l'élève de
M. Benoîst pour l'orgue et d'Halévy pour la fu-
gue et la composition. Nommé, en 1851, profes-
seur d'orgue et de composition à l'Institution des
Jeunes-Aveugles, il y fit aussi les classes de vio-
lon jusqu'en 1S70, et en 1869, à la mort de Rous-
sel, lui succéda comme chef d'orchestre. Depuis
1853, il est organiste à l'église Saint-Etienne du
Mont.
M. Lebel, qui a donné à l'école d'orgue de
86
LEBEL — LE CAMUS
l'Institution des Jeunes-Aveugles un grand déve-
loppement, a écrit, pour l'orgue et pour i'or-
cliestre, un assez grand noinhre de compositions,
qui ont été exécutées pour la plupart par l'or-
cbestre de cet étahlissement et qui indiquent un
artiste de talent. Il faut citer surtout, parmi ces
compositions, une cantate à Valentin Haùy, Ion-
dateur de l'institution, exécutée lors de l'inaugu-
ration de sa statue dans la cour de l'école , et
une autre cantate à Draille, inventeur du système
d'éducation à l'usage des aveugles. Aucun de ces
ouvrages n'a été publié, et M. Lebel n'a fait
graver jusqu'ici que quatre morceaux de piano,
dont une marche triomphale, et un caprice ori-
ginal intitulé Lxtilia.
LEBLAXC est le nom d'une dynastie de
luthiers français dont le dernier membre connu
exerçait sa profession à Paris en 1772. Le père,
le grand-père et le bisaïeul de celui-ci avaient
été luthiers comme lui. On n'a pas, malheureu-
sement, d'autres renseignements sur cette famille
intéressante.
* LEBLANC ( ), violoniste et composi-
teur. A la liste des productions dramatiques de
cet artiste, il faut ajouter le Mariage de Nunon
ou la Suite de Madame Angot, opéra-comique
en un acte, donné au théâtre d'Emulation en
1796 ou 1797. Certaines féeries dont Leblanc
écrivit la musique étaient loin de manquer d'im-
portance à ce point de vue ; nous inentionne-
nerons : l'Enfant du bonheur (Ih. d'Émulation,
1798); la Forêt enchantée ou Isaure et Flo-
restan (Gaîté, 1800); Uuon de Bordeaux (id.,
1801); Saphiriup, ou le Réveil magique (id.,
1811); Riquet à la houppe (id., isil). Parmi
les mélodrames dont il fil aussi la musique, il
faut citer FJisa ou le triomphe des femmes, le
Sérail, Egbert 1er, roi d'Austrasie, Azémire ou
les Béfugiés péruviens, etc. Leblanc est mort
au mois de mars 18'.'.7.
* LF^BLICQ (Cuaiu.ks-Théodori,), composi-
teur, est mort à Scbaerbeck-lez-Bruxelles, le 8
octobre 1875. On a exécuté à P.ruxellesen I877,
à l'un des concerts du Waux-ball <lu parc, une
ouverture de ce compositeur , intitulée Gustave
Wasa.
* LEBOR\E ( AiMic-AmimoisE-SiMON). Il
faut joindre à la liste des O'uvres dramatiques de
ce compositeur les Deux Figaros, opéra on
trois actes, écrit p.ir lui en société avec Carafa
sur un livret que Victor Tirpenne avoir tiré d'une
ancienne comédie de Richaud-Maitelly, et qui
fut représenté à TOdéon le Tî août 1827. L'en-
seignement de Leborne était très-renommé, et
l'on peut citer parmi ses élèves de nombreux
prix de Rome, MM. Aimé Maiilart, Georges
Bousquet, Duprato, Barthe, Léonce Cohen,
Cberouvrier, Deslandres, puis MM. de Lajarte,
Charles Polsot, Demerssemann, Savard, Debil-
lemont, Stamaty, Hocmelie, etc. Bibliothécaire
de la chapelle de Napoléon III comme il l'avait
été de la chapelle de Louis-Philippe, Leborne fut
décoré en 1853. Mort le f"" avril 18G6, il a laissé
inédit un Traité complet d'harmonie, de contre-
point et de fugue. Un détail de la vie de Leborne a
été ignoré de tous les biographes ■- sur les instan-
ces de son père, qui jouait la comédie à l'Odéon, il
débuta Un'-mémeàce théâtre, en 1817, dansl'em-
|)loi des jeunes amoureux ; mais ce ne fut que
l'affaire d'un instant, et bientôt il renonça pour
toujours à la carrière de comédien.
LEIiOUC (Chaules-Joseph), violoncelliste
distingué, né à Besançon le 22 décembre 1822,
montra de bonne heure d'heureuses dispositions
pour la musique, et fit d'excellentes études au
Conservatoire de Paris. Admis d'abord dans cet
établissement comme élève de M. Yaslin pour le
violoncelle, le 10 janvier 1840, il donnait sa dé-
mission quinze jours après, le 25 du même mois.
Il entrait ensuite, le 9 octobre suivant, dans la
classe d'harmonie de Colet, obtenait un accessit
d'harmonie en 1842, puis était admis dans une
aulre classe de violoncelle, celle de Norblin, et
se voyait décerner, aux concours de 1843, le se-
cond prix de violoncelle et le second prix d'har-
monie. 11 devenait alors élève d'Halévy pour la
fugue et la composition, et remportait, en 1844,
le premier prix d'harmonie en même temps que
le premier accessit de fugue.
Après avoir quitté l'école, M. Lebouc se livra
à l'enseignement', tout en se faisant connaître
comme virtuose et en faisant apprécier, dans les
concerts, son jeu élégant et distingué, remarqua-
ble surtout dans l'exécution de la musique de
chambre. Il a organisé chez lui, depuis une ving-
taine d'années, en compagnie de sa femme,
lille du grand chanteur iXourrit et artiste
de talent elle-même, des cours généraux de
théorie, de musique vocale et instrumentale, qui
compreniienl tontes les branches de l'art, et il
donne chaque hiver une .série de douze séances
de musique fort intéressantes. M. Lebouc a pu-
blié une bonne Méthode complète et pratique
de violoncelle, et il a composé aussi un certain
nombre de morceaux de genre, fantaisies, etc.,
pour violoncelle avec accompagnement de piano.
LE CAMUS ( ), compositeur, est mort
en 1C77, malgré ce qu'eu a dit l'auteur de la
lliographie universelle des Musiciens, trompé
|iar la publication, en 1078, d'un recueil de sa
composition, recueil qui était évidemment une
' ceuvre |)osthume. Le Nouveau Mercure ga-
LE CAMUS — LECLAIR
87
lan(, dans son numéro d'avril 1677, est absolu-
ment explicite à ce sujet : « La mort, dit-il, a
pris aussi le sieur Le Cannus, quiestoit de la mu-
sique du Roy. I! a composé un nombre inliny de
beaux airs , et s'ils estoienl mis ensemble, il y en
auroit de quoi former plusieurs opéras, dans les-
quels on ne verroit pas toujours la mesme chose. »
LE CAMUS (Je\n-Pierre), compositeur, né
à Genève dans les premières années du dix-bui-
tièrne siècle, et mort en 1768, n'est connu que
par l'ouvrage suivant : Les Pseaumes du roi et
prophète David, mis en vers français, revus
et approuvés par les pasteurs et professeurs
de l'Eglise et de V Académie de Genève. Mis en
musique par Jean-Pierre Le Camus , citoyen
de Genève (Genèxe, 1760, 2" édition, 1764). Dans
la préface de cet ouvrage, l'auteur annonce que
« plus tani il offrira au public ses psaumes à
quatre parties composés tant pour l'orgue que
pour plusieurs sortes d'instruments, auxquels il
joindra une basse fondamentale; ce sera à cette
pierre de touche que les connaisseurs décideront
de son ouvrage. » Mais ce second recueil ne fut
jamais publié, et Le Camus mourut avant de
l'avoir mis au jour
LECARPEMTIER(ADOLPHE-CL.UR).Foj/es
CARPENTIER (LE).
LE CÈA^E (Michel-Charles), éditeur de
musique à Amsterdam, était le gendre et l'asso-
cié du célèbre Etienne Roger {Voy. ce nom), dont
il fut le successeur. Le nom de cet artiste, comme
celui de son beau-père, indique une origine fran-
çaise; mais les renseignements sur lui sont à
peu près introuvables. Les seuls que je rencontre
ont été donnés par M. Edouard Gregoir, dans
son second volume de Documents historiques
relatifs d fart musical et aux artistes musi-
ciens. Je vais reproduire les quelques lignes re-
latives à Le Cène, en regrettant que l'écrivain
n'ait pas cru devoir citer ses sources : « Michel-
Charles Le Cène, probablement Français de nais-
sance , naquit vers 1690, et il est venu s'établir
à Amsterdam comme associé de la maison Roger.
Le 31 mai 1717, il fut accepté comme membre
de la confrérie des imprimeurs de cette ville.
Plusieurs ouvrages portent le nom des deux
éditeurs. En 1741, Le Cène mourut, et ce grand
établissement disparut du monde musical. » C'est
en 1732 que Le Cène publia une nouvelle édi-
tion, tvès-augmenlée, du catalogue mis au jour
en 1716 par Etienne Roger, sous ce litre : Cata-
logue des livres de musique imprimés à Ams-
terdam, chez Etienne Roger, et continués par
Michel-Charles Le Cène, Amsterdam (s. d.),
petit in. 8° de 72 pp.
LECUAATRE (M"^), clavecinisle et com-
positeur, vivait à Paris dans la seconde moitié
du dix- huitième siècle. Elle a publié deux con-
certos pour clavecin ou piano, avec accompagne-
ment de deux violons, deux hautbois, alto et
basse, œuvre T*.
LÉCHETITZIÎY(Th ) — Voyez LES-
CIIETITZKY.
LE CIEUX (Léon), violoniste, né à Bayeux
(Calvados), le 12 mai 1821, était fils d'un hono-
rable médecin de cette ville. Contrairement à tant
d'autres, il trouva au foyer paternel les plus gran-
des facilités pour satisfaire la vocation qui, chez
lui, s'était annoncée de bonne heure. Son premier
maître de violon fut un artiste de lîayeux, nommé
Trébutien, lequel le fit débuter à l'âge de treize
ans, dans un des concerts de la Société philhar-
monique. Accueilli avec enthousiasme par ses
concitoyens, Léon Le Cieux sut ne pas se laisser
étourdir par ses premiers succès, et il continua
de travailler avec ardeur.
Au mois de décembre 1844, il fut admis au
Conservatoire de Paris, bien qu'ayant dépassé la
limite d'âge, et il entra dans la classe d'Habeneck ;
il y demeura jusqu'en juin 1846, et quitta le Con-
servatoire sans prendre part aux concours de fin
d'année.. Il commença dès lors à se produire dans
les concerts et dans les soirées du grand monde
parisien, près duquel il acquit une certaine vogue,
malgré les inégalités de son talent. Ses manières
urbaines et distinguées lui avaient permis de se
créer, comme professeur d'accompagnement, une
nombreuse clientèle. Il fut pourvu plus tard d'un
titre officiel, et remplit, jusqu'à la chute de l'Em-
pire, les fonctions de premier violon-solo de la
chapelle impériale.
Léon Le Cieux est mort à Paris, le 15 février
1873. lia écrit pour le violon un certain nombre
de fantaisies et morceaux de concert. Parmi ceux
qui ont été publiés, nous citerons : Fantaisie sur
des motifs de Don Pasquale, op. 4, Paris, Léon
Crus ; — Fantaisie pour piano et violon sur le Duc
d'Olonne, op. 8, Paris, Brandus ; — Fantaisie de
concert, op. 10, Paris, Meissonnier et Heugel ; —
Andanteet rondo, op. 26, Paris, Mackar.
J. C-z.
* LECLAIR (Jevn-M\rie). Ce violoniste
justement célèbre a écrit la musique du second
acte des Amusements lyriques, opéra-ballet en
trois actes qui fut représenté à Puteaux, chez
le duc de Gramont, au mois de février 1750.
Cet ouvrage se composait, comme c'était l'usage
à cette époque, de trois actes distincts, indépen-
dants les uns des autres : 1» Ajax et Thémire,
musique de Le Vassenr, chanteur de l'Opéra ;
2° Apollon et Climène, musique de Leclair ; 3"
le Bal militaire, musique de Martin. Si Le-
88
LECLAIR — LECOCQ
clair n'a pas compris re petit ouvrage dans le
catalomic de ses «l'uvres donné par lui en lôte de
son (l'uvrc 12, c'est que ce catalogue ne com-
prenait qiie les compositions publiées, et qu'il est
probable que celle-ci n'a jamais été gravée.
LECLAIR (PiEniîE), violoniste, a publié un
recueil de si\ duos de violons, (l'uvre V" (Paris
Lemenu). Ce recueil a paru en 1764, l'année
même de la mort de Jean-Marie Leclair, le grand
violoniste dont la renommée était si grande
alors. On sait que ce dernier se faisait appeler
Leclair l'aine. Ëtail-ce pour se différencier de
cet autre Leclair, violoniste comme lui, et celui-
ci était-il son parent ? C'est ce que j'ignore abso-
lument. Je ne sais pas davantage si ce second
Leclair était le même que le Lederc mentionné
dans l'Almanacb des spectacles, en 1765, comme
violon faisant partie de l'orchestre de la Comé-
die-Française ; cela se pourrait, car on sait qu'à
cette époque on s'inquiétait peu du plus ou
moins d'exactitude apporté dans l'orthographe
des noms propres.
* LECLERC (Jean-Baptiste) , député à la
Convention nationale, auteur de deux écrits sur
la musique, naquit le 29 février 1756 et mourut
le 16 novembre 1826. Leclerc était musicien. La
Décade philosophique politique et littéraire,
dont il était l'un des collaborateurs habituels,
donnait de lui,- dans son numéro du 22 octobre
1803, la musique d'une chanson arabe dont les
paroles avaient été écrites [)ar Deleyre. « Nous
avons trouvé, disait à ce sujet ce journal, que le
compositeur avait parfaitement exprimé la ten-
dresse et la mélancoilie des idées du poète. »
LECLEllCQ (Th ), compositeur belge,
est né à Hoeyiaert le 17 février t834. Après avoir
fait de bonnes études au Conservatoire de Bru-
xelles, il devint professeur de chant à l'Acadé-
mie des Beaux-Arts de Louvain, puis maître de
chapelle à l'église Sainte-Gerlrude, de cette ville,
abandonnant bientôt ce dernier emploi pour
accepter les fonctions d'organiste à l'église de
Notre-Dameaux Dominicains. M. Leclercq a pu-
blié une messe à 3 voix égales avec orgue, 6 mo-
tets à 3 voix égales, quelques romances, et a fait
exécuter à Louvain, dans l'église Saint- Pierre ,
un grand Tr Deum avec orchestre.
LECOCQ (ALEXANDiiE-CuAULEs), composi-
teur français, l'un des artistes les plus actifs de
la jeune génération musicale, est né à Paris le
3 juin 1832. 11 commença ses études en dehors
du Conservatoire, et était déjà un pianiste assez
habile lorsqu'il fut admis dans cet établissement,
le j novembre I8i9, comme élève de la classe
d'harmonie et accompagnement de M. Bazin. Dès
le concours de l'année suivante il obtenait un
[ireim'er prix, entrait aussitôt dans la classe de
fugue et de composition d'Halévy, et peu après
devenait élève de M. Benoist pour l'orgue. Il
remporta alors un second accessit de fugue en
1851, le second prix en 1852, ainsi qu'un pre-
mier accessit d'orgue, et quitta le Conservatoire
en 18.5^ pour se livrer à l'enseignement.
M. Lecocq, cependant, prétendait ne pas se
vouer uniquement au professorat, et ambition-
nait les succès du compositeur; mais on sait
combien sont difficiles les débuts d'un jeune mu-
sicien. Une occasion se présenta pourtant, qu'il
n'eut garde de laisser échapper. M. Olïenbach,
qui venait de fonder le petit théâtre des Bouf-
fes-Parisiens, ouvrait un concours pour la com-
position d'une opérette en un acte intitulée le
Docteur Miracle. Soixante-dix-huit musiciens
prirent part à ce concours, parmi lesquels l'ar-
tiste qui fait l'objet de cette notice. A la pre-
mière épreuve, M. Lecocq fut classé parmi les
six premiers, avec MM. Bizet, Demerssemann,
Erlanger, Limagne et Manniquet, et lors du ju-
gement délinitif sa partition fut couronnée avec
celle de Georges Bizet. 11 fut donc décidé que
le Docteur Miracle serait représenté de deux
jours l'un, une fois avec la musique de M. Le-
cocq, l'autre avec la musique de Bizet. La par-
tition du premier vit le jour, en effet, le 8 avril
1857, tandis que [celle du second était offerte
au public le lendemain. Ni l'une ni l'autre ce-
pendant ne produisit une vive impression, et
M. Lecocq dut attendre deux ans une nouvelle
occasion. Il fut moins heureux encore celte se-
conde fois, car une opérette en un acte, Jluis-
Clos, donnée par lui aux Folies-Nouvelles le 29
janvier 1859, ne put être achevée par la faute
du poème. 11 ne se découragea pas néanmoins,
et quelques années après il réussit à faire re-
présenter sur un petit théâtre des Champs-Ely-
sées, connu depuis sous le [nom de Folies-
Marigny, quelques o|)érettes en un acte qui se
distinguaient par une grâce aimable et une facile
inspiration; il donna sur cette scène mignonne
le Baiser à la porte, Liline et Valentin, les
OncUnes au Champorjne (3 septend)re 1865),
el le Cabaret de Jiamponneau (11 octobre
1867). F.ntre ces deux dernières, il avait fait
représenter au Palais-Royal un ouvrage du même
genre, le Myosotis (2 mai 1866), dont la musi-
(pie, écrite sur un livret très-gai de l'excellent
caricaturiste Cliam, avait obtenu un franc succès.
Une nouvelle scène lyrique de proportions
modestes venait de se fonder, sous le titre de
théâtre de l'Athénée. M. Lecocq y (it représen-
ter d'abord un gentil opéra-comique en deux
actes, VAmour et son Carquois (30 janvier
LECOCO
89
1868), et presque aussitôt un ouvra-^e plus
important, Fleur de Thé, opérette bouffe en
trois actes (Il avril 18G8). Fleur de Thé fut le
premier succès retentissant ilu compositeur, et
obtint plus de cent représentations; la parti-
tion do cet ouvrage, si elle ne brillait point par
une complète originalité, se distinguait du moins
par une facture ingénieuse et soignée, par un
souci de la forme qui devait être plus tard l'une
des qualités caractéristiques de M. Lecocq et
qui contrastait avec le style débraillé des maî-
tres du genre, MM. Offenbacli et Hervé, en (in
par une recherche délicate sans prétention des
effets d'orcliestre. Fleur de Thé fut reprise
plus tard aux Variétés et, traduite dans plu-
sieurs langues, ne fut pas moins bien reçue à
l'étranger qu'à Paris.
Dans le courant de cette même année 1808,
M. Lecocq écrivit encore, pour le théâtre de
l'Athénée , un opéra-comique en un acte, les
Jumeaux de Bergame, écrit pour quatre voix de
femmes et représenté le 20 novembre 1868, et
composa quelques morceaux nouveaux pour un
vaudeville en trois actes,?e Carnaval d'un mer-
le blanc, joué au Palais-Royal le 30 décembre.
L'année suivante il donnait aux Bouffes-Paiisiens
deux opérettesen un acle,Gandolfo (16 janvier),
et le Rajah de3Iysore{2l septembre), et il en
produisait deux autres, au même théâtre, en 1871,
le Testament de M. de Crac (23 octobre), et/e
Barbier de Trouville (19 novembre), cette der-
nière donnée d'abord, j'ignore pour quelle raison,
sous le couvert de l'anonyme.
Nous voici arrivés à la période brillante de la
carrière du compositeur. Les Cent Vierges,
opéra bouffe en trois actes représenté aux Va-
riétés le 13 mai 1872, obtint un succès écla-
tant , après avoir élé joué plus de cent fois à
Bruxelles (1). Mais ce succès ne fut rien en
comparaison de celui de la Fdle de Madame
Angot, autre ouvrage en trois actes, qui , après
avoir été donné aussi à Bruxelles, le 4 décem-
bre 1872, parut aux Folies-Dramatiques le 21
février 1873 et obtint une série de plus de qua-
tre cents représentations consécutives. Une telle
vogue rendit rapidement populaire le nom <ie
M. Lecocq, et bientôt toutes les scènes vouées
à l'opérette voulurent s'arracher ses ouvrages .
Au mois de novembre 1874 il donna coup sur
(1) Pendant la guerre de 1870-71, M. Lecocq s'était re-
tiré à ISruxelles, et c'est peu de temps après qu'il y lit
jouer les Cent f'ierges. Il n'est pas inutile de faire re-
marquer, à ce propos, que M. Lecocq, aflli^'é d'une dou-
loureuse infirmité, ne marche qu'à l'aide de deux bé-
quillis. On comprendra pourquoi je consigne ici cette
particularité.
coup Girojlii-Girofîa au théâtre de la Renais-
sance (cet ouvrage avait été joué d'abord à Bru-
xelles), et les Prés-Saint- Gervais à celui des
Variétés; le premier fut très-bien accueilli,
mais le second fut moins heureux et n'obtint
qu'un petit nombre de représentations. Le
Pompon, joué aux Folies- Dramatiques (10 no-
vembre 1875), n'eut pas plus de succès que les
Près-Saint-Gervais, bien que la partition en filt
charmante et d'un style plein d'élégance; la
faiblesse insigne du livret avait été cette fois
fatale à la musique. Mais le compositeur prit sa
revanche avec la Petite Mariée, qui attira la
foule au théâtre de la Renaissance (décembre
1875), où il a encore donné depuis Kosiki (18
octobre 1876), la Marjolaine (3 février 1877J,
et plus récemment le Petit-Duc (25 janvier
1878). Ces six derniers ouvrages sont tous en
trois actes.
M. Lecocq s'est fait une place à part parmi
les jeunes artistes qui forment la nouvelle école
française. Accueilli dans les théâtres qui, à la
suite des Bouffes-Parisiens, s'étaient voués au
culte de l'opérette bouffe, mais n'ayant pas eu
la facilité de se produire sur la scène de l'O-
péra-Comique, il a réagi, dans la mesure du pos-
sible, contre les traditions malsaines du genre
auquel il était condamné, et semble s'être donné
pour mission de le relever et de le transformer,
ou tout au moins de le modifier profondément.
Tandis que MM. Offenbach et Hervé, ces deux
créateurs de l'opérette, paraissaient prendre à
tâche de rabaisser la musique, l'insuffisance de
leur éducation première ne leur laissant d'autre
ressource que de flatter les instincts grossiers
du public, M. Lecocq, artiste instruit et distin-
gué, tendait au contraire à épurer le goût de
ses auditeurs, montrait le respect le plus loua-
ble de l'art qu'il professait, et, cherchant à re-
lever le niveau du genre qu'on l'obligeait à
cultiver, employait tous ses efforts à ramener
l'opérette dans le giron de l'opéra-comique. Cela
était d'autant plus difficile pour le jeune musi-
cien que ses deux rivaux, passés maîtres alors
qu'il entrait dans la lice , avaient conquis une
action réelle sur la foule; il pouvait donc pa-
raître hardi de réagir contre leurs tendances
malsaines, surtout si l'on considère que M. Le-
cocq n'avait à sa disposition que des théâtres
d'ordre secondaire et des interprètes tout à fait
insuffisants. On n'en doit avoir que plus d'es-
time pour son talent, pour la direction de son
esprit, enfin pour la façon dont, en somme, il a
fini par conquérir le succès.
M. Lecocq, il faut le dire, s'est servi de l'o-
pérette pour tuer l'opérette, il a su faire adroi-
90
.LECOCQ — LEDENT
tement au goût du jour les concessions néces-
saires, pour le modifier, et, avec une habileté
vraiment digne d'éloges, il a amené le public à
accepter et peut-être à^ soubaiter autre chose
que celle musique de pacotille et de mauvais
lieu qu'on lui servait depuis si longtemps. Cela
n'a pas été l'affaire d'un jo.ur; mais plus la lutte
a été longue, plus elle a été laborieuse, et plus
le rôle joué par le musicien est honorable et
bienfaisant. Il n'est donc que juste de le consi-
dérer, sinon comme un successeur direct, du
moins comme un digne continuateur de tous ces
artistes charmants qui se sont fait un renom
dans le genre de la comédie musicale, les Ber-
ton, les Dalayrac, les Boieldieu, les Nicolo, les
Auber, les Adam. Fleur de Thé et les Cent
Vierges sont les premières tentatives impor-
tantes de M. Lecocq dans son œuvre de réac-
tion; avec la Pille de Madame Angot ., pro-
duction pleine de verve et d'entrain, mais un
peu moins distinguée d'allures, il sembla que ses
efforts s'arrêtaient un instant; mais Giro/Ic-Gi-
rofla, le Pomjwn et la Petite Mariée ache-
vèrent révolution que l'auteur avait commencée
et prouvèrent qu'il n'entendait point abandon-
ner ses idées. Dans ces divers ouvrages, on
peut apprécier les saines et aimables qualités du
compositeur, c'est-à-dire la grâce, l'élégance,
la finesse, le charme; parfois un peu plus d'o-
riginalité, de spontanéité dans l'idée mélodique
ne messiérait pas sans doute, mais on sent du
moins qu'on a affaire à un vrai musicien, sa-
chant construire un morceau, ayant le senti-
ment juste de la scène et de ses exigences,
mettant à profit toutes les situations et tirant
parti des inoindres éléments. Et avec ces qua-
lités générales, il faut louer encore le style ai-
mahle de l'artiste, son heureuse recherche du
vrai dialogue musical, son orchestre chatoyant,
vif, allègre, coloré. En résumé, ^\. Lecocq mé-
rite de vifs éloges, non-seulement pour son ta-
lent très-réel, mais encore pour son incontesta-
ble honnêteté artistique. Au reste, ses succès
ont été grands non-seulement en France, mais
à l'étranger, et ses ouvrages, traduits dans
toutes les langues, ont été accueillis avec la
même faveur en Allemagne, en lîoln"'me, en
Italie, en Russie, et jusqu'en Suède et en Amé-
rique.
En dehors du IhéAlro, M. Lecocq a publié
un certain nombre de compositions, parmi les-
quelles je citerai les suivantes : Miellés mu-
sicales, 2i esquisses de style pour le piano
(Paris, D'Aubel); les l'anloccini, ballet-|tanto-
mime pour le piano (Paris, lîrandus); Gavotte,
pour piano (id., id.); Aoël, à 2 voi\ ; Jler-
ceuse, mélodie vocale (Paris, Brandus) ; Lettre
d'une cousine à son cousin, Ma femme est
blonde, le Langage des j/eux, mélodies (id.,
id.); Garde à vous , la Grosse Gourmande,
le Pays des amours, etc., chansons (Paris,
Feucbotj; l'Ingénieur de Fontcnay-sous- Ilois,
« naïveté » (Paris, Brandus), Ta porte est
close, aubade (Paris, Leduc) (1).
M. Lecocq, qui est un artiste instruit, a publié
récemment (1877), chez l'éditeur Legouix , une
réduction pour chant et piano de la partition de
Castor et Pollux, de Rameau.
LECOMTE (A ), compositeur, a fait
représenter sur le théâtre du Havre, au mois de
novembre 1845, un opéra-comique en un acte
intitulé Stella.
LE CORBEILLER (Charles), pianiste et
compositeur, s'est fait connaître depuis une
quinzaine d'années par la publication d'un assez
grand nombre de morceaux de genre et fan-
taisies pour le piano, écrits avec une élégance
facile. On distingue, parmi ces productions lé-
gères : le Bouquet, 3 romances sans paroles
{le Cyclamen, l'Asphodèle, la Clématite),
op. 52; Nocturne, op. 19; Espoir, V Nocturne,
op. 47; le Secret, 3' Nocturne, op. 50; les
Gouttes d'or, rêverie, op. 60; l'Élan, galop
dédiasse, op. 4'i; le Murmtire, idylle, op.
43; Marche militaire, op. 28, etc., etc. Cet ar-
tiste a publié aussi une quantité de morceaux
de musique de danse, et quelques mélodies vo-
cales. Enfin, on lui doit encore une Messe mé-
lodique à 3 voix, avec accompagnement d'orgue
(Paris, Colombier), et une opérette de salon in-
titulée une Entrevue (id., id.).
* LEDEDUR (Chaules, baron DE). — L'ou-
vrage de ce musicographe distingué, Tonkilns-
tler-Lexicon Berlin's [Dictionnaire des tnu-
siciens de Berlin) , dont les deux premières
livraisons avaient été mentionnées dans la Bio-
graphie universelle des Musiciens, a été
complètement achevé depuis lors. 11 a paru
en onze livraisons, dont la réunion forme un
fort volume de 704 pages grand in-8" (Berlin,
Ludwig Rauh, 1860-1861). La moitié de la der-
nière livraison est consacrée à un supplément.
C'est un des ouvrages du genre les plus soignés
et les mieux faits.
LEDEiXT (Fii.ix-Étienne), pianiste, com-
positeur et professeur, est né à Liège le 20
(I) M. Lecocq a écrit, en société avec MM. Hervé et
l.fgouix, la musique d'une opérette en un acte, ûchx
l'orliérvs pour un cordon, qui a été représentée sur le
théâtre du Palais Boval au miils de mars is«9. Les trois
musiciens cacliérent en celte circonstanec leurs person-
nalités sjus le pseudonyme colkctif à'.llcindor.
LEDENT — LEENDERS
91
novembre 1809. Admis en 1827 au Conserva-
loiie (le sa ville natale, il y devint élève de
Jules Jaliieau ijour le piano, et obtint un pre-
mier prix au concours de 1832. Devenu plus
tard élève de Daussoigne-Mchul, il lit sous la
direclion de cet artiste icmarquable un cours
complet de composition, et acquit des connais-
sances très-solides dans l'art d'écrire. En 1843,
il remporta le second prix de Rome, et le
l'"'' mars de l'année suivante il était nommé
professeur de piano dans l'établissement où il
avait fait ses études. Le talent dont il lit preuve
dans ces fonctions lui valut une légitime noto-
riété, car il a formé un grand nombre de bons
élèves qui, pour la plupart, ont obtenu les
premiers prix dans les concours.
La grande activité déployée comme profes-
seur par M. Ledent l'a obligé de bonne beure
à renoncer aux succès du virtuose, et à né-
gliger son talent d'exécution pour consacrer le
peu de temps qui lui restait de libre à des
travaux de composition; ceux-ci même ont été
souvent entravés par le nombre prodigieux d'é-
lèves auxquels il donnait ses soins. Parmi les
ouvrages publiés par M. Ledent, on remarque
un Adagio et Rondo pour piano et orcbestre,
dédié à M"* Pleyel (Liège, Muraille), deux Bar-
carolles pour piano seul,; Lamento (romance
sans paroles), et un grand nombre de mélo-
dies vocales. M. Ledent est cbevalier de l'ordre
de Léopold.
* LEDIIUY (Adolphe). Quelques personnes
attribuent à cet artiste écrivain la paternité de
l'ouvrage facétieux intitulé Dictionnaire aris-
tocratique, démocralique et mistigorieux de
musique vocale et instrumentale, et publié
sousjle pseudonyme de Chrijsostcuphe Cléde-
çol {Voij. ce nom).
LEDUC (Alphonse), pianiste, compositeur,
professeur et éditeurde nuisique, né à Nantes le
9 Mars 1804, est mort à Paris, le 17 juin 1868.
Petit-fds d'un violoniste et fils d'un bassoniste
distingué, il commença avec son père l'étude du
solfège, du basson et de Tbarmonie ; plus tard il
étudia la guitare et la llûte, et devint un vérita-
ble virtuose sur ces deux instruments. On cite
un concert donné par lui à l'âge de 23 ans, dans
lequel il exécuta avec le même succès un air va-
rié pour le basson, de grandes variations pour
la flûte et une fantaisie pour la guitare. Venu à
Paris, il entra au Conservatoire, y obtint un se-
cond prix de basson en 1825, puis prit des leçons
d'harmonie de Reicha. De retour à Nantes à la
lin de 1826, il y étudia le piano avec Rliein,
puis bientôt se livra à la composition. En (luel-
ques années il offrit au public une innombrable
quantité d'œuvres de tout genre, dont le total ne
s'élève i)as à moins du treize-cents, comprenant,
entre autres, une Méthode de piano, U livres d'é"
ludes, 328 morceaux à 2 ou à 4 mains, 184
quadrilles, 153 valses et polkas, 295 morceaux
de danse à 4 mains, 94 romances et mélodies à
1, 2 ou 3 voix. 13 œuvres de basson, 52 œuvres
de guitare, 38 œuvres de flûte, 26 œuvres d'or-
gue, etc. En 1841, Leduc fonda à Paris une
maison de commerce de musique, qu'il fournit
lui-même d'un grand nombre de ses composi-
tions, et qui devient rapidement prospère. Cette
maison est tenue aujourd'hui par son fils.
Parmi les nombreuses œuvres publiées
par cet artiste, il faut citer : 1° Méthode élé-
mentaire de piano à Vusage des pensions
(ouvrage dont il a été fait trente éditions); 2° 25
Petites Éludes très-faciles pour les petites
mains, op. 156; 3" Études élémentaires, op.
128 ; 4" Études mélodiques, op. 146 ; 5° Études
de mécanisme, op. 100; 6° Études de genre,
op. 154 ; 7° 25 Petites Éludes à quatre mains,
[)our les petites mains, op. 156 bis; 8° 24 Pré-
ludes dans tous les tons majeurs et mineurs,
op. 169; 9° Études chantantes et concer-
tantes, à quatre mains, op. 191; 10° Biblio-
thèque des jeunes pianistes, coWeciïon de 12
petites fantaisies brillantes, op. 144; Deuxième
Bibliothèque des jeunes pianistes, 20 mor-
ceaux brillants et faciles, op. 160. A ces pu-
blications relatives à l'enseignement, il faut
joindre des centaines de morceaux divers : fan-
taisies, thèmes variés, pièces de genre, ba-
gatelles, un nombre infini de morceaux de
musique de danse : quadrilles, valses, polkas,
polkas-mazurkas, rédowas, schotischs, etc., etc.
* LEE (Lotis). — Cet artiste a fait exécuter
en 1860, à Hambourg, dans un concert, une can-
tate intitulée Jeanne d'Arc.
LEEMANS ( ), musicien flamand, né à
Bruges, était établi à Paris dans la seconde
moitié du dix-huitième siècle, et a publié en
cette ville, en 1769 : Six Quatuors, trois pour
la flûte, un basson, un violon et un violoncelle,
et trois pour un hautbois, un violon, un bas-
son et un violoncelle, œuvre 3. Dans le même
temps, cet artiste a publié aussi, sur des pa-
roles de Voltaire, une ariette intitulée le Songe,
avec accompagnement de harpe, deux violons,
deux bassons, deux cors de chasse et basse.
Leemans vivait encore en 1785.
LEENDERS (Maurice-Gérard-Hibert),
violoniste belge, est né à Venloo le 9 mars
1833. Fils d'un artiste instruit auquel il dut sa
première éducation musicale, il fut envoyé
fort jeune à Bruxelles et, dès l'âge de douze
92
LEENDERS — LEFEBVRE
ans, se voyait admis au Conservatoire de celte
villi', dans la classe <lc M. Meerts, d'où il passa
plus tard dans colle de M. Léonard. Lu IsâO
le jeune artiste obtenait le premier prix de vio-
lon, consacrait ensuite deux années à étudier
la composition , puis entreprenait un grand
voyage artistique eu Hollande, en Allemagne,
en Danemark, en Suède, en i\orwége et en
Pologne, donnant de nombreux concerts et par-
tout obtenant de vifs succès. En 1857, M. Leen-
ders se lit entendre à Paris, et y fut bien ac-
cueilli. De retour dans sa patrie, il s'y livra
avec ardeur à l'enseignement et à la composi-
tion, et écrivit un concerto et des fantaisies
pour le violon, des romances et mélodies vo-
cales, etc. Anjourd'bui, M. Leenders est direc-
teur de l'École de musique de Tournai.
LËEST (Guill.\lmk), facteur de clavicordes,
natif du pays de Juliers, exerça sa profession
à Anvers et fui reçu dans la bourgeoisie de
cette ville le 5 décembre 1561.
LE FÉBUllE (Is.wc), claveciniste, pro-
fesseur et compositeur, vivait à Paris dans la
seconde moitié du dix-huitième siècle. Il a
publié Deux Sonates pour le clavecin ou le
forle-piano, avec accompagnement de violon.
* LEFÉBURE-WÉLY (Loi;isJ.\mes-Al-
fred), organiste et compositeur distingué, est
mort à Paris le l" janvier 1870. Il avait écrit
la musique d'ime cantate intitulée Après la
victoire, qui fut exécutée à l'Opéra-Comique
le 15 août 1803. La femme de cet artiste ho-
norable, douée d'une voix charmante, qu'elle
conduisait avec beaucoup de goût, se fit, il y
a environ vingt-cinq ans, une réputation mé-
ritée comme chanteuse de salon et de concert.
Depuis longtemps déjà elle avait renoncé à ses
succès, pour se consacrer exclusivement à l'é-
ducation de ses deux filles. Elle est morte
presque subitement, à Paris, le 28 janvier 1876.
LEFEBYRE ( ), luthier fiançais, était
établi à Amsterdam de 1720 à 1735 environ.
Dans son livre curieux : les Instruments à
archet, M. Antoine Vidal constate les bonnes
qualités de la lutherie de cet artiste habile.
« Il est prohabli!, dit- il, que ce Lefebvre avait
travaillé en Italie, car les spécimens qui sont
restés de lui sont infiniment supérieurs à ce
qui se faisait alors en France. »
LEFElîYlVE ( ), compositeur et poète,
vivait à Paris dans la seconde moitié du dix-
huitième siècle. Cet artiste ne m'est connu que
par la publication suivante, faite par lui en 178i :
RvMiiM-, ballet alléçjorique en un acte pour
la centenaire de sa naissance, suivi de ré-
flexions sur la poésie lyrique et d'un oratorio
intitulé « la Mort d'Abel ». En annonçant
l'apparition de cet ouvrage, le Mercure de
France s'exprimait ainsi sur le compte de l'au-
teur : « Ce ballet allégorique n'a i>u obtenir les
honneurs de la représentation ; on en appelle
au jugement du public. L'auteur nous dispense
de prononcer sur son poème quand il dit dans
ses Réflexions sur la poésie lyrique, que les
meilleurs poètes soiit des juges très-incapa-
bles en cette matière tant qu'ils ne sont pas
compositeurs. Nous laisserons donc les musi-
ciens décider si M. Lefebvre est bon poète. Au
reste, il y a dans ses Réflexions des idées qui
nous ont paru pouvoir être utiles aux gens de
l'art. »
LEFEBVRE (Charles-Edouard), compo-
siteur, né à Paris le 19 juin 1S43, commença
par étudier le droit , tout en s'occupant beau-
coup de musique. Il finit par renoncera la carrière
d'avocat, entra au Conservatoire dans la classe de
M. Ambroise Thomas, et prit part, sans résultat,
aux concours de Rome des années 1864 et 1S65.
En 18G6, il épousa une fille de M. Oudiné, le
graveur en médailles bien connu, et dès lors se
vif, par les règlements, exclu de tout nouveau
concours. Mais trois ans après il eut le malheur
de perdre non seulement sa jeune femme, mais
la fille qu'elle lui avait donnée. Une nouvelle
réglementation des concours de Rome ayant pré-
cisément, à cette époque, reporté, comme autre-
fois, à trente ans la limite d'âge, M. Lefebvre se
retrouvait dans les conditions normales. Use pré-
senta donc de nouveau, en 1870, au concours de
l'Institut, et il obtint le premier grand prix de
Rome, conjointement avec M. Henri Maréchal
(Voyez ce nom), pour la cantate intitulée le
Jugement de Dieu, cantate qui ne put, selon
la coutume, être exécutée en .séance publique, à
cause des événements politiques qui fondirent
alors sur la France. Après un voyage à Rome
et dans le reste de l'Italie, en Grèce et en Tur-
quie, M. Lefebvre était de retour à Paris, et fai-
sait exécuter dans une séance publique de l'Ins-
titut (15 novembre 1873) une ouverture qui
IKutait le même titre que sa cantate de con-
cours, et au Conservatoire, à la st-ance d'au-
dition des envois de Rome (23 mai 1874), une
suite symplioni{pie et le psaume .WIII pour
chœur et orchestre (1). Après avoir été faire
un second voyage à Rome, où il écrivait une
synq)honie en mi bémol et un très-remarqua-
ble drame lyrique en trois parties, Judith, sur
(I) Cette suite svinplionique av.nit tHé produite une
priMiiitre fos p;ir l'nulcur. le II avril prt'cédent, dan*
une des seanees de la Société natiouale de musique.
LEFEBVRE — LEFORT
93
un poëme «le M. Paul Coilin, le jeune artiste
faisait entendre, dans la séance d'audition des
envois de Rome de l'année suivante (27 mai
1875), des fragments de ces deux œuvres im-
portantes, dans lesquelles la critique sut dis-
tinguer de rares qualités de style, de facture
et (l'inspiration.
.M. Lefebvre a produit encore les composi-
tions suivantes : 1° Pièces symplioniques (Pré-
lude et Choral, Scherzo), Concerts duCluUeiet,
7 février 1875; 2° un chœur et une romance
pour cor, Société nationale de musique, 13 fé-
vrier 1875; 3° ouverture dramatique, Concerts
du Chàtelet, 26 mars 1876; i" Dal'da, scènes
pour orchestre d'après le drame de M. Octave
Feuillet (Prélude, Enlr'acte, Nocturne appas-
sionato, le Chant du Calvaire, Finale), Société
nationale de musique, l" avril 1876; quatuor
en mi bémof pour piano et instruments à cordes.
Il a publié aussi Six poésies 7)iises en musique
(Paris, Hartmann), et divers morceaux détachés
pour chant et jiiano, parmi lesquels : C Absence,
Sais-iu ce que le vent soupire •' etc. La par-
tition pour chant et piano de Judith a été pu-
bliée par l'éditeur M. Mackar. Enfin, M. Lefeb-
vre a en portefeuille un opéra intitulé Lucrèce.
LEFEBVRE (M"" Caroline). — Voyez
FAURE {SVn-
LEFÈVRE ( ) est auteur d'un opus-
cule publié sous ce titre : Des causes qui
retardent les progrès dans l'étude de la
musique (Paris, 1822, in-8'' de 40 pp.).
LEFEVRE (Victor-Gustave), compositeur
et professeur, directeur de l'École de musique
religieuse de Paris, est né à Provins (Seine-et-
Marne), le 2 juin 1831, et, après avoir com-
mencé ses études littéraires en cette ville, les
termina à Paris, au collège Sainte-Barbe. Son
goftt pour la musique se révéla de bonne heure,
et dès l'âge de treize ans, sans avoir aucune
connaissance de l'art d'écrire, il s'essayait à
composer des morceaux qu'il harmonisait à
quatre parties. 11 finit par triompher des scru-
pules de sa famille, d'abord peu disposée à lui
laisser embrasser la carrière artistique, et ob-
tint rautori.sation de suivre le cours de solfège
de Foulon. En 1848, il fut présenté à Panseron,
qui, frappé de ses dispositions pour la composi-
tion, le recommanda d'une façon toute spéciale
à Auber et à Carafa; ce dernier lui témoigna
beaucoup d'intérêt, et poussa l'obligeance jus-
qu'à faire exécuter deux de ses morceaux à
orchestre par les élèves du. Gymnase musical
militaire, dont il était alors directeur. Auber le
fit admettre au Conservatoire, dans la classe
d'haimonie de Colet.
Mais M. Letèvre ne resta pas longtemps au
Conservatoire. Au bout de deux mois, il quit-
tait Colet pour aller se mettre sous la direction
de Pierre Maleden, excellent professeur avec
le(|uel il travailla |)endanl dix années. C'est là
qu'il puisa la connaissance étendue qu'il pos-
sède des maîtres de toutes les écoles, et qu'il
commença ses travaux sur la contcxture des
périodes musicales, sur le rhythme et la mo-
dulation.
M. Lefèvre, que Maleden aimait comme un
fils, épousa en 1865 la fille aînée de iNieilermeyer,
et fut bientôt nommé directeur de l'École de
musique religieuse que celui-ci avait fondée en
1853. Depuis sa direction, cet établissement,
qui rend à l'art des services si considérables, a
pris une extension nouvelle. En dix années ,
M. Lefèvre, aidé de ses excellents coopéraleurs,
a formé et placé dans diverses églises de France
80 maîtres de chapelle et organistes, qui, tous,
remplissent honorablement leur tâche, et dont
plusieurs sont des artistes fort distingués. En
1872, il a reconsliiué la Société de musique
vocale classique sans accompagnement, qui
avait été créée en 1853 par le prince de la
Moskowa et Niedermeyer; dans les six concerts
que donne chaque année cette Société, elle a
exécuté un grand nombre de compositions du
seizième siècle inconnues à Paris; en 1873 et
187'i, elle a fait entendre à la Sainte-Chapelle
l'office du lundi saint tel qu'on le dit à Rome ,
à la chapelle Sixtine.
M. Lefèvre a en portefeuille de nombreuses
compositions vocales et instrumentales, entre
autres plusieurs messes avec accompagnement
d'orchestre, des quatuors, dont quelques-uns
ont été exécutés dans des concerts, et la mu-
sique de la tragédie de Roméo et Juliette (tra-
duction d'Emile Deschamps), dont on a entendu
en public divers fragments. L'éditeur Richault
prépare en ce moment la publication d'un Traité
d'harmonie et celle d'un Traité d'accompagne-
ment et de la basse chiffrée, écrits par cet
artiste pour les cours de l'École qu'il dirige.
LEFORT (Jules), chanteur Jde concert et di»
salon, s'est fait sous ce ra[iport, il y a envi-
ron vuigt-cinq ans, une certaine réputation , à
l'époque des grands succès en ce genre de
M'"" Lefébure-Wély et Gaveaux-Sabalier. De-
puis quelques années il s'est consacré à l'en-
seignement, et s'est livré à des recherches
spéciales sur l'émission vocale et sur la pronoii
dation appliquée au chant. Voulant rendre pu-
blic le résultat de ces recherches, il a fait
paraître d'abord un opuscule intitulé : De ré-
mission de la voix (Paris, Heu. s. d.., in- i" de
94
LEFORT — LEGOUIX
21 pages, avec 16 pages d'exercices). M. Lc-
fort a [niblié ensuite une; Méthode de chant
(Paris, Leinoine, in-4'>), dont il a extrait une
brociiure imprimée sous ce titre : Partie théo-
rique de la la nouvelle Méthode de chant
de Jules Lefort. Du rôle de la prononcm-
tion dans fémisson vocale (Paris, l'auteur,
1870, m-8° de 47 pages). En 1861, M. Jules
Lefort voulut aborder la scène, et fit une fu-
gitive apparition au Théâtre-Lyrique, où il se
montra dans un optera nouveau de M. Théo-
dore de Lajarte (Voij. ce nom), le Neveu de
Gvllirer. La moiieslie de son succès n'ayant
pas répondu à ses désirs, il ne renouvela pas
cette tentative.
LE FRANÇOIS ( ), artiste qui vi-
vait à Paris à la fin du dix- huitième siècle,
imagina une guitare nouvelle, à laquelle il ajou-
tait un second manche et un grand nombre
decordes. Voici comment le CflZeH(/n"er musical
de 1789 décrivait l'instrument ainsi modifié : —
« Cet instrument a deux manches, et a pour
objet de diminuer les difficultés qui se trouvent
dans la guitare ordinaire. Les deux manches
contiennent entre eux dix- huit cordes. Le pre-
mier porte cinq cordes à vide, ou notes basses;
elles se nomment ut, ré, mi, fa, sol, et celles
qui sont sur le manche sont les mêmes q ue
celles de la gi.itare, et portent les mêmes
notes qu'elle. Le second manche, que l'auteur
nomme manche d'octave, est le même pour
l'accord que le grand, avec cette différence
qu'il n'a que trois cordes de basse hors du
manche, ut, ré, sol; mais on pourrait en met-
tre cinq, comme au grand. Cette quantité d e
cordes, et un manche de plus, semblent de-
voir doubler les difficultés; mais l'auteur fait
observer (lu'elles n'ont pas lieu, et qu'il gagne,
au contraire, beaucoup, parce qu'il peut exé-
cuter, sur son manche d'octave , et par le
même doigter, ce que l'on ne peut exécuter sur
le manche ordinaire, ou le premier des siens ,
que par un démanchement qui fait toujours
courir des risques pour la justesse des sons
et la précision de l'exécution. D'ailleurs, ces
notes d'octaves, prononcées par d'autres cordes,
produisent des sons plus vigoureux et plus agréa-
bles. Un des principaux avantages de cet instru-
ment est sans doute d'offrir, à deux ou trois notes
près, dans le bas, la môme étendue que le cla-
vecin ou la harpe, et de se prêter ainsi parfai-
tement à l'accompagnement de la voix. »
LEGEAY (Le U. P.), moine bénédictin de
l'abbaye de Solesmes , a publié sous ce titre:
ISoéls anciens (Paris, Victor Palmé, 1876), une
collection de quarante noéls populaires de la
Bourgogne et de la Champagne, dont il a repro-
duit les paroles et la musique, en y joignant
un accompagnement de piano.
LEGï^\DRE (Jules), virtuose sur le cor-
net à pistons et |)rofesseur, est l'auteur d'un
manuel qu'il a publié sous ce titre en 1877 :
Traité complet d'articulation ou le Secret
des coups de langue simples et doubles, classés,
raisonnes d'expliqués, pour cornet ou btigle
et en général pour tous les instruments à
vent (Bruxelles, Mahillon, in-8).
LEGEi\TIL (A -F ), a traduit en
français les notices allemandes de Wegeier et
Ries sur Beethoven, et les a publiées sous ce
litre : Notices biographiques sur L. Van
Beethoven par le D"" F. -G. Wegeier et Ferdi-
nand Ries, suivies d'im supplément publié à
l'occasion de l'inauguration de la statue de L .
V. Beethoven à Bonn , sa ville natale, traduites
de l'allemand par A.-F. Legentil (Paris, Dentu,
1862, in- 12).
* LEGXANI (Louis). Cet artiste a publié :
Melndo per imparare a conoscere la musica
e suonare la chitarra, composta colla mas-
sima semplicità e chiarezza, Milan, Ricordi.
Cet ouvrage porte le chiffre d'œuvre 250.
LEGOUIX (Isidore-Edouard), compositeur,
fds d'un éditeur de musique, naquit à Paris
le 1*"" avril 1834. Admis au Conservatoire,
dans la classe de M. Henri Reber, il remporta
un premier prix d'harmonie au concours de
1855; devenu ensuite élève de M. Ambroise
Thomas, il obtint l'année suivante un second
accessit de fugue, et, en 1860, une mention
honorable au concours de l'Institut pour le
grand prix de Rome. M. Legouix a fait repré-
senter quelques ouvrages dont voici les titres :
1" Un Othello, th. des Champs-FJysées, 1863;
2° le Lion de Saint-Marc, opéra comique en
un acte, th. Saint-Germain, 24 novembre 1864;
3° 31a Fille, o|iérette en un acte, Délassements-
Comiques, 20 mars 18(56; 4" Malbroug s'en
va-t-en guerre, opéra bouffe en 4 actes (en
société avec MM. Bizet, Léo Delibes et Jonas),
Athénée, 13 décembre 18G7; 5" le Vengeur,
opérette en un acte, Athénée, 20 novembre 1868 ;
6» les Dernières Grisettes, opéra bouffe en 3
actes, Fantaisies-Parisiennes (Bruxelles), 12
décembre 1874; 7° le Mariage d'une étoile,
opérette en un acte, Bouffes-Parisiens, l'^'" avril
lis76; 8" Madame Clara, somnambule, « fo-
lie " en un acte avec airs nouveaux, Palais-Royal,
mars 1877. 11 a en portefeuille une opérette en un
acte, la Tartane, reçue naguère au théâtre de
l'Athénée, mais non représentée. M. Legouix a
écrit aussi, en société avec MM. Hervé et
LEGOUIX — LEJEUNE
9S
Ch. Lecocq, la musique d'une pochade musi-
cale en un acte, Deux Poiiicres pour un co7--
don, qui fut jouée au Palais-Royal au mois de
mars 1869, ei pour laquelle les trois composi-
teurs abritèrent leurs noms sous le pseudo-
nyme coliectit' iVAlcindor. Il a donné au journal
le Magasin des Demoiselles la musique de
deux opérettes, Quinolelle el la Clef d'argent,
qui n'ont pas été représentées, et il a publié
quelques romances et mélodies vocales. M. Le-
gouix est un artiste aimable, instruit, distingué,
qui n'a que le tort de respecter l'art qu'il
exerce, et qui aurait réussi aussi bien et peut-
être mieux que d'autres s'il avait voulu se
lancer dans le champ de la musique grotesque
et prétendue bouffe, si fort en honneur depuis
vingt ans.
LEGRAIXD (PiKnuF.), pianiste, organiste
et compositeur, devint en 1780 « maître de mu-
sique » du théâtre du grand Opéra et de la
Société des Concerts de Marseille. Il avait suc-
cédé dans ces fonctions à Rey, qui fut depuis
chef d'orchestre à l'Opéra à Paris, et il fui
remplacé en 1793 par Parent du grand Opéra.
Cet artiste avait acquis dans le midi de la France
une assez grande notoriélé comme compositeur.
Il A écrit des ouvertures et des marches pour
orchestre, des motets à grand chœur et des
messes. En 1783, il fit chanter à la Société des
Concerts VHijmme des Lys, cantate, et, en
1792, des chœurs qu'il avait composés pour
VAthalie de Racine. Ce fut lui qui enseigna
l'harmonie à Délia Maria. Le 20 pluviôse au
IX, il fut reçu membre de l'Académie de Mar-
seille, dans la section de musique que venait
de former cette compagnie : Delattre et lui
furent les deux premiers musiciens admis. Il
mourut en 1809.
Al. R— d.
* LEGROS (Joseph), chanteur célèbre de
l'Opéra. Le petit ouvrage dont cet artiste avait
écrit la musique en société avecDesormery avait
pour titre non Ilijlas el Sylvie, mais Hylas et
Églé, el fut représenté à l'Opéra le 16 février
1773. Ces deux artistes avaient fait annoncer en
1774, dans le Mercure, la prochaine publication
d'un Recueil d'airs et de duos dont ils étaient
les auteurs ; mais je ne crois pas que cette pu-
blication ait eu lieu, (J'oyes Desormery).
LEIDGEBEL (Ama.xd-Léopold), pianiste,
organiste, compositeur et professeur allemand,
est né à Guhrau le 26 décembre 1816, alla faire
ses études musicales à Breslau, et se rendit en-
suite à Berlin, où je crois qu'il est toujours fixé.
Cet artiste, qui est fort estimé dans sa patrie, a
publié environ quarante œuvres consistant en
sonates pour piano seul et pour piano et violon,
caprices de concert et morceaux de genre pour
un ou deux pianos, etc.
LEITE (Antonio da Silva), né à Porto
(Portugal) vers la (in du XVIII'' siècle, fut maî-
tre de chapelle de la cathédrale de cette ville
et compositeur distingué. lia publié : r Rezumo
de todas as regras, e preceilos da Cantoria
assim da Musica metrica, como do Canto-
chdo, dividido e)ii duas partes. Porto, 1787,
petit in-4'' de VIlI-43 pag.et deux planches gra-
vées (l'auteur dit dans le prologue de cet ouvrage
qu'il imprimera bientôt une Arle de acompan-
hamento, et un autre Arte de Contraponto,
mais ces ouvrages n'ont pas paru; 2" Estudo
da Guitarra em que se expOe o modo mais fa-
cil para aprender este instrumento, Porto,
1795, 2 in-fol. de.38 pag. pour le texte, pour l'In-
dex et XXIII pag. d'exemples de musique. Il
a paru une 2""' édition de cet ouvrage en 179G
avec quelques altérations dans le titre, mais
elle n'a pas été augmentée. La plupart des
compositions de Leite n'ont pas été imprimées ;
je ne connais que : Seis Sonatas de Guitarra
corn acompanhamento deRabecaeduas Trom-
pas ad libitum, 1792, in fol. ; et Hymno pa-
triotico a grande orchestra, Paris, 1820, in-fol.
chez Ignace Pleyel et fils aîné (édition de luxe
gravée par Richoinme et ornée du portrait du roi
Jean YI). Cet hyrnme fut exécuté à Porto dans
le théâtre de S.-Joào lors du couronnement
de ce prince. Je citerai encore un Tantum
ergo a 4 vozes e orchestra, 1815. Il a aussi
composé beaucoup de Modinhas pour un jour-
nal de musique de 1793. Je ne connais pas la
date de la mort de Leite.
Un autre compositeur du même nom , le
Père José Leite, jésuite, a composé la musique
d'un drame allégorique : Angola triumphante,
qui fut représenté à Lisbonne, au collège des
Jésuites (Santo-Chitào), le 18 juillet 1620. Ce
drame, composé de quatorze scènes, n'est pas
connu.
J. DE V.
* LEJEUIVE (Claude). On trouve quatre
chansons de cet artiste célèbre dans le recueil
divisé en six livres que Pierre Phalèse publia
à Louvain en 1555-1556, et dont le premier
parut sous ce titre : Premier livre des chan-
sons à quatre parties, nouvellemeyil compo-
sez (sic) et mises en viusicque, convenables
tant aux instrumenta comme à la voix (Lou-
vain, 1555, in-40).
LEJEUIVE , est le nom d'une famille de
luthiers qui n'étaient point sans renommée et qui
exerçaient leur profession à Paris dans la seconde
96
LEJEUNE — LExMAIRE
moilié (iii ilixliiiitiiMnc siècle. Le premier dont
il soit fait mention est François Le jeune ^ qui,
(lès iTG'i, faisait jiartie de la corporation des
lutliiers-inaitres-jinés-comptables, et dont le
nom se trouve dans une série de règlements de
comptes de cette corporation qui sont conservés
dans un caiton des Arcliives nationales. Fran-
çois Lejeune vivait encore en 1785, et demeu-
rait rue de la Juiverie. Ses violons paraissent
avoir été estimés. Deux autres, Jean- Charles
Lejeune et Louis Lejeune, étaient établis fa-
bricants de violons, aussi à Paris, en 1783.
Enfin, un quatrième, Jean- DapUsie Lejeune, à
la fois luthier et facteur de liarpes, était ins-
tallé à la même époque rue Montmartre; il
vivait encore en 1788, date à laquelle on n'a
plus de renseignements sur aucun des précé-
dents.
Les Lejeune, luthiers, formèrent d'ailleurs
une véritable dynastie. En 1819, on en comp-
tait trois : Lejeune aine, demeurant cour du
Commerce, 10; Lejeune cadet, fixé dans la rue
Montmartre, au passage Charot; et Lejeune fis,
établi non loin de là, |)assage du Saumon. De
183C à 1846, on ne trouve plus trace que de
l'un d'entre eux, qui demeurait au n° 13 de la
rue Couclierat; enfin, le dernier survivant de
celte famille, fixé en 1862 rue Saint-Claude, au
Marais, mourut, dit-on, en 1870.
LEJEU\E (Er.NiiST), compositeur et pro-
fesseur, établi à Calais, a fait représenter sur
le théâtre de cette ville les deux opéras-comi-
ques en un acte dont voici les titres : 1° La
Chaiison de LbXfjon (août 1862); 2° Un Ma-
riage normand (avril 1868).
LE JOLIS (A ) e.st auteur d'un écrit
ainsi intitulé : De la tonalité du plain-chant
comparée à la tonalité des chants popu-
laires, inséré dans la Revue archéologique. Il
a été fait un tirage à part de cet opuscule
(Paris, 1859, in-S").
LELU ( ), compositeur dramatique, s'est
fait connaître i)ar la leprésentation de deux pe-
tits <)péiras-coMii(|ues en un acte, dont le [•rcmier,
intitulé le Cousin et la Cousine, eut un sort
très- fâcheux. Joué au théâtre Feydeau le 1*'
avril 1798, cet ouvrage, dont le poème avait été
écrit |)ar Pigault-Lebrun , tomba si lourdement
qu'il ne reparut jamais à la scène et que sa pre-
mière représentation fut aussi la dernière. Le se-
cond, qui avait pour titre le Siais par ruse ou
la Mine cache le jeu, fut donné au }ielil théâtre
des Jeunes-Artistes vers la fin de l'année 1801.
On doit à cet arti^te un assez granii nombre de
romances dont les titres se trouvent dans la Bi-
bliographie musicale (do César Gardeton )
et trois nocturnes italiens à deux voix. Lélu, qui
se fit plus tard éditeur de musique, vivait encore
en l82'i.
* LP:.MAIRE (Charles). Outre le livre de
cantates signalé au nom de ce compositeur, on a
de lui les quatre cantates suivantes, publiées sé-
|iarément cliez Ballard : le Sacrijice d'amour,
Endymion, la Constance, et le Retour du
Printemps.
LEM AIHE (Théophile), professeur de chant
et écrivain sur la musique, est né à Essigny-le-
Grand (Aisne), le 22 mars 1820. Doué d'une ma-
gnifique voix de basse profonde, il fut admis , le
15 décembre 1849, au Conservatoire de Paris, et
suivit dans cet établissement les cours de Garcia
pour le chant, de Micbelot pour l'opéra, et de
Moreau-Sainti pour l'opéra-comique. Atteint, en
1851, d'une bronchite aiguè qui l'obligea d'inter-
rompre ses études musicales, il se vit forcé de
quitter le Conservatoire. Rendu à la santé par les
soins de son ami, M. le docteur Blanche, il re-
nonça à la carrière théâtrale, à laquelle il s'était
préparé , et se consacra d'une façon absolue à
l'enseignement. 11 se livra dans ce but à des
études spéciales, consulta tous les traités de l'art
du chant, et bientôt réunit une bibliothèque mu-
sicale qui est devenue l'une des plus inqiortantes
que l'on puisse trouver chez un particulier.
C'est en consultant les innombrables méthodes
de chant dont il avait formé une si riche collec-
tion, que M. Lemaire conçut la pensée de doter
notre littérature musicale de la traduction d'un
ouvrage de Pierfrancesco Tosi, très-curieux et
plein d'intérêt : Opinion/ dei cantori anlichl e
moderni, ossieno osservazioni sopra tl canlo
Jiguralo (Bologne, 1723). Cet ouvrage, dont il
existait depuis, longtemps une version anglaise
et une version allemande, n'avait jamais élé tra-
duit en français. M. Lemaire se chargea de ce
travail utile, l'ex-'cuta avec beaucoup de soin et
une grande exaciilude, et publia sa traduction
sous ce titre ; VArl du chant, opinions sur les
chanteurs anciens et modernes, ou observa-
tions snr le chant figuré, par Pierfrancesco
Tosi, traduit de l'italien et accompagné de
notes et d'exetnples, par Théophile Lemaire,
Paris, Rollischild, 1874, in-16. Depius lors, et
en société avec M. Henri Lavoix {Vog. ce nom),
M. Lemaire travaille à un ouvrage très-impor-
tant, qui sera publié sous les auspices et avec le
concours du ministère des Beaux-Arts; cet ou-
vrage n'est autie qu'une Histoire complète de
l'art du chant, depuis les temps les plus reculés
jusqu'à nos jours ; il comprendra un résumé de
toutes les mi Ihoiios de chant de toutes les épo-
ques, un |)arallèle des deux écoles italienne et
LEMAIRE — LEiMMENS
97
française, des remarqiips sur les chanteurs ita-
liens et les chanteurs français, la bibliographie
des ouvrages relatifs au chant, etc., etc. L'His-
toire de Vart du chant formera un volume
in-4° de 500 pages environ, avec de nombreux
exemples de musique, et paraîtra dans le cours
de l'année 1878.
LE MAIRE ( ), dit Valné, violo-
niste qui vivait dans la première moitié du dix-
huitième siècle, a publié un Premier Livre de
sonates pour le violon, avec la basse continue
(Paris, 1739, in-f).
*LEMAÎTRE ou LE MAISTRE (Ma-
thieu), compositeur du seizième siècle, a été l'ob-
jet d'un travail biographique important. M. Otto
Kade, directeur de la musique du grand-duc de
Mecklembourg-Schwerin, a publié sur lui un li-
vre ainsi intitulé: Matlheus Le Maistre, nieder-
lecndischer Tonsetzer und churfiirstlïch sxch-
sisclier Kapelhneister {Matheus Le Maistre,
compositeur néerlandais et maure de cha-
pelle de l'Électeur de Saxe), Mayence, Sciiott
fils, 1862, 1 volume grand in-8» avec musique et
fac-similé. On voit, d'après le titre de cet ou-
vrage, que Lemaître doit être considéré non
comme Belge, mais comme Néerlandais. Je ne
puis d'ailleurs parler plus longuement du travail
de M. Otto Kade, ne l'ayant pas eu entre Jes
mains.
LEMANISSIER (Chaules), compositeur
et professeur, l'un des chefs d'orchestre de la
Société philharmonique de la Rochelle, a écrit
une musique entièrement nouvelle sur deux an-
ciens vaudevilles , qu'il a ainsi transformés en
opéras-comiques et fait représenter sur le théâtre
de la Rochelle : 1° le Dîner de Madelon
(mars 1859) ; 1° le Cabaret de Lustucru (mars
1861).
LEMARIE ( ), compositeur amateur,
a fait représenter au théâtre de l'Athénée, le 28
juin 1873, un opéra-comique en un acte, intitulé
Roijal-Champagne.
LE MARTINEL (Pierre), compositeur,
naquit en Normandie vers le milieu du seizième
siècle. Ayant pris part, en 1586, au concours du
puy de musique d'Evreux, il s'y vit décerner le
prix de la lyre d'argent pour une chanson fran-
çaise : Pourroys-je sayis mourir?
* LE MAURE (Catherine-Nicole) , une des
plus illustres chanteuses de l'Opéra au siècle der-
nier, naquit à Paris le 3 août 1703 (et non 1704);
reçue dans les chœurs en 1719, elle débuta
comme chanteuse soliste, au courant de décem-
bre 1721, en remplaçant M"* Erernans dans le
prologue de Phaéton (et non par le rôle de Céphise,
dans l'Europe galante, en juin 1724). Je pour-
BlOC.R. LNIV. des musiciens. — SUPPL. T.
rais continuer indéfiniment ces rectilicalions, car
le peu qu'on savait jusqu'à ces derniers temps
sur le com|)tedeM"'= Lemaure était bien inexact :
De la Borde, par exemple, puis Castil Blaze et
Fétis, plaçaient son début trois ans trop tard. C'est
là une des nombreuses erreurs qu'ils ont com-
mises sur son compte et qu'il serait trop long de
relever une à une. Ici, ils retardent de trois ans,
ailleius ils avancent d'autant; c'est un enchevê-
trement d'inexactitudes et d'erreurs dans les-
quelles l'un se trompe en voulant corriger l'au-
tre, etwce versa. Il est, d'ailleurs, très-difficile
de suivre les allées et venues d'une chanteuse
qui ne faisait que quitter l'Opéra et y rentrer :
on ne parvient à démêler la vérité qu'en suivant
mois par mois le Mercure, dont les indications
sont d'une précision extrême, à une date, à un
jour près. C'est ce que j'ai fait dans mon travail :
l'Église et l'Opéra en 1735, i»/"« Lemaure et
l'éve'que de Saini-Papoul (Paris, Détaille, 1877),
où j'ai dû retracer de la façon la plus complète
la carrière trop ignorée de celte illustre actrice,
en même temps que je republiais certaines pièces
de fantaisie très-amusantes et devenues rares
qui font connaître au mieux les goûts légers de
nos ancêtres et lesamusements satiriques, les
écrits facétieux dont les gens de bon ton étaient
si fort épris il y a un siècle et demi. Je renver-
rai le lecteur à cette brochure, non sans ajouter
que je crois avoir mis à profit, en les vérifiant
l'un par l'autre, tous les renseignements fournis
sur cette actrice par les livres sérieux ou facé-
tieux, par les mémoires privés ou plus ou moins
publics du terfips, en recherchant aussi tous les
détails précis et inédits que pouvaient me four-
nir sur m"" Lemaure les manuscrits conservés
aux Archives, à ia Bibliothèque nationale et à
l'Opéra.
Ad. J — N.
* LEMIÈRE DE CORVEY (Jean Fré-
déric-Auguste). Outre /a Dame du Lac et Tan-
crède, de Rossini, dont cet artiste fut l'arrangeur
pour les traductions qui en furent données à l'O-
déon, il arrangea sous ce titre : le Testament,
un autre ouvrage de Rossini (lequel.?), qui fut
aussi représenté à ce théâtre, le 22 janvier 1827.
* LEMMEXS (Jacques-Nicolas). Depuis
environ douze ans, cet artiste fort remarquable
est fixé à Londres, où il est devenu organiste
de l'église des Jésuites. lia publié en 1876 un
très-beau recueil de 3 sonates pour orgue. En com-
pagnie de sa femme. M"" Lemmens-Sherrington,
qui s'est fait en Angleterre une grande réputation
de cantatrice, M. Lemmens a donné de nombreux
concerts qui ont obtenu un très-grand retentis-
sement. M"" Lemmens est considéréeaujonrd'hui,
i. 7
98
LEMMENS — LEMONNIER
à Londres, comme la première cantacrice an-
glaise ; elle a obtenu de