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Spécial ^ook Collection
IrattèFia îïmurratty Etbrary
"The search for truth even unto its innermost parts'
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(M.ciiheiv laub'iu
The Gift of
SADYE RUBIN MARANTZ LEE
The National Wornen's Committee
of Brandeis University
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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
SUPPLEMENT ET COMPLEMENT
TOME SECOND
TVPOGnAPIllE FlRJlI.'y-DIDOT. — Mf.SML ( KURE ).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
ET
F F
BIBLIOGRAPHIE GENERALE DE LA MUSIQUE
PAR F.-J.'FETIS
SUPPLEMENT ET COMPLEMENT
Publiés SOUS la direction de
M. ARTHUR POUGIN
TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C'e
IMPRIMEURS DE l'iNSTITUT, RUE JACOB, d6
1880
Tous droits réservés.
SIGNATURES DES AUTEURS
DU SECOND VOLUME.
MM.
A. L — N LoQuiN (Anatole). .
Ad. J — N JuLLiEN (Adolphe).
All Lasalle (Albert de).
Al. R — D Rostand (Alexis).
Éd. de h Hartog (Edouard de ).
Er. T Thoinan (Ernest).
F. D Delhasse (Félix).
G. B Bertrand (Gustave).
J. B Batka (Jean).
J.-B. W Weckerlin ( J.-B.).
J. G — z Carlez (Jules).
J. D. F FiLipPi (J. de).
J. DE V Vasconcellos (Joaquim de).
J. G Gallay (Jules).
L.-F. G Casamorata (L.-F.).
Y Anonyme.
Tous les articles non signés sont de M. Arthur Pougin.
Tous les noms précédés d'un astérisque sont ceux que l'on trouve dans la Biographie
universelle des Musiciens, et dont les notices ont été rectifiées, corrigées ou complétées.
Les notices qui ne sont accompaguées d'aucun signe sont entièrement nouvelles.
Référence
91^6';
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
SUPPLÉMENT
H
(suite.)
Ho LMES(M"''iLUGusTA), pianiste distinguée,
née en Irlande vers 1850, habite Paris depuis
longtemps, et s'y est produite plusieurs fois dans
des concerts. Compositeur aussi, cette artiste a
écrit les paroles et la musique d'un grand
opéra en un acte, Héro et Léandre, qu'elle
a fait entendre à la direction du tliéàtre du
Châtelet, à l'époque de la courte transforma-
tion de ce théâtre en Opéra populaire (1874);
j'assistais à l'audition de cet ouvrage, qui m'a
paru intéressant et qui renfermait quelques bon-
nes qualités, en dépit des doctrines ultra-wagné-
riennes que l'on attribue à son auteur et qui ne
m'ont pas semblé percer dans sa partition.
M"' Holmes a, dit-on, deux autres opéras en
portefeuille, Astarté et Lancelot du Lac. Elle a
fait exécuter à la Société philharmonique de Paris
(1873) , le psaume In exita , mis en musique
par elle, et aux concerts du Châtelet (1877) un
andante pastoral pour orchestre. Enfin elle a
publié, sous le pseudonyme d'//ermann Zenta,
quelques mélodies vocales.
IlOLSTEIN (Franz VOi\), compositeur
allemand, est né à Brunswick le 16 février 1826.
Fils d'un ancien officier supérieur, il embrassa
lui-même la carrière militaire, devint de bonne
heure officier, mais prit sa retraite dès l'âge de
vingt-sept ans, en 1853, pour consacrer sa vie
à l'art musical , qu'il affectionnait. Il avait fait,
sous ce rapport, de bonnes études au Conserva-
toire de Leipzig, et avait eu des leçons particu-
lières du fameux théoricien Moritz Hauptmann.
Du reste, M. von Holstein, dont les connaissan-
ces sont très-vastes et les aptitudes très-diverses,
8'est occupé aussi d'esthétique , d'histoire , de
BIOGR. UNIV, DES MUSICIENS. — SUPPL. ■
philosophie, de poésie, de travaux de mécanique
et particulièrement de dessin.
Après avoir fait plusieurs voyages dans l'Alle-
magne du Sud, en Italie, à Berlin, à Paris,
M. Franz von Holstein commença à se faire
connaître comme compositeur par la publication
d'un assez grand nombre de recueils de chœurs
et de lieder à une ou plusieurs voix. Déjà il
avait écrit deux ouvrages dramatiques : Deux
Nuits à Venise {2 actes, 1845), et Waverley
(5 actes, 1852) ; en 1869, il donna à Dresde un
opéra en 3 actes, der Haideschacfit, qui obtint
un grand succès non-seulement en cette ville ,
mais dans toute l'Allemagne, et en 1872 il faisait
représenter à Berlin der Erbe von Morleij
{l'Héritier de Morley), autre opéra en 3 actes.
Enfin, en 1876, M. von Holstein offrait au pu-
blic un nouvel ouvrage dramatique, Die Ho-
chlaender, qui a été représenté à Mannheim,
et l'année suivante il donnait sur le théâtre
de Leipzig nn opéra romantique, les Monta-
gnards, dont il avait écrit les paroles et la
musique et qui paraît avoir obtenu un vif
succès. On connaît aussi de lui un trio pour
piano, violon et violoncelle, Béatrix, air de
concert pour soprano avec accompagnement
d'orchestre, et quelques autres compositions.
HOLTZHEM (Louis-Alphonse), né à Paris
le 26 juin 1827 , étudia de bonne heure la musi-
que, fut enfant de chœur dans ses jeunes années,
travailla ensuite le violon, fit partie de l'orchestre
de divers théâtres de Paris, entre autres de ce-
lui du Vaudeville, et enfin se fit admettre au
Conservatoire, dans la classe d'harmonie de
Colet, le 14 janvier 1847. Mais bientôt il aban-
T. II. 1
2
IIOLTZIIEM
IIONAYN
donna cette élude pour celle du chanf, entra dans
la classe de l'oncliaid en 18'j9, dans la classe
d'opéra -comique de Morin l'année suivante, ob-
tint un second accessit de cliant en ISiti, un
troisième accessit d'opéra-comique en 1802, et
le premier accessit en 1853. Il embrassa alors la
carrière lyrique, se montra sur diverses scènrs
de la province et de l'étranger, et, étant allé en
Italie, prit à Milan des leçons d'un professeur
renommé de celte ville, M.Lamperti. Vers I8G1,
M. Holt/liem, de retour à l'aris, fit une courte
apparition à l'Opéra-Comique, où il débuta,
dans l'emploi des seconds ténors, par le rôle île
Tonio, de ta Fille du Régiment. 11 se livra en-
suite à l'enseignement, et, peu d'années après,
publia un traité assez médiocre, ainsi intitulé :
Bases de Vart du chant , traité théorique et
pratique et guide spécial à Vusage des jeunes
chanteurs et des amateurs (Paris, Girod,
1865, petit in-8°). Depuis lors, M. Holt/liem
paraît avoir renoncé entièrement à la carrière du
Ibéâlre et n'a plus fait parler de lui.
IIOLTZMANIV ( ), .organiste et com-
positeur de musique religieuse, était, vers 1770,
maître de chapelle de l'église paroissiale à Meers-
bourg, petit pays situé sur les bord du lac de
Constance. L'organiste allemand Hamma, qui fut
plus lard organiste de cette église, a prétendu
qu'en feuilletant les œuvres manuscrites de cet
artiste, il aurait découvert, dans le Credo de sa
4* messe solennelle, le c\\?in\.à&la Marsrillaise,
que Rouget de Lisie n'aurait pris que la peine de
copier effrontément pour en faire son liymne
fulgurant. On trouvera au mot Hamma des dé-
tails plus étendus à ce sujet.
IIOMILIUS (L ), compositeur russe,
s'est fait connaître par plusieurs lieder, deux
morceaux pour le piano : ISoctume et Moment
musical, et un recueil de Gammes dans tous
les tons et pour tous' les degrés, réunis d'après
la Méthode d'Antoine Jîuhinstein. Ces divers
ouvrages ont été publiés à Saint-Pétersbourg,
chez l'éditeur Ressel. Je n'ai pas d'autres ren-
seignements sur M. Ilomilius , qui est un des
meilleurs élèves de M. Antoine Rubinstein.
IIOMAIEY (J ), professeur au Conser-
vatoire de Toulouse et au lycée de cette ville.
est l'auteur de l'ouvrage suivant : Nouveau
Cnide pour l'enseignement de l'harmonie, ou
Petit Manuel pouvant servir atix personnes
qui enseignent ou pratiquait celle science,
Paris, Ileiigel, 18ô7, in-8°.
IIOXAUEU (Ijont/.i), claveciniste remar-
quable et compositeur, dont le nom semble
indiquer une origine germanique, était établi à
Paris dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle, et s'y livrait à l'enseignement. 11 a publié
en celte ville : 1" trois livres de chacun six
sonates pour le clavecin-, 2" un livre de six
son.'tt's pour le clavecin avec accompagnement
(le violon ad libitum ,• 3" quatre quatuors pour
le clavecin, avec accompagnement de dcAW
violons et basse, et deux cors ad libitum. Cet
artiste vivait encore à Paris en 1785.
IIONAYN (Abou cÀn), musicien arabe, né
vers l'an 620 de l'ère chrétienne, était désigné
sous le nom de Honaijn al-H'iry, parce qu'il
était originaire de la ville de Hira, ancienne
capilale de l'Irak arabe. Chrétien de religion, il
commença par être marchand de fleurs, puis,
se voyant doué d'ime voix charmante, il se
livra à l'élude de la musique et devint chanteur,
en même temps que joueur de luth et compo-
siteur. A la fois poète et musicien, il écrivait,
dit-on, des vers légers d'un tour aimable et facile,
cl des airs d'une excellente facture. Il se lit une
grande réputation, et était recherché partout
pour son talent. On raconte que Khàlid, gou-
verneur de l'Irak pour le calife Abd el-Mélik,
trouvant que la musique tendait à corrompre
les mœurs, l'interdit formellemenl dans toute
l'étendue de la province. Un jour qu'il donnait
audience publique, Honayn se présenta à lui et
lui dit : « J'avais une profession qui faisait sub-
.sister ma famille et moi; tu en as prohibé
l'exercice, et tu m'as ainsi réduit à la misère.
— Quelle était la profession, demanda Khâlid?
— En voici l'instrument, » répondit Honayn
en tirant un luth de dessous son manteau.
« Ah ! tu étais musicien, reprit l'émir; eh bien,
voyons je veux te juger; chante. » Honayn,
s'accompagnant de son lufli, chanta aussitôt
quelques vers qui contenaient des maximes de
morale. Après l'avoir entendu, Khàlid s'écria :
« A la bonne heure; je te permets de chanler,
mais je le permets à toi seul. »
Quelques années plus tard, le gouvernement
de l'Irak fut confié à un autre foncllonnaire,
nommé Richr, qui aimait la musique, et auprès
duquel Honayn fut en grande laveur. Il y avait
alors dans l'Irak un grand nombre de musiciens,
mais tous médiocres, à l'exception de Honayn.
Celui-ci tenait donc en quelque sorte le sceptre
de l'art musical dans la province, lorsqu'il se
vit menacé d'une dangereuse concurrence par
un chanteur d'une contrée voisine, Ibn Mouhri/.,
qui venait chercher fortune. Honayn alla à sa
rencontre, l'aborda, et réussit à l'éloigner par
un cadeau de .''lOO pièces d'or (7,000 fr.).
Honayn, même en sa vieillesse, gagnait d'ail-
leurs beaucoup d'argent, ainsi que le consta-
tait un jour un de ses amis en lui disant : « De-
HONAYN — HOPPFER
puis cinqunnle années que tu chanles et que fu
exploites en Irak la générosité des grands, il
n'en est pns un seul à la fortune duquel tu
n'aies fait une brèche considérable. » Ilonayu
répondit avec fierté -. « Eh ! mes amis, soyez
donc équitables. Ce que je donne, moi, à mes
auditeurs, c'est mon souflle, c'est mon àme.
Ai-je donc tort, après tout, d"y mettre un si
haut ])rix ? «
Ilonayn parvint à un âge Irès-avancé; il
mourut, (lit-on, presque centenaire, sur la (in
du premier siècle de l'hégire (vers 718 ou 719
de l'ère chrétienne), et par suite d'un accident
dont les circonstances sont ainsi rapi^rléc-;
par Caussin de Perceval dans ses JSotices anec-
dotiques sur les musiciens arabes :
« Des chanteurs de la Mekke et de iMédine,
entre autres ibn Souraydj et Malied, l'avaient
engagé à venir visiter ses confrères du Hidjàz.
Pour le déterminer plus sûrement à les satis-
faire, ils lui avaient envoyé une somme d'argent
destinée à le défrayer de son voyage. Honayn
s'achemina vers Médine, où une réception
lui était préparée chez une dame du plus haut
rang, Soucayna, fille de Hoçayn, femme éi^ale-
ment célèbre par son esprit, sa beauté et le
nombre de ses maris. On alla au-devant de
lui à plusieurs lieues hors de la ville, et on le
conduisit en pompe à la demeure de Soucayna.
Lorsque le vieillard y fut entré, Soucayna fit
ouvrir au public les portes de sa maison. La
foule d'amateurs qui se présenta pour entendre
chanter Honayn et ses confrères ne pouvant
tenir dans la salle où ils étaient, la plupart des
curieux montèrent sur la terrasse qui recouvrait
cette salle. La maîtresse du logis leur y fit
porter des rafraîchissements. Honayn, comme
étant le doyen des artistes présents et le héros
de la fête, (ut prié de chanter le premier.
D'une voix encore ferme et agréable, il chanta
une chanson dont il était l'auteur Il n'a-
vait pas achevé sa chanson que tout à coup
on entend un craquement affreux mêlé de cris
d'effroi. La terrasse, surchargée de monde,
s'effondre; les plâtras, les solives tombent
sur les assistants, les auditeurs d'en haut sont
précipités sur ceux d'en bas. Il y eut bien des
contusions et des blessures, mais personne ne
périt, excepté Honayn. Ou le retira sans vie
de dessous les décombres. Il était mort en
chantant. « Pauvre ^> Honayn! (Vu Soucayna, il
n y avait bien longtemps que nous desirions
te connaître; faut-il qu'en f appelant ici
nous t'ayons entraîné à ta perte! »
HONUON (.\nuiE.N), compositeur belge,
a fait représenter h. Tongres, le 12 septembre
1877, un opéra- comique en un acte intitulé
Monsieur Totn. M. Honlion a fait ses études
musicales au Conservatoire de Liège, où il a
remporté, il y a une dizaine d'années, le prix
d'(!xcellence dans la classe d'orgue et le premier
prix de contrepoint et fugue.
* IIOPFE (Jules), compositeur et Tprofes-
seur, est né le 18 janvier 1817 au château de
Hcldrungrn, dans la Thuringe. Il fit de bonnes
études lilléraircs à l'Université de Berlin, et
reçut son éducation artistique à l'Académie
de musique de la même ville, où il se fixa
définilivement. 11 s'y livra à l'enseignement du
piano et de l'harmonie, et devint directeur d'une
société instrumentale. Outre un grand oratorio
intitulé la Résurrection de Lazare, qui a été
exécuté en 1850, on doit à cet artiste un nombre
consiilérable de compositions importantes, des
symphonies, des ouvertures, des trios et des
quatuors pour piano et instruments à cordes,
enfin plusieurs cantates ainsi que des lieder
avec accompagnement de piano.
I10PIÀIi\S (JoHN-LARKiiN), organiste et
compositeur anglais, cousin de M. Edward-John
Hopkins (Voyez Biographie universelle des
Musiciens, t. IV), est né en 1820. Il a fait ses
premières études musicales comme^ enfant de
chœur à l'abbaye de Westminster, puis, après
avoir terminé son éducation, devint organiste
de la catliédrale de Rochester, après quoi il fut
appelé à succéder à Walmisley comme orga-
niste du Trinity collège, à Cambridge. M.
Hopkins a écrit un grand nombre de compo-
sitions pour l'orgue et pour la voix, des services
religieux, etc.
IIOPP (Juuus), compositeur allemand, a
écrit les paroles et la musique d'une parodie
de Faust, qui, sous le titre de Fxustling und
Margareth'l, a été représentée à Berlin, sur
le théâtre Friedrich- Willielm, au mois de juil-
let 1872.
HOPPFER (Louis-Bernard), pianiste et
compositeur, né à Berlin le 7 août 1840, se
consacra de bonne heure à l'élude de la musi-
que, et reçut une excellente éducation technique
à la nouvelle Académie de musique, que venait
de fonder M. Théodore Kullak. Il devint, dans
cet établissement, l'élève de M. Kullak lui-
même pour le piano, de MM. Wohlers et Espeu-
halui pour le violoncelle, enfin de MM. Dehn
et Richard Wuerst pour la théorie de l'art et
la composition. M. Hoppferse fit d'abord con-
naître, en tant que compositeur, par plusieurs
productions instrumentales importantes , entre
autres deux sonates pour piano et violon,
un quatuor pour piano, violon, alto et violon-
IIOPPFER _ IIORTA Y LLEOPAIlT
celle, un quinteUc pour instruments à cordes,
des marelles, etc., et aussi par un certain
nombre de lieder. Il avait acquis ainsi une
certaine notoriété lorsqu'il (il représenter à
l'Opéra de Berlin, le 11 avril 1871, un drame
lyrique que le puhlic attendait avec impatience.
Cet ouvrage, intitulé Friihjof, ne répondit pas
aux espérances quon en avait conçues, et n'ob-
tint qu'im mince succès malgré la présence des
deux artistes aimés qui en remplissaient les
principaux rôles, M. Niemann (Fritlijofj, et M""^
Mallinger (Ingeborg). Peu de temps après, le
17 juin de la même année, M. Hoppfer faisait
exécuter sur cette même scène de l'Opéra, mais
en dehors de la saison théâtrale, une sorte de
grande légende musicale pour soli, chœurs et
orchestre, Borberoussc, qui paraît avoir été
accueillie aussi par le public avec une certaine
réserve, bien que M. Niemann en chantât encore
la partie principale. On connaît aussi de Hoppl'er
un opéra-comique intitulé PÉludiant de Pra-
gue, le 23'' psaume pour soli, chœur et or-
chestre, et une ballade pour voix seule, chœur
et orchestre. Cet arliste est mort dans toute la
force de la jeunesse, à Niederwald, près de
Rudesbeim, le 21 août 1877. — Son frère aîné,
Emile-Henri Hoppfer, né à Berlin le 22 jan-
vier 1838, a commencé par étudier aussi la
musique, au Conservatoire-Stern, mais s'est
tourné plus lard vers la poésie et les lettres.
Critique et correspondant de théâtres, il vécut
à Hambourg depuis 1872. C'est lui qui a écrit
pour son frère, qu'il précéda de peu de jours
dans la tombe, les livrets des trois ouvrajges
que celui-ci a mis en musique.
* IIOUAK (Wenceslas-Emmanuel), com-
positeur, organiste et écrivain musical, est
mort à Prague le 4 septembre 1871. Il était
né à Mscheno (Bohème), en 1800.
I10RA.T1IS (Cesare DE), théoricien italien,
est l'auteur de l'ouvrage suivant : IS'uovi h'ie-
menti délia scienza acuslico-musicale, appli-
cabili alla scienza délie arti, INaples, 1865.
UOIlK(;i;i (Félix), virtuose sur la guitare
et comi)Ositeur pour son instrument, naquit en
Pologne vers la fin du dix-huilième siècle.
Employé un instant à la Chambre des comptes
de Varsovie, il quitta cette ville en 1815 pour
aller s'établir comme professeur en Aul riche,
et se fixa à Vienne. Là, il réns>it pleinement,
donna des leçons aux archiduchesses, et se vit
patronné par la cour. Pourtaid, au bout de
quelques années, il i>arlit pour l'Angleterre,
commença à composer pour son instrumeid^
puis s'établit à Edimbourg, et publia environ
une centaine d'œuvres pour la guitare. On
trouve dans ces morceaux, qui se répandirent
beaucoup en Angleterre, de la grâce et de la
facilité. Horeçki fut le premier maître du cé-
lèbre guitariste polonais Stanislas Szczepanowski
{Voyez ce nom). Il était encore à Edimbourg
en 1833.
IIORMILLE (Jean-Jacques), compositeur,
chef d'orchestre et violoniste, né à Nancy le
17 novembre 1799, était attaché au théâtre
de l'Opéra-Comique, en 1829, en qualité de
second chef d'orchestre. Il entra peu de temps
après (lors de la fermeture de la salle Venta-
dour) comme premier chef au Gymnase dra-
matique. Il demeura à ce théâtre jusqu'en 1845,
se faisant remarquer par le talent qu'il dé-
ployait dans la composition des airs et mor-
ceaux nouveaux qu'il écrivait pour les nom-
breux vaudevilles joués à ce théâtre. Aujour-
d'hui retiré à Nancy, sa ville natale, M. Hor-
mille, qui avait été en 18i3 l'un des 46 mem-
bres fondateurs de l'Associalion des artistes
musiciens, est président du Comité correspon-
dant de cette association à Nancy.
* IIORN (Charles-Edouard), chanteur et
compositeur anglais, était allé, sur la fin de sa
vie, se fixer aux États-Unis. Il y est mort en 1849.
HORN (Auguste), pianiste et compositeur
allemand, né le 1""' septembre 1825 à Freiberg,
en Saxe, a fait de très-bonnes études musicales
au Conservatoire de Leipzig. 11 s'est, une fois
son éducation terminée, livré à la composition,
et a publié, en même temps qu'un certain
nombre de lieder, des fantaisies et des mor-
ceaux de genre pour le piano. Il a aussi fait
représenter à Leipzig, le 28 février 1875, une
opérette intitulée les Voisins. M. Horn est l'au-
teur des excellents arrangements pour le piano
à quatre mains, publiés par la maison Peters,
des symphonies d'Haydn, de Mozart et de
Beethoven.
IIORIXSTEIN ( ), compositeur alle-
mand, a fait représenter à Munich, en 1872,
un opéra intitulé l'Avocat de village.
* IIORSLEY (Chaules-Edouard), né à
Kensington (près Londres) le IG décembre 1821,
est mort à New-Vork le 28 février 187G. 11
était depuis longues années fixé en cette ville,
d'où il envoyait à une feuille spéciale de Londres,
le Musical .standard, des lettres fort intéres-
santes sur l'état de la musique aux États-Unis.
IIORTA Y LLEOPAKT (Anasïasio),
organiste et compositeur espagnol, né dans la
seconde moilié du dix-huilième siècle, étudia
le piano et l'orgue avec José Maseras, et la
composition avec Andrevi et Queralt. Dès sa
plus grande jeunesse il se distingua sur l'orgue,
HORTA Y LLEOPART — HUBEUTI
et fut siiccessivempnt organiste des églises de
Saint-Pliilippe de Néri, de Saint-Sévère et des
Saints Juste et Pasteur, de Barcelone. Rarement
il lui arrivait de jouer des morceaux étudiés,
quelque solennelles que fussent les cérémonies,
parce qu'il improvisait d'une façon admirable.
Son exécution était rapide et brillante, et se
distinguait par l'élégance de mélodies char-
mantes qu'il accompagnait d'une chaude et ro-
buste harmonie. Il écrivit quelques compositions
pour voiv avec accompagnement d'orgue et
pour orgue seul, et instruisit un grand nombre
d'élèves qui lui firent beaucoufi <rbonneur.
Horta, qui était extraordinairement contrefait,
et qui, tout debout, n'était pas plus liaut qu'un
enfant de dix ans (s'il était petit par la taille,
dit un biographe, il était grand par le talent),
mourut à Barcelone le 12 février 1843.
IIOUSSÏJ (Antoine), était un organiste
distingué qui vivait au dix-septième siècle, et
dont le neveu était aussi un artiste de talent
dans le même genre. « Parmi nos organistes
les plus habiles que la mort a enlevez, dit Ti-
ton du Tillet dans son Pornoxsc François, on
ne doit pas oublier.... Antoine Houssu, orga-
niste de l'église de Saint-Jean-en-Grève et
Houssu, son neveu, qui lui avoit succédé à
cette place. » C'est là le seul souvenir qui nous
reste de ces deux artistes, et il m'a été impos-
sible de savoir si l'un ou l'autre avait laissé
quelques compositions.
HOWEf.L (F ), compositeur anglais,
est l'auteur d'un oratorio, fhe Land of promise,
qui a été exécuté à Westerham en 1872.
IIUBANS (CuARLEs), hautboïste, chef d'or-
chestre et compositeur, né vers 1820, a occupé
pendant plusieurs années à Paris les fondions
de chef d'orchestre au Cirque d'hiver. Plus
tard, il remplit le même emploi aux concerts de
Paris, où il succéda à M. Musard fils, puis au
café-concert de l'Alcazar, et enfin il entra en la
même qualité aux Bouffes- Parisiens, qu'il a
quittés depuis pour entrer aux Folies-Bergère.
Il a donné aux Bouffes-Parisiens, en 1874,
le Tour de Moulinet, opérette en un acte,
qu'il a fait suivre de quelques autres ou-
vrages dont voici les titres : la Belle Lina,
opéra bouffe en 3 actes (Athénée, 187,5), qui
n'eut que quatre ou cinq représentations,
par suite de la fermeture du théâtre,- les
de\tx Loups de mer, saynète en un acte
(Casino d'Engbien, 1876); Rien qu'un jour,
opéra-comique en 3 actes (Fantaisies-Parisiennes
de Bruxelles, 1876). M. Hubans a fait jouer
encore, dans divers cafés-concerts, plusieurs
opérettes en un acte : Un Amour dans le dos.
Héloïse et Ahedard, liavigore et Collodium,
Prisonnier par amour. Un Fausse Gélatine,
les Grignolleuses, etc., et il a écrit quelques
airs nouveaux pour un grand vaudeville joué
au théâtre Déjazet : les Femmes qui font des
scènes. Enfin, cet artiste a publié un certain
nombre de romances et chansonnettes, ainsi
que plusieurs morceaux de genre pour le haut-
bois. Tout cela est de médiocre valeur.
HUBENE (Louis), pianiste, professeur et
compositeur belge établi à Bruges, et, je crois, né
en cette ville, fut élève d'un musicien nommé
Berget, son oncle, qui avait lui-même étudié sous
Cherubini. Devenu carillonneur communal et or-
ganiste d'une des principales églises de Bruges,
cet artiste s'est fait connaître comme composi-
teur non-seulement par un grand nombre de mor-
ceaux de piano, dont quelques-uns ont été pu-
bliés à Paris, chez l'éditeur M. Maho, par des
motets exécutés dans diverses églises, mais
encore par trois opéras flamands dont voici
les litres : 1° Baudeuujn van Constantino-
pelen, 2 actes, représenté sur le théâtre de
Bruges au mois de septembre 1853; 2" Willem
Beukels, un acte, non représenté; 3° Bertha
of maed en Heldendaed {Berthe, ou courage
et héroïsme) ; j'ignore si ce dernier a vu le jour.
HUBER (Feriiinand), compositeur, né vers
1780, mort à Saint-Gall le 9 janvier 1863, est
l'auteur des lieder suisses les plus renommés.
Il en dédia un cahier à Mendeissohn, qui lui
écrivit à ce sujet une lettre de chaleureuses
félicitations.
HUBER (HvNs), pianiste et compositeur
allemand contemporain, s'est fait connaître en
ces dernières années par la publication de
de diverses compositions pour son instrument,
entres autres les suivantes : Blxlter und
Blûthen, pièce de concert, op. 2; élude sur
un thème original, op. 7 ; Bdderbuch ohne
Bilder, 10 fantaisies, op. 12; Fantaisie pour
piano et violon, op. 17 ; Mélodies pour piano,
op. 21 ; 5 Ilumoresques, op. 24.
IIUBERTl (Gustave-Léon), compositeur
belge, né à Bruxelles le 14 avril 1843, fit ses étu-
des musicales au Conservatoire de cette ville.
Après avoir obtenu au concours de Bome, en
1863, le second grand prix de composition pour
sa cantate de Paul et Virginie, il obtint le
premier prix en 1865, avec une cantate qui avait
pour titre la Fille de Jephté. Dans un grand
concert donné par lui à Bruxelles au mois d'Oc-
tobre 1870, cet artiste a fait entendre un«
suite d'orchestre, un concerto de piaoo avec
accompagnement d'orchestre, une ballade et
quelquesiniorceaux de chant- Depuis, il a fait
HUBERTI — IIUERTA Y CATURLA
ex(?ciifer à Druxelles, dans la salle de la Grande-
Ilarinonie, un oratorio flamand intitulé De laais/e
Zoiiticslraat (le Doriiier rayon de soleil), (|ui
pariiit n'avoir obtenu qu'un inodiocrc succès.
M, Iliiberti est, assnre-l-on, l'un des champions
les plus décides de Part (lamand, c'est-à-dire de
la fraction de l'école belf;equi, en opposition avec
celle qui suit les traces et les traditions des Grélry ,
des Gossec et des Grisar, tourne ses vues du côle
de la nouvelle Allemagne musicale et se ranime
sous les drapeaux de M. Richard Wagner. Le chef
déclaré de ce groupe artistique est M. Pierre
Benoit, directeur du Conservatoire d'Anvers.
IIUEL ( ), professeur et compositeur,
vivait dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle, et faisait partie de la musique des Suis-^es
de la ganle de Louis XVI. lia publié un recueil de
six sonates à violon seul, avec la basse, op. 1.
HUER TA Y CATURLA (Trinité Fran-
çois), virtuose célèbre sur la guitare, artiste
étrange et surprenant, est né à Oribuela, près
Cadix, le 8 juin 1803. On ignore quelle était
son origine, et avec qui il apprit la musique ;
mais on sait qu'étant entré à dix- sept ans
comme cadet dans l'armée espagnole, il prit
part au soulèvement militaire de 1820, dont
l'un des chefs était le général Ricgo, et qu'en
1823, lorsque le roi Ferdinand Vil eut écrasé
l'insurrection avec l'aide de l'armée française,
il se vit obligé de venir chercher un refuge en
France et vint tout droit à Paris, avec tant
d'autres. Ici, il songea, se trouvant sans res-
sources, à tirer parti de ses connaissances mu-
sicales, se fit [)atronner i)nr le fameux chanteur
Garcia, son compatriote, le père de la Malibran,
et se produisit dans les concerts avec un
énorme succès, que justifiait son talent vérita-
blement prodigieux sur la guitare. Garcia quit-
tant i'I'^urope en 181iô pour aller diriger en
Aniéri(iuo une trou|)e d'oj'éra italien dont lui,
sa femme et ses enfants formaient les éléments
principaux, emmena lluerta, qui se rendit
avec lui à >'e\v-York, et sans doute se fit en-
tendre comme guitariste dans les représenta-
tions de la compagnie Garda; toutefois, ce
qui est certain, c'est que lluerta monta sur la
scène aussi conime chanteur, et qu'à New-Yoi K
il se montra, aux cAtés de Garcia, dans le rôle
de don Basile du Barbier.
11 est à croire pourtant que Huerta ne resta
que quelque temps avec son ami. Après avoir
visité les États-Uni« et la Havane, il revint eu
Europe et se rendit à Londres, où il n'obtint
pas moins de succès que naguère à Paris, et
où il gagna des sommes considérables. De là
il partit pour Malle, de Malte gagna Constanti-
nople, et revint en 1830 à Paris, où il se lia
avec Rossini, et, l'année suivante, connut Pa-
gauini. 11 retrouva en Franco ses triomphes
passés, et devint l'idole du public, qui lui faisait
fête chaque fois qu'il se taisait entendre. « En
vérité, — disait Fétis dans la Jlevue musicale
— en vérité, M. lluerta est un honuue fort
extraordinaire ; les difficultés qu'il exécute
tiennent du prodige. Rien ne peut donner l'idée
de la merveilieu>e agilité de ses iloigts. » On
le louait alors en prose et en vers, et M"'° de
Girardin, devenue déjà fameuse sous son nom
de Delphine Gay, exaltait ainsi .son talent :
L'avez-vous entendu ce troubiiilour ii'Esp,Tgne,
Qu'un art inelocliciix .■uix coiiibat-; accmiip/igiiL'?
Sur sa guitaïc il cliuntc et soupire à la fols;
Ses doigts ont un accent, ses cordes une voix;
Son cliant est on poenie luruiuiiiciu sans rime ;
Tout ce que l'on éprouve et l'on rêve, il l'exprime,
les cœurs à ses accfirds se sentent rajeunir;
La beauté qui l'écoute, heureuse en souvenir.
S'émeut, sourit et pleure, c' croit encore entendre
Ce qu'on lui dit Jamais de plus doux, de plus tendre.
Sa };uitare, en vibrant, vous parle tour à tour
Le Iangai:e Q'csprit, le lani:age d'amour;
Chacun y reconnaît l'instrument qui l'inspire :
Pour le coiiiposileur c'est un orclieslre entier.
C'est le tambour léger pour le basque en délii'e,
C'est le clairon pour le guerrier,
l'our le poL'te c'est la lyre !
En 1833, Huerta retourne pour un instant
dans sa patrie, puis il revient à Paris l'année
suivante, fait bientôt un grand voyage dans les
départements, qui ne l'accueillent pas avec une
moindre laveur, et en 1843 va se faire entendre
en Belgi<]ue. En 1S49, on répand le bruit de
sa mort; la nouvelle était f;iusse, mais on
n'entend plus parler de lui jusqu'au mois d'oc-
tobre 1855, époque où la même nouvelle est
remise en circulation par les journaux italiens.
C'est alors qu'on lit dans Vllalia e Popolo -. —
<c Le célèbre guitariste espagnol Hueita vient
de mettre fin à ses jours, en se tirant un coup
de pistolet dans le cœur. Son cadavre a été
trouvé dans une des rues les moins fré'quentées
de Nice. Avant de mourir, il avait écrit une
lettre pour recommander que l'on distribuât en
(cuvres de bienfaisance une somme d'argent
(|u'il avait en sa possession. 11 devait donner
un concert à Nice, et déjà les affiches étaient
placardées. » Cependant, cette fois encore, et
malgré des détails si précis, la nouvelle de la
mort de lluerta était controuvée ; l'artiste est
encore, à rbcnrc présente, en parfaite santé,
après avoir fait, il y a peu de temps encore
(1873), un voyage en RelgKpie.
La génération présente n'a pu apprécier le
talent de lluerta; mais il fallait que ce talent
fût bien extraordinaire pour exciter l'entliou-
IIUERÏA y CATURLA ~ HUET
siasme de fous ceux, artistes et amateurs, qui
étaient à même de l'apprécier; et d'ailleurs il
faut se rappeler que lorsque Hiierta se produisit
à Paris, deux autres guitaristes, fort distingués
tous deux, et ses compatriotes, obtenaient eux-
mêmes de grands succès aiq)r6s du pul)lic ;
je veux parler de Sor et d'Aguado. Il est vrai
que le jeu de ceux-ci était normal, classique
si l'on peut dire, tandis que Huerta était un
virtuose d'une nature étrange, d'un ordre ex-
ceptionnel , qui semblait transformer la gui-
tare en lui demandant ce qu'on n'en avait jamais
obtenu avant lui, et qui se caractérisait lui même
avec justesse, sinon avec modestie, en répétant
sans CHSse : Je souis lé Paganini dé la goui-
tare ! Fétis disait, dans la Berne mvsicale du
21 juillet 1832^ en parlant de cet artiste pro-
digieux : — « Nous avons déjà dit et tout le
monde sait que M. Huerta exécute sur la gui-
tare de très-grandes difficultés; mais lorsque
j'entends un artiste distingué déployer un talent
peu ordinaire sur la guitare, la sensation qui
domme en moi est celle du regret de voir des
facultés applifpiées d'une manière peu utile; car
un fait qui ne peut être contesté, c'est que la
guitare est destinée à demeurer constamment
dans un état complet d'infériorité à l'égard des
autres instruments, malgré tout le talent que
des artistes tels que MM. Aguado et Huerta
emploient à donner plus d'étendue à ses faibles
ressources. M. Huerta est peu musicien, et
riiarmonie dont il accompagrie ses mélodies
est quelquefois étrange. » D'autre part, il est
certain que Huerta, un peu grisé sans doute
par ses facultés exceptionnelles, prétendait tirer
de la guitare ce qu'elle est inapte à rendre. A ce
sujet, on a mis sur le compte d'un grand mu-
sicien le jugement que voici, qui parait tout à
fait équitable : — « Je reprocherai un défaut à
Huerta. I^arce qu'il entend bruire dans sa tête
les accords nombreux et variés de tout un or-
chestre; parce qu'il sent vibrer en lui, sur tous
les tons, tous les échos de son âme, il s'imagine
pouvoir rendre sur les si\ cordes de sa guitare
tout ce volcan d'harmonie intérieure. Mais
lui seul y est trompé. L'oreille du dilettante
n'entend qu'une voix, qui module harmonieu-
sement, il est vrai, mais qui ne peut servir
d'interprète aux mille voix que l'artiste écoute
chanter en lui. Du reste, Huerta est un excel-
lent guitariste, c'est même le plus excellent
que je connaisse. » Ces réflexions, je le répète,
sont on ne peut plus sensées (1).
(1) On a attribué à Ilacrta la composition du faim \\x
chant national espagnol connu sous le nom i' Hymne de
II CET (Auguste), acteur français qui a brillé
pendant plus de vingt ans sur le tliéàtre de l'O-
péra-Comique, commença sa carrière à l'époque
de la Révolution, sur l'aimable Ihéàtredes Jeunes-
Artistes, habilement dwigé par Foignet, père et
(i\9. {Voyez ce nom), et où l'on jouait beaucoup
d'opéras-comiques. Vers 1798, il passa au théâtre
des Troubadours, où le répertoire se composait
tout à la fois de vaudevilles et de pièces lyriques,
et où il commença à acquérir les qualités qui de-
vaient le distinguer plus tard comme comédien.
Mais celui-ci ayant fait de mauvaises affaires et
ayant fermé ses portes, Huet partit pour la pro-
vince, où il acheva son éducation scéniqiie. 11
était au Grand-Théâtre de Rouen, où il tenait
l'emploi des /io2//e;ç-coH/;v, lorsqu'il fut appelé à
rOpera-Comique. Il y débutale 10 décembre 1805,
dans Adolphe et dura et le Médecin Turc.
Ses commencements furent modestes, et il se
borna à doubler Elleviou et Gavaudan; mais
bientôt on reconnut qu'il était <iouéd'un physique
plein de grâce et de noblesse, d'une voix fraîche
et conduite avec goût, qu'il portait le costume
avec une rare distinction, et qu'enfin ses progrès
en tant que comédien étaient sensibles de jour
en jour. A la retraite d'Elleviou il avait été déjà
reçu sociétaii-e, et le départ de ce grand artiste
lui donna l'occasion de créer quelques rôles
qui lui firent honneur.
En peu d'années, Huet acquit, avec un véri-
Itiego, et je Tai fait raol-méine, en un article publié
sur cet hymne dans la Gazette musicale du 25
octobre I868. Je croyais pouvoir alors ajouter toute con-
liance aux documents sur lesquels je m'appuyais. Je
suis moins sur de mon f^ilt aujourd'hui, quoique je n'aie
pas la preuve du contraire. Je vais donc reproduire, i
titre de simple renseignement, ce que je disais à ce
sujet:— « .... C'était dans les premiers jours de septembre
i820. L'Espagne, cette terre classique des révolutions,
venait de se soulever contre Ferdinand VII, et deux
généraux insurgés Riego et Qulroga, entraient en vain-
queurs à Madrid, obligeant le roi a octroyer une cons-
titution à son peuple. — L'elfervescence était dans tous
Il s esprits, 1 émotion populaire était à son comlile,
toute l'Espagne enfin était dans uie sorte d'enivrement
fac ile à concevoir. C'est à ce moment que deux hommes
se rencontrèrent nans une même pensée, celle de duter
leur pays d'un hymne de résurrection, d'un chant pa-
triotique et national. L'un d'eux, le colonel Kvariste San-
Mrguel, ancien officier de l'armée de Cadix lors du sou-
lèvement de 1812, ancien rédacteur du journal VEspec-
tador, " trlLiuii et poète en même temps que soldat, m
était chef d'état-major de Riego; l'autre, jeune cadet
djns l'armée, était un adolescent de dix-si pt ans, ayant
un peu étudié la musique, et s'appelait lluerla. — Tous
deux associèrent leur inspiration, et dans une nuit de
fièvre ils enfantèrent un chant auquel ils donnèrent le
nom du libérateur, et qu'ils appelèrei t l'Hymne de
Jiiego. L'Espagne avait trouvé sa marseillaise, et huit
jours après, ce chant, devenu rap dément célèbre,
retentissait dans les airs d'un bout a l'autre du pays, u
8
HUET— lîUNDT
table talent, une action l^^gitimé sur le public et
une incontestable autorité. Outre les rôles im-
portants (tu répertoire courant, il s'en vit confier
un grand nombre de nouveaux qui établirent so-
lidement sa réputation, et on le vit ainsi dans
le Philosophe en voyage, Ethelwina, le Négo-
ciant de Hambourg, le Petit Souper, Valent ine
de Milan, Marie, la Vieille, le Colporteur,
l'Orphelin et le Brigadier, Masaniello, etc.,
etc., se distinguant à la fois par ses qualités
vocales et scéniques, et gagnant chaque jour dans
l'estime des amateurs. Huet se fit remarquer
aussi, d'une façon moins connue du public, par
l'énergie, l'activité, l'intelligence et la probité
qu'il déploya lorsque, à la réorganisation de l'O-
péra-Comique, il fut nommé, par l'autorité su-
périeure, l'un des quatre acteurs chargés de l'ad-
ministration de ce théâtre, et l'on assure que sous
ce rapport il rendit d'inappréciables services.
Huet se retira en 1828, pour prendre avec
Paul, son ancien camarade de l'Opéra-Comiquc^
la direction du Grand-Théâtre de Rouen. Tous
deux s'étaient associés à cet effet, mais Paul
ayant obtenu le privilège en son nom seul, voulut
rompre le traité. Huet fit alors valoir ses droits,
par des actes authentiques, et obligea Paul à lui
payer 40,000 francs de dommages- intérêts. Cet
artiste distingué est mort on 1832.
HUGH-CASS ( ), chef d'orchestre et
compositeur, était en 1805 chef d'orchestre du
Casino de Marseille, et remplissait, en 1874, les
mêmes fonctions au théâtre de Toulon. Il a fait
représenter les ouvrages suivants : 1" La Croix
de Jeannette, o\)éTSi-com\(nie en un acte, Grand-
ThéàtredeMarseille, 17 janvier 1865; 2«Za Ronde
de nuit, opérette en un acte, Alcazar de Mar-
seille, 10 août 1872; 3° Le légataire de Gre-
nade, drame lyrique en quatre actes, théâtre de
Toulon, 28 février 1874. Ce dernier ouvrage,
dont les paroles, comme celles des deux précé-
dents, étaient l'œuvre de M. Maurice Bouquet,
avait été présenté |)ar ses auteurs au concours
ouvert en 1867 au Théâtre-Lyrique. M. Hugh-
Cass est encore l'auteur d'une saynète burlesque :
Une Revue à Trépigny-les-Oursins.
IIULLAIl (JouN), professeur, théoricien cl
écrivain musical anglais, est né à Worcester en
1812. Élève d'abord de Horsiey, il entra en 182!)
à l'Académie de musique de Londres, où il suivit
le cours de chant de Crivelli. En 1832 il se pro-
duisit comme compositeur, en écrivant la mu-
pique des Coquettes de village, opéracomiciue
de Charles Dickens, puis bientôt il se livra à
l'enseignement et à la propagation du chant
populaire, et fit depuis lors, dans cet ordre
d'idées, les efforts les plus intelligents, les plus
persévéranf.s et les plus heureux. Il fit cons-
truire en 18'i7, pour ses exercices, une grande
salle de concerts connue sous le nom ût Suint-
Martin's Hall, que le feu détruisit en 1860. Cet
événement, qui le ruinait à peu près complète-
ment, le rendit l'objet des plus ardentes sympa-
thies, et ses élèves, ses amis, ses partisans lui
donnèrent en cette circonstance des preuves non
équivoques de leur vive affection.
M. John Hullah a été professeur de musique
vocale et d harmonie aux collèges du roi, de la
reine et de Bedford, à Londres, organiste de la
Chartreuse, directeur de l'on hestre et des chœurs
de l'Académie royale de musique. En 1872, le
Conseil d'Éducation l'a nommé inspecteur mu-
sical pour le Royaume- Uni; depuis lors, il s'est
démis de ses fonctions au Collège du Roi.
M. Hullah a produit de nombreux ouvrages
d'enseignement, et il s'est occupé aussi avec ar-
deur des questions relatives à l'histoire de la
musique. Voici la liste de ses ouvrages les plus
importants : 1° Méthode de chant de B. Wilhem,
traduite en anglais ; 2° Notation. Résumé histo-
rique concernant le choix,- la convenance et
la formation des lettres et des caractères qui
constituent l'alphabet musical; 3° Histoire de
la musique moderne (the Historij of modem
music), ouvrage formé d'une série de lectures
faites par l'auteur à l'Institution royale de la
Grande-Bretagne (Londres, Longmans, 1862, in-
8°; 2' édition 1875) ; 4' La Période de transition
de l'histoire musicale [the Transition period
of musical history], ouvrage formé dans les
mêmes conditions (Londres, in-8°); 5° i^Hrf(7?^e?^<s
de la grammaire musicale; 6' Grammaire de
Vharmonie musicale; 7" Grammaire du con-
trepoint ; 8° Exercices pour la culture de la
voix; etc. M. Hullah a publié aussi des recueils
de chants pour les enfants, et il a donné, dans
des publications spéciales, un grand nombre d'ar-
licles sur des sujets relatifs à la musique.
IIÛLSKAMP (Gustave-Henri), habile
facteur de pianos, fondateur et directeur d'une
des maisons les plus considérables en ce genre
qui existent en Amérique, est né en Westphalie.
En 1830 il alla se fixer aux États-Unis, établit
à f roy, dans l'état de New- York, une fabrique
de pianos qui, grâce â son talent et à son éner-
gie, acquit bientôt une grande importance, et
obtint en 1857 une médaille pour l'excellente
construction de ses instruments. Depuis 1866,
M. Hiilskamp a transporté sa fabrique dans la
ville même de ;Vew-Vork.
IIUI\I>T (M'" Aline), jeune musicienne
allemande, s'est fait connaître avantageusement,
en ces dernières années, comme chef d'orchestre
HUNDT — HYE (DE LA)
9
et comme compositeur. Au mois de mars ou
d'avril 1871, elle a fait exécuter sous sa direc-
tion à Berlin, dans la salle de l'Académie de
chant, une symphonie en sol mineur et une
grande marche instrumentale qui paraissent
avoir obtenu un grand succès. Un journal alle-
mand disait, en parlant de la seconde de ces
compositions, que c'est une « œuvre originale et
puissante, où le sexe de l'auteur ne se trahit ni
dans la hardiesse de l'harmonie, ni dans la cou-
leur de l'instrumentation. » J'ignore si, depuis
lors, celte artiste s'est produite de nouveau.
HURLEBUSCH (Conrad-Frédéric), or-
ganiste et compositeur, né à Brunswick en 1696,
vivait vers le milieu du dix-huitième siècle à Ams-
terdam, où il devint organiste de l'église réformée.
Les renseignements manquent sur l'existence de
cet artiste, qui fut un compositeur très-fécond,
mais dont on ignore les dates de la naissance et
de la mort; on sait seulement qu'il était déjà
oiganiste à Amsterdam en 1738, et qu'il vivait
encore dans cette ville en 1766. On connaît les
œuvres suivantes de Huriebusch : l» Vlnnocenza
difcsa, opéra italien; 2° Flavio Cuniberio,
opéra italien; 3" VI Sonate di cembalo, Amster-
dam, 1746; 4° Les \bO psaumes de David avec
ses motets, composés pour le clavecin et l'or-
gue, d'après la base et la vraie harmonie, to-
nalité, basse chiffrée, avec petits agréments,
etc., Amsterdam, Jan Freisiich, 1766; 5" 80 à
100 airs italiens, avec instruments; 6° 12 Can-
tates italiennes, avec violon et autres instru-
ments ; 7° Cantates italiennes, avec basse et chant ;
8" 12 concertos, 12 sonates et 8 ouvertures;
9^ 6 concertos pour clavecin, avec instruments;
10° 24 fugues pour clavecin et orgue; 11» 18 so-
nates ou suites pour le clavecin. Huriebusch est
encore l'auteur d'un grand ouvrage sur la théorie
de la musique.
IIURTADO (Pierre), musicien du dix-sep-
tième siècle, évidemment d'origine espagnole (il
signait: Pierre Hurtado y de Avalos), mais tl\é
dans les Pays-Bas et peut-être né dans cette con-
trée, était fils d'un lieutenant de cavalerie au
service du roi des Pays-Bas. Pendant dix ans il
fut enfant de chœur à la chapelle royale de
Bruxelles, et devint ensuite maître de chant à
l'église Saint-Bavon, cathédrale deGand. M. Van
dei Slraeten a retrouvé, dans les archives de l'é-
glise de Sainte- Walburge, d'Audenarde, une liste
datée de 1734 et donnant l'inventaire de la mu-
sique appartenant alors à cette église; cette liste
contient la mention des compositions suivantes de
Pierre Hurtado : 1° Motet de chœur, à 4 voix et
3 instruments; 2" Motet de chœur, à 3 voix et 3
instruments; 3° Motet à 3 voix; 4° Te Demn à
6 voix et 3 instruments ; 5° Motet à 6 voix et 3
instruments.
* HUTII (Louis), compositeur allemand,
est mort à Londres en 1859.
HUTOY (Eugène), compositeur belge, né à
Liège le 2 juillet 1844, a fait son éducation mu-
sicale au Conservatoire de cette ville, où il suivit
les cours de solfège, de violon, d'harmonie et de
fugue. Après avoir publié quelques mélodies
vocales, cet artiste a écrit la musique de deux
opéras-comiques en un acte, l'un, Quiroco et
Cristi, représenté au Pavillon de Flore, à Liège,
le 8 février 1872, l'autre, la Posada ou le Sou-
per du Roi, représenté au théâtre royal de la
même ville le 24 février 1874. M. Hutoyesl pro-
fesseur de solfège au Conservatoire de Liège, de-
puis 1872.
Le frère puîné de cet artiste, M. Achille Hii-
toy, né à Tournai le 2 avril 1849, s'est adonné à
l'étude de la flûte et est devenu un artiste dis-
tingué. Elève aussi du Conservatoire de Liège, il y
a été couronné au concours de 1869. Il fait aujour-
d'hui partie de l'orchestre de M. Bilse, à Berlin.
* IIUTSCHENRUYTER (Guillaume),
compositeuretchef d'orchestre,est né à Rotterdam
le 25 décembre 1796. Il étudia dans sa jeunesse le
violon, le cor et la trompette, fit un cours com-
plet d'harmonie et de contrepoint, puis se livra
avec succès à la composition. Doué d'une intel-
ligente initiative secondée par un savoirréel, cet
artiste contribua d'une façon considérable au dé-
veloppement du goût musical dans sa ville natale :
directeur des concerts de la Société Eruditio mu-
sica, mallre de chapelle de l'église St-Dominique,
chef de la musique de la garde bourgeoise, direc-
teur de la Société Musis sacrum et de la société
chorale £"M;er/)e, professeur à l'École de musique,
il a occupé pendant longues années une position
brillante et exercé une grande influence sur la
marche de l'art. Comme compositeur, on lui doit
les ouvrages suivants il» le Roi de Bohême,
opéra représenté à Rotterdam ; — 2° quatre sym-
phonies à grand orchestre (dont une publiée à
Bruxelles, chez Schott) ; — 3° deux ouvertures
de concert, couronnées par la Société musicale
des Pays-Bas; — 4° une ouverture pour instru-
ments à vent; — 5" plusieurs recueils de lieder;
— 6° des chants d'écoles (publiés à Schiedam,
chez Roelandt) ; — 7" plusieurs messes ; — 8" des
cantates; — enfin un grand nombre de compo-
sitions de divers genres, qui portent le chiffre de
ses œuvres à plus de cent cinquante. Cet artiste
vivait encore à Rotterdam en 1864.
HYE (>!■"« DE LA). — Voyez LA HYE
(M"" DE).
IBi\ AK'JIA (Mohammfd), clianteiir ara-
be, élève de Djémîlè et de Màbed, fut l'un
«les artistes les plus renommés <le l'Orient.
Mais il était «loué «l'un orgueil insupportable,
et tel, dit un bio;iraplie, que si on le priait de
chanter, il se fâchait, et que s'il chantait et
qu'on lui criût : Bravo ! il s'emportait et cessait
aussitôt, disant qu'il n'avait pas besoin d'ap-
plaudissements. Pour donner une idée de son
talent, on raconte qu'un jour, se trouvant à la
MeKUe et voyant passer une immense troupe
de p«4|erins, Ibn Aiclia dit à un ami : — « Je
connais un homme qui, s'il ouvrait la bouche,
tiendrait tout ce monde immobile et arrêterait
la circulation. — Qui donc? demanda l'ami.
— Moi, » répondit-il, et il se mit à chanter.
A .sa voix, tout le cortège cessa d'avancer, les
litières .se pressaient et s'entre-choquaient, les
chameaux allongeaient leur cou vers le chan-
teur, et la confusion qui résulta de celte sus-
pension de la marche faillit amener de graves
accidents.
Un autre fait peint son caractère. Revenant
de Damas, où il avait été appelé par le calife
Walîd I[ et par lui comblé de présents, Ibn
Aicha, retournant à Médine, s'était arrêté au
château de Dhou-Klioucbb, chez El-Ghamr,
frère de ce prince. Un soir qu'il était à boire
avec El Ghumr sur la terrasse qui formait le
toit du château, il chanta un air qui |)lut beau-
coup à celui-ci. El-Ghamr le pria de recom-
mencer; Ibn Aicha refusa par fierté; le prince
in.sista, le chanteur s'obstina, et El-Ghamr,
irrité de ce refus et échauffé par les fumées du
vin, fit précipiter l'artiste indocile du haut en
bas de la terrasse. Quelques-uns disent, il est
vrai, que cette chute fut accidentelle. Quoi
qu'il en soit, Ibn Aicha en mourut, vers l'an
125 ou 1?.G de l'hégire (environ 743 de l'ère
chrétienne).
IBN MOUHRIZ, musicien arabe, vivait
au premier siècle de l'hi^gire (septième siècle de
l'ère chrétienne). C'était un chanteur fort dis-
tingué, s'il faut en croire l'anecdote suivante,
rapportée par Caussin de Perceval dans sa notice
sur un autre chanteur arabe, Honayn el-Hiry (t) :
— " Honayn tenait, en quelque sorte, le sceptre
(1) Notices anecdotiqucs sur tes principaux musiciens
arabes des trois preinicrs\sicctes de l'Islamisme.
de l'art musical dans sa province, quand il ap-
prit qu'il éliiit menacé d'une dangereuse concur-
rence. Ibn Moidu'i/, attiré |)ar ce qu'on lui avait
rajjporté du caractère et des goilts de l'émir
Bichr, fils de Merwân, s'était mis en route pour
venir faire une tournée en Irak. Honayn s'em-
pressa d'aller au-devant d'un rival qu'il redoub-
lait. H le rencontra au bourg «le Cadecyiè, fur
la limite même de l'Irak et «lu déserf. Il fit
connaissance avec lui et le pria de lui faire en-
tendre sa voix. Ibn Mouhriz ayant aussit(it chanté
un air de sa composition , Honayn lui dit : —
« Combien te flattes-tu de gagner dans ce pays ?
a _ Peut-être 1,000 pièces d'or (14,000 fr.),
» répondit Ibn Moubriz. — Eh bien! reprit Ho-
" nayu , contente-toi de 500 (7,000 fr.) ; les
« voici-, va ailleurs, et promets-moi de ne plus
« revenir. « Ihn Mouhriz était modeste en ses
désirs et naturellement disposé à fuir le monde.
Il accepta le marché, et s'en retourna. Les con-
frères de Honayn le plaisantèrent au sujet de
cette aventure. « Riez tant qu'il vous plaira, leur
« dit-il, j'ai agi sagement. Si cet homme était
« entré en Irak, j'étais perdu, ruiné. Il m'aurait
« tellement écrasé de sa supériorité, que jamais
ce je n'aurais pu me relever. »
IBI\-SOURAYDJ, l'un des chanteurs
arabes les plus fameux, brillait dans le premier
siècle de l'islamisme (sixième de l'ère chré-
tienne). « Il avait, dit Caussin de Perceval
la peau brune, peu de barbe^ le teint couperosé,
les yeux louches. H se coiffait habituellement
d'un chapeau rond et se couvrait le visage
d'un léger voile, lorsqu'il chantait, afin que l'at-
tention des auditeurs ne AU pas distraite par
la vue de sa figure disgracieuse, et se fixât
uniquement sur sa voix, qui était d'une grande
beauté. Né à la Mekke à la fin du califat d'O-
mar, fils de Khaltab, il eut pour ma'.îie de chant
ibn-Mouçaddjih. H alla ensuite à Médine, où il
fré(|uenta la maison d'Âzzè-tel-Meylà et apprit
plusieurs des airs de cette cantatrice. De retour
à la Mekke, il y demeura longtemps obscur;
il cxer(;ait la profession de ndijeJi ou chanteur
de vers élégiaques dans les funérailles. Il végéta
ainsi jusqu'à l'âge de quarante ans. »
En réalité, Ibn-Souraydj naquit vers l'an 23
de l'hégire, soit vers 641 de l'ère chrétienne.
Les circonstances finirent par lui être favora-
bles, et, après une jeunesse obscure, plusieurs
IBN-SOURAYDJ — IMBIMBO
H
occasions lui permirent de mettre en relief
son très-beau talent de ciianleur et môme son
habileté à composer de jolis airs, et il (itiit par
être considéré à la Mekke, à Médine et dans
tout le Hidjàz pour le premier des nayeh.
Bientôt il augmenta encore sa renommée en
prenant l'habitude de s'accompagner avec le
lulli, rt il fut, assure-ton, le premier qui
chanta des vers arabes en s'aidant de cet ins-
trument.
L'histoire de sa lutte artistique avec un de
ses serviteurs devenu son élève, El-Gharîdh,
affranchi comme lui, est intéressante et cu-
rieuse. Celui-ci avait si bien profité des leçons
de son maître, qu'il devint bientôt son rival,
sa voix paraissant d'ailleurs particulièrement
propre au chant des poésies élégiaques. Ihn-
Souraydj, pour éviier une com]iaraison qui
blessait son amour-propre, abandonna alors la
professjjn de 7wye/i, et s'attacha à composer
des airs d'un style grave et noble, dans les
espèces de rhylhmes du genre ihdkil ou lent.
Mais El-Gharidli le suivit sur ce terrain et en-
gagea avec lui une lutte qui, pendant plusieurs
années, excita l'attention et la curiosité du pu-
blic MeKkois, lequel jouissait du talent des
deux artistes sans accorder la palme à l'un
plus qu'à l'autre. Ibn-Souraydj voulut alors
changer de nouveau sa manière, et se mit à
composer des hazadj, airs tendres et faciles,
et surfout des ramai, mélodies vives et agitées;
mais, là encore, Ei-Gharîdh le poursuivit et
presque l'égala. Enfin, Ibn-Souraydj composa
un jour, sur des vers du poète Omar et dans
le rhylhme tliakil second, un chant d'une si
grande beauté et d'une allure si magnifique,
que son rival dut s'avouer vaincu ; cet air a
été mis au rang des chefs-d'œuvre de la musi-
que arabe.
La renommée du chanteur devint immense,
et le calife Walîd, fils d'Abd el-Mélik, à son
avènement au trône, le fit venir à Damas et
en fit son favori. C'était d'ailleurs un fort hon-
nête homme, aussi estimé pour sa conduite
qu'admiré pour son talent. Attaqué de l'éléphan-
tiasis, il mourut à la Mekke, dans sa quatre-
vingt-cinquième année, vers l'an 108 de l'hégire
(726 de J.-C).
IMBAULT (J -J ), violoniste, puis
éditeur de musique , naquit à Paris le 9 mars
1753. Il commença jeune l'étude de la musique,
et à l'âge de dix ans devint pour le violon l'élève
de Gaviniés, sous la direction duquel il acquit
un remarquable talent. 11 débuta comme virtuose
à dix-sept ans, en se faisant entendre dans les
concerts donnés au profit de l'École de dessin
fondée par Bachelier, et l'on raconte que son
succès y fut si grand que, pour hii exprimer sa
satisfaction, M. de Sartine lui accorda le droit de
désigner un élève i)oui' élre admis dans cette
école. Imbault se prodinsit ensuite au Concert
spirituel, puis aux brillantes séances de la So-
ciété olym|)ique, et il eut l'honneur d'exécuter
trois fois avec Violti, devant la reine Marie-An-
toinette, les symphonies concertantes de cet iU
lustre maître. Sous l'empire, il lit partie de l'or'
cliestre île la chapelle.
Vers 1780, Iiubault, qui avait été attaché pen-i
dant quelques années à l'orchestre de l'Opéra, se
nn't à la tète d'un établissement d'éilition musi-
cale qui fut bientôt l'un des premiers de Paris.
« Comme éditeur de musique, disait le Diction-
naire historique des Musiciens, il s'est attaché
plus constamment que tout autre à donner des
éilitions belles et correctes, môme dans les ou-
vrages les plus onhnaires; outre cela il en a
donné un grand nombre de très- bonnes et de
très-importantes; on lui doit le Traité de la
fugue et du contrepoint de Marpurg, VÉcole
d'orrjve par M. Jos. Martini, les Méthodes de
violoncelle par Tillière, Bréval et L. Duport. 11
a publié en 1808 une superbe édition des quatuors
d'Haydn, au nombre de cinquante-six, avec le
portrait de ce compositeur. » Parmi les très-
nombreuses publications faites par imbault, il
faut citer aussi plusieurs concertos de violon de
Roile, des duos de Viotti, des sonates de clavecin
de Boieldieu, et l'un des chefs-d'œuvre de son
vieux maître Gaviniés, les ringt-quatre Mati-
nées. Peu de temps avant la mort de ce dernier,
en 1800, Imbault donna deux brillants concerts
à son bénéfice , et Gaviniés , reconnaissant en-
vers son élève, lui fit don de son portrait dessiné
par P. Guérin.
lAlBERTouYMBERT (Tn ),composU
teiu-, a fait leprésenter le 8 mars 18f)l, au Théâ-
tre-Lyrique, un opéra comique en un acte inti-
tulé les Deux Cadis. Ce petit ouvrage, très-bien
accueilli du public, renfermait de bonnes qualités
et semblait d'un bon augure pour l'avenir du
jeune artiste qui débutait ainsi. Pouitant, et
j'ignore pourquoi, il n'a plus été question depuis
lors de M, Imbert, qui a seulement publié la
partition d'une sorte de petit oratorio, Bethléem,
« pastorale » en trois parties (Paris, Choudens).
On doit aussi à ce compositeur quel(|ues ro-
mances et chansons, tiur le Lac, la Baya'
dère, Juliette, Tircis et Amarante, VHiron-'
délie, le Batelier du i\il, Pauvre Jacques,
la Mort et le Bûcheron, le Satyre et le Pas-
sant, etc.
* IM6l\lBO (EM.MA.NUia). Cet artiste est
12
TMBIMBO — INGRANDE (D')
l'auteur d'un Salve regina avec accompagne-
ment d'orchestre, dont M. le docteur Basevi, de
Florence, [tosst'de une copie datée de 1793.
IMME\RAET (Michel), facteur de clave-
cins, né à Cologne à la fin du seizième siècle,
s'établit à Anvers, et fut inscrit au nombre îles
bourgeois de cotte ville le 5 mars 1610. 11 était
contemporain du fameux Hans Ruckers le vieux,
le plus célèbre facteur de clavecins d'Anvers,
qui possédait en ce genre un grand nombre d'ar-
tistes distingués.
IMPALLOMENI ( ), compositeur ita-
lien, a fait représenter au théâtre Garibaldi, de
Palerme, en 1875, un opéra intitulé i-'A^iwia.
IMPERATORI ( ).Un musicien italien
de ce nom a fait représenter sur le théâtre de la
Scala, de Milan, le 22 novembre 1842, un opéra
sérieux intitulé Bianca di Belmonte.
INCIIINDI. — Voyez HE!\NEKINDT.
IIVDY(S\iNT-ANr,E-WiLFRiDD'),né à Valence
(Drôme), le 14 décembre 1821 , est un de ces
hommes de goût qui savent utiliser par la culture
intelligente de l'art, les loisirs que leur crée une
situation aisée et indépendante. Venu à Paris en
1839, M. d'indy y prit des leçons de piano d'An-
toine de Konstki, et eut en même temps Bande-
rai! comme professeur de chant. En outre, il
suivait au Conservatoire le cours de composi-
tion de Carafa, ou plutôt celui que faisait au
nom du maître Alexis Roger, qui obtint en
1842 le grand prix de l'Institut.
Un quatuor pour instruments à cordes, publié
en 1841, chez Challiot , puis un certain nombre
de morceaux pour piano, de duos pour piano et
violon, et de pièces de chant, parmi lesquelles
il faut distinguer une scène dramatique intitidée
Charlotte Corday (M""" Maeyens-Couvreur,
éditeur), tels furent les débuts de M. d'indy
dans la carrière du compositeur. Il écrivit en-
suite sur un livret de M. Emilien Pacini (les
deux Princesses) , un opéra-comique en deux
actes, qui fut représenté le 2 février I8.")0, dans
la grande salle du Con.servaloire, et qui a été
édité par M"''= Maeyens. Le succès de cet ouvrage
engagea M. Perrin, directeur de l'Opéra-Comique,
à accofiter du jeune coinposileur une nouvelle
partition, le Feu sous la nc'<;e; mais différentes
circonstances en tirent ajourner la mise à la .scène,
et ce ne fut qu'en 18G0 que cet opéra, qui avait
été retiré du théâtre, fut représenté au Louvre ,
chez M. le comte de Niewerkerke, et dans quel-
ques autres salons. L'tm des interprèles de l'ou-
vrage était le ténor Capoiil, qui paraissait pour
la première fois devant le public parisien.
Pourvu par M. Roquoplan , directeur de l'O-
péra , d'un poème de M. de Saint-Georges ,
Maître Claude, M. d'indy en avait écrit la
musique, et les répétitions allaient commencer,
lorsque la direction île l'Opéra vint à passer
dans les attributions du ministre de la maison
de l'empereur. L'accès de notre première scène
lyrique s'élant trouvé en même temps interdit
à tout compositeur n'ayant pas encore fait ses
preuves sur une scène subventionnée, M. d'indy
dut rendre .son poème à M. de Saint-Georges,
qui le remania, et le transmit cette fois à M. Jules
Cohen ; ce fut , comme on le sait , l'Opéra-Co-
mique qui hérita de Maître Clavde.
Les derniers ouvrages dramatiquesde M. d'indy
sont deux opéras de salon : Méprise et Surprise,
et Dans le brouillard, composés l'un et l'aiWre
en 1807, sur des paroles de M. Jules d'Evry. Ces
deux partitions, finement touchées, et d'un
caractère très-agréable, ont été exécutées dans
la salle du Conservatoire. Une affection préma-
turée de l'organe visuel, dont la gravité s'est
promptement accrue, a forcé M. d'indy à re-
noncer aux travaux de composition qui lui étaient
chers, et pour lesquels il se sentait heureuse-
ment doué. Je compléterai l'énumération de ses
fl'uvres principales en signalant : un trio |)our
piano, violon et violoncelle, op. 15 (Paris, Ri-
cbaull), deux sonatines pour piano, et une Séré-
nade, dont la mélodie élégante et l'accompagne-
ment soigné donnent la mesure du talent du
compositeur.
M. Wilfrid d'indy a fourni au Correspondant,
de 1869 à 1873, d'inléres.sants articles de criti-
que musicale. Il habite depuis un certain nombre
d'années l'arrondissement de Bayeux (Calvados).
J. C-z.
lA^DY (Vincent D'), compositeur, neveu du
précédent, s'est fait connaître, depuis quehjues
années, par plusieurs productions importantes.
C'est ainsi (pi'il a fait entendre successivement
une ouverture intitulée les Piccolotnini (Concerts
populaires, 1874), des fragments d'une « sym-
phonie chevaleresque» (Société nationale, 1876),
une ouverture iVAntoine et Ciéopâtre (Con-
certs populaires, 1877), et une « chanson espa-
gnole » avec chd'ur intitulé la Chevauchée du
^(/(Société nationale, 1877).Cejeuneartiste, qui
ne manque ni de talent ni de vigueur, mais qui
cbercbe encore sa voie , semble, comme (juel-
(pies-uns des musiciens <ie notre nouvelle école
française, un peu trop imbu des théories éner-
vantes de M. Richard Wagner. M. d'indy a pris
une part assez importante à l'utile et intelligente
publication <Ies cantiques et des madrigauv de
Saloinon Rossi, faite récemment par M. S. Naum-
bourg {Voyez ce nom).
ll\GRA!\DE (Edmond D'), organiste et coin-
INGRANDE (D') — ISMAEL
13
positeur, est né à Paris le 19 mars 1825. D'abord
élève lie W'ilheni et de Tasliin, il travailla ensuite
avec Zimniermann, et prit part, en 1845, an
concours préparatoire pour le prix de Rome.
N'ayant pas réussi, il entra en 1848 au Conser-
vatoire, dans la classe de composition d'Adolphe
Adam, mais n'y resta que peu de temps. 11 devint
bientôt professeur de cliant dans les écoles com-
munales de la ville de Paris, puis, successive-
ment, organiste de l'église Saint-Ambroise , de
Notre- Dame-des-Blancs-Manteaux, et maître de
chapelle à Saiut-Leu. M. d'ingrande a écrit un
grand nombre de chœurs orphéoniques : le
Guet, Il est minuit , les Papetiers , le Chant
des Forgerons, la Fêle du bon Dieu, les Génies
de la terre, l'Union de l'industrie et des arts,
le Chant de V atelier, qui ont été couronnés à
différents concours; il est aussi l'auteur d'une
grande cantate , Jeanne d'Arc, pour soprano et
chœurs, avec accompagnement de piano et ins-
truments à cordes, couronnée par la Société libre
des Beaux-Arts, et de deux messes brèves à 3
voix d'hommes, avec accompagnement d'orgue,
qui lui ont valu deux mentions honorables au
concours ouvert en 1874 par la Société des com-
positeurs de musique. IVI. Edmond dlngrande a
pris part à la rédaction du journal l'Orphéon et
à celle de l'Union chorale, devenue plus tard
l'Union musicale.
IMGUEZ ( ), organiste espagnol con-
temporain, a publié chez l'éditeur Romero y
Andia, à Madrid, un Traité complet de plain-
chant et une Méthode complète, théorique et
pratique d'orgue.
* li\SANGUlI\E (Jacques). Aux ouvrages
dramatiques de cet artiste, il faut ajouter la
Matilde generosa , opéra représenté à Naples,
sur le théâtre des Fiorentini, i;n 1757.
IiXZElXGA (José), pianiste, compositeur et
professeur espagnol contemporain , est l'auteur
d'un manuel intitulé : Quelques observations
sur l'art d'accompagner au piano (Madrid,
Romero y Andia). Cet artiste a fait représenter
sur divers théâtres de Madrid, soit seul, soit en
collaboration, un certain nombre de :iarzuelas ;
je ne puis signaler que les suivantes : 1° Por se-
guir a una mujer, 4 actes (en société avec Gaz-
taiiibide, MM. Barbieri etOudrid), 24 décembre
1851-, 2" Don Simplicio Bobadilla , 3 acies
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Hernando),
7 mai 1853; 3° wn Dia de reinado, 3 actes
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Oudrid), il
février 1854; 4° Cubiertos à cuatro reaies, un
acte, 27 octobre 18GC ; 5° Oro, astucia y amor,
3 actes -, 6" Si yo fuera rey, 3 actes. M. Inzenga
Ç9t professeur de chant au Conservatoire de Ma-
drid depuis le l" février 1860. Il a publié ré-
cemment le premier volume d'un recueil inté-
ressant, qui, sous le titre d'^cos de Espana
(Barcelone, Vidal et Bernareggi), reproduit
cinquante-deux pièces de musique populaire ,
chansons ou airs de danse, parmi lesquels on
retrouve les airs joyeux des montagnes de la
Catalogne , la Guaracha de l'île de Cuba , des
seviltanas , la jota aragonesa , et jusqu'aux
chants militaires de la guerre de l'Indépendance.
M. Inzenga , qui a fait un voyage artistique en
Italie, a aussi publié un livre intitulé : Jmpre-
sionas de un artista en Itaiia, qui renferme,
dit-on, de bonnes vues sur l'art lyrique et sur
l'art du chant.
lREi\10i\GER (Michel), compositeur, s'est
fait connaître en Italie par un petit opéra, una
Notie di novembre, qui fut joué en 1869 au
théâtre Re, de Milan, avec un certain succès. Cet
artiste, qui fut , je crois , avec un de ses con-
frères, directeur un instant d'une des petites
scènes de Milan , mourut en cette ville , à la
fleur de l'âge, le 6 janvier 1871.
ISMAÉL (Jean-Vital-Ismael JAMMES,
dit), chanteur dramatique , est lils d'un pauvre
tailleur d'Agen , et naquit en cette ville le 28
avril 1827. Doué d'une superbe voix de baryton
et d'heureuses aptitudes musicales, il ne put
être aidé par sa famille , trop pauvre pour lui
fournir les maîtres dont il avait besoin. Alors,
poussé par sa vocation, il quitta un jour la mai-
son paternelle, se rendit à pied à Bordeaux, puis
delà à Nantes, s'arrêtant de ville en ville, et
faisant le métier de chanteur ambulant pour pou-
voir vivre le long de la route. Arrive à Nantes,
il trouva le moyen de se faire engager comme
choriste au Grand-Théâtre , et fut appelé un
jour, par occasion , à jouer le rôle de Max dans
le Chalet. 11 avait alors seize ans environ.
Bientôt il vint à Paris , se vit refuser, dit-on ,
l'entrée du Conservatoire , prit quelques leçons
avec un artiste peu connu , et
pour
tenir, dans une petite ville de la Belgique, l'em-
ploi de baryton et de basse chantante.
Le jeune artiste possédait un tempérament in-
tellectuel remarquable. Seul , sans maîtres , il
avait appris à lire et à écrire ; presque seul aussi,
il apprit la musii|ue, se mit en état de lire les
partitions, et fit d'une façon toute pratique, sur
les scènes secondaires de la province , son rude
apprentissage de chanteur et de comédien. Apiès
avoir tenu son emploi à ïournay, à Orléans, à
Amiens, à Saint-Étienne, il arriva à Bordeaux,
et c'est dans cette ville qu'il rencontra ses pre-
miers grands succès , en jouant tous les grands
rôles du répertoire de l'Opéra et de l'Opéra-Co-
u
ISMAEL — ISOUARD
niique. 11 iHait lancé alors, et ne quitta plus les
granilfs villes , se produisant succissiveinent à
Bruxelles, à Rouen, à Lyon, à Marseille, etc.
La réputation que M. Isniaël s'était acquise en
province était parvenue jnsquà Paris. M. Car-
vallio, directeur du Théâtre ■ Lyrique , songea à
se l'attacher, et, le 30 septembre 1863, M. Isinaël
débutait à ce théâtre dans un ouvrage nouveau,
les Pécheurs de perles, de Georges Bizet,
après quoi il se produisait dans Rigolât (o.
Quoique un peu hésitant à son apparition sur une
scène aussi importante, en raison de certains
défauts que les artibtes contractent forcément en
pro\ince, M. Isniaèl, dont les qualités de chan-
teur et de comédien étaient incontestables, dont
la voix était sympathique bien que parfois un
peu dure, et qui joignait à un grand sentiment
pathétique la verve comique qui force le rire,
M. Ismaël prit bientôt possession du public et
devint son acteur favori. Des créations nom-
breuses dans Cardillac, la Fiancée d'Abydos,
les Joyeuses Commères de Windsor, Mireille,
Macbeth, etia reprise de certains rôles du réper-
toire, entre autres celui de Sganarelle du Mé-
decin malgré lui, vinrent montrer toute l'am-
pleur, la souplesse et la variété de son talent.
Vers 1871, M. Ismaël fut engagé à l'Opéra-
Comique, et là encore , sans parler de l'a'uvre
ridicule qui s'appelle Fantasio, il fit plusieuis
excellentes créations : le Roi l'a dit, le Floren-
tin, et surtout Gille etGillotin, auquel il dut
un de ses plus grands succès. Malheureusement,
vers cette époque, il fut atteint d'une affection
vocale qui l'obligea de s'éloigner de la scène à
plusieurs reprises. Il n'importe ; M. Ismaël reste
un artiste extrêmement distingué, bien doué à
tous les points de vue, soigneux de toutes choses,
et qui réunit, qualité si rare aujourd'hui , le
talent du comédien à celui du chanteur. C'est en
raison de cet avantage que le Conservatoire l'a-
vait placé, il y a quelques années, à la tète de
sa classe d'opéra. Il a dû résigner depuis ces
fonctions, et la perte de sa voix, qui semblait
l'avoir obligé aussi à quitter définitivement la
scène, lui a cependant permis d'entrer au
théâtre de la Renaissance, oii il a tait une
excellente création dans une opérette de
M. Johann Strauss, la Tzigane {{^11).
ISO ( ), compositeur français, vivait
dans la seconde moitié du dix-huilième siècle.
Le 20 juillet 1759, l'Opéra donnait la première
reiirésentatidU de Fragments hcroïques dont
chacun des trois actes, comme c'était Ihabiludc
pour ces sortes d'ouvrages, formait un tout com-
plet et indépendant des deux autres. Le premier
avait pour titre Phaétuse (paroles de Fuselier),
le second Zémide (paroles de Laurè-s), et la
musique de ces deux actes était d'Iso. Ce com-
positeur, aujourd'hui complètement oublié et
qui n'a pas laissé d'autres tra(;es de son passage,
serait resté absolument ignoré sans nn incident
as.sez étrange, que l'on trouve ainsi relaté dans
les Anecdoles dramatiques de l'abbé de La
Porte : « M. Iso est connu par le procès qu'il a
intenté à M. de Lagarde, compositeur de la cham-
bre de Sa Majesté et ordinaire de sa musique.
M. Iso prétendait que de tous les ouvragesj de
musique qui ont paru sous le nom de M. de La-
garde, il n'y en a pas un seul qui lui appartienne.
Je suis, dit-il dans son Mémoire, l'auleur de
tous ces ouvrages.... Le sieur de Lagarde s'en
est approprié la gloire et le profit. M. Iso
fut condamné au Châtelet, et ensuite au Parle-
ment. » Il m'a été impossible de mettre la main
sur le Mémoire d'Iso , qui est sans lioiiîe fort
curieux, et je n'ai pu découvrir aucun autre ren-
seignement sur cet artiste , si ce n'est que le
mardi-saint de l'année 1773, M'i^ Dnval chantait
un motet de sa composition au Concert spirituel.
Je crois toutefois qu'il ne fait qu'un avec celui
qui est mentionné sous le nom li'Yzo, au tome
VIII de la Biographie universelle des musi-
ciens , comme auteur d'un écrit intitulé Lettre
sur celle de M. J.-J. Rousseau , citoyen de
Genève, sur la musique, et publié en 1754.
ISOLAiVI (Le comte ALEssAXDRo),est l'auteur
d'un opéra-ballet intitulé Amina , qui a été
représenté en 1859 au théâtre communal de Bo-
logne.
* ISOUARD (NicoLo), compositeur, était
né à Malte, d'une famille française, le décembre
1775. A la liste de ses ouvrages, il faut ajouter
le Baiser et la Quittance, opéra-comique en 3
actes, écrit en société avec Boieldieu, Kreutzer
et Mehul, et rei)résenté à l'Opéra-Comique le
18 juin 1803; on lui doit au.ssi quehjues frag-
ments d'M«e Nuit de Gustave Wasa , opéra-
comique donné le 29 septembre 1827, et au sujet
duquel Fétis disait, dans sa Revue musicale :
" Cette pièce n'est point favorable à la musi-
que. INicolo Isouard, qui en avait été chargé
primitivement, avait jeté sur le papier quehpus
idées, et avait écrit tout le cha ur de la fin du
premier acte. Le reste de la musique a été com-
posé par M. Casse. »
S'il faut en croire certains documents, le véri-
table nom de famille de Nicolo aurait été Isoiar,
et non Isouard. Ainsi, dans l'acte de mariage de
.son frère, dressé à Gand en 1827, on lit : « Jo-
seph- Alexandre- Victor- Antoine-Calcédoine- Jac-
ques-Emmanuel Lsoinr, dit Aicolo Isouard, né
à Malte le 2i juillet I7i)i.... « Ce frère cadet,
ISOUARD — IVRY (D')
lo
voulant profiter de la renommée de Nicolo , se
faisait appeler lui aussi, comme on le voit, Nicolo
Isouaid. Après avoir été officier sous lo premier
empire , il avait ensuite embrassé la carrière
théâtrale, d'abord comme chanteur, puis comme
directeur. Il chanta l'empini des ténors d'opéra-
comique dans plusieurs jurandes villes des dépar-
tements et de létranger, notamment à Lille
(1825), Gand (1826 et 1827), Rouen (1828),
Nîmes (1829), Toulouse (1833), et ensuite de
nouveau à Rouen pendant plusieurs années. Il
resta établi en cette ville, où il deviid plus tard
sous-inspecteur des monuments historiques à
la préfecture de la Seine-Inférieure, et y mourut
le 23 mars 1803.
L'une des deux filles de Nicolo, M'i-^ Miirlle
JSicolo Isouard, était musicienne et s'était quel-
que peu livrée à la composition. Elle avait pu-
blié quelques romances et mélodies vocales. Elle
est morte à Paris, le 6 octobre 1876, à l'âge
de soi\anfe-deux ans.
ITASSE ( ), professeur de chant à
Paris, appartenait au personnel de TOpéra et fit
partie des hautes-contre des chœurs de ce théâ-
tre depuis 1768 jusqu'à 1783, époque à laquelle
il fut pensionné. Cet artiste a publie un Premier
recueil cPairs et duos avec accompagneinent
de violon et alto, ou avec la guitare et basse.
ITIER (Léonard), luthiste fort distingué,
vivait dans la seconde moitié du dix-septième
siècle et dans la première moitié du dix-huitième.
Bien qu'on ne connaisse point l'année de sanais-
.sance ni celle de sa mort, i! est certain qu'il vé-
cut fort vieux , car ÏÉIat de la France , qui
l'inscrit, à la date de 1721, comme maître de
lutli ordinaire des pages de la musique de la
chapelle du roi, avec « 600 livres par an -pour
nourriture, » ajoute qu'« il étoit déjà en posses-
sion de cette charge au saci e du roy Louis XIV
en 1654. » Hier a donc fourni une carrière d'une
longueur peu commune, et est resté en exercice
pendant au moins soixante sept ans. Il occupait
la même charge pour les pages de la musique de
la chambre, avec « 730 livres de nourriture
par an, » et enfin il était joueur de viole de la
musique de la chambre pour le semestre de
juillet, « à raison de 450 livres 5 sols pour
nourriture, » ce qui lui constituait un traitement
total annuel de 1780 livres 5 sols. — Son fils,
Gaston Hier, luthiste comme lui, avait la sur-
vivance de ces trois charges , et lui succéda
vraisemblablement.
IVANOFF (Nicolas), l'un des rares chan-
teurs russes qui se soient (ait un nom , est né
dans la Petite-Russie au commencement de ce
siècle. Doué d'une fort jolie voix de ténor, il
quitta jeune son pays pour aller étudier léchant
à Milan, sous la direction d'Eliodorn Bianchi. Il
débuta à Naples vers 1830, prit encore en cette
ville des leçons de Nozzari, et presque aussitôt
était engagé au Théâtre-Italien de Paris, où il
se produisait pour la première fois en 1832, et
où il supporta sans désavantage le redoutable
voisinage de Riibini. La voix d'Ivanoff avait un
remarquable caractère de tendresse et de suavité,
et ses qualités naturelles étaient doublées par la
pureté d'un chant plein de douceur et d'élégance.
H chantait Vadagio avec un charme exquis, et
jamais ne laissait échapper de ces cris et de ces
coups de gosier qui sont l'unique ressource des
artistes médiocres. Seulement, il était froid et
compassé comme acteur. Ivanoff resta plusieurs
années à Paris, se fit entendre également à Lon-
dres, puis retourna en Italie, se fit applaudir à
Florence , à Palerme, à Milan, revint un instant
à Paris, vers 1850, et enfin alla se retirer à Bo-
logne, où il vit encore aujourd'hui, entouré, dit-
on, de l'estime et de l'affection de tous ceux qui
le connaissent.
IVRY (Paul-Xa.vier-Désiré, marquis de
RICHARD D'), compositeur dilettante , est
né à Beaune (Côte-d'Or) le 4 février 1829. Dès
1847 il faisait exécuter par la Société philharmo-
nique de cette ville une ouverture de concert,
et écrivait bientôt les paroles et la musique d'un
opéra intitulé Fatnia, en môme temps qu'il pu-
bliait quelques mélodies vocales. S'élant fixé à
Paris en 1854, il y composa la musique de deux
opéras-comiques en un acte, Quentin Melzys et
la Maison du docteur, sans pouvoir réussir à
se faire ouvrir les portes d'un théâtre ; le second
de ces ouvrages fut pourtant joué dans quelques
salons et représenté à Dijon en ISâô, et la par-
tition en fut gravée chez l'éditeur M. Choudens.
A cette époque, M. d'Ivry, qui n'avait reçu au-
cune éducation musicale et ne s'était formé que
par la lecture de quelques traités et des œuvres
des maîtres, prit des leçons de contrepoint de
Leborne et fit un cours de composition avec
M.Aristide Wv^wmA {Voyez ce nom). C'e.U pen-
dant ce temps qu'il écrivit un nouvel ouvrage en
un acte, Omphaleet Pénélope, qui lui avait é[é
commandé pour le Théâtre-Lyrique, mais qu'un
changement de direction fit rester dans ses
cartons.
Quelques années plus tard, M. d'Ivry, voulant
réaliser un rêve longtemps caressé, entreprit
d'écrire le poème et la musique d'un Roméo et
Juliette qui fût à l'œuvre de Shakespeare ce que
\& Faust Ae. M. Gounod était au draïue de Gœlhe.
La moitié de l'ouvrage était déjà faite lorsque,
vers la fin de ISCi, le compositeur se trouvant
46
IVRY (D')
à Rouen, apprit de Liszt que M. Gounod était en
train de traiter le même sujet. Douloureusement
surpris à cette nouvelle, il se remit pourtant au
travail , mais sans se dissimuler les dirticultés
qu'allait créer à l'expansion de son œuvre une
concurrence aussi redoutable. Il la termina néan-
moins, et, désirant prendre date, il lit graver sa
partition sous le titre : les Amants de Vérone
(Paris, Flaxiand), de façon que sa publication
précédât de quelques jours l'apparition, sur la
scène du Théâtre -Lyrique, du Roméo et Juliette
de M. Gounod. La partition des Amants de Vé-
rone était signée du pseudonyme anagrammatique
de Richard Yrvid. Peu de semaines après, le 12
mai 1867, une exécution en était faite à l'école
de M. Duprez, avec M. Duprez fils et sa sœur,
M™' Vandenheuvel-Duprez, dans les deux rôles
de Roméo et de Juliette; la presse musicale, in-
vitée à cette soirée, fut très-favorable à l'œuvre
et à l'auteur.
Toutefois, celui-ci n'eut plus alors qu'une dou-
ble pensée : compléter et parfaire une œuvre qui
ne le ^satisfaisait qu'à demi et, dans ce nouveau
travail, s'éloigner le plus possible de l'interpré-
tai ion que M. Gounod avait donnée au chef-
d'œuvre de Shakespeare ; puis, faire jouer les
Amants de Vérone. L'ouvrage, refait en grande
partie, augmenté d'un acte (il n'en comportait
primitivement que quatre), s'éloigne sensiblement
de l'opéra de demi-caractère, pour se rapprocher
du grand drame lyrique , et l'auteur a donné
beaucoup de développement aux deux rôles de
Mercutio et de la nourrice, tenus dans l'ombre
par les collaborateurs de M. Gounod. J'ai en-
tendu les deux versions des Amants de Vérone,
et, déjà fort satisfait de la première, j'ai trouvé
la seconde très-supérieure et digne d'être pré-
sentée au public avec de grandes chances de
succès. Par malheur, celui-ci n'a pas encore été
appelé à la juger.
M. le marquis d'Ivry a publié chez MM. Ma-
yaud, Richault et Heu un certain nombre de
mélodies vocales : le Roi de Thulé, l'Ondine,
V Adieu de la Nourrice, Matin et Soir, Fleur
de jasmin, etc., ainsi qu'un «« cantique à Notre-
Dame de Lourdes, » Litanies de la Délivrance,
dont il a écrit les paroles et la musique. , ,
JACOBS (Peeter) , lulliier flamand, exerça
son art à Amsterdam dans les dernières années
du dix-septième siècle et au commencement du
dix-huitième. C'était un artiste habile, dont les
produits avaient une réelle valeur. Les instru-
ments laissés par lui sont nombreux, tant violons
qu'altos et basses, et construits sur le modèle de
ceux de Nicolas Amali.
JACOBY (Georges), violoniste et compo-
siteur, né à Berlin le 13 février 1840, fut amené
de bonne heure en France par ses parents, et se
fit admettre au Conservatoire de Paris, où il
entra, le 29 décembre J832, dans la classe de
M. Massart. Admis au concours en 1 854, il obtint
un 3« accessit, et se vit décerner le l" en 1836,
puis concourut deux nouvelles années sans ob-
tenir une récompense supérieure ; aux termes
des règlements de l'école, il aurait dû être rayé
des classes, mais il obtint un sursis, concourut
de nouveau en 1859 , remporta un second prix ,
et enQn eut le premier en 1861. A peu près à
cette époque il entra à l'orchestre de l'Opéra, ce
qui ne l'empêchait pas de se faire entendre fré-
quemment dans les concerts. Quelques années
plus tard, en 1868, M. Jacoby devenait chef
d'orchestre au petit théâtre des Bouffes-Parisiens,
puis , étant allé se fixer à Londres en 1870 , il
acceptait, en 1872, les fonctions de chef d'or-
chestre à l'Alhambra , fonctions qu'il exerce en-
core aujourd'liui. Cet artiste a fait représenter à
Paris deux ou trois opérettes sans conséquence
et sans valeur, et il a écrit à Londres la musique
de quelques pantomimes et féeries ; voici la liste
de ces ouvrages : i° le Feu aux poudres , un
acte, dans un concert, 21 mars 1869; — 2° la
Nuit du 15 octobre, un acte. Bouffes- Parisiens ,
15 octobre 1869;— 3° Black-Crook, féerie en
4 actes (eu société avec M. Fr. Clay), Alhambra
de Londres, décembre 1872; — k° Mariée de-
puis midi, monologue, Alhambra, Juillet 1873
(représenté en suite aux Bouffes- Parisiens le 6
mars 1874); — 5° la Forêt enchantée, ballet-
pantomime, Alhambra, août 1873; — 6" the
Démon' s Bride, féerie en 3 actes, id., 7 sep-
tembre 1874 ; — 7° Cupid in Arcadia , ballet
en 2 tableaux, id., 26 juin 1875;— 8° the
Fairies Home, ballet, id., décembre 1876. — 9°
Yolande, ballet, id., août 1877. Dans les con-
certs fréquents qu'il donnait naguère à Paris,
M. Jacoby fit entendre plusieurs œuvres com-
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — . SUPPL. «-•
posées par lui pour le violon : 1« concerto, dédié
au roi de Prusse ; 2" concerto, dédié à la reine
d'Espagne; Valse de concert ; Prière ; Nocturne;
Berceuse ; Chanson de matelots ; Fantaisies sur
VÉtoile du Nord, V Africaine, la Fille du
régiment, etc., etc. J'ignore si aucune de ces
compositions a été publiée.
JACOPS (Edouard) , est auteur de l'écrit
suivant : Nomenclature des sociétés musicales
de la Belgique, suivie d''une notice chronolo-
gique sur l'Association royale de sociétés lyri-
ques d'Anvers (Anvers, 1853, in-8°).
JACQUARD (Léos-Jean), violoncelliste
distingué, né à Paris le 3 novembre 1826, fit ses
études littéraires à Pont-le-Voy, près de Blois, où
il commença à travailler le violoncelle sous l'ha-
bile direction de Hus-Desforges, qui s'était retiré
en cette ville. Celui-ci étant mort eu 1838,
M. Jacquard fut confié pendant quelque temps
aux soins d'un artiste nommé Auguste Levacq,
puis vint à Paris, et fut admis, au Conservatoire,
dans la classe de Norblin. Ses progrès furent
rapides avec ce nouveau maître, et après avoir
obtenu un second prix au concours de 1842, il
se voyait décerner le premier en 1844. A partir
de ce moment, M. Léon Jacquard se produisit
fréquemment en public, et fit apprécier de réel-
les qualités de virtuose. Vers 1855, il fonda, en
compagnie de l'excellent violoniste M. Armin-
gaud, et avec le concours de MM. Mas et Saba-
tier, une société de musique de chambre qui
compta bientôt au nombre des meilleures de
Paris. La réputation de M. Jacquard s'établit
alors solidement, et l'on remarqua le style élé-
gant, la belle sonorité et le jeu expressif que cet
artiste faisait briller dans l'exécution de la mu-
sique de chambre.
M. Jacquard , qui est membre de la Société
des concerts du Conservatoire, a été nommé
au mois de décembre 1877, lors de la mort
de Cheviliard, professeur de violoncelle dans
cet établissement. Il a publié un certain
nombre de morceaux de genre pour son
instrument. — Son frère, M. Louis-Auguste
Jacquard, né à Pont-le-Voy le 26 décembre
1832, violoncelliste comme lui, a été, au Con-
servatoire, l'élève de M. Franchomme, dans la
classe duquel il a remporté un second prix en
1850, elle premier en 1852.
JACQUES (M'ie Charlotte), pianiste, pro-
T. II. 2
18
JACQUES — J^EHNS
fesseiir et compositeur, a fait représenter au
lhé;\tre Déjazet, au mois de décembre 18G2, une
opérette vn un acte intitulée la Veillée.
JACQUOT (Charles), luthier français, né
à Mirecourt (Vosges) en 1808, était fils d'un
maître tailleur d'un régiment de ligne. 11 lit
son apprentissage dans sa ville natale, d'abord
chez Nicolas, ensuite chez Breton, puis partit
pour Nancy, où il travailla pendant plusieurs
années comme ouvrier compagnon, après quoi
il s'établit à son compte. En 18j2 il quitta
Nancy pour venir se fixer à Paris, et se fit une
bonne renommée en cette ville, aussi bien par
le talent qu'il déploya dans la facture des ins-
truments neufs que par ses rares connaissances
en ce qui concerne la lutherie ancienne.
M. Jacquot est un des meilleurs luthiers de
l'école française actuelle, ses produits sont re-
marquables à beaucoup d'égards, et il a obtenu
plusieurs récompenses dans les Expositions : à
Paris (1849), un premier et un second prix; à
Paris (Exposition universelle de 1855), une
médaille d'argent; à Bayonne (1854), une
médaille d'or.
Un !ils de cet artiste, M. Charles Jacquot,
né à Nancy en 1828 et élève de son père, est
établi luthier dans sa ville natale.
* JADASSOHIV (Salomon). Cet artiste
distingué, dont le talent est fort apprécié dans
sa pairie, quoique sa renommée ne se soit guère
étendue en deiiors de l'Allemague, a rempli,
de 1867 à 1869, les fonctions de chef d'orchestre
de la société musicale Euterpe, de Leii)zig.
Ses compositions pour l'orchestre , pour le
piano ou pour le chant se montent à plus de
soixante, parmi lesquelles nous citerons les
suivantes ; 1" symphonie, en ut majeur; 2^
symphonie; 3' symphonie, en ré mineur, op. 50;
trois sérénades pour orchestre ; 1*"^ grand trio
pour piano, violon et violoncelle; 2" grand trio
id., op. 20; quatuor pour instruments à cordes,
op. 10; plusieurs sonates pour piano et violon;
ouverture de concert, pour orchestre; sérénade
pour piano, op. 35; 3 petits morceaux pour
violon et piano, op. 18 ; 2 morceaux pour piano,
op. 21 ; Bal masqué, 7 airs de ballet pour
piano, op. 26; Variations pour piano, op. 40;
Improvisations, \mwT \mno, op. 48; 9 lieder
avec accompagnement de piano, op. 36; & lie-
der, id., op. 52; 6 pièces pour piano, op. 49;
motet pour voix seule et chu'ur.
* JADIiX (Louis). Le répertoire dramatique
de ce compositeur doit se compléter par les
ouvrages suivants : 1" le Coucou, un acte, th.
Monlansier, 1798; 2" les Trois Prétendus, un
acte, même théâtre, 1805; 3" les Arts et l'Ami-
tié (ancienne comédie de Bouchard, mise en
opéra-comique), un acte, Opéra-Comique, 9
juin 1807. A ces ouvrages, il faut joindre encore
la mort de Léopold Brunswick, scène à grand
ciionir qu'il fit exécuter au concert spirituel le
i'' avril 1790, l'Education de l'ancien et du
nouveau régime, hymne exécuté à l'Opéra le 11
octobre 1794, et le Serment des Gardes, cantate
exécutée au même théâtre le 30 mars 1821. En
1802, un éditeur de musique. M'"' Duhan,
entreprit la publication d'un recueil périodique,
le Journal d'Apollon, qui contenait des mor-
ceaux de chant et de piano dont les auteurs
étaient Boieldieu, Cherubini et Jadin. C'est le 11
avril 1853 que Jadin est mort à Paris.
* JADIN (Hyacinthe), est mort non en
1802, mais au mois d'octobre 1800. On peut
lire un article nécrologique sur cet artiste dans
le Courrier des Spectacles du 19 vendémiaire
an IX.
JAEGHER (L DE), organiste de la
cathédrale de Bruges, naquit à Oostvoosbeke
(Flandre occidentale), et fut élève du Conserva-
toire de Gand, où il se trouvait en 1840. Devenu
organiste à Tourcoing, il fut appelé plus tard
à remplir les mêmes fonctions à Bruges. Comme
compositeur, cet artiste a publié une messe à
4 voix, des offertoires, plusieurs grands chœurs,
des motets, etc., etc.
* J.^Hi\S (Frédéric-Wilhelm), chanteur,
compositeur, professeur et écrivain sur la mu-
sique, est né à Berlin le 2 janvier 1809. Doué
d'une fort belle voix, il se destina d'abord au
théâtre, chanta quelques rôles à l'Opéra de
Berlin, mais bientôt abandonna cette carrière
pour se livrer à l'enseignement. Il étudia alors
le piano, prit des leçons de Louis Horzi/.ky, se
vit bientôt très-recherché comme professeur
de chant, et forma un nombre considérable de
très-bons élèves. Il fonda en 1845 et dirigea
jusqu'en 1870 une société connue sous le nom
d'Union de chant.
En même temps, M. Jœhns se faisait con-
naître aussi comme compositeur par la publi-
cation de plus de 130 morceaux de chant à
pinsieurs voix, dont quelques-uns écrits dans le
style religieux; il faisait paraître encore un trio
pour piano, violon et violoncelle, une sonate
pour piano et violon, un grand duo pour piano
et violoncelle, 4 pièces caractéristiques pour
piano, des marches et divers arrangements pour
le même instrument. M.Jœhns occupe une place
à part comme arrangeur des œuvres des grands
maîtres, particulièrement de Weber, son auteur
favori, auquel il a voué un culte véritable et
intelligent.
JyEHNS — JAHN
C'est cette admiration profonde pour Weber
qui a amené M. Jc«hns à puhlier, sur cet ar-
tiste immortel, un livre important qu'il a
donné sous ce titre : C. M. von Weber in
seinen Werken {C. M de Weber dans ses
œuvres). Cet écrit, qui a paru à Berlin en 1871
et que l'on peut comparer à celui que le che-
valier de Kœchel a publié sur Mozart, donne
un catalogue thématique et raisonné des diverses
œuvres du maître, avec autographes, critique,
biographie et portraits, d'après les lettres et le
journal de Weber. M. J;ehns possède, dit-on,
une fort belle bibliothèque musicale, dont la
partie la plus remarquable et la plus intéres-
sante est la collection relative à Weber, qui ne
contient pas moins de 3,500 pièces, consistant
en manuscrits, lettres, portraits (au nombre de
86), curiosités et reliques de toutes sortes.
* JAELL (Alfred), pianiste et compositeur.
Cet artiste fort distingué, au jeu brillant, élégant
et plein de délicatesse, a fait de grands voyages
à travers l'Europe, et y a toujours obtenu de
légitimes succès. M. Alfred Jaëll se distingue
surtout par le style qu'il apporte dans l'exécu-
tion des grandes œuvres classiques. Comme
compositeur, il a publié près de deux-cents mor-
ceaux de piano, parmi lesquels beaucoup de
transcriptions et de fantaisies sur d'es motifs
d'opéra; on remarque cependant, dans ces
nombreuses productions, quelques morceaux
originaux, d'un caractère aimable : Aux bords
de TArno, caprice élégant, op. 124; Sérénade
italienne, op. 44 ; Ballade, op. 88; 3 Morceaux
de salon, op. 106; Bluette, op. 59; Nocturne
dramatique, op. 122; le Carillon; Aux bords
du AJississipi, morceau caractéristique, op.
37 ; le Carnaval de Venise, variations burles-
ques, op. 22 ; Impromptu, op. 151 ; Nocturne op.
G; Inlerlaken, chant du soir, op. 102, etc., etc.
M. Alfred Jaëll a épousé, vers 1864, une
jeune pianiste, M"' Marie Trauttmann, Alsa-
cienne de naissance, qui déjà s'était fait elle-
même une brillante réputation de virtuose,
mais dont le talent contraste singulièrement
avec le sien, car le jeu de M""* Jaëll brille sur-
tout par la fougue, la puissance et l'éclat,
tandis que celui de son mari se fait remarquer
par une grâce et une élégance presque fémi-
nines. Déjà bien connus en France, ces deux
artistes se sont fait entendre de nouveau à Paris,
en 1875 et 1876, avec un grand succès. Élève
du Conservatoire de cette ville, M"= Trauttmann
y avait remporté, en 1862, un premier prix de
piano. Ne se bornant pas à ses succès de
virtuose. M*"' Jaëll s'est fait aussi connaître,
en ces derniers temps, comme compositeur.
Non-seulement elle a publié chez l'éditeur M. Gé-
lanl un fort joli recueil de 12 valses à quatre
mams pour le piano, écrites dans un très-bon
style, mais elle a fait entendre un concerto en
re mineur pour piano avec accompagnement
d orchestre, q.ii est une œuvre remarquable à
beaucoup d'égards et qui la classe au nombre
des artistes les plus distingués.
JAFFÉ (MoRiTz), est l'auteur d'un opéra
'ntilulé : Das Kœthelen von Heilbronn, qui a
été représenté pour la première fois à Augsbourg
en 1866, et que l'auteur donna sous le pseu-
donyme de Morja. Au mois de juillet 1875, cet
artiste a donné au théâtre Kroll, de Berlin, un
second ouvrage qui portait pour titre : Ecke-
hard,- celui-ci n'a obtenu aucun succès.
JAGARTE (Manoel), compositeur et vio-
lomste espagnol, né vers 1796, mourut à St-
Sébastien en 1819, à l'âge de 28 ans. Je n'ai
trouve aucuns renseignoanents sur cet artiste
en dehors de la notice nécrologique suivante,
insérée dans les Annales de la musique de 1820 :
— « Ayant pris à Bordeaux les premières no-
tions de la musique, pour laquelle il manifesta
des dispositions extraordinaires. 11 acquit sur
le violon un talent remarquable et exquis pour
son âge; puis, se livrant à la composition, il
préluda par one foule de pièces légèresqui dé-
celaient un goût aussi pur qu'original ; enfin,
il produisit plusieursouvrages plus importants,
entre autres cette belle messe de Meguietn , oxé-
cutée à St-Sébaslien, en commémoration du 3l
août 1813, elïopérà de l'Infante de Zamora,
qui se donne actuellement à Madrid. Une mort
prématurée prive l'art musical d'un soutien
distingué, et ses amis d'un homme aussi ai-
mable par sa modestie que par ses talents.
Plusieurs ouvrages inédits, et qui restent à
finir, ou à rassembler, assureraient seuls sa
réputation d'artiste. »
* JAHN (Otto), l'auteur de la biographie
de Mozart dont le succès a été si grand en
Allemagne, est mort à Grettingue, le 9 septembre
1869, à l'âge de cinquante-six ans. Cet écrivain,
qui était un savant remarquable et un homme
distingué à tous égards, avait publié un assez
grand nombre de lieder. Il a consacré une étude
à la nouvelle et superbe édition des œuvres de
Beethoven donnée par la maison Breilkopf et
Hœrlel; cette étude a pour titre : Gesammelte
Aîtfsdtze ûber Musik.
Au reste, Jahn avait l'intention de donner
un pendant à son admirable biographie de
Mozart en publiant sur Beethoven un livre du
même genre, pour lequel il avait réuni tous
20
JAHN — JAKUBOWSKI
ses matériaux ; il sera toujours à regretter
que le temps ne lui ait pas permis de mettre
ce projet à exécution.
Il me faut signaler ici, au compte de ce mu-
sicographe remarquable, un intéressant volume
de Mélanges sur la nitisique, contenant,
entre autres chapitres, une étude sur les ora-
torios de Mendelssohn, une autre sur quelques
ouvrages d'Hector Berlioz, et une critique (ort
\ive des opéras de M. Richard Wagner. Jahn
possédait cet outil indispensable à tout histo-
rien sérieux et instruit : une bibliothèque spé-
ciale très riche, très-nombreuse et très-variée,
et l'on peut affirmer que sa collection de livres et
de documents sur la musique était une des plus
belles qui existassent. Un journal allemand le
constatait en ces termes, à l'époque de .sa mort :
— « Grâce à ses recherches continuelles, il
avait réussi h se procurer des ouvrages que
ne possèdent même pas les collections de Berlin
ou de Vienne, qui sont pourtant si riches. »
JAHiV ( ), compositeur, a fait représen-
ter le 28 janvier 1873, sur le théâtre royal
d'Anvers, dont il est le directeur, un opéra-
comique en un acte intitulé Michel le Marin.
Cet artiste est, pendant la saison d'été, chef
d'orchestre du Casino de Spa,
JAILLET (J -B ), organiste de
l'église de Saint-Étienne, à Rennes, a publié
vers 1857 une Mélhode nouvelle pour ap-
prendre facilement l'accompagnement du
plain-chant, Rennes, l'auteur, in-é".
JAKUBOWSKI (Samson), inventeur de
l'harmonica de bois et paille, et virtuose sur
cet instrument, naquit à Kowno, en Lithuanie,
en 1801. Après avoir passé ses premières an-
nées à Wladislavvowa, ville du Palalinat d'Au-
gustowo, il suivit les cours de droit de l'Uni-
versité de Kœnigsberg, et entra ensuite dans
le commerce. 11 habitait depuis trois ans Saint-
Pétersbourg lorsque le hasard, dil-on, le mit
sur la trace de son invention et lui donna la
première idée de l'instrument qui devait être
la cause de sa renommée, instrument qui se
composait d'un certain nombre de morceaux
de bois de sapin reliés entre eux, posés sur des
rouleaux de paille, et que l'exécutant frappait
avec deux baguettes.
Son instrument une fois bien ordonné, Jaku-
bowski le produisit pour la première fois en
public à Tibourg, en 182G, puis retourna à
Saint-Pétersbourg pour s'y faire entendre. Là,
il donna quelques le(;ons, et eut particulièrement
pour élève Gusikow (1), qui devait, quelques
(1) Gusikow a passé, et Félis le cite pour l'inventeur de
années plus tard, acquérir une renommée euro-
péenne. « Eu 1827, dit M. Albert Sowinî-ki. il
partit pour l'Allemagne et obtint des applandis-
semenis dans les principales villes, excitant
partout la curiosité et l'étonnement. Les artistes,
les connaisseurs rendaient justice à l'habileté
de M. Jakubowski, qui se faisait écouter dans
de grandes salles de concert et sur les théâtres,
en tirant de ses morceaux de bois un son
extraordinaire. Encouragé par de nombreux
succès, notre artiste écrivit plusieurs morceaux
pour son harmonica, voyagea en Danemarck,
en Suède et Norwége, et vint en France en 1832.
L'impression qu'il y produisit augmenta encore
sa réputation ; il parcourut les départements,
visita l'Angleterre et l'Irlande, revint à Paris,
où M°" la comtesse de Spare, qui admirait
beaucoup l'exécution étonnante de M. Samson
Jakubowski, lui organisa un fort beau concert
dans lequel elle chanta elle-même et ravit par
son admirable voix un auditoire nombreux et
brillant. Depuis cette époque, M. Jakubovvski
réside habituellement en France en faisant des
excursions fréquentes en province. Son instru-
ment consiste en vingt-quatre morceaux de bois
de sapin (il n'en comptait primitivement que
quinze) posés sur quatre rouleaux de paille.
Le tout placé sur une table dont les pieds
reposent sur du verre. Les vingt-quatre mor-
ceaux de bois sont attachés entre eux, et dis-
posés de manière que les sons élevés du dessus
se trouvent du côté de la main gauche de l'exé-
cutant; les morceaux pour la basse de l'harmo-
nica sont plus longs et sont placés à droite.
L'exécutant tient dans ses mains deux baguettes
en bois de fer, avec lesquelles il frappe sur les
morceaux de sapin avec une dextérité remar-
quable. Il arrive à une grande netteté, et ses
cadences sont perlées. »
Les compositions écrites par Jakubowski
(toutes restées en manuscrit, puisque son ins-
trument ne s'est pas répandu et est demeuré
à l'état de curiosité), sont les suivantes: Mar-
che Tartarc; Tyrolienne variée; les Adieux
du Cosaque, avec variations ; Fantaisie sur
un thème russe; Fantaisie sur une rêverie
(Dumka) ; Polonaise en si mineur ; Polonaise
célèbre du prince Oginski, arrangée pour
nnsirument en question. M. Albert Sowinski affirme que
celui-ci est bien dû à Jakubowski. Tout porte à croire
que M. Sowinski a raison, et que Gusikow n'a fait que
perfectionner l'harmoniia de bois el paille, en purlant
son éteniluc à deux octaves et demie tandis que Jaku-
bowski ne lui avait donné que vingl-quatre sons. Ce
qui est certain, c'e^t que celui-ci se fit entendre dés
182B, et Gusikow seulement sept ou huit ans plut
tard.
JAL — JANINA (DE)
21
l'harmonica ; Ouverture du Calife de Bag-
dad, id. ; Variations sur un tliènie russe;
Valse tirée du Freischixlz; Mazurek de Kur-
pin>lii.
JAL (Augustin), écrivain français, né à
Lyon le 13 avril 1795, mort à Paris le 6 avril
1873, est l'auteur d'un ouvraj'e important
publié sous ce titre : Dictionnaire critique de
biographie et d'histoire, errata et supplé-
ment pour toits les Dictionnaires historiques,
d'après des documents authentiques inédits
(Paris, 1865, in-S"; 2' édition, 1872). Jal avait
passé une partie de son existence à défiouiller
avec soin les registres de l'état civil et ceux
des paroisses de Paris, il avait levé dans ces
registres des copies d'une foule d'actes authen-
tiques concernant des personnages célèbres :
actes de naissance, de baptême, de mariage,
de décès, et cela lui avait permis de relever
bien des erreurs commises par les biographes
et de com|iléter le travail de ces derniers. De
là, la publication du livre dont on vient de lire
le litre, livre dont on ne saurait contester la
grande utililé, bien que son auteur s'attache
quelquefois à de véritables minuties et qu'il
lui arrive aussi, lorsqu'il ne s'appuie pas sur
des pièces authentiques, de se livrer à des
conjectures un peu forcées. Toutefois, on trouve,
au seul point de vue musical, des renseignements
pleins d'intérêt dans le Dictionnaire critique
de Jal, et j'y ai puisé, pour le présent recueil,
les éléments de rectifications très-importantes.
* JANCOURT (Louis-Marie-Eugène). Cet
artiste fort distingué, qui en 1867 était devenu
capitaine de musique de la o'' subdivision de
la garde nationale de la Seine, a été nommé
en 1875, à la mort de Cokken, professeur de
basson au Conservatoire. M. Jancourt, qui a
apporté des modifications et des perfectionne-
ments importants au mécanisme du basson,
a publié" de nouvelles et nombreuses composi-
tions pour son instrument : 3" Air varié (Paris,
Choudens); 1", 2% 3% el 4" Solos, op. 23, 52,
53, 54; Air varié facile, op. 28 (Paris, Richaulf) ;
6« Fantaisie, op. 24 (id., id.); 6 Mélodies, op.
51 (Paris, Gérard); Études caractéristiques, op.
55 (Paris, Goumas) ; Concertino, d'après Fer-
dinand David, op. 12 bis (Paris, Richault);
Souvenir de Vltatie, fantaisie, op. 30 (id., id);
Fantaisie sur Don Juan, op. 50 (id., id.) ; Con-
certante pour clarinette et basson, sur Norma,
op. 12 (Paris, Choudens) ; Duo concertant, id.,
sur la Sonnambula, op. 16 (Paris, Richaull) ;
Fantaisie concertante pour hautbois et basson,
sur l'Italienne à Alger, op. 26 (id., id.) ; Fan-
aisie .concertante, id., sur Sémiramïde, op. 48
(id., id.); Concertino pour les mêmes instru-
ments, op.40(id., id.); Duo concertant pour piano
et basson, op. 56 (id., id.). M. Jancourt a publié
aussi divers morceaux de musique militaire.
Cet artiste, qu'un engagement avantageux
avait forcé de quitter l'Opéra pour un grand
voyage qu'il fit en Angleterre, en Ecosse et en
Irlande, avec M"* Persiani et M. Bottesini,
remplit plus tard les fonctions de premier
basson à l'orchestre de l'Opéra-Comique, puis
à celui des Italiens. Il a donné en 1869, après
trente ans de service, sa démission de basson-
solo à la Société des conceits du Consei'vatoire.
JAJVIiX (Jules-Gabriel), écrivain français ,
né à Saint-Élienne (Loire) le 24 décembre 1804,
mort à Passy,près Paris, le 19 juin 1874, fut pen-
dant pins de trente-cinq ans chargé de la rédaction
du feuilleton dramatique du Journal des Dé-
bals, qui lui valut une renommée européenne.
C'est à ce seul titre que son nom se trouve con-
signé ici, 'non que Jules Janin ait jamais été char-
gé spécialement de la critique musicale, mais
parce qu'on trouve souvent, dans ses feuille-
tons, des détails sur tel ou tel chanteur, tel ou
tel musicien. Sous le titre un peu prétentieux
d'Histoire de la littérature dramatique, il
a formé et publié un choix de ces feuilletons
(Paris, 1858, 6 vol. in-12).
JANINA (Olga DE), pianiste russe, élève
de M. Franz Liszt, s'est fait entendre pour la
première fois à Paris au mois de décembre 1872,
et depuis lors s'est produite avec succès dans
un grand nombre de concerts et de soirées
musicales. Le talent de cette artiste, plein de
fougue, de puissance, d'éclat, est incontestable
en ce qui concerne les qualités mécaniques du
virtuose; en ce qui touche le style, le charme,
la grâce, c'est toute autre chose, et le jeu de
M"" Olga de Janina aurait singulièrement à
gagner sous ce rapport.
Mais, il faut bien le dire, ce n'est pas son
talent de pianiste qui a valu en France, à
M'"^ Olga de Janina, une sorte de célébrité;
c'est le scandale qui s'est fait autour de son
nom par la publication d'un livre étrange,
mal.sain, qu'elle a mis au jour sous le titre
de Souvenirs d'une Cosaque et sous le pseu-
donyme de Robert Franz (Paris, Denlu, 1874,
in-12). Dans ce livre, d'une crudité de ton
vraiment écœurante, M'"'^ Olga de Janina
faisait connaître, dans leurs détails les plus in-
times et les plus fâcheux, la nature des rela-
tions qui avaient existé entre elle et M. Liszt
et qui étaient fort loin de s'être bornées à
celles d'un maître et d'une élève. Je n'ai pas
à apprécier davantage^ici ce, produit, lilléraire
32
JANINA — JAUCH
d'un esprit évidemment malade et exalté; les
aulobiograpliies de ce genre excitent les nau-
sées beaucoup plus que l'iulérôt, et si j'ai cru
devoir signaler celle-ci, c'est parce que je n'ai
pas pensé qu'il était possible de passer sous
silence un document de cette nature, lorsqu'il
se rapportait à un artiste de la valeur et de la
notoriété de M. Franz Liszt. Pour être complet
sur cette question, je dois même ajouter qu'il
a paru, en guise de réponse aux Souvenirs
d'une Cosaque, une contre-partie de ce récit,
intitulée le Roman du pianiste et de la Cosa-
que et publiée sous le pseudonyme de Sylvia
Zorelli (Paris, s. 1. n. d. [1875], in-12). J'ignore
quel est le véritable auteur de ce dernier écrit,
et je ne sais pas davantage de qui sont deux au-
tres volumes, publiés sous le couvert de l'ano-
nyme : Souvenirs d'un pianiste, réponse aux
« Souvenirs d'une Cosaque » (Paris, Lacliaud
et Burdin, 1874, in-î2); et les Amours d'une
Cosaque, par un ami de l'abbé X*** (Paris,
DegorceCadot, s. d. in-12).
JANNOIVI ( ). Un musicien italien de
ce nom a fait représenter le 1 février 1807, sur
le théâtre de la Scala, de Milan, un opéra sérieux
intitulé Paolo Emilio.
* JANSA (Léopoi.d), violoniste et composi-
teur, est mort à Vienne le 25 janvier 1875. Il
était né, dit-on, en 1794, et non en 1797, et
s'était encore fait entendre pour la dernière
fois à Vienne en 1871, étant âgé, par consé-
quent, de 77 ans.
JANSSEN (Gcstave), virtuose et composi-
teur, est néàDortmunden 1817. Il eut pour pre-
mier maître son père, qui lui enseigna à jouer de la
flûte, de l'orgue et du piano. En 1840 il se rendit à
Berlin pour compléter et perfectionner son éduca-
tion musicale, et en 1849 il fil en cette ville la
connaissance de lord Westmoreland, qui s'inté-
ressa à lui et l'envoya à Londres, où, grâce à son
patronage, il devint un professeur recherché. 11
est retourné depuis lors à Berlin, où il réside en-
core aujourd'hui. En 1861, M.Janssen a publié
un Supplément aux sonates pour piano de Bee-
thoven ;on lui doit aussi une collection de lieder
avec accompagnement de piano, parmi lesquels
VAfImmde Gœthe, en 6 cahiers (Berlin, 1863).
JA\SSEI\ (Gustave F...), né à Jever (Ha-
novre) le 15 décembre 1831, a fait ses éludes
musicales à Leipzig, où il fut l'élève de Coccius
pour le piano et de Riccius pour la théorie de
l'art. Devenu ensuite professeur à Oœltingue, il
échangea, en 1855, cette situation contre celle
d'organiste àVerden, et en 1861 sévit nommer
Musilidirector par le roi de Hanovre. On doit
à cet artiste quelques composilions vocales, ainsi
que des arrangements et transcriptions pour le
piano.
* JANSSEI\S ( Jean -François- JosEpn ).
M. Edmond VanderStraeten a publié sur cet ar-
tiste une notice étendue et intéressante : J.-F.-
J. Janssens, compositeur de musique (Fîruxplles,
impr. Sannes, 1860, in-8° de 53 pp.) Il a donné
dans cet opuscule le catalogue complet des
œuvres du compositeur, parmi les plus impor-
tantes desquelles il faut signaler deux opéras
inédits : les Trois Hussards et Gillette de
Narbonne (ce dernier, resté inachevé), et deux
cantates, dont une sans titre et l'autre intitulée
Winierarmaede (Pauvreté d.Viiver).
JAPI1.\ (Louise).— Voyez LANGHANS.
JASIXSKA (M""=), née LASANSK A, can-
tatrice et actrice polonaise d'un rare mérite,
tint pendant quinze ans, de 1785 à 1800, l'em-
ploi de première chanteuse à l'Opéra national
polonais de Varsovie et au théâtre de Cracovie.
Elle se faisait remarquer, dans sa jeunesse,
par le charme pénétrant et le sentiment poéti-
que qu'elle apportait dans l'exécution des Dumki
(airs nationaux), ce qui attira sur elle l'atten-
tion du fameux directeur d'opéra Boguslawski.
Celui-ci l'attacha à sa troupe, la produisit
d'abord à Nieswiez, sur le théâtre particulier
du prince Charles Radziwill, puis la fit débuter
à Varsovie, où sa jolie voix, sa beauté rare et
son intelligence de la scène lui attirèrent aussi-
tôt les sympathies du public. Elle parut avec
succès dans l'École des Jaloux, de Salieri,
la Cosa rara, de Martini, il Re Teodoro, de
Paisiello, l'Imprésario in Angustie, de Cima-
rosa, et, avec le ténor KacKowski, transporta
surtout ses admirateurs en jouant, avec un
très-grand talent de tragédienne, dans VAxur
de Salieri. M'"" Jasinska, dont le mari tenait
l'emploi des ténors dans la troupe de Bogus-
lawski, avait conquis une grande renommée
lorsqu'elle mourut en 1800, toute jeune encore,
au milieu de ses plus grands succès.
* JASPAR (André), est mort à Angleur,
près Liège, le 27 juin 1863.
JASPKRS (Jean), facteur de luths, né
dans la première moitié du seizième siècle à
Coesvelt, exerça sa profession à Anvers, et fut
inscrit dans la bourgeoisie de cette ville le 28
janvier 1568.
JAUCH ( ), luthier habile et renommé,
vivait à Dresde dans le courant du dix-hui-
tième siècle. Cet artiste remarquable, qui ne
travaillait pas d'une façon empirique, mais dont
le talent était basé sur une étude sérieuse et
de solides connaissances acquises, a fait d'ex-
cellents violons dans le style et sur le modèle
JAUCH — JEAN IV
23
des bons instruments de Crémone. Christophe
Frédéric Hunger, luthier distingué hii-même,
établi aussi à Dresde, était son élève.
JAVVURECIÎ (M'io Constance), cantatrice
d'un talent remarquable, fille d'un musicien
alleuiand élabli à Paris, naquit en cette ville
au mois de septembre 1803. Élève du Conser-
vatoire, elle y reçut des leçons de Planlade et
de Carat pour le clianl et la vocalisation, de
Baptiste aîné pour la déclamation, et otjtint un
second prix de vocalisation en 1820. Bientôt
engagée à l'Opéra, elle débuta à ce théâtre
dans un rôle secondaire, celui de Zarine dans
Aladin ou la Lampe merveilleuse (6 février
1822). Douée d'une voix charmante et d'une
remarquable beauté, son succès fut très-grand
tout d'abord, et elle se fit surtout applaudir
dans l'air : Venez, charmantes bayadères,
qu'elle chantait à ravir. Cependant, l'adminis-
tration de l'Opéra ne sut pas tirer aussitôt
parti des rares qualités de la jeune artiste, et
ce n'est qu'à partir du jour où elle eut l'occasion
de jouer le rôle d'Auiazillie de Fernand Cortez,
que la direction, enhardie par l'accueil très-
chaleureiix que lui avait fait le public, prit
confiance en elle et lui fit la position qu'elle
méritait. Peu de temps auparavant, lors d'une
reprise d'Orphée, elle avait rempli le rôle de
l'Amour dans le chef-d'œuvre de Gluck, et c'est
à cette occasion qu'im critique avait dit de
l'aimable artiste : Elle est charmante dans
lerdle de V Amour; elle représente le fils
presque aussi naturellement qu'elle repré-
senterait au besoin la mère.
Quoi qu'il en soit, du jour où elle se fut
montrée dans Fernand Cortez, MHe Jawnreck
fut comptée au nombre des meilleures canta-
trices de notre première scène lyrique, et prit
place à côté et un peu au-dessous de M'"'^ Da-
moreau. C'est elle qui créa, avec un talent
véritable et une grâce charmante, les rôles du
page Isolier dans le Comte Ory, de Jeannette
dans le Philtre, sans compter ceux qu'elle
remplit dans Sapho, Vendôme en Espagne,
Pharamond, Don Sanche, la Tentation, la
Esmeralda.
Pourtant, après une heureuse carrière de
quinze années à l'Opéra, cette artiste distinguée
quitta en 1837 la scène de ses succès, et fut
aussitôt engagée au théâtre royal de Bruxelles,
où elle débuta le 5 juin de la même année dans
Fernand Cortez, puis dans Guillaume Tell
pI Pobert-le-Diable. Sa belle voix, sonore et
étendue, et son jeu intelligent et dramatique
eurent bientôt conquis les faveurs du public de
Bruxelles, dont elle conserva la sympathie jus-
qu'en 1840, époque où elle abandonna la car-
rière dramatique, encore en pleine possession
de son talent, de sa voix et de sa beauté.
M"« Jawureck est morte à Bruxelles, le 8 juin
1858.
JAYE (Hf.nrv), luthier anglais, exerçait sa
profession à I^ondres au dix-septième siècle.
On lui doit des violes dont le vernis, dit-on,
est parfait, et qui forment de bons spécimens
de l'art de la lutherie à cette époque. Le Musée
instrumental du Conservatoire de Paris possède
de Jaye une petite basse de viole, datée de 1624.
* JEAIM IV, roi de Portugal.^Ce prince mérite
certainement une place bien plus importante
dans l'histoire de la musique que celle qu'on lui
a accordée jusqu'ici. Aucun des musicographes
étrangers au Portugal n'a apprécié à leur juste
valeur les services qu'il a rendus à l'art, parce que
aucun d'eux n'a prêté une attention suffisante à
son grand Catalogue de musique (qui se trouve
à la Bibliothèque nationale de Paris).
M. Ernest David a signalé, le premier à l'é-
tranger, dans la Bévue et gazette musicale
(1874) la haute importance de ce Catalogue dans
une série d'articles sur VEssai que j'ai publié en
1873 sur la Bibliothèque de musique du Roi
Jean IV (I). M. E. David a donné dans ces arti-
cles un très-bon résumé de l'histoire de cette
Bibliothèque, et y a réuni les résultats les plus
importants de mon travail. Toutefois, l'histoire de
cette merveilleuse Bibliothèque n'est qu'esquissée
dans mon Ensaio; depuis sa publication (1873),
j'ai recueilli bien des notes qui doivent prendre
leur place dans l'Introduction historique que je
mettrai en tête de la nouvelle édition critique du
Catalogue, qui paraîtra prochainement.
Les quelques renseignements que je vais donner
sur la Bibliothèque de musique du roi Jean IV
suffirontpour attirer l'attention de ceux qui n'ont
pas lu le compte-rendu de M. E. David. La Bi-
bliothèque était contenue dans 42 caisses énormes,
rangées dans des armoires ; le Catalogue (un gros
volume de xix-525 pages in-4''), ne renferme
pas moins de 931 numéros; chaque numéro se
compose d'une certaine quantité de recueils (col
lecçoès) de messes, de motets, de madrigaux etc.,
ce qui forme une quantité énorme de composi-
tions; pour donner une idée du volume de ces
recueils, il suffit de dire que ceux des caisses
25-30 (Nos 657-743), se composent de 2259 Vi'
Ihancicos (Noëls, etc.); or, c'est là seulement le
contenu de 5 caisses ou 86 numéros, et le Cata-
logue se compose de 40 caisses ou 951 numéros !
(1 )Énsaio critico sobre o Catalogn d'Él-Reij D.Joâo If^ .
Porto, 187S ln-40.
24
JEAN rv
Ces Vilhancicos appartiennent presque fous à
des compositeurs portugais et espagnols, notam-
ment à Gabriel Dias et Francisco de Santiago;
cepemlant, on y trouve aussi quelques composi-
teurs flamands qui vécurent en Espagne et en
Portugal : Gesy de Gherseni , Carlos Caulier,
Nicolas de Pont, Ph. Rogier, etc. La plupart des
compositions du Catalogue étaient en manus-
crit; cependant il y avait aussi la majeure partie
des recueils publiés en Hollande, en Italie, en
Allemagne, en France et en Angleterre. Les noms
les plus illustres de toutes les écoles y étaient re-
présentés, et l'on y trouvait les recueils les plus
précieux, les ouvrages théoriques les plus célè-
bres et les plus rares, et même des manuscrits
hors ligné. Il suffit de nommer le manuscrit au-
tographe du Micrologue de Guido d'Arezzo, ca-
deau de la célèbre Christine de Suède au roi
Jean IV (1), la presque totalité des compositions
autographes du célèbre Philippe Rogier (2), dont
les ouvrages sont si rares, une quantité de ma-
nuscrits de la main de Palestrina (3) lui-même,
les traités manuscrits de John Hof hby ,.Iean de Mu-
ris, Alarchettuide Padoue, Berno, Tincloris,etc.
Ce qui frappe l'attention du lecteur du Catalogue,
ce ne sont pas les milliers de cahiers de musique,
mais la rubrique finale du volume-, on lit : Le-
guessea segunda parte d'esté Index em outro
volume. Le volume de la Bibliothèque nationale
n'est donc que la première partie Aa Catalogue,
à laquelle une deuxième partie, devait faire
suite. Celle-ci na pas paru, malgré la recom-
mandation expresse du roi faite dans son testa-
ment (4). On peut consulter mon Essai sur les
obstacles qui survinrent après la mort du roi
(1656) et qui empêchèrent aussi la publication de
son traité sur l'Histoire de la musique. C'est
donc une double perle qu'on a éprouvée. Le roi
était aussi fort dans la théorie que dans la pra-
tique de la musique; les traités publiés en font
foi, tout aussi bien que les rares compositions
qui nous restent de lui. Baini (5) fait beaucoup
d'éloges de son analyse (6) de la messe Panis
(1) V. Ensaio critiro, pag. 47-ol.
(t) V. Ibid., p.ig. 23 et 24, note 4. J'ai compté 233 com-
positions de Philippe RDgicrdans le Cutalogue du roi.
(3) V. Jbid.. pag. 54.
(4) V. Jbid., pag. 68-70.
[i) Memorie storico-criliche, vot.ir, pag. 559-362.
(6) ttCfpocsUis a las Diidas Que. sepiisicron a la .Vi.<:sa
Panis qiicm ego dubt de Palestrina (sic) ; Impressa en cl
qainlo llbrt) de sus Missas, sans lieu, ni date; ù la fin
(p. 4î), la date : a 23 de setlenibre 1634, petit in-4"' de ii,— 29
pag. avec frontispice gravé aux armes de la maison de
Bragancc. V. pour les détails : flitisicos portuguezes, vol.
I, pag. 138-144. Il y a une traduction des Jtespoestas en
Itallea : Jiiposte ulli dubil proposti sopra la missa, etc.
V. Mus. portug., tome i, pag. 138.
quejn ego daho de Palestrina ; sa Defensa de la
Musica moderna (i) contre l'évêque Cyrille
Franco est un livre d'excel'.ente critique, plein
d'érudition, et qui contient des aperçus remar-
quables sur bien des maîtres célèbres. J'en ai
donné ailleurs l'analyse (2). Malheureusement
ces deux volumes (t649 et 1654) sont aussi rares
dans l'édition originale (en espagnol) que dans les
traduclions (en italien) qu'on en a faites à Rome.
Jean IV avait laissé en outre à son successeur
(D. Alfonso VI) le soin d'imprimer deux autres
manuscrits : Concordancia da Musica epassos
da CoUegiada dos vmiores professores d'esta
arte, et Principios de Musica, quem foram
seus primeiros autores e os progressas que
levé. Ms in-fol.
J'ai déjà dit qu'on n'en a fait aucun cas. Les
compositions du roi Jean IV étaient très-nom-
breuses (3), mais elles ont été perdiies pour la
plupart. On ne connaît aujourd'hui que deux
Motets insérés dans les œuvres de Rebello (Ro-
mse, 1657), et un autre Motet inséré dans Y An-
thologie universelle de Musique sacrée, pu-
bliée par Georges Schmilt (Paris, Repos 1869),
l'^ série, vol. vu). Félis croit que les exemples
de musique qu'on trouve à la fin de la Defensa
sont des compositions du roi, ce qui ne me paraît
pas exact. On n'a que des renseignements fort
vagues sur le sort de la Bibliothèque de mu-
sique du roi D. Jean IV après sa mort; on ne
sait pas au juste si elle a été ensevelie sous les
ruines de Lisbonne lors du grand tremblement
de terre de 1755. Elle se trouvait alors probable-
ment, à cette époque, dans le même endroit oti
Jean IV l'avait installée, c'est-à-dire dans le pa-
lais royal (Caza do Paço); celui-ci fut presque
entièrement détruit. J'espère pouvoir donner
bientôt des renseignements définitifs sur ce sujet;
en tout cas, qu'elle soit détruite ou non, la pre-
mière partie du Catalogue nous reste, piédestal
grandiose sur lequel on pourra élever au roi ar-
tiste le monument qui lui est dû (4).
J. DE V.
(1) Defensa de la Musica moderna, contra la crrada
opinion dcl Obispo Ciirtlo Franco. Sans lieu, ni date, ni
nom d'auteur, tout comme les Respocsies; à la fin on lit :
Lisboa a ide Dcziébre de |619, petit in-4i> de iv — 56 p.
1^ traduction italienne porte le titre suivant : Difesa délia
Ulusica moderna coniro la falsa opinione del f-'e.^covo
( irillo Franco, Iraclolta di spafjnuolo in itallano. Sans
lieu, ni date, ni nom d'autenr. Le frontispice gravé est le
même qui se trouve dans un exemplaire des llespnestas,
que Je possède. Le nombre des pages de la traduction Ita-
lienne est de 74. Je tire ces renseignements d'un exem-
plaire que j'ai vu à la Bibliothèque royale de Berlin.
|2) v. Musicos l'ortng., vol, i, pag. ni-148.
(3) J'en al donné la liste complète dans mes Musicos
portuguezes, vol. i, pag. 144-145.
(4) Je u'al pas cru devoir donner ici dei détails biogra-
JEAN DE CLÈVES — JENSEN
25
* JEAN DE CLEVES. Dans le premier
volume de son ouvrage : la Musique aux Pays-
Bas, M. Vander Straeten donne le texte lalin de
l'épitaphe de cet artiste, épitaphe qui se voyait
dans la grande église d'Augsbourg et qui fait
connaître, avec la date de sa mort, l'âge qu'il
avait alors. En voici la traduction : « Épitaphe
de l'éminent musicien, maître Jean de Clèves.
Dans cette urne, repose l'excellent musicien de
Clèves, de la bouche duquel s'échappent des
sons mélodieux. Il fut autrefois musicien de l'em-
pereur Ferdinand 1", directeur du chœur de
l'archiduc Charles, dont il fut la gloire. Il mourut
en 1582, le 14 juillet, âgé de cinquante-trois ans. «
Jean de Clèves était donc né en 1528 ou 1529.
JEAI\DEL (Pierre-Napoléon), luthier
français, né en 18 1 2 à Courcelles-sous-Vaudemont
(Meurthe), fit son apprentissage à Mirecourt,
chez Charotte, et en 1835 se rendit à Rouen, où
il entra comme ouvrier chez le frère de celui-ci,
établi en cette ville. A la mort de son patron (1830),
M. Jeandel, s'associant avec Lucien Delau, lui
succéda; puis, s'étant séparé de son associé en
1848, il s'établit seul, sans quitter Rouen, et se
fit avantageusement connaître par un assez grand
nombre d'instruments, remarquables, dit-on, par
leur bonne facture et leur belle sonorité. Artiste
habile, M. Jeandel a obtenu plusieurs récom-
penses dans les Expositions : à Rouen (1854), une
médaille de bronze; à Paris (Exposition univer-
selle de 1855), une médaille de première classe;
à Rouen (1856), une médaille d'argent.
JENIKE (Emile), pianiste et compositeur
polonais, s'est fait connaître par de jolies mélo-
dies vocales publiées sous ce titre : Dziewine
Pies'ni. Parmi ces mélodies, on distinguait sur-
tout celles intitulées -. le Soir sur Veau, le Sou-
venir, Mon souhait. A la mort de Chopin, cet
artiste composa une marche à la mémoire de l'il-
lustre virtuose, qui fut publiée à Varsovie, chez
Klukowski. Emile Jenike, qui appartenait, dit-
on, par la nature de son talent, à l'école roman-
tique, mourut prématurément en 1852, sans
avoir eu le temps de justifier les espérances qu'on
avait fondées sur lui.
JEi\SEl\ (Adolphe), compositeur, né à Koe-
nigsberg le 12 janvier 1837, apprit tout seul
les éléments de la musique, puis reçut pendant
deux ans les conseils bienveillants d'Ehlert et de
Marpurg, que son talent précoce avait frappés.
Grâce aux études sérieuses qu'il fit sous leur
.direction , il put bientôt écrire de nombreux
morceaux -. sonates, ouvertures, quatuors, ^ierfer;
phiques sur D. Jean iv. On pourra consalter sa biogra-
phie dans les Mustcos Porluguezes, vol. i, pag. 130-130,
et mon Ensaio critico.
mais ces professeurs ayantiquitté la ville, Jensen
se retrouva sans maître. Il continua de composer
avec ardeur, puis alla passer en Russie l'année
1856, afin d'y gagner, par ses leçons de piano,
l'argent nécessaire pour se rendre auprès de
Schumann , son maître de prédilection. Il eut la
douleur d'apprendre la mort de ce grand musicien
avant d'avoir pu le connaître. Il revint en Alle-
magne en 1857 et habita successivement Berlin,
Leipzig, Weimar et Dresde. Nommé, la même
année, chef d'orchestre du théâtre de Posen, il
renonça bientôt à celte position pour se rendre à
Copt'nhague, afin de faire la connaissance de
M. Niels Gade. Deux ans après , il revenait à Kœ-
nigsberg, où ses leçons étaient très-recherchées.
En 1866, il était mandé à Berlin par Cari Tausig,
pour être premier professeur à l'École des vir-
tuoses, et, en 1868, il quittait Berlin pour aller
à Dresde, puis à Grœtz, en Bohême, où il est
encore aujourd'hui.
Les sept morceaux qui composent le recueil
Eroiikon (op. 44) sont d'une mélodie élégante et
d'une harmonie intéressante, qui leur prête un
attrait particulier. Ces esquisses antiques, CaS'
sandre, Eres, Galatée , Electre, etc., expri-
ment tour à tour une grâce coquette et une ten-
dresse langoureuse ; il s'en faut que ces pièces
soient faciles à jouer et surtout à bien rendre,
mais l'exécutant goûte d'autant plus de plaisir à
distinguer peu à peu les intentions de l'auteur et
à s'en pénétrer. Ce recueil est le seul de Jensen
qui soit encore publié en France; mais je con-
nais à peu près tout son œuvre de piano, qui est
déjà considérable , et sans insister sur tant de
morceaux, qu'il serait difficile de se procurer à
Paris, je citerai simplement ceux qui m'ont
frappé par la distinction de l'inspiration et l'élé-
gance de la facture, puis je jugerai d'ensemble le
talent de ce compositeur.
Je recommande aux amateurs la Botnance,
(op. 19), une valse brillante (op. 3), les Fauta-
sieslùcke, la grande sonate en fa dieze mineur
un délicieux recueil de vingt morceaux , Chants
et danses, trois charmantes Valses-Caprices
et deux jolies romances A celle qui s'en va.
Jensen a aussi composé des morceaux à quatre
mains d'une grâce et d'une poésie charmantes.
Sa suite intitulée : Musique de noce , .«es trois
morceaux séparés (op. 18) et ses huit Idylles,
dépeignant tout le cycle d'une journée , depuis
le crépuscule matinal jusqu'à la nuit, sont des
compositions de haute valeur. Jensen n'a encore
que peu écrit pour l'orchestre ; mais sa compo-
sition des Pèlerins d'Emmaiis , d'après l'É-
vangile de Saint-Luc, est ime création symphoni-
que de premier ordre , pleine de poésie et de
26
JENSEN — JIMENEZ HUGALDE
grandeur religieuse. En résumé, la ieclure de
ces œuvres, faiJe en suivant l'ordre de produc-
tion, montre bien que, comme tant d'autres, le
compositeur n'a pu dégager qu'à la longue son
inspiration propre : ses premiers morceaux ren-
ferment des idées charmantes , mais elles se
noient sous les notes et les coml)inaisons liar-
moniques. A mesure qu'on suit la filière de ses
oeuvres, la pensée du musicien devient plus
nette, plus claire; la contexture même en est
d'autant plus riche qu'elle est moins touffue, et
celui de ses recueils qui est peut-être le plus
poétique elle plus gracieux. Chants et danses,
semble inspiré directement par Robert Scliu-
mann, dont Jensen (ut le disciple et l'admira-
teur.
Voici le catalogue des œuvres de Jensen :
Musique podr orchestre. La Fille de Jeph-
té, d'après Byron, avec soli et chœurs (op. 26;.
— Les Pèlerins d'Emmaiis, morceau religieux
d'après l'Évangile de saint Luc (op 27).— Musique
DE MANO. Voix intérieures, 5 pièces, (op. 2). —
Valse brillante, (op. 3) Six pièces de fantaisie,
en deux cahiers, (op. 7). — Études romantiques,
dix-sept pièces en deux cahiers, (op. 8). — Ber-
ceuse, (op. 12), — Scène de chasse, (op. 15). —
A celle qui s^en va, deux romances, (op. 16). —
Tableaux de voyage, douze morceaux en deux
cahiers, (op. 17). — Scherzo, Berceuse et Pasto-
rale, à quatre mains, (op. 18). — Prélude et
romance, (op. 19). — Quaire impromptus, (op.
20). — V Sonate en fa dièze mineur, (op. 25).
— Trois valses-caprices, (op. 31). — Vingt-cinq
études en trois recueils, (op. 32). — Chants et
danses, vingt pièces en deux recueils, (op. 33).
— Six suites allemandes, (op. 36). — Impromptu,
en sol majeur, (op. 37). — Deux nocturnes, en
fa dièze majeur et en si bémol mineur, (op.
3s). — Marche, Cunzonetta et Scherzo, (op 42).
— Idylles, huit morceaux à deux et quatre
mains , (op. 43). — Erotikon, sept pièces, (op.
44). — Musique de noce, quatre morceaux à
quatre mains, (op. 45). — Chants du pays de
Berchtesgaden , en deux recueils, (op. 46). —
Idylle de la forêt, (op. 47). — Souvenirs, cinq
morceaux, (op. 48). — Musique de CHA^T. Six
lieder, (op. 1). — Sept chants du livre des Chants
d' Espar/ne, de E. Geibel et P. IIeyse,(op. 4). —
Quatre chants sur des poésies de G. Herwegh et
de Eichendorff, (op. 5). — A Vinnomée, six
mélodies d'amour d'après E. Geibel, (op. 6). —
Ilnif lieder pour mezzo-soprano ou baryton, fop.
9j. — Deux chants sur des poésies de Uhland,
(op. 10), avec deux cors et harpe (ou piano) -. n.
Chant des Nonnes, pour soprano solo et cbrur
à quatre voix de femmes; b. Chant delà fiancée,
pour chœur général. — Sept lieder d'apriis Hafis,
(op. 11). — Chants d'amour, six morceaux
pour voix grave, (op. 13). — Six lieder populai-
res de Wilhelm Herz pour voix moyenne, (op.
14). - Sept chants du recueil des Chants d'Espa-
gne de E. Geibel et P. Heyse, (op. 21). — Douze
lieder de P. Heyse pour voix moyenne en deux
cahiers, (op. 22). — Six lieder avec texte alle-
mand et danois, (op. 23). — Six lieder, (op. 24).
— Huil^JefZer pour soprano, alto, ténor et basse
d'après E. Geibel , (op. 28). — Huit lieder à
quatre parties, d'après Geibel, en deux recueils,
(op. 29). — Dolorosa, six poésies de Chami.sso,
(op. 30). — Antique Heidelberg ! extrait du
Trompette de Sackingen,\)aT Sc^heffel, morceau
de concert pour basse ou baryton, (op. 34). —
Six lieder pour voix grave, d'après O. Roquette,
(op. 35). — Deux lieder : Chante, ô ma belle
et Senteurs de la Nuit, (op. 39). — Douze lie-
der, tirés du GaudeamusdeSd\e(M, pour voix
de basse avec piano, (op. 40). — Romances et
ballades, de Robert Hamerling, six morceaux
pour voix seule avec piano, (op. 41). — Sept
lieder, de Robert Burns, (op. 49). — Sept lieder,
(op. 50). — Jensen-Album , recueil de lieder
pour une voix avec piano. — Laisse-moi reposer,
laisse-moi réver,i\°l de la collection des Chants
du Printemps, composés par Jensen, Taubert,
Abt, Reinecke, etc. Ad. J — n.
JERVOLliXO (Arcangelo), prêtre et com-
positeur italien, vivait dans la première moitié
du dix-huitième siècle et fut professeur au Con-
servatoire de Santa-Maria di Loreto, à Naples. Il
écrivit la musique d'un intermède qu'il lit re-
présenter sur le petit théâtre de cet établisse-
ment, en 1737, et qui avait pour titre lo Finto
Remita e lo Stroccione {le Faux Ermite et le
Gueux).
JESPER. Voyez REISET (Le comte DE).
JIMEXEZ, est le nom d'une famille de mu-
siciens nègres qui sont venus se faire entendre
à Paris, aux mois de novembre et de décembre
1875, et non sans succès. Le père, José Julian
Jimenez, est, dit-on, élève de Ferdinand David,
et possède les qualités solides qui distinguent
l'école de ce maître remarquable ; toutefois , il
manque un peu de charme et de grâce. Nicasio
Jimenez, le fils aîné, est un violoncelliste de
talent, au jeu expressif et au mécanisme précis,
mais dont l'archet manque d'ampleur. Enfin le
second lils, Manuel Jimenez, pianiste bien jeune
encore, n'en est pas moins un artiste d'un vrai
talenl, aussi remarquable par sa virtuosité que
par un sentiment plein de grâce.
JIMENEZ HUGALDE ou UGALOE
(CiiUACo), prêtre {'s;iagnol, compositeur et or-
JIMENEZ HUGALDE — JOMMELLI
27
ganiste, est né à Pampelune le 5 février 1828.
Son [)ère fut son premier maître de solfège, et il
étudia ensuite le piano avec José Guelbonzu.
Désirant se livrer à la composition et à l'élude
de l'orgue, il se rendit à Madrid et se tit admettre
au Conservatoire , où il eut pour professeur
M. Hilarioii Eslava. Ses études terminées, il de-
vint, à la suite de plusieurs concours, maître de
chapelle de la cathédrale de Jaca (1857), puis
de l'église métropolitaine de Valence (1861), et
enfin de la primatiale de Tolède (1865). M. Ji-
menez a composé un grand nombre de messes,
psaumes , répons, motets , saluts , litanies, etc.
On cite comme les plus remarquables parmi ces
œuvres un Miserere de larges proportions, une
messe en mi bémol, deux psaumes, deux can-
tiques, et un salut accompagné d'une litanie.
* JOACFIIM (Joseph). Cet illustre virtuose
est assurément l'un des plus grands violonistes
dont l'histoire de l'art puisse enregistrer le nom.
Enfant prodige, il a vu son talent toujours gran-
dir, jusqu'au jour où ce talent a atteint le déve-
loppement le plus magnifique et le plus merveil-
leux. Avec celaclief d'orchestre habile, composi-
teur distingué, M. Joachim ne se borne pas à
être ce qu'on appelle un virtuose de premier
ordre : pourvu d'une instruction solide, familier
avec les œuvres des grands maîtres, connais-
sant la musique de Bach et de Corelli aussi bien
que celle des violonistes modernes, il est un des
plus admirables quartettistes que l'on puisse
entendre.
M. Joachim est aujourd'hui fixé à Berlin, où
il s'est établi après la guerre de 1866 , alors que,
le Hanovre ayant été absorbé par la Prusse, il
se vit obligé de renoncer aux fonctions de maître
de la chapelle royale de Hanovre, qu'il occupait
depuis 1854. Il rertouva d'ailleurs à Berlin une
situation brillante, devint directeur du Conser-
vatoire particulier qui venait d'être fondé en
cette ville sous le titre d'Académie de musique,
se distingua tout à la fois comme virtuose, comme
compositeur et comme chef d'orchestre , et fut
élu membre de l'Académie des Arts.
M. Joachim, qui, dès l'âge de quatorze ans,
en 1845, avait obtenu de véritables triomphes à
Londres, où Mendeissohn l'avait emmené, ne se
vit pas accueillir avec moins de succès à Paris,
lorsqu'il y vint en 1866 et qu'il se fit entendre
à l'Athénée et aux Concerts populaires de M. Pas-
deloup. Sa renommée d'ailleurs est depuis long-
temps européenne, mais nulle part elle n'est
mieux établie qu'en Angleterre. Engagé , avec
un traitement annuel de 2,000 thalers , comme
directeur de l'Académie de musique de Berlin',
M. Joachim s'est réservé un congé chaque année,
du nouvel an à Pâques, congé qu'il va passer ré-
gulièrement à Londres, où l'entrepreneur de
concerts M. Chappell lui assure mille livres ster-
ling, soit 25,000 francs pour chaque voyage.
Comme compositeur, M. Joachim s'est produit
pour la première fois au mois de décembre 1845,
en exécutant , dans un concert du Gewandhaus
de Leipzig, un adagio et rondo qu'il avait écrit
avec accompagnement d'orchestre. Depuis lors,
il a composé d'as.sez nombreux morceaux sym-
phoniques , et plusieurs concertos de violon
parmi lesquels on cite surtout son Concert in
ungarischer Weise (op. il), production toute
brillante de couleur et de fraîcheur. Je mention-
nerai, parmi ses autres œuvres : 2 Marches
pour orchestre ; 3 pièces pour violon et piano,
op. 2; Concerto pour violon, avec orchestre,
op. 3 ; Ouverture A'Hamlet, op. 4 ; 3 Pièces pour
violon et piano, op. 5; Mélodies hébraïques,
pour alto et piano, op. 9; "Variations pour alto ,
avec accompagnement de piano , op. 10. — En
1863, M. Joachim a épousé une cantatrice d'un
grand talent , IW" Amélie Weiss, qui se fait
surtout remarquer dans l'exécution des Ueder.
JOANXES (Antoine), facteur de clavecins,
vivait à Anvers dans la première moitié du dix-
septième siècle.
JOELLljER(ANDRÉ),compositeur allemand,
directeur de musique à Meiningen , s'est fait
connaître par un grand nombre de chansons,
dont quelques-unes obtinrent des succès popu-
laires. Cet artiste est mort à Meiningen, le 2 mars
1862, à l'âge de cinquante-huit ans.
JOLIVET ( ), compositeur, habitait
Dijon dans la première moitié du dix-huitième
siècle. Il a écrit la musique des ouvrages sui-
vants : Cantate sur la naissance de Monseigneur
le Dauphin, exécutée à Dijon le 14 septembre
1729 : Idylle héroïque en deux scènes , avec
prologue et épilogue, chantée par les écoliers du
collège de Dijon le 6 mai 1730; Divertissement
pour la fête de M le comte de Tavannes, Dijon,
1730.
* JOLY ( ) , violoniste et marchand de
musique. Outre les publications mentionnées au
nom de ce musicien, on lui doit encore : r Mé-
thode de Guitare, Paris, Schlesinger ; T l'Art
de jouer de la guitare, ou Méthode rédigée
sur ttn nouveau plan (nouvelle édition), Lille,
Bohem.
* JOMMELLI (NicoLÔ). A la liste des pro-
ductions dramatiques de ce musicien immortel,
il faut ajouter les suivantes , qui sont conservées
dans les Archives du Conservatoire de Naples :
r Ezio, opéra sérieux en 3 actes , Bologne
1741 ; 2" Artaserse, 3 actes, Rome, th. Argen-
28
JOMMELLT — JONCIÊRES
tina, 1749; 3° Temisfocle, 3 actes, Naples, tli.
San Carlo, 1757; 4° il Trion/o di Clelin . 3
actes, il!., ùl., I7à7 ; 5° Ezio, 3 actes, écrit imur
le jour de naissance du roi Joseph l" de Portu-
gal, 1771 (c'est le troisième opéra que Jonmiplli
composait sur ce sujet); C" Cercre placata, fête
théâtrale, 1772; T Cajo Marzio, 3 actes (1).
L'ahbé Alfieri a publié sur Jommelii on opuscule
ainsi inlitulé : Notizie biocjrafiche di Mcolo
Jommelii (Rome, 1845, in-8"} ; on trouve aussi
une biograpl)ie et un portrait de cet homme cé-
lèbre dans la Biografia degli Italiani illustri
delsecolo XVIfl (1^'vol.), Venise, 1835,in-8°.
* JONAS (Emile). Le répertoire dramatique
de ce compositeur se complète par les ouvrages
suivants : Job et son chien , un acte, Bouffes-
Parisiens, 1863; le Manoir des La Renardière,
un acte, id., 1864 ; Avant la Noce, un acte, id.,
1865 ; les Deux Arlequins, un acte, Fantaisies-
Parisiennes, 1865; Malbrough s'en va-t-en
guerre, 4 actes (en société avec MM. Bizel, De-
libes et Legouix), Athénée, 1867; le Canarda
trois becs, 3 actes, Folies-Dramatiques, 1869;
Désiré, sire de Champigny, un acte, Bouffes-
Parisiens , 1869; Javot/e , 3 actes, Athénée,
1871 (ouvrage écrit pour le théâtre de la Gaité,
de Londres, et représenté sur cette scène et
sous le titre de Cinderella, peu de mois avant
d'être joué à Paris) ; le Chignon d'or, 3 actes
Bruxelles, 1874. M. Jonas a aussi une part,
avec MM. Bazille, Clapisson, Eug. Gautier, Ge-
vaert. Mangeant et F. Poise , dans la musique
de la Poularde de Caux, opérette en un acte
représentée au théâtre du Palais-Royal. 11 a en
portefeuille un opéra bouffe en 3 actes, intitulé la
Princesse Kelebella, et il a publié dans le jour-
nal le Magasin des Demoiselles une opérette,
Miss Bobinson, qui n'a pas été représentée.
Après avoir té, depuis 1847, professeur de
solfège au Conservatoire, cet artiste s'élait vu
chargé d'une des classes d'harmonie créées dans
cet établissement pour les élèves militaires , lors
de la suppression du Gymnase musical. En même
temps, il était chef de musique d'une des subdi-
visions de la garde nationale de Paris. Nommé,
en 1867, secrélaire du Comité d'organisation des
festivals militaires à l'Exposition universelle,
c'est à lui qu'incomba presque tout le travail
relatif à ces festivals ; il reçut en récompense le
ruban de chevalier de la Légion d'honneur.
JONCIÈUES (Fki.ix-Luucer, dit Victorin,
DE), compositeur et critique musical, fils d'un
écrivain politique qui, après avoir été saint-simo-
(t) Qii.int à l'opéra il rrasIuUo, titr» qui n'a pont de
sens, U faut le remplacer par Don Iras'.ullo, intermède 3
troh voix.
nien, devint, sous le .second empire, l'un des prin-
cipaux rédacteurs de In Patrie et du Constitu-
tionnel, e.st né à Paris le 12 avril 1839 (1). Après
avoir appris, avec une de ses tantes, les premiers
principes de la mu.sique et commencé l'étude du
piano, il entra au lycée Bonaparte pour y faire
son éducation littéraire, et en sortit à l'âge de
seize ans, après avoir terminé ses classes. A cette
époque, se croyant une vocation irrésistible pour
la peinture , il entra dans l'atelier de Picot, ce qui
ne l'empêcha pas de reprendre ses premières
études interrompues et de culliver la musique
en amateur; il écrivit même la partition d'un
petit opéra-comique dont un de ses amis lui
avait taillé le livret dans le Sicilien ou l'Amour
peintre de Molière , et lit exécuter cet ouvrage
en 1859, par des élèves du Conservatoire, à la
salle lyrique de la rue de la Tour-d'Auvergne.
Franck-Marie, critique musical de la Patrie,
mort depuis, assistait à cette représentation, et
a()rès l'audilion de l'ouvrage, lui conseilla de
quitter la peinture pour la musique.
Suivant ce conseil , M. Joncières abandonna
l'atelier de Picot, et se mil sous la direction de
M. Elvvart, avec qui il fit un cours d'harmonie.
Il entra ensuite au Conservatoire, dans la classe
de fugue et de contrepoint de Leborne, et se pré-
parait à concourir à l'Institut , pour le grand
prix de composition musicale , lorsqu'à la suite
d'une discussion à propos de Richard Wagner,
qui venait de donner son premier concert dans
la salle du Théâtre-Italien , il quitta la classe
d'un professeur en qui, dit-il lui-même, il n'avait
plus confiance. Il commença alors à se livrer
sérieusement à la composition , fit jouer aux
Concerts-Musard une ouverture, une marche et
différents morceaux d'orchestre, puis écrivit, sur
la traduction de \' Hamlet de Shakespeare faite
par Alexandre Dumas et M. Paul Meurice, une
partition qui comprenait une .ouverture , une
marche, des eutr'actes et des mélodrames. Il fit
entendre cette musique, vers 1864, dans un
concert organisé à ses frais , et le 21 septembre
1807 il allait en diriger l'exécution à Nantes, pour
une représentation i\' Hamlet qui avait lieu au
Grand-Théâtre de cette ville, et dans laquelle
M""* Judith, delà Comédie Française, remplissait
le rôle d'Hamlet. L'année suivante, M""^ Judith
donnait des représentations de cet ouvrage à la
Galle, encore avec la musique du jeune com-
positeur.
Cependant , le 8 février 1867 , M. Joncières
(1) Et non le î6 avrl', comme le dit le Dictionnaire des
Contemporains ; Je tiens cette date de source certaine.
On a donné à M. Joncières le prénom de Victorin m sou-
venir lie sa mère, qni s'appelait Victorinc, et qui mourut
quinze Jours après l'.n olr mis au monde.
JONCIÈRES
29
faisait ses véritables débuts de musicien dramati-
que en donnant auTliéàtre-Lyriquei'crrfflnapfl/e,
grand opéra en trois actes dans lequel M"« Nils-
son, dont c'était la première création, remplissait
le principal rôle. Malgré la présence de cette
artiste aimée du public, Sardanapale , dont la
musique manquait d'élan et d'originalité, ne
réussit que médiocrement, quoique certains
morceaux de la partition ne fussent pas absolu-
ment dépourvus de qualités. Il en fut de mètne
du second ouvrage de M. Joncières, le Dernier
jour de Pompéi, opéra en 4 actes donné au
môme théâtre en 1869, et que la critique trouva
inférieur au précédent. Depuis lors, le Théàlre-
Lyrique avant disparu et M. Joncières n'ayant
pu réussir à forcer les portes de l'Opéra, cet
artiste, dont le teiispérament musical est abso-
lument hostile au genre de l'opéra-comique, ne
s'est pas produit à la scène, bien qu'il ait en por-
tefeuille un ouvrage entièrement terminé , Di-
mitri , opéra en 5 actes écrit sur un poëme de
MM, Henri de Bornier et Armand Silveslre. Il
s'est borné à publier quelques romances, quel-
ques morceaux de piano, et à faire entendre un
concerto de violon, exécuté au Conservatoire,
en 1870, par M. Danbé, et une Symphonie ro-
mantique, exécutée au Concert national au mois
de mars 1873. C'est aussi depuis cette époque,
et en 1871, que M. Joncières a pris possession du
feuilleton musical du journal la Liberté, qu'il
signe de son nom, tandis que sous le pseudonyme
de Jennius, il écrit, à ce même journal, une chro-
nique quotidienne des théâtres.
Il est difficile, à l'heure présente, de porter un
jugement raisonné sur la valeur musicale de
M. Joncières. N'ayant encore fait représenter que
deux ouvrages, et quoique ces ouvrages fussent
importants, le jeune artiste ii'est pas encore sorti
de ta période des débuts, des tâtonnements, et
nous pensons que l'on serait injuste en voulant
apprécier son talent sur deux productions im-
parfaites. 11 est vrai que M. Joncières a une
fort bonne opinion de lui-même, qu'il se croit
appelé à régénérer l'école musicale française, et
que, joignant la plume du critique à celle du com-
positeur, il le prend de très-haut avec ses con-
frères, et reproche àdesarlistestelsqueM.Reyer,
par exemple, de ne pas être musiciens et de ne
pas connaître la pratique de leur art. Un tel
grief, articulé par l'auteur de Sardanapale
contre l'auteur de la Statue, peut à bon droit
faire sourire ce dernier. Du reste, les musiciens
français de ce temps ne sont pas les seuls pour
lesquels M. Joncières professe un dédain magni-
fique; en prenant la collection des feuilletons
publiés par lui depuis quatre ans dans la Li-
berté, il serait facile de se convaincre de ee
fait, que M. Joncières fait dater l'existence de la
musique française du jour où il a abordé le théâ-
tre. Quels que soient le nom et la valeur des
artistes auxquels la France avait cru devoir
jusqu'ici accorder un peu de reconnaissance ,
quel que soit le genre auquel ces artistes se sont
attachés, ceux-ci ne sauraient trouver grâce
devant un critique aussi farouche : Monsigny ,
Grétry, Boieldieu , Auber, Adam, Berlioz, tous
sont traités par lui avec une superbe écrasante.
Voici comment M. Joncières apprécie le gt^nie
inculte, mais naturel et passionné, de Monsigny :
« Nous ne sommes pas, il faut l'avouer, de ceux
qui pleurent d'admiration en entendant la mu-
sique du Déserteur. Les chants heureux de
Monsigny, comme disent les amateurs de ce vieil
opéra-comique, n'ont pas le don de nous tou-
cher Il faut avoir porté la culotte courte,
s'être délecté aux comédies de Picard, avoir passé
ses soirées à Feydeau, après un bon dîner chez
le traiteur, en un mot, avoir été jeune il y a
cinquante ans, pour goûter les charmes de la
musique de Monsigny. » On pense bien qu'après
avoir ainsi traité le Déserteur, le critique ne
saurait user d'une grande indulgence pour la
Dame blanche : « L'Opéra-Comique, écrivait-il
un jour au sujet de cet ouvrage, donnait la se-
maine passée la 1, 2370 représentation de la Dame
blanche . Devant l'éloquence d'un pareil chiffre
la critique perd ses droits, et n'a plus qu'à s'in-
cliner; nous ne discuterons pas la valeur de
cet ouvrage. Depuis quarante-six ans le public
se pâme d'aise aux la la -i-tou des montagnards
écossais, à la cavatine du ténor : « Ah! quel
plaisi-ir d'être soldat !» à la strette, qui parut
si entraînante en 1825, du fameux duo : Cette
main, cette main sijoti-i-i-e, et rien ne semble
encore annoncer la lin de l'engouement général
pour cet opéra tyrolien dont l'action se passe
en Ecosse.... » M. Joncières qui, on le voit, cher-
che parfois à faire de l'esprit, est plus sévère en-
core envers Berlioz qu'il ne l'a été envers Mon-
signy et Boieldieu ; il regrette d'abord son inex-
périence des procédés de l'art musical , la
stérilité de son imagination , et voici comme
il le juge : « Berlioz ressemble à un cuisinier
inexpérimenté qui , voulant inventer un art cu-
linaire nouveau, jetterait pêle-mêle dans la cas-
serole tous les ingrédients qui lui tomberaient
sous la main, se disant : ce sera peut-être mau-
vais, mais en tous cas on ne pourra contester
l'originalité de ma cuisine, et il se trouvera cer-
tainement des palais blasés qui prendront plaisir
à goûter une sensation qu'ils n'ont encore jamais
éprouvée. » ,. .
3Ô
JONCIERES — JOSSE
I On voit que la criftque de M. Joncières est
enfantine, malgré les grands airs qu'elle veut
prendre parfois. Ses efforts n'enlèveront pas aux
grands artistes qui ont honoré ou illustré la
France une parcelle de leur génie, mais ils pour-
raient porter préjudice à l'avenir du jeune com-
positeur qui se livre à de tels écarts et qui semble
tro[) porté à croire que tous les yeux de l'Europe
sont tournés sur lui. M. Joncières n'est pas en-
core célèbre ; pour le devenir, il ne suffit pas
d'avoir, comme lui, deux admirations exclusives
dont l'accouplement semble au moins étrange
lorsqu'on sait qu'elles ont pour objet M. Wagner
d'une part, M. Offenbach de l'autre; il faut
composer, produire beaucoup, créer des chefs-
d'œuvre et forcer l'admiration du public. Mais
se cantonner chaque semaine dans le coin d'un
journal dans l'unique but de rabaisser sans cesse
l'art de son pays, de ternir la mémoire des grands
hommes qui l'ont illustré, de s'accorder à soi-
même des éloges au moins singuliers, enfin d'a-
mener les administrations théâtrales à représen-
ter vos œuvres, cela n'est pas le fait d'un véri-
table artiste. Je suis d'avis, pour ma part, qu'on ne
peut, pour une foule de raisons, être à la fois pro-
ducteur et critique. Berlioz, qui, quoi qu'en puisse
penser M. Joncières, présentait sous ce double
rapport une autre surface que lui-même, a usé sa
vie à ce jeu dangereux et avait fini par s'aliéner
toutes les sympathies. Que M. Joncières y prenne
garde, s'il lient à sa carrière de compositeur (1).
JOSSE {Je.\n-Marie), compositeur, est né
à Toulouse le 23 février 1815, dans une famille
d'artistes. Elevé d'abord à la maîtrise de Saiiit-
Élienne, cathédrale de Toulouse, il se rendit
vers l'âge de douze ans à Bordeaux, où son pèie
venait d'être engagé comme chef d'orchestre
du Grand -Théâtre. Ce fut là qu'il apprit l'har-
monie et la composition sous la direction de
Massin, dit Turinu, disciple de Reicha, qui, en
1819, avait partagé avec Ilalévy le grand prix
de Rome. En 1832, et après de sérieuses études,
son maître l'envoya à Paris terminer son édu-
cation musicale et le recommanda chaudement
à Reicha. Le digne artiste lit plus : en se sé-
parant de son élève, il lui fit don de la somme
qu'il avait reçue de lui pendant plusieurs années
pour prix de ses leçons, et qu'il avait soigneu-
sement amassée pour la lui rendre et lui faci-
liter ainsi les premiers pas dans la carrière.
(1) DepiiU qiic cette nntire est écrite, lo ThMtrc-
I.yrlqiie s'est recon<tltii(>, et M. Joncières y a fait repré-
senter, pour sa réoiivi-rturc, Dimiiri, grand opér.i en 5
acte< qu'il avait Inulilcincnt tenté de faire jouer à l'Opéra.
Bien que cet ouvrage n'ait point attiré le public. Il a
obtenu auprès des arilste» et de la critique un .iccueil
trùs-f.ivorable, que justiûdicnt de réelles qualités. De
Arrivé à Paris, M. Josse entra au Conservatoir©
et suivit la classe de Reicha pour la fugue, et
celle de Lesueur pour la composition draina-
tique. En 1836, il obtint, avec Louis Maillart,
la seule mention que le jury décerna pour le
contrepoint et la fugue. En même temps, il
occupait l'emploi de second violon au théâtre
Nautique, puis d'alto à l'Opéra-Comique, et,
enfin, devenait sous-chef d'orchestre à ce dernier
théâtre. C'e.st pendant cette période qu'il écrivit
la Tentation, oratorio en trois parties, qui fut
exécuté en 1848 aux Italiens, à l'Opéra-Comique
et aux concerts du Conservatoire; puis le Ta-
lisman , opéra-comique en un acte, qui fut
donné en 1849 à l'Opéra-Comique.
En 1850, M. Josse se rendit en Russie, où l'ap-
pelait un engagement de chef d'orchestre au
Théâtre-Michel de Saint-Pétersbourg. Il con-
serva ce poste jusqu'en 1861. A celte époque,
il est rentré en France, où il habite encore
aujourd'hui. — C'est à Marseille qu'il s'était
fixé en dernier lieu. — Dégagé de toute fonc-
tion assujettissante , s'étant par son travail as-
suré l'indépendance qu'il avait souhaitée , il a
pu dès ce moment se livrer tout entier à son pen-
chant pour la composition. Il a écrit des frag-
ments de musique, sjmphonique et lyrique, des
quatuors, des ouvertures, marches, etc. — Plu-
sieurs de ses pièces d'orchestre ont été exécutées
avec succès aux Concerts populaires de Marseille.
Son ouvrage le plus important est un grand
opéra en 5 actes dont le poëme est tiré du
drame d'Alexandre Dumas, Ilenî-i III, et qui
a été traduit en italien sous le nom de la Lega
(la Ligue). Cet opéra doit être donné au théâlre
de la Scala, à Milan, pendant la saison du
carnaval 1876 (1).
Il y a dans ces diverses compositions une
grande sûreté de main, une facture solide et
ferme. On y sent l'intluence du style et des
procédés de Meyerbeer. Le caractère de la
pensée et les moyens employés pour la mettre
beaucoup supérieure aux deux (tuvres précédantes de
l'auteur, la pirtition de Dimitri, bien que manquant
encore d'originalité, dénote un vrai tcnipcrament scéni-
qne, et fait honneur à l'artiste qui l'a écrite ; les progrès
de celui-ci sont évidents, sa main est beaucoup plus
sûre, snn orchestre est sonore et brillant, et l'inspiration
si elle pèche un peu trop du côté de la nouveauté, ne man-
que du moins ni d'ampleur ni de pu ssance. Dimitri n'esf
pas sans doute une prndnction accdinplic, mais c'est une
œuvre niAle, liardie, sincère, qui est un heureux gage
pour l'avenir du musicien. Un fai' est à signaler au sujet
de cet ouvrage; c'est (|ue, chez M. .lo'icleres, les théories
du crlUqiie n'ont aucune influeiice sur la pratique du
compositeur; la musique de Dimitri est aussi peu wag-
nériennc que possible.
fi) fM Leçia fut en effet représentée a la Scala, de
Milan, le 25 janvier i876,el bien accueillie par le publiic,
JOSSE — JOURET
3\
en valeur accusent un tempérament vigoureux
qui doit s'appliquer heureusement aux compo-
sitions dramatiques. Al.R — D.
JOUAIV (J....-M....-J ), instituteur à
Caro, près de Pioërmel (Bretagne), est l'auteur
d'un Petit Recueil de mélodies religieuses,
contenant une messe solennelle, un motet pour
Toi\ d'enfants, et des Chants en l'Iionneur du
Très-Saint Sacrement et de la Très-Sainte
Vierge. Ce recueil a été publié il y a quelques
années à Rennes, chez Vatar.
JOURET (Théodore), né à Ath (Belgique),
le 11 septembre 1821, ne s'est d'abord occupé
de musique que comme amateur, cherchant
dans la culture de cet art un délassement à
ses études scientifiques. C'est ainsi que de
iS-iO à 1846, il a composé des mélodies et des
chœurs pour quatre voix d'hommes. En asso-
ciation avec Guillaume Meynne, qui lui avait
servi de guide et de conseil dans ses pre-
miers essais de composition musicale, M. Théo-
dore Jouret a pris sa part de collaboration
à un opéra-comique en un acle, le Médecin
Turc, exécuté en 1845, dans un salon mu-
sical à Bruxelles. (Voir Biographie universelle
des Musiciens, t. VI, p. 129, l'article con-
sacré à Meynne). Depuis 1846, M. Théodore
Jouret n'a plus consacré ses loisirs qu'à la
critique musicale. Durant ces trente années,
il a successivement collaboré à la Bévue
de Belgique, dont il était l'un des fonda-
teurs, à la Revue trimestrielle, à l'Étoile
Belge, à V Observateur, au A'ord, au Guide
musical, et enfin à VOf/ice de publicité, de-
puis sa fondation (1858). Il a aussi envoyé, de
Paris et de l'Allemagne, un grand nombre de
correspondances musicales à l'Indépendance
belge et au Journal de Saint-Pétersbourg .
Enfin, il a publié dans le journal l'Art, de
Paris (n'" des 1^"^ et 8 octobre 1876), une étude
sur Verdi, dont il a été fait un tirage à part
(Paris, 1876, in-f).
M.Théodore Jouret est professeur de chimie à
l'École militaire de Bruxelles et chevalier de
l'ordre de Léopold. F. D.
JOURET (Léon), compositeur, frère du
précédent, naquit à Ath (Belgique), le 17 octo-
tobre 1828, entra, à l'âge de huit ans, aux
cours de l'École de musique de sa ville natale,
où il apprit les premiers éléments de son art,
et étudia le violon et le piano. Il tenait déjà
très-souvent l'orgue à l'église Saint-Julien; à
celte époque, l'église élant pour lui l'endroit
où l'on faisait le plus de musique, il ambitionna
— c'est le mot — la place d'enfant de chœur,
qu'il obtint; ses entrées au Jubé lui causèrent
une joie immense, et il accompagnait la plupart
des offices.
En 1839, sa famille quitta la ville d'Ath pour
aller habiter Bruxelles, et dès lors il voulut à
tout prix devenir musicien. Rien ne le con-
traria dans sa vocation, et ses parents le lais-
sèrent libre de suivre son instinct.
Le Conservatoire royal était encombré d'é-
lèves, et il ne put y entrer que vers la fin
de 1840. Admis aux cours de solfège et de
piano, il fréquenta plus tard les cours d'orgue,
de violoncelle, d'harmonie et de composition.
C'est en 1848 que M. Léon Jouret publia sus
premières mélodies, écrites sur des paroles de
V. Hugo, Alfred de Musset et Th. Gautier.
Ses premiers essais furent bien accueillis, et
c'est alors qu'il reçut pour son art les meilleurs
conseils de deux de ses amis, Guillaume
Meynne et Alexandre Stadtfeldl, deux artistes
pour qui il eut toujours les sentiments de la
plus vive reconnaissance.
A dater de 1850, M. Jouret publia d'année en
année des mélodies, des romances, des chan-
sons et des chœurs pour voix d'hommes, sans
accompagnement. Depuis lors, à différentes
reprises, il a été choisi pour écrire des chœurs
destinés à des concours de chant d'ensemble.
Sa dernière production en ce genre (1872)
a été imposée aux sociétés belges, françaises,
allemandes et hollandaises qui entraient
en lutte pour le prix d'excellence au concours
international de Verviers. Cette composition
a pour titre : Invocation à la Patrie. Parmi
ses œuvres chorales, dont la plus grande partie
est au répertoire des sociétés du pays et de
l'étranger, nous citerons : le Lever, Sa'ut
au pays natal, les Blancs Bonnets de Sam-
bre-et-Meuse, Chanson Espagnole, Hymne
à la Charité, Chanson de ma Mie et d'autres
encore. Il n'est que juste de mentionner aussi
plusieurs mélodies, qui ont été accueillies avec
succès : Ma Mie Annette, Chanson de Mai, La-
menta, Barcarolle, Une Fleur, On dit mon
Ange, l'Empressement, Chanson de Novem-
bre, ISoel, etc., éditées, les unes à Paris, et la
plus grande pai-tie à Bruxelles.
La maison Schott a publié dernièrement un
nouveau recueil de huit mélodies, écrites sur
des paroles prises aux meilleurs auteurs, et
dont quelques pièces sont de véritables poè-
mes. Les concerts du Cercle Arlistique de
Bruxelles ont fait connaître la Ritournelle, le
Franc Archer, et plusieurs autres du recueil,
qui contient en outre : Le Printemps, J'aime
à chanter, L'Évangile des champs, le Collier
de cœurs, l'Absent et la Promenade aux
32
JOURET — JOURNET
chainpx. M. Léon Jouret a fait paraître aussi
(1871), chez Scholt, une autre collection <le six
morceaux de chant à deux et à trois voix de
femmes, avec accompagnement de piano, et des-
tinés principalement aux cours de chant d'ensem-
ble. Ces morceaux ont pleinement réussi, et les
plus favorisés sont : les Fleurs, les Clochettes
bleues, — {Cantate du Printemps) — et Tom-
bée du jour, à trois voix, avec accompagnement
d'orgue et de piano; ce dernier est écrit fur
une délicieuse poésie de Théophile Gautier.
M. Jouret, qui s'est occupé de musique reli-
gieuse, a encore écrit des psaumes et des motets,
ainsi qu'une messe et une Cantate pour le jour
de Pâques, en trois parties, à cinq voix, avec
accompagnement d'orgue, violoncelle et contre-
basse. En 1851, on exécuta à l'église Saint-
Joseph, à Bruxelles, un Salut de sa composi-
tion, où l'on remarqua un Ave Man'o et le psaume
Super flumina Babylonis. 11 a fait entendre
à plusieurs reprises, dans sa ville natale, une
messe à cinq voix, avec accompagnement d'or-
gue, violoncelle et contre-basse, et lors de la
visite du Roi dans celte ville, il écrivit pour
cette circonstance un Domine Salvum fac, qui
fut exécuté par un grand nombre de chanteurs
et d'instrumentistes.
En 18G5, le Cercle Artistique et Littéraire
do Bruxelles mit à sa disposition son splen-
dide local; c'est là qu'il fit représenter son
premier opéra, intitulé Quentin Matsys, pa-
roles de M. F. Covelicrs. L'ouvrage obtint un
véritable succès. En 1868, le Cercle eut encore
la primeur d'un autre opéra : le Tricorne
enchanté, comédie originale et charmante de
Th. Gautier et Siraudin, appropriée à la scène
lyrique par M. F. Coveliers; poëme et musi-
que réussirent à souiiait. Grâce à ses relations
artistiques et à la sympathie qui s'attachait à
son nom, M. Jouret eut le rare bonheur d'avoir
pour interprèles les premiers sujets du Théâ-
tre royal de la Monnaie. On eut beau lui de-
mander sa partition pour une scène plus im-
portante et plus grande, il refusa toujours,
craignant le trop grand cadre, et disant à ses
amis que, s'il se décidait un jour à écrire pour
le théâtre, il voulait y produire une œuvre
nouvelle, et plus complète, si c'était possible,
que le Tricorne. Depuis lors, il a terminé diffé-
rents ouvrages ; mais le chant d'ensemble est
surtout depuis plusieurs années l'objet de tous
ses soins et son travail de prédilection.
En 187 i, M. Léon Jouret a été nommé profes-
seur au Conservatoire royal de Bruxelles, et
chargé du cours d'ensemble vocal dans les
classes du soir. , -.; F. D.
JOURNET (Françoise), l'une des plus
fameuses chanteuses de l'Opéra, quoique son
nom soit aujourd'hui bien oublié, brilla pen-
dant quinze ans à ce théâtre, au commencement
du dix-huitième siècle, et y tint le premier
rang. L'abbé de Fontenai, dans son Diction-
naire des Artistes, a donné sur cette actrice
alors célèbre une notice très-complèle, et que
je ne crois pouvoir mieux faire que de repro-
duire ici. « Françoise Journet, dit-il, est née
à Mâcon selon quelques-uns, et selon plusieurs
autres à Lyon. Sa mauvaise fortune la fit entrer,
dans cette dernière ville, chez une marchande
dont le mari fit banqueroute. Quoique aban-
donnée de sa maîtresse et n'ayant d'autre bien
qu'une très-jolie figure, elle ne céda aux pour-
suites d'un jeune homme qui l'aimait, qu'en
l'épousant. Mais ayant appris, au bout de quel-
ques mois, que ce jeune homme était déjà marié,
elle prit alors le parti du théâtre. Elle débuta
à l'Opéra de Lyon, et le succès qu'elle eut fut
si grand, qu'on l'engagea de venir à Paris. Elle
y fut médiocrement reçue. Ses amis lui conseil-
lèrent de persister; elle suivit cet avis, et réus-
sit au point que, peu d'années après, elle devint
la première actrice de l'Opéra de Paris. Elle y
avait débuté, au mois d'avril 1705, par le rôle
d'Yole dans l'opéra de la Mort d'Alcide. Elle
n'a jamais été remplacée dans ceux d'Isis, de
Thétis et d'Iphigénie. Elle quitta le théâtre en
1720. Le Système (1) lui avait procuré une for-
tune de huit à neuf cent mille livres, qui ne
dura qu'autant que le papier : le chagrin qu'elle
en eut et un squirrhe au loie la mirent au tom-
beau en 1722. On a vu longtemps à Paris un
portrait de mademoiselle Journet, peinte en
Iphigénie, par le fameux Raoust. C'était un des
chefs-d'œuvre de ce peintre : il a disparu depuis
quelque temps, sans qu'on sache à qui il ap-
partient aujourd'hui. »
M"« Journet avait dû une partie de son talent
aux excellentes leçons de M"« Le Rochois, qui,
aussi bonne qu'intelligente, se plaisait, après
être sortie de l'Opéra, à former des élèves qui
pussent lui succéder. M"« Journet avait inspiré
à un grand seigneur qui fut son amant, le
marquis de Rochemore, une passion telle qu'il
mourut du chagrin de l'avoir perdue, et que sa
perte lui inspira les vers suivants.:
Aux autels du lyran des morts,
D'une tremblante main, Je consacre ma lyre;
Je no cliintois que pour Tliémire,
Théinlre a vu les sombres bords ;
, Tendres concerts, charmant délire,
(1) l.e système de Law, source de ruine pour les Part-
siens.
JOURNET — JUILLET
33
Faite» pl.ice à d'autres transports.
Une douleur iiiuetie et sombre,
Des larmes qui partent du cœur,
Ne chercher, ne sentir, ne voir que mon malheur,
Voila le seul tribut que Je dois à son ombre.
Soyez les garans de raa fol,
' I.leux redoutés où repose sa cendre;
II n'est plus auiourd'hui d'autre plaisir pour mol
Que les pleurs qu'en secret je viens ici répandre.
Parmi les très-nombreuses créations que fit
M"« Journet dans le cours des quinze années
qu'elle passa à l'Opéra, il faut surtout citer
les ouvrages suivants : Zes Fêles Vénitiennes,
Idoménée, Camille reine des Voisgvrs et
Télèphe, de Campra; l'Iiilomène, et Brada-
mante, de La Coste; Polyxène et Pyrrhus,
de Colasse; Cassandre, de Bouvard et Berlin ;
le Jugement de Paris et les Plaisirs de la
campagne, de Berlin ; Manto la Fée, de Ba-
tislin (Siriick) ; Médée et Jason, de Salomon-,
les Amours déguisés, de Bourgeois; Télému-
que et Callirhoé, de Destouches; les Fêles
de l'été, de Montéclair; les Fêles de Thalie,
de Moiiret. Un an avant sa retraite, en 1719,
M"» Journet obtint un véritable triomphe en
se montrant dans Vlphigénie de Desinarets,
dont elle remplit le rôle principal avec une
grâce touchante et des qualités pathétiques
qui arrachaient des larmes des yeux des spec-
tateurs ; grâce à elle, la reprise de cet ouvrage,
qui s'était vu très-froidement accueilli lors de
sa création en 1704, obtint un succès relenlis-
sant et prolongé.
* JOUSSE (J ). Aux écrits de cet ar-
tiste, on doit ajouter l'ouvrage suivant : Com-
pendious Dictionary of Italian and otker
terms iised in vmsic, illusiraied by mime-
rons examples for studenls (Dictionnaire
abrégé des termes italiens et autres usilés en
musique, accompagné de nombreux exemples
pour les élèves).
* JOLI VE (L'abbé Esprit-Gustave). Comme
compositeur, M. l'abbé Jouve a publié lesou-
viagcs suivants : 1° T*^ messe à 3 voix, avec
ace. d'orgue (en ut majeur), Paris, Repos; 2°
3= messe à 3 voix, id. (en si bémol majeur),
id., id ; 3" 4* messe à 3 voix, id. (en sol ma-
jeur), id. id.; 4° Stnbat Mater à 3 voix, avec
ace. d'orgue, id., id.; 5° Recueil de motets,
hymnes et antiennes, avec ace. d'orgue ou
harmonium, id., id.; 6° Recueil de cantiques
à 3 voix égales, avec ace. d'orgue ou har-
monium, id..id.; 7" Album de 6 morceaux à
3 voix égales avec strophes déclamées, réci-
tatifs, soli et «hœiiis, pour distribution de
piix, Paris, Heugel. A la liste des écrits publiés
sur la musique religieuse par M. l'abbé Jouve,
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. -
il faut joindre les deux suivants : i" Du chant
liturgique, état actuel de la question. Quelle
serait la meilleure manière de la résoudre,
Avignon, 1854, in-8° de 160 pp.; 1" Rapport
sur un antiphonaire manuscrit de Sainte'
Tulle {Provence), Paris, 1856, in-S".
JOUVIN (Benoît-Jean-Baptiste), écrivain
qui s'est occupé de critique musicale, est né
à Grenoble le 20 janvier 1820. M. Jouvin a
pris part à la rédaction d'un grand nombre de
journaux, et, comme il paraissait prendre un
goût spécial aux choses de la musique, il a
traité des matières relatives à cet art dans le
Globe (1844), VÉpoque (1845-47), le Grand
Journal, le Paris- Magazine, la Situation
(1867), la Presse (1868), l'Événement, et sur-
tout le Figaro, où, depuis 1856, il n'a guère
cessé d'écrire. M. Jouvin a donné au Ménestrel
deux longues notices qui ont été ensuite publiées
à part, l'une : D. F. E. Auber, sa vie et ses
œuvres (Paris, Heugel, 1864, gr. in-S" avec
portrait et autographes) ; l'autre : Hérold, sa
vie et ses œuvres (id., id., 1868, id.). Il a
donné aussi quelques articles à la Critiqice
musicale (1846), ainsi qu'à la Gazette musi-
cale. Les articles que M. Jouvin publie sur la
musique dans le journal le Figaro sont signés
du pseudonyme de Bénédict.
JUAP»RAÎ\Z (Eduardo-Lopez), musicien
espagnol de l'époque actuelle, a fait ses études
au Conservatoire de Madrid, où il a obtenu un
premier prix de composition. Cet artiste ne
m'est connu que par une publication qu'il a
entreprise et dont il est le directeur conjointe-
ment avec M. Gonzalez Martinez : El canto
sacra, publicacion religiosa-imtsical, dedioa-
da a S. S. Pio IX (Madrid, Andres Vidal).
JUBII\'(Le Frère Marie), prêtre et musicien,
est l'auteur anonyme des publications suivantes ;
1° Principes de plain-chant, à l'usage des
écoles, par un membre de l'Institut des Petits-
Frères-de-Marie (Lyon, Périsse, 1865, in-18);
2° Principes de musique et de chant, à l'u-
sage des écoles (id., id., id.); 3'^ Récite il d'airs
à 1, 2 ou 3 voix égales, adaptés aux canti-
ques, à l'usage des PetitsFrères-de-Marie, suivis
de quelques motets pour les saluts du Saint-
Sacrement (id., id., id.).
* JUILLET (Marcel-Jean-Antoine), fils
du fameux acteur de ce nom qui fit les beaux
jours de l'Opéra-Comique, était né à Rouen
le le"^ juillet 1789 et mourut à Bruxelles le 16
novembre 1841. Un de ses frères était à cette
époque major d'infanterie dans l'armée belge.
Je ne suis nullement certain que le nom de cet
artiste et de son père doive s'écrire Juillet,
t. II. 3
34
JUILLET — JULLIEN
et j'ai même beaucoup de raisons de croire que
c'est JuUet qu'ils s'appelaient réellement. Ce-
pendant, coiiune je n'ai pas à ce sujet de certi-
tude absolue, j'ai conservé à ce nom la torme
qui lui etdil donnée dans la Biographie univer-
selle des Mmiciois.
JULIÀ (Le Père Bemto), moine et compo-
siteur espagnol, tut élevé au fameux collège de
musique du couvent de Moniserrat, dans la
Catalogne, et vivait au dix-buitièine siècle. On
conserve dans les archives de ce collège plusieurs
de ses compositions, pour la [jluparl fort impor-
tantes, entre autres un ollice de vêpres pour les
morts, à quatre voix, et des répons pour la
semaine sainte, qui constituent, dit-on, une
œuvre particulièrenient remarquable.
JULIAAO (A. P.). — Voyez PILATI.
JCJLl EN (A ), est l'auteur d' un écrit publié
sous ce titre : L'enseignement du chant consi-
déré comme l'un des objets essentiels qui doi-
vent faire partie de l'instruction primaire de
la commune {\&2\).
JUIJEN (Le l'rère). — Foyes LIESEN-
HOF (Charles),
JULlEiX (Toussaint-Fortuné), né à la Ro-
que d'Autberon (Boucbes-duRbône), le 1"'' no-
■vcmbre 1837, a fait représenter au théâtre d'Aix,
en Provence, le 13 février 1864, un opéra-bouffe
en un acte intitulé le Fils de Thésée. On connaît
également de cet artiste une messe à trois voix
égales avec orchestre, qui a été exécutée dans
la même ville le 20 mai 1866. Al. R — d.
* JULLIEIX (Maucel-Bernard). Outre l'ap-
probation de Fetis, M. 13. Jidlien eut aussi dans la
savante discussion qu'il soutint contre Yiucent
à propos de la musique ancienne, l'appui des mu-
siciens de profession, de Georges Bousquet à
rillustraiion, et de Berlioz, qui écrivait aux Dé-
bats, avec une intention assez méchante contre
Vincent : « M. Juliien a un immense avantage
sur la plupart des écrivains qui se sont occupés
de sujets touchant à l'art musical : il sait la mu-
sique, il comprend la signiliccition des mots et n'at-
tribue point, comme tant d autres, aux expres-
sions qu'il en)ploie un sens vicieux, détourné ou
complètement faux, mais bien le sens réel qui
leur est assigné dans la pratique de l'art. « Pos-
térieurement a la notice que lui a consacrée Félis,
M. Juliien a publié des Thèses de Pkilosoph'ie
(un vol. in-S» de 400 p., Paris, Hachette, 1873),
dans l'une desquelles, intitulée l'Idéologie, ï\ dis-
cute et combat les opinions de d'Orligue sur la
constitution primordiale du langage musical el
sur la musique religieuse : ce chapitre intéres-
sant doit donc se rattacher aux ouvrages anté-
rieurs de M. B. Juliien sur la musique. A la liste
de ces derniers, il faut ajouter le petit écrit sui-
vant : De Vétude de la musique instrumen-
tale dans les pensions de demoiselles ( Paris
M. Alteste, 1848, in-18 de 16 pp.)
JlILLIEiV (Jean-Lucien-Adolphe), littéra-
teur, historien et critique musical, fils du précé-
dent, naquit à Paris le 1" juin I8i5. M. Adolphe
Juliien est aussi pelit-neveu du conventionnel
Juliien de la Drôme et cousin-filleul du célèbre
ingénieur général Adolphe Juliien, qui construisit
et dirigea quelques-unes de nos principales lignes
de chemins de fer, comme celles de Lyon et de
l'Ouest. M. Ad. Juliien fit toutes ses études lit-
téraires au lycée Charlemagne, puis fut reçu li-
cencié en droit. Ses parents, passionnés pour la
musique, la lui firent enseigner de bonne heure
ainsi que divers instruments : il apprit le piano,
le violon et le chant, puis il étudia l'harmonie
et le contrepoint avec un ami de son père,
Bienaimé, alors professeur retraité du Conserva-
toire. Tout en faisant de la critique musicale
active, M. Juliien s'occupe de travaux d'esthé-
ti(iue pure et d'histoire; il se livre aussi à de
fructueuses recherches sur la musique et les
théâtres publics et privés au siècle dernier. Il a
déjà mis au jour des documents de baut intérêt
enfouis aux Archives nationales, et il poursuit
activement le dépouillement de ces richesses
ignorées sur les mystères artistiques et admi-
nistratifs de l'Opéra avant la Révolution. M. Jul-
iien publia son premier article au Ménestrel,
en 1869, à propos de l'exécution du Paradis et
la Péri au Théâtre-Italien , et il se montra dès
lors ardent admirateur et défenseur convaincu
de Schumann, comme il l'est encore, ainsi que
de Berlioz et de Wagner. Il fournit ensuite d'im-
portantes études aux journaux spéciaux comme
la lievue et Gazette musicale, le Ménestrel,
la Chronique musicale, et aux grands recueils
[loliliques et littéraires: iiei'2/e Contemporaine,
Correspondant, Revue de France, Revue Bri-
tannique. En mai 1872, il fut chargé de rédiger
le feuilleton musical du journal le Français,
qu'il continue de tenir au profit des idées sé-
rieuses et élevées, de la grande musique classi-
que. En outre, M. Ad. Juliien a rédigé à l'occa-
sion certaines des revues uuisicales de la Revue
de France, signées du pseudonyme collectif
d'O. Mercier, et il est chargé depuis quatre ans
de faire à la Gazette musicale le compte-rendu
spécial de l'Opéra ; il collabore aussi au Courrier
littéraire, recueil de fondation récente, où il
apprécie tous les livres ayant Irait à la musique.
Les travaux de critique et d'histoire publiés
par M. Juliien dans ces diflérents recueils,
entrant pour la plupart dans un plan général.
JULLIEN — JUSTINIANO
35
doivent former par la suite plusieurs ouvrages
se complétant les uns les autres, et la musi-
que lient une large place même dans ceux
dont le titre plus général n'implique pas d'idée
musicale. Ses écrits publiés jusqu'à ce jour
sont: l' V Opéra en 1788, documents inédits
extraits des Archives de l'État (iu-8", Paris,
Pottier de Lalaine , 1873) ; — 2" Za Musique et
les Philosophes au XVIir siècle (in-8% Paris,
Daur, 1873); — 3" Uisloire du théâtre de
Mme de Pompadour, dit théâtre des Petits-
Cabinets , avec une eau-forte de Martial d'après
Boucher (grand in-8°, Paris, Daur, 1874); —
4° La Comédie à la cour de Louis XVI, le
Théâtre de la reine à Trianon, d'après des
documents nouveaux et inédits (in-8", Paris,
Baur, 1875); — 5° Les Spectateurs sur le théâ-
tre. Établissement et suppression des bancs
sur les scelles de la Comédie- Française et
de t'Opéra, avec documents inédits extraits des
archives de la Comédie-Française, un plan du
Théâtre- Français avant 1759, d'après Blondel, et
une gravure à l'eau-forte de E. Champollion,
d'après Charles Coypel, 1726 (grand in-S", Paris,
Détaille, 1875); — 6" Le Théâtre des demoi-
selles Verrières, la Comédie de société dans
le monde galant du siècle dernier (grand in-
8°, Paris, Détaille, 1875); — 7" Les grandes
nuits de Sceaux; le Théâtre de la duchesse
du Maine (in-8°, Paris, Baur, 1876); — 8" Un
Potentat musical. Papillon de la Ferlé, son
règne à l'Opéra de 1780 à 1790 (in-S" Paris,
Détaille, I87G);— 9° L'Église et l'Opéra en
1735. Mademoiselle Lemaure et l'évêque de
Saint-Papoul (in-8°, Paris, Détaille, 1877);
— 10° Weber à Paris ; son voyage de Dresde
à Londres par lu France; la musique elles
théâtres, le Monde et la Presse pendant son
séjour (in- 8°, Paris, Détaille, 1877); — II" Airs
variés, Histoire, critique, biograghie musi-
cales et dramatiques (in-12, Paris, Charpen-
tier, 1877); 12" La Cour et l'Opéra sous Louis
XVL Marie- Antoinette et Sacchini; Favart
et Gluc/c (in-12, Paris, Didier, 1878).
* JUMILUAC (DoM BexNOitDE). M. Théo-
dore Ni.^ar<I a publié sur ce fameux bénédictin
une notice 'intitulée : Biographie de Dont
Benoit de Jumilltuc (Paris, s. d., Repos, in-8°).
JU\(j]\IAI\N (Albert), pianiste et com-
positeur, né à Langensalza le 14 novembre 1814,
a été employé chez divers éditeurs de musique,
particulièrement dans les magasins de G. W,
Kœrner à Erfurt, el chez G. A. Spina à Vienne.
11 s'est partagé entre les fonctions qu'il occu-
pait ainsi et la composition d'une quantité in-
nombrable de petits morceaux de salon pour le
piano, qui ont été publiés à Vienne, Leipzig,
Offenbach, etc. Le nombre des compositions en
ce genre de M. Albert Jungmann ne s'élève
guère, aujourd'hui, à moins de 350.
JlI\GMAi\l\ (Louis), pianiste, compositeur
et professeur, né à Weimar en 1822, a été en
cette ville l'élève de M. Liszt, et y est aujour-
d'hui professeur de musique à l'Institut ^Sophie.
On lui doit un assez grand nombre de lieder, des
morceaux pour le piano, et aussi des trios et
quelques compositions pour l'orchestre.
JURIEWICZ (Conrad), compositeur polo-
nais, est l'auteur d'un drame lyrique italien,
Piero Calabrese, qui a été représenté au mois
de février 1867 sur le théâtre d'Odessa.
JUSTIXIANO (AiNTONio DE s. Ieronymo),
artiste portugais, né k Lisbonne en 1675, étudia
la musique avec Marques Lesbio et obtint
encore assez jeune, la place de maître de cha-
pelle au couvent des Bénédictins de Enxabregas
(près de Lisbonne). Il y avait fait profession
en 1697. On ne connaît pas la date de sa mort.
— Un autre musicien du même nom, l'abbé
Justiniano, était, vers 1822, un des meilleurs
pianistes de la colonie artistique de Rio de
Janeiro, où il enseignait la musique. 11 composa
une grande quantité de musique sacrée qui n'a
pas été publiée. J. de V. _
K
KiïSSMAYER (Moiutz), violoniste et
compositeur, né à Vienne en 1831, a fait ses
éludes musicales au Consçrvatoiie de cette
ville, sous la direction de Secliter et de Preyer.
11 devint par la suite premier violon à l'Opéra
impérial de Vienne, puis clief d'orchestre du
ballet à ce théâtre, situation qu'il occupe en-
core aujourd'hui. Outre un opera-comique in-
titulé la Maison de campagne à Meudon,
qui a été représenté au mois de février 1869,
avec un succès modéré, au théâtre impérial de
Vienne, et qui a été reproduit ensuite à Prague,
M. Kaessmayer est l'auteur de compositions
nombreuses et imjiortantes, parmi lesquelles il
faut surtout signaler plusieurs symphonies, des
messes avec orchestre, 6 quatuors pour instru-
ments à cordes, des morceaux pour le piano,
enlin des lieder et des chants à plusieurs
voix.
KAFKA (Johann-Népomucène), musicien
allemand contemporain, a obtenu une certaine
popularité dans sa patrie par la publication
d'une énorme quantité de petits morceaux de
musique légère pour le piano, nocturnes, idyl-
les, mélodies, improvisations, rhapsodies, etc.
Le nombre de ses compositions en ce genre
s'élève à deux-cents environ. M. Kafka est
né à Ncustadt (lîohême), le 17 mai 1819.
* KAIILERT (Charles-Aucuste-Timothée),
compositeur et écrivain sur la musique, est
mort à Breslau le 29 mars 18C4.
KAISER (Mahtin), luthier allemand qui
avait sans doute, comme tant d'autres, fait son
apprentissage en Italie, était étalili à Venise
dans les premières années du dix-septième
.siècle. Le musée instrumental du Conservatoire
de musique de Paris possède de cet artiste un
archilulh daté de 1609.
KAISER (Fiî....), musicien allemand con-
tempoijiin, a fait représenter en 1867 à Vienne,
sur le Carl-théâtre, un opéra intitulé Moine et
soldat.
* KAEKimE\'NER (CnnÉTiEN). L'ouvrage
intitulé la Descente des Français en Angle-
terre, et indiqué par erreur comme n'ayant pas
été joué, a été représenté à l'Opéra le 4 sep-
tembre 1798. Kalkbrenner a donné aussi, au
théâtre Molière, en 1800, un opéra-comique en
un acte, le Mort par spéculation.
* KALKRRE1\;\ER (Faêdéric - Guil-
laume). A la liste des œuvres de cet artiste,
il faut ajouter l'ouvrage suivant : Traité d^har-
monie du pianiste, principes rationnels de la
modulation, etc., dédié à ses élèves. Paris,
l'auteur, 1849, in-f»de 64 pages.
KALKBREIXNER (Arthur), fils de Fré-
déric-Guillaume Kalkbrenner, est mort à Paris
le 24 janvier 1869. Cet artiste, qui s'était fait un
renom à Paris par sa vie excentrique et ses
prodigalités, a légué par testament, à l'Associa-
tion des artistes musiciens de France, une
somme de 120,000 francs. Il avait écrit les
paroles et la musique d'un opéra en trois actes,
intitulé VAmoiir, qui n'a jamais été représenté,
et il avait publié un certain nombre de compo-
sitions légères pour le piano.
* KALLIWODA (Jean-Wenceslas), vio-
loniste remarquable et compositeur, est mort
à Carisruhe, le 3 décembre 1866, des suites
d'une attaque d'apoplexie.
KAPPEY ( ), compositeur anglais, a
fait représenter à Londres, le 30 novembre
1872, sur le petit théâtre de la Gaîté, dont il
était alors le chef d'orchestre, un opéra-comi-
que important, intitulé the Wager, qui a été
accueilli par le public d'une façon très-favo-
rable.
* KAROW (Charles), compositeur, est
mort à Bunziau le 20 décembre 1863.
KASCHPEliOFF ( ..), compositeur
russe, lit en Italie ses débuts de musicien dra-
matique en donnant à Milan, vers 1860, un
opéra intitulé Maria Tudor, qui fut assez bien
accueilli, et qui fut joué ensuite à Nice et à
Odessa. Épris de l'Italie et de ses gloires, M.
Kaschperoff chercha, pour tenter une seconde
épreuve, un sujet qui fût ciier à la nation, et
il écrivit un lUenzi qu'il voulut faire représenter
à Turin. Mais Turin était alors le siège du gou-
vernement, et la censure, par suite de scrupules
et de .susceptibilités diplomatiques, souleva des
diflicultés au compositeur et surtout à l'auteur
du livret; les journaux s'emparèrent de la ques-
tion, et de vives polémiques s'engagèrent à ce
sujet, dans lesquelles la personne même de
M. Kaschperoff ne fut pas épargnée. Fatigué de
tout ce bruit, le compositeur abandonna son
premier projet, et s'en alla à Florence dans le
KASCHPEROFF — KASTNER
37
Ijut d'y faire représenter son opéra, espérant
trouver en celte ville moins d'hostilité. Mais,
ici encore, on voulut, malgré tout, et sur le seul
titre de l'oeuvre, mêler les passion'^ politi(|nes
et religieuses à une question purement artisti-
que. Un jomnal fort avancé, la iXnova Europa,
avait en quelque sorte patroné le compositeur
et son opéra; c'en était assez pour que d'autres
journaux n'en voulussent point entendre parler,
et que le sort de celui-ci fût fixé dès avant
son apparition. En effet, la première représen-
tation de Eienzi, qui eut lieu au théâtre de la
Pergola vers la fin du mois de mars 1863, fut
très-orageuse, et provoqua à plusieurs reprises
des manifestations bruyantes, quoique la parti-
tion de M. Kascliperoff parût ne pas être dé-
pourvue de réelles qualités. Un journal italien
disait à ce sujet : « On doit déclarer, à l'hon-
neur du maestro Kascliperoff, que la plus grande
partie des artistes florentins, à commencer par
MM. Romani, Vanuccini, les musiciens d'or-
chestre et les chanteurs, lui ont rendu justice,
louant son œuvre et déplorant que, pour des
raisons étrangères à l'art, elle ait été si mal
accueillie par une partie de l'auditoire de la
Pergola. On aurait dû écouter avec plus de
respect une œuvre aussi consciencieuse, au
sujet de laquelle l'auteur venait demander,
sans prétention et sans orgueil, un jugement
calme et courtois. » Malgré tout, les conditions
dans lesquelles l'ouvrage s'était produit en
empêchèrent absolument le succès. A la suite
de cette déconvenue, M. Kaschperoff retourna
dans sa patrie, et bientôt il s'occupa d'un opéra
russe, la Tempête, qui dut d'abord êtie repré-
senté à Moscou, et qui le fut à Saint-Péters-
bourg, au mois de novembre 1867, sans grand
succès, je crois. En l869, M. Kaschperoff était
devenu professeur au Conservatoire de Moscou,
et travaillait à un opéra intitulé : Thadéus, le
courtier de mariages.
* KASTNER (Jean-Georges), est mort à
Paris le 19 décembre 1867. Les lignes suivantes,
extraites de l'article nécrologique publié par
Félis, sur cet écrivatii, dans la Revue et Ga-
zette musicale de Paris, serviront tout natu-
rellement de complément à la notice qui lui a
été consacrée dans la Biographie universelle
des Musiciens :
« Une dernière production bien remarquable
de Kastner a pour lilre : Par émiologie musicale
de la langue française, ou, explication des
proverbes, locutions proverbiales , mots figurés
qui tirent leur origine de la musique, accom-
pagnée de recherches sur un grand nombre
d'expressions du même genre empruntées aux
langues étrangères , et suivies de la Saint-
Julien des ménétriers, symphonie-cantate à
grand orchestre, avec solo et chœur (Paris,
Brandus , in-4"). lîappelons ici ce qui a été dit
ailleurs de cet ouvrage singulier : « La concep-
« tion d'un pareil livre est une des originalités
« de l'esprit qui a imaginé et exécuté ceux dont
« il vient d'être parlé. Au simple énoncé du
'( sujet, il est difficile de comprendre qu'il puisse
« être la matière d'un livre, et ce n'est que dans
n l'ouvrage même qu'on en saisit l'étendue. Le
« plan de l'auteur est des plus vastes ; il ne faut
« pas moins que sa grande érudition pour le
« réaliser. Pour en donner un aperç^u, il suffit
« de rappeler quelques-unes des expressions
« proverbiales les plus familières, par excnipie :
<< Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un
« son ; ce qui vient de la flûte s'en retourne
« au tambour ; faire sonner la trompette de
« la renommée ; payer les violons, et cent au-
« très semblables. Dansces dictons, en apparence
« si simples, il y a pour l'espril investigateur de
« Kastner occasion de déployer autant de sagacité
« que de savoir.... »
« Nonobstant l'intérêt qui s'atfaehe à ses
travaux , on ne peut s'empêcher de regretter
qu'ils aient interrompu ceux de I\astner pour
l'achèvement du grand dictionnaire de musique
dont il s'occupa pendant près de vingt aiuiées,
et auquel il donnait le litre à' Encyclopédie
musicale. Esprit véritablement encyclo|)édique,
nul n'était plus capable que lui de remplir ce
vaste cadre de l'art et de la science des sons.
Possédant toutes les connaissances nécessaires
et familiarisé avec les langues anciennes et mo-
dernes, armé d'ailleurs d'une patience infatigable,
il aurait, sans doute, produit un livre bien supé-
rieur à ceux de Schilling et de Bernsdorff. Ayant
amassé d'immenses matériaux pour la réalisatio»
de celle grande entreprise , il y attachait l'im-
portance qu'elle mérite, mais il en ajournait
la terminaison, persuadé sans doute qu'il était
encore éloigné de l'époque où il faut compter
avec la mort . »
KASTNER (Frédéric), fils du précédent,
est auteur d'un écrit intitulé : les Flammes
chantantes (Paris, Dentu, 1875, in- 18), destiné
à rendre compte des expériences faites par lui
sur les llammes chantantes et sur la découverte
du pujncipe de leur interférence par l'emploi de
deux fiammes au lieu d'une, placées dans un
tube de verre ou d'autres matières, ouvert à ses
extrémités. L'application de ce principe, qui avait
amené déjà M. Frédéric Kastner à adresser à
l'Académie des sciences un mémoire intéressant,
l'a conduit à l'invention d'un instrument de mu-
38
KASTNEU — KELLOGG
siqued'un timbre nouveau, se rapprocluint sen-
siblement de celui de la voix humaine. Cet ins-
trument , pour lequel son auteur a pris des
brevets en iMance et à l'él ranger, a reçu de lui
le nom de Pyroplione. C'est la première fois,
dit M. Kasfner, qu'on a sn rendre pratique l'ap-
plication des tlammes chantantes produites par
la combustion du gaz hydrogène pur, à un appa-
reil ayant le caractère et les propriétés d'un ins-
trument musical.
* KAUER (Ferdinand), compositeur, était
né le 18 janvier 1751 à K'Iein-Thaga, et mourut
à Vienne le 13 avril 1831.
* K.VUFFiMANlV (Frédéric), musicien,
acousticien et mécanicien allemand, est mort le
1"" décembre 1866 à Dresde , où il était né le
5 février 1785.
KAUFFiVItXN.^ (Frédéric-Théodore), fils
du précédent, né à Dresde en 1812 , mort en
cette ville au mois de février 1872, fut un facteur
d'instruments distingué, et hérita, sans la laisser
déchoir, de l'excellente renommée que son père
avait acquise par ses nombreux et intéressants
travaux.
KÉLER lîÉLA (Alrert YOIV KÉLER,
connu sous le nom de), chef d'orchestre et
compositeur de musi(iue de danse, est né à
Bartfeid (Hongrie) le 13 février 1820. Adorant la
musique, il jouait du violon dès son enfance, mais
son père l'envoya faire son droit à l'Université.
Cela n'empêclia pas le jeune homme de s'oc-
cuper de peinture et de faire du paysage pen-
dant trois ans, après quoi il étudia sérieusement
la musique. S'étant rendu à Vienne en 1845,
il y étudia- le contrepoint et l'harmonie avec
Schlesinger et Décider, tout en tenant une
partie de violon à l'orchestre d'un des théâtres
de cette ville, puis, en 1854, partit pour Berlin,
où il devint chef d'orchestre de la Sommer'' schen
Kapelle, dirigée précédemment par Joseph
Gung'l, et où il se distingua tout à la fois
comme directeur, violon-.solo et compositeur de
danses, marches, pots-pourris, etc. En 1855,
il retournait à Vienne pour succéder à Auguste
Lanner, qui venait de mourir, en 1856 il de-
venait chef de musique d'un régiment d'infan-
terie, et en 1807 se fixait à Wiesbaden comme
chef d'orchestre du Kursall, conservant cette
position jusqu'en 1873. A partir de ce moment,
le mauvais état de sa santé vint l'obliger au
repos, et depuis lors il vit retiré à Wiesbaden,
ce qui ne l'empêche pas de se livrer encore à
la composition. — Oidre ses nombreux mor-
ceaux de musique de danse, on doit à M. Kéler-
Béia quelques ouvertures, des lieder, et dos
concertos et fantaisies pour le violon. Le nom-
qre de ses œuvres publiées s'élève à 110 envi-
ron.
KELLOGG (Ci.\ra-Louise), cantatrice
américaine renommée, est née à Sumter (Caro-
line du Sud) en 1842. Après avoir montré de
bonne heure de remarquables dispositions mu-
sicales, ses premiers essais furent loin pourtant
de faire présager la brillante carrière qu'elle était
appelée à parcourir. En effet, ses deux pre-
miers débuts à l'Académie de musique de New-
York, en ISGO, furent peu satisfaisants, et ce n'est
que tors d'une troisième tentative, faite l'année
suivante, que l'on put croire que miss Kellogg
deviendrait un jour une artiste. Heureusement,
la jeune femme élait douée d'une rare persévé-
rance, et un riche banquier de New-York,
M. H. G. Slibbins, voidut bien se charger des
dépenses que nécessiterait le complément de
son éducation musicale. Elle ne reparut sur la
scène de l'Académie de musique qu'après quatre
nouvelles années d'un travail acharné, pendant
la saison de 1864-65, et son succès fut alors si
grand dans le rôle de Marguerite de Faust, que
ses compatriotes la proclamèrent aussitôt l'une
des plus grandes cantatrices de son temps.
l'>lle ne fut pas moins accueillie, dans le cours
de deux années, en se montrant dans le Bar-
bier de Séville, Cri.ipivo e la Comare, Lucia
di Lamermoor, la Sonnainbuln et Linda di
Chamouni.
Après s'être fait ainsi connaître dans sa patrie,
miss Kellogg partit pour l'Europe et se rendit
à Londres, fut engagée au théâtre de la reine,
et y débuta, en 1867, d'abord dans Morta, puis
dans le joli rôle de Zerline de Don Giovanni.
Douée d'une voix charmante, claire, pure, éten-
due et flexible, vocalisant avec agilité, avee
cela vive et agréable en scène et fort intelli-
gente comme comédienne, miss Kellogg obtint
aussitôt de très-grands succès et devint l'une
des cantatrices préférées du public anglais.
Elle se fit entendre successivement dans la
Traviata, la Gazza ladra, la Figlia del reggi-
mento, Fra Diavolo, Crispino e la Comare,
et dans tous ces rôles la finesse de srm jeu,
son véritable talent de chanteuse et une origi-
nalité rare lui valurent chaque jour de plus nom-
breux suffrages. Cependant, en 1869, l'entre-
preneur Maretzek, qui formait une troupe
pour l'Amérique, lui proposa un brillant enga-
gement et la décida à le suivre. Miss Kellogg
s'embarqua donc pour les États-Unis, se fit
entendre de nouveau à New-York, puis à Phi-
ladelphie, à San Francisco et dans la plupart
(les villes importantes de la grande république,
et retrouva partout les succès qui l'avaient ac-
KELLOGG — KETTEN
39
cueillie en Angleterre. Elle aborda alors les
rôles tout à fait dramatiques, et ne craignit pas
de se montrer dans Mignon, dans Homéo et
Juliel/e et autres ouvrages semblables. Elle
était encore en Amérique en 1877.
* KELZ (Jean Frédéric), compositeur alle-
mand, est mort à Berlin au mois d'oclobre 18G2.
KEWEDY (Alexandre), luthier anglais
(1700-1786), exerçait sa profession à Londres.
Il était né en Ecosse, et fut le chef d'une fa-
mille dont le nom fut connu dans la lutherie
pendant un siècle et demi. Son neveu, John
Kennedy, né en 1730, mourut en 1816, et le
fils de celui-ci, Thomas Kennedy, fabriqua à
lui seul plus d'instruments que les deux luthiers
qui en construisirent le plus, si l'on en excepte
toutefois le prolifique Georges Crask. Thomas
Kennedy, qui était né en 1784, est mort en 1870.
KI:HCAD0 (M"' LE SÉ\ÉCHAL DE).
Une jeune femme de ce nom lit représenter à
rOpéra-Comique, le 5 juin 1805, un ouvrage
en un acte intitulé la Méprise volontaire, ou
la double Leçon.
KERCHOVE (Joseph), compositeur de
musique religieuse, naquit à Gand (Belgique) le
26 septembre 1804. D'abord élève de son père,
il reçut ensuite des leçons de Jean Gabriels,
maître de chapelle de l'église Saint-Michel, puis
étudia l'harmonie et le contrepoint avec Pierre
"Verheyen. Devenu ténor dans la chapelle de
l'église Saint-Nicolas, de sa ville natale (1821),
puis dans celles de Saint Michel (1827) et de
Saint-J.icques (1831), il fut appelé, le 9 décem-
bre 1839, à remplir les fonctions de maître de
chapelle de Saint-Sauveur, où il succéda à Jean
d'Hollander. Il a écrit plusieurs messes solen-
nelles, dont une entre autres est fort estimée,
tin Miserere, 3 Commandations, beaucoup de
motets, ain.si que des chœurs d'hommes compo-
sés pour divers cercles chantants qu'il dirigeait
à Gaud ou dans les environs.
KERMOYSAiX (Jean), écrivain français,
auteur d'une Histoire de Napoléon, n'est cité
ici que pour un long article sur l'Opéra donné
par lui dans VEncyclopédie moderne publiée
par MM. Firmin-Didot. Cet article a été tiré
5 part sous ce titre : Opéra, par M. Kermoy-
san. Kermoysan est mort le 9 octobre 1877, à
Paris, âgé de soixante-sept ans.
KERST (Léon), musicien et écrivain fran-
çais, est chargé depuis quelques années du
feuilleton musical du journal la Presse. Il y a
publié récemment une série d'articles sur l'ad-
ministration de l'Opéra, dont il a formé ensuite
une brochure sous ce titre : l'Opéra et M. Ha-
lanzier (Paris, 1877, in-8° de 32 pp).
KES (Willem), jeune violoniste et composi-
teur d'avenir, ex-pensionnaire de S. M. le roi
des Pays-Bas, est né à Dordrecht en 18.56. Hls
d'un riche négociant de cette ville, il commença
par apprendre le piano avec un professeur nom-
mé Nollidenft, puis, peu de temps après, aban-
donna cet instrument pour prendre des leçons
de violon de M. Thyssens, et continua ensuite
ses études avec M. Bôhme, qui lui donna aussi
des leçons d'harmonie. En 1871, il se rendit à
Leipzig auprès de Ferdinand David, et y resta
pendant deux années. En 1874, il eut l'honneur
de devenir pensionnaire de S. M. le roi des Pays-
Bas, qui le fit envoyer au Conservatoire de
Bruxelles pour y travailler avec M. Henri Wie-
niawski ; mais, comme peu après M. Wieniawski
tomba en disgrâce complète auprès du roi,
M Kes reçut l'ordre de partir pour Berlin, où
il acheva son éducation musicale sous la direc-
tion de M. Joachim pour le violon et de M. Kiel
pour le contrepoint, au Conservatoire (Hœhs-
chide) de cette ville. Il passa son examen avec
la plus grande distinction et obtint le diplôme
d'honneur [zeiignifs der reifé). Pour obtenir ce
témoignage honorable, il faut savoir déchiffrer
à première vue un morceau pour piano et pour
violon, transposer un choral figuré, réduire une
grande partition d'orchestre au piano, diriger
une ouverture à grand orchestre, et improviser
au piano sur un motif donné.
M. Kes, qui a déjà composé plusieurs petits
ouvrages! fort aimables, a remporté le premier
prix au concours institué par l'Association des
musiciens néerlandais {Toonkunstenaars Ve-
reeniging) pour un concerto de violon solo et
orchestre, œuvre très-honorable. Actuellement
violon-solo (concertmeister) à l'orchestre du
Parc, M. Kes est un jeune artiste sérieux, qui
donne de grandes espérances.
Ed. de h.
* KESSLER (Joseph - Christophe), pia-
niste et compositeur, est mort à "Vienne le 13
janvier 1872. Cet artiste n'était né nia Leitme-
ritz ni à Varsovie, mais à Augsbourg, le 26
août 1800.
KETTEIV (Heuri), pianiste distingué et
compositeur, est né à Baja (Hongrie) le 25 mars
1848. Il a fait son éducation musicale au Con-
servatoire de Paris, où il a été admis, le 23
décembre 1857, dans la classe de piano de
M. Marmontel, et le 27 octobre 1860 dans la
classe de composition d'Halévy. Après avoir
quitté cet établissement en 1863, il y rentra
l'année suivante comme élève de M. Reber, et
prit part sans succès aux concours de Rome
de 1865 et 1866. Déjà il s'était fait entendre.
40
RETTEN
RIEL
souvent en public, et avait obtenu des succès
de virtuose, succès un peu trop escomptés
peut-être par sa famille, qui voulait le faire
passer jiour un pio<lige. Le jeune artiste avait
du talent néanmoins, et pendant plusieurs an-
nées se produisit à l'étranger, où il fut fort
bien accueilli, non-seulement comme exécutant,
mais aussi comme chef d'orchestre. De retour
à Paris, il voulut se faire connaître comme
compositeur, et (it entendre quelques œuvres
qui n'étaient point sans valeur, entre autres
une sonate pour piano et clarinette, une Mar-
che persane pour orchestre, quelques heureuses
mélodies vocales, et divers morceaux de genre
pour le piano. — Un frère de cet artiste, M. Léo-
pold Ketlen, de quelques années plus âgé que
lui, pianiste aussi, s'est fait chanteur par la
suite et s'est consacré à la carrière lyrique;
après s'être, sous ce rapport, produit sans suc-
cès à Paris, il a tenu l'emploi des ténors dans
plusieurs villes de l'étranger.
KETTERER (EuGi:NE), pianiste et compo-
siteur, né à Rouen, en 1831, d'une famille ori-
ginaire d'Alsace, fit ses études musicales au
Conservatoire de Paris, où 11 obtint un second
prix de solfège en 1847. Admis ensuite dans
la classe de piano de M. Marmonlel, il se vil
décerner un premier accessit au concours de
1852, et n'obtint pas d'autre récompense. Il
commença bientôt à se faire entendre dans
les concerts, puis se mit h publier une multi-
tude de morceaux de piano : fantaisies, trans-
criptions, etc., qui obtinrent un grand succès
auprès du public frivole. 11 en inonda littéra-
lement le commerce de musique, si bien qu'en
l'espace de quinze ans environ, le nombre de
ses publications en ce genre se monta à près
de trois-cents. Eugène lietterer est mort à
Paris, pendant le siège de celte ville, le 18
décembre 1870.
* KHAYLL (Aloys), nûlisle bohémien et
compositeur pour son instrument, est mort à
Ober-Dobling, le 28 décembre 1866, à l'âge de
75 ans.
Kl EL (At'GL'STF.), virtuose sur le violon,
chef d'orchestre et compositeur (qu'on ne doit
pas confondre avec l'artiste du même nom
qui est mentionné au T. V. de la Biographie
universelle des Musiciens), naquit à Wiesba-
den le 2G mai 1813. Élève favori de Spobr, il
acquit un talent distingué sur le violon, et plus
tard devint chef d'orchestre. Il remplissait de-
puis longues années ces fonctions à Detmold,
lorsqu'il mourut en cette ville le 28 décembre 187 1 .
RIEL (FiucDiiuic), un des compositeurs les
plus estimés de l'Allemagne contemporaine
pour la musique de chambre et la musique
religieuse, est né à Piiderhach sur la Lalin, le
7 octobre 182(. Après avoir appris le piano
avec son père, il se rendit à Onrlin, où il devint
élève de Schutz pour le violon et de Dehn pour
la composilion. Il se fixa ensuite déliiiiliveinent
en cette ville, où il se livra à l'enseignement et
à la composition, formant un grand nombre
d'élèves distingués, et se faisant connaître par
des œuvres fort importantes, qui le classaient
au premier rang des artistes de son pays. Au
mois de février 1862, M. Frédéric Kiel faisait
exécuter pour la première fois à Berlin, au
profit de la Société Guslave-A<iol|>he, un Re-
quiem pour voix seules, chœur et orchestre
(op. 20), qui obtenait un très-grand succès, et
qui était reproduit le 8 novendire suivant pour
l'anniversaire de la mort de Mendeissohn. Une
autre œuvre non moins considérable, son oratorio
Christus (op. 60), ne fut pas accueillie avec
moins de faveur, et est considérée en Allemagne
comme l'ouvrage le plus remarquable en ce
genre qui ait été produit depuis le Paulus de
ce maître. Parmi les autres compositions de
M. Iviel, qui s'élèvent à soixante-dix environ, je
citerai les suivantes : Stabat mater pour soli,
chœur et orchestre; Te Deuni; plusieurs messes
avec orchestre ; des psaumes et des motets ;
des marches pour orchestre ; quatuor en la
bémol, pour piano et instruments à cordes; 2
trios pour piano, violon et violoncelle, op. 65 ;
trio pour les mômes instruments, op. 24 ; so-
nates pour piano et violon, op. 35; sonate pour
piano et alto, op. 67 ; 3 morceaux pour violon-
celle et piano, op. 12; 3 romances pour piano
et alto, op. 69; 3 pièces pour piano et violon,
op. 70; variations pour piano et violon, op.
37 ; Jlumoresqites, pour piano à quatre
mains, op. 42; Làndler pour piano à quatre
mains, op. 66; 2 ca|irices pour piano, op. 26;
3 gigues pour piano, op. 30; 3 valses pour
I)iano, op. 45 ; Souvenirs de voyage, pour
piano, op. 38 et 41 ; danse russe, pour violon-
celle; 2 cliants de Novalis, pour voix, cliu'ur
et orchestre, op. 63; 3 pièces en formes de
mélodies, pour piano, op. 8; 3 romances pour
piano, op. 5 ; 10 pièces de piano, op. 18; 3 piè-
ces de piano, op. 21; 12 liedcr à une voix,
avec accompagnement de piano, op. 31; 2 mo-
tets, pour voix seule et chœur de femmes, avec
piano, op. 32; 6 lieder, op. Ci; Iteisrbilder,
pièces pour piano et violon ou violoncelle, op.
Il,''en 2 livres. — M. Frédéric Kiel, dont la
renommée est grande en sa |)atrie, est membre
de l'Académie de Berlin. Il a élé prolesseur
au Conservatoire de Stem, de cette ville.
RIEL — KIRSGHNER
4i
Artiste véritable, dans la saine et grande ap-
plication du mot, réunissant les dons dune ins-
piration souple et abondante aux qualités d'un
musicien instruit et rompu à toutes les ditïicultés
pratiques de l'art, M. Kiel est l'un des musiciens
allemands contemporains (beaucoup moins nom-
breux qu'on ne le pense) dont il restera quelque
chose et dont la postérité saura retenir le nom.
Son oratorio Christus et sa messe de Ikquiem,
pour ne citer que ces deux ouvrages, sont des
œuvres mâles, vigoureuses, véritablement re-
marquables, et dans lesquelles la solidité du
fond, la largeur d'une inspiration puissante, s'al-
lient à la beauté de la forme. La fécondité de
M. Kiel, dont les travaux sont nombreux, n'est
pas d'ailleurs une de ces fécondités impuissantes
et stériles comme on n'en rencontre que trop
souvent, en Allemagne tout aussi bien qu'ailleurs;
toutes ses œuvres offrent le cachet d'un art
per.sonnel^ vivement accuentué, et font le plus
grand honneur à celui qui les a signées. M. Kiel
n'est pas moins respectable comme professeur
que comme producteur; son enseignement est
recherché avec une ardeur qu'explique la re-
nommée qu'il s'est légitimement acquise sous
ce rapport, et cette renommée prend sa source
non-seulement dans les bons conseils, l'expé-
rience, la pratique qu'il met au service de ses
élèves, mais encore dans la sollicitude dont il
les entoure, et dans la bonté dont il fait preuve
à l'égard des jeunes artistes qui s'adressent à
lui.
KIEINLEIV (Je,\n-Christophe), compositeur
polonais, né sous le règne d'Auguste 111, ht
ses éludes à Posen, et fut d'abord maître de
chapelle à Presbourg. il remplit ensuite le même
poste auprès du prince Radziwill, puis devint
directeur de musique au théâtre d'Augsbourg,
pour lequel il écrivit im opéra allemand en trois
actes, Claudine de Villabella, qu'il reproduisit
plus tard à Berlin. 11 vint à Paris, sans doute
à l'époque de la Révolution, y séjourna pendant
quelques années, et se rendit à Munich, où il
fut nommé maître de chapelle de la cour de
Bavière. Mais Kienlen semble avoir été d'humeur
assez capricieuse, car on le retrouve un peu
plus tard remplissant les mêmes fonctions à
Baden, près Vienne. En 1816, il donne à Léo-
polsladt un opéra intitulé d,ie Keiserose, et en
1818 il écrit à Berlin la musique d'une tragédie,
Germanicus. Kienlen a fait graver à Posen,
chez Simon, une symphonie à grand orchestre,
et une polonaise pour piano, à quatre mains;
à Berlin, chez Traulwein, deux sonates pour
pianoseul; à Paris, chez Naderman, l'air d'/li-
ceste, varié pour piano, et chez Hentz-Jouve,
plusieurs chansons allemandes avec accompagne-
ment (le piano, séparées et en recueils.
KIENZL (Ch\ules), né à Graetz, en Slyrie,.
passa la plus grande partie de sa vie active,
comme umsicien dans la ville de Guebwiller
(Maut-Rliin), où il arriva jeune encore. Compo-.
siteur modeste, vivant du produit de ses leçons,
il organisa dans sa ville adoplive une société
philharmonique dont il dirigea l'orchestre et
les chœurs. C'est là qu'il lit entendre, de 1835
à 1845, la Création et les Saisons de J.
Haydn, des messes de Mozart, et des sympho-
nies de Haydn et de Beethoven. Beaucoup des
compositions de Kienzl, consistant en messes,
motets, chœurs, etc., ont été publiées en Alsace,
mais n ont guère franchi la limite de cette pro-
vince. Cet artiste méritant et distingué, qui a
donné à l'auteur de cette notice, encore enfant,
ses premières leçons de musique, est mort en
1874 à Guebwiller. La bibliothèque du Conser-
vatoire de Paris possède de lui une Méthode
d''hurmonie (texte allemand), qui forme un
volume petit in-8° de 160 pages, et quelques
œuvres de musique religieuse.
J.-B. 'W.
* KINDSCHER (Henri-Charles-Louis),
compositeur, professeur et écrivain sur la
musique, est mort à Wœrlitz, au mois de fé-
vrier 1875.
KINTERLAND ( ), compositeur et
chef d'orchestre, dont le nom indique une ori-
gine germanique, a fait représenter sur un
théiitre de Gênes, en 1862, un opéra intitulé
BalHta. Cet artiste a rempli les fonctions de
chef d'orchestre dans plusieurs théâtres italiens
importants, entre autres au théâtre San Carlos
de Lisbonne et au théâtre royal de Malte.
KIPPER (Hermann), compositeur, né à
Coblenfz le 27 août 1826, a fait ses études
musicales à Cologne, sous la direction de H.
Dorn, et est depuis longtemps établi en cette
ville comme professeur, après avoir passé plu-
sieurs années à Paris. C'est à Paris, où il était
directeur d'une société chorale allemande, Lie-
derkranz, que cet artiste a composé, pour les
réunions annuelles de cette société, deux opé-
rettes en un acte dont voici les titres : le Prince
malgré lui (26 janvier 1867), et Fidelia (25
janvier 1868). En Allemagne, il a écrit de nom-
breux chœurs pour voix d'hommes, et a fait re-
présenter quelques opérettes, parmi lesquelles
celle intitulée les Esquimaux, dont on lui doit
les paroles et la musique.
KIRSGHNER (Théodore) , pianiste, orga-
niste et compositeur, né à Neukirchen, près
Chemnilz, en 1824, fit de bonnes études au
42
KIUSCHNER — KLOSÉ
Conservatoire de Leipzig, puis accepta les fonc-
tions d'organiste à Wintertiiur, après quoi il
devint directeur de musique à Zurich, tout en
se livrant dans cette ville à l'enseignement de
l'orgue et du piano. Il se vit chargé, en 1875,
de la direction de l'école royale de musique de
Wurzbourg, mais ne conserva pas longtemps
cette situation, et alla peu de temps après s'é-
tablir à Leipzig. Cet artiste s'est fait connaître,
comme compositeur, par des tiède?', des qua-
tuors pour instruments à cordes, et des mor-
ceaux de piano de divers genres, parmi les-
quels on peut surtout citer ses derniers re-
cueils : 10 Pièces caractéristiques pour piano,
op. 25; album pour piano, op. 26 ; caprices, id.,
op. 27; nocturnes, op. 28; esquisses, op. 29;
études et pièces, op. 30 ; Im zwielieht, lieder
et danses, op. 31 ; 10 pièces, op. 32.
KIRSCHA'ER (Fritz), pianiste et compo-
siteur allemand contemporain, sans doute parent
du précédent, a publié, dans le cours de ces
dernières années, une cinquantaine de morceaux
de genre pour le piano.
* KIST (I^e docteur Fi.op.ent-Corneille),
est mort à Utrecht, le 23 mars 1863.
* lîlTTL (JiîAN-pRKnÉnic), compositeur,
ancien directeur du Conservatoire de Prague,
est mort à Lissa (province de I^sen), le 20
juillet 1868. Cet artiste a écrit la musique dun
opéra intitulé les Français devnjit Nice, dont
on assure que M. Richard Wagner avait écrit le
poème ; cet ouvrage fut reiirésenté à Prague
vers 1848, et fut joué de nouveau en 1868.
KLEFFEL (Arno), musicien allemand,
s'est fait connaître par la publication d'un assez
grand nombre de recueils de lieder avec accom-
pagnement de piano, parmi lesquels je citerai
les suivants : 7 lieder, op. 7; 5 mélodies, op.
10; 6 chn-urs, op. 11; 12 lieder, en deux livres,
op. 12 ; 6 lieder à quatre voix, op. 13 ; 6 lieder,
op. 14 ; 6 lieder, op. 23.
* KI^EIN (Joseph), pianiste et compositeur
allemanrl, est mort à Cologne le 10 février
1862.
* I»LEIIV(Cuarli:s-Auguste, baron DE), est
mort le 13 février 1870, à sa villa d'Assmanns-
hausen.
lîLEIXMICIIEL (Rrr.HARu), pianiste alle-
mand contemporain et compositeur pour son
instrument, s'est fait une grande réputation de
virtuose à Hambourg, où il réside. Il a publié
un certain nond)re de morceaux de genre pour
piano, que l'on dit pleins de grâce, de délica-
tes.<;e et d'élégance. On cite surtout un recueil
de poésies musicales à quatre mains intitulé
Zur VVinterzeit {En hiver), les Aquarelles,
Bal d'enfants (six petites danses caractéristi-
ques), etc.
* KLEMM (Frédéric), dilettante et compo-
siteur autrichien,' est mort à Meidling, près
Vienne, le 13 septembre 1854.
* KLEIVGEL (Auguste-Alexandre), orga-
niste à Dresde, mort en cette ville le 22 novem-
bre 1852, y était né le 29 janvier 1784.
KLERR ( ), chef d'orchestre et compo-
siteur allemand contemporain, a écrit la musi-
que de plusieurs opérettes parmi lesquelles je
signalerai les suivantes : les Fleurs animées,
Vienne, tliéàtre ^?i rfer Wieii, décembre 1866;
le petit Josi, id., id., mars 1867; la belle
Meunière, Berlin, théâtre Friedrich-Wilhelm-
stadt, mars 1867. M. Klerr a rempli les fonc-
tions de chef d'orchestre au théâtre de l'Har-
monie, à Vienne, et a même été pendant un
instant (1867), directeur de ce théâtre.
KLOP ( ), musicien belge, naquit à
Gand dans la première moitié du dix-huitième
siècle, et remplissait, en 1781, les fonctions de
maître de chapelle de l'église Notre-Dame
(Saint-Pierre) de sa ville natale. Il a laissé des
chants d'église estimés, et un Requiem en plain-
cliant qu'on exécute souvent encore en Flandre,
dans des funérailles solennelles.
* KLOSE (Hiacynthe-Éléonore). Cet ar-
tiste a pris, il y a quelques années, sa retraite
de professeur de clarinette au Conservatoire.
Il a publié (Paris, Leduc) trois Méthodes de
saxophone aigu et soprano, de saxophone alto
et ténor, et de saxophone baryton et basse, et
a fait paraître, chez le même éditeur, un cer-
tain nombre de morceaux pour fanfares et
musiques militaires : Retraite aux Flam-
beaux, Marche funèbre, Andante religioso,
V Étape, pas redoublé, Dardanus, id., Baden-
burg, id., Augusta, m^rch^, V Artilleur , galop,
le Bandit, id., etc., etc. M. Klosé a encore
publié : 1" 6 petites Fantaisies pour clarinette,
avec accompagnement de piano (Paris, Leduc) ;
2" le Décaméron des jeitnes clarinettistes,
20 [tetites fantaisies brillantes (id., id.) ; 3° le
Progrès, 16 petites fantaisies brillantes (id.,
id.); 4° environ dix duos pour clarinette et
piano, en société avec Leduc (id., id,) ; 5° mélo-
dies populaires, choix de 40 petits airs, id.,
Gérard ; 6" Grande méthode pour la clarinette
à anneaux mobiles, contenant la théorie et
les tablaluies de cet instrument, des gammes
dans tous les tons, des exercices de mécanisme
eld'articuliition, des duos, 15 grands morceaux,
des préludes et 12 études, id., id.: 7° 18 Étu-
des mélodiques, tirées des 46 Études de violon
de Charles Dancla; 8° enfin, un certain nombre
KLOSE
RŒCHEL
/i3
de fantaisies et airs variés, avec accompagne-
ment de piano. M. Kiosé avait été professeur de
clarinette an Gymnase musical militaire, et ciirf
de musique de la 10" légion de la garde na-
tionale.
lîLUGHARDT (AucrsTs), compositeur
allemand, directeur de musique à Weimar, né
à C(Pthen le 30 novembre 1847, est l'auteur
d'un opéra intitulé Mirjam, qui a été repré-
senté sur le théâtre de Riaa au mois d'avril
187.3. En 1871, il avait fail exécuter à léna
une symphonie en mi bémol. On connaît de
lui plusieurs autres compositions, entre autres
un nonolto pour violons, alto, violoncelle, con-
trebasse, (Iftte, hautbois, clarinette et basson.
KMGGE (Le baron DE). - Voyez PO-
LAlî DAMELS.
K!\ YVETT (Deborah TIÎAVIS, épouse),
fut l'une des cantatrices les plus renommées
de l'Angleterre pour les festivals et les ora-
torios, et partagea en ce genre les succès de
son mari, William Knyvett (V. Biographie
universelle des Musiciens, t. V.). Elle est
morte à Heyside, près Oldham, le 10 janvier
1876, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Son
mari était mort sans doute depuis longtemps
à cette époque, étant né en 1778.
KOCH (Bernard), violoniste et composi-
teur, fils d'un bijoutier d'Amsterdam, naquit
en cette ville en 1791. Il reçut d'abord des
leçons d'un de ses compatriotes, puis, lors du
séjour en Hollande de Guillaume Navoigille,
se perfectionna avec lui dans l'étude de sou
instrument. On dit même que Navoigille, qui
l'avait pris en affection, aida de sa bourse son
élève, qui était orphelin, après l'avoir fait entrer
comme surnuméraire à la chapelle du roi Louis
Bonaparte. Après avoir terminé son éducation,
Koch se livra à l'enseignement, devint direc-
teur d'une société musicale, et plus tard chef
d'orchestre de l'opéra allemand et italien d'Ams-
terdam. C'est lui qui, en 1827, dirigea les con-
certs donnés en cette ville par la fameuse can-
tatrice M""' Sontag.
Koch s'est fait connaître, comme composi-
teur, par plusieurs ouvrages dramatiques, et
par un grand nombre de produclions de divers
genres : 1° La mère Ganz et l'Œuf (Vor,
opéra représenté à Amsterdam ; — 2° Der HoL-
zerne Snbel, opérette en un acte, représentée à
La Haye en 1830; — ^"Das gcstole Làmmchen,
opérette; — 4" Pvmpernihel, opéra en 3 actes
(non représenté) ; — 5° Jane Grey, récit his-
torique ; — 6° Benjamin, récit biblique, Amster-
dam-, —7° De Verlatene, cantate, Amster-
dam-, — 8° Elégie sur la mort de Mendelssohn ;
— 9° Moederliefde, cantate couronnée par la
Société musicale des Pays- fias; — 10" Qua-
tuor pour instruments à cordes (Mayence,
Scholt); — tr Deux recueils de romances à
2 voix; — 12» Variations pour clarinette sur
linbin-des-Bois (Paris, Schlesinger); — 13° Pot-
pourri pour piano et violon sur il Crociato
(id.,id.); — 14° Variations pour violon; —
15° enfin, des romances, lieder, méloilies voca-
les, etc., publiés à Amsterdam. Koch, qui a
pris une part de collaboration au journal inti-
tulé Amphion, est mort à Amsterdam le 30
juillet 1858.
lîOCHER (C ), théoricien allemand,
a publié vers 18G0 l'ouvrage suivant : Harmo-
nik. Die Kunsi des Tonsatzes ans den grun-
debmenten théoretisch eniwickelt vnd prak-
tisch dargestellt {Harmonie. La science de
la combinaison des sons développée théori-
quement et exposée pratiquement), Stuttgart,
in-4" de 210 pages, avec de nombreux exem-
ples.
KOCIPl^^SKI (Antoine), pianisle et com-
positeur polonais du dix-neuvième siècle, s'é-
tablit comme éditeur de musique à Kamienieç-
Podolski. Il est l'auteur de plusieurs composi-
tions remarquables pour le piano, entre autres :
X" Deux Polonaises, op. 5; 2° Invitation à
la danse; 3° Quatre mazurkas, op. 8;
4» Polonaise et Trois mazurkas, op. 12.
KOECHEL (Le docteur Ludwig VON),
l'un des musicographes les plus fameux de
l'Allemagne, naquit à Stein sur le Danube
(Basse-Autriche) le 14 janvier 1800, et mourut
à Vienne le 3 juin 1877. Après avoir été pré-
cepteur des fils de l'arcbiiluc Charles, il con-
sacra toute son existence, à partir de l'année
1842, à des études scienliliques et surtout à
des travaux d'érudition qui avaient la musique
pour objet. On lui doit sur cet art de nombreux
écrits soit critiques soit biographiques; mais
son chef-d'œuvre est le grand catalogue thé-
matique et chronologique des oeuvres de Mozart
{Chronologisch - thematisches Verzeichniss
sàmmtlicher Tomcerke Wol/gang Amadeiis
Mozart's), ouvrage vraiment admirable, qui
fut publié en 1862 (Leipzig, BreitKopf et Hser-
tel), et qui donne l'exemple le plus éclatant
du parli qu'un esprit sagace et ingénieux peut
tirer du sujet le plus sec et le plus aride en
apparence. Le chevalier de Kœchel, qui avait
consacré vingt années de sa vie à ce travail
monumental, a été le promoteur de la belle
édition définitive des œuvres de Mozart publiée
par la maison Breifkopf et Hajrtel, et il y a
contribué, non-seulement de ses lumières et
44
KQKGHEL — ROLAR
de son travail, mais encore d'une notable
partie de sa fortune.
* KOEIILER (Loiis). Le nombre des œuvres
pour le piano publiées parce compositeur s'élève
aujourd'hui à environ 300; ces œuvres com-
prennent des études, des exercices, des sonates,
et quelques fantaisies soit originales, soit écrites
sur des mélodies célèbres. Le second volume
de sa Méthode instructive et systématique de pia-
no (Sijsiematische Lehrmethode fur Klaviers-
pielund Musik) a paru en 1858. M. Kœliler
a fondé à Kœnigsberg une école pour l'enseigne-
ment du piano et de la théorie de l'art, école
dans laquelle se sont formés un grand nombre
de très-bons professeurs des deux sexes. Cet
artiste s'est fait connaître aussi comme écrivain
musical : il a pris une part active à la rédaction
de plusieurs feuilles spéciales importantes,
entre auties la Nouvelle Gazette musicale
de Berlin et les Signale, de Leipzig, et il a
publié divers ouvrages estimés sur l'enseigne-
ment.
KOELLIIVG (Charles)j pianiste et composi-
teur, né sans doute en Allemagne, ne m'est
connu que par les litres de quelques-unes de
ses publications. Cet arliste n'a guère livré
au public moins de deux cents pelites compo-
sitions de genre pour le piano, qui paraissent
avoir été accueillies avec faveur par les ama-
teurs de cette sorte de musique.
KOEMPEL (Auguste), violoniste allemand
fort remarquable, né à iiriickenau le 15 aoilt
1831, fut à Cassel l'un des meilleurs élèves de
Spolir, et travailla aussi à Leipzig avec Ferdi-
nand David et à Hanovre avec M. Joacbim.
Il s'est fait de bonne heure une réputation
dans sa |)atrie, et occupait le poste de violon-
solo du roi de Hanovre lorsqu'il vint se produire
en France pour la première fois. Le 4 mars
1860, dans une des séances de la Société des
jeunes artistes, dirigée par M. Pasdeloup, M.
Kci'nipel se faisait entendre dans le 8' concerto
de son maître Spohr, qu'il exécutait d'une
façon magistrale, avec de rares qualités de
mécanisme, une justesse retnanjuable et un
style très-pur; on lui aurait seulement désiré
un son plus velouté et plus distingué. Son succès
néanmoins fut très-grand et très-légitime. M.
Koempel revint à i^aris en 1867, et se tit en-
tendre à l'Athénée, dans le môme concerto ;
l'accueil qui lui fut fait cette seconde fois ne
fut pas moins brillant. Depuis lors, la renoinmce
de l'artiste a grandi dans son pays, et il est
aujourd'hui considéré comme l'un des virtuoses
les plus accomplis de l'Allemagne contempo-
raine. Fixé depuis 1863 à Weimar, où il remplit
les fonctions de maître de chapelle, il y donne
chaque année, en compagnie de MM. Edouard
Lassen et Walbrul, des séances de musique de
chambre qui obtiennent le plus grand succès.
KOETTLITZ (Adolkhk), violoniste remar-
quable et compositeur distingué, naquit à Trêves
le 27 septembre 1820. Il se produisit de très-
bonne heure comme virtuose, se lit entendre
avec succès à Cologne dès l'âge de 16 ans,
après avoir reçu des applaudissements dans
plusieurs villes moins importantes, et passa
ensuite trois années à Paris, avec Liszt. A la
suite de ce séjour en France, il se rendit à
Rreslau, puis à Kœnigsberg, en qualité de con-
certmeister . En 1856 il partit pour la Russie
et s'établit à Uralsk, où il était chargé de la
direction d'une école de musique; il y mourut
par accident, le 26 octobre 1860, dans une
partie de chasse. Comme compositeur, on doit
à Kœttlitz des concertos de violon, des lieder
pour la voix, et plusieurs quatuors pour ins-
truments à cordes qui lui ont valu une certaine
réputation. — La seconde femme de cet artiste,
M"" Clotilde Kœitlitz, née Ellendt, est
établie comme professeur de chant à Kœnigs-
berg, où son enseignement est très-recherché
et sa renommée très-solide. Elle est née le 22
septembre 1822.
KOEUPPERS (Jean), habile luthier fla-
mand du dix-huitième siècle, exerça son art
à La Haye de 1755 à 1780. Il passe pour le plus
remarquable artiste en ce genre qu'ait produit
son pays.
* KOHAULT ou KOHAUÏ (Joseph).
Cet artiste obtint de grands succès en jouant
au Concert spirituel (1763), avec le violoncel-
liste Duport, des duos pour luth et violoncelle.
Dans le cours de celte même année, il fit
exécuter aussi au Concert spirituel im Salve
regina à grand chœur, dont les récits étaient
chantés par M'" Fel avec accompagnement de
violoncelle obligé par Duport. Cette composition
fut très-favorablement accueillie.
lîOLAU (M""^^ AUSP1TZ-), pianiste fort
distinguée, née à Prague vers 18i5, est fille
d'un savant IJohémien, M. Kolar, qui a traduit
Shakespeare en langue bohème. Elle a fait son
éducalion musicale dans sa ville natale, et se
|)roduisit d'abord, en 18C0, à Vienne, où son
mécanisme parfait, la délicatesse de soa jeu,
ses grandes qualités d'expression et de senti-
ment lui valurent un succès légitime. Elle
épousa peu de temps après un médecin, M. le
docteur Auspilz, et se fit entendre en 1869 à
Londres, dans les séances de Wnion musi-
cale, dirigée par M. John Ella, où elle fut
ROLAR — RORSOFF
45
accueillie avec la plus grande faveur. J'ignore
ce qu'elle estti'venue depuis lors.
KOLBE (Oscar), pianiste, compositeur et
professeur, né à Berlin le 10 août 1836, est
mort en cettte ville au mois de janvier 1878.
Fils d'un graveur et devenu orphelin dès l'âge
de neuf ans, il fut placé à l'orphelinat royal d'O-
ranienburg, où il commença l'étude du piano
et du violon, et de là fut admis, en 1849, au
Gymnase de Berlin. En 1852 il entra à l'Inslitut
royal de cette ville, où, sous la direction de
MM. Lœschorn, A. W. Bach et E. Grell, il se
perfectionna dans l'étude du piano et apprit
l'orgue, le chant, l'harmonie et la composition.
Enfin, après être devenu pendant deux ans élève
de l'Académie royale, il se livra à l'enseigne-
ment du piano et du chant en cultivant la com-
position, et de 1859 jusqu'à 1875 fut attaché au
Conservatoire-Stern à Berlin, comme profes-
seur de la classe de piano d'ensemble.
Kolbe a publié un Manuel de l'enseignement
général de la basse {General basslehre), Leip-
zig, 1872, et un Manuel de renseignement de
Vharmonie {Harmonielehre), Leipzig, 1873.
On lui doit aussi toute une série de compositions
pour le piano et pour le chant, des lieder, des
arrangements mélodramatiques (Melodrama-
tische Bearbeitungen), et un oratorio intitulé
Johannes der Tàufer {Saint- Jean- Baptiste),
qui fut exécuté à Berlin en 1872. Ce dernier
ouvrage lui valut le titre de directeur de mu-
sique.
KOMAN (Henri), pianiste et compositeur,
est né en 1828 à Varsovie. Son père avait été
chef de musique dans l'ancienne armée polo-
naise, et sa mère était Italienne. Après avoir
fait ses premières études musicales avec son
père, qui lui enseigna le piano et l'orgue, il se
fortifia en se mettant sous la direction d'Elsner,
directeur du Conservatoire de Varsovie. Il se
fit entendre ensuite dans les concerts, et acquit
une certaine réputation de virtuose et de com-
positeur. Aujourd'hui, il est professeur de la
classe supérieure de piano au Conservatoire.
M. Koman a publié pour cet instrument un
certain nombre de compositions, parmi lesquelles
on remarque : 2 sonates (en 7ni bémol mineur
et en fa mineur), 4 Nocturnes, une Polonaise,
un Impromptu, une Valse de concert, 5 Ma-
zurkas, une BarcaroUe, un Andante, une In-
troduction et Étude, etc., etc.
KOMEXDA (Antoine), professeur et com-
positeur allemand, naquit le 18 janvier 1795 à
Raps, dans la Basse-Autriche. Destiné (lar sa
famille à l'état ecclésiastique, il perdit un oeil
étant encore enfant, et la fatigue de celui qui
lui restait ne lui permit pas de terminer les
études de littérature et de théologie qu'il avait
commencées. Il se lourna alors vers la musique,
et étudia simultanément, sous la direction d'uQ
prêtre, le violon, le diant, le piano el l'orgue.
iNommé en 1811 professeur à l'école de musique
de Closterneubourg, il devint ensuite maître
de chapelle du chapitre et de la ville. En 1847
il se vit obligé, par suite du faible état de sa
santé, de prendre sa retraite de ces deux em-
plois et d'abandonner l'enseignement pour ne
plus s'occuper que de composition. M. Komenda
a écrit plus de soixante œuvres, parmi lesquelles
on remarque plusieurs symphonies et quelques
concertos ; mais il a su faire briller surtout son
talent dans la musique religieuse, et l'on assure
que ses compositions en ce genre se distin-
guent par le caractère élevé, noble et sévère
qu'il a su leur iipprimer.
KOiMOROWSKI (Ignace), compositeur
polonais, né dans la première moitié de ce siècle,
s'est fait connaître par un certain nombre de
compositions vocales distinguées, qu'il chante
lui-même avec talent en s'accompagnant avec
habileté, et qui ont été publiées pour la plupart
chez les éditeurs Spies et C" et J. Klukowski
à Varsovie, ainsi que chez Friediein. Les mélo-
dies de M. Komorowski sont empreintes, dit-
on, d'un parfum national qui les fait particuliè-
rement bien accueillir par tous les Polonais.
On cite surtout de lui un chant pour voix
seule, intitulé Kalina, et un Chant de Marie,
pour .solo et chœur.
* ItOi\II\G (David), pianiste, compositeur
et professeur néerlandais, est mort à Amsterdam
le 6 novembre 1876. Il était né à Rolterdain le
19 m;irs 1820.
* KOIVTSKI (Charles DE), est mort à
Paris, le 27 août 1867. Cet artiste avait fait, pen-
dant plusieurs années, partie de l'orchestre de
rOpéra-Comique en qualité de premier violon.
KOPFFER ( ), musicien allemand,
est l'auleur de Frifjhof, opéra qui a été repré-
senté sur l'un des théâtres de Berlin le 11 avril
1871.
KOPKOSCHI\Y ( ). Un compositeur
de ce nom a écrit la musique d'un opéra- co-
mique intitulé Saint- .Mcolas, qui a été repré-
senté avec succès sur la scène du théâtre na-
tional de Prague, au mois de décembre 1870.
' KORSOFF ( ), un des chanteurs russes
les plus estimés de l'époque actuelle, a com-
mencé sa carrière artistique en Italie, où il fut
l'élève lie M. Corsi. Doué d'une belle voix de
baryton, qu'il conduit avec goût et avec style,
il retourna en Russie après plusieurs années
46
KORSOFF — RRAKAMP
passées en Italie, se consacra à l'iiiteipietalioii
de l'opéra national russe, et devint l'un des
artistes les plus aimés du théâtre Marie, deSaint-
Pélersbours?, où son succès tut grand surtout
dans un ouvrage du compositeur Sérotf, Ju-
di/lt, et dans les traductions de Guillaume
J'ell et de Faust, où il remplit les rôles de
Guillaume et de Valentin. Chaque année, M.
Korsoff donne une série de concerls dans les-
quels il se plaît à faire connaître au public
moscovite les meilleures compositions des mu-
siciens étrangers, et paiticulièrement les œuvres
des artistes français contemjjorains, MM. Gou-
nod, Rojer, Massenet, etc., pour lesquels, dit-
on, il éprouve une vive sympathie.
KOSCHAT (TiioMA*), compositeur alle-
mand contemporain, a publié, parliculièrement
chez l'éditeur Leuckart, à Leipzig, environ vingt-
cinq œuvres de chœurs qui paraissent avoir été
tnen accueillis par le public. Les composilions
diverses de cet artiste atteignent le chiffre de
plus de deux-cents.
KOSMOWSKI ( ), habile facteur
d'orgues, vivait à Varsovie au dix-huitième
siècle, et était qualifié du titre de facteur d'or-
gues du roi de Pologne. 11 fut chargé, en 1721,
de construire l'orgue de la chapelle de Sainte-
Marie de Czenstochowa, instrument qui lui fut
payé 4,000 florins de Pologne.
KOWALSKI (Henri), pianiste et composi-
teur, né à Paris en 1841, n'a fait que passer au
Conservatoire, où il a été un instant l'élève de
M. Marmontel pour le piano, et de M. Reber
pour l'harmonie. Il s'est fait connaître d'a-
bord comme virtuose en se faisant entendre
fréquemment dans les concerts, et a publié en-
suite un certain nombre de compositions légères
pour le piano. Après un voyage artistique, en
Angleterre, en Allemagne et en Amérique, il
a livré aussi au public l'écrit suivant : A ira-
vers l'Amérique, impressions d un musicien
(Paris, Lachaud, 1872, in-8"), absolument insi-
gnifiant et dénué d'intérêt. Quelques années
après, le 24 décembre 1877, cet artiste faisait
représenter au Thcàlre-Lyrique un grand opéra
en 4 actes, Gilles de Bretagne, dont l'insuccès
fut éclatant et qui ne put être joué plus de
trois fois. Parmi les morceaux de piano publiés
par M. Kowalski, il faut signaler une Marche
hongroise, qui a obtenu une sorte de vogue.
Je signalerai aussi : 12 Caprices en forme dé-'
ludes, op. 10 ; Dansedes Dryades ; Sur l'Adria-
tique, barcarolle, op. 9 ; Polonaise, op. 10 ;
Bans les bois, op. 12; 3 Mazurkas caractéris-
tiques ; Galop de bravoure; etc.
HOZOLT ( ), professeur de musique
au séminaire de Posen vers 1838, s'est fait
connaître comme compositeur en mettant en
musique Six Chants religieux de Wroblewski
et en écrivant un certain nombre de mélodies
vocales, que l'on dit conçues dans un très-bon
style.
HR^AIER (Tralgott), violoniste et com-
positeur, né à Cobourg le 19 novembre 1818,
a coiiimencé de bonne heure l'élude de la
musique, et a terminé son éducation artistique
au Conservatoire de Prague, doiit il a été l'élève
pendant trois années, de 1834 à 1837. H revint
ensuite dans sa ville natale, on au bout de peu
(le temps il fut nommé concerlmeisler (1854)
lie la chapelle du duc de Saxe-Cobourg et Go-
tha, On doit à cet artiste estimable d'assez
nombreuses composilions, parmi lesquelles je
(itérai une symphonie, une ouverture de con-
cert, plusieurs quatuors pour instruments à
cordes, diverses cantates, et enfin des chants
et des lieder avec accompagnement de piano.
KRAHL (K -F ), professeur de mu-
sique à Varsovie, s'est fait connaître comme
compositeur, il y a une trentaine d'années, par
la publication à Berlin, chez l'éditeur Simon,
des morceaux de piano suivants : 1° Huit varia-
tions {Johbi)i Liedertich); 2" neuf variations
sur une mazurke favorite; 3° variations sur
Schdne Minka.
* KRAKAMP (Emannuel), flûtiste et com-
positeur, est né, non en Allemagne vers 1815,
comme il a été dit par erreur, mais à Palerme,
le 3 février 1813. Fils d'un chef de musique
militaire, il commença avec son père l'étude de
la flûte, et devint rapidement un virtuose dis-
tingué. M. Krakamp a beaucoup voyagé, et,
après s'être fait entendre à Messine, à Catane,
a Malte, il partit pour l'Amérique, se produisit
comme virtuose dans toutes les grandes villes
des États-Unis, du Canada, des Antilles et
du Mexique, puis revint en Europe et se trouvait
à Naples en 1837. Devenu chef de musique du
92" régiment écossais à Corfou, il revenait à
Naples en 1841, était nommé l'année suivante
sous-inspecteur des classes externes du Conser-
vatoire de San-Pielro a Majella et première llùte
de la nmsique du comte de Syracuse, et se
voyait contraint démigrcr, en 1848, pour avoir
pris part aux événements politiques du 15 mai.
S'élant relugié à Rome, il devenait chef de mu-
sique de la première légion romaine avec le
grade de sous-lieutenant, et prenait part à
tous les combats soutenus par elle. Après la
chute de la République, il reprenait sa vie no-
made de virtuose, et se faisait entendre dans
presque toutes les grandes capitales de l'Europe,
KRAKAMP — RRAUSS
47
puis à Alexandrie, au Caire, à Malte et à Tunis.
De retour dans sa patrie en 1860, M. Krakamp
était iiouimé professeur des classes d'instruments
à vent en bois au Conservatoire, position qu'il
écliangea en 1874 contre celle de professeur de
solfège parlé. Il est en mérne temps, depuis
1867, professeur de llùte à VAlbergodé'po-
veri.
M. Krakamp n'a pas écrit moins de 555
œuvres pour la llûte, toutes publiées, parmi
lesquelles on remarque 30 Éludes caractéris-
tiques, 12 Éludes-Caprices, une Grande Mé-
thode, 2 Albums, etc. Il a publié en outre des
Méthodes pour la clarinette, pour le hautbois
et pour le basson, qui ont été approuvées par
tour> les Conservatoires d'Italie.
KRA]\1ER(II ), luthier allemand, était
établi à Vienne au commencement du dix-liui-
lième siècle. On trouve, dans la collection de la
Gesellschaft der Mustkfreunde de celle ville,
une viola di bordone signée du nom de cet
artiste et datée de 1717.
KRASCROPOLSKV ( }, musicien
russe ou polonais contemporain, est l'auteur
d'un opéra intitulé Lesta, qui a été représenté
en Russie il y a quelques années.
KUAUS (Alessandro), pianiste et écrivain
musical, est né à Florence le 12 octobre 1853,
d'un père d'origine et de naissance allemandes,
établi en cette ville depuis longues années.
Élève de son père (1), qui l'accompagna
en France et en Allemagne dans un voyage
entrepris pour lui faire compléter son éducation
musicale, il s'est livré à l'enseignement du
piano, tout en s'occupant avec ardeur de tra-
vaux historiques sur l'art. Sous ce rapport, M.
Kraus n'a encore publié jusqu'ici qu'un opus-
cule ainsi intitulé : le Quattro Scale diatoni-
che délia moderna Tonaliià (s. I. n. d. [Flo-
rence, 1874], in-8°de 7 pp.), écrit dont il a été
fait, à Florence même, une édition française
sous ce titre : les Quatre Gammes diatoniques
de la tonalité moderne, proposition d'Alexan-
dre Kraus fils; mais on assure qu'il travaille
activement à une Histoire des divers instru-
ments de musique, et les journaux italiens
ont annoncé en 1877 la prochaine publication
de deux écrits de ce jeune artiste : Storia de''
musicisti fiorentini, et Storia delV Istituto
musicale di firehze e délia sua bihlioteca ;
jusqu'ici pourtant ces deux ouvrages n'ont pas
paru. On doit à M. Kraus le recueil suivant :
Eserctzi elementari per sciogliere le dita ai
pianisti (Florence, 1873).
(1) M. Alissandro Kraus père e$t né h Franefort-6ur-
le-Mein k' 6 août 1820.
KRAUSE (Antoine), pianiste et compositeur
allomaïul, né à Geithain le 9 novembre 1834,
a fait ses études musicales au Conservatoire de
Leipzig. Devenu en 1859 directeur de musique
dans une ville secondaire, à Barmen, je crois,
il s'y est livré avec ardeur à l'enseignement en
même temps qu'à la composition. La plupart
des œuvres de M. Antoine Krause ont été pu-
bliées par la maison IJrdlkopf et Hsertel, de
Leipzig ; on y remarque, entre autres : 3 Sonates
pour piano, op. 1; Étude du trille sur le piano,
op. 2; Sonate pour le piano à 4 main.s, op. 3;
10 Éludes pour le piano, adoptées par le Conser-
vatoire de Leipzig, op. 5; Sérénade pour le
piano à 4 mains, op. 6; 2 Sonates pour le piano,
op. 10; 3 lieder avec accompagnement de
piano, op. 11 ; 3 Sonates pour le piano, op. 12 ;
Prélude, Menuet et Toccata pour le piano, op.
13 ; 3 lieder pour ténor ou soprano, avec piano,
op. 14; 10 Études pour le piano, en 2 livres,
op. 15 ; Kyrie pour voix seule, chœur et or-
chestre, op. 16; Sanctus et Benedictus pour
voix seule, chœur et orchestre, op. 16; Sonate
pour deux pianos, op. 17 ; 2 Sonates pour piano
à 4 mains, op. 18; 2 Sonates pour piano, op.
19; 2 Sonates pour piano à quatre mains, op.
20; 2 Sonates pour piano, op. 21; 2 Sonates
pour piano à quatre mains, op. 22 ; 3 Sonates
pour piano et violon, op. 23; 2 Sonates pour
piano, op. 24 ; 2 Sonates pour piano, op. 26.
KRAUSE (G ), maître de chapelle à
Sarrebruck, a fait représenter en cette ville, le
15 avril 1866, un opéra-comique en deux actes,
intitulé le Maitre d'école du village.
Un artiste du même nom, M. Emile Krause,
a publié en Allemagne, dans ces dernières an-
nées, une trentaine de cojupositions pour le
piano.
* KHAUSHAAR (Otto), compositeur
allemand, est mort à Cassel le 23 novembre
1866.
KRAUSS (Marie-Gabrielle), cantatrice
remarquable, fille d'un employé ministériel de
l'empire d'Autriche, est née à Vienne le 23
mars 1842. Douée de rares dispositions pour
la musique, que venait seconder une vive intel-
ligence, elle reçut, dit-on, ses premières leçons
(le sa sœur aînée, et à peine âgée <le onze ans,
en 1853, elle entrait au Conservatoire de Vienne.
Elle fit dans cet établissement de brillantes
études, y travailla le piano et l'harmonie, et
devint bientôt l'une des élèves favorites de
M'"' Marchés!, le célèbre professeur de chant.
Ces études furent couronnées par toutes les
récompenses auxquelles une élève puisse aspi-
rer, et M"' Krauss était encore au Conservatoire
48
RRAUSS
lorsqu'un engagement lui fut offert par la
direction de l'Opéra impérial, et accepté par
elle.
La jeune cantatrice débuta à ce théâtre le
20 juillet 1860, d'une façon très-lieureuse, par
le rôle de Matliilde de Guillaume Tell, et
chanta, dans le cours de sa première année,
ceux de Berlha du Prophète, d'Alice de Robert
le Diable, de Pamina de la Flûte enchantée,
de Gabrielle àhine Nuit à 'Grenade, d'Agallie
du Freischiiiz, d'Elisabeth du Tannhauser,
d'Elvire et d'Anna de Don Juan, enlin d'Eisa
de Lohengrin. Très-bien accueillie par le public
dès ses premiers essais, elle entra de plus en
■plus dans ses bonnes grâces, à mesure que la
diversité des rôles qu'elle était chargée d'inter-
préter donnait des preuves incontestables de
la souplesse de son talent, de la sûreté de son
style, et de ses rares facultés scéniques. M"*
Krauss put affirmer davantage encore ses belles
qualités en se montrant bientôt dans un grand
nombre d'ouvrages de genres et de caractères
très-divers : les Huguenots, le Vaisseau fan-
tôme, la Dame blanche, il Trovatore, Cosi
fan tutte, Fidelio, Lalla Roukh, Belisario,
Eurynnthe, Ernani, la Croisade des Dames,
Gustave III, Lucrezia Borgia, les Noces de
Figaro, Zampa, Maria di Rohan, etc.
Les succès de M'" Krauss croissaient de jour
en Jour, et il était facile de voir que la jeune
artiste était destinée à parcourir une carrière
exceptionnellement brillante. M. Bagier, alors
■directeur du Tliéâtre-ltalien de Paris, ayant
été à même de l'entendre à Vienne, lui proposa
un engagement; M"' Krauss accepta, et débuta
sur notre scène italienne, le 6 avril 1866, dans
il Trovatore, après quoi elle chanta Lucrezia
Borgia. Le public parisien était à cette époque
sous l'inllucnce, on pourrait dire sous la fasci-
nation d'une cantatrice d'un autre genre, M"*
Adelina Patti, dont la voix insolemment belle
et la facilité d'exécution semblaient tenir du
prodige. Tenu sous le charme de cette nature
luxuriante et vraiment extraordinaire, ce public
parut ne porter qu'une attention distraite au
talent si pur, au style si noble, à l'iiitelligence
si remarqual)le de la nouvelle venue. Seule,
la critique, se voyant en présence d'une artiste
de premier ordre, aussi grande au point de vue
dramatique que sous le rapport de l'art vocal,
l'accueillit comme elle le méritait et sut lui
rendre la justice qui lui était due. M"' Krauss
revint à Paris la saison suivante, et, cette fois,
trouva une réception digne d'elle et de son
admirable talent. Elle se montra successive-
ment dans quelques-uns de ses meilleurs rôles :
Lucia di Lamermoor, où on la voyait touchante
et résignée ; Norma, où elle déployait une
puissance pathétique irrésistible; Poliuto, où
elle semblait atteinte d'une flamme surnaturelle;
Fidelio enfin, où elle poussait jusqu'au sublime
l'intensité et la grandeur de la passion. On la
vit aussi dans Otello, Semiramide, il Tem-
plario, «H Ballo in Mascheru, Don Giovan-
ni, Rigoletto, puis dans un opéra inédit de
M"' de Grandval, Piccolino. Dans ces derniers
ouvrages, M"° Krauss sut coni]uorir de haute
lutte l'approbation et l'affection d'un pid)lic qui,
tout d'abord, s'était à son égard montré sin-
gulièrement réservé, et bientôt elle fut on pos-
session de toutes ses sympathies.
Les événements politiques vinrent, en 1870,
éloigner M^" Krauss de la France. En 1872,
nous la retrouvons au théâtre San-Carlo, de
Naples, on elle obtient de très-grands succès
et où elle contribue puissamment, par sa pré-
sence, à la réussite d'un opéra nouveau de Pe-
trella, Manfrcdo. Dès les premiers jours de
l'année suivante, elle fait son appaiilion à la
Scala, de Milan, où elle crée aussi le rôle prin-
cipal d'un nouvel ouvrage de M. Carlos Gomes,
Fosca. Au mois d'octobre 1873, elle revient au
Théâtre-Italien de Paris; au mois de février
1874, elle va jouer à Naples Aida, et donner
encore l'appui de son talent au compositeur
Petrella pour sa Bianca Orsini; puis, de
retour à Paris, elle se décide, sur de vives ins-
tances, à aborder la carrière française et à signer
un engagement avec la direction de l'Opéra.
Mais comme elle ne devait faire ses débuts que
dans la nouvelle salle, qui n'était pas encore
prête, elle va passer une saison au théâtre ita-
lien de Saint-Pétersbourg.
C'est le 5 janvier 1875, jour de l'inauguration
du nouveau théâtre de l'Opéra, que M"^ Krauss
parut pour la première fois dans le répertoire
français. M;iis le spectacle de cette soirée n'é-
tant composé que de fragments, le véritable
début de la cantatrice eut lieu seulement le 8
janvier, dans le rôle de Rachel de la Juive. Son
succès ne fut pas douteux un instant, malgré
la difficulté que présentait pour l'artiste l'ar-
ticulation d'une langue qui ne lui était pas en-
core familière au i»omt de vue vocal. Bientôt elle
se montra dans les rôles de Valenline des Hu-
guenots, de donna Anna de Don Juan et d'Alice
de Robert- le- Diable, par lesquels elle gagna
complètement les faveurs du public. Elle créa
même le rôle de Jeanne dans la Jeanne d'Arc
de M. Mermet, et cet ouvrage d'une valeur
plus que médiocre dut à sa présence et à celle
de M. Faure de ne point subir un sort plus
RRAUSS — KRETSCHMAR
49
fâcheux encore que celui qui lui était réservé.
Au moment oii cette notice est écrite (juin
1877), M"' Krauss continue de faire partie du
personnel de l'Opéra.
Le talent de M"' Krauss est d'autant plus
remarquable que l'instrument dont elle dispose
est loin d'être parfait et de répondre toujours
à ses efforts. La voix de la cantatrice, en effet,
si elle ne manque ni de brillant, ni d'éclat,
manque parfois de timbre et de couleur ; dans
certaines parties de l'échelle, la sonorité est
sourde, et c'est seulement dans le haut qu'elle
acquiert ses plus belles qualités. Mais l'éduca-
tion de l'artiste est si complète, son habileté
€st si grande, qu'elle donne le change jusqu'à
un certain point sur la valeur de ses facultés
vocales. Le style de M"' Krauss est pur jus-
qu'à la perfection, son phrasé est magistral, et
chez elle la diction musicale, surtout dans le
récilalif, atteint les dernières limites de la gran-
deur et de la beauté. Si l'on joint à ces qualités
purement musicales la flamme puissante dont
l'artiste est animée, le sentiment pathétique et
l'expression passionnée dont elle fait preuve, sa
grande intelligence scénique et l'incontestable
puissance de son accent dramatique, on conce-
vra l'action qu'une telle artiste exerce sur le
public et l'on aura la raison des succès qui
ont marqué sa carrière. M"« Krauss est cer-
tainement l'une des plus grandes cantatrices
dont l'art contemporain puisse se glorifier.
KREBS (M"' Mary), pianiste remarquable,
née à Dresde le 5 décembre 18ôl, est fille de
M. Charles-Auguste Krebs, directeur de musi-
que en cette ville (V. Biographie universelle
des Musiciens, t. V). .Sa mère, M™* Aloyse
Krebs, née Michalesi. élait une cantatrice dis-
tinguée, douée d'une fort belle voiv de mezzo-so-
prano, qui obtint des succès sur l'une des scènes
italiennes de Londres, et qui poursuivit ensuite
sa carrière en Allemagne. Élevée dans un tel
milieu, la jeune Mary Krebs ne pouvait qu'y re-
cueillir legoiU et l'amour de l'art musical. Elève de
son père, elle acquit sous sa direction un talent si
précoce qu'à peine âgée de douze ans, en 1864,
elle fut par lui conduite en Angleterre, et se
fit entendre à Londres, dans les belles séances
de \' Union musicale, avec le plus vif succès.
Une étonnante puissance de son, un mécanisme
irréprochable, de rares qualités de style, enfin
une exécution dont l'ensemble était en quelque
sorte magistral, la firent accueillir par les An-
glais avec une sympathie et une chaleur voi-
sines de l'enthousiasme. De retour à Dresde,
M'" Mary Krebs se vit l'objet des plus rares
prévenances de la part de ses compatriotes, et
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. —
reçut le titre de virtuose du roi de Saxe. Elle
obtint de très-grands succès dans diverses villes
de l'Allemagne, ainsi qu'en Bohême, puis, en
1870, s'embarqua pour l'Amérique, qu'elle par-
courut pendant trois années, remportant par-
tout de véritables triomphes. Elle revint en
Europe en 1873, y retrouva toute la faveur du
public allemand, et en 1875 enthousiasma de
nouveau les Anglais, qui se portaient en foule
à ses concerts. Depuis lors l'éclat de sa carrière
ne s'est pas ralenti, et elle n'a cessé de ren-
contrer les succès auxquels elle était habi-
tuée (1).
KREIPL (Joseph), chanteur et compositeur
allemand, naquit dans les premières [années
du dix-neuvième siècle. 11 fit de bonnes études
musicales, embrassa d'abord la carrière^ dra-
matique, et chanta avec succès dans sa jeu-
nesse, à Linz, les rôles de ténor. Plus tard il
s'adonna à la composition, et rendit son nom
populaire par la publication d'un grand nombre
de lieder, qui obtinrent de véritables succès.
L'un d'eux surtout, intitulé Maililfterl, jouit
d'une vogue prolongée. Cet artiste mourut à
Vienne, au mois de juin 1866, à l'âge de 61
ans.
KREMPELSETZER (Georges), compo-
siteur allemand, naquit à Vilsbiburg (Bavière) le
20 avril 1827, et fit son éducation musicale sous
la direction de l'un des frères Lachner. Devenu
chef d'orchestre du théâtre populaire de Mu-
nich, il fit représenter en cette ville, au mois
dedécem.bre 1868, un opéra-comique intitulé le
Manteati rouge. Deux ans auparavant, en 1866,
il avait fait exécuter avec succès, dans une des
séances de la Société de chant académique de
Munich, un drame lyrique dont le titre était
Médée ou l'Oracle de Delphes. Cet artiste
mourut à Munich, le 9 juin 1871.
KRETSCHMAR (E ), professeur et
compositeur, né à Wilsdorf, en Saxe, le 25
juillet 1828, commença l'élude delà musique
avec son père, la continua au Gymnase} de
Dresde, où il devint l'élève de J. Otto et de
Ch. Mayer, et enfin termina son éducation au
(1) Une confusion que je ne m'explique pas s'esl pro-
duite au tome 11 de la Biographie universelle des mu-
siciens, au mot : Christern. Cet artisie y reçoit les
prénoms de Charles Krebs, et il est dit qu'une brocliure
a ét(i publiée sur lui sous ce titre : Christern ats
mensc/i, coniponist vnd dirigent. Or, M. Christern était
non l'objet, mais l'auteur de cette brochure, qui avait
tnàt à M. Charles Krebs, père de M"» .Mary Krebs, et
dont voici le titre exact : Karl Krebs aïs mensch, tom-
ponisl vnd dirigent (Charles Krebs comme homme,
compositeur et chef d'orchestre).
T. II. 4
ËO
KRETSCHMAR -^ KREUTZER
Conservatoire de Leipzig, avec Rietz, Haupt-
inann, Richter et Moscheles. Il entreprit ensuite
la carrière du professorat, se lixa à Arnbeni, où
il enseignait le cliant, le piano et la théorie de
l'art, et dans le même temps se livrait à la
composition. On connaît de M. Kretsclimar un
certain nombre d'œuvres de musique de cham-
bre ; quatuors et trios pour piano et instru-
ments à cordes, des sonates et divers morceaux
pour le piano, des lieder, etc. J'ignore si c'est
cet artiste, ou un homonyme, qui a pris part
à la rédaction de divers feuilles musicales alle-
mandes.
KRETSCIIMEK (Edmond), organiste et
compositeur allemand, est né le 31 août 1830 à
Oslritz, en Saxe. H a fait ses études au Conserva-
toire de Dresde, où il eut pour maîtres de com-
position Jules Otto et Jean Schneider. Son nom
ne commença, à sortir de l'obscurité qu'en 1865,
époque à laquelle, ayant pris part à un grand
concours ouvert par l'Association des chanteurs
allemands, il remporta le prix avec une can-
tate intitulée la Bataille des Sceptres. En
1868, il fut de nouveau proclamé vainqueur
d'un concours international organisé à Bruxelles
pour la composition d'une messe, concours
auquel avaient pris part 98 compositeurs de
quatorze nationalités différentes. Il lui falhil
attendre pourtant jusqu'en 1874 pour faire son
début au théâtre, objet de ses convoitises, mais
ce début fut éclatant; son opéra die lolkunger,
dont le livret très-dramatique, inspiré d'un
épisode de l'histoire de Suède, lui avait été
fourni par Mosenthal, « le Scribe allemand, »
fut représenté avec un très-grand succès sur le
Ihéàtre royal de Dresde et rendit aussitôt po-
pulaire le nom du compositeur. Cet ouvrage fit
rapidement le tour de l'Allemagne, et dans
l'espace de deux années fut joué sur près de
cent théâtres.
M. Krelschmer est, dit-on, un ardent secta-
teur des doctrines et des procédés de M. Ri-
chard Wagner, dont il reproduit jusqu'à un
certain point les qualités, les défauts, et surtout
l'étonnante inégalité. Les juges sincères qui
ont entendu son premier ouvrage affirment que
l'influence de l'auteur de Tristan et Iseulde
s'y fait un peu trop sentir; la partition des
Folkunger, ajoutent-ils, est d'ailleurs puissante
dans quelques-unes de ses parties, l'orchestre
Y est assez bien traité, l'harmonie est originale,
quoique souvent tourmentée, mais c'est dans
la vigueur et la netteté du rhythme que le
compositeur a trouvé la meilleure partie de
ses effets; ce qui manque dans les l'olliungcr,
ce n'est ni la grandeur, ni la force, c'est la
passion humaine, c'est surtout la tendresse,
c'est, en un mot, l'émoi ion.
Quoi qu'il eu soit, l'opéra de M. Krelschmer
a obtenu par toute l'Allemagne un succès in-
contestable Depuis lors, le compositeur a écrit
les paroles et la musique d'un nouvel ouvrage
dramatique, Heinrich der Lœwe [Henri le
Lion), opéra en 4 actes, qui a été représenté
pour la première fois au Studttheater de Leip-
zig, le 8 décembre 1877, et qui, comme le pré-
cédent, a obtenu toute la faveur du public. On
a constaté que cet ouvrage, de même que les
Folkunger^ était écrit avec un incontestable
talent, mais toujours avec une recherche visible
et parfois excessive de l'effet matériel, et que
l'auteur continuait de prendre M. Richard Wag-
ner comme type et comme modèle. Depuis lors,
on a annoncé que M. Krelschmer travaillait à
un troisième opéra qui aurait pour titre l'Exi-
lé. Jusqu'ici, cet ouvrage n'a pas paru à la
scène. M. Krelschmer, qui a le titre d'orga-
niste du roi de Saxe, a publié plusieurs com-
positions religieuses, parmi lesquelles une messe
à quatre voix et orgue, œuvre fort importante,
qui se fait remarquer par la science que l'au-
teur y a déployée, mais où l'on voudrait un
peu plus de chaleur et surtout d'inspiration.
KREUEL (Puis), conventuel d'Einsiedeln,
né à Zug en 1629, mort en 1696, fut un des
facteurs d'orgues les plus estimés de la Suisse
au dix- septième siècle.
* KREUTZER (Rodolphe). A la liste des
ouvrages dramatiques de cet artiste, il faut
ajouter les suivants : 1° la Journée du 10 août
1792, ou la Chute du dernier tyran, 4 actes,
Opéra, 10 août 1795; 2° l'Heureux Retour,
divertissement (en société avec Certon et Per-
suis). Opéra, i25 juillet 1815; 3° Blanche de
Provence, ou la cour des Fées, 3 actes (en
société avec Berton, Boieldieu, .Cherubini et
Paër), Opéra, 3 mai 1821; 4° le Paradis de
Mahomet, 3 actes, Opéra-Comique, 23 mars
1822; 5° l'haramond, 3 actes (en société avec
Berton et Boieldieu), Opéra, 10 juin 1825. Cet
artiste extrêmement distingué mourut à Genève,
non le 6 juin, mais le 6 janvier 1831*
'* KREUTZER (Jean-Nicolas - Auguste).
Sur la tombe de cet artiste, la date de sa
naissance est fixée au 3 septembre 1778; il est
mort â Paris le 31 aoiU 1832.
* KREUTZER (Llon-Chaules-Fiunçois),
compositeur et écrivain nmsical, est mort à
Vichy le 6 octobre 1868. Cet artiste fort remar-
quable, qui, comme Berlioz, |)our lequel il
ressentait une profonde admiration, était en
avance sur les idées musicales de son pays, n'a
KREUTZER — RRINITZ
51
pas eu la renommée à laquelle il avait droit.
D'un caractère atrabilaire et un peu fantasque,
prenant la misanthropie pour de la raison, la
sauvagerie pour de la réserve, il mettait au-
tant d'ardeur à fuir le suffrage du public que
d'autres en mettent à le rechercher, sans
considérer qu'en somme le public ne peut pas
deviner votre existence, et que travailler
dans le silence du cabinet sans jamais produire
ses œuvres, sous prétexte d'un dédain orgueil-
leux du suffrage de la foule, est un enfantillage
qui n'est profitable à personne et ne peut qu'être
nuisible à l'art. LOon Kreutzer est donc mort
sans avoir, par sa faute, acquis la notoriété qu'il
méritait à tant de titres, et cela est d'autant
plus regrettable qu'il eût certainement occupé
une place à part, et fort importante, parmi les
artistes les plus distingués de la nouvelle école
française. Musicien consommé, symphoniste
remarquable, poète vérilablement inspiré, cher-
chant un peu trop l'originalité, il est vrai, et
et atteignant parfois la bizarrerie, Kreutzer
avait tout le tempérament et présentait toute
l'envergure d'un grand artiste.
Il faut ajouter qu'à son grand talent de com-
positeur, il joignait les rares qualités du criti-
que et de l'analjste. Doué d'une intelligence
vaste et diverse, que rehaussait une instruction
solide, pratique et variée, tiiéoricien profond et
très-expérimenté, né et élevé dans un milieu
tout artistique, ses connaissances techniques
étaient relevées encore par un rare savoir litté-
raire et par la possession de plusieurs langues,
avantage inappréciable pour qui veut s'occuper
d'études critiques et historiques concernant un
art ou une science quelconque. Très-versé dans
les littératures étrangères, l'esprit étendu par
le fait des voyages fréquents que sa position de
fortune lui permettait d'effectuer, il possédait
toutes les qualités nécessaires pour faire un
critique excellent et respecté. Aussi, les travaux
qu'il publia en dehors de son feuilleton de
critique courante de VUnion (il avait débuté
sous ce rapport dans la Quotidienne), soit dans
la Revue et Gazette musicale, soit dans la
Reviie contemporaine, soit dans YEnclyclopé-
die du XIX" siècle, peuvent-ils être lus avec
fruit et consultés avec utilité. Il est fâcheux
qu'on n'ait pas songé à réunir en volume la
longue et intéressante série d'articles sur l'Opé-
ra en Europe qu'il publia dans le premier de
ces recueils, ni la substantielle étude sur Meyer-
beer qu'il donna dans le second ; ces deux
écrits trouveraient on ne peut mieux leur
place dans toute bonne bibliothèque musicale.
Entre autres travaux donnés par lui à VEncy-
clopédie dit XIX^ siècle, il faut signaler sur-
tout l'article Opéra, Opéra- Comique, qu'il
rédigea de concert avec M. Edouard Foumier,
et dont les deux auteurs firent faire un tiré
à part sous ce titre : Essai sur l'art lyrique
au théâtre, depuis les anciens jusqti'à Meyer-
beer (Paris, Bouchard-Huzard, 1849, in-12.)
On trouvera de nombreux détails sur cet
artiste distingué dans une brochure publiée
par moi sous ce titre : Léon Kreutzer (Paris,
LiepmannssohnetDufour, 1868, in-8° de 16 pp.).
KRIESEL ( ), artiste né vers 1815,
a tenu dans divers petits théâtres de Paris, les
les Délassements- Comiques, les Folies-Marigny,
les Nouveautés, les Folies-Montholon, l'emploi
de chef d'orchestre. Il a écrit la musique de
deux opérettes en un acte : l'Orphéon de
Fouilly-les-Oles, et un Pierrot en cage, re-
présentées toutes deux aux Folies-Maiigny en
1865. Cet artiste est mort à Paris, en 1876.
KRIGAR (Heruann), pianiste et composi-
teur, né à Berlin le 3 avril 1811, commença
d'abord par s'occuper de peinture, mais au
bout de peu de temps abandonna l'élude de cet
art pour celle de la musique, qui convenait
mieux à son esprit. Il devint l'élève de plusieurs
grands artistes, et travailla, à Leipzig, sous la
direction de Mendelssohn, de Robert Schumann,
(le Moritz Hauptmann, de Finck et de Jules
Knorr. En 1845 il revenait s'établir à Berlin,
ou il se livrait à l'enseignement et à la com-
position, tout en fournissant des articles de
critique à la Nouvelle Gazette musicale, et en
1852 il fondait en cette ville une Société de
chant pour laquelle il écrivait un grand nombre
de chœurs pour voix d'hommes. Devenu direc-
teur de la musique royale en 1857, il a rédigé,
depuis 1874, le Calendrier musical publié
par les éditeurs Bote et Bock. M. Hermann
Krigar a écrit de nombreux airs pour des comé-
dies et vaudevilles, et on lui doit aussi des mo*
têts, des psaumes, des lieder, des chœurs à 4
voix, ainsi que différents morceaux de musique
instrumentale.
KRINITZ (M"» DE), femme de lettres
française, qui a adopté le pseudonyme de
Camille Selden, sous lequel ses écrits ont été
publiés, est née vers 1835. Sous ce nom de
Camille Selden, M™" de Krinitz a livré au
public un petit volume portant ce titre : la
Musique en Allemagne : Mendelssohn (Paris,
Germer-Baillière, 1867, in-12), qui n'est qu'une
sorte de paraphrase d'un certain nombre de
lettres de l'auteur de Paulus, et qui ne donne
ni une biographie du maître, ni un jugement
raisonné sur son œuvre et son génie. Il n'y a
52
KRINITZ — KRUGER
là qu'une dissertation assez élt?gante au point
de vue de la forme, mais sans valeur historique,
estliétique ou critique. Quelques annt^es aupa-
ravant, le même écrivain avait publié un récit
roiiHinesqne, intitulé Daniel Vlady, liistoire
d'uu musicien (Paris, Charpentier, 1862,
in- 12).
KltOLL (Franz), pianiste et professeur
allemand, né à Bromberg en 1820, fut l'élève
de M. Liszt à Weimar, et se livra ensuite à
renseignement. S'étant établi à Berlin en 1849,
il s'occupa, tout en donnant des leçons, d'assez
importants travaux pédagogiques, et fut un
instant (1863-1864) professeur au Conservatoire
de cette ville. Il publia aussi quelques compo-
sitions, mais n'obtint jamais de grands succès
sous ce rapport. 11 fut plus heureux avec ses
éditions nouvelles d'œuvres anciennes, notam-
ment celle qu'il fit du Clavecin bien tempéré
de Jean-Sébastien Bach, qui fut bien accueillie
du public. On cite aussi comme dignes d'estime
et d'attention ses critiques et observations sur
la musique ancienne et nouvelle de piano,
publiées à Berlin en 1867. Franz Kroll est mort
en celte ville le 28 mai 1877.
KROMER (Valentin), évéque de Varmie,
homme d'État, historien renommé, l'un des
homrnes les plus remarquables qu'ait produits
la Pologne, naquit à Biecz, près de Cracovie,
en 1612, et mourut en 1689, à l'âge de soixante-
dix-sept ans. Kromer n'est cité ici que pour
deux écrits publiés en lalin par lui et relatifs
à la musique. Ce savant prélat avait appris
les éléments de la musique à Biecz, sa ville
natale, et son seul professeur avait été le
maître d'école attaché à l'église paroissiale,
lequel enseignait le plain-chant aux enfants de
clid'ur. Des deux petits ouvrages qu'il publia
par la suite, l'un élait intitulé : De conceniibxix
musices guos chorales appellamus, l'autre :
Musica ficjurata.
IWXOXLVAN (Hei'.mann), musicien et litlé-
rateiu', rédacteur de la Carlsruher Zeitung,
a écrit les paroles et la musique d'un opéra
en trois actes intitulé Magellone, qui a été
représenté sur le théâtre de Carlsrulie le 24
avril 1874. L'auteur était mort quelques
semaines avant l'apparition de son o'uvre, qui,
du reste, n'obtint qu'un très-médiocre succès.
Je n'ai pas d'autres renseignements sur cet
artiste, qui, je crois, n'avait pas abordé la scène
avant cet ouvrage.
* HRUG (Gustave). — Les renseignements
qui suivent compléteront et rectifieront ceux
qui ont été donnés par la Biographie nnirer-
selle des Musiciens sur cet amateur distingué.
— Pianiste habile et compositeur de talent,
M. Krug, qui est né à Berlin en 1810, commença
d'abord par l'étude du droit, qu'il fil aussi
complète et aussi étendue que possible. Cela ne
l'onipêcha pourtant pas de travailler la musique
l)our son agrément, et de suivre un cours de
piano et de composition avec Louis Berger.
En 1845, il fut nommé magistrat (juge) à
Naumbourg, et il occupe encore ces fonctions
à l'heure présente.
* KRUG (Diedrich), pianiste, professeur et
compositeur, est né à Hambouig erf 1821 et a
été l'élève de Jacob Schmitt. Le nombre des
compositions de cet artiste ne s'élève guère
à moins de 350, parmi lesquelles on trouve,
pour une part, un très-grand nombre de mor-
ceaux de genre pour le piano, fantaisies, ro-
mances sans paroles, etc., et en second lieu
toute une série d'études pour le même instru-
ment, publiées pour la plupart à Leipzig, chez
l'éditeur J. Schuberth.
KRUG (Ahnold), pianiste et compositeur,
(ils du précédent, est né à Hambourg en 1848,
et a été l'élève de son père.
Après avoir terminé son éducation, il se con-
sacra à l'enseignement et devint, en 1872, pro-
fesseur de piano au conservatoire de Stem à
Berlin, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de se li-
vrer avecactiviléà la composition. Quoique fort
jeune encore, M. Arnold Krug a déjà publié les
ouvrages suivants : Trio pour piano, violon et vio-
loncelle, op. 1, Leipzig .Forberg ; 7 Lieder avec
piano, op. 2; 4 Phantasiestiicke, pour piano,
op. 3; Impromptus en forme de valse pour piano
à 4 mains, op. 4; Fragment du 130^ Psaume, pour
5 voix et chœur a cappella, op. 6; 5 Lieder
avec chœur, op. 7; 5 Z,/erfer à voix seule, avec
[tiano, op. 8; Symphonie pour orchestre, en xit,
op. 9 , elc.
M. Arnold Krug, qui, en 1869, avait obtenu à
Francfort-sur-le Mein le prix de la fondation
Mozart, remporta en 1877 un autre succès du
même genre : il se vit décerner par l'Académie
des arts de Berlin le prix delà fondation Meyer-
beer. Le programme du concours ouvert à cette
occasion consistait dans la composition d'un opé-
ra en un acte [la Mort de l{i:,zio), d'une fugue
double à 8 voix et deux chn-urs a cappella, et
d'une ouverture à grand orchestre. Le prix, de
4,500 marks (5,025 francs), comportait l'obliga-
tion, pour le lauréat, de faire un voyage de six
mois en Italie et à Paris, et de passer six autres
mois à Mimich, Dresde, Leipzig et Berlin.
KUiJGER (GoTTMEB), flûtiste distingué,
allaclié comme première flûte à la chapelle du
roi de Wurteniherg, naquit a Berlin en 1790
Jj
RRUGER — KUMMEU
53
ot mourut à Sfuttgani le 8 mai 1868. Il était
le père de M. W.Kriiger, pianiste et composi-
teur bien connu, qui a longtemps habité Paris.
{\ .Biographie universelle des Musiciens, t. V.)
KUFFEIIATH (Louis), frère de Jean-Her-
manuKufferath et de Hubert Ferdinand Kuft'eralh
(V. Biorjruphie universelle des Musiciens, T.
V), naquit à Mulheim le 10 novembre 1811,
commença de bonne heure l'étude de la musique
sous la direction de son frère Jean-Herman , et
plus tard travailla avec Frédéric Schneider. On
assure que dès l'âge de huit ans il commençait
à composer. Devenu un brillant pianiste, il se
fit entendre avec succès en Allemagne et ea Hol-
lande. Après s'être fixé en 1836 à Leeuwarden,
où il devint directeur de l'École de musique,
il s'établit en 1830 à Gand,où il dirigea pen-
dant deux ans la Société royale des chœurs,
tout en se livrant avec activité à l'enseignement
et à la composition.
On connaît de cet artiste un grand nombre de
compositions de divers genres, parmi lesquelles je
citerai les suivantes; 3 Polonaises pour piano;
3 Valses pour piano ; Valse pour piano à 4 mains ;
quelques morceaux originaux pour le même ins-
tiuinent (Souvenance, un Moment de distrac-
tion, la Branche de lierre, un Soir d'hiver,
etc.) ; quelques chœurs pour 4 voix d'hommes ;
Préludes pour orgue; Messe à 4 voix, avec or-
chestre et orgue; Arlevelde, cantate ; 250 ca-
nons, etc., etc.
* KUHE (Guillaume), pianiste et composi-
teur, est né non à Sluttgard en 1822, mais à
Prague le 10 décembre 1823.
* KUHLAU (Frédéric), compositeur, était
né à Uelzen le 11 septembre 1786, et est mort
à Copenhague le 12 mars 1832.
* KULLAK (Théodore), virtuose sur le
piano, professeur et compositeur, est né non
à Berlin en 1820, mais à Krotoczin, dans le
duché de Posen, le 12 septembre 1818. Protégé
par le prince Antoine Radzivvill, qui l'avait
pris en affection, il dut à ce personnage de
pouvoir faire d'excellentes études musicales,
d'abord à Posen sous la direction du piofesspur
Agthe, puis à Berlin avec IMM. Taubert et Deiin,
et enfui à Vienne avec C/.erny et Sechter. Des
l'âge de cinq ans il jouait du piano, et il en
avait à peine onze lorsqu'il se produisit avec
succès dans un concert donné à Posen, devant
la cour, en compagnie de la célèbre chanteuse
M»* Sonlag. Devenu jeune homme, il suivit
pendant cinq ans les cours de l'Université do
Berlin, après quoi, en 1842, il alla donner à
Vienne et dans toute l'Autriche une série de
concerts qui commencèrent sa réputation. De
retour à Berlin l'année suivante, il y devint
professeur de musique de la maison royale, fut
nommé en 1846 pianiste du roi de Prusse, prit
part à l'organisation de l'Association des artistes
musiciens, puis fonda en 1850, avec Stem, l'ins-
titution connue d'abord sous le nom d'École de
musique de Berlin et ensuite sous celui de Con-
servatoire de Stem, institution dont il fut pen-
dant cinq ans l'un des directeurs, et enfin créa
en 18.')5 la nouvelle Académie de musiipie. De-
puis lors il n'a cessé d'habiter Berlin, oii il e.st
extrêmement estimé comme professeur, et oii
il a formé un nombre considérable d'élèves qui
sont devenus des artistes de talent.
Parmi les nombreuses compositions de M.
Théodore Kullak, on remarque un concerto
pour piano avec accompagnement d'orchestre,
des sonates, des trios, une série d'études publiée
sous le litre de l'École du jeu en octaves, de
nombreux caprices (Psyché, la Gazelle, Perles
d\'cume, les Arpèges, etc.), des romances, et
toute une|collection de transcriptions pour le pia-
no de mélodies nationales allemandes, espagno-
les, russes et hongroises.
* KULLAK (Adolphe), frère du précédent,
né à Moseritz le 23 février 1823, est mort à
Berlin le 25décembre 1862. Pianiste et composi-
teur, il a publié pour son instrument un certain
nombre d'agréables morceaux de genre : fantai-
sies, impromptu, rêveries, idylles, ballades,
nocturnes, etc.
KULLAK (Franz), neveu du précédent et
fils de M. Théodore Kullak, né à Berlin eu 1842,
est devenu aussi un pianiste distingué, il rem-
plit aujourd'hui, à la nouvelle Académie de mu-
sique fondée par son père, les fonctions de pro-
fesseur de piano et de directeur de la classe
d'orchestre. Cet artiste a écrit la musique d'un
opéra qui jusqu'ici n'a pas encore été représenté.
* KUMMER (Gaspard), flûtiste, est mort à
Cobourg le 21 mai 1870.
* KUMMER (Frédéric-Auguste), violon-
celliste et compositeur. — Je n'ai aucun rensei-
gnement nouveau à donner sur cet artiste, mais je
ne crois pas inutile de faire remarquer que le nom-
bre de ses œuvres publiées s'élève aujourd'hui à
plus de 160.
M. Kummer a eu trois fils musiciens : 1° Olto
Kummer, né le 19 avril 1826, violoniste, fait par-
tie de la chapelle royale de Dresde : 2" Mav-
Charles Kummer, violoncelliste, né le 23 avril
1842, est mort à Odessa le 18 septembre 1871 :
3" Ernest- Charles Kummer, violoncelliste aussi,
né les novembre 1844, a appartenu à la chapelle
royale, et est mort le 2 août 1860. — Un fils de
M. Olto Kummer, Alexandre-Charles Kummer
54
KUMMER — RUSTER
né le 10 juin ISJO, violoniste, a été l'élève de
Fcnlinanil David au Conservatoire de Leipzig,
et habite aujourd'hui l'Angleterre.
* lîUNC (ALOYs-MAnTiN). Au mois de no-
vembre 1863, M. Aloys Kunc quittait Ancli pour
revenir à Toulouse comme professeur et maître
dech.ipelle du collège Sainte-Marie dirigé par
les PP. de la connpagnie de Jésus, et comme
organiste de l'église Saint-Aubin. Dans ces derniè-
rt-s fonctions, il a été parfailement secondé par
sa jeune femme, pianiste habile et organiste fort
distinguée. Fille aînée de M. Durgein, organiste
de la métropole d'Auch, M'"' Aloys Kunc, une
des meilleures élèves de la classe de madame
Farrenc au Conservatoire de Paris , n'a pas tar-
dé à prendre elle-même à Toulouse le premier
rang parmi les professeurs de piano.
En 1S6.5, M. Aloys ICunc échangeait le poste
de Sainte-Marie contre celui d'organiste et de]maî-
tre de chapelle à l'église de Jésus. Là, il fonda une
société de jeunes gens, vouée au chant des of-
fices, et qui, pendant huit années, a donné les
mpilieurs résultats. C'est incontestablement aux
tentatives heureuses faites dans cette église
quest <iùle mouvement de restauration qui s'est
produit depuis lors dans les églises de Toulouse.
En 1868, les travaux divers de M. Aloys Kunc
lui méritèrent une faveur particulière :Me pape
Pie IX lui fit adresser le bref de chevalier de
l'ordre de Saint-Sylvestre et de l'Éperon d'or,
en lui envoyant en môme temps, comme témoi-
gnage tout particulier de son estime , les insignes
de l'ordre. En 1870, la place de maître de chapel-
le de la métropole lui était offerte pour la deuxiè-
me fois. M. Kunc prit possession de ces fonctions
le 15 juin. Il fut aussi nommé à la même époque
suppléant de M. Hommey, comme professeur de
haut solfège et de transposition au Conservatoire
de Toulouse, et en même temps professeur de
musique à l'écoU normale, place qu'il occupe
encore aujourd'hui. — Plusieurs ouvrages de
M. Aloys Kunc lui ont mérité un prix à l'^-xpo-
sition générale de Rome en 1870, etde nouveaux
brefs du pape sont venus encourager leur au-
teur. Au mois de décembre 1874, M. Kunc a fon-
dé à Toulouse, .sous le titre de Musica sacra,
une nouvelle revue de chant liturgique etde mu-
sifiue religieuse.
Les ouvrages publiés par cet artiste, depuis
1863, .sont les suivants : 1" Corona .sacrn, re-
cueil décent morceaux religieux (deux éditions) ;
2" Chants de la milice du Pape, cantiques fran-
çais ; 3" Recueil de faux-bourdons notés en clef
de sol ; 4° Manuel de chant religieux, en no-
tation usuelle ; 5° Messeà 3 voix en faux-bour-
don, in-folio de lutrin; c'Écrin de l'organiste,
ofliccsdu matin ; 7' Quinze motels, transcrits;
8° Cantiques populaires pour l'Église et la Fran-
< e (nombreuses éditions, traductions en plusieurs
langues); 9° De la musique religieuse (Congrès
de Malines); 10" Nouvel Essai sur la tradition
du chant grégorien ; 1 1" Recherches historiques
sur Tart musical religieux (Revue de Gasco-
gne), etc., etc.
A. L— N.
KUI\TZE (Charles), compositeur, pianiste,
organiste et chef d'orchestre, est né à Trêves le
17 mai 1817. Élève de l'Académie et de l'Ins-
titut de musique d'église de Berlin, il a reçu
dans cet établissement uneexcellenle éducation,
est devenu directeur de musique à Aschersiebeu,
et s'est fait connaître comme compositeur par
un grand nombre de productions de genres très-
divers. Ses œuvres, dont le nombre ne s'élève
guère aujourd'hui à moins'de trois-cents, et qui
l'uibrassent un peu tous les genres, consistent en
licder et chœurs pour voix d'hommes, en mar-
ches, morceaux de danse, ouvertures pour or-
chestres symphoniques et pour musiques d'har-
monie, en motets. Ave Maria et diverses autres
compositions de musique religieuse. On con-
naît aussi de lui une opérette en un acte, Dans
la montagne, qui a été donnée sur le Thalie-
Théâtre, à Dessau , au mois de janvier 1875.
M. Charles Kunize a dirigé avec talent plusieurs
grands festivals de musique de chant.
I>U01\ (Giovanni), musicien italien, mort à
Rome au mois de décembre 1875, à l'âge de 75
ans, a publié un petit traité d'harmonie et d ins-
trumentation.
* IîÛSTER(Hermann), directeur de musique
et organiste du Dom à Berlin, est né à Templin
le 14 JHillet 1817, et est mort à Berlin le 17 mars
1878. Les lignes suivantes compléteront en vn
rectifiant quelques détails, la notice publiée sur
cet artiste dans la Biographie universelle
lies Musiciens.
Organiste remarquable, KiJster avait reçu une
excellente et .solide éducation. Élève d'abord de
Chr. Kock pour le piano et poui' l'orgue, il entra
en 1842 à l'Académie des arts de Berlin, où il
eut pour maîtres L. Berger pour le piano, A. W.
Bach pour l'orgue, Rungeidiagen et A. B. Marx
pour la théorie de l'art. Après trois années pas-
sées dans cette institution, il fut appelé à Sarre-
bruck pour y remplir les fonctions de directeur
de musique. De retour à Berlin en 1852, il alla
faire un court séjour à Diesde, puis revint dans
la capitale delà Prusse, où il s'établit connue
professeur. C'est en 1857 seulement qu'il succéda
à M. Grell comme organiste de la cour et du
Dom de cette ville.
KUSTER — KWAST
55
Parmi les composilioas les plus importantes
de luisfer, il faut citer d'abord les six oratorios
dont les titres suivent : Judith, Julien r Apos-
tat, r Apparition de la croix, Jean l'Évangé-
liste, la Patrie éternelle, et Hermann le Ger-
main ,• puis des psaumes, des cantates, des mo-
tels, des lieder, de nombreux préludes pour
orgue, et diverses compositions symphoniques.
Kûster s'est fait connaître aussi comme écrivain
sur la musique, en donnant à V Echo, de lîerlin,
ainsi qu'à la Nouvelle Gazette musicale de la
même ville, plusieurs travaux importants, entre
autres une élude qui portait ce titre : Sur
V « Israël en Egypte » de Hxndel (1854). On
lui doit encore l'écrit suivant : Exposé populaire
pour l'instruction et la description de la mu
^i5«e(Lpipzig,Breitkopf et Hfcrtel, 1872), ouvrage
divisé en trois cycles et formé d'une série de
conférences faites par l'auteur de 1869 à 1871.
KWAST (Jacob), jeune pianiste de talent,
musicien sérieux et surtout d'avenir, élève de
M. Brassin et pensionnaire de S. M. le roi des
Pays-Bas, est né à Dordrecht. Il serait appelé
à devenir un artiste fort distinf;ué,^'il n'avait de
lui-même une opinion beaucoup trop favorable.
Sa vanité et une trop grande dose de suffisance
l'empêchent de développer et de perfectionner
son talent, d'acquérir ce qui lui manque encore,
et c'est dommage, car avec plus de modestie et de
simplicité dans les formes, il pourrait parvenir
sans aucun doute à faire honneur à son pays. Il
est actuellement professeur de piano au Conser-
vatoire de Cologne, et vient d'épouser une jeune
actrice allemande. M'" Tony Hiller, fille de
M. Ferdinand Hiller (1).
Ed. de h.
(1) Après avoir été l'élève de M. Br.issin au Conserva-
toire de Bruxelles, M. Kwast a reçi à Leipzig des leçons
de Moscheles. Il s'est fait entendre plusieurs fois en cette
ville, avec succès, à partir de 1870, et c'est en 1874 qu'il
fut nommé professeur de piano au Conservatoire de Colo-
gne. — A. r.
* LAUARRE (Théodore). Nous compléte-
rons le répertoire de ce compositeur en mention-
nant les trois ouvrages suivants : 1° Panta-
gruel, 2 actes, joué une seule fois à l'Opéra, le
24 décembre 1855; 2" Gvaziosa, ballet en un
acte, Opéra, 25 mars 1861; 3° le Roid'Yve-
tol, ballet en un acte. Opéra, 28 décembre 1865.
Un fait singulier empêcha la seconde représen-
tation de Pantagruel : l'empereur Napoléon
assistait au spectacle dans lequel cet ouvrage
fit cette apparition,'et l'on s'avisa, un peu tard,
que la commission de censure, dite commission
d'examen, avait laissé subsister, dans le livret,
certains passages qui prêtaient à des allusions po-
litiques fâcheuses ; il n'en fallut pas davantage
pour exciter le courroux du souverain, et mal-
gré la situation d'inspecteur-accompagnateur que
Labarre occupait à la chapelle impériale depuis
1852, Pantagruel fut condamné sans rémission.
Quant au Boi d'Yvetot, on assura que Labarre
n'était point l'auteur de la musique de ce ballet,
et qu'il n'était en cette circonstance que l'arran-
geur et le prête-nom d'un amateur titré : M. le
prince Richard de Metlernicb.
Labarre avait succédé en 1867 à Prumier,
comme professeur de harpe au Conservatoire. Peu
d années après, il se chargeait de faire la cri-
tique musicale dans un journal nouvellement
fondé, Paris illustré ; mais il mourait presque
subitement, le 9 mars 1870, avant d'avoir pu
donner son premier article, et l'on me confiait
la tâche qu'il avait assumée.
LABAT ( ) Un artiste de ce nom a fait
représenter sur le théâtre de Montpellier, le
21 germinal an II (Il avril 1794), le Vieillard
philosophe ou le Double Hymen, pastorale
héroïque en 3 actes, dont il avait écrit la mu-
sique. Le livret de cet ouvrage a été imprimé.
* LABAT, (Jean-Baptiste), compo.sileur,
organiste et écrivain sur la musique, est mort à
Lagarosse (Tarn-et-Garonne), le6 janvier 1875.
Les écrits nombreux de cet artiste, d'ailleurs
intelligent et laborieux, sont des travaux de
seconde main, dans lesquels on clierclierail vai-
nement des fails nouveaux, des vues person-
nelles ou des tendances originales, et qui, par
conséquent, ne peuvent rien apprendre à ceux
qui sont au courant de rhi>luiie de l'art et des
recherches de leslliétique moderne. Au surplus,
le seui de ses ouvrages qui ait quelque impor-
tance et quelque étendue est celui qu'il a intitulé
«mbitieusement : Études philosophiques et
morales stcr l'histoire de la musique, ou
Recherches analytiques sur les éléments
constitutifs de cet art à toutes les époques,
sur la signification de sçs transformations,
avec la biographie des auteurs qui ont con-
couru à ses progrès (2 vol.). Sous le couvert
de ce titre sonore et étendu, on ne trouve
qu'une compilation un peu banale, présentant
un résumé historique qui n'est pas exempt
d'erreurs et dont le plan lui-même n'est pas
toujours très-logique, et dans laquelle on ne
trouve nulle trace de vues morales ou philoso-
jibiqnes.
* LAIîLACHE (Lotjis),'célèbre chanteur ita-
lien, a publié, outre la Mélhoiie de chant que
l'on connaît de lui, 28 Exercices pour voix de
basse et 12 Vocalises pour la même voix. M.
L. Couailbac a consacré, dans la Galerie des
artistes dramatiques de.Paris, une notice à cet
artiste fameux (Paris, Marchant, 1841, in 4 de
4 pp.), et l'on a publié en Italie un grosse brochure
ainsi intitulée : Onori alla memoria di Luigi
Lablache (Naples, Cottrau, 1858, in-4).
LABORY ( ), compositeur belge et
chef de musique militaire, né en 1843, a tra-
vaillé, dit-on, sous la direction de Fétis, et ensuite
de M. Gevaert. Il s'est fait une réputation pour
son habileté comme chef de musique, et n'a guère
écrit et publié moins de 200 morceaux de tout
genre pour musiques d'harmonie et fanfares. On
lui doit aussi un opéra en 2 actes doul j'ignore le
titre et qui a été représenté en 1809 à Louvain
et à Namur, ainsi qu'un Te Deum qu'il a fait
entendre d'abord à Louvain, et qui a été exé-
cuté en Angleterre lors des fêles célébrées pour
la convalescence du prince de Galles.
LAIÎOUBEAU ( ), artiste resté abso
lument inconnu, est auteur d'une Théorie de
lecture musicale (1842, in-12).
LABUIOLA (P ), compositeur italien
contemporain, ne m'est connu que par la pu-
blication d'un album de chant avec accompa-
gnement di> \mno, Seredi Aapoli, formé de six
mélodies écrites sur des vers du poète Domenico
Bolognese (Milan, Lucca), et parcelle d'un autre
albiun de douze mélodies : Aure dell Infras-
caia.
LABRO (Nicolas-Chahi.f.s), contrebassiste
LABRO — LACOiMBE
57
et professeur, est né à Sedan le 19 octobre 1810.
Admis au Conservatoire de Paris, le 23 janvier
1830, dans la classe de violoncelle de M. Vaslin,
il abandonna bientôt cet instrument pour se li-
vrer à l'étude de la contrebasse, et entra dans
la classe de Chenié. Il obtint un second prix de
contrebasse en 1833, le premier en 1833, puis
passa quelque temps dans la classe préparatoire
de contrepoint et fugue d'Elwarf. Depuis cette
époque, M. Labro fait partie, en (lualilé de pre-
mière contrebasse, de l'orcbestre de la Société
des concerts du Conservatoire et de celui de l'O-
péra-Comique. Il a été nommé, le 1" décembre
1853, professeur de contrebasse au Conserva-
toire, en remplacement de Cbaft. Cet excellent
artiste a publié, en 1870, une très-bonne il/e//io-
dede contrebasse, en tête de laquelle il a placé
sous ce titre modeste : iVoici sur la contrebas-
se, un résumé bistorique très-utile et très-bien
fait sur cet instrument. J'ai rendu compte lon-
guement de cet ouvrage, lors de son apparition,
dans la Revue et Gazette musicale.
LACERDA (D. Bernarda FERREIRA
DE), dame portugaise illustre, s'est distinguée,
dans les lettres et dans les arts. Elle savait la plu-
part des langues vivantes de l'Europe, et connais-
sait à fond les langues, mortes, le latin, le grec
et riiébreu ; elle avait fait en outre de très-fortes
études sur la poésie et l'bistoire; sentaient dans
la musique était fort remarquable, et elle par-
vint à jouer d'une façon supérieure la plupart
des instruments connus ; enlin, ses dessins et
surtout ses minialures| étaient admirés dans
toutes les Espagnes. Sa réputation était si grande
vers le commencement du XVII siècle, que Phi-
lippe m, roi d'Espagne, la chargea de l'éduca-
tion de ses fils, malgré le grand nombre de sa-
vants illustres qui aspiraient à cette charge.
D. Bernarda n'accepta point cet honneur, et
préféra rester chez elle (à Lisbonne), au milieu de
ses livres. Elle était née en I.')9â à Porto, d'une
famille très-noble, et mourut en 1G44. En de-
hors de ses éludes, elle s'intéressait à toutes les
entreprises utiles, et elle encouragea bien des
fondations, entre autres celle du couvent des
Carmes déchaussées à Goa (Inde portugaise). Elle
laissa beaucoup de manuscrits, entre autres celui
d'un ouvrage estimé ; Hespanha liberlada.
J. deV.
LACÏIEURIE (Eugène), compositeur, né à
Paris le 7 juin ls31, élève d'Halévy et de M. Bar-
bereau, a pris part en 1856 au concours de l'Ins-
titut, et a obtenu le deuxième second grand
prix de composition musicale. Le 15 février 1867,
cet artiste faisait exécuter, à l'Athénée, dont
les concerts étaient dirigés par M. Pasdeloup,
une symphonie de sa composition. Depuis lors,
il n'a plus fait en aucune façon parler de lui.
LACHEZ (Théodore), architecte, membre
de la Société centrale des architectes, inspecteur
des travaux publics et de la Préfecture de police,
a publié l'écrit suivant : Acoustique et Optique
des salles de réunions publiques, théâtres,
et amphithéâtres, spectacles,' concerts, etc.,
suivies d'un projet de salle d'Assemblée cons-
tituante pour neuf cents membres (Paris,
l'auteur, 1848, in-8 de 137 pp., avec trois-
pl.uiches gravées sur cuivre).
* LACHiXER (Théodore), l'aîné des quatre
frères de ce nom, est mort le 23 mai 1877 à
iMunich, où il remplissait les fonctions d'orga-
ni-^te de la cour.
* LACHiXER (François). — Parmi les com-
positions de cet artiste remarquable qui n'ont
pu être comprises dans le catalogue donné
par la Biographie universelle des Musiciens, il
faut signaler plusieurs suites d'orchestre, dont
une intitulée Ballsuite, une suite pour piano et
violon ou violoncelle, une grande messe de Re-
quiem en/«, deux trios pour voix de femmes,
et les récitatifs qu'il a écrits pour la traduction
allemande de Médée, l'un des plus beaux opéras
de Chérubini.
LACHNER (Ignace), a célébré, le 18 octobre
1875, le cinquantième anniversaire de son en-
trée dans la carrière de chef d'orchestre. Depuis
cette époque, il vit|)aisible et retiré à Francfort.
* LACHIXER (Vincent). Parmi les œuvres
de cet artiste, il faut citer les deux ouvertures
de Turandot et de Démétrius.
* LACOAIBE(Loiis BROUILLOiX-), pia
niste et compositeur. Parmi les œuvres nom-
breuses publiées pour le piano par cet artiste
distingué, il faut surtout signaler les suivantes r
1° Grande sonate de salon, op. 33, Paris,
Colombier; 2'^ Grandes études, op. 19, id., iJ.;
3*^ Études de salon, op. 38, id., id.; 4° 6 Études
de style et de mécanisme, Paris, Heugel; b°
les Harmonies de la nature, 9 morceaux ca-
ractéristiques, Paris, Choudens ; 6" Grand Ca-
price, op. 1, Paris, Lemoine ; 7" Bacchanale,
élude de concert, Paris, Heugel ; 8° 4 Noctur-
nes brillants, op. 8, Paris, Colombier; 9" 3 Noc-
turnes, op. 24,id.,id.; 10° 3 Mélodies, op. 18,
id., id.; 1 r Simples Mélodies (6 morceau\)Paris,
Choudens; 12° 3 Nocturnes, op. 33, id., Gérard ;
13" Valse de concert, op. 29, id., id.; 14" Suite
de valses, op. 70, Paris, Gregli. M. Louis La-
combe a publié aussi des chœurs orphéoniques :
Extase, Hymne, le Matin (Colombier), et,
pour voix seule : 6 Fables de la Fontaine (le
Renard et le Houe, le Lion devenu vieux, le
)8
LACOMBE — LACOME-D'ESTALENX
Renard et la Cigogne, le Lièvre et les Gre-
nouilles, l'Ane chargé de reliques, la Lai-
tière et le Pot au lait), op. 72 Gregli); 2 Sonnets
de François Barrillol, eu quatre livres (Grcgli);
2 Sonnets de Zacharie Aslruc (Gregli), etc. M.
Lacombe a écrit la musique <ie VAmour, drame
lyrique de M. t^aulin Nil)o\el, qui fui représenté
vers 1855 au Ihéfttre Saint-Marcel, alors que cette
petite scène populaire était dirigée par le grand
comédien Bocage. Cet artiste s'est occupé aussi
de littérature musicale, et a donné quelques ar-
ticles au journal la Chronique\musicale.
M. Louis Lacombe aé|)Ouséen secondes noces
une aimable cantatrice, M"' Andréa Favel, qui
fil pendant quelques années partie du personnel
de rOpéra-Comique, oîi elle acquit une certaine
réi)utation. Elle avait fait ses études au Conser-
vatoire, d'où elle était sortie avec un second prix
d'opéra-comique et un accessit d'opéra (1851).
Elle quitta de bonne heure le théâtre, pour se
livrer à l'enseignement. Cette artiste distinguée
a publié sous ce titre ; La Science du méca-
nisme vocal et fart du chant (Paris, Enoch,
in-S°), une sorte de court traité dédiant accom-
pagné de nombreux exercices, qui avait paru
d'abord dans un journal spécial, la Chronique
musicale. Elle a signé cet ouvrage du nom de
M"'^ Andrée Lacombe.
LACOMBE (Paul), compositeur distingué
dans le genre instrumental, est né en 1837 à
Carcas.-^onne, où il fit sa première éducation
musicale sous la direction d'un professeur nom-
mé Teysseyre, qui avait été élève du Conserva-
toire de Paris, et qui lui enseigna l'harmonie et
le contrepoint. M. Lacombe travailla seul ensui-
te, se formant surtout par l'étude attentive des
œuvres des grands maîtres, et par de fréquents
voyages à Paris et à l'étranger, pendant lesquels
il recherchait avidement les occasions d'entendre
de bonne musique et de se familiariser avec les
produclions importantes de toutes les écoles.
Bientôt M. Lacombe se livra avec ardeur à la
composition, et dans l'espace dequelques années,
publia un certain nombre d'o'uvres qui se
<iistinguent par l'élégance de la forme et le (h'dain
de toute espèce de banalité. En voici la liste :
Sonate pour piano et violon, op. 8, Paris,
Maho ; — 2>^ Sonate, id., op. 17,'Leip/ig, Breit-
kopt et Htertel-, — ïrio pour piano, violon et
violoncelle, op. 12, id., id.; — Suite en la mi-
neur, pour piano, op. 15, Paris, Maho; — Qua-
tre morceaux pour piano et violon, op. l-i, id-,
id.; — Deux idylles pour piano, op. il, id.,
id.; — Nocturne et Impromptu, id, op., 13, id.,
id.; — Éludeslen forme de variations. id.,op, 18,
id., id.; — 4 Pièces pour piano à 4 mains, op.
9, Paris, Hartmann; — 3 Morceaux de fantaisie
pour piano et violoncelle, op. 10. id,, id.; —
Arabesques [tour piano, op. 16, id., id.; — Cinq
morceaux caractéristiques pour piano, op. 7,
Leipzig, Breitkopf et lUertel ; — Ouverture sym-
jibonique, arrangée pour piano à 4 mains, Paris,
Maho ; enlin, un certain nombre de mélodies vo-
cales, ne portant pas de numéros d'œuvre. La
plupart de ces compositions ont été exécutées à
Paris, dans des concerts, entre autres aux séan-
ces de la Société nationale de musique. Dans ces
derniers temps, et sans abandonner le genre de
la musique de chambre, vers lequel le portent
surtout ses goûts et ses études, M. Lacombe a
écrit plusieurs morceaux pour orchestre; son
premier essai public en ce genre a été une Pas-
torale, fort bien réussie, dont l'exécution a eu
lieu le 7 novembre 1875 au concert de l'Asso-
ciation artistique dirigée par M. Colonne (théâtre
du Chàtelet).
LACOME-D'ESTALE\'X (Paui.-Jean-
Jacques), compositeur, est né au Houga (Gers) le
4 mars 1838. Fils et petit-fils d'excellents musi-
ciens amateurs, il apfirit la musique et le pia-
no dès sa plus tendre enfance, et plus tard,
d'excellentes études littéraires qui se terminèrent
par l'obtention du diplôme de bachelier, ne
l'empêchèrent point de continuer à se livrer à
son goût passionné pour l'art. Très-jeune encore
il écrivit, sans connaître aucunes notions d'har-
monie, plusieurs actes d'opéra-comique et jus-
qu'à un grand opéra. Le hasard, heureusement,
le mit, à l'âge de dix-neuf ans, en relations avec
un artiste fort distingué, don José Puig y Absu-
hide, organiste d'Aire-sur-1'Adour, conlre-
pointiste fort habile qui avait été élève de la maî-
trise de Barcelone, et ensuite de Mercadante. M.
Lacoine fit, en trois ans, un cours complet de
composition avec cet artiste. Au bout de ces trois
années, le hasard amena M. Lacome à Paris :
le directeur du Musée des Familles as'Siit mis
au concours la mu.Mque d'une o|Ȏrette que le
directeur des Bouffes-Parisiens avait promis de
jouer ; M. Lacome concourut , vit son ceuvre
couronnée, et vint à l^aris pour en activer la re-
présentation. Malheureusement, c'était à l'épo-
que où les Bouffes- Parisiens, poursuivis parla
inalechance, changeaient d'administration plus
fré([uemment qu'il n'eût fallu |)our leur prospé-
rité. Bref, après quatre ans d'attente et deux ans
de rép('tilion> intennittcides. le Dernier des
Paladins (c'était le tihe de l'opérette en ques-
tion) finit par ne pas être joué.
Pendant ce tem|)s, M. Lacome, qui avait be-
soin de gagner sa vie et qui avait horreur de
l'enseignement, avait réussi à s'introduire dans
LàCOME-D'ESTALENX — LA PAGE
59
quelques journaux, auxquels il donnait de nom-
breux articles; il écrivit ainsi, sucessivemenl,
dans le Musée des Familles, le Grayid Jour-
nal, le Ménestrel, le Magasin d'éducation et
de récréalion, l'Art musical, l'Année illustrée,
la Revue et Gazette musicale, etc., etc. Il
composait beaucoup aussi, et publiait un certain
nombre de morceaux de divers genres. Mais
le lli(';Ure restait toujours son objectif. Au mois
de Juillet 1870, il donnait sur la petite scène
desFolies-Marigny une opérette en un acie, Epi-
cier par amour ; deux ans après, en 1872, il
faisait représenter à la Tertulia J'veux mon
peignoir,el En Espagne, petites pièces du même
genre, et l'année suivante il produisait au théâ-
tre-lyrique de l'Atliéiiée un opéra bouffe en trois
actes, la Dot mal placée, qui fut bien accueilli
et, peu après, traduit et représenté en Espagne.
Au mois de mai 1873, M. Lacome donnait aux
Bouffes-Parisiens une saynète intitulée leMouton
enragé, et au mois d'avril 1874, il faisait repré-
senter à la salle Taitbout un ouvrage en un acte
fort important. Amphitryon, qui était resté neuf
ans dans les cartons de l'Opéra-Comique. Peu
de mois auparavant,' M. Lacome, qui ressent
pour le génie de Destouches une admiration
profonde, avait fait exécuter au môme théâtre
un acte de Callirhoé, opéra de ce compositeur,
dont il avait retouché et augmenté l'orchestra-
tion sans enlever à l'œuvre son caractère particu-
lier. Enfin, le 28 octobre 1876, il donnait aux
Folies-Dramatiques un opéra-comique en trois
actes, Jeanne, Jeanne/te et Jeanneton.
M. Lacome, quiesldoué d'une rare facilité de
production, et qui écrit constamment, a en por-
tefeuille trois 'grands opéras, un opéra-féerie, et
unedixaine d'opéras bouffes et opéras-comiques.
Il a publié les œuvres suivantes : 1° Trio en ré
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris,
Richault; 2" Grande valse de concert, pour piano,
Paris, Escudier ; 3" Trois valses caractéristiques,
pour piano, id, id.; 4° Deux mazurkas caractéris-
tiques, pour piano, id., id.; 5° Quatuor (allegro
et romance) pour quatre cornets à six pistons,
Paris, Sax ; 6" Introduction et Polonaise pour
cornet à six pistons, id., id.-, 7° Pastorale pour
saxophone ténor, id., id.; 8° Trois lieder pour
chant, avec piano et violoncelle obligés, Paris,
Heu ; 9° Hymne à la France, chœur orphéoni-
<}ue, Paris, Durand-Schœnewerck ; 10° Chan-
son de Charles I\, id., i.L-, il" Plusieurs mé-
lodies vocales, publiées chez Heugel et chez Be-
noit-, 12° Douze Psaumes des lyriques fran-
çais, à xine ou plusieurs voix, avec accom-
pagnement d'orgue ou de piano, id., Leduc,
recueil remarquable au double point de vue de la
forme et de l'inspiration, et qui fait le plus grand
honneur à son auteur. — M. Lacome est l'éditeur
des recueils suivants : 1° le Don vieux Temps,
12 airs de société, sérieux, à fredons, à danser
et à boire, à une ou deux voix, par divers
auteurs oubliés des XVII« et XVlir siècles,
transcrits avec accompagnement de piano, par
P. Lacome (Paris Heugel); 2° Échos d'Es-
pagne, chansons et danses populaires recueillies
et transcrites par P. Lacome et J. Puig y Absu-
bide, traduction française de P. Làcome et du
comte J. de Lau Lusignan (Paris, Durand-Schœ-
newerk); 3" le Tour du Monde en 10 chan-
sons nationales et caractéristiques (Paris, Chou-
dens). (1) :
LACOUSTÈNE ( ), compositeur, a
fait ses études musicales au Conservatoire de
Toulouse, où il obtint diverses récompenses.
Devenu ensuite musicien au 77« régiment de
ligne, il a fait représenter sur le théâtre d'Agen,
au mois de février 1867, une opérette en un
acte intitulée le Caporal et la recrue, dont il
jouait et chantait lui-même le rôle principal.
LACROIX (Paul), écrivain fécond, qui
a adopté le pseudonyme littéraire de Bibliophile
Jacob, sous lequel il a publié la presque
totalité de ses ouvrages, est né à Paris le 27
février 1806. Dans un de ses écrits, intitulé :
Curiosités de l'Histoire des Arts (Paris, De-
lahays, 1858, in-16), se trouve un chapitre sur
les Instruments de musique au moyen âge.
• LACY(RoPHiNo), violoniste et composi-
teur, est mort à Londres le 20 septembre 1867.
Cet artiste était né à lîilbao, le 19 juillet 1795,
et non 1765, comme il a été dit par suite d'une
erreur typographique. C'est à Ropliino Lacy
que l'on doit « l'adaptation » anglaise de Robert
le Diable.
* LA FAGE (Juste-Adrien LENOIR DE).
A la liste des ouvrages didactiques et de.s
écrits de ce musicien, il faut ajouter les sui-
vants : 1° Nouveau Traité de plain-chant
romain, à Vusage de tous les diocèses, Paris,
Repos, 1859,in-8'^;— 2° Essais de diphthéro-
graphie musicale et moderne, ounotices, des-
criptions, analyses, extraits et reproduc-
tions de manuscrits relatifs à la pratique,
à la théorie et à Vhistoire de la musique, Pa-
ris, in-8'' avec atlas; — 3° De l'unité tonique et
de la fixation d'un diapason universel, Paris,
Dentu, 1859, in-8°; —4" Appendice au court
(l) M. Laeome est aussi réditeur.avcc M. Edmond Neu-
komm. d'une publication dont U n'a paru qu'un seul vo-
lume, l'Année musicale (Paris, Faure, 1867, In-lS), rédi-
gée, sous leur direction, par une réunion d'écrivains spé-
ciaux.
GO
LA PAGE
LA FONT
complet de plain-chant, Paris, in-S"; — h"
Gaétan Donizelii (extrait de la Biographie uni-
verselle), Paris, in-8"; — 6° La viusique mo-
derne attaquée par un évéque et défendue
par îin roi (extrait de la Maîtrise), Paris, typ.
deMourgiies, 1859, in-8" de 15 pp. ; — 7" Nicolas
Olivier, évéque d'Evreux (e\traif de la Revue
et Gazette musicale), Paris, impr. Cliaix, iii-
8° de 4 pp.; — 8° Lettera intorno alV introdu-
zione del metodo-Wilhem nelle scuole di
Torino, indirizzata al signor maestro Luigi
Felice Rossi, Milan, 1846, in-8" ; — 9" Banquet
choronien, ou; Réunion annuelle des anciens
élèves de l'école de chant fondée et dirigée
par Alexandre Choron (T* année, 1855), Pa-
ris, in-S" de 8 pp. (2* année, 1856), Paris, in-
8° de 8 pp. ; — 10° Pierre Bassi, ou le danger
des secondes noces (nouvelle musicale luimo-
ristique), Paris, in-8°. — Adrien de La Page
avait été rédacteur en chef du journal le Pluin-
chant, fondé en 1860 par l'éditeur Repos, et
devenu plus tard la Revue de musique sacrée
ancienne et moderne. Dieudonné Denne-Baron
a publié sur cet excellent artiste, dont il avait
été le collaborateur et l'ami, une notice inté-
ressante qui a paru sous ce titre : Adrien de
La Fage (s. l. n. d. [Paris, Repos, 1863] in-8).
Cette notice est accompagnée d'un portrait de
La Fage et de deux de ses compositions reli-
gieuses, un Ave Regina et un Saluiaris
avec accompagnement d'orgue.
LAFAYE ( ). Un compositeur de ce
nom a fait représenter en 1864, sur le théâtre
de Périgueux, un opéra-comique en un acte in-
titulé la Croix de ma mère.
LA FERTÉ. - Voyez. PAPILLON DE
LA FEtlTÉ.
* L.\FLÈCI1E (J....-A....-M.... DE), com-
positeur et |)rofesseur, était, en 1820, directeur,
conjointement avec un violoncelliste nommé
Lefèvre, d'une école de musique située place
des Carmes, à Lyon, Cet artiste a publié un as^ez
grand nombre de romances, et, s'il faut on
croire l'auteur anonyme de la Bibliographie
musicale publiée en 1822 {César Gardeton),
il aurait écrit aussi deux opéras, qui sans
doute furent représentés à Lyon. Voici la note
qu'on trouve à ce sujet dans le livre que je
viens de citer : — » Nous devons à M. de
Laflèche la musique de deux o|)éras-<'omiqucs
joués avec succès : Isaure, en trois actes,
1808; le Roman d'un jour, en un acie, 1812. »
LAFLEUR est le nom d'une famille d
luthiers qui, de piîre en fils, exercent cette pro-
fession depuis au moins, un siècle à Paris. En
1782, un J. Ladcur était établi depuis plusieurs
années rue de la Coutellerie. Un autre demeu-
rait en 1835 rue de la Cité, après avoir été
rue de la Juiverie. Enfin, depuis environ 1840,
la maison Lafleur est installée au boulevard
Bonne-Nouvelle, près de la porte Saint-Denis,
et depuis longtemps déjà a joint un commerce
d'édition de muidque à la fabrication des ins-
truments, fabrication qui, en ce qui la con-
cerne, est bien déchue de ce qu'elle était au
siècle dernier et au commencement de celui-ci.
Va frère de M. Lafleur, le luthier parisien,
est établi aujourd'hui luthier à Londres (1).
* LA FONT (Cmarlks-Phiuppe). L'opéra-
comique intitulé Zélie et Terville, attribué
par erreur à cet artiste, n'est point de lui, mais
de Blangini. D'autre part, Lafont est l'auteur
d'un autre opéra-comique en un acte, qui n'a
pas été porté à son nom-, celui-ci avait pour
titre la Rivalité villageoise, et fut représenté
au théâtre des Jeunes-Artistes le 29 octobre
1801.
LAFONT (Marcelin), chanteur qui acquit
de la réputation à l'Opéra, à l'époque des plus
grands succès d'Adolphe Nourrit, était né en
1800 à Bordeaux, oii il remplissait le poste de
lieutenant de douanes, lorsque des succès de
salon lui suggérèrent la pensée de travailler en
vue du théâtre. La nature l'avait doué d'une
voix superbe, fraîche et sympathique, en même
temps que d'un physique opulent et magnifique.
U vint à Paris en 1821, avec son compatriote
Ferdinand Prévost, qui, ainsi que lui, devait
appartenir plus tard h l'Opéra, et tous deux
entrèrent au Conservatoire. Le 9 mai 1823,
Lafont débutait sur notre première scène lyri-
que dans le rôle de Polynice d' Œdipe à Colone;
(luoifiue très-bien reçu par le public, il com-
prit qu'il avait beaucoup à faire encore au
point de vue de la pratique de la scène, et,
avec une modestie que ne_- connaissent guère
(1) Hans son livre : les Instrumentt à archet, M. Vidal
[foy. ce iiuiii) cite seulement deux I.afleur, et 11 les incn-
liiinm^nnn coin nrev' luthiers proprctr.ent dits, malt
roiiiuie simples faiseurs d'archets. Voici les deux notices
qu'il leur consacre :
« I.AFLEUR (Jacques), né h] Nancy en 1760, morl à
Parlsfilii eliolera en 1832, aval: ses ateliers rue de la Jul-
verlcTn" sd^ëT'arclieis, ont une réputation ruérilec;
on en rencontre qui valent des Fr.mçels Tourte l.e mu-
sée du Conservatoire de l'arlsen possède un (n" 49 du
catalogue).— I afi.euk iJoseph-Rcne), liU du précèdent,
né à Paris le 8 juillet 1 SU. mort à Malsons-I.atnile le
19 février 1874, élève rie son père, a fait de bons arcliets.
Il en existe un très-beau au musée du Conservatoire de
Paris (n» *i du catalogue). •
M, Vidal reproduit un très-curicui portrait de Jarqucs
I.allcur,; habllenirnt pravé à reau-lnrte par M. lllllc-
m.iclii'r.
LAFONT — LAGET
61
les chanteurs de nos jours, il prit le parti de
quitter momentanément Paris et d'aller faire
en province son apprentissage de comédien.
C'est ainsi qu'en 1826 et 1827 il tenait au Grand-
Tliéâtre de Marseille l'emploi de premier ténor
d'opéra et d'opéra-comique.
Lorsqu'il fut plus sûr de lui, il songea h
rentrer à l'Opéra, et reparut en effet à ce théâ-
tre, avec un très-réel succès, le 24 octobre 1828,
dans le rôle de Masaniello de la Muette de
Portici, que Nourrit venait de créer avec tant
de succès. Engagé pour doubler cet artiste,
il se montra dans plusieurs rôles du répertoire,
où sa belle voix, ses qualités physiques et son
talent de chanteur lui attirèrent toutes les sym-
pathies. Il ne fut pas moins bien reçu lorsqu'il
créa ceux de Raimbaul dans Robert le Diable,
de Léopold dans la Juive et de Don Ollavio
dans l'adaptation de Don Juan. Il promettait
de fournir une carrière brillante, et s'apprêtait
à partir en congé pour Bordeaux, où il devait
donner avec Levasseur une série de repré-
sentations, lorsqu'il fut enlevé rapidement par
une maladie qui ne présentait d'abord au-
cun symptôme alarmant. Il mourut le 23 août
1838.
On peut dire que la vie artistique deLafont,
tout honorable qu'elle fut, n'a pas été ce qu'elle
aurait dû être s'il s'était produit dans des cir-
constances plus favorables. S'il avait eu un chef
d'emploi moins admirable que Nourrit, et si la
mort ne l'avait frappé sitôt, il aurait certaine-
ment fourni une carrière brillante et son nom
ne serait pas oublié. Il est à peu près certain
qu'un artiste de sa valeur et réunissant ses
qualités, se reproduisant aujourd'hui, excite-
rait l'enthousiasme du public et parviendrait à
la célébrité.
Lafont était le frère cadet du comédien du
même nom qui se lit une si grande réputation
au Vaudeville et au Gymnase, et qui mourut
il y a quelques années.
* LAGARDE (Pierre), et non N. DE
LAGARDE, compositeur, naquit aux envi-
rons de Crécy, dans la Brie, le 10 février 1717.
Dans sa Note sur (quelques vucsiciens dans
la Brie, M. Th. Lhuillier produit des rensei-
gnements nouveaux sur cet artiste, qui fut at-
taché à la musique de la chambre de Louis XV
et de Louis XVI, et, après avoir été professeur
des enfants de France, devint surintendant de
la musique du comte d'Artois et enseigna à
Marie-Antoinette à pincer de la harpe. « En
1789, dit M. Lhuillier, il était payé et nourri
par la maison du roi, sur laquelle il toucha en
1791, pour sa pension, 7,542 1. 10 s. » La date
de sa naissance se trouve consignée en 1791 au
Bulletin des lois, dans un décret qui prouve
que ce compositeur survécut jusqu'à la Révolu-
tion; son nom, d'ailleurs, est encore compris
en 1792 dans la liste que donnait chaque année
l'almanach intitulé les Spectacles de Paris des
« musiciens vivants qui ont travaillé pour l'A-
cadémie royale de musique ou pour les autres
spectacles ».
Le seul ouvrage dramatique de cet artiste qui
soit mentionné dans la Biographie universelle
des musiciens, Ecjlé, opéra-ballet en un acte
fut écrit par lui pour le théâtre des Petits-
Appartements, et y fut représenté le 13 janvier
1748, avant d'être donné à l'Opéra dans les
Nouveaux Fragments; ce petit acte était joué
alors par la marquise de Pompadour, la du-
chesse de Brancas et le duc d'Ayen. Le 26 fé-
vrier 1749, Lagarde donnait encore, sur le théâ-
tre particulier de la Pompadour, Sylvie, opéra-
ballet en trois actes et un prologue, dont Lau-
jon lui avait fourni les paroles. Enfin, le 25
février 1750, il faisajt représenter, toujours sur
la petite scène de Versailles, un autre opéra-
ballet en trois actes, la Journée galante, dans
lequel la favorite jouait encore, comme dans
les précédents ; le premier et le troisième acte
de celui-ci étaient seuls nouveaux, et le second
était formé du premier ouvrage de Lagarde,
Eglé.
Un musicien nommé Lagarde était chef d'or-
chestre à l'Opéra en 1750, remplissait encore
ces fonctions en 1755 et se retira peu d'années
après. J'ignore si c'est le même que celui dont
il est ici question, mais cela me paraît probable.
LAGARDE (Pall), est le nom d'un ama-
teur fortuné qui a fait représenter à l'Opéra-
Comique, le 16 mai 1860, un petit ouvrage en
un acte, V Habit de Mylord, dont l'insigni-
fiance était le moindre défaut. M. Lagarde a
publié quelques romances et mélodies vocales,
la Première Hirondelle, Espérance et souve-
nir, les Trois Filles du ciel, etc.
LAGET (Auguste), chanteur, né vers 1820,
lit son éducation musicale au Conservatoire
de Paris, fut engagé ensuite à l'Opéra-Comique,
où il resta plusieurs années, puis quitta ce
théâtre pour aller tenir l'emiiloi des ténors sur
diverses scènes de province. Aujourd'hui fixé
à Toulouse, où il a ouvert une école de chant
et de déclamation lyrique, cet artiste est profes-
seur de solfège au Conservatoire de cette ville.
M. Laget a publié dan> la Revue de Toulouse
et dans un autre journal local un certain nom-
bre d'articles sur l'art du chant et sur les chan-
teurs; il a réuni récemment ces ailicles, et
&2
LAGKT — LAGUERRE
en a formé un volume qui a paru sous ce
titre : Le chant et tes chanteurs {Pat'is, Heu-
gel, s. il. [iS7iJ, iii-8"). 11 n'y a dans ce vo-
lume, d ailleurs assez varié et d'une lecture
facile, rien de bien nouveau ni de bien intéres-
saiil. Précédemment, M. Laget avait publié sous
ce titre : Roger (Toulouse, iinpr. Charouin,
1805, In-S"), une notice biographique sur ce
chanteur distingué.
LAGET (Pai'l-Pierre-Marie-Henri), chan-
teur dramatique et professeur au Conservatoire
de Paris, est né à Toulouse le 10 décembre
1821. Reçu enfant de chœur à la maîtrise de
cette ville le 25 novembre 1830, il étudia d'a-
bord le violon, puis le violoncelle, et au bout
de quelques années fit partie de l'orchestre du
Grand-Théâtre. Il quitta Toulouse pour venir
à Paris, où il comptait se livrer entièrement à
l'étude du chant, et fut admis au Conservatoire
le 24 juin 1839. Au concours de 1841 il rem-
portait les deux seconds prix de chant et d'o-
pera-comique, et, sans attendre davantage,
il quitta l'école pour débjiter à l'Opéra-Comi-
que, le 26 octobre de la même année, dans
un ouvrage nouveau d'Adam, la Main de fer,
dont le succès fut négatif et qui n'eut que
quatre représentations. Cependant on avait re-
marqué que la voix du débutant était d'une
étonnante fraîcheur, d'un timbre charmant,
et qu'elle était conduite avec un goût véritable ;
le jeune chanteur se montra bientôt dans
divers ouvrages du répertoire, notamment dans
Joconde, le Chalet, Frère et Mari. Mais le
théâtre ne lui fut pas favorable, soit que sa
santé, qui laissa toujours à désirer, se trouvât
mal des fatigues qu'il lui causait, soit que les
auteurs hésitassent à lui confier des rôles nou-
veaux. Toujours est-il qu'au bout de quelques
années, Laget quitta la scène pour se livrer à
l'enseignement. Dans cette nouvelle carrière, il
réu.ssit pleinement, et le 1^' mai 1856 il était
nommé professeur de chant au Conservatoire
en remplacement de Rordogni; sa classe fut
bientôt considérée cotnme une des meilleures
de cet établi.ssemeiit, et l'on peut surtout citer
parmi les élèves qui en sortirent MM. Caron,
Roudil, Mirai, Melchissédec, Bosquin, Géraizer,
M"*' Daiam, Barelti, Mauduit, etc. Laget a
rempli ses fonctions de professeur au Conser-
vatoire jusqu'au mois de février 1875, époque
où il fut remplacé par M. Henri Potier, l'état
précaire de sa santé l'obligeant à un repos
absolu. Ce repos ne sufOl pas à la rétablir, et
Laget, qui était allé se fixer à Rieux (Haute-
Garonne), non loin de sa ville natale, y mourut
le 15 septembre .suivant.
LAGOAiXERE (0 DE), violoniste
et compositeur, a fait représenter deux opé-
rettes en uu acte : fÊtape d'un réserviste,
Folies-Marigny, 1876, et les Deux Panthères,
Douffes-du-Nord, 1877. Ce jeune artiste occupe
l'emploi de répétiteur au théâtre de la Renais-
sance.
LAGRAVE (Pierre), compositeur, né à
Paris en 1810 ou ISll, fit ses études au Con-
servatoire de celte ville, où il fut l'élève de
Fétis pour le contrepoint et la fugue, et de
Berton pour la composition lyrique. Ayant
pris part, en 1831, au concours de l'Institut,
il y obtint le premier second prix de Rome,
tandis que M. Ainbroise Thomas obtenait une
mention honorable; mais l'année suivante,
M. Thomas remportait le premier prix, et La-
grave n'était point couronné, ce qui causa la
mort de ce jeune artiste trop impressionnable.
Dans la Revue musicale du 14 juillet .1832,
Fétis rendait compte de ce fait dans les termes
suivants : — « Les suites du concours de corn-
•
position musicale de l'Institut ont été funestes
cette année, car le jeune Lagrave y a trouvé
la mort. Doué de l'imagination la plus bril-
lante et la plus originale, ce jeune artiste, élève
deïMM. Berton et iFétis, était vraisemblable-
ment destiné à faire un jour la gloire de l'école
française. Des quatuors, des symphonies qu'il
avait fait entendre avaient donné de lui celte
opinion à ceux qui les avaient entendus. L'aunée
dernière il avait obtenu un premier second prix
à l'Institut. Tout semblait présager son triom-
phe au concours de cette année; mais le pre-
mier prix a été adjugé jeudi dernier à M. Tho-
mas, élève de M. Lesueur, par la section de
musique. Ému à l'excès par ce jugement qui
renversait ses espérances, Lagrave fut frappé
d'une attaque de nerfs si violente qu'elle a causé
sa mort. Ce cruel événement n'est pas seule-
ment douloureux pour sa famille et ses amis;
elle enlève à la France un artiste qui l'aurait
honorée. »
■* LAGUERRE (Marie-Joséphine). On a
publié sur cette chanteuse l'opuscule suivant :
Une vente d'actrice sous Louis XV J. Ai"» La-
guerre, de l'Opéra, son inventaire, jueubles
précieux, porcelaines de Sèvres, cristal de
roche, etc., avec une introduction et des notes,
par le baron Ch. Davillier. Portrait à l'eau-
forte par Gilbert (Paris, Aubry, 1870, in-8°).
L'auteur, grand amateur de faïences et de cu-
riosités de toutes sortes, avait publié précé-
demment un livre sur les faïences espagnoles ;
c'est ce qui explique cette publication, faile
uniquement au point de vue de la curiosité,
LAGUERRE — LA HYE
6a
et qui n'a de musical que le nom de l'artiste
qui en fait l'objet d'une façon indirecte et le
portrait qui l'accompagne.
LAG\E (Alexandre), musicien belge, occupe
les fonctions de dief d'orchestre au théâtre de
l'Alcazar, de Bruxelles, où il a fait représenter,
le 7 mars 1878, un opéra-comique en un acte
intitulé Pierrot et Folie. Cet artiste a écrit la
musique de quelques ballets dont j'ignore les
tiires, et qui ont été joués au théâtre royal de la
Monnaie, de Bruxelles.
LA HAUSSE (F -J ), est auteur
d'un écrit dirigé contre le système de la nota-
tion musicale par le chiffre : De la vulgari-
sation de la musique. Égarements de la mé-
thode Galin-Paris-Chevé (Paris, Legouii,
1858, in-S").
LAIIOZ (Florencio), prolcaseur de piano
et compositeur espagnol, né dans l'Aragon, fit
son éducation musicale au Conservatoire royal
de Madrid, où il devint l'élève de Pedro Albeniz
pour le piano, et de Ramon Carnicer pour la
théorie de l'art. Il se lit connaître ensuite par
la publication d'un grand nombre de composi-
tions pour le piano et pour le chant, dont quel-
ques-unes devinrent populaires. Cet artiste est
mort à Madrid, le 25 avril 1868, à l'âge de
cinquante-deux ans.
LA HYE (LoL'isE - Geneviève ROUS-
SEAU, épouse DE), pianiste, organiste et
compositeur, professeur d'harmonie au Conser-
vatoire de Paris, naquit à Charenton (Seine),
le 8 mars 1810. Elle était arrière-petile-nièce
de Jean-Jacques-Rousseau ; son père, Charles-
Louis Rousseau, musicien obscur, étant le fils
de Denis-Claude Rousseau ; qui lui-même était
fils du frère aine de l'auteur de la Nouvelle
Uéloïse (1). Elle étudia la musique dès ses
plus jeunes années, d'abord avec son père,
[tuis avec Saint-Amans, et dès l'âge de neuf
ans, elle s'exerçait à la composition, sans con-
naître les règles de l'art, mais avec un instinct
naturel et une intelligence qui faisaient prévoir
un brillant avenir. Admise au Conservatoire
à l'âge de onze ans, elle y suivit les classes
d'orgue, de piano et de chant, et faisait, dit-on,
l'admiration de ses professeurs. En 1825, elle
obtenait un accessit de vocalisation, mais bien-
(1) Je tire les éléments de cette notice d'un article
publié par Castil-Blaze dans la France musicale du si
février 1839. Quoique je n'aie qu'une confiance trés-liml-
tée dans les assertions historiques de Castil-Blaie, qui
sont toujours sujettes à caution, comme J'ai pu vérifier
l'exactitude absolue des faits artistiques rapportes dans
cet article, J'ai pensé qu'on pouvait accorder la même
créance aux autres faits, contre lesquels, d'al'leurs,
personne n'a réclan é
tôt elle était, pour raisons de santé, obli-
gée d'abandonner l'étude du chant; en 1826,
elle se voyait décerner un second prix d'orgue,
et elle remportait le premier l'année suivante.
Elle se li\ la alors à l'enseignement et à la com-
position, et, en 183U, Cherubini lui confiait une
classe d'harmonie spécialement destinée aux
jeunes filles. Le 10 avril 1831, elle exécutait à
la Société des concerls du Conservatoire une
fantaisie pour orgue expressif avec accompagne-
ment, composée par elle, et obtint un très-
grand succès. Mais elle venait de se marier, et,
abandonnant la situation qu'elle s'était acquise
gi jeune au Conservatoire, elle quitta Paris et
suivit son époux à Cambrai, où elle passa trois
années.
De retour à Paris à la fin (ffe 1834, elle y
reprit son enseignement, tout en s'occnpaut
beaucoup de composition, et même de littéra-
ture, car c'était im esprit distingué à tous les
points de vue. En 1835, M™' de La Hye faisait
entendre, dans un concert donné par elle à
l'Hôtel-de-Ville, une grande composition dra-
matique intitulée le Songe de la Religieuse,
qui n'était autre chose qu'un grand acte d'opéra
avec choeurs. Bientôt elle publia un certain
nombre de compositions, parmi lesquelles un
duo de piano et cor sur des motifs de Hobin-
des-Bois, des variations pour piano avec ac-
compagnement de quatuor, des variations pour
le même instrument sur un air de la Muette
de Portici (publiées sous le nom de M. Léon
Saint-A)nans fils), et une douzaine de romances
et mélodies vocales.
Malheureusement, l'état de santé de cette
femme intéressante était très-précaire. Souffrant
depuis ses jeunes années d'une affection au foie
que venait compliquer une inllammation intes-
tinale, elle se vit bientôt obligée de renoncer
à tout travail. Malgré ce repos forcé, la ma-
ladie fit de rapides progrès, et M'" de La Hye
mourut le 17 novembre 1838, à l'âge de vingt-
huit ans, laissant deux jeunes orphelins qu'elle
n'avait pas eu le temps d'élever.
On publia après sa mort une Méthode d'orgue
expressif el un recueil de six mélodies italiennes
tiiée'î de l'Esule de Pietro Giannone, composées
pour Tamhurini, Rubini, Lablache, M""" Grisi,
Persiani, Albertazzi, et dédiées à la princesse
Belgiojoso. Elle laissait en portefeuille plusieurs
messes, une Méthode et des Études de piano,
un Traité d'haimonie et de contrepoint, plus
de vingt compositions de genre pour le piano
et pour l'orgue expressif, enfin une centaine de
romances, mélodies, scènes dramatiques, etc.
La maladie ne lui avait pas laissé le temps de
64
LA HYE — LAJARTE
tnellre la main h deux livrets d'opéras-comi-
■ques qui lui avaient été confiés. M"" de la Hye
avait publié dans un journal, la Gazette des
safona, deux nouvelles intitulées : J'ai vu t
et les Deux Justices.
LAIR DE BEAUVAIS (Alfrf.d), com-
positeur, né à Bayeux vers 1820, était le fils
<3'un architecte de cette ville. Il cultiva de
bonne heure ses dispositions pour la musique,
et conduisit ses éludes assez loin pour qu'il
lui fût permis d'aborder avec un égal succès
le genre sacré et le genre profane. Il publia
beaucoup, et il obtint même, avec quelques-
unes de ses romances, chantées par les artistes
en renom, un succès de vogue.
Il eut été d'autant plus facile à Lair de Beau-
■vais de donna" satisfaction à ses inclinations
artistiques, qu'il se trouvait à la tête d'une
jolie fortune; mais il ne sut que la gaspiller dans
de folles entreprises. Ainsi, en 1846, il fonda
à Bayeux le Courrier mustcat du Calvados,
feuille mensuelle d'abord, puis bientôt semi-
mensuelle, avec musique et portraits; et pour
se montrer gracieux envers ses abonnés, il
ieur olfrit, avec le concours d'artistes renom-
més, deux concerts, l'un à Caen, l'autre à
Sayeux. Ce journal ne vécut guère plus d'un an.
Quelques années après, Lair de Beauvais
établit dans sa ville natale une maison pour la
vente des pianos et des orgues, entreprise qui
ne réussit point. En octobre 1859, il vint se
fixer à Caen, comme professeur de musique,
et il organisa, pour faire entendre ses œuvres,
quelques grandes exécutions musicales, en-
trautres un festival auquel M"' Masson,
MM. Roger et J. Lefort ap|)ortèrent le concours
de leur talent. Son séjour à Caen dura peu ; il
transporta ses pénates à Brest, où il fonda une
société musicale qui devint bientôt prospère ;
mais l'esprit de conciliation manquait complète-
ment à Lair de Beauvais. lirouillé avec tout le
monde, il dut quitter Brest, et il se rendit à
Paiis.
A peu près ruiné, ne comptant plus sur la
musique pour trouver des moyens d'existence,
il essaya de diverses industries, et ne réussit
dans aucune. Enfin, il fut trop heureux de
pouvoir accepter la place qu'on lui offrait,
d'organ'iste de l'église Saint-Pierre, à Dreux,'
ville dans laquelle il est mort, au mois de mai
1809.
Lair de Beauvais est auteur d'un Traité des
principes théoriques qui régissent la musi-
que, publié à Paris, chez Dentu, en 18G2,
br. in-S°. On trouve à la fin un catalogue
complet des œuvres de l'auteur. iNous nous
bornerons à ciler les principales : r Musique
RELIGIEUSE : mcssc solennelle à (rois voix
d'iiommes avec orgue ou orchestre, Paris, Ri-
cliault. — Te Deum, à 4 v. sans ace, id., id.
— Te Deum, à quatre v. d'hommes, orgue et
orchestre, id., id.— Inviolala, motet pour so-
prano ou ténor, id., id. — Jlegina Cœli, solo
de soprano ou ténor, id., id. — Salve liegina,
id., id. — Subtuuîn praesidium, pour soprano
ou ténor, id., id. — Tantum ergo, pour soprano
ou ténor, id., id. — Les Litanies de la Sainte
T'ie/'g'e, paroles françaises, solo de soprano, id.,
id. — La Journée sainte, recueil de six can-
tiques à 3 voix, Paris, Heugel et Cie. — 2" Scè-
nes, MÉLObiES, etc. : Ephraïm, scène biblique,
Paris, Richault. — Le premier concert, grande
scène lyrique, id., id. — Une étoile daris les
deux, grande scène dramatique, id., id. — Les
deux Captives, nocturne à 2 v. id . , id. — Gloire
du ttwnde, mélodie avec violoncelle, id., id. —
Le Testament divin, mélodie, id., id. — La
Reine du Coteau, chanson pour soprano et
hautbois, id., id. — 3° Choeuhs : Ifymne à la
terre, à 4 voix d'hommes (sans ace), Paris,
Richault. — Une promenade à la mer, id.,
id. — Une halte de Bohémiens (avec piano),
id., id. — Les Charbonniers de la Forét-Noire
(id.), id., id... etc. etc. Ces compositions annon-
cent un musicien instruit, mais peu original;
s'il n'a rencontré que de loin en loin d'heu-
reuses inspirations, au moins a-t-il montré
partout de la clarté et de la franchise. La mu-
sique religieuse de Lair de Beauvais lui avait
valu les titres très-enviés de membre de
l'Académie pontificale de Sainte-Cécile de
Rome, et de l'Académie des beaux-arts de Flo-
rence.
J.C — z.
LAJARTE (Théodore - Edouard DU-
FA URE DE), compositeur et écrivain sur
la musique, est né à Bordeaux le 10 juillet
1826. Après avoir étudié la musique dans sa
ville natale sous la direction d'un arti.ste nommé
Graff, qui avait été élève de Rticba, après
avoir travaillé le violon et le piano, il vint
à Paris en 1850, et fut admis au Conser-
vatoire dans la classe de fugue et de com-
position de Leborne. Celui-ci le prit en affec-
tion, et ce fut lui-même qui le conduisit chez
Séveste, directeur du Théâtre Lyrique, pour
le lui recommander et lui faire obtenir un
poème. Séveste confia au jeune compositeur
celui d'un petit opéra-comique en un acte, le
Secret de l'oncle Vincent, qui fut joué avec
succès en 1855, et obtint soixante-dix repré-
sentations consécutives. M. de Lajarle donna
LAJARTE — LARE
65
ensuite au même tliéàlre le Duel du. Comman-
deur (un acte, 1857), Mam'zelle Pénélope
(un acte, 1859), et le Neveu de Gulliver, opé-
ra-ballet en 3 actes (1861); après un long si-
lence, il fit jouer au tliéâfre de l'Aliiénée, en
1872, un petit acte intitulé la Farce de
maistre Villon, et à Enghien, par les artistes de
l'Opéra-Comique (1" juillet 1876), un autre
petit acte. Pierrot ténor.
M. Théodore tle Lajarte s'est fait connaître
aussi comme compositeur de musique mili-
taire; il a fait exécuter à l'église Saint-Roch,
le 10 mars 1857, par cent cinquante soldats-
choristes de la musique du 1" régiment de
grenadiws de la garde impériale, une grande
messe militaire, et il a publié les compositions
suivantes : r VOrphéon de l'armée, six chœurs
avec accompagnement de fanfai'C, dédiés au
maréchal Niel (Paris, Grus); 2" Nouveau ré-
pertoire des musiqties d''fiannonie et des fan-
fares civiles et militaires, 25 marches et pas
redoublés (id.,id.); 3" Six pas redoublés {Lon-
dres, C ramer- NVood) ; 4° Marche triomphale,
pour harmonie (Paris, Leduc); 5" Fantaisie
symphoniqiie, pour harmonie (Paris, Lalleur);
6° six ouvertures pour harmonie (Paris, Gautrot
aîné); 7" Airs de ballet, fantaisie originale
pour harmonie (id., id.) ; S" le Beau Grena-
dier, pas redoublé pour fanfare (id., id.), etc., etc.
Comme écrivain spécial, M. Th. de Lajarte
a donné de nombreux articles au Moniteur des
Arls, à la France musicale, au Ménestrel,
à la Chronique musicale, au Monde illustré,
à l'Illustration, à la Presse, à la Patrie, au
Courrier diplomatique, à VAvenir libéral
(sous un pseudonyme) ; il a été le critique
musical en titre de trois journaux qui n'ont eu
qu'une courte existence : le Globe, le Public
et V Assemblée nationale; enfin, il a publié
une brochure ainsi inlitidée : Instruments
Sax et Fanfares civiles (Paris, I8C7, in-S").
Depuis 1873, M. Théodore de Lajarte est atta-
ché aux Archives de l'Opéra, auxquelles il a
rendu de véritables services en apportant l'ordre
nécessaire dans la bibliothèque musicale de ce
théâtre, jusque-là négligée plus que de raison,
et en en dressant l'inventaire avec un soin
scrupuleux; c'est ce qui lui adonné l'idée d'un
ouvrage fort utile dont la publication par fas-
cicules a commencé rétemment (la première
livraison a paru au mois de juillet 1876), et
qui formera deux forts volumes : Biblio-
thèque musicale du théâtre de VOpéra,
Catalogue historique, chronologique, anecdo-
tique, publié sous les auspices du ininis-
tère de V Instruction publique et des beaux-
BIOGR. vm\. DES MUSICIENS. SL'PPL. — T.
arts et rédigé par Théodore de Lajarte, bi-
bliothécaire attaché aux Archives de VOpéra
(Paris, Jouaust, in-8" avec portraits à l'eau-
forte). Ce catalogue contient, sur les œuvres
représentées à l'Opéra, des renseignements pré-
cieux et inédits puisés dans les registres d'é-
margement de notre première scène lyrique,
les états de recettes, les affiches, etc.; c'est
assurément là un livre , sans pré<édents,- et
dont l'importance se mesure à celle du théâ-
tre dont il rappelle les hauts faits.
M. Théodore de Lajarte a fait jouer naguère,
en société, un petit opéra de salon intitulé :
On guérit de la peur, et il a en portefeuille
un opéra-comique en deux actes, le Portrait
d'un grand liomme. On lui doit encore un
petit recueil intéressant publié sous ce titre :
Airs à danser, de Lulli à Méhul, transcrits
d'après les manuscrits originaux de la
Bibliothèque de l'Opéra de Paris, Paris, Du-
rand-Schœnewerk, in-8°. Enfin, M. de Lajarte
a entrepris tout récemment une publication
utile, intéressante, et d'un caractère en quel-
que sorte national ; sous le titre de Chefs-
d'Œuvre classiques de l'Opéra français,
il se propose d'offrir au public toute une sé-
rie de partitions pour piano et chant, choisies
parmi les anciens chefs-d'œuvre de notre pre-
mière scène lyrique dont on n'a jamais donné
que les partitions à orchestre, lesquelles sont
aujourd'hui à peu près introuvables, et dont,
en tout cas, la lecture exige un musicien ab.so-
lument exercé. Déjà, la partition du Thésée de
Lully a paru (Paris, Michaelis, in-S"), et M. de
Lajarte annonce celles de Psyché et (\'Armide,
du même artiste, de Castor et Pollux et des
Fêles d''Hébé, de Rameau, de l'Europe galan-
te, de Campra, de Didon, de Picinni, etc.
C'est là une entreprise intelligente et vraiment
pleine d'intérêt.
LA JAUiMÈREi (André DE), musicien
normand, fut maître de musique de la collégiale
du Sépulcre, à Caen, et dut remplir ces fonc-
tions pendant environ un demi-siècle, car il
en était déjà chargé en 1714, et les occupait
encore en 1757. Cet artiste, aujourd'hui tombé
dans l'oubli, a joui dans son temps d'une grande
renommée, et était célèbre dans toute la Nor-
mandie. On lui doit, entre autres compositions,
la musique du Triomphe de la vertu ou
Sainte Cécile, « tragédie chrestienne en mu-
sique, » publiée à Caen en 1714, chez J. Godes,
et qui fut sans doute exécutée à la Collégiale.
LAlîE (GEoncEs), compositeur, organiste
et écrivain musical anglais, artiste estimé dans
on pays, a produit, entre autres œuvres, un
II. 5
66
LARE — LALO
grand oratorio, Daniel, (|ui a clé exôculé à
Londres, dans St-Marlia's liall, avec (|uel<iue
succès. Il a publié pendant un certain temps
une feuille spéciale, the Musical Gazelle,
dont l'existence n'a pas été de longue durée.
Cet artiste est mort à Londres le 24 décem-
bre 18C5.
* LALAADE (MicnKi.-RicHARD DE). La
musique du ballet les ÉlcmenU a été écrite
par cet ariisle en société avec Destouches.
Quelques auteurs lui attribuent aussi la mu-
sique des chants et des divertissements de
l'Inconnu, comédie iiéroique de Thomas Cor-
neille et de De Visé, jouée au théâtre Guéné-
gaud le 17 novembre 1075; mais cela paraît
peu probable, car à cette époque il n'avait pas
encore accompli sa dix-huitième année. Lalande
a écrit, pour les théâtres de la cour, les ou-
vrages dont voici les titres : 1° Ballet de la
Jeunesse, divertissement en 3 actes et 3 inter-
mèdes, Versailles, 28 janvier 168C; 2" V Amour
fléchi par la Constance, pastorale divisée en
neuf scènes, Fontainebleau, 1697 ; 3" les Folies
de Cardenio, pièce héroï-comique, ballet en
trois actes et en prose, précédé d'un prologue
en vers, « dansé par le roi, dans son château
des Thuilleries, le 13 décembre 1720. »
* LALAXDE (HENRIETTE - Clkmextine
LAMIRAUX-LALAADE, épouse MÉRIC,
connue sous le nom de M""= MER1C-). Cette
grande artiste est morte à Chantilly, près de
Paris, le 7 septembre 1867.
LALEM ( ), compositeur italien, a fait
représenter sur le théâtre de la Concorde, à
Crémone, le 10 février 1868, un opéra semi-
sérieux qui avait pour titre Fornaretto.
LALLIET (C.vsiJiiR-TuÉopniLE), hautboïste
distingué et compositeur pour son instrumejit,
est né à Evreux (Kure), le 5 décembre 1837.
Admis au Conservatoire de Paris, dans la classe
de liaulbois de Verroust, en 1858, il y fit de
rapides progrès, fut admis au concours dès
l'année suivante, remporta le second prix, et
se vil décerner le premier en 1800. M. Lalliet
se fit bientôt remarquer comme virtuose, dans
les concerts, par sa jolie qualité de son, son
style pur et son élégante manière de phraser ;
il se fit applaïuiir surtout aux Concerts-Danbé
et dans les intéressantes séances de la Société
clas.^ique. Il lait depuis plusieurs années partie
de l'orchestre de l'Opéra. Cet artiste s'est fait
connaître aussi par la publication d'un certain
nombre de morceaux pour hautbois avec ac-
compagnement d orchestre ou de piano, parmi
lesquels je signalerai les suivants : Fantaisie
de concert sur un thème populaire de Frédéric
Uérat, op. 4, Paris, Gérard ; Fantaisie sur Lu-
cie de Lamermoor, op. 18, Paris, Crus; Sou-'
venir de Berlin, fantaisie sur un thème ori-
ginal, Paris, Gérard ; Echos des Bois, fan-
liiisie originale; Fantaisie sur Marlha, Paris,
Braudus; Préluiie et Variations sur le Car-
naval de Venise, etc., elc. M. Lalliet a publié
aussi un Terzetto pour piano, hautbo'is et bas-
son, op. 22, Paris, Maho.
LALLOUETTE (Ambroise), écrivain fran-
çais du dix-septième siècle, est l'auteur d'un
petit ouvrage publié sous ce titre : Histoire
abrégée des ouvrages latins, italiens et fran-
çois pour et contre la comédie et l'opéra,
OriiMi^ 16';.7, tn 12.
"^LALLOYAU ( ), est le nom d'un ar-
tiste obscur, qui écrivit la musique de trois
ballets-pantoinirnes représentés vers 1772 sur le
théâtre de Nicolet : 1° le Bavissemeni d'Eu-
rope; 2° la Descente d'Enée aux Enfers;
3° le Triomphe de famour conjugal.
LALO (Edouard), violoniste, compositeur
distingué et l'un des représentants les plus in-
téressants et les mieux doués de la nouvelle
école musicale française, est né vers 1830 et a
lait ses études musicales au Conservatoire de
Lille, sous la direction d'un professeur alle-
mand nommé Baumann. Il vint ensuite à Paris,
et, tout en se faisant remarquer comme exécu-
tant eu tenant la partie d'alto dans les séances
de musique de chambre fondées par MM. Ar-
mingàud et Léon Jacquard, il se livra à la
composition et commença à publier des mélo-
dies vocales et quelques œuvres instrumentales.
Pourvu d'une éducation très-solide, doué de
réelles aptitudes et d'un sentiment <]e l'art
très-élevé, soucieux à la fois du fond et de la
forme, M. Lalo, qui était évidemment en avance
sur le goût public, entrevoyait un idéal auquel
songeaient alors bien peu de musiciens. Ses
tendances progressives se faisaient jour dans
ses premières œuvres; aussi celles-ci, qui
furent remarquées en Allemagne, i)asjèrent à
Paris tout à tait inaperçues. 11 faut remarquer
qu'à cette époque, le terrain nuisical était
infesté de ces pioduclions sans saveur et sans
valeur qu'on a|)pelait fantai.^ies, variations,
transcriptions, etc., et qui, coulées toutes dans
un moule uniforme et prenant pour base des
motifs populaires et des thèmes d'opéras en
vogue, ne laissaient place à aucune person-
nalité.
Le résultat négatif ((u'il avait obtenu avec
ses premières publications découragea le jeune
compositeur, et fit naître dans son esprit ce
doute si afiligeanf, si douloureux et si cruel
LALO
67
pour les véritables artistes. Ces premiers tra-
vaux étaient considérables, et comprenaient
2 trios pour piano, violon et violoncelle, un
quatuor pour instruments à cordes, une sonate
pour piano et violon, une série de six mélodies
vocales sur des paroles de Victor Hugo, et
plusieurs morceaux de moindre importance.
Outre cela, M. Lalo avait composé deux sym-
phonies et deux quintettes qui n'ont jamais
été publiés. Devant l'indifférence du public,
il fut pris d'une véritable défaillance intellec-
tuelle, et, renonçant à la lutte, il s'abstint abso-
lument d'écrire pendant plusieurs années.
Cependant, tandis qu'il avait tort de se dé-
courager, le goiU public, activé par l'intelli-
gente impulsion que M. Carvaibo avait donnée
au Tliéàlre-Lyrique, stimulé par la fondation
des Concerts populaires de M. Pasdeloup, su-
bissait une évolution vraiment magnilique,
et l'art commençait à marcher dans une voie
nouvelle, où il devait se transformer et se
régénérer. M. Lalo commença à regretter l'état
d'engourdissement dans lequel il s'était laissé
tomber, et bientôt l'annonce des trois concours
ouverts simultanément dans nos trois théâtres
lyriques vint le réveiller tout à fait de sa tor-
peur. Absolument hostile au genre de l'opéra-
comique (comme quelques-uns des membres
de notre jeune école musicale, qui ont le tort
d'être exclusifs et de repousser d'instinct cer-
laines formes de l'art), mais d'ailleurs se con-
formant à ses goûts naturels, M. Lalo songea
à prendre part au concours du Theàtre-Lyri-
q ue, et écrivit, sur un poème qui lui avait été
fourni par M. Charles Beauquier (Voyez ce
nom), un grand opéra en trois actes, intitulé
Fiesque. Cette œuvre remarquable et empreinte
d'un grand souffle, dont la [sartition pour piano
et chant a été publiée depuis lors et dont
plusieurs fragments ont été exécutés avec
succès dans des concerts, n'obtint pas le prix,
qui fut décerné au Magnifique, de M. Pliili-
pot (Voyez ce nom); mais sur sept ouvrages
qui furent mentionnés avec éloges par le jury,
Fiesque fut placé en troisième ligne, à un
rang extrêmement honorable (1).
Toutefois, ce n'était là qu'un succès négatif,
puisque Fiesque ne pouvait être joué au Théâ-
tre-Lyrique. Un membre du jury parla de
l'ouvrage à M. Perrin, alors directeur de l'Opé-
ra, qui voulut l'entendre et qui fut frappé des
qualités de la musique, mais qui trouva le
(1) Entre le Magnifique et Fiesque, la partition tqiii
obtint le n" 2 était la Coupe et les Lèvres, de M. Canoby.
Cinquante-deux compositeurs avaient pris part au con-
cours.
poème défectueux et proposa de le faire re-
manier. Cette condition acceptée, les lenteurs
ordinaires se produisirent, et, finalement,
M. Lalo retira sa parti lion et la publia. Quel-
ques années après, et sur une intervention de
M. Gounod, M. Yachot, directeur du théâtre
de la Monnaie de Bruxelles, s'engagea à repré-
senter Fiesque, et distribua aussitôt les rôles
|>rincipaux à M"*' Annah Slernherg (aujourd'hui
jyjme Yaucorbell) et Van Edeisberg, à MM.Warot
et Lassalle. L'ouvrage allait être mis en répé-
tition lorsqu'un désaccord survint entre la
direction du théâtre et la municipalité de
Bruxelles, désaccord à la suite duquel M. Ya-
chot donna sa démission. Fiesque rentra déci-
dément dans les cartons, et jusqu'ici l'auteur
n'a pu tirer parti de cette œuvre fort distin-
guée à beaucoup d'égards.
Néanmoins , et malgré tous ces déboires ,
M. Lalo avait repris courage en voyant que le
public français était redevenu accessible aux
grandes œuvres et aux manifestations les plus
nobles de l'art. Après avoir publié plusieurs jolies
mélodies nouvelles , après avoir composé un
Divertissement pour orchestre, productioo
remarquable et qui obtint dans les concerts un
succès légitime , il se remit à l'a^uvre et com-
mença un opéra, .S'fli'OHaro/e (paroles de M. Ar-
mand Silvestre). Puis, sur la demande de
M. Sarasate, il écrivit pour ce virtuose un con-
certo de violon avec accompagnement d'orches-
tre, qui fut exécuté par lui au Concert national
(18 janvier 1874), et ensuite aux Concerts popu-
laires. Cette composition, conçue dans un grand
style, instrumentée avec une puissance réelle,
est, à mon sens, trop développée, et les qualités
■qui la distinguent ne sont pas, me semble-t-il,
celles qui doivent constituer une œuvre de ce
genre. Son succès, toutefois, ne fut pas douteux,
et le talent de M Sarasate s'exerça avec autant
de bonheuB, l'année suivante, sur un second
concerto auquel M. Lalo donna, je ne sais trop
pourquoi, le titre de Symphonie esiiagnole.
Depuis lors, M. Lalo a fait entendre encore au
public les productions suivantes : Allegro sym-
idionique (Concerts populaires. Janvier 1S7G);
Concerto pour violoncelle, exécuté par M. Fis-
cher (Concerts populaires, 9 Décembre 1877);
Ouvertoire du Roi cPYs, opéra inédit (Con-
certs populaires, puis Concerts du Conserva-
toire).
M. Lalo fait partie de ce petit groupe d'ar-
tistes fort distingués qui, depuis quelques années,
ont révélé au public les nouvelles tendances de
l'école française, et qui ont su se faire écouter
avec plaisir et sympathie; il a pris place à côté
G8
LALO — LA MADELAINE
du pauvre Bizef, mort si jeune, de MM. Masse-
net, Ernest Guiraud , Théodore Dubois et de
quelques autres , et a obtenu des succès incon-
testés, dus à ses qualités incontestables. Ces
qualih's sont la clarté, réléi^ance, l'art des déve-
loppements, une grande habileté dans le manie-
ment de l'orchestre, et avec cela le style, la
couleur, et parfois la passion. En un mot ,
M. Lalo a su jouer un rôle ]>ersonnel dans le
mouvement auquel prennent part tant de jeunes
artistes , et cela seul prouve en faveur de ses
facultés. Il ne lui manque, peut-être, que d'être
un peu moins chatouilleux en ce qui concerne
la critique , de conserver son sang-froid devant
les observations qui peuvent lui être adressées,
et de ne pas prendre pour ennemis les artistes
sincères qui accompagnent leurs éloges de réser-
ves et de conseils absolument désintéressés.
Voici la liste des œuvres de M. Lalo, publiées
jusqu'à ce jour. — Musique instrumentale.
Ouverture de Fiesque (partition à grand orches-
tre), Paris, Durand et Schœnewerk ; — Diver-
tissement pour orchestre (réduction pour ])iano,
par M. J. Massenet), Paris, Hartmann; — Con-
certo pour violon avec accompagnement d'or-
chestre (grande partition et réduction pour piano),
op. 20, Paris, Durand et Schœnewerk ; — Sym-
phonie espagnole pour violon principal et
orchestre (grande partition et réduction pour
piano), op. 21, id., id. ; — Quatuor en 7ni bémol
majeur, pour 2 violons, alto et violoncelle, op.
19, Paris, Maho; — 1" trio pour piano, violon
et violoncelle, Paris, Richanlt ; — 2'^ trio, en si
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris,
Maho; — Sonate pour piano et violon, Paris,
Ledentu ; — Grand duo concertant pour piano
et violon, op. 12, Paris, Benacci-Peschier; —
Sonate pour piano et violoncelle, Paris, Hart-
mann; — Chanson villageoise et Sérénade, pour
piano et violon ou violoncelle, op. 14, Paris,
Maho; — Allegro en mi bémol m^enr pour
piano et violoncelle, op. le, id., id, ; — Soirées
parisiennes (en société avec M. Charles >Vclile-,
3 morceaux caractéristiques pour piano et violon
(1. Ballade; 2. Menuet; 3. Idylle), op. 18, l^aris,
Lemoine; — Arlequin, esquisse caractéristique
pour violon ou violoncelle, avec accoMq)agne-
ment de piano, Paris, Gérard ; — 2 Impromptus
(1. Espérance; 2. Insouciance) , pour violon,
avec accomitagnemenl de piano, op. 4, Paiis,
Lemoine; — Pastorale et Scherzetto jiour violon,
avec accompagnement de piano, Paris, Richault.
— Musique vocale. Fie^que, grand opéra en
3 actes (partition pour chant et piano) , Paris ,
Hartmann ; — Six Mélodies, sur des poésies de
Victor Hugo, op. 17, Paris, Maho; — Trois
Mélodies, sur des vers d'Alfred de Musset, Paris,
Harlmann ; — la Captive, Souvenir, la Fenai-
son, BalUide à la lune, mélodies vocales.
LAM.\I)KLAIi\E(Étienne-Jean-Baptiste-
NicoLAs MAI)ELAIi\E, dit Stéphen DK),
musicien et écrivain français', naquit à Dijon le
16 avril 1801. Après avoir fait ses études litté-
raires à Metz, il vmtàParis en 1825, pour passer
l'examen du doctorat ès-lettres , mais le .sort
décida autrement de .son avenir. Stéphen de La
Madelaine était doué d'une superbe voix de
basse-taille ; on l'engagea à se pré.senter au Con-
servatoire, dont il suivit les cours pendant deux
ans, tout en faisant son service de chanteur
récitant à la chapelle et à la musique particulière
de Charles X, où les ducs de Damas et de Blacas,
gentilshonunes de la chambre du roi, l'avaient
fait entrer. Cependant, malgré ces premiers
succès , il n'embrassa pas aussitôt la carrière
musicale, et entra vers 1833 dans l'administra-
tion, en qualité de chef de bureau à la direction
des beaux-arts du ministère de l'intérieur.
A partir de ce moment, il occupa ses loisirs à
écrire des feuilletons, des articles de revues et
quelques petits romans d'éducation dont il se
fit plusieurs éditions; c'est ainsi qu'il rédigea
pendant quelque temps le feuilleton musical du
Courrier français, et qu'il publia successive-
ment : Scènes de la vie adolescente, Après le
travail, le Curé de campagne, etc. Cependant,
il finit par se livrer au profe.ssorat, et c'est alors
qu'il offrit au public plusieurs écrits relatifs à
l'enseignement vocal, qui lui firent une réputa-
tion. Son premier ouvrage en ce genre fut la
Physiologie du chant (Paris, Desloges, 1840,
in- 10), bientôt suivi des Théories complètes
du chant (Paris, Amyot, s. d.,in-8°); le pre-
mier fut traduit successivement en italien, en
anglais et en allemand, et le second fut approuvé
par l'institut de France et adopté par plusieurs
Conservatoires de l'étranger.
Mais Stéphen de la Madelaine songeait à une
innovation dans l'enseignement du chant, qui, si
l'on en savait profiter, |)ourrait rendre d'im-
menses services, en ce sens qu'elle perpétuerait
les bonnes traditions de l'art : il songeait à aider
l'enseignement oral par l'enseignement écrit.
Prenant un jour pour texte de ses observations
un air célèbre, il s'avisa d'annoter cet air période
par période, phrase par phrase, mesure par
mesure, indiquant sous chaque fragment, sous
( haque note, l'infiexion, le caractère, le degré
d'intensité sonore (ju'il fallait lui doinier; c'était
une interprétation complote, détaillée, de l'air
en question, tellement complète et tellement
détaillée qu'un élève n'avait qu'à étudier le
LA MADELAINE — LAMBERTI
69
morceau d'après les observations écrites, à le
travailler dans le sens indiqué, pour s'en rendre
maître et le chanter comme il convient, et cela
sans le secours d'un [trofesseur.
Le premier air que Stéphen de la Madelaine
interpréta ainsi et qui lui servit à faire une
« leçon écrite, » était celui d'Agathe dans le
Fre'ischûlz. Il adressa cette leçon à l'Académie
des l)eau\-arts, qui en fit l'objet d'un rapport
très-élogieux, trop élogieux peut-être; car si
l'idée était excellente, sa mise en pratique ne
laissait pas que de donner lieu à quelques cri-
tiques. Entre autres choses, le professeur avait
le tort grave non-seulement de ne point engager
les élèves au respect absolu du texte musical,
mais même d'encourager les altérations qu'ils
pourraient apporter à ce texte sous forme de
points d'orgue, ports de voix, etc., s'en remet-
tant pour cela à leur goût et <à leur sagacité.
Or, je ne sache pas de goût au monde qui puisse
encourager un chanteur dans cette voie déplo-
rable; le compositeur écrit sa musique comme
il veut qu'elle soit chantée, et aucun interprète
ne peut se reconnaître le droit de modifier sa
pensée d'une façon quelconque. Cette réserve
faite, le procédé pédagogique «le .Stéphen de la
Madelaine restait excellent, et lorsqu'il se trou-
vera un grand maître pour l'appliquer, il pourra
produire de merveilleux résultats.
De la Madelaine ne s'en tint pas à l'air du
Freischiitz; il en annota ainsi plusieurs autres :
celui d'Eléazar, dans la Juive; celui de lîosine,
dans le Barbier de Séville ; les .«stances de
Racliel, dans la Juive; l'air de I^'igaro, dans le
I\'ozze di Figaro; enfin l'air célèbre attribué à
Stradella. Il publia alors cette série de leçons
sous le litre d'Études pratiques de sltjle vocal
(Paris, Albanel, 1868, 2 vol. in- 12), en les
accompagnant de très-bonnes observations sur
les divers styles de la musique vocale, et de très-
utiles consiilérations sur l'enseignement élémen-
taire du chant.
L'excellent professeur eut à peine le temps de
voir s'établir le succès de son dernier ouvrage.
Trois mois environ après la publication de
celui-ci, il mourait à Paris, non le 4, comme il
a été dit par erreur dans le Dictionnaire des
contemporains, mais le jeudi 3 septembre 18G8.
— Stéphen de la Madelaine avait été rédacteur
en chef du journal \ Univers musical, et avait
été le collaborateur de la Revue et Gazette
musicale de Paris.
LAMAZOU (L'abbé), vicaire de l'église de
la Madeleine, à Paris, s'est occupé des questions
relatives à la musique religieuse, et a publié
l'écrit suivant : Èlxide sur la facture d'orgue
ancienne et moderne, et description de l'or-
gue monumental de Saint-Sulpice- {Pm-'x^,,
Repos, s. d. [18<)2J, in-8'' avec planches). On lui
doit aussi une biographie de Lcfébure-Wély,
publiée dans i" Illustration musicale Ju même
éditeur, et un troisième opuscule, intitulé VOr-
(?Me (Paris, Ledoyen, in-8" isô.'j).
LAMBERT (Nicolas), luthier, était établi
maître à Paris en 1745. On n'a point de rensei-
gnements sur cet artiste. On sait seulement (pi'il
était mort en 178.3, et qu'à cette époque sa
veuve continuait son commerce. JNicolas Lambert
était sans doute le fils ou le frère du luthier
Lambert, établi à Nancy au milieu du dix-hui-
tième .siècle, et dont il est question au t. V de la
Biographie universelle des Musiciens.
* LAMBERT (Cii acles), est mort à l-:vreux
le 23 décembre 1865. Cet artiste avait obtenu
au Conservatoire, eu 1809, un premier prix de
piano, et s'était voué ensuite à l'enseignement.
On assure qu'il fut le premier maître et l'ami
d'Halôvy.
LAMBERT (Georc.es), musicien français,
mort il y a environ vingt ans , n'est connu que
par la libéralité dont il a fait preuve envers les
artistes , en créant un prix que l'Académie
française et l'Académie des beaux-arts ont été
chargées par lui de décerner chaque année.
K Ce prix, dit à ce sujet le compte-rendu annuel
des séances publiques de cette dernière compa-
gnie, est destiné par le testateur, ancien compo-
siteur et professeur de musique, à être décerné
chaque année, par l'Académie française et par
l'Académie des beaux-arts, à un hou. me de
lettres, ou à un artiste, ou à la veuve d'un artiste
honorable, comme marque publique d'estime. »
Je n'ai pu recueillir aucun renseignement tou-
chant la vie ou la carrière de cet homme géné-
reux, dont la double fondation artistique a pris
le nom (\& prix Georges Lambert.
LAMBliRTI ( ), compositeur italien,
né, je crois, à Cuneo, et depuis longtemps fixé à
Turin , s'est fait connaître par deux opéras
représentés en cette ville , Leila di Granata,
donné avec succès au théâtre Gerbino, en 1857,
et Malek-Adel. Il a fait exécuter en 1861,
dans l'église San-Giovanni, aux funérailles du
roi Charles-Albert, une messe avec orchestre,
qui est considérée comme une oeuvre extrême-
ment remarquable, et il a fait entendre, lors
du mariage de la princesse Pie, tille du roi
Victor-Emmanuel, avec le roi don Louis de
Portugal, une cantate en froi-; parties, écrite
sur des paroles du poète nernin/.one, et dont
on dit beaucoup de bien. Les Ilaliens tien-
nent M. Lamberti pour un artiste extrêmement
70
LAMBERTI — L AMOUREUX
dislingné, remarquable au double point de vue
du savoir et de rimaginafion, et qui fait véritable-
ment iionneur à leur pays.
* L.\MHERTL\I (Jr.\N-TnoM\s), prtMre et
compositeur, né à Bologne, était, non pas vice-
maîtro de chapelle de l'i'glise de San-Lorenzo,
maischapiMaiu, copiste et diantre de la colléi^iaie
de San-Pelronio, de Bologne, à'partirde l'année
1545. Sa mauvaise conduite lui donna plus d'une
fois maille à partir avec le chapitre deceite église,
qui finit par le rayer de la liste des chapelains.
En 15C9 pourtant, Lambertini, que la bonté du
cardinal Paleotti avait empêché de tomber dans
une entière disgrâce, faisait encore partie du per-
sonnel de la chapelle de San-Petronio ; mais en
1573 il était à Rome, auprès de son protecteur
le cardinal Ottone Truclises, qui, dans sa jeu-
nesse, l'avait attaché à son service comme musi-
cien, et chez lequel il se retrouva peut-être dans
la même situation. A partir de cette époque, on
n'a' plus de renseignements sur lui. Ceux qui
sont résumés ici ont été empruntés à l'excellent
écrit de M. Gaspari (T'oy. ce nom) : Memorie
risguardanti la stor'm deWartc musicale in
Bologna al XVI secolo.
* LAMBILLOTTE (Le P. Louis), est mort
au collège de Vaugirard, près Paris, le 27 février
1855. Il a été l'objet du travail suivant : Louis
Lambillotte et ses frères, par M. Mathieu de
Monter (Paris, Régis-Ruffet, I871,in-12 avec
portrait et autographes).
Le P. Louis Lambillotte avait deux frères, qui.
comme lui, avaient embrassé l'état ecclésastiqiie,
et, qui , comme lui aussi musiciens, avaient
composé des œuvres nombreuses. Le cadet,
François, né à la Hamaide en 1802 , mourut à
Fribourg en 1836 ; le plus jeune, Joseph, né dans
le même village en 1805, mourut en France, au
collège des Jésuites de St-Acheul (1). Un éditeur,
M. Gambogi, a entrepris, il y a quelques années,
la publication des œuvres poslluimes des trois
frères. Celle des œuvres complètes de ces trois
compositeurs a été entreprise et se poursuit
activement par les soins de la maison Rrandiis.
LAAIOMXARY ( ), compositeur,
vivait à Valenciennes dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. 11 a publié, outre plusieurs
livres de duos ou sonates pour violon et violon-
celle, un recueil de Six Quatuors en symphonie
pour deux violons, alto, violoncelle obligé et
orgnnn.
LAMOTTE (Nicoi.\s-Antonv), compositeur
de musiqnc de danse, est né en 1819 à Beaurieiix
(l) Louis I.nmbillolte, comme ses frères, 'est né non à
Cliarleroi, mais au petit village de I.a Hamaide, situé
près de celle ville.
(Aisne). Il apprit la musique à la maîtrise de
Soissons, où il fut enfant de chcpur, fit ensuite
de bonnes études littéraires au petit séminaire de
Laon, et de là passa, pour y faire sa philosophie,
au grand séminaire de Soissons. Son père voulait
lui voir embrasser la carrière ecclésiastique,
mais le jeune homme n'y voulut pas consentir.
Après avoir passé deux années comme professeur
ou maître d'études dans diverses institutions,
après avoir servi pendant une autre année, il se
remit à l'élude de la musique, qu'il aimait avec
passion, se livra à la composition, et écrivit deux
messes qui furent exécutées dans l'église de
Ham. Mais il était encore inexpérimenté , et
reconnaissait la nécessité de travailler sérieuse-
ment. II vint à Paris, oîi il suivit un cours
d'harmonie avec M. Ehvart, et bientôt se lit
connaître par la publication d'une foule de mor-
ceaux de musique de danse, qui se distinguaient
par la grâce de la forme, l'élégance et la fraîcheur
des mélodies. Vers 1850, il devint chef d'orches-
Ire du bal du Chàteau-d'Eau, d'où il passa à la
salle Bai'lhélemy, puisa la salle Valentino, faisant
exécuter et connaître ses compositions dans ces
divers établissements. En 1857, il fut appelé à
Londres pour y conduire l'orchestre de danse
d'Argyll-Rooms, et il y obtint de grands succès.
Depuis plusieurs années, il est revenu se fixer
à Paris. M. Antony Lamotte n'a pas composé
moins de quatre à cinq cents morceaux de
musique de danse, presque tous publiés.
On a publié sur cet artiste : Biographie d''An-
iony Lamotte, par A. de Rolland (Lyon, impr.
Chanoine, 1863, in-t8).
LAMOUREUX (Chaules), violoniste et
chef d'orchestre, naquit à Bordeaux, le 28 sep-
tembre 1834. Après avoir commencé en cette
ville l'étude du violon sous la direction d'un
artiste distingué, M. Beaudoin, il fut envoyé par
sa famille à Paris ^ el entra en 1850 au Conser-
vatoire, dans la classe de Girard, alors chef
d'orchestre de l'Opéra. Ayant obtenu un second
accessit en 1852, il se vit décerner le second
prix au concouis de 1853, et le premier l'année
suivante. 11 avait d'abord appartenu à l'orchestre
du Gymnase en qualité de premier violon, et bien-
tôt entra à celui de l'Opéra, où il resta plusieurs
années. A[)rès avoir fait de bonnes études d'har-
monie avec M. Tolbecque, avoir suivi ensuite le
cours de contrepoint de Leborne au Conserva-
toire, et eiilin terminé ses études théoriques avec
Chauvet {Voyez ce nom), M. Lamoureiix se livra
à l'enseignement, et fonda une société de musi-
que de chambre dont les séances étaient très-
suivies, et dans laquelle il avait pour partenaires
MM. Colonne, Adam et Rignault.
LAMOUREUX — LAMPERT
71
Virtuose extrêmement distingué, artiste fort
intelligent, esprit largement ouvert à tontes les
grandes manifestiitionsdel'art musical, M. Lamou-
reux, qui, après avoir été admis à la Société des
concerts du Conservatoire, était devenu second
chef d'orchestre de cette illustre association,
rêvait de doter son pays d'une institution d'un
nouveau genre. Après avoir fait plusieurs voyages
en Allemagne et en Angleterre, s'être lié avec
deux célèbres chefs d'orchestre, MM. Ferdinand
Hiller et Michaël Costa, avoir admiré les incom-
parables exécutions d'oratorios qui avaient lieu
sous la direction de ces deux grands artistes, il
étudia les moyens pratiques à l'aide desquels il
pourrait, à son tour, faire connaître à la France
les œuvres immortelles des Rach, des Ha'ndel et
des Mendelssohn , qui jusqu'à présent étaient
restées pour elle presqu'à l'étal de lettre morte,
et dont elle n'avait entendu que de rares frag-
ments, exécutés dans des conditions lainentabies.
A la suite de quelques tâtonnements, de quelques
essais un peu timides qui ne firent pourtant que
le confirmer dans la pensée d'un succès final,
M. Lamoureux finit par concevoir un plan qui
devait le mener victorieusement au but vers
lequel il t( ndait.
En dépit de tous les obstacles qui étaient semés
sur son chemin, malgré le mauvais vouloir qu'il
rencontrait de divers côtés , les jalousies qu'il
excitait contre lui, M. Lamoureux, à l'aide de
ses seules forces, de ses seules ressources, fonda
en 1873 une société dite de l'Harmonie sacrée,
organisée à l'instar de la Sacred harmonie
Society de Londres. Il forma un orchestre, un
personnel choral nombreux, se mit énergique-
ment à l'œuvre, el à la fin de 1873 des affiches
apposées sur les murs de Paris annonçaient
qu'une première audition du Messie, oratorio
de Hœndel, aurait lieu le 19 décembre dans la
salle du Cirque des Champs-Elysées. Les soli
du chel'-d'(Tuvre de Hfendel étaient chantés par
quatre élèves du Conservatoire, M^'" Belgirard
et Armandi, MM. Vergnet et Dufriche-, l'orgue
était tenu par M. Henri Fissot; l'orchestre et les
chœurs étaient dirigés par M. Charles Lamou-
reux. L'exécution fut admirable, et le public,
pénétré de la grandeur de l'œuvre qui lui était
offerte pour la première fois , aux prises avec
des sensations jusqu'alors inconnues pour lui, fit
l'accueil le plus enthousiaste à -cette œuvre,
ainsi qu'à l'artiste énergique et convaincu qui
i'in liait si courageusement à ses beautés. De
ce jour, l'oratorio était acclimaté en France, une
nouvelle source d'émotions était ouverte au
public, et M. Lamoureux avait donné à son pays
l'institution qui lui manquait.
Plusieurs auditions du Messie suffirent à
peine à satisfaire les désirs de la foule. Après
cet ouvrage, M. Lamoureux fit entendre la Pas-
sion de Jean-Sébastien Bach, puis, la saison
suivante, il remporta un nouveau triomphe en
faisant exécuter, avec un succès colossal, le Judas
Mochabée de Hœndel. S'onlaiit varier ses pro-
grammes, et, tout en faisant connaître les chets-
d'o'uvre consacrés, réserver une place à l'élément
contemporain, il produisit aussi la cantate de
M. Gounod intitulée Gallia, et une œuvre char-
mante el encore inédite de M. Massenet {Voij. ce
nom), Eve, « mystère » en trois parties. L'une
et l'autre furent accueillies avec la plus grande
faveur, et assurèrent définitivement le succès de
la Société de l'Harmonie sacrée et de son excel-
lent directeur.
Les séances de cette Société révélèrent du
premier coup, en M. Charles Lamoureux, un
chef d'oichestre de premier ordre, soigneux de
l'exécution jusque dans ses moindres détails,
sachant préparer les études avec une patience,
une intelligence et un sentiment musical bien
difficiles à rencontrer à un pareil degré, joignant
enfin, dans la direction, la précision et la fermeté
à la chaleur et à l'enthousiasme, et sachant
retenir dans ses écarts possibles le personnel
placé sous ses ordres en même temps qu'il lui
communique son ardeur et le feu dont il est
animé.
M. Lamoureux fut chargé, en î875, de la
direction musicale des grandes fêtes données à
Rouen pour la célébration du centenaire de
Boieldieu. Lorsque, Tannée suivante, M. Car-
valho fut nommé directeur de l'Opéra-Comique
en remplacement de M. du Locle, il s'empressa
d'attacher à ce théâtre, comme chef d'orchestre,
un artiste si distingué et si digne en tous points
de remplir ces difficiles fonctions. Cependant ,
au bout de quelques mois, des diflicidtés s'étant
élevées entre la direction de l'Opéra-Comique et
M. Lamoureux, ce dernier crut devoir se retirer
et donna sa démission. Peu de temps après, c'est-
à-dire vers le milieu de 1877, il fut appelé à
l'Opéra pour succéder, dans les fonctions de
premier chef d'orchestre, à M. Deldevez, qui
allait prendre sa retraite. Il est aujourd'hui en
possession de cet emploi.
LAMPERT (Ernest), pianiste, chef d'or-
chestre et compositeur, né à Gotha le 3 juillet
1818, fut à Weimar élève de Hummel pour le
piano, et reçut ensuite à Cassel des leçons de
composition de Morilz Hauptmann. Devenu con-
certmeister en 1844, il fut, en 1855, nommé
maître de chapelle à Gotha où il réside encore
aujourd'hui. M. Lampert a écrit la musique de
72
LAMPERT — LANCi
quatre opéras qui ont été représentés à Cobourg
et à Gotha, et dont j'ignore les titres; il a com-
posé en outre dos ouvertures, des cantates, et
divers morceaux pour instruments à cordes et
pour piano.
LAMPERTI (Francesco), professeur de
.chant au Conservatoire de Milan, est né à Savone
le 11 mars 1813. Cet artiste jouit non-seulement
à Milan, non-seulement en Italie, mais par toute
l'Europe, d'une éclatante renommée, et depuis
1850, époque où il a été chargé d'une classe de
chant au Conservatoire de Milan , il a formé un
nombre incalculable d'élèves, parmi lesquels on
signale M™«' Waldmann, Teresina Stolz, Emma
Albani, MM. Campanini, Collini, etc.; on assure
qu'il est le dernier dépositaire des traditions de
la grande école du chant italien; aussi, tous
ceux de nos chanteurs français qui, depuis vingt
ans et plus, ont voulu aborder la carrière ita-
lienne, n'ont jamais manqué de se rendre auprès
de lui pour recevoir ses leçons et ses conseils.
Après une longue carrière entièrement vouée à
l'enseignement , M. Francesco Lamperti a pris
sa retraite au mois d'avril 187G. On lui doit les
ouvrages suivants : 1° Guide théorico-prafique
élémentaire pour Vétude du chant, dédié à
ses élèves du Conservatoire de musique de Milan
(Milan, Ricordi); 2" Exercices journaliers pour
soprano ou mezzo-soprano (id., id.) ; 3" Études
de bravoure pour soprano, approuvées par le
Conscrvaloire de Milan (id., id.), 4° Observa-
tions et conseils S2ir le trille (id., id.) ; b° 8 Sol-
fèges dans le style moderne, pour soprano et
mezzo-soprano.
Un professeur de chant du même nom, M. G.-
B. Lamperti, a publié à Milan, chez l'éditeur
Lucca, un ouvrage intitulé École de chant,
contenant six solfèges et six vocahses pour
soprano, mezzo-soprano ou contralto, ténor et
baryton, avec accompagnement de piano, et un
recueil de 12 Vocalises pour soprano. J'ignore
si cel artiste est parent du précédent.
* LA.\I1»UGI\A1XI (Jean-Baptiste), a écrit,
outre les ouvrages dramatiques signalés à son
nom, un opéra bouffe intitulé la Scuola délie
Cantatrici, et un opéra sérieux, VOlimpiade,
qui fut représenté, je crois, en Italie, vers 17jO.
LAMY (Muiiii.), prêtre et musicien, fut
maître de la chapelle de la cathédrale de Rouen
de 1C07 au mois de mars 1728, et fit entendre en
cette église plusieurs messes de sa composilioii.
LAACIAAI (Fi.Avio), com()ositeur italien,
né dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
est l'auteur d'un oratorio intitulé Sanlu Clolilde,
reina di Francia, qui fut exécuté à Rologne
en I70i. a:-: .'.,;
* LAAXTIN (Charles-François Honoré) ,
dit DUQlJI>:SI\OY, n'est pas né en Belgique
en 17yj, mais en France, à Beauvais (Oise), le
18 mai 17ôS. Pendant le long séjour qu'il fit à
Bruxelles comme chanteur, avant de se rendre
à Hambourg, Duquesnoy écrivit la musique de
trois ouvrages qu'il lit représenter dans la capi-
tale de la Belgique : 1" Âlmanzor ou le Triom-
phe de la gloire, grand opéra ballet en 2 actes
(et en vers libres, paroles de d'Aumale de Cor-
sanville) , 1787; 2° le Mystificateur mystifié,
opéra-comique en 3 actes, vers 1789 ; 3° le Prix
des .'\rts ou In Fête flamande, opéra en un acte,
20 juin 1791. Un peu plus tard, à Hambourg,
il composa une cantate , le Vœu des Muses
reconnaissantes, qui fnt CNécutée en cette ville,
dans le cours de l'année 1795, avec un très-
grand succès.
Avant de faire , comme chanteur, la fortune
du théâtre de Bruxelles, cet artiste avait tenu en
double, de 1781 à 1786, l'emploi de haute-contre
à l'Opéra. Son début à ce théâtre s'effectua le
2'( janvier 1781, par le rôle de Colin du Devin
du village, et ce début donna lieu à une singu-
lière méprise de la part de V Almanach musical
qui, sans doute par la plume de deux rédacteurs
différents, l'enregistre en partie double, avec
réflexions à l'appui, d'abord au nom de Duques-
noy, puis à celui de Lanctin.
LAADVVIAG (Marc), compositeur, né à
Zug, en Suisse, en 1759, entra au couvent d Ein-
siedeln à l'âge de dix-huit ans, et y trouva la
facilité de développer ses rares dis[)ositions pour
la musique. On lui doit l'ouvrage suivant : Anli-
phona Mariana Suive Regina in cantu chorali
cum 3 vocibus (Einsiedeln, Œcbslin, 1787),
dont une seconde édition a été faite en 1790. On
chaule encore aujourd'hui, à Einsiedeln , un
Benedictus Dominus Detis de la composition
de Marc Eandwing. Cet artiste mourut en 1813.
* LAA'G (Jost;i'iiiNE). Une artiste de ce nom,
qui me paraît devoir être la cantatrice dont il est
parlé au tome V de la Biographie universelle
des Musiciens, s'est fait eoniiaitre comme com-
positeur par la publication d'un assez grand
nombre de lieder. Le catalogue des éditeurs
lireitkopf et H;ertel, de Leipzig, en mentionne
deux recueils placés sous les chiffres d'œuvre
14 et 15.
LAXG (Adolphe), violoniste, chef d'orchestre
et compositeur allemand, né ;i Thorn le 10 juin
1830, lit ses études au Conservatoire de Leipzig,
où il resta de 18'i4 à 1847 , et où il fui l'élève
de Ferdinand David pour le Aiolon, de Mcndels-
shon et de Morilz Hauplmann pour la théorie
de l'art et la composilion. Devenu premier violon
LANG — LANGHANS
73
au tliéùtie Friedrich-Willielmstadt de Berlin en
1851, il en fut nommé chef d'orchestre en 1854,
et à partir de ce moment se produisit comme
compositeur, écrivant plusieurs opérettes, faisant
exécuter des marches et des ouvertures, et
publiant des Uexier et divers morceaux de chant.
Cependant, il renonça assez rapidement à la
carrière musicale, et, en 1862, s'établissait à
Thorn, sa ville natale, pour y diriger une maison
de conmierce.
LiV\GE (Gustave), pianiste, professeur et
composilcur, a publié en Allemagne, depuis quel-
ques années , environ 200 morceaux de genre
pour le piano : nocturnes, mélodies,' capfkes,
rondos, etc. Ces compositions, parmi lesquelles
figure une série de 18 pièces intitulées Ica Aqua-
relles, paraissent obtenir un grand succès. On
signale comme étant faites avec goût une nom-
breuse série de tran.scriplions données parM. Lan-
ge des liedcr àë, Sc\\uhtx\ et de Mendelssohn.
Parmi les autres productions de M. Lange, qui
comprennent un grand nombre de fantaisies sur
des mélodies populaires et des motifs d'opéras
célèbres, il faut signaler quelques cruvres plus sé-
rieuses, entre autres un joli quintette pour ins-
truments à vent.
LAXGER (Fbrdinand), violoncelliste, chef
d'orchestre et compositeur dramatique, né en
1839 à Leimem, pi es de Heidelberg, doit, dit-on,
la meilleure partie de son éducation musicale à
.son travail personnel et à sa propre initiative.
Après s'être fait connaître comme violoncelliste, il
voulut se produire comme compositeur drama-
tique, et fit représenter à Manuheim, au mois de
juin 1808, un petit opéra qui avait pour titre
dei Gefœhrliche Nachborschafl [le Voisinage
dangereux). Il devenait peu de temps après
chef d'orchestre du théâtre de IMannheim, et y
donnait, le 18 mars 1873, son second ouvrage
dramati(|uo, un opéra romantique intitulé Dorn-
rœschen [Églantine), qui était écrit sur le sujet
d'un conte de Perrault, la Belle au bois dor-
viant, et qui obtint lui succès très-flatteur.
M. Ferdinand Langer passe pour être en Alle-
magne l'un des partisans les plus décidés et des
soutiens les plus convaincus des idées et des
doctrines de M. Richard Wagner.
Un artiste du même nom, et peut-être parent
de celui-ci, M. Adolphe Langer, s'est fait con-
naître assez récemment par la publication d'une
vingtaine de morceaux de genre pour le piano.
— Un troisième, Gustave Langer, qui apparte-
nait peut-être encore à la même famille, a rempli
les fonctions de chef des choeurs à l'Opéra de
Berlin ; au mois d'avril ou de mai 1876, il a mis
volontairement fin à ses jours en se jetant dans
le Neckar, et son corps a été retrouvé peu après
dans les environs de Heilbronn.
LAIXGERT (Alcuste), compositeur drama-
tique, né en 1830, est depuis longtemps déjà
maître de chapelle du duc de Saxe-Cobourg. Je
«rois que son premier ouvrage théiltral est l'opéra
intitulé la Pucelle d'Orléans , qui fut donné à
Cobourg le 25 décembre 1801. Deux ans après,
le décembre 1863, à l'occasion de l'anniver-
saire de la duchesse de Saxe-Cobourg, il faisait
représenter sur le même théâtre un opéra roman-
tique, des Sxngers Fluch {la Malédiction du
barde), qui obtint un grand succès et fut bientôt
reproduit sur plusieurs autres scènes importantes.
Le 13 mars 1806, cet artiste faisait jouer à
Darmstadt Dona Maria , infante d'Espagne,
opéra dont il avait écrit la musique en société
avec un amateur, M. le comte de Reiset, ancien
ckargé d'alfaires de France, qui prenait en cette
circonstance le pseudonyme anagrammatifiue de
ïesier.
Le nom de M. Langert était déjà favorable-
ment connu lorsque le compositeur produisit à
Cobourg un grand drame lyrique en 3 actes,
les Fabius (26 novembre 1806), qui lui ouvrit
les portes de l'Opéra de lîerlin ; en effet, dix-huit
mois après, en février 1868, ce nouvel ouvrage,
remanié par son auteur, renforcé, agrandi, fai-
sait son apparition dans la capitale de la Prusse.
Quelques critiques reprochèrent alors à M. Lan-
gert un éclectisme un peu trop facile, qui le pous-
sait tantôt du côté de Spontini et de Marschner,.
tantôt sur les routes nouvelles frayées par
MM. Liszt et Richard Wagner, tantôt encore
dans les bras de M. Gounod ; on disait aussi
que la phrase mélodique du compositeur était
généralement courte d'haleine , trop peu déve-
loppée, et que le récitatif prenait une trop large
place dans la structure des morceaux. Quoi qu'il
en soit, M. Langert fit représenter encore h
Leipzig, en 1872, un nouvel opéra, Dornrœschen
(Églantine), qui ne paraît pas avoir obtenu un
grand retentissement. Depuis lors, il n'a pas
reparu à la scène.
Un artiste du même nom que celui dont il est
ici question, M. A. Langert, était, en 1873,
maître de chapelle à Genève, et, à la mort de
Lysberg, le remplaça provisoirement comme pro-
fesseur de la classe supérieure de piano au Con-
servatoire de cette ville.
LAi\GIIANS (GciLr.AL-ME), violoniste, com-
positeur et écrivain sur la musique, est né à
Hambourg le 21 septembre 1832. Élève du
Conservatoire de Leipzig, il y reçut, de 1849
à 1852, des leçons du grand virtuose Ferdinand
David, après quoi il fit partie de l'orchestre du
74
LANGHANS — LAPIERRE
Gevsandhaus et fie celui du théâtre de Leipzig-
Il vient ensuite se peifectionncr à Paris auprès
de M. Alard, puis retourne à lA'ipzi», où il étudie
la composition avec Moritz Ilautpmann et E. F.
Ricliter. Devenu en 1858 concertmeister à Dus-
seldorf, il y épouse bientôt une jeune artiste fort
distinguée, M"'^ Louise Japlia, et tous deux
viennent se faire entendre avec succès à Paris
dans des séances de musique classique. Au bout
de quelque temps, M. Langhans va se fixer déliui-
tivement à Berlin, où , lout en se livrant à l'en-
seignement et à la composition, il commence à se
faire connaître comme écrivain spécial en prenant
part àlarédaction de divers journaux et revues.
Parmi les compositions de M. Langhans, je
signalerai les suivantes -. Quatuor en fa pour
deux violons, alto et violoncelle, couronné en
18G4 au concours ouvert par la Società del
Quarietlo de Florence, sous les auspices tie
M. le docteur Basevi , op. 4; 2 Sonatines pour
piano, op. 18 ; 20 Etudes pour violon ; 2 Recueils
de lieder; Air de Lotti, transcrit pour violon,
avec accompagnement de piano. Comme écrivain
sur la musique, outre sa collaboration à divers
journaux, outre la part trèsactive qu'il a prise
à la rédaction du Musi/ialisches-Conversations-
Lexicon d'Hermann Mendel, M. Langhans a
publié divers écrits, parmi lesquels je citerai les
deux suivants : 1° Dns mxisikalische Vrthell
und seine ambilduncj durch die Erzichunj
{le Jugement musical et son développement
par V instruction), Berlin, 1872; 2° Die Kœnigl.
Hochschide fur Musik zii Berlin ( l'École
royale supérieure de musique à Berlin),
Leipzig, 1873. M. Langhans occupe la chaire
d'histoire de la musique à lu nouvelle Académie
de musique dt^ Berlin.
LAA'tillAiXS (LoiisE JAPHA, épouse),
femme du précédent, pianiste et compositeur de
talent, a été en 185:5, à Dusseldorf, l'élève de
M"^" Clara Schumann, sous la direction de
laquelle elle est devenue une artiste fort distin-
guée. Après son mariage, elle vint se faire enten-
dre et connaître à Paiis, puis retourna en
Allemagne avec son mari. Elle a obtenu comme
virtuose des succès brillants et mérités; en tant
que composite-ur, elle obtint, dit-on, les suffrages
de Schumann, (jui prenait un grand intérêt à ses
production^. Entre autres œuvres publiées, on
connaît d'elle : Drel Gondoliercn {Trois Gon-
do/iers), Hambourg, Scbuberlh ; Blucttcs, Paris,
Flaxland ; iJanse guerrière et Nocturne, Paris,
Hartmann; des lieder, mélodies, etc. Depuis
1874, M""" Louise Langhans s'est (i\ée à Wiesba-
den , où elle ^c livre à l'enseignement et où ses
leçons sont très-recherchées.
I>A WER (JosEPn-FR.4Nçois-CHARLEs), célè-
bre compositeur de musique de danse, est né à
Vienne non le 11 juillet 1802, comme il a été dit
par erreur, mais le 11 avril 1800.
r^ANIXER (Auguste-Joseph), fils du prédé-
dent, violoniste, chef d'orchestre et compositeur
de musique de danse, naquit à Vienne le 23
janvier 1834. Ce jeune artiste, qui donnait de
sérieuses espérances, mourut prématurément en
cette ville, à l'âge de vingt et un ans, le 27 sep-
tembre 1855
* LAWOY (M'"« la comtesse Cléhentine-
JosÉPHiNE-FRANçoisE-TuÉnicsE DE), née prin-
cesse de LOOZ-CORSWAREM, naquit au
château de Gray (Brabanl), le 29 juin 1764 , et
mourut à Liège le 4 juin 1820.
LA\TL\ (J -B ), conseiller au
parlement de Bourgogne, né à Dijon en 1C20,
mort en 1695, était grand amateur de musique
et s'occupait beaucoup de composition. « Il laissa
en manuscrit, dit M. Charles Poisot dans .ses
Musiciens bourguignons , la musique de plus
de trenteodes d'Horace, de VAdjs de Catulle, etc.;
on remarqua son ode d'Huet : Tibi gratcs
zephyris. »
LAAUSSE ( ), artiste ob.scur, qui vivait
à la fin du dix-huitième siècle et au commence-
ment du dix -neuvième, lit représenter deux
opéras-comiques en un acte : au théâtre des
Jeunes-Artistes, le 15 avril 1802, Lanrette; à
la Porte St-.Martin, le 11 octobre suivant, Melzor
et Ziina.
LA ^XTX (PiUL VÉROl\GE DE) , com-
positeur français, est né à Paris, d'une famille
d'artistes, le 29 juin 1853. Son père, pianiste
fort distingué, avait fait ses études au Conserva-
toire, de même que son oncle, mort fort jeune.
Lui-même devint, dans cet établissement, l'élève
de M. François Bazin, et après avoir obtenu un
premier prix de fugue en 1872, se présenta au
concours de Rome et rem|iorla le second grand
prix de composition en 1874; en 1876, il se
voyait décerner le deuxième |)renrier grand prix
pour sa cantate intitulée Judith, tandis que son
camarade, M. Hillemacher , reuq)ortait le pre-
mier grand prix. M. de la Nux occupait à celte
époque l'emploi d'accompagnateur au théâtre de
la Renaissance. Sa partition de Judith, pour
chant el piano, a été publiée.
La sœur de cet artiste , M" ' Jeanne Vcronge
de la Aux, élève de leur père, est une pianiste
fort distinguée.
LAPIERRE (Fiunçois-Antoine), né à
Cavaillon (Vaucluse), le 5 avril 1760, mort le
2.-) décembre 1824 à Sl-Remy ( Houches-du-
Rbône), a été longtemps maître de chapelle à
LAPIERRE
LARMANDÉ
75
Aix-en-Provence, et a laissé diverses œuvres iné-
dites, qui sont assez estimées de ceux qui les
ont entendues, notamment un Stabat avec
accompagnement d'alto et basse, et une messe
de Hequiem. Contemporain et admirateur de
Cheriibini, Lapierre paraît avoir cherché à imiter
le style de ce grand maître.
Le petit-(ils de cet artiste est directeur actuel
du Conservatoire d'Aix. Il a composé des messes,
des motets, de la musique de danse, et un opéra-
comique, Fose et Lyv, qui a été représenté au
théâtre d'Aix.
Ar,. R— n.
LAP0:MMERA\E (Victou BEllD AL-
LE DE), né à Paris, le 24 février 1825, fit ses
études au collège de Rouen, et ne tarda guère à
révéler ses dispositions musicales. 11 devint élève
d'Amédée Mêreaux, et s'étant rendu ensuite au
Conservatoire de Paris, il entra dans la classe de
Zimmermanii. Il avait à peine quitté cette école,
lorsqu'eu 1848 on lui confia l'organisation géné-
rale des musiques de la garde mobile, entreprise
que la prompte suppression de ce corps empêcha
d'aboutir.
Quelques compositions légères , les Matelots
de la Belle- Eugénie, le Paria, etc., firent
connaître avantageusement Berdalle de Lapom-
meraye; son œuvre la plus répandue est une
simple polka pour piano , le lac d'Enghicn
(A. Leduc, éditeur); il en a été tiré 50,000
exemplaires. Le Domino rose, du même auteur,
a acquis presque autant de popularité. Toutefois,
il nous plaira davantage de citer de ce musicien
une composition plus sérieuse, les Psaumes
de David, qu'il mit en musique sur une
traduction en vers de M. Giffard, ancien profes-
seur au collège de Rouen. Cet ouvrage, sur
lequel je ne puis donner aiicim ren.seignement
bibliographique, obtint l'approbation des cri-
tiques les plus autorisés, qui se plurent à en
louer l'originalité et la force expressive. Ce travail
valut à Berdalle de Lapommeraye sa nomination
de membre de l'Académie pontificale de Sainte-
Cécile, laquelle ne comptait alors en France que
deux correspondants , Carafa et Auber. Il fut
décoré aussi de l'ordre de Saint-Grégoire-le-
Grand.
Victor de Lapommeraye est mort du typhus,
au mois de janvier 1866, à Glatina, près de
Bucharest (Valachie) (1).
J. C — z.
;1) D'une nature un peu capricieuse, un peu fantasque,
{.apomnicraye ne savait point poursuivre un but prêci-,
manquait de persistance dans les idées, et ni- pouvait
s'astnindre à la lutte que tout artiste est appelé a sou-
tenir. Son humeur vagabonde le portait tantôt ici, tantôt
LAllDL\( V -JixF.s ) , amateur de
musifjue, né vers 1780, mort, je crois, vers 1870,
est l'auteur d'une notice sur François-André
Danican-Pliiiidor, écrite à l'aide de ses souvenirs
et des notes laissées par l'un des fiis de ce grand
artiste, et insérée dans le Palnmcde (revue des
échecs) de janvier 1847. Cette notice, intitulée :
Philidor peint par lui-même , a été tirée à
part (Paris, 1847, in-8° de IG p.). Lardin avait
été l'ami de Grétry, et s'est plusieurs fois oc-
cupé de ce grand homme. Sous cetitre : Inau-
gxiration de la statue de Grétrij due au
ciseau de Braelicleer, à la société de la
Grande- Harmonie d'Anvers, le 19 août i8(î0
Paris, Claye, 1860, in 8°), il publia sur lui
trois piècesj de vers, d'ailleurs des plus mé-
diocres. Sous le couvert de l'anonyme, il donna
aussi la brochure suivante : Zémire et Azor,
par Grétrij, quelques questions à propos de
la nouvelle falsification de cet opéra (Paris ,
Moessard, 184G, in-8'' de 32 pp.). En 1842, il
offrit à la Société libre de l'Émulation de Liège
un volume in-4'^ manuscrit, ainsi intitulé -. Hom-
mage à la mémoire de Grétrij, écrit et offert
par Jules Lardin, propriétaire à Paris; ce
manuscrit contient des stances, des cantates, des
notes sur Grétry et ses œuvres, ainsi qu'un pro-
jet de festival pour l'inauguiation de sa statue.
LARDIXOIS ( ). Un artiste de ce nom
a fait représenter sur le théâtre de Nancy,
en '1864, un opéra-comique intitulé les Deux
Clochettes.
LARGIII (Desiderio), musicien italien du
dix-huitième siècle, est l'auteur d'un traité de
solfège ainsi intitulé : Il Modo di so/feggiare
all'uso francese, introdotto nuovamente in
Siena dal M. It. signore Fausio Fritielli ,
Sienne, 1744. On sait que Frittelli fit tous ses
efforts pour introduire en Italie, où l'on solfiait
encore par nuances, le système de la gamine de
sept sons , dont l'usage s'était complètement
généralisé en Fiance. L'ouvrage ci-dessus cité
venait en aide à Frittelli.
LA1LMA\DE (A ), est le nom d'un
artiste qui, vers 18.35, était professeur d'iiar-
monie, et qui, à la mort de Reicha, provoqua
Ta, et il éparpillait sans profit et sans utilité des forces
que son talent aurait pu rendre efficaces s'il avait su les
diriger. Kn dernier lieu, les hasards d'une existence apitee
l'avaient conduit à Bucharest, où il était devenu critique
tnusic.il du journal la f'critc. C'est en ce p > ys que la m 'rt
l'a surpris, plein de jeunesse et d'ardeur. Cet artiste, qui
avait travaillé avec Carafa et Halévy, était le frère d'une
aimable ctianfeuse.M'i* de Lapommeraye, quia appartenu
pendant plusieurs années au personnel de l'Opéra, et de
M. Henri de I apommeraye,l'un de nos critiques de théiltre
les plus di.sliiigués — .\. r.
76
LARMANDE - LARUETTE
rouveiture d'une souscription dans le iiul de
faire frapper une médaille de bronze en l'honneur
de ce compositeur. H publia, pour les élrennes
de 1837, un album de si\ morceaux de chant,
intitulé les Violettes, dont les paroles lui avaient
été fournies par M'"'" >Mboyet. Je crois que c'est
le même artiste qui, plus tard, ajusta les paroles
françaises du recueil publié par l'éditeur Flaxland
sous le tilre -. Échos d'AllemcKjne, ainsi que de
la collection des 12 Duos de Meiidelssohn.
LA ROCHE (M''-^ Rose DE), «laveciniste
et compositeur pour son instrument, vivait dans
la seconde moitié du dix-huitièuie siècle. Elle a
publié diverses compositions , parmi lesquelles
une suite de Sonates pour le clavecin (Paris,
Benout), et un Concerto pour le même instru-
ment, avec accompagnement d'orchestre (id.,
id.).
* LARRIVEE (Marie-Jeanne), femme du
fameux chanteur de ce nom, fut elle-même l'une
des artistes les plus aimées du public de l'Opéra,
où elle commença sa carrière sous le nom de
M"^ Lemierre. Elle fut sur le point de quitter
ce théâtre en 1759, par suite d'une prétention
dans laquelle elle ne s'obslina pas. On remontait
Amadis de Gaule, et M'*'-' Lemierre réclamait
comme lui appartenant par son emploi le rôle
d'Oriane, rôle Irès-dramalique, au-dessus de ses
moyens physiques, et que l'administration voulait
très-sagement confier à So[ihie Araould. m""^ Le-
mierre prélendit qu'elle le jouerait, et qu'elle le
jouerait à l'exclusion de toute autre, ou qu'elle
quitterait le théâtre. Le récit de cette petite
querelle se trouve tout au long dans le Mercure
de France, qui, tout en se montrant très-
sympathique au talent de m'"' Lemieire, disait
à ce sujet : « Une voix enchanteresse, une figure
charmante, une action noble et juste , de l'in-
telligence et du sentiment, donnent à M"" Le-
mierre le droit de prétendre à exceller dans
tous les rôles gracieux et tendres. Mais ces sons
brillants, ces cadences légères, celte douce séré-
nité d'une physionomie riante ne semblent pas
faits pour les rôles passionnés tels que celui
d'Oiiane. » Elle finit par céder et par laisser ce
rôle à So()hie Arnould ; mais elle voulut s'y
essayer cependant , quelques mois plus tard, et
n'y réussit que médiocrement.
Sfi'ur du violoniste Lemierre, qui se lit un nom
honorable et qui obtint de vifs succès au Con-
cert spirituel, cette artiste fort distingué'C créa
des rôles imporlanfs Aawa h'iiée et Lavinic,
Léandreel tféro,Caneii(e, ErneUnde, V Union
de V Amour et des Arts, et Céphole et l'm-
cris. tlle était l'une des cantatrices les plus es-
timées du Concert spirituel. Elle prit sa retraite
en 1777, avec une pension de deux mille livres.
L.MIUE (Pierhe), l'acteur d'orgues, exerçait
sa profession à Paris dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. On trouve son nom, à la
date de 1767, dans des règlements de comptes
de la corporation des faiseurs d'instruments dans
un carton des Archives nationales. Pierre Larue
vivait encore en l'Sb. Dans son livre : les Ins-
truments à archet, M. Antoine Vidal cite un
luthier du nom de Pierre Mathieu Larue, qui
était « maître-juré comptable de la corporation
des maîtres luthiers de la ville de Paris pour
l'année 1767. » J'incline à croire que ces deux
artistes n'en faisaient qu'un, et que M. Yidal,
n'ayant pas eu d'autres renseignements et trompé
par celte dénomination générale de luthiers ,
aura classé à tort Pierre Larue parmi les fai-
seurs de violons, tandis qu'il était en réalité
facteur d'orgues.
* LARUETTE (Je\n-Loiis). Il faut joindre
à la liste des ouvrages dramatiques de cet excel-
lent artiste, Cendrillon , opéra-comique en
deux actes, donné à l'Opéra-Comique le 21
février 1759. Les auteurs de YHisioire de l'o-
péra bouffon mentionnent une pièce intitulée
la Fausse aventurière , représentée au même
théâtre le 22 mars 17 J6, et pour laquelle
Laruette avait écrit au moins un morceau impor-
tant , le quatuor final. Je crois que plusieurs
nuisiciens avaient pris part a cet ouvrage, mais
aucun annaliste ne donne leurs noms, et celui
de Laruette se trouve seul cité, pour ce morceau,
dans l'écrit mentionné ci-dessus.
LARUETTE (M^'^' VILLETTE, épouse),
femme du précédent, fut une des plus célèbres
actrices de la Comédie-Italienne, dont elle lit les
délices pendant plus de quinze ans, après avoir
ap!)arfenu au personnel de l'Opéra-Comique,
puis à celui de l'Opéra. Née vers 1740, M"' Vil-
lelte, douée d'une voix charmante et d'une jolie
figure, débuta le 9 septembre 1758 à l'Opéra-
Comique, où elle produisit un grand effet, ainsi
qu'on peut le voir par ces paroles du Mercure
de France : « Dans ce spectacle a paru jioiir la
première fois iM""^ Villette, dont la voix brillante
et flexible a produit la plus vive impression. C'est
un talent acquis à l'Académie royale de musi-
que. » En effet, peu de mois après, M"'' Villette
paraissait sur la scène de rOjjéra, où elle n'était
pas moins bien accueillie, et où elle jouait entre
autres, avec beaucoup de succès, le rôle de.
Colette du Devin du Villarje. Le 5 avril 1759,
elle se faisait entendre au Concert spirituel , tou-
jours avec le même bonheur, car le Mercure
disait encore : « M""-' Villette a; débuté au
Concert spirituel avec le même succès qu'à l'O-
LARLETTE — LA SALLE
77
péra. Une voix juste, brillante et légère ne peut
manquer <le réussir partout. »
Toutefois, cette voix aimable et sympatiiique
manquait un peu de puissance, et n'aurait pu
sans dan;;or se condamner au régime meurtrier
de l'Opéra. Après un séjour lie près de trois ans
à ce Ihéàlre, après y avoir créé le rôle de
l'Amour dans la Canente de Dauvergne, M^'"' Vil-
lette entra à la Comédie-Italienne, où elle débuta
le 7 septembre 1761 par le rôle de iNicette de
Vile des Fous et celui de Zerbine de la Ser-
vante maîtresse. « On ne peut, disaient les
auteurs de Y Histoire de Voilera bouffon ,
paroitre avec plus de succès et jouir plus com-
plètement des suffrages du public. La réussite
que cette actrice avoit eue précédemment à
l'Opéra dans le Devin du Village sembloit
avoir marqué sa place sur ce théâtre et à la tète
du nouveau genre (celui des pièces à ariettes).
Elle a passé de bien loin nos espérances, chaque
jour fait découvrir en elle de nouvelles perfec-
tions. »
Le fait est que la situation de la débutante
devint en peu de temps prépondérante à la Comé-
die-Italienne. Chanteuse d'un mérite reconnu
de tous, elle devint rapidement une comédienne
charmante, pleine de grâces, de charmes et de
séductions, dont les auteurs s'empressèrent
d'utiliser le talent. Devenue en 1763 l'épouse de
Laruette, elle créa dans l'espace de seize ans
environ plus de quarante rôles, dans cet emploi
d'ingénuités et d'amoureuses qui convenait si
bien à sa nature, et dans lequel, sous le double
rapport du chant et du jeu scénique, elle déployait
des qualités exquises. Parmi les ouvrages au
succès desquels elle contribua pour sa bonne part,
il faut citer surtout Rose et Colas, le Roi et le
Fermier, Isabelle et Geririide, Tom Jones,
la Clochette, le Bûcheron, Toinon et Toinc/te,
les Sabots, Lucile, Sylvain, les Deux Avares,
l'Amoureux de quinze ans, les Moissoniieurs,
la Fée Urgèle , le Magnifique, l'École de la
Jeunesse, les Deux Chasseurs et la Laitière,
Alix et Alexis, Nanette et Lucas, la Servante
justifiée, Julie, l'Ile sonnante, le Sorcier, le
Gui de chêne, V Anneau perdu et retrouvé,
les Pécheurs, etc., etc.
Cependant, la santé deM"» Laruette était déli-
cate, et la fatigue l'obligea de se retirer de bon-
ne heure. Elle était à peine âgée de trente-huit
ans lorsqu'elle crut devoir prendre sa retraite, à
Pâques 1778. Son mari suivit son exemple l'an-
née suivante, et tous deux, je crois, allèrent s'é-
tablir en province. On sait que Laruette mourut
à Toulouse en 1792, mais je n'ai pu découvrir
Vépoque de la mort de M"' Laruette. Toutefois
elle vivait encore en 1793, car en cette année
elle était encore portée sur la liste des artistes
auxquels la Comédie-Italienne servait une pension.
LA SALETTE ( ), est l'auteur de l'é-
crit suivant : />e/a_/?j;(^c' et de Vincariabililé
des sons musicaux (Pdvïs, 1824, in-8).
LASALLE (ÂLiîEUT DE),criti(|ue et historien
musical, est né au Mans le 16 aoilt 1833. Après
avoir lait à Paris de bonnes études littéraires,
s'être fait recevoir bachelier ès-lettres et ès-
sciences physiques et eu droit, M. de Lasalle se
livra à l'étude de la nmsique, pour laquelle il
avait un goût déterminé, se lança en même
temps dans la carrière du journalisme, débuta
en \Sbi dans {'Illustration, eldès l'année 1857,
époque de la fondation du Monde illustré, se
vit chargé de la critique musicale de cette revue,
qu'il na jamais abandonnée depuis, tout en
remplissant parfois le même office à d'autres
recueils, entre autres à la Nouvelle Revue de
-Pam. Successivement collaborateur de nombreux
journaux, le Charivari, le Journal amusant,
la Vie parisienne, le Moniteur universel, le
Petit Moniteur, le Boulevard, la Chronique
universelle, la Revue de France, M. de Lasalle
trouva le temps néanmoins de mettre au jour
diverses publications dont la musique était l'ob-
jet. Travailleur consciencieux et écrivain spirituel,
il sait allier la fantaisie de l'imagination au res-
pect le plus scrupuleux de la vérité historique, et
sous ce rapport il a donné, dans la littérature
musicale actuelle, une note particulière, tantôt
sérieuse, tantôt humoristique.
Voici la liste des écrits relatifs à la musique
publiés par M. Albert de Lasalle : 1° Histoire
des Bouffes-Parisiens (Paris, librairie nouvelle,
1860, in-32), petit volume qui retrace fidèlement
l'historique des premières années de ce théâtre,
avec un répertoire soigneusement annoté ; 2° la
Musique à Paris (Paris, Morizot, 1863,in-12)^
en société avec M. Er. Thoinan(roy. ce nom), an-
nuaire musical de l'année 1802, l'une des meil-
leures et des plus solides publications de ce
genre qui aient jamais été essayées en France ;
T Meyerbeer, su biographie et le catalogue
de ses œuvres (Paris, Dcntu, 186i, in-16 de 31
pp.); i" Dictionnaire de la Musique appli-
quée à l'amour {Purh, Làcro\\, 1808, in-12},
fantaisie tout aimable, à la suite de laquelle
l'auteur donne, en appendice, la liste complète et
annotée de tous les dictionnaires de musique pu-
bliés en français; 5° la Musique pendant le siège
de i'rt/i.v, impressions du moment et souvenirs
anecdotiques sur la Marseillaise, le Rhin al-
lemand, les Girondins, le Chant du départ, les
chansons de la rue et du théâtre, la musique
78
LASALLE — LATILLA
religieuse, les conceils de l'Opéra, les concerts au
profit (les canons, les instrunionts de musique
inililaire, etc. (Paris, Lacliaud, 1872, in-12);
t" Les Treize Salles de l'Opéra (Paris, Sar-
lorius, 1875, in-12), voluim» qui est à la 'fois
une liistoire et une chroniiiuc de l'Opéra, d'a-
près les salles que ce théâtre a successivement
occupées ; 7" Mémorial du Thddtre-Lijrique,
catalogue raisonné des cent quatre-vingt-
deux opéras qui y ont été représentés depuis
sa fondation jusqu'à l'incendie de sa salle
du Chdtclet, avec des notes biographiques et
hibliograpliiques (Paris, Lecuir, 1877, in-S").
M. Albert de Lassalle est l'un des collabora-
teurs du supplément à la B'iugrap/iie univer-
selle des Musiciens.
LASEKK (C ), pianiste et compositeur
allemand, vivait vraisemblablement dans la pie-
mière moitié de ce siècle, puisqu'un grand nom-
bre de ses compositions ont été écrites en so-
ciété avec Frédéric-Auguste Kummer. LasekU a
publié, entre autres œuvres ■.rAgitation,(\ud\.ao\-
pour piano, violon, alto et violoncelle; la Chasse,
grand duo concertant pour piano et violoncelle;
concertino brillant pour piano, avec accompagne-
ment d'orcbestre ; 3 morceaux détachés pour
piano ; 3 morceaux de sentiment pour violoncel-
le avec piano; 3 pensées, pièces fugitives pour
piano ; plusieurs lieder avec accompagnement de
piano. Avec Kummer, LaseUk a publié : Sonate
dramatique pour piano, violon et violoncelle ; 9
romances sentimentales pour piano et violoncel-
le, en 3 livres ; Rhapsodie musicale pour piano
et violoncelle ;enlin, diverses fantaisies pour les
deux mêmes instruments.
LASERXA (BL\s),clief d'orchestre et com-
positeur espagnol du dix -huitième siècle, fut un
artiste distingué. On ignore la date de sa nais-
sance et celle de sa mort ; mais on sait qu'à la
fin du siècle il occupait les fonctions de chef
d'orchestre au théâtre de la Cruz, à Mailrid, et
y donnait des preuves d'un véritable talent, il
lit représenter à ce IhéAtre, tandis qu'il y tenait
cet emploi, un opéra espagnol, /« Gilandlu por
umor, qui fut acceuilli avec beaucoup defaveu/'.
LASSABATIIIE (I'ukodoui:), administra-
teur et historien du Cons::rvatoire de Paris, na-
quit à Bordeaux le 13 aoi'it 1800. Il entra de
bonne heure dans l'administration, et devint
chef du bureau da?. théâtres au ministère de
l'intérieur sous le gouMMiicmcnt de juillet. Sa
collection de livres et île documents sur l'artdra-
matique était l'une des plus riches et des plus
précieu.ses (p.ii existassent à Paris. Le 1" août
185i il était nommé administrateur du Conserva-
toire, et après.avoir mis eu ordre les archives
de cet établissement, qui auparavant étaient
dans un assez fâcheux état, il utilisa les uiaté-
riaux classés et coordonnés par lui, et en tira
les éléments d'une Histoire du Conservatoire
i)npérial de musique et de déclamation (Pa-
ris, Lévy, 18G0, in- 12). Cet ouvrage, d'une lec-
ture naturellement un peu sèche, mais d'ime
utilité incontestable , aurait pu être fait avec
plus de soin, et l'ordonnance |)ourrait enêtremeil-
leure ; néanmoins, il est venu combler une véri-
table lacune dans notre littérature musicale.
Lassabathie est mort à Paris, à la maison
municipale de santé, le 5 décembre 1S71.
* LASSEN (Edouard), pianiste et composi-
teur (1). Les œuvres de cet artiste se sont
accrues d'une façon considérable depuis la pu-
blication de la notice qui lui a été consacrée dans
la Biograph'ie universelle des Musiciens. On
peut citer (larticulièrement: l" Le Captif, o[)éra;
2" Œdipe roi , musique sur la tragédie de So-
phocle, exécutée à lénaau mois de mars 18G8 ;
3'^ musique symphonique et chorale pour les deux
parties du Faust, de Gœthe, exécutée avec un
grand succès à AVeimar, au mois de mai 1876 ;
4" Te Deum ;b" musique pour les Aiebclungen,
trilogie dellebbel, exécutée avec succès en Al-
lemagne ; G" Symphonie en ré ; 1° 56 lieder, for-
mant onze recueils ; 8" Phantasiestuke pour
violoncelle et basson, avec accompagnement de
piano, op. iS; 9" enliu, plusieurs autres sym-
phonies, des cantates, des ouvertures, et des
transcriptions pour le piano.
LASSERNE (L ), violoniste qui vivait
dans le milieu du dix-huitième siècle, a pultlié
un livre de sonates à violon seul avec basse
continue, œuvre l''' (Paris, Boivin, in-f").
LATASTE (LoDoïs), compositeur, a publié
quekpies mélodies vocales, et a fait représenter
au théâtre Napoléon, de Bordeaux, le 28 mars
1868, une opérette en un acte intitulée : Quand
les chats n'y sont pas.
* LATILL.\. (Gaetano).A la liste des œuvres
de ce gran<l artiste, il faut joindre les suivantes,
qui sont conservées dans les Archives du Con-
servatoire de Naples : 1° Anligone, opéra sérieux
en 3 actes, représenté au théâtre San- Carlo,
de Naples, en 1775 ; 2" une série de sept mor-
ceaux pour voix de soprano, avec ace. de qua-
tuor d'instruments à cordes ; 3" solfège pour so-
prano, avec acc.de piano. Les quatre opéras'dont
les litres suivent n'ont pas été compris non plus
(1) Danois d'origine et ne à Copenliague, M. Lasscii lut
amène fort jeune à lîriixclles par .ses parents, qui se
lircnl naturaliser belges. Il est fi\c depuis longtemps en
Alicujasne.
LATILLA — LAUGEL
79
dans !a nomenclature do ses productions drama-
tiques : 4° Li Marile. a forza, Naples, lii. des
Fiorentini, \7,i?. ; 5" lo Sposo senza moglie,
id, tii. Nuovo, 1736; G" il Glsmondn,u\.,th.
des Fiorentini, 1737; '"il Barone di Vigaulim-
ga, id., th. Nuovo, 1747.
LATISOIJE (Fr.uDiNAND), est auteur d'un
écrit dont le titre seul indique i'inuliiilé : La
Musique des couleurs, théorie de i application
des couleurs du spectre solaire à la représen-
tation des intervalles musicaux, Paris, impr.
Simon Raçon, 1807, in- 8.
* LAUlî (Ferdinand), violoniste fort re-
marquable, est mort à Gries, près Bozen, le 17
mars 1875. Cet artiste, qui s était fait entendre
dans les principales villes d'Europe, et notam-
ment à Paris , avec un très-grand succès, avait
été nommé professeur au Conservatoire de Mos-
cou. 11 s'était démis de ses fonctions en 1873
pour se retirera Gries, afin d'y soigner sa santé
fortement ébranlée. C'est là qu'il est mort, âgé
seulement de quarante-trois ans.
LAUDAMO (AiNTONio), compositeur drama-
tique, né à Messine au mois d'octobre 1814, lit
ses études musicales en cette ville, où il eut suc-
cessivement pour maître Jean Walter, Platone
et Giuseppe Mosca. Il fit ses débuts de composi-
teur en faisant exécuter en 1829, à l'un des théâ-
tres de Messine, une grande ouverture, qui fut
bientôt suivie d'un opéra intitulé gli Amori di
due selcaggi et d'une cantate pour l'avènement
au trône du roi Ferdinand II. M. Laudamo, qui
paraît doué d'nne grande facilité de production,
donna ensuite : .Arff/a, regina di Caria (ISZ'Î) ;
une Cantate funèbre \m\ir la mort de Bellini (9
novembre 1835); Ettore Fieramosca (1839) ;
un Fiasco alla moda (1842), opéra bouffe qui
eut vingt-trois représentation consécutives ; Cla-
rice Visconli (1845) ; Erna^i in conlumacia
(1849); Calerina Howard (1857). Outre ces ou-
vrages importants, M. Laudamo a encore écrit
et fait exécuter 5 cantates, 4 dialogues dramati-
ques, un hymme national, une grande ouverture
héroïque, un ballet-pantomime, une marche funè-
bre, diverses compositions vocales, et ungrami
nombre d'œuvrcs de musique sacrée pour le ser-
vice de la chapelle municipale, dont il est directeur
depuis 18Ô.J. Cet artiste est professeur de chant
choral à l'Ecole normale de Messine.
LAUGEL (Algi'ste), philosophe, savant et
écrivain français, est l'auteur d'un livre ainsi
intitidé : La Voix, l'oreille et la musique (Piiri^,
Germer-Baillière, 18G7,in-12), dans lequelil s'est
attaché à résumer d'une façon précise, exacte
et intéressante, les doctrines nouvelles et les
découvertes fécondes du grand physicien Helm-
hol!/ (roy.cenpin), que M.Georges Guéroult de-
vait faire connaître complètement l'année suivante
eu donnant une traduction du fiimeux ouvrage
de ce savant. Toute la première partie du livre
de M. Laurel, dans laquelle il expose les faits mis
en vue par M. lielmlioltz et analyse son systè-
me, est excellente de tout point, et remarquable
par sa clarté ; il n'en est pas de même de la se-
conde, où l'auteur, voulant abuider à sou point
de vue personnel des questions purement mu-
sicales, trahit son inexpérience en ces matières,
se livre à des écarts dangereux et commet de
fâcheuses erreurs ; les chapitres qui traitent des
gammes, de la mélodie, de l'harmonie, des ca-
ractères delà musique, montrent trop, en effet,
que M. Laugel s'avance sur un terrain qui lui
est inconnu, et l'écrivain parcourt cette voie qui
lui est étrangère sans paraître même se douter
des dangers qu'il court et des périls auxquels il
s'expose.
M. Laugel, véritablement, n'est pas heureux
lorsque, quittant le domaine de la physique, qui
lui est familier, il veut empiéter sur celui de la
musique , où il se perd de la façon la plus com-
plète; il lui arrive même, en voulant entremêler
les deux choses, de méconnaître le sens des mots
et de parler une langue absolument inintelligible.
Je demande, par exemple, quel est l'homme,
musicien ou non, qui comprendra un traître
mot à l'étrange théorie que voici : « Quand deux
notes, très-voisines, sans être à l'unisson (1),
vibrent ensemble, on entend comme un pe-
tit murmure ou roulement régulier, provenant
des alternatives i)ériodiques de force et de fai-
blesse du son. Ces alternatives, nommées batte-
ments, fournissent les moyens de mesurer, en
quelque sorte, la pureté d'un intervalle ; le se-
cret du déplaisir, du laid musical gît dans les
battements; l'art du musicien doit donc consister
à les éviter; il doit surtout redouter les combi-
naisons qui font naître de trente à quarante
battements par seconde. >- Je délie bien qui que
ce soit de m'expliquer ce que l'auteur a voulu
dire ici, et de tirer de ces lignes l'apparence
même d'un axiome musical. iM. Laugel ignoi-e
sans doute que, 'étant donnée la conslitutiou du
système musical moderne, il n'y a pas d'in-
tervalle qui ne puisse être employé, ou,' pour
parler comme lui, il n'y a pas de voisinage de
(I) Une peut pas y avoir d'à peu prés dans des ques-
tions de ce genre, et il faudrait .ju moins indiquer d'une
façon précise le dcj^ré de voisinage, ou, si l'on veut, de
rapprocliement de ces deux notes. Formeront-elles entre
elles deux un intervalle de seconde mineure, ou de se-
conde majeure, ou de seconde augmentée ? Les musiciens
conviendront avec moi que la question vaut la peine
d'Otrc posée.
80
LAUGEL — LAUTERBACH
notes si étroit i]ni ne puisse se produire d'une
façon agréable ;\ loi eillo -, tout dépend des mo) ens
employés pour l'amener, pour le produire et |)our
le faire disparaître, en d'autres termes (c;ir il
est éviilent que, dans l'esprit de M. Laugel, il
s'agit de dissonance), tout dépend de la faroii
de préparer, d'accompagner et de résoudre la
dissonance. M. Laugel n'est pas plus heureux
lorsque, dans sa prélace, il imprime sérieu-
sement les choses que voici : « L'harmonie,
c'est-à-dire le mariage des consonances et des
accords (?), la pohpiionie des instruments et des
voix, n'est point le caractère des musiques
primitives ; il n'y a point d'harmonie véritable
dans les concerts ou un thème mélodique est
simplement renforcé ou soutenu par des unis-
sons, des basses pédales {!), des sourdines (!!),
dont le murmnie monotone échappe à la me-
sure et au rhythme (!!!) »
Il est impossible de discuter avec un écrivain
qui fait entrer le rhylhme dans l'harmonie, et
qui présente les sourdines comme un élément
sonore ! Mais ceci prouve, une fois de plus,
combien il est dangereux de vouloir parler mu-
sique quand on n'est pas musicien, et démontre
à quel point les hommes les plus instruits et les
plus intelligents peuvent ignorer jusqu'aux plus
simples éléments d'un art dont ils ont, pour-
tant, la prétention (rex|)liquer les phénomè-
nes.
LAURENT DEIllLLÉ (François-Anato-
u;), compositeur, né à Orléans en 1828, com-
mença d'abord par étudier la peinture, se tour-
na ensuite du côté de l'art musical, et ht son
éducation d'abord avec un maître italien nommé
Comoghio, puis avec El^vart. Il s'occupa de
bonne heure de toutes les questions relatives au
chant populaire, devint inspecteur de l'ensei-
gnement du chant dans les lycées et les écoles
normales, et écrivit un grand nombre de chœurs
orphéoniques qui se faisaient remarquer par de
réelles qualités de rlivtbme et de facture et dont
la plupart obtinrent une véritable vogue-, le
nombre de ses compositions en ce genre s'élève
à beaucoup plus d'une centaine, et il faut
citer surtout, i)armi ses choeurs les plus réussis :
JSoël, les Martyrs aux Arènes, la Noce de
village, les Buveurs, le Chant des Travail-
leurs, la SuinI- Hubert, lu Révolte à Mem-
pfiis, le Soir, la Jlclraile, les Fils iVEgijpIc,
l'Orphéon en voyage, le Départ du Jtégiment,
Hymne à sainte Cécile, les Ruines de Gaza,
les Bdlleurs de blé, les Enfants du Pécheur,
le Carillon de Dunkcrque, l'Océan, le Par-
don d'Auray, les Enfants de Cayant,. Pa-
irie, Marche hongroise, les Gondoliers, Mal-
brough, les Archers de Louis XI, Prière a la
Vierge, etc.
M. Laurent de Rillé a travaillé aussi pour le
théâtre, et a fait représenter sur les petites
scènes de Paris un certain nombre d'opérettes
dont voici la liste : 1" Trilby, un acte, Folies-
Nouvelles, 1857; 2° Aimé pour lui-même, \A.,
id., 1857 ; — .3" Bel-Boul, id., id., 1857 ; —
4" le Jugement de Paris, id., id., 1857 ; — 5"
Achille à Scyros, id., id., 185S -, — 6° le Mou-
lin de Catherine, iil., id., 1858 ; — 7" la De-
moiselle de la Hoclietrontblon, id., id., 1858 ou
1859 ; — 8" le Sultan M ysapouf id., id., 1859 ;
— 9» Frasquita, id.. Bouffes- Parisiens, 1859;
— 10° Au fond du verre, un acte, théâtre de
Bade; — II" le Petit-Poucet, 3 actes et 4
tableaux, Athénée, 8 octobre 1868;— 12" Pat-
tes blanches, \ acte, Bouffes-Parisiens, 1873;
— 13" la Liqueur d'or, 3 actes, th. des Me-
nus-Plaisirs, 11 décembre 1873; — ii" Babiole,
3 actes, Bouffes- Parisiens, 16 janvier 1878. Il
faut ajouter à cela la Part à Dieu, opérette en
un acte non représentée, mais publiée dans le
journal le Magasin des Demoiselles, et une can-
tate oflicielle, 1867, exécutée à rOpéra-Comi-
que le 15 août 1867.
Cet artiste, de qui l'on connaît diverses mélodies
vocales, l'Ange gardien, les Cloches du soir, la
Barcarolle, V Hirondelle, Isaure, Venise, l'Es-
clave blanche, s'est encore exercé dans la
musique religieuse, et a publié : 1° Messe brève
facile à deux voix égales, avec accompagnement
d'orgue ad libitum ; 1" Messe à 2 ou 4 voix, avec
accompagnement d'orgue ; 3° Messe à l'unisson,
avec accompagnement d'orgue ou de fanfare;
4° Messe à 3 voix, avec accompagnement d'or-
gue obligé ; 5° Messe des Orphéons français à 4
voix, avec accompagnement d'orgue ad libitum;
6" Salut, vierge Marie, cantique pour 3 voix
de femmes, avec accompagnement d'orgue. On
lui doit aussi un recueil de Morceaux de chant,
à une, deux ou trois voix, composés ou choisis
pour les cours de chant des lycées impériaux,
des écoles normales et des écoles primaires
(Paris, 1870, petit in-8), une sorte de petit ro-
man musical, intitulé Olivier V orphéoniste (Pa-
ris, Hachette, in-r.'.), un rt^cueil iV Exercices de
chant choral pour les Orphéons et les socié-
tés chorales, en \ ptuties (Paris, Chabal),et \\i\
manuel intitulé : /J»c/ir/H/ c//o/o'/( Paris, Per-
rotin, in-18). M. Laurent de Rillé est chevalier
de la Légion d'honneur.
LAUTEIlHACIl (JEVN-CniusToi-nE), violo-
niste, né le 2 i juillet 1832 à Cuimbach, en Bavière,
a fait une partie de ses éludes musicales au Con-
servatoire de Bruxelles, où il devint l'élève de
LAUÏERBACH — LA VIGNE
81
Charles deBériotetdeM. Léonard. Dès 1853, il
se faisait remarquer, en cette ville, par les rares
qualités qu'il apportait dans l'exécution de la mu-
sique de chamhre. L'année suivante il retournait
dans sa patrie, et devenait, à Munich, violon-
solo de la musique royale ot professeur au Con-
servatoire. A lamort deLi|)inski, en 1801,11 était
appelé à Dresde pour y tenir le double emploi de
violon-solo et declief d'orchestre. Il fonda en celte
ville, à cette' époque, une société de quatuors
composée de MM. llullweck, Goung, Griitzma-
cher et de lui-même, société dont l'ensemble
était des plus remarquables. M. Lauterbach
est encore aujourd'hui fixé à Dresde, et rem-
plit les fonctions de professeur au Conservatoire
de cette ville. Cette situation ne l'a pas empê-
ché d'entreprendre plusieurs grands voyages ar-
tistiques, et de se faire entendre successivement
en France, en Belgique, en Hollande, en Alle-
magne, en Autriche et en Angleterre. Cet artiste
distingué a écrit pour le violon divers mor-
ceaux qui ont paru à flambourg, à NYurz-
bourget à Leipzig.
* LA"VAII\E (Ferdinand). Aux ouvrages
dramatiques que ce compositeur avait fait repré-
senter sur le théâtre de Lille, il faut ajouter Né-
rida, opéra-comique en 3 actes, joué en 1800,
et une canlate exécutée le 26 août 1867, lors des
fêtes patriotiques qui eurent lieu pour célébrer
l'anniversaire delà réunion de Lille à la France.
Au nombre des compositions les plus impor-
tantes qui ont été publiées par M. Lavaine, il
faut citer les suivantes : la Fuite en Egypte,
oratorio en deux parties, op. 20, Lille, Bohem ;
Te deum à 4 voix et orchestre, op. 52, Paris,
Rithault; Ouverture de la Mort du Tasse,
Paris, Catelin ; Quintette (en mi bénol) pour piano
violon, alto, violoncelle et contrebasse, o|). oo,
Paris, Launer ; 3 Trios pour piano, violon et
violoncelle (en mi majeur, fa mineur et 5oZ ma-
jeur), op. 57, 58 et 59, Paris, Launer; Fantai-
sie dramatique pour piano, op. 14, Lille, Bohein.
Un fds de cet artiste, Ferdinand Lavaine,
musicien aussi et qui promettait de devenir un
compositeur distingué, est mort le 19 janvier
1874, à ueine âgé de trente ans.
LAVALLEl'E (Edouard), écrivain belge,
né à Liège le 17 avril 1811, mort en cette villeau
mois de septembre 1869, est l'auteur de deux
opuscules relatifs à la musique : r Documents
inédits sur la création d'une École de musi-
que à Liège en 1798, Liège, Carnianne, 1859,
in-8°; 2" Essais de biographies liégeoises. Les
Ilamal, Liège, Renard, 1860, in-8". Lavalleye
était professeur à l'Université de sa ville natale.
LA VALLIÈRE ( ), professeur et
EIOCR. I3MV. DF.S MU6ICIENS. SL'PIL. — T.
compositeur, connu sous le nom dei^a Vallière
l'ainë ,^ivaità Paris dans la seconde moitié du
dix-huitième siècle. Il a publié un certain nombre
décompositions, parmi lesquelles je ne puisciter
que celle qui porte le onzième numéro d'auivre;
en voici le titre complet : « Six sonates en duo
pour le tambourin, accompagnées d'un violon
seul, dédiées à M. le comte de la Blache, maré-
chal de camp des armées du roi, par M. La Val-
lière l'aîné, maître de musique et de tambourin,
onzième o'uvre. Elles peuvent s'exécuter sur le
violon, flûte, hautbois, clarinette, par -dessus
de viole, mandoline, guitare, et sur la vielle
et musette, en les transposant en sol-ut. La qua-
trième et la cinquième peuvent se jouer à deux
(lûtes de tambourin. »
LAVAZZA. Deux luthiers de ce nom, A7i-
tonio-Maria Lavazza, et Santino Lavazza,
vivaient à Milan dans les premières années du
dix-huitième siècle. Dans son livre : les Instru-
ments à archet, M. Antoine Vidal reproduit
une étiquette de chacun de ces deux artistes •
celle d'Antonio Maria est datée de 1708, et celle
de Santino de 1718.
LAVELLO(Rodolphe), pianiste et composi-
teur, a fait représenterau Grand-Théâtre de Mar-
seille, le 13 avril 1859, un opéra-comique en un
acte intitulé : // n'est point de laides amours.
Cet artiste a ré.sidé successivement à Nîmes et
à Marseille, où il s'est voué quelque temps à
l'enseignement, et a publié divers morceaux de
genre pour le piano. al. R— d.
*LAVIG.\A (Vincent). Cet artiste remplis-
sait, dès l'année 1809, l'emploi de maestro al
cembalo au théâtre de la Scala, de Milan ; il
occupait encore ces fonctions en 1829. Outre ses
opéras, il a écrit pour ce théâtre la musique de
deux ballets : Gengis-Kan, 1802, et Emilio e
Carolina, 1804. On lui doit aussi une farsa en
un acte, le Metamorfosi, qui fut donnée sur le
théàlre de la Fenice, de Venise, au printemps de
1807.
LAV1GI\E(Jacqies-Émile), chanteur fran-
çais, né à Pau en 1782, commença sa carrière en
province, puis vintdébuteràrOpéra,le 2 mail809
par le rôle d'Achille dans //j/iij/éji^e en Auiide,
et joua successivement Polynice dans Œdipe à
Colone, Admète dans Alcesle, et Orphée. Il fut
très-bien accueilli dès les premiers jours, et ob-
tint personnellement un très-grand uccès dans
un médiocre opéra de Peisuis, la Jérusalem
délivrée. « Il serait impardonnable, disait à ce
sujet un écrivain (Opinion du Parterre, 1813),
d'oublier les nouveaux titres que le jeune Lavi-
gne vient d'acquérir à la faveur publique. Le rôle
de Tancrède, dans la Jérusalem délivrée, lui
82
LAYIGNE
a fait le plus grand honneur; sa place, jusqu'a-
lors incertaine, est actuellement assui^^ parmi
les sujets les plus dislingnt^s de ce Ihéàlre,
et pour sa réputation, il peut dater de la pre-
mière représentation de ce poème. »
Lavigne était doué d'un très-beau physique,
et sa voix, sonore et vigoureuse, était remar-
quable par son beau timbre et sa solidité. 11
donnait sans faiblir non-seulemeut Vut, mais le
l'é lie poitrine à pleins poumons. On lui aurait
seulement désiré une éducation musicale plus
complète, et parfois un peu plus de goût dans sa
manière de chanter. Les rôles principaux <]U*il
a créés à l'Opéra sont ceux de Gonzalve de Cor-
doue dans les Abeucérages, d'Âlcibiade dans
Alcibiade solïluire, et de iMars dans les Dieux
rivaux. Lavigne ne tint jamais le grand em-
ploi, qui était alors occupé par ^'ourrit; mais
il brilla dans un rang secondaire, qui d'ailleurs
ne rempêciiait pas déjouer des rôles fort impor-
tants. Il obtenait surtout d'immenses succès en
province, lorsqu'il y allait donner des représen-
tations, et il y faisait littéralement fureur. Cet
artiste prit sa retraite en 182 j, et alla se retirer à
Pau, sa ville natale. Je crois qu'il y est mort en
1855.
La puissance remarquable et l'élonnante sono-
rité de sa voix avaient fait surnommer Lavigne
l'Hercule du chant. Il n'était pas médiocrement
lier de ce titre, comme on va le voir par la lettre
suivante, chef-d'œuvre de sottise et de vanité,
qu"il adressait d'.Vmsterdam à son camarade
Dabadie, de l'Opéra, le 21 juin 1821, et qui fut
publiée par le Miroir du 30 : — « Mon fils m'é-
crit, et sa lettre est remplie de rapsodies con-
cernant l'Opéra ; il me dit tenir de vous que
V administration est pénétrée que je n'ai plus
de voix, et qu'à peine je pourrais finir un
premier acte d'opéra sans courir la chance
d'être sifflé. Quelle honte pour les hommes ! Qui
croirait à un |)areil assemblage de perfidies, de
nipsodics etde platitudes, prétextes pour m'éloi-
gner encore de cet établissement. Est-ce (jue
mes succès, naguère obtenus en France, à Bruxel-
les, dans la Belgique et en Hollande, sont déjà
oubliés, même de mes ennemis .? Qu'ils sachent,
ces gens méchants, que je méprise souverainement
leur basse conduite et leur insolente fierté, (]u'ils
n'exercent contre moi que parce ([ue je suis éloi-
gné d'eux. Justice me sera rendue, ou je me la
rendrai inoi-inème. Cette époque n'est pas éloi-
gnée, où jepaiailrai à leurs yeux pour les forcer
à s'abaisser devant moi Je les forcerai à paraître
dans la lice pour être jugés, comme les gladia-
teurs qui se présentaient dans l'arène. Nous ver-
rous alors il qui le peuple décernera lacouroiuie.
Car enfin il en faut finir avec tous cespygmées.
La plus grande preuve d'intérêt et d'amitié que
vous puissiez me donner est celle de lire.ma let-
tre au foyer de l'Opéra; que les prétendants s'ins-
crivent pour lutter avec moi, qu'ils indiquent
l'époque et l'ouvrage dans lequel ils veulentcon-
courir. Je suis prêt à me lancer dans l'arène. .^
lettre vue, je me rendrai à Paris, vous pouvez
même faire connaître mes intentions à l'adminis-
tration de l'Académie de musique; je vous auto-
rise même à leur montrer ma lettre. Je dis plus;
si vous êtes bon ami, bon compatriote et tou-
jours honnête homme, vous devez, pour l'hon-
neur de cette portion de la patrie à qui vous de-
vez le jour et oii je reçus ma naissance, vous de-
vez, dis-je, demander réparation de l'affront
qu'on a voulu faire à un homme de votre pays,^
qui a autant d'honneur que de talent. Montrez
ma lettre à tout Paris, que l'Opéra même la fasse
consigner dans les journaux, mais que les préten-
dants passés, présens et futurs se présentent; ce-
lui qui refusera la partie devra être taxé de (Zro-
/p, de /««/V/roH, enfin de tous les termes qui
constituent l'homme lâche et ignorant. J'attends
votre réponse Sans voix! Les lâ-
ches, d'oser ainsi parler d^V Hercule du chant!
Si je suis votre ami, vous m'en donnerez une
preuve, en donnant de la publicité à ma lettre ;
j'en garde une copie, elle pourra me servir au
besoin. — Votre ami et compatriote, L.wigne. »
Une autre lettre, plus utile à sa renommée
que la précédente, est celle-ci, que Spontini
adressait à Lavigne au lendemain d'une reprise
de Fernand Cariez, le 19 juillet 1817 -. — « En
partant pour la campagne, je ne veux pas, mon
cher Lavigne, ne pas vous réitérer par écrit com-
bien je suis sensible à tout le zèle que vous avez
mis à remplir le rôle de Fernand Cortez, dans
un moment bien funeste et douloureux pour vous.
Ma satisfaction est égale à celle du public, qui
comme moi vous l'a témoignée au-delà de vos
es|)érances, et pour le sacrifice que vous nous
avez fait et pour le talent très-distingué que vou&
avez déployé dans cet ouvrage. Certes que vous
ne pouviez pas mieux répondre à mes instances,
dans une aussi pénible circontance, à celles de
l'administration et à nos désirs. C'est amsi qu'en
remplissant honorablement vos devoirs, vous as-
siMcz une stabilité bien méritée à votre réputa-
tion théâtrale. C'est en continuant ainsi que vou.s^
pourrez maintenir en votre faveur la bienveil-
lance de l'autorité et la protection éclairée de
S. Exe. le ministre de la maison du Roi, qui n'a
ignoré aucune des circontances de votre con-
duite, à l'égard de la mise en scène de Cortez,
et qui a daigné m'en témoigner pour vous sa
LAVIGNE — LAWROWSKY
83
satisfaction particulière. Recevez, je vous prie,
mon- cher Lavigne, ce témoignage sincère de mon
eslimeet Je moiiatfacliement. — Spontini. »
D'aiioni employé en qualité de sous-ciiefà la
direction des droits-réunis de Bordeaux, Lavi-
gne s'était fait en cette ville une réputation de
cliaiitenr amateur. On peut croire, d'après les
éloges de S|)ontini, qu'il était devenu à Paris un
véritable artiste.
LA YILLEMARQUÉ (Tuéodoke-Claude-
Henri IIERSARTDE), littérateur et éni -
dit français, membre de l'Institut, est né en Bre-
tagne le 6 juillet 1815. M. de La Villeiiiarqué
s'est fait connaître par la publication de plu-
sieurs ouvrages sur la langue et la littéra-
ture bretonnes ; parmi eux nous citerons
celui intitulé : Chants populaires de la Breta-
gne {Barzaz-Breiz) , recueillis et publiés avec
une traduction française, des arguments, des
notes, et les mélodies originales. La première
édition de cet ouvrage intéressant a paru en
1839 (2 vol. in-8); la quatrième a été publiée
en 1846 (2 vol. in-12). Cette dernière était aug-
mentée de trente-trois nouvelles ballades his-
toriques.
LAVOIX(Hi:.NRi), écrivain sur la musique,
est né en 1846. Fils d'un employé au cabinet des
médailles delà Bibliothèque nationale, lui-même
entra, après avoir fait de bonnes études, comme
employé au déparlement des imprimés du môme
établissement, en 1866. Doué d'un goiH naturel
pour la musique, il étudia le contrepoint et
l'harmonie avec M. Henri Cohen {Voyez ce
nom), et se livra bientôt à des recherches histo-
riques intéressantes sur cet art. Il devint, pour
ces questions spéciales, collaborateur de divers
journaux, leMomle artiste, la Revue nationale
et étrangère, la Gazette musicale, la Revue
de France, la Chronique musicale, etc., et
publia quelques travaux qui se font remarquer
par leur caractère ingénieux et par la solidité
des informations : 1" les Traducteurs de Sfia-
licspeare en musique (Paris, Liepmannssohn,
1869, in-8 de 32 pp.); 2° la Musique dans la na-
ture (Paris, Pottier de Lalaine, 1873, in-8" de 78
pp.); 3° la Musique dans Vtjviagerie du moyen-
âge (id., id'., 1875, in-8 de 48 pp.). En 1875, l'A-
cadémie des Beaux-Arts, qui avait mis au con-
cours un Mémoire .sur l'histoire de l'instrumenta-
tion depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, a
accordé deux mentions aux deux travaux présen-
tés sur ce sujet par MM. Henri Lavoixet Wecker-
lin.
LAVOYE (Anne-Benoîte-Louise), chan-
teuse et comédienne distinguée, née à Dunker-
quc (Nord), le 28 juin 1823, fut admise dès l'âge
de treize ans, le 8 octobre 1836, au Conserva-
toire de Paris, oii elle devint l'élève de M'"*" Da-
moreau. Elle y fit île très-bonnes études, obtint
un second prix de çhanl en 1839, le premier
l'année suivante, et remporta le premier prix
d'opéra-comi(iue en 1S42. Engagée, à la suite de
ces succès d'école, au théâtre de l'Opéra-Comi-
que, elle y débuta en 1843 dans V Ambassadrice,
et fut accueillie avec faveur et sympathie par
le public. Bientôt elle .se vit chargée de créations
importantes, dans Sultana, le Caquet du Cou-
vent, le Bouquet de Vin faute, il Signor Pas-
cariello. Ne touchez pas à la Reine; mais les
rôles qui lui tirent le plus d'honneur furent ceux
d'Haydée dans l'opéra de ce nom, de Zerbina
dans la Sirène, de Thérèse dans le Ménétrier,
de Georgette dans le Val d'' Andorre, et surtout
l'adoralde rôle d'Alhénais de Solanges dans les
Mousquetaires de la Reine. Sa voix fraîche et
|)ure, sa vocalisation nette et hardie, son intelli-
gence de la scène, son élégance et sa giâce valu-
rent à M"" Lavoye , pendant plusieurs; années,
des succès incontestables et répétés. En dehors
de ses créations, elle se montra aussi avec avan-
tage dans plusieurs rôles du répertoire courant, et
joua ainsi le Domino noir, la Part dudioble,
les Diamants de la Couronne, et divers au-
tres ouvrages. Pourtant, malgré l'excellent ac-
cueil qu'elle recevait chaque jour du public de
l'Opéra-Comique, M"'' Lavoye, j'ignore pour
quelles raisons, ne resta pas à ce tliéàtie. Vers
1850, elle quitta Paris, et s'en alla, dans diverses
grandes villes de la province ou de l'étranger, te-
nir l'emploi des piemières chanteuses légères
d'opéra et d'opéra-comique, se produisant suc-
cessivement à Genève, Bruxelles, Marseille,
Lyon, Bordeaux et Rouen. Depuis assez long-
temps déjà, je crois qu'elle est tout à fait reti-
rée du théâtre.
Une sœur de cette artiste, M'^^ Marie- H ip-
polyle-Antoinette Lavoye, née à Dunkerque le
21 septembre 1828, a fait aussi son éducation au
Conservatoire de Paris, où elle a obtenu, en
1845, un second prix d'opéra-comiipie. Elle a
suivi obscurément la carrière du Ihéàtre. Enliii,
un frère de ces deux cantatrices, musicien aussi,
a suivi au Conservatoire la classe de trombone.
LAVVROWSKY (Elisabeth), chanteuse
russe distinguée, née vers 1848, a fait son édu-
cation musicale au Conservatoire de Saint-Péters-
bourg, où elle a été élève de la célèbre canta-
trice M"« Nissen-Saloman. Douée d'une voix de
mezzo-soprano très-étendue, très-bieu timbrée,
à qui elle avait su donner les qualités d'un style
très-pur, elle parut au théâtre Marie, de Saint-
Pétersbourg (Opéra national russe), aussitôt ses
84
LA^VRO^YSlvY — LEAL
éludes lermiaées, et débuta, au mois de février
1868, dans la Vie pour te tsar, avec un succès
d'autant plus considérable qu'elle était la première
élève du Conservatoire qui se présentait sur cette
scène nationale. Elle fut aussitôt engagée pour
deux années, et se montra avec le même bonheur
dans Orphée et plusieurs autres ouvrages du ré-
pertoire. Elle commençait à acquérir une situa-
tion artistique et une véritable autorité sur le
public, lorsque l'andiilion lui tourna la tête et lui
lit abandonner cette position. Persuadée qu'elle
était destinée à faire événement en Europe et
qu'elle n'aurait qu'à choisir entre les scènes ita-
liennes les plus renommées, elle refusa, en 1872,
de renouveler son engagement avec le tliéàtre
Marie, et donna dans la salle de la noblesse, en
manière d'adieu au public de Saint-Pétersbourg,
un concert qui lui valut une sorte de triomphe.
Elle vint alors à I^aris, se plaça sous la direc-
tion de M""" Yiardot pour étudier le chant fran-
çais et le chant italien, se fit entendre une ou
deux fois en public, puis, en 1873, se rendit à
Leipzig, où elle se produisit, dans plusieurs con-
certs du Gevvandliaus, avec un réel succès. Ce-
pendant, ses espérances de rapide célébrité s'é-
vanouirent peu à peu, et elle ne put réussir à se
montrer, comme elle l'avait supposé, sur l'un
des grands théâtres ilaliens de l'Eurore occiden-
tale. Elle est alors, si je ne me tompe, retour-
née dans sa patrie, où elle n'a pas reparu à la
scène.
M"* LawrowsKy a épousé à Odessa, le 31 juil-
let 1871, le prince Zeretelew, ce qui, dit-on, ne
la rend ni millionnaire ni Irès-giande dame, car
le titre de prince admet en Russie bien des
inégalités. On a raconté sur elle une Idstoire
émouvante. En 1869, sa mère étant tombée dan-
gereusement malade et les ressources de la fa-
mille ayant été assez rapidement épuisées, quel-
ques amis eurent l'idée d'organiser à son bénéfice
un grand concert auquel, naturellement, elle
prendrait [lart. On fixa le jour au 26 mars, on
convoqua l'orchestre, on loua la vaste salle de
l'Opéra et l'on fit imprimer les programmes. Le
soir venu, M"'= Lavvrowsky se rendit au théâtre
le cœur gonflé, car l'état de sa mère avait em-
piré dans la journée. La salle était comble, et
la recette s'élevait à 'j,000 roubles environ. La
jeune ai liste chanta avec plus d'expression que
jamais et transporta tout l'auditoire, qui, après
chaque morceau, la fêtait, la rappelait et l'accla-
mait. Le concert fini, elle se rendit en toute IiTiIh
chez elle, pour retrouver sa mère. Quand elle
lui cul fait connaître le succès qu'elle venait
d'obtenir et conunenl elles se trouvaient désor-
mais l'une et l'autre à l'abri du besoin, la mère
serra la main de sa fille, et ferma les yeux pour
ne plus les rouvrir.
LAZ.MIE (MviiTiN), pianiste et compositeur
néerlandais, né à Bruxelles le 27 octobre 1829,
commença l'élude du solfège au Conservatoire
de cette ville, puis, ses parents étant allés s'éta-
blir à La Haje, y travailla le piano sous la direc-
tion lie M. Van der Does, et vint ensuite continuer
ses études à Paris. Admis au Conservatoire de
cette ville dans la classe de piano de Zimmermann,
il obtint un accessit au concours de 1846 et un
second prix en 1848; il se vit décerner aussi un
premier accessit d'harmonie et accompagnement
en 1847, et es|)érait pouvoir prendre part au
concours de l'Institut, pour le grand prix de
Rome, lorsqu'il apprit que sa nationalité étran-
gère ne lui en laissait par la possibilité. Après
plusieurs années passées à Paris, M. Lazare
alla se fixer pendant quelque temps à Londres,
puis retourna en Hollande, Un concours avant
été ouvert par le roi des Pays-Bas pour la
composition d'un opéra-comique français sur
un livret de M. de Saint-Georges, le Roi de
Bohême, M. Lazare participa à ce concours
et vit son œuvre couronnée. Le Roi de Bohême
fut représenté sur le théâtre royal de La
Haye le 1<^'- avril 1852, et fut bien accueilli du
public. Cependant, M. Lazare ne resta pas dans
sa patrie. Après avoir fait uu voyage artistique
en Allemagne, il s'embarqua pour les États-Unis,
fit un assez long séjour en Amérique, se fixa pen-
dant une année à Toronto (Canada), puis, de re-
tour en Europe en 1860, passa trois années à
Londres, pour s'établir ensuite définitivement à
Bruxelles, où depuis douze ou quinze ans il se
consacre à l'enseignement. Il a fait représenter
récemment en cette ville , dans un salon particu-
lier, une opérette intitulée to devx Mandurins
(9 février 1878). M. Lazare a publié à Paris, à
Londres et à La Haye, plusieurs compositions
pour le piano, parmi lesquelles je citerai les sui-
vantes : 6 Études de concert, Paris, Chabal ; 6
Études de genre, op. 30, id. Schott; 2 Valses de
salon, op. 21 et 27, id., id. ; Sicilienne, id., id. ;
Florence, sérénade, id., Heugel; etc.
LEAL. Il y a plusieurs musiciens portugais
de ce nom : d'abord Eleuthcrio Franclii Leal,
qui fut professeur au séminaire patriarcal de
Lisbonne pendant le gouvervementde D. Maria I
et de Jean VI; il vivait encore en 1839, mais il
avais pris sa retraite. Ce musicien a composé
beaucoup de musique d'église de peu de valeur,
écrite dans !e style théâtral alors en vogue, et
parsemée d'airs de bravoure à l'usage <les artistes
qui se (ilaisaienl alors à les broder d'une foule de
fioritures ; c'était la musique de concert (surtout
LEAL — LEBEL
8;:
la musique rossinienne) , qui à cette époque en-
valiissait pattout les églises. Ou , cite parmi les
meilleures compositions de Leal une Messe de
llequiem, et des Matïnas da Conceiçao.
Joào LEAL fut un compositeur très distin-
gué dans le genre spécial qu'on appelle en Por-
tugal Modinhas. Ces petites mélodies ont une
pliysionomie originale ; elles sont de courte lia-
leine, d'une construction musicale fort simple,
d'un I hyllmie facile, mais pleines d'expression et
empreintes d'une douce mélancolie. Les modin-
has différent essentiellement de la romance
française, ou du lied allemand. Les paroles sont
aussi simples que la musique; c'est presque
toujours l'amour qui en fait le sujet ; mais il
se présente avec des allures très-modestes, sup-
pliant, et n'acquiert jamais le caractère de la vio-
lence ou de la passion. Beaucoup de compositeurs
portugais ont cultivé ce genre de petites pièces,
mais fort peu y ont réussi ; celles de Joào Leal
étaient Irès-estimées au commencement de ce
siècle (1800-1810). Balbi (1) en parle avec éloges.
Cet artiste appartenait à une famille dans laquelle
le talent musical était héréditaire. Son père était
un excellent amateur sur le violon et fort instruit
dans la musique; ses dix enfants étaient tous si
bien doués sous le rapport musical qu'ils exécu-
taient des opéras tout entiers, les chefs-d'œuvre
deCimarosa, de Rossini, de Marcos Portogallo.
C'est,ainsi qu'ils exécutèrent à eux seuls une pièce
italienne à bord du vaisseau de ligne anglais le
Foudroyant, qui avait accompagné le roi Jean VI
à Rio de Janeiro. Balbi dit qu'il est impossible
de décrire leur habileté. Le père de Jo5o Leal
avait aussi deux frères, tous deux médecins et
comme lui grands amateurs de musique; quanta
leur père, il jouait de plusieurs instruments, et l'on
assure qu'il en était de même de leur aïeul. Voilà
donc les facultés musicales se continuant pen-
dant quatre générations dans une même famille.
Miguel LILAL , religieux de l'ordre de Cis-
ter dans le couvent d'Mcobaça, où il entra en
1646, naqu'ità Lisbonne et y passa le reste de sa
vie comme prieur du couvent de N'' S* do Des-
terro; on ignore la date de sa mort. C'était un
musicien Irès-savant, qui a beaucoup composé;
on cite surtout de lui une Messe à neuf chirurs
ou 36 voix, avec accompagnement d'orchestre et
orgue. Les difficultés de cette composition étaient
telles qu'on ne put les surmonter avec les élé-
ments dont on disposait à Alcobaça (petit lieu
où est situé le célèbre couvent de l'ordre de St-
Bernard), Au temps de Miguel Leal, les compo-
sitions à grand nombre de voix étaient fort en
(I) Essai statistique, \ol. II, page2i7.
usage en Portugal. On étudiait beaucoup les sa-
vantes œuvres de Benevoli, représenté en Por-
tugal par le célèbre maître national Duarte Lobo.
Benevoli (1602-1672) a encore surpassé Leal en
composant une messe à 12 chœurs ou 48 voix ;
Giansetti (XVll' siècle) et Gregorio Balabene
{ .WllF siècle) ont écrit des compositions du même
genre. La messe de Benevoli fut exécutée dans
l'église de Santa-Maria sopruMinerva, par 150
musiciens, ce qui est un fait inouï à cette époque.
Miguel Leal n'eut pas la même cliance.
J. ncV.
LEALI-MOLCIEllA ( ), compositeur
italien, a fait représenter en 1800 sur le théâtre
de la Scala, de Milan, un opéra bouffe intitulé
il Disertore. Je n'ai pas d'autres renseignements
sur cet artiste, qui est resté complètement in-
connu.
LEBEAU (lùiANçois), compositeur amateur,
fils d'un ministre d'État de Belgique, est né à
Liège le 4 août 1827. 11 reçut des leçons de piano
de Miclielot aîné et quelques conseils de M"""
Pleyel, puis étudia l'harmonie avec Bossclet. Au-
teur d'un opéra intitulé Esméralda, dontil écri-
vit la musique sur le livret de M. Victor Hugo qui
avait servi à M"*" Loui.se Berlin, M. Lebeau fil
représenter cet ouvrage à Liège le 24 mars 1856,
puis à Anvers, et enfin à Bruxelles , d'abord au
théâtre des Galeries St-Hubert (14 avril 1857),
ensuite à celui de la Monnaie (25 avril 1859). Il fit
traduire le livret en italien, et publia sa partition
dans cette langue. En parlant de cet opéra, le
journal V Indépendance belge s'exprimait ainsi :
« Comme compositeur, M. Lebeau est un enfant
de la nature. Il n'a point étudié l'art; ce qu'il en
sait, il l'a en quelque sorte deviné. » M. François
Lebeau a été secrétaire de la commission admi-
nistrative du Conservatoire de Bruxelles.
LEBEL (Louis-Bon), professeur et organiste
aveugle, est né à Nangis (Seine-et-Marne) le 10
février 1831. Admis à l'institution des Jeunes-
Aveugles de Paris à l'âge de dix ans, il y fit son
éducation musicale, et remport;i, dans sa der-
nière année d'études, les prix d'honneur d'orgue,
de piano et de violon, ainsi que celui connu sous
le nom de prix de six cents francs. En 1849, il
entra au Conservatoire, où il devint l'élève de
M. Benoîst pour l'orgue et d'Halévy pour la fu-
gue et la composition. Nommé, en 1851, profes-
seur d'orgue et de composition à l'Institution des
Jeunes-Aveugles, il y fit aussi les classes de vio-
lon jusqu'en 1S70, et en 1869, à la mort de Rous-
sel, lui succéda comme chef d'orchestre. Depuis
1853, il est organiste à l'église Saint-Etienne du
Mont.
M. Lebel, qui a donné à l'école d'orgue de
86
LEBEL — LE CAMUS
l'Institution des Jeunes-Aveugles un grand déve-
loppement, a écrit, pour l'orgue et pour i'or-
cliestre, un assez grand noinhre de compositions,
qui ont été exécutées pour la plupart par l'or-
cbestre de cet étahlissement et qui indiquent un
artiste de talent. Il faut citer surtout, parmi ces
compositions, une cantate à Valentin Haùy, Ion-
dateur de l'institution, exécutée lors de l'inaugu-
ration de sa statue dans la cour de l'école , et
une autre cantate à Draille, inventeur du système
d'éducation à l'usage des aveugles. Aucun de ces
ouvrages n'a été publié, et M. Lebel n'a fait
graver jusqu'ici que quatre morceaux de piano,
dont une marche triomphale, et un caprice ori-
ginal intitulé Lxtilia.
LEBLAXC est le nom d'une dynastie de
luthiers français dont le dernier membre connu
exerçait sa profession à Paris en 1772. Le père,
le grand-père et le bisaïeul de celui-ci avaient
été luthiers comme lui. On n'a pas, malheureu-
sement, d'autres renseignements sur cette famille
intéressante.
* LEBLANC ( ), violoniste et composi-
teur. A la liste des productions dramatiques de
cet artiste, il faut ajouter le Mariage de Nunon
ou la Suite de Madame Angot, opéra-comique
en un acte, donné au théâtre d'Emulation en
1796 ou 1797. Certaines féeries dont Leblanc
écrivit la musique étaient loin de manquer d'im-
portance à ce point de vue ; nous inentionne-
nerons : l'Enfant du bonheur (Ih. d'Émulation,
1798); la Forêt enchantée ou Isaure et Flo-
restan (Gaîté, 1800); Uuon de Bordeaux (id.,
1801); Saphiriup, ou le Réveil magique (id.,
1811); Riquet à la houppe (id., isil). Parmi
les mélodrames dont il fil aussi la musique, il
faut citer FJisa ou le triomphe des femmes, le
Sérail, Egbert 1er, roi d'Austrasie, Azémire ou
les Béfugiés péruviens, etc. Leblanc est mort
au mois de mars 18'.'.7.
* LF^BLICQ (Cuaiu.ks-Théodori,), composi-
teur, est mort à Scbaerbeck-lez-Bruxelles, le 8
octobre 1875. On a exécuté à P.ruxellesen I877,
à l'un des concerts du Waux-ball <lu parc, une
ouverture de ce compositeur , intitulée Gustave
Wasa.
* LEBOR\E ( AiMic-AmimoisE-SiMON). Il
faut joindre à la liste des O'uvres dramatiques de
ce compositeur les Deux Figaros, opéra on
trois actes, écrit p.ir lui en société avec Carafa
sur un livret que Victor Tirpenne avoir tiré d'une
ancienne comédie de Richaud-Maitelly, et qui
fut représenté à TOdéon le Tî août 1827. L'en-
seignement de Leborne était très-renommé, et
l'on peut citer parmi ses élèves de nombreux
prix de Rome, MM. Aimé Maiilart, Georges
Bousquet, Duprato, Barthe, Léonce Cohen,
Cberouvrier, Deslandres, puis MM. de Lajarte,
Charles Polsot, Demerssemann, Savard, Debil-
lemont, Stamaty, Hocmelie, etc. Bibliothécaire
de la chapelle de Napoléon III comme il l'avait
été de la chapelle de Louis-Philippe, Leborne fut
décoré en 1853. Mort le f"" avril 18G6, il a laissé
inédit un Traité complet d'harmonie, de contre-
point et de fugue. Un détail de la vie de Leborne a
été ignoré de tous les biographes ■- sur les instan-
ces de son père, qui jouait la comédie à l'Odéon, il
débuta Un'-mémeàce théâtre, en 1817, dansl'em-
|)loi des jeunes amoureux ; mais ce ne fut que
l'affaire d'un instant, et bientôt il renonça pour
toujours à la carrière de comédien.
LEIiOUC (Chaules-Joseph), violoncelliste
distingué, né à Besançon le 22 décembre 1822,
montra de bonne heure d'heureuses dispositions
pour la musique, et fit d'excellentes études au
Conservatoire de Paris. Admis d'abord dans cet
établissement comme élève de M. Yaslin pour le
violoncelle, le 10 janvier 1840, il donnait sa dé-
mission quinze jours après, le 25 du même mois.
Il entrait ensuite, le 9 octobre suivant, dans la
classe d'harmonie de Colet, obtenait un accessit
d'harmonie en 1842, puis était admis dans une
aulre classe de violoncelle, celle de Norblin, et
se voyait décerner, aux concours de 1843, le se-
cond prix de violoncelle et le second prix d'har-
monie. 11 devenait alors élève d'Halévy pour la
fugue et la composition, et remportait, en 1844,
le premier prix d'harmonie en même temps que
le premier accessit de fugue.
Après avoir quitté l'école, M. Lebouc se livra
à l'enseignement', tout en se faisant connaître
comme virtuose et en faisant apprécier, dans les
concerts, son jeu élégant et distingué, remarqua-
ble surtout dans l'exécution de la musique de
chambre. Il a organisé chez lui, depuis une ving-
taine d'années, en compagnie de sa femme,
lille du grand chanteur iXourrit et artiste
de talent elle-même, des cours généraux de
théorie, de musique vocale et instrumentale, qui
compreniienl tontes les branches de l'art, et il
donne chaque hiver une .série de douze séances
de musique fort intéressantes. M. Lebouc a pu-
blié une bonne Méthode complète et pratique
de violoncelle, et il a composé aussi un certain
nombre de morceaux de genre, fantaisies, etc.,
pour violoncelle avec accompagnement de piano.
LE CAMUS ( ), compositeur, est mort
en 1C77, malgré ce qu'eu a dit l'auteur de la
lliographie universelle des Musiciens, trompé
|iar la publication, en 1078, d'un recueil de sa
composition, recueil qui était évidemment une
' ceuvre |)osthume. Le Nouveau Mercure ga-
LE CAMUS — LECLAIR
87
lan(, dans son numéro d'avril 1677, est absolu-
ment explicite à ce sujet : « La mort, dit-il, a
pris aussi le sieur Le Cannus, quiestoit de la mu-
sique du Roy. I! a composé un nombre inliny de
beaux airs , et s'ils estoienl mis ensemble, il y en
auroit de quoi former plusieurs opéras, dans les-
quels on ne verroit pas toujours la mesme chose. »
LE CAMUS (Je\n-Pierre), compositeur, né
à Genève dans les premières années du dix-bui-
tièrne siècle, et mort en 1768, n'est connu que
par l'ouvrage suivant : Les Pseaumes du roi et
prophète David, mis en vers français, revus
et approuvés par les pasteurs et professeurs
de l'Eglise et de V Académie de Genève. Mis en
musique par Jean-Pierre Le Camus , citoyen
de Genève (Genèxe, 1760, 2" édition, 1764). Dans
la préface de cet ouvrage, l'auteur annonce que
« plus tani il offrira au public ses psaumes à
quatre parties composés tant pour l'orgue que
pour plusieurs sortes d'instruments, auxquels il
joindra une basse fondamentale; ce sera à cette
pierre de touche que les connaisseurs décideront
de son ouvrage. » Mais ce second recueil ne fut
jamais publié, et Le Camus mourut avant de
l'avoir mis au jour
LECARPEMTIER(ADOLPHE-CL.UR).Foj/es
CARPENTIER (LE).
LE CÈA^E (Michel-Charles), éditeur de
musique à Amsterdam, était le gendre et l'asso-
cié du célèbre Etienne Roger {Voy. ce nom), dont
il fut le successeur. Le nom de cet artiste, comme
celui de son beau-père, indique une origine fran-
çaise; mais les renseignements sur lui sont à
peu près introuvables. Les seuls que je rencontre
ont été donnés par M. Edouard Gregoir, dans
son second volume de Documents historiques
relatifs d fart musical et aux artistes musi-
ciens. Je vais reproduire les quelques lignes re-
latives à Le Cène, en regrettant que l'écrivain
n'ait pas cru devoir citer ses sources : « Michel-
Charles Le Cène, probablement Français de nais-
sance , naquit vers 1690, et il est venu s'établir
à Amsterdam comme associé de la maison Roger.
Le 31 mai 1717, il fut accepté comme membre
de la confrérie des imprimeurs de cette ville.
Plusieurs ouvrages portent le nom des deux
éditeurs. En 1741, Le Cène mourut, et ce grand
établissement disparut du monde musical. » C'est
en 1732 que Le Cène publia une nouvelle édi-
tion, tvès-augmenlée, du catalogue mis au jour
en 1716 par Etienne Roger, sous ce litre : Cata-
logue des livres de musique imprimés à Ams-
terdam, chez Etienne Roger, et continués par
Michel-Charles Le Cène, Amsterdam (s. d.),
petit in. 8° de 72 pp.
LECUAATRE (M"^), clavecinisle et com-
positeur, vivait à Paris dans la seconde moitié
du dix- huitième siècle. Elle a publié deux con-
certos pour clavecin ou piano, avec accompagne-
ment de deux violons, deux hautbois, alto et
basse, œuvre T*.
LÉCHETITZIÎY(Th ) — Voyez LES-
CIIETITZKY.
LE CIEUX (Léon), violoniste, né à Bayeux
(Calvados), le 12 mai 1821, était fils d'un hono-
rable médecin de cette ville. Contrairement à tant
d'autres, il trouva au foyer paternel les plus gran-
des facilités pour satisfaire la vocation qui, chez
lui, s'était annoncée de bonne heure. Son premier
maître de violon fut un artiste de lîayeux, nommé
Trébutien, lequel le fit débuter à l'âge de treize
ans, dans un des concerts de la Société philhar-
monique. Accueilli avec enthousiasme par ses
concitoyens, Léon Le Cieux sut ne pas se laisser
étourdir par ses premiers succès, et il continua
de travailler avec ardeur.
Au mois de décembre 1844, il fut admis au
Conservatoire de Paris, bien qu'ayant dépassé la
limite d'âge, et il entra dans la classe d'Habeneck ;
il y demeura jusqu'en juin 1846, et quitta le Con-
servatoire sans prendre part aux concours de fin
d'année.. Il commença dès lors à se produire dans
les concerts et dans les soirées du grand monde
parisien, près duquel il acquit une certaine vogue,
malgré les inégalités de son talent. Ses manières
urbaines et distinguées lui avaient permis de se
créer, comme professeur d'accompagnement, une
nombreuse clientèle. Il fut pourvu plus tard d'un
titre officiel, et remplit, jusqu'à la chute de l'Em-
pire, les fonctions de premier violon-solo de la
chapelle impériale.
Léon Le Cieux est mort à Paris, le 15 février
1873. lia écrit pour le violon un certain nombre
de fantaisies et morceaux de concert. Parmi ceux
qui ont été publiés, nous citerons : Fantaisie sur
des motifs de Don Pasquale, op. 4, Paris, Léon
Crus ; — Fantaisie pour piano et violon sur le Duc
d'Olonne, op. 8, Paris, Brandus ; — Fantaisie de
concert, op. 10, Paris, Meissonnier et Heugel ; —
Andanteet rondo, op. 26, Paris, Mackar.
J. C-z.
* LECLAIR (Jevn-M\rie). Ce violoniste
justement célèbre a écrit la musique du second
acte des Amusements lyriques, opéra-ballet en
trois actes qui fut représenté à Puteaux, chez
le duc de Gramont, au mois de février 1750.
Cet ouvrage se composait, comme c'était l'usage
à cette époque, de trois actes distincts, indépen-
dants les uns des autres : 1» Ajax et Thémire,
musique de Le Vassenr, chanteur de l'Opéra ;
2° Apollon et Climène, musique de Leclair ; 3"
le Bal militaire, musique de Martin. Si Le-
88
LECLAIR — LECOCQ
clair n'a pas compris re petit ouvrage dans le
catalomic de ses «l'uvres donné par lui en lôte de
son (l'uvrc 12, c'est que ce catalogue ne com-
prenait qiie les compositions publiées, et qu'il est
probable que celle-ci n'a jamais été gravée.
LECLAIR (PiEniîE), violoniste, a publié un
recueil de si\ duos de violons, (l'uvre V" (Paris
Lemenu). Ce recueil a paru en 1764, l'année
même de la mort de Jean-Marie Leclair, le grand
violoniste dont la renommée était si grande
alors. On sait que ce dernier se faisait appeler
Leclair l'aine. Ëtail-ce pour se différencier de
cet autre Leclair, violoniste comme lui, et celui-
ci était-il son parent ? C'est ce que j'ignore abso-
lument. Je ne sais pas davantage si ce second
Leclair était le même que le Lederc mentionné
dans l'Almanacb des spectacles, en 1765, comme
violon faisant partie de l'orchestre de la Comé-
die-Française ; cela se pourrait, car on sait qu'à
cette époque on s'inquiétait peu du plus ou
moins d'exactitude apporté dans l'orthographe
des noms propres.
* LECLERC (Jean-Baptiste) , député à la
Convention nationale, auteur de deux écrits sur
la musique, naquit le 29 février 1756 et mourut
le 16 novembre 1826. Leclerc était musicien. La
Décade philosophique politique et littéraire,
dont il était l'un des collaborateurs habituels,
donnait de lui,- dans son numéro du 22 octobre
1803, la musique d'une chanson arabe dont les
paroles avaient été écrites [)ar Deleyre. « Nous
avons trouvé, disait à ce sujet ce journal, que le
compositeur avait parfaitement exprimé la ten-
dresse et la mélancoilie des idées du poète. »
LECLEllCQ (Th ), compositeur belge,
est né à Hoeyiaert le 17 février t834. Après avoir
fait de bonnes études au Conservatoire de Bru-
xelles, il devint professeur de chant à l'Acadé-
mie des Beaux-Arts de Louvain, puis maître de
chapelle à l'église Sainte-Gerlrude, de cette ville,
abandonnant bientôt ce dernier emploi pour
accepter les fonctions d'organiste à l'église de
Notre-Dameaux Dominicains. M. Leclercq a pu-
blié une messe à 3 voix égales avec orgue, 6 mo-
tets à 3 voix égales, quelques romances, et a fait
exécuter à Louvain, dans l'église Saint- Pierre ,
un grand Tr Deum avec orchestre.
LECOCQ (ALEXANDiiE-CuAULEs), composi-
teur français, l'un des artistes les plus actifs de
la jeune génération musicale, est né à Paris le
3 juin 1832. 11 commença ses études en dehors
du Conservatoire, et était déjà un pianiste assez
habile lorsqu'il fut admis dans cet établissement,
le j novembre I8i9, comme élève de la classe
d'harmonie et accompagnement de M. Bazin. Dès
le concours de l'année suivante il obtenait un
[ireim'er prix, entrait aussitôt dans la classe de
fugue et de composition d'Halévy, et peu après
devenait élève de M. Benoist pour l'orgue. Il
remporta alors un second accessit de fugue en
1851, le second prix en 1852, ainsi qu'un pre-
mier accessit d'orgue, et quitta le Conservatoire
en 18.5^ pour se livrer à l'enseignement.
M. Lecocq, cependant, prétendait ne pas se
vouer uniquement au professorat, et ambition-
nait les succès du compositeur; mais on sait
combien sont difficiles les débuts d'un jeune mu-
sicien. Une occasion se présenta pourtant, qu'il
n'eut garde de laisser échapper. M. Olïenbach,
qui venait de fonder le petit théâtre des Bouf-
fes-Parisiens, ouvrait un concours pour la com-
position d'une opérette en un acte intitulée le
Docteur Miracle. Soixante-dix-huit musiciens
prirent part à ce concours, parmi lesquels l'ar-
tiste qui fait l'objet de cette notice. A la pre-
mière épreuve, M. Lecocq fut classé parmi les
six premiers, avec MM. Bizet, Demerssemann,
Erlanger, Limagne et Manniquet, et lors du ju-
gement délinitif sa partition fut couronnée avec
celle de Georges Bizet. 11 fut donc décidé que
le Docteur Miracle serait représenté de deux
jours l'un, une fois avec la musique de M. Le-
cocq, l'autre avec la musique de Bizet. La par-
tition du premier vit le jour, en effet, le 8 avril
1857, tandis que [celle du second était offerte
au public le lendemain. Ni l'une ni l'autre ce-
pendant ne produisit une vive impression, et
M. Lecocq dut attendre deux ans une nouvelle
occasion. Il fut moins heureux encore celte se-
conde fois, car une opérette en un acte, Jluis-
Clos, donnée par lui aux Folies-Nouvelles le 29
janvier 1859, ne put être achevée par la faute
du poème. 11 ne se découragea pas néanmoins,
et quelques années après il réussit à faire re-
présenter sur un petit théâtre des Champs-Ely-
sées, connu depuis sous le [nom de Folies-
Marigny, quelques o|)érettes en un acte qui se
distinguaient par une grâce aimable et une facile
inspiration; il donna sur cette scène mignonne
le Baiser à la porte, Liline et Valentin, les
OncUnes au Champorjne (3 septend)re 1865),
el le Cabaret de Jiamponneau (11 octobre
1867). F.ntre ces deux dernières, il avait fait
représenter au Palais-Royal un ouvrage du même
genre, le Myosotis (2 mai 1866), dont la musi-
(pie, écrite sur un livret très-gai de l'excellent
caricaturiste Cliam, avait obtenu un franc succès.
Une nouvelle scène lyrique de proportions
modestes venait de se fonder, sous le titre de
théâtre de l'Athénée. M. Lecocq y (it représen-
ter d'abord un gentil opéra-comique en deux
actes, VAmour et son Carquois (30 janvier
LECOCO
89
1868), et presque aussitôt un ouvra-^e plus
important, Fleur de Thé, opérette bouffe en
trois actes (Il avril 18G8). Fleur de Thé fut le
premier succès retentissant ilu compositeur, et
obtint plus de cent représentations; la parti-
tion do cet ouvrage, si elle ne brillait point par
une complète originalité, se distinguait du moins
par une facture ingénieuse et soignée, par un
souci de la forme qui devait être plus tard l'une
des qualités caractéristiques de M. Lecocq et
qui contrastait avec le style débraillé des maî-
tres du genre, MM. Offenbacli et Hervé, en (in
par une recherche délicate sans prétention des
effets d'orcliestre. Fleur de Thé fut reprise
plus tard aux Variétés et, traduite dans plu-
sieurs langues, ne fut pas moins bien reçue à
l'étranger qu'à Paris.
Dans le courant de cette même année 1808,
M. Lecocq écrivit encore, pour le théâtre de
l'Athénée , un opéra-comique en un acte, les
Jumeaux de Bergame, écrit pour quatre voix de
femmes et représenté le 20 novembre 1868, et
composa quelques morceaux nouveaux pour un
vaudeville en trois actes,?e Carnaval d'un mer-
le blanc, joué au Palais-Royal le 30 décembre.
L'année suivante il donnait aux Bouffes-Paiisiens
deux opérettesen un acle,Gandolfo (16 janvier),
et le Rajah de3Iysore{2l septembre), et il en
produisait deux autres, au même théâtre, en 1871,
le Testament de M. de Crac (23 octobre), et/e
Barbier de Trouville (19 novembre), cette der-
nière donnée d'abord, j'ignore pour quelle raison,
sous le couvert de l'anonyme.
Nous voici arrivés à la période brillante de la
carrière du compositeur. Les Cent Vierges,
opéra bouffe en trois actes représenté aux Va-
riétés le 13 mai 1872, obtint un succès écla-
tant , après avoir élé joué plus de cent fois à
Bruxelles (1). Mais ce succès ne fut rien en
comparaison de celui de la Fdle de Madame
Angot, autre ouvrage en trois actes, qui , après
avoir été donné aussi à Bruxelles, le 4 décem-
bre 1872, parut aux Folies-Dramatiques le 21
février 1873 et obtint une série de plus de qua-
tre cents représentations consécutives. Une telle
vogue rendit rapidement populaire le nom <ie
M. Lecocq, et bientôt toutes les scènes vouées
à l'opérette voulurent s'arracher ses ouvrages .
Au mois de novembre 1874 il donna coup sur
(1) Pendant la guerre de 1870-71, M. Lecocq s'était re-
tiré à ISruxelles, et c'est peu de temps après qu'il y lit
jouer les Cent f'ierges. Il n'est pas inutile de faire re-
marquer, à ce propos, que M. Lecocq, aflli^'é d'une dou-
loureuse infirmité, ne marche qu'à l'aide de deux bé-
quillis. On comprendra pourquoi je consigne ici cette
particularité.
coup Girojlii-Girofîa au théâtre de la Renais-
sance (cet ouvrage avait été joué d'abord à Bru-
xelles), et les Prés-Saint- Gervais à celui des
Variétés; le premier fut très-bien accueilli,
mais le second fut moins heureux et n'obtint
qu'un petit nombre de représentations. Le
Pompon, joué aux Folies- Dramatiques (10 no-
vembre 1875), n'eut pas plus de succès que les
Près-Saint-Gervais, bien que la partition en filt
charmante et d'un style plein d'élégance; la
faiblesse insigne du livret avait été cette fois
fatale à la musique. Mais le compositeur prit sa
revanche avec la Petite Mariée, qui attira la
foule au théâtre de la Renaissance (décembre
1875), où il a encore donné depuis Kosiki (18
octobre 1876), la Marjolaine (3 février 1877J,
et plus récemment le Petit-Duc (25 janvier
1878). Ces six derniers ouvrages sont tous en
trois actes.
M. Lecocq s'est fait une place à part parmi
les jeunes artistes qui forment la nouvelle école
française. Accueilli dans les théâtres qui, à la
suite des Bouffes-Parisiens, s'étaient voués au
culte de l'opérette bouffe, mais n'ayant pas eu
la facilité de se produire sur la scène de l'O-
péra-Comique, il a réagi, dans la mesure du pos-
sible, contre les traditions malsaines du genre
auquel il était condamné, et semble s'être donné
pour mission de le relever et de le transformer,
ou tout au moins de le modifier profondément.
Tandis que MM. Offenbach et Hervé, ces deux
créateurs de l'opérette, paraissaient prendre à
tâche de rabaisser la musique, l'insuffisance de
leur éducation première ne leur laissant d'autre
ressource que de flatter les instincts grossiers
du public, M. Lecocq, artiste instruit et distin-
gué, tendait au contraire à épurer le goût de
ses auditeurs, montrait le respect le plus loua-
ble de l'art qu'il professait, et, cherchant à re-
lever le niveau du genre qu'on l'obligeait à
cultiver, employait tous ses efforts à ramener
l'opérette dans le giron de l'opéra-comique. Cela
était d'autant plus difficile pour le jeune musi-
cien que ses deux rivaux, passés maîtres alors
qu'il entrait dans la lice , avaient conquis une
action réelle sur la foule; il pouvait donc pa-
raître hardi de réagir contre leurs tendances
malsaines, surtout si l'on considère que M. Le-
cocq n'avait à sa disposition que des théâtres
d'ordre secondaire et des interprètes tout à fait
insuffisants. On n'en doit avoir que plus d'es-
time pour son talent, pour la direction de son
esprit, enfin pour la façon dont, en somme, il a
fini par conquérir le succès.
M. Lecocq, il faut le dire, s'est servi de l'o-
pérette pour tuer l'opérette, il a su faire adroi-
90
.LECOCQ — LEDENT
tement au goût du jour les concessions néces-
saires, pour le modifier, et, avec une habileté
vraiment digne d'éloges, il a amené le public à
accepter et peut-être à^ soubaiter autre chose
que celle musique de pacotille et de mauvais
lieu qu'on lui servait depuis si longtemps. Cela
n'a pas été l'affaire d'un jo.ur; mais plus la lutte
a été longue, plus elle a été laborieuse, et plus
le rôle joué par le musicien est honorable et
bienfaisant. Il n'est donc que juste de le consi-
dérer, sinon comme un successeur direct, du
moins comme un digne continuateur de tous ces
artistes charmants qui se sont fait un renom
dans le genre de la comédie musicale, les Ber-
ton, les Dalayrac, les Boieldieu, les Nicolo, les
Auber, les Adam. Fleur de Thé et les Cent
Vierges sont les premières tentatives impor-
tantes de M. Lecocq dans son œuvre de réac-
tion; avec la Pille de Madame Angot ., pro-
duction pleine de verve et d'entrain, mais un
peu moins distinguée d'allures, il sembla que ses
efforts s'arrêtaient un instant; mais Giro/Ic-Gi-
rofla, le Pomjwn et la Petite Mariée ache-
vèrent révolution que l'auteur avait commencée
et prouvèrent qu'il n'entendait point abandon-
ner ses idées. Dans ces divers ouvrages, on
peut apprécier les saines et aimables qualités du
compositeur, c'est-à-dire la grâce, l'élégance,
la finesse, le charme; parfois un peu plus d'o-
riginalité, de spontanéité dans l'idée mélodique
ne messiérait pas sans doute, mais on sent du
moins qu'on a affaire à un vrai musicien, sa-
chant construire un morceau, ayant le senti-
ment juste de la scène et de ses exigences,
mettant à profit toutes les situations et tirant
parti des inoindres éléments. Et avec ces qua-
lités générales, il faut louer encore le style ai-
mahle de l'artiste, son heureuse recherche du
vrai dialogue musical, son orchestre chatoyant,
vif, allègre, coloré. En résumé, ^\. Lecocq mé-
rite de vifs éloges, non-seulement pour son ta-
lent très-réel, mais encore pour son incontesta-
ble honnêteté artistique. Au reste, ses succès
ont été grands non-seulement en France, mais
à l'étranger, et ses ouvrages, traduits dans
toutes les langues, ont été accueillis avec la
même faveur en Allemagne, en lîoln"'me, en
Italie, en Russie, et jusqu'en Suède et en Amé-
rique.
En dehors du IhéAlro, M. Lecocq a publié
un certain nombre de compositions, parmi les-
quelles je citerai les suivantes : Miellés mu-
sicales, 2i esquisses de style pour le piano
(Paris, D'Aubel); les l'anloccini, ballet-|tanto-
mime pour le piano (Paris, lîrandus); Gavotte,
pour piano (id., id.); Aoël, à 2 voi\ ; Jler-
ceuse, mélodie vocale (Paris, Brandus) ; Lettre
d'une cousine à son cousin, Ma femme est
blonde, le Langage des j/eux, mélodies (id.,
id.); Garde à vous , la Grosse Gourmande,
le Pays des amours, etc., chansons (Paris,
Feucbotj; l'Ingénieur de Fontcnay-sous- Ilois,
« naïveté » (Paris, Brandus), Ta porte est
close, aubade (Paris, Leduc) (1).
M. Lecocq, qui est un artiste instruit, a publié
récemment (1877), chez l'éditeur Legouix , une
réduction pour chant et piano de la partition de
Castor et Pollux, de Rameau.
LECOMTE (A ), compositeur, a fait
représenter sur le théâtre du Havre, au mois de
novembre 1845, un opéra-comique en un acte
intitulé Stella.
LE CORBEILLER (Charles), pianiste et
compositeur, s'est fait connaître depuis une
quinzaine d'années par la publication d'un assez
grand nombre de morceaux de genre et fan-
taisies pour le piano, écrits avec une élégance
facile. On distingue, parmi ces productions lé-
gères : le Bouquet, 3 romances sans paroles
{le Cyclamen, l'Asphodèle, la Clématite),
op. 52; Nocturne, op. 19; Espoir, V Nocturne,
op. 47; le Secret, 3' Nocturne, op. 50; les
Gouttes d'or, rêverie, op. 60; l'Élan, galop
dédiasse, op. 4'i; le Murmtire, idylle, op.
43; Marche militaire, op. 28, etc., etc. Cet ar-
tiste a publié aussi une quantité de morceaux
de musique de danse, et quelques mélodies vo-
cales. Enfin, on lui doit encore une Messe mé-
lodique à 3 voix, avec accompagnement d'orgue
(Paris, Colombier), et une opérette de salon in-
titulée une Entrevue (id., id.).
* LEDEDUR (Chaules, baron DE). — L'ou-
vrage de ce musicographe distingué, Tonkilns-
tler-Lexicon Berlin's [Dictionnaire des tnu-
siciens de Berlin) , dont les deux premières
livraisons avaient été mentionnées dans la Bio-
graphie universelle des Musiciens, a été
complètement achevé depuis lors. 11 a paru
en onze livraisons, dont la réunion forme un
fort volume de 704 pages grand in-8" (Berlin,
Ludwig Rauh, 1860-1861). La moitié de la der-
nière livraison est consacrée à un supplément.
C'est un des ouvrages du genre les plus soignés
et les mieux faits.
LEDEiXT (Fii.ix-Étienne), pianiste, com-
positeur et professeur, est né à Liège le 20
(I) M. Lecocq a écrit, en société avec MM. Hervé et
l.fgouix, la musique d'une opérette en un acte, ûchx
l'orliérvs pour un cordon, qui a été représentée sur le
théâtre du Palais Boval au miils de mars is«9. Les trois
musiciens cacliérent en celte circonstanec leurs person-
nalités sjus le pseudonyme colkctif à'.llcindor.
LEDENT — LEENDERS
91
novembre 1809. Admis en 1827 au Conserva-
loiie (le sa ville natale, il y devint élève de
Jules Jaliieau ijour le piano, et obtint un pre-
mier prix au concours de 1832. Devenu plus
tard élève de Daussoigne-Mchul, il lit sous la
direclion de cet artiste icmarquable un cours
complet de composition, et acquit des connais-
sances très-solides dans l'art d'écrire. En 1843,
il remporta le second prix de Rome, et le
l'"'' mars de l'année suivante il était nommé
professeur de piano dans l'établissement où il
avait fait ses études. Le talent dont il lit preuve
dans ces fonctions lui valut une légitime noto-
riété, car il a formé un grand nombre de bons
élèves qui, pour la plupart, ont obtenu les
premiers prix dans les concours.
La grande activité déployée comme profes-
seur par M. Ledent l'a obligé de bonne beure
à renoncer aux succès du virtuose, et à né-
gliger son talent d'exécution pour consacrer le
peu de temps qui lui restait de libre à des
travaux de composition; ceux-ci même ont été
souvent entravés par le nombre prodigieux d'é-
lèves auxquels il donnait ses soins. Parmi les
ouvrages publiés par M. Ledent, on remarque
un Adagio et Rondo pour piano et orcbestre,
dédié à M"* Pleyel (Liège, Muraille), deux Bar-
carolles pour piano seul,; Lamento (romance
sans paroles), et un grand nombre de mélo-
dies vocales. M. Ledent est cbevalier de l'ordre
de Léopold.
* LEDIIUY (Adolphe). Quelques personnes
attribuent à cet artiste écrivain la paternité de
l'ouvrage facétieux intitulé Dictionnaire aris-
tocratique, démocralique et mistigorieux de
musique vocale et instrumentale, et publié
sousjle pseudonyme de Chrijsostcuphe Cléde-
çol {Voij. ce nom).
LEDUC (Alphonse), pianiste, compositeur,
professeur et éditeurde nuisique, né à Nantes le
9 Mars 1804, est mort à Paris, le 17 juin 1868.
Petit-fds d'un violoniste et fils d'un bassoniste
distingué, il commença avec son père l'étude du
solfège, du basson et de Tbarmonie ; plus tard il
étudia la guitare et la llûte, et devint un vérita-
ble virtuose sur ces deux instruments. On cite
un concert donné par lui à l'âge de 23 ans, dans
lequel il exécuta avec le même succès un air va-
rié pour le basson, de grandes variations pour
la flûte et une fantaisie pour la guitare. Venu à
Paris, il entra au Conservatoire, y obtint un se-
cond prix de basson en 1825, puis prit des leçons
d'harmonie de Reicha. De retour à Nantes à la
lin de 1826, il y étudia le piano avec Rliein,
puis bientôt se livra à la composition. En (luel-
ques années il offrit au public une innombrable
quantité d'œuvres de tout genre, dont le total ne
s'élève i)as à moins du treize-cents, comprenant,
entre autres, une Méthode de piano, U livres d'é"
ludes, 328 morceaux à 2 ou à 4 mains, 184
quadrilles, 153 valses et polkas, 295 morceaux
de danse à 4 mains, 94 romances et mélodies à
1, 2 ou 3 voix. 13 œuvres de basson, 52 œuvres
de guitare, 38 œuvres de flûte, 26 œuvres d'or-
gue, etc. En 1841, Leduc fonda à Paris une
maison de commerce de musique, qu'il fournit
lui-même d'un grand nombre de ses composi-
tions, et qui devient rapidement prospère. Cette
maison est tenue aujourd'hui par son fils.
Parmi les nombreuses œuvres publiées
par cet artiste, il faut citer : 1° Méthode élé-
mentaire de piano à Vusage des pensions
(ouvrage dont il a été fait trente éditions); 2° 25
Petites Éludes très-faciles pour les petites
mains, op. 156; 3" Études élémentaires, op.
128 ; 4" Études mélodiques, op. 146 ; 5° Études
de mécanisme, op. 100; 6° Études de genre,
op. 154 ; 7° 25 Petites Éludes à quatre mains,
[)our les petites mains, op. 156 bis; 8° 24 Pré-
ludes dans tous les tons majeurs et mineurs,
op. 169; 9° Études chantantes et concer-
tantes, à quatre mains, op. 191; 10° Biblio-
thèque des jeunes pianistes, coWeciïon de 12
petites fantaisies brillantes, op. 144; Deuxième
Bibliothèque des jeunes pianistes, 20 mor-
ceaux brillants et faciles, op. 160. A ces pu-
blications relatives à l'enseignement, il faut
joindre des centaines de morceaux divers : fan-
taisies, thèmes variés, pièces de genre, ba-
gatelles, un nombre infini de morceaux de
musique de danse : quadrilles, valses, polkas,
polkas-mazurkas, rédowas, schotischs, etc., etc.
* LEE (Lotis). — Cet artiste a fait exécuter
en 1860, à Hambourg, dans un concert, une can-
tate intitulée Jeanne d'Arc.
LEEMANS ( ), musicien flamand, né à
Bruges, était établi à Paris dans la seconde
moitié du dix-huitième siècle, et a publié en
cette ville, en 1769 : Six Quatuors, trois pour
la flûte, un basson, un violon et un violoncelle,
et trois pour un hautbois, un violon, un bas-
son et un violoncelle, œuvre 3. Dans le même
temps, cet artiste a publié aussi, sur des pa-
roles de Voltaire, une ariette intitulée le Songe,
avec accompagnement de harpe, deux violons,
deux bassons, deux cors de chasse et basse.
Leemans vivait encore en 1785.
LEENDERS (Maurice-Gérard-Hibert),
violoniste belge, est né à Venloo le 9 mars
1833. Fils d'un artiste instruit auquel il dut sa
première éducation musicale, il fut envoyé
fort jeune à Bruxelles et, dès l'âge de douze
92
LEENDERS — LEFEBVRE
ans, se voyait admis au Conservatoire de celte
villi', dans la classe <lc M. Meerts, d'où il passa
plus tard dans colle de M. Léonard. Lu IsâO
le jeune artiste obtenait le premier prix de vio-
lon, consacrait ensuite deux années à étudier
la composition , puis entreprenait un grand
voyage artistique eu Hollande, en Allemagne,
en Danemark, en Suède, en i\orwége et en
Pologne, donnant de nombreux concerts et par-
tout obtenant de vifs succès. En 1857, M. Leen-
ders se lit entendre à Paris, et y fut bien ac-
cueilli. De retour dans sa patrie, il s'y livra
avec ardeur à l'enseignement et à la composi-
tion, et écrivit un concerto et des fantaisies
pour le violon, des romances et mélodies vo-
cales, etc. Anjourd'bui, M. Leenders est direc-
teur de l'École de musique de Tournai.
LËEST (Guill.\lmk), facteur de clavicordes,
natif du pays de Juliers, exerça sa profession
à Anvers et fui reçu dans la bourgeoisie de
cette ville le 5 décembre 1561.
LE FÉBUllE (Is.wc), claveciniste, pro-
fesseur et compositeur, vivait à Paris dans la
seconde moitié du dix-huitième siècle. Il a
publié Deux Sonates pour le clavecin ou le
forle-piano, avec accompagnement de violon.
* LEFÉBURE-WÉLY (Loi;isJ.\mes-Al-
fred), organiste et compositeur distingué, est
mort à Paris le l" janvier 1870. Il avait écrit
la musique d'ime cantate intitulée Après la
victoire, qui fut exécutée à l'Opéra-Comique
le 15 août 1803. La femme de cet artiste ho-
norable, douée d'une voix charmante, qu'elle
conduisait avec beaucoup de goût, se fit, il y
a environ vingt-cinq ans, une réputation mé-
ritée comme chanteuse de salon et de concert.
Depuis longtemps déjà elle avait renoncé à ses
succès, pour se consacrer exclusivement à l'é-
ducation de ses deux filles. Elle est morte
presque subitement, à Paris, le 28 janvier 1876.
LEFEBYRE ( ), luthier fiançais, était
établi à Amsterdam de 1720 à 1735 environ.
Dans son livre curieux : les Instruments à
archet, M. Antoine Vidal constate les bonnes
qualités de la lutherie de cet artiste habile.
« Il est prohabli!, dit- il, que ce Lefebvre avait
travaillé en Italie, car les spécimens qui sont
restés de lui sont infiniment supérieurs à ce
qui se faisait alors en France. »
LEFElîYlVE ( ), compositeur et poète,
vivait à Paris dans la seconde moitié du dix-
huitième siècle. Cet artiste ne m'est connu que
par la publication suivante, faite par lui en 178i :
RvMiiM-, ballet alléçjorique en un acte pour
la centenaire de sa naissance, suivi de ré-
flexions sur la poésie lyrique et d'un oratorio
intitulé « la Mort d'Abel ». En annonçant
l'apparition de cet ouvrage, le Mercure de
France s'exprimait ainsi sur le compte de l'au-
teur : « Ce ballet allégorique n'a i>u obtenir les
honneurs de la représentation ; on en appelle
au jugement du public. L'auteur nous dispense
de prononcer sur son poème quand il dit dans
ses Réflexions sur la poésie lyrique, que les
meilleurs poètes soiit des juges très-incapa-
bles en cette matière tant qu'ils ne sont pas
compositeurs. Nous laisserons donc les musi-
ciens décider si M. Lefebvre est bon poète. Au
reste, il y a dans ses Réflexions des idées qui
nous ont paru pouvoir être utiles aux gens de
l'art. »
LEFEBVRE (Charles-Edouard), compo-
siteur, né à Paris le 19 juin 1S43, commença
par étudier le droit , tout en s'occupant beau-
coup de musique. Il finit par renoncera la carrière
d'avocat, entra au Conservatoire dans la classe de
M. Ambroise Thomas, et prit part, sans résultat,
aux concours de Rome des années 1864 et 1S65.
En 18G6, il épousa une fille de M. Oudiné, le
graveur en médailles bien connu, et dès lors se
vif, par les règlements, exclu de tout nouveau
concours. Mais trois ans après il eut le malheur
de perdre non seulement sa jeune femme, mais
la fille qu'elle lui avait donnée. Une nouvelle
réglementation des concours de Rome ayant pré-
cisément, à cette époque, reporté, comme autre-
fois, à trente ans la limite d'âge, M. Lefebvre se
retrouvait dans les conditions normales. Use pré-
senta donc de nouveau, en 1870, au concours de
l'Institut, et il obtint le premier grand prix de
Rome, conjointement avec M. Henri Maréchal
(Voyez ce nom), pour la cantate intitulée le
Jugement de Dieu, cantate qui ne put, selon
la coutume, être exécutée en .séance publique, à
cause des événements politiques qui fondirent
alors sur la France. Après un voyage à Rome
et dans le reste de l'Italie, en Grèce et en Tur-
quie, M. Lefebvre était de retour à Paris, et fai-
sait exécuter dans une séance publique de l'Ins-
titut (15 novembre 1873) une ouverture qui
IKutait le même titre que sa cantate de con-
cours, et au Conservatoire, à la st-ance d'au-
dition des envois de Rome (23 mai 1874), une
suite symplioni{pie et le psaume .WIII pour
chœur et orchestre (1). Après avoir été faire
un second voyage à Rome, où il écrivait une
synq)honie en mi bémol et un très-remarqua-
ble drame lyrique en trois parties, Judith, sur
(I) Cette suite svinplionique av.nit tHé produite une
priMiiitre fos p;ir l'nulcur. le II avril prt'cédent, dan*
une des seanees de la Société natiouale de musique.
LEFEBVRE — LEFORT
93
un poëme «le M. Paul Coilin, le jeune artiste
faisait entendre, dans la séance d'audition des
envois de Rome de l'année suivante (27 mai
1875), des fragments de ces deux œuvres im-
portantes, dans lesquelles la critique sut dis-
tinguer de rares qualités de style, de facture
et (l'inspiration.
.M. Lefebvre a produit encore les composi-
tions suivantes : 1° Pièces symplioniques (Pré-
lude et Choral, Scherzo), Concerts duCluUeiet,
7 février 1875; 2° un chœur et une romance
pour cor, Société nationale de musique, 13 fé-
vrier 1875; 3° ouverture dramatique, Concerts
du Chàtelet, 26 mars 1876; i" Dal'da, scènes
pour orchestre d'après le drame de M. Octave
Feuillet (Prélude, Enlr'acte, Nocturne appas-
sionato, le Chant du Calvaire, Finale), Société
nationale de musique, l" avril 1876; quatuor
en mi bémof pour piano et instruments à cordes.
Il a publié aussi Six poésies 7)iises en musique
(Paris, Hartmann), et divers morceaux détachés
pour chant et jiiano, parmi lesquels : C Absence,
Sais-iu ce que le vent soupire •' etc. La par-
tition pour chant et piano de Judith a été pu-
bliée par l'éditeur M. Mackar. Enfin, M. Lefeb-
vre a en portefeuille un opéra intitulé Lucrèce.
LEFEBVRE (M"" Caroline). — Voyez
FAURE {SVn-
LEFÈVRE ( ) est auteur d'un opus-
cule publié sous ce titre : Des causes qui
retardent les progrès dans l'étude de la
musique (Paris, 1822, in-8'' de 40 pp.).
LEFEVRE (Victor-Gustave), compositeur
et professeur, directeur de l'École de musique
religieuse de Paris, est né à Provins (Seine-et-
Marne), le 2 juin 1831, et, après avoir com-
mencé ses études littéraires en cette ville, les
termina à Paris, au collège Sainte-Barbe. Son
goftt pour la musique se révéla de bonne heure,
et dès l'âge de treize ans, sans avoir aucune
connaissance de l'art d'écrire, il s'essayait à
composer des morceaux qu'il harmonisait à
quatre parties. 11 finit par triompher des scru-
pules de sa famille, d'abord peu disposée à lui
laisser embrasser la carrière artistique, et ob-
tint rautori.sation de suivre le cours de solfège
de Foulon. En 1848, il fut présenté à Panseron,
qui, frappé de ses dispositions pour la composi-
tion, le recommanda d'une façon toute spéciale
à Auber et à Carafa; ce dernier lui témoigna
beaucoup d'intérêt, et poussa l'obligeance jus-
qu'à faire exécuter deux de ses morceaux à
orchestre par les élèves du. Gymnase musical
militaire, dont il était alors directeur. Auber le
fit admettre au Conservatoire, dans la classe
d'haimonie de Colet.
Mais M. Letèvre ne resta pas longtemps au
Conservatoire. Au bout de deux mois, il quit-
tait Colet pour aller se mettre sous la direction
de Pierre Maleden, excellent professeur avec
le(|uel il travailla |)endanl dix années. C'est là
qu'il puisa la connaissance étendue qu'il pos-
sède des maîtres de toutes les écoles, et qu'il
commença ses travaux sur la contcxture des
périodes musicales, sur le rhythme et la mo-
dulation.
M. Lefèvre, que Maleden aimait comme un
fils, épousa en 1865 la fille aînée de iNieilermeyer,
et fut bientôt nommé directeur de l'École de
musique religieuse que celui-ci avait fondée en
1853. Depuis sa direction, cet établissement,
qui rend à l'art des services si considérables, a
pris une extension nouvelle. En dix années ,
M. Lefèvre, aidé de ses excellents coopéraleurs,
a formé et placé dans diverses églises de France
80 maîtres de chapelle et organistes, qui, tous,
remplissent honorablement leur tâche, et dont
plusieurs sont des artistes fort distingués. En
1872, il a reconsliiué la Société de musique
vocale classique sans accompagnement, qui
avait été créée en 1853 par le prince de la
Moskowa et Niedermeyer; dans les six concerts
que donne chaque année cette Société, elle a
exécuté un grand nombre de compositions du
seizième siècle inconnues à Paris; en 1873 et
187'i, elle a fait entendre à la Sainte-Chapelle
l'office du lundi saint tel qu'on le dit à Rome ,
à la chapelle Sixtine.
M. Lefèvre a en portefeuille de nombreuses
compositions vocales et instrumentales, entre
autres plusieurs messes avec accompagnement
d'orchestre, des quatuors, dont quelques-uns
ont été exécutés dans des concerts, et la mu-
sique de la tragédie de Roméo et Juliette (tra-
duction d'Emile Deschamps), dont on a entendu
en public divers fragments. L'éditeur Richault
prépare en ce moment la publication d'un Traité
d'harmonie et celle d'un Traité d'accompagne-
ment et de la basse chiffrée, écrits par cet
artiste pour les cours de l'École qu'il dirige.
LEFORT (Jules), chanteur Jde concert et di»
salon, s'est fait sous ce ra[iport, il y a envi-
ron vuigt-cinq ans, une certaine réputation , à
l'époque des grands succès en ce genre de
M'"" Lefébure-Wély et Gaveaux-Sabalier. De-
puis quelques années il s'est consacré à l'en-
seignement, et s'est livré à des recherches
spéciales sur l'émission vocale et sur la pronoii
dation appliquée au chant. Voulant rendre pu-
blic le résultat de ces recherches, il a fait
paraître d'abord un opuscule intitulé : De ré-
mission de la voix (Paris, Heu. s. d.., in- i" de
94
LEFORT — LEGOUIX
21 pages, avec 16 pages d'exercices). M. Lc-
fort a [niblié ensuite une; Méthode de chant
(Paris, Leinoine, in-4'>), dont il a extrait une
brociiure imprimée sous ce titre : Partie théo-
rique de la la nouvelle Méthode de chant
de Jules Lefort. Du rôle de la prononcm-
tion dans fémisson vocale (Paris, l'auteur,
1870, m-8° de 47 pages). En 1861, M. Jules
Lefort voulut aborder la scène, et fit une fu-
gitive apparition au Théâtre-Lyrique, où il se
montra dans un optera nouveau de M. Théo-
dore de Lajarte (Voij. ce nom), le Neveu de
Gvllirer. La moiieslie de son succès n'ayant
pas répondu à ses désirs, il ne renouvela pas
cette tentative.
LE FRANÇOIS ( ), artiste qui vi-
vait à Paris à la fin du dix- huitième siècle,
imagina une guitare nouvelle, à laquelle il ajou-
tait un second manche et un grand nombre
decordes. Voici comment le CflZeH(/n"er musical
de 1789 décrivait l'instrument ainsi modifié : —
« Cet instrument a deux manches, et a pour
objet de diminuer les difficultés qui se trouvent
dans la guitare ordinaire. Les deux manches
contiennent entre eux dix- huit cordes. Le pre-
mier porte cinq cordes à vide, ou notes basses;
elles se nomment ut, ré, mi, fa, sol, et celles
qui sont sur le manche sont les mêmes q ue
celles de la gi.itare, et portent les mêmes
notes qu'elle. Le second manche, que l'auteur
nomme manche d'octave, est le même pour
l'accord que le grand, avec cette différence
qu'il n'a que trois cordes de basse hors du
manche, ut, ré, sol; mais on pourrait en met-
tre cinq, comme au grand. Cette quantité d e
cordes, et un manche de plus, semblent de-
voir doubler les difficultés; mais l'auteur fait
observer (lu'elles n'ont pas lieu, et qu'il gagne,
au contraire, beaucoup, parce qu'il peut exé-
cuter, sur son manche d'octave , et par le
même doigter, ce que l'on ne peut exécuter sur
le manche ordinaire, ou le premier des siens ,
que par un démanchement qui fait toujours
courir des risques pour la justesse des sons
et la précision de l'exécution. D'ailleurs, ces
notes d'octaves, prononcées par d'autres cordes,
produisent des sons plus vigoureux et plus agréa-
bles. Un des principaux avantages de cet instru-
ment est sans doute d'offrir, à deux ou trois notes
près, dans le bas, la môme étendue que le cla-
vecin ou la harpe, et de se prêter ainsi parfai-
tement à l'accompagnement de la voix. »
LEGEAY (Le U. P.), moine bénédictin de
l'abbaye de Solesmes , a publié sous ce titre:
ISoéls anciens (Paris, Victor Palmé, 1876), une
collection de quarante noéls populaires de la
Bourgogne et de la Champagne, dont il a repro-
duit les paroles et la musique, en y joignant
un accompagnement de piano.
LEGï^\DRE (Jules), virtuose sur le cor-
net à pistons et |)rofesseur, est l'auteur d'un
manuel qu'il a publié sous ce titre en 1877 :
Traité complet d'articulation ou le Secret
des coups de langue simples et doubles, classés,
raisonnes d'expliqués, pour cornet ou btigle
et en général pour tous les instruments à
vent (Bruxelles, Mahillon, in-8).
LEGEi\TIL (A -F ), a traduit en
français les notices allemandes de Wegeier et
Ries sur Beethoven, et les a publiées sous ce
litre : Notices biographiques sur L. Van
Beethoven par le D"" F. -G. Wegeier et Ferdi-
nand Ries, suivies d'im supplément publié à
l'occasion de l'inauguration de la statue de L .
V. Beethoven à Bonn , sa ville natale, traduites
de l'allemand par A.-F. Legentil (Paris, Dentu,
1862, in- 12).
* LEGXANI (Louis). Cet artiste a publié :
Melndo per imparare a conoscere la musica
e suonare la chitarra, composta colla mas-
sima semplicità e chiarezza, Milan, Ricordi.
Cet ouvrage porte le chiffre d'œuvre 250.
LEGOUIX (Isidore-Edouard), compositeur,
fds d'un éditeur de musique, naquit à Paris
le 1*"" avril 1834. Admis au Conservatoire,
dans la classe de M. Henri Reber, il remporta
un premier prix d'harmonie au concours de
1855; devenu ensuite élève de M. Ambroise
Thomas, il obtint l'année suivante un second
accessit de fugue, et, en 1860, une mention
honorable au concours de l'Institut pour le
grand prix de Rome. M. Legouix a fait repré-
senter quelques ouvrages dont voici les titres :
1" Un Othello, th. des Champs-FJysées, 1863;
2° le Lion de Saint-Marc, opéra comique en
un acte, th. Saint-Germain, 24 novembre 1864;
3° 31a Fille, o|iérette en un acte, Délassements-
Comiques, 20 mars 18(56; 4" Malbroug s'en
va-t-en guerre, opéra bouffe en 4 actes (en
société avec MM. Bizet, Léo Delibes et Jonas),
Athénée, 13 décembre 18G7; 5" le Vengeur,
opérette en un acte, Athénée, 20 novembre 1868 ;
6» les Dernières Grisettes, opéra bouffe en 3
actes, Fantaisies-Parisiennes (Bruxelles), 12
décembre 1874; 7° le Mariage d'une étoile,
opérette en un acte, Bouffes-Parisiens, l'^'" avril
lis76; 8" Madame Clara, somnambule, « fo-
lie " en un acte avec airs nouveaux, Palais-Royal,
mars 1877. 11 a en portefeuille une opérette en un
acte, la Tartane, reçue naguère au théâtre de
l'Athénée, mais non représentée. M. Legouix a
écrit aussi, en société avec MM. Hervé et
LEGOUIX — LEJEUNE
9S
Ch. Lecocq, la musique d'une pochade musi-
cale en un acte, Deux Poiiicres pour un co7--
don, qui fut jouée au Palais-Royal au mois de
mars 1869, ei pour laquelle les trois composi-
teurs abritèrent leurs noms sous le pseudo-
nyme coliectit' iVAlcindor. Il a donné au journal
le Magasin des Demoiselles la musique de
deux opérettes, Quinolelle el la Clef d'argent,
qui n'ont pas été représentées, et il a publié
quelques romances et mélodies vocales. M. Le-
gouix est un artiste aimable, instruit, distingué,
qui n'a que le tort de respecter l'art qu'il
exerce, et qui aurait réussi aussi bien et peut-
être mieux que d'autres s'il avait voulu se
lancer dans le champ de la musique grotesque
et prétendue bouffe, si fort en honneur depuis
vingt ans.
LEGRAIXD (PiKnuF.), pianiste, organiste
et compositeur, devint en 1780 « maître de mu-
sique » du théâtre du grand Opéra et de la
Société des Concerts de Marseille. Il avait suc-
cédé dans ces fonctions à Rey, qui fut depuis
chef d'orchestre à l'Opéra à Paris, et il fui
remplacé en 1793 par Parent du grand Opéra.
Cet artiste avait acquis dans le midi de la France
une assez grande notoriélé comme compositeur.
Il A écrit des ouvertures et des marches pour
orchestre, des motets à grand chœur et des
messes. En 1783, il fit chanter à la Société des
Concerts VHijmme des Lys, cantate, et, en
1792, des chœurs qu'il avait composés pour
VAthalie de Racine. Ce fut lui qui enseigna
l'harmonie à Délia Maria. Le 20 pluviôse au
IX, il fut reçu membre de l'Académie de Mar-
seille, dans la section de musique que venait
de former cette compagnie : Delattre et lui
furent les deux premiers musiciens admis. Il
mourut en 1809.
Al. R— d.
* LEGROS (Joseph), chanteur célèbre de
l'Opéra. Le petit ouvrage dont cet artiste avait
écrit la musique en société avecDesormery avait
pour titre non Ilijlas el Sylvie, mais Hylas et
Églé, el fut représenté à l'Opéra le 16 février
1773. Ces deux artistes avaient fait annoncer en
1774, dans le Mercure, la prochaine publication
d'un Recueil d'airs et de duos dont ils étaient
les auteurs ; mais je ne crois pas que cette pu-
blication ait eu lieu, (J'oyes Desormery).
LEIDGEBEL (Ama.xd-Léopold), pianiste,
organiste, compositeur et professeur allemand,
est né à Guhrau le 26 décembre 1816, alla faire
ses études musicales à Breslau, et se rendit en-
suite à Berlin, où je crois qu'il est toujours fixé.
Cet artiste, qui est fort estimé dans sa patrie, a
publié environ quarante œuvres consistant en
sonates pour piano seul et pour piano et violon,
caprices de concert et morceaux de genre pour
un ou deux pianos, etc.
LEITE (Antonio da Silva), né à Porto
(Portugal) vers la (in du XVIII'' siècle, fut maî-
tre de chapelle de la cathédrale de cette ville
et compositeur distingué. lia publié : r Rezumo
de todas as regras, e preceilos da Cantoria
assim da Musica metrica, como do Canto-
chdo, dividido e)ii duas partes. Porto, 1787,
petit in-4'' de VIlI-43 pag.et deux planches gra-
vées (l'auteur dit dans le prologue de cet ouvrage
qu'il imprimera bientôt une Arle de acompan-
hamento, et un autre Arte de Contraponto,
mais ces ouvrages n'ont pas paru; 2" Estudo
da Guitarra em que se expOe o modo mais fa-
cil para aprender este instrumento, Porto,
1795, 2 in-fol. de.38 pag. pour le texte, pour l'In-
dex et XXIII pag. d'exemples de musique. Il
a paru une 2""' édition de cet ouvrage en 179G
avec quelques altérations dans le titre, mais
elle n'a pas été augmentée. La plupart des
compositions de Leite n'ont pas été imprimées ;
je ne connais que : Seis Sonatas de Guitarra
corn acompanhamento deRabecaeduas Trom-
pas ad libitum, 1792, in fol. ; et Hymno pa-
triotico a grande orchestra, Paris, 1820, in-fol.
chez Ignace Pleyel et fils aîné (édition de luxe
gravée par Richoinme et ornée du portrait du roi
Jean YI). Cet hyrnme fut exécuté à Porto dans
le théâtre de S.-Joào lors du couronnement
de ce prince. Je citerai encore un Tantum
ergo a 4 vozes e orchestra, 1815. Il a aussi
composé beaucoup de Modinhas pour un jour-
nal de musique de 1793. Je ne connais pas la
date de la mort de Leite.
Un autre compositeur du même nom , le
Père José Leite, jésuite, a composé la musique
d'un drame allégorique : Angola triumphante,
qui fut représenté à Lisbonne, au collège des
Jésuites (Santo-Chitào), le 18 juillet 1620. Ce
drame, composé de quatorze scènes, n'est pas
connu.
J. DE V.
* LEJEUIVE (Claude). On trouve quatre
chansons de cet artiste célèbre dans le recueil
divisé en six livres que Pierre Phalèse publia
à Louvain en 1555-1556, et dont le premier
parut sous ce titre : Premier livre des chan-
sons à quatre parties, nouvellemeyil compo-
sez (sic) et mises en viusicque, convenables
tant aux instrumenta comme à la voix (Lou-
vain, 1555, in-40).
LEJEUIVE , est le nom d'une famille de
luthiers qui n'étaient point sans renommée et qui
exerçaient leur profession à Paris dans la seconde
96
LEJEUNE — LExMAIRE
moilié (iii ilixliiiitiiMnc siècle. Le premier dont
il soit fait mention est François Le jeune ^ qui,
(lès iTG'i, faisait jiartie de la corporation des
lutliiers-inaitres-jinés-comptables, et dont le
nom se trouve dans une série de règlements de
comptes de cette corporation qui sont conservés
dans un caiton des Arcliives nationales. Fran-
çois Lejeune vivait encore en 1785, et demeu-
rait rue de la Juiverie. Ses violons paraissent
avoir été estimés. Deux autres, Jean- Charles
Lejeune et Louis Lejeune, étaient établis fa-
bricants de violons, aussi à Paris, en 1783.
Enfin, un quatrième, Jean- DapUsie Lejeune, à
la fois luthier et facteur de liarpes, était ins-
tallé à la même époque rue Montmartre; il
vivait encore en 1788, date à laquelle on n'a
plus de renseignements sur aucun des précé-
dents.
Les Lejeune, luthiers, formèrent d'ailleurs
une véritable dynastie. En 1819, on en comp-
tait trois : Lejeune aine, demeurant cour du
Commerce, 10; Lejeune cadet, fixé dans la rue
Montmartre, au passage Charot; et Lejeune fis,
établi non loin de là, |)assage du Saumon. De
183C à 1846, on ne trouve plus trace que de
l'un d'entre eux, qui demeurait au n° 13 de la
rue Couclierat; enfin, le dernier survivant de
celte famille, fixé en 1862 rue Saint-Claude, au
Marais, mourut, dit-on, en 1870.
LEJEU\E (Er.NiiST), compositeur et pro-
fesseur, établi à Calais, a fait représenter sur
le théâtre de cette ville les deux opéras-comi-
ques en un acte dont voici les titres : 1° La
Chaiison de LbXfjon (août 1862); 2° Un Ma-
riage normand (avril 1868).
LE JOLIS (A ) e.st auteur d'un écrit
ainsi intitulé : De la tonalité du plain-chant
comparée à la tonalité des chants popu-
laires, inséré dans la Revue archéologique. Il
a été fait un tirage à part de cet opuscule
(Paris, 1859, in-S").
LELU ( ), compositeur dramatique, s'est
fait connaître i)ar la leprésentation de deux pe-
tits <)péiras-coMii(|ues en un acte, dont le [•rcmier,
intitulé le Cousin et la Cousine, eut un sort
très- fâcheux. Joué au théâtre Feydeau le 1*'
avril 1798, cet ouvrage, dont le poème avait été
écrit |)ar Pigault-Lebrun , tomba si lourdement
qu'il ne reparut jamais à la scène et que sa pre-
mière représentation fut aussi la dernière. Le se-
cond, qui avait pour titre le Siais par ruse ou
la Mine cache le jeu, fut donné au }ielil théâtre
des Jeunes-Artistes vers la fin de l'année 1801.
On doit à cet arti^te un assez granii nombre de
romances dont les titres se trouvent dans la Bi-
bliographie musicale (do César Gardeton )
et trois nocturnes italiens à deux voix. Lélu, qui
se fit plus tard éditeur de musique, vivait encore
en l82'i.
* LP:.MAIRE (Charles). Outre le livre de
cantates signalé au nom de ce compositeur, on a
de lui les quatre cantates suivantes, publiées sé-
|iarément cliez Ballard : le Sacrijice d'amour,
Endymion, la Constance, et le Retour du
Printemps.
LEM AIHE (Théophile), professeur de chant
et écrivain sur la musique, est né à Essigny-le-
Grand (Aisne), le 22 mars 1820. Doué d'une ma-
gnifique voix de basse profonde, il fut admis , le
15 décembre 1849, au Conservatoire de Paris, et
suivit dans cet établissement les cours de Garcia
pour le chant, de Micbelot pour l'opéra, et de
Moreau-Sainti pour l'opéra-comique. Atteint, en
1851, d'une bronchite aiguè qui l'obligea d'inter-
rompre ses études musicales, il se vit forcé de
quitter le Conservatoire. Rendu à la santé par les
soins de son ami, M. le docteur Blanche, il re-
nonça à la carrière théâtrale, à laquelle il s'était
préparé , et se consacra d'une façon absolue à
l'enseignement. 11 se livra dans ce but à des
études spéciales, consulta tous les traités de l'art
du chant, et bientôt réunit une bibliothèque mu-
sicale qui est devenue l'une des plus inqiortantes
que l'on puisse trouver chez un particulier.
C'est en consultant les innombrables méthodes
de chant dont il avait formé une si riche collec-
tion, que M. Lemaire conçut la pensée de doter
notre littérature musicale de la traduction d'un
ouvrage de Pierfrancesco Tosi, très-curieux et
plein d'intérêt : Opinion/ dei cantori anlichl e
moderni, ossieno osservazioni sopra tl canlo
Jiguralo (Bologne, 1723). Cet ouvrage, dont il
existait depuis, longtemps une version anglaise
et une version allemande, n'avait jamais élé tra-
duit en français. M. Lemaire se chargea de ce
travail utile, l'ex-'cuta avec beaucoup de soin et
une grande exaciilude, et publia sa traduction
sous ce titre ; VArl du chant, opinions sur les
chanteurs anciens et modernes, ou observa-
tions snr le chant figuré, par Pierfrancesco
Tosi, traduit de l'italien et accompagné de
notes et d'exetnples, par Théophile Lemaire,
Paris, Rollischild, 1874, in-16. Depius lors, et
en société avec M. Henri Lavoix {Vog. ce nom),
M. Lemaire travaille à un ouvrage très-impor-
tant, qui sera publié sous les auspices et avec le
concours du ministère des Beaux-Arts; cet ou-
vrage n'est autie qu'une Histoire complète de
l'art du chant, depuis les temps les plus reculés
jusqu'à nos jours ; il comprendra un résumé de
toutes les mi Ihoiios de chant de toutes les épo-
ques, un |)arallèle des deux écoles italienne et
LEMAIRE — LEiMMENS
97
française, des remarqiips sur les chanteurs ita-
liens et les chanteurs français, la bibliographie
des ouvrages relatifs au chant, etc., etc. L'His-
toire de Vart du chant formera un volume
in-4° de 500 pages environ, avec de nombreux
exemples de musique, et paraîtra dans le cours
de l'année 1878.
LE MAIRE ( ), dit Valné, violo-
niste qui vivait dans la première moitié du dix-
huitième siècle, a publié un Premier Livre de
sonates pour le violon, avec la basse continue
(Paris, 1739, in-f).
*LEMAÎTRE ou LE MAISTRE (Ma-
thieu), compositeur du seizième siècle, a été l'ob-
jet d'un travail biographique important. M. Otto
Kade, directeur de la musique du grand-duc de
Mecklembourg-Schwerin, a publié sur lui un li-
vre ainsi intitulé: Matlheus Le Maistre, nieder-
lecndischer Tonsetzer und churfiirstlïch sxch-
sisclier Kapelhneister {Matheus Le Maistre,
compositeur néerlandais et maure de cha-
pelle de l'Électeur de Saxe), Mayence, Sciiott
fils, 1862, 1 volume grand in-8» avec musique et
fac-similé. On voit, d'après le titre de cet ou-
vrage, que Lemaître doit être considéré non
comme Belge, mais comme Néerlandais. Je ne
puis d'ailleurs parler plus longuement du travail
de M. Otto Kade, ne l'ayant pas eu entre Jes
mains.
LEMANISSIER (Chaules), compositeur
et professeur, l'un des chefs d'orchestre de la
Société philharmonique de la Rochelle, a écrit
une musique entièrement nouvelle sur deux an-
ciens vaudevilles , qu'il a ainsi transformés en
opéras-comiques et fait représenter sur le théâtre
de la Rochelle : 1° le Dîner de Madelon
(mars 1859) ; 1° le Cabaret de Lustucru (mars
1861).
LEMARIE ( ), compositeur amateur,
a fait représenter au théâtre de l'Athénée, le 28
juin 1873, un opéra-comique en un acte, intitulé
Roijal-Champagne.
LE MARTINEL (Pierre), compositeur,
naquit en Normandie vers le milieu du seizième
siècle. Ayant pris part, en 1586, au concours du
puy de musique d'Evreux, il s'y vit décerner le
prix de la lyre d'argent pour une chanson fran-
çaise : Pourroys-je sayis mourir?
* LE MAURE (Catherine-Nicole) , une des
plus illustres chanteuses de l'Opéra au siècle der-
nier, naquit à Paris le 3 août 1703 (et non 1704);
reçue dans les chœurs en 1719, elle débuta
comme chanteuse soliste, au courant de décem-
bre 1721, en remplaçant M"* Erernans dans le
prologue de Phaéton (et non par le rôle de Céphise,
dans l'Europe galante, en juin 1724). Je pour-
BlOC.R. LNIV. des musiciens. — SUPPL. T.
rais continuer indéfiniment ces rectilicalions, car
le peu qu'on savait jusqu'à ces derniers temps
sur le com|)tedeM"'= Lemaure était bien inexact :
De la Borde, par exemple, puis Castil Blaze et
Fétis, plaçaient son début trois ans trop tard. C'est
là une des nombreuses erreurs qu'ils ont com-
mises sur son compte et qu'il serait trop long de
relever une à une. Ici, ils retardent de trois ans,
ailleius ils avancent d'autant; c'est un enchevê-
trement d'inexactitudes et d'erreurs dans les-
quelles l'un se trompe en voulant corriger l'au-
tre, etwce versa. Il est, d'ailleurs, très-difficile
de suivre les allées et venues d'une chanteuse
qui ne faisait que quitter l'Opéra et y rentrer :
on ne parvient à démêler la vérité qu'en suivant
mois par mois le Mercure, dont les indications
sont d'une précision extrême, à une date, à un
jour près. C'est ce que j'ai fait dans mon travail :
l'Église et l'Opéra en 1735, i»/"« Lemaure et
l'éve'que de Saini-Papoul (Paris, Détaille, 1877),
où j'ai dû retracer de la façon la plus complète
la carrière trop ignorée de celte illustre actrice,
en même temps que je republiais certaines pièces
de fantaisie très-amusantes et devenues rares
qui font connaître au mieux les goûts légers de
nos ancêtres et lesamusements satiriques, les
écrits facétieux dont les gens de bon ton étaient
si fort épris il y a un siècle et demi. Je renver-
rai le lecteur à cette brochure, non sans ajouter
que je crois avoir mis à profit, en les vérifiant
l'un par l'autre, tous les renseignements fournis
sur cette actrice par les livres sérieux ou facé-
tieux, par les mémoires privés ou plus ou moins
publics du terfips, en recherchant aussi tous les
détails précis et inédits que pouvaient me four-
nir sur m"" Lemaure les manuscrits conservés
aux Archives, à ia Bibliothèque nationale et à
l'Opéra.
Ad. J — N.
* LEMIÈRE DE CORVEY (Jean Fré-
déric-Auguste). Outre /a Dame du Lac et Tan-
crède, de Rossini, dont cet artiste fut l'arrangeur
pour les traductions qui en furent données à l'O-
déon, il arrangea sous ce titre : le Testament,
un autre ouvrage de Rossini (lequel.?), qui fut
aussi représenté à ce théâtre, le 22 janvier 1827.
* LEMMEXS (Jacques-Nicolas). Depuis
environ douze ans, cet artiste fort remarquable
est fixé à Londres, où il est devenu organiste
de l'église des Jésuites. lia publié en 1876 un
très-beau recueil de 3 sonates pour orgue. En com-
pagnie de sa femme. M"" Lemmens-Sherrington,
qui s'est fait en Angleterre une grande réputation
de cantatrice, M. Lemmens a donné de nombreux
concerts qui ont obtenu un très-grand retentis-
sement. M"" Lemmens est considéréeaujonrd'hui,
i. 7
98
LEMMENS — LEMONNIER
à Londres, comme la première cantacrice an-
glaise ; elle a obtenu de grands succès, non-seu-
lement dans les concerts et fe>ti\als, comme
chanteuse d'oralorios, mais aussi sur l'une des
scènes italiennes de la grande métropole, où elle
s'est produite de la façon la plus favorable , en
18G6, 1867 et 18G8, dans les rôles d'Adalgise
de Plo7-ma, Elvire de la Muette, de Poiiici,
Inez de V Africaine, Alice de Robert le Diable,
Elvire de Don Juan et Angèle du Domino
noir.
Ea 1858, un an après son mariage, un journal
ôeLomheiiJIie llluatrated Londou ncM'S, parlait
ainsi de W"^ Lemmens-SUerringtou : « Hélène
Sherringlon est née à Preston en 1834. Très-
jeune, elle quitta l'Angleterre avec ses parents,
et résida pendant plusieurs années, d'abord en
Hollande, et ensuite en Belgique. Elle continua
ses études musicales au Conservatoire de Bruxel-
les, et obtint bientôt de grands succès dans les
concerts en France et en Hollande. Au printemps
de 1856, m'** Sherrington fit sa première appa-
rition à Londres; elle y reçut un accueil si flat-
teur qu'elle se détermina à visiter cette capitale
chaque année. Elle habite ordinairement Bru-
xelles, à cause de son mariage avec M. Lemmens,
professeur au Conservatoire de Bruxelles (3 jan-
vier 1857). La voi\ de M™'' Lemmens est pure,
brillante el flexible. Son étendue excède deux
octaves et demie, avec une singulière facilité de
vocalisation. M"'" Lemmens unit à beaucoup de
sentiment naturel une expression d'artiste, un
style distingué et gracieux ; en résumé, c'est une
des cantatrices les plus distinguées du jour. »
Deux sœurs cadettes de M"'" Lemmens,
M''" Joséphine et Grâce Sherrington, se sont fait
connaître aussi à Londres comme chanteuses de
concerts, et paraissent ne point manquer de ta-
lent. iM"' Lemmens et M'^' Grâce Sherrington
ont écrit quelques mélodies vocales.
LEMOINE (AcniLLE), compositeur et édi-
teur (le musique, né a Paris le 15 avril 1813, est
fils d'Henry Lemoine et pelit-lils d'Antoine Le-
moine, (jui fonda en 1780 la maison de coiiunerce
de musique qui n'a cessé de porter ce nom et
qui est la plus ancienne de Paris. Comme pianiste,
M. Achille Lemoine (ut élève de Brice, d'Henri
Bertini et de Kalkbrcnner, et se livra ensuite à
l'enseignement tout en publiant quelques compo-
sitions légères pour son instrument, bagatelles,
fantaisies, transcri|tlions, etc., qu'il donnait gé-
néralement .«ous le pseudonyme de lleinlz. Son
père, Henry Lemoine, homme intelligent et ar-
ti.ste fort distingué, avait su réunir un ensemble
judicieux d'ouvrages relatifs à l'enseignement mu-
sical, el s'était placé au premier rang des éditeurs
de Paris. A sa mort, en 1852, M. Achille Lemoine,
associé depuis doux années à la maison, en resta
le seul directeur ; il continua les traditions pa-
ternelles, et s'efforça surtout de populariser en
France les œuvres des grands maîtres. Dans ce
but il commençait, dès 1858, la publication d'une
immense collection connue sous le nom de Pan-
théon des Pianistes et publiée dans un format
nouveau et dans des conditions de bon marché
inconnues jusqu'alors en Europe. Le Panthéon
des Pianistes, qui réunissait les œuvres d'Haydn,
de Mozart, de Beethoven, de Chopin, de Clementi,
de Dussek, de Humrnel , de Mendelssohn , de
Weber, etc., réunissait à la beauté de la gravure,
à la modicité du prix, une correction qui en fai-
sait une des plus belles el des meilleures éditions
connues jusqu'à ce jour. Grâce à cette publication
qui comprend aujourd'hui environ six cents nu-
méros, les jeunes gens, artistes ou amateurs,
ont pu parvenir à se former sans grands frais
une excellente bibliothèque musicale, ce qui était
impossible naguère, avec le haut prix de la mu-
sique. Il convient de remarquer que les maisons
allemandes qui depuis sont entrées dans cette
voie, telles que celles de MM. Enoch, Peters, etc.
n'ont fait qu'imiter M. Achille Lemoine et ne
sont venues qu'après lui. A côté du Panthéon
des Planistes, M. Lemoine, qui comprenait l'u-
tilité morale de la musique et avait pour but
d'en rendre l'étude plus facile aux enfants, créait
deux autres publications excellentes et particu-
lièrement destinées au jeune âge, le Petit Pia-
niste et VÉcole d'accompagnement. Bientôt,
sa maison prenant une très-grande extension, il
songea à en centraliser tous les services el à les
grouper sous sa main, en faisant construire des
ateliers de gravure et d'impression qui lui per-
mirent de perfectionner et de développer encore
l'oiuvre qu'il avait entreprise, en lui donnant la
possibilité d'avoir sous les yeux et de surveiller
sans cesse les graveurs, les imprimeurs, les bro-
cheurs. 11 entreprit alors des publications de
luxe qui sont l'honneur du commerce de musique
français, et mit au jour de nombreuses méthodes
d'enseignement qui ne pouvaient qu'augmenter
encore la renommée qu'il s'était acquise. Les
jurys de diverses Expositions, soit en France,
soit à l'étranger, ont apprécié de la façon la plus
favorable les excellents travaux de M. Achille
Lemoine, qui a été nommé chevalier de la Légion
d'honneur à la suite de lExposition universelle
de Vienne de 1873.
LEMOl\i\lEIl(L0UlSF.-Tni;RÈSE-ANT0INETTE
REGNAULT-BONSCOURS, femme), connue d'a-
bord sous le nom de M"' Rcgnault, fut l'une
des chanteuses les plus remarquées de l'Opéra-
LEMONNIER — LENEPVEU
99
Comique. Née à Drest le 24 août 1789, elle débu-
ta, âgée de seize ans, à Rouen, dans le Prisonnier
et Maison à vendre, et resta quatre ans en celle
Tille, d'où un ordre du surintendanUles tliéâtres
la fit venir à Paris pour débuter à l'Opéra-Co-
mique. Elle y parut avec succès, le IG décembre
1808, dans Isabelle et Gerlrude et le Jugement
deMidas. Sa rivaliléàce tbéâtre avecM"^Duret-
Saint-Aubin — rivalité tout amicale — est restée
célèbre, et l'on sait que, tandis que Boieldieu
écrivait surtout pour elle, Nicolo écrivait surtout
pour la seconde. (V. l'article Boieldieu au 2°
vol. de la Biographie.) Elle épousa, en 1817 ou
1818, un de ses camarades de l'Opéra-Comique,
Lemonnier, et créa avec succès un nombre consi-
dérable d'ouvrages, parmi lesquels Cewrf/i7?o« ,
V Enfant prodigue, Jean de Paris, le ISouveau
Seigneur de village, Jeanne d'Arc, Leicester,
Daniloiva, Joséphine, etc. L'empereur Napo-
léon l"" prisait beaucoup son talent. Elle se retira
du tbéàtre en 1828, et, environ dix années après,
lorsque son mari eut pris sa retraite à son tour,
elle alla babiler avec lui Saint- Sever (Calvados),
où elle est morte seulement le 5 avril 1866.
Son mari, Louis -Augustin Lemonnier, avait
commencé sa carrière dramatique au [letit théâ-
tre des Jeunes-Artistes, qui, avec tantd'autres, fut
fermé en 1807 par suite du décret impérial qui
rétablissait le régime des privilèges et réduisait
de plus de moitié le nombre des théâtres alors
ouverts dans Paris. Lemonnier s'en alla bientôt
à Rouen, puis à Bruxelles, où il joua l'emploi
des Colins. Engagé à Paris, au théâtre de l'O-
péra-Comique, ii y débuta, le 5 mai 1817, dans
Jeannot et Colin et Paul et Virginie. Lemon-
nier n'était pas vraiment un chanteur, et sa voix,
quoi(iu'agréable et bien conduite, était courte et
sans grande portée ; mais c'était un excellent
comédien, doué d'un beau physique, plein de
distinction, et il sut bientôt se faire un emploi
approprié à ses facultés. Il fit d'heureuses créa-
tions dans l'Artisan, les Petits Appartements,
l'Orphelin et le Brigadier, la Vieille, VExd
de Rochesler, la Fiancée, Daniloiva, Trois jours
en une heure, Joséphine, le Grand Prix, Ma-
saniello, le Mariage à l'Anglaise, le Roi et le
Batelier, le Colporteur, les Deux Mousque-
taires, Ludovic, l'Homme sans façons, les
Deux Nuits, et surtout le Pré aux Clercs, oii
le rôle de Comminges lui fit beaucoup d'honneur.
Après vingt ans de bons services, Lemonnier
quitta le théâtre en 1837, Plus jeune que sa
femme de trois ou quatre ans, il s'en alla vivre
avec elle à Saint- Sever, où il lui survécut de
de cinq années. Il mourut dans cette retraite, où
il était volontairement seul et isolé, le 4 mars
1875, âgé de 82 ans. Son fils, M. Lemonnier,
avait été joaillier de la couronne sous le second
empire, et sa petite-fille a épousé il y a quelques
années M. Georges Charpentier, réditeur-jibiaire
bien connu.
LEMOYIVE (Jean-Baptiste MO Vi\E,dit).
— L'un des premiers ouvrages de cet artiste fut
une vaste composition en forme d'oratorio, écrite
par lui sur une poésie de Gilbert : Ode sur le
combat d'Ouessant et qu'il fit exécuter au Con-
cert spirituel en 1778, l'année même de ce com-
bat fiimeiix.
LEiVEPVEU (Charles-Ferdinand), né à
Rouen le 4 octobre 1840, fit ses études au lycée
de cette ville, et sentit de bonne heure s'éveiller
en lui un goût prononcé pour la musique, goût
qu'il ne put satisfaire tout d'abord autant qu il
l'aurait voulu; car son père, avocat au barreau
de Rouen, prétendait lui faire suivre la carrière
que lui-même avait parcourue, et il lui inter-
disait à cet effet toute étude pouvant l'en dé-
tourner. Le jeune Lenepveu se soumit, tant bien
que mal, à la volonté paternelle; mais lorsqu'à
l'âge de dix-neuf ans, il se vit pourvu du diplôme
de bachelier es lettres, il manifesta le désir d'aller
suivre à Paris les cours de la Faculté de Droit.
Tel était, du moins, le prétexte dont il couvrait
l'intention, bien arrêtée chez lui, de donner sa-
tisfaction à ses aspirations musicales, et d'étudier
sérieusement l'art dont les séductions promet-
taient de s'accroître pour lui à mesure qu'il en
aurait pénétré les secrets. La permission qu'il
demandait lui ayant été accordée, il vint à Paris,
et, tout en éludiant leCode et le Digeste, il reçut,
durant trois années, de M. Augustin Savard, pro-
fesseur au Conservatoire, de substantielles leçons
concernant le solfège et l'harmonie.
Ce fut au cours de ces études que M. Lenepveu
trouva l'occasion de .s'essayer pour la première
fois comme compositeur. La Société des Beaux-
Arts de Caen avait mis au concours une cantate
destinée à célébrer le centième anniversaire de
la fondation de la Société d'Agriculture et de
Commerce de la même ville. M. Lenepveu entra
en lice, et obtint le premier prix , consistant en
une médaille d'or. Sa cantate fut exécutée, le 29
juillet 1862, à l'hôtel de ville de Caen.*
Encouragé par ce premier succès, le jeune com-
positeur ne «ongea plus qu'à suivre hardiment
la voie qu'il regardait comme sienne. Il obtint,
par l'entremise de M. Savard, son admission au
Conservatoire, dans la classe de M. Amhroise
Thomas, et en 1865, après deux années consa-
crées à l'étude du contrepoint, de la fugue et de
la composition idéale, il se présenta au concours
pour le prix de Rome. Reçu second en loges, il fut
dOO
LENEPVEU — LÉONARD
olus lieureux encore au concours définitif, et
le granii prix lui fut (iécerné. Avant de partir pour
Rome, il lit entendre dans la salle des concerts
du Conservatoire, le 3 janvier 1866, sa cantate,
Jlenaiid dans les jardins dWrmide. Unduetfo,
extrait de celte partition, a été publié par l'édi-
teur M. Hiélard.
Pendant son séjour à Rome, lequel dura jus-
qu'au mois de juillet 1868, M. Lenepveu se livra
à différents travaux de composition; il |)rit part
notamment à l'un des concours de composition
dramatique ouverts par le ministère des Beaux-
Arts, et revint à Paris avec une partition com-
]>lèle, écrite sur le poème de M. de Saint- Geor-
ges, le Florentin. En attendant le résultat de
ce concours, il reprit ses études de contrepoint"
et fugue avec un artiste du plus haut mérite, et
dont la fin prématurée a inspiré bien des re-
grets : nous voulons parler d'Alexis Chauvet
[Voij. ce nom), l'éminent organiste de la Trinité,
près duquel bon nombre de nos jeunes musi-
ciens ont trouvé de précieux conseils et des en-
couragements efficaces.
Au mois de novembre 1869, M. Lenepveu
se vit proclamer lauréat du concours d'o-
péra-comique , concours auquel avaient pris
part soixante-trois compositeurs. Les événe-
ments politiques mirent obstacle à la repré-
sentation du Florentin dans le délai promis;
comme beiireuse diversion à la longue attente
qu'eut à subir en celte circonstance le musi-
cien, il rencontra un succès dans la produc-
tion d'une messe de Requiem qui fut entendue
pour la première fois à Bordeaux, le 20 mai
I871j au profit des victimes et des orphelins de
la guerre. Des fragments de ce Requiem ont été
exécutés à Paris, en 1872, par la Société des
Concerts du Conservatoire, et en 1873, aux
Concerts populiraes; l'œuvre tout entière a eu
depuis de nouvelles auditions à Cordeaux.
Enfin, après de longs délais et des démarches
réitérées, le Florentin fit son apparition sur
la scène de l'Opéra-Comique, le 26 févirer 1874,
et y fut très-convenablement accueilli, sinon
avec une grande faveur. M. Lenepveu travaille
en ce moment à un grand opéra , Velléda ,
dont le poème , de M. Augustin Cliallamel, est
emprunté aux Martyrs de Chateaubriand.
Il a publié, chez l'éditeur M. Hiélard, des mor-
ceaux de piano, d'une facture soignée, parmi les-
quels nous citerons : Barcarolle, Rercruse, oie,
et un certain nombre de mélodies : la Jeune Cap-
tive, Rappelle-toi, Chanson, Je ne le dirai
pas, etc. La partition du Florentin a été publiée
à Paris, chez M. Achille Lcmoinc (1;.— J.C-z.
(1) M. Lenepveu a publié dans le Journal le Magasin
LlirvOlR (E -E....-C ), compo.siteur
religieux, maître de musique de la Sainte-Clia-
pelle du roi, à Dijon, vivait en cette ville dans
la seconde moitié du dix-huitième siècle. Dans
son opuscule : les Musiciens bourguignons, pu-
blié en 1854, M. Charles Poisot disait à son su-
jet : « M. Henri .lolief possède de cecoiii|)ositeur
un recueil manuscrit de pièces de musique com-
posées pour l'Église en 1785. Ce petit in-4'' con-
tient sept psaumes, un Ave Maris stella, un
Magnificat, le cantique Cantemus Domino, un
Kyrie, Gloria et Credo à quatre voix, un Do-
mine salvum, un répons et des fragments d'une
grand'messe à symphonie. »
LEi\01R-DUPLESSIS (Le chevalier) , a
écrit la musique d'un mélodrame en un acte,
r Amour enchaîné par Diane, qui fut repré-
senté en 1779 au théâtre des Élèves de la danse
pour l'Opéra.
* LËI\Z (LÉopoLt)), chanteur et compositeur
de lieder, est mort à Munich le 17 juin 1862.
* LEi\Z(GiiiLL\i;MEDE), dilettante passionné
et écrivain sur la musique, est né en 1809. On lui
doit un écrit publié sous ce titre : Liszt, Chopin,
Tausig, Henselt, Berlin, Bote et Bock, 1872. H
a fourni des articles au Journal deSaint-PéterS'
bourg (sous l'initiale L ), ainsi qu'à diverses feuil-
les allemandes, entre autres à la Neiie Berliner
Blusikzeiteing.
* LEO (Leonahdo). a la liste des ouvrages
dramatiques de ce maître, il faut ajouter les sui-
vants : 1° il Trionfo di Camilla, regina de'
Volsci, Rome, th. Capranica, 1726 ; 1° il Conte,
Naples , th. des Fiorentini ; 3" Alidoro, id., id.,
1740 ; 4" la Fedellà odiata, id., id, 1744;
5° Ez-io.
LEO (Charles), compositeur allemand, a
écrit la musique d'une opérette, Podol, qui a été
jouée au théâtre Wallner, de Berlin, au mois de
novembre 1867.
* LÉOi\AIlD (Hubert), célèbre violoniste
belge , est depuis plusieurs années fixé à Paris,
où il s'est consacré à l'enseignement, et semble
avoir renoncé complètement à se faire entendre
en public. Je crois utile de reproduire ici la liste
complète dès œuvres publiées par cet artiste
fort distingué, telle qu'elle m'a été communiquée
par lui-même : 1" Gymnastique du violoniste,
ou résumé des éléments les jilus utiles à travail-
ler journellement ; 2° La Petite Gymnastique
du jeune violoniste; 3° 24 Études classiques;
4° 24 Études liarmoniques, dans les différentes
positions; 5" École Léonard, méthode de violon ;
des DemoUelles la musique d'une opérette, l'Anniver-
saire, qui n'a pas été représentée. — h. P.
LÉONARD — L'ÉPINE
101
C" l'Ancienne École italienne (élude spéciale
de la double-corde), recueil de fugues et de mor-
ceaux divers de Corelli , Tartini , Geniiniani et
Nardini, harmonisés d'après la bassedes auteurs ;
7° 6 sonates de Tartini, harmonisées d'après la
basse de l'auteur ; 8" Le Trille du Diable de
Tartini, id., 9° 5 concertos, avec accompagne-
ment d'orchestre; 10° 17 fantaisies, id.; il" 6
solos de concertos, avec accompagnement de
piano; 12' 10 Petits Morceaux caractéristiques,
avec piano; 13° Sérénade pour trois violons;
14° plus de 60 duos pour piano et violon, sur
des motifs d'opéras, en société avec Joseph
Gregoir; 15° 4 duos originaux pour piano et vio-
lon, avec M. Henri Littolff ; 16° 4 duos pour vio-
lon et violoncelle, avee Servais; 17° Duo de
concert, pour deux violons ; 18" Valse-caprice de
concert; 19° 5 mélodies de Richard Wagner,
transcrites pour le violon avec accompagnement
de piano. Tous ces ouvrages ont été publiés à
Paris, chez Richauit, ou à Bruxelles, chez
Schott.
LLOA'CE (Le Frère), de la communauté des
frères du pensionnat de Passy, près Paris, a pu-
blié les œuvres suivantes de musique religieuse :
1° Messe solennelle à quatre voix, avec accom-
pagnement d'orchestre ou d'orgue (Paris, Gé-
rard) ; 2° Deuxième Messe à quatre voix, avec
acompagnement d'orgue ou de petit orchestre
(id., id.); 3° Kyrie, avec accompagnement
d'orgue ou de piano (id., id.); 4° Gloria, id.
(id., id.); 5° Credo, id. (id., id.);6° Sancius,
id. (id., id.) ; 7» Agmis Dei, id. (id., id.) ; 8» Ta-
blettes de Vorganisle , 120 versets faciles et
chantants, dans les tons les plus usités, pouvant
servir pour toutes les parties de l'office divin
(Paris, Prilipp, in-8° oblong).
LEOI\IIAllD(JuLES-ÉMiLE), pianiste etcom-
positeur. Deux fautes typographiques se sont
glissées dans la notice consacrée à cet artiste.
Son nom doit s'écrire Leonhard.el non Leon-
hardt, et il est né à Lauban, et non Laubau.
LEOIVI (A ), musicien italien du dix-neu-
vième siècle, est l'auteur d'un opéra inlilulé
Ariele. On lui doit aussi un Salve Regina à
voix seule et quelques mélodies vocales.
LEOiXi (Josè-Maru-Martins), théoricien
portugais, a écrit : Principios de miisica theorica
e pratica, para instrucçao da musica de por-
tugueza (Lisbonne, 1833, in-4° de ,52 |)p, et 8
planches d'exemples)"; ce n'est que la première
partie de cet ouvrage ; le reste n'a pas paru,
que je sache. Avant les exemples, on trouve une
analyse favorable de cet ouvrage, faite par le sa-
vant compositeur Frei José Marque seSilva.
J. DE V.
LE PAGE (L ), acteur de l'Opéra, où
il chantait les basses-tailles , entra à ce théâtre
au mois de novembre 1735, et prit sa retraite en
1752.1! y fit un assez grand nombre de créations
importantes, dont plusieurs dans des ouvrages
de Rameau, ce qui est une présomption en faveur
de son talent, car on sait combien cet illustre
maître était difficile en ce qui concernait ses in-
terprèles. Voici la liste des ouvrages dans les-
quels il établit des rôles : Castor et Pollux, les
Fêtes d'Hébé, Zaïde, reine de Grenade, Dar-
danus, Isbé, les Fêles de Polymnie, le Temple
de la Gloire, l'Année galante, les Fêtes de
Vhymen et de l'amour, Lêandre et Héro, Al-
masis, Titon et V Aurore. Le petit almanach in-
titulé le Tableau des Théâtres (pour 1749),
consacrait à Le Page ce quatrain, dans lequel la
langue n'étail_J pas moins maltraitée que la poé-
sie :
Comique, grave, sérieux.
Le Page remplit tous les rôles;
Faire les valets et les dieux
Ne sont pas des emplois frivoles.
Le Page épousa M"' Eremans {Voyez ce nom),
qui était sa camarade à l'Opéra. Il avait un frère,
désigné sous le nom de Le Page cadet, comme
lui attaché à ce théâtre, «■ dans les chœurs et
doublant les rôles. »
LEPEIi\TRE ( ), musicien qui vivait
dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
était renommé à Paris pour son talent sur le
violon. Ce talent ne devait pas l.iisser que de
lui être productif, si l'on en juge par ces lignes
dans lesquelles Richelet, au mot Violon de son
Dictionnaire français, parle de cet artiste :
« Le poète Martial disait autrefois que pour faire
fortune à Rome il fallait être violon. Quand on
dirait aujourd'hui la même chose de Paris, on di-
rait peut-être assez la vérité. Le Peintre, l'un
des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne
plus que Corneille, l'un des plus excellents et
de nos plus fameux poètes français. » Ce pas-
sage de Richelet est du reste le seul témoignage
que j'aie rencontré de l'existence de cet artiste.
LEPIX ou LE PL\ ( j, probablement
frère du claveciniste du même nom, vivait ainsi
que lui à Paris dans la seconde moitié du dix-
huitième siècle. Violoncelliste amateur, il a pu-
blié quelques compositions pour son instrument.
Je n'ai eu connaissance que des suivantes : 1°
Trois sonates pour le violoncelle avec accompa-
gnement de basse , op. 1 ; 2° Sonates pour le
violoncelle avec accompagnement de basse ,
op. 2.^
L'ÉPINE (Erîsest), littérateur et composi-
102
L'ÉPINE — LE PRÉVOST
teur, né à Paris en 1820, commença par èle
employé à l'aflministration des postes, et se lit
d'abord connaître par la publication de quehjues
romances. Devenu, après le rétablissement de
l'empire, chef du cabinet du duc de Morny à la
présidence du Corps législatif, il lit jouer deux
petites comédies au Théâtre- iM'ançais et composa
Ja nmsique d'une opérette en un acte, Croqui-
gnole A'A'.TTV, qui fui représentée aux Bouffes-
Parisiens le l'i jinvier 1800. Les romances de
]\1. L'Épine sont en assez grand nombre, et Je
citerai seulement: A qui pensait-HP Madrid,
Chinoiserie, Barcarolle, V Enfant, Si j'étais
le bon Dieu ! Cousine Marie, Mon petit ange,
rombre des blés, Isola bella , le Printemps,
Sous les Tilleuls, les Goélands, A bord, le
Bois joli, Regrets d''amours, etc., etc. Sous ce
titre : Poésie chantée, M. L'Épine a publié
(Paris, Hartmann) un recueil de dix mélodies vo-
cales d'un tour aimable et d'un heureux accent ;
un autre recueil, intitulé Scènes et Chansons,
et formé de 24 mélodies , a paru chez l'éditeur
Flaxiand. — En 1875, M. Ernest L'Épine a été
nommé conseiller référendaire à la Cour des
comptes.
* LEPLUS (Louis-G.vekiel), est mort à Paris,
au mois de mars 1874. Cet artiste avait com-
mencé son éducation musicale au Conservatoire
de Lille.
* LE PRÉVOST (Etienne-Alexandre), est
mort à Paris le 19 décembre 1874. M. Théodore
Nisard, qui connaissait personnellement cet ar-
tiste fort distingué, a publié sur lui, vers 1808,
une notice dont les renseignements complètent
ceux donnés par la Biographie universelle des
Musiciens, et qu'il ne nous semble pas inutile
de reproduire en grande partie.
« Ce fut à Paris, dit cet écrivain, qu'il reçut
les premières notions de musique sous la direc-
tion de Poirier-Lataille, violoniste distingué de
la chapelle du roi Louis XVIII. En 1820, il fut
admis comme élève à l'École spéciale de musique
religieuse fondée et dirigée par l'illustre Choron.
Son aptitude au travail et sa rare intelligence
furent bientôt remarquées, et lui valurent, peu
de temps après, les fonctions de professeur de
solfège et de classe d'ensemble dans cet établis-
sement. 11 y étudia l'harmonie .sous les auspices
de Ikrnanio l'orla, et tels furent les progrès de
Leprévost dans cette science, qu'il n'avait que
douze ans lorsqu'il lit exécuter, en 182'i, ;\ l'é-
glise deSaint-Jacques-du-IIaut Pas, avec le con-
cours de tous les élèves de l'École de musique
religieuse, une messe de sa composition. A la
même ('poque, l'institut de Choron se réunissait
chacjiK; d'iiianche dans l'i-glisc delà Sorbdiine,
et y faisait entendre d'admirables offices en mu-
sique. Leprévost, malgré son extrême jeunesse,
eut l'honneur de tenir le grand orgue dans ces
solennités musicales.
« Le 2 mars 1832, il entra au Conservatoire
de musique, où il fit de sérieuses études de con-
trepoint et de fugue, d'abord dans la classe de
M. Fétis, puis, après le départ de ce savant pro-
fesseur pour Bruxelles, dans celles d'Halévy et de
H. Berton, jusqu'au mois d'octobre 1833, époque
à laquelle il se livra seul à l'analyse de-; chefs-
d'œuvre des plus illustres compositeurs anciens
et modernes. »
Successivement, de 1830 à 1844, organiste et
maître de chapelle des églises de Saint-Paul-
Saint-Louis, de Saiut-Merry et de Saint-Eusta-
che, Leprévost, qui remplit aussi les fonctions
d'alto à l'orchestre de l'Opéra du 1^'' novembre
1839 au 30 octobre 1845, devint, le 1" janvier
1844, organiste accompagnateiu- à Saint-Roch.
Il obtint une première médaille au concours des
cliants historiques et religieux (1847), une mé-
daille semblable au concours de chants nationaux
et patriotiques (1848), le 21 mars de celte der-
nière année donnait à l'Opéra- Comique un agréa-
ble ouvrage en un acte, le Rêveur éveillé (l),et
en 1804 recevait une médaille d'honneur, au nom
de V Orphéon de France, pour sa cantate à qua-
tre voix d'Uoifimes., Halte dans les bois, a\ec
accompagnementde saxhorns. On a de cet artiste
une centaine d'ouvrages de tons genres, messes et
morceaux d'église, oratorios, opéras, cantates,
ouvertures, chœurs, etc., etc.
« Si, — dit encore M. Th. Msard, — comme on
l'a dit avec raison, la vie d'un artiste est tout
entière dans ses œuvres, on conviendra sans
peine que celle de Leprévost a été jusqu'à pré-
sent aussi active que féconde. Plein d'enthou-
siasme pour la belle et grande musique des maî-
tres anciens et modernes, l'organiste-accompa-
gnateur de Saint-Roch s'est constamment imposé
la tâche de méditer leurs impéris.sables modèles,
et d'en enrichir l'écrin de son individualité mu-
sicale. Celle individualité est évidente : on la
touche du doigt, en quelque sorte, dans toutes
les pages écloses au souflle de son inspiration.
Chez Leprévost, la mélodie domine toujours, et
l'auteur ne l'éfouffe jamais .sous les plis d'une
harmonie savante qu'il sait draper en maître,
c'est-à-dire avec beaucoup de délicatesse et d'ha-
bileté. C'est surtout dans la musique religieuse
que notre artiste se complaît et réussit : là, sa
manière est large et pleine d'une noble gravité
(i) Et non le Dormeur éveillé , comme il a été dit par
erreur.
LE PRÉVOST — LESCHETITZRY
103
qui convient à sa destination, autant que le per-
met la tonalité nioiterne. Nous avons souvent
qualifié de musiq nette teWe au telle production
soi-disant religieuse de certains compositeurs
actuels, mais notre plume n'écrira jamais ce mot
en parlant des ajiivres de musique sacrée de
Leprévost, et c'est par ce témoignage sincère que
nous terminerons une notice qui, nous l'espérons
bien, ne contient pas le dernier feuillet delà vie
artistique du savant organiste. «
* LEROY ou LEliOI (Guillaume), diacre,
chantre-basse à la chapelle de Louis XII, quitta
Paris et la chapelle royale, en 1530, pour aller
prendre possession de la maîtrise de la cathé-
drale de Rouen, dont on lui avait confié la direc-
tion.
LEROY ( ), compositeur, professeur de
chant et éiliteur de musique à Paris, dans la se-
conde moitié du di\-huilième siècle, a publié di-
verses compositions, entre autres un Recueil
d'airs et de chansons, avec accompagnement
de piano- forte ou de harpe, œuvre IV, et un
Premier Pol-Pourri d''airs choisis, tirés des
plus jolis opéras-comiques, arrangés pour la
harpe ou le forte-piano, œuvre VI.
LE ROY ( ). C'est sous ce nom que parut
à l'Ambigu-Comiciue , en 1791 , un petit opéra-
comique en un acte intitulé la Bascule.
LESAGE ( ), l'un des meilleurs acteurs
qu'ait possédés l'Opéra-Comique, où il fournit
une carrière de trente années, débuta au théâtre
de Monsieur, lors de sa fondation en 1789, dans
l'emploi des tailles comiques, que Trial avait
illustré à la Comédie- Italienne, et s'y fit aussitôt
remarquer. Il n'avait que peu de voi\, mais il
s'en servait très-bien, étant excellent musicien,
et son talent de comédien était des plus remar-
quables. Lors de la réunion^des deux troupes
d'opéra-comique dans la salle de Feydeau, il se
fit une position brillante , et peu d'années après
un critique en parlait ainsi: « Lesageestàla lettre
un excellent acteur, d'une utilité très-grande ,
surtout depuis que l'Opéra-Comique a eu le mal-
heur de perdre l'estimable Dozainville. Lesage
seul fait la fortune de Monsieur Deschalumeaux,
folie de carnaval, qui, sans le talent extraordi-
naire qu'il y a déployé, n'eût point franchi les
bornes de ce temps consacré à la grosse joie. La
pièce est longue, et M. Deschalumeaux occupe
presque toujours la scène : Lesage trouve pour-
tant le moyen de faire rire le public depuis le
commencement jusqu'à la fin. Cet acteur joue
les niais et les caricatures, mais avec esprit et
bonhomie. Son genre est très-supérieur à celui
de Baptiste cadet, de Brunet, de Talon ; aussi
a-t-il la réputation de premier talent, qui ne s'ac-
corde pas facilement à l'acteur livré à ce genre ,
dans lequel il est si facile d'obtenir des suc-
cès (1). ).
Lesage avait commencé sa réputation dans
quelques pièces du Cousin-Jacques : la Petite
IS'anette, Jean-Baptiste, le Club des bonnes
gens; il la soutint dans plusieurs autres ouvra-
ges, Avis au public, l'Emprunt secret, et sur-
tout dans Cadichon et les Comédiens ambu-
lants, pièces où, en dehors de ses qualités scéni-
ques, il faisait applaudir un talent remarquable
de violoniste. Il continua d'être un des favoris
du public jusqu'à sa retraite, qui eut lieu le 20
février 1819. Il n'était pas moins estimé comme
homme que comme artiste.
Sa femme, néeMarie-Françoise-Christine San-
lin, mais connue sous le nom de M""' Juliette
Lesage, débuta en même temps que lui au théâ-
tre de Monsieur, dans l'emploi des secomles chan-
teuses, obtint pendant quelques années un succès
de vogue, et prit ensuite l'emploi des jeunes
mères. C'était une artiste estimable, douée d'une
voix agréable, mais sans grande originalité. Sa
carrière fut courte, car en 1798 ou 99, elle quitta
la scène. Elle mourut le 10 juillet 1820.
La fille de ces deux artistes, m"*^ Augustine
Lesage, suivit la même carrière et parut sur le
même théâtre, où elle débuta vers 1797. Elle pos-
sédait une voix étendue, chantait avec goût, et
était loin de manquer de talent comme comé-
dienne. On lui reprochait seulement un peu de
froideur et de timidité. Dans un ordre secondaire,
elle fut jusqu'en 1813, époque de sa retraite,
l'une des artistes les plus distinguées et les plus
aimées de l'Opéra-Comique. Peu de temps après
ses débuts, elle avait épousé un nommé Haubert,
qui n'appartenait pas au théâtre, et depuis lors
fut appelée M""' Haubert-Lesage. Devenue veuve,
elle se remaria en Î812, peu de temps avant sa
retraite, avec le ténor Huet, .son camarade à
l'Opéra-Comique, qui commençait à se faire une
brillante réputation à ce théâtre.
* LESBIO (Antomo-Maroues). — En par-
lant de cet artiste, Fétis écrit son nom : Mar-
quez, (Antonio Lesbio), ce qui est une erreur,
et il place la date de sa naissance à l'année
1600, ce qui est inexact aussi, Lesbio étant né
en 1639. L'article de Fétis contient encore quel-
ques autres erreurs, que j'ai rectifiées dans
mes Musicos portuguezes. Outre la collection
de VilhancicosAndiquée à 17C8, il en a publié
une foule d'autres, depuis 1060 jusqu'à cette
dernière date. J. de V.
LESCHETITZKY (Th ), pianiste re-
(1} Opinion du parterre, 1907.
i04
LESCHETITZRY — LESFAURIS
niarquable et l'un des artistes les plus distingués
de la Russie, s'est fait connaître d'ahord à Saint-
Pétersbourg, et se produisit ensuite à Londres,
en 1864, avec un très-grand succès, dans les
séances de V Union musicale si liien dirigées par
M. John Ella. Virtuose distingué, excellent mu-
sicien, joignant à de grandes qualités de méca-
nisme et à une rare puissance de sonorité un goût
véritable et une remarquable délicatesse de tou-
cher, M. Lesclietilzky lit sur le public anglais
une impression profonde. De retour dans sa pa-
trie, il vit sa renommée grandir chaque jour,
et sut se faire applaudir non-seulement comme
virtuose, mais comme exécutant de musique de
hambre, en secondant fréquemment MM. Auer et
Davidoffdans leurs intéressantes séances, suivies
avec tant d'intérêt par les dilettantes de Saint-
Pétersbourg. Il est aujourd'hui professeur au Con-
servatoire de cette ville.
M. Leschetitzky s'est fait apprécier aussi
comme compositeur, en exécutant des pièces
écrites par lui, qui se distinguent, dit-on, par
une véritable originalité de forme, une grande
distinction et un charme pénétrant. J'ignore s'il
a publié quelques-unes de ces compositions, mais
il a écrit la musique d'un opéra-comique en un
acte, la Première Ride, qui a été représenté le
9 octobre 1867 sur le théâtre allemand de Prague.
En 1871, cet artiste s'est fait entendre avec suc-
cès dans l'un des concerts du Gewandliaus, de
Lepzig.
* LESCOT (C -F ), violon de l'orches-
tre de la Comédie-Italienne, entra à ce théâtre
en 1767, et prit sa retraite, avec pension, en 1790.
Le petit ouvrage représenté à la Comédie-Ita-
lienne, non en 1789, mais le 15 juin 1787, et
indiqué comme étant de lui, la Négresse ou le
Pouvoir de la reconnaissance, n'était ,pas un
opéra-comique, mais un simple vaudeville, de
Barré et Radet; Lescol se sera donc borné sans
doute à écrire pour celte pièce quelques couplets
sans importance. J'ai retrouvé la trace de diverses
composilions publiées par Lescol : 1° Six duos
pour deux violons, Paris, Huguet; 2° Arieties,
duo et romances, avec accompagnement d'une
basse ciiiffrée, Paris, M""' Le Menu ; 3° Six trios
pour deux violons et basse, op. 2.
LESCOT (Mademoiselle), lille de Clairval,
célèbre acteuret chanteur de laComédie-Ilalienne,
débuta à ce Ihéàtre, le 17 janvier 1780, par le
rôle de Bélinde dans la Colonie, et joua ensuite
le Magnifique, Toni Jones, Zémire et Âzor et
la Belle Arsène. Elle avait du talent, paralt-il,
car elle fut immédialeinent reçue sociétaire, ce
à quoi, du reste, la situation et linlluence de son
père ne furent pas sans doute complètement
étrangères. Les Tablettes dn renommée des
Musiciens disaient de cette jeune artiste, en
1785 : « M"' Lescot, jeune actrice et musicienne
du plus grand mérite, joue les rôles d'amoureu-
ses. Une belle voix, étonnante surtout dans les
tons graves, qui se rapprochent de la rondeur
d'une basse-taille, beaucoup de finesse dans le
jeu, et un goi'it exquis dans léchant. » On voit par
là que la voix de la jeune artiste était un contral-
to. Je ne sais siM"« Lescot mouruten 1791, mais
à partir de cette année elle disparaît delà liste des
acteurs de la Comédie-Italienne, et n'est point
comprise parmi ceux qui se sont retirés avec la
pension ordinaire.
LESFAURIS (Jea^), théoricien musical,
né à Saint-Esprit (Landes), près Rayonne, en oc-
tobre 1808, a étudié l'harmonie avec un savant
professeur,Ferroud ( Voy. ce nom), qui a laissé à
Bordeaux d'excellents élèves.
M. Lesfauris a publié , en 1832, une brochure
intitulée: Origine de la Gamme moderne {\n-
8", chezL. Hachette) ; en 1853, une Phijsiolngie
de la voix chantée {idem) : en 1854 : Unité de
la voix chantée et Auscultation ; De la voix
au point de vue du beau (in-l2, Bordeaux, chez
Gounouilliou); en 1858 : Essais d'Esthétique,
[id.) ; en 1867 : Éléments de V Acoustique mu-
sicale, reposant sur les capacités esthétiques
de rouie.
Sous le titre de Science nouvelle, l'auteur a,
en quelque sorte, fondu les publications ci-des-
sus dans deux petits volumes : l'un. Acoustique
musicale au point de vue de l'Art (2« édition,
in-12, chez Dentu), embrassant la musi(iue, les
instruments et le local propre à cet art; l'autre :
Théorie du beau perçu par le sens de l'ouie
et Esquisse d'une philosophie réduite aux
principes de la connaissance scientifique (in-
12, 1875, chez Dentu).
C'est en effet une science nouvelle; car, dit
l'auteur, « elle repose sur les capacités esthé-
« tiques de l'ouie (science innée de l'ouïe) qu'il
« fallait découvrir : ainsi, les systèmes de mu-
« sique n'étant que des manifestations plus ou
« moins satisfaisantes des capacités estheliques
n de l'ouïe, c'est sur ces capacités que doivent
« reposer les éléments antérieurs et supérieurs à
« tous ces systèmes de musique.
« S'agit-il de la voix chantée, l'appareil vocal
» n'est pour l'auteur qu'un instrument en quel-
« que sorte inerte, dépenilant des capacités de
«I l'ouïe, soit pour la qualité musicale, soit pour
« la qualité expressive de la voix. »
L'auteur a soin de faire remarquer que pour
développer convenablement les matières conte-
nues dans ses deux derniers volumes, dix gros
LESFAURIS — LESUEUR
10&
tomes et plusieurs '^ existences humaines sufli-
raient à peine. Il n'a que posé les jalons essen-
tiels de la nouvelle science.
A. L — N..
* LESLIE(EtE>iRi-DAviD). Cet artiste estima-
ble a fait représenter sans succès sur le théâtre
Covent-Gariien, de Londres, au mois de novem-
bre 18()5, un opéra anglais en trois actes, intitulé
Ida, qu'il a retiré après sa troisième représenta-
tion. Quelques années auparavant, dans le cours
du mois de février 1861, M. Leslie avait fait
exécuter à Suint' James hall une canlàie impor-
tante. On lui doit encore un Te Deum et jubilé
en r^,et une opérette intitulée Roman ou le Brave
Bic/i Turpin.it crois que cet artiste s'est pro-
duit aussi comme écrivain spécial; on avait an-
noncé il y a quatre ou cinq'ans qu'il allait publier
un Annuaire musical. Je ne saurais dire si cet
ouvrage a j aru.
LESSER (STANiSLAS.baron DE), est l'auteur
d'un manuel intitulé Gymnastique musicale
[Musikatische Gymnastik), qui a été publié à
Leipzig, chez von Veil, en 1877. Ce manuel est
une sorte de traité de l'application de la gymnasti-
que à la pratique de l'art musical, dans lequel l'au-
teurs'est proposédedonner aux doigts, aux mains,
aux articulations de l'avant-bras, et môme aux
pieds(cequi n'est pas inutile pour l'orgue), toute la
souplesse, la force et l'indépendance dé.^irables.
Dans ce but, il décrit et recommande toute une
série d'excercices gymnastiques dont la combi-
naison et la variété sont pour ainsi dire infinies,
et pour lesquels il a inventé plu.«ieurs a|)pareils
très-simples et bien imaginés. La théorie de
M. de Lesser est ingénieuse, nouvelle, et paraît
de nature à donner de très-bons résultats.
LESTAN { ), violoniste espagnol con-
temporain , a publié chez l'éditeur Romero y
Andia, à Madrid, une Nouvelle Mélkode élé-
mentaire d'alto.
* LESUEUR (Je\n-Fkançois). Ce grand
artiste n'est pas né le 15 janvier 1763, comme
on l'a cru jusqu'ici, mais bien le 15 février 1760.
Cette importante rectification a été faite dans un
écrit anonyme publié récemment sous ce titre .
La Musique àAbbeville. 1785-1856. Souvenirs
d'un musicien (Abbeville, Briez, Paillart et
Retaux, 1876, in-8° de 87 pp.). Dans la notice
qu'il consacre à Lesueur, l'auteur de cet écrit
s'exprime ainsi ; — « Le Sueur est né près d'Ab-
beville, au Plessiel, commune et paroisse de
Drucat, le 15 février 1760. « Et il ajoute en note :
— « Le registre des actes de baptême de la pa-
roisse de Drucat porte : Jean-François i>uew\
né le 15 février 1760. Nous rectifions la date de
la naissance qui a été fixée à- tort en 1763 par
la plupart des biographes, mais nous ne change-
rons pas le nom, dont le célèbre compositeur a
signé ses œuvres et qui est consacré par la re-
nommée. »
A la listedesœuvres de Lesueur, il faut ajouter
les deux cantates suivantes : l'Ombre de Sac-
chini, exécutée au Concert spirituel au mois de
décembre 1786, après la mort de ce grand homme,
et Chant des Bardes en Vhonneur de la paix
et des héros français, exécuté à l'Opéra le 14
avril 1802. D'autre part, la liste donnée par Fétis,
des compositions gravées de Lesueur, doit s'aiig-
nienter de celles dont voici les titres: 1° Deux Ora-
torios de la Passion (Paris, Frey); 2" Oratorio de
Rachel (id., id.); 3° Oratorios de Ruth et ISoéml
et de Ruth et Booz (id., id.) ; 4° l'^"', 2' et 3"= ora-
torios pour le couronnement des princes souverains
(id., id.); 5° Cantate religieuse et motet (Paris,
Beaiivais); 6" Deux Psaumes (id., Lemoine);
7" Super /lumina et 3^ oratorio du Carême (id.,
Frey) ; 8° 3^ Messe solennelle (id., id.) ; 9" Messe
basseet motet Joannes (id., Lemoine) ; 10" Trois
Odes d'Anacréon, mises en musique par Lesueur
(Paris, Janetet Cotelle) -,11° Six Odes d'Ana-
créon, id. (id., id.) (1). L'année de sa mort, Le-
sueur avait commencé dans la Revue et Gazette
musicale la publication d'une notice sur Lully
qui est restée inachevée. Quarante ans aupara-
vant il avait donné, dans une traduction des odes
d'Anacréon faite par Gail, une Notice sur la Mé-
lopée, la Rhylhmopée et les grands caractères
de la musique ancienne, notice qui est aujour-
d'hui complètement inconnue. Enfin, Lesueur a-
laissé sous ce titre": Traité sur la musique des
anciens, un travail important sur la musique
grecque, qu'il s'était proposé de publier dès 1822-
et qui pourtant est resté inédit jusqu'à ce jour.
Cet ouvrage a donné lieu récemment à un procès
entre les héritiers de Lesueur, procès à la suite-
duquel l'un de ses gendres, M. X. Boisselot
{Voy. ce nom), a été autorisé à le publier. Le-
Traité sur la musique des anciens paraîtra donc
prochainement.
11 me faut signaler maintenant lesdeux notices
biographiques suivantes, qui ont été consacrées
à ce grand artiste : 1° Notice historique sur la
vie et les ouvrages de M. Lesueur, par
M. Raoul-Rochette, secrétaire perpétuel de l'A-
cadémie des Beaux-Arts (Paris, Didot, in-4°);
2° Biographie de Jean-François Le Sueur, par
M. Stéplien de la Madelaine (Paris, bureaux de
la Renommée, 1841, in'8°). — Le & août 1846,.
(1) Lesueur a écrit aussi, pour une traduction d'Ana-
cr(?on fiiite par GjII en l'an VII, la musique d'une ode de
ce poète, .l'ai reproduit ce morceau superbe dans la Bé-
vue de ta musique du 20 janvier 1877.
106
LESUEUR — LEVASSEUR
ta ville d'Abbeville, qui se considère comme le
lieu nalal du maître, donnait en son lionneur un
grand festival dans lequel on exécutait une can-
tate écrite expressément pour la circonstance par
Rigel, et le 10 août 1852 elle procédait, an milieu
de grandes fêtes artistiques, à l'inauguration
d'une statue de Lesueur sur l'une de ses places
publiques, la place Saint-Pierre. Cette statue, en
bronze, était l'œuvre des frères Rocliet, et à l'oc-
casion de son inauguration on exécuta une can-
tate composée par M. Ambroise Tiiomas.
Lesueur avait épousé, le 3 juin 1806, M"« Jo-
mart de Courchamps, qui lui a survécu près de
vingt-cinqan<, et,qui est morte à Paris le 28jaii-
Tier 1861.
LE TERRIER (Pierre), compositeur, vi-
vait à la fin du seizième siècle, et remporta en
1587, au concours du puy de musique d'Évreux,
le prix de la lyre d'argent, qui lui fut décerné pour
une chanson française : Ravi de mou penser.
LETOURNEUR (Jean), chanoine à la cathé-
drale de Rouen, devint en 1482 maître des enfants
de chœur de cette église, et fut, en l'an 1500,
élevé à la dignité de grand-chantre par le cardi-
nal Georges 1"^ d'Amboise.
LEUMS (Régnieb), facteur de clavecins à
Anvers, fut reçu an nombre des maîtres de la
gilde de Saint-Luc en 1610.
LEVACHER (URCLÉ),est auteur d'un écrit
ainsi intitulé : De l'analomie delà main, ou
Nouvelle Méthode inslrumenlale roisonnée
basée 5«r la connaissance de Vanaiomie de
la main (Paris, s. d., gr. in 8")-
LEVASSEUR (Rosalie), lune des plus fa-
meuses actrices de l'Opéra au dix-huitième siècle,
fut l'interprète préférée de Gluck pour ses chefs-
d'œuvre. On n'a que bien peu de renseignements
sur elle, et les dates de sa naissance et de sa
mort sont jusqu'ici restées inconnues. Peut-être
était-elle fille d'un artiste de l'Opéra, car en 1750
un nommé Levasseur était sous-maître, et quel-
(|ues années après maître de chant à l'école de
chant de ce théâtre, qu'il quittait en 1772 (I).
C'est au mois d'août 1700 que >!"" Levasseur dé-
buta, d'une façon modeste, par le rôle de Zaide,
dans l'acte « du Turc » de l'Europe galante,
de Campra. Klle ne portait alors que son prénom
de Rosalie, et ce n'est que dix ans plus tard, à
(1) Cet artiste écrivit sous ce titre : ^zor et Theiiiirc,
le premier acte d'un opéra-ballet qui en comportait trois
et qui, sous ce litre si'nérjl : ^■/miisenirna li/viqiics, fut
représenté au mois de février nso à P(Uoaux, chez, le duc
de Graniont. le second acte de cet ouvrage {.-Ipnlinn et
(■limène) avait été composé par le fameux violoniste
l.eclair, et le troisième {le bai militaire) par un artiste
nommé Martin.
partir de 1776, qu'elle se décida à prendre son
nom de famille. L'auteur de V Arnoldiana assure
que c'est la représentation de la comédie de Pa-
lissot, les Courtisanes, qui lui fit prendre cette
décision : « L'une des héroïnes de cette pièce,
dit-il, s'appelle iîo5r///e, et Rosalie actrice ne
voulant pas être confondue avec Rosalie courti-
sane, reprit son premier nom. Sophie (Arnould)
disait de M"' Levasseur, qui était passablement
laide : Cette Rosalie , au lieu de changer de
nom, aurait bien dû changer de visage. »
M"* Levasseur était laide en effet, mais d'une
laideur qui n'était point sans charme, grâce à
une physionomie vive qu'éclairaient de grands
et magnifiques yeux noirs. Le premier rôle oii
elle se montra avec quelque honneur fut celui
d'Alcimadure dans la fameuse pastorale de Mon-
donville , où elle doubla en 1768 M""^ Larrivée.
« Cette actrice , disait alors Bachaumont , qui
n'a qu'un filet de voix, joue infiniment mieux que
la première. Elle est pleine de sentiment et d'in-
telligence; elle serait faite pour les plus grands
succès, si son organe répondait à son talent. «
Les succès ne manquèrent point à M""^ Levasseur,
qui devint bientôt la rivale de Sophie Arnould ,
rivale puissante, grâce à sa liaison avec le comte
de Mercy-Argenteau, et qui stit lui enlever l'un
des plus admirables rôles que jamais chanteuse
eût |tu ambitionner, celui d'Alceste. C'est encore
Bachaumont qui nous renseigne à ce sujet :
« On n'a pas été peu surpris, dit-il, de voir
M"« Rosalie Le Vasseur faire le rôle (VAlceste
au préjudice de M"' Arnould à la(iuelle il aurait
mieux convenu comme actrice, et d'ailleurs ayant
le droit de le réclamer par son ancienneté. Mais
quand on saura que la D'^* Le Vasseur est maî-
tresse de M. le comte de Mercy-Argenteau, am-
bassadeur de l'empereur et de l'impératrice- reine,
qu'elle le mène avec le plus grand empire, que
le chevalier Gluck <loit être tout à la dévotion de
ce ministre, qu'il est logé chez cette courtisane,
on concevra pourquoi elle a remporté ce triom-
|)he sur sa rivale. » Lorsqu'elle se montra dans
ce rôle d'Alceste, M'"' Levasseur n'avait encore
fait de créations que dans quelques ouvrages :
Orphée, où elle jouait l'Amour, Azolan, de Flo-
quet, et Céphale et Procris, de Grétry, où elle
personnifiait Proctis. Tout son talent fut insuffi-
sant à jifocurer à Alceste le succès que méritait
ce chef-d'œuvre, qui, on le sait, fut méconnu à
.son apparition. Gluck ne lui en resta pas moins
fidèle, et lui confia encore, dans la suite, les
deux grands rôles iVArmide et à'Ipliigéme en
Tauride. C'est elle aussi qui créa V Andromaque
de Grétry, et qui joua Andromède dans le Persée
de Philidor
LEVASSEUR — LEVI
107
Mais l'arrivée de M™» Sainl-Huherty lit pâlir
l'étoile (le M"' Levasseur. Son dernier rôle impor-
tant fut celui d'Armide dans Renaud, deSaccliini;
mais elle ne le joua que quatre fois, et y fut jus-
tement remplacée par M""" Sainl-Huberty. Elle
fut même obligée de paraître aux côtés de cette
admirable actrice, dans un rôle secondaire du
petit opéra de M"» de Beaumesnil, Tibulle et
Délie, tandis que sa rivale était chargée du
personnage important. A partir de ce moment,
il n'est plus question de M"® Levasseur, qui dis-
paraît on I7S5 du personnel de l'Opéra.
LEVASSEUÎl ( ), dit Levasseur l'aîné,
compositeur dramatique, vivait dans la seconde
moitié du dix-huitième siècle. Il fit la musique
des Adieux de Thalie, compliment de clôture
important, joué à la Comédie-Italienne le 4 avril
1778. 11 avait fait représenter précédemment, sur
le théâtre particulier d'un grand seigneur, deux
petits opéras-comiques, les Rivaux générextx
' (1770) et l'Aveugle par crédulité ; en^m, il écri-
vit la musique du Sicilien ou V Amour peintre
de Molière, arrangé en o[>éra-comique, et cet
ouvrage, ainsi transformé, fut donné à Versailles,
devant le roi, la reine et toute la cour, en 1780.
Il mourut peu d'années après, cartes Tablettes de
renommée des Musiciens, petit recueil bien in-
formé qui parut en 1785, le comptent parmi les
musiciens morts; c'est donc à tort que VAlnia-
nach des Spectacles, publication faite aven beau-
coup de négligence, le mentionne encore, après
cette époque, au -nombre des musiciens vivants.
LEVASSEUR (Nicolas-Prosper), l'un des
plus admirables chanteurs qu'ait possédés l'O-
péra, est mort à Paris le 7 décembre 1871. Il était
né à Bresles, dans le département de l'Oise.
Parmi ses créations sur notre première scènp
lyrique, il faut citer Mahomet du Siège de Co-
rint/ic, le gouverneur du Comte Onj, Walter de
Guillaume Tell, Olifour du Dieu et la Baya-
dère, Fontanarose du Philtre, Bertram de Ro-
bert le Diable (qui mit le sceau à sa renommée
comme chanteur et comme tragédien lyrique),
maître Andiol du Serment, le cardinal Brogni
de la Juive , Marcel des Hugiienois (qui fut
aussi l'nn de ses plus éclatants succès), Rodolpbe
du Lac des Fées, le drapier du Drapier, Bal-
thazar de la Favorite, et enfin Raymond de
Charles VI.
Après vingt années de succès ininterrompus,
Levasseur s'était éloigné de l'Opéra avec l'inten-
tion d'abandonner définitivement la scène et le
<iésir de couronner sa carrière par une grande
tournée en province. Mais à son retour de cette
tournée, il fut l'objet des vives instances de
Meyerbeer, qui admirait son talent autant qu'il
honorait son noble caractère, et qui voulait lui
faire créer dans le Prophète un rôle d'apparence
secondaire, mais extrêmement important, celui de
Zacharic, l'un des trois anabaptistes. Levasseur
céda, sans trop de peine, aux affectueuses solli-
citations du vieil ami aux triomphes duquel il
avait été mêlé ; il rentra effectivement à l'Opéra
pour y faire cette dernière création, après quoi, en
1832, il dit pour toujours adieu au public et se
consacra ensuite exclusivement aux soins à don-
ner à ses élèves.
Dès le 1'='^ juin 18 il, il avait été mis à la tête
d'une classe de déclamation lyrique au Conser-
vatoire, dont, par l'effet d'onne sait quel caprice,
il n'était devenu titulaire qu'en 1850. Pendant
ses trente années de professorat (il fut retraité
seulement vers 1870), il forma d'excellents artis-
tes, parmi lesquels il faut citer surfout, outre
M. Obin, qui lui a succédé dans sa classe,
MM. Caron, Bosquin, Devoyod , M"" Juliette
Borghèse, de La Pommeraye, Mauduit et Rosine
Bloch. En 18G8, il avait été nommé chevalier de
la Légion d'honneur.
L'ÉVEILLÉ (Auguste), chef n'orchestre et
compositeur, né vers 1828, n'étudia d'abord la
musique que comme amateur et pour son agré-
ment. Fils d'un employé supérieur de la Concier-
gerie, il se vit obligé plus tard de tirer parti,
pour vivre, des connaissances très-superficielles
qu'il avait acquises dans l'art musical; il devint
donc chef d'orchestre de divers petits théâtres,
entre autres des Folies-Marigny, et, à partir de
1857, fit représenter sur ces théâtres un certain
nombre de petites pièces musicales. Voici les titres
de quelques-unes de ces pièces sans importance :
les Virtuoses du pavé ; Chez les Montagnards
écossais; l'Héritage du Postillon; le Sire de
Barbe-Bleue; Vive la Ligne! M. Pijgmalion
et sa statue; une Tête de Turc, les deux Tré-
sors, etc., etc.
* LEV^I (Samcece). ^ Une erreur a été sans
doule commise au sujet de l'opéra de cet artiste,
Iginia d'Asti, qui n'a pas dû être représenté au
théâtre delà Fenice, car M. Lianovosani {Vorj.
ce nom) n'en fait aucune mention dans le réper-
toire très-détaillé de ce théâtre qu il a publié ré-
cemment.
Un artiste du nom de Levi (j'ignore si c'est le
même) a donné à Turin, au mois novembre 1860,
uu opéra en trois actes, inlitulé la Biscaglina,
qui reçut au théâtre Carignan l'accueil le plus
fâcheux et dont, depuis lors, il ne fut plus
jamais question. Je crois qu'il est encore l'au-
teur d'un autre opéra, représenté sous le titre
de Ginevra degli Almieri, o la Peste di Fi-
renze.
108
LEWALD
LHUILLIER
* LEWALD (Jean-Charles-Adguste), co-
médien, directeur de théâtre, romancier, criti-
que et journaliste politique, né le 14 octobre
1792 à Kœnigsherg, est mort à Monaco au
mois d'avril 1871.
LEWANDOWSKI (Liiopoto), violoniste
et compositeur, né en Pologne, fut élève de
Hornziel, et se lit entendie pour la première
/ois dans un concert, à Varsovie, en 1848. Il
entreprit ensuite un voyage à l'étranger. Iji
18j6, il faisait exécuter à Berlin une symphonie
à grand orchestre de sa composition. Précé-
demment, il avait publié à Varsovie (Spies et
C") une Polonaise pour piano.
LEWIIXSIîI (Ignace), pianiste et compo-
siteur, né en Pologne dans la première moitié
du dix-neuvième siècle, a publié à Vienne,
chez Witzendorf, les œuvres suivantes : 1° Va-
riations et Polonaise brillantes, op. 4; 2° Bar-
carolle de la Muelle de Porlici, op. 5;
3° l'Innocence, rondoletto à quatre mains,
op. 6; 4° Rondino sur Fia Diavolo, op. 7;
5° Thème de C. Kreutzer, varié, op. 8 ; 6° Thème
de Beethoven, varié, op. 9; 7° Rondino sur le
Serment, à quatre mains, op. 10 (chez Diabelli);
8° Variations sur la Sonnambula, op. 11 (id.).
LEVVY (Carl), compositeur et pianiste al-
lemand contemporain, a publié, dans le cours
de ces dernières années, une cinquantaine
d'œuvres de divers genres pour le piano.
LEYBACII (Ignace), pianiste, organiste
et compositeur, est né à Gambsheini (Bas-Rhin),
le 17 juillet 1817. Il apprit de son frère aine,
simple amateur, les premières notions de la
musique, puis prit des leçons de deux artistes
distingués de Strasbourg, llœvtey{Voy. ce nom)
pour l'harmonie et le contrepoint, et AVacken-
thaler, organiste de la cathédrale, pour l'orgue;
enfin, pour le piano, il devint plus tard élève
de Pixis, de Kalkbrenner et de Chopin. A la
fin de 1844, M. Leybach obtint au concours la
place d'organiste de la métropole de Toulouse;
en 1847, il publia chez l'éditeur Henry Lemoine
ses six premières compositions pour le piano,
et depuis celte épo<jue le nombre de ses œu-
vres publiées, tant en France qu'à l'étranger,
s'élève à près de 200. Les principales sont les
suivantes : 1° 24 Morceaux caractéristiques
pour le piano (collection de moyenne force),
spécialement écrits pour l'enseignement ; 2° Fan-
taisies pour le piano sur des motifs d'opéra
(les plus connues sont telles sur t Purituni, la
Honnambulu , ISonna, la Fliile enchantée,
Guillaume Tell, Faust, Don Juan); 3" Trans-
criptions pour le i)iano {Aux Bords du Gange,
de Menilelssohn, Mandolina/a, etc.); 4" Mor-
ceaux originaux pour le piano {[" et 2° Noc-
turnes, etc.); 5° Neuf grands morceaux con-
certants pour piano etharinouiuin ; 6° Méthode
théorique et pratique pour L'harmonium (tra-
duite en quatre langues), avec 32 mori eaux pro-
gressifset21 morceaux religieux; 7° 24 Morceaux
(le concert pour l'harmonium ; 8" L'Organiste
pratique, 2 volumes contenant chacun 120
morceaux (un 3' volume de 100 morceaux est
sous presse] ; 9° Recueil de 20 mélodies vo-
cales, avec accompagnement de piano; 10° un
certain nombre de motets avec accompagnement
d'orgue.
L'HEiXUY (J ), ancien employé su-
périeur de l'administration du théâtre de l'O-
péra-Comique, a publié l'écrit suivant : le
Théâtre royal de V Opéra-Comique considéré
sous le rapport de l'exploitation, Paris,
Bréauté, 1833, in-8° de 24 pp.
L'HÔTE(Léon-Albert LHOTE, connu sous
le nom de), violoniste et compositeur, né à Paris
le 31 mai 1828, fut admis au Conservatoire, le
23 juin 1841, dans la classe de violond'Habeneck,
entra en 1845 dans la classe d'harmonie d'El-
wart, et devint ensuite élève de Le Boine pour
la fugue. Il obtint un accessit d'harmonie en
1848, le premier prix l'année suivante, un pre-
mier accessit de fugue en 1851 et concourut à
l'Institut, pour le prix de Rome, en 1853. Après
avoir appartenu à l'orchestre du Gymnase en
qualité de violon-solo, il faisait alors partie de
celui du Théâtre-Italien.
Doué d'une trop grande modestie, que ne lé-
gitimaient pas ses facultés distinguées, M. L'hôte
n'a pas fourni, comme compositeur, la carrière
qu'on aurait pu attendre de lui. Il n'a fait gra-
ver qu'un petit nombre de compositions, entre
autres un joli trio pour piano, violon et violon-
celle, Confidence, romance pour violon ; Loin
du bord et Rimembranza, morceaux de genre
pour le piano; Dites-le-moi, Soir d'été, la
Clianson du printemps. Qui nous a vus? ^
VÉlernelle chanson, mélodies vocales, et quel- fl
ques chœurs orpheoniques. M. L'hôte a fait exé-
cuter à l'église Saint-Eustache, en 1857, une
messe pour soli, clmurs et orchestre, qui a
produit une bonne impression. On connaît aussi
de lui un second trio pour piano, violon et vio-
loncelle, un quatuor pour instruments à cordes ,
trois ouvertures à grand orchestre et diverses
autres compositions non publiées,
LllLILLlEK (LuMo.Ni)), chansonnier fran-
çais, né vers 1820, s'est fait connaître par uq
assez grand nombre de chansons et de chan-
sonnettes dont il écrivait à la fois les paroles et
la musique, et qu'il débite assez volontiers,
LHUILLTER -- LICHNER
109
dans les salons, où elles obtiennent un certain
succès; ces productions légères forment de
petits tableaux de j^enre qui ne sont pas sans
quelque amabilité ; cela est bien petit au point
de vue musical, à la vérité, mais du moins cela
est sans ambilion et sans prétention. On cite
particulièrement de M. Lhuillier les chansons
qui ont pour titre : Jean Nicaisc, Ce que
femme veut. Comment on mène son mari, Les
Cerises, C'est via fille. Monsieur fait ses vi-
sites, Nos amateurs, Sur l'impériale, le
Quadrille d'honneur, etc. Quelques-unes de
ces petites productions sont très-réussies
comme paroles, et la musique accompagne
celles-ci d'une façon heureuse. Le nombre des
chansons publiées par M. Lhuillier se monte,
dit-on, à plus de trois cents. Cet artiste a écrit
aussi les paroles et la musique de deux opé-
rettes de salon, le Bal de mademoiselle Rose,
et Monsieur et Madame Jean. La partition
de cette dernière, réduite pour chant et piano,
a été publiée (Paris, Heugel).
LHUILLIER (Th.), membre de la Société
d'archéologie, sciences, lettres et arts du dé-
partement de Seine-et-Marne, a publié dans le
Bulletin de cette Société , et ensuite sous
forme de brochure, un opuscule ainsi inti-
tulé : Notes sur quelques artistes musiciens
dans la Brie (Meaux, typ. Carro, 1870, in-8°
de 24 pp.). Dans les premières lignes de cet
utile opuscule, l'auteur s'exprime ainsi : —
« Des recherches dirigées à un autre point de
vne nous ont fourni certains renseignements
inédits sur des musiciens qui se rattachent par
un lien quelconque au pays que nous habitons.
Sans avoir la pensée de faire la biographie de
ces personnages, sur la plupart desquels les dé-
tails manqueraient bien certainement, il ne
nous a pas paru sans intérêt de noter des faits
qui rappellent soit leur naissance ou leur répu-
tation, soit leur séjour ou seulement leur pas-
sage dans la Brie. » Partant de ce principe,
d'une incontestable utilité au point de vue de
l'histoire artistique, M. Lhuillier donne en effet
des notes et des renseignements plus ou moins
importants, mais tous à peu près inconnus,
sur un certain nombre d'artistes : Claude Gou-
(iimel, Edme Guillaume, Pierre Certon, Didier
Leschenet , Eustache du Caurroy, Gabriel Ba-
taillé, Henri de Bailly, Louis Lully (dont il pro-
duit l'acte de baptême), Francini, gendre de
Lully, les Couperin, Forqueray, Gabriel Ni-
vers, Lagarde, M"* Gail, etc., etc. J'ajouterai
que M. Lhuillier appuie ses dires^sur des docu-
ments authentiques, et que ses renseignements
n'en sont que plus précieux.
LIANOVOSAIVl (Luici), est le pseudony-
me anagrammatique sous lequel un dilettante ita-
lien, dont j'ignore le nom véritable, a publié
un répertoire complet et très-bien fait de tous les
ouvrages qui ont été représentés, depuis sa fon-
dation, sur le théâtre de la Fenice, de Venise -,
ce répertoire est intitulé : La Fenice, gran
teatro di Venezia, série degli spettacoli, délia
primavera 1702 a tulto il cornovale 1876,
Milan, Ricordi,s. d. (1878), in-4°. Peu de semai-
nes après l'apparition du premier volume du
présent Supplément, cet écrivain a entrepris,
dans la Gazzetta musicale de Milan, une petite
série d'articles, faits avec soin, et qui avaient
pour titre : Essai de rectifications et d'adjonc-
tions au supplément Félis, vol. I, relatif aux
maestri italiens et à leurs œuvres ; un tel tra-
vail est très-utile, très-honorable, et si l'on pre-
nait la peine d'agir de môme en tous pays, l'Eu-
rope serait à même de posséder bientôt un Dic-
tionnaire biographique musical aussi complet que
possible et presque irréprochable. J'exprimerai
seulement le regret qu'en publiant ces très-utiles
rectificat ions et adjonctions au Supplément Fé-
tis, ni la Gazzetta musicale ni M. Lianovosani
n'aient eu la courtoisie de donner leur opinion sur
la valeur de l'ouvrage, ni même, ce qui est plus
singulier encore, de faire connaître le nom de
son auteur.
LIBANI ( ), compositeur dramatique
italien, a fait représenter en 1869, à Rome, sur
le théâtre particulier du palais Pamphiii, un
opéra semi-sérieux intilulé Gulnara, dont, il
n'est pas besoin de le dire, le sujet était tiré
de l'ancien opéra de Dalayrac qui porte ce
litre. Cet ouvrage parut au mois de novembre
de l'année suivante sur un théâtre public, le
théâtre Pagliano, de Florence, et ne paraît pas
avoir produit une profonde impression. Depuis
lors M. Libani a obtenu un vrai succès, en
donnant au tliéâtre Apollo, de Rome, en 1873,
un second opéra qui avait pour titre il Conte
Verde.
LIBERT (Emile). Un artiste ainsi nommé
fit représenter à l'Opéra-comique, le 14 avril
1823, un ouvrage en un acte intitulé : Amour
et Colère.
LICIINER (Heinrich), pianiste allemand et
compositeur pour son instrument, a publié en-
viron cent cinquante œuvres consistant en
sonatines, impromptus, rondos, morceaux de
genre, etc., pour piano à deux ou à quatre
mains. Je ne crois pas que tout cela ait une
valeur artistique bien appréciable, car le nom
et les œuvres de l'auteur sont restés complète-
ment inconnus jusqu'ici en dehors de l'Allemagne
110
LICHTENTHAL — LIEBE
* LICIITEXTIIAL (Pierre). Voici la liste
exacte des ballets pour lesquels cet artiste dis-
tingué éci ivit de la musique , et qui furent re-
présentés au théâtre de la Scala : i° il. Conte
d'Esscx, 1818; 2" le Sabine in Roma, 26 dé-
cembre 1820; 3° Giovanna d'Arco (en société
avec Brambilla et Viganù), t5 août 1821 ; 4° Di-
done (en société avec Brambilla et les frères
Vigano), 22 septembre 1821. Il travailla aussi,
comme il a été dit, à la musique de Cimene et
(i^Alessandro nell'Indie, qui furent représen-
tés en 1820. Aux écrits de Liclitenthal, il faut
ajouter aussi l'opuscule suivant, publié à Milan
en 1842 : Mozart e le sue creazioni, memoria
scriiia in occasions deW inauguruzione del
suo vionumento a Salisburgo nel Settembre
del 1842. Enfin, on doit à Lichtenthal un cer-
tain nombre de compositions religieuses, entre
autre un Ave Maria pour soprano, un Pater
noster à 4 voix, et un Album musicale sa-
cro, contenant 12 chants religieux dont neuf
à 4 voix , deux ^à voix seule, et un à deux
chœurs.
* LICHL (Egide-Charles), pianiste, guita-
riste et compositeur, est mort à Trieste le 22
juillet 1804.
* LICKL (Chakles-Georges), pianiste et
compositeur, s'est surtout attaché à répandre
l'instrument appelé phijsharmonica, qu'il a in-
troduit et vulgarisé en Allemagne. Il a écrit et
publié une centaine de morceaux de genre :
fantaisies, variations, transcriptions et para-
phrases de thèmes d'opéras, etc., qui peuvent
se jouer également sur cet instrument et sur le
piano. On lui doit aussi quelques opéras, entre
autres un Faust, et un certain nombre d'œu-
vres de musique de chambre. Cet artiste est
mort à Vienne le 3 août 1877.
LIDOI\ (José), compositeur et organiste
espagnol , naquit à Béjar, dans la province de
Salamanque, en 1752. Il étudia la musique à
l'école des enfants de chœur de Madrid, et mon-
tra des talents si précoces comme organiste qu'à
l'âge de seize ans il obtint, à la suite d'un con-
cours, la place d'organiste de la cathédrale de
Malaga. C'est à la chapelle royale de Madrid
que s'établit plus lard sa renommée sous ce
rapport, et il fut non seulement organiste, mais
aussi, à partir de 1808 , maître de celte cha-
pelle. Les renseignements biographiques sont
peu nombreux sur cet artiste, qui parait avoir
été fort distingué, et qui a joui d'une grande
et solide réputation; tnais on sait du moins que
ce fut un compositeur fécond, car il a laissé
plus de soixante œuvres de musique religieuse,
parmi lesquelles les suivantes sont conservées
à la chapelle royale de Madrid : 4 messes ; un
office de vêpres; 2 psaumes et un hymne del
Sagrado Corazon de Jésus ; 32 Lamentations;
2 Miserere j 3 hymnes; un office des morts;
3 Te Deutn ; 3 séquences; 2 saiuts et litanies;
nue litanie des saints; un Pange lingua. On
connaît encore, de Lidon, outre un Ave Maris
Stella, un Salve regina et quelques motels,
plusieurs compositions pour l'orgue, entre au-
tres des sonates et six fugues sur des thèmes
religieux. Lidon a écrit aussi la musique d'un
drame lyriciue, Gluuca y Coriolano, qui a été
représenté sur le théâtre del Principe, à Ma-
drid, et enfin il a publié un traité intitulé Ré-
glas muij utiles para los organistas y aficio-
nados al piano, para acompanar con método,
et laissé inédits un Traité de la fugue et
un Traité des modulations. Ce dernier ou-
vrage a été cité par un habile théoricien,
Pedro Aranaz, dans son Traité de contre-
point et de composition , et cet écrivain le
qualifie de precioso manuscrito de modula-
ciones. Parmi les nombreux élèves formés par
Lidon, on cite particulièrement ses deux ne-
veux, Andrès et Alfonso Lidon, qui furent,
le premier organiste de la cathédrale de Cor-
dova, le second organiste de la chapelle royale
de Madrid, et aussi Pedro Carrera y Lancha-
rez, qui, dans une de ses publications, a ren-
du à son maître un solennel hommage. Cet
artiste remarquable, qui se fit une grande re-
nommée comme théoricien, comme organiste et
comme professeur, est mort à Maiirid le 11
février 1827.
LIEBE (Louis), pianiste et organiste, a
publié, dans ces dernières années, quelques
morceaux de genre pour le piano, et divers re-
cueils pour orgue ou harmonium parmi lesquels
il faut citer : 1° 25 Morceaux faciles, pour le
service divin, op. 27 , Paris, Colombier (for-
mant la 10' suite de la collection de VArène
des Organistes); 2° 17 Versets en xit mineur
et 6 en mi bémol majeur pour la messe de
Dumont, avec 5 Morceaux pour entrées, sorties
et offertoires, op. 28, Paris, Colombier (12=
suite de la même collection); 3" 13 Morceaux
pour offertoires, op. 3S, Paris, Colombier (22«
suite de la môme colleclion).
* LIKOE (ÊDOUARD-Louis), compositeur
allemand, auteur de chœurs et de lieder deve-
nus populaires, a fait ses débuts de musicien
dramatique en donnant sur le théâtre de
Carisruhe, le 9 septembre 1808, pour l'anniver-
saire de la naissance du grand-duc de Bade, un
opéra intitulé la Fiancée dWzola. Quoique cet
ouvrage ait été favorablement accueilli du public,
LIEBE — LILLO
m
je ne sache pas que depuis lors M. Liebe ait de
nouveau abordé la scène,
LIESEIXIIOF (Charles), prêtre et musi-
cien, connu en religion sous le nom de Frère
Julien, né à Lierre en 1815, était fds d'un
artiste qui remplissait en cette ville les fonc-
tions de premier violon à l'église et de direc-
teur d'une société symphonique. Il reçut de son
père une bonne éducation musicale, et s'appli-
qua à l'étude de l'orgue et de la composition.
A l'âge de vingt ans il prit l'iiabit, ce qui ne
l'empêcha pas de se livrer à son goût pour la
musique. Il est mort le 20 septembre 1877 à
Ixelles-lez-Bruxelles. Depuis longues années il
était professeur de musique à l'Institut des
frères de la Charité à Schaerbeek (banlieue de
Bruxelles). Organiste habile, il s'était exercé
dans la composition , et avait publié un assez
grand nombre de compositions religieuses :
Ave Maris Stella, Tantum ergo, Ecce punis,
Tota pulchra es, etc.
LILLE (Gaston DE), compositeur de petite
musique de piano, né vers 1825, s'est fait con-
naître d'un public frivole par la publication de
plus de cent cinquante morceaux de piano, con-
sistant en airs de danse , en petites fantaisies
faciles et en petites pièces de genre. Cela paraît
avoir eu un grand succès pendant un certain
temps auprès de quelques amateurs peu exi-
geants, mais n'a jamais été connu des artistes.
Au reste, la vogue relative de cette musiquette
est aujourd'hui bien éteinte.
* LILLO (Joseph), compositeur dramatique,
fils d'un maître de chapelle distingué de Gala-
tina, naquit en cette ville le 26 février 1814.
Son père lui fit commencer l'étude de la mu-
sique et du piano, puis le conduisit à Naples et
le lit admettre au Conservatoire de cette ville
en 1826. Là, le jeune Lillo devint l'élève de
Lanza pour le piano, de Furno pour l'harmonie
accompagnée, et ensuite de Zingarelli pour le
contrepoint et la composition. Après avoir fait
exécuter au Conservatoire une messe à 4 voix
avec orchestre, un Dixit Dominus , et une
opérette intitulée la Moglie per 24 ore, Lillo
se lança dans la carrière et aborda le théâtre.
Ses premiers travaux ont été exposés dans la
Biographie universelle des Musiciens , jus-
qu'à la représentation de son opéra de Lara. A
partir de ce moment, Lillo resta quelque temps
éloigné du théâtre, parce que , excellent pia-
niste, il s'était fait à Naples une très-belle situa-
tion de professeur, qui ne lui laissait pas le
loisir de se livrer à la composition. Cependant
il s'éloigna un instant, en 1846, pour aller faire
jouer à Turin un opéra semi-sérieux, il Mu-
lalto, après quoi il revint à Naples , oii il ve-
nait d'être nomm^ professeur d'harmonie ac-
compagnée au Conservatoire. Ici commence la
seconde et la plus fâcheuse partie de sa car-
rière de compositeur dramatique, car, dans
l'espace de quatre années, il fit représenter cinq
opéras qui tous tombèrent plus ou moins lour-
dement : Caterina Boivard , th. San-Carlo,
1849; Delfina, th. Nuovo, 1850; il Sogno
d''vna ISotte estiva, ossia la Giovenlà di
Shakspeare, id., 1851 ; Ser Babbeo, id., 1853;
il Figlio delta Schiava, th. du Fondo, 1853.
Lillo s'obstinait à cherclier au théâtre une
renommée qui semblait le fuir. (I n'avait aucune
des qualités qui constituent le compositeur
dramatique, et luttait sans succès [lour obtenir
la récompense de travaux sans valeur, devant
lesquels le public restait froid et indifférent.
M. Francesco Florimo, peu suspect de sévérité
envers les musiciens napolitains , constate que
Lillo ne possédait aucune des facultés qui peu-
vent faire réussir un artiste au théâtre, tandis
qu'il aurait pu devenir un pianiste de premier
ordre, et se faire, sous ce rapport, un renom
exceptionnel. Il ne paraît pas, cependant, que
ce soit le chagrin qu'il dut ressentir de ses mé-
saventures qui attrista d'une façon si lamenta-
ble les dernières années du compositeur. Il y
avait peu de temps que Lillo avait échangé,
au Conservatoire, sa classe d'harmonie contre
une classe de contrepoint, lorsqu'en 1861 il
fut pris subitement d'un accès de folie furieuse
si terrible qu'il fallut aussitôt avoir recours à
l'emploi de la camisole de force. On le trans-
porta à Aversa, dans une maison de santé, et
l'on put croire, à la suite d'un assez long trai-
tement, qu'il était guéri. Il revint à Naples,
rentra au Conservatoire, reprit le cours de ses
leçons, mais au bout de quelques mois, l'in-
fortuné Lillo fut attaqué d'un ramollissement
cérébral, tomba complètement paralysé du
côté gauche, dépérit rapidement, et enfin cessa
de vivre le 4 février 1863, peu de jours avant
d'avoir accompli sa quarante-neuvième année.
Lillo ne s'est pas produit seulement au théâ-
tre, et s'est fait connaître aussi comme compo-
siteur de musique religieuse et de musique
instrumentale. Voici la liste des œuvres qu'il
a laissées sous ce rapport : \° Messe à 3 voix,
avec orchestre (en J'a) ; 2° Messe à 4 voix, avec
orchestre (en ut mineur) ; 3" Credo à 4 voix ,
avec orchestre; 4° Dixit à 3 voix , id.; 5° Ma-
gnificat à 3 voix, id.; 6" Te Deinn à 3 voix,
id. ; 7" Litanies à 3 voix , id. ; 8° Tantum ergo
à voix seule, id. ; 9° le Tre Ore d'agonia di
N. S. G. C, à 3 voix, avec orgue, violoncelle
112
LTLLO — LINDBLAD
«l contrebasse; 10" Ouverture à grand orches-
tre, en sol majeur; 11° Sypiptionie funèbre à
aran'l orcliestre, en ?-é mineur; 12° Quatuor
|K)ur piano, llùte, violon et violoncelle;
13° Quatuor pour deux violons, alto et xiolon-
ceile; 14" ïrio concertant pour i)iano, violon et
violoncelle; 16° Un certain nombre de morceaux
de genre pour piano; 16° Un album de six
mélodies vocales; 17" Quelques morceaux de
danse.
LIMA, est le nom de deux frères, tous deux
musiciens, nés en Portugal vers le milieu du
18^ siècle : Bkaz Francisco de Lima , et
Ieron^mo Francisco de Lima. Le premier est
moins connu que le second, qui fut un compo-
siteur dramatique distingué. Tous les deux re-
çurent leur éducation musicale en Italie, où ils
furent envoyés, en 1760, avec d'autres musiciens,
par le gouvernement du roi Josepii l. Après leur
retour, ils furent placés comme professeurs dans
l'école de musique du séminaire patriarcal,
leronymo composa, de 1772 à 1789, cinq opé-
ras (1) qui furent représentés dans les théâtres
de la cour aux palais de Salvaterra, Quéluz et
Ajuda. Avant de passer en Italie, leronymo
avait suivi les cours de musique du séminaire;
■c'est ce qui ressort d'une inscription datée du
20 mai 1751 et qu'on trouve dans les registres de
cet établissement. On ne sait pas si son frère
Braz a joui des mêmes avantages. leronymo est
4nort dans un âge fort avancé (79 ans) en 1822.
J. DE V.
*L1MXAADER DE NIEUWEÎVHO\ E
(Aumand-Marie-Gl'islvin), compositeur, est né
à Gand, non le 22 mars, comme il a été im-
primé par erreur, mais le 22 mai 1814. Cet
artiste, qui avait fait représenter à l'Opéra de
Paris, en 1853, un ouvrage en deux actes in-
titulé le Maître chanteur, a reproduit cet
ouvrage, augmenté d'un acte nouveau, sous le
titre de Maximilien ou le Mailre chanteur,
au théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, le 25
avril 1874. Dans un des concerts donnés au
château des Tuileries, devant la cour du roi
Louis-Philippe, sous la direction d'Auber,
M. Limnander fit exécuter, le 3 février 1846,
trois chir'iirs avec accompagnement d'orchestre
(Chœur de Prétresses, Au gui l'an neuf, Hymne
À l'Amitié) , qui faisaient partie d'un grand
poème lyrique portant pour titre ; Scènes drui-
diques. Parmi ses autres compositions impor-
tantes, on cite un Stabal mater avec orchestre,
un Requiem avec accompagnement d'orgue.
|1) V. Miisicos poriH5»f;M, vol. I, p 19?, on )c donne
•les litres délalIlOs.
une sonate pour piano et violoncelle, et un
quatuor pour instruments à cordes. La mère de
M. Limnander, d'abord comtesse de Mallet de
Coupigny, était française,
IJAIPUS (Richard), organiste fort distin-
gué, qui avait été attaché en celte qualité,
pendant vingt-cinq ans, à l'une des principales
paroisses de Londres, l'église de Saint-Michel ,
où il remplissait aussi les fonctions de direc-
teur du chùMir, est mort en cette ville le 15
mars 1875, à l'âge de cinquante ans. Cet ar-
tiste, qui s'était fait connaître aussi comme
compositeur, avait fondé en 18G4, à Londres,
le collège des organistes, excellente institution
qui a rendu de très-grands services à l'art re-
ligieux en Angleterre, et dont il était le secré-
taire.
LIXVROLLI (Ventcri), luthier italien du
seizième siècle, est cité par M. Antoine Yidal ,
dans son livre : les Instruments à archet,
comme « feseur de violes à Venise, vers 1520. «
L1\D (Jenny), épouse GOLDSCHMITII,
est aujourd'hui détiuitivement fixée en Angle-
terre, où elle ne s'est produite que rarement,
en ces dernières années, dans des concerts de
bienfaisance. Elle s'est fait entendre pour la
dernière fois en Allemagne , à Dus8eldorf,i,le 20
janvier 1870, dans Ruth , l'oratorio bien con-
nu de son mari M. Otio Goldschmith (i).
LIA^DBLAD (Otto), compositeur Scandi-
nave, est mort au mois de février 1864, à l'âge
de quarante-trois ans. On lui doit un assez
grand nombre de mélodies vocales. Cet artiste
(1) J'ai reçu de M. Julius Benedict, le compositeur re-
nommé, une demande de rectification relative à quelques
détails donnes suus son couvert, dans la Diogrdpliie
universelle des Musiciens, concernant le voyage qu'il lit
aux États-Unis en compagnie de M'"* Jenny l.ind et sous
la direction du fameux entrepreneur Barnnm. 11 résulte
des renseignements qui m'ont été communiqués à ce
sujet par M. hénédlct , que M""* Jenny Lind n'a
pas cessé, dans le cours de ce voyage, de rester sous la
direction de liarnum, avec lequel elle s'était engagée
pour ISO concerts, et qu'elle résilia son contrat après
93 séances (plus dix au bénélice des pauires). De plus ,
M"'= Jenny l.ind ne recuillit pas de cette immense tiuv-
née une somme de trois millions, comme il a été dit,
mais seulement, une fois son dé lit payé à Barnum, un
bénéfice total de 176,000 dollars soit 770,000 francs, sur
lesquels elle lit parvenir 500,000 francs en Suède, sa patrie,
pour la fondation d'écoles en faveur des enfants des clas-
ses Indigentes. « J'ai raconté, dit encore M. Bcnédict, j'ai
raconté à M.Kétls un petit incident de notre voyage sur
le Mississipi, de la Nouvelle Orléans à Saint Louis, qu'il
a con.sidérablcment augmenté. Il fallait sept jours pour
remonter le fleuve (une distance de 1200 milles anglais), et
notre entrepreneur, M Barnum, arrangea seuirraent
deux concerts dans les petites iilks de .Mempliis et Nat-
chez, qui furent donnés pendant le temps qu'on cher-
chait du charbon pour la machine à vapeur du ba-
teau.... »
LINDBLAD — LliNLEY
413
est probablement parent de celui du même
nom qui est mentionné dans la Biographie
universelle des Musiciens.
LL\DEMAIX (Ole-Andues), claveciniste et
compositeur norwégien, naquit en 1768. Cet
artiste distingué serait sans doute complètement
inconnu en France, si Farrenc n'avait eu l'idée
d'insérer neuf de ses pièces de clavecin dans
sa belle collection du Trésor des pianistes
(2'" volume). Farrenc ayant accompagné la
reproduction de ces pièces d'une courte notice
biograiiiiique sur leur auteur, je ne crois pou-
voir mieu\ faire que de rapporter ici cette no-
tice, aucun autre renseignement ne m'étant
parvenu sur Lindeman.
« Ole-Andres Lindeman, dit Farrenc, clave-
ciniste et compositeur, naquit, en 1768, en
Norwège. Après avoir fait de bonnes études,
il se rendit à Copeniiague pour passer ses exa-
mens à runiversité. Jusque-là il avait cultivé
la musique comme amateur; à son arrivée dans
la capitale du Danemarck, il lit la connaissance
de Wernicke, élève de Kirnberger et maître de
cliapelle du roi Christian VII, Sous la direction
de cet éminent artiste, il étudia avec ardeur
le clavecin et le contrepoint. Ses progrès furent
tels qu'en quelques années il devint d'une ha-
bileté remarquable et fut admis aux séances
musicales de la comtesse de Schimmelman , qui
réunissait chez elle tous les amateurs de bonne
musique. Lindeman a professé pendant quel-
ques années avec un grand succès à Copenha-
gue, et c'est de celte époque que datent les
compositions que je publie aujourd'hui. Ayant
entrepris un voyage en Norwège pour se ma-
rier, il obtint la place d'organiste de Notre-
Dame à Drontheim, et il se fixa dans cette ville,
où il a demeuré plus de cinquante ans. Il y
est mort vers 1855.
« Il paraîtra surprenant qu'avec des facultés
musicales hors ligne, une éducation sérieuse
et éminemnient classique, Lindeman ait peu
produit; mais l'étonnement cessera lorsqu'on
saura que, père d'une nombreuse famille (il
avait douze enfants), et sa place d'organiste ne
lui rap|>ortant que très-peu de chose propor-
tionnellement à ses besoins, il était obligé de
donner des leçons du matin jusqu'au soir, et
qu'en rentrant chez lui il s'occupait de l'éduca-
tion musicale de ses enfants, tous devenus,
sous sa direction, d'excellents musiciens et
d'habiles exécutants.
'< Je crois que quelques ouvrages de Linde-
man ont été gravés à Copenhague, cependant
je n'en trouve aucune indication dans le grand
catalogue de musique de Leipzig. Gerber et
BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SLPPL. -
Fftis n'ont point cité cet artiste dans leurs Dic-
tionnaires biographiques. Je dois à M. Tellefseii,
de Drontheim , professeur distingué de piano à
Paris, élève de Lindeman, les détails qu'on
vient de lire ; je lui dois aussi les pièces que je
publie aujourdhui, et, une exceptée, toutes iné-
dites. Bien qu'elles soient de petite dimension et
par conséquent peu développées, elles ne méri-
tent pas moins l'attention des connaisseurs. »
Les pièces publiées par Farrenc sont en effet
charmantes, et dénotent un artiste d'une haute
valeur. J'en ai, moi-même, reproduit deu\ dans
mon journal la Revue de la musique {V^ an-
née, 1876, n° 2).
LI\DEMA\X (D ), compositeur alle-
mand ou Scandinave, qui ne doit pas être con-
fondu avec le précédent, s'est fait connaître par
la publication d'un grand nombre de recueils de
musique de danse : 10 Valses et 10 Écossaises
pour petit orchestre, livre 7; 10 Valses et 10
Ecossaises pour petit orchestre, livre 9 ; 9 Val-
ses et 6 Écossaises, id., livre 10; 12 Valses,
8 Écossaises et 2 Sauteuses, id., livre 11 ; 6 Val-
ses et 4 Sauteuses, id., livre 12; 10 livres de
danses pour le piano ; 6 Polonaises d'après des
airs favoris, pour le piano, elc.,etc.
LliXGIARDI (GiACOMo et Luigi), nés à Pa-
vie, le premier le 16 avril 1811, le second le
2 juillet 1814, sont les fils de Jean-Baptiste
Lingiardi, fondateur d'une grande fabrique d'or-
gues aujourd'hui fort renommée et qui est une
<les plus importantes de l'Italie. Tous deux
furent élèves de leur père, et Giacoino se con-
sacra surtout à la partie mécanique, tandis que
Luigi s'occupait de la partie harmonique. Leur
premier orgue remonte à l'année 1836, et fut
construit pour l'église del Carminé , à Pavie.
Depuis lors ils ont fabriqué plus de 120 instru-
ments, dont quelques-uns pour la France, et ils
ont apporté dans leurs procédés de construc-
tion des améliorations qui leur ont valu d'im-
portantes récompenses.
LINLEY (Georges), compositeur anglais',
né vers 1795, s'est fait connaître dans sa pa-
trie par la publication d'un nombre inouï de
romances, chansons, nocturnes, ballades, mé-
lodies, qui rendirent son nom populaire et lui
acquirent une grande notoriété. Pendant près
d'un demi-siècle, ses productions, dont la vo-
gue était immense, furent chantées sur toute
la surface du Royaume-Uni. Linley a écrit
aussi la musique d'un petit opéra, la Poupée
de Nuremberg, qui a été représenté à Londres,
sur le théâtre de Covent-Garden, en 1861.
Cet artiste est mort à Londres, le 10 septembre
1865, à l'âge de 70 ans environ.
T. II. 8
H4
LlNTERMAiNS — LISSAJOUS
LIXTER.MANS (François), compositeur, né
à Ikiixi'llt's le 18 aoiU 1808, s'est attiré de gran-
des syinpatliies en Belgique par l'ardeur et le
dévouement qu'il a apportés dans le développe-
ment et la propagation du chant choral dans
ce pays, n'hésitant pas à consacrer la plus grande
partie de son temps et même à faire des sacri-
lices pécuniaires en faveur des sociétés musi-
cales qui étaient placées sous sa direction.
M. Lintermans a écrit un assez grand nomhre de
chœurs pour voix d'hommes : le Cri de guerre,
le Réveil, le Départ des chasseurs. Chœur de
buveurs, les Jiegrets, l'Appel, Sérénade, la
Retraite, etc. On lui doit aussi quelques mor-
ceaux de musique religieuse.
LIONEL. - Voyez VEUCKEN DE
VREUSCHx\lEX (Léon).
* LIPLXSKI (Charles), est mort le 16 dé
cembre 1861, dans sa propriété dOurlow, où
il s'était retiré depuis quelques années, après
avoir résigné ses fonctions de maître de la cha-
pelle royale de Dresde.
LISBOA (B. DA Silva), littérateur portu-
gais, a publié une petite biographie de Haydn;
c'est une traduction de l'écrit français de Joa-
chim Le Breton {Aodce historique sur la vie
et les ouvrages de Joseph Haydn.... lue dans
la séance publique de la classe des Beaux-Arts,
le 6 octobre 1810, Paris, tSlO, in-4°). — J. de V.
LISIXSKY (Vatroslay). Un artiste de ce
nom, mort en 1854, a écrit la musique d'un opé-
ra intitulé Ljiibani Zloba, qui a été représenté
à Prague.
LISiVlORE ( ), est le nom ou le pseu-
donyme d'un musicien amateur qui écrivit les
ariettes du Maure d^'cale, parodie du
Maître en droit, opéra-comi(|ue de Monsi-
gny, qui fut représentée à l'Opéra-Comiquc
en 1760. Les auteurs de l'Histoire de Vopéra
bouffon disent à ce sujet : « La musique fut
jugée forte, variée et pleine de tableaux, et mal-
gré les applaudissements du public, l'auteur
eut la modestie de garder l'anonyme : on a sçu
depuis qu'elle était de M. Lisinore. » Il faut
croire pourtant que ce personnage n'était pas
l'unique auteur de la partition i\ix Maître d'école,
car voici, d'.iutro part, la note aussi courte qu'é-
nigmatitpic qu'on trouve ii son nom dans les
Anecdotes dramatiques de Laporte : « Milord de
Lisemorc (sic) a mis en musique le Maître dV-
cole avec M"'^de R aujourd'hui M""= l).... »
LISS.XJOUS ( ), savant français, né
vers 1830, s'est fait un nom distingué dans la
science. C'est à cause de ses recherches et de ses
travaux sur l'acoustique, liont il s'est beaucoup
occupé, que sa place est marquée dans ce dic-
tionnaire. Sa découverte la plus importante en
ce genre, et la plus digne d'intérêt, est assu-
rément celle de l'étude optique des sons, que le
savant physicien a su rendre visibles à l'œil
comme ils sont appréciables à l'oreille. Je ne
saurais me dispenser d'entrer à ce sujet dans
quelques détails, détails que j'emprunterai d'ail-
leurs directement à M. Lissajous, en reprodui-
sant le passage suivant d'une conférence faite
par lui, le 26 décembre 1863, à la Société des
compositeurs de musique :
« Le son, disait alors l'expérimentateur,
étant un mouvement, doit pouvoir être étudié de
l'œil ; malheureusement ce mouvement est tel-
lement rapide qu'il ne produit sur l'oil qu'une
impression confuse. Heureusement certains ar-
tifices permettent de changer cette perception
confuse et fugitive en une impression nette et
persistante, et, par un heureux hasard, c'est pré-
cisément dans la comparaison des sons présen-
tant les intervalles fondamentaux de la musique
que cet effet se produit avec le plus de netteté.
« L'appareil le plus commode pour ce genre
d'expérience est le diapason. Tout l'artifice né-
cessaire pour rendre les sons en quelque sorte
visibles consiste à coller, sur l'une des branches,
vers l'extrémité de la face convexe, un miroir
plan ; pour que ce miroir ne gêne pas la vibra-
tion, on l'équilibre à l'aide d'un contre-poids
placé sur l'autre branche.
« Le diapason ainsi disposé peut facilement
servir à mettre en évidence la cause première du
mouvement vibratoire. A cet effet, on prend une
source puissante de lumière (soleil ou lumière
électrique); on fait passer un faisceau éteint par
une ouverture, et on le dirige sur le miroir ; le
diapason étant tenu dans la position verticale, on
rejette ensuite le rayon sur un miroir tenu à la
main, et de là on le renvoie sur un écran de papier
blanc placé à plusieurs mètres dedistance. Pour
empêcher le faisceau de diverger et concentrer
en un point la trace qu'il donne sur l'écran, on
a soin de placer entre le diapason et le corps
éclairant une lentille convergente d'un foyer con-
venable. Dès qu'on fait vibrer le diapason, le
point lumineux se convertit en une ligne lumineu-
se verticale, dont lalongueur croîtavec l'intensi-
té du son. Cet effet est facile à expliquer: lors-
que le diapason vibre, lemiroir oscille et s'incline
tantôt en avant, tantôt en arrière; le rayon réflé-
chi éprouve le même mouvement et vient frap-
per l'écran, tantôt plus haut, tantôt plus
bas; seulement ce mouvement d'oscillation s'ef-
fectue avec une telle rapidité que l'œil, au lieu
de voir le point lumineux monter et descendre
sur l'écran, le voit à la 'fois dans foutes les po-
LISSAJOUS
115
«itions qu'il occupe successivement. C'est en
effet un fait bien connu que les impressions vi-
suelles ne cessent pas immédiatement après
leur production. Il s'écoule environ un quin-
zième de seconde entre le moment où l'œil
est frappé par la lumière et le moment où l'im-
pression s'éteint. Par conséquent, il suffit que le
diapason effectue plus de quinze oscillations
complètes, aller et retour, dans une seconde,
pour que le trajet parcouru par le point lumineux
reste éclairé dans toute son étendue.
« Si l'on profite du moment oîi le diapason
vibre, pour déplacer le rayon réiléchi dans le
sens borizontal en faisant tourner le deuxième
miroir, alors la pointe du faisceau lumineux, au
iieu d'osciller au même point de l'écran, oscille
dans des régions de plus en plus éloignées du
point de départ, et décrit une succession de si-
nuosités que l'œil voit illuminées simultanément.
Cette expérience démontre donc de la façon la
plus nette la cause première du son, c'est-
à-dire le mouvement oscillatoire du corps so-
nore.»
On voit combien est importante la découverte
de M. Lissajous ; et elle ne l'est pas moins an point
de vue de la précision que de la nouveauté et
de l'utilité des résultats obtenus. On s'en ren-
dra compte par cette nouvelle démonstration ;
« Pour comparer les sons entre eux, l'expé-
rience se dispose autrement. On place les deux
diapasons à comparer l'un vis-à-vis de l'autre,
de façon que leurs miroirs soient en regard ;
seulement, le plan des branches pour l'un des
diapasons est vertical, il est horizontal pour
l'autre.
'i Un faisceau de lumière parti de la lampe
électrique tombe sur le premier miroir, et de
là sur l'écran ; une lentille placée sur le trajet
du faisceau en concentre les rayons de manière à
donner sur l'écran une ligne lumineuse verticale
produite par l'oscillation rapide du faisceau de
lumière dans le sens vertical ; si l'on fait vibrer
le diapason horizontal seulement, il se produit
une ligne horizontale ; si l'on fait vibrer les deux
diapasons à la fois, l'image se meut sur l'écran
dans le sens horizontal et dans le sens vertical à
la fois, et devient dans son mouvement une cour-
be fermée dontla forme dépend du rapport des
deux sens. Cette courbe apparaît en traits de
feu sur l'écran.
« Si les diapasons sont à l'unisson, ils exécu-
tent le même nombre de vibrations dans le nlême
temps : la figure obtenue est alors une ligne
droite ou une ellipse, qui peut parfois devenir
un cercle parfait.... Dans le cas où l'unisson est
parfaitement rigoureux, celle des figures obte-
nues au début se maintient pendantltoute la du-
rée de la vibration, eu éprouvant dans ses dimen-
sions une diminution i)rogressive en rapport avec
la diminution d'amplitude des vibrations elles-
mêmes. Si l'accord des deux diapasons n'est pas
rigoureux, la figure se transforme progressive-
ment, et passe par toutes les formes successives
indiquées au tableau (I). Cette transformation est
d'autant plus rapide que le désaccord est plus
grand, et elle fournit la mesure exacte du désac-
cord. En effet, chaque fois que la figure, après
avoir passé par le cycle complet de ses transfor-
mations, reprend sa forme primitive, on est sûr
que l'un des diapasons a exécuté une vibration
complète de plus que l'autre. Ainsi, s'il faut 60"
pour.que la figure primitive se reproduise, l'im
des diapasons fait dans 60" une vibration double
de plus que l'autre. Si l'on opère par exemple sur
des diapasons dont l'un donne le la normal de
870 vibrations simples, ou i3i vibrations doubles
par seconde, il y a donc un désaccord entre ces
deux diapasons égal à 1 vibration sur 435 X 60
ou nh^- Ces nombres donnent une idée de la
sensibilité de la méthode. »
Il serait superllu de chercher à démontrer
l'intérêt qui s'attache à l'étude de ces questions.
Sous ce rapport, et c'est le seul qui doive nous
occuper ici, M. Lissajous a rendu à la science
des services incontestables. Aussi, lorsque, après
la mort d'Auber, M. Ambroise Thomas eut
été chargé de la direction du Conservatoire de
Paris, l'un de ses premiers soins fut-il de char-
ger M. Lissajous de faire un cours d'acoustique
dans cet établissement, qui jamais n'avait eu de
professeur de ce genre. M. Lissajous inaugura son
cours en février 1873, ce qui ne l'empêcha pas,
quelques mois après, de se rendre à l'Exposition
universelle de Vienne, où il avait été nommé
juré par la France pour la section musicale ; à la
suite de ce voyage, il présenta au ministre son
lapporl, qui fut publié sous ce titre : Rapport
sur les instruments de musique. Instruments
à vent et autres appareils acoustiques, Paris,
Imprimerie nationale, 1875, in-4''.
Malheureusement, depuis lors, M. Lissajous
a été nommé recteur de l'Académie de Besancon,
poste qu'il occupe encore aujourd'hui, et le Con-
servatoire s'est vu priver de son professeur. On
peut espérer, toutefois, que sa situation nouvelle
n'empêchera pas ce savant dislinguéde continuer
(1) M. Lissajous avait publié sur ce sujet un travail
dans les Annales de Chimie et de Physique (octobre ISST).
Ce travail était accompagné d'une planche reproduisant
les figures diverses dont il est ici question, telle plan-
che a été reproduite dans le texte de la conférence de
M. Lissajous, tel qu'il a élé publié dans les Biitlrtina de
\a Société des compositcvrs de mvsirixie (1863).
IIG
LISSAJOUS — LISZT
ses recherches sur une branche de la science qui
intéresse la musique d'une façon si spé< iale.
LISTOWSHI (ANnuK), colonel dans l'ar-
mée polonaise et amateur distingué de musique,
est né à la (In du dix-liuilième siècle. M. Lis-
towski s'est fait connaître d'abord par un grand
nombre de mélodies vocales et de pièces fugitives,
parmi lesquelles on cite surtout avec éloges
Venise la belle, écrite sur des paroles de Scribe
traduites en polonais, et la Prière cVune jeune
fille. Il a composé la musique de deux mélo-
drames, rnépilal des Fous et les Perroquets
de notre grand'mère, représentés tous deux
sur le théâtre des Variétés, à Varsovie, en 1S41.
* LISZT (Fkanz). — Cet artiste prodigieux,
fantasque, mais d'une trempe intellectuelle sin-
gulièrement vigoureuse, n'a cessé, depuis plus
d'un demi-siècle, d'occuper le monde de sa per-
sonne, de ses travaux, et aussi de ses excentri-
cités. M. Liszt, pour qui la simplicité doit être
synonyme de sottise, a toujours avidement re-
cherché les occasions de se mettre en relief et
de faire parler de lui. Dans ces dernières années,
ayant presque épuisé tous les moyens ordinaires,
il n'en a pas trouvé de meilleur que de faire
croire qu'il entrait en religion ; je dis : « de faire
croire, » car en réalité, malgré tout ce qui a été
écrit à ce sujet, tous les détails minutieux à la
fois et com))!iqués qui ont été publiés et repro-
duits dans cent journaux, malgré la qualifica-
tions d'abbé qui lui a élé donnée par les uns,
les railleries dont il a été l'objet de la part des
autres, on ne sait encore à quoi s'en tenir et
si réellement M. Liszt s'est fait ordonner prê-
tre. Tout porte à croire pourtant qu'il n'en est
rien, et que les pratiques de dévotion qu'on a
remarquées chez le grand artiste ne sont encore
de sa part qu'une nouvelle occasion de réclame
etunilésir toujours plus intense de faire parler
de lui.
D'ailleurs, le prétendu abbé ne saurait tenir en
place, court toujours les grands chemins, se trou-
vant aujourd'hui à Weimar, demain à Rome, où
il fréquiMite les cardinaux et le Vatican, se rendant
de Rome à Paris, de Paris rctourn.Hnt en .\lle-
magne, jjuis allant tenir école à l'Académie de
musique de Pesth, et enfin revenant à Rome, où,
en définitive, il passe la plus grande partie de .son
temps, partageant sa vie entre des relations ultra-
mondaines et celles qu'il entretient avec les prin-
ces de l'Église. Kt il faiil noter (|ue M. Liszt
trouve toujours le temps de travailler, de com-
poser, d'écrire des œuvres importantes, de les
produire et d'en diriger l'exécution, de se faire
entendre comme \irtuose, sinon en public, du
nioins dans de nombreuses sociétés particulières,
enfin de former des élèves et de les lancer dans
la carrière. Au demeurant homme étrange, na-
ture |)uissante et expansive à l'excès, artiste
habile et su|>érieurement doué j)ar la nature,
aussi remarquable par le savoir-faire que par le
vrai savoir, M. Liszt est un type à part dans
l'histoire musicale du dix-neuvième siècle, et si
l'on peut regretter ses défauts artistiques et in-
tellectuels, on n'en doit pas moins apprécier ses
étonnantes qualités et les facultés admirables,
quoique mal équilibrées, qui constituent sa per-
sonnalité.
Il sérail, je crois, singulièrement difficile de
dresser un catalogue détaillé des œuvres innom-
brables de ce compositeur. Je vais essayer d'en
donner un aperçu, et d'étendre un peu les rensei-
gnemenls que l'on trouve dans la Biographie
universelle de Musiciens. — 12 Poèmes sym-
plioniques {\. Ce qiCon entend sur la monta-
gne; 2. Triomphe funèbre du Tasse; 3. Les
Préludes; 4. Orphée; 5. Prométhée; 6. Mazeppa;
7. Fest-Klœnge; 8. Héroïde funèbre; 9. Hun-
garia: 10. WaxwWX-.W. Hunnen-Schlacht ;n.
l'Idéal) \—La Divine Comédie du Dante, sym-
phonie avec soii et chœurs; — Jeanne d'Arc
au bûcher, scène dramatique pour mezzo-sopra-
no, avec orchestre; —Messe à 4 voix, avec
orchestre et orgue ; — Pater noster à 4 voix
avec orchestre; — Concerto pathétique pour
piano, avec orchestre ; — Concerto <le piano en
ml mineur ; — Sonate pour piano;— .Années de
pèlerinage, suites de compositions pour piano
{Sposalizio : il Penseroso; Canzonnetta de
■Santa-Rosa ; S Sonnets de Pétrarque; Après
une lecture du Dante, fantasia quasi sonata ;
Venezia e Sapoli, gondoliera, canzone et ta-
rentelle, etc.) ; — Ave Maria pour chœur, avec
orgue ; — 12 Éludes d'exécution transcendante ,
pour piano; — Apparitions, id. ; — Le Car-
naval de Pesth, id. ; — Canzone napoletana,
id. ; — Galop russe, id.; — Harmonies jioéti-
ques et religieuses, id. ; — Marche héroïque dans
le genre hongrois, id. ; — 2' Marche hongroise,
id. ;— Mazurka brillante, id. ; — Aonnenwerth,
romance sans paroles, id. ; — les Consolations,
i) pensées |)oéti(iues, id.; — Divertissements, id. ;
— Grande Valse de bravoure, id. ; — Fleurs des
Alpes, album d'un voyageur, en 3 suites, id. ; —
Mélodies hongroises, id. ; — Grand Galop diro-
md[i(\ue,i(i.; — Nuits d'été à Pausilippe,33imii-
sements, id. ; — 3 Caprices poétiques, id. ; — lu
Fèle'villageoise, id. ; — Un Soir dans les mon-
tagnes, id.; — 24 Grandes Étuile.s, en 2 livres,
id. ; — le Christ, oratorio en trois parties ; — la
Légende de sainte Elisabeth de Hongrie, oralo-
lio ; — Marche de Racocksy, |)araphrasede con-
LISZT — LITOLFF
117
cert, pour [liano ; Cantique d'amour, id.; — Saint
François de Paule sur les vagues, id. ; — Prê-
che aux oiseaux de saint-François cl' Assise, l].;
— Gruner Messe (Messe de Gran), écrite en
1853 pour la consécration de la basilique de Gran,
à la demande du cardinal Szitovvski, primat de
Hongrie ; — Messe du Couronnement ; — Berg-
sijmplionie (Symplionie de la montagne); — Can-
tate pour le Centenaire de Beethoven, exécutée à
Weimaren juin 1870; — Fantaisies pour piano
sur la Fiancée, sur les Huguenots, Don Juan,
Robert-le- Diable, la Juive, les Puritains, sur
les Soirées musicales de Rossini, sur la Clo-
chette de Paganini, sur la Rose da Sclmbert;
— Morceaux de divers genres pour piano sur
Don Carlos, i Lombardi, Lucia di Lamer-
nioor, Lucrezia Borgia, tSorma, les Soirées
italiennes de Mercadanle, le Songe d'une nuit
d'été de Mcndeissolin, etc ; — Études mélodi-
ques pour piano, d'après Schuhert, en 2 livres.
En dehors de ces compositions, déjà si nom-
breuses, et dont la liste est loin d'être complète
ici, M. Liszt a publié une multitude de transcrip-
tions de toutes sortes pour le piano ; outre
ses superbes transcriptions, des neuf sympho-
nies de Beethoven, on lui doit celles des ouver-
tures du Freischilfz, de Jubel et A'Oberon de
Wehcr, de divers morceaux de la Muette de
Portici, du Prophète, des Puritains, des Rui-
nes d'Athènes, du Vaisseau-fantôme, de Lo-
hengrin, du Tannhciuser, de l'Africaine, de
Tristan et Iseulde, de Rienzi, de la Schiller-
Marsch et du Moine de Meyerbeer, de la Cha-
rité, du Slabat Mater et des Soirées musicales
de Rossini, de six nocturnes de Field, de G mé-
lodies sacrées de Beethoven, de 4 mélodies sa-
crées (le Schubert, de O grandes études de Paga-
nini, enfin dune quantité de lieder et de chan-
sons de Beethoven, de Schubert, deMendeIssohn,
de M. Robert Franz, de M""' Clara Schumann,
elc, etc.
M. Liszt a été, en Allemagne et en France, le
sujet d'un grand nombre d'écrits ; voici les litres
de ceux qui sont venus à ma connaissance : 1° F.
Liszt, nachs einem leben und wirken atis au-
ihentischen berichten dargestellt(F. Liszt pré-
senté dans une relation authentique, d'après sa
vie et sa conduite), par Christern, Leipzig, Schu-
berth ; — 2" F. Liszt in Berlin, Skizze (F. Liszt
à BerUn, esquisse), par Kossarski, Berlin, Ba-
rasch ; — S" Liszt'' s (F.) orator'ium « Christus, »
ei7ie studie zur zeit v.ndmus'ikgeschichtlichen
stellungderselben (Etude sur i'oratorio^e Christ
de F. Liszt....), Leipzig, Scimberth, 1874, gr.
in-8°; — 4° Franz Liszt als sijmi)honiker{?xâiri.
Liszt comme symphoniste), par F. Brendel, Leip-
zig, 1859; —5'' Franz Liszt ungarische Kr ce nun-
gsmesse eine musik studie (Étude musicale sur
la messe hongroise du couronnement, de Franz
Liszt), par K. Abranyi, traduit en allemand du
hongrois par H. Gobbi, Leipzig, Schuberth, 1871 ;
— 6" Franz Liszt oratorium die Légende von
derheiligen El'tsabethund dieneue Musikrich-
tung im Allgemeinen, ein offner brie f en die
lierren 0. Paul imd Ed. Ber?isrfor/' (l'oratorio
de Liszt la Légende de sainte Elisabeth et la
nouvelle tendance musicale, lettre adressée à
MM. O. Paul et Ed. Bernsdorf, Leipzig, Rhode,
1868;— 7" Veber FranzLiszVs Graner Fest-
messe und ihre stellung zur geschichteciclien
entwickelung der A'ircAenmMsiA i(Sur la Messe
solennelle de Gran et sur le développement de
la musique religieuse), par L. A. Zeilner, Vienne,
Manz, 1859; — 8° Die grossen pianoforte-
virtuosen unserer ze'it ans persœnlicher be-
kanntschaft (les Grands virtuoses pianistes de
notre temps), Liszt, Chopin,' Tcnisig. llensell,
Berlin, Behr, 1871; — 9° Franz Liszt's Z»io-
^?'a/j/iie(Biographiede Franz Liszt), par J. Schu-
berth, Leipzig, Schuberth, 1 87 1 ( 1 ) ; — 1 0" Z'a66e
Liszt, Paris, Heyaiann, 1871, in-8.
Il me reste à signaler quatre écrits d'un genre
fâcheux, dans lesquels la personne de M. Liszt
est directement mise en cause : Souvenirs d'une
Cosaque, par Robert Franz (M'"" Olga de Janina),
Paris, Dentu, 1874, in-12; le Roman du pia-
niste et de la Cosaque, par Sylvia Zorelli, Pa-
ris, s. d. (1875), in-12 ; Souvenirs d'un pianis-
te, réponse aux « Souvenirs d'une Cosaque, »
Paris, Lachaud et Burdin, s. d. (1874), in-12; les
Amours d'une Cosaque, par un ami de l'abbé
X***, Paris, Degorce-Cadot, s. d. in-12. Je ne
parlerai pas davantage de ces publications, ren-
voyant le lecteur à ce que j'en ai dit au mot Ja-
nina (Olga de).
M. Liszt a publié sur John Field [l'opuscule sui-
vant : Uber John Field''s nocturne (eu fran-
çais et en allemand), Hambourg, Leipzig et New-
York, Schuberth, 1859, in-16. Je dois faire
remarquer que le livre intitulé : Des Bohémiens
et de leur musique en Hongrie, a été publié
d'abord en français (Paris, hbrairie nouvelle,
1859, in-12), et que ce n'e.st qu'ensuite qu il
a paru en allemand et en hongrois.
*LITOLFF (Henry). — Musicien puissant
mais inégal, virtuose hors ligne mais incorrect,
doué d'une imagination grandiose et vagabonde
à la fois, voilà plus de trente ans que cet artiste
(I) On trouve une notice sur M. L'isrX dans le premier
volume de l'ouvrLige inlilnlé : .Musikatiscfie ttudien-
l;œpfe,^ir M. La Mara, Leipzig, 1858.
118
LITOLFF
étonnant court le monde, faisant entendre par-
tout ses œuvres, sans qu'il soit possible d'appré-
cier et lie lixor sa valeur d'une façon définitive,
de déteriuiner au juste son talent. 11 a parcouru
la plus granrle partie de l'Europe, en commen-
çant parla France, s'en allant de France en Bel-
gique, de Belgique en Pologne, de Pologne en Al-
lemagne, d'Allemagne en Hollande, se produisant
successivement à Paris, à Bruxelles, à Varsovie,
à Prague, à Francfort, à Leipzig, à Dresde, à Ber-
lin, à Amsterdam, à La Haye, à Brunswick, à Vien-
ne, à Gotha, à Liège, à Anvers, à Wiesbaden.et se
faisant api)laudir tour à tour comme composi-
teur, comme pianiste et comme chef d'orcl.es-
tre. Partout, sur son chemin, LitoUT semait ses
composilions, consistant en opéras, symphonies,
ouvertures, concertos, pièces de piano, morceaux
de chant, etc. Tout cela, quoique d'une valeur
très-réelle, est généralement inégal, fiévreux,
fantasque, et plus original au point de vue de
la forme, de la puissance orchestrale, de la cou-
leur, que personnel au point de vue de l'idée
proprement dite et delà richesse de l'inspiration.
Il y a beaucoup du tempérament de Berlioz
dans Litoiff, mais avec moins de jet mélodique,
moins de sentiment poétique, et point de cette
grâce e.Kquise et suave qui caractérisait l'auteur
de la Fuite en Egypte et de ta Damnation de
Faust. Il faut dire aussi que Lilolff ne semble
point s'être tracé une route à suivre, et qu'il pa-
raît se laisser volontiers entraîner au cours du
hasard et des événements.
Depuis une quinzaine d'années cependant, Li-
toiff, définitivement fixé en France, semble s'être
donné un but à atteindre : celui de devenir un
compositeur dramatique français. 11 a commencé
par écrire un opéra en trois actes, Naliel, sur
un poème d'Edouard Plouvier, ouvrage intéres-
sant qui fui représenté sur le théâtre du Kur-
saal de Bade au mois d'août 1863. Il songea
alors à se produire à l'Opéra-Comique, et l'on
parla d'un imtre ouvrage en trois actes, C Esca-
dron volant de lu reine, qu'il aurait composé
pour ce théâtre, mais qui jusqu'ici n'a pas vu
le jour. Quelques années après, en 18C9, Li-
lolff conçut la pensée de donner dans la salle de
l'Opéra une série de grands concerts destinés à
l'exécution d'n-uvres importantes de musique
moderne, entre autres des siennes et de celles de
Berlioz, dont il est un des admirateurs les plus
ardents et les plus convaincus. Il obtint en effet,
grâce à de puissantes iniluences, la salle de l'O-
péra pour y mettre son projet à exécution, et,
à la fin de 18C9, donna une ou deux séances;
mais l'entreprise ne réussit pas et il y dut re-
noncer presque aussitôt.
Mais il ne renonça [)as pour cela à se pro-
duire sur une scène parisienne. Ne pouvant se
faire jouer à l'Opéra-Comique, il songea à abor-
der un des petits théâtres consacrés au genre
malsain de l'opérette, et écrivit sous ce titre,
la Boite de Pandore, un ouvrage en trois
actes qui fut représenté aux Folies-Dramatiques
à la fin de 1871. L'essai ne fut pas heureux, mal-
gré la présence d'une cantatrice aimable, M'"''
Ferdinand Sallard, qui avait appartenu naguère
au personnel <le l'Opéra-Comique, et qui, jouant
le rôle de Pandore, produisit un grand effet
dans une valse vocale destinée à faire ressortir
ses qualités de virtuosité. Le 17 octobre 1872, le
compositeur reparaissait au même théâtre avec
Héloise et Abélard (3 actes), et cette fois obte-
nait un succès complet. Ce musicien à la person-
nalité exubérante, grandiose, souvent violente,
avait cherché à se faire coquet, mignon, gra-
cieux, et il n'est que juste de dire qu'il y avait
presque entièrement réussi. Déjà, dans la Boite
(le Pandore, l'effort en ce sens était visible et
parfois heureux : cette première partition, con-
çue dans un ordre d'idées si différent des appé-
tits ordinaires du compositeur, renfermait certai-
nes pages pleines de délicatesse et de fraîcheur-,
la critique les avait signalées, mais le public n'en
avait pu tenir grand compte, la musique ayant
succombé sous la sottise du poème. Cette fois, le
progrès était réel, évident, palpable, et si la par-
tition iVHélolse et Abélard n'était point une
ouvre |)arfaite, c'était du moins une production
fort distinguée, remarquable à beaucoup d'égards,
écrite dans le vrai style qui convenait au sujet,
et qui, si elle manquait peut-être un peu d'unité,
possédait cette qualité rare de ne point viser
plus haut qu'il ne faut, en même temps qu'elle
restait toujours très-élégante de forme et très-
pure de lignes. C'était, en un mot, un véritable
opéra iboulTe, et non une de ces productions
débraillées et triviales qui, sous prétexte de
musique, pervertissent et dépravent le goi1t du
public <lepuis tantôt vingt ans.
Malheureusement, Lilolff ne retrouva pas
semblable succès. La Belle au bois dormant,
opéra-féerie en quatre actes donné par lui au
théâtre du Châlelet (4 avril 1874), n'eut qu'un
petit nombre de représentations, et la Fiancée
du roi de Garbe, nouvel opéra bouffe en trois
actes joué aux Folies-Dramatiques (29 octobre
1874), ne put non (ilus se soutenir à la scène.
C'étaient là deux ouvres médiocres, qui ne mé-
ritaient pas un meilleur sort. Un autre ouvrage,
la Mandragore, donné par le compositeur au
théâtre des Fantaisies-Parisiennes de Bruxelles
(janvier 1870), n'a pas été plus heureux.
LITOLFF
LODER
il9
Jai regret à dire que Litollï, à qui sa légitime
renommée artistique devrait interdire certaines
làclies vraiment indignes de lui, n'a pas liésité
à secliarger de la direction d'un concert de bas
étage aux Champs-Elysées, non plus que de
celle desconcerts d'unétabllssement connu sous
le nom de Frascati ; c'est ainsi que, tandis qu'il
se faisait jouer sur tel ou tel théâtre, l'auleur
de Robespierre et des Girondins conduisait
un orchestre en plein vent. Passons sur ce fait
fâcheux, et souhaitons au grand artiste de rem-
porter enlin un grand succès dramatique sur une
scène digne de son talent.
Parmi les nombreuses compositions de Litoiff
en dehors du théâtre, je signalerai les suivantes -.
Ruth et Booz , petit oratorio ( partition chant
et piano, Paris, Choudens); Marche funèbre à
la mémoire de Meyerbeer (Paris, Brandus); 6
Morceaux caractéristiques pour piano (1. Rap-
sodie hongroise ; 2. Sur le Danube, rêverie; 3.
Rapsodie polonaise ; i.leC fiant du ISautonnier ;
5. Un Rêve ; 6. Vienne), Paris, Choudens ;
Ave Maria à voix seule, id., id. ; 3
Caprices-valses pour piano (1. Légèreté; 2.
Grâce ; 3. Abandon), op. 24, Paris, Heugel ;
Vlntitation à la Polka, op. 3l,id., id.; l'In-
vitadonù la Tarentelle, op, 36, id., id.; Ca-
price de concert, op. 37. id., id.; Divertisse-
ment fantastique, id., id. Il a écrit aussi et
publié un assez grand nombre de mélodies voca-
les : l'Aïirorc, la Charité, le Poète, Je faime-
rai, la Reine Mab, valse chantée, ^'effeuillez
pas la marguerite, Chant du gondolier, duo.
Enfants, dormez toujours, etc., etc.
LITTA (Le comte Giclio), compositeur
amateur fort distingué, issu d'une illustre famille
milanaise, deuxième fils du duc Pompeo Litta,
qui était un dilettante éclairé et un véritable
Mécène pour les artistes, naquit en 1822. Doué
d'un grand amour pour la musique et de rares
dispositions pour la culture de cet art, le comte
Lilta se laissa entraîner à son penchant et se
consacra de bonne heure à l'étude de la compo-
sition. Dès l'âge de vingt ans il écrivait un opéra
sérieux, .BiQHca di Santaftora, qu'il faisait exé-
cuter, le 2 janvier 1843, sur la petite scène in-
time du Conservatoire de Milan; il fit ensuite re-
présenter, sur des théâtres publics, plusieurs
autres ouvrages qui furent favorablement ac-
cueillis et qui l'ont classé parmi les amateurs les
plus distingués de sa patrie : Maria-Giovanna
(Turin, th. Carignan), Editla di Lormo (4 actes,
Gênes, th. Carlo Felice, i8b'i),Sardanapale, et
Don Giovanni di Portogallo. M. Giulio Litta
est aussi l'auteur d'une sorte d'oratorio, la Pas-
sione, dont il a écrit la musique sur l'hymne fa-
meux de Manzoni : tementi delVira vcntura!
et qui fut chanté, dans un concert de musifjue
sacrée donné à l'Académie philharmonique de
Turin, par la Malvani-Ferraris et le ténor Da-
niele. La dernière production du comte Litta est
une scène lyrique, il Mandante (d'après le Pas-
sant, de M.François Coppée), qui a été exécu»
tée avec un véritable succès à Milan, sur le théâ-
tre Milanais, le 17 avril 1873; il a écrit aus.si
une opérette, liaggio d'Amore, qui n'a pas
encore été représentée. M. Lilta a publié quel-
ques mélodies vocales.
LITZAU (J.... B ), organiste néerlandais,
est né à Rotterdam le 9 septembre 1 822. Orga-
niste de l'une des églises réformées de cette ville,
on lui doit les publications suivantes : 1'^ Les
Mélodies des psaumes et chants en usage dans
l'église ré formée des Pays-Bas, Rotterdam, Li-
chtenauer, 1861 ; 2° Les Mélodies des psaumes
et chants en usage dans l'Église évangélique
luthérienne arrangées à quatre parties, id.,
id., 1852; 3° Les Mélodies des psaumes, mo-
tets, chants évangéliques de l'église réformée
des Pays-Bas, arrangées à quatre parties
avec orgue ou piano , avec des préludes à
Jouer pendant et après le service, id., id.
1854.
LLADO (J ), musicien espagnol contem-
porain, est l'auteur d'un traité de solfège dont
il a été fait trois éditions sous ce litre : Metodo
de solfeo, analitico, facil y conciso (Madrid,
Andres Vidal).
LLOREiXTE (Cipruno), compositeur espa-
gnol contemporain, s'est fait connaître par la
publication d'un certain nombre d'œuvres de di-
vers genres, entre autres un recueil de six
cantiques à une voix avec accompagnement de
piano, plusieurs mélodies religieuses à trois voix,
et des morceaux de musiquelégère et de danse
pour le piano.
LOliO (Heitor), musicien portugais, fut un
organiste célèbre et en même temps un construc-
teur d'orgues très-renommé. Il restaura en 1559
le grand orgue de l'église de Santa-Cruz à Coïm-
bre, instrument superbe qui a été presque entiè-
rement ruiné par un charlatan , il y a quelques
années. On n'a malheureusement pas de rensei-
gnement plus précis sur cet artiste remarquable,
auquel les contemporains accordent de grands
éloges.
J. DE V.
LODER (Edvv.vrd-James), chef d'orchestre
et compositeur dramatique anglais fort distin-
gué, naquit en 1813 à Bath, oii son père, violo-
niste de talent, occupait une bonne situation (1).
(1) 11 y 1 tout lieu de croire que l'artiste qui fait l'objet
120
LODER — LQESCnORN
Il appartenait à une famille foute musicale, car
ses deux frères, John et William, morts long
temps avant lui, étaient, le premier violoniste,
le seconil violoncelliste, et il eut aussi deux
sœurs qui se livrèrent à l'enseignement de la
musique. Pourtant, lui-même ne se décida
qu'assez tard à eml^rasser délînitivement cette
carrière, car après avoir été envoyé, en 1826, à
Francfort-sur-le-Mein pour y étudier avec Fer-
dinand Ries, qui avait été en Angleterre l'ami
de son père, il revint au lonl de deux années
<T Lomires, indécis sur son avenir, et liienfôl
entreprit l'étude de la médecine; c'est dans ce
but qu'il relourna en Allemagne en 1829. Mais
s'étant retrouvé avec Ries, il se résolut enfin
à poursuivre la carrière artistique, et termina
ses études musicales sous la direction de cet
artiste distingué.
De retour en Angleterre, Loder se vit chargé
d'écrire un opéra pour l'inauguration du nou-
veau théâtre du Lyceum, alors en construction,
et qui était destiné à l'exploitation de l'opéra
anglais. Le livret de cet ouvrage, intitulé Noiii-
jahad, était l'œuvre du directeur de ce théâtre,
Arnold, qui avait transformé à cet effet un an-
cien drame de lui dont le succès avait été mé-
diocre quelques années auparavant; ce livret
n'était point fameux, et la fortune de l'ouvrage
s'en ressentit, lorsqu'il fut joué au mois dejuil
let lS3i, bien que la musique en fiM, paraît-il,
des plus remarquables, et qu'elle donnât les
preuves d'un rare tempérament artistique. « Il
faut, a dit M. Macfarren en parlant de Aour-
jahad, il faut considérer cet opéra comme ayant
créé en Angleterre un genre nouveau de musi-
que dramatique, et les divers compositeurs qui
se sont distingués dans cette voie ainsi préparée
pour eux doivent un témoignage de gratitude
à Edward Loder, qui a été le pionnier de leur
fortune. »
L'année suivante, Loder écrivait pour le
même théâtre un nouvel ouvrage, Dice of Deatlt
(le Dé de la mnrt). Il conilul ensuite, avec
les éditeurs d'Almen et Cie, un traité par le-
quel il s'engageait à leur livrer chaque semaine
une composition; c'est alors qu'il écrivit pour
eux une série de 12 clianfs sacrés, dédiés à
Sterndale Hennett, et qui auraient suffi à établir
de celte notice est le mùine que celui qui a Oti' nien-
lionni', au tome V de la Uioyraphie tinircrsclle des
Musiciens, sous le noui Inexact de Georges Loder. Les
éléraents du pr(':sent article ont été pris dans une notice
que M. G. A. M.-icfarrcn, l'émincnt compositeur an;îl:Ms,
a puDllce sur Loder dans tlie Impérial IHctionary al
l'nivcrsal Ùinr/rapliy. On verra qu'il n y est point ques-
tion d'i n S(')('ur que Loilcr aurait f.iit ( ii Aineri(|ue.
sa réputation ; il leur donna ensuite un giand
nombre île chants (sorigs), duos, etc., et ces
éditeurs eurent la singulière idée de former,
avec ces diverses productions, une sorte d'opéra
intitulé François r'\ qu'ils firent jouer au théâ-
tre Drury-Lane en 1838.
Quelques années après, Loder était engagé
au Princess' Théâtre comme chef d'orchestre,
et déploya dans l'exercice de ces fonctions un
talent supérieur. Il fit représenter alors à ce
théâtre the iMg/it Dancers {les Dunsexirs de
nuit), son meilleur ouvrage dramatique (1846),
et /'î^c/t, opéra-ballade (184S). Étant passé avec
le même emploi à Manchester, il donna en cette
ville (1855) un ouvrage de grande importance
et de liautes visées, Raymond and Agnes, qui
fut reproduit plus tard à Londies, au théâtre
StJames, mais dans des conditions d'exécution
déplorables. En 1856, Loder perdit l'emploi de
ses facultés, et fut atteint d'aliénation mentale;
après quelques années d'un traitement intelli-
gent, on put croire un instant qu'il allait être
rendu à la vie et à la raison ; mais le mal le
reprit bientôt, et il mourut à Londres le 5
avril 1865.
Outre les opéras qui ont été mentionnés ci-
dessus, Loder en écrivit plusieurs autres, qui
n'ont pas été représentés : Utile Red lUding
ITood {le petit Chaperon Bouge), qui avait
été composé vers 1845 pour le théâtre Drury-
Lane, Pizarre, Leila, et sir Roger de Cover-
Icij. Il a écrit aussi quelques morceaux de piano
intéressants, plusieurs quatuors pour instru-
ments à cordes qui n'ont pas été publiés, mais
qui témoignent d'un art consommé, et surtout
une quantité énoime de mélodies vocales, parmi
lesquelles on cite surtout celles intitulées the
Brave OUI Oah et OUI Iloiise at Home, et
pour l'ampleur de la conception celle qui a pour
litre Invocation to the Deep {Invocation à
l'obscurité). Enfin on connaît encore de Loder
une grande cantate, the Islund of Calypso,
(pii fut exécutée en 18jl aux nouveaux ron-
.erts pliilliaimoniques.
LODiJJEXSHY (N ), compositeur
russe, s'est fait connaître par un certain nombre
lie romances et mélodies vocales, qui ont été
publiées à Saint-Pétersbourg dans le cours de
ces dernières années.
*L()ESCIIORI\'(Ciiarlgç-Albf:rt). — Par-
mi les conq)ositions publiées de cet artiste, dont
le nombre s'élève aujourd'hui à près de cent
cinquante, je signalerai les suivantes : Étude en
ré op. .1 ; 3 Sonates, op. 101 ; Moments inélan-
coliques, 2 nocturnes, op. 114; Éludes de ca-
ractère, op. 118; 4 Études (1. Valse; 2. Galop;
LŒSCHORN — LOMAGNE
421
3. Mazurk; 4. Polka) ; Sonatines instructives,
op. 125, 120, 127, 135; Suite pour piano, op.
130;3Mazuikas, op. 132; Tarentelle, op. 133;
die Sikule der Geluuliglieit, 33 éludes, op.
136; Album de la jeunesse, 15 morceaux ins-
tructifs, op. 139; Rôveric, op. 141; Quatuor
pour piano et instruments à cordes; etc., etc.
LOEW (Joseph), pianiste allemand et com-
positeur pour son instrument, n'a pas publié jus-
qu'à ce jour moins de trois-cents-œuvres, con-
sistant en pièces de genre, études faciles, fantai-
sies, mélodies, transcriptions de Ikdcr ou d'airs
d'opéras, morceaux de danses, etc., pour piano
à deux où à quatre mains. Le même artiste a
donné aussi quelques morceaux pour piano et
harmonium. J'ignore quelle est la valeur de
toute celle musique, dont rien absolument n'est
connu en dehors de l'Allemagne.
* LOEWE (Jean-Charles-Godefroid), est
mort à Kiel le 20 avril 1869.
* LOEWE (Jeanne-Soi'Hie). Cette cantatrice
célèbre était née, non en 1815, comme il a été
dit, mais le 24 mars 1816. C'est elle qui avait
créé à Gênes le rôle d'Abigail dans le ISabucco
de M. Verdi, et à Milan la Maria Padilla de
Donizetti. lilie avait renoncé au théâtre en 1848,
pour devenir l'épouse du prince Frédéric de
Liechtenstein. Celte grande artiste est morte à
Peslh le 28 novembre 18C6.
LOEWE (TnoMAs), compositeur, né en Autri-
che, a écrit la musique d'un opéra intitulé Con-
cino Concini , qui a été représenté à Prague au
mois de décembre 1862. Cet ouvrage a été repro-
duit ensuite à Vienne, ville habitée par l'au-
teur, sur le théâtre de la Cour, le 1" février
1865.
* LOGIER (Jean-Beunakd), inventeur du
chiroplasie, était né à Cassel le 9 Février 1777,
et non à Kaiscrsiautern en 1780. Il eut un (ils,
Henri Logier, qui s'établit comme professeur
de harpe et de piano à Londonderry (Angleterre),
où il mourut le 15 Mai 1870.
* LOGROSCIXO (Nicoi.o). Les opéras sui-
vants doivent être compris dans la liste de ceux
qui sont dus à ce compositeur : 1° la Violante,
Naples, th. des Fiorentini, 1741 ; — 2''Ctonme-
tella Correvaia , id. , th. délia Pace, 1744;
— 3° li Zite , opéra bouffe, id., id., 1745; —
4° Don Paduano, id., id., id., 1745; — 5° la
Costanza, id., th. Nuovo, 1747; — 6° li Des-
pielte d'ammore, id., th. délie Pace, 1748 (en
société avec Nicola Caiandro, dit Frascia); —
7° la Finta Fiascatana, id., th. Nuovo, 1750;
— 8° lo Cicisbeo, id., id., 1751; — 9" la Gri-
selda, id., th. des Fiorentini, 1752; — 10° El-
mira generosa (en société avec Emmanuel Bar-
bella, excellent violoniste), id., lii. Nuovo, 1753;
— 11° le Chiajese cantarine , folie musicale
(pazz-ia per musica), id., th. Xuovo, 1754;
— 12° Rosmonda (en société avec Cecere, Pietro
Gomez et Traelta), id., id., 1755.
* LOISEL (Je\n). Cet artiste naquit à Hesdin,
en Artois. Admis dans l'ordre des Prémontrés,
il devint chanoine régulier de l'abbaye de Saint-
Josse-aux-Bois ou Dompmartin, dans le diocèse
d'Amiens, puis fut appelé à Anvers comme maî-
tre de chant (phonascvs) de l'église abbatiale
de S«-Michel, où il se trouvait en 1646. C'est ce
qui résulte d'un ouvrage publié alors par ce
musicien, ouvrage resté jusqu'ici ignoré, récem-
ment retrouvé par M. Vander Straeten, et dont
le titre produit ces renseignements : Surczilus
oliciv, nods miisicis concertanlibus et pacifis
VI vocitm vel instrumentorum adornatus ,
SS. Maria: Pacis œtenurque reginx concordix
pro patrix fvlici concordia oblalus, a venera-
bïli D. F. Joanne Loisel Hesdiniensi, eccle-
six J. Judoci in Nemore, sacre Ordinis Prx-
monstratensis canonico, necuon ecclesix S.
MichacUs Aniverpias phonasco. Opus secun-
dum. {Antverpix, apud lieredes Pétri Pha-
lesii, M D C XVLI, /?i-4'>). Ceci est, on le voit,
l'œuvre deuxième de Jean Loisel. Un recueil,
formant l'œuvre troisième, contient un assez
grand nombre de motets à plusieurs voix, avec
accompagnement d'instruments : Misericordias,
Domine Deus, Aima Dei genitrix, Laudem
dicite, Salve Regina , Regina cœli, Tanlum
ergo, etc.
LOMAGXE (Josei'u), violoniste , composi-
teur et professeur, né à Perpignan en 1804,
s'essaya d'abord à jouer de la flûte, puis se
consacra entièrement à l'étude du violon. 11 prit
d'abord des leçons d'un professeur nommé Cosle,
maître de chapelle de la cathédrale de Perpi-
gnan, puis, admis au Conservatoire de Paris,
devint l'élève de Kreutzer. Après avoir rempli
les fonctions de violon-solo aux grands théâtres
de Nîmes et de Bordeaux , il retourna dans sa
ville natale , s'y voua à l'enseignement , et fut
assez heureux pour y fonder un Conservatoire,
qui ouvrit ses cours an mois d'août 1842, et
dont il resta le directeur jusqu'à la fin de sa
vie. A partir de cette époque, Lomagne s'occiqia
beaucoup de composition , et écrivit un grand
nombre d'œuvres de divers genres, parmi les-
quelles on cite les suivantes -. — \.° La Maronite,
grand opéra en 5 actes; — 2° Messe à 3 voix,
exécutée en diver.ses circonstances ; — 3" Slabat
Mater avec sali et chœurs; — 4° Recueil d'é-
tudes pour le violon ; — 5 " diverses compositions
religieuses, entre autres des psaumes, des vêpres
122
LOMAGXE — LOMÉiNIE
du diiiiaaclie, des cantiques, un Chemin de la
Croix; — 6» des trios et quatuors pour instru-
ments à cordes; — 7" enfin^ des fantaisies cl
airs variés pour le violon. J'ignore si une i)artie
de cette musique a été publiée. Lomagne est
mort à Perpignan en 1868.
LOMAA' (A -D ), ancien prédicateur à
Deventer, puis professeur de théologie à Amster-
dam, est né à La Haye (Pays-Bas), le 16 sep-
tembre 1823. Il s'est beaucoup occupé de musi-
que, et a publié dans divers journaux un certain
nombre d'articles relatifs à cet art. On lui doit
aussi les deux publications suivantes : 1" Suite
au livre deJ. G. Wilms concernant le livre
de chorals de Véglise évangélique luthérienne
dans le royaume des Pays-Bas, pour orgue et
piano, Amsterdam, Brandt, 1830, in-i° ; T Ar-
rangement à 3 voix des chants évangéliques
et luthériens, principalement à Vusage des
enfants qui chantent à Vécole et à Véglise,
Amsterdam , Loman et Reudler, 1852, in-S".
LOMBARDl (GiACOMo), professeur de chant
et compositeur, naquit à Parme en 1810, et fit
ses études musicales au Conservatoire de Naples,
où il eut pour maîtres Francesco Lanza pour le
piano, Nozzari pour le chant, Zingarelli et Rai-
mondi pour la composition. Il embrassa d'abord
la carrière du chant dramatique, et débuta
comme premier ténor, en 1828, au petit théâtre
de la Fenice, de Naples, après quoi il alla tenir
le même emploi à Côme, à Venise, à Bergame,
à Bologne, à Malte, puis revint à Naples, où il se
montra sur les tbeàtres dirigés par le fameux
imprésario Barbaja. Mais la voix du jeune chan-
teur n'était pas encore suffisamment formée
lorsqu'il aborda le théâtre ; il en résulta une
fatigue et une altération qui l'obligèrent à
renoncer à cette carrière. Il s'établit alors à
JN'aples comme professeur de chant, alla ensuite
pendant plu-rieurs années diriger le théâtre de
Lecce, puis revint à Naples, qu'il ne quitta
plus depuis cette époque, et où il fonda une
société chorale. Lombardi a fait représenter
trois opéras : il CapHano ed il Tutore (Malte),
il Primo Navigatore (Malte, 1829), et Elfrida
(Lecce, 1853); il a écrit 23 messes, soit alla
Palestrina, soit avec orchestre ou musique
militaire, diverses autres compositions reli-
gieuses, et un certain nombre de morceaux pour
le chant et pour le piano ; une partie de cette
musique a été publiée. On doit encore à Lom-
bardi les ouvrages suivants : Elementi di lin-
guaggio musicale (Naples, l'auteur); Metodo
per apprendere la giusta durata délie figure
(id., Orlando) ; il CuiUo modernn, \ livres de
mélodies (id., Tramater) ; l'Amico de ' princi-
pianti, 4 autres livres de mélodies (id., Gian-
nini). Cet artiste est mort à Naples, au mois
d'avril 1877.
LOMBAUDl (l" ), compositeur italien,
a fait représenter sur le théâtre du Prince
Humbert, de Florence, le 8 septembre 1877, un
opéra sérieux intitulé Ginevra di Scozia.
LOMBARDII\I(Giisepi>eLOMBARDO.
dit), compositeur et professeur de chant, né à
Palerme en 1820, étudia le piano avec Pixis,
l'harmonie avec Carini et le contrepoint avec
Pietro Raimondi. Très-jeune encore, il dirigea
une troupe de chanteurs amateurs, pour lesquels
il écrivit une opérette bouffe, la Zia Teresa,
qui fut jouée ensuite au théâtre San-Ferdinando,
et donna à ce même théâtre un autre ouvrage
intitulé Quattro Maritïe due Mogli. A 16 ans
il alla s'établir à Naples, et ouvrit en cette ville
une école de chant, qui fut bientôt très-recher-
chée et d'où sont sortis plusieurs artistes esti-
més. Plus tard, son ancien maître, Pietro Rai-
mondi, directeur du Conservatoire de Palerme,
lui ayant offert le poste de professeur de chant
dans cet établissement, M. Lombardini, satisfait
de la situation qu'il s'était faite à Naples, déclina
cette proposition. En 1857, il devint directeur de
l'école de perfectionnement de ÏAt/)ergo de'
Poveri, puis de celle de l'Association des savants,
lettrés et artistes. M. Lombardini a publié un
Guida ail' arte dcl Canto (Naples, 1851), un
autre ouvrage didactique intitulé Studio di
perfctta intonazionc (Najdes, Cottrau, 1873),
et il a fait représenter à Naples les opéras sui-
vants : la Sartina e l'Usuraio (th. Nuovo, 1853),
lo Spaccalegna (th. du Fondo, 1860), et l'Al-
bergo delV Allegria (th. San-Carlo, l86'j). Il a
écrit encore un autre opéra, Lida, qui jusqu'ici
n'a pas été représenté, et a publié quelques
romances et mélodies vocales.
LOMÉXIE (Louis-LÉoNARD DE), écrivain
et critique, membre de l'Académie française, est
né à Saint-Yiiex (Haute- Vienne) en 1818, et
descend de François de Loménie , conseiller au
siège présidial de Limoges en 1570, lequel était
frère de Martial de Loménie. qui fut secrétaire
du roi et chef de la branche des Loménie do
Brienne. Après avoir fait de brillantes études au
collège d'.\vignon, Louis de Loménie vint se
lixer à Paris, et débuta dans les lettres par une
série d'études biographiques intitulée Galerie
des contemporains illustres et publiée sous le
pseudonyme d'un Homme de rien (Paris, René,
1840-1847, in-l8 avec portraits). On a dit avec
raison que cet « homme de rien » fit beaucoup
de bruit dans le monde sans chercher le scandale
et sans forcer la curiosité publique par des
LOMÉNIE - LOOUIN
123
révélations imliscrèles, qu'il sut garder, dans ses
confidenres sur la vie privée des contemporains,
la mesure et la réserve convenables, et qu'il
s'attacha surtout à peindre des [)ortraits vraiment
lustoriques. Dans cette série d'intéressantes
études, qui ne comprend pas moins de dix
volumes et qui fut publiée par livraisons déta-
chées,; la musique a trouvé sa place et donné
lieu à cinq notices sur Auber, Clierubini,
Meyerbeer, Rossini et Spontini. Les jugements
de M. de Loménie sont ceux d'un homme de goût,
et l'on trouve dans ses notices quelques utiles
renseignements. M. de Loménie, devenu en
1871 membre de l'Académie française, est
mort à Menton le 2 avril 1878.
LOXGET (François-Achille), médecin et
physiologiste français, médecin en chef des mai-
sons de S'-Denis et d'Écouen, membre de l'Aca-
démie de médecine et de l'Académie des sciences,
né à Saint-Germain en Laye en 1811, est l'auteur
d'un grand nombre de travaux relatifs à la
médecine et à la physiologie. Au nombre de ces
écrits, nous devons citer le suivant, publié par
lui en société avec M. Masson : Études expéri-
mentales sur la voix et sur les causes de la
production du son dans divers instruments de
musique, Paris, 1852, in- 8° de 114 pages. Je
crois que M. Longet est mort en 1870.
LOA'GO (GiACOMo), compositeur, né à Faro,
près de Messine, le 15 février 1833, était destiné
par sa famille à l'étal ecclésiastique, et n'obtint
qu'à l'âge de 18 ans de pouvoir s'occuper active-
ment de musique. 11 commença alors ses études à
Messine, sous la direction du maître de chapelle
Paolo Abbagnato, et se perfectionna ensuite avec
M. Mario.Aspa, dont il devint l'élève préféré. Il fit
ses débuis de compositeur dramatique en donnant
en 1859, au théâtre de Messine, un opéra intitulé
Etzelmo fil, qui fut bien accueilli, et l'année
suivante , lors de la descente de Garibaldi en
Sicile, s'engagea comme volontaire sons ses
ordres et prit part à la sanglante journée de
Milazzo. Après avoir fait un assez long voyage
en Italie, M, Longo revint se fixer à Messine,
où il se livra à l'enseignement du chant et du
piano ; il fonda en cette ville la première école
de chant choral qu'elle ait possédée, et devint,
en 1871, chef d'orchestre du théâtre Victor-
Emmanuel. Les éditeurs Ricordi et Lucca, de
Milan , ont publié diverses compositions de
M. Longo, qui a écrit aussi plusieurs ouvertures
et cantates exécutées dans différentes fêtes muni-
cipales.
LONGUEVILLE (A ), pianiste et com-
positeur, est l'un des fabricants les plus actifs de
ces petits morceaux de musique de piano, dont
les artistes ignorent jusqu'à l'existence, mais que
les éditeurs jettent chaque année par milliers sur
la i)lace, à la plus grande joie des amateurs mé-
diocres pour quiil'art musical tout entier est con-
centré dans ces pages trivoles. M. Longueville a
publié environ 120 morceaux de ce genre, parmi
lesquels se trouvent un certain nombre de fan-
taisies sur des motifs d'opéras en vogue.
LOPEZ (Francisco-Miglel), maître de cha-
pelle et organiste espagnol, naquit à Villarroya,
en Aragon, dans la seconde moitié du dix-
septième siècle. Il devint élève de la célèbre
école du monastère de Monserrat, dans la Cata-
logne, y apprit la musique, et en 1684 y revêtit
l'habit de l'ordre de S'-Benoist. L'un des disciples
les plus renommés de cette école, il fut pendant
huit ans maître delà chapelle, puis organiste
du couvent, et rempHt ensuite les mêmes fonc-
tions à l'église de ce couvent, puis à Madrid et
à Yalladodid. Lopeza publié deux ouvrages sur
la musique avec texte latin, l'un intitulé Exa-
goga ad musicem, l'autre sous le litre de Miscel-
lanea musica.
LOPEZ (José-Veî<\ncio), musicien espagnol,
naquit à Madrid le 18 mai 1795. Après avoir
commencé de bonne heure l'étude de la musique,
il devint expéditionnaire dans une administration;
il entra ensuite comme clarinette dans la musi-
que d'un corps militaire, puis s'adonna à l'étude
de la contrebasse, et obtint la place de premier
contrebassiste au théâtre de la Cruz, emploi qu'il
conserva depuis 1826 jusqu'en 1846. En 1830,
il fut nommé professeur de contrebasse au Con-
servatoire, et en 1839 il entra à la chapelle royale.
Lopez mourut le 15 février 1852. On doit à cet
artiste une excellente méthode pour son instru-
ment.
LOPEZ ( ), artiste espagnol contempo-
rain , a publié récemment à .Madrid , chez l'édi-
teur Romero y Audia, une Méthode éWnentaïre
de mandore.
LOPEZ REMACHA (Miguel), prêtre et
musicien espagnol, naquit, à ce que l'on croit,
dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, et
mourut à Madrid le 14 avril 1827. Il fut un chan-
teur distingué, et fit partie de la chapelle royale.
Il a publié sous ce titre;: la Melopea, une
méthode de chant très-estimée.
LOQUIN (Anatole), théoricien musical, est
né à Orléans le 22 février 183'». Éprouvant pour
la musique une vocation irrésistible , M. Loquin
commença par apprendrecetart, seul et sans pro-
fesseur. A dix-huit ans, il composait des romances
pour piano et chant, dont quelques-unes ont vu
le jour. Ce n'est qu'en 1853 que M. Loquin prit
à Bordeaux des leçons d'harmonie avec M. Fer-
\u
LOQUIN — LORENTE
roud {Voy. ce nom), professeur de talent, qui
l'iiiilia aux notions les plus élémentaires de cette
s'iencc.
Entré dans une administration , et envoyé au
début de sa carrière à Espelette, petit village
basque des Basses-Pyrénées , M. Loquin , porté
par la nature de son esprit aux études abstraites,
mit à profil son isolement et le temps qu'il avait
à sa disposition, en analysant sous le rapport
harmonique les principales partitions de Gluck,
de Rossini, de Weber, de Meyerbeer, etc., et en
comparant attentivement entre eux les traités
d'harmonie de Rameau, de Catel, de Reitha, de
Busset, de Fétis et de Chevé. Le premier résultat
de ces études comparées fut un petit traité d'une
soixantaine de pages in-S", publié en 18G2 à
Bordeaux, chez Gounouilhou, sous le titre de
Notions élémentaires d'Harmonie moderne,
bientôt suivi d'un ouvrage plus considérable, en
cinq parties, couronné par l'Académie de Bor-
deaux, et intitulé : Essai philosophique sur la
Tonalité moderne ll8Gi-i8G9). Dans ce dernier
ouvrage, qui contient un traité complet de modu-
lation, l'auteur réfute les notions de théorie
musicale les plus généralement admises.
M. Loquin s'occupe, depuis de longues années,
d'un vaste recueil des Chants populaires Fran-
çfli5,etd'un Grandtraité d'Harmonie ancienne
et moderne basé sur un plan absolument nou-
veau , plan qu'd a fait connaître en partie dans
des mémoires insérés dans les Actes de la
Société des sciences physiques et naturelles de
Bordeaux. — M. Loquin est aujourd'hui mem-
bre de l'Académie des sciences de Bordeaux.
Depuis 1862 il est devenu le collaborateur de
l'excellent journal ^a' G/ro«cfe , pour tout ce
qui concerne les choses de la musique ; ses ar-
ticles à ce journal sont signés du pseudonyme de
PaulLavigne. Enfin, ilestl'auteurdesarticlesde
musique du Dictionnaire de M. Littré, à partir
de la lettre N inclusivement jusqu'à la fin.
On a de iM. Anatole Loijuin, outre les ouvrages
que nous avons cités : — 1° des Lettres sur
renseignement populaire de la Musique; —
2" un Examen de la méthode Galin, lu en 1861
au congrès scientifique de France-, — .3" une
Étude sur les Poésies de Clotilde de Surville,
écrite pour réfuter le mémoire de M. Antonin
.Macé ; i" De l'Avenir des théories musicales,
in-8°; 5" Aperçu sur un nouveau système de
notation pour représenter les successions har-
moniques, gr. in -8°; — G" Tableau de tous les
effets harmoniques, de une à cinq notes, gr.
in-8", etc., etc.
Esprit très-actif et très-laborieux, M. Anatole
Loquin, qui est l'un des collaborateurs du Supplé-
ment de la Biographie universelle des Musi-
ciens, a fondé à Bordeaux, en 1877, un recueil
fort intéressant, entièrement rédigé par lui, et
qu'il publie sous ce titre : la Musique à Bor-
deaux, revue mensuelle.
LOUAXDI (Giovanni-Alberto), composi-
teur, vivait à Brescia dans les premières années
du dix-huitième siècle. Il écrivit pour le prince
de Toscane Ferdinand de Médicis un oratorio ,
Santa Maria Maddalena {l70i), et un Te Deum
à l'occasion de sa guérison (1709).
LORElXS du IlEST, luthier et faiseur de
harpes, vivait au commencement du 15^ siècle.
Nous avons trouvé dans l'intéressant mémoire
de B. Bernarbt {Recherches sur la Corporation
des Ménestriers) deux quittances délivrées par ce
luthier à la duchesse Valentine Yisconli, femme
de Louis, duc d'Orléans. Par la première, datée
du 17 janvier 1400, Lorens du Hest reconnaît
avoir reçu du trésorier de la duchesse la somme
de 32 sous parisis pour avoir « rappareillié et
« mis à point deux des harpes de Madame la
« duchesse esquelles il a fait et mis broches et
(. cordes toutes neufves, et ycelles recollées là
« où métier était; et en l'une d'icelles fait, taillé
« et assis un fons tout neuf. » — Dans la seconde
quittance, datée du 29 mars 1401, le même
luthier reconnaît avoir reçu la « somme de 36
« sous parisis pour avoir rappareillié et refaicte,
« et mis à point la belle harpe de Madame la
« Duchesse. C'est à savoir recolé le bel baston
« qui était romppu en deux lieux, et avoir taillé
« mis et assis en icelliii une pièce de bois et
« avoir reffait tout neuf le fons d'icelle qui avait
« été tout froissié et rompus, et ycelle avoir
« garnie de broches et de cordes (1). »
J. G.
* LOREA^TE (Andiîé). Dans son Diccionario
técnico, histôrlco y tiiogrâfico de la Musica,
M. José Parada y Barrelo fixe, d'une façon pré-
cise, la date de la naissance de cet artiste au
15 avril I62i.
(t) Depuis longtemps U harpe était l'instrument favori
des (lames, en iiiOrnc temps que rornemcnt des .'alons
princiers. — Des acliats de cordes failsau\ mois d'octobre
et de novembre de l'année IH6 pour la harpe d'isabeau de
Havière, femme de Charles V|, prouvent également que
cette reine, d'odieuse mémoire, avait le goût et la pratique
delà musique instrumentale :iiA Jehan du Lige pour corde»
« (le harpes qu'il avait achet('es et payées pour la Royne
(( par commandement de Biétrix de Ry, le dit jour (dernier
« octobre Ui6. IIII, 6. » — « Item pour cordes de harpes
« pour la Royne dijllvrées à Madame de Romont et par son
« commandement, le XI Jour de novembre (U 16)... VI. S. »
« (Compte des menus plaisirs de la Reine Isabeau de
Bavière, depuis le !<■'• mars t 'tl:; |i'iifi( au 18 avril 1417
Ch. Dépenses, arcli. du Roy., K. 270).
J. G.
LORENZI — LORET
123
LOREKZI (Giovanm-Battista DE), fac-
teur d'orgues à Vicence, esl né à Scliio le 13
mars 1S06. Après avoir étudié l'art musical
dans sa ville natale, sous la direction de Felice
Bragozzo et de Domenico Cimoso, il commença,
dès l'âge de 10 ans,' à s'occuper de la fabri-
cation des orgues, en construisit un pour l'é-
glise de San-Felice, deVicence, et enlin, en 1830,
fonda en cette ville la fabrique très-impor-
tante qui porte son nom. M. de Lorcnzi a in-
venté un système d'orgues phonochromiques ,
et un iimpantono ou timbale pour tous les
tous, et il construit aussi des instruments à
archet estimés.
LOREiXZINI ( ), fut l'un des maîtres
de la chapelle de Louis XIV. L'existence de cet
artiste m'a été révélée par celte mention qu'en
fait l'auteur anonyme de ['Histoire de l'Aca-
démie roijale de musique (publiée par le
Constitutionnel) : « Nous ne parlerons point
de l'opéra d'Oronthée, dont les paroles sont
de Leclerc et la musique de Lorenzini, maître
de la chapelle du roi, qui fut exécuté à Chan-
tilly, le 23 août 1688, par l'Académie royale de
musique dans une fête que M. le Prince y donna
à M. le dauphin, attendu qu'il n'a jamais été
joué à Paris. » Je n'ai découvert aucun autre
renseignement sur cet artiste.
LOlîET (Jean-Joseph ), organiste et facteur
d'orgues, à la fois versé dans la connaissance de
la musique, de l'acoustique, de la chimie, de
la physique et de l'astronomie, naquit à Ter-
monde (Belgique) le 6 mars 1757. Il fit ses étu-
des à Dixmude, chez l'un de ses oncles, et, tout
en s'occupant avec activité de la construction des
orgues, fournit une longue carrière comme orga-
niste, car il ne tut pas attaché pendant moins de
cinquante-cinq ans en celte qualité à l'église
Sainl-Gillas de sa '.ville natale, remplissant en
même temps les fonctions de carillonneur com-
munal. Parvenu à l'âge de 88 ans il se retira à
Malines, où il mourut le 11 septembre 1847.
LORET (FiîANçois-BEUNAr.D), lilsdu précé-
deur, ingénieur-mécanicien et facteur d'orgui-s,
naquit à Termonde le 6 avril 1808 et fut élève de
son père. Doué d'aptitudes particulières pour tout
ce qui concernait la mécanique, l'horlogerie, les
sciences physiques, la géométrie, la musique,
l'acoustique et la facture instrumentale, il fit
faire de grands progrès à la fabrication des or-
gues en Belgique, et obtint divers brevets d'in-
vention pour différents procédés imaginés par
lui, ainsi que des récompenses nombreuses à di-
verses expositions. Établi à Malines, François-
Bernard Loret construisit plus de 300 orgues soit
pour la Belgique, soit pour la Hollande, soit pour
divers autres pays, et parmi ces instruments il
s'en trouve de premier ordre. Cet aitiste fort in-
telligent a écrit et i>ublié plusieurs opuscules re-
latifs aux détails delà construction des orgues.
Il est mort à Malines le 17 novembre 1877.
LORET ( HiproLYTE ), frère du précédent ,
organiste et facteur d'orgues, né à Termonde en
1810, fut aussi élève de son père, et s'est fait
une renommée lionorabie. Etabli d'abord à Lae-
ken-les-Bruxelles, il se fixa ensuite à Paris. Il n'a
guère construit moins de 500 instruments, tant
pour la Belgique que pour la Hollande, le nord
de la France, quelques églises de Paris et de la
Brefagne, et même pour le Chili, le Pérou et les
colonies françaises. M. Hippolyte Loret a rempli
les fonctions d'organiste ^à Termonde et à
Mons.
LORET (Clément), organiste distingué et
compositeur, né à Termonde (Belgique), en 1833,
est fils et petit-fds de deux artistes qui rem-
plirent les fonctions d'organiste à l'église Notre-
Dame de cette ville, et auxquels il dut en grande
partie son éducation musicale. Son père, M. Hip-
polyte Loret, qui était en même temps un habile
facteur d'orgues, lui faisait, dès l'âge de sept ans,
jouer à l'église de petits offertoires et des sorties,
et à huit ans, l'enfant le remplaçait quelquefois
pour certains offices peu comphqués. En 1846,
M. Loret père ayant été nommé organiste à
Mons, son (ils compléta en cette ville ses études
de lecture musicale avec M. Denefve, directeur
de l'école de musique, puis, en IS.jI, se fit
admettre au Conservatoire de Bruxelles, où il
travailla le contrepoint] avec Fétis, l'orgue avec
M. Lemmens, et où il ^obtint le premier prix
d'orgue en 1853.
En 1855, M. Clément Loret vint à Paris, y
fit la connaissance de M. Mustel, facteur d'har-
moniums, qui le décida à s'y fixer, et devint
successivement organiste au Panthéon, à Su-
resnes et à Notre-Dame des Victoires. En 1857,
il se présenta à Niedermeyer, directeur de l'École
de musique religieuse, qui cherchait un profes-
seur d'orgue pour cet établissement, et, après
lui avoir fait entendre plusieurs œuvres de
Jean-Sébastien Bach et de Mendelssohn, fut
chargé par lui de ces fonctions. Depuis lors,
il a formé dans cette école un grand nombre
d'élèves, dont quelques-uns occupent aujour-
d'hui des positions fort honorables comme or-
ganistes, et il a contribué à rendre populaires
le nom et les œuvres de J.-S. Bach, jusqu'à
cette époque imparfaitement connu des artistes
français. C'est dans le même temps que, sur
la proposition de Niedermeyer, alors maître
de chapelle à l'église de Saint-Louis d'Antin,
126
LORET — LOTT
M. Lorel accepta l'emploi d'orf^anisle de cette
église, qu'il occupe encore aujourd'iiui.
M. Loret s'est fait connaître avantageuse-
ment comme compositeur. Dès 1859, il pu-
i)liait dans le journal la Maîtrise, dirigé par
(l'Ortigue et Nicdermeyer, ses premiers Exer-
cices d'orgue, en trois livraisons, qui furent
bientôt; suivis de 24 Études pour le même
instrument, dont 12 avec pédales et 12 sans
pédales (Paris, Heugel). Vinrent ensuite 50
Pièces d'orgue pour messes et vêpres, 24 Mor-
ceaux pour orgue sans pédales (Régnier-Ca-
naux), l'Office divin, recueil de morceaux fa-
ciles (Heugel), 3 collections de 12 MorcAïux
pour harmonium, 12 Morceaux pour harmo-
nium et piano, 10 Mélodies, 12 Morceaux
de piano, et quelques compositions détachées.
M. Loret travaille en ce moment à une Méthode
complète pour orgue, divisée en quatre par-
ties, dont les deux premières, qui traitent l'une
de l'orgue sans pédales, l'autre de l'orgue avec
pédales, ont déjà paru; la troisième partie
traitera des combinaisons des orgues modernes
et de l'improvisation, et la quatrième du plain-
chant et de son accompagnement.
M. Loret a aussi publié une série de 12 con-
certos de Haendel pour orgue et orchestre,
transcrits par lui pour orgue solo avec de
nombreux points d'orgue. Voici la notice que
M. Lefèvre, aujourd'hui directeur de l'École de
musique religieuse, a placée en tête de cette
utile publication : « Jusqu'à ce jour, nous n'a-
vons pas possédé en France d'édition complète
des concertos pour l'orgue avec accompagne-
ment d'orchestre, de Haendel. M. Clément ^Lo-
ret, organiste à St-Louis d'Anlin et professeur
à l'École de musique religieuse, qui possède jsi
bien l'intelligence des traditions, publie aujour-
d'hui, d'après l'édition de 1792, tous les con-
certos. Il a apporté dans cette publication le
soin respectueux que réclame l'd'uvre du grand
maître. La transcription d'orchestre est faite
excellemment, les points d'orgue, que Ha-ndel
n'a pas notés, parce qu'il en laissait l'improvi-
sation à l'imagination de l'exécutant, sont très-
bien conçus. M. Loret, à qui l'on doit de bons
ouvrages pour l'enseignement de l'orgue, enri-
chit par cette publication le répertoire des
organistes sérieux et leur rend un véritable
service. »
M. Loret a en portefeuille un certain nombre
d'ouvrages encore inédits. Parmi ces ouvrages,
il faut surtout distinguer une symphonie à grand
orchestre, en ré; une messe à 4 voix, avec
accompagnement d'orchestre ou d'orgue et
quatuor; plusieurs motets avec solo et chœurs;
un oratorio intitulé le Calvaire ; un concerto
pour piano, avec accompagnement d'orchestre;
enlin des études et exercices pour le piano,
ainsi que plusieurs morceaux de genre, des
préludes, fugues et romances sans paroles pour
le même instrument.
Un frère de cet artiste, Charles Loret, mort
jeune il y a quelques années, s'est fait connaître
avantageusement comme compositeur et a pu-
blié un certain nombre de morceaux pour le
piano.
LORETZ (JoHN-M ), compositeur, a
écrit la musique d'un opéra-comique, the
Pearl of Bagdad, qui a été représenté au
Brooklyn Lyceum de New- York, au mois de
mai 1872.
LOT (Thomas), fadeur d'instruments à
vent, l'un des plus habiles et des plus renom-
més artistes en son genre, était établi à Paris
dans la seconde moitié du dix-huitième siècle
et faisait partie de la corporation des lu-
thiers-maîtres-jurés-comptables de cette ville.
On trouve son nom, à la date de 1770, dans
des règlements de comptes de cette corporation
qui sont conservés dans un carton des Archives
nationales. H exerçait encore sa profession en
1785, et demeurait alors rue de l'Arbre-Sec.
A cette dernière date, un artiste du même
nom, Martin Lot, qui était évidemment parent
de celui-ci, était établi aussi facteur d'instru-
ments à vent à Paris, et demeurait à l'abbaye
Saint-Germain. Enfin, un troisième membre
de cette famille, Gilles Lot, cousin de Thomas,
était aussi un habile facteur d'instruments à
vent ; il avait épousé la fille de Le Clerc, qui
exerçait la même profession, et, à la mort de
celui-ci, resta avec sa veuve à la tète des af-
faires en qualité de compagnon, n'ayant pas
pu, malgré ses efforts, se faire recevoir maître
dans la corporation. Le Musée instrumental
du Conservatoire de Paris possède un galoubet
de Gilles Lot.
LOTH ( ), violoncelliste, attaché en cette
qualité à l'orchestre du théâtre de P.ouen, a
|)ubiié en 1783 un Recueil d'ariettes avec ac-
compagnement de guitare.
LOTT (JouN-FuKDicKic), artisan allemand,
né en 1775, ([uitta de bonne heure son pays
pour se rendre en Angleterre, et s'établit à
Londres pour y exercer sa profession d'^ébé-
niste. Son compatriote Fendt étant venu se
fixer aussi en cette ville, le décida à quitter ce
métier pour la profession plus lucrative de lu-
thier, et le fit entrer avec lui chez Dodd {Voyez
ce nom), où tous deux travaillèrent activement
et où Loti fit beaucoup de violoncelles «t de
LOTT - LOUDIER
127
contrebasses. Les instruments de Lott, qui
était très-soigneux et produisait lentement,
étaient d'un travail très-fini, mais son vernis
laissait à désirer. Dans son livre, the Violin,
M. Georges Hart affirme que ses contrebasses
sont splendides et supporteraient la compa-
raison avec les instruments italiens-, ce qui
est certain, c'est que les contrebassistes an-
glais considèrent Lott comme le plus grand
facteur des instruments de ce genre dans leur
pays. Quant à ses violoncelles, on dit qu'ils
sont aussi soignés, aussi parfaits à l'intérieur
qu'à l'extérieur. — Le fils aîné de cet artiste,
George-Frédéric/i Loti, né à Londres en 1800,
mort en 1868, connaissait très-bien la lutlie-
rie italienne, de même que son frère JoJtn Lott,
qui mourut en 1871, et à qui l'on doit de
bonnes imitations des maîtres italiens.
LOTTI DELL A SA1\TA (Mvrcellina),
cantatrice distinguée, est née à Mantoue au mois
de septembre 1831. Élevée au couvent de Vi-
mercate, près de Milan, elle en sortit pour se^li-
vrer à l'élude du chant sous la direction de l'ex-
cellent professeur Mazzucato, et fit des progrès
assez rapides pour pouvoir débuter avec succès
à Constantinople, dans la saison de 1850-1851.
Cet essai fut si heureux que la jeune artiste fut
aussitôt engagée à la Scala, de Milan, où elle dé-
buta dans Attila et Nabucco, de Verdi. Elle par-
courut ensuite toute l'Italie, se montrant à Gê-
nes, Bergame, Modène, Florence, Udine, Rome,
Vérone, Parme, Kavenne, Vicence, Palerme, etc.
En 1862 elle chantait au théâtre San-Garlo de
Naples, puis au San Carlos de Lisbonne; en 1864
on la retrouvait à Milan, puis à Vienne; elle se
fit entendre aussi, de la façon la plus heureuse,
aux deux théâtres italiens de Saint-Pétersbourg
et de Londres. Son répertoire, très-étendu et
uniquement composé d'ouvrages essentiellement
dramatiques, comprenait i Loinbardi, un Ballo
in maschero, Attila, Rigoletto, la Confessa
iVAmuIJi, les Huguenots, i Vespri siciliani, il
Trovalore, Martha, la Juive, Lucia dl La-
mermoor, Nabucco, Ernani, etc. M'"^ Marcel-
lina Lotti a épousé un baryton nommé Délia
Santa. Ellesemble,'depuis quelques années, avoir
renoncé à la scène.
^* LOTTL\ (Théodora PIERRET, épouse),
pianiste et compositeur, née à Paris au mois
de décembre 1808, fit ses études musicales
au Conservatoire, où elle fut l'élève de Zim-
raermann pour le piano, et de Ponchard pour
le chant. Elle obhnt un premier prix de piano
en 1826. Cette artiste a publié des romances
et un certain nombre de conipositions pour le
piano.
LOUCHET (Gustave), pianiste et com-
positeur, né à Boulogne-sur-Mer le 4 octobre
1840, reçut de son père, excellent amateur,
ses premières leçons de musique. Envoyé dès
l'âge de sept ans à la maîtrise de Rouen, placée
alors sous la direction de M. Vervoitte, il y
passa trois années, au bout desquelles il vint
continuer à Paris son éducation musicale. De-
venu élève de M. Marmontel pour le piano,
il étudia l'harmonie, le contrepoint et la fugue
avec M. Muratet, et, son instruction terminée,
il se livra à la composition. Dès 18C4, ayant
prit part à un concours ouvert par la ville de
Paris pour la composition d'un chœur à quatre
voix, il voyait couronner son Hymne de Noël,
et publiait ensuite plusieurs autres productions
du même genre. M. Louchet retourna ensuite
à Rouen, s'y fixa, y donna plusieurs concerts,
et se fit connaître par la publication d'un cer-
tain nombre de morceaux de piano, écrits non-
seulement avec goilt, mais avec style, empreints
d'un bon sentiment mélodique, et qui témoi-
gnent des bonnes études et des aspirations éle-
vées de leur auteur. Depuis le commencement
de 1876, M. Gustave Louchet a quitté Rouen
pour venir s'établir définitivement à Paris
Voici la liste des compositions de cet artiste ,
publiées jusqu'à ce jour : Psaume 145 (paroles
latines, fragment), solo et chœur, avec accom-
pagnement d'orgue ou d'orchestre, op. 1 (Paris,
Clioudens) ; Hymne de Noël, chœur à 4 voix
mixtes, op. 6 (id., id.); Ave Maria, chœur à
4 voix d'hommes, op. 7 (id., id.); Sacrum
convivium, chœur à 4 voix mixtes, avec ac-
compagnement d'orgue, op. 10 (id.,id.); VA-
beille, chœur à 4 voix d'hommes, op. 12 (id.,
id.); Tantum ergo, chœur à 4 voix mixtes,
avec accompagnement d'orgue ou d'orchestre,
op. 15 (id., id.); Hymne à la mer, chœur à
4 voix d'hommes, op. 16 (id., id.); O Salv-
taris, solo de baryton avec accompagnement
de violon et orgue, op. 5 (id., id.); Idylle
pour le piano, op. 2 ; le Lilas, romance sans
paroles, id., op. 3; Pensée fugitive, id., op.
4; 2 Pensées caractéristiques, id., op. 8;
Andante cantabile, id., op. 9; 2 Mazurkas,
id., op. 11; Prélude et fugue en sol mineur,
id., op. 13; Allegretto, id., op. 14. Toutes ces
œuvres de piano ont été publiées chez l'éditeur
M. Ma ho,
LOUDIER (Sophronyme). C'est sous ce
nom, que nous croyons être un pseudonyme,
qu'a paru un livre ainsi intitulé : La Musique
au village, histoire anecdotique de la méthode
Galin-Paris-Chevé, par Sophronyme Loudier,
avec une préface de A. Thys et un portrait
1-28
LOUDIER — LUBECK
d'Emile Clievé (Paris, s. d. [1872', librairie de
VÉclw de la Sorbonne, in- 12).
LOUKT (AiiisTiLs), virluose sur plusieurs
instriinienls et compositeur, frère d'Alexandre
Louel (auquel une notice est consacrée au tome
V de la Biographie tiniverselle des Musi-
ciens], publia un certain nombre de romances,
<l(Mit une entre autres, intitulée Près d'un ber-
ceau, obtint jadis un succès de vogue (1). Cet
artiste vivait à Bruxelles en 1851, et un journal
de celte ville, l'Éclair, en parlait ainsi dans
son numéro du 4 janvier 1851 : « Violoniste
distingué, guitariste extraordinaire, il n'a pas
son pareil à Bruxelles. Compositeur comme
son Crère, il est auteur de chants et de ro-
mances aus-;i populaires que cette charmante
Berceuse, récitée sous les lambris dorés comme
sous le toit de la plus modeste chaumière.
M. Louet fait chanter agréablement le violon ;
son talent de pianiste accompagnateur est
justement apprécié, mais rien ne peut égaler
le mérite transcendant qu'il possède comme
guitariste. » On croit qu'Aristius Louet est
mort à Bruxelles il y a plusieurs années.
♦ LOUIS (M'"'), compositeur, femme de
l'architecte de ce nom, s'était fait connaître
d'abord comme virtuose sous le nom de Bajon,
qui était celui de sa famille, ainsi qu'on peut
le voir par ces lignes de la Correspondance
secrète (T. III) : « M"'^ Louis, femme de l'ar-
chitecte du roi de Pologne, était déjà célèbre
sous le nom de M"' Bajon par ses talents en
musique. C'est elle qui a mis à la mode en
France le forie-piano, instrument qui a main-
tenant la plus grande vogue. »
* LOUIS (Nicolas), violoniste et compo-
siteur pour son instrument, s'est fait connaître
aussi comme musicien dramatique, mais il n'a
jamais pu aborder une .scène parisienne, et a dû
se contenter de faire représenter ses ouvrages
sur des théâtres de province. De là le peu de
retentissement qu'ils ont eu. Voici ceux qui
sont venus à ma connaissance : 1° un Duel à
Valence, un acte, Lyon, 2i décembre 1844 ;
2" Marie-Th&rèse, quatre actes, Lyon, 19 fé-
vrier 1847; 3" les Deux Sergents, deux actes,
Reims, janvier 1850; 4" le Vendéen, un acte;
5" les Deux Balcons, un acte; G" Brelan de
dames, un acte. Louis était né à Gueux, le 30
novembre ISOS. — La veuve de cet artiste, pia-
niste fort distinguée, a épousé en secondes noces
fl) 11 y a lieu de croire (surtout en prOsenee de ce pro-
nom d'./rislivs, qui n'est rien moins que commun), que
cet artisie iic fait qu'un avec Aristius Loue!, mentionné
au tome V de la IHoqraphir, et dont le nom aura sans
doute été altéré à l'impression.
un riche commerçant parisien, M. Viard. Elle a
donné à Londres, dans le couvent de l'hiver
1877-78, toute une -série de concerts qui ont été
très- suivis.
LOULIÉ ou LOULLIER (L -A ),
violoniste et compositeur, fut pendant vingt
ans, de 1766 à 1786, attaché à l'orchestre de
la Comédie-Italienne en qualité de second vio-
lon, emploi dans lequel son fils lui succéda. Cet
artiste a publié un certain nombre de compo-
sitions pour le violon et pour l'alto, parmi
lesquelles je citerai les suivantes : Trois sona-
tes pour l'alto, avec accompagnement de basse,
op. 6 (Paris, LouÎn); Trois sonates pour le
violon avec accompagnement de violon, op. 9
(Paris, Corbaux) ; Trois sonates pour l'alto,
avec accompagnement de basse, op. 10 (id., id.}.
L'artiste du même nom dont la notice est
insérée au tome V de la Biographie jiniver-
selle des Musiciens est vraisemblablement le
fils de celui dont il est ici question.
LOUVET (Pierre), luthier et facteur de
harpes, était au nombre des luthiers-maîtres-
jurés-comptables de Paris en 1742, et jouissait
d'une bonne réputation. Il vécut vieux, car
quarante ans après, en 1783, il exerçait encore
sa profession et était doyen de la corporation
des luthiers. On n'a pas, d'ailleurs, d'autres ^
renseignements sur son compte.
Un autre luthier du même nom, Jean Loxi-
vet, peut-être son fièie, était établi maître-lu-
thier à Paris en 1759.
LOVATI-CAZZULAXl ( ). Un ar-
tiste de ce nom a écrit la musique d'un opéra
sérieux italien, Bianca Capello, qui a été re-
présenté avec succès à Valence (Espagne),
en 1871.
LOYS (Jean), musicien qui vivait en Flan-
dre au milieu du seizième siècle, a composé
deux chansons insérées dans un recueil de
chansons françaises publié par Pierre Phalèse
à Louvain, en 1555-155G.
LUBECK (J...-H ), compositeur de ta-
lent, fondateur de l'École de musique de la
Haye, naquit à Alplien en 1798. Musicien de
premier ordre, artiste lie grand mérite dans
toute retendue du mot, il savait jouer de pres-
que tous les instruments, aussi bien des instru-
ments à vent que des instruments à cordes.
En 1813, avant même d'avoir atteint l'âge de
seize ans, il s'était engagé dans un corps de
musique militaire sur le Rhin; il fit la campa-
gne de 1813-1815, et en 1816 se rendit à Post-
dam, en Prusse, pour y travailler sérieusement
l'harmonie et le contrepoint. Bientôt il fut at-
taché au théâlie de Riga, puis à celui de Stet-
LUBECK — LUBOWSKI
129
tin, se prodnisit ensuite comme violoniste, et
en 1823 revint dans les Pays-Bas, où il organisa
de nombreux concerts. Nommé en 1826 direc-
teur de l'École royale de musique de la Haye,
il se vit, en 1829, conférer par le roi le titre
de maître de sa clia|ielle, et en 1835 reçut sa
nomination de membre de l'Institut royal néer-
landais. Pendant près de quarante ans, Lubeck
a contribué grandement à la propagation de la
musique classique dans les Pays-Bas, et durant
sa longue carrière il a formé de nombreux
élèves qui sont devenus des artistes fort dis-
tingués.
Lubeck était un des meilleurs ciiefs d'or-
chestre qu'on eût connus dans les Pays-Bas ;
comme compositeur, ce fut un artiste sérieux,
qui a produit des œuvres remarquables. Une
de ses compositions les plus distinguées est
un psaume pour soli, chœurs et orchestre,
ouvrage qui lui fait le plus grand honneur et
et qui a été souvent exécuté dans sa patrie.
"Viennent ensuite plusieurs cantates, des ouver-
tures, quatre concertos pour violon et orchestre,
un concerto pour cor et orchestre, un concerto
pour liautbois et orchestre, et beaucoup d'autres
compositions de moindre importance. En 1842,
Lubeck fut nommé chevalier du Lion néer-
landais, et en 1852, à l'occasion du vingt-cin-
quième anniversaire de la fondation de l'École
de musique, le roi lui fit remettre la grande
médaille d'or du Mérite.
Lubeck est mort à La Haye le 7 février 1865.
Eu. DE H.
LUBECK (Erinst), fils aîné du précédent
et son élève, né à La Haye en 1829, est un des
pianistes les plus éminents de l'époque actuelle.
Avant de devenir célèbre en Euiope, il fit avec
Franz Coenen, de 1850 à 1854, un grand voyage
dans toute l'Amérique, et ce voyage lui valut
toute une série de triomphes. A son retour en
Europe, il donna de nombreux concerts en
Allemagne, en France, en Angleterre et dans
sa patrie, et partout il obtint un Succès d'en-
thousiasme. En 1854, Ernst Lubeck se fixa
à Paris, y fut acclamé toutes les fois qu'il se
produisit en public, surtout pour son admi-
rable interprétation des grandes œuvres clas-
siques, et pendant de longues années fit partie
de l'excellente société de musique de MM. Ar-
mingaud, Lalo et Jacquard. Il se mit aussi
à donner des leçons de piano, forma d'excel-
lents élèves, et devint l'un des meilleurs pro-
fesseurs de Paris.
Lubeck est incontestablement l'un des plus
remarquables pianistes contemporains, et il
restera l'un des meilleurs artistes que les
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. —
l'ays-Bas aient produits dans le dix-neuvième
siècle. Musicien accompli, il a écrit pour son
instrument des ouvrages fort estimés, entre
autres un concerto avec orchestre d'une réelle
valeur, d'excellentes études, et beaucoup de
petites compositions. 11 a le titre de pianiste de
S. M. le roi des Pays-Bas, et il est décoré de
l'ordre néerlandais de la Couronne de chêne.
Malheureusement, depuis quelques années,
le pauvre grand artiste souffre d'une maladie
nerveuse qui a pris un caractère alarmant, et
et qui ne laisse pas que de donner de cruelles
inquiétudes à sa famille et à ses nombreux
a"iis (1). Ed. de H.
LUBET D'ALBIZ (Joseph), écrivain fran-
çais, est l'auteur d'un opuscule publié sous ce
titre : Des relations de Vharmonie musicale
avec Vharmonie céleste (Paris, aux bureaux
de la Semaine viusicale, 1866, in-8*'),
LUBOWSKI (J ), pianiste et composi-
teur distingué, né en Pologne, se fit entendre
avec succès, en 1852, dans un concert donné
par lui à Cracovie, et mourut peu d'années
après. Uu livre d'études pour le piano parut
à Leipzig après sa mort; ces études étaient
Cl) Ce grand artiste, dont le talent égalait la renom-
mée, est mort à Paris, dans un état de démence coriipléle
où il était tombé peu de temps après la guerre franco-
allemande. Aucun symptôme n'avait pu faire soupçonner
encore un désordre de son esprit, lorsqu'un soir, à la
suite d'un cuncert dans lequel II s'était fait entendre, II
fut pris d'un violent désespoir : lui, l'homme modeste
par eicellonce, prétendit qu'il n'atat pas été applaudi
comme de coutume, et trouva la cause de cet insuccès,
d'ailleurs imaginaire, dans ce fait que le public, le sa-
chant étranger, l'avait peut-être supposé Allemand. Cette
Idée devint fixe chez lui, et bientôt I.ubi'Ck était fou.
Il avait épousé une jeune femme charmante, tille d'un
médecin distingue, M. le marquis du Pl.intis , et il en
était vivement épris ; c'est dans cette famille, devenue
la sienne, qu'il fut soigné avec une sollicitude et un
dévouement sins bornes. M. le marquis du l'iajitis étant
mort au mois de juillet 1876, le pauvre Lubeck sut se
soustraire un jour à la surveillance affectueuse dont
11 était l'objet; il se rendit au bois de Boulogne, auprès
duquel il demeurait, entra dans un restaurant, se fit
servir à diner, et voulut ensuite partir sans même
songer à payer sa dépense. On ne vit pas qu'on avait
affaire à un fou, et on le Dt conduire chez un commis-
saire de police, qui comprit vite la situation de l'infor-
tuné; malheureusement, Lubeck ne put ou ne voulut
dire ni son nom ni son adresse, de sorte que la soirée
se passa à le transporter de poste de police en poste de
police, tandis que sa femme éplorée le faisait vaine-
mrnt chercher partout. Enfin, dans le courant de la
nuit, il put être rendu aux siens. Peu de jours après
cet événement, Lubeck subit une violente crise ner-
veuse, et le n septembre 1876 il rendait le dernier
soupir.
Lubeck, dont le talent était raagniflque et plein d'am-
pleur, est certainement l'un des virtuoses les plus re-
marquâmes qu'ait produits le dU-neuvléme siècle.
A. P
T. II. 9
130
LUBOWSKI — LUCCA
intilult^es la Fontaine, le Tourbillon, la Danse
des Sorcicres, le Trille, les Arpèges, le Mou-
vement perpétuel. On avait publié de lui,
précéiieininenl : Deux Pas rcdouliléSj Bruns-
wick, Spohr; Marche Lithuanienne, idem,
idem; Fantaisie sur la valse du comte de Gal-
Icmberg, Prague, Berra; Variations sur une
clianson de l'Ukraine, idem, idem ; la Cascade,
élude.
LUCANTOXI (Giovanm), compositeur
italien, est né à Macerata en 1825. Son père
était un ténor, et sa mère une cantatrice douée
d'une belle voi\ de contralto. Il commença
ses études musicales sous la direction de Gio-
vanni Pacini, à Lucques et à Viareggio, et les
termina avec Vaccaj au Conservatoire de Milan.
Pour ses débuts il écrivit la musique d'un
ballet en deux actes, Don Chlsciottc, qui fut
représenté en 1845 au théâtre de la Scala, de
Alilau. Il composa ensuite une messe à quatre
voix qui fut exécutée dans la même ville en
1850, et dans le cours de cette même année
il donnait au théâtre Re un opéra semi-sérieux
en deux actes, intitulé Élisa. Enfîu, toujours
à Milan, il faisait exécuter au théâtre [diilo-
dramatiquc, pour l'iruuiguralion du buste de
Métastase, une grande cantate pour soprano,
contralto, ténor et basse. Établi à Paris depuis
1857, M. Lucanloni a publié chez les éditeurs
Choudens, Flaxland, Heugel, Ilarlmannn et
Langlois, un nombre considérable de romances,
mélodies vocales, duos, etc., qui ont paru aussi
à Londres, chez Novello. On connaît encore
de ce compositeur une ouverture à grand
orchestre dédiée par lui à Ro.ssini, et des mor-
ceaux' de musique de danse publiés en lia-
lie (1).
J. D. F.
LUCAS (CnARLEs), compositeur, violoncel-
liste et professeur anglais, né àSalisbury en 1808,
fit ses étuiles littéraires en cette ville et y reçut
sa première éducation musicale à la maîtrise de
la cathédrale, après quoi il alla se perfectionner
à l'Académie royale de musi(iue de Londres.
Nommé en 1830 compositeur, arrangeur de la
musique cl violoncelliste de la musique particu-
lière de la reine Adélaïile, il devenait, dans le
cours de la môme année, organiste de la chapelle
lianovriennedo Saint-Georges ; puis il succédait à
Lindlcy counne premier violoncelliste de l'or-
chestro de l'Opéra royal italien, et en 1832 il
assumait les fonctions de chef d'orchestre de
|1) M. I.ncaiiloDl a publié aussi dans .sa patrie un
Certain nombre île niélodios vocales, c:ilrc autres un al-
bum (Je six roinances hitilulO L'na .Sera lii Carncvalc,
et un autre recueil : (Juattro Romame. — A. 1'.
l'Académie royale de musique. Enfin, en 1859,
il était nommé principal (directeur) de ce der-
nier établis-sement. Il mourut à Londres le 23
mars 1809.
Charles Lucas était un artiste honorable^et dis-
tingué. Virtuose habile, professeur remarquable,
il s'est fait apprécier aussi comme compositeur,
et on lui doit plusieurs opéras, des symphonies,
des ouvertures, des antiennes, et un assez grand
nombre de songs el de glees.
LUCAS (Ecsèbe), compo.sileur de musique
de danse, chef de l'orchestre du Casino des
bains de Monaco (Monte-Carlo), s'est distingué
par la façon remarquable dont il dirige cet
orchestre, et par l'intelligence artistique dont
il a fait preuve en offrant à son public autre
chose que la musique plus ou moins frelatée
qui est l'apanage ordinaire des orchestres de
bains de mer. Cet artiste a eu, en effet, l'excel-
lente idée de con.sacrer un jour par semaine à
l'exécution des œuvres purement classiques,
ou du moins (car cette épitliète de classique,
aujourd'hui passée dans la langue, n'est pas
entièrement juste), à celle des œuvres des
maîtres, faisant entendre ainsi les grandes
compositions de Haydn et de Mozart, de Bee-
thoven et de Weber, de Mendelssohn et de
Meyerbeer, de Méhul et de Cherubini, de Berlioz
et de M. Richard Wagner. Cette tentative a
obtenu un plein succès, et les jeudis de Monte-
Carlo (1) ont été fort bien accueillis. M. Lucas,
qui est du reste un artisle instruit, est l'auteur
d'un opuscule intitulé l'Orchestre et le public
(Monaco, 1868, in-8"), dans lequel, sans ap-
porter un contingent bien nouveau à la poétique
de l'art, il a exprimé des idées saines dans
un langage clair et précis; l'auteur a amplifié
cet écrit dans un volume plus étendu, les
Concerts classiques en France (Paris, San-
doz et Fischbacher, 1876, in-16), qui, en affi-
chant de plus grandes prétentions, n'a pas
sensiblement augmenté la valeur des idées
exprimées.
LUCAÏELLI (Giovanm-Battista), musi*
cien italien qui vivait à Venise au commence-
ment du dix-huitième siècle, écrivit pour le
service du i)riiice de Toscane Ferdinand de
Médicis quelques cantates da caméra, el un
divertissement musical intitulé le Vittorie di
David e la gelosia di Saut, qui fut exécuté
en 1701.
LUCCA (FnANCEsco), éditeur de musique
(1) C'est le nom qu'on leur a don né, et c'est le litre
sous lc(|uel un écrivain Ingénieux, M. Cli. M. Uomcrguc
(ros. ce nom), a publié un volume de critique inlérts-
saut rt substauUel.
LUCCA
131
italien, naquit à Crémone en 1802. Il avait étu-
dié la musique et occupait l'einploi de seconde
clarinette à la Scala, de Milan, lorsqu'il entra
cliez l'éditeur Giovanni Ricordi, en (jualité de
graveur, à raison d'un franc par jour. 11 était
alors A^é de viD^t ans, et n'était [toint dépourvu
d'ambition. A force d'éconondes, il liiiit par réa-
liser une petite somme de 640 francs, et s'en-
fermant alors chez lui pendant six mois, il se
mit à graver pour lui-même un certain nombre
de Métiiodes et de Traités qui lui servirent de
premier fond pour un commerce de musique
qu'il voulait créer. Bientôt il s'établit en effet,
lutta avec énerj^ie contre toutes les difficultés,
et finit par réussir. Il fit plusieurs voyages en
Allemagne pour se rendre compte des meilleurs
procédés à employer, et fit faire de réels pro-
grès au commerce musical par la beauté et la
correction des éditions qu'il livrait au public,
par la [netteté et le fini de sa gravure.
Après s'être assuré la propriété pour l'Italie
des œuvres de Thaiberg, de Chopin, de Schuloff,
de Czerny, il songea aussi à la publication d'ou-
vrages dramatiques, et répandit les partitions
de Donizetti, Mercadante, Pacini, Coppoia, et
plus tard celles de Petrella, de MM. Marchetti,
Gomes, Csiglio, etc. Esprit libéral et ouvert à
tous les progrès, c'est à ses efforts que l'Italie doit
d'avoir pu connaître les productions des grands
musiciens étrangers, et c'est Lucca qui intro-
duisit dans sa patrie Faust, l'Africaine, la
Juive, Lalla-Roukfi, et iasqu'kLoheugrin et au
Tannhauser.
Lucca était devenu tiès-puissant, et avait fait
de sa maison l'une des premières et des plus
honorablement connues de toute l'Italie. Le
nombre des publications faites par lui ne s'élève
pas à moins de 21,000, et parmi elles il en est
de fort importantes. Homme de cœur aussi, et
homme de bien, il était le père de ses ouvriers,
qui le vénéraient, et les artistes n'avaient qu'à
se louer de ses procédés envers eux. Il avait
voué surtout une affection profonde à Donizetti,
qu'il aimait comme un frère, et il y a quelques
années il fit don à la municipalité de Milan d'une
statue de ce grand artiste, destinée à être placée
dans le vestibule du théâtre de la Scala. Lucca
est mort subitement à Milan, frappé d'apoplexie,
le 20 novembre 1872.
LUCCA (Pauline), chanteuse remarquable,
est née à Vienne,' le 20 avril 1841, de parents
italiens. D'abord choriste au théâtre de cette
ville, elle ne fut pas longtemps sans faire ad-
mirer sa magnifique voix de soprano et sa
précoce intelligence. Des maîtres lui furent
donnés, .ses progrès furent rapides, et elle était
à peine âgée de seize ans lorsqu'elle débuta
avec succès, au théâtre d'Olmiitz, dans le rôle
d'iilvira (VErnani. Au bout de quatre mois
elle se produisait, à Prague même, dans la
Fsorma et dans les lluguenols. Meyerbeer
assistant à l'une des représentations de cet
ouvrage et lui entendant chanter le rôle de Valen-
tine, en fut si charmé qu'il la fit engager aus-
sitôt au théâtre royal de Berlin. Elle y débuta
avec éclat, et bientôt devint l'idole du public,
qui la plaça au rang des grandes cantatrices
(|ui avaient brillé sur ce théâtre, les Sontag,
les Schrœder-Devrient et les Jenny Lind. D'ail-
leurs, en dehors de la beauté de sa voix,
M""^ Lucca sut bientôt faire apprécier de
rares qualités scéniques, qui, quoique inégales,
parfois exagérées et opposées entre elles, n'en
donnaient pas moins la preuve d'un tempéra-
ment artistique d'une grande puissance et d'une
rare souplesse. C'est ainsi qu'elle jouait tour
à tour, en donnant à chaque personnage le
caractère qui lui convenait, Maiguerite de
Faust, Chérubin des IVoces de Figaro, Valen-
tine des Huguenots, et Zerline de Fra Dia-
volo. Infatigable du reste, douée d'une éner-
gie, d'une volonté et d'une âpreté au travail
des plus rares, elle se constitua un répertoire
étonnamment étendu, et qui, aujourd'hui, ne
comprend pas moins de cinquante-six rôles,
parmi lesquels le Trouvère, la Favorite, VA-
fricaine, et bien d'autres de genres et de ca-
ractères absolument différents.
On assure même que c'est à son intention
expresse que Meyerbeer écrivit le rôle de
Selika, de l'Africaine, qu'il désirait lui voir
créer à Paris ; mais M™^ Lucca, qui ne saurait
chanter le français qu'avec un accent alle-
mand très-prononcé, ne voulut pas s'exposer
à un échec et refusa obstinément toutes les
propositions que le maître lui fit à ce sujet.
Elle ne voulait pas, d'ailleurs, quitter Berlin,
et se bornait à aller pas.ser trois mois de chaque
année à Londres, sur l'une des scènes ita-
liennes de cette ville. Plus tard_, cependant,
elle se fit entendre à Vienne, à Saint-Péters-
bourg, à New-York et dans plusieurs villes
de l'Italie. Engagée récemment par l'impré-
sario Merelli, elle a donné au commencement de
1876, à Bruxelles, une série de représentations
qui ont été pour elle de véritables triomphes.
En tant que tragédienne lyrique, M""' Lucca
serait, dit-on, sans rivale, si, à force de vouloir
atteindre l'effet, il ne lui arrivait parfois de
l'exagérer, et si elle voulait modérer des em-
portements qui dépassent le but et la font
tomber dans un réalisme un peu outré. Son
132
LUCCA — LUDECKE
jeu est néanmoins d'une grande originalité, elle
a des élans de passion superbes, et lorsqu'elle
sait se contenir, elle atteint aux dernières
limites du pathétique, se montrant cantatrice
aussi remarquable que puissante tragédienne.
Quoique les rôles d'un caractère tendre ou
mélancolique conviennent moins à sa nature
ardente que ceux dans lesquels la passion
doit se déployer dans toute sa force, elle sait
ce|)endant leur donner une couleur toute parti-
culière, et s'y montre supérieure sous le
rapport du chant proprement dit. Au total,
c'est une artiste de premier ordre, merveilleu-
sement douée par la nature, et dont le ta-
lent magnifique s'appuie sur les plus sérieuses
études.
M™" Lucca avait épousé à Berlin, en 18G0,
un oflicier supérieur prussien, le baron Yon
Rhode, dont elle eut une fdle; lorsque, au
mois d'août 1872, elle arriva à New-York, où
elle était engagée par Vimpresario Max Ma-
retzek, elle entama aussitôt une procédure
pour faire prononcer son divorce. Ce procès,
dont toutes les circonstances furent singulières,
se termina par un arrêt rendu le 2 juin 1873,
arrêt qui prononçait en effet le divorce, en
établissant que M"'« Lucca conserverait la
garde de sa fille et qu'elle pourrait se remarier
si bon lui semblait, tandis que celte faculté
n'était pas accordée à son mari. Deux jours
après, le 4 juin. M""' Lucca prenait un second
époux. Prussien comme le premier, M. Emile
Von Wallafeu, et le baron Von Rhode, malgré
l'appel qu'il interjeta du jugement, ne put
obtenir ni la cassation de l'arrêt, ni même
l'autorisation de se remarier.
LUCCHESI (Frediano-Matteo), composi-
teur de musique religieuse fort estimé de son
temps, naquit à Lucques vers 1710, et eut le
bonheur d'être l'élève du célèbre Léo. Il fut
maître de chapelle de l'église collégiale de
Saint-Michel in foro, et écrivit un grand nombre
d'u'uvres dont la plupart sont conservées, à
Lucques, dans des archives publiques ou des
collections particulières. Parmi ces (cuvres,
on distingue surtout : plusieurs messes à 2,
4 ;et 5 voix a cappella; une messe à deux
orchestres ; des répons à 4 voix, pour la se-
maine sainte; un grand uondjre de motefs;
enlin, treize grands services religieux à 4 voix
et à grand orchestre, exécutés, de 1747 à 1778,
h l'occasion de la fêle de Sainte-Cécile. Musicien
très-savant, professeur eslimc, Lu('ch(!si, (pii
fut le maître de Domenico Quilici et d'Antonio
Puccini, mourut à Lucques le 18 août 1779,
âgé de près de soixante-dix ans.
* LUCE-VARLET (J ). Cet arti.ste
a fait représenter sur le théâtre de Versailles,
en 1850, un opéra-comique en deux actes,
intitulé le Maestro ou la Eenommée. La
partition pour chant et piano de cet ouvrage,
dédiée à Auber, a été publiée par l'éditeur
M. Richault.
LUCIDl (A ). Un artiste ain.si nommé
a fait représenter à Rome, sur un théâtre par-
ticulier, le 31 mars 1876, un opéra semi-sé-
rieux intitulé Ivan.
LUCILLA (DoMEMCo), compositeur dra-
matique, est né à Riofreddo le 17 février 1820,
Apiès avoir fait ses études au Lycée mu-
sical de Bologne, où il eut pour professeurs
MM. Corticelli et S. Golinelli pour le piano et
M. Gaetano Gaspari pour l'harmonie, il alla,
sur le conseil de Rossini, se perfectionner sous
la direction de Domenico Vecchiotti, auprès
duquel il resta pendant trois années à Loretta,
de 1843 à 1846. De retour à Rome après avoir
obtenu à l'Académie philharmonique de Bolo-
gne le diplôme de compositeur, il fit repré-
senter au théâtre Valle, en 1853, son premier
opéra, il Soiitario, qui fut bien accueilli et
qu'il fit bientôt suivre de Giuliano Salviati
(1854), et d'une grande cantate qui fut exécu-
tée au théâtre Apolio (1856). En 1857, il donna
au théâtre Capranica «i Sindaco del Villaggio,
qui obtint un brillant succès, et en 1862 il fit
jouer à Reggio d'Emilie l'Eroe délie Asturic,
que l'on considère comme son meilleur ou-
vrage. Enfin, M. Lucilla fit encore exécuter
en 1871, au théâtre Apolio, pour une soirée
de gala, une cantate nouvelle, en fit chanter
une autre, par 700 voix, sur la place du Ca-
pitule, le 2 octobre de la même année, et le
18 janvier 1873 donna au théâtre communal
de Eerrare son cinquième opéra, il Conte di
Betizeval, ouvrage en 4 actes, qui obtint une
série de dix-huit représentations. Cet artiste,
qui est aujourd'hui président de l'Académie
philharmonique romaine, a en portefeuille <leux
antres ouvrages dramatiques : la Jiclla Fan-
cndla di ■ Perth, en 4 actes, et Tommaso
Chatterton.
* LUCOT (Alexis). Nous rétablissons ici le
prénom de cet écrivain, qui s'appelait Alexis,
et non Alexandre.
LÏIDEClîE (Louis), violoncelliste allemand
et compositeur pour son instrument, a publié dan.s
CCS dernières aimées un cerlaiii nombre d'œuvres
parmi lesquelles je citerai les suivantes : Sou-
venir d'un bal, mazurka pour violoncelle, avec
accompagnement de piano, op. 9; Romance, id,,
op. \Ç); Momento religioso, pour violoncelle ou
lCdECRE — LULLY
133
violon, avec piano, op, II ; 3 lieder, id. id., op.
t2; Stations musicales, 12 petits morceaux
faciles et progressifs pour violoncelle, avec piano,
op. 15; Nocturne pour violoncelle ou violon,
avec piano, op. 16.
LUIGINÏ (Joseph), chef d'orchestre' ha-
bile et compositeur, né en Italie vers 1820, et
depuis naturalisé français, a dirigé l'orches-
tre du théâtre du Capitole, de Toulouse, est
devenu ensuite second chef d'orchestre du
Grand-ThéiUre de Lyon puis premier, lorsque
George HainI eut été appelé à remplacer
Dietsch à l'Opéra, el enfin, en 1872, se trouva
placé, conjointement avec M. Dami, à la tête
de l'orchestre du Théâtre-Italien de Paris. Il
n'y resta que quelques mois, retourna ensuite
à Lyon, puis revint à Paris, où il entra comme
chef d'orchestre au petit théâtre des Fantaisies-
Oller, pour lequel il composa la musique de
quelques divertissements dansés : Zédouika,
le Printemps, les Postillons, etc. M. Luigini
avait écrit précédemment, pour le Grand-
Théâtre de Lyon, la musique d'un ballet en deux
actes, les Filles de Gros-Guitlot, qui fut repré-
senté au mois de mars 1806, et celles de deux
cantates qui furent exécutées en 1865 et 1866,
— Un (ils de cet artiste, M. Alexandre Luigini,
musicien intelligent et bien doué, a fait une partie
de ses études au Conservatoire de Paris, où il a
obtenu un accessit de violon, et est ensuite
retourné à Lyon, d'où il a envoyé, aux concours
ouverts par la Société des compositeurs de
musique, deux quatuors pour instruments à
cordes qui ont été couronnés. Il a écrit aussi
la musique d'un ballet en 3 actes et 5 tableaux,
Ange et Démon, qui a été représenté à Lyon
le 13 janvier 1875, et celle d'un opéra-comique
en un acte, les Caprices de Margot, joué
dans la même ville le 13 avril 1877. Il est au-
jourd'hui chef d'orchestre du théâtre de Lyon. —
Une fille de M. Joseph Luigini, chanteuse aima-
ble, s'est consacrée au théâtre.
* LULLY (Louis DE), fils aîné de Jean-
Baptiste de Lully. Dans son intéressant écrit :
Note sur quelques musiciens dans la Brie,
M. Th. Lhuillier [Voy. ce nom) a publié pour la
première fois l'acte de baptême de cet artiste.
Ce document, en nous faisant connaître que
Louis de Lully fut baptisé seulement à l'âge
de treize ans révolus, et dans la chapelle royale
de Fontainebleau, nous apprend aussi qu'il
eut pour parrain et marraine le roi el la reine
en personne. En voici la reproduction exacte :
« Ce jourd'hui neufviesme du mois de sep-
« tembre 1677, Mgr l'éminentissime Emmanuel-
« Théodore de la Tour-dAuvergne, cardinal
« de Bouillon, grand aumônier de France,
« dans la chapelle haulte de la cour de l'Ovale
<t du château royal de Fontainebleau, a sup-
« pléé les cérémonies du baptême au fils de
« Jean-Baptiste de Lully [sic) et Magdeleine
« Lambert, demeurant à Paris, lequel de Lully
'< est surintendant de la musique du roi, lequel
« (enfant) fut ondoyé par M. de Lamet, pour
« lors doyen de Saint-Thomas du Louvre, le
« sixième du mois d'août 1664, selon qu'il a
« été certifié, et né du quatrième du môme
« mois et an que dessus. — Et a eu pour pa-
« rein et mareine le roi et la reine, qui lui ont
« donné le nom Louis ; le tout en la présence
« de nous, soussigné, Antoine Durand, prêtre,
« curé de l'église paroissiale de Saint-Louis de
« Fontainebleau.
« Louis.
■ " ■■' « Marie-Thérèse d'Autriche,
« Jean-Baptiste Lulli. »
Cet acte est conservé aujourd'hui à la mairie
de la ville de Fontainebleau.
* LULLY (Jevn-Baptiste DE), deuxième
fils du fameux compositeur. Dans l'écrit que
nous venons de citer, M. Th. Lhuillier parle
aussi du second fils du grand Lully, au sujet
d'un mariage célébré à Melun, dans l'église
Saint-Aspais, le 7 février 1689, et dans l'acte
duquel il figure comme témoin. Cet acte nous
apprend que Jean-Baptiste de Lully, alors âgé
seulement de vingt-trois ans, puisqu'il était
né au mois d'août 1665, était déjà pourvu
d'un prieuré et d'une abbaye ; dans ce docu-
ment, en effet, il est nommé et qualifié « mes-
sire Jean-Baptiste de Lully, abbé de Saint-
George-sur-Loir, prieur et seigneur de Vitry ».
Cette situation ne l'empêchait pas, paraît-il,
de se livrer à la composition et de travailler
pour la scène; on va le voir par la note sui-
vante, qui m'est communirjuée par M. Weker»
lin, et qui rectifie une double erreur commise
au sujet de Jean-Baptiste de Lully : — « M. Fé-
lis cite sous le nom de Louis de Lully la moitié
du titre d'un ouvrage qui n'est pas de celui-ci,
mais de son frèie. C'est le Triomphe de la
raison sur l'amour, « pastorale mise en musi-
« que par M. de Lully, surintendant de la musi-
« que du roy, représentée devant Sa Majesté, à
« Fontainebleau^ le 25 octobre 1696 (Paris,
« Christophe Ballard, 1697). » L'épîtreauroi qui
se trouve en tête de ce petit in-4° oblong est
signée Jean- Baptiste Lully. Le fils a dû
ramasser quelques bribes des dédicaces de
son père, et, sans s'en douter, il se rend jus-
tice. On y lit : Je suis persuadé, sire, que je
n'aurois pu réussir dans ce pelH ouvrage
134
LULLY — LUSITÂNO
si je n'avais esté excité par %m aussi pitis-
saut motif que celuij de plaire à Vostre
Majesté; tme si belle ambition tient sou-
vent lieu de génie, et peut élever des dis-
positions médiocres; fay succédé à feu mon
père dans cette noble émulation, elc. Mal-
heureusement, cette noble éiaulalion ne suflit
pas pour avoir du talent, et Jean-Baptiste le
fils n'avait pour lui que l'ambition de jjlaire
au grand roi. Cet ouvrage, oii manque évi-
demment le souflle de Lully le père, compte
76 pages d'impression, et renferme dix-neuf
petits morceaux, dont quelques-uns sont à
deu\ parties. Les personnages sont Ménalquc,
Célimène, Clitoris, Tircis, deux Songes funes-
tes, et une troupe de bergers et de bergères. «
" LUiVIÏîYE (IIans-Christian), est mort à
Copentiague, le 20 mars 1874.
LUNjV (Charles), écrivain anglais, a publié
récemment, dans le journal Médical Press and
Circular, un écrit dont il a été fait ensuite un
tirage à part sous ce titre : The Philosophy
ofvoice and the basis of musical expression
{La Philosophie de la voix et la base de
l'expression musicale.) Il a paru quatre édi-
tions de cet opuscule, que l'auteur a fait suivre
d'un autre petit ouvrage, intitulé the Roofs of
musical art, a caiechism for children (les
Sources de l'art musical, catéchisme pour les
enfants).
LUPOT.— L'auteur de la Biographie uni-
verselle des Musiciens n'a parlé que du fa-
meux luthier Nicolas Lupot, en disant qu'il
était fils d'un artiste exerçant la même profes-
sion. Dans son livre : tes Instruments à ar-
chet, M. Antoine Vidal, qui a été renseigné
d'une façon plus complète sur cette intéressante
famille, donne sur elle les détails suivants :
« La famille des luthiers français de ce nom
est originaire de Mirecourt; en voici la généa-
logie , du plus loin qu'on la connaisse. II y avait
à Mirecourt, dans le courant du XVIII« siècle,
un luthier du nom de Jean Lupot, et sa
femme Laure Henry. De cette union naquit : .
« Laurent Lupot, né à Mirecourt en 1G9G;
luthier comme son père, il avait ajouté ;\ son
état d'autres fondions, car on le retrouve, en
1747, maître d'école à Plombières. En 1751, Il
quitte Pioiiiliièrcs pour aller s'établir comme
luthier à Lunéville, où il reste jusqu'en 17ào.
On le retrouve en 17G2 exerçant sa profession à
Orléans. Il eut un fils :
• François Lupot, né à Plombières en 173(5,
qui se maria en t7;)i, étant encore mineur. Ce
dernier commença à travailler avec sou père à
Lunéville, i)uis en 1758 partit pour Sluttgard,
où il fut peniiant douze années luthier du duc
de Wurtemberg. En 1770, il alla se fixer à
Orléans, rue Sainte-Catherine; il est mort à
Paris en 1804. Il avait eu deux fils : T Nicolas,
né en 1758 à Sluttgard ; 2" François, né à Or-
léans en 1774. »
Nicolas Lupot est le luthier célèbre dont on
peut lire la notice dans la Biographie univer-
selle des Musiciens (t. 'V, p. 377). Quant à
son frère François , il se livra exclusivement à
la fabrication des archets et devint en ce genre
l'un des artistes français les plus distingués ;
c'est lui, dit-on, qui imagina d'ajouter à la
hausse de l'archet ce qu'on appelle la coulisse,
doublure en métal qui garnit cet hausse dans
la rainure pratiquée sur la baguette et qui, la
fixant solidement, l'empêche de tourner sur
celle-ci. Dès 1815, François Lupot avait établi
ses ateliers à Paris, rue d'Angivilliers, n" 18,
près de l'oratoire St-Honoré. C'est dans cette
maison qu'il mourut, le 4 février 1837 (1).
* LUSITANO (ViCEME), illustre tbéori-
cien portugais. — La célèbre dispute de cet ar-
tiste avec Nicola Vicentino est un des épisodes
les plus intéressants de riiistoire de la nuuique.
Fétis en parle longuement; il a eu le mérite
d'appeler l'attention des connais.seurs sur les
documents que Baini a présentés au sujet de
cette dispute et qui rétablissent la vérité des faits
dénaturés par Arteaga et par tous les écrivains
qui ont puisé leurs renseignements dans le livre
de ce dernier. Vicentino, blessé dans son or-
gueil par la sentence des juges Danckerts et
(1) M. J. (iallay veut bien nie communiquer la noie
suivante, rédigée par lui d'après des rcnscignemcîits qui
lui ont été fournis par M. Eugène Gand, et qui concerne
le plus fameux membre de cette famille, Nicolas Lupot,
— <■ Nicolas Lupot, fils de François Lupot, vint s'établir
en France avec son père vers 1785. Il se fl.\a d'abord à
Orléans; ses premiers instruments sont datés de cette
ville. En 1792, Pique, luthier à Paris, fort en faveur à
cette époque, se mit en rapport avec Lupot. Celui-ci lui
faisait une f;rande partie de ses violons et les lui livrait en
blanc, au prix de 20 livres. Ce fut en 1794 seulement que
Lupot vint s'établir à Paris; mais ses instruments pari-
siens ne datent que de 1798. Il habitait alors la rue de
Crainmont. En isofi, il transporta son établissement rue
Crolx-des-Peiits-Champs. Nommé (1815) luthier de la
chapelle royale, il devint luthier de l'École royale de
musiiiue en 1816, et fut chargé, en cette qualité, d'établir
les instruments donnés en prix clia()ue année aux élèves
couronnés. Un 1820, il entreprit de remplacer presque
tous h's anciens insirnmenis de la ch.ipelle royale par
des instruments entièrement de .sa main; mais à sa mort,
ce travail n'étant pas terminé, ce fut Charles-François
Gand, .son gendre et son élève, qui se chargea de l'a-
chever. Par malheur, ces superbes Instruments devaient
être tous détruits, en |K7), lors de l'Incendie du palais
des Tuileries. Lupot est considéré à juste titre comme le
luthier le plus crolncnt de l'école de Paris. »
LUSITANO — LUSSY
135
Escohedo, qui le condamnèrent à payer les deux
écus d'or du pari, s'empressa de publier son
Aniica miisica, où il embrouille toute la ques-
tion (ch. XXXXIIl, fol. 95-98 verso). Depuis
1555, date de la publication de son ouvrage,
jusqu'en 1828, époque où parurent les Memorie
de Baini, la querelle a élé appréciée d'une ma-
nière toute partiale, car les juges n'ayant pu se
défendre des accusations de Vicentino, celui-ci
resta seul sur le terrain. Le mémoire de Danckerts
sur celte célèbre dispute resta enfoui dans une
bibliothèque de Rome, grâce à la protection que
le cardinal deFerrare, Hyppolite d'Esté, accordait
à Vicentino, et il n'a pas encore vu le jour. Fétis
en donne le titre in extenso [Blogr. univ.,
t. II, pp. 425 et 426). J'ajouterai que Danjou
en parle comme d'un excellent ouvrage (Revue
de la musique religieuse, t. III, p. 201). « Ce
mémoire, dit-il, très-éfendu, est entièrement
écrit de la main de l'auteur. Toutes les ques-
tions musicales agitées au XVr siècle y sont
traitées avec développement et avec une érudi-
tion remarquable. C'est un plaidoyer en faveur
de la musique du XVI« siècle, et en particulier
de l'école romaine. Gliislino d'Ankerts {sic) at-
taque avec force l'école de Venise, représentée
par Adrien Willaert et ses disciples, au nom-
bre desquels était Nicola Vicentino. J'ai carac-
térisé cette lutte dans quelques articles sur VO-
Hgine et la consiitution de la musique mo-
derne. Le mémoire de Ghislino d'Ankerts en fait
connaître tous les détails; il traite accidentelle-
ment de diverses difficultés de la notation pro-
portionnelle, et contient une foule de renseigne-
ments précieux pour l'histoire de la musique.
L'abbé Baini, qui cite ce manuscrit et en a copié
le titre, ne paraît pas en avoir apprécié l'im-
portance. »
Ceci n'est pas exact, puisque c'est Baini qui a
exposé le premier, et très-nettement, la question
à laquelle le mémoire de Dankerts (ou d'Ankerts)
se rattache. Il a dû le lire. {Les articles de Dan-
jou sur VOrigine et la constitution de la mu-
sique moderne se trouvent dans \diRevue citée,
1846, vol. II, page 56 el page 424.)
N'ayant pas eu le bonheur d'examiner ce pré-
cieux manuscrit, qui est pour ainsi dire le pro-
cès-verbal d'une victoire nationale de mon pays,
je tiens à réunir ici tous les renseignements que
j'ai recueillis depuis bien des années sur Vi-
cente Lusitano et sa dispute fameuse. Peut-être
pourront-ils servir un jour à quelque travailleur
désintéressé.
Après Danjou, c'est La Page qui s'est occupé
du manuscrit de Danckerts. Il en a donné un
intéressant résumé dans ses Essais de dip/iié-
rographie musicale, (Paris 1862, pages 224-239),
avec la liste complète des chapitres du mé-
moire. La Fage s'est servi à cet effet d'une
co}iie (à la Bibliothèque Casanatense O, III,
118) du mémoire, faite par Baini, dit-il, sur l'o.
riginal de la bibliothèque du palais Corsini alla
Liingara. Cette copie est la meilleure preuve
de l'importance que Baini attachait au mémoire.
Je tiens à dire que je n'ai eu connaissance du
compte-rendu de La Fage qu'après avoir lu la
notice de Danjou, car La Fage est aussi d'opi-
nion que Baini avait aussitôt reconnu l'impor-
tance du manuscrit. Danjou a vu l'original à la
bibliothèque Vallicelliana (dans le couvent des
pères de l'Oratoire, à Rome). Je ne sais pas
comment le mémoire de Danckerts, a passé de
la Vallicelliana à la Corsiniana? Peut-être La
Fage s'est-il trompé; après avoir dit que l'ori-
ginal est au palais Corsini alla Lungara, il
ajoute qu'il aura l'occasion de le signaler,
" ainsi que plusieurs autres copies. » Cepen-
dant je n'ai trouvé nulle part, dans son volimie,
un mot sur l'original ; parmi les copies, il n'en
cite, outre celle de Baini, qu'une seule antre, qu
serait dans la bibliothèque des Philippins de
Rome (page 226).
Vicente Lusitano a laissé sur le plain-chanf,
le contrepoint et la fugue un ouvrage que Félis
loue beaucoup; l'éminenl maître donne les dates
des trois éditions qui en ont été faites; mais
l'indication du nombre des pages n'est pas
exacte ; pour la première c'est 46 qu'il faut lire,
au lieu de 86, et pour la seconde, 26 au lieu de
23. Le titre est le même dans les trois éditions;
le portrait de Lusitano, qui, d'après Fétis, doit
orner la première, m'est inconnu, Fétis possé-
dait les l'« et 3'"^ éditions (Catalogue, n'"*5,3I7
et 5,319). ÏJ, DE V.
LUSSY (Matuis), professeur de musique et
didaclicien, est né à Stanz (Suisse) le 8 avril
1828, et reçut ses premières leçons de piano et
de violon de l'abbé Aloys Businger, alors orga-
niste en cette ville. Il était à peine âgé de dix
ans qu'il tenait déjà l'orgue à l'église dans les
exécutions à grand orchestre, et qu'il accom-
pagnait sur la basse chiffrée, comme c'est l'u-
sage en Suisse et dans toute l'Allemagne du
Sud. En 1842, M. Lussy entra au séminaire de
Saint-Urban, dépendant de la célèbre abbaye
de Citeaux, et là il reçut des leçons d'orgue et
de composition du P. Naegeli, l'organiste le
plus renommé de la Suisse à cette époque.
Quatre ans après, en 1846, il venait à Paris
pour étudier la médecine, mais il abandonnait
bientôt cette carrière pour revenir et se consa-
crer exclusivement à l'étude de la musiqiie
136
LUSSY — LUTTI
Enfin, en 1852, ayant terminé complètement son
éducation, il se livra à renseignement d'une
façon absolue, se (îxadéfinitivcinont à Paris, et
bientôt y épousa la tille d'un ancien offlcier su-
périeur français.
Le premier ouvrage publié par M. Lussy est
le fruit de cette pratique de renseignement, et
porte le titre suivant : Réforme dans rensei-
gnement du piano, i* partie. Exercices de
piano dans ioiis les tons majeurs et mineurs
à composer et à écrire par rélève, précédés
de la ihéorie des gammes, des modulations,
du doigté, de la gamme harmonique, etc.,
et de nombreux exercices théoriques (Paris,
librairie internationale, 1863, in-8°). Dans cet
ouvrage, conçu sur un plan nouveau, M. Lussy,
au lieu de faire de l'élève l'instrument passif du
maître, lui donne un rôle plus élevé, plus in-
telligent, et en fait presque son collaborateur,
en excitant son initiative, son amour- propre,
ses facultés personnelles, et en lui donnant, en
dehors du travail mécanique, une large part
dans les progrès de son éducation. L'explication
de ce système rationnel et salutaire, dans le-
quel l'initiative du maître est aussi toujours
tenue en éveil, m'entraînerait à des développe-
ments qui dépasseraient les bornes que je dois
donner à cet article; mais je me fais un devoir
de le recommander à ceux qui ont souci de la
bonne instruction musicale de leurs enfants.
Le second ouvrage de M. Lussy, d'un tout
autre genre, est intitulé Traité de l'expression
musicale (Paris, Heugel, 1874, gr. in-8"), et
prouve que l'auteur n'est pas seulement un
musicien , mais aussi un lettré fort instruit et
un véritable penseur. Je ne sais pourtant si ce
livre, remarquable à beaucoup d'égards, est ap-
pelé à rendre autant de services qu'il le sup-
pose. Non que je le considère comme inutile, il
.s'en faut de tout; mais je crois que son utilité
sera bien plus grande aux artistes doués par
eux-mêmes du sentiment de l'expression, du
don d'émouvoir en matière musicale, qu'à ceux
qui ne possèdent point cette faculté , et pour
qui justement il est fait. M. Lussy a cru, non
point sans doute découvrir, mais discerner et
coordonner ce qu'il api)elle les lois de l'expres-
sion musicale, et c'est l'exposé, d'ailleurs re-
marquable , des principes qu'il en fait découler
qui forme l'objet de son Traité. Or, ce qu'on
appelle en musique le sentiment, l'expression,
l'àme, la passion, me semble chose ab.solument
personnelle à l'artiste, et ne saurait, à mon sens
du moins, être régi de façon ou d'autre. Cha-
que artiste sent, éprouve, exprime par consé-
quent à sa manière, et c'est celle diversité de
sentiments , cette personnalité en ce qui con-
cerne l'émotion, qui diversifie les talents. Cela
est si vrai que, dans l'ordre littéraire, par
exemple, on a vu au théâtre des artistes de gé-
nie jouer le même rôle de façon différente, et
y être sublimes chacun de leur côté. Bien plus,
certains comédiens supérieurs trouvaient sans
cesse de nouveaux effets, de nouveaux moyens
d'expression, et modifiaient leur jeu sans cesser
d'être admirables. On sait qne Talma, doué,
sous ce rapport, d'une inspiration multiple et
toujours en travail, étonnait constamment le
public par une interprétation dont les détails
variaient à l'infini.
Donc, l'expression n'est pas une, comme pa-
raît le croire M. Lussy, et n'obéit pas à des
lois fixes, précises, immuables; elle est, non-
seulement affaire de tempérament de la part de
l'artiste, mais encore affaire d'inspiration, de
disposition spéciale, de sentiment nerveux, etc.
Ce qui revient à dire , non-seulement que dix
artistes pourront donner à la même phrase musi-
cale dix nuances d'expression différentes, tontes
excellentes, selon le caractère de leur talent,
leur éducation, leur sentiment personnel, mais
encore que chacun d'eux pourra diversifier lui-
même à l'infini l'expression de celte même
phrase, selon sa disposition d'esprit, son état
de santé ou toute autre cause possible. Quant à
ceux qui ne trouvent pas en eux-mêmes le secret
de cette expression, ceux qui ne peuvent s'animer,
les insensibles, les impassibles, je reste bien
convaincu que les déductions les plus ingénieu-
ses, que tous les préceptes du monde seront
impuissants à leur donner le feu sacré, à leur
communiquer celte incomparable fiiculté d'é^
mouvoir les âmes qui est le don le plus précieux,
le plus admirable à la fois et le plus mystérieux
que la divinité ait pu faire' à sa créature.
Quoi qu'il en soit de ces réilexions et de ces
réserves, j'ai dit et je suis persuadé que le livre
de M. Lussy ne restera point inutile. Œuvre
très-hardie en somme, d'un caractère très-no-
ble, très-élevé, ce livre sera lu avec fruit, utile-
ment médité par tous les artistes, même les
mieux doués, qui y trouveront des moyens
nouveaux d'émotion , des aperçus; pleins de
justesse, et qui grandiront leur talent à la lec-
ture de ces pages empreintes d'un grand amour
de l'art, d'un rare sentiment du beau, et parfois
d'une véritable éloquence. <
LUTTI ( ). Un compositeur de ce nom
a fait représenter à Milan, sur le théâtre de la
Scaln, le 22 mars 18.58, un opéra sérieux intitulé
Berengario d'Ivrea. Cet ouvrage subit une
chute complète, et je ne sache pas que depuis
LUTTI — LUZZI
137
lors l'auteur se soit de nouveau présenté au pu-
blic.
LUVINI ( ...). composifeur italien, a
fait représenter à Turin, sur le théâtre Nota, le
7 août 1865, un opéra sérieux, intitulé un'Ere-
dità in Corsica, dont , je crois , il avait écrit
les paroles et la musique. Je n'ai pas d'autres
renseignements sur cet artiste, qui depuis lors
ne s'est pas reproduit à la scène.
"* LUX (Frédéric), pianiste, organiste, chef
d'orchestre et compositeur allemand, est de-
venu chef d'orchestre du théâtre de la ville,
à Mayence. Précédemment, cet artiste avait
obtenu de grands succès comme organiste, en se
faisant entendre à Mannhcira, Bruxelles, Darm-
stadt, Wùrzbourg et autres villes. M. Lux a
publié une soixantaine d'(('uvres de divers gen-
res, qui révèlent un musicien instruit et nourri
de saines études. Je citerai, entre autres : une
Symphonie pour orchestre ; une messe avec
chœurs; un quatuor pour instruments à cordes,
op. 58 ; Grande Marche solennelle, pour piano ;
Grande Marche festivale, pour piano à 4 mains,
op. 19; t'anlaisie de concert pour orgue sur le
Choral de Luther Eine feste Burg, op. 53;
Fugue de concert, pour orgue, op. 56 ; lied
pour orgue, op. 57 ; etc. On doit aussi à cet ar-
tiste une excellente transcription pour piano à 4
mains des neuf symphonies de Beethoven.
LUZARCI1E( Victor), érudit et bibliographe
français, né à Tours en 1805, mourut à Amélie-
les-Bains en 1869. Possesseur d'une fortune
considérable, il avait réuni une riche et magni-
fique bibliothèque, fertile en raretés de toutes
sortes, et fut pendant de, longues années conser-
vateur de celle de sa ville natale, dont il pré-
para le catalogue avec un soin tout particulier.
C'est dans les manuscrits précieux de cette
dernière qu'il trouva les éléments de plusieurs
publications intéressantes, faites par lui avec
un goût rare. Je mentionnerai ici deux de ces
publications, qui se rattachent indirectement à
la musique. La première est ime « Vie. du pape
Grégoire le Grand, légende française publiée
pour la première fois » (Tours, impr. de J. Bou-
serez, 1857, in-16), poème étrange et fantasque
dont le héros est ce pontife qui se fit un renom
si célèbre sous divers rapports, et particulière-
ment dans l'histoire de l'art musical. La seconde
publication est la suivante : « Adam, drame
anglo-normand du XII^ siècle, publié pour la
première fois d'après un manuscrit de la Biblio-
thèque de Tours » (Tours, impr. J. Bouserez,
1854, in-80). Ce drame comprend plusieurs
chœurs, et c'est en cela qu'il intéresse non-
seulement l'histoire du théâtre, inais aussi celle
de la musique; toutefois, l'éditeur restant muet
à ce sujet, il ne parait pas que le manuscrit
contienne la musique de ces chœurs. Cela
parait d'autant moins probable que Luzarche a
signalé, dans le volume même d'où il tirait ce
poème, volume divisé en deux parties (dont la
première date de la seconde moitié du XII*
siècle et la deuxième du commencement du XIII®)
et comprenant divers ouvrages du même genre,
la présence d'un fragment musical important :
- « La première partie, dit-il, commence par
un office latin de la Résurrection dramatisé et
mis en musique. Nous nous occupons de la pu-
blication de ce curieux monument liturgique,
le plus conqjlel que nous connaissions jusqu'à
ce jour. Afin d'en conserver et d'en produire
tous les détails, particulièrement en ce qui con-
cerne la partie musicale, nous le publierons en
fac-similé. » Luzarche a tenu sa promesse, et
a publié ce monument intéressant : « Office de
Pâques ou de la Résurrection , accompagné
de la notation musicale et suivi d'iiymnes et de
séquences inédites, publié pour la première fois
d'après un manuscrit du XW siècle de la
Bibliothèque de Tours par V. Luzarche » (Tours,
1856, in-8°).
* LUZZASCO LUZZASCHI, musicien
fameux du seizième siècle, vivait sans doute
encore au commencement du dix-septième, car
M. Guidi, éditeur de musique à Florence, a re-
trouvé récemment (1876) un recueil de madri-
gaux de cet artiste daté de 1601, et resté in-
connu jusqu'à ce jour de tous les biographes
modernes. Ce recueil est particulièrement pré-
cieux en ce qu'il offre le premier exemple connu
d'un ouvrage de ce genre publié en partition
avec accompagnement de clavecin ou orgue,
toutes les publications analogues faites jusqu'a-
lors ne contenant aucun accompagnement. Voici
le titre de ce livre de madrigaux de Luzzasco
Luzzaschi : Madrigali di Luzzasco Luzzaschi
per cantare e sonore a uno e doi e tre so-
prani, fatti per la musica del già Ser. Duca
Alfonso d'' Este y stampati in Roma app. Si-
mone Veroni, 1601 (un vol. in-folio avec fron-
tispice gravé).
LUZZI (LuiGi), compositeur italien, né vers
1825 à Olevano, dans la Lomelline, commença
par faire d'excellentes études littéraires à l'U-
niversité de Turin , et suivit ensuite les cours
de l'École de médecine de cette ville. A cette
époque, néanmoins, il s'occupait déjà de musi-
que, et faisait exécuter un jour, dans une réu-
nion d'étudiants, ses camarades, un hymme de
sa composition (1847). Lors du passage à
Gênes du roi Charles Albert, à la suite des
138
LUZZI — LYSBERG
événements de 1848, cet hymme fut chanté par
6 ou 700 voix, et après la funeste bataille de
Novare, qui ruina pour un temps les espérances
(le l'Italie libérale, il devint le chant de prédi-
lection des étudiants turinais.
Je n'ai pas connaissance des premiers tra-
vaux de Luzzi, et ne puis signaler, en ce
qui concerne ses commencements, qu'une sorte
d'opérette intitulée Chiarina, dont la musi
que était, dil-on, charmante, et qui fut repré-
sentée sur im théiUre de Turin. Au mois de
novembre 1860, il fit exécuter au théâtre Cari-
gnan, de cette ville, un hymme patriotique in-
tituté Vittorio Emnmtele, re d'italia, dont
les paroles lui avaient été fournies par M. Yin-
cenzo Riccardi, et qui comprenait une introduc-
tion, un cliœnr, quelques soU et un grand final;
au mois de juin de l'année suivante, à l'occasion
de la mort du comte Cavour, il fit entendre
une grande marche funèbre que l'on dit fort
belle, et dont la réduction pour piano a paru,
ainsi que celle de l'hymme à Victor-Emmanuel,
chez les éditeurs Giudici et Strada. Les mêmes
éditeurs faisaient paraître, dans le même temps,
dcuv albums de Luzzi, le Grazie et le Serafe
Torinese, qui contenaient seize pièces de diffé-
rents genres : mélodies, hymnes, sérénades,
airs de danse, et publiaient encore la partition
d'une ouverture à grand orchestre que Luzzi
avait fait exécuter en 1857 à l'Académie phil-
harmonique. Un des critiques les plus compé-
tents de l'Italie, M. F. d'Arcais, a fait les plus
grands éloges des deux albums que je viens de
signaler, disant que les morceaux qui les com-
posent sont pour la plupart très-remarquables
et sortent complètement du genre habituel de
ces sortes de recueils. Luzzi a publié ainsi beau-
coup de compositions élégantes et légères, pour
le chant et pour le piano, et il ne s'est adressé
que rarement au théâtre. Pourtant il a donné
à Novare, le 7 février 1874, un opéra bouffe
intitulé Tripilla, et je crois qu'il avait fait re-
présenter, il y a une douzaine d'années , un
autre ouvrage du même genre, la Ventola.
Luigi Luzzi est mort à Stradella le 28 février
1876.
* LVOFF (Le général Alexis-Tukodorf),
est mort le 28 décembre 1870, dans le do-
maine qu'il possédait dans le gouvernement de
Kowno.
LYSBERG (CnAtiLES-SAMUEL lîOVY, dit),
pianiste et compositeur extrêmement distingué,
naquit h Genève, le T' mars 1821. 11 était fils
d'Antoine Bovy, qui, d'abord élève de l'radier,
devint un de nos graveurs en médailles les plus
remarquables, et à qui l'on doit, entre autres,
les belles [médailles de Thalberg, son compa-
triote, de Liszt et de Paganini. Lysberg com-
mença l'étude de la musique dans sa ville na^
taie; sa famille ayant bientôt reconnu ses ap-
titudes, l'envoya à Paris terminer son éducation.
Là, il eut le bonheur d'entrer en relations avec
Chopin, dont il devint l'élève , et le bonheur
plus grand encore de ne pas laisser, sous l'in-
fluence d'un pareil maître, étouffer son tempé-
rament artistique, très-personnel et très-ori-
ginal. De ce tempérament et de cette éducation,
— à laquelle Liszt, qu'il connut aussi à Paris,
ne fut pas complètement étranger — sortit un
talent tout particulier, à la fois substantiel,
savoureux et potti(iue. Comme harmoniste, il
reçut des leçons de Delaire, l'un des bons élèves
de Reichn.
C'est pendant son séjour à Paris que Lys-
berg publia ses premières œuvres, et c'est par
crainte d'un jugement fâcheux de la part du
public qu'il les donna sous ce pseudonyme de
Lysberg, qui est le nom d'un joli village suisse
siiué au nord du canton de Berne. (On a dit
que ce pseudonyme avait été formé avec les
noms de Liszt de Thalberg. Ceci n'est pas exact.
Notons en passant que Lysberg n'a jamais
connu son illustre compatriote.) Mais la révo-
lution de février effraya le jeune artiste, et le
fit s'éloigner de Paris pour retourner à Genève.
Peu de temps après il épousait la fille aînée
de M. Jean-Louis Fazy, membre du grand con-
seil de cette ville, puis il devenait professeur
de piano au Conservatoire, oii il forma une
longue suite d'excellents élèves.
Ses travaux de composition ne souffrirent
pourtant pas de cette situation nouvelle. Retiré
dans le joli petit village de Dardagny, il mena
pendant longues années une existence calme et
douce, particulièrement favorable à la produc-
tion. Si Lysberg n'avait pas été aussi modeste,
s'il n'avait pas eu des goûts aussi tranquilles,
si, comme tant d'autres, il avait eu l'amour des
voyages et des ovations, il aurait conquis un
grand nom et serait assurément devenu célèbre.
Mais il aimait son pays et les siens au delà de
tout au monde, se plaisait dans un cercle d'amis
et d'intimes, et, di-pourvu de vanité sinon d'am-
bition, trouvait dans cette intelligente ville de S
Genève l'expansion suffisante à ses désirs. Re-
cherché partout et pir tous, il était accueilli,
choyé, fêlé d'une fiiçoii fout oxceplionuelle l'n
de ses grands succès fut lorsqu'il inaugura,
dans la salle du Casino , une série de soirées
très-brillantes, dans losipielles il faisait entendre
non-seulement sa jolie musique de piano, mais
des chœurs d'un excellent effet, dont il diri-
LYSBERG
i39
geait lui-même l'exécution avec une rare 7naes-
tria. D'ailleurs il travaillait sans cesse, croyant
n'avoir jamais assez appris ni assez fait , ce qui
est le propre des esprits élevés et des grands
artistes.
L'œuvre gravé de Lysberg se compose de
près de cent cinquante morceaux de piano, qui
se distinguent par un grand sentiment poétique,
une forme extrêmement soignée, une couleur
originale, et dans lesquels il semble souvent
voir passer comme un souflle de Weber ou de
Chopin, ces deux grands romantiques d'une
nature si différente. Parmi ses œuvres nom-
breuses, il en est dont les succès furent écla-
tants et prolongés : les Études de salon , les
Romances sans paroles, les Barcarolles , les
Noclunies, les Valses de salon, les Caprices;
puis, tous ces morceaux de genre, si avide-
ment recherchés: la Baladine, le Réveil des
Oiseaux, la Napolitaine, Tenerezza, Berge-
ronnette , la Chasse, la Fontaine, la Séré-
nade du page, le Pas des Archers, vn Soir
à Venise, V Amazone, le Tic-tac du Moulin,
Giovinetta, l'Idylle, Romanesca,le Menuet,
le Rêve d'enfant, la Berceuse, la Molda-
vienne, la Bourrée, la Voix des Cloches, le
Chant du Rouet, etc. Enfin, il faut encore citer
r Absence, sonate romantique, la Marche fu-
nèbre, une Polonaise brillante, les belles fan-
taisies sur Fatist et Mireille, les transcriptions
de Guillaume Tell, de Mignon, d'Hamlet, et
ses superbes morceaux pour deux pianos sur
Oberon , Don Juan , Preciosa , le Freischiiti
et la Flûte enchantée.
C'est le 15 février 1873 que Lysberg a été
enlevé aux siens, après une courte maladie. On
peut presque dire, tant il y était aimé, estimé,
honoré, que sa perle fut un deuil public pour
la ville de Genève. Il possédait d'ailleurs non-
seulement les qualités d'un artiste, mais cellee
d'un homme de cœur, et un journal de Genève
lui adressa un éloge complet en disant d& lui
que « ce grand artiste, fils de ses œuvres, sut
être à la fois un vrai patriote, un bon citoyen,
un ami dévoué, enfin un chef de famille consi-
déré, estimable, et digne de la plus sincère af-
fection de tous ceux qui ont eu le bonheur
d'être en relations avec lui. »
Lysberg avait fait représenter à Genève, en
1854, un opéra-comique en un acte, la Fille
du Carillonneur, que le public avait accueilli
avec faveur, mais sans enthousiasme. Il a laissé
en manuscrit un certain nombre de morceaux
qui doivent être publiés prochainement : Bar-
carolle-Sérénade, Scherzeito alla Mazurka,
les Bruits des champs, etc.
M
MAARSCIIALKEIWVEERD (P...), fac-
teur d'orgues distingué, est né à Utrecht (Pays-
Bas) en 1812. Il s'associa d'abord avec un autre
facteur, M. Sluiting, puis, en 1848, se sépara de
lui. Parmi les instruments qu'il a construits
seul, on cite les orgues de la loge Union royale
à Utreclit, de l'église Saint-Martin de la même
ville, de l'église catholique de Nieuwkoop, puis
celles de Harmelein, deHeimskert, deZeyst, de
Rumpst, etc.
* MABELLIIM (Teodulo). Cet artiste fort
distingué, qui occupe à Florence une situation
exceptionnelle, remplit depuis longues années
en cette ville les fonctions de maestro concer-
tatore et de chef d'orchestre du théâtre de la
Pergola, en môme temps qu'il est professeur de
contrepoint et de fugue à l'Institut royal de
musique. Il a formé dans ce dernier établis-
sement un nombre considérable d'élèves, parmi
lesquels on cite MM. Emilio Usiglio, Gandolli,
Pollione Ronzi, G. Palloni, Gialdini, De Champs,
Felici, Cesare Ciardi, etc. M. Mabellini semble
avoir renoncé, depuis longtemps déjà, à écrire
pour le théâtre, mais il n'a pas pour cela cessé
de composer. A la liste de ses œuvres, que je ne
saurais compléter, j'ajouterai cependant les sui-
vantes : lo Spirito di Dante, cantate pour so-
prano, contralto, ténor et basse, exécutée à
Florence lors des fêtes célébrées pour le cen-
tenaire de Dante; /e Antiche Festivilà fioren-
fine, caaVdle pour soprano et masses chorales,
exécutée aussi à Florence; Te Deum à 4 voix,
avec orchestre; Messa da vivo pour soli,
chœurs et orchestre, etc., etc.
MACCHl (LuiGi-DAvmE DE), professeur
et théoricien italien, est l'auteur d'un ouvrage
élémentaire ijui a obtenu un très-grand succès
en Italie et dont il a été fait trois éditions. Cet
ouvrage est ainsi intitulé : Grammatica mu-
sicale, ovvero Principii teorico-semeioijra-
fici délia musicn, mctodicamcnte csposti.
M.deMacchi est directeur et professeur de l'é-
cole municipale de chant de Turin.
MAC.EDO (Mancel), composibnir portugais,
qui vécut à Madrid vers le milieu du XVl' siè-
cle, a écrit des motels et des Vilhancicos.
J. DE V.
MACEDO (Antonio DE. SOUZA DE),
polygraplie et diplomate portugais du XVll"
siècle, naquit à Porto en 1606, et mourut
à Lisbonne en 1682. Ses écrits, qui ont été
imprimés en Portugal et à l'étranger, sont nom-
breux, et quelques-uns eurent une très-graude
vogue en Portugal , surtout son £va e Ave...
theatro de erudiçâo e philosopkia christd
(Lisbonne, 1676; la 10'"*' édition en 1766). Les
chapitres 23 et 24 de la r* partie de cet ouvrage
ont rapport à la musique; ce qu'il y donne a
cependant peu de valeur; ses idées sont emprein-
tes d'un mysticisme qu'il a puisé dans les saintes
Écritures et qui était fort en vogue en Portugal
vers la fin du XVir siècle. Les faits histori-
ques font défaut dans ce livre ; on n'y trouve
d'intéressant que les faits qui se rattachent au
roi D. Jean IV {Voy.ce nom) et à Peixoto da Pena.
Souza de Macedo fut très-protégé par D. Jean IV,
qui lui confia des affaires d'État fort importan-
tes ; ses missions à Londres, en Hollande , en
Suède, etc., rendirent de grands services à la
dynastie de Bragance,qui venait d'expulser les
Espagnols (1640). C'est en Suède qu'il découvrit
(après les plus grands efforts faits dans toute
l'Europe par ses ambassadeurs et autres ministres,
ce dont je suis témoin, car à ce sujet moi-même
j'ai fait bien des recherches), l'autographe du
Micrologue de Guido d'Arezzo, qui se trouvait
dans la bibliothèque de la célèbre et malheureuse
Christine de Suède. D'après Macedo, c'est au roi
lui-même que revient l'honneur de la découverte
de ce manuscrit ; cependant, il ne dit pas par
quels moyens D. Jean IV en apprit l'existence
dans la Bibliothèque de la reine (1). Souza deMa-
cedo fut, après la mort de D. Jean IV, ministre
(.sccrelario de estado) de son (ils Alphonse VI ;
ses ouvrages portugais (il en a écrit aussi en espa-
gnol, en latin, etc.) sont estimés comme classi-
ques.
J. DE V.
* MACFARIIEIV (George-Alexandre) ,
l'un des artistes les plus éminents de l'école an-
glaise contemporaine, est né à Londres le 2 mars
(1) Voy. pour de plus amples rcnsclgnciuents mon Essai
sur lecataloçiuc de musique du roi n. feanlf^ (Porto,
1871, piigc *7-6, et appcn lice, y l-f-'ll].
MACFARREN
Ul
1813. Fils aîné de George Macfarren, auteur dra-
matique fécond et connu par de nomtireux et bril-
lants succès, il reçut sa prennièrc instruction
artistique dans l'inslilution musicale de C. Lucas^
et entra ensuite (1829) à l'Académie royale de
musique, où il étudia principalement sous Ci-
priani Potter. Tout en travaillant la composition,
il s'appliqua à l'étude de divers instruments d'or-
chestre^ afin d'en bien connaître les effets et les
moyens pratiques, outre autres le violon et le
violoncelle, le liautbois, le basson, et surtout le
trombone, sur lequel il devint un exécutant de
première force. Il va sans dire qu'il pratiqua aussi
le piano.
Sorti de l'Académie après y avoir terminé ses
étudesj'il y rentraen 1834 comme professeur d'har-
monie, et c'est dans le cours de la même année
qu'il inaugura les séances de la Société des Bri-
iish Musicians, aujourd'hui disparue, par l'exé-
cution de sa symphonie en fa mineur. En 1838,
il donne au théâtre du Lyceum son premier ou-
vrage, VOpéra du diable, dont son père lui avait
écrit le livret, et qui est bien accueilli; il écrit
ensuite, à l'occasion du mariage de la reine Vic-
toria, une cantate, Emblematical Tributs, qui
est exécutée au théâtre deDrury-Laneen 1841, et
fait représenter sur la môme scène, en 1846, son
second opéra, Don Quichotte, dont son père lui
avait encore fourni le livret, et qui n'obtient
qn'un succès d'estime. L'année suivante il fait
un voyage aux États-Unis, et en rapporte un
nouvel opéra, le Roi Charles II, qu'il fait re-
présenter avec un grand succès au Princess's
Théâtre en 1849 et dans lequel miss Louisa Pyne,
la célèbre cantatrice, fait sa première apparition.
Viennent ensuite plusieurs cantates : the Sleeper
a wahened {th. de la Reine, 1850), Lenore, d'a-
près la ballade de Biirger (Londres, 1853, et fes-
tival de Birmingham, 1855), Jour de mai (fes-
tival de Bradford, 1858), dans laquelle l'auteur
reproduit l'esprit des vieilles mélodies anglaises,
et Aoel (Société musicale de Londres, 18C0), qui
se faisait remarquer par la même recherche.
C'est en cette même année 1860 que M. Mac-
farren produit au théâtre de la Reine son opéra
le plus heureux, Robin-Hood, au succès duquel
ne furent pas étrangers ses excellents interprètes,
M™* Lemmens-Sherrington, MM. Sims Reeves et
Stanley. En 18G2, W Aonne Jessy iea (un acte),
en 1863, the Soldier's Legnly (un acte) et
Freya's Gift, cantate exécutée au théâtre de
Covent-Garden pour le mariage du prince de Gal-
les. Enfin, en 1864, il fait représenter au même
théâtre She Sloops to conqner (Elle s'humilie
pour mieux triompher), et Helvellyn, grand
opéra en 4 actes.
Mais ces grands travaux scéniques n'empê-
chaient pas M. Macfarren de produire un grand
nombre de compositions d'autres genres, et fort
diverses. C'est ainsi qu'il écrivait successivement
plusieurs symphonies, beaucoup d'ouvertures
(the Merchant of Veiiice, Romeo and Juliet,
Don Carlos, Chevy Chase, Hamlet), un grand
quintette pour instruments à cordes, 4 qua-
tuors , un trio pour piano , violon et violon-
celle, 2 sonates pour piano et violon, 3 sonates
pour piano .seul. Pour le chant, ses productions
sont innombrables, et quelques-unes sont deve-
nues extrêmement populaires; il faut surtout
citer, parmi ses mélodies vocales, celles écrites
sur des paroles de Shelley, Walter Scott, Byron,
Schiller, Henri Heine, ses songs tirés des Idyl-
les de Tennyson, des Nuits arabes de Lane et
des poèmes de Kingsley, puis toute une série de
Shakespeare songs à 4 voix, extraits des
œuvres dramatiques de Shakespeare, et enfin
plusieurs centaines d'autres chants, chansons,
duos, trios, etc., sans compter divers morceaux
écrits pour des drames non lyriques, la cantate
Christmas, etc.
M. Macfarren a aussi beaucoup écrit pour l'é-
glise, et l'on signale principalement sous ce
rapport ses 52 Introit pour chaque dimanche de
l'année, pour lesquels il semble avoir puisé à
une source d'inspiration vraiment nouvelle. On
lui doit encore plusieurs oratorios, dont le pre-
mier, Saint-Jean- Baptiste , fut chanté avec un
grand succès au festival de Bristol (1373), par
M°"^^ Lemmens et Paley, MM. Lloyd et Stanley,
et produit ensuite, avec le même bonheur, à
Londres, dans diverses villes de province, et jus-
qu'en Amérique et dans les colonies. Il donna
ensuite la Résurrection (festival de Birming-
ham, 30 aoftt 1870), et Joseph, qui excita un
véritable enthousiasme au festival de Leeds,
où il fut chanté en 1877 par M"° Emma Albani,
M"'" Patey et Edith Wynne, MM. Lloyd, Foli
et Santley. C'est de cet ouvrage qu'un critique
a dit qu'il était « l'œuvre la plus complète qui
soit .sortie de la plume du mieux doué et du plu.s
distingué des musiciens anglais. » Dans le cours
(le celle dernière année, M. Macfarren faisait
exécuter au festival de Giascow une jolie can-
tate, the Lady of the Lake, qui fut fort bien
accueillie.
Malgré l'infirmité dont il a été frappé dans la
plus grande force de sa jeunesse (on sait que
depuis l'âge de 25 ans environ, il est complète-
ment aveugle), M. Macferren n'a cessé d'être,
sous tous les rapports, l'un des musiciens les
plus actifs, des compositeurs les plus féconds
de son pays, non-seulement produisant sans
142
MACFARIIEN — MACHADO
cesse des œuvres importantes, mais multipliant
son enseif^nement et s'occupant même de litté-
rature musicale. En effet, ce grand artiste, dont
l'activité semble infatigable, s'est fait connaître
encore comme écrivain spécial et comme théori-
cien. Sous ce rapport, on a de lui de remarquable.s
dissertations crilicpies et analytiques sur la plu-
part dos oratorios de Hœiulel, sur la messe en
ré et les symphonies de Beethoven ; de plus, il
a donné des notices biographiques sur les 'mu-
siciens célèbres à l'Impérial Dictionary of
universal biogrophy, et une traduction de l'é-
crit d'Edouard Devrient : Mes Souvenirs rc-
laiijs à Mendelssohn-Bartholdy ; il a publié
des Rudiments of Ifarmouy (1860), et Six
Lectures on Harmony (1867); il a revu et
édité les Old English Ditties (Vieilles chan-
sons anglaises), en 13 volumes (1857-1809), les
Moore's Irish Mélodies (1859), et les Scotch
So7igs. Il a, enfin, fait de nombreuses confé-
rences sur la musique à l'Institution royale, à
l'Institution de Londres, etc.
Nommé en 1860 membre du bureau des pro-
fesseurs de l'Académie royale de musique de
Londres, en 1868 membre du Comité de direc-
tion de cette institution, M. Macfarren fut ap-
pelé, en 1875 , à succéder à William Sterndale
Bennett comme principal (directeur) de cette
grande école, en même temps qu'il lui succé-
dait aussi comme professeur de musique à l'U-
niversité de Cambridge. M. Macfarren occupe
aujourd'hui l'une des plus hautes, des plus im-
portantes et des plus honorables situations mu-
sicales qui soient en Angleterre.
MACFAI\REi\(Waltf.u-Ci:cil), chef d'or-
chestre, pianiste et compositeur, frère du précé-
dent, est né à Londres le 28 août 1826. D'abord
enfant de chœur à l'abbaye de Westminster, de
1836 à 1840, il abandonna pendant deux années
l'élude de la musique pour se livrer à celle de la
peinture. Toutefois il revint à la première, et, en
1842, enira à l'Académie royale domusique, oii il
devint l'élève de son frère,|de W. II. Holmes et de
Cipriani Potier. Plus tard, en 1848, il fut nommé
professeur de piano dans cette institution, puis
chef de l'orchestre et des chu'iirs (1875). Artiste
distingué, M. Walter Macfarren a donné pendant
plusieurs années dés séances de musique de
chambre qui étaient très-suivies, et, comme chef
d'orchestre, il a dirigé l'exécution de nombreux
festivals. En tant que compositeur, on lui doit une
assez grande quantité de morceaux pour le piano,
des duos pour piano et violon ou violoncelle, de
nombreuses romances, des madrigaux, et aussi
plusieurs ouvertures, parmi lesquelles l'Ouver-
ture pastorale, qui a été exécutée eu 1878.
! M. Walter Macfarren a donné une bonne édition
des œuvres de piano de Mozart et de Beetho-
ven, et il a publié chez les éditeurs Ahsdown et
Parry, à Londres, un choix d'œuvres populai-
res classiques pour le piano {Popïilar classics),
tirées des plus grands maîtres. Cet artiste fort
estimable s'est aussi beaucoup occupé de criti-
que musicale.
MACHADO (Le P. Dioco-Barbosa), célè-
bre bibliographe portugais, né à Lisbonne en
1682, y mourut en 1772 avec le lilre d'abbé de
Sever (évêché de Porto). Son ouvrage leïplus
remarquable est la Bibliotheca Lusitann (1),
où tous les musicographes, depuis Gerber et
Forkel jusqu'à Fétis et Mendel , ont puisé leurs
renseignements sur les musiciens portugais an-
térieurs au tremblement do terre de 1757. Bar-
bosa Machado prodigue ses éloges à presque
tous les musiciens dont il parle; il est juste de
remarquer que l'éducation musicale en Portugal
était très-soignée jusque vers la fin du règne
de D. José I, tant dans les couvents que dans
les séminaires, dans la haute société que dans
les académies particulières. Domenico Scarlalli
sous D. Jean V, et David Perez sous D. José I,
exercèrent une grande infiuence sur l'art au
XVIIIs siècle, à ce point que .sous la direction
de Perez l'opéra de Lisbonne devint le premier
théâtre de l'Europe (2). La dynastie de Bragance,
suivant les traditions glorieuses de son fondateur
D. Jean IV, cultivait la musique avec passion;
tous les membres de la famille de D. Jean V
étaient des amateurs distingués; l'infante D.
Maria Barbara (3), plus tard reine d'Espagne
(femme de Feriiand VI), fut une virtuose ha-
bile sur le clavecin et l'élève favorite de D.
Scarlatti, qui lui enseigna aussi la composition
etiui dédia deux de ses pièces de clavecin ce
fut elle qui créa à Farinelli sa position excep-
tionnelle à la cour de Madrid. Il .se peut donc
qu'il n'y ait rien d'exagéré dans les éloges de
Machado ; j'ai donné ailleurs (4) une liste de com-
positeurs portugais qui occupèrent les charges les
plus élevées aux XVI« et XVIP siècles dans les
églises d'Espagne. Ces faits, et bien d'aulres,
prouvent que l'étude do la musi(pie était très-
sérieusement faite autrefois, et que les compo-
(1) I,c l*^' voliiniL' pnnit en 1741 (A E) ; le S'"» en 1717
(F-J); le 3» en Mai cl.-Z) ; le ;• en llot (suppléinenl).
(2) V, liurney, // (/t'Ht'ra/ liisto)-y of iVuiic,t. IV, p,
570.
(;n A'oy. ma bio;ffaphle de cette priiiccise, Jitc musi-
cal, II"" 40 et 41.
(4) Le célélire Martini lui dédia aussi sa célèbre Sloria
delta Miisica (Bologna, I757). I.a reine étant morte lors-
qu'il publia les deux dcrolc» voluiues, 11 les dédia à d'au-
tres princes.
MACIIADO — MACKENZIE
143
siteurs dont parle Barbosa Machado étaient vrai-
ment des artistes reinar(]iiables. Il est à regret-
ter qu'il ne nous ait pas donné de plus amples
notices sur la Bibliolhèque de musique du roi
D. Jean IV, qu'il a vue cerlainemerif , et où il
aurait trouvé dos documents d'une valeur inesti-
mable aujourd'hui. C'est Barbosa Machado qui
a fourni à Moreri ses notices sur les écrivains
portugais (plus de 300) pour son grand Diction-
naire (éd. 1725). J. DE V.
MACHADO (I^APHAEL-CoELHo), musicien
portugais, naquit en 1814 à Angra do Heroismo
(Açores), où il se prépara à la carrière ecclésias-
tique; mais ayant résolu de se vouera la musi-
que, M. Coelho Machado vint à Lisbonne, où il
resta jusqu'en 1835. Eu 1838 il partit pour le
Brésil, où il vit encore. En 1852 et 1853,
M. Machado fit un voyage en Angleterre et en
France, pour augmenter ses connaissances musi-
cales; il revint par l'Espagne en Portugal, et
retourna au Brésil, où il a su se faire une posi-
tion honorable. M. Machado a beaucoup écrit,
dans tous les genres : une cinquantaine de mé-
lodies brésiliennes, dont plusieurs ont été tra-
duites en italien ; des chants religieux pour
l'école (1857) ; 3 Messes j 2 Te Deum ; des canti-
ques à 2, 3 et 4 voix, avec choeurs, orgue et
orchestre. Il est aussi l'auteur d'ouvrages didac-
tiques : \° Méthode de Piano-Forte, etc., Bio
de Janeiro, 1843 ; 2" Grande Méthode de flûte,
ibiil, 1843.; 3" Méthode complète de violon,
ibid. 1853. Tous ces ouvrages sont des compi-
lations de ceux de Hùnten, de Devienne et Ber-
biguier, de Carcassi et d'Alard. M. Machado a
publié enoutre -A^ Principios deMusicapralica,
etc. (Bio de Janeiro, 1842 ; 5° .4. ^. C. musical,
etc., ibid., 18'i5; 6° Elémcitlos de escripturaçœ
musical, Lisbonne, 1852; 7° Brève tratado
de harmonia, etc., Paris, 1852 ; 8* Methodo de
orgûo expressivo, etc., Bio de Janeiro, 1854;
Si'* Methodo de afinar o piano, etc., ibid, 1845;
il y a de cet ouvrage une seconde édition, à la-
quelle on a ajouté : Chyrogymnasto daspia-
nistas (gymnastique des doigts), traduit de l'ou-
vrage de Martin, iO" Diccionario musical, etc.;
Rio de Janeiro, 1842; 2""^ éd., 1855. Je me rap-
pelle avoir vu une 3'"" édition.
M. Coelho Machado, qui est très-laborieux, a
publié de 1842 à 1846 un journal musical sous
ce titre: Ranalhete das Damas (le Bouquet
des Dames), journal dans lequel il traitait les
questions relatives à l'esthitique, à la critique et
à l'histoire de la musique, en les mettant à la
portée de tout le monde; ce recueil utile, qui
paraissait deux fois par mois, a cessé de vivre,
peu de temps après avoir passé dans d'autres |
mains. La partie qui a été publiée par M. Ma-
chado ne forme pas moins de 800 pag. in-fol.,
y compris les morceaux de musique de l'auteur.
M. Machado s'est essayé aussi au théâtre avec
un ouvrage ayant pour titre : Urania au los
aniores de um pocta. J. de V.
MACHADO (Caulos-Maria), compositeur,
était professeur de musique au séminaire ecclé-
siastique de Santarem (Portugal). Quoique de
condition modeste (son père était horloger), il
reçut cependant une éducation .soignée. On
louait beaucoup son talent d'improvisation sur le
piano; il a écrit pour cet instrument une foule de
bagatelles, qu'on dit avoir du mérite (elles n'ont
pas été publiées). Il a laissé en manuscrit un
grand Te Deum dédié au partiarche de Lisbonne
D. Juilherme, des Liçoès et Matinas pour la se-
maine sainte, des Matinas de Natal, deux
Missas et des Novenos de S. Luiz Gonzaga et
da Conceiçâo etc. Sa musique d'église est peu
connue, à cause des difficultés de son exécution,
dit-on; on lui accorde de l'originalité dans
les idées, mais on lui reproche une recherche
extrême dans la facture harmonique, qui aboutit
à la bizarrerie. Machado est.raorten 1865, âgé de
49 ans; il était né à Santarem en 1816.
J. DE V.
MACHADO (César), journaliste portugais,
est l'auteur d'un livre publié récemment sous ce
titre : Os Theatros de Lisboa, et dans lequel on
trouve d'abondants renseignements sur les chan-
teurs et comédiens portugais de l'époque actuelle.
MACIî (GuGLiELMo), chef d'orchestre et
compositeur, ancien élève du Conservatoire de
Naples, occupait en 1872 les fonctions de chef
d'orchestre au théâtre italien de Calcutta et fai-
sait représenter sur ce théâtre un opéra sérieux
intitulé Giovanna Grey. De retour en Europe,
il publia chez l'éditeur Vismara divers morceaux
de piano et de chant, puis, en 1876, repartit
pour les Indes et se fixa à Calcutta comme pro-
fesseur.
iMACKEîVZIE (Alexandre-Campbell), vio-
loniste et chef d'orchesire, fils de M. Alexandre
Mackenzie , violoniste et chef d'orchestre du
théâtre royal d'Edimbourg, est né en cette ville
le 22 août 1847. A l'âge de dix ans il fut envoyé
à Sondershausen, où il devint élève du concert-
meister Ulrich pour le violon, et pour la théo-
rie de l'art d'Edouard SIein, ami intime de Liszt.
A 13 ans, il devenait membre de la musique du-
cale de Sondershausen, et au bout de deux années
partait pour Londres, où il se faisait admettre à
l'Académie royale de musique et où il recevait
des leçons de M. Sainton pour le violon, de M.
Cliarles Lucas pour la théorie et de Frédéric Bo-
144
MACKENZIE ~ MAGAGNINI
wen Juson pour le piano. 11 retourna cnsuile à
Edimbourg, où il occupe aujourd'Inii une excel-
lente position comme professeur, tout en étant
chef d'orchestre de diverses sociétés musicales
et eu se faisant entendre parfois comme virtuose
sur le violon. M. Mackenzie a fait exécuter plu-
sieurs compositions qui n'ont pas encore été pu-
bliées, mais qui décèlent un artiste instruit et bien
doué, entre autres une '< ouverture pour une
comédie, » une ouverture de Cervantes et un
Tempo di Ballo pour orchestre.
* MACRI (l'AOLo). — Voyez MAGRI.
MACRORY (Edmund), écrivain anglais, a
publié à Londres, il y a quelques années , un
opuscule intitulé : Quelques notes sur l'orgue
d'église'. 11 a été fait deux éditions de cet écrit.
* MADELAIIXE (Stéi hen DE LA). —
(Voyez LA MADELAINE (Stéphen DE).
MADOGLIO (L ), musicien italien
contemporain, est connu par la composition de
plusieurs œuvres importantes de musique reli-
gieuse, parmi lesquelles il faut citer une Messe
pour deux ténors et basse, avec accompagnement
d'orgue, et les motets suivants, tous écrits pour
trois voix avec accompagnement d'orgue ; 3Ia-
gnificat, Lœfaius sum, Lauda Jérusalem, Nisi
Doîuinus, Cotifitebor, et Dixit Dominus.
Un artiste du même nom (j'ignore si c'est le
même) a écrit, en société avec quelques confrères,
la musique de deux ou trois ballets, la Siljide a
Pecchino, il Giocatore, etc. Il a composé, seul,
celle de trois ouvrages du même genre, Béatrice
Cenci, ballet héroïque en 6 tableaux, donné au
théâtre Victor-Emmanuel, de Turin, au mois
d'aoï'it 1801; Inès, o un Sogno, joué au théâtre
San-Carlo, de Naples, et Atabalipadegli Incas,
ovvero Pizzarro alla scoperta délie Indie, re-
présenté en 1867 sur l'un des théâtres de Gènes.
MAELZEL (Léonard), frère de Jean-Népo-
mucèneMaelzel, l'inventeur du métronome, mu-
sicien comme celui-ci, ne m'est connu que par
la note suivante, insérée dans la Bibliographie
musicale de César Gardeton (Paris, 1822) : —
« M. Léonard Mael/.el, musicien et frère du cé-
lèbre mécanicien de ce nom, a inventé à Vienne
un nouvel instrument de musique, d'une grande
perfection, auquel il a donné provisoirement le
nom iX Harmonie d'Orphée y à cause de l'effet
extraordinaire qu'il produit sur les auditeurs.
Cet instrument a la forme d'une caisse, qui,
posée horizontalement, présentecinq pieds carrés
de surface, et trois pieds de profondeur. Les
touches embrassent cinq octaves; il suffit de les
toucher légèrement pour en tirer des sons lliltés,
qui se prolongent aussi longtemps que le doigt ne
quitte pas la touche, et qui peuvent être renfor-
cés ou affaiblis à volonté. Il imite surtout parfai-
tement la voix humaine, et ses sons ne sont pas
moins mélodieux que ceux de l'harmonica, sans
être aussi péuétrans. » • -
MAES (Louis), compositeur belge, a fait
exécuter le 23 avril 1876, en l'église Saint-Boni-
face, à Ixelles les-Bruxelles, une messe à'4 voix
d'hommes, avec accompagnement d'orgue.
* MAESTRIIVI ( ). — Outre les deux
ouvrages dramatiques signalés à son nom, ce
compositeur a écrit encore la musique d'un opéra
intitulé Zingarella.
MAGAZZAIil (Gaetano), professeur et
compositeur italien, né à Bologne vers 1808, a
publié quelques compositions vocales impor-
tantes, entre autres un Ave Maria à 3 voix. Son
nom devint presque célèbre dans sa patrie, lors
de l'avènement de Pie IX au trône pontifical et de
l'immense mouvement qui en fut le résultat. On
se rappelle qu'à cette époque les Italiens croyaient
avoir trou vé, dans le nouveau pape^ le restauraieur
et le porte-voix de leurs libertés si longtemps
exilées; c'est alors que Magazzari écrivit, sous
l'impression du sentiment général, l'hymme
devenu rapidement fameux : Scuoii o Roma, la
polvere ! et ce chant martial résonna bientôt par
toute l'Italie, passa par toutes les bouches comme
une sorte de Marseillaise, et valut à son auteur
une étonnante popularité. Mais au mois d'avril
1848 survenait la fameuse encyclique qui brisait
à jamais l'espoir qu'avaient conçu les patriotes,
l'Hymne à Pie IX était proscrit, et le nom de Ma-
gazzari retombait dans l'obscurité d'où il était un
moment sorti.
Douze ans plus tard, Magazzari voulut en quel-
que sorte renouveler cet exploit. C'était après la
guerre de 1859 et l'annexion de la Lombardie au
Piémont, qui avaient amené la reconstilulion du
royaume d'Italie. Magazzari mit en musique l'ode
admirable de Manzoni, il Cinque Maygio , en
(it une cantate à 4 voix avec accompagnement
d'orchestre, et fit exécuter cette composition au
théâtre de la Canobbiana, de Milan, en 1860.
L'œuvre, paraît-il, était misérable, d'une facture
informe, et produisit le plus lamentable effet.
Depuis lors, on n'entendit plus parler de l'ar-
tiste, (pii passa les dernières années de sa vie
dans un oubli complet. Magazzari mourut à Rome,
le 27 mars 1872, âgé de 6i ans, au moment où
il venait d'obtenir un emploi dont il n'eut même
pas le temps de prendre jiossession : celui de
directeur des exercices choraux dans les écoles
nuuiicipales.
MA(iAG>JL\l (Giovannini), compositeur
italien, a fait ses études musicales au Conserva-
toire de Milau, où il a clé admis au mois de no-
MAGAGNINI — MAGIMEL
145
vembre 1862, et qu'il a quitté au mois d'août
1869. Il est l'auteur d'un opéra sérieux, Gio-
vanna di Castiglia, qui a!été joué sur le théâ-
tre de Carpi le 15 août 1874, et d'un opéra
bouffe, Osynano, bascià d'Egillo, dont j'ignore
le lieu et la date de représentation. Cet artiste
s'est fait connaître aussi par la publication d'un
certain nombre de mélodies vocales , la Fede,
Venezia, Giovmetta, il Saluto, iina Jii-
tnembranza, etc., d'un Ave Maria pour voix de
baryton et cor obligé avec piano, et de quelques
morceaux de musique légère pour lejpiano.
MAGI (Fortuné), est né à Lucques, en Tos-
cane, le 6 octobre 1839. Il étudia la musique à
l'Institut public de cette ville, l'harmonie et le
contrepoint sous la direction de son beau-frère
M. Puccini. En 1857, ayant fait entendre dans
sa ville natale une messe à grand orchestre, il
fut appelé à remplir l'emploi de professeur d'har-
monie à l'Institut dont il a été parlé ci-dessus, et,
en 1861, il y succéda à son maître Puccini dans
les fonctions de professeur de contrepoint ; il
lui succéda également comme maître de chapelle
de la cathédrale. En 1872, il obtint la place de
directeur du dit Institut, mais il la conserva peu
de temps, et donna sa démission, motivée par
des changements que les administrateurs vou-
laient introduire malgré lui dans l'enseignement.
Il abandonna du même coup la maîtrise et la
place d'organiste de la ;cathédrale, et alla s'éta-
blir à Sarzana en Luniziana, pour y occuper la
même situation ; il y resta, cependant, peu de
temps, et obtint en 1874 la place de directeur des
écoles communales de musique de Ferrare.
M. Magi a composé dans sa jeunesse beaucoup
de musique d'église, qui révèle une grande faci-
lité et ne manque pas de mérite, mais dont la
facture est parfois quelque peu négligée ; mûri
par l'âge, ainsi que par les études sérieuses aux-
quelles il s'est livré, ce défaut a disparu dans
ses dernières compositions, parmi lesquelles nous
devons une mention spéciale à un Miserere, un
Christus, et à quelques motets et graduels re-
marqués à juste titre. On a également de M. Magi
diverses compositions pour chant avec accompa-
gnement de piano, quelques symphonies, un
oratorio à grand orchestre (Esiher) et une can-
tate {Burlamacchi). M. Magi a en portefeuille
un opéra-comique, i tre Rivali, un grand opéra,
l'Onore di una donna, et un traité de contre-
point et de composition auquel il travaille de-
puis longtemps et qui promet une œuvre de
mérite supérieur. M. Magi est membre de l'A-
cadémie des Philharmoniques de Bologne, mem-
bre correspondant de l'Académie de l'Institut
royal de musique de Florence , et maître agrégé
BIOGR, UMV. DES MUSICIENS. — • SUPPL. ■
après examen à l'Académie (ci-devant congréga-
tion) de Sainte-Cécile de Rome. Cet artiste pos-
sède toutes les qualités d'un excellent chef d'or-
chestre, et est en même temps un organiste d'un
mérite supérieur (1). L,-F. C.
MAGIMEL (Edmond), amateur distingué,
né à Paris le 27 mars 1831, s'est appliqué à tra-
duire pour l'orchestre, avec une rare intelligence,
ceux des ouvrages des grands maîtres dont le
caractère lui paraissait le plus propre à ce genre
de transformation.
Lors d'une première audition de quelques-unes
de ces transcriptions (salle Pleyel, 10 mars 1870),
M. Magimel expliquait en ces termes le but et
la portée de son travail : « En faisant entendre
« divers essais d'orchestration d'après les ou-
« vrages de nos grands maîtres, essais entrepris
« d'abord uniquement pour notre propre plaisir
« et notre instruction, nous avons voulu payer
« un juste tribut d'admiration à des chefs-d'œu-
« vre dans lesquels la grandeur de la pensée ou
« le charme du coloris font naître le désir de
« cette sorte d'agrandissement dans les moyens
« d'exécution. Que de fois n'avons-nous pas
« entendu exprimer ce désir ou cette sensation :
« Pourquoi n'est-ce pas écrit pour l'orches-
« treP II semble entendre tout un orchestre.
« Il nous a donc paru que, dans un temps où
« l'emploi des masses instrumentales prend cha-
« que Jour plus d'importance et où nous avons
« vu tant de fois dans nos concerts substituer
« avec succès l'exécution collective à l'exécution
« individuelle, ce genre, traité sans doute avec
« choix et discrétion, pouvait introduire dans no-
« Ire musique d'orchestre un élément de variété
« et d'intérêt et en augmenter les richesses. »
Le programme ainsi annoncé se composait du
Quatuor avec piano de Mozart, en sol mineur,
du Largo en ré mineur (1^' Trio, op. 70) de Bee-
thoven, de la marche en ut pour piano à 4 mains
du même maître (op. 45), et de la sonate en ré
pour deux pianos de Mozart. Dès la première
répétition, l'orchestre, composé de l'élite de la
Société des concerts, sous l'intelligente direction
de M. Eug. Sauzay, accueillit de ses plus chaleu-
reuses sympathies tous ces chefs d'œuvres qui se
présentaient à lui revêtus des brillantes couleurs
de la symphonie : jugement autorisé et succès
légitime que le public confirma pleinemenlle .soir
du concert. Ce même programme fut exécuté de
nouveau avec succès le 3 mai 187o. Depuis, diver-
ses autres auditions du même genre, soit à la salle
(I) Depn!» que cette notice est écrite, M. Magi a été
nommé (décembre i8T«j directeur da nourci Institut
musical de Spezia. — a. v
T. II. 10
146
MAGIMEL — MAGNER
Pleyel (18 mars' 1873 et 18 avril 1874), soit aux
concerts Daubé ou dans les salons de la préfecture
do la Seine, ont mis ces travaux en lumière et pro-
voqué dans la presse des appréciations générale-
ment favorables sur cette intéressante entreprise.
Ce n'est pas cliose nouvelle assurément (jue
l'orchestration d'une («uvre originairement écrite
par son auteur dans les conditions d'instrumen-
tation restreinte-, mais ce genre, cultivé surtout
en Allemagne, em|)loyé notamment plus d'une
fois pour l'œuvre de Beethoven (et même de son
vivant et en quelque sorte sous ses yeux par
Seyfried, liierey, ISicolaï, etc.), ne s'est le plus
souvent appliqué en lùance qu'à des ouvrages de
peu d'étendue; chacun sait pourtant le succès qui
accueillit dans les concerts l'orchestration pleine
d'effet adaptée par Berlioz à l'Invitation à la
valse de Weber ; mais les œuvres de longue
haleine ont été beaucoup plus rarement l'objet
de ces sortes de traductions. Et cependant
plus d'un écrivain spécial, en analysant les
œuvres de nos maîtres, avait fréquemment cons-
taté cette sorte de disproportion entre la gran-
deur de leurs idées et les moyens d'exécution
dont ils disposaient, souvent aussi réclamé,
pour les mettre dans toute leur valeur, un coloris
emprunté à une palette plus riche. Le très-
intéressant opuscule consacré par M. de Lenz
aux trois styles de Beethoven est plein de ces
desiderata. 11 n'est donc pas surprenant que
l'on ait tenté de les réaliser, et il pourrait
être à désirer que le public fût mis à même
d'apprécier la valeur d'une entreprise qui, sans
rien enlever au répertoire de la musique de
chambre, tend à accroître et à varier celui de
la musique d'orchestre, si en faveur aujour-
d'hui. Indépendamment de quelques autres tra-
vaux du même genre, M. Magimel a en porte-
feuille, complètement achevé, Pœuvre entier
des sept trios de Beethoven pour piano, violon
et violoncelle.
* MAGIM (Francesco- Maria). — On a pu-
blié de cet artiste un recueil de solfèges à 2 voix :
Solferjgiamcnii a 2 voci, Rome, Mascardi, 1703.
MAGLlOiNI (GiovACCHLNo), piani.ste, pro-
fesseur et compositeur italien, né vers 1830 à
Pontassieve (Toscane), aujourd'hui lixé à Flo-
rence, est l'auteur d'un drame lyrique intitulé
Ferruccio, quia été représenté au mois de jan-
vier I8G3 sur le théâtre Pagliano, de celte ville.
On lui doit aussi une Messe solennelle à six voix,
deux chœurs et grand orrhestre, dont la première
exécution a eu lieu dans l'église San-Gaetano ,
delà même ville^ au mois de novembre ISC.O.
M. Maglioni s'est fait connaître surtout par la
publication d'un granil nombre de compositions
intéressantes pour le piano à 2 et à 4 mains, et
même pour deux pianos, compositions au nom-
bre desquelles il faut citer plus de trente sciera,
et un recueil volumineux divisé en plusieurs sé-
ries et donné sous ce titre : tes Etoiles.
MAGNAT (M. l'abbé), est l'auteur des deux
ouvrages suivants : 1° Méthode pour appren-
dre le plain-chant, Paris, Jules Vie, 18/5,
in-8; 2° Panorama de la méthode de plain-
chant, Paris, Jules Vie, 1875, in-P.
* MAGi\ELLI (GiusETTE). — A ce que Fétis
a dit de ce maître, nous croyons pouvoir ajouter
que dans sa jeunesse il avait été un excellent cla-
rinettiste, et, par un ensemble de talents qui
n'est pas commun, un non moins excellent chan-
teur et professeur de chant. Élevé dans les prin-
cipes de la grande école de chant italienne, il
déplorait l'habitude du cri, devenu à la mode ,
vers le milieu du siècle courant, sous le prétexte
d'expression dramatique. A quelqu'un qui lui
demandait un jour son opinion sur certains
artistes de grand renom qui chantaient alors au
théâtre de la Pergola, à Florence, nous nous
rappelons lui avoir entendu répondre : — « Oh !
certes, ce sont de grands artistes ; mais (ajou-
tait-il avec son air tant soit peu narquois) ils ont
raison de se faire payer très-cher, parce qu'en
chantant comme ils chanteut, on ne dure pas
longtemps. »
Outre la messe des morts mentionnée par
Fétis, Magnelli a laissé une foule de composi-
tions, pour la plupart dans le genre sacré, toutes
dignes d'attention et toutes inédites, ce qui est
d'autant plus fâcheux qu'elles renferment des
beautés de premier ordre. Lors de la mort de
cet artiste distingué, tous ses manuscrits furent
achetés à ses héritiers par le grand-duc de Tos-
cane Léopold II, et ils sont maintenant conser-
vés dans la bibliothèque de l'Institut royal de
musique de Florence (1). L.-F. C.
MAGNER (CuvRLEs), pianiste, compositeur
et professeur, a fait, je crois, ses éludes à
l'École de musique religieuse fondée par Nieder-
meyer. Maître de chapelle à l'église Saint-Nicolas-
du-Ghardonnet, au collège Rollin et au Petit-
Séminaire, il s'est fait connaître par diverses
compositions religieuses, entre autres une messe
avec orgue et orchestre qui a été exécutée en
1874 à Saint-Nicolasdu-Chardonnet, et plusieurs
(I) M. le docteur Basevl, de Florence, possède plusieurs
reiivrcs manuscrites de lM;i;,'nL'lll : Mcssaa 3 roci, a cap-
pella, iS30; lulioilo in nativitatis S. Joannis Battista
a V, con istrumenti, 1806; Craduale a k,con isirunienti,
1800. D'.Tpri's une notice écrite par l.ulgi PicehIantI, Ma-
Riielll serait né non en i'67, comme il a été dit, mais le
10 mars 1774 -A. P.
MAGNER — MAHILLON
147
motets. M. Magner a écrit aussi un trio pour
piano , violon et violoncelle, des morceaux de
genre pour le piano, et quelques mélodies vo-
cales : Son Nom, le Papillon, l'Ondine et le
Pêcheur, etc. Enfin, cet artiste a fait représen-
ter en 1867, au théâtre des Bouffes-Parisiens,
une opérette en un acte intitulée Khan-ta-lou,
et en 1873, au théâtre Cluny, un petit ouvrage
du même genre intitulé un Souvenir.
MAGIVETTA (Vincenzo), jeune composi-
teur italien, est l'auteur d'un opéra sérieux inti-
tulé la Fiammina, qui a étéjoué àNaples, sur
le théâtre Rossini, le 17 avril 1873. Il a donné
ensuite, en 1876, sur le théâtre de la Fenice, de
Ja môme ville, un second ouvrage dramatique qui
avait pour titre Don Ippazio et qui a été hien
accueilli. Cet artiste a publié sous ce titre : Ore
fantastiche, un album de cinq mélodies vocales
(Naples, Cottrau).
* MAGNUS (Magnus DEUTZ, dit), avait
commencé son éducation musicale à Heidelberg,
sous la direction de Wollveilher, l'un des meil-
leurs théoriciens de lAilemagne, avant d'entrer
au Conservatoire de Bruxelles. Malgré ses succès
dans cet établissement, ses parents voulurent
Ini faire suivre la carrière commerciale, et le
placèrent chez un marchand de dentelles; mais
au 'bout de deux mois le jeune homme prit sa
volée, et sacrifia tout à ses goûts artistiques. Venu
à Paris, il s'y livra à l'enseignement et à la com-
position, et, vers 1852, se fit entendre plusieurs
fois avec succès au théâtre du Gymnase. Il avait
fait alors un séjour en Angleterre, mais n'avait
pu rester dans ce pays, dont le climat était con-
traire à sa santé. Bientôt il entreprit une grande
tournée artistique, et visita successivement l'Al-
lemagne, le Piémont, l'Espagne, ila Russie et
l'Algérie. Puis il revint s'établir à Paris, qu'il n'a
plus quitté que de loin en loin pour se livrer à
quelques excursions artistiques.
Les compositions de M. Magnus sont nom-
breuses, et ne s'élèvent guère à moins de deux-
cents. La plupart sont pour le piano, et voici les
.titres des plus importantes : 24 Études de genre
et de style (Gregh); 24| Pièces caractcris-
tiques (Michaëlis) ; 1" grande Sonate, en ut
mineur (d'Aubel) ; T grande Sonate, en ré ma-
jeur (Schœn); 1", 2' et 3* Études de concert
(Richault) ; Constantinople, grande marche mi-
litaire (id.); Marche funèbre (Choudens); Polo-
naise brillante (Leduc) ; Marche russe (id.) ; Ahd-
El-Kader-Marsch (Mackar); les Feux follets,
la Danse des Esprits, caprices (Richault);
Mourez, roses d'amour, les Cloches du soir,
romances sans paroles (ïd.); Saltarelle (id.); la
Ronde des sorcières, caprice fantastique (Chou-
dens); Trois Pastorales : les Plaintes d'un pa-
ire, les Laitières, Sérénade sur l'eau (Ri-
chault); Tarentelle (id,); Boléro de salon (id.);
Chanson polonaise (lleugel) ; Au gré des flots,
caprice-étude (Leduc); le Carnaval napolitain
(id.); Un vœu à la Vierge, morceau de genre
(id.) , etc. Le reste se compose de valses, scho-
tischs, polkas, mazurkas, galops, fantaisies sur
des thèmes d'opéras, etc. M. Magnus a publié
aussi quelques mélodies vocales, et il a composé,
sur des paroles de M. Bernard Lopez, un opéra
de salon en un acte, la Toledane, qui a été
joué en 1874 à Paris, pour l'inauguration de la
salle Tailhout. Dans ces derniers temps, cet ar-
tiste a été chargé, au journal le Télégraphe ,
de la rédaction des articles de critique musicale.
MAGOTTI (A ), musicien italien con-
temporain, a publié plusieurs morceaux de genre
pour le piano, entre autres une marche militaire
intitulée la Croce di Savoia, après quoi il a
voulu aborder la scène avec un opéra qui avait
pour titre il Capitano nero. L'essai n'a pas été
heureux , car cet ouvrage , représenté sur le
théâtre Brunetti, de Bologne, au mois de mars
1872, a essuyé une chute complète; L'auteur
pourtant ne s'est pas découragé, et, après avoir
remanié sa partition et en avoir changé le titre,
il l'a reproduite sous celui de l'UUimo Faliero,
à Castel San Pietro, au mois de juillet 1877.
* MAGRI (Paolo), compositeur italien, est
plus connu sous le nom de Macri, parce que,
comme c'était l'habitude au temps où il vivait, il
donnait une forme latine à son nom. Né à Bolo-
gne vers 1534, il apprit la grammaire et le chant
à l'école de la basilique de San-Petronio, de sa
ville natale. Toutefois il ne poursuivit pas la car-
rière ecclésiastique, et c'est comme clerc d'abord,
puis comme chantre laïque, qu'il fut employé à
cette église depuis l'année 1550 jusqu'à 1568. II
devint ensuite professeur à l'Académie des Ar-
dents, sorte de collège destiné à l'éducation des
(ils de familles riches de Bologne. On ignore l'é-
poque de la mort deMagri, dont les deux seules
œuvres connues sont celles qui ont été signalées
dans la Biographie universelle des Musiciens
{Voy. Macri). Il vécut assez vieux cependant,
puisque .son recueil des Lamentations de Jéré-
mie est daté de Venise, 1597.
MAIIILLOIV (Victok), acousticien et ftic-
teur d'instruments, est né à Bruxelles le 10 mars
1841. Après avoir fait de très-bonnes études
musicales .sous la direction de MM. Bosselet fils.
De Swert, Humblet, Gollc et Bender, il s'appli-
qua à acquérir la connaissance pratique et théo-
rique de tous les instruments, et, en 1865, de-
vint l'associé de son père, directeur d'une impor-
148
MAHILLON — MAILLART
lanle fabrique d'instruments à vent (1); aujour-
d'hui, et depuis environ dix ans, il est le direc-
teur effectif de cette maison, où il a fondu un
journal spécial, l'Écho Musical.
Secrétaire de la commission du diapason et
conservateur du Musée instrumental du Conser-
vatoire de Bruxelles, M. Maliillon s'est occupé de
travaux d'acoustique, mais en y donnant plus
d'importance pratique que la plupart de ses con-
frères, ce qui l'a amené à publier un excellent
manuel : Éléments d'acoustique musicale et
instrumentale, comprenant l'examen de la
construction théorique de tous les instruments
demusiqueen usage dans l'orchestration mo-
derne (Bruxelles, Mabillon, 1874, in-S"). Ce li-
vre est certainement un des meilleurs qui exis-
tent sur la matière, et j'en connais peu dont les
explications soient plus claires, plus nettes, plus
complètes et plus concises; de plus, il est très-
purement écrit, ce qui ne gâte rien, et ce qui, il
faut l'avouer, n'est pas absolument commun dans
l'ordre des idées qui en font l'objet. C'est là un
excellent traité, appelé à rendre de très-grands
et très-utiles services.
M. Mabillon, qui est un esprit aussi pratique
que distingué, est aussi l'auteur des deux publi-
cations suivantes : 1° Tableau synoptique de la
science de C harmonie, indiquant la théorie
de tous les accords et la loi de leur succession;
2° Tableau synoptique des voix et de tous les
instruments de musique employés dans l'ins-
trumentation moderne des orchestres de sym-
phonie, d'harmonie et de fanfares, indiquant
retendue, la position et l'emploi de chacun
d'eux, la manière de les écrire et les rapports
qui existent entre eux.
M. Mabillon a formé, dans la maison qu'il
dirige avec une rare intelligence, un musée ins-
trumental excessivement riche, très curieux, et
précieux pour l'histoire non-seulement de la
facture, mais de l'art lui-même et de ses trans-
formations sous le rapport matériel.
MAK^IK (l'.-X.-J.-G. DE), musicien fran-
çais, né vers le milieu du dix-huitième siècle,
a publié à Paris, chez Pleyel, en 1802, un re-
cueil de Canons à 3, 4 t't 5 voix, avec accom-
pagnement de lyre ou guitare. Un journal du
temps disait, en annonçant cette publication : —
■ Ces canons, au nond)re de 40, sont en général
d'un chant facile et agréable; on peut justement
les recommander. » Je n'ai pu découvrir aucun
autre renseignement sur cet artiste.
* MAILLi^UT (Lotis, dit Aimk), était le
plus jeune des trois fils d'un honorable comédien
(i) M. Mahillon pure est né à Bruxelles, le 3 novembre
1813. ^:...
de province, qui, après avoir abandonné la
carrière théâtrale proprement dite, était venu
fonder à Paris une agence d'affaires dramati-
ques. L'alné de ces trois fils (mort eu 1869),
avait succédé à son père dans la direction de cet
établissement, tandis que le second, après avoir
passé quelques années au théâtre des Variétés,
devenait sociétaire de la Comédie-Française, où
il tint pendant vingt ans, conjointement avec
MM. Brindeau et Leroux, l'emploi des jeunes pre-
miers.
Après avoir fait de très-bonnes études au Con-
servatoire, après avoir remporté le premier
grand prix à l'Institut, Maillart, plus heureux
que la plupart des lauréats du concours de Rome,
eut la chance de se voir ouvrir la carrière pres-
que à son retour d'Italie, et le bonheur de débu-
ter au théâtre par un succès retentissant et in-
contesté. Son Gastibelza, donné par lui à
l'Opéra-Nalional pour l'ouverture de ce théâtre,
fondé et dirigé par Adolphe Adam, fut accueilli
par le public et par la critique avec la plus grande
faveur. Cette faveur était d'ailleurs justifiée par
de rares qualités : dans ce premier ouvrage, où
l'on ne trouvait pour ainsi dire pas trace d'hési-
tation, le jeune musicien avait fait preuve d'élan,
de passion, d'un grand sens des exigences et des
nécessités scéniques, et du premier coup il se
posait en maître à venir, bien qu'âgé de trente
ans à peine. Si sa santé eût été meilleure, et s'il
eût été d'une nature plus laborieuse, peut-être
fùl-il devenu célèbre, car il montra dans le cours
de sa carrière, on peut le dire, des aptitudes et
des facultés presque exceptionnelles. Malheureu-
sement, il était d'un tempérament maladif et sem-
blait totalement dépourvu d'ambition, de sorte
qu'il travaillait peu et seulement à ses heures,
n'étant aiguillonné ni par le besoin ni par le dé-
sir de briller. C'est ce qui fait que son bagage
théâtral ne se compose que d'un petit nombre
d'ouvrages, bien que les directeurs de nos scènes
lyriques se montrassent toujours heureux d'ac-
cueillir le compositeur.
C'estainsiquedelafinde 1847 à lafindel860,
c'est-à-dire dans un espace de treize ans, iln e
livra au public que cinq opéras ; Gastibelza, le
Moulin des Tilleuls, la Croix de Marie, les
Dragons de Villars et les Pécheurs de Catane
(nous ne parlons pas de deux cantates, l'une, la
Voix sacrée, exécutée au Théâtre-Lyrique le 25
juin 1859, l'autre, le 15 Août, chantée à l'Opéra
le 15 août 18C0); mais de ces cinq opéras, le pre-
mier, Gastibelza, obtint un brillant succès, tan-
dis qu'un autre, les Dragons de Villars, aussi-
tôt traduit en Allemagne, où il fait partie du
réperloire courant des grands théâtres, procurait
MAILLART — MAILLY
149
à son auteur une renommée européenne. Son
dernier ouvrage, Lara, donné à l'Opéra-Comi-
que en 1864, fut aussi l'un de ceux qui obtin-
rent le plus de retentissement ; il était joué pour
les rôles principaux par MM. Montaubry, Gour-
din et M""' Galli-Marié, et il valut à cette der-
nière artiste, qui s'y montrait sous les traits du
jeune page Kaled, un véritable triomphe. Le
public fut unanime à apprécier les belles pages
qui émaillaient la partition, le souffle puissant et
vigoureux qui planait sur elle, la poésie dont elle
était empreinte.
Maillart était un musicien d'une nature assez
analogue à celle de M. Verdi -. inégal et fougueux
parfois, mais dramatique et.inspiré, il avait ses
élans de passion intense, ses sursauts un peu
désordonnés; mais il était plus varié, plus sou-
ple dans son inspiration scénique, il possédait la
tendresse, presque inconnue au maître italien, et
lui était singulièrement supérieur dans l'art de
manier l'orchestre. Aussi peut-on s'étonner
qu'avec ses qualités particulières, avec son
tempérament si vigoureux, et en dépit de cer-
taines vulgarités de slyle, il n'ait point abordé
la grande scène de l'Opéra, où les ailes de sa
muse puissante auraient pu prendre leur pleine
envergure. Quoiqu'il en soit, il reste un musi-
cien remarquable, n'ayant point fait assez
sans doute pour acquérir la gloire, mais ayant
produit suffisamment pour affirmer un ta-
lent réel, mâle, parfois élevé', souvent original,
et d'une inspiration à la fois poétique et savou-
reuse. Malheureusement, et comme je l'ai dit
plus haut, sa modestie naturelle, jointe à une
position de fortune qui, sans être considérable,
le mettait du moins à l'abri du besoin et ne l'o-
bligeait point au travail, ont privé peut-être la
France de quelques œuvres plus remarquables
encore que celles qui ont si avantageusement
fait connaître son nom.
Maillart n'a rien publié, rien produit, que je
sache, en dehors du théâtre. Souffrant depuis
plusieurs années déjà, il se trouvait à Bruxelles
au mois de février 1871, et, à la suite des événe-
ments lugubres qui signalèrent à Paris la fin du
mois de mars, il partit pour Moulins (Allier),
où il allait demander l'hospitalité à l'un de ses
meilleurs et de ses plus intimes amis, M. le doc-
teur Chomel. C'est là qu'il est mort, vers le 20
mai 1871, ayant à peine depuis deux mois accom-
pM sa cinquante-quatrième année.
MAILLY (Jean-Alphonse-Ernest), né à
Bruxelles le 27 novembre 1833, est professeur
d'orgue au Conservatoire de cette ville, où il a
fait toutes ses études. Il attribue sou goût pour
l'orgue et son talent d'organiste aux excellentes
leçons de Christian Girschner, le véritable fonda-
teur de la célèbre école d'orgue de la capitale
belge, qui a compté parmi ses disciples Jacques
Lemmens, son élève et successeur, et Alphonse
Mailly, le chef actuel de l'école.
Encore enfant, Mailly obtint, en raison de sa
grande facilité de lecture, la place de pianiste-
accompagnateur au théâtre de la Monnaie, tan-
dis que le charme de ses improvisations le faisait
choisir comme organiste titulaire de l'église de
Saint-Joseph.
Nommé professeur de piano au Conservatoire
de Bruxelles en octobre 1861, il occupa cette
position jusqu'en septembre 1869, date de sa
nomination en qualité de professeur d'orgue au
même établissement. Depuis, Mailly a accepté
la place d'organiste à l'église des Carmes.
En mars 1858, Mailly s'est fait entendre pour
la première fois à Paris, sur le grand orgue de
Saint-Vincent de Paul. Il fut l'objet du plus sym-
pathique accueil, et quelques jours après, Hector
Berlioz le citait {Journal des Débats) comme
l'un des plus savants virtuoses que l'art moderne
du graud orgue ait produits. Ses succès constants
lui ont valu d'innombrables engagements pour
les inaugurations d'instruments nouveaux : Ams-
terdam, Tourcoing, Bordeaux, Douai, Berg-op-
Zoom, Roubaix, Charleville, Mézières, etc., etc.
Presque toutes les villes de la Belgique ont eu
l'occasion de l'apprécier en ces circonstances.
En 1871, sur, la proposition de Fétis, Mailly
fut nommé le représentant de la Belgique à la
grande Exposition internationale de Kensington
(Londres). Après une séance où le virtuose-com-
positeur belge avait fait entendre sa r« sonate,
déjà popularisée en Angleterre par M. E. Best,
et sa grande fantaisie en ut mineur,, il fut l'objet
d'un double rappel, ovation sans précédents pour
les séances de ce genre. Peu de temps après
son retour, Mailly était nommé chevalier de
l'ordre de Léopold. Enfin, plus récemment,
Mailly a retrouvé à Amsterdam, au Palais de
l'Industrie, sur le bel orgue de Cavaillé-Coll,
le môme succès retentissant. Le maître ne
pouvant, à cause de sa position à Bruxelles, faire
que de fugitives apparitions dans la riche cité
batave, on lui a demandé de désigner un de ses
élèves, qui, sur sa proposition, a été nommé
organiste titulaire.
Longue serait la liste de tous ' les jeunes
artistes sortis de l'école d'orgue de Mailly, et
qui ont fait pénétrer jusque dans les villages
belges les excellentes traditions du maître. Citons
MM. Paul Trillat, organiste de la Primatiale de
Lyon; Macs, organiste du palais de l'Industrie
d'Amsterdam ; Wouters, organiste et maître de
150
MAILLY — MAJO
cliapelle à lYglise Saint-Nicolas à Bruxelles ; De
Pauw, organiste de l'église Saint- Boniface à
Ixclios; Rosoor, organiste de la cathédrale de
Tournai; Vastersavendls, organiste de l'église de
Tilburg (Hollande). Indépendamment de sa classe
au Conservatoire, Mailly a ouvert un cours d'or-
gue libre, où beaucoup d'organistes étrangers se
sont fait inscrire.
Cet artiste remarquable n'a encore publié
qu'un très-petit nombie de ses compositions :
Sonate pour orgue, op. 1, Bruxelles, Scliolt; 2
Prières pour orgue, op. 2, id,, id.; 6 Morceaux
caractéristiques pour harmonium, op. 3, id., id..
Parmi ses œuvres encore inédites, nous citerons
les suivantes : 4 Petites pièces pour piano ; So-
nate en fa majeur, pour orgue; Sérénade pour
flûte, violon, violoncelle, orgue et piano; Sonate
en ut mineur pour piano; 6 Morceaux de genre
pour orgue-Mustel ; Fantaisie en iht mineur
pour orgue (exécutée par l'auteur à l'Albert-hall,
de Londres); Trio en la majeur pour piano, vio-
lon et violoncelle; Recueil de pièces dans tous les
styles, pour piano; 10 Petites pièces pour orgue;
Duettino pour orgue et piano; Motets à 1, 2, 3
et 4 voix, avec accompagnement d'orgue ; Mélo-
dies pour soprano, ténor et basse; Chorals di-
vers. F. D.
* MAINVIELLE-FODOR. - Voyez
FODOIl (Madame Joséi-iiine MAIN-
VIELLE-).
* MAINZER (L'abbé Josepu). A la liste des
écrits de cet artiste laborieux, il faut ajouter
le suivant : Musical Alhenxum or nature
and art, music an musiciam in Germany,
France, llaly , ami other parts of Europe
(Londres, I8i2, un fort volume in-8°). Mainzer
avait été le collaborateur du journal le Monde
dramatique.
MAISTIÎE (Mnx^ la baronne DE), compo-
siteur amateur, s'est fait connaître par un cer-
tain nombre d'œuvres de musique religieuse,
entre autres un Stabat Mater qui a été favora-
blement accueilli lors de son exécution publi-
que. Elle avait écrit plusieurs opéras , mais ne
put jamais, malgré ses désirs et ses efforts,
réussir h en faire représenter un seul sur l'une
des scènes l)ri(|ues de Paris. Voyant qu'elle ne
pouvait décidément se produire en France comme
compositeur dramatique, M""' de Maistre conçut
la pensée de faire joui'r un de ses ouvrages en
Belgique, et en effet, le. 14 mars 1870, le théâ-
tre de la Monnaie, de Bruxelles, donnait la
première représentation d'un opéra-comique
en deux actes et trois tableaux , les Kovs.
salhas, écrit par elle et qui fut reçu d'une façon
(latteusc par le public. Elle avait encore en por-
tefeuille deux œuvres plus importantes, deux
grands drames lyriques, dont l'un avait pour
titre Ninive, et l'autre Cléopâlre; mais elle n'eut
guère le loisir de s'en occuper. M'"* de Maistre
perdit une de ses filles, qu'elle adorait, et le
chagrin qu'elle en conçut altéra profondément
sa santé. Elle alla se retirer alors dans un riche
domaine qu'elle possédait aux Cocques, près de
Cannes, mais ses jours étaient comptés, et
c'est là qu'elle mourut, au mois de juin 1875.
MAJO ( ), musicien italien du dix-
neuvième siècle, est l'auteur d'un opéra bouffe
intitulé Maltia l'invaUdo.
* MAJO (Joseph DE). Cet artiste ne s'oc-
cupa pas seulement de musique d'église, et
aborda le théâtre au moins par deux fois. J'ai
pu m'en convaincre par la vue de deux livrets
d'opéras bouffes sur lesquels son nom est inscrit
comme compositeur. Ces deux ouvrages ont été
représentés à Naples, sur le théâtre des Fioren-
tini, le premier, lo Finto Laccheo, en 1725, le
second, lo Vecchio Avaro, en 1727.
* MAJO (Jean-François DE), célèbre com-
positeur napolitain du dix-huitième siècle,
mourut certainement avant 1774 , date fixée
par tous les biographes comme celle de sa fin
prématurée. M. Francesco Florimo en a donné
la preuve dans son livre sur les Conservatoires
de Naples.
On sait quecet artiste avait été chargé , en
1770, d'écrire un opéra intitulé Eumene, et
que, vu le mauvais état de sa santé, il n'en put
achever que le premier acte. Or, voici ce que
dit à ce sujet M. Florimo : — « Nous avons dans
les archives du Collège royal (Conservatoire de
Naples) le livret de l Eumene imprimé à Na-
ples en 1771 comme opéra à représenter au
théâtre royal de Naples le 20 janvier de cette
année, et voici ce qu'on y lit : « La musique
« du premier acte est de feu Gianfrancesco
(c de Majo, organiste de la Chapelle royale de
« Naples; celle du second acte est de M. Gia-
« como Insanguine, <lit Monopoli; et celle du
« troisième acte de M. Pasquale Errichelli, tous
n maîtres de chapelle napolitains. » De telle
sorte que tout au commencement de l'année
1771 , le nom de De Majo était accompagné du
moi feu. On ne peut donc croire que, vivant
encore, il eiU tranquillement toléré une aussi
fâcheuse qualification. D'autre part, on lit encore
dans le même livret : « Ij Eumene, très-heu-
n reux drame représenté dans beaucoup de
« parties de notre Italie, et spécialement sur
« ce thcâlre royal, va nouvellement, en cet
« heureux jour (l'annivensaire de la naissance
« du roi Charles III) , paraître sur la même
MAJO — MALIPIERO
151
« scène. » II ressort donc de ces documents ,
qui ne peuvent être mis en doute, non-seule-
ment qu'au commencement de 1771 De Majo
était mort , mais qu'il l'était déjà depuis quel-
que temps... Il nous semble donc logique de
placer la date de la mort de De Majo à l'automne
de 1770. >i
A la liste des œuvres de ce compositeur,
dont la carrière aurait été ainsi brisée à l'âge
de vingt-cinq ans, il faut ajouter : 1° Astrea
Placata, composition dramatique en 2 actes
(Naples, th. San Carlo, 1760); 2° Gesù sotto il
peso délia Crocc , « action sacrée » (Naples,
1764); 3° la Gara délie Grazie, cantate.
MALANDAli\E ( ), compositeur
anglais, est l'auteur de quelques petits opéras
qui ont été représentés sur des scènes secon-
daires de Londres, non sans un certain succès :
1° le Moulin hanté; 2" Secret d'amour;
3° Sylvia ou la Fleur de la forêt (New-Royally-
Theatre, février 1866); 4° Paquita, etc.
MALASCHIÎIIV( ), compositeur russe,
a fait exécuter sous sa direction, le 19 avril
1872, dans un concert donné au théâtre impé-
rial de Saint-Pétersbourg, une symplionie des-
criptive en cinq parties, intitulée la Vie des ar-
tistes.
* MALETTI (Jean DE), ou plutôt Jehan
MALLETY, obtint en 1578, au concours du
puy de musique d'Èvreux, le prix du luth
d'argent pour une chanson française : Veii la
douleur.
MALGOÇKI (Fr ), pianiste et compo-
siteur polonais, né dans la première moitié du
dix-neuvième siècle, était fixé vers 1840 à Var-
sovie , oii il se livrait à l'enseignement tout eu
s'occupant de travaux sérieux de composition.
On lui doit plusieurs ouvertures de concert, des
Polonaises à grand orchestre, un certain nombre
d'œuvres de musique religieuse qui furent sou-
vent exécutées à Czerniakow, près V^arsovie, et
enfin la musique d'une petite pièce de Bogus-
lawski, intitulée Pod Strychem (Sous les Com-
bles). Cet artiste mourut jeune, en 1844.
MALHERBE (Michel), compositeur, était
maître des enfants de chœur de la cathédrale
de Coutances en 1582. C'est en cette même
année qu'il prit part au concours du puy de
musique d'Évreux, où il se vit décerner le prix
de la harpe d'argent pour le motet : Heu mihï
Domine !
* MALIBRAN (Marie-Félicité). Voici les
titres de quelques écrits dont cette admirable
artiste a été l'objet, et qui n'ont pas été men-
tionnés dans la Biographie universelle des
Musiciens : 1° A Maria Malibran, odi (Na-
ples, tip. Rusconi, 1832, in-l2 de 25 pp.); 2° A
Maria Malibran, per la sua rappresen-
tazione ilelVOM\o in S. Carlo (S. I. n. d.
[Naples], in-16 de 15 pp.); r In morte delta
célèbre Maria Malibran de liériot (Brus-
selles, 1830, in- 8°); 4° La Malibran, anec-
doctes, par Jules Bertrand (Paris, librairie du
Petit Journal, 18G4,in-12 avec portrait). Le 17
mars 1837, on exécutait au théâtre de la Scala,
de Milan, une cantate funèbre : In morte di
Maria Malibran, dont les vers étaient dus au
poète Piazza, et dont la musique avait été écrite
par Coppola, Donizetti, Mercadante, Pacini et
Vaccaj.
MALÏIAO (Le P. Francisco-Raphael da
SILVEIR.'V), prédicateur distingué qui a joui
d'une grande réputation en Portugal, a aussi com-
posé des motets, des litanies à la Vierge, des vil-
hancicos, etc., qui n'ont pas été publiés. J. da
Silva {Dicc. bibliographico, T. IIl,p.41) donne la
liste de ses ouvrages littéraires. Malhào était né
à Obidos, près de Lisbonne, en 1794, et vivait
encore en 1859. J'ignore la date exacte de sa
mort.
J. DE V.
* MALIBRAN (Alexandre), est mort à Pa-
ris, le 13 mai 1867. En 1864, cet artiste quittait
l'Allemagnepour la Belgique, et fondait à Bruxelles
le Monde musical, journal dont l'existence re-
posait sur une combinaison économique particu-
lière. L'année suivante, cette affaire ayant avorté,
il revint à Paris et essaya d'organiser, dans la
salle du théâtre de la Gaîté, des concerts popu-
laires à l'instar de ceux que M. Pasdeloup avait
créés au Cirque Napoléon; mais l'orchestre qu'il
avait recruté, mécontent de ses procédés, l'aban-
donna pour aller au Cirque des Champs-Elysées
continuer la campagne sous le titre de Société
philharmonique de Paris. Malibran est mort à
Boulogne (Seine), dans un état précaire. Il avait
collaboré jadis au journal le Luth français.
La femme de cet artiste, née Marie-Louise Per-
ret, fille d'un violoniste de province, avait vu le
jour à Moulins, et, pianiste fort distinguée, par-
tagea les premiers succès de son mari comme
virtuose. Elle est morte à Paris, pendant le siège
de cette ville, le 8 janvier 1871, laissant orphe-
line une jeune fille de quinze ans.
* MALIPIERO (François). Cet artiste est
l'auteur de deux opéras sérieux, dont l'un, inti-
tulé Alberigo da Romano , fut joué pour la pre-
mière fois à Venise en 184r) el reproduit dans la
même ville en 1809, et dont l'autic avait pour
titre Linda d'Ispahan. Il a encore donné à Ve-
nise, sur le théâtre de la I^enice, on 1851, un
drame lyrique intitulé Fernando Cortez. On a
152
MALIPIERO — MALUOT
publié de ce compositeur plusieurs ni<^lodies à
une ou plusieurs voix , ainsi qu'une grande can-
tate : A Rossini, pour chœur d'horaines et de
femmes.
MALLET ( ), compositeur, qui vivait au
commencement du dixliuilième siècle, a écrit la
musique de l'Impromptu de Nistnes, pastorale
en un acte qui fut représentée à Nîmes, chez le
marquis de Maillebois, le 9 décembre 1714.
MALLliVGER (Mademoiselle), chanteuse
dramatique fort remarquable, est née à Agram
vers 1846. Elle fut élève, dit-on, d'un corniste de
Vienne nommé Lévy, qui donnait des leçons de
chant, et qui fut aussi le maître de M™'^ Pauline
Lucca. Elle débuta en 1866 à Munich, dans
Norma, avec un très-grand succès, et on lui
prédit dès-lors une carrière des plus briHantes.
Après deux années passées à Munich, où elle se
fait constammentapplaudir, et où elle donne sur-
tout la mesure de son talent dramatique dans les
Maîtres chanteurs de Nuremberg , de M. Ri-
chard Wagner, elle va se faire entendre à Dresde,
dans Lohengrin, excite un véritable eulbou-
siasme, puis se rend à Leipzig. En 1869, elle est à
Mannheim, en 1870 à Weimar, puis, en 1872, elle
va chanter l'opéra italien à Saint-Pétersbourg;
mais ceci n'était pas son fait, et cette courte cam-
pagne italienne lui fut peu profitable.
Tout en se faisant entendre dans diverses villes,
M'''^ Mailinger avait débuté en 1869 à l'Opéra royal
de Berlin, et de prime abord elle avait conquis
toutes les faveurs du public. Elle continua d'ap-
partenir à ce théâtre, ce qui ne l'empêcha pas de
se produire sur d'autres scènes importantes, par-
ticulièrement à l'Opéra impérial de Vienne, où
elle obtint de Irès-grands succès en 1875. Dès
1868, un critique la jugeait ainsi : « Il est
regrettable que le volume de la voix de M"^ Mai-
linger, très-assouplie et très-sympathique d'ail-
leurs, ne soit pas en rapport avec ses autres
qualités lyriques et dramatiques. M"" Mailinger
possède tout ce qu'une grande artiste peut avoir
de style, d'intelligence, de passion, et le jeu chez
elle est à la hauteur du chant. »
M'"' Mailinger se distingue en effet par un
rare sens .scènique , une grande profondeur de
sentiment et une puissance pathétique incontes-
table. Aussi est-elle relativement médiocre dans
les rôles légers ou de demi-caractère, qu'elle
aborde rarement, et doit-elle sa rnagnifique ré-
putation à ceux du grand répertoire dramati-
que, et surtout aux ouvrages de M. Richard
Wagner. Elle semble d'ailleurs née pour le théâ-
tre, auquel conviennent merveilleusement ses
qualités physiques. Sa physionomie est expres-
sive, sa beauté remarquable, et la grâce, aussi
bien J'que la distinction , réside dans toute sa
personne. Les ouvrages qui composent le ré-
pertoire de M'"' Mailinger .sont Norma, les Hu-
guenots, les Noces de Figaro, Jessonda, Jean
de Paris, les Maîtres chanteurs, Lohengrin,
Tannhàiiser, le Freischutz, le Philtre, le
Trouvère, l'Elisire d'atnore, Euryanthe,
Faust, Bornéo et Juliette, etc.
Depuis plusieurs années , M"« Mailinger est
devenue M'"* la baronne de Schimmelfennig von
der Ove, mais elle a toujours conservé au
théâtre le nom sous lequel elle s'était fait
connaître.
MALLIOT (Antoine-Louis), chanteur, corn--
positeur, professeur et critique musical , naquit à
Lyon le 30 août 1812. Son père, l'un des deux
Inventeurs de la combinaison métallique connue
sou le nom de viaïUechort, et qui fut ruiné en
voulant l'exploiter, ne pouvant lui faire continuer
les études d'architecte qu'il lui avait fait com-
mencer, le Jeune Maillot embrassa la carrière
musicale, pour laquelle il avait un goût inné ;
il suivit d'abord un cours de méloplaste , pro-
fessé à Lyon par Edouard Jue, puis, étant
venu à Paris en 1832, entra à l'école de Cho-
ron. Mais celui-ci étant mort en 1834, il se
fit admettre au Conservatoire, dans la classe
de Garaudé pour le solfège, et dans celle de Ban-
derai! pour le chant.
Malliot était pauvre, et avait besoin de ga-
gner sa vie. Dès 1835 il aborde le théâtre, et
se produit successivement comme ténor à
Nancy, Metz, Lille, Lyon, Bruxelles et Rouen,
partout se trouvant bien accueilli. Pourtant sa
voix était faible, et la scène le fatiguait. En
1843, après huit ans d'exercice, il abandonnait
la carrière dramatique et se fixait à Rouen
comme professeur de chant; sa méthode était
bonne, s'il faut s'en rapporter aux résultats,
puisque, au milieu de ses nombreux élèves, on
dislingue deux artistes hors ligne, qui ont eu
leurs beaux jours à l'Opéra : M. Poultier et
M""" Julienne Dejean.
Cependant son ambition était plus haute, et
il cherchait de nouveaux débouchés à son acti-
vité intelligente. Bientôt il devint collaborateur
du Mémorial de Rouen (1846), puis du Nou-
velliste, qui succéda à celui-ci, et dans lequel,
pendant vingt ans, il n'a cessé d'exercer les
fonctions de critique musical. Mais il briguait
aussi les succès du compositeur, et publia un
certain nombre de romances et mélodies distin-
guées : Marie, Charles-Quint, les Petits Bon-
heurs, la Coupe, les Vrais Plaisirs, Nuit
d'orage. Perle de Basée... Cela ne lui suf-
fisait pas, et il voulait faire des opéras. Sen-
MALLIOT — MAMMI
153
tant que son éducation était restée incomplète,
il s'adressa à Amédée Méreaux, son confrère, du
Journal de Botten, musicien bien connu et
justement estimé , et suivit avec lui un cours
d'harmonie; puis il se mit à écrire pour la scène,
et fit représenter à Rouen, au Théâtre-des-Arts,
le 6 décembre 1857, un grand opéra en trois
actes, la Vendéenne, paroles de IM. Frédéric
Deschamps, qui obtint un grand succès, fui re-
pris deux ans après avec un acte ajouté, obtint
plus de trente représentations , fut joué aussi à
Toulouse et à Lyon, et l'eût été à Paris, au
Théâtre-Lyrique, sans ime circonstance parti-
culière qui empêcha sa mise à la scène. En no-
vembre 1861, il donna sur le même théâtre la
Truffomanie, opéra-bouffe en un acte, paroles
de M. Ch, Letellier, qui réussit aussi complète-
ment.
Pendant ce temps, il n'abandonnait pas ses
travaux de critique, et , polémiste vigoureux et
judicieux, multipliait, au contraire, en même
temps que ses articles de journaux , des publi-
cations fort utiles et d'une importance tonte
particulière, dont voici les titres : La Musiqtie au
Théâtre (Paris, Amyot, 1863, in-12), livre dont
le point de départ était tout à fait neuf, qui lit
faire un grand pas à la question delà liberté théâ-
trale et provoqua, dit-on, par le retentissement
que les idées qui y étaient contenues obtinrent
dans la presse parisienne, le décret du 6 jan-
vier 1864; — Le Nouveau Régime des théâ-
tres dans les départements (Rouen, impr.
Lapierre, mai 1865, in-12); — Institut Boiel-
dieu ; création dhm Conservatoire de musi-
que à Rouen, projet présenté à M. VerdrcI,
maire de Rouen (mai 1866, in-S") , brochure
dans laquelle Malliot reprenait en soiis-œuvre
une idée émise en 1793 par Boieldieu, et dont,
le premier, il avait retrouvé la trace; —
Deuxième Pétition ati Sénat; Fondation des
Théâtres impériaux et des Conservatoires de
la province (Paris, Amyot, janvier 1866, in-8°) ;
— Institut Boieldieu ; création d'un Conser-
vatoire de musique à Rouen; appendice
(Rouen, impr. Lapierre, 1867, in-S"). Ces di-
verses publications, le talent de leur auteur et
les idées ingénieuses qu'elles renfermaient, l'é-
nergie avec laquelle il défendait celles-ci dans
une feuille spéciale de Paris, la France musi-
cale, avaient créé à Malliot une situation uni-
que en province, en ce sens qu'il exerçait,
même à Paris, pour ce qui se rapportait aux
questions soulevées par lui , une influence intel-
lectuelle véritable. Cet excellent homme, cet
artiste convaincu , intelligent et zélé, mourut à
Rouen, à la suite d'une dyspepsie, après dix
mois de souffrances, le 5 avril 1867. Rbuen lui
fit des funérailles splendides, témoignant, par
les honneurs inusités qu'elle lui rendait, de l'es-
time qu'elle faisait de son talent et de son carac-
tère, et le récompensant en quelque sorte du
lustre qu'il avait jeté sur sa patrie d'adoption.
Le Conseil municipal, voulant rendre un hom-
mage public à sa mémoire, vota une somme de
2,000 francs pour l'achat de la partition à or-
chestre manuscrite de son opéra la Vetidéenne,
qui fut déposée dans la bibliothèque de la ville.
MALO (Charles), chef d'orchestre et com-
positeur, né à Boulogne-sur-Mer le 29 juillet
1835, a commencé son éducation artistique à
l'école de musique de cette ville, puis est venu
à Paris, où il a travaillé le violon avec M. Alard.
Après avoir voyagé pendant deux ans comme
chef d'orchestre de la troupe que M"" Déjazet
dirigeait en province, M. Malo remplit les mêmes
fonctions au théâtre du Gymnase, de Marseille
(1859), puisa Paris, au théâtre Déjazet (1862),
et enfin entra en la même qualité au café-concert
de l'Eldorado (1869), qu'il n'a pas quitté depuis.
Cet artiste, dont les facultés sont au-dessus
de la situation qu'il occupe, et qui avait étudié
l'harmonie avec Carulli, a écrit près de 200 ro-
mances, chansons ou scènes dramatiques, dont
la plupart ont été exécutées dans les cafés-con-
certs et qui sont supérieures aux productions
ordinaires du genre; je citerai particulièrement
celles qui ont pour titre la Dernière Grisette,
une Tombe dans les blés, le Rire de Rabelais,
le Lever du soleil, Morts pour le pays. Tu
ne m'aimais pas, V Appel au combat, etc. Il
est aussi l'auteur des opérettes suivantes : un
Amour au village (Marseille, th. du Gymnase),
Monsieur tout-blanc (Eldorado), Ne touchez
pas à V arène (id.), un Mariage au flageolet
(i(l.), Bataille de Bossus (id.), la Revanche de
Marguerite (id.).
MALVAUX ( ), compositeur, qui
paraît avoir vécu dans le milieu du dix-huitième
siècle, a publié la partition d'une canfatille à
voix seule, intitulée les Vœux exaucés (Paris,
l'auteur, in-f").
MALVEZZI (Cristoforo) , musicien dis-
tingué, né à Lucques vers le milieu du seizième
siècle, fut le maître du grand compo.'îiteur
Jacques Péri. Maître de chapelle de la cour du
grand-duc de Toscane, il habita Florence pen-
dant longues années. Il ne reste aucune trace
aujourd'hui des compositions de cet artiste.
MAMMI (Antonio), compositeur, né h Mo-
dène, a fait exécuter au théâtre de cette ville
plusieurs ouvertures, et y a fait représenter, le
25 janvier 1845, un opéra sérieux intitulé
154
MAMMI — MANDL
Zaira, écrit par lui sur le texte de Felice Ro-
mani. Quoique cet ouvraj^e ait été bien ac-
cueilli, l'auteur, peu d'années après, abandonna
la musique pour embrasser une autre carrière.
* MANCHICOURT (Pierre). Deux chan-
sons de cet artiste ont trouvé place dans le re-
cueil divisé eu six livres que Pierre Pbalèse
publia à Louvain en 1555-1556, et dont le pre-
mier parut sous ce titre -. Premier livre des
chamous à quatre parties nouvellement
composez (sic) et mises en musique, convena-
bles tant aux instrumenta comme à la voix
(Louvain. 1555, in-4'').
MAiVCIAELLI (Liici), compositeur ita-
lien contemporain, né à Orvielo le 5 février
1848, a publié plusieurs albums de mélodies
à une ou deux voix, entre autres un recueil de
5 pièces intitulé un'Ora di musica, et deux de
8 pièces qui portent pour titres, un'Eslate a
Perugia et Al Chiaro di luna. On lui doit
aussi quelques morceaux de piano, soit origi-
naux, soit écrits sur des thènoes d'opéras cé-
lèbres. Aujourd'hui chef d'orchestre au théâtre
Apollo, de Rome, cet artiste a écrit en 1877
pour un drame de M. Pietro Cossa, Cleopatra,
représenté en cette ville, des intermèdes sjm-
phoniques qui ont été accueillis avec un véri-
table enthousiasme. — Un de ses frères, M. Ma-
rina Mancinelli, né comme lui à Orvieto, le 16
juin 1842, occupe les fonctions de chef d'orchestre
au théâtre Pagliano, de Florence. Un autre,
dont j'ignore le nom, est aussi musicien.
* MA1\CII\1 (François), compositeur italien,
né à Naples en 1674, mourut en cette ville en
1739. Il avait été, au Conservatoire de Santa-
Maria di Loreto, élève de Francesco Durante. A
la liste de ses œuvres, il faut ajouter : Quante
pêne fai provar, cantate, avec basse ; Torna
cara e mi consola, id. ; Tantovola intorno
al lume, id.; Son cosi cosi geloso, cantate
pour soprano, avec basse ; Sérénade pour voix
de soprano, avec basse; Magnificat à 4 voix,
en ré majeur, avec violons, alto et basse.
La bibliothèque du Conservatoire possède de
cet artiste un Traité manuscrit qui porte ce
titre : Jiegole o vero Toccate di studio, del sig.
abb.Fran. Mancini (1695, in-4''oblong de 160
pages). C'est simplement une suite de basses
chiffrées.
MANCINI ( ), compositeur italien, a
fait représenter en 1869, sur le théâtre de Cin-
goli, unopi'ra sérieux intitulé Chatterton.
* MAXDAIVICI (l'i.vciDo). Aux ouvrages
dramatiques portés au nom de ce compositeur,
il faut joindre un opéra semi-sérieux intitulé
Griselda. Parmi ses œuvres de musique rcli- j
gieuse , je citerai une messe pour deux ténors
et basse, avec chœur et accompagnement d'or-
gue, et une composition à laquelle il a donné ce
titre : Deux fugues en une {Cum sancto Spi-
rito). Mandanici est encore l'auteur d'une grande
cantate : A Gioacchino Rossini, qui a été pu-
bliée par l'éditeur Ricordi, de Milan. Des nom-
breux ballets écrits par lui, je ne puis citer que
deux, Romanoff, ballet héroïque représenté
vers 1837 et qui contenait, dit-on, une marche
très-originale et d'un grand effet, et V Ombra di
Tziwen, qui fut représenté à la Scala, de Milan,
en 1840. — Quoique le nom de Mandanici soit
aujourd'hui bien oublié, ceux de ses compatriotes
qui sont au courant de l'histoire de l'art musi-
cal en Italie pendant la première moitié du dix-
neuvième siècle le considèrent comme un artiste
d'une valeur réelle , d'un talent charmant et
plein de grâce. La date de sa mort est, non le
5, mais le 6 juin 1852.
MANDL (Louis), médecin distingué et phy-
siologiste éminent, est né à Pesth en 1812. Après
avoir fait ses études à l'université de Vienne et
s'être fait recevoir docteur en médecine dans sa
ville natale en 1836, il vint se fixer à Paris à la
fin de celte même année, se fit presque aussitôt
naturaliser Français, et fut reçu docteur à la
Faculté en 1842. Collaborateur de la Gazette
médicale de Paris, des Archives générales
de médecine, de l'Union médicale, de la
Gazette hebdomadaire de médecine et de
chirurgie, auteur d'ouvrages importants et ré-
putés, il a contribué d'une façon considérable,
par ses écrits, par ses cours à l'École pratique,
à répandre l'application médicale du microscoi)e
en France. Dilettante passionné en même temps
que praticien consommé, M. MandI, qui a fait
de son salon le rendez-vous de tout ce que Paris
compte d'artistes célèbres ou distingués, a (ini
par se faire une spécialité des soins à donner
aux maladies des organes vocaux; depuis une
vingtaine d'années, il s'est voué particulièrement
à cette étude, grâce surtout à l'emploi du laryn-
goscope, appareil précieux, perfectionné et vul-
garisé par G/.ermak, et il est pas.sé maître dans
l'art <Ic déterminer et de traiter ces maladies.
Il a publié sur ce sujet un livre excellent : Traité
prnii'pie des maladies du larynx et du pha-
rynx (Paris, Baillière, 1872, in-S"), écrit avec
une remarquable clarté et une rare élégance,et qui
résume l'ensemble de ses recherches, de ses
travaux ot de ses découvertes dans cet ordre
d'idées. On ne saurait troj) recommander ce
livre à ceux que ces questions intéressent, car
il est peu de lectures aussi instructives, aussi
utiles, aussi profitables sous tous les rapports.
MANDL — MANFROGE
155
M. Maadl a publié encore un livre fort utile :
Hygiène de la voix parlée ou chantée (Paris,
Baillière, 1872, in-8), ainsi qu'un opuscule ainsi in-
titulé : De la fatigue de la voix dans ses rap-
ports avec le mode de respiration (Paris,
1855, in-8). Depuis 1872, cet excellent profes-
seur est chargé, au Conservatoire de Paris, d'un
cours d'hygiène de la voix.
MANEIVÏ (FiîA.Nçois), compositeur espa-
gnol, est né à Mahon (île de Minorque), le 22
juin 1827. Dès l'âge de cinq ans il commençait
l'étude de la musique sous la direction d'un
maître de chapelle qui lui enseigna successive-
ment le solfège, le piano, l'harmonie et la com-
position, et de sept à quatorze ans il tint la partie
de flûte à l'orchestre du théâtre de sa ville
natale. Il avait à peine douze ans lorsqu'il com-
mença à écrire quelques morceaux de nuisique
de danse, et en 1842 il se voyait confier l'emploi
d'organiste à l'église Saint-François. En 1845, il
alla s'établir à Barcelone pour y terminer son
éducation, entra peu de temps après en qualité
de contrebasse à l'orchestre du théâtre du Lycée,
et ne quitta cet emploi qu'en 1851 pour prendre
celui de maître de chapelle à l'église San-Jaime,
Le service de cette chapelle lui donna l'occasion
d'écrire beaucoup de musique religieuse, et
l'on compte parmi ses œuvres en ce genre 25
messes, dont plusieurs avec orchestre, deux
Stabat Mater, des Miserere, des saluts, des
rosaires, des litanies, etc.
M. Manent a voulu aussi s'occuper de musique
dramatique. Devenu chef d'orchestre du Cirque
de Barcelone, il a fait représenter à ce théâtre,
aussi bien qu'à celui du Lycée, une dizaine de
zarzuelas qui paraissent avoir été bien accueil-
lies du public. Voici les titres de celles qui sont
venues à ma connaissance : X" la Tapada del
Retiro (Lycée, 1853) ; 2° Très para una (1853) ;
3° Gualtiero de Monzonis (3 actes. Lycée, 23
mai 1857); 4° Maria (un acte. Lycée, août 1866);
5° El Convidato di pietra (3 actes, Cirque,
1875); 6° lo Pou de la Veriiad (Cirque).
M. Manent a écrit encore la musique de plu-
sieurs ballets qui ont été représentés au théâtre
du Lycée : el Carnaval de Venecia, Apolo, la
Contrabandista de rumba , la Perla de
Oriente, etc. Enfin il a publié une telle quantité
de'musique vocale rt instrumentale, que le nom-
bre total de ses œuvres ne s'élève pas aujour-
d'hui, dit-on, à moins de 250.
* MAIXFREDI (Philippe). M. Cerù, qui
doit être bien informé au sujet de cet artiste,
puisque celui-ci était Lucquois, affirme, dans ses
Cenni storici delVinsegnamento delta musica
in Lucca, que Manfredi, après être allé en
Espagne avec Boccherini, revint dans sa ville
natale en 1773, et qu'il y continua l'exercice de
de son art jusqu'au 12 juillet 1777, époque de
sà mort. M. Cerù rectifie aussi la date de la
naissance de Manfredi, qu'il fixe à l'année 1729.
MANFREDIjVI ( Élisabetta ) , cantatrice
italienne renommée, naquit à Bologne en 1790.
Elle se consacra de bonne heure à l'étude du
chant dramatique , et se produisit pour la pre-
mière fois en public, sur le théâtre communal de
sa ville natale, en 1809, dans un opéra de Pa-
vesi. Ses compatriotes l'accueillirent avec une
faveur marquée, et la jeune artiste fournit une
carrière brillante et prolongée. Sa voix de so-
prano était d'une qualité superbe, et dirigée avec
un goût exquis; on reprochait seulement à la
cantatrice de manquer d'expression, et d'apporter
un peu de lourdeur dans sa vocalisation. Néan-
moins les compositeurs travaillèrent beaucoup
pour elle, et, entre autres, Rossini écrivit à son
intention les rôles importants de deux de ses
opéras : Ciro in Babilonia et Adélaïde di
Borgogna. En 1827, la Manfredini était à Venise,
mais, quoique jeune encore, sa voix avait perdu
de son éclat, et elle ne retrouvait plus ses succès
d'autrefois. J'ignore l'époque de la mort de cette
artiste.
* iVIANFROCE (Nicol\-Antonio), compo-
siteur italien, naquit à Palmi (et non à Palma),
dans la Calabre méridionale, le 20 février 1791.
La vie de cet artiste, mort si jeune en promet-
tant à sa patrie l'un des plus beaux génies
qu'elle eût jamais possédés, ne laisse pa.ç que
d'offrir des particularités intéressantes. Dans
son livre sur l'école musicale napolitaine ,
M. Francesco Fiorimo, renseigné directement par
un contemporain de Manfroce, Alessandro Per-
rella , alors vice-recteur du Conservatoire de
San-Sebastiano , a rapporté quelques détails
qu'il ne me paraît pas inutile de reproduire ici,
et que je vais traduire textuellement.
Manfroce comptait encore au nombre des
élèves de ce Coii.';ervafoire lorsqu'il alla donner
à Rome son opéra d'Alzira, et l'immense succès
obtenu par cet ouvrage ne l'empêcha point de
venir reprendre modestement sa place sur les
bancs de l'école. « Sa santé mal affermie , dit
alors son biographe, commença à s'altérer sen-
siblement. Lui, certain de devenir quelque chose
de grand dans l'art, donnait tout son temps à
l'application et à l'étude, au lieu de penser sérieu-
sement à se soigner, comme tous le lui conseil-
laient, et de vivre tranquille, à l'abri de toute
émotion , de quelque nature qu'elle fût.
« Mais la fatale sentence de sa fin prochaine
était écrite. Dévoré par la fièvre de l'art, il prit
156
MANFROCE — MÂNGIN
l'engagement d'écrire, pour le théâtre royal San-
Carlo, un opéra sérieux intitulé Ecuba. Son
travail avançait en même temps que progressait
le mal qui le conduisait an tombeau, et tandis
que les médecins désespéraient de sa guérison ,
il écrivit les derniers morceaux de son opéra,
qui fut représenté au théâtre San-Cario pendant
l'hiver de 1813. Le succès qu'il obtint fut véri-
tablement de l'enthousiasme, et presque à cha-
que morceau le public voulait revoir le maestro
sur la scène pour l'applaudir et le fêter. Plus
heureux que Pergolèse, qui n'eut point la conso-
lation d'entendre exécuter son Stabat, ses forces
débiles lui permirent d'assister à plusieurs repré-
sentations de son Ecuba, et de goûter l'inex-
primable joie non-seulement du triomphe, mais
d'une récompense extraordinaire ; car le minis-
tre de l'intérieur et de l'instruction publique,
Giuseppe Zurlo, faisait savoir à l'administration
du Conservatoire que S. M. le roi avait, sur la
caisse royale, accordé une pension à Manfroce,
afin qu'il pût aller voyager à l'étranger et se
perfectionner encore dans l'art où il avait dé-
buté d'une façon si extraordinaire, La reine
alors régnante, Caroline Murât, qui assistait à
la représentation de VEctiba, envoya, celle-ci
terminée, complimenter le compositeur et lui
exprimer ses sincères félicitations pour le bril-
lant succès qu'il avait obtenu; et elle devait
réellement en être satisfaite, car à peine eut-elle
su que la santé de Manfroce était en péril, elle
fit réunir une consultation des premiers méde-
cins de la capitale et pourvut, à ses frais, à tout
ce qui pouvait être nécessaire pour conjurer et
arrêter le mal. Il fut décidé par les professeurs
de la faculté, le célèbre Colugno en tête, que le
malade irait respirer l'air salubre et balsamique
de Pozzuoli, comme le plus doux et le plus pro-
pice pour les maladies pulmonaires, au moins
le plus elficace pour en diminuer les souf-
frances.
« Malheureusement , il ne retira de cet air
aucun avantage ; au contraire, le mal était telle-
ment avancé que la fièvre qui le consumait n'en
devint que plus ardente, et qu'il dut en toute
hâte retourner à >'aples et rentrer dans ce col-
lège de San-Sebastiano, qu'il considérait comme
une seconde maison paternelle. Là, entouré de
ses affectueux compagnons qui l'adoraient ,
il rendit le dernier soupir; si quelque consolation
pouvait lui être accordée en ce moment suprême,
c'était certainement celle de se voir environné
de ces chers jeunes gens, qui, touchés de son
malheur, pleuraient à chaudes larmes sa fin
prochaine. Avec une grande résignation et un
calme impossible à décrire , donnant le dernier
adieu à ces compagnons adorés qui, agenouillés
auprès de son lit, priaient pour lui, et les re-
merciant des soins affectueux qu'ils lui avaient
prodigués, il s'éteignit avant d'avoir accompli sa
vingt-troisième année, à l'aurore de la vie , et
alors qu'il avait à peine commencé à donner les
premiers fruits de son génie... Le 9 juillet 1813,
jour de sa mort, fut un jour de véritable deuil
pour la ville de Naples, et sa perte fut pleurée
par tous. Les élèves du collège, avec le signe du
deuil au bras, la douleur dans le cœur, la tristesse
sur le visage, l'accompagnèrent à sa dernière de-
meure, conduits par les professeurs, recteur,
vice-recteur et gouverneurs de l'établissement.
Il fut enterré dans l'église même de San-Sebas-
tiano, après la célébration d'une messe funèbre
dirigée par son premier maître Giacomo Tritto
et exécutée par les professeurs et fous les élèves
du collège, auxquels s'étaient joints les artistes
les plus distingués de Naples, qui s'étaient gra-
cieusement offerts.... (1). »
MANGEAIVT (Sylvain), chef d'orchestre
et violoniste, né vers 1828, fut admis jeune au
Conservatoire de Paris, et obtint un accessit do
violon au concours de 1847. Peu de temps après,
il devint deuxième, puis premier chef d'orchestre
au Théâtre-Historique, et remplit ensuite les
mêmes fonctions à la Gaité, et enfin au Palais-
Royal. M. Mangeant écrivit pour ce dernier théà'
tre un certain nombre de jolis airs de vaudeville,
et il fit représenter les opérettes suivantes : la
Eeckerche de l'inconnu, un acte, Folies-Nou-
velles, vers 1858 ; Tu ne Vauras pas, Nicolas,
un acte, Palais-Royal, 1859 ; Dnnaé et sa bonne,
un acte, Palais-Royal, 1862 (1). A la suite de
l'annexion du comté de Nice et de la Savoie à
la France, M. Mangeant écrivit aussi unecaulate,
la Savoie française, qui fut exécutée sur ce
théâtre le 14 juin 1860. Deux ou trois ans après,
cet artiste partit pour Saint-Pétersbourg, où il
était chargé de la direction de l'orchestre du
Théâtre-Français, emploi qu'il occupe encore au-
jourd'hui.
MAIVGIN, est le nom d'une famille de musi-
ciens qui vivait dans la Brie au XVII« et au XVIII»
siède. Dans son écrit: Aote sur quelques vuisi-
ciens dans la Brie, M. Th. Lhuillier donne les dé-
(0 La mnnlclpalUé de Palnil, ville n.itale de ManTioce,
a déclflé, par une délibération en date du 10 Juin 1855,
que la rue qui portait alors le nom de rue des Murailles
prendrait a l'avenir celui de rue Manfroce.
(Il II faut encore citer la Poularde de C'oMr,opércltc en
un acte représentée aussi au Palais-Royal, et dont
M. Mangeant écrivit la musique en société avec
MM. nazUle, Clapisson, Gautier, Gevaert, Jonas et Fer-
dinand Polte. ....
MANGIN — MANNA
157
tails suivants sur cette famille d'artistes. « Dans
une famille du bourg de Milry, qui a fourni un
architecte estimé, Charles Mangin, le construc-
teur de l'ancienne halle aux hlés de Paris, la
musique avait longtemps été en honneur. Les
Mangin étaient artistes de père en fils, et, sans
que leur renommée s'étendît au delà d'un mo-
deste rayon, plusieurs d'entre eux eussent pu
figurer sur une plus vaste scène. A la fin du
XV 11'= siècle, Charles Mangin touchait les orgues
que l'église de Mitry tenait de la libéralité de
Richelieu, un instant possesseur du château de
liois-le-Vicomte ; l'un de ses fils, son élève, fut
choisi à la suite d'un concours comme organiste
de Notre-Dame de la Victoire, près Senlis. Un
autre, Pierre Mangin, organiste de Mitry en 1721,
père de l'architecte, avait épousé la sœur du
libraire Lottin. Quelques années plus tard f 1735-
40) on retrouve Etienne Mangin, organiste à Joi-
guy, François Mangin, facteur d'orgues à Troyes,
et Catherine Mangin, qui épousa Etienne Royer,
organiste à Brie-Cointe-Robert. Un membre de
celte famille, Éléonor Mangin , avait eu l'hon-
neur d'ôlre admis dans la musique de la cham-
bre de Louis XIV, après avoir fait partie de celle
de Philippe d'Orléans. »
MAIXGIN (EugèneÉdocard), pianiste, com-
positeur, chef d'orchestre et professeur, direc-
teur du Conservatoire de Lyon, est né à Paris
le 9 décembre 1837. Admis au conservatoire de
celte ville, comme élève de M. Mozin pour le
solfège et de M. Marinontel pour le piano, il y
remporta le premier prix de solfège en 1850, et
le premier second prix de piano eu 1863; il en-
tra ensuite dans une classe d'harmonie el ac-
compagnement, et obtint, pour cette partie de
ses études, un second accessit en 1856, le pre-
mier en 1857, et le premier prix en 1858.
Nommé répétiteur dans l'école dont il avait été
l'élève, M. Mangin devint, en 1860, professeur
de chant dans les écoles municipales de Paris,
puis chef du chant et ensuite chef d'orchestre
au Théâtre-Lyrique. A la même époque il se vit
couronné plusieurs fois dans des concours ou-
verts par la ville de Paris pour des composi-
tions chorales.
En 1871, M. Mangin fut engagé pour remplir
l'emploi de chef d'orchestre au Grand-Théâtre
de Lyon, et conserva ces fonctions jusqu'en
1873. Dès son arrivée en cette ville, il songea
à mettre à exécution un projet qui jusqu'alors
n'avait pu aboutir, celui de la fondation d'un
Conservatoire. La municipalité manquait des
fonds nécessaires à cette création, et il fallait,
dans une telle situation, une certaine abnéga-
tion à un artiste pour passer outre, et un certain
courage pour venir à bout des difficultés.
M. Mangin sut se plier à tout pour attacher son
nom à une œuvre artistique aussi honorable.
Nommé directeur du nouveau Conservatoire par
un arrêté municipal en date du 24 mai 1872,
M. Mangin sut grouper autour de lui un cer-
lain nombre de professeurs, qui, ainsi que lui,
mettaient gratuitement leur temps et leur talent
au service de l'école qui se fondait. Ces profes-
seurs étaient MM. Mangin pour l'harmonie,
Ribes (chant), Féret (opéra- comique), G. d'Hé-
rou (étude des rôles), Cherbianc (violon), Bau-
mann (violoncelle), Ritter (flûte), Renaud (cla-
rinette), Fargues (hautbois), etc.
Le Conservatoire de Lyon fut ouvert à l'en-
seignement le 8 octobre 1872, et au bout de
dix-huit mois seulement, la municipalité lyon-
naise trouva les ressources nécessaires pour
organiser le traitement du directeur et des pro-
fesseurs qui s'étaient dévoués avec tant de dé-
sintéressement. Par arrêté ministériel en date
du 2 avril 1874, le Conservatoire de Lyon re-
cevait le titre de succursale du conservatoire
de Paris. Dès sa première année d'exercice,
cet établissement donnait l'instruction musicale
à 312 élèves; il en comptait 358 en 1873, 395
en 1874, 415 ^en 1875, 530 en 1876, et 647 en
1877. Ces excellents résultais sont dus à l'ini-
tiative, au dévouement et à l'intelligence de
M. Mangin, qui est un artiste fort distingué et
digne des plus vifs encouragements.
♦MANGOLD (WiuiELM), ex-maître de
chapelle du grand-duc de Hesse-Darmstadt, est
mort à Darmstadt au mois d'août 1875.
* MANNA (Gennauo). Les compositions
religieuses de cet artiste comprennent : 2 messes,
dont une à 5 voix avec accompagnement instru-
mental ; des psaumes; un motet à 5 voix avec
accompagnement instrumental ; une Pastorale à 4
voix ; une Cantate sacrée à 4 voix, avec chœurs et
divers instruments; entin, deux morceaux à 2
voix de soprano et contralto pour la nuit de Noël.
MANNA (Rlggero), compositeur, était le
fils de la célèbre cantatrice Carolina Bassi, et
naquit à Trieste le 6 avril 1808. Il commença
l'étude du piano avec son oncle maternel, Ladislao
Bassi, et, suivant sa mère dans toutes les villes
oii elle allait chanter, ressentit de bonne heure
une grande passion pour la musique. Depuis
l'âge de dix ans jusqu'à douze, il fut mis en pen-
sion à Milan, et prit des leçons de piano de
Vincenzo Lavigna. A cette époque il commençait
déjà à composer, et Meyerbeer ayant examiné
un petit morceau qu'il veuciit d'écrire, conseilla
à sa mère , qui allait passer une saison à Bo-
logne, de le confier aux soins du P. Mattei. L'en-
1^8
MANNA — MANZAROS
fant entra en effet au Lycée musical <ie Bologne,
y étudia le piano avec Donelli, le contrepoint
avec le P. Matlei, et <it de tels progrès qu'après
un au et demi d'études, il écrivit une messe à
trois voix et orchestre et en dirigea l'exécution.
A quinze ans et demi, il fut reçu à l'Académie
des Philiiarmoniques de Hoiogne, après avoir
subi un examen rigoureux et bien que les rè-
glements exigeassent l'âge de vingt ans pour l'ad-
mission des membres. Sa mère étant devenue
veuve, puis ayant abandonné la carrière du
théâtre, proposa à Manna de lui faire faire un
voyage à Vienne, afin de lui donner la facilité de
connaître et d'étudier la musique allemande. Le
jeune artiste accepta avec joie, et passa en effet
deux ans et demi dans cette ville, où il (it la
connaissance d'un grand nombre d'artistes dis-
tingués, Gyrowetz, Eibler, Weigl, Czerny, Merk,
Mayseder, Stadler, etc. Pendant son séjour dans
la capitale de l'Autriche, Manna composa et fit
exécuter un Stabat Mater (1832), publia un
recueil de six ariettes italiennes pour voix de
soprano, et écrivit encore, outre une messe de
Requiem à 4 voix avec orchestre, un opéra
intitulé Francesca da Rimini, qui ne fut ja-
mais représenté. A la fin de l'année 1832, Manna
étant retourné à Trieste, sa ville natale, y fit
jouer un opéra sérieux, Jacopo di Valenza, et
accepta ensuite les fonctions de maestro con-
certatore au théâtre. Au mois de mars 1835,
l'emploi de maître de chapelle de la cathédrale
de Crémone lui ayant été offert, il partit pour
cette ville où il fixa définitivement sa résidence,
et où il remplit aussi, par la suite, les fonctions
de directeur de la musique au théâtre. Manna
est mort à Crémone le 14 mai 1864, à l'âge de
56 ans. Il ne s'en était éloigné momentanément
que pour faire représenter deux opéras, l'un,
Preziosa, en 1845, à Oasalmaggiore, l'autre, ii
Projeta Velato, en 1846, à Trieste.
En dehors de sesHrois ouvrages dramatiques,
Manna a écrit : une cantate à 3 voix, Saluto a
S. M. il Re Viltnrio Emanuele; un Hymne
à la Lune, à 6 voix; une prière à 3 voix avec
cluf'ur, Vna Notte sulV Appennino . Mais c'est
surtout comme compositeur d'église qu'il s'est
montré fécond ; on a de lui, sous ce rapport :
une messe funèbre à 4 voix, dédiée à la mémoire
du P. Mattei ; environ dix messes solennelles à
3 et 4 voix ; six messes funèbres à 3 et 4 voix ;
30 psaumes à 3 et 4 voix avec orchestre; trois
Stobat Mater ; deux Salve Rrgina , avec
orchestre ; un Dies ir.v à 4 voix ; un Ai7e Ma-
ria à voix seule ; un De profundis ; un cantique
intitulé gli Esuli d'Isdraello, écrit sur le texte
du psaume 136 de David; six Credo à 3 et 4
voix ; huit Kyrie ; quatre Litanies avec orches-
tre; vingt Ilymmes; des versets, des anlipho-
naires , des responsorii , etc., etc. Enfin,
Manna a publié quelques sonnets de Pétrar-
que (entre autres les 3"-", 47% 48% 261») mis
par lui en musique, une voix, et il a composé
encore un certain nombre d'ouvertures et mor-
ceaux de concert qui n'ont pas été gravés.
MANJXS (Ferdinand), violoniste et compo-
siteur allemand, est né le 27 août 1844 à Wit-
/cnhausen (Prusse), Elève à Cassel de M. Otto
Kraushaar pour la théorie de l'art, il est^ixé de-
puis 1866 à Brème, et est attaché à l'orchestre du
théâtre de cette ville. M. Manns s'est fait connaî-
tre par un certain nombre de compositions, con-
sistant en petites pièces pour orchestre, en quin-
tettes, quatuors et trios pour instrument à cor-
des, sonates i)our violon ou violoncelle avec piano,
morceaux de concert, etc. L'une de ses œuvres
les plus importantes est un concertstûck pour
violoncelle, avec piano, op. 19.
MAKNSTADT ( ), compositeur alle-
mand, a fait représenter au mois de juillet
1866, sur le théâtre Wallersdorf , de Berlin,
une opérette intitulée rAmour défendu.
* MAiViXSTEIN (Henri-Feudinand), écri-
vain musical, est mort à Loscliwitz , près de
Dresde, le 3 août 1872, à l'âge de 66 ans.
* MANIIY (Charles-Casimir), est mort à
Paris le 18 janvier 1866. A la liste des œuvres
de ce compositeur, il faut ajouter les deux sui-
vantes : l" La Bourse ou la Vie, opéra-comi-
que, représenté sur le théâtre particulier des
Néothermes; 2° La Première Pierre de Viiglise
d'Argis, « légende valaque, »
MA.NSOUR (A ), pianiste et compositeur
français, né vers 1830, habite Paris, où il se livre
à l'enseignement. lia publié une grande Méttiode
de piano, ainsi qu'un certain nombre de mor-
ceaux de genre pour cet instrument : tine Fête
au hameau, Solitude, Chanson arabe variée,
etc. M. Mansour a écrit la musique d'nn petit
opéra-comique en uu acte, la Comtesse Rose,
qui a été représenté pour la première fois au
Casino de Die|)pe, le 22 août 1877. On connaît
aussi de cet artiste quelques romances et mé-
lodies vocales.
* MAiXTIUS (EDOUARD), chanteur alle-
mand, est mort à llrnenau le 4 juillet 1874.
Il était né à Schwerin le 18 janvier 1806 (et
non 1808, comme il a été imprimé par erreur),
et quitta le théâtre de Berlin le 17 avril 1857,
après une carrière de vingt-sept ans, pour se
livrer au professorat.
MAIXZAliOS (N ), compositeur grec,
mort à Corfou au mois de mai 1872, est,
MANZAROS — MARC
159
dit-on, l'auteur de l'tiymne national grec, et
s'est fait connaître aussi par la publication
d'un grand nombre d'autres chants patrioti-
ques. ;
MANZOLLMI (Carlo-Andrea), né à Bo-
logne vers le milieu du dix-septième siècle,
devint, comme élève de Giovanni Benvenuli,
un violoniste distingué, et fut aussi un contra-
puntiste habile. On connaît de lui des sonates
de cliarabre à trois instruments. Il fit partie,
à partir de 1688, de l'Académie des philharmo-
niques de Bologne.
* MARAIS (Marin). L'auteur annonjme de
V Histoire de C Académie royale de musique (1),
publiée il y a une trentaine d'années par le
journal le Constitutionnel, nous apprend que
ce virtuose remarquable fut pendant de longues
années chef d'orchestre à l'Opéra. Castil-BIaze
avait bien compris le nom de cet artiste dans
la liste qu'il a donnée des « batteurs de mesu-
re » de ce théâtre ; mais Castil-BIaze, qui ne
cite jamais ses sources, s'est bien gardé de
dire oii il avait puisé ce renseignement, et
comme il est sujet à caution, on pouvait ne
pas le croire sur parole ; le témoignage d'un
contemporain de Lully vient lever tout scru-
pule à cet égard. Voici ce que dit ce dernier
au sujet de Marais : « Marais s'attacha à Lully
qui l'estimait beaucoup, et qui se servait sou-
vent de lui pour battre la mesure pour l'exé-
cution de ses opéras. Après la mort de Lully ,
il continua de battre la mesure, et n'a quitté
cet emploi que vers 1710 ou 1712. » Lully étant
mort au mois de mars 1687, on peut donc
supposer que Marais a rempli ces fonctions
pendant au moins vingt-cinq ans. L'écri-
vain donne ensuite ces détails intéressants
au sujet de Marais : « Trois ou quatre ans
avant sa mort. Marais s'était retiré dans une
maison ruedeLourcine, faubourg Saint-Marceaii,
oii il cultivait les plantes et les fleurs de son
jardin. Il louait cependant une salle rue du
Battoir, quartier Saint-André-des-Arts, où il
donnait deux ou trois fois la semaine des
leçons aux personnes qui voulaient se perfec-
tionner dans la viole. Il a eu dix-neuf enfants
de Catherine d'Amicourt, avec laquelle il a été
(1) Le manuscrit de cette Histoire, portant qu'elle
était « composée et écrite par un secrétaire de Lully, »
appartenait i M. le baron Taylor et fut publié en teuil-
leton par le Constitutionnel. C'est un écrit fort utile,
et Indispensable à consulter pour celui qui voudra doter
notre littérature musicale d'une véritable Histoire de
l'Opéra, liest seulement (Acheux que les épreuves aient
été corrigées par quelqu'un qui ne connaissait point
cette histoire, et qui a laissé subsister des fautes innom-
brables.
marié pendant cinquante-trois ans, et a célé-
bré ses noces jubilaires en 1709 ; il en présenta
quatre au feu roi, et donna à ce monarque
un concert de ses pièces de viole, exécutées
par lui et par trois de ses lils. Le quatrième,
qui portait pour lors le petit collet, avait soin
de ranger les hvres sur le pupitre et d'en
tourner les feuillets. Le roi entendit ensuite
ses trois fils séparément, et lui dit : « Je suis
« bien content de vos enfants, mais vous êtes
» toujours Marais et leur père.", »
MARATTA (Alessandro), compositeur
italien, est l'auteur d'une tragédie lyrique en
trois actes, Gismonda da Mendrisio, qui fut
représentée à Buénos-Ayres, en 1860, avec
M""^ Anna de Lagrange dans le rôle principal.
MARC ( ), violoniste qui vivait à Reims
au dix- huitième siècle et était attaché au con-
cert de cette ville, a publié Six sonates à vio-
lon seul, avec une basse chiffrée, (Paris et
Reims, chez l'auteur).
MARC ( ), compositeur français, vi-
vait à la fin du dix-huitième siècle, et écrivit
la musique d'un opéra en 3 actes intitulé :
Arabelle et Vascos ou les Jacobins de Goa,
qui fut représenté au théâtre Favart, le 21 fruc-
tidor an II (7 septembre 1794J. Je n'ai d'autres
renseignements sur cet artiste que ceux qui
concernent l'ouvrage en question, dont l'his-
toire est assez curieuse, et qui fut livré au
public sous le nom et sous le couvert de Lesueur.
Dans son numéro du 26 fructidor an II, le
Journal de Paris terminait ainsi son compte-
rendu de la représentation à^ Arabelle et Vas-
cos : — « La musique est du G. Lesueur ;
la réputation de ce compositeur célèbre a nui
au succès de cet ouvrage, parce qu'en compa-
rant cette production nouvelle à ses ouvrages
déjà connus, la comparaison n'est pas à l'avan-
tage de celui-ci. Il y a néanmoins plusieurs
morceaux d'une grande beauté, et qui portent
le cachet de ce grand maître. L'auteur des
paroles est le C. Lebrun-Tossa, déjà connu
par plusieurs ouvrages qui ont eu du succès. »
Le Journal de Paris, comme le public entier,
était ici la victime d'une petite supercherie;
la musique d' Arabelle et Vascos, comme je
l'ai dit, n'était point de Lesueur, et on va le
voir par la lettre suivante, dans laquelle il ex-
pliquait les motifs très-louables qui lui en avaient
(ait endosser momentanément la responsabilité.
Cette lettre était adressée au même Journal
de Paris, qui la publia deux mois après l'ap-
parition de l'ouvrage :
« il est temps d'instruire le public et les
artistes du théâtre de l'Opéra-Comique'natio-
160
MARC — MARCELLO
nal (les motifs qui m'ont déterminé à faire
paraître sous mon nom la musique du drame
intitulé : Arabelle et Vascos. Le premier a
été d'épargner au citoyen Marc, auteur de
cette musique, les désagréments altacliés à
un début; le second, de donner aux artistes
du théâtre Favart un compositeur de plus,
et de montrer à la République un talent qui
pourra lui devenir cher. Je ne me suis point
dissimulé les dangers que j'avais à courir, en
me chargeant de la responsabilité de cet ou-
vrage : mais une bonne école, une musique à
la fois pittoresque, énergique et chantante,
l'empreinte d'une main sûre et; d'ime méthode
excellente qui peut faire honneur à notre école
française, tout m'a rassuré. J'étais si intime-
ment persuadé de la beauté de plusieurs mor-
ceaux de cet opéra, que j'en eusse regardé la
chute comme une injustice; et, dans ce cas,
j'aurais eu le courage de la supporter. Enfin
le succès a couronné mon espoir, et j'en rends
la gloire à qui elle appartient tout entière. J'at-
teste maintenant que c'est moins l'amitié pour
le musicien que son talent qui m'a déterminé
à la démarche que j'ai faite, et que j'eusse en-
trepris la même chose pour tout autre artiste
qui eût eu le même génie. Mon extrême amour
pour les aris, et leur gloire, est entré pour
tout dans le péril auquel je me suis exposé.
Je déclare en outre n'avoir point fait une note
dans la musique du citoyen Marc, ni même
donné un conseil ; car, si l'un de nous deux
pouvait en donner à l'autre, ce ne serait pas
moi, vu que, dans un temps oii je .«avais à
peine les éléments de monjart, le compositeur
dont je parle avait déjà remporté un prix de
musique sur quarante-cinq rivaux qui con-
couraient avec lui. Il ne me reste qu'à inviter
les artistes de l'Opéra-Comique national à
continuer leurs soins pour un ouvrage qui,
par l'aftUience des spectateurs qu'il continue
d'attirer, prouve combien il est agréable au
public. — Lesueur. »
J'ai vainement cherché, partout où j'avais
chance de le rencontrer, un renseignement
quelconque sur Marc, que Lesueur avait ainsi
noblement pris sous son patronage. Musicien
resté obscur, il n'est pas plus mentionné dans
Te Dictionnaire historique des Musiciens de
Choron et Fayolle que dans aucun des grands
recueils biographiques publiés depuis le com-
mencement de ce siècle. Le livret (VArabclle
et Vascos lui-même est muet à son égard, et
donne le nom de Lesueur comme auteur de
la musique. Serait-ce donc que jusqu'à Lebrun-
Tossa aurait été le jouet de la mystification
de Lesueur ? Toujours est-il que sans la lettre
du Journal de Paris, reproduite ci-dessus,
Arabelle et Vascos (dont ne parle d'ailleurs
aucun ouvrage historique, et dont le titre
môme était resté ignoré jusqu'ici) aurait été
tout naturellement attribué à Lesueur.
MARCARIIXI (GitSEPPE), compositeur et
professeur italien, né à Romanengo le 17 avril
1832, a fait représenter au mois de décembre
1871, sur le théâtre Carcano, de Milan, un
drame lyrique intitulé Francesca du M-
mini.
MARCELLI (Anaïs). Foi/es PERRIÈRE-
PILTÉ (M™''}.
MARCELLO (Marco-Marcelliano), pia-
niste, compositeur et écrivain musical, naquit
vers 1817 à San-Gerolamo Lupatolo, petit pays
situé dans la province de Vérone. Il montra
de bonne lieure un goût prononcé pour le
théâtre et la musique, et après avoir écrit
un drame qu'il fit représenter à l'âge de seize
ans, il alla trouver à Novare Mercadante,
pour devenir son élève, et le suivit ensuite
à Naples. N'ayant pas réussi à faire jouer
deux opéras dont il avait écrit la musique,
il passa en Piémont en 1848, s'établit à Turin,
et y donna des leçons de piano et de chant
tout en écrivant dans divers journaux. En
1854, il fonda en cette ville un journal de
théâtre, il Trovatore, qu'il transporta en
1859 à Milan ; ce journal, dans lequel la
critique était faite à la diable, était plutôt
une sorte de petit pamphlet dont le directeur
cherchait à faire de l'esprit aux dépens d'au-
trui, qu'une véritable feuille artistique. Le
style de Marcello était beaucoup plus conve-
nable et plus approprié aux sujets qu'il traitait
dans la Eivista contemporanea, où pendant
plusieurs années il fut chargé de la critique
musicale.
Mais ses travaux littéraires n'empêchaient
pas Marcello de se livrer à la composition.
Pendant son séjour à Turin, il publia une
messe à 3 voix avec accompagnement d'orgue,
un album de six ariettes intitulé Sere d'au-
tunno, un recueil de piano. Arc-en-ciel, com-
posé de sept petits morceaux, un autre recueil,
Mazzolino primaverile, formé de « dix pièces
de danse en forme d'études, » puis, sous le
titre de Miniera tcalrale, toute une série de
divertissements sur des thèmes d'opéras,
liobert le Diable, Luisa Miller, le Prophète,
Buondelmontc, etc. En même temps, et ne
pouvant se produire au théâtre comme compo-
siteur, il y trouvait accès comme librettiste,
et dans l'espace ^e quelques années fournissait
MAGNANINI — MARCHESI
161
à divers musiciens dramatiques une trentaine
de livrets dont quelques-uns étaient bien ac-
cueillis ; c'est ainsi qu'il écrivit il Bravo pour
son maître Mercadante, Isabella d'Aragona,
Tutti in Maschera, Guevra in quattro pour
M. Pedrotti, Giuditia pour M. Péri, Bianca
dcgli Albizzi pour Villanis, Gincvra di Scozia
pour M. Petrali, etc. 11 traduisit aussi en ita-
lien les poèmes de plusieurs opéras français,
entre autres celui du Prophète. Ce fut peut-
être, là, le côté le plus intéressant de la car-
rière de Marcello, car il acquit comme libret-
tiste une certaine notoriété. Cet artiste mourut
à Milan, le 2j juillet 1865.
MxVRCHxVL ou AIARÉCIIAL, claveci-
niste distingué, se produisit plusieurs fois avec
succès au Concert spirituel, vers 1780. Il y exé-
cuta plusieurs morceaux de sa composition,
entre autres un concerto avec accompagnement
d'orchestre, et un quatuor pour clavecin, cor,
clarinette et harpe, qu'il joua plusieurs fois
en compagnie de Le Brun, Michel et Yernier.
MARCHAL (Pedro-Anselmo), claveciniste
et compositeur portugais, était aussi éditeur de
musique, ainsi que le démontre cette mention que
l'on trouve sur le titre de diverses pièces de mu-
sique de salon publiées à Lisbonne vers la fin du
XVIII^ siècle : Marchai, éditeur et marchand
de musique privilégié de S. M. Marchai jouait
assez bien du clavecin, et sa femme avait du
talent sur la harpe; on les fêtait beaucoup dans
les salons de Lisbonne. Marchai a composé pour
son instrument quelques ouvrages qui sont rares
aujourd'hui ; un livre de Rondos (six) pour cla-
vecin et llùle porte pour chiffre d'œuvre le nu-
méro 10, et appartenait à son propre fonds de
musique. J. de V.
* MARCHAiXD (Louis-Joseph), prêtre et
maître de chapelle du dix-huitième siècle. Le
Traité du contrepoint de cet artiste a été
publié en 1739; la date de 1758, donnée dans
la Biographie universelle des Musiciens,
est évidemment celle d'une seconde édition.
MARCHAND (Alexandre-Nicolas), !théo-
ricien français, est né à Bourraont, le 21 mai 1819.
Après avoir fait de bonnes études musicales, qu'il
termina au Conservatoire de Paris, après avoir
obtenu en 1844 une mention honorable au con-
cours de Rome, il se livra à l'enseignement et
devint, fort jeune encore, professeur d'harmo-
nie au Conservatoire de Bruxelles. M. Alexan-
dre Marchand a publié sous ce titre : Du prin-
cipe essentiel de l'harmonie (Paris, impri-
merie nationale, 1872, in-4°), un ouvrage
théorique qui bouleverse peut-être un peu trop
les idées reçues dans la matière, et dont les
BlOGR. l'MV. DES MUSICIENS. — SUPPL. T.
tendances sont hardies au point d'en paraître
audacieuses. Sans être l'ennemi de tout progrès
en matière de science musicale et sans se
conliuer dans une routine obstinée, je crois
que l'on ne saurait accepter, môme en partie,
le système et les théories de M. Marchand
sans en faire l'objet de l'examen le plus scru-
puleux.
* MARCHESI (LoLis). Ce chanteur célè-
bre a fait l'objet d'une notice publiée sous
ce titre : Lodi caratteristiche del célèbre
cantore signor Luigi 3Iarchesi (Sienne, 1781,
in-S" de 10 pp.).
MARCHESI (Le chevalier Salvatore DE
CASTROA'E), chanteur et professeur italien
très-renommé, est né à Palerme le 15 janvier
1822, d'une famille d'origine princière (1). Son
père avait été gouverneur général de la Sicile de
1806 à 1810, et lui-même entra dansla garde noble
à JNaples, en 1838. Mais ses principes libéraux
l'en éloignèrent bientôt, et il alla étudier le droit
et la philosophie à Palerme, tout en prenant des
leçons de chant et de composition avec Pietro
Raimondi. En 1846 il se rendit à Milan, où il prit
des leçons de MM. Lamperti et Fontana. Mais
ayant pris part à la révolution de 1848, il se vit
obligé de s'enfuir en Amérique, et là, abordant
le théâtre, il débuta à New-York dans Ernani.
Toutefois il fut obligé de reconnaître son insuf-
fisance, et, étant revenu en Europe, il se fit à
Londres l'élève de Manuel Garcia.
Il profita grandement des conseils de son nou-
veau maître, et bientôt, sous le nom de Mar-
ches!, il se fit une belle réputation dans les con-
certs par sa splendide voix de baryton et son
élégante manière de chanter. En 1851, il fait une
grande tournée artististique en Allemagne, donne
une série de brillants concerts à Francfort, Leip-
zig, Berlin, Hambourg, Brème, Weimar, Hano-
vre, etc., et se fait entendre aussi dans les Pays-
Bas. En 1852, il épouse M"^ MathildeGraumann,
jeune artiste de Francfort qui devait partager
sa renommée et qui fait l'objet de rarticie sui-
vant, et l'année d'ensuite tous deux font partie
des troupes italiennes de Berlin, de Bruxelles
et de Londres. En 1854, M. et iM'"'' Marches!
donnent des concerts à Vienne, et bientôt
s'établissent en cette ville, où ils deviennent
(I) Dans le premier volume de ce Supplément se trouve
une courte notice consacrée a M. de Castrone-Marc/icsi,
dans laquelle j'ai qualifié cet artiste de « dilettante, •> au
sujet du Rajiport officiel rédigé par lui sur la section des
instruments de musique Italiens à l'Exposition devienne.
J'ignorais alors que l'auteur de ce rapport ne fit qu'un
avec le célèbre professeur de cliant- On voudra donc
bien considérer cette notice comme nulle, et se référer
uniquement à celle-ci.
II. 11
162
MARCHESI
professeurs au Conservatoire. En 18C2, ils entre-
prennent un voyage artistique, parcourent i'AI-
Jemagne , la Suisse et la Hollande eu donnant
des concerts, et se font entendre à Paris. En
18G3, M. Marclit'si cliante au tlié;\tre de Wei-
mar, puis au tlieàtre de la reine, à Londres, oii
il se produit particulièrement dans Faust et
dans Don Juan. Bientôt, avec sa femme, il re-
vient à Paris, oii tous deux donnent une série
d'intéressants concerts historiques, et où
M. Marcliesi s'établit un instant comme profes-
seur. Mais dès le mois d'octobre 1865, l'un et
l'autre vont se iixer à Cologne, oii M'"* Marchesi
est attachée comme professeur au Conservatoire,
et oii, deux ans après, M. Marchesi obtient la
même situation. Enfin, en 1869, M""" Marcliesi
étant rappelée au Conservatoire de Vienne, est
suivie en cette ville par son mari.
M. Marchesi n'est pas seulement un chanteur
distingué et un professeur consommé. Artiste
instruit et compositeur élégant , il a écrit des
Ueder allemands, des chansons napolitaines,
des romances françaises, et il a donné des tra-
ductions italiennes d'un grand nombre d'opéras
allemands et français, parmi lesquels il faut citer
Médée, Lolienr/rin, le Vaisseau- fantôme ,
Abou-Hassan, Roland à Roncevaxix, la Ves-
tale, Tannhuuser,le Capitaine h enriot,! phi-
génie en Tauride, etc., etc. On lui doit aussi
une Méthode de chant, un recueil de Set Nuovi
Caati SicUiani, dont il a écrit les paroles et la
musique, et, sous ce titre : Riassunio dell' arte
del canto, une série de 20 vocalises élémenlai-
resel progressives avec paroles pour unir l'arli-
culation à la vocalisation. Enfin, nommé membre
du jury du groupe XY à l'Exposition universelle
de Vienne de 1873, il est l'auteur de la Hela-
zione sugli Isirumenti musicali quali erano
roppresentati aW Esposizione universale di
Vienna nel Giitgno 1873 qui a été publiée dans
la collection olficielle des Rapports des jurys
italiens. Il a été fait de cet écrit un tirage à part.
MAUCHESI (Mathildk GRAUMAi\N,
épouse), feuuiie du précédent, chanteuse et pro-
fesseur remarcpiabie, est née k Francfort-sur-le
Mein le 26 mars 1826. Fille d'un riche négociant
qui lui fit donner une excellente éducation, elle
prit à Vienne, en 1843, des leçons de chant
d'Otto Nicolaï , puis vint terminer ses études
musicales à Paris, sous la direction Mlle KIotz
pour le solfège, de Manuel Garcia pour le chaut
et de Samson pour la diction, s'altachant
à la déclamalioii lyrique et à la connaiss^mce
de la théorie de la nnisique, et prenant pour
exemple et pour modèles les grands artis-
tes qui brillaient alors sur nos scènes lyriques
Duprez, Lablache, Tamburini, M"" Grisi, Per-
siani, Slollz, etc. En 1849, M"* Graumann
donnait lui concert d'adieu à Paris ; ensuite elle
alla passer trois saisons à Londres, oîi elle se
produisit avec bonheur, et n'obtint pas moins
de succès en Allemagne , surtout en se faisant
entendre dans les superbes concerts du Gewand-
haus, de, Leipzig, dont elle devint une des can-
tatrices les plus aimées.
C'est alors (1852) qu'elle épousa M. Marchesi,
en compagnie duquel elle se fit applaudir bientôt
à Berlin, à Bruxelles et à Londres. Nommée
professeur au Conservatoire de Arienne en 1854,
sa classe devint rapidement la meilleure de
cet établissement et acquit une renommée
européenne; c'est là que se sont formées nom-
bre d'artistes de premier ordre. M"'* Antoinette
Fricci, Caroline Smeroschi, Etelka Gerster, Anna
Liidecke, Rosa Bernstein, Marguerite Dorn,
Clémentine Proska, Catherine Prohaska, Anna
d'Angeri, Louise Radecke, Anna Riegel, lima
de Murska, Gabrielle Krauss, Caroline Dary,
Katharina Carina , Julie Dumont-Suvanny,
Weinberger, Marck, Schmidf, etc. Cependant,
au bout de sept ans, en 1861, M"' Marchesi
donne sa démission, se rend à Paris avec toute
sa famille, y reçoit des élèves de tous les pays,
entreprend bientôt un grand voyage artistique
en Europe avec son mari, puis revient à Pa-
ris, où tous deux donnent des concerts histo-
riques et où elle écrit sa Méthode pratique de
chant, dont la publication a lieu simultanément
en France et en Allemagne. En 1865, les deux
époux vont se fixer à Cologne, où M™'^ Marchesi
devient professeur au Conservatoire, et enfin,
en 1869, elle est rappelée au Conservatoire de
A'ienne, où elle est fixée encore aujourd'hui.
M""' Marchesi, qui, en 1864, parcourut avec
son mari l'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosse en
donnant toute une série de brillants concerts, n'a
pas seulement formé d'excellents sujets j)our le
théâtre, mais aussi un grand nombre de profes-
seurs de chant, qui aujourd'hui propagent son
enseignement et ses traditions. Elle a publié plu-
sieurs ouvrages didactiques consacrés aux voix de
femmes et dont on dit le plus grand bien ;
24 Vocalises pour soprano, dédiées à Rossini :
Exercices élémentaires; Vocalises pour une,
deux et trois voix ; Études d''agilité avec
paroles; enfin une grande méthode intitulée :
École Marchesi, VArt du chant. M"'" Mar-
chesi a été l'objet d'une foule de distinctions,
et l'empereur François-Joseph lui a conféré
en 1874 la croix pour le mérite (en or, avec
couronne), honneur exceptionnellement rare
pour une artiste de son sexe.
MARCHESI — MARCHETTI
d63
On doit à 1^""= Maixhesi un petit livre inté-
ressant publié à Vienne, en 1877, sous ce titre :
ErmneruHfjen mis meinem Leben {Mes Souve-
nirs).
MAUCHEÏTI (FiLiPPo), compositeur dra-
matique italien, est né à Bolognola, près de
Camerino, le 26 février 1831. A l'âge de douze
ans, et comme simple distraction, il commença
l'étude de la niusitiue, et trois ans plus tard,
s'étant mis à travailler sérieusement sous la
direction d'un professeur nommé Bindi, il se
consacra décidément à la carrière artistique.
Ses progrès étant remarquables, sa famille ré-
solut, en 1850, de l'envoyer à Naples, afin
qu'il |)ùt tciminer son éducation au Conser-
vatoire de San-Pietro a Majella. Il se fit ad-
mettre en effet dans cet établissement, où,
après avoir suivi un cours d'harmonie accom-
pagnée avec Giuseppe Lillo, il devint, pour le
contrepoint et la composition, l'élève de Carlo
Conti, auprès duquel il passa quatre années.
Ayant achevé ses études sous cet excellent
maître, M. Marchetli retourna dans sa patrie,
et songea aussitôt à écrire un opéra, dont son
frère, M. Raffaele Marchetli, lui avait fabriqué
le livret. Cet ouvrage, intitulé Gentile da Va-
rano, fut représenté sur le théâtre ïSational
de Turin, au commencement de l'année 1856,
et le succès en fut assez grand pour que le
directeur de ce théâtre commandât au jeune
compositeur un second opéra, qui devait être
produit l'année suivante au théâtre Cariguan
de la même ville. M, Marchetli se mit aussi-
tôt à l'œuvre, et écrivit la Démente, qui fut
en effet donnée sur cette dernière scène, en
1857. Soit que ce nouvel ouvrage fût inférieur
au précédent, soit, comme on l'a dit, que l'im-
mense succès obtenu en ce moment à Turin
par la Traviata, de M. Verdi, attirât toute
l'attention du public, la Démente ne put être
jouée au-delà de quatre représentations. Peu de
mois après ; cependant, elle était reproduite à
Rome et non sans succès.
M. Marchetli s'établit alors à Rome comme
professeur de chant, ce qui ne l'empêcha pas
d'écrire la musique d'un grand drame lyrique en
trois actes, intitulé le Paria. Mais, malgré
tous ses efforts, il ne put trouver un théâtre
pour jouer cet ouvrage, et, découragé, il
quitta Rome après Irois ans de séjour pour
se rendre à Milan, où il fit la connaissance
d'un compositeur aimable, qui était en même
temps un librettiste fécond, Marco Marcello
{Voyez ce nom). Celui-ci traça pour lui le
livret d'un Romeo e Giyilietta que le jeune
artiste mit aussitôt en musique, mais qu'il
eut encore beaucoup de peine à faire connaiti-e
au public, quoique l'un des grands éditeurs
de musique de Milan, Francesco Lucca, lui
eût acheté sa partition et l'eùl publiée avec
l'accompagnement de piano. Enfin, Romeo e
Giiilietta fut représenté au théâtre communal
de Trieste le 23 octobre 1865, et assez bien
accueilli -, doux ans après, l'ouvrage était re-
produit à Milan, sur le théâtre Carcano, et
malgré le voisinage du Roméo et Juliette de
M. Gounod, qu'on jouait alors à la Scala, il obtint
un succès retentissant et qui classa M. Mar-
chetli au nombre des jeunes compositeurs sur
lesquels l'Italie avait le plus droit de compter.
Ce succès ouvrit à l'artiste les p cries du
grand théâtre de la Scala, pour lequel il écrivit
un drame lyrique en quatre actes, Ruy Blas.
Chanté par MM. Tiberini et Cesare Rota, par
la Poch et la Benza, Riiy Blas fut représenté
pour la première fois à la Scala le 3 avril 1869,
et cette fois ce fut un triomphe qu'obtint
M. Marchetli. Je n'ai pas eu l'occasion d'en-
tendre cet ouvrage en Italie et de le pouvoir
juger, mais je puis donner l'impression d'un
critique italien très-expert et très-autorisé, qui
m'écrivait ce qui suit au sujet de M. Mar-
chetli, de son Ruy Blas, et de l'influence que
cet ouvrage a exercée sur lu destinée de son
auteur : — « .... Quelle que soit la mesure
du talent de M. Marchetli, c'est assurément
un très- bon musicien, qui écrit très-bien pour
les voix et pour l'orchestre, et qui connaît
tous les secrets de l'harmonie et du contre-
point. Son premier succès a été GiuUetta e
Romeo au Carcano de Milan, mais celle parti-
tion a été vile oubliée, sans doute à cause du
Roméo de Gounod, qui est infiniment supé-
rieur. Le triomphe de M. Marchetli a été son
Ruy Blas, qui a fait le tour de tous les théâ-
tres d'Italie. C'est une œuvre d'une facture ex-
quise et d'une inspiration tendre, douce, pas-
sionnée, mais un peu monotone. Avec une
seule mélodie, l'auteur a fait les frais de toute
sa partition ; le duo d'amour est admirable,
et excite toujours l'enthousiasme, quelquefois
trop facile, du public italien. Le succès de Ruy
Blas a été le grand malheur de M. Marchetli,
parce qu'à son quatrième opéra le public lui
a demandé beaucoup plus qu'il ne pouvait
donner. Son Gustavo Wasa, donné en février
1875 à la Scala, de Milan, est tombé sans
espoir de résurrection. C'est un Ruy Ulas
à l'eau de rose. Pas d'inspiration ; un orches-
tre morne, sans éclat ni couleur; des longueurs
interminables, et une absence presque complète
d'idées. »
104
MAllCHETTl — MARCHISIO
Gustavo Wasa n'obtint en effet aucun
succès , (]uoique très-bien cbanté par M.
Bolis, le ténor Maini et M""*^ Mariani-Masé;
il ne fut pas plus heureux à Florence, malgré
les corrections et les inodifications apportées
par l'auteur à son œuvre pour sa représentation
au théâtre de la Pergola. Deux ans auparavant,
le 25 mars .1873, le compositeur avait donné
au théâtre d'Angennes, de Turin, un opéra
(le demi-caractère intitulé VAmore alla prova,
(|ui, bien qu'accueilli assez favorablement,
disparut avec rapidité. Depuis lors, il ne s'est
pas produit nouvellement à la scène, et ses
compatriotes semblent craindre qu'il ne se
puisse relever de son dernier insuccès. M. Mar-
chetti n'en a pas moins obtenu, dans le cours
de sa carrière, un long et retentissant succès
avec sa partition de Ruy Blas- bien des com-
positeurs n'ont pas eu cette bonne fortune, et
n'ont jamais joui d'un tel moment de popu-
larité. Il a en portefeuille un drame lyrique
encore inédit, intitulé Giovanna (TAiistria.
En dehors du théâtre, M. Filippo Marchetti
a publié un certain nombre de compositions
vocales : Ricordi di fioma, album de 6 mélo-
dies (1. l'Ora del Tramonto; 2. Aspetto la
riposta; 3. Sei tenerina corne la lattuga;
4. E tu credevi vanarella mia; 5. la Prima-
vera, duo; 6. la Preghiera, quatuor); — la
Vito, id. (1. Perché si muore; 2. lo Stra-
zia/anciulle: 3. Ritornate presto; 4. Quanto
è bella; 5. Poveretta ; 6. Madré e figlio);
— A Jioma, id. (1. la Figlia d'italia; 2. Z'.l-
rancino ; 3. la Gemma d^amorci 4. la Ga-
gia ; 5. Ei pii'i non torna;6.la Partenza,
duo) ; — Quattro Canti popolari, avec pia-
no ; — 12 Canti popolari romaneschi, id.'; —
Ave Maria pour 3 voix de femmes, avec pia-
no; — enfin diverses mélodies vocales déta-
chées : Tu vaneggi;la Sera; Di che ti la-
gni ? Era stanca; un Bacio solo; Ad una
Lambina; Morremo, duo; Ail' arnica Ion-
tana; etc. On connaît encore de M. Marchetti
une ouverture à grand orchestre, en ré ma-
jeur, et un Chœur de Corsaires avec accom-
pagnement d'orchestre.
MARCIII (Viur.iMo DK), compositeur ita-
lien contcm|iorain, est né à Udine, dans le Frioul.
J'ignore avec quel artiste il a fait son éducation
musicale, et je sais seulement qu'il reçut quelques
leçons de son compatriote Ma/.zucato (T'oy. ce
nom;, né comme lui à l'dine, et mort ré-
cemment. M. De Marchi a fait représenter il y
une quinzaine d'années, sur le théâtre de Hres-
cia, un opéra .sérieux inlilnhi il Cantore di
Venezia, dont le sujet était tiré de l'aventure
légendaire de Sfradclla. L'ouvrage était faible
aussi bien sous le rapport de l'invention qu'en
ce qui concerne la facture, et n'obtint qu'un mé-
diocre succès; il ne fut pas beaucoup plus favo-
rablement accueilli au théâtre Pagliano, de Flo-
rence, lorsqu'il y fut reproduit en 186t). Depuis
ce temps, on n'a pas entendu parler du com-
positeur.
MARCIIIO ( ), compositeur dramatique
italien de l'époque actuelle, a fait représenter
avec succès en 1869, sur le théâtre de Reggio
d'Emilie, un opéra sérieux qui avait pour titre
la Statua di carne ; six ans après, le 7 février
1875, il donnait au même théâtre un second ou-
vrage, intitulé Amore e Vendetta. Je n'ai aucun
renseignement particulier sur cet artiste.
MARCHISIO (AntoiMno), pianiste distin-
gué, renommé pour son enseignement, et com-
positeur, était né à Buttigliera d'Asti, le 19
février 1817. Fixé depuis longues années à
Turin, il est mort en cette ville le 4 août 1875,
à l'âge de 58 ans. Il avait fait représenter trois
opéras : Il Marito délia vedova, un Matri-
monio a tre, et Piccarda Donati, et il en a
laissé deux inédits : gli Ussiti, et Crisioforo
Colombo.
MARCHISIO(Barbaka et Carlotta), chan-
teuses renommées, sœurs du précédent , naqui-
rent à Turin, la première le 12 décembre 1834, la
seconde le 6 décembre 1836, et de bonne heure se
livrèrent à l'étude !de la musique. Carlotta, la
cadette, était douée d'une fort belle voix de so-
prano, à la fois solide et souple, tandis que sa
sœur possédait un contralto magnifique et puis-
sant. Toutes deux songèrent à embrasser la car-
rière théâtrale, travaillèrent sous la direction d'un
professeur nommé Luigi Fabbrica.et vers 185('>
Baibara débuta à ^ ienne , pour se rendre en-
suite à Madrid, où sa sœur était engagée avec
elle. En 1857, les deux jeunes chanteuses se
faisaient entendre au théâtre Viclor-Emmanuel,
<ie Turin, où elles obtenaient un grand succès
en jouant ensemble la Semiramide de Rossini.
Si j'en crois un biograjibe italien , Francesco
Ui'gli, elles chantèrent ensuite à Venise, à
Manloue, à Trieste, à Milan (Scala), à Rome,
enfin à Parme , voyant grandir chaque jour
leur renommée, et c'est alors que l'adminis
tralion de l'Opéra de Paris conçut l'idée de
se les attacher et, pour les produire delà façon
la pins favorable, de faire traduire expressément
pour elles semiramide. qui leur avait valu
leurs plus beaux triomphes. Les deux sœurs se
montrèrent en effet, le 10 juillet 18G0, dans
Sémiramis, et produisirent une impression
profonde, justifiée |>ar la beauté de leur voix,
MARCHISIO — MARCILLAG
1G5
par leur talent très-réel, et par le charme et
l'ensemble qu'elles apportaient 'dans l'exécu-
tion des morceaux chantés à elles deux. Toute-
fois, on a singulièrement exagéré en affirmant
que la façon dont elles disaient le duo célèbre
du second acte rappelait la réunion mémorable,
dans ce morceau, de la Malihran et de la Sontag.
Après un séjour relativement court à Paris,
les sœurs Marchisio se produisirent avec le
même bonheur sur la plupart des grands théâ-
tres de l'Europe, à Londres, à Bruxelles, à
Rome, à Barcelone, et dans ces deux dernières
villes surtout leur succès fut très-marqué. Elles
étaient encore dans tout l'éclat d'une carrière
qui aurait pu se prolonger, lorsque Carlotta
mourut à Turin le 28 juin 1872, âgée seu-
lement de trente-cinq ans. Celle-ci avait épousé
un chanteur dramatique autrichien connu au
théâtre sous le nom à'Eugenio Coselli_ qui
s'appelait Kuh de son nom véritable , et qui
depuis quelques années avait abandonné la scène
pour acheter et diriger, à Venise, une impor-
tante fabrique de pianos. Lui-même est mort
près de cette ville, à Mira, le 2 mai 1875. Il
était né à Vienne en 1835.
Un compositeur qui me semble devoir appar-
tenir à la même famille, M. Giitsepjie-Enrico
Marchisio, s'est fait connaître par la publication
d'une trentaine de morceaux de genre pour le
piano, rêveries, tarentelles, barcarolles, etc.
MARCILLAC (F,..), né le 1" mai 1817, à
Genève, est mort dans cette même ville le 9
mars 187G. Les premières leçons de musique lui
furent données par son père, qui était Français,
et tenait à Genève un magasin de musique. Il
parcourut l'Europe pendant près de quinze ans
avec une famille russe à laquelle il fut attaché
d'abord comme précepteur, puis comme secré-
taire des commandements. C'est pendant cette
période de sa vie qu'il eut occnsion d'entendre
souvent de grands artistes et de développer son
goût et ses connaissances musicales. Dès son re-
tour à Genève, en 1848, il commença à s'occu-
per de recherches sur l'hi-stoire de la musique.
Vers 1866, il fut chargé du cours de littérature
à l'École supérieure des jeunes filles, et conserva
ces fonctions jusqu'à sa mort. 11 avait été nommé
aussi membre du Comité du Conservatoire de
Genève, puis vice-président, et prit, pendant
plus de vingt ans, une part active à la direction
de cette école. Ce fut à la demande de ses col-
lègues qu'il rédigea, en 1862, une Théorie élé-
mentaire de la Musique, suivie d'exercices de
solfège à deux voix , publiée à Genève chez
L. Martinet. On a aussi de lui une brochure sur
r Enseignement populaire de la musique d'a-
I près la méthode Chevé (Genève, Jules G'""
Fick, 1862, extrait du bulletin, n° 17, de la So-
ciété Genevoise d'utilité publique). Le but de
cet opuscule, dont une |)artie est consacrée à
l'éloge de la méthode Wilhem , est de recom-
mander le système Galin-Paris-Chevé pour
l'enseignement du chant en chœur, et notam-
ment du chant religieux. L'auteur demande, en
terminant, que la notation en chiffres soit in-
troduite dans les Psautiers de l'Église réformée.
Le litre le plus important de Marcillac à l'es-
time des connaisseurs et des érudits est son His-
toire de la Musique moderne et des Musiciens
célèbres depuis Vère chrétienne jusqu'à nos
jours (Sandoz et Fischbacher, Paris, 1876). Cet
ouvrage est surtout exact et complet dans la
partie consacrée aux origines et aux progrès de
l'art tout moderne de la musique. Cette partie,
qui comprend les deux tiers du volume, est
un résumé net et bien ordonné des meilleurs
travaux sur la matière de Burney, Martini,
Forkel, Kieseweter, Fétis, Coussemaker, etc.
En d'autres termes, c'est une intelligente vulga-
risation de notions qu'on ne pouvait guère ac-
quérir et préciser qu'en compulsant de volumi-
neux in-folio écrits dans des langues diverses, et
assez souvent conçus sans méthode. Écrit sans pré-
tention et avec clarté dans le plan et dans l'ex-
pression, ce livre est d'une lecture aisée et ins-
tructive. Les chapitres relatifs à la notation au
moyen âge, à la Renaissance et aux origines de
l'opéra sont particulièi'ement à recommander.
La fin du volume, où l'auteur passe en revue
les productions du siècle actuel, est incontesta-
blement beaucoup plus faible. Il semble qu'elle
ait été faite avec précipitation et une connais-
sance imparfaite du sujet. On peut y relever
plus d'une appréciation douteuse, et même des
inexactitudes de fait surprenantes lorsqu'il s'a-
git d'événements contemporains. Il est à croire,
par exemple, que les jugements portés sur Bee-
thoven, Schumann et surtout Meyerbeer ne se-
ront pas complètement ratifiés par les artistes et
les gens de goût. Parlant de Berlioz, Marcillac
présente sa carrière comme terminée après VEn-
fance du Christ et om.et d'une façon évidem-
ment inconsciente la généreuse tentative des
Trofjens, la plus intéressante de l'auteur de
Benvenuto au théâtre. Il y aurait plus d'une
lacune de ce genre à signaler dans les derniers
chapitres. Malgré ces imperfections, V Histoire
de la musique de Marcillac méritait ici une
mention particulière. On y trouve cette érudi-
tion consciencieu.se et ce sentiment élevé de l'art
qui font la valeur durable des ouvrages de ce
senre. Al. R — n.
166
MARCORA — MARENZIO *
MAIICORA (C ), miisicien italien
contemporain , est l'auteur d'un drame lyrique
inlil nié rr/.ç/o/'oro Colombo, qui n'a été repré-
senté qu'après sa mort, en ISiit», sur le tiiéàlre
<ie IJaliia. J ij^nore s'il était fixé en ce pays. Cet
artiste, sur lequel je ne possède aucun autre
renseignement, avait publié précédemment quel-
ques mélodies vocales et plusieurs niorceauv de
piano.
MAR(^OU (Pau.), pianiste français et com-
positeur pour son inslruinenf, a publié, dans ses
dernières années, un certain nombre de morceaux
de genre parmi lesquels je signalerai les suivants :
Florence, nocturne, op. 8 ; le Soir, rêverie, op.
9; Inquiétude, caprice, op. 11; ^e Papillon,
scherzo, op. 12; Barcarolle, op. 13; Tarentelle,
op. 14; la Cosaque, impromptu, op. lô; la
Fleur et le Ruisseau, étude mélodique, op. IG ;
Chantait berceau, op. 17; Andante allamar-
cia, op. 18; le Hamac, mélodie champêtre, op.
19; Scène russe, op. 20 ; Légende, op. 21 ; Souf-
fle de printemps, romance sans paroles, op. 22 ;
Idylle, op. 24; 5 Marches, op. 24; Yal.se villa-
geoise, op. 22 ; etc., etc.
MAHCUCCI (Ferdinando), harpiste extrê-
mement distingué, né à Florence le 6 mai 1800,
mort en cette ville le 29 décembre 1871, fut
élève de son père, Curzio Marcucci, qui était lui-
même un virtuose fort remarquable , et reçut
des leçons d'harmonie et de contrepoint de Disma
Ugolini. Dès ses plus jeunes années il tenait
très-habilement la partie de harpe à l'orchestre
du théâtre de la Pergola, de Florence, et il se
fit toujours remarquer, dans les concerts, par
ses grandes qualités de style et de mécanisme,
transformant en (juelque sorte l'instrument sous
ses doigts et en tirant des effets inconnus avant
lui- En 1827, Marcucci vint en France, obtint
beaucoup de succès en donnant en province une
série de concerts, et, une fois arrivé à Paris,
entra à l'orchestre du ïhéAtre-Italien par la
protection de Uossini. Après quelques années,
en 18:55, il était de retour à Florence, qu'il ne
quitta plus, et s'y livra complètement à rensei-
gnement, formant de nombreux et excellents
élèves, tout en continuant de faire admuer son
admirable talent toutes les fois qu'il se pro-
duisait en public.
MAIICIISSEN ( ), facteur d'orgues,
associé, je crois, à M. Reuter, était avec celui-
ci le chef de la maison la plus importante en
ce genre de tout le Danemark, il y a une tren-
taine d'années. Ces deux artistes distingués ont
apporté d'heureuses et utiles améliorations dans
la fal)rir,ation des orgues.
.^lAIll'XIlAL (CnviiLES-HEMu), composi-
teur, est né à Paris le 22 janvier 1842. Il se fit
recevoir au Conservatoire seulement en 186G,
et entra dans la classe d'orgue de M. Benoist et
dans la classe decom|)Osition de M. \ictor Massé.
Je ne crois pas qu'il ail pris part aux concours
de 1 école ; tout au moins n'y obtint-il aucune
récompense; mais s'étant présenté en 1870 au
concours de l'Institut, il y remporta d'emblée
le premier grand prix de Rome, conjointement
avec M. Cliarles Lefebvre {Voyez- ce nom). En
187;j, à la séance d'audition des envois de Rome,
on exécuta au Conservatoire des fragments de
la ISativité, drame sacré écrit par M. Marécbal
sur un poème de M. Cicile, et dont divers autres
fragments avaient été précédemment entendus
dans les séances de la Société nationale de mu-
sique. Depuis lors, M. Maréchal a donné à l'O-
péra-Cornique (8 mai 1876) un petit ouvrage en
un acte, les Amoureux de Catherine, qu'on a
trouvé empicint d'une grâce touchante et d'un
bon sentiment mélodique. Presque en même
temps il écrivait pour une comédie de MM. Erck-
mann et Chatrian, l'Ami Friiz, représentée à la
Comédie-Française, deux morceaux dont l'un
sintout, une chanson avec chœur, produisait
un heureux effet. M. Maréchal a rempli un ins-
tant, eu 1S67, les fonctions de chef des chœurs
au Théâtre-Lyrique.
MAREIVCO (RoMUALDo), compositeur dra-
matique italien, s'est fait connaître par la musique
de plusieurs ballets dont voici les titres : 1° i Sciti
Peccaii capUalt; 2" Bianca di Nevers, repré-
senté à la Scala, de Milan; 3° Armide, joué au
Polileama, deNaples, au mois de Mai 1873; 4°
le Foliie del Carnevale, écrit en société avec
MM. Levi et Casiragiii et donné au théâtre Dal
'Verme, de Milan, le 20 janvier 1877 ; 5° Erman-
zia, joué au théâtre San-Carlo, de Naples, en
mars 1877; 6° Balilla, représenté à Gènes au
mois d'avril de la même année; T Sieba, donné
à Turin au mois de janvier 1878. M. Marenco
est aussi l'auteur d'un drame lyrique en quatre
actes, Lorenzino dé' Medici, représenté le l"^""
décembre 1874 sur le théâtre de Lodi, et qiù a
été l)icn accueilli par le public. Cet artiste a
publié un certain nombre de morceaux de
musique de danse pour le piano, il était, en
1873, chef d'orcbestre pour le ballet au théâtre
de la Scala, de Milan.
* MAIIENZIO (LiJCA), illustre compositeur
italien du seizième siècle. — M. le docteur Ra-
sevi, de Florence, m'a signalé une edilion du
premier livre de madrigaux de cet artiste qui
est restée inconnue à l'V'tis, et dont voici le titre :
Di Luca Marenzio madrigali ù 4, :• et G voci
I iibro primo, novamenle composte et date in
MARENZIO — MARIANI
167
luce. In Venetia, pressa Giacomo Vincenzi ,
1588. Dans !a dédicace, adressée au comte Mario
Bevilacqua, Marenzio dit qu'il a composé ces
madri!»au\ con maniera assai différente dalla
passaia, havendo, et per l'imitatione délie
imrole, et per la proprietà dello stile, atteso
(diro cosi) a una mesia gravita.
J\lAIiESCALCHI (F ), musicien ita-
lien contemporain, s'est fait connaître par la pu-
blication d'un assez grand nombre d'albums de
mélodies vocales, parmi lesquels je citerai : Alla
giovine Italia (12 pièces), Cosetle del Core
(4 chants dans le style populaire), un Fiore a
Bellini (tî pièces), etc.
^MARESSE (Lotis). — On a de ce
compositeur un petit opéra-cornique en un acte,
les Projets de sagesse, représenté au Gymnase le
20 février 1821. L'auteur des paroles de cet ou-
vrage était Mélesville, et tous deux en écrivirent
la musique en collaboration.
*MARIA (D. Caklos DE JESUS). —
Fétis n'a pas connu la première édition du traité
de cet auteur sur le plain-chant ; il n'a même pas
donné exactement le titre de la seconde, que
voici : Résuma das regras geraes mais impor-
tantes e necessarias para a boa intelUgencia
do Cantocfido, etc., Coimbre, 1726, in-4'' de
47 pp. La deuxième édition porte le même titre;
l'auteur y ajoute seulement : Dada novamente
ao prelo corn varias accrescentamentas que
vane notados com este signal : *Coimbre, 1741,
in-4°de 11-92 pp. et index. L'auteur a publié son
traité sous le pseudonyme : P. Luis du Maria
Crcessé'r.
J. DE V.
MARIA (D. JoÀo DE SANTA-), prêtre
portugais, chanoine de l'église de S. Vicenle de
Fora, né à Terena (Extremoz), mort à Grijo en
1654, écrivit sur le plain-chanl trois livres qu'il
dédia au roiD. Jean IV, et qui existaient dans la
IMbliotlièque de ce prince. Ces trois livres ne
formaient probablement qu'un seul ouvrage, di-
visé en trois parties.
J. DE V.
MARIA (Le P. Francisco DE SANTA),
religieux franciscain portugais, né à Barcellos,
exerça la charge de vigario de côro dans le
couvent de Jésus, à Lisbonne, et mourut à Coim-
bre en 1721. Il composait, et ses compositions
existaient encore en 1833 dans son couvent, qui
fut'supprimé avec tous les autres en 1834. Le
couvent de Jésus fut donné à l'Académie royale
des sciences, qui y est encore installée.
J. DE V.
MARIANI (Angelo), compositeur et le plus
fameux chef d'orchestre de l'Italie contempo-
raine, est né à Ravenne le 11 octobre 1822, et
mort à Gênes le 13 juin 18 73. Cet artiste extrê-
mement distingué, dont la renommée comme
chef d'orchestre fut exceptionnelle, était lils
d'honnêtes bourgeois de Ravenne, et avait fait
son éducation musicale sous la direction de njaî-
Ires obscurs. Il eut pour professeur de violon un
nommé Pietro Casolini, et fit ses études de con-
trepoint et d'harmonie avec un moine, le père
Livrini, théoricien habile. A dix-huit ans, ne
jouant que du violon et du piano, il accepta, à Sant'
Agata, l'emploi de chef d'une bande musicale,
et se mit à étudier le mécanisme des instru-
ments à vent. Peu après il parcourut, comme
simple musicien d'orchestre, différentes villes
des Romagnes, puis se rendit à Bologne, où
Rossini, alors directeur du Lycée musical, lit
exécuter une ouverture de sa composition et lui
adressa des éloges à ce sujet. Ce fut alors que
Mariani se mit à étudier les œuvres classiques
de toutes les écoles, et que, sur les conseils de
Rossini, il mit en partition les quatuors et les sym-
phonies de Mozart et de Beethoven, travail ex-
cellent qui meuble merveilleusement la mémoire
et forme le vrai musicien.
Mariani fit ses débuts de chef d'orchestre en
1844, à Messine, en dirigeant l'exécution de la
Saffo de Pacini, puis il remplit ces fonctions à
Milan et à Vicence. Ses premiers pas annonçaient
un artiste très-habile en ce genre, et en 1847 il
était appelé à diriger l'orchestre du théâtre de la
cour, à Copenhague, oii il écrivit une messe de
Requiem |)our les funérailles du roi Christian
VIII. Comme tous les Italiens, Mariani était un
chaud patriote : à la première nouvelle des évé-
nements de 1848, il abandonne la brillante situa-
tion qu'il occupait en Danemark, accourt à
Milan, s'engage comme volontaire, et fait toute
la campagne. La guerre terminée, il part pour
Constantinople, où le sultan le prend en affec-
tion, et où il fait exécuter, outre un hymne en
l'honneur de ce souverain, deux grandes canta-
tes : la Fidanzata del guerriero et gli Esull.
Enlin, en 1852, Mariani est chargé de ladirection
de l'orchestre du théâtre Carlo-Felice, à Gênes,
et c'est de cette époque surtout que commence
sa grande renommée. Quelques années après,
son talent exceptionnel le faisait attacher, en la
même qualité, au théâtre communal de Bologne,
l'un des cinq ou six premiers de l'Italie, et il sut
conserver à ce magnifique établissement son an-
cienne supériorité. Sa renommée ne fit qu'y
grandir, à ce point que les Italiens, avec leur em-
phase habituelle, le surnommèrent le Garibaldi
de l'orchestre. Voici comme un de ses confrères,
le compositeur Alberto Mazzucalo, devenu plus
168
MARIANI — MARIN
tard (lirecteuidii Conservatoire de Milan, et alors
chef d'orrhestre du fhé;Ure (le la "Scala, appré-
ciait le talent de cet artiste; ces lignes enthou-
siastes sont extraites d'un journal italien, l'Eit-
terpe, du 23 septcmlire 186!» :
« Directeur d'orchestre! — Mais quand on a
prononcé ces deux froides paroles, nul ne se
doute de ce qu'est Mariani, parce qu'il est vrai-
nieni ce que doit être le véritahle interprète des
compositeurs : ingénu avec Paisiello etCirnarosa,
idéal [immaginoso) avec Mozart et Rossini, élé-
giaque et passionné avec Gounod et Bellini, ar-
dent et dramatique avec Verdi et Meyerbeer. Nul
plus que le célèbre violoniste et compositeur ra-
vennais n'a su s'identifier plus intimement, plus
parfaitement, avec tous les genres de musique,
avec tous les styles, avec tous les créateurs de
mélodies et d'harmonies ; à tel point que, quand
il se fait leur interprète, on dirait que ces chants
suaves ou volcaniques, que ces harmonies ou
simples, ou sévères, ou idéales, que ces combi-
naisons instrumentales légères, brillantes, im-
pétueuses, formidables, austères, vagues, mys-
tiques, sont siennes, et partent toutes de lui.
« Cen'estpastout. Non-seulement il s'assimile
le compositeur de façon à en reproduire, à en
photographier l'imagination, l'Ame, l'esprit, l'i-
déalité, le génie ; mais cette âme, cet esprit, il
les surpasse même parfois : il va plus loin, et là
où l'interprétation simple ou ne suffit pas, ou
laisse la voie ouverte à diverses manières, ou
donne lieu à hésitations, il la devine et la trouve;
et chaque fois sa divination est un miracle, qui
se traduit pourtant en un prodige d'effets. Et
ceux que nous appelons chanteurs, que nous
appelons musiciens d'orchestre {siionaior\), ma-
gnétisés et conquis par l'efficacité démesurée d'in-
tuition d'un tel génie, sont |>lus que d'obéissants
et valeureux soldats guidés par un grand capi-
taine-, ils sont autant d'émanations de lui-même,
ils sont les ramifications nerveuses de cette phé-
noménale intelligence, ils sont les mouvements
immédiats de sa volonlr', qui pourtant, dans leur
immense variété, la révèlent non-seulement une,
mais si puissante et si inébranlable que non-seu-
lement tout obstacle s'efface et disparaît devant
elle, mais même qu'on n'en soupçonne aucun et
qu'on ne su|ti>ose |ioint qu'il en puisse exis-
ter. )i
Si l'on veut liien faire la part de l'exagération
toute méridionale de ce jugement, on conviendra
néanmoins que de tels éloges, surtout venant d'un
conirère, ne pouvaient s'adresser à un artiste or-
dinaire. Mariani s'était fait d'ailleurs une renom-
mée européenne, et il n'est que juste de dire que
c'était un artiste hors ligne. Il dominait, de toute
la hauteur de son talent exceptionnel et de son
immense réputation, la notoriété cependant légi-
time de ses confrères italiens les plus experts,
les Mazzucato, les Nicolo de Giosa, les Franco
Faccio, les FrancescoPollini et autres. 11 avait mis
le comble à sa renommée par les soins et l'expé-
rience qu'il avait apportés, dans ses dernières
années, à l'exécution de plusieurs ouvrages parti-
culièrement importants et difficiles el d'une nature
singulièrement dissemblable : l'Africaine, de
Meyerbeer, ^i(/a et Don Carlos, de Verdi, enfin
Lohengrin et Tanniumser, de M. Richard Wa-
gner. Le Lohengrin fut monté par lui avec neuf
répétitions d'orchestre seulement, ce qui est un
véritable tour de force.
Dans les premiers mois de 1873, Mariani venait
(l'être réengagé au théâtre Carlo-Felice, où il
rfevait diriger prochainement l'exécution de la
Perle du Brésil, de Félicien David, qu'on
venait de traduire en italien. C'est précisément
à Gênes qu'il est mort, le 13 juin, à huit heures
du soir, après une assez longue et très-cruelle
maladie.
Comme compositeur, et outre les ouvrages
qui ont été cités plus haut, Mariani a publié un
certain nombre de recueils de chant, parmi les-
quels on signale surtout les suivants : Rimem-
branze del Bosforo; il Trovaiore nella Ligu-
ria ; Il Colle di Carignano, recueil de 8 mélo-
dies ; Album vocale (dédié à Massimo d'Azeglio) ;
Rimembranze di Arenzano, 6 pièces romanti-
ques; Liete e triste Rimembranze ; Otto Pez-
zi vocali ; N710V0 Album vocale, etc., etc.
C'est Angelo Mariani qui eut, en 1864, la di-
rection musicale des grandes fêtes célébrées à
Pcsaro en l'honneur de Rossini.
MAR1GNA3J (DE), comédien qui vivait au
dix-huitième siècle, est l'auteur d'une brochure
ainsi intitulée : Éclaircissements donnés à fau-
teur du "Journal encyclopédique » sur la mu-
sique du « Devin du Village » (Paris, Duche.snc,
1781, in-8"). Dans cette brochure, écrite avec un
accent de sincérité convaincue,rauteur prend avec
vivacité la défense de Jean-Jacques Rousseau,
qu'on avaitaccusé de s'être approprié la musique
du Devin du Village, qui aurait été écrite par un
autre que lui. FI donne d'ailleurs, à ce sujot,
des raisons qui paraissent prohantes, et cette
question, repri.se de nos jours par Castil-Blazc
avec un acharnement qu'on a peine à s'expliquer,
semble bien résolue lorsqu'on a lu l'écrit, d'ail-
leurs fort rare et presque inconnu, dont il est ici
parlé. {Voijez Granier et Grenet.)
*MARIl\(FiîAxçois-Loiis-Ci.,uDEÎ\lAHI\l
dit). — Cet écrivain avait été d'abord musicien,
et avait rempli les fonctions d'organiste àlaCiotat,
MARIN — MARIO
169
sa ville natale. Je ne rappelle ici son nom que pour
citer un passage d'un pamphlet de Beaumarchais
dans lequel sont remis en lumière ces commen-
cements de; sa carrière. Lorsqu'en 1771 Marin
fut appelé à la rédaction en chef de la Gazette de
France, ce choi.v fut l'objet de critiques très-
vives de la part de certains hommes de lettres,
dont Marin s'était fait des ennemis en qualité de
censeur de la police. Beaumarchais se distingua
entre tous par son animosité, et publia à ce su-
jet un mémoire dans lequel, après l'avoir montré
gagiste à la Ciotat, où il touchait de l'orgue, il
ajoute : — « Il quitte la jaquette et les galoches,
et ne fait qu'un saut de l'orgue au professorat, à
la censure, au secrétariat, enfin à la gazelle. Et
voilà mon Marin les bras retroussés jusques aux
coudes et péchant le mal en eau trouble; il en
dit hautement tant qu'il veut, il en fait sourde-
ment tant qu'il peut. Censure, gazettes étran-
gères, nouvelles à la main, à la bouche, à la presse,
journaux, petites feuilles, lettres courantes, fa-
briquées, supposées, distribuées, etc., tout est à
son usage. Écrivain éloquent, conteur habile,
gazetier véridique, journalier de pamphlets, s'il
marche, il rampe comme un serpent , s'il s'élève,
il tombe comme un crapaud. Enfin, se traînant,
gravissant, et par sauts et par bonds, il a tant
fait par ses journées, que nous avons vu de nos
jours le corsaire aller à Versailles tiré à quatre
chevaux sur la route, portant pour armoiries,
aux panneaux de son carrosse, dans un cartel en
forme de buffet d'orgues, une Renommée en champ
de gueules, les ailes coupées, la tête en bas, ra-
clant de la trompette marine, et pour support
une figure dégoûtée, représentant l'Europe : le
tout embrassé d'une soulanelle doublée de ga-
lettes, et surmonté d'un bonnet carré, avec cette
légende à la houpe : Ques-à-co? Marin (I). »
* MARII\ELLI (Gaetano). - Au sujet de
cet artiste, M. Joaquimde Vasconcellos me com-
munique obligeamment la note suivante : « A
ce que Fétis dit de Marinelli, il faut ajouter que
ce compositeur se trouvait, avant 1790, à Ma-
drid, où il donna des leçons de chant à un artiste
de talent, Lourença Correa (2); en 1817 il était
(i) On sait que Qiies-à-co ? est une locution proven-
çale qui signifle : >< Qu'est-ce que cela ? w Marin se servait
à tout propos de cette expression, qu'il avait rapportée
de son pays. On raconte qu'elle plut beaucoup à la Oau-
pliine, lorsqu'elle lutle mémoire de Beaumarchais, qu'elle
l'adopta et la répétait atout propos, si bien qu'elle devint
un quolibet de cour et courut Paris et Versailles. Une mar-
chande démodes, profitant de la circonstance, imagina
de répandre une coiffure à laquelle elle donnait le nom
de qiiesaco et qui obtint un succès de vogue.
{l) y. Os Musicos porturjuezcs, par Joaquim de Vas-
concellos, T. I, p. 57,
à Lisbonne, où il composait une cantate pour le
mariage du prince royal D. Pedro, cantate qui
fut chantée au théâtre royal de l'Opéra (San
Carlos). Marinelli était vers 1820 à Porto, où il
donnait des leçons de musique. »
A la liste des ouvrages dramatiques de ce
compositeur, il faut ajouter les suivants :
1° l'Intéresse gabba tutti, Florence, 1795;
2" Issipile, Venise, théâtre de la Feniee, automne
1796; 3° Il due FratbUi Castracani, Padoue,
1798; ^" la Morte di Cleoputra, Venise, théâtre
de la Feniee, 1800.
MAIUIVI ( ). Un artiste de ce nom,
resté d'ailleurs absolument obscur, a écrit la
musique d'un opéra-comique en un acte, Duval
ou une Erreur de jeunesse, qui fut représenté
à l'Ambigu-Comique, de Paris, en 1800.
MARINI (IcNAZio), chanteur italien, naquit
à Bergame vers 1815. Son père voulait lui faire
suivre la carrière ecclésiastique, mais il préféra
se consacrer au théâtre. Doué d'une voix de
basse profonde extrêmement puissante, ainsi
que d'une stature colossale, il offrait, dit-on, sur
la scène, un type d'une majestueuse beauté. Il
débuta fort jeune à Brescia, obtint beaucoup de
succès, et fut bientôt engagé au théâtre de la
Scala, où il resta plusieurs années et où il se fit
une grande réputation. Chanteur remarquable
aussi bien dans le genre tragique que dans le
genre bouffe, il se faisait surtout applaudir dans
Mosè et dans VltaUana in Algeri. C'est pour
lui que M. Verdi écrivit le rôle principal à' Attila.
Après avoir fait un assez long voyage en Améri-
que, il revint à Milan, et remporta un véritable
triomphe, au théâtre de la Canobbiana, en se
montrant dans le rôle de Marcel des Huguenots,
où à ses qualités bien connues de chanteur il joi-
gnit un talent de comédien qu'il n'avait jamais
à ce point déployé. Marini a appartenu au théâtre
impérial de Saint-Pétersbourg, et en 1800 il
chantait sur celui de Barcelone. Il est mort à Mi-
lan le 29 avril 1873.
* MARIO (GiusErPE), comte DE CAMDIA,
célèbre ténor italien, n'est pas né à Gênes, comme
on l'a dit, non plus qu'à Turin. La Gazzcita mu-
sicale (de Milan) du 7 octobre 1877 le déclarait
formellement en ces termes : « La patrie du cé-
lèbre ténor Giuseppe Mario est Cagliari, et non
Turin, comme le voudrait le Dizionario de
Regli. » Dans une lettre publiée au mois de sep-
tembre 1807 par un grand nombre de journaux
français, M. Mario donnait les détails suivants
sur sa carrière : — « J'ai fait ma première ap-
parition à Paris en décembre 1838, dans Robcrt-
le-Diable, sur le théâtre de l'Opéra. Là, j'ai
passé deux ans et demi, et j'ai chanté le Comte
170
MARIO — MARIOÏTI
Ory, le Drapier et autres ouvrages. En 1840, 1
M. Atiii.Klo nie lit f lianlcr VEUsire iVamore, au i
Théâtre-Italien Vax l'ait, ma carrière n'a coni-
niencé qu'en 1842, àDiii)lin, où j'ai chanté avec
Tamhurini, Grisi et Lablache, sous la direction
(le .1. Benedict. Ensuite, je revins à Paris et j'y
chantai le répertoire de Rubini, ce qui ne fut
pas une petite fortune pour moi. Finalement,
ma vie se passait rapidement, allant de Paris à
Londres à chaque saison, et rencontrant partout
le plus aimable accueil. Dans l'hiver de 1849,
pour la première fois, je m'en allai en Russie,
et en 1854 en Amérique. Londres et Paris sont
encore les deux villes dont j'ai gardé les plus
doux souvenirs, sans oublier pourtant Dublin,
cil j'ai reçu les plus chaleureux encouragements.
Etrange à dire, jamais je n'ai chanté en Italie. »
A la fin de 1862, M. Mario, par un caprice
sans doute, eut la singulière idée de se présenter
de nouveau sur la scène de l'Opéra, abandonnée
par lui depuis plus de vingt ans, et s'y montra
dans le rôle de Raoul des Huguenots. La tenta-
tive ne fut pas heureuse, et il ne la renouvela
pas, s'empressant de rentrer au Théâtre-Italien.
Depuis quelques années il a quitté définitivement
une carrière qui avait été pour lui très-brillante,
et l'on assure qu'aujourd'hui il occupe un emploi
important dans l'administration des beaux-arts à
Rome.
Un écrivain italien, Francesco Regli, affirme,
dans son Dizionario biografico, que M. Mario,
destiné d'abord à l'état militaire, était entré en
1830, avec le grade d'officier, dans le régiment
des chasseurs sardes, alors en garnison à Gênes.
Exilé à Cagliari pour un méfait de jeunesse, il
aurait donné sa démission, qui n'aurait pas été
acceptée, et se serait alors réfugié à Paris, où il
fit apprécier dans les salons son adorable voix
de ténor. C'est alors que, selon le même écri-
vain, un engagement lui aurait été proposé à
ropéra, à raison de 1,500 francs par mois. Mais
le jeune dilettante n'était pas en état de se pré-
.sentcr sur une scène de cette importance. Tout
en acceptant le traité qui lui était offert, il se
plaça, ()our faire des étiules sérieuses, .sous la
direction de Ponchard et de Bordogni, et après
deux ans de travail songea enfin à effectuer ses
débuts, qui eurent lieu dans Robert-le- Diable,
non le 2 décembre 1838, comme le dit Regli,
mais le :!0 novembre précédent. Après être resté
quelque temps à l'Opéra, où d'ailleurs il avait
été bien accueilli et où il avait adopté le pseudo-
nyme de Mario, le jeune chanteur, dont la voix
et le talent convenaient mieux au répcirloire
italien qu'au répertoire français, fut engagé au
Théâtre-Italien, où il fit de brillants débuts. On
a vu plus haut, d'après M. Mario lui-même, de
quelle façon se continua sa carrière jusqu'au jour
où il eut la fâcheuse pensée de reparaître sur la
scène de l'Opéra.
Pendant les vingt-six ou vingt-huit années
qu'il passa à notre Théâtre-Italien, M. Mario ne
cessa d'y obtenir d'incontestables et légitimes
succès. Les ouvrages qui constituaient son ré-
pertoire étaient Trancredi, In Gazza ladra, il
Barbiere, Mosè, Maiilde di Sabran, la Cène-
rentola, de Rossini ; Liicia di Lamennoor,
Lucrezia Borgio, Poliuto, Anyia Bolena, VEU-
sire d'Amore, Don Pasquale, de Donizetti ;
la Sonnambula, il Pirata, Norma, i Pnritani,
la Straniera, de Bellini ; Don Giovanni, de
Mozart, etc. Dans la seconde partie de sa car-
rière, il dut un regain de succès aux opéras de
M. Verdi : Ernani, i Lombardi, la Traviala,
Rigoletfo, il Trovatorc. Mais les premières
années de M. .Mario furent assurément les plus
brillantes, alors qu'il se faisait entendre en com-
pagnie de ces artistes à jamais illustres qui s'ap-
pelaient Tamhurini, Lablache, M™" Persiani,
Sontag et Giulia Grisi. 11 devint plus tard l'époux
de cette dernière et célèbre cantatrice. A la fin
de 1869, M. Mario tenait encore à Saint-Péters-
bourg l'emploi des premiers ténors; mais sa
voix était alors bien affaiblie, et il n'était plus
que l'ombre de lui-même. C'est vers cette époque
qu'il se décida à renoncer définitivement à une
carrière qui avait duré pour lui plus de trente
ans.
I\IARIOTTl (Olimpo), compositeur, né à
Florence le 11 juin 1813, est mort en cette ville
le29 juillet 1868. D'abord professeur dechant, et
comme tel attaché aux écoles musicales de sa
ville natale, dont il fut ensuite l'inspecteur, il
devint, en 1860, secrétaire de l'Institut musical.
On doit à cet artiste, outre une sorte d'opérette
'miAnXé^AaCasa disabUala, un oratorio, Giuda
Maccubeo, exécuté vers 1860, plusieurs canta-
tes, et un certain nombre de compositions reli-
gieuses.
MA14IOTTI (CoiiiNNo), compositeur, profes-
seur et écrivain musical, était né à Parme le 4 sep-
tembre 1827. Il commença l'étude de la musique
avec Alinori. et eut ensuite Marcello pour profes-
seur de contrepoint et de composition. S'étant
fixé à Turin, il s'y livra à l'enseignement, et s'oc-
cupa surtout avec ardeur de po|)ulariser l'étude
et la pratique du chant choral, principalement
dans les classes laborieuses. Il écrivit et publia
à ce sujet plusieurs recueils de chants populaires
à une i»u plusieurs voix, avec accompagnement
de piano : Tesoretto melodico, Braccioe Ciiore,
Priiiiizie meloginniche. On doit aussi à cet
MARIOTTI — MARK
171
arlisle, outre quelques romances et des airs de
clause, outre un recueil de sept cluint nationaux,
intitulé il Canzoniere nationale (écrits sur des
pièces de vers des meilleurs poètes italiens et
parmi lesquels on cite surtout il Tamburo di
JSornra et / Tre Colori), la musique de trois
opei«>ttes sans conséquence qui furent représen-
tées à Turin : i Distratti, l'Oca (1876) et la Ba-
(racomiomachia. Mariotti s'occupa aussi de
critique musicale, et publia de nombreux arti-
cles non-seulement dans des feuilles spéciales,
telles que il Pirata, la Gazzetla musicale,
il Trovalore, mais aussi dans plusieurs journaux
politiques de Turin : l'Espero, la Gazzetla di
Torino, il Conte di Cavoiir, et la Nuova To-
rino. Coiinno Mariotti mourut en cette ville, le
3 août 1876.
MARIUS ( ), facteur <le clavecins, vi-
vait à Paris à la (in du dix-septième et au com-
mencement du dix-huitième siècle. On trouve
dans le tome F' du recueil ainsi intitulé : Ma-
chines et inventions approuvées par V Acadé-
mie royale des sciences, le modèle et la des-
cription dun clavecin brisé dû à son invention,
et ([ui, se pliant en deux au moyen de charniè-
res, était d'un transport plus facile que les cla-
vecins ordinaires. Mais là n'est pas ce qui a at-
tiré l'attention sur le nom de Marins. Dans le
recueil qui vient d'être cité (t. III, depuis 1713
jusqu'en 17i9j, cet artiste a donné, à la date de
17 IC, la description et le modèle gravé de trois
clavecins « à maillets » inventés par lui, et qui
étaient un acheminement direct vers la transfor-
mation que le clavecin a subie pour devenir le
piano moderne. Voilà lonnjfemps que l'on dispute
sur ce sujet, que l'on discute pour savoir quel
est le premier auteur de cette transformation, et
que l'on met en avant les noms de Marins pour
la France, de Cristofori pour l'Italie, et de Schrœ-
ter pour l'Allemangne. Tout doute doit être, je
crois, dissipé maintenant, grâce aux nouveaux
documents mis au jour par mon savant collabo-
rateur, M. Casamorata, dans l'article Cristofori
du premier volume de ce Supplément, documents
desquels il résulte que les premiers travaux de
Cristofori en ce sens datent de 1709. Toutefois,
comme sa découverte ne fut répandue que quel-
ques années plus tard, et que les communica-
tions étaient autrement difficiles alors qu'aujour-
d'hui, on peut facilement croire que ni Marins
ni Schrœter n'eurent connaissance de ces tra-
vaux, et que chacun d'eux eut aussi, de son
C(>lé, l'idée de remplacer les sautereaux du clave-
cin par des marteaux ou « maillets. »
Au reste, dans un quatrième modèle, joint au
trois précédents, Marins cherchait à marier l'an-
cien système avec sa propre combinaison, et il
présentait à l'Académie des sciences un « qua-
trième clavecin à maillets et àsauteraux ». Enfln,
cet inventeur donnait aussi le modèle d'un « or-
gue à soufllefs, ). imaginé par lui. C'est là, mal-
heureusement, tout ce qu'on sait sur Marins et
tout ce qui reste de lui, et il in'a été, pour ma
part, impossible de découvrir aucun détail, au-
cun renseignement, aucun vestige d'information
quelconque sur cet artiste intéressant, qui ne ren-
contra sans doute qu'indifférence et incrédulité.
Ce qu'il y a déplus singulier peut-être, c'est
qu'on n'a retrouvé jusqu'à ce jour aucun spéci-
men des fameux clavecins à maillets de Marius,
tandis qu'on connaît au moins trois exemplaires
de ses clavecins repliés. J'en ai pu voir un, su-
perbe de conservation, dans le beau musée ins-
trumental de M. Alexandre Kraus, à Florence ;
celui-ci, daté de 1713 et produisant la signature
de son auteur dans ses divers compartiments,
porte aussi cette mention : Exclusif privilège
du Roy. Un autre , qui a figuré dans la galerie
de l'art rétrospectif à l'Exposition universelle de
Paris de 1878, appartient à la riche collection
de M. Auguste Tolbecque. Enfin, un troisième
fait partie du Musée instrumental du Conser-
vatoire de Paris, et est ainsi décrit dans le cata-
logue de ce Musée : — « Cet instrument, d'une
étendue de quatre octaves (de se grave à fa), se
divise en trois sections se repliant l'une sur l'au-
tre et se pouvant serrer dans un coffret de voyage.
Sur la table d'harmonie, richement décorée, on
lit le nom du facteur, el l'on apprend qu'il jouis-
sait d'un exclusif privilège du roy. C'est en
1700 que Marius inventa ce clavecin portatif
dont les Mémoiresdejrévoux (de 170-3, p. 1292)
ont parlé avec éloges. »
MARK (Le docteur), dilettante passionné,
fut en Angleterre l'un des propagateurs les plus
infatigables de la musique parmi les enfants, et
fonda un collège de musique qu'il dirigeait en
personne. Cet homme dévoué et convaincu mou-
rut à Manchester le 2 janvier 1868. Dans le der-
nier rapport publié par lui sur le Collège de
musique dont il était le créateur, le docteur
Mark établit que dans l'espace de vingt ans il avait
donné9,5S6 concerts et 5,250 conférences devant
7,645,791 enfants el 5,253,689 adultes; qu'il
avait fait exécuter l'Hymne national 9,982 fois;
qu'il avait péircour» 296,690 milles (95,563 lieues),
etqu'ilavaitdépensé 115,000 livres sterling, indé-
pendamment de 25,000 livres à lui appartenant,
soit une somme totale de trois millions 500,000
francs. Outre son collège de musique, le docteur
Mark avait créé plusieurs Conservatoires, et or-
ganisé un grand nombre de corps de musique
172
MARK — MARMONTEL
enfantins qu'on appelait les Petits Hommes ;
enfin plus de 5,500 classes déjeunes élèves, tant
jmMiques que privées, avaient reçu l'enseigne-
ment musical d'après son système.
^lARLET (L'abbé), prêtre et musicien, vi-
vait à Paris vers le milieu du dis-hutième siècle.
Il a écrit la musique d'une pastorale relii^ieuse :
Jésus naissant adoré jmr les bergers, qui fut
représentée en 17-i-'i dans la maison des Demoi-
selles de l'Enfant Jésus.
* MARLIAM (Le comte Marc-Aurèle). —
Ce compositeur écrivit, en société avec MM. Be-
noist et Ambroise Thomas, la musique du ballet
la Gipsij, représenté à l'Opéra le 28 janvier 1839.
— C'est le 8 mai 1849 que cet artiste patriote
périt sous les murs de Bologne, mortellement
frappé par une balle ennemie.
MARLOW (Madame), cantatrice dramati-
que allemande fort distinguée, née vers 1838,
appartenait en 1859 au théâtre de Stuttgard, où
elle obtenait de très-grands succès et oii elle res-
tait jusqu'en 1864. Possédant une superbe voix
de soprano, pleine et étendue, souple et expéri-
mentée, que venait aider un talent scénique d'une
rare valeur, cette artiste se faisait applaudir
dans les rôles des genres les plus opposés, et
jouait tour à tour les Hucjuenots, la Fiancée,
Bobert-le-Diable, Maria, Stradella, le Phil-
tre, le Pardon de Ploirmcl, la Fille du régi-
ment, les Diamants delà couronne, etc. Très-
remarquable el très-diverse d'ailleurs comme
cantatrice, elle n'obtenait pas moins de succès au
concert qu'an théâtre, et faisait apprécier dans
l'oratorio un chant plein d'onction, de largeur et
de majesté.
En 1864, M'""^ Marlow se faisait entendre avec
succès au théâtre Kroll, de Berlin, puis, dès le
commencement de l'année suivante, rentrait au
théâtre royal de rStuttgard. Bientôt, elle entre-
prenait un voyage en Italie. C'est alors (août
1865) qu'un journal annonçait sa mort en ces
termes : — « M""" Marlow, la cé\hbx& prima donna
de l'Opéra royal de Stuttgard, voyageant en
Italie, s'était arrêtée à Ravenne pour visiter le
tombeau du Dante, et y est morte après une
courte indisposition. » Cette fâcheuse nouvelle
était démentie huit jours après, et cependant je
constate que depuis lors on n'a plus en aucune
façon entendu [larler de M™"' Marlow.
* M ARIMOAIÏKL (Antoi*:-Imi.\nçois), com-
positeur cl profes?;cur de piano au Con.scrvatoire
de Paris, n'a cessé, depuis trente ans, de rem-
porter des succès constants dans la personne des
élèves qu'il forme dans cet établissement. Parmi
ceux-ci, je me bornerai à citer les noms de
MM. Ernest Guiraud, Paladilhe, Alphonse et Ed-
mond Duvernoy, Jo.seph Wicniawski, Thurner,
Georges Bizet, Théodore Dubois, Ketfen,
Henri Fissot, Diémer, Lavignac, Lepot-Dela-
haye, Dolmetsch, Paul Chabeaux, Bourgeois,
Berthemet, Thibaud, Suiste, Servantes, Thoraé,
Lack, etc., etc. Le temps qu'il consacre à l'ensei-
gnement n'empêche pas M. Marmontel de se li-
vrer à d'importants travaux de composition, et le
nombre des œuvres publiées par cet excellent
artiste dépasse aujourd'hui le chiffre de 120. Je
signalerai particulièrement les suivantes : V Art
de déchiffrer, 100 éludes élémentaires et pro-
gressives de lecture musicale (Paris, Heugel) ;
École élémentaire de mécanisme et de style,
24 petites études caractéristiques, op. 6 (Paris,
Legouix) ; 24 Études spéciales et progressives,
op. 9 (Paris, Grus) ; 24 Éludes d'agililé et d'ex-
pression, op. 45 (id., id.) ; 24 Grandes Études de
style et de bravoure, op. 85 (Paris, Heugel) ; 30
Petites Études de mécanisme et mélodiques, op.
80 (id., id.); 25 Éludes progressives de méca-
nisme et d'expression, op. 62 (Paris, Legouix);
24 Grandes Études caractéristiques, op. 45 (Paris,
Grus); École de mécanisme, op. 105,106 et 107
(Paris, Heugel); 50 Études de salon, op. 108
(id., id.); VArt de déchiffrer à 4 mains, 50
Études mélodiques et rbythmiques, op. 111 (id.,
id.); Sonate en re majeur, op. 8(id., id.); 2^ So-
nate(id., id,); Nocturnes, op. 10, 11 et 12 (Paris,
Grus) ; 3 Sérénades, op. 21, 56 et 109; 2 Mor-
ceaux de salon, op. 23 et 24 (Paris Grus) ; 3 Thè-
mes variés, op, 49, 63 et 78 ; 3 Mélodies caracté-
ristiques, op. 19 (Paris, Grus) ; 2 Marches carac-
téristiques, op. 37 (Paris, Heugel); 2 Polonaises,
op. 40 et 92 (Paris, Escudier); 3 Mazurkas, op.
35 (Paris, Maho) ; Marche triomphale, op. 08 bis
(Paris, Gérard); 3 Rêveries, op. 95 (Paris, Escu-
dier) ; Sous bois, 2 pièces caractéristiques, op.
113 (Paris, Heugel); 2 Menuets, op. 114 (id.,
id.); 3 Pièces caractéristiques_, op. 117 (id., id.);
Fleurs de bruyère, 3 pièces caractéristiques,
op. 83 (Paris, Escudier),- Napolitana, étude de
concert, op. 39 (id., id,); Chants du Nord, 2
mazurkas, op. 30 (Paris, Heugel).
On doit aussi à M. Marmontel les écrits sui-
vants: i" Petite Grammaire populaire, théo-
rie raisonnéc des principes élémentaires,
Paris, Grus; 2° Vade-mecum du professeur
de piano, catalogue gradué et raisonné des
meilleures méthodes et œuvres choisies des maî-
tres anciens et contemporains, Paris, Heugel,
in-12 ; 3" Art classique et moderne du piano,
conseils d'un professeur sur l'enseignement
technique et Vcsthétique du piano, Paris, Heu-
gel, in-12 ; 4° les Pianistes célibres, silhouet-
tes el médaillons, Paris, Heugel, 1878, in-12.
MARMONTEL — MARÏI
173
La date exacte de la naissance de M. Marmonlel
est le 18 juillet 1816.
Le lils de cet artiste, M. Émile-Antonin-
Louls Marmontel, né à Paris le 24 novembre
1850, a fait ses études au Conservatoire de cette
ville, où il a obtenu le second prix de solfège en
18G1 et le premier l'année suivante, le second
accessit de piano en 1864, le second prix en 1865,
le premier prix en 1867, un troisif^me accessit
d'harmonie et accompagnement en 1868, le pre-
mier prix en 1869, eniin le second prix de fugue
en 1870, et en 1873 une mention honorable au
concours de Rome. M. Marmontel lils, qui est
aujourd'hui professeur de solfège au Conserva-
toire, a publié diverses compositions, parmi les-
quelles une marche pour musique militaire, une
grande sonate (lour piano et plusieurs morceaux
de genre pour le même instrument.
* MARQUE (Pierre-Auglste), violoniste
et compositeur de musique de danse, est mort
à Paris au mois de décembre 1868.
MARQUES (Jo.vyuiM-JosK), musicographe
portugais, amateur distingué, écrivain aussi
consciencieux que modeste, a rendu de grands
services à la littérature musicale de son pays.
Plein d'enthousiasme pour l'art, il a prodigué à
tout le monde ses livres, ses recueils de musique,
ses notes personnelles, fruit d'immense travaux,
sans qu'on l'ait, dans la plupart des cas, a'emer-
cié jamais d'un seul mot. Il a fait des sacrifices
de toute espèce pour rappeler la classe des mu-
siciens de Lisbonne, dans laquelle tous les sen-
timents d'honneur et de dignité professionnels
semblent éteints, à leurs devoirs envers l'art,
envers le pays et ses glorieuses traditions artis-
tiques. M. Marques a fondé des journaux, a mis
sa plume au service de toutes les entreprises
utiles, sans aucun souci de son temps, de ses in-
térêts, de sa santé même, et malgré des condi-
tions très-modestes de fortune, malgré des décep-
tions de toutes sorte, il n'a jamais manqué de
courage dans la lutte ni perdu la foi dans l'idéal
de l'art; déplus, il a su conmiuniquer à quel-
ques rares prosélytes l'enllioubiasme qui l'anime,
et recruter deux ou trois travailleurs qui l'ont
aidé dans VArle Mimcul, de Lisbonne. Ce jour-
nal, qui a dû suspendre sa publication après deux
années de luttes (1874-1875), a marqué une ère
nouvelle à Lisbonne, oii les feuilles artistiques
n'avaient tendu jusqu'alors, tout comme en
Italie, qu'aux plus ignobles buts; M. Marques y
a publié : Chronologia da Opéra em Portugal
(plus de 20 articles), Estudos sobre a historia
da musica em Portugal (15 articles), d'après le
manuscrit de M. Platon de Vaxel (1), etc., etc.
(1) La rédaction de ces articles appartient à M. Joaqiiiin
M. Marques a fourni au Jornal do Commercio,
le premier journal de Lisbonne, une foule d'ar-
ticles relatifs à la musique ; c'est lui qui, avec
M. le docteur Ribeiro Guimaràes ( Voy. ce nom),
qui vient, hélas ! de mourir il y a quelques mois,
a éveille et répandu le goiU pour les études de
musicographie, revenant sans cesse et à tous
propos sur les questions les plus importan-
tes de l'histoire de l'art. Je tiens à rendre ici
cet hommage à M. Marques, car je lui dois, plus
que toutfautre, des services inappréciables pour
mes travaux. M. Marques est né à Lisbonne en
1836. J. nE V.
MARQUES (José-Martinho), né à Macau,
possession portugaise en Chine, fit ses études au
collège de Saint-Joseph de ladite ville, et devint
ensuite interprète officiel du gouvernement et des
légations étrangères . On a de lui : Principios ele-
mcntares demusica, Macau, 1853. Je ne connais
pas cet ouvrage. J. de V.
MARQUES (Miglel), compositeur espagnol,
a fait représenter sur l'un des théâtres de Madrid,
le 24 novembre 1875, une zarzuela en trois actes
intitulée la Monja al ferez.
MARQUEZ (Antoine LESBIO). - Voyez
LESBIO (Antonio-Marques).
MARRACO (José), compositeur espagnol
contemporain, a fait exécuter dans la cathédrale
de Barcelone, le 30 janvier 1868, une messe de
Requiem pour voix seules, chœur et orchestre.
MARTEL (L'abbé A.), est l'auteur d'un ou-
vrage publié sous ce litre : Méthode de plain-
cfiant selon le rit romain, suivie des Princi-
pes comparés du chant musical. Je ne connais
que la « seconde édition, corrigée, » de celle
Mélhode (Fréjus, impr. Perreymond, in-12).
MARTI (Anselme), compositeur, né vers le
milieu du dix-huitième siècle, entra au couvent
d'Engelberg (Suisse) en 1779. « C'était, dit
M. George Becker [la Musique en Suisse) un
organiste et compositeur de grand mérite, qui a
laissé des œuvres en tous genres : messes, mo-
tets, opérettes, etc. »
MARTI (Le P. José), compositeur et maître
de chapelle espagnol, naquit à Tortosa en 1719,
et prit, à l'âge de trente ans, l'habit de moine
bénédictin au fameux couvent de Monlserrat, où
il devint professeur de musique. A cette époque
il était déjà prêtre et avait occupé les fonctions
de maître de chapelle dans une cathédrale. Il
mourut à Mont; errât, le 3 janvier 1763. Le P.
Marti a laissé plusieurs œuvres de musique re-
ligieuse que l'on dit fort distinguées, entre autres
un cantique pour la ÏNativité de Jésus-Christ, et
José Marques, qui a fourni à M. de Vaxel, amateur russe,
les documents les plus précieux pour son travail.
174
MARÏI
(ies Lamen/nlions de la semaine sainte, avec
orclie>tro, <|"' s^"' conservées dans les ardiives
du couvent de Monlserrat.
3IAUTIN (UoBLiiTj, musicien distingué qui
vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle,
fut organiste du grand orgue à l'église métro-
politaine de Rouen, de 1483 à 1488.
MARTIN (Micuel), artiste distingué, qui
vivait dans la iiremière moitié du dix-septième
siècle, fit ses études à la maîtrise de la cathé-
drale de Rouen, s'établit ensuite à Paris comme
professeur, puis devint maître de la chapelle de
Laon, et enlin dirigea la maîtrise de la cathédrale
de Rouen, de 1032 à 1G34. 11 mourut sans doute
en cette dernière année.
* MARTIN (Juan-Blaise), célèbre chanteur
de rOpéra-Comique. — Dans son Histoire du
Conservatoire, Lassabathie, qui a eu en mains
tous les documents originaux nécessaires à son
travail, donne à cet artiste le prénom de Nicolas,
qui peut-être vient non se substituer, mais s'a-
jouter aux deux précédents, et fixe la date de sa
naissance au 24 février 1768. Quant à celle de
sa mort, c'est le 28 et non le 18 octobre 1837,
ainsi qu'une erreur d'impression l'a fait dire dans
la Biographie universelle des Musiciens. Mar-
tin était devenu professeur de chant au Conser-
vatoire le 1""^ avril 1816, et avait donné sa dé-
mission après deux années d'exercice, le 1*^' avril
1818; il reprit ces fonctions le f' octobre 1832,
et les conserva jusqu'au 1^"^ octobre 1837.
* MARTIN (Ji lien), connu sous le nom de
MARTIN D'ANGERS. — Au nombre des
écrits de cet artiste, il faut signaler la brochure
suivante : De l'Avenir de l'Orphéon et de tou-
tes les écoles populaires demiisiqueen France,
Paris, 1846, in-8°.
MARTIN (Chaules), pianiste, professeur et
compositeur allemand, né à Berlin en 1808, mort
en cette ville au mois d'avril 1875, s'est fait con-
naître par la publication d'un assez grand nom-
bre de morceaux de genre pour le piano, consis-
tant en divertissements, pots-pourris, valses, pe-
tites fantaisies, etc. Tout cela, je crois, est sans
grande valeur.
MARTIN (N.), né à Marseille en 1810, fit
ses premières études musicales dans cette ville,
à la maîtrise de l'église métropolitaine de Sainl-
Martin. Il y a|)(irit le solfège de Gebelin, maître de
chapelle, et de Mey, organiste. Au sortir de la
maîtrise, il s'essaya d'abord dans la carrière
commerciale à laquelle ses parents le destinaient,
puis, ayant triomphé île leurs hésitations, suivit
détinitivemcnl la voie artistique, vers laciiiellc il
se sentait attiré. Ayant obtenu au concours une
place de contrebassiste au Grand-Théàlre de
MARTIN
Marseille, il compléta ses éludes sous la direc-
tion de Maccary, qui lui enseigna l'harmonie, et
de Barsolli, fondateur et directeur du Conserva-
toire de Marseille, qui le chargea plusieurs fois
de le supjiléer dans ses cours. Ce fut à celte
époque qu'il enseigna les premières notions de
l'harmonie à son ami d'enfance, François Ba/in,
plus tard professeur de composition au Con-
servatoire de Paris, et membre de l'Institut.
En 1831, il se rendit à Paris, muni de lettres
de recommandation pour Cherubini et Choron,
et fut admis comme ^pensionnaire à l'école de
ce dernier, d'où sont sortis tant d'artistes dis- ,
tingués.
Il devenait peu après répétiteur des classes
de contralti et de basses et mettait à profit son
séjour à l'institution, en reprenant ses études
d'harmonie et de contrepoint avec Nicou-Choron,
gendre du directeur. Choron étant mort et l'é-
cole fermée, il fut désigné au concours parmi le
petit nombre d'élèves choisis par Cherubini,
pour achever leurs études au Conservatoire. Il
y suivit les cours de haute composition de Ber-
ton. Après trois ans de séjour au Conserva-
toire, il qu'itta cette école, à la suite d'un diffé-
rend avec Cherubini, et, sur la recommandation
d'Halévy, entra à l'Opéra comme artiste du
chant. Il y resta jusqu'au mois de mai 1840,
sans s'y faire remarquer, par suite d'une timi-
dité excessive qui paralysait ses moyens etl'em-
pôchait de tirer parti d'une bonne voix de basse-
taille, et de son talent peu commun de musicien.
Deux mois plus tard, il était appelé à Marseille
par M. Reynard, maire de cette ville, pour fon-
der au Conservatoire les classes de solfège pour
les demoiselles.
M. Martin occupe encore actuellement ces fonc-
tions, où il a rendu les plus grands services, et
où il a témoigné d'éminentes qualités. Il n'a
cessé de maintenir son enseignement au niveau
le plus élevé, et sa classe est certainement une
des plus fortes de ce genre qu'il y ail dans les
écoles spéciales françaises. C'est par centaines
qu'il faudrait citer les noms des élèves devenus
aujourd'hui des artistes et des professeurs dis-
tingués, qui lui doivent une solide éducation mu-
sicale. En deliors des procédés connus,M .Martin
emploie volontiers dans ses cours la lecture,
sans aucun accompagnement, départies instru-
mentales travaillées d'une façon inti'ressanle,
comme, par exemple, celles des œuvres de J. S.
Bach pour piano, orgue ou orchestre, dont les
dessins fugues et les intonations ardues habiluent
la voix et l'oreille des élèves à toutes les com-
binaisons harmoniques et rythmiques. On lui
doitaussi l'adoption, pour les classes supérieures,
MARTIN
175
de la lecture de manuscrits composés par les
élèves eux-mêmes. Ce mode d'enseignement,
adopté à Paris, l'a été aussi récemment à Tou-
louse à la suite d'une visite que fit à la classe de
M. Martin i\L Mériel, directeur du Conservatoire
de cette ville.
M. Martin a écrit pour la société chorale Trote-
bas, qu'il a diriï;ée pendant quinze ans et dont il
avait été fondateur en ] 828, diverses œuvres,mes-
ses, motels, litanies etcliœurs d'une valeur incon-
testable. Toutes ces pièces, qui n'ont malheureu-
sement pas été publiées, sont écrites avec clarté
et élégance, sans cette aridité et cette recherche
qu'on trouve quelquefois chez les artistes habi-
tués à l'enseignement. Sa messe en sol majeur
est une o>uvre très-distinguée.
M. Martin a acquis dans le midi de laFrance une
légitime notoriété comme bibliographe érudit.
Cet artiste modeste est parvenu, au prix d'ef-
forts consiiiérables et incessants, à accumuler
dans sa bibliothèque de véritables trésors. Cette
bibliothèque est une des plus riches et des plus
intéressantes qui existent en province. Elle ne
compte pas moins de dix mille volumes et par-
titions, parmi lesquels les raretés abondent.
On y trouve à peu près toutes les partitions
d'orchestre anciennes et modernes : Lulli, Cam-
pra. Deslouches, Marais, Rameau, Mondonville,
Gluck, Monsigny, Gréfry, Dalayrac, Catel, Mé-
hul, Cherubini, Gossec, Berton, Boieldieu, Au-
ber, etc.
La partie théorique est on ne peut plus com-
plète : elle renferme presque tous les livres, his-
toires et traités les plus recherchés des biblio-
philes. — Pour l'Italie, F. Gafforius, Vannius,
Spataro, Zacconi, Canuntius, Lanfranco, Artusi,
Berardi, V. Galileo, Zarlino, le père Martini,
Sabattini, Tartini. Eximeno, Bononcini, Matlei,
etc., jusqu'aux plus récentes publications.
Pour l'Allemagne; Glareanus,G. Printz, Fre-
gius, tous les ouvrages de Mattheson, Kirnber-
ger, Marpurg, Sorge, l'abbé Yogler, Forkel, F.
et H. Bellermann, Rocblitz, Winterfeld, CM.
^Veber, G. Weber, Kiesseweter, Kandier, etc.
Pour l'Angleterre , T. Morley, Butler, Simp-
son, Hawkins, Busby, Burney, W. Jones, Pe-
pusch, etc.
Pour la France, le père Jurnilhac, le livre d'or-
gue de Titelouze, tous les ouvrages du père
Mersenne, les tons du père Maillard, Rameau,
Descaries, A. Gaulez, Bacilly, Bérard, l'abbé
Roussier, Laborde, Diderot, Grimm, J. J. Rous-
seau, A. Choron, Lafage, H. Vincent, Cousse-
niaker, Fétis, etc.
Pour l'Espagne et le Portugal , la lijra Hispa àa
de M. Eslava, plusieurs traités de la plus grande
rareté, entreautres par J. de Ulloa (dédié à Ignace
de Lojola.) — De même pour la Hollande et la
Russie.
Les auteurs grecs et latins de l'antiquité et du
moyen âge sont représentt's par Meibomius,
J. Vossius, T. Wallis, V. Galilée, Doni, saint Au-
gustin, Boëlius, Cassiodorus, le [irécieux recueil
(le l'abbé Gerbert, sa suite par Coussemaker,
les travaux de Perne sur les trouvères et de
Yilloteau sur la musique orientale, et à peu près
toutes les histoires de la musique publiées jus-
qu'à nos jours.
On doit signaler encore la collection complète,
depuis 1798, de la Gazette musicale de Leipzig ; la
Cœciliade Mayence ; la Revue et Gazette musi-
cale depuis sa fondation, etc.; quelques manus-
crits AUTOGRAPHES, pamii lesquels un intermède
bouffe inédit et non achevé de J. B. Pergolèse ; un
miserere deJomelli ; des préludes et fugues pour
clavecin de Durante; une messe à deux chœurs
par Abbo; des solfèges de Columacci; des mo-
tets de Choron; une cantate inédite de Berlioz,
etc.
M.Martin possède toutes les édifions de Htendel,
y compris ses opéras publiées par Walsh, toutes
les éditions des psaumes de Marcello, les collec-
tions contemporaines de Mozart, Beethoven, Bach,
etc., par Breitkopfet Hasrtel, le Palestrina publié
par l'abbé Alfieri à Rome, etc., et, comme mu-
sique madrigalesque, Orlando Lassus, Arcadelt,
les deux Gabrielli , Palestrina , Cypriende Rore,
Philippe de Mons, Clément Jannequin, Josquin
Desprez, J. Mouton, J. Certon et cent autres
aussi célèbres.
C'est à dessein qu'une mention aussi détaillée
a été faite ici de cette bibliothèque. C'est en effet
un véritable devoir d'appeler sur elle l'attention.
On doit souhaiter que ces richesses ne se disper-
sent pas, et qu'une bibliothèque publique en fasse
l'acquisition pour qu'elles puissent être mises
utilement à la disposition des connaisseurs el des
érudits. Al. R— d.
MAUTIIV (Alexandre), violoniste et compo-
siteur, né à Varsovie en 1825, d'un père français
et (l'une mère polona'ise, mourut en cette ville en
1856 . Après avoir travaillé le violon et l'harmonie,
il se livra à la composition, écrivit quelques mor-
ceaux de musique instrumentale, puis, désireux
de se produire au théâtre, s'exerça à mettre en
musique différentes poésies deByron, de Mickie-
vvicz et de Walter Scott. Il composa ensuite deux
ouvertures, et commença à écrire la partition d'un
opéra dont le livret, emprunté au Corsaire, de
Byron, lui avait été confié par Joseph Korze-
niowski ; mais avant même de l'avoir terminé,
il en entreprit un second, Wianki, sur un poème
176
MARTIN — MARTINUS
de B. Cwozdeçki, et l'acheva assez rapidement.
11 fit entendre quelques morceaux de ( e dernier
ouvrage dans une réunion particulière, on ils
produisirent un effet considérable. Malheureu-
sement, la mort le surprit, à peine âgé de trente
et un ans, avant qu'il pût tirer parti de son (euvre.
]Vlartin,qui appartenait comme alto à l'orchestre
du théâtre de Varsovie, a laissé les compositions
suivantes: 1" Grande Fantaisie pour violon, avec
accompagnement de piano, dédiée à K. Bara-
novvski ; 2° Nocturne pour violoncelle, dédiée à
SzablinsKi ; 3" Deux Épisodes pom- violoncelle ;
4" Fantaisie pour hautbois, dédiée à M. Malik ;
5» Mazurke pour piano, dédié à M. Lapezynski ;
6° Élégie pour deux violons, alto et violoncelle;
7'> Marche pour musique militaire; 8" Polonaise
pour violon et violoncelle obligés, avec accompa-
gnement d'orchestre ; 9» Marche funèbre, pour
trois trompettes, trois trombones, et chœur. Ce
dernier morceau a été exécuté aux funérailles de
Martin.
MARTIIXEZ (Vicente), prêtre et musicien
espagnol, né dans la première moitié du dix-
huitième siècle, devint maître de chapelle de la
cathédrale d'Albarracin le 19 juin 1764, et mou-
rut en cette ville le 10 février 1777. On a con-
servé dans les archives de la cathédrale d'Albar-
vracin les compositions suivantes de cet artiste,
écrites s|>écialement par lui pour le service de
sa chapelle : 2 Laudate à 6 voix ; une séquence
dite du Saint-Esprit, à 6 voix ; 3 messes à 4 et
à 6 voix, et 2 messes dites du dimanche, à 6
voix ; 5 lamentations, à 6 voix ; un motet à 5
voix, pour le dimanche des Rameaux ; une sé-
quence dite du Corpus, à 7 voix ;un Âdjuvamus
à 4 voix; enlin 124cantates et cantiques {villan-
cicos) à 5, 6 et 8 voix.
IVIARTIIXEZ (Nicolas-Gonzalez), compo-
siteur espagnol contemporain, organiste de l'église
paroissiale deSan-José, de Madrid, a entrepris
il y a quelques années, conjointement avec M. Lo-
pez .luarranz, une publication à laquelle les deux
artistes ont donné ce titre : El Canlo sacro,
publicacion relujiosu-musical, dedicada à S.
S.PioIX (Madrid, Andres Vidal).
^MARTINI (Jj:\N-PArL-É(;mi::). — Ce com-
positeur distingué a été l'objet d'un travail bio-
graphique assez étendu, qui a paru sous ce titre :
Martini, par Arthur Pougin (l^aris, inipr. Chaix,
186'i, in-8"(le32 pp.). On peut utilement consul-
ter au.ssi, à son sujet , VÉloge de Martini que
la princesse Constance de Salm a;publié, avec
ceux de Sedaine et de Gaviniés, dans le tome IV
de SCS (Euvres complètes (Paris, 1842, in-8). Je
me bornerai à mentionner ici un petit opéra qui
n'a point été compiis au nombre de ses ouvrages
dramatiques, le Nouveau-Né; cet opéra, écrit
à l'occasion de la naissance du duc d'Enghien,
fut représenté à Chantilly, sur le théâtre particu-
lier du prince de Condé, au mois de novembre
1772.
MARTINI (Andréa) , célèbre sopraniste
italien qui naquit à Sienne (Toscane) vers 1763,
est généralement connu sous le sobriquet de
Senesino, mais ne doit pourtant pas êlre con-
fondu avec François Bernardin, dit aussi Sene-
sino, qui brillait à Londres du temps de Hœudel.
Du reste, ce Senesino junior était, lui aussi, un
parfait musicien et excelleut chanteur, doué
d'un soprano magnifique. Son chant était d'un
fini exquis, et empreint d'une douce mélancolie.
Pendant sa jeunesse, Senesino chanta avec beau-
coup de succès sur les principaux théâtres d'I-
talie, et, doué d'une jolie tigure, il jouait ordi-
nairement sur les théâtres de Rome les rôles de
femmes. En 1792 il obtint la place de second so-
praniste dans la musique de chambre et chapelle
du grand-duc de Toscane, et en 1797 il y suc-
céda à Veroli dans la place de premier sopra-
niste, qu'il occupa jusqu'à ce que les événements
politiques eussent contraint le grand-duc à aban-
donner ses États. En 1815, après la restauration
du gouvernement grand-ducal, la musique de la
cour ayant été reconstituée, Senesino y reprit sa
place, que cependant il ne conserva pas long-
temps. L'affaiblissement de sa santé l'obligea en
effet à prendre sa retraite en 1819, et peu de
temps après, c'est-à-dire le 19 septembre de la
même année, il mourut à Florence, regretté de
tous ceux qui le connaissaient , car il était géné-
ralement aimé et estimé , tant à cause de son
bahiletéque pour la bonté de son caractère et
ses manières pleines de distinction. Senesino
était grand amateur de beaux-arts, et particu-
lièrement de gravures, dont il avait réuni dans
sa maison une collection riche et choisie.
L.-F. G.
MARTINUS ( ), poète et musicien
polonais du seizième siècle, naquit à Léopol, en
Gallicie, lit ses études littéraires à l'Université
de Cracovie, et travailla ensuite la musique avec
Sébastien de Felsztyn, théoricien et auteur de
plusieurs ouvrages didacliques. Ses iirogrès fu-
rent tels, dit-on, et il atteignit une telle perfec-
tion qu'il surpassa tous ceux qui avaient étudié
la musique à Rome. « En 1540, dit M. Albert
Sowinski dans mi^i Musiciens polonais et slaves,
il fut nommé organiste de la cour de Sigismond-
Auguste, roi de Pologne, et conserva cette place
jusqu'à la mort du roi, arrivée eu 1572. 11 pu-
blia une Année entière pour l'Église, qui a
été adoptée par tous les diocèses catholiques de
MAKTINUS — MARX l
477
Pologne. Les mélodies de Mailinus, douces et
ch;intaiiles, surpassaient tout ce qu'on avait en-
tendu jusqu'alors en Pologne ; il possédait en
même temps beaucoup de talent pour la poésie,
et rédigea le texte de la plupart de ses canti-
ques; mais c'est surlout dans ses compositions
religieuses qu'il ne pouvait être assez .admiré.
Simon Slarovvolski, son historien, fait grand
éloge des chants chorals qui étaient exécutés
aux processions de Pâques; il ajoute aussi que
Marlinus dédia ses compositions à Mgr saint
Martin de Tours, son patron, en signe de respect
et de vénération. » D'après Slarowolski et Zimo-
rowicz, Martinus aurait inventé de nouveaux
instruments de musique. Sur la (in de sa vie, il
se retira à Léopol, sa ville natale, oii il mourut
en 1589. Un de ses biographes a fait son éloge
en ces termes : « Martinus, noble rejelon
« d'Apollon, digne des couronnes de laurier et
« des chants d'éloges que t'a décernés l'Italie!
« Tu les as mérités par ton génie, par ta vertu,
« par ton courage. Plus dune fois, dans une
« lutte engagée, le génie de l'ilalie a dû, en
« rougissant, le céder au génie de la Pologne.
« Après tant de lauriers, ceins ton front de la
« couronne de la gloire immortelle, » M. Sowin-
slii atlirme qu'un seul exemplaire des composi-
tions de Martinus avait été conservé, qu'il se
trouvait à la bibliothèque de Zaluski, et qu'il fut
per<lu avec elle.
MARTUCCI (Giuseppe), pianiste et compo-
siteur italien, lils d'un chef de musique militaire,
est né à Capoue le 6 janvier 185<j. Après avoir,
dès l'âge de six ans, commence l'étude du piano
avec son père, il se présenta, en 18G7, à l'exa-
men d'admission au Conservatoire de Naples,
et l'emporta sur tous ses concurrents pour l'u-
nique place qui se trouvait alors vacante. Il eut
comme professeurs dans cet établissement B.
Cesi pour le piano, Carlo Costa pour l'harmo-
nie accompagnée, enfin MM. Paolo Serrao et
Lauro Rossi pour le contre-point et la composi-
tion. Il fil des études très-brillantes, sortit du
Conservatoire en 1872, et se livra aussitôt à
l'enseignement. Cependant son talent de vir-
tuose, déjà remarquable, se développait chaque
jour de plus en plus, et le jeune artiste, après
à'êlre produit à Naples avec beaucoup de succès,
dans plusieurs concerts , fit un voyage à Rome,
où il ne fut pas moins bien accueilli. En 1875,
il se fit entendre à Milan, et du premier coup
produisit une impression profonde, grâce à l'ex-
cellence de son mécanisme, à ses grandes qua-
lités de musicien, à son style pur, élevé, à son
exécution ferme et colorée, à son jeu à la fois
noble et expressif. Deux ans plus lard il se pro-
BIOGR. «MV. DES MUSICIENS. SUPfL. — T
duisit de nouveau dans la même ville, et cette
fois il excita, dit-on, un véritable enthousiasme.
Il avait fait précédemment un voyage en Angle-
terre, et s'étiiit vu accueillir avec beaucoup de
faveur dans les concerts donnés par lui à Lon-
dres et à Dublin. M. Martucci paraît être de la
race des grands artistes, et il semble destiné à
fournir une carrière extrêmement brillante.
Ce jeune virtuose s'est produit aussi comme
compositeur, et, quoiqu'à peine âgé de vingt-
deux ans, il a déjà publié une quarantaine d'œu-
vres qui se distinguent sinon toujours par une
grande originalité, du moins par de rares qualités
de facture, de style et d'inspiration ; on remarque,
parmi ces compositions : fi Caprices, op. 2, 3, 12,
15, 24 et 26; 2 Mélodies, op. 16 et 21; T' Sonate
pour piano, op. 34 ; Sonate pour piano et vio-
lon, op. 22 ; Polonaise, op. 19 ; 3 Barcarolles, op.
20, 30 et 31 ; 4 Romances, op. 27 et 31 ; Étude
de concert, op. 9; Allegro appassionato , op.
13; 2 Fugues, op. 14 et 18; Tarentelle, op. 6;
Scherzo, op. 23; Fantaisie en ré mineur, pour 2
pianos, op. 32 ; Canlo religioso ; Mazurka ; etc.
Au commencement de 1878, M. Marlucci a ob-
tenu le premier prix dans un concours ouvert
par la Società del Quarfel/o, de Milan, pour la
composition d'un quintette pour piano et ins-
truments à cordes. Presque aussitôt il vint à
Paris, s'y produisit simultanément comme vir-
tuose et comme compositeur, et y obtint de vifs
succès, légitimés par un talent à la fois très-
pur, très-sobre, très-fin et très-déhcat.
* MARX (Adolphe-Beiî.nard), est mort à
Berlin le 17 mai 1866. On doit à cet artiste la-
borieux des mémoires publiés sous ce titre :
Erinncrungen aus meinem leben (Souve-
nirs de ma vie), Berlin, Otto JanliC, 2 vol.
MARX (C -R ), pianiste, violoniste et
compositeur, né àArnheim (Pays-Bas) le 7 juil-
let 1814, était fils d'un artiste qui occupait les
fonctions de directeur de la musique de cette
ville, et qui, né à Salefeid le 4 mars 1777, mou-
rut à Arnheim le 31 août 1851. L'arli.ste qui est
l'objet de cette notice eut pour maître J. H.
Kleine et J. Bertelman, et, après avoir fait un
voyage en Allemagne, revint dans sa ville natale,
où en 1845 il succéda à son père, et où il fut
nommé successivement chef d'orchestre de ;la
Société de Sainte-Cécile, président et directeur
de la Société Euphonia, directeur honoraire de
la Société musicale des Pays-Bas, chef de mu-
sique de la garde bourgeoise et organiste de l'É-
glise luthérienne. Il mourut à Arnheim, le 23
février 1862. Marx a publié des licder, des bal-
lades, des chœurs pour voix d'hommes, et di-
vers morceaux pour le piano et pour le violon.
11. 12
178
MAHZANO — AIASSART
'i
MAHZ.WO ( ), compositeur italien,
a donné sur le théâtre «le Salerne, au mois de
juilift 187"2, un opéra sérieux n\ quatre actes,
dont le sujet était tiré de lliistoire de cette
ville, et qui avait pour litre i Aonnanni a
Salenio.
MASCIIEK (E ), compositeur allemand,
(ils d'un rnailre de chapelle d'Heilbronn, a fait
représenter en cette ville, au mois d'avril 18G6,
une opérette intitulée le Postillon d'amour.
MASCIA (GasEi't'E), compositeur amateur,
né à Barletta, dan* la province de Bari, le 3 fé-
vrier 180S, se livra avec ardeur à Tetuile de la
musique tout en étudiant la jurisprudence, à
laquelle il était destiné par sa famille, et ne cessa
jamais de la cultiver malgré les hautes fonctions
qu'il occupa dans la suite. Il travailla d'abord
le violon, puis suivit un cours complet de compo-
sition avec Giacoino Tritto. Dès 1826 il devint
directeur de la Société philharmonique napoli-
taine, i)our laquelle il ecri\it de nombreuses
compositions instrumentales. Il s'occupa aussi de
littérature spéciale, fut jusqu'en 1858 l'un des col-
laborateurs assidus de la Gazzetia musicale de
Naples, et depuis 1868 jusqu'à ce jour n'a
cessé de donner au journal Napoli musicale de
nondireux articles sur l'esthétique et l'histoire
de l'art. Les compositions de M. Mascia, tant
vocales qu'instrumentales, ne s'élèvent pas à
moins de cent cinquante, soit dans le genre libre
ou classique, dans le sacré ou dans le piotane.
*MASCITl ou MASCllTI (.Micurt],
violoniste et compositeur italien. — Je crois
que Ton se tromi)erait en prenimt trop à la lettre
l'assertion de la Biographie universelle des
Musiciens, disant que cet artiste était né
« dans les dernières années du dix-septième
siècle, » car, dès le mois de novembre 1704, le
Mercure parlait ainsi de cet artiste : — « M. Mi-
chel Mascitli, Italien, a fait graver ici un livre
de douze soniites, six à violon seul avec la
basse, et six à deux violons avec la basse. Ce
livre est dédié à S. A. R. le duc d'Orléans
L'auteur de cet ouvrage s'est acquis beaucoup de
réputation depuis qu'il est à Paris. Il a eu le
bonheur de plaire au grand prince que je viens
de nommer, qui ne se trompe jamais en gens de
mérite. .M. Masciiti a eu l'honneur de jouer de-
vant le Roy, devant Monseigneur le Dauphin,
et par conséquent devant toute la cour, dont il
a esté fort applaudi. » Il parait donc probable
que Ma.sciiti était établi à Paris dès la lin du
dix-septième siècle ou les premiers jours du dix-
huitième.
* MASIXI (FiiANfois) , compositeur italien
qui a passé la plus grande partie de sa vie en
France, a écrit des centaines de romances et de
mélodies qui se faisaient remarquer par une
grâce aimable et élégante, un sentiment tendre
et expressif, auxquels elles durent un très-réel
succès. Pendant fort longtemps, Masini publia
chaque année un album, ainsi que le faisaient
A. de Latour, Clapù^sou , Frédéric Bérat ,
jjmis YJctoria Arago, Loïsa Puget, etc., et ses
compositions distinguées étaient recherchées des
amateurs et se chantaient dans tous les salons.
Cependant Masini ne vit point la fortune
lui sourire, et lorsqu'en 18C3 une grave affec-
tion de poitrine vint mettre ses jours en danger,
il fallut que le gouvernement fran(,'ais vînt à son
aide et que le maréchal Vaillant, alors ministre
des Beaux- Arts, le fit a'Imettre dans la maison
municipale de santé connue sous le nom (Y Hos-
pice Dubois. C'est là que Masini est mort, le
20 août 1803. Il était né à Florence le 16 juillet
1804.
Parmi les nombreuses mélodies, romances,
chansons, ariettes, cantilènes que Masini avait
publiées en France, et qui se di.stinguaient par
un rare sentiment mélodique et pur une saveur
pénétrante, il faut citer surtout le Langage des
/leurs, Ma Bretagne, Plus heureux qu'un
roi, les Deux Madones, le Dépari de Vhiron-
delle, rExilé, la Fianceedu pécheur, etc., etc.
MASSA (Le duc DE), dilettante et com-
positeur, né vers 1835, embrassa la carrière
des armes et, sous l'empire, devint oflicier
dans un régiment de la garde. Il avait étu-
dié la musique en amateur, et fit repré.senter
à rOpéra-Comique, le 12 avril 18(il, lloyal-
Crnvule, opéra-comique en 2 actes. Le 20 mai
1865 il fai.sait exécuter, dans la grande salle
(lu Conservatoire, des fragments d'un opéra ita-
lien, la Spostt veneziana, et le 28 mars 1^68,
dans la même salle, des fragments d'un grand
opéra en 5 actes, intitulé le Dante, ^l. de Massa
a publié aussi la partition d'un opéra-comique
en un acte, Tout chetnin mène à Borne, qui,
je crois, a été joué par des amateurs .sur un
théâtre de société.
* MASSART (L\MBEKT-Josrpn), violoniste
et professeur, est issu d'une famille qui depuis
un temps immémorial exerce la musique à Liège.
Trois de ses frères ont été ou sont encore pro-
fesseurs de cor, de clarinette et de contre-basse
en cette ville. Dès ses plus jeunes années,
M. Massart .se livra à l'étude du violon sons la
direction d'un amateur distingué, Delaveu, qui
l'amena fort jeune à Paris pour le faire enten-
dre, puis retourna avec lui en P.elgique. Recon
naissant qu'il n'avait plus rien à lui apprendre,
Delaveu intéressa à son élève la ville de Liège
l'j
MASSART — MASSÉ
179
et le roi des Pays-Bas, Guillaume 1^, et le jeune
arliste obtint une pension (lour venir terminer
ses études à Paris. Recommandé à Rodolphe
Kreutzer, celui-ci en fit son élève de prédilec-
tion, sans pouvoir toutefois le faire entrer ;ui
Conservatoire, Clierubini, alors directeur de cet
établissement, étant infleNible et n'y voulant pas
permettre l'introduction des étrangers.
M. Massart se fit entendre avec succès aux
concerts spirituels de lOpéra, pour lesquels
Kreutzer lui écrivit plusieurs morceaux, dont
un entre autres sur l'air de la MoUnara. lin
même temps il étudiait avec Lafont et Rode les
compositions de ces grands artistes. Mais
M. Massart se destinait surtout à l'enseignement ;
il devint bientôt l'un des meilleurs professeurs
de Paris, et en 1843 se vit nommer professeur
au Conservatoire, en même temps que M. Alard.
Depuis trente-cinq ans il a formé un grand
nombre d'excellents élèves, parmi lesquels il
faut citer MM. Henri WieniavvsKi, Isidore Lotto,
Victor Cliéri, Henri Fournier, Taudou, etc.
M. Mnssart est chevalier de la Légion d'honneur.
MASSART (LotisE-AcL.u: MASSOX,
épouse), femmedu précédent,est l'undes représen-
tants les plus nobles et les plus distingués de l'école
fran(,aise actuelle de piano. Née à Paris le 10
juin 1827, elle entra au Conservatoire au mois
d'octobre 1838, d'abord dans la classe de M'"* Co-
che, d'où elle passa, au bout d'une année, dans
celle de Louis Adam. Elle remporta d'emblée le
premier prix, et de la façon la plus biillante, en
18^0, à peine âgée de treize ans. Bientôt elle se
produisit en jmblic, se vit accueillir avec une
rare faveur, et obtint le titre de pianiste de
M"" la duchesse d'Orléans.
Artiste de race, musicienne instruite, virtuose
de premier ordre, M'"^ Massart possède à la fois
la grâce et la vigueur, la grandeur et l'élégance,
le goût et la passion, et son jeu brillant, coloré,
poétique, sait se plier aux styles de tons les
maîtres et revêtir successivement les qualités
qui conviennent à chacun d'eux. Elle a obtenu
à Paris de brillants et nombreux succès ; mais,
par malheur, son talent vraiment magistral n'est
pas connu au dehors, M™^ Massart n'ayant ja-
mais voyagé. Cette excellente artiste a été nom-
mée professeur de piano au Conservatoire, en
1875. à la mort de M""" Farrenc.
* MASSÉ (Fixix-Marie, dit Yictou). —
'Voici la liste exacte et complète des œuvres dra-
matiques de ce compositeur aimable : 1" le Re-
négat de Tanger, cantate qui lui valut le prix
de Rome et qui fut exécutée à l'Opéra au com-
mencement de l'année 1845; 2° la Favorita e
la Schiava, opéra italien, qui, je crois, constitua
l'un de ses envois de Rome à l'Académie des
Beaux- Arts; 3" la Chanteuse voilée (un acte,
Opéra-Comique, 26 novembre 1850), partition
élégante qui tut un excellent début pour son
auteur; 4° Galatée {2 actes, id., 14 avril 1852),
n-iivre charmante, poétique, pleine de couleur et
connue imprégnée d'un parfum véritablement
antique; 5° Cantate (Opéra, 28 octobre 1852);
6° les Noces de Jeannette (un acte, Opéra-Co-
mique, 4 février 1853), petit tableau rustique
plein de grâce, de fraîcheur et d'émotion; 1° la
Fiancée du Diable (3 actes, id., 5 juin 1854);
8° Miss Fauvette (un acte, id., 13 février 1855) ;
9° les Saisons (3 actes et 4 tableaux, id., 22
décembre 1855, repris avec des remaniements
le 15 juin 1856), œuvre importante et colorée,
qui méritait mieux que le froid accueil qu'elle
reçut du public; 10° la Reine Topaze (3 actes,
Thcâtre-Lyriqiie, 27 décembre 1856), production
|/leiue de chaleur et dont le succès fut très-vif;
11° le Cousin de Marivaux (un acte, théâtre
de Bade, août 1857) ; 12° les Chaises à porteurs
(un acte, Opéra-Comique, 28 avril 1858); 13°
la Fée Caralwsse (3 actes, Théâtre-Lyrique,
28 février 1859) ; 14° la Mule de Pedro (2 actes.
Opéra, 6 mars 1863); 15» Fior d'Aliza (4 actes
et 7 tableaux, Opéra-Comique, 5 février 1866);
16° le Fils du Brigadier (3 actes, id., 25 février
1867); 17" Paul et Virginie (3 actes et 8 ta-
bleaux, Théâtre-Lyrique, 15 novembre 1876),
véritable drame lyrique dont le retentissement a
été très-grand, grâce au nom de son auteur et à
celui d'un de ses principaux interprètes, M. Ca-
poul, mais qui, à mou sens, est fort loin de va-
loir les jolies partitions que M. Massé avait
écrites dans le genre tempéré, celui qui con-
\ ient le mieux à son talent fln, délicat et plein de
grâce.
A ces divers ouvrages, il faut ajouter : une
messe solennelle exécutée à Rome en 1846; une
opérette non représentée, le Prix de famille,
publiée dans le journal le Magasin des Demoi-
selles; enfin, un grand nombre de mélodies vo-
cales, parmi lesquelles il faut siirloul distinguer
les trois recueils intitulés Citants bretons.
Citants du soir. Chants d'autrefois, qui con-
tiennent de véritables bijoux (1). — Chef des
(I) A tout cela il faut ajouter encore un chœur écrit
pour une petite comédie, le Dernier Couplet, et une ou-
verture, un air et un chœur CDmposés pour une autre
comedli-, .-t dieu paniers, vendanges sont faites, touics
'leui représentées â Bade au mois de se|)tembre 1R61. Eo-
fin, un éditeur de musique, M. Michatlis, a annoncé ré-
cemiucnt la publication prochaine de quatre opiras-co-
miqiies ne M. Massé qui n'ont jamais été représentés : la
Trouvaille, un acte ; les Enfants de Perrette, un acte ;
180
MASSÉ — iMASSENET
chœurs à l'Opi^ra depuis 1860, professeur de
composition au Conservatoire depuis 18C6 ,
M. Victor Massé est officier de la Légion d'hon-
neur. Il a, selon la coutume, lu en séance non
puhli<iue de TAcadémie des Beau\-Arls une no-
tice sur Auber, auquel il avait succédé; cet
éloge a été publié (Paris, Firmin-Didot, in-4").
MASSEXET (Jcles-Émile FKLDiiiuc), l'un
des mieux doués, le plus fécond et peut-être le
plus absolument distingué de tous les membres
de la jeune école musicale française, est né le
12 mai 1842 à Montaiid (Loire). Le plus jeune
d'une famille qui ne comprenait pas moins de
onze enfants, il montra de bonne heure une vo-
cation décidée pour la musique, et il était à
peine âgé de dix ans lorsqu'il fut admis dans une
des classas de solfège du Conservatoire de Paris,
où il obtint un troisième accessit dès 1853. En
même temps il suivait, dans cette école, le cours
de piano de M. Laurent, et se voyait décerner
un troisième accessit de piano en 18 j4, le pre-
mier accessit en 1856, et le premier prix en 1859.
Doué d'une précocité remarquable, le jeune
Massenet avait commencé l'étude de l'harmonie
avant même d'avoir atteint sa onzième année,
et était entré dans la classe d'harmonie et accom-
pagnement de M. François Bazin. Par malheur,
le maître n'avait pas su discerner la nature et
les qualités de l'élève, et un jour, après lui avoir
fait, j'ignore pour quelle raison, une sorte d'ava-
nie devant tous ses condisciples, il le chassa bru-
talement de sa classe.
Découragé, l'enfant resta cinq ans sans re-
prendre ses études théoriques. Puis, devenu
jeune homme, il entra dans une autre classe
d'harmonie, celle de M. Reber, et ses progrès
furent si rapides, qu'ayant obtenu un premier
accessit à son premier concours (1860), son maî-
tre lui dit : — « Vous n'avez plus rien à appren-
dre ici. Vous méritiez le premier prix, vous ne
l'avez pas eu , ne perdez pas votre temps à
attendre un nouveau concours et entrez aussitôt
dans une classe de fugue. » M. Massenet suivit
ce conseil, et devint alors l'élève de M. Ambroise
Thomas, qui le prit bientôt en affection en voyant
ses habituiies laborieuse? et son désir de parve-
nir. Il était en effet, dès cette époque, dévoré de
la lièvre de la production, et Ton raconte qu'il
ne se passait point de classe qu'il n'apportât à
à son professeur soit toute une série de romances
ou de mélodies (il mit ainsi en musique une
grande partie des poésies d'Auguste de Chàtil-
lon : A la (jrandC pinte), soit un ou deux mor-
ceaux de symphonie, soit même une scène ou
une Loi tomptiiaire, lactés, et la .Petite sœur d'Achille,
un acie.
' un acte d'opéra. D'ailleurs très-réservé, rem-
pli de modestie, c'était presque en tremblant
que le jeune compositeur présentait ses essais à
son maître, et il semblait toujours confus de ne
pouvoir faire mieux ou plus. Mais cette furie de
production n'était pas sans exciter un peu la ja-
lousie de SCS camarades moins laborieux, qui ne
se gênaient point pour le railler en son absence
(levant le maître, disant qu'il [était im-
possible d'obtenir de bons fruits avec une culture
ainsi surmenée, et qu'une telle fécondité devait
fatalement aboutir à l'impuissance. Mieux avisé
que naguère M. Bazin, M. Ambroise Thomas,
qui savait discerner les qualités de son élève,
faisait au contraire grand fond sur lui, était pres-
que touché de l'énergie et de la force de volonté
dont il faisait preuve, et disait alors : — « Lais-
sez, laissez faire; quand ce grand feu-là sera
passé , il saura bien retrouver son aplomb et
devenir ce qu'il doit être. »
linfm, M. Massenet travailla tant et si bien
qu'il lit, en 1862 et 1863, deux doubles con-
cours d'une façon très-brillante. En 1862 il
obtenait un second prix de fugue en même
temps qu'une mention honorable au concours
de Rome, et en 1863 il se voyait décerner coup
sur coup le premier prix de fugue et le pre-
mier grand prix de Rome. La cantate qui lui
avait valu une mention honorable était d'Edouard
Monnais et avait pour titre Mademoiselle de
Moatpensier ; celle avec laquelle il obtint son
premier prix était intitulée David Rizzio. Cette
dernière fut chantée par M. Roger, par Gourdin,
jeune artiste qui mourut à la lleur de l'âge après
avoir fait une apparition brillante 'à l'Opéra-Co-
mique, et par M'"'' Yandenheuvel-Duprez.
M. Massenet (il donc à son tour ce voyage de
Ron)e, si inutile jadis à la plupart de nos jeunes
compositeurs, souvent plus obscurs au retour
de ce voyage qu'alors qu'ils se préparaient à le
faire. Mais il ne perdit pas son temps pendant
son séjour en Italie, où il se remit au travail
avec ardeur, et d'ailleurs il ne resta pas dans ce
pays tout le temps qu'il passa hors de France.
Il prit un beau jour sa course et s'en alla visiter
l'Allemagne et la Hongrie, comme Berlioz, regar-
dant, rêvant et composant toujours, car il avait
sa muse pour compagne de route. En 1865, il
est à Pestli, où il écrit ses Scènes de bal, espèce
de « suite » pour le piano, d'une forme délicate
et élégante (qu'il publia plus tard, lors de son
retour à Paris), et il ji'tte la première idée des
Scènes hongroises, avec lesquelles il fera, quel-
ques années après, sa deuxième suite d'orches-
tre. Au commencement de 1866, il est, je crois,
de retour à Rome, d'où il fait à l'Académie des
MASSENET
181
Beaux- Arts l'envoi que tout pensionnaire de la
villa Médicis est tenu d'effectuer chaque année.
Celui-ci comprenait une grande ouverture de
concert et un liequiem à 4 et 8 voix, avec ac-
compagnement de grand orgue , de violoncelles
et de contre-basses. Presque aussitôt il revient à
Paris, et dès le '24 février 18CC, il fait exécu-
ter au Casino une composition importante inti-
tulée Pompéia.
Il esi toujours intéressant, lorsqu'un artiste a
réussi à se mettre en lumière, de voir de quelle
façon ont été jugés ses premiers essais, ceux
qui sont restés inaperçus de la foule. Je re|)ro-
(luirai dune ici, au sujet de Pompcia, rap[iré-
ciation que je trouve dans un journal s|)écial, la
Revue et Gazette musicale : — « M. J. Mas-
senet, prix de Rome de 1863, n'a pas parcouru
en vain la <i teire classique des arts » ; il en a
rapporté une fantaisie symplionique intitulée :
Pompéia, dans laquelle il a essayé de retracer
quelques scènes antiques. Les quatre morceaux
dont elle se compose, Prélude, Hymne d'Eros
(danse grecque), i'hœur des funérailles, Duc-
chanale, i)ourraienl être signés Berlioz; on y
retrouve la louche vigoureuse de ce maître,
l'horreur des lieux communs qui le fait quel(|ue-
fois tomber dans l'étrange, el tel dessin d'or-
chestre, tel duo d'instruments à vent rappelle,
sans y ressembler pourtant, les danses puni-
ques des Troijcns à Carthage. On conçoit que
la coupe orditiaiie des morceaux symplioui-
ques n'était pas ici de mise ; il ne faut pas cher-
<',her dans cette évocation du fantôme de la
vieille Italie des développements selon les règles,
des motifs revenant à la place voulue, des mo-
dulations prévues : c'est une description, un
programme suivi pas à pas, avec des accents
tantôt grandioses, tantôt naïfs, quelquefois exa-
gérés dans leur expression, mais toujours vrais.
Nous avons été frappé de l'habileté de l'instru-
mentation, vraiment surprenante chez un jeune
homme de cet âge, que le sentiment doit guider
plus encore que l'expérience. M. Masseiiet est
d'ailleurs im musicien consommé et un de nos
plus habiles pianistes. Après un pareil début,
nous sommes en droit d'attendre d'une organi-
sation aussi heureuse des travaux sérieux d'un
autre ordre, qui, nous en avons la conviction,
lui assigneront une place honorable parmi les
compositeurs contemporains. »
A peine est-il de retour en France , que
M. Massenet retrouve la furie de production
qui, on l'a vu, le distinguait avant son départ.
Au mois de juillet 1866, il fait exécuter aux
concerts des Champs-Elysées deux fantaisies
pour orchestre; le 24 mars 1867, il fait connaître
aux habitués des Concerts populaires sa première
Suite d'orchestre, que M. Pasdeloup fait jouer
aussi, peu de jours après, à l'Alliénée, où se
donnaient alors des concerts très-brillants, et
qui obtient im très-vif succès, justifié par une
forme originale, par une inspiration abondante ,
par une instrumentation tiès-line, très-brillante
et tiès-variée; le 3 avril suivant, le jeune mu-
sicien fait son début au théiUre, en donnant à
l'Opéra-Comique un gentil petit acte, la Grand''-
Tantc, qui était chanté par M. Capoul , par
jyjiits Girard et Ilcilbron; en môme temps, il
prenait part au concours ouvert pour la cantate
de l'Exposition universelle, et sa partition, non
couronnée, mais très-bien classée, obtenait le
n° 3; enlin, il écrit pour le Théiltre-Lyrique la
cantate oITicielle destinée à être chantée le 15
aoilt 1867 : Paix et Liberté! et il prend part à
un nouveau concours, celui ouvert à l'Opéra pour
In Coupe du roi de Thulé. Mais il était alors
sous l'intluence des idées uitra-wagnériennes, et,
de son aveu même, sa partition de la Coupe,
qu'il détruisit plus tard, était l'œuvre la plus
étrange qui se put rencontrer.
Après cette veine de fécondité, M. Massenet
semide se recueillir un peu, et pendant quelque
temps ne fait plus parler de lui. Il écrit et com-
pose toujours, mais ne se produit pas devant le
public. Un jeune auteur dramatique trace pour
lui le livret d'un Manfred, grand opéra en cinq
actes, avec prologue et épilogue; ce sujet con-
venait au compositeur, mais, je ne sais par suite
de quelles raisons particulières, il ne se décida
pas à le traiter. C'est dans des productions inti-
mes, poétiques, tout à fait en dehors du drame
et de la symphonie, qu'il se complaît alors. Il
écrit sur des vers d'un vrai poëte, M. Armand
Silvestre, deux choses charmantes : Poëme
d'avril et Poëme du souvenir, sortes de fan-
taisies mélancoliques, formant chacune un petit
recueil d'un accent très-personnel et très-pé-
nétrant, d'un caractère touchant et rêveur, par-
fois même pathétique, et indiquant nettement
les aptitudes de l'auteur au point de vue de
la scène. Les délicats en musique apprécient
comme elles le méritent ces deux compositions
d'un ordre vraiment original , dans lesquelles,
avec une élégance exquise, on trouve réunies
la mélancolie de Schubert et la grâce ineffa-
ble de M. Gounod. C'est dans le même temps,
ou à peu près, que M. Massenet publiait ses
Chants intimes, mélodies vocales, et T/m-
provisateur, « scène italienne transcrite pour
le piano, u
On retrouve le jeune compositeur aux Con-
certs populaires, où il fait exécuter, le '.>6 no-
182
MASSENET
vembre 1871, une deuxième Suite d'orchestre,
intitulée Scènes hongroises [Entrée en forme
de danse, Intermezzo, Cortège et bénédiction
nuptiale). Malgré quelques détails charmants,
malgré la coquetterie des deux premiers mor-
( eaux, malgré l'ampleur du dernier, il semble
qu'on lioive préférer à cette seconde suite celle
que M. Massenet fit exécuter tout d'abord. Ce
n'en est pas moins une œuvre fort distinguée.
Quelques mois après (2fi mars 1872), M. Mas-
senet produisait à la Société classique de
M. Armingaud une composition tout à fait
exquise, portant ce simple titre : Introduclion
et Variations (pour 2 violons, alto, violoncelle,
contre-basse, flilte, hautbois, clarinette, cor et
basson). Ce petit badinage mu'^ical, tout plein
de grâce et de délicatesse, de charme et d'élé-
gance, tout parfumé et tout fleuri, obtint le
succès qu'il méritait.
C'est ici que se place un incident particulier
dans la carrière de M. Massenet. La direction
de ropéra-Comique, prise de court et se trou-
vant avoir besoin d'un ouvrage en trois actes
dans un délai très-bref, vint demander au jeune
compositeur s'il se chargerait d'écrire cet ou-
vrage dans l'espace de trois, semaines. Celui-ci,
malheureusement, était encore sous l'inlluence
des idées fâcheuses qui prévalaient encore dans
certain petit clan musical : d'une part, il pro-
fessait une sorte de mépris pour le genre de
l'opéra-comique, ce genre illustré et remlu fa-
meux depuis plus d'un siècle par tant de grands
maîtres; de l'autre, rien ne lui semblait plus
facile que de broclier à la hàle trois actes de
semblable musique; et comme, en résumé, l'oc-
casion était favorable pour se produire, il n'hé-
sita pas à accepter la proposition qui lui était
faite. Il écrivit donc dans le délai voulu la par-
tition de Don César de Bazan. Mais pour avoir
trop présumé de ses forces, pour n'avoir pas
compris tout d'abord que l'opéra-comique est
une forme de l'art à la(|uelle ou peut ne pas s'at-
taquer, mais qu'on n'a pas le droit de dédai-
gner, il fut bientôt dévoyé et fit un pas de clerc.
La critique fut dure à son œuvre, et le public
ne lui fit pas meilleur accueil ; c'est que l'oni-
vre n'était pas bonne, et qu'elle ne pouvait l'être,
conçue dans les conditions qui viennent d'être
rapportées. L'artiste était tombé de haut, il fut
un [leu étourdi de sa chute; celle-ci lui fut pro-
fitable pourtant, car avec sa vive infelligencie il
couq)ril bienlùt qu'en matière «l'art il n'est pas
de petites œuvres, et que le devoir de celui qui
proiluit est de rechercher en tout la perl'eclion.
Il se releva d'un bond, et obtint un succè-;
très-brillant et très-franc en faisant exécuter à
rodéon, peu de mois après, Marie-Marjdeleine,
drame sacré en trois parties. C'est à dessein
que, malgré la nature du sujet traité, il ne qua-
lifia pas cette œuvre d'oratorio. M. Mas.senet,
en effet, n'avait pas pris et n'avait pas voulu
prendre en cette occasion le style large, noble
et pompeux de l'oratorio. Peintre et poète, il
avait prétendu, dans cette œuvre no»ivelle et lon-
guement caressée, donner place à la rêverie et
au paysage; de plus, il y faisait entendre des
accents d'une passion véritablement humaine,
d'une tendresse en quelque sorte terrestre , qui
auraient pu donner matière à critique s'il avait
laissé supposer qu'il voulait marcher sur les
traces de Htendel, de Bach ou de Mendelssohn. En
somme, l'oeuvre était belle, suave, pure de lignes,
tout imprégnée d'un parfum de jeunesse et de
poésie, avec cela grandiose par instants et vrai-
ment émouvante. C'était assez, certes, pour lé-
gitimer le succès qui l'accueillit à son apparition,
et qui la suivit lors de son exécution à l'Opéra-
Coi nique.
Ce succès, M. Massenet le retrouva avec son
Eve, ouvrage de proportions beaucoup plus mo-
destes, auquel il a donné la qualification de
« mystère », ne voulant i)as non plus l'intitider
oratorio, et qui fut, on peut le dire, accueilli avec
un véritable enthousiasme lorsque le public l'en-
tendit à la Société de l'Harmonie sacrée, si bien
diiigée par M. Charles Lamoureux. Une poésie
rêveuse et une passion ardente, un grand senti-
ment du pittoresque, des sonorités exquises, un
orchestre adorable, des idées d'ime fraîi heur et
d'une grâce toutes juvéniles, parfois une chaleur
entraînante et une incomparable piu'ssance d'ex-
pression, telles sont les qualités qui distinguent
cette partition et qui ont fait sa fortune. — C'est
peu de temps après l'exécution d'Eve que
M. Massenet fut nommé chevalier de la Légion
d'honneur.
Mai^, comme l'immense majorité des musiciens
français, M. Massenet avait surtout pour objectif
le théâtre, qu'il n'avait encore, en quelque sorte,
abordé qu'acciilentellement. En effet, la Grand'-
Tanfe n'avait été qu'un essai sans grande im-
portance, Don César de Bazan avait été écrit
trop bi\tivement, et la musique scéni(]ue que le
jeune artiste avait composée pour un drame de
M. Leconte de Liste, les Erynnies, ne consti-
tuait point une œuvre lyrique. M. Massenet avait
bien en portefeuille la partition d'un opéra en 3
actes. Méduse, mais cet ouvrage lui parai.ssait
(l'un caractère un peu trop circonscrit pour qu'il
voulut faire avec lui son véritable début sur une
grande scène. Bientôt il entreprit d'écrire un
grand opéra en 4 actes, le Roi de Lahore, sur
MASSENET
183
lequel il fondait de grandes espérances, et avant
que celte œuvre extrêmement importante fût
tout à fait terminée, elle était reçue par la di-
rection de l'Opéra.
C'est avec une certaine impatience que le pu-
blic français attendit l'apitarilion de ce nouvel
ouvrage, dû à un jeune artiste qui était rapi-
dement devenu son favori et pour lequel 'il
ressentait une sympathie vive et sincère.
La critique elle-même, qui avait traité M. Mas-
senet en enfant gâté parce qu'elle croyait voir
en lui l'étoffe d'un vrai créateur, la critique était
désireuse de son succès, et attendait avec une
certaine anxiété l'issue de la tentative si impor-
tante d'où allait dépendre en partie l'avenir du
compositeur. Kniin, la première représentation
du Boi de Lahore, entourée de toute la pompe,
de tout l'éclat que notre première scène lyrique
sait mettre au service d'une œuvre nouvelle,
aidée par une interprétation remarquable de la
part des ciianteurs, excellente en ce qui concer-
nait les masses instrumentale et chorale, eut
lieu le 27 avril 1877. Le succès n'en fut pas
douteux un instant, et justifia toutes les espé-
rances qu'on avait conçues du talent du jeune
maître. La partition du Roi de Lahore ne cons-
titue pas un (hef-d'o'uvre sans doute; mais
c'est une œuvre puissante et colorée, sincère et
mâle, à la fois sobre et pleine d'ampleur, dans
laquelle le compositeur a donné des preuves
non-seulement d'une grande habileté de main,
ce qui ne faisait doute pour personne, mais d'un
grand sens dramatique et scénique ; ces qualités,
déjà remarquables, sont complétées par une
inspiration souple et vaiiée, dans laquelle nn
charme pénétrant et la grâce la plus tendre s'u-
nissent à une rare vigueur, par un grand res-
pect des bonnes comlitions vocales , par une
grande science de l'orchestre, et enfin par une
horreur de la banalité qui ne se traduit jamais
en une recherche des effels excentri(|ues ou
bizarres. En réalité, cette production d'une élé-
gance si noble, d'une allure si personnelle, d'une
couleur vraiment nouvelle, ne pouvait qu'être
accueillie avec faveur. Aussi son succès fut-il
grand, et non-seulement en l<"rance, mais encore
en Italie, où l'ouvrage fut joué peu de mois après
avoir été représenté à Paris, et reçu, on peut
le dire, avec transports. Le public du théâtre
Regio, de Turin, et celui du théâtre Apollo, de
Rome, tirent au jeune compositeur des ovations
véritablement enthousiastes, et l'on peut pres-
que affirmer que jamais jusqu'alors, en Italie,
artiste français n'avait été l'objet de semblables
manifestations. C'est un honneur pour l'art fran-
çais qu'une telle victoire remportée par un des
siens à l'étranger, et l'on peut dire qu'en cette
circonstance M. Massenet a bien mérité de son
pays.
Au point où il en est arrivé pourtant, il est
encore difficile et il serait téméraire de chercher
à caractériser, d'une façon nette et précise, le
talent de M. Massenet, car malgré ses succès
noudireux, le compositeur en est encoie à l'au-
rore de sa carrière. Mais on peut tout au moins
le féliciter, dés aujourd'hui, d'avoir agi avec
sagesse et courage en brisant son talent, en le
forçant à se plier à toutes ses volontés, de façon
à n'être arrêté, dans la suite, par aucun obstacle;
on peut aussi remarquer qu'en produisant, ainsi
qu'il le fait, dans tous les genres, il a donné
des preuves de cette fécondité heureuse qui est
l'apanage des tempéraments vigoureux. M. Mas-
senet a déployé une rare liberté d'esprit, une
fanl;usie véritablement personnelle, en s'essayant
à des genres jusqu'ici inconnus des artistes
français; le Poème d'avril et le Poëme du
souvenir n'ont guère d'analogue chez nous : ce
sont de petites compositions dramatiques inti-
mes, comme qui dirait des réductions d'opéra,
dans lesquelles le musicien a mis toute son âme,
qu'il a empreintes d'une mélancolie profonde,
d'une tendresse pleine d'expansion, d'une tou-
chante rêverie; j'appellerais presque cela du
Musset musical, et en parlant ain.si je n'exagé-
rerais pas beaucoup ma pensée, car il y a là des
qualités exquises. D'autre part, M. Massenet
s'est éprouvé dans la musique instrumentale,
avtc ses Suites d'orcliestre, son ouvertuie de
Phèdre et sa fantaisie intitulée Pompera; il a
très-bien réussi dans ce genre libre, où il a dé-
ployé tout à loisir les qualités de son imagina-
tion, et où il a prouvé sa grande connaiss;uice
des effets d'orchestre, des accouplements de
tiiubres, des diverses et multiples sonorités de
l'instrument aux cent voix ; on peut regretter
seulement que M. Massenet n'ait pas cru devoir,
jus(iu'ici, s'altnquer à une symphonie véritable
et regidière. A côté île tout cela, M. Massenet
.s'est exercé dans le drame religieux avec Eve
et Marie-Magdeleine, et, en dehors de ses
[tremiers essais, a montré ce qu'on pouvait
alfenilre de lui, au point de vue de la scène,
avec le Roi de Lahore. On voit que son ambi-
tion n'est point celle d'un artiste vulgaire, et que
les ailes de sa muse sont douées d'une singulière
envergure. Ce qui est certain, c'est qu'à l'heure
présente M. Massenet est l'un des plus fermes
.soutiens de la jeune école française, qu'il est à
la tête du petit groupe d'artistes fort distingués
qui forme cette jeune école, et (lue ceux qui ont
foi et espérance dans l'avenir de l'art national
J84
MASSENET — MATERNA
ont les yeux fixés sur lui. M. Massenet ne trahira
pas la confiance qu'on a placée en lui ; il se peut,
— ce n'est pas probable cependant, — il se peut
qu'il reste en chemin; mais, du moins, on peut
tenir pour certain qu'il agira toujours avec hon-
nêteté, et qu'il ne fera jamais aucune conces-
sion au faux goût et à la frivolité.
Voici le catalogue complet des œuvres de
M. Massenet. — A. Mlsique dramatique. 1° La
Grand' Trniie, opéra-comique en un acte, Opéra-
Comique, 3 aviil 18G7 ; 2" Paix et Liberté!
cantate scénique , Théâtre-Lyrique, 15 août
1867; 3° Don César de Bazan, opéra-comi(|iie
en 3 actes, Opéra-Comique, 30 novembre 1872 ;
les Enjnnies, tragédie antique en 2 [larties,
Odéon, fi janvier 1873 (et plus tard, Ïhéàfre-Ly-
rique, 15 mai 1876, la partition comprenant
alors, outre l'ouverture, l'enlr'acle et les m'^lo-
drames, des chœurs et plusieurs airs de ballet);
4° te Roi de Lahore, 5 actes et 6 tableaux.
Opéra, 27 avril 1877. — B. Œlvres LVRroir.s.
i° Marie- M agdeleine , drame sacré en 3 actes et
4 parties, Odéon, 1 1 avril 1873 ; 6° Eve, mystère
en 3 parties, Société de l'Harmonie sacrée, 18
mars 1875 ; 7° la Vierge, légende sacrée en 4 scè-
nes (non exécutée jusqu'à ce jour) ; 8° Narcisse,
idylle antique, exécutée par la Société chorale d'a-
mateurs, le 14 févrierlS78. — C.MUSIQUESYMPHOM-
QUE. 9° Suite d'orchestre, op. 13 (réduction pour
pianoà 4 rnains), Paris, Flaxiand ; 10" Scènes hon-
groises, 2" suite d'orchestre, Paris, Harlmann ;
11° Musique pour une pièce antique (?e,î Éryn-
nies), 3' suite d'orchestre, id., id.; 12" Scènes
yittoresqnes, 4" suite d'orchestre, id., id.; 13°
Scènes. dramat iques, d'après Sliakspeare,5°suite
d'orchestre; 14° Ouverture de concert; 15° Ou-
verture de Phèdre; 10° Lamenta, écrit à la
mémoire de Georges Bizet; 17° Sarabande espa-
gnole, pour petit orchestre; 18° Pompeia, fan-
taisie symphonique; 19° Introduction et Varia-
tions, pour 2 violons, alto, violoncelle, contre-
basse, llùte, hautbois, clarinette, cor et basson.
— D. McsiQi'E DE l'UNO. 20° Scènes de bal, suite
pour le piano. Pari-;, Hartmann; "îi" Improvisa-
tions, 20 pièces en 3 livres (dont le premier seul
est publié), id., id.; 22° le Roman d'Arlequin,
pantomimes enfantines pour piano. — E. Mu-
sique voc\LE. 23° Poème du souvertir, scènes
(6 morceaux), Paris, Harlmann; 24" Poème
d'avril (8 morceaux), op. 14, id., id.; 2.)°
Poème pastoral, scènes (6 morceaux), id.,id.;
26° Poème d'octobre, ^cène,s (5 morceaux), id.,
id.; 27° Poème d'hiver, id., id. ; 28° 20 Mélo-
dies, id., id. ; 29° Chanson de David liizzio,
Paris, Escuiiier; 30° Sérénade aux Mariés,
VEsclave, la Vie d'une rose, le Portrait d'un
enfant, mélodies, Paris, Girod. — A tout cela,
il faut encore ajouter : Méduse, opéra en 3
actes, écrit en 1868 et non représenté jusqu'à ce
jour; l'Adorable Bel-Boul, fantaisie en un
acte, jouée au Cercle de l'Union artistique en
1874; Bcrrngère et Anatole, saynète jouée au
Cercle de l'Union artistique au mois de février
1876 (1); un morceau écrit pour l'Hetman,
drame de M. Paul Déroulède, représenté à l'O-
déon le 2 février \%11 ;Cantabde pour violon-
celle, avec accompagnement de piano. Enfin,
M. Massenet travaille à deux grands drames
lyriques, Robert de France et les Girondins,
dont aucun n'est encore achevé.
Par un arrêté ministériel en date du 7 octobre
1878, M. Massenet a été nommé professeur de
composition au Conservatoire, en remplacement
de François Bazin.
MASSOX (C ), musicien du dix-septième
siècle, est auteur d'un ouvrage ainsi intitulé :
Nouveau Traité des règles pour la composi-
tion de la musique, très-utile à ceux qui
jouent de l'orgue, du clavessin et du théorbe
(Paris, Ballard, 1699, in-8°).
MASSOiX ( ). Un écrivain de ce nom
est auteur, avec M. Longet, d'un écrit analytique
publié sous ce titre : Études expérimentales
sur la voix et sur les causes de la production
du son dans divers instruments de musique
(Paris, 1852, in-8° de 114 p.).
MASTERS(W Chalmers), compositeur
anglais, est l'auteur de deux opérettes dont
l'ime, intitulée the Forester''s Daughters (les
Filles du Forestier), a été représentée, le 13 no-
vembre 1867 dans la salle Saint-Georges, à Lon-
dres, par la London Bijou Operetta Company,
et dont l'autre a pour titre ?/ie Roseof Salency.
M.\SUTTO (GiovA>Ni), écrivain italien, di-
recteur d'un recueil périodique intitulé la Vo-
lontà, et régent de l'école populaire de musique
de Venise, est l'auteur d'un petit résumé his-
torique intéressant, publié par lui sous ce titre :
la Musica, delta sua origine e délia sua sto-
ria. 11 a été fait de cet opuscule trois éditions,
dont la dernière a paru en 1878.
MATA (Manuel DE LA), pianiste et pro-
fesseur espagnol contemporain, est l'auteur d'une
Méthode complète d'harmonium ou orgue ex-
pressif.
MATERNA (Amélie MATERNA, épouse
FRIEDUICII, connue sous le nom de
(1| Cette petite pièce a été jouée peu de temps après
auttiéatreduCalals-Roya:; mais, M. Massenet n'ayanl pas
voulu coaspiitir à laisser exécuter sa musique, le chef
d'orchestre de ce théâtre, M. Barlller, en écrivit une nou-
velle.
MATERNA — MATHIEU
185
M"« FRIEDRICH), cantatrice allemande
(lislinguée, allacliée depuis environ dix années
à l'Opéra impérial de Vienne, commença sa car-
rière vers 1865 à Grafz, où elle épousa le chan-
teur Friedrich, puis se fit une réputation dechmi-
(euse d'opérette au Carltheater, devienne, d'où
elle fut appelée à tenir un emploi important sur
la première scène lyrique de cette ville. D'abord
un peu effacée dans le vaste cadre du tlnàlre
impérial, elle finit cependant, à force de travail et
d'intcHi;;ence, pars'y faire remarquer et se créer
une situation enviable. Elle obtint de vifs suc-
cès dans divers ouvrages, entre autres dans la
Judith de Doppler, la Guerre domestique de
Sciuibert, et surtout dans Fidelio et dans
Lohcnrjrin. C'est alors que M. Richard Wagner
songea à mettre son talent à contribution pour
les fameuses « représentations-modèles» de Bay-
reuth, et qu'il l'engagea pour remplir les pi inci-
paux rôles de sa tétralogie, particulièrement ce-
lui deBrunhilde de la Walkyrie. M™'= Materna
prit donc part aux concerts donnés à Londres
par M. "Wagner au profit de l'entreprise de I5ay-
reutb,et se produisit ensuite en cette dernière ville,
dans la tétralogie du maître saxon, en compagnie
de M"" Weckerlinet Scheffzky, deMM. Niemann,
Betz,Unger,Gura,Kœgel,SchlosseretNiesing. Elle
y Mt un grand effet, giâceàlas|)lendeurde sa voix,
à son talent de cantatrice, à son intelligence de la
scène, enfin à la passion qui l'anime et au feu
qui semble la dévorer. Le seul reproche qu'on
lui adresse consiste en une expansion un peu
vive, en une sorte d'exagération apportée par
elle dans un jeu scénique d'ailleurs fort intelli-
gent et plein de vérité. Depuis l'expédition de
Bayreuth, M™'= Materna a repris son emidoi à
l'Opéra de Vienne et y a retrouvé ses succès.
* MATHIAS (Geokces - Amédée - Saint-
Clair). — Cet artiste extrêmement distingué, cpii
a succédé à M Laurent comme professeur de piano
au Conservatoire de Paris, a promptempnt relevé
le niveau de cette classe, qui était tombée dans
un assez grand discrédit. Au nombre de ses
meilleurs élèves, il faut surtout citer MM. Pra-
deau, Raoul Pugno, Hambourg, Auzende, Cha-
beaux, etc. M. Malhias, qui lui-même, après
avoir étudié d"'abord avec Kalkbrenner, a eu le
bonheur d'être pendant sept années l'élève de
Chopin, sait communiquer à ses disciples les
grandes traditions de mécanisme et de style qu'il
doit à ces deux maîtres célèbres.
Mais M. Mathias n'est pas seulement un grand
virtuose et un professeur de premier ordre.
Élève de MM. Savard, Bazin, Halévy et Barbe-
reau, c'est aussi un compositeur extrêmement
distingué, à l'imagination abondante aidée par
une instruction solide. Les concerts avec orches-
tre donnés par lui en 1859 et dans lesquels il
fit entendre sa ^« symphonie, son 1" concerto
pour [liano et ses Esquisses d'après Ccclhe,
l'ont prouvé tout d'abord , et les œuvres nom-
breuses qu'il a publiées depuis n'ont pu qu'aug-
menter sa réputation auprès des gens de goût
et des vrais artistes. La nomenclature complète
de ces œuvres ne saurait trouver place ici, mais
j'en veux citer au moins les plus importantes,
qui sont les suivantes.— Musique sympuoniqueou
coNCEKTANTE. V symphouic à grand orchestre,
op. 22, dont une réduction pour le piano à 4
mains a été publiée par l'auteur; 1" trio i)onr piano,
violon et violoncelle, op. l(Brandus); '2c trio, en /a,
op. 15 (Richault) ; 3*^ trio, en fa, op. 33(Mabo) ;
4"= trio, en la, op. 36 (Heugel); b" trio, en sol, op.
50 (Hirtraann); ouverture d'tffl?wZe<, op. "23
(réduction à 4 mains, Bi(hault); ouverture de
Mazeppa, op. 56 (id., Hartmann); 5 morceaux
sympboniiiues pour piano, violon et violoncelle,
op. 30 (Richault). — Musiquede piano. T' Sonate,
en si mineur, op. 20 (Gérard); 2* Sonate, op.
34 (Heugel); 3'= Sonate, op. 35 (Richault); l'-"^
Concerto avec orchestre, en fa dièse mineur,
op. 21 (réduction pour 2 pianos, Heugel); 2^
Concerto avec orchestre, en sol mineur, op. 56
(id., Hartmann); Trois Esquisses d'après Gœthe,
à 4 mains (Heugel) ; Allegro symphonique, op.
51 (Hartmann); Allegro appassionato, op. 5
(Rrandus) ; 3 Suites de romances sans paroles,
op. 18 (Lemoine); Polonaise de salon, op. 7
( lirandus) ; Pastoraleet air de ballet, op. 11 (id.);
Feuilles de printemps op. 8 et 17 (2 séries,
Brandus); 2 Valses de concert, op. 13 et 19
(i'\.); Marches à 4 mains, op. 37 (Heugel);
Marche impériale, op. 43 (Richault); Chants
du crépuscule, o[). 52 (l^-laxland) ; 7 Pièces {Rêve,
Menuet, Promenade, Marguerite à iéglise,
liepas, Canon), op. 55 (t^'laxland); 24 Études
de style et de mécanisme, en deux livres, op. 28
(Heugel); 10 Études de genre, op. 10 (Brandus).
M, Georges Malhias a eu l'honneur elle bon-
heur d'être choisi par Rossini pour accompagner
sa Petite M esse solennelle, \oTS des exécutions qui
furent faites de cette œuvre lumineuse, en 1864
et 1865, chez son ami M. Pillet-Will. Il a été
nommé chevalier de la Légion d'honneur en
1872 (1).
MATHIEU (Emile), chanteur comique, se
lit entendre pendant de longues années dans les
(1) En 1876, M. Mathias a formé un recueil de quelque.s-
iincs de ses compositions pour le piano, et l'a publié sous
ce titre : OEuvres choisies pour le piano de Georges
Mathias (Pari», Brandus, un vol. In-S" avec portrait de
l'auteur).
186
MATHIEU — MAÏTARESS
cafés -concerts de Paris, et fit un instant partie
de lu troupe du petit théâtre des l'olies-lNouveiles.
Cet artiste est l'auteur d'un écrit publié sous ce
litre: le; Cafés-concerts (Paris, IS63, in- 12
de47 p.).
MATHIEU (Emile), compositeur, né à Lille
le 16 octobre 1844, est fils d'une cantatrice dis-
tinguée et d'unclianteur qui tint l'emploi de pre-
mière basse au théâtre de la Monnaie, de Bruxel-
les (1). Il commença ses études à l'école <ie mu-
sique (le Louvain, et les continua au Conserva-
toire de Bruxelles, où il obtint en 1861 le pre-
mier prix d'harmonie, et en 1863 le premier prix
de |)iano(iilasse de M. Auguste Dupont), tl sui-
vit ensuite pendant deux années le cours de
contre-point de Fétis, puis alla se fixer h Louvain,
où il devint professeur de piano et d'harmonie à
l'Académie des Beaux- Arts, en même temps que
directeur des concerts de la Société de musique.
Cela ne l'empêcha pas de prendre part au con-
cours de Rome, qui a lieu tons les deux ans en
Belgique : en 1869, il y obtint un second prix,
en partage avec M. J. Pardon; en 1871, il eut
(le nouveau le second prix, avec mention spéciahi
et à l'unanimité; eu 1873, il manqua d'une
voix le premier prix.
En cette dernière année, >L Mathieu quitta la
la situation qu'il occupait à Louvain pour aller
se fixer à Bruxelles. Déjà il avait publié un re-
cueil de 6 mélodies, et 6 ballades de Gœthe
(Bruxelles, Nagant), et il avait tait représenter
à Liège, le 25 avril 1863, un petit opéra intitulé :
l'Echange. Il donna à Bruxelles un concert
destiné à faire connaître quebpies-unes de ses
compositions, entre autres sa dernière can-
tate de concours, Torqiiato Tosso's Dood,
qui pio luisit une lieiireuse impression. Il con-
tinua alors à se livrer à l'enseignement, mais
sans négliger la composition, et écrivit la musi-
que d'un ballet en un acte, les Fumeurs de Kiff,
qui fut représenté au théâtre de la Monnaie dans
le cours du mois d'avril 1876 et très-bien ac-
cueilli. Le 21 décembre de l'année suivante, il a
donné sur ce même théâtre un opéra-couiique en 2
actes, George Daudin, (pii a été moins heureux
auprès du public, bien (|ue la critique lui ait été
généralement favorable. La partition de ce dernier
ouvrage a été publiée à Bruxelles, chez Schott.
MATIIIKL DE MO.\TER (Emile), cri-
tique et écrivain musical, est né à Bordeaux
(I) Nicolas- Jo.scph Mathieu, père de l'artiste dont il est
Ici qiics'lon, (itait n('! à Ciiaiiiplon (I.iixcrDl)riurg) le 2i Jan-
vier 181n, et mniinit à Maiinps le 21 juillet |S60. Après
avoir (l'tt; a!tach(' au thiatredela Monnaie, de l!rii\rllcs
;t8l0\il était devenu directeur du iliéilre royal d'Anvers
(1R49-18.0I, et en dernier lien professeur de chant à I'a-
cadéiDie de musique de L'iuvaln.
lel*' mai 1835, et étudia d'abord la médecine à
la Faculté de Strasbourg. Tout en suivant ses
cours, il étudia la musique avec un artiste fort
distingué, Conrad Berg, et vint ensuite s'établir
à Paris. Là, il devint journaliste, et collabora
successivement, au point de vue musical, à
l'Europe artiste, au Messager des Théâtres,
h l'Orchestre, à l'Orphéon, et enfin à la Gazette
ynusicale de Paris, à la rédaction de laquelle
il appartient depuis 1858. 11 est aussi corresfion-
dant du Musical World, de Londres. M. Ma-
thieu de Monter, qui s'est beaucoup occupé
de la musique chorale, et qui a écrit les paroles
d'un certain nombre de ( hœurs orphéoni(|ues, a
publié un livre intéressant : Louis Lambillolte
et ses /"rè/TS (Paris, Ruffet, 1871, in-12 avec
portrait et autographes).
* MATIIO (Jean-Baptiste). — Lorsqu'il
donna /l;;o« à l'Académie royale de musique, cet
artiste avait écrit déjà trois ouvrages dramatiques,
qui avaient été représentés à Cliâlenay, dans les
fameuses « nuits » de la duchesse du Maine.
C'est M. Adolphe Jnllien qui a retrouvé la trace
(le ces trois ouvrages, dont il parle dans son
intéressant écrit, les Grandes Nuilsde Sceaux,
et dont voici les titres : \" Philémonet Baucis,
5 août 1703; 2" Le Prince de Catuy, divertis-
sement, 17 août 1704; 3" La Tarenlole, comé-
die-ballet en 3 actes, 9 août 1705. J'ajouterai
(pie Matlio a pris utie part importante à la com-
position d'un ouvrage dont je n'ai pu découvrir
le titre, mais qui a été représenté le 16 (evrier
1718 dans une des salles du palais des Tuile-
ries, en présence du jeune roi Louis XV, et
pour fêler l'anniversaire de sa' naissance; Le
Mercure disait, en parlant de cet ouvrage : —
" Les paroles sont de la composition de M. de
Beauchainps, la mu^ique vocale de M. Matot,
l'instrumentale de M. Alarius, et la danse de
M. Balou. «
Arion, qui n'eut point de succès, fut donné à
l'Opéra le 10 août 1714. Dans sou Histoire
(manuscrite) de l'Académie royale de musique,
Parfaict raconte au sujet de cet ouvrage l'anecdote
suivante : — « Le ha/.ard voulut que le jour même
de la |>rcinière représentation, un limonadier
fit alfi(^ber : Marion vend de lu glace en gros
et en dé/ail. Des personnes qui n'avaient pas
été satisfaites de cette trai;('die mirent du papier
blanc sur la première lettre du nom du ma: chand
de glace. Cette p'aisanlerie donna le Ion au
public, et .l;7o;i expira à la quatrième ou à la
cimiuième représentation. »
MATTARKSS (Vincenzo), compositeur ita-
lien coiUemporain, né à Naples, a habité pen-
dant plusieurs années l'Amérique, et a fait re-
MATTARESS — MATYS
187
présenter à Rio de Janeiro et à Pernainbiico deux
opéras italiens dont j'ignore les titres. De reiour
en Italie, il a fait exécuter au tiiéâtre Castelli,
de Milan, en 1876, l'ouverture d'un autre opéra
inédit, H Re di Svezia, et une ouverture-fugue
intitulée : Ncl Vemvio. M. Mallaress a com-
posé aussi des romances et mélodies vocales.
MATTiVU (Joseph), né à Biuxelles le 13
mars 1788, mort le 5 août 1856, est l'inventeur
de l'instrument appelé mattaupfione, qui était
un perfectionnement ingénieux de l'harmonica, et
qu'il fit entendre avec succès à Paris. Tout d'à
bord ménétrier et musicien de kermesses, Mattau
apprit seul à jouer de plusieurs instruments,
entra dans le corps de musique du 72« régiment,
qui avait son dépôt à Bruxelles, fit plusieurs
campagnes, puis revint dans sa ville natale, oii
il sut se créer une carrière toute particulière,
devenant maître de danse, puis directeur des
bals de la cour, et participant à la fondation
de la Société de la Grande-Harmonie. Un écri-
vain anonyme a retracé sous ce titre : Un t'jpe
bruxellois, la vie de Matla* (Bruxelles, Po-
lack-Duvi\ier, 1857, in-32j.
* MATTEI (L'abbé Sta:nisl\s).— Au nombre
des écrits publiés sur cet artiste, il faut com-
prendre le suivant : Osservaziuni sulla vitacli
Stanislao Mellei scritta daW avvocalo Filippo
Canuti (Reggio, Torreggiani, 1830, in-S").
MAïTEl (Tito) , pianiste et compositeur
italien, est né à Campobasso le 24 mai 1841.
Après avoir, dès l'âge de quatre ans, commencé
l'élude du pi;mo avec son père, il montra une
telle précocité et fit des progrès si rapides,
qu'au bout de deux années il se faisait entendre
en public avec succès. Un peu plus tard il
devint, à Naples,. l'élève de Tbalberg, et étudia
dans cette ville la composition d'abord avec
Raimondi, puis, après la mort de celui-ci, avec
MM. Parisi, Conti et Ruta. En 1853 il se produi-
sait à Paris avec succès, se faisait ensuite ap-
plaudir à Londres, puis, quelques années après,
entreprenait une série de voyages artisti(iues
en Italie, en France et en Allemagne, oii son
talent très-distingué de virtuose était justement
apprécié. Bientôt il se fixait définitivement à
Londres, oii il devint l'un des artistes favoris du
public, et où il se lit connaître aussi comme chef
d'orchestre, soit au nouvel opéra italien, soit
même au théâtre de la Reine. Cela ne rem(»ê-
chait pas de se produire aussi comme compo>i-
teur, d'abord en exécutant lui-même un grand
concerto de piano avec accompagnement d'or-
cliestre, puis en publiant, outre un assez grand
nombre de morceaux originaux pour cet ins-
trument, quelques transcriptions et fantaisies sur
des airs d'opéras , ainsi que des romances et
mélodies vocales sur paroles italiennes ou fran-
çaises, et enfin en faisant entendre, dans la salle
Saint-Georges (juillet 1877) , la musique d'un
drame lyrique italien intitulé Maria di Gand,
qui fut très-bien accueillie.
Comme virtuose et comme compositeur,
M. Tito Mattei occupe aujourd'hui à Londres
une situation brillante. Le nombre des œuvres
qu'il a publiées est assez considérable, et parmi
celles qui ont obtenu le plus grand succès il faut
signaler la valse intitulée : le Tourbillon , ainsi
que trois mélodies italiennes : Non è ver, JSon
torno, et la Pesca. Ces dernières ont été l'objet
d'une véritable vogue. Ses productions pour le
piano, publiées pour la plupart à Paris chez l'é-
diteur M. Alphonse Leduc, sont au nombre de
quarante environ, parmi lesquelles je citerai les
suivantes : Vlllusion , le Chant de Vcrilé, la
Lyre, nocturnes ; la Danse des Jeuilles, Pas de
charge, la Harpe céleste, une Perle, morceaux
de salon; Ze Tourbillon, i\euf-huit, le Bouquet
de fleurs, Fenella , Avant la danse, Braggiotli,
grandes valses; MergelUna, barcarolle, etc.
M. Mattei, qui a épousé une jeune cantatrice,
M'"= Colombo , est chevalier de l'ordre des
SS Maurice et Lazare.
MATTIOZZl (RoDOLFo), pianiste, profes-
seur et compositeur, né à Florence le t9 novem-
bre 1832, s'est fait une réputation dans sa patrie
par la publication de mélodies vocales pleines de
grâce, et par la production d'un nombre très-
consiilérable de morceaux de musique de danse
d'une forme pleine d'élégance, de franchise et de
brio. Parmi les albums da ballo livrés par lui
an public et qui obtenaient le plus vif succès, il
faut surtout citer les suivants : Castelli in aria,
les Débardeurs, et Roma capitale. Mattiozzi
est venu écrire à Paris, pour le Théâtre-Italien,
la musique de deux divertissements, dont l'un,
sans titre, fut représenté le 6 novembre 1865, et
dont le second, intitulé laFidanzata valacca,
fut joué le 5 mai is66 ; une partie de la musique
de ce dernier avait été composée par M. le comte
Massimiliano Graziani.
IMattiozzi, qui passait chaque année une par-
tie de la saison musicale à Londres et à Paris,
mourut presque subitement à Florence, au mo-
ment où il venait d'y rejoindre sa famille, le 14
juin 1875. Il était âgé seulement de quarante-
deux ans.
MATYS (Karl), compositeur allemand con-
temporain, s'est fait connaître en ces dernières
années i)ar la publication et l'exécution d'un cer-
tain nombre d'oeuvres, qui s'élèvent au chiffre de
cinquante environ, et qui sont écrites soit pour
i88
MAÏYS — MAURICE DE MENZINGEN
les instruments, soit pour la voix. Je citerai, en-
tre autres : la Nymihe de la forêt, ouverture
à grand orchestre; Souvenirs, 4 pièces pour
violoncelle avec piano ; im Maien, chanson à
voix seule avec accompagnement de violoncelle
et piano, etc.
MAl'COTEL (Chaules-Adolphe), lulliier
françiiis qui ne manquait pas d'habileté, naquit
à Mirecourl en 1820, fit son apprentissage en
cette ville, puis vint à Paris en 1839, entra comme
ouvrier dans l'atelier de Vuillaume, et s'établit
pour son compte en 1844. Il produisit beaucoup
d'instruments, violons, altos et violoncelles, qui
se faisaient remarquer par de bonnes qualités et
qui donnent de bons érlianlillons de la lutherie
française. Ses travaux lui valurent une médaille
de seconde classe à l'Exposition internationale
de Paris, en 1855. Maucotel, qui s'était d'abord
installé dans la galerie Vivienne, alla demeurer
ensuite rue Croix-des-Petits-Champs, puis rue
Princesse. C'est dans ce dernier endroit qu'il est
mort, d'une façon tragique : pris d'un accès de
fièvre chaude, le 6 février 1858, il se coupa la
gorge d'un coup de rasoir, et mourut sans avoir
pu profi'rer une parole.
* MAUGARS (André), célèbre violiste du
dix-septième siècle, ne s'appelait pas Aude,
comme l'a dit la Biographie universelle des
Musiciens, mais bien André, ainsi qu'il a signé,
e0 toutes lettres, la dédicace de sa traduction
de Touvrage de Bacon : le Progrez et avance-
ment aux sciences divines et htimaines. Son
talent de musicien et sa supériorité comme vir-
tuose ont été constatés en ces termes par le père
Mersenne. — « Personne en France n'égale
Maugars et Holtman, hommes très-habiles dans
cet art: ils excellent dans les diminutions et par
leurs traits d'archet incomparables «le délicatesse
et de suavité. Il n'y a rien dans l'harmonie qu'ils
ne sachent exprimer avec perfection, surtout
lorsqu'une autre personne les accompagne sur le
claviconle. Mais le premier exécute seul et à la
fois deux, trois ou plusieurs parties sur la basse
de viole, avec tant d'ornements et une prestesse
de doigts dont il paraît si peu se préoccuper,
qu'on n'avait rien entendu de pareil auparavant
par ceux qui jouaient de la viole ou même de
tout autre instrument. » Un musicographe dis-
tingué, M. Ernest Thoinan {Voy. ce nom), a
donné, il y a quelques années, une nouvelle et
très-bonne édition de la fameuse lettre de Mau-
gars sur la musique italienne, en l'accompagnant
d'une notice sur son auteur et de notes intéres-
santes. Voici le titre de cette publication : Mau-
gars, célèbre joueur de viole, musicien du
cardinal de Kichelieu, conseiller, secrétaire,
interprèle du Roi en langue anglaise, traduc-
teur de F. Bacon, prieur de Saint-Pierre
Eynac, sa biographie, suivie de sa Response
faite à un curieux sur le sentiment de la musi-
que d'Italie, escrite à Rome le premier octobre
1639, avec notes et éclaircissements par Er.
Thoinan, Paris, Claudin, 1865, petit in-8° carré.
Cflte reproduction, très-soignée au point de vue
typographique, n'a été tirée qu'à 100 exemplaires.
]\IAUGIX(J -C ), artiste absolument
inconnu, est auteur du livre suivant, compris
dans l'intéressante collection des manuels de
l'Encyclopédie-Roret : Manuel du luthier, cou-
tenant : 1" la construction intérieure et extérieure
des instruments à archet, tels que violons, altos,
basses et contre-basses ; 2° la construction de
la guitare; 3° la confection de l'archet (Paris,
Roret, 1834, in-18 avec planches). A l'époque
de la publication de ce livre, il n'existait aucun
luthier du nom de Maugin; cet ouvrage ne peut
donc être attribué à un luthier; mais j'ai re-
trouvé, dans {'Agenda musical de 1836, la trace
d'un violoniste prWesseur de ce nom. lime sem-
ble donc bien supposable que c'est à ce dernier
qu'est di1 le manuel en question.
MAUPOIAT ( ), écrivain français
du dix-huitième siècle, est l'auteur anonyme
du livre suivant, dont les renseignements ne
sont pas sans quelque utilité : Bibliotèque (>ic)
des Théâtres, contenant le catalogue alphé-
tique des pièces dramatiques, opéra (sic),
parodies et opéra comiques et le tems de leurs
représentations, avec des anecdotes sur la plu-
part des pièces contenues en ce recueil, et sur
la vie des auteurs, musiciens et acteurs (Paris,
Prault, 1733, in-8"). Cet ouvrage a servi de type
et de modèle au Dictionnaire des théâtres de
de Léris, et aux Anecdotes dramatiques de
l'abbé de La Porte.
* M.\URER (Louis-"WiLnKLM), violoniste et
compositeur, est mort à Saint-Pétersbourg le
25 octobre 1878, à l'âge de quatre-vingt-cpia-
torze ans. Il était né à Potsdam le 8 février 1784.
Maurer avait été chef d'orchestre du théâtre
français de Saint-Pétersbourg, puis des concerts
symphoniques fondés par Lwoff, et enlin ins-
pecteur de tous les orchestres impériaux.
MAUllICE DE MEI\ZL\(iEl\, moine
et musicien suisse, est connu sous ce nom parce
qu'il naquit à Menzingen, dans le canton de Zug,
en 1654. Étant entré dans l'ordre des capucins,
il fut prédicateur dans plusieurs couvents, puisse
fixa à Andermatt. C'est là qu'il écrivit les pa-
roles et la musique de nombreuses chansons
religieuses, dont une partie a été publiée sous
ce titre : Philomela Mariana, die Marianische
MAURICE DE MENZINGEN — MA\R
189
Nachligall, welche da Vnterschidlich schœne
Lobund Liebs-Gesxlzlein der allerschœnsten
und Iwtdseeligsten Himmels-Kœnigin Mariœ
zu schuldigem Lob, Preiss und Ehrenscludl
schlagend und sinyende die Herzen thut er-
quickcn, in 36 Liedern verfasset mit beige-
fûgten musikaliscfien Aolen, durcfi P. fr.
Mauriz von Menzingen, capucinern der
schxceizerischen-Provinz Zug. 1713. « Ce
recueil, dil M. George Becker [la Musique en
Suisse) a dû être tiès-répandu, car on peut en-
core aujourd'hui facilement le trouver. «
MAURIIM (Jean-Pierre), violoniste, naquit
à Avignon le 14 février 1822. Admis le 20 juin
1838 au Conservatoire de Paris, dans la classe
préparatoire de violon de Guérin, il pas^a ensuite
dans celle de Baillol, puis, à la mort de ce grand
maître, dans cdie d'Habeneck. Il obtint le se-
cond prix en 184.2, le premier en 1843, puis, ses
études terminées, se livra à l'enseignement. Un
peu plus tard, M. Maurin fonda avec Clievil-
lard, le violoncelliste, une société de musique
de chambre, dans laquelle il s'attacha surtout à
faire connaître au public parisien les derniers
quatuors de Beethoven, qu'on n'exécutait pres-
que jamais alors. A la même époque, il com-
mença à se produire dans le grand monde pari-
sien, et son jeu large, son style solide, lui
valurent bientôt une réputation méritée. Au mois
d'octobre 1875, cet artiste a été nommé pro-
fesseur de la classe de violon devenue vacante
au Conservatoire par suite de la démission de
M. Alard.
JVIAYER-MARIX ( ), musicien
fiançais, né vers 1805, est l'inventeur d'un pe-
tit instrument à clavier et à anches auquel il a
donné le nom (.Vliarmoni- flûte. Cet instrument,
qui n'est pas sans analogie avec l'accordéon,
possède une étendue de trois octaves; on le joue
en le posant sur les genoux, la main droite oc-
cupant le clavier, tandis que la gauche fait ma-
nœuvrer les soufflets. Mayer-Marix a publié une
Méthode et de nombreux morceaux pour l'har-
moni-llûte. Cet artiste est mort à Paris, au mois
d'avril 1872, à l'âge de soixante- sept ans.
MAYEUR ( ), clarinettiste, chef d'or-
chestre et compositeur, est l'un des plus habi-
les virtuoses sur le saxophone qui existent à
Paris. Il a beaucoup fait pour la propagation de
cet instrument, qu'il joue à l'orchestre de l'O-
péra, ainsi que la clarinette. On lui doit une
très bonne Méthode de saxophone, une fantaisie
pour saxophone-alto avec accompagnement de
piano sur des motifs de Don Juan, un arrange-
ment de la 19= sonate de Mozart pour saxopho-
neallo et piano, une transcription de cinq trios
du même maître pour saxophones alto, ténor et
baryton, etc. M. Mayeur est depuis plusieurs
années chef d'orclu'stre dos concerts d'été du
Jardin d'acclimatation. Élève de KIosé au Con-
servatoire de Paris, cet artiste obtint le premier
prix declurinelte dans cet établissement en 1860.
M.VYO (Dermlno). Un artiste de ce nom a
fait représenter sur le théâtre du Fondo, de
Naples, en 1843, un opéra semi-sérieux en deux
actes, intitulé Mattia l'Invalido, dont le livret
était tiré d'un vaudeville français portant ce titre.
* MAYR (Jean-Simon). — Une publication
faite à Bergame, et dont l'auteur de la Biogra-
phie universelle des Musiciens n'a évidemment
pas eu connaissance, vient compléter et rectifier
en certains points les détails donnés par lui sur
la vie de ce musicien fameux. Cette publication,
mise au jour en 1841, à l'époque où une médaille
fut frapi)ée en l'honneur de Mayr et par les soins
des souscripteurs qui avaient pris l'initiative de
cet hommage, est ainsi intitulée : Per il setian-
tesimo oitavo natalizio del célèbre maestro
Gio. Simone Mayr (Bergamo, Crescini, 1841,
in-4'* de|84 p.). C'est, selon l'usage italien, un
recueil de poésies écrites à la gloire de l'artiste ,
poésies qui sont précédées d'une bonne notice
biographique signée du nom de M. Adolfo-Gus-
tavo Maironi Daponte, vice-président de l'Athé-
née des sciences, lettres et arts de Bergame, dont
Mayr était le président.
On voit dans cet opuscule que Mayr, qui avait
fait de Bergame sa patrie d'adoption, refusa suc-
cessivement, pour rester en cette ville, les em-
plois suivants, qui lui furent proposés : en 1803,
la direction du Théâtre-Italien de Vienne; en
1806, celle du théâtre et des concerts de la cour
du roi d'Italie, empereur des Français; en 1808,
la charge de censeur du nouveau [Conservatoire
de Milan, et la succession de Paër comme maî-
tre de chapelle de la cour royale de Dresde ; en
1814, la régence de la surintendance des théâ-
tres royaux de Milan; et enfin, en 1822, le poste
de maître de chapelle à Novare.
A partir de 1805, époque à laquelle fut créé
par ses soins et placé sous sa direction le Lycée
musical de Bergame, Mayr se dévoua sans ré-
serve à cet établissement, pour lequel il écrivit
toute une série de petits traités : 1° Piccolo ca-
techismo elementare ; 1" Melodo di applica-
tura, ossia perle regolari e piùcomode po-
sizioni délie dita sul cembalo; 3° Alcuni cenni
sul modo di scrivere pei corni da caccia; 4*
Trattato per il pédale. II traduisit aussi de
l'allemand le Traité de l'accompagnement de
Fœsster. Enfin, il composa, pour les examens et
concerts du Lycée, un grand nombre de raor-
190
iMAYR
ceaux de divers genres, et a(in d'exercer ses élè-
ves dans la composition tlioûlrale, il écrivit à
leur usage, et dans la mesure de leurs capacités,
quelques livrets d'o()érettes deslinés à être par
eux mis en musique : la Prova deW accademia
finale; il Piccolo compositore di miisica; i
PïccoU virtuosi ambulanti ; il Giovedigrasso;
un Buon cuore scusa molli difelti.
En 1809, MayT fontia à Bergame un Pio Isti-
tulo musicale, destiné à venir en aide aux ar-
tistes devenus vieux ou infirmes, à leurs veuves
et à leurs or|)lielins. Au premier concert donné
au protit de cet établissement, il fit exécuter la
Créa/ ion d'Haydn, qui n'avait jamais été enten-
due en Italie, et publia à cette occasion, dans
un journal, un précis de la vie du maître, pré-
cédé d'une dissertation sur son œuvre. Ce n'est
pas la seule (ois que Mayr prit la plume au pro-
fil de riiistoire et de la littérature musicales. Il
lut, dans les séances de l'Altiénée de Bergame,
deux notices étendues, l'une sur le célèbre théo-
ricien trancliino Galorio, l'autre sur Michèle
Alberto da Carrara, savant écrivain bergamasque
du quinzième siècle à qui l'on doit un traité sur
la musique. C'est encore dans une séfince de
TAlhénée qu'il donna lecture d'une dissertation
ainsi intiiulée : Cenni istorici intorno all'Ora-
torio musicale, ed ai misfcrj che lo precedet-
lero. V.n 183G, il publia, dans le feuilleton de la
Gazzelta Milanese, un écrit qui portait ce titre :
Considei azioni del vecchio suonalore di viola
dimorante in Bergamo, intorno ad un arti-
colo di Scvellinges risguardante la vita e le
opère di Luigi Palestrina. Enfin, M. Dapoule
cite divers autres écrits de Ma\r, encore iné-
dits à l'époque où il publiait sa notice: 1" Piano
per una riforma del Conservatorio di Aapoli,
pariicolarmente per i nuovi melodi deW is-
truzïone islromentale, steso per quel Mlnisiro
dell'interno: 2° Piano per Vistiliizione d'una
catledra. di musica nell' Università di Pavia,
scrilto per ordinedel Direltore générale délia
pubblica istriizione; 3" Parère intorno ad un
apposito maestro per la composizione iea-
irale, e pariicolarmente per risiromen/az/one,
scrilto pet Direltore del Liceo musicale di
Bologna; k" la Vila di Clementi (Muzio?);
5" ta Vita di Sanla Cecilia, in due parti;
6" enfin, une traduction italienne du Traité
d'harmonie de Reicha.
En 1838, Mayr, déjà âgé de 75 ans, eut le désir
de revoir sou pays natal. Il partit donc pour la
Bavière, et fut l'objet, à Munich, d'Iionneiiis
extraordinaires de la part du roi, de la cour, des
artistes et de toute la population; les journaux
publièrent des récits de l'accueil enthousiaste qui
lui était fait, et Aiblinger, mailre de chapelle du
roi de Bavière, écrivit à ce sujet au gendre de
Mayr, M. Massinelli, une lettre qui se terminait
ainsi : " L'Allemagne peut être (ière d'avoir
donné à l'Angleterre un Ha^ndel, à la France un
Gluck, et à l'Italie un Simon Mayr. » A son re-
tour à Bergame a la suiie de ce voyage, Mayr
se vit accueilli avec des démonstrations enthou-
siastes : le comte Giacomo Clémente Suardo,
alors président de l'Athénée, fit exécuter son
buste et le donna à cette Société. Déjà, en 1819,
le portrait de l'artiste, peint par Diolli, avait
été placé dans un édifice public. C'est peu de
temps après qu'on eut l'idée de faire frapper une
médaille en son honneur.
La liste des opéras, cantates et oratorios de
Mayr doit se compléter par les œuvres suivantes :
1° Alcide al bivio, cantate pour le Lycée de
IJergame, 1809; 2° Cantate pour la naissance
du roi de Rome, Bergame, 1811 ;3'' le Due Du-
chesse, ossia la Caccia de' Lupi, opéra semi-
sérieux, Milan (Scala), 1814 ; i" Cori, opéra sé-
rieux, Naples (San-Carlo), 1815; 5" le Feste
d'Ercole, cantate, Bergame, 1816; 6° Egeria,
id., id., 1816; 1" il Sogno di Parlenope, can-
tate dramatique en 3 actes, pour l'ouverture du
théâtre reconstruit de San-Carlo, Naples, 1817 ;
8" Arianna e Bacco, cantate en 2 actes, pour
le Pio Jstituto, Bergame, 1817; 9° Mennone e
Zeniira, opéra sérieux, Na|)les (San-Carlo),
1817; 10" Tanassa, id., Veni>e (Fenice), 1818 ;
il" le Da)uudi, kl., Rome (Argentina), 1819;
12° Inno a Pallade, U\hn, 1820; 13° A t/re do
il Grande, opéra sérieux, Bergame, 1821; 14"
Samuele, oratorio, Bergame, 1821; 15" Fedra,
opéra sérieux, Milan (Scala), 1822; 16* Atalia,
oratorio, INaples (San-Carlo), 1822; 17" San
Luigi Gonzaga, id., Bergame, 1822 ; 18' Deme-
trio, opéra sérieux, Turin (Regio;, 1824 ; 19"
iArmonia, cantate, Bergame, 1825; 20° Cantate
avec chœurs à l'occasion de la mort de Beetho-
ven, Bergame (Union philharmonique), 1827.
Mayr était membre correspondant de l'Académie
des Beaux-Arts de France (1).
Les 12, 13 et 14 septembre 1875, de grandes
solennités euieiit lieu à Bergame pour la transla-
tion, dans la basilique de Saiule-Marie-Majeure,
des cendres de Mayr et de son élève Donizetti (2).
|i) L'opéra intitulé Medea a été donné au théâtre San-
Carlo, (le Naples, en i813, et non à la Fcnicc, de Venise,
en 1812; celui qui perle pour titre Alar a été représenté
au tli'âtre Sant'AgosiIno, de Géiu's, en 181 i, et non à la
Se. lia, de Ml :in, en 1815. M. le dnctrur H;isevi possède
en mauusciit, portant la slj,'nature de Mayr, un Miserere
a tre, cou viole e S strumenti di flulo.
(i) Los restes de Mayr lurent renfermés dans une urne
on l'on plaça, roulé dans uq tube de verre, un parcbemin
MAYR — MAZUEL
J91
Des exécutions musicales religieuses, des specta-
cles, (les concerts, dans le programme desquels
briilait-'nt les noms des deux grands artistes, si-
gnalèrent ces trois journées, et le lundi 13, au
tliéàtre Riccardi, on entendit une cantate expressé-
ment écrite pour la circonstance par le composi-
teur Amdcare Poacliielli {Voy. ce nom) sur des
vers de M. Gliislanzoni. Ces fêtes donnèrent lieu
à plusieurs publications intéressantes. L'une,
portant ce titre : Donizeiti-Maijr, noiiziee do-
cumenti (Bergame, Gaffuri et Gatti, 1875, in-8),
a pour auteurs MM. Federico Alborglietti et
Micbelangelo Gaili, et donne deux biograpliies
étendues du maître et du disciple, avec vingt et
une letti es du second adressées au premier ; la se-
conde est la reproduction du discours prononcé
par M. le chanoine Finazzi à la cérémonie reli-
gieuse laite en l'honneur des deu\ grands musi-
ciens : Il maestro Giovanni Simone Mayr,
orazionc délia nelV inaïujurazione del suo
momunenlo nella basilica di S. Maria Mag-
(jiore dal can. cav. Giovanni Finazzi{BergAim,
impr. Pagnoncelli, 1875, in-8) ;entin, la troisième
forme un recueil des notices écrites naguère par
Mayr et consacrées par lui à des artistes berga-
masques, auxquelles on a ajouté celles du P.
Vaerini, aussi sur des musiciens nés à Bergame :
Biografie di scrittori e ariisli musicali Ber-
gamaschi nalivi od oriundi, di Giovanni Si-
mone Mayr, ruccolle e publica/e con note
dal prof. Ab. Antonio Alessandri, con aggiunta
degli scrittori musicali Bergamaschi del.
P. l'aerini (Bergame, impr. Pagnoncelli, 1875,
in-4'').
MWRBERGER (Charles), compositeur
autrichien distingué, né à Vienne le 9juin 1828,
fut élève de M. Gottfried Preyer, alors maître de
la chapelle impériale en cette ville, et qui depuis
1864 est fixé à Presbourg (Hongrie), où il occupe
les fonctions de maître de chapelle de l'église
métropolitaine et de professeur de musique dans
une école de l'État. Cet artiste s'est acquis un
renom fort honorable par la publication île nom-
breux chœurs pour voix d'hommes, qui ont paru
à Vienne, et dont les plus considérables sont :
Die Mainacht (Nuit de mai), liiindeslied
(chœur de confrérie), et .S7j<?Hnte Liebe (Amour
muet). M. Mayrberger, qui a écrit aussi de nom-
breux lieder, et qui est l'auteur d'une musique
sur lequel était le portrait du maître avec cette inscrip-
tion : y/ di 26 ,^pri/e1875, nel cimitero di f'iillcssc,
gueste prciioie reliquie di (Aocanni Simone Mayr, rlw
illustre /ru i maestri musicali d'italia, morira tu
Bergamo, sua patria adottiva, ai 2 dicembre 184S, ven-
nero in quesVurna composte a cura del municipio di
Bergamo.
estimée pour la tragédie du poète Œhlenschlager :
Yrsa, s'est fait connaître encore par un grand
opéra romanti(|ue, Mélusine, quiaété représenté
avec beaucoup de succès à Presbourg en 1876.
La musique de M. Mayrberger a le caractère
allemand, mais son opéra de Mélusine a été vi-
siblement écrit sous rinduence du célèbre maître
M. Gounod. Le même artiste a publié récemment
un ouvrage théorique qui a paru sous ce titre :
Lchrbuch der musikalischen llarmonik (Guide
d'harmonie musicale). J. B.
* MAYSEDER (Joseph), violoniste remar-
quable et coinpofiteur, est mort à Vienne, le 21
novembre 1863, à l'âge de 74 ans.
MAZEL (M"" HÉLÈNE ROBERT). —
Voyez lîOBERT-îlIAZEL (M"*^ Hélène).
MAZETTl (Haffaele), compositeur drama-
tique italien, mort à Imolaau mois de décembre
1867, a écrit la musique de deux opéras dont
j'ignore la date elle lieu de représentation. L'un
de ces ouvrages était intitulé Marco Visconti:
l'autre avait pour titre Gustavo Wasa. Je n'ai
aucun autre renseignement sur cet artiste.
MAZUEL, est le nom d'une famille assez
nombreuse de musiciens français. Les notes que
nous donnons ici sur ces artistes, sont extraites
d'un petit volume publié par nous récemment et
intitulé : Un bisaïeul de. Molière; Recherches
sur les Mazuel, musiciens des XVI'' et XVII'
siècles, alliés de la famille PoqueUn, par Er.
Thoinau (Paris, A. Claudin, 1878, petit in-12,
Elzévir).
Mazuel (Adrian), l'aîné de deux frères
joueurs de violon, vivait à Paris dans la seconde
moitié du seizième siècle ainsi qu'on le voit par
les baptistaires de deux de ses enfants, datés de
1558 et de 15G0.
Mazlel {Guillaume), le plus jeune de ces
deux frères, avait épousé Claude Mechaine, d'une
famille de luusiciens très-probablement, ce nom
ayant été porté par plusieurs artistes de cette
époque. Guillaume fit partie, ainsi du reste que
son frère Adrian, de la corporation des ménétriers
de la ville de Paris et fut musicien du roi , si,
comme nous le supposons, c'est de lui qu'il s'agit
dans un acte de décès du 5 juillet 1612 disant que
la défunte, Perrette Lemesureux, était veuve de
Guillaume Mazuel, violon du roy. La preuve
que, Claude Mechaine étant morte, son époux
avait épousé en secondes noces Perrette Lemesu-
reux nous manque, il est vrai; aussi nous en tenons-
nous, à cet égard, à une simple supposition. Mais
il est hors de doute qu'une fille de Guillaume
Mazuel et de sa femme Claude Mechaine, nom-
mée Agnès, épou:sa le 11 juillet 15'J4 Jean Po-
quelin, porteur de grains et marchand tapissier,
19â
MAZUEL — MAZZOLANI
qu'il naquit de ce mariage de nombreux enfants,
dont l'aîné, appelé, lui aussi, Jean Poquelin, se
maria avec Marie Cre.-sé, le 27 avril 1621, et
enfin que le premier-né de celte union, baptisé à
SaintEustache le 15 janvier 1622, prit plus
tard le nom immortel de Jean-Baptistk Molièke.
Guillaume Maziiel, artiste musicien, fut donc
le bisaïeul de Molière.
Mazuel {Jean I ), fils de Guillaume et par
conséquent grand-oncle de Molière, fut baptisé à
Saint-Eustache le 2 mai lô63. Il (irenait le tiire
àe violon ordinaire du roy. Marié avec Clau'ie
Levasseur, il eut une nombreuse famille ; mais
deux de ses enfants seulement embrassèrent la
carrière musicale, Jean II et Pierre. Son convoi fu-
nèbre eut lieu à Saint-Eusiache le 6 septembre
1616.
M\zuEL (Jean II]. Ce fils de Jean T, oncle
de Molière à la mode de Bretagne, naquit vers
1593. Il fut reçu de bonne beure dans la corpo-
ration Ae.i Joueurs d'instruments' tant licnilt
que bas, et appartint à la musique du roi
comme violoniste. Il mourut en 1033.
Maziel (Pierre), autre fils de Jean I, né en
1605, fut, lui aussi, musicien de la cour.
Mazuel [Michel). Nous n'avons pu dé-
couviir aucun indice permettant d'établir que
Micliei était fils de Jean II ou de Pierre, ou en-
core de leur frère nommé Antoine, et exerçant la
profession de teinturier. Il apprit le violon de
son père ou d'un de ses oncles, mais la compo-
sition lui fut enseignée par un organiste de Paris
( de Notre-Dame ou de Saint-Leu ). Reçu dans la
musique de la cour comme violoniste, il composa
quelques morceaux sympboniqiies très-remar-
ques de Louis XIV, qui créa pour lui une nou-
velle charge, celle de compositeur de la musique
des vingt quatre violons de la chambre. Le
brevet de cette place lui fut délivré en mai 1654.
On sait par une letlred'André Philidor, placée en
tête de l'un des volumes de sa précieuse collec-
tion, que Michel Mazuel travaillait à la compo-
sition des morceaux de musique instrumentale
des ballets de cour avec Louis IMolier et Ver-
pré, tandis que Cambefort, Cliancy et Boesset
composaient les airs de chant. Le premier vo-
lume de la collection philidorienne renferme,
aux jiages 47 et 69, deux Allemandes de Mazuel.
Noire artiste figura longtemps parmi les vingt-
quatre violons, et fil souvent sa partie dans les
pièces que Molière, son cousin à la mode de
Bretagne, faisait représenter chez le roi avec la
musique de Lully. 11 fut, en outre, un des mem-
bres les plus considérés de la corporation des
ménét riers ,et représentait cette compagnie comme
administrateur de la chapelle de Saint-Julien.
C'est en cette qualité qu'il signa, avec Guillaume
Dumanoir, roi des violons, et quelques antres
artistes maities de la communauté, la tran.sac-
tion ;)ui intervint en 1664, entre les frères de la
doctrine chrétienne et les joueurs d'instruments
de la ville de Paris, concernant la jouissance de
la chapelle de Saint-Jnlien, transaction qui en
.somme donna gain de cause à ces derniers. i
Michel Mazuel se démit de sa place de musi-
cien de la chambre du roi, le 6 février 16"4, en
faveur de Pierre Huguenet. Il mourut deux ans
après, et son convoi eut lieu à saint-Germain-le-
Viel le 24 octobre 1676. Er. T.
*A!AZZA (Giusei'pe). — La liste des com-
positions dramatiques de cet artiste doit s'aug-
menter des ouvrages suivants ; 1* Amor la
vince, Lucques, 1820; 2" Montenciel, Vlorence,
théâtre de la Pergola, 1827 ; 3° Monsieur Des-
chalumeaux, Naples, théâtre Nuovo; 4° la
Prova d'un opéra séria; 5° la Sacerdotessa
dlside, Milan, tbéâlre Carcano; 6" la bciocca
per as/Ms/G,Trieste, théâtre Mauroner ; 7° Chia-
ra di Chalency; 8" il Veto di Jefle, Tiieste,
théâtre Mauroner.
* .\1AZZAFERRATA (Jean-Baptiste). —
Alix compositions de cet artiste, il faut ajouter
un oratorio intitulé l'Efficacia délia fede, qui
fut exécuté à Sieimeen 1684.
MAZZI (Le P. Prospero), moine et musi-
cien, qui vivait dans la seconde moitié du dix-
septième siècle, a écrit la musique d'une pasto-
rale diamatique qui fut représentée à Modèiie
en 1674.
MAZZOLAXI (Antonio) , compositeur et
professeur italien, né le 26 décembre 1819 à
Ruina, dans la province de Ferrare, commença
dès l'âge de sept ans l'étude du piano et de l'or-
gue avec son père, et deux ans après fut confié
aux soins du P. Francesco Zagagnoni, ancien
élève du P. Mattei, qui demeurait à Ferrare.
Mais pour pouvoir prendre des leçons de cet
artiste, l'enfant devait, plusieurs fois par se-
maine, franchir à cheval la distance qui .séparait
Ruina de Ferrare. Lorsque les ressources de sa
famille permirent à celle-ci de l'envoyer habiter
cette ville, le jeune Mazzolani devint l'élève de
Filippo Ferrari, et fit avec ce maître des progrès
si rapides qu'à treize ans il put se faire entendre
en public, dans un concert donné au Ca>ino.
A quinze ans il re\intdans sa ville natale, y
resta cinq années, puis retourna à Ferrare, oii il
se livra à rensei;;iieinent et où il éciivit diverses
compositions, dont quelques-unes pour une so-
ciété chorale fondée par lui. II n'y resta cepen-
dant pas longtemps, et bientôt se rendit à Luc-
ques, où, tout en complétant ses études musi-
MAZZOLANl — MAZZUCATO
493
cales avec Micliele Puccini, il écrivit un opéra
intitulé H Tradimento, qui fut accueilli avec
faveur en 1852, obtint vingt et une représenta-
lions, et fut joué ensuite à Livourne, à Basiia et
à Ferrare. L'année suivante il donniiil dans
cette (ieruièrc ville, où il se fixait de nouveau,
un second opôra, qui avait pour titre Gismonda.
Depuis lors cet artiste a continué la carrière de
l'enseignement, tout en composant un s'■a"<^
nombre de cluriirs et de cantates pour la so-
ciété chorale qu'il avait créée. Il n'avait cepen-
dant pas renoncé complètement à l'espoir de
se produire de nouveau à la scène, et le 25 no-
vembre 1870 il reparaissait sur le théâtre de
Ferrare avec un troisième ouvrage dramatique,
Enrico di Clmilis, ovveto il Ritorno dalla Rus-
sia, opéra sérieux en quatre actes, qui n'était
pas écrit depuis moins de dix-liuit ans lorsqu'il
|iiit enfin être offert au public. Le sort de cet
ouvrage fut heureux néanmoins, et l'accueil qu'il
reçut fut des plus favorables.
HIAZZOLD (ViNCENzo), théoricien italien,
vivait dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle. La bibliothèque du Conservatoire de Paris
possède en manuscrit une Méthode de cet artiste,
qui porte le titre suivant : Regole musicali
per iprincipianti di cembalo, mlSapoli, 1795,
per Vincenzo Mazzold (in-4° oblong).
MAZZOLl ( ), compositeur drama-
tique italien, a donné sur le théâtre de Modène,
en 1877, un opéra sérieux intitulé Adèle d'As-
tiirla.
MAZZOi\E (LciGi), compositeur, profes-
seur de chant et écrivain musical italien, est né
le 10 décembre 1820 à Manfredonia, dans la
province de Foggia. Après avoir pratiqué avec
son père l'étude de la musique, il fut, à l'âge
de vingt-deux ans, envoyé à Naples pour y ter-
miner .son éducation, avec une pension d'environ
300 francs que sa ville natale lui servit pendant
trois ans. A Naples, il travailla l'harmonie avec
Piondinella et Parisi, la composition avec Fran-
cesco Ruggi, puis, une fois ses cours achevés,
se consacra à l'enseignement, tout en se livrant
à de nombreux travaux de composition.
M. Mazzone a publié de nombreux morceaux de
piano, des mélodies vocales, des canzoneltc
napolitaines, des pièces pour divers instruments,
et il a écrit encore plusieurs messes, des liymnes
et des morceaux sjmphoniques. 11 s'est aussi
beaucoup occupé de littérature musicale; après
avoir donné de nombreux articles dans divers
journaux, il Commercio, il Nomade, après
avoir dirigé VdGazzelta musicale, il a fondé lui-
même une feuille spéciale, ISapoU musicale,
qu'il dirige avec goût depuis environ dix années.
BIOGU. UMV. DES MLSICIENS. SUPPL. — T.
Correspondant à Naples d'un journal théâtral de
Venise, la Scena, M. Ma/.zone a en portefeuille
un opéra intitulé lo Scambio de'rilralti, qui
jusqu'ici n'a pas été repré-senté.
* MAZZUCATO (Alrk.uto), directeur du
Conservatoire de Milan, est mort en celte ville
le 31 décembre 1877. Il était né à Udine non
le 20, mais le 28 juillet 1813. Lorsque, après la
moi t de Mercadante, M. Lauro Rossi fut placé à
la tète du Conservatoirede Naples, Ma/./.ucato fut
appelé à lui succéder comme directeur de celui
de Milan. Dès 1839 , il avait succédé à Mauri
comme professeur de la classe de chaut pour
les jeunes filles dans cet établissement; il
quittait ces fonctions en 1851 pour celles de
professeur de composition , dans lesquelles il
remplaçait Felice Frasi, devenait en 1852 titu-
laire de la chaire d'esthétique et d'histoire mu-
sicale, créait en 1857 une classe d'instrumen-
tation, et enfin, en 1872, devenait directeur de
l'école à laquelle, depuis trente-trois ans, il
était attaché comme professeur. J'eus l'occasion
et l'heureuse chance, vers cette époque, de le
connaître à Milan, et je pus me convaincre qu'il
était l'un des artistes les plus distingués de l'I-
talie, l'un de ceux qui faisaient le plus d'hon-
neur à leur pays. Sous des dehors pleins de
rondeur, de bonhomie et de franchise, empreints
d'ailleurs d'une grâce naturelle, Mazzucato re-
celait un véritable tempérament d'artiste, com-
plété par une instruction solide et étendue dans
tous les genres. Doué d'une intelligence rare,
plein d'activité, animé des meilleures intentions
et des plus nobles désirs, on n'eût pu lui re-
procher, dans les nouvelles fonctions qu'il oc-
cupait, qu'une certaine faiblesse de caractère
causée par sa bonté même, la crainte un peu
trop vive de heurter ou de chagriner tel ou tel.
Mais on ne peut nier que l'établissement dont
les destinées lui étaient confiées n'ait pris rapi-
dement, sous son administration à la fois ha-
bile et paternelle, un nouvel essor, et l'on peut
certifier qu'il n'eût pu être placé eu de meil-
leures et plus dignes mains.
Lors de la création par l'éditeur Ricordi dr
la Gazzelta musicale de Milan, Miizzucalo
avait été chargé de la rédaction en chef de ce
journal, et il s'acquitta de cette tâche, pendant
plusieurs années, avec un véritable talent; il
était d'ailleurs très-versé dans la connaissance
de l'histoire de la musique et des belles-lettres
et sa valeur était grande comme théoricien.
De 1859 à 1869, il occupa brillamment le poste
de maestro concertatore au théâtre de la
Scala, dont il avait été un instant le directeur
(1854-55) Comme compositeur dramatique, sa
II. • 13
194
MAZZUCATO
MEDICIS
carrière fut relativpment courte, car il ne fit
rejirésenler que les ouvrages suivants : 1° la
Fidanzcitu di Lnmmennoor, Padoue, thfàlre
Auovissimo, 1834; 2» Don Chisciotte, Milan,
théâtre lie la Canoi)hiana, 26 avril 1836; 3° Ea-
jueralda, Mantoue, llit'àtre social, 10 février
1838 ; i" i Corsari, Milan, théâtre de la Srala,
15 février 1840; b° i Due Sergenti , Milan,
théâtre Re, 27 février 1841; G» Luigi V, id.,
i(i., 25 février 18'»3; 1" Ernanï, Gènes, théàlre
Cario-Felice, 26 décembre 1843 (1). Au reste,
Maz7.iicato ne fut jamais heureux à la scène, et
quelques-uns de ses opéras tombèrent lour.le-
laent, entre autres Don Chisciotte et i Cor-
sari.
Outre V École de chant de Garcia et le
Traité de la théorie et de la pratique de l'har-
monie de Félis, Mazzucato avait donné la tra-
duction italienne des ouvrages que voici :
Grand Traité d'instrumentation et d'or-
chestration moderne de Berlioz (Milan, Ricordi);
Hygiène du chanteur de M. L. A. Second
(id., id.); Abécédaire vocal de M. Henri Pa-
nofka (id., id.). Enfin, il avait publié une nou-
velle édition, augmentée, des Principi elemen-
tari di musica d'Asioli (Milan, Ricordi), et il
avait donné un Atlas de la musique antique,
précédé d'une préface à ses élèves d'histoire
et du philosophie musicale (Milan, Lucca).
Comme compositeur, et en dehors du théâtre,
Mazzucato a publié seulement un recueil de
Quattro Mélodie {il Lago , il Bacio, il
Pensiero délia sera, d Canto d'amore\
un Hymne du soir dans les temples (frag-
ment de la 8« Harmonie de Lamartine), et une
canzone intitulée ai Fratelli Triestini e
Istriani. Ces diverses productions ont paru à
Milan, chez Ricordi. On lui doit aussi une messe
et un service solennel de vêpres, qui ont été exé-
cutés à Novare en 1841. Enfin, il a écrit l'un des
trois hymnes (jui, le 20 se[itembre 1871, étaient
exécutes sur la place du Dôme, à Milan, pour
l'anniversaire de l'entrée à Rome des troupes
italiennes; cet hymne avait pour titre Roma.
Les deux autres avaient été composés par MM.
Perelli et Panzini {Voy. ces noms).
Mazzucato avait été rédacteur en chef non-
seulement de la Gazzetla musicale de Milan,
mais aussi du Giornale délia Socieià del
Quarte/to, qui remplaça un instant ce journal;
il fut aussi le collaborateur de la Scena, de
Venise, et donna quelques articles à divers jour-
(1) Il n'est pas Juste de dire, comme on l'a fait, que
Mazzucalo a donné une preuve d'orpnril m refaisant
finiani après Verdi. \:Eru(ini de Verdi ne fit son appa-
rition qu'en 184», plusieurs mois après celui de Mazzucato.
naux politiques. A ce propos, un de ses biogra-
phes, M. Caputo,a pu dire de lui avec raison :
— « Alberto >I,izzucato a été un des plus solides
champions, je dirai presque un des fondateurs
de la critique musicale en Italie. Il avait le stvle
facile, concis, convaincant ; ses jugements sont
empreints de la plus grande impartialité. Quand
il prenait en main la plume du critique, il oubliait
amis et adversaires, et avec une âme sereine il
se mettait à l'œuvre uniquement préoccupé du
progrès de l'art. Il aimait les jeunes gens comme
ses propres fils, et leur prodiguait les con-oils,
donnés sous la forme la plus bienveillante. Il
respectait toutes les opinions, et discutait avec
conscience, avec calme, avec affection. Aussi il
était aimé, estimé et respecté de tous, même de
ceux qui ne pouvaient se trouver toujours d'ac-
cord avec lui. » Mazzucato a laissé inédit un
Traité d'esthétique musicale, qu