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Full text of "Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique. Supplément et complément"

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NOT TO BE TAKEN FROM THIS ROOM 

Spécial ^ook Collection 

IrattèFia îïmurratty Etbrary 




"The search for truth even unto its innermost parts' 
^it jiUriuortani 

(M.ciiheiv laub'iu 

The Gift of 
SADYE RUBIN MARANTZ LEE 



The National Wornen's Committee 
of Brandeis University 



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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE 



DES MUSICIENS 



SUPPLEMENT ET COMPLEMENT 
TOME SECOND 



TVPOGnAPIllE FlRJlI.'y-DIDOT. — Mf.SML ( KURE ). 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE 



DES MUSICIENS 



ET 



F F 



BIBLIOGRAPHIE GENERALE DE LA MUSIQUE 
PAR F.-J.'FETIS 



SUPPLEMENT ET COMPLEMENT 

Publiés SOUS la direction de 

M. ARTHUR POUGIN 
TOME SECOND 



PARIS 

LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C'e 

IMPRIMEURS DE l'iNSTITUT, RUE JACOB, d6 

1880 

Tous droits réservés. 



SIGNATURES DES AUTEURS 

DU SECOND VOLUME. 



MM. 

A. L — N LoQuiN (Anatole). . 

Ad. J — N JuLLiEN (Adolphe). 

All Lasalle (Albert de). 

Al. R — D Rostand (Alexis). 

Éd. de h Hartog (Edouard de ). 

Er. T Thoinan (Ernest). 

F. D Delhasse (Félix). 

G. B Bertrand (Gustave). 

J. B Batka (Jean). 

J.-B. W Weckerlin ( J.-B.). 

J. G — z Carlez (Jules). 

J. D. F FiLipPi (J. de). 

J. DE V Vasconcellos (Joaquim de). 

J. G Gallay (Jules). 

L.-F. G Casamorata (L.-F.). 

Y Anonyme. 



Tous les articles non signés sont de M. Arthur Pougin. 



Tous les noms précédés d'un astérisque sont ceux que l'on trouve dans la Biographie 
universelle des Musiciens, et dont les notices ont été rectifiées, corrigées ou complétées. 
Les notices qui ne sont accompaguées d'aucun signe sont entièrement nouvelles. 

Référence 



91^6'; 



BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE 



DES MUSICIENS 



SUPPLÉMENT 



H 



(suite.) 



Ho LMES(M"''iLUGusTA), pianiste distinguée, 
née en Irlande vers 1850, habite Paris depuis 
longtemps, et s'y est produite plusieurs fois dans 
des concerts. Compositeur aussi, cette artiste a 
écrit les paroles et la musique d'un grand 
opéra en un acte, Héro et Léandre, qu'elle 
a fait entendre à la direction du tliéàtre du 
Châtelet, à l'époque de la courte transforma- 
tion de ce théâtre en Opéra populaire (1874); 
j'assistais à l'audition de cet ouvrage, qui m'a 
paru intéressant et qui renfermait quelques bon- 
nes qualités, en dépit des doctrines ultra-wagné- 
riennes que l'on attribue à son auteur et qui ne 
m'ont pas semblé percer dans sa partition. 
M"' Holmes a, dit-on, deux autres opéras en 
portefeuille, Astarté et Lancelot du Lac. Elle a 
fait exécuter à la Société philharmonique de Paris 
(1873) , le psaume In exita , mis en musique 
par elle, et aux concerts du Châtelet (1877) un 
andante pastoral pour orchestre. Enfin elle a 
publié, sous le pseudonyme d'//ermann Zenta, 
quelques mélodies vocales. 

IlOLSTEIN (Franz VOi\), compositeur 
allemand, est né à Brunswick le 16 février 1826. 
Fils d'un ancien officier supérieur, il embrassa 
lui-même la carrière militaire, devint de bonne 
heure officier, mais prit sa retraite dès l'âge de 
vingt-sept ans, en 1853, pour consacrer sa vie 
à l'art musical , qu'il affectionnait. Il avait fait, 
sous ce rapport, de bonnes études au Conserva- 
toire de Leipzig, et avait eu des leçons particu- 
lières du fameux théoricien Moritz Hauptmann. 
Du reste, M. von Holstein, dont les connaissan- 
ces sont très-vastes et les aptitudes très-diverses, 
8'est occupé aussi d'esthétique , d'histoire , de 

BIOGR. UNIV, DES MUSICIENS. — SUPPL. ■ 



philosophie, de poésie, de travaux de mécanique 
et particulièrement de dessin. 

Après avoir fait plusieurs voyages dans l'Alle- 
magne du Sud, en Italie, à Berlin, à Paris, 
M. Franz von Holstein commença à se faire 
connaître comme compositeur par la publication 
d'un assez grand nombre de recueils de chœurs 
et de lieder à une ou plusieurs voix. Déjà il 
avait écrit deux ouvrages dramatiques : Deux 
Nuits à Venise {2 actes, 1845), et Waverley 
(5 actes, 1852) ; en 1869, il donna à Dresde un 
opéra en 3 actes, der Haideschacfit, qui obtint 
un grand succès non-seulement en cette ville , 
mais dans toute l'Allemagne, et en 1872 il faisait 
représenter à Berlin der Erbe von Morleij 
{l'Héritier de Morley), autre opéra en 3 actes. 
Enfin, en 1876, M. von Holstein offrait au pu- 
blic un nouvel ouvrage dramatique, Die Ho- 
chlaender, qui a été représenté à Mannheim, 
et l'année suivante il donnait sur le théâtre 
de Leipzig nn opéra romantique, les Monta- 
gnards, dont il avait écrit les paroles et la 
musique et qui paraît avoir obtenu un vif 
succès. On connaît aussi de lui un trio pour 
piano, violon et violoncelle, Béatrix, air de 
concert pour soprano avec accompagnement 
d'orchestre, et quelques autres compositions. 

HOLTZHEM (Louis-Alphonse), né à Paris 
le 26 juin 1827 , étudia de bonne heure la musi- 
que, fut enfant de chœur dans ses jeunes années, 
travailla ensuite le violon, fit partie de l'orchestre 
de divers théâtres de Paris, entre autres de ce- 
lui du Vaudeville, et enfin se fit admettre au 
Conservatoire, dans la classe d'harmonie de 
Colet, le 14 janvier 1847. Mais bientôt il aban- 

T. II. 1 



2 



IIOLTZIIEM 



IIONAYN 



donna cette élude pour celle du chanf, entra dans 
la classe de l'oncliaid en 18'j9, dans la classe 
d'opéra -comique de Morin l'année suivante, ob- 
tint un second accessit de cliant en ISiti, un 
troisième accessit d'opéra-comique en 1802, et 
le premier accessit en 1853. Il embrassa alors la 
carrière lyrique, se montra sur diverses scènrs 
de la province et de l'étranger, et, étant allé en 
Italie, prit à Milan des leçons d'un professeur 
renommé de celte ville, M.Lamperti. Vers I8G1, 
M. Holt/liem, de retour à l'aris, fit une courte 
apparition à l'Opéra-Comique, où il débuta, 
dans l'emploi des seconds ténors, par le rôle île 
Tonio, de ta Fille du Régiment. 11 se livra en- 
suite à l'enseignement, et, peu d'années après, 
publia un traité assez médiocre, ainsi intitulé : 
Bases de Vart du chant , traité théorique et 
pratique et guide spécial à Vusage des jeunes 
chanteurs et des amateurs (Paris, Girod, 
1865, petit in-8°). Depuis lors, M. Holt/liem 
paraît avoir renoncé entièrement à la carrière du 
Ibéâlre et n'a plus fait parler de lui. 

IIOLTZMANIV ( ), .organiste et com- 
positeur de musique religieuse, était, vers 1770, 
maître de chapelle de l'église paroissiale à Meers- 
bourg, petit pays situé sur les bord du lac de 
Constance. L'organiste allemand Hamma, qui fut 
plus lard organiste de cette église, a prétendu 
qu'en feuilletant les œuvres manuscrites de cet 
artiste, il aurait découvert, dans le Credo de sa 
4* messe solennelle, le c\\?in\.à&la Marsrillaise, 
que Rouget de Lisie n'aurait pris que la peine de 
copier effrontément pour en faire son liymne 
fulgurant. On trouvera au mot Hamma des dé- 
tails plus étendus à ce sujet. 

IIOMILIUS (L ), compositeur russe, 

s'est fait connaître par plusieurs lieder, deux 
morceaux pour le piano : ISoctume et Moment 
musical, et un recueil de Gammes dans tous 
les tons et pour tous' les degrés, réunis d'après 
la Méthode d'Antoine Jîuhinstein. Ces divers 
ouvrages ont été publiés à Saint-Pétersbourg, 
chez l'éditeur Ressel. Je n'ai pas d'autres ren- 
seignements sur M. Ilomilius , qui est un des 
meilleurs élèves de M. Antoine Rubinstein. 

IIOMAIEY (J ), professeur au Conser- 
vatoire de Toulouse et au lycée de cette ville. 
est l'auteur de l'ouvrage suivant : Nouveau 
Cnide pour l'enseignement de l'harmonie, ou 
Petit Manuel pouvant servir atix personnes 
qui enseignent ou pratiquait celle science, 
Paris, Ileiigel, 18ô7, in-8°. 

IIOXAUEU (Ijont/.i), claveciniste remar- 
quable et compositeur, dont le nom semble 
indiquer une origine germanique, était établi à 
Paris dans la seconde moitié du dix-huitième 



siècle, et s'y livrait à l'enseignement. 11 a publié 
en celte ville : 1" trois livres de chacun six 
sonates pour le clavecin-, 2" un livre de six 
son.'tt's pour le clavecin avec accompagnement 
(le violon ad libitum ,• 3" quatre quatuors pour 
le clavecin, avec accompagnement de dcAW 
violons et basse, et deux cors ad libitum. Cet 
artiste vivait encore à Paris en 1785. 

IIONAYN (Abou cÀn), musicien arabe, né 
vers l'an 620 de l'ère chrétienne, était désigné 
sous le nom de Honaijn al-H'iry, parce qu'il 
était originaire de la ville de Hira, ancienne 
capilale de l'Irak arabe. Chrétien de religion, il 
commença par être marchand de fleurs, puis, 
se voyant doué d'ime voix charmante, il se 
livra à l'élude de la musique et devint chanteur, 
en même temps que joueur de luth et compo- 
siteur. A la fois poète et musicien, il écrivait, 
dit-on, des vers légers d'un tour aimable et facile, 
cl des airs d'une excellente facture. Il se lit une 
grande réputation, et était recherché partout 
pour son talent. On raconte que Khàlid, gou- 
verneur de l'Irak pour le calife Abd el-Mélik, 
trouvant que la musique tendait à corrompre 
les mœurs, l'interdit formellemenl dans toute 
l'étendue de la province. Un jour qu'il donnait 
audience publique, Honayn se présenta à lui et 
lui dit : « J'avais une profession qui faisait sub- 
.sister ma famille et moi; tu en as prohibé 
l'exercice, et tu m'as ainsi réduit à la misère. 

— Quelle était la profession, demanda Khâlid? 

— En voici l'instrument, » répondit Honayn 
en tirant un luth de dessous son manteau. 
« Ah ! tu étais musicien, reprit l'émir; eh bien, 
voyons je veux te juger; chante. » Honayn, 
s'accompagnant de son lufli, chanta aussitôt 
quelques vers qui contenaient des maximes de 
morale. Après l'avoir entendu, Khàlid s'écria : 
« A la bonne heure; je te permets de chanler, 
mais je le permets à toi seul. » 

Quelques années plus tard, le gouvernement 
de l'Irak fut confié à un autre foncllonnaire, 
nommé Richr, qui aimait la musique, et auprès 
duquel Honayn fut en grande laveur. Il y avait 
alors dans l'Irak un grand nombre de musiciens, 
mais tous médiocres, à l'exception de Honayn. 
Celui-ci tenait donc en quelque sorte le sceptre 
de l'art musical dans la province, lorsqu'il se 
vit menacé d'une dangereuse concurrence par 
un chanteur d'une contrée voisine, Ibn Mouhri/., 
qui venait chercher fortune. Honayn alla à sa 
rencontre, l'aborda, et réussit à l'éloigner par 
un cadeau de .''lOO pièces d'or (7,000 fr.). 

Honayn, même en sa vieillesse, gagnait d'ail- 
leurs beaucoup d'argent, ainsi que le consta- 
tait un jour un de ses amis en lui disant : « De- 



HONAYN — HOPPFER 



puis cinqunnle années que tu chanles et que fu 
exploites en Irak la générosité des grands, il 
n'en est pns un seul à la fortune duquel tu 
n'aies fait une brèche considérable. » Ilonayu 
répondit avec fierté -. « Eh ! mes amis, soyez 
donc équitables. Ce que je donne, moi, à mes 
auditeurs, c'est mon souflle, c'est mon àme. 
Ai-je donc tort, après tout, d"y mettre un si 
haut ])rix ? « 

Ilonayn parvint à un âge Irès-avancé; il 
mourut, (lit-on, presque centenaire, sur la (in 
du premier siècle de l'hégire (vers 718 ou 719 
de l'ère chrétienne), et par suite d'un accident 
dont les circonstances sont ainsi rapi^rléc-; 
par Caussin de Perceval dans ses JSotices anec- 
dotiques sur les musiciens arabes : 

« Des chanteurs de la Mekke et de iMédine, 
entre autres ibn Souraydj et Malied, l'avaient 
engagé à venir visiter ses confrères du Hidjàz. 
Pour le déterminer plus sûrement à les satis- 
faire, ils lui avaient envoyé une somme d'argent 
destinée à le défrayer de son voyage. Honayn 
s'achemina vers Médine, où une réception 
lui était préparée chez une dame du plus haut 
rang, Soucayna, fille de Hoçayn, femme éi^ale- 
ment célèbre par son esprit, sa beauté et le 
nombre de ses maris. On alla au-devant de 
lui à plusieurs lieues hors de la ville, et on le 
conduisit en pompe à la demeure de Soucayna. 
Lorsque le vieillard y fut entré, Soucayna fit 
ouvrir au public les portes de sa maison. La 
foule d'amateurs qui se présenta pour entendre 
chanter Honayn et ses confrères ne pouvant 
tenir dans la salle où ils étaient, la plupart des 
curieux montèrent sur la terrasse qui recouvrait 
cette salle. La maîtresse du logis leur y fit 
porter des rafraîchissements. Honayn, comme 
étant le doyen des artistes présents et le héros 
de la fête, (ut prié de chanter le premier. 
D'une voix encore ferme et agréable, il chanta 
une chanson dont il était l'auteur Il n'a- 
vait pas achevé sa chanson que tout à coup 
on entend un craquement affreux mêlé de cris 
d'effroi. La terrasse, surchargée de monde, 
s'effondre; les plâtras, les solives tombent 
sur les assistants, les auditeurs d'en haut sont 
précipités sur ceux d'en bas. Il y eut bien des 
contusions et des blessures, mais personne ne 
périt, excepté Honayn. Ou le retira sans vie 
de dessous les décombres. Il était mort en 
chantant. « Pauvre ^> Honayn! (Vu Soucayna, il 
n y avait bien longtemps que nous desirions 
te connaître; faut-il qu'en f appelant ici 
nous t'ayons entraîné à ta perte! » 

HONUON (.\nuiE.N), compositeur belge, 
a fait représenter h. Tongres, le 12 septembre 



1877, un opéra- comique en un acte intitulé 
Monsieur Totn. M. Honlion a fait ses études 
musicales au Conservatoire de Liège, où il a 
remporté, il y a une dizaine d'années, le prix 
d'(!xcellence dans la classe d'orgue et le premier 
prix de contrepoint et fugue. 

* IIOPFE (Jules), compositeur et Tprofes- 
seur, est né le 18 janvier 1817 au château de 
Hcldrungrn, dans la Thuringe. Il fit de bonnes 
études lilléraircs à l'Université de Berlin, et 
reçut son éducation artistique à l'Académie 
de musique de la même ville, où il se fixa 
définilivement. 11 s'y livra à l'enseignement du 
piano et de l'harmonie, et devint directeur d'une 
société instrumentale. Outre un grand oratorio 
intitulé la Résurrection de Lazare, qui a été 
exécuté en 1850, on doit à cet artiste un nombre 
consiilérable de compositions importantes, des 
symphonies, des ouvertures, des trios et des 
quatuors pour piano et instruments à cordes, 
enfin plusieurs cantates ainsi que des lieder 
avec accompagnement de piano. 

I10PIÀIi\S (JoHN-LARKiiN), organiste et 
compositeur anglais, cousin de M. Edward-John 
Hopkins (Voyez Biographie universelle des 
Musiciens, t. IV), est né en 1820. Il a fait ses 
premières études musicales comme^ enfant de 
chœur à l'abbaye de Westminster, puis, après 
avoir terminé son éducation, devint organiste 
de la catliédrale de Rochester, après quoi il fut 
appelé à succéder à Walmisley comme orga- 
niste du Trinity collège, à Cambridge. M. 
Hopkins a écrit un grand nombre de compo- 
sitions pour l'orgue et pour la voix, des services 
religieux, etc. 

IIOPP (Juuus), compositeur allemand, a 
écrit les paroles et la musique d'une parodie 
de Faust, qui, sous le titre de Fxustling und 
Margareth'l, a été représentée à Berlin, sur 
le théâtre Friedrich- Willielm, au mois de juil- 
let 1872. 

HOPPFER (Louis-Bernard), pianiste et 
compositeur, né à Berlin le 7 août 1840, se 
consacra de bonne heure à l'élude de la musi- 
que, et reçut une excellente éducation technique 
à la nouvelle Académie de musique, que venait 
de fonder M. Théodore Kullak. Il devint, dans 
cet établissement, l'élève de M. Kullak lui- 
même pour le piano, de MM. Wohlers et Espeu- 
halui pour le violoncelle, enfin de MM. Dehn 
et Richard Wuerst pour la théorie de l'art et 
la composition. M. Hoppferse fit d'abord con- 
naître, en tant que compositeur, par plusieurs 
productions instrumentales importantes , entre 
autres deux sonates pour piano et violon, 
un quatuor pour piano, violon, alto et violon- 



IIOPPFER _ IIORTA Y LLEOPAIlT 



celle, un quinteUc pour instruments à cordes, 
des marelles, etc., et aussi par un certain 
nombre de lieder. Il avait acquis ainsi une 
certaine notoriété lorsqu'il (il représenter à 
l'Opéra de Berlin, le 11 avril 1871, un drame 
lyrique que le puhlic attendait avec impatience. 
Cet ouvrage, intitulé Friihjof, ne répondit pas 
aux espérances quon en avait conçues, et n'ob- 
tint qu'im mince succès malgré la présence des 
deux artistes aimés qui en remplissaient les 
principaux rôles, M. Niemann (Fritlijofj, et M""^ 
Mallinger (Ingeborg). Peu de temps après, le 
17 juin de la même année, M. Hoppfer faisait 
exécuter sur cette même scène de l'Opéra, mais 
en dehors de la saison théâtrale, une sorte de 
grande légende musicale pour soli, chœurs et 
orchestre, Borberoussc, qui paraît avoir été 
accueillie aussi par le public avec une certaine 
réserve, bien que M. Niemann en chantât encore 
la partie principale. On connaît aussi de Hoppl'er 
un opéra-comique intitulé PÉludiant de Pra- 
gue, le 23'' psaume pour soli, chœur et or- 
chestre, et une ballade pour voix seule, chœur 
et orchestre. Cet arliste est mort dans toute la 
force de la jeunesse, à Niederwald, près de 
Rudesbeim, le 21 août 1877. — Son frère aîné, 
Emile-Henri Hoppfer, né à Berlin le 22 jan- 
vier 1838, a commencé par étudier aussi la 
musique, au Conservatoire-Stern, mais s'est 
tourné plus lard vers la poésie et les lettres. 
Critique et correspondant de théâtres, il vécut 
à Hambourg depuis 1872. C'est lui qui a écrit 
pour son frère, qu'il précéda de peu de jours 
dans la tombe, les livrets des trois ouvrajges 
que celui-ci a mis en musique. 

* IIOUAK (Wenceslas-Emmanuel), com- 
positeur, organiste et écrivain musical, est 
mort à Prague le 4 septembre 1871. Il était 
né à Mscheno (Bohème), en 1800. 

I10RA.T1IS (Cesare DE), théoricien italien, 
est l'auteur de l'ouvrage suivant : IS'uovi h'ie- 
menti délia scienza acuslico-musicale, appli- 
cabili alla scienza délie arti, INaples, 1865. 

UOIlK(;i;i (Félix), virtuose sur la guitare 
et comi)Ositeur pour son instrument, naquit en 
Pologne vers la fin du dix-huilième siècle. 
Employé un instant à la Chambre des comptes 
de Varsovie, il quitta cette ville en 1815 pour 
aller s'établir comme professeur en Aul riche, 
et se fixa à Vienne. Là, il réns>it pleinement, 
donna des leçons aux archiduchesses, et se vit 
patronné par la cour. Pourtaid, au bout de 
quelques années, il i>arlit pour l'Angleterre, 
commença à composer pour son instrumeid^ 
puis s'établit à Edimbourg, et publia environ 
une centaine d'œuvres pour la guitare. On 



trouve dans ces morceaux, qui se répandirent 
beaucoup en Angleterre, de la grâce et de la 
facilité. Horeçki fut le premier maître du cé- 
lèbre guitariste polonais Stanislas Szczepanowski 
{Voyez ce nom). Il était encore à Edimbourg 
en 1833. 

IIORMILLE (Jean-Jacques), compositeur, 
chef d'orchestre et violoniste, né à Nancy le 
17 novembre 1799, était attaché au théâtre 
de l'Opéra-Comique, en 1829, en qualité de 
second chef d'orchestre. Il entra peu de temps 
après (lors de la fermeture de la salle Venta- 
dour) comme premier chef au Gymnase dra- 
matique. Il demeura à ce théâtre jusqu'en 1845, 
se faisant remarquer par le talent qu'il dé- 
ployait dans la composition des airs et mor- 
ceaux nouveaux qu'il écrivait pour les nom- 
breux vaudevilles joués à ce théâtre. Aujour- 
d'hui retiré à Nancy, sa ville natale, M. Hor- 
mille, qui avait été en 18i3 l'un des 46 mem- 
bres fondateurs de l'Associalion des artistes 
musiciens, est président du Comité correspon- 
dant de cette association à Nancy. 

* IIORN (Charles-Edouard), chanteur et 
compositeur anglais, était allé, sur la fin de sa 
vie, se fixer aux États-Unis. Il y est mort en 1849. 

HORN (Auguste), pianiste et compositeur 
allemand, né le 1""' septembre 1825 à Freiberg, 
en Saxe, a fait de très-bonnes études musicales 
au Conservatoire de Leipzig. 11 s'est, une fois 
son éducation terminée, livré à la composition, 
et a publié, en même temps qu'un certain 
nombre de lieder, des fantaisies et des mor- 
ceaux de genre pour le piano. Il a aussi fait 
représenter à Leipzig, le 28 février 1875, une 
opérette intitulée les Voisins. M. Horn est l'au- 
teur des excellents arrangements pour le piano 
à quatre mains, publiés par la maison Peters, 
des symphonies d'Haydn, de Mozart et de 
Beethoven. 

IIORIXSTEIN ( ), compositeur alle- 
mand, a fait représenter à Munich, en 1872, 
un opéra intitulé l'Avocat de village. 

* IIORSLEY (Chaules-Edouard), né à 
Kensington (près Londres) le IG décembre 1821, 
est mort à New-Vork le 28 février 187G. 11 
était depuis longues années fixé en cette ville, 
d'où il envoyait à une feuille spéciale de Londres, 
le Musical .standard, des lettres fort intéres- 
santes sur l'état de la musique aux États-Unis. 

IIORTA Y LLEOPAKT (Anasïasio), 
organiste et compositeur espagnol, né dans la 
seconde moilié du dix-huilième siècle, étudia 
le piano et l'orgue avec José Maseras, et la 
composition avec Andrevi et Queralt. Dès sa 
plus grande jeunesse il se distingua sur l'orgue, 



HORTA Y LLEOPART — HUBEUTI 



et fut siiccessivempnt organiste des églises de 
Saint-Pliilippe de Néri, de Saint-Sévère et des 
Saints Juste et Pasteur, de Barcelone. Rarement 
il lui arrivait de jouer des morceaux étudiés, 
quelque solennelles que fussent les cérémonies, 
parce qu'il improvisait d'une façon admirable. 
Son exécution était rapide et brillante, et se 
distinguait par l'élégance de mélodies char- 
mantes qu'il accompagnait d'une chaude et ro- 
buste harmonie. Il écrivit quelques compositions 
pour voiv avec accompagnement d'orgue et 
pour orgue seul, et instruisit un grand nombre 
d'élèves qui lui firent beaucoufi <rbonneur. 
Horta, qui était extraordinairement contrefait, 
et qui, tout debout, n'était pas plus liaut qu'un 
enfant de dix ans (s'il était petit par la taille, 
dit un biographe, il était grand par le talent), 
mourut à Barcelone le 12 février 1843. 

IIOUSSÏJ (Antoine), était un organiste 
distingué qui vivait au dix-septième siècle, et 
dont le neveu était aussi un artiste de talent 
dans le même genre. « Parmi nos organistes 
les plus habiles que la mort a enlevez, dit Ti- 
ton du Tillet dans son Pornoxsc François, on 
ne doit pas oublier.... Antoine Houssu, orga- 
niste de l'église de Saint-Jean-en-Grève et 
Houssu, son neveu, qui lui avoit succédé à 
cette place. » C'est là le seul souvenir qui nous 
reste de ces deux artistes, et il m'a été impos- 
sible de savoir si l'un ou l'autre avait laissé 
quelques compositions. 

HOWEf.L (F ), compositeur anglais, 

est l'auteur d'un oratorio, fhe Land of promise, 
qui a été exécuté à Westerham en 1872. 

IIUBANS (CuARLEs), hautboïste, chef d'or- 
chestre et compositeur, né vers 1820, a occupé 
pendant plusieurs années à Paris les fondions 
de chef d'orchestre au Cirque d'hiver. Plus 
tard, il remplit le même emploi aux concerts de 
Paris, où il succéda à M. Musard fils, puis au 
café-concert de l'Alcazar, et enfin il entra en la 
même qualité aux Bouffes- Parisiens, qu'il a 
quittés depuis pour entrer aux Folies-Bergère. 
Il a donné aux Bouffes-Parisiens, en 1874, 
le Tour de Moulinet, opérette en un acte, 
qu'il a fait suivre de quelques autres ou- 
vrages dont voici les titres : la Belle Lina, 
opéra bouffe en 3 actes (Athénée, 187,5), qui 
n'eut que quatre ou cinq représentations, 
par suite de la fermeture du théâtre,- les 
de\tx Loups de mer, saynète en un acte 
(Casino d'Engbien, 1876); Rien qu'un jour, 
opéra-comique en 3 actes (Fantaisies-Parisiennes 
de Bruxelles, 1876). M. Hubans a fait jouer 
encore, dans divers cafés-concerts, plusieurs 
opérettes en un acte : Un Amour dans le dos. 



Héloïse et Ahedard, liavigore et Collodium, 
Prisonnier par amour. Un Fausse Gélatine, 
les Grignolleuses, etc., et il a écrit quelques 
airs nouveaux pour un grand vaudeville joué 
au théâtre Déjazet : les Femmes qui font des 
scènes. Enfin, cet artiste a publié un certain 
nombre de romances et chansonnettes, ainsi 
que plusieurs morceaux de genre pour le haut- 
bois. Tout cela est de médiocre valeur. 

HUBENE (Louis), pianiste, professeur et 
compositeur belge établi à Bruges, et, je crois, né 
en cette ville, fut élève d'un musicien nommé 
Berget, son oncle, qui avait lui-même étudié sous 
Cherubini. Devenu carillonneur communal et or- 
ganiste d'une des principales églises de Bruges, 
cet artiste s'est fait connaître comme composi- 
teur non-seulement par un grand nombre de mor- 
ceaux de piano, dont quelques-uns ont été pu- 
bliés à Paris, chez l'éditeur M. Maho, par des 
motets exécutés dans diverses églises, mais 
encore par trois opéras flamands dont voici 
les litres : 1° Baudeuujn van Constantino- 
pelen, 2 actes, représenté sur le théâtre de 
Bruges au mois de septembre 1853; 2" Willem 
Beukels, un acte, non représenté; 3° Bertha 
of maed en Heldendaed {Berthe, ou courage 
et héroïsme) ; j'ignore si ce dernier a vu le jour. 

HUBER (Feriiinand), compositeur, né vers 
1780, mort à Saint-Gall le 9 janvier 1863, est 
l'auteur des lieder suisses les plus renommés. 
Il en dédia un cahier à Mendeissohn, qui lui 
écrivit à ce sujet une lettre de chaleureuses 
félicitations. 

HUBER (HvNs), pianiste et compositeur 
allemand contemporain, s'est fait connaître en 
ces dernières années par la publication de 
de diverses compositions pour son instrument, 
entres autres les suivantes : Blxlter und 
Blûthen, pièce de concert, op. 2; élude sur 
un thème original, op. 7 ; Bdderbuch ohne 
Bilder, 10 fantaisies, op. 12; Fantaisie pour 
piano et violon, op. 17 ; Mélodies pour piano, 
op. 21 ; 5 Ilumoresques, op. 24. 

IIUBERTl (Gustave-Léon), compositeur 
belge, né à Bruxelles le 14 avril 1843, fit ses étu- 
des musicales au Conservatoire de cette ville. 
Après avoir obtenu au concours de Bome, en 
1863, le second grand prix de composition pour 
sa cantate de Paul et Virginie, il obtint le 
premier prix en 1865, avec une cantate qui avait 
pour titre la Fille de Jephté. Dans un grand 
concert donné par lui à Bruxelles au mois d'Oc- 
tobre 1870, cet artiste a fait entendre un« 
suite d'orchestre, un concerto de piaoo avec 
accompagnement d'orchestre, une ballade et 
quelquesiniorceaux de chant- Depuis, il a fait 



HUBERTI — IIUERTA Y CATURLA 



ex(?ciifer à Druxelles, dans la salle de la Grande- 
Ilarinonie, un oratorio flamand intitulé De laais/e 
Zoiiticslraat (le Doriiier rayon de soleil), (|ui 
pariiit n'avoir obtenu qu'un inodiocrc succès. 
M, Iliiberti est, assnre-l-on, l'un des champions 
les plus décides de Part (lamand, c'est-à-dire de 
la fraction de l'école belf;equi, en opposition avec 
celle qui suit les traces et les traditions des Grélry , 
des Gossec et des Grisar, tourne ses vues du côle 
de la nouvelle Allemagne musicale et se ranime 
sous les drapeaux de M. Richard Wagner. Le chef 
déclaré de ce groupe artistique est M. Pierre 
Benoit, directeur du Conservatoire d'Anvers. 

IIUEL ( ), professeur et compositeur, 

vivait dans la seconde moitié du dix-huitième 
siècle, et faisait partie de la musique des Suis-^es 
de la ganle de Louis XVI. lia publié un recueil de 
six sonates à violon seul, avec la basse, op. 1. 

HUER TA Y CATURLA (Trinité Fran- 
çois), virtuose célèbre sur la guitare, artiste 
étrange et surprenant, est né à Oribuela, près 
Cadix, le 8 juin 1803. On ignore quelle était 
son origine, et avec qui il apprit la musique ; 
mais on sait qu'étant entré à dix- sept ans 
comme cadet dans l'armée espagnole, il prit 
part au soulèvement militaire de 1820, dont 
l'un des chefs était le général Ricgo, et qu'en 
1823, lorsque le roi Ferdinand Vil eut écrasé 
l'insurrection avec l'aide de l'armée française, 
il se vit obligé de venir chercher un refuge en 
France et vint tout droit à Paris, avec tant 
d'autres. Ici, il songea, se trouvant sans res- 
sources, à tirer parti de ses connaissances mu- 
sicales, se fit [)atronner i)nr le fameux chanteur 
Garcia, son compatriote, le père de la Malibran, 
et se produisit dans les concerts avec un 
énorme succès, que justifiait son talent vérita- 
blement prodigieux sur la guitare. Garcia quit- 
tant i'I'^urope en 181iô pour aller diriger en 
Aniéri(iuo une trou|)e d'oj'éra italien dont lui, 
sa femme et ses enfants formaient les éléments 
principaux, emmena lluerta, qui se rendit 
avec lui à >'e\v-York, et sans doute se fit en- 
tendre comme guitariste dans les représenta- 
tions de la compagnie Garda; toutefois, ce 
qui est certain, c'est que lluerta monta sur la 
scène aussi conime chanteur, et qu'à New-Yoi K 
il se montra, aux cAtés de Garcia, dans le rôle 
de don Basile du Barbier. 

11 est à croire pourtant que Huerta ne resta 
que quelque temps avec son ami. Après avoir 
visité les États-Uni« et la Havane, il revint eu 
Europe et se rendit à Londres, où il n'obtint 
pas moins de succès que naguère à Paris, et 
où il gagna des sommes considérables. De là 
il partit pour Malle, de Malte gagna Constanti- 



nople, et revint en 1830 à Paris, où il se lia 
avec Rossini, et, l'année suivante, connut Pa- 
gauini. 11 retrouva en Franco ses triomphes 
passés, et devint l'idole du public, qui lui faisait 
fête chaque fois qu'il se taisait entendre. « En 
vérité, — disait Fétis dans la Jlevue musicale 
— en vérité, M. lluerta est un honuue fort 
extraordinaire ; les difficultés qu'il exécute 
tiennent du prodige. Rien ne peut donner l'idée 
de la merveilieu>e agilité de ses iloigts. » On 
le louait alors en prose et en vers, et M"'° de 
Girardin, devenue déjà fameuse sous son nom 
de Delphine Gay, exaltait ainsi .son talent : 

L'avez-vous entendu ce troubiiilour ii'Esp,Tgne, 
Qu'un art inelocliciix .■uix coiiibat-; accmiip/igiiL'? 
Sur sa guitaïc il cliuntc et soupire à la fols; 
Ses doigts ont un accent, ses cordes une voix; 
Son cliant est on poenie luruiuiiiciu sans rime ; 
Tout ce que l'on éprouve et l'on rêve, il l'exprime, 
les cœurs à ses accfirds se sentent rajeunir; 
La beauté qui l'écoute, heureuse en souvenir. 
S'émeut, sourit et pleure, c' croit encore entendre 
Ce qu'on lui dit Jamais de plus doux, de plus tendre. 
Sa };uitare, en vibrant, vous parle tour à tour 
Le Iangai:e Q'csprit, le lani:age d'amour; 
Chacun y reconnaît l'instrument qui l'inspire : 
Pour le coiiiposileur c'est un orclieslre entier. 
C'est le tambour léger pour le basque en délii'e, 

C'est le clairon pour le guerrier, 

l'our le poL'te c'est la lyre ! 

En 1833, Huerta retourne pour un instant 
dans sa patrie, puis il revient à Paris l'année 
suivante, fait bientôt un grand voyage dans les 
départements, qui ne l'accueillent pas avec une 
moindre laveur, et en 1843 va se faire entendre 
en Belgi<]ue. En 1S49, on répand le bruit de 
sa mort; la nouvelle était f;iusse, mais on 
n'entend plus parler de lui jusqu'au mois d'oc- 
tobre 1855, époque où la même nouvelle est 
remise en circulation par les journaux italiens. 
C'est alors qu'on lit dans Vllalia e Popolo -. — 
<c Le célèbre guitariste espagnol Hueita vient 
de mettre fin à ses jours, en se tirant un coup 
de pistolet dans le cœur. Son cadavre a été 
trouvé dans une des rues les moins fré'quentées 
de Nice. Avant de mourir, il avait écrit une 
lettre pour recommander que l'on distribuât en 
(cuvres de bienfaisance une somme d'argent 
(|u'il avait en sa possession. 11 devait donner 
un concert à Nice, et déjà les affiches étaient 
placardées. » Cependant, cette fois encore, et 
malgré des détails si précis, la nouvelle de la 
mort de lluerta était controuvée ; l'artiste est 
encore, à rbcnrc présente, en parfaite santé, 
après avoir fait, il y a peu de temps encore 
(1873), un voyage en RelgKpie. 

La génération présente n'a pu apprécier le 
talent de lluerta; mais il fallait que ce talent 
fût bien extraordinaire pour exciter l'entliou- 



IIUERÏA y CATURLA ~ HUET 



siasme de fous ceux, artistes et amateurs, qui 
étaient à même de l'apprécier; et d'ailleurs il 
faut se rappeler que lorsque Hiierta se produisit 
à Paris, deux autres guitaristes, fort distingués 
tous deux, et ses compatriotes, obtenaient eux- 
mêmes de grands succès aiq)r6s du pul)lic ; 
je veux parler de Sor et d'Aguado. Il est vrai 
que le jeu de ceux-ci était normal, classique 
si l'on peut dire, tandis que Huerta était un 
virtuose d'une nature étrange, d'un ordre ex- 
ceptionnel , qui semblait transformer la gui- 
tare en lui demandant ce qu'on n'en avait jamais 
obtenu avant lui, et qui se caractérisait lui même 
avec justesse, sinon avec modestie, en répétant 
sans CHSse : Je souis lé Paganini dé la goui- 
tare ! Fétis disait, dans la Berne mvsicale du 
21 juillet 1832^ en parlant de cet artiste pro- 
digieux : — « Nous avons déjà dit et tout le 
monde sait que M. Huerta exécute sur la gui- 
tare de très-grandes difficultés; mais lorsque 
j'entends un artiste distingué déployer un talent 
peu ordinaire sur la guitare, la sensation qui 
domme en moi est celle du regret de voir des 
facultés applifpiées d'une manière peu utile; car 
un fait qui ne peut être contesté, c'est que la 
guitare est destinée à demeurer constamment 
dans un état complet d'infériorité à l'égard des 
autres instruments, malgré tout le talent que 
des artistes tels que MM. Aguado et Huerta 
emploient à donner plus d'étendue à ses faibles 
ressources. M. Huerta est peu musicien, et 
riiarmonie dont il accompagrie ses mélodies 
est quelquefois étrange. » D'autre part, il est 
certain que Huerta, un peu grisé sans doute 
par ses facultés exceptionnelles, prétendait tirer 
de la guitare ce qu'elle est inapte à rendre. A ce 
sujet, on a mis sur le compte d'un grand mu- 
sicien le jugement que voici, qui parait tout à 
fait équitable : — « Je reprocherai un défaut à 
Huerta. I^arce qu'il entend bruire dans sa tête 
les accords nombreux et variés de tout un or- 
chestre; parce qu'il sent vibrer en lui, sur tous 
les tons, tous les échos de son âme, il s'imagine 
pouvoir rendre sur les si\ cordes de sa guitare 
tout ce volcan d'harmonie intérieure. Mais 
lui seul y est trompé. L'oreille du dilettante 
n'entend qu'une voix, qui module harmonieu- 
sement, il est vrai, mais qui ne peut servir 
d'interprète aux mille voix que l'artiste écoute 
chanter en lui. Du reste, Huerta est un excel- 
lent guitariste, c'est même le plus excellent 
que je connaisse. » Ces réflexions, je le répète, 
sont on ne peut plus sensées (1). 

(1) On a attribué à Ilacrta la composition du faim \\x 
chant national espagnol connu sous le nom i' Hymne de 



II CET (Auguste), acteur français qui a brillé 
pendant plus de vingt ans sur le tliéàtre de l'O- 
péra-Comique, commença sa carrière à l'époque 
de la Révolution, sur l'aimable Ihéàtredes Jeunes- 
Artistes, habilement dwigé par Foignet, père et 
(i\9. {Voyez ce nom), et où l'on jouait beaucoup 
d'opéras-comiques. Vers 1798, il passa au théâtre 
des Troubadours, où le répertoire se composait 
tout à la fois de vaudevilles et de pièces lyriques, 
et où il commença à acquérir les qualités qui de- 
vaient le distinguer plus tard comme comédien. 
Mais celui-ci ayant fait de mauvaises affaires et 
ayant fermé ses portes, Huet partit pour la pro- 
vince, où il acheva son éducation scéniqiie. 11 
était au Grand-Théâtre de Rouen, où il tenait 
l'emploi des /io2//e;ç-coH/;v, lorsqu'il fut appelé à 
rOpera-Comique. Il y débutale 10 décembre 1805, 
dans Adolphe et dura et le Médecin Turc. 
Ses commencements furent modestes, et il se 
borna à doubler Elleviou et Gavaudan; mais 
bientôt on reconnut qu'il était <iouéd'un physique 
plein de grâce et de noblesse, d'une voix fraîche 
et conduite avec goût, qu'il portait le costume 
avec une rare distinction, et qu'enfin ses progrès 
en tant que comédien étaient sensibles de jour 
en jour. A la retraite d'Elleviou il avait été déjà 
reçu sociétaii-e, et le départ de ce grand artiste 
lui donna l'occasion de créer quelques rôles 
qui lui firent honneur. 
En peu d'années, Huet acquit, avec un véri- 



Itiego, et je Tai fait raol-méine, en un article publié 
sur cet hymne dans la Gazette musicale du 25 
octobre I868. Je croyais pouvoir alors ajouter toute con- 
liance aux documents sur lesquels je m'appuyais. Je 
suis moins sur de mon f^ilt aujourd'hui, quoique je n'aie 
pas la preuve du contraire. Je vais donc reproduire, i 
titre de simple renseignement, ce que je disais à ce 
sujet:— « .... C'était dans les premiers jours de septembre 
i820. L'Espagne, cette terre classique des révolutions, 
venait de se soulever contre Ferdinand VII, et deux 
généraux insurgés Riego et Qulroga, entraient en vain- 
queurs à Madrid, obligeant le roi a octroyer une cons- 
titution à son peuple. — L'elfervescence était dans tous 
Il s esprits, 1 émotion populaire était à son comlile, 
toute l'Espagne enfin était dans uie sorte d'enivrement 
fac ile à concevoir. C'est à ce moment que deux hommes 
se rencontrèrent nans une même pensée, celle de duter 
leur pays d'un hymne de résurrection, d'un chant pa- 
triotique et national. L'un d'eux, le colonel Kvariste San- 
Mrguel, ancien officier de l'armée de Cadix lors du sou- 
lèvement de 1812, ancien rédacteur du journal VEspec- 
tador, " trlLiuii et poète en même temps que soldat, m 
était chef d'état-major de Riego; l'autre, jeune cadet 
djns l'armée, était un adolescent de dix-si pt ans, ayant 
un peu étudié la musique, et s'appelait lluerla. — Tous 
deux associèrent leur inspiration, et dans une nuit de 
fièvre ils enfantèrent un chant auquel ils donnèrent le 
nom du libérateur, et qu'ils appelèrei t l'Hymne de 
Jiiego. L'Espagne avait trouvé sa marseillaise, et huit 
jours après, ce chant, devenu rap dément célèbre, 
retentissait dans les airs d'un bout a l'autre du pays, u 



8 



HUET— lîUNDT 



table talent, une action l^^gitimé sur le public et 
une incontestable autorité. Outre les rôles im- 
portants (tu répertoire courant, il s'en vit confier 
un grand nombre de nouveaux qui établirent so- 
lidement sa réputation, et on le vit ainsi dans 
le Philosophe en voyage, Ethelwina, le Négo- 
ciant de Hambourg, le Petit Souper, Valent ine 
de Milan, Marie, la Vieille, le Colporteur, 
l'Orphelin et le Brigadier, Masaniello, etc., 
etc., se distinguant à la fois par ses qualités 
vocales et scéniques, et gagnant chaque jour dans 
l'estime des amateurs. Huet se fit remarquer 
aussi, d'une façon moins connue du public, par 
l'énergie, l'activité, l'intelligence et la probité 
qu'il déploya lorsque, à la réorganisation de l'O- 
péra-Comique, il fut nommé, par l'autorité su- 
périeure, l'un des quatre acteurs chargés de l'ad- 
ministration de ce théâtre, et l'on assure que sous 
ce rapport il rendit d'inappréciables services. 

Huet se retira en 1828, pour prendre avec 
Paul, son ancien camarade de l'Opéra-Comiquc^ 
la direction du Grand-Théâtre de Rouen. Tous 
deux s'étaient associés à cet effet, mais Paul 
ayant obtenu le privilège en son nom seul, voulut 
rompre le traité. Huet fit alors valoir ses droits, 
par des actes authentiques, et obligea Paul à lui 
payer 40,000 francs de dommages- intérêts. Cet 
artiste distingué est mort on 1832. 

HUGH-CASS ( ), chef d'orchestre et 

compositeur, était en 1805 chef d'orchestre du 
Casino de Marseille, et remplissait, en 1874, les 
mêmes fonctions au théâtre de Toulon. Il a fait 
représenter les ouvrages suivants : 1" La Croix 
de Jeannette, o\)éTSi-com\(nie en un acte, Grand- 
ThéàtredeMarseille, 17 janvier 1865; 2«Za Ronde 
de nuit, opérette en un acte, Alcazar de Mar- 
seille, 10 août 1872; 3° Le légataire de Gre- 
nade, drame lyrique en quatre actes, théâtre de 
Toulon, 28 février 1874. Ce dernier ouvrage, 
dont les paroles, comme celles des deux précé- 
dents, étaient l'œuvre de M. Maurice Bouquet, 
avait été présenté |)ar ses auteurs au concours 
ouvert en 1867 au Théâtre-Lyrique. M. Hugh- 
Cass est encore l'auteur d'une saynète burlesque : 
Une Revue à Trépigny-les-Oursins. 

IIULLAIl (JouN), professeur, théoricien cl 
écrivain musical anglais, est né à Worcester en 
1812. Élève d'abord de Horsiey, il entra en 182!) 
à l'Académie de musique de Londres, où il suivit 
le cours de chant de Crivelli. En 1832 il se pro- 
duisit comme compositeur, en écrivant la mu- 
pique des Coquettes de village, opéracomiciue 
de Charles Dickens, puis bientôt il se livra à 
l'enseignement et à la propagation du chant 
populaire, et fit depuis lors, dans cet ordre 
d'idées, les efforts les plus intelligents, les plus 



persévéranf.s et les plus heureux. Il fit cons- 
truire en 18'i7, pour ses exercices, une grande 
salle de concerts connue sous le nom ût Suint- 
Martin's Hall, que le feu détruisit en 1860. Cet 
événement, qui le ruinait à peu près complète- 
ment, le rendit l'objet des plus ardentes sympa- 
thies, et ses élèves, ses amis, ses partisans lui 
donnèrent en cette circonstance des preuves non 
équivoques de leur vive affection. 

M. John Hullah a été professeur de musique 
vocale et d harmonie aux collèges du roi, de la 
reine et de Bedford, à Londres, organiste de la 
Chartreuse, directeur de l'on hestre et des chœurs 
de l'Académie royale de musique. En 1872, le 
Conseil d'Éducation l'a nommé inspecteur mu- 
sical pour le Royaume- Uni; depuis lors, il s'est 
démis de ses fonctions au Collège du Roi. 

M. Hullah a produit de nombreux ouvrages 
d'enseignement, et il s'est occupé aussi avec ar- 
deur des questions relatives à l'histoire de la 
musique. Voici la liste de ses ouvrages les plus 
importants : 1° Méthode de chant de B. Wilhem, 
traduite en anglais ; 2° Notation. Résumé histo- 
rique concernant le choix,- la convenance et 
la formation des lettres et des caractères qui 
constituent l'alphabet musical; 3° Histoire de 
la musique moderne (the Historij of modem 
music), ouvrage formé d'une série de lectures 
faites par l'auteur à l'Institution royale de la 
Grande-Bretagne (Londres, Longmans, 1862, in- 
8°; 2' édition 1875) ; 4' La Période de transition 
de l'histoire musicale [the Transition period 
of musical history], ouvrage formé dans les 
mêmes conditions (Londres, in-8°); 5° i^Hrf(7?^e?^<s 
de la grammaire musicale; 6' Grammaire de 
Vharmonie musicale; 7" Grammaire du con- 
trepoint ; 8° Exercices pour la culture de la 
voix; etc. M. Hullah a publié aussi des recueils 
de chants pour les enfants, et il a donné, dans 
des publications spéciales, un grand nombre d'ar- 
licles sur des sujets relatifs à la musique. 

IIÛLSKAMP (Gustave-Henri), habile 
facteur de pianos, fondateur et directeur d'une 
des maisons les plus considérables en ce genre 
qui existent en Amérique, est né en Westphalie. 
En 1830 il alla se fixer aux États-Unis, établit 
à f roy, dans l'état de New- York, une fabrique 
de pianos qui, grâce â son talent et à son éner- 
gie, acquit bientôt une grande importance, et 
obtint en 1857 une médaille pour l'excellente 
construction de ses instruments. Depuis 1866, 
M. Hiilskamp a transporté sa fabrique dans la 
ville même de ;Vew-Vork. 

IIUI\I>T (M'" Aline), jeune musicienne 
allemande, s'est fait connaître avantageusement, 
en ces dernières années, comme chef d'orchestre 



HUNDT — HYE (DE LA) 



9 



et comme compositeur. Au mois de mars ou 
d'avril 1871, elle a fait exécuter sous sa direc- 
tion à Berlin, dans la salle de l'Académie de 
chant, une symphonie en sol mineur et une 
grande marche instrumentale qui paraissent 
avoir obtenu un grand succès. Un journal alle- 
mand disait, en parlant de la seconde de ces 
compositions, que c'est une « œuvre originale et 
puissante, où le sexe de l'auteur ne se trahit ni 
dans la hardiesse de l'harmonie, ni dans la cou- 
leur de l'instrumentation. » J'ignore si, depuis 
lors, celte artiste s'est produite de nouveau. 

HURLEBUSCH (Conrad-Frédéric), or- 
ganiste et compositeur, né à Brunswick en 1696, 
vivait vers le milieu du dix-huitième siècle à Ams- 
terdam, où il devint organiste de l'église réformée. 
Les renseignements manquent sur l'existence de 
cet artiste, qui fut un compositeur très-fécond, 
mais dont on ignore les dates de la naissance et 
de la mort; on sait seulement qu'il était déjà 
oiganiste à Amsterdam en 1738, et qu'il vivait 
encore dans cette ville en 1766. On connaît les 
œuvres suivantes de Huriebusch : l» Vlnnocenza 
difcsa, opéra italien; 2° Flavio Cuniberio, 
opéra italien; 3" VI Sonate di cembalo, Amster- 
dam, 1746; 4° Les \bO psaumes de David avec 
ses motets, composés pour le clavecin et l'or- 
gue, d'après la base et la vraie harmonie, to- 
nalité, basse chiffrée, avec petits agréments, 
etc., Amsterdam, Jan Freisiich, 1766; 5" 80 à 
100 airs italiens, avec instruments; 6° 12 Can- 
tates italiennes, avec violon et autres instru- 
ments ; 7° Cantates italiennes, avec basse et chant ; 
8" 12 concertos, 12 sonates et 8 ouvertures; 
9^ 6 concertos pour clavecin, avec instruments; 
10° 24 fugues pour clavecin et orgue; 11» 18 so- 
nates ou suites pour le clavecin. Huriebusch est 
encore l'auteur d'un grand ouvrage sur la théorie 
de la musique. 

IIURTADO (Pierre), musicien du dix-sep- 
tième siècle, évidemment d'origine espagnole (il 
signait: Pierre Hurtado y de Avalos), mais tl\é 
dans les Pays-Bas et peut-être né dans cette con- 
trée, était fils d'un lieutenant de cavalerie au 
service du roi des Pays-Bas. Pendant dix ans il 
fut enfant de chœur à la chapelle royale de 
Bruxelles, et devint ensuite maître de chant à 
l'église Saint-Bavon, cathédrale deGand. M. Van 
dei Slraeten a retrouvé, dans les archives de l'é- 
glise de Sainte- Walburge, d'Audenarde, une liste 
datée de 1734 et donnant l'inventaire de la mu- 
sique appartenant alors à cette église; cette liste 
contient la mention des compositions suivantes de 
Pierre Hurtado : 1° Motet de chœur, à 4 voix et 
3 instruments; 2" Motet de chœur, à 3 voix et 3 
instruments; 3° Motet à 3 voix; 4° Te Demn à 



6 voix et 3 instruments ; 5° Motet à 6 voix et 3 
instruments. 

* HUTII (Louis), compositeur allemand, 
est mort à Londres en 1859. 

HUTOY (Eugène), compositeur belge, né à 
Liège le 2 juillet 1844, a fait son éducation mu- 
sicale au Conservatoire de cette ville, où il suivit 
les cours de solfège, de violon, d'harmonie et de 
fugue. Après avoir publié quelques mélodies 
vocales, cet artiste a écrit la musique de deux 
opéras-comiques en un acte, l'un, Quiroco et 
Cristi, représenté au Pavillon de Flore, à Liège, 
le 8 février 1872, l'autre, la Posada ou le Sou- 
per du Roi, représenté au théâtre royal de la 
même ville le 24 février 1874. M. Hutoyesl pro- 
fesseur de solfège au Conservatoire de Liège, de- 
puis 1872. 

Le frère puîné de cet artiste, M. Achille Hii- 
toy, né à Tournai le 2 avril 1849, s'est adonné à 
l'étude de la flûte et est devenu un artiste dis- 
tingué. Elève aussi du Conservatoire de Liège, il y 
a été couronné au concours de 1869. Il fait aujour- 
d'hui partie de l'orchestre de M. Bilse, à Berlin. 

* IIUTSCHENRUYTER (Guillaume), 
compositeuretchef d'orchestre,est né à Rotterdam 
le 25 décembre 1796. Il étudia dans sa jeunesse le 
violon, le cor et la trompette, fit un cours com- 
plet d'harmonie et de contrepoint, puis se livra 
avec succès à la composition. Doué d'une intel- 
ligente initiative secondée par un savoirréel, cet 
artiste contribua d'une façon considérable au dé- 
veloppement du goût musical dans sa ville natale : 
directeur des concerts de la Société Eruditio mu- 
sica, mallre de chapelle de l'église St-Dominique, 
chef de la musique de la garde bourgeoise, direc- 
teur de la Société Musis sacrum et de la société 
chorale £"M;er/)e, professeur à l'École de musique, 
il a occupé pendant longues années une position 
brillante et exercé une grande influence sur la 
marche de l'art. Comme compositeur, on lui doit 
les ouvrages suivants il» le Roi de Bohême, 
opéra représenté à Rotterdam ; — 2° quatre sym- 
phonies à grand orchestre (dont une publiée à 
Bruxelles, chez Schott) ; — 3° deux ouvertures 
de concert, couronnées par la Société musicale 
des Pays-Bas; — 4° une ouverture pour instru- 
ments à vent; — 5" plusieurs recueils de lieder; 
— 6° des chants d'écoles (publiés à Schiedam, 
chez Roelandt) ; — 7" plusieurs messes ; — 8" des 
cantates; — enfin un grand nombre de compo- 
sitions de divers genres, qui portent le chiffre de 
ses œuvres à plus de cent cinquante. Cet artiste 
vivait encore à Rotterdam en 1864. 

HYE (>!■"« DE LA). — Voyez LA HYE 
(M"" DE). 



IBi\ AK'JIA (Mohammfd), clianteiir ara- 
be, élève de Djémîlè et de Màbed, fut l'un 
«les artistes les plus renommés <le l'Orient. 
Mais il était «loué «l'un orgueil insupportable, 
et tel, dit un bio;iraplie, que si on le priait de 
chanter, il se fâchait, et que s'il chantait et 
qu'on lui criût : Bravo ! il s'emportait et cessait 
aussitôt, disant qu'il n'avait pas besoin d'ap- 
plaudissements. Pour donner une idée de son 
talent, on raconte qu'un jour, se trouvant à la 
MeKUe et voyant passer une immense troupe 
de p«4|erins, Ibn Aiclia dit à un ami : — « Je 
connais un homme qui, s'il ouvrait la bouche, 
tiendrait tout ce monde immobile et arrêterait 
la circulation. — Qui donc? demanda l'ami. 

— Moi, » répondit-il, et il se mit à chanter. 
A .sa voix, tout le cortège cessa d'avancer, les 
litières .se pressaient et s'entre-choquaient, les 
chameaux allongeaient leur cou vers le chan- 
teur, et la confusion qui résulta de celte sus- 
pension de la marche faillit amener de graves 
accidents. 

Un autre fait peint son caractère. Revenant 
de Damas, où il avait été appelé par le calife 
Walîd I[ et par lui comblé de présents, Ibn 
Aicha, retournant à Médine, s'était arrêté au 
château de Dhou-Klioucbb, chez El-Ghamr, 
frère de ce prince. Un soir qu'il était à boire 
avec El Ghumr sur la terrasse qui formait le 
toit du château, il chanta un air qui |)lut beau- 
coup à celui-ci. El-Ghamr le pria de recom- 
mencer; Ibn Aicha refusa par fierté; le prince 
in.sista, le chanteur s'obstina, et El-Ghamr, 
irrité de ce refus et échauffé par les fumées du 
vin, fit précipiter l'artiste indocile du haut en 
bas de la terrasse. Quelques-uns disent, il est 
vrai, que cette chute fut accidentelle. Quoi 
qu'il en soit, Ibn Aicha en mourut, vers l'an 
125 ou 1?.G de l'hégire (environ 743 de l'ère 
chrétienne). 

IBN MOUHRIZ, musicien arabe, vivait 
au premier siècle de l'hi^gire (septième siècle de 
l'ère chrétienne). C'était un chanteur fort dis- 
tingué, s'il faut en croire l'anecdote suivante, 
rapportée par Caussin de Perceval dans sa notice 
sur un autre chanteur arabe, Honayn el-Hiry (t) : 

— " Honayn tenait, en quelque sorte, le sceptre 



(1) Notices anecdotiqucs sur tes principaux musiciens 
arabes des trois preinicrs\sicctes de l'Islamisme. 



de l'art musical dans sa province, quand il ap- 
prit qu'il éliiit menacé d'une dangereuse concur- 
rence. Ibn Moidu'i/, attiré |)ar ce qu'on lui avait 
rajjporté du caractère et des goilts de l'émir 
Bichr, fils de Merwân, s'était mis en route pour 
venir faire une tournée en Irak. Honayn s'em- 
pressa d'aller au-devant d'un rival qu'il redoub- 
lait. H le rencontra au bourg «le Cadecyiè, fur 
la limite même de l'Irak et «lu déserf. Il fit 
connaissance avec lui et le pria de lui faire en- 
tendre sa voix. Ibn Mouhriz ayant aussit(it chanté 
un air de sa composition , Honayn lui dit : — 
« Combien te flattes-tu de gagner dans ce pays ? 
a _ Peut-être 1,000 pièces d'or (14,000 fr.), 
» répondit Ibn Moubriz. — Eh bien! reprit Ho- 
" nayu , contente-toi de 500 (7,000 fr.) ; les 
« voici-, va ailleurs, et promets-moi de ne plus 
« revenir. « Ihn Mouhriz était modeste en ses 
désirs et naturellement disposé à fuir le monde. 
Il accepta le marché, et s'en retourna. Les con- 
frères de Honayn le plaisantèrent au sujet de 
cette aventure. « Riez tant qu'il vous plaira, leur 
« dit-il, j'ai agi sagement. Si cet homme était 
« entré en Irak, j'étais perdu, ruiné. Il m'aurait 
« tellement écrasé de sa supériorité, que jamais 
ce je n'aurais pu me relever. » 

IBI\-SOURAYDJ, l'un des chanteurs 
arabes les plus fameux, brillait dans le premier 
siècle de l'islamisme (sixième de l'ère chré- 
tienne). « Il avait, dit Caussin de Perceval 
la peau brune, peu de barbe^ le teint couperosé, 
les yeux louches. H se coiffait habituellement 
d'un chapeau rond et se couvrait le visage 
d'un léger voile, lorsqu'il chantait, afin que l'at- 
tention des auditeurs ne AU pas distraite par 
la vue de sa figure disgracieuse, et se fixât 
uniquement sur sa voix, qui était d'une grande 
beauté. Né à la Mekke à la fin du califat d'O- 
mar, fils de Khaltab, il eut pour ma'.îie de chant 
ibn-Mouçaddjih. H alla ensuite à Médine, où il 
fré(|uenta la maison d'Âzzè-tel-Meylà et apprit 
plusieurs des airs de cette cantatrice. De retour 
à la Mekke, il y demeura longtemps obscur; 
il cxer(;ait la profession de ndijeJi ou chanteur 
de vers élégiaques dans les funérailles. Il végéta 
ainsi jusqu'à l'âge de quarante ans. » 

En réalité, Ibn-Souraydj naquit vers l'an 23 
de l'hégire, soit vers 641 de l'ère chrétienne. 
Les circonstances finirent par lui être favora- 
bles, et, après une jeunesse obscure, plusieurs 



IBN-SOURAYDJ — IMBIMBO 



H 



occasions lui permirent de mettre en relief 
son très-beau talent de ciianleur et môme son 
habileté à composer de jolis airs, et il (itiit par 
être considéré à la Mekke, à Médine et dans 
tout le Hidjàz pour le premier des nayeh. 
Bientôt il augmenta encore sa renommée en 
prenant l'habitude de s'accompagner avec le 
lulli, rt il fut, assure-ton, le premier qui 
chanta des vers arabes en s'aidant de cet ins- 
trument. 

L'histoire de sa lutte artistique avec un de 
ses serviteurs devenu son élève, El-Gharîdh, 
affranchi comme lui, est intéressante et cu- 
rieuse. Celui-ci avait si bien profité des leçons 
de son maître, qu'il devint bientôt son rival, 
sa voix paraissant d'ailleurs particulièrement 
propre au chant des poésies élégiaques. Ihn- 
Souraydj, pour éviier une com]iaraison qui 
blessait son amour-propre, abandonna alors la 
professjjn de 7wye/i, et s'attacha à composer 
des airs d'un style grave et noble, dans les 
espèces de rhylhmes du genre ihdkil ou lent. 
Mais El-Gharidli le suivit sur ce terrain et en- 
gagea avec lui une lutte qui, pendant plusieurs 
années, excita l'attention et la curiosité du pu- 
blic MeKkois, lequel jouissait du talent des 
deux artistes sans accorder la palme à l'un 
plus qu'à l'autre. Ibn-Souraydj voulut alors 
changer de nouveau sa manière, et se mit à 
composer des hazadj, airs tendres et faciles, 
et surfout des ramai, mélodies vives et agitées; 
mais, là encore, Ei-Gharîdh le poursuivit et 
presque l'égala. Enfin, Ibn-Souraydj composa 
un jour, sur des vers du poète Omar et dans 
le rhylhme tliakil second, un chant d'une si 
grande beauté et d'une allure si magnifique, 
que son rival dut s'avouer vaincu ; cet air a 
été mis au rang des chefs-d'œuvre de la musi- 
que arabe. 

La renommée du chanteur devint immense, 
et le calife Walîd, fils d'Abd el-Mélik, à son 
avènement au trône, le fit venir à Damas et 
en fit son favori. C'était d'ailleurs un fort hon- 
nête homme, aussi estimé pour sa conduite 
qu'admiré pour son talent. Attaqué de l'éléphan- 
tiasis, il mourut à la Mekke, dans sa quatre- 
vingt-cinquième année, vers l'an 108 de l'hégire 
(726 de J.-C). 

IMBAULT (J -J ), violoniste, puis 

éditeur de musique , naquit à Paris le 9 mars 
1753. Il commença jeune l'étude de la musique, 
et à l'âge de dix ans devint pour le violon l'élève 
de Gaviniés, sous la direction duquel il acquit 
un remarquable talent. 11 débuta comme virtuose 
à dix-sept ans, en se faisant entendre dans les 
concerts donnés au profit de l'École de dessin 



fondée par Bachelier, et l'on raconte que son 
succès y fut si grand que, pour hii exprimer sa 
satisfaction, M. de Sartine lui accorda le droit de 
désigner un élève i)oui' élre admis dans cette 
école. Imbault se prodinsit ensuite au Concert 
spirituel, puis aux brillantes séances de la So- 
ciété olym|)ique, et il eut l'honneur d'exécuter 
trois fois avec Violti, devant la reine Marie-An- 
toinette, les symphonies concertantes de cet iU 
lustre maître. Sous l'empire, il lit partie de l'or' 
cliestre île la chapelle. 

Vers 1780, Iiubault, qui avait été attaché pen-i 
dant quelques années à l'orchestre de l'Opéra, se 
nn't à la tète d'un établissement d'éilition musi- 
cale qui fut bientôt l'un des premiers de Paris. 
« Comme éditeur de musique, disait le Diction- 
naire historique des Musiciens, il s'est attaché 
plus constamment que tout autre à donner des 
éilitions belles et correctes, môme dans les ou- 
vrages les plus onhnaires; outre cela il en a 
donné un grand nombre de très- bonnes et de 
très-importantes; on lui doit le Traité de la 
fugue et du contrepoint de Marpurg, VÉcole 
d'orrjve par M. Jos. Martini, les Méthodes de 
violoncelle par Tillière, Bréval et L. Duport. 11 
a publié en 1808 une superbe édition des quatuors 
d'Haydn, au nombre de cinquante-six, avec le 
portrait de ce compositeur. » Parmi les très- 
nombreuses publications faites par imbault, il 
faut citer aussi plusieurs concertos de violon de 
Roile, des duos de Viotti, des sonates de clavecin 
de Boieldieu, et l'un des chefs-d'œuvre de son 
vieux maître Gaviniés, les ringt-quatre Mati- 
nées. Peu de temps avant la mort de ce dernier, 
en 1800, Imbault donna deux brillants concerts 
à son bénéfice , et Gaviniés , reconnaissant en- 
vers son élève, lui fit don de son portrait dessiné 
par P. Guérin. 

lAlBERTouYMBERT (Tn ),composU 

teiu-, a fait leprésenter le 8 mars 18f)l, au Théâ- 
tre-Lyrique, un opéra comique en un acte inti- 
tulé les Deux Cadis. Ce petit ouvrage, très-bien 
accueilli du public, renfermait de bonnes qualités 
et semblait d'un bon augure pour l'avenir du 
jeune artiste qui débutait ainsi. Pouitant, et 
j'ignore pourquoi, il n'a plus été question depuis 
lors de M, Imbert, qui a seulement publié la 
partition d'une sorte de petit oratorio, Bethléem, 
« pastorale » en trois parties (Paris, Choudens). 
On doit aussi à ce compositeur quel(|ues ro- 
mances et chansons, tiur le Lac, la Baya' 
dère, Juliette, Tircis et Amarante, VHiron-' 
délie, le Batelier du i\il, Pauvre Jacques, 
la Mort et le Bûcheron, le Satyre et le Pas- 
sant, etc. 

* IM6l\lBO (EM.MA.NUia). Cet artiste est 



12 



TMBIMBO — INGRANDE (D') 



l'auteur d'un Salve regina avec accompagne- 
ment d'orchestre, dont M. le docteur Basevi, de 
Florence, [tosst'de une copie datée de 1793. 

IMME\RAET (Michel), facteur de clave- 
cins, né à Cologne à la fin du seizième siècle, 
s'établit à Anvers, et fut inscrit au nombre îles 
bourgeois de cotte ville le 5 mars 1610. 11 était 
contemporain du fameux Hans Ruckers le vieux, 
le plus célèbre facteur de clavecins d'Anvers, 
qui possédait en ce genre un grand nombre d'ar- 
tistes distingués. 

IMPALLOMENI ( ), compositeur ita- 
lien, a fait représenter au théâtre Garibaldi, de 
Palerme, en 1875, un opéra intitulé i-'A^iwia. 

IMPERATORI ( ).Un musicien italien 

de ce nom a fait représenter sur le théâtre de la 
Scala, de Milan, le 22 novembre 1842, un opéra 
sérieux intitulé Bianca di Belmonte. 

INCIIINDI. — Voyez HE!\NEKINDT. 

IIVDY(S\iNT-ANr,E-WiLFRiDD'),né à Valence 
(Drôme), le 14 décembre 1821 , est un de ces 
hommes de goût qui savent utiliser par la culture 
intelligente de l'art, les loisirs que leur crée une 
situation aisée et indépendante. Venu à Paris en 
1839, M. d'indy y prit des leçons de piano d'An- 
toine de Konstki, et eut en même temps Bande- 
rai! comme professeur de chant. En outre, il 
suivait au Conservatoire le cours de composi- 
tion de Carafa, ou plutôt celui que faisait au 
nom du maître Alexis Roger, qui obtint en 
1842 le grand prix de l'Institut. 

Un quatuor pour instruments à cordes, publié 
en 1841, chez Challiot , puis un certain nombre 
de morceaux pour piano, de duos pour piano et 
violon, et de pièces de chant, parmi lesquelles 
il faut distinguer une scène dramatique intitidée 
Charlotte Corday (M""" Maeyens-Couvreur, 
éditeur), tels furent les débuts de M. d'indy 
dans la carrière du compositeur. Il écrivit en- 
suite sur un livret de M. Emilien Pacini (les 
deux Princesses) , un opéra-comique en deux 
actes, qui fut représenté le 2 février I8.")0, dans 
la grande salle du Con.servaloire, et qui a été 
édité par M"''= Maeyens. Le succès de cet ouvrage 
engagea M. Perrin, directeur de l'Opéra-Comique, 
à accofiter du jeune coinposileur une nouvelle 
partition, le Feu sous la nc'<;e; mais différentes 
circonstances en tirent ajourner la mise à la .scène, 
et ce ne fut qu'en 18G0 que cet opéra, qui avait 
été retiré du théâtre, fut représenté au Louvre , 
chez M. le comte de Niewerkerke, et dans quel- 
ques autres salons. L'tm des interprèles de l'ou- 
vrage était le ténor Capoiil, qui paraissait pour 
la première fois devant le public parisien. 

Pourvu par M. Roquoplan , directeur de l'O- 
péra , d'un poème de M. de Saint-Georges , 



Maître Claude, M. d'indy en avait écrit la 
musique, et les répétitions allaient commencer, 
lorsque la direction île l'Opéra vint à passer 
dans les attributions du ministre de la maison 
de l'empereur. L'accès de notre première scène 
lyrique s'élant trouvé en même temps interdit 
à tout compositeur n'ayant pas encore fait ses 
preuves sur une scène subventionnée, M. d'indy 
dut rendre .son poème à M. de Saint-Georges, 
qui le remania, et le transmit cette fois à M. Jules 
Cohen ; ce fut , comme on le sait , l'Opéra-Co- 
mique qui hérita de Maître Clavde. 

Les derniers ouvrages dramatiquesde M. d'indy 
sont deux opéras de salon : Méprise et Surprise, 
et Dans le brouillard, composés l'un et l'aiWre 
en 1807, sur des paroles de M. Jules d'Evry. Ces 
deux partitions, finement touchées, et d'un 
caractère très-agréable, ont été exécutées dans 
la salle du Conservatoire. Une affection préma- 
turée de l'organe visuel, dont la gravité s'est 
promptement accrue, a forcé M. d'indy à re- 
noncer aux travaux de composition qui lui étaient 
chers, et pour lesquels il se sentait heureuse- 
ment doué. Je compléterai l'énumération de ses 
fl'uvres principales en signalant : un trio |)our 
piano, violon et violoncelle, op. 15 (Paris, Ri- 
cbaull), deux sonatines pour piano, et une Séré- 
nade, dont la mélodie élégante et l'accompagne- 
ment soigné donnent la mesure du talent du 
compositeur. 

M. Wilfrid d'indy a fourni au Correspondant, 
de 1869 à 1873, d'inléres.sants articles de criti- 
que musicale. Il habite depuis un certain nombre 
d'années l'arrondissement de Bayeux (Calvados). 

J. C-z. 

lA^DY (Vincent D'), compositeur, neveu du 
précédent, s'est fait connaître, depuis quehjues 
années, par plusieurs productions importantes. 
C'est ainsi (pi'il a fait entendre successivement 
une ouverture intitulée les Piccolotnini (Concerts 
populaires, 1874), des fragments d'une « sym- 
phonie chevaleresque» (Société nationale, 1876), 
une ouverture iVAntoine et Ciéopâtre (Con- 
certs populaires, 1877), et une « chanson espa- 
gnole » avec chd'ur intitulé la Chevauchée du 
^(/(Société nationale, 1877).Cejeuneartiste, qui 
ne manque ni de talent ni de vigueur, mais qui 
cbercbe encore sa voie , semble, comme (juel- 
(pies-uns des musiciens <ie notre nouvelle école 
française, un peu trop imbu des théories éner- 
vantes de M. Richard Wagner. M. d'indy a pris 
une part assez importante à l'utile et intelligente 
publication <Ies cantiques et des madrigauv de 
Saloinon Rossi, faite récemment par M. S. Naum- 
bourg {Voyez ce nom). 

ll\GRA!\DE (Edmond D'), organiste et coin- 



INGRANDE (D') — ISMAEL 



13 



positeur, est né à Paris le 19 mars 1825. D'abord 
élève lie W'ilheni et de Tasliin, il travailla ensuite 
avec Zimniermann, et prit part, en 1845, an 
concours préparatoire pour le prix de Rome. 
N'ayant pas réussi, il entra en 1848 au Conser- 
vatoire, dans la classe de composition d'Adolphe 
Adam, mais n'y resta que peu de temps. 11 devint 
bientôt professeur de cliant dans les écoles com- 
munales de la ville de Paris, puis, successive- 
ment, organiste de l'église Saint-Ambroise , de 
Notre- Dame-des-Blancs-Manteaux, et maître de 
chapelle à Saiut-Leu. M. d'ingrande a écrit un 
grand nombre de chœurs orphéoniques : le 
Guet, Il est minuit , les Papetiers , le Chant 
des Forgerons, la Fêle du bon Dieu, les Génies 
de la terre, l'Union de l'industrie et des arts, 
le Chant de V atelier, qui ont été couronnés à 
différents concours; il est aussi l'auteur d'une 
grande cantate , Jeanne d'Arc, pour soprano et 
chœurs, avec accompagnement de piano et ins- 
truments à cordes, couronnée par la Société libre 
des Beaux-Arts, et de deux messes brèves à 3 
voix d'hommes, avec accompagnement d'orgue, 
qui lui ont valu deux mentions honorables au 
concours ouvert en 1874 par la Société des com- 
positeurs de musique. IVI. Edmond dlngrande a 
pris part à la rédaction du journal l'Orphéon et 
à celle de l'Union chorale, devenue plus tard 
l'Union musicale. 

IMGUEZ ( ), organiste espagnol con- 
temporain, a publié chez l'éditeur Romero y 
Andia, à Madrid, un Traité complet de plain- 
chant et une Méthode complète, théorique et 
pratique d'orgue. 

* li\SANGUlI\E (Jacques). Aux ouvrages 
dramatiques de cet artiste, il faut ajouter la 
Matilde generosa , opéra représenté à Naples, 
sur le théâtre des Fiorentini, i;n 1757. 

IiXZElXGA (José), pianiste, compositeur et 
professeur espagnol contemporain , est l'auteur 
d'un manuel intitulé : Quelques observations 
sur l'art d'accompagner au piano (Madrid, 
Romero y Andia). Cet artiste a fait représenter 
sur divers théâtres de Madrid, soit seul, soit en 
collaboration, un certain nombre de :iarzuelas ; 
je ne puis signaler que les suivantes : 1° Por se- 
guir a una mujer, 4 actes (en société avec Gaz- 
taiiibide, MM. Barbieri etOudrid), 24 décembre 
1851-, 2" Don Simplicio Bobadilla , 3 acies 
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Hernando), 
7 mai 1853; 3° wn Dia de reinado, 3 actes 
(avec Gazlambide, MM. Barbieri et Oudrid), il 
février 1854; 4° Cubiertos à cuatro reaies, un 
acte, 27 octobre 18GC ; 5° Oro, astucia y amor, 
3 actes -, 6" Si yo fuera rey, 3 actes. M. Inzenga 
Ç9t professeur de chant au Conservatoire de Ma- 



drid depuis le l" février 1860. Il a publié ré- 
cemment le premier volume d'un recueil inté- 
ressant, qui, sous le titre d'^cos de Espana 
(Barcelone, Vidal et Bernareggi), reproduit 
cinquante-deux pièces de musique populaire , 
chansons ou airs de danse, parmi lesquels on 
retrouve les airs joyeux des montagnes de la 
Catalogne , la Guaracha de l'île de Cuba , des 
seviltanas , la jota aragonesa , et jusqu'aux 
chants militaires de la guerre de l'Indépendance. 
M. Inzenga , qui a fait un voyage artistique en 
Italie, a aussi publié un livre intitulé : Jmpre- 
sionas de un artista en Itaiia, qui renferme, 
dit-on, de bonnes vues sur l'art lyrique et sur 
l'art du chant. 

lREi\10i\GER (Michel), compositeur, s'est 
fait connaître en Italie par un petit opéra, una 
Notie di novembre, qui fut joué en 1869 au 
théâtre Re, de Milan, avec un certain succès. Cet 
artiste, qui fut , je crois , avec un de ses con- 
frères, directeur un instant d'une des petites 
scènes de Milan , mourut en cette ville , à la 
fleur de l'âge, le 6 janvier 1871. 

ISMAÉL (Jean-Vital-Ismael JAMMES, 
dit), chanteur dramatique , est lils d'un pauvre 
tailleur d'Agen , et naquit en cette ville le 28 
avril 1827. Doué d'une superbe voix de baryton 
et d'heureuses aptitudes musicales, il ne put 
être aidé par sa famille , trop pauvre pour lui 
fournir les maîtres dont il avait besoin. Alors, 
poussé par sa vocation, il quitta un jour la mai- 
son paternelle, se rendit à pied à Bordeaux, puis 
delà à Nantes, s'arrêtant de ville en ville, et 
faisant le métier de chanteur ambulant pour pou- 
voir vivre le long de la route. Arrive à Nantes, 
il trouva le moyen de se faire engager comme 
choriste au Grand-Théâtre , et fut appelé un 
jour, par occasion , à jouer le rôle de Max dans 
le Chalet. 11 avait alors seize ans environ. 
Bientôt il vint à Paris , se vit refuser, dit-on , 
l'entrée du Conservatoire , prit quelques leçons 



avec un artiste peu connu , et 



pour 



tenir, dans une petite ville de la Belgique, l'em- 
ploi de baryton et de basse chantante. 

Le jeune artiste possédait un tempérament in- 
tellectuel remarquable. Seul , sans maîtres , il 
avait appris à lire et à écrire ; presque seul aussi, 
il apprit la musii|ue, se mit en état de lire les 
partitions, et fit d'une façon toute pratique, sur 
les scènes secondaires de la province , son rude 
apprentissage de chanteur et de comédien. Apiès 
avoir tenu son emploi à ïournay, à Orléans, à 
Amiens, à Saint-Étienne, il arriva à Bordeaux, 
et c'est dans cette ville qu'il rencontra ses pre- 
miers grands succès , en jouant tous les grands 
rôles du répertoire de l'Opéra et de l'Opéra-Co- 



u 



ISMAEL — ISOUARD 



niique. 11 iHait lancé alors, et ne quitta plus les 
granilfs villes , se produisant succissiveinent à 
Bruxelles, à Rouen, à Lyon, à Marseille, etc. 

La réputation que M. Isniaël s'était acquise en 
province était parvenue jnsquà Paris. M. Car- 
vallio, directeur du Théâtre ■ Lyrique , songea à 
se l'attacher, et, le 30 septembre 1863, M. Isinaël 
débutait à ce théâtre dans un ouvrage nouveau, 
les Pécheurs de perles, de Georges Bizet, 
après quoi il se produisait dans Rigolât (o. 
Quoique un peu hésitant à son apparition sur une 
scène aussi importante, en raison de certains 
défauts que les artibtes contractent forcément en 
pro\ince, M. Isniaèl, dont les qualités de chan- 
teur et de comédien étaient incontestables, dont 
la voix était sympathique bien que parfois un 
peu dure, et qui joignait à un grand sentiment 
pathétique la verve comique qui force le rire, 
M. Ismaël prit bientôt possession du public et 
devint son acteur favori. Des créations nom- 
breuses dans Cardillac, la Fiancée d'Abydos, 
les Joyeuses Commères de Windsor, Mireille, 
Macbeth, etia reprise de certains rôles du réper- 
toire, entre autres celui de Sganarelle du Mé- 
decin malgré lui, vinrent montrer toute l'am- 
pleur, la souplesse et la variété de son talent. 

Vers 1871, M. Ismaël fut engagé à l'Opéra- 
Comique, et là encore , sans parler de l'a'uvre 
ridicule qui s'appelle Fantasio, il fit plusieuis 
excellentes créations : le Roi l'a dit, le Floren- 
tin, et surtout Gille etGillotin, auquel il dut 
un de ses plus grands succès. Malheureusement, 
vers cette époque, il fut atteint d'une affection 
vocale qui l'obligea de s'éloigner de la scène à 
plusieurs reprises. Il n'importe ; M. Ismaël reste 
un artiste extrêmement distingué, bien doué à 
tous les points de vue, soigneux de toutes choses, 
et qui réunit, qualité si rare aujourd'hui , le 
talent du comédien à celui du chanteur. C'est en 
raison de cet avantage que le Conservatoire l'a- 
vait placé, il y a quelques années, à la tète de 
sa classe d'opéra. Il a dû résigner depuis ces 
fonctions, et la perte de sa voix, qui semblait 
l'avoir obligé aussi à quitter définitivement la 
scène, lui a cependant permis d'entrer au 
théâtre de la Renaissance, oii il a tait une 
excellente création dans une opérette de 
M. Johann Strauss, la Tzigane {{^11). 

ISO ( ), compositeur français, vivait 

dans la seconde moitié du dix-huilième siècle. 
Le 20 juillet 1759, l'Opéra donnait la première 
reiirésentatidU de Fragments hcroïques dont 
chacun des trois actes, comme c'était Ihabiludc 
pour ces sortes d'ouvrages, formait un tout com- 
plet et indépendant des deux autres. Le premier 
avait pour titre Phaétuse (paroles de Fuselier), 



le second Zémide (paroles de Laurè-s), et la 
musique de ces deux actes était d'Iso. Ce com- 
positeur, aujourd'hui complètement oublié et 
qui n'a pas laissé d'autres tra(;es de son passage, 
serait resté absolument ignoré sans nn incident 
as.sez étrange, que l'on trouve ainsi relaté dans 
les Anecdoles dramatiques de l'abbé de La 
Porte : « M. Iso est connu par le procès qu'il a 
intenté à M. de Lagarde, compositeur de la cham- 
bre de Sa Majesté et ordinaire de sa musique. 
M. Iso prétendait que de tous les ouvragesj de 
musique qui ont paru sous le nom de M. de La- 
garde, il n'y en a pas un seul qui lui appartienne. 
Je suis, dit-il dans son Mémoire, l'auleur de 
tous ces ouvrages.... Le sieur de Lagarde s'en 
est approprié la gloire et le profit. M. Iso 
fut condamné au Châtelet, et ensuite au Parle- 
ment. » Il m'a été impossible de mettre la main 
sur le Mémoire d'Iso , qui est sans lioiiîe fort 
curieux, et je n'ai pu découvrir aucun autre ren- 
seignement sur cet artiste , si ce n'est que le 
mardi-saint de l'année 1773, M'i^ Dnval chantait 
un motet de sa composition au Concert spirituel. 
Je crois toutefois qu'il ne fait qu'un avec celui 
qui est mentionné sous le nom li'Yzo, au tome 
VIII de la Biographie universelle des musi- 
ciens , comme auteur d'un écrit intitulé Lettre 
sur celle de M. J.-J. Rousseau , citoyen de 
Genève, sur la musique, et publié en 1754. 

ISOLAiVI (Le comte ALEssAXDRo),est l'auteur 
d'un opéra-ballet intitulé Amina , qui a été 
représenté en 1859 au théâtre communal de Bo- 
logne. 

* ISOUARD (NicoLo), compositeur, était 
né à Malte, d'une famille française, le décembre 
1775. A la liste de ses ouvrages, il faut ajouter 
le Baiser et la Quittance, opéra-comique en 3 
actes, écrit en société avec Boieldieu, Kreutzer 
et Mehul, et rei)résenté à l'Opéra-Comique le 
18 juin 1803; on lui doit au.ssi quehjues frag- 
ments d'M«e Nuit de Gustave Wasa , opéra- 
comique donné le 29 septembre 1827, et au sujet 
duquel Fétis disait, dans sa Revue musicale : 
" Cette pièce n'est point favorable à la musi- 
que. INicolo Isouard, qui en avait été chargé 
primitivement, avait jeté sur le papier quehpus 
idées, et avait écrit tout le cha ur de la fin du 
premier acte. Le reste de la musique a été com- 
posé par M. Casse. » 

S'il faut en croire certains documents, le véri- 
table nom de famille de Nicolo aurait été Isoiar, 
et non Isouard. Ainsi, dans l'acte de mariage de 
.son frère, dressé à Gand en 1827, on lit : « Jo- 
seph- Alexandre- Victor- Antoine-Calcédoine- Jac- 
ques-Emmanuel Lsoinr, dit Aicolo Isouard, né 
à Malte le 2i juillet I7i)i.... « Ce frère cadet, 



ISOUARD — IVRY (D') 



lo 



voulant profiter de la renommée de Nicolo , se 
faisait appeler lui aussi, comme on le voit, Nicolo 
Isouaid. Après avoir été officier sous lo premier 
empire , il avait ensuite embrassé la carrière 
théâtrale, d'abord comme chanteur, puis comme 
directeur. Il chanta l'empini des ténors d'opéra- 
comique dans plusieurs jurandes villes des dépar- 
tements et de létranger, notamment à Lille 
(1825), Gand (1826 et 1827), Rouen (1828), 
Nîmes (1829), Toulouse (1833), et ensuite de 
nouveau à Rouen pendant plusieurs années. Il 
resta établi en cette ville, où il deviid plus tard 
sous-inspecteur des monuments historiques à 
la préfecture de la Seine-Inférieure, et y mourut 
le 23 mars 1803. 

L'une des deux filles de Nicolo, M'i-^ Miirlle 
JSicolo Isouard, était musicienne et s'était quel- 
que peu livrée à la composition. Elle avait pu- 
blié quelques romances et mélodies vocales. Elle 
est morte à Paris, le 6 octobre 1876, à l'âge 
de soi\anfe-deux ans. 

ITASSE ( ), professeur de chant à 

Paris, appartenait au personnel de TOpéra et fit 
partie des hautes-contre des chœurs de ce théâ- 
tre depuis 1768 jusqu'à 1783, époque à laquelle 
il fut pensionné. Cet artiste a publie un Premier 
recueil cPairs et duos avec accompagneinent 
de violon et alto, ou avec la guitare et basse. 

ITIER (Léonard), luthiste fort distingué, 
vivait dans la seconde moitié du dix-septième 
siècle et dans la première moitié du dix-huitième. 
Bien qu'on ne connaisse point l'année de sanais- 
.sance ni celle de sa mort, i! est certain qu'il vé- 
cut fort vieux , car ÏÉIat de la France , qui 
l'inscrit, à la date de 1721, comme maître de 
lutli ordinaire des pages de la musique de la 
chapelle du roi, avec « 600 livres par an -pour 
nourriture, » ajoute qu'« il étoit déjà en posses- 
sion de cette charge au saci e du roy Louis XIV 
en 1654. » Hier a donc fourni une carrière d'une 
longueur peu commune, et est resté en exercice 
pendant au moins soixante sept ans. Il occupait 
la même charge pour les pages de la musique de 
la chambre, avec « 730 livres de nourriture 
par an, » et enfin il était joueur de viole de la 
musique de la chambre pour le semestre de 
juillet, « à raison de 450 livres 5 sols pour 
nourriture, » ce qui lui constituait un traitement 
total annuel de 1780 livres 5 sols. — Son fils, 
Gaston Hier, luthiste comme lui, avait la sur- 
vivance de ces trois charges , et lui succéda 
vraisemblablement. 

IVANOFF (Nicolas), l'un des rares chan- 
teurs russes qui se soient (ait un nom , est né 
dans la Petite-Russie au commencement de ce 
siècle. Doué d'une fort jolie voix de ténor, il 



quitta jeune son pays pour aller étudier léchant 
à Milan, sous la direction d'Eliodorn Bianchi. Il 
débuta à Naples vers 1830, prit encore en cette 
ville des leçons de Nozzari, et presque aussitôt 
était engagé au Théâtre-Italien de Paris, où il 
se produisait pour la première fois en 1832, et 
où il supporta sans désavantage le redoutable 
voisinage de Riibini. La voix d'Ivanoff avait un 
remarquable caractère de tendresse et de suavité, 
et ses qualités naturelles étaient doublées par la 
pureté d'un chant plein de douceur et d'élégance. 
H chantait Vadagio avec un charme exquis, et 
jamais ne laissait échapper de ces cris et de ces 
coups de gosier qui sont l'unique ressource des 
artistes médiocres. Seulement, il était froid et 
compassé comme acteur. Ivanoff resta plusieurs 
années à Paris, se fit entendre également à Lon- 
dres, puis retourna en Italie, se fit applaudir à 
Florence , à Palerme, à Milan, revint un instant 
à Paris, vers 1850, et enfin alla se retirer à Bo- 
logne, où il vit encore aujourd'hui, entouré, dit- 
on, de l'estime et de l'affection de tous ceux qui 
le connaissent. 

IVRY (Paul-Xa.vier-Désiré, marquis de 
RICHARD D'), compositeur dilettante , est 
né à Beaune (Côte-d'Or) le 4 février 1829. Dès 
1847 il faisait exécuter par la Société philharmo- 
nique de cette ville une ouverture de concert, 
et écrivait bientôt les paroles et la musique d'un 
opéra intitulé Fatnia, en môme temps qu'il pu- 
bliait quelques mélodies vocales. S'élant fixé à 
Paris en 1854, il y composa la musique de deux 
opéras-comiques en un acte, Quentin Melzys et 
la Maison du docteur, sans pouvoir réussir à 
se faire ouvrir les portes d'un théâtre ; le second 
de ces ouvrages fut pourtant joué dans quelques 
salons et représenté à Dijon en ISâô, et la par- 
tition en fut gravée chez l'éditeur M. Choudens. 
A cette époque, M. d'Ivry, qui n'avait reçu au- 
cune éducation musicale et ne s'était formé que 
par la lecture de quelques traités et des œuvres 
des maîtres, prit des leçons de contrepoint de 
Leborne et fit un cours de composition avec 
M.Aristide Wv^wmA {Voyez ce nom). C'e.U pen- 
dant ce temps qu'il écrivit un nouvel ouvrage en 
un acte, Omphaleet Pénélope, qui lui avait é[é 
commandé pour le Théâtre-Lyrique, mais qu'un 
changement de direction fit rester dans ses 
cartons. 

Quelques années plus tard, M. d'Ivry, voulant 
réaliser un rêve longtemps caressé, entreprit 
d'écrire le poème et la musique d'un Roméo et 
Juliette qui fût à l'œuvre de Shakespeare ce que 
\& Faust Ae. M. Gounod était au draïue de Gœlhe. 
La moitié de l'ouvrage était déjà faite lorsque, 
vers la fin de ISCi, le compositeur se trouvant 



46 



IVRY (D') 



à Rouen, apprit de Liszt que M. Gounod était en 
train de traiter le même sujet. Douloureusement 
surpris à cette nouvelle, il se remit pourtant au 
travail , mais sans se dissimuler les dirticultés 
qu'allait créer à l'expansion de son œuvre une 
concurrence aussi redoutable. Il la termina néan- 
moins, et, désirant prendre date, il lit graver sa 
partition sous le titre : les Amants de Vérone 
(Paris, Flaxiand), de façon que sa publication 
précédât de quelques jours l'apparition, sur la 
scène du Théâtre -Lyrique, du Roméo et Juliette 
de M. Gounod. La partition des Amants de Vé- 
rone était signée du pseudonyme anagrammatique 
de Richard Yrvid. Peu de semaines après, le 12 
mai 1867, une exécution en était faite à l'école 
de M. Duprez, avec M. Duprez fils et sa sœur, 
M™' Vandenheuvel-Duprez, dans les deux rôles 
de Roméo et de Juliette; la presse musicale, in- 
vitée à cette soirée, fut très-favorable à l'œuvre 
et à l'auteur. 

Toutefois, celui-ci n'eut plus alors qu'une dou- 
ble pensée : compléter et parfaire une œuvre qui 
ne le ^satisfaisait qu'à demi et, dans ce nouveau 
travail, s'éloigner le plus possible de l'interpré- 



tai ion que M. Gounod avait donnée au chef- 
d'œuvre de Shakespeare ; puis, faire jouer les 
Amants de Vérone. L'ouvrage, refait en grande 
partie, augmenté d'un acte (il n'en comportait 
primitivement que quatre), s'éloigne sensiblement 
de l'opéra de demi-caractère, pour se rapprocher 
du grand drame lyrique , et l'auteur a donné 
beaucoup de développement aux deux rôles de 
Mercutio et de la nourrice, tenus dans l'ombre 
par les collaborateurs de M. Gounod. J'ai en- 
tendu les deux versions des Amants de Vérone, 
et, déjà fort satisfait de la première, j'ai trouvé 
la seconde très-supérieure et digne d'être pré- 
sentée au public avec de grandes chances de 
succès. Par malheur, celui-ci n'a pas encore été 
appelé à la juger. 

M. le marquis d'Ivry a publié chez MM. Ma- 
yaud, Richault et Heu un certain nombre de 
mélodies vocales : le Roi de Thulé, l'Ondine, 
V Adieu de la Nourrice, Matin et Soir, Fleur 
de jasmin, etc., ainsi qu'un «« cantique à Notre- 
Dame de Lourdes, » Litanies de la Délivrance, 
dont il a écrit les paroles et la musique. , , 



JACOBS (Peeter) , lulliier flamand, exerça 
son art à Amsterdam dans les dernières années 
du dix-septième siècle et au commencement du 
dix-huitième. C'était un artiste habile, dont les 
produits avaient une réelle valeur. Les instru- 
ments laissés par lui sont nombreux, tant violons 
qu'altos et basses, et construits sur le modèle de 
ceux de Nicolas Amali. 

JACOBY (Georges), violoniste et compo- 
siteur, né à Berlin le 13 février 1840, fut amené 
de bonne heure en France par ses parents, et se 
fit admettre au Conservatoire de Paris, où il 
entra, le 29 décembre J832, dans la classe de 
M. Massart. Admis au concours en 1 854, il obtint 
un 3« accessit, et se vit décerner le l" en 1836, 
puis concourut deux nouvelles années sans ob- 
tenir une récompense supérieure ; aux termes 
des règlements de l'école, il aurait dû être rayé 
des classes, mais il obtint un sursis, concourut 
de nouveau en 1859 , remporta un second prix , 
et enQn eut le premier en 1861. A peu près à 
cette époque il entra à l'orchestre de l'Opéra, ce 
qui ne l'empêchait pas de se faire entendre fré- 
quemment dans les concerts. Quelques années 
plus tard, en 1868, M. Jacoby devenait chef 
d'orchestre au petit théâtre des Bouffes-Parisiens, 
puis , étant allé se fixer à Londres en 1870 , il 
acceptait, en 1872, les fonctions de chef d'or- 
chestre à l'Alhambra , fonctions qu'il exerce en- 
core aujourd'liui. Cet artiste a fait représenter à 
Paris deux ou trois opérettes sans conséquence 
et sans valeur, et il a écrit à Londres la musique 
de quelques pantomimes et féeries ; voici la liste 
de ces ouvrages : i° le Feu aux poudres , un 
acte, dans un concert, 21 mars 1869; — 2° la 
Nuit du 15 octobre, un acte. Bouffes- Parisiens , 
15 octobre 1869;— 3° Black-Crook, féerie en 
4 actes (eu société avec M. Fr. Clay), Alhambra 
de Londres, décembre 1872; — k° Mariée de- 
puis midi, monologue, Alhambra, Juillet 1873 
(représenté en suite aux Bouffes- Parisiens le 6 
mars 1874); — 5° la Forêt enchantée, ballet- 
pantomime, Alhambra, août 1873; — 6" the 
Démon' s Bride, féerie en 3 actes, id., 7 sep- 
tembre 1874 ; — 7° Cupid in Arcadia , ballet 
en 2 tableaux, id., 26 juin 1875;— 8° the 
Fairies Home, ballet, id., décembre 1876. — 9° 
Yolande, ballet, id., août 1877. Dans les con- 
certs fréquents qu'il donnait naguère à Paris, 
M. Jacoby fit entendre plusieurs œuvres com- 

BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — . SUPPL. «-• 



posées par lui pour le violon : 1« concerto, dédié 
au roi de Prusse ; 2" concerto, dédié à la reine 
d'Espagne; Valse de concert ; Prière ; Nocturne; 
Berceuse ; Chanson de matelots ; Fantaisies sur 
VÉtoile du Nord, V Africaine, la Fille du 
régiment, etc., etc. J'ignore si aucune de ces 
compositions a été publiée. 

JACOPS (Edouard) , est auteur de l'écrit 
suivant : Nomenclature des sociétés musicales 
de la Belgique, suivie d''une notice chronolo- 
gique sur l'Association royale de sociétés lyri- 
ques d'Anvers (Anvers, 1853, in-8°). 

JACQUARD (Léos-Jean), violoncelliste 
distingué, né à Paris le 3 novembre 1826, fit ses 
études littéraires à Pont-le-Voy, près de Blois, où 
il commença à travailler le violoncelle sous l'ha- 
bile direction de Hus-Desforges, qui s'était retiré 
en cette ville. Celui-ci étant mort eu 1838, 
M. Jacquard fut confié pendant quelque temps 
aux soins d'un artiste nommé Auguste Levacq, 
puis vint à Paris, et fut admis, au Conservatoire, 
dans la classe de Norblin. Ses progrès furent 
rapides avec ce nouveau maître, et après avoir 
obtenu un second prix au concours de 1842, il 
se voyait décerner le premier en 1844. A partir 
de ce moment, M. Léon Jacquard se produisit 
fréquemment en public, et fit apprécier de réel- 
les qualités de virtuose. Vers 1855, il fonda, en 
compagnie de l'excellent violoniste M. Armin- 
gaud, et avec le concours de MM. Mas et Saba- 
tier, une société de musique de chambre qui 
compta bientôt au nombre des meilleures de 
Paris. La réputation de M. Jacquard s'établit 
alors solidement, et l'on remarqua le style élé- 
gant, la belle sonorité et le jeu expressif que cet 
artiste faisait briller dans l'exécution de la mu- 
sique de chambre. 

M. Jacquard , qui est membre de la Société 
des concerts du Conservatoire, a été nommé 
au mois de décembre 1877, lors de la mort 
de Cheviliard, professeur de violoncelle dans 
cet établissement. Il a publié un certain 
nombre de morceaux de genre pour son 
instrument. — Son frère, M. Louis-Auguste 
Jacquard, né à Pont-le-Voy le 26 décembre 
1832, violoncelliste comme lui, a été, au Con- 
servatoire, l'élève de M. Franchomme, dans la 
classe duquel il a remporté un second prix en 
1850, elle premier en 1852. 

JACQUES (M'ie Charlotte), pianiste, pro- 

T. II. 2 



18 



JACQUES — J^EHNS 



fesseiir et compositeur, a fait représenter au 
lhé;\tre Déjazet, au mois de décembre 18G2, une 
opérette vn un acte intitulée la Veillée. 

JACQUOT (Charles), luthier français, né 
à Mirecourt (Vosges) en 1808, était fils d'un 
maître tailleur d'un régiment de ligne. 11 lit 
son apprentissage dans sa ville natale, d'abord 
chez Nicolas, ensuite chez Breton, puis partit 
pour Nancy, où il travailla pendant plusieurs 
années comme ouvrier compagnon, après quoi 
il s'établit à son compte. En 18j2 il quitta 
Nancy pour venir se fixer à Paris, et se fit une 
bonne renommée en cette ville, aussi bien par 
le talent qu'il déploya dans la facture des ins- 
truments neufs que par ses rares connaissances 
en ce qui concerne la lutherie ancienne. 

M. Jacquot est un des meilleurs luthiers de 
l'école française actuelle, ses produits sont re- 
marquables à beaucoup d'égards, et il a obtenu 
plusieurs récompenses dans les Expositions : à 
Paris (1849), un premier et un second prix; à 
Paris (Exposition universelle de 1855), une 
médaille d'argent; à Bayonne (1854), une 
médaille d'or. 

Un !ils de cet artiste, M. Charles Jacquot, 
né à Nancy en 1828 et élève de son père, est 
établi luthier dans sa ville natale. 

* JADASSOHIV (Salomon). Cet artiste 
distingué, dont le talent est fort apprécié dans 
sa pairie, quoique sa renommée ne se soit guère 
étendue en deiiors de l'Allemague, a rempli, 
de 1867 à 1869, les fonctions de chef d'orchestre 
de la société musicale Euterpe, de Leii)zig. 
Ses compositions pour l'orchestre , pour le 
piano ou pour le chant se montent à plus de 
soixante, parmi lesquelles nous citerons les 
suivantes ; 1" symphonie, en ut majeur; 2^ 
symphonie; 3' symphonie, en ré mineur, op. 50; 
trois sérénades pour orchestre ; 1*"^ grand trio 
pour piano, violon et violoncelle; 2" grand trio 
id., op. 20; quatuor pour instruments à cordes, 
op. 10; plusieurs sonates pour piano et violon; 
ouverture de concert, pour orchestre; sérénade 
pour piano, op. 35; 3 petits morceaux pour 
violon et piano, op. 18 ; 2 morceaux pour piano, 
op. 21 ; Bal masqué, 7 airs de ballet pour 
piano, op. 26; Variations pour piano, op. 40; 
Improvisations, \mwT \mno, op. 48; 9 lieder 
avec accompagnement de piano, op. 36; & lie- 
der, id., op. 52; 6 pièces pour piano, op. 49; 
motet pour voix seule et chu'ur. 

* JADIiX (Louis). Le répertoire dramatique 
de ce compositeur doit se compléter par les 
ouvrages suivants : 1" le Coucou, un acte, th. 
Monlansier, 1798; 2" les Trois Prétendus, un 
acte, même théâtre, 1805; 3" les Arts et l'Ami- 



tié (ancienne comédie de Bouchard, mise en 
opéra-comique), un acte, Opéra-Comique, 9 
juin 1807. A ces ouvrages, il faut joindre encore 
la mort de Léopold Brunswick, scène à grand 
ciionir qu'il fit exécuter au concert spirituel le 
i'' avril 1790, l'Education de l'ancien et du 
nouveau régime, hymne exécuté à l'Opéra le 11 
octobre 1794, et le Serment des Gardes, cantate 
exécutée au même théâtre le 30 mars 1821. En 
1802, un éditeur de musique. M'"' Duhan, 
entreprit la publication d'un recueil périodique, 
le Journal d'Apollon, qui contenait des mor- 
ceaux de chant et de piano dont les auteurs 
étaient Boieldieu, Cherubini et Jadin. C'est le 11 
avril 1853 que Jadin est mort à Paris. 

* JADIN (Hyacinthe), est mort non en 
1802, mais au mois d'octobre 1800. On peut 
lire un article nécrologique sur cet artiste dans 
le Courrier des Spectacles du 19 vendémiaire 
an IX. 

JAEGHER (L DE), organiste de la 

cathédrale de Bruges, naquit à Oostvoosbeke 
(Flandre occidentale), et fut élève du Conserva- 
toire de Gand, où il se trouvait en 1840. Devenu 
organiste à Tourcoing, il fut appelé plus tard 
à remplir les mêmes fonctions à Bruges. Comme 
compositeur, cet artiste a publié une messe à 
4 voix, des offertoires, plusieurs grands chœurs, 
des motets, etc., etc. 

* J.^Hi\S (Frédéric-Wilhelm), chanteur, 
compositeur, professeur et écrivain sur la mu- 
sique, est né à Berlin le 2 janvier 1809. Doué 
d'une fort belle voix, il se destina d'abord au 
théâtre, chanta quelques rôles à l'Opéra de 
Berlin, mais bientôt abandonna cette carrière 
pour se livrer à l'enseignement. Il étudia alors 
le piano, prit des leçons de Louis Horzi/.ky, se 
vit bientôt très-recherché comme professeur 
de chant, et forma un nombre considérable de 
très-bons élèves. Il fonda en 1845 et dirigea 
jusqu'en 1870 une société connue sous le nom 
d'Union de chant. 

En même temps, M. Jœhns se faisait con- 
naître aussi comme compositeur par la publi- 
cation de plus de 130 morceaux de chant à 
pinsieurs voix, dont quelques-uns écrits dans le 
style religieux; il faisait paraître encore un trio 
pour piano, violon et violoncelle, une sonate 
pour piano et violon, un grand duo pour piano 
et violoncelle, 4 pièces caractéristiques pour 
piano, des marches et divers arrangements pour 
le même instrument. M.Jœhns occupe une place 
à part comme arrangeur des œuvres des grands 
maîtres, particulièrement de Weber, son auteur 
favori, auquel il a voué un culte véritable et 
intelligent. 



JyEHNS — JAHN 



C'est cette admiration profonde pour Weber 
qui a amené M. Jc«hns à puhlier, sur cet ar- 
tiste immortel, un livre important qu'il a 
donné sous ce titre : C. M. von Weber in 
seinen Werken {C. M de Weber dans ses 
œuvres). Cet écrit, qui a paru à Berlin en 1871 
et que l'on peut comparer à celui que le che- 
valier de Kœchel a publié sur Mozart, donne 
un catalogue thématique et raisonné des diverses 
œuvres du maître, avec autographes, critique, 
biographie et portraits, d'après les lettres et le 
journal de Weber. M. J;ehns possède, dit-on, 
une fort belle bibliothèque musicale, dont la 
partie la plus remarquable et la plus intéres- 
sante est la collection relative à Weber, qui ne 
contient pas moins de 3,500 pièces, consistant 
en manuscrits, lettres, portraits (au nombre de 
86), curiosités et reliques de toutes sortes. 

* JAELL (Alfred), pianiste et compositeur. 
Cet artiste fort distingué, au jeu brillant, élégant 
et plein de délicatesse, a fait de grands voyages 
à travers l'Europe, et y a toujours obtenu de 
légitimes succès. M. Alfred Jaëll se distingue 
surtout par le style qu'il apporte dans l'exécu- 
tion des grandes œuvres classiques. Comme 
compositeur, il a publié près de deux-cents mor- 
ceaux de piano, parmi lesquels beaucoup de 
transcriptions et de fantaisies sur d'es motifs 
d'opéra; on remarque cependant, dans ces 
nombreuses productions, quelques morceaux 
originaux, d'un caractère aimable : Aux bords 
de TArno, caprice élégant, op. 124; Sérénade 
italienne, op. 44 ; Ballade, op. 88; 3 Morceaux 
de salon, op. 106; Bluette, op. 59; Nocturne 
dramatique, op. 122; le Carillon; Aux bords 
du AJississipi, morceau caractéristique, op. 
37 ; le Carnaval de Venise, variations burles- 
ques, op. 22 ; Impromptu, op. 151 ; Nocturne op. 
G; Inlerlaken, chant du soir, op. 102, etc., etc. 
M. Alfred Jaëll a épousé, vers 1864, une 
jeune pianiste, M"' Marie Trauttmann, Alsa- 
cienne de naissance, qui déjà s'était fait elle- 
même une brillante réputation de virtuose, 
mais dont le talent contraste singulièrement 
avec le sien, car le jeu de M""* Jaëll brille sur- 
tout par la fougue, la puissance et l'éclat, 
tandis que celui de son mari se fait remarquer 
par une grâce et une élégance presque fémi- 
nines. Déjà bien connus en France, ces deux 
artistes se sont fait entendre de nouveau à Paris, 
en 1875 et 1876, avec un grand succès. Élève 
du Conservatoire de cette ville, M"= Trauttmann 
y avait remporté, en 1862, un premier prix de 
piano. Ne se bornant pas à ses succès de 
virtuose. M*"' Jaëll s'est fait aussi connaître, 
en ces derniers temps, comme compositeur. 



Non-seulement elle a publié chez l'éditeur M. Gé- 
lanl un fort joli recueil de 12 valses à quatre 
mams pour le piano, écrites dans un très-bon 
style, mais elle a fait entendre un concerto en 
re mineur pour piano avec accompagnement 
d orchestre, q.ii est une œuvre remarquable à 
beaucoup d'égards et qui la classe au nombre 
des artistes les plus distingués. 

JAFFÉ (MoRiTz), est l'auteur d'un opéra 
'ntilulé : Das Kœthelen von Heilbronn, qui a 
été représenté pour la première fois à Augsbourg 
en 1866, et que l'auteur donna sous le pseu- 
donyme de Morja. Au mois de juillet 1875, cet 
artiste a donné au théâtre Kroll, de Berlin, un 
second ouvrage qui portait pour titre : Ecke- 
hard,- celui-ci n'a obtenu aucun succès. 

JAGARTE (Manoel), compositeur et vio- 
lomste espagnol, né vers 1796, mourut à St- 
Sébastien en 1819, à l'âge de 28 ans. Je n'ai 
trouve aucuns renseignoanents sur cet artiste 
en dehors de la notice nécrologique suivante, 
insérée dans les Annales de la musique de 1820 : 
— « Ayant pris à Bordeaux les premières no- 
tions de la musique, pour laquelle il manifesta 
des dispositions extraordinaires. 11 acquit sur 
le violon un talent remarquable et exquis pour 
son âge; puis, se livrant à la composition, il 
préluda par one foule de pièces légèresqui dé- 
celaient un goût aussi pur qu'original ; enfin, 
il produisit plusieursouvrages plus importants, 
entre autres cette belle messe de Meguietn , oxé- 
cutée à St-Sébaslien, en commémoration du 3l 
août 1813, elïopérà de l'Infante de Zamora, 
qui se donne actuellement à Madrid. Une mort 
prématurée prive l'art musical d'un soutien 
distingué, et ses amis d'un homme aussi ai- 
mable par sa modestie que par ses talents. 
Plusieurs ouvrages inédits, et qui restent à 
finir, ou à rassembler, assureraient seuls sa 
réputation d'artiste. » 

* JAHN (Otto), l'auteur de la biographie 

de Mozart dont le succès a été si grand en 

Allemagne, est mort à Grettingue, le 9 septembre 

1869, à l'âge de cinquante-six ans. Cet écrivain, 

qui était un savant remarquable et un homme 

distingué à tous égards, avait publié un assez 

grand nombre de lieder. Il a consacré une étude 

à la nouvelle et superbe édition des œuvres de 

Beethoven donnée par la maison Breilkopf et 

Hœrlel; cette étude a pour titre : Gesammelte 

Aîtfsdtze ûber Musik. 

Au reste, Jahn avait l'intention de donner 
un pendant à son admirable biographie de 
Mozart en publiant sur Beethoven un livre du 
même genre, pour lequel il avait réuni tous 



20 



JAHN — JAKUBOWSKI 



ses matériaux ; il sera toujours à regretter 
que le temps ne lui ait pas permis de mettre 
ce projet à exécution. 

Il me faut signaler ici, au compte de ce mu- 
sicographe remarquable, un intéressant volume 
de Mélanges sur la nitisique, contenant, 
entre autres chapitres, une étude sur les ora- 
torios de Mendelssohn, une autre sur quelques 
ouvrages d'Hector Berlioz, et une critique (ort 
\ive des opéras de M. Richard Wagner. Jahn 
possédait cet outil indispensable à tout histo- 
rien sérieux et instruit : une bibliothèque spé- 
ciale très riche, très-nombreuse et très-variée, 
et l'on peut affirmer que sa collection de livres et 
de documents sur la musique était une des plus 
belles qui existassent. Un journal allemand le 
constatait en ces termes, à l'époque de .sa mort : 
— « Grâce à ses recherches continuelles, il 
avait réussi h se procurer des ouvrages que 
ne possèdent même pas les collections de Berlin 
ou de Vienne, qui sont pourtant si riches. » 
JAHiV ( ), compositeur, a fait représen- 
ter le 28 janvier 1873, sur le théâtre royal 
d'Anvers, dont il est le directeur, un opéra- 
comique en un acte intitulé Michel le Marin. 
Cet artiste est, pendant la saison d'été, chef 
d'orchestre du Casino de Spa, 

JAILLET (J -B ), organiste de 

l'église de Saint-Étienne, à Rennes, a publié 
vers 1857 une Mélhode nouvelle pour ap- 
prendre facilement l'accompagnement du 
plain-chant, Rennes, l'auteur, in-é". 

JAKUBOWSKI (Samson), inventeur de 
l'harmonica de bois et paille, et virtuose sur 
cet instrument, naquit à Kowno, en Lithuanie, 
en 1801. Après avoir passé ses premières an- 
nées à Wladislavvowa, ville du Palalinat d'Au- 
gustowo, il suivit les cours de droit de l'Uni- 
versité de Kœnigsberg, et entra ensuite dans 
le commerce. 11 habitait depuis trois ans Saint- 
Pétersbourg lorsque le hasard, dil-on, le mit 
sur la trace de son invention et lui donna la 
première idée de l'instrument qui devait être 
la cause de sa renommée, instrument qui se 
composait d'un certain nombre de morceaux 
de bois de sapin reliés entre eux, posés sur des 
rouleaux de paille, et que l'exécutant frappait 
avec deux baguettes. 

Son instrument une fois bien ordonné, Jaku- 
bowski le produisit pour la première fois en 
public à Tibourg, en 182G, puis retourna à 
Saint-Pétersbourg pour s'y faire entendre. Là, 
il donna quelques le(;ons, et eut particulièrement 
pour élève Gusikow (1), qui devait, quelques 

(1) Gusikow a passé, et Félis le cite pour l'inventeur de 



années plus tard, acquérir une renommée euro- 
péenne. « Eu 1827, dit M. Albert Sowinî-ki. il 
partit pour l'Allemagne et obtint des applandis- 
semenis dans les principales villes, excitant 
partout la curiosité et l'étonnement. Les artistes, 
les connaisseurs rendaient justice à l'habileté 
de M. Jakubowski, qui se faisait écouter dans 
de grandes salles de concert et sur les théâtres, 
en tirant de ses morceaux de bois un son 
extraordinaire. Encouragé par de nombreux 
succès, notre artiste écrivit plusieurs morceaux 
pour son harmonica, voyagea en Danemarck, 
en Suède et Norwége, et vint en France en 1832. 
L'impression qu'il y produisit augmenta encore 
sa réputation ; il parcourut les départements, 
visita l'Angleterre et l'Irlande, revint à Paris, 
où M°" la comtesse de Spare, qui admirait 
beaucoup l'exécution étonnante de M. Samson 
Jakubowski, lui organisa un fort beau concert 
dans lequel elle chanta elle-même et ravit par 
son admirable voix un auditoire nombreux et 
brillant. Depuis cette époque, M. Jakubovvski 
réside habituellement en France en faisant des 
excursions fréquentes en province. Son instru- 
ment consiste en vingt-quatre morceaux de bois 
de sapin (il n'en comptait primitivement que 
quinze) posés sur quatre rouleaux de paille. 
Le tout placé sur une table dont les pieds 
reposent sur du verre. Les vingt-quatre mor- 
ceaux de bois sont attachés entre eux, et dis- 
posés de manière que les sons élevés du dessus 
se trouvent du côté de la main gauche de l'exé- 
cutant; les morceaux pour la basse de l'harmo- 
nica sont plus longs et sont placés à droite. 
L'exécutant tient dans ses mains deux baguettes 
en bois de fer, avec lesquelles il frappe sur les 
morceaux de sapin avec une dextérité remar- 
quable. Il arrive à une grande netteté, et ses 
cadences sont perlées. » 

Les compositions écrites par Jakubowski 
(toutes restées en manuscrit, puisque son ins- 
trument ne s'est pas répandu et est demeuré 
à l'état de curiosité), sont les suivantes: Mar- 
che Tartarc; Tyrolienne variée; les Adieux 
du Cosaque, avec variations ; Fantaisie sur 
un thème russe; Fantaisie sur une rêverie 
(Dumka) ; Polonaise en si mineur ; Polonaise 
célèbre du prince Oginski, arrangée pour 

nnsirument en question. M. Albert Sowinski affirme que 
celui-ci est bien dû à Jakubowski. Tout porte à croire 
que M. Sowinski a raison, et que Gusikow n'a fait que 
perfectionner l'harmoniia de bois el paille, en purlant 
son éteniluc à deux octaves et demie tandis que Jaku- 
bowski ne lui avait donné que vingl-quatre sons. Ce 
qui est certain, c'e^t que celui-ci se fit entendre dés 
182B, et Gusikow seulement sept ou huit ans plut 
tard. 



JAL — JANINA (DE) 



21 



l'harmonica ; Ouverture du Calife de Bag- 
dad, id. ; Variations sur un tliènie russe; 
Valse tirée du Freischixlz; Mazurek de Kur- 
pin>lii. 

JAL (Augustin), écrivain français, né à 
Lyon le 13 avril 1795, mort à Paris le 6 avril 
1873, est l'auteur d'un ouvraj'e important 
publié sous ce titre : Dictionnaire critique de 
biographie et d'histoire, errata et supplé- 
ment pour toits les Dictionnaires historiques, 
d'après des documents authentiques inédits 
(Paris, 1865, in-S"; 2' édition, 1872). Jal avait 
passé une partie de son existence à défiouiller 
avec soin les registres de l'état civil et ceux 
des paroisses de Paris, il avait levé dans ces 
registres des copies d'une foule d'actes authen- 
tiques concernant des personnages célèbres : 
actes de naissance, de baptême, de mariage, 
de décès, et cela lui avait permis de relever 
bien des erreurs commises par les biographes 
et de com|iléter le travail de ces derniers. De 
là, la publication du livre dont on vient de lire 
le litre, livre dont on ne saurait contester la 
grande utililé, bien que son auteur s'attache 
quelquefois à de véritables minuties et qu'il 
lui arrive aussi, lorsqu'il ne s'appuie pas sur 
des pièces authentiques, de se livrer à des 
conjectures un peu forcées. Toutefois, on trouve, 
au seul point de vue musical, des renseignements 
pleins d'intérêt dans le Dictionnaire critique 
de Jal, et j'y ai puisé, pour le présent recueil, 
les éléments de rectifications très-importantes. 

* JANCOURT (Louis-Marie-Eugène). Cet 
artiste fort distingué, qui en 1867 était devenu 
capitaine de musique de la o'' subdivision de 
la garde nationale de la Seine, a été nommé 
en 1875, à la mort de Cokken, professeur de 
basson au Conservatoire. M. Jancourt, qui a 
apporté des modifications et des perfectionne- 
ments importants au mécanisme du basson, 
a publié" de nouvelles et nombreuses composi- 
tions pour son instrument : 3" Air varié (Paris, 
Choudens); 1", 2% 3% el 4" Solos, op. 23, 52, 
53, 54; Air varié facile, op. 28 (Paris, Richaulf) ; 
6« Fantaisie, op. 24 (id., id.); 6 Mélodies, op. 
51 (Paris, Gérard); Études caractéristiques, op. 
55 (Paris, Goumas) ; Concertino, d'après Fer- 
dinand David, op. 12 bis (Paris, Richault); 
Souvenir de Vltatie, fantaisie, op. 30 (id., id); 
Fantaisie sur Don Juan, op. 50 (id., id.) ; Con- 
certante pour clarinette et basson, sur Norma, 
op. 12 (Paris, Choudens) ; Duo concertant, id., 
sur la Sonnambula, op. 16 (Paris, Richaull) ; 
Fantaisie concertante pour hautbois et basson, 
sur l'Italienne à Alger, op. 26 (id., id.) ; Fan- 
aisie .concertante, id., sur Sémiramïde, op. 48 



(id., id.); Concertino pour les mêmes instru- 
ments, op.40(id., id.); Duo concertant pour piano 
et basson, op. 56 (id., id.). M. Jancourt a publié 
aussi divers morceaux de musique militaire. 

Cet artiste, qu'un engagement avantageux 
avait forcé de quitter l'Opéra pour un grand 
voyage qu'il fit en Angleterre, en Ecosse et en 
Irlande, avec M"* Persiani et M. Bottesini, 
remplit plus tard les fonctions de premier 
basson à l'orchestre de l'Opéra-Comique, puis 
à celui des Italiens. Il a donné en 1869, après 
trente ans de service, sa démission de basson- 
solo à la Société des conceits du Consei'vatoire. 

JAJVIiX (Jules-Gabriel), écrivain français , 
né à Saint-Élienne (Loire) le 24 décembre 1804, 
mort à Passy,près Paris, le 19 juin 1874, fut pen- 
dant pins de trente-cinq ans chargé de la rédaction 
du feuilleton dramatique du Journal des Dé- 
bals, qui lui valut une renommée européenne. 
C'est à ce seul titre que son nom se trouve con- 
signé ici, 'non que Jules Janin ait jamais été char- 
gé spécialement de la critique musicale, mais 
parce qu'on trouve souvent, dans ses feuille- 
tons, des détails sur tel ou tel chanteur, tel ou 
tel musicien. Sous le titre un peu prétentieux 
d'Histoire de la littérature dramatique, il 
a formé et publié un choix de ces feuilletons 
(Paris, 1858, 6 vol. in-12). 

JANINA (Olga DE), pianiste russe, élève 
de M. Franz Liszt, s'est fait entendre pour la 
première fois à Paris au mois de décembre 1872, 
et depuis lors s'est produite avec succès dans 
un grand nombre de concerts et de soirées 
musicales. Le talent de cette artiste, plein de 
fougue, de puissance, d'éclat, est incontestable 
en ce qui concerne les qualités mécaniques du 
virtuose; en ce qui touche le style, le charme, 
la grâce, c'est toute autre chose, et le jeu de 
M"" Olga de Janina aurait singulièrement à 
gagner sous ce rapport. 

Mais, il faut bien le dire, ce n'est pas son 
talent de pianiste qui a valu en France, à 
M'"^ Olga de Janina, une sorte de célébrité; 
c'est le scandale qui s'est fait autour de son 
nom par la publication d'un livre étrange, 
mal.sain, qu'elle a mis au jour sous le titre 
de Souvenirs d'une Cosaque et sous le pseu- 
donyme de Robert Franz (Paris, Denlu, 1874, 
in-12). Dans ce livre, d'une crudité de ton 
vraiment écœurante, M'"'^ Olga de Janina 
faisait connaître, dans leurs détails les plus in- 
times et les plus fâcheux, la nature des rela- 
tions qui avaient existé entre elle et M. Liszt 
et qui étaient fort loin de s'être bornées à 
celles d'un maître et d'une élève. Je n'ai pas 
à apprécier davantage^ici ce, produit, lilléraire 



32 



JANINA — JAUCH 



d'un esprit évidemment malade et exalté; les 
aulobiograpliies de ce genre excitent les nau- 
sées beaucoup plus que l'iulérôt, et si j'ai cru 
devoir signaler celle-ci, c'est parce que je n'ai 
pas pensé qu'il était possible de passer sous 
silence un document de cette nature, lorsqu'il 
se rapportait à un artiste de la valeur et de la 
notoriété de M. Franz Liszt. Pour être complet 
sur cette question, je dois même ajouter qu'il 
a paru, en guise de réponse aux Souvenirs 
d'une Cosaque, une contre-partie de ce récit, 
intitulée le Roman du pianiste et de la Cosa- 
que et publiée sous le pseudonyme de Sylvia 
Zorelli (Paris, s. 1. n. d. [1875], in-12). J'ignore 
quel est le véritable auteur de ce dernier écrit, 
et je ne sais pas davantage de qui sont deux au- 
tres volumes, publiés sous le couvert de l'ano- 
nyme : Souvenirs d'un pianiste, réponse aux 
« Souvenirs d'une Cosaque » (Paris, Lacliaud 
et Burdin, 1874, in-î2); et les Amours d'une 
Cosaque, par un ami de l'abbé X*** (Paris, 
DegorceCadot, s. d. in-12). 

JANNOIVI ( ). Un musicien italien de 

ce nom a fait représenter le 1 février 1807, sur 
le théâtre de la Scala, de Milan, un opéra sérieux 
intitulé Paolo Emilio. 

* JANSA (Léopoi.d), violoniste et composi- 
teur, est mort à Vienne le 25 janvier 1875. Il 
était né, dit-on, en 1794, et non en 1797, et 
s'était encore fait entendre pour la dernière 
fois à Vienne en 1871, étant âgé, par consé- 
quent, de 77 ans. 

JANSSEN (Gcstave), virtuose et composi- 
teur, est néàDortmunden 1817. Il eut pour pre- 
mier maître son père, qui lui enseigna à jouer de la 
flûte, de l'orgue et du piano. En 1840 il se rendit à 
Berlin pour compléter et perfectionner son éduca- 
tion musicale, et en 1849 il fil en cette ville la 
connaissance de lord Westmoreland, qui s'inté- 
ressa à lui et l'envoya à Londres, où, grâce à son 
patronage, il devint un professeur recherché. 11 
est retourné depuis lors à Berlin, où il réside en- 
core aujourd'hui. En 1861, M.Janssen a publié 
un Supplément aux sonates pour piano de Bee- 
thoven ;on lui doit aussi une collection de lieder 
avec accompagnement de piano, parmi lesquels 
VAfImmde Gœthe, en 6 cahiers (Berlin, 1863). 
JA\SSEI\ (Gustave F...), né à Jever (Ha- 
novre) le 15 décembre 1831, a fait ses éludes 
musicales à Leipzig, où il fut l'élève de Coccius 
pour le piano et de Riccius pour la théorie de 
l'art. Devenu ensuite professeur à Oœltingue, il 
échangea, en 1855, cette situation contre celle 
d'organiste àVerden, et en 1861 sévit nommer 
Musilidirector par le roi de Hanovre. On doit 
à cet artiste quelques composilions vocales, ainsi 



que des arrangements et transcriptions pour le 
piano. 

* JANSSEI\S ( Jean -François- JosEpn ). 
M. Edmond VanderStraeten a publié sur cet ar- 
tiste une notice étendue et intéressante : J.-F.- 
J. Janssens, compositeur de musique (Fîruxplles, 
impr. Sannes, 1860, in-8° de 53 pp.) Il a donné 
dans cet opuscule le catalogue complet des 
œuvres du compositeur, parmi les plus impor- 
tantes desquelles il faut signaler deux opéras 
inédits : les Trois Hussards et Gillette de 
Narbonne (ce dernier, resté inachevé), et deux 
cantates, dont une sans titre et l'autre intitulée 
Winierarmaede (Pauvreté d.Viiver). 
JAPI1.\ (Louise).— Voyez LANGHANS. 
JASIXSKA (M""=), née LASANSK A, can- 
tatrice et actrice polonaise d'un rare mérite, 
tint pendant quinze ans, de 1785 à 1800, l'em- 
ploi de première chanteuse à l'Opéra national 
polonais de Varsovie et au théâtre de Cracovie. 
Elle se faisait remarquer, dans sa jeunesse, 
par le charme pénétrant et le sentiment poéti- 
que qu'elle apportait dans l'exécution des Dumki 
(airs nationaux), ce qui attira sur elle l'atten- 
tion du fameux directeur d'opéra Boguslawski. 
Celui-ci l'attacha à sa troupe, la produisit 
d'abord à Nieswiez, sur le théâtre particulier 
du prince Charles Radziwill, puis la fit débuter 
à Varsovie, où sa jolie voix, sa beauté rare et 
son intelligence de la scène lui attirèrent aussi- 
tôt les sympathies du public. Elle parut avec 
succès dans l'École des Jaloux, de Salieri, 
la Cosa rara, de Martini, il Re Teodoro, de 
Paisiello, l'Imprésario in Angustie, de Cima- 
rosa, et, avec le ténor KacKowski, transporta 
surtout ses admirateurs en jouant, avec un 
très-grand talent de tragédienne, dans VAxur 
de Salieri. M'"" Jasinska, dont le mari tenait 
l'emploi des ténors dans la troupe de Bogus- 
lawski, avait conquis une grande renommée 
lorsqu'elle mourut en 1800, toute jeune encore, 
au milieu de ses plus grands succès. 

* JASPAR (André), est mort à Angleur, 
près Liège, le 27 juin 1863. 

JASPKRS (Jean), facteur de luths, né 
dans la première moitié du seizième siècle à 
Coesvelt, exerça sa profession à Anvers, et fut 
inscrit dans la bourgeoisie de cette ville le 28 
janvier 1568. 

JAUCH ( ), luthier habile et renommé, 

vivait à Dresde dans le courant du dix-hui- 
tième siècle. Cet artiste remarquable, qui ne 
travaillait pas d'une façon empirique, mais dont 
le talent était basé sur une étude sérieuse et 
de solides connaissances acquises, a fait d'ex- 
cellents violons dans le style et sur le modèle 



JAUCH — JEAN IV 



23 



des bons instruments de Crémone. Christophe 
Frédéric Hunger, luthier distingué hii-même, 
établi aussi à Dresde, était son élève. 

JAVVURECIÎ (M'io Constance), cantatrice 
d'un talent remarquable, fille d'un musicien 
alleuiand élabli à Paris, naquit en cette ville 
au mois de septembre 1803. Élève du Conser- 
vatoire, elle y reçut des leçons de Planlade et 
de Carat pour le clianl et la vocalisation, de 
Baptiste aîné pour la déclamation, et otjtint un 
second prix de vocalisation en 1820. Bientôt 
engagée à l'Opéra, elle débuta à ce théâtre 
dans un rôle secondaire, celui de Zarine dans 
Aladin ou la Lampe merveilleuse (6 février 
1822). Douée d'une voix charmante et d'une 
remarquable beauté, son succès fut très-grand 
tout d'abord, et elle se fit surtout applaudir 
dans l'air : Venez, charmantes bayadères, 
qu'elle chantait à ravir. Cependant, l'adminis- 
tration de l'Opéra ne sut pas tirer aussitôt 
parti des rares qualités de la jeune artiste, et 
ce n'est qu'à partir du jour où elle eut l'occasion 
de jouer le rôle d'Auiazillie de Fernand Cortez, 
que la direction, enhardie par l'accueil très- 
chaleureiix que lui avait fait le public, prit 
confiance en elle et lui fit la position qu'elle 
méritait. Peu de temps auparavant, lors d'une 
reprise d'Orphée, elle avait rempli le rôle de 
l'Amour dans le chef-d'œuvre de Gluck, et c'est 
à cette occasion qu'im critique avait dit de 
l'aimable artiste : Elle est charmante dans 
lerdle de V Amour; elle représente le fils 
presque aussi naturellement qu'elle repré- 
senterait au besoin la mère. 

Quoi qu'il en soit, du jour où elle se fut 
montrée dans Fernand Cortez, MHe Jawnreck 
fut comptée au nombre des meilleures canta- 
trices de notre première scène lyrique, et prit 
place à côté et un peu au-dessous de M'"'^ Da- 
moreau. C'est elle qui créa, avec un talent 
véritable et une grâce charmante, les rôles du 
page Isolier dans le Comte Ory, de Jeannette 
dans le Philtre, sans compter ceux qu'elle 
remplit dans Sapho, Vendôme en Espagne, 
Pharamond, Don Sanche, la Tentation, la 
Esmeralda. 

Pourtant, après une heureuse carrière de 
quinze années à l'Opéra, cette artiste distinguée 
quitta en 1837 la scène de ses succès, et fut 
aussitôt engagée au théâtre royal de Bruxelles, 
où elle débuta le 5 juin de la même année dans 
Fernand Cortez, puis dans Guillaume Tell 
pI Pobert-le-Diable. Sa belle voix, sonore et 
étendue, et son jeu intelligent et dramatique 
eurent bientôt conquis les faveurs du public de 
Bruxelles, dont elle conserva la sympathie jus- 



qu'en 1840, époque où elle abandonna la car- 
rière dramatique, encore en pleine possession 
de son talent, de sa voix et de sa beauté. 
M"« Jawureck est morte à Bruxelles, le 8 juin 
1858. 

JAYE (Hf.nrv), luthier anglais, exerçait sa 
profession à I^ondres au dix-septième siècle. 
On lui doit des violes dont le vernis, dit-on, 
est parfait, et qui forment de bons spécimens 
de l'art de la lutherie à cette époque. Le Musée 
instrumental du Conservatoire de Paris possède 
de Jaye une petite basse de viole, datée de 1624. 

* JEAIM IV, roi de Portugal.^Ce prince mérite 
certainement une place bien plus importante 
dans l'histoire de la musique que celle qu'on lui 
a accordée jusqu'ici. Aucun des musicographes 
étrangers au Portugal n'a apprécié à leur juste 
valeur les services qu'il a rendus à l'art, parce que 
aucun d'eux n'a prêté une attention suffisante à 
son grand Catalogue de musique (qui se trouve 
à la Bibliothèque nationale de Paris). 

M. Ernest David a signalé, le premier à l'é- 
tranger, dans la Bévue et gazette musicale 
(1874) la haute importance de ce Catalogue dans 
une série d'articles sur VEssai que j'ai publié en 
1873 sur la Bibliothèque de musique du Roi 
Jean IV (I). M. E. David a donné dans ces arti- 
cles un très-bon résumé de l'histoire de cette 
Bibliothèque, et y a réuni les résultats les plus 
importants de mon travail. Toutefois, l'histoire de 
cette merveilleuse Bibliothèque n'est qu'esquissée 
dans mon Ensaio; depuis sa publication (1873), 
j'ai recueilli bien des notes qui doivent prendre 
leur place dans l'Introduction historique que je 
mettrai en tête de la nouvelle édition critique du 
Catalogue, qui paraîtra prochainement. 

Les quelques renseignements que je vais donner 
sur la Bibliothèque de musique du roi Jean IV 
suffirontpour attirer l'attention de ceux qui n'ont 
pas lu le compte-rendu de M. E. David. La Bi- 
bliothèque était contenue dans 42 caisses énormes, 
rangées dans des armoires ; le Catalogue (un gros 
volume de xix-525 pages in-4''), ne renferme 
pas moins de 931 numéros; chaque numéro se 
compose d'une certaine quantité de recueils (col 
lecçoès) de messes, de motets, de madrigaux etc., 
ce qui forme une quantité énorme de composi- 
tions; pour donner une idée du volume de ces 
recueils, il suffit de dire que ceux des caisses 
25-30 (Nos 657-743), se composent de 2259 Vi' 
Ihancicos (Noëls, etc.); or, c'est là seulement le 
contenu de 5 caisses ou 86 numéros, et le Cata- 
logue se compose de 40 caisses ou 951 numéros ! 

(1 )Énsaio critico sobre o Catalogn d'Él-Reij D.Joâo If^ . 
Porto, 187S ln-40. 



24 



JEAN rv 



Ces Vilhancicos appartiennent presque fous à 
des compositeurs portugais et espagnols, notam- 
ment à Gabriel Dias et Francisco de Santiago; 
cepemlant, on y trouve aussi quelques composi- 
teurs flamands qui vécurent en Espagne et en 
Portugal : Gesy de Gherseni , Carlos Caulier, 
Nicolas de Pont, Ph. Rogier, etc. La plupart des 
compositions du Catalogue étaient en manus- 
crit; cependant il y avait aussi la majeure partie 
des recueils publiés en Hollande, en Italie, en 
Allemagne, en France et en Angleterre. Les noms 
les plus illustres de toutes les écoles y étaient re- 
présentés, et l'on y trouvait les recueils les plus 
précieux, les ouvrages théoriques les plus célè- 
bres et les plus rares, et même des manuscrits 
hors ligné. Il suffit de nommer le manuscrit au- 
tographe du Micrologue de Guido d'Arezzo, ca- 
deau de la célèbre Christine de Suède au roi 
Jean IV (1), la presque totalité des compositions 
autographes du célèbre Philippe Rogier (2), dont 
les ouvrages sont si rares, une quantité de ma- 
nuscrits de la main de Palestrina (3) lui-même, 
les traités manuscrits de John Hof hby ,.Iean de Mu- 
ris, Alarchettuide Padoue, Berno, Tincloris,etc. 
Ce qui frappe l'attention du lecteur du Catalogue, 
ce ne sont pas les milliers de cahiers de musique, 
mais la rubrique finale du volume-, on lit : Le- 
guessea segunda parte d'esté Index em outro 
volume. Le volume de la Bibliothèque nationale 
n'est donc que la première partie Aa Catalogue, 
à laquelle une deuxième partie, devait faire 
suite. Celle-ci na pas paru, malgré la recom- 
mandation expresse du roi faite dans son testa- 
ment (4). On peut consulter mon Essai sur les 
obstacles qui survinrent après la mort du roi 
(1656) et qui empêchèrent aussi la publication de 
son traité sur l'Histoire de la musique. C'est 
donc une double perle qu'on a éprouvée. Le roi 
était aussi fort dans la théorie que dans la pra- 
tique de la musique; les traités publiés en font 
foi, tout aussi bien que les rares compositions 
qui nous restent de lui. Baini (5) fait beaucoup 
d'éloges de son analyse (6) de la messe Panis 



(1) V. Ensaio critiro, pag. 47-ol. 

(t) V. Ibid., p.ig. 23 et 24, note 4. J'ai compté 233 com- 
positions de Philippe RDgicrdans le Cutalogue du roi. 

(3) V. Jbid.. pag. 54. 

(4) V. Jbid., pag. 68-70. 

[i) Memorie storico-criliche, vot.ir, pag. 559-362. 

(6) ttCfpocsUis a las Diidas Que. sepiisicron a la .Vi.<:sa 
Panis qiicm ego dubt de Palestrina (sic) ; Impressa en cl 
qainlo llbrt) de sus Missas, sans lieu, ni date; ù la fin 
(p. 4î), la date : a 23 de setlenibre 1634, petit in-4"' de ii,— 29 
pag. avec frontispice gravé aux armes de la maison de 
Bragancc. V. pour les détails : flitisicos portuguezes, vol. 
I, pag. 138-144. Il y a une traduction des Jtespoestas en 
Itallea : Jiiposte ulli dubil proposti sopra la missa, etc. 
V. Mus. portug., tome i, pag. 138. 



quejn ego daho de Palestrina ; sa Defensa de la 
Musica moderna (i) contre l'évêque Cyrille 
Franco est un livre d'excel'.ente critique, plein 
d'érudition, et qui contient des aperçus remar- 
quables sur bien des maîtres célèbres. J'en ai 
donné ailleurs l'analyse (2). Malheureusement 
ces deux volumes (t649 et 1654) sont aussi rares 
dans l'édition originale (en espagnol) que dans les 
traduclions (en italien) qu'on en a faites à Rome. 

Jean IV avait laissé en outre à son successeur 
(D. Alfonso VI) le soin d'imprimer deux autres 
manuscrits : Concordancia da Musica epassos 
da CoUegiada dos vmiores professores d'esta 
arte, et Principios de Musica, quem foram 
seus primeiros autores e os progressas que 
levé. Ms in-fol. 

J'ai déjà dit qu'on n'en a fait aucun cas. Les 
compositions du roi Jean IV étaient très-nom- 
breuses (3), mais elles ont été perdiies pour la 
plupart. On ne connaît aujourd'hui que deux 
Motets insérés dans les œuvres de Rebello (Ro- 
mse, 1657), et un autre Motet inséré dans Y An- 
thologie universelle de Musique sacrée, pu- 
bliée par Georges Schmilt (Paris, Repos 1869), 
l'^ série, vol. vu). Félis croit que les exemples 
de musique qu'on trouve à la fin de la Defensa 
sont des compositions du roi, ce qui ne me paraît 
pas exact. On n'a que des renseignements fort 
vagues sur le sort de la Bibliothèque de mu- 
sique du roi D. Jean IV après sa mort; on ne 
sait pas au juste si elle a été ensevelie sous les 
ruines de Lisbonne lors du grand tremblement 
de terre de 1755. Elle se trouvait alors probable- 
ment, à cette époque, dans le même endroit oti 
Jean IV l'avait installée, c'est-à-dire dans le pa- 
lais royal (Caza do Paço); celui-ci fut presque 
entièrement détruit. J'espère pouvoir donner 
bientôt des renseignements définitifs sur ce sujet; 
en tout cas, qu'elle soit détruite ou non, la pre- 
mière partie du Catalogue nous reste, piédestal 
grandiose sur lequel on pourra élever au roi ar- 
tiste le monument qui lui est dû (4). 

J. DE V. 

(1) Defensa de la Musica moderna, contra la crrada 
opinion dcl Obispo Ciirtlo Franco. Sans lieu, ni date, ni 
nom d'auteur, tout comme les Respocsies; à la fin on lit : 
Lisboa a ide Dcziébre de |619, petit in-4i> de iv — 56 p. 
1^ traduction italienne porte le titre suivant : Difesa délia 
Ulusica moderna coniro la falsa opinione del f-'e.^covo 
( irillo Franco, Iraclolta di spafjnuolo in itallano. Sans 
lieu, ni date, ni nom d'autenr. Le frontispice gravé est le 
même qui se trouve dans un exemplaire des llespnestas, 
que Je possède. Le nombre des pages de la traduction Ita- 
lienne est de 74. Je tire ces renseignements d'un exem- 
plaire que j'ai vu à la Bibliothèque royale de Berlin. 

|2) v. Musicos l'ortng., vol, i, pag. ni-148. 

(3) J'en al donné la liste complète dans mes Musicos 
portuguezes, vol. i, pag. 144-145. 

(4) Je u'al pas cru devoir donner ici dei détails biogra- 



JEAN DE CLÈVES — JENSEN 



25 



* JEAN DE CLEVES. Dans le premier 
volume de son ouvrage : la Musique aux Pays- 
Bas, M. Vander Straeten donne le texte lalin de 
l'épitaphe de cet artiste, épitaphe qui se voyait 
dans la grande église d'Augsbourg et qui fait 
connaître, avec la date de sa mort, l'âge qu'il 
avait alors. En voici la traduction : « Épitaphe 
de l'éminent musicien, maître Jean de Clèves. 
Dans cette urne, repose l'excellent musicien de 
Clèves, de la bouche duquel s'échappent des 
sons mélodieux. Il fut autrefois musicien de l'em- 
pereur Ferdinand 1", directeur du chœur de 
l'archiduc Charles, dont il fut la gloire. Il mourut 
en 1582, le 14 juillet, âgé de cinquante-trois ans. « 
Jean de Clèves était donc né en 1528 ou 1529. 

JEAI\DEL (Pierre-Napoléon), luthier 
français, né en 18 1 2 à Courcelles-sous-Vaudemont 
(Meurthe), fit son apprentissage à Mirecourt, 
chez Charotte, et en 1835 se rendit à Rouen, où 
il entra comme ouvrier chez le frère de celui-ci, 
établi en cette ville. A la mort de son patron (1830), 
M. Jeandel, s'associant avec Lucien Delau, lui 
succéda; puis, s'étant séparé de son associé en 
1848, il s'établit seul, sans quitter Rouen, et se 
fit avantageusement connaître par un assez grand 
nombre d'instruments, remarquables, dit-on, par 
leur bonne facture et leur belle sonorité. Artiste 
habile, M. Jeandel a obtenu plusieurs récom- 
penses dans les Expositions : à Rouen (1854), une 
médaille de bronze; à Paris (Exposition univer- 
selle de 1855), une médaille de première classe; 
à Rouen (1856), une médaille d'argent. 

JENIKE (Emile), pianiste et compositeur 
polonais, s'est fait connaître par de jolies mélo- 
dies vocales publiées sous ce titre : Dziewine 
Pies'ni. Parmi ces mélodies, on distinguait sur- 
tout celles intitulées -. le Soir sur Veau, le Sou- 
venir, Mon souhait. A la mort de Chopin, cet 
artiste composa une marche à la mémoire de l'il- 
lustre virtuose, qui fut publiée à Varsovie, chez 
Klukowski. Emile Jenike, qui appartenait, dit- 
on, par la nature de son talent, à l'école roman- 
tique, mourut prématurément en 1852, sans 
avoir eu le temps de justifier les espérances qu'on 
avait fondées sur lui. 

JEi\SEl\ (Adolphe), compositeur, né à Koe- 
nigsberg le 12 janvier 1837, apprit tout seul 
les éléments de la musique, puis reçut pendant 
deux ans les conseils bienveillants d'Ehlert et de 
Marpurg, que son talent précoce avait frappés. 
Grâce aux études sérieuses qu'il fit sous leur 
.direction , il put bientôt écrire de nombreux 
morceaux -. sonates, ouvertures, quatuors, ^ierfer; 

phiques sur D. Jean iv. On pourra consalter sa biogra- 
phie dans les Mustcos Porluguezes, vol. i, pag. 130-130, 
et mon Ensaio critico. 



mais ces professeurs ayantiquitté la ville, Jensen 
se retrouva sans maître. Il continua de composer 
avec ardeur, puis alla passer en Russie l'année 
1856, afin d'y gagner, par ses leçons de piano, 
l'argent nécessaire pour se rendre auprès de 
Schumann , son maître de prédilection. Il eut la 
douleur d'apprendre la mort de ce grand musicien 
avant d'avoir pu le connaître. Il revint en Alle- 
magne en 1857 et habita successivement Berlin, 
Leipzig, Weimar et Dresde. Nommé, la même 
année, chef d'orchestre du théâtre de Posen, il 
renonça bientôt à celte position pour se rendre à 
Copt'nhague, afin de faire la connaissance de 
M. Niels Gade. Deux ans après , il revenait à Kœ- 
nigsberg, où ses leçons étaient très-recherchées. 
En 1866, il était mandé à Berlin par Cari Tausig, 
pour être premier professeur à l'École des vir- 
tuoses, et, en 1868, il quittait Berlin pour aller 
à Dresde, puis à Grœtz, en Bohême, où il est 
encore aujourd'hui. 

Les sept morceaux qui composent le recueil 
Eroiikon (op. 44) sont d'une mélodie élégante et 
d'une harmonie intéressante, qui leur prête un 
attrait particulier. Ces esquisses antiques, CaS' 
sandre, Eres, Galatée , Electre, etc., expri- 
ment tour à tour une grâce coquette et une ten- 
dresse langoureuse ; il s'en faut que ces pièces 
soient faciles à jouer et surtout à bien rendre, 
mais l'exécutant goûte d'autant plus de plaisir à 
distinguer peu à peu les intentions de l'auteur et 
à s'en pénétrer. Ce recueil est le seul de Jensen 
qui soit encore publié en France; mais je con- 
nais à peu près tout son œuvre de piano, qui est 
déjà considérable , et sans insister sur tant de 
morceaux, qu'il serait difficile de se procurer à 
Paris, je citerai simplement ceux qui m'ont 
frappé par la distinction de l'inspiration et l'élé- 
gance de la facture, puis je jugerai d'ensemble le 
talent de ce compositeur. 

Je recommande aux amateurs la Botnance, 
(op. 19), une valse brillante (op. 3), les Fauta- 
sieslùcke, la grande sonate en fa dieze mineur 
un délicieux recueil de vingt morceaux , Chants 
et danses, trois charmantes Valses-Caprices 
et deux jolies romances A celle qui s'en va. 
Jensen a aussi composé des morceaux à quatre 
mains d'une grâce et d'une poésie charmantes. 
Sa suite intitulée : Musique de noce , .«es trois 
morceaux séparés (op. 18) et ses huit Idylles, 
dépeignant tout le cycle d'une journée , depuis 
le crépuscule matinal jusqu'à la nuit, sont des 
compositions de haute valeur. Jensen n'a encore 
que peu écrit pour l'orchestre ; mais sa compo- 
sition des Pèlerins d'Emmaiis , d'après l'É- 
vangile de Saint-Luc, est ime création symphoni- 
que de premier ordre , pleine de poésie et de 



26 



JENSEN — JIMENEZ HUGALDE 



grandeur religieuse. En résumé, la ieclure de 
ces œuvres, faiJe en suivant l'ordre de produc- 
tion, montre bien que, comme tant d'autres, le 
compositeur n'a pu dégager qu'à la longue son 
inspiration propre : ses premiers morceaux ren- 
ferment des idées charmantes , mais elles se 
noient sous les notes et les coml)inaisons liar- 
moniques. A mesure qu'on suit la filière de ses 
oeuvres, la pensée du musicien devient plus 
nette, plus claire; la contexture même en est 
d'autant plus riche qu'elle est moins touffue, et 
celui de ses recueils qui est peut-être le plus 
poétique elle plus gracieux. Chants et danses, 
semble inspiré directement par Robert Scliu- 
mann, dont Jensen (ut le disciple et l'admira- 
teur. 

Voici le catalogue des œuvres de Jensen : 
Musique podr orchestre. La Fille de Jeph- 
té, d'après Byron, avec soli et chœurs (op. 26;. 

— Les Pèlerins d'Emmaiis, morceau religieux 
d'après l'Évangile de saint Luc (op 27).— Musique 
DE MANO. Voix intérieures, 5 pièces, (op. 2). — 

Valse brillante, (op. 3) Six pièces de fantaisie, 

en deux cahiers, (op. 7). — Études romantiques, 
dix-sept pièces en deux cahiers, (op. 8). — Ber- 
ceuse, (op. 12), — Scène de chasse, (op. 15). — 
A celle qui s^en va, deux romances, (op. 16). — 
Tableaux de voyage, douze morceaux en deux 
cahiers, (op. 17). — Scherzo, Berceuse et Pasto- 
rale, à quatre mains, (op. 18). — Prélude et 
romance, (op. 19). — Quaire impromptus, (op. 
20). — V Sonate en fa dièze mineur, (op. 25). 

— Trois valses-caprices, (op. 31). — Vingt-cinq 
études en trois recueils, (op. 32). — Chants et 
danses, vingt pièces en deux recueils, (op. 33). 

— Six suites allemandes, (op. 36). — Impromptu, 
en sol majeur, (op. 37). — Deux nocturnes, en 
fa dièze majeur et en si bémol mineur, (op. 
3s). — Marche, Cunzonetta et Scherzo, (op 42). 

— Idylles, huit morceaux à deux et quatre 
mains , (op. 43). — Erotikon, sept pièces, (op. 
44). — Musique de noce, quatre morceaux à 
quatre mains, (op. 45). — Chants du pays de 
Berchtesgaden , en deux recueils, (op. 46). — 
Idylle de la forêt, (op. 47). — Souvenirs, cinq 
morceaux, (op. 48). — Musique de CHA^T. Six 
lieder, (op. 1). — Sept chants du livre des Chants 
d' Espar/ne, de E. Geibel et P. IIeyse,(op. 4). — 
Quatre chants sur des poésies de G. Herwegh et 
de Eichendorff, (op. 5). — A Vinnomée, six 
mélodies d'amour d'après E. Geibel, (op. 6). — 
Ilnif lieder pour mezzo-soprano ou baryton, fop. 
9j. — Deux chants sur des poésies de Uhland, 
(op. 10), avec deux cors et harpe (ou piano) -. n. 
Chant des Nonnes, pour soprano solo et cbrur 
à quatre voix de femmes; b. Chant delà fiancée, 



pour chœur général. — Sept lieder d'apriis Hafis, 
(op. 11). — Chants d'amour, six morceaux 
pour voix grave, (op. 13). — Six lieder populai- 
res de Wilhelm Herz pour voix moyenne, (op. 
14). - Sept chants du recueil des Chants d'Espa- 
gne de E. Geibel et P. Heyse, (op. 21). — Douze 
lieder de P. Heyse pour voix moyenne en deux 
cahiers, (op. 22). — Six lieder avec texte alle- 
mand et danois, (op. 23). — Six lieder, (op. 24). 
— Huil^JefZer pour soprano, alto, ténor et basse 
d'après E. Geibel , (op. 28). — Huit lieder à 
quatre parties, d'après Geibel, en deux recueils, 
(op. 29). — Dolorosa, six poésies de Chami.sso, 
(op. 30). — Antique Heidelberg ! extrait du 
Trompette de Sackingen,\)aT Sc^heffel, morceau 
de concert pour basse ou baryton, (op. 34). — 
Six lieder pour voix grave, d'après O. Roquette, 
(op. 35). — Deux lieder : Chante, ô ma belle 
et Senteurs de la Nuit, (op. 39). — Douze lie- 
der, tirés du GaudeamusdeSd\e(M, pour voix 
de basse avec piano, (op. 40). — Romances et 
ballades, de Robert Hamerling, six morceaux 
pour voix seule avec piano, (op. 41). — Sept 
lieder, de Robert Burns, (op. 49). — Sept lieder, 
(op. 50). — Jensen-Album , recueil de lieder 
pour une voix avec piano. — Laisse-moi reposer, 
laisse-moi réver,i\°l de la collection des Chants 
du Printemps, composés par Jensen, Taubert, 
Abt, Reinecke, etc. Ad. J — n. 

JERVOLliXO (Arcangelo), prêtre et com- 
positeur italien, vivait dans la première moitié 
du dix-huitième siècle et fut professeur au Con- 
servatoire de Santa-Maria di Loreto, à Naples. Il 
écrivit la musique d'un intermède qu'il lit re- 
présenter sur le petit théâtre de cet établisse- 
ment, en 1737, et qui avait pour titre lo Finto 
Remita e lo Stroccione {le Faux Ermite et le 
Gueux). 

JESPER. Voyez REISET (Le comte DE). 

JIMEXEZ, est le nom d'une famille de mu- 
siciens nègres qui sont venus se faire entendre 
à Paris, aux mois de novembre et de décembre 
1875, et non sans succès. Le père, José Julian 
Jimenez, est, dit-on, élève de Ferdinand David, 
et possède les qualités solides qui distinguent 
l'école de ce maître remarquable ; toutefois , il 
manque un peu de charme et de grâce. Nicasio 
Jimenez, le fils aîné, est un violoncelliste de 
talent, au jeu expressif et au mécanisme précis, 
mais dont l'archet manque d'ampleur. Enfin le 
second lils, Manuel Jimenez, pianiste bien jeune 
encore, n'en est pas moins un artiste d'un vrai 
talenl, aussi remarquable par sa virtuosité que 
par un sentiment plein de grâce. 

JIMENEZ HUGALDE ou UGALOE 
(CiiUACo), prêtre {'s;iagnol, compositeur et or- 



JIMENEZ HUGALDE — JOMMELLI 



27 



ganiste, est né à Pampelune le 5 février 1828. 
Son [)ère fut son premier maître de solfège, et il 
étudia ensuite le piano avec José Guelbonzu. 
Désirant se livrer à la composition et à l'élude 
de l'orgue, il se rendit à Madrid et se tit admettre 
au Conservatoire , où il eut pour professeur 
M. Hilarioii Eslava. Ses études terminées, il de- 
vint, à la suite de plusieurs concours, maître de 
chapelle de la cathédrale de Jaca (1857), puis 
de l'église métropolitaine de Valence (1861), et 
enfin de la primatiale de Tolède (1865). M. Ji- 
menez a composé un grand nombre de messes, 
psaumes , répons, motets , saluts , litanies, etc. 
On cite comme les plus remarquables parmi ces 
œuvres un Miserere de larges proportions, une 
messe en mi bémol, deux psaumes, deux can- 
tiques, et un salut accompagné d'une litanie. 

* JOACFIIM (Joseph). Cet illustre virtuose 
est assurément l'un des plus grands violonistes 
dont l'histoire de l'art puisse enregistrer le nom. 
Enfant prodige, il a vu son talent toujours gran- 
dir, jusqu'au jour où ce talent a atteint le déve- 
loppement le plus magnifique et le plus merveil- 
leux. Avec celaclief d'orchestre habile, composi- 
teur distingué, M. Joachim ne se borne pas à 
être ce qu'on appelle un virtuose de premier 
ordre : pourvu d'une instruction solide, familier 
avec les œuvres des grands maîtres, connais- 
sant la musique de Bach et de Corelli aussi bien 
que celle des violonistes modernes, il est un des 
plus admirables quartettistes que l'on puisse 
entendre. 

M. Joachim est aujourd'hui fixé à Berlin, où 
il s'est établi après la guerre de 1866 , alors que, 
le Hanovre ayant été absorbé par la Prusse, il 
se vit obligé de renoncer aux fonctions de maître 
de la chapelle royale de Hanovre, qu'il occupait 
depuis 1854. Il rertouva d'ailleurs à Berlin une 
situation brillante, devint directeur du Conser- 
vatoire particulier qui venait d'être fondé en 
cette ville sous le titre d'Académie de musique, 
se distingua tout à la fois comme virtuose, comme 
compositeur et comme chef d'orchestre , et fut 
élu membre de l'Académie des Arts. 

M. Joachim, qui, dès l'âge de quatorze ans, 
en 1845, avait obtenu de véritables triomphes à 
Londres, où Mendeissohn l'avait emmené, ne se 
vit pas accueillir avec moins de succès à Paris, 
lorsqu'il y vint en 1866 et qu'il se fit entendre 
à l'Athénée et aux Concerts populaires de M. Pas- 
deloup. Sa renommée d'ailleurs est depuis long- 
temps européenne, mais nulle part elle n'est 
mieux établie qu'en Angleterre. Engagé , avec 
un traitement annuel de 2,000 thalers , comme 
directeur de l'Académie de musique de Berlin', 
M. Joachim s'est réservé un congé chaque année, 



du nouvel an à Pâques, congé qu'il va passer ré- 
gulièrement à Londres, où l'entrepreneur de 
concerts M. Chappell lui assure mille livres ster- 
ling, soit 25,000 francs pour chaque voyage. 

Comme compositeur, M. Joachim s'est produit 
pour la première fois au mois de décembre 1845, 
en exécutant , dans un concert du Gewandhaus 
de Leipzig, un adagio et rondo qu'il avait écrit 
avec accompagnement d'orchestre. Depuis lors, 
il a composé d'as.sez nombreux morceaux sym- 
phoniques , et plusieurs concertos de violon 
parmi lesquels on cite surtout son Concert in 
ungarischer Weise (op. il), production toute 
brillante de couleur et de fraîcheur. Je mention- 
nerai, parmi ses autres œuvres : 2 Marches 
pour orchestre ; 3 pièces pour violon et piano, 
op. 2; Concerto pour violon, avec orchestre, 
op. 3 ; Ouverture A'Hamlet, op. 4 ; 3 Pièces pour 
violon et piano, op. 5; Mélodies hébraïques, 
pour alto et piano, op. 9; "Variations pour alto , 
avec accompagnement de piano , op. 10. — En 
1863, M. Joachim a épousé une cantatrice d'un 
grand talent , IW" Amélie Weiss, qui se fait 
surtout remarquer dans l'exécution des Ueder. 

JOANXES (Antoine), facteur de clavecins, 
vivait à Anvers dans la première moitié du dix- 
septième siècle. 

JOELLljER(ANDRÉ),compositeur allemand, 
directeur de musique à Meiningen , s'est fait 
connaître par un grand nombre de chansons, 
dont quelques-unes obtinrent des succès popu- 
laires. Cet artiste est mort à Meiningen, le 2 mars 
1862, à l'âge de cinquante-huit ans. 

JOLIVET ( ), compositeur, habitait 

Dijon dans la première moitié du dix-huitième 
siècle. Il a écrit la musique des ouvrages sui- 
vants : Cantate sur la naissance de Monseigneur 
le Dauphin, exécutée à Dijon le 14 septembre 
1729 : Idylle héroïque en deux scènes , avec 
prologue et épilogue, chantée par les écoliers du 
collège de Dijon le 6 mai 1730; Divertissement 
pour la fête de M le comte de Tavannes, Dijon, 
1730. 

* JOLY ( ) , violoniste et marchand de 

musique. Outre les publications mentionnées au 
nom de ce musicien, on lui doit encore : r Mé- 
thode de Guitare, Paris, Schlesinger ; T l'Art 
de jouer de la guitare, ou Méthode rédigée 
sur ttn nouveau plan (nouvelle édition), Lille, 
Bohem. 

* JOMMELLI (NicoLÔ). A la liste des pro- 
ductions dramatiques de ce musicien immortel, 
il faut ajouter les suivantes , qui sont conservées 
dans les Archives du Conservatoire de Naples : 
r Ezio, opéra sérieux en 3 actes , Bologne 
1741 ; 2" Artaserse, 3 actes, Rome, th. Argen- 



28 



JOMMELLT — JONCIÊRES 



tina, 1749; 3° Temisfocle, 3 actes, Naples, tli. 
San Carlo, 1757; 4° il Trion/o di Clelin . 3 
actes, il!., ùl., I7à7 ; 5° Ezio, 3 actes, écrit imur 
le jour de naissance du roi Joseph l" de Portu- 
gal, 1771 (c'est le troisième opéra que Jonmiplli 
composait sur ce sujet); C" Cercre placata, fête 
théâtrale, 1772; T Cajo Marzio, 3 actes (1). 
L'ahbé Alfieri a publié sur Jommelii on opuscule 
ainsi inlitulé : Notizie biocjrafiche di Mcolo 
Jommelii (Rome, 1845, in-8"} ; on trouve aussi 
une biograpl)ie et un portrait de cet homme cé- 
lèbre dans la Biografia degli Italiani illustri 
delsecolo XVIfl (1^'vol.), Venise, 1835,in-8°. 
* JONAS (Emile). Le répertoire dramatique 
de ce compositeur se complète par les ouvrages 
suivants : Job et son chien , un acte, Bouffes- 
Parisiens, 1863; le Manoir des La Renardière, 
un acte, id., 1864 ; Avant la Noce, un acte, id., 
1865 ; les Deux Arlequins, un acte, Fantaisies- 
Parisiennes, 1865; Malbrough s'en va-t-en 
guerre, 4 actes (en société avec MM. Bizel, De- 
libes et Legouix), Athénée, 1867; le Canarda 
trois becs, 3 actes, Folies-Dramatiques, 1869; 
Désiré, sire de Champigny, un acte, Bouffes- 
Parisiens , 1869; Javot/e , 3 actes, Athénée, 
1871 (ouvrage écrit pour le théâtre de la Gaité, 
de Londres, et représenté sur cette scène et 
sous le titre de Cinderella, peu de mois avant 
d'être joué à Paris) ; le Chignon d'or, 3 actes 
Bruxelles, 1874. M. Jonas a aussi une part, 
avec MM. Bazille, Clapisson, Eug. Gautier, Ge- 
vaert. Mangeant et F. Poise , dans la musique 
de la Poularde de Caux, opérette en un acte 
représentée au théâtre du Palais-Royal. 11 a en 
portefeuille un opéra bouffe en 3 actes, intitulé la 
Princesse Kelebella, et il a publié dans le jour- 
nal le Magasin des Demoiselles une opérette, 
Miss Bobinson, qui n'a pas été représentée. 

Après avoir été, depuis 1847, professeur de 
solfège au Conservatoire, cet artiste s'élait vu 
chargé d'une des classes d'harmonie créées dans 
cet établissement pour les élèves militaires , lors 
de la suppression du Gymnase musical. En même 
temps, il était chef de musique d'une des subdi- 
visions de la garde nationale de Paris. Nommé, 
en 1867, secrélaire du Comité d'organisation des 
festivals militaires à l'Exposition universelle, 
c'est à lui qu'incomba presque tout le travail 
relatif à ces festivals ; il reçut en récompense le 
ruban de chevalier de la Légion d'honneur. 

JONCIÈUES (Fki.ix-Luucer, dit Victorin, 
DE), compositeur et critique musical, fils d'un 
écrivain politique qui, après avoir été saint-simo- 

(t) Qii.int à l'opéra il rrasIuUo, titr» qui n'a pont de 
sens, U faut le remplacer par Don Iras'.ullo, intermède 3 
troh voix. 



nien, devint, sous le .second empire, l'un des prin- 
cipaux rédacteurs de In Patrie et du Constitu- 
tionnel, e.st né à Paris le 12 avril 1839 (1). Après 
avoir appris, avec une de ses tantes, les premiers 
principes de la mu.sique et commencé l'étude du 
piano, il entra au lycée Bonaparte pour y faire 
son éducation littéraire, et en sortit à l'âge de 
seize ans, après avoir terminé ses classes. A cette 
époque, se croyant une vocation irrésistible pour 
la peinture , il entra dans l'atelier de Picot, ce qui 
ne l'empêcha pas de reprendre ses premières 
études interrompues et de culliver la musique 
en amateur; il écrivit même la partition d'un 
petit opéra-comique dont un de ses amis lui 
avait taillé le livret dans le Sicilien ou l'Amour 
peintre de Molière , et lit exécuter cet ouvrage 
en 1859, par des élèves du Conservatoire, à la 
salle lyrique de la rue de la Tour-d'Auvergne. 
Franck-Marie, critique musical de la Patrie, 
mort depuis, assistait à cette représentation, et 
a()rès l'audilion de l'ouvrage, lui conseilla de 
quitter la peinture pour la musique. 

Suivant ce conseil , M. Joncières abandonna 
l'atelier de Picot, et se mil sous la direction de 
M. Elvvart, avec qui il fit un cours d'harmonie. 
Il entra ensuite au Conservatoire, dans la classe 
de fugue et de contrepoint de Leborne, et se pré- 
parait à concourir à l'Institut , pour le grand 
prix de composition musicale , lorsqu'à la suite 
d'une discussion à propos de Richard Wagner, 
qui venait de donner son premier concert dans 
la salle du Théâtre-Italien , il quitta la classe 
d'un professeur en qui, dit-il lui-même, il n'avait 
plus confiance. Il commença alors à se livrer 
sérieusement à la composition , fit jouer aux 
Concerts-Musard une ouverture, une marche et 
différents morceaux d'orchestre, puis écrivit, sur 
la traduction de \' Hamlet de Shakespeare faite 
par Alexandre Dumas et M. Paul Meurice, une 
partition qui comprenait une .ouverture , une 
marche, des eutr'actes et des mélodrames. Il fit 
entendre cette musique, vers 1864, dans un 
concert organisé à ses frais , et le 21 septembre 
1807 il allait en diriger l'exécution à Nantes, pour 
une représentation i\' Hamlet qui avait lieu au 
Grand-Théâtre de cette ville, et dans laquelle 
M""* Judith, delà Comédie Française, remplissait 
le rôle d'Hamlet. L'année suivante, M""^ Judith 
donnait des représentations de cet ouvrage à la 
Galle, encore avec la musique du jeune com- 
positeur. 

Cependant , le 8 février 1867 , M. Joncières 

(1) Et non le î6 avrl', comme le dit le Dictionnaire des 
Contemporains ; Je tiens cette date de source certaine. 
On a donné à M. Joncières le prénom de Victorin m sou- 
venir lie sa mère, qni s'appelait Victorinc, et qui mourut 
quinze Jours après l'.n olr mis au monde. 



JONCIÈRES 



29 



faisait ses véritables débuts de musicien dramati- 
que en donnant auTliéàtre-Lyriquei'crrfflnapfl/e, 
grand opéra en trois actes dans lequel M"« Nils- 
son, dont c'était la première création, remplissait 
le principal rôle. Malgré la présence de cette 
artiste aimée du public, Sardanapale , dont la 
musique manquait d'élan et d'originalité, ne 
réussit que médiocrement, quoique certains 
morceaux de la partition ne fussent pas absolu- 
ment dépourvus de qualités. Il en fut de mètne 
du second ouvrage de M. Joncières, le Dernier 
jour de Pompéi, opéra en 4 actes donné au 
môme théâtre en 1869, et que la critique trouva 
inférieur au précédent. Depuis lors, le Théàlre- 
Lyrique avant disparu et M. Joncières n'ayant 
pu réussir à forcer les portes de l'Opéra, cet 
artiste, dont le teiispérament musical est abso- 
lument hostile au genre de l'opéra-comique, ne 
s'est pas produit à la scène, bien qu'il ait en por- 
tefeuille un ouvrage entièrement terminé , Di- 
mitri , opéra en 5 actes écrit sur un poëme de 
MM, Henri de Bornier et Armand Silveslre. Il 
s'est borné à publier quelques romances, quel- 
ques morceaux de piano, et à faire entendre un 
concerto de violon, exécuté au Conservatoire, 
en 1870, par M. Danbé, et une Symphonie ro- 
mantique, exécutée au Concert national au mois 
de mars 1873. C'est aussi depuis cette époque, 
et en 1871, que M. Joncières a pris possession du 
feuilleton musical du journal la Liberté, qu'il 
signe de son nom, tandis que sous le pseudonyme 
de Jennius, il écrit, à ce même journal, une chro- 
nique quotidienne des théâtres. 

Il est difficile, à l'heure présente, de porter un 
jugement raisonné sur la valeur musicale de 
M. Joncières. N'ayant encore fait représenter que 
deux ouvrages, et quoique ces ouvrages fussent 
importants, le jeune artiste ii'est pas encore sorti 
de ta période des débuts, des tâtonnements, et 
nous pensons que l'on serait injuste en voulant 
apprécier son talent sur deux productions im- 
parfaites. 11 est vrai que M. Joncières a une 
fort bonne opinion de lui-même, qu'il se croit 
appelé à régénérer l'école musicale française, et 
que, joignant la plume du critique à celle du com- 
positeur, il le prend de très-haut avec ses con- 
frères, et reproche àdesarlistestelsqueM.Reyer, 
par exemple, de ne pas être musiciens et de ne 
pas connaître la pratique de leur art. Un tel 
grief, articulé par l'auteur de Sardanapale 
contre l'auteur de la Statue, peut à bon droit 
faire sourire ce dernier. Du reste, les musiciens 
français de ce temps ne sont pas les seuls pour 
lesquels M. Joncières professe un dédain magni- 
fique; en prenant la collection des feuilletons 
publiés par lui depuis quatre ans dans la Li- 



berté, il serait facile de se convaincre de ee 
fait, que M. Joncières fait dater l'existence de la 
musique française du jour où il a abordé le théâ- 
tre. Quels que soient le nom et la valeur des 
artistes auxquels la France avait cru devoir 
jusqu'ici accorder un peu de reconnaissance , 
quel que soit le genre auquel ces artistes se sont 
attachés, ceux-ci ne sauraient trouver grâce 
devant un critique aussi farouche : Monsigny , 
Grétry, Boieldieu , Auber, Adam, Berlioz, tous 
sont traités par lui avec une superbe écrasante. 
Voici comment M. Joncières apprécie le gt^nie 
inculte, mais naturel et passionné, de Monsigny : 
« Nous ne sommes pas, il faut l'avouer, de ceux 
qui pleurent d'admiration en entendant la mu- 
sique du Déserteur. Les chants heureux de 
Monsigny, comme disent les amateurs de ce vieil 
opéra-comique, n'ont pas le don de nous tou- 
cher Il faut avoir porté la culotte courte, 

s'être délecté aux comédies de Picard, avoir passé 
ses soirées à Feydeau, après un bon dîner chez 
le traiteur, en un mot, avoir été jeune il y a 
cinquante ans, pour goûter les charmes de la 
musique de Monsigny. » On pense bien qu'après 
avoir ainsi traité le Déserteur, le critique ne 
saurait user d'une grande indulgence pour la 
Dame blanche : « L'Opéra-Comique, écrivait-il 
un jour au sujet de cet ouvrage, donnait la se- 
maine passée la 1, 2370 représentation de la Dame 
blanche . Devant l'éloquence d'un pareil chiffre 
la critique perd ses droits, et n'a plus qu'à s'in- 
cliner; nous ne discuterons pas la valeur de 
cet ouvrage. Depuis quarante-six ans le public 
se pâme d'aise aux la la -i-tou des montagnards 
écossais, à la cavatine du ténor : « Ah! quel 
plaisi-ir d'être soldat !» à la strette, qui parut 
si entraînante en 1825, du fameux duo : Cette 
main, cette main sijoti-i-i-e, et rien ne semble 
encore annoncer la lin de l'engouement général 
pour cet opéra tyrolien dont l'action se passe 
en Ecosse.... » M. Joncières qui, on le voit, cher- 
che parfois à faire de l'esprit, est plus sévère en- 
core envers Berlioz qu'il ne l'a été envers Mon- 
signy et Boieldieu ; il regrette d'abord son inex- 
périence des procédés de l'art musical , la 
stérilité de son imagination , et voici comme 
il le juge : « Berlioz ressemble à un cuisinier 
inexpérimenté qui , voulant inventer un art cu- 
linaire nouveau, jetterait pêle-mêle dans la cas- 
serole tous les ingrédients qui lui tomberaient 
sous la main, se disant : ce sera peut-être mau- 
vais, mais en tous cas on ne pourra contester 
l'originalité de ma cuisine, et il se trouvera cer- 
tainement des palais blasés qui prendront plaisir 
à goûter une sensation qu'ils n'ont encore jamais 
éprouvée. » ,. . 



3Ô 



JONCIERES — JOSSE 



I On voit que la criftque de M. Joncières est 
enfantine, malgré les grands airs qu'elle veut 
prendre parfois. Ses efforts n'enlèveront pas aux 
grands artistes qui ont honoré ou illustré la 
France une parcelle de leur génie, mais ils pour- 
raient porter préjudice à l'avenir du jeune com- 
positeur qui se livre à de tels écarts et qui semble 
tro[) porté à croire que tous les yeux de l'Europe 
sont tournés sur lui. M. Joncières n'est pas en- 
core célèbre ; pour le devenir, il ne suffit pas 
d'avoir, comme lui, deux admirations exclusives 
dont l'accouplement semble au moins étrange 
lorsqu'on sait qu'elles ont pour objet M. Wagner 
d'une part, M. Offenbach de l'autre; il faut 
composer, produire beaucoup, créer des chefs- 
d'œuvre et forcer l'admiration du public. Mais 
se cantonner chaque semaine dans le coin d'un 
journal dans l'unique but de rabaisser sans cesse 
l'art de son pays, de ternir la mémoire des grands 
hommes qui l'ont illustré, de s'accorder à soi- 
même des éloges au moins singuliers, enfin d'a- 
mener les administrations théâtrales à représen- 
ter vos œuvres, cela n'est pas le fait d'un véri- 
table artiste. Je suis d'avis, pour ma part, qu'on ne 
peut, pour une foule de raisons, être à la fois pro- 
ducteur et critique. Berlioz, qui, quoi qu'en puisse 
penser M. Joncières, présentait sous ce double 
rapport une autre surface que lui-même, a usé sa 
vie à ce jeu dangereux et avait fini par s'aliéner 
toutes les sympathies. Que M. Joncières y prenne 
garde, s'il lient à sa carrière de compositeur (1). 
JOSSE {Je.\n-Marie), compositeur, est né 
à Toulouse le 23 février 1815, dans une famille 
d'artistes. Elevé d'abord à la maîtrise de Saiiit- 
Élienne, cathédrale de Toulouse, il se rendit 
vers l'âge de douze ans à Bordeaux, où son pèie 
venait d'être engagé comme chef d'orchestre 
du Grand -Théâtre. Ce fut là qu'il apprit l'har- 
monie et la composition sous la direction de 
Massin, dit Turinu, disciple de Reicha, qui, en 
1819, avait partagé avec Ilalévy le grand prix 
de Rome. En 1832, et après de sérieuses études, 
son maître l'envoya à Paris terminer son édu- 
cation musicale et le recommanda chaudement 
à Reicha. Le digne artiste lit plus : en se sé- 
parant de son élève, il lui fit don de la somme 
qu'il avait reçue de lui pendant plusieurs années 
pour prix de ses leçons, et qu'il avait soigneu- 
sement amassée pour la lui rendre et lui faci- 
liter ainsi les premiers pas dans la carrière. 

(1) DepiiU qiic cette nntire est écrite, lo ThMtrc- 
I.yrlqiie s'est recon<tltii(>, et M. Joncières y a fait repré- 
senter, pour sa réoiivi-rturc, Dimiiri, grand opér.i en 5 
acte< qu'il avait Inulilcincnt tenté de faire jouer à l'Opéra. 
Bien que cet ouvrage n'ait point attiré le public. Il a 
obtenu auprès des arilste» et de la critique un .iccueil 
trùs-f.ivorable, que justiûdicnt de réelles qualités. De 



Arrivé à Paris, M. Josse entra au Conservatoir© 
et suivit la classe de Reicha pour la fugue, et 
celle de Lesueur pour la composition draina- 
tique. En 1836, il obtint, avec Louis Maillart, 
la seule mention que le jury décerna pour le 
contrepoint et la fugue. En même temps, il 
occupait l'emploi de second violon au théâtre 
Nautique, puis d'alto à l'Opéra-Comique, et, 
enfin, devenait sous-chef d'orchestre à ce dernier 
théâtre. C'e.st pendant cette période qu'il écrivit 
la Tentation, oratorio en trois parties, qui fut 
exécuté en 1848 aux Italiens, à l'Opéra-Comique 
et aux concerts du Conservatoire; puis le Ta- 
lisman , opéra-comique en un acte, qui fut 
donné en 1849 à l'Opéra-Comique. 

En 1850, M. Josse se rendit en Russie, où l'ap- 
pelait un engagement de chef d'orchestre au 
Théâtre-Michel de Saint-Pétersbourg. Il con- 
serva ce poste jusqu'en 1861. A celte époque, 
il est rentré en France, où il habite encore 
aujourd'hui. — C'est à Marseille qu'il s'était 
fixé en dernier lieu. — Dégagé de toute fonc- 
tion assujettissante , s'étant par son travail as- 
suré l'indépendance qu'il avait souhaitée , il a 
pu dès ce moment se livrer tout entier à son pen- 
chant pour la composition. Il a écrit des frag- 
ments de musique, sjmphonique et lyrique, des 
quatuors, des ouvertures, marches, etc. — Plu- 
sieurs de ses pièces d'orchestre ont été exécutées 
avec succès aux Concerts populaires de Marseille. 
Son ouvrage le plus important est un grand 
opéra en 5 actes dont le poëme est tiré du 
drame d'Alexandre Dumas, Ilenî-i III, et qui 
a été traduit en italien sous le nom de la Lega 
(la Ligue). Cet opéra doit être donné au théâlre 
de la Scala, à Milan, pendant la saison du 
carnaval 1876 (1). 

Il y a dans ces diverses compositions une 
grande sûreté de main, une facture solide et 
ferme. On y sent l'intluence du style et des 
procédés de Meyerbeer. Le caractère de la 
pensée et les moyens employés pour la mettre 

beaucoup supérieure aux deux (tuvres précédantes de 
l'auteur, la pirtition de Dimitri, bien que manquant 
encore d'originalité, dénote un vrai tcnipcrament scéni- 
qne, et fait honneur à l'artiste qui l'a écrite ; les progrès 
de celui-ci sont évidents, sa main est beaucoup plus 
sûre, snn orchestre est sonore et brillant, et l'inspiration 
si elle pèche un peu trop du côté de la nouveauté, ne man- 
que du moins ni d'ampleur ni de pu ssance. Dimitri n'esf 
pas sans doute une prndnction accdinplic, mais c'est une 
œuvre niAle, liardie, sincère, qui est un heureux gage 
pour l'avenir du musicien. Un fai' est à signaler au sujet 
de cet ouvrage; c'est (|ue, chez M. .lo'icleres, les théories 
du crlUqiie n'ont aucune influeiice sur la pratique du 
compositeur; la musique de Dimitri est aussi peu wag- 
nériennc que possible. 

fi) fM Leçia fut en effet représentée a la Scala, de 
Milan, le 25 janvier i876,el bien accueillie par le publiic, 



JOSSE — JOURET 



3\ 



en valeur accusent un tempérament vigoureux 
qui doit s'appliquer heureusement aux compo- 
sitions dramatiques. Al.R — D. 

JOUAIV (J....-M....-J ), instituteur à 

Caro, près de Pioërmel (Bretagne), est l'auteur 
d'un Petit Recueil de mélodies religieuses, 
contenant une messe solennelle, un motet pour 
Toi\ d'enfants, et des Chants en l'Iionneur du 
Très-Saint Sacrement et de la Très-Sainte 
Vierge. Ce recueil a été publié il y a quelques 
années à Rennes, chez Vatar. 

JOURET (Théodore), né à Ath (Belgique), 
le 11 septembre 1821, ne s'est d'abord occupé 
de musique que comme amateur, cherchant 
dans la culture de cet art un délassement à 
ses études scientifiques. C'est ainsi que de 
iS-iO à 1846, il a composé des mélodies et des 
chœurs pour quatre voix d'hommes. En asso- 
ciation avec Guillaume Meynne, qui lui avait 
servi de guide et de conseil dans ses pre- 
miers essais de composition musicale, M. Théo- 
dore Jouret a pris sa part de collaboration 
à un opéra-comique en un acle, le Médecin 
Turc, exécuté en 1845, dans un salon mu- 
sical à Bruxelles. (Voir Biographie universelle 
des Musiciens, t. VI, p. 129, l'article con- 
sacré à Meynne). Depuis 1846, M. Théodore 
Jouret n'a plus consacré ses loisirs qu'à la 
critique musicale. Durant ces trente années, 
il a successivement collaboré à la Bévue 
de Belgique, dont il était l'un des fonda- 
teurs, à la Revue trimestrielle, à l'Étoile 
Belge, à V Observateur, au A'ord, au Guide 
musical, et enfin à VOf/ice de publicité, de- 
puis sa fondation (1858). Il a aussi envoyé, de 
Paris et de l'Allemagne, un grand nombre de 
correspondances musicales à l'Indépendance 
belge et au Journal de Saint-Pétersbourg . 
Enfin, il a publié dans le journal l'Art, de 
Paris (n'" des 1^"^ et 8 octobre 1876), une étude 
sur Verdi, dont il a été fait un tirage à part 
(Paris, 1876, in-f). 

M.Théodore Jouret est professeur de chimie à 
l'École militaire de Bruxelles et chevalier de 
l'ordre de Léopold. F. D. 

JOURET (Léon), compositeur, frère du 
précédent, naquit à Ath (Belgique), le 17 octo- 
tobre 1828, entra, à l'âge de huit ans, aux 
cours de l'École de musique de sa ville natale, 
où il apprit les premiers éléments de son art, 
et étudia le violon et le piano. Il tenait déjà 
très-souvent l'orgue à l'église Saint-Julien; à 
celte époque, l'église élant pour lui l'endroit 
où l'on faisait le plus de musique, il ambitionna 
— c'est le mot — la place d'enfant de chœur, 
qu'il obtint; ses entrées au Jubé lui causèrent 



une joie immense, et il accompagnait la plupart 
des offices. 

En 1839, sa famille quitta la ville d'Ath pour 
aller habiter Bruxelles, et dès lors il voulut à 
tout prix devenir musicien. Rien ne le con- 
traria dans sa vocation, et ses parents le lais- 
sèrent libre de suivre son instinct. 

Le Conservatoire royal était encombré d'é- 
lèves, et il ne put y entrer que vers la fin 
de 1840. Admis aux cours de solfège et de 
piano, il fréquenta plus tard les cours d'orgue, 
de violoncelle, d'harmonie et de composition. 

C'est en 1848 que M. Léon Jouret publia sus 
premières mélodies, écrites sur des paroles de 
V. Hugo, Alfred de Musset et Th. Gautier. 
Ses premiers essais furent bien accueillis, et 
c'est alors qu'il reçut pour son art les meilleurs 
conseils de deux de ses amis, Guillaume 
Meynne et Alexandre Stadtfeldl, deux artistes 
pour qui il eut toujours les sentiments de la 
plus vive reconnaissance. 

A dater de 1850, M. Jouret publia d'année en 
année des mélodies, des romances, des chan- 
sons et des chœurs pour voix d'hommes, sans 
accompagnement. Depuis lors, à différentes 
reprises, il a été choisi pour écrire des chœurs 
destinés à des concours de chant d'ensemble. 
Sa dernière production en ce genre (1872) 
a été imposée aux sociétés belges, françaises, 
allemandes et hollandaises qui entraient 
en lutte pour le prix d'excellence au concours 
international de Verviers. Cette composition 
a pour titre : Invocation à la Patrie. Parmi 
ses œuvres chorales, dont la plus grande partie 
est au répertoire des sociétés du pays et de 
l'étranger, nous citerons : le Lever, Sa'ut 
au pays natal, les Blancs Bonnets de Sam- 
bre-et-Meuse, Chanson Espagnole, Hymne 
à la Charité, Chanson de ma Mie et d'autres 
encore. Il n'est que juste de mentionner aussi 
plusieurs mélodies, qui ont été accueillies avec 
succès : Ma Mie Annette, Chanson de Mai, La- 
menta, Barcarolle, Une Fleur, On dit mon 
Ange, l'Empressement, Chanson de Novem- 
bre, ISoel, etc., éditées, les unes à Paris, et la 
plus grande pai-tie à Bruxelles. 

La maison Schott a publié dernièrement un 
nouveau recueil de huit mélodies, écrites sur 
des paroles prises aux meilleurs auteurs, et 
dont quelques pièces sont de véritables poè- 
mes. Les concerts du Cercle Arlistique de 
Bruxelles ont fait connaître la Ritournelle, le 
Franc Archer, et plusieurs autres du recueil, 
qui contient en outre : Le Printemps, J'aime 
à chanter, L'Évangile des champs, le Collier 
de cœurs, l'Absent et la Promenade aux 



32 



JOURET — JOURNET 



chainpx. M. Léon Jouret a fait paraître aussi 
(1871), chez Scholt, une autre collection <le six 
morceaux de chant à deux et à trois voix de 
femmes, avec accompagnement de piano, et des- 
tinés principalement aux cours de chant d'ensem- 
ble. Ces morceaux ont pleinement réussi, et les 
plus favorisés sont : les Fleurs, les Clochettes 
bleues, — {Cantate du Printemps) — et Tom- 
bée du jour, à trois voix, avec accompagnement 
d'orgue et de piano; ce dernier est écrit fur 
une délicieuse poésie de Théophile Gautier. 

M. Jouret, qui s'est occupé de musique reli- 
gieuse, a encore écrit des psaumes et des motets, 
ainsi qu'une messe et une Cantate pour le jour 
de Pâques, en trois parties, à cinq voix, avec 
accompagnement d'orgue, violoncelle et contre- 
basse. En 1851, on exécuta à l'église Saint- 
Joseph, à Bruxelles, un Salut de sa composi- 
tion, où l'on remarqua un Ave Man'o et le psaume 
Super flumina Babylonis. 11 a fait entendre 
à plusieurs reprises, dans sa ville natale, une 
messe à cinq voix, avec accompagnement d'or- 
gue, violoncelle et contre-basse, et lors de la 
visite du Roi dans celte ville, il écrivit pour 
cette circonstance un Domine Salvum fac, qui 
fut exécuté par un grand nombre de chanteurs 
et d'instrumentistes. 

En 18G5, le Cercle Artistique et Littéraire 
do Bruxelles mit à sa disposition son splen- 
dide local; c'est là qu'il fit représenter son 
premier opéra, intitulé Quentin Matsys, pa- 
roles de M. F. Covelicrs. L'ouvrage obtint un 
véritable succès. En 1868, le Cercle eut encore 
la primeur d'un autre opéra : le Tricorne 
enchanté, comédie originale et charmante de 
Th. Gautier et Siraudin, appropriée à la scène 
lyrique par M. F. Coveliers; poëme et musi- 
que réussirent à souiiait. Grâce à ses relations 
artistiques et à la sympathie qui s'attachait à 
son nom, M. Jouret eut le rare bonheur d'avoir 
pour interprèles les premiers sujets du Théâ- 
tre royal de la Monnaie. On eut beau lui de- 
mander sa partition pour une scène plus im- 
portante et plus grande, il refusa toujours, 
craignant le trop grand cadre, et disant à ses 
amis que, s'il se décidait un jour à écrire pour 
le théâtre, il voulait y produire une œuvre 
nouvelle, et plus complète, si c'était possible, 
que le Tricorne. Depuis lors, il a terminé diffé- 
rents ouvrages ; mais le chant d'ensemble est 
surtout depuis plusieurs années l'objet de tous 
ses soins et son travail de prédilection. 

En 187 i, M. Léon Jouret a été nommé profes- 
seur au Conservatoire royal de Bruxelles, et 
chargé du cours d'ensemble vocal dans les 
classes du soir. , -.; F. D. 



JOURNET (Françoise), l'une des plus 
fameuses chanteuses de l'Opéra, quoique son 
nom soit aujourd'hui bien oublié, brilla pen- 
dant quinze ans à ce théâtre, au commencement 
du dix-huitième siècle, et y tint le premier 
rang. L'abbé de Fontenai, dans son Diction- 
naire des Artistes, a donné sur cette actrice 
alors célèbre une notice très-complèle, et que 
je ne crois pouvoir mieux faire que de repro- 
duire ici. « Françoise Journet, dit-il, est née 
à Mâcon selon quelques-uns, et selon plusieurs 
autres à Lyon. Sa mauvaise fortune la fit entrer, 
dans cette dernière ville, chez une marchande 
dont le mari fit banqueroute. Quoique aban- 
donnée de sa maîtresse et n'ayant d'autre bien 
qu'une très-jolie figure, elle ne céda aux pour- 
suites d'un jeune homme qui l'aimait, qu'en 
l'épousant. Mais ayant appris, au bout de quel- 
ques mois, que ce jeune homme était déjà marié, 
elle prit alors le parti du théâtre. Elle débuta 
à l'Opéra de Lyon, et le succès qu'elle eut fut 
si grand, qu'on l'engagea de venir à Paris. Elle 
y fut médiocrement reçue. Ses amis lui conseil- 
lèrent de persister; elle suivit cet avis, et réus- 
sit au point que, peu d'années après, elle devint 
la première actrice de l'Opéra de Paris. Elle y 
avait débuté, au mois d'avril 1705, par le rôle 
d'Yole dans l'opéra de la Mort d'Alcide. Elle 
n'a jamais été remplacée dans ceux d'Isis, de 
Thétis et d'Iphigénie. Elle quitta le théâtre en 
1720. Le Système (1) lui avait procuré une for- 
tune de huit à neuf cent mille livres, qui ne 
dura qu'autant que le papier : le chagrin qu'elle 
en eut et un squirrhe au loie la mirent au tom- 
beau en 1722. On a vu longtemps à Paris un 
portrait de mademoiselle Journet, peinte en 
Iphigénie, par le fameux Raoust. C'était un des 
chefs-d'œuvre de ce peintre : il a disparu depuis 
quelque temps, sans qu'on sache à qui il ap- 
partient aujourd'hui. » 

M"« Journet avait dû une partie de son talent 
aux excellentes leçons de M"« Le Rochois, qui, 
aussi bonne qu'intelligente, se plaisait, après 
être sortie de l'Opéra, à former des élèves qui 
pussent lui succéder. M"« Journet avait inspiré 
à un grand seigneur qui fut son amant, le 
marquis de Rochemore, une passion telle qu'il 
mourut du chagrin de l'avoir perdue, et que sa 
perte lui inspira les vers suivants.: 

Aux autels du lyran des morts, 

D'une tremblante main, Je consacre ma lyre; 

Je no cliintois que pour Tliémire, 

Théinlre a vu les sombres bords ; 

, Tendres concerts, charmant délire, 

(1) l.e système de Law, source de ruine pour les Part- 
siens. 



JOURNET — JUILLET 



33 



Faite» pl.ice à d'autres transports. 

Une douleur iiiuetie et sombre, 

Des larmes qui partent du cœur, 
Ne chercher, ne sentir, ne voir que mon malheur, 
Voila le seul tribut que Je dois à son ombre. 

Soyez les garans de raa fol, 
' I.leux redoutés où repose sa cendre; 

II n'est plus auiourd'hui d'autre plaisir pour mol 
Que les pleurs qu'en secret je viens ici répandre. 

Parmi les très-nombreuses créations que fit 
M"« Journet dans le cours des quinze années 
qu'elle passa à l'Opéra, il faut surtout citer 
les ouvrages suivants : Zes Fêles Vénitiennes, 
Idoménée, Camille reine des Voisgvrs et 
Télèphe, de Campra; l'Iiilomène, et Brada- 
mante, de La Coste; Polyxène et Pyrrhus, 
de Colasse; Cassandre, de Bouvard et Berlin ; 
le Jugement de Paris et les Plaisirs de la 
campagne, de Berlin ; Manto la Fée, de Ba- 
tislin (Siriick) ; Médée et Jason, de Salomon-, 
les Amours déguisés, de Bourgeois; Télému- 
que et Callirhoé, de Destouches; les Fêles 
de l'été, de Montéclair; les Fêles de Thalie, 
de Moiiret. Un an avant sa retraite, en 1719, 
M"» Journet obtint un véritable triomphe en 
se montrant dans Vlphigénie de Desinarets, 
dont elle remplit le rôle principal avec une 
grâce touchante et des qualités pathétiques 
qui arrachaient des larmes des yeux des spec- 
tateurs ; grâce à elle, la reprise de cet ouvrage, 
qui s'était vu très-froidement accueilli lors de 
sa création en 1704, obtint un succès relenlis- 
sant et prolongé. 

* JOUSSE (J ). Aux écrits de cet ar- 
tiste, on doit ajouter l'ouvrage suivant : Com- 
pendious Dictionary of Italian and otker 
terms iised in vmsic, illusiraied by mime- 
rons examples for studenls (Dictionnaire 
abrégé des termes italiens et autres usilés en 
musique, accompagné de nombreux exemples 
pour les élèves). 

* JOLI VE (L'abbé Esprit-Gustave). Comme 
compositeur, M. l'abbé Jouve a publié lesou- 
viagcs suivants : 1° T*^ messe à 3 voix, avec 
ace. d'orgue (en ut majeur), Paris, Repos; 2° 
3= messe à 3 voix, id. (en si bémol majeur), 
id., id ; 3" 4* messe à 3 voix, id. (en sol ma- 
jeur), id. id.; 4° Stnbat Mater à 3 voix, avec 
ace. d'orgue, id., id.; 5° Recueil de motets, 
hymnes et antiennes, avec ace. d'orgue ou 
harmonium, id., id.; 6° Recueil de cantiques 
à 3 voix égales, avec ace. d'orgue ou har- 
monium, id..id.; 7" Album de 6 morceaux à 
3 voix égales avec strophes déclamées, réci- 
tatifs, soli et «hœiiis, pour distribution de 
piix, Paris, Heugel. A la liste des écrits publiés 
sur la musique religieuse par M. l'abbé Jouve, 

BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. - 



il faut joindre les deux suivants : i" Du chant 
liturgique, état actuel de la question. Quelle 
serait la meilleure manière de la résoudre, 
Avignon, 1854, in-8° de 160 pp.; 1" Rapport 
sur un antiphonaire manuscrit de Sainte' 
Tulle {Provence), Paris, 1856, in-S". 

JOUVIN (Benoît-Jean-Baptiste), écrivain 
qui s'est occupé de critique musicale, est né 
à Grenoble le 20 janvier 1820. M. Jouvin a 
pris part à la rédaction d'un grand nombre de 
journaux, et, comme il paraissait prendre un 
goût spécial aux choses de la musique, il a 
traité des matières relatives à cet art dans le 
Globe (1844), VÉpoque (1845-47), le Grand 
Journal, le Paris- Magazine, la Situation 
(1867), la Presse (1868), l'Événement, et sur- 
tout le Figaro, où, depuis 1856, il n'a guère 
cessé d'écrire. M. Jouvin a donné au Ménestrel 
deux longues notices qui ont été ensuite publiées 
à part, l'une : D. F. E. Auber, sa vie et ses 
œuvres (Paris, Heugel, 1864, gr. in-S" avec 
portrait et autographes) ; l'autre : Hérold, sa 
vie et ses œuvres (id., id., 1868, id.). Il a 
donné aussi quelques articles à la Critiqice 
musicale (1846), ainsi qu'à la Gazette musi- 
cale. Les articles que M. Jouvin publie sur la 
musique dans le journal le Figaro sont signés 
du pseudonyme de Bénédict. 

JUAP»RAÎ\Z (Eduardo-Lopez), musicien 
espagnol de l'époque actuelle, a fait ses études 
au Conservatoire de Madrid, où il a obtenu un 
premier prix de composition. Cet artiste ne 
m'est connu que par une publication qu'il a 
entreprise et dont il est le directeur conjointe- 
ment avec M. Gonzalez Martinez : El canto 
sacra, publicacion religiosa-imtsical, dedioa- 
da a S. S. Pio IX (Madrid, Andres Vidal). 

JUBII\'(Le Frère Marie), prêtre et musicien, 
est l'auteur anonyme des publications suivantes ; 
1° Principes de plain-chant, à l'usage des 
écoles, par un membre de l'Institut des Petits- 
Frères-de-Marie (Lyon, Périsse, 1865, in-18); 
2° Principes de musique et de chant, à l'u- 
sage des écoles (id., id., id.); 3'^ Récite il d'airs 
à 1, 2 ou 3 voix égales, adaptés aux canti- 
ques, à l'usage des PetitsFrères-de-Marie, suivis 
de quelques motets pour les saluts du Saint- 
Sacrement (id., id., id.). 

* JUILLET (Marcel-Jean-Antoine), fils 
du fameux acteur de ce nom qui fit les beaux 
jours de l'Opéra-Comique, était né à Rouen 
le le"^ juillet 1789 et mourut à Bruxelles le 16 
novembre 1841. Un de ses frères était à cette 
époque major d'infanterie dans l'armée belge. 
Je ne suis nullement certain que le nom de cet 
artiste et de son père doive s'écrire Juillet, 
t. II. 3 



34 



JUILLET — JULLIEN 



et j'ai même beaucoup de raisons de croire que 
c'est JuUet qu'ils s'appelaient réellement. Ce- 
pendant, coiiune je n'ai pas à ce sujet de certi- 
tude absolue, j'ai conservé à ce nom la torme 
qui lui etdil donnée dans la Biographie univer- 
selle des Mmiciois. 

JULIÀ (Le Père Bemto), moine et compo- 
siteur espagnol, tut élevé au fameux collège de 
musique du couvent de Moniserrat, dans la 
Catalogne, et vivait au dix-buitièine siècle. On 
conserve dans les archives de ce collège plusieurs 
de ses compositions, pour la [jluparl fort impor- 
tantes, entre autres un ollice de vêpres pour les 
morts, à quatre voix, et des répons pour la 
semaine sainte, qui constituent, dit-on, une 
œuvre particulièrenient remarquable. 

JULIAAO (A. P.). — Voyez PILATI. 

JCJLl EN (A ), est l'auteur d' un écrit publié 

sous ce titre : L'enseignement du chant consi- 
déré comme l'un des objets essentiels qui doi- 
vent faire partie de l'instruction primaire de 
la commune {\&2\). 

JUIJEN (Le l'rère). — Foyes LIESEN- 
HOF (Charles), 

JULlEiX (Toussaint-Fortuné), né à la Ro- 
que d'Autberon (Boucbes-duRbône), le 1"'' no- 
■vcmbre 1837, a fait représenter au théâtre d'Aix, 
en Provence, le 13 février 1864, un opéra-bouffe 
en un acte intitulé le Fils de Thésée. On connaît 
également de cet artiste une messe à trois voix 
égales avec orchestre, qui a été exécutée dans 
la même ville le 20 mai 1866. Al. R — d. 

* JULLIEIX (Maucel-Bernard). Outre l'ap- 
probation de Fetis, M. 13. Jidlien eut aussi dans la 
savante discussion qu'il soutint contre Yiucent 
à propos de la musique ancienne, l'appui des mu- 
siciens de profession, de Georges Bousquet à 
rillustraiion, et de Berlioz, qui écrivait aux Dé- 
bats, avec une intention assez méchante contre 
Vincent : « M. Juliien a un immense avantage 
sur la plupart des écrivains qui se sont occupés 
de sujets touchant à l'art musical : il sait la mu- 
sique, il comprend la signiliccition des mots et n'at- 
tribue point, comme tant d autres, aux expres- 
sions qu'il en)ploie un sens vicieux, détourné ou 
complètement faux, mais bien le sens réel qui 
leur est assigné dans la pratique de l'art. « Pos- 
térieurement a la notice que lui a consacrée Félis, 
M. Juliien a publié des Thèses de Pkilosoph'ie 
(un vol. in-S» de 400 p., Paris, Hachette, 1873), 
dans l'une desquelles, intitulée l'Idéologie, ï\ dis- 
cute et combat les opinions de d'Orligue sur la 
constitution primordiale du langage musical el 
sur la musique religieuse : ce chapitre intéres- 
sant doit donc se rattacher aux ouvrages anté- 
rieurs de M. B. Juliien sur la musique. A la liste 



de ces derniers, il faut ajouter le petit écrit sui- 
vant : De Vétude de la musique instrumen- 
tale dans les pensions de demoiselles ( Paris 
M. Alteste, 1848, in-18 de 16 pp.) 

JlILLIEiV (Jean-Lucien-Adolphe), littéra- 
teur, historien et critique musical, fils du précé- 
dent, naquit à Paris le 1" juin I8i5. M. Adolphe 
Juliien est aussi pelit-neveu du conventionnel 
Juliien de la Drôme et cousin-filleul du célèbre 
ingénieur général Adolphe Juliien, qui construisit 
et dirigea quelques-unes de nos principales lignes 
de chemins de fer, comme celles de Lyon et de 
l'Ouest. M. Ad. Juliien fit toutes ses études lit- 
téraires au lycée Charlemagne, puis fut reçu li- 
cencié en droit. Ses parents, passionnés pour la 
musique, la lui firent enseigner de bonne heure 
ainsi que divers instruments : il apprit le piano, 
le violon et le chant, puis il étudia l'harmonie 
et le contrepoint avec un ami de son père, 
Bienaimé, alors professeur retraité du Conserva- 
toire. Tout en faisant de la critique musicale 
active, M. Juliien s'occupe de travaux d'esthé- 
ti(iue pure et d'histoire; il se livre aussi à de 
fructueuses recherches sur la musique et les 
théâtres publics et privés au siècle dernier. Il a 
déjà mis au jour des documents de baut intérêt 
enfouis aux Archives nationales, et il poursuit 
activement le dépouillement de ces richesses 
ignorées sur les mystères artistiques et admi- 
nistratifs de l'Opéra avant la Révolution. M. Jul- 
iien publia son premier article au Ménestrel, 
en 1869, à propos de l'exécution du Paradis et 
la Péri au Théâtre-Italien , et il se montra dès 
lors ardent admirateur et défenseur convaincu 
de Schumann, comme il l'est encore, ainsi que 
de Berlioz et de Wagner. Il fournit ensuite d'im- 
portantes études aux journaux spéciaux comme 
la lievue et Gazette musicale, le Ménestrel, 
la Chronique musicale, et aux grands recueils 
[loliliques et littéraires: iiei'2/e Contemporaine, 
Correspondant, Revue de France, Revue Bri- 
tannique. En mai 1872, il fut chargé de rédiger 
le feuilleton musical du journal le Français, 
qu'il continue de tenir au profit des idées sé- 
rieuses et élevées, de la grande musique classi- 
que. En outre, M. Ad. Juliien a rédigé à l'occa- 
sion certaines des revues uuisicales de la Revue 
de France, signées du pseudonyme collectif 
d'O. Mercier, et il est chargé depuis quatre ans 
de faire à la Gazette musicale le compte-rendu 
spécial de l'Opéra ; il collabore aussi au Courrier 
littéraire, recueil de fondation récente, où il 
apprécie tous les livres ayant Irait à la musique. 
Les travaux de critique et d'histoire publiés 
par M. Juliien dans ces diflérents recueils, 
entrant pour la plupart dans un plan général. 



JULLIEN — JUSTINIANO 



35 



doivent former par la suite plusieurs ouvrages 
se complétant les uns les autres, et la musi- 
que lient une large place même dans ceux 
dont le titre plus général n'implique pas d'idée 
musicale. Ses écrits publiés jusqu'à ce jour 
sont: l' V Opéra en 1788, documents inédits 
extraits des Archives de l'État (iu-8", Paris, 
Pottier de Lalaine , 1873) ; — 2" Za Musique et 
les Philosophes au XVIir siècle (in-8% Paris, 
Daur, 1873); — 3" Uisloire du théâtre de 
Mme de Pompadour, dit théâtre des Petits- 
Cabinets , avec une eau-forte de Martial d'après 
Boucher (grand in-8°, Paris, Daur, 1874); — 
4° La Comédie à la cour de Louis XVI, le 
Théâtre de la reine à Trianon, d'après des 
documents nouveaux et inédits (in-8", Paris, 
Baur, 1875); — 5° Les Spectateurs sur le théâ- 
tre. Établissement et suppression des bancs 
sur les scelles de la Comédie- Française et 
de t'Opéra, avec documents inédits extraits des 
archives de la Comédie-Française, un plan du 
Théâtre- Français avant 1759, d'après Blondel, et 
une gravure à l'eau-forte de E. Champollion, 
d'après Charles Coypel, 1726 (grand in-S", Paris, 
Détaille, 1875); — 6" Le Théâtre des demoi- 
selles Verrières, la Comédie de société dans 
le monde galant du siècle dernier (grand in- 
8°, Paris, Détaille, 1875); — 7" Les grandes 
nuits de Sceaux; le Théâtre de la duchesse 
du Maine (in-8°, Paris, Baur, 1876); — 8" Un 
Potentat musical. Papillon de la Ferlé, son 
règne à l'Opéra de 1780 à 1790 (in-S" Paris, 
Détaille, I87G);— 9° L'Église et l'Opéra en 
1735. Mademoiselle Lemaure et l'évêque de 
Saint-Papoul (in-8°, Paris, Détaille, 1877); 
— 10° Weber à Paris ; son voyage de Dresde 
à Londres par lu France; la musique elles 
théâtres, le Monde et la Presse pendant son 
séjour (in- 8°, Paris, Détaille, 1877); — II" Airs 
variés, Histoire, critique, biograghie musi- 
cales et dramatiques (in-12, Paris, Charpen- 
tier, 1877); 12" La Cour et l'Opéra sous Louis 



XVL Marie- Antoinette et Sacchini; Favart 
et Gluc/c (in-12, Paris, Didier, 1878). 

* JUMILUAC (DoM BexNOitDE). M. Théo- 
dore Ni.^ar<I a publié sur ce fameux bénédictin 
une notice 'intitulée : Biographie de Dont 
Benoit de Jumilltuc (Paris, s. d., Repos, in-8°). 

JU\(j]\IAI\N (Albert), pianiste et com- 
positeur, né à Langensalza le 14 novembre 1814, 
a été employé chez divers éditeurs de musique, 
particulièrement dans les magasins de G. W, 
Kœrner à Erfurt, el chez G. A. Spina à Vienne. 
11 s'est partagé entre les fonctions qu'il occu- 
pait ainsi et la composition d'une quantité in- 
nombrable de petits morceaux de salon pour le 
piano, qui ont été publiés à Vienne, Leipzig, 
Offenbach, etc. Le nombre des compositions en 
ce genre de M. Albert Jungmann ne s'élève 
guère, aujourd'hui, à moins de 350. 

JlI\GMAi\l\ (Louis), pianiste, compositeur 
et professeur, né à Weimar en 1822, a été en 
cette ville l'élève de M. Liszt, et y est aujour- 
d'hui professeur de musique à l'Institut ^Sophie. 
On lui doit un assez grand nombre de lieder, des 
morceaux pour le piano, et aussi des trios et 
quelques compositions pour l'orchestre. 

JURIEWICZ (Conrad), compositeur polo- 
nais, est l'auteur d'un drame lyrique italien, 
Piero Calabrese, qui a été représenté au mois 
de février 1867 sur le théâtre d'Odessa. 

JUSTIXIANO (AiNTONio DE s. Ieronymo), 
artiste portugais, né k Lisbonne en 1675, étudia 
la musique avec Marques Lesbio et obtint 
encore assez jeune, la place de maître de cha- 
pelle au couvent des Bénédictins de Enxabregas 
(près de Lisbonne). Il y avait fait profession 
en 1697. On ne connaît pas la date de sa mort. 
— Un autre musicien du même nom, l'abbé 
Justiniano, était, vers 1822, un des meilleurs 
pianistes de la colonie artistique de Rio de 
Janeiro, où il enseignait la musique. 11 composa 
une grande quantité de musique sacrée qui n'a 
pas été publiée. J. de V. _ 



K 



KiïSSMAYER (Moiutz), violoniste et 
compositeur, né à Vienne en 1831, a fait ses 
éludes musicales au Consçrvatoiie de cette 
ville, sous la direction de Secliter et de Preyer. 
11 devint par la suite premier violon à l'Opéra 
impérial de Vienne, puis clief d'orchestre du 
ballet à ce théâtre, situation qu'il occupe en- 
core aujourd'hui. Outre un opera-comique in- 
titulé la Maison de campagne à Meudon, 
qui a été représenté au mois de février 1869, 
avec un succès modéré, au théâtre impérial de 
Vienne, et qui a été reproduit ensuite à Prague, 
M. Kaessmayer est l'auteur de compositions 
nombreuses et imjiortantes, parmi lesquelles il 
faut surtout signaler plusieurs symphonies, des 
messes avec orchestre, 6 quatuors pour instru- 
ments à cordes, des morceaux pour le piano, 
enlin des lieder et des chants à plusieurs 
voix. 

KAFKA (Johann-Népomucène), musicien 
allemand contemporain, a obtenu une certaine 
popularité dans sa patrie par la publication 
d'une énorme quantité de petits morceaux de 
musique légère pour le piano, nocturnes, idyl- 
les, mélodies, improvisations, rhapsodies, etc. 
Le nombre de ses compositions en ce genre 
s'élève à deux-cents environ. M. Kafka est 
né à Ncustadt (lîohême), le 17 mai 1819. 

* KAIILERT (Charles-Aucuste-Timothée), 
compositeur et écrivain sur la musique, est 
mort à Breslau le 29 mars 18C4. 

KAISER (Mahtin), luthier allemand qui 
avait sans doute, comme tant d'autres, fait son 
apprentissage en Italie, était étalili à Venise 
dans les premières années du dix-septième 
.siècle. Le musée instrumental du Conservatoire 
de musique de Paris possède de cet artiste un 
archilulh daté de 1609. 

KAISER (Fiî....), musicien allemand con- 
tempoijiin, a fait représenter en 1867 à Vienne, 
sur le Carl-théâtre, un opéra intitulé Moine et 
soldat. 

* KAEKimE\'NER (CnnÉTiEN). L'ouvrage 
intitulé la Descente des Français en Angle- 
terre, et indiqué par erreur comme n'ayant pas 
été joué, a été représenté à l'Opéra le 4 sep- 
tembre 1798. Kalkbrenner a donné aussi, au 
théâtre Molière, en 1800, un opéra-comique en 
un acte, le Mort par spéculation. 



* KALKRRE1\;\ER (Faêdéric - Guil- 
laume). A la liste des œuvres de cet artiste, 
il faut ajouter l'ouvrage suivant : Traité d^har- 
monie du pianiste, principes rationnels de la 
modulation, etc., dédié à ses élèves. Paris, 
l'auteur, 1849, in-f»de 64 pages. 

KALKBREIXNER (Arthur), fils de Fré- 
déric-Guillaume Kalkbrenner, est mort à Paris 
le 24 janvier 1869. Cet artiste, qui s'était fait un 
renom à Paris par sa vie excentrique et ses 
prodigalités, a légué par testament, à l'Associa- 
tion des artistes musiciens de France, une 
somme de 120,000 francs. Il avait écrit les 
paroles et la musique d'un opéra en trois actes, 
intitulé VAmoiir, qui n'a jamais été représenté, 
et il avait publié un certain nombre de compo- 
sitions légères pour le piano. 

* KALLIWODA (Jean-Wenceslas), vio- 
loniste remarquable et compositeur, est mort 
à Carisruhe, le 3 décembre 1866, des suites 
d'une attaque d'apoplexie. 

KAPPEY ( ), compositeur anglais, a 

fait représenter à Londres, le 30 novembre 
1872, sur le petit théâtre de la Gaîté, dont il 
était alors le chef d'orchestre, un opéra-comi- 
que important, intitulé the Wager, qui a été 
accueilli par le public d'une façon très-favo- 
rable. 

* KAROW (Charles), compositeur, est 
mort à Bunziau le 20 décembre 1863. 

KASCHPEliOFF ( ..), compositeur 

russe, lit en Italie ses débuts de musicien dra- 
matique en donnant à Milan, vers 1860, un 
opéra intitulé Maria Tudor, qui fut assez bien 
accueilli, et qui fut joué ensuite à Nice et à 
Odessa. Épris de l'Italie et de ses gloires, M. 
Kaschperoff chercha, pour tenter une seconde 
épreuve, un sujet qui fût ciier à la nation, et 
il écrivit un lUenzi qu'il voulut faire représenter 
à Turin. Mais Turin était alors le siège du gou- 
vernement, et la censure, par suite de scrupules 
et de .susceptibilités diplomatiques, souleva des 
diflicultés au compositeur et surtout à l'auteur 
du livret; les journaux s'emparèrent de la ques- 
tion, et de vives polémiques s'engagèrent à ce 
sujet, dans lesquelles la personne même de 
M. Kaschperoff ne fut pas épargnée. Fatigué de 
tout ce bruit, le compositeur abandonna son 
premier projet, et s'en alla à Florence dans le 



KASCHPEROFF — KASTNER 



37 



Ijut d'y faire représenter son opéra, espérant 
trouver en celte ville moins d'hostilité. Mais, 
ici encore, on voulut, malgré tout, et sur le seul 
titre de l'oeuvre, mêler les passion'^ politi(|nes 
et religieuses à une question purement artisti- 
que. Un jomnal fort avancé, la iXnova Europa, 
avait en quelque sorte patroné le compositeur 
et son opéra; c'en était assez pour que d'autres 
journaux n'en voulussent point entendre parler, 
et que le sort de celui-ci fût fixé dès avant 
son apparition. En effet, la première représen- 
tation de Eienzi, qui eut lieu au théâtre de la 
Pergola vers la fin du mois de mars 1863, fut 
très-orageuse, et provoqua à plusieurs reprises 
des manifestations bruyantes, quoique la parti- 
tion de M. Kascliperoff parût ne pas être dé- 
pourvue de réelles qualités. Un journal italien 
disait à ce sujet : « On doit déclarer, à l'hon- 
neur du maestro Kascliperoff, que la plus grande 
partie des artistes florentins, à commencer par 
MM. Romani, Vanuccini, les musiciens d'or- 
chestre et les chanteurs, lui ont rendu justice, 
louant son œuvre et déplorant que, pour des 
raisons étrangères à l'art, elle ait été si mal 
accueillie par une partie de l'auditoire de la 
Pergola. On aurait dû écouter avec plus de 
respect une œuvre aussi consciencieuse, au 
sujet de laquelle l'auteur venait demander, 
sans prétention et sans orgueil, un jugement 
calme et courtois. » Malgré tout, les conditions 
dans lesquelles l'ouvrage s'était produit en 
empêchèrent absolument le succès. A la suite 
de cette déconvenue, M. Kaschperoff retourna 
dans sa patrie, et bientôt il s'occupa d'un opéra 
russe, la Tempête, qui dut d'abord êtie repré- 
senté à Moscou, et qui le fut à Saint-Péters- 
bourg, au mois de novembre 1867, sans grand 
succès, je crois. En l869, M. Kaschperoff était 
devenu professeur au Conservatoire de Moscou, 
et travaillait à un opéra intitulé : Thadéus, le 
courtier de mariages. 

* KASTNER (Jean-Georges), est mort à 
Paris le 19 décembre 1867. Les lignes suivantes, 
extraites de l'article nécrologique publié par 
Félis, sur cet écrivatii, dans la Revue et Ga- 
zette musicale de Paris, serviront tout natu- 
rellement de complément à la notice qui lui a 
été consacrée dans la Biographie universelle 
des Musiciens : 

« Une dernière production bien remarquable 
de Kastner a pour lilre : Par émiologie musicale 
de la langue française, ou, explication des 
proverbes, locutions proverbiales , mots figurés 
qui tirent leur origine de la musique, accom- 
pagnée de recherches sur un grand nombre 
d'expressions du même genre empruntées aux 



langues étrangères , et suivies de la Saint- 
Julien des ménétriers, symphonie-cantate à 
grand orchestre, avec solo et chœur (Paris, 
Brandus , in-4"). lîappelons ici ce qui a été dit 
ailleurs de cet ouvrage singulier : « La concep- 
« tion d'un pareil livre est une des originalités 
« de l'esprit qui a imaginé et exécuté ceux dont 
« il vient d'être parlé. Au simple énoncé du 
'( sujet, il est difficile de comprendre qu'il puisse 
« être la matière d'un livre, et ce n'est que dans 
n l'ouvrage même qu'on en saisit l'étendue. Le 
« plan de l'auteur est des plus vastes ; il ne faut 
« pas moins que sa grande érudition pour le 
« réaliser. Pour en donner un aperç^u, il suffit 
« de rappeler quelques-unes des expressions 
« proverbiales les plus familières, par excnipie : 
<< Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un 
« son ; ce qui vient de la flûte s'en retourne 
« au tambour ; faire sonner la trompette de 
« la renommée ; payer les violons, et cent au- 
« très semblables. Dansces dictons, en apparence 
« si simples, il y a pour l'espril investigateur de 
« Kastner occasion de déployer autant de sagacité 
« que de savoir.... » 

« Nonobstant l'intérêt qui s'atfaehe à ses 
travaux , on ne peut s'empêcher de regretter 
qu'ils aient interrompu ceux de I\astner pour 
l'achèvement du grand dictionnaire de musique 
dont il s'occupa pendant près de vingt aiuiées, 
et auquel il donnait le litre à' Encyclopédie 
musicale. Esprit véritablement encyclo|)édique, 
nul n'était plus capable que lui de remplir ce 
vaste cadre de l'art et de la science des sons. 
Possédant toutes les connaissances nécessaires 
et familiarisé avec les langues anciennes et mo- 
dernes, armé d'ailleurs d'une patience infatigable, 
il aurait, sans doute, produit un livre bien supé- 
rieur à ceux de Schilling et de Bernsdorff. Ayant 
amassé d'immenses matériaux pour la réalisatio» 
de celle grande entreprise , il y attachait l'im- 
portance qu'elle mérite, mais il en ajournait 
la terminaison, persuadé sans doute qu'il était 
encore éloigné de l'époque où il faut compter 
avec la mort . » 

KASTNER (Frédéric), fils du précédent, 
est auteur d'un écrit intitulé : les Flammes 
chantantes (Paris, Dentu, 1875, in- 18), destiné 
à rendre compte des expériences faites par lui 
sur les llammes chantantes et sur la découverte 
du pujncipe de leur interférence par l'emploi de 
deux fiammes au lieu d'une, placées dans un 
tube de verre ou d'autres matières, ouvert à ses 
extrémités. L'application de ce principe, qui avait 
amené déjà M. Frédéric Kastner à adresser à 
l'Académie des sciences un mémoire intéressant, 
l'a conduit à l'invention d'un instrument de mu- 



38 



KASTNEU — KELLOGG 



siqued'un timbre nouveau, se rapprocluint sen- 
siblement de celui de la voix humaine. Cet ins- 
trument , pour lequel son auteur a pris des 
brevets en iMance et à l'él ranger, a reçu de lui 
le nom de Pyroplione. C'est la première fois, 
dit M. Kasfner, qu'on a sn rendre pratique l'ap- 
plication des tlammes chantantes produites par 
la combustion du gaz hydrogène pur, à un appa- 
reil ayant le caractère et les propriétés d'un ins- 
trument musical. 

* KAUER (Ferdinand), compositeur, était 
né le 18 janvier 1751 à K'Iein-Thaga, et mourut 
à Vienne le 13 avril 1831. 

* K.VUFFiMANlV (Frédéric), musicien, 
acousticien et mécanicien allemand, est mort le 
1"" décembre 1866 à Dresde , où il était né le 
5 février 1785. 

KAUFFiVItXN.^ (Frédéric-Théodore), fils 
du précédent, né à Dresde en 1812 , mort en 
cette ville au mois de février 1872, fut un facteur 
d'instruments distingué, et hérita, sans la laisser 
déchoir, de l'excellente renommée que son père 
avait acquise par ses nombreux et intéressants 
travaux. 

KÉLER lîÉLA (Alrert YOIV KÉLER, 
connu sous le nom de), chef d'orchestre et 
compositeur de musi(iue de danse, est né à 
Bartfeid (Hongrie) le 13 février 1820. Adorant la 
musique, il jouait du violon dès son enfance, mais 
son père l'envoya faire son droit à l'Université. 
Cela n'empêclia pas le jeune homme de s'oc- 
cuper de peinture et de faire du paysage pen- 
dant trois ans, après quoi il étudia sérieusement 
la musique. S'étant rendu à Vienne en 1845, 
il y étudia- le contrepoint et l'harmonie avec 
Schlesinger et Décider, tout en tenant une 
partie de violon à l'orchestre d'un des théâtres 
de cette ville, puis, en 1854, partit pour Berlin, 
où il devint chef d'orchestre de la Sommer'' schen 
Kapelle, dirigée précédemment par Joseph 
Gung'l, et où il se distingua tout à la fois 
comme directeur, violon-.solo et compositeur de 
danses, marches, pots-pourris, etc. En 1855, 
il retournait à Vienne pour succéder à Auguste 
Lanner, qui venait de mourir, en 1856 il de- 
venait chef de musique d'un régiment d'infan- 
terie, et en 1807 se fixait à Wiesbaden comme 
chef d'orchestre du Kursall, conservant cette 
position jusqu'en 1873. A partir de ce moment, 
le mauvais état de sa santé vint l'obliger au 
repos, et depuis lors il vit retiré à Wiesbaden, 
ce qui ne l'empêche pas de se livrer encore à 
la composition. — Oidre ses nombreux mor- 
ceaux de musique de danse, on doit à M. Kéler- 
Béia quelques ouvertures, des lieder, et dos 
concertos et fantaisies pour le violon. Le nom- 



qre de ses œuvres publiées s'élève à 110 envi- 
ron. 

KELLOGG (Ci.\ra-Louise), cantatrice 
américaine renommée, est née à Sumter (Caro- 
line du Sud) en 1842. Après avoir montré de 
bonne heure de remarquables dispositions mu- 
sicales, ses premiers essais furent loin pourtant 
de faire présager la brillante carrière qu'elle était 
appelée à parcourir. En effet, ses deux pre- 
miers débuts à l'Académie de musique de New- 
York, en ISGO, furent peu satisfaisants, et ce n'est 
que tors d'une troisième tentative, faite l'année 
suivante, que l'on put croire que miss Kellogg 
deviendrait un jour une artiste. Heureusement, 
la jeune femme élait douée d'une rare persévé- 
rance, et un riche banquier de New-York, 
M. H. G. Slibbins, voidut bien se charger des 
dépenses que nécessiterait le complément de 
son éducation musicale. Elle ne reparut sur la 
scène de l'Académie de musique qu'après quatre 
nouvelles années d'un travail acharné, pendant 
la saison de 1864-65, et son succès fut alors si 
grand dans le rôle de Marguerite de Faust, que 
ses compatriotes la proclamèrent aussitôt l'une 
des plus grandes cantatrices de son temps. 
l'>lle ne fut pas moins accueillie, dans le cours 
de deux années, en se montrant dans le Bar- 
bier de Séville, Cri.ipivo e la Comare, Lucia 
di Lamermoor, la Sonnainbuln et Linda di 
Chamouni. 

Après s'être fait ainsi connaître dans sa patrie, 
miss Kellogg partit pour l'Europe et se rendit 
à Londres, fut engagée au théâtre de la reine, 
et y débuta, en 1867, d'abord dans Morta, puis 
dans le joli rôle de Zerline de Don Giovanni. 
Douée d'une voix charmante, claire, pure, éten- 
due et flexible, vocalisant avec agilité, avee 
cela vive et agréable en scène et fort intelli- 
gente comme comédienne, miss Kellogg obtint 
aussitôt de très-grands succès et devint l'une 
des cantatrices préférées du public anglais. 
Elle se fit entendre successivement dans la 
Traviata, la Gazza ladra, la Figlia del reggi- 
mento, Fra Diavolo, Crispino e la Comare, 
et dans tous ces rôles la finesse de srm jeu, 
son véritable talent de chanteuse et une origi- 
nalité rare lui valurent chaque jour de plus nom- 
breux suffrages. Cependant, en 1869, l'entre- 
preneur Maretzek, qui formait une troupe 
pour l'Amérique, lui proposa un brillant enga- 
gement et la décida à le suivre. Miss Kellogg 
s'embarqua donc pour les États-Unis, se fit 
entendre de nouveau à New-York, puis à Phi- 
ladelphie, à San Francisco et dans la plupart 
(les villes importantes de la grande république, 
et retrouva partout les succès qui l'avaient ac- 



KELLOGG — KETTEN 



39 



cueillie en Angleterre. Elle aborda alors les 
rôles tout à fait dramatiques, et ne craignit pas 
de se montrer dans Mignon, dans Homéo et 
Juliel/e et autres ouvrages semblables. Elle 
était encore en Amérique en 1877. 

* KELZ (Jean Frédéric), compositeur alle- 
mand, est mort à Berlin au mois d'oclobre 18G2. 

KEWEDY (Alexandre), luthier anglais 
(1700-1786), exerçait sa profession à Londres. 
Il était né en Ecosse, et fut le chef d'une fa- 
mille dont le nom fut connu dans la lutherie 
pendant un siècle et demi. Son neveu, John 
Kennedy, né en 1730, mourut en 1816, et le 
fils de celui-ci, Thomas Kennedy, fabriqua à 
lui seul plus d'instruments que les deux luthiers 
qui en construisirent le plus, si l'on en excepte 
toutefois le prolifique Georges Crask. Thomas 
Kennedy, qui était né en 1784, est mort en 1870. 

KI:HCAD0 (M"' LE SÉ\ÉCHAL DE). 
Une jeune femme de ce nom lit représenter à 
rOpéra-Comique, le 5 juin 1805, un ouvrage 
en un acte intitulé la Méprise volontaire, ou 
la double Leçon. 

KERCHOVE (Joseph), compositeur de 
musique religieuse, naquit à Gand (Belgique) le 
26 septembre 1804. D'abord élève de son père, 
il reçut ensuite des leçons de Jean Gabriels, 
maître de chapelle de l'église Saint-Michel, puis 
étudia l'harmonie et le contrepoint avec Pierre 
"Verheyen. Devenu ténor dans la chapelle de 
l'église Saint-Nicolas, de sa ville natale (1821), 
puis dans celles de Saint Michel (1827) et de 
Saint-J.icques (1831), il fut appelé, le 9 décem- 
bre 1839, à remplir les fonctions de maître de 
chapelle de Saint-Sauveur, où il succéda à Jean 
d'Hollander. Il a écrit plusieurs messes solen- 
nelles, dont une entre autres est fort estimée, 
tin Miserere, 3 Commandations, beaucoup de 
motets, ain.si que des chœurs d'hommes compo- 
sés pour divers cercles chantants qu'il dirigeait 
à Gaud ou dans les environs. 

KERMOYSAiX (Jean), écrivain français, 
auteur d'une Histoire de Napoléon, n'est cité 
ici que pour un long article sur l'Opéra donné 
par lui dans VEncyclopédie moderne publiée 
par MM. Firmin-Didot. Cet article a été tiré 
5 part sous ce titre : Opéra, par M. Kermoy- 
san. Kermoysan est mort le 9 octobre 1877, à 
Paris, âgé de soixante-sept ans. 

KERST (Léon), musicien et écrivain fran- 
çais, est chargé depuis quelques années du 
feuilleton musical du journal la Presse. Il y a 
publié récemment une série d'articles sur l'ad- 
ministration de l'Opéra, dont il a formé ensuite 
une brochure sous ce titre : l'Opéra et M. Ha- 
lanzier (Paris, 1877, in-8° de 32 pp). 



KES (Willem), jeune violoniste et composi- 
teur d'avenir, ex-pensionnaire de S. M. le roi 
des Pays-Bas, est né à Dordrecht en 18.56. Hls 
d'un riche négociant de cette ville, il commença 
par apprendre le piano avec un professeur nom- 
mé Nollidenft, puis, peu de temps après, aban- 
donna cet instrument pour prendre des leçons 
de violon de M. Thyssens, et continua ensuite 
ses études avec M. Bôhme, qui lui donna aussi 
des leçons d'harmonie. En 1871, il se rendit à 
Leipzig auprès de Ferdinand David, et y resta 
pendant deux années. En 1874, il eut l'honneur 
de devenir pensionnaire de S. M. le roi des Pays- 
Bas, qui le fit envoyer au Conservatoire de 
Bruxelles pour y travailler avec M. Henri Wie- 
niawski ; mais, comme peu après M. Wieniawski 
tomba en disgrâce complète auprès du roi, 
M Kes reçut l'ordre de partir pour Berlin, où 
il acheva son éducation musicale sous la direc- 
tion de M. Joachim pour le violon et de M. Kiel 
pour le contrepoint, au Conservatoire (Hœhs- 
chide) de cette ville. Il passa son examen avec 
la plus grande distinction et obtint le diplôme 
d'honneur [zeiignifs der reifé). Pour obtenir ce 
témoignage honorable, il faut savoir déchiffrer 
à première vue un morceau pour piano et pour 
violon, transposer un choral figuré, réduire une 
grande partition d'orchestre au piano, diriger 
une ouverture à grand orchestre, et improviser 
au piano sur un motif donné. 

M. Kes, qui a déjà composé plusieurs petits 
ouvrages! fort aimables, a remporté le premier 
prix au concours institué par l'Association des 
musiciens néerlandais {Toonkunstenaars Ve- 
reeniging) pour un concerto de violon solo et 
orchestre, œuvre très-honorable. Actuellement 
violon-solo (concertmeister) à l'orchestre du 
Parc, M. Kes est un jeune artiste sérieux, qui 
donne de grandes espérances. 

Ed. de h. 

* KESSLER (Joseph - Christophe), pia- 
niste et compositeur, est mort à "Vienne le 13 
janvier 1872. Cet artiste n'était né nia Leitme- 
ritz ni à Varsovie, mais à Augsbourg, le 26 
août 1800. 

KETTEIV (Heuri), pianiste distingué et 
compositeur, est né à Baja (Hongrie) le 25 mars 
1848. Il a fait son éducation musicale au Con- 
servatoire de Paris, où il a été admis, le 23 
décembre 1857, dans la classe de piano de 
M. Marmontel, et le 27 octobre 1860 dans la 
classe de composition d'Halévy. Après avoir 
quitté cet établissement en 1863, il y rentra 
l'année suivante comme élève de M. Reber, et 
prit part sans succès aux concours de Rome 
de 1865 et 1866. Déjà il s'était fait entendre. 



40 



RETTEN 



RIEL 



souvent en public, et avait obtenu des succès 
de virtuose, succès un peu trop escomptés 
peut-être par sa famille, qui voulait le faire 
passer jiour un pio<lige. Le jeune artiste avait 
du talent néanmoins, et pendant plusieurs an- 
nées se produisit à l'étranger, où il fut fort 
bien accueilli, non-seulement comme exécutant, 
mais aussi comme chef d'orchestre. De retour 
à Paris, il voulut se faire connaître comme 
compositeur, et (it entendre quelques œuvres 
qui n'étaient point sans valeur, entre autres 
une sonate pour piano et clarinette, une Mar- 
che persane pour orchestre, quelques heureuses 
mélodies vocales, et divers morceaux de genre 
pour le piano. — Un frère de cet artiste, M. Léo- 
pold Ketlen, de quelques années plus âgé que 
lui, pianiste aussi, s'est fait chanteur par la 
suite et s'est consacré à la carrière lyrique; 
après s'être, sous ce rapport, produit sans suc- 
cès à Paris, il a tenu l'emploi des ténors dans 
plusieurs villes de l'étranger. 

KETTERER (EuGi:NE), pianiste et compo- 
siteur, né à Rouen, en 1831, d'une famille ori- 
ginaire d'Alsace, fit ses études musicales au 
Conservatoire de Paris, où 11 obtint un second 
prix de solfège en 1847. Admis ensuite dans 
la classe de piano de M. Marmonlel, il se vil 
décerner un premier accessit au concours de 
1852, et n'obtint pas d'autre récompense. Il 
commença bientôt à se faire entendre dans 
les concerts, puis se mit h publier une multi- 
tude de morceaux de piano : fantaisies, trans- 
criptions, etc., qui obtinrent un grand succès 
auprès du public frivole. 11 en inonda littéra- 
lement le commerce de musique, si bien qu'en 
l'espace de quinze ans environ, le nombre de 
ses publications en ce genre se monta à près 
de trois-cents. Eugène lietterer est mort à 
Paris, pendant le siège de celte ville, le 18 
décembre 1870. 

* KHAYLL (Aloys), nûlisle bohémien et 
compositeur pour son instrument, est mort à 
Ober-Dobling, le 28 décembre 1866, à l'âge de 
75 ans. 

Kl EL (At'GL'STF.), virtuose sur le violon, 
chef d'orchestre et compositeur (qu'on ne doit 
pas confondre avec l'artiste du même nom 
qui est mentionné au T. V. de la Biographie 
universelle des Musiciens), naquit à Wiesba- 
den le 2G mai 1813. Élève favori de Spobr, il 
acquit un talent distingué sur le violon, et plus 
tard devint chef d'orchestre. Il remplissait de- 
puis longues années ces fonctions à Detmold, 
lorsqu'il mourut en cette ville le 28 décembre 187 1 . 

RIEL (FiucDiiuic), un des compositeurs les 
plus estimés de l'Allemagne contemporaine 



pour la musique de chambre et la musique 
religieuse, est né à Piiderhach sur la Lalin, le 
7 octobre 182(. Après avoir appris le piano 
avec son père, il se rendit à Onrlin, où il devint 
élève de Schutz pour le violon et de Dehn pour 
la composilion. Il se fixa ensuite déliiiiliveinent 
en cette ville, où il se livra à l'enseignement et 
à la composition, formant un grand nombre 
d'élèves distingués, et se faisant connaître par 
des œuvres fort importantes, qui le classaient 
au premier rang des artistes de son pays. Au 
mois de février 1862, M. Frédéric Kiel faisait 
exécuter pour la première fois à Berlin, au 
profit de la Société Guslave-A<iol|>he, un Re- 
quiem pour voix seules, chœur et orchestre 
(op. 20), qui obtenait un très-grand succès, et 
qui était reproduit le 8 novendire suivant pour 
l'anniversaire de la mort de Mendeissohn. Une 
autre œuvre non moins considérable, son oratorio 
Christus (op. 60), ne fut pas accueillie avec 
moins de faveur, et est considérée en Allemagne 
comme l'ouvrage le plus remarquable en ce 
genre qui ait été produit depuis le Paulus de 
ce maître. Parmi les autres compositions de 
M. Iviel, qui s'élèvent à soixante-dix environ, je 
citerai les suivantes : Stabat mater pour soli, 
chœur et orchestre; Te Deuni; plusieurs messes 
avec orchestre ; des psaumes et des motets ; 
des marches pour orchestre ; quatuor en la 
bémol, pour piano et instruments à cordes; 2 
trios pour piano, violon et violoncelle, op. 65 ; 
trio pour les mômes instruments, op. 24 ; so- 
nates pour piano et violon, op. 35; sonate pour 
piano et alto, op. 67 ; 3 morceaux pour violon- 
celle et piano, op. 12; 3 romances pour piano 
et alto, op. 69; 3 pièces pour piano et violon, 
op. 70; variations pour piano et violon, op. 
37 ; Jlumoresqites, pour piano à quatre 
mains, op. 42; Làndler pour piano à quatre 
mains, op. 66; 2 ca|irices pour piano, op. 26; 
3 gigues pour piano, op. 30; 3 valses pour 
I)iano, op. 45 ; Souvenirs de voyage, pour 
piano, op. 38 et 41 ; danse russe, pour violon- 
celle; 2 cliants de Novalis, pour voix, cliu'ur 
et orchestre, op. 63; 3 pièces en formes de 
mélodies, pour piano, op. 8; 3 romances pour 
piano, op. 5 ; 10 pièces de piano, op. 18; 3 piè- 
ces de piano, op. 21; 12 liedcr à une voix, 
avec accompagnement de piano, op. 31; 2 mo- 
tets, pour voix seule et chœur de femmes, avec 
piano, op. 32; 6 lieder, op. Ci; Iteisrbilder, 
pièces pour piano et violon ou violoncelle, op. 
Il,''en 2 livres. — M. Frédéric Kiel, dont la 
renommée est grande en sa |)atrie, est membre 
de l'Académie de Berlin. Il a élé prolesseur 
au Conservatoire de Stem, de cette ville. 



RIEL — KIRSGHNER 



4i 



Artiste véritable, dans la saine et grande ap- 
plication du mot, réunissant les dons dune ins- 
piration souple et abondante aux qualités d'un 
musicien instruit et rompu à toutes les ditïicultés 
pratiques de l'art, M. Kiel est l'un des musiciens 
allemands contemporains (beaucoup moins nom- 
breux qu'on ne le pense) dont il restera quelque 
chose et dont la postérité saura retenir le nom. 
Son oratorio Christus et sa messe de Ikquiem, 
pour ne citer que ces deux ouvrages, sont des 
œuvres mâles, vigoureuses, véritablement re- 
marquables, et dans lesquelles la solidité du 
fond, la largeur d'une inspiration puissante, s'al- 
lient à la beauté de la forme. La fécondité de 
M. Kiel, dont les travaux sont nombreux, n'est 
pas d'ailleurs une de ces fécondités impuissantes 
et stériles comme on n'en rencontre que trop 
souvent, en Allemagne tout aussi bien qu'ailleurs; 
toutes ses œuvres offrent le cachet d'un art 
per.sonnel^ vivement accuentué, et font le plus 
grand honneur à celui qui les a signées. M. Kiel 
n'est pas moins respectable comme professeur 
que comme producteur; son enseignement est 
recherché avec une ardeur qu'explique la re- 
nommée qu'il s'est légitimement acquise sous 
ce rapport, et cette renommée prend sa source 
non-seulement dans les bons conseils, l'expé- 
rience, la pratique qu'il met au service de ses 
élèves, mais encore dans la sollicitude dont il 
les entoure, et dans la bonté dont il fait preuve 
à l'égard des jeunes artistes qui s'adressent à 
lui. 

KIEINLEIV (Je,\n-Christophe), compositeur 
polonais, né sous le règne d'Auguste 111, ht 
ses éludes à Posen, et fut d'abord maître de 
chapelle à Presbourg. il remplit ensuite le même 
poste auprès du prince Radziwill, puis devint 
directeur de musique au théâtre d'Augsbourg, 
pour lequel il écrivit im opéra allemand en trois 
actes, Claudine de Villabella, qu'il reproduisit 
plus tard à Berlin. 11 vint à Paris, sans doute 
à l'époque de la Révolution, y séjourna pendant 
quelques années, et se rendit à Munich, où il 
fut nommé maître de chapelle de la cour de 
Bavière. Mais Kienlen semble avoir été d'humeur 
assez capricieuse, car on le retrouve un peu 
plus tard remplissant les mêmes fonctions à 
Baden, près Vienne. En 1816, il donne à Léo- 
polsladt un opéra intitulé d,ie Keiserose, et en 
1818 il écrit à Berlin la musique d'une tragédie, 
Germanicus. Kienlen a fait graver à Posen, 
chez Simon, une symphonie à grand orchestre, 
et une polonaise pour piano, à quatre mains; 
à Berlin, chez Traulwein, deux sonates pour 
pianoseul; à Paris, chez Naderman, l'air d'/li- 
ceste, varié pour piano, et chez Hentz-Jouve, 



plusieurs chansons allemandes avec accompagne- 
ment (le piano, séparées et en recueils. 

KIENZL (Ch\ules), né à Graetz, en Slyrie,. 
passa la plus grande partie de sa vie active, 
comme umsicien dans la ville de Guebwiller 
(Maut-Rliin), où il arriva jeune encore. Compo-. 
siteur modeste, vivant du produit de ses leçons, 
il organisa dans sa ville adoplive une société 
philharmonique dont il dirigea l'orchestre et 
les chœurs. C'est là qu'il lit entendre, de 1835 
à 1845, la Création et les Saisons de J. 
Haydn, des messes de Mozart, et des sympho- 
nies de Haydn et de Beethoven. Beaucoup des 
compositions de Kienzl, consistant en messes, 
motets, chœurs, etc., ont été publiées en Alsace, 
mais n ont guère franchi la limite de cette pro- 
vince. Cet artiste méritant et distingué, qui a 
donné à l'auteur de cette notice, encore enfant, 
ses premières leçons de musique, est mort en 
1874 à Guebwiller. La bibliothèque du Conser- 
vatoire de Paris possède de lui une Méthode 
d''hurmonie (texte allemand), qui forme un 
volume petit in-8° de 160 pages, et quelques 
œuvres de musique religieuse. 

J.-B. 'W. 

* KINDSCHER (Henri-Charles-Louis), 
compositeur, professeur et écrivain sur la 
musique, est mort à Wœrlitz, au mois de fé- 
vrier 1875. 

KINTERLAND ( ), compositeur et 

chef d'orchestre, dont le nom indique une ori- 
gine germanique, a fait représenter sur un 
théiitre de Gênes, en 1862, un opéra intitulé 
BalHta. Cet artiste a rempli les fonctions de 
chef d'orchestre dans plusieurs théâtres italiens 
importants, entre autres au théâtre San Carlos 
de Lisbonne et au théâtre royal de Malte. 

KIPPER (Hermann), compositeur, né à 
Coblenfz le 27 août 1826, a fait ses études 
musicales à Cologne, sous la direction de H. 
Dorn, et est depuis longtemps établi en cette 
ville comme professeur, après avoir passé plu- 
sieurs années à Paris. C'est à Paris, où il était 
directeur d'une société chorale allemande, Lie- 
derkranz, que cet artiste a composé, pour les 
réunions annuelles de cette société, deux opé- 
rettes en un acte dont voici les titres : le Prince 
malgré lui (26 janvier 1867), et Fidelia (25 
janvier 1868). En Allemagne, il a écrit de nom- 
breux chœurs pour voix d'hommes, et a fait re- 
présenter quelques opérettes, parmi lesquelles 
celle intitulée les Esquimaux, dont on lui doit 
les paroles et la musique. 

KIRSGHNER (Théodore) , pianiste, orga- 
niste et compositeur, né à Neukirchen, près 
Chemnilz, en 1824, fit de bonnes études au 



42 



KIUSCHNER — KLOSÉ 



Conservatoire de Leipzig, puis accepta les fonc- 
tions d'organiste à Wintertiiur, après quoi il 
devint directeur de musique à Zurich, tout en 
se livrant dans cette ville à l'enseignement de 
l'orgue et du piano. Il se vit chargé, en 1875, 
de la direction de l'école royale de musique de 
Wurzbourg, mais ne conserva pas longtemps 
cette situation, et alla peu de temps après s'é- 
tablir à Leipzig. Cet artiste s'est fait connaître, 
comme compositeur, par des tiède?', des qua- 
tuors pour instruments à cordes, et des mor- 
ceaux de piano de divers genres, parmi les- 
quels on peut surtout citer ses derniers re- 
cueils : 10 Pièces caractéristiques pour piano, 
op. 25; album pour piano, op. 26 ; caprices, id., 
op. 27; nocturnes, op. 28; esquisses, op. 29; 
études et pièces, op. 30 ; Im zwielieht, lieder 
et danses, op. 31 ; 10 pièces, op. 32. 

KIRSCHA'ER (Fritz), pianiste et compo- 
siteur allemand contemporain, sans doute parent 
du précédent, a publié, dans le cours de ces 
dernières années, une cinquantaine de morceaux 
de genre pour le piano. 

* KIST (I^e docteur Fi.op.ent-Corneille), 
est mort à Utrecht, le 23 mars 1863. 

* lîlTTL (JiîAN-pRKnÉnic), compositeur, 
ancien directeur du Conservatoire de Prague, 
est mort à Lissa (province de I^sen), le 20 
juillet 1868. Cet artiste a écrit la musique dun 
opéra intitulé les Français devnjit Nice, dont 
on assure que M. Richard Wagner avait écrit le 
poème ; cet ouvrage fut reiirésenté à Prague 
vers 1848, et fut joué de nouveau en 1868. 

KLEFFEL (Arno), musicien allemand, 
s'est fait connaître par la publication d'un assez 
grand nombre de recueils de lieder avec accom- 
pagnement de piano, parmi lesquels je citerai 
les suivants : 7 lieder, op. 7; 5 mélodies, op. 
10; 6 chn-urs, op. 11; 12 lieder, en deux livres, 
op. 12 ; 6 lieder à quatre voix, op. 13 ; 6 lieder, 
op. 14 ; 6 lieder, op. 23. 

* KI^EIN (Joseph), pianiste et compositeur 
allemanrl, est mort à Cologne le 10 février 
1862. 

* I»LEIIV(Cuarli:s-Auguste, baron DE), est 
mort le 13 février 1870, à sa villa d'Assmanns- 
hausen. 

lîLEIXMICIIEL (Rrr.HARu), pianiste alle- 
mand contemporain et compositeur pour son 
instrument, s'est fait une grande réputation de 
virtuose à Hambourg, où il réside. Il a publié 
un certain nond)re de morceaux de genre pour 
piano, que l'on dit pleins de grâce, de délica- 
tes.<;e et d'élégance. On cite surtout un recueil 
de poésies musicales à quatre mains intitulé 
Zur VVinterzeit {En hiver), les Aquarelles, 



Bal d'enfants (six petites danses caractéristi- 
ques), etc. 

* KLEMM (Frédéric), dilettante et compo- 
siteur autrichien,' est mort à Meidling, près 
Vienne, le 13 septembre 1854. 

* KLEIVGEL (Auguste-Alexandre), orga- 
niste à Dresde, mort en cette ville le 22 novem- 
bre 1852, y était né le 29 janvier 1784. 

KLERR ( ), chef d'orchestre et compo- 
siteur allemand contemporain, a écrit la musi- 
que de plusieurs opérettes parmi lesquelles je 
signalerai les suivantes : les Fleurs animées, 
Vienne, tliéàtre ^?i rfer Wieii, décembre 1866; 
le petit Josi, id., id., mars 1867; la belle 
Meunière, Berlin, théâtre Friedrich-Wilhelm- 
stadt, mars 1867. M. Klerr a rempli les fonc- 
tions de chef d'orchestre au théâtre de l'Har- 
monie, à Vienne, et a même été pendant un 
instant (1867), directeur de ce théâtre. 

KLOP ( ), musicien belge, naquit à 

Gand dans la première moitié du dix-huitième 
siècle, et remplissait, en 1781, les fonctions de 
maître de chapelle de l'église Notre-Dame 
(Saint-Pierre) de sa ville natale. Il a laissé des 
chants d'église estimés, et un Requiem en plain- 
cliant qu'on exécute souvent encore en Flandre, 
dans des funérailles solennelles. 

* KLOSE (Hiacynthe-Éléonore). Cet ar- 
tiste a pris, il y a quelques années, sa retraite 
de professeur de clarinette au Conservatoire. 
Il a publié (Paris, Leduc) trois Méthodes de 
saxophone aigu et soprano, de saxophone alto 
et ténor, et de saxophone baryton et basse, et 
a fait paraître, chez le même éditeur, un cer- 
tain nombre de morceaux pour fanfares et 
musiques militaires : Retraite aux Flam- 
beaux, Marche funèbre, Andante religioso, 
V Étape, pas redoublé, Dardanus, id., Baden- 
burg, id., Augusta, m^rch^, V Artilleur , galop, 
le Bandit, id., etc., etc. M. Klosé a encore 
publié : 1" 6 petites Fantaisies pour clarinette, 
avec accompagnement de piano (Paris, Leduc) ; 
2" le Décaméron des jeitnes clarinettistes, 
20 [tetites fantaisies brillantes (id., id.) ; 3° le 
Progrès, 16 petites fantaisies brillantes (id., 
id.); 4° environ dix duos pour clarinette et 
piano, en société avec Leduc (id., id,) ; 5° mélo- 
dies populaires, choix de 40 petits airs, id., 
Gérard ; 6" Grande méthode pour la clarinette 
à anneaux mobiles, contenant la théorie et 
les tablaluies de cet instrument, des gammes 
dans tous les tons, des exercices de mécanisme 
eld'articuliition, des duos, 15 grands morceaux, 
des préludes et 12 études, id., id.: 7° 18 Étu- 
des mélodiques, tirées des 46 Études de violon 
de Charles Dancla; 8° enfin, un certain nombre 



KLOSE 



RŒCHEL 



/i3 



de fantaisies et airs variés, avec accompagne- 
ment de piano. M. Kiosé avait été professeur de 
clarinette an Gymnase musical militaire, et ciirf 
de musique de la 10" légion de la garde na- 
tionale. 

lîLUGHARDT (AucrsTs), compositeur 
allemand, directeur de musique à Weimar, né 
à C(Pthen le 30 novembre 1847, est l'auteur 
d'un opéra intitulé Mirjam, qui a été repré- 
senté sur le théâtre de Riaa au mois d'avril 
187.3. En 1871, il avait fail exécuter à léna 
une symphonie en mi bémol. On connaît de 
lui plusieurs autres compositions, entre autres 
un nonolto pour violons, alto, violoncelle, con- 
trebasse, (Iftte, hautbois, clarinette et basson. 

KMGGE (Le baron DE). - Voyez PO- 
LAlî DAMELS. 

K!\ YVETT (Deborah TIÎAVIS, épouse), 
fut l'une des cantatrices les plus renommées 
de l'Angleterre pour les festivals et les ora- 
torios, et partagea en ce genre les succès de 
son mari, William Knyvett (V. Biographie 
universelle des Musiciens, t. V.). Elle est 
morte à Heyside, près Oldham, le 10 janvier 
1876, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Son 
mari était mort sans doute depuis longtemps 
à cette époque, étant né en 1778. 

KOCH (Bernard), violoniste et composi- 
teur, fils d'un bijoutier d'Amsterdam, naquit 
en cette ville en 1791. Il reçut d'abord des 
leçons d'un de ses compatriotes, puis, lors du 
séjour en Hollande de Guillaume Navoigille, 
se perfectionna avec lui dans l'étude de sou 
instrument. On dit même que Navoigille, qui 
l'avait pris en affection, aida de sa bourse son 
élève, qui était orphelin, après l'avoir fait entrer 
comme surnuméraire à la chapelle du roi Louis 
Bonaparte. Après avoir terminé son éducation, 
Koch se livra à l'enseignement, devint direc- 
teur d'une société musicale, et plus tard chef 
d'orchestre de l'opéra allemand et italien d'Ams- 
terdam. C'est lui qui, en 1827, dirigea les con- 
certs donnés en cette ville par la fameuse can- 
tatrice M""' Sontag. 

Koch s'est fait connaître, comme composi- 
teur, par plusieurs ouvrages dramatiques, et 
par un grand nombre de produclions de divers 
genres : 1° La mère Ganz et l'Œuf (Vor, 
opéra représenté à Amsterdam ; — 2° Der HoL- 
zerne Snbel, opérette en un acte, représentée à 
La Haye en 1830; — ^"Das gcstole Làmmchen, 
opérette; — 4" Pvmpernihel, opéra en 3 actes 
(non représenté) ; — 5° Jane Grey, récit his- 
torique ; — 6° Benjamin, récit biblique, Amster- 
dam-, —7° De Verlatene, cantate, Amster- 
dam-, — 8° Elégie sur la mort de Mendelssohn ; 



— 9° Moederliefde, cantate couronnée par la 
Société musicale des Pays- fias; — 10" Qua- 
tuor pour instruments à cordes (Mayence, 
Scholt); — tr Deux recueils de romances à 
2 voix; — 12» Variations pour clarinette sur 
linbin-des-Bois (Paris, Schlesinger); — 13° Pot- 
pourri pour piano et violon sur il Crociato 
(id.,id.); — 14° Variations pour violon; — 
15° enfin, des romances, lieder, méloilies voca- 
les, etc., publiés à Amsterdam. Koch, qui a 
pris une part de collaboration au journal inti- 
tulé Amphion, est mort à Amsterdam le 30 
juillet 1858. 

lîOCHER (C ), théoricien allemand, 

a publié vers 18G0 l'ouvrage suivant : Harmo- 
nik. Die Kunsi des Tonsatzes ans den grun- 
debmenten théoretisch eniwickelt vnd prak- 
tisch dargestellt {Harmonie. La science de 
la combinaison des sons développée théori- 
quement et exposée pratiquement), Stuttgart, 
in-4" de 210 pages, avec de nombreux exem- 
ples. 

KOCIPl^^SKI (Antoine), pianisle et com- 
positeur polonais du dix-neuvième siècle, s'é- 
tablit comme éditeur de musique à Kamienieç- 
Podolski. Il est l'auteur de plusieurs composi- 
tions remarquables pour le piano, entre autres : 
X" Deux Polonaises, op. 5; 2° Invitation à 
la danse; 3° Quatre mazurkas, op. 8; 
4» Polonaise et Trois mazurkas, op. 12. 

KOECHEL (Le docteur Ludwig VON), 
l'un des musicographes les plus fameux de 
l'Allemagne, naquit à Stein sur le Danube 
(Basse-Autriche) le 14 janvier 1800, et mourut 
à Vienne le 3 juin 1877. Après avoir été pré- 
cepteur des fils de l'arcbiiluc Charles, il con- 
sacra toute son existence, à partir de l'année 
1842, à des études scienliliques et surtout à 
des travaux d'érudition qui avaient la musique 
pour objet. On lui doit sur cet art de nombreux 
écrits soit critiques soit biographiques; mais 
son chef-d'œuvre est le grand catalogue thé- 
matique et chronologique des oeuvres de Mozart 
{Chronologisch - thematisches Verzeichniss 
sàmmtlicher Tomcerke Wol/gang Amadeiis 
Mozart's), ouvrage vraiment admirable, qui 
fut publié en 1862 (Leipzig, BreitKopf et Hser- 
tel), et qui donne l'exemple le plus éclatant 
du parli qu'un esprit sagace et ingénieux peut 
tirer du sujet le plus sec et le plus aride en 
apparence. Le chevalier de Kœchel, qui avait 
consacré vingt années de sa vie à ce travail 
monumental, a été le promoteur de la belle 
édition définitive des œuvres de Mozart publiée 
par la maison Breifkopf et Hajrtel, et il y a 
contribué, non-seulement de ses lumières et 



44 



KQKGHEL — ROLAR 



de son travail, mais encore d'une notable 
partie de sa fortune. 

* KOEIILER (Loiis). Le nombre des œuvres 
pour le piano publiées parce compositeur s'élève 
aujourd'hui à environ 300; ces œuvres com- 
prennent des études, des exercices, des sonates, 
et quelques fantaisies soit originales, soit écrites 
sur des mélodies célèbres. Le second volume 
de sa Méthode instructive et systématique de pia- 
no (Sijsiematische Lehrmethode fur Klaviers- 
pielund Musik) a paru en 1858. M. Kœliler 
a fondé à Kœnigsberg une école pour l'enseigne- 
ment du piano et de la théorie de l'art, école 
dans laquelle se sont formés un grand nombre 
de très-bons professeurs des deux sexes. Cet 
artiste s'est fait connaître aussi comme écrivain 
musical : il a pris une part active à la rédaction 
de plusieurs feuilles spéciales importantes, 
entre auties la Nouvelle Gazette musicale 
de Berlin et les Signale, de Leipzig, et il a 
publié divers ouvrages estimés sur l'enseigne- 
ment. 

KOELLIIVG (Charles)j pianiste et composi- 
teur, né sans doute en Allemagne, ne m'est 
connu que par les litres de quelques-unes de 
ses publications. Cet arliste n'a guère livré 
au public moins de deux cents pelites compo- 
sitions de genre pour le piano, qui paraissent 
avoir été accueillies avec faveur par les ama- 
teurs de cette sorte de musique. 

KOEMPEL (Auguste), violoniste allemand 
fort remarquable, né à iiriickenau le 15 aoilt 
1831, fut à Cassel l'un des meilleurs élèves de 
Spolir, et travailla aussi à Leipzig avec Ferdi- 
nand David et à Hanovre avec M. Joacbim. 
Il s'est fait de bonne heure une réputation 
dans sa |)atrie, et occupait le poste de violon- 
solo du roi de Hanovre lorsqu'il vint se produire 
en France pour la première fois. Le 4 mars 
1860, dans une des séances de la Société des 
jeunes artistes, dirigée par M. Pasdeloup, M. 
Kci'nipel se faisait entendre dans le 8' concerto 
de son maître Spohr, qu'il exécutait d'une 
façon magistrale, avec de rares qualités de 
mécanisme, une justesse retnanjuable et un 
style très-pur; on lui aurait seulement désiré 
un son plus velouté et plus distingué. Son succès 
néanmoins fut très-grand et très-légitime. M. 
Koempel revint à i^aris en 1867, et se tit en- 
tendre à l'Athénée, dans le môme concerto ; 
l'accueil qui lui fut fait cette seconde fois ne 
fut pas moins brillant. Depuis lors, la renoinmce 
de l'artiste a grandi dans son pays, et il est 
aujourd'hui considéré comme l'un des virtuoses 
les plus accomplis de l'Allemagne contempo- 
raine. Fixé depuis 1863 à Weimar, où il remplit 



les fonctions de maître de chapelle, il y donne 
chaque année, en compagnie de MM. Edouard 
Lassen et Walbrul, des séances de musique de 
chambre qui obtiennent le plus grand succès. 

KOETTLITZ (Adolkhk), violoniste remar- 
quable et compositeur distingué, naquit à Trêves 
le 27 septembre 1820. Il se produisit de très- 
bonne heure comme virtuose, se lit entendre 
avec succès à Cologne dès l'âge de 16 ans, 
après avoir reçu des applaudissements dans 
plusieurs villes moins importantes, et passa 
ensuite trois années à Paris, avec Liszt. A la 
suite de ce séjour en France, il se rendit à 
Rreslau, puis à Kœnigsberg, en qualité de con- 
certmeister . En 1856 il partit pour la Russie 
et s'établit à Uralsk, où il était chargé de la 
direction d'une école de musique; il y mourut 
par accident, le 26 octobre 1860, dans une 
partie de chasse. Comme compositeur, on doit 
à Kœttlitz des concertos de violon, des lieder 
pour la voix, et plusieurs quatuors pour ins- 
truments à cordes qui lui ont valu une certaine 
réputation. — La seconde femme de cet artiste, 
M"" Clotilde Kœitlitz, née Ellendt, est 
établie comme professeur de chant à Kœnigs- 
berg, où son enseignement est très-recherché 
et sa renommée très-solide. Elle est née le 22 
septembre 1822. 

KOEUPPERS (Jean), habile luthier fla- 
mand du dix-huitième siècle, exerça son art 
à La Haye de 1755 à 1780. Il passe pour le plus 
remarquable artiste en ce genre qu'ait produit 
son pays. 

* KOHAULT ou KOHAUÏ (Joseph). 
Cet artiste obtint de grands succès en jouant 
au Concert spirituel (1763), avec le violoncel- 
liste Duport, des duos pour luth et violoncelle. 
Dans le cours de celte même année, il fit 
exécuter aussi au Concert spirituel im Salve 
regina à grand chœur, dont les récits étaient 
chantés par M'" Fel avec accompagnement de 
violoncelle obligé par Duport. Cette composition 
fut très-favorablement accueillie. 

lîOLAU (M""^^ AUSP1TZ-), pianiste fort 
distinguée, née à Prague vers 18i5, est fille 
d'un savant IJohémien, M. Kolar, qui a traduit 
Shakespeare en langue bohème. Elle a fait son 
éducalion musicale dans sa ville natale, et se 
|)roduisit d'abord, en 18C0, à Vienne, où son 
mécanisme parfait, la délicatesse de soa jeu, 
ses grandes qualités d'expression et de senti- 
ment lui valurent un succès légitime. Elle 
épousa peu de temps après un médecin, M. le 
docteur Auspilz, et se fit entendre en 1869 à 
Londres, dans les séances de Wnion musi- 
cale, dirigée par M. John Ella, où elle fut 



ROLAR — RORSOFF 



45 



accueillie avec la plus grande faveur. J'ignore 
ce qu'elle estti'venue depuis lors. 

KOLBE (Oscar), pianiste, compositeur et 
professeur, né à Berlin le 10 août 1836, est 
mort en cettte ville au mois de janvier 1878. 
Fils d'un graveur et devenu orphelin dès l'âge 
de neuf ans, il fut placé à l'orphelinat royal d'O- 
ranienburg, où il commença l'étude du piano 
et du violon, et de là fut admis, en 1849, au 
Gymnase de Berlin. En 1852 il entra à l'Inslitut 
royal de cette ville, où, sous la direction de 
MM. Lœschorn, A. W. Bach et E. Grell, il se 
perfectionna dans l'étude du piano et apprit 
l'orgue, le chant, l'harmonie et la composition. 
Enfin, après être devenu pendant deux ans élève 
de l'Académie royale, il se livra à l'enseigne- 
ment du piano et du chant en cultivant la com- 
position, et de 1859 jusqu'à 1875 fut attaché au 
Conservatoire-Stern à Berlin, comme profes- 
seur de la classe de piano d'ensemble. 

Kolbe a publié un Manuel de l'enseignement 
général de la basse {General basslehre), Leip- 
zig, 1872, et un Manuel de renseignement de 
Vharmonie {Harmonielehre), Leipzig, 1873. 
On lui doit aussi toute une série de compositions 
pour le piano et pour le chant, des lieder, des 
arrangements mélodramatiques (Melodrama- 
tische Bearbeitungen), et un oratorio intitulé 
Johannes der Tàufer {Saint- Jean- Baptiste), 
qui fut exécuté à Berlin en 1872. Ce dernier 
ouvrage lui valut le titre de directeur de mu- 
sique. 

KOMAN (Henri), pianiste et compositeur, 
est né en 1828 à Varsovie. Son père avait été 
chef de musique dans l'ancienne armée polo- 
naise, et sa mère était Italienne. Après avoir 
fait ses premières études musicales avec son 
père, qui lui enseigna le piano et l'orgue, il se 
fortifia en se mettant sous la direction d'Elsner, 
directeur du Conservatoire de Varsovie. Il se 
fit entendre ensuite dans les concerts, et acquit 
une certaine réputation de virtuose et de com- 
positeur. Aujourd'hui, il est professeur de la 
classe supérieure de piano au Conservatoire. 
M. Koman a publié pour cet instrument un 
certain nombre de compositions, parmi lesquelles 
on remarque : 2 sonates (en 7ni bémol mineur 
et en fa mineur), 4 Nocturnes, une Polonaise, 
un Impromptu, une Valse de concert, 5 Ma- 
zurkas, une BarcaroUe, un Andante, une In- 
troduction et Étude, etc., etc. 

KOMEXDA (Antoine), professeur et com- 
positeur allemand, naquit le 18 janvier 1795 à 
Raps, dans la Basse-Autriche. Destiné (lar sa 
famille à l'état ecclésiastique, il perdit un oeil 
étant encore enfant, et la fatigue de celui qui 



lui restait ne lui permit pas de terminer les 
études de littérature et de théologie qu'il avait 
commencées. Il se lourna alors vers la musique, 
et étudia simultanément, sous la direction d'uQ 
prêtre, le violon, le diant, le piano el l'orgue. 
iNommé en 1811 professeur à l'école de musique 
de Closterneubourg, il devint ensuite maître 
de chapelle du chapitre et de la ville. En 1847 
il se vit obligé, par suite du faible état de sa 
santé, de prendre sa retraite de ces deux em- 
plois et d'abandonner l'enseignement pour ne 
plus s'occuper que de composition. M. Komenda 
a écrit plus de soixante œuvres, parmi lesquelles 
on remarque plusieurs symphonies et quelques 
concertos ; mais il a su faire briller surtout son 
talent dans la musique religieuse, et l'on assure 
que ses compositions en ce genre se distin- 
guent par le caractère élevé, noble et sévère 
qu'il a su leur iipprimer. 

KOiMOROWSKI (Ignace), compositeur 
polonais, né dans la première moitié de ce siècle, 
s'est fait connaître par un certain nombre de 
compositions vocales distinguées, qu'il chante 
lui-même avec talent en s'accompagnant avec 
habileté, et qui ont été publiées pour la plupart 
chez les éditeurs Spies et C" et J. Klukowski 
à Varsovie, ainsi que chez Friediein. Les mélo- 
dies de M. Komorowski sont empreintes, dit- 
on, d'un parfum national qui les fait particuliè- 
rement bien accueillir par tous les Polonais. 
On cite surtout de lui un chant pour voix 
seule, intitulé Kalina, et un Chant de Marie, 
pour .solo et chœur. 

* ItOi\II\G (David), pianiste, compositeur 
et professeur néerlandais, est mort à Amsterdam 
le 6 novembre 1876. Il était né à Rolterdain le 
19 m;irs 1820. 

* KOIVTSKI (Charles DE), est mort à 
Paris, le 27 août 1867. Cet artiste avait fait, pen- 
dant plusieurs années, partie de l'orchestre de 
rOpéra-Comique en qualité de premier violon. 

KOPFFER ( ), musicien allemand, 

est l'auleur de Frifjhof, opéra qui a été repré- 
senté sur l'un des théâtres de Berlin le 11 avril 
1871. 

KOPKOSCHI\Y ( ). Un compositeur 

de ce nom a écrit la musique d'un opéra- co- 
mique intitulé Saint- .Mcolas, qui a été repré- 
senté avec succès sur la scène du théâtre na- 
tional de Prague, au mois de décembre 1870. 

' KORSOFF ( ), un des chanteurs russes 

les plus estimés de l'époque actuelle, a com- 
mencé sa carrière artistique en Italie, où il fut 
l'élève lie M. Corsi. Doué d'une belle voix de 
baryton, qu'il conduit avec goût et avec style, 
il retourna en Russie après plusieurs années 



46 



KORSOFF — RRAKAMP 



passées en Italie, se consacra à l'iiiteipietalioii 
de l'opéra national russe, et devint l'un des 
artistes les plus aimés du théâtre Marie, deSaint- 
Pélersbours?, où son succès tut grand surtout 
dans un ouvrage du compositeur Sérotf, Ju- 
di/lt, et dans les traductions de Guillaume 
J'ell et de Faust, où il remplit les rôles de 
Guillaume et de Valentin. Chaque année, M. 
Korsoff donne une série de concerls dans les- 
quels il se plaît à faire connaître au public 
moscovite les meilleures compositions des mu- 
siciens étrangers, et paiticulièrement les œuvres 
des artistes français contemjjorains, MM. Gou- 
nod, Rojer, Massenet, etc., pour lesquels, dit- 
on, il éprouve une vive sympathie. 

KOSCHAT (TiioMA*), compositeur alle- 
mand contemporain, a publié, parliculièrement 
chez l'éditeur Leuckart, à Leipzig, environ vingt- 
cinq œuvres de chœurs qui paraissent avoir été 
tnen accueillis par le public. Les composilions 
diverses de cet artiste atteignent le chiffre de 
plus de deux-cents. 

KOSMOWSKI ( ), habile facteur 

d'orgues, vivait à Varsovie au dix-huitième 
siècle, et était qualifié du titre de facteur d'or- 
gues du roi de Pologne. 11 fut chargé, en 1721, 
de construire l'orgue de la chapelle de Sainte- 
Marie de Czenstochowa, instrument qui lui fut 
payé 4,000 florins de Pologne. 

KOWALSKI (Henri), pianiste et composi- 
teur, né à Paris en 1841, n'a fait que passer au 
Conservatoire, où il a été un instant l'élève de 
M. Marmontel pour le piano, et de M. Reber 
pour l'harmonie. Il s'est fait connaître d'a- 
bord comme virtuose en se faisant entendre 
fréquemment dans les concerts, et a publié en- 
suite un certain nombre de compositions légères 
pour le piano. Après un voyage artistique, en 
Angleterre, en Allemagne et en Amérique, il 
a livré aussi au public l'écrit suivant : A ira- 
vers l'Amérique, impressions d un musicien 
(Paris, Lachaud, 1872, in-8"), absolument insi- 
gnifiant et dénué d'intérêt. Quelques années 
après, le 24 décembre 1877, cet artiste faisait 
représenter au Thcàlre-Lyrique un grand opéra 
en 4 actes, Gilles de Bretagne, dont l'insuccès 
fut éclatant et qui ne put être joué plus de 
trois fois. Parmi les morceaux de piano publiés 
par M. Kowalski, il faut signaler une Marche 
hongroise, qui a obtenu une sorte de vogue. 
Je signalerai aussi : 12 Caprices en forme dé-' 
ludes, op. 10 ; Dansedes Dryades ; Sur l'Adria- 
tique, barcarolle, op. 9 ; Polonaise, op. 10 ; 
Bans les bois, op. 12; 3 Mazurkas caractéris- 
tiques ; Galop de bravoure; etc. 

HOZOLT ( ), professeur de musique 



au séminaire de Posen vers 1838, s'est fait 
connaître comme compositeur en mettant en 
musique Six Chants religieux de Wroblewski 
et en écrivant un certain nombre de mélodies 
vocales, que l'on dit conçues dans un très-bon 
style. 

HR^AIER (Tralgott), violoniste et com- 
positeur, né à Cobourg le 19 novembre 1818, 
a coiiimencé de bonne heure l'élude de la 
musique, et a terminé son éducation artistique 
au Conservatoire de Prague, doiit il a été l'élève 
pendant trois années, de 1834 à 1837. H revint 
ensuite dans sa ville natale, on au bout de peu 
(le temps il fut nommé concerlmeisler (1854) 
lie la chapelle du duc de Saxe-Cobourg et Go- 
tha, On doit à cet artiste estimable d'assez 
nombreuses composilions, parmi lesquelles je 
(itérai une symphonie, une ouverture de con- 
cert, plusieurs quatuors pour instruments à 
cordes, diverses cantates, et enfin des chants 
et des lieder avec accompagnement de piano. 

KRAHL (K -F ), professeur de mu- 
sique à Varsovie, s'est fait connaître comme 
compositeur, il y a une trentaine d'années, par 
la publication à Berlin, chez l'éditeur Simon, 
des morceaux de piano suivants : 1° Huit varia- 
tions {Johbi)i Liedertich); 2" neuf variations 
sur une mazurke favorite; 3° variations sur 
Schdne Minka. 

* KRAKAMP (Emannuel), flûtiste et com- 
positeur, est né, non en Allemagne vers 1815, 
comme il a été dit par erreur, mais à Palerme, 
le 3 février 1813. Fils d'un chef de musique 
militaire, il commença avec son père l'étude de 
la flûte, et devint rapidement un virtuose dis- 
tingué. M. Krakamp a beaucoup voyagé, et, 
après s'être fait entendre à Messine, à Catane, 
a Malte, il partit pour l'Amérique, se produisit 
comme virtuose dans toutes les grandes villes 
des États-Unis, du Canada, des Antilles et 
du Mexique, puis revint en Europe et se trouvait 
à Naples en 1837. Devenu chef de musique du 
92" régiment écossais à Corfou, il revenait à 
Naples en 1841, était nommé l'année suivante 
sous-inspecteur des classes externes du Conser- 
vatoire de San-Pielro a Majella et première llùte 
de la nmsique du comte de Syracuse, et se 
voyait contraint démigrcr, en 1848, pour avoir 
pris part aux événements politiques du 15 mai. 
S'élant relugié à Rome, il devenait chef de mu- 
sique de la première légion romaine avec le 
grade de sous-lieutenant, et prenait part à 
tous les combats soutenus par elle. Après la 
chute de la République, il reprenait sa vie no- 
made de virtuose, et se faisait entendre dans 
presque toutes les grandes capitales de l'Europe, 



KRAKAMP — RRAUSS 



47 



puis à Alexandrie, au Caire, à Malte et à Tunis. 
De retour dans sa patrie en 1860, M. Krakamp 
était iiouimé professeur des classes d'instruments 
à vent en bois au Conservatoire, position qu'il 
écliangea en 1874 contre celle de professeur de 
solfège parlé. Il est en mérne temps, depuis 
1867, professeur de llùte à VAlbergodé'po- 
veri. 

M. Krakamp n'a pas écrit moins de 555 
œuvres pour la llûte, toutes publiées, parmi 
lesquelles on remarque 30 Éludes caractéris- 
tiques, 12 Éludes-Caprices, une Grande Mé- 
thode, 2 Albums, etc. Il a publié en outre des 
Méthodes pour la clarinette, pour le hautbois 
et pour le basson, qui ont été approuvées par 
tour> les Conservatoires d'Italie. 

KRA]\1ER(II ), luthier allemand, était 

établi à Vienne au commencement du dix-liui- 
lième siècle. On trouve, dans la collection de la 
Gesellschaft der Mustkfreunde de celle ville, 
une viola di bordone signée du nom de cet 
artiste et datée de 1717. 

KRASCROPOLSKV ( }, musicien 

russe ou polonais contemporain, est l'auteur 
d'un opéra intitulé Lesta, qui a été représenté 
en Russie il y a quelques années. 

KUAUS (Alessandro), pianiste et écrivain 
musical, est né à Florence le 12 octobre 1853, 
d'un père d'origine et de naissance allemandes, 
établi en cette ville depuis longues années. 
Élève de son père (1), qui l'accompagna 
en France et en Allemagne dans un voyage 
entrepris pour lui faire compléter son éducation 
musicale, il s'est livré à l'enseignement du 
piano, tout en s'occupant avec ardeur de tra- 
vaux historiques sur l'art. Sous ce rapport, M. 
Kraus n'a encore publié jusqu'ici qu'un opus- 
cule ainsi intitulé : le Quattro Scale diatoni- 
che délia moderna Tonaliià (s. I. n. d. [Flo- 
rence, 1874], in-8°de 7 pp.), écrit dont il a été 
fait, à Florence même, une édition française 
sous ce titre : les Quatre Gammes diatoniques 
de la tonalité moderne, proposition d'Alexan- 
dre Kraus fils; mais on assure qu'il travaille 
activement à une Histoire des divers instru- 
ments de musique, et les journaux italiens 
ont annoncé en 1877 la prochaine publication 
de deux écrits de ce jeune artiste : Storia de'' 
musicisti fiorentini, et Storia delV Istituto 
musicale di firehze e délia sua bihlioteca ; 
jusqu'ici pourtant ces deux ouvrages n'ont pas 
paru. On doit à M. Kraus le recueil suivant : 
Eserctzi elementari per sciogliere le dita ai 
pianisti (Florence, 1873). 

(1) M. Alissandro Kraus père e$t né h Franefort-6ur- 
le-Mein k' 6 août 1820. 



KRAUSE (Antoine), pianiste et compositeur 
allomaïul, né à Geithain le 9 novembre 1834, 
a fait ses études musicales au Conservatoire de 
Leipzig. Devenu en 1859 directeur de musique 
dans une ville secondaire, à Barmen, je crois, 
il s'y est livré avec ardeur à l'enseignement en 
même temps qu'à la composition. La plupart 
des œuvres de M. Antoine Krause ont été pu- 
bliées par la maison IJrdlkopf et Hsertel, de 
Leipzig ; on y remarque, entre autres : 3 Sonates 
pour piano, op. 1; Étude du trille sur le piano, 
op. 2; Sonate pour le piano à 4 main.s, op. 3; 
10 Éludes pour le piano, adoptées par le Conser- 
vatoire de Leipzig, op. 5; Sérénade pour le 
piano à 4 mains, op. 6; 2 Sonates pour le piano, 
op. 10; 3 lieder avec accompagnement de 
piano, op. 11 ; 3 Sonates pour le piano, op. 12 ; 
Prélude, Menuet et Toccata pour le piano, op. 
13 ; 3 lieder pour ténor ou soprano, avec piano, 
op. 14; 10 Études pour le piano, en 2 livres, 
op. 15 ; Kyrie pour voix seule, chœur et or- 
chestre, op. 16; Sanctus et Benedictus pour 
voix seule, chœur et orchestre, op. 16; Sonate 
pour deux pianos, op. 17 ; 2 Sonates pour piano 
à 4 mains, op. 18; 2 Sonates pour piano, op. 
19; 2 Sonates pour piano à quatre mains, op. 
20; 2 Sonates pour piano, op. 21; 2 Sonates 
pour piano à quatre mains, op. 22 ; 3 Sonates 
pour piano et violon, op. 23; 2 Sonates pour 
piano, op. 24 ; 2 Sonates pour piano, op. 26. 

KRAUSE (G ), maître de chapelle à 

Sarrebruck, a fait représenter en cette ville, le 
15 avril 1866, un opéra-comique en deux actes, 
intitulé le Maitre d'école du village. 

Un artiste du même nom, M. Emile Krause, 
a publié en Allemagne, dans ces dernières an- 
nées, une trentaine de cojupositions pour le 
piano. 

* KHAUSHAAR (Otto), compositeur 
allemand, est mort à Cassel le 23 novembre 
1866. 

KRAUSS (Marie-Gabrielle), cantatrice 
remarquable, fille d'un employé ministériel de 
l'empire d'Autriche, est née à Vienne le 23 
mars 1842. Douée de rares dispositions pour 
la musique, que venait seconder une vive intel- 
ligence, elle reçut, dit-on, ses premières leçons 
(le sa sœur aînée, et à peine âgée <le onze ans, 
en 1853, elle entrait au Conservatoire de Vienne. 
Elle fit dans cet établissement de brillantes 
études, y travailla le piano et l'harmonie, et 
devint bientôt l'une des élèves favorites de 
M'"' Marchés!, le célèbre professeur de chant. 
Ces études furent couronnées par toutes les 
récompenses auxquelles une élève puisse aspi- 
rer, et M"' Krauss était encore au Conservatoire 



48 



RRAUSS 



lorsqu'un engagement lui fut offert par la 
direction de l'Opéra impérial, et accepté par 
elle. 

La jeune cantatrice débuta à ce théâtre le 
20 juillet 1860, d'une façon très-lieureuse, par 
le rôle de Matliilde de Guillaume Tell, et 
chanta, dans le cours de sa première année, 
ceux de Berlha du Prophète, d'Alice de Robert 
le Diable, de Pamina de la Flûte enchantée, 
de Gabrielle àhine Nuit à 'Grenade, d'Agallie 
du Freischiiiz, d'Elisabeth du Tannhauser, 
d'Elvire et d'Anna de Don Juan, enlin d'Eisa 
de Lohengrin. Très-bien accueillie par le public 
dès ses premiers essais, elle entra de plus en 
■plus dans ses bonnes grâces, à mesure que la 
diversité des rôles qu'elle était chargée d'inter- 
préter donnait des preuves incontestables de 
la souplesse de son talent, de la sûreté de son 
style, et de ses rares facultés scéniques. M"* 
Krauss put affirmer davantage encore ses belles 
qualités en se montrant bientôt dans un grand 
nombre d'ouvrages de genres et de caractères 
très-divers : les Huguenots, le Vaisseau fan- 
tôme, la Dame blanche, il Trovatore, Cosi 
fan tutte, Fidelio, Lalla Roukh, Belisario, 
Eurynnthe, Ernani, la Croisade des Dames, 
Gustave III, Lucrezia Borgia, les Noces de 
Figaro, Zampa, Maria di Rohan, etc. 

Les succès de M'" Krauss croissaient de jour 
en Jour, et il était facile de voir que la jeune 
artiste était destinée à parcourir une carrière 
exceptionnellement brillante. M. Bagier, alors 
■directeur du Tliéâtre-ltalien de Paris, ayant 
été à même de l'entendre à Vienne, lui proposa 
un engagement; M"' Krauss accepta, et débuta 
sur notre scène italienne, le 6 avril 1866, dans 
il Trovatore, après quoi elle chanta Lucrezia 
Borgia. Le public parisien était à cette époque 
sous l'inllucnce, on pourrait dire sous la fasci- 
nation d'une cantatrice d'un autre genre, M"* 
Adelina Patti, dont la voix insolemment belle 
et la facilité d'exécution semblaient tenir du 
prodige. Tenu sous le charme de cette nature 
luxuriante et vraiment extraordinaire, ce public 
parut ne porter qu'une attention distraite au 
talent si pur, au style si noble, à l'iiitelligence 
si remarqual)le de la nouvelle venue. Seule, 
la critique, se voyant en présence d'une artiste 
de premier ordre, aussi grande au point de vue 
dramatique que sous le rapport de l'art vocal, 
l'accueillit comme elle le méritait et sut lui 
rendre la justice qui lui était due. M"' Krauss 
revint à Paris la saison suivante, et, cette fois, 
trouva une réception digne d'elle et de son 
admirable talent. Elle se montra successive- 
ment dans quelques-uns de ses meilleurs rôles : 



Lucia di Lamermoor, où on la voyait touchante 
et résignée ; Norma, où elle déployait une 
puissance pathétique irrésistible; Poliuto, où 
elle semblait atteinte d'une flamme surnaturelle; 
Fidelio enfin, où elle poussait jusqu'au sublime 
l'intensité et la grandeur de la passion. On la 
vit aussi dans Otello, Semiramide, il Tem- 
plario, «H Ballo in Mascheru, Don Giovan- 
ni, Rigoletto, puis dans un opéra inédit de 
M"' de Grandval, Piccolino. Dans ces derniers 
ouvrages, M"° Krauss sut coni]uorir de haute 
lutte l'approbation et l'affection d'un pid)lic qui, 
tout d'abord, s'était à son égard montré sin- 
gulièrement réservé, et bientôt elle fut on pos- 
session de toutes ses sympathies. 

Les événements politiques vinrent, en 1870, 
éloigner M^" Krauss de la France. En 1872, 
nous la retrouvons au théâtre San-Carlo, de 
Naples, on elle obtient de très-grands succès 
et où elle contribue puissamment, par sa pré- 
sence, à la réussite d'un opéra nouveau de Pe- 
trella, Manfrcdo. Dès les premiers jours de 
l'année suivante, elle fait son appaiilion à la 
Scala, de Milan, où elle crée aussi le rôle prin- 
cipal d'un nouvel ouvrage de M. Carlos Gomes, 
Fosca. Au mois d'octobre 1873, elle revient au 
Théâtre-Italien de Paris; au mois de février 
1874, elle va jouer à Naples Aida, et donner 
encore l'appui de son talent au compositeur 
Petrella pour sa Bianca Orsini; puis, de 
retour à Paris, elle se décide, sur de vives ins- 
tances, à aborder la carrière française et à signer 
un engagement avec la direction de l'Opéra. 
Mais comme elle ne devait faire ses débuts que 
dans la nouvelle salle, qui n'était pas encore 
prête, elle va passer une saison au théâtre ita- 
lien de Saint-Pétersbourg. 

C'est le 5 janvier 1875, jour de l'inauguration 
du nouveau théâtre de l'Opéra, que M"^ Krauss 
parut pour la première fois dans le répertoire 
français. M;iis le spectacle de cette soirée n'é- 
tant composé que de fragments, le véritable 
début de la cantatrice eut lieu seulement le 8 
janvier, dans le rôle de Rachel de la Juive. Son 
succès ne fut pas douteux un instant, malgré 
la difficulté que présentait pour l'artiste l'ar- 
ticulation d'une langue qui ne lui était pas en- 
core familière au i»omt de vue vocal. Bientôt elle 
se montra dans les rôles de Valenline des Hu- 
guenots, de donna Anna de Don Juan et d'Alice 
de Robert- le- Diable, par lesquels elle gagna 
complètement les faveurs du public. Elle créa 
même le rôle de Jeanne dans la Jeanne d'Arc 
de M. Mermet, et cet ouvrage d'une valeur 
plus que médiocre dut à sa présence et à celle 
de M. Faure de ne point subir un sort plus 



RRAUSS — KRETSCHMAR 



49 



fâcheux encore que celui qui lui était réservé. 
Au moment oii cette notice est écrite (juin 
1877), M"' Krauss continue de faire partie du 
personnel de l'Opéra. 

Le talent de M"' Krauss est d'autant plus 
remarquable que l'instrument dont elle dispose 
est loin d'être parfait et de répondre toujours 
à ses efforts. La voix de la cantatrice, en effet, 
si elle ne manque ni de brillant, ni d'éclat, 
manque parfois de timbre et de couleur ; dans 
certaines parties de l'échelle, la sonorité est 
sourde, et c'est seulement dans le haut qu'elle 
acquiert ses plus belles qualités. Mais l'éduca- 
tion de l'artiste est si complète, son habileté 
€st si grande, qu'elle donne le change jusqu'à 
un certain point sur la valeur de ses facultés 
vocales. Le style de M"' Krauss est pur jus- 
qu'à la perfection, son phrasé est magistral, et 
chez elle la diction musicale, surtout dans le 
récilalif, atteint les dernières limites de la gran- 
deur et de la beauté. Si l'on joint à ces qualités 
purement musicales la flamme puissante dont 
l'artiste est animée, le sentiment pathétique et 
l'expression passionnée dont elle fait preuve, sa 
grande intelligence scénique et l'incontestable 
puissance de son accent dramatique, on conce- 
vra l'action qu'une telle artiste exerce sur le 
public et l'on aura la raison des succès qui 
ont marqué sa carrière. M"« Krauss est cer- 
tainement l'une des plus grandes cantatrices 
dont l'art contemporain puisse se glorifier. 

KREBS (M"' Mary), pianiste remarquable, 
née à Dresde le 5 décembre 18ôl, est fille de 
M. Charles-Auguste Krebs, directeur de musi- 
que en cette ville (V. Biographie universelle 
des Musiciens, t. V). .Sa mère, M™* Aloyse 
Krebs, née Michalesi. élait une cantatrice dis- 
tinguée, douée d'une fort belle voiv de mezzo-so- 
prano, qui obtint des succès sur l'une des scènes 
italiennes de Londres, et qui poursuivit ensuite 
sa carrière en Allemagne. Élevée dans un tel 
milieu, la jeune Mary Krebs ne pouvait qu'y re- 
cueillir legoiU et l'amour de l'art musical. Elève de 
son père, elle acquit sous sa direction un talent si 
précoce qu'à peine âgée de douze ans, en 1864, 
elle fut par lui conduite en Angleterre, et se 
fit entendre à Londres, dans les belles séances 
de \' Union musicale, avec le plus vif succès. 
Une étonnante puissance de son, un mécanisme 
irréprochable, de rares qualités de style, enfin 
une exécution dont l'ensemble était en quelque 
sorte magistral, la firent accueillir par les An- 
glais avec une sympathie et une chaleur voi- 
sines de l'enthousiasme. De retour à Dresde, 
M'" Mary Krebs se vit l'objet des plus rares 
prévenances de la part de ses compatriotes, et 

BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. — 



reçut le titre de virtuose du roi de Saxe. Elle 
obtint de très-grands succès dans diverses villes 
de l'Allemagne, ainsi qu'en Bohême, puis, en 
1870, s'embarqua pour l'Amérique, qu'elle par- 
courut pendant trois années, remportant par- 
tout de véritables triomphes. Elle revint en 
Europe en 1873, y retrouva toute la faveur du 
public allemand, et en 1875 enthousiasma de 
nouveau les Anglais, qui se portaient en foule 
à ses concerts. Depuis lors l'éclat de sa carrière 
ne s'est pas ralenti, et elle n'a cessé de ren- 
contrer les succès auxquels elle était habi- 
tuée (1). 

KREIPL (Joseph), chanteur et compositeur 
allemand, naquit dans les premières [années 
du dix-neuvième siècle. 11 fit de bonnes études 
musicales, embrassa d'abord la carrière^ dra- 
matique, et chanta avec succès dans sa jeu- 
nesse, à Linz, les rôles de ténor. Plus tard il 
s'adonna à la composition, et rendit son nom 
populaire par la publication d'un grand nombre 
de lieder, qui obtinrent de véritables succès. 
L'un d'eux surtout, intitulé Maililfterl, jouit 
d'une vogue prolongée. Cet artiste mourut à 
Vienne, au mois de juin 1866, à l'âge de 61 
ans. 

KREMPELSETZER (Georges), compo- 
siteur allemand, naquit à Vilsbiburg (Bavière) le 
20 avril 1827, et fit son éducation musicale sous 
la direction de l'un des frères Lachner. Devenu 
chef d'orchestre du théâtre populaire de Mu- 
nich, il fit représenter en cette ville, au mois 
dedécem.bre 1868, un opéra-comique intitulé le 
Manteati rouge. Deux ans auparavant, en 1866, 
il avait fait exécuter avec succès, dans une des 
séances de la Société de chant académique de 
Munich, un drame lyrique dont le titre était 
Médée ou l'Oracle de Delphes. Cet artiste 
mourut à Munich, le 9 juin 1871. 

KRETSCHMAR (E ), professeur et 

compositeur, né à Wilsdorf, en Saxe, le 25 
juillet 1828, commença l'élude delà musique 
avec son père, la continua au Gymnase} de 
Dresde, où il devint l'élève de J. Otto et de 
Ch. Mayer, et enfin termina son éducation au 



(1) Une confusion que je ne m'explique pas s'esl pro- 
duite au tome 11 de la Biographie universelle des mu- 
siciens, au mot : Christern. Cet artisie y reçoit les 
prénoms de Charles Krebs, et il est dit qu'une brocliure 
a ét(i publiée sur lui sous ce titre : Christern ats 
mensc/i, coniponist vnd dirigent. Or, M. Christern était 
non l'objet, mais l'auteur de cette brochure, qui avait 
tnàt à M. Charles Krebs, père de M"» .Mary Krebs, et 
dont voici le titre exact : Karl Krebs aïs mensch, tom- 
ponisl vnd dirigent (Charles Krebs comme homme, 
compositeur et chef d'orchestre). 
T. II. 4 



ËO 



KRETSCHMAR -^ KREUTZER 



Conservatoire de Leipzig, avec Rietz, Haupt- 
inann, Richter et Moscheles. Il entreprit ensuite 
la carrière du professorat, se lixa à Arnbeni, où 
il enseignait le cliant, le piano et la théorie de 
l'art, et dans le même temps se livrait à la 
composition. On connaît de M. Kretsclimar un 
certain nombre d'œuvres de musique de cham- 
bre ; quatuors et trios pour piano et instru- 
ments à cordes, des sonates et divers morceaux 
pour le piano, des lieder, etc. J'ignore si c'est 
cet artiste, ou un homonyme, qui a pris part 
à la rédaction de divers feuilles musicales alle- 
mandes. 

KRETSCIIMEK (Edmond), organiste et 
compositeur allemand, est né le 31 août 1830 à 
Oslritz, en Saxe. H a fait ses études au Conserva- 
toire de Dresde, où il eut pour maîtres de com- 
position Jules Otto et Jean Schneider. Son nom 
ne commença, à sortir de l'obscurité qu'en 1865, 
époque à laquelle, ayant pris part à un grand 
concours ouvert par l'Association des chanteurs 
allemands, il remporta le prix avec une can- 
tate intitulée la Bataille des Sceptres. En 
1868, il fut de nouveau proclamé vainqueur 
d'un concours international organisé à Bruxelles 
pour la composition d'une messe, concours 
auquel avaient pris part 98 compositeurs de 
quatorze nationalités différentes. Il lui falhil 
attendre pourtant jusqu'en 1874 pour faire son 
début au théâtre, objet de ses convoitises, mais 
ce début fut éclatant; son opéra die lolkunger, 
dont le livret très-dramatique, inspiré d'un 
épisode de l'histoire de Suède, lui avait été 
fourni par Mosenthal, « le Scribe allemand, » 
fut représenté avec un très-grand succès sur le 
Ihéàtre royal de Dresde et rendit aussitôt po- 
pulaire le nom du compositeur. Cet ouvrage fit 
rapidement le tour de l'Allemagne, et dans 
l'espace de deux années fut joué sur près de 
cent théâtres. 

M. Krelschmer est, dit-on, un ardent secta- 
teur des doctrines et des procédés de M. Ri- 
chard Wagner, dont il reproduit jusqu'à un 
certain point les qualités, les défauts, et surtout 
l'étonnante inégalité. Les juges sincères qui 
ont entendu son premier ouvrage affirment que 
l'influence de l'auteur de Tristan et Iseulde 
s'y fait un peu trop sentir; la partition des 
Folkunger, ajoutent-ils, est d'ailleurs puissante 
dans quelques-unes de ses parties, l'orchestre 
Y est assez bien traité, l'harmonie est originale, 
quoique souvent tourmentée, mais c'est dans 
la vigueur et la netteté du rhythme que le 
compositeur a trouvé la meilleure partie de 
ses effets; ce qui manque dans les l'olliungcr, 
ce n'est ni la grandeur, ni la force, c'est la 



passion humaine, c'est surtout la tendresse, 
c'est, en un mot, l'émoi ion. 

Quoi qu'il eu soit, l'opéra de M. Krelschmer 
a obtenu par toute l'Allemagne un succès in- 
contestable Depuis lors, le compositeur a écrit 
les paroles et la musique d'un nouvel ouvrage 
dramatique, Heinrich der Lœwe [Henri le 
Lion), opéra en 4 actes, qui a été représenté 
pour la première fois au Studttheater de Leip- 
zig, le 8 décembre 1877, et qui, comme le pré- 
cédent, a obtenu toute la faveur du public. On 
a constaté que cet ouvrage, de même que les 
Folkunger^ était écrit avec un incontestable 
talent, mais toujours avec une recherche visible 
et parfois excessive de l'effet matériel, et que 
l'auteur continuait de prendre M. Richard Wag- 
ner comme type et comme modèle. Depuis lors, 
on a annoncé que M. Krelschmer travaillait à 
un troisième opéra qui aurait pour titre l'Exi- 
lé. Jusqu'ici, cet ouvrage n'a pas paru à la 
scène. M. Krelschmer, qui a le titre d'orga- 
niste du roi de Saxe, a publié plusieurs com- 
positions religieuses, parmi lesquelles une messe 
à quatre voix et orgue, œuvre fort importante, 
qui se fait remarquer par la science que l'au- 
teur y a déployée, mais où l'on voudrait un 
peu plus de chaleur et surtout d'inspiration. 

KREUEL (Puis), conventuel d'Einsiedeln, 
né à Zug en 1629, mort en 1696, fut un des 
facteurs d'orgues les plus estimés de la Suisse 
au dix- septième siècle. 

* KREUTZER (Rodolphe). A la liste des 
ouvrages dramatiques de cet artiste, il faut 
ajouter les suivants : 1° la Journée du 10 août 
1792, ou la Chute du dernier tyran, 4 actes, 
Opéra, 10 août 1795; 2° l'Heureux Retour, 
divertissement (en société avec Certon et Per- 
suis). Opéra, i25 juillet 1815; 3° Blanche de 
Provence, ou la cour des Fées, 3 actes (en 
société avec Berton, Boieldieu, .Cherubini et 
Paër), Opéra, 3 mai 1821; 4° le Paradis de 
Mahomet, 3 actes, Opéra-Comique, 23 mars 
1822; 5° l'haramond, 3 actes (en société avec 
Berton et Boieldieu), Opéra, 10 juin 1825. Cet 
artiste extrêmement distingué mourut à Genève, 
non le 6 juin, mais le 6 janvier 1831* 

'* KREUTZER (Jean-Nicolas - Auguste). 
Sur la tombe de cet artiste, la date de sa 
naissance est fixée au 3 septembre 1778; il est 
mort â Paris le 31 aoiU 1832. 

* KREUTZER (Llon-Chaules-Fiunçois), 
compositeur et écrivain nmsical, est mort à 
Vichy le 6 octobre 1868. Cet artiste fort remar- 
quable, qui, comme Berlioz, |)our lequel il 
ressentait une profonde admiration, était en 
avance sur les idées musicales de son pays, n'a 



KREUTZER — RRINITZ 



51 



pas eu la renommée à laquelle il avait droit. 
D'un caractère atrabilaire et un peu fantasque, 
prenant la misanthropie pour de la raison, la 
sauvagerie pour de la réserve, il mettait au- 
tant d'ardeur à fuir le suffrage du public que 
d'autres en mettent à le rechercher, sans 
considérer qu'en somme le public ne peut pas 
deviner votre existence, et que travailler 
dans le silence du cabinet sans jamais produire 
ses œuvres, sous prétexte d'un dédain orgueil- 
leux du suffrage de la foule, est un enfantillage 
qui n'est profitable à personne et ne peut qu'être 
nuisible à l'art. LOon Kreutzer est donc mort 
sans avoir, par sa faute, acquis la notoriété qu'il 
méritait à tant de titres, et cela est d'autant 
plus regrettable qu'il eût certainement occupé 
une place à part, et fort importante, parmi les 
artistes les plus distingués de la nouvelle école 
française. Musicien consommé, symphoniste 
remarquable, poète vérilablement inspiré, cher- 
chant un peu trop l'originalité, il est vrai, et 
et atteignant parfois la bizarrerie, Kreutzer 
avait tout le tempérament et présentait toute 
l'envergure d'un grand artiste. 

Il faut ajouter qu'à son grand talent de com- 
positeur, il joignait les rares qualités du criti- 
que et de l'analjste. Doué d'une intelligence 
vaste et diverse, que rehaussait une instruction 
solide, pratique et variée, tiiéoricien profond et 
très-expérimenté, né et élevé dans un milieu 
tout artistique, ses connaissances techniques 
étaient relevées encore par un rare savoir litté- 
raire et par la possession de plusieurs langues, 
avantage inappréciable pour qui veut s'occuper 
d'études critiques et historiques concernant un 
art ou une science quelconque. Très-versé dans 
les littératures étrangères, l'esprit étendu par 
le fait des voyages fréquents que sa position de 
fortune lui permettait d'effectuer, il possédait 
toutes les qualités nécessaires pour faire un 
critique excellent et respecté. Aussi, les travaux 
qu'il publia en dehors de son feuilleton de 
critique courante de VUnion (il avait débuté 
sous ce rapport dans la Quotidienne), soit dans 
la Revue et Gazette musicale, soit dans la 
Reviie contemporaine, soit dans YEnclyclopé- 
die du XIX" siècle, peuvent-ils être lus avec 
fruit et consultés avec utilité. Il est fâcheux 
qu'on n'ait pas songé à réunir en volume la 
longue et intéressante série d'articles sur l'Opé- 
ra en Europe qu'il publia dans le premier de 
ces recueils, ni la substantielle étude sur Meyer- 
beer qu'il donna dans le second ; ces deux 
écrits trouveraient on ne peut mieux leur 
place dans toute bonne bibliothèque musicale. 
Entre autres travaux donnés par lui à VEncy- 



clopédie dit XIX^ siècle, il faut signaler sur- 
tout l'article Opéra, Opéra- Comique, qu'il 
rédigea de concert avec M. Edouard Foumier, 
et dont les deux auteurs firent faire un tiré 
à part sous ce titre : Essai sur l'art lyrique 
au théâtre, depuis les anciens jusqti'à Meyer- 
beer (Paris, Bouchard-Huzard, 1849, in-12.) 

On trouvera de nombreux détails sur cet 
artiste distingué dans une brochure publiée 
par moi sous ce titre : Léon Kreutzer (Paris, 
LiepmannssohnetDufour, 1868, in-8° de 16 pp.). 

KRIESEL ( ), artiste né vers 1815, 

a tenu dans divers petits théâtres de Paris, les 
les Délassements- Comiques, les Folies-Marigny, 
les Nouveautés, les Folies-Montholon, l'emploi 
de chef d'orchestre. Il a écrit la musique de 
deux opérettes en un acte : l'Orphéon de 
Fouilly-les-Oles, et un Pierrot en cage, re- 
présentées toutes deux aux Folies-Maiigny en 
1865. Cet artiste est mort à Paris, en 1876. 

KRIGAR (Heruann), pianiste et composi- 
teur, né à Berlin le 3 avril 1811, commença 
d'abord par s'occuper de peinture, mais au 
bout de peu de temps abandonna l'élude de cet 
art pour celle de la musique, qui convenait 
mieux à son esprit. Il devint l'élève de plusieurs 
grands artistes, et travailla, à Leipzig, sous la 
direction de Mendelssohn, de Robert Schumann, 
(le Moritz Hauptmann, de Finck et de Jules 
Knorr. En 1845 il revenait s'établir à Berlin, 
ou il se livrait à l'enseignement et à la com- 
position, tout en fournissant des articles de 
critique à la Nouvelle Gazette musicale, et en 
1852 il fondait en cette ville une Société de 
chant pour laquelle il écrivait un grand nombre 
de chœurs pour voix d'hommes. Devenu direc- 
teur de la musique royale en 1857, il a rédigé, 
depuis 1874, le Calendrier musical publié 
par les éditeurs Bote et Bock. M. Hermann 
Krigar a écrit de nombreux airs pour des comé- 
dies et vaudevilles, et on lui doit aussi des mo* 
têts, des psaumes, des lieder, des chœurs à 4 
voix, ainsi que différents morceaux de musique 
instrumentale. 

KRINITZ (M"» DE), femme de lettres 
française, qui a adopté le pseudonyme de 
Camille Selden, sous lequel ses écrits ont été 
publiés, est née vers 1835. Sous ce nom de 
Camille Selden, M™" de Krinitz a livré au 
public un petit volume portant ce titre : la 
Musique en Allemagne : Mendelssohn (Paris, 
Germer-Baillière, 1867, in-12), qui n'est qu'une 
sorte de paraphrase d'un certain nombre de 
lettres de l'auteur de Paulus, et qui ne donne 
ni une biographie du maître, ni un jugement 
raisonné sur son œuvre et son génie. Il n'y a 



52 



KRINITZ — KRUGER 



là qu'une dissertation assez élt?gante au point 
de vue de la forme, mais sans valeur historique, 
estliétique ou critique. Quelques annt^es aupa- 
ravant, le même écrivain avait publié un récit 
roiiHinesqne, intitulé Daniel Vlady, liistoire 
d'uu musicien (Paris, Charpentier, 1862, 
in- 12). 

KltOLL (Franz), pianiste et professeur 
allemand, né à Bromberg en 1820, fut l'élève 
de M. Liszt à Weimar, et se livra ensuite à 
renseignement. S'étant établi à Berlin en 1849, 
il s'occupa, tout en donnant des leçons, d'assez 
importants travaux pédagogiques, et fut un 
instant (1863-1864) professeur au Conservatoire 
de cette ville. Il publia aussi quelques compo- 
sitions, mais n'obtint jamais de grands succès 
sous ce rapport. 11 fut plus heureux avec ses 
éditions nouvelles d'œuvres anciennes, notam- 
ment celle qu'il fit du Clavecin bien tempéré 
de Jean-Sébastien Bach, qui fut bien accueillie 
du public. On cite aussi comme dignes d'estime 
et d'attention ses critiques et observations sur 
la musique ancienne et nouvelle de piano, 
publiées à Berlin en 1867. Franz Kroll est mort 
en celte ville le 28 mai 1877. 

KROMER (Valentin), évéque de Varmie, 
homme d'État, historien renommé, l'un des 
homrnes les plus remarquables qu'ait produits 
la Pologne, naquit à Biecz, près de Cracovie, 
en 1612, et mourut en 1689, à l'âge de soixante- 
dix-sept ans. Kromer n'est cité ici que pour 
deux écrits publiés en lalin par lui et relatifs 
à la musique. Ce savant prélat avait appris 
les éléments de la musique à Biecz, sa ville 
natale, et son seul professeur avait été le 
maître d'école attaché à l'église paroissiale, 
lequel enseignait le plain-chant aux enfants de 
clid'ur. Des deux petits ouvrages qu'il publia 
par la suite, l'un élait intitulé : De conceniibxix 
musices guos chorales appellamus, l'autre : 
Musica ficjurata. 

IWXOXLVAN (Hei'.mann), musicien et litlé- 
rateiu', rédacteur de la Carlsruher Zeitung, 
a écrit les paroles et la musique d'un opéra 
en trois actes intitulé Magellone, qui a été 
représenté sur le théâtre de Carlsrulie le 24 
avril 1874. L'auteur était mort quelques 
semaines avant l'apparition de son o'uvre, qui, 
du reste, n'obtint qu'un très-médiocre succès. 
Je n'ai pas d'autres renseignements sur cet 
artiste, qui, je crois, n'avait pas abordé la scène 
avant cet ouvrage. 

* HRUG (Gustave). — Les renseignements 
qui suivent compléteront et rectifieront ceux 
qui ont été donnés par la Biographie nnirer- 
selle des Musiciens sur cet amateur distingué. 



— Pianiste habile et compositeur de talent, 
M. Krug, qui est né à Berlin en 1810, commença 
d'abord par l'étude du droit, qu'il fil aussi 
complète et aussi étendue que possible. Cela ne 
l'onipêcha pourtant pas de travailler la musique 
l)our son agrément, et de suivre un cours de 
piano et de composition avec Louis Berger. 
En 1845, il fut nommé magistrat (juge) à 
Naumbourg, et il occupe encore ces fonctions 
à l'heure présente. 

* KRUG (Diedrich), pianiste, professeur et 
compositeur, est né à Hambouig erf 1821 et a 
été l'élève de Jacob Schmitt. Le nombre des 
compositions de cet artiste ne s'élève guère 
à moins de 350, parmi lesquelles on trouve, 
pour une part, un très-grand nombre de mor- 
ceaux de genre pour le piano, fantaisies, ro- 
mances sans paroles, etc., et en second lieu 
toute une série d'études pour le même instru- 
ment, publiées pour la plupart à Leipzig, chez 
l'éditeur J. Schuberth. 

KRUG (Ahnold), pianiste et compositeur, 
(ils du précédent, est né à Hambourg en 1848, 
et a été l'élève de son père. 

Après avoir terminé son éducation, il se con- 
sacra à l'enseignement et devint, en 1872, pro- 
fesseur de piano au conservatoire de Stem à 
Berlin, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de se li- 
vrer avecactiviléà la composition. Quoique fort 
jeune encore, M. Arnold Krug a déjà publié les 
ouvrages suivants : Trio pour piano, violon et vio- 
loncelle, op. 1, Leipzig .Forberg ; 7 Lieder avec 
piano, op. 2; 4 Phantasiestiicke, pour piano, 
op. 3; Impromptus en forme de valse pour piano 
à 4 mains, op. 4; Fragment du 130^ Psaume, pour 
5 voix et chœur a cappella, op. 6; 5 Lieder 
avec chœur, op. 7; 5 Z,/erfer à voix seule, avec 
[tiano, op. 8; Symphonie pour orchestre, en xit, 
op. 9 , elc. 

M. Arnold Krug, qui, en 1869, avait obtenu à 
Francfort-sur-le Mein le prix de la fondation 
Mozart, remporta en 1877 un autre succès du 
même genre : il se vit décerner par l'Académie 
des arts de Berlin le prix delà fondation Meyer- 
beer. Le programme du concours ouvert à cette 
occasion consistait dans la composition d'un opé- 
ra en un acte [la Mort de l{i:,zio), d'une fugue 
double à 8 voix et deux chn-urs a cappella, et 
d'une ouverture à grand orchestre. Le prix, de 
4,500 marks (5,025 francs), comportait l'obliga- 
tion, pour le lauréat, de faire un voyage de six 
mois en Italie et à Paris, et de passer six autres 
mois à Mimich, Dresde, Leipzig et Berlin. 

KUiJGER (GoTTMEB), flûtiste distingué, 
allaclié comme première flûte à la chapelle du 
roi de Wurteniherg, naquit a Berlin en 1790 



Jj 



RRUGER — KUMMEU 



53 



ot mourut à Sfuttgani le 8 mai 1868. Il était 
le père de M. W.Kriiger, pianiste et composi- 
teur bien connu, qui a longtemps habité Paris. 
{\ .Biographie universelle des Musiciens, t. V.) 

KUFFEIIATH (Louis), frère de Jean-Her- 
manuKufferath et de Hubert Ferdinand Kuft'eralh 
(V. Biorjruphie universelle des Musiciens, T. 
V), naquit à Mulheim le 10 novembre 1811, 
commença de bonne heure l'étude de la musique 
sous la direction de son frère Jean-Herman , et 
plus tard travailla avec Frédéric Schneider. On 
assure que dès l'âge de huit ans il commençait 
à composer. Devenu un brillant pianiste, il se 
fit entendre avec succès en Allemagne et ea Hol- 
lande. Après s'être fixé en 1836 à Leeuwarden, 
où il devint directeur de l'École de musique, 
il s'établit en 1830 à Gand,où il dirigea pen- 
dant deux ans la Société royale des chœurs, 
tout en se livrant avec activité à l'enseignement 
et à la composition. 

On connaît de cet artiste un grand nombre de 
compositions de divers genres, parmi lesquelles je 
citerai les suivantes; 3 Polonaises pour piano; 
3 Valses pour piano ; Valse pour piano à 4 mains ; 
quelques morceaux originaux pour le même ins- 
tiuinent (Souvenance, un Moment de distrac- 
tion, la Branche de lierre, un Soir d'hiver, 
etc.) ; quelques chœurs pour 4 voix d'hommes ; 
Préludes pour orgue; Messe à 4 voix, avec or- 
chestre et orgue; Arlevelde, cantate ; 250 ca- 
nons, etc., etc. 

* KUHE (Guillaume), pianiste et composi- 
teur, est né non à Sluttgard en 1822, mais à 
Prague le 10 décembre 1823. 

* KUHLAU (Frédéric), compositeur, était 
né à Uelzen le 11 septembre 1786, et est mort 
à Copenhague le 12 mars 1832. 

* KULLAK (Théodore), virtuose sur le 
piano, professeur et compositeur, est né non 
à Berlin en 1820, mais à Krotoczin, dans le 
duché de Posen, le 12 septembre 1818. Protégé 
par le prince Antoine Radzivvill, qui l'avait 
pris en affection, il dut à ce personnage de 
pouvoir faire d'excellentes études musicales, 
d'abord à Posen sous la direction du piofesspur 
Agthe, puis à Berlin avec IMM. Taubert et Deiin, 
et enfui à Vienne avec C/.erny et Sechter. Des 
l'âge de cinq ans il jouait du piano, et il en 
avait à peine onze lorsqu'il se produisit avec 
succès dans un concert donné à Posen, devant 
la cour, en compagnie de la célèbre chanteuse 
M»* Sonlag. Devenu jeune homme, il suivit 
pendant cinq ans les cours de l'Université do 
Berlin, après quoi, en 1842, il alla donner à 
Vienne et dans toute l'Autriche une série de 
concerts qui commencèrent sa réputation. De 



retour à Berlin l'année suivante, il y devint 
professeur de musique de la maison royale, fut 
nommé en 1846 pianiste du roi de Prusse, prit 
part à l'organisation de l'Association des artistes 
musiciens, puis fonda en 1850, avec Stem, l'ins- 
titution connue d'abord sous le nom d'École de 
musique de Berlin et ensuite sous celui de Con- 
servatoire de Stem, institution dont il fut pen- 
dant cinq ans l'un des directeurs, et enfin créa 
en 18.')5 la nouvelle Académie de musiipie. De- 
puis lors il n'a cessé d'habiter Berlin, oii il e.st 
extrêmement estimé comme professeur, et oii 
il a formé un nombre considérable d'élèves qui 
sont devenus des artistes de talent. 

Parmi les nombreuses compositions de M. 
Théodore Kullak, on remarque un concerto 
pour piano avec accompagnement d'orchestre, 
des sonates, des trios, une série d'études publiée 
sous le litre de l'École du jeu en octaves, de 
nombreux caprices (Psyché, la Gazelle, Perles 
d\'cume, les Arpèges, etc.), des romances, et 
toute une|collection de transcriptions pour le pia- 
no de mélodies nationales allemandes, espagno- 
les, russes et hongroises. 

* KULLAK (Adolphe), frère du précédent, 
né à Moseritz le 23 février 1823, est mort à 
Berlin le 25décembre 1862. Pianiste et composi- 
teur, il a publié pour son instrument un certain 
nombre d'agréables morceaux de genre : fantai- 
sies, impromptu, rêveries, idylles, ballades, 
nocturnes, etc. 

KULLAK (Franz), neveu du précédent et 
fils de M. Théodore Kullak, né à Berlin eu 1842, 
est devenu aussi un pianiste distingué, il rem- 
plit aujourd'hui, à la nouvelle Académie de mu- 
sique fondée par son père, les fonctions de pro- 
fesseur de piano et de directeur de la classe 
d'orchestre. Cet artiste a écrit la musique d'un 
opéra qui jusqu'ici n'a pas encore été représenté. 

* KUMMER (Gaspard), flûtiste, est mort à 
Cobourg le 21 mai 1870. 

* KUMMER (Frédéric-Auguste), violon- 
celliste et compositeur. — Je n'ai aucun rensei- 
gnement nouveau à donner sur cet artiste, mais je 
ne crois pas inutile de faire remarquer que le nom- 
bre de ses œuvres publiées s'élève aujourd'hui à 
plus de 160. 

M. Kummer a eu trois fils musiciens : 1° Olto 
Kummer, né le 19 avril 1826, violoniste, fait par- 
tie de la chapelle royale de Dresde : 2" Mav- 
Charles Kummer, violoncelliste, né le 23 avril 
1842, est mort à Odessa le 18 septembre 1871 : 
3" Ernest- Charles Kummer, violoncelliste aussi, 
né les novembre 1844, a appartenu à la chapelle 
royale, et est mort le 2 août 1860. — Un fils de 
M. Olto Kummer, Alexandre-Charles Kummer 



54 



KUMMER — RUSTER 



né le 10 juin ISJO, violoniste, a été l'élève de 
Fcnlinanil David au Conservatoire de Leipzig, 
et habite aujourd'hui l'Angleterre. 

* lîUNC (ALOYs-MAnTiN). Au mois de no- 
vembre 1863, M. Aloys Kunc quittait Ancli pour 
revenir à Toulouse comme professeur et maître 
dech.ipelle du collège Sainte-Marie dirigé par 
les PP. de la connpagnie de Jésus, et comme 
organiste de l'église Saint-Aubin. Dans ces derniè- 
rt-s fonctions, il a été parfailement secondé par 
sa jeune femme, pianiste habile et organiste fort 
distinguée. Fille aînée de M. Durgein, organiste 
de la métropole d'Auch, M'"' Aloys Kunc, une 
des meilleures élèves de la classe de madame 
Farrenc au Conservatoire de Paris , n'a pas tar- 
dé à prendre elle-même à Toulouse le premier 
rang parmi les professeurs de piano. 

En 1S6.5, M. Aloys ICunc échangeait le poste 
de Sainte-Marie contre celui d'organiste et de]maî- 
tre de chapelle à l'église de Jésus. Là, il fonda une 
société de jeunes gens, vouée au chant des of- 
fices, et qui, pendant huit années, a donné les 
mpilieurs résultats. C'est incontestablement aux 
tentatives heureuses faites dans cette église 
quest <iùle mouvement de restauration qui s'est 
produit depuis lors dans les églises de Toulouse. 
En 1868, les travaux divers de M. Aloys Kunc 
lui méritèrent une faveur particulière :Me pape 
Pie IX lui fit adresser le bref de chevalier de 
l'ordre de Saint-Sylvestre et de l'Éperon d'or, 
en lui envoyant en môme temps, comme témoi- 
gnage tout particulier de son estime , les insignes 
de l'ordre. En 1870, la place de maître de chapel- 
le de la métropole lui était offerte pour la deuxiè- 
me fois. M. Kunc prit possession de ces fonctions 
le 15 juin. Il fut aussi nommé à la même époque 
suppléant de M. Hommey, comme professeur de 
haut solfège et de transposition au Conservatoire 
de Toulouse, et en même temps professeur de 
musique à l'écoU normale, place qu'il occupe 
encore aujourd'hui. — Plusieurs ouvrages de 
M. Aloys Kunc lui ont mérité un prix à l'^-xpo- 
sition générale de Rome en 1870, etde nouveaux 
brefs du pape sont venus encourager leur au- 
teur. Au mois de décembre 1874, M. Kunc a fon- 
dé à Toulouse, .sous le titre de Musica sacra, 
une nouvelle revue de chant liturgique etde mu- 
sifiue religieuse. 

Les ouvrages publiés par cet artiste, depuis 
1863, .sont les suivants : 1" Corona .sacrn, re- 
cueil décent morceaux religieux (deux éditions) ; 
2" Chants de la milice du Pape, cantiques fran- 
çais ; 3" Recueil de faux-bourdons notés en clef 
de sol ; 4° Manuel de chant religieux, en no- 
tation usuelle ; 5° Messeà 3 voix en faux-bour- 
don, in-folio de lutrin; c'Écrin de l'organiste, 



ofliccsdu matin ; 7' Quinze motels, transcrits; 
8° Cantiques populaires pour l'Église et la Fran- 
< e (nombreuses éditions, traductions en plusieurs 
langues); 9° De la musique religieuse (Congrès 
de Malines); 10" Nouvel Essai sur la tradition 
du chant grégorien ; 1 1" Recherches historiques 
sur Tart musical religieux (Revue de Gasco- 
gne), etc., etc. 

A. L— N. 

KUI\TZE (Charles), compositeur, pianiste, 
organiste et chef d'orchestre, est né à Trêves le 
17 mai 1817. Élève de l'Académie et de l'Ins- 
titut de musique d'église de Berlin, il a reçu 
dans cet établissement uneexcellenle éducation, 
est devenu directeur de musique à Aschersiebeu, 
et s'est fait connaître comme compositeur par 
un grand nombre de productions de genres très- 
divers. Ses œuvres, dont le nombre ne s'élève 
guère aujourd'hui à moins'de trois-cents, et qui 
l'uibrassent un peu tous les genres, consistent en 
licder et chœurs pour voix d'hommes, en mar- 
ches, morceaux de danse, ouvertures pour or- 
chestres symphoniques et pour musiques d'har- 
monie, en motets. Ave Maria et diverses autres 
compositions de musique religieuse. On con- 
naît aussi de lui une opérette en un acte, Dans 
la montagne, qui a été donnée sur le Thalie- 
Théâtre, à Dessau , au mois de janvier 1875. 
M. Charles Kunize a dirigé avec talent plusieurs 
grands festivals de musique de chant. 

I>U01\ (Giovanni), musicien italien, mort à 
Rome au mois de décembre 1875, à l'âge de 75 
ans, a publié un petit traité d'harmonie et d ins- 
trumentation. 

* IîÛSTER(Hermann), directeur de musique 
et organiste du Dom à Berlin, est né à Templin 
le 14 JHillet 1817, et est mort à Berlin le 17 mars 
1878. Les lignes suivantes compléteront en vn 
rectifiant quelques détails, la notice publiée sur 
cet artiste dans la Biographie universelle 
lies Musiciens. 

Organiste remarquable, KiJster avait reçu une 
excellente et .solide éducation. Élève d'abord de 
Chr. Kock pour le piano et poui' l'orgue, il entra 
en 1842 à l'Académie des arts de Berlin, où il 
eut pour maîtres L. Berger pour le piano, A. W. 
Bach pour l'orgue, Rungeidiagen et A. B. Marx 
pour la théorie de l'art. Après trois années pas- 
sées dans cette institution, il fut appelé à Sarre- 
bruck pour y remplir les fonctions de directeur 
de musique. De retour à Berlin en 1852, il alla 
faire un court séjour à Diesde, puis revint dans 
la capitale delà Prusse, où il s'établit connue 
professeur. C'est en 1857 seulement qu'il succéda 
à M. Grell comme organiste de la cour et du 
Dom de cette ville. 



KUSTER — KWAST 



55 



Parmi les composilioas les plus importantes 
de luisfer, il faut citer d'abord les six oratorios 
dont les titres suivent : Judith, Julien r Apos- 
tat, r Apparition de la croix, Jean l'Évangé- 
liste, la Patrie éternelle, et Hermann le Ger- 
main ,• puis des psaumes, des cantates, des mo- 
tels, des lieder, de nombreux préludes pour 
orgue, et diverses compositions symphoniques. 
Kûster s'est fait connaître aussi comme écrivain 
sur la musique, en donnant à V Echo, de lîerlin, 
ainsi qu'à la Nouvelle Gazette musicale de la 
même ville, plusieurs travaux importants, entre 
autres une élude qui portait ce titre : Sur 
V « Israël en Egypte » de Hxndel (1854). On 
lui doit encore l'écrit suivant : Exposé populaire 
pour l'instruction et la description de la mu 
^i5«e(Lpipzig,Breitkopf et Hfcrtel, 1872), ouvrage 
divisé en trois cycles et formé d'une série de 
conférences faites par l'auteur de 1869 à 1871. 

KWAST (Jacob), jeune pianiste de talent, 
musicien sérieux et surtout d'avenir, élève de 
M. Brassin et pensionnaire de S. M. le roi des 



Pays-Bas, est né à Dordrecht. Il serait appelé 
à devenir un artiste fort distinf;ué,^'il n'avait de 
lui-même une opinion beaucoup trop favorable. 
Sa vanité et une trop grande dose de suffisance 
l'empêchent de développer et de perfectionner 
son talent, d'acquérir ce qui lui manque encore, 
et c'est dommage, car avec plus de modestie et de 
simplicité dans les formes, il pourrait parvenir 
sans aucun doute à faire honneur à son pays. Il 
est actuellement professeur de piano au Conser- 
vatoire de Cologne, et vient d'épouser une jeune 
actrice allemande. M'" Tony Hiller, fille de 
M. Ferdinand Hiller (1). 

Ed. de h. 

(1) Après avoir été l'élève de M. Br.issin au Conserva- 
toire de Bruxelles, M. Kwast a reçi à Leipzig des leçons 
de Moscheles. Il s'est fait entendre plusieurs fois en cette 
ville, avec succès, à partir de 1870, et c'est en 1874 qu'il 
fut nommé professeur de piano au Conservatoire de Colo- 
gne. — A. r. 



* LAUARRE (Théodore). Nous compléte- 
rons le répertoire de ce compositeur en mention- 
nant les trois ouvrages suivants : 1° Panta- 
gruel, 2 actes, joué une seule fois à l'Opéra, le 
24 décembre 1855; 2" Gvaziosa, ballet en un 
acte, Opéra, 25 mars 1861; 3° le Roid'Yve- 
tol, ballet en un acte. Opéra, 28 décembre 1865. 
Un fait singulier empêcha la seconde représen- 
tation de Pantagruel : l'empereur Napoléon 
assistait au spectacle dans lequel cet ouvrage 
fit cette apparition,'et l'on s'avisa, un peu tard, 
que la commission de censure, dite commission 
d'examen, avait laissé subsister, dans le livret, 
certains passages qui prêtaient à des allusions po- 
litiques fâcheuses ; il n'en fallut pas davantage 
pour exciter le courroux du souverain, et mal- 
gré la situation d'inspecteur-accompagnateur que 
Labarre occupait à la chapelle impériale depuis 
1852, Pantagruel fut condamné sans rémission. 
Quant au Boi d'Yvetot, on assura que Labarre 
n'était point l'auteur de la musique de ce ballet, 
et qu'il n'était en cette circonstance que l'arran- 
geur et le prête-nom d'un amateur titré : M. le 
prince Richard de Metlernicb. 

Labarre avait succédé en 1867 à Prumier, 
comme professeur de harpe au Conservatoire. Peu 
d années après, il se chargeait de faire la cri- 
tique musicale dans un journal nouvellement 
fondé, Paris illustré ; mais il mourait presque 
subitement, le 9 mars 1870, avant d'avoir pu 
donner son premier article, et l'on me confiait 
la tâche qu'il avait assumée. 

LABAT ( ) Un artiste de ce nom a fait 

représenter sur le théâtre de Montpellier, le 
21 germinal an II (Il avril 1794), le Vieillard 
philosophe ou le Double Hymen, pastorale 
héroïque en 3 actes, dont il avait écrit la mu- 
sique. Le livret de cet ouvrage a été imprimé. 

* LABAT, (Jean-Baptiste), compo.sileur, 
organiste et écrivain sur la musique, est mort à 
Lagarosse (Tarn-et-Garonne), le6 janvier 1875. 
Les écrits nombreux de cet artiste, d'ailleurs 
intelligent et laborieux, sont des travaux de 
seconde main, dans lesquels on clierclierail vai- 
nement des fails nouveaux, des vues person- 
nelles ou des tendances originales, et qui, par 
conséquent, ne peuvent rien apprendre à ceux 
qui sont au courant de rhi>luiie de l'art et des 
recherches de leslliétique moderne. Au surplus, 
le seui de ses ouvrages qui ait quelque impor- 



tance et quelque étendue est celui qu'il a intitulé 
«mbitieusement : Études philosophiques et 
morales stcr l'histoire de la musique, ou 
Recherches analytiques sur les éléments 
constitutifs de cet art à toutes les époques, 
sur la signification de sçs transformations, 
avec la biographie des auteurs qui ont con- 
couru à ses progrès (2 vol.). Sous le couvert 
de ce titre sonore et étendu, on ne trouve 
qu'une compilation un peu banale, présentant 
un résumé historique qui n'est pas exempt 
d'erreurs et dont le plan lui-même n'est pas 
toujours très-logique, et dans laquelle on ne 
trouve nulle trace de vues morales ou philoso- 
jibiqnes. 

* LAIîLACHE (Lotjis),'célèbre chanteur ita- 
lien, a publié, outre la Mélhoiie de chant que 
l'on connaît de lui, 28 Exercices pour voix de 
basse et 12 Vocalises pour la même voix. M. 
L. Couailbac a consacré, dans la Galerie des 
artistes dramatiques de.Paris, une notice à cet 
artiste fameux (Paris, Marchant, 1841, in 4 de 
4 pp.), et l'on a publié en Italie un grosse brochure 
ainsi intitulée : Onori alla memoria di Luigi 
Lablache (Naples, Cottrau, 1858, in-4). 

LABORY ( ), compositeur belge et 

chef de musique militaire, né en 1843, a tra- 
vaillé, dit-on, sous la direction de Fétis, et ensuite 
de M. Gevaert. Il s'est fait une réputation pour 
son habileté comme chef de musique, et n'a guère 
écrit et publié moins de 200 morceaux de tout 
genre pour musiques d'harmonie et fanfares. On 
lui doit aussi un opéra en 2 actes doul j'ignore le 
titre et qui a été représenté en 1809 à Louvain 
et à Namur, ainsi qu'un Te Deum qu'il a fait 
entendre d'abord à Louvain, et qui a été exé- 
cuté en Angleterre lors des fêles célébrées pour 
la convalescence du prince de Galles. 

LAIÎOUBEAU ( ), artiste resté abso 

lument inconnu, est auteur d'une Théorie de 
lecture musicale (1842, in-12). 

LABUIOLA (P ), compositeur italien 

contemporain, ne m'est connu que par la pu- 
blication d'un album de chant avec accompa- 
gnement di> \mno, Seredi Aapoli, formé de six 
mélodies écrites sur des vers du poète Domenico 
Bolognese (Milan, Lucca), et parcelle d'un autre 
albiun de douze mélodies : Aure dell Infras- 
caia. 

LABRO (Nicolas-Chahi.f.s), contrebassiste 



LABRO — LACOiMBE 



57 



et professeur, est né à Sedan le 19 octobre 1810. 
Admis au Conservatoire de Paris, le 23 janvier 
1830, dans la classe de violoncelle de M. Vaslin, 
il abandonna bientôt cet instrument pour se li- 
vrer à l'étude de la contrebasse, et entra dans 
la classe de Chenié. Il obtint un second prix de 
contrebasse en 1833, le premier en 1833, puis 
passa quelque temps dans la classe préparatoire 
de contrepoint et fugue d'Elwarf. Depuis cette 
époque, M. Labro fait partie, en (lualilé de pre- 
mière contrebasse, de l'orcbestre de la Société 
des concerts du Conservatoire et de celui de l'O- 
péra-Comique. Il a été nommé, le 1" décembre 
1853, professeur de contrebasse au Conserva- 
toire, en remplacement de Cbaft. Cet excellent 
artiste a publié, en 1870, une très-bonne il/e//io- 
dede contrebasse, en tête de laquelle il a placé 
sous ce titre modeste : iVoici sur la contrebas- 
se, un résumé bistorique très-utile et très-bien 
fait sur cet instrument. J'ai rendu compte lon- 
guement de cet ouvrage, lors de son apparition, 
dans la Revue et Gazette musicale. 

LACERDA (D. Bernarda FERREIRA 
DE), dame portugaise illustre, s'est distinguée, 
dans les lettres et dans les arts. Elle savait la plu- 
part des langues vivantes de l'Europe, et connais- 
sait à fond les langues, mortes, le latin, le grec 
et riiébreu ; elle avait fait en outre de très-fortes 
études sur la poésie et l'bistoire; sentaient dans 
la musique était fort remarquable, et elle par- 
vint à jouer d'une façon supérieure la plupart 
des instruments connus ; enlin, ses dessins et 
surtout ses minialures| étaient admirés dans 
toutes les Espagnes. Sa réputation était si grande 
vers le commencement du XVII siècle, que Phi- 
lippe m, roi d'Espagne, la chargea de l'éduca- 
tion de ses fils, malgré le grand nombre de sa- 
vants illustres qui aspiraient à cette charge. 
D. Bernarda n'accepta point cet honneur, et 
préféra rester chez elle (à Lisbonne), au milieu de 
ses livres. Elle était née en I.')9â à Porto, d'une 
famille très-noble, et mourut en 1G44. En de- 
hors de ses éludes, elle s'intéressait à toutes les 
entreprises utiles, et elle encouragea bien des 
fondations, entre autres celle du couvent des 
Carmes déchaussées à Goa (Inde portugaise). Elle 
laissa beaucoup de manuscrits, entre autres celui 
d'un ouvrage estimé ; Hespanha liberlada. 

J. deV. 

LACÏIEURIE (Eugène), compositeur, né à 
Paris le 7 juin ls31, élève d'Halévy et de M. Bar- 
bereau, a pris part en 1856 au concours de l'Ins- 
titut, et a obtenu le deuxième second grand 
prix de composition musicale. Le 15 février 1867, 
cet artiste faisait exécuter, à l'Athénée, dont 
les concerts étaient dirigés par M. Pasdeloup, 



une symphonie de sa composition. Depuis lors, 
il n'a plus fait en aucune façon parler de lui. 

LACHEZ (Théodore), architecte, membre 
de la Société centrale des architectes, inspecteur 
des travaux publics et de la Préfecture de police, 
a publié l'écrit suivant : Acoustique et Optique 
des salles de réunions publiques, théâtres, 
et amphithéâtres, spectacles,' concerts, etc., 
suivies d'un projet de salle d'Assemblée cons- 
tituante pour neuf cents membres (Paris, 
l'auteur, 1848, in-8 de 137 pp., avec trois- 
pl.uiches gravées sur cuivre). 

* LACHiXER (Théodore), l'aîné des quatre 
frères de ce nom, est mort le 23 mai 1877 à 
iMunich, où il remplissait les fonctions d'orga- 
ni-^te de la cour. 

* LACHiXER (François). — Parmi les com- 
positions de cet artiste remarquable qui n'ont 
pu être comprises dans le catalogue donné 
par la Biographie universelle des Musiciens, il 
faut signaler plusieurs suites d'orchestre, dont 
une intitulée Ballsuite, une suite pour piano et 
violon ou violoncelle, une grande messe de Re- 
quiem en/«, deux trios pour voix de femmes, 
et les récitatifs qu'il a écrits pour la traduction 
allemande de Médée, l'un des plus beaux opéras 
de Chérubini. 

LACHNER (Ignace), a célébré, le 18 octobre 
1875, le cinquantième anniversaire de son en- 
trée dans la carrière de chef d'orchestre. Depuis 
cette époque, il vit|)aisible et retiré à Francfort. 

* LACHIXER (Vincent). Parmi les œuvres 
de cet artiste, il faut citer les deux ouvertures 
de Turandot et de Démétrius. 

* LACOAIBE(Loiis BROUILLOiX-), pia 
niste et compositeur. Parmi les œuvres nom- 
breuses publiées pour le piano par cet artiste 
distingué, il faut surtout signaler les suivantes r 
1° Grande sonate de salon, op. 33, Paris, 
Colombier; 2'^ Grandes études, op. 19, id., iJ.; 
3*^ Études de salon, op. 38, id., id.; 4° 6 Études 
de style et de mécanisme, Paris, Heugel; b° 
les Harmonies de la nature, 9 morceaux ca- 
ractéristiques, Paris, Choudens ; 6" Grand Ca- 
price, op. 1, Paris, Lemoine ; 7" Bacchanale, 
élude de concert, Paris, Heugel ; 8° 4 Noctur- 
nes brillants, op. 8, Paris, Colombier; 9" 3 Noc- 
turnes, op. 24,id.,id.; 10° 3 Mélodies, op. 18, 
id., id.; 1 r Simples Mélodies (6 morceau\)Paris, 
Choudens; 12° 3 Nocturnes, op. 33, id., Gérard ; 
13" Valse de concert, op. 29, id., id.; 14" Suite 
de valses, op. 70, Paris, Gregli. M. Louis La- 
combe a publié aussi des chœurs orphéoniques : 
Extase, Hymne, le Matin (Colombier), et, 
pour voix seule : 6 Fables de la Fontaine (le 
Renard et le Houe, le Lion devenu vieux, le 



)8 



LACOMBE — LACOME-D'ESTALENX 



Renard et la Cigogne, le Lièvre et les Gre- 
nouilles, l'Ane chargé de reliques, la Lai- 
tière et le Pot au lait), op. 72 Gregli); 2 Sonnets 
de François Barrillol, eu quatre livres (Grcgli); 
2 Sonnets de Zacharie Aslruc (Gregli), etc. M. 
Lacombe a écrit la musique <ie VAmour, drame 
lyrique de M. t^aulin Nil)o\el, qui fui représenté 
vers 1855 au Ihéfttre Saint-Marcel, alors que cette 
petite scène populaire était dirigée par le grand 
comédien Bocage. Cet artiste s'est occupé aussi 
de littérature musicale, et a donné quelques ar- 
ticles au journal la Chronique\musicale. 

M. Louis Lacombe aé|)Ouséen secondes noces 
une aimable cantatrice, M"' Andréa Favel, qui 
fil pendant quelques années partie du personnel 
de rOpéra-Comique, oîi elle acquit une certaine 
réi)utation. Elle avait fait ses études au Conser- 
vatoire, d'où elle était sortie avec un second prix 
d'opéra-comique et un accessit d'opéra (1851). 
Elle quitta de bonne heure le théâtre, pour se 
livrer à l'enseignement. Cette artiste distinguée 
a publié sous ce titre ; La Science du méca- 
nisme vocal et fart du chant (Paris, Enoch, 
in-S°), une sorte de court traité dédiant accom- 
pagné de nombreux exercices, qui avait paru 
d'abord dans un journal spécial, la Chronique 
musicale. Elle a signé cet ouvrage du nom de 
M"'^ Andrée Lacombe. 

LACOMBE (Paul), compositeur distingué 
dans le genre instrumental, est né en 1837 à 
Carcas.-^onne, où il fit sa première éducation 
musicale sous la direction d'un professeur nom- 
mé Teysseyre, qui avait été élève du Conserva- 
toire de Paris, et qui lui enseigna l'harmonie et 
le contrepoint. M. Lacombe travailla seul ensui- 
te, se formant surtout par l'étude attentive des 
œuvres des grands maîtres, et par de fréquents 
voyages à Paris et à l'étranger, pendant lesquels 
il recherchait avidement les occasions d'entendre 
de bonne musique et de se familiariser avec les 
produclions importantes de toutes les écoles. 
Bientôt M. Lacombe se livra avec ardeur à la 
composition, et dans l'espace dequelques années, 
publia un certain nombre d'o'uvres qui se 
<iistinguent par l'élégance de la forme et le (h'dain 
de toute espèce de banalité. En voici la liste : 
Sonate pour piano et violon, op. 8, Paris, 
Maho ; — 2>^ Sonate, id., op. 17,'Leip/ig, Breit- 
kopt et Htertel-, — ïrio pour piano, violon et 
violoncelle, op. 12, id., id.; — Suite en la mi- 
neur, pour piano, op. 15, Paris, Maho; — Qua- 
tre morceaux pour piano et violon, op. l-i, id-, 
id.; — Deux idylles pour piano, op. il, id., 
id.; — Nocturne et Impromptu, id, op., 13, id., 
id.; — Éludeslen forme de variations. id.,op, 18, 
id., id.; — 4 Pièces pour piano à 4 mains, op. 



9, Paris, Hartmann; — 3 Morceaux de fantaisie 
pour piano et violoncelle, op. 10. id,, id.; — 
Arabesques [tour piano, op. 16, id., id.; — Cinq 
morceaux caractéristiques pour piano, op. 7, 
Leipzig, Breitkopf et lUertel ; — Ouverture sym- 
jibonique, arrangée pour piano à 4 mains, Paris, 
Maho ; enlin, un certain nombre de mélodies vo- 
cales, ne portant pas de numéros d'œuvre. La 
plupart de ces compositions ont été exécutées à 
Paris, dans des concerts, entre autres aux séan- 
ces de la Société nationale de musique. Dans ces 
derniers temps, et sans abandonner le genre de 
la musique de chambre, vers lequel le portent 
surtout ses goûts et ses études, M. Lacombe a 
écrit plusieurs morceaux pour orchestre; son 
premier essai public en ce genre a été une Pas- 
torale, fort bien réussie, dont l'exécution a eu 
lieu le 7 novembre 1875 au concert de l'Asso- 
ciation artistique dirigée par M. Colonne (théâtre 
du Chàtelet). 

LACOME-D'ESTALE\'X (Paui.-Jean- 
Jacques), compositeur, est né au Houga (Gers) le 
4 mars 1838. Fils et petit-fils d'excellents musi- 
ciens amateurs, il apfirit la musique et le pia- 
no dès sa plus tendre enfance, et plus tard, 
d'excellentes études littéraires qui se terminèrent 
par l'obtention du diplôme de bachelier, ne 
l'empêchèrent point de continuer à se livrer à 
son goût passionné pour l'art. Très-jeune encore 
il écrivit, sans connaître aucunes notions d'har- 
monie, plusieurs actes d'opéra-comique et jus- 
qu'à un grand opéra. Le hasard, heureusement, 
le mit, à l'âge de dix-neuf ans, en relations avec 
un artiste fort distingué, don José Puig y Absu- 
hide, organiste d'Aire-sur-1'Adour, conlre- 
pointiste fort habile qui avait été élève de la maî- 
trise de Barcelone, et ensuite de Mercadante. M. 
Lacoine fit, en trois ans, un cours complet de 
composition avec cet artiste. Au bout de ces trois 
années, le hasard amena M. Lacome à Paris : 
le directeur du Musée des Familles as'Siit mis 
au concours la mu.Mque d'une o|Ȏrette que le 
directeur des Bouffes-Parisiens avait promis de 
jouer ; M. Lacome concourut , vit son ceuvre 
couronnée, et vint à l^aris pour en activer la re- 
présentation. Malheureusement, c'était à l'épo- 
que où les Bouffes- Parisiens, poursuivis parla 
inalechance, changeaient d'administration plus 
fré([uemment qu'il n'eût fallu |)our leur prospé- 
rité. Bref, après quatre ans d'attente et deux ans 
de rép('tilion> intennittcides. le Dernier des 
Paladins (c'était le tihe de l'opérette en ques- 
tion) finit par ne pas être joué. 

Pendant ce tem|)s, M. Lacome, qui avait be- 
soin de gagner sa vie et qui avait horreur de 
l'enseignement, avait réussi à s'introduire dans 



LàCOME-D'ESTALENX — LA PAGE 



59 



quelques journaux, auxquels il donnait de nom- 
breux articles; il écrivit ainsi, sucessivemenl, 
dans le Musée des Familles, le Grayid Jour- 
nal, le Ménestrel, le Magasin d'éducation et 
de récréalion, l'Art musical, l'Année illustrée, 
la Revue et Gazette musicale, etc., etc. Il 
composait beaucoup aussi, et publiait un certain 
nombre de morceaux de divers genres. Mais 
le lli(';Ure restait toujours son objectif. Au mois 
de Juillet 1870, il donnait sur la petite scène 
desFolies-Marigny une opérette en un acie, Epi- 
cier par amour ; deux ans après, en 1872, il 
faisait représenter à la Tertulia J'veux mon 
peignoir,el En Espagne, petites pièces du même 
genre, et l'année suivante il produisait au théâ- 
tre-lyrique de l'Atliéiiée un opéra bouffe en trois 
actes, la Dot mal placée, qui fut bien accueilli 
et, peu après, traduit et représenté en Espagne. 
Au mois de mai 1873, M. Lacome donnait aux 
Bouffes-Parisiens une saynète intitulée leMouton 
enragé, et au mois d'avril 1874, il faisait repré- 
senter à la salle Taitbout un ouvrage en un acte 
fort important. Amphitryon, qui était resté neuf 
ans dans les cartons de l'Opéra-Comique. Peu 
de mois auparavant,' M. Lacome, qui ressent 
pour le génie de Destouches une admiration 
profonde, avait fait exécuter au môme théâtre 
un acte de Callirhoé, opéra de ce compositeur, 
dont il avait retouché et augmenté l'orchestra- 
tion sans enlever à l'œuvre son caractère particu- 
lier. Enfin, le 28 octobre 1876, il donnait aux 
Folies-Dramatiques un opéra-comique en trois 
actes, Jeanne, Jeanne/te et Jeanneton. 

M. Lacome, quiesldoué d'une rare facilité de 
production, et qui écrit constamment, a en por- 
tefeuille trois 'grands opéras, un opéra-féerie, et 
unedixaine d'opéras bouffes et opéras-comiques. 
Il a publié les œuvres suivantes : 1° Trio en ré 
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris, 
Richault; 2" Grande valse de concert, pour piano, 
Paris, Escudier ; 3" Trois valses caractéristiques, 
pour piano, id, id.; 4° Deux mazurkas caractéris- 
tiques, pour piano, id., id.; 5° Quatuor (allegro 
et romance) pour quatre cornets à six pistons, 
Paris, Sax ; 6" Introduction et Polonaise pour 
cornet à six pistons, id., id.-, 7° Pastorale pour 
saxophone ténor, id., id.; 8° Trois lieder pour 
chant, avec piano et violoncelle obligés, Paris, 
Heu ; 9° Hymne à la France, chœur orphéoni- 
<}ue, Paris, Durand-Schœnewerck ; 10° Chan- 
son de Charles I\, id., i.L-, il" Plusieurs mé- 
lodies vocales, publiées chez Heugel et chez Be- 
noit-, 12° Douze Psaumes des lyriques fran- 
çais, à xine ou plusieurs voix, avec accom- 
pagnement d'orgue ou de piano, id., Leduc, 
recueil remarquable au double point de vue de la 



forme et de l'inspiration, et qui fait le plus grand 
honneur à son auteur. — M. Lacome est l'éditeur 
des recueils suivants : 1° le Don vieux Temps, 
12 airs de société, sérieux, à fredons, à danser 
et à boire, à une ou deux voix, par divers 
auteurs oubliés des XVII« et XVlir siècles, 
transcrits avec accompagnement de piano, par 
P. Lacome (Paris Heugel); 2° Échos d'Es- 
pagne, chansons et danses populaires recueillies 
et transcrites par P. Lacome et J. Puig y Absu- 
bide, traduction française de P. Làcome et du 
comte J. de Lau Lusignan (Paris, Durand-Schœ- 
newerk); 3" le Tour du Monde en 10 chan- 
sons nationales et caractéristiques (Paris, Chou- 
dens). (1) : 

LACOUSTÈNE ( ), compositeur, a 

fait ses études musicales au Conservatoire de 
Toulouse, où il obtint diverses récompenses. 
Devenu ensuite musicien au 77« régiment de 
ligne, il a fait représenter sur le théâtre d'Agen, 
au mois de février 1867, une opérette en un 
acte intitulée le Caporal et la recrue, dont il 
jouait et chantait lui-même le rôle principal. 

LACROIX (Paul), écrivain fécond, qui 
a adopté le pseudonyme littéraire de Bibliophile 
Jacob, sous lequel il a publié la presque 
totalité de ses ouvrages, est né à Paris le 27 
février 1806. Dans un de ses écrits, intitulé : 
Curiosités de l'Histoire des Arts (Paris, De- 
lahays, 1858, in-16), se trouve un chapitre sur 
les Instruments de musique au moyen âge. 

• LACY(RoPHiNo), violoniste et composi- 
teur, est mort à Londres le 20 septembre 1867. 
Cet artiste était né à lîilbao, le 19 juillet 1795, 
et non 1765, comme il a été dit par suite d'une 
erreur typographique. C'est à Ropliino Lacy 
que l'on doit « l'adaptation » anglaise de Robert 
le Diable. 

* LA FAGE (Juste-Adrien LENOIR DE). 
A la liste des ouvrages didactiques et de.s 
écrits de ce musicien, il faut ajouter les sui- 
vants : 1° Nouveau Traité de plain-chant 
romain, à Vusage de tous les diocèses, Paris, 
Repos, 1859,in-8'^;— 2° Essais de diphthéro- 
graphie musicale et moderne, ounotices, des- 
criptions, analyses, extraits et reproduc- 
tions de manuscrits relatifs à la pratique, 
à la théorie et à Vhistoire de la musique, Pa- 
ris, in-8'' avec atlas; — 3° De l'unité tonique et 
de la fixation d'un diapason universel, Paris, 
Dentu, 1859, in-8°; —4" Appendice au court 

(l) M. Laeome est aussi réditeur.avcc M. Edmond Neu- 
komm. d'une publication dont U n'a paru qu'un seul vo- 
lume, l'Année musicale (Paris, Faure, 1867, In-lS), rédi- 
gée, sous leur direction, par une réunion d'écrivains spé- 
ciaux. 



GO 



LA PAGE 



LA FONT 



complet de plain-chant, Paris, in-S"; — h" 
Gaétan Donizelii (extrait de la Biographie uni- 
verselle), Paris, in-8"; — 6° La viusique mo- 
derne attaquée par un évéque et défendue 
par îin roi (extrait de la Maîtrise), Paris, typ. 
deMourgiies, 1859, in-8" de 15 pp. ; — 7" Nicolas 
Olivier, évéque d'Evreux (e\traif de la Revue 
et Gazette musicale), Paris, impr. Cliaix, iii- 
8° de 4 pp.; — 8° Lettera intorno alV introdu- 
zione del metodo-Wilhem nelle scuole di 
Torino, indirizzata al signor maestro Luigi 
Felice Rossi, Milan, 1846, in-8" ; — 9" Banquet 
choronien, ou; Réunion annuelle des anciens 
élèves de l'école de chant fondée et dirigée 
par Alexandre Choron (T* année, 1855), Pa- 
ris, in-S" de 8 pp. (2* année, 1856), Paris, in- 
8° de 8 pp. ; — 10° Pierre Bassi, ou le danger 
des secondes noces (nouvelle musicale luimo- 
ristique), Paris, in-8°. — Adrien de La Page 
avait été rédacteur en chef du journal le Pluin- 
chant, fondé en 1860 par l'éditeur Repos, et 
devenu plus tard la Revue de musique sacrée 
ancienne et moderne. Dieudonné Denne-Baron 
a publié sur cet excellent artiste, dont il avait 
été le collaborateur et l'ami, une notice inté- 
ressante qui a paru sous ce titre : Adrien de 
La Fage (s. l. n. d. [Paris, Repos, 1863] in-8). 
Cette notice est accompagnée d'un portrait de 
La Fage et de deux de ses compositions reli- 
gieuses, un Ave Regina et un Saluiaris 
avec accompagnement d'orgue. 

LAFAYE ( ). Un compositeur de ce 

nom a fait représenter en 1864, sur le théâtre 
de Périgueux, un opéra-comique en un acte in- 
titulé la Croix de ma mère. 

LA FERTÉ. - Voyez. PAPILLON DE 
LA FEtlTÉ. 

* L.\FLÈCI1E (J....-A....-M.... DE), com- 
positeur et |)rofesseur, était, en 1820, directeur, 
conjointement avec un violoncelliste nommé 
Lefèvre, d'une école de musique située place 
des Carmes, à Lyon, Cet artiste a publié un as^ez 
grand nombre de romances, et, s'il faut on 
croire l'auteur anonyme de la Bibliographie 
musicale publiée en 1822 {César Gardeton), 
il aurait écrit aussi deux opéras, qui sans 
doute furent représentés à Lyon. Voici la note 
qu'on trouve à ce sujet dans le livre que je 
viens de citer : — » Nous devons à M. de 
Laflèche la musique de deux o|)éras-<'omiqucs 
joués avec succès : Isaure, en trois actes, 
1808; le Roman d'un jour, en un acie, 1812. » 

LAFLEUR est le nom d'une famille d 
luthiers qui, de piîre en fils, exercent cette pro- 
fession depuis au moins, un siècle à Paris. En 
1782, un J. Ladcur était établi depuis plusieurs 



années rue de la Coutellerie. Un autre demeu- 
rait en 1835 rue de la Cité, après avoir été 
rue de la Juiverie. Enfin, depuis environ 1840, 
la maison Lafleur est installée au boulevard 
Bonne-Nouvelle, près de la porte Saint-Denis, 
et depuis longtemps déjà a joint un commerce 
d'édition de muidque à la fabrication des ins- 
truments, fabrication qui, en ce qui la con- 
cerne, est bien déchue de ce qu'elle était au 
siècle dernier et au commencement de celui-ci. 
Va frère de M. Lafleur, le luthier parisien, 
est établi aujourd'hui luthier à Londres (1). 

* LA FONT (Cmarlks-Phiuppe). L'opéra- 
comique intitulé Zélie et Terville, attribué 
par erreur à cet artiste, n'est point de lui, mais 
de Blangini. D'autre part, Lafont est l'auteur 
d'un autre opéra-comique en un acte, qui n'a 
pas été porté à son nom-, celui-ci avait pour 
titre la Rivalité villageoise, et fut représenté 
au théâtre des Jeunes-Artistes le 29 octobre 
1801. 

LAFONT (Marcelin), chanteur qui acquit 
de la réputation à l'Opéra, à l'époque des plus 
grands succès d'Adolphe Nourrit, était né en 
1800 à Bordeaux, oii il remplissait le poste de 
lieutenant de douanes, lorsque des succès de 
salon lui suggérèrent la pensée de travailler en 
vue du théâtre. La nature l'avait doué d'une 
voix superbe, fraîche et sympathique, en même 
temps que d'un physique opulent et magnifique. 
U vint à Paris en 1821, avec son compatriote 
Ferdinand Prévost, qui, ainsi que lui, devait 
appartenir plus tard h l'Opéra, et tous deux 
entrèrent au Conservatoire. Le 9 mai 1823, 
Lafont débutait sur notre première scène lyri- 
que dans le rôle de Polynice d' Œdipe à Colone; 
(luoifiue très-bien reçu par le public, il com- 
prit qu'il avait beaucoup à faire encore au 
point de vue de la pratique de la scène, et, 
avec une modestie que ne_- connaissent guère 



(1) Hans son livre : les Instrumentt à archet, M. Vidal 
[foy. ce iiuiii) cite seulement deux I.afleur, et 11 les incn- 
liiinm^nnn coin nrev' luthiers proprctr.ent dits, malt 
roiiiuie simples faiseurs d'archets. Voici les deux notices 
qu'il leur consacre : 

« I.AFLEUR (Jacques), né h] Nancy en 1760, morl à 
Parlsfilii eliolera en 1832, aval: ses ateliers rue de la Jul- 
verlcTn" sd^ëT'arclieis, ont une réputation ruérilec; 
on en rencontre qui valent des Fr.mçels Tourte l.e mu- 
sée du Conservatoire de l'arlsen possède un (n" 49 du 
catalogue).— I afi.euk iJoseph-Rcne), liU du précèdent, 
né à Paris le 8 juillet 1 SU. mort à Malsons-I.atnile le 
19 février 1874, élève rie son père, a fait de bons arcliets. 
Il en existe un très-beau au musée du Conservatoire de 
Paris (n» *i du catalogue). • 

M, Vidal reproduit un très-curicui portrait de Jarqucs 
I.allcur,; habllenirnt pravé à reau-lnrte par M. lllllc- 
m.iclii'r. 



LAFONT — LAGET 



61 



les chanteurs de nos jours, il prit le parti de 
quitter momentanément Paris et d'aller faire 
en province son apprentissage de comédien. 
C'est ainsi qu'en 1826 et 1827 il tenait au Grand- 
Tliéâtre de Marseille l'emploi de premier ténor 
d'opéra et d'opéra-comique. 

Lorsqu'il fut plus sûr de lui, il songea h 
rentrer à l'Opéra, et reparut en effet à ce théâ- 
tre, avec un très-réel succès, le 24 octobre 1828, 
dans le rôle de Masaniello de la Muette de 
Portici, que Nourrit venait de créer avec tant 
de succès. Engagé pour doubler cet artiste, 
il se montra dans plusieurs rôles du répertoire, 
où sa belle voix, ses qualités physiques et son 
talent de chanteur lui attirèrent toutes les sym- 
pathies. Il ne fut pas moins bien reçu lorsqu'il 
créa ceux de Raimbaul dans Robert le Diable, 
de Léopold dans la Juive et de Don Ollavio 
dans l'adaptation de Don Juan. Il promettait 
de fournir une carrière brillante, et s'apprêtait 
à partir en congé pour Bordeaux, où il devait 
donner avec Levasseur une série de repré- 
sentations, lorsqu'il fut enlevé rapidement par 
une maladie qui ne présentait d'abord au- 
cun symptôme alarmant. Il mourut le 23 août 
1838. 

On peut dire que la vie artistique deLafont, 
tout honorable qu'elle fut, n'a pas été ce qu'elle 
aurait dû être s'il s'était produit dans des cir- 
constances plus favorables. S'il avait eu un chef 
d'emploi moins admirable que Nourrit, et si la 
mort ne l'avait frappé sitôt, il aurait certaine- 
ment fourni une carrière brillante et son nom 
ne serait pas oublié. Il est à peu près certain 
qu'un artiste de sa valeur et réunissant ses 
qualités, se reproduisant aujourd'hui, excite- 
rait l'enthousiasme du public et parviendrait à 
la célébrité. 

Lafont était le frère cadet du comédien du 
même nom qui se lit une si grande réputation 
au Vaudeville et au Gymnase, et qui mourut 
il y a quelques années. 

* LAGARDE (Pierre), et non N. DE 
LAGARDE, compositeur, naquit aux envi- 
rons de Crécy, dans la Brie, le 10 février 1717. 
Dans sa Note sur (quelques vucsiciens dans 
la Brie, M. Th. Lhuillier produit des rensei- 
gnements nouveaux sur cet artiste, qui fut at- 
taché à la musique de la chambre de Louis XV 
et de Louis XVI, et, après avoir été professeur 
des enfants de France, devint surintendant de 
la musique du comte d'Artois et enseigna à 
Marie-Antoinette à pincer de la harpe. « En 
1789, dit M. Lhuillier, il était payé et nourri 
par la maison du roi, sur laquelle il toucha en 
1791, pour sa pension, 7,542 1. 10 s. » La date 



de sa naissance se trouve consignée en 1791 au 
Bulletin des lois, dans un décret qui prouve 
que ce compositeur survécut jusqu'à la Révolu- 
tion; son nom, d'ailleurs, est encore compris 
en 1792 dans la liste que donnait chaque année 
l'almanach intitulé les Spectacles de Paris des 
« musiciens vivants qui ont travaillé pour l'A- 
cadémie royale de musique ou pour les autres 
spectacles ». 

Le seul ouvrage dramatique de cet artiste qui 
soit mentionné dans la Biographie universelle 
des musiciens, Ecjlé, opéra-ballet en un acte 
fut écrit par lui pour le théâtre des Petits- 
Appartements, et y fut représenté le 13 janvier 
1748, avant d'être donné à l'Opéra dans les 
Nouveaux Fragments; ce petit acte était joué 
alors par la marquise de Pompadour, la du- 
chesse de Brancas et le duc d'Ayen. Le 26 fé- 
vrier 1749, Lagarde donnait encore, sur le théâ- 
tre particulier de la Pompadour, Sylvie, opéra- 
ballet en trois actes et un prologue, dont Lau- 
jon lui avait fourni les paroles. Enfin, le 25 
février 1750, il faisajt représenter, toujours sur 
la petite scène de Versailles, un autre opéra- 
ballet en trois actes, la Journée galante, dans 
lequel la favorite jouait encore, comme dans 
les précédents ; le premier et le troisième acte 
de celui-ci étaient seuls nouveaux, et le second 
était formé du premier ouvrage de Lagarde, 
Eglé. 

Un musicien nommé Lagarde était chef d'or- 
chestre à l'Opéra en 1750, remplissait encore 
ces fonctions en 1755 et se retira peu d'années 
après. J'ignore si c'est le même que celui dont 
il est ici question, mais cela me paraît probable. 

LAGARDE (Pall), est le nom d'un ama- 
teur fortuné qui a fait représenter à l'Opéra- 
Comique, le 16 mai 1860, un petit ouvrage en 
un acte, V Habit de Mylord, dont l'insigni- 
fiance était le moindre défaut. M. Lagarde a 
publié quelques romances et mélodies vocales, 
la Première Hirondelle, Espérance et souve- 
nir, les Trois Filles du ciel, etc. 

LAGET (Auguste), chanteur, né vers 1820, 
lit son éducation musicale au Conservatoire 
de Paris, fut engagé ensuite à l'Opéra-Comique, 
où il resta plusieurs années, puis quitta ce 
théâtre pour aller tenir l'emiiloi des ténors sur 
diverses scènes de province. Aujourd'hui fixé 
à Toulouse, où il a ouvert une école de chant 
et de déclamation lyrique, cet artiste est profes- 
seur de solfège au Conservatoire de cette ville. 
M. Laget a publié dan> la Revue de Toulouse 
et dans un autre journal local un certain nom- 
bre d'articles sur l'art du chant et sur les chan- 
teurs; il a réuni récemment ces ailicles, et 



&2 



LAGKT — LAGUERRE 



en a formé un volume qui a paru sous ce 
titre : Le chant et tes chanteurs {Pat'is, Heu- 
gel, s. il. [iS7iJ, iii-8"). 11 n'y a dans ce vo- 
lume, d ailleurs assez varié et d'une lecture 
facile, rien de bien nouveau ni de bien intéres- 
saiil. Précédemment, M. Laget avait publié sous 
ce titre : Roger (Toulouse, iinpr. Charouin, 
1805, In-S"), une notice biographique sur ce 
chanteur distingué. 

LAGET (Pai'l-Pierre-Marie-Henri), chan- 
teur dramatique et professeur au Conservatoire 
de Paris, est né à Toulouse le 10 décembre 
1821. Reçu enfant de chœur à la maîtrise de 
cette ville le 25 novembre 1830, il étudia d'a- 
bord le violon, puis le violoncelle, et au bout 
de quelques années fit partie de l'orchestre du 
Grand-Théâtre. Il quitta Toulouse pour venir 
à Paris, où il comptait se livrer entièrement à 
l'étude du chant, et fut admis au Conservatoire 
le 24 juin 1839. Au concours de 1841 il rem- 
portait les deux seconds prix de chant et d'o- 
pera-comique, et, sans attendre davantage, 
il quitta l'école pour débjiter à l'Opéra-Comi- 
que, le 26 octobre de la même année, dans 
un ouvrage nouveau d'Adam, la Main de fer, 
dont le succès fut négatif et qui n'eut que 
quatre représentations. Cependant on avait re- 
marqué que la voix du débutant était d'une 
étonnante fraîcheur, d'un timbre charmant, 
et qu'elle était conduite avec un goût véritable ; 
le jeune chanteur se montra bientôt dans 
divers ouvrages du répertoire, notamment dans 
Joconde, le Chalet, Frère et Mari. Mais le 
théâtre ne lui fut pas favorable, soit que sa 
santé, qui laissa toujours à désirer, se trouvât 
mal des fatigues qu'il lui causait, soit que les 
auteurs hésitassent à lui confier des rôles nou- 
veaux. Toujours est-il qu'au bout de quelques 
années, Laget quitta la scène pour se livrer à 
l'enseignement. Dans cette nouvelle carrière, il 
réu.ssit pleinement, et le 1^' mai 1856 il était 
nommé professeur de chant au Conservatoire 
en remplacement de Rordogni; sa classe fut 
bientôt considérée cotnme une des meilleures 
de cet établi.ssemeiit, et l'on peut surtout citer 
parmi les élèves qui en sortirent MM. Caron, 
Roudil, Mirai, Melchissédec, Bosquin, Géraizer, 
M"*' Daiam, Barelti, Mauduit, etc. Laget a 
rempli ses fonctions de professeur au Conser- 
vatoire jusqu'au mois de février 1875, époque 
où il fut remplacé par M. Henri Potier, l'état 
précaire de sa santé l'obligeant à un repos 
absolu. Ce repos ne sufOl pas à la rétablir, et 
Laget, qui était allé se fixer à Rieux (Haute- 
Garonne), non loin de sa ville natale, y mourut 
le 15 septembre .suivant. 



LAGOAiXERE (0 DE), violoniste 

et compositeur, a fait représenter deux opé- 
rettes en uu acte : fÊtape d'un réserviste, 
Folies-Marigny, 1876, et les Deux Panthères, 
Douffes-du-Nord, 1877. Ce jeune artiste occupe 
l'emploi de répétiteur au théâtre de la Renais- 
sance. 

LAGRAVE (Pierre), compositeur, né à 
Paris en 1810 ou ISll, fit ses études au Con- 
servatoire de celte ville, où il fut l'élève de 
Fétis pour le contrepoint et la fugue, et de 
Berton pour la composition lyrique. Ayant 
pris part, en 1831, au concours de l'Institut, 
il y obtint le premier second prix de Rome, 
tandis que M. Ainbroise Thomas obtenait une 
mention honorable; mais l'année suivante, 
M. Thomas remportait le premier prix, et La- 
grave n'était point couronné, ce qui causa la 
mort de ce jeune artiste trop impressionnable. 
Dans la Revue musicale du 14 juillet .1832, 
Fétis rendait compte de ce fait dans les termes 
suivants : — « Les suites du concours de corn- 

• 

position musicale de l'Institut ont été funestes 
cette année, car le jeune Lagrave y a trouvé 
la mort. Doué de l'imagination la plus bril- 
lante et la plus originale, ce jeune artiste, élève 
deïMM. Berton et iFétis, était vraisemblable- 
ment destiné à faire un jour la gloire de l'école 
française. Des quatuors, des symphonies qu'il 
avait fait entendre avaient donné de lui celte 
opinion à ceux qui les avaient entendus. L'aunée 
dernière il avait obtenu un premier second prix 
à l'Institut. Tout semblait présager son triom- 
phe au concours de cette année; mais le pre- 
mier prix a été adjugé jeudi dernier à M. Tho- 
mas, élève de M. Lesueur, par la section de 
musique. Ému à l'excès par ce jugement qui 
renversait ses espérances, Lagrave fut frappé 
d'une attaque de nerfs si violente qu'elle a causé 
sa mort. Ce cruel événement n'est pas seule- 
ment douloureux pour sa famille et ses amis; 
elle enlève à la France un artiste qui l'aurait 
honorée. » 

■* LAGUERRE (Marie-Joséphine). On a 
publié sur cette chanteuse l'opuscule suivant : 
Une vente d'actrice sous Louis XV J. Ai"» La- 
guerre, de l'Opéra, son inventaire, jueubles 
précieux, porcelaines de Sèvres, cristal de 
roche, etc., avec une introduction et des notes, 
par le baron Ch. Davillier. Portrait à l'eau- 
forte par Gilbert (Paris, Aubry, 1870, in-8°). 
L'auteur, grand amateur de faïences et de cu- 
riosités de toutes sortes, avait publié précé- 
demment un livre sur les faïences espagnoles ; 
c'est ce qui explique cette publication, faile 
uniquement au point de vue de la curiosité, 



LAGUERRE — LA HYE 



6a 



et qui n'a de musical que le nom de l'artiste 
qui en fait l'objet d'une façon indirecte et le 
portrait qui l'accompagne. 

LAG\E (Alexandre), musicien belge, occupe 
les fonctions de dief d'orchestre au théâtre de 
l'Alcazar, de Bruxelles, où il a fait représenter, 
le 7 mars 1878, un opéra-comique en un acte 
intitulé Pierrot et Folie. Cet artiste a écrit la 
musique de quelques ballets dont j'ignore les 
tiires, et qui ont été joués au théâtre royal de la 
Monnaie, de Bruxelles. 

LA HAUSSE (F -J ), est auteur 

d'un écrit dirigé contre le système de la nota- 
tion musicale par le chiffre : De la vulgari- 
sation de la musique. Égarements de la mé- 
thode Galin-Paris-Chevé (Paris, Legouii, 
1858, in-S"). 

LAIIOZ (Florencio), prolcaseur de piano 
et compositeur espagnol, né dans l'Aragon, fit 
son éducation musicale au Conservatoire royal 
de Madrid, où il devint l'élève de Pedro Albeniz 
pour le piano, et de Ramon Carnicer pour la 
théorie de l'art. Il se lit connaître ensuite par 
la publication d'un grand nombre de composi- 
tions pour le piano et pour le chant, dont quel- 
ques-unes devinrent populaires. Cet artiste est 
mort à Madrid, le 25 avril 1868, à l'âge de 
cinquante-deux ans. 

LA HYE (LoL'isE - Geneviève ROUS- 
SEAU, épouse DE), pianiste, organiste et 
compositeur, professeur d'harmonie au Conser- 
vatoire de Paris, naquit à Charenton (Seine), 
le 8 mars 1810. Elle était arrière-petile-nièce 
de Jean-Jacques-Rousseau ; son père, Charles- 
Louis Rousseau, musicien obscur, étant le fils 
de Denis-Claude Rousseau ; qui lui-même était 
fils du frère aine de l'auteur de la Nouvelle 
Uéloïse (1). Elle étudia la musique dès ses 
plus jeunes années, d'abord avec son père, 
[tuis avec Saint-Amans, et dès l'âge de neuf 
ans, elle s'exerçait à la composition, sans con- 
naître les règles de l'art, mais avec un instinct 
naturel et une intelligence qui faisaient prévoir 
un brillant avenir. Admise au Conservatoire 
à l'âge de onze ans, elle y suivit les classes 
d'orgue, de piano et de chant, et faisait, dit-on, 
l'admiration de ses professeurs. En 1825, elle 
obtenait un accessit de vocalisation, mais bien- 

(1) Je tire les éléments de cette notice d'un article 
publié par Castil-Blaze dans la France musicale du si 
février 1839. Quoique je n'aie qu'une confiance trés-liml- 
tée dans les assertions historiques de Castil-Blaie, qui 
sont toujours sujettes à caution, comme J'ai pu vérifier 
l'exactitude absolue des faits artistiques rapportes dans 
cet article, J'ai pensé qu'on pouvait accorder la même 
créance aux autres faits, contre lesquels, d'al'leurs, 
personne n'a réclan é 



tôt elle était, pour raisons de santé, obli- 
gée d'abandonner l'étude du chant; en 1826, 
elle se voyait décerner un second prix d'orgue, 
et elle remportait le premier l'année suivante. 
Elle se li\ la alors à l'enseignement et à la com- 
position, et, en 183U, Cherubini lui confiait une 
classe d'harmonie spécialement destinée aux 
jeunes filles. Le 10 avril 1831, elle exécutait à 
la Société des concerls du Conservatoire une 
fantaisie pour orgue expressif avec accompagne- 
ment, composée par elle, et obtint un très- 
grand succès. Mais elle venait de se marier, et, 
abandonnant la situation qu'elle s'était acquise 
gi jeune au Conservatoire, elle quitta Paris et 
suivit son époux à Cambrai, où elle passa trois 
années. 

De retour à Paris à la fin (ffe 1834, elle y 
reprit son enseignement, tout en s'occnpaut 
beaucoup de composition, et même de littéra- 
ture, car c'était im esprit distingué à tous les 
points de vue. En 1835, M™' de La Hye faisait 
entendre, dans un concert donné par elle à 
l'Hôtel-de-Ville, une grande composition dra- 
matique intitulée le Songe de la Religieuse, 
qui n'était autre chose qu'un grand acte d'opéra 
avec choeurs. Bientôt elle publia un certain 
nombre de compositions, parmi lesquelles un 
duo de piano et cor sur des motifs de Hobin- 
des-Bois, des variations pour piano avec ac- 
compagnement de quatuor, des variations pour 
le même instrument sur un air de la Muette 
de Portici (publiées sous le nom de M. Léon 
Saint-A)nans fils), et une douzaine de romances 
et mélodies vocales. 

Malheureusement, l'état de santé de cette 
femme intéressante était très-précaire. Souffrant 
depuis ses jeunes années d'une affection au foie 
que venait compliquer une inllammation intes- 
tinale, elle se vit bientôt obligée de renoncer 
à tout travail. Malgré ce repos forcé, la ma- 
ladie fit de rapides progrès, et M'" de La Hye 
mourut le 17 novembre 1838, à l'âge de vingt- 
huit ans, laissant deux jeunes orphelins qu'elle 
n'avait pas eu le temps d'élever. 

On publia après sa mort une Méthode d'orgue 
expressif el un recueil de six mélodies italiennes 
tiiée'î de l'Esule de Pietro Giannone, composées 
pour Tamhurini, Rubini, Lablache, M""" Grisi, 
Persiani, Albertazzi, et dédiées à la princesse 
Belgiojoso. Elle laissait en portefeuille plusieurs 
messes, une Méthode et des Études de piano, 
un Traité d'haimonie et de contrepoint, plus 
de vingt compositions de genre pour le piano 
et pour l'orgue expressif, enfin une centaine de 
romances, mélodies, scènes dramatiques, etc. 
La maladie ne lui avait pas laissé le temps de 



64 



LA HYE — LAJARTE 



tnellre la main h deux livrets d'opéras-comi- 
■ques qui lui avaient été confiés. M"" de la Hye 
avait publié dans un journal, la Gazette des 
safona, deux nouvelles intitulées : J'ai vu t 
et les Deux Justices. 

LAIR DE BEAUVAIS (Alfrf.d), com- 
positeur, né à Bayeux vers 1820, était le fils 
<3'un architecte de cette ville. Il cultiva de 
bonne heure ses dispositions pour la musique, 
et conduisit ses éludes assez loin pour qu'il 
lui fût permis d'aborder avec un égal succès 
le genre sacré et le genre profane. Il publia 
beaucoup, et il obtint même, avec quelques- 
unes de ses romances, chantées par les artistes 
en renom, un succès de vogue. 

Il eut été d'autant plus facile à Lair de Beau- 
■vais de donna" satisfaction à ses inclinations 
artistiques, qu'il se trouvait à la tête d'une 
jolie fortune; mais il ne sut que la gaspiller dans 
de folles entreprises. Ainsi, en 1846, il fonda 
à Bayeux le Courrier mustcat du Calvados, 
feuille mensuelle d'abord, puis bientôt semi- 
mensuelle, avec musique et portraits; et pour 
se montrer gracieux envers ses abonnés, il 
ieur olfrit, avec le concours d'artistes renom- 
més, deux concerts, l'un à Caen, l'autre à 
Sayeux. Ce journal ne vécut guère plus d'un an. 

Quelques années après, Lair de Beauvais 
établit dans sa ville natale une maison pour la 
vente des pianos et des orgues, entreprise qui 
ne réussit point. En octobre 1859, il vint se 
fixer à Caen, comme professeur de musique, 
et il organisa, pour faire entendre ses œuvres, 
quelques grandes exécutions musicales, en- 
trautres un festival auquel M"' Masson, 
MM. Roger et J. Lefort ap|)ortèrent le concours 
de leur talent. Son séjour à Caen dura peu ; il 
transporta ses pénates à Brest, où il fonda une 
société musicale qui devint bientôt prospère ; 
mais l'esprit de conciliation manquait complète- 
ment à Lair de Beauvais. lirouillé avec tout le 
monde, il dut quitter Brest, et il se rendit à 
Paiis. 

A peu près ruiné, ne comptant plus sur la 
musique pour trouver des moyens d'existence, 
il essaya de diverses industries, et ne réussit 
dans aucune. Enfin, il fut trop heureux de 
pouvoir accepter la place qu'on lui offrait, 
d'organ'iste de l'église Saint-Pierre, à Dreux,' 
ville dans laquelle il est mort, au mois de mai 
1809. 

Lair de Beauvais est auteur d'un Traité des 
principes théoriques qui régissent la musi- 
que, publié à Paris, chez Dentu, en 18G2, 
br. in-S°. On trouve à la fin un catalogue 
complet des œuvres de l'auteur. iNous nous 



bornerons à ciler les principales : r Musique 
RELIGIEUSE : mcssc solennelle à (rois voix 
d'iiommes avec orgue ou orchestre, Paris, Ri- 
cliault. — Te Deum, à 4 v. sans ace, id., id. 
— Te Deum, à quatre v. d'hommes, orgue et 
orchestre, id., id.— Inviolala, motet pour so- 
prano ou ténor, id., id. — Jlegina Cœli, solo 
de soprano ou ténor, id., id. — Salve liegina, 
id., id. — Subtuuîn praesidium, pour soprano 
ou ténor, id., id. — Tantum ergo, pour soprano 
ou ténor, id., id. — Les Litanies de la Sainte 
T'ie/'g'e, paroles françaises, solo de soprano, id., 
id. — La Journée sainte, recueil de six can- 
tiques à 3 voix, Paris, Heugel et Cie. — 2" Scè- 
nes, MÉLObiES, etc. : Ephraïm, scène biblique, 
Paris, Richault. — Le premier concert, grande 
scène lyrique, id., id. — Une étoile daris les 
deux, grande scène dramatique, id., id. — Les 
deux Captives, nocturne à 2 v. id . , id. — Gloire 
du ttwnde, mélodie avec violoncelle, id., id. — 
Le Testament divin, mélodie, id., id. — La 
Reine du Coteau, chanson pour soprano et 
hautbois, id., id. — 3° Choeuhs : Ifymne à la 
terre, à 4 voix d'hommes (sans ace), Paris, 
Richault. — Une promenade à la mer, id., 
id. — Une halte de Bohémiens (avec piano), 
id., id. — Les Charbonniers de la Forét-Noire 
(id.), id., id... etc. etc. Ces compositions annon- 
cent un musicien instruit, mais peu original; 
s'il n'a rencontré que de loin en loin d'heu- 
reuses inspirations, au moins a-t-il montré 
partout de la clarté et de la franchise. La mu- 
sique religieuse de Lair de Beauvais lui avait 
valu les titres très-enviés de membre de 
l'Académie pontificale de Sainte-Cécile de 
Rome, et de l'Académie des beaux-arts de Flo- 
rence. 

J.C — z. 
LAJARTE (Théodore - Edouard DU- 
FA URE DE), compositeur et écrivain sur 
la musique, est né à Bordeaux le 10 juillet 
1826. Après avoir étudié la musique dans sa 
ville natale sous la direction d'un arti.ste nommé 
Graff, qui avait été élève de Rticba, après 
avoir travaillé le violon et le piano, il vint 
à Paris en 1850, et fut admis au Conser- 
vatoire dans la classe de fugue et de com- 
position de Leborne. Celui-ci le prit en affec- 
tion, et ce fut lui-même qui le conduisit chez 
Séveste, directeur du Théâtre Lyrique, pour 
le lui recommander et lui faire obtenir un 
poème. Séveste confia au jeune compositeur 
celui d'un petit opéra-comique en un acte, le 
Secret de l'oncle Vincent, qui fut joué avec 
succès en 1855, et obtint soixante-dix repré- 
sentations consécutives. M. de Lajarle donna 



LAJARTE — LARE 



65 



ensuite au même tliéàlre le Duel du. Comman- 
deur (un acte, 1857), Mam'zelle Pénélope 
(un acte, 1859), et le Neveu de Gulliver, opé- 
ra-ballet en 3 actes (1861); après un long si- 
lence, il fit jouer au tliéâfre de l'Aliiénée, en 
1872, un petit acte intitulé la Farce de 
maistre Villon, et à Enghien, par les artistes de 
l'Opéra-Comique (1" juillet 1876), un autre 
petit acte. Pierrot ténor. 

M. Théodore tle Lajarte s'est fait connaître 
aussi comme compositeur de musique mili- 
taire; il a fait exécuter à l'église Saint-Roch, 
le 10 mars 1857, par cent cinquante soldats- 
choristes de la musique du 1" régiment de 
grenadiws de la garde impériale, une grande 
messe militaire, et il a publié les compositions 
suivantes : r VOrphéon de l'armée, six chœurs 
avec accompagnement de fanfai'C, dédiés au 
maréchal Niel (Paris, Grus); 2" Nouveau ré- 
pertoire des musiqties d''fiannonie et des fan- 
fares civiles et militaires, 25 marches et pas 
redoublés (id.,id.); 3" Six pas redoublés {Lon- 
dres, C ramer- NVood) ; 4° Marche triomphale, 
pour harmonie (Paris, Leduc); 5" Fantaisie 
symphoniqiie, pour harmonie (Paris, Lalleur); 
6° six ouvertures pour harmonie (Paris, Gautrot 
aîné); 7" Airs de ballet, fantaisie originale 
pour harmonie (id., id.) ; S" le Beau Grena- 
dier, pas redoublé pour fanfare (id., id.), etc., etc. 

Comme écrivain spécial, M. Th. de Lajarte 
a donné de nombreux articles au Moniteur des 
Arls, à la France musicale, au Ménestrel, 
à la Chronique musicale, au Monde illustré, 
à l'Illustration, à la Presse, à la Patrie, au 
Courrier diplomatique, à VAvenir libéral 
(sous un pseudonyme) ; il a été le critique 
musical en titre de trois journaux qui n'ont eu 
qu'une courte existence : le Globe, le Public 
et V Assemblée nationale; enfin, il a publié 
une brochure ainsi inlitidée : Instruments 
Sax et Fanfares civiles (Paris, I8C7, in-S"). 
Depuis 1873, M. Théodore de Lajarte est atta- 
ché aux Archives de l'Opéra, auxquelles il a 
rendu de véritables services en apportant l'ordre 
nécessaire dans la bibliothèque musicale de ce 
théâtre, jusque-là négligée plus que de raison, 
et en en dressant l'inventaire avec un soin 
scrupuleux; c'est ce qui lui adonné l'idée d'un 
ouvrage fort utile dont la publication par fas- 
cicules a commencé rétemment (la première 
livraison a paru au mois de juillet 1876), et 
qui formera deux forts volumes : Biblio- 
thèque musicale du théâtre de VOpéra, 
Catalogue historique, chronologique, anecdo- 
tique, publié sous les auspices du ininis- 
tère de V Instruction publique et des beaux- 

BIOGR. vm\. DES MUSICIENS. SL'PPL. — T. 



arts et rédigé par Théodore de Lajarte, bi- 
bliothécaire attaché aux Archives de VOpéra 
(Paris, Jouaust, in-8" avec portraits à l'eau- 
forte). Ce catalogue contient, sur les œuvres 
représentées à l'Opéra, des renseignements pré- 
cieux et inédits puisés dans les registres d'é- 
margement de notre première scène lyrique, 
les états de recettes, les affiches, etc.; c'est 
assurément là un livre , sans pré<édents,- et 
dont l'importance se mesure à celle du théâ- 
tre dont il rappelle les hauts faits. 

M. Théodore de Lajarte a fait jouer naguère, 
en société, un petit opéra de salon intitulé : 
On guérit de la peur, et il a en portefeuille 
un opéra-comique en deux actes, le Portrait 
d'un grand liomme. On lui doit encore un 
petit recueil intéressant publié sous ce titre : 
Airs à danser, de Lulli à Méhul, transcrits 
d'après les manuscrits originaux de la 
Bibliothèque de l'Opéra de Paris, Paris, Du- 
rand-Schœnewerk, in-8°. Enfin, M. de Lajarte 
a entrepris tout récemment une publication 
utile, intéressante, et d'un caractère en quel- 
que sorte national ; sous le titre de Chefs- 
d'Œuvre classiques de l'Opéra français, 
il se propose d'offrir au public toute une sé- 
rie de partitions pour piano et chant, choisies 
parmi les anciens chefs-d'œuvre de notre pre- 
mière scène lyrique dont on n'a jamais donné 
que les partitions à orchestre, lesquelles sont 
aujourd'hui à peu près introuvables, et dont, 
en tout cas, la lecture exige un musicien ab.so- 
lument exercé. Déjà, la partition du Thésée de 
Lully a paru (Paris, Michaelis, in-S"), et M. de 
Lajarte annonce celles de Psyché et (\'Armide, 
du même artiste, de Castor et Pollux et des 
Fêles d''Hébé, de Rameau, de l'Europe galan- 
te, de Campra, de Didon, de Picinni, etc. 
C'est là une entreprise intelligente et vraiment 
pleine d'intérêt. 

LA JAUiMÈREi (André DE), musicien 
normand, fut maître de musique de la collégiale 
du Sépulcre, à Caen, et dut remplir ces fonc- 
tions pendant environ un demi-siècle, car il 
en était déjà chargé en 1714, et les occupait 
encore en 1757. Cet artiste, aujourd'hui tombé 
dans l'oubli, a joui dans son temps d'une grande 
renommée, et était célèbre dans toute la Nor- 
mandie. On lui doit, entre autres compositions, 
la musique du Triomphe de la vertu ou 
Sainte Cécile, « tragédie chrestienne en mu- 
sique, » publiée à Caen en 1714, chez J. Godes, 
et qui fut sans doute exécutée à la Collégiale. 

LAlîE (GEoncEs), compositeur, organiste 
et écrivain musical anglais, artiste estimé dans 
on pays, a produit, entre autres œuvres, un 
II. 5 



66 



LARE — LALO 



grand oratorio, Daniel, (|ui a clé exôculé à 
Londres, dans St-Marlia's liall, avec (|uel<iue 
succès. Il a publié pendant un certain temps 
une feuille spéciale, the Musical Gazelle, 
dont l'existence n'a pas été de longue durée. 
Cet artiste est mort à Londres le 24 décem- 
bre 18C5. 

* LALAADE (MicnKi.-RicHARD DE). La 
musique du ballet les ÉlcmenU a été écrite 
par cet ariisle en société avec Destouches. 
Quelques auteurs lui attribuent aussi la mu- 
sique des chants et des divertissements de 
l'Inconnu, comédie iiéroique de Thomas Cor- 
neille et de De Visé, jouée au théâtre Guéné- 
gaud le 17 novembre 1075; mais cela paraît 
peu probable, car à cette époque il n'avait pas 
encore accompli sa dix-huitième année. Lalande 
a écrit, pour les théâtres de la cour, les ou- 
vrages dont voici les titres : 1° Ballet de la 
Jeunesse, divertissement en 3 actes et 3 inter- 
mèdes, Versailles, 28 janvier 168C; 2" V Amour 
fléchi par la Constance, pastorale divisée en 
neuf scènes, Fontainebleau, 1697 ; 3" les Folies 
de Cardenio, pièce héroï-comique, ballet en 
trois actes et en prose, précédé d'un prologue 
en vers, « dansé par le roi, dans son château 
des Thuilleries, le 13 décembre 1720. » 

* LALAXDE (HENRIETTE - Clkmextine 
LAMIRAUX-LALAADE, épouse MÉRIC, 
connue sous le nom de M""= MER1C-). Cette 
grande artiste est morte à Chantilly, près de 
Paris, le 7 septembre 1867. 

LALEM ( ), compositeur italien, a fait 

représenter sur le théâtre de la Concorde, à 
Crémone, le 10 février 1868, un opéra semi- 
sérieux qui avait pour titre Fornaretto. 

LALLIET (C.vsiJiiR-TuÉopniLE), hautboïste 
distingué et compositeur pour son instrumejit, 
est né à Evreux (Kure), le 5 décembre 1837. 
Admis au Conservatoire de Paris, dans la classe 
de liaulbois de Verroust, en 1858, il y fit de 
rapides progrès, fut admis au concours dès 
l'année suivante, remporta le second prix, et 
se vil décerner le premier en 1800. M. Lalliet 
se fit bientôt remarquer comme virtuose, dans 
les concerts, par sa jolie qualité de son, son 
style pur et son élégante manière de phraser ; 
il se fit applaïuiir surtout aux Concerts-Danbé 
et dans les intéressantes séances de la Société 
clas.^ique. Il lait depuis plusieurs années partie 
de l'orchestre de l'Opéra. Cet artiste s'est fait 
connaître aussi par la publication d'un certain 
nombre de morceaux pour hautbois avec ac- 
compagnement d orchestre ou de piano, parmi 
lesquels je signalerai les suivants : Fantaisie 
de concert sur un thème populaire de Frédéric 



Uérat, op. 4, Paris, Gérard ; Fantaisie sur Lu- 
cie de Lamermoor, op. 18, Paris, Crus; Sou-' 
venir de Berlin, fantaisie sur un thème ori- 
ginal, Paris, Gérard ; Echos des Bois, fan- 
liiisie originale; Fantaisie sur Marlha, Paris, 
Braudus; Préluiie et Variations sur le Car- 
naval de Venise, etc., elc. M. Lalliet a publié 
aussi un Terzetto pour piano, hautbo'is et bas- 
son, op. 22, Paris, Maho. 

LALLOUETTE (Ambroise), écrivain fran- 
çais du dix-septième siècle, est l'auteur d'un 
petit ouvrage publié sous ce titre : Histoire 
abrégée des ouvrages latins, italiens et fran- 
çois pour et contre la comédie et l'opéra, 
OriiMi^ 16';.7, tn 12. 

"^LALLOYAU ( ), est le nom d'un ar- 
tiste obscur, qui écrivit la musique de trois 
ballets-pantoinirnes représentés vers 1772 sur le 
théâtre de Nicolet : 1° le Bavissemeni d'Eu- 
rope; 2° la Descente d'Enée aux Enfers; 
3° le Triomphe de famour conjugal. 

LALO (Edouard), violoniste, compositeur 
distingué et l'un des représentants les plus in- 
téressants et les mieux doués de la nouvelle 
école musicale française, est né vers 1830 et a 
lait ses études musicales au Conservatoire de 
Lille, sous la direction d'un professeur alle- 
mand nommé Baumann. Il vint ensuite à Paris, 
et, tout en se faisant remarquer comme exécu- 
tant eu tenant la partie d'alto dans les séances 
de musique de chambre fondées par MM. Ar- 
mingàud et Léon Jacquard, il se livra à la 
composition et commença à publier des mélo- 
dies vocales et quelques œuvres instrumentales. 
Pourvu d'une éducation très-solide, doué de 
réelles aptitudes et d'un sentiment <]e l'art 
très-élevé, soucieux à la fois du fond et de la 
forme, M. Lalo, qui était évidemment en avance 
sur le goût public, entrevoyait un idéal auquel 
songeaient alors bien peu de musiciens. Ses 
tendances progressives se faisaient jour dans 
ses premières œuvres; aussi celles-ci, qui 
furent remarquées en Allemagne, i)asjèrent à 
Paris tout à tait inaperçues. 11 faut remarquer 
qu'à cette époque, le terrain nuisical était 
infesté de ces pioduclions sans saveur et sans 
valeur qu'on a|)pelait fantai.^ies, variations, 
transcriptions, etc., et qui, coulées toutes dans 
un moule uniforme et prenant pour base des 
motifs populaires et des thèmes d'opéras en 
vogue, ne laissaient place à aucune person- 
nalité. 

Le résultat négatif ((u'il avait obtenu avec 
ses premières publications découragea le jeune 
compositeur, et fit naître dans son esprit ce 
doute si afiligeanf, si douloureux et si cruel 



LALO 



67 



pour les véritables artistes. Ces premiers tra- 
vaux étaient considérables, et comprenaient 
2 trios pour piano, violon et violoncelle, un 
quatuor pour instruments à cordes, une sonate 
pour piano et violon, une série de six mélodies 
vocales sur des paroles de Victor Hugo, et 
plusieurs morceaux de moindre importance. 
Outre cela, M. Lalo avait composé deux sym- 
phonies et deux quintettes qui n'ont jamais 
été publiés. Devant l'indifférence du public, 
il fut pris d'une véritable défaillance intellec- 
tuelle, et, renonçant à la lutte, il s'abstint abso- 
lument d'écrire pendant plusieurs années. 

Cependant, tandis qu'il avait tort de se dé- 
courager, le goiU public, activé par l'intelli- 
gente impulsion que M. Carvaibo avait donnée 
au Tliéàlre-Lyrique, stimulé par la fondation 
des Concerts populaires de M. Pasdeloup, su- 
bissait une évolution vraiment magnilique, 
et l'art commençait à marcher dans une voie 
nouvelle, où il devait se transformer et se 
régénérer. M. Lalo commença à regretter l'état 
d'engourdissement dans lequel il s'était laissé 
tomber, et bientôt l'annonce des trois concours 
ouverts simultanément dans nos trois théâtres 
lyriques vint le réveiller tout à fait de sa tor- 
peur. Absolument hostile au genre de l'opéra- 
comique (comme quelques-uns des membres 
de notre jeune école musicale, qui ont le tort 
d'être exclusifs et de repousser d'instinct cer- 
laines formes de l'art), mais d'ailleurs se con- 
formant à ses goûts naturels, M. Lalo songea 
à prendre part au concours du Theàtre-Lyri- 
q ue, et écrivit, sur un poème qui lui avait été 
fourni par M. Charles Beauquier (Voyez ce 
nom), un grand opéra en trois actes, intitulé 
Fiesque. Cette œuvre remarquable et empreinte 
d'un grand souffle, dont la [sartition pour piano 
et chant a été publiée depuis lors et dont 
plusieurs fragments ont été exécutés avec 
succès dans des concerts, n'obtint pas le prix, 
qui fut décerné au Magnifique, de M. Pliili- 
pot (Voyez ce nom); mais sur sept ouvrages 
qui furent mentionnés avec éloges par le jury, 
Fiesque fut placé en troisième ligne, à un 
rang extrêmement honorable (1). 

Toutefois, ce n'était là qu'un succès négatif, 
puisque Fiesque ne pouvait être joué au Théâ- 
tre-Lyrique. Un membre du jury parla de 
l'ouvrage à M. Perrin, alors directeur de l'Opé- 
ra, qui voulut l'entendre et qui fut frappé des 
qualités de la musique, mais qui trouva le 

(1) Entre le Magnifique et Fiesque, la partition tqiii 
obtint le n" 2 était la Coupe et les Lèvres, de M. Canoby. 
Cinquante-deux compositeurs avaient pris part au con- 
cours. 



poème défectueux et proposa de le faire re- 
manier. Cette condition acceptée, les lenteurs 
ordinaires se produisirent, et, finalement, 
M. Lalo retira sa parti lion et la publia. Quel- 
ques années après, et sur une intervention de 
M. Gounod, M. Yachot, directeur du théâtre 
de la Monnaie de Bruxelles, s'engagea à repré- 
senter Fiesque, et distribua aussitôt les rôles 
|>rincipaux à M"*' Annah Slernherg (aujourd'hui 
jyjme Yaucorbell) et Van Edeisberg, à MM.Warot 
et Lassalle. L'ouvrage allait être mis en répé- 
tition lorsqu'un désaccord survint entre la 
direction du théâtre et la municipalité de 
Bruxelles, désaccord à la suite duquel M. Ya- 
chot donna sa démission. Fiesque rentra déci- 
dément dans les cartons, et jusqu'ici l'auteur 
n'a pu tirer parti de cette œuvre fort distin- 
guée à beaucoup d'égards. 

Néanmoins , et malgré tous ces déboires , 
M. Lalo avait repris courage en voyant que le 
public français était redevenu accessible aux 
grandes œuvres et aux manifestations les plus 
nobles de l'art. Après avoir publié plusieurs jolies 
mélodies nouvelles , après avoir composé un 
Divertissement pour orchestre, productioo 
remarquable et qui obtint dans les concerts un 
succès légitime , il se remit à l'a^uvre et com- 
mença un opéra, .S'fli'OHaro/e (paroles de M. Ar- 
mand Silvestre). Puis, sur la demande de 
M. Sarasate, il écrivit pour ce virtuose un con- 
certo de violon avec accompagnement d'orches- 
tre, qui fut exécuté par lui au Concert national 
(18 janvier 1874), et ensuite aux Concerts popu- 
laires. Cette composition, conçue dans un grand 
style, instrumentée avec une puissance réelle, 
est, à mon sens, trop développée, et les qualités 
■qui la distinguent ne sont pas, me semble-t-il, 
celles qui doivent constituer une œuvre de ce 
genre. Son succès, toutefois, ne fut pas douteux, 
et le talent de M Sarasate s'exerça avec autant 
de bonheuB, l'année suivante, sur un second 
concerto auquel M. Lalo donna, je ne sais trop 
pourquoi, le titre de Symphonie esiiagnole. 
Depuis lors, M. Lalo a fait entendre encore au 
public les productions suivantes : Allegro sym- 
idionique (Concerts populaires. Janvier 1S7G); 
Concerto pour violoncelle, exécuté par M. Fis- 
cher (Concerts populaires, 9 Décembre 1877); 
Ouvertoire du Roi cPYs, opéra inédit (Con- 
certs populaires, puis Concerts du Conserva- 
toire). 

M. Lalo fait partie de ce petit groupe d'ar- 
tistes fort distingués qui, depuis quelques années, 
ont révélé au public les nouvelles tendances de 
l'école française, et qui ont su se faire écouter 
avec plaisir et sympathie; il a pris place à côté 



G8 



LALO — LA MADELAINE 



du pauvre Bizef, mort si jeune, de MM. Masse- 
net, Ernest Guiraud , Théodore Dubois et de 
quelques autres , et a obtenu des succès incon- 
testés, dus à ses qualités incontestables. Ces 
qualih's sont la clarté, réléi^ance, l'art des déve- 
loppements, une grande habileté dans le manie- 
ment de l'orchestre, et avec cela le style, la 
couleur, et parfois la passion. En un mot , 
M. Lalo a su jouer un rôle ]>ersonnel dans le 
mouvement auquel prennent part tant de jeunes 
artistes , et cela seul prouve en faveur de ses 
facultés. Il ne lui manque, peut-être, que d'être 
un peu moins chatouilleux en ce qui concerne 
la critique , de conserver son sang-froid devant 
les observations qui peuvent lui être adressées, 
et de ne pas prendre pour ennemis les artistes 
sincères qui accompagnent leurs éloges de réser- 
ves et de conseils absolument désintéressés. 

Voici la liste des œuvres de M. Lalo, publiées 
jusqu'à ce jour. — Musique instrumentale. 
Ouverture de Fiesque (partition à grand orches- 
tre), Paris, Durand et Schœnewerk ; — Diver- 
tissement pour orchestre (réduction pour ])iano, 
par M. J. Massenet), Paris, Hartmann; — Con- 
certo pour violon avec accompagnement d'or- 
chestre (grande partition et réduction pour piano), 
op. 20, Paris, Durand et Schœnewerk ; — Sym- 
phonie espagnole pour violon principal et 
orchestre (grande partition et réduction pour 
piano), op. 21, id., id. ; — Quatuor en 7ni bémol 
majeur, pour 2 violons, alto et violoncelle, op. 
19, Paris, Maho; — 1" trio pour piano, violon 
et violoncelle, Paris, Richanlt ; — 2'^ trio, en si 
mineur, pour piano, violon et violoncelle, Paris, 
Maho; — Sonate pour piano et violon, Paris, 
Ledentu ; — Grand duo concertant pour piano 
et violon, op. 12, Paris, Benacci-Peschier; — 
Sonate pour piano et violoncelle, Paris, Hart- 
mann; — Chanson villageoise et Sérénade, pour 
piano et violon ou violoncelle, op. 14, Paris, 
Maho; — Allegro en mi bémol m^enr pour 
piano et violoncelle, op. le, id., id, ; — Soirées 
parisiennes (en société avec M. Charles >Vclile-, 
3 morceaux caractéristiques pour piano et violon 
(1. Ballade; 2. Menuet; 3. Idylle), op. 18, l^aris, 
Lemoine; — Arlequin, esquisse caractéristique 
pour violon ou violoncelle, avec accoMq)agne- 
ment de piano, Paris, Gérard ; — 2 Impromptus 
(1. Espérance; 2. Insouciance) , pour violon, 
avec accomitagnemenl de piano, op. 4, Paiis, 
Lemoine; — Pastorale et Scherzetto jiour violon, 
avec accompagnement de piano, Paris, Richault. 
— Musique vocale. Fie^que, grand opéra en 
3 actes (partition pour chant et piano) , Paris , 
Hartmann ; — Six Mélodies, sur des poésies de 
Victor Hugo, op. 17, Paris, Maho; — Trois 



Mélodies, sur des vers d'Alfred de Musset, Paris, 
Harlmann ; — la Captive, Souvenir, la Fenai- 
son, BalUide à la lune, mélodies vocales. 

LAM.\I)KLAIi\E(Étienne-Jean-Baptiste- 
NicoLAs MAI)ELAIi\E, dit Stéphen DK), 
musicien et écrivain français', naquit à Dijon le 
16 avril 1801. Après avoir fait ses études litté- 
raires à Metz, il vmtàParis en 1825, pour passer 
l'examen du doctorat ès-lettres , mais le .sort 
décida autrement de .son avenir. Stéphen de La 
Madelaine était doué d'une superbe voix de 
basse-taille ; on l'engagea à se pré.senter au Con- 
servatoire, dont il suivit les cours pendant deux 
ans, tout en faisant son service de chanteur 
récitant à la chapelle et à la musique particulière 
de Charles X, où les ducs de Damas et de Blacas, 
gentilshonunes de la chambre du roi, l'avaient 
fait entrer. Cependant, malgré ces premiers 
succès , il n'embrassa pas aussitôt la carrière 
musicale, et entra vers 1833 dans l'administra- 
tion, en qualité de chef de bureau à la direction 
des beaux-arts du ministère de l'intérieur. 

A partir de ce moment, il occupa ses loisirs à 
écrire des feuilletons, des articles de revues et 
quelques petits romans d'éducation dont il se 
fit plusieurs éditions; c'est ainsi qu'il rédigea 
pendant quelque temps le feuilleton musical du 
Courrier français, et qu'il publia successive- 
ment : Scènes de la vie adolescente, Après le 
travail, le Curé de campagne, etc. Cependant, 
il finit par se livrer au profe.ssorat, et c'est alors 
qu'il offrit au public plusieurs écrits relatifs à 
l'enseignement vocal, qui lui firent une réputa- 
tion. Son premier ouvrage en ce genre fut la 
Physiologie du chant (Paris, Desloges, 1840, 
in- 10), bientôt suivi des Théories complètes 
du chant (Paris, Amyot, s. d.,in-8°); le pre- 
mier fut traduit successivement en italien, en 
anglais et en allemand, et le second fut approuvé 
par l'institut de France et adopté par plusieurs 
Conservatoires de l'étranger. 

Mais Stéphen de la Madelaine songeait à une 
innovation dans l'enseignement du chant, qui, si 
l'on en savait profiter, |)ourrait rendre d'im- 
menses services, en ce sens qu'elle perpétuerait 
les bonnes traditions de l'art : il songeait à aider 
l'enseignement oral par l'enseignement écrit. 
Prenant un jour pour texte de ses observations 
un air célèbre, il s'avisa d'annoter cet air période 
par période, phrase par phrase, mesure par 
mesure, indiquant sous chaque fragment, sous 
( haque note, l'infiexion, le caractère, le degré 
d'intensité sonore (ju'il fallait lui doinier; c'était 
une interprétation complote, détaillée, de l'air 
en question, tellement complète et tellement 
détaillée qu'un élève n'avait qu'à étudier le 



LA MADELAINE — LAMBERTI 



69 



morceau d'après les observations écrites, à le 
travailler dans le sens indiqué, pour s'en rendre 
maître et le chanter comme il convient, et cela 
sans le secours d'un [trofesseur. 

Le premier air que Stéphen de la Madelaine 
interpréta ainsi et qui lui servit à faire une 
« leçon écrite, » était celui d'Agathe dans le 
Fre'ischûlz. Il adressa cette leçon à l'Académie 
des l)eau\-arts, qui en fit l'objet d'un rapport 
très-élogieux, trop élogieux peut-être; car si 
l'idée était excellente, sa mise en pratique ne 
laissait pas que de donner lieu à quelques cri- 
tiques. Entre autres choses, le professeur avait 
le tort grave non-seulement de ne point engager 
les élèves au respect absolu du texte musical, 
mais même d'encourager les altérations qu'ils 
pourraient apporter à ce texte sous forme de 
points d'orgue, ports de voix, etc., s'en remet- 
tant pour cela à leur goût et <à leur sagacité. 
Or, je ne sache pas de goût au monde qui puisse 
encourager un chanteur dans cette voie déplo- 
rable; le compositeur écrit sa musique comme 
il veut qu'elle soit chantée, et aucun interprète 
ne peut se reconnaître le droit de modifier sa 
pensée d'une façon quelconque. Cette réserve 
faite, le procédé pédagogique «le .Stéphen de la 
Madelaine restait excellent, et lorsqu'il se trou- 
vera un grand maître pour l'appliquer, il pourra 
produire de merveilleux résultats. 

De la Madelaine ne s'en tint pas à l'air du 
Freischiitz; il en annota ainsi plusieurs autres : 
celui d'Eléazar, dans la Juive; celui de lîosine, 
dans le Barbier de Séville ; les .«stances de 
Racliel, dans la Juive; l'air de I^'igaro, dans le 
I\'ozze di Figaro; enfin l'air célèbre attribué à 
Stradella. Il publia alors cette série de leçons 
sous le litre d'Études pratiques de sltjle vocal 
(Paris, Albanel, 1868, 2 vol. in- 12), en les 
accompagnant de très-bonnes observations sur 
les divers styles de la musique vocale, et de très- 
utiles consiilérations sur l'enseignement élémen- 
taire du chant. 

L'excellent professeur eut à peine le temps de 
voir s'établir le succès de son dernier ouvrage. 
Trois mois environ après la publication de 
celui-ci, il mourait à Paris, non le 4, comme il 
a été dit par erreur dans le Dictionnaire des 
contemporains, mais le jeudi 3 septembre 18G8. 
— Stéphen de la Madelaine avait été rédacteur 
en chef du journal \ Univers musical, et avait 
été le collaborateur de la Revue et Gazette 
musicale de Paris. 

LAMAZOU (L'abbé), vicaire de l'église de 
la Madeleine, à Paris, s'est occupé des questions 
relatives à la musique religieuse, et a publié 
l'écrit suivant : Èlxide sur la facture d'orgue 



ancienne et moderne, et description de l'or- 
gue monumental de Saint-Sulpice- {Pm-'x^,, 
Repos, s. d. [18<)2J, in-8'' avec planches). On lui 
doit aussi une biographie de Lcfébure-Wély, 
publiée dans i" Illustration musicale Ju même 
éditeur, et un troisième opuscule, intitulé VOr- 
(?Me (Paris, Ledoyen, in-8" isô.'j). 

LAMBERT (Nicolas), luthier, était établi 
maître à Paris en 1745. On n'a point de rensei- 
gnements sur cet artiste. On sait seulement (pi'il 
était mort en 178.3, et qu'à cette époque sa 
veuve continuait son commerce. JNicolas Lambert 
était sans doute le fils ou le frère du luthier 
Lambert, établi à Nancy au milieu du dix-hui- 
tième .siècle, et dont il est question au t. V de la 
Biographie universelle des Musiciens. 

* LAMBERT (Cii acles), est mort à l-:vreux 
le 23 décembre 1865. Cet artiste avait obtenu 
au Conservatoire, eu 1809, un premier prix de 
piano, et s'était voué ensuite à l'enseignement. 
On assure qu'il fut le premier maître et l'ami 
d'Halôvy. 

LAMBERT (Georc.es), musicien français, 
mort il y a environ vingt ans , n'est connu que 
par la libéralité dont il a fait preuve envers les 
artistes , en créant un prix que l'Académie 
française et l'Académie des beaux-arts ont été 
chargées par lui de décerner chaque année. 
K Ce prix, dit à ce sujet le compte-rendu annuel 
des séances publiques de cette dernière compa- 
gnie, est destiné par le testateur, ancien compo- 
siteur et professeur de musique, à être décerné 
chaque année, par l'Académie française et par 
l'Académie des beaux-arts, à un hou. me de 
lettres, ou à un artiste, ou à la veuve d'un artiste 
honorable, comme marque publique d'estime. » 
Je n'ai pu recueillir aucun renseignement tou- 
chant la vie ou la carrière de cet homme géné- 
reux, dont la double fondation artistique a pris 
le nom (\& prix Georges Lambert. 

LAMBliRTI ( ), compositeur italien, 

né, je crois, à Cuneo, et depuis longtemps fixé à 
Turin , s'est fait connaître par deux opéras 
représentés en cette ville , Leila di Granata, 
donné avec succès au théâtre Gerbino, en 1857, 
et Malek-Adel. Il a fait exécuter en 1861, 
dans l'église San-Giovanni, aux funérailles du 
roi Charles-Albert, une messe avec orchestre, 
qui est considérée comme une oeuvre extrême- 
ment remarquable, et il a fait entendre, lors 
du mariage de la princesse Pie, tille du roi 
Victor-Emmanuel, avec le roi don Louis de 
Portugal, une cantate en froi-; parties, écrite 
sur des paroles du poète nernin/.one, et dont 
on dit beaucoup de bien. Les Ilaliens tien- 
nent M. Lamberti pour un artiste extrêmement 



70 



LAMBERTI — L AMOUREUX 



dislingné, remarquable au double point de vue 
du savoir et de rimaginafion, et qui fait véritable- 
ment iionneur à leur pays. 

* L.\MHERTL\I (Jr.\N-TnoM\s), prtMre et 
compositeur, né à Bologne, était, non pas vice- 
maîtro de chapelle de l'i'glise de San-Lorenzo, 
maischapiMaiu, copiste et diantre de la colléi^iaie 
de San-Pelronio, de Bologne, à'partirde l'année 
1545. Sa mauvaise conduite lui donna plus d'une 
fois maille à partir avec le chapitre deceite église, 
qui finit par le rayer de la liste des chapelains. 
En 15C9 pourtant, Lambertini, que la bonté du 
cardinal Paleotti avait empêché de tomber dans 
une entière disgrâce, faisait encore partie du per- 
sonnel de la chapelle de San-Petronio ; mais en 
1573 il était à Rome, auprès de son protecteur 
le cardinal Ottone Truclises, qui, dans sa jeu- 
nesse, l'avait attaché à son service comme musi- 
cien, et chez lequel il se retrouva peut-être dans 
la même situation. A partir de cette époque, on 
n'a' plus de renseignements sur lui. Ceux qui 
sont résumés ici ont été empruntés à l'excellent 
écrit de M. Gaspari (T'oy. ce nom) : Memorie 
risguardanti la stor'm deWartc musicale in 
Bologna al XVI secolo. 

* LAMBILLOTTE (Le P. Louis), est mort 
au collège de Vaugirard, près Paris, le 27 février 
1855. Il a été l'objet du travail suivant : Louis 
Lambillotte et ses frères, par M. Mathieu de 
Monter (Paris, Régis-Ruffet, I871,in-12 avec 
portrait et autographes). 

Le P. Louis Lambillotte avait deux frères, qui. 
comme lui, avaient embrassé l'état ecclésastiqiie, 
et, qui , comme lui aussi musiciens, avaient 
composé des œuvres nombreuses. Le cadet, 
François, né à la Hamaide en 1802 , mourut à 
Fribourg en 1836 ; le plus jeune, Joseph, né dans 
le même village en 1805, mourut en France, au 
collège des Jésuites de St-Acheul (1). Un éditeur, 
M. Gambogi, a entrepris, il y a quelques années, 
la publication des œuvres poslluimes des trois 
frères. Celle des œuvres complètes de ces trois 
compositeurs a été entreprise et se poursuit 
activement par les soins de la maison Rrandiis. 

LAAIOMXARY ( ), compositeur, 

vivait à Valenciennes dans la seconde moitié du 
dix-huitième siècle. 11 a publié, outre plusieurs 
livres de duos ou sonates pour violon et violon- 
celle, un recueil de Six Quatuors en symphonie 
pour deux violons, alto, violoncelle obligé et 
orgnnn. 

LAMOTTE (Nicoi.\s-Antonv), compositeur 
de musiqnc de danse, est né en 1819 à Beaurieiix 

(l) Louis I.nmbillolte, comme ses frères, 'est né non à 
Cliarleroi, mais au petit village de I.a Hamaide, situé 
près de celle ville. 



(Aisne). Il apprit la musique à la maîtrise de 
Soissons, où il fut enfant de chcpur, fit ensuite 
de bonnes études littéraires au petit séminaire de 
Laon, et de là passa, pour y faire sa philosophie, 
au grand séminaire de Soissons. Son père voulait 
lui voir embrasser la carrière ecclésiastique, 
mais le jeune homme n'y voulut pas consentir. 
Après avoir passé deux années comme professeur 
ou maître d'études dans diverses institutions, 
après avoir servi pendant une autre année, il se 
remit à l'élude de la musique, qu'il aimait avec 
passion, se livra à la composition, et écrivit deux 
messes qui furent exécutées dans l'église de 
Ham. Mais il était encore inexpérimenté , et 
reconnaissait la nécessité de travailler sérieuse- 
ment. II vint à Paris, oîi il suivit un cours 
d'harmonie avec M. Ehvart, et bientôt se lit 
connaître par la publication d'une foule de mor- 
ceaux de musique de danse, qui se distinguaient 
par la grâce de la forme, l'élégance et la fraîcheur 
des mélodies. Vers 1850, il devint chef d'orches- 
Ire du bal du Chàteau-d'Eau, d'où il passa à la 
salle Bai'lhélemy, puisa la salle Valentino, faisant 
exécuter et connaître ses compositions dans ces 
divers établissements. En 1857, il fut appelé à 
Londres pour y conduire l'orchestre de danse 
d'Argyll-Rooms, et il y obtint de grands succès. 
Depuis plusieurs années, il est revenu se fixer 
à Paris. M. Antony Lamotte n'a pas composé 
moins de quatre à cinq cents morceaux de 
musique de danse, presque tous publiés. 

On a publié sur cet artiste : Biographie d''An- 
iony Lamotte, par A. de Rolland (Lyon, impr. 
Chanoine, 1863, in-t8). 

LAMOUREUX (Chaules), violoniste et 
chef d'orchestre, naquit à Bordeaux, le 28 sep- 
tembre 1834. Après avoir commencé en cette 
ville l'étude du violon sous la direction d'un 
artiste distingué, M. Beaudoin, il fut envoyé par 
sa famille à Paris ^ el entra en 1850 au Conser- 
vatoire, dans la classe de Girard, alors chef 
d'orchestre de l'Opéra. Ayant obtenu un second 
accessit en 1852, il se vit décerner le second 
prix au concouis de 1853, et le premier l'année 
suivante. 11 avait d'abord appartenu à l'orchestre 
du Gymnase en qualité de premier violon, et bien- 
tôt entra à celui de l'Opéra, où il resta plusieurs 
années. A[)rès avoir fait de bonnes études d'har- 
monie avec M. Tolbecque, avoir suivi ensuite le 
cours de contrepoint de Leborne au Conserva- 
toire, et eiilin terminé ses études théoriques avec 
Chauvet {Voyez ce nom), M. Lamoureiix se livra 
à l'enseignement, et fonda une société de musi- 
que de chambre dont les séances étaient très- 
suivies, et dans laquelle il avait pour partenaires 
MM. Colonne, Adam et Rignault. 



LAMOUREUX — LAMPERT 



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Virtuose extrêmement distingué, artiste fort 
intelligent, esprit largement ouvert à tontes les 
grandes manifestiitionsdel'art musical, M. Lamou- 
reux, qui, après avoir été admis à la Société des 
concerts du Conservatoire, était devenu second 
chef d'orchestre de cette illustre association, 
rêvait de doter son pays d'une institution d'un 
nouveau genre. Après avoir fait plusieurs voyages 
en Allemagne et en Angleterre, s'être lié avec 
deux célèbres chefs d'orchestre, MM. Ferdinand 
Hiller et Michaël Costa, avoir admiré les incom- 
parables exécutions d'oratorios qui avaient lieu 
sous la direction de ces deux grands artistes, il 
étudia les moyens pratiques à l'aide desquels il 
pourrait, à son tour, faire connaître à la France 
les œuvres immortelles des Rach, des Ha'ndel et 
des Mendelssohn , qui jusqu'à présent étaient 
restées pour elle presqu'à l'étal de lettre morte, 
et dont elle n'avait entendu que de rares frag- 
ments, exécutés dans des conditions lainentabies. 
A la suite de quelques tâtonnements, de quelques 
essais un peu timides qui ne firent pourtant que 
le confirmer dans la pensée d'un succès final, 
M. Lamoureux finit par concevoir un plan qui 
devait le mener victorieusement au but vers 
lequel il t( ndait. 

En dépit de tous les obstacles qui étaient semés 
sur son chemin, malgré le mauvais vouloir qu'il 
rencontrait de divers côtés , les jalousies qu'il 
excitait contre lui, M. Lamoureux, à l'aide de 
ses seules forces, de ses seules ressources, fonda 
en 1873 une société dite de l'Harmonie sacrée, 
organisée à l'instar de la Sacred harmonie 
Society de Londres. Il forma un orchestre, un 
personnel choral nombreux, se mit énergique- 
ment à l'œuvre, el à la fin de 1873 des affiches 
apposées sur les murs de Paris annonçaient 
qu'une première audition du Messie, oratorio 
de Hœndel, aurait lieu le 19 décembre dans la 
salle du Cirque des Champs-Elysées. Les soli 
du chel'-d'(Tuvre de Hfendel étaient chantés par 
quatre élèves du Conservatoire, M^'" Belgirard 
et Armandi, MM. Vergnet et Dufriche-, l'orgue 
était tenu par M. Henri Fissot; l'orchestre et les 
chœurs étaient dirigés par M. Charles Lamou- 
reux. L'exécution fut admirable, et le public, 
pénétré de la grandeur de l'œuvre qui lui était 
offerte pour la première fois , aux prises avec 
des sensations jusqu'alors inconnues pour lui, fit 
l'accueil le plus enthousiaste à -cette œuvre, 
ainsi qu'à l'artiste énergique et convaincu qui 
i'in liait si courageusement à ses beautés. De 
ce jour, l'oratorio était acclimaté en France, une 
nouvelle source d'émotions était ouverte au 
public, et M. Lamoureux avait donné à son pays 
l'institution qui lui manquait. 



Plusieurs auditions du Messie suffirent à 
peine à satisfaire les désirs de la foule. Après 
cet ouvrage, M. Lamoureux fit entendre la Pas- 
sion de Jean-Sébastien Bach, puis, la saison 
suivante, il remporta un nouveau triomphe en 
faisant exécuter, avec un succès colossal, le Judas 
Mochabée de Hœndel. S'onlaiit varier ses pro- 
grammes, et, tout en faisant connaître les chets- 
d'o'uvre consacrés, réserver une place à l'élément 
contemporain, il produisit aussi la cantate de 
M. Gounod intitulée Gallia, et une œuvre char- 
mante el encore inédite de M. Massenet {Voij. ce 
nom), Eve, « mystère » en trois parties. L'une 
et l'autre furent accueillies avec la plus grande 
faveur, et assurèrent définitivement le succès de 
la Société de l'Harmonie sacrée et de son excel- 
lent directeur. 

Les séances de cette Société révélèrent du 
premier coup, en M. Charles Lamoureux, un 
chef d'oichestre de premier ordre, soigneux de 
l'exécution jusque dans ses moindres détails, 
sachant préparer les études avec une patience, 
une intelligence et un sentiment musical bien 
difficiles à rencontrer à un pareil degré, joignant 
enfin, dans la direction, la précision et la fermeté 
à la chaleur et à l'enthousiasme, et sachant 
retenir dans ses écarts possibles le personnel 
placé sous ses ordres en même temps qu'il lui 
communique son ardeur et le feu dont il est 
animé. 

M. Lamoureux fut chargé, en î875, de la 
direction musicale des grandes fêtes données à 
Rouen pour la célébration du centenaire de 
Boieldieu. Lorsque, Tannée suivante, M. Car- 
valho fut nommé directeur de l'Opéra-Comique 
en remplacement de M. du Locle, il s'empressa 
d'attacher à ce théâtre, comme chef d'orchestre, 
un artiste si distingué et si digne en tous points 
de remplir ces difficiles fonctions. Cependant , 
au bout de quelques mois, des diflicidtés s'étant 
élevées entre la direction de l'Opéra-Comique et 
M. Lamoureux, ce dernier crut devoir se retirer 
et donna sa démission. Peu de temps après, c'est- 
à-dire vers le milieu de 1877, il fut appelé à 
l'Opéra pour succéder, dans les fonctions de 
premier chef d'orchestre, à M. Deldevez, qui 
allait prendre sa retraite. Il est aujourd'hui en 
possession de cet emploi. 

LAMPERT (Ernest), pianiste, chef d'or- 
chestre et compositeur, né à Gotha le 3 juillet 
1818, fut à Weimar élève de Hummel pour le 
piano, et reçut ensuite à Cassel des leçons de 
composition de Morilz Hauptmann. Devenu con- 
certmeister en 1844, il fut, en 1855, nommé 
maître de chapelle à Gotha où il réside encore 
aujourd'hui. M. Lampert a écrit la musique de 



72 



LAMPERT — LANCi 



quatre opéras qui ont été représentés à Cobourg 
et à Gotha, et dont j'ignore les titres; il a com- 
posé en outre dos ouvertures, des cantates, et 
divers morceaux pour instruments à cordes et 
pour piano. 

LAMPERTI (Francesco), professeur de 
.chant au Conservatoire de Milan, est né à Savone 
le 11 mars 1813. Cet artiste jouit non-seulement 
à Milan, non-seulement en Italie, mais par toute 
l'Europe, d'une éclatante renommée, et depuis 
1850, époque où il a été chargé d'une classe de 
chant au Conservatoire de Milan , il a formé un 
nombre incalculable d'élèves, parmi lesquels on 
signale M™«' Waldmann, Teresina Stolz, Emma 
Albani, MM. Campanini, Collini, etc.; on assure 
qu'il est le dernier dépositaire des traditions de 
la grande école du chant italien; aussi, tous 
ceux de nos chanteurs français qui, depuis vingt 
ans et plus, ont voulu aborder la carrière ita- 
lienne, n'ont jamais manqué de se rendre auprès 
de lui pour recevoir ses leçons et ses conseils. 
Après une longue carrière entièrement vouée à 
l'enseignement , M. Francesco Lamperti a pris 
sa retraite au mois d'avril 187G. On lui doit les 
ouvrages suivants : 1° Guide théorico-prafique 
élémentaire pour Vétude du chant, dédié à 
ses élèves du Conservatoire de musique de Milan 
(Milan, Ricordi); 2" Exercices journaliers pour 
soprano ou mezzo-soprano (id., id.) ; 3" Études 
de bravoure pour soprano, approuvées par le 
Conscrvaloire de Milan (id., id.), 4° Observa- 
tions et conseils S2ir le trille (id., id.) ; b° 8 Sol- 
fèges dans le style moderne, pour soprano et 
mezzo-soprano. 

Un professeur de chant du même nom, M. G.- 
B. Lamperti, a publié à Milan, chez l'éditeur 
Lucca, un ouvrage intitulé École de chant, 
contenant six solfèges et six vocahses pour 
soprano, mezzo-soprano ou contralto, ténor et 
baryton, avec accompagnement de piano, et un 
recueil de 12 Vocalises pour soprano. J'ignore 
si cel artiste est parent du précédent. 

* LA.\I1»UGI\A1XI (Jean-Baptiste), a écrit, 
outre les ouvrages dramatiques signalés à son 
nom, un opéra bouffe intitulé la Scuola délie 
Cantatrici, et un opéra sérieux, VOlimpiade, 
qui fut représenté, je crois, en Italie, vers 17jO. 

LAMY (Muiiii.), prêtre et musicien, fut 
maître de la chapelle de la cathédrale de Rouen 
de 1C07 au mois de mars 1728, et fit entendre en 
cette église plusieurs messes de sa composilioii. 

LAACIAAI (Fi.Avio), com()ositeur italien, 
né dans la seconde moitié du dix-septième siècle, 
est l'auteur d'un oratorio intitulé Sanlu Clolilde, 
reina di Francia, qui fut exécuté à Rologne 
en I70i. a:-: .'.,; 



* LAAXTIN (Charles-François Honoré) , 
dit DUQlJI>:SI\OY, n'est pas né en Belgique 
en 17yj, mais en France, à Beauvais (Oise), le 
18 mai 17ôS. Pendant le long séjour qu'il fit à 
Bruxelles comme chanteur, avant de se rendre 
à Hambourg, Duquesnoy écrivit la musique de 
trois ouvrages qu'il lit représenter dans la capi- 
tale de la Belgique : 1" Âlmanzor ou le Triom- 
phe de la gloire, grand opéra ballet en 2 actes 
(et en vers libres, paroles de d'Aumale de Cor- 
sanville) , 1787; 2° le Mystificateur mystifié, 
opéra-comique en 3 actes, vers 1789 ; 3° le Prix 
des .'\rts ou In Fête flamande, opéra en un acte, 
20 juin 1791. Un peu plus tard, à Hambourg, 
il composa une cantate , le Vœu des Muses 
reconnaissantes, qui fnt CNécutée en cette ville, 
dans le cours de l'année 1795, avec un très- 
grand succès. 

Avant de faire , comme chanteur, la fortune 
du théâtre de Bruxelles, cet artiste avait tenu en 
double, de 1781 à 1786, l'emploi de haute-contre 
à l'Opéra. Son début à ce théâtre s'effectua le 
2'( janvier 1781, par le rôle de Colin du Devin 
du village, et ce début donna lieu à une singu- 
lière méprise de la part de V Almanach musical 
qui, sans doute par la plume de deux rédacteurs 
différents, l'enregistre en partie double, avec 
réflexions à l'appui, d'abord au nom de Duques- 
noy, puis à celui de Lanctin. 

LAADVVIAG (Marc), compositeur, né à 
Zug, en Suisse, en 1759, entra au couvent d Ein- 
siedeln à l'âge de dix-huit ans, et y trouva la 
facilité de développer ses rares dis[)ositions pour 
la musique. On lui doit l'ouvrage suivant : Anli- 
phona Mariana Suive Regina in cantu chorali 
cum 3 vocibus (Einsiedeln, Œcbslin, 1787), 
dont une seconde édition a été faite en 1790. On 
chaule encore aujourd'hui, à Einsiedeln , un 
Benedictus Dominus Detis de la composition 
de Marc Eandwing. Cet artiste mourut en 1813. 

* LAA'G (Jost;i'iiiNE). Une artiste de ce nom, 
qui me paraît devoir être la cantatrice dont il est 
parlé au tome V de la Biographie universelle 
des Musiciens, s'est fait eoniiaitre comme com- 
positeur par la publication d'un assez grand 
nombre de lieder. Le catalogue des éditeurs 
lireitkopf et H;ertel, de Leipzig, en mentionne 
deux recueils placés sous les chiffres d'œuvre 
14 et 15. 

LAXG (Adolphe), violoniste, chef d'orchestre 
et compositeur allemand, né ;i Thorn le 10 juin 
1830, lit ses études au Conservatoire de Leipzig, 
où il resta de 18'i4 à 1847 , et où il fui l'élève 
de Ferdinand David pour le Aiolon, de Mcndels- 
shon et de Morilz Hauplmann pour la théorie 
de l'art et la composilion. Devenu premier violon 



LANG — LANGHANS 



73 



au tliéùtie Friedrich-Willielmstadt de Berlin en 
1851, il en fut nommé chef d'orchestre en 1854, 
et à partir de ce moment se produisit comme 
compositeur, écrivant plusieurs opérettes, faisant 
exécuter des marches et des ouvertures, et 
publiant des Uexier et divers morceaux de chant. 
Cependant, il renonça assez rapidement à la 
carrière musicale, et, en 1862, s'établissait à 
Thorn, sa ville natale, pour y diriger une maison 
de conmierce. 

LiV\GE (Gustave), pianiste, professeur et 
composilcur, a publié en Allemagne, depuis quel- 
ques années , environ 200 morceaux de genre 
pour le piano : nocturnes, mélodies,' capfkes, 
rondos, etc. Ces compositions, parmi lesquelles 
figure une série de 18 pièces intitulées Ica Aqua- 
relles, paraissent obtenir un grand succès. On 
signale comme étant faites avec goût une nom- 
breuse série de tran.scriplions données parM. Lan- 
ge des liedcr àë, Sc\\uhtx\ et de Mendelssohn. 

Parmi les autres productions de M. Lange, qui 
comprennent un grand nombre de fantaisies sur 
des mélodies populaires et des motifs d'opéras 
célèbres, il faut signaler quelques cruvres plus sé- 
rieuses, entre autres un joli quintette pour ins- 
truments à vent. 

LAXGER (Fbrdinand), violoncelliste, chef 
d'orchestre et compositeur dramatique, né en 
1839 à Leimem, pi es de Heidelberg, doit, dit-on, 
la meilleure partie de son éducation musicale à 
.son travail personnel et à sa propre initiative. 
Après s'être fait connaître comme violoncelliste, il 
voulut se produire comme compositeur drama- 
tique, et fit représenter à Manuheim, au mois de 
juin 1808, un petit opéra qui avait pour titre 
dei Gefœhrliche Nachborschafl [le Voisinage 
dangereux). Il devenait peu de temps après 
chef d'orchestre du théâtre de IMannheim, et y 
donnait, le 18 mars 1873, son second ouvrage 
dramati(|uo, un opéra romantique intitulé Dorn- 
rœschen [Églantine), qui était écrit sur le sujet 
d'un conte de Perrault, la Belle au bois dor- 
viant, et qui obtint lui succès très-flatteur. 
M. Ferdinand Langer passe pour être en Alle- 
magne l'un des partisans les plus décidés et des 
soutiens les plus convaincus des idées et des 
doctrines de M. Richard Wagner. 

Un artiste du même nom, et peut-être parent 
de celui-ci, M. Adolphe Langer, s'est fait con- 
naître assez récemment par la publication d'une 
vingtaine de morceaux de genre pour le piano. 
— Un troisième, Gustave Langer, qui apparte- 
nait peut-être encore à la même famille, a rempli 
les fonctions de chef des choeurs à l'Opéra de 
Berlin ; au mois d'avril ou de mai 1876, il a mis 
volontairement fin à ses jours en se jetant dans 



le Neckar, et son corps a été retrouvé peu après 
dans les environs de Heilbronn. 

LAIXGERT (Alcuste), compositeur drama- 
tique, né en 1830, est depuis longtemps déjà 
maître de chapelle du duc de Saxe-Cobourg. Je 
«rois que son premier ouvrage théiltral est l'opéra 
intitulé la Pucelle d'Orléans , qui fut donné à 
Cobourg le 25 décembre 1801. Deux ans après, 
le décembre 1863, à l'occasion de l'anniver- 
saire de la duchesse de Saxe-Cobourg, il faisait 
représenter sur le même théâtre un opéra roman- 
tique, des Sxngers Fluch {la Malédiction du 
barde), qui obtint un grand succès et fut bientôt 
reproduit sur plusieurs autres scènes importantes. 
Le 13 mars 1806, cet artiste faisait jouer à 
Darmstadt Dona Maria , infante d'Espagne, 
opéra dont il avait écrit la musique en société 
avec un amateur, M. le comte de Reiset, ancien 
ckargé d'alfaires de France, qui prenait en cette 
circonstance le pseudonyme anagrammatifiue de 
ïesier. 

Le nom de M. Langert était déjà favorable- 
ment connu lorsque le compositeur produisit à 
Cobourg un grand drame lyrique en 3 actes, 
les Fabius (26 novembre 1806), qui lui ouvrit 
les portes de l'Opéra de lîerlin ; en effet, dix-huit 
mois après, en février 1868, ce nouvel ouvrage, 
remanié par son auteur, renforcé, agrandi, fai- 
sait son apparition dans la capitale de la Prusse. 
Quelques critiques reprochèrent alors à M. Lan- 
gert un éclectisme un peu trop facile, qui le pous- 
sait tantôt du côté de Spontini et de Marschner,. 
tantôt sur les routes nouvelles frayées par 
MM. Liszt et Richard Wagner, tantôt encore 
dans les bras de M. Gounod ; on disait aussi 
que la phrase mélodique du compositeur était 
généralement courte d'haleine , trop peu déve- 
loppée, et que le récitatif prenait une trop large 
place dans la structure des morceaux. Quoi qu'il 
en soit, M. Langert fit représenter encore h 
Leipzig, en 1872, un nouvel opéra, Dornrœschen 
(Églantine), qui ne paraît pas avoir obtenu un 
grand retentissement. Depuis lors, il n'a pas 
reparu à la scène. 

Un artiste du même nom que celui dont il est 
ici question, M. A. Langert, était, en 1873, 
maître de chapelle à Genève, et, à la mort de 
Lysberg, le remplaça provisoirement comme pro- 
fesseur de la classe supérieure de piano au Con- 
servatoire de cette ville. 

LAi\GIIANS (GciLr.AL-ME), violoniste, com- 
positeur et écrivain sur la musique, est né à 
Hambourg le 21 septembre 1832. Élève du 
Conservatoire de Leipzig, il y reçut, de 1849 
à 1852, des leçons du grand virtuose Ferdinand 
David, après quoi il fit partie de l'orchestre du 



74 



LANGHANS — LAPIERRE 



Gevsandhaus et fie celui du théâtre de Leipzig- 
Il vient ensuite se peifectionncr à Paris auprès 
de M. Alard, puis retourne à lA'ipzi», où il étudie 
la composition avec Moritz Ilautpmann et E. F. 
Ricliter. Devenu en 1858 concertmeister à Dus- 
seldorf, il y épouse bientôt une jeune artiste fort 
distinguée, M"'^ Louise Japlia, et tous deux 
viennent se faire entendre avec succès à Paris 
dans des séances de musique classique. Au bout 
de quelque temps, M. Langhans va se fixer déliui- 
tivement à Berlin, où , lout en se livrant à l'en- 
seignement et à la composition, il commence à se 
faire connaître comme écrivain spécial en prenant 
part àlarédaction de divers journaux et revues. 

Parmi les compositions de M. Langhans, je 
signalerai les suivantes -. Quatuor en fa pour 
deux violons, alto et violoncelle, couronné en 
18G4 au concours ouvert par la Società del 
Quarietlo de Florence, sous les auspices tie 
M. le docteur Basevi , op. 4; 2 Sonatines pour 
piano, op. 18 ; 20 Etudes pour violon ; 2 Recueils 
de lieder; Air de Lotti, transcrit pour violon, 
avec accompagnement de piano. Comme écrivain 
sur la musique, outre sa collaboration à divers 
journaux, outre la part trèsactive qu'il a prise 
à la rédaction du Musi/ialisches-Conversations- 
Lexicon d'Hermann Mendel, M. Langhans a 
publié divers écrits, parmi lesquels je citerai les 
deux suivants : 1° Dns mxisikalische Vrthell 
und seine ambilduncj durch die Erzichunj 
{le Jugement musical et son développement 
par V instruction), Berlin, 1872; 2° Die Kœnigl. 
Hochschide fur Musik zii Berlin ( l'École 
royale supérieure de musique à Berlin), 
Leipzig, 1873. M. Langhans occupe la chaire 
d'histoire de la musique à lu nouvelle Académie 
de musique dt^ Berlin. 

LAA'tillAiXS (LoiisE JAPHA, épouse), 
femme du précédent, pianiste et compositeur de 
talent, a été en 185:5, à Dusseldorf, l'élève de 
M"^" Clara Schumann, sous la direction de 
laquelle elle est devenue une artiste fort distin- 
guée. Après son mariage, elle vint se faire enten- 
dre et connaître à Paiis, puis retourna en 
Allemagne avec son mari. Elle a obtenu comme 
virtuose des succès brillants et mérités; en tant 
que composite-ur, elle obtint, dit-on, les suffrages 
de Schumann, (jui prenait un grand intérêt à ses 
production^. Entre autres œuvres publiées, on 
connaît d'elle : Drel Gondoliercn {Trois Gon- 
do/iers), Hambourg, Scbuberlh ; Blucttcs, Paris, 
Flaxland ; iJanse guerrière et Nocturne, Paris, 
Hartmann; des lieder, mélodies, etc. Depuis 
1874, M""" Louise Langhans s'est (i\ée à Wiesba- 
den , où elle ^c livre à l'enseignement et où ses 
leçons sont très-recherchées. 



I>A WER (JosEPn-FR.4Nçois-CHARLEs), célè- 
bre compositeur de musique de danse, est né à 
Vienne non le 11 juillet 1802, comme il a été dit 
par erreur, mais le 11 avril 1800. 

r^ANIXER (Auguste-Joseph), fils du prédé- 
dent, violoniste, chef d'orchestre et compositeur 
de musique de danse, naquit à Vienne le 23 
janvier 1834. Ce jeune artiste, qui donnait de 
sérieuses espérances, mourut prématurément en 
cette ville, à l'âge de vingt et un ans, le 27 sep- 
tembre 1855 

* LAWOY (M'"« la comtesse Cléhentine- 
JosÉPHiNE-FRANçoisE-TuÉnicsE DE), née prin- 
cesse de LOOZ-CORSWAREM, naquit au 
château de Gray (Brabanl), le 29 juin 1764 , et 
mourut à Liège le 4 juin 1820. 

LA\TL\ (J -B ), conseiller au 

parlement de Bourgogne, né à Dijon en 1C20, 
mort en 1695, était grand amateur de musique 
et s'occupait beaucoup de composition. « Il laissa 
en manuscrit, dit M. Charles Poisot dans .ses 
Musiciens bourguignons , la musique de plus 
de trenteodes d'Horace, de VAdjs de Catulle, etc.; 
on remarqua son ode d'Huet : Tibi gratcs 
zephyris. » 

LAAUSSE ( ), artiste ob.scur, qui vivait 

à la fin du dix-huitième siècle et au commence- 
ment du dix -neuvième, lit représenter deux 
opéras-comiques en un acte : au théâtre des 
Jeunes-Artistes, le 15 avril 1802, Lanrette; à 
la Porte St-.Martin, le 11 octobre suivant, Melzor 
et Ziina. 

LA ^XTX (PiUL VÉROl\GE DE) , com- 
positeur français, est né à Paris, d'une famille 
d'artistes, le 29 juin 1853. Son père, pianiste 
fort distingué, avait fait ses études au Conserva- 
toire, de même que son oncle, mort fort jeune. 
Lui-même devint, dans cet établissement, l'élève 
de M. François Bazin, et après avoir obtenu un 
premier prix de fugue en 1872, se présenta au 
concours de Rome et rem|iorla le second grand 
prix de composition en 1874; en 1876, il se 
voyait décerner le deuxième |)renrier grand prix 
pour sa cantate intitulée Judith, tandis que son 
camarade, M. Hillemacher , reuq)ortait le pre- 
mier grand prix. M. de la Nux occupait à celte 
époque l'emploi d'accompagnateur au théâtre de 
la Renaissance. Sa partition de Judith, pour 
chant el piano, a été publiée. 

La sœur de cet artiste , M" ' Jeanne Vcronge 
de la Aux, élève de leur père, est une pianiste 
fort distinguée. 

LAPIERRE (Fiunçois-Antoine), né à 
Cavaillon (Vaucluse), le 5 avril 1760, mort le 
2.-) décembre 1824 à Sl-Remy ( Houches-du- 
Rbône), a été longtemps maître de chapelle à 



LAPIERRE 



LARMANDÉ 



75 



Aix-en-Provence, et a laissé diverses œuvres iné- 
dites, qui sont assez estimées de ceux qui les 
ont entendues, notamment un Stabat avec 
accompagnement d'alto et basse, et une messe 
de Hequiem. Contemporain et admirateur de 
Cheriibini, Lapierre paraît avoir cherché à imiter 
le style de ce grand maître. 

Le petit-(ils de cet artiste est directeur actuel 
du Conservatoire d'Aix. Il a composé des messes, 
des motets, de la musique de danse, et un opéra- 
comique, Fose et Lyv, qui a été représenté au 
théâtre d'Aix. 

Ar,. R— n. 

LAP0:MMERA\E (Victou BEllD AL- 
LE DE), né à Paris, le 24 février 1825, fit ses 
études au collège de Rouen, et ne tarda guère à 
révéler ses dispositions musicales. 11 devint élève 
d'Amédée Mêreaux, et s'étant rendu ensuite au 
Conservatoire de Paris, il entra dans la classe de 
Zimmermanii. Il avait à peine quitté cette école, 
lorsqu'eu 1848 on lui confia l'organisation géné- 
rale des musiques de la garde mobile, entreprise 
que la prompte suppression de ce corps empêcha 
d'aboutir. 

Quelques compositions légères , les Matelots 
de la Belle- Eugénie, le Paria, etc., firent 
connaître avantageusement Berdalle de Lapom- 
meraye; son œuvre la plus répandue est une 
simple polka pour piano , le lac d'Enghicn 
(A. Leduc, éditeur); il en a été tiré 50,000 
exemplaires. Le Domino rose, du même auteur, 
a acquis presque autant de popularité. Toutefois, 
il nous plaira davantage de citer de ce musicien 
une composition plus sérieuse, les Psaumes 
de David, qu'il mit en musique sur une 
traduction en vers de M. Giffard, ancien profes- 
seur au collège de Rouen. Cet ouvrage, sur 
lequel je ne puis donner aiicim ren.seignement 
bibliographique, obtint l'approbation des cri- 
tiques les plus autorisés, qui se plurent à en 
louer l'originalité et la force expressive. Ce travail 
valut à Berdalle de Lapommeraye sa nomination 
de membre de l'Académie pontificale de Sainte- 
Cécile, laquelle ne comptait alors en France que 
deux correspondants , Carafa et Auber. Il fut 
décoré aussi de l'ordre de Saint-Grégoire-le- 
Grand. 

Victor de Lapommeraye est mort du typhus, 
au mois de janvier 1866, à Glatina, près de 
Bucharest (Valachie) (1). 

J. C — z. 

;1) D'une nature un peu capricieuse, un peu fantasque, 
{.apomnicraye ne savait point poursuivre un but prêci-, 
manquait de persistance dans les idées, et ni- pouvait 
s'astnindre à la lutte que tout artiste est appelé a sou- 
tenir. Son humeur vagabonde le portait tantôt ici, tantôt 



LAllDL\( V -JixF.s ) , amateur de 

musifjue, né vers 1780, mort, je crois, vers 1870, 
est l'auteur d'une notice sur François-André 
Danican-Pliiiidor, écrite à l'aide de ses souvenirs 
et des notes laissées par l'un des fiis de ce grand 
artiste, et insérée dans le Palnmcde (revue des 
échecs) de janvier 1847. Cette notice, intitulée : 
Philidor peint par lui-même , a été tirée à 
part (Paris, 1847, in-8° de IG p.). Lardin avait 
été l'ami de Grétry, et s'est plusieurs fois oc- 
cupé de ce grand homme. Sous cetitre : Inau- 
gxiration de la statue de Grétrij due au 
ciseau de Braelicleer, à la société de la 
Grande- Harmonie d'Anvers, le 19 août i8(î0 
Paris, Claye, 1860, in 8°), il publia sur lui 
trois piècesj de vers, d'ailleurs des plus mé- 
diocres. Sous le couvert de l'anonyme, il donna 
aussi la brochure suivante : Zémire et Azor, 
par Grétrij, quelques questions à propos de 
la nouvelle falsification de cet opéra (Paris , 
Moessard, 184G, in-8'' de 32 pp.). En 1842, il 
offrit à la Société libre de l'Émulation de Liège 
un volume in-4'^ manuscrit, ainsi intitulé -. Hom- 
mage à la mémoire de Grétrij, écrit et offert 
par Jules Lardin, propriétaire à Paris; ce 
manuscrit contient des stances, des cantates, des 
notes sur Grétry et ses œuvres, ainsi qu'un pro- 
jet de festival pour l'inauguiation de sa statue. 

LARDIXOIS ( ). Un artiste de ce nom 

a fait représenter sur le théâtre de Nancy, 
en '1864, un opéra-comique intitulé les Deux 
Clochettes. 

LARGIII (Desiderio), musicien italien du 
dix-huitième siècle, est l'auteur d'un traité de 
solfège ainsi intitulé : Il Modo di so/feggiare 
all'uso francese, introdotto nuovamente in 
Siena dal M. It. signore Fausio Fritielli , 
Sienne, 1744. On sait que Frittelli fit tous ses 
efforts pour introduire en Italie, où l'on solfiait 
encore par nuances, le système de la gamine de 
sept sons , dont l'usage s'était complètement 
généralisé en Fiance. L'ouvrage ci-dessus cité 
venait en aide à Frittelli. 

LA1LMA\DE (A ), est le nom d'un 

artiste qui, vers 18.35, était professeur d'iiar- 
monie, et qui, à la mort de Reicha, provoqua 



Ta, et il éparpillait sans profit et sans utilité des forces 
que son talent aurait pu rendre efficaces s'il avait su les 
diriger. Kn dernier lieu, les hasards d'une existence apitee 
l'avaient conduit à Bucharest, où il était devenu critique 
tnusic.il du journal la f'critc. C'est en ce p > ys que la m 'rt 
l'a surpris, plein de jeunesse et d'ardeur. Cet artiste, qui 
avait travaillé avec Carafa et Halévy, était le frère d'une 
aimable ctianfeuse.M'i* de Lapommeraye, quia appartenu 
pendant plusieurs années au personnel de l'Opéra, et de 
M. Henri de I apommeraye,l'un de nos critiques de théiltre 
les plus di.sliiigués — .\. r. 



76 



LARMANDE - LARUETTE 



rouveiture d'une souscription dans le iiul de 
faire frapper une médaille de bronze en l'honneur 
de ce compositeur. H publia, pour les élrennes 
de 1837, un album de si\ morceaux de chant, 
intitulé les Violettes, dont les paroles lui avaient 
été fournies par M'"'" >Mboyet. Je crois que c'est 
le même artiste qui, plus tard, ajusta les paroles 
françaises du recueil publié par l'éditeur Flaxland 
sous le tilre -. Échos d'AllemcKjne, ainsi que de 
la collection des 12 Duos de Meiidelssohn. 

LA ROCHE (M''-^ Rose DE), «laveciniste 
et compositeur pour son instrument, vivait dans 
la seconde moitié du dix-huitièuie siècle. Elle a 
publié diverses compositions , parmi lesquelles 
une suite de Sonates pour le clavecin (Paris, 
Benout), et un Concerto pour le même instru- 
ment, avec accompagnement d'orchestre (id., 
id.). 

* LARRIVEE (Marie-Jeanne), femme du 
fameux chanteur de ce nom, fut elle-même l'une 
des artistes les plus aimées du public de l'Opéra, 
où elle commença sa carrière sous le nom de 
M"^ Lemierre. Elle fut sur le point de quitter 
ce théâtre en 1759, par suite d'une prétention 
dans laquelle elle ne s'obslina pas. On remontait 
Amadis de Gaule, et M'*'-' Lemierre réclamait 
comme lui appartenant par son emploi le rôle 
d'Oriane, rôle Irès-dramalique, au-dessus de ses 
moyens physiques, et que l'administration voulait 
très-sagement confier à So[ihie Araould. m""^ Le- 
mierre prélendit qu'elle le jouerait, et qu'elle le 
jouerait à l'exclusion de toute autre, ou qu'elle 
quitterait le théâtre. Le récit de cette petite 
querelle se trouve tout au long dans le Mercure 
de France, qui, tout en se montrant très- 
sympathique au talent de m'"' Lemieire, disait 
à ce sujet : « Une voix enchanteresse, une figure 
charmante, une action noble et juste , de l'in- 
telligence et du sentiment, donnent à M"" Le- 
mierre le droit de prétendre à exceller dans 
tous les rôles gracieux et tendres. Mais ces sons 
brillants, ces cadences légères, celte douce séré- 
nité d'une physionomie riante ne semblent pas 
faits pour les rôles passionnés tels que celui 
d'Oiiane. » Elle finit par céder et par laisser ce 
rôle à So()hie Arnould ; mais elle voulut s'y 
essayer cependant , quelques mois plus tard, et 
n'y réussit que médiocrement. 

Sfi'ur du violoniste Lemierre, qui se lit un nom 
honorable et qui obtint de vifs succès au Con- 
cert spirituel, cette artiste fort distingué'C créa 
des rôles imporlanfs Aawa h'iiée et Lavinic, 
Léandreel tféro,Caneii(e, ErneUnde, V Union 
de V Amour et des Arts, et Céphole et l'm- 
cris. tlle était l'une des cantatrices les plus es- 
timées du Concert spirituel. Elle prit sa retraite 



en 1777, avec une pension de deux mille livres. 

L.MIUE (Pierhe), l'acteur d'orgues, exerçait 
sa profession à Paris dans la seconde moitié du 
dix-huitième siècle. On trouve son nom, à la 
date de 1767, dans des règlements de comptes 
de la corporation des faiseurs d'instruments dans 
un carton des Archives nationales. Pierre Larue 
vivait encore en l'Sb. Dans son livre : les Ins- 
truments à archet, M. Antoine Vidal cite un 
luthier du nom de Pierre Mathieu Larue, qui 
était « maître-juré comptable de la corporation 
des maîtres luthiers de la ville de Paris pour 
l'année 1767. » J'incline à croire que ces deux 
artistes n'en faisaient qu'un, et que M. Yidal, 
n'ayant pas eu d'autres renseignements et trompé 
par celte dénomination générale de luthiers , 
aura classé à tort Pierre Larue parmi les fai- 
seurs de violons, tandis qu'il était en réalité 
facteur d'orgues. 

* LARUETTE (Je\n-Loiis). Il faut joindre 
à la liste des ouvrages dramatiques de cet excel- 
lent artiste, Cendrillon , opéra-comique en 
deux actes, donné à l'Opéra-Comique le 21 
février 1759. Les auteurs de YHisioire de l'o- 
péra bouffon mentionnent une pièce intitulée 
la Fausse aventurière , représentée au même 
théâtre le 22 mars 17 J6, et pour laquelle 
Laruette avait écrit au moins un morceau impor- 
tant , le quatuor final. Je crois que plusieurs 
nuisiciens avaient pris part a cet ouvrage, mais 
aucun annaliste ne donne leurs noms, et celui 
de Laruette se trouve seul cité, pour ce morceau, 
dans l'écrit mentionné ci-dessus. 

LARUETTE (M^'^' VILLETTE, épouse), 
femme du précédent, fut une des plus célèbres 
actrices de la Comédie-Italienne, dont elle lit les 
délices pendant plus de quinze ans, après avoir 
ap!)arfenu au personnel de l'Opéra-Comique, 
puis à celui de l'Opéra. Née vers 1740, M"' Vil- 
lelte, douée d'une voix charmante et d'une jolie 
figure, débuta le 9 septembre 1758 à l'Opéra- 
Comique, où elle produisit un grand effet, ainsi 
qu'on peut le voir par ces paroles du Mercure 
de France : « Dans ce spectacle a paru jioiir la 
première fois iM""^ Villette, dont la voix brillante 
et flexible a produit la plus vive impression. C'est 
un talent acquis à l'Académie royale de musi- 
que. » En effet, peu de mois après, M"'' Villette 
paraissait sur la scène de rOjjéra, où elle n'était 
pas moins bien accueillie, et où elle jouait entre 
autres, avec beaucoup de succès, le rôle de. 
Colette du Devin du Villarje. Le 5 avril 1759, 
elle se faisait entendre au Concert spirituel , tou- 
jours avec le même bonheur, car le Mercure 
disait encore : « M""-' Villette a; débuté au 
Concert spirituel avec le même succès qu'à l'O- 



LARLETTE — LA SALLE 



77 



péra. Une voix juste, brillante et légère ne peut 
manquer <le réussir partout. » 

Toutefois, cette voix aimable et sympatiiique 
manquait un peu de puissance, et n'aurait pu 
sans dan;;or se condamner au régime meurtrier 
de l'Opéra. Après un séjour lie près de trois ans 
à ce Ihéàlre, après y avoir créé le rôle de 
l'Amour dans la Canente de Dauvergne, M^'"' Vil- 
lette entra à la Comédie-Italienne, où elle débuta 
le 7 septembre 1761 par le rôle de iNicette de 
Vile des Fous et celui de Zerbine de la Ser- 
vante maîtresse. « On ne peut, disaient les 
auteurs de Y Histoire de Voilera bouffon , 
paroitre avec plus de succès et jouir plus com- 
plètement des suffrages du public. La réussite 
que cette actrice avoit eue précédemment à 
l'Opéra dans le Devin du Village sembloit 
avoir marqué sa place sur ce théâtre et à la tète 
du nouveau genre (celui des pièces à ariettes). 
Elle a passé de bien loin nos espérances, chaque 
jour fait découvrir en elle de nouvelles perfec- 
tions. » 

Le fait est que la situation de la débutante 
devint en peu de temps prépondérante à la Comé- 
die-Italienne. Chanteuse d'un mérite reconnu 
de tous, elle devint rapidement une comédienne 
charmante, pleine de grâces, de charmes et de 
séductions, dont les auteurs s'empressèrent 
d'utiliser le talent. Devenue en 1763 l'épouse de 
Laruette, elle créa dans l'espace de seize ans 
environ plus de quarante rôles, dans cet emploi 
d'ingénuités et d'amoureuses qui convenait si 
bien à sa nature, et dans lequel, sous le double 
rapport du chant et du jeu scénique, elle déployait 
des qualités exquises. Parmi les ouvrages au 
succès desquels elle contribua pour sa bonne part, 
il faut citer surtout Rose et Colas, le Roi et le 
Fermier, Isabelle et Geririide, Tom Jones, 
la Clochette, le Bûcheron, Toinon et Toinc/te, 
les Sabots, Lucile, Sylvain, les Deux Avares, 
l'Amoureux de quinze ans, les Moissoniieurs, 
la Fée Urgèle , le Magnifique, l'École de la 
Jeunesse, les Deux Chasseurs et la Laitière, 
Alix et Alexis, Nanette et Lucas, la Servante 
justifiée, Julie, l'Ile sonnante, le Sorcier, le 
Gui de chêne, V Anneau perdu et retrouvé, 
les Pécheurs, etc., etc. 

Cependant, la santé deM"» Laruette était déli- 
cate, et la fatigue l'obligea de se retirer de bon- 
ne heure. Elle était à peine âgée de trente-huit 
ans lorsqu'elle crut devoir prendre sa retraite, à 
Pâques 1778. Son mari suivit son exemple l'an- 
née suivante, et tous deux, je crois, allèrent s'é- 
tablir en province. On sait que Laruette mourut 
à Toulouse en 1792, mais je n'ai pu découvrir 
Vépoque de la mort de M"' Laruette. Toutefois 



elle vivait encore en 1793, car en cette année 
elle était encore portée sur la liste des artistes 
auxquels la Comédie-Italienne servait une pension. 

LA SALETTE ( ), est l'auteur de l'é- 
crit suivant : />e/a_/?j;(^c' et de Vincariabililé 
des sons musicaux (Pdvïs, 1824, in-8). 

LASALLE (ÂLiîEUT DE),criti(|ue et historien 
musical, est né au Mans le 16 aoilt 1833. Après 
avoir lait à Paris de bonnes études littéraires, 
s'être fait recevoir bachelier ès-lettres et ès- 
sciences physiques et eu droit, M. de Lasalle se 
livra à l'étude de la nmsique, pour laquelle il 
avait un goût déterminé, se lança en même 
temps dans la carrière du journalisme, débuta 
en \Sbi dans {'Illustration, eldès l'année 1857, 
époque de la fondation du Monde illustré, se 
vit chargé de la critique musicale de cette revue, 
qu'il na jamais abandonnée depuis, tout en 
remplissant parfois le même office à d'autres 
recueils, entre autres à la Nouvelle Revue de 
-Pam. Successivement collaborateur de nombreux 
journaux, le Charivari, le Journal amusant, 
la Vie parisienne, le Moniteur universel, le 
Petit Moniteur, le Boulevard, la Chronique 
universelle, la Revue de France, M. de Lasalle 
trouva le temps néanmoins de mettre au jour 
diverses publications dont la musique était l'ob- 
jet. Travailleur consciencieux et écrivain spirituel, 
il sait allier la fantaisie de l'imagination au res- 
pect le plus scrupuleux de la vérité historique, et 
sous ce rapport il a donné, dans la littérature 
musicale actuelle, une note particulière, tantôt 
sérieuse, tantôt humoristique. 

Voici la liste des écrits relatifs à la musique 
publiés par M. Albert de Lasalle : 1° Histoire 
des Bouffes-Parisiens (Paris, librairie nouvelle, 
1860, in-32), petit volume qui retrace fidèlement 
l'historique des premières années de ce théâtre, 
avec un répertoire soigneusement annoté ; 2° la 
Musique à Paris (Paris, Morizot, 1863,in-12)^ 
en société avec M. Er. Thoinan(roy. ce nom), an- 
nuaire musical de l'année 1802, l'une des meil- 
leures et des plus solides publications de ce 
genre qui aient jamais été essayées en France ; 
T Meyerbeer, su biographie et le catalogue 
de ses œuvres (Paris, Dcntu, 186i, in-16 de 31 
pp.); i" Dictionnaire de la Musique appli- 
quée à l'amour {Purh, Làcro\\, 1808, in-12}, 
fantaisie tout aimable, à la suite de laquelle 
l'auteur donne, en appendice, la liste complète et 
annotée de tous les dictionnaires de musique pu- 
bliés en français; 5° la Musique pendant le siège 
de i'rt/i.v, impressions du moment et souvenirs 
anecdotiques sur la Marseillaise, le Rhin al- 
lemand, les Girondins, le Chant du départ, les 
chansons de la rue et du théâtre, la musique 



78 



LASALLE — LATILLA 



religieuse, les conceils de l'Opéra, les concerts au 
profit (les canons, les instrunionts de musique 
inililaire, etc. (Paris, Lacliaud, 1872, in-12); 
t" Les Treize Salles de l'Opéra (Paris, Sar- 
lorius, 1875, in-12), voluim» qui est à la 'fois 
une liistoire et une chroniiiuc de l'Opéra, d'a- 
près les salles que ce théâtre a successivement 
occupées ; 7" Mémorial du Thddtre-Lijrique, 
catalogue raisonné des cent quatre-vingt- 
deux opéras qui y ont été représentés depuis 
sa fondation jusqu'à l'incendie de sa salle 
du Chdtclet, avec des notes biographiques et 
hibliograpliiques (Paris, Lecuir, 1877, in-S"). 

M. Albert de Lassalle est l'un des collabora- 
teurs du supplément à la B'iugrap/iie univer- 
selle des Musiciens. 

LASEKK (C ), pianiste et compositeur 

allemand, vivait vraisemblablement dans la pie- 
mière moitié de ce siècle, puisqu'un grand nom- 
bre de ses compositions ont été écrites en so- 
ciété avec Frédéric-Auguste Kummer. LasekU a 
publié, entre autres œuvres ■.rAgitation,(\ud\.ao\- 
pour piano, violon, alto et violoncelle; la Chasse, 
grand duo concertant pour piano et violoncelle; 
concertino brillant pour piano, avec accompagne- 
ment d'orcbestre ; 3 morceaux détachés pour 
piano ; 3 morceaux de sentiment pour violoncel- 
le avec piano; 3 pensées, pièces fugitives pour 
piano ; plusieurs lieder avec accompagnement de 
piano. Avec Kummer, LaseUk a publié : Sonate 
dramatique pour piano, violon et violoncelle ; 9 
romances sentimentales pour piano et violoncel- 
le, en 3 livres ; Rhapsodie musicale pour piano 
et violoncelle ;enlin, diverses fantaisies pour les 
deux mêmes instruments. 

LASERXA (BL\s),clief d'orchestre et com- 
positeur espagnol du dix -huitième siècle, fut un 
artiste distingué. On ignore la date de sa nais- 
sance et celle de sa mort ; mais on sait qu'à la 
fin du siècle il occupait les fonctions de chef 
d'orchestre au théâtre de la Cruz, à Mailrid, et 
y donnait des preuves d'un véritable talent, il 
lit représenter à ce IhéAtre, tandis qu'il y tenait 
cet emploi, un opéra espagnol, /« Gilandlu por 
umor, qui fut acceuilli avec beaucoup defaveu/'. 
LASSABATIIIE (I'ukodoui:), administra- 
teur et historien du Cons::rvatoire de Paris, na- 
quit à Bordeaux le 13 aoi'it 1800. Il entra de 
bonne heure dans l'administration, et devint 
chef du bureau da?. théâtres au ministère de 
l'intérieur sous le gouMMiicmcnt de juillet. Sa 
collection de livres et île documents sur l'artdra- 
matique était l'une des plus riches et des plus 
précieu.ses (p.ii existassent à Paris. Le 1" août 
185i il était nommé administrateur du Conserva- 
toire, et après.avoir mis eu ordre les archives 



de cet établissement, qui auparavant étaient 
dans un assez fâcheux état, il utilisa les uiaté- 
riaux classés et coordonnés par lui, et en tira 
les éléments d'une Histoire du Conservatoire 
i)npérial de musique et de déclamation (Pa- 
ris, Lévy, 18G0, in- 12). Cet ouvrage, d'une lec- 
ture naturellement un peu sèche, mais d'ime 
utilité incontestable , aurait pu être fait avec 
plus de soin, et l'ordonnance |)ourrait enêtremeil- 
leure ; néanmoins, il est venu combler une véri- 
table lacune dans notre littérature musicale. 

Lassabathie est mort à Paris, à la maison 
municipale de santé, le 5 décembre 1S71. 

* LASSEN (Edouard), pianiste et composi- 
teur (1). Les œuvres de cet artiste se sont 
accrues d'une façon considérable depuis la pu- 
blication de la notice qui lui a été consacrée dans 
la Biograph'ie universelle des Musiciens. On 
peut citer (larticulièrement: l" Le Captif, o[)éra; 
2" Œdipe roi , musique sur la tragédie de So- 
phocle, exécutée à lénaau mois de mars 18G8 ; 
3'^ musique symphonique et chorale pour les deux 
parties du Faust, de Gœthe, exécutée avec un 
grand succès à AVeimar, au mois de mai 1876 ; 
4" Te Deum ;b" musique pour les Aiebclungen, 
trilogie dellebbel, exécutée avec succès en Al- 
lemagne ; G" Symphonie en ré ; 1° 56 lieder, for- 
mant onze recueils ; 8" Phantasiestuke pour 
violoncelle et basson, avec accompagnement de 
piano, op. iS; 9" enliu, plusieurs autres sym- 
phonies, des cantates, des ouvertures, et des 
transcriptions pour le piano. 

LASSERNE (L ), violoniste qui vivait 

dans le milieu du dix-huitième siècle, a pultlié 
un livre de sonates à violon seul avec basse 
continue, œuvre l''' (Paris, Boivin, in-f"). 

LATASTE (LoDoïs), compositeur, a publié 
quekpies mélodies vocales, et a fait représenter 
au théâtre Napoléon, de Bordeaux, le 28 mars 
1868, une opérette en un acte intitulée : Quand 
les chats n'y sont pas. 

* LATILL.\. (Gaetano).A la liste des œuvres 
de ce gran<l artiste, il faut joindre les suivantes, 
qui sont conservées dans les Archives du Con- 
servatoire de Naples : 1° Anligone, opéra sérieux 
en 3 actes, représenté au théâtre San- Carlo, 
de Naples, en 1775 ; 2" une série de sept mor- 
ceaux pour voix de soprano, avec ace. de qua- 
tuor d'instruments à cordes ; 3" solfège pour so- 
prano, avec acc.de piano. Les quatre opéras'dont 
les litres suivent n'ont pas été compris non plus 



(1) Danois d'origine et ne à Copenliague, M. Lasscii lut 
amène fort jeune à lîriixclles par .ses parents, qui se 
lircnl naturaliser belges. Il est fi\c depuis longtemps en 
Alicujasne. 



LATILLA — LAUGEL 



79 



dans !a nomenclature do ses productions drama- 
tiques : 4° Li Marile. a forza, Naples, lii. des 
Fiorentini, \7,i?. ; 5" lo Sposo senza moglie, 
id, tii. Nuovo, 1736; G" il Glsmondn,u\.,th. 
des Fiorentini, 1737; '"il Barone di Vigaulim- 
ga, id., th. Nuovo, 1747. 

LATISOIJE (Fr.uDiNAND), est auteur d'un 
écrit dont le titre seul indique i'inuliiilé : La 
Musique des couleurs, théorie de i application 
des couleurs du spectre solaire à la représen- 
tation des intervalles musicaux, Paris, impr. 
Simon Raçon, 1807, in- 8. 

* LAUlî (Ferdinand), violoniste fort re- 
marquable, est mort à Gries, près Bozen, le 17 
mars 1875. Cet artiste, qui s était fait entendre 
dans les principales villes d'Europe, et notam- 
ment à Paris , avec un très-grand succès, avait 
été nommé professeur au Conservatoire de Mos- 
cou. 11 s'était démis de ses fonctions en 1873 
pour se retirera Gries, afin d'y soigner sa santé 
fortement ébranlée. C'est là qu'il est mort, âgé 
seulement de quarante-trois ans. 

LAUDAMO (AiNTONio), compositeur drama- 
tique, né à Messine au mois d'octobre 1814, lit 
ses études musicales en cette ville, où il eut suc- 
cessivement pour maître Jean Walter, Platone 
et Giuseppe Mosca. Il fit ses débuts de composi- 
teur en faisant exécuter en 1829, à l'un des théâ- 
tres de Messine, une grande ouverture, qui fut 
bientôt suivie d'un opéra intitulé gli Amori di 
due selcaggi et d'une cantate pour l'avènement 
au trône du roi Ferdinand II. M. Laudamo, qui 
paraît doué d'nne grande facilité de production, 
donna ensuite : .Arff/a, regina di Caria (ISZ'Î) ; 
une Cantate funèbre \m\ir la mort de Bellini (9 
novembre 1835); Ettore Fieramosca (1839) ; 
un Fiasco alla moda (1842), opéra bouffe qui 
eut vingt-trois représentation consécutives ; Cla- 
rice Visconli (1845) ; Erna^i in conlumacia 
(1849); Calerina Howard (1857). Outre ces ou- 
vrages importants, M. Laudamo a encore écrit 
et fait exécuter 5 cantates, 4 dialogues dramati- 
ques, un hymme national, une grande ouverture 
héroïque, un ballet-pantomime, une marche funè- 
bre, diverses compositions vocales, et ungrami 
nombre d'œuvrcs de musique sacrée pour le ser- 
vice de la chapelle municipale, dont il est directeur 
depuis 18Ô.J. Cet artiste est professeur de chant 
choral à l'Ecole normale de Messine. 

LAUGEL (Algi'ste), philosophe, savant et 
écrivain français, est l'auteur d'un livre ainsi 
intitidé : La Voix, l'oreille et la musique (Piiri^, 
Germer-Baillière, 18G7,in-12), dans lequelil s'est 
attaché à résumer d'une façon précise, exacte 
et intéressante, les doctrines nouvelles et les 
découvertes fécondes du grand physicien Helm- 



hol!/ (roy.cenpin), que M.Georges Guéroult de- 
vait faire connaître complètement l'année suivante 
eu donnant une traduction du fiimeux ouvrage 
de ce savant. Toute la première partie du livre 
de M. Laurel, dans laquelle il expose les faits mis 
en vue par M. lielmlioltz et analyse son systè- 
me, est excellente de tout point, et remarquable 
par sa clarté ; il n'en est pas de même de la se- 
conde, où l'auteur, voulant abuider à sou point 
de vue personnel des questions purement mu- 
sicales, trahit son inexpérience en ces matières, 
se livre à des écarts dangereux et commet de 
fâcheuses erreurs ; les chapitres qui traitent des 
gammes, de la mélodie, de l'harmonie, des ca- 
ractères delà musique, montrent trop, en effet, 
que M. Laugel s'avance sur un terrain qui lui 
est inconnu, et l'écrivain parcourt cette voie qui 
lui est étrangère sans paraître même se douter 
des dangers qu'il court et des périls auxquels il 
s'expose. 

M. Laugel, véritablement, n'est pas heureux 
lorsque, quittant le domaine de la physique, qui 
lui est familier, il veut empiéter sur celui de la 
musique , où il se perd de la façon la plus com- 
plète; il lui arrive même, en voulant entremêler 
les deux choses, de méconnaître le sens des mots 
et de parler une langue absolument inintelligible. 
Je demande, par exemple, quel est l'homme, 
musicien ou non, qui comprendra un traître 
mot à l'étrange théorie que voici : « Quand deux 
notes, très-voisines, sans être à l'unisson (1), 
vibrent ensemble, on entend comme un pe- 
tit murmure ou roulement régulier, provenant 
des alternatives i)ériodiques de force et de fai- 
blesse du son. Ces alternatives, nommées batte- 
ments, fournissent les moyens de mesurer, en 
quelque sorte, la pureté d'un intervalle ; le se- 
cret du déplaisir, du laid musical gît dans les 
battements; l'art du musicien doit donc consister 
à les éviter; il doit surtout redouter les combi- 
naisons qui font naître de trente à quarante 
battements par seconde. >- Je délie bien qui que 
ce soit de m'expliquer ce que l'auteur a voulu 
dire ici, et de tirer de ces lignes l'apparence 
même d'un axiome musical. iM. Laugel ignoi-e 
sans doute que, 'étant donnée la conslitutiou du 
système musical moderne, il n'y a pas d'in- 
tervalle qui ne puisse être employé, ou,' pour 
parler comme lui, il n'y a pas de voisinage de 

(I) Une peut pas y avoir d'à peu prés dans des ques- 
tions de ce genre, et il faudrait .ju moins indiquer d'une 
façon précise le dcj^ré de voisinage, ou, si l'on veut, de 
rapprocliement de ces deux notes. Formeront-elles entre 
elles deux un intervalle de seconde mineure, ou de se- 
conde majeure, ou de seconde augmentée ? Les musiciens 
conviendront avec moi que la question vaut la peine 
d'Otrc posée. 



80 



LAUGEL — LAUTERBACH 



notes si étroit i]ni ne puisse se produire d'une 
façon agréable ;\ loi eillo -, tout dépend des mo) ens 
employés pour l'amener, pour le produire et |)our 
le faire disparaître, en d'autres termes (c;ir il 
est éviilent que, dans l'esprit de M. Laugel, il 
s'agit de dissonance), tout dépend de la faroii 
de préparer, d'accompagner et de résoudre la 
dissonance. M. Laugel n'est pas plus heureux 
lorsque, dans sa prélace, il imprime sérieu- 
sement les choses que voici : « L'harmonie, 
c'est-à-dire le mariage des consonances et des 
accords (?), la pohpiionie des instruments et des 
voix, n'est point le caractère des musiques 
primitives ; il n'y a point d'harmonie véritable 
dans les concerts ou un thème mélodique est 
simplement renforcé ou soutenu par des unis- 
sons, des basses pédales {!), des sourdines (!!), 
dont le murmnie monotone échappe à la me- 
sure et au rhythme (!!!) » 

Il est impossible de discuter avec un écrivain 
qui fait entrer le rhylhme dans l'harmonie, et 
qui présente les sourdines comme un élément 
sonore ! Mais ceci prouve, une fois de plus, 
combien il est dangereux de vouloir parler mu- 
sique quand on n'est pas musicien, et démontre 
à quel point les hommes les plus instruits et les 
plus intelligents peuvent ignorer jusqu'aux plus 
simples éléments d'un art dont ils ont, pour- 
tant, la prétention (rex|)liquer les phénomè- 
nes. 

LAURENT DEIllLLÉ (François-Anato- 
u;), compositeur, né à Orléans en 1828, com- 
mença d'abord par étudier la peinture, se tour- 
na ensuite du côté de l'art musical, et ht son 
éducation d'abord avec un maître italien nommé 
Comoghio, puis avec El^vart. Il s'occupa de 
bonne heure de toutes les questions relatives au 
chant populaire, devint inspecteur de l'ensei- 
gnement du chant dans les lycées et les écoles 
normales, et écrivit un grand nombre de chœurs 
orphéoniques qui se faisaient remarquer par de 
réelles qualités de rlivtbme et de facture et dont 
la plupart obtinrent une véritable vogue-, le 
nombre de ses compositions en ce genre s'élève 
à beaucoup plus d'une centaine, et il faut 
citer surtout, i)armi ses choeurs les plus réussis : 
JSoël, les Martyrs aux Arènes, la Noce de 
village, les Buveurs, le Chant des Travail- 
leurs, la SuinI- Hubert, lu Révolte à Mem- 
pfiis, le Soir, la Jlclraile, les Fils iVEgijpIc, 
l'Orphéon en voyage, le Départ du Jtégiment, 
Hymne à sainte Cécile, les Ruines de Gaza, 
les Bdlleurs de blé, les Enfants du Pécheur, 
le Carillon de Dunkcrque, l'Océan, le Par- 
don d'Auray, les Enfants de Cayant,. Pa- 
irie, Marche hongroise, les Gondoliers, Mal- 



brough, les Archers de Louis XI, Prière a la 
Vierge, etc. 

M. Laurent de Rillé a travaillé aussi pour le 
théâtre, et a fait représenter sur les petites 
scènes de Paris un certain nombre d'opérettes 
dont voici la liste : 1" Trilby, un acte, Folies- 
Nouvelles, 1857; 2° Aimé pour lui-même, \A., 
id., 1857 ; — .3" Bel-Boul, id., id., 1857 ; — 
4" le Jugement de Paris, id., id., 1857 ; — 5" 
Achille à Scyros, id., id., 185S -, — 6° le Mou- 
lin de Catherine, iil., id., 1858 ; — 7" la De- 
moiselle de la Hoclietrontblon, id., id., 1858 ou 
1859 ; — 8" le Sultan M ysapouf id., id., 1859 ; 

— 9» Frasquita, id.. Bouffes- Parisiens, 1859; 

— 10° Au fond du verre, un acte, théâtre de 
Bade; — II" le Petit-Poucet, 3 actes et 4 
tableaux, Athénée, 8 octobre 1868;— 12" Pat- 
tes blanches, \ acte, Bouffes-Parisiens, 1873; 

— 13" la Liqueur d'or, 3 actes, th. des Me- 
nus-Plaisirs, 11 décembre 1873; — ii" Babiole, 
3 actes, Bouffes- Parisiens, 16 janvier 1878. Il 
faut ajouter à cela la Part à Dieu, opérette en 
un acte non représentée, mais publiée dans le 
journal le Magasin des Demoiselles, et une can- 
tate oflicielle, 1867, exécutée à rOpéra-Comi- 
que le 15 août 1867. 

Cet artiste, de qui l'on connaît diverses mélodies 
vocales, l'Ange gardien, les Cloches du soir, la 
Barcarolle, V Hirondelle, Isaure, Venise, l'Es- 
clave blanche, s'est encore exercé dans la 
musique religieuse, et a publié : 1° Messe brève 
facile à deux voix égales, avec accompagnement 
d'orgue ad libitum ; 1" Messe à 2 ou 4 voix, avec 
accompagnement d'orgue ; 3° Messe à l'unisson, 
avec accompagnement d'orgue ou de fanfare; 
4° Messe à 3 voix, avec accompagnement d'or- 
gue obligé ; 5° Messe des Orphéons français à 4 
voix, avec accompagnement d'orgue ad libitum; 
6" Salut, vierge Marie, cantique pour 3 voix 
de femmes, avec accompagnement d'orgue. On 
lui doit aussi un recueil de Morceaux de chant, 
à une, deux ou trois voix, composés ou choisis 
pour les cours de chant des lycées impériaux, 
des écoles normales et des écoles primaires 
(Paris, 1870, petit in-8), une sorte de petit ro- 
man musical, intitulé Olivier V orphéoniste (Pa- 
ris, Hachette, in-r.'.), un rt^cueil iV Exercices de 
chant choral pour les Orphéons et les socié- 
tés chorales, en \ ptuties (Paris, Chabal),et \\i\ 
manuel intitulé : /J»c/ir/H/ c//o/o'/( Paris, Per- 
rotin, in-18). M. Laurent de Rillé est chevalier 
de la Légion d'honneur. 

LAUTEIlHACIl (JEVN-CniusToi-nE), violo- 
niste, né le 2 i juillet 1832 à Cuimbach, en Bavière, 
a fait une partie de ses éludes musicales au Con- 
servatoire de Bruxelles, où il devint l'élève de 



LAUÏERBACH — LA VIGNE 



81 



Charles deBériotetdeM. Léonard. Dès 1853, il 
se faisait remarquer, en cette ville, par les rares 
qualités qu'il apportait dans l'exécution de la mu- 
sique de chamhre. L'année suivante il retournait 
dans sa patrie, et devenait, à Munich, violon- 
solo de la musique royale ot professeur au Con- 
servatoire. A lamort deLi|)inski, en 1801,11 était 
appelé à Dresde pour y tenir le double emploi de 
violon-solo et declief d'orchestre. Il fonda en celte 
ville, à cette' époque, une société de quatuors 
composée de MM. llullweck, Goung, Griitzma- 
cher et de lui-même, société dont l'ensemble 
était des plus remarquables. M. Lauterbach 
est encore aujourd'hui fixé à Dresde, et rem- 
plit les fonctions de professeur au Conservatoire 
de cette ville. Cette situation ne l'a pas empê- 
ché d'entreprendre plusieurs grands voyages ar- 
tistiques, et de se faire entendre successivement 
en France, en Belgique, en Hollande, en Alle- 
magne, en Autriche et en Angleterre. Cet artiste 
distingué a écrit pour le violon divers mor- 
ceaux qui ont paru à flambourg, à NYurz- 
bourget à Leipzig. 

* LA"VAII\E (Ferdinand). Aux ouvrages 
dramatiques que ce compositeur avait fait repré- 
senter sur le théâtre de Lille, il faut ajouter Né- 
rida, opéra-comique en 3 actes, joué en 1800, 
et une canlate exécutée le 26 août 1867, lors des 
fêtes patriotiques qui eurent lieu pour célébrer 
l'anniversaire delà réunion de Lille à la France. 

Au nombre des compositions les plus impor- 
tantes qui ont été publiées par M. Lavaine, il 
faut citer les suivantes : la Fuite en Egypte, 
oratorio en deux parties, op. 20, Lille, Bohem ; 
Te deum à 4 voix et orchestre, op. 52, Paris, 
Rithault; Ouverture de la Mort du Tasse, 
Paris, Catelin ; Quintette (en mi bénol) pour piano 
violon, alto, violoncelle et contrebasse, o|). oo, 
Paris, Launer ; 3 Trios pour piano, violon et 
violoncelle (en mi majeur, fa mineur et 5oZ ma- 
jeur), op. 57, 58 et 59, Paris, Launer; Fantai- 
sie dramatique pour piano, op. 14, Lille, Bohein. 

Un fds de cet artiste, Ferdinand Lavaine, 
musicien aussi et qui promettait de devenir un 
compositeur distingué, est mort le 19 janvier 
1874, à ueine âgé de trente ans. 

LAVALLEl'E (Edouard), écrivain belge, 
né à Liège le 17 avril 1811, mort en cette villeau 
mois de septembre 1869, est l'auteur de deux 
opuscules relatifs à la musique : r Documents 
inédits sur la création d'une École de musi- 
que à Liège en 1798, Liège, Carnianne, 1859, 
in-8°; 2" Essais de biographies liégeoises. Les 
Ilamal, Liège, Renard, 1860, in-8". Lavalleye 
était professeur à l'Université de sa ville natale. 

LA VALLIÈRE ( ), professeur et 

EIOCR. I3MV. DF.S MU6ICIENS. SL'PIL. — T. 



compositeur, connu sous le nom dei^a Vallière 
l'ainë ,^ivaità Paris dans la seconde moitié du 
dix-huitième siècle. Il a publié un certain nombre 
décompositions, parmi lesquelles je ne puisciter 
que celle qui porte le onzième numéro d'auivre; 
en voici le titre complet : « Six sonates en duo 
pour le tambourin, accompagnées d'un violon 
seul, dédiées à M. le comte de la Blache, maré- 
chal de camp des armées du roi, par M. La Val- 
lière l'aîné, maître de musique et de tambourin, 
onzième o'uvre. Elles peuvent s'exécuter sur le 
violon, flûte, hautbois, clarinette, par -dessus 
de viole, mandoline, guitare, et sur la vielle 
et musette, en les transposant en sol-ut. La qua- 
trième et la cinquième peuvent se jouer à deux 
(lûtes de tambourin. » 

LAVAZZA. Deux luthiers de ce nom, A7i- 
tonio-Maria Lavazza, et Santino Lavazza, 
vivaient à Milan dans les premières années du 
dix-huitième siècle. Dans son livre : les Instru- 
ments à archet, M. Antoine Vidal reproduit 
une étiquette de chacun de ces deux artistes • 
celle d'Antonio Maria est datée de 1708, et celle 
de Santino de 1718. 

LAVELLO(Rodolphe), pianiste et composi- 
teur, a fait représenterau Grand-Théâtre de Mar- 
seille, le 13 avril 1859, un opéra-comique en un 
acte intitulé : // n'est point de laides amours. 
Cet artiste a ré.sidé successivement à Nîmes et 
à Marseille, où il s'est voué quelque temps à 
l'enseignement, et a publié divers morceaux de 
genre pour le piano. al. R— d. 

*LAVIG.\A (Vincent). Cet artiste remplis- 
sait, dès l'année 1809, l'emploi de maestro al 
cembalo au théâtre de la Scala, de Milan ; il 
occupait encore ces fonctions en 1829. Outre ses 
opéras, il a écrit pour ce théâtre la musique de 
deux ballets : Gengis-Kan, 1802, et Emilio e 
Carolina, 1804. On lui doit aussi une farsa en 
un acte, le Metamorfosi, qui fut donnée sur le 
théàlre de la Fenice, de Venise, au printemps de 
1807. 

LAV1GI\E(Jacqies-Émile), chanteur fran- 
çais, né à Pau en 1782, commença sa carrière en 
province, puis vintdébuteràrOpéra,le 2 mail809 
par le rôle d'Achille dans //j/iij/éji^e en Auiide, 
et joua successivement Polynice dans Œdipe à 
Colone, Admète dans Alcesle, et Orphée. Il fut 
très-bien accueilli dès les premiers jours, et ob- 
tint personnellement un très-grand uccès dans 
un médiocre opéra de Peisuis, la Jérusalem 
délivrée. « Il serait impardonnable, disait à ce 
sujet un écrivain (Opinion du Parterre, 1813), 
d'oublier les nouveaux titres que le jeune Lavi- 
gne vient d'acquérir à la faveur publique. Le rôle 
de Tancrède, dans la Jérusalem délivrée, lui 



82 



LAYIGNE 



a fait le plus grand honneur; sa place, jusqu'a- 
lors incertaine, est actuellement assui^^ parmi 
les sujets les plus dislingnt^s de ce Ihéàlre, 
et pour sa réputation, il peut dater de la pre- 
mière représentation de ce poème. » 

Lavigne était doué d'un très-beau physique, 
et sa voix, sonore et vigoureuse, était remar- 
quable par son beau timbre et sa solidité. 11 
donnait sans faiblir non-seulemeut Vut, mais le 
l'é lie poitrine à pleins poumons. On lui aurait 
seulement désiré une éducation musicale plus 
complète, et parfois un peu plus de goût dans sa 
manière de chanter. Les rôles principaux <]U*il 
a créés à l'Opéra sont ceux de Gonzalve de Cor- 
doue dans les Abeucérages, d'Âlcibiade dans 
Alcibiade solïluire, et de iMars dans les Dieux 
rivaux. Lavigne ne tint jamais le grand em- 
ploi, qui était alors occupé par ^'ourrit; mais 
il brilla dans un rang secondaire, qui d'ailleurs 
ne rempêciiait pas déjouer des rôles fort impor- 
tants. Il obtenait surtout d'immenses succès en 
province, lorsqu'il y allait donner des représen- 
tations, et il y faisait littéralement fureur. Cet 
artiste prit sa retraite en 182 j, et alla se retirer à 
Pau, sa ville natale. Je crois qu'il y est mort en 
1855. 

La puissance remarquable et l'élonnante sono- 
rité de sa voix avaient fait surnommer Lavigne 
l'Hercule du chant. Il n'était pas médiocrement 
lier de ce titre, comme on va le voir par la lettre 
suivante, chef-d'œuvre de sottise et de vanité, 
qu"il adressait d'.Vmsterdam à son camarade 
Dabadie, de l'Opéra, le 21 juin 1821, et qui fut 
publiée par le Miroir du 30 : — « Mon fils m'é- 
crit, et sa lettre est remplie de rapsodies con- 
cernant l'Opéra ; il me dit tenir de vous que 
V administration est pénétrée que je n'ai plus 
de voix, et qu'à peine je pourrais finir un 
premier acte d'opéra sans courir la chance 
d'être sifflé. Quelle honte pour les hommes ! Qui 
croirait à un |)areil assemblage de perfidies, de 
nipsodics etde platitudes, prétextes pour m'éloi- 
gner encore de cet établissement. Est-ce (jue 
mes succès, naguère obtenus en France, à Bruxel- 
les, dans la Belgique et en Hollande, sont déjà 
oubliés, même de mes ennemis .? Qu'ils sachent, 
ces gens méchants, que je méprise souverainement 
leur basse conduite et leur insolente fierté, (]u'ils 
n'exercent contre moi que parce ([ue je suis éloi- 
gné d'eux. Justice me sera rendue, ou je me la 
rendrai inoi-inème. Cette époque n'est pas éloi- 
gnée, où jepaiailrai à leurs yeux pour les forcer 
à s'abaisser devant moi Je les forcerai à paraître 
dans la lice pour être jugés, comme les gladia- 
teurs qui se présentaient dans l'arène. Nous ver- 
rous alors il qui le peuple décernera lacouroiuie. 



Car enfin il en faut finir avec tous cespygmées. 
La plus grande preuve d'intérêt et d'amitié que 
vous puissiez me donner est celle de lire.ma let- 
tre au foyer de l'Opéra; que les prétendants s'ins- 
crivent pour lutter avec moi, qu'ils indiquent 
l'époque et l'ouvrage dans lequel ils veulentcon- 
courir. Je suis prêt à me lancer dans l'arène. .^ 
lettre vue, je me rendrai à Paris, vous pouvez 
même faire connaître mes intentions à l'adminis- 
tration de l'Académie de musique; je vous auto- 
rise même à leur montrer ma lettre. Je dis plus; 
si vous êtes bon ami, bon compatriote et tou- 
jours honnête homme, vous devez, pour l'hon- 
neur de cette portion de la patrie à qui vous de- 
vez le jour et oii je reçus ma naissance, vous de- 
vez, dis-je, demander réparation de l'affront 
qu'on a voulu faire à un homme de votre pays,^ 
qui a autant d'honneur que de talent. Montrez 
ma lettre à tout Paris, que l'Opéra même la fasse 
consigner dans les journaux, mais que les préten- 
dants passés, présens et futurs se présentent; ce- 
lui qui refusera la partie devra être taxé de (Zro- 
/p, de /««/V/roH, enfin de tous les termes qui 
constituent l'homme lâche et ignorant. J'attends 
votre réponse Sans voix! Les lâ- 
ches, d'oser ainsi parler d^V Hercule du chant! 
Si je suis votre ami, vous m'en donnerez une 
preuve, en donnant de la publicité à ma lettre ; 
j'en garde une copie, elle pourra me servir au 
besoin. — Votre ami et compatriote, L.wigne. » 
Une autre lettre, plus utile à sa renommée 
que la précédente, est celle-ci, que Spontini 
adressait à Lavigne au lendemain d'une reprise 
de Fernand Cariez, le 19 juillet 1817 -. — « En 
partant pour la campagne, je ne veux pas, mon 
cher Lavigne, ne pas vous réitérer par écrit com- 
bien je suis sensible à tout le zèle que vous avez 
mis à remplir le rôle de Fernand Cortez, dans 
un moment bien funeste et douloureux pour vous. 
Ma satisfaction est égale à celle du public, qui 
comme moi vous l'a témoignée au-delà de vos 
es|)érances, et pour le sacrifice que vous nous 
avez fait et pour le talent très-distingué que vou& 
avez déployé dans cet ouvrage. Certes que vous 
ne pouviez pas mieux répondre à mes instances, 
dans une aussi pénible circontance, à celles de 
l'administration et à nos désirs. C'est amsi qu'en 
remplissant honorablement vos devoirs, vous as- 
siMcz une stabilité bien méritée à votre réputa- 
tion théâtrale. C'est en continuant ainsi que vou.s^ 
pourrez maintenir en votre faveur la bienveil- 
lance de l'autorité et la protection éclairée de 
S. Exe. le ministre de la maison du Roi, qui n'a 
ignoré aucune des circontances de votre con- 
duite, à l'égard de la mise en scène de Cortez, 
et qui a daigné m'en témoigner pour vous sa 



LAVIGNE — LAWROWSKY 



83 



satisfaction particulière. Recevez, je vous prie, 
mon- cher Lavigne, ce témoignage sincère de mon 
eslimeet Je moiiatfacliement. — Spontini. » 

D'aiioni employé en qualité de sous-ciiefà la 
direction des droits-réunis de Bordeaux, Lavi- 
gne s'était fait en cette ville une réputation de 
cliaiitenr amateur. On peut croire, d'après les 
éloges de S|)ontini, qu'il était devenu à Paris un 
véritable artiste. 

LA YILLEMARQUÉ (Tuéodoke-Claude- 
Henri IIERSARTDE), littérateur et éni - 
dit français, membre de l'Institut, est né en Bre- 
tagne le 6 juillet 1815. M. de La Villeiiiarqué 
s'est fait connaître par la publication de plu- 
sieurs ouvrages sur la langue et la littéra- 
ture bretonnes ; parmi eux nous citerons 
celui intitulé : Chants populaires de la Breta- 
gne {Barzaz-Breiz) , recueillis et publiés avec 
une traduction française, des arguments, des 
notes, et les mélodies originales. La première 
édition de cet ouvrage intéressant a paru en 
1839 (2 vol. in-8); la quatrième a été publiée 
en 1846 (2 vol. in-12). Cette dernière était aug- 
mentée de trente-trois nouvelles ballades his- 
toriques. 

LAVOIX(Hi:.NRi), écrivain sur la musique, 
est né en 1846. Fils d'un employé au cabinet des 
médailles delà Bibliothèque nationale, lui-même 
entra, après avoir fait de bonnes études, comme 
employé au déparlement des imprimés du môme 
établissement, en 1866. Doué d'un goiH naturel 
pour la musique, il étudia le contrepoint et 
l'harmonie avec M. Henri Cohen {Voyez ce 
nom), et se livra bientôt à des recherches histo- 
riques intéressantes sur cet art. Il devint, pour 
ces questions spéciales, collaborateur de divers 
journaux, leMomle artiste, la Revue nationale 
et étrangère, la Gazette musicale, la Revue 
de France, la Chronique musicale, etc., et 
publia quelques travaux qui se font remarquer 
par leur caractère ingénieux et par la solidité 
des informations : 1" les Traducteurs de Sfia- 
licspeare en musique (Paris, Liepmannssohn, 
1869, in-8 de 32 pp.); 2° la Musique dans la na- 
ture (Paris, Pottier de Lalaine, 1873, in-8" de 78 
pp.); 3° la Musique dans Vtjviagerie du moyen- 
âge (id., id'., 1875, in-8 de 48 pp.). En 1875, l'A- 
cadémie des Beaux-Arts, qui avait mis au con- 
cours un Mémoire .sur l'histoire de l'instrumenta- 
tion depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, a 
accordé deux mentions aux deux travaux présen- 
tés sur ce sujet par MM. Henri Lavoixet Wecker- 
lin. 

LAVOYE (Anne-Benoîte-Louise), chan- 
teuse et comédienne distinguée, née à Dunker- 
quc (Nord), le 28 juin 1823, fut admise dès l'âge 



de treize ans, le 8 octobre 1836, au Conserva- 
toire de Paris, oii elle devint l'élève de M'"*" Da- 
moreau. Elle y fit île très-bonnes études, obtint 
un second prix de çhanl en 1839, le premier 
l'année suivante, et remporta le premier prix 
d'opéra-comi(iue en 1S42. Engagée, à la suite de 
ces succès d'école, au théâtre de l'Opéra-Comi- 
que, elle y débuta en 1843 dans V Ambassadrice, 
et fut accueillie avec faveur et sympathie par 
le public. Bientôt elle .se vit chargée de créations 
importantes, dans Sultana, le Caquet du Cou- 
vent, le Bouquet de Vin faute, il Signor Pas- 
cariello. Ne touchez pas à la Reine; mais les 
rôles qui lui tirent le plus d'honneur furent ceux 
d'Haydée dans l'opéra de ce nom, de Zerbina 
dans la Sirène, de Thérèse dans le Ménétrier, 
de Georgette dans le Val d'' Andorre, et surtout 
l'adoralde rôle d'Alhénais de Solanges dans les 
Mousquetaires de la Reine. Sa voix fraîche et 
|)ure, sa vocalisation nette et hardie, son intelli- 
gence de la scène, son élégance et sa giâce valu- 
rent à M"" Lavoye , pendant plusieurs; années, 
des succès incontestables et répétés. En dehors 
de ses créations, elle se montra aussi avec avan- 
tage dans plusieurs rôles du répertoire courant, et 
joua ainsi le Domino noir, la Part dudioble, 
les Diamants de la Couronne, et divers au- 
tres ouvrages. Pourtant, malgré l'excellent ac- 
cueil qu'elle recevait chaque jour du public de 
l'Opéra-Comique, M"'' Lavoye, j'ignore pour 
quelles raisons, ne resta pas à ce tliéàtie. Vers 
1850, elle quitta Paris, et s'en alla, dans diverses 
grandes villes de la province ou de l'étranger, te- 
nir l'emploi des piemières chanteuses légères 
d'opéra et d'opéra-comique, se produisant suc- 
cessivement à Genève, Bruxelles, Marseille, 
Lyon, Bordeaux et Rouen. Depuis assez long- 
temps déjà, je crois qu'elle est tout à fait reti- 
rée du théâtre. 

Une sœur de cette artiste, M'^^ Marie- H ip- 
polyle-Antoinette Lavoye, née à Dunkerque le 
21 septembre 1828, a fait aussi son éducation au 
Conservatoire de Paris, où elle a obtenu, en 
1845, un second prix d'opéra-comiipie. Elle a 
suivi obscurément la carrière du Ihéàtre. Enliii, 
un frère de ces deux cantatrices, musicien aussi, 
a suivi au Conservatoire la classe de trombone. 

LAVVROWSKY (Elisabeth), chanteuse 
russe distinguée, née vers 1848, a fait son édu- 
cation musicale au Conservatoire de Saint-Péters- 
bourg, où elle a été élève de la célèbre canta- 
trice M"« Nissen-Saloman. Douée d'une voix de 
mezzo-soprano très-étendue, très-bieu timbrée, 
à qui elle avait su donner les qualités d'un style 
très-pur, elle parut au théâtre Marie, de Saint- 
Pétersbourg (Opéra national russe), aussitôt ses 



84 



LA^VRO^YSlvY — LEAL 



éludes lermiaées, et débuta, au mois de février 
1868, dans la Vie pour te tsar, avec un succès 
d'autant plus considérable qu'elle était la première 
élève du Conservatoire qui se présentait sur cette 
scène nationale. Elle fut aussitôt engagée pour 
deux années, et se montra avec le même bonheur 
dans Orphée et plusieurs autres ouvrages du ré- 
pertoire. Elle commençait à acquérir une situa- 
tion artistique et une véritable autorité sur le 
public, lorsque l'andiilion lui tourna la tête et lui 
lit abandonner cette position. Persuadée qu'elle 
était destinée à faire événement en Europe et 
qu'elle n'aurait qu'à choisir entre les scènes ita- 
liennes les plus renommées, elle refusa, en 1872, 
de renouveler son engagement avec le tliéàtre 
Marie, et donna dans la salle de la noblesse, en 
manière d'adieu au public de Saint-Pétersbourg, 
un concert qui lui valut une sorte de triomphe. 
Elle vint alors à I^aris, se plaça sous la direc- 
tion de M""" Yiardot pour étudier le chant fran- 
çais et le chant italien, se fit entendre une ou 
deux fois en public, puis, en 1873, se rendit à 
Leipzig, où elle se produisit, dans plusieurs con- 
certs du Gevvandliaus, avec un réel succès. Ce- 
pendant, ses espérances de rapide célébrité s'é- 
vanouirent peu à peu, et elle ne put réussir à se 
montrer, comme elle l'avait supposé, sur l'un 
des grands théâtres ilaliens de l'Eurore occiden- 
tale. Elle est alors, si je ne me tompe, retour- 
née dans sa patrie, où elle n'a pas reparu à la 
scène. 

M"* LawrowsKy a épousé à Odessa, le 31 juil- 
let 1871, le prince Zeretelew, ce qui, dit-on, ne 
la rend ni millionnaire ni Irès-giande dame, car 
le titre de prince admet en Russie bien des 
inégalités. On a raconté sur elle une Idstoire 
émouvante. En 1869, sa mère étant tombée dan- 
gereusement malade et les ressources de la fa- 
mille ayant été assez rapidement épuisées, quel- 
ques amis eurent l'idée d'organiser à son bénéfice 
un grand concert auquel, naturellement, elle 
prendrait [lart. On fixa le jour au 26 mars, on 
convoqua l'orchestre, on loua la vaste salle de 
l'Opéra et l'on fit imprimer les programmes. Le 
soir venu, M"'= Lavvrowsky se rendit au théâtre 
le cœur gonflé, car l'état de sa mère avait em- 
piré dans la journée. La salle était comble, et 
la recette s'élevait à 'j,000 roubles environ. La 
jeune ai liste chanta avec plus d'expression que 
jamais et transporta tout l'auditoire, qui, après 
chaque morceau, la fêtait, la rappelait et l'accla- 
mait. Le concert fini, elle se rendit en toute IiTiIh 
chez elle, pour retrouver sa mère. Quand elle 
lui cul fait connaître le succès qu'elle venait 
d'obtenir et conunenl elles se trouvaient désor- 
mais l'une et l'autre à l'abri du besoin, la mère 



serra la main de sa fille, et ferma les yeux pour 
ne plus les rouvrir. 

LAZ.MIE (MviiTiN), pianiste et compositeur 
néerlandais, né à Bruxelles le 27 octobre 1829, 
commença l'élude du solfège au Conservatoire 
de cette ville, puis, ses parents étant allés s'éta- 
blir à La Haje, y travailla le piano sous la direc- 
tion lie M. Van der Does, et vint ensuite continuer 
ses études à Paris. Admis au Conservatoire de 
cette ville dans la classe de piano de Zimmermann, 
il obtint un accessit au concours de 1846 et un 
second prix en 1848; il se vit décerner aussi un 
premier accessit d'harmonie et accompagnement 
en 1847, et es|)érait pouvoir prendre part au 
concours de l'Institut, pour le grand prix de 
Rome, lorsqu'il apprit que sa nationalité étran- 
gère ne lui en laissait par la possibilité. Après 
plusieurs années passées à Paris, M. Lazare 
alla se fixer pendant quelque temps à Londres, 
puis retourna en Hollande, Un concours avant 
été ouvert par le roi des Pays-Bas pour la 
composition d'un opéra-comique français sur 
un livret de M. de Saint-Georges, le Roi de 
Bohême, M. Lazare participa à ce concours 
et vit son œuvre couronnée. Le Roi de Bohême 
fut représenté sur le théâtre royal de La 
Haye le 1<^'- avril 1852, et fut bien accueilli du 
public. Cependant, M. Lazare ne resta pas dans 
sa patrie. Après avoir fait uu voyage artistique 
en Allemagne, il s'embarqua pour les États-Unis, 
fit un assez long séjour en Amérique, se fixa pen- 
dant une année à Toronto (Canada), puis, de re- 
tour en Europe en 1860, passa trois années à 
Londres, pour s'établir ensuite définitivement à 
Bruxelles, où depuis douze ou quinze ans il se 
consacre à l'enseignement. Il a fait représenter 
récemment en cette ville , dans un salon particu- 
lier, une opérette intitulée to devx Mandurins 
(9 février 1878). M. Lazare a publié à Paris, à 
Londres et à La Haye, plusieurs compositions 
pour le piano, parmi lesquelles je citerai les sui- 
vantes : 6 Études de concert, Paris, Chabal ; 6 
Études de genre, op. 30, id. Schott; 2 Valses de 
salon, op. 21 et 27, id., id. ; Sicilienne, id., id. ; 
Florence, sérénade, id., Heugel; etc. 

LEAL. Il y a plusieurs musiciens portugais 
de ce nom : d'abord Eleuthcrio Franclii Leal, 
qui fut professeur au séminaire patriarcal de 
Lisbonne pendant le gouvervementde D. Maria I 
et de Jean VI; il vivait encore en 1839, mais il 
avais pris sa retraite. Ce musicien a composé 
beaucoup de musique d'église de peu de valeur, 
écrite dans !e style théâtral alors en vogue, et 
parsemée d'airs de bravoure à l'usage <les artistes 
qui se (ilaisaienl alors à les broder d'une foule de 
fioritures ; c'était la musique de concert (surtout 



LEAL — LEBEL 



8;: 



la musique rossinienne) , qui à cette époque en- 
valiissait pattout les églises. Ou , cite parmi les 
meilleures compositions de Leal une Messe de 
llequiem, et des Matïnas da Conceiçao. 

Joào LEAL fut un compositeur très distin- 
gué dans le genre spécial qu'on appelle en Por- 
tugal Modinhas. Ces petites mélodies ont une 
pliysionomie originale ; elles sont de courte lia- 
leine, d'une construction musicale fort simple, 
d'un I hyllmie facile, mais pleines d'expression et 
empreintes d'une douce mélancolie. Les modin- 
has différent essentiellement de la romance 
française, ou du lied allemand. Les paroles sont 
aussi simples que la musique; c'est presque 
toujours l'amour qui en fait le sujet ; mais il 
se présente avec des allures très-modestes, sup- 
pliant, et n'acquiert jamais le caractère de la vio- 
lence ou de la passion. Beaucoup de compositeurs 
portugais ont cultivé ce genre de petites pièces, 
mais fort peu y ont réussi ; celles de Joào Leal 
étaient Irès-estimées au commencement de ce 
siècle (1800-1810). Balbi (1) en parle avec éloges. 
Cet artiste appartenait à une famille dans laquelle 
le talent musical était héréditaire. Son père était 
un excellent amateur sur le violon et fort instruit 
dans la musique; ses dix enfants étaient tous si 
bien doués sous le rapport musical qu'ils exécu- 
taient des opéras tout entiers, les chefs-d'œuvre 
deCimarosa, de Rossini, de Marcos Portogallo. 
C'est,ainsi qu'ils exécutèrent à eux seuls une pièce 
italienne à bord du vaisseau de ligne anglais le 
Foudroyant, qui avait accompagné le roi Jean VI 
à Rio de Janeiro. Balbi dit qu'il est impossible 
de décrire leur habileté. Le père de Jo5o Leal 
avait aussi deux frères, tous deux médecins et 
comme lui grands amateurs de musique; quanta 
leur père, il jouait de plusieurs instruments, et l'on 
assure qu'il en était de même de leur aïeul. Voilà 
donc les facultés musicales se continuant pen- 
dant quatre générations dans une même famille. 

Miguel LILAL , religieux de l'ordre de Cis- 
ter dans le couvent d'Mcobaça, où il entra en 
1646, naqu'ità Lisbonne et y passa le reste de sa 
vie comme prieur du couvent de N'' S* do Des- 
terro; on ignore la date de sa mort. C'était un 
musicien Irès-savant, qui a beaucoup composé; 
on cite surtout de lui une Messe à neuf chirurs 
ou 36 voix, avec accompagnement d'orchestre et 
orgue. Les difficultés de cette composition étaient 
telles qu'on ne put les surmonter avec les élé- 
ments dont on disposait à Alcobaça (petit lieu 
où est situé le célèbre couvent de l'ordre de St- 
Bernard), Au temps de Miguel Leal, les compo- 
sitions à grand nombre de voix étaient fort en 

(I) Essai statistique, \ol. II, page2i7. 



usage en Portugal. On étudiait beaucoup les sa- 
vantes œuvres de Benevoli, représenté en Por- 
tugal par le célèbre maître national Duarte Lobo. 
Benevoli (1602-1672) a encore surpassé Leal en 
composant une messe à 12 chœurs ou 48 voix ; 
Giansetti (XVll' siècle) et Gregorio Balabene 
{ .WllF siècle) ont écrit des compositions du même 
genre. La messe de Benevoli fut exécutée dans 
l'église de Santa-Maria sopruMinerva, par 150 
musiciens, ce qui est un fait inouï à cette époque. 
Miguel Leal n'eut pas la même cliance. 

J. ncV. 

LEALI-MOLCIEllA ( ), compositeur 

italien, a fait représenter en 1800 sur le théâtre 
de la Scala, de Milan, un opéra bouffe intitulé 
il Disertore. Je n'ai pas d'autres renseignements 
sur cet artiste, qui est resté complètement in- 
connu. 

LEBEAU (lùiANçois), compositeur amateur, 
fils d'un ministre d'État de Belgique, est né à 
Liège le 4 août 1827. 11 reçut des leçons de piano 
de Miclielot aîné et quelques conseils de M""" 
Pleyel, puis étudia l'harmonie avec Bossclet. Au- 
teur d'un opéra intitulé Esméralda, dontil écri- 
vit la musique sur le livret de M. Victor Hugo qui 
avait servi à M"*" Loui.se Berlin, M. Lebeau fil 
représenter cet ouvrage à Liège le 24 mars 1856, 
puis à Anvers, et enfin à Bruxelles , d'abord au 
théâtre des Galeries St-Hubert (14 avril 1857), 
ensuite à celui de la Monnaie (25 avril 1859). Il fit 
traduire le livret en italien, et publia sa partition 
dans cette langue. En parlant de cet opéra, le 
journal V Indépendance belge s'exprimait ainsi : 
« Comme compositeur, M. Lebeau est un enfant 
de la nature. Il n'a point étudié l'art; ce qu'il en 
sait, il l'a en quelque sorte deviné. » M. François 
Lebeau a été secrétaire de la commission admi- 
nistrative du Conservatoire de Bruxelles. 

LEBEL (Louis-Bon), professeur et organiste 
aveugle, est né à Nangis (Seine-et-Marne) le 10 
février 1831. Admis à l'institution des Jeunes- 
Aveugles de Paris à l'âge de dix ans, il y fit son 
éducation musicale, et remport;i, dans sa der- 
nière année d'études, les prix d'honneur d'orgue, 
de piano et de violon, ainsi que celui connu sous 
le nom de prix de six cents francs. En 1849, il 
entra au Conservatoire, où il devint l'élève de 
M. Benoîst pour l'orgue et d'Halévy pour la fu- 
gue et la composition. Nommé, en 1851, profes- 
seur d'orgue et de composition à l'Institution des 
Jeunes-Aveugles, il y fit aussi les classes de vio- 
lon jusqu'en 1S70, et en 1869, à la mort de Rous- 
sel, lui succéda comme chef d'orchestre. Depuis 
1853, il est organiste à l'église Saint-Etienne du 
Mont. 

M. Lebel, qui a donné à l'école d'orgue de 



86 



LEBEL — LE CAMUS 



l'Institution des Jeunes-Aveugles un grand déve- 
loppement, a écrit, pour l'orgue et pour i'or- 
cliestre, un assez grand noinhre de compositions, 
qui ont été exécutées pour la plupart par l'or- 
cbestre de cet étahlissement et qui indiquent un 
artiste de talent. Il faut citer surtout, parmi ces 
compositions, une cantate à Valentin Haùy, Ion- 
dateur de l'institution, exécutée lors de l'inaugu- 
ration de sa statue dans la cour de l'école , et 
une autre cantate à Draille, inventeur du système 
d'éducation à l'usage des aveugles. Aucun de ces 
ouvrages n'a été publié, et M. Lebel n'a fait 
graver jusqu'ici que quatre morceaux de piano, 
dont une marche triomphale, et un caprice ori- 
ginal intitulé Lxtilia. 

LEBLAXC est le nom d'une dynastie de 
luthiers français dont le dernier membre connu 
exerçait sa profession à Paris en 1772. Le père, 
le grand-père et le bisaïeul de celui-ci avaient 
été luthiers comme lui. On n'a pas, malheureu- 
sement, d'autres renseignements sur cette famille 
intéressante. 

* LEBLANC ( ), violoniste et composi- 
teur. A la liste des productions dramatiques de 
cet artiste, il faut ajouter le Mariage de Nunon 
ou la Suite de Madame Angot, opéra-comique 
en un acte, donné au théâtre d'Emulation en 
1796 ou 1797. Certaines féeries dont Leblanc 
écrivit la musique étaient loin de manquer d'im- 
portance à ce point de vue ; nous inentionne- 
nerons : l'Enfant du bonheur (Ih. d'Émulation, 
1798); la Forêt enchantée ou Isaure et Flo- 
restan (Gaîté, 1800); Uuon de Bordeaux (id., 
1801); Saphiriup, ou le Réveil magique (id., 
1811); Riquet à la houppe (id., isil). Parmi 
les mélodrames dont il fil aussi la musique, il 
faut citer FJisa ou le triomphe des femmes, le 
Sérail, Egbert 1er, roi d'Austrasie, Azémire ou 
les Béfugiés péruviens, etc. Leblanc est mort 
au mois de mars 18'.'.7. 

* LF^BLICQ (Cuaiu.ks-Théodori,), composi- 
teur, est mort à Scbaerbeck-lez-Bruxelles, le 8 
octobre 1875. On a exécuté à P.ruxellesen I877, 
à l'un des concerts du Waux-ball <lu parc, une 
ouverture de ce compositeur , intitulée Gustave 
Wasa. 

* LEBOR\E ( AiMic-AmimoisE-SiMON). Il 
faut joindre à la liste des O'uvres dramatiques de 
ce compositeur les Deux Figaros, opéra on 
trois actes, écrit p.ir lui en société avec Carafa 
sur un livret que Victor Tirpenne avoir tiré d'une 
ancienne comédie de Richaud-Maitelly, et qui 
fut représenté à TOdéon le Tî août 1827. L'en- 
seignement de Leborne était très-renommé, et 
l'on peut citer parmi ses élèves de nombreux 
prix de Rome, MM. Aimé Maiilart, Georges 



Bousquet, Duprato, Barthe, Léonce Cohen, 
Cberouvrier, Deslandres, puis MM. de Lajarte, 
Charles Polsot, Demerssemann, Savard, Debil- 
lemont, Stamaty, Hocmelie, etc. Bibliothécaire 
de la chapelle de Napoléon III comme il l'avait 
été de la chapelle de Louis-Philippe, Leborne fut 
décoré en 1853. Mort le f"" avril 18G6, il a laissé 
inédit un Traité complet d'harmonie, de contre- 
point et de fugue. Un détail de la vie de Leborne a 
été ignoré de tous les biographes ■- sur les instan- 
ces de son père, qui jouait la comédie à l'Odéon, il 
débuta Un'-mémeàce théâtre, en 1817, dansl'em- 
|)loi des jeunes amoureux ; mais ce ne fut que 
l'affaire d'un instant, et bientôt il renonça pour 
toujours à la carrière de comédien. 

LEIiOUC (Chaules-Joseph), violoncelliste 
distingué, né à Besançon le 22 décembre 1822, 
montra de bonne heure d'heureuses dispositions 
pour la musique, et fit d'excellentes études au 
Conservatoire de Paris. Admis d'abord dans cet 
établissement comme élève de M. Yaslin pour le 
violoncelle, le 10 janvier 1840, il donnait sa dé- 
mission quinze jours après, le 25 du même mois. 
Il entrait ensuite, le 9 octobre suivant, dans la 
classe d'harmonie de Colet, obtenait un accessit 
d'harmonie en 1842, puis était admis dans une 
aulre classe de violoncelle, celle de Norblin, et 
se voyait décerner, aux concours de 1843, le se- 
cond prix de violoncelle et le second prix d'har- 
monie. 11 devenait alors élève d'Halévy pour la 
fugue et la composition, et remportait, en 1844, 
le premier prix d'harmonie en même temps que 
le premier accessit de fugue. 

Après avoir quitté l'école, M. Lebouc se livra 
à l'enseignement', tout en se faisant connaître 
comme virtuose et en faisant apprécier, dans les 
concerts, son jeu élégant et distingué, remarqua- 
ble surtout dans l'exécution de la musique de 
chambre. Il a organisé chez lui, depuis une ving- 
taine d'années, en compagnie de sa femme, 
lille du grand chanteur iXourrit et artiste 
de talent elle-même, des cours généraux de 
théorie, de musique vocale et instrumentale, qui 
compreniienl tontes les branches de l'art, et il 
donne chaque hiver une .série de douze séances 
de musique fort intéressantes. M. Lebouc a pu- 
blié une bonne Méthode complète et pratique 
de violoncelle, et il a composé aussi un certain 
nombre de morceaux de genre, fantaisies, etc., 
pour violoncelle avec accompagnement de piano. 

LE CAMUS ( ), compositeur, est mort 

en 1C77, malgré ce qu'eu a dit l'auteur de la 
lliographie universelle des Musiciens, trompé 
|iar la publication, en 1078, d'un recueil de sa 
composition, recueil qui était évidemment une 
' ceuvre |)osthume. Le Nouveau Mercure ga- 



LE CAMUS — LECLAIR 



87 



lan(, dans son numéro d'avril 1677, est absolu- 
ment explicite à ce sujet : « La mort, dit-il, a 
pris aussi le sieur Le Cannus, quiestoit de la mu- 
sique du Roy. I! a composé un nombre inliny de 
beaux airs , et s'ils estoienl mis ensemble, il y en 
auroit de quoi former plusieurs opéras, dans les- 
quels on ne verroit pas toujours la mesme chose. » 

LE CAMUS (Je\n-Pierre), compositeur, né 
à Genève dans les premières années du dix-bui- 
tièrne siècle, et mort en 1768, n'est connu que 
par l'ouvrage suivant : Les Pseaumes du roi et 
prophète David, mis en vers français, revus 
et approuvés par les pasteurs et professeurs 
de l'Eglise et de V Académie de Genève. Mis en 
musique par Jean-Pierre Le Camus , citoyen 
de Genève (Genèxe, 1760, 2" édition, 1764). Dans 
la préface de cet ouvrage, l'auteur annonce que 
« plus tani il offrira au public ses psaumes à 
quatre parties composés tant pour l'orgue que 
pour plusieurs sortes d'instruments, auxquels il 
joindra une basse fondamentale; ce sera à cette 
pierre de touche que les connaisseurs décideront 
de son ouvrage. » Mais ce second recueil ne fut 
jamais publié, et Le Camus mourut avant de 
l'avoir mis au jour 

LECARPEMTIER(ADOLPHE-CL.UR).Foj/es 
CARPENTIER (LE). 

LE CÈA^E (Michel-Charles), éditeur de 
musique à Amsterdam, était le gendre et l'asso- 
cié du célèbre Etienne Roger {Voy. ce nom), dont 
il fut le successeur. Le nom de cet artiste, comme 
celui de son beau-père, indique une origine fran- 
çaise; mais les renseignements sur lui sont à 
peu près introuvables. Les seuls que je rencontre 
ont été donnés par M. Edouard Gregoir, dans 
son second volume de Documents historiques 
relatifs d fart musical et aux artistes musi- 
ciens. Je vais reproduire les quelques lignes re- 
latives à Le Cène, en regrettant que l'écrivain 
n'ait pas cru devoir citer ses sources : « Michel- 
Charles Le Cène, probablement Français de nais- 
sance , naquit vers 1690, et il est venu s'établir 
à Amsterdam comme associé de la maison Roger. 
Le 31 mai 1717, il fut accepté comme membre 
de la confrérie des imprimeurs de cette ville. 
Plusieurs ouvrages portent le nom des deux 
éditeurs. En 1741, Le Cène mourut, et ce grand 
établissement disparut du monde musical. » C'est 
en 1732 que Le Cène publia une nouvelle édi- 
tion, tvès-augmenlée, du catalogue mis au jour 
en 1716 par Etienne Roger, sous ce litre : Cata- 
logue des livres de musique imprimés à Ams- 
terdam, chez Etienne Roger, et continués par 
Michel-Charles Le Cène, Amsterdam (s. d.), 
petit in. 8° de 72 pp. 
LECUAATRE (M"^), clavecinisle et com- 



positeur, vivait à Paris dans la seconde moitié 
du dix- huitième siècle. Elle a publié deux con- 
certos pour clavecin ou piano, avec accompagne- 
ment de deux violons, deux hautbois, alto et 
basse, œuvre T*. 

LÉCHETITZIÎY(Th ) — Voyez LES- 

CIIETITZKY. 

LE CIEUX (Léon), violoniste, né à Bayeux 
(Calvados), le 12 mai 1821, était fils d'un hono- 
rable médecin de cette ville. Contrairement à tant 
d'autres, il trouva au foyer paternel les plus gran- 
des facilités pour satisfaire la vocation qui, chez 
lui, s'était annoncée de bonne heure. Son premier 
maître de violon fut un artiste de lîayeux, nommé 
Trébutien, lequel le fit débuter à l'âge de treize 
ans, dans un des concerts de la Société philhar- 
monique. Accueilli avec enthousiasme par ses 
concitoyens, Léon Le Cieux sut ne pas se laisser 
étourdir par ses premiers succès, et il continua 
de travailler avec ardeur. 

Au mois de décembre 1844, il fut admis au 
Conservatoire de Paris, bien qu'ayant dépassé la 
limite d'âge, et il entra dans la classe d'Habeneck ; 
il y demeura jusqu'en juin 1846, et quitta le Con- 
servatoire sans prendre part aux concours de fin 
d'année.. Il commença dès lors à se produire dans 
les concerts et dans les soirées du grand monde 
parisien, près duquel il acquit une certaine vogue, 
malgré les inégalités de son talent. Ses manières 
urbaines et distinguées lui avaient permis de se 
créer, comme professeur d'accompagnement, une 
nombreuse clientèle. Il fut pourvu plus tard d'un 
titre officiel, et remplit, jusqu'à la chute de l'Em- 
pire, les fonctions de premier violon-solo de la 
chapelle impériale. 

Léon Le Cieux est mort à Paris, le 15 février 
1873. lia écrit pour le violon un certain nombre 
de fantaisies et morceaux de concert. Parmi ceux 
qui ont été publiés, nous citerons : Fantaisie sur 
des motifs de Don Pasquale, op. 4, Paris, Léon 
Crus ; — Fantaisie pour piano et violon sur le Duc 
d'Olonne, op. 8, Paris, Brandus ; — Fantaisie de 
concert, op. 10, Paris, Meissonnier et Heugel ; — 
Andanteet rondo, op. 26, Paris, Mackar. 

J. C-z. 

* LECLAIR (Jevn-M\rie). Ce violoniste 
justement célèbre a écrit la musique du second 
acte des Amusements lyriques, opéra-ballet en 
trois actes qui fut représenté à Puteaux, chez 
le duc de Gramont, au mois de février 1750. 
Cet ouvrage se composait, comme c'était l'usage 
à cette époque, de trois actes distincts, indépen- 
dants les uns des autres : 1» Ajax et Thémire, 
musique de Le Vassenr, chanteur de l'Opéra ; 
2° Apollon et Climène, musique de Leclair ; 3" 
le Bal militaire, musique de Martin. Si Le- 



88 



LECLAIR — LECOCQ 



clair n'a pas compris re petit ouvrage dans le 
catalomic de ses «l'uvres donné par lui en lôte de 
son (l'uvrc 12, c'est que ce catalogue ne com- 
prenait qiie les compositions publiées, et qu'il est 
probable que celle-ci n'a jamais été gravée. 

LECLAIR (PiEniîE), violoniste, a publié un 
recueil de si\ duos de violons, (l'uvre V" (Paris 
Lemenu). Ce recueil a paru en 1764, l'année 
même de la mort de Jean-Marie Leclair, le grand 
violoniste dont la renommée était si grande 
alors. On sait que ce dernier se faisait appeler 
Leclair l'aine. Ëtail-ce pour se différencier de 
cet autre Leclair, violoniste comme lui, et celui- 
ci était-il son parent ? C'est ce que j'ignore abso- 
lument. Je ne sais pas davantage si ce second 
Leclair était le même que le Lederc mentionné 
dans l'Almanacb des spectacles, en 1765, comme 
violon faisant partie de l'orchestre de la Comé- 
die-Française ; cela se pourrait, car on sait qu'à 
cette époque on s'inquiétait peu du plus ou 
moins d'exactitude apporté dans l'orthographe 
des noms propres. 

* LECLERC (Jean-Baptiste) , député à la 
Convention nationale, auteur de deux écrits sur 
la musique, naquit le 29 février 1756 et mourut 
le 16 novembre 1826. Leclerc était musicien. La 
Décade philosophique politique et littéraire, 
dont il était l'un des collaborateurs habituels, 
donnait de lui,- dans son numéro du 22 octobre 
1803, la musique d'une chanson arabe dont les 
paroles avaient été écrites [)ar Deleyre. « Nous 
avons trouvé, disait à ce sujet ce journal, que le 
compositeur avait parfaitement exprimé la ten- 
dresse et la mélancoilie des idées du poète. » 

LECLEllCQ (Th ), compositeur belge, 

est né à Hoeyiaert le 17 février t834. Après avoir 
fait de bonnes études au Conservatoire de Bru- 
xelles, il devint professeur de chant à l'Acadé- 
mie des Beaux-Arts de Louvain, puis maître de 
chapelle à l'église Sainte-Gerlrude, de cette ville, 
abandonnant bientôt ce dernier emploi pour 
accepter les fonctions d'organiste à l'église de 
Notre-Dameaux Dominicains. M. Leclercq a pu- 
blié une messe à 3 voix égales avec orgue, 6 mo- 
tets à 3 voix égales, quelques romances, et a fait 
exécuter à Louvain, dans l'église Saint- Pierre , 
un grand Tr Deum avec orchestre. 

LECOCQ (ALEXANDiiE-CuAULEs), composi- 
teur français, l'un des artistes les plus actifs de 
la jeune génération musicale, est né à Paris le 
3 juin 1832. 11 commença ses études en dehors 
du Conservatoire, et était déjà un pianiste assez 
habile lorsqu'il fut admis dans cet établissement, 
le j novembre I8i9, comme élève de la classe 
d'harmonie et accompagnement de M. Bazin. Dès 
le concours de l'année suivante il obtenait un 



[ireim'er prix, entrait aussitôt dans la classe de 
fugue et de composition d'Halévy, et peu après 
devenait élève de M. Benoist pour l'orgue. Il 
remporta alors un second accessit de fugue en 
1851, le second prix en 1852, ainsi qu'un pre- 
mier accessit d'orgue, et quitta le Conservatoire 
en 18.5^ pour se livrer à l'enseignement. 

M. Lecocq, cependant, prétendait ne pas se 
vouer uniquement au professorat, et ambition- 
nait les succès du compositeur; mais on sait 
combien sont difficiles les débuts d'un jeune mu- 
sicien. Une occasion se présenta pourtant, qu'il 
n'eut garde de laisser échapper. M. Olïenbach, 
qui venait de fonder le petit théâtre des Bouf- 
fes-Parisiens, ouvrait un concours pour la com- 
position d'une opérette en un acte intitulée le 
Docteur Miracle. Soixante-dix-huit musiciens 
prirent part à ce concours, parmi lesquels l'ar- 
tiste qui fait l'objet de cette notice. A la pre- 
mière épreuve, M. Lecocq fut classé parmi les 
six premiers, avec MM. Bizet, Demerssemann, 
Erlanger, Limagne et Manniquet, et lors du ju- 
gement délinitif sa partition fut couronnée avec 
celle de Georges Bizet. 11 fut donc décidé que 
le Docteur Miracle serait représenté de deux 
jours l'un, une fois avec la musique de M. Le- 
cocq, l'autre avec la musique de Bizet. La par- 
tition du premier vit le jour, en effet, le 8 avril 
1857, tandis que [celle du second était offerte 
au public le lendemain. Ni l'une ni l'autre ce- 
pendant ne produisit une vive impression, et 
M. Lecocq dut attendre deux ans une nouvelle 
occasion. Il fut moins heureux encore celte se- 
conde fois, car une opérette en un acte, Jluis- 
Clos, donnée par lui aux Folies-Nouvelles le 29 
janvier 1859, ne put être achevée par la faute 
du poème. 11 ne se découragea pas néanmoins, 
et quelques années après il réussit à faire re- 
présenter sur un petit théâtre des Champs-Ely- 
sées, connu depuis sous le [nom de Folies- 
Marigny, quelques o|)érettes en un acte qui se 
distinguaient par une grâce aimable et une facile 
inspiration; il donna sur cette scène mignonne 
le Baiser à la porte, Liline et Valentin, les 
OncUnes au Champorjne (3 septend)re 1865), 
el le Cabaret de Jiamponneau (11 octobre 
1867). F.ntre ces deux dernières, il avait fait 
représenter au Palais-Royal un ouvrage du même 
genre, le Myosotis (2 mai 1866), dont la musi- 
(pie, écrite sur un livret très-gai de l'excellent 
caricaturiste Cliam, avait obtenu un franc succès. 

Une nouvelle scène lyrique de proportions 
modestes venait de se fonder, sous le titre de 
théâtre de l'Athénée. M. Lecocq y (it représen- 
ter d'abord un gentil opéra-comique en deux 
actes, VAmour et son Carquois (30 janvier 



LECOCO 



89 



1868), et presque aussitôt un ouvra-^e plus 
important, Fleur de Thé, opérette bouffe en 
trois actes (Il avril 18G8). Fleur de Thé fut le 
premier succès retentissant ilu compositeur, et 
obtint plus de cent représentations; la parti- 
tion do cet ouvrage, si elle ne brillait point par 
une complète originalité, se distinguait du moins 
par une facture ingénieuse et soignée, par un 
souci de la forme qui devait être plus tard l'une 
des qualités caractéristiques de M. Lecocq et 
qui contrastait avec le style débraillé des maî- 
tres du genre, MM. Offenbacli et Hervé, en (in 
par une recherche délicate sans prétention des 
effets d'orcliestre. Fleur de Thé fut reprise 
plus tard aux Variétés et, traduite dans plu- 
sieurs langues, ne fut pas moins bien reçue à 
l'étranger qu'à Paris. 

Dans le courant de cette même année 1808, 
M. Lecocq écrivit encore, pour le théâtre de 
l'Athénée , un opéra-comique en un acte, les 
Jumeaux de Bergame, écrit pour quatre voix de 
femmes et représenté le 20 novembre 1868, et 
composa quelques morceaux nouveaux pour un 
vaudeville en trois actes,?e Carnaval d'un mer- 
le blanc, joué au Palais-Royal le 30 décembre. 
L'année suivante il donnait aux Bouffes-Paiisiens 
deux opérettesen un acle,Gandolfo (16 janvier), 
et le Rajah de3Iysore{2l septembre), et il en 
produisait deux autres, au même théâtre, en 1871, 
le Testament de M. de Crac (23 octobre), et/e 
Barbier de Trouville (19 novembre), cette der- 
nière donnée d'abord, j'ignore pour quelle raison, 
sous le couvert de l'anonyme. 

Nous voici arrivés à la période brillante de la 
carrière du compositeur. Les Cent Vierges, 
opéra bouffe en trois actes représenté aux Va- 
riétés le 13 mai 1872, obtint un succès écla- 
tant , après avoir élé joué plus de cent fois à 
Bruxelles (1). Mais ce succès ne fut rien en 
comparaison de celui de la Fdle de Madame 
Angot, autre ouvrage en trois actes, qui , après 
avoir été donné aussi à Bruxelles, le 4 décem- 
bre 1872, parut aux Folies-Dramatiques le 21 
février 1873 et obtint une série de plus de qua- 
tre cents représentations consécutives. Une telle 
vogue rendit rapidement populaire le nom <ie 
M. Lecocq, et bientôt toutes les scènes vouées 
à l'opérette voulurent s'arracher ses ouvrages . 
Au mois de novembre 1874 il donna coup sur 



(1) Pendant la guerre de 1870-71, M. Lecocq s'était re- 
tiré à ISruxelles, et c'est peu de temps après qu'il y lit 
jouer les Cent f'ierges. Il n'est pas inutile de faire re- 
marquer, à ce propos, que M. Lecocq, aflli^'é d'une dou- 
loureuse infirmité, ne marche qu'à l'aide de deux bé- 
quillis. On comprendra pourquoi je consigne ici cette 
particularité. 



coup Girojlii-Girofîa au théâtre de la Renais- 
sance (cet ouvrage avait été joué d'abord à Bru- 
xelles), et les Prés-Saint- Gervais à celui des 
Variétés; le premier fut très-bien accueilli, 
mais le second fut moins heureux et n'obtint 
qu'un petit nombre de représentations. Le 
Pompon, joué aux Folies- Dramatiques (10 no- 
vembre 1875), n'eut pas plus de succès que les 
Près-Saint-Gervais, bien que la partition en filt 
charmante et d'un style plein d'élégance; la 
faiblesse insigne du livret avait été cette fois 
fatale à la musique. Mais le compositeur prit sa 
revanche avec la Petite Mariée, qui attira la 
foule au théâtre de la Renaissance (décembre 
1875), où il a encore donné depuis Kosiki (18 
octobre 1876), la Marjolaine (3 février 1877J, 
et plus récemment le Petit-Duc (25 janvier 
1878). Ces six derniers ouvrages sont tous en 
trois actes. 

M. Lecocq s'est fait une place à part parmi 
les jeunes artistes qui forment la nouvelle école 
française. Accueilli dans les théâtres qui, à la 
suite des Bouffes-Parisiens, s'étaient voués au 
culte de l'opérette bouffe, mais n'ayant pas eu 
la facilité de se produire sur la scène de l'O- 
péra-Comique, il a réagi, dans la mesure du pos- 
sible, contre les traditions malsaines du genre 
auquel il était condamné, et semble s'être donné 
pour mission de le relever et de le transformer, 
ou tout au moins de le modifier profondément. 
Tandis que MM. Offenbach et Hervé, ces deux 
créateurs de l'opérette, paraissaient prendre à 
tâche de rabaisser la musique, l'insuffisance de 
leur éducation première ne leur laissant d'autre 
ressource que de flatter les instincts grossiers 
du public, M. Lecocq, artiste instruit et distin- 
gué, tendait au contraire à épurer le goût de 
ses auditeurs, montrait le respect le plus loua- 
ble de l'art qu'il professait, et, cherchant à re- 
lever le niveau du genre qu'on l'obligeait à 
cultiver, employait tous ses efforts à ramener 
l'opérette dans le giron de l'opéra-comique. Cela 
était d'autant plus difficile pour le jeune musi- 
cien que ses deux rivaux, passés maîtres alors 
qu'il entrait dans la lice , avaient conquis une 
action réelle sur la foule; il pouvait donc pa- 
raître hardi de réagir contre leurs tendances 
malsaines, surtout si l'on considère que M. Le- 
cocq n'avait à sa disposition que des théâtres 
d'ordre secondaire et des interprètes tout à fait 
insuffisants. On n'en doit avoir que plus d'es- 
time pour son talent, pour la direction de son 
esprit, enfin pour la façon dont, en somme, il a 
fini par conquérir le succès. 

M. Lecocq, il faut le dire, s'est servi de l'o- 
pérette pour tuer l'opérette, il a su faire adroi- 



90 



.LECOCQ — LEDENT 



tement au goût du jour les concessions néces- 
saires, pour le modifier, et, avec une habileté 
vraiment digne d'éloges, il a amené le public à 
accepter et peut-être à^ soubaiter autre chose 
que celle musique de pacotille et de mauvais 
lieu qu'on lui servait depuis si longtemps. Cela 
n'a pas été l'affaire d'un jo.ur; mais plus la lutte 
a été longue, plus elle a été laborieuse, et plus 
le rôle joué par le musicien est honorable et 
bienfaisant. Il n'est donc que juste de le consi- 
dérer, sinon comme un successeur direct, du 
moins comme un digne continuateur de tous ces 
artistes charmants qui se sont fait un renom 
dans le genre de la comédie musicale, les Ber- 
ton, les Dalayrac, les Boieldieu, les Nicolo, les 
Auber, les Adam. Fleur de Thé et les Cent 
Vierges sont les premières tentatives impor- 
tantes de M. Lecocq dans son œuvre de réac- 
tion; avec la Pille de Madame Angot ., pro- 
duction pleine de verve et d'entrain, mais un 
peu moins distinguée d'allures, il sembla que ses 
efforts s'arrêtaient un instant; mais Giro/Ic-Gi- 
rofla, le Pomjwn et la Petite Mariée ache- 
vèrent révolution que l'auteur avait commencée 
et prouvèrent qu'il n'entendait point abandon- 
ner ses idées. Dans ces divers ouvrages, on 
peut apprécier les saines et aimables qualités du 
compositeur, c'est-à-dire la grâce, l'élégance, 
la finesse, le charme; parfois un peu plus d'o- 
riginalité, de spontanéité dans l'idée mélodique 
ne messiérait pas sans doute, mais on sent du 
moins qu'on a affaire à un vrai musicien, sa- 
chant construire un morceau, ayant le senti- 
ment juste de la scène et de ses exigences, 
mettant à profit toutes les situations et tirant 
parti des inoindres éléments. Et avec ces qua- 
lités générales, il faut louer encore le style ai- 
mahle de l'artiste, son heureuse recherche du 
vrai dialogue musical, son orchestre chatoyant, 
vif, allègre, coloré. En résumé, ^\. Lecocq mé- 
rite de vifs éloges, non-seulement pour son ta- 
lent très-réel, mais encore pour son incontesta- 
ble honnêteté artistique. Au reste, ses succès 
ont été grands non-seulement en France, mais 
à l'étranger, et ses ouvrages, traduits dans 
toutes les langues, ont été accueillis avec la 
même faveur en Allemagne, en lîoln"'me, en 
Italie, en Russie, et jusqu'en Suède et en Amé- 
rique. 

En dehors du IhéAlro, M. Lecocq a publié 
un certain nombre de compositions, parmi les- 
quelles je citerai les suivantes : Miellés mu- 
sicales, 2i esquisses de style pour le piano 
(Paris, D'Aubel); les l'anloccini, ballet-|tanto- 
mime pour le piano (Paris, lîrandus); Gavotte, 
pour piano (id., id.); Aoël, à 2 voi\ ; Jler- 



ceuse, mélodie vocale (Paris, Brandus) ; Lettre 
d'une cousine à son cousin, Ma femme est 
blonde, le Langage des j/eux, mélodies (id., 
id.); Garde à vous , la Grosse Gourmande, 
le Pays des amours, etc., chansons (Paris, 
Feucbotj; l'Ingénieur de Fontcnay-sous- Ilois, 
« naïveté » (Paris, Brandus), Ta porte est 
close, aubade (Paris, Leduc) (1). 

M. Lecocq, qui est un artiste instruit, a publié 
récemment (1877), chez l'éditeur Legouix , une 
réduction pour chant et piano de la partition de 
Castor et Pollux, de Rameau. 

LECOMTE (A ), compositeur, a fait 

représenter sur le théâtre du Havre, au mois de 
novembre 1845, un opéra-comique en un acte 
intitulé Stella. 

LE CORBEILLER (Charles), pianiste et 
compositeur, s'est fait connaître depuis une 
quinzaine d'années par la publication d'un assez 
grand nombre de morceaux de genre et fan- 
taisies pour le piano, écrits avec une élégance 
facile. On distingue, parmi ces productions lé- 
gères : le Bouquet, 3 romances sans paroles 
{le Cyclamen, l'Asphodèle, la Clématite), 
op. 52; Nocturne, op. 19; Espoir, V Nocturne, 
op. 47; le Secret, 3' Nocturne, op. 50; les 
Gouttes d'or, rêverie, op. 60; l'Élan, galop 
dédiasse, op. 4'i; le Murmtire, idylle, op. 
43; Marche militaire, op. 28, etc., etc. Cet ar- 
tiste a publié aussi une quantité de morceaux 
de musique de danse, et quelques mélodies vo- 
cales. Enfin, on lui doit encore une Messe mé- 
lodique à 3 voix, avec accompagnement d'orgue 
(Paris, Colombier), et une opérette de salon in- 
titulée une Entrevue (id., id.). 

* LEDEDUR (Chaules, baron DE). — L'ou- 
vrage de ce musicographe distingué, Tonkilns- 
tler-Lexicon Berlin's [Dictionnaire des tnu- 
siciens de Berlin) , dont les deux premières 
livraisons avaient été mentionnées dans la Bio- 
graphie universelle des Musiciens, a été 
complètement achevé depuis lors. 11 a paru 
en onze livraisons, dont la réunion forme un 
fort volume de 704 pages grand in-8" (Berlin, 
Ludwig Rauh, 1860-1861). La moitié de la der- 
nière livraison est consacrée à un supplément. 
C'est un des ouvrages du genre les plus soignés 
et les mieux faits. 

LEDEiXT (Fii.ix-Étienne), pianiste, com- 
positeur et professeur, est né à Liège le 20 

(I) M. Lecocq a écrit, en société avec MM. Hervé et 
l.fgouix, la musique d'une opérette en un acte, ûchx 
l'orliérvs pour un cordon, qui a été représentée sur le 
théâtre du Palais Boval au miils de mars is«9. Les trois 
musiciens cacliérent en celte circonstanec leurs person- 
nalités sjus le pseudonyme colkctif à'.llcindor. 



LEDENT — LEENDERS 



91 



novembre 1809. Admis en 1827 au Conserva- 
loiie (le sa ville natale, il y devint élève de 
Jules Jaliieau ijour le piano, et obtint un pre- 
mier prix au concours de 1832. Devenu plus 
tard élève de Daussoigne-Mchul, il lit sous la 
direclion de cet artiste icmarquable un cours 
complet de composition, et acquit des connais- 
sances très-solides dans l'art d'écrire. En 1843, 
il remporta le second prix de Rome, et le 
l'"'' mars de l'année suivante il était nommé 
professeur de piano dans l'établissement où il 
avait fait ses études. Le talent dont il lit preuve 
dans ces fonctions lui valut une légitime noto- 
riété, car il a formé un grand nombre de bons 
élèves qui, pour la plupart, ont obtenu les 
premiers prix dans les concours. 

La grande activité déployée comme profes- 
seur par M. Ledent l'a obligé de bonne beure 
à renoncer aux succès du virtuose, et à né- 
gliger son talent d'exécution pour consacrer le 
peu de temps qui lui restait de libre à des 
travaux de composition; ceux-ci même ont été 
souvent entravés par le nombre prodigieux d'é- 
lèves auxquels il donnait ses soins. Parmi les 
ouvrages publiés par M. Ledent, on remarque 
un Adagio et Rondo pour piano et orcbestre, 
dédié à M"* Pleyel (Liège, Muraille), deux Bar- 
carolles pour piano seul,; Lamento (romance 
sans paroles), et un grand nombre de mélo- 
dies vocales. M. Ledent est cbevalier de l'ordre 
de Léopold. 

* LEDIIUY (Adolphe). Quelques personnes 
attribuent à cet artiste écrivain la paternité de 
l'ouvrage facétieux intitulé Dictionnaire aris- 
tocratique, démocralique et mistigorieux de 
musique vocale et instrumentale, et publié 
sousjle pseudonyme de Chrijsostcuphe Cléde- 
çol {Voij. ce nom). 

LEDUC (Alphonse), pianiste, compositeur, 
professeur et éditeurde nuisique, né à Nantes le 
9 Mars 1804, est mort à Paris, le 17 juin 1868. 
Petit-fds d'un violoniste et fils d'un bassoniste 
distingué, il commença avec son père l'étude du 
solfège, du basson et de Tbarmonie ; plus tard il 
étudia la guitare et la llûte, et devint un vérita- 
ble virtuose sur ces deux instruments. On cite 
un concert donné par lui à l'âge de 23 ans, dans 
lequel il exécuta avec le même succès un air va- 
rié pour le basson, de grandes variations pour 
la flûte et une fantaisie pour la guitare. Venu à 
Paris, il entra au Conservatoire, y obtint un se- 
cond prix de basson en 1825, puis prit des leçons 
d'harmonie de Reicha. De retour à Nantes à la 
lin de 1826, il y étudia le piano avec Rliein, 
puis bientôt se livra à la composition. En (luel- 
ques années il offrit au public une innombrable 



quantité d'œuvres de tout genre, dont le total ne 
s'élève i)as à moins du treize-cents, comprenant, 
entre autres, une Méthode de piano, U livres d'é" 
ludes, 328 morceaux à 2 ou à 4 mains, 184 
quadrilles, 153 valses et polkas, 295 morceaux 
de danse à 4 mains, 94 romances et mélodies à 
1, 2 ou 3 voix. 13 œuvres de basson, 52 œuvres 
de guitare, 38 œuvres de flûte, 26 œuvres d'or- 
gue, etc. En 1841, Leduc fonda à Paris une 
maison de commerce de musique, qu'il fournit 
lui-même d'un grand nombre de ses composi- 
tions, et qui devient rapidement prospère. Cette 
maison est tenue aujourd'hui par son fils. 

Parmi les nombreuses œuvres publiées 
par cet artiste, il faut citer : 1° Méthode élé- 
mentaire de piano à Vusage des pensions 
(ouvrage dont il a été fait trente éditions); 2° 25 
Petites Éludes très-faciles pour les petites 
mains, op. 156; 3" Études élémentaires, op. 
128 ; 4" Études mélodiques, op. 146 ; 5° Études 
de mécanisme, op. 100; 6° Études de genre, 
op. 154 ; 7° 25 Petites Éludes à quatre mains, 
[)our les petites mains, op. 156 bis; 8° 24 Pré- 
ludes dans tous les tons majeurs et mineurs, 
op. 169; 9° Études chantantes et concer- 
tantes, à quatre mains, op. 191; 10° Biblio- 
thèque des jeunes pianistes, coWeciïon de 12 
petites fantaisies brillantes, op. 144; Deuxième 
Bibliothèque des jeunes pianistes, 20 mor- 
ceaux brillants et faciles, op. 160. A ces pu- 
blications relatives à l'enseignement, il faut 
joindre des centaines de morceaux divers : fan- 
taisies, thèmes variés, pièces de genre, ba- 
gatelles, un nombre infini de morceaux de 
musique de danse : quadrilles, valses, polkas, 
polkas-mazurkas, rédowas, schotischs, etc., etc. 

* LEE (Lotis). — Cet artiste a fait exécuter 
en 1860, à Hambourg, dans un concert, une can- 
tate intitulée Jeanne d'Arc. 

LEEMANS ( ), musicien flamand, né à 

Bruges, était établi à Paris dans la seconde 
moitié du dix-huitième siècle, et a publié en 
cette ville, en 1769 : Six Quatuors, trois pour 
la flûte, un basson, un violon et un violoncelle, 
et trois pour un hautbois, un violon, un bas- 
son et un violoncelle, œuvre 3. Dans le même 
temps, cet artiste a publié aussi, sur des pa- 
roles de Voltaire, une ariette intitulée le Songe, 
avec accompagnement de harpe, deux violons, 
deux bassons, deux cors de chasse et basse. 
Leemans vivait encore en 1785. 

LEENDERS (Maurice-Gérard-Hibert), 
violoniste belge, est né à Venloo le 9 mars 
1833. Fils d'un artiste instruit auquel il dut sa 
première éducation musicale, il fut envoyé 
fort jeune à Bruxelles et, dès l'âge de douze 



92 



LEENDERS — LEFEBVRE 



ans, se voyait admis au Conservatoire de celte 
villi', dans la classe <lc M. Meerts, d'où il passa 
plus tard dans colle de M. Léonard. Lu IsâO 
le jeune artiste obtenait le premier prix de vio- 
lon, consacrait ensuite deux années à étudier 
la composition , puis entreprenait un grand 
voyage artistique eu Hollande, en Allemagne, 
en Danemark, en Suède, en i\orwége et en 
Pologne, donnant de nombreux concerts et par- 
tout obtenant de vifs succès. En 1857, M. Leen- 
ders se lit entendre à Paris, et y fut bien ac- 
cueilli. De retour dans sa patrie, il s'y livra 
avec ardeur à l'enseignement et à la composi- 
tion, et écrivit un concerto et des fantaisies 
pour le violon, des romances et mélodies vo- 
cales, etc. Anjourd'bui, M. Leenders est direc- 
teur de l'École de musique de Tournai. 

LËEST (Guill.\lmk), facteur de clavicordes, 
natif du pays de Juliers, exerça sa profession 
à Anvers et fui reçu dans la bourgeoisie de 
cette ville le 5 décembre 1561. 

LE FÉBUllE (Is.wc), claveciniste, pro- 
fesseur et compositeur, vivait à Paris dans la 
seconde moitié du dix-huitième siècle. Il a 
publié Deux Sonates pour le clavecin ou le 
forle-piano, avec accompagnement de violon. 

* LEFÉBURE-WÉLY (Loi;isJ.\mes-Al- 
fred), organiste et compositeur distingué, est 
mort à Paris le l" janvier 1870. Il avait écrit 
la musique d'ime cantate intitulée Après la 
victoire, qui fut exécutée à l'Opéra-Comique 
le 15 août 1803. La femme de cet artiste ho- 
norable, douée d'une voix charmante, qu'elle 
conduisait avec beaucoup de goût, se fit, il y 
a environ vingt-cinq ans, une réputation mé- 
ritée comme chanteuse de salon et de concert. 
Depuis longtemps déjà elle avait renoncé à ses 
succès, pour se consacrer exclusivement à l'é- 
ducation de ses deux filles. Elle est morte 
presque subitement, à Paris, le 28 janvier 1876. 

LEFEBYRE ( ), luthier fiançais, était 

établi à Amsterdam de 1720 à 1735 environ. 
Dans son livre curieux : les Instruments à 
archet, M. Antoine Vidal constate les bonnes 
qualités de la lutherie de cet artiste habile. 
« Il est prohabli!, dit- il, que ce Lefebvre avait 
travaillé en Italie, car les spécimens qui sont 
restés de lui sont infiniment supérieurs à ce 
qui se faisait alors en France. » 

LEFElîYlVE ( ), compositeur et poète, 

vivait à Paris dans la seconde moitié du dix- 
huitième siècle. Cet artiste ne m'est connu que 
par la publication suivante, faite par lui en 178i : 
RvMiiM-, ballet alléçjorique en un acte pour 
la centenaire de sa naissance, suivi de ré- 
flexions sur la poésie lyrique et d'un oratorio 



intitulé « la Mort d'Abel ». En annonçant 
l'apparition de cet ouvrage, le Mercure de 
France s'exprimait ainsi sur le compte de l'au- 
teur : « Ce ballet allégorique n'a i>u obtenir les 
honneurs de la représentation ; on en appelle 
au jugement du public. L'auteur nous dispense 
de prononcer sur son poème quand il dit dans 
ses Réflexions sur la poésie lyrique, que les 
meilleurs poètes soiit des juges très-incapa- 
bles en cette matière tant qu'ils ne sont pas 
compositeurs. Nous laisserons donc les musi- 
ciens décider si M. Lefebvre est bon poète. Au 
reste, il y a dans ses Réflexions des idées qui 
nous ont paru pouvoir être utiles aux gens de 
l'art. » 

LEFEBVRE (Charles-Edouard), compo- 
siteur, né à Paris le 19 juin 1S43, commença 
par étudier le droit , tout en s'occupant beau- 
coup de musique. Il finit par renoncera la carrière 
d'avocat, entra au Conservatoire dans la classe de 
M. Ambroise Thomas, et prit part, sans résultat, 
aux concours de Rome des années 1864 et 1S65. 
En 18G6, il épousa une fille de M. Oudiné, le 
graveur en médailles bien connu, et dès lors se 
vif, par les règlements, exclu de tout nouveau 
concours. Mais trois ans après il eut le malheur 
de perdre non seulement sa jeune femme, mais 
la fille qu'elle lui avait donnée. Une nouvelle 
réglementation des concours de Rome ayant pré- 
cisément, à cette époque, reporté, comme autre- 
fois, à trente ans la limite d'âge, M. Lefebvre se 
retrouvait dans les conditions normales. Use pré- 
senta donc de nouveau, en 1870, au concours de 
l'Institut, et il obtint le premier grand prix de 
Rome, conjointement avec M. Henri Maréchal 
(Voyez ce nom), pour la cantate intitulée le 
Jugement de Dieu, cantate qui ne put, selon 
la coutume, être exécutée en .séance publique, à 
cause des événements politiques qui fondirent 
alors sur la France. Après un voyage à Rome 
et dans le reste de l'Italie, en Grèce et en Tur- 
quie, M. Lefebvre était de retour à Paris, et fai- 
sait exécuter dans une séance publique de l'Ins- 
titut (15 novembre 1873) une ouverture qui 
IKutait le même titre que sa cantate de con- 
cours, et au Conservatoire, à la st-ance d'au- 
dition des envois de Rome (23 mai 1874), une 
suite symplioni{pie et le psaume .WIII pour 
chœur et orchestre (1). Après avoir été faire 
un second voyage à Rome, où il écrivait une 
synq)honie en mi bémol et un très-remarqua- 
ble drame lyrique en trois parties, Judith, sur 



(I) Cette suite svinplionique av.nit tHé produite une 
priMiiitre fos p;ir l'nulcur. le II avril prt'cédent, dan* 
une des seanees de la Société natiouale de musique. 



LEFEBVRE — LEFORT 



93 



un poëme «le M. Paul Coilin, le jeune artiste 
faisait entendre, dans la séance d'audition des 
envois de Rome de l'année suivante (27 mai 
1875), des fragments de ces deux œuvres im- 
portantes, dans lesquelles la critique sut dis- 
tinguer de rares qualités de style, de facture 
et (l'inspiration. 

.M. Lefebvre a produit encore les composi- 
tions suivantes : 1° Pièces symplioniques (Pré- 
lude et Choral, Scherzo), Concerts duCluUeiet, 
7 février 1875; 2° un chœur et une romance 
pour cor, Société nationale de musique, 13 fé- 
vrier 1875; 3° ouverture dramatique, Concerts 
du Chàtelet, 26 mars 1876; i" Dal'da, scènes 
pour orchestre d'après le drame de M. Octave 
Feuillet (Prélude, Enlr'acte, Nocturne appas- 
sionato, le Chant du Calvaire, Finale), Société 
nationale de musique, l" avril 1876; quatuor 
en mi bémof pour piano et instruments à cordes. 
Il a publié aussi Six poésies 7)iises en musique 
(Paris, Hartmann), et divers morceaux détachés 
pour chant et jiiano, parmi lesquels : C Absence, 
Sais-iu ce que le vent soupire •' etc. La par- 
tition pour chant et piano de Judith a été pu- 
bliée par l'éditeur M. Mackar. Enfin, M. Lefeb- 
vre a en portefeuille un opéra intitulé Lucrèce. 

LEFEBVRE (M"" Caroline). — Voyez 
FAURE {SVn- 

LEFÈVRE ( ) est auteur d'un opus- 
cule publié sous ce titre : Des causes qui 
retardent les progrès dans l'étude de la 
musique (Paris, 1822, in-8'' de 40 pp.). 

LEFEVRE (Victor-Gustave), compositeur 
et professeur, directeur de l'École de musique 
religieuse de Paris, est né à Provins (Seine-et- 
Marne), le 2 juin 1831, et, après avoir com- 
mencé ses études littéraires en cette ville, les 
termina à Paris, au collège Sainte-Barbe. Son 
goftt pour la musique se révéla de bonne heure, 
et dès l'âge de treize ans, sans avoir aucune 
connaissance de l'art d'écrire, il s'essayait à 
composer des morceaux qu'il harmonisait à 
quatre parties. 11 finit par triompher des scru- 
pules de sa famille, d'abord peu disposée à lui 
laisser embrasser la carrière artistique, et ob- 
tint rautori.sation de suivre le cours de solfège 
de Foulon. En 1848, il fut présenté à Panseron, 
qui, frappé de ses dispositions pour la composi- 
tion, le recommanda d'une façon toute spéciale 
à Auber et à Carafa; ce dernier lui témoigna 
beaucoup d'intérêt, et poussa l'obligeance jus- 
qu'à faire exécuter deux de ses morceaux à 
orchestre par les élèves du. Gymnase musical 
militaire, dont il était alors directeur. Auber le 
fit admettre au Conservatoire, dans la classe 
d'haimonie de Colet. 



Mais M. Letèvre ne resta pas longtemps au 
Conservatoire. Au bout de deux mois, il quit- 
tait Colet pour aller se mettre sous la direction 
de Pierre Maleden, excellent professeur avec 
le(|uel il travailla |)endanl dix années. C'est là 
qu'il puisa la connaissance étendue qu'il pos- 
sède des maîtres de toutes les écoles, et qu'il 
commença ses travaux sur la contcxture des 
périodes musicales, sur le rhythme et la mo- 
dulation. 

M. Lefèvre, que Maleden aimait comme un 
fils, épousa en 1865 la fille aînée de iNieilermeyer, 
et fut bientôt nommé directeur de l'École de 
musique religieuse que celui-ci avait fondée en 
1853. Depuis sa direction, cet établissement, 
qui rend à l'art des services si considérables, a 
pris une extension nouvelle. En dix années , 
M. Lefèvre, aidé de ses excellents coopéraleurs, 
a formé et placé dans diverses églises de France 
80 maîtres de chapelle et organistes, qui, tous, 
remplissent honorablement leur tâche, et dont 
plusieurs sont des artistes fort distingués. En 
1872, il a reconsliiué la Société de musique 
vocale classique sans accompagnement, qui 
avait été créée en 1853 par le prince de la 
Moskowa et Niedermeyer; dans les six concerts 
que donne chaque année cette Société, elle a 
exécuté un grand nombre de compositions du 
seizième siècle inconnues à Paris; en 1873 et 
187'i, elle a fait entendre à la Sainte-Chapelle 
l'office du lundi saint tel qu'on le dit à Rome , 
à la chapelle Sixtine. 

M. Lefèvre a en portefeuille de nombreuses 
compositions vocales et instrumentales, entre 
autres plusieurs messes avec accompagnement 
d'orchestre, des quatuors, dont quelques-uns 
ont été exécutés dans des concerts, et la mu- 
sique de la tragédie de Roméo et Juliette (tra- 
duction d'Emile Deschamps), dont on a entendu 
en public divers fragments. L'éditeur Richault 
prépare en ce moment la publication d'un Traité 
d'harmonie et celle d'un Traité d'accompagne- 
ment et de la basse chiffrée, écrits par cet 
artiste pour les cours de l'École qu'il dirige. 

LEFORT (Jules), chanteur Jde concert et di» 
salon, s'est fait sous ce ra[iport, il y a envi- 
ron vuigt-cinq ans, une certaine réputation , à 
l'époque des grands succès en ce genre de 
M'"" Lefébure-Wély et Gaveaux-Sabalier. De- 
puis quelques années il s'est consacré à l'en- 
seignement, et s'est livré à des recherches 
spéciales sur l'émission vocale et sur la pronoii 
dation appliquée au chant. Voulant rendre pu- 
blic le résultat de ces recherches, il a fait 
paraître d'abord un opuscule intitulé : De ré- 
mission de la voix (Paris, Heu. s. d.., in- i" de 



94 



LEFORT — LEGOUIX 



21 pages, avec 16 pages d'exercices). M. Lc- 
fort a [niblié ensuite une; Méthode de chant 
(Paris, Leinoine, in-4'>), dont il a extrait une 
brociiure imprimée sous ce titre : Partie théo- 
rique de la la nouvelle Méthode de chant 
de Jules Lefort. Du rôle de la prononcm- 
tion dans fémisson vocale (Paris, l'auteur, 
1870, m-8° de 47 pages). En 1861, M. Jules 
Lefort voulut aborder la scène, et fit une fu- 
gitive apparition au Théâtre-Lyrique, où il se 
montra dans un optera nouveau de M. Théo- 
dore de Lajarte (Voij. ce nom), le Neveu de 
Gvllirer. La moiieslie de son succès n'ayant 
pas répondu à ses désirs, il ne renouvela pas 
cette tentative. 

LE FRANÇOIS ( ), artiste qui vi- 
vait à Paris à la fin du dix- huitième siècle, 
imagina une guitare nouvelle, à laquelle il ajou- 
tait un second manche et un grand nombre 
decordes. Voici comment le CflZeH(/n"er musical 
de 1789 décrivait l'instrument ainsi modifié : — 
« Cet instrument a deux manches, et a pour 
objet de diminuer les difficultés qui se trouvent 
dans la guitare ordinaire. Les deux manches 
contiennent entre eux dix- huit cordes. Le pre- 
mier porte cinq cordes à vide, ou notes basses; 
elles se nomment ut, ré, mi, fa, sol, et celles 
qui sont sur le manche sont les mêmes q ue 
celles de la gi.itare, et portent les mêmes 
notes qu'elle. Le second manche, que l'auteur 
nomme manche d'octave, est le même pour 
l'accord que le grand, avec cette différence 
qu'il n'a que trois cordes de basse hors du 
manche, ut, ré, sol; mais on pourrait en met- 
tre cinq, comme au grand. Cette quantité d e 
cordes, et un manche de plus, semblent de- 
voir doubler les difficultés; mais l'auteur fait 
observer (lu'elles n'ont pas lieu, et qu'il gagne, 
au contraire, beaucoup, parce qu'il peut exé- 
cuter, sur son manche d'octave , et par le 
même doigter, ce que l'on ne peut exécuter sur 
le manche ordinaire, ou le premier des siens , 
que par un démanchement qui fait toujours 
courir des risques pour la justesse des sons 
et la précision de l'exécution. D'ailleurs, ces 
notes d'octaves, prononcées par d'autres cordes, 
produisent des sons plus vigoureux et plus agréa- 
bles. Un des principaux avantages de cet instru- 
ment est sans doute d'offrir, à deux ou trois notes 
près, dans le bas, la môme étendue que le cla- 
vecin ou la harpe, et de se prêter ainsi parfai- 
tement à l'accompagnement de la voix. » 

LEGEAY (Le U. P.), moine bénédictin de 
l'abbaye de Solesmes , a publié sous ce titre: 
ISoéls anciens (Paris, Victor Palmé, 1876), une 
collection de quarante noéls populaires de la 



Bourgogne et de la Champagne, dont il a repro- 
duit les paroles et la musique, en y joignant 
un accompagnement de piano. 

LEGï^\DRE (Jules), virtuose sur le cor- 
net à pistons et |)rofesseur, est l'auteur d'un 
manuel qu'il a publié sous ce titre en 1877 : 
Traité complet d'articulation ou le Secret 
des coups de langue simples et doubles, classés, 
raisonnes d'expliqués, pour cornet ou btigle 
et en général pour tous les instruments à 
vent (Bruxelles, Mahillon, in-8). 

LEGEi\TIL (A -F ), a traduit en 

français les notices allemandes de Wegeier et 
Ries sur Beethoven, et les a publiées sous ce 
litre : Notices biographiques sur L. Van 
Beethoven par le D"" F. -G. Wegeier et Ferdi- 
nand Ries, suivies d'im supplément publié à 
l'occasion de l'inauguration de la statue de L . 
V. Beethoven à Bonn , sa ville natale, traduites 
de l'allemand par A.-F. Legentil (Paris, Dentu, 
1862, in- 12). 

* LEGXANI (Louis). Cet artiste a publié : 
Melndo per imparare a conoscere la musica 
e suonare la chitarra, composta colla mas- 
sima semplicità e chiarezza, Milan, Ricordi. 
Cet ouvrage porte le chiffre d'œuvre 250. 

LEGOUIX (Isidore-Edouard), compositeur, 
fds d'un éditeur de musique, naquit à Paris 
le 1*"" avril 1834. Admis au Conservatoire, 
dans la classe de M. Henri Reber, il remporta 
un premier prix d'harmonie au concours de 
1855; devenu ensuite élève de M. Ambroise 
Thomas, il obtint l'année suivante un second 
accessit de fugue, et, en 1860, une mention 
honorable au concours de l'Institut pour le 
grand prix de Rome. M. Legouix a fait repré- 
senter quelques ouvrages dont voici les titres : 
1" Un Othello, th. des Champs-FJysées, 1863; 
2° le Lion de Saint-Marc, opéra comique en 
un acte, th. Saint-Germain, 24 novembre 1864; 
3° 31a Fille, o|iérette en un acte, Délassements- 
Comiques, 20 mars 18(56; 4" Malbroug s'en 
va-t-en guerre, opéra bouffe en 4 actes (en 
société avec MM. Bizet, Léo Delibes et Jonas), 
Athénée, 13 décembre 18G7; 5" le Vengeur, 
opérette en un acte, Athénée, 20 novembre 1868 ; 
6» les Dernières Grisettes, opéra bouffe en 3 
actes, Fantaisies-Parisiennes (Bruxelles), 12 
décembre 1874; 7° le Mariage d'une étoile, 
opérette en un acte, Bouffes-Parisiens, l'^'" avril 
lis76; 8" Madame Clara, somnambule, « fo- 
lie " en un acte avec airs nouveaux, Palais-Royal, 
mars 1877. 11 a en portefeuille une opérette en un 
acte, la Tartane, reçue naguère au théâtre de 
l'Athénée, mais non représentée. M. Legouix a 
écrit aussi, en société avec MM. Hervé et 



LEGOUIX — LEJEUNE 



9S 



Ch. Lecocq, la musique d'une pochade musi- 
cale en un acte, Deux Poiiicres pour un co7-- 
don, qui fut jouée au Palais-Royal au mois de 
mars 1869, ei pour laquelle les trois composi- 
teurs abritèrent leurs noms sous le pseudo- 
nyme coliectit' iVAlcindor. Il a donné au journal 
le Magasin des Demoiselles la musique de 
deux opérettes, Quinolelle el la Clef d'argent, 
qui n'ont pas été représentées, et il a publié 
quelques romances et mélodies vocales. M. Le- 
gouix est un artiste aimable, instruit, distingué, 
qui n'a que le tort de respecter l'art qu'il 
exerce, et qui aurait réussi aussi bien et peut- 
être mieux que d'autres s'il avait voulu se 
lancer dans le champ de la musique grotesque 
et prétendue bouffe, si fort en honneur depuis 
vingt ans. 

LEGRAIXD (PiKnuF.), pianiste, organiste 
et compositeur, devint en 1780 « maître de mu- 
sique » du théâtre du grand Opéra et de la 
Société des Concerts de Marseille. Il avait suc- 
cédé dans ces fonctions à Rey, qui fut depuis 
chef d'orchestre à l'Opéra à Paris, et il fui 
remplacé en 1793 par Parent du grand Opéra. 
Cet artiste avait acquis dans le midi de la France 
une assez grande notoriélé comme compositeur. 
Il A écrit des ouvertures et des marches pour 
orchestre, des motets à grand chœur et des 
messes. En 1783, il fit chanter à la Société des 
Concerts VHijmme des Lys, cantate, et, en 
1792, des chœurs qu'il avait composés pour 
VAthalie de Racine. Ce fut lui qui enseigna 
l'harmonie à Délia Maria. Le 20 pluviôse au 
IX, il fut reçu membre de l'Académie de Mar- 
seille, dans la section de musique que venait 
de former cette compagnie : Delattre et lui 
furent les deux premiers musiciens admis. Il 
mourut en 1809. 

Al. R— d. 

* LEGROS (Joseph), chanteur célèbre de 
l'Opéra. Le petit ouvrage dont cet artiste avait 
écrit la musique en société avecDesormery avait 
pour titre non Ilijlas el Sylvie, mais Hylas et 
Églé, el fut représenté à l'Opéra le 16 février 

1773. Ces deux artistes avaient fait annoncer en 

1774, dans le Mercure, la prochaine publication 
d'un Recueil d'airs et de duos dont ils étaient 
les auteurs ; mais je ne crois pas que cette pu- 
blication ait eu lieu, (J'oyes Desormery). 

LEIDGEBEL (Ama.xd-Léopold), pianiste, 
organiste, compositeur et professeur allemand, 
est né à Guhrau le 26 décembre 1816, alla faire 
ses études musicales à Breslau, et se rendit en- 
suite à Berlin, où je crois qu'il est toujours fixé. 
Cet artiste, qui est fort estimé dans sa patrie, a 
publié environ quarante œuvres consistant en 



sonates pour piano seul et pour piano et violon, 
caprices de concert et morceaux de genre pour 
un ou deux pianos, etc. 

LEITE (Antonio da Silva), né à Porto 
(Portugal) vers la (in du XVIII'' siècle, fut maî- 
tre de chapelle de la cathédrale de cette ville 
et compositeur distingué. lia publié : r Rezumo 
de todas as regras, e preceilos da Cantoria 
assim da Musica metrica, como do Canto- 
chdo, dividido e)ii duas partes. Porto, 1787, 
petit in-4'' de VIlI-43 pag.et deux planches gra- 
vées (l'auteur dit dans le prologue de cet ouvrage 
qu'il imprimera bientôt une Arle de acompan- 
hamento, et un autre Arte de Contraponto, 
mais ces ouvrages n'ont pas paru; 2" Estudo 
da Guitarra em que se expOe o modo mais fa- 
cil para aprender este instrumento, Porto, 
1795, 2 in-fol. de.38 pag. pour le texte, pour l'In- 
dex et XXIII pag. d'exemples de musique. Il 
a paru une 2""' édition de cet ouvrage en 179G 
avec quelques altérations dans le titre, mais 
elle n'a pas été augmentée. La plupart des 
compositions de Leite n'ont pas été imprimées ; 
je ne connais que : Seis Sonatas de Guitarra 
corn acompanhamento deRabecaeduas Trom- 
pas ad libitum, 1792, in fol. ; et Hymno pa- 
triotico a grande orchestra, Paris, 1820, in-fol. 
chez Ignace Pleyel et fils aîné (édition de luxe 
gravée par Richoinme et ornée du portrait du roi 
Jean YI). Cet hyrnme fut exécuté à Porto dans 
le théâtre de S.-Joào lors du couronnement 
de ce prince. Je citerai encore un Tantum 
ergo a 4 vozes e orchestra, 1815. Il a aussi 
composé beaucoup de Modinhas pour un jour- 
nal de musique de 1793. Je ne connais pas la 
date de la mort de Leite. 

Un autre compositeur du même nom , le 
Père José Leite, jésuite, a composé la musique 
d'un drame allégorique : Angola triumphante, 
qui fut représenté à Lisbonne, au collège des 
Jésuites (Santo-Chitào), le 18 juillet 1620. Ce 
drame, composé de quatorze scènes, n'est pas 
connu. 

J. DE V. 

* LEJEUIVE (Claude). On trouve quatre 
chansons de cet artiste célèbre dans le recueil 
divisé en six livres que Pierre Phalèse publia 
à Louvain en 1555-1556, et dont le premier 
parut sous ce titre : Premier livre des chan- 
sons à quatre parties, nouvellemeyil compo- 
sez (sic) et mises en viusicque, convenables 
tant aux instrumenta comme à la voix (Lou- 
vain, 1555, in-40). 

LEJEUIVE , est le nom d'une famille de 
luthiers qui n'étaient point sans renommée et qui 
exerçaient leur profession à Paris dans la seconde 



96 



LEJEUNE — LExMAIRE 



moilié (iii ilixliiiitiiMnc siècle. Le premier dont 
il soit fait mention est François Le jeune ^ qui, 
(lès iTG'i, faisait jiartie de la corporation des 
lutliiers-inaitres-jinés-comptables, et dont le 
nom se trouve dans une série de règlements de 
comptes de cette corporation qui sont conservés 
dans un caiton des Arcliives nationales. Fran- 
çois Lejeune vivait encore en 1785, et demeu- 
rait rue de la Juiverie. Ses violons paraissent 
avoir été estimés. Deux autres, Jean- Charles 
Lejeune et Louis Lejeune, étaient établis fa- 
bricants de violons, aussi à Paris, en 1783. 
Enfin, un quatrième, Jean- DapUsie Lejeune, à 
la fois luthier et facteur de liarpes, était ins- 
tallé à la même époque rue Montmartre; il 
vivait encore en 1788, date à laquelle on n'a 
plus de renseignements sur aucun des précé- 
dents. 

Les Lejeune, luthiers, formèrent d'ailleurs 
une véritable dynastie. En 1819, on en comp- 
tait trois : Lejeune aine, demeurant cour du 
Commerce, 10; Lejeune cadet, fixé dans la rue 
Montmartre, au passage Charot; et Lejeune fis, 
établi non loin de là, |)assage du Saumon. De 
183C à 1846, on ne trouve plus trace que de 
l'un d'entre eux, qui demeurait au n° 13 de la 
rue Couclierat; enfin, le dernier survivant de 
celte famille, fixé en 1862 rue Saint-Claude, au 
Marais, mourut, dit-on, en 1870. 

LEJEU\E (Er.NiiST), compositeur et pro- 
fesseur, établi à Calais, a fait représenter sur 
le théâtre de cette ville les deux opéras-comi- 
ques en un acte dont voici les titres : 1° La 
Chaiison de LbXfjon (août 1862); 2° Un Ma- 
riage normand (avril 1868). 

LE JOLIS (A ) e.st auteur d'un écrit 

ainsi intitulé : De la tonalité du plain-chant 
comparée à la tonalité des chants popu- 
laires, inséré dans la Revue archéologique. Il 
a été fait un tirage à part de cet opuscule 
(Paris, 1859, in-S"). 

LELU ( ), compositeur dramatique, s'est 

fait connaître i)ar la leprésentation de deux pe- 
tits <)péiras-coMii(|ues en un acte, dont le [•rcmier, 
intitulé le Cousin et la Cousine, eut un sort 
très- fâcheux. Joué au théâtre Feydeau le 1*' 
avril 1798, cet ouvrage, dont le poème avait été 
écrit |)ar Pigault-Lebrun , tomba si lourdement 
qu'il ne reparut jamais à la scène et que sa pre- 
mière représentation fut aussi la dernière. Le se- 
cond, qui avait pour titre le Siais par ruse ou 
la Mine cache le jeu, fut donné au }ielil théâtre 
des Jeunes-Artistes vers la fin de l'année 1801. 
On doit à cet arti^te un assez granii nombre de 
romances dont les titres se trouvent dans la Bi- 
bliographie musicale (do César Gardeton ) 



et trois nocturnes italiens à deux voix. Lélu, qui 
se fit plus tard éditeur de musique, vivait encore 
en l82'i. 

* LP:.MAIRE (Charles). Outre le livre de 
cantates signalé au nom de ce compositeur, on a 
de lui les quatre cantates suivantes, publiées sé- 
|iarément cliez Ballard : le Sacrijice d'amour, 
Endymion, la Constance, et le Retour du 
Printemps. 

LEM AIHE (Théophile), professeur de chant 
et écrivain sur la musique, est né à Essigny-le- 
Grand (Aisne), le 22 mars 1820. Doué d'une ma- 
gnifique voix de basse profonde, il fut admis , le 
15 décembre 1849, au Conservatoire de Paris, et 
suivit dans cet établissement les cours de Garcia 
pour le chant, de Micbelot pour l'opéra, et de 
Moreau-Sainti pour l'opéra-comique. Atteint, en 
1851, d'une bronchite aiguè qui l'obligea d'inter- 
rompre ses études musicales, il se vit forcé de 
quitter le Conservatoire. Rendu à la santé par les 
soins de son ami, M. le docteur Blanche, il re- 
nonça à la carrière théâtrale, à laquelle il s'était 
préparé , et se consacra d'une façon absolue à 
l'enseignement. 11 se livra dans ce but à des 
études spéciales, consulta tous les traités de l'art 
du chant, et bientôt réunit une bibliothèque mu- 
sicale qui est devenue l'une des plus inqiortantes 
que l'on puisse trouver chez un particulier. 

C'est en consultant les innombrables méthodes 
de chant dont il avait formé une si riche collec- 
tion, que M. Lemaire conçut la pensée de doter 
notre littérature musicale de la traduction d'un 
ouvrage de Pierfrancesco Tosi, très-curieux et 
plein d'intérêt : Opinion/ dei cantori anlichl e 
moderni, ossieno osservazioni sopra tl canlo 
Jiguralo (Bologne, 1723). Cet ouvrage, dont il 
existait depuis, longtemps une version anglaise 
et une version allemande, n'avait jamais élé tra- 
duit en français. M. Lemaire se chargea de ce 
travail utile, l'ex-'cuta avec beaucoup de soin et 
une grande exaciilude, et publia sa traduction 
sous ce titre ; VArl du chant, opinions sur les 
chanteurs anciens et modernes, ou observa- 
tions snr le chant figuré, par Pierfrancesco 
Tosi, traduit de l'italien et accompagné de 
notes et d'exetnples, par Théophile Lemaire, 
Paris, Rollischild, 1874, in-16. Depius lors, et 
en société avec M. Henri Lavoix {Vog. ce nom), 
M. Lemaire travaille à un ouvrage très-impor- 
tant, qui sera publié sous les auspices et avec le 
concours du ministère des Beaux-Arts; cet ou- 
vrage n'est autie qu'une Histoire complète de 
l'art du chant, depuis les temps les plus reculés 
jusqu'à nos jours ; il comprendra un résumé de 
toutes les mi Ihoiios de chant de toutes les épo- 
ques, un |)arallèle des deux écoles italienne et 



LEMAIRE — LEiMMENS 



97 



française, des remarqiips sur les chanteurs ita- 
liens et les chanteurs français, la bibliographie 
des ouvrages relatifs au chant, etc., etc. L'His- 
toire de Vart du chant formera un volume 
in-4° de 500 pages environ, avec de nombreux 
exemples de musique, et paraîtra dans le cours 
de l'année 1878. 

LE MAIRE ( ), dit Valné, violo- 
niste qui vivait dans la première moitié du dix- 
huitième siècle, a publié un Premier Livre de 
sonates pour le violon, avec la basse continue 
(Paris, 1739, in-f). 

*LEMAÎTRE ou LE MAISTRE (Ma- 
thieu), compositeur du seizième siècle, a été l'ob- 
jet d'un travail biographique important. M. Otto 
Kade, directeur de la musique du grand-duc de 
Mecklembourg-Schwerin, a publié sur lui un li- 
vre ainsi intitulé: Matlheus Le Maistre, nieder- 
lecndischer Tonsetzer und churfiirstlïch sxch- 
sisclier Kapelhneister {Matheus Le Maistre, 
compositeur néerlandais et maure de cha- 
pelle de l'Électeur de Saxe), Mayence, Sciiott 
fils, 1862, 1 volume grand in-8» avec musique et 
fac-similé. On voit, d'après le titre de cet ou- 
vrage, que Lemaître doit être considéré non 
comme Belge, mais comme Néerlandais. Je ne 
puis d'ailleurs parler plus longuement du travail 
de M. Otto Kade, ne l'ayant pas eu entre Jes 
mains. 

LEMANISSIER (Chaules), compositeur 
et professeur, l'un des chefs d'orchestre de la 
Société philharmonique de la Rochelle, a écrit 
une musique entièrement nouvelle sur deux an- 
ciens vaudevilles , qu'il a ainsi transformés en 
opéras-comiques et fait représenter sur le théâtre 
de la Rochelle : 1° le Dîner de Madelon 
(mars 1859) ; 1° le Cabaret de Lustucru (mars 
1861). 

LEMARIE ( ), compositeur amateur, 

a fait représenter au théâtre de l'Athénée, le 28 
juin 1873, un opéra-comique en un acte, intitulé 
Roijal-Champagne. 

LE MARTINEL (Pierre), compositeur, 
naquit en Normandie vers le milieu du seizième 
siècle. Ayant pris part, en 1586, au concours du 
puy de musique d'Evreux, il s'y vit décerner le 
prix de la lyre d'argent pour une chanson fran- 
çaise : Pourroys-je sayis mourir? 

* LE MAURE (Catherine-Nicole) , une des 
plus illustres chanteuses de l'Opéra au siècle der- 
nier, naquit à Paris le 3 août 1703 (et non 1704); 
reçue dans les chœurs en 1719, elle débuta 
comme chanteuse soliste, au courant de décem- 
bre 1721, en remplaçant M"* Erernans dans le 
prologue de Phaéton (et non par le rôle de Céphise, 
dans l'Europe galante, en juin 1724). Je pour- 

BlOC.R. LNIV. des musiciens. — SUPPL. T. 



rais continuer indéfiniment ces rectilicalions, car 
le peu qu'on savait jusqu'à ces derniers temps 
sur le com|)tedeM"'= Lemaure était bien inexact : 
De la Borde, par exemple, puis Castil Blaze et 
Fétis, plaçaient son début trois ans trop tard. C'est 
là une des nombreuses erreurs qu'ils ont com- 
mises sur son compte et qu'il serait trop long de 
relever une à une. Ici, ils retardent de trois ans, 
ailleius ils avancent d'autant; c'est un enchevê- 
trement d'inexactitudes et d'erreurs dans les- 
quelles l'un se trompe en voulant corriger l'au- 
tre, etwce versa. Il est, d'ailleurs, très-difficile 
de suivre les allées et venues d'une chanteuse 
qui ne faisait que quitter l'Opéra et y rentrer : 
on ne parvient à démêler la vérité qu'en suivant 
mois par mois le Mercure, dont les indications 
sont d'une précision extrême, à une date, à un 
jour près. C'est ce que j'ai fait dans mon travail : 
l'Église et l'Opéra en 1735, i»/"« Lemaure et 
l'éve'que de Saini-Papoul (Paris, Détaille, 1877), 
où j'ai dû retracer de la façon la plus complète 
la carrière trop ignorée de celte illustre actrice, 
en même temps que je republiais certaines pièces 
de fantaisie très-amusantes et devenues rares 
qui font connaître au mieux les goûts légers de 
nos ancêtres et lesamusements satiriques, les 
écrits facétieux dont les gens de bon ton étaient 
si fort épris il y a un siècle et demi. Je renver- 
rai le lecteur à cette brochure, non sans ajouter 
que je crois avoir mis à profit, en les vérifiant 
l'un par l'autre, tous les renseignements fournis 
sur cette actrice par les livres sérieux ou facé- 
tieux, par les mémoires privés ou plus ou moins 
publics du terfips, en recherchant aussi tous les 
détails précis et inédits que pouvaient me four- 
nir sur m"" Lemaure les manuscrits conservés 
aux Archives, à ia Bibliothèque nationale et à 
l'Opéra. 

Ad. J — N. 

* LEMIÈRE DE CORVEY (Jean Fré- 
déric-Auguste). Outre /a Dame du Lac et Tan- 
crède, de Rossini, dont cet artiste fut l'arrangeur 
pour les traductions qui en furent données à l'O- 
déon, il arrangea sous ce titre : le Testament, 
un autre ouvrage de Rossini (lequel.?), qui fut 
aussi représenté à ce théâtre, le 22 janvier 1827. 

* LEMMEXS (Jacques-Nicolas). Depuis 
environ douze ans, cet artiste fort remarquable 
est fixé à Londres, où il est devenu organiste 
de l'église des Jésuites. lia publié en 1876 un 
très-beau recueil de 3 sonates pour orgue. En com- 
pagnie de sa femme. M"" Lemmens-Sherrington, 
qui s'est fait en Angleterre une grande réputation 
de cantatrice, M. Lemmens a donné de nombreux 
concerts qui ont obtenu un très-grand retentis- 
sement. M"" Lemmens est considéréeaujonrd'hui, 

i. 7 



98 



LEMMENS — LEMONNIER 



à Londres, comme la première cantacrice an- 
glaise ; elle a obtenu de grands succès, non-seu- 
lement dans les concerts et fe>ti\als, comme 
chanteuse d'oralorios, mais aussi sur l'une des 
scènes italiennes de la grande métropole, où elle 
s'est produite de la façon la plus favorable , en 
18G6, 1867 et 18G8, dans les rôles d'Adalgise 
de Plo7-ma, Elvire de la Muette, de Poiiici, 
Inez de V Africaine, Alice de Robert le Diable, 
Elvire de Don Juan et Angèle du Domino 
noir. 

Ea 1858, un an après son mariage, un journal 
ôeLomheiiJIie llluatrated Londou ncM'S, parlait 
ainsi de W"^ Lemmens-SUerringtou : « Hélène 
Sherringlon est née à Preston en 1834. Très- 
jeune, elle quitta l'Angleterre avec ses parents, 
et résida pendant plusieurs années, d'abord en 
Hollande, et ensuite en Belgique. Elle continua 
ses études musicales au Conservatoire de Bruxel- 
les, et obtint bientôt de grands succès dans les 
concerts en France et en Hollande. Au printemps 
de 1856, m'** Sherrington fit sa première appa- 
rition à Londres; elle y reçut un accueil si flat- 
teur qu'elle se détermina à visiter cette capitale 
chaque année. Elle habite ordinairement Bru- 
xelles, à cause de son mariage avec M. Lemmens, 
professeur au Conservatoire de Bruxelles (3 jan- 
vier 1857). La voi\ de M™'' Lemmens est pure, 
brillante el flexible. Son étendue excède deux 
octaves et demie, avec une singulière facilité de 
vocalisation. M"'" Lemmens unit à beaucoup de 
sentiment naturel une expression d'artiste, un 
style distingué et gracieux ; en résumé, c'est une 
des cantatrices les plus distinguées du jour. » 

Deux sœurs cadettes de M"'" Lemmens, 
M''" Joséphine et Grâce Sherrington, se sont fait 
connaître aussi à Londres comme chanteuses de 
concerts, et paraissent ne point manquer de ta- 
lent. iM"' Lemmens et M'^' Grâce Sherrington 
ont écrit quelques mélodies vocales. 

LEMOINE (AcniLLE), compositeur et édi- 
teur (le musique, né a Paris le 15 avril 1813, est 
fils d'Henry Lemoine et pelit-lils d'Antoine Le- 
moine, (jui fonda en 1780 la maison de coiiunerce 
de musique qui n'a cessé de porter ce nom et 
qui est la plus ancienne de Paris. Comme pianiste, 
M. Achille Lemoine (ut élève de Brice, d'Henri 
Bertini et de Kalkbrcnner, et se livra ensuite à 
l'enseignement tout en publiant quelques compo- 
sitions légères pour son instrument, bagatelles, 
fantaisies, transcri|tlions, etc., qu'il donnait gé- 
néralement .«ous le pseudonyme de lleinlz. Son 
père, Henry Lemoine, homme intelligent et ar- 
ti.ste fort distingué, avait su réunir un ensemble 
judicieux d'ouvrages relatifs à l'enseignement mu- 
sical, el s'était placé au premier rang des éditeurs 



de Paris. A sa mort, en 1852, M. Achille Lemoine, 
associé depuis doux années à la maison, en resta 
le seul directeur ; il continua les traditions pa- 
ternelles, et s'efforça surtout de populariser en 
France les œuvres des grands maîtres. Dans ce 
but il commençait, dès 1858, la publication d'une 
immense collection connue sous le nom de Pan- 
théon des Pianistes et publiée dans un format 
nouveau et dans des conditions de bon marché 
inconnues jusqu'alors en Europe. Le Panthéon 
des Pianistes, qui réunissait les œuvres d'Haydn, 
de Mozart, de Beethoven, de Chopin, de Clementi, 
de Dussek, de Humrnel , de Mendelssohn , de 
Weber, etc., réunissait à la beauté de la gravure, 
à la modicité du prix, une correction qui en fai- 
sait une des plus belles el des meilleures éditions 
connues jusqu'à ce jour. Grâce à cette publication 
qui comprend aujourd'hui environ six cents nu- 
méros, les jeunes gens, artistes ou amateurs, 
ont pu parvenir à se former sans grands frais 
une excellente bibliothèque musicale, ce qui était 
impossible naguère, avec le haut prix de la mu- 
sique. Il convient de remarquer que les maisons 
allemandes qui depuis sont entrées dans cette 
voie, telles que celles de MM. Enoch, Peters, etc. 
n'ont fait qu'imiter M. Achille Lemoine et ne 
sont venues qu'après lui. A côté du Panthéon 
des Planistes, M. Lemoine, qui comprenait l'u- 
tilité morale de la musique et avait pour but 
d'en rendre l'étude plus facile aux enfants, créait 
deux autres publications excellentes et particu- 
lièrement destinées au jeune âge, le Petit Pia- 
niste et VÉcole d'accompagnement. Bientôt, 
sa maison prenant une très-grande extension, il 
songea à en centraliser tous les services el à les 
grouper sous sa main, en faisant construire des 
ateliers de gravure et d'impression qui lui per- 
mirent de perfectionner et de développer encore 
l'oiuvre qu'il avait entreprise, en lui donnant la 
possibilité d'avoir sous les yeux et de surveiller 
sans cesse les graveurs, les imprimeurs, les bro- 
cheurs. 11 entreprit alors des publications de 
luxe qui sont l'honneur du commerce de musique 
français, et mit au jour de nombreuses méthodes 
d'enseignement qui ne pouvaient qu'augmenter 
encore la renommée qu'il s'était acquise. Les 
jurys de diverses Expositions, soit en France, 
soit à l'étranger, ont apprécié de la façon la plus 
favorable les excellents travaux de M. Achille 
Lemoine, qui a été nommé chevalier de la Légion 
d'honneur à la suite de lExposition universelle 
de Vienne de 1873. 

LEMOl\i\lEIl(L0UlSF.-Tni;RÈSE-ANT0INETTE 

REGNAULT-BONSCOURS, femme), connue d'a- 
bord sous le nom de M"' Rcgnault, fut l'une 
des chanteuses les plus remarquées de l'Opéra- 



LEMONNIER — LENEPVEU 



99 



Comique. Née à Drest le 24 août 1789, elle débu- 
ta, âgée de seize ans, à Rouen, dans le Prisonnier 
et Maison à vendre, et resta quatre ans en celle 
Tille, d'où un ordre du surintendanUles tliéâtres 
la fit venir à Paris pour débuter à l'Opéra-Co- 
mique. Elle y parut avec succès, le IG décembre 
1808, dans Isabelle et Gerlrude et le Jugement 
deMidas. Sa rivaliléàce tbéâtre avecM"^Duret- 
Saint-Aubin — rivalité tout amicale — est restée 
célèbre, et l'on sait que, tandis que Boieldieu 
écrivait surtout pour elle, Nicolo écrivait surtout 
pour la seconde. (V. l'article Boieldieu au 2° 
vol. de la Biographie.) Elle épousa, en 1817 ou 
1818, un de ses camarades de l'Opéra-Comique, 
Lemonnier, et créa avec succès un nombre consi- 
dérable d'ouvrages, parmi lesquels Cewrf/i7?o« , 
V Enfant prodigue, Jean de Paris, le ISouveau 
Seigneur de village, Jeanne d'Arc, Leicester, 
Daniloiva, Joséphine, etc. L'empereur Napo- 
léon l"" prisait beaucoup son talent. Elle se retira 
du tbéàtre en 1828, et, environ dix années après, 
lorsque son mari eut pris sa retraite à son tour, 
elle alla babiler avec lui Saint- Sever (Calvados), 
où elle est morte seulement le 5 avril 1866. 

Son mari, Louis -Augustin Lemonnier, avait 
commencé sa carrière dramatique au [letit théâ- 
tre des Jeunes-Artistes, qui, avec tantd'autres, fut 
fermé en 1807 par suite du décret impérial qui 
rétablissait le régime des privilèges et réduisait 
de plus de moitié le nombre des théâtres alors 
ouverts dans Paris. Lemonnier s'en alla bientôt 
à Rouen, puis à Bruxelles, où il joua l'emploi 
des Colins. Engagé à Paris, au théâtre de l'O- 
péra-Comique, ii y débuta, le 5 mai 1817, dans 
Jeannot et Colin et Paul et Virginie. Lemon- 
nier n'était pas vraiment un chanteur, et sa voix, 
quoi(iu'agréable et bien conduite, était courte et 
sans grande portée ; mais c'était un excellent 
comédien, doué d'un beau physique, plein de 
distinction, et il sut bientôt se faire un emploi 
approprié à ses facultés. Il fit d'heureuses créa- 
tions dans l'Artisan, les Petits Appartements, 
l'Orphelin et le Brigadier, la Vieille, VExd 
de Rochesler, la Fiancée, Daniloiva, Trois jours 
en une heure, Joséphine, le Grand Prix, Ma- 
saniello, le Mariage à l'Anglaise, le Roi et le 
Batelier, le Colporteur, les Deux Mousque- 
taires, Ludovic, l'Homme sans façons, les 
Deux Nuits, et surtout le Pré aux Clercs, oii 
le rôle de Comminges lui fit beaucoup d'honneur. 
Après vingt ans de bons services, Lemonnier 
quitta le théâtre en 1837, Plus jeune que sa 
femme de trois ou quatre ans, il s'en alla vivre 
avec elle à Saint- Sever, où il lui survécut de 
de cinq années. Il mourut dans cette retraite, où 
il était volontairement seul et isolé, le 4 mars 



1875, âgé de 82 ans. Son fils, M. Lemonnier, 
avait été joaillier de la couronne sous le second 
empire, et sa petite-fille a épousé il y a quelques 
années M. Georges Charpentier, réditeur-jibiaire 
bien connu. 

LEMOYIVE (Jean-Baptiste MO Vi\E,dit). 
— L'un des premiers ouvrages de cet artiste fut 
une vaste composition en forme d'oratorio, écrite 
par lui sur une poésie de Gilbert : Ode sur le 
combat d'Ouessant et qu'il fit exécuter au Con- 
cert spirituel en 1778, l'année même de ce com- 
bat fiimeiix. 

LEiVEPVEU (Charles-Ferdinand), né à 
Rouen le 4 octobre 1840, fit ses études au lycée 
de cette ville, et sentit de bonne heure s'éveiller 
en lui un goût prononcé pour la musique, goût 
qu'il ne put satisfaire tout d'abord autant qu il 
l'aurait voulu; car son père, avocat au barreau 
de Rouen, prétendait lui faire suivre la carrière 
que lui-même avait parcourue, et il lui inter- 
disait à cet effet toute étude pouvant l'en dé- 
tourner. Le jeune Lenepveu se soumit, tant bien 
que mal, à la volonté paternelle; mais lorsqu'à 
l'âge de dix-neuf ans, il se vit pourvu du diplôme 
de bachelier es lettres, il manifesta le désir d'aller 
suivre à Paris les cours de la Faculté de Droit. 
Tel était, du moins, le prétexte dont il couvrait 
l'intention, bien arrêtée chez lui, de donner sa- 
tisfaction à ses aspirations musicales, et d'étudier 
sérieusement l'art dont les séductions promet- 
taient de s'accroître pour lui à mesure qu'il en 
aurait pénétré les secrets. La permission qu'il 
demandait lui ayant été accordée, il vint à Paris, 
et, tout en éludiant leCode et le Digeste, il reçut, 
durant trois années, de M. Augustin Savard, pro- 
fesseur au Conservatoire, de substantielles leçons 
concernant le solfège et l'harmonie. 

Ce fut au cours de ces études que M. Lenepveu 
trouva l'occasion de .s'essayer pour la première 
fois comme compositeur. La Société des Beaux- 
Arts de Caen avait mis au concours une cantate 
destinée à célébrer le centième anniversaire de 
la fondation de la Société d'Agriculture et de 
Commerce de la même ville. M. Lenepveu entra 
en lice, et obtint le premier prix , consistant en 
une médaille d'or. Sa cantate fut exécutée, le 29 
juillet 1862, à l'hôtel de ville de Caen.* 

Encouragé par ce premier succès, le jeune com- 
positeur ne «ongea plus qu'à suivre hardiment 
la voie qu'il regardait comme sienne. Il obtint, 
par l'entremise de M. Savard, son admission au 
Conservatoire, dans la classe de M. Amhroise 
Thomas, et en 1865, après deux années consa- 
crées à l'étude du contrepoint, de la fugue et de 
la composition idéale, il se présenta au concours 
pour le prix de Rome. Reçu second en loges, il fut 



dOO 



LENEPVEU — LÉONARD 



olus lieureux encore au concours définitif, et 
le granii prix lui fut (iécerné. Avant de partir pour 
Rome, il lit entendre dans la salle des concerts 
du Conservatoire, le 3 janvier 1866, sa cantate, 
Jlenaiid dans les jardins dWrmide. Unduetfo, 
extrait de celte partition, a été publié par l'édi- 
teur M. Hiélard. 

Pendant son séjour à Rome, lequel dura jus- 
qu'au mois de juillet 1868, M. Lenepveu se livra 
à différents travaux de composition; il |)rit part 
notamment à l'un des concours de composition 
dramatique ouverts par le ministère des Beaux- 
Arts, et revint à Paris avec une partition com- 
]>lèle, écrite sur le poème de M. de Saint- Geor- 
ges, le Florentin. En attendant le résultat de 
ce concours, il reprit ses études de contrepoint" 
et fugue avec un artiste du plus haut mérite, et 
dont la fin prématurée a inspiré bien des re- 
grets : nous voulons parler d'Alexis Chauvet 
[Voij. ce nom), l'éminent organiste de la Trinité, 
près duquel bon nombre de nos jeunes musi- 
ciens ont trouvé de précieux conseils et des en- 
couragements efficaces. 

Au mois de novembre 1869, M. Lenepveu 
se vit proclamer lauréat du concours d'o- 
péra-comique , concours auquel avaient pris 
part soixante-trois compositeurs. Les événe- 
ments politiques mirent obstacle à la repré- 
sentation du Florentin dans le délai promis; 
comme beiireuse diversion à la longue attente 
qu'eut à subir en celte circonstance le musi- 
cien, il rencontra un succès dans la produc- 
tion d'une messe de Requiem qui fut entendue 
pour la première fois à Bordeaux, le 20 mai 
I871j au profit des victimes et des orphelins de 
la guerre. Des fragments de ce Requiem ont été 
exécutés à Paris, en 1872, par la Société des 
Concerts du Conservatoire, et en 1873, aux 
Concerts populiraes; l'œuvre tout entière a eu 
depuis de nouvelles auditions à Cordeaux. 

Enfin, après de longs délais et des démarches 
réitérées, le Florentin fit son apparition sur 
la scène de l'Opéra-Comique, le 26 févirer 1874, 
et y fut très-convenablement accueilli, sinon 
avec une grande faveur. M. Lenepveu travaille 
en ce moment à un grand opéra , Velléda , 
dont le poème , de M. Augustin Cliallamel, est 
emprunté aux Martyrs de Chateaubriand. 

Il a publié, chez l'éditeur M. Hiélard, des mor- 
ceaux de piano, d'une facture soignée, parmi les- 
quels nous citerons : Barcarolle, Rercruse, oie, 
et un certain nombre de mélodies : la Jeune Cap- 
tive, Rappelle-toi, Chanson, Je ne le dirai 
pas, etc. La partition du Florentin a été publiée 
à Paris, chez M. Achille Lcmoinc (1;.— J.C-z. 

(1) M. Lenepveu a publié dans le Journal le Magasin 



LlirvOlR (E -E....-C ), compo.siteur 

religieux, maître de musique de la Sainte-Clia- 
pelle du roi, à Dijon, vivait en cette ville dans 
la seconde moitié du dix-huitième siècle. Dans 
son opuscule : les Musiciens bourguignons, pu- 
blié en 1854, M. Charles Poisot disait à son su- 
jet : « M. Henri .lolief possède de cecoiii|)ositeur 
un recueil manuscrit de pièces de musique com- 
posées pour l'Église en 1785. Ce petit in-4'' con- 
tient sept psaumes, un Ave Maris stella, un 
Magnificat, le cantique Cantemus Domino, un 
Kyrie, Gloria et Credo à quatre voix, un Do- 
mine salvum, un répons et des fragments d'une 
grand'messe à symphonie. » 

LEi\01R-DUPLESSIS (Le chevalier) , a 
écrit la musique d'un mélodrame en un acte, 
r Amour enchaîné par Diane, qui fut repré- 
senté en 1779 au théâtre des Élèves de la danse 
pour l'Opéra. 

* LËI\Z (LÉopoLt)), chanteur et compositeur 
de lieder, est mort à Munich le 17 juin 1862. 

* LEi\Z(GiiiLL\i;MEDE), dilettante passionné 
et écrivain sur la musique, est né en 1809. On lui 
doit un écrit publié sous ce titre : Liszt, Chopin, 
Tausig, Henselt, Berlin, Bote et Bock, 1872. H 
a fourni des articles au Journal deSaint-PéterS' 
bourg (sous l'initiale L ), ainsi qu'à diverses feuil- 
les allemandes, entre autres à la Neiie Berliner 
Blusikzeiteing. 

* LEO (Leonahdo). a la liste des ouvrages 
dramatiques de ce maître, il faut ajouter les sui- 
vants : 1° il Trionfo di Camilla, regina de' 
Volsci, Rome, th. Capranica, 1726 ; 1° il Conte, 
Naples , th. des Fiorentini ; 3" Alidoro, id., id., 
1740 ; 4" la Fedellà odiata, id., id, 1744; 
5° Ez-io. 

LEO (Charles), compositeur allemand, a 
écrit la musique d'une opérette, Podol, qui a été 
jouée au théâtre Wallner, de Berlin, au mois de 
novembre 1867. 

* LÉOi\AIlD (Hubert), célèbre violoniste 
belge , est depuis plusieurs années fixé à Paris, 
où il s'est consacré à l'enseignement, et semble 
avoir renoncé complètement à se faire entendre 
en public. Je crois utile de reproduire ici la liste 
complète dès œuvres publiées par cet artiste 
fort distingué, telle qu'elle m'a été communiquée 
par lui-même : 1" Gymnastique du violoniste, 
ou résumé des éléments les jilus utiles à travail- 
ler journellement ; 2° La Petite Gymnastique 
du jeune violoniste; 3° 24 Études classiques; 
4° 24 Études liarmoniques, dans les différentes 
positions; 5" École Léonard, méthode de violon ; 

des DemoUelles la musique d'une opérette, l'Anniver- 
saire, qui n'a pas été représentée. — h. P. 



LÉONARD — L'ÉPINE 



101 



C" l'Ancienne École italienne (élude spéciale 
de la double-corde), recueil de fugues et de mor- 
ceaux divers de Corelli , Tartini , Geniiniani et 
Nardini, harmonisés d'après la bassedes auteurs ; 
7° 6 sonates de Tartini, harmonisées d'après la 
basse de l'auteur ; 8" Le Trille du Diable de 
Tartini, id., 9° 5 concertos, avec accompagne- 
ment d'orchestre; 10° 17 fantaisies, id.; il" 6 
solos de concertos, avec accompagnement de 
piano; 12' 10 Petits Morceaux caractéristiques, 
avec piano; 13° Sérénade pour trois violons; 
14° plus de 60 duos pour piano et violon, sur 
des motifs d'opéras, en société avec Joseph 
Gregoir; 15° 4 duos originaux pour piano et vio- 
lon, avec M. Henri Littolff ; 16° 4 duos pour vio- 
lon et violoncelle, avee Servais; 17° Duo de 
concert, pour deux violons ; 18" Valse-caprice de 
concert; 19° 5 mélodies de Richard Wagner, 
transcrites pour le violon avec accompagnement 
de piano. Tous ces ouvrages ont été publiés à 
Paris, chez Richauit, ou à Bruxelles, chez 
Schott. 

LLOA'CE (Le Frère), de la communauté des 
frères du pensionnat de Passy, près Paris, a pu- 
blié les œuvres suivantes de musique religieuse : 
1° Messe solennelle à quatre voix, avec accom- 
pagnement d'orchestre ou d'orgue (Paris, Gé- 
rard) ; 2° Deuxième Messe à quatre voix, avec 
acompagnement d'orgue ou de petit orchestre 
(id., id.); 3° Kyrie, avec accompagnement 
d'orgue ou de piano (id., id.); 4° Gloria, id. 
(id., id.); 5° Credo, id. (id., id.);6° Sancius, 
id. (id., id.) ; 7» Agmis Dei, id. (id., id.) ; 8» Ta- 
blettes de Vorganisle , 120 versets faciles et 
chantants, dans les tons les plus usités, pouvant 
servir pour toutes les parties de l'office divin 
(Paris, Prilipp, in-8° oblong). 

LEOI\IIAllD(JuLES-ÉMiLE), pianiste etcom- 
positeur. Deux fautes typographiques se sont 
glissées dans la notice consacrée à cet artiste. 
Son nom doit s'écrire Leonhard.el non Leon- 
hardt, et il est né à Lauban, et non Laubau. 

LEOIVI (A ), musicien italien du dix-neu- 
vième siècle, est l'auteur d'un opéra inlilulé 
Ariele. On lui doit aussi un Salve Regina à 
voix seule et quelques mélodies vocales. 

LEOiXi (Josè-Maru-Martins), théoricien 
portugais, a écrit : Principios de miisica theorica 
e pratica, para instrucçao da musica de por- 
tugueza (Lisbonne, 1833, in-4° de ,52 |)p, et 8 
planches d'exemples)"; ce n'est que la première 
partie de cet ouvrage ; le reste n'a pas paru, 
que je sache. Avant les exemples, on trouve une 
analyse favorable de cet ouvrage, faite par le sa- 
vant compositeur Frei José Marque seSilva. 

J. DE V. 



LE PAGE (L ), acteur de l'Opéra, où 

il chantait les basses-tailles , entra à ce théâtre 
au mois de novembre 1735, et prit sa retraite en 
1752.1! y fit un assez grand nombre de créations 
importantes, dont plusieurs dans des ouvrages 
de Rameau, ce qui est une présomption en faveur 
de son talent, car on sait combien cet illustre 
maître était difficile en ce qui concernait ses in- 
terprèles. Voici la liste des ouvrages dans les- 
quels il établit des rôles : Castor et Pollux, les 
Fêtes d'Hébé, Zaïde, reine de Grenade, Dar- 
danus, Isbé, les Fêles de Polymnie, le Temple 
de la Gloire, l'Année galante, les Fêtes de 
Vhymen et de l'amour, Lêandre et Héro, Al- 
masis, Titon et V Aurore. Le petit almanach in- 
titulé le Tableau des Théâtres (pour 1749), 
consacrait à Le Page ce quatrain, dans lequel la 
langue n'étail_J pas moins maltraitée que la poé- 
sie : 

Comique, grave, sérieux. 
Le Page remplit tous les rôles; 
Faire les valets et les dieux 
Ne sont pas des emplois frivoles. 

Le Page épousa M"' Eremans {Voyez ce nom), 
qui était sa camarade à l'Opéra. Il avait un frère, 
désigné sous le nom de Le Page cadet, comme 
lui attaché à ce théâtre, «■ dans les chœurs et 
doublant les rôles. » 

LEPEIi\TRE ( ), musicien qui vivait 

dans la seconde moitié du dix-septième siècle, 
était renommé à Paris pour son talent sur le 
violon. Ce talent ne devait pas l.iisser que de 
lui être productif, si l'on en juge par ces lignes 
dans lesquelles Richelet, au mot Violon de son 
Dictionnaire français, parle de cet artiste : 
« Le poète Martial disait autrefois que pour faire 
fortune à Rome il fallait être violon. Quand on 
dirait aujourd'hui la même chose de Paris, on di- 
rait peut-être assez la vérité. Le Peintre, l'un 
des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne 
plus que Corneille, l'un des plus excellents et 
de nos plus fameux poètes français. » Ce pas- 
sage de Richelet est du reste le seul témoignage 
que j'aie rencontré de l'existence de cet artiste. 

LEPIX ou LE PL\ ( j, probablement 

frère du claveciniste du même nom, vivait ainsi 
que lui à Paris dans la seconde moitié du dix- 
huitième siècle. Violoncelliste amateur, il a pu- 
blié quelques compositions pour son instrument. 
Je n'ai eu connaissance que des suivantes : 1° 
Trois sonates pour le violoncelle avec accompa- 
gnement de basse , op. 1 ; 2° Sonates pour le 
violoncelle avec accompagnement de basse , 
op. 2.^ 

L'ÉPINE (Erîsest), littérateur et composi- 



102 



L'ÉPINE — LE PRÉVOST 



teur, né à Paris en 1820, commença par èle 
employé à l'aflministration des postes, et se lit 
d'abord connaître par la publication de quehjues 
romances. Devenu, après le rétablissement de 
l'empire, chef du cabinet du duc de Morny à la 
présidence du Corps législatif, il lit jouer deux 
petites comédies au Théâtre- iM'ançais et composa 
Ja nmsique d'une opérette en un acte, Croqui- 
gnole A'A'.TTV, qui fui représentée aux Bouffes- 
Parisiens le l'i jinvier 1800. Les romances de 
]\1. L'Épine sont en assez grand nombre, et Je 
citerai seulement: A qui pensait-HP Madrid, 
Chinoiserie, Barcarolle, V Enfant, Si j'étais 
le bon Dieu ! Cousine Marie, Mon petit ange, 
rombre des blés, Isola bella , le Printemps, 
Sous les Tilleuls, les Goélands, A bord, le 
Bois joli, Regrets d''amours, etc., etc. Sous ce 
titre : Poésie chantée, M. L'Épine a publié 
(Paris, Hartmann) un recueil de dix mélodies vo- 
cales d'un tour aimable et d'un heureux accent ; 
un autre recueil, intitulé Scènes et Chansons, 
et formé de 24 mélodies , a paru chez l'éditeur 
Flaxiand. — En 1875, M. Ernest L'Épine a été 
nommé conseiller référendaire à la Cour des 
comptes. 

* LEPLUS (Louis-G.vekiel), est mort à Paris, 
au mois de mars 1874. Cet artiste avait com- 
mencé son éducation musicale au Conservatoire 
de Lille. 

* LE PRÉVOST (Etienne-Alexandre), est 
mort à Paris le 19 décembre 1874. M. Théodore 
Nisard, qui connaissait personnellement cet ar- 
tiste fort distingué, a publié sur lui, vers 1808, 
une notice dont les renseignements complètent 
ceux donnés par la Biographie universelle des 
Musiciens, et qu'il ne nous semble pas inutile 
de reproduire en grande partie. 

« Ce fut à Paris, dit cet écrivain, qu'il reçut 
les premières notions de musique sous la direc- 
tion de Poirier-Lataille, violoniste distingué de 
la chapelle du roi Louis XVIII. En 1820, il fut 
admis comme élève à l'École spéciale de musique 
religieuse fondée et dirigée par l'illustre Choron. 
Son aptitude au travail et sa rare intelligence 
furent bientôt remarquées, et lui valurent, peu 
de temps après, les fonctions de professeur de 
solfège et de classe d'ensemble dans cet établis- 
sement. 11 y étudia l'harmonie .sous les auspices 
de Ikrnanio l'orla, et tels furent les progrès de 
Leprévost dans cette science, qu'il n'avait que 
douze ans lorsqu'il lit exécuter, en 182'i, ;\ l'é- 
glise deSaint-Jacques-du-IIaut Pas, avec le con- 
cours de tous les élèves de l'École de musique 
religieuse, une messe de sa composition. A la 
même ('poque, l'institut de Choron se réunissait 
chacjiK; d'iiianche dans l'i-glisc delà Sorbdiine, 



et y faisait entendre d'admirables offices en mu- 
sique. Leprévost, malgré son extrême jeunesse, 
eut l'honneur de tenir le grand orgue dans ces 
solennités musicales. 

« Le 2 mars 1832, il entra au Conservatoire 
de musique, où il fit de sérieuses études de con- 
trepoint et de fugue, d'abord dans la classe de 
M. Fétis, puis, après le départ de ce savant pro- 
fesseur pour Bruxelles, dans celles d'Halévy et de 
H. Berton, jusqu'au mois d'octobre 1833, époque 
à laquelle il se livra seul à l'analyse de-; chefs- 
d'œuvre des plus illustres compositeurs anciens 
et modernes. » 

Successivement, de 1830 à 1844, organiste et 
maître de chapelle des églises de Saint-Paul- 
Saint-Louis, de Saiut-Merry et de Saint-Eusta- 
che, Leprévost, qui remplit aussi les fonctions 
d'alto à l'orchestre de l'Opéra du 1^'' novembre 
1839 au 30 octobre 1845, devint, le 1" janvier 
1844, organiste accompagnateiu- à Saint-Roch. 
Il obtint une première médaille au concours des 
cliants historiques et religieux (1847), une mé- 
daille semblable au concours de chants nationaux 
et patriotiques (1848), le 21 mars de celte der- 
nière année donnait à l'Opéra- Comique un agréa- 
ble ouvrage en un acte, le Rêveur éveillé (l),et 
en 1804 recevait une médaille d'honneur, au nom 
de V Orphéon de France, pour sa cantate à qua- 
tre voix d'Uoifimes., Halte dans les bois, a\ec 
accompagnementde saxhorns. On a de cet artiste 
une centaine d'ouvrages de tons genres, messes et 
morceaux d'église, oratorios, opéras, cantates, 
ouvertures, chœurs, etc., etc. 

« Si, — dit encore M. Th. Msard, — comme on 
l'a dit avec raison, la vie d'un artiste est tout 
entière dans ses œuvres, on conviendra sans 
peine que celle de Leprévost a été jusqu'à pré- 
sent aussi active que féconde. Plein d'enthou- 
siasme pour la belle et grande musique des maî- 
tres anciens et modernes, l'organiste-accompa- 
gnateur de Saint-Roch s'est constamment imposé 
la tâche de méditer leurs impéris.sables modèles, 
et d'en enrichir l'écrin de son individualité mu- 
sicale. Celle individualité est évidente : on la 
touche du doigt, en quelque sorte, dans toutes 
les pages écloses au souflle de son inspiration. 
Chez Leprévost, la mélodie domine toujours, et 
l'auteur ne l'éfouffe jamais .sous les plis d'une 
harmonie savante qu'il sait draper en maître, 
c'est-à-dire avec beaucoup de délicatesse et d'ha- 
bileté. C'est surtout dans la musique religieuse 
que notre artiste se complaît et réussit : là, sa 
manière est large et pleine d'une noble gravité 



(i) Et non le Dormeur éveillé , comme il a été dit par 
erreur. 



LE PRÉVOST — LESCHETITZRY 



103 



qui convient à sa destination, autant que le per- 
met la tonalité nioiterne. Nous avons souvent 
qualifié de musiq nette teWe au telle production 
soi-disant religieuse de certains compositeurs 
actuels, mais notre plume n'écrira jamais ce mot 
en parlant des ajiivres de musique sacrée de 
Leprévost, et c'est par ce témoignage sincère que 
nous terminerons une notice qui, nous l'espérons 
bien, ne contient pas le dernier feuillet delà vie 
artistique du savant organiste. « 

* LEROY ou LEliOI (Guillaume), diacre, 
chantre-basse à la chapelle de Louis XII, quitta 
Paris et la chapelle royale, en 1530, pour aller 
prendre possession de la maîtrise de la cathé- 
drale de Rouen, dont on lui avait confié la direc- 
tion. 

LEROY ( ), compositeur, professeur de 

chant et éiliteur de musique à Paris, dans la se- 
conde moitié du di\-huilième siècle, a publié di- 
verses compositions, entre autres un Recueil 
d'airs et de chansons, avec accompagnement 
de piano- forte ou de harpe, œuvre IV, et un 
Premier Pol-Pourri d''airs choisis, tirés des 
plus jolis opéras-comiques, arrangés pour la 
harpe ou le forte-piano, œuvre VI. 

LE ROY ( ). C'est sous ce nom que parut 

à l'Ambigu-Comiciue , en 1791 , un petit opéra- 
comique en un acte intitulé la Bascule. 

LESAGE ( ), l'un des meilleurs acteurs 

qu'ait possédés l'Opéra-Comique, où il fournit 
une carrière de trente années, débuta au théâtre 
de Monsieur, lors de sa fondation en 1789, dans 
l'emploi des tailles comiques, que Trial avait 
illustré à la Comédie- Italienne, et s'y fit aussitôt 
remarquer. Il n'avait que peu de voi\, mais il 
s'en servait très-bien, étant excellent musicien, 
et son talent de comédien était des plus remar- 
quables. Lors de la réunion^des deux troupes 
d'opéra-comique dans la salle de Feydeau, il se 
fit une position brillante , et peu d'années après 
un critique en parlait ainsi: « Lesageestàla lettre 
un excellent acteur, d'une utilité très-grande , 
surtout depuis que l'Opéra-Comique a eu le mal- 
heur de perdre l'estimable Dozainville. Lesage 
seul fait la fortune de Monsieur Deschalumeaux, 
folie de carnaval, qui, sans le talent extraordi- 
naire qu'il y a déployé, n'eût point franchi les 
bornes de ce temps consacré à la grosse joie. La 
pièce est longue, et M. Deschalumeaux occupe 
presque toujours la scène : Lesage trouve pour- 
tant le moyen de faire rire le public depuis le 
commencement jusqu'à la fin. Cet acteur joue 
les niais et les caricatures, mais avec esprit et 
bonhomie. Son genre est très-supérieur à celui 
de Baptiste cadet, de Brunet, de Talon ; aussi 
a-t-il la réputation de premier talent, qui ne s'ac- 



corde pas facilement à l'acteur livré à ce genre , 
dans lequel il est si facile d'obtenir des suc- 
cès (1). ). 

Lesage avait commencé sa réputation dans 
quelques pièces du Cousin-Jacques : la Petite 
IS'anette, Jean-Baptiste, le Club des bonnes 
gens; il la soutint dans plusieurs autres ouvra- 
ges, Avis au public, l'Emprunt secret, et sur- 
tout dans Cadichon et les Comédiens ambu- 
lants, pièces où, en dehors de ses qualités scéni- 
ques, il faisait applaudir un talent remarquable 
de violoniste. Il continua d'être un des favoris 
du public jusqu'à sa retraite, qui eut lieu le 20 
février 1819. Il n'était pas moins estimé comme 
homme que comme artiste. 

Sa femme, néeMarie-Françoise-Christine San- 
lin, mais connue sous le nom de M""' Juliette 
Lesage, débuta en même temps que lui au théâ- 
tre de Monsieur, dans l'emploi des secomles chan- 
teuses, obtint pendant quelques années un succès 
de vogue, et prit ensuite l'emploi des jeunes 
mères. C'était une artiste estimable, douée d'une 
voix agréable, mais sans grande originalité. Sa 
carrière fut courte, car en 1798 ou 99, elle quitta 
la scène. Elle mourut le 10 juillet 1820. 

La fille de ces deux artistes, m"*^ Augustine 
Lesage, suivit la même carrière et parut sur le 
même théâtre, où elle débuta vers 1797. Elle pos- 
sédait une voix étendue, chantait avec goût, et 
était loin de manquer de talent comme comé- 
dienne. On lui reprochait seulement un peu de 
froideur et de timidité. Dans un ordre secondaire, 
elle fut jusqu'en 1813, époque de sa retraite, 
l'une des artistes les plus distinguées et les plus 
aimées de l'Opéra-Comique. Peu de temps après 
ses débuts, elle avait épousé un nommé Haubert, 
qui n'appartenait pas au théâtre, et depuis lors 
fut appelée M""' Haubert-Lesage. Devenue veuve, 
elle se remaria en Î812, peu de temps avant sa 
retraite, avec le ténor Huet, .son camarade à 
l'Opéra-Comique, qui commençait à se faire une 
brillante réputation à ce théâtre. 

* LESBIO (Antomo-Maroues). — En par- 
lant de cet artiste, Fétis écrit son nom : Mar- 
quez, (Antonio Lesbio), ce qui est une erreur, 
et il place la date de sa naissance à l'année 
1600, ce qui est inexact aussi, Lesbio étant né 
en 1639. L'article de Fétis contient encore quel- 
ques autres erreurs, que j'ai rectifiées dans 
mes Musicos portuguezes. Outre la collection 
de VilhancicosAndiquée à 17C8, il en a publié 
une foule d'autres, depuis 1060 jusqu'à cette 
dernière date. J. de V. 

LESCHETITZKY (Th ), pianiste re- 

(1} Opinion du parterre, 1907. 



i04 



LESCHETITZRY — LESFAURIS 



niarquable et l'un des artistes les plus distingués 
de la Russie, s'est fait connaître d'ahord à Saint- 
Pétersbourg, et se produisit ensuite à Londres, 
en 1864, avec un très-grand succès, dans les 
séances de V Union musicale si liien dirigées par 
M. John Ella. Virtuose distingué, excellent mu- 
sicien, joignant à de grandes qualités de méca- 
nisme et à une rare puissance de sonorité un goût 
véritable et une remarquable délicatesse de tou- 
cher, M. Lesclietilzky lit sur le public anglais 
une impression profonde. De retour dans sa pa- 
trie, il vit sa renommée grandir chaque jour, 
et sut se faire applaudir non-seulement comme 
virtuose, mais comme exécutant de musique de 
hambre, en secondant fréquemment MM. Auer et 
Davidoffdans leurs intéressantes séances, suivies 
avec tant d'intérêt par les dilettantes de Saint- 
Pétersbourg. Il est aujourd'hui professeur au Con- 
servatoire de cette ville. 

M. Leschetitzky s'est fait apprécier aussi 
comme compositeur, en exécutant des pièces 
écrites par lui, qui se distinguent, dit-on, par 
une véritable originalité de forme, une grande 
distinction et un charme pénétrant. J'ignore s'il 
a publié quelques-unes de ces compositions, mais 
il a écrit la musique d'un opéra-comique en un 
acte, la Première Ride, qui a été représenté le 
9 octobre 1867 sur le théâtre allemand de Prague. 
En 1871, cet artiste s'est fait entendre avec suc- 
cès dans l'un des concerts du Gewandliaus, de 
Lepzig. 

* LESCOT (C -F ), violon de l'orches- 
tre de la Comédie-Italienne, entra à ce théâtre 
en 1767, et prit sa retraite, avec pension, en 1790. 
Le petit ouvrage représenté à la Comédie-Ita- 
lienne, non en 1789, mais le 15 juin 1787, et 
indiqué comme étant de lui, la Négresse ou le 
Pouvoir de la reconnaissance, n'était ,pas un 
opéra-comique, mais un simple vaudeville, de 
Barré et Radet; Lescol se sera donc borné sans 
doute à écrire pour celte pièce quelques couplets 
sans importance. J'ai retrouvé la trace de diverses 
composilions publiées par Lescol : 1° Six duos 
pour deux violons, Paris, Huguet; 2° Arieties, 
duo et romances, avec accompagnement d'une 
basse ciiiffrée, Paris, M""' Le Menu ; 3° Six trios 
pour deux violons et basse, op. 2. 

LESCOT (Mademoiselle), lille de Clairval, 
célèbre acteuret chanteur de laComédie-Ilalienne, 
débuta à ce Ihéàtre, le 17 janvier 1780, par le 
rôle de Bélinde dans la Colonie, et joua ensuite 
le Magnifique, Toni Jones, Zémire et Âzor et 
la Belle Arsène. Elle avait du talent, paralt-il, 
car elle fut immédialeinent reçue sociétaire, ce 
à quoi, du reste, la situation et linlluence de son 
père ne furent pas sans doute complètement 



étrangères. Les Tablettes dn renommée des 
Musiciens disaient de cette jeune artiste, en 
1785 : « M"' Lescot, jeune actrice et musicienne 
du plus grand mérite, joue les rôles d'amoureu- 
ses. Une belle voix, étonnante surtout dans les 
tons graves, qui se rapprochent de la rondeur 
d'une basse-taille, beaucoup de finesse dans le 
jeu, et un goi'it exquis dans léchant. » On voit par 
là que la voix de la jeune artiste était un contral- 
to. Je ne sais siM"« Lescot mouruten 1791, mais 
à partir de cette année elle disparaît delà liste des 
acteurs de la Comédie-Italienne, et n'est point 
comprise parmi ceux qui se sont retirés avec la 
pension ordinaire. 

LESFAURIS (Jea^), théoricien musical, 
né à Saint-Esprit (Landes), près Rayonne, en oc- 
tobre 1808, a étudié l'harmonie avec un savant 
professeur,Ferroud ( Voy. ce nom), qui a laissé à 
Bordeaux d'excellents élèves. 

M. Lesfauris a publié , en 1832, une brochure 
intitulée: Origine de la Gamme moderne {\n- 
8", chezL. Hachette) ; en 1853, une Phijsiolngie 
de la voix chantée {idem) : en 1854 : Unité de 
la voix chantée et Auscultation ; De la voix 
au point de vue du beau (in-l2, Bordeaux, chez 
Gounouilliou); en 1858 : Essais d'Esthétique, 
[id.) ; en 1867 : Éléments de V Acoustique mu- 
sicale, reposant sur les capacités esthétiques 
de rouie. 

Sous le titre de Science nouvelle, l'auteur a, 
en quelque sorte, fondu les publications ci-des- 
sus dans deux petits volumes : l'un. Acoustique 
musicale au point de vue de l'Art (2« édition, 
in-12, chez Dentu), embrassant la musi(iue, les 
instruments et le local propre à cet art; l'autre : 
Théorie du beau perçu par le sens de l'ouie 
et Esquisse d'une philosophie réduite aux 
principes de la connaissance scientifique (in- 
12, 1875, chez Dentu). 

C'est en effet une science nouvelle; car, dit 
l'auteur, « elle repose sur les capacités esthé- 
« tiques de l'ouie (science innée de l'ouïe) qu'il 
« fallait découvrir : ainsi, les systèmes de mu- 
« sique n'étant que des manifestations plus ou 
« moins satisfaisantes des capacités estheliques 
n de l'ouïe, c'est sur ces capacités que doivent 
« reposer les éléments antérieurs et supérieurs à 
« tous ces systèmes de musique. 

« S'agit-il de la voix chantée, l'appareil vocal 
» n'est pour l'auteur qu'un instrument en quel- 
« que sorte inerte, dépenilant des capacités de 
«I l'ouïe, soit pour la qualité musicale, soit pour 
« la qualité expressive de la voix. » 

L'auteur a soin de faire remarquer que pour 
développer convenablement les matières conte- 
nues dans ses deux derniers volumes, dix gros 



LESFAURIS — LESUEUR 



10& 



tomes et plusieurs '^ existences humaines sufli- 
raient à peine. Il n'a que posé les jalons essen- 
tiels de la nouvelle science. 

A. L — N.. 

* LESLIE(EtE>iRi-DAviD). Cet artiste estima- 
ble a fait représenter sans succès sur le théâtre 
Covent-Gariien, de Londres, au mois de novem- 
bre 18()5, un opéra anglais en trois actes, intitulé 
Ida, qu'il a retiré après sa troisième représenta- 
tion. Quelques années auparavant, dans le cours 
du mois de février 1861, M. Leslie avait fait 
exécuter à Suint' James hall une canlàie impor- 
tante. On lui doit encore un Te Deum et jubilé 
en r^,et une opérette intitulée Roman ou le Brave 
Bic/i Turpin.it crois que cet artiste s'est pro- 
duit aussi comme écrivain spécial; on avait an- 
noncé il y a quatre ou cinq'ans qu'il allait publier 
un Annuaire musical. Je ne saurais dire si cet 
ouvrage a j aru. 

LESSER (STANiSLAS.baron DE), est l'auteur 
d'un manuel intitulé Gymnastique musicale 
[Musikatische Gymnastik), qui a été publié à 
Leipzig, chez von Veil, en 1877. Ce manuel est 
une sorte de traité de l'application de la gymnasti- 
que à la pratique de l'art musical, dans lequel l'au- 
teurs'est proposédedonner aux doigts, aux mains, 
aux articulations de l'avant-bras, et môme aux 
pieds(cequi n'est pas inutile pour l'orgue), toute la 
souplesse, la force et l'indépendance dé.^irables. 
Dans ce but, il décrit et recommande toute une 
série d'excercices gymnastiques dont la combi- 
naison et la variété sont pour ainsi dire infinies, 
et pour lesquels il a inventé plu.«ieurs a|)pareils 
très-simples et bien imaginés. La théorie de 
M. de Lesser est ingénieuse, nouvelle, et paraît 
de nature à donner de très-bons résultats. 

LESTAN { ), violoniste espagnol con- 
temporain , a publié chez l'éditeur Romero y 
Andia, à Madrid, une Nouvelle Mélkode élé- 
mentaire d'alto. 

* LESUEUR (Je\n-Fkançois). Ce grand 
artiste n'est pas né le 15 janvier 1763, comme 
on l'a cru jusqu'ici, mais bien le 15 février 1760. 
Cette importante rectification a été faite dans un 
écrit anonyme publié récemment sous ce titre . 
La Musique àAbbeville. 1785-1856. Souvenirs 
d'un musicien (Abbeville, Briez, Paillart et 
Retaux, 1876, in-8° de 87 pp.). Dans la notice 
qu'il consacre à Lesueur, l'auteur de cet écrit 
s'exprime ainsi ; — « Le Sueur est né près d'Ab- 
beville, au Plessiel, commune et paroisse de 
Drucat, le 15 février 1760. « Et il ajoute en note : 
— « Le registre des actes de baptême de la pa- 
roisse de Drucat porte : Jean-François i>uew\ 
né le 15 février 1760. Nous rectifions la date de 
la naissance qui a été fixée à- tort en 1763 par 



la plupart des biographes, mais nous ne change- 
rons pas le nom, dont le célèbre compositeur a 
signé ses œuvres et qui est consacré par la re- 
nommée. » 

A la listedesœuvres de Lesueur, il faut ajouter 
les deux cantates suivantes : l'Ombre de Sac- 
chini, exécutée au Concert spirituel au mois de 
décembre 1786, après la mort de ce grand homme, 
et Chant des Bardes en Vhonneur de la paix 
et des héros français, exécuté à l'Opéra le 14 
avril 1802. D'autre part, la liste donnée par Fétis, 
des compositions gravées de Lesueur, doit s'aiig- 
nienter de celles dont voici les titres: 1° Deux Ora- 
torios de la Passion (Paris, Frey); 2" Oratorio de 
Rachel (id., id.); 3° Oratorios de Ruth et ISoéml 
et de Ruth et Booz (id., id.) ; 4° l'^"', 2' et 3"= ora- 
torios pour le couronnement des princes souverains 
(id., id.); 5° Cantate religieuse et motet (Paris, 
Beaiivais); 6" Deux Psaumes (id., Lemoine); 
7" Super /lumina et 3^ oratorio du Carême (id., 
Frey) ; 8° 3^ Messe solennelle (id., id.) ; 9" Messe 
basseet motet Joannes (id., Lemoine) ; 10" Trois 
Odes d'Anacréon, mises en musique par Lesueur 
(Paris, Janetet Cotelle) -,11° Six Odes d'Ana- 
créon, id. (id., id.) (1). L'année de sa mort, Le- 
sueur avait commencé dans la Revue et Gazette 
musicale la publication d'une notice sur Lully 
qui est restée inachevée. Quarante ans aupara- 
vant il avait donné, dans une traduction des odes 
d'Anacréon faite par Gail, une Notice sur la Mé- 
lopée, la Rhylhmopée et les grands caractères 
de la musique ancienne, notice qui est aujour- 
d'hui complètement inconnue. Enfin, Lesueur a- 
laissé sous ce titre": Traité sur la musique des 
anciens, un travail important sur la musique 
grecque, qu'il s'était proposé de publier dès 1822- 
et qui pourtant est resté inédit jusqu'à ce jour. 
Cet ouvrage a donné lieu récemment à un procès 
entre les héritiers de Lesueur, procès à la suite- 
duquel l'un de ses gendres, M. X. Boisselot 
{Voy. ce nom), a été autorisé à le publier. Le- 
Traité sur la musique des anciens paraîtra donc 
prochainement. 

11 me faut signaler maintenant lesdeux notices 
biographiques suivantes, qui ont été consacrées 
à ce grand artiste : 1° Notice historique sur la 
vie et les ouvrages de M. Lesueur, par 
M. Raoul-Rochette, secrétaire perpétuel de l'A- 
cadémie des Beaux-Arts (Paris, Didot, in-4°); 
2° Biographie de Jean-François Le Sueur, par 
M. Stéplien de la Madelaine (Paris, bureaux de 
la Renommée, 1841, in'8°). — Le & août 1846,. 

(1) Lesueur a écrit aussi, pour une traduction d'Ana- 
cr(?on fiiite par GjII en l'an VII, la musique d'une ode de 
ce poète, .l'ai reproduit ce morceau superbe dans la Bé- 
vue de ta musique du 20 janvier 1877. 



106 



LESUEUR — LEVASSEUR 



ta ville d'Abbeville, qui se considère comme le 
lieu nalal du maître, donnait en son lionneur un 
grand festival dans lequel on exécutait une can- 
tate écrite expressément pour la circonstance par 
Rigel, et le 10 août 1852 elle procédait, an milieu 
de grandes fêtes artistiques, à l'inauguration 
d'une statue de Lesueur sur l'une de ses places 
publiques, la place Saint-Pierre. Cette statue, en 
bronze, était l'œuvre des frères Rocliet, et à l'oc- 
casion de son inauguration on exécuta une can- 
tate composée par M. Ambroise Tiiomas. 

Lesueur avait épousé, le 3 juin 1806, M"« Jo- 
mart de Courchamps, qui lui a survécu près de 
vingt-cinqan<, et,qui est morte à Paris le 28jaii- 
Tier 1861. 

LE TERRIER (Pierre), compositeur, vi- 
vait à la fin du seizième siècle, et remporta en 
1587, au concours du puy de musique d'Évreux, 
le prix de la lyre d'argent, qui lui fut décerné pour 
une chanson française : Ravi de mou penser. 

LETOURNEUR (Jean), chanoine à la cathé- 
drale de Rouen, devint en 1482 maître des enfants 
de chœur de cette église, et fut, en l'an 1500, 
élevé à la dignité de grand-chantre par le cardi- 
nal Georges 1"^ d'Amboise. 

LEUMS (Régnieb), facteur de clavecins à 
Anvers, fut reçu an nombre des maîtres de la 
gilde de Saint-Luc en 1610. 

LEVACHER (URCLÉ),est auteur d'un écrit 
ainsi intitulé : De l'analomie delà main, ou 
Nouvelle Méthode inslrumenlale roisonnée 
basée 5«r la connaissance de Vanaiomie de 
la main (Paris, s. d., gr. in 8")- 

LEVASSEUR (Rosalie), lune des plus fa- 
meuses actrices de l'Opéra au dix-huitième siècle, 
fut l'interprète préférée de Gluck pour ses chefs- 
d'œuvre. On n'a que bien peu de renseignements 
sur elle, et les dates de sa naissance et de sa 
mort sont jusqu'ici restées inconnues. Peut-être 
était-elle fille d'un artiste de l'Opéra, car en 1750 
un nommé Levasseur était sous-maître, et quel- 
(|ues années après maître de chant à l'école de 
chant de ce théâtre, qu'il quittait en 1772 (I). 
C'est au mois d'août 1700 que >!"" Levasseur dé- 
buta, d'une façon modeste, par le rôle de Zaide, 
dans l'acte « du Turc » de l'Europe galante, 
de Campra. Klle ne portait alors que son prénom 
de Rosalie, et ce n'est que dix ans plus tard, à 



(1) Cet artiste écrivit sous ce titre : ^zor et Theiiiirc, 
le premier acte d'un opéra-ballet qui en comportait trois 
et qui, sous ce litre si'nérjl : ^■/miisenirna li/viqiics, fut 
représenté au mois de février nso à P(Uoaux, chez, le duc 
de Graniont. le second acte de cet ouvrage {.-Ipnlinn et 
(■limène) avait été composé par le fameux violoniste 
l.eclair, et le troisième {le bai militaire) par un artiste 
nommé Martin. 



partir de 1776, qu'elle se décida à prendre son 
nom de famille. L'auteur de V Arnoldiana assure 
que c'est la représentation de la comédie de Pa- 
lissot, les Courtisanes, qui lui fit prendre cette 
décision : « L'une des héroïnes de cette pièce, 
dit-il, s'appelle iîo5r///e, et Rosalie actrice ne 
voulant pas être confondue avec Rosalie courti- 
sane, reprit son premier nom. Sophie (Arnould) 
disait de M"' Levasseur, qui était passablement 
laide : Cette Rosalie , au lieu de changer de 
nom, aurait bien dû changer de visage. » 

M"* Levasseur était laide en effet, mais d'une 
laideur qui n'était point sans charme, grâce à 
une physionomie vive qu'éclairaient de grands 
et magnifiques yeux noirs. Le premier rôle oii 
elle se montra avec quelque honneur fut celui 
d'Alcimadure dans la fameuse pastorale de Mon- 
donville , où elle doubla en 1768 M""^ Larrivée. 
« Cette actrice , disait alors Bachaumont , qui 
n'a qu'un filet de voix, joue infiniment mieux que 
la première. Elle est pleine de sentiment et d'in- 
telligence; elle serait faite pour les plus grands 
succès, si son organe répondait à son talent. « 
Les succès ne manquèrent point à M""^ Levasseur, 
qui devint bientôt la rivale de Sophie Arnould , 
rivale puissante, grâce à sa liaison avec le comte 
de Mercy-Argenteau, et qui stit lui enlever l'un 
des plus admirables rôles que jamais chanteuse 
eût |tu ambitionner, celui d'Alceste. C'est encore 
Bachaumont qui nous renseigne à ce sujet : 

« On n'a pas été peu surpris, dit-il, de voir 
M"« Rosalie Le Vasseur faire le rôle (VAlceste 
au préjudice de M"' Arnould à la(iuelle il aurait 
mieux convenu comme actrice, et d'ailleurs ayant 
le droit de le réclamer par son ancienneté. Mais 
quand on saura que la D'^* Le Vasseur est maî- 
tresse de M. le comte de Mercy-Argenteau, am- 
bassadeur de l'empereur et de l'impératrice- reine, 
qu'elle le mène avec le plus grand empire, que 
le chevalier Gluck <loit être tout à la dévotion de 
ce ministre, qu'il est logé chez cette courtisane, 
on concevra pourquoi elle a remporté ce triom- 
|)he sur sa rivale. » Lorsqu'elle se montra dans 
ce rôle d'Alceste, M'"' Levasseur n'avait encore 
fait de créations que dans quelques ouvrages : 
Orphée, où elle jouait l'Amour, Azolan, de Flo- 
quet, et Céphale et Procris, de Grétry, où elle 
personnifiait Proctis. Tout son talent fut insuffi- 
sant à jifocurer à Alceste le succès que méritait 
ce chef-d'œuvre, qui, on le sait, fut méconnu à 
.son apparition. Gluck ne lui en resta pas moins 
fidèle, et lui confia encore, dans la suite, les 
deux grands rôles iVArmide et à'Ipliigéme en 
Tauride. C'est elle aussi qui créa V Andromaque 
de Grétry, et qui joua Andromède dans le Persée 
de Philidor 



LEVASSEUR — LEVI 



107 



Mais l'arrivée de M™» Sainl-Huherty lit pâlir 
l'étoile (le M"' Levasseur. Son dernier rôle impor- 
tant fut celui d'Armide dans Renaud, deSaccliini; 
mais elle ne le joua que quatre fois, et y fut jus- 
tement remplacée par M""" Sainl-Huberty. Elle 
fut même obligée de paraître aux côtés de cette 
admirable actrice, dans un rôle secondaire du 
petit opéra de M"» de Beaumesnil, Tibulle et 
Délie, tandis que sa rivale était chargée du 
personnage important. A partir de ce moment, 
il n'est plus question de M"® Levasseur, qui dis- 
paraît on I7S5 du personnel de l'Opéra. 

LEVASSEUÎl ( ), dit Levasseur l'aîné, 

compositeur dramatique, vivait dans la seconde 
moitié du dix-huitième siècle. Il fit la musique 
des Adieux de Thalie, compliment de clôture 
important, joué à la Comédie-Italienne le 4 avril 
1778. 11 avait fait représenter précédemment, sur 
le théâtre particulier d'un grand seigneur, deux 
petits opéras-comiques, les Rivaux générextx 
' (1770) et l'Aveugle par crédulité ; en^m, il écri- 
vit la musique du Sicilien ou V Amour peintre 
de Molière, arrangé en o[>éra-comique, et cet 
ouvrage, ainsi transformé, fut donné à Versailles, 
devant le roi, la reine et toute la cour, en 1780. 
Il mourut peu d'années après, cartes Tablettes de 
renommée des Musiciens, petit recueil bien in- 
formé qui parut en 1785, le comptent parmi les 
musiciens morts; c'est donc à tort que VAlnia- 
nach des Spectacles, publication faite aven beau- 
coup de négligence, le mentionne encore, après 
cette époque, au -nombre des musiciens vivants. 

LEVASSEUR (Nicolas-Prosper), l'un des 
plus admirables chanteurs qu'ait possédés l'O- 
péra, est mort à Paris le 7 décembre 1871. Il était 
né à Bresles, dans le département de l'Oise. 

Parmi ses créations sur notre première scènp 
lyrique, il faut citer Mahomet du Siège de Co- 
rint/ic, le gouverneur du Comte Onj, Walter de 
Guillaume Tell, Olifour du Dieu et la Baya- 
dère, Fontanarose du Philtre, Bertram de Ro- 
bert le Diable (qui mit le sceau à sa renommée 
comme chanteur et comme tragédien lyrique), 
maître Andiol du Serment, le cardinal Brogni 
de la Juive , Marcel des Hugiienois (qui fut 
aussi l'nn de ses plus éclatants succès), Rodolpbe 
du Lac des Fées, le drapier du Drapier, Bal- 
thazar de la Favorite, et enfin Raymond de 
Charles VI. 

Après vingt années de succès ininterrompus, 
Levasseur s'était éloigné de l'Opéra avec l'inten- 
tion d'abandonner définitivement la scène et le 
<iésir de couronner sa carrière par une grande 
tournée en province. Mais à son retour de cette 
tournée, il fut l'objet des vives instances de 
Meyerbeer, qui admirait son talent autant qu'il 



honorait son noble caractère, et qui voulait lui 
faire créer dans le Prophète un rôle d'apparence 
secondaire, mais extrêmement important, celui de 
Zacharic, l'un des trois anabaptistes. Levasseur 
céda, sans trop de peine, aux affectueuses solli- 
citations du vieil ami aux triomphes duquel il 
avait été mêlé ; il rentra effectivement à l'Opéra 
pour y faire cette dernière création, après quoi, en 
1832, il dit pour toujours adieu au public et se 
consacra ensuite exclusivement aux soins à don- 
ner à ses élèves. 

Dès le 1'='^ juin 18 il, il avait été mis à la tête 
d'une classe de déclamation lyrique au Conser- 
vatoire, dont, par l'effet d'onne sait quel caprice, 
il n'était devenu titulaire qu'en 1850. Pendant 
ses trente années de professorat (il fut retraité 
seulement vers 1870), il forma d'excellents artis- 
tes, parmi lesquels il faut citer surfout, outre 
M. Obin, qui lui a succédé dans sa classe, 
MM. Caron, Bosquin, Devoyod , M"" Juliette 
Borghèse, de La Pommeraye, Mauduit et Rosine 
Bloch. En 18G8, il avait été nommé chevalier de 
la Légion d'honneur. 

L'ÉVEILLÉ (Auguste), chef n'orchestre et 
compositeur, né vers 1828, n'étudia d'abord la 
musique que comme amateur et pour son agré- 
ment. Fils d'un employé supérieur de la Concier- 
gerie, il se vit obligé plus tard de tirer parti, 
pour vivre, des connaissances très-superficielles 
qu'il avait acquises dans l'art musical; il devint 
donc chef d'orchestre de divers petits théâtres, 
entre autres des Folies-Marigny, et, à partir de 
1857, fit représenter sur ces théâtres un certain 
nombre de petites pièces musicales. Voici les titres 
de quelques-unes de ces pièces sans importance : 
les Virtuoses du pavé ; Chez les Montagnards 
écossais; l'Héritage du Postillon; le Sire de 
Barbe-Bleue; Vive la Ligne! M. Pijgmalion 
et sa statue; une Tête de Turc, les deux Tré- 
sors, etc., etc. 

* LEV^I (Samcece). ^ Une erreur a été sans 
doule commise au sujet de l'opéra de cet artiste, 
Iginia d'Asti, qui n'a pas dû être représenté au 
théâtre delà Fenice, car M. Lianovosani {Vorj. 
ce nom) n'en fait aucune mention dans le réper- 
toire très-détaillé de ce théâtre qu il a publié ré- 
cemment. 

Un artiste du nom de Levi (j'ignore si c'est le 
même) a donné à Turin, au mois novembre 1860, 
uu opéra en trois actes, inlitulé la Biscaglina, 
qui reçut au théâtre Carignan l'accueil le plus 
fâcheux et dont, depuis lors, il ne fut plus 
jamais question. Je crois qu'il est encore l'au- 
teur d'un autre opéra, représenté sous le titre 
de Ginevra degli Almieri, o la Peste di Fi- 
renze. 



108 



LEWALD 



LHUILLIER 



* LEWALD (Jean-Charles-Adguste), co- 
médien, directeur de théâtre, romancier, criti- 
que et journaliste politique, né le 14 octobre 
1792 à Kœnigsherg, est mort à Monaco au 
mois d'avril 1871. 

LEWANDOWSKI (Liiopoto), violoniste 
et compositeur, né en Pologne, fut élève de 
Hornziel, et se lit entendie pour la première 
/ois dans un concert, à Varsovie, en 1848. Il 
entreprit ensuite un voyage à l'étranger. Iji 
18j6, il faisait exécuter à Berlin une symphonie 
à grand orchestre de sa composition. Précé- 
demment, il avait publié à Varsovie (Spies et 
C") une Polonaise pour piano. 

LEWIIXSIîI (Ignace), pianiste et compo- 
siteur, né en Pologne dans la première moitié 
du dix-neuvième siècle, a publié à Vienne, 
chez Witzendorf, les œuvres suivantes : 1° Va- 
riations et Polonaise brillantes, op. 4; 2° Bar- 
carolle de la Muelle de Porlici, op. 5; 
3° l'Innocence, rondoletto à quatre mains, 
op. 6; 4° Rondino sur Fia Diavolo, op. 7; 
5° Thème de C. Kreutzer, varié, op. 8 ; 6° Thème 
de Beethoven, varié, op. 9; 7° Rondino sur le 
Serment, à quatre mains, op. 10 (chez Diabelli); 
8° Variations sur la Sonnambula, op. 11 (id.). 

LEVVY (Carl), compositeur et pianiste al- 
lemand contemporain, a publié, dans le cours 
de ces dernières années, une cinquantaine 
d'œuvres de divers genres pour le piano. 

LEYBACII (Ignace), pianiste, organiste 
et compositeur, est né à Gambsheini (Bas-Rhin), 
le 17 juillet 1817. Il apprit de son frère aine, 
simple amateur, les premières notions de la 
musique, puis prit des leçons de deux artistes 
distingués de Strasbourg, llœvtey{Voy. ce nom) 
pour l'harmonie et le contrepoint, et AVacken- 
thaler, organiste de la cathédrale, pour l'orgue; 
enfin, pour le piano, il devint plus tard élève 
de Pixis, de Kalkbrenner et de Chopin. A la 
fin de 1844, M. Leybach obtint au concours la 
place d'organiste de la métropole de Toulouse; 
en 1847, il publia chez l'éditeur Henry Lemoine 
ses six premières compositions pour le piano, 
et depuis celte épo<jue le nombre de ses œu- 
vres publiées, tant en France qu'à l'étranger, 
s'élève à près de 200. Les principales sont les 
suivantes : 1° 24 Morceaux caractéristiques 
pour le piano (collection de moyenne force), 
spécialement écrits pour l'enseignement ; 2° Fan- 
taisies pour le piano sur des motifs d'opéra 
(les plus connues sont telles sur t Purituni, la 
Honnambulu , ISonna, la Fliile enchantée, 
Guillaume Tell, Faust, Don Juan); 3" Trans- 
criptions pour le i)iano {Aux Bords du Gange, 
de Menilelssohn, Mandolina/a, etc.); 4" Mor- 



ceaux originaux pour le piano {[" et 2° Noc- 
turnes, etc.); 5° Neuf grands morceaux con- 
certants pour piano etharinouiuin ; 6° Méthode 
théorique et pratique pour L'harmonium (tra- 
duite en quatre langues), avec 32 mori eaux pro- 
gressifset21 morceaux religieux; 7° 24 Morceaux 
(le concert pour l'harmonium ; 8" L'Organiste 
pratique, 2 volumes contenant chacun 120 
morceaux (un 3' volume de 100 morceaux est 
sous presse] ; 9° Recueil de 20 mélodies vo- 
cales, avec accompagnement de piano; 10° un 
certain nombre de motets avec accompagnement 
d'orgue. 

L'HEiXUY (J ), ancien employé su- 
périeur de l'administration du théâtre de l'O- 
péra-Comique, a publié l'écrit suivant : le 
Théâtre royal de V Opéra-Comique considéré 
sous le rapport de l'exploitation, Paris, 
Bréauté, 1833, in-8° de 24 pp. 

L'HÔTE(Léon-Albert LHOTE, connu sous 
le nom de), violoniste et compositeur, né à Paris 
le 31 mai 1828, fut admis au Conservatoire, le 
23 juin 1841, dans la classe de violond'Habeneck, 
entra en 1845 dans la classe d'harmonie d'El- 
wart, et devint ensuite élève de Le Boine pour 
la fugue. Il obtint un accessit d'harmonie en 
1848, le premier prix l'année suivante, un pre- 
mier accessit de fugue en 1851 et concourut à 
l'Institut, pour le prix de Rome, en 1853. Après 
avoir appartenu à l'orchestre du Gymnase en 
qualité de violon-solo, il faisait alors partie de 
celui du Théâtre-Italien. 

Doué d'une trop grande modestie, que ne lé- 
gitimaient pas ses facultés distinguées, M. L'hôte 
n'a pas fourni, comme compositeur, la carrière 
qu'on aurait pu attendre de lui. Il n'a fait gra- 
ver qu'un petit nombre de compositions, entre 
autres un joli trio pour piano, violon et violon- 
celle, Confidence, romance pour violon ; Loin 
du bord et Rimembranza, morceaux de genre 
pour le piano; Dites-le-moi, Soir d'été, la 
Clianson du printemps. Qui nous a vus? ^ 
VÉlernelle chanson, mélodies vocales, et quel- fl 
ques chœurs orpheoniques. M. L'hôte a fait exé- 
cuter à l'église Saint-Eustache, en 1857, une 
messe pour soli, clmurs et orchestre, qui a 
produit une bonne impression. On connaît aussi 
de lui un second trio pour piano, violon et vio- 
loncelle, un quatuor pour instruments à cordes , 
trois ouvertures à grand orchestre et diverses 
autres compositions non publiées, 

LllLILLlEK (LuMo.Ni)), chansonnier fran- 
çais, né vers 1820, s'est fait connaître par uq 
assez grand nombre de chansons et de chan- 
sonnettes dont il écrivait à la fois les paroles et 
la musique, et qu'il débite assez volontiers, 



LHUILLTER -- LICHNER 



109 



dans les salons, où elles obtiennent un certain 
succès; ces productions légères forment de 
petits tableaux de j^enre qui ne sont pas sans 
quelque amabilité ; cela est bien petit au point 
de vue musical, à la vérité, mais du moins cela 
est sans ambilion et sans prétention. On cite 
particulièrement de M. Lhuillier les chansons 
qui ont pour titre : Jean Nicaisc, Ce que 
femme veut. Comment on mène son mari, Les 
Cerises, C'est via fille. Monsieur fait ses vi- 
sites, Nos amateurs, Sur l'impériale, le 
Quadrille d'honneur, etc. Quelques-unes de 
ces petites productions sont très-réussies 
comme paroles, et la musique accompagne 
celles-ci d'une façon heureuse. Le nombre des 
chansons publiées par M. Lhuillier se monte, 
dit-on, à plus de trois cents. Cet artiste a écrit 
aussi les paroles et la musique de deux opé- 
rettes de salon, le Bal de mademoiselle Rose, 
et Monsieur et Madame Jean. La partition 
de cette dernière, réduite pour chant et piano, 
a été publiée (Paris, Heugel). 

LHUILLIER (Th.), membre de la Société 
d'archéologie, sciences, lettres et arts du dé- 
partement de Seine-et-Marne, a publié dans le 
Bulletin de cette Société , et ensuite sous 
forme de brochure, un opuscule ainsi inti- 
tulé : Notes sur quelques artistes musiciens 
dans la Brie (Meaux, typ. Carro, 1870, in-8° 
de 24 pp.). Dans les premières lignes de cet 
utile opuscule, l'auteur s'exprime ainsi : — 
« Des recherches dirigées à un autre point de 
vne nous ont fourni certains renseignements 
inédits sur des musiciens qui se rattachent par 
un lien quelconque au pays que nous habitons. 
Sans avoir la pensée de faire la biographie de 
ces personnages, sur la plupart desquels les dé- 
tails manqueraient bien certainement, il ne 
nous a pas paru sans intérêt de noter des faits 
qui rappellent soit leur naissance ou leur répu- 
tation, soit leur séjour ou seulement leur pas- 
sage dans la Brie. » Partant de ce principe, 
d'une incontestable utilité au point de vue de 
l'histoire artistique, M. Lhuillier donne en effet 
des notes et des renseignements plus ou moins 
importants, mais tous à peu près inconnus, 
sur un certain nombre d'artistes : Claude Gou- 
(iimel, Edme Guillaume, Pierre Certon, Didier 
Leschenet , Eustache du Caurroy, Gabriel Ba- 
taillé, Henri de Bailly, Louis Lully (dont il pro- 
duit l'acte de baptême), Francini, gendre de 
Lully, les Couperin, Forqueray, Gabriel Ni- 
vers, Lagarde, M"* Gail, etc., etc. J'ajouterai 
que M. Lhuillier appuie ses dires^sur des docu- 
ments authentiques, et que ses renseignements 
n'en sont que plus précieux. 



LIANOVOSAIVl (Luici), est le pseudony- 
me anagrammatique sous lequel un dilettante ita- 
lien, dont j'ignore le nom véritable, a publié 
un répertoire complet et très-bien fait de tous les 
ouvrages qui ont été représentés, depuis sa fon- 
dation, sur le théâtre de la Fenice, de Venise -, 
ce répertoire est intitulé : La Fenice, gran 
teatro di Venezia, série degli spettacoli, délia 
primavera 1702 a tulto il cornovale 1876, 
Milan, Ricordi,s. d. (1878), in-4°. Peu de semai- 
nes après l'apparition du premier volume du 
présent Supplément, cet écrivain a entrepris, 
dans la Gazzetta musicale de Milan, une petite 
série d'articles, faits avec soin, et qui avaient 
pour titre : Essai de rectifications et d'adjonc- 
tions au supplément Félis, vol. I, relatif aux 
maestri italiens et à leurs œuvres ; un tel tra- 
vail est très-utile, très-honorable, et si l'on pre- 
nait la peine d'agir de môme en tous pays, l'Eu- 
rope serait à même de posséder bientôt un Dic- 
tionnaire biographique musical aussi complet que 
possible et presque irréprochable. J'exprimerai 
seulement le regret qu'en publiant ces très-utiles 
rectificat ions et adjonctions au Supplément Fé- 
tis, ni la Gazzetta musicale ni M. Lianovosani 
n'aient eu la courtoisie de donner leur opinion sur 
la valeur de l'ouvrage, ni même, ce qui est plus 
singulier encore, de faire connaître le nom de 
son auteur. 

LIBANI ( ), compositeur dramatique 

italien, a fait représenter en 1869, à Rome, sur 
le théâtre particulier du palais Pamphiii, un 
opéra semi-sérieux intilulé Gulnara, dont, il 
n'est pas besoin de le dire, le sujet était tiré 
de l'ancien opéra de Dalayrac qui porte ce 
litre. Cet ouvrage parut au mois de novembre 
de l'année suivante sur un théâtre public, le 
théâtre Pagliano, de Florence, et ne paraît pas 
avoir produit une profonde impression. Depuis 
lors M. Libani a obtenu un vrai succès, en 
donnant au tliéâtre Apollo, de Rome, en 1873, 
un second opéra qui avait pour titre il Conte 
Verde. 

LIBERT (Emile). Un artiste ainsi nommé 
fit représenter à l'Opéra-comique, le 14 avril 
1823, un ouvrage en un acte intitulé : Amour 
et Colère. 

LICIINER (Heinrich), pianiste allemand et 
compositeur pour son instrument, a publié en- 
viron cent cinquante œuvres consistant en 
sonatines, impromptus, rondos, morceaux de 
genre, etc., pour piano à deux ou à quatre 
mains. Je ne crois pas que tout cela ait une 
valeur artistique bien appréciable, car le nom 
et les œuvres de l'auteur sont restés complète- 
ment inconnus jusqu'ici en dehors de l'Allemagne 



110 



LICHTENTHAL — LIEBE 



* LICIITEXTIIAL (Pierre). Voici la liste 
exacte des ballets pour lesquels cet artiste dis- 
tingué éci ivit de la musique , et qui furent re- 
présentés au théâtre de la Scala : i° il. Conte 
d'Esscx, 1818; 2" le Sabine in Roma, 26 dé- 
cembre 1820; 3° Giovanna d'Arco (en société 
avec Brambilla et Viganù), t5 août 1821 ; 4° Di- 
done (en société avec Brambilla et les frères 
Vigano), 22 septembre 1821. Il travailla aussi, 
comme il a été dit, à la musique de Cimene et 
(i^Alessandro nell'Indie, qui furent représen- 
tés en 1820. Aux écrits de Liclitenthal, il faut 
ajouter aussi l'opuscule suivant, publié à Milan 
en 1842 : Mozart e le sue creazioni, memoria 
scriiia in occasions deW inauguruzione del 
suo vionumento a Salisburgo nel Settembre 
del 1842. Enfin, on doit à Lichtenthal un cer- 
tain nombre de compositions religieuses, entre 
autre un Ave Maria pour soprano, un Pater 
noster à 4 voix, et un Album musicale sa- 
cro, contenant 12 chants religieux dont neuf 
à 4 voix , deux ^à voix seule, et un à deux 
chœurs. 

* LICHL (Egide-Charles), pianiste, guita- 
riste et compositeur, est mort à Trieste le 22 
juillet 1804. 

* LICKL (Chakles-Georges), pianiste et 
compositeur, s'est surtout attaché à répandre 
l'instrument appelé phijsharmonica, qu'il a in- 
troduit et vulgarisé en Allemagne. Il a écrit et 
publié une centaine de morceaux de genre : 
fantaisies, variations, transcriptions et para- 
phrases de thèmes d'opéras, etc., qui peuvent 
se jouer également sur cet instrument et sur le 
piano. On lui doit aussi quelques opéras, entre 
autres un Faust, et un certain nombre d'œu- 
vres de musique de chambre. Cet artiste est 
mort à Vienne le 3 août 1877. 

LIDOI\ (José), compositeur et organiste 
espagnol , naquit à Béjar, dans la province de 
Salamanque, en 1752. Il étudia la musique à 
l'école des enfants de chœur de Madrid, et mon- 
tra des talents si précoces comme organiste qu'à 
l'âge de seize ans il obtint, à la suite d'un con- 
cours, la place d'organiste de la cathédrale de 
Malaga. C'est à la chapelle royale de Madrid 
que s'établit plus lard sa renommée sous ce 
rapport, et il fut non seulement organiste, mais 
aussi, à partir de 1808 , maître de celte cha- 
pelle. Les renseignements biographiques sont 
peu nombreux sur cet artiste, qui parait avoir 
été fort distingué, et qui a joui d'une grande 
et solide réputation; tnais on sait du moins que 
ce fut un compositeur fécond, car il a laissé 
plus de soixante œuvres de musique religieuse, 
parmi lesquelles les suivantes sont conservées 



à la chapelle royale de Madrid : 4 messes ; un 
office de vêpres; 2 psaumes et un hymne del 
Sagrado Corazon de Jésus ; 32 Lamentations; 

2 Miserere j 3 hymnes; un office des morts; 

3 Te Deutn ; 3 séquences; 2 saiuts et litanies; 
nue litanie des saints; un Pange lingua. On 
connaît encore, de Lidon, outre un Ave Maris 
Stella, un Salve regina et quelques motels, 
plusieurs compositions pour l'orgue, entre au- 
tres des sonates et six fugues sur des thèmes 
religieux. Lidon a écrit aussi la musique d'un 
drame lyriciue, Gluuca y Coriolano, qui a été 
représenté sur le théâtre del Principe, à Ma- 
drid, et enfin il a publié un traité intitulé Ré- 
glas muij utiles para los organistas y aficio- 
nados al piano, para acompanar con método, 
et laissé inédits un Traité de la fugue et 
un Traité des modulations. Ce dernier ou- 
vrage a été cité par un habile théoricien, 
Pedro Aranaz, dans son Traité de contre- 
point et de composition , et cet écrivain le 
qualifie de precioso manuscrito de modula- 
ciones. Parmi les nombreux élèves formés par 
Lidon, on cite particulièrement ses deux ne- 
veux, Andrès et Alfonso Lidon, qui furent, 
le premier organiste de la cathédrale de Cor- 
dova, le second organiste de la chapelle royale 
de Madrid, et aussi Pedro Carrera y Lancha- 
rez, qui, dans une de ses publications, a ren- 
du à son maître un solennel hommage. Cet 
artiste remarquable, qui se fit une grande re- 
nommée comme théoricien, comme organiste et 
comme professeur, est mort à Maiirid le 11 
février 1827. 

LIEBE (Louis), pianiste et organiste, a 
publié, dans ces dernières années, quelques 
morceaux de genre pour le piano, et divers re- 
cueils pour orgue ou harmonium parmi lesquels 
il faut citer : 1° 25 Morceaux faciles, pour le 
service divin, op. 27 , Paris, Colombier (for- 
mant la 10' suite de la collection de VArène 
des Organistes); 2° 17 Versets en xit mineur 
et 6 en mi bémol majeur pour la messe de 
Dumont, avec 5 Morceaux pour entrées, sorties 
et offertoires, op. 28, Paris, Colombier (12= 
suite de la même collection); 3" 13 Morceaux 
pour offertoires, op. 3S, Paris, Colombier (22« 
suite de la môme colleclion). 

* LIKOE (ÊDOUARD-Louis), compositeur 
allemand, auteur de chœurs et de lieder deve- 
nus populaires, a fait ses débuts de musicien 
dramatique en donnant sur le théâtre de 
Carisruhe, le 9 septembre 1808, pour l'anniver- 
saire de la naissance du grand-duc de Bade, un 
opéra intitulé la Fiancée dWzola. Quoique cet 
ouvrage ait été favorablement accueilli du public, 



LIEBE — LILLO 



m 



je ne sache pas que depuis lors M. Liebe ait de 
nouveau abordé la scène, 

LIESEIXIIOF (Charles), prêtre et musi- 
cien, connu en religion sous le nom de Frère 
Julien, né à Lierre en 1815, était fds d'un 
artiste qui remplissait en cette ville les fonc- 
tions de premier violon à l'église et de direc- 
teur d'une société symphonique. Il reçut de son 
père une bonne éducation musicale, et s'appli- 
qua à l'étude de l'orgue et de la composition. 
A l'âge de vingt ans il prit l'iiabit, ce qui ne 
l'empêcha pas de se livrer à son goût pour la 
musique. Il est mort le 20 septembre 1877 à 
Ixelles-lez-Bruxelles. Depuis longues années il 
était professeur de musique à l'Institut des 
frères de la Charité à Schaerbeek (banlieue de 
Bruxelles). Organiste habile, il s'était exercé 
dans la composition , et avait publié un assez 
grand nombre de compositions religieuses : 
Ave Maris Stella, Tantum ergo, Ecce punis, 
Tota pulchra es, etc. 

LILLE (Gaston DE), compositeur de petite 
musique de piano, né vers 1825, s'est fait con- 
naître d'un public frivole par la publication de 
plus de cent cinquante morceaux de piano, con- 
sistant en airs de danse , en petites fantaisies 
faciles et en petites pièces de genre. Cela paraît 
avoir eu un grand succès pendant un certain 
temps auprès de quelques amateurs peu exi- 
geants, mais n'a jamais été connu des artistes. 
Au reste, la vogue relative de cette musiquette 
est aujourd'hui bien éteinte. 

* LILLO (Joseph), compositeur dramatique, 
fils d'un maître de chapelle distingué de Gala- 
tina, naquit en cette ville le 26 février 1814. 
Son père lui fit commencer l'étude de la mu- 
sique et du piano, puis le conduisit à Naples et 
le lit admettre au Conservatoire de cette ville 
en 1826. Là, le jeune Lillo devint l'élève de 
Lanza pour le piano, de Furno pour l'harmonie 
accompagnée, et ensuite de Zingarelli pour le 
contrepoint et la composition. Après avoir fait 
exécuter au Conservatoire une messe à 4 voix 
avec orchestre, un Dixit Dominus , et une 
opérette intitulée la Moglie per 24 ore, Lillo 
se lança dans la carrière et aborda le théâtre. 
Ses premiers travaux ont été exposés dans la 
Biographie universelle des Musiciens , jus- 
qu'à la représentation de son opéra de Lara. A 
partir de ce moment, Lillo resta quelque temps 
éloigné du théâtre, parce que , excellent pia- 
niste, il s'était fait à Naples une très-belle situa- 
tion de professeur, qui ne lui laissait pas le 
loisir de se livrer à la composition. Cependant 
il s'éloigna un instant, en 1846, pour aller faire 
jouer à Turin un opéra semi-sérieux, il Mu- 



lalto, après quoi il revint à Naples , oii il ve- 
nait d'être nomm^ professeur d'harmonie ac- 
compagnée au Conservatoire. Ici commence la 
seconde et la plus fâcheuse partie de sa car- 
rière de compositeur dramatique, car, dans 
l'espace de quatre années, il fit représenter cinq 
opéras qui tous tombèrent plus ou moins lour- 
dement : Caterina Boivard , th. San-Carlo, 
1849; Delfina, th. Nuovo, 1850; il Sogno 
d''vna ISotte estiva, ossia la Giovenlà di 
Shakspeare, id., 1851 ; Ser Babbeo, id., 1853; 
il Figlio delta Schiava, th. du Fondo, 1853. 

Lillo s'obstinait à cherclier au théâtre une 
renommée qui semblait le fuir. (I n'avait aucune 
des qualités qui constituent le compositeur 
dramatique, et luttait sans succès [lour obtenir 
la récompense de travaux sans valeur, devant 
lesquels le public restait froid et indifférent. 
M. Francesco Florimo, peu suspect de sévérité 
envers les musiciens napolitains , constate que 
Lillo ne possédait aucune des facultés qui peu- 
vent faire réussir un artiste au théâtre, tandis 
qu'il aurait pu devenir un pianiste de premier 
ordre, et se faire, sous ce rapport, un renom 
exceptionnel. Il ne paraît pas, cependant, que 
ce soit le chagrin qu'il dut ressentir de ses mé- 
saventures qui attrista d'une façon si lamenta- 
ble les dernières années du compositeur. Il y 
avait peu de temps que Lillo avait échangé, 
au Conservatoire, sa classe d'harmonie contre 
une classe de contrepoint, lorsqu'en 1861 il 
fut pris subitement d'un accès de folie furieuse 
si terrible qu'il fallut aussitôt avoir recours à 
l'emploi de la camisole de force. On le trans- 
porta à Aversa, dans une maison de santé, et 
l'on put croire, à la suite d'un assez long trai- 
tement, qu'il était guéri. Il revint à Naples, 
rentra au Conservatoire, reprit le cours de ses 
leçons, mais au bout de quelques mois, l'in- 
fortuné Lillo fut attaqué d'un ramollissement 
cérébral, tomba complètement paralysé du 
côté gauche, dépérit rapidement, et enfin cessa 
de vivre le 4 février 1863, peu de jours avant 
d'avoir accompli sa quarante-neuvième année. 

Lillo ne s'est pas produit seulement au théâ- 
tre, et s'est fait connaître aussi comme compo- 
siteur de musique religieuse et de musique 
instrumentale. Voici la liste des œuvres qu'il 
a laissées sous ce rapport : \° Messe à 3 voix, 
avec orchestre (en J'a) ; 2° Messe à 4 voix, avec 
orchestre (en ut mineur) ; 3" Credo à 4 voix , 
avec orchestre; 4° Dixit à 3 voix , id.; 5° Ma- 
gnificat à 3 voix, id.; 6" Te Deinn à 3 voix, 
id. ; 7" Litanies à 3 voix , id. ; 8° Tantum ergo 
à voix seule, id. ; 9° le Tre Ore d'agonia di 
N. S. G. C, à 3 voix, avec orgue, violoncelle 



112 



LTLLO — LINDBLAD 



«l contrebasse; 10" Ouverture à grand orches- 
tre, en sol majeur; 11° Sypiptionie funèbre à 
aran'l orcliestre, en ?-é mineur; 12° Quatuor 
|K)ur piano, llùte, violon et violoncelle; 
13° Quatuor pour deux violons, alto et xiolon- 
ceile; 14" ïrio concertant pour i)iano, violon et 
violoncelle; 16° Un certain nombre de morceaux 
de genre pour piano; 16° Un album de six 
mélodies vocales; 17" Quelques morceaux de 
danse. 

LIMA, est le nom de deux frères, tous deux 
musiciens, nés en Portugal vers le milieu du 
18^ siècle : Bkaz Francisco de Lima , et 
Ieron^mo Francisco de Lima. Le premier est 
moins connu que le second, qui fut un compo- 
siteur dramatique distingué. Tous les deux re- 
çurent leur éducation musicale en Italie, où ils 
furent envoyés, en 1760, avec d'autres musiciens, 
par le gouvernement du roi Josepii l. Après leur 
retour, ils furent placés comme professeurs dans 
l'école de musique du séminaire patriarcal, 
leronymo composa, de 1772 à 1789, cinq opé- 
ras (1) qui furent représentés dans les théâtres 
de la cour aux palais de Salvaterra, Quéluz et 
Ajuda. Avant de passer en Italie, leronymo 
avait suivi les cours de musique du séminaire; 
■c'est ce qui ressort d'une inscription datée du 
20 mai 1751 et qu'on trouve dans les registres de 
cet établissement. On ne sait pas si son frère 
Braz a joui des mêmes avantages. leronymo est 
4nort dans un âge fort avancé (79 ans) en 1822. 

J. DE V. 

*L1MXAADER DE NIEUWEÎVHO\ E 

(Aumand-Marie-Gl'islvin), compositeur, est né 
à Gand, non le 22 mars, comme il a été im- 
primé par erreur, mais le 22 mai 1814. Cet 
artiste, qui avait fait représenter à l'Opéra de 
Paris, en 1853, un ouvrage en deux actes in- 
titulé le Maître chanteur, a reproduit cet 
ouvrage, augmenté d'un acte nouveau, sous le 
titre de Maximilien ou le Mailre chanteur, 
au théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, le 25 
avril 1874. Dans un des concerts donnés au 
château des Tuileries, devant la cour du roi 
Louis-Philippe, sous la direction d'Auber, 
M. Limnander fit exécuter, le 3 février 1846, 
trois chir'iirs avec accompagnement d'orchestre 
(Chœur de Prétresses, Au gui l'an neuf, Hymne 
À l'Amitié) , qui faisaient partie d'un grand 
poème lyrique portant pour titre ; Scènes drui- 
diques. Parmi ses autres compositions impor- 
tantes, on cite un Stabal mater avec orchestre, 
un Requiem avec accompagnement d'orgue. 



|1) V. Miisicos poriH5»f;M, vol. I, p 19?, on )c donne 
•les litres délalIlOs. 



une sonate pour piano et violoncelle, et un 
quatuor pour instruments à cordes. La mère de 
M. Limnander, d'abord comtesse de Mallet de 
Coupigny, était française, 

IJAIPUS (Richard), organiste fort distin- 
gué, qui avait été attaché en celte qualité, 
pendant vingt-cinq ans, à l'une des principales 
paroisses de Londres, l'église de Saint-Michel , 
où il remplissait aussi les fonctions de direc- 
teur du chùMir, est mort en cette ville le 15 
mars 1875, à l'âge de cinquante ans. Cet ar- 
tiste, qui s'était fait connaître aussi comme 
compositeur, avait fondé en 18G4, à Londres, 
le collège des organistes, excellente institution 
qui a rendu de très-grands services à l'art re- 
ligieux en Angleterre, et dont il était le secré- 
taire. 

LIXVROLLI (Ventcri), luthier italien du 
seizième siècle, est cité par M. Antoine Yidal , 
dans son livre : les Instruments à archet, 
comme « feseur de violes à Venise, vers 1520. « 

L1\D (Jenny), épouse GOLDSCHMITII, 
est aujourd'hui détiuitivement fixée en Angle- 
terre, où elle ne s'est produite que rarement, 
en ces dernières années, dans des concerts de 
bienfaisance. Elle s'est fait entendre pour la 
dernière fois en Allemagne , à Dus8eldorf,i,le 20 
janvier 1870, dans Ruth , l'oratorio bien con- 
nu de son mari M. Otio Goldschmith (i). 

LIA^DBLAD (Otto), compositeur Scandi- 
nave, est mort au mois de février 1864, à l'âge 
de quarante-trois ans. On lui doit un assez 
grand nombre de mélodies vocales. Cet artiste 

(1) J'ai reçu de M. Julius Benedict, le compositeur re- 
nommé, une demande de rectification relative à quelques 
détails donnes suus son couvert, dans la Diogrdpliie 
universelle des Musiciens, concernant le voyage qu'il lit 
aux États-Unis en compagnie de M'"* Jenny l.ind et sous 
la direction du fameux entrepreneur Barnnm. 11 résulte 
des renseignements qui m'ont été communiqués à ce 
sujet par M. hénédlct , que M""* Jenny Lind n'a 
pas cessé, dans le cours de ce voyage, de rester sous la 
direction de liarnum, avec lequel elle s'était engagée 
pour ISO concerts, et qu'elle résilia son contrat après 
93 séances (plus dix au bénélice des pauires). De plus , 
M"'= Jenny l.ind ne recuillit pas de cette immense tiuv- 
née une somme de trois millions, comme il a été dit, 
mais seulement, une fois son dé lit payé à Barnum, un 
bénéfice total de 176,000 dollars soit 770,000 francs, sur 
lesquels elle lit parvenir 500,000 francs en Suède, sa patrie, 
pour la fondation d'écoles en faveur des enfants des clas- 
ses Indigentes. « J'ai raconté, dit encore M. Bcnédict, j'ai 
raconté à M.Kétls un petit incident de notre voyage sur 
le Mississipi, de la Nouvelle Orléans à Saint Louis, qu'il 
a con.sidérablcment augmenté. Il fallait sept jours pour 
remonter le fleuve (une distance de 1200 milles anglais), et 
notre entrepreneur, M Barnum, arrangea seuirraent 
deux concerts dans les petites iilks de .Mempliis et Nat- 
chez, qui furent donnés pendant le temps qu'on cher- 
chait du charbon pour la machine à vapeur du ba- 
teau.... » 



LINDBLAD — LliNLEY 



413 



est probablement parent de celui du même 
nom qui est mentionné dans la Biographie 
universelle des Musiciens. 

LL\DEMAIX (Ole-Andues), claveciniste et 
compositeur norwégien, naquit en 1768. Cet 
artiste distingué serait sans doute complètement 
inconnu en France, si Farrenc n'avait eu l'idée 
d'insérer neuf de ses pièces de clavecin dans 
sa belle collection du Trésor des pianistes 
(2'" volume). Farrenc ayant accompagné la 
reproduction de ces pièces d'une courte notice 
biograiiiiique sur leur auteur, je ne crois pou- 
voir mieu\ faire que de rapporter ici cette no- 
tice, aucun autre renseignement ne m'étant 
parvenu sur Lindeman. 

« Ole-Andres Lindeman, dit Farrenc, clave- 
ciniste et compositeur, naquit, en 1768, en 
Norwège. Après avoir fait de bonnes études, 
il se rendit à Copeniiague pour passer ses exa- 
mens à runiversité. Jusque-là il avait cultivé 
la musique comme amateur; à son arrivée dans 
la capitale du Danemarck, il lit la connaissance 
de Wernicke, élève de Kirnberger et maître de 
cliapelle du roi Christian VII, Sous la direction 
de cet éminent artiste, il étudia avec ardeur 
le clavecin et le contrepoint. Ses progrès furent 
tels qu'en quelques années il devint d'une ha- 
bileté remarquable et fut admis aux séances 
musicales de la comtesse de Schimmelman , qui 
réunissait chez elle tous les amateurs de bonne 
musique. Lindeman a professé pendant quel- 
ques années avec un grand succès à Copenha- 
gue, et c'est de celte époque que datent les 
compositions que je publie aujourd'hui. Ayant 
entrepris un voyage en Norwège pour se ma- 
rier, il obtint la place d'organiste de Notre- 
Dame à Drontheim, et il se fixa dans cette ville, 
où il a demeuré plus de cinquante ans. Il y 
est mort vers 1855. 

« Il paraîtra surprenant qu'avec des facultés 
musicales hors ligne, une éducation sérieuse 
et éminemnient classique, Lindeman ait peu 
produit; mais l'étonnement cessera lorsqu'on 
saura que, père d'une nombreuse famille (il 
avait douze enfants), et sa place d'organiste ne 
lui rap|>ortant que très-peu de chose propor- 
tionnellement à ses besoins, il était obligé de 
donner des leçons du matin jusqu'au soir, et 
qu'en rentrant chez lui il s'occupait de l'éduca- 
tion musicale de ses enfants, tous devenus, 
sous sa direction, d'excellents musiciens et 
d'habiles exécutants. 

'< Je crois que quelques ouvrages de Linde- 
man ont été gravés à Copenhague, cependant 
je n'en trouve aucune indication dans le grand 
catalogue de musique de Leipzig. Gerber et 

BIOGR. UNIV. DES MUSICIENS. — SLPPL. - 



Fftis n'ont point cité cet artiste dans leurs Dic- 
tionnaires biographiques. Je dois à M. Tellefseii, 
de Drontheim , professeur distingué de piano à 
Paris, élève de Lindeman, les détails qu'on 
vient de lire ; je lui dois aussi les pièces que je 
publie aujourdhui, et, une exceptée, toutes iné- 
dites. Bien qu'elles soient de petite dimension et 
par conséquent peu développées, elles ne méri- 
tent pas moins l'attention des connaisseurs. » 

Les pièces publiées par Farrenc sont en effet 
charmantes, et dénotent un artiste d'une haute 
valeur. J'en ai, moi-même, reproduit deu\ dans 
mon journal la Revue de la musique {V^ an- 
née, 1876, n° 2). 

LI\DEMA\X (D ), compositeur alle- 
mand ou Scandinave, qui ne doit pas être con- 
fondu avec le précédent, s'est fait connaître par 
la publication d'un grand nombre de recueils de 
musique de danse : 10 Valses et 10 Écossaises 
pour petit orchestre, livre 7; 10 Valses et 10 
Ecossaises pour petit orchestre, livre 9 ; 9 Val- 
ses et 6 Écossaises, id., livre 10; 12 Valses, 
8 Écossaises et 2 Sauteuses, id., livre 11 ; 6 Val- 
ses et 4 Sauteuses, id., livre 12; 10 livres de 
danses pour le piano ; 6 Polonaises d'après des 
airs favoris, pour le piano, elc.,etc. 

LliXGIARDI (GiACOMo et Luigi), nés à Pa- 
vie, le premier le 16 avril 1811, le second le 
2 juillet 1814, sont les fils de Jean-Baptiste 
Lingiardi, fondateur d'une grande fabrique d'or- 
gues aujourd'hui fort renommée et qui est une 
<les plus importantes de l'Italie. Tous deux 
furent élèves de leur père, et Giacoino se con- 
sacra surtout à la partie mécanique, tandis que 
Luigi s'occupait de la partie harmonique. Leur 
premier orgue remonte à l'année 1836, et fut 
construit pour l'église del Carminé , à Pavie. 
Depuis lors ils ont fabriqué plus de 120 instru- 
ments, dont quelques-uns pour la France, et ils 
ont apporté dans leurs procédés de construc- 
tion des améliorations qui leur ont valu d'im- 
portantes récompenses. 

LINLEY (Georges), compositeur anglais', 
né vers 1795, s'est fait connaître dans sa pa- 
trie par la publication d'un nombre inouï de 
romances, chansons, nocturnes, ballades, mé- 
lodies, qui rendirent son nom populaire et lui 
acquirent une grande notoriété. Pendant près 
d'un demi-siècle, ses productions, dont la vo- 
gue était immense, furent chantées sur toute 
la surface du Royaume-Uni. Linley a écrit 
aussi la musique d'un petit opéra, la Poupée 
de Nuremberg, qui a été représenté à Londres, 
sur le théâtre de Covent-Garden, en 1861. 
Cet artiste est mort à Londres, le 10 septembre 
1865, à l'âge de 70 ans environ. 

T. II. 8 



H4 



LlNTERMAiNS — LISSAJOUS 



LIXTER.MANS (François), compositeur, né 
à Ikiixi'llt's le 18 aoiU 1808, s'est attiré de gran- 
des syinpatliies en Belgique par l'ardeur et le 
dévouement qu'il a apportés dans le développe- 
ment et la propagation du chant choral dans 
ce pays, n'hésitant pas à consacrer la plus grande 
partie de son temps et même à faire des sacri- 
lices pécuniaires en faveur des sociétés musi- 
cales qui étaient placées sous sa direction. 
M. Lintermans a écrit un assez grand nomhre de 
chœurs pour voix d'hommes : le Cri de guerre, 
le Réveil, le Départ des chasseurs. Chœur de 
buveurs, les Jiegrets, l'Appel, Sérénade, la 
Retraite, etc. On lui doit aussi quelques mor- 
ceaux de musique religieuse. 

LIONEL. - Voyez VEUCKEN DE 
VREUSCHx\lEX (Léon). 

* LIPLXSKI (Charles), est mort le 16 dé 
cembre 1861, dans sa propriété dOurlow, où 
il s'était retiré depuis quelques années, après 
avoir résigné ses fonctions de maître de la cha- 
pelle royale de Dresde. 

LISBOA (B. DA Silva), littérateur portu- 
gais, a publié une petite biographie de Haydn; 
c'est une traduction de l'écrit français de Joa- 
chim Le Breton {Aodce historique sur la vie 
et les ouvrages de Joseph Haydn.... lue dans 
la séance publique de la classe des Beaux-Arts, 
le 6 octobre 1810, Paris, tSlO, in-4°). — J. de V. 

LISIXSKY (Vatroslay). Un artiste de ce 
nom, mort en 1854, a écrit la musique d'un opé- 
ra intitulé Ljiibani Zloba, qui a été représenté 
à Prague. 

LISiVlORE ( ), est le nom ou le pseu- 
donyme d'un musicien amateur qui écrivit les 
ariettes du Maure d^'cale, parodie du 
Maître en droit, opéra-comi(|ue de Monsi- 
gny, qui fut représentée à l'Opéra-Comiquc 
en 1760. Les auteurs de l'Histoire de Vopéra 
bouffon disent à ce sujet : « La musique fut 
jugée forte, variée et pleine de tableaux, et mal- 
gré les applaudissements du public, l'auteur 
eut la modestie de garder l'anonyme : on a sçu 
depuis qu'elle était de M. Lisinore. » Il faut 
croire pourtant que ce personnage n'était pas 
l'unique auteur de la partition i\ix Maître d'école, 
car voici, d'.iutro part, la note aussi courte qu'é- 
nigmatitpic qu'on trouve ii son nom dans les 
Anecdotes dramatiques de Laporte : « Milord de 
Lisemorc (sic) a mis en musique le Maître dV- 
cole avec M"'^de R aujourd'hui M""= l).... » 

LISS.XJOUS ( ), savant français, né 

vers 1830, s'est fait un nom distingué dans la 
science. C'est à cause de ses recherches et de ses 
travaux sur l'acoustique, liont il s'est beaucoup 
occupé, que sa place est marquée dans ce dic- 



tionnaire. Sa découverte la plus importante en 
ce genre, et la plus digne d'intérêt, est assu- 
rément celle de l'étude optique des sons, que le 
savant physicien a su rendre visibles à l'œil 
comme ils sont appréciables à l'oreille. Je ne 
saurais me dispenser d'entrer à ce sujet dans 
quelques détails, détails que j'emprunterai d'ail- 
leurs directement à M. Lissajous, en reprodui- 
sant le passage suivant d'une conférence faite 
par lui, le 26 décembre 1863, à la Société des 
compositeurs de musique : 

« Le son, disait alors l'expérimentateur, 

étant un mouvement, doit pouvoir être étudié de 
l'œil ; malheureusement ce mouvement est tel- 
lement rapide qu'il ne produit sur l'oil qu'une 
impression confuse. Heureusement certains ar- 
tifices permettent de changer cette perception 
confuse et fugitive en une impression nette et 
persistante, et, par un heureux hasard, c'est pré- 
cisément dans la comparaison des sons présen- 
tant les intervalles fondamentaux de la musique 
que cet effet se produit avec le plus de netteté. 

« L'appareil le plus commode pour ce genre 
d'expérience est le diapason. Tout l'artifice né- 
cessaire pour rendre les sons en quelque sorte 
visibles consiste à coller, sur l'une des branches, 
vers l'extrémité de la face convexe, un miroir 
plan ; pour que ce miroir ne gêne pas la vibra- 
tion, on l'équilibre à l'aide d'un contre-poids 
placé sur l'autre branche. 

« Le diapason ainsi disposé peut facilement 
servir à mettre en évidence la cause première du 
mouvement vibratoire. A cet effet, on prend une 
source puissante de lumière (soleil ou lumière 
électrique); on fait passer un faisceau éteint par 
une ouverture, et on le dirige sur le miroir ; le 
diapason étant tenu dans la position verticale, on 
rejette ensuite le rayon sur un miroir tenu à la 
main, et de là on le renvoie sur un écran de papier 
blanc placé à plusieurs mètres dedistance. Pour 
empêcher le faisceau de diverger et concentrer 
en un point la trace qu'il donne sur l'écran, on 
a soin de placer entre le diapason et le corps 
éclairant une lentille convergente d'un foyer con- 
venable. Dès qu'on fait vibrer le diapason, le 
point lumineux se convertit en une ligne lumineu- 
se verticale, dont lalongueur croîtavec l'intensi- 
té du son. Cet effet est facile à expliquer: lors- 
que le diapason vibre, lemiroir oscille et s'incline 
tantôt en avant, tantôt en arrière; le rayon réflé- 
chi éprouve le même mouvement et vient frap- 
per l'écran, tantôt plus haut, tantôt plus 
bas; seulement ce mouvement d'oscillation s'ef- 
fectue avec une telle rapidité que l'œil, au lieu 
de voir le point lumineux monter et descendre 
sur l'écran, le voit à la 'fois dans foutes les po- 



LISSAJOUS 



115 



«itions qu'il occupe successivement. C'est en 
effet un fait bien connu que les impressions vi- 
suelles ne cessent pas immédiatement après 
leur production. Il s'écoule environ un quin- 
zième de seconde entre le moment où l'œil 
est frappé par la lumière et le moment où l'im- 
pression s'éteint. Par conséquent, il suffit que le 
diapason effectue plus de quinze oscillations 
complètes, aller et retour, dans une seconde, 
pour que le trajet parcouru par le point lumineux 
reste éclairé dans toute son étendue. 

« Si l'on profite du moment oîi le diapason 
vibre, pour déplacer le rayon réiléchi dans le 
sens borizontal en faisant tourner le deuxième 
miroir, alors la pointe du faisceau lumineux, au 
iieu d'osciller au même point de l'écran, oscille 
dans des régions de plus en plus éloignées du 
point de départ, et décrit une succession de si- 
nuosités que l'œil voit illuminées simultanément. 
Cette expérience démontre donc de la façon la 
plus nette la cause première du son, c'est- 
à-dire le mouvement oscillatoire du corps so- 
nore.» 

On voit combien est importante la découverte 
de M. Lissajous ; et elle ne l'est pas moins an point 
de vue de la précision que de la nouveauté et 
de l'utilité des résultats obtenus. On s'en ren- 
dra compte par cette nouvelle démonstration ; 
« Pour comparer les sons entre eux, l'expé- 
rience se dispose autrement. On place les deux 
diapasons à comparer l'un vis-à-vis de l'autre, 
de façon que leurs miroirs soient en regard ; 
seulement, le plan des branches pour l'un des 
diapasons est vertical, il est horizontal pour 
l'autre. 

'i Un faisceau de lumière parti de la lampe 
électrique tombe sur le premier miroir, et de 
là sur l'écran ; une lentille placée sur le trajet 
du faisceau en concentre les rayons de manière à 
donner sur l'écran une ligne lumineuse verticale 
produite par l'oscillation rapide du faisceau de 
lumière dans le sens vertical ; si l'on fait vibrer 
le diapason horizontal seulement, il se produit 
une ligne horizontale ; si l'on fait vibrer les deux 
diapasons à la fois, l'image se meut sur l'écran 
dans le sens horizontal et dans le sens vertical à 
la fois, et devient dans son mouvement une cour- 
be fermée dontla forme dépend du rapport des 
deux sens. Cette courbe apparaît en traits de 
feu sur l'écran. 

« Si les diapasons sont à l'unisson, ils exécu- 
tent le même nombre de vibrations dans le nlême 
temps : la figure obtenue est alors une ligne 
droite ou une ellipse, qui peut parfois devenir 
un cercle parfait.... Dans le cas où l'unisson est 
parfaitement rigoureux, celle des figures obte- 



nues au début se maintient pendantltoute la du- 
rée de la vibration, eu éprouvant dans ses dimen- 
sions une diminution i)rogressive en rapport avec 
la diminution d'amplitude des vibrations elles- 
mêmes. Si l'accord des deux diapasons n'est pas 
rigoureux, la figure se transforme progressive- 
ment, et passe par toutes les formes successives 
indiquées au tableau (I). Cette transformation est 
d'autant plus rapide que le désaccord est plus 
grand, et elle fournit la mesure exacte du désac- 
cord. En effet, chaque fois que la figure, après 
avoir passé par le cycle complet de ses transfor- 
mations, reprend sa forme primitive, on est sûr 
que l'un des diapasons a exécuté une vibration 
complète de plus que l'autre. Ainsi, s'il faut 60" 
pour.que la figure primitive se reproduise, l'im 
des diapasons fait dans 60" une vibration double 
de plus que l'autre. Si l'on opère par exemple sur 
des diapasons dont l'un donne le la normal de 
870 vibrations simples, ou i3i vibrations doubles 
par seconde, il y a donc un désaccord entre ces 
deux diapasons égal à 1 vibration sur 435 X 60 
ou nh^- Ces nombres donnent une idée de la 
sensibilité de la méthode. » 

Il serait superllu de chercher à démontrer 
l'intérêt qui s'attache à l'étude de ces questions. 
Sous ce rapport, et c'est le seul qui doive nous 
occuper ici, M. Lissajous a rendu à la science 
des services incontestables. Aussi, lorsque, après 
la mort d'Auber, M. Ambroise Thomas eut 
été chargé de la direction du Conservatoire de 
Paris, l'un de ses premiers soins fut-il de char- 
ger M. Lissajous de faire un cours d'acoustique 
dans cet établissement, qui jamais n'avait eu de 
professeur de ce genre. M. Lissajous inaugura son 
cours en février 1873, ce qui ne l'empêcha pas, 
quelques mois après, de se rendre à l'Exposition 
universelle de Vienne, où il avait été nommé 
juré par la France pour la section musicale ; à la 
suite de ce voyage, il présenta au ministre son 
lapporl, qui fut publié sous ce titre : Rapport 
sur les instruments de musique. Instruments 
à vent et autres appareils acoustiques, Paris, 
Imprimerie nationale, 1875, in-4''. 

Malheureusement, depuis lors, M. Lissajous 
a été nommé recteur de l'Académie de Besancon, 
poste qu'il occupe encore aujourd'hui, et le Con- 
servatoire s'est vu priver de son professeur. On 
peut espérer, toutefois, que sa situation nouvelle 
n'empêchera pas ce savant dislinguéde continuer 



(1) M. Lissajous avait publié sur ce sujet un travail 
dans les Annales de Chimie et de Physique (octobre ISST). 
Ce travail était accompagné d'une planche reproduisant 
les figures diverses dont il est ici question, telle plan- 
che a été reproduite dans le texte de la conférence de 
M. Lissajous, tel qu'il a élé publié dans les Biitlrtina de 
\a Société des compositcvrs de mvsirixie (1863). 



IIG 



LISSAJOUS — LISZT 



ses recherches sur une branche de la science qui 
intéresse la musique d'une façon si spé< iale. 

LISTOWSHI (ANnuK), colonel dans l'ar- 
mée polonaise et amateur distingué de musique, 
est né à la (In du dix-liuilième siècle. M. Lis- 
towski s'est fait connaître d'abord par un grand 
nombre de mélodies vocales et de pièces fugitives, 
parmi lesquelles on cite surtout avec éloges 
Venise la belle, écrite sur des paroles de Scribe 
traduites en polonais, et la Prière cVune jeune 
fille. Il a composé la musique de deux mélo- 
drames, rnépilal des Fous et les Perroquets 
de notre grand'mère, représentés tous deux 
sur le théâtre des Variétés, à Varsovie, en 1S41. 

* LISZT (Fkanz). — Cet artiste prodigieux, 
fantasque, mais d'une trempe intellectuelle sin- 
gulièrement vigoureuse, n'a cessé, depuis plus 
d'un demi-siècle, d'occuper le monde de sa per- 
sonne, de ses travaux, et aussi de ses excentri- 
cités. M. Liszt, pour qui la simplicité doit être 
synonyme de sottise, a toujours avidement re- 
cherché les occasions de se mettre en relief et 
de faire parler de lui. Dans ces dernières années, 
ayant presque épuisé tous les moyens ordinaires, 
il n'en a pas trouvé de meilleur que de faire 
croire qu'il entrait en religion ; je dis : « de faire 
croire, » car en réalité, malgré tout ce qui a été 
écrit à ce sujet, tous les détails minutieux à la 
fois et com))!iqués qui ont été publiés et repro- 
duits dans cent journaux, malgré la qualifica- 
tions d'abbé qui lui a élé donnée par les uns, 
les railleries dont il a été l'objet de la part des 
autres, on ne sait encore à quoi s'en tenir et 
si réellement M. Liszt s'est fait ordonner prê- 
tre. Tout porte à croire pourtant qu'il n'en est 
rien, et que les pratiques de dévotion qu'on a 
remarquées chez le grand artiste ne sont encore 
de sa part qu'une nouvelle occasion de réclame 
etunilésir toujours plus intense de faire parler 
de lui. 

D'ailleurs, le prétendu abbé ne saurait tenir en 
place, court toujours les grands chemins, se trou- 
vant aujourd'hui à Weimar, demain à Rome, où 
il fréquiMite les cardinaux et le Vatican, se rendant 
de Rome à Paris, de Paris rctourn.Hnt en .\lle- 
magne, jjuis allant tenir école à l'Académie de 
musique de Pesth, et enfin revenant à Rome, où, 
en définitive, il passe la plus grande partie de .son 
temps, partageant sa vie entre des relations ultra- 
mondaines et celles qu'il entretient avec les prin- 
ces de l'Église. Kt il faiil noter (|ue M. Liszt 
trouve toujours le temps de travailler, de com- 
poser, d'écrire des œuvres importantes, de les 
produire et d'en diriger l'exécution, de se faire 
entendre comme \irtuose, sinon en public, du 
nioins dans de nombreuses sociétés particulières, 



enfin de former des élèves et de les lancer dans 
la carrière. Au demeurant homme étrange, na- 
ture |)uissante et expansive à l'excès, artiste 
habile et su|>érieurement doué j)ar la nature, 
aussi remarquable par le savoir-faire que par le 
vrai savoir, M. Liszt est un type à part dans 
l'histoire musicale du dix-neuvième siècle, et si 
l'on peut regretter ses défauts artistiques et in- 
tellectuels, on n'en doit pas moins apprécier ses 
étonnantes qualités et les facultés admirables, 
quoique mal équilibrées, qui constituent sa per- 
sonnalité. 

Il sérail, je crois, singulièrement difficile de 
dresser un catalogue détaillé des œuvres innom- 
brables de ce compositeur. Je vais essayer d'en 
donner un aperçu, et d'étendre un peu les rensei- 
gnemenls que l'on trouve dans la Biographie 
universelle de Musiciens. — 12 Poèmes sym- 
plioniques {\. Ce qiCon entend sur la monta- 
gne; 2. Triomphe funèbre du Tasse; 3. Les 
Préludes; 4. Orphée; 5. Prométhée; 6. Mazeppa; 
7. Fest-Klœnge; 8. Héroïde funèbre; 9. Hun- 
garia: 10. WaxwWX-.W. Hunnen-Schlacht ;n. 
l'Idéal) \—La Divine Comédie du Dante, sym- 
phonie avec soii et chœurs; — Jeanne d'Arc 
au bûcher, scène dramatique pour mezzo-sopra- 
no, avec orchestre; —Messe à 4 voix, avec 
orchestre et orgue ; — Pater noster à 4 voix 
avec orchestre; — Concerto pathétique pour 
piano, avec orchestre ; — Concerto <le piano en 
ml mineur ; — Sonate pour piano;— .Années de 
pèlerinage, suites de compositions pour piano 
{Sposalizio : il Penseroso; Canzonnetta de 
■Santa-Rosa ; S Sonnets de Pétrarque; Après 
une lecture du Dante, fantasia quasi sonata ; 
Venezia e Sapoli, gondoliera, canzone et ta- 
rentelle, etc.) ; — Ave Maria pour chœur, avec 
orgue ; — 12 Éludes d'exécution transcendante , 
pour piano; — Apparitions, id. ; — Le Car- 
naval de Pesth, id. ; — Canzone napoletana, 
id. ; — Galop russe, id.; — Harmonies jioéti- 
ques et religieuses, id. ; — Marche héroïque dans 
le genre hongrois, id. ; — 2' Marche hongroise, 
id. ;— Mazurka brillante, id. ; — Aonnenwerth, 
romance sans paroles, id. ; — les Consolations, 
i) pensées |)oéti(iues, id.; — Divertissements, id. ; 
— Grande Valse de bravoure, id. ; — Fleurs des 
Alpes, album d'un voyageur, en 3 suites, id. ; — 
Mélodies hongroises, id. ; — Grand Galop diro- 
md[i(\ue,i(i.; — Nuits d'été à Pausilippe,33imii- 
sements, id. ; — 3 Caprices poétiques, id. ; — lu 
Fèle'villageoise, id. ; — Un Soir dans les mon- 
tagnes, id.; — 24 Grandes Étuile.s, en 2 livres, 
id. ; — le Christ, oratorio en trois parties ; — la 
Légende de sainte Elisabeth de Hongrie, oralo- 
lio ; — Marche de Racocksy, |)araphrasede con- 



LISZT — LITOLFF 



117 



cert, pour [liano ; Cantique d'amour, id.; — Saint 
François de Paule sur les vagues, id. ; — Prê- 
che aux oiseaux de saint-François cl' Assise, l].; 

— Gruner Messe (Messe de Gran), écrite en 
1853 pour la consécration de la basilique de Gran, 
à la demande du cardinal Szitovvski, primat de 
Hongrie ; — Messe du Couronnement ; — Berg- 
sijmplionie (Symplionie de la montagne); — Can- 
tate pour le Centenaire de Beethoven, exécutée à 
Weimaren juin 1870; — Fantaisies pour piano 
sur la Fiancée, sur les Huguenots, Don Juan, 
Robert-le- Diable, la Juive, les Puritains, sur 
les Soirées musicales de Rossini, sur la Clo- 
chette de Paganini, sur la Rose da Sclmbert; 

— Morceaux de divers genres pour piano sur 
Don Carlos, i Lombardi, Lucia di Lamer- 
nioor, Lucrezia Borgia, tSorma, les Soirées 
italiennes de Mercadanle, le Songe d'une nuit 
d'été de Mcndeissolin, etc ; — Études mélodi- 
ques pour piano, d'après Schuhert, en 2 livres. 

En dehors de ces compositions, déjà si nom- 
breuses, et dont la liste est loin d'être complète 
ici, M. Liszt a publié une multitude de transcrip- 
tions de toutes sortes pour le piano ; outre 
ses superbes transcriptions, des neuf sympho- 
nies de Beethoven, on lui doit celles des ouver- 
tures du Freischilfz, de Jubel et A'Oberon de 
Wehcr, de divers morceaux de la Muette de 
Portici, du Prophète, des Puritains, des Rui- 
nes d'Athènes, du Vaisseau-fantôme, de Lo- 
hengrin, du Tannhciuser, de l'Africaine, de 
Tristan et Iseulde, de Rienzi, de la Schiller- 
Marsch et du Moine de Meyerbeer, de la Cha- 
rité, du Slabat Mater et des Soirées musicales 
de Rossini, de six nocturnes de Field, de G mé- 
lodies sacrées de Beethoven, de 4 mélodies sa- 
crées (le Schubert, de O grandes études de Paga- 
nini, enfin dune quantité de lieder et de chan- 
sons de Beethoven, de Schubert, deMendeIssohn, 
de M. Robert Franz, de M""' Clara Schumann, 
elc, etc. 

M. Liszt a été, en Allemagne et en France, le 
sujet d'un grand nombre d'écrits ; voici les litres 
de ceux qui sont venus à ma connaissance : 1° F. 
Liszt, nachs einem leben und wirken atis au- 
ihentischen berichten dargestellt(F. Liszt pré- 
senté dans une relation authentique, d'après sa 
vie et sa conduite), par Christern, Leipzig, Schu- 
berth ; — 2" F. Liszt in Berlin, Skizze (F. Liszt 
à BerUn, esquisse), par Kossarski, Berlin, Ba- 
rasch ; — S" Liszt'' s (F.) orator'ium « Christus, » 
ei7ie studie zur zeit v.ndmus'ikgeschichtlichen 
stellungderselben (Etude sur i'oratorio^e Christ 
de F. Liszt....), Leipzig, Scimberth, 1874, gr. 
in-8°; — 4° Franz Liszt als sijmi)honiker{?xâiri. 
Liszt comme symphoniste), par F. Brendel, Leip- 



zig, 1859; —5'' Franz Liszt ungarische Kr ce nun- 
gsmesse eine musik studie (Étude musicale sur 
la messe hongroise du couronnement, de Franz 
Liszt), par K. Abranyi, traduit en allemand du 
hongrois par H. Gobbi, Leipzig, Schuberth, 1871 ; 
— 6" Franz Liszt oratorium die Légende von 
derheiligen El'tsabethund dieneue Musikrich- 
tung im Allgemeinen, ein offner brie f en die 
lierren 0. Paul imd Ed. Ber?isrfor/' (l'oratorio 
de Liszt la Légende de sainte Elisabeth et la 
nouvelle tendance musicale, lettre adressée à 
MM. O. Paul et Ed. Bernsdorf, Leipzig, Rhode, 
1868;— 7" Veber FranzLiszVs Graner Fest- 
messe und ihre stellung zur geschichteciclien 
entwickelung der A'ircAenmMsiA i(Sur la Messe 
solennelle de Gran et sur le développement de 
la musique religieuse), par L. A. Zeilner, Vienne, 
Manz, 1859; — 8° Die grossen pianoforte- 
virtuosen unserer ze'it ans persœnlicher be- 
kanntschaft (les Grands virtuoses pianistes de 
notre temps), Liszt, Chopin,' Tcnisig. llensell, 
Berlin, Behr, 1871; — 9° Franz Liszt's Z»io- 
^?'a/j/iie(Biographiede Franz Liszt), par J. Schu- 
berth, Leipzig, Schuberth, 1 87 1 ( 1 ) ; — 1 0" Z'a66e 
Liszt, Paris, Heyaiann, 1871, in-8. 

Il me reste à signaler quatre écrits d'un genre 
fâcheux, dans lesquels la personne de M. Liszt 
est directement mise en cause : Souvenirs d'une 
Cosaque, par Robert Franz (M'"" Olga de Janina), 
Paris, Dentu, 1874, in-12; le Roman du pia- 
niste et de la Cosaque, par Sylvia Zorelli, Pa- 
ris, s. d. (1875), in-12 ; Souvenirs d'un pianis- 
te, réponse aux « Souvenirs d'une Cosaque, » 
Paris, Lachaud et Burdin, s. d. (1874), in-12; les 
Amours d'une Cosaque, par un ami de l'abbé 
X***, Paris, Degorce-Cadot, s. d. in-12. Je ne 
parlerai pas davantage de ces publications, ren- 
voyant le lecteur à ce que j'en ai dit au mot Ja- 
nina (Olga de). 

M. Liszt a publié sur John Field [l'opuscule sui- 
vant : Uber John Field''s nocturne (eu fran- 
çais et en allemand), Hambourg, Leipzig et New- 
York, Schuberth, 1859, in-16. Je dois faire 
remarquer que le livre intitulé : Des Bohémiens 
et de leur musique en Hongrie, a été publié 
d'abord en français (Paris, hbrairie nouvelle, 
1859, in-12), et que ce n'e.st qu'ensuite qu il 
a paru en allemand et en hongrois. 

*LITOLFF (Henry). — Musicien puissant 
mais inégal, virtuose hors ligne mais incorrect, 
doué d'une imagination grandiose et vagabonde 
à la fois, voilà plus de trente ans que cet artiste 



(I) On trouve une notice sur M. L'isrX dans le premier 
volume de l'ouvrLige inlilnlé : .Musikatiscfie ttudien- 
l;œpfe,^ir M. La Mara, Leipzig, 1858. 



118 



LITOLFF 



étonnant court le monde, faisant entendre par- 
tout ses œuvres, sans qu'il soit possible d'appré- 
cier et lie lixor sa valeur d'une façon définitive, 
de déteriuiner au juste son talent. 11 a parcouru 
la plus granrle partie de l'Europe, en commen- 
çant parla France, s'en allant de France en Bel- 
gique, de Belgique en Pologne, de Pologne en Al- 
lemagne, d'Allemagne en Hollande, se produisant 
successivement à Paris, à Bruxelles, à Varsovie, 
à Prague, à Francfort, à Leipzig, à Dresde, à Ber- 
lin, à Amsterdam, à La Haye, à Brunswick, à Vien- 
ne, à Gotha, à Liège, à Anvers, à Wiesbaden.et se 
faisant api)laudir tour à tour comme composi- 
teur, comme pianiste et comme chef d'orcl.es- 
tre. Partout, sur son chemin, LitoUT semait ses 
composilions, consistant en opéras, symphonies, 
ouvertures, concertos, pièces de piano, morceaux 
de chant, etc. Tout cela, quoique d'une valeur 
très-réelle, est généralement inégal, fiévreux, 
fantasque, et plus original au point de vue de 
la forme, de la puissance orchestrale, de la cou- 
leur, que personnel au point de vue de l'idée 
proprement dite et delà richesse de l'inspiration. 
Il y a beaucoup du tempérament de Berlioz 
dans Litoiff, mais avec moins de jet mélodique, 
moins de sentiment poétique, et point de cette 
grâce e.Kquise et suave qui caractérisait l'auteur 
de la Fuite en Egypte et de ta Damnation de 
Faust. Il faut dire aussi que Lilolff ne semble 
point s'être tracé une route à suivre, et qu'il pa- 
raît se laisser volontiers entraîner au cours du 
hasard et des événements. 

Depuis une quinzaine d'années cependant, Li- 
toiff, définitivement fixé en France, semble s'être 
donné un but à atteindre : celui de devenir un 
compositeur dramatique français. 11 a commencé 
par écrire un opéra en trois actes, Naliel, sur 
un poème d'Edouard Plouvier, ouvrage intéres- 
sant qui fui représenté sur le théâtre du Kur- 
saal de Bade au mois d'août 1863. Il songea 
alors à se produire à l'Opéra-Comique, et l'on 
parla d'un imtre ouvrage en trois actes, C Esca- 
dron volant de lu reine, qu'il aurait composé 
pour ce théâtre, mais qui jusqu'ici n'a pas vu 
le jour. Quelques années après, en 18C9, Li- 
lolff conçut la pensée de donner dans la salle de 
l'Opéra une série de grands concerts destinés à 
l'exécution d'n-uvres importantes de musique 
moderne, entre autres des siennes et de celles de 
Berlioz, dont il est un des admirateurs les plus 
ardents et les plus convaincus. Il obtint en effet, 
grâce à de puissantes iniluences, la salle de l'O- 
péra pour y mettre son projet à exécution, et, 
à la fin de 18C9, donna une ou deux séances; 
mais l'entreprise ne réussit pas et il y dut re- 
noncer presque aussitôt. 



Mais il ne renonça [)as pour cela à se pro- 
duire sur une scène parisienne. Ne pouvant se 
faire jouer à l'Opéra-Comique, il songea à abor- 
der un des petits théâtres consacrés au genre 
malsain de l'opérette, et écrivit sous ce titre, 
la Boite de Pandore, un ouvrage en trois 
actes qui fut représenté aux Folies-Dramatiques 
à la fin de 1871. L'essai ne fut pas heureux, mal- 
gré la présence d'une cantatrice aimable, M'"'' 
Ferdinand Sallard, qui avait appartenu naguère 
au personnel <le l'Opéra-Comique, et qui, jouant 
le rôle de Pandore, produisit un grand effet 
dans une valse vocale destinée à faire ressortir 
ses qualités de virtuosité. Le 17 octobre 1872, le 
compositeur reparaissait au même théâtre avec 
Héloise et Abélard (3 actes), et cette fois obte- 
nait un succès complet. Ce musicien à la person- 
nalité exubérante, grandiose, souvent violente, 
avait cherché à se faire coquet, mignon, gra- 
cieux, et il n'est que juste de dire qu'il y avait 
presque entièrement réussi. Déjà, dans la Boite 
(le Pandore, l'effort en ce sens était visible et 
parfois heureux : cette première partition, con- 
çue dans un ordre d'idées si différent des appé- 
tits ordinaires du compositeur, renfermait certai- 
nes pages pleines de délicatesse et de fraîcheur-, 
la critique les avait signalées, mais le public n'en 
avait pu tenir grand compte, la musique ayant 
succombé sous la sottise du poème. Cette fois, le 
progrès était réel, évident, palpable, et si la par- 
tition iVHélolse et Abélard n'était point une 
ouvre |)arfaite, c'était du moins une production 
fort distinguée, remarquable à beaucoup d'égards, 
écrite dans le vrai style qui convenait au sujet, 
et qui, si elle manquait peut-être un peu d'unité, 
possédait cette qualité rare de ne point viser 
plus haut qu'il ne faut, en même temps qu'elle 
restait toujours très-élégante de forme et très- 
pure de lignes. C'était, en un mot, un véritable 
opéra iboulTe, et non une de ces productions 
débraillées et triviales qui, sous prétexte de 
musique, pervertissent et dépravent le goi1t du 
public <lepuis tantôt vingt ans. 

Malheureusement, Lilolff ne retrouva pas 
semblable succès. La Belle au bois dormant, 
opéra-féerie en quatre actes donné par lui au 
théâtre du Châlelet (4 avril 1874), n'eut qu'un 
petit nombre de représentations, et la Fiancée 
du roi de Garbe, nouvel opéra bouffe en trois 
actes joué aux Folies-Dramatiques (29 octobre 
1874), ne put non (ilus se soutenir à la scène. 
C'étaient là deux ouvres médiocres, qui ne mé- 
ritaient pas un meilleur sort. Un autre ouvrage, 
la Mandragore, donné par le compositeur au 
théâtre des Fantaisies-Parisiennes de Bruxelles 
(janvier 1870), n'a pas été plus heureux. 



LITOLFF 



LODER 



il9 



Jai regret à dire que Litollï, à qui sa légitime 
renommée artistique devrait interdire certaines 
làclies vraiment indignes de lui, n'a pas liésité 
à secliarger de la direction d'un concert de bas 
étage aux Champs-Elysées, non plus que de 
celle desconcerts d'unétabllssement connu sous 
le nom de Frascati ; c'est ainsi que, tandis qu'il 
se faisait jouer sur tel ou tel théâtre, l'auleur 
de Robespierre et des Girondins conduisait 
un orchestre en plein vent. Passons sur ce fait 
fâcheux, et souhaitons au grand artiste de rem- 
porter enlin un grand succès dramatique sur une 
scène digne de son talent. 

Parmi les nombreuses compositions de Litoiff 
en dehors du théâtre, je signalerai les suivantes -. 
Ruth et Booz , petit oratorio ( partition chant 
et piano, Paris, Choudens); Marche funèbre à 
la mémoire de Meyerbeer (Paris, Brandus); 6 
Morceaux caractéristiques pour piano (1. Rap- 
sodie hongroise ; 2. Sur le Danube, rêverie; 3. 
Rapsodie polonaise ; i.leC fiant du ISautonnier ; 
5. Un Rêve ; 6. Vienne), Paris, Choudens ; 
Ave Maria à voix seule, id., id. ; 3 
Caprices-valses pour piano (1. Légèreté; 2. 
Grâce ; 3. Abandon), op. 24, Paris, Heugel ; 
Vlntitation à la Polka, op. 3l,id., id.; l'In- 
vitadonù la Tarentelle, op, 36, id., id.; Ca- 
price de concert, op. 37. id., id.; Divertisse- 
ment fantastique, id., id. Il a écrit aussi et 
publié un assez grand nombre de mélodies voca- 
les : l'Aïirorc, la Charité, le Poète, Je faime- 
rai, la Reine Mab, valse chantée, ^'effeuillez 
pas la marguerite, Chant du gondolier, duo. 
Enfants, dormez toujours, etc., etc. 

LITTA (Le comte Giclio), compositeur 
amateur fort distingué, issu d'une illustre famille 
milanaise, deuxième fils du duc Pompeo Litta, 
qui était un dilettante éclairé et un véritable 
Mécène pour les artistes, naquit en 1822. Doué 
d'un grand amour pour la musique et de rares 
dispositions pour la culture de cet art, le comte 
Lilta se laissa entraîner à son penchant et se 
consacra de bonne heure à l'étude de la compo- 
sition. Dès l'âge de vingt ans il écrivait un opéra 
sérieux, .BiQHca di Santaftora, qu'il faisait exé- 
cuter, le 2 janvier 1843, sur la petite scène in- 
time du Conservatoire de Milan; il fit ensuite re- 
présenter, sur des théâtres publics, plusieurs 
autres ouvrages qui furent favorablement ac- 
cueillis et qui l'ont classé parmi les amateurs les 
plus distingués de sa patrie : Maria-Giovanna 
(Turin, th. Carignan), Editla di Lormo (4 actes, 
Gênes, th. Carlo Felice, i8b'i),Sardanapale, et 
Don Giovanni di Portogallo. M. Giulio Litta 
est aussi l'auteur d'une sorte d'oratorio, la Pas- 
sione, dont il a écrit la musique sur l'hymne fa- 



meux de Manzoni : tementi delVira vcntura! 
et qui fut chanté, dans un concert de musifjue 
sacrée donné à l'Académie philharmonique de 
Turin, par la Malvani-Ferraris et le ténor Da- 
niele. La dernière production du comte Litta est 
une scène lyrique, il Mandante (d'après le Pas- 
sant, de M.François Coppée), qui a été exécu» 
tée avec un véritable succès à Milan, sur le théâ- 
tre Milanais, le 17 avril 1873; il a écrit aus.si 
une opérette, liaggio d'Amore, qui n'a pas 
encore été représentée. M. Lilta a publié quel- 
ques mélodies vocales. 

LITZAU (J.... B ), organiste néerlandais, 

est né à Rotterdam le 9 septembre 1 822. Orga- 
niste de l'une des églises réformées de cette ville, 
on lui doit les publications suivantes : 1'^ Les 
Mélodies des psaumes et chants en usage dans 
l'église ré formée des Pays-Bas, Rotterdam, Li- 
chtenauer, 1861 ; 2° Les Mélodies des psaumes 
et chants en usage dans l'Église évangélique 
luthérienne arrangées à quatre parties, id., 
id., 1852; 3° Les Mélodies des psaumes, mo- 
tets, chants évangéliques de l'église réformée 
des Pays-Bas, arrangées à quatre parties 
avec orgue ou piano , avec des préludes à 
Jouer pendant et après le service, id., id. 
1854. 

LLADO (J ), musicien espagnol contem- 
porain, est l'auteur d'un traité de solfège dont 
il a été fait trois éditions sous ce litre : Metodo 
de solfeo, analitico, facil y conciso (Madrid, 
Andres Vidal). 

LLOREiXTE (Cipruno), compositeur espa- 
gnol contemporain, s'est fait connaître par la 
publication d'un certain nombre d'œuvres de di- 
vers genres, entre autres un recueil de six 
cantiques à une voix avec accompagnement de 
piano, plusieurs mélodies religieuses à trois voix, 
et des morceaux de musiquelégère et de danse 
pour le piano. 

LOliO (Heitor), musicien portugais, fut un 
organiste célèbre et en même temps un construc- 
teur d'orgues très-renommé. Il restaura en 1559 
le grand orgue de l'église de Santa-Cruz à Coïm- 
bre, instrument superbe qui a été presque entiè- 
rement ruiné par un charlatan , il y a quelques 
années. On n'a malheureusement pas de rensei- 
gnement plus précis sur cet artiste remarquable, 
auquel les contemporains accordent de grands 



éloges. 



J. DE V. 



LODER (Edvv.vrd-James), chef d'orchestre 
et compositeur dramatique anglais fort distin- 
gué, naquit en 1813 à Bath, oii son père, violo- 
niste de talent, occupait une bonne situation (1). 

(1) 11 y 1 tout lieu de croire que l'artiste qui fait l'objet 



120 



LODER — LQESCnORN 



Il appartenait à une famille foute musicale, car 
ses deux frères, John et William, morts long 
temps avant lui, étaient, le premier violoniste, 
le seconil violoncelliste, et il eut aussi deux 
sœurs qui se livrèrent à l'enseignement de la 
musique. Pourtant, lui-même ne se décida 
qu'assez tard à eml^rasser délînitivement cette 
carrière, car après avoir été envoyé, en 1826, à 
Francfort-sur-le-Mein pour y étudier avec Fer- 
dinand Ries, qui avait été en Angleterre l'ami 
de son père, il revint au lonl de deux années 
<T Lomires, indécis sur son avenir, et liienfôl 
entreprit l'étude de la médecine; c'est dans ce 
but qu'il relourna en Allemagne en 1829. Mais 
s'étant retrouvé avec Ries, il se résolut enfin 
à poursuivre la carrière artistique, et termina 
ses études musicales sous la direction de cet 
artiste distingué. 

De retour en Angleterre, Loder se vit chargé 
d'écrire un opéra pour l'inauguration du nou- 
veau théâtre du Lyceum, alors en construction, 
et qui était destiné à l'exploitation de l'opéra 
anglais. Le livret de cet ouvrage, intitulé Noiii- 
jahad, était l'œuvre du directeur de ce théâtre, 
Arnold, qui avait transformé à cet effet un an- 
cien drame de lui dont le succès avait été mé- 
diocre quelques années auparavant; ce livret 
n'était point fameux, et la fortune de l'ouvrage 
s'en ressentit, lorsqu'il fut joué au mois dejuil 
let lS3i, bien que la musique en fiM, paraît-il, 
des plus remarquables, et qu'elle donnât les 
preuves d'un rare tempérament artistique. « Il 
faut, a dit M. Macfarren en parlant de Aour- 
jahad, il faut considérer cet opéra comme ayant 
créé en Angleterre un genre nouveau de musi- 
que dramatique, et les divers compositeurs qui 
se sont distingués dans cette voie ainsi préparée 
pour eux doivent un témoignage de gratitude 
à Edward Loder, qui a été le pionnier de leur 
fortune. » 

L'année suivante, Loder écrivait pour le 
même théâtre un nouvel ouvrage, Dice of Deatlt 
(le Dé de la mnrt). Il conilul ensuite, avec 
les éditeurs d'Almen et Cie, un traité par le- 
quel il s'engageait à leur livrer chaque semaine 
une composition; c'est alors qu'il écrivit pour 
eux une série de 12 clianfs sacrés, dédiés à 
Sterndale Hennett, et qui auraient suffi à établir 



de celte notice est le mùine que celui qui a Oti' nien- 
lionni', au tome V de la Uioyraphie tinircrsclle des 
Musiciens, sous le noui Inexact de Georges Loder. Les 
éléraents du pr(':sent article ont été pris dans une notice 
que M. G. A. M.-icfarrcn, l'émincnt compositeur an;îl:Ms, 
a puDllce sur Loder dans tlie Impérial IHctionary al 
l'nivcrsal Ùinr/rapliy. On verra qu'il n y est point ques- 
tion d'i n S(')('ur que Loilcr aurait f.iit ( ii Aineri(|ue. 



sa réputation ; il leur donna ensuite un giand 
nombre île chants (sorigs), duos, etc., et ces 
éditeurs eurent la singulière idée de former, 
avec ces diverses productions, une sorte d'opéra 
intitulé François r'\ qu'ils firent jouer au théâ- 
tre Drury-Lane en 1838. 

Quelques années après, Loder était engagé 
au Princess' Théâtre comme chef d'orchestre, 
et déploya dans l'exercice de ces fonctions un 
talent supérieur. Il fit représenter alors à ce 
théâtre the iMg/it Dancers {les Dunsexirs de 
nuit), son meilleur ouvrage dramatique (1846), 
et /'î^c/t, opéra-ballade (184S). Étant passé avec 
le même emploi à Manchester, il donna en cette 
ville (1855) un ouvrage de grande importance 
et de liautes visées, Raymond and Agnes, qui 
fut reproduit plus tard à Londies, au théâtre 
StJames, mais dans des conditions d'exécution 
déplorables. En 1856, Loder perdit l'emploi de 
ses facultés, et fut atteint d'aliénation mentale; 
après quelques années d'un traitement intelli- 
gent, on put croire un instant qu'il allait être 
rendu à la vie et à la raison ; mais le mal le 
reprit bientôt, et il mourut à Londres le 5 
avril 1865. 

Outre les opéras qui ont été mentionnés ci- 
dessus, Loder en écrivit plusieurs autres, qui 
n'ont pas été représentés : Utile Red lUding 
ITood {le petit Chaperon Bouge), qui avait 
été composé vers 1845 pour le théâtre Drury- 
Lane, Pizarre, Leila, et sir Roger de Cover- 
Icij. Il a écrit aussi quelques morceaux de piano 
intéressants, plusieurs quatuors pour instru- 
ments à cordes qui n'ont pas été publiés, mais 
qui témoignent d'un art consommé, et surtout 
une quantité énoime de mélodies vocales, parmi 
lesquelles on cite surtout celles intitulées the 
Brave OUI Oah et OUI Iloiise at Home, et 
pour l'ampleur de la conception celle qui a pour 
litre Invocation to the Deep {Invocation à 
l'obscurité). Enfin on connaît encore de Loder 
une grande cantate, the Islund of Calypso, 
(pii fut exécutée en 18jl aux nouveaux ron- 
.erts pliilliaimoniques. 

LODiJJEXSHY (N ), compositeur 

russe, s'est fait connaître par un certain nombre 
lie romances et mélodies vocales, qui ont été 
publiées à Saint-Pétersbourg dans le cours de 
ces dernières années. 

*L()ESCIIORI\'(Ciiarlgç-Albf:rt). — Par- 
mi les conq)ositions publiées de cet artiste, dont 
le nombre s'élève aujourd'hui à près de cent 
cinquante, je signalerai les suivantes : Étude en 
ré op. .1 ; 3 Sonates, op. 101 ; Moments inélan- 
coliques, 2 nocturnes, op. 114; Éludes de ca- 
ractère, op. 118; 4 Études (1. Valse; 2. Galop; 



LŒSCHORN — LOMAGNE 



421 



3. Mazurk; 4. Polka) ; Sonatines instructives, 
op. 125, 120, 127, 135; Suite pour piano, op. 
130;3Mazuikas, op. 132; Tarentelle, op. 133; 
die Sikule der Geluuliglieit, 33 éludes, op. 
136; Album de la jeunesse, 15 morceaux ins- 
tructifs, op. 139; Rôveric, op. 141; Quatuor 
pour piano et instruments à cordes; etc., etc. 

LOEW (Joseph), pianiste allemand et com- 
positeur pour son instrument, n'a pas publié jus- 
qu'à ce jour moins de trois-cents-œuvres, con- 
sistant en pièces de genre, études faciles, fantai- 
sies, mélodies, transcriptions de Ikdcr ou d'airs 
d'opéras, morceaux de danses, etc., pour piano 
à deux où à quatre mains. Le même artiste a 
donné aussi quelques morceaux pour piano et 
harmonium. J'ignore quelle est la valeur de 
toute celle musique, dont rien absolument n'est 
connu en dehors de l'Allemagne. 

* LOEWE (Jean-Charles-Godefroid), est 
mort à Kiel le 20 avril 1869. 

* LOEWE (Jeanne-Soi'Hie). Cette cantatrice 
célèbre était née, non en 1815, comme il a été 
dit, mais le 24 mars 1816. C'est elle qui avait 
créé à Gênes le rôle d'Abigail dans le ISabucco 
de M. Verdi, et à Milan la Maria Padilla de 
Donizetti. lilie avait renoncé au théâtre en 1848, 
pour devenir l'épouse du prince Frédéric de 
Liechtenstein. Celte grande artiste est morte à 
Peslh le 28 novembre 18C6. 

LOEWE (TnoMAs), compositeur, né en Autri- 
che, a écrit la musique d'un opéra intitulé Con- 
cino Concini , qui a été représenté à Prague au 
mois de décembre 1862. Cet ouvrage a été repro- 
duit ensuite à Vienne, ville habitée par l'au- 
teur, sur le théâtre de la Cour, le 1" février 
1865. 

* LOGIER (Jean-Beunakd), inventeur du 
chiroplasie, était né à Cassel le 9 Février 1777, 
et non à Kaiscrsiautern en 1780. Il eut un (ils, 
Henri Logier, qui s'établit comme professeur 
de harpe et de piano à Londonderry (Angleterre), 
où il mourut le 15 Mai 1870. 

* LOGROSCIXO (Nicoi.o). Les opéras sui- 
vants doivent être compris dans la liste de ceux 
qui sont dus à ce compositeur : 1° la Violante, 
Naples, th. des Fiorentini, 1741 ; — 2''Ctonme- 
tella Correvaia , id. , th. délia Pace, 1744; 

— 3° li Zite , opéra bouffe, id., id., 1745; — 
4° Don Paduano, id., id., id., 1745; — 5° la 
Costanza, id., th. Nuovo, 1747; — 6° li Des- 
pielte d'ammore, id., th. délie Pace, 1748 (en 
société avec Nicola Caiandro, dit Frascia); — 
7° la Finta Fiascatana, id., th. Nuovo, 1750; 

— 8° lo Cicisbeo, id., id., 1751; — 9" la Gri- 
selda, id., th. des Fiorentini, 1752; — 10° El- 
mira generosa (en société avec Emmanuel Bar- 



bella, excellent violoniste), id., lii. Nuovo, 1753; 

— 11° le Chiajese cantarine , folie musicale 
(pazz-ia per musica), id., th. Xuovo, 1754; 

— 12° Rosmonda (en société avec Cecere, Pietro 
Gomez et Traelta), id., id., 1755. 

* LOISEL (Je\n). Cet artiste naquit à Hesdin, 
en Artois. Admis dans l'ordre des Prémontrés, 
il devint chanoine régulier de l'abbaye de Saint- 
Josse-aux-Bois ou Dompmartin, dans le diocèse 
d'Amiens, puis fut appelé à Anvers comme maî- 
tre de chant (phonascvs) de l'église abbatiale 
de S«-Michel, où il se trouvait en 1646. C'est ce 
qui résulte d'un ouvrage publié alors par ce 
musicien, ouvrage resté jusqu'ici ignoré, récem- 
ment retrouvé par M. Vander Straeten, et dont 
le titre produit ces renseignements : Surczilus 
oliciv, nods miisicis concertanlibus et pacifis 
VI vocitm vel instrumentorum adornatus , 
SS. Maria: Pacis œtenurque reginx concordix 
pro patrix fvlici concordia oblalus, a venera- 
bïli D. F. Joanne Loisel Hesdiniensi, eccle- 
six J. Judoci in Nemore, sacre Ordinis Prx- 
monstratensis canonico, necuon ecclesix S. 
MichacUs Aniverpias phonasco. Opus secun- 
dum. {Antverpix, apud lieredes Pétri Pha- 
lesii, M D C XVLI, /?i-4'>). Ceci est, on le voit, 
l'œuvre deuxième de Jean Loisel. Un recueil, 
formant l'œuvre troisième, contient un assez 
grand nombre de motets à plusieurs voix, avec 
accompagnement d'instruments : Misericordias, 
Domine Deus, Aima Dei genitrix, Laudem 
dicite, Salve Regina , Regina cœli, Tanlum 
ergo, etc. 

LOMAGXE (Josei'u), violoniste , composi- 
teur et professeur, né à Perpignan en 1804, 
s'essaya d'abord à jouer de la flûte, puis se 
consacra entièrement à l'étude du violon. 11 prit 
d'abord des leçons d'un professeur nommé Cosle, 
maître de chapelle de la cathédrale de Perpi- 
gnan, puis, admis au Conservatoire de Paris, 
devint l'élève de Kreutzer. Après avoir rempli 
les fonctions de violon-solo aux grands théâtres 
de Nîmes et de Bordeaux , il retourna dans sa 
ville natale , s'y voua à l'enseignement , et fut 
assez heureux pour y fonder un Conservatoire, 
qui ouvrit ses cours an mois d'août 1842, et 
dont il resta le directeur jusqu'à la fin de sa 
vie. A partir de cette époque, Lomagne s'occiqia 
beaucoup de composition , et écrivit un grand 
nombre d'œuvres de divers genres, parmi les- 
quelles on cite les suivantes -. — \.° La Maronite, 
grand opéra en 5 actes; — 2° Messe à 3 voix, 
exécutée en diver.ses circonstances ; — 3" Slabat 
Mater avec sali et chœurs; — 4° Recueil d'é- 
tudes pour le violon ; — 5 " diverses compositions 
religieuses, entre autres des psaumes, des vêpres 



122 



LOMAGXE — LOMÉiNIE 



du diiiiaaclie, des cantiques, un Chemin de la 
Croix; — 6» des trios et quatuors pour instru- 
ments à cordes; — 7" enfin^ des fantaisies cl 
airs variés pour le violon. J'ignore si une i)artie 
de cette musique a été publiée. Lomagne est 
mort à Perpignan en 1868. 

LOMAA' (A -D ), ancien prédicateur à 

Deventer, puis professeur de théologie à Amster- 
dam, est né à La Haye (Pays-Bas), le 16 sep- 
tembre 1823. Il s'est beaucoup occupé de musi- 
que, et a publié dans divers journaux un certain 
nombre d'articles relatifs à cet art. On lui doit 
aussi les deux publications suivantes : 1" Suite 
au livre deJ. G. Wilms concernant le livre 
de chorals de Véglise évangélique luthérienne 
dans le royaume des Pays-Bas, pour orgue et 
piano, Amsterdam, Brandt, 1830, in-i° ; T Ar- 
rangement à 3 voix des chants évangéliques 
et luthériens, principalement à Vusage des 
enfants qui chantent à Vécole et à Véglise, 
Amsterdam , Loman et Reudler, 1852, in-S". 

LOMBARDl (GiACOMo), professeur de chant 
et compositeur, naquit à Parme en 1810, et fit 
ses études musicales au Conservatoire de Naples, 
où il eut pour maîtres Francesco Lanza pour le 
piano, Nozzari pour le chant, Zingarelli et Rai- 
mondi pour la composition. Il embrassa d'abord 
la carrière du chant dramatique, et débuta 
comme premier ténor, en 1828, au petit théâtre 
de la Fenice, de Naples, après quoi il alla tenir 
le même emploi à Côme, à Venise, à Bergame, 
à Bologne, à Malte, puis revint à Naples, où il se 
montra sur les tbeàtres dirigés par le fameux 
imprésario Barbaja. Mais la voix du jeune chan- 
teur n'était pas encore suffisamment formée 
lorsqu'il aborda le théâtre ; il en résulta une 
fatigue et une altération qui l'obligèrent à 
renoncer à cette carrière. Il s'établit alors à 
JN'aples comme professeur de chant, alla ensuite 
pendant plu-rieurs années diriger le théâtre de 
Lecce, puis revint à Naples, qu'il ne quitta 
plus depuis cette époque, et où il fonda une 
société chorale. Lombardi a fait représenter 
trois opéras : il CapHano ed il Tutore (Malte), 
il Primo Navigatore (Malte, 1829), et Elfrida 
(Lecce, 1853); il a écrit 23 messes, soit alla 
Palestrina, soit avec orchestre ou musique 
militaire, diverses autres compositions reli- 
gieuses, et un certain nombre de morceaux pour 
le chant et pour le piano ; une partie de cette 
musique a été publiée. On doit encore à Lom- 
bardi les ouvrages suivants : Elementi di lin- 
guaggio musicale (Naples, l'auteur); Metodo 
per apprendere la giusta durata délie figure 
(id., Orlando) ; il CuiUo modernn, \ livres de 
mélodies (id., Tramater) ; l'Amico de ' princi- 



pianti, 4 autres livres de mélodies (id., Gian- 
nini). Cet artiste est mort à Naples, au mois 
d'avril 1877. 

LOMBAUDl (l" ), compositeur italien, 

a fait représenter sur le théâtre du Prince 
Humbert, de Florence, le 8 septembre 1877, un 
opéra sérieux intitulé Ginevra di Scozia. 

LOMBARDII\I(Giisepi>eLOMBARDO. 
dit), compositeur et professeur de chant, né à 
Palerme en 1820, étudia le piano avec Pixis, 
l'harmonie avec Carini et le contrepoint avec 
Pietro Raimondi. Très-jeune encore, il dirigea 
une troupe de chanteurs amateurs, pour lesquels 
il écrivit une opérette bouffe, la Zia Teresa, 
qui fut jouée ensuite au théâtre San-Ferdinando, 
et donna à ce même théâtre un autre ouvrage 
intitulé Quattro Maritïe due Mogli. A 16 ans 
il alla s'établir à Naples, et ouvrit en cette ville 
une école de chant, qui fut bientôt très-recher- 
chée et d'où sont sortis plusieurs artistes esti- 
més. Plus tard, son ancien maître, Pietro Rai- 
mondi, directeur du Conservatoire de Palerme, 
lui ayant offert le poste de professeur de chant 
dans cet établissement, M. Lombardini, satisfait 
de la situation qu'il s'était faite à Naples, déclina 
cette proposition. En 1857, il devint directeur de 
l'école de perfectionnement de ÏAt/)ergo de' 
Poveri, puis de celle de l'Association des savants, 
lettrés et artistes. M. Lombardini a publié un 
Guida ail' arte dcl Canto (Naples, 1851), un 
autre ouvrage didactique intitulé Studio di 
perfctta intonazionc (Najdes, Cottrau, 1873), 
et il a fait représenter à Naples les opéras sui- 
vants : la Sartina e l'Usuraio (th. Nuovo, 1853), 
lo Spaccalegna (th. du Fondo, 1860), et l'Al- 
bergo delV Allegria (th. San-Carlo, l86'j). Il a 
écrit encore un autre opéra, Lida, qui jusqu'ici 
n'a pas été représenté, et a publié quelques 
romances et mélodies vocales. 

LOMÉXIE (Louis-LÉoNARD DE), écrivain 
et critique, membre de l'Académie française, est 
né à Saint-Yiiex (Haute- Vienne) en 1818, et 
descend de François de Loménie , conseiller au 
siège présidial de Limoges en 1570, lequel était 
frère de Martial de Loménie. qui fut secrétaire 
du roi et chef de la branche des Loménie do 
Brienne. Après avoir fait de brillantes études au 
collège d'.\vignon, Louis de Loménie vint se 
lixer à Paris, et débuta dans les lettres par une 
série d'études biographiques intitulée Galerie 
des contemporains illustres et publiée sous le 
pseudonyme d'un Homme de rien (Paris, René, 
1840-1847, in-l8 avec portraits). On a dit avec 
raison que cet « homme de rien » fit beaucoup 
de bruit dans le monde sans chercher le scandale 
et sans forcer la curiosité publique par des 



LOMÉNIE - LOOUIN 



123 



révélations imliscrèles, qu'il sut garder, dans ses 
confidenres sur la vie privée des contemporains, 
la mesure et la réserve convenables, et qu'il 
s'attacha surtout à peindre des [)ortraits vraiment 
lustoriques. Dans cette série d'intéressantes 
études, qui ne comprend pas moins de dix 
volumes et qui fut publiée par livraisons déta- 
chées,; la musique a trouvé sa place et donné 
lieu à cinq notices sur Auber, Clierubini, 
Meyerbeer, Rossini et Spontini. Les jugements 
de M. de Loménie sont ceux d'un homme de goût, 
et l'on trouve dans ses notices quelques utiles 
renseignements. M. de Loménie, devenu en 
1871 membre de l'Académie française, est 
mort à Menton le 2 avril 1878. 

LOXGET (François-Achille), médecin et 
physiologiste français, médecin en chef des mai- 
sons de S'-Denis et d'Écouen, membre de l'Aca- 
démie de médecine et de l'Académie des sciences, 
né à Saint-Germain en Laye en 1811, est l'auteur 
d'un grand nombre de travaux relatifs à la 
médecine et à la physiologie. Au nombre de ces 
écrits, nous devons citer le suivant, publié par 
lui en société avec M. Masson : Études expéri- 
mentales sur la voix et sur les causes de la 
production du son dans divers instruments de 
musique, Paris, 1852, in- 8° de 114 pages. Je 
crois que M. Longet est mort en 1870. 

LOA'GO (GiACOMo), compositeur, né à Faro, 
près de Messine, le 15 février 1833, était destiné 
par sa famille à l'étal ecclésiastique, et n'obtint 
qu'à l'âge de 18 ans de pouvoir s'occuper active- 
ment de musique. 11 commença alors ses études à 
Messine, sous la direction du maître de chapelle 
Paolo Abbagnato, et se perfectionna ensuite avec 
M. Mario.Aspa, dont il devint l'élève préféré. Il fit 
ses débuis de compositeur dramatique en donnant 
en 1859, au théâtre de Messine, un opéra intitulé 
Etzelmo fil, qui fut bien accueilli, et l'année 
suivante , lors de la descente de Garibaldi en 
Sicile, s'engagea comme volontaire sons ses 
ordres et prit part à la sanglante journée de 
Milazzo. Après avoir fait un assez long voyage 
en Italie, M, Longo revint se fixer à Messine, 
où il se livra à l'enseignement du chant et du 
piano ; il fonda en cette ville la première école 
de chant choral qu'elle ait possédée, et devint, 
en 1871, chef d'orchestre du théâtre Victor- 
Emmanuel. Les éditeurs Ricordi et Lucca, de 
Milan , ont publié diverses compositions de 
M. Longo, qui a écrit aussi plusieurs ouvertures 
et cantates exécutées dans différentes fêtes muni- 
cipales. 

LONGUEVILLE (A ), pianiste et com- 
positeur, est l'un des fabricants les plus actifs de 
ces petits morceaux de musique de piano, dont 



les artistes ignorent jusqu'à l'existence, mais que 
les éditeurs jettent chaque année par milliers sur 
la i)lace, à la plus grande joie des amateurs mé- 
diocres pour quiil'art musical tout entier est con- 
centré dans ces pages trivoles. M. Longueville a 
publié environ 120 morceaux de ce genre, parmi 
lesquels se trouvent un certain nombre de fan- 
taisies sur des motifs d'opéras en vogue. 

LOPEZ (Francisco-Miglel), maître de cha- 
pelle et organiste espagnol, naquit à Villarroya, 
en Aragon, dans la seconde moitié du dix- 
septième siècle. Il devint élève de la célèbre 
école du monastère de Monserrat, dans la Cata- 
logne, y apprit la musique, et en 1684 y revêtit 
l'habit de l'ordre de S'-Benoist. L'un des disciples 
les plus renommés de cette école, il fut pendant 
huit ans maître delà chapelle, puis organiste 
du couvent, et rempHt ensuite les mêmes fonc- 
tions à l'église de ce couvent, puis à Madrid et 
à Yalladodid. Lopeza publié deux ouvrages sur 
la musique avec texte latin, l'un intitulé Exa- 
goga ad musicem, l'autre sous le litre de Miscel- 
lanea musica. 

LOPEZ (José-Veî<\ncio), musicien espagnol, 
naquit à Madrid le 18 mai 1795. Après avoir 
commencé de bonne heure l'étude de la musique, 
il devint expéditionnaire dans une administration; 
il entra ensuite comme clarinette dans la musi- 
que d'un corps militaire, puis s'adonna à l'étude 
de la contrebasse, et obtint la place de premier 
contrebassiste au théâtre de la Cruz, emploi qu'il 
conserva depuis 1826 jusqu'en 1846. En 1830, 
il fut nommé professeur de contrebasse au Con- 
servatoire, et en 1839 il entra à la chapelle royale. 
Lopez mourut le 15 février 1852. On doit à cet 
artiste une excellente méthode pour son instru- 
ment. 

LOPEZ ( ), artiste espagnol contempo- 
rain , a publié récemment à .Madrid , chez l'édi- 
teur Romero y Audia, une Méthode éWnentaïre 
de mandore. 

LOPEZ REMACHA (Miguel), prêtre et 
musicien espagnol, naquit, à ce que l'on croit, 
dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, et 
mourut à Madrid le 14 avril 1827. Il fut un chan- 
teur distingué, et fit partie de la chapelle royale. 
Il a publié sous ce titre;: la Melopea, une 
méthode de chant très-estimée. 

LOQUIN (Anatole), théoricien musical, est 
né à Orléans le 22 février 183'». Éprouvant pour 
la musique une vocation irrésistible , M. Loquin 
commença par apprendrecetart, seul et sans pro- 
fesseur. A dix-huit ans, il composait des romances 
pour piano et chant, dont quelques-unes ont vu 
le jour. Ce n'est qu'en 1853 que M. Loquin prit 
à Bordeaux des leçons d'harmonie avec M. Fer- 



\u 



LOQUIN — LORENTE 



roud {Voy. ce nom), professeur de talent, qui 
l'iiiilia aux notions les plus élémentaires de cette 
s'iencc. 

Entré dans une administration , et envoyé au 
début de sa carrière à Espelette, petit village 
basque des Basses-Pyrénées , M. Loquin , porté 
par la nature de son esprit aux études abstraites, 
mit à profil son isolement et le temps qu'il avait 
à sa disposition, en analysant sous le rapport 
harmonique les principales partitions de Gluck, 
de Rossini, de Weber, de Meyerbeer, etc., et en 
comparant attentivement entre eux les traités 
d'harmonie de Rameau, de Catel, de Reitha, de 
Busset, de Fétis et de Chevé. Le premier résultat 
de ces études comparées fut un petit traité d'une 
soixantaine de pages in-S", publié en 18G2 à 
Bordeaux, chez Gounouilhou, sous le titre de 
Notions élémentaires d'Harmonie moderne, 
bientôt suivi d'un ouvrage plus considérable, en 
cinq parties, couronné par l'Académie de Bor- 
deaux, et intitulé : Essai philosophique sur la 
Tonalité moderne ll8Gi-i8G9). Dans ce dernier 
ouvrage, qui contient un traité complet de modu- 
lation, l'auteur réfute les notions de théorie 
musicale les plus généralement admises. 

M. Loquin s'occupe, depuis de longues années, 
d'un vaste recueil des Chants populaires Fran- 
çfli5,etd'un Grandtraité d'Harmonie ancienne 
et moderne basé sur un plan absolument nou- 
veau , plan qu'd a fait connaître en partie dans 
des mémoires insérés dans les Actes de la 
Société des sciences physiques et naturelles de 
Bordeaux. — M. Loquin est aujourd'hui mem- 
bre de l'Académie des sciences de Bordeaux. 
Depuis 1862 il est devenu le collaborateur de 
l'excellent journal ^a' G/ro«cfe , pour tout ce 
qui concerne les choses de la musique ; ses ar- 
ticles à ce journal sont signés du pseudonyme de 
PaulLavigne. Enfin, ilestl'auteurdesarticlesde 
musique du Dictionnaire de M. Littré, à partir 
de la lettre N inclusivement jusqu'à la fin. 

On a de iM. Anatole Loijuin, outre les ouvrages 
que nous avons cités : — 1° des Lettres sur 
renseignement populaire de la Musique; — 
2" un Examen de la méthode Galin, lu en 1861 
au congrès scientifique de France-, — .3" une 
Étude sur les Poésies de Clotilde de Surville, 
écrite pour réfuter le mémoire de M. Antonin 
.Macé ; i" De l'Avenir des théories musicales, 
in-8°; 5" Aperçu sur un nouveau système de 
notation pour représenter les successions har- 
moniques, gr. in -8°; — G" Tableau de tous les 
effets harmoniques, de une à cinq notes, gr. 
in-8", etc., etc. 

Esprit très-actif et très-laborieux, M. Anatole 
Loquin, qui est l'un des collaborateurs du Supplé- 



ment de la Biographie universelle des Musi- 
ciens, a fondé à Bordeaux, en 1877, un recueil 
fort intéressant, entièrement rédigé par lui, et 
qu'il publie sous ce titre : la Musique à Bor- 
deaux, revue mensuelle. 

LOUAXDI (Giovanni-Alberto), composi- 
teur, vivait à Brescia dans les premières années 
du dix-huitième siècle. Il écrivit pour le prince 
de Toscane Ferdinand de Médicis un oratorio , 
Santa Maria Maddalena {l70i), et un Te Deum 
à l'occasion de sa guérison (1709). 

LORElXS du IlEST, luthier et faiseur de 
harpes, vivait au commencement du 15^ siècle. 

Nous avons trouvé dans l'intéressant mémoire 
de B. Bernarbt {Recherches sur la Corporation 
des Ménestriers) deux quittances délivrées par ce 
luthier à la duchesse Valentine Yisconli, femme 
de Louis, duc d'Orléans. Par la première, datée 
du 17 janvier 1400, Lorens du Hest reconnaît 
avoir reçu du trésorier de la duchesse la somme 
de 32 sous parisis pour avoir « rappareillié et 
« mis à point deux des harpes de Madame la 
« duchesse esquelles il a fait et mis broches et 
(. cordes toutes neufves, et ycelles recollées là 
« où métier était; et en l'une d'icelles fait, taillé 
« et assis un fons tout neuf. » — Dans la seconde 
quittance, datée du 29 mars 1401, le même 
luthier reconnaît avoir reçu la « somme de 36 
« sous parisis pour avoir rappareillié et refaicte, 
« et mis à point la belle harpe de Madame la 
« Duchesse. C'est à savoir recolé le bel baston 
« qui était romppu en deux lieux, et avoir taillé 
« mis et assis en icelliii une pièce de bois et 
« avoir reffait tout neuf le fons d'icelle qui avait 
« été tout froissié et rompus, et ycelle avoir 
« garnie de broches et de cordes (1). » 

J. G. 

* LOREA^TE (Andiîé). Dans son Diccionario 
técnico, histôrlco y tiiogrâfico de la Musica, 
M. José Parada y Barrelo fixe, d'une façon pré- 
cise, la date de la naissance de cet artiste au 
15 avril I62i. 



(t) Depuis longtemps U harpe était l'instrument favori 
des (lames, en iiiOrnc temps que rornemcnt des .'alons 
princiers. — Des acliats de cordes failsau\ mois d'octobre 
et de novembre de l'année IH6 pour la harpe d'isabeau de 
Havière, femme de Charles V|, prouvent également que 
cette reine, d'odieuse mémoire, avait le goût et la pratique 
delà musique instrumentale :iiA Jehan du Lige pour corde» 
« (le harpes qu'il avait achet('es et payées pour la Royne 
(( par commandement de Biétrix de Ry, le dit jour (dernier 
« octobre Ui6. IIII, 6. » — « Item pour cordes de harpes 
« pour la Royne dijllvrées à Madame de Romont et par son 
« commandement, le XI Jour de novembre (U 16)... VI. S. » 
« (Compte des menus plaisirs de la Reine Isabeau de 
Bavière, depuis le !<■'• mars t 'tl:; |i'iifi( au 18 avril 1417 
Ch. Dépenses, arcli. du Roy., K. 270). 

J. G. 



LORENZI — LORET 



123 



LOREKZI (Giovanm-Battista DE), fac- 
teur d'orgues à Vicence, esl né à Scliio le 13 
mars 1S06. Après avoir étudié l'art musical 
dans sa ville natale, sous la direction de Felice 
Bragozzo et de Domenico Cimoso, il commença, 
dès l'âge de 10 ans,' à s'occuper de la fabri- 
cation des orgues, en construisit un pour l'é- 
glise de San-Felice, deVicence, et enlin, en 1830, 
fonda en cette ville la fabrique très-impor- 
tante qui porte son nom. M. de Lorcnzi a in- 
venté un système d'orgues phonochromiques , 
et un iimpantono ou timbale pour tous les 
tous, et il construit aussi des instruments à 
archet estimés. 

LOREiXZINI ( ), fut l'un des maîtres 

de la chapelle de Louis XIV. L'existence de cet 
artiste m'a été révélée par celte mention qu'en 
fait l'auteur anonyme de ['Histoire de l'Aca- 
démie roijale de musique (publiée par le 
Constitutionnel) : « Nous ne parlerons point 
de l'opéra d'Oronthée, dont les paroles sont 
de Leclerc et la musique de Lorenzini, maître 
de la chapelle du roi, qui fut exécuté à Chan- 
tilly, le 23 août 1688, par l'Académie royale de 
musique dans une fête que M. le Prince y donna 
à M. le dauphin, attendu qu'il n'a jamais été 
joué à Paris. » Je n'ai découvert aucun autre 
renseignement sur cet artiste. 

LOlîET (Jean-Joseph ), organiste et facteur 
d'orgues, à la fois versé dans la connaissance de 
la musique, de l'acoustique, de la chimie, de 
la physique et de l'astronomie, naquit à Ter- 
monde (Belgique) le 6 mars 1757. Il fit ses étu- 
des à Dixmude, chez l'un de ses oncles, et, tout 
en s'occupant avec activité de la construction des 
orgues, fournit une longue carrière comme orga- 
niste, car il ne tut pas attaché pendant moins de 
cinquante-cinq ans en celte qualité à l'église 
Sainl-Gillas de sa '.ville natale, remplissant en 
même temps les fonctions de carillonneur com- 
munal. Parvenu à l'âge de 88 ans il se retira à 
Malines, où il mourut le 11 septembre 1847. 

LORET (FiîANçois-BEUNAr.D), lilsdu précé- 
deur, ingénieur-mécanicien et facteur d'orgui-s, 
naquit à Termonde le 6 avril 1808 et fut élève de 
son père. Doué d'aptitudes particulières pour tout 
ce qui concernait la mécanique, l'horlogerie, les 
sciences physiques, la géométrie, la musique, 
l'acoustique et la facture instrumentale, il fit 
faire de grands progrès à la fabrication des or- 
gues en Belgique, et obtint divers brevets d'in- 
vention pour différents procédés imaginés par 
lui, ainsi que des récompenses nombreuses à di- 
verses expositions. Établi à Malines, François- 
Bernard Loret construisit plus de 300 orgues soit 
pour la Belgique, soit pour la Hollande, soit pour 



divers autres pays, et parmi ces instruments il 
s'en trouve de premier ordre. Cet aitiste fort in- 
telligent a écrit et i>ublié plusieurs opuscules re- 
latifs aux détails delà construction des orgues. 
Il est mort à Malines le 17 novembre 1877. 

LORET ( HiproLYTE ), frère du précédent , 
organiste et facteur d'orgues, né à Termonde en 
1810, fut aussi élève de son père, et s'est fait 
une renommée lionorabie. Etabli d'abord à Lae- 
ken-les-Bruxelles, il se fixa ensuite à Paris. Il n'a 
guère construit moins de 500 instruments, tant 
pour la Belgique que pour la Hollande, le nord 
de la France, quelques églises de Paris et de la 
Brefagne, et même pour le Chili, le Pérou et les 
colonies françaises. M. Hippolyte Loret a rempli 
les fonctions d'organiste ^à Termonde et à 
Mons. 

LORET (Clément), organiste distingué et 
compositeur, né à Termonde (Belgique), en 1833, 
est fils et petit-fds de deux artistes qui rem- 
plirent les fonctions d'organiste à l'église Notre- 
Dame de cette ville, et auxquels il dut en grande 
partie son éducation musicale. Son père, M. Hip- 
polyte Loret, qui était en même temps un habile 
facteur d'orgues, lui faisait, dès l'âge de sept ans, 
jouer à l'église de petits offertoires et des sorties, 
et à huit ans, l'enfant le remplaçait quelquefois 
pour certains offices peu comphqués. En 1846, 
M. Loret père ayant été nommé organiste à 
Mons, son (ils compléta en cette ville ses études 
de lecture musicale avec M. Denefve, directeur 
de l'école de musique, puis, en IS.jI, se fit 
admettre au Conservatoire de Bruxelles, où il 
travailla le contrepoint] avec Fétis, l'orgue avec 
M. Lemmens, et où il ^obtint le premier prix 
d'orgue en 1853. 

En 1855, M. Clément Loret vint à Paris, y 
fit la connaissance de M. Mustel, facteur d'har- 
moniums, qui le décida à s'y fixer, et devint 
successivement organiste au Panthéon, à Su- 
resnes et à Notre-Dame des Victoires. En 1857, 
il se présenta à Niedermeyer, directeur de l'École 
de musique religieuse, qui cherchait un profes- 
seur d'orgue pour cet établissement, et, après 
lui avoir fait entendre plusieurs œuvres de 
Jean-Sébastien Bach et de Mendelssohn, fut 
chargé par lui de ces fonctions. Depuis lors, 
il a formé dans cette école un grand nombre 
d'élèves, dont quelques-uns occupent aujour- 
d'hui des positions fort honorables comme or- 
ganistes, et il a contribué à rendre populaires 
le nom et les œuvres de J.-S. Bach, jusqu'à 
cette époque imparfaitement connu des artistes 
français. C'est dans le même temps que, sur 
la proposition de Niedermeyer, alors maître 
de chapelle à l'église de Saint-Louis d'Antin, 



126 



LORET — LOTT 



M. Lorel accepta l'emploi d'orf^anisle de cette 
église, qu'il occupe encore aujourd'iiui. 

M. Loret s'est fait connaître avantageuse- 
ment comme compositeur. Dès 1859, il pu- 
i)liait dans le journal la Maîtrise, dirigé par 
(l'Ortigue et Nicdermeyer, ses premiers Exer- 
cices d'orgue, en trois livraisons, qui furent 
bientôt; suivis de 24 Études pour le même 
instrument, dont 12 avec pédales et 12 sans 
pédales (Paris, Heugel). Vinrent ensuite 50 
Pièces d'orgue pour messes et vêpres, 24 Mor- 
ceaux pour orgue sans pédales (Régnier-Ca- 
naux), l'Office divin, recueil de morceaux fa- 
ciles (Heugel), 3 collections de 12 MorcAïux 
pour harmonium, 12 Morceaux pour harmo- 
nium et piano, 10 Mélodies, 12 Morceaux 
de piano, et quelques compositions détachées. 
M. Loret travaille en ce moment à une Méthode 
complète pour orgue, divisée en quatre par- 
ties, dont les deux premières, qui traitent l'une 
de l'orgue sans pédales, l'autre de l'orgue avec 
pédales, ont déjà paru; la troisième partie 
traitera des combinaisons des orgues modernes 
et de l'improvisation, et la quatrième du plain- 
chant et de son accompagnement. 

M. Loret a aussi publié une série de 12 con- 
certos de Haendel pour orgue et orchestre, 
transcrits par lui pour orgue solo avec de 
nombreux points d'orgue. Voici la notice que 
M. Lefèvre, aujourd'hui directeur de l'École de 
musique religieuse, a placée en tête de cette 
utile publication : « Jusqu'à ce jour, nous n'a- 
vons pas possédé en France d'édition complète 
des concertos pour l'orgue avec accompagne- 
ment d'orchestre, de Haendel. M. Clément ^Lo- 
ret, organiste à St-Louis d'Anlin et professeur 
à l'École de musique religieuse, qui possède jsi 
bien l'intelligence des traditions, publie aujour- 
d'hui, d'après l'édition de 1792, tous les con- 
certos. Il a apporté dans cette publication le 
soin respectueux que réclame l'd'uvre du grand 
maître. La transcription d'orchestre est faite 
excellemment, les points d'orgue, que Ha-ndel 
n'a pas notés, parce qu'il en laissait l'improvi- 
sation à l'imagination de l'exécutant, sont très- 
bien conçus. M. Loret, à qui l'on doit de bons 
ouvrages pour l'enseignement de l'orgue, enri- 
chit par cette publication le répertoire des 
organistes sérieux et leur rend un véritable 
service. » 

M. Loret a en portefeuille un certain nombre 
d'ouvrages encore inédits. Parmi ces ouvrages, 
il faut surtout distinguer une symphonie à grand 
orchestre, en ré; une messe à 4 voix, avec 
accompagnement d'orchestre ou d'orgue et 
quatuor; plusieurs motets avec solo et chœurs; 



un oratorio intitulé le Calvaire ; un concerto 
pour piano, avec accompagnement d'orchestre; 
enlin des études et exercices pour le piano, 
ainsi que plusieurs morceaux de genre, des 
préludes, fugues et romances sans paroles pour 
le même instrument. 

Un frère de cet artiste, Charles Loret, mort 
jeune il y a quelques années, s'est fait connaître 
avantageusement comme compositeur et a pu- 
blié un certain nombre de morceaux pour le 
piano. 

LORETZ (JoHN-M ), compositeur, a 

écrit la musique d'un opéra-comique, the 
Pearl of Bagdad, qui a été représenté au 
Brooklyn Lyceum de New- York, au mois de 
mai 1872. 

LOT (Thomas), fadeur d'instruments à 
vent, l'un des plus habiles et des plus renom- 
més artistes en son genre, était établi à Paris 
dans la seconde moitié du dix-huitième siècle 
et faisait partie de la corporation des lu- 
thiers-maîtres-jurés-comptables de cette ville. 
On trouve son nom, à la date de 1770, dans 
des règlements de comptes de cette corporation 
qui sont conservés dans un carton des Archives 
nationales. H exerçait encore sa profession en 
1785, et demeurait alors rue de l'Arbre-Sec. 
A cette dernière date, un artiste du même 
nom, Martin Lot, qui était évidemment parent 
de celui-ci, était établi aussi facteur d'instru- 
ments à vent à Paris, et demeurait à l'abbaye 
Saint-Germain. Enfin, un troisième membre 
de cette famille, Gilles Lot, cousin de Thomas, 
était aussi un habile facteur d'instruments à 
vent ; il avait épousé la fille de Le Clerc, qui 
exerçait la même profession, et, à la mort de 
celui-ci, resta avec sa veuve à la tète des af- 
faires en qualité de compagnon, n'ayant pas 
pu, malgré ses efforts, se faire recevoir maître 
dans la corporation. Le Musée instrumental 
du Conservatoire de Paris possède un galoubet 
de Gilles Lot. 

LOTH ( ), violoncelliste, attaché en cette 

qualité à l'orchestre du théâtre de P.ouen, a 
|)ubiié en 1783 un Recueil d'ariettes avec ac- 
compagnement de guitare. 

LOTT (JouN-FuKDicKic), artisan allemand, 
né en 1775, ([uitta de bonne heure son pays 
pour se rendre en Angleterre, et s'établit à 
Londres pour y exercer sa profession d'^ébé- 
niste. Son compatriote Fendt étant venu se 
fixer aussi en cette ville, le décida à quitter ce 
métier pour la profession plus lucrative de lu- 
thier, et le fit entrer avec lui chez Dodd {Voyez 
ce nom), où tous deux travaillèrent activement 
et où Loti fit beaucoup de violoncelles «t de 



LOTT - LOUDIER 



127 



contrebasses. Les instruments de Lott, qui 
était très-soigneux et produisait lentement, 
étaient d'un travail très-fini, mais son vernis 
laissait à désirer. Dans son livre, the Violin, 
M. Georges Hart affirme que ses contrebasses 
sont splendides et supporteraient la compa- 
raison avec les instruments italiens-, ce qui 
est certain, c'est que les contrebassistes an- 
glais considèrent Lott comme le plus grand 
facteur des instruments de ce genre dans leur 
pays. Quant à ses violoncelles, on dit qu'ils 
sont aussi soignés, aussi parfaits à l'intérieur 
qu'à l'extérieur. — Le fils aîné de cet artiste, 
George-Frédéric/i Loti, né à Londres en 1800, 
mort en 1868, connaissait très-bien la lutlie- 
rie italienne, de même que son frère JoJtn Lott, 
qui mourut en 1871, et à qui l'on doit de 
bonnes imitations des maîtres italiens. 

LOTTI DELL A SA1\TA (Mvrcellina), 
cantatrice distinguée, est née à Mantoue au mois 
de septembre 1831. Élevée au couvent de Vi- 
mercate, près de Milan, elle en sortit pour se^li- 
vrer à l'élude du chant sous la direction de l'ex- 
cellent professeur Mazzucato, et fit des progrès 
assez rapides pour pouvoir débuter avec succès 
à Constantinople, dans la saison de 1850-1851. 
Cet essai fut si heureux que la jeune artiste fut 
aussitôt engagée à la Scala, de Milan, où elle dé- 
buta dans Attila et Nabucco, de Verdi. Elle par- 
courut ensuite toute l'Italie, se montrant à Gê- 
nes, Bergame, Modène, Florence, Udine, Rome, 
Vérone, Parme, Kavenne, Vicence, Palerme, etc. 
En 1862 elle chantait au théâtre San-Garlo de 
Naples, puis au San Carlos de Lisbonne; en 1864 
on la retrouvait à Milan, puis à Vienne; elle se 
fit entendre aussi, de la façon la plus heureuse, 
aux deux théâtres italiens de Saint-Pétersbourg 
et de Londres. Son répertoire, très-étendu et 
uniquement composé d'ouvrages essentiellement 
dramatiques, comprenait i Loinbardi, un Ballo 
in maschero, Attila, Rigoletto, la Confessa 
iVAmuIJi, les Huguenots, i Vespri siciliani, il 
Trovalore, Martha, la Juive, Lucia dl La- 
mermoor, Nabucco, Ernani, etc. M'"^ Marcel- 
lina Lotti a épousé un baryton nommé Délia 
Santa. Ellesemble,'depuis quelques années, avoir 
renoncé à la scène. 

^* LOTTL\ (Théodora PIERRET, épouse), 
pianiste et compositeur, née à Paris au mois 
de décembre 1808, fit ses études musicales 
au Conservatoire, où elle fut l'élève de Zim- 
raermann pour le piano, et de Ponchard pour 
le chant. Elle obhnt un premier prix de piano 
en 1826. Cette artiste a publié des romances 
et un certain nombre de conipositions pour le 
piano. 



LOUCHET (Gustave), pianiste et com- 
positeur, né à Boulogne-sur-Mer le 4 octobre 
1840, reçut de son père, excellent amateur, 
ses premières leçons de musique. Envoyé dès 
l'âge de sept ans à la maîtrise de Rouen, placée 
alors sous la direction de M. Vervoitte, il y 
passa trois années, au bout desquelles il vint 
continuer à Paris son éducation musicale. De- 
venu élève de M. Marmontel pour le piano, 
il étudia l'harmonie, le contrepoint et la fugue 
avec M. Muratet, et, son instruction terminée, 
il se livra à la composition. Dès 18C4, ayant 
prit part à un concours ouvert par la ville de 
Paris pour la composition d'un chœur à quatre 
voix, il voyait couronner son Hymne de Noël, 
et publiait ensuite plusieurs autres productions 
du même genre. M. Louchet retourna ensuite 
à Rouen, s'y fixa, y donna plusieurs concerts, 
et se fit connaître par la publication d'un cer- 
tain nombre de morceaux de piano, écrits non- 
seulement avec goilt, mais avec style, empreints 
d'un bon sentiment mélodique, et qui témoi- 
gnent des bonnes études et des aspirations éle- 
vées de leur auteur. Depuis le commencement 
de 1876, M. Gustave Louchet a quitté Rouen 
pour venir s'établir définitivement à Paris 

Voici la liste des compositions de cet artiste , 
publiées jusqu'à ce jour : Psaume 145 (paroles 
latines, fragment), solo et chœur, avec accom- 
pagnement d'orgue ou d'orchestre, op. 1 (Paris, 
Clioudens) ; Hymne de Noël, chœur à 4 voix 
mixtes, op. 6 (id., id.); Ave Maria, chœur à 
4 voix d'hommes, op. 7 (id., id.); Sacrum 
convivium, chœur à 4 voix mixtes, avec ac- 
compagnement d'orgue, op. 10 (id.,id.); VA- 
beille, chœur à 4 voix d'hommes, op. 12 (id., 
id.); Tantum ergo, chœur à 4 voix mixtes, 
avec accompagnement d'orgue ou d'orchestre, 
op. 15 (id., id.); Hymne à la mer, chœur à 
4 voix d'hommes, op. 16 (id., id.); O Salv- 
taris, solo de baryton avec accompagnement 
de violon et orgue, op. 5 (id., id.); Idylle 
pour le piano, op. 2 ; le Lilas, romance sans 
paroles, id., op. 3; Pensée fugitive, id., op. 
4; 2 Pensées caractéristiques, id., op. 8; 
Andante cantabile, id., op. 9; 2 Mazurkas, 
id., op. 11; Prélude et fugue en sol mineur, 
id., op. 13; Allegretto, id., op. 14. Toutes ces 
œuvres de piano ont été publiées chez l'éditeur 
M. Ma ho, 

LOUDIER (Sophronyme). C'est sous ce 
nom, que nous croyons être un pseudonyme, 
qu'a paru un livre ainsi intitulé : La Musique 
au village, histoire anecdotique de la méthode 
Galin-Paris-Chevé, par Sophronyme Loudier, 
avec une préface de A. Thys et un portrait 



1-28 



LOUDIER — LUBECK 



d'Emile Clievé (Paris, s. d. [1872', librairie de 
VÉclw de la Sorbonne, in- 12). 

LOUKT (AiiisTiLs), virluose sur plusieurs 
instriinienls et compositeur, frère d'Alexandre 
Louel (auquel une notice est consacrée au tome 
V de la Biographie tiniverselle des Musi- 
ciens], publia un certain nombre de romances, 
<l(Mit une entre autres, intitulée Près d'un ber- 
ceau, obtint jadis un succès de vogue (1). Cet 
artiste vivait à Bruxelles en 1851, et un journal 
de celte ville, l'Éclair, en parlait ainsi dans 
son numéro du 4 janvier 1851 : « Violoniste 
distingué, guitariste extraordinaire, il n'a pas 
son pareil à Bruxelles. Compositeur comme 
son Crère, il est auteur de chants et de ro- 
mances aus-;i populaires que cette charmante 
Berceuse, récitée sous les lambris dorés comme 
sous le toit de la plus modeste chaumière. 
M. Louet fait chanter agréablement le violon ; 
son talent de pianiste accompagnateur est 
justement apprécié, mais rien ne peut égaler 
le mérite transcendant qu'il possède comme 
guitariste. » On croit qu'Aristius Louet est 
mort à Bruxelles il y a plusieurs années. 

♦ LOUIS (M'"'), compositeur, femme de 
l'architecte de ce nom, s'était fait connaître 
d'abord comme virtuose sous le nom de Bajon, 
qui était celui de sa famille, ainsi qu'on peut 
le voir par ces lignes de la Correspondance 
secrète (T. III) : « M"'^ Louis, femme de l'ar- 
chitecte du roi de Pologne, était déjà célèbre 
sous le nom de M"' Bajon par ses talents en 
musique. C'est elle qui a mis à la mode en 
France le forie-piano, instrument qui a main- 
tenant la plus grande vogue. » 

* LOUIS (Nicolas), violoniste et compo- 
siteur pour son instrument, s'est fait connaître 
aussi comme musicien dramatique, mais il n'a 
jamais pu aborder une .scène parisienne, et a dû 
se contenter de faire représenter ses ouvrages 
sur des théâtres de province. De là le peu de 
retentissement qu'ils ont eu. Voici ceux qui 
sont venus à ma connaissance : 1° un Duel à 
Valence, un acte, Lyon, 2i décembre 1844 ; 
2" Marie-Th&rèse, quatre actes, Lyon, 19 fé- 
vrier 1847; 3" les Deux Sergents, deux actes, 
Reims, janvier 1850; 4" le Vendéen, un acte; 
5" les Deux Balcons, un acte; G" Brelan de 
dames, un acte. Louis était né à Gueux, le 30 
novembre ISOS. — La veuve de cet artiste, pia- 
niste fort distinguée, a épousé en secondes noces 

fl) 11 y a lieu de croire (surtout en prOsenee de ce pro- 
nom d'./rislivs, qui n'est rien moins que commun), que 
cet artisie iic fait qu'un avec Aristius Loue!, mentionné 
au tome V de la IHoqraphir, et dont le nom aura sans 
doute été altéré à l'impression. 



un riche commerçant parisien, M. Viard. Elle a 
donné à Londres, dans le couvent de l'hiver 
1877-78, toute une -série de concerts qui ont été 
très- suivis. 

LOULIÉ ou LOULLIER (L -A ), 

violoniste et compositeur, fut pendant vingt 
ans, de 1766 à 1786, attaché à l'orchestre de 
la Comédie-Italienne en qualité de second vio- 
lon, emploi dans lequel son fils lui succéda. Cet 
artiste a publié un certain nombre de compo- 
sitions pour le violon et pour l'alto, parmi 
lesquelles je citerai les suivantes : Trois sona- 
tes pour l'alto, avec accompagnement de basse, 
op. 6 (Paris, LouÎn); Trois sonates pour le 
violon avec accompagnement de violon, op. 9 
(Paris, Corbaux) ; Trois sonates pour l'alto, 
avec accompagnement de basse, op. 10 (id., id.}. 

L'artiste du même nom dont la notice est 
insérée au tome V de la Biographie jiniver- 
selle des Musiciens est vraisemblablement le 
fils de celui dont il est ici question. 

LOUVET (Pierre), luthier et facteur de 
harpes, était au nombre des luthiers-maîtres- 
jurés-comptables de Paris en 1742, et jouissait 
d'une bonne réputation. Il vécut vieux, car 
quarante ans après, en 1783, il exerçait encore 
sa profession et était doyen de la corporation 
des luthiers. On n'a pas, d'ailleurs, d'autres ^ 
renseignements sur son compte. 

Un autre luthier du même nom, Jean Loxi- 
vet, peut-être son fièie, était établi maître-lu- 
thier à Paris en 1759. 

LOVATI-CAZZULAXl ( ). Un ar- 
tiste de ce nom a écrit la musique d'un opéra 
sérieux italien, Bianca Capello, qui a été re- 
présenté avec succès à Valence (Espagne), 
en 1871. 

LOYS (Jean), musicien qui vivait en Flan- 
dre au milieu du seizième siècle, a composé 
deux chansons insérées dans un recueil de 
chansons françaises publié par Pierre Phalèse 
à Louvain, en 1555-155G. 

LUBECK (J...-H ), compositeur de ta- 
lent, fondateur de l'École de musique de la 
Haye, naquit à Alplien en 1798. Musicien de 
premier ordre, artiste lie grand mérite dans 
toute retendue du mot, il savait jouer de pres- 
que tous les instruments, aussi bien des instru- 
ments à vent que des instruments à cordes. 
En 1813, avant même d'avoir atteint l'âge de 
seize ans, il s'était engagé dans un corps de 
musique militaire sur le Rhin; il fit la campa- 
gne de 1813-1815, et en 1816 se rendit à Post- 
dam, en Prusse, pour y travailler sérieusement 
l'harmonie et le contrepoint. Bientôt il fut at- 
taché au théâlie de Riga, puis à celui de Stet- 



LUBECK — LUBOWSKI 



129 



tin, se prodnisit ensuite comme violoniste, et 
en 1823 revint dans les Pays-Bas, où il organisa 
de nombreux concerts. Nommé en 1826 direc- 
teur de l'École royale de musique de la Haye, 
il se vit, en 1829, conférer par le roi le titre 
de maître de sa clia|ielle, et en 1835 reçut sa 
nomination de membre de l'Institut royal néer- 
landais. Pendant près de quarante ans, Lubeck 
a contribué grandement à la propagation de la 
musique classique dans les Pays-Bas, et durant 
sa longue carrière il a formé de nombreux 
élèves qui sont devenus des artistes fort dis- 
tingués. 

Lubeck était un des meilleurs ciiefs d'or- 
chestre qu'on eût connus dans les Pays-Bas ; 
comme compositeur, ce fut un artiste sérieux, 
qui a produit des œuvres remarquables. Une 
de ses compositions les plus distinguées est 
un psaume pour soli, chœurs et orchestre, 
ouvrage qui lui fait le plus grand honneur et 
et qui a été souvent exécuté dans sa patrie. 
"Viennent ensuite plusieurs cantates, des ouver- 
tures, quatre concertos pour violon et orchestre, 
un concerto pour cor et orchestre, un concerto 
pour liautbois et orchestre, et beaucoup d'autres 
compositions de moindre importance. En 1842, 
Lubeck fut nommé chevalier du Lion néer- 
landais, et en 1852, à l'occasion du vingt-cin- 
quième anniversaire de la fondation de l'École 
de musique, le roi lui fit remettre la grande 
médaille d'or du Mérite. 

Lubeck est mort à La Haye le 7 février 1865. 

Eu. DE H. 

LUBECK (Erinst), fils aîné du précédent 
et son élève, né à La Haye en 1829, est un des 
pianistes les plus éminents de l'époque actuelle. 
Avant de devenir célèbre en Euiope, il fit avec 
Franz Coenen, de 1850 à 1854, un grand voyage 
dans toute l'Amérique, et ce voyage lui valut 
toute une série de triomphes. A son retour en 
Europe, il donna de nombreux concerts en 
Allemagne, en France, en Angleterre et dans 
sa patrie, et partout il obtint un Succès d'en- 
thousiasme. En 1854, Ernst Lubeck se fixa 
à Paris, y fut acclamé toutes les fois qu'il se 
produisit en public, surtout pour son admi- 
rable interprétation des grandes œuvres clas- 
siques, et pendant de longues années fit partie 
de l'excellente société de musique de MM. Ar- 
mingaud, Lalo et Jacquard. Il se mit aussi 
à donner des leçons de piano, forma d'excel- 
lents élèves, et devint l'un des meilleurs pro- 
fesseurs de Paris. 

Lubeck est incontestablement l'un des plus 
remarquables pianistes contemporains, et il 
restera l'un des meilleurs artistes que les 

BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — SUPPL. — 



l'ays-Bas aient produits dans le dix-neuvième 
siècle. Musicien accompli, il a écrit pour son 
instrument des ouvrages fort estimés, entre 
autres un concerto avec orchestre d'une réelle 
valeur, d'excellentes études, et beaucoup de 
petites compositions. 11 a le titre de pianiste de 
S. M. le roi des Pays-Bas, et il est décoré de 
l'ordre néerlandais de la Couronne de chêne. 

Malheureusement, depuis quelques années, 
le pauvre grand artiste souffre d'une maladie 
nerveuse qui a pris un caractère alarmant, et 
et qui ne laisse pas que de donner de cruelles 
inquiétudes à sa famille et à ses nombreux 
a"iis (1). Ed. de H. 

LUBET D'ALBIZ (Joseph), écrivain fran- 
çais, est l'auteur d'un opuscule publié sous ce 
titre : Des relations de Vharmonie musicale 
avec Vharmonie céleste (Paris, aux bureaux 
de la Semaine viusicale, 1866, in-8*'), 

LUBOWSKI (J ), pianiste et composi- 
teur distingué, né en Pologne, se fit entendre 
avec succès, en 1852, dans un concert donné 
par lui à Cracovie, et mourut peu d'années 
après. Uu livre d'études pour le piano parut 
à Leipzig après sa mort; ces études étaient 

Cl) Ce grand artiste, dont le talent égalait la renom- 
mée, est mort à Paris, dans un état de démence coriipléle 
où il était tombé peu de temps après la guerre franco- 
allemande. Aucun symptôme n'avait pu faire soupçonner 
encore un désordre de son esprit, lorsqu'un soir, à la 
suite d'un cuncert dans lequel II s'était fait entendre, II 
fut pris d'un violent désespoir : lui, l'homme modeste 
par eicellonce, prétendit qu'il n'atat pas été applaudi 
comme de coutume, et trouva la cause de cet insuccès, 
d'ailleurs imaginaire, dans ce fait que le public, le sa- 
chant étranger, l'avait peut-être supposé Allemand. Cette 
Idée devint fixe chez lui, et bientôt I.ubi'Ck était fou. 
Il avait épousé une jeune femme charmante, tille d'un 
médecin distingue, M. le marquis du Pl.intis , et il en 
était vivement épris ; c'est dans cette famille, devenue 
la sienne, qu'il fut soigné avec une sollicitude et un 
dévouement sins bornes. M. le marquis du l'iajitis étant 
mort au mois de juillet 1876, le pauvre Lubeck sut se 
soustraire un jour à la surveillance affectueuse dont 
11 était l'objet; il se rendit au bois de Boulogne, auprès 
duquel il demeurait, entra dans un restaurant, se fit 
servir à diner, et voulut ensuite partir sans même 
songer à payer sa dépense. On ne vit pas qu'on avait 
affaire à un fou, et on le Dt conduire chez un commis- 
saire de police, qui comprit vite la situation de l'infor- 
tuné; malheureusement, Lubeck ne put ou ne voulut 
dire ni son nom ni son adresse, de sorte que la soirée 
se passa à le transporter de poste de police en poste de 
police, tandis que sa femme éplorée le faisait vaine- 
mrnt chercher partout. Enfin, dans le courant de la 
nuit, il put être rendu aux siens. Peu de jours après 
cet événement, Lubeck subit une violente crise ner- 
veuse, et le n septembre 1876 il rendait le dernier 
soupir. 

Lubeck, dont le talent était raagniflque et plein d'am- 
pleur, est certainement l'un des virtuoses les plus re- 
marquâmes qu'ait produits le dU-neuvléme siècle. 

A. P 

T. II. 9 



130 



LUBOWSKI — LUCCA 



intilult^es la Fontaine, le Tourbillon, la Danse 
des Sorcicres, le Trille, les Arpèges, le Mou- 
vement perpétuel. On avait publié de lui, 
précéiieininenl : Deux Pas rcdouliléSj Bruns- 
wick, Spohr; Marche Lithuanienne, idem, 
idem; Fantaisie sur la valse du comte de Gal- 
Icmberg, Prague, Berra; Variations sur une 
clianson de l'Ukraine, idem, idem ; la Cascade, 
élude. 

LUCANTOXI (Giovanm), compositeur 
italien, est né à Macerata en 1825. Son père 
était un ténor, et sa mère une cantatrice douée 
d'une belle voi\ de contralto. Il commença 
ses études musicales sous la direction de Gio- 
vanni Pacini, à Lucques et à Viareggio, et les 
termina avec Vaccaj au Conservatoire de Milan. 
Pour ses débuts il écrivit la musique d'un 
ballet en deux actes, Don Chlsciottc, qui fut 
représenté en 1845 au théâtre de la Scala, de 
Alilau. Il composa ensuite une messe à quatre 
voix qui fut exécutée dans la même ville en 
1850, et dans le cours de cette même année 
il donnait au théâtre Re un opéra semi-sérieux 
en deux actes, intitulé Élisa. Enfîu, toujours 
à Milan, il faisait exécuter au théâtre [diilo- 
dramatiquc, pour l'iruuiguralion du buste de 
Métastase, une grande cantate pour soprano, 
contralto, ténor et basse. Établi à Paris depuis 
1857, M. Lucanloni a publié chez les éditeurs 
Choudens, Flaxland, Heugel, Ilarlmannn et 
Langlois, un nombre considérable de romances, 
mélodies vocales, duos, etc., qui ont paru aussi 
à Londres, chez Novello. On connaît encore 
de ce compositeur une ouverture à grand 
orchestre dédiée par lui à Ro.ssini, et des mor- 
ceaux' de musique de danse publiés en lia- 

lie (1). 

J. D. F. 

LUCAS (CnARLEs), compositeur, violoncel- 
liste et professeur anglais, né àSalisbury en 1808, 
fit ses étuiles littéraires en cette ville et y reçut 
sa première éducation musicale à la maîtrise de 
la cathédrale, après quoi il alla se perfectionner 
à l'Académie royale de musi(iue de Londres. 
Nommé en 1830 compositeur, arrangeur de la 
musique cl violoncelliste de la musique particu- 
lière de la reine Adélaïile, il devenait, dans le 
cours de la môme année, organiste de la chapelle 
lianovriennedo Saint-Georges ; puis il succédait à 
Lindlcy counne premier violoncelliste de l'or- 
chestro de l'Opéra royal italien, et en 1832 il 
assumait les fonctions de chef d'orchestre de 

|1) M. I.ncaiiloDl a publié aussi dans .sa patrie un 
Certain nombre île niélodios vocales, c:ilrc autres un al- 
bum (Je six roinances hitilulO L'na .Sera lii Carncvalc, 
et un autre recueil : (Juattro Romame. — A. 1'. 



l'Académie royale de musique. Enfin, en 1859, 
il était nommé principal (directeur) de ce der- 
nier établis-sement. Il mourut à Londres le 23 
mars 1809. 

Charles Lucas était un artiste honorable^et dis- 
tingué. Virtuose habile, professeur remarquable, 
il s'est fait apprécier aussi comme compositeur, 
et on lui doit plusieurs opéras, des symphonies, 
des ouvertures, des antiennes, et un assez grand 
nombre de songs el de glees. 

LUCAS (Ecsèbe), compo.sileur de musique 
de danse, chef de l'orchestre du Casino des 
bains de Monaco (Monte-Carlo), s'est distingué 
par la façon remarquable dont il dirige cet 
orchestre, et par l'intelligence artistique dont 
il a fait preuve en offrant à son public autre 
chose que la musique plus ou moins frelatée 
qui est l'apanage ordinaire des orchestres de 
bains de mer. Cet artiste a eu, en effet, l'excel- 
lente idée de con.sacrer un jour par semaine à 
l'exécution des œuvres purement classiques, 
ou du moins (car cette épitliète de classique, 
aujourd'hui passée dans la langue, n'est pas 
entièrement juste), à celle des œuvres des 
maîtres, faisant entendre ainsi les grandes 
compositions de Haydn et de Mozart, de Bee- 
thoven et de Weber, de Mendelssohn et de 
Meyerbeer, de Méhul et de Cherubini, de Berlioz 
et de M. Richard Wagner. Cette tentative a 
obtenu un plein succès, et les jeudis de Monte- 
Carlo (1) ont été fort bien accueillis. M. Lucas, 
qui est du reste un artisle instruit, est l'auteur 
d'un opuscule intitulé l'Orchestre et le public 
(Monaco, 1868, in-8"), dans lequel, sans ap- 
porter un contingent bien nouveau à la poétique 
de l'art, il a exprimé des idées saines dans 
un langage clair et précis; l'auteur a amplifié 
cet écrit dans un volume plus étendu, les 
Concerts classiques en France (Paris, San- 
doz et Fischbacher, 1876, in-16), qui, en affi- 
chant de plus grandes prétentions, n'a pas 
sensiblement augmenté la valeur des idées 
exprimées. 

LUCAÏELLI (Giovanm-Battista), musi* 
cien italien qui vivait à Venise au commence- 
ment du dix-huitième siècle, écrivit pour le 
service du i)riiice de Toscane Ferdinand de 
Médicis quelques cantates da caméra, el un 
divertissement musical intitulé le Vittorie di 
David e la gelosia di Saut, qui fut exécuté 
en 1701. 
LUCCA (FnANCEsco), éditeur de musique 



(1) C'est le nom qu'on leur a don né, et c'est le litre 
sous lc(|uel un écrivain Ingénieux, M. Cli. M. Uomcrguc 
(ros. ce nom), a publié un volume de critique inlérts- 
saut rt substauUel. 



LUCCA 



131 



italien, naquit à Crémone en 1802. Il avait étu- 
dié la musique et occupait l'einploi de seconde 
clarinette à la Scala, de Milan, lorsqu'il entra 
cliez l'éditeur Giovanni Ricordi, en (jualité de 
graveur, à raison d'un franc par jour. 11 était 
alors A^é de viD^t ans, et n'était [toint dépourvu 
d'ambition. A force d'éconondes, il liiiit par réa- 
liser une petite somme de 640 francs, et s'en- 
fermant alors chez lui pendant six mois, il se 
mit à graver pour lui-même un certain nombre 
de Métiiodes et de Traités qui lui servirent de 
premier fond pour un commerce de musique 
qu'il voulait créer. Bientôt il s'établit en effet, 
lutta avec énerj^ie contre toutes les difficultés, 
et finit par réussir. Il fit plusieurs voyages en 
Allemagne pour se rendre compte des meilleurs 
procédés à employer, et fit faire de réels pro- 
grès au commerce musical par la beauté et la 
correction des éditions qu'il livrait au public, 
par la [netteté et le fini de sa gravure. 

Après s'être assuré la propriété pour l'Italie 
des œuvres de Thaiberg, de Chopin, de Schuloff, 
de Czerny, il songea aussi à la publication d'ou- 
vrages dramatiques, et répandit les partitions 
de Donizetti, Mercadante, Pacini, Coppoia, et 
plus tard celles de Petrella, de MM. Marchetti, 
Gomes, Csiglio, etc. Esprit libéral et ouvert à 
tous les progrès, c'est à ses efforts que l'Italie doit 
d'avoir pu connaître les productions des grands 
musiciens étrangers, et c'est Lucca qui intro- 
duisit dans sa patrie Faust, l'Africaine, la 
Juive, Lalla-Roukfi, et iasqu'kLoheugrin et au 
Tannhauser. 

Lucca était devenu tiès-puissant, et avait fait 
de sa maison l'une des premières et des plus 
honorablement connues de toute l'Italie. Le 
nombre des publications faites par lui ne s'élève 
pas à moins de 21,000, et parmi elles il en est 
de fort importantes. Homme de cœur aussi, et 
homme de bien, il était le père de ses ouvriers, 
qui le vénéraient, et les artistes n'avaient qu'à 
se louer de ses procédés envers eux. Il avait 
voué surtout une affection profonde à Donizetti, 
qu'il aimait comme un frère, et il y a quelques 
années il fit don à la municipalité de Milan d'une 
statue de ce grand artiste, destinée à être placée 
dans le vestibule du théâtre de la Scala. Lucca 
est mort subitement à Milan, frappé d'apoplexie, 
le 20 novembre 1872. 

LUCCA (Pauline), chanteuse remarquable, 
est née à Vienne,' le 20 avril 1841, de parents 
italiens. D'abord choriste au théâtre de cette 
ville, elle ne fut pas longtemps sans faire ad- 
mirer sa magnifique voix de soprano et sa 
précoce intelligence. Des maîtres lui furent 
donnés, .ses progrès furent rapides, et elle était 



à peine âgée de seize ans lorsqu'elle débuta 
avec succès, au théâtre d'Olmiitz, dans le rôle 
d'iilvira (VErnani. Au bout de quatre mois 
elle se produisait, à Prague même, dans la 
Fsorma et dans les lluguenols. Meyerbeer 
assistant à l'une des représentations de cet 
ouvrage et lui entendant chanter le rôle de Valen- 
tine, en fut si charmé qu'il la fit engager aus- 
sitôt au théâtre royal de Berlin. Elle y débuta 
avec éclat, et bientôt devint l'idole du public, 
qui la plaça au rang des grandes cantatrices 
(|ui avaient brillé sur ce théâtre, les Sontag, 
les Schrœder-Devrient et les Jenny Lind. D'ail- 
leurs, en dehors de la beauté de sa voix, 
M""^ Lucca sut bientôt faire apprécier de 
rares qualités scéniques, qui, quoique inégales, 
parfois exagérées et opposées entre elles, n'en 
donnaient pas moins la preuve d'un tempéra- 
ment artistique d'une grande puissance et d'une 
rare souplesse. C'est ainsi qu'elle jouait tour 
à tour, en donnant à chaque personnage le 
caractère qui lui convenait, Maiguerite de 
Faust, Chérubin des IVoces de Figaro, Valen- 
tine des Huguenots, et Zerline de Fra Dia- 
volo. Infatigable du reste, douée d'une éner- 
gie, d'une volonté et d'une âpreté au travail 
des plus rares, elle se constitua un répertoire 
étonnamment étendu, et qui, aujourd'hui, ne 
comprend pas moins de cinquante-six rôles, 
parmi lesquels le Trouvère, la Favorite, VA- 
fricaine, et bien d'autres de genres et de ca- 
ractères absolument différents. 

On assure même que c'est à son intention 
expresse que Meyerbeer écrivit le rôle de 
Selika, de l'Africaine, qu'il désirait lui voir 
créer à Paris ; mais M™^ Lucca, qui ne saurait 
chanter le français qu'avec un accent alle- 
mand très-prononcé, ne voulut pas s'exposer 
à un échec et refusa obstinément toutes les 
propositions que le maître lui fit à ce sujet. 
Elle ne voulait pas, d'ailleurs, quitter Berlin, 
et se bornait à aller pas.ser trois mois de chaque 
année à Londres, sur l'une des scènes ita- 
liennes de cette ville. Plus tard_, cependant, 
elle se fit entendre à Vienne, à Saint-Péters- 
bourg, à New-York et dans plusieurs villes 
de l'Italie. Engagée récemment par l'impré- 
sario Merelli, elle a donné au commencement de 
1876, à Bruxelles, une série de représentations 
qui ont été pour elle de véritables triomphes. 

En tant que tragédienne lyrique, M""' Lucca 
serait, dit-on, sans rivale, si, à force de vouloir 
atteindre l'effet, il ne lui arrivait parfois de 
l'exagérer, et si elle voulait modérer des em- 
portements qui dépassent le but et la font 
tomber dans un réalisme un peu outré. Son 



132 



LUCCA — LUDECKE 



jeu est néanmoins d'une grande originalité, elle 
a des élans de passion superbes, et lorsqu'elle 
sait se contenir, elle atteint aux dernières 
limites du pathétique, se montrant cantatrice 
aussi remarquable que puissante tragédienne. 
Quoique les rôles d'un caractère tendre ou 
mélancolique conviennent moins à sa nature 
ardente que ceux dans lesquels la passion 
doit se déployer dans toute sa force, elle sait 
ce|)endant leur donner une couleur toute parti- 
culière, et s'y montre supérieure sous le 
rapport du chant proprement dit. Au total, 
c'est une artiste de premier ordre, merveilleu- 
sement douée par la nature, et dont le ta- 
lent magnifique s'appuie sur les plus sérieuses 
études. 

M™" Lucca avait épousé à Berlin, en 18G0, 
un oflicier supérieur prussien, le baron Yon 
Rhode, dont elle eut une fdle; lorsque, au 
mois d'août 1872, elle arriva à New-York, où 
elle était engagée par Vimpresario Max Ma- 
retzek, elle entama aussitôt une procédure 
pour faire prononcer son divorce. Ce procès, 
dont toutes les circonstances furent singulières, 
se termina par un arrêt rendu le 2 juin 1873, 
arrêt qui prononçait en effet le divorce, en 
établissant que M"'« Lucca conserverait la 
garde de sa fille et qu'elle pourrait se remarier 
si bon lui semblait, tandis que celte faculté 
n'était pas accordée à son mari. Deux jours 
après, le 4 juin. M""' Lucca prenait un second 
époux. Prussien comme le premier, M. Emile 
Von Wallafeu, et le baron Von Rhode, malgré 
l'appel qu'il interjeta du jugement, ne put 
obtenir ni la cassation de l'arrêt, ni même 
l'autorisation de se remarier. 

LUCCHESI (Frediano-Matteo), composi- 
teur de musique religieuse fort estimé de son 
temps, naquit à Lucques vers 1710, et eut le 
bonheur d'être l'élève du célèbre Léo. Il fut 
maître de chapelle de l'église collégiale de 
Saint-Michel in foro, et écrivit un grand nombre 
d'u'uvres dont la plupart sont conservées, à 
Lucques, dans des archives publiques ou des 
collections particulières. Parmi ces (cuvres, 
on distingue surtout : plusieurs messes à 2, 
4 ;et 5 voix a cappella; une messe à deux 
orchestres ; des répons à 4 voix, pour la se- 
maine sainte; un grand uondjre de motefs; 
enlin, treize grands services religieux à 4 voix 
et à grand orchestre, exécutés, de 1747 à 1778, 
h l'occasion de la fêle de Sainte-Cécile. Musicien 
très-savant, professeur eslimc, Lu('ch(!si, (pii 
fut le maître de Domenico Quilici et d'Antonio 
Puccini, mourut à Lucques le 18 août 1779, 
âgé de près de soixante-dix ans. 



* LUCE-VARLET (J ). Cet arti.ste 

a fait représenter sur le théâtre de Versailles, 
en 1850, un opéra-comique en deux actes, 
intitulé le Maestro ou la Eenommée. La 
partition pour chant et piano de cet ouvrage, 
dédiée à Auber, a été publiée par l'éditeur 
M. Richault. 

LUCIDl (A ). Un artiste ain.si nommé 

a fait représenter à Rome, sur un théâtre par- 
ticulier, le 31 mars 1876, un opéra semi-sé- 
rieux intitulé Ivan. 

LUCILLA (DoMEMCo), compositeur dra- 
matique, est né à Riofreddo le 17 février 1820, 
Apiès avoir fait ses études au Lycée mu- 
sical de Bologne, où il eut pour professeurs 
MM. Corticelli et S. Golinelli pour le piano et 
M. Gaetano Gaspari pour l'harmonie, il alla, 
sur le conseil de Rossini, se perfectionner sous 
la direction de Domenico Vecchiotti, auprès 
duquel il resta pendant trois années à Loretta, 
de 1843 à 1846. De retour à Rome après avoir 
obtenu à l'Académie philharmonique de Bolo- 
gne le diplôme de compositeur, il fit repré- 
senter au théâtre Valle, en 1853, son premier 
opéra, il Soiitario, qui fut bien accueilli et 
qu'il fit bientôt suivre de Giuliano Salviati 
(1854), et d'une grande cantate qui fut exécu- 
tée au théâtre Apolio (1856). En 1857, il donna 
au théâtre Capranica «i Sindaco del Villaggio, 
qui obtint un brillant succès, et en 1862 il fit 
jouer à Reggio d'Emilie l'Eroe délie Asturic, 
que l'on considère comme son meilleur ou- 
vrage. Enfin, M. Lucilla fit encore exécuter 
en 1871, au théâtre Apolio, pour une soirée 
de gala, une cantate nouvelle, en fit chanter 
une autre, par 700 voix, sur la place du Ca- 
pitule, le 2 octobre de la même année, et le 
18 janvier 1873 donna au théâtre communal 
de Eerrare son cinquième opéra, il Conte di 
Betizeval, ouvrage en 4 actes, qui obtint une 
série de dix-huit représentations. Cet artiste, 
qui est aujourd'hui président de l'Académie 
philharmonique romaine, a en portefeuille <leux 
antres ouvrages dramatiques : la Jiclla Fan- 
cndla di ■ Perth, en 4 actes, et Tommaso 
Chatterton. 

* LUCOT (Alexis). Nous rétablissons ici le 
prénom de cet écrivain, qui s'appelait Alexis, 
et non Alexandre. 

LÏIDEClîE (Louis), violoncelliste allemand 
et compositeur pour son instrument, a publié dan.s 
CCS dernières aimées un cerlaiii nombre d'œuvres 
parmi lesquelles je citerai les suivantes : Sou- 
venir d'un bal, mazurka pour violoncelle, avec 
accompagnement de piano, op. 9; Romance, id,, 
op. \Ç); Momento religioso, pour violoncelle ou 



lCdECRE — LULLY 



133 



violon, avec piano, op, II ; 3 lieder, id. id., op. 
t2; Stations musicales, 12 petits morceaux 
faciles et progressifs pour violoncelle, avec piano, 
op. 15; Nocturne pour violoncelle ou violon, 
avec piano, op. 16. 

LUIGINÏ (Joseph), chef d'orchestre' ha- 
bile et compositeur, né en Italie vers 1820, et 
depuis naturalisé français, a dirigé l'orches- 
tre du théâtre du Capitole, de Toulouse, est 
devenu ensuite second chef d'orchestre du 
Grand-ThéiUre de Lyon puis premier, lorsque 
George HainI eut été appelé à remplacer 
Dietsch à l'Opéra, el enfin, en 1872, se trouva 
placé, conjointement avec M. Dami, à la tête 
de l'orchestre du Théâtre-Italien de Paris. Il 
n'y resta que quelques mois, retourna ensuite 
à Lyon, puis revint à Paris, où il entra comme 
chef d'orchestre au petit théâtre des Fantaisies- 
Oller, pour lequel il composa la musique de 
quelques divertissements dansés : Zédouika, 
le Printemps, les Postillons, etc. M. Luigini 
avait écrit précédemment, pour le Grand- 
Théâtre de Lyon, la musique d'un ballet en deux 
actes, les Filles de Gros-Guitlot, qui fut repré- 
senté au mois de mars 1806, et celles de deux 
cantates qui furent exécutées en 1865 et 1866, 
— Un (ils de cet artiste, M. Alexandre Luigini, 
musicien intelligent et bien doué, a fait une partie 
de ses études au Conservatoire de Paris, où il a 
obtenu un accessit de violon, et est ensuite 
retourné à Lyon, d'où il a envoyé, aux concours 
ouverts par la Société des compositeurs de 
musique, deux quatuors pour instruments à 
cordes qui ont été couronnés. Il a écrit aussi 
la musique d'un ballet en 3 actes et 5 tableaux, 
Ange et Démon, qui a été représenté à Lyon 
le 13 janvier 1875, et celle d'un opéra-comique 
en un acte, les Caprices de Margot, joué 
dans la même ville le 13 avril 1877. Il est au- 
jourd'hui chef d'orchestre du théâtre de Lyon. — 
Une fille de M. Joseph Luigini, chanteuse aima- 
ble, s'est consacrée au théâtre. 

* LULLY (Louis DE), fils aîné de Jean- 
Baptiste de Lully. Dans son intéressant écrit : 
Note sur quelques musiciens dans la Brie, 
M. Th. Lhuillier [Voy. ce nom) a publié pour la 
première fois l'acte de baptême de cet artiste. 
Ce document, en nous faisant connaître que 
Louis de Lully fut baptisé seulement à l'âge 
de treize ans révolus, et dans la chapelle royale 
de Fontainebleau, nous apprend aussi qu'il 
eut pour parrain et marraine le roi el la reine 
en personne. En voici la reproduction exacte : 
« Ce jourd'hui neufviesme du mois de sep- 
« tembre 1677, Mgr l'éminentissime Emmanuel- 
« Théodore de la Tour-dAuvergne, cardinal 



« de Bouillon, grand aumônier de France, 
« dans la chapelle haulte de la cour de l'Ovale 
<t du château royal de Fontainebleau, a sup- 
« pléé les cérémonies du baptême au fils de 
« Jean-Baptiste de Lully [sic) et Magdeleine 
« Lambert, demeurant à Paris, lequel de Lully 
'< est surintendant de la musique du roi, lequel 
« (enfant) fut ondoyé par M. de Lamet, pour 
« lors doyen de Saint-Thomas du Louvre, le 
« sixième du mois d'août 1664, selon qu'il a 
« été certifié, et né du quatrième du môme 
« mois et an que dessus. — Et a eu pour pa- 
« rein et mareine le roi et la reine, qui lui ont 
« donné le nom Louis ; le tout en la présence 
« de nous, soussigné, Antoine Durand, prêtre, 
« curé de l'église paroissiale de Saint-Louis de 
« Fontainebleau. 

« Louis. 
■ " ■■' « Marie-Thérèse d'Autriche, 
« Jean-Baptiste Lulli. » 
Cet acte est conservé aujourd'hui à la mairie 
de la ville de Fontainebleau. 

* LULLY (Jevn-Baptiste DE), deuxième 
fils du fameux compositeur. Dans l'écrit que 
nous venons de citer, M. Th. Lhuillier parle 
aussi du second fils du grand Lully, au sujet 
d'un mariage célébré à Melun, dans l'église 
Saint-Aspais, le 7 février 1689, et dans l'acte 
duquel il figure comme témoin. Cet acte nous 
apprend que Jean-Baptiste de Lully, alors âgé 
seulement de vingt-trois ans, puisqu'il était 
né au mois d'août 1665, était déjà pourvu 
d'un prieuré et d'une abbaye ; dans ce docu- 
ment, en effet, il est nommé et qualifié « mes- 
sire Jean-Baptiste de Lully, abbé de Saint- 
George-sur-Loir, prieur et seigneur de Vitry ». 
Cette situation ne l'empêchait pas, paraît-il, 
de se livrer à la composition et de travailler 
pour la scène; on va le voir par la note sui- 
vante, qui m'est communirjuée par M. Weker» 
lin, et qui rectifie une double erreur commise 
au sujet de Jean-Baptiste de Lully : — « M. Fé- 
lis cite sous le nom de Louis de Lully la moitié 
du titre d'un ouvrage qui n'est pas de celui-ci, 
mais de son frèie. C'est le Triomphe de la 
raison sur l'amour, « pastorale mise en musi- 
« que par M. de Lully, surintendant de la musi- 
« que du roy, représentée devant Sa Majesté, à 
« Fontainebleau^ le 25 octobre 1696 (Paris, 
« Christophe Ballard, 1697). » L'épîtreauroi qui 
se trouve en tête de ce petit in-4° oblong est 
signée Jean- Baptiste Lully. Le fils a dû 
ramasser quelques bribes des dédicaces de 
son père, et, sans s'en douter, il se rend jus- 
tice. On y lit : Je suis persuadé, sire, que je 
n'aurois pu réussir dans ce pelH ouvrage 



134 



LULLY — LUSITÂNO 



si je n'avais esté excité par %m aussi pitis- 
saut motif que celuij de plaire à Vostre 
Majesté; tme si belle ambition tient sou- 
vent lieu de génie, et peut élever des dis- 
positions médiocres; fay succédé à feu mon 
père dans cette noble émulation, elc. Mal- 
heureusement, cette noble éiaulalion ne suflit 
pas pour avoir du talent, et Jean-Baptiste le 
fils n'avait pour lui que l'ambition de jjlaire 
au grand roi. Cet ouvrage, oii manque évi- 
demment le souflle de Lully le père, compte 
76 pages d'impression, et renferme dix-neuf 
petits morceaux, dont quelques-uns sont à 
deu\ parties. Les personnages sont Ménalquc, 
Célimène, Clitoris, Tircis, deux Songes funes- 
tes, et une troupe de bergers et de bergères. « 
" LUiVIÏîYE (IIans-Christian), est mort à 
Copentiague, le 20 mars 1874. 

LUNjV (Charles), écrivain anglais, a publié 
récemment, dans le journal Médical Press and 
Circular, un écrit dont il a été fait ensuite un 
tirage à part sous ce titre : The Philosophy 
ofvoice and the basis of musical expression 
{La Philosophie de la voix et la base de 
l'expression musicale.) Il a paru quatre édi- 
tions de cet opuscule, que l'auteur a fait suivre 
d'un autre petit ouvrage, intitulé the Roofs of 
musical art, a caiechism for children (les 
Sources de l'art musical, catéchisme pour les 
enfants). 

LUPOT.— L'auteur de la Biographie uni- 
verselle des Musiciens n'a parlé que du fa- 
meux luthier Nicolas Lupot, en disant qu'il 
était fils d'un artiste exerçant la même profes- 
sion. Dans son livre : tes Instruments à ar- 
chet, M. Antoine Vidal, qui a été renseigné 
d'une façon plus complète sur cette intéressante 
famille, donne sur elle les détails suivants : 

« La famille des luthiers français de ce nom 
est originaire de Mirecourt; en voici la généa- 
logie , du plus loin qu'on la connaisse. II y avait 
à Mirecourt, dans le courant du XVIII« siècle, 
un luthier du nom de Jean Lupot, et sa 
femme Laure Henry. De cette union naquit : . 
« Laurent Lupot, né à Mirecourt en 1G9G; 
luthier comme son père, il avait ajouté ;\ son 
état d'autres fondions, car on le retrouve, en 
1747, maître d'école à Plombières. En 1751, Il 
quitte Pioiiiliièrcs pour aller s'établir comme 
luthier à Lunéville, où il reste jusqu'en 17ào. 
On le retrouve en 17G2 exerçant sa profession à 
Orléans. Il eut un fils : 

• François Lupot, né à Plombières en 173(5, 
qui se maria en t7;)i, étant encore mineur. Ce 
dernier commença à travailler avec sou père à 
Lunéville, i)uis en 1758 partit pour Sluttgard, 



où il fut peniiant douze années luthier du duc 
de Wurtemberg. En 1770, il alla se fixer à 
Orléans, rue Sainte-Catherine; il est mort à 
Paris en 1804. Il avait eu deux fils : T Nicolas, 
né en 1758 à Sluttgard ; 2" François, né à Or- 
léans en 1774. » 

Nicolas Lupot est le luthier célèbre dont on 
peut lire la notice dans la Biographie univer- 
selle des Musiciens (t. 'V, p. 377). Quant à 
son frère François , il se livra exclusivement à 
la fabrication des archets et devint en ce genre 
l'un des artistes français les plus distingués ; 
c'est lui, dit-on, qui imagina d'ajouter à la 
hausse de l'archet ce qu'on appelle la coulisse, 
doublure en métal qui garnit cet hausse dans 
la rainure pratiquée sur la baguette et qui, la 
fixant solidement, l'empêche de tourner sur 
celle-ci. Dès 1815, François Lupot avait établi 
ses ateliers à Paris, rue d'Angivilliers, n" 18, 
près de l'oratoire St-Honoré. C'est dans cette 
maison qu'il mourut, le 4 février 1837 (1). 

* LUSITANO (ViCEME), illustre tbéori- 
cien portugais. — La célèbre dispute de cet ar- 
tiste avec Nicola Vicentino est un des épisodes 
les plus intéressants de riiistoire de la nuuique. 
Fétis en parle longuement; il a eu le mérite 
d'appeler l'attention des connais.seurs sur les 
documents que Baini a présentés au sujet de 
cette dispute et qui rétablissent la vérité des faits 
dénaturés par Arteaga et par tous les écrivains 
qui ont puisé leurs renseignements dans le livre 
de ce dernier. Vicentino, blessé dans son or- 
gueil par la sentence des juges Danckerts et 



(1) M. J. (iallay veut bien nie communiquer la noie 
suivante, rédigée par lui d'après des rcnscignemcîits qui 
lui ont été fournis par M. Eugène Gand, et qui concerne 
le plus fameux membre de cette famille, Nicolas Lupot, 
— <■ Nicolas Lupot, fils de François Lupot, vint s'établir 
en France avec son père vers 1785. Il se fl.\a d'abord à 
Orléans; ses premiers instruments sont datés de cette 
ville. En 1792, Pique, luthier à Paris, fort en faveur à 
cette époque, se mit en rapport avec Lupot. Celui-ci lui 
faisait une f;rande partie de ses violons et les lui livrait en 
blanc, au prix de 20 livres. Ce fut en 1794 seulement que 
Lupot vint s'établir à Paris; mais ses instruments pari- 
siens ne datent que de 1798. Il habitait alors la rue de 
Crainmont. En isofi, il transporta son établissement rue 
Crolx-des-Peiits-Champs. Nommé (1815) luthier de la 
chapelle royale, il devint luthier de l'École royale de 
musiiiue en 1816, et fut chargé, en cette qualité, d'établir 
les instruments donnés en prix clia()ue année aux élèves 
couronnés. Un 1820, il entreprit de remplacer presque 
tous h's anciens insirnmenis de la ch.ipelle royale par 
des instruments entièrement de .sa main; mais à sa mort, 
ce travail n'étant pas terminé, ce fut Charles-François 
Gand, .son gendre et son élève, qui se chargea de l'a- 
chever. Par malheur, ces superbes Instruments devaient 
être tous détruits, en |K7), lors de l'Incendie du palais 
des Tuileries. Lupot est considéré à juste titre comme le 
luthier le plus crolncnt de l'école de Paris. » 



LUSITANO — LUSSY 



135 



Escohedo, qui le condamnèrent à payer les deux 
écus d'or du pari, s'empressa de publier son 
Aniica miisica, où il embrouille toute la ques- 
tion (ch. XXXXIIl, fol. 95-98 verso). Depuis 
1555, date de la publication de son ouvrage, 
jusqu'en 1828, époque où parurent les Memorie 
de Baini, la querelle a élé appréciée d'une ma- 
nière toute partiale, car les juges n'ayant pu se 
défendre des accusations de Vicentino, celui-ci 
resta seul sur le terrain. Le mémoire de Danckerts 
sur celte célèbre dispute resta enfoui dans une 
bibliothèque de Rome, grâce à la protection que 
le cardinal deFerrare, Hyppolite d'Esté, accordait 
à Vicentino, et il n'a pas encore vu le jour. Fétis 
en donne le titre in extenso [Blogr. univ., 
t. II, pp. 425 et 426). J'ajouterai que Danjou 
en parle comme d'un excellent ouvrage (Revue 
de la musique religieuse, t. III, p. 201). « Ce 
mémoire, dit-il, très-éfendu, est entièrement 
écrit de la main de l'auteur. Toutes les ques- 
tions musicales agitées au XVr siècle y sont 
traitées avec développement et avec une érudi- 
tion remarquable. C'est un plaidoyer en faveur 
de la musique du XVI« siècle, et en particulier 
de l'école romaine. Gliislino d'Ankerts {sic) at- 
taque avec force l'école de Venise, représentée 
par Adrien Willaert et ses disciples, au nom- 
bre desquels était Nicola Vicentino. J'ai carac- 
térisé cette lutte dans quelques articles sur VO- 
Hgine et la consiitution de la musique mo- 
derne. Le mémoire de Ghislino d'Ankerts en fait 
connaître tous les détails; il traite accidentelle- 
ment de diverses difficultés de la notation pro- 
portionnelle, et contient une foule de renseigne- 
ments précieux pour l'histoire de la musique. 
L'abbé Baini, qui cite ce manuscrit et en a copié 
le titre, ne paraît pas en avoir apprécié l'im- 
portance. » 

Ceci n'est pas exact, puisque c'est Baini qui a 
exposé le premier, et très-nettement, la question 
à laquelle le mémoire de Dankerts (ou d'Ankerts) 
se rattache. Il a dû le lire. {Les articles de Dan- 
jou sur VOrigine et la constitution de la mu- 
sique moderne se trouvent dans \diRevue citée, 
1846, vol. II, page 56 el page 424.) 

N'ayant pas eu le bonheur d'examiner ce pré- 
cieux manuscrit, qui est pour ainsi dire le pro- 
cès-verbal d'une victoire nationale de mon pays, 
je tiens à réunir ici tous les renseignements que 
j'ai recueillis depuis bien des années sur Vi- 
cente Lusitano et sa dispute fameuse. Peut-être 
pourront-ils servir un jour à quelque travailleur 
désintéressé. 

Après Danjou, c'est La Page qui s'est occupé 
du manuscrit de Danckerts. Il en a donné un 
intéressant résumé dans ses Essais de dip/iié- 



rographie musicale, (Paris 1862, pages 224-239), 
avec la liste complète des chapitres du mé- 
moire. La Fage s'est servi à cet effet d'une 
co}iie (à la Bibliothèque Casanatense O, III, 
118) du mémoire, faite par Baini, dit-il, sur l'o. 
riginal de la bibliothèque du palais Corsini alla 
Liingara. Cette copie est la meilleure preuve 
de l'importance que Baini attachait au mémoire. 
Je tiens à dire que je n'ai eu connaissance du 
compte-rendu de La Fage qu'après avoir lu la 
notice de Danjou, car La Fage est aussi d'opi- 
nion que Baini avait aussitôt reconnu l'impor- 
tance du manuscrit. Danjou a vu l'original à la 
bibliothèque Vallicelliana (dans le couvent des 
pères de l'Oratoire, à Rome). Je ne sais pas 
comment le mémoire de Danckerts, a passé de 
la Vallicelliana à la Corsiniana? Peut-être La 
Fage s'est-il trompé; après avoir dit que l'ori- 
ginal est au palais Corsini alla Lungara, il 
ajoute qu'il aura l'occasion de le signaler, 
" ainsi que plusieurs autres copies. » Cepen- 
dant je n'ai trouvé nulle part, dans son volimie, 
un mot sur l'original ; parmi les copies, il n'en 
cite, outre celle de Baini, qu'une seule antre, qu 
serait dans la bibliothèque des Philippins de 
Rome (page 226). 

Vicente Lusitano a laissé sur le plain-chanf, 
le contrepoint et la fugue un ouvrage que Félis 
loue beaucoup; l'éminenl maître donne les dates 
des trois éditions qui en ont été faites; mais 
l'indication du nombre des pages n'est pas 
exacte ; pour la première c'est 46 qu'il faut lire, 
au lieu de 86, et pour la seconde, 26 au lieu de 
23. Le titre est le même dans les trois éditions; 
le portrait de Lusitano, qui, d'après Fétis, doit 
orner la première, m'est inconnu, Fétis possé- 
dait les l'« et 3'"^ éditions (Catalogue, n'"*5,3I7 
et 5,319). ÏJ, DE V. 

LUSSY (Matuis), professeur de musique et 
didaclicien, est né à Stanz (Suisse) le 8 avril 
1828, et reçut ses premières leçons de piano et 
de violon de l'abbé Aloys Businger, alors orga- 
niste en cette ville. Il était à peine âgé de dix 
ans qu'il tenait déjà l'orgue à l'église dans les 
exécutions à grand orchestre, et qu'il accom- 
pagnait sur la basse chiffrée, comme c'est l'u- 
sage en Suisse et dans toute l'Allemagne du 
Sud. En 1842, M. Lussy entra au séminaire de 
Saint-Urban, dépendant de la célèbre abbaye 
de Citeaux, et là il reçut des leçons d'orgue et 
de composition du P. Naegeli, l'organiste le 
plus renommé de la Suisse à cette époque. 
Quatre ans après, en 1846, il venait à Paris 
pour étudier la médecine, mais il abandonnait 
bientôt cette carrière pour revenir et se consa- 
crer exclusivement à l'étude de la musiqiie 



136 



LUSSY — LUTTI 



Enfin, en 1852, ayant terminé complètement son 
éducation, il se livra à renseignement d'une 
façon absolue, se (îxadéfinitivcinont à Paris, et 
bientôt y épousa la tille d'un ancien offlcier su- 
périeur français. 

Le premier ouvrage publié par M. Lussy est 
le fruit de cette pratique de renseignement, et 
porte le titre suivant : Réforme dans rensei- 
gnement du piano, i* partie. Exercices de 
piano dans ioiis les tons majeurs et mineurs 
à composer et à écrire par rélève, précédés 
de la ihéorie des gammes, des modulations, 
du doigté, de la gamme harmonique, etc., 
et de nombreux exercices théoriques (Paris, 
librairie internationale, 1863, in-8°). Dans cet 
ouvrage, conçu sur un plan nouveau, M. Lussy, 
au lieu de faire de l'élève l'instrument passif du 
maître, lui donne un rôle plus élevé, plus in- 
telligent, et en fait presque son collaborateur, 
en excitant son initiative, son amour- propre, 
ses facultés personnelles, et en lui donnant, en 
dehors du travail mécanique, une large part 
dans les progrès de son éducation. L'explication 
de ce système rationnel et salutaire, dans le- 
quel l'initiative du maître est aussi toujours 
tenue en éveil, m'entraînerait à des développe- 
ments qui dépasseraient les bornes que je dois 
donner à cet article; mais je me fais un devoir 
de le recommander à ceux qui ont souci de la 
bonne instruction musicale de leurs enfants. 

Le second ouvrage de M. Lussy, d'un tout 
autre genre, est intitulé Traité de l'expression 
musicale (Paris, Heugel, 1874, gr. in-8"), et 
prouve que l'auteur n'est pas seulement un 
musicien , mais aussi un lettré fort instruit et 
un véritable penseur. Je ne sais pourtant si ce 
livre, remarquable à beaucoup d'égards, est ap- 
pelé à rendre autant de services qu'il le sup- 
pose. Non que je le considère comme inutile, il 
.s'en faut de tout; mais je crois que son utilité 
sera bien plus grande aux artistes doués par 
eux-mêmes du sentiment de l'expression, du 
don d'émouvoir en matière musicale, qu'à ceux 
qui ne possèdent point cette faculté , et pour 
qui justement il est fait. M. Lussy a cru, non 
point sans doute découvrir, mais discerner et 
coordonner ce qu'il api)elle les lois de l'expres- 
sion musicale, et c'est l'exposé, d'ailleurs re- 
marquable , des principes qu'il en fait découler 
qui forme l'objet de son Traité. Or, ce qu'on 
appelle en musique le sentiment, l'expression, 
l'àme, la passion, me semble chose ab.solument 
personnelle à l'artiste, et ne saurait, à mon sens 
du moins, être régi de façon ou d'autre. Cha- 
que artiste sent, éprouve, exprime par consé- 
quent à sa manière, et c'est celle diversité de 



sentiments , cette personnalité en ce qui con- 
cerne l'émotion, qui diversifie les talents. Cela 
est si vrai que, dans l'ordre littéraire, par 
exemple, on a vu au théâtre des artistes de gé- 
nie jouer le même rôle de façon différente, et 
y être sublimes chacun de leur côté. Bien plus, 
certains comédiens supérieurs trouvaient sans 
cesse de nouveaux effets, de nouveaux moyens 
d'expression, et modifiaient leur jeu sans cesser 
d'être admirables. On sait qne Talma, doué, 
sous ce rapport, d'une inspiration multiple et 
toujours en travail, étonnait constamment le 
public par une interprétation dont les détails 
variaient à l'infini. 

Donc, l'expression n'est pas une, comme pa- 
raît le croire M. Lussy, et n'obéit pas à des 
lois fixes, précises, immuables; elle est, non- 
seulement affaire de tempérament de la part de 
l'artiste, mais encore affaire d'inspiration, de 
disposition spéciale, de sentiment nerveux, etc. 
Ce qui revient à dire , non-seulement que dix 
artistes pourront donner à la même phrase musi- 
cale dix nuances d'expression différentes, tontes 
excellentes, selon le caractère de leur talent, 
leur éducation, leur sentiment personnel, mais 
encore que chacun d'eux pourra diversifier lui- 
même à l'infini l'expression de celte même 
phrase, selon sa disposition d'esprit, son état 
de santé ou toute autre cause possible. Quant à 
ceux qui ne trouvent pas en eux-mêmes le secret 
de cette expression, ceux qui ne peuvent s'animer, 
les insensibles, les impassibles, je reste bien 
convaincu que les déductions les plus ingénieu- 
ses, que tous les préceptes du monde seront 
impuissants à leur donner le feu sacré, à leur 
communiquer celte incomparable fiiculté d'é^ 
mouvoir les âmes qui est le don le plus précieux, 
le plus admirable à la fois et le plus mystérieux 
que la divinité ait pu faire' à sa créature. 

Quoi qu'il en soit de ces réilexions et de ces 
réserves, j'ai dit et je suis persuadé que le livre 
de M. Lussy ne restera point inutile. Œuvre 
très-hardie en somme, d'un caractère très-no- 
ble, très-élevé, ce livre sera lu avec fruit, utile- 
ment médité par tous les artistes, même les 
mieux doués, qui y trouveront des moyens 
nouveaux d'émotion , des aperçus; pleins de 
justesse, et qui grandiront leur talent à la lec- 
ture de ces pages empreintes d'un grand amour 
de l'art, d'un rare sentiment du beau, et parfois 
d'une véritable éloquence. < 

LUTTI ( ). Un compositeur de ce nom 

a fait représenter à Milan, sur le théâtre de la 
Scaln, le 22 mars 18.58, un opéra sérieux intitulé 
Berengario d'Ivrea. Cet ouvrage subit une 
chute complète, et je ne sache pas que depuis 



LUTTI — LUZZI 



137 



lors l'auteur se soit de nouveau présenté au pu- 
blic. 

LUVINI ( ...). composifeur italien, a 

fait représenter à Turin, sur le théâtre Nota, le 
7 août 1865, un opéra sérieux, intitulé un'Ere- 
dità in Corsica, dont , je crois , il avait écrit 
les paroles et la musique. Je n'ai pas d'autres 
renseignements sur cet artiste, qui depuis lors 
ne s'est pas reproduit à la scène. 

"* LUX (Frédéric), pianiste, organiste, chef 
d'orchestre et compositeur allemand, est de- 
venu chef d'orchestre du théâtre de la ville, 
à Mayence. Précédemment, cet artiste avait 
obtenu de grands succès comme organiste, en se 
faisant entendre à Mannhcira, Bruxelles, Darm- 
stadt, Wùrzbourg et autres villes. M. Lux a 
publié une soixantaine d'(('uvres de divers gen- 
res, qui révèlent un musicien instruit et nourri 
de saines études. Je citerai, entre autres : une 
Symphonie pour orchestre ; une messe avec 
chœurs; un quatuor pour instruments à cordes, 
op. 58 ; Grande Marche solennelle, pour piano ; 
Grande Marche festivale, pour piano à 4 mains, 
op. 19; t'anlaisie de concert pour orgue sur le 
Choral de Luther Eine feste Burg, op. 53; 
Fugue de concert, pour orgue, op. 56 ; lied 
pour orgue, op. 57 ; etc. On doit aussi à cet ar- 
tiste une excellente transcription pour piano à 4 
mains des neuf symphonies de Beethoven. 

LUZARCI1E( Victor), érudit et bibliographe 
français, né à Tours en 1805, mourut à Amélie- 
les-Bains en 1869. Possesseur d'une fortune 
considérable, il avait réuni une riche et magni- 
fique bibliothèque, fertile en raretés de toutes 
sortes, et fut pendant de, longues années conser- 
vateur de celle de sa ville natale, dont il pré- 
para le catalogue avec un soin tout particulier. 
C'est dans les manuscrits précieux de cette 
dernière qu'il trouva les éléments de plusieurs 
publications intéressantes, faites par lui avec 
un goût rare. Je mentionnerai ici deux de ces 
publications, qui se rattachent indirectement à 
la musique. La première est ime « Vie. du pape 
Grégoire le Grand, légende française publiée 
pour la première fois » (Tours, impr. de J. Bou- 
serez, 1857, in-16), poème étrange et fantasque 
dont le héros est ce pontife qui se fit un renom 
si célèbre sous divers rapports, et particulière- 
ment dans l'histoire de l'art musical. La seconde 
publication est la suivante : « Adam, drame 
anglo-normand du XII^ siècle, publié pour la 
première fois d'après un manuscrit de la Biblio- 
thèque de Tours » (Tours, impr. J. Bouserez, 
1854, in-80). Ce drame comprend plusieurs 
chœurs, et c'est en cela qu'il intéresse non- 
seulement l'histoire du théâtre, inais aussi celle 



de la musique; toutefois, l'éditeur restant muet 
à ce sujet, il ne parait pas que le manuscrit 
contienne la musique de ces chœurs. Cela 
parait d'autant moins probable que Luzarche a 
signalé, dans le volume même d'où il tirait ce 
poème, volume divisé en deux parties (dont la 
première date de la seconde moitié du XII* 
siècle et la deuxième du commencement du XIII®) 
et comprenant divers ouvrages du même genre, 
la présence d'un fragment musical important : 
- « La première partie, dit-il, commence par 
un office latin de la Résurrection dramatisé et 
mis en musique. Nous nous occupons de la pu- 
blication de ce curieux monument liturgique, 
le plus conqjlel que nous connaissions jusqu'à 
ce jour. Afin d'en conserver et d'en produire 
tous les détails, particulièrement en ce qui con- 
cerne la partie musicale, nous le publierons en 
fac-similé. » Luzarche a tenu sa promesse, et 
a publié ce monument intéressant : « Office de 
Pâques ou de la Résurrection , accompagné 
de la notation musicale et suivi d'iiymnes et de 
séquences inédites, publié pour la première fois 
d'après un manuscrit du XW siècle de la 
Bibliothèque de Tours par V. Luzarche » (Tours, 
1856, in-8°). 

* LUZZASCO LUZZASCHI, musicien 
fameux du seizième siècle, vivait sans doute 
encore au commencement du dix-septième, car 
M. Guidi, éditeur de musique à Florence, a re- 
trouvé récemment (1876) un recueil de madri- 
gaux de cet artiste daté de 1601, et resté in- 
connu jusqu'à ce jour de tous les biographes 
modernes. Ce recueil est particulièrement pré- 
cieux en ce qu'il offre le premier exemple connu 
d'un ouvrage de ce genre publié en partition 
avec accompagnement de clavecin ou orgue, 
toutes les publications analogues faites jusqu'a- 
lors ne contenant aucun accompagnement. Voici 
le titre de ce livre de madrigaux de Luzzasco 
Luzzaschi : Madrigali di Luzzasco Luzzaschi 
per cantare e sonore a uno e doi e tre so- 
prani, fatti per la musica del già Ser. Duca 
Alfonso d'' Este y stampati in Roma app. Si- 
mone Veroni, 1601 (un vol. in-folio avec fron- 
tispice gravé). 

LUZZI (LuiGi), compositeur italien, né vers 
1825 à Olevano, dans la Lomelline, commença 
par faire d'excellentes études littéraires à l'U- 
niversité de Turin , et suivit ensuite les cours 
de l'École de médecine de cette ville. A cette 
époque, néanmoins, il s'occupait déjà de musi- 
que, et faisait exécuter un jour, dans une réu- 
nion d'étudiants, ses camarades, un hymme de 
sa composition (1847). Lors du passage à 
Gênes du roi Charles Albert, à la suite des 



138 



LUZZI — LYSBERG 



événements de 1848, cet hymme fut chanté par 
6 ou 700 voix, et après la funeste bataille de 
Novare, qui ruina pour un temps les espérances 
(le l'Italie libérale, il devint le chant de prédi- 
lection des étudiants turinais. 

Je n'ai pas connaissance des premiers tra- 
vaux de Luzzi, et ne puis signaler, en ce 
qui concerne ses commencements, qu'une sorte 
d'opérette intitulée Chiarina, dont la musi 
que était, dil-on, charmante, et qui fut repré- 
sentée sur im théiUre de Turin. Au mois de 
novembre 1860, il fit exécuter au théâtre Cari- 
gnan, de cette ville, un hymme patriotique in- 
tituté Vittorio Emnmtele, re d'italia, dont 
les paroles lui avaient été fournies par M. Yin- 
cenzo Riccardi, et qui comprenait une introduc- 
tion, un cliœnr, quelques soU et un grand final; 
au mois de juin de l'année suivante, à l'occasion 
de la mort du comte Cavour, il fit entendre 
une grande marche funèbre que l'on dit fort 
belle, et dont la réduction pour piano a paru, 
ainsi que celle de l'hymme à Victor-Emmanuel, 
chez les éditeurs Giudici et Strada. Les mêmes 
éditeurs faisaient paraître, dans le même temps, 
dcuv albums de Luzzi, le Grazie et le Serafe 
Torinese, qui contenaient seize pièces de diffé- 
rents genres : mélodies, hymnes, sérénades, 
airs de danse, et publiaient encore la partition 
d'une ouverture à grand orchestre que Luzzi 
avait fait exécuter en 1857 à l'Académie phil- 
harmonique. Un des critiques les plus compé- 
tents de l'Italie, M. F. d'Arcais, a fait les plus 
grands éloges des deux albums que je viens de 
signaler, disant que les morceaux qui les com- 
posent sont pour la plupart très-remarquables 
et sortent complètement du genre habituel de 
ces sortes de recueils. Luzzi a publié ainsi beau- 
coup de compositions élégantes et légères, pour 
le chant et pour le piano, et il ne s'est adressé 
que rarement au théâtre. Pourtant il a donné 
à Novare, le 7 février 1874, un opéra bouffe 
intitulé Tripilla, et je crois qu'il avait fait re- 
présenter, il y a une douzaine d'années , un 
autre ouvrage du même genre, la Ventola. 
Luigi Luzzi est mort à Stradella le 28 février 
1876. 

* LVOFF (Le général Alexis-Tukodorf), 
est mort le 28 décembre 1870, dans le do- 
maine qu'il possédait dans le gouvernement de 
Kowno. 

LYSBERG (CnAtiLES-SAMUEL lîOVY, dit), 
pianiste et compositeur extrêmement distingué, 
naquit h Genève, le T' mars 1821. 11 était fils 
d'Antoine Bovy, qui, d'abord élève de l'radier, 
devint un de nos graveurs en médailles les plus 
remarquables, et à qui l'on doit, entre autres, 



les belles [médailles de Thalberg, son compa- 
triote, de Liszt et de Paganini. Lysberg com- 
mença l'étude de la musique dans sa ville na^ 
taie; sa famille ayant bientôt reconnu ses ap- 
titudes, l'envoya à Paris terminer son éducation. 
Là, il eut le bonheur d'entrer en relations avec 
Chopin, dont il devint l'élève , et le bonheur 
plus grand encore de ne pas laisser, sous l'in- 
fluence d'un pareil maître, étouffer son tempé- 
rament artistique, très-personnel et très-ori- 
ginal. De ce tempérament et de cette éducation, 
— à laquelle Liszt, qu'il connut aussi à Paris, 
ne fut pas complètement étranger — sortit un 
talent tout particulier, à la fois substantiel, 
savoureux et potti(iue. Comme harmoniste, il 
reçut des leçons de Delaire, l'un des bons élèves 
de Reichn. 

C'est pendant son séjour à Paris que Lys- 
berg publia ses premières œuvres, et c'est par 
crainte d'un jugement fâcheux de la part du 
public qu'il les donna sous ce pseudonyme de 
Lysberg, qui est le nom d'un joli village suisse 
siiué au nord du canton de Berne. (On a dit 
que ce pseudonyme avait été formé avec les 
noms de Liszt de Thalberg. Ceci n'est pas exact. 
Notons en passant que Lysberg n'a jamais 
connu son illustre compatriote.) Mais la révo- 
lution de février effraya le jeune artiste, et le 
fit s'éloigner de Paris pour retourner à Genève. 
Peu de temps après il épousait la fille aînée 
de M. Jean-Louis Fazy, membre du grand con- 
seil de cette ville, puis il devenait professeur 
de piano au Conservatoire, oii il forma une 
longue suite d'excellents élèves. 

Ses travaux de composition ne souffrirent 
pourtant pas de cette situation nouvelle. Retiré 
dans le joli petit village de Dardagny, il mena 
pendant longues années une existence calme et 
douce, particulièrement favorable à la produc- 
tion. Si Lysberg n'avait pas été aussi modeste, 
s'il n'avait pas eu des goûts aussi tranquilles, 
si, comme tant d'autres, il avait eu l'amour des 
voyages et des ovations, il aurait conquis un 
grand nom et serait assurément devenu célèbre. 
Mais il aimait son pays et les siens au delà de 
tout au monde, se plaisait dans un cercle d'amis 
et d'intimes, et, di-pourvu de vanité sinon d'am- 
bition, trouvait dans cette intelligente ville de S 
Genève l'expansion suffisante à ses désirs. Re- 
cherché partout et pir tous, il était accueilli, 
choyé, fêlé d'une fiiçoii fout oxceplionuelle l'n 
de ses grands succès fut lorsqu'il inaugura, 
dans la salle du Casino , une série de soirées 
très-brillantes, dans losipielles il faisait entendre 
non-seulement sa jolie musique de piano, mais 
des chœurs d'un excellent effet, dont il diri- 



LYSBERG 



i39 



geait lui-même l'exécution avec une rare 7naes- 
tria. D'ailleurs il travaillait sans cesse, croyant 
n'avoir jamais assez appris ni assez fait , ce qui 
est le propre des esprits élevés et des grands 
artistes. 

L'œuvre gravé de Lysberg se compose de 
près de cent cinquante morceaux de piano, qui 
se distinguent par un grand sentiment poétique, 
une forme extrêmement soignée, une couleur 
originale, et dans lesquels il semble souvent 
voir passer comme un souflle de Weber ou de 
Chopin, ces deux grands romantiques d'une 
nature si différente. Parmi ses œuvres nom- 
breuses, il en est dont les succès furent écla- 
tants et prolongés : les Études de salon , les 
Romances sans paroles, les Barcarolles , les 
Noclunies, les Valses de salon, les Caprices; 
puis, tous ces morceaux de genre, si avide- 
ment recherchés: la Baladine, le Réveil des 
Oiseaux, la Napolitaine, Tenerezza, Berge- 
ronnette , la Chasse, la Fontaine, la Séré- 
nade du page, le Pas des Archers, vn Soir 
à Venise, V Amazone, le Tic-tac du Moulin, 
Giovinetta, l'Idylle, Romanesca,le Menuet, 
le Rêve d'enfant, la Berceuse, la Molda- 
vienne, la Bourrée, la Voix des Cloches, le 
Chant du Rouet, etc. Enfin, il faut encore citer 
r Absence, sonate romantique, la Marche fu- 



nèbre, une Polonaise brillante, les belles fan- 
taisies sur Fatist et Mireille, les transcriptions 
de Guillaume Tell, de Mignon, d'Hamlet, et 
ses superbes morceaux pour deux pianos sur 
Oberon , Don Juan , Preciosa , le Freischiiti 
et la Flûte enchantée. 

C'est le 15 février 1873 que Lysberg a été 
enlevé aux siens, après une courte maladie. On 
peut presque dire, tant il y était aimé, estimé, 
honoré, que sa perle fut un deuil public pour 
la ville de Genève. Il possédait d'ailleurs non- 
seulement les qualités d'un artiste, mais cellee 
d'un homme de cœur, et un journal de Genève 
lui adressa un éloge complet en disant d& lui 
que « ce grand artiste, fils de ses œuvres, sut 
être à la fois un vrai patriote, un bon citoyen, 
un ami dévoué, enfin un chef de famille consi- 
déré, estimable, et digne de la plus sincère af- 
fection de tous ceux qui ont eu le bonheur 
d'être en relations avec lui. » 

Lysberg avait fait représenter à Genève, en 
1854, un opéra-comique en un acte, la Fille 
du Carillonneur, que le public avait accueilli 
avec faveur, mais sans enthousiasme. Il a laissé 
en manuscrit un certain nombre de morceaux 
qui doivent être publiés prochainement : Bar- 
carolle-Sérénade, Scherzeito alla Mazurka, 
les Bruits des champs, etc. 



M 



MAARSCIIALKEIWVEERD (P...), fac- 
teur d'orgues distingué, est né à Utrecht (Pays- 
Bas) en 1812. Il s'associa d'abord avec un autre 
facteur, M. Sluiting, puis, en 1848, se sépara de 
lui. Parmi les instruments qu'il a construits 
seul, on cite les orgues de la loge Union royale 
à Utreclit, de l'église Saint-Martin de la même 
ville, de l'église catholique de Nieuwkoop, puis 
celles de Harmelein, deHeimskert, deZeyst, de 
Rumpst, etc. 

* MABELLIIM (Teodulo). Cet artiste fort 
distingué, qui occupe à Florence une situation 
exceptionnelle, remplit depuis longues années 
en cette ville les fonctions de maestro concer- 
tatore et de chef d'orchestre du théâtre de la 
Pergola, en môme temps qu'il est professeur de 
contrepoint et de fugue à l'Institut royal de 
musique. Il a formé dans ce dernier établis- 
sement un nombre considérable d'élèves, parmi 
lesquels on cite MM. Emilio Usiglio, Gandolli, 
Pollione Ronzi, G. Palloni, Gialdini, De Champs, 
Felici, Cesare Ciardi, etc. M. Mabellini semble 
avoir renoncé, depuis longtemps déjà, à écrire 
pour le théâtre, mais il n'a pas pour cela cessé 
de composer. A la liste de ses œuvres, que je ne 
saurais compléter, j'ajouterai cependant les sui- 
vantes : lo Spirito di Dante, cantate pour so- 
prano, contralto, ténor et basse, exécutée à 
Florence lors des fêtes célébrées pour le cen- 
tenaire de Dante; /e Antiche Festivilà fioren- 
fine, caaVdle pour soprano et masses chorales, 
exécutée aussi à Florence; Te Deum à 4 voix, 
avec orchestre; Messa da vivo pour soli, 
chœurs et orchestre, etc., etc. 

MACCHl (LuiGi-DAvmE DE), professeur 
et théoricien italien, est l'auteur d'un ouvrage 
élémentaire ijui a obtenu un très-grand succès 
en Italie et dont il a été fait trois éditions. Cet 
ouvrage est ainsi intitulé : Grammatica mu- 
sicale, ovvero Principii teorico-semeioijra- 
fici délia musicn, mctodicamcnte csposti. 
M.deMacchi est directeur et professeur de l'é- 
cole municipale de chant de Turin. 

MAC.EDO (Mancel), composibnir portugais, 
qui vécut à Madrid vers le milieu du XVl' siè- 
cle, a écrit des motels et des Vilhancicos. 

J. DE V. 



MACEDO (Antonio DE. SOUZA DE), 

polygraplie et diplomate portugais du XVll" 
siècle, naquit à Porto en 1606, et mourut 
à Lisbonne en 1682. Ses écrits, qui ont été 
imprimés en Portugal et à l'étranger, sont nom- 
breux, et quelques-uns eurent une très-graude 
vogue en Portugal , surtout son £va e Ave... 
theatro de erudiçâo e philosopkia christd 
(Lisbonne, 1676; la 10'"*' édition en 1766). Les 
chapitres 23 et 24 de la r* partie de cet ouvrage 
ont rapport à la musique; ce qu'il y donne a 
cependant peu de valeur; ses idées sont emprein- 
tes d'un mysticisme qu'il a puisé dans les saintes 
Écritures et qui était fort en vogue en Portugal 
vers la fin du XVir siècle. Les faits histori- 
ques font défaut dans ce livre ; on n'y trouve 
d'intéressant que les faits qui se rattachent au 
roi D. Jean IV {Voy.ce nom) et à Peixoto da Pena. 
Souza de Macedo fut très-protégé par D. Jean IV, 
qui lui confia des affaires d'État fort importan- 
tes ; ses missions à Londres, en Hollande , en 
Suède, etc., rendirent de grands services à la 
dynastie de Bragance,qui venait d'expulser les 
Espagnols (1640). C'est en Suède qu'il découvrit 
(après les plus grands efforts faits dans toute 
l'Europe par ses ambassadeurs et autres ministres, 
ce dont je suis témoin, car à ce sujet moi-même 
j'ai fait bien des recherches), l'autographe du 
Micrologue de Guido d'Arezzo, qui se trouvait 
dans la bibliothèque de la célèbre et malheureuse 
Christine de Suède. D'après Macedo, c'est au roi 
lui-même que revient l'honneur de la découverte 
de ce manuscrit ; cependant, il ne dit pas par 
quels moyens D. Jean IV en apprit l'existence 
dans la Bibliothèque de la reine (1). Souza deMa- 
cedo fut, après la mort de D. Jean IV, ministre 
(.sccrelario de estado) de son (ils Alphonse VI ; 
ses ouvrages portugais (il en a écrit aussi en espa- 
gnol, en latin, etc.) sont estimés comme classi- 
ques. 

J. DE V. 
* MACFARIIEIV (George-Alexandre) , 
l'un des artistes les plus éminents de l'école an- 
glaise contemporaine, est né à Londres le 2 mars 

(1) Voy. pour de plus amples rcnsclgnciuents mon Essai 
sur lecataloçiuc de musique du roi n. feanlf^ (Porto, 
1871, piigc *7-6, et appcn lice, y l-f-'ll]. 



MACFARREN 



Ul 



1813. Fils aîné de George Macfarren, auteur dra- 
matique fécond et connu par de nomtireux et bril- 
lants succès, il reçut sa prennièrc instruction 
artistique dans l'inslilution musicale de C. Lucas^ 
et entra ensuite (1829) à l'Académie royale de 
musique, où il étudia principalement sous Ci- 
priani Potter. Tout en travaillant la composition, 
il s'appliqua à l'étude de divers instruments d'or- 
chestre^ afin d'en bien connaître les effets et les 
moyens pratiques, outre autres le violon et le 
violoncelle, le liautbois, le basson, et surtout le 
trombone, sur lequel il devint un exécutant de 
première force. Il va sans dire qu'il pratiqua aussi 
le piano. 

Sorti de l'Académie après y avoir terminé ses 
étudesj'il y rentraen 1834 comme professeur d'har- 
monie, et c'est dans le cours de la même année 
qu'il inaugura les séances de la Société des Bri- 
iish Musicians, aujourd'hui disparue, par l'exé- 
cution de sa symphonie en fa mineur. En 1838, 
il donne au théâtre du Lyceum son premier ou- 
vrage, VOpéra du diable, dont son père lui avait 
écrit le livret, et qui est bien accueilli; il écrit 
ensuite, à l'occasion du mariage de la reine Vic- 
toria, une cantate, Emblematical Tributs, qui 
est exécutée au théâtre deDrury-Laneen 1841, et 
fait représenter sur la môme scène, en 1846, son 
second opéra, Don Quichotte, dont son père lui 
avait encore fourni le livret, et qui n'obtient 
qn'un succès d'estime. L'année suivante il fait 
un voyage aux États-Unis, et en rapporte un 
nouvel opéra, le Roi Charles II, qu'il fait re- 
présenter avec un grand succès au Princess's 
Théâtre en 1849 et dans lequel miss Louisa Pyne, 
la célèbre cantatrice, fait sa première apparition. 
Viennent ensuite plusieurs cantates : the Sleeper 
a wahened {th. de la Reine, 1850), Lenore, d'a- 
près la ballade de Biirger (Londres, 1853, et fes- 
tival de Birmingham, 1855), Jour de mai (fes- 
tival de Bradford, 1858), dans laquelle l'auteur 
reproduit l'esprit des vieilles mélodies anglaises, 
et Aoel (Société musicale de Londres, 18C0), qui 
se faisait remarquer par la même recherche. 

C'est en cette même année 1860 que M. Mac- 
farren produit au théâtre de la Reine son opéra 
le plus heureux, Robin-Hood, au succès duquel 
ne furent pas étrangers ses excellents interprètes, 
M™* Lemmens-Sherrington, MM. Sims Reeves et 
Stanley. En 18G2, W Aonne Jessy iea (un acte), 
en 1863, the Soldier's Legnly (un acte) et 
Freya's Gift, cantate exécutée au théâtre de 
Covent-Garden pour le mariage du prince de Gal- 
les. Enfin, en 1864, il fait représenter au même 
théâtre She Sloops to conqner (Elle s'humilie 
pour mieux triompher), et Helvellyn, grand 
opéra en 4 actes. 



Mais ces grands travaux scéniques n'empê- 
chaient pas M. Macfarren de produire un grand 
nombre de compositions d'autres genres, et fort 
diverses. C'est ainsi qu'il écrivait successivement 
plusieurs symphonies, beaucoup d'ouvertures 
(the Merchant of Veiiice, Romeo and Juliet, 
Don Carlos, Chevy Chase, Hamlet), un grand 
quintette pour instruments à cordes, 4 qua- 
tuors , un trio pour piano , violon et violon- 
celle, 2 sonates pour piano et violon, 3 sonates 
pour piano .seul. Pour le chant, ses productions 
sont innombrables, et quelques-unes sont deve- 
nues extrêmement populaires; il faut surtout 
citer, parmi ses mélodies vocales, celles écrites 
sur des paroles de Shelley, Walter Scott, Byron, 
Schiller, Henri Heine, ses songs tirés des Idyl- 
les de Tennyson, des Nuits arabes de Lane et 
des poèmes de Kingsley, puis toute une série de 
Shakespeare songs à 4 voix, extraits des 
œuvres dramatiques de Shakespeare, et enfin 
plusieurs centaines d'autres chants, chansons, 
duos, trios, etc., sans compter divers morceaux 
écrits pour des drames non lyriques, la cantate 
Christmas, etc. 

M. Macfarren a aussi beaucoup écrit pour l'é- 
glise, et l'on signale principalement sous ce 
rapport ses 52 Introit pour chaque dimanche de 
l'année, pour lesquels il semble avoir puisé à 
une source d'inspiration vraiment nouvelle. On 
lui doit encore plusieurs oratorios, dont le pre- 
mier, Saint-Jean- Baptiste , fut chanté avec un 
grand succès au festival de Bristol (1373), par 
M°"^^ Lemmens et Paley, MM. Lloyd et Stanley, 
et produit ensuite, avec le même bonheur, à 
Londres, dans diverses villes de province, et jus- 
qu'en Amérique et dans les colonies. Il donna 
ensuite la Résurrection (festival de Birming- 
ham, 30 aoftt 1870), et Joseph, qui excita un 
véritable enthousiasme au festival de Leeds, 
où il fut chanté en 1877 par M"° Emma Albani, 
M"'" Patey et Edith Wynne, MM. Lloyd, Foli 
et Santley. C'est de cet ouvrage qu'un critique 
a dit qu'il était « l'œuvre la plus complète qui 
soit .sortie de la plume du mieux doué et du plu.s 
distingué des musiciens anglais. » Dans le cours 
(le celle dernière année, M. Macfarren faisait 
exécuter au festival de Giascow une jolie can- 
tate, the Lady of the Lake, qui fut fort bien 
accueillie. 

Malgré l'infirmité dont il a été frappé dans la 
plus grande force de sa jeunesse (on sait que 
depuis l'âge de 25 ans environ, il est complète- 
ment aveugle), M. Macferren n'a cessé d'être, 
sous tous les rapports, l'un des musiciens les 
plus actifs, des compositeurs les plus féconds 
de son pays, non-seulement produisant sans 



142 



MACFARIIEN — MACHADO 



cesse des œuvres importantes, mais multipliant 
son enseif^nement et s'occupant même de litté- 
rature musicale. En effet, ce grand artiste, dont 
l'activité semble infatigable, s'est fait connaître 
encore comme écrivain spécial et comme théori- 
cien. Sous ce rapport, on a de lui de remarquable.s 
dissertations crilicpies et analytiques sur la plu- 
part dos oratorios de Hœiulel, sur la messe en 
ré et les symphonies de Beethoven ; de plus, il 
a donné des notices biographiques sur les 'mu- 
siciens célèbres à l'Impérial Dictionary of 
universal biogrophy, et une traduction de l'é- 
crit d'Edouard Devrient : Mes Souvenirs rc- 
laiijs à Mendelssohn-Bartholdy ; il a publié 
des Rudiments of Ifarmouy (1860), et Six 
Lectures on Harmony (1867); il a revu et 
édité les Old English Ditties (Vieilles chan- 
sons anglaises), en 13 volumes (1857-1809), les 
Moore's Irish Mélodies (1859), et les Scotch 
So7igs. Il a, enfin, fait de nombreuses confé- 
rences sur la musique à l'Institution royale, à 
l'Institution de Londres, etc. 

Nommé en 1860 membre du bureau des pro- 
fesseurs de l'Académie royale de musique de 
Londres, en 1868 membre du Comité de direc- 
tion de cette institution, M. Macfarren fut ap- 
pelé, en 1875 , à succéder à William Sterndale 
Bennett comme principal (directeur) de cette 
grande école, en même temps qu'il lui succé- 
dait aussi comme professeur de musique à l'U- 
niversité de Cambridge. M. Macfarren occupe 
aujourd'hui l'une des plus hautes, des plus im- 
portantes et des plus honorables situations mu- 
sicales qui soient en Angleterre. 

MACFAI\REi\(Waltf.u-Ci:cil), chef d'or- 
chestre, pianiste et compositeur, frère du précé- 
dent, est né à Londres le 28 août 1826. D'abord 
enfant de chœur à l'abbaye de Westminster, de 
1836 à 1840, il abandonna pendant deux années 
l'élude de la musique pour se livrer à celle de la 
peinture. Toutefois il revint à la première, et, en 
1842, enira à l'Académie royale domusique, oii il 
devint l'élève de son frère,|de W. II. Holmes et de 
Cipriani Potier. Plus tard, en 1848, il fut nommé 
professeur de piano dans cette institution, puis 
chef de l'orchestre et des chu'iirs (1875). Artiste 
distingué, M. Walter Macfarren a donné pendant 
plusieurs années dés séances de musique de 
chambre qui étaient très-suivies, et, comme chef 
d'orchestre, il a dirigé l'exécution de nombreux 
festivals. En tant que compositeur, on lui doit une 
assez grande quantité de morceaux pour le piano, 
des duos pour piano et violon ou violoncelle, de 
nombreuses romances, des madrigaux, et aussi 
plusieurs ouvertures, parmi lesquelles l'Ouver- 
ture pastorale, qui a été exécutée eu 1878. 



! M. Walter Macfarren a donné une bonne édition 
des œuvres de piano de Mozart et de Beetho- 
ven, et il a publié chez les éditeurs Ahsdown et 
Parry, à Londres, un choix d'œuvres populai- 
res classiques pour le piano {Popïilar classics), 
tirées des plus grands maîtres. Cet artiste fort 
estimable s'est aussi beaucoup occupé de criti- 
que musicale. 

MACHADO (Le P. Dioco-Barbosa), célè- 
bre bibliographe portugais, né à Lisbonne en 
1682, y mourut en 1772 avec le lilre d'abbé de 
Sever (évêché de Porto). Son ouvrage leïplus 
remarquable est la Bibliotheca Lusitann (1), 
où tous les musicographes, depuis Gerber et 
Forkel jusqu'à Fétis et Mendel , ont puisé leurs 
renseignements sur les musiciens portugais an- 
térieurs au tremblement do terre de 1757. Bar- 
bosa Machado prodigue ses éloges à presque 
tous les musiciens dont il parle; il est juste de 
remarquer que l'éducation musicale en Portugal 
était très-soignée jusque vers la fin du règne 
de D. José I, tant dans les couvents que dans 
les séminaires, dans la haute société que dans 
les académies particulières. Domenico Scarlalli 
sous D. Jean V, et David Perez sous D. José I, 
exercèrent une grande infiuence sur l'art au 
XVIIIs siècle, à ce point que .sous la direction 
de Perez l'opéra de Lisbonne devint le premier 
théâtre de l'Europe (2). La dynastie de Bragance, 
suivant les traditions glorieuses de son fondateur 
D. Jean IV, cultivait la musique avec passion; 
tous les membres de la famille de D. Jean V 
étaient des amateurs distingués; l'infante D. 
Maria Barbara (3), plus tard reine d'Espagne 
(femme de Feriiand VI), fut une virtuose ha- 
bile sur le clavecin et l'élève favorite de D. 
Scarlatti, qui lui enseigna aussi la composition 
etiui dédia deux de ses pièces de clavecin ce 
fut elle qui créa à Farinelli sa position excep- 
tionnelle à la cour de Madrid. Il .se peut donc 
qu'il n'y ait rien d'exagéré dans les éloges de 
Machado ; j'ai donné ailleurs (4) une liste de com- 
positeurs portugais qui occupèrent les charges les 
plus élevées aux XVI« et XVIP siècles dans les 
églises d'Espagne. Ces faits, et bien d'aulres, 
prouvent que l'étude do la musi(pie était très- 
sérieusement faite autrefois, et que les compo- 

(1) I,c l*^' voliiniL' pnnit en 1741 (A E) ; le S'"» en 1717 
(F-J); le 3» en Mai cl.-Z) ; le ;• en llot (suppléinenl). 

(2) V, liurney, // (/t'Ht'ra/ liisto)-y of iVuiic,t. IV, p, 
570. 

(;n A'oy. ma bio;ffaphle de cette priiiccise, Jitc musi- 
cal, II"" 40 et 41. 

(4) Le célélire Martini lui dédia aussi sa célèbre Sloria 
delta Miisica (Bologna, I757). I.a reine étant morte lors- 
qu'il publia les deux dcrolc» voluiues, 11 les dédia à d'au- 
tres princes. 



MACIIADO — MACKENZIE 



143 



siteurs dont parle Barbosa Machado étaient vrai- 
ment des artistes reinar(]iiables. Il est à regret- 
ter qu'il ne nous ait pas donné de plus amples 
notices sur la Bibliolhèque de musique du roi 
D. Jean IV, qu'il a vue cerlainemerif , et où il 
aurait trouvé dos documents d'une valeur inesti- 
mable aujourd'hui. C'est Barbosa Machado qui 
a fourni à Moreri ses notices sur les écrivains 
portugais (plus de 300) pour son grand Diction- 
naire (éd. 1725). J. DE V. 

MACHADO (I^APHAEL-CoELHo), musicien 
portugais, naquit en 1814 à Angra do Heroismo 
(Açores), où il se prépara à la carrière ecclésias- 
tique; mais ayant résolu de se vouera la musi- 
que, M. Coelho Machado vint à Lisbonne, où il 
resta jusqu'en 1835. Eu 1838 il partit pour le 
Brésil, où il vit encore. En 1852 et 1853, 
M. Machado fit un voyage en Angleterre et en 
France, pour augmenter ses connaissances musi- 
cales; il revint par l'Espagne en Portugal, et 
retourna au Brésil, où il a su se faire une posi- 
tion honorable. M. Machado a beaucoup écrit, 
dans tous les genres : une cinquantaine de mé- 
lodies brésiliennes, dont plusieurs ont été tra- 
duites en italien ; des chants religieux pour 
l'école (1857) ; 3 Messes j 2 Te Deum ; des canti- 
ques à 2, 3 et 4 voix, avec choeurs, orgue et 
orchestre. Il est aussi l'auteur d'ouvrages didac- 
tiques : \° Méthode de Piano-Forte, etc., Bio 
de Janeiro, 1843 ; 2" Grande Méthode de flûte, 
ibiil, 1843.; 3" Méthode complète de violon, 
ibid. 1853. Tous ces ouvrages sont des compi- 
lations de ceux de Hùnten, de Devienne et Ber- 
biguier, de Carcassi et d'Alard. M. Machado a 
publié enoutre -A^ Principios deMusicapralica, 
etc. (Bio de Janeiro, 1842 ; 5° .4. ^. C. musical, 
etc., ibid., 18'i5; 6° Elémcitlos de escripturaçœ 
musical, Lisbonne, 1852; 7° Brève tratado 
de harmonia, etc., Paris, 1852 ; 8* Methodo de 
orgûo expressivo, etc., Bio de Janeiro, 1854; 
Si'* Methodo de afinar o piano, etc., ibid, 1845; 
il y a de cet ouvrage une seconde édition, à la- 
quelle on a ajouté : Chyrogymnasto daspia- 
nistas (gymnastique des doigts), traduit de l'ou- 
vrage de Martin, iO" Diccionario musical, etc.; 
Rio de Janeiro, 1842; 2""^ éd., 1855. Je me rap- 
pelle avoir vu une 3'"" édition. 

M. Coelho Machado, qui est très-laborieux, a 
publié de 1842 à 1846 un journal musical sous 
ce titre: Ranalhete das Damas (le Bouquet 
des Dames), journal dans lequel il traitait les 
questions relatives à l'esthitique, à la critique et 
à l'histoire de la musique, en les mettant à la 
portée de tout le monde; ce recueil utile, qui 
paraissait deux fois par mois, a cessé de vivre, 
peu de temps après avoir passé dans d'autres | 



mains. La partie qui a été publiée par M. Ma- 
chado ne forme pas moins de 800 pag. in-fol., 
y compris les morceaux de musique de l'auteur. 
M. Machado s'est essayé aussi au théâtre avec 
un ouvrage ayant pour titre : Urania au los 
aniores de um pocta. J. de V. 

MACHADO (Caulos-Maria), compositeur, 
était professeur de musique au séminaire ecclé- 
siastique de Santarem (Portugal). Quoique de 
condition modeste (son père était horloger), il 
reçut cependant une éducation .soignée. On 
louait beaucoup son talent d'improvisation sur le 
piano; il a écrit pour cet instrument une foule de 
bagatelles, qu'on dit avoir du mérite (elles n'ont 
pas été publiées). Il a laissé en manuscrit un 
grand Te Deum dédié au partiarche de Lisbonne 
D. Juilherme, des Liçoès et Matinas pour la se- 
maine sainte, des Matinas de Natal, deux 
Missas et des Novenos de S. Luiz Gonzaga et 
da Conceiçâo etc. Sa musique d'église est peu 
connue, à cause des difficultés de son exécution, 
dit-on; on lui accorde de l'originalité dans 
les idées, mais on lui reproche une recherche 
extrême dans la facture harmonique, qui aboutit 
à la bizarrerie. Machado est.raorten 1865, âgé de 
49 ans; il était né à Santarem en 1816. 

J. DE V. 

MACHADO (César), journaliste portugais, 
est l'auteur d'un livre publié récemment sous ce 
titre : Os Theatros de Lisboa, et dans lequel on 
trouve d'abondants renseignements sur les chan- 
teurs et comédiens portugais de l'époque actuelle. 

MACIî (GuGLiELMo), chef d'orchestre et 
compositeur, ancien élève du Conservatoire de 
Naples, occupait en 1872 les fonctions de chef 
d'orchestre au théâtre italien de Calcutta et fai- 
sait représenter sur ce théâtre un opéra sérieux 
intitulé Giovanna Grey. De retour en Europe, 
il publia chez l'éditeur Vismara divers morceaux 
de piano et de chant, puis, en 1876, repartit 
pour les Indes et se fixa à Calcutta comme pro- 
fesseur. 

iMACKEîVZIE (Alexandre-Campbell), vio- 
loniste et chef d'orchesire, fils de M. Alexandre 
Mackenzie , violoniste et chef d'orchestre du 
théâtre royal d'Edimbourg, est né en cette ville 
le 22 août 1847. A l'âge de dix ans il fut envoyé 
à Sondershausen, où il devint élève du concert- 
meister Ulrich pour le violon, et pour la théo- 
rie de l'art d'Edouard SIein, ami intime de Liszt. 
A 13 ans, il devenait membre de la musique du- 
cale de Sondershausen, et au bout de deux années 
partait pour Londres, où il se faisait admettre à 
l'Académie royale de musique et où il recevait 
des leçons de M. Sainton pour le violon, de M. 
Cliarles Lucas pour la théorie et de Frédéric Bo- 



144 



MACKENZIE ~ MAGAGNINI 



wen Juson pour le piano. 11 retourna cnsuile à 
Edimbourg, où il occupe aujourd'Inii une excel- 
lente position comme professeur, tout en étant 
chef d'orchestre de diverses sociétés musicales 
et eu se faisant entendre parfois comme virtuose 
sur le violon. M. Mackenzie a fait exécuter plu- 
sieurs compositions qui n'ont pas encore été pu- 
bliées, mais qui décèlent un artiste instruit et bien 
doué, entre autres une '< ouverture pour une 
comédie, » une ouverture de Cervantes et un 
Tempo di Ballo pour orchestre. 

* MACRI (l'AOLo). — Voyez MAGRI. 
MACRORY (Edmund), écrivain anglais, a 

publié à Londres, il y a quelques années , un 
opuscule intitulé : Quelques notes sur l'orgue 
d'église'. 11 a été fait deux éditions de cet écrit. 

* MADELAIIXE (Stéi hen DE LA). — 
(Voyez LA MADELAINE (Stéphen DE). 

MADOGLIO (L ), musicien italien 

contemporain, est connu par la composition de 
plusieurs œuvres importantes de musique reli- 
gieuse, parmi lesquelles il faut citer une Messe 
pour deux ténors et basse, avec accompagnement 
d'orgue, et les motets suivants, tous écrits pour 
trois voix avec accompagnement d'orgue ; 3Ia- 
gnificat, Lœfaius sum, Lauda Jérusalem, Nisi 
Doîuinus, Cotifitebor, et Dixit Dominus. 

Un artiste du même nom (j'ignore si c'est le 
même) a écrit, en société avec quelques confrères, 
la musique de deux ou trois ballets, la Siljide a 
Pecchino, il Giocatore, etc. Il a composé, seul, 
celle de trois ouvrages du même genre, Béatrice 
Cenci, ballet héroïque en 6 tableaux, donné au 
théâtre Victor-Emmanuel, de Turin, au mois 
d'aoï'it 1801; Inès, o un Sogno, joué au théâtre 
San-Carlo, de Naples, et Atabalipadegli Incas, 
ovvero Pizzarro alla scoperta délie Indie, re- 
présenté en 1867 sur l'un des théâtres de Gènes. 

MAELZEL (Léonard), frère de Jean-Népo- 
mucèneMaelzel, l'inventeur du métronome, mu- 
sicien comme celui-ci, ne m'est connu que par 
la note suivante, insérée dans la Bibliographie 
musicale de César Gardeton (Paris, 1822) : — 
« M. Léonard Mael/.el, musicien et frère du cé- 
lèbre mécanicien de ce nom, a inventé à Vienne 
un nouvel instrument de musique, d'une grande 
perfection, auquel il a donné provisoirement le 
nom iX Harmonie d'Orphée y à cause de l'effet 
extraordinaire qu'il produit sur les auditeurs. 
Cet instrument a la forme d'une caisse, qui, 
posée horizontalement, présentecinq pieds carrés 
de surface, et trois pieds de profondeur. Les 
touches embrassent cinq octaves; il suffit de les 
toucher légèrement pour en tirer des sons lliltés, 
qui se prolongent aussi longtemps que le doigt ne 
quitte pas la touche, et qui peuvent être renfor- 



cés ou affaiblis à volonté. Il imite surtout parfai- 
tement la voix humaine, et ses sons ne sont pas 
moins mélodieux que ceux de l'harmonica, sans 
être aussi péuétrans. » • - 

MAES (Louis), compositeur belge, a fait 
exécuter le 23 avril 1876, en l'église Saint-Boni- 
face, à Ixelles les-Bruxelles, une messe à'4 voix 
d'hommes, avec accompagnement d'orgue. 

* MAESTRIIVI ( ). — Outre les deux 

ouvrages dramatiques signalés à son nom, ce 
compositeur a écrit encore la musique d'un opéra 
intitulé Zingarella. 

MAGAZZAIil (Gaetano), professeur et 
compositeur italien, né à Bologne vers 1808, a 
publié quelques compositions vocales impor- 
tantes, entre autres un Ave Maria à 3 voix. Son 
nom devint presque célèbre dans sa patrie, lors 
de l'avènement de Pie IX au trône pontifical et de 
l'immense mouvement qui en fut le résultat. On 
se rappelle qu'à cette époque les Italiens croyaient 
avoir trou vé, dans le nouveau pape^ le restauraieur 
et le porte-voix de leurs libertés si longtemps 
exilées; c'est alors que Magazzari écrivit, sous 
l'impression du sentiment général, l'hymme 
devenu rapidement fameux : Scuoii o Roma, la 
polvere ! et ce chant martial résonna bientôt par 
toute l'Italie, passa par toutes les bouches comme 
une sorte de Marseillaise, et valut à son auteur 
une étonnante popularité. Mais au mois d'avril 
1848 survenait la fameuse encyclique qui brisait 
à jamais l'espoir qu'avaient conçu les patriotes, 
l'Hymne à Pie IX était proscrit, et le nom de Ma- 
gazzari retombait dans l'obscurité d'où il était un 
moment sorti. 

Douze ans plus tard, Magazzari voulut en quel- 
que sorte renouveler cet exploit. C'était après la 
guerre de 1859 et l'annexion de la Lombardie au 
Piémont, qui avaient amené la reconstilulion du 
royaume d'Italie. Magazzari mit en musique l'ode 
admirable de Manzoni, il Cinque Maygio , en 
(it une cantate à 4 voix avec accompagnement 
d'orchestre, et fit exécuter cette composition au 
théâtre de la Canobbiana, de Milan, en 1860. 
L'œuvre, paraît-il, était misérable, d'une facture 
informe, et produisit le plus lamentable effet. 
Depuis lors, on n'entendit plus parler de l'ar- 
tiste, (pii passa les dernières années de sa vie 
dans un oubli complet. Magazzari mourut à Rome, 
le 27 mars 1872, âgé de 6i ans, au moment où 
il venait d'obtenir un emploi dont il n'eut même 
pas le temps de prendre jiossession : celui de 
directeur des exercices choraux dans les écoles 
nuuiicipales. 

MA(iAG>JL\l (Giovannini), compositeur 
italien, a fait ses études musicales au Conserva- 
toire de Milau, où il a clé admis au mois de no- 



MAGAGNINI — MAGIMEL 



145 



vembre 1862, et qu'il a quitté au mois d'août 
1869. Il est l'auteur d'un opéra sérieux, Gio- 
vanna di Castiglia, qui a!été joué sur le théâ- 
tre de Carpi le 15 août 1874, et d'un opéra 
bouffe, Osynano, bascià d'Egillo, dont j'ignore 
le lieu et la date de représentation. Cet artiste 
s'est fait connaître aussi par la publication d'un 
certain nombre de mélodies vocales , la Fede, 
Venezia, Giovmetta, il Saluto, iina Jii- 
tnembranza, etc., d'un Ave Maria pour voix de 
baryton et cor obligé avec piano, et de quelques 
morceaux de musique légère pour lejpiano. 

MAGI (Fortuné), est né à Lucques, en Tos- 
cane, le 6 octobre 1839. Il étudia la musique à 
l'Institut public de cette ville, l'harmonie et le 
contrepoint sous la direction de son beau-frère 
M. Puccini. En 1857, ayant fait entendre dans 
sa ville natale une messe à grand orchestre, il 
fut appelé à remplir l'emploi de professeur d'har- 
monie à l'Institut dont il a été parlé ci-dessus, et, 
en 1861, il y succéda à son maître Puccini dans 
les fonctions de professeur de contrepoint ; il 
lui succéda également comme maître de chapelle 
de la cathédrale. En 1872, il obtint la place de 
directeur du dit Institut, mais il la conserva peu 
de temps, et donna sa démission, motivée par 
des changements que les administrateurs vou- 
laient introduire malgré lui dans l'enseignement. 
Il abandonna du même coup la maîtrise et la 
place d'organiste de la ;cathédrale, et alla s'éta- 
blir à Sarzana en Luniziana, pour y occuper la 
même situation ; il y resta, cependant, peu de 
temps, et obtint en 1874 la place de directeur des 
écoles communales de musique de Ferrare. 

M. Magi a composé dans sa jeunesse beaucoup 
de musique d'église, qui révèle une grande faci- 
lité et ne manque pas de mérite, mais dont la 
facture est parfois quelque peu négligée ; mûri 
par l'âge, ainsi que par les études sérieuses aux- 
quelles il s'est livré, ce défaut a disparu dans 
ses dernières compositions, parmi lesquelles nous 
devons une mention spéciale à un Miserere, un 
Christus, et à quelques motets et graduels re- 
marqués à juste titre. On a également de M. Magi 
diverses compositions pour chant avec accompa- 
gnement de piano, quelques symphonies, un 
oratorio à grand orchestre (Esiher) et une can- 
tate {Burlamacchi). M. Magi a en portefeuille 
un opéra-comique, i tre Rivali, un grand opéra, 
l'Onore di una donna, et un traité de contre- 
point et de composition auquel il travaille de- 
puis longtemps et qui promet une œuvre de 
mérite supérieur. M. Magi est membre de l'A- 
cadémie des Philharmoniques de Bologne, mem- 
bre correspondant de l'Académie de l'Institut 
royal de musique de Florence , et maître agrégé 

BIOGR, UMV. DES MUSICIENS. — • SUPPL. ■ 



après examen à l'Académie (ci-devant congréga- 
tion) de Sainte-Cécile de Rome. Cet artiste pos- 
sède toutes les qualités d'un excellent chef d'or- 
chestre, et est en même temps un organiste d'un 
mérite supérieur (1). L,-F. C. 

MAGIMEL (Edmond), amateur distingué, 
né à Paris le 27 mars 1831, s'est appliqué à tra- 
duire pour l'orchestre, avec une rare intelligence, 
ceux des ouvrages des grands maîtres dont le 
caractère lui paraissait le plus propre à ce genre 
de transformation. 

Lors d'une première audition de quelques-unes 
de ces transcriptions (salle Pleyel, 10 mars 1870), 
M. Magimel expliquait en ces termes le but et 
la portée de son travail : « En faisant entendre 
« divers essais d'orchestration d'après les ou- 
« vrages de nos grands maîtres, essais entrepris 
« d'abord uniquement pour notre propre plaisir 
« et notre instruction, nous avons voulu payer 
« un juste tribut d'admiration à des chefs-d'œu- 
« vre dans lesquels la grandeur de la pensée ou 
« le charme du coloris font naître le désir de 
« cette sorte d'agrandissement dans les moyens 
« d'exécution. Que de fois n'avons-nous pas 
« entendu exprimer ce désir ou cette sensation : 
« Pourquoi n'est-ce pas écrit pour l'orches- 
« treP II semble entendre tout un orchestre. 
« Il nous a donc paru que, dans un temps où 
« l'emploi des masses instrumentales prend cha- 
« que Jour plus d'importance et où nous avons 
« vu tant de fois dans nos concerts substituer 
« avec succès l'exécution collective à l'exécution 
« individuelle, ce genre, traité sans doute avec 
« choix et discrétion, pouvait introduire dans no- 
« Ire musique d'orchestre un élément de variété 
« et d'intérêt et en augmenter les richesses. » 

Le programme ainsi annoncé se composait du 
Quatuor avec piano de Mozart, en sol mineur, 
du Largo en ré mineur (1^' Trio, op. 70) de Bee- 
thoven, de la marche en ut pour piano à 4 mains 
du même maître (op. 45), et de la sonate en ré 
pour deux pianos de Mozart. Dès la première 
répétition, l'orchestre, composé de l'élite de la 
Société des concerts, sous l'intelligente direction 
de M. Eug. Sauzay, accueillit de ses plus chaleu- 
reuses sympathies tous ces chefs d'œuvres qui se 
présentaient à lui revêtus des brillantes couleurs 
de la symphonie : jugement autorisé et succès 
légitime que le public confirma pleinemenlle .soir 
du concert. Ce même programme fut exécuté de 
nouveau avec succès le 3 mai 187o. Depuis, diver- 
ses autres auditions du même genre, soit à la salle 

(I) Depn!» que cette notice est écrite, M. Magi a été 
nommé (décembre i8T«j directeur da nourci Institut 
musical de Spezia. — a. v 
T. II. 10 



146 



MAGIMEL — MAGNER 



Pleyel (18 mars' 1873 et 18 avril 1874), soit aux 
concerts Daubé ou dans les salons de la préfecture 
do la Seine, ont mis ces travaux en lumière et pro- 
voqué dans la presse des appréciations générale- 
ment favorables sur cette intéressante entreprise. 
Ce n'est pas cliose nouvelle assurément (jue 
l'orchestration d'une («uvre originairement écrite 
par son auteur dans les conditions d'instrumen- 
tation restreinte-, mais ce genre, cultivé surtout 
en Allemagne, em|)loyé notamment plus d'une 
fois pour l'œuvre de Beethoven (et même de son 
vivant et en quelque sorte sous ses yeux par 
Seyfried, liierey, ISicolaï, etc.), ne s'est le plus 
souvent appliqué en lùance qu'à des ouvrages de 
peu d'étendue; chacun sait pourtant le succès qui 
accueillit dans les concerts l'orchestration pleine 
d'effet adaptée par Berlioz à l'Invitation à la 
valse de Weber ; mais les œuvres de longue 
haleine ont été beaucoup plus rarement l'objet 
de ces sortes de traductions. Et cependant 
plus d'un écrivain spécial, en analysant les 
œuvres de nos maîtres, avait fréquemment cons- 
taté cette sorte de disproportion entre la gran- 
deur de leurs idées et les moyens d'exécution 
dont ils disposaient, souvent aussi réclamé, 
pour les mettre dans toute leur valeur, un coloris 
emprunté à une palette plus riche. Le très- 
intéressant opuscule consacré par M. de Lenz 
aux trois styles de Beethoven est plein de ces 
desiderata. 11 n'est donc pas surprenant que 
l'on ait tenté de les réaliser, et il pourrait 
être à désirer que le public fût mis à même 
d'apprécier la valeur d'une entreprise qui, sans 
rien enlever au répertoire de la musique de 
chambre, tend à accroître et à varier celui de 
la musique d'orchestre, si en faveur aujour- 
d'hui. Indépendamment de quelques autres tra- 
vaux du même genre, M. Magimel a en porte- 
feuille, complètement achevé, Pœuvre entier 
des sept trios de Beethoven pour piano, violon 
et violoncelle. 

* MAGIM (Francesco- Maria). — On a pu- 
blié de cet artiste un recueil de solfèges à 2 voix : 
Solferjgiamcnii a 2 voci, Rome, Mascardi, 1703. 
MAGLlOiNI (GiovACCHLNo), piani.ste, pro- 
fesseur et compositeur italien, né vers 1830 à 
Pontassieve (Toscane), aujourd'hui lixé à Flo- 
rence, est l'auteur d'un drame lyrique intitulé 
Ferruccio, quia été représenté au mois de jan- 
vier I8G3 sur le théâtre Pagliano, de celte ville. 
On lui doit aussi une Messe solennelle à six voix, 
deux chœurs et grand orrhestre, dont la première 
exécution a eu lieu dans l'église San-Gaetano , 
delà même ville^ au mois de novembre ISC.O. 
M. Maglioni s'est fait connaître surtout par la 
publication d'un granil nombre de compositions 



intéressantes pour le piano à 2 et à 4 mains, et 
même pour deux pianos, compositions au nom- 
bre desquelles il faut citer plus de trente sciera, 
et un recueil volumineux divisé en plusieurs sé- 
ries et donné sous ce titre : tes Etoiles. 

MAGNAT (M. l'abbé), est l'auteur des deux 
ouvrages suivants : 1° Méthode pour appren- 
dre le plain-chant, Paris, Jules Vie, 18/5, 
in-8; 2° Panorama de la méthode de plain- 
chant, Paris, Jules Vie, 1875, in-P. 

* MAGi\ELLI (GiusETTE). — A ce que Fétis 
a dit de ce maître, nous croyons pouvoir ajouter 
que dans sa jeunesse il avait été un excellent cla- 
rinettiste, et, par un ensemble de talents qui 
n'est pas commun, un non moins excellent chan- 
teur et professeur de chant. Élevé dans les prin- 
cipes de la grande école de chant italienne, il 
déplorait l'habitude du cri, devenu à la mode , 
vers le milieu du siècle courant, sous le prétexte 
d'expression dramatique. A quelqu'un qui lui 
demandait un jour son opinion sur certains 
artistes de grand renom qui chantaient alors au 
théâtre de la Pergola, à Florence, nous nous 
rappelons lui avoir entendu répondre : — « Oh ! 
certes, ce sont de grands artistes ; mais (ajou- 
tait-il avec son air tant soit peu narquois) ils ont 
raison de se faire payer très-cher, parce qu'en 
chantant comme ils chanteut, on ne dure pas 
longtemps. » 

Outre la messe des morts mentionnée par 
Fétis, Magnelli a laissé une foule de composi- 
tions, pour la plupart dans le genre sacré, toutes 
dignes d'attention et toutes inédites, ce qui est 
d'autant plus fâcheux qu'elles renferment des 
beautés de premier ordre. Lors de la mort de 
cet artiste distingué, tous ses manuscrits furent 
achetés à ses héritiers par le grand-duc de Tos- 
cane Léopold II, et ils sont maintenant conser- 
vés dans la bibliothèque de l'Institut royal de 
musique de Florence (1). L.-F. C. 

MAGNER (CuvRLEs), pianiste, compositeur 
et professeur, a fait, je crois, ses éludes à 
l'École de musique religieuse fondée par Nieder- 
meyer. Maître de chapelle à l'église Saint-Nicolas- 
du-Ghardonnet, au collège Rollin et au Petit- 
Séminaire, il s'est fait connaître par diverses 
compositions religieuses, entre autres une messe 
avec orgue et orchestre qui a été exécutée en 
1874 à Saint-Nicolasdu-Chardonnet, et plusieurs 



(I) M. le docteur Basevl, de Florence, possède plusieurs 
reiivrcs manuscrites de lM;i;,'nL'lll : Mcssaa 3 roci, a cap- 
pella, iS30; lulioilo in nativitatis S. Joannis Battista 
a V, con istrumenti, 1806; Craduale a k,con isirunienti, 
1800. D'.Tpri's une notice écrite par l.ulgi PicehIantI, Ma- 
Riielll serait né non en i'67, comme il a été dit, mais le 
10 mars 1774 -A. P. 



MAGNER — MAHILLON 



147 



motets. M. Magner a écrit aussi un trio pour 
piano , violon et violoncelle, des morceaux de 
genre pour le piano, et quelques mélodies vo- 
cales : Son Nom, le Papillon, l'Ondine et le 
Pêcheur, etc. Enfin, cet artiste a fait représen- 
ter en 1867, au théâtre des Bouffes-Parisiens, 
une opérette en un acte intitulée Khan-ta-lou, 
et en 1873, au théâtre Cluny, un petit ouvrage 
du même genre intitulé un Souvenir. 

MAGIVETTA (Vincenzo), jeune composi- 
teur italien, est l'auteur d'un opéra sérieux inti- 
tulé la Fiammina, qui a étéjoué àNaples, sur 
le théâtre Rossini, le 17 avril 1873. Il a donné 
ensuite, en 1876, sur le théâtre de la Fenice, de 
Ja môme ville, un second ouvrage dramatique qui 
avait pour titre Don Ippazio et qui a été hien 
accueilli. Cet artiste a publié sous ce titre : Ore 
fantastiche, un album de cinq mélodies vocales 
(Naples, Cottrau). 

* MAGNUS (Magnus DEUTZ, dit), avait 
commencé son éducation musicale à Heidelberg, 
sous la direction de Wollveilher, l'un des meil- 
leurs théoriciens de lAilemagne, avant d'entrer 
au Conservatoire de Bruxelles. Malgré ses succès 
dans cet établissement, ses parents voulurent 
Ini faire suivre la carrière commerciale, et le 
placèrent chez un marchand de dentelles; mais 
au 'bout de deux mois le jeune homme prit sa 
volée, et sacrifia tout à ses goûts artistiques. Venu 
à Paris, il s'y livra à l'enseignement et à la com- 
position, et, vers 1852, se fit entendre plusieurs 
fois avec succès au théâtre du Gymnase. Il avait 
fait alors un séjour en Angleterre, mais n'avait 
pu rester dans ce pays, dont le climat était con- 
traire à sa santé. Bientôt il entreprit une grande 
tournée artistique, et visita successivement l'Al- 
lemagne, le Piémont, l'Espagne, ila Russie et 
l'Algérie. Puis il revint s'établir à Paris, qu'il n'a 
plus quitté que de loin en loin pour se livrer à 
quelques excursions artistiques. 

Les compositions de M. Magnus sont nom- 
breuses, et ne s'élèvent guère à moins de deux- 
cents. La plupart sont pour le piano, et voici les 
.titres des plus importantes : 24 Études de genre 
et de style (Gregh); 24| Pièces caractcris- 
tiques (Michaëlis) ; 1" grande Sonate, en ut 
mineur (d'Aubel) ; T grande Sonate, en ré ma- 
jeur (Schœn); 1", 2' et 3* Études de concert 
(Richault) ; Constantinople, grande marche mi- 
litaire (id.); Marche funèbre (Choudens); Polo- 
naise brillante (Leduc) ; Marche russe (id.) ; Ahd- 
El-Kader-Marsch (Mackar); les Feux follets, 
la Danse des Esprits, caprices (Richault); 
Mourez, roses d'amour, les Cloches du soir, 
romances sans paroles (ïd.); Saltarelle (id.); la 
Ronde des sorcières, caprice fantastique (Chou- 



dens); Trois Pastorales : les Plaintes d'un pa- 
ire, les Laitières, Sérénade sur l'eau (Ri- 
chault); Tarentelle (id,); Boléro de salon (id.); 
Chanson polonaise (lleugel) ; Au gré des flots, 
caprice-étude (Leduc); le Carnaval napolitain 
(id.); Un vœu à la Vierge, morceau de genre 
(id.) , etc. Le reste se compose de valses, scho- 
tischs, polkas, mazurkas, galops, fantaisies sur 
des thèmes d'opéras, etc. M. Magnus a publié 
aussi quelques mélodies vocales, et il a composé, 
sur des paroles de M. Bernard Lopez, un opéra 
de salon en un acte, la Toledane, qui a été 
joué en 1874 à Paris, pour l'inauguration de la 
salle Tailhout. Dans ces derniers temps, cet ar- 
tiste a été chargé, au journal le Télégraphe , 
de la rédaction des articles de critique musicale. 

MAGOTTI (A ), musicien italien con- 
temporain, a publié plusieurs morceaux de genre 
pour le piano, entre autres une marche militaire 
intitulée la Croce di Savoia, après quoi il a 
voulu aborder la scène avec un opéra qui avait 
pour titre il Capitano nero. L'essai n'a pas été 
heureux , car cet ouvrage , représenté sur le 
théâtre Brunetti, de Bologne, au mois de mars 
1872, a essuyé une chute complète; L'auteur 
pourtant ne s'est pas découragé, et, après avoir 
remanié sa partition et en avoir changé le titre, 
il l'a reproduite sous celui de l'UUimo Faliero, 
à Castel San Pietro, au mois de juillet 1877. 

* MAGRI (Paolo), compositeur italien, est 
plus connu sous le nom de Macri, parce que, 
comme c'était l'habitude au temps où il vivait, il 
donnait une forme latine à son nom. Né à Bolo- 
gne vers 1534, il apprit la grammaire et le chant 
à l'école de la basilique de San-Petronio, de sa 
ville natale. Toutefois il ne poursuivit pas la car- 
rière ecclésiastique, et c'est comme clerc d'abord, 
puis comme chantre laïque, qu'il fut employé à 
cette église depuis l'année 1550 jusqu'à 1568. II 
devint ensuite professeur à l'Académie des Ar- 
dents, sorte de collège destiné à l'éducation des 
(ils de familles riches de Bologne. On ignore l'é- 
poque de la mort deMagri, dont les deux seules 
œuvres connues sont celles qui ont été signalées 
dans la Biographie universelle des Musiciens 
{Voy. Macri). Il vécut assez vieux cependant, 
puisque .son recueil des Lamentations de Jéré- 
mie est daté de Venise, 1597. 

MAIIILLOIV (Victok), acousticien et ftic- 
teur d'instruments, est né à Bruxelles le 10 mars 
1841. Après avoir fait de très-bonnes études 
musicales .sous la direction de MM. Bosselet fils. 
De Swert, Humblet, Gollc et Bender, il s'appli- 
qua à acquérir la connaissance pratique et théo- 
rique de tous les instruments, et, en 1865, de- 
vint l'associé de son père, directeur d'une impor- 



148 



MAHILLON — MAILLART 



lanle fabrique d'instruments à vent (1); aujour- 
d'hui, et depuis environ dix ans, il est le direc- 
teur effectif de cette maison, où il a fondu un 
journal spécial, l'Écho Musical. 

Secrétaire de la commission du diapason et 
conservateur du Musée instrumental du Conser- 
vatoire de Bruxelles, M. Maliillon s'est occupé de 
travaux d'acoustique, mais en y donnant plus 
d'importance pratique que la plupart de ses con- 
frères, ce qui l'a amené à publier un excellent 
manuel : Éléments d'acoustique musicale et 
instrumentale, comprenant l'examen de la 
construction théorique de tous les instruments 
demusiqueen usage dans l'orchestration mo- 
derne (Bruxelles, Mabillon, 1874, in-S"). Ce li- 
vre est certainement un des meilleurs qui exis- 
tent sur la matière, et j'en connais peu dont les 
explications soient plus claires, plus nettes, plus 
complètes et plus concises; de plus, il est très- 
purement écrit, ce qui ne gâte rien, et ce qui, il 
faut l'avouer, n'est pas absolument commun dans 
l'ordre des idées qui en font l'objet. C'est là un 
excellent traité, appelé à rendre de très-grands 
et très-utiles services. 

M. Mabillon, qui est un esprit aussi pratique 
que distingué, est aussi l'auteur des deux publi- 
cations suivantes : 1° Tableau synoptique de la 
science de C harmonie, indiquant la théorie 
de tous les accords et la loi de leur succession; 
2° Tableau synoptique des voix et de tous les 
instruments de musique employés dans l'ins- 
trumentation moderne des orchestres de sym- 
phonie, d'harmonie et de fanfares, indiquant 
retendue, la position et l'emploi de chacun 
d'eux, la manière de les écrire et les rapports 
qui existent entre eux. 

M. Mabillon a formé, dans la maison qu'il 
dirige avec une rare intelligence, un musée ins- 
trumental excessivement riche, très curieux, et 
précieux pour l'histoire non-seulement de la 
facture, mais de l'art lui-même et de ses trans- 
formations sous le rapport matériel. 

MAK^IK (l'.-X.-J.-G. DE), musicien fran- 
çais, né vers le milieu du dix-huitième siècle, 
a publié à Paris, chez Pleyel, en 1802, un re- 
cueil de Canons à 3, 4 t't 5 voix, avec accom- 
pagnement de lyre ou guitare. Un journal du 
temps disait, en annonçant cette publication : — 
■ Ces canons, au nond)re de 40, sont en général 
d'un chant facile et agréable; on peut justement 
les recommander. » Je n'ai pu découvrir aucun 
autre renseignement sur cet artiste. 

* MAILLi^UT (Lotis, dit Aimk), était le 
plus jeune des trois fils d'un honorable comédien 

(i) M. Mahillon pure est né à Bruxelles, le 3 novembre 
1813. ^:... 



de province, qui, après avoir abandonné la 
carrière théâtrale proprement dite, était venu 
fonder à Paris une agence d'affaires dramati- 
ques. L'alné de ces trois fils (mort eu 1869), 
avait succédé à son père dans la direction de cet 
établissement, tandis que le second, après avoir 
passé quelques années au théâtre des Variétés, 
devenait sociétaire de la Comédie-Française, où 
il tint pendant vingt ans, conjointement avec 
MM. Brindeau et Leroux, l'emploi des jeunes pre- 
miers. 

Après avoir fait de très-bonnes études au Con- 
servatoire, après avoir remporté le premier 
grand prix à l'Institut, Maillart, plus heureux 
que la plupart des lauréats du concours de Rome, 
eut la chance de se voir ouvrir la carrière pres- 
que à son retour d'Italie, et le bonheur de débu- 
ter au théâtre par un succès retentissant et in- 
contesté. Son Gastibelza, donné par lui à 
l'Opéra-Nalional pour l'ouverture de ce théâtre, 
fondé et dirigé par Adolphe Adam, fut accueilli 
par le public et par la critique avec la plus grande 
faveur. Cette faveur était d'ailleurs justifiée par 
de rares qualités : dans ce premier ouvrage, où 
l'on ne trouvait pour ainsi dire pas trace d'hési- 
tation, le jeune musicien avait fait preuve d'élan, 
de passion, d'un grand sens des exigences et des 
nécessités scéniques, et du premier coup il se 
posait en maître à venir, bien qu'âgé de trente 
ans à peine. Si sa santé eût été meilleure, et s'il 
eût été d'une nature plus laborieuse, peut-être 
fùl-il devenu célèbre, car il montra dans le cours 
de sa carrière, on peut le dire, des aptitudes et 
des facultés presque exceptionnelles. Malheureu- 
sement, il était d'un tempérament maladif et sem- 
blait totalement dépourvu d'ambition, de sorte 
qu'il travaillait peu et seulement à ses heures, 
n'étant aiguillonné ni par le besoin ni par le dé- 
sir de briller. C'est ce qui fait que son bagage 
théâtral ne se compose que d'un petit nombre 
d'ouvrages, bien que les directeurs de nos scènes 
lyriques se montrassent toujours heureux d'ac- 
cueillir le compositeur. 

C'estainsiquedelafinde 1847 à lafindel860, 
c'est-à-dire dans un espace de treize ans, iln e 
livra au public que cinq opéras ; Gastibelza, le 
Moulin des Tilleuls, la Croix de Marie, les 
Dragons de Villars et les Pécheurs de Catane 
(nous ne parlons pas de deux cantates, l'une, la 
Voix sacrée, exécutée au Théâtre-Lyrique le 25 
juin 1859, l'autre, le 15 Août, chantée à l'Opéra 
le 15 août 18C0); mais de ces cinq opéras, le pre- 
mier, Gastibelza, obtint un brillant succès, tan- 
dis qu'un autre, les Dragons de Villars, aussi- 
tôt traduit en Allemagne, où il fait partie du 
réperloire courant des grands théâtres, procurait 



MAILLART — MAILLY 



149 



à son auteur une renommée européenne. Son 
dernier ouvrage, Lara, donné à l'Opéra-Comi- 
que en 1864, fut aussi l'un de ceux qui obtin- 
rent le plus de retentissement ; il était joué pour 
les rôles principaux par MM. Montaubry, Gour- 
din et M""' Galli-Marié, et il valut à cette der- 
nière artiste, qui s'y montrait sous les traits du 
jeune page Kaled, un véritable triomphe. Le 
public fut unanime à apprécier les belles pages 
qui émaillaient la partition, le souffle puissant et 
vigoureux qui planait sur elle, la poésie dont elle 
était empreinte. 

Maillart était un musicien d'une nature assez 
analogue à celle de M. Verdi -. inégal et fougueux 
parfois, mais dramatique et.inspiré, il avait ses 
élans de passion intense, ses sursauts un peu 
désordonnés; mais il était plus varié, plus sou- 
ple dans son inspiration scénique, il possédait la 
tendresse, presque inconnue au maître italien, et 
lui était singulièrement supérieur dans l'art de 
manier l'orchestre. Aussi peut-on s'étonner 
qu'avec ses qualités particulières, avec son 
tempérament si vigoureux, et en dépit de cer- 
taines vulgarités de slyle, il n'ait point abordé 
la grande scène de l'Opéra, où les ailes de sa 
muse puissante auraient pu prendre leur pleine 
envergure. Quoiqu'il en soit, il reste un musi- 
cien remarquable, n'ayant point fait assez 
sans doute pour acquérir la gloire, mais ayant 
produit suffisamment pour affirmer un ta- 
lent réel, mâle, parfois élevé', souvent original, 
et d'une inspiration à la fois poétique et savou- 
reuse. Malheureusement, et comme je l'ai dit 
plus haut, sa modestie naturelle, jointe à une 
position de fortune qui, sans être considérable, 
le mettait du moins à l'abri du besoin et ne l'o- 
bligeait point au travail, ont privé peut-être la 
France de quelques œuvres plus remarquables 
encore que celles qui ont si avantageusement 
fait connaître son nom. 

Maillart n'a rien publié, rien produit, que je 
sache, en dehors du théâtre. Souffrant depuis 
plusieurs années déjà, il se trouvait à Bruxelles 
au mois de février 1871, et, à la suite des événe- 
ments lugubres qui signalèrent à Paris la fin du 
mois de mars, il partit pour Moulins (Allier), 
où il allait demander l'hospitalité à l'un de ses 
meilleurs et de ses plus intimes amis, M. le doc- 
teur Chomel. C'est là qu'il est mort, vers le 20 
mai 1871, ayant à peine depuis deux mois accom- 
pM sa cinquante-quatrième année. 

MAILLY (Jean-Alphonse-Ernest), né à 
Bruxelles le 27 novembre 1833, est professeur 
d'orgue au Conservatoire de cette ville, où il a 
fait toutes ses études. Il attribue sou goût pour 
l'orgue et son talent d'organiste aux excellentes 



leçons de Christian Girschner, le véritable fonda- 
teur de la célèbre école d'orgue de la capitale 
belge, qui a compté parmi ses disciples Jacques 
Lemmens, son élève et successeur, et Alphonse 
Mailly, le chef actuel de l'école. 

Encore enfant, Mailly obtint, en raison de sa 
grande facilité de lecture, la place de pianiste- 
accompagnateur au théâtre de la Monnaie, tan- 
dis que le charme de ses improvisations le faisait 
choisir comme organiste titulaire de l'église de 
Saint-Joseph. 

Nommé professeur de piano au Conservatoire 
de Bruxelles en octobre 1861, il occupa cette 
position jusqu'en septembre 1869, date de sa 
nomination en qualité de professeur d'orgue au 
même établissement. Depuis, Mailly a accepté 
la place d'organiste à l'église des Carmes. 

En mars 1858, Mailly s'est fait entendre pour 
la première fois à Paris, sur le grand orgue de 
Saint-Vincent de Paul. Il fut l'objet du plus sym- 
pathique accueil, et quelques jours après, Hector 
Berlioz le citait {Journal des Débats) comme 
l'un des plus savants virtuoses que l'art moderne 
du graud orgue ait produits. Ses succès constants 
lui ont valu d'innombrables engagements pour 
les inaugurations d'instruments nouveaux : Ams- 
terdam, Tourcoing, Bordeaux, Douai, Berg-op- 
Zoom, Roubaix, Charleville, Mézières, etc., etc. 
Presque toutes les villes de la Belgique ont eu 
l'occasion de l'apprécier en ces circonstances. 

En 1871, sur, la proposition de Fétis, Mailly 
fut nommé le représentant de la Belgique à la 
grande Exposition internationale de Kensington 
(Londres). Après une séance où le virtuose-com- 
positeur belge avait fait entendre sa r« sonate, 
déjà popularisée en Angleterre par M. E. Best, 
et sa grande fantaisie en ut mineur,, il fut l'objet 
d'un double rappel, ovation sans précédents pour 
les séances de ce genre. Peu de temps après 
son retour, Mailly était nommé chevalier de 
l'ordre de Léopold. Enfin, plus récemment, 
Mailly a retrouvé à Amsterdam, au Palais de 
l'Industrie, sur le bel orgue de Cavaillé-Coll, 
le môme succès retentissant. Le maître ne 
pouvant, à cause de sa position à Bruxelles, faire 
que de fugitives apparitions dans la riche cité 
batave, on lui a demandé de désigner un de ses 
élèves, qui, sur sa proposition, a été nommé 
organiste titulaire. 

Longue serait la liste de tous ' les jeunes 
artistes sortis de l'école d'orgue de Mailly, et 
qui ont fait pénétrer jusque dans les villages 
belges les excellentes traditions du maître. Citons 
MM. Paul Trillat, organiste de la Primatiale de 
Lyon; Macs, organiste du palais de l'Industrie 
d'Amsterdam ; Wouters, organiste et maître de 



150 



MAILLY — MAJO 



cliapelle à lYglise Saint-Nicolas à Bruxelles ; De 
Pauw, organiste de l'église Saint- Boniface à 
Ixclios; Rosoor, organiste de la cathédrale de 
Tournai; Vastersavendls, organiste de l'église de 
Tilburg (Hollande). Indépendamment de sa classe 
au Conservatoire, Mailly a ouvert un cours d'or- 
gue libre, où beaucoup d'organistes étrangers se 
sont fait inscrire. 

Cet artiste remarquable n'a encore publié 
qu'un très-petit nombie de ses compositions : 
Sonate pour orgue, op. 1, Bruxelles, Scliolt; 2 
Prières pour orgue, op. 2, id,, id.; 6 Morceaux 
caractéristiques pour harmonium, op. 3, id., id.. 
Parmi ses œuvres encore inédites, nous citerons 
les suivantes : 4 Petites pièces pour piano ; So- 
nate en fa majeur, pour orgue; Sérénade pour 
flûte, violon, violoncelle, orgue et piano; Sonate 
en ut mineur pour piano; 6 Morceaux de genre 
pour orgue-Mustel ; Fantaisie en iht mineur 
pour orgue (exécutée par l'auteur à l'Albert-hall, 
de Londres); Trio en la majeur pour piano, vio- 
lon et violoncelle; Recueil de pièces dans tous les 
styles, pour piano; 10 Petites pièces pour orgue; 
Duettino pour orgue et piano; Motets à 1, 2, 3 
et 4 voix, avec accompagnement d'orgue ; Mélo- 
dies pour soprano, ténor et basse; Chorals di- 
vers. F. D. 

* MAINVIELLE-FODOR. - Voyez 
FODOIl (Madame Joséi-iiine MAIN- 
VIELLE-). 

* MAINZER (L'abbé Josepu). A la liste des 
écrits de cet artiste laborieux, il faut ajouter 
le suivant : Musical Alhenxum or nature 
and art, music an musiciam in Germany, 
France, llaly , ami other parts of Europe 
(Londres, I8i2, un fort volume in-8°). Mainzer 
avait été le collaborateur du journal le Monde 
dramatique. 

MAISTIÎE (Mnx^ la baronne DE), compo- 
siteur amateur, s'est fait connaître par un cer- 
tain nombre d'œuvres de musique religieuse, 
entre autres un Stabat Mater qui a été favora- 
blement accueilli lors de son exécution publi- 
que. Elle avait écrit plusieurs opéras , mais ne 
put jamais, malgré ses désirs et ses efforts, 
réussir h en faire représenter un seul sur l'une 
des scènes l)ri(|ues de Paris. Voyant qu'elle ne 
pouvait décidément se produire en France comme 
compositeur dramatique, M""' de Maistre conçut 
la pensée de faire joui'r un de ses ouvrages en 
Belgique, et en effet, le. 14 mars 1870, le théâ- 
tre de la Monnaie, de Bruxelles, donnait la 
première représentation d'un opéra-comique 
en deux actes et trois tableaux , les Kovs. 
salhas, écrit par elle et qui fut reçu d'une façon 
(latteusc par le public. Elle avait encore en por- 



tefeuille deux œuvres plus importantes, deux 
grands drames lyriques, dont l'un avait pour 
titre Ninive, et l'autre Cléopâlre; mais elle n'eut 
guère le loisir de s'en occuper. M'"* de Maistre 
perdit une de ses filles, qu'elle adorait, et le 
chagrin qu'elle en conçut altéra profondément 
sa santé. Elle alla se retirer alors dans un riche 
domaine qu'elle possédait aux Cocques, près de 
Cannes, mais ses jours étaient comptés, et 
c'est là qu'elle mourut, au mois de juin 1875. 
MAJO ( ), musicien italien du dix- 
neuvième siècle, est l'auteur d'un opéra bouffe 
intitulé Maltia l'invaUdo. 

* MAJO (Joseph DE). Cet artiste ne s'oc- 
cupa pas seulement de musique d'église, et 
aborda le théâtre au moins par deux fois. J'ai 
pu m'en convaincre par la vue de deux livrets 
d'opéras bouffes sur lesquels son nom est inscrit 
comme compositeur. Ces deux ouvrages ont été 
représentés à Naples, sur le théâtre des Fioren- 
tini, le premier, lo Finto Laccheo, en 1725, le 
second, lo Vecchio Avaro, en 1727. 

* MAJO (Jean-François DE), célèbre com- 
positeur napolitain du dix-huitième siècle, 
mourut certainement avant 1774 , date fixée 
par tous les biographes comme celle de sa fin 
prématurée. M. Francesco Florimo en a donné 
la preuve dans son livre sur les Conservatoires 
de Naples. 

On sait quecet artiste avait été chargé , en 

1770, d'écrire un opéra intitulé Eumene, et 
que, vu le mauvais état de sa santé, il n'en put 
achever que le premier acte. Or, voici ce que 
dit à ce sujet M. Florimo : — « Nous avons dans 
les archives du Collège royal (Conservatoire de 
Naples) le livret de l Eumene imprimé à Na- 
ples en 1771 comme opéra à représenter au 
théâtre royal de Naples le 20 janvier de cette 
année, et voici ce qu'on y lit : « La musique 
« du premier acte est de feu Gianfrancesco 
(c de Majo, organiste de la Chapelle royale de 
« Naples; celle du second acte est de M. Gia- 
« como Insanguine, <lit Monopoli; et celle du 
« troisième acte de M. Pasquale Errichelli, tous 
n maîtres de chapelle napolitains. » De telle 
sorte que tout au commencement de l'année 

1771 , le nom de De Majo était accompagné du 
moi feu. On ne peut donc croire que, vivant 
encore, il eiU tranquillement toléré une aussi 
fâcheuse qualification. D'autre part, on lit encore 
dans le même livret : « Ij Eumene, très-heu- 
n reux drame représenté dans beaucoup de 
« parties de notre Italie, et spécialement sur 
« ce thcâlre royal, va nouvellement, en cet 
« heureux jour (l'annivensaire de la naissance 
« du roi Charles III) , paraître sur la même 



MAJO — MALIPIERO 



151 



« scène. » II ressort donc de ces documents , 
qui ne peuvent être mis en doute, non-seule- 
ment qu'au commencement de 1771 De Majo 
était mort , mais qu'il l'était déjà depuis quel- 
que temps... Il nous semble donc logique de 
placer la date de la mort de De Majo à l'automne 
de 1770. >i 

A la liste des œuvres de ce compositeur, 
dont la carrière aurait été ainsi brisée à l'âge 
de vingt-cinq ans, il faut ajouter : 1° Astrea 
Placata, composition dramatique en 2 actes 
(Naples, th. San Carlo, 1760); 2° Gesù sotto il 
peso délia Crocc , « action sacrée » (Naples, 
1764); 3° la Gara délie Grazie, cantate. 

MALANDAli\E ( ), compositeur 

anglais, est l'auteur de quelques petits opéras 
qui ont été représentés sur des scènes secon- 
daires de Londres, non sans un certain succès : 
1° le Moulin hanté; 2" Secret d'amour; 
3° Sylvia ou la Fleur de la forêt (New-Royally- 
Theatre, février 1866); 4° Paquita, etc. 

MALASCHIÎIIV( ), compositeur russe, 

a fait exécuter sous sa direction, le 19 avril 
1872, dans un concert donné au théâtre impé- 
rial de Saint-Pétersbourg, une symplionie des- 
criptive en cinq parties, intitulée la Vie des ar- 
tistes. 

* MALETTI (Jean DE), ou plutôt Jehan 
MALLETY, obtint en 1578, au concours du 
puy de musique d'Èvreux, le prix du luth 
d'argent pour une chanson française : Veii la 
douleur. 

MALGOÇKI (Fr ), pianiste et compo- 
siteur polonais, né dans la première moitié du 
dix-neuvième siècle, était fixé vers 1840 à Var- 
sovie , oii il se livrait à l'enseignement tout eu 
s'occupant de travaux sérieux de composition. 
On lui doit plusieurs ouvertures de concert, des 
Polonaises à grand orchestre, un certain nombre 
d'œuvres de musique religieuse qui furent sou- 
vent exécutées à Czerniakow, près V^arsovie, et 
enfin la musique d'une petite pièce de Bogus- 
lawski, intitulée Pod Strychem (Sous les Com- 
bles). Cet artiste mourut jeune, en 1844. 

MALHERBE (Michel), compositeur, était 
maître des enfants de chœur de la cathédrale 
de Coutances en 1582. C'est en cette même 
année qu'il prit part au concours du puy de 
musique d'Évreux, où il se vit décerner le prix 
de la harpe d'argent pour le motet : Heu mihï 
Domine ! 

* MALIBRAN (Marie-Félicité). Voici les 
titres de quelques écrits dont cette admirable 
artiste a été l'objet, et qui n'ont pas été men- 
tionnés dans la Biographie universelle des 
Musiciens : 1° A Maria Malibran, odi (Na- 



ples, tip. Rusconi, 1832, in-l2 de 25 pp.); 2° A 
Maria Malibran, per la sua rappresen- 
tazione ilelVOM\o in S. Carlo (S. I. n. d. 
[Naples], in-16 de 15 pp.); r In morte delta 
célèbre Maria Malibran de liériot (Brus- 
selles, 1830, in- 8°); 4° La Malibran, anec- 
doctes, par Jules Bertrand (Paris, librairie du 
Petit Journal, 18G4,in-12 avec portrait). Le 17 
mars 1837, on exécutait au théâtre de la Scala, 
de Milan, une cantate funèbre : In morte di 
Maria Malibran, dont les vers étaient dus au 
poète Piazza, et dont la musique avait été écrite 
par Coppola, Donizetti, Mercadante, Pacini et 
Vaccaj. 

MALÏIAO (Le P. Francisco-Raphael da 
SILVEIR.'V), prédicateur distingué qui a joui 
d'une grande réputation en Portugal, a aussi com- 
posé des motets, des litanies à la Vierge, des vil- 
hancicos, etc., qui n'ont pas été publiés. J. da 
Silva {Dicc. bibliographico, T. IIl,p.41) donne la 
liste de ses ouvrages littéraires. Malhào était né 
à Obidos, près de Lisbonne, en 1794, et vivait 
encore en 1859. J'ignore la date exacte de sa 
mort. 

J. DE V. 

* MALIBRAN (Alexandre), est mort à Pa- 
ris, le 13 mai 1867. En 1864, cet artiste quittait 
l'Allemagnepour la Belgique, et fondait à Bruxelles 
le Monde musical, journal dont l'existence re- 
posait sur une combinaison économique particu- 
lière. L'année suivante, cette affaire ayant avorté, 
il revint à Paris et essaya d'organiser, dans la 
salle du théâtre de la Gaîté, des concerts popu- 
laires à l'instar de ceux que M. Pasdeloup avait 
créés au Cirque Napoléon; mais l'orchestre qu'il 
avait recruté, mécontent de ses procédés, l'aban- 
donna pour aller au Cirque des Champs-Elysées 
continuer la campagne sous le titre de Société 
philharmonique de Paris. Malibran est mort à 
Boulogne (Seine), dans un état précaire. Il avait 
collaboré jadis au journal le Luth français. 

La femme de cet artiste, née Marie-Louise Per- 
ret, fille d'un violoniste de province, avait vu le 
jour à Moulins, et, pianiste fort distinguée, par- 
tagea les premiers succès de son mari comme 
virtuose. Elle est morte à Paris, pendant le siège 
de cette ville, le 8 janvier 1871, laissant orphe- 
line une jeune fille de quinze ans. 

* MALIPIERO (François). Cet artiste est 
l'auteur de deux opéras sérieux, dont l'un, inti- 
tulé Alberigo da Romano , fut joué pour la pre- 
mière fois à Venise en 184r) el reproduit dans la 
même ville en 1809, et dont l'autic avait pour 
titre Linda d'Ispahan. Il a encore donné à Ve- 
nise, sur le théâtre de la I^enice, on 1851, un 
drame lyrique intitulé Fernando Cortez. On a 



152 



MALIPIERO — MALUOT 



publié de ce compositeur plusieurs ni<^lodies à 
une ou plusieurs voix , ainsi qu'une grande can- 
tate : A Rossini, pour chœur d'horaines et de 
femmes. 

MALLET ( ), compositeur, qui vivait au 

commencement du dixliuilième siècle, a écrit la 
musique de l'Impromptu de Nistnes, pastorale 
en un acte qui fut représentée à Nîmes, chez le 
marquis de Maillebois, le 9 décembre 1714. 

MALLliVGER (Mademoiselle), chanteuse 
dramatique fort remarquable, est née à Agram 
vers 1846. Elle fut élève, dit-on, d'un corniste de 
Vienne nommé Lévy, qui donnait des leçons de 
chant, et qui fut aussi le maître de M™'^ Pauline 
Lucca. Elle débuta en 1866 à Munich, dans 
Norma, avec un très-grand succès, et on lui 
prédit dès-lors une carrière des plus briHantes. 
Après deux années passées à Munich, où elle se 
fait constammentapplaudir, et où elle donne sur- 
tout la mesure de son talent dramatique dans les 
Maîtres chanteurs de Nuremberg , de M. Ri- 
chard Wagner, elle va se faire entendre à Dresde, 
dans Lohengrin, excite un véritable eulbou- 
siasme, puis se rend à Leipzig. En 1869, elle est à 
Mannheim, en 1870 à Weimar, puis, en 1872, elle 
va chanter l'opéra italien à Saint-Pétersbourg; 
mais ceci n'était pas son fait, et cette courte cam- 
pagne italienne lui fut peu profitable. 

Tout en se faisant entendre dans diverses villes, 
M'''^ Mailinger avait débuté en 1869 à l'Opéra royal 
de Berlin, et de prime abord elle avait conquis 
toutes les faveurs du public. Elle continua d'ap- 
partenir à ce théâtre, ce qui ne l'empêcha pas de 
se produire sur d'autres scènes importantes, par- 
ticulièrement à l'Opéra impérial de Vienne, où 
elle obtint de Irès-grands succès en 1875. Dès 
1868, un critique la jugeait ainsi : « Il est 
regrettable que le volume de la voix de M"^ Mai- 
linger, très-assouplie et très-sympathique d'ail- 
leurs, ne soit pas en rapport avec ses autres 
qualités lyriques et dramatiques. M"" Mailinger 
possède tout ce qu'une grande artiste peut avoir 
de style, d'intelligence, de passion, et le jeu chez 
elle est à la hauteur du chant. » 

M'"' Mailinger se distingue en effet par un 
rare sens .scènique , une grande profondeur de 
sentiment et une puissance pathétique incontes- 
table. Aussi est-elle relativement médiocre dans 
les rôles légers ou de demi-caractère, qu'elle 
aborde rarement, et doit-elle sa rnagnifique ré- 
putation à ceux du grand répertoire dramati- 
que, et surtout aux ouvrages de M. Richard 
Wagner. Elle semble d'ailleurs née pour le théâ- 
tre, auquel conviennent merveilleusement ses 
qualités physiques. Sa physionomie est expres- 
sive, sa beauté remarquable, et la grâce, aussi 



bien J'que la distinction , réside dans toute sa 
personne. Les ouvrages qui composent le ré- 
pertoire de M'"' Mailinger .sont Norma, les Hu- 
guenots, les Noces de Figaro, Jessonda, Jean 
de Paris, les Maîtres chanteurs, Lohengrin, 
Tannhàiiser, le Freischutz, le Philtre, le 
Trouvère, l'Elisire d'atnore, Euryanthe, 
Faust, Bornéo et Juliette, etc. 

Depuis plusieurs années , M"« Mailinger est 
devenue M'"* la baronne de Schimmelfennig von 
der Ove, mais elle a toujours conservé au 
théâtre le nom sous lequel elle s'était fait 
connaître. 

MALLIOT (Antoine-Louis), chanteur, corn-- 
positeur, professeur et critique musical , naquit à 
Lyon le 30 août 1812. Son père, l'un des deux 
Inventeurs de la combinaison métallique connue 
sou le nom de viaïUechort, et qui fut ruiné en 
voulant l'exploiter, ne pouvant lui faire continuer 
les études d'architecte qu'il lui avait fait com- 
mencer, le Jeune Maillot embrassa la carrière 
musicale, pour laquelle il avait un goût inné ; 
il suivit d'abord un cours de méloplaste , pro- 
fessé à Lyon par Edouard Jue, puis, étant 
venu à Paris en 1832, entra à l'école de Cho- 
ron. Mais celui-ci étant mort en 1834, il se 
fit admettre au Conservatoire, dans la classe 
de Garaudé pour le solfège, et dans celle de Ban- 
derai! pour le chant. 

Malliot était pauvre, et avait besoin de ga- 
gner sa vie. Dès 1835 il aborde le théâtre, et 
se produit successivement comme ténor à 
Nancy, Metz, Lille, Lyon, Bruxelles et Rouen, 
partout se trouvant bien accueilli. Pourtant sa 
voix était faible, et la scène le fatiguait. En 
1843, après huit ans d'exercice, il abandonnait 
la carrière dramatique et se fixait à Rouen 
comme professeur de chant; sa méthode était 
bonne, s'il faut s'en rapporter aux résultats, 
puisque, au milieu de ses nombreux élèves, on 
dislingue deux artistes hors ligne, qui ont eu 
leurs beaux jours à l'Opéra : M. Poultier et 
M""" Julienne Dejean. 

Cependant son ambition était plus haute, et 
il cherchait de nouveaux débouchés à son acti- 
vité intelligente. Bientôt il devint collaborateur 
du Mémorial de Rouen (1846), puis du Nou- 
velliste, qui succéda à celui-ci, et dans lequel, 
pendant vingt ans, il n'a cessé d'exercer les 
fonctions de critique musical. Mais il briguait 
aussi les succès du compositeur, et publia un 
certain nombre de romances et mélodies distin- 
guées : Marie, Charles-Quint, les Petits Bon- 
heurs, la Coupe, les Vrais Plaisirs, Nuit 
d'orage. Perle de Basée... Cela ne lui suf- 
fisait pas, et il voulait faire des opéras. Sen- 



MALLIOT — MAMMI 



153 



tant que son éducation était restée incomplète, 
il s'adressa à Amédée Méreaux, son confrère, du 
Journal de Botten, musicien bien connu et 
justement estimé , et suivit avec lui un cours 
d'harmonie; puis il se mit à écrire pour la scène, 
et fit représenter à Rouen, au Théâtre-des-Arts, 
le 6 décembre 1857, un grand opéra en trois 
actes, la Vendéenne, paroles de IM. Frédéric 
Deschamps, qui obtint un grand succès, fui re- 
pris deux ans après avec un acte ajouté, obtint 
plus de trente représentations , fut joué aussi à 
Toulouse et à Lyon, et l'eût été à Paris, au 
Théâtre-Lyrique, sans ime circonstance parti- 
culière qui empêcha sa mise à la scène. En no- 
vembre 1861, il donna sur le même théâtre la 
Truffomanie, opéra-bouffe en un acte, paroles 
de M. Ch, Letellier, qui réussit aussi complète- 
ment. 

Pendant ce temps, il n'abandonnait pas ses 
travaux de critique, et , polémiste vigoureux et 
judicieux, multipliait, au contraire, en même 
temps que ses articles de journaux , des publi- 
cations fort utiles et d'une importance tonte 
particulière, dont voici les titres : La Musiqtie au 
Théâtre (Paris, Amyot, 1863, in-12), livre dont 
le point de départ était tout à fait neuf, qui lit 
faire un grand pas à la question delà liberté théâ- 
trale et provoqua, dit-on, par le retentissement 
que les idées qui y étaient contenues obtinrent 
dans la presse parisienne, le décret du 6 jan- 
vier 1864; — Le Nouveau Régime des théâ- 
tres dans les départements (Rouen, impr. 
Lapierre, mai 1865, in-12); — Institut Boiel- 
dieu ; création dhm Conservatoire de musi- 
que à Rouen, projet présenté à M. VerdrcI, 
maire de Rouen (mai 1866, in-S") , brochure 
dans laquelle Malliot reprenait en soiis-œuvre 
une idée émise en 1793 par Boieldieu, et dont, 
le premier, il avait retrouvé la trace; — 
Deuxième Pétition ati Sénat; Fondation des 
Théâtres impériaux et des Conservatoires de 
la province (Paris, Amyot, janvier 1866, in-8°) ; 
— Institut Boieldieu ; création d'un Conser- 
vatoire de musique à Rouen; appendice 
(Rouen, impr. Lapierre, 1867, in-S"). Ces di- 
verses publications, le talent de leur auteur et 
les idées ingénieuses qu'elles renfermaient, l'é- 
nergie avec laquelle il défendait celles-ci dans 
une feuille spéciale de Paris, la France musi- 
cale, avaient créé à Malliot une situation uni- 
que en province, en ce sens qu'il exerçait, 
même à Paris, pour ce qui se rapportait aux 
questions soulevées par lui , une influence intel- 
lectuelle véritable. Cet excellent homme, cet 
artiste convaincu , intelligent et zélé, mourut à 
Rouen, à la suite d'une dyspepsie, après dix 



mois de souffrances, le 5 avril 1867. Rbuen lui 
fit des funérailles splendides, témoignant, par 
les honneurs inusités qu'elle lui rendait, de l'es- 
time qu'elle faisait de son talent et de son carac- 
tère, et le récompensant en quelque sorte du 
lustre qu'il avait jeté sur sa patrie d'adoption. 
Le Conseil municipal, voulant rendre un hom- 
mage public à sa mémoire, vota une somme de 
2,000 francs pour l'achat de la partition à or- 
chestre manuscrite de son opéra la Vetidéenne, 
qui fut déposée dans la bibliothèque de la ville. 

MALO (Charles), chef d'orchestre et com- 
positeur, né à Boulogne-sur-Mer le 29 juillet 
1835, a commencé son éducation artistique à 
l'école de musique de cette ville, puis est venu 
à Paris, où il a travaillé le violon avec M. Alard. 
Après avoir voyagé pendant deux ans comme 
chef d'orchestre de la troupe que M"" Déjazet 
dirigeait en province, M. Malo remplit les mêmes 
fonctions au théâtre du Gymnase, de Marseille 
(1859), puisa Paris, au théâtre Déjazet (1862), 
et enfin entra en la même qualité au café-concert 
de l'Eldorado (1869), qu'il n'a pas quitté depuis. 

Cet artiste, dont les facultés sont au-dessus 
de la situation qu'il occupe, et qui avait étudié 
l'harmonie avec Carulli, a écrit près de 200 ro- 
mances, chansons ou scènes dramatiques, dont 
la plupart ont été exécutées dans les cafés-con- 
certs et qui sont supérieures aux productions 
ordinaires du genre; je citerai particulièrement 
celles qui ont pour titre la Dernière Grisette, 
une Tombe dans les blés, le Rire de Rabelais, 
le Lever du soleil, Morts pour le pays. Tu 
ne m'aimais pas, V Appel au combat, etc. Il 
est aussi l'auteur des opérettes suivantes : un 
Amour au village (Marseille, th. du Gymnase), 
Monsieur tout-blanc (Eldorado), Ne touchez 
pas à V arène (id.), un Mariage au flageolet 
(i(l.), Bataille de Bossus (id.), la Revanche de 
Marguerite (id.). 

MALVAUX ( ), compositeur, qui 

paraît avoir vécu dans le milieu du dix-huitième 
siècle, a publié la partition d'une canfatille à 
voix seule, intitulée les Vœux exaucés (Paris, 
l'auteur, in-f"). 

MALVEZZI (Cristoforo) , musicien dis- 
tingué, né à Lucques vers le milieu du seizième 
siècle, fut le maître du grand compo.'îiteur 
Jacques Péri. Maître de chapelle de la cour du 
grand-duc de Toscane, il habita Florence pen- 
dant longues années. Il ne reste aucune trace 
aujourd'hui des compositions de cet artiste. 

MAMMI (Antonio), compositeur, né h Mo- 
dène, a fait exécuter au théâtre de cette ville 
plusieurs ouvertures, et y a fait représenter, le 
25 janvier 1845, un opéra sérieux intitulé 



154 



MAMMI — MANDL 



Zaira, écrit par lui sur le texte de Felice Ro- 
mani. Quoique cet ouvraj^e ait été bien ac- 
cueilli, l'auteur, peu d'années après, abandonna 
la musique pour embrasser une autre carrière. 

* MANCHICOURT (Pierre). Deux chan- 
sons de cet artiste ont trouvé place dans le re- 
cueil divisé eu six livres que Pierre Pbalèse 
publia à Louvain en 1555-1556, et dont le pre- 
mier parut sous ce titre -. Premier livre des 
chamous à quatre parties nouvellement 
composez (sic) et mises en musique, convena- 
bles tant aux instrumenta comme à la voix 
(Louvain. 1555, in-4''). 

MAiVCIAELLI (Liici), compositeur ita- 
lien contemporain, né à Orvielo le 5 février 
1848, a publié plusieurs albums de mélodies 
à une ou deux voix, entre autres un recueil de 
5 pièces intitulé un'Ora di musica, et deux de 
8 pièces qui portent pour titres, un'Eslate a 
Perugia et Al Chiaro di luna. On lui doit 
aussi quelques morceaux de piano, soit origi- 
naux, soit écrits sur des thènoes d'opéras cé- 
lèbres. Aujourd'hui chef d'orchestre au théâtre 
Apollo, de Rome, cet artiste a écrit en 1877 
pour un drame de M. Pietro Cossa, Cleopatra, 
représenté en cette ville, des intermèdes sjm- 
phoniques qui ont été accueillis avec un véri- 
table enthousiasme. — Un de ses frères, M. Ma- 
rina Mancinelli, né comme lui à Orvieto, le 16 
juin 1842, occupe les fonctions de chef d'orchestre 
au théâtre Pagliano, de Florence. Un autre, 
dont j'ignore le nom, est aussi musicien. 

* MA1\CII\1 (François), compositeur italien, 
né à Naples en 1674, mourut en cette ville en 
1739. Il avait été, au Conservatoire de Santa- 
Maria di Loreto, élève de Francesco Durante. A 
la liste de ses œuvres, il faut ajouter : Quante 
pêne fai provar, cantate, avec basse ; Torna 
cara e mi consola, id. ; Tantovola intorno 
al lume, id.; Son cosi cosi geloso, cantate 
pour soprano, avec basse ; Sérénade pour voix 
de soprano, avec basse; Magnificat à 4 voix, 
en ré majeur, avec violons, alto et basse. 

La bibliothèque du Conservatoire possède de 
cet artiste un Traité manuscrit qui porte ce 
titre : Jiegole o vero Toccate di studio, del sig. 
abb.Fran. Mancini (1695, in-4''oblong de 160 
pages). C'est simplement une suite de basses 
chiffrées. 

MANCINI ( ), compositeur italien, a 

fait représenter en 1869, sur le théâtre de Cin- 
goli, unopi'ra sérieux intitulé Chatterton. 

* MAXDAIVICI (l'i.vciDo). Aux ouvrages 
dramatiques portés au nom de ce compositeur, 
il faut joindre un opéra semi-sérieux intitulé 
Griselda. Parmi ses œuvres de musique rcli- j 



gieuse , je citerai une messe pour deux ténors 
et basse, avec chœur et accompagnement d'or- 
gue, et une composition à laquelle il a donné ce 
titre : Deux fugues en une {Cum sancto Spi- 
rito). Mandanici est encore l'auteur d'une grande 
cantate : A Gioacchino Rossini, qui a été pu- 
bliée par l'éditeur Ricordi, de Milan. Des nom- 
breux ballets écrits par lui, je ne puis citer que 
deux, Romanoff, ballet héroïque représenté 
vers 1837 et qui contenait, dit-on, une marche 
très-originale et d'un grand effet, et V Ombra di 
Tziwen, qui fut représenté à la Scala, de Milan, 
en 1840. — Quoique le nom de Mandanici soit 
aujourd'hui bien oublié, ceux de ses compatriotes 
qui sont au courant de l'histoire de l'art musi- 
cal en Italie pendant la première moitié du dix- 
neuvième siècle le considèrent comme un artiste 
d'une valeur réelle , d'un talent charmant et 
plein de grâce. La date de sa mort est, non le 
5, mais le 6 juin 1852. 

MANDL (Louis), médecin distingué et phy- 
siologiste éminent, est né à Pesth en 1812. Après 
avoir fait ses études à l'université de Vienne et 
s'être fait recevoir docteur en médecine dans sa 
ville natale en 1836, il vint se fixer à Paris à la 
fin de celte même année, se fit presque aussitôt 
naturaliser Français, et fut reçu docteur à la 
Faculté en 1842. Collaborateur de la Gazette 
médicale de Paris, des Archives générales 
de médecine, de l'Union médicale, de la 
Gazette hebdomadaire de médecine et de 
chirurgie, auteur d'ouvrages importants et ré- 
putés, il a contribué d'une façon considérable, 
par ses écrits, par ses cours à l'École pratique, 
à répandre l'application médicale du microscoi)e 
en France. Dilettante passionné en même temps 
que praticien consommé, M. MandI, qui a fait 
de son salon le rendez-vous de tout ce que Paris 
compte d'artistes célèbres ou distingués, a (ini 
par se faire une spécialité des soins à donner 
aux maladies des organes vocaux; depuis une 
vingtaine d'années, il s'est voué particulièrement 
à cette étude, grâce surtout à l'emploi du laryn- 
goscope, appareil précieux, perfectionné et vul- 
garisé par G/.ermak, et il est pas.sé maître dans 
l'art <Ic déterminer et de traiter ces maladies. 
Il a publié sur ce sujet un livre excellent : Traité 
prnii'pie des maladies du larynx et du pha- 
rynx (Paris, Baillière, 1872, in-S"), écrit avec 
une remarquable clarté et une rare élégance,et qui 
résume l'ensemble de ses recherches, de ses 
travaux ot de ses découvertes dans cet ordre 
d'idées. On ne saurait troj) recommander ce 
livre à ceux que ces questions intéressent, car 
il est peu de lectures aussi instructives, aussi 
utiles, aussi profitables sous tous les rapports. 



MANDL — MANFROGE 



155 



M. Maadl a publié encore un livre fort utile : 
Hygiène de la voix parlée ou chantée (Paris, 
Baillière, 1872, in-8), ainsi qu'un opuscule ainsi in- 
titulé : De la fatigue de la voix dans ses rap- 
ports avec le mode de respiration (Paris, 
1855, in-8). Depuis 1872, cet excellent profes- 
seur est chargé, au Conservatoire de Paris, d'un 
cours d'hygiène de la voix. 

MANEIVÏ (FiîA.Nçois), compositeur espa- 
gnol, est né à Mahon (île de Minorque), le 22 
juin 1827. Dès l'âge de cinq ans il commençait 
l'étude de la musique sous la direction d'un 
maître de chapelle qui lui enseigna successive- 
ment le solfège, le piano, l'harmonie et la com- 
position, et de sept à quatorze ans il tint la partie 
de flûte à l'orchestre du théâtre de sa ville 
natale. Il avait à peine douze ans lorsqu'il com- 
mença à écrire quelques morceaux de nuisique 
de danse, et en 1842 il se voyait confier l'emploi 
d'organiste à l'église Saint-François. En 1845, il 
alla s'établir à Barcelone pour y terminer son 
éducation, entra peu de temps après en qualité 
de contrebasse à l'orchestre du théâtre du Lycée, 
et ne quitta cet emploi qu'en 1851 pour prendre 
celui de maître de chapelle à l'église San-Jaime, 
Le service de cette chapelle lui donna l'occasion 
d'écrire beaucoup de musique religieuse, et 
l'on compte parmi ses œuvres en ce genre 25 
messes, dont plusieurs avec orchestre, deux 
Stabat Mater, des Miserere, des saluts, des 
rosaires, des litanies, etc. 

M. Manent a voulu aussi s'occuper de musique 
dramatique. Devenu chef d'orchestre du Cirque 
de Barcelone, il a fait représenter à ce théâtre, 
aussi bien qu'à celui du Lycée, une dizaine de 
zarzuelas qui paraissent avoir été bien accueil- 
lies du public. Voici les titres de celles qui sont 
venues à ma connaissance : X" la Tapada del 
Retiro (Lycée, 1853) ; 2° Très para una (1853) ; 
3° Gualtiero de Monzonis (3 actes. Lycée, 23 
mai 1857); 4° Maria (un acte. Lycée, août 1866); 
5° El Convidato di pietra (3 actes, Cirque, 
1875); 6° lo Pou de la Veriiad (Cirque). 
M. Manent a écrit encore la musique de plu- 
sieurs ballets qui ont été représentés au théâtre 
du Lycée : el Carnaval de Venecia, Apolo, la 
Contrabandista de rumba , la Perla de 
Oriente, etc. Enfin il a publié une telle quantité 
de'musique vocale rt instrumentale, que le nom- 
bre total de ses œuvres ne s'élève pas aujour- 
d'hui, dit-on, à moins de 250. 

* MAIXFREDI (Philippe). M. Cerù, qui 
doit être bien informé au sujet de cet artiste, 
puisque celui-ci était Lucquois, affirme, dans ses 
Cenni storici delVinsegnamento delta musica 
in Lucca, que Manfredi, après être allé en 



Espagne avec Boccherini, revint dans sa ville 
natale en 1773, et qu'il y continua l'exercice de 
de son art jusqu'au 12 juillet 1777, époque de 
sà mort. M. Cerù rectifie aussi la date de la 
naissance de Manfredi, qu'il fixe à l'année 1729. 

MANFREDIjVI ( Élisabetta ) , cantatrice 
italienne renommée, naquit à Bologne en 1790. 
Elle se consacra de bonne heure à l'étude du 
chant dramatique , et se produisit pour la pre- 
mière fois en public, sur le théâtre communal de 
sa ville natale, en 1809, dans un opéra de Pa- 
vesi. Ses compatriotes l'accueillirent avec une 
faveur marquée, et la jeune artiste fournit une 
carrière brillante et prolongée. Sa voix de so- 
prano était d'une qualité superbe, et dirigée avec 
un goût exquis; on reprochait seulement à la 
cantatrice de manquer d'expression, et d'apporter 
un peu de lourdeur dans sa vocalisation. Néan- 
moins les compositeurs travaillèrent beaucoup 
pour elle, et, entre autres, Rossini écrivit à son 
intention les rôles importants de deux de ses 
opéras : Ciro in Babilonia et Adélaïde di 
Borgogna. En 1827, la Manfredini était à Venise, 
mais, quoique jeune encore, sa voix avait perdu 
de son éclat, et elle ne retrouvait plus ses succès 
d'autrefois. J'ignore l'époque de la mort de cette 
artiste. 

* iVIANFROCE (Nicol\-Antonio), compo- 
siteur italien, naquit à Palmi (et non à Palma), 
dans la Calabre méridionale, le 20 février 1791. 
La vie de cet artiste, mort si jeune en promet- 
tant à sa patrie l'un des plus beaux génies 
qu'elle eût jamais possédés, ne laisse pa.ç que 
d'offrir des particularités intéressantes. Dans 
son livre sur l'école musicale napolitaine , 
M. Francesco Fiorimo, renseigné directement par 
un contemporain de Manfroce, Alessandro Per- 
rella , alors vice-recteur du Conservatoire de 
San-Sebastiano , a rapporté quelques détails 
qu'il ne me paraît pas inutile de reproduire ici, 
et que je vais traduire textuellement. 

Manfroce comptait encore au nombre des 
élèves de ce Coii.';ervafoire lorsqu'il alla donner 
à Rome son opéra d'Alzira, et l'immense succès 
obtenu par cet ouvrage ne l'empêcha point de 
venir reprendre modestement sa place sur les 
bancs de l'école. « Sa santé mal affermie , dit 
alors son biographe, commença à s'altérer sen- 
siblement. Lui, certain de devenir quelque chose 
de grand dans l'art, donnait tout son temps à 
l'application et à l'étude, au lieu de penser sérieu- 
sement à se soigner, comme tous le lui conseil- 
laient, et de vivre tranquille, à l'abri de toute 
émotion , de quelque nature qu'elle fût. 

« Mais la fatale sentence de sa fin prochaine 
était écrite. Dévoré par la fièvre de l'art, il prit 



156 



MANFROCE — MÂNGIN 



l'engagement d'écrire, pour le théâtre royal San- 
Carlo, un opéra sérieux intitulé Ecuba. Son 
travail avançait en même temps que progressait 
le mal qui le conduisait an tombeau, et tandis 
que les médecins désespéraient de sa guérison , 
il écrivit les derniers morceaux de son opéra, 
qui fut représenté au théâtre San-Cario pendant 
l'hiver de 1813. Le succès qu'il obtint fut véri- 
tablement de l'enthousiasme, et presque à cha- 
que morceau le public voulait revoir le maestro 
sur la scène pour l'applaudir et le fêter. Plus 
heureux que Pergolèse, qui n'eut point la conso- 
lation d'entendre exécuter son Stabat, ses forces 
débiles lui permirent d'assister à plusieurs repré- 
sentations de son Ecuba, et de goûter l'inex- 
primable joie non-seulement du triomphe, mais 
d'une récompense extraordinaire ; car le minis- 
tre de l'intérieur et de l'instruction publique, 
Giuseppe Zurlo, faisait savoir à l'administration 
du Conservatoire que S. M. le roi avait, sur la 
caisse royale, accordé une pension à Manfroce, 
afin qu'il pût aller voyager à l'étranger et se 
perfectionner encore dans l'art où il avait dé- 
buté d'une façon si extraordinaire, La reine 
alors régnante, Caroline Murât, qui assistait à 
la représentation de VEctiba, envoya, celle-ci 
terminée, complimenter le compositeur et lui 
exprimer ses sincères félicitations pour le bril- 
lant succès qu'il avait obtenu; et elle devait 
réellement en être satisfaite, car à peine eut-elle 
su que la santé de Manfroce était en péril, elle 
fit réunir une consultation des premiers méde- 
cins de la capitale et pourvut, à ses frais, à tout 
ce qui pouvait être nécessaire pour conjurer et 
arrêter le mal. Il fut décidé par les professeurs 
de la faculté, le célèbre Colugno en tête, que le 
malade irait respirer l'air salubre et balsamique 
de Pozzuoli, comme le plus doux et le plus pro- 
pice pour les maladies pulmonaires, au moins 
le plus elficace pour en diminuer les souf- 
frances. 

« Malheureusement , il ne retira de cet air 
aucun avantage ; au contraire, le mal était telle- 
ment avancé que la fièvre qui le consumait n'en 
devint que plus ardente, et qu'il dut en toute 
hâte retourner à >'aples et rentrer dans ce col- 
lège de San-Sebastiano, qu'il considérait comme 
une seconde maison paternelle. Là, entouré de 

ses affectueux compagnons qui l'adoraient , 

il rendit le dernier soupir; si quelque consolation 
pouvait lui être accordée en ce moment suprême, 
c'était certainement celle de se voir environné 
de ces chers jeunes gens, qui, touchés de son 
malheur, pleuraient à chaudes larmes sa fin 
prochaine. Avec une grande résignation et un 
calme impossible à décrire , donnant le dernier 



adieu à ces compagnons adorés qui, agenouillés 
auprès de son lit, priaient pour lui, et les re- 
merciant des soins affectueux qu'ils lui avaient 
prodigués, il s'éteignit avant d'avoir accompli sa 
vingt-troisième année, à l'aurore de la vie , et 
alors qu'il avait à peine commencé à donner les 
premiers fruits de son génie... Le 9 juillet 1813, 
jour de sa mort, fut un jour de véritable deuil 
pour la ville de Naples, et sa perte fut pleurée 
par tous. Les élèves du collège, avec le signe du 
deuil au bras, la douleur dans le cœur, la tristesse 
sur le visage, l'accompagnèrent à sa dernière de- 
meure, conduits par les professeurs, recteur, 
vice-recteur et gouverneurs de l'établissement. 
Il fut enterré dans l'église même de San-Sebas- 
tiano, après la célébration d'une messe funèbre 
dirigée par son premier maître Giacomo Tritto 
et exécutée par les professeurs et fous les élèves 
du collège, auxquels s'étaient joints les artistes 
les plus distingués de Naples, qui s'étaient gra- 
cieusement offerts.... (1). » 

MANGEAIVT (Sylvain), chef d'orchestre 
et violoniste, né vers 1828, fut admis jeune au 
Conservatoire de Paris, et obtint un accessit do 
violon au concours de 1847. Peu de temps après, 
il devint deuxième, puis premier chef d'orchestre 
au Théâtre-Historique, et remplit ensuite les 
mêmes fonctions à la Gaité, et enfin au Palais- 
Royal. M. Mangeant écrivit pour ce dernier théà' 
tre un certain nombre de jolis airs de vaudeville, 
et il fit représenter les opérettes suivantes : la 
Eeckerche de l'inconnu, un acte, Folies-Nou- 
velles, vers 1858 ; Tu ne Vauras pas, Nicolas, 
un acte, Palais-Royal, 1859 ; Dnnaé et sa bonne, 
un acte, Palais-Royal, 1862 (1). A la suite de 
l'annexion du comté de Nice et de la Savoie à 
la France, M. Mangeant écrivit aussi unecaulate, 
la Savoie française, qui fut exécutée sur ce 
théâtre le 14 juin 1860. Deux ou trois ans après, 
cet artiste partit pour Saint-Pétersbourg, où il 
était chargé de la direction de l'orchestre du 
Théâtre-Français, emploi qu'il occupe encore au- 
jourd'hui. 

MAIVGIN, est le nom d'une famille de musi- 
ciens qui vivait dans la Brie au XVII« et au XVIII» 
siède. Dans son écrit: Aote sur quelques vuisi- 
ciens dans la Brie, M. Th. Lhuillier donne les dé- 



(0 La mnnlclpalUé de Palnil, ville n.itale de ManTioce, 
a déclflé, par une délibération en date du 10 Juin 1855, 
que la rue qui portait alors le nom de rue des Murailles 
prendrait a l'avenir celui de rue Manfroce. 

(Il II faut encore citer la Poularde de C'oMr,opércltc en 
un acte représentée aussi au Palais-Royal, et dont 
M. Mangeant écrivit la musique en société avec 
MM. nazUle, Clapisson, Gautier, Gevaert, Jonas et Fer- 
dinand Polte. .... 



MANGIN — MANNA 



157 



tails suivants sur cette famille d'artistes. « Dans 
une famille du bourg de Milry, qui a fourni un 
architecte estimé, Charles Mangin, le construc- 
teur de l'ancienne halle aux hlés de Paris, la 
musique avait longtemps été en honneur. Les 
Mangin étaient artistes de père en fils, et, sans 
que leur renommée s'étendît au delà d'un mo- 
deste rayon, plusieurs d'entre eux eussent pu 
figurer sur une plus vaste scène. A la fin du 
XV 11'= siècle, Charles Mangin touchait les orgues 
que l'église de Mitry tenait de la libéralité de 
Richelieu, un instant possesseur du château de 
liois-le-Vicomte ; l'un de ses fils, son élève, fut 
choisi à la suite d'un concours comme organiste 
de Notre-Dame de la Victoire, près Senlis. Un 
autre, Pierre Mangin, organiste de Mitry en 1721, 
père de l'architecte, avait épousé la sœur du 
libraire Lottin. Quelques années plus tard f 1735- 
40) on retrouve Etienne Mangin, organiste à Joi- 
guy, François Mangin, facteur d'orgues à Troyes, 
et Catherine Mangin, qui épousa Etienne Royer, 
organiste à Brie-Cointe-Robert. Un membre de 
celte famille, Éléonor Mangin , avait eu l'hon- 
neur d'ôlre admis dans la musique de la cham- 
bre de Louis XIV, après avoir fait partie de celle 
de Philippe d'Orléans. » 

MAIXGIN (EugèneÉdocard), pianiste, com- 
positeur, chef d'orchestre et professeur, direc- 
teur du Conservatoire de Lyon, est né à Paris 
le 9 décembre 1837. Admis au conservatoire de 
celte ville, comme élève de M. Mozin pour le 
solfège et de M. Marinontel pour le piano, il y 
remporta le premier prix de solfège en 1850, et 
le premier second prix de piano eu 1863; il en- 
tra ensuite dans une classe d'harmonie el ac- 
compagnement, et obtint, pour cette partie de 
ses études, un second accessit en 1856, le pre- 
mier en 1857, et le premier prix en 1858. 
Nommé répétiteur dans l'école dont il avait été 
l'élève, M. Mangin devint, en 1860, professeur 
de chant dans les écoles municipales de Paris, 
puis chef du chant et ensuite chef d'orchestre 
au Théâtre-Lyrique. A la même époque il se vit 
couronné plusieurs fois dans des concours ou- 
verts par la ville de Paris pour des composi- 
tions chorales. 

En 1871, M. Mangin fut engagé pour remplir 
l'emploi de chef d'orchestre au Grand-Théâtre 
de Lyon, et conserva ces fonctions jusqu'en 
1873. Dès son arrivée en cette ville, il songea 
à mettre à exécution un projet qui jusqu'alors 
n'avait pu aboutir, celui de la fondation d'un 
Conservatoire. La municipalité manquait des 
fonds nécessaires à cette création, et il fallait, 
dans une telle situation, une certaine abnéga- 
tion à un artiste pour passer outre, et un certain 



courage pour venir à bout des difficultés. 
M. Mangin sut se plier à tout pour attacher son 
nom à une œuvre artistique aussi honorable. 
Nommé directeur du nouveau Conservatoire par 
un arrêté municipal en date du 24 mai 1872, 
M. Mangin sut grouper autour de lui un cer- 
lain nombre de professeurs, qui, ainsi que lui, 
mettaient gratuitement leur temps et leur talent 
au service de l'école qui se fondait. Ces profes- 
seurs étaient MM. Mangin pour l'harmonie, 
Ribes (chant), Féret (opéra- comique), G. d'Hé- 
rou (étude des rôles), Cherbianc (violon), Bau- 
mann (violoncelle), Ritter (flûte), Renaud (cla- 
rinette), Fargues (hautbois), etc. 

Le Conservatoire de Lyon fut ouvert à l'en- 
seignement le 8 octobre 1872, et au bout de 
dix-huit mois seulement, la municipalité lyon- 
naise trouva les ressources nécessaires pour 
organiser le traitement du directeur et des pro- 
fesseurs qui s'étaient dévoués avec tant de dé- 
sintéressement. Par arrêté ministériel en date 
du 2 avril 1874, le Conservatoire de Lyon re- 
cevait le titre de succursale du conservatoire 
de Paris. Dès sa première année d'exercice, 
cet établissement donnait l'instruction musicale 
à 312 élèves; il en comptait 358 en 1873, 395 
en 1874, 415 ^en 1875, 530 en 1876, et 647 en 
1877. Ces excellents résultais sont dus à l'ini- 
tiative, au dévouement et à l'intelligence de 
M. Mangin, qui est un artiste fort distingué et 
digne des plus vifs encouragements. 

♦MANGOLD (WiuiELM), ex-maître de 
chapelle du grand-duc de Hesse-Darmstadt, est 
mort à Darmstadt au mois d'août 1875. 

* MANNA (Gennauo). Les compositions 
religieuses de cet artiste comprennent : 2 messes, 
dont une à 5 voix avec accompagnement instru- 
mental ; des psaumes; un motet à 5 voix avec 
accompagnement instrumental ; une Pastorale à 4 
voix ; une Cantate sacrée à 4 voix, avec chœurs et 
divers instruments; entin, deux morceaux à 2 
voix de soprano et contralto pour la nuit de Noël. 

MANNA (Rlggero), compositeur, était le 
fils de la célèbre cantatrice Carolina Bassi, et 
naquit à Trieste le 6 avril 1808. Il commença 
l'étude du piano avec son oncle maternel, Ladislao 
Bassi, et, suivant sa mère dans toutes les villes 
oii elle allait chanter, ressentit de bonne heure 
une grande passion pour la musique. Depuis 
l'âge de dix ans jusqu'à douze, il fut mis en pen- 
sion à Milan, et prit des leçons de piano de 
Vincenzo Lavigna. A cette époque il commençait 
déjà à composer, et Meyerbeer ayant examiné 
un petit morceau qu'il veuciit d'écrire, conseilla 
à sa mère , qui allait passer une saison à Bo- 
logne, de le confier aux soins du P. Mattei. L'en- 



1^8 



MANNA — MANZAROS 



fant entra en effet au Lycée musical <ie Bologne, 
y étudia le piano avec Donelli, le contrepoint 
avec le P. Matlei, et <it de tels progrès qu'après 
un au et demi d'études, il écrivit une messe à 
trois voix et orchestre et en dirigea l'exécution. 
A quinze ans et demi, il fut reçu à l'Académie 
des Philiiarmoniques de Hoiogne, après avoir 
subi un examen rigoureux et bien que les rè- 
glements exigeassent l'âge de vingt ans pour l'ad- 
mission des membres. Sa mère étant devenue 
veuve, puis ayant abandonné la carrière du 
théâtre, proposa à Manna de lui faire faire un 
voyage à Vienne, afin de lui donner la facilité de 
connaître et d'étudier la musique allemande. Le 
jeune artiste accepta avec joie, et passa en effet 
deux ans et demi dans cette ville, où il (it la 
connaissance d'un grand nombre d'artistes dis- 
tingués, Gyrowetz, Eibler, Weigl, Czerny, Merk, 
Mayseder, Stadler, etc. Pendant son séjour dans 
la capitale de l'Autriche, Manna composa et fit 
exécuter un Stabat Mater (1832), publia un 
recueil de six ariettes italiennes pour voix de 
soprano, et écrivit encore, outre une messe de 
Requiem à 4 voix avec orchestre, un opéra 
intitulé Francesca da Rimini, qui ne fut ja- 
mais représenté. A la fin de l'année 1832, Manna 
étant retourné à Trieste, sa ville natale, y fit 
jouer un opéra sérieux, Jacopo di Valenza, et 
accepta ensuite les fonctions de maestro con- 
certatore au théâtre. Au mois de mars 1835, 
l'emploi de maître de chapelle de la cathédrale 
de Crémone lui ayant été offert, il partit pour 
cette ville où il fixa définitivement sa résidence, 
et où il remplit aussi, par la suite, les fonctions 
de directeur de la musique au théâtre. Manna 
est mort à Crémone le 14 mai 1864, à l'âge de 
56 ans. Il ne s'en était éloigné momentanément 
que pour faire représenter deux opéras, l'un, 
Preziosa, en 1845, à Oasalmaggiore, l'autre, ii 
Projeta Velato, en 1846, à Trieste. 

En dehors de sesHrois ouvrages dramatiques, 
Manna a écrit : une cantate à 3 voix, Saluto a 
S. M. il Re Viltnrio Emanuele; un Hymne 
à la Lune, à 6 voix; une prière à 3 voix avec 
cluf'ur, Vna Notte sulV Appennino . Mais c'est 
surtout comme compositeur d'église qu'il s'est 
montré fécond ; on a de lui, sous ce rapport : 
une messe funèbre à 4 voix, dédiée à la mémoire 
du P. Mattei ; environ dix messes solennelles à 
3 et 4 voix ; six messes funèbres à 3 et 4 voix ; 
30 psaumes à 3 et 4 voix avec orchestre; trois 
Stobat Mater ; deux Salve Rrgina , avec 
orchestre ; un Dies ir.v à 4 voix ; un Ai7e Ma- 
ria à voix seule ; un De profundis ; un cantique 
intitulé gli Esuli d'Isdraello, écrit sur le texte 
du psaume 136 de David; six Credo à 3 et 4 



voix ; huit Kyrie ; quatre Litanies avec orches- 
tre; vingt Ilymmes; des versets, des anlipho- 
naires , des responsorii , etc., etc. Enfin, 
Manna a publié quelques sonnets de Pétrar- 
que (entre autres les 3"-", 47% 48% 261») mis 
par lui en musique, à une voix, et il a composé 
encore un certain nombre d'ouvertures et mor- 
ceaux de concert qui n'ont pas été gravés. 

MANJXS (Ferdinand), violoniste et compo- 
siteur allemand, est né le 27 août 1844 à Wit- 
/cnhausen (Prusse), Elève à Cassel de M. Otto 
Kraushaar pour la théorie de l'art, il est^ixé de- 
puis 1866 à Brème, et est attaché à l'orchestre du 
théâtre de cette ville. M. Manns s'est fait connaî- 
tre par un certain nombre de compositions, con- 
sistant en petites pièces pour orchestre, en quin- 
tettes, quatuors et trios pour instrument à cor- 
des, sonates i)our violon ou violoncelle avec piano, 
morceaux de concert, etc. L'une de ses œuvres 
les plus importantes est un concertstûck pour 
violoncelle, avec piano, op. 19. 

MAKNSTADT ( ), compositeur alle- 
mand, a fait représenter au mois de juillet 
1866, sur le théâtre Wallersdorf , de Berlin, 
une opérette intitulée rAmour défendu. 

* MAiViXSTEIN (Henri-Feudinand), écri- 
vain musical, est mort à Loscliwitz , près de 
Dresde, le 3 août 1872, à l'âge de 66 ans. 

* MANIIY (Charles-Casimir), est mort à 
Paris le 18 janvier 1866. A la liste des œuvres 
de ce compositeur, il faut ajouter les deux sui- 
vantes : l" La Bourse ou la Vie, opéra-comi- 
que, représenté sur le théâtre particulier des 
Néothermes; 2° La Première Pierre de Viiglise 
d'Argis, « légende valaque, » 

MA.NSOUR (A ), pianiste et compositeur 

français, né vers 1830, habite Paris, où il se livre 
à l'enseignement. lia publié une grande Méttiode 
de piano, ainsi qu'un certain nombre de mor- 
ceaux de genre pour cet instrument : tine Fête 
au hameau, Solitude, Chanson arabe variée, 
etc. M. Mansour a écrit la musique d'nn petit 
opéra-comique en uu acte, la Comtesse Rose, 
qui a été représenté pour la première fois au 
Casino de Die|)pe, le 22 août 1877. On connaît 
aussi de cet artiste quelques romances et mé- 
lodies vocales. 

* MAiXTIUS (EDOUARD), chanteur alle- 
mand, est mort à llrnenau le 4 juillet 1874. 
Il était né à Schwerin le 18 janvier 1806 (et 
non 1808, comme il a été imprimé par erreur), 
et quitta le théâtre de Berlin le 17 avril 1857, 
après une carrière de vingt-sept ans, pour se 
livrer au professorat. 

MAIXZAliOS (N ), compositeur grec, 

mort à Corfou au mois de mai 1872, est, 



MANZAROS — MARC 



159 



dit-on, l'auteur de l'tiymne national grec, et 
s'est fait connaître aussi par la publication 
d'un grand nombre d'autres chants patrioti- 
ques. ; 

MANZOLLMI (Carlo-Andrea), né à Bo- 
logne vers le milieu du dix-septième siècle, 
devint, comme élève de Giovanni Benvenuli, 
un violoniste distingué, et fut aussi un contra- 
puntiste habile. On connaît de lui des sonates 
de cliarabre à trois instruments. Il fit partie, 
à partir de 1688, de l'Académie des philharmo- 
niques de Bologne. 

* MARAIS (Marin). L'auteur annonjme de 
V Histoire de C Académie royale de musique (1), 
publiée il y a une trentaine d'années par le 
journal le Constitutionnel, nous apprend que 
ce virtuose remarquable fut pendant de longues 
années chef d'orchestre à l'Opéra. Castil-BIaze 
avait bien compris le nom de cet artiste dans 
la liste qu'il a donnée des « batteurs de mesu- 
re » de ce théâtre ; mais Castil-BIaze, qui ne 
cite jamais ses sources, s'est bien gardé de 
dire oii il avait puisé ce renseignement, et 
comme il est sujet à caution, on pouvait ne 
pas le croire sur parole ; le témoignage d'un 
contemporain de Lully vient lever tout scru- 
pule à cet égard. Voici ce que dit ce dernier 
au sujet de Marais : « Marais s'attacha à Lully 
qui l'estimait beaucoup, et qui se servait sou- 
vent de lui pour battre la mesure pour l'exé- 
cution de ses opéras. Après la mort de Lully , 
il continua de battre la mesure, et n'a quitté 
cet emploi que vers 1710 ou 1712. » Lully étant 
mort au mois de mars 1687, on peut donc 
supposer que Marais a rempli ces fonctions 
pendant au moins vingt-cinq ans. L'écri- 
vain donne ensuite ces détails intéressants 
au sujet de Marais : « Trois ou quatre ans 
avant sa mort. Marais s'était retiré dans une 
maison ruedeLourcine, faubourg Saint-Marceaii, 
oii il cultivait les plantes et les fleurs de son 
jardin. Il louait cependant une salle rue du 
Battoir, quartier Saint-André-des-Arts, où il 
donnait deux ou trois fois la semaine des 
leçons aux personnes qui voulaient se perfec- 
tionner dans la viole. Il a eu dix-neuf enfants 
de Catherine d'Amicourt, avec laquelle il a été 

(1) Le manuscrit de cette Histoire, portant qu'elle 
était « composée et écrite par un secrétaire de Lully, » 
appartenait i M. le baron Taylor et fut publié en teuil- 
leton par le Constitutionnel. C'est un écrit fort utile, 
et Indispensable à consulter pour celui qui voudra doter 
notre littérature musicale d'une véritable Histoire de 
l'Opéra, liest seulement (Acheux que les épreuves aient 
été corrigées par quelqu'un qui ne connaissait point 
cette histoire, et qui a laissé subsister des fautes innom- 
brables. 



marié pendant cinquante-trois ans, et a célé- 
bré ses noces jubilaires en 1709 ; il en présenta 
quatre au feu roi, et donna à ce monarque 
un concert de ses pièces de viole, exécutées 
par lui et par trois de ses lils. Le quatrième, 
qui portait pour lors le petit collet, avait soin 
de ranger les hvres sur le pupitre et d'en 
tourner les feuillets. Le roi entendit ensuite 
ses trois fils séparément, et lui dit : « Je suis 
« bien content de vos enfants, mais vous êtes 
» toujours Marais et leur père.", » 

MARATTA (Alessandro), compositeur 
italien, est l'auteur d'une tragédie lyrique en 
trois actes, Gismonda da Mendrisio, qui fut 
représentée à Buénos-Ayres, en 1860, avec 
M""^ Anna de Lagrange dans le rôle principal. 

MARC ( ), violoniste qui vivait à Reims 

au dix- huitième siècle et était attaché au con- 
cert de cette ville, a publié Six sonates à vio- 
lon seul, avec une basse chiffrée, (Paris et 
Reims, chez l'auteur). 

MARC ( ), compositeur français, vi- 
vait à la fin du dix-huitième siècle, et écrivit 
la musique d'un opéra en 3 actes intitulé : 
Arabelle et Vascos ou les Jacobins de Goa, 
qui fut représenté au théâtre Favart, le 21 fruc- 
tidor an II (7 septembre 1794J. Je n'ai d'autres 
renseignements sur cet artiste que ceux qui 
concernent l'ouvrage en question, dont l'his- 
toire est assez curieuse, et qui fut livré au 
public sous le nom et sous le couvert de Lesueur. 
Dans son numéro du 26 fructidor an II, le 
Journal de Paris terminait ainsi son compte- 
rendu de la représentation à^ Arabelle et Vas- 
cos : — « La musique est du G. Lesueur ; 
la réputation de ce compositeur célèbre a nui 
au succès de cet ouvrage, parce qu'en compa- 
rant cette production nouvelle à ses ouvrages 
déjà connus, la comparaison n'est pas à l'avan- 
tage de celui-ci. Il y a néanmoins plusieurs 
morceaux d'une grande beauté, et qui portent 
le cachet de ce grand maître. L'auteur des 
paroles est le C. Lebrun-Tossa, déjà connu 
par plusieurs ouvrages qui ont eu du succès. » 
Le Journal de Paris, comme le public entier, 
était ici la victime d'une petite supercherie; 
la musique d' Arabelle et Vascos, comme je 
l'ai dit, n'était point de Lesueur, et on va le 
voir par la lettre suivante, dans laquelle il ex- 
pliquait les motifs très-louables qui lui en avaient 
(ait endosser momentanément la responsabilité. 
Cette lettre était adressée au même Journal 
de Paris, qui la publia deux mois après l'ap- 
parition de l'ouvrage : 

« il est temps d'instruire le public et les 
artistes du théâtre de l'Opéra-Comique'natio- 



160 



MARC — MARCELLO 



nal (les motifs qui m'ont déterminé à faire 
paraître sous mon nom la musique du drame 
intitulé : Arabelle et Vascos. Le premier a 
été d'épargner au citoyen Marc, auteur de 
cette musique, les désagréments altacliés à 
un début; le second, de donner aux artistes 
du théâtre Favart un compositeur de plus, 
et de montrer à la République un talent qui 
pourra lui devenir cher. Je ne me suis point 
dissimulé les dangers que j'avais à courir, en 
me chargeant de la responsabilité de cet ou- 
vrage : mais une bonne école, une musique à 
la fois pittoresque, énergique et chantante, 
l'empreinte d'une main sûre et; d'ime méthode 
excellente qui peut faire honneur à notre école 
française, tout m'a rassuré. J'étais si intime- 
ment persuadé de la beauté de plusieurs mor- 
ceaux de cet opéra, que j'en eusse regardé la 
chute comme une injustice; et, dans ce cas, 
j'aurais eu le courage de la supporter. Enfin 
le succès a couronné mon espoir, et j'en rends 
la gloire à qui elle appartient tout entière. J'at- 
teste maintenant que c'est moins l'amitié pour 
le musicien que son talent qui m'a déterminé 
à la démarche que j'ai faite, et que j'eusse en- 
trepris la même chose pour tout autre artiste 
qui eût eu le même génie. Mon extrême amour 
pour les aris, et leur gloire, est entré pour 
tout dans le péril auquel je me suis exposé. 
Je déclare en outre n'avoir point fait une note 
dans la musique du citoyen Marc, ni même 
donné un conseil ; car, si l'un de nous deux 
pouvait en donner à l'autre, ce ne serait pas 
moi, vu que, dans un temps oii je .«avais à 
peine les éléments de monjart, le compositeur 
dont je parle avait déjà remporté un prix de 
musique sur quarante-cinq rivaux qui con- 
couraient avec lui. Il ne me reste qu'à inviter 
les artistes de l'Opéra-Comique national à 
continuer leurs soins pour un ouvrage qui, 
par l'aftUience des spectateurs qu'il continue 
d'attirer, prouve combien il est agréable au 
public. — Lesueur. » 

J'ai vainement cherché, partout où j'avais 
chance de le rencontrer, un renseignement 
quelconque sur Marc, que Lesueur avait ainsi 
noblement pris sous son patronage. Musicien 
resté obscur, il n'est pas plus mentionné dans 
Te Dictionnaire historique des Musiciens de 
Choron et Fayolle que dans aucun des grands 
recueils biographiques publiés depuis le com- 
mencement de ce siècle. Le livret (VArabclle 
et Vascos lui-même est muet à son égard, et 
donne le nom de Lesueur comme auteur de 
la musique. Serait-ce donc que jusqu'à Lebrun- 
Tossa aurait été le jouet de la mystification 



de Lesueur ? Toujours est-il que sans la lettre 
du Journal de Paris, reproduite ci-dessus, 
Arabelle et Vascos (dont ne parle d'ailleurs 
aucun ouvrage historique, et dont le titre 
môme était resté ignoré jusqu'ici) aurait été 
tout naturellement attribué à Lesueur. 

MARCARIIXI (GitSEPPE), compositeur et 
professeur italien, né à Romanengo le 17 avril 
1832, a fait représenter au mois de décembre 
1871, sur le théâtre Carcano, de Milan, un 
drame lyrique intitulé Francesca du M- 
mini. 

MARCELLI (Anaïs). Foi/es PERRIÈRE- 
PILTÉ (M™''}. 

MARCELLO (Marco-Marcelliano), pia- 
niste, compositeur et écrivain musical, naquit 
vers 1817 à San-Gerolamo Lupatolo, petit pays 
situé dans la province de Vérone. Il montra 
de bonne lieure un goût prononcé pour le 
théâtre et la musique, et après avoir écrit 
un drame qu'il fit représenter à l'âge de seize 
ans, il alla trouver à Novare Mercadante, 
pour devenir son élève, et le suivit ensuite 
à Naples. N'ayant pas réussi à faire jouer 
deux opéras dont il avait écrit la musique, 
il passa en Piémont en 1848, s'établit à Turin, 
et y donna des leçons de piano et de chant 
tout en écrivant dans divers journaux. En 
1854, il fonda en cette ville un journal de 
théâtre, il Trovatore, qu'il transporta en 
1859 à Milan ; ce journal, dans lequel la 
critique était faite à la diable, était plutôt 
une sorte de petit pamphlet dont le directeur 
cherchait à faire de l'esprit aux dépens d'au- 
trui, qu'une véritable feuille artistique. Le 
style de Marcello était beaucoup plus conve- 
nable et plus approprié aux sujets qu'il traitait 
dans la Eivista contemporanea, où pendant 
plusieurs années il fut chargé de la critique 
musicale. 

Mais ses travaux littéraires n'empêchaient 
pas Marcello de se livrer à la composition. 
Pendant son séjour à Turin, il publia une 
messe à 3 voix avec accompagnement d'orgue, 
un album de six ariettes intitulé Sere d'au- 
tunno, un recueil de piano. Arc-en-ciel, com- 
posé de sept petits morceaux, un autre recueil, 
Mazzolino primaverile, formé de « dix pièces 
de danse en forme d'études, » puis, sous le 
titre de Miniera tcalrale, toute une série de 
divertissements sur des thèmes d'opéras, 
liobert le Diable, Luisa Miller, le Prophète, 
Buondelmontc, etc. En même temps, et ne 
pouvant se produire au théâtre comme compo- 
siteur, il y trouvait accès comme librettiste, 
et dans l'espace ^e quelques années fournissait 



MAGNANINI — MARCHESI 



161 



à divers musiciens dramatiques une trentaine 
de livrets dont quelques-uns étaient bien ac- 
cueillis ; c'est ainsi qu'il écrivit il Bravo pour 
son maître Mercadante, Isabella d'Aragona, 
Tutti in Maschera, Guevra in quattro pour 
M. Pedrotti, Giuditia pour M. Péri, Bianca 
dcgli Albizzi pour Villanis, Gincvra di Scozia 
pour M. Petrali, etc. 11 traduisit aussi en ita- 
lien les poèmes de plusieurs opéras français, 
entre autres celui du Prophète. Ce fut peut- 
être, là, le côté le plus intéressant de la car- 
rière de Marcello, car il acquit comme libret- 
tiste une certaine notoriété. Cet artiste mourut 
à Milan, le 2j juillet 1865. 

MxVRCHxVL ou AIARÉCIIAL, claveci- 
niste distingué, se produisit plusieurs fois avec 
succès au Concert spirituel, vers 1780. Il y exé- 
cuta plusieurs morceaux de sa composition, 
entre autres un concerto avec accompagnement 
d'orchestre, et un quatuor pour clavecin, cor, 
clarinette et harpe, qu'il joua plusieurs fois 
en compagnie de Le Brun, Michel et Yernier. 
MARCHAL (Pedro-Anselmo), claveciniste 
et compositeur portugais, était aussi éditeur de 
musique, ainsi que le démontre cette mention que 
l'on trouve sur le titre de diverses pièces de mu- 
sique de salon publiées à Lisbonne vers la fin du 
XVIII^ siècle : Marchai, éditeur et marchand 
de musique privilégié de S. M. Marchai jouait 
assez bien du clavecin, et sa femme avait du 
talent sur la harpe; on les fêtait beaucoup dans 
les salons de Lisbonne. Marchai a composé pour 
son instrument quelques ouvrages qui sont rares 
aujourd'hui ; un livre de Rondos (six) pour cla- 
vecin et llùle porte pour chiffre d'œuvre le nu- 
méro 10, et appartenait à son propre fonds de 
musique. J. de V. 

* MARCHAiXD (Louis-Joseph), prêtre et 
maître de chapelle du dix-huitième siècle. Le 
Traité du contrepoint de cet artiste a été 
publié en 1739; la date de 1758, donnée dans 
la Biographie universelle des Musiciens, 
est évidemment celle d'une seconde édition. 

MARCHAND (Alexandre-Nicolas), !théo- 
ricien français, est né à Bourraont, le 21 mai 1819. 
Après avoir fait de bonnes études musicales, qu'il 
termina au Conservatoire de Paris, après avoir 
obtenu en 1844 une mention honorable au con- 
cours de Rome, il se livra à l'enseignement et 
devint, fort jeune encore, professeur d'harmo- 
nie au Conservatoire de Bruxelles. M. Alexan- 
dre Marchand a publié sous ce titre : Du prin- 
cipe essentiel de l'harmonie (Paris, impri- 
merie nationale, 1872, in-4°), un ouvrage 
théorique qui bouleverse peut-être un peu trop 
les idées reçues dans la matière, et dont les 

BlOGR. l'MV. DES MUSICIENS. — SUPPL. T. 



tendances sont hardies au point d'en paraître 
audacieuses. Sans être l'ennemi de tout progrès 
en matière de science musicale et sans se 
conliuer dans une routine obstinée, je crois 
que l'on ne saurait accepter, môme en partie, 
le système et les théories de M. Marchand 
sans en faire l'objet de l'examen le plus scru- 
puleux. 

* MARCHESI (LoLis). Ce chanteur célè- 
bre a fait l'objet d'une notice publiée sous 
ce titre : Lodi caratteristiche del célèbre 
cantore signor Luigi 3Iarchesi (Sienne, 1781, 
in-S" de 10 pp.). 

MARCHESI (Le chevalier Salvatore DE 
CASTROA'E), chanteur et professeur italien 
très-renommé, est né à Palerme le 15 janvier 
1822, d'une famille d'origine princière (1). Son 
père avait été gouverneur général de la Sicile de 
1806 à 1810, et lui-même entra dansla garde noble 
à JNaples, en 1838. Mais ses principes libéraux 
l'en éloignèrent bientôt, et il alla étudier le droit 
et la philosophie à Palerme, tout en prenant des 
leçons de chant et de composition avec Pietro 
Raimondi. En 1846 il se rendit à Milan, où il prit 
des leçons de MM. Lamperti et Fontana. Mais 
ayant pris part à la révolution de 1848, il se vit 
obligé de s'enfuir en Amérique, et là, abordant 
le théâtre, il débuta à New-York dans Ernani. 
Toutefois il fut obligé de reconnaître son insuf- 
fisance, et, étant revenu en Europe, il se fit à 
Londres l'élève de Manuel Garcia. 

Il profita grandement des conseils de son nou- 
veau maître, et bientôt, sous le nom de Mar- 
ches!, il se fit une belle réputation dans les con- 
certs par sa splendide voix de baryton et son 
élégante manière de chanter. En 1851, il fait une 
grande tournée artististique en Allemagne, donne 
une série de brillants concerts à Francfort, Leip- 
zig, Berlin, Hambourg, Brème, Weimar, Hano- 
vre, etc., et se fait entendre aussi dans les Pays- 
Bas. En 1852, il épouse M"^ MathildeGraumann, 
jeune artiste de Francfort qui devait partager 
sa renommée et qui fait l'objet de rarticie sui- 
vant, et l'année d'ensuite tous deux font partie 
des troupes italiennes de Berlin, de Bruxelles 
et de Londres. En 1854, M. et iM'"'' Marches! 
donnent des concerts à Vienne, et bientôt 
s'établissent en cette ville, où ils deviennent 



(I) Dans le premier volume de ce Supplément se trouve 
une courte notice consacrée a M. de Castrone-Marc/icsi, 
dans laquelle j'ai qualifié cet artiste de « dilettante, •> au 
sujet du Rajiport officiel rédigé par lui sur la section des 
instruments de musique Italiens à l'Exposition devienne. 
J'ignorais alors que l'auteur de ce rapport ne fit qu'un 
avec le célèbre professeur de cliant- On voudra donc 
bien considérer cette notice comme nulle, et se référer 
uniquement à celle-ci. 
II. 11 



162 



MARCHESI 



professeurs au Conservatoire. En 18C2, ils entre- 
prennent un voyage artistique, parcourent i'AI- 
Jemagne , la Suisse et la Hollande eu donnant 
des concerts, et se font entendre à Paris. En 
18G3, M. Marclit'si cliante au tlié;\tre de Wei- 
mar, puis au tlieàtre de la reine, à Londres, oii 
il se produit particulièrement dans Faust et 
dans Don Juan. Bientôt, avec sa femme, il re- 
vient à Paris, oii tous deux donnent une série 
d'intéressants concerts historiques, et où 
M. Marcliesi s'établit un instant comme profes- 
seur. Mais dès le mois d'octobre 1865, l'un et 
l'autre vont se iixer à Cologne, oii M'"* Marchesi 
est attachée comme professeur au Conservatoire, 
et oii, deux ans après, M. Marchesi obtient la 
même situation. Enfin, en 1869, M""" Marcliesi 
étant rappelée au Conservatoire de Vienne, est 
suivie en cette ville par son mari. 

M. Marchesi n'est pas seulement un chanteur 
distingué et un professeur consommé. Artiste 
instruit et compositeur élégant , il a écrit des 
Ueder allemands, des chansons napolitaines, 
des romances françaises, et il a donné des tra- 
ductions italiennes d'un grand nombre d'opéras 
allemands et français, parmi lesquels il faut citer 
Médée, Lolienr/rin, le Vaisseau- fantôme , 
Abou-Hassan, Roland à Roncevaxix, la Ves- 
tale, Tannhuuser,le Capitaine h enriot,! phi- 
génie en Tauride, etc., etc. On lui doit aussi 
une Méthode de chant, un recueil de Set Nuovi 
Caati SicUiani, dont il a écrit les paroles et la 
musique, et, sous ce titre : Riassunio dell' arte 
del canto, une série de 20 vocalises élémenlai- 
resel progressives avec paroles pour unir l'arli- 
culation à la vocalisation. Enfin, nommé membre 
du jury du groupe XY à l'Exposition universelle 
de Vienne de 1873, il est l'auteur de la Hela- 
zione sugli Isirumenti musicali quali erano 
roppresentati aW Esposizione universale di 
Vienna nel Giitgno 1873 qui a été publiée dans 
la collection olficielle des Rapports des jurys 
italiens. Il a été fait de cet écrit un tirage à part. 
MAUCHESI (Mathildk GRAUMAi\N, 
épouse), feuuiie du précédent, chanteuse et pro- 
fesseur remarcpiabie, est née k Francfort-sur-le 
Mein le 26 mars 1826. Fille d'un riche négociant 
qui lui fit donner une excellente éducation, elle 
prit à Vienne, en 1843, des leçons de chant 
d'Otto Nicolaï , puis vint terminer ses études 
musicales à Paris, sous la direction Mlle KIotz 
pour le solfège, de Manuel Garcia pour le chaut 
et de Samson pour la diction, s'altachant 
à la déclamalioii lyrique et à la connaiss^mce 
de la théorie de la nnisique, et prenant pour 
exemple et pour modèles les grands artis- 
tes qui brillaient alors sur nos scènes lyriques 



Duprez, Lablache, Tamburini, M"" Grisi, Per- 
siani, Slollz, etc. En 1849, M"* Graumann 
donnait lui concert d'adieu à Paris ; ensuite elle 
alla passer trois saisons à Londres, oîi elle se 
produisit avec bonheur, et n'obtint pas moins 
de succès en Allemagne , surtout en se faisant 
entendre dans les superbes concerts du Gewand- 
haus, de, Leipzig, dont elle devint une des can- 
tatrices les plus aimées. 

C'est alors (1852) qu'elle épousa M. Marchesi, 
en compagnie duquel elle se fit applaudir bientôt 
à Berlin, à Bruxelles et à Londres. Nommée 
professeur au Conservatoire de Arienne en 1854, 
sa classe devint rapidement la meilleure de 
cet établissement et acquit une renommée 
européenne; c'est là que se sont formées nom- 
bre d'artistes de premier ordre. M"'* Antoinette 
Fricci, Caroline Smeroschi, Etelka Gerster, Anna 
Liidecke, Rosa Bernstein, Marguerite Dorn, 
Clémentine Proska, Catherine Prohaska, Anna 
d'Angeri, Louise Radecke, Anna Riegel, lima 
de Murska, Gabrielle Krauss, Caroline Dary, 
Katharina Carina , Julie Dumont-Suvanny, 
Weinberger, Marck, Schmidf, etc. Cependant, 
au bout de sept ans, en 1861, M"' Marchesi 
donne sa démission, se rend à Paris avec toute 
sa famille, y reçoit des élèves de tous les pays, 
entreprend bientôt un grand voyage artistique 
en Europe avec son mari, puis revient à Pa- 
ris, où tous deux donnent des concerts histo- 
riques et où elle écrit sa Méthode pratique de 
chant, dont la publication a lieu simultanément 
en France et en Allemagne. En 1865, les deux 
époux vont se fixer à Cologne, où M™'^ Marchesi 
devient professeur au Conservatoire, et enfin, 
en 1869, elle est rappelée au Conservatoire de 
A'ienne, où elle est fixée encore aujourd'hui. 

M""' Marchesi, qui, en 1864, parcourut avec 
son mari l'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosse en 
donnant toute une série de brillants concerts, n'a 
pas seulement formé d'excellents sujets j)our le 
théâtre, mais aussi un grand nombre de profes- 
seurs de chant, qui aujourd'hui propagent son 
enseignement et ses traditions. Elle a publié plu- 
sieurs ouvrages didactiques consacrés aux voix de 
femmes et dont on dit le plus grand bien ; 
24 Vocalises pour soprano, dédiées à Rossini : 
Exercices élémentaires; Vocalises pour une, 
deux et trois voix ; Études d''agilité avec 
paroles; enfin une grande méthode intitulée : 
École Marchesi, VArt du chant. M"'" Mar- 
chesi a été l'objet d'une foule de distinctions, 
et l'empereur François-Joseph lui a conféré 
en 1874 la croix pour le mérite (en or, avec 
couronne), honneur exceptionnellement rare 
pour une artiste de son sexe. 



MARCHESI — MARCHETTI 



d63 



On doit à 1^""= Maixhesi un petit livre inté- 
ressant publié à Vienne, en 1877, sous ce titre : 
ErmneruHfjen mis meinem Leben {Mes Souve- 
nirs). 

MAUCHEÏTI (FiLiPPo), compositeur dra- 
matique italien, est né à Bolognola, près de 
Camerino, le 26 février 1831. A l'âge de douze 
ans, et comme simple distraction, il commença 
l'étude de la niusitiue, et trois ans plus tard, 
s'étant mis à travailler sérieusement sous la 
direction d'un professeur nommé Bindi, il se 
consacra décidément à la carrière artistique. 
Ses progrès étant remarquables, sa famille ré- 
solut, en 1850, de l'envoyer à Naples, afin 
qu'il |)ùt tciminer son éducation au Conser- 
vatoire de San-Pietro a Majella. Il se fit ad- 
mettre en effet dans cet établissement, où, 
après avoir suivi un cours d'harmonie accom- 
pagnée avec Giuseppe Lillo, il devint, pour le 
contrepoint et la composition, l'élève de Carlo 
Conti, auprès duquel il passa quatre années. 
Ayant achevé ses études sous cet excellent 
maître, M. Marchetli retourna dans sa patrie, 
et songea aussitôt à écrire un opéra, dont son 
frère, M. Raffaele Marchetli, lui avait fabriqué 
le livret. Cet ouvrage, intitulé Gentile da Va- 
rano, fut représenté sur le théâtre ïSational 
de Turin, au commencement de l'année 1856, 
et le succès en fut assez grand pour que le 
directeur de ce théâtre commandât au jeune 
compositeur un second opéra, qui devait être 
produit l'année suivante au théâtre Cariguan 
de la même ville. M, Marchetli se mit aussi- 
tôt à l'œuvre, et écrivit la Démente, qui fut 
en effet donnée sur cette dernière scène, en 
1857. Soit que ce nouvel ouvrage fût inférieur 
au précédent, soit, comme on l'a dit, que l'im- 
mense succès obtenu en ce moment à Turin 
par la Traviata, de M. Verdi, attirât toute 
l'attention du public, la Démente ne put être 
jouée au-delà de quatre représentations. Peu de 
mois après ; cependant, elle était reproduite à 
Rome et non sans succès. 

M. Marchetli s'établit alors à Rome comme 
professeur de chant, ce qui ne l'empêcha pas 
d'écrire la musique d'un grand drame lyrique en 
trois actes, intitulé le Paria. Mais, malgré 
tous ses efforts, il ne put trouver un théâtre 
pour jouer cet ouvrage, et, découragé, il 
quitta Rome après Irois ans de séjour pour 
se rendre à Milan, où il fit la connaissance 
d'un compositeur aimable, qui était en même 
temps un librettiste fécond, Marco Marcello 
{Voyez ce nom). Celui-ci traça pour lui le 
livret d'un Romeo e Giyilietta que le jeune 
artiste mit aussitôt en musique, mais qu'il 



eut encore beaucoup de peine à faire connaiti-e 
au public, quoique l'un des grands éditeurs 
de musique de Milan, Francesco Lucca, lui 
eût acheté sa partition et l'eùl publiée avec 
l'accompagnement de piano. Enfin, Romeo e 
Giiilietta fut représenté au théâtre communal 
de Trieste le 23 octobre 1865, et assez bien 
accueilli -, doux ans après, l'ouvrage était re- 
produit à Milan, sur le théâtre Carcano, et 
malgré le voisinage du Roméo et Juliette de 
M. Gounod, qu'on jouait alors à la Scala, il obtint 
un succès retentissant et qui classa M. Mar- 
chetli au nombre des jeunes compositeurs sur 
lesquels l'Italie avait le plus droit de compter. 
Ce succès ouvrit à l'artiste les p cries du 
grand théâtre de la Scala, pour lequel il écrivit 
un drame lyrique en quatre actes, Ruy Blas. 
Chanté par MM. Tiberini et Cesare Rota, par 
la Poch et la Benza, Riiy Blas fut représenté 
pour la première fois à la Scala le 3 avril 1869, 
et cette fois ce fut un triomphe qu'obtint 
M. Marchetli. Je n'ai pas eu l'occasion d'en- 
tendre cet ouvrage en Italie et de le pouvoir 
juger, mais je puis donner l'impression d'un 
critique italien très-expert et très-autorisé, qui 
m'écrivait ce qui suit au sujet de M. Mar- 
chetli, de son Ruy Blas, et de l'influence que 
cet ouvrage a exercée sur lu destinée de son 
auteur : — « .... Quelle que soit la mesure 
du talent de M. Marchetli, c'est assurément 
un très- bon musicien, qui écrit très-bien pour 
les voix et pour l'orchestre, et qui connaît 
tous les secrets de l'harmonie et du contre- 
point. Son premier succès a été GiuUetta e 
Romeo au Carcano de Milan, mais celle parti- 
tion a été vile oubliée, sans doute à cause du 
Roméo de Gounod, qui est infiniment supé- 
rieur. Le triomphe de M. Marchetli a été son 
Ruy Blas, qui a fait le tour de tous les théâ- 
tres d'Italie. C'est une œuvre d'une facture ex- 
quise et d'une inspiration tendre, douce, pas- 
sionnée, mais un peu monotone. Avec une 
seule mélodie, l'auteur a fait les frais de toute 
sa partition ; le duo d'amour est admirable, 
et excite toujours l'enthousiasme, quelquefois 
trop facile, du public italien. Le succès de Ruy 
Blas a été le grand malheur de M. Marchetli, 
parce qu'à son quatrième opéra le public lui 
a demandé beaucoup plus qu'il ne pouvait 
donner. Son Gustavo Wasa, donné en février 
1875 à la Scala, de Milan, est tombé sans 
espoir de résurrection. C'est un Ruy Ulas 
à l'eau de rose. Pas d'inspiration ; un orches- 
tre morne, sans éclat ni couleur; des longueurs 
interminables, et une absence presque complète 
d'idées. » 



104 



MAllCHETTl — MARCHISIO 



Gustavo Wasa n'obtint en effet aucun 
succès , (]uoique très-bien cbanté par M. 
Bolis, le ténor Maini et M""*^ Mariani-Masé; 
il ne fut pas plus heureux à Florence, malgré 
les corrections et les inodifications apportées 
par l'auteur à son œuvre pour sa représentation 
au théâtre de la Pergola. Deux ans auparavant, 
le 25 mars .1873, le compositeur avait donné 
au théâtre d'Angennes, de Turin, un opéra 
(le demi-caractère intitulé VAmore alla prova, 
(|ui, bien qu'accueilli assez favorablement, 
disparut avec rapidité. Depuis lors, il ne s'est 
pas produit nouvellement à la scène, et ses 
compatriotes semblent craindre qu'il ne se 
puisse relever de son dernier insuccès. M. Mar- 
chetti n'en a pas moins obtenu, dans le cours 
de sa carrière, un long et retentissant succès 
avec sa partition de Ruy Blas- bien des com- 
positeurs n'ont pas eu cette bonne fortune, et 
n'ont jamais joui d'un tel moment de popu- 
larité. Il a en portefeuille un drame lyrique 
encore inédit, intitulé Giovanna (TAiistria. 

En dehors du théâtre, M. Filippo Marchetti 
a publié un certain nombre de compositions 
vocales : Ricordi di fioma, album de 6 mélo- 
dies (1. l'Ora del Tramonto; 2. Aspetto la 
riposta; 3. Sei tenerina corne la lattuga; 
4. E tu credevi vanarella mia; 5. la Prima- 
vera, duo; 6. la Preghiera, quatuor); — la 
Vito, id. (1. Perché si muore; 2. lo Stra- 
zia/anciulle: 3. Ritornate presto; 4. Quanto 
è bella; 5. Poveretta ; 6. Madré e figlio); 
— A Jioma, id. (1. la Figlia d'italia; 2. Z'.l- 
rancino ; 3. la Gemma d^amorci 4. la Ga- 
gia ; 5. Ei pii'i non torna;6.la Partenza, 
duo) ; — Quattro Canti popolari, avec pia- 
no ; — 12 Canti popolari romaneschi, id.'; — 
Ave Maria pour 3 voix de femmes, avec pia- 
no; — enfin diverses mélodies vocales déta- 
chées : Tu vaneggi;la Sera; Di che ti la- 
gni ? Era stanca; un Bacio solo; Ad una 
Lambina; Morremo, duo; Ail' arnica Ion- 
tana; etc. On connaît encore de M. Marchetti 
une ouverture à grand orchestre, en ré ma- 
jeur, et un Chœur de Corsaires avec accom- 
pagnement d'orchestre. 

MARCIII (Viur.iMo DK), compositeur ita- 
lien contcm|iorain, est né à Udine, dans le Frioul. 
J'ignore avec quel artiste il a fait son éducation 
musicale, et je sais seulement qu'il reçut quelques 
leçons de son compatriote Ma/.zucato (T'oy. ce 
nom;, né comme lui à l'dine, et mort ré- 
cemment. M. De Marchi a fait représenter il y 
une quinzaine d'années, sur le théâtre de Hres- 
cia, un opéra .sérieux inlilnhi il Cantore di 
Venezia, dont le sujet était tiré de l'aventure 



légendaire de Sfradclla. L'ouvrage était faible 
aussi bien sous le rapport de l'invention qu'en 
ce qui concerne la facture, et n'obtint qu'un mé- 
diocre succès; il ne fut pas beaucoup plus favo- 
rablement accueilli au théâtre Pagliano, de Flo- 
rence, lorsqu'il y fut reproduit en 186t). Depuis 
ce temps, on n'a pas entendu parler du com- 
positeur. 

MARCIIIO ( ), compositeur dramatique 

italien de l'époque actuelle, a fait représenter 
avec succès en 1869, sur le théâtre de Reggio 
d'Emilie, un opéra sérieux qui avait pour titre 
la Statua di carne ; six ans après, le 7 février 
1875, il donnait au même théâtre un second ou- 
vrage, intitulé Amore e Vendetta. Je n'ai aucun 
renseignement particulier sur cet artiste. 

MARCHISIO (AntoiMno), pianiste distin- 
gué, renommé pour son enseignement, et com- 
positeur, était né à Buttigliera d'Asti, le 19 
février 1817. Fixé depuis longues années à 
Turin, il est mort en cette ville le 4 août 1875, 
à l'âge de 58 ans. Il avait fait représenter trois 
opéras : Il Marito délia vedova, un Matri- 
monio a tre, et Piccarda Donati, et il en a 
laissé deux inédits : gli Ussiti, et Crisioforo 
Colombo. 

MARCHISIO(Barbaka et Carlotta), chan- 
teuses renommées, sœurs du précédent , naqui- 
rent à Turin, la première le 12 décembre 1834, la 
seconde le 6 décembre 1836, et de bonne heure se 
livrèrent à l'étude !de la musique. Carlotta, la 
cadette, était douée d'une fort belle voix de so- 
prano, à la fois solide et souple, tandis que sa 
sœur possédait un contralto magnifique et puis- 
sant. Toutes deux songèrent à embrasser la car- 
rière théâtrale, travaillèrent sous la direction d'un 
professeur nommé Luigi Fabbrica.et vers 185('> 
Baibara débuta à ^ ienne , pour se rendre en- 
suite à Madrid, où sa sœur était engagée avec 
elle. En 1857, les deux jeunes chanteuses se 
faisaient entendre au théâtre Viclor-Emmanuel, 
<ie Turin, où elles obtenaient un grand succès 
en jouant ensemble la Semiramide de Rossini. 
Si j'en crois un biograjibe italien , Francesco 
Ui'gli, elles chantèrent ensuite à Venise, à 
Manloue, à Trieste, à Milan (Scala), à Rome, 
enfin à Parme , voyant grandir chaque jour 
leur renommée, et c'est alors que l'adminis 
tralion de l'Opéra de Paris conçut l'idée de 
se les attacher et, pour les produire delà façon 
la pins favorable, de faire traduire expressément 
pour elles semiramide. qui leur avait valu 
leurs plus beaux triomphes. Les deux sœurs se 
montrèrent en effet, le 10 juillet 18G0, dans 
Sémiramis, et produisirent une impression 
profonde, justifiée |>ar la beauté de leur voix, 



MARCHISIO — MARCILLAG 



1G5 



par leur talent très-réel, et par le charme et 
l'ensemble qu'elles apportaient 'dans l'exécu- 
tion des morceaux chantés à elles deux. Toute- 
fois, on a singulièrement exagéré en affirmant 
que la façon dont elles disaient le duo célèbre 
du second acte rappelait la réunion mémorable, 
dans ce morceau, de la Malihran et de la Sontag. 

Après un séjour relativement court à Paris, 
les sœurs Marchisio se produisirent avec le 
même bonheur sur la plupart des grands théâ- 
tres de l'Europe, à Londres, à Bruxelles, à 
Rome, à Barcelone, et dans ces deux dernières 
villes surtout leur succès fut très-marqué. Elles 
étaient encore dans tout l'éclat d'une carrière 
qui aurait pu se prolonger, lorsque Carlotta 
mourut à Turin le 28 juin 1872, âgée seu- 
lement de trente-cinq ans. Celle-ci avait épousé 
un chanteur dramatique autrichien connu au 
théâtre sous le nom à'Eugenio Coselli_ qui 
s'appelait Kuh de son nom véritable , et qui 
depuis quelques années avait abandonné la scène 
pour acheter et diriger, à Venise, une impor- 
tante fabrique de pianos. Lui-même est mort 
près de cette ville, à Mira, le 2 mai 1875. Il 
était né à Vienne en 1835. 

Un compositeur qui me semble devoir appar- 
tenir à la même famille, M. Giitsepjie-Enrico 
Marchisio, s'est fait connaître par la publication 
d'une trentaine de morceaux de genre pour le 
piano, rêveries, tarentelles, barcarolles, etc. 

MARCILLAC (F,..), né le 1" mai 1817, à 
Genève, est mort dans cette même ville le 9 
mars 187G. Les premières leçons de musique lui 
furent données par son père, qui était Français, 
et tenait à Genève un magasin de musique. Il 
parcourut l'Europe pendant près de quinze ans 
avec une famille russe à laquelle il fut attaché 
d'abord comme précepteur, puis comme secré- 
taire des commandements. C'est pendant cette 
période de sa vie qu'il eut occnsion d'entendre 
souvent de grands artistes et de développer son 
goût et ses connaissances musicales. Dès son re- 
tour à Genève, en 1848, il commença à s'occu- 
per de recherches sur l'hi-stoire de la musique. 
Vers 1866, il fut chargé du cours de littérature 
à l'École supérieure des jeunes filles, et conserva 
ces fonctions jusqu'à sa mort. 11 avait été nommé 
aussi membre du Comité du Conservatoire de 
Genève, puis vice-président, et prit, pendant 
plus de vingt ans, une part active à la direction 
de cette école. Ce fut à la demande de ses col- 
lègues qu'il rédigea, en 1862, une Théorie élé- 
mentaire de la Musique, suivie d'exercices de 
solfège à deux voix , publiée à Genève chez 
L. Martinet. On a aussi de lui une brochure sur 
r Enseignement populaire de la musique d'a- 



I près la méthode Chevé (Genève, Jules G'"" 
Fick, 1862, extrait du bulletin, n° 17, de la So- 
ciété Genevoise d'utilité publique). Le but de 
cet opuscule, dont une |)artie est consacrée à 
l'éloge de la méthode Wilhem , est de recom- 
mander le système Galin-Paris-Chevé pour 
l'enseignement du chant en chœur, et notam- 
ment du chant religieux. L'auteur demande, en 
terminant, que la notation en chiffres soit in- 
troduite dans les Psautiers de l'Église réformée. 
Le litre le plus important de Marcillac à l'es- 
time des connaisseurs et des érudits est son His- 
toire de la Musique moderne et des Musiciens 
célèbres depuis Vère chrétienne jusqu'à nos 
jours (Sandoz et Fischbacher, Paris, 1876). Cet 
ouvrage est surtout exact et complet dans la 
partie consacrée aux origines et aux progrès de 
l'art tout moderne de la musique. Cette partie, 
qui comprend les deux tiers du volume, est 
un résumé net et bien ordonné des meilleurs 
travaux sur la matière de Burney, Martini, 
Forkel, Kieseweter, Fétis, Coussemaker, etc. 
En d'autres termes, c'est une intelligente vulga- 
risation de notions qu'on ne pouvait guère ac- 
quérir et préciser qu'en compulsant de volumi- 
neux in-folio écrits dans des langues diverses, et 
assez souvent conçus sans méthode. Écrit sans pré- 
tention et avec clarté dans le plan et dans l'ex- 
pression, ce livre est d'une lecture aisée et ins- 
tructive. Les chapitres relatifs à la notation au 
moyen âge, à la Renaissance et aux origines de 
l'opéra sont particulièi'ement à recommander. 
La fin du volume, où l'auteur passe en revue 
les productions du siècle actuel, est incontesta- 
blement beaucoup plus faible. Il semble qu'elle 
ait été faite avec précipitation et une connais- 
sance imparfaite du sujet. On peut y relever 
plus d'une appréciation douteuse, et même des 
inexactitudes de fait surprenantes lorsqu'il s'a- 
git d'événements contemporains. Il est à croire, 
par exemple, que les jugements portés sur Bee- 
thoven, Schumann et surtout Meyerbeer ne se- 
ront pas complètement ratifiés par les artistes et 
les gens de goût. Parlant de Berlioz, Marcillac 
présente sa carrière comme terminée après VEn- 
fance du Christ et om.et d'une façon évidem- 
ment inconsciente la généreuse tentative des 
Trofjens, la plus intéressante de l'auteur de 
Benvenuto au théâtre. Il y aurait plus d'une 
lacune de ce genre à signaler dans les derniers 
chapitres. Malgré ces imperfections, V Histoire 
de la musique de Marcillac méritait ici une 
mention particulière. On y trouve cette érudi- 
tion consciencieu.se et ce sentiment élevé de l'art 
qui font la valeur durable des ouvrages de ce 
senre. Al. R — n. 



166 



MARCORA — MARENZIO * 



MAIICORA (C ), miisicien italien 

contemporain , est l'auteur d'un drame lyrique 
inlil nié rr/.ç/o/'oro Colombo, qui n'a été repré- 
senté qu'après sa mort, en ISiit», sur le tiiéàlre 
<ie IJaliia. J ij^nore s'il était fixé en ce pays. Cet 
artiste, sur lequel je ne possède aucun autre 
renseignement, avait publié précédemment quel- 
ques mélodies vocales et plusieurs niorceauv de 
piano. 

MAR(^OU (Pau.), pianiste français et com- 
positeur pour son inslruinenf, a publié, dans ses 
dernières années, un certain nombre de morceaux 
de genre parmi lesquels je signalerai les suivants : 
Florence, nocturne, op. 8 ; le Soir, rêverie, op. 
9; Inquiétude, caprice, op. 11; ^e Papillon, 
scherzo, op. 12; Barcarolle, op. 13; Tarentelle, 
op. 14; la Cosaque, impromptu, op. lô; la 
Fleur et le Ruisseau, étude mélodique, op. IG ; 
Chantait berceau, op. 17; Andante allamar- 
cia, op. 18; le Hamac, mélodie champêtre, op. 
19; Scène russe, op. 20 ; Légende, op. 21 ; Souf- 
fle de printemps, romance sans paroles, op. 22 ; 
Idylle, op. 24; 5 Marches, op. 24; Yal.se villa- 
geoise, op. 22 ; etc., etc. 

MAHCUCCI (Ferdinando), harpiste extrê- 
mement distingué, né à Florence le 6 mai 1800, 
mort en cette ville le 29 décembre 1871, fut 
élève de son père, Curzio Marcucci, qui était lui- 
même un virtuose fort remarquable , et reçut 
des leçons d'harmonie et de contrepoint de Disma 
Ugolini. Dès ses plus jeunes années il tenait 
très-habilement la partie de harpe à l'orchestre 
du théâtre de la Pergola, de Florence, et il se 
fit toujours remarquer, dans les concerts, par 
ses grandes qualités de style et de mécanisme, 
transformant en (juelque sorte l'instrument sous 
ses doigts et en tirant des effets inconnus avant 
lui- En 1827, Marcucci vint en France, obtint 
beaucoup de succès en donnant en province une 
série de concerts, et, une fois arrivé à Paris, 
entra à l'orchestre du ïhéAtre-Italien par la 
protection de Uossini. Après quelques années, 
en 18:55, il était de retour à Florence, qu'il ne 
quitta plus, et s'y livra complètement à rensei- 
gnement, formant de nombreux et excellents 
élèves, tout en continuant de faire admuer son 
admirable talent toutes les fois qu'il se pro- 
duisait en public. 

MAIICIISSEN ( ), facteur d'orgues, 

associé, je crois, à M. Reuter, était avec celui- 
ci le chef de la maison la plus importante en 
ce genre de tout le Danemark, il y a une tren- 
taine d'années. Ces deux artistes distingués ont 
apporté d'heureuses et utiles améliorations dans 
la fal)rir,ation des orgues. 

.^lAIll'XIlAL (CnviiLES-HEMu), composi- 



teur, est né à Paris le 22 janvier 1842. Il se fit 
recevoir au Conservatoire seulement en 186G, 
et entra dans la classe d'orgue de M. Benoist et 
dans la classe decom|)Osition de M. \ictor Massé. 
Je ne crois pas qu'il ail pris part aux concours 
de 1 école ; tout au moins n'y obtint-il aucune 
récompense; mais s'étant présenté en 1870 au 
concours de l'Institut, il y remporta d'emblée 
le premier grand prix de Rome, conjointement 
avec M. Cliarles Lefebvre {Voyez- ce nom). En 
187;j, à la séance d'audition des envois de Rome, 
on exécuta au Conservatoire des fragments de 
la ISativité, drame sacré écrit par M. Marécbal 
sur un poème de M. Cicile, et dont divers autres 
fragments avaient été précédemment entendus 
dans les séances de la Société nationale de mu- 
sique. Depuis lors, M. Maréchal a donné à l'O- 
péra-Cornique (8 mai 1876) un petit ouvrage en 
un acte, les Amoureux de Catherine, qu'on a 
trouvé empicint d'une grâce touchante et d'un 
bon sentiment mélodique. Presque en même 
temps il écrivait pour une comédie de MM. Erck- 
mann et Chatrian, l'Ami Friiz, représentée à la 
Comédie-Française, deux morceaux dont l'un 
sintout, une chanson avec chœur, produisait 
un heureux effet. M. Maréchal a rempli un ins- 
tant, eu 1S67, les fonctions de chef des chœurs 
au Théâtre-Lyrique. 

MAREIVCO (RoMUALDo), compositeur dra- 
matique italien, s'est fait connaître par la musique 
de plusieurs ballets dont voici les titres : 1° i Sciti 
Peccaii capUalt; 2" Bianca di Nevers, repré- 
senté à la Scala, de Milan; 3° Armide, joué au 
Polileama, deNaples, au mois de Mai 1873; 4° 
le Foliie del Carnevale, écrit en société avec 
MM. Levi et Casiragiii et donné au théâtre Dal 
'Verme, de Milan, le 20 janvier 1877 ; 5° Erman- 
zia, joué au théâtre San-Carlo, de Naples, en 
mars 1877; 6° Balilla, représenté à Gènes au 
mois d'avril de la même année; T Sieba, donné 
à Turin au mois de janvier 1878. M. Marenco 
est aussi l'auteur d'un drame lyrique en quatre 
actes, Lorenzino dé' Medici, représenté le l"^"" 
décembre 1874 sur le théâtre de Lodi, et qiù a 
été l)icn accueilli par le public. Cet artiste a 
publié un certain nombre de morceaux de 
musique de danse pour le piano, il était, en 
1873, chef d'orcbestre pour le ballet au théâtre 
de la Scala, de Milan. 

* MAIIENZIO (LiJCA), illustre compositeur 
italien du seizième siècle. — M. le docteur Ra- 
sevi, de Florence, m'a signalé une edilion du 
premier livre de madrigaux de cet artiste qui 
est restée inconnue à l'V'tis, et dont voici le titre : 
Di Luca Marenzio madrigali ù 4, :• et G voci 
I iibro primo, novamenle composte et date in 



MARENZIO — MARIANI 



167 



luce. In Venetia, pressa Giacomo Vincenzi , 
1588. Dans !a dédicace, adressée au comte Mario 
Bevilacqua, Marenzio dit qu'il a composé ces 
madri!»au\ con maniera assai différente dalla 
passaia, havendo, et per l'imitatione délie 
imrole, et per la proprietà dello stile, atteso 
(diro cosi) a una mesia gravita. 

J\lAIiESCALCHI (F ), musicien ita- 
lien contemporain, s'est fait connaître par la pu- 
blication d'un assez grand nombre d'albums de 
mélodies vocales, parmi lesquels je citerai : Alla 
giovine Italia (12 pièces), Cosetle del Core 
(4 chants dans le style populaire), un Fiore a 
Bellini (tî pièces), etc. 

^MARESSE (Lotis). — On a de ce 
compositeur un petit opéra-cornique en un acte, 
les Projets de sagesse, représenté au Gymnase le 
20 février 1821. L'auteur des paroles de cet ou- 
vrage était Mélesville, et tous deux en écrivirent 
la musique en collaboration. 

*MARIA (D. Caklos DE JESUS). — 
Fétis n'a pas connu la première édition du traité 
de cet auteur sur le plain-chant ; il n'a même pas 
donné exactement le titre de la seconde, que 
voici : Résuma das regras geraes mais impor- 
tantes e necessarias para a boa intelUgencia 
do Cantocfido, etc., Coimbre, 1726, in-4'' de 
47 pp. La deuxième édition porte le même titre; 
l'auteur y ajoute seulement : Dada novamente 
ao prelo corn varias accrescentamentas que 
vane notados com este signal : *Coimbre, 1741, 
in-4°de 11-92 pp. et index. L'auteur a publié son 
traité sous le pseudonyme : P. Luis du Maria 
Crcessé'r. 

J. DE V. 

MARIA (D. JoÀo DE SANTA-), prêtre 
portugais, chanoine de l'église de S. Vicenle de 
Fora, né à Terena (Extremoz), mort à Grijo en 
1654, écrivit sur le plain-chanl trois livres qu'il 
dédia au roiD. Jean IV, et qui existaient dans la 
IMbliotlièque de ce prince. Ces trois livres ne 
formaient probablement qu'un seul ouvrage, di- 
visé en trois parties. 

J. DE V. 

MARIA (Le P. Francisco DE SANTA), 
religieux franciscain portugais, né à Barcellos, 
exerça la charge de vigario de côro dans le 
couvent de Jésus, à Lisbonne, et mourut à Coim- 
bre en 1721. Il composait, et ses compositions 
existaient encore en 1833 dans son couvent, qui 
fut'supprimé avec tous les autres en 1834. Le 
couvent de Jésus fut donné à l'Académie royale 
des sciences, qui y est encore installée. 

J. DE V. 

MARIANI (Angelo), compositeur et le plus 
fameux chef d'orchestre de l'Italie contempo- 



raine, est né à Ravenne le 11 octobre 1822, et 
mort à Gênes le 13 juin 18 73. Cet artiste extrê- 
mement distingué, dont la renommée comme 
chef d'orchestre fut exceptionnelle, était lils 
d'honnêtes bourgeois de Ravenne, et avait fait 
son éducation musicale sous la direction de njaî- 
Ires obscurs. Il eut pour professeur de violon un 
nommé Pietro Casolini, et fit ses études de con- 
trepoint et d'harmonie avec un moine, le père 
Livrini, théoricien habile. A dix-huit ans, ne 
jouant que du violon et du piano, il accepta, à Sant' 
Agata, l'emploi de chef d'une bande musicale, 
et se mit à étudier le mécanisme des instru- 
ments à vent. Peu après il parcourut, comme 
simple musicien d'orchestre, différentes villes 
des Romagnes, puis se rendit à Bologne, où 
Rossini, alors directeur du Lycée musical, lit 
exécuter une ouverture de sa composition et lui 
adressa des éloges à ce sujet. Ce fut alors que 
Mariani se mit à étudier les œuvres classiques 
de toutes les écoles, et que, sur les conseils de 
Rossini, il mit en partition les quatuors et les sym- 
phonies de Mozart et de Beethoven, travail ex- 
cellent qui meuble merveilleusement la mémoire 
et forme le vrai musicien. 

Mariani fit ses débuts de chef d'orchestre en 
1844, à Messine, en dirigeant l'exécution de la 
Saffo de Pacini, puis il remplit ces fonctions à 
Milan et à Vicence. Ses premiers pas annonçaient 
un artiste très-habile en ce genre, et en 1847 il 
était appelé à diriger l'orchestre du théâtre de la 
cour, à Copenhague, oii il écrivit une messe de 
Requiem |)our les funérailles du roi Christian 
VIII. Comme tous les Italiens, Mariani était un 
chaud patriote : à la première nouvelle des évé- 
nements de 1848, il abandonne la brillante situa- 
tion qu'il occupait en Danemark, accourt à 
Milan, s'engage comme volontaire, et fait toute 
la campagne. La guerre terminée, il part pour 
Constantinople, où le sultan le prend en affec- 
tion, et où il fait exécuter, outre un hymne en 
l'honneur de ce souverain, deux grandes canta- 
tes : la Fidanzata del guerriero et gli Esull. 

Enlin, en 1852, Mariani est chargé de ladirection 
de l'orchestre du théâtre Carlo-Felice, à Gênes, 
et c'est de cette époque surtout que commence 
sa grande renommée. Quelques années après, 
son talent exceptionnel le faisait attacher, en la 
même qualité, au théâtre communal de Bologne, 
l'un des cinq ou six premiers de l'Italie, et il sut 
conserver à ce magnifique établissement son an- 
cienne supériorité. Sa renommée ne fit qu'y 
grandir, à ce point que les Italiens, avec leur em- 
phase habituelle, le surnommèrent le Garibaldi 
de l'orchestre. Voici comme un de ses confrères, 
le compositeur Alberto Mazzucalo, devenu plus 



168 



MARIANI — MARIN 



tard (lirecteuidii Conservatoire de Milan, et alors 
chef d'orrhestre du fhé;Ure (le la "Scala, appré- 
ciait le talent de cet artiste; ces lignes enthou- 
siastes sont extraites d'un journal italien, l'Eit- 
terpe, du 23 septcmlire 186!» : 

« Directeur d'orchestre! — Mais quand on a 
prononcé ces deux froides paroles, nul ne se 
doute de ce qu'est Mariani, parce qu'il est vrai- 
nieni ce que doit être le véritahle interprète des 
compositeurs : ingénu avec Paisiello etCirnarosa, 
idéal [immaginoso) avec Mozart et Rossini, élé- 
giaque et passionné avec Gounod et Bellini, ar- 
dent et dramatique avec Verdi et Meyerbeer. Nul 
plus que le célèbre violoniste et compositeur ra- 
vennais n'a su s'identifier plus intimement, plus 
parfaitement, avec tous les genres de musique, 
avec tous les styles, avec tous les créateurs de 
mélodies et d'harmonies ; à tel point que, quand 
il se fait leur interprète, on dirait que ces chants 
suaves ou volcaniques, que ces harmonies ou 
simples, ou sévères, ou idéales, que ces combi- 
naisons instrumentales légères, brillantes, im- 
pétueuses, formidables, austères, vagues, mys- 
tiques, sont siennes, et partent toutes de lui. 

« Cen'estpastout. Non-seulement il s'assimile 
le compositeur de façon à en reproduire, à en 
photographier l'imagination, l'Ame, l'esprit, l'i- 
déalité, le génie ; mais cette âme, cet esprit, il 
les surpasse même parfois : il va plus loin, et là 
où l'interprétation simple ou ne suffit pas, ou 
laisse la voie ouverte à diverses manières, ou 
donne lieu à hésitations, il la devine et la trouve; 
et chaque fois sa divination est un miracle, qui 
se traduit pourtant en un prodige d'effets. Et 
ceux que nous appelons chanteurs, que nous 
appelons musiciens d'orchestre {siionaior\), ma- 
gnétisés et conquis par l'efficacité démesurée d'in- 
tuition d'un tel génie, sont |>lus que d'obéissants 
et valeureux soldats guidés par un grand capi- 
taine-, ils sont autant d'émanations de lui-même, 
ils sont les ramifications nerveuses de cette phé- 
noménale intelligence, ils sont les mouvements 
immédiats de sa volonlr', qui pourtant, dans leur 
immense variété, la révèlent non-seulement une, 
mais si puissante et si inébranlable que non-seu- 
lement tout obstacle s'efface et disparaît devant 
elle, mais même qu'on n'en soupçonne aucun et 
qu'on ne su|ti>ose |ioint qu'il en puisse exis- 
ter. )i 

Si l'on veut liien faire la part de l'exagération 
toute méridionale de ce jugement, on conviendra 
néanmoins que de tels éloges, surtout venant d'un 
conirère, ne pouvaient s'adresser à un artiste or- 
dinaire. Mariani s'était fait d'ailleurs une renom- 
mée européenne, et il n'est que juste de dire que 
c'était un artiste hors ligne. Il dominait, de toute 



la hauteur de son talent exceptionnel et de son 
immense réputation, la notoriété cependant légi- 
time de ses confrères italiens les plus experts, 
les Mazzucato, les Nicolo de Giosa, les Franco 
Faccio, les FrancescoPollini et autres. 11 avait mis 
le comble à sa renommée par les soins et l'expé- 
rience qu'il avait apportés, dans ses dernières 
années, à l'exécution de plusieurs ouvrages parti- 
culièrement importants et difficiles el d'une nature 
singulièrement dissemblable : l'Africaine, de 
Meyerbeer, ^i(/a et Don Carlos, de Verdi, enfin 
Lohengrin et Tanniumser, de M. Richard Wa- 
gner. Le Lohengrin fut monté par lui avec neuf 
répétitions d'orchestre seulement, ce qui est un 
véritable tour de force. 

Dans les premiers mois de 1873, Mariani venait 
(l'être réengagé au théâtre Carlo-Felice, où il 
rfevait diriger prochainement l'exécution de la 
Perle du Brésil, de Félicien David, qu'on 
venait de traduire en italien. C'est précisément 
à Gênes qu'il est mort, le 13 juin, à huit heures 
du soir, après une assez longue et très-cruelle 
maladie. 

Comme compositeur, et outre les ouvrages 
qui ont été cités plus haut, Mariani a publié un 
certain nombre de recueils de chant, parmi les- 
quels on signale surtout les suivants : Rimem- 
branze del Bosforo; il Trovaiore nella Ligu- 
ria ; Il Colle di Carignano, recueil de 8 mélo- 
dies ; Album vocale (dédié à Massimo d'Azeglio) ; 
Rimembranze di Arenzano, 6 pièces romanti- 
ques; Liete e triste Rimembranze ; Otto Pez- 
zi vocali ; N710V0 Album vocale, etc., etc. 
C'est Angelo Mariani qui eut, en 1864, la di- 
rection musicale des grandes fêtes célébrées à 
Pcsaro en l'honneur de Rossini. 

MAR1GNA3J (DE), comédien qui vivait au 
dix-huitième siècle, est l'auteur d'une brochure 
ainsi intitulée : Éclaircissements donnés à fau- 
teur du "Journal encyclopédique » sur la mu- 
sique du « Devin du Village » (Paris, Duche.snc, 
1781, in-8"). Dans cette brochure, écrite avec un 
accent de sincérité convaincue,rauteur prend avec 
vivacité la défense de Jean-Jacques Rousseau, 
qu'on avaitaccusé de s'être approprié la musique 
du Devin du Village, qui aurait été écrite par un 
autre que lui. FI donne d'ailleurs, à ce sujot, 
des raisons qui paraissent prohantes, et cette 
question, repri.se de nos jours par Castil-Blazc 
avec un acharnement qu'on a peine à s'expliquer, 
semble bien résolue lorsqu'on a lu l'écrit, d'ail- 
leurs fort rare et presque inconnu, dont il est ici 
parlé. {Voijez Granier et Grenet.) 

*MARIl\(FiîAxçois-Loiis-Ci.,uDEÎ\lAHI\l 
dit). — Cet écrivain avait été d'abord musicien, 
et avait rempli les fonctions d'organiste àlaCiotat, 



MARIN — MARIO 



169 



sa ville natale. Je ne rappelle ici son nom que pour 
citer un passage d'un pamphlet de Beaumarchais 
dans lequel sont remis en lumière ces commen- 
cements de; sa carrière. Lorsqu'en 1771 Marin 
fut appelé à la rédaction en chef de la Gazette de 
France, ce choi.v fut l'objet de critiques très- 
vives de la part de certains hommes de lettres, 
dont Marin s'était fait des ennemis en qualité de 
censeur de la police. Beaumarchais se distingua 
entre tous par son animosité, et publia à ce su- 
jet un mémoire dans lequel, après l'avoir montré 
gagiste à la Ciotat, où il touchait de l'orgue, il 
ajoute : — « Il quitte la jaquette et les galoches, 
et ne fait qu'un saut de l'orgue au professorat, à 
la censure, au secrétariat, enfin à la gazelle. Et 
voilà mon Marin les bras retroussés jusques aux 
coudes et péchant le mal en eau trouble; il en 
dit hautement tant qu'il veut, il en fait sourde- 
ment tant qu'il peut. Censure, gazettes étran- 
gères, nouvelles à la main, à la bouche, à la presse, 
journaux, petites feuilles, lettres courantes, fa- 
briquées, supposées, distribuées, etc., tout est à 
son usage. Écrivain éloquent, conteur habile, 
gazetier véridique, journalier de pamphlets, s'il 
marche, il rampe comme un serpent , s'il s'élève, 
il tombe comme un crapaud. Enfin, se traînant, 
gravissant, et par sauts et par bonds, il a tant 
fait par ses journées, que nous avons vu de nos 
jours le corsaire aller à Versailles tiré à quatre 
chevaux sur la route, portant pour armoiries, 
aux panneaux de son carrosse, dans un cartel en 
forme de buffet d'orgues, une Renommée en champ 
de gueules, les ailes coupées, la tête en bas, ra- 
clant de la trompette marine, et pour support 
une figure dégoûtée, représentant l'Europe : le 
tout embrassé d'une soulanelle doublée de ga- 
lettes, et surmonté d'un bonnet carré, avec cette 
légende à la houpe : Ques-à-co? Marin (I). » 
* MARII\ELLI (Gaetano). - Au sujet de 
cet artiste, M. Joaquimde Vasconcellos me com- 
munique obligeamment la note suivante : « A 
ce que Fétis dit de Marinelli, il faut ajouter que 
ce compositeur se trouvait, avant 1790, à Ma- 
drid, où il donna des leçons de chant à un artiste 
de talent, Lourença Correa (2); en 1817 il était 



(i) On sait que Qiies-à-co ? est une locution proven- 
çale qui signifle : >< Qu'est-ce que cela ? w Marin se servait 
à tout propos de cette expression, qu'il avait rapportée 
de son pays. On raconte qu'elle plut beaucoup à la Oau- 
pliine, lorsqu'elle lutle mémoire de Beaumarchais, qu'elle 
l'adopta et la répétait atout propos, si bien qu'elle devint 
un quolibet de cour et courut Paris et Versailles. Une mar- 
chande démodes, profitant de la circonstance, imagina 
de répandre une coiffure à laquelle elle donnait le nom 
de qiiesaco et qui obtint un succès de vogue. 

{l) y. Os Musicos porturjuezcs, par Joaquim de Vas- 
concellos, T. I, p. 57, 



à Lisbonne, où il composait une cantate pour le 
mariage du prince royal D. Pedro, cantate qui 
fut chantée au théâtre royal de l'Opéra (San 
Carlos). Marinelli était vers 1820 à Porto, où il 
donnait des leçons de musique. » 

A la liste des ouvrages dramatiques de ce 
compositeur, il faut ajouter les suivants : 
1° l'Intéresse gabba tutti, Florence, 1795; 
2" Issipile, Venise, théâtre de la Feniee, automne 
1796; 3° Il due FratbUi Castracani, Padoue, 
1798; ^" la Morte di Cleoputra, Venise, théâtre 
de la Feniee, 1800. 

MAIUIVI ( ). Un artiste de ce nom, 

resté d'ailleurs absolument obscur, a écrit la 
musique d'un opéra-comique en un acte, Duval 
ou une Erreur de jeunesse, qui fut représenté 
à l'Ambigu-Comique, de Paris, en 1800. 

MARINI (IcNAZio), chanteur italien, naquit 
à Bergame vers 1815. Son père voulait lui faire 
suivre la carrière ecclésiastique, mais il préféra 
se consacrer au théâtre. Doué d'une voix de 
basse profonde extrêmement puissante, ainsi 
que d'une stature colossale, il offrait, dit-on, sur 
la scène, un type d'une majestueuse beauté. Il 
débuta fort jeune à Brescia, obtint beaucoup de 
succès, et fut bientôt engagé au théâtre de la 
Scala, où il resta plusieurs années et où il se fit 
une grande réputation. Chanteur remarquable 
aussi bien dans le genre tragique que dans le 
genre bouffe, il se faisait surtout applaudir dans 
Mosè et dans VltaUana in Algeri. C'est pour 
lui que M. Verdi écrivit le rôle principal à' Attila. 
Après avoir fait un assez long voyage en Améri- 
que, il revint à Milan, et remporta un véritable 
triomphe, au théâtre de la Canobbiana, en se 
montrant dans le rôle de Marcel des Huguenots, 
où à ses qualités bien connues de chanteur il joi- 
gnit un talent de comédien qu'il n'avait jamais 
à ce point déployé. Marini a appartenu au théâtre 
impérial de Saint-Pétersbourg, et en 1800 il 
chantait sur celui de Barcelone. Il est mort à Mi- 
lan le 29 avril 1873. 

* MARIO (GiusErPE), comte DE CAMDIA, 
célèbre ténor italien, n'est pas né à Gênes, comme 
on l'a dit, non plus qu'à Turin. La Gazzcita mu- 
sicale (de Milan) du 7 octobre 1877 le déclarait 
formellement en ces termes : « La patrie du cé- 
lèbre ténor Giuseppe Mario est Cagliari, et non 
Turin, comme le voudrait le Dizionario de 
Regli. » Dans une lettre publiée au mois de sep- 
tembre 1807 par un grand nombre de journaux 
français, M. Mario donnait les détails suivants 
sur sa carrière : — « J'ai fait ma première ap- 
parition à Paris en décembre 1838, dans Robcrt- 
le-Diable, sur le théâtre de l'Opéra. Là, j'ai 
passé deux ans et demi, et j'ai chanté le Comte 



170 



MARIO — MARIOÏTI 



Ory, le Drapier et autres ouvrages. En 1840, 1 
M. Atiii.Klo nie lit f lianlcr VEUsire iVamore, au i 

Théâtre-Italien Vax l'ait, ma carrière n'a coni- 

niencé qu'en 1842, àDiii)lin, où j'ai chanté avec 
Tamhurini, Grisi et Lablache, sous la direction 
(le .1. Benedict. Ensuite, je revins à Paris et j'y 
chantai le répertoire de Rubini, ce qui ne fut 
pas une petite fortune pour moi. Finalement, 
ma vie se passait rapidement, allant de Paris à 
Londres à chaque saison, et rencontrant partout 
le plus aimable accueil. Dans l'hiver de 1849, 
pour la première fois, je m'en allai en Russie, 
et en 1854 en Amérique. Londres et Paris sont 
encore les deux villes dont j'ai gardé les plus 
doux souvenirs, sans oublier pourtant Dublin, 
cil j'ai reçu les plus chaleureux encouragements. 
Etrange à dire, jamais je n'ai chanté en Italie. » 

A la fin de 1862, M. Mario, par un caprice 
sans doute, eut la singulière idée de se présenter 
de nouveau sur la scène de l'Opéra, abandonnée 
par lui depuis plus de vingt ans, et s'y montra 
dans le rôle de Raoul des Huguenots. La tenta- 
tive ne fut pas heureuse, et il ne la renouvela 
pas, s'empressant de rentrer au Théâtre-Italien. 
Depuis quelques années il a quitté définitivement 
une carrière qui avait été pour lui très-brillante, 
et l'on assure qu'aujourd'hui il occupe un emploi 
important dans l'administration des beaux-arts à 
Rome. 

Un écrivain italien, Francesco Regli, affirme, 
dans son Dizionario biografico, que M. Mario, 
destiné d'abord à l'état militaire, était entré en 
1830, avec le grade d'officier, dans le régiment 
des chasseurs sardes, alors en garnison à Gênes. 
Exilé à Cagliari pour un méfait de jeunesse, il 
aurait donné sa démission, qui n'aurait pas été 
acceptée, et se serait alors réfugié à Paris, où il 
fit apprécier dans les salons son adorable voix 
de ténor. C'est alors que, selon le même écri- 
vain, un engagement lui aurait été proposé à 
ropéra, à raison de 1,500 francs par mois. Mais 
le jeune dilettante n'était pas en état de se pré- 
.sentcr sur une scène de cette importance. Tout 
en acceptant le traité qui lui était offert, il se 
plaça, ()our faire des étiules sérieuses, .sous la 
direction de Ponchard et de Bordogni, et après 
deux ans de travail songea enfin à effectuer ses 
débuts, qui eurent lieu dans Robert-le- Diable, 
non le 2 décembre 1838, comme le dit Regli, 
mais le :!0 novembre précédent. Après être resté 
quelque temps à l'Opéra, où d'ailleurs il avait 
été bien accueilli et où il avait adopté le pseudo- 
nyme de Mario, le jeune chanteur, dont la voix 
et le talent convenaient mieux au répcirloire 
italien qu'au répertoire français, fut engagé au 
Théâtre-Italien, où il fit de brillants débuts. On 



a vu plus haut, d'après M. Mario lui-même, de 
quelle façon se continua sa carrière jusqu'au jour 
où il eut la fâcheuse pensée de reparaître sur la 
scène de l'Opéra. 

Pendant les vingt-six ou vingt-huit années 
qu'il passa à notre Théâtre-Italien, M. Mario ne 
cessa d'y obtenir d'incontestables et légitimes 
succès. Les ouvrages qui constituaient son ré- 
pertoire étaient Trancredi, In Gazza ladra, il 
Barbiere, Mosè, Maiilde di Sabran, la Cène- 
rentola, de Rossini ; Liicia di Lamennoor, 
Lucrezia Borgio, Poliuto, Anyia Bolena, VEU- 
sire d'Amore, Don Pasquale, de Donizetti ; 
la Sonnambula, il Pirata, Norma, i Pnritani, 
la Straniera, de Bellini ; Don Giovanni, de 
Mozart, etc. Dans la seconde partie de sa car- 
rière, il dut un regain de succès aux opéras de 
M. Verdi : Ernani, i Lombardi, la Traviala, 
Rigoletfo, il Trovatorc. Mais les premières 
années de M. .Mario furent assurément les plus 
brillantes, alors qu'il se faisait entendre en com- 
pagnie de ces artistes à jamais illustres qui s'ap- 
pelaient Tamhurini, Lablache, M™" Persiani, 
Sontag et Giulia Grisi. 11 devint plus tard l'époux 
de cette dernière et célèbre cantatrice. A la fin 
de 1869, M. Mario tenait encore à Saint-Péters- 
bourg l'emploi des premiers ténors; mais sa 
voix était alors bien affaiblie, et il n'était plus 
que l'ombre de lui-même. C'est vers cette époque 
qu'il se décida à renoncer définitivement à une 
carrière qui avait duré pour lui plus de trente 
ans. 

I\IARIOTTl (Olimpo), compositeur, né à 
Florence le 11 juin 1813, est mort en cette ville 
le29 juillet 1868. D'abord professeur dechant, et 
comme tel attaché aux écoles musicales de sa 
ville natale, dont il fut ensuite l'inspecteur, il 
devint, en 1860, secrétaire de l'Institut musical. 
On doit à cet artiste, outre une sorte d'opérette 
'miAnXé^AaCasa disabUala, un oratorio, Giuda 
Maccubeo, exécuté vers 1860, plusieurs canta- 
tes, et un certain nombre de compositions reli- 
gieuses. 

MA14IOTTI (CoiiiNNo), compositeur, profes- 
seur et écrivain musical, était né à Parme le 4 sep- 
tembre 1827. Il commença l'étude de la musique 
avec Alinori. et eut ensuite Marcello pour profes- 
seur de contrepoint et de composition. S'étant 
fixé à Turin, il s'y livra à l'enseignement, et s'oc- 
cupa surtout avec ardeur de po|)ulariser l'étude 
et la pratique du chant choral, principalement 
dans les classes laborieuses. Il écrivit et publia 
à ce sujet plusieurs recueils de chants populaires 
à une i»u plusieurs voix, avec accompagnement 
de piano : Tesoretto melodico, Braccioe Ciiore, 
Priiiiizie meloginniche. On doit aussi à cet 



MARIOTTI — MARK 



171 



arlisle, outre quelques romances et des airs de 
clause, outre un recueil de sept cluint nationaux, 
intitulé il Canzoniere nationale (écrits sur des 
pièces de vers des meilleurs poètes italiens et 
parmi lesquels on cite surtout il Tamburo di 
JSornra et / Tre Colori), la musique de trois 
opei«>ttes sans conséquence qui furent représen- 
tées à Turin : i Distratti, l'Oca (1876) et la Ba- 
(racomiomachia. Mariotti s'occupa aussi de 
critique musicale, et publia de nombreux arti- 
cles non-seulement dans des feuilles spéciales, 
telles que il Pirata, la Gazzetla musicale, 
il Trovalore, mais aussi dans plusieurs journaux 
politiques de Turin : l'Espero, la Gazzetla di 
Torino, il Conte di Cavoiir, et la Nuova To- 
rino. Coiinno Mariotti mourut en cette ville, le 
3 août 1876. 

MARIUS ( ), facteur <le clavecins, vi- 
vait à Paris à la (in du dix-septième et au com- 
mencement du dix-huitième siècle. On trouve 
dans le tome F' du recueil ainsi intitulé : Ma- 
chines et inventions approuvées par V Acadé- 
mie royale des sciences, le modèle et la des- 
cription dun clavecin brisé dû à son invention, 
et ([ui, se pliant en deux au moyen de charniè- 
res, était d'un transport plus facile que les cla- 
vecins ordinaires. Mais là n'est pas ce qui a at- 
tiré l'attention sur le nom de Marins. Dans le 
recueil qui vient d'être cité (t. III, depuis 1713 
jusqu'en 17i9j, cet artiste a donné, à la date de 
17 IC, la description et le modèle gravé de trois 
clavecins « à maillets » inventés par lui, et qui 
étaient un acheminement direct vers la transfor- 
mation que le clavecin a subie pour devenir le 
piano moderne. Voilà lonnjfemps que l'on dispute 
sur ce sujet, que l'on discute pour savoir quel 
est le premier auteur de cette transformation, et 
que l'on met en avant les noms de Marins pour 
la France, de Cristofori pour l'Italie, et de Schrœ- 
ter pour l'Allemangne. Tout doute doit être, je 
crois, dissipé maintenant, grâce aux nouveaux 
documents mis au jour par mon savant collabo- 
rateur, M. Casamorata, dans l'article Cristofori 
du premier volume de ce Supplément, documents 
desquels il résulte que les premiers travaux de 
Cristofori en ce sens datent de 1709. Toutefois, 
comme sa découverte ne fut répandue que quel- 
ques années plus tard, et que les communica- 
tions étaient autrement difficiles alors qu'aujour- 
d'hui, on peut facilement croire que ni Marins 
ni Schrœter n'eurent connaissance de ces tra- 
vaux, et que chacun d'eux eut aussi, de son 
C(>lé, l'idée de remplacer les sautereaux du clave- 
cin par des marteaux ou « maillets. » 

Au reste, dans un quatrième modèle, joint au 
trois précédents, Marins cherchait à marier l'an- 



cien système avec sa propre combinaison, et il 
présentait à l'Académie des sciences un « qua- 
trième clavecin à maillets et àsauteraux ». Enfln, 
cet inventeur donnait aussi le modèle d'un « or- 
gue à soufllefs, ). imaginé par lui. C'est là, mal- 
heureusement, tout ce qu'on sait sur Marins et 
tout ce qui reste de lui, et il in'a été, pour ma 
part, impossible de découvrir aucun détail, au- 
cun renseignement, aucun vestige d'information 
quelconque sur cet artiste intéressant, qui ne ren- 
contra sans doute qu'indifférence et incrédulité. 

Ce qu'il y a déplus singulier peut-être, c'est 
qu'on n'a retrouvé jusqu'à ce jour aucun spéci- 
men des fameux clavecins à maillets de Marius, 
tandis qu'on connaît au moins trois exemplaires 
de ses clavecins repliés. J'en ai pu voir un, su- 
perbe de conservation, dans le beau musée ins- 
trumental de M. Alexandre Kraus, à Florence ; 
celui-ci, daté de 1713 et produisant la signature 
de son auteur dans ses divers compartiments, 
porte aussi cette mention : Exclusif privilège 
du Roy. Un autre , qui a figuré dans la galerie 
de l'art rétrospectif à l'Exposition universelle de 
Paris de 1878, appartient à la riche collection 
de M. Auguste Tolbecque. Enfin, un troisième 
fait partie du Musée instrumental du Conser- 
vatoire de Paris, et est ainsi décrit dans le cata- 
logue de ce Musée : — « Cet instrument, d'une 
étendue de quatre octaves (de se grave à fa), se 
divise en trois sections se repliant l'une sur l'au- 
tre et se pouvant serrer dans un coffret de voyage. 
Sur la table d'harmonie, richement décorée, on 
lit le nom du facteur, el l'on apprend qu'il jouis- 
sait d'un exclusif privilège du roy. C'est en 
1700 que Marius inventa ce clavecin portatif 
dont les Mémoiresdejrévoux (de 170-3, p. 1292) 
ont parlé avec éloges. » 

MARK (Le docteur), dilettante passionné, 
fut en Angleterre l'un des propagateurs les plus 
infatigables de la musique parmi les enfants, et 
fonda un collège de musique qu'il dirigeait en 
personne. Cet homme dévoué et convaincu mou- 
rut à Manchester le 2 janvier 1868. Dans le der- 
nier rapport publié par lui sur le Collège de 
musique dont il était le créateur, le docteur 
Mark établit que dans l'espace de vingt ans il avait 
donné9,5S6 concerts et 5,250 conférences devant 
7,645,791 enfants el 5,253,689 adultes; qu'il 
avait fait exécuter l'Hymne national 9,982 fois; 
qu'il avait péircour» 296,690 milles (95,563 lieues), 
etqu'ilavaitdépensé 115,000 livres sterling, indé- 
pendamment de 25,000 livres à lui appartenant, 
soit une somme totale de trois millions 500,000 
francs. Outre son collège de musique, le docteur 
Mark avait créé plusieurs Conservatoires, et or- 
ganisé un grand nombre de corps de musique 



172 



MARK — MARMONTEL 



enfantins qu'on appelait les Petits Hommes ; 
enfin plus de 5,500 classes déjeunes élèves, tant 
jmMiques que privées, avaient reçu l'enseigne- 
ment musical d'après son système. 

^lARLET (L'abbé), prêtre et musicien, vi- 
vait à Paris vers le milieu du dis-hutième siècle. 
Il a écrit la musique d'une pastorale relii^ieuse : 
Jésus naissant adoré jmr les bergers, qui fut 
représentée en 17-i-'i dans la maison des Demoi- 
selles de l'Enfant Jésus. 

* MARLIAM (Le comte Marc-Aurèle). — 
Ce compositeur écrivit, en société avec MM. Be- 
noist et Ambroise Thomas, la musique du ballet 
la Gipsij, représenté à l'Opéra le 28 janvier 1839. 
— C'est le 8 mai 1849 que cet artiste patriote 
périt sous les murs de Bologne, mortellement 
frappé par une balle ennemie. 

MARLOW (Madame), cantatrice dramati- 
que allemande fort distinguée, née vers 1838, 
appartenait en 1859 au théâtre de Stuttgard, où 
elle obtenait de très-grands succès et oii elle res- 
tait jusqu'en 1864. Possédant une superbe voix 
de soprano, pleine et étendue, souple et expéri- 
mentée, que venait aider un talent scénique d'une 
rare valeur, cette artiste se faisait applaudir 
dans les rôles des genres les plus opposés, et 
jouait tour à tour les Hucjuenots, la Fiancée, 
Bobert-le-Diable, Maria, Stradella, le Phil- 
tre, le Pardon de Ploirmcl, la Fille du régi- 
ment, les Diamants delà couronne, etc. Très- 
remarquable el très-diverse d'ailleurs comme 
cantatrice, elle n'obtenait pas moins de succès au 
concert qu'an théâtre, et faisait apprécier dans 
l'oratorio un chant plein d'onction, de largeur et 
de majesté. 

En 1864, M'""^ Marlow se faisait entendre avec 
succès au théâtre Kroll, de Berlin, puis, dès le 
commencement de l'année suivante, rentrait au 
théâtre royal de rStuttgard. Bientôt, elle entre- 
prenait un voyage en Italie. C'est alors (août 
1865) qu'un journal annonçait sa mort en ces 
termes : — « M""" Marlow, la cé\hbx& prima donna 
de l'Opéra royal de Stuttgard, voyageant en 
Italie, s'était arrêtée à Ravenne pour visiter le 
tombeau du Dante, et y est morte après une 
courte indisposition. » Cette fâcheuse nouvelle 
était démentie huit jours après, et cependant je 
constate que depuis lors on n'a plus en aucune 
façon entendu [larler de M™"' Marlow. 

* M ARIMOAIÏKL (Antoi*:-Imi.\nçois), com- 
positeur cl profes?;cur de piano au Con.scrvatoire 
de Paris, n'a cessé, depuis trente ans, de rem- 
porter des succès constants dans la personne des 
élèves qu'il forme dans cet établissement. Parmi 
ceux-ci, je me bornerai à citer les noms de 
MM. Ernest Guiraud, Paladilhe, Alphonse et Ed- 



mond Duvernoy, Jo.seph Wicniawski, Thurner, 
Georges Bizet, Théodore Dubois, Ketfen, 
Henri Fissot, Diémer, Lavignac, Lepot-Dela- 
haye, Dolmetsch, Paul Chabeaux, Bourgeois, 
Berthemet, Thibaud, Suiste, Servantes, Thoraé, 
Lack, etc., etc. Le temps qu'il consacre à l'ensei- 
gnement n'empêche pas M. Marmontel de se li- 
vrer à d'importants travaux de composition, et le 
nombre des œuvres publiées par cet excellent 
artiste dépasse aujourd'hui le chiffre de 120. Je 
signalerai particulièrement les suivantes : V Art 
de déchiffrer, 100 éludes élémentaires et pro- 
gressives de lecture musicale (Paris, Heugel) ; 
École élémentaire de mécanisme et de style, 
24 petites études caractéristiques, op. 6 (Paris, 
Legouix) ; 24 Études spéciales et progressives, 
op. 9 (Paris, Grus) ; 24 Éludes d'agililé et d'ex- 
pression, op. 45 (id., id.) ; 24 Grandes Études de 
style et de bravoure, op. 85 (Paris, Heugel) ; 30 
Petites Études de mécanisme et mélodiques, op. 
80 (id., id.); 25 Éludes progressives de méca- 
nisme et d'expression, op. 62 (Paris, Legouix); 
24 Grandes Études caractéristiques, op. 45 (Paris, 
Grus); École de mécanisme, op. 105,106 et 107 
(Paris, Heugel); 50 Études de salon, op. 108 
(id., id.); VArt de déchiffrer à 4 mains, 50 
Études mélodiques et rbythmiques, op. 111 (id., 
id.); Sonate en re majeur, op. 8(id., id.); 2^ So- 
nate(id., id,); Nocturnes, op. 10, 11 et 12 (Paris, 
Grus) ; 3 Sérénades, op. 21, 56 et 109; 2 Mor- 
ceaux de salon, op. 23 et 24 (Paris Grus) ; 3 Thè- 
mes variés, op, 49, 63 et 78 ; 3 Mélodies caracté- 
ristiques, op. 19 (Paris, Grus) ; 2 Marches carac- 
téristiques, op. 37 (Paris, Heugel); 2 Polonaises, 
op. 40 et 92 (Paris, Escudier); 3 Mazurkas, op. 
35 (Paris, Maho) ; Marche triomphale, op. 08 bis 
(Paris, Gérard); 3 Rêveries, op. 95 (Paris, Escu- 
dier) ; Sous bois, 2 pièces caractéristiques, op. 
113 (Paris, Heugel); 2 Menuets, op. 114 (id., 
id.); 3 Pièces caractéristiques_, op. 117 (id., id.); 
Fleurs de bruyère, 3 pièces caractéristiques, 
op. 83 (Paris, Escudier),- Napolitana, étude de 
concert, op. 39 (id., id,); Chants du Nord, 2 
mazurkas, op. 30 (Paris, Heugel). 

On doit aussi à M. Marmontel les écrits sui- 
vants: i" Petite Grammaire populaire, théo- 
rie raisonnéc des principes élémentaires, 
Paris, Grus; 2° Vade-mecum du professeur 
de piano, catalogue gradué et raisonné des 
meilleures méthodes et œuvres choisies des maî- 
tres anciens et contemporains, Paris, Heugel, 
in-12 ; 3" Art classique et moderne du piano, 
conseils d'un professeur sur l'enseignement 
technique et Vcsthétique du piano, Paris, Heu- 
gel, in-12 ; 4° les Pianistes célibres, silhouet- 
tes el médaillons, Paris, Heugel, 1878, in-12. 



MARMONTEL — MARÏI 



173 



La date exacte de la naissance de M. Marmonlel 
est le 18 juillet 1816. 

Le lils de cet artiste, M. Émile-Antonin- 
Louls Marmontel, né à Paris le 24 novembre 
1850, a fait ses études au Conservatoire de cette 
ville, où il a obtenu le second prix de solfège en 
18G1 et le premier l'année suivante, le second 
accessit de piano en 1864, le second prix en 1865, 
le premier prix en 1867, un troisif^me accessit 
d'harmonie et accompagnement en 1868, le pre- 
mier prix en 1869, eniin le second prix de fugue 
en 1870, et en 1873 une mention honorable au 
concours de Rome. M. Marmontel lils, qui est 
aujourd'hui professeur de solfège au Conserva- 
toire, a publié diverses compositions, parmi les- 
quelles une marche pour musique militaire, une 
grande sonate (lour piano et plusieurs morceaux 
de genre pour le même instrument. 

* MARQUE (Pierre-Auglste), violoniste 
et compositeur de musique de danse, est mort 
à Paris au mois de décembre 1868. 

MARQUES (Jo.vyuiM-JosK), musicographe 
portugais, amateur distingué, écrivain aussi 
consciencieux que modeste, a rendu de grands 
services à la littérature musicale de son pays. 
Plein d'enthousiasme pour l'art, il a prodigué à 
tout le monde ses livres, ses recueils de musique, 
ses notes personnelles, fruit d'immense travaux, 
sans qu'on l'ait, dans la plupart des cas, a'emer- 
cié jamais d'un seul mot. Il a fait des sacrifices 
de toute espèce pour rappeler la classe des mu- 
siciens de Lisbonne, dans laquelle tous les sen- 
timents d'honneur et de dignité professionnels 
semblent éteints, à leurs devoirs envers l'art, 
envers le pays et ses glorieuses traditions artis- 
tiques. M. Marques a fondé des journaux, a mis 
sa plume au service de toutes les entreprises 
utiles, sans aucun souci de son temps, de ses in- 
térêts, de sa santé même, et malgré des condi- 
tions très-modestes de fortune, malgré des décep- 
tions de toutes sorte, il n'a jamais manqué de 
courage dans la lutte ni perdu la foi dans l'idéal 
de l'art; déplus, il a su conmiuniquer à quel- 
ques rares prosélytes l'enllioubiasme qui l'anime, 
et recruter deux ou trois travailleurs qui l'ont 
aidé dans VArle Mimcul, de Lisbonne. Ce jour- 
nal, qui a dû suspendre sa publication après deux 
années de luttes (1874-1875), a marqué une ère 
nouvelle à Lisbonne, oii les feuilles artistiques 
n'avaient tendu jusqu'alors, tout comme en 
Italie, qu'aux plus ignobles buts; M. Marques y 
a publié : Chronologia da Opéra em Portugal 
(plus de 20 articles), Estudos sobre a historia 
da musica em Portugal (15 articles), d'après le 
manuscrit de M. Platon de Vaxel (1), etc., etc. 

(1) La rédaction de ces articles appartient à M. Joaqiiiin 



M. Marques a fourni au Jornal do Commercio, 
le premier journal de Lisbonne, une foule d'ar- 
ticles relatifs à la musique ; c'est lui qui, avec 
M. le docteur Ribeiro Guimaràes ( Voy. ce nom), 
qui vient, hélas ! de mourir il y a quelques mois, 
a éveille et répandu le goiU pour les études de 
musicographie, revenant sans cesse et à tous 
propos sur les questions les plus importan- 
tes de l'histoire de l'art. Je tiens à rendre ici 
cet hommage à M. Marques, car je lui dois, plus 
que toutfautre, des services inappréciables pour 
mes travaux. M. Marques est né à Lisbonne en 
1836. J. nE V. 

MARQUES (José-Martinho), né à Macau, 
possession portugaise en Chine, fit ses études au 
collège de Saint-Joseph de ladite ville, et devint 
ensuite interprète officiel du gouvernement et des 
légations étrangères . On a de lui : Principios ele- 
mcntares demusica, Macau, 1853. Je ne connais 
pas cet ouvrage. J. de V. 

MARQUES (Miglel), compositeur espagnol, 
a fait représenter sur l'un des théâtres de Madrid, 
le 24 novembre 1875, une zarzuela en trois actes 
intitulée la Monja al ferez. 

MARQUEZ (Antoine LESBIO). - Voyez 
LESBIO (Antonio-Marques). 

MARRACO (José), compositeur espagnol 
contemporain, a fait exécuter dans la cathédrale 
de Barcelone, le 30 janvier 1868, une messe de 
Requiem pour voix seules, chœur et orchestre. 

MARTEL (L'abbé A.), est l'auteur d'un ou- 
vrage publié sous ce litre : Méthode de plain- 
cfiant selon le rit romain, suivie des Princi- 
pes comparés du chant musical. Je ne connais 
que la « seconde édition, corrigée, » de celle 
Mélhode (Fréjus, impr. Perreymond, in-12). 

MARTI (Anselme), compositeur, né vers le 
milieu du dix-huitième siècle, entra au couvent 
d'Engelberg (Suisse) en 1779. « C'était, dit 
M. George Becker [la Musique en Suisse) un 
organiste et compositeur de grand mérite, qui a 
laissé des œuvres en tous genres : messes, mo- 
tets, opérettes, etc. » 

MARTI (Le P. José), compositeur et maître 
de chapelle espagnol, naquit à Tortosa en 1719, 
et prit, à l'âge de trente ans, l'habit de moine 
bénédictin au fameux couvent de Monlserrat, où 
il devint professeur de musique. A cette époque 
il était déjà prêtre et avait occupé les fonctions 
de maître de chapelle dans une cathédrale. Il 
mourut à Mont; errât, le 3 janvier 1763. Le P. 
Marti a laissé plusieurs œuvres de musique re- 
ligieuse que l'on dit fort distinguées, entre autres 
un cantique pour la ÏNativité de Jésus-Christ, et 

José Marques, qui a fourni à M. de Vaxel, amateur russe, 
les documents les plus précieux pour son travail. 



174 



MARÏI 



(ies Lamen/nlions de la semaine sainte, avec 
orclie>tro, <|"' s^"' conservées dans les ardiives 
du couvent de Monlserrat. 

3IAUTIN (UoBLiiTj, musicien distingué qui 
vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle, 
fut organiste du grand orgue à l'église métro- 
politaine de Rouen, de 1483 à 1488. 

MARTIN (Micuel), artiste distingué, qui 
vivait dans la iiremière moitié du dix-septième 
siècle, fit ses études à la maîtrise de la cathé- 
drale de Rouen, s'établit ensuite à Paris comme 
professeur, puis devint maître de la chapelle de 
Laon, et enlin dirigea la maîtrise de la cathédrale 
de Rouen, de 1032 à 1G34. 11 mourut sans doute 
en cette dernière année. 

* MARTIN (Juan-Blaise), célèbre chanteur 
de rOpéra-Comique. — Dans son Histoire du 
Conservatoire, Lassabathie, qui a eu en mains 
tous les documents originaux nécessaires à son 
travail, donne à cet artiste le prénom de Nicolas, 
qui peut-être vient non se substituer, mais s'a- 
jouter aux deux précédents, et fixe la date de sa 
naissance au 24 février 1768. Quant à celle de 
sa mort, c'est le 28 et non le 18 octobre 1837, 
ainsi qu'une erreur d'impression l'a fait dire dans 
la Biographie universelle des Musiciens. Mar- 
tin était devenu professeur de chant au Conser- 
vatoire le 1""^ avril 1816, et avait donné sa dé- 
mission après deux années d'exercice, le 1*^' avril 
1818; il reprit ces fonctions le f' octobre 1832, 
et les conserva jusqu'au 1^"^ octobre 1837. 

* MARTIN (Ji lien), connu sous le nom de 
MARTIN D'ANGERS. — Au nombre des 
écrits de cet artiste, il faut signaler la brochure 
suivante : De l'Avenir de l'Orphéon et de tou- 
tes les écoles populaires demiisiqueen France, 
Paris, 1846, in-8°. 

MARTIN (Chaules), pianiste, professeur et 
compositeur allemand, né à Berlin en 1808, mort 
en cette ville au mois d'avril 1875, s'est fait con- 
naître par la publication d'un assez grand nom- 
bre de morceaux de genre pour le piano, consis- 
tant en divertissements, pots-pourris, valses, pe- 
tites fantaisies, etc. Tout cela, je crois, est sans 
grande valeur. 

MARTIN (N.), né à Marseille en 1810, fit 
ses premières études musicales dans cette ville, 
à la maîtrise de l'église métropolitaine de Sainl- 
Martin. Il y a|)(irit le solfège de Gebelin, maître de 
chapelle, et de Mey, organiste. Au sortir de la 
maîtrise, il s'essaya d'abord dans la carrière 
commerciale à laquelle ses parents le destinaient, 
puis, ayant triomphé île leurs hésitations, suivit 
détinitivemcnl la voie artistique, vers laciiiellc il 
se sentait attiré. Ayant obtenu au concours une 
place de contrebassiste au Grand-Théàlre de 



MARTIN 

Marseille, il compléta ses éludes sous la direc- 
tion de Maccary, qui lui enseigna l'harmonie, et 
de Barsolli, fondateur et directeur du Conserva- 
toire de Marseille, qui le chargea plusieurs fois 
de le supjiléer dans ses cours. Ce fut à celte 
époque qu'il enseigna les premières notions de 
l'harmonie à son ami d'enfance, François Ba/in, 
plus tard professeur de composition au Con- 
servatoire de Paris, et membre de l'Institut. 
En 1831, il se rendit à Paris, muni de lettres 
de recommandation pour Cherubini et Choron, 
et fut admis comme ^pensionnaire à l'école de 
ce dernier, d'où sont sortis tant d'artistes dis- , 
tingués. 

Il devenait peu après répétiteur des classes 
de contralti et de basses et mettait à profit son 
séjour à l'institution, en reprenant ses études 
d'harmonie et de contrepoint avec Nicou-Choron, 
gendre du directeur. Choron étant mort et l'é- 
cole fermée, il fut désigné au concours parmi le 
petit nombre d'élèves choisis par Cherubini, 
pour achever leurs études au Conservatoire. Il 
y suivit les cours de haute composition de Ber- 
ton. Après trois ans de séjour au Conserva- 
toire, il qu'itta cette école, à la suite d'un diffé- 
rend avec Cherubini, et, sur la recommandation 
d'Halévy, entra à l'Opéra comme artiste du 
chant. Il y resta jusqu'au mois de mai 1840, 
sans s'y faire remarquer, par suite d'une timi- 
dité excessive qui paralysait ses moyens etl'em- 
pôchait de tirer parti d'une bonne voix de basse- 
taille, et de son talent peu commun de musicien. 
Deux mois plus tard, il était appelé à Marseille 
par M. Reynard, maire de cette ville, pour fon- 
der au Conservatoire les classes de solfège pour 
les demoiselles. 

M. Martin occupe encore actuellement ces fonc- 
tions, où il a rendu les plus grands services, et 
où il a témoigné d'éminentes qualités. Il n'a 
cessé de maintenir son enseignement au niveau 
le plus élevé, et sa classe est certainement une 
des plus fortes de ce genre qu'il y ail dans les 
écoles spéciales françaises. C'est par centaines 
qu'il faudrait citer les noms des élèves devenus 
aujourd'hui des artistes et des professeurs dis- 
tingués, qui lui doivent une solide éducation mu- 
sicale. En deliors des procédés connus,M .Martin 
emploie volontiers dans ses cours la lecture, 
sans aucun accompagnement, départies instru- 
mentales travaillées d'une façon inti'ressanle, 
comme, par exemple, celles des œuvres de J. S. 
Bach pour piano, orgue ou orchestre, dont les 
dessins fugues et les intonations ardues habiluent 
la voix et l'oreille des élèves à toutes les com- 
binaisons harmoniques et rythmiques. On lui 
doitaussi l'adoption, pour les classes supérieures, 



MARTIN 



175 



de la lecture de manuscrits composés par les 
élèves eux-mêmes. Ce mode d'enseignement, 
adopté à Paris, l'a été aussi récemment à Tou- 
louse à la suite d'une visite que fit à la classe de 
M. Martin i\L Mériel, directeur du Conservatoire 
de cette ville. 

M. Martin a écrit pour la société chorale Trote- 
bas, qu'il a diriï;ée pendant quinze ans et dont il 
avait été fondateur en ] 828, diverses œuvres,mes- 
ses, motels, litanies etcliœurs d'une valeur incon- 
testable. Toutes ces pièces, qui n'ont malheureu- 
sement pas été publiées, sont écrites avec clarté 
et élégance, sans cette aridité et cette recherche 
qu'on trouve quelquefois chez les artistes habi- 
tués à l'enseignement. Sa messe en sol majeur 
est une o>uvre très-distinguée. 

M. Martin a acquis dans le midi de laFrance une 
légitime notoriété comme bibliographe érudit. 
Cet artiste modeste est parvenu, au prix d'ef- 
forts consiiiérables et incessants, à accumuler 
dans sa bibliothèque de véritables trésors. Cette 
bibliothèque est une des plus riches et des plus 
intéressantes qui existent en province. Elle ne 
compte pas moins de dix mille volumes et par- 
titions, parmi lesquels les raretés abondent. 

On y trouve à peu près toutes les partitions 
d'orchestre anciennes et modernes : Lulli, Cam- 
pra. Deslouches, Marais, Rameau, Mondonville, 
Gluck, Monsigny, Gréfry, Dalayrac, Catel, Mé- 
hul, Cherubini, Gossec, Berton, Boieldieu, Au- 
ber, etc. 

La partie théorique est on ne peut plus com- 
plète : elle renferme presque tous les livres, his- 
toires et traités les plus recherchés des biblio- 
philes. — Pour l'Italie, F. Gafforius, Vannius, 
Spataro, Zacconi, Canuntius, Lanfranco, Artusi, 
Berardi, V. Galileo, Zarlino, le père Martini, 
Sabattini, Tartini. Eximeno, Bononcini, Matlei, 
etc., jusqu'aux plus récentes publications. 

Pour l'Allemagne; Glareanus,G. Printz, Fre- 
gius, tous les ouvrages de Mattheson, Kirnber- 
ger, Marpurg, Sorge, l'abbé Yogler, Forkel, F. 
et H. Bellermann, Rocblitz, Winterfeld, CM. 
^Veber, G. Weber, Kiesseweter, Kandier, etc. 

Pour l'Angleterre , T. Morley, Butler, Simp- 
son, Hawkins, Busby, Burney, W. Jones, Pe- 
pusch, etc. 

Pour la France, le père Jurnilhac, le livre d'or- 
gue de Titelouze, tous les ouvrages du père 
Mersenne, les tons du père Maillard, Rameau, 
Descaries, A. Gaulez, Bacilly, Bérard, l'abbé 
Roussier, Laborde, Diderot, Grimm, J. J. Rous- 
seau, A. Choron, Lafage, H. Vincent, Cousse- 
niaker, Fétis, etc. 

Pour l'Espagne et le Portugal , la lijra Hispa àa 
de M. Eslava, plusieurs traités de la plus grande 



rareté, entreautres par J. de Ulloa (dédié à Ignace 
de Lojola.) — De même pour la Hollande et la 
Russie. 

Les auteurs grecs et latins de l'antiquité et du 
moyen âge sont représentt's par Meibomius, 
J. Vossius, T. Wallis, V. Galilée, Doni, saint Au- 
gustin, Boëlius, Cassiodorus, le [irécieux recueil 
(le l'abbé Gerbert, sa suite par Coussemaker, 
les travaux de Perne sur les trouvères et de 
Yilloteau sur la musique orientale, et à peu près 
toutes les histoires de la musique publiées jus- 
qu'à nos jours. 

On doit signaler encore la collection complète, 
depuis 1798, de la Gazette musicale de Leipzig ; la 
Cœciliade Mayence ; la Revue et Gazette musi- 
cale depuis sa fondation, etc.; quelques manus- 
crits AUTOGRAPHES, pamii lesquels un intermède 
bouffe inédit et non achevé de J. B. Pergolèse ; un 
miserere deJomelli ; des préludes et fugues pour 
clavecin de Durante; une messe à deux chœurs 
par Abbo; des solfèges de Columacci; des mo- 
tets de Choron; une cantate inédite de Berlioz, 
etc. 

M.Martin possède toutes les édifions de Htendel, 
y compris ses opéras publiées par Walsh, toutes 
les éditions des psaumes de Marcello, les collec- 
tions contemporaines de Mozart, Beethoven, Bach, 
etc., par Breitkopfet Hasrtel, le Palestrina publié 
par l'abbé Alfieri à Rome, etc., et, comme mu- 
sique madrigalesque, Orlando Lassus, Arcadelt, 
les deux Gabrielli , Palestrina , Cypriende Rore, 
Philippe de Mons, Clément Jannequin, Josquin 
Desprez, J. Mouton, J. Certon et cent autres 
aussi célèbres. 

C'est à dessein qu'une mention aussi détaillée 
a été faite ici de cette bibliothèque. C'est en effet 
un véritable devoir d'appeler sur elle l'attention. 
On doit souhaiter que ces richesses ne se disper- 
sent pas, et qu'une bibliothèque publique en fasse 
l'acquisition pour qu'elles puissent être mises 
utilement à la disposition des connaisseurs el des 
érudits. Al. R— d. 

MAUTIIV (Alexandre), violoniste et compo- 
siteur, né à Varsovie en 1825, d'un père français 
et (l'une mère polona'ise, mourut en cette ville en 
1856 . Après avoir travaillé le violon et l'harmonie, 
il se livra à la composition, écrivit quelques mor- 
ceaux de musique instrumentale, puis, désireux 
de se produire au théâtre, s'exerça à mettre en 
musique différentes poésies deByron, de Mickie- 
vvicz et de Walter Scott. Il composa ensuite deux 
ouvertures, et commença à écrire la partition d'un 
opéra dont le livret, emprunté au Corsaire, de 
Byron, lui avait été confié par Joseph Korze- 
niowski ; mais avant même de l'avoir terminé, 
il en entreprit un second, Wianki, sur un poème 



176 



MARTIN — MARTINUS 



de B. Cwozdeçki, et l'acheva assez rapidement. 
11 fit entendre quelques morceaux de ( e dernier 
ouvrage dans une réunion particulière, on ils 
produisirent un effet considérable. Malheureu- 
sement, la mort le surprit, à peine âgé de trente 
et un ans, avant qu'il pût tirer parti de son (euvre. 
]Vlartin,qui appartenait comme alto à l'orchestre 
du théâtre de Varsovie, a laissé les compositions 
suivantes: 1" Grande Fantaisie pour violon, avec 
accompagnement de piano, dédiée à K. Bara- 
novvski ; 2° Nocturne pour violoncelle, dédiée à 
SzablinsKi ; 3" Deux Épisodes pom- violoncelle ; 
4" Fantaisie pour hautbois, dédiée à M. Malik ; 
5» Mazurke pour piano, dédié à M. Lapezynski ; 
6° Élégie pour deux violons, alto et violoncelle; 
7'> Marche pour musique militaire; 8" Polonaise 
pour violon et violoncelle obligés, avec accompa- 
gnement d'orchestre ; 9» Marche funèbre, pour 
trois trompettes, trois trombones, et chœur. Ce 
dernier morceau a été exécuté aux funérailles de 

Martin. 

MARTIIXEZ (Vicente), prêtre et musicien 
espagnol, né dans la première moitié du dix- 
huitième siècle, devint maître de chapelle de la 
cathédrale d'Albarracin le 19 juin 1764, et mou- 
rut en cette ville le 10 février 1777. On a con- 
servé dans les archives de la cathédrale d'Albar- 
vracin les compositions suivantes de cet artiste, 
écrites s|>écialement par lui pour le service de 
sa chapelle : 2 Laudate à 6 voix ; une séquence 
dite du Saint-Esprit, à 6 voix ; 3 messes à 4 et 
à 6 voix, et 2 messes dites du dimanche, à 6 
voix ; 5 lamentations, à 6 voix ; un motet à 5 
voix, pour le dimanche des Rameaux ; une sé- 
quence dite du Corpus, à 7 voix ;un Âdjuvamus 
à 4 voix; enlin 124cantates et cantiques {villan- 
cicos) à 5, 6 et 8 voix. 

IVIARTIIXEZ (Nicolas-Gonzalez), compo- 
siteur espagnol contemporain, organiste de l'église 
paroissiale deSan-José, de Madrid, a entrepris 
il y a quelques années, conjointement avec M. Lo- 
pez .luarranz, une publication à laquelle les deux 
artistes ont donné ce titre : El Canlo sacro, 
publicacion relujiosu-musical, dedicada à S. 
S.PioIX (Madrid, Andres Vidal). 

^MARTINI (Jj:\N-PArL-É(;mi::). — Ce com- 
positeur distingué a été l'objet d'un travail bio- 
graphique assez étendu, qui a paru sous ce titre : 
Martini, par Arthur Pougin (l^aris, inipr. Chaix, 
186'i, in-8"(le32 pp.). On peut utilement consul- 
ter au.ssi, à son sujet , VÉloge de Martini que 
la princesse Constance de Salm a;publié, avec 
ceux de Sedaine et de Gaviniés, dans le tome IV 
de SCS (Euvres complètes (Paris, 1842, in-8). Je 
me bornerai à mentionner ici un petit opéra qui 
n'a point été compiis au nombre de ses ouvrages 



dramatiques, le Nouveau-Né; cet opéra, écrit 
à l'occasion de la naissance du duc d'Enghien, 
fut représenté à Chantilly, sur le théâtre particu- 
lier du prince de Condé, au mois de novembre 
1772. 

MARTINI (Andréa) , célèbre sopraniste 
italien qui naquit à Sienne (Toscane) vers 1763, 
est généralement connu sous le sobriquet de 
Senesino, mais ne doit pourtant pas êlre con- 
fondu avec François Bernardin, dit aussi Sene- 
sino, qui brillait à Londres du temps de Hœudel. 
Du reste, ce Senesino junior était, lui aussi, un 
parfait musicien et excelleut chanteur, doué 
d'un soprano magnifique. Son chant était d'un 
fini exquis, et empreint d'une douce mélancolie. 
Pendant sa jeunesse, Senesino chanta avec beau- 
coup de succès sur les principaux théâtres d'I- 
talie, et, doué d'une jolie tigure, il jouait ordi- 
nairement sur les théâtres de Rome les rôles de 
femmes. En 1792 il obtint la place de second so- 
praniste dans la musique de chambre et chapelle 
du grand-duc de Toscane, et en 1797 il y suc- 
céda à Veroli dans la place de premier sopra- 
niste, qu'il occupa jusqu'à ce que les événements 
politiques eussent contraint le grand-duc à aban- 
donner ses États. En 1815, après la restauration 
du gouvernement grand-ducal, la musique de la 
cour ayant été reconstituée, Senesino y reprit sa 
place, que cependant il ne conserva pas long- 
temps. L'affaiblissement de sa santé l'obligea en 
effet à prendre sa retraite en 1819, et peu de 
temps après, c'est-à-dire le 19 septembre de la 
même année, il mourut à Florence, regretté de 
tous ceux qui le connaissaient , car il était géné- 
ralement aimé et estimé , tant à cause de son 
bahiletéque pour la bonté de son caractère et 
ses manières pleines de distinction. Senesino 
était grand amateur de beaux-arts, et particu- 
lièrement de gravures, dont il avait réuni dans 
sa maison une collection riche et choisie. 

L.-F. G. 

MARTINUS ( ), poète et musicien 

polonais du seizième siècle, naquit à Léopol, en 
Gallicie, lit ses études littéraires à l'Université 
de Cracovie, et travailla ensuite la musique avec 
Sébastien de Felsztyn, théoricien et auteur de 
plusieurs ouvrages didacliques. Ses iirogrès fu- 
rent tels, dit-on, et il atteignit une telle perfec- 
tion qu'il surpassa tous ceux qui avaient étudié 
la musique à Rome. « En 1540, dit M. Albert 
Sowinski dans mi^i Musiciens polonais et slaves, 
il fut nommé organiste de la cour de Sigismond- 
Auguste, roi de Pologne, et conserva cette place 
jusqu'à la mort du roi, arrivée eu 1572. 11 pu- 
blia une Année entière pour l'Église, qui a 
été adoptée par tous les diocèses catholiques de 



MAKTINUS — MARX l 



477 



Pologne. Les mélodies de Mailinus, douces et 
ch;intaiiles, surpassaient tout ce qu'on avait en- 
tendu jusqu'alors en Pologne ; il possédait en 
même temps beaucoup de talent pour la poésie, 
et rédigea le texte de la plupart de ses canti- 
ques; mais c'est surlout dans ses compositions 
religieuses qu'il ne pouvait être assez .admiré. 
Simon Slarovvolski, son historien, fait grand 
éloge des chants chorals qui étaient exécutés 
aux processions de Pâques; il ajoute aussi que 
Marlinus dédia ses compositions à Mgr saint 
Martin de Tours, son patron, en signe de respect 
et de vénération. » D'après Slarowolski et Zimo- 
rowicz, Martinus aurait inventé de nouveaux 
instruments de musique. Sur la (in de sa vie, il 
se retira à Léopol, sa ville natale, oii il mourut 
en 1589. Un de ses biographes a fait son éloge 
en ces termes : « Martinus, noble rejelon 
« d'Apollon, digne des couronnes de laurier et 
« des chants d'éloges que t'a décernés l'Italie! 
« Tu les as mérités par ton génie, par ta vertu, 
« par ton courage. Plus dune fois, dans une 
« lutte engagée, le génie de l'ilalie a dû, en 
« rougissant, le céder au génie de la Pologne. 
« Après tant de lauriers, ceins ton front de la 
« couronne de la gloire immortelle, » M. Sowin- 
slii atlirme qu'un seul exemplaire des composi- 
tions de Martinus avait été conservé, qu'il se 
trouvait à la bibliothèque de Zaluski, et qu'il fut 
per<lu avec elle. 

MARTUCCI (Giuseppe), pianiste et compo- 
siteur italien, lils d'un chef de musique militaire, 
est né à Capoue le 6 janvier 185<j. Après avoir, 
dès l'âge de six ans, commence l'étude du piano 
avec son père, il se présenta, en 18G7, à l'exa- 
men d'admission au Conservatoire de Naples, 
et l'emporta sur tous ses concurrents pour l'u- 
nique place qui se trouvait alors vacante. Il eut 
comme professeurs dans cet établissement B. 
Cesi pour le piano, Carlo Costa pour l'harmo- 
nie accompagnée, enfin MM. Paolo Serrao et 
Lauro Rossi pour le contre-point et la composi- 
tion. Il fil des études très-brillantes, sortit du 
Conservatoire en 1872, et se livra aussitôt à 
l'enseignement. Cependant son talent de vir- 
tuose, déjà remarquable, se développait chaque 
jour de plus en plus, et le jeune artiste, après 
à'êlre produit à Naples avec beaucoup de succès, 
dans plusieurs concerts , fit un voyage à Rome, 
où il ne fut pas moins bien accueilli. En 1875, 
il se fit entendre à Milan, et du premier coup 
produisit une impression profonde, grâce à l'ex- 
cellence de son mécanisme, à ses grandes qua- 
lités de musicien, à son style pur, élevé, à son 
exécution ferme et colorée, à son jeu à la fois 
noble et expressif. Deux ans plus lard il se pro- 

BIOGR. «MV. DES MUSICIENS. SUPfL. — T 



duisit de nouveau dans la même ville, et cette 
fois il excita, dit-on, un véritable enthousiasme. 
Il avait fait précédemment un voyage en Angle- 
terre, et s'étiiit vu accueillir avec beaucoup de 
faveur dans les concerts donnés par lui à Lon- 
dres et à Dublin. M. Martucci paraît être de la 
race des grands artistes, et il semble destiné à 
fournir une carrière extrêmement brillante. 

Ce jeune virtuose s'est produit aussi comme 
compositeur, et, quoiqu'à peine âgé de vingt- 
deux ans, il a déjà publié une quarantaine d'œu- 
vres qui se distinguent sinon toujours par une 
grande originalité, du moins par de rares qualités 
de facture, de style et d'inspiration ; on remarque, 
parmi ces compositions : fi Caprices, op. 2, 3, 12, 
15, 24 et 26; 2 Mélodies, op. 16 et 21; T' Sonate 
pour piano, op. 34 ; Sonate pour piano et vio- 
lon, op. 22 ; Polonaise, op. 19 ; 3 Barcarolles, op. 
20, 30 et 31 ; 4 Romances, op. 27 et 31 ; Étude 
de concert, op. 9; Allegro appassionato , op. 
13; 2 Fugues, op. 14 et 18; Tarentelle, op. 6; 
Scherzo, op. 23; Fantaisie en ré mineur, pour 2 
pianos, op. 32 ; Canlo religioso ; Mazurka ; etc. 
Au commencement de 1878, M. Marlucci a ob- 
tenu le premier prix dans un concours ouvert 
par la Società del Quarfel/o, de Milan, pour la 
composition d'un quintette pour piano et ins- 
truments à cordes. Presque aussitôt il vint à 
Paris, s'y produisit simultanément comme vir- 
tuose et comme compositeur, et y obtint de vifs 
succès, légitimés par un talent à la fois très- 
pur, très-sobre, très-fin et très-déhcat. 

* MARX (Adolphe-Beiî.nard), est mort à 
Berlin le 17 mai 1866. On doit à cet artiste la- 
borieux des mémoires publiés sous ce titre : 
Erinncrungen aus meinem leben (Souve- 
nirs de ma vie), Berlin, Otto JanliC, 2 vol. 

MARX (C -R ), pianiste, violoniste et 

compositeur, né àArnheim (Pays-Bas) le 7 juil- 
let 1814, était fils d'un artiste qui occupait les 
fonctions de directeur de la musique de cette 
ville, et qui, né à Salefeid le 4 mars 1777, mou- 
rut à Arnheim le 31 août 1851. L'arli.ste qui est 
l'objet de cette notice eut pour maître J. H. 
Kleine et J. Bertelman, et, après avoir fait un 
voyage en Allemagne, revint dans sa ville natale, 
où en 1845 il succéda à son père, et où il fut 
nommé successivement chef d'orchestre de ;la 
Société de Sainte-Cécile, président et directeur 
de la Société Euphonia, directeur honoraire de 
la Société musicale des Pays-Bas, chef de mu- 
sique de la garde bourgeoise et organiste de l'É- 
glise luthérienne. Il mourut à Arnheim, le 23 
février 1862. Marx a publié des licder, des bal- 
lades, des chœurs pour voix d'hommes, et di- 
vers morceaux pour le piano et pour le violon. 
11. 12 



178 



MAHZANO — AIASSART 



'i 



MAHZ.WO ( ), compositeur italien, 

a donné sur le théâtre «le Salerne, au mois de 
juilift 187"2, un opéra sérieux n\ quatre actes, 
dont le sujet était tiré de lliistoire de cette 
ville, et qui avait pour litre i Aonnanni a 
Salenio. 

MASCIIEK (E ), compositeur allemand, 

(ils d'un rnailre de chapelle d'Heilbronn, a fait 
représenter en cette ville, au mois d'avril 18G6, 
une opérette intitulée le Postillon d'amour. 

MASCIA (GasEi't'E), compositeur amateur, 
né à Barletta, dan* la province de Bari, le 3 fé- 
vrier 180S, se livra avec ardeur à Tetuile de la 
musique tout en étudiant la jurisprudence, à 
laquelle il était destiné par sa famille, et ne cessa 
jamais de la cultiver malgré les hautes fonctions 
qu'il occupa dans la suite. Il travailla d'abord 
le violon, puis suivit un cours complet de compo- 
sition avec Giacoino Tritto. Dès 1826 il devint 
directeur de la Société philharmonique napoli- 
taine, i)our laquelle il ecri\it de nombreuses 
compositions instrumentales. Il s'occupa aussi de 
littérature spéciale, fut jusqu'en 1858 l'un des col- 
laborateurs assidus de la Gazzetia musicale de 
Naples, et depuis 1868 jusqu'à ce jour n'a 
cessé de donner au journal Napoli musicale de 
nondireux articles sur l'esthétique et l'histoire 
de l'art. Les compositions de M. Mascia, tant 
vocales qu'instrumentales, ne s'élèvent pas à 
moins de cent cinquante, soit dans le genre libre 
ou classique, dans le sacré ou dans le piotane. 

*MASCITl ou MASCllTI (.Micurt], 
violoniste et compositeur italien. — Je crois 
que Ton se tromi)erait en prenimt trop à la lettre 
l'assertion de la Biographie universelle des 
Musiciens, disant que cet artiste était né 
« dans les dernières années du dix-septième 
siècle, » car, dès le mois de novembre 1704, le 
Mercure parlait ainsi de cet artiste : — « M. Mi- 
chel Mascitli, Italien, a fait graver ici un livre 
de douze soniites, six à violon seul avec la 
basse, et six à deux violons avec la basse. Ce 

livre est dédié à S. A. R. le duc d'Orléans 

L'auteur de cet ouvrage s'est acquis beaucoup de 
réputation depuis qu'il est à Paris. Il a eu le 
bonheur de plaire au grand prince que je viens 
de nommer, qui ne se trompe jamais en gens de 
mérite. .M. Masciiti a eu l'honneur de jouer de- 
vant le Roy, devant Monseigneur le Dauphin, 
et par conséquent devant toute la cour, dont il 
a esté fort applaudi. » Il parait donc probable 
que Ma.sciiti était établi à Paris dès la lin du 
dix-septième siècle ou les premiers jours du dix- 
huitième. 

* MASIXI (FiiANfois) , compositeur italien 
qui a passé la plus grande partie de sa vie en 



France, a écrit des centaines de romances et de 
mélodies qui se faisaient remarquer par une 
grâce aimable et élégante, un sentiment tendre 
et expressif, auxquels elles durent un très-réel 
succès. Pendant fort longtemps, Masini publia 
chaque année un album, ainsi que le faisaient 
A. de Latour, Clapù^sou , Frédéric Bérat , 
jjmis YJctoria Arago, Loïsa Puget, etc., et ses 
compositions distinguées étaient recherchées des 
amateurs et se chantaient dans tous les salons. 
Cependant Masini ne vit point la fortune 
lui sourire, et lorsqu'en 18C3 une grave affec- 
tion de poitrine vint mettre ses jours en danger, 
il fallut que le gouvernement fran(,'ais vînt à son 
aide et que le maréchal Vaillant, alors ministre 
des Beaux- Arts, le fit a'Imettre dans la maison 
municipale de santé connue sous le nom (Y Hos- 
pice Dubois. C'est là que Masini est mort, le 
20 août 1803. Il était né à Florence le 16 juillet 
1804. 

Parmi les nombreuses mélodies, romances, 
chansons, ariettes, cantilènes que Masini avait 
publiées en France, et qui se di.stinguaient par 
un rare sentiment mélodique et pur une saveur 
pénétrante, il faut citer surtout le Langage des 
/leurs, Ma Bretagne, Plus heureux qu'un 
roi, les Deux Madones, le Dépari de Vhiron- 
delle, rExilé, la Fianceedu pécheur, etc., etc. 

MASSA (Le duc DE), dilettante et com- 
positeur, né vers 1835, embrassa la carrière 
des armes et, sous l'empire, devint oflicier 
dans un régiment de la garde. Il avait étu- 
dié la musique en amateur, et fit repré.senter 
à rOpéra-Comique, le 12 avril 18(il, lloyal- 
Crnvule, opéra-comique en 2 actes. Le 20 mai 
1865 il fai.sait exécuter, dans la grande salle 
(lu Conservatoire, des fragments d'un opéra ita- 
lien, la Spostt veneziana, et le 28 mars 1^68, 
dans la même salle, des fragments d'un grand 
opéra en 5 actes, intitulé le Dante, ^l. de Massa 
a publié aussi la partition d'un opéra-comique 
en un acte, Tout chetnin mène à Borne, qui, 
je crois, a été joué par des amateurs .sur un 
théâtre de société. 

* MASSART (L\MBEKT-Josrpn), violoniste 
et professeur, est issu d'une famille qui depuis 
un temps immémorial exerce la musique à Liège. 
Trois de ses frères ont été ou sont encore pro- 
fesseurs de cor, de clarinette et de contre-basse 
en cette ville. Dès ses plus jeunes années, 
M. Massart .se livra à l'étude du violon sons la 
direction d'un amateur distingué, Delaveu, qui 
l'amena fort jeune à Paris pour le faire enten- 
dre, puis retourna avec lui en P.elgique. Recon 
naissant qu'il n'avait plus rien à lui apprendre, 
Delaveu intéressa à son élève la ville de Liège 



l'j 



MASSART — MASSÉ 



179 



et le roi des Pays-Bas, Guillaume 1^, et le jeune 
arliste obtint une pension (lour venir terminer 
ses études à Paris. Recommandé à Rodolphe 
Kreutzer, celui-ci en fit son élève de prédilec- 
tion, sans pouvoir toutefois le faire entrer ;ui 
Conservatoire, Clierubini, alors directeur de cet 
établissement, étant infleNible et n'y voulant pas 
permettre l'introduction des étrangers. 

M. Massart se fit entendre avec succès aux 
concerts spirituels de lOpéra, pour lesquels 
Kreutzer lui écrivit plusieurs morceaux, dont 
un entre autres sur l'air de la MoUnara. lin 
même temps il étudiait avec Lafont et Rode les 
compositions de ces grands artistes. Mais 
M. Massart se destinait surtout à l'enseignement ; 
il devint bientôt l'un des meilleurs professeurs 
de Paris, et en 1843 se vit nommer professeur 
au Conservatoire, en même temps que M. Alard. 
Depuis trente-cinq ans il a formé un grand 
nombre d'excellents élèves, parmi lesquels il 
faut citer MM. Henri WieniavvsKi, Isidore Lotto, 
Victor Cliéri, Henri Fournier, Taudou, etc. 
M. Mnssart est chevalier de la Légion d'honneur. 

MASSART (LotisE-AcL.u: MASSOX, 
épouse), femmedu précédent,est l'undes représen- 
tants les plus nobles et les plus distingués de l'école 
fran(,aise actuelle de piano. Née à Paris le 10 
juin 1827, elle entra au Conservatoire au mois 
d'octobre 1838, d'abord dans la classe de M'"* Co- 
che, d'où elle passa, au bout d'une année, dans 
celle de Louis Adam. Elle remporta d'emblée le 
premier prix, et de la façon la plus biillante, en 
18^0, à peine âgée de treize ans. Bientôt elle se 
produisit en jmblic, se vit accueillir avec une 
rare faveur, et obtint le titre de pianiste de 
M"" la duchesse d'Orléans. 

Artiste de race, musicienne instruite, virtuose 
de premier ordre, M'"^ Massart possède à la fois 
la grâce et la vigueur, la grandeur et l'élégance, 
le goût et la passion, et son jeu brillant, coloré, 
poétique, sait se plier aux styles de tons les 
maîtres et revêtir successivement les qualités 
qui conviennent à chacun d'eux. Elle a obtenu 
à Paris de brillants et nombreux succès ; mais, 
par malheur, son talent vraiment magistral n'est 
pas connu au dehors, M™^ Massart n'ayant ja- 
mais voyagé. Cette excellente artiste a été nom- 
mée professeur de piano au Conservatoire, en 
1875. à la mort de M""" Farrenc. 

* MASSÉ (Fixix-Marie, dit Yictou). — 
'Voici la liste exacte et complète des œuvres dra- 
matiques de ce compositeur aimable : 1" le Re- 
négat de Tanger, cantate qui lui valut le prix 
de Rome et qui fut exécutée à l'Opéra au com- 
mencement de l'année 1845; 2° la Favorita e 
la Schiava, opéra italien, qui, je crois, constitua 



l'un de ses envois de Rome à l'Académie des 
Beaux- Arts; 3" la Chanteuse voilée (un acte, 
Opéra-Comique, 26 novembre 1850), partition 
élégante qui tut un excellent début pour son 
auteur; 4° Galatée {2 actes, id., 14 avril 1852), 
n-iivre charmante, poétique, pleine de couleur et 
connue imprégnée d'un parfum véritablement 
antique; 5° Cantate (Opéra, 28 octobre 1852); 
6° les Noces de Jeannette (un acte, Opéra-Co- 
mique, 4 février 1853), petit tableau rustique 
plein de grâce, de fraîcheur et d'émotion; 1° la 
Fiancée du Diable (3 actes, id., 5 juin 1854); 
8° Miss Fauvette (un acte, id., 13 février 1855) ; 
9° les Saisons (3 actes et 4 tableaux, id., 22 
décembre 1855, repris avec des remaniements 
le 15 juin 1856), œuvre importante et colorée, 
qui méritait mieux que le froid accueil qu'elle 
reçut du public; 10° la Reine Topaze (3 actes, 
Thcâtre-Lyriqiie, 27 décembre 1856), production 
|/leiue de chaleur et dont le succès fut très-vif; 
11° le Cousin de Marivaux (un acte, théâtre 
de Bade, août 1857) ; 12° les Chaises à porteurs 
(un acte, Opéra-Comique, 28 avril 1858); 13° 
la Fée Caralwsse (3 actes, Théâtre-Lyrique, 
28 février 1859) ; 14° la Mule de Pedro (2 actes. 
Opéra, 6 mars 1863); 15» Fior d'Aliza (4 actes 
et 7 tableaux, Opéra-Comique, 5 février 1866); 
16° le Fils du Brigadier (3 actes, id., 25 février 
1867); 17" Paul et Virginie (3 actes et 8 ta- 
bleaux, Théâtre-Lyrique, 15 novembre 1876), 
véritable drame lyrique dont le retentissement a 
été très-grand, grâce au nom de son auteur et à 
celui d'un de ses principaux interprètes, M. Ca- 
poul, mais qui, à mou sens, est fort loin de va- 
loir les jolies partitions que M. Massé avait 
écrites dans le genre tempéré, celui qui con- 
\ ient le mieux à son talent fln, délicat et plein de 
grâce. 

A ces divers ouvrages, il faut ajouter : une 
messe solennelle exécutée à Rome en 1846; une 
opérette non représentée, le Prix de famille, 
publiée dans le journal le Magasin des Demoi- 
selles; enfin, un grand nombre de mélodies vo- 
cales, parmi lesquelles il faut siirloul distinguer 
les trois recueils intitulés Citants bretons. 
Citants du soir. Chants d'autrefois, qui con- 
tiennent de véritables bijoux (1). — Chef des 



(I) A tout cela il faut ajouter encore un chœur écrit 
pour une petite comédie, le Dernier Couplet, et une ou- 
verture, un air et un chœur CDmposés pour une autre 
comedli-, .-t dieu paniers, vendanges sont faites, touics 
'leui représentées â Bade au mois de se|)tembre 1R61. Eo- 
fin, un éditeur de musique, M. Michatlis, a annoncé ré- 
cemiucnt la publication prochaine de quatre opiras-co- 
miqiies ne M. Massé qui n'ont jamais été représentés : la 
Trouvaille, un acte ; les Enfants de Perrette, un acte ; 



180 



MASSÉ — iMASSENET 



chœurs à l'Opi^ra depuis 1860, professeur de 
composition au Conservatoire depuis 18C6 , 
M. Victor Massé est officier de la Légion d'hon- 
neur. Il a, selon la coutume, lu en séance non 
puhli<iue de TAcadémie des Beau\-Arls une no- 
tice sur Auber, auquel il avait succédé; cet 
éloge a été publié (Paris, Firmin-Didot, in-4"). 

MASSEXET (Jcles-Émile FKLDiiiuc), l'un 
des mieux doués, le plus fécond et peut-être le 
plus absolument distingué de tous les membres 
de la jeune école musicale française, est né le 
12 mai 1842 à Montaiid (Loire). Le plus jeune 
d'une famille qui ne comprenait pas moins de 
onze enfants, il montra de bonne heure une vo- 
cation décidée pour la musique, et il était à 
peine âgé de dix ans lorsqu'il fut admis dans une 
des classas de solfège du Conservatoire de Paris, 
où il obtint un troisième accessit dès 1853. En 
même temps il suivait, dans cette école, le cours 
de piano de M. Laurent, et se voyait décerner 
un troisième accessit de piano en 18 j4, le pre- 
mier accessit en 1856, et le premier prix en 1859. 
Doué d'une précocité remarquable, le jeune 
Massenet avait commencé l'étude de l'harmonie 
avant même d'avoir atteint sa onzième année, 
et était entré dans la classe d'harmonie et accom- 
pagnement de M. François Bazin. Par malheur, 
le maître n'avait pas su discerner la nature et 
les qualités de l'élève, et un jour, après lui avoir 
fait, j'ignore pour quelle raison, une sorte d'ava- 
nie devant tous ses condisciples, il le chassa bru- 
talement de sa classe. 

Découragé, l'enfant resta cinq ans sans re- 
prendre ses études théoriques. Puis, devenu 
jeune homme, il entra dans une autre classe 
d'harmonie, celle de M. Reber, et ses progrès 
furent si rapides, qu'ayant obtenu un premier 
accessit à son premier concours (1860), son maî- 
tre lui dit : — « Vous n'avez plus rien à appren- 
dre ici. Vous méritiez le premier prix, vous ne 
l'avez pas eu , ne perdez pas votre temps à 
attendre un nouveau concours et entrez aussitôt 
dans une classe de fugue. » M. Massenet suivit 
ce conseil, et devint alors l'élève de M. Ambroise 
Thomas, qui le prit bientôt en affection en voyant 
ses habituiies laborieuse? et son désir de parve- 
nir. Il était en effet, dès cette époque, dévoré de 
la lièvre de la production, et Ton raconte qu'il 
ne se passait point de classe qu'il n'apportât à 
à son professeur soit toute une série de romances 
ou de mélodies (il mit ainsi en musique une 
grande partie des poésies d'Auguste de Chàtil- 
lon : A la (jrandC pinte), soit un ou deux mor- 
ceaux de symphonie, soit même une scène ou 

une Loi tomptiiaire, lactés, et la .Petite sœur d'Achille, 
un acie. 



' un acte d'opéra. D'ailleurs très-réservé, rem- 
pli de modestie, c'était presque en tremblant 
que le jeune compositeur présentait ses essais à 
son maître, et il semblait toujours confus de ne 
pouvoir faire mieux ou plus. Mais cette furie de 
production n'était pas sans exciter un peu la ja- 
lousie de SCS camarades moins laborieux, qui ne 
se gênaient point pour le railler en son absence 
(levant le maître, disant qu'il [était im- 
possible d'obtenir de bons fruits avec une culture 
ainsi surmenée, et qu'une telle fécondité devait 
fatalement aboutir à l'impuissance. Mieux avisé 
que naguère M. Bazin, M. Ambroise Thomas, 
qui savait discerner les qualités de son élève, 
faisait au contraire grand fond sur lui, était pres- 
que touché de l'énergie et de la force de volonté 
dont il faisait preuve, et disait alors : — « Lais- 
sez, laissez faire; quand ce grand feu-là sera 
passé , il saura bien retrouver son aplomb et 
devenir ce qu'il doit être. » 

linfm, M. Massenet travailla tant et si bien 
qu'il lit, en 1862 et 1863, deux doubles con- 
cours d'une façon très-brillante. En 1862 il 
obtenait un second prix de fugue en même 
temps qu'une mention honorable au concours 
de Rome, et en 1863 il se voyait décerner coup 
sur coup le premier prix de fugue et le pre- 
mier grand prix de Rome. La cantate qui lui 
avait valu une mention honorable était d'Edouard 
Monnais et avait pour titre Mademoiselle de 
Moatpensier ; celle avec laquelle il obtint son 
premier prix était intitulée David Rizzio. Cette 
dernière fut chantée par M. Roger, par Gourdin, 
jeune artiste qui mourut à la lleur de l'âge après 
avoir fait une apparition brillante 'à l'Opéra-Co- 
mique, et par M'"'' Yandenheuvel-Duprez. 

M. Massenet (il donc à son tour ce voyage de 
Ron)e, si inutile jadis à la plupart de nos jeunes 
compositeurs, souvent plus obscurs au retour 
de ce voyage qu'alors qu'ils se préparaient à le 
faire. Mais il ne perdit pas son temps pendant 
son séjour en Italie, où il se remit au travail 
avec ardeur, et d'ailleurs il ne resta pas dans ce 
pays tout le temps qu'il passa hors de France. 
Il prit un beau jour sa course et s'en alla visiter 
l'Allemagne et la Hongrie, comme Berlioz, regar- 
dant, rêvant et composant toujours, car il avait 
sa muse pour compagne de route. En 1865, il 
est à Pestli, où il écrit ses Scènes de bal, espèce 
de « suite » pour le piano, d'une forme délicate 
et élégante (qu'il publia plus tard, lors de son 
retour à Paris), et il ji'tte la première idée des 
Scènes hongroises, avec lesquelles il fera, quel- 
ques années après, sa deuxième suite d'orches- 
tre. Au commencement de 1866, il est, je crois, 
de retour à Rome, d'où il fait à l'Académie des 



MASSENET 



181 



Beaux- Arts l'envoi que tout pensionnaire de la 
villa Médicis est tenu d'effectuer chaque année. 
Celui-ci comprenait une grande ouverture de 
concert et un liequiem à 4 et 8 voix, avec ac- 
compagnement de grand orgue , de violoncelles 
et de contre-basses. Presque aussitôt il revient à 
Paris, et dès le '24 février 18CC, il fait exécu- 
ter au Casino une composition importante inti- 
tulée Pompéia. 

Il esi toujours intéressant, lorsqu'un artiste a 
réussi à se mettre en lumière, de voir de quelle 
façon ont été jugés ses premiers essais, ceux 
qui sont restés inaperçus de la foule. Je re|)ro- 
(luirai dune ici, au sujet de Pompcia, rap[iré- 
ciation que je trouve dans un journal s|)écial, la 
Revue et Gazette musicale : — « M. J. Mas- 
senet, prix de Rome de 1863, n'a pas parcouru 
en vain la <i teire classique des arts » ; il en a 
rapporté une fantaisie symplionique intitulée : 
Pompéia, dans laquelle il a essayé de retracer 
quelques scènes antiques. Les quatre morceaux 
dont elle se compose, Prélude, Hymne d'Eros 
(danse grecque), i'hœur des funérailles, Duc- 
chanale, i)ourraienl être signés Berlioz; on y 
retrouve la louche vigoureuse de ce maître, 
l'horreur des lieux communs qui le fait quel(|ue- 
fois tomber dans l'étrange, el tel dessin d'or- 
chestre, tel duo d'instruments à vent rappelle, 
sans y ressembler pourtant, les danses puni- 
ques des Troijcns à Carthage. On conçoit que 
la coupe orditiaiie des morceaux symplioui- 
ques n'était pas ici de mise ; il ne faut pas cher- 
<',her dans cette évocation du fantôme de la 
vieille Italie des développements selon les règles, 
des motifs revenant à la place voulue, des mo- 
dulations prévues : c'est une description, un 
programme suivi pas à pas, avec des accents 
tantôt grandioses, tantôt naïfs, quelquefois exa- 
gérés dans leur expression, mais toujours vrais. 
Nous avons été frappé de l'habileté de l'instru- 
mentation, vraiment surprenante chez un jeune 
homme de cet âge, que le sentiment doit guider 
plus encore que l'expérience. M. Masseiiet est 
d'ailleurs im musicien consommé et un de nos 
plus habiles pianistes. Après un pareil début, 
nous sommes en droit d'attendre d'une organi- 
sation aussi heureuse des travaux sérieux d'un 
autre ordre, qui, nous en avons la conviction, 
lui assigneront une place honorable parmi les 
compositeurs contemporains. » 

A peine est-il de retour en France , que 
M. Massenet retrouve la furie de production 
qui, on l'a vu, le distinguait avant son départ. 
Au mois de juillet 1866, il fait exécuter aux 
concerts des Champs-Elysées deux fantaisies 
pour orchestre; le 24 mars 1867, il fait connaître 



aux habitués des Concerts populaires sa première 
Suite d'orchestre, que M. Pasdeloup fait jouer 
aussi, peu de jours après, à l'Alliénée, où se 
donnaient alors des concerts très-brillants, et 
qui obtient im très-vif succès, justifié par une 
forme originale, par une inspiration abondante , 
par une instrumentation tiès-line, très-brillante 
et tiès-variée; le 3 avril suivant, le jeune mu- 
sicien fait son début au théiUre, en donnant à 
l'Opéra-Comique un gentil petit acte, la Grand''- 
Tantc, qui était chanté par M. Capoul , par 
jyjiits Girard et Ilcilbron; en môme temps, il 
prenait part au concours ouvert pour la cantate 
de l'Exposition universelle, et sa partition, non 
couronnée, mais très-bien classée, obtenait le 
n° 3; enlin, il écrit pour le Théiltre-Lyrique la 
cantate oITicielle destinée à être chantée le 15 
aoilt 1867 : Paix et Liberté! et il prend part à 
un nouveau concours, celui ouvert à l'Opéra pour 
In Coupe du roi de Thulé. Mais il était alors 
sous l'intluence des idées uitra-wagnériennes, et, 
de son aveu même, sa partition de la Coupe, 
qu'il détruisit plus tard, était l'œuvre la plus 
étrange qui se put rencontrer. 

Après cette veine de fécondité, M. Massenet 
semide se recueillir un peu, et pendant quelque 
temps ne fait plus parler de lui. Il écrit et com- 
pose toujours, mais ne se produit pas devant le 
public. Un jeune auteur dramatique trace pour 
lui le livret d'un Manfred, grand opéra en cinq 
actes, avec prologue et épilogue; ce sujet con- 
venait au compositeur, mais, je ne sais par suite 
de quelles raisons particulières, il ne se décida 
pas à le traiter. C'est dans des productions inti- 
mes, poétiques, tout à fait en dehors du drame 
et de la symphonie, qu'il se complaît alors. Il 
écrit sur des vers d'un vrai poëte, M. Armand 
Silvestre, deux choses charmantes : Poëme 
d'avril et Poëme du souvenir, sortes de fan- 
taisies mélancoliques, formant chacune un petit 
recueil d'un accent très-personnel et très-pé- 
nétrant, d'un caractère touchant et rêveur, par- 
fois même pathétique, et indiquant nettement 
les aptitudes de l'auteur au point de vue de 
la scène. Les délicats en musique apprécient 
comme elles le méritent ces deux compositions 
d'un ordre vraiment original , dans lesquelles, 
avec une élégance exquise, on trouve réunies 
la mélancolie de Schubert et la grâce ineffa- 
ble de M. Gounod. C'est dans le même temps, 
ou à peu près, que M. Massenet publiait ses 
Chants intimes, mélodies vocales, et T/m- 
provisateur, « scène italienne transcrite pour 
le piano, u 

On retrouve le jeune compositeur aux Con- 
certs populaires, où il fait exécuter, le '.>6 no- 



182 



MASSENET 



vembre 1871, une deuxième Suite d'orchestre, 
intitulée Scènes hongroises [Entrée en forme 
de danse, Intermezzo, Cortège et bénédiction 
nuptiale). Malgré quelques détails charmants, 
malgré la coquetterie des deux premiers mor- 
( eaux, malgré l'ampleur du dernier, il semble 
qu'on lioive préférer à cette seconde suite celle 
que M. Massenet fit exécuter tout d'abord. Ce 
n'en est pas moins une œuvre fort distinguée. 
Quelques mois après (2fi mars 1872), M. Mas- 
senet produisait à la Société classique de 
M. Armingaud une composition tout à fait 
exquise, portant ce simple titre : Introduclion 
et Variations (pour 2 violons, alto, violoncelle, 
contre-basse, flilte, hautbois, clarinette, cor et 
basson). Ce petit badinage mu'^ical, tout plein 
de grâce et de délicatesse, de charme et d'élé- 
gance, tout parfumé et tout fleuri, obtint le 
succès qu'il méritait. 

C'est ici que se place un incident particulier 
dans la carrière de M. Massenet. La direction 
de ropéra-Comique, prise de court et se trou- 
vant avoir besoin d'un ouvrage en trois actes 
dans un délai très-bref, vint demander au jeune 
compositeur s'il se chargerait d'écrire cet ou- 
vrage dans l'espace de trois, semaines. Celui-ci, 
malheureusement, était encore sous l'inlluence 
des idées fâcheuses qui prévalaient encore dans 
certain petit clan musical : d'une part, il pro- 
fessait une sorte de mépris pour le genre de 
l'opéra-comique, ce genre illustré et remlu fa- 
meux depuis plus d'un siècle par tant de grands 
maîtres; de l'autre, rien ne lui semblait plus 
facile que de broclier à la hàle trois actes de 
semblable musique; et comme, en résumé, l'oc- 
casion était favorable pour se produire, il n'hé- 
sita pas à accepter la proposition qui lui était 
faite. Il écrivit donc dans le délai voulu la par- 
tition de Don César de Bazan. Mais pour avoir 
trop présumé de ses forces, pour n'avoir pas 
compris tout d'abord que l'opéra-comique est 
une forme de l'art à la(|uelle ou peut ne pas s'at- 
taquer, mais qu'on n'a pas le droit de dédai- 
gner, il fut bientôt dévoyé et fit un pas de clerc. 
La critique fut dure à son œuvre, et le public 
ne lui fit pas meilleur accueil ; c'est que l'oni- 
vre n'était pas bonne, et qu'elle ne pouvait l'être, 
conçue dans les conditions qui viennent d'être 
rapportées. L'artiste était tombé de haut, il fut 
un [leu étourdi de sa chute; celle-ci lui fut pro- 
fitable pourtant, car avec sa vive infelligencie il 
couq)ril bienlùt qu'en matière «l'art il n'est pas 
de petites œuvres, et que le devoir de celui qui 
proiluit est de rechercher en tout la perl'eclion. 

Il se releva d'un bond, et obtint un succè-; 
très-brillant et très-franc en faisant exécuter à 



rodéon, peu de mois après, Marie-Marjdeleine, 
drame sacré en trois parties. C'est à dessein 
que, malgré la nature du sujet traité, il ne qua- 
lifia pas cette œuvre d'oratorio. M. Mas.senet, 
en effet, n'avait pas pris et n'avait pas voulu 
prendre en cette occasion le style large, noble 
et pompeux de l'oratorio. Peintre et poète, il 
avait prétendu, dans cette œuvre no»ivelle et lon- 
guement caressée, donner place à la rêverie et 
au paysage; de plus, il y faisait entendre des 
accents d'une passion véritablement humaine, 
d'une tendresse en quelque sorte terrestre , qui 
auraient pu donner matière à critique s'il avait 
laissé supposer qu'il voulait marcher sur les 
traces de Htendel, de Bach ou de Mendelssohn. En 
somme, l'oeuvre était belle, suave, pure de lignes, 
tout imprégnée d'un parfum de jeunesse et de 
poésie, avec cela grandiose par instants et vrai- 
ment émouvante. C'était assez, certes, pour lé- 
gitimer le succès qui l'accueillit à son apparition, 
et qui la suivit lors de son exécution à l'Opéra- 
Coi nique. 

Ce succès, M. Massenet le retrouva avec son 
Eve, ouvrage de proportions beaucoup plus mo- 
destes, auquel il a donné la qualification de 
« mystère », ne voulant i)as non plus l'intitider 
oratorio, et qui fut, on peut le dire, accueilli avec 
un véritable enthousiasme lorsque le public l'en- 
tendit à la Société de l'Harmonie sacrée, si bien 
diiigée par M. Charles Lamoureux. Une poésie 
rêveuse et une passion ardente, un grand senti- 
ment du pittoresque, des sonorités exquises, un 
orchestre adorable, des idées d'ime fraîi heur et 
d'une grâce toutes juvéniles, parfois une chaleur 
entraînante et une incomparable piu'ssance d'ex- 
pression, telles sont les qualités qui distinguent 
cette partition et qui ont fait sa fortune. — C'est 
peu de temps après l'exécution d'Eve que 
M. Massenet fut nommé chevalier de la Légion 
d'honneur. 

Mai^, comme l'immense majorité des musiciens 
français, M. Massenet avait surtout pour objectif 
le théâtre, qu'il n'avait encore, en quelque sorte, 
abordé qu'acciilentellement. En effet, la Grand'- 
Tanfe n'avait été qu'un essai sans grande im- 
portance, Don César de Bazan avait été écrit 
trop bi\tivement, et la musique scéni(]ue que le 
jeune artiste avait composée pour un drame de 
M. Leconte de Liste, les Erynnies, ne consti- 
tuait point une œuvre lyrique. M. Massenet avait 
bien en portefeuille la partition d'un opéra en 3 
actes. Méduse, mais cet ouvrage lui parai.ssait 
(l'un caractère un peu trop circonscrit pour qu'il 
voulut faire avec lui son véritable début sur une 
grande scène. Bientôt il entreprit d'écrire un 
grand opéra en 4 actes, le Roi de Lahore, sur 



MASSENET 



183 



lequel il fondait de grandes espérances, et avant 
que celte œuvre extrêmement importante fût 
tout à fait terminée, elle était reçue par la di- 
rection de l'Opéra. 

C'est avec une certaine impatience que le pu- 
blic français attendit l'apitarilion de ce nouvel 
ouvrage, dû à un jeune artiste qui était rapi- 
dement devenu son favori et pour lequel 'il 
ressentait une sympathie vive et sincère. 
La critique elle-même, qui avait traité M. Mas- 
senet en enfant gâté parce qu'elle croyait voir 
en lui l'étoffe d'un vrai créateur, la critique était 
désireuse de son succès, et attendait avec une 
certaine anxiété l'issue de la tentative si impor- 
tante d'où allait dépendre en partie l'avenir du 
compositeur. Kniin, la première représentation 
du Boi de Lahore, entourée de toute la pompe, 
de tout l'éclat que notre première scène lyrique 
sait mettre au service d'une œuvre nouvelle, 
aidée par une interprétation remarquable de la 
part des ciianteurs, excellente en ce qui concer- 
nait les masses instrumentale et chorale, eut 
lieu le 27 avril 1877. Le succès n'en fut pas 
douteux un instant, et justifia toutes les espé- 
rances qu'on avait conçues du talent du jeune 
maître. La partition du Roi de Lahore ne cons- 
titue pas un (hef-d'o'uvre sans doute; mais 
c'est une œuvre puissante et colorée, sincère et 
mâle, à la fois sobre et pleine d'ampleur, dans 
laquelle le compositeur a donné des preuves 
non-seulement d'une grande habileté de main, 
ce qui ne faisait doute pour personne, mais d'un 
grand sens dramatique et scénique ; ces qualités, 
déjà remarquables, sont complétées par une 
inspiration souple et vaiiée, dans laquelle nn 
charme pénétrant et la grâce la plus tendre s'u- 
nissent à une rare vigueur, par un grand res- 
pect des bonnes comlitions vocales , par une 
grande science de l'orchestre, et enfin par une 
horreur de la banalité qui ne se traduit jamais 
en une recherche des effels excentri(|ues ou 
bizarres. En réalité, cette production d'une élé- 
gance si noble, d'une allure si personnelle, d'une 
couleur vraiment nouvelle, ne pouvait qu'être 
accueillie avec faveur. Aussi son succès fut-il 
grand, et non-seulement en l<"rance, mais encore 
en Italie, où l'ouvrage fut joué peu de mois après 
avoir été représenté à Paris, et reçu, on peut 
le dire, avec transports. Le public du théâtre 
Regio, de Turin, et celui du théâtre Apollo, de 
Rome, tirent au jeune compositeur des ovations 
véritablement enthousiastes, et l'on peut pres- 
que affirmer que jamais jusqu'alors, en Italie, 
artiste français n'avait été l'objet de semblables 
manifestations. C'est un honneur pour l'art fran- 
çais qu'une telle victoire remportée par un des 



siens à l'étranger, et l'on peut dire qu'en cette 
circonstance M. Massenet a bien mérité de son 
pays. 

Au point où il en est arrivé pourtant, il est 
encore difficile et il serait téméraire de chercher 
à caractériser, d'une façon nette et précise, le 
talent de M. Massenet, car malgré ses succès 
noudireux, le compositeur en est encoie à l'au- 
rore de sa carrière. Mais on peut tout au moins 
le féliciter, dés aujourd'hui, d'avoir agi avec 
sagesse et courage en brisant son talent, en le 
forçant à se plier à toutes ses volontés, de façon 
à n'être arrêté, dans la suite, par aucun obstacle; 
on peut aussi remarquer qu'en produisant, ainsi 
qu'il le fait, dans tous les genres, il a donné 
des preuves de cette fécondité heureuse qui est 
l'apanage des tempéraments vigoureux. M. Mas- 
senet a déployé une rare liberté d'esprit, une 
fanl;usie véritablement personnelle, en s'essayant 
à des genres jusqu'ici inconnus des artistes 
français; le Poème d'avril et le Poëme du 
souvenir n'ont guère d'analogue chez nous : ce 
sont de petites compositions dramatiques inti- 
mes, comme qui dirait des réductions d'opéra, 
dans lesquelles le musicien a mis toute son âme, 
qu'il a empreintes d'une mélancolie profonde, 
d'une tendresse pleine d'expansion, d'une tou- 
chante rêverie; j'appellerais presque cela du 
Musset musical, et en parlant ain.si je n'exagé- 
rerais pas beaucoup ma pensée, car il y a là des 
qualités exquises. D'autre part, M. Massenet 
s'est éprouvé dans la musique instrumentale, 
avtc ses Suites d'orcliestre, son ouvertuie de 
Phèdre et sa fantaisie intitulée Pompera; il a 
très-bien réussi dans ce genre libre, où il a dé- 
ployé tout à loisir les qualités de son imagina- 
tion, et où il a prouvé sa grande connaiss;uice 
des effets d'orchestre, des accouplements de 
tiiubres, des diverses et multiples sonorités de 
l'instrument aux cent voix ; on peut regretter 
seulement que M. Massenet n'ait pas cru devoir, 
jus(iu'ici, s'altnquer à une symphonie véritable 
et regidière. A côté île tout cela, M. Massenet 
.s'est exercé dans le drame religieux avec Eve 
et Marie-Magdeleine, et, en dehors de ses 
[tremiers essais, a montré ce qu'on pouvait 
alfenilre de lui, au point de vue de la scène, 
avec le Roi de Lahore. On voit que son ambi- 
tion n'est point celle d'un artiste vulgaire, et que 
les ailes de sa muse sont douées d'une singulière 
envergure. Ce qui est certain, c'est qu'à l'heure 
présente M. Massenet est l'un des plus fermes 
.soutiens de la jeune école française, qu'il est à 
la tête du petit groupe d'artistes fort distingués 
qui forme cette jeune école, et (lue ceux qui ont 
foi et espérance dans l'avenir de l'art national 



J84 



MASSENET — MATERNA 



ont les yeux fixés sur lui. M. Massenet ne trahira 
pas la confiance qu'on a placée en lui ; il se peut, 
— ce n'est pas probable cependant, — il se peut 
qu'il reste en chemin; mais, du moins, on peut 
tenir pour certain qu'il agira toujours avec hon- 
nêteté, et qu'il ne fera jamais aucune conces- 
sion au faux goût et à la frivolité. 

Voici le catalogue complet des œuvres de 
M. Massenet. — A. Mlsique dramatique. 1° La 
Grand' Trniie, opéra-comique en un acte, Opéra- 
Comique, 3 aviil 18G7 ; 2" Paix et Liberté! 
cantate scénique , Théâtre-Lyrique, 15 août 
1867; 3° Don César de Bazan, opéra-comi(|iie 
en 3 actes, Opéra-Comique, 30 novembre 1872 ; 
les Enjnnies, tragédie antique en 2 [larties, 
Odéon, fi janvier 1873 (et plus tard, Ïhéàfre-Ly- 
rique, 15 mai 1876, la partition comprenant 
alors, outre l'ouverture, l'enlr'acle et les m'^lo- 
drames, des chœurs et plusieurs airs de ballet); 
4° te Roi de Lahore, 5 actes et 6 tableaux. 
Opéra, 27 avril 1877. — B. Œlvres LVRroir.s. 
i° Marie- M agdeleine , drame sacré en 3 actes et 
4 parties, Odéon, 1 1 avril 1873 ; 6° Eve, mystère 
en 3 parties, Société de l'Harmonie sacrée, 18 
mars 1875 ; 7° la Vierge, légende sacrée en 4 scè- 
nes (non exécutée jusqu'à ce jour) ; 8° Narcisse, 
idylle antique, exécutée par la Société chorale d'a- 
mateurs, le 14 févrierlS78. — C.MUSIQUESYMPHOM- 
QUE. 9° Suite d'orchestre, op. 13 (réduction pour 
pianoà 4 rnains), Paris, Flaxiand ; 10" Scènes hon- 
groises, 2" suite d'orchestre, Paris, Harlmann ; 
11° Musique pour une pièce antique (?e,î Éryn- 
nies), 3' suite d'orchestre, id., id.; 12" Scènes 
yittoresqnes, 4" suite d'orchestre, id., id.; 13° 
Scènes. dramat iques, d'après Sliakspeare,5°suite 
d'orchestre; 14° Ouverture de concert; 15° Ou- 
verture de Phèdre; 10° Lamenta, écrit à la 
mémoire de Georges Bizet; 17° Sarabande espa- 
gnole, pour petit orchestre; 18° Pompeia, fan- 
taisie symphonique; 19° Introduction et Varia- 
tions, pour 2 violons, alto, violoncelle, contre- 
basse, llùte, hautbois, clarinette, cor et basson. 
— D. McsiQi'E DE l'UNO. 20° Scènes de bal, suite 
pour le piano. Pari-;, Hartmann; "îi" Improvisa- 
tions, 20 pièces en 3 livres (dont le premier seul 
est publié), id., id.; 22° le Roman d'Arlequin, 
pantomimes enfantines pour piano. — E. Mu- 
sique voc\LE. 23° Poème du souvertir, scènes 
(6 morceaux), Paris, Harlmann; 24" Poème 
d'avril (8 morceaux), op. 14, id., id.; 2.)° 
Poème pastoral, scènes (6 morceaux), id.,id.; 
26° Poème d'octobre, ^cène,s (5 morceaux), id., 
id.; 27° Poème d'hiver, id., id. ; 28° 20 Mélo- 
dies, id., id. ; 29° Chanson de David liizzio, 
Paris, Escuiiier; 30° Sérénade aux Mariés, 
VEsclave, la Vie d'une rose, le Portrait d'un 



enfant, mélodies, Paris, Girod. — A tout cela, 
il faut encore ajouter : Méduse, opéra en 3 
actes, écrit en 1868 et non représenté jusqu'à ce 
jour; l'Adorable Bel-Boul, fantaisie en un 
acte, jouée au Cercle de l'Union artistique en 
1874; Bcrrngère et Anatole, saynète jouée au 
Cercle de l'Union artistique au mois de février 
1876 (1); un morceau écrit pour l'Hetman, 
drame de M. Paul Déroulède, représenté à l'O- 
déon le 2 février \%11 ;Cantabde pour violon- 
celle, avec accompagnement de piano. Enfin, 
M. Massenet travaille à deux grands drames 
lyriques, Robert de France et les Girondins, 
dont aucun n'est encore achevé. 

Par un arrêté ministériel en date du 7 octobre 
1878, M. Massenet a été nommé professeur de 
composition au Conservatoire, en remplacement 
de François Bazin. 

MASSOX (C ), musicien du dix-septième 

siècle, est auteur d'un ouvrage ainsi intitulé : 
Nouveau Traité des règles pour la composi- 
tion de la musique, très-utile à ceux qui 
jouent de l'orgue, du clavessin et du théorbe 
(Paris, Ballard, 1699, in-8°). 

MASSOiX ( ). Un écrivain de ce nom 

est auteur, avec M. Longet, d'un écrit analytique 
publié sous ce titre : Études expérimentales 
sur la voix et sur les causes de la production 
du son dans divers instruments de musique 
(Paris, 1852, in-8° de 114 p.). 

MASTERS(W Chalmers), compositeur 

anglais, est l'auteur de deux opérettes dont 
l'ime, intitulée the Forester''s Daughters (les 
Filles du Forestier), a été représentée, le 13 no- 
vembre 1867 dans la salle Saint-Georges, à Lon- 
dres, par la London Bijou Operetta Company, 
et dont l'autre a pour titre ?/ie Roseof Salency. 
M.\SUTTO (GiovA>Ni), écrivain italien, di- 
recteur d'un recueil périodique intitulé la Vo- 
lontà, et régent de l'école populaire de musique 
de Venise, est l'auteur d'un petit résumé his- 
torique intéressant, publié par lui sous ce titre : 
la Musica, delta sua origine e délia sua sto- 
ria. 11 a été fait de cet opuscule trois éditions, 
dont la dernière a paru en 1878. 

MATA (Manuel DE LA), pianiste et pro- 
fesseur espagnol contemporain, est l'auteur d'une 
Méthode complète d'harmonium ou orgue ex- 
pressif. 

MATERNA (Amélie MATERNA, épouse 
FRIEDUICII, connue sous le nom de 

(1| Cette petite pièce a été jouée peu de temps après 
auttiéatreduCalals-Roya:; mais, M. Massenet n'ayanl pas 
voulu coaspiitir à laisser exécuter sa musique, le chef 
d'orchestre de ce théâtre, M. Barlller, en écrivit une nou- 
velle. 



MATERNA — MATHIEU 



185 



M"« FRIEDRICH), cantatrice allemande 
(lislinguée, allacliée depuis environ dix années 
à l'Opéra impérial de Vienne, commença sa car- 
rière vers 1865 à Grafz, où elle épousa le chan- 
teur Friedrich, puis se fit une réputation dechmi- 
(euse d'opérette au Carltheater, devienne, d'où 
elle fut appelée à tenir un emploi important sur 
la première scène lyrique de cette ville. D'abord 
un peu effacée dans le vaste cadre du tlnàlre 
impérial, elle finit cependant, à force de travail et 
d'intcHi;;ence, pars'y faire remarquer et se créer 
une situation enviable. Elle obtint de vifs suc- 
cès dans divers ouvrages, entre autres dans la 
Judith de Doppler, la Guerre domestique de 
Sciuibert, et surtout dans Fidelio et dans 
Lohcnrjrin. C'est alors que M. Richard Wagner 
songea à mettre son talent à contribution pour 
les fameuses « représentations-modèles» de Bay- 
reuth, et qu'il l'engagea pour remplir les pi inci- 
paux rôles de sa tétralogie, particulièrement ce- 
lui deBrunhilde de la Walkyrie. M™'= Materna 
prit donc part aux concerts donnés à Londres 
par M. "Wagner au profit de l'entreprise de I5ay- 
reutb,et se produisit ensuite en cette dernière ville, 
dans la tétralogie du maître saxon, en compagnie 
de M"" Weckerlinet Scheffzky, deMM. Niemann, 
Betz,Unger,Gura,Kœgel,SchlosseretNiesing. Elle 
y Mt un grand effet, giâceàlas|)lendeurde sa voix, 
à son talent de cantatrice, à son intelligence de la 
scène, enfin à la passion qui l'anime et au feu 
qui semble la dévorer. Le seul reproche qu'on 
lui adresse consiste en une expansion un peu 
vive, en une sorte d'exagération apportée par 
elle dans un jeu scénique d'ailleurs fort intelli- 
gent et plein de vérité. Depuis l'expédition de 
Bayreuth, M™'= Materna a repris son emidoi à 
l'Opéra de Vienne et y a retrouvé ses succès. 

* MATHIAS (Geokces - Amédée - Saint- 
Clair). — Cet artiste extrêmement distingué, cpii 
a succédé à M Laurent comme professeur de piano 
au Conservatoire de Paris, a promptempnt relevé 
le niveau de cette classe, qui était tombée dans 
un assez grand discrédit. Au nombre de ses 
meilleurs élèves, il faut surtout citer MM. Pra- 
deau, Raoul Pugno, Hambourg, Auzende, Cha- 
beaux, etc. M. Malhias, qui lui-même, après 
avoir étudié d"'abord avec Kalkbrenner, a eu le 
bonheur d'être pendant sept années l'élève de 
Chopin, sait communiquer à ses disciples les 
grandes traditions de mécanisme et de style qu'il 
doit à ces deux maîtres célèbres. 

Mais M. Mathias n'est pas seulement un grand 
virtuose et un professeur de premier ordre. 
Élève de MM. Savard, Bazin, Halévy et Barbe- 
reau, c'est aussi un compositeur extrêmement 
distingué, à l'imagination abondante aidée par 



une instruction solide. Les concerts avec orches- 
tre donnés par lui en 1859 et dans lesquels il 
fit entendre sa ^« symphonie, son 1" concerto 
pour [liano et ses Esquisses d'après Ccclhe, 
l'ont prouvé tout d'abord , et les œuvres nom- 
breuses qu'il a publiées depuis n'ont pu qu'aug- 
menter sa réputation auprès des gens de goût 
et des vrais artistes. La nomenclature complète 
de ces œuvres ne saurait trouver place ici, mais 
j'en veux citer au moins les plus importantes, 
qui sont les suivantes.— Musique sympuoniqueou 
coNCEKTANTE. V symphouic à grand orchestre, 
op. 22, dont une réduction pour le piano à 4 
mains a été publiée par l'auteur; 1" trio i)onr piano, 
violon et violoncelle, op. l(Brandus); '2c trio, en /a, 
op. 15 (Richault) ; 3*^ trio, en fa, op. 33(Mabo) ; 
4"= trio, en la, op. 36 (Heugel); b" trio, en sol, op. 

50 (Hirtraann); ouverture d'tffl?wZe<, op. "23 
(réduction à 4 mains, Bi(hault); ouverture de 
Mazeppa, op. 56 (id., Hartmann); 5 morceaux 
sympboniiiues pour piano, violon et violoncelle, 
op. 30 (Richault). — Musiquede piano. T' Sonate, 
en si mineur, op. 20 (Gérard); 2* Sonate, op. 
34 (Heugel); 3'= Sonate, op. 35 (Richault); l'-"^ 
Concerto avec orchestre, en fa dièse mineur, 
op. 21 (réduction pour 2 pianos, Heugel); 2^ 
Concerto avec orchestre, en sol mineur, op. 56 
(id., Hartmann); Trois Esquisses d'après Gœthe, 
à 4 mains (Heugel) ; Allegro symphonique, op. 

51 (Hartmann); Allegro appassionato, op. 5 
(Rrandus) ; 3 Suites de romances sans paroles, 
op. 18 (Lemoine); Polonaise de salon, op. 7 
( lirandus) ; Pastoraleet air de ballet, op. 11 (id.); 
Feuilles de printemps op. 8 et 17 (2 séries, 
Brandus); 2 Valses de concert, op. 13 et 19 
(i'\.); Marches à 4 mains, op. 37 (Heugel); 
Marche impériale, op. 43 (Richault); Chants 
du crépuscule, o[). 52 (l^-laxland) ; 7 Pièces {Rêve, 
Menuet, Promenade, Marguerite à iéglise, 
liepas, Canon), op. 55 (t^'laxland); 24 Études 
de style et de mécanisme, en deux livres, op. 28 
(Heugel); 10 Études de genre, op. 10 (Brandus). 

M, Georges Malhias a eu l'honneur elle bon- 
heur d'être choisi par Rossini pour accompagner 
sa Petite M esse solennelle, \oTS des exécutions qui 
furent faites de cette œuvre lumineuse, en 1864 
et 1865, chez son ami M. Pillet-Will. Il a été 
nommé chevalier de la Légion d'honneur en 
1872 (1). 

MATHIEU (Emile), chanteur comique, se 
lit entendre pendant de longues années dans les 

(1) En 1876, M. Mathias a formé un recueil de quelque.s- 
iincs de ses compositions pour le piano, et l'a publié sous 
ce titre : OEuvres choisies pour le piano de Georges 
Mathias (Pari», Brandus, un vol. In-S" avec portrait de 
l'auteur). 



186 



MATHIEU — MAÏTARESS 



cafés -concerts de Paris, et fit un instant partie 
de lu troupe du petit théâtre des l'olies-lNouveiles. 
Cet artiste est l'auteur d'un écrit publié sous ce 
litre: le; Cafés-concerts (Paris, IS63, in- 12 
de47 p.). 

MATHIEU (Emile), compositeur, né à Lille 
le 16 octobre 1844, est fils d'une cantatrice dis- 
tinguée et d'unclianteur qui tint l'emploi de pre- 
mière basse au théâtre de la Monnaie, de Bruxel- 
les (1). Il commença ses études à l'école <ie mu- 
sique (le Louvain, et les continua au Conserva- 
toire de Bruxelles, où il obtint en 1861 le pre- 
mier prix d'harmonie, et en 1863 le premier prix 
de |)iano(iilasse de M. Auguste Dupont), tl sui- 
vit ensuite pendant deux années le cours de 
contre-point de Fétis, puis alla se fixer h Louvain, 
où il devint professeur de piano et d'harmonie à 
l'Académie des Beaux- Arts, en même temps que 
directeur des concerts de la Société de musique. 
Cela ne l'empêcha pas de prendre part au con- 
cours de Rome, qui a lieu tons les deux ans en 
Belgique : en 1869, il y obtint un second prix, 
en partage avec M. J. Pardon; en 1871, il eut 
(le nouveau le second prix, avec mention spéciahi 
et à l'unanimité; eu 1873, il manqua d'une 
voix le premier prix. 

En cette dernière année, >L Mathieu quitta la 
la situation qu'il occupait à Louvain pour aller 
se fixer à Bruxelles. Déjà il avait publié un re- 
cueil de 6 mélodies, et 6 ballades de Gœthe 
(Bruxelles, Nagant), et il avait tait représenter 
à Liège, le 25 avril 1863, un petit opéra intitulé : 
l'Echange. Il donna à Bruxelles un concert 
destiné à faire connaître quebpies-unes de ses 
compositions, entre autres sa dernière can- 
tate de concours, Torqiiato Tosso's Dood, 
qui pio luisit une lieiireuse impression. Il con- 
tinua alors à se livrer à l'enseignement, mais 
sans négliger la composition, et écrivit la musi- 
que d'un ballet en un acte, les Fumeurs de Kiff, 
qui fut représenté au théâtre de la Monnaie dans 
le cours du mois d'avril 1876 et très-bien ac- 
cueilli. Le 21 décembre de l'année suivante, il a 
donné sur ce même théâtre un opéra-couiique en 2 
actes, George Daudin, (pii a été moins heureux 
auprès du public, bien (|ue la critique lui ait été 
généralement favorable. La partition de ce dernier 
ouvrage a été publiée à Bruxelles, chez Schott. 

MATIIIKL DE MO.\TER (Emile), cri- 
tique et écrivain musical, est né à Bordeaux 

(I) Nicolas- Jo.scph Mathieu, père de l'artiste dont il est 
Ici qiics'lon, (itait n('! à Ciiaiiiplon (I.iixcrDl)riurg) le 2i Jan- 
vier 181n, et mniinit à Maiinps le 21 juillet |S60. Après 
avoir (l'tt; a!tach(' au thiatredela Monnaie, de l!rii\rllcs 
;t8l0\il était devenu directeur du iliéilre royal d'Anvers 
(1R49-18.0I, et en dernier lien professeur de chant à I'a- 
cadéiDie de musique de L'iuvaln. 



lel*' mai 1835, et étudia d'abord la médecine à 
la Faculté de Strasbourg. Tout en suivant ses 
cours, il étudia la musique avec un artiste fort 
distingué, Conrad Berg, et vint ensuite s'établir 
à Paris. Là, il devint journaliste, et collabora 
successivement, au point de vue musical, à 
l'Europe artiste, au Messager des Théâtres, 
h l'Orchestre, à l'Orphéon, et enfin à la Gazette 
ynusicale de Paris, à la rédaction de laquelle 
il appartient depuis 1858. 11 est aussi corresfion- 
dant du Musical World, de Londres. M. Ma- 
thieu de Monter, qui s'est beaucoup occupé 
de la musique chorale, et qui a écrit les paroles 
d'un certain nombre de ( hœurs orphéoni(|ues, a 
publié un livre intéressant : Louis Lambillolte 
et ses /"rè/TS (Paris, Ruffet, 1871, in-12 avec 
portrait et autographes). 

* MATIIO (Jean-Baptiste). — Lorsqu'il 
donna /l;;o« à l'Académie royale de musique, cet 
artiste avait écrit déjà trois ouvrages dramatiques, 
qui avaient été représentés à Cliâlenay, dans les 
fameuses « nuits » de la duchesse du Maine. 
C'est M. Adolphe Jnllien qui a retrouvé la trace 
(le ces trois ouvrages, dont il parle dans son 
intéressant écrit, les Grandes Nuilsde Sceaux, 
et dont voici les titres : \" Philémonet Baucis, 
5 août 1703; 2" Le Prince de Catuy, divertis- 
sement, 17 août 1704; 3" La Tarenlole, comé- 
die-ballet en 3 actes, 9 août 1705. J'ajouterai 
(pie Matlio a pris utie part importante à la com- 
position d'un ouvrage dont je n'ai pu découvrir 
le titre, mais qui a été représenté le 16 (evrier 
1718 dans une des salles du palais des Tuile- 
ries, en présence du jeune roi Louis XV, et 
pour fêler l'anniversaire de sa' naissance; Le 
Mercure disait, en parlant de cet ouvrage : — 
" Les paroles sont de la composition de M. de 
Beauchainps, la mu^ique vocale de M. Matot, 
l'instrumentale de M. Alarius, et la danse de 
M. Balou. « 

Arion, qui n'eut point de succès, fut donné à 
l'Opéra le 10 août 1714. Dans sou Histoire 
(manuscrite) de l'Académie royale de musique, 
Parfaict raconte au sujet de cet ouvrage l'anecdote 
suivante : — « Le ha/.ard voulut que le jour même 
de la |>rcinière représentation, un limonadier 
fit alfi(^ber : Marion vend de lu glace en gros 
et en dé/ail. Des personnes qui n'avaient pas 
été satisfaites de cette trai;('die mirent du papier 
blanc sur la première lettre du nom du ma: chand 
de glace. Cette p'aisanlerie donna le Ion au 
public, et .l;7o;i expira à la quatrième ou à la 
cimiuième représentation. » 

MATTARKSS (Vincenzo), compositeur ita- 
lien coiUemporain, né à Naples, a habité pen- 
dant plusieurs années l'Amérique, et a fait re- 



MATTARESS — MATYS 



187 



présenter à Rio de Janeiro et à Pernainbiico deux 
opéras italiens dont j'ignore les titres. De reiour 
en Italie, il a fait exécuter au tiiéâtre Castelli, 
de Milan, en 1876, l'ouverture d'un autre opéra 
inédit, H Re di Svezia, et une ouverture-fugue 
intitulée : Ncl Vemvio. M. Mallaress a com- 
posé aussi des romances et mélodies vocales. 

MATTiVU (Joseph), né à Biuxelles le 13 
mars 1788, mort le 5 août 1856, est l'inventeur 
de l'instrument appelé mattaupfione, qui était 
un perfectionnement ingénieux de l'harmonica, et 
qu'il fit entendre avec succès à Paris. Tout d'à 
bord ménétrier et musicien de kermesses, Mattau 
apprit seul à jouer de plusieurs instruments, 
entra dans le corps de musique du 72« régiment, 
qui avait son dépôt à Bruxelles, fit plusieurs 
campagnes, puis revint dans sa ville natale, oii 
il sut se créer une carrière toute particulière, 
devenant maître de danse, puis directeur des 
bals de la cour, et participant à la fondation 
de la Société de la Grande-Harmonie. Un écri- 
vain anonyme a retracé sous ce titre : Un t'jpe 
bruxellois, la vie de Matla* (Bruxelles, Po- 
lack-Duvi\ier, 1857, in-32j. 

* MATTEI (L'abbé Sta:nisl\s).— Au nombre 
des écrits publiés sur cet artiste, il faut com- 
prendre le suivant : Osservaziuni sulla vitacli 
Stanislao Mellei scritta daW avvocalo Filippo 
Canuti (Reggio, Torreggiani, 1830, in-S"). 

MAïTEl (Tito) , pianiste et compositeur 
italien, est né à Campobasso le 24 mai 1841. 
Après avoir, dès l'âge de quatre ans, commencé 
l'élude du pi;mo avec son père, il montra une 
telle précocité et fit des progrès si rapides, 
qu'au bout de deux années il se faisait entendre 
en public avec succès. Un peu plus tard il 
devint, à Naples,. l'élève de Tbalberg, et étudia 
dans cette ville la composition d'abord avec 
Raimondi, puis, après la mort de celui-ci, avec 
MM. Parisi, Conti et Ruta. En 1853 il se produi- 
sait à Paris avec succès, se faisait ensuite ap- 
plaudir à Londres, puis, quelques années après, 
entreprenait une série de voyages artisti(iues 
en Italie, en France et en Allemagne, oii son 
talent très-distingué de virtuose était justement 
apprécié. Bientôt il se fixait définitivement à 
Londres, oii il devint l'un des artistes favoris du 
public, et où il se lit connaître aussi comme chef 
d'orchestre, soit au nouvel opéra italien, soit 
même au théâtre de la Reine. Cela ne rem(»ê- 
chait pas de se produire aussi comme compo>i- 
teur, d'abord en exécutant lui-même un grand 
concerto de piano avec accompagnement d'or- 
cliestre, puis en publiant, outre un assez grand 
nombre de morceaux originaux pour cet ins- 
trument, quelques transcriptions et fantaisies sur 



des airs d'opéras , ainsi que des romances et 
mélodies vocales sur paroles italiennes ou fran- 
çaises, et enfin en faisant entendre, dans la salle 
Saint-Georges (juillet 1877) , la musique d'un 
drame lyrique italien intitulé Maria di Gand, 
qui fut très-bien accueillie. 

Comme virtuose et comme compositeur, 
M. Tito Mattei occupe aujourd'hui à Londres 
une situation brillante. Le nombre des œuvres 
qu'il a publiées est assez considérable, et parmi 
celles qui ont obtenu le plus grand succès il faut 
signaler la valse intitulée : le Tourbillon , ainsi 
que trois mélodies italiennes : Non è ver, JSon 
torno, et la Pesca. Ces dernières ont été l'objet 
d'une véritable vogue. Ses productions pour le 
piano, publiées pour la plupart à Paris chez l'é- 
diteur M. Alphonse Leduc, sont au nombre de 
quarante environ, parmi lesquelles je citerai les 
suivantes : Vlllusion , le Chant de Vcrilé, la 
Lyre, nocturnes ; la Danse des Jeuilles, Pas de 
charge, la Harpe céleste, une Perle, morceaux 
de salon; Ze Tourbillon, i\euf-huit, le Bouquet 
de fleurs, Fenella , Avant la danse, Braggiotli, 
grandes valses; MergelUna, barcarolle, etc. 

M. Mattei, qui a épousé une jeune cantatrice, 
M'"= Colombo , est chevalier de l'ordre des 
SS Maurice et Lazare. 

MATTIOZZl (RoDOLFo), pianiste, profes- 
seur et compositeur, né à Florence le t9 novem- 
bre 1832, s'est fait une réputation dans sa patrie 
par la publication de mélodies vocales pleines de 
grâce, et par la production d'un nombre très- 
consiilérable de morceaux de musique de danse 
d'une forme pleine d'élégance, de franchise et de 
brio. Parmi les albums da ballo livrés par lui 
an public et qui obtenaient le plus vif succès, il 
faut surtout citer les suivants : Castelli in aria, 
les Débardeurs, et Roma capitale. Mattiozzi 
est venu écrire à Paris, pour le Théâtre-Italien, 
la musique de deux divertissements, dont l'un, 
sans titre, fut représenté le 6 novembre 1865, et 
dont le second, intitulé laFidanzata valacca, 
fut joué le 5 mai is66 ; une partie de la musique 
de ce dernier avait été composée par M. le comte 
Massimiliano Graziani. 

IMattiozzi, qui passait chaque année une par- 
tie de la saison musicale à Londres et à Paris, 
mourut presque subitement à Florence, au mo- 
ment où il venait d'y rejoindre sa famille, le 14 
juin 1875. Il était âgé seulement de quarante- 
deux ans. 

MATYS (Karl), compositeur allemand con- 
temporain, s'est fait connaître en ces dernières 
années i)ar la publication et l'exécution d'un cer- 
tain nombre d'oeuvres, qui s'élèvent au chiffre de 
cinquante environ, et qui sont écrites soit pour 



i88 



MAÏYS — MAURICE DE MENZINGEN 



les instruments, soit pour la voix. Je citerai, en- 
tre autres : la Nymihe de la forêt, ouverture 
à grand orchestre; Souvenirs, 4 pièces pour 
violoncelle avec piano ; im Maien, chanson à 
voix seule avec accompagnement de violoncelle 
et piano, etc. 

MAl'COTEL (Chaules-Adolphe), lulliier 
françiiis qui ne manquait pas d'habileté, naquit 
à Mirecourl en 1820, fit son apprentissage en 
cette ville, puis vint à Paris en 1839, entra comme 
ouvrier dans l'atelier de Vuillaume, et s'établit 
pour son compte en 1844. Il produisit beaucoup 
d'instruments, violons, altos et violoncelles, qui 
se faisaient remarquer par de bonnes qualités et 
qui donnent de bons érlianlillons de la lutherie 
française. Ses travaux lui valurent une médaille 
de seconde classe à l'Exposition internationale 
de Paris, en 1855. Maucotel, qui s'était d'abord 
installé dans la galerie Vivienne, alla demeurer 
ensuite rue Croix-des-Petits-Champs, puis rue 
Princesse. C'est dans ce dernier endroit qu'il est 
mort, d'une façon tragique : pris d'un accès de 
fièvre chaude, le 6 février 1858, il se coupa la 
gorge d'un coup de rasoir, et mourut sans avoir 
pu profi'rer une parole. 

* MAUGARS (André), célèbre violiste du 
dix-septième siècle, ne s'appelait pas Aude, 
comme l'a dit la Biographie universelle des 
Musiciens, mais bien André, ainsi qu'il a signé, 
e0 toutes lettres, la dédicace de sa traduction 
de Touvrage de Bacon : le Progrez et avance- 
ment aux sciences divines et htimaines. Son 
talent de musicien et sa supériorité comme vir- 
tuose ont été constatés en ces termes par le père 

Mersenne. — « Personne en France n'égale 

Maugars et Holtman, hommes très-habiles dans 
cet art: ils excellent dans les diminutions et par 
leurs traits d'archet incomparables «le délicatesse 
et de suavité. Il n'y a rien dans l'harmonie qu'ils 
ne sachent exprimer avec perfection, surtout 
lorsqu'une autre personne les accompagne sur le 
claviconle. Mais le premier exécute seul et à la 
fois deux, trois ou plusieurs parties sur la basse 
de viole, avec tant d'ornements et une prestesse 
de doigts dont il paraît si peu se préoccuper, 
qu'on n'avait rien entendu de pareil auparavant 
par ceux qui jouaient de la viole ou même de 
tout autre instrument. » Un musicographe dis- 
tingué, M. Ernest Thoinan {Voy. ce nom), a 
donné, il y a quelques années, une nouvelle et 
très-bonne édition de la fameuse lettre de Mau- 
gars sur la musique italienne, en l'accompagnant 
d'une notice sur son auteur et de notes intéres- 
santes. Voici le titre de cette publication : Mau- 
gars, célèbre joueur de viole, musicien du 
cardinal de Kichelieu, conseiller, secrétaire, 



interprèle du Roi en langue anglaise, traduc- 
teur de F. Bacon, prieur de Saint-Pierre 
Eynac, sa biographie, suivie de sa Response 
faite à un curieux sur le sentiment de la musi- 
que d'Italie, escrite à Rome le premier octobre 
1639, avec notes et éclaircissements par Er. 
Thoinan, Paris, Claudin, 1865, petit in-8° carré. 
Cflte reproduction, très-soignée au point de vue 
typographique, n'a été tirée qu'à 100 exemplaires. 

]\IAUGIX(J -C ), artiste absolument 

inconnu, est auteur du livre suivant, compris 
dans l'intéressante collection des manuels de 
l'Encyclopédie-Roret : Manuel du luthier, cou- 
tenant : 1" la construction intérieure et extérieure 
des instruments à archet, tels que violons, altos, 
basses et contre-basses ; 2° la construction de 
la guitare; 3° la confection de l'archet (Paris, 
Roret, 1834, in-18 avec planches). A l'époque 
de la publication de ce livre, il n'existait aucun 
luthier du nom de Maugin; cet ouvrage ne peut 
donc être attribué à un luthier; mais j'ai re- 
trouvé, dans {'Agenda musical de 1836, la trace 
d'un violoniste prWesseur de ce nom. lime sem- 
ble donc bien supposable que c'est à ce dernier 
qu'est di1 le manuel en question. 

MAUPOIAT ( ), écrivain français 

du dix-huitième siècle, est l'auteur anonyme 
du livre suivant, dont les renseignements ne 
sont pas sans quelque utilité : Bibliotèque (>ic) 
des Théâtres, contenant le catalogue alphé- 
tique des pièces dramatiques, opéra (sic), 
parodies et opéra comiques et le tems de leurs 
représentations, avec des anecdotes sur la plu- 
part des pièces contenues en ce recueil, et sur 
la vie des auteurs, musiciens et acteurs (Paris, 
Prault, 1733, in-8"). Cet ouvrage a servi de type 
et de modèle au Dictionnaire des théâtres de 
de Léris, et aux Anecdotes dramatiques de 
l'abbé de La Porte. 

* M.\URER (Louis-"WiLnKLM), violoniste et 
compositeur, est mort à Saint-Pétersbourg le 
25 octobre 1878, à l'âge de quatre-vingt-cpia- 
torze ans. Il était né à Potsdam le 8 février 1784. 
Maurer avait été chef d'orchestre du théâtre 
français de Saint-Pétersbourg, puis des concerts 
symphoniques fondés par Lwoff, et enlin ins- 
pecteur de tous les orchestres impériaux. 

MAUllICE DE MEI\ZL\(iEl\, moine 
et musicien suisse, est connu sous ce nom parce 
qu'il naquit à Menzingen, dans le canton de Zug, 
en 1654. Étant entré dans l'ordre des capucins, 
il fut prédicateur dans plusieurs couvents, puisse 
fixa à Andermatt. C'est là qu'il écrivit les pa- 
roles et la musique de nombreuses chansons 
religieuses, dont une partie a été publiée sous 
ce titre : Philomela Mariana, die Marianische 



MAURICE DE MENZINGEN — MA\R 



189 



Nachligall, welche da Vnterschidlich schœne 
Lobund Liebs-Gesxlzlein der allerschœnsten 
und Iwtdseeligsten Himmels-Kœnigin Mariœ 
zu schuldigem Lob, Preiss und Ehrenscludl 
schlagend und sinyende die Herzen thut er- 
quickcn, in 36 Liedern verfasset mit beige- 
fûgten musikaliscfien Aolen, durcfi P. fr. 
Mauriz von Menzingen, capucinern der 
schxceizerischen-Provinz Zug. 1713. « Ce 
recueil, dil M. George Becker [la Musique en 
Suisse) a dû être tiès-répandu, car on peut en- 
core aujourd'hui facilement le trouver. « 

MAURIIM (Jean-Pierre), violoniste, naquit 
à Avignon le 14 février 1822. Admis le 20 juin 
1838 au Conservatoire de Paris, dans la classe 
préparatoire de violon de Guérin, il pas^a ensuite 
dans celle de Baillol, puis, à la mort de ce grand 
maître, dans cdie d'Habeneck. Il obtint le se- 
cond prix en 184.2, le premier en 1843, puis, ses 
études terminées, se livra à l'enseignement. Un 
peu plus tard, M. Maurin fonda avec Clievil- 
lard, le violoncelliste, une société de musique 
de chambre, dans laquelle il s'attacha surtout à 
faire connaître au public parisien les derniers 
quatuors de Beethoven, qu'on n'exécutait pres- 
que jamais alors. A la même époque, il com- 
mença à se produire dans le grand monde pari- 
sien, et son jeu large, son style solide, lui 
valurent bientôt une réputation méritée. Au mois 
d'octobre 1875, cet artiste a été nommé pro- 
fesseur de la classe de violon devenue vacante 
au Conservatoire par suite de la démission de 
M. Alard. 

JVIAYER-MARIX ( ), musicien 

fiançais, né vers 1805, est l'inventeur d'un pe- 
tit instrument à clavier et à anches auquel il a 
donné le nom (.Vliarmoni- flûte. Cet instrument, 
qui n'est pas sans analogie avec l'accordéon, 
possède une étendue de trois octaves; on le joue 
en le posant sur les genoux, la main droite oc- 
cupant le clavier, tandis que la gauche fait ma- 
nœuvrer les soufflets. Mayer-Marix a publié une 
Méthode et de nombreux morceaux pour l'har- 
moni-llûte. Cet artiste est mort à Paris, au mois 
d'avril 1872, à l'âge de soixante- sept ans. 

MAYEUR ( ), clarinettiste, chef d'or- 
chestre et compositeur, est l'un des plus habi- 
les virtuoses sur le saxophone qui existent à 
Paris. Il a beaucoup fait pour la propagation de 
cet instrument, qu'il joue à l'orchestre de l'O- 
péra, ainsi que la clarinette. On lui doit une 
très bonne Méthode de saxophone, une fantaisie 
pour saxophone-alto avec accompagnement de 
piano sur des motifs de Don Juan, un arrange- 
ment de la 19= sonate de Mozart pour saxopho- 
neallo et piano, une transcription de cinq trios 



du même maître pour saxophones alto, ténor et 
baryton, etc. M. Mayeur est depuis plusieurs 
années chef d'orclu'stre dos concerts d'été du 
Jardin d'acclimatation. Élève de KIosé au Con- 
servatoire de Paris, cet artiste obtint le premier 
prix declurinelte dans cet établissement en 1860. 

M.VYO (Dermlno). Un artiste de ce nom a 
fait représenter sur le théâtre du Fondo, de 
Naples, en 1843, un opéra semi-sérieux en deux 
actes, intitulé Mattia l'Invalido, dont le livret 
était tiré d'un vaudeville français portant ce titre. 

* MAYR (Jean-Simon). — Une publication 
faite à Bergame, et dont l'auteur de la Biogra- 
phie universelle des Musiciens n'a évidemment 
pas eu connaissance, vient compléter et rectifier 
en certains points les détails donnés par lui sur 
la vie de ce musicien fameux. Cette publication, 
mise au jour en 1841, à l'époque où une médaille 
fut frapi)ée en l'honneur de Mayr et par les soins 
des souscripteurs qui avaient pris l'initiative de 
cet hommage, est ainsi intitulée : Per il setian- 
tesimo oitavo natalizio del célèbre maestro 
Gio. Simone Mayr (Bergamo, Crescini, 1841, 
in-4'* de|84 p.). C'est, selon l'usage italien, un 
recueil de poésies écrites à la gloire de l'artiste , 
poésies qui sont précédées d'une bonne notice 
biographique signée du nom de M. Adolfo-Gus- 
tavo Maironi Daponte, vice-président de l'Athé- 
née des sciences, lettres et arts de Bergame, dont 
Mayr était le président. 

On voit dans cet opuscule que Mayr, qui avait 
fait de Bergame sa patrie d'adoption, refusa suc- 
cessivement, pour rester en cette ville, les em- 
plois suivants, qui lui furent proposés : en 1803, 
la direction du Théâtre-Italien de Vienne; en 
1806, celle du théâtre et des concerts de la cour 
du roi d'Italie, empereur des Français; en 1808, 
la charge de censeur du nouveau [Conservatoire 
de Milan, et la succession de Paër comme maî- 
tre de chapelle de la cour royale de Dresde ; en 
1814, la régence de la surintendance des théâ- 
tres royaux de Milan; et enfin, en 1822, le poste 
de maître de chapelle à Novare. 

A partir de 1805, époque à laquelle fut créé 
par ses soins et placé sous sa direction le Lycée 
musical de Bergame, Mayr se dévoua sans ré- 
serve à cet établissement, pour lequel il écrivit 
toute une série de petits traités : 1° Piccolo ca- 
techismo elementare ; 1" Melodo di applica- 
tura, ossia perle regolari e piùcomode po- 
sizioni délie dita sul cembalo; 3° Alcuni cenni 
sul modo di scrivere pei corni da caccia; 4* 
Trattato per il pédale. II traduisit aussi de 
l'allemand le Traité de l'accompagnement de 
Fœsster. Enfin, il composa, pour les examens et 
concerts du Lycée, un grand nombre de raor- 



190 



iMAYR 



ceaux de divers genres, et a(in d'exercer ses élè- 
ves dans la composition tlioûlrale, il écrivit à 
leur usage, et dans la mesure de leurs capacités, 
quelques livrets d'o()érettes deslinés à être par 
eux mis en musique : la Prova deW accademia 
finale; il Piccolo compositore di miisica; i 
PïccoU virtuosi ambulanti ; il Giovedigrasso; 
un Buon cuore scusa molli difelti. 

En 1809, MayT fontia à Bergame un Pio Isti- 
tulo musicale, destiné à venir en aide aux ar- 
tistes devenus vieux ou infirmes, à leurs veuves 
et à leurs or|)lielins. Au premier concert donné 
au protit de cet établissement, il fit exécuter la 
Créa/ ion d'Haydn, qui n'avait jamais été enten- 
due en Italie, et publia à cette occasion, dans 
un journal, un précis de la vie du maître, pré- 
cédé d'une dissertation sur son œuvre. Ce n'est 
pas la seule (ois que Mayr prit la plume au pro- 
fil de riiistoire et de la littérature musicales. Il 
lut, dans les séances de l'Altiénée de Bergame, 
deux notices étendues, l'une sur le célèbre théo- 
ricien trancliino Galorio, l'autre sur Michèle 
Alberto da Carrara, savant écrivain bergamasque 
du quinzième siècle à qui l'on doit un traité sur 
la musique. C'est encore dans une séfince de 
TAlhénée qu'il donna lecture d'une dissertation 
ainsi intiiulée : Cenni istorici intorno all'Ora- 
torio musicale, ed ai misfcrj che lo precedet- 
lero. V.n 183G, il publia, dans le feuilleton de la 
Gazzelta Milanese, un écrit qui portait ce titre : 
Considei azioni del vecchio suonalore di viola 
dimorante in Bergamo, intorno ad un arti- 
colo di Scvellinges risguardante la vita e le 
opère di Luigi Palestrina. Enfin, M. Dapoule 
cite divers autres écrits de Ma\r, encore iné- 
dits à l'époque où il publiait sa notice: 1" Piano 
per una riforma del Conservatorio di Aapoli, 
pariicolarmente per i nuovi melodi deW is- 
truzïone islromentale, steso per quel Mlnisiro 
dell'interno: 2° Piano per Vistiliizione d'una 
catledra. di musica nell' Università di Pavia, 
scrilto per ordinedel Direltore générale délia 
pubblica istriizione; 3" Parère intorno ad un 
apposito maestro per la composizione iea- 
irale, e pariicolarmente per risiromen/az/one, 
scrilto pet Direltore del Liceo musicale di 
Bologna; k" la Vila di Clementi (Muzio?); 
5" ta Vita di Sanla Cecilia, in due parti; 
6" enfin, une traduction italienne du Traité 
d'harmonie de Reicha. 

En 1838, Mayr, déjà âgé de 75 ans, eut le désir 
de revoir sou pays natal. Il partit donc pour la 
Bavière, et fut l'objet, à Munich, d'Iionneiiis 
extraordinaires de la part du roi, de la cour, des 
artistes et de toute la population; les journaux 
publièrent des récits de l'accueil enthousiaste qui 



lui était fait, et Aiblinger, mailre de chapelle du 
roi de Bavière, écrivit à ce sujet au gendre de 
Mayr, M. Massinelli, une lettre qui se terminait 
ainsi : " L'Allemagne peut être (ière d'avoir 
donné à l'Angleterre un Ha^ndel, à la France un 
Gluck, et à l'Italie un Simon Mayr. » A son re- 
tour à Bergame a la suiie de ce voyage, Mayr 
se vit accueilli avec des démonstrations enthou- 
siastes : le comte Giacomo Clémente Suardo, 
alors président de l'Athénée, fit exécuter son 
buste et le donna à cette Société. Déjà, en 1819, 
le portrait de l'artiste, peint par Diolli, avait 
été placé dans un édifice public. C'est peu de 
temps après qu'on eut l'idée de faire frapper une 
médaille en son honneur. 

La liste des opéras, cantates et oratorios de 
Mayr doit se compléter par les œuvres suivantes : 
1° Alcide al bivio, cantate pour le Lycée de 
IJergame, 1809; 2° Cantate pour la naissance 
du roi de Rome, Bergame, 1811 ;3'' le Due Du- 
chesse, ossia la Caccia de' Lupi, opéra semi- 
sérieux, Milan (Scala), 1814 ; i" Cori, opéra sé- 
rieux, Naples (San-Carlo), 1815; 5" le Feste 
d'Ercole, cantate, Bergame, 1816; 6° Egeria, 
id., id., 1816; 1" il Sogno di Parlenope, can- 
tate dramatique en 3 actes, pour l'ouverture du 
théâtre reconstruit de San-Carlo, Naples, 1817 ; 
8" Arianna e Bacco, cantate en 2 actes, pour 
le Pio Jstituto, Bergame, 1817; 9° Mennone e 
Zeniira, opéra sérieux, Na|)les (San-Carlo), 
1817; 10" Tanassa, id., Veni>e (Fenice), 1818 ; 
il" le Da)uudi, kl., Rome (Argentina), 1819; 
12° Inno a Pallade, U\hn, 1820; 13° A t/re do 
il Grande, opéra sérieux, Bergame, 1821; 14" 
Samuele, oratorio, Bergame, 1821; 15" Fedra, 
opéra sérieux, Milan (Scala), 1822; 16* Atalia, 
oratorio, INaples (San-Carlo), 1822; 17" San 
Luigi Gonzaga, id., Bergame, 1822 ; 18' Deme- 
trio, opéra sérieux, Turin (Regio;, 1824 ; 19" 
iArmonia, cantate, Bergame, 1825; 20° Cantate 
avec chœurs à l'occasion de la mort de Beetho- 
ven, Bergame (Union philharmonique), 1827. 
Mayr était membre correspondant de l'Académie 
des Beaux-Arts de France (1). 

Les 12, 13 et 14 septembre 1875, de grandes 
solennités euieiit lieu à Bergame pour la transla- 
tion, dans la basilique de Saiule-Marie-Majeure, 
des cendres de Mayr et de son élève Donizetti (2). 

|i) L'opéra intitulé Medea a été donné au théâtre San- 
Carlo, (le Naples, en i813, et non à la Fcnicc, de Venise, 
en 1812; celui qui perle pour titre Alar a été représenté 
au tli'âtre Sant'AgosiIno, de Géiu's, en 181 i, et non à la 
Se. lia, de Ml :in, en 1815. M. le dnctrur H;isevi possède 
en mauusciit, portant la slj,'nature de Mayr, un Miserere 
a tre, cou viole e S strumenti di flulo. 

(i) Los restes de Mayr lurent renfermés dans une urne 
on l'on plaça, roulé dans uq tube de verre, un parcbemin 



MAYR — MAZUEL 



J91 



Des exécutions musicales religieuses, des specta- 
cles, (les concerts, dans le programme desquels 
briilait-'nt les noms des deux grands artistes, si- 
gnalèrent ces trois journées, et le lundi 13, au 
tliéàtre Riccardi, on entendit une cantate expressé- 
ment écrite pour la circonstance par le composi- 
teur Amdcare Poacliielli {Voy. ce nom) sur des 
vers de M. Gliislanzoni. Ces fêtes donnèrent lieu 
à plusieurs publications intéressantes. L'une, 
portant ce titre : Donizeiti-Maijr, noiiziee do- 
cumenti (Bergame, Gaffuri et Gatti, 1875, in-8), 
a pour auteurs MM. Federico Alborglietti et 
Micbelangelo Gaili, et donne deux biograpliies 
étendues du maître et du disciple, avec vingt et 
une letti es du second adressées au premier ; la se- 
conde est la reproduction du discours prononcé 
par M. le chanoine Finazzi à la cérémonie reli- 
gieuse laite en l'honneur des deu\ grands musi- 
ciens : Il maestro Giovanni Simone Mayr, 
orazionc délia nelV inaïujurazione del suo 
momunenlo nella basilica di S. Maria Mag- 
(jiore dal can. cav. Giovanni Finazzi{BergAim, 
impr. Pagnoncelli, 1875, in-8) ;entin, la troisième 
forme un recueil des notices écrites naguère par 
Mayr et consacrées par lui à des artistes berga- 
masques, auxquelles on a ajouté celles du P. 
Vaerini, aussi sur des musiciens nés à Bergame : 
Biografie di scrittori e ariisli musicali Ber- 
gamaschi nalivi od oriundi, di Giovanni Si- 
mone Mayr, ruccolle e publica/e con note 
dal prof. Ab. Antonio Alessandri, con aggiunta 
degli scrittori musicali Bergamaschi del. 
P. l'aerini (Bergame, impr. Pagnoncelli, 1875, 
in-4''). 

MWRBERGER (Charles), compositeur 
autrichien distingué, né à Vienne le 9juin 1828, 
fut élève de M. Gottfried Preyer, alors maître de 
la chapelle impériale en cette ville, et qui depuis 
1864 est fixé à Presbourg (Hongrie), où il occupe 
les fonctions de maître de chapelle de l'église 
métropolitaine et de professeur de musique dans 
une école de l'État. Cet artiste s'est acquis un 
renom fort honorable par la publication île nom- 
breux chœurs pour voix d'hommes, qui ont paru 
à Vienne, et dont les plus considérables sont : 
Die Mainacht (Nuit de mai), liiindeslied 
(chœur de confrérie), et .S7j<?Hnte Liebe (Amour 
muet). M. Mayrberger, qui a écrit aussi de nom- 
breux lieder, et qui est l'auteur d'une musique 



sur lequel était le portrait du maître avec cette inscrip- 
tion : y/ di 26 ,^pri/e1875, nel cimitero di f'iillcssc, 
gueste prciioie reliquie di (Aocanni Simone Mayr, rlw 
illustre /ru i maestri musicali d'italia, morira tu 
Bergamo, sua patria adottiva, ai 2 dicembre 184S, ven- 
nero in quesVurna composte a cura del municipio di 
Bergamo. 



estimée pour la tragédie du poète Œhlenschlager : 
Yrsa, s'est fait connaître encore par un grand 
opéra romanti(|ue, Mélusine, quiaété représenté 
avec beaucoup de succès à Presbourg en 1876. 

La musique de M. Mayrberger a le caractère 
allemand, mais son opéra de Mélusine a été vi- 
siblement écrit sous rinduence du célèbre maître 
M. Gounod. Le même artiste a publié récemment 
un ouvrage théorique qui a paru sous ce titre : 
Lchrbuch der musikalischen llarmonik (Guide 
d'harmonie musicale). J. B. 

* MAYSEDER (Joseph), violoniste remar- 
quable et coinpofiteur, est mort à Vienne, le 21 
novembre 1863, à l'âge de 74 ans. 

MAZEL (M"" HÉLÈNE ROBERT). — 
Voyez lîOBERT-îlIAZEL (M"*^ Hélène). 

MAZETTl (Haffaele), compositeur drama- 
tique italien, mort à Imolaau mois de décembre 
1867, a écrit la musique de deux opéras dont 
j'ignore la date elle lieu de représentation. L'un 
de ces ouvrages était intitulé Marco Visconti: 
l'autre avait pour titre Gustavo Wasa. Je n'ai 
aucun autre renseignement sur cet artiste. 

MAZUEL, est le nom d'une famille assez 
nombreuse de musiciens français. Les notes que 
nous donnons ici sur ces artistes, sont extraites 
d'un petit volume publié par nous récemment et 
intitulé : Un bisaïeul de. Molière; Recherches 
sur les Mazuel, musiciens des XVI'' et XVII' 
siècles, alliés de la famille PoqueUn, par Er. 
Thoinau (Paris, A. Claudin, 1878, petit in-12, 
Elzévir). 

Mazuel (Adrian), l'aîné de deux frères 
joueurs de violon, vivait à Paris dans la seconde 
moitié du seizième siècle ainsi qu'on le voit par 
les baptistaires de deux de ses enfants, datés de 
1558 et de 15G0. 

Mazlel {Guillaume), le plus jeune de ces 
deux frères, avait épousé Claude Mechaine, d'une 
famille de luusiciens très-probablement, ce nom 
ayant été porté par plusieurs artistes de cette 
époque. Guillaume fit partie, ainsi du reste que 
son frère Adrian, de la corporation des ménétriers 
de la ville de Paris et fut musicien du roi , si, 
comme nous le supposons, c'est de lui qu'il s'agit 
dans un acte de décès du 5 juillet 1612 disant que 
la défunte, Perrette Lemesureux, était veuve de 
Guillaume Mazuel, violon du roy. La preuve 
que, Claude Mechaine étant morte, son époux 
avait épousé en secondes noces Perrette Lemesu- 
reux nous manque, il est vrai; aussi nous en tenons- 
nous, à cet égard, à une simple supposition. Mais 
il est hors de doute qu'une fille de Guillaume 
Mazuel et de sa femme Claude Mechaine, nom- 
mée Agnès, épou:sa le 11 juillet 15'J4 Jean Po- 
quelin, porteur de grains et marchand tapissier, 



19â 



MAZUEL — MAZZOLANI 



qu'il naquit de ce mariage de nombreux enfants, 
dont l'aîné, appelé, lui aussi, Jean Poquelin, se 
maria avec Marie Cre.-sé, le 27 avril 1621, et 
enfin que le premier-né de celte union, baptisé à 
SaintEustache le 15 janvier 1622, prit plus 
tard le nom immortel de Jean-Baptistk Molièke. 

Guillaume Maziiel, artiste musicien, fut donc 
le bisaïeul de Molière. 

Mazuel {Jean I ), fils de Guillaume et par 
conséquent grand-oncle de Molière, fut baptisé à 
Saint-Eustache le 2 mai lô63. Il (irenait le tiire 
àe violon ordinaire du roy. Marié avec Clau'ie 
Levasseur, il eut une nombreuse famille ; mais 
deux de ses enfants seulement embrassèrent la 
carrière musicale, Jean II et Pierre. Son convoi fu- 
nèbre eut lieu à Saint-Eusiache le 6 septembre 
1616. 

M\zuEL (Jean II]. Ce fils de Jean T, oncle 
de Molière à la mode de Bretagne, naquit vers 
1593. Il fut reçu de bonne beure dans la corpo- 
ration Ae.i Joueurs d'instruments' tant licnilt 
que bas, et appartint à la musique du roi 
comme violoniste. Il mourut en 1033. 

Maziel (Pierre), autre fils de Jean I, né en 
1605, fut, lui aussi, musicien de la cour. 

Mazuel [Michel). Nous n'avons pu dé- 
couviir aucun indice permettant d'établir que 
Micliei était fils de Jean II ou de Pierre, ou en- 
core de leur frère nommé Antoine, et exerçant la 
profession de teinturier. Il apprit le violon de 
son père ou d'un de ses oncles, mais la compo- 
sition lui fut enseignée par un organiste de Paris 
( de Notre-Dame ou de Saint-Leu ). Reçu dans la 
musique de la cour comme violoniste, il composa 
quelques morceaux sympboniqiies très-remar- 
ques de Louis XIV, qui créa pour lui une nou- 
velle charge, celle de compositeur de la musique 
des vingt quatre violons de la chambre. Le 
brevet de cette place lui fut délivré en mai 1654. 
On sait par une letlred'André Philidor, placée en 
tête de l'un des volumes de sa précieuse collec- 
tion, que Michel Mazuel travaillait à la compo- 
sition des morceaux de musique instrumentale 
des ballets de cour avec Louis IMolier et Ver- 
pré, tandis que Cambefort, Cliancy et Boesset 
composaient les airs de chant. Le premier vo- 
lume de la collection philidorienne renferme, 
aux jiages 47 et 69, deux Allemandes de Mazuel. 

Noire artiste figura longtemps parmi les vingt- 
quatre violons, et fil souvent sa partie dans les 
pièces que Molière, son cousin à la mode de 
Bretagne, faisait représenter chez le roi avec la 
musique de Lully. 11 fut, en outre, un des mem- 
bres les plus considérés de la corporation des 
ménét riers ,et représentait cette compagnie comme 
administrateur de la chapelle de Saint-Julien. 



C'est en cette qualité qu'il signa, avec Guillaume 
Dumanoir, roi des violons, et quelques antres 
artistes maities de la communauté, la tran.sac- 
tion ;)ui intervint en 1664, entre les frères de la 
doctrine chrétienne et les joueurs d'instruments 
de la ville de Paris, concernant la jouissance de 
la chapelle de Saint-Jnlien, transaction qui en 
.somme donna gain de cause à ces derniers. i 

Michel Mazuel se démit de sa place de musi- 
cien de la chambre du roi, le 6 février 16"4, en 
faveur de Pierre Huguenet. Il mourut deux ans 
après, et son convoi eut lieu à saint-Germain-le- 
Viel le 24 octobre 1676. Er. T. 

*A!AZZA (Giusei'pe). — La liste des com- 
positions dramatiques de cet artiste doit s'aug- 
menter des ouvrages suivants ; 1* Amor la 
vince, Lucques, 1820; 2" Montenciel, Vlorence, 
théâtre de la Pergola, 1827 ; 3° Monsieur Des- 
chalumeaux, Naples, théâtre Nuovo; 4° la 
Prova d'un opéra séria; 5° la Sacerdotessa 
dlside, Milan, tbéâlre Carcano; 6" la bciocca 
per as/Ms/G,Trieste, théâtre Mauroner ; 7° Chia- 
ra di Chalency; 8" il Veto di Jefle, Tiieste, 
théâtre Mauroner. 

* .\1AZZAFERRATA (Jean-Baptiste). — 
Alix compositions de cet artiste, il faut ajouter 
un oratorio intitulé l'Efficacia délia fede, qui 
fut exécuté à Sieimeen 1684. 

MAZZI (Le P. Prospero), moine et musi- 
cien, qui vivait dans la seconde moitié du dix- 
septième siècle, a écrit la musique d'une pasto- 
rale diamatique qui fut représentée à Modèiie 
en 1674. 

MAZZOLAXI (Antonio) , compositeur et 
professeur italien, né le 26 décembre 1819 à 
Ruina, dans la province de Ferrare, commença 
dès l'âge de sept ans l'étude du piano et de l'or- 
gue avec son père, et deux ans après fut confié 
aux soins du P. Francesco Zagagnoni, ancien 
élève du P. Mattei, qui demeurait à Ferrare. 
Mais pour pouvoir prendre des leçons de cet 
artiste, l'enfant devait, plusieurs fois par se- 
maine, franchir à cheval la distance qui .séparait 
Ruina de Ferrare. Lorsque les ressources de sa 
famille permirent à celle-ci de l'envoyer habiter 
cette ville, le jeune Mazzolani devint l'élève de 
Filippo Ferrari, et fit avec ce maître des progrès 
si rapides qu'à treize ans il put se faire entendre 
en public, dans un concert donné au Ca>ino. 
A quinze ans il re\intdans sa ville natale, y 
resta cinq années, puis retourna à Ferrare, oii il 
se livra à rensei;;iieinent et où il éciivit diverses 
compositions, dont quelques-unes pour une so- 
ciété chorale fondée par lui. II n'y resta cepen- 
dant pas longtemps, et bientôt se rendit à Luc- 
ques, où, tout en complétant ses études musi- 



MAZZOLANl — MAZZUCATO 



493 



cales avec Micliele Puccini, il écrivit un opéra 
intitulé H Tradimento, qui fut accueilli avec 
faveur en 1852, obtint vingt et une représenta- 
lions, et fut joué ensuite à Livourne, à Basiia et 
à Ferrare. L'année suivante il donniiil dans 
cette (ieruièrc ville, où il se fixait de nouveau, 
un second opôra, qui avait pour titre Gismonda. 
Depuis lors cet artiste a continué la carrière de 
l'enseignement, tout en composant un s'■a"<^ 
nombre de cluriirs et de cantates pour la so- 
ciété chorale qu'il avait créée. Il n'avait cepen- 
dant pas renoncé complètement à l'espoir de 
se produire de nouveau à la scène, et le 25 no- 
vembre 1870 il reparaissait sur le théâtre de 
Ferrare avec un troisième ouvrage dramatique, 
Enrico di Clmilis, ovveto il Ritorno dalla Rus- 
sia, opéra sérieux en quatre actes, qui n'était 
pas écrit depuis moins de dix-liuit ans lorsqu'il 
|iiit enfin être offert au public. Le sort de cet 
ouvrage fut heureux néanmoins, et l'accueil qu'il 
reçut fut des plus favorables. 

HIAZZOLD (ViNCENzo), théoricien italien, 
vivait dans la seconde moitié du dix-huitième 
siècle. La bibliothèque du Conservatoire de Paris 
possède en manuscrit une Méthode de cet artiste, 
qui porte le titre suivant : Regole musicali 
per iprincipianti di cembalo, mlSapoli, 1795, 
per Vincenzo Mazzold (in-4° oblong). 

MAZZOLl ( ), compositeur drama- 
tique italien, a donné sur le théâtre de Modène, 
en 1877, un opéra sérieux intitulé Adèle d'As- 
tiirla. 

MAZZOi\E (LciGi), compositeur, profes- 
seur de chant et écrivain musical italien, est né 
le 10 décembre 1820 à Manfredonia, dans la 
province de Foggia. Après avoir pratiqué avec 
son père l'étude de la musique, il fut, à l'âge 
de vingt-deux ans, envoyé à Naples pour y ter- 
miner .son éducation, avec une pension d'environ 
300 francs que sa ville natale lui servit pendant 
trois ans. A Naples, il travailla l'harmonie avec 
Piondinella et Parisi, la composition avec Fran- 
cesco Ruggi, puis, une fois ses cours achevés, 
se consacra à l'enseignement, tout en se livrant 
à de nombreux travaux de composition. 
M. Mazzone a publié de nombreux morceaux de 
piano, des mélodies vocales, des canzoneltc 
napolitaines, des pièces pour divers instruments, 
et il a écrit encore plusieurs messes, des liymnes 
et des morceaux sjmphoniques. 11 s'est aussi 
beaucoup occupé de littérature musicale; après 
avoir donné de nombreux articles dans divers 
journaux, il Commercio, il Nomade, après 
avoir dirigé VdGazzelta musicale, il a fondé lui- 
même une feuille spéciale, ISapoU musicale, 
qu'il dirige avec goût depuis environ dix années. 

BIOGU. UMV. DES MLSICIENS. SUPPL. — T. 



Correspondant à Naples d'un journal théâtral de 
Venise, la Scena, M. Ma/.zone a en portefeuille 
un opéra intitulé lo Scambio de'rilralti, qui 
jusqu'ici n'a pas été repré-senté. 

* MAZZUCATO (Alrk.uto), directeur du 
Conservatoire de Milan, est mort en celte ville 
le 31 décembre 1877. Il était né à Udine non 
le 20, mais le 28 juillet 1813. Lorsque, après la 
moi t de Mercadante, M. Lauro Rossi fut placé à 
la tète du Conservatoirede Naples, Ma/./.ucato fut 
appelé à lui succéder comme directeur de celui 
de Milan. Dès 1839 , il avait succédé à Mauri 
comme professeur de la classe de chaut pour 
les jeunes filles dans cet établissement; il 
quittait ces fonctions en 1851 pour celles de 
professeur de composition , dans lesquelles il 
remplaçait Felice Frasi, devenait en 1852 titu- 
laire de la chaire d'esthétique et d'histoire mu- 
sicale, créait en 1857 une classe d'instrumen- 
tation, et enfin, en 1872, devenait directeur de 
l'école à laquelle, depuis trente-trois ans, il 
était attaché comme professeur. J'eus l'occasion 
et l'heureuse chance, vers cette époque, de le 
connaître à Milan, et je pus me convaincre qu'il 
était l'un des artistes les plus distingués de l'I- 
talie, l'un de ceux qui faisaient le plus d'hon- 
neur à leur pays. Sous des dehors pleins de 
rondeur, de bonhomie et de franchise, empreints 
d'ailleurs d'une grâce naturelle, Mazzucato re- 
celait un véritable temp