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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 
ANCIENNE ET MODERNE 

SUPPLÉMENT. 



n r mun u miimn m 1 



MAR — MET. 



W^%\ k*%\. »A^% V^X% »««V«%W« ««A(V«A%% 



pauis. — iiuraiMEniE de imuiVRAir, 

Hue Crofii-<?cs'Pctit«-Clinmiw, 35. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 
ANCIENNE ET MODERNE. 

SUPPLÉMENT, 

00 

SUITB DE l'histoire , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA TIB PUBLIQUE 
ET PRIVÉE DE TOUS LES HOMMES QUI SE SO?IT FAIT REMARQUER PAR 
LEURS ÉCRITS, LEURS ACTIOZtS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU 
LEURS CRIMES. 

OOVKACB SKTlàKBXSHT VEOF , 

HÈDIGÉ PAR UNE SOCIFTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit deséjardî aui vitaals ; oa ne doit aui inort> 
que la vériU. {^ ol,T ■, première Lettre «ti/- Œdipe.) 



TOME SOIXANTE-TREIZIEME. 




A PARIS, # 

CHEZ L.-G. MICIIAUD, ÉDITEUR, 

RUE DI? HASARD-RICHELIEU . 1*. 



1843. 



V 



V ^^ 







SIGNATURES DES AUTEURS 

DU SOIXANTE-TREIZIÈME VOLUME. 



MM. 



MM. 



A. B— T. 


Bkuchot. 


G R — D. 


Gdérard. 


A—n. 


AHTAtJI). 


G «T. 


Grégory (J.-G.). 


A— T. 


H. AUDIFFRET. 


G— t— B. 


GAUTHrER. 


A— Y. 


Alby (René). 


G— Y. 


Gley. 


B D E. 


Badicbe. 


L. 


Lefebvre-Cacchv. 


B D R. 


BoRniER. 


L— c — i. 


Lacatte-Joltrois. , 


B— P. 


De Beavchamp. 


L— M— e. 


Lamotte. 


&— c. 


Beacliec. 


L— M— X. 


J. Lamocreux. 


B Y K. 


Bruyère. 


L— 1— E. 


Hippolyte de la Porte. 


G— AV. 


Catteac-Calleulle. 


L — s — \>. 


Lesourd (Ix)ui8). 


G. D— s. 


Despobtes-Boscheron . 


M— A. 


Meldola. 


G— L— T. 


Ck)IXOBUET. 


M— Dj. 


Micbaud jeune. 


C. T— Y. 


Coquebert de Taizy. 


M— G— s. 


MAGÎtl>. 


D ^B — s. 


Dubois (Louis). 


M— R— t. 


Merat (F.-V.). 


D— G. 


Deppisg. 


OZ M. 


O^A^•AM. 


D H— E. 


Dehèqce. 


P.I^— T. 


Prosper Levot. 


D R R. 


Durozoir. 


p OT. 


Parisot. 


D— z. 


Desprkz (Hippolyte). 


P— RT. 


Philbert. 


D — z — s. 


Dezos de la Roquette. 


P— S. 


PÉRIÈS. 


E— s. 


Etriès. 


R— u — ^^. 


Rewauldin. 


F— A. 


FoRTiA d'Urban. 


R— É. 


ROYÉ. 1 


F— LE. 


Fayolle, 


R— F— G. 


De Reiffenberg. 


F. P— T. 


Fabien Pillet. 


T— D. 


Tabaraud. 


Fr E. 


De FROBERVILUi. 


u— 1. 


USTÉHI. 


F— T. 


Foisset aîné. 


V. S. L. 


VISCEKS-SAI^T-LAL^\E^ J . 


F— T— E. 


De la Fosteselle. 


W— s. 


Weiss. 


G— G— Y. 


De Grégory. 


Z. 


Anonyme. 


G— s. 


Gtjilloh (Aimé). 







BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



SUPPLEMENT. 



M 



MARA (Gcii-LALME de), orateur 
et poète latin , naquit vers 1470 , au 
iliocèse de Coutances , d'une lamille 
très-honorable (1). Kn terminant ses 
études il se Ht recevoir docteiu- dans 
la double Faculté de droit , titre qu'il 
prend a la t«;te de ses ouvrap.es , et 
embrassa l état ecclésiastique. Il assis- 
tait aux tournois que Charles VllI fit 
célébier à Lyon pour réunir les che- 
valiers qu'il voulait enf;a(>er a le suivre 
dans son expédition de >'aples. On 
apprend par ime lettre de Mara qu d 
lut attaché quelque temps an cai- 
dinal Briçonnet, sans doute en cpia- 
lité de secrétaire, et quil se trouvait 
a Moulins lorsque ce prélat v mou- 
rut en li97- Depuis, il remplit les 
fonctions de recteur de I Université 
de Caen; et l'on peut conjecturer 
avec assez de vraisemblance qu il v 
avait professé la théologie ou le droit 
canonique, il fut pourvu, vers lo08, 
d'un canonicat du chapitre de Cou- 
tances, dont il devint le ti'ésorier «t 
l'orateur, et mourut vers l'6'iO, On a 
«le lui : I. TripertitHs in chimceram 

(1) Deux de s<?s frères . Jean et Roland d<- 
Mara, remplissaient les fonctions de secrétaire 
il' Adrien de GoiUTier, évèque de Ckjutances ; pi 
Jean llicbel, son neveu, professait la th^lo- 
gie i la Faculté de Pari*i 

LXXIII. 



l'onflictus, 1510, in-4", sans nom de 
ville, mais imprimé à Caen. Guil- 
laume de Mara dédia cet ouvrage à 
.lean de Canay. chancelier de France. 
La chimère qu'il v combat , c'est le 
péché d'orgtieil. celui de luxture et 
«•eini d'avarice, .leau Vatel en donna 
une seconde édition avec des note-» 
[famUiaribui eominenlariis élucidât), 
l'aris, 151.3. in-4'' de 32 feuiU.; Pan- 
/er. dans ses ^^/ina/e? topo^raphici,en 
cite mie autre in-S". sans date et sans 
auciuie indication , qui poun'ait bien 
être l'édition orifjinale. IL De tribus 
pigieiidis : ventre, pluma et venere, 
tibri très, Paris, C.olines, 1312; ibid., 
1321 , in-4", livre singulier, rare et 
recherehf- des curieux. IIL Sjlvarum 
fibri Jf\ ibid., 1513, in-4°. IV. Epis- 
tnlœ etomiiones, ibid., 1-513, in-4° de 
;iO feuillets. -L Vatel est l'éditem- de 
ce recueil, dans lequel on trouve quel- 
ques par liaila rites intéressantes ; par- 
mi les personries avec qui Mara entre- 
tenait un commerce épistolaire , on 
distingue le poète Fausto Andrelini. V. 
Faraphruûn in Miisœum de Herone et 
l.eandro, Cologne, 1626, in-S". Cette 
version du poème de Musée est accom- 
pagnée du texte grec. Elle est très-rare. 
Les ancien* bibliothécaires Tritheim, 



iUH 



MAU 



Gesner, etc., citent encore de Guil- 
laume de Mara quclqnei, opuscules 
restés inédits sans doute , et dont on 
ne connaît plus de copies : De amori- 
buSy de laudibus, de probris, de di- 
vinis libri quatuor. — Nœntarum ac 
epitaphiorum liber nuits. Mais cest 
par une de ces erreurs que l'homo- 
nymie rend si fréquentes dans l'iiis- 
toire littéraire , qu'ils lui attribuent ; 
Opnsculum de sacrO'SanctaEucharistia. 
Cet opuscule est de Guillaume de Ma- 
ra , chanoine d'Évreux , qui vivait 
avant 1464. Voyez la Oallia c/uw- 
tiana, XI, 604. ' \V— s. 

MARA (Élisabetu), cantatrice alle- 
mande, naquilà Cassel, en 1750. Peu 
de temps après, son père alla chercher 
fortune en Angleterre, et fixa, pour 
quelques années du moins, ses pénates 
à Londres. C'est là qu'âgée de dix 
ans, Elisabeth débuta publiquement 
dans un concerto de violon et y mé- 
rita des applaudiîisements beaucoup 
au-dessus de son âge. Toutefois , elle 
ne tarda pas à renoncer à l'instru- 
ment le moins de tous en harmonie 
avec les grâces si nécessaires à ]a 
femme, et elle se voiia au chant sous 
la direction de Paradisi, dont elle de- 
vint l'élève la plus habile. Il lui res- 
tait de sa première éducation comme 
violoniste une habitude exquise et 
profonde de la mesure, et au;>;i plus 
d'aptitude, plus de délicatesse pour 
rendre , par le chant de sa voix , les 
fractions de ton presejuc insensibles , 
qui distinguent la note diézée de la 
bémoliscc , sensée la môme avec 
elle sur le piano. Elle prétendait mc- 
uie, nous a dit le savant théoricien 
anglais Bacon , que c'est dans ce but 
qu'elle avait étudié le violon. A peine 
âgée de 14 ans, elle chanta devant la 
reine, femme de George lll,avec un suc- 
cès qui put faire présager son avenir. 
Elle pa»»a encore deux ans à Londi^eiK 



partageant son temps entre les con- 
certs et les études diverses parmi les- 
quelles l'éducation vocale tenait tou- 
jours le premier rang. Après quoi, 
elle se mit en route avec son père poiu* 
l'Alleuiagne (1767), et se fit entendre 
lour-à-tour dans plusieurs capitales 
des petites principautés de ce pays , 
puis, finalement, à Uerlin. Sa renom- 
mée, croissant avec son talent, finit 
par balancer celle de M"'" Todi, alors 
la reine du chant pour l'Allemagne 
du nord. C est là aussi qu'elle épousa 
le violoncelliste Mara, qui faisait par- 
tie de la musique de la chambre du 
prince Henri. Hien que cette union la 
fixât à Berlin, elle parcourut encore à 
diverses reprises les villes secondaires 
de l'Allemagne, et fit même deux excur- 
sions en Suisse. Enfin , au commence- 
ment de 1784, elle reparut à Londres 
après dix-sept ans d'absence. Les 
quatie ans qu'elle y passa furent très- 
lucratifs pour elle. Un seul concert à 
son bénéfice lui valut plus de treize 
mille francs , recette énorme à cette 
époque. Quatre fois elle figura comme 
première cantatrice à la fête funèbre 
de Hœndel (1784, 85, 86, 87), et 
quatre fois elle excita l'admiration la 
plus vive dans son immense audi- 
toire d'amateurs et d'artistes qui ne 
jtéchaient point par indulgence. Au 
carnaval de 1788, elle se rendit à Tu- 
rin , où elle avait un engagement au 
théâtre royal. L'année suivante , le 
nouveau roi de Prusse, rré<léric-Guil- 
laume II, l'appela au théâtre lyrique 
de Berlin, en remplacement de ma- 
dame Todi. Il ne lui manquait plus 
après cela cpie la sanction du public 
de Paris où sont venues échouer tant 
de réputafions étrangères. Elle ne crai- 
gnit point d'affronter le péril, et un 
triomphe réel récompensa son audace. 
Bien que sa jeunesse commençât à décli- 
ner, ellejouissaitcncore de toute la plé- 



nitude de ses moyens : sa voix étendue, 
brillante , sonore , toujours égale a 
elle-même, était d'une légèreté inouïe 
dans les fioritures . et l'expression, 
Tâme ne lui manquaient pa<. On fut 
surtout surpris de la perfection avec 
laquelle, née Allemande, et Anglaise 
j)ar l'éducation , elle prononçait les 
paroles françaises. Elle chantait avec 
autant d'élégance dans le? trois lan- 
gues et aussi en italien. Au total , 
cette souplesse, cette heureuse facilite 
de se plier comme spon tanement à tou t , 
dominaient le talent de M"'*Mara.Ilest 
permis de croire que si elle n'avait paj- 
été cantatrice, elle eût n'nissi en toute 
antre carrière, et qu'elle eût dévelop- 
\Mu sinon la même supérioritt-, du 
moins la même giàce , la nif'me ai- 
sance , la même correction. Quelque- 
fois même elle arrivait bien près du 
sublime. (^loiquClle ne fût jamais 
plus à l'aise que dans les airs de bra- 
voure, il V avait tel adagio qu'elle ren- 
dait avec la plus rare énergie . ave< 
la passion la plus déehiiante. Le fe- 
nieux rondo de Xeumann : Tnm'itt- 
h'ndi^ était un de ses triomphes e*i 
' e geme. Cependant, comme il a tou- 
(onrs été de mode, en fait d'art, de <e 
langer en deux band«>s, il v avait a 
Paris une secte de todistes, e'est-à- 
(tire de partisans de M"' Todi, tandi^ 
fjoe d'autres portaient an\ nues M°" 
Mara. Nous ne savons s'il est bien 
authentique que ces derniers trou- 
vassent matière à jouer sur les mots 
lodi et tode (en disant par exemple à 
l'apparition de M»'' Mara , die Todi 
'■t tode); mais les todiste» prenaient 
leur revanche en répliquant, s'ils en- 
tendaient une conversation de la na- 
ture de celle-ci : « Laquelle vaut le 
mieux?— C'est Mara.. ..--C'est bientôt 
dit (c'est bien Todi).- M"' Mara avaii 
aussi \-isîté la Russie, et il paraît 
qu'elle garda de ee pav^ un souvenir 



MAK 3 

agréable , car après avoir quitté le 
théâtre, ce fut là qu'elle se retira. Elle 
survécut plus dun quart de siècle à 
cette abdication, et entendit dans su 
retraite retentir la trompette de la 
renommée pour bien d'autres Dîve del 
canlo, nées plus tard et mortes plus 
tôt qu'elle. Elle avait quatre-vingt- 
trois ans quand elle expira, le20 jan- 
vier 1833, à Reval, quarante-quatre 
ans après son époux, le violoncelliste 
Jean Mara. — Ce dernier était fils 
d'Ignace Mara , né en Bohême vers 
1710. I^ père était violoncelliste de 
la chambre du roi de Prusse; le fils, 
ainsi qu'on l'a vu plus haut , l'était 
de la chambre du prince Henri : tous 
deux possédaient un vrai talent ; le fil.s 
pnincin) iv.TÏt plus de renommée, et 
j : 1 temps pour un des pre- 

iniri-i Vil [iioses sur l'instrument qu'il 
«ultivaif. il exécutait des passages d'u- 
ne difficulté presque inconnue avant 
lui. et excellait dans les adagio dont 
il luiançait admirablement Fe.xpres- 
>ion. Il avait aussi des qualités remar- 
qliables comme acteur , et il joua 
sur le théâtre particulier du prince 
flenri. Tous deux moururent à peu 
de distance, le père en 1783, le 
fils en 1789. Enfin tous deux laissè- 
rent des œuvi'es de basse; mais celles 
«lu père, consistant en solos , duos et 
' nni-oi tb> . sotit restées manuscrifés. 

P OT. ' 

MAIIAFIOTI (le père Jébôme), 
• ordelier calabrais, était né dans le 
X^T siècle, à Polistena. I.es devoirs 
*le son état partagèrent sa vie aVee 
Tétudc des sciences et de l'histoire. Il 
viva't encore en 1626; mais on 
ignore la date de sa mort. Ses deux 
principaux ouvrages sont : I. Le chro- 
niche c antichità di Calahria conformi 
utrordîne de' testiffivro e lai'ino,rac- 
lolte da più fatnosi scrittori, Padoue. 
1601. in-i". C'est surtout à Gabriel 
i. 



>UR 



Barri (i-. ce nom, 111, 410) que le nouvel 
historien de la Calabre a fait de larges 
emprunts; mais l'envie de paraître 
plus savant que son prédécesseur, 
lui a fait recueillir une foule de traits 
évidemment fabuleux, et qu'il appuie 
du témoignage d'auteurs dont les 
écrits ne nous sont pas parvenus. U. 
De arte reminiscendo: per hca et 
imagines ac per notas et figuras w 
manibus positas, Venise, 1605, in-8". 
Ce traité de mnémonique est fort 
rare. Parmi ses manuscrits , on re- 
marque un traité de Cabale : De Ar- 
■catiis numeromm. W s. 

MARAIS (Mathiei) , avocat dis- 
distingué au Parlement, dont l'article 
manque à toutes les biographies, na- 
quit, en 1664, à Paris, et y mourut 
le 21 juin 1737, comme nous l'ap- 
prend M. Ravenel, qui a découvert 
récemment son acte de décès sur les 
registres de la paroisse Saint-Eusta- 
che. Marais n'était connu dans la lit- 
térature que par une Histoire de la vie 
et des ouvrages de M. de La Fontaine, 
œuvre posthume, publiée en 1811, 
par Chardon de LaRochette, 1 vol. in- 
12 et ln-18. M. Walckenaer en a ti- 
ré parti pour son ouvrage sur le fa- 
buliste. Ou attribue aussi à Mathieu 
Marais quelques morceaux insérés 
dans le Mercure, notamment la cri- 
tique du Panégjriijue de Sacy , par 
M"' Lambert, il était lié avec Bayle, 
qui profita de ses notes pour le» ar- 
ticles Henri III y le duc de Guise, la 
reine de Navarre, l'avocat de Retz, et 
})eaucoup d'autres de son Diction- 
naire historique. Dans la correspon- 
dance de «ayle, on trouve la Icttic 
suivante, (jui lui est adressée, sous la 
date du 2 octobre 1698 : » Que j'ad- 
« mire l'abondance des faits curietix 
«. que vous me conununiquez, tou- 
• chant MM. Arnauld, Rabelais, San- 
. tetil, U Fontaine, La Bi-uyère, etc. 



MAR 

u Cela me hiit juger, monsieur, qu'un 
« Dictionnaire historique et critique , 
« que vous voudriez faire, serait l'ou- 
ii vrage le plus curieux qui pût se 
" voir. Vous connaissez mille parti- 
>. cularités, mille personnalités, qui 
« sont inconnues à la plupart des au- 
' tenrs, et vous pourriez leur donner 
a la meilleure forme du monde ". 
Marais correspondait aussi avec le 
président Bouhier, dont la bibliothè- 
que renlci niait le Journal de Patis, de 
1721 à 1727, lequel se trouve à la 
Bibliothèque royale. Des trois volumes 
de cette piquante gazette, le pre- 
mier a été enlevé. C'est M. Ravenel , 
savant bibiiograpi)C , qui a fait hi- 
sérer les deux autres, par fragments, 
dans la Revue rétrospective, tom. 1, 
13, 14 et 13. F— LE- 

MAllAlS (IlEMu) , graveur, né 
à Paris en 1764, s'est fait connaître 
de la manière la plus distinguée, par 
la gravure d'une partie des planches 
qui ornent la magnifique édition in- 
folio du Racine de P. Didot, aîné. Il 
a été. aussi l'un des coopérateurs les 
plus recoramandables de AVicai-, dans 
l'entreprise de la galerie de Florence. 
Le Frontispice de ce bel ouvrage a 
été gravi' par lui , sur le dessin de 
Moiltc. Il a gravé également le célè- 
bre tableau de Jules Romain, repré- 
sentant lu Vanse des Muses; le Pré- 
cepteur des enfiints de Niobé, l Her- 
maphrodite , et queltiues auUes sta- 
tues antiques; le Triomphe d'Amphi- 
trite, d'après Lucas Ciordano ; le Pot^ 
fiait de 3Iieris, peint par lui-même ; 
les ttvis Parques, d'après Michel- 
Ange; Andromède, d'après l'urino, 
etc., et une grande partie des pierres 
antiques que renlérment les deux 
premiers volumes de <et <)uvrage. 
Marais promettait «le se placer au 
premier rang parmi le« artistes ses 
contemporains, lorsqu'une mort pré- 



raaturée l'enleva le tl iwveiiibre 4800, 
à l'âge de 36 ans. P — s. 

MAILVX (GcitLAUME), juriscon- 
sulte, ne à Toulouse en 1 549 , eut 
l'avantage d'étudier sous Cujas, et de- 
vint pi-ofesseur en l'université de cette 
ville, oii il enseigna jiendant qua- 
rante ans et eut pour élève* 1 arche- 
vêque Marca, Rosqnet, Florent et 
beaucoup d autres honuues célèbres. 
Ligueur déternuué, il tut chargé, en 
lo89, d'aller demander au pape que 
le capucin Ange <lc Joveuse, qui, 
après la mort du duc son ft-èrc , 
noyé dans le Tarn , s'était rais 
à la tête de la Ligue dans le Langue- 
doc, fût relevé de ses vœux. Reve- 
nant de Rome, il fut pris par des pi- 
rates d'Alger ; mais bientôt rache- 
té j>ar sa province , il retourna habi- 
ter Toulouse et mourut dans cette 
ville en 16:21. Les écrits quil a pu- 
bliés sur le dioit témoignent de sou 
savoir; mais, si l'on en croit Simon, 
dans la Bibliothèque dei auteurs de 
droit, le stvle de Maran convient peu 
aux ouvrages de ce genre. Ce sont : L 
Trois iudex sur le livre intitulé: So- 
titia utrarjue diynitatuin, cuin orieiilis, 
tiim occidentis, iillia .iivadii, Hoitv- 
rHijue tempora, etc., avec le commen- 
taire de Pancirole, Lyon, 1608, 1 vol. 
in-fol. JL De antecessorum delectu, 
1617, in-fol. IIL De œquitate et jus- 
litia, 1622, 1 vol. in-i". IV. Paratilla 
'" XLII jtrioies Digesii libivs , 1628. 
l vol. iu-fol. (ouvrage posthume). Le 
buste de Maran se aouve dans la sallo 
des illusties Toulousains de sa ville 
natale. Z, 

MARAXSDi (JKAN-PitRKt), ba- 
ron de l'empiie et lieutenant-général, 
naquit, le 13 février 1772, à Lounles. 
dans les Hautes- Pvrénécs. S étant en- 
rôlé, en 1792, dans un bataillon de 
son département, il adressa à ses 
jeunes coacitoyens mie lettre pleine 



d'énergie, dans laquelle il les appe- 
lait à la défense de la patrie, ce qui 
lui valut d'être élu capitaine par ac- 
clamation. Il ht ses premières armes 
en Espagne et se distingua surtout 
à Sari"», à Urdach et à Yrati, où il 
brûla les magasins de la marine et fil 
éprouver à l'ennemi des pertes énor- 
mes. Ix" 19 juillet 1794, il s'empara 
du camp occupé par la légion du 
marquis de Saint - Simon , saisit «a 
caisse et la remit an général Higon- 
net. il servit ensuite avec la même 
distinction dans les armées de rOue»t, 
du Rhin et du Danube. Le 2o avril 
1799. il soutint à la tête de sa com- 
pagnie le choc de plusieurs corps de 
cavalerie autrichienne, rallia le;> dé- 
bris de la division Férino et reprk 
six canons à l'ennemi. Ckîtte atiaire 
lui valut le grade de chef de batail- 
lon. Le 2o septembre de la même 
année, il traversait la limath et chas- 
sait le« Russes de toutes leurs posi- 
tions, il recul de Masséna, à cette 
occasion, uue lettre des plus flatleu8c«. 
Peu après, il fut le premier à passer 
le Rhin et pénétra dans Schallhouse. 
Quoiqu'il eut voté contre le consulat 
a vie, il derint , sous l'empii-e , ma- 
jor, puis colonel. Envoyé en Por- 
tugal, il eut constamment à lut- 
ter contie des forces supériem^es, 
s'emjiaia néanmoins de Bêja, et pa- 
cifia les Algai-ves. Le général Junot 
le récompensa en le nommant gou- 
verneur d'Elvas et en lui décernant le 
surnom de brave des braves. Devenu 
général de brigade, Maransin fut en- 
vové par le maréchal Soult dans la Se- 
rania-de-Ronda, où il emj)orta plu- 
siems places et défit les généraux Gon- 
zalez et Ballesteros. Il commandait la 
tranchée le jour où Badajos ouvrit 
ses portes, et plus tard il empêcha 
la réunion de Black avec les chefs 
espagnols Zayas et Ballesteros; il battit 



MAP. 



MAR 



ceux-ci et obligea celui-là à letitrer 
par mer dans Catlix. il eut aussi beau- 
coup de part à la victoire d'Albufera 
et mérita par sa conduite à Malaga 
d'être nomiué gouverneur de cette 
province. Général de division, le 30 
mai 1813, il commanda l'avaat-garde 
à Victoi-ia, défendit vaillamment sa 
position et rejoignit par une retraite 
Ijonorable le ^ros de l'armée fran- 
çaise. Au col de Maïa et à la bataille 
de Toulouse, il lit éprouver des pertes 
considérables au général Hill. Après 
l'abdication de jNapoléou, Marausin 
fut nommé cbevalier de Saint-Louis 
et commandeur de la Légion-dMlon- 
neur. Quoiqu'il eût, pendant les cent- 
jours, accepté le commandement des 
gardes nationales de la 7" division 
militaire et secondé les opérations 
du maréchal Sucliet, il n'en devint 
pas moins à la seconde restauration 
commandant de la 19' division mi- 
litaire. Cependant quelques soupçons 
s étant élevés contre lui, il fut destitué 
en 1816, arrêté et détenu à Tarbes 
pendant (juatremois. Rendu à la liber- 
té, il alla prendre au mois dejuin 1817 
les eaux de 15agijères. A cette époque, 
des troubles s'élevèrent dans le dé- 
partement du Rhône, et Maransin 
fut accusé de les avoir fomentés; 
mais son innocence résulta de l'en- 
quête judiciaire qui eut lieu. Pour évi- 
ter désormais toute espèce de tracas- 
serie», il demanda et obtint d'aller 
demeurer à Paris sous la surveillance 
immédiate du ministre de la police. 
U moiu'ut le 15 mai 1828. On a de 
lui : La Charte, le grand-livre et les 
majorais, ou Réflexions sur un o;jit,«- 
r,ule de M. le comte de Lanjuinais et 
sur une pétition de M. le chevalier 
Salel, Paris, 1819, in-8". Son éloge 
a été publié sous ce titre : Discours 
orononcé par le comte Muraiiv, aux 
obsèques maçonniquet du lieutenant- 



(général huioii Muraiisiu, célébrées Ir 
2Gjuin 1828, Paris, in-8o. A— v. 

MARAT ( Ai.BERTifiE ) , sœur du 
plus cruel de nos révolutionnaires, 
(v. Mahat, XXVI, 558), naquit com- 
me lui au village de Bouvrv, dans la 
princi[»aulé de Xeufchâtcl, en 1757. 
Titant venue en Fiance dès le com- 
mencement de la révolution , elle 
se réunit à son frère dans la capitale, 
et prit autant de part qu'il lui fut 
]>ossible à ses travaux et à ses fureurs 
politiques. Nous avons sous les yeux 
ini écrit fort curieux quelle publia 
j)eu de jours après sa mort sous le 
titre de : Réponse aux détracteurs de 
l ami du peuple^ par Albertine Marat, 
in-8'' de 8 pages, de l'imprimerie de 
Marat (c'est-à-dire imprimé avec les 
caractères que Marat s'était appro- 
priés à l'imprimerie royale en 1792). 
Nous ne citerons que le préambule de 
cette «ingulière production; il suffira 
pour en faire connaitrc le but et le 
caractère: u Repousser la calomnie est 
" le devoir de tout bon citoyen : j'ai 
" donc cm devoir le faire. J'avois 
" espéré jusques ici qu'on m'anroit 
» épargné le douloureux emploi de 
u défendre la mémoire de mon frère, 
" et que les témoins occulaircs(s«c) de 
" ses actions auroient élevé leurs 
" voix: mais si le mépris qu'ils por- 
.■ tent aux Zoile est la cause de leur 
« silence, je n'ai pu entrer dans leurs 
.. vues. Bientôt, si cette tâche n'est 
« pas au-dessus de mes forces , j'cn- 
u treprcndrai à peindre {sic) cette in- 
M fortunée victime : je me borne, pour 
" le présent , à répondre aux incul- 
" pations de ces petits génies qui ue 
>' peuvent soulh-ir rien de grand... « 
r,e second écrit que mademoiselle Ma- 
rat annonçait tl'une manière si pathé- 
tiquen'a point paru(l). Depuis la perte 

(I) Mais elle lit paraître, en 179£i, un pros- 
pectus de ♦ psges pour annoncer «ne rtim- 



de son frère, elle vécut dans le deuil 
et toutes sortes de privations jusqna 
sa mort, le 2 novembre 184-1. Voici 
comment un journal rendit compte 
de cet événement : - Avant-hier, au 
<• milieu de la foule immense que la 
« solennité de la fêle des morts atti- 
« i"ait au cimetière du Père-Lachaise, 

• le corbillard des pauvres marchait 
« lentement vers le champ du rej)os; 

• quati'e personnes seulement, qu'a 
« leurs vêtements on devinait devoir 
« appartenir à la classe ouvrière, 

- marchaient à la suite. Leur air dis- 
« trait annonçait qu'ils n'accordaient 
« qu'un bien faible intérêt à la perte 

- du défunt, et ce|^)cndant ce corbil- 
" lard portait mie célébrité de notre 
« époque. Sur ce cercueil, qu'aucune 
« larme n'avait arrosé, était un nom 
u qui fut l'épouvante de la France 
« tout entière, et que de nos jouis 
« encore on ne prononce pas sans 
« un frémissement involontaire; c'é- 
« tait la sœur de Marat 1 ^'ouvel 
« exemple de l'ingratitude des fac- 
■ tions politiques, cette femme à la- 

. « quelle les plus illustres de nos réfor- 
« matcurs modernes venaient naguè- 
» rc rendre hommage , à laquelle ils 
« demandaient le buste de sou frère 
« {M)ur en orner les salles de leurs 
« clubs et dédiaient quelques-uns de 
« leurs ouvrages en la nommant la 
« sœm' de lilluslfe Marat, eh bien! 
« cette femme est morte dans un 

• grenier de la rue de la Baril leric et 
c dans le plus grand dénûment. 
" Elle n'a été entourée à son lit de 

• mort que de son épicier quelle 
« avait institué son héritier, et de sa 
u portière, l'unique amie qui lui fi'u 

pression des œuvres de son frère , dans les- 
quelles devait flgurer le fameux journal qu'il 
avait publié sous les tities de Piibliciste pa- 
risien, iVAini du peuple , etc. Faute de sous- 
cripteurs, cette édition n'eut pas lieu. 

U— B— ». 



MAR 7 

» restée fidèle ». Mademoiselle Ma- 
rat était d'une taille petite ; ses traits 
fortement dessinés avaient quelque 
chose de la hvéne et du tigre; son re- 
gard semblait fixe et perçant; on eiit 
dit le portrait vivant de son fi:«re. 
Ses goûts, ses habitudes, ses plaisirs 
mêmes étaient ceux dun homme; 
elle n'aimait pas la société des per- 
sonnes de son sexe ; elle jouait de la 
tiûte, parlait latin, ne s'occupait que 
de littérature et de politique. Jamais 
ses doigts n'avaient manié l'aiguille. 
Fort néghgée dans sa mise, elle por- 
tait toujours un mouchoir noué au- 
tour de sa télé; sa démarche était 
grave et cadencée, sa parole brève et 
foite. Lx)ng-temps elle vécut du pro- 
duit de son travail; elle excellait dans 
l'art de fabriquer des aiguilles de 
montre, et l'horloger Bréguet n'eut 
jamais de meilleur ouvrier. Depuis 
plusieurs années, l'Age et les infirmi« 
tés ne lui permettant plus de travail- 
ler pour subvenir à ses besoins, elle 
commença à vendre peu à peu tout ce 
qui lui venait de son fi'ère; enfiti, d'ut> 
caractère trop fier pour demander et 
recevoir ostensiblement l'aumône, dé- 
laissée par ceux qui, par pudeur, au- 
raient dii la soutenir, négligée à re- 
gret par d'autres personnes que l'â- 
creté de son caractère avait éloignées 
d'elle, repoussant les secoure de la 
médecine et les consolations de la re- 
ligion, elle est morte dans la misère 
et l'isolement le plus complet. En fé' 
vrier 1824 , la femme de Marat, 
ou plutôt la ser\'ante avec la- 
quelle le tribun vivait maritalement, 
et à laquelle la commime de Paris 
avait accordé, à titre de pension, une 
inscription sur le grand-Uvre , était 
morte dans la même maison. — Un 
frère de Marat, qui partageait ses opi- 
nions, demanda à la Convention la 
permission d emporter à Genève un 



8 



MAR 



tïisil qui avait appaitenu à ïaini du 
peuple, ce qu'il obtint. — De cette 
famille il no reste plus qu'un frère, le 
plus jeune des trois, lequel était parti 
depuis lony-tenips pour la Russie, ou 
il est, dit-on, dans une position avan- 
tageuse. Jamais il n'a voulu corres- 
pondre avec ses parents. M — nj. 
3IARBACII(Jkan>k-Ko8ai.ik\Va«;- 
MiR, femme), actrice allemande, née 
à Leipzig, le 6 mars 1805, perdit son 
père en 1813, par un des terribles 
fléaux épidémiques qui décimèrent la 
population saxonne à cette époque, 
mais en retrouva bientôt un autie 
dans le spirituel directeur du théâtre 
de la cour à Lhesde, Geïer, qui était 
devenu le second époux de M"'" Wa- 
gner. Déjà la jeune fille avait été ini- 
tiée par son père aux principes de la 
littérature et de l'ait. Ge'ier, qui . à 
son talent d'acteur, joignait la prati- 
que de la peinture et de la jjoésie , 
acheva le développement intellectuel 
de Rosalie. Tieck aussi lui donna des 
leçons et lui apprit à se pénétrer des 
beautés de l'art, sous quelque forme 
qu'il se révèle. A dix-sept ans, Rosa- 
lie , après avoir débuté avec succès 
au théâtre de la cour, y obtint un en- 
gagement. Le voyage cpi'elle fit trois 
ans après à Hambourg , en conqia- 
gnie de son frère, lui olfril une oc- 
casion de paraître dans les premiers 
rôles , soit comiques, soit tragiques ; 
elle s'y surpassa, et des applaudisse- 
ments mérités l'encouragèrent. Ses 
progrès continuèrent le» trois années 
suivantes qu'elle passa encore à 
Dresde , et pendant les deux ans 
qu'elle parut à Prague. Du retour a 
Hambourg oii elle avait été si goûtée 
et oii en quel(]U(! sorte son talent 
s'était révélé , elle liit enfin a|)p(;- 
lée à I<eip/.ig, sa vilb; natale, «pi'ello 
ne quitta plus ipie pendant ses mois 
de congé et pour de fructueuses e\- 



MAR 

cuisions à Breslau , à Francfort , à 
Darmstadt , à Cassel , etc. Elle n'y 
eut pas moins de succès qu'à Ham- 
boug, et la critique la rangeait parmi 
ces talents qui viennent après ceux 
tlu premier ordre, et qui même quel- 
quefois les atteignent, Rosalie Wag- 
ner était surtout merveilleuse dans 
ces rôles oîi le poète, sans outrepas- 
ser le réel , arrive à un idéal de situa- 
tion ou de caractère. De là 1 inimita- 
ble perfection avec laquelle elle le- 
présentait les femmes de Goethe et de 
Shakspeaie , notamment Marguerite 
et Porcia. Au contraire, elle se sentait 
mal à son aise dans les rôles qui sor- 
tent du naturel ; et peut-être , dans 
la poétique particulière que les le- 
çons de Tieck et ses propres sensa- 
tions lui avaient formée, cette an- 
tipathie de l'outré était-elle un peu 
exagérée. Dans la comédie, peu de 
ses rivales l'eussent égalée pour l'ai- 
sance, la simplicité, la noblesse et 
le bon goût qu'elle apportait dans 
son jeu, quand elle avait à représen- 
ter des personnes distinguées par leur 
rang dans le monde ou par les qua- 
lités de leur esprit. Les gr.àces de sa 
personne étaient bien pour quelque 
chose dans ses succès ; mais la voix , 
l'accent, mie sensibilité pure etviaie, 
la spontanéité des expressions ton- 
jours correctes, l'absence de toute 
alfeclation en étaient les véritables 
causes. Malgré cet accueil si encou- 
rageant du public, Rosalie Wagner 
quitta le théâtre en 1836, pour épou- 
ser le docteur Marbach; mais elle 
survécut peu à sa retraite : le 12 oc- 
tobre 1837, elle expirait après avoù' 
donné naissance à une fille. P — or. 

lUAIlBErF (PiKniiKde), poète 
français, na(^uit vers 1596, aux en- 
virons de Pont-de-l'Arrhe, de noble 
famille : son père avait les titres d'é- 
cnver, sieur d'imare et de Sahm's on 



MAR 

partie, et loi-même se domie celui de 
chevalier. Il fit ses premières études 
a la Flèche, au célèbre collège qu'y 
j>ossédaient les jésuites, et il se ren- 
dit de là, sans doute, afin de faii-e sou 
droit à Orléans. Mais il sy livra aux 
Muses au moins autant qu'à la juris- 
pradence; et dès1618, ilfit paraiue 
un double échantillon de son talent 
poétique : lun élait le Psulténon 
en Chonneur de Marie , dont l'inti- 
tulé seul indique assez quelle in- 
fluence exerçait toujours sur lui l'é- 
ducation religieuse, rei;ue chez les 
pères; l'autre consistait en Poésies mê- 
lées, parmi lesquelles se tiouve une 
imitation duchap. {"des Lamentations 
Je Jcrémie (I). Aussi, dans une de ses 
pièces laudativcs, que jadis il était 
d'usage de mettre en tête de tout ou- 
vrage nouveau , un de ses auiis , Pie- 
devant d Aquigny (2), le loue-t-il de 
ne point avoir admis de vers eroti- 
ques, et, sous ce rapport, il le preFere 
aux Ronsai-d , aux Des|>ortcs, aux du 
lîellay. 

Du Bellay connut Cupiiion ; 
Ronsard a connu son brandun : 
Sur Desportes tombi sa flamme : 
Tu es chaste en tous tes travaux. 
Donc, malgré tous tes corivau\, 
Chacun te donnera la planie (3). 

(1) Dans l'épitre dédicatoire . en tète de si 
Poésie mestée, on lit : A momsiemr mon 
père, monsieur (te Marbeuf, etc. 

(2) Aquigny est aussi aux environs de Pooi- 
dc-I'Arche. 

13) Le texte porte la palme. Mais évidem- 
ment, l'auteur , par une licence très-forte . 
mais non sans exemple ou sans analogie dan^ 
la poésie italienne, dont Ronsard s'est tant 
inspiré, avait écrit piatnc, et n'a pu corriger 
son épreuve. Rêver ici une assonance à la 
manière espagnole serait dénué de toute rai- 
son plausible ; et, d'autre part, on ne peut 
supposer une faute grossière clioi un versifi- 
cateur aussi exquis de tout point que le sieur 
d'Aquigny, dont plus bas seront encore cités 
des vers chaniiants , d'autant plus que rien 
n'était plus aisé que d'écrire au troisième 
vers : 

Desportes n'eût rdmc plus cabne. 
ou quelque chose d'analogue. 



MAP. 



9 



Mais Maibeuf ne méi ita |>as lon«î- 
tenips cette louange toute spéciale. Ue 
retoiu- à Orléans, il y fit connaissance 
avec une jeune Parisienne qui eut le 
pouvoir, dit-il , de lui faire négliger 
ses dernières étmles et qu'il a chan- 
tée, sous le nom réel ou emprunté 
d Hélène. Ce n'est ps tout, a Hélène 
succéda Jeanne; puis vinrent, nous 
ne saurions plus dire dans quel or- 
dre. Madeleine. Gabrielle. et Phi- 
lis, laquelle était un miracle damour, 
et Amarante, qui était princesse. Prin- 
cesse en quel pavs? va-t-on dire. 
>>ous présumerions assez que cest 
dune princesse île Lorraine qu'il s'agit, 
et que le nom seul ici est imaginaire, 
car notre poète fit un assez long sé- 
jour eu ce duché limiuophc de la 
France, et trouva des protecteurs dans 
les princes loiTains, ce qui ne nous 
semble pas devoir s'entendre de la 
maison de Gtiise. Quoi qu'il en soit , 
Marbeuf finit d'assez bonne heure par 
reprentlre IWoute de sa patrie, et 
nous le retrouvons aus environs de 
Pont-<le-r Arche, investi de la maîtrise 
des eaux-et-foréts. il continua de cul- 
tiver la poésie au milieu de ses bois 
et de ceux de la couronne et de 1 état, 
et il fait allusion à cette vie forestière 
en se donnant dans ses vers le nom 
de Sylvandre. On ne sait à quelle 
époque il mourut, mais il vivait en- 
core au commencetnent du règne de 
Louis XIV. Toutefois la dernière pic- 
ce qu'on ait de lui est de 163.'J. Il 
avait été marié, et s1l faut l'en croiix*. 
il avait eu fort à soutfrir de cette 
union, mais il ne spécifie rien sur les 
griefs qu'il |>ouvait avoir à l'égard 
de sa femme qu'il appelle Alecton et 
Mégère, ce qui lui fournit occasion de 
traiter de folie la descente d'Orphée 
aux enfers, et de dire qu'il n'y descen- 
drait, lui Marbeuf, que pour em- 
pêcher son Eurydice d'en revenir. 



10 



MAR 



MAB 



Voici les titres exacts des deux pre- 
miers petits recueils de MarbeuF : 1. 
Psalterion chrestieii dédié à la mère 
de Dieu, Rouen, 1618. IL Poésie mê- 
lée du même auteur, Rouen, 1618. il 
faut y joindre, pour avoir ses œuvTcs 
complètes, les pièces nouvelles inst*- 
rées dans l'cidition de 1629, laquelle 
a pour titre : Recueil de vers de M. P. 
de Marbeuf, etc., et une ode intitulée : 
Portrait de [homme d'Etat, 1633, 
in-4°. Parmi ses œuvres complètes se 
trouvent diverses pièces latines, et au 
total ce recueil offre ime variété assex 
séduisante, des élopes et des satires, 
des vers galants et des poésies pieuses. 
Quant à ce que Marbeuf a déployé 
de talent, nous ne pouvons être tout- 
à-fait de l'avis de ses amis et notam- 
ment de celui de son fidèle d'Aqni- 
çny, qui l'appelle : 

Marbeuf des Muscs les amours ; 

et qui, en stances bien plus élégantes 
que les siennes, s'expiime ainsi sur 
son compte : 

Quand lu Parque eut fait une fois 

I>epli6nix des poètes françois (£i), 
Sous l'oubli du tombeau descendre, 
I»l>6bus prit des Muses soucy. 
Kl lit naître ce poète icy 
Comme un pliéiiiceau de sa cendre. 

Muses qui pleuriez à l'écart 

Le destin de votre Uonsard , 

Venez, venez boire à plein vase 

El ravigourez vos esprits, 

Puisqu'on voit sourdre en ce pourpriz 

L'eau fille du piid de Pégase. 

Oîpendant on ne saurait lui dénier 
toutes les (|ualitcs qui font le poète. 
Il a la vcrsifisation facile , et souvent 
sa phrase est nette et [)récisc. L'ode 
({U il intitule Éloije de la Normandie , 

(!i) J'oi),.. ne fait qu'une syllabe contre 
riiablludc plus rc^ronte des verslllcaleurs, ha- 
bitude qui, au reste, s'est étendue à des mil- 
liers de motii, lier, lion , etc., et qui doiuie 
une niullessi! déplorable k la versiflcatiun , si 
elle n'évite le plus possible des mots bien 
toits pourtant |)our orner les vers. 



présente un bel épisode sur les ducs 
descendants de Rollon et sur la con- 
quête de l'Angleterre, et l'on y rencon- 
tie plusieurs sixains frappés comme 
celui-ci ; 

Et qui fut plus valeureux , 
Plus hardi, plus vigoureux 
Que Guillaume Longue-Espée , 
Qui , délaillant les barnois, 
Du sang hostil des Danois, 
Avait la dextre trempée ? 

Les stances qui suivent cette ode, et 
qui ont pour titre les Bacchanales, se 
reconmiandent par le joli rhytbme 
imité de Ronsard, qui l'a imité de 
l'espagnol et qui place immédiatement 
après le vers de sept syllabes un 
vers de trois rimant avec lui (3). En- 
suite vient l'imitation du 1"' chapitre 
des Thrènes (en alexandrins), qui ne 
manque pas d'onction et de sensibi- 
lité. Mais c'est principalement dans la 
quatrième pièce du recueil (poème 
héiv'ique, le Duel), que la verve du 
poète éclate. MarbeuF s'y pose en 
gentilhomme pur sang, et ne se gêne 
pas le moins du monde pour exprimer 
l'admiration que lui inspirent les façons 
de deux braves dont il célèbre le com- 
bat. Il est vrai que pour cin(|uièmc 
pièce arrive une espèce de petite pa- 
linodie (Invective contre le duel): 

Ab ! qu'as-lu dit 7 Tu te trompes ma muse ! 
Ce point dhonneur téméraire l'abuse , etc. 

Mais il faut se souvenir que le rc- 
cucil porte à sa dernière page une 
approbation de docteur en théologie, 
et la ])alinodie n'empêche pas que sa 
musc ne; se soit escrimée en véritable 
amaxonc , en Pentliésilée. Après ce 
court et persiiasif mra cnlpn, parais- 

(5) Les \pn surtout sont délicieux quand 
ils sont à rime féminine : le vers de sept sylla- 
Ix's ressemble alors , pour peu qu'on sache 
distribuer les aictiUs, à l'anacré<)nil((uc de 
huit, si heureusement Imité en italien, par 
exemple dans les fables de Pignotti. etc. 



MAft 

sent te que l'auteur nomme de* 
liavetés au nombre de sis; ce sont 
la "plupart des épigratnmes. Isou» ne 
ajoutons guère la seconde, dont voici 

ie trait : 

Isàbeau 

Me dit: t Mange du liène et lu seras plus beau.» 
Ah : jamais, ]»abeau, tu n'as mangé de lièvre. 
Mais cette pointe, iuùtëe du vieux jeu 
de mots latin : Ah! nuiiquam edisti, 
Ginglyme tu /e;>o;«m,n'anisel,nisen.s 
en français, où nul mot à double en- 
tente ne correspond à leporevi (6). hn 
revanche, nous louerons sans réseï ve 
la Gavelé l\ relative aux trois Par- 
ques, dont Atropos est, dit-on, la plus 
cruelle, parce qu'elle coup»' le fiL 
Mais, dit Marbeuf : 

Ce larron qu'on pondii a bien coimu lusage 
Du m de l^chésis et de Clothon aussy ; 
Mais pour couper la corde, à son plus grand 
dommage , 
Atropos ne vint point à ce gibet icy. 

Les deux dernières pièces ont pour 
titre : h 2savire, le Lys. Des quaUe 
vers qui terminent celle-ci et le vo- 
lume, 

Comme ce Us est beau par excellence. 

Puisse fleurir le lys de notre France '. 

Puisse fleurir le prince de nos lys '. 

Puisse fleurir le juste roi Loys '. 

il résulte clairement que Louis XIII 
ne dut point son smnora de juste aux 
sévères exécutions que son ministre 
ordonna sous son nom, entre autres 
à celle de Montmorency, mais que 
déjà, plus de seize ans auparavant, 
ceux qui voulaient absolument qu'un 
souverain eût un surnom avaient ima» 
giné celui-là. Parmi les poésies du 
troisième recueil, nous mentionne- 
rons plus particulièrement le Procèi 
d'amour (dédié au roi ; c'est la plus 
longue du recueil), et Misogyne (qui, 

(6) Au reste, en latin même, le jeu de mots 
est médiocrement heureux : en vers , po est 
bref s'il rient de lepus ; long, si de tepos cl 
en prose l'accent est sur po ou le suivant les 
cas. 



comme ie litre le dèôgue. est une 
satire contre les femmes en général 
et contre la sienne en pailiculier); 
en fait de vei s latins, le Fhs NarcissL, 
tiédie au sénateur vénitien Angd» 
Contareno. alors ambassadeur de la 
républi(|uc à Paris. P — ot. 

MAKBEIT (le marquis de\ géné- 
ral français, dontlenom manque àtou- 
tcs les biographies, naquit vers 1736, 
aux environ» de Rennes. Bien qu'ab- 
sente du nobiliaire général tle France, 
la maison de Marbeuf , mentionnée 
par Toossaint-de-Saint-Luc , remon- 
te au moins au XVI' siècle , et pro- 
l)ableinent beaucoup plus haut. Peut- 
être les Marbeuf de Normandie (voy. 
l'article précédent) en étaient-ils une 
branche coUatéi-ale. En Bretagne. 
les Marbeuf se subdivisaient en plu- 
sieurs rameaux : les uns étaient 
barons de Biaizon , les autres s inti- 
tulaient vicomtes de Chemilliers et 
autres lieux. Un Claude de Marbeuf 
hit premier président du Parlement 
de Rennes ; nous venons un fi^re de 
notre Marbeuf admis dans l'ordre des 
comtes de Lvon . ce qui suppose au 
inoins seize quartiers ou quatre gé- 
nérations au-dessus du récipiendaire. 
I^s Marbeuf portaient d'azur à deux 
épées d'argent bordées dor en sau- 
toir , les pointes en bas. Bien que le 
Marbeuf dont on lit ici l'article ne 
fiit que le puîné de sa branche, c'est 
lui qui eut les avantages du droit d'aî- 
nesse et qui prit le parti des armes. 
Yves- Alexandre , son aîné, s'était ré- 
signé ou s'était voué à la carrière 
ecclésiastique dont il atteignit les 
premières dignités. L'avancement de 
l'officier ne fut pas moins rapide ; les 
nombreux épisodes de la guerre de 
sept ans présentaient tant d'occasions 
de se signaler et miUtipliaient tant les 
vides dans l'armée, que l'on ne peut 
s'en étonner. Grâce à la biavoore et 



là 



MAP, 



au tilleul qu'il déploya <lans pins 
d'une circonstance , et {jrâce aussi à 
d'habiles manœuvres de ses amis et 
protecteurs à Versailles , Marbeuf , à 
peine âgé de vingt-cinq ans, tut com- 
pris dans la promotion de 1761, et 
devint maréchal-de-carap. La grapde 
guerre européenne fut terminée bien - 
tôt après par la paix de 1763; mais 
Marbeuf fut dirigé sur la Onsc, où, 
depuis 1730, la France, d'accord avec 
Gênes, avait à diverses reprises en- 
voyé des troupes, qui sous prétexte de 
maintenir l'autorité génoise, devaient 
fonder celle de la France, en habituant 
les espi'ils à y voir, à y affectiotmer les 
Français. ïl faut avouer que cette tâ- 
che n'était pas très-avancée en 1764- 
Deux fois (1745 et 17o3) les Fran- 
çais avaient été réduits , par suite 
surtout de manœuvres diplomate - 
ques, à retirer leurs forces de l'île. 
Rivarola, dans les intérêts d'une coa- 
lition hostile à la France, avait été 
sur le point de ravir la Corse aux 
Génois à l'ombre desquels travail- 
laient les Français. Paoli enfin, après 
de longues oscillations, et apiès avoir 
chassé les Génois de presque tout le 
territoire, si l'on en excepte les places 
maritimes, donnait à sa patrie un 
gouvernement sage et vigoureux, (jui 
eût peut-être su se; soutenir s'il eût 
été permis à la petite ré|)ubli(|uc 
naissante de s'organiser et de se <lé- 
léndre contre Gênes seulement, sans 
intervention aucune, soit d'une autre 
puissance, soit de la politique générale 
de rFuropc. Mais ce n'est point là 
ce que voulait la France; bien que, 
depuis 1753, ses projets sur la (iorse 
eussent comme summeilli;, surtout 
àcause do la perjiétuité d«' la guerre 
éipiis ce temps (car les hostilitt» 
ans colonies avaient précédé l'explo- 
sian européenne de 1756), ils fu- 
rout repris activement «les la signa- 



MAR 

ture du traité de Paris. Probable- 
ment même il fut convenu ver- 
balement , lors des négociations , 
que lintervention de la France en 
Corse pour Gênes serait permise. 
Tv'Angleterre seule avait un intérêt 
direct à y mettre obstacle, mais elle 
ne vovait là, pour nous, que des dé- 
penses sans profit. Quant aux autres 
cabinets, ils av.-ient déjà en vue le 
premier démembrement de la Polo- 
gne ; et au j»is-aller la France acquer- 
rait en même temps que les trois 
puissances du nord. Ici l'on ne con- 
teste pas la réalité de la combinai- 
son politique que nous révélons : si 
elle n'a pas été pénétrée, c'est que 
l'on ne s'est pas donné la peine de 
lapprocher les faits et les dates, c'est 
que l'on a trouve plus commode de 
déclamer contre l'apathie et l'incapa- 
cité du gouvernement de Louis XV 
que d'en étudier consciencieusement 
les détails. iNous ne prétendons point 
justifier de tous points l'égoïste et indo- 
lent monarque; mais nous ne pou- 
vons non plus charger sa mémoire de 
plus de fautes qu'il n'en a commis. Il 
en est de ce prince comme de Fran- 
çois l"' : si quelquefois son système fut 
déplorable et s'il ne maintint pas la 
France au rang (|u'elle devait et pou- 
vait garder, il n'est pas vrai cpi'il 
l'ait laissée tomber autant qu'on l'a 
dit et redit. Si les événements de la 
Polojjne de 1768 à 1772 ne furent 
pas poiu' la France aussi glorieux et 
aussi lucratifs qu'ils pouvaient le de- 
venir, il n'est pas vrai cjuils ne lui fu- 
rent aucunement avantageux. Très- 
certainement notre part de la Polo- 
gne eût pu être inrillenre, mais très- 
certainement aussi la Corse est notre 
])art delà Pologne, et sans la révolu- 
tion françai.se, ilest à croii-e que le Û""" 
et le 3"" démembannent nous ens- 
senl bien apprndu's de la limite i\u 



>IAB 

Uhin. Quoi qu'il en puis&c être, Choi- 
seul, immédiatement après la paix de 
1763, renoua les négociations avec le* 
Génois, qui sollicitaient des secours 
d'hommes et d'argent; et, après avoir 
demandé au moins une place en dé- 
pôt pour le temps que la France juge- 
rait nécessaire, il sigua, le 6 août 1764, 
une convention portant que Gêne* 
retirerait toutes ses tioupcs des cinq 
villes maritimes (Bastia, Saint-llorenl, 
Ajaccio, Calvi, Algajola), et qu'un 
« orps français les remplacerait quatre 
ans , gardant et défendant les villes , 
mais sans hostilité envers les Corses. 
1,'cst Marbeuf qui eut le commande- 
ment de ce corps montant à près de 
({uatre mille hommes, mais tjui linit 
pai' être de douze mille au moins. 
Feu d'événements hostiles eurent lieu 
pendant ce temps. La France tendait 
à rendre de plus en plus sensible aux 
Génois, soit l'impossibiUté de rentrer 
en possession de Tile ou même d'y 
p^arder le peu cpii leur en restait, soit 
la difficulté de i-enibourser les dé- 
penses du gouvernement fi-ancais. 
tjeux-ci se montrant peu disposés 
pourtant à céder leiu" onéreuse pos- 
session, >Iarbeuf eut ordre d'évacuer 
quelques ports de l'île. Aussitôt Paoli 
se mit en devoir de venir les occuper : 
bientôt il fut maître d' Ajaccio, et il en 
assiégeait la citatelle, quand unelettic 
du cabinet de Louis XV' lui fit sus- 
pendre tout mouvement ultérieur: et 
peu de temps nprcs fut signé le traité 
de Compiègiie (17 juin 17u8X par le- 
quel, moyennant 40 millions, Gênes 
abandonnait la Corse au roi en dé- 
guisant la vente sous forme d'engage- 
ment ou nantissement. Le 24 juin 
suivant, le drapeau français flottait 
sur les murs de Bastia. Mais déjà an- 
térieurement au traité, les bruits cou- 
raient en Corse annonçant cette ces- 
sion ; et il avait été résolu en assem- 



MAR tS 

blee générale de défendie l'indépen- 
dance corse, jusqu'à la dernière ex- 
trémité, contre les Français comme 
contre Gènes {iti mai). Il était dé- 
fendu, sous peine de mort, de fournil 
des vivres auv places tenues pai- l'en- 
nemi. I.a guerre était inévitable, et 
l'occupation totale ne pouvait s'eflFec- 
tuer que par une conquête. Mar- 
beuf commença par expulser les 
Corses de l'île deCapraja, qui, occupée 
par Paoli depuis un an, devait, en 
vertu des articles de (jompiègne, être 
reconquise pour le compte desGénois, 
et il la leur i-cmit en effet. Divisant 
ensuite ses forces en deux masses, 
l'une de neuf mille et quelques cents 
hommes, l'autre de deux mille cinq 
cents, il envoya ces denùers sous le 
commandement du marc-chal-de-camp 
(U'andmaison, du côté occidental de 
l'île, prés de San-Fiorenzo, tandis que 
lui-même, avec le corps le plus nom- 
breux, resta campé aux environs de 
Bastia. Son but était de s'emparer de 
l'istlime qui joint au reste de l'île la 
péninsule di Capo Corso. Les indigè- 
nes , en possession des montagnes et 
desétioits défilés qui jusqu àla pointe 
septentrionale de lile, vont séparant 
les deux côtes l'une de l'autre, inter- 
ceptaient les communications. Enfin 
Marbeuf parvint a les établir après 
trois jouis de combats opiniâtres (30 
juillet-l"^ août), parmi lesquels le fait 
d'armes le plus éclatant tiit la prise 
du fort de >'onza : on y fit prisonniers 
un parent et un neveu de Paoli. Mais 
qu'était-ce que la péninsule de Capo 
Corso ? Il fallait des forces quadruples 
pour comprimer une insurrection dé- 
sormais générale. On ne l'ignorait 
point à Versailles; aussi, le 29 août, 
vit-on débarquer le marquis de Chau- 
velin avec de nombreux renforts. 
Marbeuf n'eut plus que le comman* 
dément en second. Chauvelin , parce 



14 



MAR 



qu'il avait été ambassadeur à Gênes 
et parce qu'il avait paru clans plusieurs 
assemblées politiques des indépen- 
dants corses, s'imaginait connaître 
à fond le caractère et les ressources 
du pays, il eut d'abord cette supério- 
rité que donnent la discipline et 
l'habitude sur des masses inexpéri- 
mentées; mais bientôt !a bravoure e( 
l'opiniâtreté naturelles aux ennemis, 
l'apretédu pays, et, pardessus tout, 
les {^rands talents militaii^es de Paoli , 
qui entendait merveilleusement la 
p^uerre de postes, rendirent sa tâ- 
che pénible et odieuse : les combats 
de Porta, de Nebbio , le forcèrent à 
reculer; Marbeuf et lui furent com- 
plètement défaits le 9oct. 1768 à Bor- 
go di Marcana , et virent la garnison 
qu'ils venaient défendre se rendre 
prisonnière avec 20 canons. Un mois 
suffit pour enlever aux Français plus 
de quatre mille liommes , sans comp- 
ter les déserteurs. Toutes les dépê- 
ches de Chauvelin respiraient le dé- 
couragement , et elles avaient <lu 
retentissement à Versailles parmi 
ceux qui prétendaient que la con- 
quête coûterait plus qu'elle ne rap- 
porterait à la France ; que l'Angle- 
terre d'ailleurs saurait bien l'em- 
péchcr, (lu'clle soutenait les Corses , 
qu'elle soudoyait Paoli. (Vest effecti- 
vement ce qu'elle avait promis, r) 
c'est ce qu'elle eût dû faire. Animés 
par cet espoir, les chefs corses te- 
naient avec intrépidité, et ils se si- 
gnalèrent pendant l'hiver de 1768 à 
1769 par diverses entreprises très- 
hardies ; ils refusèrent un armistice 
de trois mois que Chauvelin seul pro- 
posait, sentant bien que, dans l'inter- 
valle, la France augmenterait ses for- 
ces. Peu s'en fallut qu'ils ne reprissent 
l'île San-Fiorenzo ; ils s'emparèrent de 
Barbaggio. On agita dans le cabinet 
la question de l'abandon. Mais Hna- 



MA» 

lement la politique juste et saine 
l'emporta. On comprit que les Anglais 
n'agiraient pas, les colonies améri- 
caines commençaient à s'agiter; si le* 
cabinet de Louis XV ne fut point ab- 
solument étranger à ces premiers 
germes d'une révolution grave, il les 
aperçut cependant et les apprécia. 
Chauvelin fut rappelé ; Marbeuf, char- 
gé de nouveau du commandement 
provisoire, reçut ordre de défendre 
les places au pouvoir des Français , 
jusqu'à l'arrivée du comte de Vaux , 
qui devait venir avec des forces con- 
sidérables. Il ne se borna pas à la dé- 
fensive; marchant sur Barbaggio , il 
y cerna les indigènes, et les contrai- 
gnit à se rendre. Il avait notamment 
amélioré la situation, et tenait une 
bonne partie du plat pays , au mo- 
ment où parut de Vaux avec ses qua- 
rante-huit bataillons, son artillerie et 
son nombreux état-major. Malgré 
l'enthousiasme , désormais un peu 
factice, que déployèrent encore les 
Corses, malgré l'appel aux armes 
adressé par Paoli à la population 
mâle tout entière de seize à soixante 
ans, et la contrainte imposée aux re- 
ligieux même de combattre pour la 
Corse, les armes françaises cessèrent 
«le se briser contre des obstacles in- 
vincibles ; l'infanterie et l'artillerie 
pénétrèrent au cœur de l'île. Corte, 
place centrale, fiit emportée par de 
Vaux, l'en à peu, la plupart des piè- 
VC8 se décjaraient neutres. Les insur- 
gés ne formaient plus que des corps 
isolés qu'on poursuivait sans relâche; 
et finalement Paoli, se jetant dans une 
banpie, se rendit àLivourne et de là en 
Angleterre, oii le cabinet de Saint- 
.lanîes donna :iO,()0(> fr. par an à 
l'homme dont il i)OUvait se servir un 
jour contre la France. Marbeuf, après 
comme avant l'arrivée du général en 
chef <le Vaux, fut un «le cr\\\ qui 



àe distinguèrent le plus par le sang- 
froid et le coup d'œil. La connais- 
sance réelle qu'il avait du pays fut 
très-souvent utile à l'année d'inva- 
sioo, et elle eut un appréciateui- dans 
de Vaux, qui, lui aussi, avait été 
en Corse. De plus , Marbeuf avait 
su plaire, sinon à tous les Corses , du 
moins à bon nombre d'entre eux, et 
ceux qui n étaient point irreconcilia- 
blement brouillés avec le gouverne- 
ment français, ceux qui songaient à 
faire un accommodement quelconque 
avec les vainqueurs, aimaient à traiter 
avec Lui, et comptaient en quelque 
sorte sur lui pom- obtenir de inoins 
mauvaises conditions. Il est trop clair 
que jamais il ne fut soupçonné 
cfavoir été pour quelque chose dans 
le complot ourdi contic Faoli par son 
secrétaire Matessi, à l'instigation de 
<>hauvelin. Lors donc que la dispari- 
tion de Paoli(13juin 1769) eut fait 
cesser les hostilités régulières, et que 
de Vaux, après ses premiers arran- 
gements avec la Corse , eut repris 
la route de la France, c'est Marbeuf 
qiii eut l'honneur de commander la 
nouvelle ^wssession hançaise. On l'en 
regarde comme le premier gouverneiur, 
bien qu'il n'en ait point eu le gouver- 
nement-généraL, et que, des 1772, ce 
gouvernement avant été donné au 
marquis de Monteynard , il n ait plus 
été que commandant militaire de 
l'île sous ce dignitaire. Ses fonctions 
ne laissèrent pns détre laborieuses. 
Les montagnes du centre étaient en- 
core remplies de bandes, qui, sous 
prétexte de défendre l'indépendance 
du pays , vivaient à ses dépens et 
rendaient les communications dan- 
gereuses. Il en reduisit beaucoup le 
nombre et accéléra leur extinction, 
qui était à peu près totale vers 
1780. il ât preuve d'impartialité, de 
sincérité et surtout de lovauté dans 



MAR 



1» 



les efforts qu'il multiplia pour que les 
privilèges reconnus aux Corses lors 
de leur soumission hissent respectés , 
sans souiFrir toutefois que les nou- 
veaux sujets en lissent abus ou les 
étendissent outre mesure. Cette Ligne 
de conduite ne fut goûtée ni de tous 
les Corses, ni de tous les Français. 
Un général fort bien eu cour et de 
naissance bien autrement haute que 
les Marbeuf, le comte de Narbonne- 
Pelet, était surtout en oppo^lion 
avec lui sur presque tous les points 
du système suivi en Corse ; et , ce qui 
ne peut nous surprendre beaucoup, 
il avait trouvé moven de dépeindre 
son antagoniste aux ministres sous des 
couleurs très-peu favorables. Il pa- 
laît même que la députation noble 
de la Corse, en 1776i, corrobora par 
des plaintes les imputations de M. de 
Narbonne. Mais l'année suivante, 
Marbeuf, avec une certaine adresse, 
opposa manœuvres à manœu\Tes, et le 
chef de la députation de 1777, Char- 
les Buonapaile, pendant mi an et demi 
qu'il resta en Fi-ance, parla enfaveui- 
du marquis de Marbeuf en termes 
qui firent pencher la balance de son 
côté. Il en fiit récompensé par 
le zèle que le marquis et son frère 
l'évêque d'Autun déployèrent à l'é- 
gard de sa famille. L'aîné de ses fils, 
Joseph, eut une bourse au collège 
d'Autun; bientôt après, Brienne rece- 
vait celui qui, viugt ans plus tard, 
devait donner des lois à la France; 
et celle qui, depuis, hit appelée la 
princesse Elisa, mais qui répondait 
alors au nom de Marie-Anne, entra,, 
gratuitement, dans un couvent de 
jeunes filles. On a souvent répété que 
ces enfants, pour intéresser si vive- 
ment le marquis de Marbeuf, devaient 
avoir d'autres titres à ses bienfaits que 
celui de fils et fille de Chailes Buona- 
parte. Ces ouiwlire que rien n'appoie, 



16 



MAK 



.'t dont, au reste, le Mémorial di^ 
Sainte-Hélène disculpe si {fauche- 
inent Letizia P.amolini, qu'il sem])lp- 
rait plutôt vouloir autoriser que dé- 
mentir les soupçons, nous semblent 
tomber d'eux-mêmes devant le simple 
récit ([uc nous venons de Caire. Char- 
les Buonaparte était gentilhomme-, il 
avait été des premiers à se soumettre 
après le départ de Paoli; il avait ren- 
du des services par son influence i il 
«tait fort considéré à Ajaccio, dont le 
général aimait îe séjour ; le roi l'avait 
nommé, depuisla conquête, assesseur 
dans la ville et la province d'Ajaccio ; 
plus tard il devint membre du conseil 
des douze nobles de l'île. Il l>araît 
qu'il avait l'esprit délie, la parole 
souple ; il venait d'étro fort utile au 
marquis en faisant envisager sa con- 
duite à la cour sous un jour tout autre. 
D'autre part, qu'il soit permis de re- 
marquer que .loseph était l'aîné des (ils 
<le Charles Iluonaparte: que quant a 
iNapoléon, sa mère, pendant les sept 
premiers mois de grossesse, avait per- 
pétuellement suivi , dans des courses 
tpii l'éloignaient des Français, son 
mari alors attaché au parti et l'on 
peut presque dire à la personne de 
Paoli. Elle ne remit le pied dans 
Ajaccio qu'en juin 1769. Maigre 
reflet momentané de la parole de 
Charles nuonaparte, il paraît ((uc fina- 
lement la zizani.' entre les généraux 
do la Corse ht di-sirer au marquis de 
Marbeuf son rappel en l'iance. Il re- 
vint à Paris vers 1781. On est étonné 
«le ne pas trouver son nom sur la 
liste de» promotions qui curent lieu 
le» années suivantes , tandis <jui' 
(4randmaison, <|ui avait été son subor- 
donné en Corse, fut nommé lieute- 
nant-général. Celte inju.sticc n'eut 
point tardé sans doute à être réparée, 
pour peu qu'une guerre nouvelle lui 
eAt rouvert la carrière: mais il tnou- 



MAK 

I ut dajis le courant de 1788. — Sa 
veuve, née à Nantes, fut condamnée 
à mort par le tribunal révolutionnaire 
le 5 fév. 1794 (17 pluviôse an II) , 
comme convaincue u d'avoir désiré 
l'arrivée des Autrichiens et des Prus- 
siens, pour lesquels elle conservait 
des vivres •> ; et monta sur l'échafaud 
avec un intime ami, Payen, en qui 
l'on vit sou comphcc. C'est à son hô- 
tel (dans les Champs-Elysées) qu'ap- 
partenait le célèbre jardin Marbeuf 
qui, déclaré propriété nationale pen- 
dant la révolution, passa aux mains 
d'un entrepreneur de fétos. Nous dou- 
tons que ce soit cette même dame de 
:^larbeuf (\n\, en société avec l'abbé 
Gillet, écrivit la brochure intitulée : • 
Mnrie-Antoinettc h la Conciecgerie, 
fragment historique public par le 
<omte ]'. de Piobiano , Paris, 1824, 
in-lii (1 volunje de 100 pages). — TTne 
autre dame de Marbeuf, halùtante 
de l'Autriche, parut devant Napoléon 
pendant sa campagne d'Austerlitz : il 
«fi^ecta de lui prodiguer les plus 
glandes marques d'intérêt, et lui assi- 
{>na une pension sur sa cassette. Cette 
mmuficrnce n'a rien qui doive étonner 
de la part de Napoléon : c'était son 
rôle, c'était facile, c'était glorieux. Il 
était beau pom- lui d'être devenu de 
M humble protégé, prolcclein- : enfin 
on sait le faible quil avait pour la 
noblesse , pour fanciennc noblesse 
surtout ; et l'on ne peut douter que si 
le marfpiis de Maibetd' eut vé«u vingt 
ans de plus , ce qui ne l'eût guère 
amené qu'à soixante-dix ans, l'an- 
< ien boursier de Urieime nou-seule- 
uiont ne l'eut pas laissé parmi les gé- 
iicraux de brigade, mais se fût plu à 
le combler <le ii.-h<"srs ,.t d'hoti- 

iM'urs. ' "'" 

M \ KBEr F ( Y V (S- A I r:x \m.iik de ,, 
I Vêre aîné du précédent , naquit en 
1734. aux rnvirons de Rennes., choi- 



MAR 

sit la carrière ecclésiastique de préfé- 
rence à celle des armes, quoique sa 
naissance l'appelât à continuer sa fa> 
mille, devint chanoine et comte de 
Lyon aussitôt qu'il eut atteint l'âge 
prescrit par le règlement de Louis XV 
qui instituait les comtes de Lyon, et 
de là passa, le 12 juillet 1767, à l'éTP- 
ché d'Âutun, une des prèlalures, com- 
me on sait, dont les titulaires étaient 
le plus souvent à Versailles. Très-aima- 
ble courtisan, il finit par obtenir la 
direction de la feuille des bénéfices (1), 
entra au conseil; et en 1788, à la 
mort de M. de Montazet , laissa son 
siège d'Autun à M. de Talleyrand 
j)om- passer à celui de Lyon (on sait 
qu'il était assez d'usage de nommer à 
cet archevêché un évèquc d'Autun , 
et qu'en cas de vacance du siège ar- 
chiépiscopal, c'était l'évêque d'Autun 
<|ui administrait le diocèse de Lyon). 
D'ailleurs, en sa qualité de comte de 
Lyon , M. de Marbeuf connaissait et 
le diocèse et la circonscription archi- 
épiscopale. On lui a reproché de ne 
point avoir visite son diocèse : nous 
avons la preuve du contraire; car 
nous connaissons des personnes qui 
furent confirmées par lui a cette épo- 
que, dans une de ses tournées épis- 
i-opales; mais la révolution survint 
bientôt, et avec elle la constitution 
civile du cierge , le serment , etc. 
Le directeur de la feuille des bé- 
néfices, forcé d'e-migi-er, alla se 
fixer à Hambourg, oii il vécut as- 
sez long-temps pour lire d'un bont à 



(1) Suivant le i/émo/-«aide La* Cases, M. de 
Marbeuf était, en l'î'îS ou l'80, directeur de 
la feuille des bénéfices et archevêque de Lyon, 
et il vint remercier Ch. Buonaparte du langage 
qu'il avait tenu en faveur du marquis. Nous 
croyons le détail de ces faits très-inexact [bien 
qu'un peu de vérité y ait donné lieu). Nous 
ne comprenons pas davantage pourquoi le 
Mémorial fait de il. de Marbeuf un neveu du 
marqui>. 



(autre lea récits merveilleux de cette 
campagne d'Italie , qui , entamée de 
connivence avec l'Autriche, coiita à 
cette puissance son Milanais, et ne 
lui donna pour compensation de ce 
duché et de la Belgique , que Venise 
avec &ef, États de Terre-Ferme. 
Sans doute il n'ignora pas que le gé- 
néral qui préludait ainsi à ses hautes 
destint-cs était lejeiuie Corse que sou 
frère avait placé à Brienne, et le frère 
du boiu-sier d'Autun. Que de fois pen- 
dant ces deux années 1796 et 1797, 
et surtout après Campo-Fonnio et le 
retour de Bonaparte a Paris, le prélat 
dut penser au rôle qui pouvait deve- 
nir le sien si le général, comme on le 
croyait, prenait place au Directoire! 
Le départ de Bonaparte pour FÉ- 
gypte, qui ajourna ceh espérances, 
probablement ne les éteignit pas dans 
le cœur de l'archevêque de Lvon. 
Mais la mort le frappa dans le der- 
nier semestre de 1799, au moment 
où Bonaparte effectuait la révolution 
du 18 brumaire et se saisissait du 
pouvoir. On a, sous le nom de M. de 
Marbeuf, àa Mandements et Instruc- 
tions pastorales fort bien écrits. Nous 
n affirmons pas que ces pièces soient 
de lui, mais il est certain qu'il avait 
de l'espiit, des connaissances, de l'a- 
ménité, de grandes manières, et nous 
ne doutons pas qu'il ne fiit capable 
d'écrire aussi bien. P — or. 

MARBOIS (F«A»œis Barbé de), 
connu dans les deriuères années de sa 
vie sous le nom de MABQris de Mar- 
Bois, homme d'État , littérateur, ma- 
gistiat, natjuit à Metz, le 31 janviei 
17-l.>. Son père était directeur de 
la monnaie de cette ville. Le jeune 
Maibois , après avoir fait avec dis- 
tinction ses études littérales et de ju- 
risprudence, obtint la protection du 
niaréchal de Gastiies, ministre de la 
marine, qui lui tonfia l'éducation de 



18 



MAB 



ses enfants. Attaché depuis 1768 au 
département des affaires étrangères, 
a fut successivement secrétaire de 
légation à Batisbonne, chargé d'affai- 
res à Dresde et à Munich. Rappelé en 
1778, il parut abandonner momen- 
taném'ent la carrière diplomatique 
pour les tribunaux , et fut reçu , la 
même année, conseiller au Parlement 
de Metz; mais il y siégea peu de 
temps. Lors de la guerre d'Amérique, 
le comte de Vergennes le chargea 
de remplir près des États-Ums les 
fonctions de secrétaire de légation et 
de chargé d'affaires de S. M. T. C. , 
et, peu après, d'y organiser, avec le 
titre de consul-général, tous les con- 
sulats français. Dans cette mission, 
il montra autant de zèle que dha- 
bileté, et fit si bien estimer son ca- 
ractère que WiUiam Moore, président 
et gouverneur de la Pennsylvanie, le 
choisit pour gendre. De retour en 
France, Marbois fut nommé, en 1785, 
intendant- général des îles sous le 
Vent. Arrivé à Saint-Domingue, il se 
montra dans cette colonie administra- 
teur intègre et courageux, il remit 
l'ordre dans les finances , veilla a 
l'exacte administration de la justice, et 
résista aux empiétements de l'auto- 
rité militaire. Si cette conduite lui mé- 
rita l'estime et la reconnaissance des 
colons, elle lui fit beaucoup d'enne- 
mis parmi les agents dont sa sévérité 
réprimait les abus de pouvoir et les 
malversations. Us sollicitèrent son 
rappel ; mais leurs calomnies ne firent 
impression ni sur le roi, ni sur if 
ministre delà marine, La Luziîrnc , 
bon juge dans cotte partie adminis- 
trative, ayant été lui-mf^nc gouver- 
neur des îles sous le Vent. Plusieurs 
fois ce ministre témoigna à Marbois la 
satisfaction de ses bons service», entre 
auUes dans une dép/'clie du 3 juil- 
let 1789, à la buiU- d'- laquell»- ét»Jt 



MAQ 

ce billet autographe de Louis XVI: 
s C'est par mon ordre exprès que 
« M. de La Luzerne vous écrit; con- 
" tinuez à remphr vos fi)nctions et à 
» m'estre (sic) aussi utile que vous 
« l'avez été jusqu'ici; vous pouvez 
<, estre sûr de mon estime et comp- 
« ter sur mes bontés. Signé Locis ». 
Cependant, le contre-coup de la ré- 
volution ne tarda pas à se faire vio- 
lemment sentir à Saint-Domingue. 
Dès le mois d'octobre suivant , les 
habitants arborèrent la cocarde tri- 
colore, et obligèrent les autorités de 
la prendre. « Ce fut , disent les rela- 
tions officielles du temps , une céré- 
monie que d'aller la présenter à M. de 
Loppinot, commandant particulier de 
la ville du Cap. Marbois la reçut aussi 
d'un nombreux cortège, et madame 
de Marbois, qui avait mis beaucoup 
de glace à distribuer des cocardes 
aux officiers militaires , fut décorée 
d'une écharpe des mêmes couleurs. 

Cependant, Saint-Domingue n'a 

pas été exempt de troubles,... Les 
agents du gouvernement ont donc été 
inquiétés, menacés, poursuivis. M. et 
madame de Marbois , décorés de la 
cocarde nationale et de l'écharpe pa- 
triotique ont été forcés de se retirer 
avec assez de précipitation (Moniieur 
<lu 27 décembre 1789). » Ce fut le 27 
octobre que Marbois quitta la colonie. 
Il relâcha à Cadix, ou il s'arrêta quel- 
ques jours avec sa famille , et d'où il 
envoya au ministère français des nou- 
velles sur la situation de Saint-Domin- 
gue. A son rctoui à Paris, au coin- 
t'nenciîment de 1790, il eut à répon- 
dre devant l'assemblée constituante 
;i des incriminations élevées contre 
sa conduite dans les colonies, et tou- 
jours il sortit à son avanta{>e de cette 
|)érilleusc épreuve. Cn décret pres- 
crivait aux administrateui-s colo- 
niauN de remire compte de leur ges- 



tion et de leurs dépenses arriéi-ées. En 
conséquence, Marbois présenta les 
états de l'administration des finances 
de Saint-Domingue, il en résultait que, 
foutes dépenses pavées , il avait laissé 
dansles caisses plus d'un million en ré- 
serve, et dans les magasins du roi six 
mille quintaux de farine et d'auties ap- 
provisionnements en tout genre, pour 
des sommes considérables. La Cheva- 
lerie, qui avait succédé à Marbois dans 
les îles sous le Vent, reconnut si bien 
l'exactitude de cet énoncé, qu'il dé- 
clara se rendre responsable de tout 
ce que son prédécesseur avait af- 
firmé. Ce dernier s'en félicita dans 
une lettre adressée, le i2 juillet 1790. 
au président de l'assemblée, et dont 
la lecture fut fort applaudie. On l'ac- 
cusa cependant, vei-s la fin de cette 
même année, d'avoir, pendant son 
séjour à Saint-Domingue, fait le mo- 
nopole des farines pour le gouverne- 
ment , et d'en avoir teim de grandes 
quantités en magasin à Philadelphie, 
par l'entremise de son beau-père , 
alors président de l'État de Pennsyl- 
vanie. Il répondit à cette assertion 
par une lettre adressée, le 9 janvier 
1791 , au président de l'assemblée 
nationale. A cette lettre était joint un 
désaveu authentique signé par les 
principaux citoyens de Philadelphie. 
L'assemblée prononça le dépôt de ces 
pièces aux archives. Cependant , de- 
puis son retour en France, Marbois 
était rentré au département des af- 
faires étrangères, par ordre do Louis 
XVI , qui avait pour lui une estime 
particulière , fondée non-seulement 
sur les talents et la probité de ce ma- 
gistrat, mais sur la gravité de ses 
mœurs. Ce prince l'envoya en qua- 
lité de son ministre à la diète de Ra- 
tisbonne. Après avoir prêté serment 
devant la municipalité de Paris, le 20 
janvier 1792, Marbois se rendit à son 



MAR 



« 



poste. Sa mi.ssion était des plus ddi- 
cates : elle consistait à régler avec les 
plénipotentiaires de l'empire les droits 
féodaux des princes allemands pos- 
sessionnés en Alsace et en Lorraine, 
et que les décrets de rassemblée na- 
tionale en avaient dépouillés. Qud- 
({ues semaines après, il alla ù Vienne 
comme adjoint à l'ambassadeur >«oail- 
les, pour savoir les intentions positi- 
ves de Tempereur à ce sujet (1). A 
peine était-il arrivé dans cette capi- 
tale, que I^opold II mourut, laissant 
le trône à François H. Les diplomates 
français se virent l'objet des défiances 
du ministore autrichien, et pendant 
plusieurs joiu-s ils furent gardés à \uc 
dans leur hôtel. I^ nunistère de Louis 
XVI, voyant qu'il ne pouvait obtenir 
•me réponse catégorique du cabinet 
autrichien, rappela Marbois, qui se 
retira à Metz. On l'y emprisonna pour 
fait d'émigration, bien qu'il n'eût ja- 
mais émigré. Après la chute de Ro- 
l>espierre, ses concitoyens le dédom- 
magèrent de cette vexation en Félisant 
maire de la commune de Metz ; puis 
(1795). secrétaire de l'assemblée des 
électeurs de la Moselle, enfin député 
au Conseil des Anciens. Comme on le 
savait lié d'attachement et de recon- 
naissance avec les membres d'un minis- 
tère qui se serait formé hors de France, 
siLouis XVI n'eût pas échoué dans sa 
fuite de Varennes , Marbois vint sié- 
ger au Corps législatif, avec la répu- 
tation d'un ennemi de la révolution. 
Il eut d'abord à se défendre d'avoir 
participé à la rédaction du traité de 
Pilnitz. C'était Tallien, qui, dans un 

(1) Siméon, dans sa Notice sur Marbois, lue 
4 la Chambre des Pairs, explique ainsi l'objet 
de cette mission : « Il fallait détourner la cour 
de Vienne de la guerre. M. de Marbois y réus- 
sit ; il obtint qu'on fit rétrograder quelques 
troupes autrichiennes, qui, sous le comman- 
dement du ^néral BreiitaïKi, s'avau^eo* 
déj4 vers l'Alsace •. 

i. 



-20 



%m 



rapport fait quelques joui-s aupant- 
vant à la Convention, au nom de 
la commission des Cinq, avait ha- 
sardé cette assertion. Marbois , dans 
une longue lettre adressée au Con- 
^il des Cinq-Cents , le 8 nov, 1795, 
repoussa l'accusation avec force- 
(.J'ai employé, disait - il , l'année 
>. 1791, pendant laquelle on pense 
B que ce traité a été conçu, à l'é- 
I tude et à la pratique de l'agricul- 
» ture ; j'ai préparé, sous les yeux des 
« administrateurs du département , 
« \m ouvrage étendu sur les prairies 
<, artificielles; d'accord avec eux, je 
» me suis occupé, pendant cette an- 
> née, à prendre des renseignements 
« locaux dans les départements où 
« elles se cultivent avec succès, et ils 
« ont fait Imprimer mon ouvrage 
.. l'année suivante. Je ne connais pas 
» la date du traité de Pilnitz. A quel- 
.^ que époque qu'on la fixe, je prou- 
u verai que, tandis qu'il se négociai U 
,. et lorsqu'il a été conclu , j'étais à 
i. plus de cent cinquante lieues de 
!> Pilnitz, et loin des affaires publi- 
.. ques...... On n'a songé à me l'attri- 

^ buer que quand mes concitoyens, 
« sans aucune sollicitation de ma 
» part , se sont montrés disposés à 
« me nommer membre du Corps lé- 
. gislatif..... Des gazettes publièrent 

-. alors des dénonciations violentes 
« contre mol; je n'y répondis point. 
« La municipalité, le district de Metz, 
u et le département de la Moselle, 
u dont mes affaires m'avaient tonti- 
,. nuellement rapproché en 1791, <l< - 
« truisirent ces dénonciations par de 
,. arr/îtés énergicpies, etc. " Puis il 
demandait à être jugé. Le député tW;- 
«evois, qui avait été alors envoyé eu 
mission dans la Moselle, attesta (juil 
avait entendu un grand uombri' dt- 
citoyen» rendre honuuage au patno- 
ih^rae U* Mai boi'^ et a h von«luite (jn'il 



avait tenue pendant qu'il était maire de 
Metz. Sur la proposition de Dumo- 
lard, il fut décidé que Tallien serait 
entendu pour s'expliquer sur l'accu- 
sation intentée pai lui ; mais celui-ci 
n'avait garde de le faire. Quatre jours 
après, Barbé de Marbois , dans une 
nouvelle lettre au Conseil des Anciens, 
réitéra sa demande d'être jugé ; mais 
le Conseil prononça l'ordre du jour 
par ménagement pour la commission 
des Cinq. Les révolutionnaires n'é- 
taient pas fâchés de laisser planer un 
soupçon, quelque vague qu'il fût, sur 
un député qu'ils regardaient comme 
leur adversaire. " Est-ce d'ailleurs à 
>. la commission des Cinq, disait Vil- 
.■ 1ers, que Barbé-Marbois doit se 
.. plaindre de l'accusation formée 
y conUe lui ? Toutes les gazettes ont 
. répété qu'il avait signé le traité de 
.^ Pilnitz, avant que la commission eût 
" inséré ce fait dans son rapport. Il 
>. n'a pas repoussé L'accusation, tous 
u les citoyens ont pu le croiie; la 
. commission a pu aussi prendre son 
silence pour un aveu. Je ne pré- 
'. tends pas justifier la commission, 
> mais ce n'est pas elle que Barbé 
.. doit prendre à partie; ce sont les 
.. journaux qui sont les premiers ac- 
■^ cusateurs, ce qu'il n'a pas démenti.» 
I>a calomnie était évidente; mais la 
tache restait, et c'est ce que deman- 
daient les révolutionnaires, qui se fi- 
rent plus tard ime arme des souve-, 
nirs de Pilnitz, ainsi que des ancien- 
nes liaisons de Marbois, pour pro- 
noncer contre lui la déportation. Ce-, 
pendant , dès les premières séances i. , 
(eut ce qu'il y avait d'hommes mo- ' 
(lérés , et qu'on pouvait appeler roya-,, 
lisles constitutionnels, formèrent en- 
tre eux une association tendant à ar- 
li'Acr l'impétuosité révolutionnaire de» 
« .in(j-Cent8, à contenir le Directoire 
daii» les limite» de h consUtutiw, en ^ 



9ii¥ 



M^ 



^ 



un mot, à repousser toutes les propo- 
sitions dangereuses. Cette association 
se composait de douze dtiputés , qui 
s'assemblaient une fois par semaine ; 
c'étaient , outie Marbois . Lebrun 
(depuis duc de Plaisance), Dupont de 
Nemours, Tronson-Ducoudray, Du- 
mas, MallevillcjTorcv, Paradis, etc. Ils 
exercèrent long-temps une grande 
influence sur la nomination des pic- 
sidénts, des secn^taires et des com- 
missions. I-e nouveau tiers des dépu- 
tés suivait communément leur impul- 
sion. La première fois que Marboi^ 
parut à la tribune , ce fut pour com- 
battre une résolution des Cinq-C^nb 
tendant à conférer au Directoire la no- 
mination des autorités administratirej» 
et judiciaires. Quelques jours après, 
il fit une motion d'ordre sur les em- 
barras financiers de la république, in- 
sista pour qu'on n'accordât point au 
Directoire des milliards sans connaî- 
tre bien la situation des finances , et 
demanda la nomination dune com- 
mission cbaigée de prendre tous les 
renseignements à cet égard. L'ajour- 
nement de cette motion fut pronon- 
cé; mais, en même temps, l'impres- 
sion du discours ordonnée, ce qui at- 
teignait indirectement le but que s'é- 
tait proposé l'orateur, en exprimant 
avec fi-anchise des vérités qui allaient 
à l'adresse du Directoire. Dans la 
séance suivante, il parla plusieurs 
fois sur des objets financiers. Il serait 
ti-op long de suivre Marbois dans les 
différentes discussions auxquelles il 
prit part; nous mentionnerons toute- 
fois le discours qu'il prononça en 
janvier 1796 sur l'organisation de 
la marine, et oii il manifesta ks 
sentiments les plus hostiles contre 
l'Angleterre , dans un style d'exal- 
tation qui ne convenait guère à un 
législateur : a Hâtons - nous , dit -il, 
' de porter h désordre et le tn>ubh 



'■ dans ce gouvernement anglais , qui 
4 voudrait voir t Océan desséché jm- 
" que dans ses abîmes f plutôt que 
J'en partager les fruits avec fc» 
^ autres habitants du globe. Si la 
«i nature l'a isolé de tous les con- 
«- tincnts , ses vaisseaux l'en rap- 
^ prochent, et lui ouvrent autant de 
.1 routes qu'il peut partir de rayons 

• du centre où il s'est placé. Que ses 
' navigateurs redoutent des Jean 

• liart, des Duguay-Trouin, des Thn- 
rot, sur tons les chemins qu'ils par- 

• courent ; que les assurances absor- 

• bent pour eux toutes les chances 
- de bénéfices, et puisqu'il est dévon* 

• de la soif de l'or et des richesses. 
« coupons, détournons tous tes ca- 
.- naux, arrêtons toutes les sourcc> 
•> qui sen-aient à le désaltérer, etc. •• 
Rappelons encore le rapport aussi 
plein d'intérêt qu'étendu qu'il fit ( 2 
avril) sur la résolution relative auN 
récompenses à accorder à des livres 
élémentaires, destinés à l'éducation 
de la jeunesse. Le 17 août, il parla en 
faveur des rentiers , et fut élu secré- 
taire du Conseil des Anciens le mois 
suivant. Plusieurs fois il attaqua sans 
succès la loi du 3 bi-umaire an IV. 
cpii excluait des fonctions publiques 
les nobles et les parents d'émigré*. 
S'étant trouvé désigné pour le mi- 
nistère des colonies, sur une liste 
faite par Berthelot de la Villeumoy ♦ 
agent des princes émigrés (14 plu- 
viôse an V) (1797), il ftit regardé plas 
que jamais comme attaché au parti 
royaliste, et comme ennemi du Direc- 
toire. Cependant, lors des préliminai- 
res de Léoben , on ne l'entendit pas 
sans surprise donner des éloges à la 
sagesse et à la modération de ce gou- 
vernement. Mais quand la lutte s'en- 
gagea ensuite entre le Directoire et la 
majorité des Conseils , il se prononça 
avec énergie^ dan$ la séance extraor- 



22 



MAR 



dinaire du 20 juillet, et vota des^ re- 
meicîments au Conseil des Cincj- 
Cents pour la fermeté qu'il montrait 
dans le danger qui menaçait le Corps 
législatif. Les directeurs ne lui par- 
donnèrent pas ; aussi, lors du coup 
d'État du 18 fructidor (4 septembre 
1797), on rappela ses anciennes liai- 
sons , on fit revivre le bruit de sa 
présence au congrès de Pilnitz, on 
lui supposa des projets auxquels il 
n'avait pas pensé, et il Itit mis sur la 
liste des déportés. Marbois pouvait se 
cacher ou fuir; il ne le voulut pas, 
demanda inutilement des juges et fut 
transporté à laGuyane. Il ne fut point 
du nombre de ceux qui se sauvèrent 
de cette terre d'exil avec Pichegru , 
Villot, Aubry et d'autres. On voit 
dans la Relation de Ramol , qu il 
refusa de se réunir à ce général lors- 
qu'il parvint à s'échapper. Marbois 
demandait alors au Directoire à être 
jugé; il lui envoya plusieurs mémoires 
dans lesquels il invoquait en sa faveur 
l'exécution des lois et de la constitu- 
tion. L'habitude qu'il avait conlractëe 
aux États-Unis et à Saint-Domingue 
du climat d'Amérique, le préserva 
des maladies qui frappèrent île mort 
la plupart de ses compagnons d'iuloi- 
tune. Cependant, en l'an VII , l'insa- 
lubrité de l'île de Cayenne déter- 
mina M"" de Marbois à demander 
au gouvernement cpie son man rut 
transféré ailleurs. Il obtint l'autorisa- 
lion de se rendre à Oléron d'où il 
revint à Paris après le 18 bruuiiiiie 
(novembre 1799). Le troisième consul 
Lebrun était li<; avec lui depuis 
longues années, il peignit au géné- 
ral Itonaparte l'expérience de son ami 
dans les affaires , sa probité austère , 
son amour de l'ordre et de l'économie, 
»a physionomie grave et magistrale . 
enfin il le représenta comme p«;u 
flexible , mais n'avant peut-fitrc pa^ 



MAR 

toute l'adresse convenable dans un mi- 
nistre (2). Ces discours effacèrent les 
préventions qu'on avait inspirées à 
Bonaparte ; il nomma Marbois con- 
seiller d'État, puis (1801) direc- 
teur du trésor. Cette direction ayant 
été érigée en ministère par arrêté con- 
sulaire du 5 vendémiaire an X (sept. 
1801 ) , Marbois devint ministre. 
En 1803, il accompagna le premier 
consul à Bruxelles; en 1804, il pré- 
sida le collège électoral de l'Eure qui 
l'élut candidat au Sénat conservateur. 
En 1803, il fut successivement nommé 
grand-officier de la Légion-d'Honneur, 
gi-and-cordon de l'ordre de vSaint-Ilu- 
bert de Bavière et comte de l'empire. 
Une baisse imprévue, survenue dans 
les fonds publics , et causée par une 
fausse mesure de finances qu'il avait 
approuvée , mais plus encore sans 
doute par le laux bruit d'une défaite 
de l'armée impériale, produisit de 
funestes effets. Les billets de banque 
perdirent jusqu'à lo p. OjO; tout le 
monde voulut les convertir en argent. 
Le ministre fut obligé de se concerter 
avec le préfet de police, et la force ar- 
mée intervint dans une affaire de cré- 
dit pubUc. De pareils moyens n'étaient 
{Tuère propres à calmer les inquié- 
tudes et à rétablir l'ordre, lorsque la 
nouvelle de la victoire d'Austerlitz 
vint au secours des fautes de l'ad- 
ministration. Napoléon, à son arrivée 
à Paris, manda le ministre, le traita 
fort durement et le destitua sur-le- 
champ. Marbois, encpiittant le cabinet 
de l'empereur, lui dit les larmes aux 
yeux : « J'ose espérer (jue V. M. no 
. m'accusera pas d'être un voleur. — 
« .le le préférerais cent fois répondit 
.. Napoléon : au moins la friponnerie 
u a des bornes; la bélise n'en a 
u point. » Cependant la disgrâce de 

fî) Solice biograghiqtic sur le prince Le- 
brun, duc (le Plaisance, publiée par son Ob, 



MAB 

Marbow cessa en 1808, et ^apoléou 
qui connaissait sa probité, le nomma 
alors premier président de la Cour 
des comptes. Nulle place assurément ne 
convenait plus au caractère et aux 
habitudes de Maibois. Dans le dis- 
cours qu'il prononça lors de l'instal- 
lation de cette Cour , le prince Le- 
brun, après avoir adressé à son ami 
les éloges les plus Batteurs, ajoutait, 
en faisant allusion aux sentiments de 
l'empereur : « De là cette bienveillance 
«.soutenue dans tous les temps et 
" marquée sui'tout dans votre retour. 
« Sous ce nuage passager qui l'a voi- 
« lée, lorsqu'au sein de la retraite 
« vous éprouviez la seule crainte qui 
« pouvait atteindre une âme comme 
" la vôtre, celle d'avoir perdu l'es- 
« time d'un grand homme et les 
^ bontés du restaurateur de la France, 
» S. M. vous couvrait encore de ses 
« regards ; elle daignait écrire à 
« votre ami qu'elle vous conservait 
« toute son estime. Souvent elle lais- 
» sait échapper des paroles d'intérêt 
« destinées à parvenir jusqu'à vous, 
■« et à consoler votre soUtude. Et 
« tout-à-coup sans que vous ayez osé 
« former un vœu , sans que l'amitié 

« ait prononcé votre nom S. M. 

« vous appelle à des fonctions qui se 
- lient aux plus grands intérêts de 
> Fcmpire «.Dès le premier moment, 
Marbois se livra tout entier à ces 
fonctions; i' ne se rallentit pas un ins- 
tant pendant une présidence qui dui-a 
près de trente ans , et l'on doit en 
grande partie lui faire honneur des 
bons résultats obtenus par la Cow 
des comptes. Dès ce moment aussi, il 
se montra l'admirateur le plus ex- 
clusif de Napoléon, ainsi qu'on peut 
en juger par les discoui-s officiels 
qu'il fut à même de prononcer. « Ces 
<■ loi» sont votre ouvrage, Sire, • disait- 
il le 10 janvier 1808 , à l'empereur. 



MAB ^ 

auquel il vetiait de prêtei serment , 
•< et nous ne pouvons y lire les obli- 

- gâtions qu'elles nous imposent. 
" sans remarquer en même temps Ice 
« progrés que l'ordre a faits sous 

- votie règne dans toutes les partie?» 
» de l'administration , sans admirci 

- par quels moyens vous assurez, 

- vous préparez la prospérité de l'em- 
j pire; nos travaux, nos recherches, 
» uos routes mêmes, nous rappellent 

- sans cesse les grandes intentions de 
u V. M.» Le 24 janvier 1809, félicitant 
l'empereur à son retour d'Espagne, il 
hii disait encore : • Loin de vous, tout 
» manque à notre bonheur ; votre 
a présence nous rend toutes nos espe- 

- rances, nos affections. Nous avons 

- joui de vos victoùcs, nous jouissons 
» des biens que vos lois et votre gé- 
« nie nous assiu^ent ". L'adulation est 
encore plus forte, s'il est possible, 
dans cet autre discoiu"s qu'il adressa 
au maître, le 16 novembre 1809. sur 
la paix de Vienne. Après l'avoii- quaUfié 
de Scipion : • La fortune, ajouta-t-il, 
» docile à vos ordi-es, est fidèle à vos 
a drapeaux : ce seraient, Sire, des 
" prodiges sous un autre règne ; ce ne 
» sont, sous le vôtre, que des événe- 
« ments ordinaires. Notre admiration 
a épuisée depuis long-temps , etc. " . 
Ces flagorneries ne furent pas sans 
récompense: Marbois fut nommé au 
Sénat le 3 avril 1813. Le 22 décem- 
bre de la même année, il fit partie de 
la commission extraordinaire chargée 
de prendre connaissance des docu- 
ments relatifs aux négociations en- 
tamées avec les puissances coalisées. 
La fortune avait cessé de sourire à 
Napoléon ; et Marbois fut un des com- 
inissaues du Sénat qui préparèrent le 
décret de déchéance et la création d'un 
gouvernement pro\-isoire (1" avril 
1814). Cinq jours après, il proposa à 
la Cour des comptes de manifester 



24 MAB 

son vœu en faveur des Bourbons Ix 
18 du même mois, il retrouva pour 
liaranguer Monsieur, comte d'Artois, 
lieutenant-général du royaume, les 
mêmes formes adulatrices qu'il avait 
si souvent employées pour louer INa- 
poléon. Le jour de l'entrée de Louis 
XVIII, il se porta à sa rencontre avec 
la Cour des coniptes : * Sire, lui dit- 
« il, les monuments que nous con- 
<i servons, les dépôts, les archives 
« qui nous environnent, tout nous 
•< instruit des grandeurs des Bour- 
« bons... » Il fut créé pair le 4 juin 
1814, puis conseiller de l'Université. 
Une ordonnance du roi, du 27 lé- 
vrier 1815, le confirma dans sa digni- 
té de premier président de la Cour 
des comptes. Marbois, en qualité de 
membre du conseil-généial des hos- 
pices civils de Paris, accompagna 
Monsieur dans la visite que ce prince 
fit, le 4 mars, dans les hôpitaux de 
Taris : « Monseigneur, lui dit-il, vous 
" quittez votre palais [)0ur visiter la 
•' demeure du pauvre. L'Hôtel-Dicu 
.. est l'ouviage de la piété pubUquc 
». et de la bonté royale de suivit Louis 
« et de Henri IV; à la présence du 
.. petit-fils de ce grand roi, les dou- 
« leurs vont se taire, et V'. A. 11. 
'. n'entendra cpic des bénédictions •■. 
Peu de jours après, Napoléon était au\ 
Tuileries. IJarbé de Marbois fit pres- 
sentir parle général Lebrun, son gen- 
«Ire, fils du duc de Plaisance, les dis- 
positions de l'enjpcrenr à son c-gard. 
Napoléon témoigna vivement son in- 
dignation conti<; im homme qui (r- 
nant tout de lui , uL'uit tcvioigné, di- 
sait-il, un emprcssetnent d'iufjmtitude, 
fjue la nécessite ne justljùiit point. 
Il lui fit donner l'ordre de quitter Pa- 
ris, et nomma en sa jdace Collin de 
Sussy. Marbois ne nînlra dans ses 
fonction» que lors <hi retour du roi. 
Nommé alors président du «•ollége 



MAH 

électoral du Bas-Rhin, il arriva, le 16 
août, à Strasbourg qu'il trouva bloqué 
par les Autrichiens. Il obtint des gé- 
néraux qu'ils laissassent entrer dans 
la ville les électeurs de l'arrondisse- 
ment, et fit, le 18, l'ouverture du 
collège. De retour à Paris, il reprit 
la présidence de la Cour des comp- 
tes. Ici se place un fait qui sort du 
caractère de modération que Mar- 
bois avait montre dans les circons- 
tances les plus difficiles. Un maître 
des comptes nommé Carret avait, 
pendant les cent-jours, été président 
de la fédération parisienne ; la pre- 
mière fois qu'il se présenta à la 
Cour des comptes, après la réinté- 
gration du premier président : « Mon- 
u sieur, lui dit celui-ci, vous êtes 
» nommé à vie , et personne n'a le 
« droit de vous destituer; mais toutes 
" les fois que vous vous présenterez 
« ici, la séance sera levée «. Cette 
apostrophe dut paraître d'autant plus 
étrange , que , si l'on avait pu repro- 
cher au maître des comptes Carret. 
mort en 1817, l'exaltation de ses opi- 
nions libérales, il avait souvent usé de 
son influence sur les fédérés parisiens 
pour empêcher des désordres. Le 
roi , qui avait appelé Marbois à son 
conseil privé , lui confia les sceaux et 
le portefeuille de la justice, en rem- 
placement de M. Pasquier. Le 2 
octobre , le nouveau gardc-des- 
sceaux adressa aux chefs des Cours 
du royaume une circulaire dont le ton 
conciliant contrastait avec les vœux 
de la majorité de la chambre. U y 
faisait l'éloge de son prédécesseur, et 
parlait des sentiments qui les unis- 
saient. QucKpies jours après , à l'ins- 
lallation de la Cour royale de Paris, 
il luaniFesta le vœu de voir les beaux 
exemples donnés par fautique ma- 
gistrature francise se perpétuer. 
!. Touchant au bord de la tombe. 



MAR 



MAB 



<f dit-il en terminant, je ne verrai 
<• pas, Messieurs, tous ces glorieux 
•' succès; mais tant que je vivrai, 
" je chercherai à remplir dignement 

les devoirs qui me sont imposés: 
" heureux si mon nom peut être 
>• un jour cité avec honneur à la 
.' suite de tant de grands hommes 

1 qui m'ont précédé dans celle illus- 
■• trecairière! " Il prit, le 13octohre, 
à la Chambre des Pairs, une part à la 
discussion do l'adresse au roi, s'éleva 
très-fortement contre la partie du pro- 
jet qui demandait à S. M. la justice 
rt la rétribution des peines ; puis, in- 
voquant à l'appui de son opinion les 
lois anciennes et modernes qui veu- 
lent qu'un juge se récuse, s'il a élé 
sollicité dans l'affaire sur laquelle il 
est appelé à prononcer, il appliqua 
ce principe à la Chambre des Pairs, 
qui devait elle-même juger la plu- 
part des grands coupables que dési- 
gnait le projet d'adresse. Ces obser- 
vations parurent d'un si grand poids, 
que la Chambre l'adjoignit à la com- 
mission chargée de rédiger celte 
adresse. Il parut plusieurs fois à la 
tribune au milieu des débats tiès- 
animés auxquels donna lieu , dans 
les séances des 2i, 28 et 30 octobre, 
le projet de loi présenté ])ar lui sur 
les cris séditieux. La majorit»; vou- 
lait substituer la peine de mort à 
celle de la déportation ; Marbois, pour 
faire changer cette opinion, essaya 
de prouver que la déportation était 
plus affreuse que la mort. A cette occa- 
sion, il rappela les horreurs de son 
exil à Sinamary. Le 30, la discus- 
sion étant terminée, il fit un ta- 
bleau très -étendu des travaux des 
ministi'cs qui , tous en même temps, 
venaient de prendre possession de 
leurs portefeuilles. Il annonça en- 
suite que le roi consentait aux amen- 
dements proposés par la Ciiambre à 



la loi dont elle allait voter l'adoption. 
Cette même loi passa, le 7 novem- 
bre, à la Chambre des Pairs, non sans 
une discussion approfondie. Là, Mar- 
bois eut à combattre, non plus l'op- 
position royaliste , mais une opposi- 
tion toute libérale dont Lanjuinais se 
rendit l'organe. Quelques jours aupa- 
ravant , la Cbambre des Pairs avait 
voté un projet de loi relatif à une 
nouvelle organisation de la Cour 
des <:omptes, que Marbois lui avait 
présenté, le 16 octobre, et dont il 
avait exposé les motifs. Dans la Cham- 
bre des Députés , plusieurs membres 
combattirent avec force divers arti- 
cles de ce projet, qui avait en sa fa- 
veur l'expérience que le garde-des- 
sceaux avait dû acquérir par huit 
armées d'exercice dans les fonctions 
de premier président. La commis- 
sion , en efli't , avait proposé d'adop- 
ter ce projet, et la Chambre, dans la 
séance du 24, l'avait, sauf quelques 
modifications, voté article par article; 
mais, lorsqu'on passa au scrutin sur 
l'ensemble de la loi, le projet hit re- 
jeté à une m.ijorlté de treize voix. 
Nous, qui avons assisté à cette séan- 
ce, nous ne saurions exprimer l'ef- 
fet que produisit une telle mystifica- 
tion, qui n'était, à vrai dire, qu'une 
preuve de la défaveur de l'assemblée 
à l'égard de Marbois. Quoiqu'il eût 
organisé les cours prévôtales , après 
en avoir défendu l'établissement de- 
vant cette même Chambre, il n'en 
était pas moins en butte à la haine de 
la majorité. Commissaire du roi dans 
le procès du maréchal Ney devant la 
Cour des Pairs, il fut présent à toutes 
les audiences, mais se récusa comme 
juge. Constamment occupé des tra- 
vaux de son ministère, il venait de 
faire adopter une loi tendant à suppri- 
mer les places de substituts des pro- 
«:TH'eurs-généraux, faisant fonaions de 



26 



MAR 



MAR 



procureurs du roi au criminel. Il fut 
moins heureux pour un autre projet 
tendant à supprimer les cours royales 
d'Angers et d'Agen (avril 1816), qui 
ne fut pas même discute dans les 
bureaux. La majorité ne lui par- 
donnait pas les adoucissements qu'il 
avait apportés à la loi d'amnistie par 
son instruction aux procureurs-gé- 
néraux (26 janvier). Louis XVIII ôta 
à Marbois le portefeuille de la jus- 
tice et les sceaux; mais il ne conti- 
nua pas moins de lui témoigner de 
la bienveillance, et, quelque temps 
après, le comprit au nombre des 
pairs qui obtinrent le titre de mar- 
quis. De son côté, Marbois ne négli- 
geait aucune occasion de manifester 
ce dévouement d'apparat dont les 
puissants de la terre seront éternel- 
lement dupes. Il s'était mis, dès le 
mois de fév. 1817, à la tête de ceux 
qui provoquèrent le rétablissement 
de la statue équestre de Henri IV sur 
le Pont-Neuf. Lors de son inaugura- 
tion le 25 août 1818, il prononça le 
discours d'usage, et, au mois de dé- 
cembre suivant, rendit avec solen- 
nité l'arrêt qui constatait la recette 
et la dépense pour l'érection de ce 
monument. Du reste sérieusement oc- 
' cupé de ses attributions à cette Cour, 
il y faisait régner l'ordre et l'activité, 
et sut toujours la maintenir dans l'in- 
dépendance ministérielle. Doué d'une 
activité d'esprit qu'il conserva jusqu'à 
la fin do sa longue carrière, il fut un 
des membres les plus utiles du conseil- 
général des hospices et de la société 
royale pour l'amélioration des pri- 
sons. Lui-même, malgré son grand 
âge, parcourut plusieurs départe- 
ments pour visiter les maisons de dé- 
tention, afin d'étudier les moyens 
d'en améliorer le régime. Il ne se 
montrait pas moins assidu à la Cham- 
bre des Pair», où son nom Bgurait 



sans cesse soit à la tête des bureaux, 
soit comme membre de commissions. 
On l'entendit avec intérêt développer 
devant cette Chambre les motifs de 
sa proposition tendant à substituer 
à la déportation une autre peine pro- 
portionnée à la nature et à la gravité 
du délit. Il vota contre la proposi- 
tion relative à l'abolition du droit d'au- 
baine, et prétendit que cette aboli- 
tion gratuite et sans réciprocité était 
une loi artificieuse qui ne pourrait 
prendre racine sur notre sol. Dans 
la discussion provoquée en 1819, 
par le fameuse proposition de Bar- 
thélémy, tendant à changer la loi 
des élections, Marbois termina ainsi 
le discours qu'il prononça : « Nous 
u combattons son opinion, et nous 
•» nous faisons gloire de le comp- 
'< ter parmi les citoyens les plus re- 
« commandables par leurs vertus 
« publiques et privées... » A la mort 
de Louis XVIII, Marbois dut se pré- 
senter aux Tuileries devant Charles X, 
avec la Coiu" des comptes, et jin-er 
au nouveau roi d'être fidèle à son ser- 
vice. Admis à l'honneur de haranguer 
le duc de Bordeaux, alors âgé de six 
ans, le vieux président lui fit entendre 
ces paroles graves et soletmelles : 
» Et vous, monseigneur, qui êtes en- 
u core si jeune, et sur la tête duquel 
« repose le bonheur de la France, 
» souvenez-vous que ce beau royau- 
« me demande aussi un bon roi, 
« un roi qui aime la vérité, qui 
u veuille qu'on la lui dise; un roi qui 
.' n'aime pas la flatterie et qui éloigne 
" de sa personne les hommes qui le 
" trompent. Vous souviendrcr-vous, 
" monseigneur, que ces conseils vous 
>• ont été donnés par un vieillard 
- <[ui avait la tête couverte de chc- 
" veux blancs? •• — L'enfant répon- 
dit : oui. — « Votre oui, mon- 
« seigneur, reprit Marbois, va être 



4 oDsigTié sur nos registres : vous l'y 
- trouverez dans voti-e majorité ; en 
>. attendant, il est pour nous d uji 
. avenir heureux. » Ck;l incident fut 
dans le temps remarqué avec intérêt 
par tous ceux qui prenaient à cœur 
ia stabilité du trône légitime; mais, 
aux yeux de l'histoire, il ne devient 
plus qu'une pitoyable comédie quand 
on voit, après la révolution de 1830, 
Marbois accepter sans hésiter ia nou- 
velle dynastie, et dix-huit jours aprèa 
avoir officiellement félicité, pour la 
conquête d'Alger, Charles X qud 
proclamait son roi bien-aiiné, le bien- 
faileur des hommes, venir avec em- 
pressement haranguer le duc d'Or- 
léans (o août) en quahtc de heutenant- 
général du royaume; puis, cinq jours 
après (10 août), comme roi. Ce soûl 
toujours les mêmes formules d'en- 
thousiasme ou plutôt de flexibilité 
serviie. Marbois siégea avec beaucoup 
d'assiduité dans les nombreux procès 
politiques dont fut chargée la Cham- 
bre des Pairs sous le nouveau rè- 
gne. Dans le procès d'avril, il se si- 
gnala par sa sévérité envers les accu- 
sés, qui, essavant une révolte contie 
la jusdce , prétendaient la rendre 
muette et impuissante par leur re- 
fus de se défendre. « L'ancien dé- 
porté de la Guyane, disent les bio- 
« graphes Sairut et Saint-Edme, Tan- 
« cien auteur d'un écrit intitulé : le 
« Jiufé sans ju^ es, a voulu couronner 
" dignement sa carrière en se faisant 
"juge sans jugés; il est un de ceux 
« qui proposent de condamner les 
» prévenus d'avril sans les entendre, 
X et qui ont prononcé contre les dé- 
" fenseurs les peines exorbitantes 
« dont on rient de les frapper. " 
Quand Marbois se signalait par cette 
rigueiu- judiciaire, il n'était déjà plus 
que premier président honoraire de 
la Cour de* comptes. Une de ce-* 



MAL -21 

combinaisons qui sont inhérentes au 
régime parlementaire, l'avait forcé 
d'abandonner, le 5 avril 1834, lapre- 
sidence effective à M. Barthe qui ve- 
nait lui-même d'abandonner à M. 
Persil la simaiTC de garde-des-sceaux. 
Ce changement avait été accompa- 
gné de circonstances pénibles pour 
le vieux président- L'année précé- 
dente, attaqué cFune maladie grave, 
à laquelle il craignait de ne pas sur- 
vivre, il avait envoyé sa démission au 
roi Louis-Philippe, en le priant de lui 
désigner un successeur, pour que le 
service de la presidence éprouvât le 
moins d interruption possible. Le roi 
ne disposa pas de la place ; et Marbois 
rétabli rentra en possession de ses 
fonctions. Lors de sa première récep- 
tion à la cour, ce prince lui parla de sa 
démission, comme étant devenue sans 
objet. Marbois, par convenance, ne 
crut pas devoir la retirer. Mais, le 4 
avril au soir, on lui Ht connaître 
qu'on était dans l'intention d'user du 
dioit que Ton avait légalement de se 
servir de la pièce qu il avait impru- 
demment laissée entre les mains de 
Louis-Phihppe. Marbois écrivit au roi 
une lettre très-ferme et très-digne , 
dans laquelle il faisait sentir tout ce 
qu'avait d'extraordinaire le procédé 
dont on usait à son égard; puis, afin 
de montrer que ce n'était qu'en vertu 
d'un nouveau consentement de sa part 
que Ion pourrait disposer de la prési- 
dence, il tenninait sa lettre par une ité- 
rative démission. Le roi lui adressa une 
lettre autographe dont les termes 
étaient assez embarrassés, et qui se 
tn'minait par facceptation de la dé- 
mission. A cette lettre était joint le 
portrait de Louis-Philippe. Le lende- 
main, Marbois, présidant pour la der- 
nière fois la Cour des comptes, lui mit 
sous les yeux les circonstances qui a- 
vaient amené sa retraite, et donna lec' 



â$ MAB 

ture de sa lettre au roi et de la ré- 
ponse de Louis-Philippe, comme pour 
rendre l'assemblée juge de la manière 
dont on avait cru pouvoir payer ses 
anciens services. Il était tellement ému 
en faisant ces adieux forcés, que des 
larmes abondantes coulaient de ses 
yeux. Les membres de la Cour ne 
montrèrent pas moins de sensibilité , 
et le public blâma unanimement la 
conduite du gouvernement. Marbois 
survécut trois ans à sa disgrâce : il mou- 
rut le 14 janvier 1837, dans sa qua- 
tre-vingt-douzième armée. Son corps 
était affaibli et usé; sa vue presque 
éteinte; mais il avait conservé jus- 
qu'au dernier moment toutes ses In- 
cultes intellectuelles, toute l'activité 
de son esprit. Il n'a laissé d'autre 
postéi-ité que M™'' la duchesse de 
Plaisance, qui, peu de temps après la 
mort de son père, a vu mourir sa 
fille unique. Madame de Marbois, lors 
de la déportation de son époux, avait 
été si vivement affectée, qu'elle fut 
atteinte d'une aliénation mentale qui 
ne finit qu'avec sa vie. L'éloge de 
Marbois a été prononcé devant la 
Chambre des Pairs, le 17 janvier 1838, 
par son collègue Siméon, qui avait 
partagé sa proscription au 18 fructi- 
dor. Marbois était, depuis 1821, asso- 
cié libre de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, oii il a eu pour 
successeur Joseph Michaud. On a de 
lui un assez grand nombre d'écrits 
dans différents genres. T. La Puri- 
xienne en province^ ouvrage national, 
1766, iïi-H". Le frontispice porte ; 
par M. Bar. de Mar. Des exemplaires 
avec tm nouveau frontispice .sont da- 
tés de 1769, sans cette indication abré- 
gée du nom de l'auteur. II. (iuliatUy 
conte pltYsifine et moral, traduit de 
l'anglais, 1769, iM-12. 111. Essai sur 
Us vwyens d'inspirer aux hommes le 
goût de la vertu^ 1769, in-8^ IV. 



MAR 

Essai de morale, 1772, in-12. V. 6'o- 
crate en délire, traduit de l'allemand 
de Wieland, 1772, in-12. VI. Lettres 
de madame la marquise de Pompa- 
dour, depuis 1746 jusqu'en 1762, 
Londres, 1771. 2 vol. in-8''; 1772, 
3 vol. in-12; 1772, 4 vol. in-12; 
1773, in-S" ou in-12. Nouvelle édi- 
tion (précédée d'une Notice sur ma- 
dame de Pompadour), Paris, 1811, 
2 volumes in-12. " Ces lettres, dit 
" le bibliographe Barbier , attri- 
« buées d'abord à Crébillon le fils, 
« l'ont été ensuite, avec plus de vrai- 
« semblance, au comte Barbé-Mar- 
« bois, n VII. Lettres sur tes affaires 
présentes, Paris, 1775, in-8''. VIII. 
État de la partie espagnole de Saint- 
Domingue , 3 vol. in-8». IX. État 
des finances de Saint-Domingue, con- 
tenant le résumé des recettes et dé- 
penses de toutes les caisses publiques, 
depuis le 1" janvier 1788 jusqu'au 
3 décembre de la même année, Paris, 
in-8'', 1789. L'auteur publia cet écrit 
pour répondre aux imputations qui 
s'élevaient contre sa gestion dans cette 
colonie. A la même époque appar- 
tient une autre publication de l'au- 
teur, sous ce titre : Recueil de pièces 
sur les fi-nances de Saint-Domingue, 
in4". X. Culture du trèfle, de la lu- 
zerne et du sainfoin, Paris, 1792. 
C'est l'ouvrage dont il a été parlé 
dans le cours de cette notice, et dont 
le directoire du département de la 
Moselle ordonna 1 impression. XI. Bé- 
flexions sur la colonie de Saint-Do- 
mingue, ou Examen approfondi des 
causes de sa mine et des mesures pour 
la rétablir, 1796, in-8». XII. Mé- 
moire sur les finances, 1797, in-4». 
XIII. Voyage d'un Français aux sa- 
lines de Bavière et de Saltzhourg, 
111 1776, Paris, 1800, in-18. Marbois 
Ht imprimer cet écrit à l'occasion de 
discussions qui «'étaient élevées dan» 



MAB 

le Corps législatif, relativement aux 
salines. XIV, Éloge du citoyen Du- 
fresne, conseiller d'État, directeur-gé- 
néral du trésor public , Paiis , an X 
;1802), broch. in-8^ XV. La richesse 
du cultivateur, traduit de 1 allemand, 
1803, in-8". XVL Complot d'Arnold 
et de sir Henri Clinton, contre /e< 
États-Unis d'Amériqne et contre Ji^a- 
<ihington, septembre 1780, Paris, 
1816, in-8", avec une carte et deux 
portraits; 2* édition, 1831. L auteur 
écrivant sur les lieux, au moment 
même où les faits qu il raconte se 
sont passés, possédait tous les moyens 
de constater la vérité ; il n'a eu d autre 
ambition que de la mettre au jour, 
et son livre composé avec toute la 
di^jnité simple qui doit caractériser 
Ihistoire, a obtenu un succès uni- 
versel. Il est au nombi-e des ou- 
vrages adoptés par 1 Tniversité. XVII. 
De la Guyant, de son état physique^ 
de son agriculture, de son régime in- 
térieur et du projet de la peupler avec 
des laboureurs européens, Paris, 1822, 
in-S". XV III. Rapport sur l'étal actuel 
des prisons dans les départements du 
Calvados, de l'Eure, de la Memehe, 
de la Seine-Inférieure, et de la maison 
de correction de Gai lion (oct. 1823. 
Paris, 1824, in-i", tiré a un j>etit nom- 
bre dexemplaires). Un second rapport 
de Barbé-Marbois, sur 1 amélioration 
des prisons, fait le 24 juin 1825, a été 
inséré dans la Revue encyclopédique : 
quelques exemplaii-es ont été tirés à 
part, in-8° de 12 pages. XIX. Obser- 
ffations sur les votes de quarante-el-uu 
conseils-généraux de départemen ^ con- 
cernant la déportation des forçats li- 
bérés , présentées à >I. le dauphin , 
par un membre de la société royale 
pour l'amélioration des prisons (Barbé- 
Marbois), Paris, 1828, in-8°. L auteur, 
dans ce mémoiie, se prononce avec 
force contre la déportation. XX. Uis- 



MAB 



29 



toire de la Louisiane, 1828, in-8". Ou- 
vrage remai-quable et plein de Aôtu- 
ments curieux. Marbois était plus que 
tout autre appelé à écrire sur cette 
matière. En 1803, il avait été chai-gé 
d'une importante négociation relative 
à la Louisiane. On sait qu'en 1801 
Napoléon avait recouvré ce pavs, cédé 
par la France à l'Espagne, en 1768. 
et rétrocédé à la France par le cabi- 
net de Madrid. Cette colonie était en- 
tièrement dépourvue de défense. Na- 
poléon ne put en prendre possession 
qu'en 1803 : et avant qu'û lui eût été 
)K)ssible d"v envoyer les garnisons 
nécessaires, l'Angleterre se préparait 
a l'envahir. Déjà en possession du Ca- 
nada, elle se serait aussi rendue maî- 
tresse de la navigation du Mississipt 
et des contrées qui sont à l'ouest de 
re fleuve. Napoléon, après une pos- 
session précaire et purement nomi« 
iiale de peu de mois, comprit com- 
bien \\ était important que l'Angle- 
teiTc ne s'emparât pas de ce beau 
pays: il résolut de le céder aux États- 
Unis, et chargea Marbois de cette né- 
gociation, en lui annonçant qu'il ne 
ferait cette cession qu'au prix de 50 
miUions. Marbois eut fhabileté d'en 
obtenir 80, dont 20 applicables aux 
indemnités dues aux commerçants 
des États-Unis, pour les prises indû- 
ment faites sur eux. Napoléon, qui sa- 
vait récompenser, mit alors à la dis- 
position de l'heureux négociateur 
192,000 fr. - pour suppléer, lui écri- 
vair-il, à l'insuffisance de votre trai- 
tement, avant l'intention que vous 
voyiez dans cette disposition le désir 
que J'ai de vous témoigner ma sa- 
tisfaction de %os importants travaux 
et du bon ordre que vous avez mis 
dans votre ministère, qui ont valu 
à la république un grand nombre 
de miUions et la négociation que 
- vouc venez de terminer , par lu 



m MAR 

.. quelle vous avez procure à la répu- 
« Wiquc dix millions en sus de ce que 
a portaient vos instructions ». Mar- 
bois avait inséré , avant 1789 , quel- 
ques articles dans le Journal Ency- 
clopédique et dans le Journal des Sa- 
vants, entre autres un morceau curieux 
sur les Fla(]eHants (3). On lui doit la pu- 
blication d'un Mémoire historique re- 
latif aux négociations qui eurent lieu 
en 1778 pour la succession de Ba- 
vière par le comte de Goertz, envoyé 
du roi de Prusse près des princes 
Bavaro-Palatins (Paris, 1812, in-8°). 
Marbois, qui figure dans le Mémoire 
comme secrétaire de la légation fran- 
çaise, a ajouté à l'ouvrage dont il est 
l'éditeur, une introduction où se 
trouvent des détails sur les principaux 
personnages , une notice sur le che- 
valier de La Luzerne et des notes in- 
téressantes. Il avait joué lui-même 
im rôle dans ces négociations. Lors- 
qu'à la mort de l'électeur de Ba- 
vière, Maximilien-Josepli , l'impéra- 
trice Marie-Thérèse éleva , eh vertu 
d'une clause du traité de Westphalic, 
des prétentions sur les principales pro- 
vinces de l'électoral, le duc des Deux- 
Ponts, Charles-Théodore, accourut à 
Munich pour défendre ses droits. 
L'envoyé de France était gravement 
malade. Marbois, consulté par le duc 
et sans instructions sur un cas si im- 
portant, tint une conchiite qui ex(ùta 
les plaintes du cabinet de Vi(!nnc. 
Mais il fut approuvé par le conseil 
du roi et par le comte de Vcrgennes 
cjui, dès-lors, le prit en singulière 
estime. Cependant fintime alliance des 
cours de Paris et de Vienne ne peruiil 
plu» d'employer Marbois auprès des 
princes de l'empire; et c'est alors 

(3) V. la Correspondance de Grimm, a\n\ 
1778, l. X. Griinin lut auribue mal à propos 
V Essai sur le etmmerce <k Russie, qui est d<' 
vtarbauil. 



MAR 

qu'abandonnant la carrière diploma- 
tique pour celle des tribunaux, il se 
fit recevoir, en 1778, conseiller au 
Parlement de Metz. — Madame Barbé- 
Marbois a publié, en l'an VII (1798), 
le Mémoire justificatif de son mari 
sur le 18 fructidor, qu'il lui avait fait 
parvenir lui-même de Sinamary. On 
peut consulter à cet égard les Anec- 
dotes secrètes sur le IS fructidor, qui 
parurent vers cette époque (1 vol. 
in-12). Pendant son exil, il avait écrit 
jour par jour, depuis son arrestation 
(USfju'à son retour, tout ce qui lui ar- 
rivait. Dans ce Journal qu'il a fait 
imprimer pour ses amis à un petit 
nombre d'exemplaires , l'auteur se 
joue du malheur plutôt qu'il n'em- 
ploie ses forces à lutter contre lui. 
Souvent des traits de gaîté qu'on 
nanrait pas attendu de son air aus- 
tère et de sa gravité habituelle, vien- 
nent se mêler à des réflexions tou- 
chantes, et aux sentiments de ten- 
dresse qu'il exprime à sa femme et à 
sa fille. » Quoi qu'il puisse m'arriver, 
• dit-il, dans ma déportation, fut-ce 
" la mort, plus de la moitié des 
" hommes nont-ils pas subi ses loi» ■ 
>. avant l'âge où je suis parvenu?... Je 
.. vais dansla captivité me trouver plus • 
» libre quejene l'ai été à aucune épo- 
.. que de ma vie. .le ne serai plus obligé ' 
.. de prolonger mon travail jusque • 
. dans la nuit ou do devancer le jour.^> 
. .le pn'udrai du repos à nia volonté. 
.. .1c n'aurai de devoirs inq)ortants h 
i. remplir qu'envers moi-même... Mes 
. devoirs envers les autres se rcnlui- 
. ront à des procédés d'amitié , d'é- 
" gards et de civilité. On ne se plain- 
.. dra plus de ni(;s refus , de mon 
" austérité, .le n'aurai plus de juge- 
• menls qui mécontenteraient infail- 
>. liblement une des parties... .le ne 
. ci-oyai» pas, ma chère Klise (c'était 
. sa femme), finir par vous parler des 



MAB 

.. plaisirs de la zone torride. nen 
dites rien à personne : 

• Si mes persécuteurs pénétraient ce mystère. 
Je pourrais payer cher une ombre de bonheur : 
Poiir les pôles glacés, Barras, en sa colère. 
Me ferait arracher aux feux de l'équateur. • 

La plus grande consolation de Mar- 
bois consistait alors dans une petite 
bibliothèque quil avait su cons- 
truire comme menuisior et qu'il put 
garnir de livres. La con-ette qui 
portait les déportés avait capturé . 
tians la traversée , un vaisseau an- 
glais où se trouvait un assortiment 
de livres. Les déportés avaient eu 
chacun un lot dans cette prise. Un 
grand nombre de ces livres étaient 
échus à Pichegni, qui les troquait suc- 
cessivement contre du \'in que Mar- 
bois avait apporté de Cayenne à 
Sinamary. " Pichegi-u, dit ce der- 
" nier, dans son journal , était fort 
" libéral du \in ainsi acquis. Nous 

• étions quelquefois en contestation 

• siu- une bouteille de plus ou de 
" moins, pour un Hérodote ou un 
" Tite-Live; ses connves se mo- 
'■ quaient de ma simplicité, lorsque 
■' faisant les honneurs de ces joyeux 
•>■ banquets, il leur disait : Buvons un 
« verre de mon J'ir^ilcy sablons une 
•' strophe de mon Horace, une rasade 
<•■ à la mémoire d' Homère. " La con- 
sidération personnelle dont jouissait 
Marbois, lui donna occasion de re- 
prendre, même dans son exil, l'auto- 
rité qui appartenait à son caractère. Au 
commencement de l'an VlH, l'agent 
Rurnel, que le Directoire avait envoyé 
a Cayenne , proclama la liberté des 
noirs et les appela à la défense de 
l'île, sous prétexte d'une prétendue 
invasion des Anglais. Ces nègres rem- 
plirent la ville et les faubourgs; i' 
était impossible de les solder et de 
les noiu-rir. De là des menaces d'iii- 
•vndier les habitations, d'égorger les 



MAR 



31 



propriétaires , et tous les présages 
de ce qui s'était passé à Saint-Do- 
mingue. Les blancs et les mulâtres se 
réunirent pour leiu- défense com- 
mune. jNLirbois et son compagnon 
LafFon-Ladébat , investis de leur con- 
fiance , devinrent les conseils de la co- 
lonie, expulsèrent Biu-nel, et tout rentra 
dans l'ordre, à peu près vers le même 
temps que le Directoire était renversé 
par Bonaparte. Marbois, qui avait des 
propriétés dans l'arrondissement des 
Andelys (Eure), fut le bienfaiteur de 
cette localité. Une notice publiée en 
1838 par M. AnL Passy, ancien préfet 
de l'Eiu-e, a révélé au public, que 
de 1822 à 183o, Marbois lui confia 
diverses sommes montant à 77,000 
francs pom* des établissements utiles 
dans l'arrondissement des Andelys; et 
cet ai'gent devait toujours être employé 
sous le voile de l'anonyme. M. Etien- 
ne, alors député de la Meuse, lui 
avait remis un Mémoire destiné à 
l'iustruction élémentaire dans ce dé- 
partement. Apprenant que les au- 
teurs étaient des jeunes gens mo- 
destes et ignorés, qui avaient mis en 
commun leurs talents et le peu de 
ressources qu'ils possédaient, pour 
propager chez le peuple des cam« 
pagnes des vérités utiles, Marbois 
donna pour eux oOO francs. « Mais 
- i-appelez - vous bien, dit -il à M. 
■' Etienne, que si mon nom est con- 
" nu, je retire mes oOO francs. ■ Au 
mois de mars 1836, la famille de Bar- 
bt»-Marbois fit rédiger une courte no- 
tice sur sa vie, qui a été revue pai- 
Marbois lui-même et lithographiée à 
une centaine d'exemplaires ( Paris , 
Bineteau). Marbois avait publié ses 
propres Mémoires, en 2 vol. in-8"*, 
flans l'année qui précéda sa mort. 

D— R— R, 

MARBOT (A^TOI!«E), généi^l 
français, naquit an village de la Bi- 



32 



MÂiV 



vlèrc (Corrèze), vers 17S0, d'une fa- 
mille honorable, reçut une bonne 
éducation et entra fort jeune dans les 
(lardes -du- corps du roi. Après quel- 
ques années de service, il fut compris 
dans les réformes que Louis XVI fît 
de sa maison, dès le commencement de 
son régne. S'étant alors retiré dans sa 
famille, il n'y passa que peu de temps, 
reprit bientôt du service, et devint 
aide-de-carap du général de Schom- 
berg. La révolution étant survenue, il 
en adopta les principes avec le plus 
grand enthousiasme, et fut nommé, en 
1790, administrateur du département 
de la Corrèze, puis député à l'Assem- 
blée législative, il ne s'y fit remar- 
quer que par un lapport sur les fi- 
nances (5 avril 1792), dans lequel il 
proposa un emprunt dont le résultat 
eût été de réduire la masse des assi- 
gnats, et de forcer les acquéreurs de 
biens nationaux à faire leurs derniers 
paiements en numéraire. Le 8 juin 
suivant, il s'opposa à ce qu'on reçût 
dans l'armée les soldats de la garde 
constitutionnelle que l'Assemblée ve- 
nait de contraindre Louis XVI à licen- 
cier, par la raison, dit-il, que l'esprit 
de ce corj)s était un dévouement au 
roi, esprit qui ne devait pas être celui 
des troupes nationales. Cette proposi- 
tion excita quelques rumeurs et n'eut 
aucune suite. Après la session, Mar- 
bot rentia dans la carrière des armes 
et parvint très-promptcment an grade 
de général de division. Il fit en «-ctte 
qualité les cam[)agnes de 1793-179i 
sur la frontière d'Kspa{;ne, (;l se dis- 
tingua dans plusifuis occasions, no- 
tamment à Orthez et à Glossua. Des- 
titué comme ultra - révolutioimaire 
jprès l.i chute de Robespierre, il fut 
réintégré par un airèté du conii- 
lé de salut ])ublic à l'époque du 
iriomphe de la Convention, le 13 
vendémiaire an l\ O)ctobre 1795), 



MAK 

puis nommé député au Conseil des 
Anciens par son département. Dès les 
premières séances, il se déclara avec 
beaucoup d'énergie contre le parti 
royaliste alors tout-puissant, et s'op- 
posa surtout à la rentrée des habi- 
tants de l'Alsace que la terreur avait 
forcés de se léfugier à l'étranger, et 
qui pour cela étaient considérés com- 
me émigrés. Sa motion contre ces 
malhetureux fut tellement désap- 
prouvée, qu'une décision de l'asseàn- 
blée ordonna son rappel à l'ordre. 
Quelques mois plus tard, Marbot ne 
fut pas moins inexorable pour les 
émigrés du Comtat-Venaissin. Il con- 
courut de tout son pouvoir à la ré- 
volution du 18 fructidor (i septem- 
bre 1797), et aux proscriptions qui 
en furent la suite. Nommé, aussitôt 
après cette victoire du parti révolu- 
tionnaire, président du conseil , il le 
fui encore au mois de juin 1798; | 
prononça le 14 juillet , en cette qua- 
lité, un discours commémoratif de la 
première journée de nos révolutions, 
et fit décider que celle du 1 8 fructidor 
serait également solcnuisée chaque 
aimée. Le 18 avril 1799, au moment 
de la crise opérée par les succès que 
venaient d'ol)tenir les armées Austro- 
r.usses en Allemagne et en Italie, il 
demanda avec beaucoup de force 
une levée de doux cent mille hom- 
mes, et se prononça avec la même 
violence contre mie circulaire de 
François de Neufchi\tcau qu'il accusa 
d'avoir <lésigu<; lea républicains aux 
paifjttards des royalistes, ajoutant 
<pic ce ministre -poète avait autre- 
fois chanté Marat et Robespierre, 
«hielques jouis après, il appuya vi- 
vement limpression d'une adresse 
des habitants de (Grenoble contre 
le général Schérer qui venait d'être 
battu en Italie et qui était le pro- 
té}'«i de Bcwboll. Ktant sorti du 



MAP. 

conseil après la révolution du 30 prai- 
rial quirenversa ce directeur, il rem- 
plaça Joubert dans le commandement 
lie Paris, et continua de se montrer, 
dans ce nouveau poste, /xiié partisan 
de la démagogie. Rien que remplacé 
avant le 18 brumaire, il Fit tous ses 
eâForts pour empêcher le triomphe de 
Bonaparte, qui l'envoya aussitôt après 
à l'armée d'Italie pour y être em- 
ployé dans son grade. Mais à peine 
arrivé à Gênes , Marbot mourut près - 
que subitement au commencement de 
l'année iSOO, atteint de l'épidémie 
qui affligeait alors ces contiées. — 
Ueui fils de ce général tiennent un 
rang distingué dans l'armée fran- 
çaise. M — D j. 

MARC (le P.), linguiste slave, né 
le 13 avril 1733, en ('.arniole, s'en- 
gagea fort jeune parmi les moines 
Augustins de Laybach, et passa la 
plus grande partie de sa vie, au cou- 
vent de Saint - Antoine de Padoue. 
Il finit cependant par quitter sa pa- 
llie pour se fixer aux environs de 
Vienne. Cest là qu il mourut le 5 
février 1801. I^pére Marc est un des 
hommes qui ont le mieux mérité des 
langues slaves du Midi , et qui ont le 
plus contribué à cet élan qu'on i-e- 
marque aujourd'hui dans la monar- 
chie autrichienne vers l'étude de ces 
idiomes remarquables. Parmi les nom- 
breux dialectes de cette façon de 
parler dans les provinces ill\Tionues, 
le camiolien ou carcntanien est cer- 
tainement celui qu'il faut regarder 
comme type, et l'on y rattache au- 
jourd'hui le croate d'une part , le 
Slovène de l'autre. Reste seulement 
une question à débattre : qui lem- 
jiorte du carniolien ou du carcnta- 
nien (winde de Styrie et wende de 
Carinthie)? I.a difterence de ces deux 
sous-dialectes est si légère, que l'on 
peut hésiter ; mais le carniolien est 



liMlB 



33 



resté moins incuite , et cette circon«* 
tance lui vaudra la préférence auprè> 
de beaucoup de juges. Quoi qu il en 
>oit, ou doit au P. ALuc grammaire, 
lexiques et chrestomathie de sa lan- 
gue nuiternclle. Sa Grammaire de la 
langue carniolienne, Lavbach, 1768 , 
in-S", a PU, dès 1783, le* honneur> 
d'une 2* édition, cl cest presque la 
seule encore où Ion puisse appren- 
dre les principes du wende de la 
Carniole. Eusuite vinrent etlcParvum 
dicUoHttariutn trilingue (en carnio- 
lien, en allemand et en latin), Lay- 
bach, 1782, in-4°, qui a été mis à con- 
tiibution par Linde, pour son grand 
et mémorable Dictionnaire de la lan- 
gue polonaise comparée aax treize 
dialcctc.4 slaves, et son Glossariutn 
slavicum. Vienne, 1792, in-4". Enfin, 
on a encore de lui une espèce de 
manuel de versification, sous le titre 
de AdjutneiUum poeseoi carniolicœ , 
Vienne, 1798, in-8", et un autre Ma- 
nuel poui- les conversations et les 
matières usuelles : c'est la tiaductioD 
du Xoth- u. IJiilfsbiichlein dcHTaLiuev. 
On conserve au collège Theresianmn 
devienne plusieurs manuscrits du 
P. Marc, entre autres une Chronique 
de Carniole et une Uisloire des iavanti 
r<ir«io//e»is, ou Bibliotheca Carnioliie. 

F— OT. 

AI ARC (Charucs-Cukktie}* -Henri) , 
premier médecin du roi Louis-Phi- 
lippe, naquit à Amsterdam, le i no\ . 
1771; son père étiiit allemand, et sa 
mère hollandaise. Eu 1772, ses pa- 
rents vinrent s'établir au Havre et 
demeurèrent jusqu'en 1780. t* fu 
donc en Fiance que Marc reçut sa 
première éducation. Parlant alle- 
mand avec son père , hollandais 
avec sa mère , et Irancais avec sçs 
camaïades d'étude . il brillait a^ 
milieu d'eux pat; son. application et 
ses progi-ès. A neuf ans, il Retourna 



34 



MAR 



en Allemagne avec ses parents, et a 
treize ans, il entra au collège deShep- 
fenthal (en Saxe). Là, sous la direc- 
tion du célèbre instituteur Saltzmann, 
a termina en quatre années toutes ses 
études classiques, et il apprit le 
latin, ainsi que l'avait appris Mon- 
taigne, comme une langue vivante; 
aussi pouvait-il écrire et parler dans 
cet idiome avec autant d'élégance que 
de facUité. On en trouve la preuve 
dans un petit discours qu'il prononça 
à son départ du collège, afin d ex- 
primer à la fois sa reconnaissance 
envers ses maîtres et son amitié pour 
ses condisciples. Ce petit essai parut 
à ses professeurs digne d'être impri- 
mé, et l'un deux le fit suivre de quel- 
' ques strophes dans lesquelles il pré- 
disait au jeune orateur un brillant 
avenir, prédiction qui se réalisa sans 
doute, mais non sans que celui-ci 
eût bien des obstacles à vaincre. 
Marc, laissé libre par son père de 
choisir une profession, se sentit pous- 
sé par une vocation irrésistible vers 
la médecine. Il commença l'étude de 
cette science à l'Université d'Iéna. 
Il s'y serait fait recevoir docteur; 
mais le désir dobtenir ce grade sous 
les yeux de sa famille l'engagea a 
soutenir les épreuves à la faculté 
de la ville d'Erlangen, où son père 
exerçait les fonctions de conseiller 
des finances. Sa thèse avait pour 
titre : Historia morbi rariotii spasmo- 
dici, cum brevi epicrisi (iTd2). Ce 
qui charme dans la préface de cette 
thèse, qui était déjà un ouvrage de 
haute portée, «'est l'expression de 
la déférence et du respect que les 
jeunes médecins allemands ont tou- 
jours eus pour leurs maîtres, sorte 
de piété qui fait un des caractères 
distinctits des universités d'Allemagne. 
Voulant agrandir par la pratique le 
cercle de ses connaissances, le nou- 
t. 



MAR 

veau docteur se rendit à Vienne, et 
pendant dix-huit mois, visita les hô- 
pitaux de cette capitale. De là il fut 
appelé à Bamberg, par son oncle, 
médecin distingué, qui avait surveiUé 
la fondation dun hôpital, dont le 
prince-évêque de cette ville venait 
de la doter. Marc se perfectionna dans 
l'art de guéi'ir, sous les yeux de son 
parent. La princesse douairière deLo- 
wenstein ayant demandé à celui-ci un 
jeune médecin qui pût la suivre dans 
ses terres de Bohème, Marc consentit 
à y passer quelque temps , et fut là ce 
qu'il a été partout, dévoué, plein de 
désintéressement, au milieu d'une 
clientèle nombreuse, mais pauvre. 
En 1795, il publia trois ouvrages en 
allemand : le premier offre des Rè- 
gles d'hygiène à l'usage des voyageurs; 
le second a pour titre : De l'emploi 
du gaz azote dans la phthisie pul- 
monaire; le troisième. Observations 
générales mr le% poisons et sur les 
effets qu'ils produisent dans le corps 
de l'homme. Ce dernier ouvrage, dont 
l'illusue professeur Hildebrand agréa 
la dédicace, était le premier essai du 
jeune docteur dans la médecine lé- 
gale. Il a été traduit en italien par 
Ferraris. Vers la fin de cette même 
année 1793, Marc, âgé de 25 ans, vint 
à Paris pour la première fois. Sa 
jeunesse, son savoir et même cette 
qualité d'étranger cpii prévient tou- 
jours si favorablement en France, 
tout lui concilia parmi les médecins 
de la capitale un accueil bienveil- 
lant. Il se lia surtout avec Bichat , 
\libert, et sous l'autorité de leur 
maître Corxnsart, dont il suivait les 
leçons de clinique, il concourut avec 
eux, avec Cabanis, Desgenettes, lAr- 
rev,Duméril, Pincl, Fourcroy et quel- 
ques autres, à la formation de cette 
société médicale démulation a la- 
quelle on doit de savants mémoires. 



Nous citerons entre autres uie la Fiè- 
vre et de son traitement en général, 
trad. de l'allemand de G.-Clir. Reich ; 
Considérations sur une tympanite,oh- 
servée à l'hôpiul Saint-Louis; Com- 
mentaire stir la loi de -Vutna Pompi- 
lius, relative à Couverture cadavérique 
des femmes enceintes, etc. Vers la fin 
de 1797, la mort de son père le rappela 
en Alleniafljne; il revint en France en 
1798, avec sa mère. Comme son pèi-n 
avait placé tout son avenir sur les fonds 
publics de France , sa fortune avait 
été presque entièrement absorbée pai- 
la réduction du tiers consolidé. 
D'autres circonstances malheui-euse.'; 
forcèrent M"" Marc à vendre à 7 fr. 
30 cent, ce qui avait coûte 100 fr. à 
son mari. Dès ce moment, de rudes 
épreuves se préparèrent pour le doc- 
teur Marc, qui, marié depuis quelques 
années, était déjà charge de famille. 
\m\ qui, jusqu'alors, à la faveur d unr 
honnête aisance, avait pu étudier, 
exercer la médecine sans antre but 
que l'intérêt de l'art , se vit obligé de 
chercber dans la pratique les moyens 
de faire vivre une mère, une épouse 
et quatre enl'ants. Il se livra donc à 
ce j)énible métier avec confiance , 
avec habileté ; mais bientôt lassé . 
rebuté, ayant acquis de bonne heure 
une amère connaissance de la vie mé- 
dicale, il prit en déffoût l'exercice 
de sa profession. Deux choses le 
choquaient surtout en France ; d'a- 
bord la responsabilité qui pèse sans 
cesse sur le praticien, même rpiand 
le malade n'a point exécuté ses ordon- 
nances; puis, souvent, la nécessité 
d'envoyer , à la fin du traitement , 
lUie note de visites, comme une fac- 
ture de commerce ; ce sont les ex- 
pressions dont il se servait en parlant 
de cette dure nécessité. Décidé à chan- 
ger de direction , il fonda une manu- 
facture de produits chimiques : le suc- 



MAR 



3o 



ces ne répondit [>oint à ses espéran- 
ces. Marc fut bon médecin et mau- 
vais industriel ; il était savant et point 
du tout marchand : aussi, après avoir 
dissipé dans ce commerce les derniers 
débris de sa fortune, il se trouva 
entièrement ruiné. Revenu à Paris, 
pour y l'econmiencer sa carrière mé- 
dicale, il s'y trouva dégagé de toute 
obligation envers qui que ce fût, et ne 
dut rien qu'à sa famille. L'âme rem- 
plie de pensées douloureuses, mais 
conservant sur son xnsage une inalté- 
j-ablc sérénité, le jour il faisait régu- 
lièrement ses visites, en les entremêlant 
de quelques échappées chez les pau- 
vres ; et le soir lorsque, accablé de fa- 
ligues, épuisé par les privations, i! 
lentraît au milieu des siens, il leur 
dissimulait sa peine, et, par l'enjoue- 
ment et la tendresse de ses paroles, dis- 
rsipait leur tristesse et ranimait leur es- 
poir. La nuit, pendant leur sommeil, 
enveloppe d'un manteau, afin de mé- 
nager le bois qui devait les chauffer, 
i| écrivait pour divers journaux de 
médecine. Il lui fallait, pour résister à 
àci travaux si soutenus et à tant de 
privations, non-seidement beaucoup 
«le courage, mais cet amour de l'hu- 
manité qui , chez lui , avait tant 
de puissance. En 1808, on cherchait 
un équivalent pour remplacer le 
quinquina . devenu très-rare à cause 
du blocu* continental. Marc proposa 
d'y substituer le sulfate de fer. L'heu- 
reuse application de ce moyen, 
dans un moment où les fièvres inter- 
mittentes exerçaient de grands ra- 
vages , lui valut une lettre très-flat- 
teuse de Corvisart, qui le remercia au 
nom de l'aïuorité. En 1809, la Société 
de médecine de Paris consigna dan» 
son Recueil les résultats de cette pre- 
mière découverte, et Marc en fit le 
texte de deux mémoires qtii parurent 
en 1810. sous le titre de Recherrhet 
3. 



36 



MAB 



sur l'emploi du sulfate de fer dans fc 
traitement dei fièvres intennittentex. 
On lui avait conseill de faire un se- 
cret de sa découverte; il pouvait ainsi 
facilement acquérir une {grande for- 
tune : mais il reftisa, voulant, di- 
sait-il, que l'humanité seule en profi- 
lât. En toute occasion , il déploya la 
même délicatesse. L'illustre Parmen- 
tier l'avait, à son lit de mort, dé- 
signé pour le remplacer au conseil 
de salubrité , et lui avait , dans celte 
intention, donné une lettre qui devait, 
dans la journée même, être mise 
SOU8 les yeux du ministre. Marc ne 
consentit 'à cette démarche qu'après 
la mort de Parraentier ; c'était trop 
tard; la place était prise; mais il ne 
se plaignit pas plus de cette déconve- 
nue, qu'il ne se vanta de sa bonne 
action. De meilleurs jours ne devaient 
pas tarder à luire pour lui. Le docteur 
Herbauer, que le roi de Hollande, 
Louis Bonaparte, venait de nommer 
àon médecin, le pria d'accepter sa 
clientèle. Marc devint bientôt l'un 
des médecins les plus répandus de 
la capitale. Au milieu des occupa- 
tions qui remplissaient sa vie , il ré- 
serva toujours une partie de son 
temps à ses études favorites. Le doc- 
teur Victor Rose publiait alors en 
Allemagne un Manuel d'autopsie ca- 
davérique médico-légal ; Uarc en fit 
une traduction «jui parut en 1808, 
enrichie de notes et de commentaires ; 
il y joignit doux mémoires de sa couj- 
position : l'un Sur la docimasie pul- 
monaire, l'autie Sur /es signes de la 
mort par submersion. A la tête du vo- 
lume est une préface dans laquelle il 
déplore l'indifférence où l'on était a- 
lors en Vrance pour la médecine légale, 
tutrice do l'honneur et de la vie des 
hommes, et qui, dans un pays ou la 
chimie jette tant d'éclat, aurait du 
briller comme ollc. Une de» meiUeuns 



MAB 

«ît des plus utiles productions de Maix 
a pour titre : La Vaccine soumise aux 
simples lumières de la raison (Paris, s 
1809). C'est un petit drame plein de ] 
naturel, de mouvement et de gaîté , j 
dans lequel sont combattus les préju- j 
{'ris du peuple contre la vaccine. Un 
digne curé, un chirurgien plein de 
sens et de philantropie, puis quelques 
villageois et leurs femmes , entre au- 
tres l'entêté Jean Rétif, sont les inter- 
locuteurs de ce dialogue, qui rappelle 
la manière de Franklin. Cet ouvrage, 
dont le succès fut européen, a eu plu- 
sieurs éditions et a été traduit dans 
plusieurs langues. Malgré tant d'émi- 
rients services , Marc n'appartenait à 
aucune Faculté de France. En 1811, 
il se fit agréger à celle de Paris, et 
soutint une thèse ayant pour titre : 
Fragmenta quœdam de morborum si- 
mulatione. C'était encore un sujet de 
médecine légale. Dans cette thèse, il 
laisse entrevoir le plan d'un grand 
ouvrage qu'il devait publier plus tard, 
mais la mort ne lui permit pas 
d'en réunir et coordonner les maté- 
riaux. Il en avait lu à ses amis quel- 
ques passages remarquables ; mais ce 
précieux manuscrit ne s'est point re- 
trouvé parmi ses papiers. En 1812, 
il fut envoyé à Pantin, par le pré- 
fet Frochot, pour y combattre une 
épidémie de fièvres intermittentes 
pernicieuses, dont le voisinage sem- 
blait menacer la capitale, et qu'a- 
vait occasionnée le mouvement des 
terres pour creuser le canal de 
l'Ourcq. Un «les médecins chargés 
du soin des malades venait do suc- 
comber. Maïc n'iiésita pas à accepter 
«etto mission périlleuse, et l'accom- 
pHt avec succès. Nommé, on 1816, 
au conseil de salubrité, il fut, peu de 
temps après, chargé de la direction 
du service des noyés et asphyxiés, où 
11 introduisit bicntAt «le nombreux 



MAB 



MAR 



37 



perfectionnements. En t817, avant 
heureusement guéri d'une maladie 
grave Madame Adélaïde, sœur du 
duc d'Orléans, il devint le premier 
médecin de ce prince , titre qui , 
en 1830 , fut changé en celui de 
premier médecin du roi. Marc écri- 
vit alors à l'Académie de médecine, 
dont il était membre, qu'il n'en- 
tendait pas se prévaloir de ce titie 
pour eue président d'honneur per- 
pétuel, place que lui accordaient les 
règlements de cette compagnie. L'A- 
cadémie , frappée de cette modestie, 
le nomma son président annuel, et 
membre du conseil d'adminisUation 
l'année suivante. Chez lui, les hon- 
neurs ne changèrent point les moeurs ; 
premier médecin du roi, il fut ce 
qu'il avait toujours été, le médecin 
des pauvres. Du reste, s'il ti-ouvait 
parfois quelques distractions dans la 
société , il n'était pas de ceux qui 
veulent les fleurs de la vie sans le 
travail qui les fait éclore. Une aima- 
ble gaité le soutenait dans les cir- 
constances les plus graves. Au sein 
des corps savants auxquels il appar- 
tenait, presque toujours ses opinions 
furent admises, et ses décisions fi- 
rent autorité; car, dans les^ discus- 
sions comme dans les entretiens par- 
ticuliers , il ne parlait que de ce qu il 
savait, et il savait beaucoup; c'é- 
tait alors un plaisir de l'entendre dé- 
ployer, sans faste et sans prétention , 
les trésors de son érudition et de son 
expérience. Lorsqu'en 1832 le cholé- 
ra-morbus sévissait si cruellement à 
Paris, Marc énonça, sur cette ma- 
ladie , des idées d'une prati([uc judi- 
cieuse: il indiqua des médicaments, 
et notamment une poudre qui eut du 
succès; mais, en même temps, il 
proposa le préservatif suivant, que 
plusieurs jouf-naux publièrent, sans 
nommer l'auteur : «i Quarante dose<: 



de chaleur, cinq de propreté', une de 
sobriété, une d'activité , une de bon 
sommeil, une de tioun-iture saine, une 
d'air très-pur, et cinquante de tran- 
quillité d^ esprit : mêlez avec soin ces 
cent parties pour en former un tout, 
véritable anti-cholérique. » Rien de 
plus attachant que les détails qui 
|)Ouiraient être révélés sur les rapports 
de Marc avec la famille royale, dont 
tous les membres ne l'appelaient que 
le bon docteur. Là, point d'étiquette ; 
c'était le médecin ami de la maison , 
toujours bien venu, toujours affec- 
tueux, étianger smtoul au langage 
des courtisans , et qui n'usait de son 
crédit que pour les malheureux. En 
1823 , il avait été uommé chevalier 
de la Légion-d Honneur ; il fut promu 
au grade d'officier après 1830 , el 
reçut du roi des Belges l'ordre de 
Léopold. Comme médecin -littérateur, 
Marc s'était fait connaître par un 
grand nombre de consultations mé- 
dico-légales, ainsi que par des articles 
importants de médecine légale et 
d'hygiène publique, qu'il avait four- 
nis à plusieurs recueils. On citeia 
toujours, dans les annales de la scien- 
ce et de l'humanité, la consultation 
([u il donna, en 1826, pour Henriette 
(jormier, femme Beiton , accusée 
d'homicide volontaiie et avec prémé- 
ditation ; puis , son mémoire pour 
Rispal et Galland , condamnés pour 
faux témoignage aux travaux forcés 
à perpétuité. Ce dernier écrit con- 
tribua puissamment à la réhabilita- 
tion de ces infortunés. Lors de la pu- 
blication du grand Dictionnaire t/e» 
Sciences médicales, ses travaux anté- 
rieurs lui donnaient une sorte de 
droit sur l'hygiène publique et sm la 
médecine légale ; ce fut aussi, dans la 
distribution des matières, la part qui 
lui fut assignée, et il a laissé dans ce 
recueil près de quarante articles ve- 



38 



MAR 



marquables, entre aatres ■■ A liénù , 
Antidote, Avortement , Baptême , 
Blessures, Cadavre, Castration, Couches 
( Femme en ), Maladies dissimulées, 
Enfants -trouvés, Épilepsie simulée. 
Exhumation, Grossesse, Habitation, 
Hermaphrodite,Hydrophobie, Impuis- 
sance, etc. Il quitta le grand Diction- 
naire , et s'associa avec plusieurs de 
ses confrères pour la publication du 
Dictionnaire de Médecine, en 21 vol. 
On peut encore citer, parmi ses nom- 
breux articles : Accouchement, Am- 
phithéâtre, Contagion , Infanticide, 
Inhumation, Pharmacie, Phai-macieu, 
Médecine politiijue. Quarantaine, Se- 
cours publics, Fiabilité, etc. En 1829, 
il fonda, avec Esquirol et Parent-Du- 
châtelet, les Annales d'Hygiène pu^ 
bliciue et de Médecine légale, for- 
mant aujourd'hui une collection de 
28 volumes, qui se continue. Marc 
composa l'introduction, comparable à 
ce que l'Allemagne possède de mieux 
en ce genre, et qui oflxe l'iiistoire 
de la médecine légale depuis son ori- 
jrine et dans les dirterentes contrées 
du monde savant. Il est peu de volu- 
mes des Annales qui ne renferment 
de lui quelques mémoires importants. 
L'Encyclopédie moderne de Courlin 
lui doit également plusieurs articli's. 
En 1831, il publia YE.xatnen mé- 
dico-légal des causes de la mort de 
S. A. R. le prince de Condé, brochure 
de 88 pa^es in-8", avec six planches 
explicatives, extrait des Annales d'hy- 
giène publique et de méderinv légale. 
En 1835, toujours préoccupé du soin 
d'étendre et de perfectionner le» 
moyens de salubrité publique, il fit 
paraître un ouvrage intitulé : Nou- 
velles Recherches sur les secours à don- 
ner aux noyés cl aux asphyxiés. Pans, 
i vol. in-S". Cet ouvrage a reçu de 
liants tomoignagt;8 d'estime de plu- 
sieurs souverains de l'Europe, il lour- 



MAR 

mille de faits curieux, de discussions et 
de remarques pleines de justesse, sur 
des questions de physiologie et de 
thérapeutique, sur les différents genres 
d'asphyxie, soit par l'eau, soit par les 
gaz, par le froid, par le chaud , par 
la suspension, par la foudre, soit par 
la faiblesse et l'inexpérience de l'or- 
ganisation qui vient de naître; sur 
l'art de ranimer les puissances vita- 
les, d'exciter la chaleur, de réveiller 
l'action des poumons, les mouve- 
ments du cœur, l'énergie du cer- 
veau, etc. Ces diverses publications 
et une foule d'autres encore dont il 
serait impossible de faire même l'e*- 
numération, et qui ont toutes un ca- 
ractère particuher , une utilité im- 
médiate , n'étaient que les jalons 
d'un grand ouvrage que Marc a laissé 
sur sa tombe, et qui est comme son 
testament médico-légal. Il a pour 
titre : De la Folie considérée dans ses 
rapports avec les questions médico-ju- 
diciaires. Quoique jouissant d'une 
santé parfaite, Marc semblait craindre 
que la mort ne le surprît avant qu'il 
eût terminé cette œuvre de prédilec- 
tion. Ce pressentiment n'étaitque trop 
fondé. Il venait de dater du 10 janvier 
1811 l'épreuve de sa Préface, lorsque 
le dimanche, 12, comme il rentrait de 
visiter le prince Toufiakinc, il fui, à la 
porte de son domicile, frappé d'une 
apoplexie foudroyante. Son livre. 
De la Folie, dédié au roi , se divise 
en deux parties. La première contient 
l'exposition des notions générales de 
la folie, dans ses rapports avec les 
questions médico-légales judiciaires i 
la seconde partie a pour objet l'ap- 
préciation spéciale de l'aliénation 
mentale, considérée sous les mômes 
rapports. Cet ouvrage , (jui s'adresse 
aussi aux gens du mondt; , olfrc une 
suite de drames affligeants et terribles, 
où figurent toutes les misères et tous 



MdLB 

les egaieinenls de notre pauvre na- 
ture, depuis l'idiotie irabécille, jusqu'à 
la monomanie délirante : les extases 
de la dévotion, les fureurs de l'amour, 
les désesjjoirs de l'ambitiou déçue, 
la soif aveugle du sang , la manie du 
suicide, l'exaltation de la haine et 
de la jalousie, toutes ces tristes 
maladies de l'esprit y sont décrites 
dans leur affreuse uudité, sans voile, 
sans recherche de style, sans au- 
tre but que d'en trouver le re- 
mède. L'auteur entraîne son lec- 
teur à sa suite, auprès de ces héros 
lamentables de l'égarement et du 
crime, dont les uns ont pris la route 
du bagne, le« autres celle de l'écha- 
faud, et qui, selon lui, devaient s'ar- 
rêter peut-être à la porte du premier 
hôpital. Quelques personnes ont cru 
que le psychologiste avait tiop étendu 
son système en le généralisant; <}ue 
1 aliénation mentale, trop prompte- 
ment acceptée comme cause, pouvait 
prépai'er une espèce d'excuse à des 
crimes , et amener l'impunité. On se 
tromperait en faisant raisonner ainsi le 
docteur Maïc ; il a pu croire, souvent 
reconnaître que l'aliénation mentale 
était une cause réelle, et, dans cette 
opinion, il est soutenu paj- des faits 
nombreux; mais ce nest pas lui, c'est 
le juge qui pi-ononce si la cause est 
l'excuse. Marc ue décide ni l'excuso , 
ni l'innocence; il se borne à voir une 
grande aberration, dont le principe 
peut n'être pas volontaire ou être 
une volonté égarée, et sa conclusion 
très-morale, si elle paraît au premier 
coup-d'œil être tiop indulgente pour 
l'apparence coupable, ne présente 
cependant pas une autre idée que 
celle du devoir d'une plus gi-ande at- 
tention sur la morale nécessaire aux 
hommes réunis en société, et sur le 
besoin de recouvrer et de propager 
cette morale par tous les moyens qui 



BSAA 



39 



peuvent éclairer la raison, et redi^es- 
ser ainsi les entraînements mêmes de 
la volonté qu'on aurait cnis irrésisti-. 
blés. Aux obsèques de Marc qui fut; 
inhumé au cimetière Montmartre,, 
après quelques paroles touchantes de 
M. de Saint-Albin, son gendre, MM, 
Pariset et Olivier d'Angers ont fait 
l éloge du défunt, l'un au nom de 1 a- 
cadémie de médecine, l'autre pour 
le conseil supérieur de salubrité. Ck& 
deux discours sout imprimés en tête 
«lu dernier ouvrage de Marc, lequel 
est enrichi d'mi portrait qui reproduit 
Hdèlement sa belle et uoble figiut?. 
Plus tard , le docteur Reveillé-Parise 
a public sur lui une intéi:esiiante no- 
tice ; enfin , tout récemment ( déc. 
1842), M. Pariset a, devant l'académie 
de médecine, prononcé l'éloge de 31. 
le docteur Marc. Nous avons eu com- 
munication de ces notices, dont la 
deniiere n'est pas encore imprimée. 
D— «— B. 
AIAHCA (Laci4>cc délia), ou 
Lactance de Bitnini , peintie , né à 
Monterubirano, florissaiten 1553. On 
le compte panni les élève» de Pierre 
Pérugin ; cependant quelques histo- 
riens lui donnent pour maître Jean 
Bellini et citent à cette occasion un 
tableau qu il peignit à Venise, en con- 
cmrence avec le Conegliano. Mai> 
J. Bellini était mort en lol6, et il est 
difficile qu'il ait pu éti'e le maître de 
Lactance. Quoi qu'il en soit, son père, 
nommé Vincent Pagani, était lui-même 
un ])einUe habile, et il est plus vrai- 
semblable que c'est lui qui donna a son 
fils les premiei-s principes de son art. 
Pierre Pérugui étant mort, délia 
Marca succéda à sa réputation et fut 
chargé de tous les travaux que ce 
grand maître n'avait pu terminer . 
ce qui pourrait avoir donné lieu d? 
croire qu'il ait été son disciple. Pai - 
mi les ouvrages qu'il exécuta, un cite 



40 



aiAR 



plusieurs salles qu'il a peintes dans le 
château de Rimini, conjointement 
avec Rafaellino del Colle, Gherardi, 
Doni e Paparello. Il avait commencé 
un tableau âc Sainte-Marie du peuple. 
La partie inférieure de ce tableau, qui 
est de lui, se recommande par la vé- 
rité de l'expression, l'heureuse dis- 
position du grand nombre des per- 
sonnages, la beauté du paysage, la 
vigueur, l'accord du coloris, er l'ex- 
cellent goût de tout l'ensemble où 
lien ne rappelle l'école de Pérugin. La 
partie supérieure a été terminée par 
Gherardi, mais elle est loin de répon- 
dre à ce qu'avait fah Lactance, H 
paraît que vers 1553 il fut nommé 
bargello de la ville. Cet emploi, plus 
honorable à cet époque qu'il ne l'est 
aujourd'hui, semble l'avoir absorbé 
tout entier, et détourné depuis lors de 
la culture de son art. — Jean-Bap- 
tiste LOMBAIVDELU DELUA M.MlOxH SUr- 

nommé Montana de Montenvvo , na- 
quit dans cettfe dernière ville en 1532, 
et fut élève de Rafaellirio da Reggio . 
Il annonça dans sa j<!Unes9é une fa- 
cilité de talent vraiment ihr'i-veil- 
leuse, mais son aversion pour Ictiavail 
rendit nulles des dispositions aussi 
rares. On voit cependant à l'unie ot à 
I»ërouse un assez, grand nombi-e d« 
se» fresques ; mais celles où il anft'oV)- 
tré le pins de talent et que l'on es- 
time davanta}f<' lurent exécuti^esi "à 
Montenovo, sa patrie. Il inournt veis 

1 587. '*— "• 

MARCAt^DIKU (Ro.;»). journa- 
nalistc, né vers 1767, a Cnise, avait 
adopté avec beaucoup d'ardeur les 
idée» de Ift rt-volution, el avait dû 
à ses opinions avancées la faveur de 
Camille Desmoulins, qui l'eniployn 
comme secrétaire. Mais ensuite il se 
brouilla complètement ave*' son pa- 
tron ; et, soit (|ue ses idi-es aient ett- 
cause de leur réparation, soit que la 



MAR 

séparation ait influé sur ses idées, il 
quitta la maison de Camille, et ne ■ 
craignit point de se déclarer son en- 
nemi en l'accusant, dans ses Hommes 
de proie, d'avoir été l'un des promo- 
teurs des assassinats de septembre-, 
ce qui ne peut être douteux , mais ce 
dont, même à cette époque, personne, 
hormis les prétendus juges et les plus* 
vils de leurs sicaires , n'osait se van-' 
ter. Cependant il n'avait renoncé ni à 
ses principes de républicanisme, ni à- 
cette nuance d'opinion qui le portait- 
vers les cordeliers plutôt que vers les 
jacobins. Aussi, après la chute des gi- 
rondins, entreprit-il de combattre Ro- 
bespierre et ses amis dans une feuille 
destinée à devenir l'antidote de celle 
de Marat, et dont le titre était le Vé- 
ritable Ami du Peuple , par un /..... 
h..,:, de sans-culotte qui ne se mouche 
pas du pied et qui le fera bien voir 
f in-8°, comme Y Ami du Peuple). Mais 
la tentative ne réussit pas, et il ne pa- 
rut en tout que onze numéros de mai 
h juillet 1793. Probablement Marcan"* 
dit»r, depuis ce temps , eut paît en 
sous -œuvre à la rédaction de plu- 
sieurs autres journauv. Du reste, il 
semble avoir eu quelque fortune. 
Lorscpi'en 1794 les anciens adhérents' 
«le Danton, revenus de leur première' 
stupeur, commencèrent à nouer leur 
ligue pour perdre Robespierre, Mar- 
candicr s'utiit à eux et fut un de leurs 
agents. Mais il n'échappa point aux 
défiances de Robespierre : décrété 
d'accusation avec sa femiue , il fut 
ivec elle mis eu jugement comme 
contre-révolutionnaire et ennemi dti 
peuple, poiu avoir provoqué la dis- 
solution de la représentation natio- 
nale en imprimant «pie « la Conven- 
tion n'était plus qu'un noyau de .sé- 
ditions, un conciliabule d'anarchistes, 
un assembla(;«« monstrueux d'homuu>8 
>aiis caractèï'e. etc. - ; et le tribunal 



MAR 



u* 



révolutionnaire kii appliqua la peine 
de mort, le 24 messidor an II. Effec- 
tivement, on avait découvert dans ses 
papiers un projet de discours ou de 
motion renouvelant l'accusation de 
Lonvet contre Robespierre. Moins de 
quinze jours après, Robespierre à son 
tour avait la tête tranchée, et les 
thermidoriens dont eût fait partie 
Marcandier triomphaient. Il avait a 
peine vinyt-sept an?. Sa femme, plus 
âgée de quatre ans, périt avec lui. 
Leurs noms ont Ihonneur d'ouvrir 
la liste funèbre de ce jour. I^ 
vrai titre de Marcandier à l'attention 
de la postérité , c'est l'importante 
brochure que nous avons signalée 
plus haut, et dont voici le titre com- 
plet : Hlstoiiv rfe« hommes de proie , 
OU les Crimes: du Comité de furveil- 
lance. En lisant ce pamphlet remar- 
quable, on est tenté de penseï' que le 
plus grand tort de Marcandier fut de 
s'être montié beaucoup trop instruit 
du réel des affaires, d'avoir connu 
des turpitudes qu'on croyait bien te- 
nir occultes, et d'avoir été trop i»rès 
d'éventer les secrets de la révolu- 
tion. C'est ainsi que, sans tout sa- 
voir, il sut beaucoup des irrégularités 
énormes qui suivirent le 10 août , et 
des vols publics ou secrets dont Pa- 
ris fut le théâtre, et dont le comité 
de police fut le moteur ; il sut que 
des vols immetises aussi avaient ac- 
compagné les massacres de septem- 
bre; il comprit qu'il y avait une liai- 
son entre ces assassinats et ces rapi- 
nes, entre l'abominable et le honteux. 
Il ne craignit pas de le proclamer à 
la fane de la France dans cette bro- 
chure si féconde en révélations. « Les 
partisans des massacres, s'écrie-t-il, 
ne diront pas , sans doute , que les 
diamants et les bijoux étaient sus- 
pects. Cependant on s'emparait avec 
soin des personnes et des choses. 



Ce seul feit suffit, ce me semble- 
pour donner la clé des massacres - . 
Puis il nomme, comme les auteurs 
incontestables des meurtres commis 
aux prisons , qui en sont restés char- 
gés aux yeux de la postérité , Danton»' 
d'abord, ensuite Camille Desmoulin»,"» 
Fabre d'Églantine, Panis, Sergent, 
Manuel et une douzaine d'autres, 
parmi lesquels il oubHe Billaud-Va- 
rennes, promettant, au reste, d'en' 
(aire connaître encore do nouveaux.' 
Mais il est surtout remarquable dans 
le tableau qu'il trace, et de la trans- 
formation du comité de surveil-^ 
lance (institué par le conscil-génerâl ' 
de la commune) en comité de dépôt, 
et des actes auxquels se livrèrent ceux ♦ 
des membres de ce comité qui étaient" 
selon le cœur des Sei-gent et des P*J* 
nis. Il faut voir comment ces dens'» 
hommes, bien qu'en minorité dans 
le comité , se font donner à eux et 
quatre amis de leur choix, le mandat 
de fouiller les maisons des détenus et 
d'avoir en dépôt les objets pris ainsi 
à domicile, il faut y voir avec quelle 
rapidité les mandats étaient décernés 
conti-e les personnes opulentes. Il faut 
voir de quelle façon étaient scellés les 
objets, étaient gardés les procès-ver- 
baux, et comme on mettait lestement 
ù la porte les commis formalistes què^ 
avaient un fanatisme de regularitë," 
pauvres gens qui, suivant Panis, n'é^ 
taient pas à la hauteur de la révolu- 
tion. Il faut voir enfin Panis, long- 
temps après et pour repondre aiix 
accusations de ceux qui voyaient en 
lui un voleur, dire à la Convention 
(14 février 1793) qu'il a conser\-é à 
la nation, comme administrateur, 
une somme de 1,800,000 francs dont 
il n'existait point de procès-verbal '. 
X Soit ; mais comment n'y avait-il y>as 
de procès- verbal ? Vous ne le dite> 
point , Panis. (>t vous avez raison. 



42 



MAB 



car vous donneriez la clé de tous vos 
méfaits (1). » Rien de plus péremp- 
toire que ces réflexions de Marcan- 
dier. Mais ce que Marcandier ne se 
disait pas et qu'il eût pu se dire, c'est 
que Panis , Sergent et leur suite n'a- 
gissaient pas seuls et de leur chef. 
S'ils mettaient au secret les bijoux, 
l'argenterie, le vermeil, le numérai- 
re, etc., s'ils escamotaient les procès- 
verbaux, s'ils apposaient et levaient 
les scellés sans témoins, qu'on soit 
bien sûr qu'ils ne détruisaient pas les 
pièces comptables avant qu'elles eus- 
sent été vues de personnages, sans 
l'aveu desquels ils n'eussent pas ma- 
nœuvré trois heures. Régulièrement 
ou irrégulièrement, ils avaient reçu 
des pouvoirs des vrais chefs du con- 
seil-général de la commune (Marcan- 
dier l'expose à merveille), et ceux-ci 
ne faisaient rien que de concert avec 
Danton. Serait-ce donc que Danton 
faisait piller pour lui? Rien n'auto- 
rise sérieusement à le penser. Bien que 
ce ministre n'eût point le désintéresse- 
ment de quelques-uns de ces terri- 
bles coryphées révolutionnaires qui 
restèrent pauvres en proscrivant, bien 
fjue Sergent eût mérité son surnom 
de Sergcnt-Agadie, et que Panis ne 
se fût pas appauvri au métier de dé- 
positaire, évidemment les dépouilles 
d'août et de septembre, grossies sans 
doute de celles du Garde -Meuble 
(^voy. DocLio^v, LXIl, 562) (2), au- 
raient rendu cbacun de ces hommes- 
là huit ou dix fois millionnaire. Ce ne 
pouvait donc éUe pour eux.lSul doute, 
selon nous (et la lecture de l'article 
DcMonuEZ, t. lAll, le confirmera), 



(1) Tel est le sens des paroles de Maicaii- 
dier, que nous ne transcrivons pas mol à 
moL (Voy. Histoire parlcm. de la rév. fr., 
\\l\U201.) 

(2) Marcandier a su aussi quelque cliose (Il 
Parfaire de Uouligny, dont il estropie le vrai 
nom en rappelant Uaubigni, 



MAB 

que ces agents de Danton ne perçus- 
sent alors pour le duc de Brunswick 
et pour son maîtie, et qu'ils ne tra- 
vaillassent à leur façon à sauver la 
chose publique. On comprend du res- 
te que ce ne sont pas là de ces ex- 
ploits qui prêtent au poème épique, 
et qu'on a dû les taire à ceux qui n'é- 
taient pas à la hauteur de la révolu- 
lion. Nous regrettons que Marcandier, 
au milieu de tant de détails irréfra- 
gables, et qui donnent tant d'autorité 
à ses révélations, n'ait pas su se pré- 
server d'injures qui deviennent inu- 
tiles quand on peut jeter à la face 
tant de faits insuUants, parce qu'ils 
sont plus probants que des injures. 
On n'a pas besoin de nommer scélé- 
rats et brigands les hommes capables 
de commander ou accomplir les mas- 
sacres de septembre; nous n'appelons 
7tioiistres que les êtres qui présentent 
une particularité physique, anormale, 
qui empêche la plénitude de la vie; 
le surnom de Barabbas donné à Panis 
est peu attique , et Courier n'eût pas 
écrit ainsi. Ces taches cpii ne portent 
que sur le style et sur la forme sont 
peu graves à notre avis dans un ou - 
vrageoù nous ne voyons que des ma- ^ 
tériaux pour l'histoire. C'est donc à , 
juste titre que la brochure de Mar- 
candier a été réimprimée dans le re- 
cueil dit Histoire parlementant de lai 
révolution française ; mais nous soni- > 
mes loin de partager favis qu'expri- 
ment en note les auteurs de la collec- 
lion, lorsqu'ils trouvent ce pamphlet 
a marciué du cachet de l'exagération 
la plus ouUée » en dautres termes 
comme contenant « toutes les légcn- 
tlcs qui eurent cours sur les journées 
de septembre, toutes les exagérations 
dont se sont seivisla plupart des histo- 
riens ", exagcraUons qui ne semblent 
aux deux auteurs « rien moins que cou 
formes à la vérité '. Kn conséquent.: 



?i^ 



}>IÀR 



)3 



['Histoire des hommes de pro'ie ueat 
reproduite que parce que l'on doit 
'• metti-e toutes les pièces sous les 
yeux des lecteurs «. Sous persistons 
.raa%ré cet arrêt à penser que ce n'est 
ni par l'exagération, ni par cette cré- 
dulité puérile qui accueille et eme- 
;;isue toutes les légendes, que pèche 
Marcandier, mais par l'ignorance né- 
cessaire oii il était des moyens em- 
ployés pom" sauver la chose pubtitjiie, 
et que, raalgi-é ce défaut inévitable 
alors, l'Histoire des hommes de proie 
mérite d'être classée plus haut qu'on 
ne l'a tait parmi les documents sur 
cette période de transition qui s'étend 
du 10 août au 25 septembre 1792. Il 
nous semble certain aussi que, si 1 é- 
ciit qui vaut la mort a sou auteur 
nous captive plus soleunellemcnt que 
tout autre, VHistoire des hommes de 
proie a droit a nous intéresser. Panis 
ne dut jamais pardonner à Maican- 
dier le sobriquet par lequel il leni- 
plaça son nom ; si\ auties, puissants 
pom' le mal à cette époque, avaient 
des griefs analogues conlie lui. — 
Un auti'e Mabcasdier, conseiller à lé- 
lection de Bourges , publia un Mé- 
moire sur une nouvelle manière de 
préparer le chauire. 1757, in-12 , et 
un Traité du chanvre, Paris, 1758 
(2* ëdit. 1795', ; plus une brochure 
intitulée : Questiou importante sur l'a- 
griculture et le commerce , Paris , 
1766, in-12. Le Traité du chanvre 
donna heu à des critiques dont on 
peut lire la réfutation dans les Mé- 
moires et Observations sur la Société 
économique de Berne. P — Oi. 

MARCEiL, évéque d Ancyre, ca- 
pitale de l'ancienne Galatie (aujour- 
d'hui Angora dans l'AnatoUe), assista, 
en 314 , au concile tenu dans cette 
ville; puis, en 325, au premier con- 
cile général de ?Jict-e, oit il combattit, 
avec autant de zèle que d'éloquence 



les errem> d'Arias. Saint Athanase , 
persécuté pai- les hérétiques, trou%a 
en lui un courageux défenseur aiL\ 
conciles de Tyr et de Jérusalem; 
mais il ne tarda pas lui-même à être 
en butte à la persécution. Un ti-aité 
<|u"il avait composé conU-e Asterc, 
sophiste, surnommé favocat de» 
Ariens, fut condamné par ceux-ci 
comme infecté de sabelliauisme , ac- 
cusation banale qu'ils poruient coulit: 
tous les pasteurs oilliodoxcs. Après 
l'avoir dépose de son siège épiscopal 
en 336, ils y fiient monter Basile, 
homme savant , sur lorthodoxic du- 
quel les écrivains eiclésiasti(jues ont 
variij, et qu'au reste il ue faut pas con- 
fondre avec un saint prêtre d' Ancyre. 
nommé aussi Ikisilc (voj. ce nom . 
LVn, 256), maityrisé sous Julien lA- 
{lostat. Marcel se i-endit à Rome au- 
près du pape Jules 1", qui reconnut 
son innocence et la pureté de sa foi. 
Rétabli par le concile de Sardique, 
en 347, il ne put cependant reprendre 
possession de son siège, à cause des 
préventions que les évèques d'Orieni 
avaient consei-vées contre lui. De 
saints docteurs même, de savants 
personnages, tels que saint Basile, 
saint Jean-Cbrysostôme, saint lli- 
laii-e, saint Jérôme , Sulpicc-Sévèr;- . 
trompés par les accusations des 
Ariens et par quelques expressions 
ambiguës de ses écrits, lui ont imputé 
des doctrines erronées ; et ce ({ui 
acheva de le rendre suspect à lem> 
veux , c'est qu il eut le nialhem- d a- 
voir pour diacre l'héi-étique Photin. 
Mais le témoignage de saint Athanas*- 
et le Jugement du souverain |>ontiié 
semblent suffire à sa justihcation. 
Marcel momut, fort âgé, en 374. De? 
divei-s ouvrages qu'il avait composés, 
il ne reste plus que des fra{;juents de 
son Traité contre Astère , cités pai 
Eusèbe de Césarée dans la rcfutation 



MAR 



MAR 



qu'il a faite de ce livre; une Lettre 
adressée au pape Jules I", rapportée 
par saint Épiphane, et une. Profession 
de foi que Marcel envoya à saint A- 
thanase pour dissiper les soupçons 
qii'on lui avait inspirés sur sa catho- 
licité. Cette pièce importante, publiée 
par Montfaucon (Collectio nova Pa- 
trutn, tom. 2), n'a pas été connue du 
P- Petau ni de quelques autres écri- 
vains modernes, qui ont continué 
d'accuser Marcel de sabellianisme ; 
car l'évéque d'Ancyre y condamne 
formellement cette erreur, et s'ex- 
prime dans les termes les plus ortho- 
doxes. P — RT. 

MARCEL (Etienne), prévôt des 
marchands de la ville de Paris sous 
le règne du roi Jean, (l'oy. ce nom, 
XXI, 445). On ne possède aucun ren- 
seignement sur la date de sa nais- 
sance, mais nous tenons pour cer- 
tain qu'il était né à Paris d'une 
famille distinguée dans la bourgeoi- 
sie ; c'était une condition nécessaire 
pour être appelé à cet emploi pen- 
dant toute la durée du XIV" siècle. 
Nous trouvons dans le quartier Saint- 
Paul une famille de ce nom, riche, 
considérée, influente; dor)t plusieurs 
membres furent propriétaires, éche- 
vins, écuyers. L'office de prévôt et 
celui d'échevin conféraient la no- 
blesse: ils pouvaient tenir fit'fs en 
haut lieu,, user et jouir des honneurs 
de noblesse, porter brides d'or, selon 
leur fortune, et autres accoutrements 
(lui appai tiennent à la clicvalerie , 
sortant de noble et antique oriyim: 
Ces privilèges furent enlevés, rendus, 
selon la polititjue des temps, et Hni- 
rcnt par être maintenus; du reste ils 
étaient peu nécessaires pendant les 
deux derniers siè«;lc8, où les prévôts 
de» niarchan«ls furent presque cons- 
tamment choisis dans des familles dé- 
jà jiobles. lui te qui concerne la no- 



mination des prévôts et des èchevins, 
elle était faite par les trésoriers , 
èchevins, contrôleurs, et bourgeois 
notables de la ville de Paris, réunis 
en assemblée générale le lendemain 
de la fête de l'Assomption. Une fois 
élu , le nouveau prévôt des mar- 
chands prêtait serment entre les mains 
du connétable de France, ou de tout 
autre dignitaire, suivant les diverses 
époques, ou suivant l'état politique 
de Paris. Après ce serment , le pré- 
vôt allait à l'hôtel Saint-Paul , ou au 
Louvre , et recevait son office ( le 
titre de sa charge ) des mains du 
ici (i). Les membres de la ifamil le 
dont nous avons parlé plus haut, eu- 
rent leurs sépultures dans l'église des 
leligieux Célestins, oii leurs noms se 
trouvaient inscrits sm* des tombes : de 
Jacques Marcel, mort en 1320, fils 
de Pierre Marcel, bourgeois et éche- 
vin de Paris; d'Etienne Marcel, son 
frère, mort en 1319; d'AgTiès Marcel, 
tille de Jacques et femme de Poilvi- 
lain (2), morte en 1340; de Garnier 
Marcel, bourgeois, et d'Eudeline, son 
épouse, morts en 13o2; de Gcoftroi 
Marcel, mort en 1397. Nous doutons 
que le prévôt dont nous nous occu- 
pons appartint à cette famille. A 
la vérité Secousse pense que Garnier 
Marcel était père de notre Etienne, 
mais il y a dilférence notable entre 
f écusson des armes de la famille en- 
terrée aux Célestins et celui du pré- 
vôt. L'armoriai des prévôts des mai- 
cliands de Paris indique ainsi les ar> 
moiries d'Etienne : vvw d'a/.ur, char- 



(1) Les choses M! passirtini toujours ainsi 
sous la royauté; mais auparavant, sotis l'adiiii- 
nisiration roinaim- , cl .\ partir de Til)ère, les 
nanti, (tefensurcs cititalis, xcaMnt, prcrfccti 
classis, les pi-^vflls des marchands , les mai- 
res, etc., avaient constamment offert le type 
d'un gouvernement populaire ou municipal, 

(2) Probablement celui qui fut trésorier du 
roi Jean. 



MAB 



MAR 



45 



gé de trois griffons tl'or giiinpants, 
une bai-re d'argent , losangée de 
gueules, coupant ledit écu transver- 
salement. On pourrait supposer que 
Marcel se créa cet écusson a l'instant 
où il ftit élu prévôt des marchands. 
La funeste bataille de Poitiers venait 
d'être perdue (19 septembre 13o6X le 
roi Jean était prisonnier, les fuyards, 
ayant en tète le dauphin , prince 
faible, chétif, Agé seulement de 19 
an», arrivaient à Paris et plongeaient 
cette \-ille dans l'effi-oi , annonçant 
qu'il n'y avait plus en France ni roi, 
ni noblesse, que tout était pris ou 
tué. Etienne Marcel, en sa qualité de 
prévôt des marchands, s'empressa de 
pour\oir au premier désordre. On de- 
vait croire que les Anglais, un instant 
éloignés pour mettre en sûreté leur 
capture, ne tarderaient pas à mar- 
cher sur Paris. Le sori de tout le 
royaume dépendait peut-être de son 
occupation. Pour prévenir les surpri- 
ses de nuit, Marcel fit tendre des 
chaînes dans les rues, garnir les murs 
de parapets où 1 on plaça des balistes 
et autres machines de guerre , avec 
ce qu'on avait de canons. Les murs 
constnaits sous Phihppe .\uguste ne 
contenaient plus toute la population ; 
elle avait débordé de toutes parts et 
il fallut se hâter d'élever d'autres mu- 
railles. Ces précautions prises, le 
dauphin, faisant fonctions de lieu- 
tenant-général du royaume, s'occupa 
deréumr lesKtats-généraux que, dès 
l'année 1355, .Ican avait convoqués 
pour obtenir des subsides et pour- 
voir ainsi aux frais d'une guerre con- 
tre l'Angleterre , qui n'avait été sus- 
p«idue que par une trêve maintes 
fois rompue, puis renouvelée et dont 
une nouvelle rupture n'était plus 
douteuse. Cette première réunion , 
où Marcel , orateur des villes, s'était 
déjà signalé par des i-emontrances ar- 



rogantes, des réclamations séditieuses, 
n'avait donné aucun résultat utile; 
toutes les ressources étaient épuisées. 
Les apparences n'étaient pas favo- 
rables à cette nouvelle convocation, 
qui cependant semblait tellement in- 
dispensable que le dauphin l'avança 
d'un mois et demi. Il allait faire 
un dur apprentissage de l'art de 
régner. Les États se i-éunirent un 
mois après la bataille, le 17 octobre, 
dans les bâtiments des Cordeliers, qui 
devinrent le foyer de la sédition. 
Quatre cents députés des bonnes 
villes s'y trouvaient, Marcel à leur 
tête; la plupart des évéques n'y étaient 
représentés que par procureurs; il en 
était de même des seigneurs qui pres- 
que tous étaient prisonniers. On con- 
çoit l'ascendant qu'allait prendre 
dans cette assemblée le prévôt, coa- 
lisé déjà avec le sire de Picquigny, 
membre trés-influent de la noblesse, 
et avec Robert Lecoq, successivement 
avocat à Paris, conseiller de Philippe 
de Valois, président du Parlement, et 
qui, s'étant fait évêque-duc de Laon, 
avait acquis l'indépendance des gi^ands 
dignitaii-es de l'église, pour augmenter 
le nombre de ses partisans. Sous le 
masque de la religion , Marcel avait 
fondé à Kotre-Dame une confrérie 
dont il se fit le chef, et dans laquelle 
il enrôla tout ce qu'il put ramasser 
de gens mal intentionnés ; il tira grand 
parti de cette société pour traverser les 
vues du dauphin (3). En outre, pour 
encourager les bourgeois de Paris par 
la vue de leur nombre, il leur fit 
porter des chaperons mi-partis rou- 
ges et bleus, et il écrivit aux bonnes 
villes pour les inviter à prendre ces 
chaperons. Dès l'ouverture des É- 
tats, on s'occupa de toute autre chose 
que des questions proposées; chacun 

',5) Ce ne fut qu'après son avènement au 
trône que Charles put la dissotidre. 



46 



MAB 



trouvait quelque vice dans ladrainis- 
tration, chacun demandait des réfoi-- 
mes dans le royaume; nul ne songeait 
aux moyens de le sauver. On sentit 
cependant que le trop grand nombre 
des députés ne permettrait pas de 
s'entendre, et l'on forma une com- 
mission de cinquante élus, choisis par- 
mi les plus signalés par l'insolence et 
la témérité de leurs déclamations; ceux 
qui attaquaient avec le plus de vio- 
lence les magistrats, les officiers 
du roi, le roi lui-même, réunirent 
tous les suffrages. La sédition, con- 
centrée ainsi dans un petit nombre 
dirigé par Marcel, n'en fut que 
plus ardente. On y rédigea un cahier 
des représentations à faire au dauphin, 
et des réformes qui seraient exigées 
comme le prix des secours précaires 
qu'on lui accorderait. On lui deman- 
dait la délivrance du roi de Navarre, 
Charles-le-Mauvais, emprisonné par 
le roi Jean, en 1355, et avec qui le 
prévôt entretenait depuis long-temps, 
des intelligences secrètes; on exigeait 
la destitution et la mise en juge- 
ment de ses plus fidèles serviteurs, de 
ses conseillers et de ses minisU-es les 
plus expérimentés; on se réservait de 
lui faire, le jom- de l'assemblée défini- 
tive ,d'auties requêtes éfjalemeiU utiles 
à la gloire et au salut de la France. 
Menacé d'être privé de tous les amis 
qui jouissaient de sa confiance, et ne 
voulant pas laisser ruiner l'autorité 
royale, le dauphin assembla son con- 
seil, et s'y rangea a l'avis qui fut 
unanimement adopté de dore les 
Ktats. I* jour marqué pour celte 
mesure, tous les membres étant ras- 
semblés «lans la chambre du Parle- 
ment, un envoyé du prince vint in- 
viter plusieurs «léputés à se rendre 
auprès de lui à la porte du palais ; 
c'étaient les meneurs des trois ordres. 
Après quelque» instants <le conféren- 



MAR 

ce, ils entrent, et le duc d'Orléans , 
frère du dauphin, annonce que les 
nouvelles reçues du roi exigent qu'on 
remette au jeudi d'après la Toussaint 
(3 novembre) la clôture des Etats. 
L'assemblée se disperse, et plusieurs 
de ses membres retournent dans leurs 
provinces ; les autres, et surtout les 
factieux, restent dans l'espoir que 
leur triomphe n'est que retardé. A 
l'expiration du délai, le dauphin, réu- 
nit au Louvre, avec plusieurs per- 
sonnes du conseil royal et de son 
conseil privé, quelques députés des 
États, toujours choisis parmi les 
princi{>aux séditieux. Il fut résolu , 
nonobstant les réclamations de ceux- 
ci, que le prince différerait d'enten- 
dre les États jusqu'à ce qu'il connût 
la volonté du roi. Mais les finances lui 
manquaient; plusieurs fois, et toujours 
eu vain, il avait sollicité le prévôt 
des marchands et les échevins de lui 
faire octroyer une aide; enfin il prit le 
parti d'envoyer des commissaires dans 
les différents bailliages, et, pour plu- 
sieurs, ces voyages ne furent pas in- 
huctueux. Pendant qu'ils agissaient, 
l'esprit de révolte se propageait dans 
les provinces ; le dauphin se consu- 
mait à Paris en peines inutiles : le pré- 
vôt y dominait en souverain ; c'ë- 
lait l'àme de la faction. Tous les 
ambitieux, à quelque rang qu'ils ap- 
partinssent , ne semblaient secouer 
le joug de l'autoiité légitime que 
pour servir Marcel, qui répandait ses 
agents dans les maisons, dans les 
places, tlans les «arrefoui-s , partout 
où pouvaient se trouver quelque» 
I assemblements de bourgeois ou dar-» 
lisans; car, dans les temps de trou- 
bles, la manie de raisonner sur le 
gouvernement hvre aux factieux les 
esprits grossiers, qui saisissent le pré- 
texte des circonstances pour sexemp- 
i.r d'un travîul nécessaire, et qui. 



MAR 

néanmoins, poussés par le besoin, 
s'imaginent trouver dans une révolu- 
tion, ou le salaire de leur fainéantise , 
ou le moyen de faire fortune. Marcel 
ne cessait de se faire prôner à la mul- 
titude , comme le défenseur des droits 
<le la bourgeoisie, l'ami des indigents, 
l'espoir des Parisiens; lui-même ne se 
montrait en public qu'environné d'un 
cortège nombreux de complices. Le 
dauphin qui ne pouvait ni réprimer 
ces entreprises par la force, ni obtenir 
aucun accommodement par la dou- 
ceur, s'étant décidé à se rendre à 
Metz, auprès de son oncle, l'empe- 
reur Charles IV, le prévôt qui jus- 
qu'alors n'avait agi contre le gouver- 
nement royal que par des pratiques 
secrètes et des discours insidieux, le- 
va le masque et commença, pour 
ainsi dire, les hostiUtés dans Paris. Le 
dauphin. avant son départ, avait or- 
donné la fabrication d'une nouvelle 
monnaie <^ont il espérait un profit 
considérable, ce qui le mettrait en 
état de se passer d'un secours et se- 
rait un remède à lépuisement des 
finances. A la publication de cette or- 
donnance, la multitude s'émeut ; Mar- 
cel, à la tête des plus turbulents, re- 
quiert le comte d'Anjou, frère et 
lieutenant du dauphin, d'arrêter l'é- 
mission des nouvelles espèces ; le len- 
demain, il rcN-ient avec une foule plus 
nombreuse ; on le remet au jour sui- 
vant; il retomTie enfin à la tête dune 
troupe de mutin'* encore plus nom- 
breux, sommer le comte de se décider ; 
il fallut céder et suspendre la fabri- 
cation jusqu'à ce que le dauphin eût 
fait savoir sa volonté. Marcel s'en re- 
tourna triomphant avec sa suite , qui 
disait avec un rire moqueur • qu'il y 
• allait de ne pas manquer au prévôt 
« dans toutes ses entreprises ». Le 
dauphin revient, et jugeant que la ma- 
jesté royale ne devait plus reculer de- 



MAR 



47 



vant la sédition, il chaîne l'arche- 
vêque de Sens et plusieurs de ses 
conseillers d'appeler de sa part Mar- 
cel à une conférence près de Saint- 
Germain-l'Auxerrois. L'audacieux tri- 
bun s'y rend entouré d'une foule de 
bourgeois armés à découvert- On lui 
demande de lever lempêchement 
que les Parisiens mettaient à la circu- 
lation de la monnaie nouvelle ; il ré- 
pond : » Ce que vous demandez est 
" impossible; que monseigneur n'af- 
« fecte pas de mettre les murs de son 
<• palais, ses conseillers, ses courti- 
" sans et sergents du Parlement 
" entre le peuple et lui; qu'il traite 
« loyalement avec les sujets du roi, 

- et qu'on sache de part et d'autre 
" les obligations et les droits de cha- 
" cun ». Le comte de Roussy ob- 
jecte » qu'il est injuste de ravir au 
« dauphin le droit du monnoyage , 

« véritable domaine du roi ; que 

« l'on couvre trop souvent l'ambi- 
« tion particuUère du voile de l'intérêt 

• public ». A quoi le prévôt, l'inter- 
rompant brusquement , réplique : 
« Si vous -êtes venu pour nous par- 
•• 1er d'une nouvelle monnaie, tous 

« vos discoui-s sont superflus Les 

.' habitants des bonnes villes et sur- 
» tout ceux de Paris, connaissent 

• iears privilèges et leiu^ fi'anchises ; 

- ils sauront en être dignes, ils pour- 
« ront montrer qu'il n'est pas sûr 
» d'abuser de leur obéissance, que 
-< si on voit leurs bannières a l'ar- 
« mée, ils sauront aussi manier lepëe 
K contre des ennemis intérieurs. « 
Tandis qu'il parle, ses satellites s'ani- 
ment de moment en moment; leuj' 
fureur et leur insolence perdant toute 
retenue, ils profèrent en frémissant 
sourdement la menace et l'outrage ; ils 
brandissent leurs haches d'armes et 
leui-8 piques ; les envoyés du prince 
sont obligés de se retirer. Marcel fait 



48 



MAR 



suspendre le travail des ouvriers; il 
ordonne aux bourgeois, aiLX gens de 
mëtiers et autres de prendre les ar- 
mes. Paris allait devenir un champ 
de carnage; on désignait déjà plu- 
sieurs officiers du roi. Après avoir 
entendu le rapport du comte de 
Roussy, le dauphin est réduit à 
comprimer l'indignation qui le suf- 
foque , et à suivre les conseils de la 
prudence. Il se rend de grand ma- 
tin au Louvre et dit au prévôt des 
marchands : « Qu'il n'est pas mécon- 
" tent, qu'il pardonne tout, qu'il con- 
« voquera les États quand on le vou- 
., dra, qu'il fera arrêter et retenir en 
» prison jusqu'au retour du roi, tous 
« les officiers qu'on lui avait désignés 
« dans la précédente assemblée, en- 
» fin qu'il renonce à la nouvelle 
« monnaie ». Le prévôt demande des 
lettres-royaux pour garantir la foi de 
ces promesses; quelques jours après, 
il exige encore qu'on envoie des 
sergents en garnison dans les mai- 
sons de ceux des officiers qui, sacri- 
Hés à la haine du peuple , avaient 
pris la fuite. Le dauphin dut souscrire 
à tout. Les États furent de nouveau 
réunis le 5 février 1357. Marcel et Lo- 
coq, évêque de Laon, présentèrent le 
cahier des doléances et obtinrent que 
chaque député les communiquât à sa 
province, avant qu'elles fussent dé- 
battues. Leur lecture fut suivie d'une 
violente crise, chacun, parmi le clergé 
et les nobles, réclamant quelque pri- 
vilège, queUjuc partie d'autorité, ou 
quelque bien; ils n'allaient à rien 
moins qu'à ramener la monarchie 
au temps de Hugues-Capet et de ses 
premiers successeurs. Mais rien en- 
core n'avait égalé le tumulte et les 
orages «jui s'élevèrent dans rassem- 
blée des communes. Marcel, saisissant 
l'instant oii les esprits étaient le jJus 
t'ihauffés, monte à la tribune etpro- 



MAR 

nonce une longue harangue qu'il ter- 
?nine en disant : « Il faut régénérer 
.! la France, il faut réformer tous les 
« vices du gouvernement , briser nos 
« entraves et nos chaînes, et faire 
« disparaître les honteuses cicatrices 
« de la servitude. Mais comment dé- 
fi truire les maux, si l'on n'en exter- 
u mine les auteurs et les artisans? » 
Et il nomme les victimes qu'il signale 
d'avance à la vindicte populaire. En 
lisant tout au long cette odieuse phi- 
lippique, on se figure entendre l'un 
des plus frénétiques orateurs de la 
terreur conventionnelle. Aussi se- 
rait-il difficile de décrire l'exaltation 
et le déchaînement des députés des 
villes après l'avoir entendue ; les deux 
autres états y participèrent dans les 
conférences générales et tous atten- 
daient avec impatience la grande 
journée. Les chefs de parti ne ces- 
saient d'attiser le feu de la séfUtion ; 
les rassemblements, les discours ar- 
tificieux, les fausses nouvelles, les 
brillantes promesses , les distribu- 
tions d'argent, tout fut mis en 
œuvre. Mais les deux plus infatiga- 
bles adversaires de l'autorité royale 
étaient l'évéque de Laon, à la cour, 
et Marcel dans les commîmes. Celui- 
ci, d'une humeur sombre et violente, 
fourbe sans finesse, ennemi insolent, 
méprisant la vertu, le rang, outra- 
geait ouvertement tout ce qu'il bais- 
sait, trompait le peuple sans le flat- 
ter, et ne liait ses partisans que par 
l'intérêt ou la terreur. Lecoq, non 
moins séditieux, mais avec plus de 
sang-froid et de souplesse, principal 
a{'eut de la faction, eu même temps 
qu'il était conseiller du dauphin , 
sapah la royauté en présence du 
prince, cl souvent par ses mains, 
alfoctail un air de dignité , une 
certaine observation des Ijienséan- 
ces plus injuiieuse encore que la 



MâA 

brusque dureté de Marcel ■ l'un épt- 
rait mieux dans une assemblée déij- 
bérante, ou une négociation; l'autre 
poussait avec plus de vigueur une 
entreprise et un coup de main. Le 
péril effrayait levéque, ie.pimàÂmàf 
tait Marcd; quand celui-ci soa^mt 
à prentlre un parti extrême/ tecoq 
se préparait à la fuite. L'un, plus 
perfide, conduisait ses enneiais dan^ 
le piège; l'autre, plus sanguinairf. 
les assassinait. Ik'vorés lim rr l'ntitrr 
d'ambition, mais Mai 

les lionneurs et jaloux .. ,. . : 

la puissance, tous deux se pcrfBreni 
par leur avidité pour l'argetit; ils ne 
savaient pas simuler cet adixMt désin- 
téressement qui semble jnegliger de 
s'enriclùr. poui- envahir ensuite plus 
sûrement toutes les fortunes arec 
le pouvoir. Ijcs États-liénéraax se 
léunirent de nouveau le 3 mars, et 
après la lecture des doléances, lo- 
i-ateur du clergé . Hobert Lecoq . 
se chargea de les développer dan^ 
nue harangue (jni était en même 
temps un sermon. On promettJit an. 
dauphin .30,000 hommes Marnes, 
mais à l'expresse et préalable condi- 
tion de la destitution et de la mise en 
jugement de vingt-deux ofticiers du 
prince, dont l'orateur lut les noms; 
j ta condition enrorp que tous les 
officiers actuellement vu exercice 
tussent dés ce moment suspendus de 
lem^s fonctions; que les denici^ a 
provenir du subside qui serait aocur- 
dé fussent levés et disti-ibucs paroles 
<léputés que les Etats éliraient ; qu il 
ne fût fait ni paix, ni trève, ni con- 
vocation d'a f w iipAuti , que du con- 
sentement dek tiliivËitats . sans que 
le vote de denx Fîtaîs put lier le 
troisième; enfin qu'nne nouvelh- 
monnaie fût faite . -^ mais con- 
■• forme à l'étalon et aux patrons qui 
- :«ont entre les mains du prév6t de» 

LttIU. 



<ltiR 



49 



■ inaichands de Paris» •. I>e bire de 
Picquiguv avoua, au nom de la no- 
blesse, tout ro que venait de dire 
Hobert 1 i outre 

la mise en ; Navarre. 

fitienno Marcel s avançant ensuite, 
dit : H J approuve an nom des bon- 
« ues villes et des comimmes tout ce 
< qu'ont dit monseigneur •ftMaHif^ 
Uon. et après lui 1iiiM%iiar 
" Jean <le VinfÊi^fÈÈpiiâÊfi^l^tf>jftàt 
' pi cuve de ma éÊfÊÊtfÊÊkè l^'lMllÀ 
■" avis, je me démets de la charge de 
» piévôt des marchands, que je ne 
•■ (leoT'ni garder ni exercer légitime- 
" ment si je ne la tiens de la volonté 
« esjwesse des États. C'est aux repré- 
• sentants de la nation à nommer 
» ceux que la nation doit a\Trir pour 
« juges ". A la lecture de ces arro- 
gantes remontrances, on serait tenté 
de croire qu'elles datent de 1792, 
à la diflwonce près que Marcel y est 
quelque chose de plus que Péthion. 
(yn pense bien que toute cette scène 
avait été concertée d avance entre les 
triumvirs. Insulté par tout ce qui ve- 
nait d'être dit, et plus encore par les 
raunnores approliateui's de l'assem- 
blée, le dauphin sentit pourtant 
qu'il fallait céder, mais il montra par 
son attitude ferme et modelée, aux 
bons ce qu'ils avaient à espérer, auï 
méchants ce qu'ils devaient craindre. 
Il accorda tout, excepté lélargisse- 
ment du roi de Navarre; le cahier 
des doléances devint la base d'une 
ordonnance dressée sur-le-champ . 
qu'il signa et qu'il fit publier le même 
jour dans Paris. Cette grande ordon- 
nance était bien plus qu ime réforme. 
Elle changeait d'un coup le gouver- 
nement; elle mettait l'administration 
entre les mains des Ktats, enfin elle 
substituait la république à la mo- 
narchie ; c'était, en d'autres termes, 
lère de la liberté du 2â sept. 1792. 
4 



50 



MAR 



Dans cette dissolution du royaume , 
la commune restait vivante; Marcel 
reprit, sous l'autorisation des États , 
l'exercice de ses fonctions, ajoutant 
à la puissante influence qu'il avait 
dans lem-s délibérations, îa facilité de 
soulever ou d'apaiser à son gré les 
flots de la multitude ; il fut pendant 
quelque temps le monarque le plus ab- 
solu dans Paris. Un conseil de réforma - 
tion composéde 36 membres, pris dans 
le sein des États, avait été créé; il était 
devenu le seul souvei'ain alors reconnu, 
et s'était hâté de frapper les grands 
coups; mais, dès le mois de juillet 
suivant, presque tous les ecclésiasti- 
ques et les gentilshommes qui en fai- 
saient partie, se retirèrent ; les autres, 
formèrent, au nombre de douze, ce 
qu'on appela le conseil secret. Ce 
n'était plus une assemblée légale, 
mais un conciliabule de quelques 
conjurés dont le chef, l'instigateur 
de toutes les tentatives séditieuses, le 
plus fécond en intrigues et en res- 
sources, était toujours Marcel. Sa 
maison restait le foyer de toutes les 
conspirations ; la multitude ne voyait 
que par ses yeux, n'agissait que par 
ses ordres. Le dauphin, croyant le 
moment favorable, déclara au pré- 
vôt et à ses complices qu'il voulait 
désormais régner par lui-même; il 
leur défendit de se mêler des af- 
faires du royaume, et partit pour 
aller demander aux États provin- 
ciaux de» secours d'hommes et d'ar 
gent. Ctîtte fierté, cette vigueui jet- 
térent d'abord les conjurés dans un 
grand étonncment, et si le jeune prince 
avait sur-le-champ convoqué les Ktats 
dans une autre ville que Paris, peut- 
être eût-il déterminé en sa faveur les 
esprits encore incertains ; mais son 
absence donna aux conjurés le temps 
de revenir «le leur surprise; et au 
retour dece» voyages, dont il ne retirw 



MAR 

aucun fruit, il rentra aussi impuis- 
sant dans sa capitale , ou plutôt il se 
livra de nouveau à ses ennemis. Mar- 
cel parut le recevoir plus par généro- 
sité que par soumission ; il y eut dans 
ses hommages quelque chose de plus 
superbe et de plus ofténsant que dans 
une révolte déclarée; les haines sem- 
blèrent assoupies; on promit de 1 ar- 
gent au dauphin, en le priant de faire 
venir les députés de vingt ou trente . 
bonnes villes pour délibérer sur les | 
besoins du royaume; il convoqua les 
députés de soixante-dix villes qui ob- 
jectèrent qu'aucune décision n'était 
possible sans la réunion des trois or- 
dres. Aux lettres de convocation écri- 
tes par le prince, le prévôt eut l'in- 
solence d'en joindre d'autres en son 
propre nom. ÎSon content d'exercer 
la souveraineté de fait, il en affectait 
l'orgueil, et refusait un secours d'ar- 
{^ent que lui demandait le dauphin, 
jusqu'à l'assemblée des États-Généraux. 
Ils se réunirent à Paris, le 7 novembre, 
et dans la nuit du 8 au 9, le complice 
de Marcel, le sire de Picquigny, en- 
leva par un coup de main Charles- 
Ic-Mauvais du fort où il était enfer- 
mé. Marcel avait besoin d'une épée 
contre les gens d'épéo qui environ- 
naiejit le dauphin, d'un prince du 
.sang contre ce prince lui-même, 
aussi le roi de Navarre devint-il ponr 
lui un très-puissant auxiliaire. La di- 
gnité royale était sans cesse offensée, 
»ous les rangs étaient confondus , les 
bienséances d'état oubliées, les lois 
violées, les anciennes maximes mé- 
prisées ou détruites, un vertige d'in- 
dépendance et d'usurpation avait trou- 
blé tous les esprits ; mais ce n'était 
point assez, pour le prévôt des mar- 
chands; tout l'odieux des tlésordres 
commis jusqu'alors nlombait sur lui 
et sur les autjes chefs de la faction. 
On n'avait à reprocher au peuple qu« 



des tentatives ijeditieuses , (les t5gare- 
meuts dont il pouvait encore revenir, 
tant qu'il n'aurait pas été engagé pai 
la complicité d'un grand crime, tant 
qu'on ne l'aurait pas animé dune 
aveugle férocité , en lui laissant pren- 
dre le goût du sang. Marcel ne pou- 
vait être ni content, ni Uanquille; il 
tallait qu'un excès de rage le rassurât 
lontre le repentit- de la multitude; 
il ne tarda pas à en saisir l'occa- 
sion. Un double assassinat, commiv* 
un mois auparavant, l'avait averti 
que tout .était mûr pour son de?*- 
sein. Un changeur nommé Perrin 
Marc ( d'autres écrivent Macé ), ayant 
vendu deux chevaux au dauphin et 
n'étant pas payé, avait rencontré dan^ 
ta rue >euve-Saint-Mern , Jean Baillct. 
trésorier et lun des plus intimes fa- 
miliers du prince. Une dispute s élève. 
Perrin tue Baillet dun coup de cou- 
teau, et se réfugie dans l'église Saint- 
Merry.Ému de colère et de douleur, le 
dauphin envoie aussitôt llobcit de 
Clermont, maiechal de Normandie, 
Jean de Chàlons et Robert 8taisc , 
prévôt de Paiis (4), avec un graml 
nombre de gens d'armes qui, malgré 
la franchise du lieu . en bi isent les 
portes, traînent Penin au Chàtelet, 
lui coupent le poing et le Ibnt pen- 
die. L'évêque de Paris se plaignit 
bien haut de cette violation des im- 
munités de l'église; et, prétextant que 
Perrin était ecclésiastique, il obtint son 
corps, qu'il fit enterrer à Saint-Merr\ 
avec beaucoup de solennité. 'Marcel 
assista au service accompagné d uji 
grand nombre de bourgeois , tan- 
dis que le dauphin suivait l'entene- 
raent de Baillet. Une collision était 
imminente. Cet événement s'était 
passé à la fin de janvier 1358. Le 

(4) 11 ne faut pas confoodre l'office du pré- 
vôt des marchands avec celui du prévôt d»^ 
Paris , qui était le cbef de la police. 



MAB m 

22 février , tous les gens de mé- 
tier, mandes par le prévct des mar- 
chands, .se rassemblèrent en armes: 
des meneurs envoyés par lui d avan- 
ce dans les différents quartiers, 
avaient eu soin d échaufter le* es- 
prits. U harangue la multitude et 
quelques distributions d'argent, ajou- 
tées à ses discours, achèvent de la 
soulever en sa faveur ; il e.^t salué paj 
des cris prolongés. Accompagné des 
cchevins et suivi de ses plus zélés 
partisans, dont les chaperons mi- 
partis se distinguent par des agrafes 
émaillées de vermeil et d'azur, au bas 
desquelles sont gravés ces niot« : <'< 
bonne fin (ce qui signifie qu'ils lui 
.sont dévoués envers et contre tous, 
à la vie et à la mort;. Marcel ouvre 
la marche. La troupe s avance en 
désordre, brandissant des piques, 
des épées, des pioches, des faux, de^ 
haches ; lair retentit d'imprécations ; 
la populace grossit de moment en 
moment ce cortège, sans autre motif 
que de voir, ou de prendre part au 
tiouble: tout présage un grand crime 
et de grands malheurs. A l'approche 
de Saint-Landiv, des cris s'élèvent ; 
« C'est Renaut d'Acv, c'est im des 
tvrans rétablis contre le peuple , c'est 
lui qui prétend étie avocat-général 
au mépris des Etats ! » On se précipite 
sur lui et il tombe percé de mille 
coups. Enfin la tourbe airive au pa- 
lais, dont la porte est forcée; elle 
inonde les coiu-s, les escaliers, les ap- 
partements ; le prévôt enti-e avec ses 
satellites dans la chambre du dau- 
phin , auprès duquel sont ses con- 
seillers ordinaires, Robert de Clei- 
mont, maréchal de >»orniandie, et 
Jean de Conflans, maréchal de Cham- 
pagne. Marcel lui dit aigrement qu il 
doit mettre ordre aux affaires du 
royaume qui doit lui i-evcnir et le 
garder des compagnies <|ui gâtent 
4. 



52 



MAB 



tout le pays. I^ prince lui répond 
d'un ton plus ferme que de coutume : 
, Je le ferais volontiers, si j'avais de 
<, quoi le faire, mais c'est celui qui a 
» les droits et les profits qui doit 
* avoir aussi la garde du royaume t., 
n y eut encore échange de quelques 
paroles aigres; puis le prévôt éclata : 
^ Seigneur, mon duc, dit-il, ne vous 
.. effrayez pas, nous avons une exé- 
,, cution à faire ici; car il est or- 
, donné et il convient qu'il soit fait 
, ainsi. » Puis se retournant vers ses 
sicaires aux capuces rouges, il leur 
dit : « Faites en bref ce pourquoi 
vous êtes venus ». A l'instant ils se 
jettent sur le maréchal de Cham- 
pagne, brave chevalier, mais qui, 
alors sans armes, se débat vaine- 
ment et est massacré aux pieds du 
dauphin, sur lequel on dit même que 
le sang rejaiUit. Le maréchal de Nor- 
mandie s'était réhigié dans un ca- 
binet voisin; il y est poursuivi et 
égorgé. Tous les gens du prmce 
avaient fui; éperdu, il tombe aux 
pieds de Marcel et lui demande la 
vie; l'insolent conspirateur lui ré- 
pond qu'il n'a rien à craindre; il re- 
tire le chaperon mi-parti dont il est 
coiffé et le met sur la tête du dauphin, 
dont il prend à son tour le chaperon 
orné de franges d'or; et il en reste 
effrontément paré toute la journée. 
Après ce double assassinat, il couit 
à la place de Grèves où l'attendait 
une foule de gens en armes; et, d'une 
fenêtre de l'Uôtel-deA'ille , il pro- 
nonce une longue harangue dont 
nous nous bornons à extraire quel- 
ques phrases : « Parisiens, noun 
- venons de faire un grand exem- 
. pie et de prendre un grand en- 
* gagoment... Le peuple lassé s'est 
a levé enfin contre ses oppreascursv 
û Son glaive vient de hàtcr une , 
» ju>*UciJ trop lentt eJL d'immoler i U 



MAK 

'i liberté les principaux instigateurs 
« de la tyrannie. C'est moi (je ne 
u crains pas d'avouer ce que j'ai fait, 
u ce que j'ai cru devoir faire pour la 
u patrie) , c'est moi qui ai conduit les 
.( coups. Décidez maintenant si j'ai 
« mérité l'infamie ou l'estime, l'écha- 
.. faud ou l'honneur de vous condui- 

» re Vous avez depuis quelque 

« temps reconquis vos franchises; le 
a peuple vient de les cimenter par le 
« sang de ses ennemis; montrez- 
« vous dignes de soutenir un si géné- 
» reux effort ; que les nobles, que les 
.. officiers royaux renouvellent leurs 
V affronts , s'ils l'osent , eu voyant le 
<. châtiment!... n De nombreuses voix 
lui répondent en déclarant faux, 
mauvais et traîtres ceux qu'on venait 
de massacrer, et jurent que les Pari- 
siens sont résolus à vivre et à mou- 
rir avec le prévôt des marchands. 
Après s'être assuré de la populace , 
Marcel retourne auprès du dauphin, 
qu'il trouve morne et consterné; il 
l'exhorte « à ne pas trop s'affliger de la 
« mort de quelques perfides. Tout ce 
" qui vient de se passer a été fait par 
tt lavolont<;dupeuple,au nom duquel 
.. il lui demande de ratifier tout, et 
d'accorder un pardon absolu , sup- 
u posé qu'il en soit besoin. « Le mal- 
heureux prince , hors d'état de 
discuter et de se défondre, accorde 
tout, priant même les Parisiens d'être 
de ses amis , et promettant d'être des 
leurs. Sur cette promesse, le prévôt 
se retire et lui envoie deux pièces de 
drap rouge et pers, pour taire des 
chaperons à tous les gens de la cour. 
Le dauphin et son ft-ère , toutes 
les personnes de sa famille et de 
sa maison durent dès-lors porter les 
livrées de la faction. Plus le coup 
était hardi, plus il fallait d'audare 
et d'activité pour en assurer les c( • 
Çi-is. Se fortifier des .«♦cour* les pluv 



MA» 

puissants, dépouiller ses adversaire^i 
de leurs emplois et de leurs fortunes, 
persécuter à outrance les plus redou- 
tables, combler ses amis de richesses 
et d'honneurs, teuter les ambitieux, 
effrayer les timides , entraîner les in- 
différents, tels fui-ent désormais les 
soins de Marcel. Le lendemain, il 
manda aux députés des villes de se 
réunir aux Augustin» ; plusieurs y 
\Tnrent et trouvèrent aussi convo- 
qués les bourgeois de Paris, dont un 
assez grand nombre était en armes. 
Ainsi entourés, les députés placés 
dans l'alternative , ou de parler con- 
tre leur conscience, ou d'exposer leur 
vie, cédèrent à la pem- et approuvè- 
rent tout ce qui avait été tait. Le 
prévôt alla ensuite à la chambre du 
Parlement, environné des gens de 
sa faction, les uns armés, les autres 
sans armes, et requit le dauphin de 
faire exécuter toutes les ordonnances 
antérieurement promulguées par les 
États pour le gouvernement du 
royaume, et de substituer à quel- 
ques personnes de son conseil trois 
ou quatre bourgeois qu'on lui dési- 
gnerait; obligé de tout entendre, il 
accorda tout. Quatre jours après l'as- 
sassinat des deux marécliaux, le roi 
de >'avan"e fit son entrée dans Paris. 
Marcel vint aussitôt le prier de de- 
mander justice sur toutes ses préten- 
tions et ses griefs, et de manifester 
pubUquement son approbation des 
meurtres; le Navarrois promit de 
suivre ces conseils. A peu de jours de 
là, le prévôt, Charles Consac, éche- 
vin, Robert de Corbie, député, qui 
avait attribué aux conseillers du dau- 
phin tous les malheurs du royaume, 
et Robert Delisle, un des chefs les 
plus fougueux de la rébeUion, entrè- 
rent au conseil du roi. C'est alors 
que le prince qiù avait gouverné 
jusque-là comme lieutenant du roi. 



MAB 



»3 



fut solennellement proclamé régent- 
Le but de Marcel et de se« complice* 
dans ce changement était é\ident. 
Ornant la ncUme pour l'immoler, 
ils préparaient ainsi une grande révo- 
lution. Le nom du roi allait être, par 
une nouvelle formule , supprimé de 
tous les actes; on éteindrait peu à 
peu jusqu'à sa mémoire; il devien- 
drait ensuite plus facile de détrô- 
ner un régent sans crédit, sans 
force et sans appui. On serait en ou- 
tre secondé par le monarque anglaiis 
qui ne pouvait ({ue gagner aux trou- 
bles de la France. Mais le jeune 
prince pressentait ces criminels pro- 
jets des conjurés , et il était bien ré- 
solu de punir leurs attentats. Lee 
États de la province de Cliampagne 
avaient été convoqués à Provins, il 
s y rendit; et, après avoir énergiquc- 
H>ent peint l'état déplorable du royau- 
me, sans déclarer encore ses inten- 
tions et sans vouloir pourtant mé- 
nager les conspirateui's en présence 
des Champenois dont ils avaient mas- 
sacré le maréchal, il termina son 
discours en disant : - Si j'ai accepté 
i dernièrement un titre plus grand 

d honneur et de puissance, je n'ai piu» 
<t oublié ce que je dois à mon père, ce 

1 que je dois à la France. Je ne suis 
<i et ne veux rester, quelque titre que 
u je porte, que le lieutenant, le pre- 
« niier sujet du roi, le premier de» 
^ citoyens; j'ai l'âme d'un Français et 
•i l'expérience du malheur. ^ Deux 
orateuis parisiens qui étaient venu* 
à cette réunion, ayant prié les États 
de faire avec la ville de Paris une 
étroite alliance, le comte de Bresne 
prit la parole et demanda au régent 
si monseigneur dp Conflans avait mé- 
rité par quelque crime la mort cruelle 
qu'il avait subie , ajoutant qu'il ne 
doutait pas que les Normands ne rem- 
plissent le même devoir à l'égard de 



oî. 



Ua^ 



Robert de Ckrmont; à quoi le régent 
répondit : » Que ces deux seigneurs 
l'avaient toujours bien et fidèlement 
servi. « Le comte de Bresne, s'age- 
iiouillanl, le remercia et ajouta : 
,. Que les Champenois espéraient bien 
«ju'il punirait ceux qui avaient tué ses 
amis. » Les États se terminèrent 
ainsi. Les deux députés de Paris se 
retirèrent humiliés et furieux. Une 
Fois que Marcel et les chefs de la fac- 
lioii virent le régent hors des murs 
(le la ville, ils forcèrent le château du 
Louvre et y mirent garnison ; ils en- 
levèrent toutes les machines de guerre 
qu'ils purent y trouver, pour les placer 
tant à rnôtel-de-Ville que dans d'au- 
tres endroits. Le prévôt enleva aussi 
une grande quantité d'artillerie que 
le régent faisait venir par la Seine, et 
il lui "écrivit des lettres injurieuses qui 
étaient une véritable déclaration de 
guerre. Le prince y répondit par une 
infatigable activité et une grande vi- 
gueur. Les États-Généraux devaient 
se rassembler à Paris, te 1" ma« 
13o8. Le régent leur commanda de 
se rendre, le 4, auprès de lui à Com- 
piégne. Cette mesure déconcerta les 
Parisiens. Tout ce qtie leur ville con- 
tenait de plus distingué dans la no- 
blesse et le cleigé s'en était retiré. Le 
peuple, aussi prompt à perdre courage 
au premier revers qu'ardent à tout 
braver dans la révolte, arrivait à cal- 
culer la mesure de la punition sur 
les degrés des attentats. Marcel et ses 
amis, voyant que tout chancelait au- 
tour (Feux, tâchèrent de conjurer 
l'orage; à leur prière, l'IIniversilé en- 
voya au prince une députation pour 
flc(^hir sa colère. « Assurant qu'ils 
.. étaient prf-ts à lui donner tontes les 
« satisfactions qu'il exigerait, pourvu 
« qu'il ne demandât la mort de per- 
u sonne ». I-e régent accueillit avec 
bonté ces dtipntés cl leur dit : ■ Qu'il 



MÀ« 

n bc contenterait qu'on lui hvràt dix 
.. ou douze , ou même cinq ou six. 
■ des plus coupables; que leur vie 
.. serait en sûreté; qu'après cette mar- 
u que de soumission , il n'hésiterait 
„ pas à lendre aux Parisiens ses 
« bonnes grâces -•. Marcel et ses 
principaux adhérents, se jugeant eux- 
mêmes, ne se fiaient pas à la clé- 
«nence du prince, mais ils voyaient 
ses forces s'augmenter de jour en 
jour; ils ne perdirent pourtant pas 
courage et essayèrent encore d'obte- 
nir une capitulation qui ne fût pas , 
comme ils le craignaient , l'arrêt de 
leur supplice. Cependant les États 
étaient réunis à Compiégne; et les 
décisions qui y furent adoptées pré- 
sentent, par leurs résultats, ime des 
plus grandes et des plus importantes 
époques de notre histoire. Le comte 
de lîresne y prit la parole : il mon- 
tra d'un côté l'héritier légitime de 
la couronne avec les prélats et le 
clergé, les princes des fleurs de lys, 
ses comtes, ses barons, ses chevaliers 
et les habitants des bonnes villes, 
dignes du nom français: et de l'autre 
Marcel et l'échevin Consac à la tête 
d'une populace furieuse, enrichis de 
concussions, conims seulement par 
des révoltes et des forfaits , se 
, royant maîtres de la France parce 
«pi'ils tenaient les murs de Paris, et 
il ajouta : <• Monseigneur, nous som- 
.. uïcs tous prêts à vous aider de nos 
u biens et de nos épées, pour assié- 
- <;er, pour repousseï l'ennemi, et 
, pour la liberté de votre auguste 
. père, notre seigneur et maître ". 
Il termina par une violente apos- 
trophe contre l'évêque de I^on, qm 
:nalt eu l'audace de se présenter à 
celte assemblée, qui courut risque 
«l'y être maltraité et se retira secrè- 
tement à Saint - Denis , d'où il en- 
vova demander à Marcel une escorte 



MAR 

pour se rendre à Paris. Le prévôt, 
auquel se» partisans araient appris 
les lois rigoureuses portées dans les 
États de Coropiégne et les menaces 
dont il avait été l'objet, vit bien que 
le désespoir était son seul refuge et 
qu'il n'aurait à transiger qu'au prix 
d'une mort sanglante, il acheva le» 
murs de Paris sans épargner les cou- 
vents qui touchaient à son enceinte ; 
il s'empara de la tour du Louvre; il 
envoya, le 8 mai, Jean Donati, un de 
ses agents, à Avignon, avec 2000 flo- 
rms d'or au mouton, pour y acheter 
des armes et v lever des brigands. Il 
avait aussi déjà réuni à Paris, dit 
FYoistart, un grand nombre de gens 
d'armes et soudoyers, Kavarrois et 
Anglais, archers et autres compa- 
gnons; aventuriers sans discipline, 
sans loi, sans religion , avides de 
butin, ennemis de tout le monde. 
L'effroi était tel dans cette ville que les 
bourgeois avaient offert à Notre- 
Dame une bougie qui, suivant le 
chroniqueur de Saint-Denis, avait la 
longueur du tour de la ville; la ter- 
reur était encore plus grande dans 
les campagnes. A cette époque, une 
nouvelle espèce de guerre intestine, 
un dernier Beau vint frapper la 
France. Chassés de leurs maisons qui 
étaient pillées et incendiées, mou- 
rant de faim et de misère, les pay- 
sans se révoltèrent contre les noble» . 
principaux auteui's de tant de désas- 
tres ; le soulèvement fut général et 
simultané dans tous les pavs de la 
langue d'oil, sans complot, sans m6- 
rae aucune correspondance . sans 
autre moyen de ralliement que l'ex- 
cès du malheur commun. C'est ce 
que l'histoire a nommé la Jacquerie. 
Nous nous abstiendrons de cher- 
cher l'origine de cette dénomination, 
nous bornant à dire qu'on appela, 
par dérision , le pavsan Jacques Bon- 



55 

homme, et que leur réunion était 
collectivement désignée les Jacques. 
Les nobles qu'ils égorgeaient n'au- 
raient jamais voulu croire à une telle 
audace ; ils en avaient ri tant de fois, 
quand ils avaient voulu les traîner à 
la guerre ! le dicton ordinaire chez 
eux était : * Oignez vilain, il voas 
• poindra ; peignez vilain, il vous 
« oindra '■ • Mais cette diversion devint 
utile à Paris, et Marcd ne manqua pas 
de la mettre à profit ; il avait intérêt à 
soutenir les Jacques. Ils étaient déjà 
maîtres de la ville de Meaux ; ils en 
assiégeaient le marché, espèce de ci- 
tadelle située entre deux bra» de la 
Marne et où s'étaient réfiigiées l'é- 
pouse , la sœur et la tante du régent 
avec une foule de nobles dames, àe 
demoiselles et d'enfants. Pour venir 
en aide aux Jacques dans cette ef- 
froyable expédition, Marcel leur en- 
voya huit cents hommes sous la con- 
duite du prévôt des monnaies et d'un 
épicier de Paiis. Un secours ines- 
]>éré, sous le commandement du com- 
te de Foix et du captai de Buch, 
sauva du massacre les assiégés, et sans 
doute une très -grande partie des 
auxiliaires parisiens périt dans la dé- 
route complète des assaillants , dont 
plus de sept mille, de neuf mOle qu'ils 
étaient, restèrent sur place. La nou- 
velle de cette défaite fut un coop de 
foudre pour les rebelles parisiens ; 
le décoinagement de\'int général et 
pénétra jusque parmi les hommes 
d'armes et les soudoyer du prévôt, 
qui n'eut plus pour appui que les 
chefs du parti et une populace mer- 
cenaire. Il fiant toutefois rendre jus- 
tice à l'habileté qu'il déploya poui- 
prévenir la famine au miheudel'entière 
dévastation des campagnes environ- 
nantes. Il s'était allié aux Jacques ; 
il s'allia ensuite à leur destructeur, 
Charles-Ie-Mauvais, et lui fournit beau- 



S6 



MAB 



coup d'argent. C'était avec la cavalerie 
de ce prince qu'il lui fallait conserver 
quelques routes libres, tandis que le 
dauphin occupait la rivière ; il fit con- 
férer le titre de capit^ûne de Paris 
au roi de Navarre, qui prêta serment 
de bien et loyalement gouverner les 
Parisiens, de vivre et de mourir avec 
eux et de les défendre jusqu'à la mort. 
Pourtant il y jouit d'une très-faible 
influence, car les bourgeois lui en 
voulaient d'avoir détruit les Jacques , 
et soupçonnaient que leur capitaine 
ne faisait pas grand cas d'eux ; d'ail- 
leurs les vivres devenaient de jour en 
jour plus rares ; les arrivages étaient 
interceptés par le régent qui occu- 
pait Cbarenton avec trois mille laji- 
ces; Cbarles-le-Mauvais leslait inac- 
tif : les Parisiens le sommèrent de les 
défendre, de sortir, d'agir enfin d'une 
façon quelconque. Les deu.\ princes 
eiuent une longue et secrète confi;- 
rence; on offrait au roi de îs^avarre 
quatre cent mille florins , pourvu 
qu'il livrât Paris et Marcel ; il se fai- 
.sait marchander par les deux partis; 
mais les Parisiens, animés par les ins- 
tigations de Marcel, soutenaient coutr<> 
le dauphin de trop orgueilleuses pré- 
tentions; le prince promettait de l'ar- 
gent, mais le prévôt en doimait; toutes 
les semaines il en envoyait à Sainl- 
I3enis deux charges pour payer les 
troupes du Navarrois, qui l'engageait 
il multiplier ces envois dont il rendrait 
bon compte. De tant d'argent levé , 
Marcel n'en gardait-il pas un boime 
part? (Jela est bien probable. Il ne 
craignait rien tatit (pie de se brouiller 
avec ce perfide allié, (juipourLmt ve- 
nait déjà de signer son traité avec 
le régent. I,e8 bourgeois de Paris 
voyaient de mauvais oeil des merce- 
naires du roi de INavarre restés dans 
leur ville po^ir y manger leur ar^'eut. 
U >• eut d«« batteries : on en tua une 



MAB 

soixantaine; Marcel sauva les autres 
en les emprisonnant, puis les renvoya 
la nuit suivante à Saint-Denis ; les Pa- 
risiens le lui pardonnèrent d'autant 
moins que les Navarrois poussaient 
leurs courses et exerçaient leurs pil- 
lages jusqu'aux portes de la ville ; on 
n'osait plus en sortir, ils finirent par dé- 
clarer au prévôt qu'ils voulaient châ- 
tier ces brigands. Pour leur com- 
plaire , il les fit swtir, et toute la jour- 
née du 22 juillet ils comurent vers 
Saint-Cloud. Le soir, ils revenaient 
fort las , l'un portant son bassinet à 
la main, l'autre à son col, les autres 
traînant leurs épées ou les portant 
en écharpe. Au fond dun chemin, ils 
furent assaillis par quatre cents hom- 
mes; en vain prirent-ils la fuite à 
toutes jambes; sept cents périrent 
avant d'atteindre les portes. Cette dé- 
confiture porta au plus haut point 
l'exaspération contre Marcel; c'était. 
(hsait-oH, sa faute; il était rentré avant 
eux, il ne les avait pas soutenus; 
probablement c'était lui qui avait 
averti l'ennemi. Le prévôt était perdu: 
sa seule et dernière ressource était 
de se livier au roi de Navarre , avec 
Paris et tout le royaume, s'il pou- 
vait. Le plus grave historien de I épo- 
({ue, le continuateur de Nangis, té- 
moin oculaire, et du reste favorable 
à Marcel, avoue qu'il avait promis 
au prince de lui remettre les clefs 
de Paris , pour (pi'il s'en rendit 
maîlie , et se défît de tous ceux 
qui lui étaient opposés ; leurs portc^ 
étaient marquées d'avance ; le régent 
devait fître proscrit. Le Navarrois. 
couronné roi de Fiance par l'évéque 
(le Laon, devait faire hommage au 
roi d'Angleterre, (pu, si l'on en croit 
Vilhini, s'était engagea l'aider de tontes 
.SCS forces afin de lui assurer la pos- 
session du royannuî, et à iaire déca- 
piter le r(»i .lean. La ntiit du 31 



MAR 

juillet au 1" août était fixée pour 
qu'Etienne Marcel livrât la ville. 
Jusque-là il avait consulté les éche- 
vins sur toutes ses entreprises; mais 
il vovait que plusieurs de ses com- 
plices ne songeaient qu'à se sauver 
en le perdant. (>?lui des échevins 
qui s'était le plus comj)romis, son 
coiBi)êre , Jean Maillart lui avait 
cherché querelle ce jour-la même. 
Maillart s'entendit avec deux chefs 
du parti du dauphin. Pépin des t^- 
sarts et Jean de Chamy, et tous trois, 
avec leurs hommes, se rendirent un 
peu avant minuit à la hastillc Saint- 
Denis, où ils trouvèrent le prévôt, les 
clefs de la porte en ses mains. <« Etien- 
" ne, lui dit Maillart, que faites vous 
>• ci, à cette heure? " Marcel lui ré- 
pondit : " Jean, à vous qu'en monte 
» de savoir; je suis ci jK>ur prendre 
« garde de la ville dont j'ai le gouver- 
o nement. — Pardieu, répliqua Mail- 
« lart, il ne va mie ainsi, mais n'êle> 
« ci à cette heure pour nul bien . et 
« je le vous montre, ajouta-t-il, a 
^ ceux qui étaient de lez (près) lui, 

- comment il tient les clefs des por- 

- tes en ses mains pour u-ahir la 
» ville •. Le prévôt des marchanda 
s'avança et dit : " Vous mentez. — 
« Pardieu, répondit Jean Maillart, 
" vous mentez <>. Et tantôt dit à ses 
gens : » A mort, à mort tout hoiunie 
«i de son côté, car ils sont traîtres! r 

- lA eut un grand hutin et dur; et s'en 

• fût volontiers ftii le prévôt, s'il eût 
pTi ; maisil fut si hâte qu'ilne put. Car 

• Jean Maillart le férit d'une hachesur 
' la tête, et ne se partit de luijusqua 

le qu'il fut occis et six de ceux qui là 
étaient, et le demeurant pris ei en- 
« voyé en prison. " Selon une version 
plus vraisemblable de Froissart, ce 
ne fut pas Maillart, mais Jean de 
Charny qui porta le premier coup. Telle 
fut la fin do l'homme qu'on peut ap- 



peler le plua audacieux conspirateur 
des temps modernes, puisqu'il con- 
çut tous les complots ou y concou- 
rut . et qu'aucun ne fut exécuté san.»» 
son active participation. M. rsaudet a 
publié, en iS\o: Conjuration JEtieH- 
ne Marcel contre l'autorité royale, ov 
Histoire des Etats- Généraux de Lt 
France, pendant les années 13oo - 
13o8, in-80. L— s— D. 

M.VRCËLLIS :Onio:.), peintrr 
hollandais, naquit en 1613. xVvant 
de se rendre en Italie, il séjourna 
long-temps à Paris , oii la reine Anne 
d'Autriche le combla de faveurs, il 
passa de là en Toscane, où le grand- 
duc le retiut également d'une ma- 
nièi-c honorable. Après avoir visite 
Naples et une partie de l'Italie, il s'éta- 
blit à Rome, et bientôt il put à peine 
suffire aux ouvrages qu'on lui deman- 
dait. Son talent était de j>eindre des 
plantes, des insectes et des reptiles. 
KtantretournéenHollande, il vint habi- 
ter Amstei-dam, et foi ma près de cette 
ville une espèce de ménagerie où il 
nounissait avec soinlesanimauxdnnt 
il oniait ses t.'ibleaux. Ses plante.> 
sont d'un très-beau choix; il y place 
ordinairement des couleuvres, des 
araignées , des chenilles, des papil- 
lons, qu'il copiait toujoui-s d'aprc> 
nature, ce qui donne à toutes se> 
productions \m degré de vérité qui 
prouve qu'il n'y a j)oint de geiu-e a 
dédaigner lorsqu'on v excelle. Mar- 
cellis mourut à Amsterdam, en 1673. 
P— s. 

iLVRCELLL'S ( Marie- Ix)i:i*-Ai:- 

tîlSTK DEMAR715 DC TvT.AC, COmtC 0e) . 

d'une famille ancienne, originaire du 
Périgord, naquit en 1776 au château 
de Marcellus en Guienne. et fut fait 
chevalier de Malte en naissant. Sa 
mère périt sur l'échafaud révolution- 
naire» Bordeaux en 1794, et il fui 
crondamné par les mêmes j"ges 1 



38 



MAR 



^tre détenu jusqu'à la paix. Après le 
18 fructidor (4 sept. 1797 ) , il fut 
déporté en Espagne comme inscrit 
sur la liste des émigrés, quoiqu'il 
n'eût pas quitté la France. Cette 
inscription avait été faite pendant sa 
détention dans les prisons de Mar- 
mande et de Bordeaux. Revenu en 
France dans le courant de la même 
année, le comte de Marcellus vécut 
dans la retraite jusqu'au 12 mars 
1814, époque à laquelle étant allé 
joindre le duc d'Angoulême à Bor- 
deaux, avec son fils aîné, il fut nom- 
mé par ce prince membre de son 
conseil. Il se trouvait encore dans 
cette ville au 1" avril 1815, lorsque 
la duchesse d'Angoulême y fut aux 
prises avec les troupes révoltées. Il 
seconda cette princesse de tous ses 
moyens, et se retira ensuite dans la 
terre dont.il portait le nom. En août 
1815, il fut nommé à la Chambre 
des Députés par le département de 
la Gironde, et siégea constamment 
avec la majorité royaliste. Au mois 
de janvier 1816, il fit partie de la 
commission chargée de présenter un 
rapport sur la proposition tendant à 
supprimer toutes les pensions dont 
jouissaient les prêtres mariés et ceux 
qui avaient abandonné le sacerdoce. 
Ix« 31 du même mois , il recom- 
manda à l'assemblée la réclama 
tion faite par les chevaliers de 
Malte , des bien» non vendus de 
leur ordre. Le même jour, la tUiani- 
brc ayant déclaré , sur la demande 
de i. Michaud, que les arméesjroyalcs 
de la Vendée, de l'Ouest et du Midi, 
avaient bicu mérité de la patrie , il 
proposa d'ajouter à ciîtte déclaration , 
(jue la ])atiie adopterait les onfanls 
du marquis Louis de Earochejaijue- 
Icin, tué le i juin 1815 à la tête 
de l'armée royale. Ce fut encore lui 
qui proposa , dans la séance du 24 



MAR 

février, d'ordonner l'impression de la 
dernière lettre de la reine Marie- An- 
toinette, que l'on venait de découvrir 
dans les papiers de Courtois, et de 
l'adresse de la Chambre au roi, en 
exprimant le désir que ces pièces 
fussent envoyées à toutes les com- 
munes pour être déposées dans leurs 
archives. Convaincu de la nécessité 
d'asseoir la religion sur des bases so- 
lides, Marcellus monta à la tribune 
dans la séance du 23 avril, pour y 
plaider la cause du clergé , et vota 
en faveur du projet de loi présenté 
par le ministre de l'intérieur. En gé- 
néral , il vota dans toutes les discus- 
sions importantes avec la majorité de 
cette époque, et fit don au roi> dans 
le mois de juillet, de la totalité de sa 
taxe à l'emprunt de cent millions. 
Réélu à la fin de cette année par le 
même département, il commença cette 
session comme la précédente, par 
invoquer la protection de la Cham- 
bre en faveur de l'ordre de MaUe, ré- 
clamant ses biens non vendus; et, le 
24- décembre, il parla de nouveau 
sur la nécessité de rendre aux minis- 
tres des autels le droit de recevoir 
et de posséder. LeGjanv. 1817, lors 
de la discussion relative au projet de 
loi [sur lesélections, Marcellus combat- 
tit avec beaucoup de chaleur l'art. 7, 
qui appelait tous les Français jouis- 
sant des droits civils et politiques, 
âgés de ticute ans et payant 300 fr. 
de contributions, à concourir aux 
élections des députés. Dans la séance 
du 5 février, il proposa, par im dis- 
cours, dont l'impression fut ordon- 
née, la diminution de la taxe sur le 
sel, et combattit la vente des biens 
réunis au domaine de l'État, comme 
injuste et impolitique. I^ 18 du 
même moU, il demanda cpi à chaque 
session des t;hand)rcs, les ministres, 
en présentant leur budget, donna»- 



MAR 

sent letat des pensions quils auraient 
payées, afin que, s'il y avait surabon- 
dance dans les fonds qui leur au- 
raient été alloués, cette surabondance 
fût versée au trésor roval, et tournât 
au profit de l'État. Le 5 mars, il dé- 
fendit avec chaleur l'inviolabilité des 
biens ecclésiastiques , dont l'article 
11 du titre xi du projet de loi sur 
les finances n'offrait aucune garantie 
suffisante. Cet article était ainsi con- 
çu : " La portion (des bois de l'Etat) 
« résenéc (pour la dotation des éta- 
■ blissements du clergé) sera prise 

• dans les grands corps de forêts. » 
Marcellus insista pour qu'il fût ré- 
digé de la manière suivante : «• La 
" portion réservée pour la dotation 
" des établissements religieux, seia 

• composée uniquement de tous les bois 
•• qui leur ont anti-efois appartenu... 
» Si mon amendement est écarté, 

- dit-il, et que le titre reste tel qu'il 
» est, je dois à ma conscience de 
" déclai-er que je voterai par une 

- boule noii-e contie le budget. » 
Après le renouvellement de la Cham- 
bre par Fordonnance du 5 septembi-e 
1816, le comte de Marcellus vota 
avec la mhiorité; mais il prit peu 
de part aux discussions , si ce n'est 
lorsqu'il crut les intérêts de la reli- 
gion compromis. Quand un nouveau 
concordat avec le pape ftit présenté 
aux Chambres en 1817, ayant été 
nommé membre de la commission 
chargée de faire un rapport il crut 
de son devoir d'éciire .i Sa Sain- 
teté pour lui demander ce qu'il avait 
à faire. I.a réponse que lui adressa le 
pontife est peu connue; cependant 
elle est d'un très - haut intérêt pour 
l'histoire , et nous croyons de- 
voir la rapporter ici tout entière . 

- Notre cher fils, salut et bénédiction 
« apostolique. On nous a remis votre 

- lettre, par laquelle vous nous cn- 



.NL\r, 



:>9 



" vovez une copie des amendements 

- qu'a subi&, dans b commission de 
« la Chambre des Députés dont voufi 

- êtes membre, la loi que nous avons 
" appris avec douleur avoir été pro- 
« posée, au nom de S. M., sur la con- 
» vention passée entre le i-oi tixïs- 

- chrétien et nous, loi dont l'examen 

- a été confié à ladite commission. 
" Nous avons, notre cher fiis, admiré 
« votre zèle pour la religion catholi- 

- que, vos soins empressés |>our ia 

- coii8ei"ver et la défendre, votre rcs- 

- pect enfin et votre dévouemf-nt 

- pour le siège apostolique, benis.'^anl 

- donc le |)ère des lumières, qui vou.s 
« a muni et fortifié par ces g^and^ 
^ sentiments de piété, nous nous lià- 

- tons de vous affenuir encore pai 
« cette voL\ de la vérité, que vous rr- 

- connaissez avoir été donnée à notre 

- faiblesse par une tradition divine, 

- et que vous réclamez avec tant de 
« confiance, pour que, dans la dis- 

- cussion épineuse dont vous éte> 

• chargé, elle soit un flambeau qui 
« éclaire vos pas et les retienne dans 

• les sentiers de la droiture et de la 
« justice. Mais si tous ces motifs nous 
« ont causé une joie sensible, nous 
« avons éprouvé une vive douleur en 

- voyant les changements que vous 
" nous mandez avoir été introduits 

• par la susdite loi. Sans doute, avec 
" votre caractéie si avide de la vérité, 
« vous ne pouvez point ne pas recon- 
t naîti-e qu'il est tout-à-fait déplacé 
" que ces décisions données sur des 
« matières religieuses par le siège 

- apostolique, après s être conceité 
« avec le roi très-chrétien, soient en- 
•* suite soumises h la délibération 
'^ d'un conseil de laïques, quelqtie il- 

• lustre qu'il puisse être. Si en outre 

- vous examinez tant soit peu les cor- 
.■ rections proposées, vous venez sans 
.• peine que les articles répréhensi- 



60 



MAR 



« blés de cette loi, ou n'ont pas été 
" corrigés comme ils devaient l'être, 
« ou ont été entendus d'une manière 
" plus fâcheuse encore, ou qu'enfin 
« ils restent tels qu'ils étaient; de 
« sorte qu'il est évident que cette loi, 
u amendée comme vous nous le faites 
" connaître, est contraire à notre con- 
" cordât et à quelques-uns des droits 
" les plus sacrés de l'église. Que si 
« quelques-unes des dispositions ([ui 
« V sont énoncées se sont, de temps 
H à autre, glissées par abus, chacun 
« voit, sans un long examen, quil y 
« a certains maux qu'on tolère quel- 
« quefois, par nécessité, pour en pré- 
« venir de plus grands, mais qu'ils 
« ne sont pas approuvés pour cela. 
« îious avons cependant l'espoir, par 
" la connaissance que nous avons de 
u la religion du roi très-chrétien, dé- 
« jà excitée par nos avertissements 
<i paternels, qu'il appellera le remède 
« convenable à un si grand mal, afin 
» que la convention conclue d'après 
« ses propres vœux, heureusement 
" sanctionnée, et bien plus, mise déjà 
« à exécution de notre part, dans tout 
" ce qui peut dépendre de nous, soit 
•j religieusement observée, et la loi 
u entièrement retirée. Du reste, nous 
•< attendons de votre piété, de votre 
« prudence, de votre zèle pour le 
« bien de la religion, tjue, revêtu de 
li la justice comme d'une cuirasse , 
" vous vous opposerez avec courage 
" à la loi proposée; que vous em- 
" ploierez tout votre crédit, toute 
« votre autorité et toute votre habilo 
'< té, pour prorurci- la lilue et prompte 
« promulgation (U exécution fidclc 
« du concordat. C'est pour l'heureux 
" succès «le c<;tte affaire, que nou.s 
. vous accordons, notre cher (ils, avec 
« affection, la bénédiction apostoli- 
» que, gage de la protection de Dieu. 
Donné à Home, près Sainto-Maric- 



MAR 

« Majeure, le 23 février 1818, année 
(. dix-huitième de notre pontificat. 
« Pie vu. » Comme la Chambre des 
Députés, renouvelée par suite de l'or- 
donnance de dissolution du S septem- 
bre 1816, était alors sous l'influence 
du parti révolutionnaire, le nouveau 
ministère n'osa pas insister ; la loi fiit 
retirée et la France resta sous le ré- 
gime du concordat de Napoléon où 
elle est encore, {voy . Pie vu au sup.). 
Le comte de Marcellus réuni à la mi- 
norité prit encore la parole dans 
quelques occasions importantes, no- 
tamment contre l'admission de Gré- 
goire et à l'occasion de l'assassinat du 
duc de Berri, puis dans l'indignation 
que lui causa un jour la pétition d'un 
M. Arbaud: " Trop profondément 
u frappé, dit-il, par les termes dans 
^ lesquels est conçue la pétition qui 
i> vous est soumise pour pouvoir me 
u livrer à des considérations qui lui 
.. seraient étrangères, je me bornerai 
« à exprimer en peu de mots les sen- 
u timents qu'a fait naître en mon âme 
« cette étrange pétition. Ainsi donc, 
u ce n'est plus sous le voile insidieux 
u d'expressions enveloppées, dont le 
^ sens au reste n'est obscur que pour 
u ceux qui s'obstinent à ignorer la ré- 
i volution ; ce n'est plus sous les ap- 
u parences spécieuses et perfides de 

- liberté, de </»oi/-s des peuples, de to- 
u téranct , de philosophie , que les 
« ennemis du trône cachent leurs 
u projets ! ils ne se déguisent plus ; 
u ils parlent ouvertement et sans fi- 

- gure : ils disent tout ce qu'ils pen- 

- sent ; ils révèlent tout ce qu'ils tra- 
a ment. Qu'est-ce qui pourrait en of- 
u fot les intimider ? îS'iiisulte-t-on pas 
.> impunément tout ce qu'il y a de 
. plus auguste ? Ne blasphêmc-t-on 

- pas tout ce qu'il \ a de plus sacré ? 
a La religion de l'ctat, bannie des 
,> lois de l'état, n* est-elle pas tous le> 



MAR 4 

» jours outragée, et dans le* pam- 
" phlets, et dans les discours, et jus- 

- que dans le sanctuaire des lois ? Le 

• signe auguste et sacré devant le- 

• quel la rébellion a toujours pâli (un 
■: exemple illustre vient de le prouver 
«. encore), n'a-t-il pas été proscrit, 

• comme si l'on voulait forcer le ciel 
» d'être inexorable envers la terre ? 

- Faut-il donc s'étonner, quand le 
» vrai Dieu est chassé de la législa- 
4 tion de la France, qu'on ose deuian- 
« der de chasser le vrai roi de son 
>• gouvernement; et que /<i religion 

• de la seconde majesté soit raécon- 
» nue, quand la source de toute ma- 
u jesté est blasphémée ?.... Je livre ces 
« rétiexions à votre sagesse, mes- 
i sieurs, et je n'ajoute qu'un mot: 
« attaquer la i-oyauté en France, c'est 
■i aussi blasphémer. Souvenons-nous 
a d'une noble parole de l'héroïne (1) 
4 dont le nom et les exploits font la 

- gloire de nos annales : Le roi de 
a France est lieutenant des deux >■. 
Nommé pair de France le 23 nov. 
1823, le comte de Marcellus continua 
Je voter avec les royalistes, dans 
cette nouvelle Chambre , jusqu à la 
révolution de 1830. A cette éjXKjue, 
ne voulant pas prêter serment au 
nouveau gouvernement, il donna sa 
démission et se retira à Marcellus, oit 
il ne s'occupa plus que de httératiire. 
de ses devoirs de piété et de l'éduca- 
tion de ses enfants. Il y mourut le 
25 décembre iHM. Le comte de Mar- 
cellus avait épousé, en 1795, la fille 
de M. de Plis, son oncle, député du 
côté droit, à 1 Assemblée constituante, 
et qui périt sur l "échafaud révolution- 
naire, en 1794. On a de bii : L Le cri de 
la vérité, chanson patriotique, Paris, 
1822, in-8". IL Lettres a MM. les rédac- 
teurs de la Buclie d'aquitaine, 1822, 

(1> Jeanne d'Arc. 



MAR 



61 



In-S". m. Lettres sur (Angleterre, en. 
juin 1823, Paris 1823, in-8''. IV. 
Lettres sur Chamhord, écrites à la Bû- 
che d'Aquitaine, Paris, 1824, in-8*. 
V. Lettre sur Pétrarque au journal 
des DébaU. Paris, 1824, in-8°. VL 
Conseils d'un ami ù U7i jeune homme 
studieux. Paris, 1825, in -8°. VII. 
Odes sacrées, idylles et poésies diver- 
se$,1825, in-S". On trouve dans ce 
recueil im petit poëme sur \Ail, qui 
n'est qu'une ingénieuse plaisanterie 
dont les journaux révolutionnaires se 
sont quelquefois moqués. Vm. Pa- 
raphrase en forme d'ode sacrée du 
psaume CXXIII , appliquée à ta 
mort douce et sainte de M. le due 
Mathieu de Montmorency , Paris , 
1826, in-18. IX. Voyage dans les 
Hautes-Pyrénées, dédié à S. A. R.mon- 
seigneur le duc de Bordeaux , en prose 
et en vers, Paris, 1826, in-8^ X. 
Odes sacrées tirées des quinze psaumes 
graduels paraphrasés en vers français ; 
du psaume CXIV appliqué à la mort 
de monseigneur d'Aviau, archevêque de 
Bordeaux; des hymnes Fexilla et Pan- 
gelingua, Paris, 1827, in-18. XL Can- 
tatessacrées, tiréesde l'Ancien etdu Sou- 
veau Testament, Paris, 1829, in-8'*. 
XII. Première communion d'un jeune 
exilé (ode), Montpellier, 1832, in-8*. 
À'III. Différents Discours et opinions 
prononcés à la Chambre des Députés, 
notamment sur la nécessité de répri- 
mer les délits de la presse ; sur l'ur- 
gence de se faire sacrer, adi'essés à 
Louis XVIII, etc. M — dj. 

MxVRCET (Alexamire), médecin 
et chimiste, naquit à Genève, en 
1770. Fils d'un riche négociant , il 
était destiné à suivre la profession pa- 
ternelle, bien qu'il manifestât une 
aversion prononcée poiu: le com- 
merce. Ce ne fui qu'après la mort de 
son père qu'il put se choisir une autre 
carrière. Il étudia d'abord le droit. 



62 MAR 

mais les événements de la révolu- 
lion de France l'obligèrent à quitter 
momentanément sa patrie. Il partit 
pour l'Angleterre avec son ami Th. 
de Saussure, et revint l'année suivante 
à Genève, où deux partis rivaux, les 
d(;mocràtes et les patriciens, se dis- 
putaient avec acharnement le pouvoir. 
En 1792, lorsque Genève fut assiégée 
par les troupes françaises, sous les 
ordres de Montesquieu, Marcet, offi- 
cier dans la milice urbaine, fit preuve 
d'antipathie contre le parti démo- 
cratique ; or, ce parti étant devenu do- 
minant, Marcet, à son retour, fut 
arrêté pour rendre compte de sa con- 
duite. Grâce au 9 thermidor, dont le 
contre-coup s'étendit jusqu'à Genève, 
il ne fut condamné qu'à une année 
d'arrêts dans son domicile, peine qu'il 
fit commuer bientôt en cinq ans 
d'exil. C'est alors qu'il se décida d'al- 
ler étudier la médecine à l'université 
d'Edimbourg; il partit avec M. de la 
Rive, qui avait été son compagnon de 
captivité. Reçu docteur en 1797, il 
passa d'Edimbourg à Londres, où i! 
dut à ses opinions politiques et à l'm- 
fluence de quelques amis d'être nom- 
mé d'abord médecin du dispensaue 
de rlinsburg, puis de l'hôpital de 
Guy, et enfin professeur de chimie 
dans le même hôpital. U ne tarda pas 
à se faire une grande réputation, soit 
comme praticien, soit comme profes- 
seur, ce qui lui valut d'être agrège 
aux sociétés royale et géologique de 
Londres. Au retour de l'expédition de 
Walchercn, il fut envoyé par le gou- 
vernement à l'hôpital militaire de 
Porstmouth. Atteint par l'épidem.c 
dont furent IVappécs les troupes an- 
plaises, il courut de grands dangers. 
Marcet avait épousé la fille unique 
de M. Haldimaud, négociant suisse, éta- 
bli à Londres «lepuis un grand nom- 
bre d'années, vl <pii laissa n. mon- 



% MAR 
rant une fortune considérable, il re- 
nonça alors à sa place de médecin de 
l'hôpital de Guy, ainsi qu'à l'exercice 
de la médecine, pour se livrer tout 
entier à la chimie expérimentale. Lors- 
qu'après la chute de Napoléon, Ge- 
nève fut rendue à son indépendance, 
Marcet, quoique naturalisé anglais 
depuis 1802, s'empressa de rentrer 
dans sa patrie, où le parti des patri- 
ciens l'emportait de nouveau. Il fut 
accueilli avec la plus grande distinc- 
tion, et noxnmé membre du consei^ 
souverain et de lacadémie. Après 
avoir fait, en 1820 et 1821, un voya- 
ge en ItaHe, il retourna à Londres 
pour ses intérêts privés , et y 
mourut le 12 octobre 1822, dune 
attaque de goutte. La plupart des tra- 
vaux du docteur Marcet ont été m- 
sérés dans les recueils de sciences 
médicales publics à Londres, et dans 
les Transactions philosophitiiies de 
1799 à 1822. Ses meilleurs Mémoires 
concernent: La Nature du chyle et 
du c/iyme (Transactions viedico-chir., 
1815, t. VI); l'usage du stramonium 
fdatura stramonium), contre les affec- 
tions rhumatismales {ibid., vol. VU, 
de 1816); la pesanteur spécifique et la 
température des eaux de la mer dans di- 
rerses parties de l'Océan (ibid.). Mar- 
cet a donné à ^Encyclopédie de Rees 
les articles platine et potassiuai ;mn'is 
louvrage qui lui fait le plus d'hon- 
neur est son Essai sur l'histoire chi- 
miquo et le traitement médical des 
maladies calculeuses. Cet essai, écrit 
en anglais, a obtenu plusieurs édi- 
tions et a été traduit en fran«;ais sur 
la seconde (^Londres , 1819), par M- 
.1. Riffault; Faris, 1823, in-8". H se 
distingue par l'exactitude des obser- 
vations sans indiquer toutelois des 
luoyens nouveaux de traitement. La 
veuve de Marcet tient aujourd'hui une 
plHce honorable parmi les femmes- 



MAR 

auteurs de la Grande- Bretagne; on 
lui doit entre autres ouvrages des Con- 
versations sur l'économie politique et 
la physique, trad. en français par G. 
Prévost, Geuève, 1820, in-12, et des 
Conversations sur la chimie, égale- 
ment traduites en français et qui ont 
eu jusqu'à huit éditions. A — ^. 

MAilCH des Batailles ( Éties- 
>E ) , peintre espagnol , naquit a 
Valence, vers la fin du XVI' siècle, et 
fut élève d'Orrente , qui lui inspira 
son goût pour la manière et la cou- 
leur du Bassan. Aussi le style de 
March appartient -il à Tikxjle véni- 
tienne, il se fit, comme peintre de 
batailles, une grande réputation qn il 
ne put soutenir comme peintic d'his- 
toire. D'un caractère extravagant et 
bizarre , il toiumentait sans cesse 
ses élèves. Lorsqu'il voulait travail- 
ler , il s'armait de pied -en -cap, 
saisissait une trompette ou un tam- 
bour, et, après avoir sonné la char- 
ge , il attaquait , la lance au poing, 
les murailles de son atelier. Après 
s'être ainsi échauITé l'imagination, 
il prenait ses pinceaux et faisait pas- 
ser sur la toile le sujet qu'il venait 
de concevoir. Les amateurs font 
un cas particulier de ses batailles. 
Sou pinceau est facile ; son colo- 
ris frais et vigoureux; sa compo- 
sition frappante de vérité. Il a su 
rendre surtout avec une rare perfec- 
tion l'atmosphère sombre et char- 
gée que forme pondant l'action la fu- 
mée du canon et de la mousqueterie. 
Il mom'ut à Valence, en 1660. — Mi- 
chel M.\RCH, son fils, naquit dans la 
même ville en 1633. A la moit de 
son père , il se rendit à Rome. Il y 
cultiva la peinture historique et ac- 
quit quelque facilité dans l'exécution 
et quelque con-ection dans le dessin, 
ainsi que le prouvent deu\ tableaux de 
tfiittoire de saint Frxinçoii, qu'il fit 



MAR 



63 



pour les capucins de Valence , et uti 
Calvaire, pour la paroisse de Saint- 
.\iichel de la même ville. Cependant 
il abandonna ce genre pour se livrer 
à celui qui avait fait la réputation de 
son père; mais il ne put l'égaler. Il 
mourut à Valence, en 1670. P — s. 
MARC11.VND, agent subalterne 
de la Révolution, fut souvent em- 
ployé par le Comité de salut pu- 
blic, au temps de Robespierre , et de- 
vint l'un des coryphées de la société 
des Cordeliers. Ayant été arrêté le 
2 mars 1794, par ordi'e du Comité 
de sûreté générale . il fut réclamé 
par les Cordeliers, qui envoyèrent une 
députation pour demander sa li- 
Ijerté, qu ils obtinrent. Ayant échap- 
pé aux suites de la conspiration d'Hé- 
bert, avec lequel il était lié. Marchand 
fut mis de nouveau en arrestation 
après la chute de Robespierre. La 
société des Jacobins lui nomma alor^ 
des défenseurs officiels , et il fiii 
élai-gi ; mais Clausel , membre du 
Comité de sûreté générale, sollicita 
contre lui, le 4 octobre , un décret 
d'arrestation, motivé siu- ce que sa 
relaxation avait été surprise par la 
faction qui le protégeait. Après la 
crise de prairial et la victoire rem- 
portée pai- la Convention sur les Ja- 
cobins, Bourdon de l'Oise demanda 
la déportation de Maichand, et un 
décret ordonna sa traduction au tri- 
bunal criminel d'Eure-et-Lou- ; raait» 
il fut bientôt compris dans l'amnistie 
du 4 brumaire, prononcé en faveur 
des lerroristes. En 1799, il fut en- 
core un des membres les plus mar- 
quants de la société du Manège, et 
celui qui paila à la tribune de cette 
société avec le plus d'assiduité et 
de véhémence. H y défendit surtout 
la mémoire de Goujon , Soubrany 
et d'autres révolutionnaires , qu'il 
désigna comme martyrs de la liber- 



a 



iL\a 



te. ïl y parla aussi sur les dangers 
dé la paUie, et demanda Upuration 
des employés dans les ministères. Au 
commencement de septembre, il fut 
chargé par la société , de rédiger 
une adresse pour faire déclarer la 
patrie en danger. Se trouvant em- 
ployé à cette époque au ministère 
de la guerre, il donna sa déuussion 
lors de la retraite de Bernadotte, et 
fut compris dans l'arrêté de déporta- 
tion qui suivit le 18 brumaire an VIII 
(9 nov. 1799) et l'attentat du 3 ni- 
vôse an IX (24déc. 1800). Le premier 
de ces arrêtés resta sans exécution, 
et Aiarchand échappa au second par 
la fuite. Pendant quelque temps, on le 
crut mort, mais il reparut en 1804, 
et fut mis en surveillance dans une 
commune de la ci-devant I^orman- 
die oii il mourut quelques années 
plus tard. -Mabca^d (M- veuve) 
rédigeait,'à Bruxelles, \e Journal delà 
Guerre pendant les premières an- 
nées de l'émigration, et s'acquit des 
droits à la reconnaissance de plu- 
sieurs familles françaises , par la con- 
duite généreuse qu'elle tint envers les 
(■•migres de toutes les conditions. 
^ M— nj. 

M VUCHAKD du Breuil (Char- 
ues'-Fra^cois), né à Paris le 14 décem- 
bre 1794, entra d'abord à l'Ecole Po- 
lytechnique; puis, ayant suivi des 
cours de droit, se (it recevoir avo- 
cat En 1832, il fut nommé sous- 
préfet à Blaye, et il en exerçait les 
fonctions pendant la détention de a 
duchesse de Herry dans la citadelle 
de cette ville. Ce lut sans doute pour 
i^écompense de sa conduite dans cette 

occasion délicate (lue, dès lannee sui- 
vante, il fut appelé .Ua préfecture du 

département de l'Ain. En 183^^, d 
vint à Paris, au moment ou des in- 
surrections éclatèrent simultanément 
à Lvon, à Saint-Éticnnc <t dans la 



MAR 

capitale. Le samedi 12 avril, il époti- 
sa civilement mademoiselle Therriet; 
le mardi suivant (13 avril), lorsqu'il 
se disposait à se rendre à l'église 
pour y recevoir la bénédiction nup- 
tiale, un fusil, dont il s'était servi la 
veille dans les rangs de la garde na- 
tionale, et qui se trouvait près de lui 
se dérangea : malheureusement l'ar- 
me était chargée, le coup partit et le 
frappa mortellement. D'après une 
version, rapportée par quelques feuil- 
les publiques, il aurait lui-même mis 
Hn à ses jours : « M. Marchand ^n 
.. Breuil, resté à Paris dimanche (13 
.. avril), malgré les ordres du minis- 
.. tre, qui enjoignaient à tous les pré- 
>. fets de partir pour les départe- 
,. ments, se promenait le soir avec 
.. un de ses parents. Ils furent arré- 
.< tés tous deux comme suspects : M. 
.. Marchand ne put se faire relâcher 
I. de suite, en déclarant qu'il était 
. préfet, car on lui répondait que 
>. tous les préfets devaient être à leur 
« poste. Enfin le ministre de l'intë- 
.. rieur le fit mettre en liberté, mais 
.. en même temps il lui envoya sa 
. destitution. C'est à cette triste nou- 
" velle, qui vint le frapper au nio- 
. ment où il allait se marier , qu'on 
u attribue son suicide. > A ses obsè- 
ques , M. l\enouard, conseiller-d'état, 
prononça un discours qui eut deux 
liditious, Paris, 183i, iu-8% de 
12 pages. Marchand du Breuil avait 
publié,' sous le voile de l'anonyme, 
un ouvrage curieux, intitulé : Journée, 
mt'worublcs de la révolutiou française, 
Paris, 1826-27, Il vol. in-32 ; seconde 
édition, augnuuitée d'un tableau iné- 
dit «les mendires de la (Convention , 
nlhant le rapprochement des votes 
émis par eux dans le procès de Louis 
XVI, du sort que chacun des volants 
a éprouvé , et du r*Me qu'il a joué 
avunt, iiendant et aprè* la n'voluUon, 



et d'un grand nombre d'autres pièces 
juatificatives, Paris, i829, 2 vol. in- 
8". Ces deux éditions sortirent des 
presses de M. Marchand du Breuii, 
frère de l'auteur ef alors imprimetir 
à Paris. Z. 

MARCHAXGY (Lotis-AsTots»- 
François de ), magistrat et littérateur, 
naquit, le 28 août 1782, à Clamecy 
dans le Bourbonnais, où son père 
était huissier. Une grande applica- 
tion, une imagination vive et brillante 
secondèrent si bien les soins donnés 
à son éducation, qu'il fut nomme, par 
le dii-ectoire du département de la 
Nièvre, boursier à l'école do législa- 
tion de Paris. Destiné ainsi au bar- 
reau, il fit toujours marcher de front 
avec les études de la jurisprudence les 
distractions de la littérature, et de- 
vint en 1808, à 1 âge de vingt -im 
ans, juge-suppléant au tribunal de 
première instance de Paris. Il avait 
débuté, en 1804, par nn poème in- 
titulé : Le Bonheur de In campagne , 
production assez faible, mais qui an- 
nonçait tpielque talent poétique. En 
1813 il publia la première livraison, 
r'est-à-dire les deux premiers tomes 
de l'ouvrage qui devait fonder sa ré- 
putation littéraire : La Gaule poétique, 
ou f Histoire de France considérée dans 
ses rapports avec la poésie, F éloquence 
et les beaux-arts. Ce livre singulier, 
qui n'avait pas de modèle, mais qui 
n'a pas manqué d'imitateurs, produi- 
sit une grande sensation dans le pu- 
blic , et eut six éditions de 181.3 à 
1826 (8 vol. in-8»). Frappé des res- 
sources rpie nos annales nationales 
pouvaient offrir an génie des arts , 
l'auteur avait conçu le projet de re- 
cueillir, à toutes les époques de notre 
histoire, les événements propres à 
inspirer le poète enthousiaste de son 
pays. Marchangy interrogea les mo- 
numents oublié*!, les chrojiiqiies ron- 

Ullll. 



MAR 



<ar 



temporaine» , pour en extraire les 
faits qui pouvaient entrer dans son 
cadre, et il en composa une suite de 
récits qu'on ne peut lire sans intérêt, 
ni quelquefois sans émotion, et qui 
joignent à la vérité poétique un colo- 
ris frais et brillant. Ces récits, qui em- 
brassent tous les événements remar- 
quables dont la teiTe des Gaules a 
été le théâtre, depuis l'invasion des 
Francs jusqu'à la fin du XVII' siècle, 
sont hés les uns aux autres par un 
précis rapide des faits, ce qui établit 
dans l'ouvrage la seule unité dont il 
soit susceptible. Jjorsque les deux 
premiers volumes parurent, on re- 
procha à l'auteur une ambitieuse 
imitation du style de M. de Chateau- 
briand. Les avis salutaires de la cri- 
tique ne furent pas perdus pour 
lui, et daixs le troisième, surtout 
dans le quatrième volume de son ou- 
vi-age, il renonça à l'enflure, à l'af- 
fectation , pour écrire au gré de»; 
hommes du goût le plus difficile. Les 
feuilles de tous les partis (1) se réu- 
nirent pour reconnaître en lui l'un 
de nos écrivains les plus distingués ; 
et son livre, devenu classique, a four- 
ni plus d'une inspiration aux poètes 
et surtout aux peintres. Tandis que 
la Gaule poétique faisait une si bril- 
lante fortune, l'avancement de l'au- 
teur n'était pas moins rapide. D'ad- 
mirateur enthousiaste de Napoléon , 
il était devenu royaliste fervent. Sub- 
stitut du procureur impérial prés le 
tribunal de la Seine en 1810, il fut 
nommé, en 1814-, aux mêmes fonc- 
tions près la Cour royale. Il acquit, 
dès son début, une grande réputation 
clans le ministère public. La première 
cause qui fixa sur lui l'attention fut 
celle de Vigier, le fondateur des 

(1) V. Dussault dans le Journal de» lié- 
bats , M. Jay dans la Minerve, Edme Uére«ii 
daq» la Kertw cnctfclopéttùfue, eic 



66 



MAR 



bains sur la Seine , lequel était sous 
le poids d'une accusation capitale.Mar- 
changy fit preuve d'une heureuse va- 
riété de moyens et d'une éminente 
sagacité, dans plusieurs causes inté- 
ressantes, telles que celle de la Bio- 
(jraphie universelle en 1811, celle du 
sieur Revel, mmi outragé, et enfin 
. elle du testament du prince d'Hen- 
nin et des héritiers du maréchal 
Lannes en 1816, etc. Mais c'est sur- 
tout dans les causes politiques quil 
déploya, on peut dire jusqu'à l'abus, 
les heureuses qualités dont il était 
doué comme orateur. Ses conclusions 
dans le procès de deux écrivains roya- 
listes, Fiévée en 1818, et IJergasse 
en 1821 , furent loin de réunir tous 
les suffrages, et marquèrent l'ori- 
gine de ce système interprétatif, en 
vertu duquel un accusateur, habile 
phraséologue, peut faire dire à un 
écrivain ce qu'il n'a ni écrit ni pense- 
Le paiti libéral , qui trouvait tous les 
moyens bons pour saper le trône des 
Bourbons, accusa Marchangy d'avoir 
suivi le même système dans l'affaire 
de deux recueils polWques publiés 
dans un sens fort opposé %ux doctii- 
nes de Fiévée, l'Homme grh et le 
Père Michel, il faut voir dans tous 
les journaux révolutionnaires quelles 
clameurs s'élevèrent contre lui ; mais 
il parut y demeurer insensible , et, 
dans toutes les occasions, il continua 
de soutenir avec autant de courage 
que de talent les prhicipcs monar- 
chiques et conservateurs de l'ordre 
social. Le réquisitoire le plus remar- 
(juable de Marchangy est celui qu'il 
donna dans l'affaire de la Rochelle. 
Cette production , vrai chef-d'œuvre 
sou» le rapport du style, était fait»; 
pour porter une salutaire épouvante 
dans tous les esprit»; mais ses cou- 
rageuses révélations sur une con- 
spiration flagrante contre les nionar- 



MAR 

chics, sur l'existence si bien cimentée 
des ventes charbonnières , étaient des 
vérités trop fortes pour paraître wai- 
semblables aux yeux prévenus et 
aveuglés de la plupart des hommes 
qui tenaient alors les rênes de l'Etat. 
Il n'a fallu rien moins que les faits 
historiques qui, de toutes parts, ont 
surgi depuis la révolution de 1830, 
laquelle est en partie l'ouvrage de 
ces mêmes ventes, pour étabhr à quel 
point Marchangy avait vu profondé- 
ment dans l'abîme où se précipitait 
la branche aînée avec tant d'insou- 
ciance, de faiblesse et de présomp- 
tion. Quoi qu'il en soit , ce brillant 
plaidoyei en faveur de la stabilité 
du trône attira sur son auteur l'at- 
tention du souverain (2). H fiit nom- 
mé avocat-général à la Cour de cas- 
sation. Mais là se borna l'action de 
l'autorité. Marchangy fut alors tel- 
lement honni par le libéralisme pour 
ce grand méfait de révélation , il y 
eut un concert si universel d'injures 
et de fureurs contre l'intrépide ma- 
gistrat, dans tous les rangs de l'oppo- 
sition, que le ministère pusillanime 
recula devant cette émeute de la 
presse, il avait été nommé député 
(1823) par le grand collège du dé- 
partement du vNord ; d éprouva des 
difficultés pour son admission, com- 
me n'ayant pas payé, depuis un an 
accompli, les contributions voulues 
parla loi. Plusieurs membres parlèrent 
eu sa faveur, d'autres parlèrent con- 
tre lui. Le ministère n'osant pas se 
prononcer, Marchangy mit fin à 
ces débats en déclarant qu'il était de 
bonne foi , quand il avait acheté une 
propriété qui lui donnait le droit 
d'être élu -, mais que deux sessions 
ayant été cumulées dans une année , 



(2) A la méine époque, l'empereur Alexandre 
lui envoya son portt'aii enrichi de diamants. 



MAR 

ses calculs avaient été dérangés , et 
réconomie de ses dispositions dé- 
concertée ; et que c'était , selon lui , 
ime sorte d'eflPet rétroactif que de 
faire porter la peine d'une mesure ex- 
ti^aordinaire et inattendue, à celui qui 
avait compté sur la loi fondamentale 
et sur un usage constant. Lafi'aire fut 
renvoyée au bureau, dont le rappor- 
teur proposa mi ajournement fondé 
sur ce que Marchangy devait pro- 
duire des extraits de rôle prouvant que 
tlans d'autres départements il payait le 
cens légal. La Chambre prononça l'a- 
joumement à quinze joiu-s. Marchan- 
gy ne profita pas de ce délai ; mais, à 
la session suivante, ayant été nommé 
par les électeurs de l'arrondissement 
d'Altkirck (llaut-Rhin), il prit sans 
difficulté séance à la chambre. I/in- 
cident que nous venons de signalei 
avait été, pour l'opposition, un su- 
jet de ti'iomphe, et en même temps 
avait prouvé combien le gouverne- 
ment savait peu soutenir, contre la 
malveillance des partis, ses plus dé- 
voués défenseurs. On a prétendu 
qu'au moment oii parut le réquisi- 
toire de Marchangy sin- les société* 
secrètes , il fut trouve si exact par 
les affidés qu'ils condamnèrent à 
mort son auteur. Mais ce fait ne pa- 
raît pas pi-ouvé. Marchang>- en ftit 
quitte pour les injures de quelques 
écervelcs (pii l'insultèrent comme il 
passait sur le pont des .Vi'ts. Sa con- 
duite et ses principes avaient engagé 
Monsieur, depuis Charles X, à l'appe- 
ler à son conseil en 1818. Dans les 
occasions les plus indifférentes, Mar- 
changy témoignait hautement son 
zèle pour les Bourbons. C'est ainsi 
que , lors d'un banquet d'électeurs 
royalistes qui eut lieu au mois de mai 
1822 à la Chaumière, il porta le toast 
suivant par allusion à la naissance du 
duc de Bordeaux : A ceUe qui notis a 



>L\R 



67 



réconciliés avec Cesperatiee! à celte 
qui a fait mentir te crime ! Mar- 
cbangv poursuivait glorieusement sa 
carrière à la fois judiciaire et litté- 
raire , car sa Gaule poétique était 
à sa sixième édition et il voiait de 
publier Tristan te voyageur, lors- 
que, déjà vieilli avant l'âge par le 
travail, il fut frappé d'une affection 
«le poitrine au sortir de cette même 
cérémonie hmèbre du 21 janvier, 
qui, la même année, coûta la vie a 
deux vieillards membres comme lui, 
<le la cour de cassation (Brillât-Sava- 
rin et Robert de Saint- Vincent). Tout 
souffrant qu'il était , Marchangy , 
quelques jours après, s'exposa à sor- 
tir pour solliciter mie place vacante à 
l'Académie française. Nous nous rap- 
j)elons même l'avoir vu trois ou qua- 
tre jours avant sa mort dans les bu- 
reau\du Moniteur, où l'avait conduit 
l'intérêt de sa candidature. Il mourut 
le 23 février 1826, à peine âgé de 42 
ans. On peut bien dire de ce magisti at 
<lont la constitution toute nerveuse 
«;tait si frêle et dont le courage et la 
témérité étaient invincibles, qu'il fut 
im de ces êtres chez qui, selon l'ex- 
pression proverbiale, ta lame use le 
foureau. A ses obsèques, M- .Iules de 
Marmier, gentilhomme ordinaire de 
la Chambi-e et ami d'enfance du dé- 
funt, prononça sur le cercueil quel- 
ques paroles touchantes, entre autres 
relles-ci : •' Magistrat aussi fidèle qu'in- 
• tcgre , il eut aussi ce courage civil 
' qui élève jusqu à l'héroïsme » . Quel- 
ques jours après (22 février), Desèze, 
premier président de la Cour de cas- 
sation , s'exprima sur son compte 
l'u ces termes : " l-es tiavaux même 
•■ de la magistiatme ne suffisaient pas 

a son ardeur noblement impatiente. 
" il lui fallait encoie des succès d'un 

autre genre, et ces succès il le« 
■• chercha dans ks lettres... Sa bril- 



68 



MÂB 



« lantc imagination qui l'emportait 
. quelquefois malgré lui, lui fit même 
« saisir, dans les annales de notre 
« monarchie, des époques mémora- 
« blés auxquelles il se plut à mêler 
» des fictions de nature à répandre 
» encore plus d'intérêt et de grâce 
„ sur les tableaux qu'il ea retraçait. 
« Il aspirait aussi en même temps à 
« cette gloire si séductrice de la tri- 
a bune, dont ses talents, ses excel- 
u lents principes... le rendaient égalc- 
« ment digne. Malheureusement ces 
. travaux si multipliés dans lesquels 
« il consumait ses jours et ses nuits, 
. n'ont pas tardé à abréger sa vie. 
» etc. " Marchangy a laissé une fille 
unique, mariée à M. le baron d'Em- 
bowski. Il avait eu le temps de mettre 
la dernière main à un roman histori- 
que plein d'intérêt, qui est en quelque 
sortel'applicationde la Gaule poétique. 
Contraint par le plan de cette première 
composition de traverser rapidement 
tous les âges de la France, depuis les 
forêts des Druides jusqu'à l'olympe de 
I.ouis XIV, l'auteur navait pu jeter 
qu'un coup-d'œilsur les temps les plus 
féconds. Mais dans Trintan le voyaçjeur, 
on la France au XIV' siècle, il s'est at- 
taché à peindre les mœurs d'une 
époque; ce n'était pas assez d'avoir 
fait dans cette vue des recherches la- 
borieuses, il fallait les rendre attrayan- 
tes , il fallait animer le sujet par une 
action attachante, et c'est ce qu'il a fait 
dans ce dernier ouvrage, remarquable 
par l'éclat et la fermeté du style, et qui 
n'est pas sans mérite sous le rapport 
de la composition. (Quatre volumes 
de Tristan avaient paru avant la mort 
de l'auteui-. I-es deux derniers suivi- 
rent r-n 1825. Quehpies lignes de 
points lenninent la fin du 108' 
chapitre, probablenicnt U'. dernier de 
l'ouvrage. Marchangy avait rédigé 
des Hâémoirvs hisioriquef pour l'ortlre 



MAR 
aouverain de Saint-Jean-de-Jérusalem. 
etc., publiés. par la commisiion des 
langues françaises (Paris, 1816, in-S"). 
Ce travail lui valut la décoration de 
l'ordre de Malte. Il fut créé, en 1821, 
chevalier delà I^gion-d'Honneur. Un 
grand nombre de ses plaidoyers font 
partie de la Collection du Barreau 
français. Il a lai.ssé inédits un Essai 
sur la génération sociale et sur l'im- 
mortalité de l'âme ; des Mémoires sur 
la révolution française ; un Voyage en 
Suisse ; un Commentaire sur les cinq 
Codes et un Commentaire sur la 
charte, il avait en outre publié, seule- 
ment sous sa lettre initiale, un petit 
poème de circonstance : Le siège de 
Danlzick, en 1813, par M. de M*** 
(Paris, 1824, in-8"). Tous ces travaux 
indiquent combien fut pleine la vie de 
ce magistrat littérateur, à qui l'on n'a 
pu reprocher qu'une ambition trop 
impatiente, sans doute, mais justifiée 
du moins par le talent. On a accusé 
Marchangy d'aller lui-même colpor- 
ter dans les journaux les articles faits 
par lui pour louer ses propres ouvra- 
ges. On peut affirmer, dans tous les 
cas, que cette tradition n'est pas morte 
avec lui. D v. R. 

MARCHANT (Nicol*s-Damas), 
antiquaire, né à Pierrepont (Moselle), 
le 11 déc. 1767, suivit d'abord les 
armées comme mt-decin militaire. 
Revenu dans ses foyers , il fut appelé 
aux fonctions de maire de la ville (1<' 
Metz, puis nommé conseiller de pré- 
fectiue du département de la Mosel- 
le. Dès lors il consacra ses loisirs a 
l'archéologie , particulièrement à la 
uumismatiquc. Il avait formé un ri- 
ihc cabinet de médailles, de mon- 
naies inédile», et une curieuse col- 
lection de livres sur les diverses 
branches des sciences , de la littéra- 
ture et de l'histoire. Créé baron et 
officier de la U=gion-d'Honneur , il 



MAR 



MAR 



69 



titait membre de plusieurs sociétés 
savantes, nationales et étrangères, 
entre autres de l'Académie royale de 
médecine de Paris et de l'Académie 
royale des sciences , lettres et arts do 
Metz. Marchant mourut dans cette 
ville le 1" juillet 1833. On a de lui : 
I. Différents écrits sur des matières 
politiques et économiques : 1" Jfis- 
cours prononcé à la société populaire 
de Metz , en faveur de la liberté de la 
presse, Metz , 13 vendémiaire an III 
(ocL 1794), in-i" de 4 pa{>es; 2° Let- 
tre de 31*** à M*****, membre de la 
Chambre pour le département de la 
******* (Moselle), sur le système élec- 
tif le plus convenable à la monarchie 
française, 26 décembre 1815, Metz, 
in-S" de 22 pages ; 3° Rapport fait au 
conseil-général du département de lu 
Moselle, sur la destination ultérieure 
du dépôt de mendicité de Gerze, 1818, 
in-S", avec deui tableaux; 4' Des 
réunions des communes formant une 
seule mairie. Opinion émise au con- 
seil-général du département de la 
Moselle, dans la session de 1818 , in- 
8° de 20 pages ; 3° Société mutuelle 
et gratuite de Metz. Réponse ii la der- 
nière note officielle de M. Chedeaux , 
fondé de pouvoir d'une des compa- 
gnies d'assurances à prime, 1819, in- 
8" de 12 pages ; 6° Statuts de la so- 
ciété anonyme d'assurances mutuelles 
contre l'incendie , pour la ville de 
MeU, 1820, in-8". II. Mélanges de 
numismatique et d'histoire, ou Coi-- 
respondance sur les médailles et mon- 
naies des empereurs d'Orient , des 
princes croisés d'Asie, des barons fran- 
çais établis dans la Grèce, des pre- 
miers califes de Damas, etc., Metz, 
1818, in-8''de 122 pages, avec4plan- 
ches et 19 vignettes, dont 36 mé- 
dailles et monnaies inédites du cabi- 
net de l'auteur. Son ouvrage est com- 
posé de douze lettres; il en donna 



une continuation en quatorze autre» 
letUes,qui ont été imprimées séparé- 
ment de 1821 à 1829, et tirées à un 
petit nombre d'exemplaires. L'érudi- 
tion et les connaissances variées qu'il 
a montrées dans ces Mélanges l'ont 
placé au rang des numismates les 
plus distingués de l'Europe. Enfin, il 
a fomni aux journaux de la Moselle 
beaucoup d'articles sur des sujet* 
scientifiques et littéraires, entre autreo 
deux Lettres sur la vaccine (10 ger- 
minal an IX, 1801); une Lettre ar- 
chéologique a M. de Jaubert (31 mai 
1819); une Critique du Résumé de 
r histoire de Lorraine, de M. H. Etien- 
ne, 182o, etc. Il avait l'intention 
d'insérer, dans les mêmes feuilles, uu 
grand nombre d'articles politique*; 
mais l'autorité locale ne le permit 
pas. M. Ch. Dosquet a publié une xVo- 
tice sur M. le baron Marchant (in-S" 
de 12 pages), lue dans la séance de 
l'Académie de Metz, du 1" juin 
1834. Z. 

MAllCILiXT de Beaumont (F.- 
M.), né en 1769, à Paris, où il est 
mort, le lî> août 1832, a publié un 
grand nombre de compilations : I. Le 
Conducteur de l'étranger à Paris, con- 
tenant la description des palais , mo- 
numents, etc., 1811, in-18, souvent 
réimprimé. II. Manuel du pétition- 
naire, Paris, 1814; 3' édition, 1826, 
in-18. m. Souveau dictionnaire géo- 
graphique de Vosgien, Paris, 1817; 

1824, in-8", avec cartes. IV. Beautés 
de l'histoirf: de la Hollande et des 
Pays-Bas^ depuisjes Romains jusqu'à 
ce jour, Paris, 1817; 3' édit., 1823, 
Jn-12, avec gravures. V. Beautés de 
l'histoire de la Chine, du Japon et 
des Tartares , Paris, 1818, 1823, 
2 vol. in-12, fig. VI. Beautés de 
thistoire de la Perse, depuis Cyrus, 
jusqu a nos jours, Paris, 1822 ; 2' édïL, 

1825, 2 vol. in-12, fig. VII. Le Con- 



70 



MAB 



ducteur a» cimetière de l'Esl on du. 
Père-Lachaise , Paris, 1820, in-18, 
avec planches ; 2' édit., sous ce titrée : 
L'Observateur au cimetière, etc., 1821 ; 
3' édit., sous le titre de Manuel, etc., 
1828. L'auteur en donna un abrégé , 
intitulé : Itinéraire du curieux dans 
le cimetière du Père-Lachaise, Paris, 
1825, in 18. IX. Cri de l'indignation 
publique contre une monstmeuse or- 
donnance rendue, le 5 mat dernier, 
par Charles X, auquel elle fut dictée 
pat Polignac et les Jésuites, Paris, 
1830, in-8°. C'était une ordonnance 
j-elative aux tombeaux des militaires. 
Z. 
MARCHE (Jean-François de i.a), 
XXVI, 610, voy. hK Marche, LXX, 
13. C'est le même personnage. 

MARCHE COUKMONT (Ig> a- 
i;F. HroARY de l v) , littérateur, naquit 
à Paris, le 25 mars 1728. La dissipa- 
tion de la jeunesse , de fréquents 
voyages en Italie, en Allemagne, en 
Pologne, des circonstances peu lavo- 
rables , ne lui permirent pas de cul- 
tiver avec assiduité les heureuses dis- 
positions dont il était doué, et l'em- 
pêchèrent d'acquérir ime réputation 
que ses talents auraient pu lui pro- 
curer. D'abord attaché, en qualité do 
chambellan, au margrave de Rareith, 
il obtint plus tard un brevet de capi- 
taine dans les volontaires de Wurm- 
ser, au service de France, lléformé à 
la paix de 1763, avec une pension, il 
mourut à l'île Bourbon, en dé«;embrc 
1768. Au milieu des agitations de sa 
vie, il trouva ceperrdant le .loisii de 
composer quelques ouvrages : I. Let- 
tres d'Ata ou (fun Péruvien, Amster- 
dam, 174Î), 1760, in-12. C'est une 
production fort médiocre, (jue l'au- 
tcnr donna dans sa jcuncHS<;, poui- 
faire suite a«i\ Lettres péruviennes de 
M"" de (;ra(ïigny (woy. ce nom, XVlll, 
263), avec lesquelles on a souvent 



MAT, ^ 

réimprimé l'ouvrage de La Marche, 
II. Essai politique sur les avantages 
que la France peut retirer de la con- . 
quête de l'île de Minorque, Citadella | 
(Lyon), 1757, in-12, opuscule pubhé 
à l'occasion de la prise de Minorque 
par le maréchal de Richelieu, et dans 
lequel on trouve des vues utiles pour 
cette époque. III. Réponse aux diffé- | 
rents écrits publiés contre la comédie 
des Philosophes, 1760, in-12. On sait 
quel débordement d'injures et de cri- 
tiques cette pièce attira à son auteur 
{voy. Palissot, XXXII, 420). La Mar- 
che la défendit contre ses nom- 
breux détiacteurs. dans l'écrit que 
nous indiquons. IV. Essai d'un nou- 
veau joui-nal, intitrilé le Littérateur 
impartial, ou Précis des ouvrages pé- 
riodiques, La Haye et Paris, 1760, 
in-12. Ce journal, entrepris en société 
avec Jacques FleuiT {voy. ce nom, 
XV, 72), ne fut pas continué ; il n'en 
a paru qu'un numéro. La Marche 
avait fondé en 1754, sous le patro- 
nage du duc d'Orléans, dont il était 
officier, le Journal étranger, auquel il 
travailla pendant quelques années 
avec plusieurs littérateurs. Il fut auvsi 
nu des collaborateurs du Nécrologe 
des hommes célèbres de France, et il 
a foiuni à cette collection V h: loge de 
Stanislas, roi de l'olo^jne, inséré dans 
\c. volume de 1769. L'éloge de la 
Marche se trouve dans le même re- 
cueil, vol. de 1770. P— «t. 

MARCHES' A (Joskph), littéra- 
Ifin-, naquit, en 1768, à Utrera, 
«lans l'Andalousie. Ses parents lui H- 
lont faire d'excellentes étwles, et le 
destinaient à l'état ecclésiastique: mais 
s étant livré ix la l.Klure des ouvrages 
de la nouvelle école pliilosophique 
française, malgré la sévère proliibitiou 
q,ii les frappait en Kspagne , le jeonc 
Marcbena ne tarda pas à numilester 
des opinions «pii devaient lui attirer 



MAR 

les rigueurs de l'inquisition. Menacé 
d'être arrêté, il se réfugia en France, 
où la révolution venait d'éclater, et 
où il fut accueilli avec empressement. 
Ses talents , sa facilité prodigieuse a 
parler et à écrire plusieui-s langues , 
lui permirent même de jouer un 
rôle assez important, et lui valurent 
l'amitié de Brissot et d'autres giron- 
dins. Après le 31 mai, il se retira à 
Caen avec Louvet et quelques autres 
députés qui s'efforçaient de relever 
leur parti ; mais, obligé de fuir, il fut 
arrêté à Bordeaux et transféré dans 
les prisons de Paris. Dans cette posi- 
tion critique, il fit preuve de cou- 
rage et de dévouement à la cause 
qu'il avait embrassée. Robespierre, en 
envoyant à l'échafaud Danton, La- 
croix, Camille Desmoulins, etc., avait 
épargné Marchena -, celui-ci ne crai- 
gnit pas de le braver , et osa lui écrire 
sur une feuille de papier : Tyran , tu 
m'as oublié! Le tvran monta sur l'é- 
chafaud à son tour, et Marchena, ren- 
du à la liberté, fut admis dans les 
bureaux du comité du salut public , 
et attaché à la rédaction du joumal 
l'Ami des Lois, que dirigeait Foul- 
tier; mais il perdit bientôt ces deux 
emplois, soupçonné par son parti 
d'opinions rétrogrades. Pour se ven- 
ger de sa destitution , il lança con- 
tre les chefs du parti U'iomphant , 
Tallien, Legendre et Fréron, plusieius 
pamphlets qui lui attirèrent de nou- 
velles persécutions et le firent pros- 
crire, après le 13 vendémiaire, sous le 
prétexte qu'il avait pris part au sou- 
lèvement des sections de Paris conti-e 
le pouvoir législatif. A cette époque, 
un de ses amis l ayant renconti"é armé 
d'un sabre qui était plus grand que 
lui, dit en riant : Marchena y vous 
êtes attaché à votre sabre. Amnis- 
tié peu après, il reparut dans l'arène 
de l'opposition en attaquant, dans 



MAR 



'^1 



plusieurs pamphlets, le Directoire hii- 
même, qui lui appliqua la loi sur les 
étrangers, et le fit conduire, en juin 
1797 , jusqu'à la firontièi'C suisse. 
Mais sur la demande de Marchena, le 
conseil des Cinq-Cents intervint et 
lui confirma les droits de citoyen 
français dont il avait paisiblement 
joui pendant cinq années. Revenu ù 
Paris , il fut choisi , pour secrétaire, 
par le général Moreau, qu'il accom- 
pagna à l'armée du Rhin. Pendant 
son séjour à Bâie , Marchena fxit 
l'auteur d'une mystification , qui eut 
quelque retentissement. Il avait com- 
posé une chanson fort leste, qui lui 
attira une sévère réprimande de la 
part de Moreau. Pour se disculper 
auprès du général, il assura que cettp 
chanson n'était qu'une traduction d'un 
passage de Péti-one, encore inédit, et. 
deux jours après, il présenta au géné- 
ral un fragment qu'il disait avoir ex- 
trait d'un manuscrit fort ancien de la 
bibliothèque de Saint-Oall. Le Satiri- 
con de Pétrone offre de nombreuses 
lacunes, et Marchena, profitant de 
cette circonstance, avait rempli Tune 
d'elles avec tant d'art , que son inter- 
polation semblait devenir nécessaire 
à l'intelligence du récit, et faire par- 
tie du texte. Il avait d ailleurs si bien 
imité le ton, l'esprit et le style de 
Pétrone, que , lorsque le pretendti 
fragment fut publié, plusieurs savants 
s y laissèrent tromper; on fit même 
ime sorte d'enquête ; et lauthenticité 
du fragment fut reconnue et annon- 
cée dans les journaux par l'un 
des plus célèbres critiques de I Alle- 
magne. Marchena tenta , quelque 
temps après, de renouveler la même 
fraude pour Catulle. Il prétendit avoir 
découvert dans un papvrus d'Hercu- 
lanum quarante vers inédits de ce 
poète; mais, cette fois, il rencontra 
un rude jouteur dans M. Eischtaedt . 



72 



MAIt 



professeur à léna ; et la inydtifieation 
retomba sur son auteur. Moreau ayant 
demandé à son secrétaire une statisti- 
que de quelques contrées de l'Allema- 
gne,Marchena, qui ne savait pas encoro 
un mot d'allemand, se mit avec aj- 
deur à l'étude de cette langue , et , 
chose incroyable! il parvint en peu 
de jours à lire les principaux ouvra- 
ges qui avaient été faits sur ce sujet. 
Son rapport obtint les éloges des gé- 
néraux et fut d'une grande utilité. 
Lorsque Moreau revint à Paris, 
Marchena l'y suivit, et lui resta 
aussi attaché dans la mauvaise que 
dans la bonne fortune. Ce ne fut 
qu'en 1808 qu'il retourna en Es- 
pagne avec Murât , qui l'emmena 
à Madrid , comme secrétaire. A pei- 
ne arrive, il fut arrêté par ordre 
du grand-inquisiteur, qui, malgré 
l'intervention du général français, 
refusa de le mettre en liberté. Alors 
Murât envoya délivrer son secrétaire 
par une compagnie de grenadiers. 
Quand le trône d'Espagne fut donné 
à Joseph Bonaparte, Marchena iut 
chargé de la rédaction du journal of- 
ficiel, et iiommé chef de la division 
des archives au ministère de l'inté- 
rieur ; il obtint mémo de faire im- 
primer , aux frais du gouverne- 
ment, tous les ouvrages qu il tradui- 
rait du français. Il fit rci)résentcr 
en espagnol, sur le théâtre del Vrin- 
fûpc , le Tartufe et le Mhauihrope de 
Molière; sa traduclior) eut beaucoup 
de succès et lui valut d'être nommé 
«;hevalier de l'ordre que le roi Joseph 
avait créé à son avènement. Eu 1813. 
il suivit les Français dans leur re- 
traite , et vint habiter successive- 
ment Nhnes, Montpellier et Bordeaux, 
f»ù il publia dos traductions de quel- 
ques ouvra(;es de Voltaire , de Rous- 
seau et de Montesquieu. J^a révolu- 
tion [qui éclata ,^en 18;i0 l'attira de 



MAR 

nouveau en Espagne ; mais, repousse 
par les hbéraux qui le considéraient 
comme un afranr.esado ^ c'est-à-dire 
comme une créature de l'ex-roi Jo- 
seph, il se trouva dans un extrême em- 
barras, et mourut peu de temps après 
sou arrivée (janvier 1821), dans un 
état voisin de la misère. Cependant ses 
funérailles se firent avec quelque pom- 
pe, et plusieurs discours furent pro- 
noncés sur sa tombe. Marchena était 
un très-petit homme, d'une figure de 
tatyre, d'une fort mauvaise tenue, et 
se croyant néanmoins fait pour plaire 
à toutes les femmes, ce qui lui donna 
souvent de grands ridicules. Ses ou- 
vrages sont : 1" Réflexions sur les fu- 
(jitifs français, Paris, 1795, in-8''. — 
2° (En société avec Valmalette ) : le 
Spectateur français , 1796, in -8". 
tome I"^ , qui n'eut pas de suite. — 
'.i" L'ssai de théolooie , Paris, 1797, 
in-8°. Cet ouvrage fut réfuté par le 
|)rofesseur lleckel. — 4" Fragmentum 
Petronii ex bibliothecœ Sancti-Galli 
untitiuissimo manufcripto e.xceq>tum . 
iiunc primum in lucem editum : gai 
lice vertit ne notis perpctuis illustra- 
rit Lallctnandus, sacrœ thcologiœ doc- 
lor, Dâle, 1800, in-8". C'est de ce 
fragment qu'il a été parlé plus haut. — 
.')" Description des provinces basques, 
itisérée dans les Annales des Voya 
fjes, — 6' Leçons de philosophie vuy 
raie et d'éloquence, Bordeaux, 1820, 2 
v.in-S". C'est un recueil «le morceaux 
choisis, de poésie, d histoire, de phi- 
losophie et d'éloquence, tirés des 
meilleurs écrivains espagnols, et pré- 
cédés d'un discours préliminaire sur 
l'histoire littéraire de l'Espagne et sur 
les rapport» <le ses vicissitudes avec 
les vicissitudes politiques. Marchciia 
a encore donne plusieurs traductions , 
dont le choix ,suflirait pour faire 
connaître se» goûts et ses opi- 
nions. Ce sont 1° Coupd'a-it su, 



MAK 



HAR 



7S 



Iti forcty topulencf et ta population 
de la Grande-Bretagne, par le doc- 
leur Clarke; ilarchenay a joint la 
correspondance inédite du docteui' 
Tucker, et de D. Hume, Paris. 1802, 
in-S". — 2" HÉmile, de J.-J. Rou^- 
?«au, Bordeaux, 1817, 3 vol. in-12. 
— 3» Lettres Persanes de Montes- 
quieu , Nîmes, 1818, in-S", et Tou- 
louse , 1821, iii-12. — 4° Les Contes 
de Voltaire, Bordeaux, 1819. 3 voi. 
iu-12. — 0° *fanuel des inquisiteun, 
à l'usage de linquisition d'Espagne et 
de Portugal, par l'abbe Morellet, 
Montpellier, 1819. in-8^— 6° L'Eu- 
lope après le congrès d'Aix-la-Cha- 
pelle , par de Pradt , Montpellier , 

1820, in-12. — 7° De la liberté reli- 
gieuse, par Benoît, ibid., in-8°. — 8* 
Julie, ou la Nouvelle Héloise, par 
Jean-Jacques Rousseau , Toulouse , 

1821, 4 vol. in-12. Il avait entrepris 
une traduction en espagnol de ['Essai 
sur les mteuis et du Siècle de Louis 
XIF, laquelle probablement ne tut 
pas terminée et n'a pas vu le joui' , 
|)lus que sa notice siu- le poète espa- 
gnol Mellendès Valdés. A — v. 

MARCHE SI (Fius«;ois), ou 
ZAGAXELLI, peintre né à Coti- 
gnola, florissait en 1518. Il vint fort 
jeune à P»avenne, oîi il reçut les leçons 
de Kondinello, auquel il succéda et 
dans son école et dans ses travaux. 
C'était un coloriste du premier méri- 
te; mais inférieur a son maîue dans 
le des.sin et la composition. Ces dé- 
fauts cependant sont loin de se faire 
remarquer dans la fiaiueu.se Résui-rec- 
tion de Lazare, qu'il a peinte à Clas- 
se, ainsi que dans le Baptême de Jé- 
xus-Clirist, qu'on voit à Faenza. U 
a su, dans ces deux ouvrages, tem- 
pérer la fougue de son génie , dis- 
poser avec plus dintelligence ses 
figures fort bdles. bien drapées, et 
pleines d'originalité , quoique d'une 



proportion ordinairement au-dessous 
de nature. On fait aussi un cas extrê- 
me d'un grand tableau de la Vierge 
au milieu de plusieurs saints, qui 
existe aux Observantins de Panne, et 
dans le({uel il a introduit plusieurs 
personnages célèbres de son temps. 
On ne connaît rien de lui dont l'idée 
ait plus de solidité, l'ensemble plus 
d harmonie , la disposition plus d'art 
et le» accessoires plus d'adresse, il a 
douné à son coloris plus de douceur, 
et a voulu surtout s y rendre propre 
la manière de Mantegna. Il eut un 
frère nommé Bemardino, avec lequel, 
il peignit un tableau très-estimé de 
la Vierge entre saint François et saint 
Jean-Baptiste, dans une clia[)elle des 
Observantins de Ravennc, et un au- 
tre que l'on voit à Imola , dans le 
couvent de» Réformés. Bernardino 
ne se montra pas sans talent lorsqu il 
peignit seul. On remarque, dans la 
Charti-cuse de Pavie, un tableau où il 
a mis son nom, ce qui peut servir à 
lectiiîer Terreur dans laquelle est 
tombé Crcspi, en oe faisant qu'un 
seul des deux frères. — Jérôme 
MiiRCUESi dà Cotignola, qui parait 
être de la même famille , naquit 
veis 1480, et fut élève de Fran- 
cia. Ses portraits jouissent d'une ré- 
putation supérieure à ses tableaux 
d'histoire , et quelques-uns de ce» 
derniers qne l'on voit à Rimini , jus- 
tiBent cette préféience; mais il n'en 
est pas de même de ceux qui existent 
à Bologne; ces tableaux, peints dans le 
stvle de son temps, repoussent entière- 
ment un tel reproche. Celui que possè- 
dent les Servitcs de Pesaro , et qui re- 
prèseute la Marquise Ginevra Sfona 
prosternée devant le trône de la Vier- 
ge avec son Jils Constant If, est re- 
marquable par la beauté de la pers- 
pective. Ce tableau n'est point le seul 
qu'il ait exécuté pour des familles 



7^ 



MAR 



souveraines. Son dessin a quelquefois 
de la sécheresse, mais son coloris est 
agréable; ses têtes ont de la majesté , 
et ses draperies sont bien disposées. 
Les ouvrages que l'on connaît de lui le 
placent parmi les meilleurs peintres 
de l'ancien style. Appelé à Naples et 
à Rome, sous le pontificat de Paul III, 
ses travaux dans ces deux villes eu- 
rent peu de succès , ce qu'il faut 
plutôt attribuer à sa manière de 
peindre, alors passée de mode, qu'à 
son manque de talent. Il a mis son 
nom à un tableau de Saint Jérôme , 
qu'il peignit, en 1520, pour les Con- 
ventuels de Saint-Marin. Cette date 
suffit pour réfuter l'erreur d'Orlandi 
qui place la mort de Marchesi en 
1518. Vasari et Baruffaldi le font 
mourir sous le pontificat de Paul III, 
vers 1550. — Joseph Mabchesi, sur- 
nommé il Sa)iso7ie , né à Bologne 
vers la fin du XVIl« siècle , fut 
élève de Franceschini et de Milani. 
Il s'est approché de la manière du 
premier, dans son tableau de la 
Fierge de Galiera , et l'opinion com- 
mune est qu'il l'égale dans la science 
du plafond, et dans le ton de la cou- 
leur. C'est de Milani qu'il apprit la 
science du dessin, quoiqu'il soit par- 
fois un peu chargé dans les parties 
du nu. Un de ses meilleins ouvrages 
est /c Martyre de sainte Prisca, qui se 
trouve dans l'église du Dôme de Ri- 
raini, où l'on remarque une bonne 
couleur et un grand nombre de belles 
fipures. La Sainte Agnès du Domini- 
quin parait l'avoir inspiré. J. Marclicsi 
a encore exécuté beaucoup de ta- 
bleaux i)our des galeries particulières. 
Celui dans lequel il a représenté les 
Quatre Saisons passe, aux yeux des 
connaisseurs, pour un des plu» beaux 
ouvrages de l'<>cole de Bologne. O 
peintre uiouiut dans cette ville le 16 
février 1771. P— s. 



MAR 

MARCHESI, vulgairement MAn- 
cHESiNi ( Louis) , l'un des plus célè- 
bres chanteurs parmi les castrats 
italiens, était né à Milan en 1741, 
et non vers 1755. Fils d'un trompet- 
tiste milanais, il s'adonna d'abord à 
l'étude du cor; mais, porté vers un 
genre dans lequel il devait obtenir le 
premier rang, jaloux des hommages 
d'admiration dont étaient comblés les 
soprani de cette époqu|, il se ren- 
dit à Bergame, où il se fit opérer. Il 
reçut des leçons de Fioroni, du so- 
prano Caironi, du ténor Albuzzi , 
et ne tarda pas à être admis parmi 
les élèves de la cathédrale. Il alla 
à Rome , en 1774 , et débuta dans 
un rôle de femme (une loi de ce temps 
défendait aux femmes de paraître sur 
la scène dans les états du pape) (1). 
En 1775 , il revint à Milan et joua 
long-temps les seconds rôles. A cette 
époque, si fertile en chanteurs ex- 
cellents, les acteurs du second ordre 
regardaient comme un bonheur pour 
eux de se trouver chaque jour en 
scène avec des talents transcendants, 
et ils devenaient souvent les rivaux de 
ceux qu'ils avaient cominencé par re- 
garder comme leurs maîtres. En 
1779, Marchesi quitta l'emploi de se- 
cond, et parut à Florence dans le 
Caslore e Polluce, de Bianchi, et dans 
l'Achille in Scim, de Sarti. Ce dernier 
rôle lui acquit une réputation extra- 
ordinaire; il se surpassa dans le dé- 
licieux rondo : Mia speranza io pur 
vorrei, et l'on n'a pas de peine à com- 
prendre que depuis il ait tant de fois 
répété ce niorcean. De retour à Mi- 
lan, Marchesi devint l'objet de l'ad- 
miration universt'lle ; l'académie fit 
frapper une médaille en son honneur, 
et tous les chanteurs le prirent pour 



(1) Celle loi fut renouvelée en 1825, mais 
il ne parait pas qu'elle ail été HÙ»e en vi- 
gucur. 



MAR 

modèle. Il se fit entendre ensuite sur 
les théâtres des principales villes d'I- 
talie ; puis à Vienne , à Berlin, à Saint - 
Pétersboui^, et enfin à Londres, où il 
resta deux ans. Retiré du théâtre de- 
puis 1790, il retourna en Italie, où il 
vécut comblé d'honneurs et de ri- 
chesses. L'excellence de sa méthode 
a été si connue et si admirée, qiic 
tout ce que l'on jwunait due à co 
sujet ne saui*ait exprimer les sensa- 
tions qu'il foisait éprouver. Crescen- 
tini a pu seul donner une idée de la 
pureté de son expression , de la net- 
teté de sa voix. Maix-hesi éuùt de plus 
excellent acteur, talent rare dans les 
bons chanteurs. Il mourut dans sa 
patrie en 1826. à l'âge de quatre- 
vingt-cinq ans. Z. 

MARCHETTI (Marc), ou ^fan 
de Faenzu. du nom de sa ville natale, 
florissait sou» le pontificat de Giv- 
goire XIII (1572), et fut élève de Jaco- 
pone Bertucci, peintre distingué de ce 
temps. Personne n'eut plus que lui une 
pi'atique fière, résolue et, comme di- 
sent les Italiens, terrible, dans la pein- 
ture à fresque. C'est surtout dans les 
gt-otesqucs ou arabesqiia qu'il est resté 
sans égal. .Personne mieux qne lui 
ne savait mêler aux ornements des 
traits d'histoire pleins de vivacité et 
d'élégance et dont les nus sont une 
véritable école de dessin. Tel est sur- 
tout le Massacre dei Innocents qu'il 
a peint dans le Vatican. C'est a lui 
que Grégoire XIII, après la mort de 
Sabbattini, confia les tiavaux qu'il fai- 
sait exécuter. Côme 1'% grand-duc 
de Toscane, l'emplova également à 
rembellissement du Palais Fieux de 
Florence. Il a peu tiavaillé dans sa 
propre patrie: cependant on y con- 
serve quelques-utis de ses tableaux à 
l'huile, et l'on v montre, dans une des 
rues, une voûte où il a peint des 
fleurons avec des figures de monstres. 



MAR 



t5 



d'une imagination pleine de richesse 
et dont la beauté est telle qu'on les 
prendrait pour un ouvrage des an- 
ciens. Rien n'y est domié au caprice, 
tout v rappelle la mvthologie et 
une véritable connaissance de l'anti- 
que. Marchetti mourut à Rome le 13 
août 4588. P — s. 

MARCHETTI (Jk4>), archoY- 
que d'Ancyiv, était né à Empoli en 
Toscane, le 10 avril 1753. Il fiit pr^^ 
en amitié par le cardinal Toireggiani, 
son compatriote, qui se chargea des 
frais de sou éducation. A la fin de ses 
études il partit pour Rome,devintsecré- 
tairc du duc Mattei ; puis ayant reçu 
les ordres sacrés , il fut placé, par le 
cardinal VitaUen Borromée, auprès du 
jeune duc François Sibrza-Contarini , 
en qualité de précepteur. Une criti- 
que qu'il publia de Y Histoire ecclé- 
iiasticfue de Fleury lui attira les per- 
sécutions des jansénistes, et lui fit 
perdre sa place. Il se livra alors à 
l'exercice de son ministère, et obtint 
de la réputation comme prédicateur. 
Ses conférences sur Itcriture-Sainlc , 
dans l'église de Jésus , attirèrent sui"- 
tout un grand concours d'auditeurs. 
Ses succès fixèrent lattention de Pie 
VI, qui le nomma d'abord examina- 
tour du clergé romain, puis président 
du collège et de Féglise des .lésuitc». 
Lorsqueles Français entrèrent à Romt", 
en 1798, Marchetti fiit enfermé dans 
le château Saint-Ange, puis barmi du 
territoire de la république romaine. 
Il reiUra alors dans sa patrie, mais 
l'invasion de la Toscane par les ar- 
mées fiançaises lui valut une nou- 
velle incarcération, qui fut toute- 
fois de courte durée. Après l'élection 
de Pie VII, il revint à Rome, et se li- 
vra tout entier à ses travaux. Lors- 
que ce pontife eut prononcé Texcom- 
munication contre Napoléon . Mar- 
chetti- soupçonné d'avoir été le con- 



76 



MàH 



seiller de cette mesure, fut exilé à 
l'île d'Elbe, où il resta peu de temps, 
car il obtint de se fixer dans sa patrie. 
En 1814, il fut successivement nomme 
archevêque d'Ancyre, in partibus, 
gouverneur du fils de la relue d'Etru- 
iie Marie-Louise, et administrateur 
du diocèse de Rimini , avec le titre 
de vicaire apostolique, n'ayant pas 
voulu être évêque titulaire. U retour- 
na à Rome sous le pontificat de Léon 
XII, qui le choisit pour secrétaire de 
la congrégation des évêques, dont il se 
démit peu après. Il se retira pour lors 
à Empoh, et y mourut le 15 nov. 
1829. Il avait publié un grand nom- 
bre d'ouvrages en italien, parmi les- 
quels nous citerons : I. Critique de 
rHistoire ecclésiastique et des dis- 
cours de M. l'abbé Fleury. Ce livre a 
obtenu plusieurs éditions, et a été 
traduit en français , en allemand, en 
espagnol. II. L'Autorité suprême du 
Pontife romain, démontrée par un 
seul fait, in-S". III. Les Raciniennes, 
ou Lettres d'un catholique à un par- 
tisan de l'histoire ecclésiastique de Bo- 
naventure Racine, in-S". IV. Entr-e- 
tiens familiers sur C Histoire de la re- 
ligion avec ses preuves, 2 vol. in-8". 
V. De l'Éducation civile et chrétienne 
de la jeunesse , lettres critico-nwralcs, 
2 vol. in-8''. VI. Les Devoirs du sacer- 
doce chrétien, exposés en forme de re- 
traite de trente jours, 'i\o\. in-8°. VII. 
Leçons sacrées depuis l'entrée du peu- 
ple de Dieu dans la terre de Chanaan, 
jusqu'à la captivité de Rabylone,l\omc, 
1803-1808, 12 vol. in-8". VIU. De 
rÉglise, sous le rapport politique, 3 
vol. in-8*'. Marchetti a, en outre, lais- 
sé plusieurs ouvrages manuscrits. Z. 
MAKCIIETTI (Gu'SEPPK Salva- 
(,NOLi), poète italien, né à Cormota 
près d'Empoli, le 8 septembre 1799, 
a publié plusieuiR opuscules en vers 
fort remanjuablcs, entre autres, une 



MAR 

traduction des Psaumes, et une des 
Églogues de Virgile. Il a inséré dans 
quelques ouvrages périodiques , et 
notamment dans le Giomale Arca- 
dico et V Antologia , de bons articles, 
de critique et de polémique littéraire, 
Nourri de la lecture des auteurs de 
l'antiquité et des classiques de sa pa- 
trie, il les aimait avec passion et 
voyait avec chagrin tous ceux qui 
s'écartaient de leurs traces. C'est ce 
sentiment d'admiration exclusive qui 
lui dicta une brochure renfermant 
une critique amère des hymnes sa- 
crées de Manzoni. Il méditait depuis 
long -temps un grand ouvrage histori- 
que qui devait fonder sa réputation , 
Pour se hvrer uniquement aux re- 
cherches que ce travail exigeait, il 
refusa les offres des magistrats de la 
république de Saint-Marin, qui l'invi- 
tèrent à diriger les études du sémi- 
naire de cette ville. La mort vint l'ar- 
rêter dans l'exécution de tous ses 
plans. Ce fut dans la maison pater- 
nelle où il était venu passer quelques 
jours et prendre, au sein des affec- 
tions de famille, de nouvelles forces 
pour continuer sa laborieuse carrière, 
qu'il mourut le 16 déc. 1829. Z. 

MAttCIIIX et non Marsin, com- 
me l'ont appelé quelques historiens , 
(le comte Ikiiuinand de), maréchal de 
France , naquit en février 1656. Son 
père, d'une ancienne famille flaman- 
de , fut d'abord colonel dans les trou- 
j)es liégeoises, puis général en France, 
et .servit en cette qualité dans l'armée 
de Catalogne. Au bout de deux ans, 
il devint gouverneur-général de cette 
province , abandonna le service de 
l'rancc, et passa dans les rangs en- 
nemis, ce qui lui valut les plus grands 
hoimeurs de la part de l'empereur et 
des rois d'Angleterre et d'Espagne. Il 
mourut en 1673. Cette même année, 
son fils, à peine âgé de dix-sept an». 



■HtAB 

vint en France, et obtint une »ous- 
lieutenance dans la gendarmerie. 
Nommé brigadier , en 1688, il eut, 
l'année suivante, un commandement 
dans l'armée d'Allemagne, combattit 
en Flandre, et fut blessé à la ba- 
taille de Fleurus. Maréchal-de-camp 
en 1693, il servit en cette qualité à 
Nerwinde et à la prise de Charleroi.En 
1701, Louis XIV le nomma lieute- 
nant-général et ambassadeur extraor- 
dinaire auprès de Philippe V, qui 
voulut le faire giand d'Espagne. 
Mais Marchin déclina cet honneur, et 
il motiva ainsi son refus dans une 
lettre à Louis Xr\' : = Étant absolu - 
» ment nécessaire que l'ambassadeur 
a extraordinaire de V. M. en Espa- 
n gne ait un crédit sans bornes au- 
a près du roi son petit-fils, il est aus- 
» si absolument nécessaire qu'il n'en 
« reçoive jamais rien, sans excepter 
» ni biens, ni honneurs, ni dignités, 
•" paixe que c'est un des principaux 
» moyens pour faire recevoir au con- 
" seil du roi cathoUque toutes les 
" propositions qui viendront de la 
<• part de V. M. " — « Quoique je 
« ne sois pas surpris de votre désin- 
« téressement , lui répondit le roi, je 
« ne le loue pas moins; et, plus il 
" est rare , plus j'aurai soin de faiie 
a voir que j'en connais le prix, et que 
f je suis sensible aux marques d un zèle 
« aussi pur que le vôtre. • Marchin 
accompagna ensuite PhiUppe V à Xa- 
ples, et il se trou^ a au combat de Luz- 
zara (9 août 1702), où il eut deux 
chevaux tués sous lui, près de la per- 
sonne du roi d'Espagne. Il revint 
en France en 1703, et reçut de 
Louis XIV le collier de ses ordres 
avec le gouvernement d'Aire en Ar- 
tois. Il servit dans la même année 
sous les ordres du dauphin, et con- 
courut à la prise de Brissac et au gain 
de la bataille de Spire, qui fut suivie 



>UR 



77 



de la prise de Landan. il passa en- 
suite le Rhin, et alla joindre le duc de 
Bavière avec un grand convoi. Ce fut 
alors qu'il reçut des mains de ce prin- 
ce le brevet de maréchal de France, 
que Louis XIV venait de lui envoyer. 
Il prit ensuite le commandement de 
l'armée sous les ordi-es de l'Électeur, et 
fut chargé du gouvernement d'Augs- 
bourg, après la prise de cette place. 
Au commencement de l'année 1704, 
il rempoita quelques avantages sur 
les impériaux , et se trouva à la mal- 
heureuse journée d Hochstedt, où il fut 
blessé, et sut néanmoins, par sa va- 
leur et son exemple, maintenir le bon 
ordre dans une retraite qui pouvait 
être si funeste ( voy. Tailart, XLIV. 
422). Il n'est donc pas vrai, comme 
on l'en a accusé, qu'il ait été la caust* 
principale de la perte de cette ba- 
laille , et Saint-Simon même lui a ren- 
du justice à cet égard. O qui prouve 
mieux encore que, dans cette occa- 
sion, la conduite de Marchin fut irré- 
prochable, c'est que , la même année, 
le roi lui donna le commandement 
de l'armée d'Alsace , et le pourvut du 
gouvernement de Valenciennes. Com- 
mandant encore sur le Rhin en 1705, 
avec le maréchal de Villars, ils forcè- 
rent les impériaux à repasser le 
fleuve, et dégagèrent le Fort -Louis. 
En 1706, Marchin fut envoyé en 
Italie pour y servir sous les ordres 
du duc d'Orléans, et il se trouva, 
le 7 septembre, à la bataille de Tu- 
rin, où trente mille impériaux, sous 
les ordres du prince Eugène, enlevè- 
rent d'immenses lignes défendues par 
quatre-vingt mille Français. Cet 
événement fut, sans nul doute, un 
des plus importants du règne de 
Louis XIV, et les jugements que l'on 
en a portés sont fort divers. Nous- 
mêmes en avons attribué la faute à 
Marchin. dan-s l'article du duc d'Or- 



78 



MAR 



léans ( foy. ce nom, XXXII, 109). 

Nous pensons aujourd'hui que ce 

que Napoléon en a dit dans ses 

Mémoires , publiés par le général 

Vlontholon, est plus exact et mieux 

fondé, et nous ne saurions mieux 

faire que de nous appuyer d'une si 

grande autorité : » On a justifié la 

a conduite du duc d'Orléans devant 

« Turin ; les historiens l'ont décharge 

u de tout blâme. Le duc d'Orléans 

« était prince, il a été régent, les é- 

u crivains lui ont été favorables, tan- 

« dis que Marchin, resté mort sur le 

« champ de bataille, n'a pas pu se dé- 

<i fendre. On sait pourtant qu'il pro- 

.. testa en mourant sur le parti que 

« l'on avait pris de rester dans les li- 

.. gnes. Mais quel était le général en 

» chef? Le duc d'Orléans. Marchin, 

» Lafeuillade,Albergottiétaientsousses 

u ordres. Il dépendait de lui de pren- 

« dre ou non les avis d'un conseil de 

« guerre. Personne ne lui a refusé 

u obéissance. S'il eût donné l'ordre à 

« l'armée de sortir de ses hgnes, s'il 

« eût donné ordre à la gauche de pas- 

u ser la Doire pour renforcer la droi- 

» te, s'il eût donné positivement or- 

» dre à Albergotti de repasser le Pô, 

« et que les généraux eussent refusé 

« d'obéir, le prince serait disculpé 

a Si l'absurde anecdote que l'on a col- 
u portée, que le duc d'Orléans n'était 
u général que de nom, et que Marchin 
» était investi d'un ordre secret dn 
., roi pour commander, était en cf- 
« fet vraie, le duc en acceptant un 
.. pareil rôle à l'âge de trente-deux 
« ans , aurait fait une chose contraire 
,. à l'honneur, digne de mépris, et (|ui 
« aurait couvert de honte le dernier 
» gentilhomme. Marchin était muni 
« d'une recommandation du roi, pour 
« que le jeune prince écoutât ses 
« avis; voilà tout. Le <luc d'Orléans 
.. était le général en chef reconnu par 



MAR 

" les généraux, les officiers et les sol- 
» dats ; aucun ne refusa et n'eût re- 
« fusé de lui obéir ; il est donc res- 
« ponsable de tout ce qui a été fait. » 
Ainsi, d'après l'opinion de Napoléon, 
qui était allé sur les lieux , et qui avait 
observé le champ de bataille avec 
soin , le malheureux Marchin ne fut 
que le bouc-émissaire de ce revers fu- 
neste. Blessé grièvement à la cuisse, 
dès le commencement du combat, il 
fut fait prisonnier de guerre et trans- 
porté à Turin, où un chirurgien du 
duc de Savoie lui coupa la cuisse. Il 
expira quelques heures après, disant 
à l'ambassadeur d'Angleterre qui vint 
le visiter, et qui l'a souvent répété : 
" Croyez au moins, Monsieur, que ça 
(' été contre mon avis, que nous avons 
» attendu dans nos lignes... » Le duc 
de Savoie lui fit faire de magnifiques 
funérailles, et il fut enterré dans la 
cathédi'ale. Saint-Simon, qui n'aimait 
pas le maréchal, et qui était au con- 
traire, comme l'on sait, fort enclin 
pour le duc d'Orléans, a aussi fait de 
cet événement im récit à peu près 
semblable, et il le termine par un 
portrait à sa manière et dont les cou- 
îenrs sont fort rembrunies : « Mar- 
« chin, vers le milieu du combat , re- 
« çut mi coup qui lui perça le bas- 
'. ventre et lui cassa les reins. Il fut 
» pris en même temps, et conduit 
. dans une cassinc voisine. Il deman- 
.. da une seule fois si M. le duc d'Or- 
" léans était tué. Arrivé là avec un 
" aide-de-camp et deux ou trois do- 
« mestiques, il envoya chercher un 
» confessein-, dit quelque chose sut 
u ses affaires , mit dans un paquet , 
u pour M. le duc d'Orléans, la letuc 
.. (|uc ce prince avait écrite au roi 
.- contre lui , et qu'il lui avait lue et 
u confiée pour l'envoyer lui-même , 
.> no voulut plus entendre parler que 
.' de Dieu et mourut dans la nuit. On 



MAR 

» trouva paimi ses papiers des misères 

- innombrables et un amas de vœux 
» plus que surprenants, un désordre 
• immense dans ses affaires, et des 

dettes six fois plus qu'il n'avait de 

bien. C'était un extrêmement petit 

iiomme, grand parlem-, plus grand 

. courtisan, ou plutôt grand valet, 

- tout occupé de sa fortune, sans tou- 
tefois être malhonnête homme, dé- 

- vot à la âamande, plutôt bas et 
« comphmenteur à l'excès que poli , 

- cultivant, avec un soin qui l'absor- 
" bait, tous ceux qui pouvaient le ser- 

- virou lui nuire; esprit futile, léger, 
« de peu de fonds, de peu de juge- 
u ment , de capacité , dont tout 1 art 
" allait à plaire. •• Le maréchal Mar- 
chin mourut sans avoir été marié, et 
sa famille finit avec lui ; ce qui fait 
sans doute que personne n'ayant pris 
intérêt à sa mémoire, peu de biogia- 
phes lui ont consacré un artide. Ce- 
pendant on publia sous son nom 
une relation de la Campagne d'Alle- 
magne en l'an 17(H , Amsterdam, 
1742, 3 vol. in-12. M— Dj. 

MARCHEVI (JEàs-FRAsçois), na- 
quit à Verceil le 20 avril 1713. Après 
avoir fait de brillantes études au col- 
lège des Jésuites, il embrassa létat 
ecclésiastique et alla étudier la théo- 
logie à l'université de Turin. Reçu 
docteur à la fin de 1735, il fut admis, 
trois mois après, à laggrégation, ce 
qui lui ouNTÏt la voie de l'enseigne- 
ment universitaire. Lorsque l'on for- 
ma, en 1738, mie faculté de belles- 
lettres, Marchini, qui s'était déjà fait 
une réputation d'éloquence, fut com- 
pris parmi les membres de la nou- 
velle faculté. Nommé en 1745 pro- 
fesseur de théologie à Verceil, il rem- 
plit en même temps les fonctions de 
préfet des études, et dednt le con- 
seiller intime de Mgr. Solaro, qui le 
chargea de rédiger les articles du sy- 



MAR 



79 



node diocésain tenu en 1749. Quel- 
ques aimées après, il était rappelé à 
Turin par le roi Victor -Amédée, afin 
d'occuper à l'Université l'importante 
chaire d'Écriture-Sainte et de langues 
orientales. Son discours d'ouverture, 
prononcé en présence du magistrat 
des études, des professeurs et des 
docteurs agiégcs de toutes les facul- 
tés, fut fort applaudi et méritait de 
l'être, soit par l'élégance de la lati- 
nité, soit par la profondeur et la jus- 
tesse des pensées. Le sujet était Fin- 
troduction à l'étude de l'Écritore- 
Sainte. La suite de son enseignement 
répondit à l'éclat de son début et il 
ne cessa de professer jusqu'à sa mort, 
arrivée le 9 septembre 1774. Mar- 
chini avait été l'ami de plusieurs 
hommes célèbres, tels que le marquis 
Scipion Maffei, BiancbinL, de Vérone, 
et l'orientaliste de Rossi, de Parme ; 
ce dernier fut son élève. On lui a 
élevé mi monument dans l'église de 
Saint-François-de-Paule, et sa biogra- 
phie a été insérée dans l'Histoire de 
la littérature verceillaise, par l'au- 
teur de cet article. On a de Mar- 
cliini : l. Essais de poésie hébraïque, 
Turin, 1755, in-8°. IL Prœlectio ad 
:ttudia sacrœ scripturve habita in regio 
aihenœo, Tuiin, 1756, in-4''- IlL 
Tractatus de divinitatc et canonicitate 
sacrorum librorum sive in communia 
sive in particulari de diversis scrip- 
turarum editionibus ac versionibus^ 
avec un appendice des Instituiiones 
linguœ hebraicœ, Turin, 1762, in-^". 

IV. De chronologia sacra et de non- 
uiillis apparenter sibi cont>xidicen-> 
tibus ac frequentioribus in ea occur-t 
rentibus idiotismis, Turin, 1763, in-4% 

V. Tractatus in loca difficiViora Novi 
Testamenti, Turin, 1767, in-8". VI. 
Dissertationes in loca difflciliora sa- 
crce scripturce, manuscrit que fauteur 
• laissé tout prêt pour l'impression. 



m 



MAR 



— Marchini avait deux frères, dont 
l'un fut avocat et poète, et l'autre 
professa la philosophie au couvent de 
Saint-François à Ferrare. G — o — y. 
MARCHIOIVE, architecte et 
sculpteur d'Arezzo en Toscane, flo- 
rissait dans le XIIP siècle, il fut 
choisi par le pape Innocent III, pour 
élever à Rome \ Église et Y Hôpital dn 
Saint-Esprit in Sassia, réédifiés dans 
la suite par Paul m,Y Église de Saint- 
SylvestTe^XdL Tour de Conti, ainsi nom- 
mée parce que le pape était de cette 
famille; et dans Sainte-Marie-Ma- 
jeure, la Chapelle de la Crèche, qui 
fut reconstruite par Sixte -Quint. 
Dans la ville d'Arezzo, sa patrie, il 
érigea l'église paroissiale ainsi que le 
Campanile ou clocher. La façade était 
composée de trois rangs de colonnes 
les unes sur les auUes, toutes de di- 
verses dimensions, les unes très- 
grosses, les autres au contraire très- 
minces, sculptées du haut en bas ; 
les unes comme enveloppées de feuil- 
lages de vigne, les autres accouplées 
deux à deux, ou formées en faisceaux 
de quatre à quatre, et la plupart 
supportées par des espèces de mas- 
sifs représentant divers animaux non 
moins remarquables par le travail 
que par l'originalité de l'invention. 
Cependant le tout formait un ensem- 
ble où la bizarrerie faisait disparaî- 
tre le naturel et les proportions. Mais 
tel était alors le goût général de l'ar- 
<;hitecture. Tout artiste qui était on 
même temps sculpteur, affectait de 
manifester son talent en scidpUne 
dans chaque partie d'un édifice. Le 
grand art était d'entasser une foule 
d'ornements sans se soucier des pro- 
portions et des règles si chères aux an- 
(îiens ; et , Marchione vivant dans un 
siècle où les saines théories n'étaient 
plus connues, on ne peut s'étonner 
si b plupart de »e» ouvr»fl[e« sont 



MAR 

surcharges de sculptures sans goûl 
et sans discernement ( voy. Luzar- 
CHES, XXV, 501 , note t.) — Mar- 
cHioNi (Charles), sculpteur et archi- 
tecte habile, naquit à Rome, en 
1704. C'est à lui qu'on doit le Mau- 
sole'e de Benoît XIII, placé dans 
l'église de la Minerve. Il est égale- 
ment connu par d'autres travaux 
qu'il a exécutés tant .à Rome qu'à 
Sienne. Comme architecte il a cons- 
truit le Palais de la grande villa Al~ 
bani, le hras neuf du port d'Ancône, 
et la qrande fabrique de la nouvelle 
sacristie de la basilique de Saint- 
Pierre de Rome. Il avait un talent 
remarquable pour dessiner à la plume 
des bambochadcs, recherchées des 
amateurs. Son caractère et ses qua- 
lités ne lui avaient pas acquis une 
moindre estime que ses talents. Il 
mourut à Rome en 1780. P — s. 

MARCHIS (Alexis de), peintre de 
paysages , né dans le royaume de 
Naples, au commencement du XVIIl*" 
siècle, travailla à Rome, où il a laissé 
des ouvrages recommandables dans les 
palais Ruspoli et Albani.Mais c'est sur- 
tout à Pérouse, à F rbin, et dans quel- 
ques autres villes des États romains , 
que l'on conserve ses plus belles pro- 
ductions. Il excellait à peindre les in- 
cendies; et, pour donner plus d'exac- 
titude à ses tableaux, on prétend qu'il 
mit le feu à une meule de foin. Ar- 
rêté pour ce dt'lit , mis en juge- 
ment et condamné à plusieurs an- 
nées de galère, il en sortit «ous le 
pontificat de Clément XI, pour le- 
qtiel il embellit le palais que ce 
pape avait à Urbin, en y peignant 
des vues d'architecture, des perspec- 
tives et des marines d'une grande 
beauté. Son style se rapproche de 
celui de Rosa di Tivoli , plus que de 
celui d'aucun autre maître. Son clief- 
d'opuvrc, représentant YincenJir dr 



Troie, appartient à la famille 2kut- 
proni , à Urbin. il voulut y déployer 
tout son talent, qui se fait remarquer 
jusque dans les figures ; cependant 
il n'y a ordinairement à louer dan* 
ses ouvrages que la verve, le bon- 
heur du pinceau, la vérité du co- 
loria, particulièrement lorsqu'il peint 
des feux ou des ciels sombres et 
jaunâtres , l'accord et l'harmonie 
de l'ensemble; mais les détails sont 
en général lâches et exécutés san* 
soin. Il eut un fils, paysagiste comme 
lui, mais dont le talent était inférieur. 
P— .^. 
MARCIEU (PiesKK Émé, comte 
»►;), issu d'une des plus anciennes et 
plus illustres familles du Dauphiné. 
naquit en 1686. Il était fils de Guy- 
Balthazar, marquis de Marcieu et de 
Boutières(I), gouverneur de (Grenoble 
et de la vallée de Graisivaudan, et de 
'\Iarie do Grollier, fille du comte de ce 
nom, maréchal de batailles. Le comte 
Pierre de Marcieu puisa clans l'exem- 
ple et dans les leçons di' ses nobles 
parents ce caractère chevaleresque et 
religieux empreint des traditions du 
moyen-âge, qui le distinguait surtout 
rfu milieu du relâchement et des dé- 
^^ordres de la cour du régent. Ce 
prince l'emplova dans des missions 
de confiance en llspagne et en Pié- 
mont, où déjà il était connu et appré- 
cié. Il servit dans le régiment de la 
«".ouronne, depuis 1700 jusqu'en 
1719, époque oii il devint colonel du 
régiment des Vaisseaux. Promu au 
grade de brigadier en 1721, à celui 
de maréchal-de-camp en nW, fait 
inspecteur-général d'infanterie dans 
la même année, il fut nommé lieu- 
tenant-général le 20 fc\Tior 1743. 

il) Ce marquisat pro>enait d'un de se» 
ancêtres, le chevalier de Boutières , parent 
•H compagnon d'armes de Bavard, et qui 
contribua beaucoup au ;aài de U bataille de 
Oensoles. 

IKXiÙ. 



YUi: 



81 



commandant de la province du Datt^ 
pbiné le l"*^ août suivant, puit» du 
corps darmcH; français sous les oi- 
dres de l'infant don Philippe dEs- 
pagne. Le 25 mars 1766, il reçut let^ 
insignes de commandeur de l'ordre 
de Saint-Louis, et plu» lard ceux de 
giand'crois. Le 2 mars 1777, Mon- 
viVur, frère du roi Louis XVI, en sa 
qualité de grand-maitre des ordres de 
-NoUe-Uame-du-Mont-Garmel et de 
•Saint-Lazare, lui fil délivrer les provi- 
sions de la comiuanderie de Reims. 
Marcieu joignait aux avantages d'une 
taille élevée et d une belle figure , la 
pinidence, l'habilité d'un homme d'état 
et l'amabilité séduisante d un homme 
de cour. Il était venk; dans la litté- 
rature latine, et po|^dait »me con- 
naissance profonde de toutes le» 
i>ranches de la science militaire. Ji 
parlait avec ime égale facilité l'espa- 
gnol, l'allemand et l'italien. Indépeo- 
datument des nombreux mémoires 
militaircis dont il a enrichi le dépôt de 
la guerre, il eu a laisse de fort curieux 
sur la campagne des Alpes, en 1743. 
\ lépoque de la disgrâce d Albéroni, 
il eut la missiou de recevoir à la 
frontière «l'Espagne , et d'accompa- 
gner jusqu'à celle d'Italie ce ministre 
disgracié, et de veiller a ce qu'en tia- 
versant le royaume il n y renouât 
pas des inuigiies avec les ennemis de 
l'État. L'affaire de la Bretagne n'était 
pas encore terminée. Le comte de 
Marcieu mit, dans rexécution des or- 
dres que lui avait donnés lednc d'Or- 
léans, la plus aimal^le courtoisie et une 
délicates^se de procédt^s qui touchèrent 
e.\trémt;ment Albéroni. Ce ministre 
dont la haute fortune venait d'être 
renversée d une manière si brusque et 
si imprévue, livré aux tourments d'uni' 
ambition déçue, que la violence et: 
l'impétuosité de son caractère rea-^' 
daient plu> t.i-vkelU' encore, trouva du 



82 



MAB 



soulagement à ses peines dans les con- 
solations que lui prodiguait le comte 
de Marcieu, Ce n'était pas une des cir- 
constances les moins singulières des 
vicissitudes de la fortune du cardinal, 
que de voir l'homme naguère tout- 
puissant, qui avait gouverné l'Espagne 
et rempli l'Europede ses intrigues, déjà 
usé par l'âge et surtout par le fardeau 
des affaires, ne recouvrer le calme et 
l'énergie de sa raison que dans les en- 
tretiens ou les conseils du jeune co- 
lonel que le régent avait chargé de 
l'accompagner. Animée, substantielle, 
pleine de saillies et d'intéi'ét, la con- 
versation de cet officier ne cessait 
pas un moment de charmer le car- 
dinal ; parfois, elle lui faisait ou- 
blier ses disgrâces ; et alors, le minis- 
tre déchu, retrempé par la philoso- 
phie élevée et consolante de son bril- 
lant compagnon de voyage, ne com- 
primait plus l'élan de sa reconnais- 
sance, lui révélait avec épanchement 
les détails les plus importants des 
plans qu'il avait formés pendant sa 
toute -puissance. D'autres fois il lui 
découvrait les particularités les plus 
secrètes des intrigues qui avaient 
agité la cour d'Espagne. Ce fut ainsi 
qu'il confia au comte de Marcieu 
que la nouvelle reine avait été chai'- 
gée de réaliser l'éloignement de la 
princesse des Ursins, dont la dis- 
grâce avait été concertée entre les 
deux rois. En y mettant toutes les con- 
venances, le comte de Marcieu ne se 
conforma pas moins aux instructions 
du régent , avec une prudence admi- 
rablement calculée. Ainsi, le cardinal 
ne reçut pendant ce trajet aiicMne 
sorte d'honneurs; on lui fit parcourir 
jusqu'en Provence, où il s'embarqua 
])our Gènes, une route combinée de 
manière à éviter les villes et les bourgs 
<le (jueUjue importance. I,c régent 
loua beaucoiip le romtiC de Marcieu , 



MAR 

dans ses lettres particulières qui, avant 
1789, étaient conservées au château 
du Touvet, de ces dispositions et de 
leur réussite; il laissa éclater toute 
sa joie, lorsqu'il apprit l'embarque- 
ment d'Albéroni pour Gênes, il était 
débarrassé d'un ennemi pei'sonnel 
qu'il avait puissamment contribué à 
renverser. Tout obstacle au rappro- 
chement des cours de France et d'Es- 
pagne, et à la conclusion de la paix, 
disparaissait avec le renvoi du car- 
dinal. Pendant l'année 1748,1e comte 
de Marcieu, dont l'administration 
éclairée se faisait distinguer par un 
mélange d'énergie, de douceur et de 
dévouement aux intérêts du roi et 
de la monarchie, réussit à surpren- 
dre les menées que le parti protestant 
entretenait avec les ennemis de la 
France. Ces intrigues, dont le but 
était de favoriser les armées qui me- 
naçaient nos frontières, avaient leur 
foyer principal à Genève , d'où par- 
taient des émissaires chargés de pé- 
nétrer dans les montagnes du Dau- 
phiné, où il existait de nombreux 
sectaires de Calvin, De là ils se ré- 
pandaient dans le Vivarais et sur- 
tout à Nîmes. Le comte de Marcieu 
sut paralyser les sourdes et crimi- 
nelles manœuvres dont il avait, dès 
leur naissance, révélé l'existence à 
la cour. Pendant son commandement 
en Dauphiné, il eut des démêlés avec 
le parlement, pour une question d'é 
ti(|uette où il soutint, avec autant 
d'esprit que de mesure, les droits du 
gouverneur de la ville de Grenoble, 
<lont le marquis de Marcieu, son ne- 
veu, exerçait les fonctions. Il mou- 
rut en 1778, âgé de 92 ans. Le comte 
de Marcieu fut un modèle de dévoue- 
ment au roi , à la patrie, et de désin- 
téresscuïcnt. Il avait sacrifié une par- 
tic de sa fortune au service mili- 
.lains Voici ce qu'il <5crivail , lo 25 



Mak 

décembre 1761, au duc de Choiseul, 
ministre de la guerre : » Monsei- 
» gneur, je reçois, avec bien de la 
» reconnaisance , la gracieuse lettie 
" dont vous m'honorez le 13 de ce 

• ^is, en m'annoncant l'ordre que 
» que vous venez de donner à M. de 
» Boullongne, pour me faire payer le,s 

• quatre premiers mois de mon trai- 

• tement de cette année, en qualité <lo 
» lieutenant-général employé en Dau- 
" pliiné. Ce petit secours ne pouvait 
" me parvenir dans un plus prcs- 
« sant besoin, à tous égards, puisque 
" j'ai mangé plus de deux cent mille 
« livres de mon bien au serince du roi, 
« principalement pour soutenir aver 

dignité, depuis dix-neuf ans, \c corn- 
■ mandement de cette province que 
" Sa Majesté voulut bien <-onfier à 
» mes soins, en 1743, non par dos 
« lettres de service, mais par des 
" ordres et commissions particulières 
1 qui m'y ont fait regarder comme 
» placé, article que je crois devoir 
« mettre sous vos yeux par les copies 

• ci-jointes, à la suite desquelles vous 
» pouvez voir qu'il m'est redà, par 
« MAI. les trésoriers, plus de nonante- 
u six m j7/e /ù'res, arrérages trop con- 

• sidérables pour un douzième lieu- 

• tenant-général des années du roi , 
« servant depuis 1700, âgé de 73 
» ans, criblé de neuf blessures et 
«• épuisé dans ses facultés, s'étant 
» même privé de la dernière ressour- 

• ce en faisant porter le premier à la 

• monnaie toute sa vaisselle d'argent, 

• afin dedonnerexempleenDauphiné 
» pour les besoins de l'État. » — Mar- 
r.iTX (Guy-Balthazar Émé, marquis 
de), né en 1721, était fils de Laurent- 
Joseph Émé , marquis de Marcieu , 
gouverneur héréditaire de la ville, 
citadelle , arsenal de Grenoble et 
vallée de Graisivaudan, et lui suc- 
céda dans eette charg»?. Il manifesta 



MAP» 



83 



de bonne heure une vocation décidée 
pour les armes, et une grande aptitude 
pour les sciences et les lettres dont il 
s'occupait dans les loisirs que la 
guerre lui laissait. Il débuta par étie 
enseigne en la compagnie colonelle 
du régiment Royal-Vaisseaux, le 22 dé- 
cembre 1731, et se comporta vaillam- 
ment dans les campagnes de 1733 et 
1734, à l'armée d'.\llemagne. Nommé 
capitaine de la même compagnie, il 
passa, le 29 octobre 1739, dans les 
gendarmes de la garde du roi avec le 
grade de guidon. Devenu mestre-de- 
camp de cavalerie, il mérita par sa 
bravoure les suffiages de ses chefs à la 
bataille de Fontenov. Le 1" mai 1746, 
il fut placé comme brigadier de cava- 
lerie dans l'armée commandée par le 
maréchal de Saxe, et fit la campagne 
de Flandre, qui fut terminée par la 
bataille de Raucoux. Le 12 janvier 
1747, il passa, en qualité de briga- 
dier de cavalerie, sous les ordres du 
comte de Marcieu, commandant en 
chef de la province du Uaupbiué. 
Dans la même année, il fut employé 
à l'armée du maréchal de Bélle- 
Isle , et prit part aux combats de 
Lantosca et de Castel-Doppio ; il 
fut maintenu dans ce grade à l'ar- 
mée du même maréchal , quand il 
vint commander à la frontière des 
Alpes. Par brevet du 13 mars 1748, 
il fut nommé capitaine-sous-lieute- 
nant des gendarmes de la garde du 
roi, et le 18 mai suivant, il fiit élevé 
au gi-ade de maréchal-de-camp. Par 
commission du roi, il fut, le 1"^ juin, 
attaché à larmoe qui s'assemblait 
sur les frontières d'Italie, sous les 
ordres du maiéchal de Jîelle-Isle. Le 
marquis de Marcieu reçut du roi, en 
décembre 1748, l'honorable mission 
d'aller à Cliambéi-y auprès de l'infant 
don Philippe d'Espagne, pour pren» 
dre les ordre< de ce prince, tant sur 
6. 



84 



MAB 



le passage de l'infant en Dauphind 
que pour régler la marche des trou- 
pes espagnoles qui devaient éva- 
cuer la Savoie. Le marquis de Mar 
cieu, atteint de la petite-vérole, mou- 
rut en 1733, sans laisser de postérité, 
à son château du Touvet, près Gre- 
noble, âgé de 32 ans. G — h — d. 

MARCIEU (Pierre Émk, marquis 
dk), et de Boutiéres, frère du précé- 
dent , et neveu du comte Pierre de 
Marcieu, naquit en 1728, du mariage 
de Laurent-Joseph, marquis de Mar- 
cieu avec Françoise-Gabriclle de Mis- 
tral de Montdragon, fille du marquis 
de Montmirail. Par letti'e du grand - 
maître de Malte d'Espuig, il hit nom- 
mé page de ce chef de l'ordre , le 27 
novembre 1739, et par brevet du 10 
juin 1740, il débuta à lage de 12 ans 
en qualité de cornette de la 2* com- 
pagnie du régiment de cavalerie de 
fiouchefolière. Il montra beaucoup de 
valeur et de talent dans la campa- 
gne de Bohême, dans celles d'Alle- 
magne et de Flandre , et surtout à la 
retraite de Prague. Le 26 août 1743, 
il fut nommé capitaine d'une des 
compagnies du régiment de cavalerie 
de Royal-Pologne. Le 17 mars 1743, 
sur la démission du comte de Marcieu, 
il le remplaça dans le gouvernement 
de Valence ; et le 3 avril 17i7, il fut 
nommé colonel du régiment des 
Landes (infanterie), étant à peine âge- 
de 19 ans. Le 19 juillet suivant , 
à l'attaque des retranchements du co! 
de l'Assiette, où il commandait son ré- 
giment et la brigade do Bourbonnais, 
il se couvrit de gloire , et reçut, eu 
montant à l'assaut, les hiessiu-es les 
plus graves. Par commission du 1" 
janvier 1748, il fut nouuué mcstreKk- 
camp du régiment de cavalerie de 
Beaucairi-, qui prit le nom de Marcieu. 
Le 25 mars suivant , il alla à Mons 
prendre le commandement de ce n.^ 



MAR 

giment qui faisait partie de l'aimée 
du comte de Saxe. A cette occasion, le 
comte Pierre de Marcieu , son oncle , 
écrivit la lettre suivante au maréchal 
de Saxe : « Monseigneur , [quoique le 
• chevalier de Marcieu , mon ne^u, 
« soit encore assez recommandé paries 
" cruelles blessures qu'il reçut le 19 
« juillet dernier à la tête de son ré- 
" giment des Landes et de la brigade 
« de Bourbonnais à la malheureuse 
" affaire de fAssiette en Piémont , je 
'< ne puis ni ne dois résister à l'im- 
>' patience qu'il a de se rendre au ré- 
» giment de cavalerie devant Beau- 
" Caire , que le roi a bien voulu lui 
» donner et que peut-être vous ferex 
» mouvoir dans peu.... Mon neveu, 
« qui part demain , 23 , en poste, 
« pour joindre ses étendards k Mons, 
« est si empressé de se retrouver sous 
« vos ordres où il a fait son appren- 
" tissage en Bohême et à Prague, que 
« j'espère des anciennes bontés dont 
" vous m'honorez, la préférence de le 
« faire servir ious vos yeux ainsi <juc 
« son régiment, dans l'armée princi- 
'< pale ijue vous vous réserverez , 
H n'ayant rien de plus à cœur que de 
« mériter l'approbation d'un héi-os 
•' tel que vous. Monseigneur, n Mar- 
cieu assista à l'investissement deMaes- 
tricht, qui se rendit le 7 mai. Le 26 
déc, le comte d'Argenson, nùnistrc 
de la (pierre, lui écrivit pour lui an- 
noncer que , '< d'après le compte 
« rendu au roi de ses services et des 
" blessures reçues par lui à l'attaque 
•< du cul de l'Assiette, Sa Majesté lui 
" avait accordé ime pension de deux 
u mille livres sur le trésor royal. « 
Par comnùssiuu en date du 20 oc- 
tobre 1730 , il fut revêtu de la 
charge <le gouverneur »le la ville, ci- 
la<lelle et arsenal de (5renoi)le el de 
la vallée de Graisivaudau, devenue va- 
f .ant4* par la mort du marquis (Jui de 



Marcieu, son frère aîné. Il .se distin» 
gua par plusieurs faits d'armes bril - 
lants à la bataille de Hastembeck ga- 
gnée par le maréchal d'Estrëes. Le 10 
février 1759 il fut nommé brigadier 
de cavalerie : durant cette guerre à 
laquelle il prit une part très-active, il 
se fit remarquer en Hanovre et en 
Hesse. LeSmai 1761, il fut nommé 
marëchal-de-camp, et lieutenant-gé- 
néral le 1" mars 1780. Le 29 août 
1783, il reçut une commission pour 
remplacer le duc de Clermont-Ton- 
nerre en qualité de commandant du 
Dauphiné, et, par une autre commis- 
ion du 29 août 1784, il y fut main 
tenu. Enfin il obtint le commande- 
ment en second de cette province, 
dont le duc de Clermont-Tonnerre 
avait le commandement en chef. Le 
1" août 1787. il fut fait comman- 
deur de .Saint-Louis , puis chargé de 
la division du Dauphiné, avec le bre- 
vet d'une brigade d'infanterie com- 
posée de (rois bataillons légers, avant 
sous ses ordres MM. de Frimont 
et de la Galissonnière pour mare 
chaux-de-camp. L'esprit d'opposition 
avait fait de grands progrès au sein 
des parlements, surtout parmi les 
jeunes conseillers, pendant les an- 
nées qui précédéi-ent la révolution. 
L« marquis de Marcieu eut a lutter 
contre le parlement de Gi^noble, la 
cour ayant mis une grande mollesse 
à le soutenir par la crainte qu'inspi- 
raient déjà ces corps beaucoup trop 
puissants. Dégoûté de ses emplois, 
parce qu il n'avait pu communiquer 
son énergie au ministère, ni réclaircr 
sur le danger qui menaçait I ordn- 
pnblic, le marquis de Marcieu rési- 
gna le commandement de la province 
et se borna aux fonctions de gouver- 
neur de Grenoble. Il en fut arraché 
pendant la teireur. et transporté à 
Paris où il échappa aux niassacreii 



MâR 



85 



des prisons, dans lesquelles il resta in- 
carcéré pendant trois ans. Il mourtit 
le 19 avril 18<H. Il avait épousé la 
fille du marquis de Saint-André, lieu- 
tenant-général et gouverneur de Va- 
lence. — Le marquis de Marcieti 
avait servi sur les côtes en 1760, et 
avait été emplové pendant trois an- 
nées à diriger la démarcation entre la 
France et les États sardes , depuis 
Genève, le long des Hautes-Alpes, 
Jusqu'au littoral et confluent du Var, 
en Provence, conformément au traité 
des limites du 21 mars 1760. 

G — R— D. 

MiVRCIEU ( NiCOUS - GlWUEL 

Emé, marquis de), fils du précédent, 
naquit le 11 octobre 1761. Son édu- 
cation religieuse et scientifique fut 
dirigée avec soin et intelligence au 
sein de sa noble famille. De bonne 
heure on le prépara à la carrière des 
armes qu'il devait embrasser; ses pro- 
grès furent rapides. Il entra en 1775 
comme aspirant au coi^ps royal d'ar- 
tillerie, à la résidence de Grenoble, 
étant à peine âgé de li ans, mais 
déjà fort instruit en mathématique* 
et dans les branches accessoires au 
service de cette arme. Il la quitta 
[>our entrer sous-lieutenant au régi- 
ment de MoTtiieur, dragons, le 14 
avril 1777, fiit successivement capi- 
taine au régiment du roi, cavalerie, 
capitaine de remplacement dans le 
même régiment, major en second au 
régiment roval Champagne, cavalerie, 
le 1" mai 1788. Pendant l'émigration, 
il fut aide-de-camp du maréchal de 
Rroglie en 1792 et 1793. et capitaine 
au régiment de Broglie en 1794. 
Après la restauration il obtint le 
grade de maréchal-de-camp le 2 oc- 
tobre 1816. Le 10 juillet 1823, le 
martpjis de Marcieu fut, ainsi que 
son beau-frère, le marquis de U 
Porte, ♦-•hoisi par l'ordre de Malte 



86 



MAR 



pour entamer des négociations avec \c 
colonel Jourdain, représentant le gou- 
vernement grec, et il eut l'honneur 
de faire consacrer, dans un traité, le 
principe de l'aflFranchissement de la 
nation grecque que plus tard l'Eu- 
rope dut admettre et reconnaître. Il 
s'agissait aussi de favoriser la renais- 
sance de l'ordre de Malte qui eût cou- 
vert de ses étendards européens les 
mouvements de l'Orient. L'interven- 
tion de l'ordre eût éteint ou du moins 
amorti les rivalités des nations, qui 
vraisemblablement ensanglanteront le 
midi de l'Europe et peut-être l'Europe 
entière, lors du démembrement de la 
Turquie. Des ciiconstanccs malheu- 
reuses, empêchèrent, en 1823, (jne ce 
plan d'une sage politique se réalisât , 
même sans le concours des puissan- 
ces. Le marquis de Marcieu mourut 
à Paris le 22 avril 1830; il avait 
épousé mademoiselle Adélaïde de 
Broglie, fille du comte de Broglie, 
lieutenant-général des armées du roi, 
et d'Augustine de Montmorency, il a 
laissé un fils, le comte Albéfic »le Mar- 
cieu, qui fut long-temps employé dans 
la diplomatie en Saxe et en Italie, sous 
l'empire et sous la restauration, et 
deux filles. Un deuxième fils avait péri 
glorieusement à la bataille de Ilanau, 
en 1813. G— b — d. 

MARCILL AC ( Pikhre - Louis- 
AcGUSJE BK tjRisv, uiurquis de), né le 
9 février 1769 à Vauban, en Bourgo- 
gne, d'une famille ancienne, fut élevé 
à l'École militaire de Paris, d'où il 
sortit avec une liculcnance dans le 
régiuïent de Picardie, cavalerie, il en 
devint colonel en 178,7, et énugra 
au conunenccincnt de la révolution. 
En 1792 il fut envoyé en Hollande 
par les princes français, afin de né- 
gocier un (-mprunt de 2,000,000 fi. Il 
le conclut avec un /.èlc et un dcsin- 
téressctiient rares, car non -seulement 



MAR 

il fit poner en diminution des inté- 
rêts le pot-de-vin d'usage que les 
prêteurs lui avaient offert, mais il en- 
gagea dans cette opération toute la for- 
tune de sa famille maternelle. Cette 
même année , M. de la Queuille, 
envoyé des princes frauç^ns auprès 
de l'archiduchesse des Pays - Bas , 
ayant reçu une lettre autographe de 
Louis XVI, par laquelle ce monarque 
l'appelait à Paris afin de lui commu- 
niquer les détails d'un plan conçu 
pour l'évasion du Dauphin, le mar- 
quis de Marcillac fut du petit nombre 
de ceux à qui l'exécution dut en être 
confiée. Mais une seconde lettie d.e 
Louis XVI annonça qu'il abandonnait 
<e projet. Marcillac fit la campagne 
de 1792 en qualité d'aide-de-camp du 
même M. de la Queuille, son oncle, et 
telle de 1793 à l'armée du prince de 
Cobourg. A|>rés la prise de Valen- 
ciennes, il {)assa en Espagne oii il 
commanda une compagnie dans la 
légion du marquis de Saint-Simon, 
et fit pallie de l'état-major du géné- 
ral Ventura-Caro. Lorsqu'en 1795 la 
paix fut conclue entre la France et 
l'Espagne, cette dernière puissance 
l'envoya auprès du gouvernement 
anglais, afin de l'engager à enU-ctenir 
dans l'intérieur de la France des re- 
lations qui ranimassent le parti roya- 
liste. Il fil naufrage sur la côte d'An- 
gleterre et courut les plus grands 
dangers. Sa mission n'ayant pas ob- 
tenu de résultat satisfaisant, il s'ef- 
força d'arracher son parti à la dd- 
pendancede rAngIcterrc, et s'aboucha 
avec MM. de Bourmout , Frotté , 
d'Aiguillon, .Mercier dit la Fcndéc, 
(ieorge Gadoudal, etc. Il obtint du roi 
d Espagne une promesse de secours en 
argent et en munitions pour l'armée 
de l'ouest , et même dune diversion 
dans le midi, après que les royalistes 
auraient rempoité quelques avantage» 



MAR 

importants. Mais les événements em- 
pêchèrent la réalisation de ces projets. 
Cependant Marcillac ne se laissa pas 
décourager: il ne cessait de former 
des plans, d'entamer des négociations 
et de nouer des intrigues pour servir 
son parti. Quand la Russie se fut déci- 
dée à entrer dans la coalition contre la 
France, il se rendit à l'armée de Sou- 
warow. Après de tels précédents, on 
pourrait s'étonner qu'il ait accepté en 
1812 la sous-préfecture deVillcfranche 
de l'Aveyron, si l'on ne savait qu'à 
cette époque le parti royaliste offrit 
de nombreux exemples de prétendus 
ralliements à la fortune de Napoléon 
qui accueillait avec trop d'empresse- 
ment, peut-être, les hommes de l'an- 
cienne noblesse.En acceptant l'emploi 
de sous-préfet, le marquis de Marcillac 
ne trahissait pas ses opinions, il ne fai- 
sait que changer de moyens pour les 
faire triompher. Aussi, en 1814, à 
l'approche de l'armée anglaise, il usa 
de l'influence que lui donnait sa place 
pour soustraire son département à 
l'autorité impériale. Alors le comité 
royaliste lui offrit un commandement 
dans l'armée ou la préfecture de l'A- 
veyron, qu'il préféra. Mais les succès 
des généraux de Napoléon lobligè- 
rent à se retirer. A la seconde res- 
tauration , il fut nommé préfet de 
l'Aveyron par le duc d'Angoulême. 
Cette nomination n'ayant pas ob- 
tenu l'approbatiou royale, il vint à 
Paris en 1816 et obtint la présidence 
du premier conseil de guerre, fonc- 
tions dans lesquelles il se montra 
d'une sévérité excessive contre des mi- 
litaires distingués. Il se jeta ensuite dans 
l'opposition royaliste , et prit part à 
la rédaction de la Quotidienne. Après 
l'assassinat du duc de Berry, il 
adressa à ce journal une lettre très- 
énergique. Il se montra l'ardent ad- 
versaire de la coDstitution espagnole. 



MAR 



87 



et, quand Louis XVIII manifesta Fin- 
tention d'envoyer cent mille homme» 
au secours de Ferdinand VII, Mar- 
cillac qui connaissait bien l'Espagne 
pour y avoir combattu et l'avoir ex- 
plorée pendant plusieiu*s années , 
proposa deux plans de campagne 
dont l'un embrassait le royaume tout 
entier et l'autre se restreignait à la 
Catalogne, Ses conseils furent peu 
suivis , mais il obtint de faire par- 
tie de l'expédition, en qualité de co- 
lonel d'état-major dans le quatriè- 
me corps d'aimée commandé par 
le maréchal Moncev- Revenu à Paris 
quand la guerre fut terminée, il en 
écrivit l'histoire, et mourut le 26 dé- 
cembre 182i des suites d'une fluxion 
de poitrine. On a de lui : I. Nouveau 
voyage en Espagne,Van&, 1805, in-S". 
L'auteur s'attache à réfuter Bour- 
going et Fleuriau de Langle. II. Aper- 
çus sur la Biscaye^ les Asturies et la 
Galice, et précis de la défense des fron- 
tières de Guipuscoa et de la Navarre, 
Paris, 1806, in-S". UI. Histoire de la 
guerre entre la France et CEspagne 
pendant les années 1793, 1794 et 
1795, Paris, 1808, in-8". IV. Histoire 
de la guerre d'Espagne en 1823, cani~ 
pagne de Catalogne, Paris, 1824, 
in-S". Cet ouvrage laisse trop percer 
l'humeur que l'autem* éprouvait du 
peu de cas qu'on avait fait de ses 
avis; il prétend que le succès de» 
Français ne fut dû qu'à l'incurie des 
certes et à l'inhabileté des généraux 
espagnols. V. Souvenirs de l'émigra- 
tion , Paris, 1825, in-8"., ouvrage 
posthume. Cest à tort qu'on lui a 
attribué le More-Lack, publié à Paris 
en 1789, in-S". A— y. 

MARCOLIXI (Fbanço.s), né â 
Forli, dans le XVI' siècle, fiit célèbre 
en son temps comme imprimeur, des- 
sinateur, architecte et graveur. C'est 
lui qui donna les dessins et fît cons- 



8»^ Mi^ 

traire te (fmiid pont qid joint Ve- 
nise à Murano. Il a compose le livre 
des Sorts , un volume in-folio , qu'il 
imprima lui-même en 15iO, et qu'il 
orna de belles figures en bois de son 
invention. Le frontispice seul est de Jo- 
seph Porta, peintre célèbre, comuisous 
le tjom de Salviati, qu'il avait adop- 
té poïir consacrer sa reconnaissance 
envers François Salviati, son maître : 
il y prend le nom de (îarfafjinno, de 
Castel-ISuovo délia Garfagnana, lieu 
de aa naissance. Les réponses en ter- 
cets aux questions que contient ce 
livre ont été composées par Louis 
Doîec, comme nous l'apprend Fran- 
«;ois Sansovino dans une de ses let- 
tres. P — s. 

MARC03yJ (Uocit;, peintre Tré- 
visan, lîorlssait en 1505 et fut un des 
élèves les plus distingués du Bellini. 
Hidolfi le compte mal à propos parmi 
les disciples de Palma. Les productions 
de cet artiste se font remarquer par 
l'exactitude .-fu dessin, la délicatesse 
du coloris, et le fini du pinceau; on 
peut seulement l'accuser de man(juci' 
d'une certaine rondeur dans les con- 
tours et de donner à l'expression de ses 
figmes un sérieux qui lt)mbc quel- 
quefois dans le trivial. Dans le pre- 
mier de ses ouvrages connus, peint 
en 1505, et qui existe dans l'église de 
:5aint-ISicolas de '(révise, on admire 
déjà la manière vaporeuse <lont il est 
«xdcutc, et ta même qualité se fait 
remarquer dans le tableau des trois 
.f pâtres , à l'église Saint - .lean «-t 
.Saint-Paul, et dans d'autres ouvra- 
ges peu nouïbreux qjii sont encore 
exposés en public. Il est moins rare 
de trouver de lui des tableaux do 
dcitr-figurès dans quelques galeries 
particulières. Mais on ne connaît rien 
de sa main qui soit plus beau, plus 
dans le goût du C;iorgi()n, que le Ju- 
tf€HH!i>1 flr ttt J'iuihh' ntfulti^iy tpie l'on 



voit dans le chapitre de Saint-Geor- 
ges-le-Majeur. La réputation de ce'^ 
tableau était si grande, qu'on lui en 
demanda des copies pour la sacristie 
de Saint-Pantaléon , ainsi que pour[ 
plusieurs autres églises. P — s. 

.%I ARCOXN AY (LoiK^ - OuvifcR 
de), naquit à Berlin , le 8 novembre 
1733, d'une famille d'origine fran- 
vaise. Après avoir terminé ses études 
à l'Université de cette ville, il entra 
dans la carrière diplomatique et de- 
vint successivement conseiller de lé- 
gation, premier rapporteur au dépar- 
tement des affaires étrangères , con- 
seiller ordinaire du grand directoire, 
conseiller supérieur du consistoire et 
inspecteur du gymnase fiançais. Il 
moiuut à Berlin' le 28 juin 1800. Il 
avait publié sous le voile de l'anony- 
me : L cinq Lettres d'un ami de Leyde 
à un ami d' Amsterdam, surdivers évè- 
lœmenls ou questions po/jti^ues, Berlin, 
1757-38-59-60, 5 vol. in-8". IL Lei- 
ttvd'un vuyagtur actuellement à Danf- 
zig à un ami de Stmlsund. sur ta 
i)uerre <jui vient de s'allumer dans 
F Empire^ Iruduclion libre de l'alle- 
mand, Berlin, 1756, in-8*. IIL Lettie 
sur le Dio(fènc décent et la cause bi- 
zarre de M. de Prémontvat, Berlin, 
1756, in-8°. IV. Lettre d'un partisan 
de la cour de Fienue à son ami de 
Majence^ sur la paraphrase et l'ain- 
ptification du mthuoire de M. de Het* 
len et sur la palinodie de cette para- 
phrase ,her\'m, 1757, in-8<*. V. Rcmer- 
ciment de Candide ii M. de Voltaire 
Amsterdam, 17(>0, in-8". Marconna^ 
a, en outre, traduit de l'allemand en 
fian«;ai8 la plupart des écrits que pu- 
blia la Prusse an sujet des guerres de 
Sept-Ans et de la succession de Ba- 
vière. Il avait été un des rédacteur^ 
de la Bibliothèque Germaniijuc de 
lormey , et de la Ga^tte Littéraitv 
de rnMU'hevill'"- '^ 



MARDASCH ( As^O-EO-DAltAB 

S*i.:nlB?i), fondateur de la dynastie des 
Mardaschides ou Kelabites. était chef 
de la tribu arabe de Kelab, établie en 
Mésopotamie, où elle possédait les 
villes d'Anah, Rababah, etc. Depuis 
que la famille de Haradan avait cessé 
de re'gner à Halep ( voy. Seu-ad-dai- 
TiH, XLI, 48S) , cette ville, livrée à 
la tyrannie de ses gouverneurs, tantôt 
sujets , tantôt indépendants des kha- 
lyfes fathemides d I-ipypte . soupirait 
après une domination moins précaire 
et plus protectrice. Salel» , fils de 
Mardasch, qui convoitait la posses- 
sion de Halep, s'ëtant approché de 
cette ville, les habitant» lui en ouvri- 
rent les portes, l'an 41 i de rhé{j.(102l 
deJ.-C). Ibn Mardasch, ne voulant 
j>as s'arrêter au siège du châtean où 
le gouverneur s'était renfermé avec le 
commandant, laissa un corps de trou- 
pes poiu' le bloquer, et alla conquérir 
toute la Syrie jusqti'à Raalbek. qu'il 
prit d'assaut et dont il fit passer un 
grand nombre d'habitants au fil de 
Tépée. De retour à Halep l'année sui- 
vante, il réduisit la citadelle , fit dé- 
capiter le commandant et partlonna 
au gouverneur qui avait secrètement 
favorisé son entreprise. Il fut pi-esque 
toujours en guerre avec le khalyfe 
d'Egypte {voy- Dhaheb, XI. 279). Il 
fit alliance avec Hacan Ibn-Mofarredj, 
émvr des .arabes Taiites. qui, à son 
exemple, s'était enipait de Ramiah 
et de plusieurs autres places dans la 
Palestine : mais ces deux princes fu- 
rent vaincus sur les bords du Jour- 
dain , près de Tibériade, l'an 'r>0 
(t029), par Anousch-teghvn-al Des- 
berv , général des troupes égyptien- 
nes. Saleh Ibn-Mardasch périt avec 
son plus jeune fils , et leurs têtes 
furent envoyées au khah-fe. Il avait 
régné 6 ans à Halep, et ses États s'é- 
t€odaicnt dw deux cfttês de l'Eti- 



JBHf^r 



89 



phratc. depuis Baaibeck jusqu'atix 
frontières de l'Irak- arabi. C'était un 
prince juste, si la justice peut s'al- 
lier avec l'ambition. Haçan, son con- 
fédéré, s'étant retiré chez les Grecs, ils 
armèrent jiour sa vengeance, entrè- 
rent en Syrie, et prirent Apamée en 
Î22 (1031). Quatre ans après, ils furent 
taillés en pièces près de Halep par 
Xasscr Schabl-ed-daulah, qui s'y était 
maintenu . depuis la défaite et la 
mort de son père. Nasser eut le même 
sort que Saleh; il fut tué l'an 429 
(1038) sur les bords de l'Orontc, dans 
une bataille contre le même Anousch- 
teghyn qui , alors , reprit Halep. Ce- 
pendant l'ingratitude du khalyfe fa- 
themide Mostanser (vor. ce nom. 
XXX, 2oo) envers ce général fit re- 
tomber, quatre ans plus tard , cette 
ville au pouvoir des Mardaschides, à 
qui les Egyptiens l'enlevèrent encore, 
en 432, sans pouvoir la garder plus 
de trois ans. Enfin Scheryf-ed-daidah 
Moslcni, émvr okailite «le Moussoul, 
ayant obtenu du sulthan de Perse, 
.Melik-Chah I" (vny. ce nom, XXVHI. 
204 ) . moyennant un tribut annuel 
de 300 mille dinars . la souveraineté 
de Halep, en dépouilla Amyn Sabek. 
septième et dernier prince de la dy- 
nastie des Mardaschides, l'an 473 
(1080-81), et 1 obligea de se conten- 
ter d'une modique pension. A — t. 
MARE (Pail-Marckl del), pro- 
fesseur de théologie, naquit à Gênes, 
en 1734, d'une famille de négociants 
juifs. A l'âge de 19 ans, il se convertit 
à la religion catholique et eut pour 
parrain le marquis Michel Duraz/o. Il 
se destina ensuite à l'état ecclésiasti- 
que et alla étudier à Rome, puis à 
l'abbave de Subiaco. Après avoir cé- 
lébré sa première messe, en 1758, 
dans la capitale du monde chrétien, il 
entra dans une communauté de prê- 
frcs génois qui se préparaient aux 



9i^> ]VIAa 

missions. Il y fit de fortes études et 
fut choisi, en 1783, par le grand-duc 
I^opold pour enseigner la théologie 
à l'université de Sienne; quatre ans 
plus tard, il occupait à Pise la chaire 
d'Éeriture-Sainte. Mais il fut bientôt 
écarté, parce qu'il inclinait au jansé- 
nisme, et tous ses écrits furent mis à 
[index. Del Mare persista long-temps 
dans ses opinions ; mais, le 5 novem- 
bre 1817, il se rétracta par un acte 
signé qu'il remit à l'archevêque de 
Pise. Il mourut le 17 février 1824, à 
l'âge de 90 ans ; huit jours avant, il 
avait encore célébré la messe. Il légua 
sa bibliothèque aux Carmes de Pise, et 
disposa de sa petite fortune en faveur 
de jeunes gens pauvres qui voudraient 
entrer dans le monastère de Saint- 
Benoît de la même ville. On a de lui : 
I. Six lettres de Finale. Cet écrit est 
une défense du Catéchisme de Gour- 
din, qui fut réimprimé à Gênes, sous 
le ùtve (ï Education chrétienne, ouCw 
téchisme universel, 1779, 3 Vol. in-8", 
édition à laquelle del Mare avait eu 
beaucoup de part et qui fut vivement 
censurée par la cour de Rome. II. De 
Lccis thcologicis, Pise, 1789. La bio- 
graphie de del Mare a été écrite par 
Baraldi dans ses Mémoires de religion 
et de morale, Modène, 1822. A — Y. 
MAKEC (Pierre), né à Brest, le 
31 mars 1759, servait dans ce port en 
qualité de commis au bureau du con- 
trôle de l'administration de la mari- 
ne, quand éclata la révolution. Il en 
salua l'aurore avec enthousiasme , et 
seconda, dans de justes limites, le 
mouvement que le nouvel ordre de 
chost>s imprima à sa ville natale. Le 
service de la commune, celui de la 
marine, trouvèrent en lui zèle et dé- 
vouement. Ses concitoyens lui en té 
moignèrent leur reconnaissance en 
l'nppclant, le 7 mars 1790, aux fonc- 
tions de stibstitut du pi*ocurcur de U 



, MAR 

commune, dont Cavelier, comme lui 
employé au contrôle du port, fut nom- 
mé procureur-général. Le 5 juillet, les 
mêmes électeurs lui confièrent le soin 
de rédiger un mémoire sur la ques- 
tion de savoir dans laquelle des deux 
villes, deQuimperou de Landerneau, 
il serait préférable d'établir le siège 
du département. Le surlendemain, 
il soumit à l'assemblée son travail 
dans lequel il concluait à ce que Lan- 
derneau devînt le siège de l'adminis- 
tration du département du Finistère. 
Ce travail fut pid)lié sous ce titre : 
Mémoire des électeurs du district de 
Brest sur la fixation définitive du 
chef-lieu du département du Finis- 
tère, Brest, 1790, in-8"> de 20 pages. 
Marec, ne consultant que l'intérêt du 
département , sut se préserver, dans 
cette circonstance, de tout esprit étroit 
et systématique de localité. Aussi l'as- 
semblée, en adoptant unanimement 
toutes les parties de son mémoire, «re- 
» connut- elle que le désir , exprimé 
>• par lui, que le chef-lieu du dépar- 
u tement fût fixé , sans alteraat , à 
« Landerneau, était étayé de motifs 
a d'intérêt général, présentés avec 
« force et développés de manière à 
« convaincre que les vœux des élcc- 
.1 teurs du district de Brest étaient 
.. dirigés vers l'avantage général des 
» administrés, et fondés sur les prin- 
« cipes adoptés par l'Assemblée na- 
u tionale. " Cependant l'opinion é- 
mise par Morvan , organe de la 
ville de Quimper , prévalut. Nom- 
mé à l'unanimité , le 2 août sui- 
vant, secrétaire de l'administration 
départementale du Finistère , Ma- 
rec concourut aux actes difficiles 
et importants de cette administration, 
dont vingt -six membres devaient, 
plus tard, payer de lem- tête, le même 
jour, le peu de sympathie qu'avait 
trouvé chez eux la jwliti(juc san» 



MAR 

{^inaire de la Convention. Au mo- 
naent de l'installation du directoire 
du Finistère, ce département était en 
proie à une vive agitation. Les décrets 
rendus par l'Asseniblée nationale, sur la 
constitution civile du clergé, y avaient 
excité des soulèvement difficiles à 
apaiser. La si( nation était hérissée 
de daugers, Marec ne recula devant 
aucun. Comme secrétaire - général , 
il fut chargé de préparei' et d'ex- 
pédier tous les actes de celte assem- 
blée; son activité suffit à tout, La 
division du territoire , l'établissement 
d'un nouveau système financier, 
l'assiette et la répartition des im- 
pots, l'organisation administrative et 
politique du pays, tels furent, indé- 
pendamment des immenses questions 
de détail, les principaux travaux aux- 
quels il prit part, et dans l'accomplis- 
sement desquels il sut allier une 
sage feriueté au respect de la loi. 
Un des actes les plus importants 
qu'il rédigea fut l'arrêté du o août 
1792. Thévenard, commandant de la 
marine au port de Brest, et Duvi- 
gneau, commandant des troupes de 
terre, avaient réclamé de l'administra- 
tion départementale un secours, le pre- 
mier de 3,372 hommes pour Tarme- 
mentdes batteries de la rade et du gou- 
let, lesecond, de 6,000 hommes qui de- 
vaient être cantonnés ou campés dans 
les environs de Brest et y servir à sa 
défense en cas d'attaque. La demande 
de Thévenard fut accueillie ; les gar- 
des nationales des districts de Brest, 
Morlaix, Lesneven, Landerneau et 
Carhaix fournirent leur contingent à 
l'armement des batteries du côté de 
Brest; et celles de Quimper, Quira- 
perlé, Pontcroix et Châteaulin à l'ar- 
mement des batteries du côté de Qué- 
lem, dites de Cornouailles. Quant à 
la demande de Duvigneau, elle fut 
ajournée par le motif que le dépar- 



HAil 



n 



tement du Finistère ne pouvait seul, 
sans nuire à l'agriculture, envoyer 
les 9,372 hommes demandés, tant 
j>our l'armement dos batteries que 
pour la défense des lignes. Le second 
motif de l'ajoui-nement fut que , tous 
les départements du rovaurae étant 
intéressés à la conservation du déj>ôt 
le plus précieux de nos forces na- 
vales, les demandes d'hommes de»- 
tinés à le protéger devaient s'éten- 
dre à toute la France, ou, au moins, 
en cas d'ur-gence, aux départements 
limitiophes. Un décret rendu, huit 
jours après, par l'Assemblée législa- 
tive, sanctionna de point en point 
toutes les mesures détaillées dans 
l'arrêté du 5 août, mesures dont la 
sagesse contribua, plus tard, à assurer 
le salut de Brest. A peu de jours de 
là, Marec, déjà, depuis l'année précé- 
dente, député-suppléant à l'Assemblée 
législative, dans laquelle il ne siégea 
point, fut élu député à la Convention 
où il se fit remarquer par la conscien- 
cieuse modération de ses opinions. 
Dans le procès de Louis XVL il se pro- 
nonça pour l'appel au peuple.» La déci- 

• sionque vous allez porter sur Louis 

• Capet, dit-il à l'appui de son vote , 
« doit avoir la même influence sur 
" le peuple que la constitution que 
" vous préparez pour son bonheur. 
« Quoique vous ayez des pouvoirs 
» illimités, vous avez déclaré que 
a cette constitution n'aurait deflPet 
« qu'autant qu'elle serait acceptée par 
<• le peuple ; je trouve que le juge- 
" ment que vous porterez contic 
« Louis ne porrrra avoir d'effet que 
« par la ratification. Je vote pour 

• oui. " Lors de l'appel nominal sur 
l'application de la peine , U opina 
pour la détention pendant la guerre 
et le bannissement perpétuel à la 
paix. Attaché, pendant tout le temps 
de la terreur, aux comités des fi- 



MAR 



MAR 



nances, des colonies et de la marine , 
il resta étrauper aux luttes sanf)[lante.s 
de la Montagne et de la Gironde. Ses 
travaux dans les comités furent d'une 
grande utilité, à une époque surtout 
oii les passions politiques absorbant 
ta majeure partie des membres de la 
Ck)nvention, un petit nombre de leurs 
«collègues se dévouaient aux soins 
d'une administration illimitée dans 
ses détails, périlleuse dans l'exécu- 
tion. La sûreté des connaissances 
administiatives et commerciales de 
Marec le rendit l'àme des comités 
que nous avons indiqués, et déter- 
mina la Convention à l'appeler , 
après le 9 thermidor , à celui de 
Salut-public, dont il fut à deux re- 
prises réélu membre. Dès - lors , il 
parla sur une foule de questions, 
mais plus particulièrement sur celles 
qui concernaient la marine et les co- 
lonies. L'étendue de ses connaissan- 
ces pratiques se révéla, surtout le 3 
juillet 1793, dans son rapport sur la 
nécessité d'adopter une mesure ana- 
logue à celle qui, depuis un siècle et 
demi était, pour l'Angleterre, la source 
la plus féconde de sa prospérité com- 
merciale. Se plaçant au point de vue 
de l'avantage exclusif de son pays, 
Marec fit bon marché des théories, 
qui représentaient la France moins 
comme une républi(jue isolée que 
comme la fraction d'une république 
universelle. » On sent, dit-il, que la 
<■ république du genre humain sera 
<i encore plus difficile à réaliser (jue 
'< celle de Platon. • J>e but principal 
ile l'acte de navif!;ation (pi'il jn'uposait 
était de détruire lenlnimise de toute 
navigation indirecte dans les trans- 
ports maritimes, et de faire cesser le 
cabotafjc intermédiaire qui nous ren- 
dait les tributaires bénévoles de tou- 
tes les puissances de l'Europe. Marec 
m> se dissimulait pas, il reconnaissait 



même que cette double prohibi- 
tion constituait une dérogation aux 
principes professés par les meilleurs 
économistes , et qu'elle ne pouvait se 
concilier avec la liberté illimitée du 
commerce. Mais les circonstances le 
portaient à croire qu'une théorie, 
bien que fondée sur des principes 
justes, doit, parfois, céder a des exi- 
gences momentanées. Pour justifier 
sa proposition, il cnuméra les avan- 
tages recueillis par l'Angleterre, de- 
puis 1651, (}ue Cromwell avait fait 
adopter l'acte de navigation par le 
Parlement britannique; et, en oppo- 
sant les uns aux autres des document*; 
statistiques puisés dans l'histoire 
commerciale dos deux peuples, il 
montra le commerce anglais sui- 
vant une marche progressivement 
ascendante , tandis que celui de la 
France obéissait à une impulsion 
contraire. Aux mois de fructidor an 
n et de vendémiaire an III, la Con- 
vention, sur sa proposition, conféra, 
à deux reprises, aux Comités de salut 
public , de sûreté générale et de ma- 
rine, l'autorisation de prononcer la 
mise en liberté des colons détenus 
à Paris, par suite des accusations qu'ils 
avaient formulées contre divers ageni> 
chargés de missions dans les colonie*. 
A ces décrets succéda celui qui pro- 
nonça l'élargissement de plusieurs des 
commissaires de Saint - Domingue. 
Marec était animé du même respect 
pour la légalité, lorscjue, le 10 nivôse 
an m, il Ht la motion, accueillie par la 
Convention, d'adhérer à la demande 
«les députés extraordinaires de Brest, 
qui sollicitaient la mise en liberté pro- 
visoire des marins incarcérés par suite 
de la reprise de ïoidon; loi-sque, le 
lifi du mêm(; mois, il appuva la mo- 
tion faite par lîéiard de réintégrer le 
capitaine I^crosse , «lestitué eoui le 
r»'^jimc de Ih terreur; lorsqu'enfin il 



MAB 

obtint de la Convention le décret 
portant qu'il serait formé, à Brest, 
un jiu-y militaire et un conseil mar- 
tial chai^tfs d'examiner la conduite 
des officiers et des marin'* qui lan- 
f>ui»saient dans les prisons à 1 occa- 
sion des combats soutenus contre les 
An^ais, par le vaisseau fe Révolu- 
tionnaire, le 9 prairial an II, et par 
l'armée navale, le 13 du même mois. 
Marec possédait à un haut degré le 
courage civil ; il en donna la preuve 
dans la trop fameuse journée du 
1" prairial an III, quand il s'opposa 
a l'envahissement de la Convention 
par la populace, et ne craignit pas 
de s'exposer à partager le sort de 
Féraud, en sommant, au plus fort 
du danger, l'officier préposé à la dé- 
fense de l'Assemblée, de faire res- 
pecter la représentation nationale- 
La Biographie des contemporains lui 
a reproché de s'être , le 2 prairial , 
écarté de ce respect pour rin\iolabi- 
lité des représentants de la nation, en 
demandant un décret d arrestation 
contre I^ignelot, qu'il accusa d'a- 
voir, dans la nuit précédente , aban- 
donné son poste de secrétaire pour 
favoriser les excès de la populace ; et 
en s'associant à la demande de mise 
hors la loi de ses collègues Homme, 
Soubrany, Goujon, Bourbotte , etc. 
Jious n'examinerons pas si , abdi- 
quant leur qaalité de députés pour 
;*e faire les excitateurs, le> complices 
même des meurtres , ces députés 
n'avaient pas franchi tes limites d'une 
inviolabilité instituée dans le seul 
but d'assiurer l indépendance de la 
vie parlementaire ; ce que nous nous 
bornerons à dire, c'est que Marec, 
convaincu que la punition de ceux 
qui portaient atteinte à lintégrité de 
la représentation nationale n'était, 
quels que fussent d'ailleurs les cou- 
pables, que la consécration de ee 



>UR 



n 



principe , ne prit conseil que de sa 
conscience et du salut de son pays , 
en adoptant le décret qui les renvova 
devant une commission militaire, à 
laquelle, toutefois, il eût préféré 
la justice ordinaire. Quant à Lai- 
gnelot, il était bien difficile que Ma- 
rec se dégageât de toute préoccupation 
a son égard , dominé qu'il était par 
le souvenir du déplorable résultat 
de la mission de ce conventionnel 
à Brest , encore plongé dans le 
deuil par suite de ses proscriptions 
( voyez LàiGSKLOT , LXIX . 442 ). 
Le i messidor an III, Marec ap- 
puva le projet de décret ayant pour 
but de punir tous les assassinats 
commis au mois de sept. 1792. • Fou- 
« quier-Tainville et le» accusateurs 
' publics qui l'ont imité , dit-il à 
- cette occasion, ne sont-ils pas aussi 
« criminels que les massacreurs du 

• 2 septembre ? Cette espèce de 

• meurtriers ne doit pas plus échap- 
« per à la vengeance des lois que 

• les assassins matériels. ? Le 24 
fructidor suivant, il fit adopter le 
projet de décret, par lui proposé la 
veille, j>our assurer l'exécution de 
celui du 2 thermidor précédent, rela- 
tif au paiement de* contributions 
en nature destinées aux approvision- 
nements des armées. Dirigé par les 
mêmes motifs que le 2 pi-airial, il se 
prononça , le 1" vendéni. an IV, avec 
Iwaucoup d'énergie, contre les sec- 
tions insurgées. Le 7 du même mois, 
il proposa, sur la police du com- 
merce des grains, un décret qui con- 
ciliait ce qu'on devait aux principes 
de l'économie polidque avec les res- 
trictions qu'exigeaient les troubles 
intérieurs et l'état de guerre exté- 
rieure. Compris, à la même époque, 
dans les deux tiers de la Convention 
qui formèrent les CiOnseils de^s An- 
ciens tpt àes^ Cinq-OentH . il enti-a dans 



M 



MAR 



ce dernier où il s'occupa, avec son 
ardeur accoutumée, de toutes les 
questions concernant la marine et les 
colonies, questions qui lui donnèrent 
souvent occasion de combattre M. de 
Vaublanc, Le 3 brumaire an IV, il 
s'opposa à la création d'un nouveau 
maximum. Le 28 nivôse, secondé 
par Trouille, autre député de Brest , 
il demanda l'ordre du jour sur le mes- 
sage du 12 frimaire, qui proposait de 
substituer à l'organisation maritime 
du 3 brumaire précédent, un plan 
vicieux d'après lequel tous les pou- 
voirs civils et militaires, confondus 
dans les mômes mains, eussent em- 
pêché tout contrôle efficace de l'em- 
ploi des matières. Le 3 floréal de la 
même année, il fit adopter le licen- 
ciement des compagnies de canon- 
niers volontaires , à l'organisation 
desquelles il avait contribué , au 
mois d'août 1792. I^s 3,372 ca- 
nonniers, qui s'étaient alors sponta- 
nément enrôlés, avaient préservé de 
toute invasion la rade , le goulet et 
le port de Brest. Sur ses observations, 
les riverains qui, pour la détourner, 
s'étaient sacrifiés au service exclusif 
de leur pays, furent , en grande par- 
tie, renvoyés aux travaux de la pêche 
et de l'agriculture ; ceux qui préférè- 
rent continuer à servir et qui furent 
reconnus propres au service de l'ar- 
tillerie, y furent incor})orés. Marec, 
sorti en 1797, du conseil des Cinq- 
Cents, se livra au conunerce pen<lant 
quelques années. Rentré, sous l'em- 
pire, dans l'administiation de la ma- 
rine, il fut nonnné inspecteur du port 
de Gênes. Il en remplissait encore les 
fonctions au mois d'avril 181i, et (ut 
menu; chargé de faire cx('cuter la 
capitulation de cette place, en «pialité 
de commissaire «lu gouvonement 
provisoire, établi après la premièi-e 
ab<licatiot» de ISajwléon. Attaché au 



MAtl 

ministère de la marine, à son retour 
en France, il fut, au mois d'avril 
1815, nommé inspecteur du port de 
Bordeaux; mais les événements de 
juin et de juillet l'empêchèrent de se 
rendre à son nouveau poste. Resté à 
Paris, il ne reçut aucune destination 
jusqu'au commencement de 1818 , 
qu'il fut admis à la retraite. En août 
1820, Ix)uis XVIll le nomma cheva- 
lier de Saint-Louis. Marec avait ren- 
du de grands services à des royalis- 
tes, ainsi qu'à plusieurs membres de 
la famille royale , notamment au 
prince de Conti, aux duchesses de 
Bourbon et d'Orh-ans, qui durent leur 
liberté à son intervention auprès du 
Comité de salut public. H mourut à 
Paris, le 23 janvier 1828. — Un de 
ses fils, sous-directeur du personnel 
au ministère de la marine, a pubUé 
quelques écrits sur la législation ma- 
ritime, f- L — T. 

MARÉCHAL (dom BEB>AnD), 
né en 1705 à Réthel , où il fit de 
bonnes études se sentit, dès l'enfance, 
appelé par son amour du travail et 
des vertus tranquilles, à la vie claus- 
trale, que les ordres religieux, suppri- 
més à la révolution de 1789, rendirent 
si fructueuse pour les sciences et les 
lettres, il prononça ses vœux le 26 
juillet 1721, à l'abbaye de Saint-Airy 
de Verdun, et s'appliqua dès-lors à 
l'étude «le l'iVriture-Sainte et de» 
Saints Pères, il s'y consacra tout en- 
tier, persuadé qu'une érudition trop 
partagée, en «lonnant plus «le variété 
h l'esprit , le rend aussi mf^ins pro- 
fond. Ses recherches furent poussée» 
très-loin , ot nous en jouirions com- 
plètement, si, «-ounne on lui en avait 
donné le conseil , il n'avait pas pu- 
blié sa Concordance par parties. De- 
v«^nu prieur de l'abbaye «le Beaulieu- 
on-Argonne, en 1755, dom Maréchal 
se concilia l'estinvî et rattachement de 



MAB 

«e$ confrères par la mansuétude de 
son gouvernement. Il mourut à Saint- 
Vincent-de-Metz, le 19 juillet 1770. 
On a de lui : Concordance des Saints 
Pères de f Église, grecs et latins, où 
Fan se propose de montrer leurs sen- 
timents sur le dogme, la morale et 
la discipline; de faciliter l'intelli- 
gence de leurs écrits par des remarques 
fréquentes, et déclaircir les difficultés 
qui peuvent sy montrer, Paris, 1739, 
2 vol. in-i"; ouvrage réirap. à Paris, 
1748, 2 vol. in 4°, et trad. en latin 
sous ce titre : Concordantia SS. PP. 
Ecclesiœ grœcœ atqtie latin ae , Jîdei, 
morum et disciplina difficultates in 
ipsorum srriptii accurate dilucidans , 
Aug., 1769, 2 vol. in-fol. Ces deux 
volumes renferment les pères des 
trois premiers siècles. Le tome premier 
comprend la doctrine des Constitu- 
tions apostoliques, de l'Épltre de saint 
Barnabe, apôtre, du Pasteur d'Her- 
mas, de saint Clément, pape, de saint 
Ignace, de saint Polycarpe, de saint 
Justin, d'Athénagore, de Théophile, 
de Tatien l'Assyrien, de saint Irénée, 
de saint Clément d'Alexandrie. Le 
tome II contient Ha doctiine de Ter- 
tullien, de Minutius Félix, de saint 
Hippolyte, d'Origène, de saint Cy- 
prien, de saint Denis d'Alexandrie, 
de Novatien, de saint Grégoire le 
Thaumaturge, de saint Denis, pape, 
de Théognoste d'Alexandrie, de saint 
Victorin, de Pierius, de saint Arche- 
laiis, évêque de Cascare ou Caschara 
en Mésopotamie, le dernier père du 
ni' siècle. Le plan de l'ouvrage est 
beau et bien exécuté : la préface, sur 
la nécessité de la tradition et l'auto- 
rité des Pères, est solide. Néanmoins 
la vente en fut suspendue jusqu'à ce 
que l'auteur se fût expliqué sur la 
soumission à la bulle Unigenitus , 
qu'on exigea de lui, et sur plusieurs 
points de doctrine énoncés dans ces 



Bfâït 



9o 



deux volumes , et condamnés par U 
bulle. Il se soumit dans la Lettre de 
D. Bernard Maréchal, à {occasion de 
son livre de la Concordance des SS. 
PP. de [Église, grecs et latins, des 
trois premiers siècles, à M***, Paris 
(sans nom d'imprimeur), in -4"* de 24 
pages, datée de Novi, le 28 avril 1740. 
Le livre parut alors avec des cartons ; 
mais aucun libraire n'ayant voulu se 
charger d'éditer la suite, le troisième 
et le quatrième volume restèrent ma- 
nuscrits. P. L — T. 

MAUÉCILVL (Ambroise), ar- 
chevêque de Baltimore, né en 1769 , 
à Ingré, près d'Orléans, fut élevé 
dans le séminaire de Saint-Sulpice , 
et s'attacha à cette congrégation. 
Choisi par Émery pour aller exercer 
le saint ministère dans les Etats-Unis, 
il partit en 1792, et de Baltimore il 
fut envoyé dans une mission , afin 
d'apprendre la langue anglaise. Rap- 
pelé en France par Émery, pour être 
employé dans les séminaires que l'on 
allait former, par suite du concordat, 
il fut, depuis 1803, professeur dans 
les séminaires de Saint-Flour , d'Aix 
et de Lyon. En 1811, Napoléon ayant 
ôté à la congrégation de Saint-Sulpi- 
ce la direction des séminaires. Ma- 
réchal fit connaître qu'il désii^ait re- 
tourner aux États-Unis. On lui pro- 
posa de le nommer évêque de New- 
York; mais il refusa. Ayant été don- 
né pour coadjuteur à l'archevêque 
de Baltimore, il fut forcé d'accepter, 
et l'archevêque étant mort peu après, 
Maréchal, à qui les bulles assignaient 
la survivance, fut, le 14 déc. 1817, 
sacré par Lefèvre de Chéverus, alors 
évêque de Boston. Son mérite, sa dou- 
ceur et sa prudence lui concilièrent 
l'estime et la vénération de ses diocé- 
sains. En 1821, il eut le bonheur de 
consacrer la nouvelle cathédrale de 
Baltimore , l'ëglise la plus grande e 



96 



MAfl 



la mieux disposée des État* - Unis». 
Bientôt après, il se rendit à Rome 
pour exposer les besoins de son église 
et donner au Saint-Siège des renseigne- 
ments sur les troubles qui agitaient 
l'église de Philadelphie. En 1822 , 
il retourna à Baltimore, et mourut 
le 29 janvier 1828, laissant de pro- 
fonds regrets dans les États-Unis, où 
sa douce piétd, son zèle, l'aménité 
de sa conversation , et sa capacité 
pour les afFaires lui avaient attiré l'es- 
time et la considération générale, 
même parmi les protestanl^i. G — y. 
aiARESCALCHI (FEumsAso), 
diplomate italien, naquit à Bologne , 
en 1764. Après avoir fait son droit à 
l'Université de cette ville, il embrassa 
la carrière de la magistrature et de- 
vint sénateur, l^orsque les Fraiiçais 
enti'èrent en Italie, il se mit à U 
tête du parti qui se déclara ouver- 
tement en leur faveur, et fut re- 
marqué par Bonaparte, qui lui té- 
moigna depuis beaucoup d'estime et 
de confiance. A la formation de la 
république cispadane, il fit partie du 
Directoire exécutif. En 1799, la répu- 
blique cisalpine l'envoya comme mi- 
nistre plénipotentiaire à V^ieime, mais 
il ne put obtenir une audience de l'em- 
pereur. A son retour, il fut élu direc- 
teur-président; mais bientôt l'invasion 
des Austro-Russes l'obligea de se r«'fu- 
gier en France, d'oi» il retourna dans 
sa patrie après la bataille de Marengo. 
il prit part à la Consulta de Lyon, en 
1801 , et appuya de tont son pou- 
voir la tiominatiun du premier consul 
à la présidence de la république ita- 
lienne. O fut Marescalchi uni régla, 
avec le cardinal (^aralFa, le concordat 
signé à Paris, le 16 septembre 1803, 
entre la cour de Rome et la répu- 
blique italienne. Quand «-elle-ci fut 
transformée en royaume, il devint 
>«n représontaut ù [Hiris, et fut nouuné 



>LVK 

comte en uiéine temps. Il exerça ses 
fonctions jusqu'à l'abdication de l'em- 
pereur, époque à laquelle il fut chargé, 
par Marie-Louise, de gouverner le 
grand-duché de Parme et Plaisance, 
Peu après il était nommé ministre 
plénipotentiaire de l'empereur d'Au- 
triche à Modène, où il mourut, le 22 
juin 1816. On a trouvé dans ses pa- 
piers plusieurs ouvrages dont les 
principaux sont ; I. Histoire de ta 
Consulta de Lyon, II. Considérations 
sur les rapports de la France avec tes 
autres puissances de l'Europe. III. 
Commentaire sur Plutarque. TV. Une 
traduction italienne de la Comédienne 
d'Andrieux, qui était destinée à être 
représentée siu- le théâtre de la cour 
de Modène. Il avait publié des son- 
nets et des Canznni. A — v. 

MARESCHAL (Locis-Nicolas), 
né, le 27 juin 1737, à Plancoët, où 
son père était entreposeur des ta- 
bacs, exerça la médecine avec distinc- 
tion à Saint-Malo , où il vint s'établir, 
et où il mourut en 1781, sans laisser 
d'enfants, ayant eu le malheur de per - 
dre son fils unique , empoisonné par 
accident. D'une tournure d'esprit fort 
piquante, il a laissé beaucoup de poé- 
sies manuscrites, que son neveu con- 
serve soigneusement et qui prouvent 
à quel point son imagination était 
gracieuse et originale. La seule pièce 
qu'il ait publiée a pour titre : Le Ma- 
cjnétisnie animal, Mesmer nu les Sots, 
auvrncfe posthume d'une maut>aisc 
di>jestion , de Pierre Bouline. Cet 
opuscule, qui fut imprimé très-in- 
correctement, en 1782, à .Jersey, et 
qui ne fiit point mis en vente, mais 
distribué seulement à des anùii, n'est, 
à proprement parler, qu'une sorte 
d'intermède ou de satire en action ; le 
dialogue est semé de tnùts amusants. 
.Sou auteur était très-vcrst' <lans la 
physique, la m<H'anique *1 rbis«t)ire ' 



MAR 



HAB 



naturelle. Peu de jours avant de mou- 
rir, il adressa à son frère des cou- 
plets sur l'air de Joseph vendu pai 
ses frères , et dont voici le dernier : 

Tout a fini pour moi, mon Mit : 
Mon affaire 
Se va que cahin-calia , 
P.t . quoique je rote et Je cradie. 
Ma mou8tiK:he 
Sent de près le Libéra. 

P. L— T. 

MARESCIl AL (M^BiE-Acci sTfc). 

frère du précédent, naquit à Plancoèr. 
au mois de décembre 1739, et mou- 
rut a Lamballe le 30 mai 1811. Il 
était entreposeur de tabacs dans 
cette dernière ville quand la révolu- 
tion le priva de son emploi, ce qui ne 
l'empêcha pas de » en montrer parti- 
san. Il dut a la confiance de ses conci- 
toyens d être successivemeut élu mem- 
bre de divei-ses administi-ations. Cest 
ainsi qu'il exerça les fonctions muni- 
cipales , celles de membre du direc- 
toire du distinct de Lamballe, et celles 
de commissaire du pouvoir cxécuti/. 
Il est autem^ d un recueil biographi- 
que intitulé : IJ Armorique litléraiie. 
ou Xotices iur les homme< de /« ci-de- 
vant province de Bretagne qui se sout 
fait connaître par quelques écrits, sui- 
vies de notices biblioijrapltiques, Lam- 
balle, an III (1795), iri-12. Les cent 
trois notices biographiques que con- 
tient ce recueil sont, en grande 
partie , eMiaites du A'ouveau Z>i< - 
tionnaire historique , en huit vo- 
lumes in-8", édition de 1786. Quant 
aux notices bibliographiques, l'édi- 
teur qui, depuis, vint s'établir à 
Saint-Brjeuc , o\\ il est mort, en no- 
vembre 1840, bibhothécaire de cette 
ville, a reconnu qu" elles lui avaient 
été très-utiles pour le classement des 
livres de sa bibliothèque. Mares- 
chal, qui s'était beaucoup occupé 
de poésie pendant sa jeunesse, a 
laissé un volume autographe compo- 

UXIII. 



se depîtie» et de pièces fugitives, 
et trois compositions dramatiques 
dont ime, intitulée: le Petil-3Jaitre a. 
province . avait été reçue à la Comé- 
die-Italienne ; nuiis il la retira. — Un 
de ses Bis , M. Louis-Auguste Mares- 
cbal, archiviste du département des 
Côtes-du-Nord, a St-Brienc , s'est fait 
connaître dans la littérature par quel- 
ques productions estimées, entre au- 
tres par une traduction, en vers fran- 
çais, des Animaux parlants, poème 
italien de Casti. P. L— ^. 

MARESCOT (Ijicrkit), cha- 
noine de la cathédrale de Genève, né 
à Annecy, composa dans cette der- 
nière ville un recueil de poésies la- 
tines impiimées à Paris en 1584. — 
Marescot (f'incent) est l'auteur d'un 
petit poème italien, intitulé .- ^elU 
nozze reali delta maestk di fladisiao 
ty, re di Polotùu e di Svezia e di Lui- 
gia Maria Gonzaga , principessa di 
Mantova e di Xivers, ode di Vineentio 
Mariscotio, in-4*. — Marescot {Al- 
fred), docteur en médecine, auteui 
d un Compendium totins medicitur, 
imphme à Francfort, 1584 , in-12. 
— Makescot {Michel) fit imprimer à 
Paris, en 1563, une dissertation de 
philo!>ophie sous ce titre : De ideis et 
universis, ex Platonis et Aristotelis 
sententia, a Michaele Mareseoto lexo- 
fiensi: hi-i". — M.AREscor (le* frères 
J.-Alojrs et Annibal ) composèrent 
le livre intitule : jirs rhetoricœ, im- 
primé à Bologne en 1570, in-4*. 
— Un médecin du nom de Markscoy 
prit part aux événements suscités par 
la supei chérie de la fille Marthe Brot- 
»ier,qui se prétendait possédée du dé- 
mon, et publia à Paris, en 1599, un 
volume curieux, intitulé: Discours vé- 
ritable su» le fait de Marthe Brossier 
{voy. Brossier, VI, 36). B — d — r. 

MARESCOT (Armasd-Samcei 
de), général du génie, né à Tours le 
7 



98 '^AR 

1" mars 1738, d'une famille noble 
d'origine italienne (1), était le fds d'un 
exempt des gardes-du-corps. Après 
avoir fait d'excellentes études au col- 
lège de la Flèche, il entra à l'Ecole 
militaire de Paris, et se dévoua dès- 
lors à la carrière qu'il a si honorable- 
ment suivie. Lieutenant du génie au 
commencement de la révolution , il 
en adopta les principes avec modéra- 
tion, et fut aussitôt nommé capitame. 
Employé à l'armée du Nord sous le 
maréchal de Rocharabeau, il se trou- 
va, en avril 1792, à la malheureuse 
affaire de Baizieux, entre Lille et 
Tournai, où les Français, se croyant 
trahis, massacrèrent le général Dillon 
et le colonel Bcrthois. Marescot, pour- 
suivi lui-même par les révoltés, n'é- 
chappa à la mort que par le plus 
grand bonheur. Cette partie de la 
frontière était menacée par les Au- 
trichiens ; il la mit en état de défense, 
particulièrement la place de Lille , 
qui, bientôt attaquée et bombardée, 
ne résista que par les moyens de 
défense qu'il avait préparés. Mares- 
cot reçut à ce siège, qui commença 
sa réputation, une légère blessure. Peu 
de temps après, l'armée se porta en 
avant. N'ayant pu obtenir dy être 
employé, il suivit le général Champ- 
morin, son ami, en qualité d'aidc-de 
camp, et fut chargé, à la fin de cette 
première campagne, de fane le siège 
de la citadelle d'Anvers, llevenu avec 
l'armée sur la ftontière du Nord, en 
1793 , il prit part aux combats d« Me- 
nin, Turcoing, Armenticres, etc., et 
fut nommé chef de bataillon. Ayant 



(1) Le général Marescot avait la préten- 
tion de descendre de l'ancienne famille Ma- 
rescoui deltologne, qui a pnxluit plusieurs 
grands hommes entre autres (".aleazio Mares- 
cotll, généralissime des Bolonais, qui acquit 
une grande réputation dans le dixième siècle, 
et h qui la ville de IVilogne décerna une mé- 
daille pour d'éclatants «ervices. 



MAB 

été dénoncé par des clubistes, le mi- 
nistre Bouchotte qui le connaissait 
personnellement, voulant le soustraire 
aux effets alors si périlleux d'une pa- 
reille dénonciation, le fit passer à l'ar- 
mée chargée de reprendre Toulon sur 
les Anglais. A son arrivée , il traça 
autour de la place une Ugne de con- 
trevallation destinée à resserrer la 
garnison presque aussi nombreuse 
que l'armée assiégeante, et certai- 
nement composée de troupes plus 
exercées , mieux équipées et mieux 
approvisionnées. Ce fut aussi à cette 
époque que Marescot organisa un 
corps de travailleurs qui a été main- 
tenu sous le nom de bataillon de sa- 
peurs, et qui a rendu dans cette lon- 
gue guerre les plus grands services. 
L'état de faiblesse de l'armée républi- 
caine qui assiégeait Toulon, ayant 
amené la convocation d'un conseil de 
guerre où Marescot fut appelé, on y 
leconnut qu'une attaque de front était 
impossible, que l'on devait se borner 
à un blocus, et que l'on tenterait de 
s'emparer des forts extérieurs d'où 
l'on pouvait, si l'on s'en rendait maî- 
tre, bombarder les escadres enne- 
mies qui se trouvaient dans le port. 
Ce fut en conséquence de ce plan quff 
l'on s'empara d'une grande redoute 
dite la redoute anglaise. Marescot 
contribua beaucoup à cet exploit, qui 
n'eut cependant pas d'aussi graves 
conséquences (juc celles que l'on en 
attendait. Les véritables causes de la 
retraite des Anglais sont assez con- 
nues. Quoi qu'il en soit, ce fut là que 
Marescot vit lUjnaparte, qui avait été 
camarade de son frère dans le régi- 
ment de La Fère, et qui, devenu gé- 
néral de brigade, conmiençait à ma- 
nifester ce caractère de supériorité et 
(le despotisme que, plus tard, il a « 
hautement et si heureusement dé- 
plov»'. Marescot, nommé chef de ha- 



MAB 

taillon, avait i-édigë un savant mé- 
moire sur la place de Toulon et les 
côtes de la mer. Bonaparte le sut, et 
voulant aussitôt en avoir connaissan- 
oe, sans doute pour s'en attribuer le 
mérite auprès du gouvernement , or- 
donna que ce mémoire lui fût ap- 
porté. Marescot sentit le piège, et il 
répondit au jeune général que les 
ordonnances l'autorisaient à en venii- 
prendre connaissance chez lui , mais 
qu'elles ne prescrivaient le déplace- 
ment des papiers concernant les pla- 
ces, qu'en faveur des gouverneurs de 
provinces; que cependant il pouvait 
se faire autoriser par les commissai- 
res tout-puissants de la Convention. 
lÀi général insistant sur son ordre, et 
Marescot persistant dans son refus, la 
dispute s'échauffa, et ce dernier ne 
vit de moyen de la terminer que par 
un trait de modération dont, ])our le 
moment, le futur empereui- parut sa- 
tisfait. Cependant on croit avec quel- 
que raison , et Marescot s'en est a- 
perçu plus d'une fois, que Bonaparte 
ne perdit jamais le souvenir de cette 
altercation. Après le siège de Toulon, 
Marescot revint à la frontière du Nord 
où Maubeuge était bloqué par les 
Autrichiens, et il contribua beaucoup 
à les éloigner de cette place. Il passa 
ensuite à l'armée de Sambre-et-Meuse 
qui faisait le siège de Chaileroi, et 
fut chargé de diriger cette impor- 
tante opération, où il courut les plus 
grands dangers et eut le courage de 
résister aux folles prétentions du pro- 
<onsul Saint-Jnst, qui voulait enlever 
la place par escalade. Marescot ne 
craignit pas de réfuter son opinion 
dans un conseil de guerre, assurant 
ique, d'après la reconnaissance quil 
lavait faite, il regardait un assaut cora- 
|nae impossible. Le séide de Robes- 
bierre, furieux de voir son inexpé- 
ience confondue, donna ordre sur- 



MAR 



99 



le-champ par écrit au général en chef 
Jourdan de faire fusiller Marescot, 
ainsi que les généraux Hatry et Bolle- 
mont, sous prétexte que le siège 
marchait trop lentement ; déjà il 
avait fait mourir ainsi dans la tran- 
chée le malheureux capitaine d'artil- 
lerie ^îoras, un des meilleurs officiers 
de l'armée. Jourdan refusa d'exécuter 
cet ordre sanguinaire, et Marescot lui 
dut la vie. Le succès des sièges tîe 
Maubeuge ef de Charleroi valut à 
celui-ci le grade de colonel. Peu de 
temps après, il fiit chargé de repren- 
dre Landrecies et le Qnesnoi, dont 
les aihés s'étaient empares l'année pré- 
cédente. Ces opérations firent briller 
ses talents d'un nouvel éclat : le siège 
du Quesnoi fut long et pénible; il dur» 
trente joiu-s. Marescot ne put s'em- 
parer de la v-ille que par surprise. 
Nommé général de brigade après ces 
deux sièges, il prépara ceux de Va- 
lenciennes et de Cxmdé, qui se ren- 
dirent vingt-quatre heures après la 
sommation; mais on a lieu de croire 
que ce fut le résultat d'une négocia- 
tion secrète, ouverte depuis plusieurs 
mois entre lAutricbe et le comité de 
salut public. Marescot commanda 
ensuite le corps du génie au siège 
de Maestricbt , sous les ordres de 
Klébcr, et fut élevé au grade de 
général de division, le 8 novembre 
1 794. I^ 24 décembre, même année, 
CaiTiot le fit rayer, par un décret, de 
la liste des émigrés , où il était ins- 
crit , quoiqu'il n'eût jamais quitté la 
France. Il est probable qu'on l'avait 
pris pour son frère cadet, comme 
lui officier du génie, mais qui se mon- 
tra toujours fort attaché au parti 
royaliste. En 1793, le comité de sa- 
lut public lui confia la défense de 
Landau. Quoiqu'il n'eût pas le tiers 
des troupes nécessaires pour repousser 
les attaques de l'ennerai, il réussit par 
7, 



100 



MAR 



des sorties à l'en tenir constamment 
éloigné. Dans la même ^nnée, il fut 
nommé commandant du génie à l'ar- 
mée des Pyrénées occidentales , et 
déjà il faisait les préparatifs du siège 
de Pampelune , lorsque l'Espagne 
conclut la paix avec la France. Le 
général Moncey le chargea de l'exé- 
cution du traité. Marescot fut en- 
suite employé successivement aux 
armées d'Allemagne, du Rhin et 
du Danube, tantôt occupé à mettre 
cette frontière en état de défense, 
tantôt prenant part aux affaires dont 
elle était le théâtre. En 1798, Bona- 
parte le nomma membre d'une com- 
mission chargée des préparatifs de 
l'expédition contre l'Angleterre. L'an- 
née suivante, Marescot, après avoir 
servi encore sur le Rhin et en Suisse 
sous les ordi-es de Masséna, fit partie 
du comité militaire établi près le 
Directoire. Il n'exerça pas long-temps 
cette dernière fonction, ayant été 
appelé à la défense de Mayence. 
Après le 18 brumaire , Bonaparte lui 
confia le commandement du corps 
du génie et l'administration des for- 
tifications, avec le titre de premier 
inspecteur-général, place équivalente 
à celle qu'exercèrent autrefois, sous 
la dénomination de directeurs-géné- 
raux des fortifications, les maréchaux 
de Vauban et d'Asfeld. Il fit en cette 
quaUté la dernière campagne d'Italie, 
et fut nommé, en 1802, comman- 
dant-général du génie à tous les 
camps assemblés pour l'expédition 
d'Angleterre. Fait comte et grand-of- 
ficier de laLégion-d'IIonneur en 1804, 
il fut élu dans la même année candi- 
dat au sénat-conservateur, par le col- 
lège électoral du département de 
Loir-et-(^her, puis décoré du grand- 
cordon de la Légion-d'IIonneur le 2 
féTrier 1805. Au mois de septembre, 
il accompagna l'empereur à la grande 



MAR 

armée, et revint à Paris en 1806. Em- 
ployé en Espagne en 1808, il reçut 
de Napoléon la mission périlleuse 
d'aller observer les places de Cadix 
et Gibraltar. S'étant bientôt trouvé 
au milieu de plusieurs corps d'insur- 
gés, il n'eut d'autie moyen d'échapper 
à leur fureur que de se réunir au 
corps du général Dupont qui était lui- 
même fort compromis. Ce parti, le 
seul que Marescot pût prendre dans 
de pareilles circonstances, fut pour 
lui une source de calamités. La pe- 
tite armée du général Dupont , com- 
posée en majeure partie de cons- 
crits, s'avançait malgré sa faiblesse 
jusqu'au Guadalquivir; mais bientôt 
cernée de toutes parts, manquant de 
tout, accablée par une chaleur exces- 
sive, affaiblie par les maladies et la dé- 
sertion des Suisses, abandonnée à elle- 
même dans un pays dévorant, où les 
habitants, la nourriture , le climat, 
tout était ennemi, cette malheureuse 
armée se trouva dans la plus affreuse 
situation. Après la funeste bataille 
de Baylen, cette situation était telle- 
ment désespérée qu'une capitulation 
devint une véritable faveur. Dupont 
prit le parti d'envoyer aux Espagnols 
le général Marescot, connaissant les 
rapports qu'il avait eus en 1794 avec 
le général Castannos qui les com- 
mandait. La capitulation qu'il obtint 
était fort avantageuse et fort honora- 
ble si elle eût été exécutée. On sait 
à quel point d'irritation elle porta 
Bonaparte contre Dupont et contre 
Marescot, cpii l'avait signée comme 
témoin. Cependant il n'avait pas trou- 
vé mauvais que, dans des circoufitances 
analogues, Serrurier et .lunot eussent 
aussi capitulé, mais ces deux géné- 
raux étaient ses amis, et il n'en était 
pas de même de Dupont et de Mares- 
cot ; il prétendit, dans cette occasion, 
qu'un général ne devait jamais capi- 



MAR 

tuler en rase campagne; et sans juge- 
meat, sans examen, il fit arrêter et 
destituer Dupont et Marescot qui ne 
recouvrèrent leur liberté et leur grade 
qu'en 1814. M°' de Marescot perdit sa 
place de dame du palais, et si le gé- 
néral eut été justiciable d un conseil 
de guerre, if est probable qu'il n'eût 
point échappé ; mais, comme grand- 
officier de l'empire, il ne pouvait être 
jugé que par une haute-cour, et il y 
eut attiré tous ses co -accusés, ce que 
ISapoléon ne voulait pas. Les eimemis 
de Marescot ne purent découvrir au- 
cune loi ni ordonnance qui servît 
seulement de prétexte, et on le laissa 
en prison pendant tiois ans, après lui 
avoir fait subir un interrogatoiie de- 
vant une commission présidée par 
Cambacérès, ce qui était assez bizarre 
pour un fait complètement militaire. 
L'n procureur impérial prit sous la 
dictée de l archi-chancelier une con- 
clusion à mort, qui ne fut point a- 
doptce. Mais Marescot resta tou- 
jours prisonnier; il ne lui fut permis 
•ju'en 1812 daller en surveillance à 
Tours, où il demeura jusqu'à la res- 
tauration. Ayant alors envové son 
adhésion aux actes du gouverne- 
ment provisoire, il fut nommé pre- 
mier inspecteur-général du génie , 
commissaire du roi dans la vingtième 
division, à Périgueux; chevalier de 
Saint-Louis, le 1" juin; puis mem- 
bre d'une commission chargée de 
déterminer le classement des pla- 
ces de guerre ; et enfin grand croix de 
Saint-Louis, le 27 décembre. Il refusa 
de se rendi-e aux armées après le 20 
mais 1815, mais, ayant été employé, 
il perdit son activité à la rentrée du 
roi. Depuis lors , le général Ma- 
rescot vécut retiré à sa tei-re de Châ- 
lay près Vendôme, où il mourut en 
novembre 1831. On a de lui : L Be- 
lation des principaux sièges faits ou 



Hà» 



iM 



soutenus en Europe par les armées 
françaises, depuis 1792, Paris, 1806, 
in-S". On trouve dans cette brochure 
une relation du bombardement de 
Lille exécuté par les Autrichiens en 
1792. IL Mémoire sur l'emploi Aes 
bouches à feu pour lancer les grenades 
en grande quantité, collection de l'Ins- 
titut de 1799. lll. Mémxjire sur la for- 
tification souterraine, et une foule 
dautres mémoires manuscrits qui sont 
entre les mains de quelques officier» 
du génie et au dépôt de la guene. IV, 
X^ote sur le général IHarescoL, janvier 
1821, publiée sous le voile de l'anony- 
me, et qui est évidemment du général 
Marescot lui-même. On y trouve de» 
détails curieux sur l'histoire militaire 
de notre époque. — Marescot {Ber- 
nard-François), fi-ère du précédent , 
et comme lui officier du génie, fut 
camarade de Bonaparte dans son 
arme , mais quitta le service de 
bonne heure, par suite de sa haine 
pour la révolution. Il se rattacha 
néanmoins au gouvernement impé- 
rial, fut nommé membre du Corp» 
législatif en 1807 par le département 
de Loir-et-Cher, et fit plus tard une 
campagne en Silésie, a l'instigation 
de son fiere. Il mourut dans le Ven- 
dômois vers 1835. M — dj. 

MARESTIER (JEi^-BAFrisTE), 
né à Saint-Servan (Ille -et -Vilaine), 
était très-jeune lorsqu'il fut admis, 
en l'an VIII, à l'École polvtechnique, 
d'où il sortit en 1802. Les brillant» 
examens qu il soutint à son entrée à 
l école , ainsi qu a sa sortie , le placè- 
rent au nombre des élèves les plus 
distingués de son temps, et justifiè- 
rent son classement dans le corps du 
génie maritime. Ses premiers pas dans 
la carrière furent marqués par des 
services réels rendus dans les ports 
de Gênes et de Livourne, qui se 
trouvaient alors sous la domination 



102 



MAB 



française, Quand les désastres de 
1814 enlevèrent à la France ces utiles 
conquêtes, Marestier, dont les ta- 
lents étaient déjà appréciés , fut des- 
tiné pour Toulon. Il y connut M. Ch. 
Dupin, et tous deux ne tardèrent pas 
à se lier d'une amitié que la confor- 
mité de goûts, d'habitudes et de ta- 
lent développa au point qu'une bas- 
tide , située aux environs de la ville , 
devint leur logement commun. Cette 
communauté, pleine de charme pour 
l'un et l'autre , fut rompue peu 
après , Marestier ayant été envoyé à 
Bayonne, afin de réorganiser le ser- 
vice des constructions navales, il y 
construisit , jusqu'en 1818, sur ses 
propres plans, des navires de trans- 
port, espèce de bâtiments dont la 
marine militaire était presque dé- 
pourvue. Des contrariétés qu'il é- 
prouva de la part de l'administra- 
tion de ce port, le déterminèrent 
à demander d'être attaché à celui de 
Lorient, où il ne fit qu'une courte 
apparition, le ministre lui ayant ex- 
pédié l'ordre , qu'il trouva à son ar- 
rivée , de se rendre à Paris, afin d'y 
recevoir des instructions relatives à 
une mission d'un haut intérêt pour 
la marine. A cette époque, il n'était 
bruit en Europe que des prodigieux 
résultats de la navigation par la va- 
peur , dont Fulton avait doté sa pa- 
irie, après avoir éprouvé en France, 
où il n'avait pas été compris, le dé- 
dain le moins mérité. U apparlenait à 
Marestier de naturaliser dans son 
pays un procédé qui devait modifier 
si avantageusement la direction des 
forces navales sur tous les points du 
globe. Le gouvernement français vou- 
lut connaître ce qu'il y avait de vrai 
dans les descriptions plus ou n)oins 
exagérées que les organes de la pu- 
blicité faisaient cha(juc jour des 
prodiges de la nouvelle découverte . 



MAR 

et obtenir, sur les Ueux mêmes, une 
appréciation , aussi exacte que possi- 
ble , des heureux résultats que , déjà, 
elle avait dû procurer à l'Angleterre, 
et surtout à l'Amérique , dont l'éloi- 
gnement favorisait la croyance aux 
miracles racontés par les voyageurs. 
Comme savant, comme ingénieur, 
comme homme positif et réfléchi, 
Marestier réunissait toutes les condi- 
tions qu'exige une semblable mis- 
sion. Aussi en fut-il chargé par lo 
ministre de la marine, sur la propo 
sition de M. le baron Rolland, ins- 
pecteur-général du génie maritime , 
en même temps que M. de Montgér)-. 
capitaine de frégate, recevait l'ordre de 
se rendre dans les ports d'Amérique , 
afin d'v examiner les bateaux à va- 
peur sous le point de vue nauti- 
que et militaire. Marestier visita suc- 
cessivement les chantiers des États- 
Unis et de l'Angleterre, pendant près 
de deux ans. Aidé du concours de M. 
Hvdc de Neuville, ministre plénipoten- 
tiaire à Washington , de celui de nos 
consuls, et des communications offi 
cieuses d'un ingénieur français, atta- 
ché au service de l'amirauté améri- 
caine , il recueillit les documents les 
plus précieux et les plus propres à 
faire apprécier sainement cette inno- 
vation si féconde , et , il finit bien le 
dire , alors presque entièrement igno- 
lée en France. S'il eut à détruire beau- 
coup d'illusions , et à ramener dans 
les limites de la réalité l'apprécia- 
tion des faits extraordinaires que l'en- 
thousiasme attribuait à la navigation 
par la vapeur en Amérique, les dé- 
monstrations précises et rigoureuses 
qu'il consigna dans le récit de sa 
mission, apprirent néanmoins au gou- 
vernement qu'en réduisant les choses 
à leur véritable valeur , les avantages 
du nouveau système de navigation 
étaient assez grands pour en moti- 



.MAR 

ver l'adoption. Le monde savant |)ar- 
tagea cette opinion, lorsqu'il connut 
l'intéressant Mémoire de Marestier 
sur la bateaux à vapeur des Etats- 
Unis, mémoire qui. dans l'état actuel 
de la science , laisse sans doute à dé- 
sirer, mais que son auteur eût mi» 
en parfaite harmonie avec nos con- 
naissances progressives sur l'emploi 
de la vapeur , si une mort préma- 
turée n'était venue le frapper au 
moment où il en préparait une se- 
conde édition. Marestier fut chargé 
de faire l'application des principes 
qu'il avait exposés dans son ouvrage : 
il construisit le premier bâtiment à 
vapeur et le premier mécanisme a 
basse pression que la mariite mili- 
taii'e ait essayés pom' le service des 
ports. Jusqu'à la publication de ce 
mémoiie. il n avait été construit que 
des bateaux destinés à la navigation 
fluviale. De ce nombre étaient l'Afri- 
cain et le Voyageur, construits, en 
1818, pour la navigation du Sénégal 
par M. Le Breton , autre ingénieur de 
la marine. Appropriés à une naviga- 
tion spéciale, et n'avant qu'une \itesse 
restreinte, ces deux bâtiments , dont 
l'un fut commandé par M. Louvrier, 
l'autre par M. I^blanc, aujourd'hui 
vice-amiral, n'étaient pas de nature 
à infirmer le mérite de l'application 
de la vapeur à la luai'ine militaire sm- 
une échelle beaucoup plus élevée. Si 
l'impartialité nous fait un devoii- de 
reconnaître que l'essai de Marestier 
ne répondit pas complètement aux 
espérances qu'avait fait concevoir sa 
savante théorie, les principes fonda- 
mentaux qu'il avait si heureusemerc 
développés ne reçurent aucime at- 
teinte; quelques détails, frappés du 
sort commun à toute première appli- 
cation d'un système nouveau , durent 
seuls appeler l'examen des ingénieurs. 
Plus tard, des accidents trop fréquents 



UAR 



103 



et u-op funestes ayant inspiré des dou- 
te* sur la sécurité que pouvait offrir 
l'emploi d'un moteur avec lequel on 
n'était pas encore familiarisé, Marestier 
calma toutes les craintes en donnant 
l'expUcation la plus ingénieuse , et 
peut-être la plus vraie , des causes de« 
explosions : c'était indiquer les moyens 
de les prévenir. Nommé successive- 
ment mend:>re de la commission con- 
sultative et du conseil des ti-avaux de 
la marine, lors de la première forma- 
tion de ce conseil, il occupa dignement 
sa place parmi le» hommes éminents 
qui le composaient. Ses connaissances 
aussi sûres que variées, son ardeur pour 
le tiavail , rendaient sa coopération si 
utile , qu'il ne fallut rien moins que 
l'avantage bien rectmnu du servie* 
pour qu'il pût être détourné, même 
luomentanément, des fonctions qu'il 
remplissait à Paiis. Mais une nou- 
velle aft'aire de confiance exigeait 
qu'on envoyât à Brest un ingénieur 
qui réunît, à une haute capacité, 
l'impartialité la plus sévère. Chargé 
de cette mission, Marestier s'en ac- 
quittait depuis peu de temps, quand 
la mort le surprit, à Brest, le 22 mars 
1832, à l'âge de cinquante-deux ans, 
après quelques jours seulement de 
malacUc. Il était chevalier de Saint- 
Louis et de la Légion-d'Honneur. Sa 
modestie était telle , qu'il ne voulut 
jamais consentir à ce que M. Du- 
pin insérât dans le rapport qui pré- 
cède son mémoire, les éloges que 
l'amitié, d'accord avec la justice, a- 
vait suggérés à l'auteur; ils y sont 
remplacés par deux lignes ponctuées. 
Ses deax ouvrages ont paru sous les 
titres suivants : i" Mémoire sur les 
bateaux à vapeur des Etats-Unis d'A- 
tnér ique, avec un appendice sur di- 
verses machines rvlatives à la marine, 
précédé du rapport fait à [Institut sur 
<•« mémoire par MM. Sané, Biot , 



104 



MAR 



Poisson et Ch. Dupin , imprimé par 
ordre de S. Exe. le ministre de ta ma- 
rine et des colonies , Paris , imp. roy., 
1824, in4», et atlas in-fol. de 17 
|>lanchcs. Dans ce mémoire, Ma- 
rcstier fait connaître les dimensions 
et Ja vitesse des bateaux à vapeur; il 
déciit les principales machines em- 
ployées à leur usage, et expose des 
règleç, déduites de l'expérience, afin 
d'établir, entre la grandeur des ba- 
teaux et la force des machines , le» 
proportior)s convenables pour obte- 
nir une vitesse déterminée. Cet écrit 
est accompagné de notes intéres- 
santes renfermant le développement 
des principes exposés dans le texte, 
et des renseignements qui , bien 
((«'incomplets, peuvent fournir de» 
moyens de comparaison aux person- 
nes qui projettent des bateaux à va- 
peur. Il est terminé par sept chapi- 
tres, sous forme Ôl appendice , conte- 
nant des remarques sur les goélettes 
des États - Unis , bâtiments légers 
que les Américains construisent et 
font manœuvrer avec une supériorité 
reconnue des marins de toutes les 
nations; sur les machines à curer les 
ports et les rivières ; sur celles de la 
poulierie et des forges, enfin sur les 
nouveaux procédés de la corderie, 
imitis des Anglais , et reproduits en 
France avec des modifications ingé- 
nieuses, dues à M. liair, directeur des 
constructions navales à 15rest, et à 
M. Hubert, officier supérieur du gé- 
nie maritime, (jui les ont exécutés en 
prenant pour base les procédés an- 
glais, observés et décrits par M. Oh. 
Dupin dans son Voyaffe de ta Grande- 
Bretagne (force TiavaleJ, A tous ces 
détails, accessoires à l'objet principal 
de sa mission , Mareslier en ajouta 
d'autres .siH" reuq)loi , c n Amérique, 
des machines à fabriquer les clous, 
machines qui • en faisaient i 40 par 



MAB 

minute, ou 84,000 en dix heures de 
travail. Ce mémoire devait être suivi 
d'un second qui n'a pas été publié, 
parce que les renseignements qu'il 
contenait n'étaient d'aucune utilité à 
l'industrie particulière. Il était consa- 
cré à des remarques sur la mai-ine 
mihtaire, et spécialement à la des- 
cription du bateau à vapeur construit, 
en 1814, pour la défense de New- 
York. 2* Sur len explosions des ma- 
chines à vapeur^ et les précautions à 
prendre pour tes préuenir (Extrait 
des Annales maritimes et coloniales)^ 
Paris, impr. royale, 1828 , in-8" de 
20 pages. Marestier avait été com- 
pris, en 1826, au nombre des can- 
didats présentés par l'Académie des 
sciences , pour remplir la place va- 
cante par la mort du célèbre Reichem- 
bach. P. L— T. 

MARET (HudJES-BERRARD), duc 

de Bassano, naquit le 1" mars 1763, 
à Dijon, où son père, médecin distin- 
gué, était sejxétaire perpétuel de 
cette Académie bourguignonne, qui 
comptait alors parmi ses membres , 
les Voltaire, les Debrosscs, les F.uf- 
(on, etc. {t'oy. Malet, XXVII, 10). 
Nous insistons sur cette circonstance 
parce qu'elle influa par la suite, d'une 
uïanière très-heureuse, sur l'une des 
époques les plus intéressantes de la 
vie de Hugues Maret. Ses premières 
(ittules furent dirigées vers les con- 
naissances nécessaires pour enti'cr 
dans l'artillerie et le génie. A l'âge 
<le dix-huit ans, il concourut pour le 
prix proposé par l'Académie de Dijon : 
le sujet étjiit l'Éloge de Vauban. Car- 
Dot, déjà officier du génie, eut le prix ; 
Maret fut nommé après lui, et son 
ouvrage obtint les honneurs de la 
l(H!ture, dans luie «éance solennelle 
présidée par le prince de Condé, qui 
témoigna une bienveillance particu- 
lière au jeune auteur. Celui-ci lui pré- 



MAR 

senta un poème en deux chants de 
sa composition snr la bataille de Ro- 
croy. Cependant des raisons de fa- 
mille lui firent abandonner ses pre- 
mières études pour celles de la ju- 
risprudence, à laquelle il joignit celle 
du droit politique; il prit ses grades 
à l'Université de Dijon, fut reçu avo- 
cat au parlement, et bientôt membre 
de l'académie de cette ville. Le comte 
de Vergennes , informé des disposi- 
tions de son jeune compatriote, le fit 
venir à Paris, où Maret suivit le cour» 
de droit des gens que Boucliaud pro- 
fessait au collège de France. Au mi- 
lieu de ces graves spéculations, il 
n'abandonna pas le culte des letties. 
Présenté par Buflbn, Condorcet et 
Lacépède, au Lycée que protégeait 
Monsieur, comte de Provence, et qui 
depuis est devenu l'Athénée , il se 
trouva en relation avec les illus- 
trations de l'époque. La mort du 
comte de Vergennes fit perdre à Ma- 
ret un puissant protecteur, au mo- 
ment où il se préparait à aller en Al- 
lemagne achever ses études politiques. 
l>a convocation des États-Généraux, 
en amenant la révolution, devait offrir 
des leçons bien autrement profitables 
à son esprit facile, étendu et si bien 
fait pour saisir tous les détails de la 
science diplomatique et administra- 
tive. Préparé par ses études variées à 
goûter tout l'intérêt que présentent 
les grandes discussions publiques, il 
s'établit à Versailles pour suivre avec 
plus d'exactitude les débats de l'As- 
semblée nationale. Dès les premières 
séances, il s'en constitua en quelque 
façon le secrétaire, par la publication 
d'un bulletin consacré au détail de 
ses délibérations ; idée heureuse qu'il 
exécuta avec Maurice Méjan , et dont 
le succès fonda la fortune politique 
de l'un et de l'autre. Maret s'était 
créé une méthode d'abréviations qui 



MAB 



105 



lui permettait de reproduire presque 
textuellement la discussion du jour. 
Opendant le Builetin ne devint public 
(lu'après la translation de l'Assemblée 
de Versailles à Paris. Jusque-là il n'avait 
été communiqué qu'à quelques so- 
ciétés choisies, où l'auteur en faisait 
des lectures. Ce fut sur les pressantes 
instances de Mirabeau, de Clermont- 
Tonnerre, de Lally-ToUendal, de Tai-- 
get , de Thouret , de Lechapclier, 
etc., qu'il se décida à livrer chaque 
soir à l'impression la rédaction de la 
séance. Le libraire Panckoncke ve- 
nait de fonder le Moniteur. Bien que 
ce journal réunît la littérature à la 
politique, il n'avait encore qu'un suc- 
cès médiocre, tandis que le Bulletin 
de rAssemblée nationale réussissait 
et avait déjà Thonneur de nombreuses 
contrefaçons. Panckoucke proposa à 
Maret de réunir son Bulletin au Mo- 
niteur. Maret Y consentit, à condition 
que le Bulletin conserverait son titie et 
resterait un ouvrage distinct. Dès lors 
la fortune du Afom'fcur fut décidée, et 
cette feuille devint l'immense registre 
de toutes nos vicissitudes politiques. 
"« La forme et le sentiment dramatique 
« du Bulletin, a dit un biographe, 
« donnaient l'idée d'une traduction 
u de la langue pailée dans la langue 
« écrite. C'était un tableau en relief 
" présentant toute la vitalité des fa- 
« meuses séances de l'Assemblée n«- 
« tionale, et les formes de ses athlé- 
•' tes, en même temps qu'il donnait 
« l'énergique expression de leurs bril- 
- lantes improvisations et de leurs dé- 
'< bats orageux. » La clôture de l'As- 
semblée constituante était le terme 
que ilaret avait fixé à son travail, qui 
n'avait été pour lui personnellement 
qu'un moyen d'instruction. Depuis 
cette époque, il cessa de prendre paît 
à la rédaction du Moniteur. Ce fut 
pendant cet intervalle que, dans le 



106 



MAR 



petit hôtel de l'Union , rue Saint- 
Thomas du Louvre, où il avait étabU 
son bureau de rédaction , il fit con- 
naissance avec un jeune lieutenant 
d'artillerie qui vint y loger, et qui 
n'était autre que Bonaparte. La situa- 
tion du futur dominateur de l'Europe 
était alors fort précaire, et il paraît 
que les bons offices du journaliste , 
qui ne manquait ni d'argent ni de 
crédit, contribuèrent quelquefois à le 
tirer d'embarras. Jusqu'en 1791, Ma- 
ret, qui avait embrassé avec convic- 
tion mais en même temps avec ré- 
serve les idées nouvelles, demeura 
attaché à la société des Amis de la 
constitution (les Jacobins) ; mais lors 
des événements du Champ-de-Mars 
(17 juillet, même année), il cessa, ainsi 
qu'un grand nombre de députés mo- 
dérés, d'en faire partie, et devint un 
des fondateurs du club des Feuil- 
lants, où l'on professait les doctrines 
de la monarchie constitutionnelle. 
Cependant il avait attiré sur lui l'at- 
tention des hommes qui dirigeaient en 
France la politique extérieure. Il fut 
successivement nommé secrétaire de 
légation à Hambourg et à Bruxelles. 
Après le 10 août qui avait renversé 
le roi et cette même constitution, pour 
lesquels il s'était jusqu'alors prononce, 
Maret ne donna point sa démission, 
et il obtint un rapide avancement. 
Le nouveau ministre des aifaircs 
étrangères, Lebrun-Tondu, le nomma 
chef de la première division de son 
département, avec les attributions do 
dii-ectcur-général. Bientôt il le chargea 
d'aller diriger en Belgique le mouve- 
naent des esprits, tandis que l'armtc 
de Dumouricz en vahissait ce pays. Dans 
cette mission, Maret montra beaucoup 
de zèle et d'activité, il organisa un 
corps de Liégeois, s'exposa au feu 
dans plusieurs actions, et eut même 
un cheval tué sous lui. Le Conseil 



MAB 

exécutif lui fit présent d'un autre che- 
val, en lui décernant les plus grands 
éloges. Dumouriez, avec lequel il dut 
s'entendre et se concerter, le traitait 
alors d'ami dans ses lettres. Peu de 
temps après, la Convention, qui était 
loin de vouloir la guerre avec l'An- 
gleterre, envoya Maret à Londres, 
afin d'obtenir du moins la neutralité. 
Il fit des ouvertures de conciliation 
très-raisonnables ; elles furent rejetées. 
Revenu avec de nouveaux pouvoirs, il 
fit d'importantes concessions , très- 
avantageuses à l'Angleterre et à la 
Hollande. Pitt, avec lequel il eut plu- 
sieurs entrevues, lui témoigna person- 
nellement beaucoup d'estime; mais 
le premier ministre, lord Granville, 
redoutait avec raison le degré de 
puissance où la France pouvait s'éle- 
ver, si on lui laissait paisiblement 
établir sa révolution. La Convention 
ayant immolé Louis XVI, le 21 jan- 
vier, l'ambassadeur français Chauve- 
lin fut congédié le 24. Maret resta 
jusqu'en février ; mais on le força 
aussi de partir, lorsque la guerre fut 
imminente. Bien que le ministie Le- 
brun eût tout fait pour empêcher k> 
hostiUtés, il n'en fut pas moins ac- 
cusé par Robespierre de les avoir im- 
prudemment provoquées. Destitué le 
21 juin, il fut bientôt après décrète 
d'accusation. Maret, de son côté, tom- 
ba également en disgrâce. Le nou- 
veau ministre Dcsforgues le destitua 
de la place de directeur-général ; mais 
dès le mois de juillet suivant , le 
même Desforgues le nomma mi- 
nistre plénipotentiaire et envoyé 
extraordinaire à JNaples. Cette mis- 
sion eut une grande influence sur sa 
destinée , et elle devait en avoir une 
plus grande encore sur d'augustes in- 
fortunes, puisqu'il pouvait en résulter 
la délivrance de la reine de France, 
Marie-Antoinette. « elle de ses enfants 



et de niiidame Elisabeth (1). Cest in 
qu'éclata plus que jamais l'odieux 
machiavélisme de la maison d'Au- 
triche . qui . plus implacable en- 
vers la famille rovale que les révolu- 
tionnaires de France, aloi'S en pos- 
session du pouvoir exéc utif, fit maii- 
quer l'objet de celle mission. Contre 
le droit des gens, les deux négocia- 
teurs furent arrêtés, par les troupes 
auti-ichiennes, dans le nllage de ^>o- 
vale. En vain Maret et Sémonville 
roontrcrent leurs instructions ; ce fut 
pour leurs oppresseurs un motif do 
plus de les traiter avec la dernière 
rigueur. Sans doute ils étaient les eu • 
voyés du plus tyrannique , du plus 
odieux des gouvernements ; mais leur 
mission et leurs personnes n'avaient 
alors rien que de très-louable et de 
très-pacifique; ils étaient d'ailleurs, 
sur un territoire neutre, sous la pi-o- 
tection et dans toutes les garanties 
de l'honneur et du droit des gen». 
Les détails et les conséquences de cet 
événement sont du plus haut intérêt 
dans l'histoire. Nous crovons devoir 
reproduire ici la relation manuscrite 
qu'en a rédigée Maret , et qui nous a 
été communiquée. On y trouve à la 
fois l'intérêt qui s'attache à din- 
justes persécutions, et à des circons- 
tances politiques du premier ordre. 
» Vous savez , écrivait long - temps 
après à une dame le duc de Bassano 
lui-même, que j'avais une direction 
principale des affaires étrangei^s. 
Une circonstance terrible la mit en 
action. Nous employâmes des moyens 
qui se trouvèrent bien faibles quand 
il s'agissait de prévenir une si grande 
catastrophe. Et quand le général Du- 
mouriez, qui avait acquis un giand 
crédit par ses succès en Champagne 
et par la bataille de Jemmapes , s'a- 
musait à jouir des applaudissements 

(!) Voy. une note curieuse, sur cette né- 
gociation . i l'article kiUL\i.NB (LXVIII. 510). 



MAR 



107 



du peuple dans les spectacles et antre» 
Ueux publics, l'intervention diploma- 
tique, qui devenait notre seule i es- 
source et que nous mimes en mouve- 
ment, ne servit à rien, et le crime fut 
consommé. D'autres têtes augustes 
étaient menacées. Dumouriez revint 
a lui. Il concerta ses pbns avec nous. 
On sait ce qui est anivé. Réduite 
encore a la ressource des négo- 
ciations , nous revînmes sur nos 
premièies combinaisons. La révolu- 
tion prenait un cruel essor; cepen- 
dant, il V avait encore au pouvoir 
des hommes qui ne «abusaient pa» 
sur l'avenir, s'en épouvantaient , et 
étaient capables de se dévouer pour 
tenter de sauver ce qui restait de si 
précieux de ce grand naufrage. La 
plus saine partie du gouvernement 
s'aitendit pour faire une démarche 
auprès des seules puissances encore 
en état d'alliance avec la ré(Hiblique. 
C'étaient Venise , Florence et Naplc». 
Les républicains tenaient à ne pas 
être désavoués par Iv ; monde entier. 
On se crut assm-é que, si les uois Ëtat« 
que je viens de nommer mettaient 
pom- condition à la continuation de 
leur alliance la sûreté de la reine et 
de sa famille, elle ne leur serait pas 
refusée. Le projet hit arrêté , les ins- 
tructions diessées , et je fus charge 
de leur exécution. M. de Sémonville . 
qui avait dû s embarcjuei pour C^ns- 
tantinople, et qui était encore à Mar- 
seille, ayant eu la voie de mer fermée 
par les escadres anglaises, espagnoles 
et hollandaises, dut prendre sa route 
par le nord de Fhahe. On le chargea 
de concourir avec moi aux négocia- 
tions qui devaient commencer pai 
Venise, Florence , et (jue je termine- 
rais à Naples, pendant qu il se rendrait 
a sa destination. Je partis; je rencon- 
trai à Genève M. de Sémonville, avet- 
qui je n'avais eu jusqu'alors que des 
relations de société, et nous nous a- 
chemiuâmes ensemble dans la direc- 
tion de Venise. Nous renconlràme» 
les premiers obstacles dans les hgues 
grises dont le gouvernement était in- 



m 



MAR 



fluencé par l'Autriche. Après avoir 
franchi les Alpes, et au moment d'en- 
trer en Italie, des avis sûrs nous pré- 
vinrent des difficultés que nous de- 
vions rencontrer dans la Valtehne. 
Nous nous arrêtâmes à Vico-Soprano 
chez le comte Hercule de Salis- 
Tagstein qui nous avait procuré ces 
avis, et nous expédiâmes un officier 
aux chefs des ligues grises pour leur 
demander la protection qu'ils nous 
devaient. Cet officier revint avec des 
ordres par lesquels il était enjoint aux 
autorités de la Valteline d'assurer 
notre passage. Les comtes de Salis- 
Tagstein et de Salis-Sondrio nous con- 
juraient de ne pas nous y fier. Des 
renseignements multipliés justifiaient 
leurs craintes. Ils nous représentaient 
le gouvernement de Milan comme in- 
capable de s'arrêter devant la viola- 
tion d'un territoire neutre et du droit 
des gens. Ils parlaient d'embus- 
cades. Ils ignoraient que nous a- 
vlons un but que nous devions es- 
sayer d'atteindre à tout prix. Nous 
nous rendîmes à Chiavenne , d'où 
nous partîmes le même jour sous une 
escorte d'honneur et de sûreté. Pen- 
dant que ceci se passait en Suisse, 
des intrigues agissaient à Paris. Le 
secret de notre mission avait été soup- 
çonné par quelques chefs révolution- 
naires qui envoyèrent à notre pour- 
suite des agents secrets sous la direc- 
tion d'un sieur Ysabeau. L'archiduc 
Ferdinand , qui avait reçu par un 
Hand billet l'ordre de l'empereur de 
s'opposer au passage de M. de Sé- 
monville , dont on redoutait l'in- 
fluence à Constantinople, dirigea, d'a- 
près les informations (jue donnaient 
journellement à Milan les agents se- 
crets des révolutionnaires français , 
le docteur Pozzi, chancelier <lu Sénat, 
sur la rive droite du lac de (^,hia- 
venne, où des troiq)es , déguisées en 
Berlandotti, avaient été rassemblées. 
ParveuHs à Novale, village sur la rive 
gauche du lac de C.iiiavennc, notre 
escorte fit lialle. Sou chef, prétextant 
la nécessité d'avertir le podestat de 



MAR 

Trapone, sur le territoire duquel nous 
allions entrer, afin qu'il tînt son es- 
corte prête, envoya en avant un faute 
de la juridiction, dont la mission vé- 
ritable était de faire aux Autrichiens, 
sur la rive droite, les signaux con- 
venus. La femme du marquis de 
Montgeroult , brigadier des armées 
du roi, qui était attaché à ma mission, 
pour remplacer à Naples le marquis 
de Salis-Marchline , entra , pendant 
notre station forcée , dans l'église d*.' 
village, et y toucha l'orgue avec ce 
talent admirable qu'on lui connaît. 
Le curé, vivement ému, lui demanda 
si elle était de la société des Fran- 
çais arrivés dans le village, et sur sa 
réponse affirmative, « Ah! madame, 
« lui dit-il, ils sont perdus s'ils ne se 
.. hâtent de fuir «. Elle accourut au- 
près de nous , mais elle n'avait pas 
achevé son récit, que déjà les troupes 
autrichiennes et notre propre escorte 
nous couchaient enjoué. Nous fûmes 
tous arrêtés, garottés, et jetés dans des 
barques qui nous conduisirent de 
l'autre côté du lac dans la prison de 
Gravedona. Toute la population de 
cette petite ville était dans le secret 
de l'expédition. Elle nous attendait. 
On l'avait disposée à nous faire un 
accueil tout différent de celui que 
nous reçûmes. Notre maintien imposa 
au point que, de toutes parts, on en- 
tendait ces mots : « La bella, la tjene- 
r< rosa génie ». Le docteur Pozzi crut 
<levoir rendre comi)tc de l'effet que 
nous avions produit sur le peuple. 
Ses oidres élaieut de nous faire trans- 
porter inunédiatement au château de 
Milan. Il suspendit notre départ. Nous 
passâmes dix jouis dans la prison de 
(Jravedona, attachés chacun à une 
longue chaîne qui nous pcrmeltait 
(fagir dans noUe chambre et qu'on 
ne délacliait ni jour ivi nuit, (-'est 
cette chaîne grosse et longue comme 
unechaînede puits, quela Uépublique 
Cisalpine m'envoya, après mon retour 
en France, avec une niagnificpie ins- 
cri|)tion. .le vous ai montré, il y a 
long - temps , ce singulier trophée. 



MAR 



MAB 



109 



La réponse étant arrivée de Mi- 
lan, nous fûmes embarqués, char- 
gés de chaînes plus légères, dans des 
bateaux qui nous menèrent à Lecce, 
et de là, par le canal, à Fossano di 
Milano, ou des voitures et des escortes 
nous attendaient pour nous conduire 
à Mantoue. Nous y arrivâmes le 24 
juillet 1793 à 6 heures du matin. On 
nous logea dans l'ancien palais des 
ducs. Le mauvais air ne tarda pas à 
produire son effet sur nous. Tous mes 
compagnons de captivité furent at- 
teints de la fièvTe du pays. Je n'ai ja- 
mais eu la fisvre, je ne la pris pas; 
mais l'influence du climat agit sur mes 
nerfs et, lorsqu'au mois d'octobre j ap- 
pris l'affreux événement (1) que je 
m'étais cru un moment destiné à pré- 
venir, je tombai dans des convulsions 
nerveuses qui duraient dix heures par 
jour, et qui se prolongèrent pendant 
7 mois. Jusque-la j'avais conservé quel- 
que espoir. Mes instructions avaient 
été sauvées, mais celles de Sémonville 
étaient tombées dans les mains des 
Autrichiens, et je ne pouvais croire 
que le baron de Thugut, a qui ces 
papiers devaient avoir été envoyés, 
y trouvant la trace de notre mis- 
sion, ne se bâtât pas de nous donner 
les moyens de la remplir et de nous 
rendre la liberté. Sur les sept mois 
que dura la maladie à laquelle j'étais 
en proie, j'en passai cinq sans une 
heure de sommeil. Je perdis mes che- 
veux et une partie de mes dents. J au- 
rais perdu la vie sans un secours 
inespéré que, dix ans après la mort 
de mon père, je dus à la réputation 
dont il avait joui en Europe. L'aca- 
démie de Mantoue chargea une dépu- 
tation de m'apporter des consolations 
et de m'offrir ses secours. Elle avait 
encore un autre but, c'était de s'assu- 
rer du danger de mon état, dont le 
médecin du gouvernement, qui était 
un de ses membres, lui avait rendu 
compte. Sur !e rapport qui lui fut 
fait, elle s'adressa au gouverneur, et 

(1) La mort de ta reine. 



cette démarche ayant été sans succès, 
elle eut la générosité d envoyer deux 
commissaires à Vienne pour repré- 
senter que, si je passais une seconde 
saison cl été a Mantoue, je succombe- 
rais infailliblement. Le 20 mai 1794, 
l'ordre airiva de transférer Sémon- 
ville et moi dans la forteresse de 
Kuffstein en Tyrol. !Nos autres com- 
pagnons restèrent à Mantoue. Ils 
étaient au nombre de six; cinq mou- 
rurent dans les six mois qui suivirent 
notre translation. Un seul, M. Mergez, 
secrétaire d'ambassade , aujourd hui 
maréchal-de-camp en retraite, et alors 
jeune officier d'un caractère énergi- 
que, ne succomba pas à l'influence 
du climat et à la rigueur de son sort. 
On m'annonça, à 6 heures du soir, que 
je devais me préparer à faiie un long 
voyage; à 8 heures, le même Barigei 
qui avait attaché mes chaînes au dé- 
part de Gravedona et qui les avait soi- 
gneusement conservées, se présenta 
pour faire la même opération. Mon 
corps était enflé. Elles se trouvèrent 
trop courtes et il fallut les serrer avec 
violence pour rapprocher autour de 
mon poignet droit deux anneaux 
dans lesquels devait passer un cade- 
nas. J'éprouvai de vives soufirances. 
Je les oubliai quand, la voiture ayant 
franchi la dernière enceinte des for- 
tifications, je me trouvai sur une des 
digues du lac, à laii- libre, sous un 
ciel pur et au milieu d'une campagne 
embaumée par la vigne en fleur. 
Nous marchâmes toute la nuit, quit- 
tant plusieurs fois la route, afin d'é- 
viter le territoire vénitien. Je connais- 
sais bien la géographie du pays, 
quoique je ne l'eusse jamais parcouru, 
et j'étais décidé à appeler a mon aide 
si nous étions passés devant quelque 
poste du pays allié, quoiqu'il y eût 
un officier autrichien dans la voiture 
et deux soldats sm- le siège. Je me 
berçai de ce vain espoii- toute la nuit. 
Il me quitta lorsqu'au jour nous en- 
• trames à Roveredo. L'officier supé- 
rieur chargé de notre transport, 
ni'ayant aidé à descendre de la voi- 



110 



MAR 



tiu-e, s'aperçut que j'étais couvert 
de sang; son indignation fut à son 
comble, il appela un commissaire 
autrichien, le fils du docteur Pozzi 
qui nous avait suivis dans une voiture 
séparée, et demanda que nos chaînes 
fussent ôtées. Comme Pozzi résistait 
et prétendait n'avoir pas la clef du 
cadenas, il fit apporter un instrument 
avec lequel il le brisa. INous conti- 
nuâmes notre route à la fin du jour. 
Le Barigel n'avait pas reparu et je ne 
retrouvai mes chaînes qu'à Kuffstein ; 
mais je ne les portai plus. Elles fu- 
rent seulement attachées à un bloc de 
marbre brut qu'on plaça au pied 
de mon lit. Les traces de cette espèce 
de mutilation se voient encore sur 
ce même poignet où sont les cicatri- 
ces des coups de baïonnette dirigés 
vingt ans plus tard par les Autrichiens 
contre un homme paisible et désar- 
mé. Nous ne marchions que la nuit. 
Plusieurs fois pendant le jour le jeune 
Pozzi vint sentretenir avec moi. Oii 
comprend que je lui demandais des 
nouvelles de mon pays, de mes amis. 
.Ses récits exagéraient encore l'affreuse 
vérité. Je ne citais pas le nom d'une 
seule personne qu'il ne m'assurât 
qu'elle avait péri. Jugez de la situa- 
tion de mon esprit et de celle de mon 
cœur, lorsque les portes de la citadelle 
de Kuffstein s'ouvrirent devant moi. 
(]ette forteresse, qui défend l'entrée 
du Tyrol, du côté de la Bavière, est 
construite sur un rocher à pic, d'une 
très- grande élévation, isolé et com- 
muniquant à la ville par un pont de 
bois. Une tour très -élevée la sin- 
monte. C'est l'habitation <les prison- 
niers d'État, (jui en occupent l'étage 
supérieur. Le centre est rempli par 
un énorme pili«îr qui supporte le toit, 
et la circtonférence est divisée en 
cellules ou cachots, en forme de tra- 
pèze, numérotés depuis 1 jusqu'à 13. 
J'accompagnai Sémonville dans celui 
«uii lui était destiné; il portait le 
n» 11. Je fus ensuite conduit dans 
ma demeure q\ù portait le n" 13; la 
porte de la cellule n» 12 se trouvait 



ouverte, je vis en passant qu'elle 
n'était pas occupée. Ma cellule était 
précédée d'un petit vestibule avec 
une porte de fer. Une seconde porte 
de fer, où un guichet était pratiqué, 
formait l'entrée de mon appartement, 
consistant dans un cabinet voûté de 
de huit pieds de long et de six pieds 
de large. Quoique la voûte fût basse, 
je pouvais à peu près me tenir de 
bout partout. L'ameublement se com- 
posait d'une table de sapin, avec une 
chaise de bois, et d'un gi'abat jeté 
sur trois planches, au pied duquel se 
trouvait le bloc de marbre dont j'ai 
déjà parlé. Tous les ustensiles pour 
mon service se bornaient à un chan- 
delier de fer et im balai de bou- 
leau. On avait construit auprès de 
la porte un poffle en brique dont le 
foyer s'ouvrait dans le petit vestibule. 
Les briques étaient peintes en blanc 
à la chaux, ainsi que toute la cellule, 
qu'éclairait une lucarne de deux pieds 
de hauteur sur 18 pouces de largeur, 
garnie en dehors de deux rangs de 
barieaux et en dedans d'un fort gril- 
lage. Cette fenêtre donnait sur une 
campagne très-riante, que formait 
une petite vallée demi-circulaire dont 
le rayon avait environ une lieue et 
que traversait la rivière d'Inn. Sur le 
bord de cette rivière était une belle 
ferme où mes regards plongeaient et 
dont je voyais tout le mouvement 
intérieur. U; régime de la prison 
était celui-ci : En y entrant les pri- 
sonniers perdaient leur nom. Le 
con)mandant même devait l'ignorer. 
On lui avait écrit de Vienne que tel 
officier estait chargé du transport de 
deux prisonniers qu'il logerait aux 
numéros 11 et 13 et qu il ne dési- 
j'uerait dans sa correspondance que 
par ces numéros, qu'on substitua 
aux marques de notre linge. Trois 
fois par jour, le guichet s'ouvrait pour 
donner passage à une nourriture suf- 
fisante. Nous ne pouvions pas être 
traités fort splendidement, puisque 
l'empei-eur ne passait par jour aU" 
cnnmiandant que .30 kreuzers. en- 



MAR 

viron 27 sous de notre monnaie, pour 
notre entretien et notre nourriture. 
On nous avait enlevé, avec notre ar- 
gent , nas montres et la plus grande 
partie de nos effets. La porte de la 
prison ne s'ouvrait que le samedi 
pour donner passage au chirurgien- 
major, qu'accompagnaient deux cus- 
todes et deux officiers. Tous les quin- 
ze jours, le commandant, homme 
respectable, venait avec eux. On me 
dit que j'aurais des livres si j'avais de 
l'argent pour en faire louer à Ins- 
pruck, et qu'il n'était pas permis de 
me donner les moyens d'écrire. On 
me raconta qu'un prisonnier, dont 
j'aurai l'occasion de parler tout à 
l'heure, avait désiré une planche 
noircie, et de la craie blanche pour 
faire des mathématiques; qu'il au- 
rait fallu prendre les ordres de 
Vienne, et qu'on s'était bien gardé 
d'adresser au ministre une proposi- 
tion aussi insolite , aussi opposée au 
texte et à l'esprit des instructions. 
Pendant toute la durée de ma capti- 
vité, on ne me proposa pas une seule 
fois de sortir pour prendre l'air, et 
je n'en fis pas la demande. Je n'avais 
rien à demander à des gens à qui 
je ne reconnaissais aucun droit sur 
moi. Ce régime semblait peu favora- 
ble à un malade. Le mouvement du 
voyage et l'air salubre des monta- 
gnes me rendirent, en peu de se- 
maines , une santé parfaite, qui de- 
puis n'éprouva pas la plus légère 
altération. On me donna, au lieu de 
pommade, une fiole d'huile d'olive 
pour faire revenir mes cheveux. On 
m'offrit aussi du vinaigre, du tabac 
et une pipe, pour combattre une 
odeur désagréable que le vent du 
nord portait quelquefois dans la di- 
rection de ma fenêtre. Je parle de 
ces deux petits objets, parce qu'ils 
devinrent pour moi des trésors. Je 
soignais mes cheveux, j'entretenais 
mes vêtements, je faisais mon lit , je 
balayais ma chambre, je nétoyais 
jusqu'aux murailles. Tout respirait 
autour de moi une propreté qui fai- 



mn 



111 



«ait l'ëtonnement de mes gardiens. 
Ces soins prenaient du temps et me 
donnaient de l'exercice: il y a une 
sorte d'humanité à les imposer dans 
une prison solitaire. Je me couchais 
à neuf heures, et à peine ma tête 
reposait sur l'oreiller que je retrou- 
vais ma liberté. D'heureux songes 
me tiansportaient en France au mi- 
lieu de mes amis. Ils ne se termi- 
naient qu'à sept heures du matin, 
lorsqu'on ouvrait le guichet poiu- 
passer le déjeûner. On dort bien 
quand on est jeune, qu'on a remis 
son sort entre les mains de celui qui 
dispose de tout, et qu'on porte dans 
une conscience tranquille le sentiment 
d'un devoir accompli. Mes nuits ont 
été heureuses pendant les 22 mois 
que j'ai passés à Kuffstein. Vous 
serez surprise si je vous dis que met, 
journées aussi s'écoulaient rapidement. 
C'est cependant la vérité. Dés le pre- 
mier jour et aussitôt qu'on eut re- 
fermé les portes de ma prison et que 
j'eus entendu le bruit des grilles de 
l'escalier qui conduisait à la tour, et 
les geôlière s'éloigner, je m'occupai 
à trouver les moyens d'établir quel- 
que communication avec le compa- 
gnon de ma captivité. Je cherchai 
d'abord si je pourrais me faire en- 
tendre de lui ; et je me mis à chanter, 
ma bouche appliquée contre le gril- 
lage de ma fenêtre, ce passage d'un 
coryphée dans l'opéra d'Armide : 

Voici la charmante retraite 
De la félicité parfaite : 

Voici l'heureux séjour 

Des jeux et de l'amour 

Sémonnlle ne m'avait jamais entendu 
chanter. Il ne reconnut pas ma voix, 
mais les paroles ; et , crovant qu'on 
insultait à sa position, il s'obstina à 
faire la sourde oreille. Ce premier 
moyen me manqua donc. J'en tentai 
vingt autres qui n'eurent pas plus de 
succès. Enfin , au bout de quelques 
mois, je remarquai que tous les soirs 
à la même heure, un même bruit se 
faisait entendre. Je devinai que Sé- 
monviile traînait sa chaise de sa table 



112 



MAR 



à son lit. J'en conclus qu'il entendrait 
le bruit que je ferais chez moi et je 
cherchai comment, à l'aide d'un bruit 
quelconque, je pourrais me mettre en 
, communication avec lui. J'inventais 
un chiffre auriculaire que j'exécutais 
en frappant contre le mur avec le 
manche de mon balai. Au bout de 
quelques jours Sémonville me com- 
prit parfaitement. Ce moyen était lent 
et imparfait. Il nous servit pour con- 
venir des modifications nécessaires. 
ISous divisâmes l'alphabet en trois 
séries qu'un signe indiquait. Un signe 
avertissait également lorsque celui 
qui écoutait devinait le mot ou la 
phrase. Chaque soir, quand tout re- 
posait dans la forteresse, nous con- 
versions et padions de la sorte, pres- 
que aussi vite qu'on écrit. Nous ve- 
nions un jour de nous souhaiter le 
bonsoir, lorsque nous entendîmes un 
bruit de même nature, qui venait de 
la partie opposée de la tour. Nous 
écoutâmes et nous comprîmes très- 
distinctement ces paroles : «Associez à 
« vos conversations un compagnon 
» de malheur. » Nous frappâmes 
tous deux en même temps : « C'est 
« un Français ; on répondit : Non, je 
.< ne suis pas Français, mais je souffre 
u comme vous , et je ne puis vous 
u être étranger. » La conversation 
s'établit , et nous apprîmes que notre 
compagnon d'infortune était un ba- 
ron de Spaun, victime, du moins il le 
disait, de la part que le baron de 
Thugut avait prise à des démêlés de 
famille. Sa détention datait de la fin 
de 1792. C'est à lui qu'on avait re- 
fusé une planche noircie et de la craie. 
C'était un habile mathématicien. U me 
dicta des formules astronomiques 
très-ingénieuses, qu'il me pria de 
soumettre de sa part à M. de Laplarc 
quand je serais (le retour en France, 
Ce témoin de nos entreliens ne tarda 
pas à nous gêner. Nous trouvâmes 
moYcn d'intervertir l'ordre des séries 
(le notre chiffre à son insu. On sol- 
dat français au service des custodes 
portait à Scimonville ou à moi rot te 



MAR 

sorte de mot d'ordre à l'aide duquel, 
de semaine en semaine, nous avions 
un chiffre tout nouveau. Trois jours 
ne se passaient pas sans que le baron 
de Spaun l'eût découvert. Mais au 
bout de trois mois, un grand change- 
ment survint parmi les habitants de 
la prison. La conjuration de Marti- 
nowitz avait éclaté quinze mois au- 
paravant en Hongrie. Plusieurs hom- 
mes distingués du clergé et des clas- 
ses intermédiaires périrent sur l'écha- 
faud. Un plus grand nombre fut con- 
damné à des détentions plus ou moins 
longues et remplissait déjà les forte- 
resses du pays , lorsque l'archiduc 
palatin, blessé mortellement au châ- 
teau de Schœnbriinn par une explo- 
sion d'artifice , dit à l'empereur avant 
d'expirer : <• Faites saisir mes papiers 
« à Bude. Il y va de votre sûreté! " 
On y trouva les preuves d'une nou- 
velle conspiration. Celle-ci était tra- 
mée par des magnats qui furent ar- 
rêtés. Le gouvernement s'inquiéta de 
la présence de tant de prisonniers 
d'état dans le pays même qu'ils a- 
vaient agité. Ixs prisonniers hongrois 
furent transférés dans les prisons des 
États héréditaires, et ceux de ces Ktats 
en Hongrie. Le baron de Spaun quit- 
ta ainsi Kuffstein pour Mongatz. Je 
suppose que ce baron vous intéresse 
un peu et que vous me permettez de 
quitter un instant mon cachot pour 
vous dire ce qui advint de lui : je 
rentrerai après dans ma cellule. Eu 
arrivant à Munich en 1805, on me 
dit qu'un baron de Spaun s'était pré- 
senté au logement préparé pour moi 
et reviendrait le lendemain. Comme 
je ne l'avais jamais vu, quelqu'intri- 
gant aurait pu abiiscr d'un fait assez 
connu. Quand il vint, je tins la porte 
<lc ma chambre fermée, et je frappais 
ces mots : « Etes-vous le prisonnier 
« de Kuffstein ? » Siu" sa réponse qu'il 
me fit dans le même langage, j'ouvris 
et je l'embrassai. J'obtins pour lui du 
feu roi de Ravière une place au bu- 
reau du cadastre. Il était fort capa- 
ble de la bien rnnplir: mais une cap- 



\ SUR 

tivitë de dix ans avait i-endii son ca- 
ractère insociable. Le roi m'écrivit a 
ce sujet, et consentit à ma prière à 
donner au baron de Spaun, au lieu 
de son emploi, une pension de douze 
cents florins, dont il a joui jusqu'à sa 
mort prématurée. Je retourne à ma 
prison. Le bruit de nos entretiens 
avec le baron de Spaun arait été en- 
tendu du dehors. Le rapport en fut fait 
au commandant, officier d'artillerie 
instruit. Quoiqu'il comprît que les 
prisonniers pouvaient communiquer 
entr'eux de la sorte, il soutint à ses 
subordonnés que la chose était im- 
possible, pour se dispenser d'en rendre 
compte à Vienne. Ou nous laissa faire. 
Les pisonniers Hongrois prirent part 
à nos conversations. Koua apprîmes 
ainsi les événements qui s'étaient 
passés dans leur pays, et que, dans 
les circonsunces du temps , le gou- 
vernement autrichien avait intérêt à 
soustraire à la connaissance de l'Eu- 
rope. Vous voyez que nous ne man- 
quions pas tout-à-fait de distractions. 
Elles ne suffisaient pas à l'activité de 
mon esprit. On me donnait de temps 
en temps des paquets de poudre pour 
les dents enveloppés dans des carrés 
de papier blanc que j'avais conservés 
avec soin. On me fit présent, pour le 
jour de l'an , d'un almanach de pay- 
san, oij quelques feuilles de papier 
blanc étaient intercalées. La femme 
du commandant, qui nous envovait 
souvent des fleurs et des fruits de son 
jardin, avait un jour mis au fond du 
panier une petite grammaire alle- 
mande sous une enveloppe de papier 
blanc ; quel parti tirer de ces richesses? 
H fallait une plume et de l'encre; j'en 
fis. Voici comment : j'avais conservé 
la fiole dont l'huile ne m'était plus 
nécessaire, j'y jetai quelques parcelles 
de fer que je détachai de ma porte, et 
sur lesquelles je versai un peu de vi- 
naigre; à 1 aide de la chaleur de mon 
poêle, j'obtins une dissolution de fer 
assez concentrée. Je me fis. donner du 
thé et, après avoir ôté une partie du 
liquide, je plaçai la théière au-dessus 



AMB 



If 3 



de la flamme d'une chandelle allumée, 
pour tirer des feuilles du thé le prin- • 
cipe astringent qu'elles contiennent.'^ 
J'espérais remplacer ainsi la noix 
de galle qui entre dans la composi- 
tion de l'encre ordinaire, je réussis. 
Vous comprendrez la joie que je dus 
éprouver lorsqu'en versant une partie 
de cette décoction dans ma dissolu- 
lution de fer, je vis le précipité noir 
se former. Des éclats détachés d'un 
morceau de pierre à fusil qu'on m'a- * 
vait donné pour allumer ma pipe, '* 
me fournirent une espèce de canif' 

3ui me servit à découdre l'enveloppe 
e mon traversin, dans lequel je dé- 
couvris le quart du cylindre d'une 
plume de poulet. Je taiflais cette plu- 
me avec le canif de mon invention et, 
après l'avoir montée sur un brin de "* 
balai, je me trouvai pourvu de tout* 
ce qui m'était nécessaire pour écrire. 
Je commençai par des dissertations 
sur divers sujets ; mais cela allait trop 
vite, et la prose usait trop de papier. 
J imaginai alors de faire une comédie 
en vers. Des brins de balai que je 
charbonnais à la chandelle, me ser- 
vaient pour écrire mon brouillon sur 
la face de mon poêle qui ne pouvait 
pas être vue du guichet lorsqu'on 
l'ouvrait. Je travaillais ainsi pendant 
toute la semaine; le vendredi soir 
je mettais au net les scènes terminées, 
et j'en effaçais les traces sur le poêle.' 
Le samedi, lorsque le chirurgien en- 
Uait avec les officiers, un de mes ■ 
goussets de montre renfermait mes 
manuscrits et l'autre mon encrier. 
Je composai plusieurs grandes comé- 
dies et une tragédie. Je m'étais ainsi 
donné du travail à faire, des ouvrages » 
à relire et des pièces de théâtre a re- ,. 
présenter. Le jour de la première re- 
présentation de l'Infaillible, comédie 
en cinq actes et en vers, un des fac- 
tionnaires qui environnaient la tour, 
appela son caporal qui jugea qu'on se 
querellait dans la chambre n» 13 et ' 
qui déclara qu'il avait distingue dix 
voi.x différentes. Sur ce rapport, les 
officiers et les custode* se transpôrtè- 



lit 



MAR 



rent chez moi. Je ne compris rien à 
leur visite inopinée et encore moins à 
l'extiême surprise qu'ils témoignèrent 
en me voyant seul. Cet incident fut le 
dernier ; le commandant m'en donna 
l'explication quand l'heure de la liberté 
fut arrivée. Ce brave homme ayant 
reçu les ordres de la cour de Vienne, 
se hâta de monter à la tour. L'officier 
qu'on lui annonçait, et qui devait 
nous conduire en France, tardait à 
arriver; il prit sur lui de nous faire 
descendre de la forteresse et de nous 
recevoir dans sa maison où sa famille 
nous combla, pendant huit jours, des 

soins d'une hospitalité touchante 

Je ne vous parlerai pas de notre 
voyage. L'officier qui nous accompa- 
gnait était un Français, né dans la 
Lorraine allemande; ses procédés fu- 
rent ceux d'un bon compatriote. Je 
pus les reconnaître peu de temps a- 
près; car lui aussi fut pris dans la 
Valtehne, pendant la campagne de 
Macdonald; je le fis renvoyer sur pa- 
role. Nous fûmes donc bien traités 
en route, mais toujours comme pri- 
sonniers. Il fallut que la fille des rois, 
quittant la France où tous les objets 
de son affection avaient succombé, 
apparût sur les bords du Rhin, pour 
nous lendre à nos amis, à nos familles 
et à notre patrie. Près de trois années 
s'étaient écoulées depuis le jour où 
un espoir glorieux, mais trompeur^ 
nous avait conduits à la captivité qui 
finissait par elle, et qui n avait pas 
été tou^-à-fait sans fruit, puisque 
nous comptions pour quelque chose 

dans le prix de sa rançon » 

— Maret ne dit point que les conven- 
tionnels qu'avait fait arrêter Dumou- 
riez , ainsi que le fameux Drouet , 
furent le prix de la liberté qu'ob- 
tint alors la fille de Louis XVL Si l'on 
en croit l'abbé de Montgaillard dans 
^on Histoire de France (t. IV, p. 63), ce 
fut le comte de Montgaillard, son hère, 
qui fit au nùnistère autricbion la pre- 
mière proposition de cet échange, par 
ordi-e de Louis XVIÎI et du prince de 



MAR 

Condé. De retour dans sa patrie, Ma- 
ret fut admis ainsi que Sémonville à 
tous les honneurs de la séance, au con- 
seil des Cinq-Cents, le 22 nivôse an 
IV , et tous deux reçurent l'accolade 
du président; mais, malgré l'intérêt 
qu'inspiraient leurs longues souffran- 
ces et bien qu'un arrêté du Direc- 
toire eût déclaré que tous deux avaient 
honoré le nom français par leur conS' 
tance et leur courage, Maret et son 
collègue restèrent sans emploi ; et ils 
durent attendre que les affaires, qui 
étaient encore sous l'influence du 
18 vendémiaire, prissent une autre 
direction. L'enUée du nouveau tiers 
au Corps législatif, et la nomina- 
tion de Barthélémy au Directoire , 
amenèrent ce changement. Le minis- 
tre des relations extérieures, Charles 
Lacroix , dut être remplacé. On 
mit sur les rangs Talleyrand et Maret; 
Talleyrand fut préféré ; et Maret, 
qui n'avait pas montré beaucoup 
d'empressement poui- cette place, ac- 
cepta volontiers de faire partie de la 
commission chargée des négociations 
pour la paix avec l'Angleterre. I^s 
conférences s'ouvrirent à Lille. Pitt, 
qui conservait un bon souvenir de ses 
relations avec Maret, le recommanda 
au lord Malmesbury. Talleyrand avait, 
d'ailleurs autorisé Maret à retenir 
dans ses mains le secret de la négo- 
ciation; aussi tout concourut à le 
mettre d'abord dans les meilleurs 
rapports avec le plénipotentiaire an- 
glais. Un traité honorable allait êtie 
conclu, lorsque le 18 fructidor vint 
mettre fin aux négociations. Elle» 
avaient donné lieu , par l'intermé- 
diaire du général Clarke, à des com- 
munications entre Lille et Campo- 
Formio ; ainsi se renoua l'ancienne 
liaison (jui avait existé entre Maret 
et le général Bonaparte , lequel n'é- 
tait plus l'hote obscui et nécessiteux 



9fAR 

du petit hôtel de l'Cnion. Cepen- 
dant la faction iructidorienne avait 
renvCTsé la grande combinaison des 
négociations de Lille et de Caxnpo- 
Formio : le fruit de la conquête de 
l'Italie fut perdu. La guerre se ral- 
luma de nouveau et taridis que le 
général Bonapaxte dut iexiUr dans 
la conquête de l'Egypte y Maret, de re- 
tour à Paris, et encore une fois mis a 
l'écart, détourna les défiances du 
Directoire en se livrant à la culture 
des lettres. Il fit à cette époque rece- 
voir au Théâtre Français une tra- 
gédie, dont le 18 brumaire arrêta 
la représentation. Lié avec Sieyè», 
Rœderer et plusieurs auues coopé- 
rateurs de cette révolution ; bien ac- 
cueilli par Bonaparte, il assista aux 
Journées du 18 et du 19, et fut nommé, 
en déc. 1799, secrétaire-général des 
consuls, place depms érigée en mi- 
nistère sous le titre de secrétairerie 
d'Etat. Il allait passer ainsi les dix 
premières années du siècle à la tête 
d'un ministère central, oii venaient 
aboutir et d'où se distribuaient toutes 
les affaires des différents départements. 
Les études, à la fois théoriques et pra- 
tiques, qu'il avait faites pendant l'As- 
semblée constituante , lui donnèrent, 
sur la politique générale et sur toutes 
les branches de l'administration , des 
cotmaissances positives dont l'applica- 
tion spéciale fut, pendant ce long in- 
tervalle, mise à profit par Napoléon. 
On a prétendu que celui-ci ux)uvait 
toujours dans son ministre un admira- 
teur enthousiaste, un instrument do- 
cile, et rarement un conseiller indiffé- 
rent à la crainte de déplaire. Les enne- 
mis de Maret ont propagé cette ac- 
cusation et ont avancé que l'empe- 
reur se plaignait de son zèle malen- 
contreux; mais personne n'a pu se 
flatter, si ce n'est Maret lui-même, 
d'avoir connu les secrets intimes du 



MAR 



lis 



cabinet impérial: personne n ignore 
que, par sa position particulière, le 
duc de Bassano était obUgé de pa- 
raître ne pas desapprouver au de- 
hors les projets qu'il pouvait avoir 
le plus vivement combattus dans le 
secret de ses discussions avec l'em- 
pereur. Toutefois on n'a pas ignoré 
qu'aux Tuileries il y avait deux hom- 
mes, dont l'intervention adoucissait 
souvent la rigueur des détermina- 
tions du maitre, qu'il faut bien se 
garder de juger par les causeries 
sentimentales de Sainte -Hélène. Ces 
deux hommes étaient Maret et Re- 
gnauld-de -Saint- Jean -d'Angely; le» 
exemples ont été nombreux en France 
et à l'étranger. Mais il importe de 
faire connaître l'étendue des travaux 
dont se trouvait chaîné Mai et. Selon 
l'ordre qui fut établi dès le consulat, 
les ministres présentaient chaque se- 
maine, dans un conseil, leurs rap- 
ports sur les affaires, et remettaient 
leurs portefeuilles au secrétaire-d'É- 
tat, qui , après en avoir pris connais- 
sance , rendait un compte verbal 
dans le travail de la signature qu'il 
faisait seul avec Bonaparte. Les mi- 
nutes de tous les décrets restaient en- 
tre ses mains, et l'exécution s'opé- 
rait sur les expéditions que les mi- 
nisties recevaient de lui. Il assistait a 
tous les conseils, soit d'administra- 
tion, soit privés, soit extraordinaires, ^j 
ou se traitaient les grandes affaires de.«i 
1 Etat. Il se trouvait ainsi lin terme- ^o 
diaire entre le gouvernement et tou».^ 
les ministères. Ces attiibutions offi- ^ 
cielles n'étaient pas les seules dontj^ 
il fût investi; il en recevait de non -f 
moins étendues de l'entière confiance < 
de Bonaparte. Depuis les sénatus-,* 
consultes qui se prépaiaient en secret, 
depuis les affaires majeures que le 
souverain se réservait et dont il pre- ^ 
nait l'initiative, telles que son divorce 
•8 



116 



MAR 



et son mariage, jusqu'à la nomina- 
tion de ses chambellans, tout se fai- 
sait entre Napoléon et son ministre, 
qui ne le quittait jamais. Il raccom- 
pagnait dans ses voyages, sur les 
champs de bataille et dans les capi- 
tales conquises; la secrétairerie-d'État 
faisait partie du quartiev-général im- 
périal. On a entendu Napoléon lui 
dire en Espagne, au milieu de l'ac- 
tion, à Sommo-Sierra : » On ne peut 
« donc pas tirer un coup de canon, 
« que vous ne vouliez en avoir votre 
« part. » Après les conquêtes de Na- 
poléon, Maret était ainsi sur les lieux 
l'intermédiaire des particuliers et des 
provinces qni avaient des réclama- 
tions à faire, ou des grâces à solliciter; 
et comme il ne demandait jamais 
rien pour lui-même, son intervention 
était rarement sans effet. Ce fut dans 
un sens tout monarchique qu'il ré- 
digea la plupart des constitutions de 
l'empire, et celles que l'empereur 
donna à plusieurs États de l'Europe 
(le Portugal, l'Espagne, la Hollande, 
la Westphalie, la Pologne); mais on 
doit lui tenir compte d'avoir, dans le 
sénatus-consulte du 28 floréal, an 
XII, spécifié des garanties pour la 
presse, et pour la liberté individuelle. 
Au mois de décembre 1805, il con- 
courut, à Vienne et à Presbourg, au 
traité conclu alors avec l'Autriche. 
Convaincu qu'il ne doit point y avoir 
de haines personnelles chez un 
homme d'État, il ne parut, dans ce 
premier séjour en Autriche, se sou- 
venir de sa captivité de Mantoue et 
de KuIFstein, que pour faire sentir à 
ceux qui y avait contribué llieureuse 
influence de son crédit. En 1806, 
après la conquête de la Pologne, Na- 
poléon le chargea, à Varsovie, de l'or- 
ganisation du gouvernement polo- 
nais. Quelque temps après , Maret 
conclut avec l'ambassadeur pefsan , 



MAR 

qui s'était rendu au quartier-général 
de Finkenstein , le traité entre la 
France et la Perse, qui fut suivi de 
l'ambassade de Gardanne. En 1808, il 
exerça la principale direction sur les 
travaux de la junte de Bayonne, et il 
ne paraît pas qu'il ait cherché à dis- 
suader Napoléon de ses funestes pro- 
jets sur l'Espagne. En 1809, après la 
seconde occupation de Vienne, il se 
trouva avec les habitants dans les 
mêmes relations qu'en 1805 , et il fit 
le même usage bienveillant de son 
influence. Il rédigea, avec le comte de 
Bubna, les conditions de la paix qui 
fut signée par Champagny et par le 
prince J. de Lichstenstein. Vers ce 
temps, Maret qui devait cependant 
bien connaître le machiavélisme du 
cabinet autrichien, et qui surtout 
n'ignorait pas combien les liens du 
sang ont peu d'influence sur la 
politique, fut assez mal avisé pour 
conseiller à Napoléon de deman- 
der une archiduchesse d'Autriche, 
lorsque la Russie et la Saxe lui of- 
fiaient d'autres princesses. Dès 1805, 
le baron de Thugut , chef de ce 
cabinet, avait prétexté du mariage 
d'Eugène de Beauharnais avec une 
princesse de Bavière , pour faire in- 
sinuer à Maret , par Pellcnc, alors 
attaché à la chancellerie impériale 
de Vienne , qu'un mariage avec une 
archiduchesse était seul capable de 
guérir l'Autnche de ses défiances. 
En 1809, cette insinuation fut renou- 
velée par le même intermédiaire. Les 
trois projets de mariage furent propo- 
sés à la discussion du conseil; Maret 
parla vivement en faveur de l'union 
autrichienne et son avis l'emporta. Ce 
fut lui qui conduisit toutes les négo- 
ciations relatives à cette alliance si 
funeste. Il ne tarda pas à s'apercevoir 
qu'il s'était mépris, s'il avait compté 
sur la pacification de l'Europe. Tout 



31AB 

annonçait la guerre avec la Russie. 
En avril 1811, ^'apoléon appela Ma- 
ret au ministère des relations exté- 
rieures, en remplacement de Cham- 
pagny, qui dans des confiirences, à 
OEdembourg, avec Metternich, en 
1809, n'avait pu réussir à rien con- 
clure. Le nouveau ministre fut décoré 
du titre de duc de Bassano : dès 1805, 
il était grand-aigle de la legion-d'Hon- 
neur. Au moment où il prit le porte- 
feuille, les troupes russes étaient 
déjà en marche vers le grand-duché 
de VarsoN-ie, tandis que l'armée polo- 
naise avait repassé la Vistule, pour 
se rapprocher des secours qu'elle es- 
pérait de la France, il y avait donc 
mésintelligence entre les cabinets des 
Tuileries et de Saint -Pétersbomg. 
Bassano employa l'année 1811 à des 
négociations avec tous les États qui 
pouvaient s'intéresser à la grande 
«{uerelle entre l'Angleterre et la France. 
Tandis qu'il s'attachait à engager les 
États-Unis d'Amérique dans une 
guerre avec la Grande-Bretagne, il 
faisait tous ses efForts pour prévenir 
la rupture prête à éclater avec la 
Russie, puis, en cas de non-succès, 
à renforcer le système de la France 
par une alliance offensive et défien- 
sive avec la Prusse (24 février 1812) 
et avec l'Autriche (24 mars). Il signa 
également un traité d'alliance avec le 
Danemark. Déjà il avait jeté les bases 
d'un quatrième traité avec la Suède; 
et le complénvent d'une confédération 
générale contre le système britanni- 
que allait être obtenu, lorsque le ma- 
réchal Davoust, sans ordres positifs, 
prit sur lui d'occuper la Poméranie 
suédoise, comme servant de dépôt aux 
denrées coloniales anglaises. De ce fait 
résulta tout aussitôt l'alliance de la 
Suède avec la Russie (24 mars). La 
guerre était imminente, Bassano fit 
tout pour conjurer l'orage. L'ambas- 



iàik 



117 



sadeur Kourakin (1" avril 1812) avait 
notifié par écrit que la Russie n'accep- 
terait aucune proposition avant que 
la France eût rompu son alliance 
avec la Prusse, évacué les forteresses 
de la Poméranie, et conclu la paix avec 
la Suède. Sur la demande de passe- 
ports faite par le même ministre, le 
24 du même mois, Bassano parvint 
à obtenir de jNapoléon qu'il en- 
voyât à Vilna son aide-de-camp Nar- 
bonne, chargé d'une dépêche ins- 
tante pour le comte de Romanzow, 
ministre des affaires étrangères. Dana 
cette dépêche, il renouvelait le vœu 
de voir des négociations • que la 
« France n'avait cessé de provoquer, 

• depuis dix huit mois, prévenir de» 
« événements dont l'humanité aurait 

• tant à gémir; " déclarant en mêntc 
temps • que, quelles que fussent le» 
« circonstances, lorsque cette lettre par- 

• viendrait, la paix dépendrait encore 

• des résolutions du cabinet russe. » 
D'un autre côté, il fit des ouverture» 
au cabinet britannique , dont l in- 
fluence sur celui deSt-Pétcrsbourg de- 
vait décider de la paLx ou de la guerre. 
Sans doute le duc de Bassano ne se 
dissimulait pas que ces démarche* 
auraient peu d'efficacité ; mais il vou- 
lait n'avoir rien à se reprocher ; et la 
connaissance de tous ces actes diplo- 
matiques, prouve que ^sapoléon et 
son ministre de confiance ne se 
jetaient pas aussi aveuglement dans 
la guerre, qu'on le leur a reproché. 
Cependant, tous deux partirent pour 
Dresde, et ce fut là qu'arriva la réponse 
de Romanzow, ultimatum qui con- 
firmait les dures conditions impo- 
sées à Paris , par Kourakin. Bas- 
sano , sans se décourager , adressa 
de Dresde , le 20 mai , au comte 
de Lauriston , alors ambassadeur de 
France à Saint-Pétersbourg, de nou- 
velles instructions , tendant à offrir 



i^4^ MAB 

de nouveaux moyens de concilia* 
tion. Tout fut inutile : Alexandre et 
son ministre refusèreiit de voir l'am- 
bassadeur français. Alors ISapoléon 
passa le INiémcn et les hostilités 
commencèrent. Maret le rejoignit à 
Vilna, on il résida, pendant toute la 
campagne, avec le corps diplomatique. 
Dans cette ville, il réunit aux attribu- 
tions de son ministère la direction du 
gouvernement du grand-duché de Li- 
thuanie. Après la retraite de Moscou, 
et le départ de ISapoléon, il resta à 
Vilna jusqu'à l'arrivée du roi de Na- 
ples, Murât, et de Berthier, pour leur 
faire connaître les ressources réunies 
par ses soins, et qui auraient pu relever 
le physique et le moral de l'armée ; 
mais la fatale précipitation de Murât 
perdit tout, et de Vilna à Kovno le 
désastre fut consommé. Quelques 
fautes qu'ait commises Napoléon dans 
cette campagne de Russie, on peut 
dire qu'il les eût évitées en partie, s'il 
eût accueiUi les mémoires que lui 
présenta son ministre pour l'engager 
à relever la Pologne, à l'armer tout 
entière, et surtout à exécuter en deux 
campagnes ce qu'il voulut follement 
accomplir en une seule. L'exécution 
de ce plan aurait offert des chances 
pour la paix , ou des moyens pour 
une seconde campagne. Ce fut à Smo- 
lensk que Kapoléon, au lieu de s'ar- 
rêter, mit en délibération s'il se diri- 
i.erait sur Saint-Pétersbourg ou sur 
Moscou. Maret, qui était demeuré 
à Vilna , fut aussi étranger à cette 
délibération qu'aux négociations in- 
tempestives que l'empereur entama 
pendant son séjour à Moscou. Ce- 
pendant après la retraite, tout ten- 
dait à la désertion parmi les allié» dç 
la France. Bassano, de retour à Pari», 
déploya vainement toutes les ressour- 
ces de la diplomatie pour arrêter ce 
mouvement. En revenant de Vilna, il 



MAR 

avait reçu à Berlin, de la bouche 
même du roi de Prusse, l'assurance 
de sa fidélité à l'alliance française; 
mais quelques jours après, sollicité 
par l'Autriche, pressé, menacé même 
par la Russie, Frédéric- Guillaume si- 
gnait avec elle un traité d'alliance 
offensive et défensive. Bassano com- 
muniqua, le 1" avril, au sénat les rap- 
ports et les pièces relatifs à cette dé- 
fection , que l'Auuiche devait imiter 
cinq mois plus tard. Il résulta des 
négociations suivies à Paris pendant 
quatre mois, entre le duc de Bassano 
et le prince de Schwartzemberg , 
que cette puissance , après avoir 
offert pour la paix d'abord ses bons 
offices , ensuite son intervention , 
puis sa médiation armée, finit par 
arriver à une rupture. Dans un de 
ses entretiens avec le ministre au- 
trichien, Maret invoquait vivement 
le lien de famille qui unissait Napo- 
léon à François II : "La politique a 
.. fait le mariage, répondit froide- 
« ment Schwartzemberg, la politique 
» peut le rompre. « Bassano, pour ne 
pas précipiter la rupture, s'abstint de 
faire connaître cette réponse à Napo- 
léon, qui remportait alors la victoire 
de Lutzcn ; mais immédiatement 
après ce triomphe il s'empressa de 
lui écrire : •< La nouvelle du brillant 
.. succès qui a appris à l'Europe l'ar- 
« rivée de V. M. à la tête des armées, 
« a produit ici la sensation la plus 
u vive. Les membres du corps di- 
« ploraatique , que je viens d'en- 
» uetenir les uns après les autres, 
« m'ont paru plus étonnés de la ma- 
.. nière dont l'esprit public s'est ma- 
.. nifesté que de la victoire cUc- 
.. même... Si, lors des campagnes qui 
« ont précédé la dernière, on ne cher- 
« chait dan» un succès que le pre- 
.. sage et la garantie dune gloire 
.. nouvelle, aujourd'hui que la con^ 



MAB 

• fiance est ébranlée, que des qucs- 
« tion* si graves doivent être ré«o- 

- lues sur le champ de bataille, on 
« ne peut y voir <fuun gage donné 
m par la fortune pour le repos et la 

• paix.... Vous avez vaincu : la vic- 
■■ toire vient d'efFacer l'impression de 
« ces désastres qui n avaient rien ôté 
■i à votre gloire. La modération qui 

est dans vos résolutions, mais qui 

- aurait pu pju-aître sans dignité dans 
« les revers, ne lui portera désormais 
« aucune atteinte. Et cette paix^ le 
« seul vœu, le besoin pressant de la 

• France^ quelques sacrifices que vous 
a lui fassiez aujourd'hui, sera toujours 
« une paix glorieuse. » Cette lettre du 
duc de Bassano est d'autant plus au- 
thentique que , prise dans les four- 
gons abandonnés lors de la retraite 
de Leipzig, elle fut rendue pubUque 
par les ennemis intéressés à prou- 
ver que l'empereur s'était toujours 
obstiné à la guerre, malgré les con- 
seils de ses ministres. Et, ici encore, 
ils n'ont pas rendu justice à Kapoléou 
qui, après Lutzen, éclairé par les con- 
seils de son fidèle ministre , ne se 
montra pas éloigné de la paix. Il 
proposa de régler par une conven- 
tion le sort de 1 alliance et l'accepta- 
tion de la médiation de l'Auaiche, et 
de former un congrès pour négocier 
la paix générale. Tandis que le comte 
de Bubna allait porter ces ouvertures 
à Vienne et y demander des pouvoirs 
pour traiter, le duc de Vicence (Cau- 
laincourt) se rendait auprès d'Alexan- 
dre, qui refusa encore de le voir. Les 
victoires de Bautzen et de Wiirtchen, 
(20 et 21 mai) signalèrent les armes de 
>apoléon ; al :)rs les alliés, par l'entre- 
mise du minutre autiichien Stadion, 
demandèrent un armistice de six se- 
maines : c'était le temps qu'il fallait à 
l'Autriche pour compléter son arme- 
ment. iSapdéon donna dans le piège : 



MAIi 



119 



l'armistice de Newmark fut déclaré 
le 4 juin. Le duc de Bassano, qui par- 
tageait la confiance de son maître, 
pressa l'ouverture d'un congrès, il 
négocia à cet effet avec le comte de 
Bubna qui était revenu sans pouvoir», 
puis avec le comte de Mettemich qui 
s'était enfin rendu à Dresde le 26 juin. 
Dès les premiers jours de l'arrivée de 
ce ministre, le duc de Bassano, par les 
moyens d'informations propres à son 
département, connut les engagements 
que la Russie et la Prusse venaient de 
contiacter à Reichenbach avec l'An- 
gletene, en présence du plénipoten- 
tiaire autrichien, de poursuivre la 
guerre actuelle avec la plus grande 
énergie. En raison de cette découverte, 
Napoléon chaigea le duc de Bassano 
d écrire au prince de Metternich qu'il 
ne se prévalait plus de l'aUiance de 
l'Autriche; mais, par le désir de ne 
pas détruire toute espérance de con- 
cihalion, il déclarait en même temps 
qu'il acceptait la médiation de son 
beau-père. Une convention statua sur 
cette acceptation , et sur l'ouverture 
du congrès que la France sollicitait 
depuis plus de six semaines. Les dé- 
lais calculés du cabinet autrichien 
avaient fait perdre un temps pié- 
cieux, et rendu nécessaire la prolon- 
gation de l'armistice. Le ministre mé- 
diateur ne se pressait pas de lobtenir, 
et, dans l'intervalle arriva la fatale 
nouvelle de la défaite des Français à 
Vittoria qui mit fin aux hésitations as- 
tucieuses de l'Autriche, et cimenta les 
liens de la coaUtion formée contre Ka- 
poléon. En effet, le 9 juillet, une con- 
férence secrète réunissait, à Trachem- 
berg. les plénipotentiaires anglais, rus- 
se, prussien et celui de l'Autriche. Ce 
fiit sous ces auspices que s'ouvrit le 
congiès de Prague. Fidèle à son sys- 
tème de duplicité , le cabinet de 
Vienne prolongea les discussions de 



iar> 



MAR 



forme jusqu'au 10 août; et, avant 
même que les pleins pouvoirs eus- 
sent été échangés, les plénipoten- 
tiaires ennemis déclarèrent que les 
leurs étaient expirés. Ainsi s'évanouit 
le prétendu caractère de médiateur 
annoncé par rAutriclie, et le congrès 
de Prague fut terminé avant d'être 
commencé (1). Napoléon qui, durant 
cet intervalle, s'était rendu à Mayence, 
pour se mettre en état de continuer 
la guerre, consentit, lors de son re- 
tour à Dresde , à la seule démarche 
qui piit offrir encore une chance pour 
la paix ; et, à défaut de plénipoten- 
tiaires, le duc de Bassano décida le 
comte de Bubna à porter à l'empe- 
reur d'Autriche les propositions de 
son gendre. Au moment où Bubna 
arrivait à Prague, les allies entraient 
en Bohême, pour se trouver avec les 
Autrichiens au rendez- vous donné , 
aux conférences de Trachemberg , 
dans lecam.p de t ennemi commun. On 
voit, d'après ces détails, que Bassano 
avait tenté, soit auprès de Napoléon, 
soit auprès des alliés, tout ce qui était 
possible pour arriver à la paix; et 
cependant l'opinion publique l'accu- 
sait d'être l'instigateur de la guerre. On 
assurait qu'à Dresde, au moment où 
l'empereur allait signer un traité de 
paix, il lui avait dit, dans l'intention 
de l'en détourner : « Pour cette fois, 
« on ne dira pas que vous en ayez 
« dicté les conditions. » On ajoutait 
qu'à ces mots, reuq)ereur avait brisé 
sa plume au lieu de signer, l^s 
hommes qui fondaient alors leurs 
espérances sur la chute de Napoléon, 
entre autres Fouché et Talleyrand , 
s'acharnaient à décrier le duc de Bas- 
sano, à envenimer, dans le public, ses 
paroles et ses actions, et à le i-epié- 
senter comme le plus vil flatteur de 

(t) JAoatyérin , Histoire oitique et rai- 
sonnée, etc.» t, VI, p. 278i 



MAB 

Napoîëoo, comme celui qui Tentre- 
tenait dans sa passion pour la guerre. 
Après le désastre de 1 .eipzig , il re- 
vint avec lui à «Paris, et fut auto- 
risé à reprendre deux négociations 
importantes : l'une pour le retour du 
pape à Rome , l'autre pour le réta- 
blissement de Ferdinand VII sur le 
trône d'Espagne. Le succès de la pre- 
mière importait à la paix publique; 
la prompte réussite de la seconde 
aurait mis à la disposition de Napo- 
léon cent mille hommes de troupes 
qui occupaient la Péninsule ; mais leS 
intrigues de Talleyrand et de plusieurs 
hommes influents qui déjà s'étaient 
mis en rapport avec l'étranger, et 
qui préparaient la chute de l'empire 
paralysèrent les efforts .de Bassano. 
Cependant il n'était pas sans avoir 
démêlé quelques fils de ce réseau d'in- 
trigues, qui contrariait l'action de son 
ministère : on avait tout à craindre 
de sa surveillance, il fut donc résolu 
dé l'écarter. L'opinion se prononçait 
plus que jamais pour la paix; on en 
profita pour faire pressentir à Na- 
poléon le danger de laisser à la tête 
des relations extérieures un ministre 
qui, à tort ou à raison, passait pour 
^tre un obstacle à toute réconcilia- 
tion avec l'Europe. Dans les difficul- 
tés où se trouvait Napoléon , il crut 
devoir apaiser cet orage de cour, en 
ôlant au duc de Bassano le porte- 
feuille des relations extérieures ; et , 
en cela, son affectioti était d'accord 
avec sa politi(juo; il voulait le sous- 
traire aux dangers auxquels j>ou- 
vait l'exposer l'animadversiou p>i- 
blique. Pour que cette détermination 
ne parut pas une disgrâce, il le re- 
tint auprès de lui comme ministre 
hcrrétaire-d'État , en lui manifestant 
toujours la même confiance. Il ne 
laissait d'ailleurs échapper aucune 
occasion d'opposer hautement son 



MAR 

f^moigtiag€ aux fausses imputations 
dont le ministre était l'objet. Une fois 
entre autres (14 janvier 1814), dans 
un grand conseil d'administration, où 
se trouvaient réunis tous les hauts 
dignitaires de l'État et tous les mi- 
nistres, Napoléon interpella Talley- 
rand, et justifia le duc de Bassano 
par des faits que personne ne pouvait 
mieux connaître que l'empereur lui- 
même, puisque la plupart s'étaient 
passés dans le secret de ses entretiens 
avec son ministre. Bientôt après, à 
l'ouverture du congres de Châtillon, 
Maret fut charge de diriger les né- 
gociations, en correspondant de Paris 
avec les ministres plénipotentiaires-; 
mais, quelque zèle que mît ce dernier 
à remplir sa mission, l'influence des 
Anglais l'emporta , et le congrès n'a- 
mena aucun résultat. On l'a encore 
accusé d'avoir paralysé le congrès 
de Châtillon ; mais les pièces offi- 
cielles sont là pour donner un dé- 
menti à cette assertion. La bataille de 
Brienne avait été perdue, le 2 février 
1814. Le 3, le duc de Bassano. se- 
condé par le général Bertrand, passa 
la nuit dans le cabinet de l'empereur, 
afin de le déterminer à céder à la 
fortune, et à s'en remettre au duc de 
Vicence, son plénipotentiaire, pour 
les conditions de la paix. On croyait, 
d'après des avis récents, que ce« con- 
ditions avaient été arrêtées à Chau- 
mont , et que , dans l'opinion que 
l'empereur n'accepterait aucune pro- 
position , elles étaient combinées de 
manière à faire valoir aux yeux de 
l'Europe la modération des alliés Le 
lendemain 4, Maret insista et écrivit 
la lettre suivante : « Monsieur le duc 
« de Vicence, vous me demandez 
- toujours des pouvoirs et des ins- 
« tructions, lorsqu'il est encore dou- 
" leux si l'ennemi veut négocier. Les 
•• conditions sont, à ce qu'il paraît. 



MAH 



m 



• arrêtées d'avance entre les alliés. 
" Aussitôt qu'ils vous les auront com- 
« muniquées, vous êtes le maître 
« de les accepter ou d'en référer à 
" moi, dans les vingt-quatre heures. 

• Signé Napoléon, r, Cette lettre ftit 
expédiée dans la nuit du 4 au 5 fé- 
vrier. Bassano, craignant que le pléni- 
potentiaire ne trouvât une restriction 
dans cette alternative, ^accepter les 
conditions de la paix ou d'en référery 
prépara sur-le-champ le projet d'une 
seconde lettre , tellement explicite , 
qu'elle laissait pleine liberté au négo- 
ciateur. Dans cette seconde dépêche, 
datée du 5 février, qui parvint à Cau- 
laincourt le lendemain, presque au 
moment de l'ouverture des confé- 
rences, Maret s'exprimait ainsi .'< ... Au 
« moment où S. M. va quitter Troyes, 

« elle me charge de vous faire 

« connaître, en propres termes, que 
« l'empereur vous donne carte hlan- 
" che pour conduire les négociations à 
" une heureuse issue, sauver la capi- 
« taie, et enter une bataille, où sont 
« les dernières espérances de la na- 
« tion, etc. (1), » Dès que le sort des 
armes eut prononcé. Napoléon abdi- 
qua. Bassano ne le quitta pas un ins 
tant, jusqu'au départ pour l'île d'Elbe, 
et ne cessa de rendre à l'idole tom- 
bée le même cuke qu'il lui avait 
porté aux jours de sa grandeur. Seul 
de tous les ministres, il reçut à Fon- 
tainebleau ces adieux, dont la gra- 
vure et la sculpture ont consacré le 
souvenir; puis il rentra dans la vie 
privée. Le 20 mars, il revit Napoléon 
aux Tuileries, mais ce ne fut pas sans 

(1) Le duc de Bassano s'est toujours ins- 
crit en faux contre une dépèche dans un tont 
autre sens , adressée le 19 mars au duc de 
Vicence, dans laquelle il lui prescrivait, au 
nom de l'empereur, A^ attendre jusqu'au der- 
nier moment sans rien concbtre. Cette let- 
tre a été lue le 29 du même mois , par lord 
CasUercagh, en plein parlement. 



i22 



MAR 



peine qu'il consentit à reprendre le 
portefeuille de la secrétairerie-d'État. 
Il avait sur la direction des affaires 
une opinion arrêtée, que ne parta- 
geait aucun des autres conseillers. 
Napoléon eut plusieurs fois à refuser 
la démission que Bassano offrait lors- 
qu'une mesure de rigueur était déci- 
dée. Ce ministre s'opposa à l'acte ad- 
ditionnel aux constitutions de l'em- 
pire et aux confiscations rétablies par 
cet acte. Le surlendemain de son re- 
tour, l'empereur rendit, sous forme 
d'amnistie, un décret de proscription, 
Bassano refusa de le contre-signer. 
Napoléon résistant aux conseils, aux 
supplications même, ne changea point 
de résolution, mais changea la date 
de son décret. Il le supposa rendu à 
Lyon, et traitant son ministre comme 
un officier public, requis de certifier 
sa signature, il lui en donna l'ordre, 
sous peine de désobéissance. Le mi- 
nistre obéit, mais fit remarquer à 
l'empereur que cet acte, le seul pu- 
blié sous cette forme, pendant un 
règne de quinze années, attesterait le 
refus du ministre secrétaire-d'État d'a- 
gir comme ministre. En effet, tous les 
décrets impériaux se terminaient par 
cette formule. Signé Napoléos... Par 
f empereur... Le ministre secrétairc- 
d'État...Le décret de Lyon se termine 
ainsi : Napolkos, par l'empereur, pour 
expédition conforme, le 22 m^ars 1815, 
le ministre secrétaire-d'Etat, Signé le 
DUC PE Bas,s\no. Il faut remarquer 
aussi que , parmi ceux dont Maret 
combattait ainsi la proscription, se 
trouvaient son ennemi personnel Tal- 
leyrand qui devait le proscrire plus 
tard. Cependant les conseils qui dic- 
taient à Napoléon des mesures de ri- 
gueur continuaient à prévaloir. Le 10 
avril, Bassano donna par écrit sa dé- 
mission. Napoléon la refusa , et son 
ministre persistait, quand le duc 



W^ 1 

d'Angouléme , qui avait essayé d'o- 
pérer un mouvement royaliste dans 
le midi, demanda et obtint une capi- 
tulation. Le duc de Bassano en con- 
seilla vivement l'exécution ; ainsi le 
voulaient la loyauté et le droit des 
gens; mais les autres conseillers de 
l'empereur, entre autres Davoust , 
ministre de la guerre, s'y opposaient ; 
ils voulaient que le prince fût au 
moins gardé comme otage. Napoléon 
hésitait : Bassano, introduit dans le 
cabinet de l'empereur, réussit enfin à 
l'entraîner par ses instances. Napo- 
léon exigeait seulement qu'on fit 
restituer, par un acte additionnel, 
les diamants de la couronne. « Ce 
i< que je propose à Votre Majesté vaut 
« tous les diamants du monde » , 
répondit Bassano. Cependant, l'ad- 
dition fut adoptée. Aussitôt le mi- 
nistre, sans sortir des Tuileries, expé- 
dia par un des courriers du cabinet 
l'ordre qu'il venait d'obtenir; il le ré- 
digea de manière que, dans tous les 
cas et quelque chose qui pût arriver 
relativement aux diamants, la capitu- 
lation dût êu-e immédiatement exécu- 
tée. Cette dépêche, adressée au maré- 
chal Suchct, aurait dû être signée 
par le ministre de la guerre , selon 
l'usage et parce.qu'elle était dans ses 
attributions; mais Bassano ne voidait 
partager avec personne la gloire d'a- 
voir sauvé la vie au duc d'Angou- 
léme. Il redoutait d'ailleurs l'interven- 
tion de Davoust, dont il connaissait 
les dispositions ; aussi se hâta-t-il de 
prendre sur lui la responsabilité, en 
donnant l'ordre en son propre nom. 
Cependant de nouvelles dépêches 
parvenaient an télégraphe et arrê- 
taient la transmission de celle du duc 
de Bassano. Par l'une, le général Grou- 
chy annonçait qu'il ne ratifierait pas 
la capitulation, avant de connalUe 
l'intention de l'empereur, et qu'il 



MAR 

allait se rendre au Pont-Saint-Ésprit 
pour suivre ce prince, et se trouver 
à même de le faire arrêter, dans le 
cas où l'empereur lui en donnerait 
l'ordre. Par l'autre , le duc d'Albu- 
fera annonçait que Grouchy venait 
de lui écrire de la Palud, qu'il avait 
fait arrêter le duc d'Angoulême et 
qu'il n'avait point voulu ratifier la 
capitulation signée par le général Gil- 
ly, sans connaître les intentions de 
l'empereur. Le directeur du télégra- 
phe, Chappe, indécis entre ce conflit 
de dépêches, en refera au duc de 
Bassano , en lui envoyant les nou- 
velles dépêches. Au lieu de les por- 
ter aussitôt à l'empereur, Maret prit 
sur lui, par un acte des plus hajdis, 
d'envoyer au télégi-aphe un des chefs 
de division de la secrétairerie-d'État 
qu'il chargea de transmettre , sur-le- 
champ et en sa présence, l'ordonnan- 
ce pour l'exécution de la capitulation. 
Quant aux nouvelles dépêches, il les 
retint et ne les remit à l'empereur qu'à 
s(îpt heures du soir, au moment où la 
nuit rendait impossible toute trans- 
mission de nouveaux ordres.Bonapartc 
approuva son ministre , qui lui dit 
alors avec expansion : » Je vois que je 
" puis encore être utile. Je retire ma 
« démission. • Il suivit Napoléon à 
VVaterioo. Après ce grand désastre, la 
voiture du duc de Bassano se trouva 
embarrassée par les équipages de l'ar- 
mée, et il fut sur le point d'êtie fait 
prisonnier par les Prussiens. Bona- 
parte ayant abdiqué pour la seconde 
fois , Maret ne prit plus aucune part 
aux affaires, mais il ne quitta l'ex- 
empereur, ni à l'Elysée, ni à la Mal- 
maison; et, ne pouvant le suivre à 
Sainte-Hélène, il lui donna jusqu'au 
départ de Rambouillet des témoigna- 
ges de son maltérable dévouement. 
Atteint par l'ordonnance du 24 juillet 
1815, il resta d'abord à Paris, sou? 



MAR 



123 



la surveillance de la police, jusqu à 
la décision des Chambres. Vint en- 
suite la loi du 17 janvier 1816, qui 
ordonnait aux proscrits de quitter le 
royaume avant le 25 février. Le duc 
de Bassano se réfugia près de Genève, 
dans une maison de campagne, où il 
fut fait prisonnier et li\Té à l'Autri- 
che, après avoir reçu plusieurs coups 
de baïonnette dans l'attaque nocturne 
de son domicile. Conduit dans les 
Etats autrichiens, il vit cesser de si 
étranges procédés ; obtint des passe- 
ports pour se rendre à Lintz, puis se 
retira à Gratz, Il y mena une vie 
fort tranquille , objet des égai-ds pai- 
ticuliers des autorités du pays, car 
on n'avait pas oublié en Autriche sa 
conduite modérée pendant les deux 
invasions françaises, il partageait ses 
loisirs enti"e l'éducation de ses en- 
fants et la rédaction de mémoires 
ti-ès-détaillés sur les actes et les tia- 
vaux de sa vie publique. Maret avait 
toujours aimé et cultivé les lettres, 
et Ton disait même, au temps de 
l'empire, que M, Etienne, dont il fut 
le Mécène, lui avait du d'heureuses 
inspirations et d'utiles conseils litté- 
raires. Api-ès quatre ans d'absence, 
Bassano rentra en France (1820), en 
vertu de l'ordonnance du 1" décem- 
bre 1819, qui rappelait, par mesme 
générale, ceux des trente-huit exilés 
qui n'avaient pas obtenu des excep»- 
tions. Dès Tannée précédente, le gou- 
vernement français lui avait permis 
de se fixer à Genève; et les feuilles 
publiques avaient annoncé son pro- 
chain rappel. Fidèle à cette circons- 
pection qui était dans son caractère, 
Maret continua de vivre dans la 
retraite, votant avec l'opposition dans 
les collèges électoraux , du reste évi- 
tant toute occasion d'occuper de lui le 
public. Cependant, eu 1823, les jour- 
naux retentirent d'un procès qui lui 



124 



MAR 



fut intenté par le duc d'Orléans 
(Louis-Philippe), il s'agissait de sa- 
voir si le cas de retour aux anciens 
propriétaires , prévu par la loi de 
181i, était applicable à 40 actions 
des canaux d'Orléans et Loing, que 
Bonaparte pendant les Cent -Jours 
avait remises au duc de Bassano, et que 
le duc d'Orléans revendiquait comme 
sa propriété. Maret alléguait que Na- 
poléon, désirant doter un fils naturel, 
l'avait chargé d'acheter 20,000 francs 
de rentes sous le nom de cet en- 
fant . Cependant l'empereur avait né- 
gligé de lui compter les fonds néces- 
saires; mais, au moment de la seconde 
abdication, voulant réparer cet ou- 
bli, il avait remis à Bassano ces 40 
actions pour le couvrir de ces avan- 
ces. Cette cause plaidée avec solen- 
nité par M. Mauguin pour le duc de 
Bassano, et par M. Dupin pour son 
adversaire , mettait en quelque sorte 
aux prises l'empire et la restauration : 
en effet aux lois et sénatus-consultes 
de l'empire, on opposait les lois et 
ordonnances rendues par Louis XVIIL 
L'ancien confident de Napoléon per- 
dit son procès, et il dut restituer à 
la maison d'Orléans les actions dont 
il s'était reconnu détenteur. En 1827, 
un autre incident le mit encore dans 
l'obligation de recourir à la pviblicité. 
L'ambassadeur d'Autriche prétendit 
ôter à plusieurs des généraux et des 
hommes de l'empire les noms em- 
pruntés à des pays étrangers, que 
Napoléon leui- avait conférés pour 
leurs services militaires ou diplomati- 
f[ues. Les journaux ministériels, en 
applaudissant à cette prétention de 
l'Autriche, alléguaient que le duc de 
Bassano avait été des premiers à re- 
noncer à son titre dans ses relations 
avec le gouvernement autrichien. 
Dans une lettre adressée à ces mêmes 
journaux, l'cx^ministrc combattit cette 



MAR 

assertion par des faits et déclara qu'en 
aucune correspondance, ni dans 
aucun acte, soit public, soit privé, il 
n'avait séparé son nom de son titre 
de duc de Bassano. Cette déclaration 
fit avorter une petite intrigue de la 
diplomatie. Après la révolution de 
juillet 1830, le duc de Bassano fut 
accusé d'avoir provoqué le coup 
d'État du ministère Polignac dans 
un mémoire adressé à Charles X. On 
alla même jusqu'à défier l'ancien mi- 
nistre de Napoléon de publier ce mé- 
moire. Bassano s'empressa de le faire 
imprimer avec une lettre adressée 
aux journaux et datée du 19 novem- 
bre 1830, dans laquelle, après avoir 
protesté que jamais il n'avait con- 
seillé le coup d'État en question , 
il donnait les explications suivan- 
tes : « Consulté, il y a quelques an- 
« nées, sur les affaires publiques par 
M un honnête homme alors en cvé- 
« dit à la cour ( le comte Charles de 
« Damas , son compatriote ), je fis un 
u mémoire qui fut, sans ma participa- 
« tion, mis sous les yeux du roi. Puis- 
" qu'on le veut, cet acte ne sera pas 
» caché à la France, à qui cependant 

« il importe peu Je le livre à l'ins- 

u tant même à l'impression. On y 
« verra ma pensée sur les coups d'E- 
« tat. Produit d'une composition hâ- 
« tée, je le donne avec ses incorrec- 
• tions ". Ici le duc de Bassano ci- 
tait divers personnages entre autres 
Alexandre de Laborde, Arnault, etc., 
qui avaient vu son mémoire au mo- 
ment où il fut écrit, « et qui atteste- 
f raient au besoin , disait-il , que je 
« n'y ai pas changé une parole. - Il ter- 
minait en assurant qu'un des ministres 
de l'époque avait dit que c'était l'œu- 
vre d'un jacobin. « C'était, ajoutait 
« Bassano, celle d'un citoyen dont 
u les principes ne se sont jamais dé- 
« mentis et dont l'empereur a dit 



MAR 



MAR 



tS5 



• dans ses mémoires : qu'il représen- 
« tait près de lui les doctrines de 
" [Assemblée constituante «.La doc- 
trine que Fauteur prêche dans cette 
brochure est fort sage; selon lui, si 
un coup d'État est déjà un grand 
mal quand il réussit, il peut être un 
mal sans remède quand il échoue ; il 
ne réussit que quand il est néces- 
saire, et il n'est nécessaire que quand 
il est réclamé par une grande masse 
d'intérêts. Lorsque le gouvernement de 
juillet chercha à rallier autour de lui 
les personnages marquants de l'em- 
pire, Bassano fut compris par Casimir 
Périer dans une nombreuse fournée 
de pairs. Ce n'est pas qu'il partageât 
les idées de cet homme d'État, car il 
lui dit, dans les derniers jours de 
1831 : » Croyez-moi, M. Périer, mar- 
« chez avec l'opinion publique , et 
" pour cela commencez à faire la res- 
« tauration de l'opinion publique. » 
La première fois qu'il prit la parole 
dans la chambre haute, ce fut pour 
demander l'abrogation de la loi du 
19 jan>ner 1816, faite pour expier le 
meurtre de Louis XVI, et dont la com- 
mission avait unanimement proposé 
le maintien. Dans les sessions de 1831 
il fut chargé de divers rapports ira- 
portants. En 1833, il prit plusieurs 
fois la parole sur le projet de loi d'ex- 
propriation forcée pour cause d'utilité 
publique. En 1834 il fit deux rapports 
pour l'abolition des majorats. Dans le 
procès du National, il fut un des qua- 
toi-ze pairs qui votèrent pour l'acquit- 
tement. Le 10 nov. 1834, il accepta 
le ministère de l'intérieur avec la pré- 
sidence du cabinet qu'il était chargé 
de former. On sait que les principaux 
irticles de son programme étaient 
l'amnistie et ce qu'il appelait la res- 
tauration de la révolution de juillet. 
On sait encore que, contrarié par les 
hommes du parti doctrinaire, il ne put 



parvenir à former un cabinet, et qu'au 
bout de quelques jours, il quitta ce 
ministère qu'on a surnommé impossi' 
ble et qui fut, chez le duc de Bassano, 

I école d'un vieillard ambitieux. Là, M. 
Guizot fut pour lui ce qu'en 1813 avait 
été Talleyrand. Concentré depuis dans 
ses foi'ctions de la pairie, Maret le« 
remplit avec assiduité; heureux par 
là de se rattacher indirectement aux 
affaires publiques. Plus libéral dans sa 
vieillesse qu'il ne s'était jamais montré 
dans l'âge mûr, il repoussa avec éner- 
gie la proposition faite par Barbé de 
Marbois (voy. Marbois, dans ce vol.) et 
auti-es de juger sur pièces les accusés 
qui refusaient de reconnaître la com- 
pétence de la Cour des Pairs , et de 
disjoindre les causes des prévenus de 
Paris et de Lunéville, de celle de leurs 
co-accusés de Lyon. Le duc de Bassa- 
no mourut à Paris le 16 mai 1839. 

II avait été nommé membre de la 
Légion-d'Honneur , le 9 vendémiaire 
an XII (2 ocL 1803), grand-officier le 
14 juin suivant et grand-aigle le 2 fé- 
vrier 1805. Il était aussi commandeur 
de l'ordre de la Couronne-de-Fer. On 
remarqua dans le temps qu'il n'eut 
aucune part aux décorations créées 
par les frères de Napoléon. Inviola- 
blement dévoué au chef de la dynas- 
tie , il ambitionnait peu , dit M. de 
Norvins, les distinctions de ces cou- 
ronnes de famille, qui chaque jour 
s'eflForçaient de faire oubh'er leur ori- 
gine. Le duc de Bassano était entré 
dans la seconde classe de l'Institut 
(Académie française) le 23 mars 1803, 
en remplacement de Saint -Lambert; 
éliminé par l'ordonnance de 1816, il 
rentra, en 1830, dans la classe des 
sciences morales et politiques. Il fut 
même nommé président d'une section 
et se chargea de plusieurs rapports. 
L'éloge funèbre du duc de Bassano a 
été prononcé sur sa tombe par M. 



126 



MAR 



Charles Dupin. Personne n'a pris la 
parole, à la Chambre des Pairs, pour 
lui payer ce tribut de convenance. 
Maret avait épousé sa cousine, M"' 
Lejéas, fille du maire de Dijon, qui fut, 
par sa beauté et son esprit , l'une des 
femmes les plus distinguées de la cour 
impériale; elle mourut quelques an- 
nées avant lui , laissant plusieurs en- 
fants. — Jean-Philibert Maret, frère 
aîné du duc de Bassano , naquit à 
Dijon en 1758. Employé d'abord dans 
les ponts-et-chaussées, il fut, après 
le 18 brumaire, nommé préfet du 
Loiret, et mit beaucoup d'ordre dans 
son administration. Il entra, en 1806, 
au conseil d'État, avec la place de di- 
recteur-général des vivres de la guerre. 
Le 4 septembre 1807, il présenta au 
Corps législatif , comme orateur du 
gouvernement, le livre IV du Code 4e 
commerce, qu'il fit adopter. Ayant 
perdu son emploi en 1814, il se retira 
à Dijon, où il mourut le 21 janvier 
1827. D— H— n. 

MAREUIL (Pierre de), jésuite, 
n'a point d'article dans les diverses 
biographies, et mérite pourtant de 
n'être pas oublié. Il est auteur des 
ouvrages suivants : I. Devoirs des 
personnes de qualité, trad. de l'an- 
glais, Paris, 1728 et 1751, 2 vol. 
in-12. II. Le Paradis tecomfuis, tra- 
duit de l'anglais de Milton , Paris , 
1730, in-12; réimprimé à la suite 
de la version de Dupré de Saint- 
Maur, ibid., 1755, 3 vol. in-12. IIL 
Les a'uvres de Salvien, prêtre de Mar- 
seille, contenant ses lettres, ses trai- 
tés, sur l'esprit d'intérêt et sur la Pro' 
vidence, Paris, 1734, in-12. Cette tra- 
duction, qui parut sous le voile de 
l'anonyme, ainsi que les deux ouvra- 
ges précédents , ne manque pas d'exac- 
titude, mais elle est dépourvue de 
vigueur, de nerf et de précision. Le 
P. de Mareuil a fait usage plus d'une 



MAB 

fois des notes critiques d'un de ses 
devanciers, le P. Pierre Corse, jé- 
suite, qui avait donné, en 1655, une 
version complète des Œuvres de 
Salvien, Paris, in-4°. Les remarques 
du P. Corse semblent généralement 
bonnes, et il est étonnant que Ba- 
luze, s'il les a connues, n'en ait pas 
profité pour son édition de Salvien. 
En 1833, l'auteur de cet ai-ticle et 
J.-F. Grégoire ont publié les Œuvres 
du savant prêtre de Marseille, tra- 
duites en français avec le texte en 
regard, Lyon, 2 vol. in-8''. Ils n'ont 
pu employer les notes du P. Corse, 
parce qu'il leur avait été impossible 
de se procurer sa traduction. IV. 06- 
stacle de la pénitence , ou Réfutation 
des prétextes qui font illusion au pé- 
cheur, et l'empêchent de se convertir, 
trad. de l'anglais du P. Pearson , Pa- 
ris, 1736 , in-12. Mareuil y a joint 
la lettre de saint Eucher à Valérien , 
celle de saint Augustin à Licentius, 
et les Soupirs d'une âme pénitente, 
tirés des 0;juscu/es de Thomas à Kem- 
pis. V. F^ie de la vénérable servante 
de Dieu, l'illustrissime et sérénissime 
princesse Jeanne de Valois, reine de 
France, fondatrice de l'Ordre des reli- 
gieuses de l'Annonciade, Paris, 1741, 
in-12. C— L— T. 

MARGUERIE (Jeas-J acquis de), 
lieutenant de vaisseau, membre de l'A- 
cadémie royale de la marine, naquit 
à Mondeville, près de Caen, le 12 avril 
1 742. Son père, le chevaher de Mar- 
guerie, l'envoya de bonne heure clieï 
le marquis de Vassy, son onde, 
pour qu'il fît ses éludes au collège de 
Caen. Son aptitude et sa vocation na- 
turelles ne tardèrent pas à se révéler. 
1^8 éléments d'Euclide, que le ha«ard 
fit tomber entre ses mains , ver» l'âge 
de 18 ans, lui montrèrent la vérité, 
qui, jusque-là, ne s'était offerte à lui 
qu'enveloppée de nuages ou étoulfée 



MAR 

sous le jargon pedantesque de l'école. 
Nous ne dirons pas qu'il apprit seul 
les mathématiques , mais ce qu'on est 
en droit de dire, c'est que ses progrès 
furent rapides , et, qu'en peu de 
temps , il fut en état de résoudre des 
problèmes très - difficiles. Trois ou 
quatre ans après qu'il eut commencé 
à se livrer à l'étude des mathémati- 
ques, il vint à Paris, où l'appelaient 
des affaires particuUères. Il y fit con- 
naissance avec Fontaine. Ce géomè- 
tre, surpris de trouver dans le jeune 
élève un talent tout formé, conçut pour 
lui l'attachement le plus \-if , et alla 
jusqu'à lui offrir de partager son loge- 
ment. Marguerie, sentant tous Jes 
avantages d'une offre si généreuse, 
l'accepta avec reconnaissance, et ne 
crut pouvoir mieux s'en rendre digne 
qu'en se livrant avec plus d'ardeur à 
1 étude des sciences. Ses efforts furent 
promptement couronnés de succès, 
ainsi que le prouvent plusieurs mé- 
moires qu'il lut à l'Académie des scien- 
ces, et dont nous aurons occasion de 
rendre compte. La réputation qu'il 
s'acquit par ses premiers travaux vint 
jusqu'à l'ambassadeur de Russie, qui, 
sûr de plaire à sa souveraine, chercha 
àjui attacher un sujet si distingué; 
mais ni l'appât d'une fortune considé- 
rable , ni la perspective d'un avance- 
ment rapide, ne purent séduire le 
jeune Marguerie. Son désintéresse- 
ment et son amour pour sa patrie le 
rendirent inaccessible à de telles pro- 
positions. Peu après, le comte de Ro- 
quefeuil, mort vice-amiral, protec- 
teur éclairé des sciences qu'il culti- 
vait lui-même avec succès, avant 
entendu faire l'éloge de Marguerie, 
consulta Fontaine, qui lui répondit : 
" qu'il était au moins aussi tort que 
» lui sur l'analyse. » Ce témoignage 
tut confirmé plus tard par Lagrange, 
qui , dans une lettre adressée, le 24 



MAR imt 

février 1774, à Marguerie, s'expri- 
mait ainsi : « Je vois avec ta plus 
" grande satisfaction que vous avez ' 
« hérité du génie de feu M. Fon- > 
" taine, et je vous crois destiné à ré- . 
" parer la perte que les sciences ont 
« faite par la moit prématurée de ce 
« grand géomètre. « M. de Roque- 
feuil , déterminé par ce que lui avait 
dit Fontaine, résolut aussitôt de pré- 
senter à son rx)rps un géomètre qui 
n'avait qu'à se proposer les progrès 
des sciences nautiques, pour leur 
en faire faire de très-grands. Il en 
parla au duc de Piaslin , alors mi- 
nistre de la marine, qui, sur-le- 
champ , accorda à Marguerie une let- 
tre de garde de la marine , avec une 
pension de 600 livres, en y ajoutant 
la promesse d'un prompt avancement. 
Bientôt après (sept. 1768), il s'em- 
barqua sur la flûte la Normande , 
destinée pour l'Ile-de-France. A peine 
y fut-il arrivé, que le chevalier Des- 
roches, gouverneur de cette colonie 
et de celle de Bourbon, ayant reçu 
ordre de renvoyer en France tous les 
officiers de marine, le fit repartir sur 
le Sphynx, commandé par le comte 
d'Hector. Pendant la traversée , il re- 
cueillit un grand nombre d'observa- 
tions utiles qu'il consigna dans son 
journal , dont il n'existe que des frag- 
ments et qui contenait une descrip- 
tion très-bien faite de llle- de-France. 
L'Académie royale de la marine, ré- 
tablie au mois d'avril 1769, chercha 
aussitôt à l'acquérir. Bien qu'elle fut 
au complet, et que le grade de Mar- 
guerie ne permît pas de l'admettre, le 
mérite dont il avait fait preuve aplanit 
toutes les difficults, et le duc de Praslin 
autorisa l'Académie, par une lettre du 
29 mai 1770, à le recevoir au nom- 
bre de ses membres. Il avait, dès le 
mois de janvier 1769, satisfait aux 
conditions d'admissibilité imposées 



128 



MAR 



par le règlement, dont l'article 10 
portait que nul ne pouvait être pro- 
posé qu'il ne se fût fait connaître par 
quelque ouvrage ou mémoire qui jus- 
tifiât de ses connaissances , principa- 
lement dans les mathématiques ou 
les autres parties des sciences relati- 
ves à la marine. Sa capacité s'était 
manifestée dans un Mémoù-e sur la 
résolution des équations en général , 
et particulièrement sur l'équation du 
cinquième degré. La veille du jour 
où le ministre confirma son élec- 
tion, Marguerie adressait à l'Acadé- 
mie son Mémoire sur le système du 
monde, qu'il annonçait devoir être 
suivi d'un second et d'un troisième 
mémoire sur le même sujet. Le 21 
juin suivant , cette compagnie enten- 
dait la lecture de son Mémoire sur 
une opération d'algèbre appelée f éli- 
mination des inconnues. Enfin , le 20 
septembre de la même année, il com- 
muniquait encore deux mémoires, 
l'un sur {'Établissement d'une nouvelle 
théorie de la résistance des fluides; 
l'autre sur les Suites. Ces cinq mémoi- 
res ont été insérés dans le tome I", 
papes 1 142 des Mémoires de l'Aca- 
démie, le seul qui ait paru, sous ce 
titre : Mémoires de l'Académie royale 
de marine, t. I", Brest, 1773, in-4% 
pi. Les manuscrits autographes de ces 
mémoires existent à la bibliothèque 
du port de Brest, dépositaire des 
archives de l'Académie de marine, 
qui l'avait fondée en 1752; ils for- 
ment ensemble 179 pages in-folio, à 
longues lignes , et se composent en 
grande partie de ceux qu'il avait adres- 
sés, plusieurs années auparavant, à 
l'Académie des sciences. La résolution 
des équations avait déjà exercé la sa- 
gacité des géomètres, et cette branche 
du calcul devait beaucoup aux savan- 
te» recherches d'EuIer, de Bc/.out et 
de Fontaine , lorsque son importance 



MAB 

détermina Marguerie à s'en occuper. 
Il trouva , comme ces grands mathé- 
maticiens, une méthode de le» ré- 
soudre, très-élégante, très-générale, 
qu'il communiqua à l'Académie des 
sciences (octobre 1767), dans le pre- 
mier des mémoires que nous venons 
de citer. Cette méthode fait trouver, 
avec la plus grande facilité, l'équation 
dont on connaît la forme de la racine, 
ce qui est précisément l'objet qu Euler 
s'était proposé dans ses premières 
recherches, et qu'il ne put alors rem- 
plir pour le cinquième degré. Mar- 
guerie applique sa méthode successi- 
vement au troisième, au quatrième, 
au cinquième degré; et, dès la pre- 
mière application qu'il en fait, on 
apprend qu'il y a une infinité de 
manières de produire l'équation dont 
on a la racine, ce qu'on ignorait 
avant lui, et c'est un des premiers 
fruits de sa méthode. Il faut sur- 
tout remarquer la manière dont il 
fait descendre l'équation d'un degré, 
quand cela est possible, comme dans 
le troisième degré et dans le qua- 
trième, par une simplification acci- 
dentelle. C'est sans contredit une des 
parties les plus estimables de son tra- 
vail. Le mémoire dont nous venons 
de donner une courte et imparfaite 
analyse, obtint l'approbation de La- 
grange : « Votre méthode pour trou- 
« ver l'équation résolvante d'un de- 
M gré quelconque me plaît beaucoup, 
a lui écrivait ce savant géomètre; 
« elle a l'avantage de donner cette 
« équation sous la forme la plus siui- 
« pie qu'il soit possible , et je crois 
» que cette méthode peut être 
. aussi d'une très-grande utilité dans 
* beaucoup tl'autres occasions. Mais 
.. la longvicur du calcul pourrait re- 
n buter ceux qui n'auraient pas autant 
.. de courage et de dextérité que vous 
.. à le manier. » Ce pix-mier travail de 



MAR 

Marguerie devait naturellement le 
conduire à s'occuper de rétiinination 
des inconnues, doii déj>end la solu- 
tion générale des équations , et à 
chercher à abréger les calculs qu'elle 
exige. '" w-sl aussi ce qu il fit , et il 
trouva , pour le cas oii l'on a deux 
équations, une méthode tres-ingé- 
nieuse qu il expose dans le second de 
ses mémoires, méthode qui, non-seu- 
lement, rend le calcul moins pénible, 
mais, ce qui est d'un avantage inaj>- 
préciable, fait ariiver a l'équation fi- 
nale du plus bas degré possible. Ce 
mémoire obtint dans les termes sui- 
vants lassentiraent de Lagrange : «J'ai 
x admiré comment, à l'aide de subs- 
" titutions convenables , vous avez 
" trouvé moyen do simplifier le cal- 
« cul de l'élimination, et surtout de 
o vous débarrasser des facteurs inu- 
u tiles qui font monter l'équation fi- 
< nale à un degré beaucoup plus 
» élevé qu'elle ne doit éu*e. Je crois 
" que vous êtes le premier qui ait 
>» donné le résultat de l'élimination 
» pour le cinquième degré. C est un 
» véritable service que vous avez 
« rendu aux analvstes ; mais il serait 
" à désirer que l ou pût trouver la loi 
- de ces résultats pour les degi-és suc- 
* cessifs ; cela serait surtout utile 
» pour le cas où l'on a à traiter des 
« équations numériques. •> La ma- 
tière de l'élimination fut, peu d'an- 
nées après, traitée par Bezout, d une 
manière infiniment générale et sim- 
ple dans son savant ouvrage de la 
Théorie <lc> équations algébriques ; 
mais ce n'est pas pour Marguerie un 
médiocre avantage que de pouvoii' 
revendiquer l'honneur d'avoir été le 
devancier de ce grand madiématicien. 
Dans son mémoire sur les Suites, il 
s'attacha et réussit à perfectionner 
une partie épineuse du calcul, déjà si 
redevable aux travaux de Bernouilli , 



MAB 



129 



deStirlirig, deMoivre etEuIer. Il em- 
brassa un sujet d'une grande étendue, 
comme le prouve son mémoire, où il 
ne se propose rien moins que de 
sommer toutes les suites dont la 
somme et le terme général sont des 
quantités algébriques , lorsqu'elles 
sont sommables , de reconnaître 
quand elles le sont, et enfin d'appro- 
cher aussi près qu'il e?t possible de 
la somme dont on a reconnu l'insoni- 
mabilité ; quelque vaste que fût son 
projet, on peut assurer qu'il le rem- 
plit dans son entier, en suivant une 
méthode qui a quelque ressemblance 
avec la seconde méthode du calcul 
intégral de Fontaine , ainsi qu'il 
en convient lui-même. Ce nouveaii"^ 
travail obtint de Lagi"ange les mêmes 
éloges que les précédents : « Ce que 
» vous avez fait sur les séries (lui 
disait ce célèbre mathématicien , 
dans la lettre dont nous avons déjà 
cité des passages), « mérite égale- 
« ment la reconnaissance des géonié- 
■' tre». Quoique vos méthodes ne 

- soient pas tout-à-fait nouvelles, 
" lapplication que vous en avez faite 
» n'en est pas moins intéressante. Il 
» est stu'tout fort satisfaisant d'avoir 

- des formules générales toutes cal- 

• culées auxquelles on puisse rappor- 

• ter, sur-le-champ, chaque cas par- 
" ticulier. ■ Daiis son mémoire sur le 
Système du monde, il trouve ce qu on 
savait déjà, mais en suivant une mar- 
che qui lui est propre. Il ne s'était 
déterminé à coinposer ce mémoire 
que parce que, se proposant de trai- 
ter les points les plus importants des 
systèmes du monde dans d'autres mé- 
moires dont celui-ci était le fonde- 
ment, il ne voidait rien emprunter de 
personne. Le premier devait contenir 
une nouvelle théorie du mouvement 
de la lune. Son examen de la thckjrie 
connue <le la résistance des fluides lui 

9 



130 



MAR 



MAR 



fut suggéré par des expériences que 
ThcW'cnard avait faites au port de 
Lorient. Après avoir expose cette 
théorie à sa manière , avec toutes les 
objections qu'on peut faire contre 
elle, il termine en proposant des ex- 
périences nouvelles , dont les résul- 
tats, introduits dans des formules 
analytiques qu'il donne ensuite, doi- 
vent infailliblement faire découvrir la 
vérité. Des preuves si multipliées 
d'un grand talent le firent nommer 
enseigne de vaisseau, au mois de dé- 
cembre 1770, avant son tour. Le 2i 
janvier 1771, il devenait académicien 
ordinaire , d'adjoint qu'il avait été 
jusque-là; le 21 février suivant, il 
présentait une Dissertation sur le rou- 
lis, et, le 2i mars, un Mémoire sur 
la manière de trouver les centres de 
gravité. Ayant reconnu, dans son mé- 
moire sur la résolution des équations, 
que l'équation résolvante du qua- 
trième degré monte au sixième, il en 
avait conclu, par analogie, que la ré- 
solvante du 5"" degré doit monter au 
24°"; et, comme sa méthode pouvait 
la lui donner, il l'aurait cherchée s'il 
avait été bien certain qu'elle est vrai- 
ment de ce degré et non d'un degré 
inférieur. Il était donc nécessaire de 
s'assurer du degré do cette résol- 
vante, et c'est ce qu'il entreprit dans 
un Mémoire sur lu résolution des 
équations du 5°" degré, déposé an 
secrétariat de l'Académie de la Ma- 
rine, le 22 mars 1771, dans lequel il 
démontre que la résolvante de ce de- 
gré est réellement du 24""'. Aprôs 
avoir montré la loute qu'il faut suivre 
pour trouver la résolvante du 5""" 
degré, et fait voir que le calcul en 
est très-praticable; il cherche ce qu'on 
pourrait faire pour la résondrc. Ayant 
réussi à décomposer la résolvante du 
4"" degré «;n doux , l'une du 3"" , 
l'autre du 2°", il semblerait, ù eu ju- 



ger par analogie, que la résolvante du 
5"' degré devrait dépendre pareille- 
ment de trois équations, l'une du 4°", 
l'autre du 3™*, et enfin une du 2"". 
Il cherche la première indépendam- 
ment des deux autres, et indique 
comment on peut la trouver , si elle 
existe. Mais , venant bientôt à recon- 
naître que cette recherche exige beau - 
coup d'essais que l'incertitude ne 
permet pas d'entreprendre, il n'ose se 
prononcer sur l'existence ou la non- 
existence de cette équation. Les 
doutes qui lui avaient inspiré cette 
réserve appelèrent de nouveau ses 
méditations; ils ne tardèrent pas à 
être dissipés; car, le 6 août 1772, il 
écrivit à l'académie qu il avait trouvé, 
pour arriver à la résolvante du 5""* 
degré, une méthode plus courte et 
plus praticable que celle qu'il avait 
indiquée dans son précédent mémoire, 
et il la consigna dans un nouveau 
mémoire qui fut lu à l'académie le 
16 septembre de l'année suivante. 
Les importants travaux qu'il avait 
exécutés depuis son retour de l'Indo 
n'avaient pas absorbé tout son temps. 
Il en consacrait une partie à l'étude 
des sciences plus spécialement néces- 
saires à l'exercice de sa profession. 
Mais, bien convaincu que la thoorie 
dos sciences nautiques est, à elle seule, 
insuffisante, qu'elle demande à être 
confirmée ou éclaircie par de nom- 
breuses applications laites à la mer, 
qu'il existe d'ailleurs des points «pii 
ne peuvent être révélés que par la 
pratique, il désira bientôt faire une 
nouvelle campagne , et s'embarqua 
sur le vaisseau l'Actionnaire, com- 
mandé par M. de Monteil, et destine 
pour l'Ile-de-France. Parti de la rade 
du l»ort-Ix>uis, le 13 avril 1771, ce 
vaisseau était de retour à Miest, le 15 
juillet 1772. Il est supoi-flu de dire 
que Marguerie retira de cette cam- 



MAR 

pagne tout le fruit qu'il sen était 
promis, et qu'elle ajouta beaucoup à 
ses connaissances, il v avait à peine 
quinze jours qu'il était débarqué, qu'il 
lisait à facademie >in Mémoire sut la 
construction, suivi, quelques jours 
après, d'un Mémoii-e sur la statique 
des vaisseaux, dans lequel il consi- 
dérait son sujet dans sa plus grande 
généralité, et le traitait d'une manière 
absolument neuve et originale. La 
constitution de l'Académie attira par- 
ticulièrement son attention: la tiou- 
vant trop exactement calquée sur 
rdle de l'Académie des sciences pour 
qu'elle pût convenir à ime Académie 
de Marine, il s'appliqua et parvint à 
en formuler une plus en rapport 
avec la destination de sa compagnie. 
Il est hors de doute que le règlement 
qu'il avait élaboré, et qui avait réuni 
tous les suffrages, eût été substitué an 
règlement alors en vigueur, si les 
circonstances n'eussent porté l'atten- 
tion du ministre sur d'autres objets. 
L'année suivante parut une ordon- 
nance qui excita les plus vives récla- 
mations; son vif attachement pour 
son corps le détermina à faire ressor- 
tir tous les inconvénients qu'elle en- 
traînerait. Le projet qu'il rédigea em- 
brassait, dans leurs plus petites rami- 
fications, tous les détails si compli- 
qués du service à terre et à la mer : 
aucun ne lui avait échappé; il y en 
avait même plusieurs qu'un esprit 
aussi étendu que le sien était seul 
capable de découvrir. Cet ouvrage, 
dont les matériaux disséminés au- 
raient aujourd'hui besoin d'être coor- 
donnés, formerait un vol. in -4° de 
600 pages. Son travail l'ayant mis à 
même d'approfondir l'organisation de 
la marine , il reconnut qu'elle était 
susceptible de perfectionnement. Les 
circonstances vinrent, peu après, lui 
faire concevoir lespérance que les 



BCAR 



131 



améliorations auxquelles il avait ré- 
fléchi, allaient être réalisées. Turgot, 
ayant passé de l'intendance de Limo- 
ges an ministère de la marine, sentit 
que les notions générales d'adminis- 
tration qu'il possédait à un si haut 
degré, étaient néanmoins insuffisantes 
pour bien diriger un département qui 
exige des connaissances toutes spé- 
ciales; aussi sempre&sa-t-il d'appeler 
à son aide les lumières des officiers 
les plus distingués de la marine : 
Marguerie ne pouvait pas être oublié. 
Indiqué à Turgot comme étant un 
de ceux qui pouvaient lui donner le< 
idées les plus justes et les plus éten- 
dues sur les différents objets de son 
administration , il fut bientôt honoré 
de la confiance et de l'amitié de ce 
ministre. La lecture du mémoire où 
Marguerie avait si clairement exposé 
tous le* inconvénients de l'ordon- 
nance de son prédécesseur, et le» 
entretiens qu'il eut avec lui et d'au- 
tres officiers, l'ayant convaincu qu'elle 
ne pouvait être exécutée sans nuire 
au service, il chargea Marguerie d'en 
composer une nouvelle et de la com- 
muniquer ensuite aux officiers de la 
marine qui avaient le plus d'expé- 
rience et de lumières, afin de la 
rendre aussi parfaite que possible. 
Marguerie avait presque terminé cet 
important et difficile ouvrage, quand 
Turgot quitta , le 2i août 1774, le 
ministère de la marine. Quoique Mar- 
guerie ffit à peu pi'ès certain que ce 
changement rendrait son travail inu- 
tile, il eut le courage de le continuer 
et de le finir. Tous ceux à qui il le 
montra s'accordèrent à reconnaître 
qu'il n'avait, nulle part, déployé une 
plus grande supériorité , qu'il avait 
épuisé son sujet et qu'il avait fait 
preuve d'un talent créateur. Pendant 
qu'il s'occupait à Paris de ces travaux 
(l'adiiiinMtration, il ne négligeait pas 
9. 



132 



MAR 



ses travaux académiques. Ce fut vers 
la même époque qu'il se chargea de 
traiter la partie de la construction 
dans le dictionnaire de marine que 
l'Académie se proposait de publier, 
et dont les matériaux étaient , en 
grande partie, prêts à être livrés à 
l'impression, quand la l'évolution en- 
traîna la chute de cette compagnie. Il 
avait été nommé l'un des quatre aca- 
démiciens chargés de coordonner les 
articles admis, et d'en arrêter la ré- 
daction déhnitive. Ce fut aussi la 
même année qu'il prononça devant 
l'Académie de la marine, dont il était 
le secrétaire, l'Kloge de Frézier, mem- 
bre honoraire, et directeur des fortifi- 
cations de Bretagne. Cet éloge du sa- 
vant auteur du Traité de la coupe 
des pierres a été inséré dans le iVe- 
crologe des hommes célèbres de France 
^our 1775 (tome VI, pages 113-126). 
Maestricht (Paris), 1775, in- 12. 
Nommé, en 1775, au commandement 
du cutter le Moucheron, qui faisait 
partie d'une escadre d'évolution sous 
les ordres du comte de Guichen, il 
fut fréquemment employé par cet 
amiral, et se distingua par son exac- 
titude et son habileté. A son retour, 
il s'apphqua à l'étude de l'économie 
politique, dont il lit beaucoup d'ap- 
plicadons nouvelles et importantes. Il 
était sur le point de terminer son tra- 
vail sur cette matière, lorsqu'une ma- 
ladie grave vint l'interrompre. A 
peine convalescent, il fut forcé di; 
s'embanjuer. l'eut-être dut-il à la ja- 
lousie qu'excitait la supériorité de son 
mérite, la rigueur avec laquelle on 
agit à son égard. Quoiqu'il en soit, 
sans considérer que sa sanlé était 
encore chancelante, on l'obligea de 
partir siu- la Mute la Tamponne, com- 
mandée par Verdun <le la Crenne, 
qui avait mission (fall<!r chercher des 
mâts ù Cronstadt. Après avoir appa- 



MAR 

reiilé le 1" mai 1776, ils eurent oc- 
casion de reconnaître, dans leur tra- 
versée, que nos cartes des côtes de 
Suède et de Danemark étaient abso- 
lument défectueuses, et que les cartes 
danoises de Lous étaient bien plus 
exactes. Arrivés le 29 juin à Crons- 
tadt, ils étaient trop près de Saint-Pé- 
tersbourg pour n'étie pas tentés de 
voir ce superbe monument de la puis- 
sance russe, et surtout l'irapératiice 
qui gouvernait alors la Russie avec 
tant d'éclat. Ils furent présentés à 
Catherine, qui les reçut avec une 
bonté particulière, s'entretint long- 
temps avec eux, et les étonna , quoi- 
qu'ils fussent favorablement prévenus, 
par l'élévation de son esprit et la va- 
riété de ses connaissances. Si, après 
une telle réception , quelque chose 
pouvait encore les flatter, ce fut celle 
que leur fit le célèbre Euler, qu'ils s'em- 
pressèrent de voir. Ce grand homme 
félicita Verdun de la Crenne et Mar- 
guerie de leur zèle poui- la science , 
et confirma de vive voix à ce dernier 
les éloges qu'il avait déjà donnés à ses 
travaux dans une lettre qu il lui avait 
écrite en 1774. Ils repartirent de 
Cronstadt le 24 juillet, arrivèrent à 
Hrest le 30 août, et passèrent, le 18 
octobre, sur la flûte le Compas, qui 
porta leur chargement à Toulon. Ils 
(juiltèrent bientôt ce port, et mouil- 
lèrent sur la rade de Hrest le 7 déc. 
(>ette caujpagne n'interrompit pas le 
cours des rechercijes de Margueric sur 
l'économie politique. Il les continua 
toutes les fois qu'il le put et les termina 
dès qu'il fut à terre. Il reprit ensuite 
celles qu'il avait commencées avant 
la campagne d'évolutions de l'année 
précédente, sur la résolution des 
équations du 5"" degré, et l'on a heu 
de croire (jue cette matière, objet de 
sa constante sollicitude, reçut une so- 
lution complète; car la correspon- 



MAR 

dance et les mémoires manuscrits de 
l'Académie de marine nous appren- 
nent que, le 12 juin 1777, il remit 
un mémoire (qui n'a pu être retrou- 
ve), dans lequel il déclarait avoir 
complètement résoin le problème de 
la résolution des équations du 5"' 
degré, et que, dans la séance du 21 
juillet , il fit coter et parapher ce 
mémoire par Fortin et Blondeau , 
commissaires charges de l'examiner. 
Peu de jours après , il reprit la mer. 
C'était au commencement de la 
guerre de l'indépendance améri- 
caine; la France, avant d'y prendre 
part , jugea prudent d'armer pour 
protéger son commerce et faire res- 
pecter son pavillon. Marguerie fut 
un des premiers à demander à être 
employé sur les vaisseaux qu'elle en- 
voyait en croisière, il obtint de s'em- 
barquer sur le Bien-Aimé, que com- 
mandait Bougainville. Lorsque la 
guerre se déclara , il passa sur le 
Saint-Esprit , commandé par le duc 
de Chailres, et se trouva par consé- 
quent au combat que d'Orvillicrs livra 
le 27 juillet 1778 , à la hauteur 
d'Ouessant , à la flotte anglaise com- 
mandée par l'amiral Keppel. Le 12 
novembre de cette année, l'académie 
lui donna une marque de confiance, 
en l'appelant, à l'unanimité, et pour 
la quatiiéme fois, à remplir les fonc- 
tions de son secrétaire. Kommé lieu- 
tenant de vaisseau à la promotion du 
mois de janvier 1779, il suivit La- 
motte-Picquet, qui venait de recevoir, 
avec le commandement du vaisseau 
VAnnibal, l'ordre de rejoindre en 
Amérique l'armée navale du comte 
d'Estaing. Ce zèle lui devint funeste, 
car, au combat du 6 juillet 1779 , 
devant la Grenade , où VAnnibal 
essuya un feu très -vif, il fut blessé 
mortellement d'un boulet. Marguerie 
survécut quelques jours à sa blessure, 



MAR 



133 



mais dans un état de souffrance qu'il 
supporta avec beaucoup de force. 
Ainsi mourut, à 37 ans, un officie: 
dont la marine ne peut que s'honorer 
et que les sciences réclament à plus 
d'un titre. Dans tous les sujets qu il a 
traités, on remarque de grandes idées 
et des vues neuves exposées claire- 
ment. Il devait étrc admis à l'Aca- 
démie des sciences en 1773 ou en 
1771; les géomèties étaient pour 
lui , mais M. de Saint-Florentin lui 
était contraire. Marguerie, informé 
de cette opposition, répondit, avec la 
confiance qu'inspire à l'homme supé- 
rieur la connaissance de sa propre 
valeur que, s'il nobtenait pas cette 
distinction, il croyait être certain de 
faire connaître qu'il la méritait. Sa 
perte a enti-aîné celle d'une grande 
partie de ses ouvrages, car ceux qu'il 
avait emportés (et c'était le plus 
grand nombre), vraisemblablement 
dans la vue de les corriger et de les 
perfectionner, ont disparu ; celui 
qu'on doit le plus regretter, en rai- 
son de son utilité et des vues nou- 
velles qu'il renfermait, c'est, sans 
contredit, son ouvrage sur l'écono- 
mie politique. Indépendamment de 
ses cinq mémoires imprimés et de 
son Éloge de Frezicr, Marguerie a 
laissé les manuscrits des ouvrages 
suivants déposés à la bibliothèque du 
port de Brest : L Mémoire sur une 
tontine entre inarins pour payer des 
pensions a leurs veuves. IL Mémoire 
ou règlement sur une meilleure cons- 
titution à donner à l'Académie. III. 
Mémoire sur la constniction d'un port 
marchand (on croit que c'est celui de 
Port-Vendres ). IV. Mémoire sur la 
mai-ine en général. V. Ordonnance de 
la marine. VI. Les articles suivants , 
pour le Dictionnaire de l'Acadé- 
mie de marine : Abaissement d'un 
astre , Abaissement de l'Horizon , 



134 



MAR 



MAR 



/abaissement du Pôle, Affolie, Age de 
la Lune, Aiguille aimantée, Aimant. 
Air ou rhumb de vent, A l'autre bon 
quart, Alidade, Allège ou Soulège, 
Amers, Amplitude d'un astre, Ancre, 
Attérage,Azimuth, Mouvement annuel 
du Soleil et Vents alises. Si nous ci- 
tons textuellement cette nomencla- 
ture, c'est en raison de la forme que 
Margueric avait donnée à la rédac- 
tion de ces mots, qui n'étaient 
qu'une faible partie de ceux qu'il de- 
vait expliquer. Chacun d'eux était une 
véritable dissertation, dans laquelle le 
sujet indiqué par le mot était traité 
de la manière la plus complète. La 
réunion de tous ceux que les académi- 
ciens auraient fournis, eût fait de ce 
dictionnaire une encyclopédie de la 
marine, dans des proportions beau- 
coup plus étendues que la partie 
iWan'nede l'Encyclopédie méthodique, 
laquelle renferme elle - même un 
grand nombre de notes destinées 
primitivement à entrer dans la com- 
position du dictionnaire. — Le vi- 
comte A. DE Maholerie, auteur de quel- 
ques poésies et notamment des Ins- 
pirations des Cours, mort en 1838, 
était de la même famille ; ses écrits 
en prose sont : L Fats ce que dois, ar- 
rive que pourra. Le royaliste et le li- 
béral, dialogue sur la souveraineté , 
Paris, 1831, in-8''. H. Essai sur la 
monarchie héréditaire et fédérative , 
Paris, 1832, in-8". I». L— t. 

MARGUERITE de Constant! ■ 
nople, fille puînée de itaudouin IX, 
comte de Flandre et de liainaut, 
avait ét'é mise avec sa sœur sous la 
tutelle de Philippe, comte de iSamur, 
lorsque leur père partit pour la capi- 
tale du nouvel empire grec. Après 
que la ujoit de ce prince eut été 
connue en France, le roi Philippe- 
Auguste, en vertu de la coutume 
féodale (]ui lui conférait la garde- 



noble de ses vassales immédiates, fit 
venir Jeanne et Marguerite à Paris. 
Celle - ci , rentrée plus tard en Bel- 
gique, épousa r)0uchard d'Avesnes , 
que son père avait adjoint à Phi- 
lippe de Namur, pour veiller sur 
elle. Bouchard avait la parole bril- 
lante et facile, et tout ce qu'il fallait 
pour plaire ; il jouissait d'une grande 
réputation de bravoure et d'habile- 
té. Ses prouesses le firent même ar- 
mer chevalier par Richard-Cœur-de- 
Lion. Mais dans sa jeunesse il avait 
été, contre son gré et à l'insu de tous 
ses amis, ordonné acolyte et sous- 
diacre à Orléans. Son union avec 
Marguerite reçut l'approbation de 
la comtesse Mathilde , veuve de 
Philippe d'Alsace, et qu'on appelait 
la reine, à cause qu'elle était fille du 
ioi de Portugal, l'aveu de la noblesse 
et des bonnes villes ; les empêche- 
ments canoniques à ce mariage étaient 
inconnus; il fut donc célébré eu face 
des autels et en présence de Fcrraud 
et de Jeanne, dans l'année 1212. Deux 
fils en furent le fruit, Jean et P.eau- 
duuin d'Avesnes. Tout-à-coup le l)ruit 
se répandit que Bouchard était d'é- 
glise. Voulant conjurer l'orage, il se 
rendit à Rome et supplia le pape 
Innocent III, de lui accorder les dis- 
penses dont il avait besoin. Le sou- 
verain pontife se borna à lui enjoin- 
dre de faire uti pèlerinage à Jérusa- 
lem et au mont Sinaï, puis de rcndro 
la princesse à sa famille. Revenu 
dans le liainaut avec fintentioii 
béir, il ne put , en voyant ta fem- 
me et ses enfants , se résoudre à 
un si cruel sacrifice. I^ comtesse 
Jeanne l'ayant sommé, à plusieurs 
reprises, de se ranger à son devoii . 
en H'féra au pape et au roncilc géné- 
jal de Latrati. Bouchard fut excom- 
munié; et, connue il s'opiuiàtrait dans 
sa résistance, il fut jeté en prison à 



i 



MÂR 



MAR 



135 



Gand et décapité à Rupelmonde , par 
ordre de Jeanne. Marguerite succéda 
à sa sœur en 1244-. Dès l'année 1:218, 
elle avait donné sa main à Guillaume 
de Darapierre, deuxième fils de Gui II 
de Dampierre et de Mathilde, héri- 
tière de Bourbon, duquel elle eut 
trois fils et deux filles. Depuis trois 
ans elle était veuve de ce second 
époux, lorsqu'elle prit les rênes de 
la Flandre et du Hainaut II s'éleva 
bientôt de giantles querelles entre les 
enfents des deux lits, sur la part des 
États de leui- mère qui devait leur 
levenir un jour. Marguerite nourris- 
sait une profonde antipathie pour 
les d'Avesnes et favoiisait ouverte- 
ment leurs rivaux. Ceux-ci préten- 
daient que les premiers étaient des 
bâtards. Grégoire IX les avait décla- 
rés illégitimes. L'empereur Frédé- 
ric II et le pape Innocent IV pronon- 
cèrent leur légitimité. Un compromis 
conclu par l'entremise du roi saint 
Louis et du légat Odon, assigna la 
Flandre aux Dampierre et le Hainaut 
aux fils de lîouchard. Mais, malgré 
cet accord, la haine mit bientôt les 
parties aux prises. Jean d'Avesnes, 
l'aîné , qui se regardait comme spo- 
lié et qui l'était en effet , fit la 
guerre à sa mère en Flandre ; celle- 
ci appela à sou secours le frère du 
roi de France, Chailes d Anjou, et lui 
engagea le comté de Hainaut. Les 
habitants de cette province, mécon- 
tents de leur princesse, l'appelaient 
la noire dame ; et il se forma alors, 
du côté d'Enghien, une hgue contre 
les Flamands . qu'on appela la ligue 
des Ronds, du nom d un boucher de 
Chièvres, tué par les officiers de Mar- 
guerite, et que ses fils avaient juré 
de venger. Les exploits de cette trou- 
pe eurent une certiiine importance; 
ils méritèrent d'être célébrés par un 
trouvère contemporain, qui composa 



en français , sur ce sujet, un poème 
quon n'a point encore reû'ouvé et 
dont le chroniqueur Jacques deGuyse 
a donné un extrait en prose. Mar- 
guerite eut de longues querelles avec 
l'empire, pour la Flandre impériale 
que Jean d'Avesnes était parvenu à 
se faire adjuger, et avec le comte 
de Hollande, touchant la suzeraine- 
té de la Zélande. Après de longues 
discussions et des guerres désastreu- 
ses, la paix fut rétablie. Le jugement 
rendu par saint Louis et le légat 
Odon, fut ratifié à Péronne, en 1246, 
et les Dampierre, faits prisonniers à 
la bataille de Walcheren ou de West- 
kapel, recouvrèrent leur liberté. De- 
puis long -temps Maigueritc avait 
associé son fils au gouvernement de 
la Flandre qu'elle lui abandonna peu 
avant sa mort, par un acte du 29 
décembre 1278. Elle mourut le 10 
février 1279. Malgré l'épithète hos- 
tile que lui décernèrent les Wallons, 
elle sera comptée parmi les souve- 
raines qui conti'ibuèrent le plus à la 
prospérité de la Flandre. C'était une 
femme d un grand caractère, très-en- 
tendue aux affaii^es et aimée des pau- 
vres. Elle favorisa le commerce etl'in- 
dustrie par de nouveaux tarifs, desfran- 
chises de circulation, et la construc- 
tion de plusieurs canaux, entre les- 
quels celui de Gand à Damme , 
commencé en 1252, mérite d'être 
particulièrement distingué. La liberté 
personnelle fit aussi des progrès sous 
son règne; tous les serfs qui lui ap- 
partenaient fment affranchis en 1252, 
moyennant une légère redevance; 
elle réduisit le droit de Catlel, anima 
la vie communale en introduisant 
le renouvellement annuel des éche- 
vins dans presque toutes les villes, 
qui s'agi-andirent et prospérèrent, et 
défendit aux abbayes et églises, mai- 
sons religieuses, prêtres, clercs, bour- 



136 



MAK 



gcois, {jchj non-nobles et défendables 
à la loi ou payant taille, d'acquérir 
Fiefs , rentes, terres, héiitages et au- 
lies choses tenues des comtes de 
Flandre, sans leur autorisation spé- 
ciale. Ce fut aussi sous Marguerite, 
que l'usage de la langue française 
devint plus fréquent dans les diplô- 
mes et actes publics. M. Warnkœnig, 
professeur à l'Université de Fri- 
bourg, a fort bien apprécié l'admi- 
nisti'ation de cette femme supérieme, 
dans son (ixcellente histoire de la 
. Flandre, ouvrage écrit en allemand, 
et dont M. A.-E. Gheldolf a com- 
mencé une traduction française. 
R— I— o. 
MARGUERITE de Carinlhie, 
dite vulgairement Marguerite à lu 
(jrande bouche (en allemand, Alaid- 
tasche), comtesse souveraine du Ty- 
rol, avait pour père ce Henri qui, seul 
des trois fils de Mainard IV, réimit 
finalement la totalité des possessions 
paternelles, et pour mère sa deuxième 
femme, Adélaïde de Brunswick-Gru- 
benhagen, laquelle moiuut le 18 août 
1320. Marguerite dut naître vers 
1316, car le mariage de sa mère eut 
lieu en 1315, et sa sœur puînée na- 
quit en 1317. llemi n'avant point 
d'enfant mâle qui survécût, Mar- 
guerite fut considérée comme une 
héritière d'autant plus riche, qu'au 
comté du Tyrol son père joignait 
le duché de Carinthie, dont Mai- 
nard avait été investi par Rodol- 
phe de îlabsbourg (1282). après la 
«Imte d'Ottocar. Aussi fut-elle mariée 
«le bonne heure. Henri, qu'on nonune 
souvent Henri de Caiinthie , avait 
porté un moment la couronne de 
Rohème (1307-1309), jnsipi'à ce que 
Jean de I-nxeniboing (le fameux Jean 
le chevalier, le redrcsseui- de torts et 
l'aveugle, (pii mourut à Crécy) l'eût 
emporté sur lui. I.es prétentions île 



MAR 

Henri durèrent long-temj)S encore : 
cependant il y renonça contre le 
paiement de quarante mille marcs 
d'argent et moyennant les fiançailles 
de sa fille aînée, non pas avec le fils 
aîné du loi de Rohême, lequel por- 
tait le nom de Venceslas (dont la 
cour de France fit Charles), et qui plus 
tard fut l'empereur Charles IV ; mais 
avec le frère puîné de Venceslas. Jean- 
Henri (c'était le nom du jeune piince) 
reçut par avance le serment de fidé- 
lité des Tyroliens au moins versl328, 
et vint habiter le pays. Le mariage 
eut lieu vers 1331. Il ne fut pas heu- 
reux. Quelque attrait que ]>ût olfi'ir 
à Jean-Henri la perspective de la Ca- 
rinthie et du Tyrol réunis , il sentit 
[jeu de sympathie pour sa femme, 
qui, bien que jeune, était fort peu 
jolie, et que son mécontentement 
(piotidien n'embellit pas. lis n'eurent 
point d'enfants. Un incident qu'on pou- 
vait jircvoir, vint mettre le comble à 
l'inimitié mutuelle des deux époux. 
Henri de Carinthie ayant rendu le der- 
nier soupir (i avril 133o), l'enqie- 
rcur Louis IV de Ravière , soit afin 
de se créer des amis au sein même de 
cotte famille dont un membre lui 
avait disputé l'empire, soit que le ca- 
ractère inconstant de Jean de Holi<*me 
l'eût indisposé conti-e tout ce qui lui 
appartenait, traita les deux contrées 
«•omme fiefs échus, et en donna l'in- 
vestiture aux ducs d'Autriche (2 ntai), 
<|ni avaient pourtnère une fille de Mai- 
nard IV, et par consétpicnt une tante 
do Marguerite. Jean-Henii et Mai-{;ue- 
ritc ne s'étaient point j)réparés à la 
f^uerre, et ils avaient contre eux une 
ligue formée de l'empereur, dès ducs 
d'Autriche, du comte de Wurtemberg 
et du comte de Jidiers. Heureusement 
le Tyrol, qui fut de tout temps fidèle à 
ses maîtres, se déclara énergi(]uement, 
aussitôt qu'il le put, contre la donii- 



MAB 

nation de l'intrus : Marguerite et son 
mari n'ement qu'à paraître pour que 
toutes les villes s'em pressassent de leur 
ouviir leurs portes. Quant à la Garin- 
ihie, elle s accommoda de la nouvelle 
domination, et ne fit nulle domons- 
liation en faveur de la maison de 
Gœrz, qui d'ailleurs n'était point ori- 
ginaire du pavs. Mais probablement 
les ducs d'Autriche ne s'y fussent pas 
si commodément établis , si le père 
de Jean-Henri, le roi Jean de liohême, 
toujoins en quête d'aventures , ne se 
fut en ce moment trouvé à Paris, ma- 
lade par suite dîme blessure qu'il avait 
reçue dans un tournois, et ne se fut 
mis un peu tard en route. Toute l'ac- 
tivité qu'il développa quand enfin il 
arriva , ne servit qu'a diminuer la 
perte dont son fils et sa bru étaient 
menacés. A la ligue de l'Autriche, du 
Wurtemberg et de Juliers, corroborée 
par l'adhésion de lempereur, il op- 
posa le duc Henri de Bavière, cousin- 
germain de l empereur , les rois de 
Hongrie et de Pologne (il était ami du 
dernier depuis la paix de Trentchin, 
en 133o); et, les hostilités com- 
mencées (1336), il détacha de la li- 
gue ennemie les ducs d'Autriche. Il 
en résulta bientôt le traité d'Ens 
(9 oct. 1336), par lequel les ducs d'Au- 
U-icljc se contentèrent de la ( jrinthie, 
diminuée de quelques districts, et 
remboursèrent les frais de la guerre 
à leur cousine et à son mari, qui con- 
sei-vèrent le Tvrol. Bientôt Ix)uis IV 
aussi changea de politique; et, au lieu 
do vouloir dépouiller la comtesse, pro- 
fitant de f antipadiie croissante qui se 
manifestait entre elle et Jean-Henri, 
il imagina de faire entrer le Tyiol 
dans sa maison en la faisant épou- 
ser à son fils aine, il fallait un divorce 
pom* arriver là. Maiguerite se prêta 
sans peine au projet qui devait la dé- 
livrer dun lien odieux pour elle et la 



MàR 



i»7 



faire bru de l'empereui", et les scènes 
de la comédie à jouer furent arran- 
gées à l'avance. Elle présenta requête 
formelle à l'empereur (ISil), à l'effet 
de voir dissoudre un mariage qui 
n'avait jamais pu être consommé , et 
elle offrit de prouver par serment , 
en entrant dans des détails dune 
excessive minutie, que ladite impos- 
sibilité provenait non d'elle , mais de 
Jean-Henri. L'empereur, au lieu de 
(ominetli-e cette affaire à un tribmial 
ecclésiastique, comme c'était l'usage à 
cette époque, nomma lui-même une 
commission et voulut v siéger en per- 
sonne. Il parait que Marguerite dé- 
montra plus qu'abondamment et l'ir- 
rémédiable insuffisance du prince de 
Bohème , et linépuisable complais 
sauce par laquelle elle avait tâché d'y 
remédier. On devine le jugement qui 
s'ensuivit , et que sans doute n'eût 
pas rendu aussi facilement un tribu- 
nal impartial, à plus forte raison l'É- 
ghse, à plus forte raison encore les 
agents du pape, qui étaient en lutte 
ouverte et acharnée avec Louis de 
liavière. Piesque aussitôt la comtesse 
du Tyrol donna sa main au fils aînc 
de l empereur, à Louis-l'Ancien , à 
qui son père av..it cédé le margra- 
viat de Brandebourg , mais qui bien- 
tôt se le vit contester et enlever mo- 
mentanément par les antagonistes 
de sa maison. Dans l'intervalle, Mar- 
guerite à la glande bouche était de- 
venue mèie de Mainard V, que kous 
verrons régner on Tvrol , et dont la 
naissance achevait d exaspérer la mai- 
son de Luxembourg, en prouvant que 
les motifs de divorce allégués par la 
comtesse n'étaient pas dénués de toute 
vérité. A peu prés au moment oii le 
chevaleresque Jean de Bohême se fai- 
sait tuer à Crécv, son parti élut, en 
opposition à Louis de Bavière, le jeune 
Charles IV, qui sur-le-champ se mit 



438 



MAR 



MAR 



en devoir de faire la guerre directe- 
ment à Louis lui-même (1346). Quant 
au Brandebourg, pour l'arracher à 
Louis-l'Ancien, on s'avisa de ressus- 
citer, vingt-sept ans après qu'il avait 
été dûment enseveli et enterré , le 
margrave Valdemar (le dernier de la 
branche brandebourgeoise de la fa- 
mille ascanienne); et, ce dont nous 
nous étonnons, des hommes judicieux 
et savants ont pu, jusque dans ces der- 
niers temps, soupçonner que la réap- 
y)arition de Valdemar ne fut point 
une imposture. Combien est-il sim- 
ple que le peuple , toujours ami du 
merveilleux, se soit hâté de croire à 
la miraculeuse aventure ! A peine l'ex- 
meunier Hundeloff (tel semble avoir 
été le nom réel du faux Valdemar) 
eut-il mis le pied en Brandebourg, 
suivi de quelques troupes du prince 
d'Anhalt et du duc Rodolphe de Saxe- 
Wittenberg, et racontant ses pèleri- 
nages, ses travestissements, ses mal- 
heurs, son incognito, que presque 
tout le margraviat se déclara pour 
lui (1347), et que toutes les villes lui 
ouvrirent leurs portes, sauf Francfort- 
sur-l'Oder et Wrietzen. Louis de Ba- 
vière venait de mourir. Les événe- 
ments de la lutte qui suivit n'appar- 
tiennent pas proprement à l'histoire 
de Marguerite. Pour l'empire même, 
elle ne dura pas trois ans : la mort 
de l'anti-César Gonthier de Schvvarz- 
hourg , le deuxième coiu'onnemeut 
de Charles IV «pii, sans respect 
pour les principes, se trouvait ainsi 
réunir tous les suffrages, enfin la sen- 
tence de l'électeur palatin, qui annu- 
lait toute pretention de Charles IV et 
de son frère à la Caiinthie, au Tyrol 
et à Gœrz, et qui reconnaissait les 
droits de Louis-l'Ancien sur le mar- 
graviat de Brandeboing, mirent fin à 
la guerre générale. Mais, <lans le 
Brandebourg, elle se prolongea jus- 



qu'en 1355. Le prétendu Valde- 
mar avait trouvé de l'appui dans 
l'affection des Brandebourgeois atta- 
chés à la maison d'Aschcrsleben , et 
d'autre part les princes d'Anhalt, qui, 
formant une autre branche de cette 
maison , faisaient valoir des préten- 
tions, spécieuses au moins, sur le mar- 
graviat, favorisaient de toute leur 
force une fraude qui provisoirement 
écartait la maison étrangère, et dont, 
à la mort de Hundeloff, ils espéraient 
bien recueillir le prix. Enfin pour- 
tant il fallut céder , et le prétendu 
Valdemar donna sa place (1355), 
au frère de Louis-l'Ancien ; car dès 
1354 Louis, par le traité de Luckau, 
avait tioqué son margraviat avec son 
frère contre la Haute-Bavière, vu le 
voisinage du Tyrol. Il ne survécut 
que huit ans à ee pacte, et mourut 
en 1362. Son fils Mainard V, très- 
jeune encore, mais qui avait été marié 
en 1359 à Marguerite d'Autriche, fille 
du duc Albert H, lui succéda en Haute- 
Bavière, et fut comme le co-régcnt 
de Marguerite en Tyrol; mais il mou- 
rut, le 13 j.invier de l'année suivante, 
d'un verre d'eau froide que lui avait 
donné sa mère au retour de la chasse. 
Il ne laissait point d'enfants. Margue- 
rite, toujours comtesse, et qui n'avait 
jamais cessé de l'être de droit, tandis 
que «on fils n'avait de puissance en 
Tyrol que celle qu'elle lui transmettait, 
dut alors songer à régler sa succes- 
sion. Llle appartenait naturellement 
( pour ne j)oint parler des droits féo- 
daux que pouvait revendiquer le suze- 
rain) aux descendants de sa tante, la 
fille de Mainard IV, et notamment à 
l'aîné Albert-le-Sagc ou à ses repré- 
«entants, frères de sa bru, la jeune 
veuve (le Maynard V. (Vest en leur 
faveur «ju'ellc »e prononça. Mais il 
ne suffit point à ces héritiers pré- 
somptifs de se faire concéder par tes- 



MAR 

lament l'expectative du Tyrol;iIs ma- 
nœuvrèrent si bien qu'ils déterminè- 
rent leur tante à abandonner son 
comté, dont elle ne garda que quel- 
ques châteaux. Probablement les ducs 
d'Autriche prenaient là une prudente 
précaution en se mettant incontinent 
en possession d un pays qui ne leur 
fut point contesté à la mort de Mar- 
guerite , et qui l'eût été faute de ce 
soin ; mais il n'en est pas moins cu- 
rieux de remarquer ^vec combien de 
sollicitude et de persévérance, dès ce 
temps, la maison d'Autriche mettait 
en pratique la fameuse maxime : Tu, 
felix Au'Stria, nubc. P — OT. 

MARGUERITE ( Josepu -M* - 
r.iE SoLAR, comte de la), né à Mon- 
dovi, en 1644, descendait d'une fa- 
mille du Piémont, qui s'était tour-à- 
tour illustrée par les armes , dans la 
robe et la diplomatie. Il entra de 
bonne heure dans la carrière mili- 
taire, et devint l un des officiers les 
plus distingués des armées de Victor- 
Amé II , duc de Savoie. Lors du siège 
de Turin, en 1706, par les Français, 
ce prince, croyant plus utile à ses 
intérêts de tenir lui-même la campa- 
gne à la tête de sa cavalerie , quitta 
sa capitale, et en confia la défense à 
la fidélité et surtout à la bravoure , à 
! habileté de tiois hommes qui s'y 
immortalisèrent : le maréchal Dàiin, 
chef suprême ; le m.trquis de Carail , 
commandant général de la ville, et le 
comte Solar de la Marguerite, com- 
mandant de l'artillerie. Turin fut in • 
vesti le 13 du mois de mai; le bom- 
bardement commença le 8 juin , et 
ne cessa que le 8 septembre, jour où 
cette ville fut délivrée par le prince 
Eugène. Tout ce que l'attaque a de 
plus savant et de plus rusé , de plus 
incessant et de plus cruel même, 
fut employé pendant le jour et la 
nuit. Le 16 juin , les assiégeants tirè- 



MAB 



139 



rent, dès le point du jour, à boulets 
rouges sur le palais ducal , où était la 
cour. Le désir de vaincre et de cou- 
ronner, par la prise d'une capitale, 
la série des brillantes victoires du 
long règne de Louis XIV, anima pen- 
dant quatre mois quatre-vingt mille 
hommes que commandaient degrands 
capitaines et le vainqueur de Cassel, 
tous formés à l'art de vaincre et de 
sm'monter tous les obstacles par Tu- 
i-enne et Condé, par Catinat et Luxem- 
bourg. Trois cents bouches à feu fou- 
droyèrent sans relâche les remparts, 
la ville et la citadelle. Si l'attaque fut 
homérique par le nombre et la valeur, 
quelle ne dut pas être la défense, ré- 
duite à un petit nombre, et privée 
des ressources du dehors jusqu'à l'ar- 
rivée du prince Eugène, qui, des 
bords de l'Adriatique jusqu'à Turin , 
avait à vaincre ou à tromper la vi- 
gilance du duc de Vendôme , ce 
qu'il fit avec un grand succès. Enfin, 
Turin fut déli\Té le 7 septembre 
{voj. MARcnix, dans ce volume). Le 
comte de la Marguerite partagea, avec 
le maréchal Daiin et le marquis de 
Carail, la gloire d'avoir défendu cette 
capitale, et il eut encore l'honneur 
d'être l'historien d'un fait d'armes 
aussi mémorable , en publiant le 
Journal historique du sié^e de la ville 
et de la citadelle de Turin , ouvrage 
que l'homme d'Htat , l'historien , le 
guerrier surtout, liront toujours avec 
un vif intérêt. On y remarque im 
trait de modestie bien rare, et qui 
n'appai'tient qu'aux hommes supé- 
rieurs; l'auteur, quoique I un des 
principaux acteurs de cet événement, 
ne se cite lui-même nulle part. Ce 
Journal est écrit en français et divisé 
en trois parties : la première olfie le 
récit des opérations de chaque jour; 
la seconde, un rapport officiel des 
opérations de l'artillerie, et la troi- 



140 



MAR 



MAR 



sième, la correspondancq de Victor- 
Amédée 11 avec le maréchal Daiin 
et le prince Eugène. C'est dans cette 
correspondance qu'on peut se faire 
une idée juste des ressources prodi- 
gieuses de ces deux princes guerriers 
qui avaient à sauver, l'un la capitale 
de ses États, et tous deux la gloire at- 
tachée aux armes de leur antique 
maison et à leur propre renommée. 
Cette troisième partie a été ajoutée, 
avec de beaux plans représentant 
les opérations successives des assié- 
geants et des assiégés, à la cinquième 
édition qu'a publiée, en 1 838, un des 
descendants de l'auteur, le comte 
Clément Solar de la Marguerite, mi- 
nisti-e des affaires étrangères à la cour 
de Sardaigne ; c'est la meilleure et la 
plus complète : elle forme un vol. in- 
4°. G— G— Y. 

MAHGUNIUS ou MARGU- 

NIO (Maxime), savaut littérateur et 
poète grec, était né vers 1530 dans 
l'île de Candie. Son père, riche négo- 
ciant, l'ayant amené fort jeune à Ve- 
nise où il avait une maison de com- 
merce, l'envoya continuer ses études 
à l'université de Padoue. Il y suivit 
quatre ans les cours de philosophie, 
de littérature, de théologie, et s'ac- 
f[uit par la rapidité de ses progrés 
l'estime de ses maîtres. Après la mort 
de son père, il ctabHt à Venise, dans 
le voisinage du couvent de Saint- 
Antoine, une imprimerie, d'où sont 
sorties de nombreuses éditions grec- 
ques , estimées surtout par leur 
correction. L'incendie qui consuma 
le couvent de Saint-Antoine, anéan • 
til en même temps l'atelier et les 
magasins de Margunius. Ruiné par 
cet accident, il repassa dans l'île 
de Candie avec l'espoir (pic sa fa- 
mille viendrait à son secours et l'aide- 
)-ail à se relever. Mais, trompé dans 
cette attente, et ne sachant quel parti 



prendre, il embrassa la vie monasti- 
que dans l'ordre des Hiéronymites. Ce 
fut alors qu'il changea le nom de 
3'Ianuel (1), qu'il avait reçu au baptê- 
me, contre celui de Maxime qu'il a 
toujours porté depuis. Ayant repris 
l'étude de la théologie , il y devint 
bientôt très-habile; mais, ennuyé de 
la vie des cloîtres, il se rendit à Ro- 
me, apportant divers ouvrages qu'il 
avait composés sur les points qui sé- 
parent les Grecs des Latins, et an- 
nonçant le dessein de travailler à ré- 
unir les deux communions. Ses ou- 
vrages furent soumis à la congréga- 
tion de l'index; et, le rapport des 
examinateurs lui ayant été favorable, 
il fut nommé, vers 1584, évêque de 
Cerigo, et obtint en outre, du pape 
Grégoire XIII, une pension assez 
considérable. Sixte V, successeur de 
Grégoire, ayant conçu quelques soup- 
çons sur la sincérité de ISIargunius, 
ordonna qu'il serait tenu de présen- 
ter sa profession de foi, et en atten- 
dant supprima sa pension. Craignant 
la sévérité du pontife , Margunius 
s'enfuit de Rome, et alla à Venise où 
il s'embarqua sur le premier bâti- 
ment qui faisait voile pour le Levant. 
Il passa quelque temps à Constanti- 
noplc, occupé de rechercher d'anciens 
manuscrits grecs, qu'il adressait au 
savant David Hoeschcl {voy. ce nom, 
XX, 417), son ami. Dans le mêin<^ 
temps, il eut l'occasion de rendre 
d'importants seivices au commerce 
de Venise, et il le Ht avec un zèle 
dont on lui sut gré. De Constantinoplc 
il se rendit à Cerigo, puis à ('andic 
où il enseigna la littérature avec beau- 
coup de succès. .Vu nombre de ses 
disciples on compte le cc-lèbrc pa- 
triarche Cyrille-Lucar {voy. ce nom, 
X, 411). Quoique déjà vieux, il vou- 

(1) El non pas Michel, foinine le dit Papa- 
(lopoli, Uist. gymn. Patav. 



MAR 

lut encore visiter une fois les amis 
qu'il avait à Venise et à Padoue. De 
retour à Candie, il y mourut en 1602 
âgé de près de 80 ans, et fut inhumé 
dan*5 l'église de la Vierge. Son tom- 
beau est décoré d'une épitaphe en 
vers iambiques, rapportée par Papa- 
topoli , Hiit. gymnas. Patavini, II , 
265, où l'on trouve aussi la liste de 
ses ouvrages. Outre une traduction la- 
tine du traité d'Aristote : de Coloribus, 
Padoue, 1575, in-8°, on se contentera 
de citer : l.Poemata sacra gr., Leyde, 
1592, in-8°; Hoeschel en tut l'édi- 
teur. II. Hymni Anacreontici, gr. cum 
inlerpi-et. lat. Conr. Ritterhiisii, Augs- 
bourg, 1601, petit in-S" rare; et dans 
le Coi-pus velerum poélarum grœc^ II, 
193. Ces poésies sont très- estimées. 
III. Dialoçjtis grœci cum latino de pro- 
cessione SpiritûsSaticti^hondiei, 1624, 
in-l", avec des pièces de différents 
auteurs sur le même sujet. IV. Meno- 
logium etc., c'est-à-dire les vies des 
saints de l'église grecque, Venise, 
1629 ou 1630, in-i". V. Des lettres 
recueillies par J. Laïui dans les Deli- 
cite Eruditorum, t. V et VI, avec lUie 
notice assez exacte sur l'auteur et le 
catalogue de ses ouvrages. Gingue- 
né , parlant de Margunius , dans 
son Hiit. litlér. d'Italie^ VII, 2i7, 
renvoie au Dict. de Bayle » oîi, dit-il, 
« l'on peut voir les aventures, les 
« projets, on peut même dire les ru- 
" ses, et les ouvrages de ce savant 
« Grec. » Mais 1 article Margunius 
par Bayle est un des plus courts et 
des plus insiguiBants qui soient sortis 
de sa plume, et l'on n'y trouve rien 
qui puisse expliquer l'erreur de l'his- 
torien littéraire de fltalie. Au défaut 
des livres que nous venons dindi- 
quer, il aurait mieux fait de renvoyer 
à la Bibliotheca grwca de Fabricius 
et à \ Histoire littéraire de Tirabos- 
chL W — ^s. 



MAR 



li^f 



AIARIA (Jeax), surnommé le 
Falconetto, était fils d'un fi-ère uté- 
rin d'Etienne da Zevio, peintre re- 
nommé de son temps. Il naquit en 
1458, et reçut de son père les prin- 
cipes du dessin. Il cultiva d'abord la 
peinture, mais, peu satisfait de ses 
premiers essais, il se tourna vers l'é- 
tude de l'architecture et dessina avec 
soin tous les restes de l'antiquité que 
Vérone, sa patrie, renfermait dans 
son sein. Il se rendit ensuite à 
Rome, et, pendant douze années qu'il 
y résida, il continua de dessiner et de 
mesurer les anciens monuments, re- 
cherchant jusqu'aux moindres frag- 
ments de corniches, de colonnes ou 
de chapiteaux. Il copia également tous 
les morceaux de sculpture qui furent 
découverts de son temps. Ayant poussé 
ses excursions jusque dans le royau- 
me de Xaples, et, riche de tant de 
trésors, il revint dans sa patrie où, 
par suite des guerres civiles , il ne 
put exercer ses talents, comme aichi- 
tecte. Il se remit alors à la peinture. 
Tant que fempereur fut maîti-e dans 
Vérone, Falconetto, qui était renommé 
pour sa valeur personnelle, reçut plu- 
sieurs marques de faveur; mais lors- 
que les Vénitiens y furent rentrés, il 
dut s'en exiler, et se réfugia à Trente 
où il exerça de nouveau la peinture. 
Le calme étant rétabli dans les États 
de Venise , il revint à Padoue. Le 
cai'dinal Bembo lui procura la con- 
naissance de Louis Comaro, noble 
vénitien, qui le prit en si grande ami- 
tié qu'il le logea chez lui, et pendant 
22 ans qu'il vécut encore , Falconetto 
n'eut point d'autre demeure. Ce fut 
alors qu'il éleva pour son bienfai- 
teur la belle et magnifique loge du 
palais Comaro, à Padoue. Il construi- 
sit ensuite une porte d'ordre dorique 
au palais du commandant de la pro- 
vince, et deux des portes de la ville^ 



MAR 



l'une qui est du côté de Vicence et 
l'autre appelée Savonarola. Ces trois 
monuments, remarquables par la 
grandeur du style, consolidèrent sa 
réputation. Il fit, dans le même temps, 
les dessins et le modèle de l'église de 
Sainte-Marie-des-Grâces , de l'ordre 
de Saint- Dommique, et cet édifice 
passe pour un des plus beaux de la 
ville de Padoue. Il avait commencé la 
construction d'un palais, sur l'em- 
placement du château d'Usopo, dans 
le Frioul, appartenant à Jérôme Sa- 
vorgnano, mais la mort de ce sei- 
gneur interrompit les travaux, et 
Falconetto dut abandonner un édi- 
fice, qui, si l'on en juge par les 
plans et par ce qui était élevé, aurait 
été une chose vraiment admirable. 
L'étude particulière qu'il avait faite 
de l'antique avait agrandi son style 
et ses idées, et l'on peut le regarder 
comme le premier qui ait introduit 
à Vérone , à Venise et dans les 
contrées voisines le goût de la 
bonne architecture. Contemporain de 
Frà Giocondo et de Micl\cl Sanmi- 
chele, il mérite d'être associé à ces 
deux habiles artistes. Il mourut en 
1334, Agé de 76 ans. Louis Cornaro, 
avec lequel il avait demeuré pendant 
22 ans, voulut que leur amitié sur- 
vécût même à la mort, et ordoima 
qu'ils fussent ensevelis tous deux 
dans le même tombeau. Falconetto 
eut neuf enfants, six filles et trois 
fils dont deux cultivèrent la pointure; 
le troisième, qui prit le parti des ar- 
mes, fut tué sous les murs de Turin, 
d'un coup d'arquebuse. Comme pein- 
tre, Falconetto a laissé peu d'ouvra- 
ges; mais ils jouissent d'une grande 
estime, particulièrement ses fresipies. 
— Jacijues Maria, sou frère, a exé- 
cuté un grand nombre de tableaux 
à Roveredo , à Vérone , et dans 
d'autres villes de cette contj'éc. Doué 



MÂR 

d'un talent particulier pour peindre 
les animaux et les fruit» , il a laissé 
en ce genre beaucoup de dessins co- 
loriés très-précieux, dont une grande 
partie fut apportée en France par 
Galeazzo Mondello , habile dessina- 
teur et graveur en pierres fines. — 
François di Maria, peintre napolitain, 
élève du Dominiquin, naquit en 1623. 
Il travaillait avec lenteur , difficul- 
té et mérita mieux que son maître le 
reproche d'être lent et irrésolu. Ses 
ouvrages sont peu nombreux; mais 
ceux que l'on connaît suffisent pour 
lui assurer une juste réputation. On 
vante particulièrement le Martyre de 
saint Laurent, qu'il a peint pour k\s 
Conventuels de Naples, et plusicur.'^ 
portraits pleins de naturel et de vie. 
Un d'entre eux fut exposé publique- 
ment à Rome avec deux autres por- 
traits, dont l'un était de Rubens et 
l'autre de Van-Dyck, et au jugement 
du Poussin, de Piètre de Cortone et 
d'André Sacchi, celui de Maria rem- 
porta la palme. Cet artiste peignait 
tellement dans le genre du Domini- 
quin, que plusieurs de ses tableaux^ ' 
ont été vendus très-chèrement comme 
étant de ce maître. En effet, il lui 
ressemble dans toutes les qualités 
que l'art et le travail peuvent don- 
ner; mais il ne put jamais acquérir 
cette grâce naïve tlont la nature avait 
été si libérale envers Zampieri, Aussi 
Luc Giordano disait-il de lui, <p'il 
savait fort bien mettre les muscles 
sur les os, mais que ses figures, qnoi- 
(|u'elles fussent belles, paraissaient 
toujours iuaniinces. ('et artiste mou- 
rut en 1690. — Le chevalier Hercule 
de Maria, surnommé aussi EtxioUno 
di Gtiidn, naquit à Rologne et mou- 
rut jeune encore à Rome, sous le pon- 
tificat d'Urbain VIII. Il fut élève du 
Gui<le, et imita si bien la manière de 
son matti-e , que ce dernier ayant 



MAR 

peint un tableau à moitié seule- 
ment, Hercule le copia, et ayant subs- 
titué sa copie sur le chevalet , le 
Guide, sans s'apercevoir de la trom- 
perie, continua de peindre comme si 
c'eût été l'original. Aussi l'employait- 
il volontiers à répéter ses composi- 
tions, et Ion connaît deux tableaux 
de ce genre d'une grande beauté, 
quoique ceux qu'il a faits d après 
lui-même leur soient supérieurs pour 
le choix du style et la perfection de 
l'exécution. On y remarque une faci- 
lité et un maniement de pinceau que 
les plus habiles n'ont pu atteindie. 
Ce talent le fit admirer à Rome mê- 
me , et Urbain VIII le créa chevalier, 
honneur qui n'avait été accorde à 
aucun copiste. P — s. 

MAAIA (HbSRI - AXTOISE DE U 

FiTE-), né à Pau, en 1679, de parents 
nobles engagés dans Ihérésie de 
Calvin, se convertit au catholicisme, et 
embrassa létat ecclésiastique. Il né ■ 
tait encore que minoré quand il fut 
nommé abbé commeudatairedeSaint- 
Polycarpe, de l'ordre de Saint-Benoît. 
Cette mai«on, située dans le voisi- 
nage d'Aleth, diocèse de Narbonne, 
avait été fondée, vers l'an 811 , par 
Attale, riche Espagnol, qui, ne pou- 
vant souffrir le joug des Sarrazins , 
était venu s'établir dans la Septi- 
manie , au comté de Razès. Comme 
la plupart des autres monastères , 
après avoir eu à es commencements 
pleins de ferveur, celui de Saint-Po- 
lycarpe s'était relâché ; et les religieux, 
réduits à un petit nombre, y vivaient 
dans un désordre scandaleux, lors de 
la nomination de labbé de Maria, en 
1705. Le nouveau commendataire 
pensa dès lors à les réformer; et , 
après avoii' tenté vainement de« 
moyens de conciliation, il mit sérieu- 
sement la main à l'œuvre en 1714, et 
vit alors tous les anciens moines se 



MAR 14| 

retirer, à l'exception du prieur, qui 
resta encore quelque temps. Secondé 
par Taffoureau , évêque d Aleth , et 
surtout par La Berchère , archevê- 
que de ^Narbonne , Maria réussit à 
réformer cette abbaye, qui devint fa- 
meuse au dernier siècle, par son aus- 
térité, son obstination dans le jansé- 
nisme et sa destruction. Le premier 
projet de l'abbé avait été d'y faire 
entrer deux rdigieux de Sept-Fonts, 
et c'eût été im grand bonheiu*, mais il 
fut détourné de ce dessein par l'ar- 
chevêque de Karbonne, qui lui re- 
pré:senta, entre autres difficultés, que 
son abbaye n'était pas, comme Sept- 
Fonts, de l'ordie de Citeaux. il faut 
remarquer que Maria avait, à tort ou 
à raison, fait rentrer son abbaye sous 
la juridicdon de l'ordinaire. Il ré- 
tablit donc la stricte observance de 
la règle de Saint-Benoît, secondé quel- 
que temps par deux religieux du 
prieuré réformé de Perrecy , qui ne 
connurent pas et se retirèrent. Il re- 
çut diflFérents sujets; mais la mort 
les moissonna bientôt , et jamais le 
nombre des religieux ne fut consi- 
déi-able. Une difficulté fit naître des 
scrupules dans l'esprit de quelques- 
uns ; Maiia , quoique réformateur et 
suivant rigoureusement la règle, n'é- 
tait point reUgieux , mais toujours 
abbé commendataire. Il obtint du roi 
la permission de tenii- son abbaye en 
règle, et résolut d'embrasser l'état re- 
ligieux, ce qu'avaient déjà fait deux 
célèbres abbés commendataires, Ran- 
cé et Beaufort. Il se trouva aussi pour» 
vu, en 1720, d'un bref du pape qui 
lui donna la même autorisation. 
Mais des raisons de santé et d'autres 
le détournèrent de ce dessein , et il 
resta abbé séculier. On avait déjà paré 
à cet inconvénient , car l'archevêque 
de ^Narbonne, et , après sa mort, le 
chapitre métropolitain, lui donnèrent 



144 



MAR 



des lettres de vicaire-général. On a 
écrit, et on ne peut le nier, que l'abbé 
Maria penchait pour le jansénisme, et 
qu'il faisait lire dans sa maison le livre 
de ta fréquente communion, les Essais 
de morale, les Instructions de Singlin. 
Cependantil avait signé le Formulaire, 
il avait accepté la Bulle IJnigenitus , 
enfin il était loin de partager toutes 
les opinions du parti, et il blâmait 
hautement la conduite du fameux 
Colbert , évêque de Montpellier. Si , 
après sa mort, ceux qui dirigèrent 
Saint-Poly carpe avaient gardé l'esprit 
de réserve et de modération du pieux 
réformateur, il est certain que cette 
maison eût pu éviter sa destruction. 
Le zèle de l'abbé Maria était connu 
et Ini méritait la vénération de tous. 
Un jour où il entra chez l'archevêque 
de Narbonne, ayant vu plusieurs évo- 
ques qui jouaient aux cai'tes, et qui, à 
son aspect, en parurent honteux et 
cherchèrent à détourner son attention 
en lui parlant des anciens religieux 
de son abbaye, il leur répondit froi- 
dement : « Ces religieux n'avaient rien 
u de leur état, ils étaient des buveurs 
u et des joueurs. » Tout le monde 
garda le silence ; et l'archevêque qui, 
d'ailleurs, était un bon esprit , trouva 
avec quelque raison <lans la réponse 
de l'abbé Maria un manque d'égards ; 
mais il ne lui en témoigna aucun mé- 
contentement; tant il est vrai qu'une 
éminente vertu porte avec elle un ca- 
ractère d'autorité auquel personne ne 
peut se soustraire. Vingt ans de tra- 
vaux et <le pénitence avaient épuisé 
l'abbé Maria. Malgré son état <rinfn - 
mité habituelle, il assistait régu- 
lièrement à l'office divin de nuit et 
de jour, n'ayant, sur ce point, au- 
cun égard aux observations qu'on pou- 
vait lui faire. Dans le carême de 1728, 
il avait encore commencé le jeûne 
usité dan» sa maison, qui se prolon- 



MAR 

geait jusqu'à vêpres; mais, le 4 mars, 
n'ayant pu aller, suivant son désir, 
recevoir les sacrements à l'église , il 
expira dans sa chambre, et l'on n'eut 
que le temps de lui administrer l'ex- 
trcme-onction. il était âgé de 48 ans 
et quelques mois, et fut inhumé dans 
le cimetière de son abbaye. Après sa 
mort, l'esprit d'opposition et de dis- 
pute prévalut à St-Polycarpe ; ce qui 
amena la dissolution de cette com- 
mvmauté célèbre. — Un autre M*im* 
(LaFite-), frère du réformateur, vivait 
dans l'abbaye, et y déclamait sans 
ménagement contre la bulle et les 
évêques. On l'éloigna du couvent; 
mais l'esprit de dispute y resta, et le* 
appelants ne cessèrent pas d'y venii 
secrètement. En 1741 , on fit défense 
de recevoir des novices. Les trois re- 
ligieux restants , vénéraient des reli- 
ques de Soanen et de Paris; ils appelè- 
rent de la bulle Unigenitus, en 1747. 
Le 9 avril 1773, le dernier, D. Pierre, 
fut assassiné dans l'abbaye qu'il n'a- 
vait pas voulu abandonner, sans que 
l'on ait pu connaître les auteurs de 
ce crime. Les biens du monastère 
furent donnés au séminaire de ÎS'ar- 
bonne, tenu par les lazaristes. Ainsi 
finit cette maison qui avait fait beau- 
coup de bruit et qui déclina visible- 
ment dès qu'elle fut lancée dans le 
parti des novateurs. On peut con- 
sulter sur la célèbre abbaye de Sain (- 
Polycarpe ['Histoire générale du Lan- 
guedoc, t. I", p. 435. I;Mistoire de 
cette maison a été écrite en 1779 et 
en 1785 : la première par Heynaud, 
curé ai)pelant du diocèse d'Auxerre: 
lautre pari). Labat. 15 — n — k. 

MARIALVA de Afeuezès (An- 
TOiNK-Ixins de), comte de Catanhèdc, 
d'une famille dont la noblesse vc- 
inoule au XIV siècle (voy. MAniAi.v*, 
XXVII, 41), était, en 1657, conseillei- 
d'état d'Alphonse VI, roi de Portujjal. 



MAB 

Ce personnage possédait une grande 
habileté dans la politique et dan» la 
guerre. Il se montra également 
propre au commsundement et à 
l'obéiâsance. Nommé, en 1658. gou- 
verneur de lAlentéjo. il partit, le 
20 novembre , pour cette province 
qu'il trouva dans un pitoyable état. 
Elle n'avait, pour se défendre contre 
[es Castillans, que deux mille hommes 
d'infanterie et huit cents chevaux. En 
rendant compte de la triste situation 
de l'Alentéjo a la reine-régente (Louise 
de Guzman), il lui promit d'aller 
bientôt délivrer Elvas que lennemi 
tenait bloquée. Marialva tint |>arole. 
Après avoir rassemblé une petite ar- 
mée , formée en grande partie des 
garnisons de plusieui'S places, il part 
d'Estremos, le 12 janvier 1659. Dé» 
le lendemain il se trouve en présence 
d'une armée de beaucoup supérieme 
à la sienne. On vient lui appreudie 
que les Castillans ont forliâé leur 
camp , de manière a pouvoir tres- 
commodément canonner les Portu- 
gais. Cet avis ne change rien a la ré- 
solution qu'il a prise , de délivrer 
El vas d'un siège dont elle soulirc 
horriblement. Pour se faire voir à son 
armée, il va se poster s m i- 

nence. Là, entouré de tu li- 

ciers, il leur adresse une haïaiigne 
très-véhémente, où il leiu- rappelle les 
nombreux triomphes qu ils ont rem- 
portés sur les Castillans, leurs de- 
voirs, leur valeur , les malheurs 
d'Elvas qui les attend avec impatience 
et va les proclamer tes restaurateurs de 
ta liberté. Ce discours , prononcé 
avec chaleur, est accueilli par tics cris 
de joie. Le général , profitant de ce 
nu>ment d'enthousiasme, range son 
ai'mée en bataille , et marche à l'at- 
* que des retranchements ennemis. 
- Castillans, qui ne s attendaient pas 
i être attaques ?i piomptetnent, ae 
Lxua. 



MAR 



Uî 



troublent , s'épouvantent. Leurs re- 
tranchements sont emportés; ils fuient 
en désordre vers Badajoz, précé- 
dés de quelques heures par leiU' chef, 
don Louis de Haro. Marialva fait 
poursuivre les Castillans dont un 
grand rjombre se noient au passage de 
la Caya et de la Guadiana , et on leur 
enlève un butin immense. Maii la 
joie de cette victoire lut empoisonnée 
par la perte d'cm illustre guerriei 
{voy. André d'AiBUQUEHQCï: , 1 , 430). 
Marialva enti-e dans Elvas aux 
acclamations du peuple , accouru 
pour le remercier de sa délivTance. 
et des provisions qu'il lui apportait, 
l-e résultat de cette journée fut d'une 
haute importance pour la nation. I.e 
vainqueur d'Elvas, appelé parla reine, 
se rendit bientôt à Lisbonne où les 
grands et le peuple l'accueillirent avec 
des en- -t des signes de res- 

pect. 1 . 1- présenta à la Cour, 

le jeune roi , .Alphonse VI, fit quel- 
ques pas au-devant de lui. Marialva ne 
-- enorgueillit point d'une si brillante 
leception. Durant quelques jours il 
tut au comble de la faveur; la reine 
ne faisait, n'ordonnait rien, sans le 
consulter; mais ce crédit fut de coiu-te 
durée. Il avait, dans le comte d'Odé- 
uijra, un rival ambitieux, souple, 
adroit , qui le supplanta dans la fa- 
\env de la reine, et qui, voulant l'hii- 
miiier , vint lui foire des offres de 
service. Le guerrier lui répondit 
qnil fallait réserver les grâces de la 
Cour pour la noblesse inférieure peu 
favorisée par la fortune ; que poiw 
lui et ses pareils, ils n avaient besoin , 
pour récompense de ce qu'ils avaient 
fait , que de l'honneur de servir 
utilement la patrie et le roi. Cette no- 
ble réponse excita au plus haut de- 
gré ladmiration publique. Vers la fin 
de 1639, Marialva hit. en sa qualité de 
secrétaire-d'Etat vecdeuxde 

10 



146 



MAR 



ses collègues, pour conférer avec un 
ambassadeur français, qui venait com- 
muniquer à la Cour de Lisbonne les 
conditions auxquelles elle pouvait être 
comprise dans le traité de paix signé 
à Saint -Jean-de-Luz, entre la France 
et l'Espagne. A la lecture de ces con- 
ditions destructives de l'indépendance 
du Portugal, Monezès, homme impé- 
tueux, éprouva une indignation vio- 
lente. La conférence fut rompue, et 
l'ambassadeur de France s'éloigna 
sur-le-champ. Après la mort de son 
concurrent, il se trouva à la tête du 
ministère, et ne partagea plus la fa- 
veur de la reine. D'abord créé mar- 
quis de Marialva , puis gouverneur- 
général des armées de l'Estramadure, 
il reçut quelque temps après le titre 
de lieutenant-général de toutes les 
armées du royaume. Cette haute di- 
gnité mécontenta extrêmement tous 
les chefs de l'armée, qui se plai- 
gnirent à la reine, en la menaçant de 
se retirer dans leurs terres. Cette 
princesse effrayée révoqua aussitôt le 
titre qu'elle avait accordé au marquis 
de Marialva. Celui-ci , se montrant 
alors plus grand même que ses com- 
pagnons d'armes, dit en rendant ses 
lettres-patentes : J'obéirai et je mar- 
che pour servir mon roi et mon pays. 
Il partit en effet sur-le-champ pour 
l'Alentéjo où il remplit courageuse- 
ment ses devoirs, et tint envers ses 
rivaux de gloire une conduite doni 
la délicatesse augmenta l'estime qu'on 
lui portait. Comme les Castillans i\c 
remuèrent point dans les dernier» 
mois de l'année 1661 , Marialva re- 
tourna à Lisbonne, après avoir com- 
mandé, sous le comte d'Alougia, les 
troupes auxiliaires de cette ville et de 
rEsUamadurc. Nommé, au commen- 
cement de 1 662 , généralissime des 
armées de l'Alentéjo , il se rendit en 
hâte dans cette province où son pre- 



MAR 

raier soin fut de rassembler ses troupes 
et de les pourvoir de tout ce qui 
leur était nécessaire. Ayant appris 
que les Castillans menaçaient Estre- 
mos, il vint camper aux environs de 
cette ville , et força l'ennemi de re- 
noncer à son entreprise. Il est juste 
de dire qu'il dut en grande partie ce 
succès à l'habileté de Schomberg. 
Il courut ensuite au secours de Juré- 
ména, place ancienne, située près de 
la Guadiana, que les Castillans te- 
naient bloquée. Il faillit, en cette cir- 
constance, commetti'e une faute qui 
pouvait compromettre le salut du 
royaume. Quoique le camp de l'en- 
nemi fût fortifié avec infiniment d'art, 
et défendu par une armée nombreuse 
il voulait, suivi d'une poignée de sol- 
dats , l'attaquer avec son impétuo- 
sité ordinaire. Heureusement pour sa 
gloire et l'intérêt de l'État, il renonça 
à ce dessein sur les sages représenta- 
tions de ses lieutenants, et se retira 
sur Villaviciosa, après avoir écrit au 
commandant de Juréraéna de capi- 
tuler aux conditions les plus honora- 
bles. De retour à Lisbonne, Marialva 
s'occupa pendant quelque temps des 
affaires de l'État. En 1664, il rejoignit 
l'armée à Estremos, et la conduisit, 
d'après les ordres mêmes de la Cour, 
entre la Cajà et la Cajola. C'est là que, 
voulant donner de l'éclat aux armes 
portugaises, il résolut d'aller assiéger 
Valence d'Alcantara , ville de l'Estra- 
madure espagnole, riche, considéra- 
ble et défendue par trois régiments 
d'infanterie, auxquels s'étaient réunis 
les paysans d'alentour. Ayant com- 
mencé cette importante opération, le 
17 juin, il sut empêcher la place 
d'être secourue par les Castillans, et 
parvint, après quelques assauts meur- 
triers, à s'en rendre maître. Cepen- 
dant on vit bientôt le vainqueur d'El- 
vv?i8 et de Valence, l'homme, qui, na- 



guère avait montré tant de modestie 
et de patriotisme , porter envie à 
SchomLerg qui servait sous lui avec 
tant de valeur et d'habileté. Il lui té- 
moigna de l'antipathie, et saisit plu- 
sieurs occasions de l'affliger par d'in- 
justes préférences. Il est vrai que, plus 
taid, il répara ses torts en confiant à 
1 illusti-e général le commandement 
de l'armée, lorsqu'il partit pour Lis- 
bonne. Ayant ensuite appris que les 
Castillans marchaient sur Villa>nciosa 
pour en faire le siège, il s'avança 
aussitôt contre eux. Leur armée se 
composait de quinze mille hommes 
d'infanterie , sept mille chevaux et 
seize pièces d'artillerie. Marialva la 
rencontra près de Villaviciosa , dans 
un village nommé Montés - Claros ; 
il Tattaqua sans retard , et la mit 
en pleine déroute. Un grand nom- 
bre de prisonniers tombèrent entre 
ses mains. La nouvelle de ce triom- 
phe fiit accueillie avec une grande 
joie à Lisbonne, et Marialva y vint 
jouir de sa gloire, à la fin de 1665. 
Conune il était déjà vieux, il ne repa- 
rut plus à la tête des armées, et il con- 
sacra le reste de sa brillante carrière 
aux affaires publiques. Le Portugal 
n'avait point d'homme célèbre qu'il 
estimât et admirât davantage. En 
1668, ce guerrier fut un des signa- 
taires de la paLx enfin conclue, après 
vingt ans d'une guerre sanglante , 
entre sa patrie et l'Espagne. Il survé- 
cut peu à cet événement auquel il 
avait tant contribué par son habileté 

et son courage. F a. 

MARIAA'I (Camille), peintre et 
sculpteur, naquit à Vicence, en lo6o, 
dune famille originaire de Sienne. Il 
s'appliqua fort jeune à la peinture; 
mais , après la mort de' son père , 
les académiciens olympiques ayant 
résolu de terminei- le grand théâtie 
de Vicence, élevé primitivement sur 



BfâR 



m 



les dessins du célèbre Palladio , Ma- 
riani se livra à la sculpture et fut 
chargé de tous les travaux de ce 
genre qu'exigeait la décoration du 
théâti-e. il y déploya beaucoup de 
talent et une grande fécondité d'ima- 
gination. U parcourut ensuite l'Ita- 
lie , laissant en chaque lieu des 
preuves de son habileté comme 
peintre, comme modeleur et comme; 
sculpteur. U s'arrêta enfin à Rome,! 
où ses premiers ouvrages furent deus^ 
figures en stuc qu'il exécuta dans l'é- 
glise de Saint-Jean-de-Latran. Il fit 
ensuite pour la chapelle Aldobran- 
dine les statues colossales en mar- 
bre, des apôtres Saint Pierre et Saint' 
Paul, qui obtinrent le suffrage de»' 
connaisseurs; mais il se distingua sur»* 
tout par huit figures colossales en 
stuc, qu'il exécuta a Saint-Bernard-de- 
Termini; il y déploya tout son talent 
et une majesté de style qui lui fit le 
plus grand honneur. Les succès qu'ob-' 
tenaient les productions de son ci- 
seau ne l'empêchèrent pas de culti- 
ver la peinture ; mais il ne regardait 
ces derniers travaux que comme un 
délassement. Targone, architecte ro- 
main, avait donné les dessins du 
maître-autel de la basilique de Sainte- 
Marie-Majeure ; Mariant fit le modèle 
des enfants et des ornements qui dé- 
corent cet autel, et ils furent jetés en 
bronze par Ferreri, élève de Jean de 
Bologne, et le plus habile mouleur de 
ce temps. Mariani avait à peine ache- 
vé ces modèles qu'il fut attaqué d'une 
maladie, qui le conduisit au tom- 
beau, au mois de juillet 1611. — 
François Moschi , habile sculpteur 
florentin, fut son élève. P — s. 

MARIANNE (Antoine), issu 
d'une famille noble et recommanda- 
ble, naquit à Carcassonne en 1700. Il 
tourna ses études vers la diplomatie, 
et devint habile dans les langues mo- 
10. 



iWt 



MAR 



dernes. Remarqué bientôt pour ses 
talents , il fut nommé successive- 
ment secrétaire d'ambassade à Cons- 
tantinople et en Suisse. Ayant atta- 
ché sa fortune à celle du marquis de 
Ronac, alors ambassadeur dans ces 
États et regardé comme l'un des 
plus grands négociateurs du règne de 
Louis XV, Antoine Marianne rédigea 
plusieurs mémoires contenant une 
foule de decuments précieux sur la po- 
litique, les mœurs, le commerce, l'a- 
griculture, la religion des pays dans 
lesquels ses fonctions l'avaient appe- 
lé; il en fit le dépôt aux archives 
du ministère des affaires étrangères. 
C'est lui que Jean-Jacques Rousseau 
cite avec éloge dans ses Confessions, 
en parlant de son séjour en Suisse, où 
Marianne était alors secrétaire de 
l'ambassade de France. Il mourut 
en 1782. I.— m— e. 

MARIANO da Genezano, reli- 
gieux augustin, né à Rome, dans le 
XV siècle, fut général de son ordre 
en 1500. Laurent de Médicis fit 
construire en sa faveur, dans le fau- 
bourg de Florence, un vaste bâti- 
ment qu'il dota comme un monas- 
tère, et où il se retirait de temps en 
temps avec quelques amis choisis, 
pour y jouir de la conversation de ce 
savant ecclésiastique. Politien, dans la 
préface de ses Misccllanées et dans 
une de ses Lettres, livre IV, fait une 
peinture très-intéressante des talents 
de Mariano comme prédicateur. Il a 
laissé de» Épttrex, des Harangues et 
de» Sermons (voy. la Vie de Laurent 
de Médicis, t. II, p. 194 et suiv.). 
G. T— Y. 
MAUICONDA (Antoisk), novel- 
licre, nacjuit dans le XVP siècle, à 
Naples, d'une famille patricienne. Il 
ëtait l'anii d'Angelo di Costanzo (w. ce 
nom, X, 52), dont on voit un sonnet 
à Ut tête du recueil de Nouvelle» de 



MAR 

Mariconda (1). La culture des lettres 
fit moins l'occupation que le bonheur 
de sa vie. Outre une comédie intitulée : 
La Filena, Rome, 1548, in4°, on a 
de lui : ie tre gîornate délie favole 
deW Jganippe, Kapies, in-4", très- 
rare; c'est la seule édition que l'on ait 
de ce recueil, qui contient trente nou- 
velles; les sujets en sont tirés des 
poètes anciens, mais surtout des Mé- 
tamorphoses d'Ovide. Ainsi l'on ne 
doit point y chercher ces détails de 
mœurs contemporaines , ces carac- 
tères originaux, ces effets dramatiques 
qui donnent tant d'attraits à la lec- 
ture des autres auteurs italiens. Le 
tome m du Novelliero de Zanetti, 
contient trois nouvelles de Mari- 
conda, la dernière de chaque journée. 
W— s. 
MARIE d'Oignies (Sainte), naquit 
eu 11 77, à Nivelles, dans le diocèse de 
Liège, d'une famille fort riche. Elle 
pratiquait dès l'enfance les vertus le* 
plus austères, et fut mariée par ses 
parents, à l'âge de 14 ans, malgré 
son inclination pour la vie monasti- 
que. Mais son mariage ne fut point 
consommé, car elle décida son mari 
à vivre dans la continence et à se 
livrer aux soins des malades. Ayant 
distribué tous ses biens atix pau- 
vres , clle-mCme se retira dans le 
monastère deWilbrouck, où la répu- 
tation de SCS vertus lui attira bientôt 
de nombreux visiteurs, parmi lesquels 
fut Jacques de Vitry qu'elle engagea 
à entrer dans les ordres, et à se vouer 
à la prédication. Après avoir passé 
plusieurs années à Wilbrouck, elli- 
quitta ce monastère pour celui d'Oi- 
{jnies qui, étant plus éloigné de Ni- 
velles, lui permettait de mener une 
vie plus solitaire. Klle y mourut, en 



(1) Zam-Ui l'a rapporté dans la préface du 
Aore/Wcro, p. XI. 



MAR 

odeur de sainteté, le 23 juin 1213. 
Telle était la vénération de Jacques 
de Vitry poui' Marie d'Oignies, qu'il 
lui consacra un long panégyrique 
latin, et voulut être enterré à ses 
côtés dans son monastère. Arnauld 
d'Andilly a traduit ce panégyrique 
dans les Fies de plusieurs saints illus- 
tres de divers siècles^ Paris, 1664, in- 
fol. Z. 

MARIE surnommée Marie-Roi, 
première épouse de l'empereur Sigis- 
mond, naquit en 1370, de Louis 1"% 
roi de Hongrie et d'Elisabeth, sœur de 
Twartko I", roi de Bosnie. A peine 
âgée d'un an , elle fut promise 
à Sigismond qui n'en avait que trois. 
Son père, qui, par la mort de Ca- 
simir , était aussi devenu roi de 
Pologne, mourut en 1382. Aussitôt 
après les funérailles, Marie, sa fille 
aînée, âgée de douze ans, fut par les 
évéques et les grands du royaume , 
sans attendre les décisions de la diète, 
proclamée roi, aux cris redoublés de : 
yivat Maria rex Hungariœ ! Sigis- 
mond, alors âgé de quinze ans, fut 
nommé tuteur du royaume de Hon- 
grie, et la reine-mère Elisabeth dé- 
clarée régente. La Pologne qui se 
voyait aussi sans roi, Louis n'ayant 
laissé que deux filles, fit instamment 
prier Elisabeth d'envoyer sa fille Ma- 
rie avec Sigismond, afin que, prenant 
possession de la couronne, ils mis- 
sent fin à l'anarchie qui désolait le 
royaume. La reine-mère répondit que 
Hedvige, sa seconde fille, arriverait 
en Pologne pour y recevoir la cou- 
ronne de son père. C'est cette prin- 
cesse qui ensuite épousa Vladislas 
Jagellon. Cependant les seigneurs mé- 
contents, usant de leur droit d'élec- 
tion, envoyèrent des députés à ÎSaples, 
pour engager Charles III de Durazzo, 
surnommé le Petit, et descendant en 
ligne directe de Charles d'Anjou, à 






149 



venir prendre la couronne de Hon- 
grie, vacante par la mort de son pro- 
che parent Louis d'Anjou. Twartko, 
roi de Bosnie, oubliant les nœuds qui 
le liaient à la reine Elisabeth sa sœui' 
et à Marie sa nièce, avait aussi em- 
brassé le parti de Charles. Les villes 
maritimes de la Dalmatie étaient très- 
agitées. On y reprochait à Marie • 
1" la précipitation de son couronne- 
ment qui s'était fait sans consulter la 
nation, et sans lui donner aucune ga- 
rantie pour la conservation des liber- 
tés publiques ; 2° la manière légère , 
arbitraire, avec laquelle les aQaires 
pubUques étaient administrées. Ces 
plaintes se faisant aussi entendre en 
Hongrie, Marie convoqua, en 1384, 
les grands du royaume ; et jura , 
en leur présence, qu'elle garderait 
les usages et les libertés accordées à 
la nation pai' ses prédécesseurs. Le 
pape Urbain VI ayant envoyé en 
Hongrie un légat pour soutenir Ma- 
rie, elle se crut en sûreté contre tous 
les événements, et sa sœur Hedvige se 
rendit en Pologne où elle fut aussi pro- 
clamée roi. En 1385, elle conclut un 
traité d'alliance offensive et défensive 
♦avec Twaitko. Sigismond se rendit 
près de Marie et, ayant célébré son 
mariage avec elle , il retourna en 
Bohême pom* y chercher de l'argent 
et des troupes. On reçut alors la nou- 
velle que Charles III était débarqué 
en Dalmatie et que ses partisans se 
pressaient en foule autour de lui. Ma- 
rie se hâta de rassembler une seconde 
diète ; mais, trouvant les esprits peu 
disposés, elle et sa mère envoyèrent 
au devant de Charles pour sonder ses 
dispositions; celui-ci arriva à Ofen 
en même temps que les députés. 
Ses partisans lui ayant offert la cou- 
ronne, il fit représenter aux deux 
reines qu'en Hongrie l'autorité royale 
n'avait jamais été «ntre les mains des 



1Ô0 



MAR 



femmes; qu'un gouvernement pareil 
à celui qu'elles avaient introduit était 
chose inouïe dans les annales du 
royaume ; enfin qu'il exigeait qu'elles 
renonçassent à la couronne. Après 
un long silence , Marie déclara que, 
jamais de son vivant, elle ne dé- 
poserait le diadème qu'elle tenait de 
son père et de la nation; qu'elle ne 
demandait que la permission d'aller 
trouver son époux. Sa mère lui montra 
le danger d'une telle résolution; Marie 
ayant cédé après une vive résistance, 
la reine-mère alla informer Charles 
que sa fille et elle renonçaient à 
l'autorité souveraine; et aussitôt Char- 
les fit proclamer dans la ville que 
Marie s'était volontairement désistée 
de tout droit à la couronne. Charles se 
rendit de Stuhl-Wessembourg ou Albe- 
Royale à Bude, pour y être couronné. 
Les deux reines, entourées comme des 
prisonnières, eurent ordre de suivre 
sa voiture. Après avoir long-temps 
pleuré sur le tombeau du roi Louis, 
elles s'avancèrent dans le chœur, 
pour assister à la triste cérémonie. 
Leur présence fit une profonde im- 
pression sur l'assemblée, et lorsque 
l'archevêque-primat demanda trois 
fois, selon l'usage, si l'on reconnaissait 
Charles pour roi, on n'entendit qu'ime 
faible acclamation sortie de la bouche 
de ses partisans. Ceux de la reine 
se regardaient, et peu s'en fallut qu'ils 
ne coui'ussentvers l'autel et l'arrosas- 
sent du sang du nouveau roi. Charles 
et les deux reines retournèrent à Ofen 
et habitèrcntle même palais ; il parais- 
sait ne point s'occuper d'elles, atten- 
dant le moment où il pourrait s'en dé- 
faire ; mais il fut prévenu. Nicolas de 
Gara, un des premiers ministres du roi 
Louis et le confident des deux princes- 
se», étant venu les visiter, elles firent 
prier le roi de vouloir bien se rendre 
près d'elles, sous prdtexte de lui com- 



muniquer des dépêches importantes 
que Gara avait apportées de la part 
de Sigismond. Pendant qu'elles entre- 
tenaient le prince, à un signe que fait 
Gara, un des gentilshommes de sa 
suite décharge un coup de sabre sur 
la tête du roi. Le combat s'engage 
sous les yeux des deux princesses, qui 
tombent évanouies. Le roi se sauve 
dans ses appartements, couvert de 
sang : Gara l'enferme , et massacre 
les Italiens qui formaient la garde 
royale. Devenu maître du palais, il fait 
de nouveau proclamer Marie reine 
de Hongrie. Les habitants d'Ofen, 
passant d'un excès à l'autie, criaient 
partout vivat, et mettaient en pièces 
tes Itahcns qui s'étaient cachés. Char- 
les fut égorgé quelques semaines après 
et, sous prétexte qu'il était mort ex- 
communié par le pape Urbain, son 
corps resta, par ordre d'Elisabeth, 
ignominieusement exposé sans sépul- 
ture. L'anarchie étant à son comble, 
l'empereur Venceslas, à la tête d'un 
corps d'armée, amena à son épouse 
Sigismond, qui, après s'être entendu 
avec elle, retourna en Bohême pour 
y lever des troupes. Le ciel parut vou- 
loir déjà ici-bas tirer vengeance de ce 
qui s'était passé. Gara conduisait les 
deux reines à un château dans la 
Basse-Hongrie; Horwathi ou Hog- 
gard, ban de Croatie (1), qui avait 
pensé être massacré à côté du roi 
Charles, instniit de ce voyage, tomba 
sur l'escorte de Gara , qui fut, ainsi 
que son fi'ère, décapité sous les yeux 
des princesses. Ayant cnsnite fait 
précipiter celles-ci de leur char , il 
les accabla de reproches. Elisabeth 
embrassait ses genoux, le conjiirant 
d'épargner la jeune reine sa fille, cl 
de faire tomber toute sa colère siu 

(1) Ce ban éuil ce qu'on a apjM;lc depuis, en 
Hongrie, comte supn'mc-, commandant les 
amidcs, et rendant la iustico. 



MâR 

elle. « C'est moi seule , disait- 
« elle, qui ai concerté avec Gara la 
« mort de Cliarles. » Horwathi en- 
voya à Naples, à la reine Marguerite 
veuve de Charles, les têtes des deux 
Gara, et les princesses furent traînées 
de place -forte en place -forte. En 
l'absence de Marie, Sigismond prit 
d'abord le titre de capitaine-général, 
et fut ensuite couronné roi. Cette 
nouvelle étant arrivée à Jadra en 
Dalmatie où les princesses étaient 
renfermées, Horvvathi fit noyer Eli- 
sabeth sous les yeux de sa fille, et 
prit des mesures pour faire trans- 
porter Marie à Naples. Les Vénitiens, 
qui s'étaient déclarés pour la jeune 
reine, établirent une croisière le long 
des côtes de la Dalmatie, et Hor- 
wathi battu, défait, consentit à déli- 
vrer Marie. Il lui fit auparavant jurer, 
sur les reliques des saints, que jamais 
elle ne se vengerait de lui , mais au 
contraire qu'elle l'honorerait comme 
un père et comme un bienfaiteur 
auquel elle devait la vie. Les Véni- 
tiens reçurent Marie sur leurs galè- 
res; le doge envova six députés pour la 
féliciter, et le 1" juillet 1387, après 
une année de captivité, elle se vit, à 
Agram, dans les bras de Sigismond. 
Lorsqu'ils furent arrivés à Ofen, la 
diète décréta que les deux époux gou- 
verneraient le royaume avec une 
égale autorité. En 1388, Horwathi, 
ayant été surpris dans sa retraite 
en Bosnie, fut, par ordre de Sigis- 
mond et sur les instances de Marie, 
qui avait oublié ses serments, sup- 
plicié d'une manière effrayante. Traîné 
lentement à la queue d'un cheval, 
par toutes les rues de Cinq-Eglises, 
on le mutila honteusement avec des 
pinces toutes rouges. Après sa mort, 
les quatre quartiers de son coi-ps fu- 
rent attachés aux portes de la ville. 
Tous ses parents et amis furent- déca- 



MAR 



ilH 



pités. Tant de cruautés poussèrent la 
noblesse à se révolter, et ce règne n« 
fut plus qu'une suite de troubles et de 
factions. Marie momut à Bude, le 17 
mai 1395, pendant que son époux 
assiégeait Nicopolis, Cette princesse 
ne lui ayant point laissé d'enfants, 
les mécontents commencèrent à re- 
muer, prétendant que, par la mort de 
son épouse, il avait perdu tous ses 
droits à la couronne , et qu'on devait 
le forcer à quitter le royaume. On 
voulait aussi le punir des infidélités 
par lesquelles il avait constamment 
affligé la jeune épouse à laquelle il 
devait la couronne. De retour en 
Hongrie, Sigismond fut emprisonné 
dans une forteresse; mais, ayant re- 
couvré la liberté, il parvint à déjouer 
les complots que l'on avait tramés 
contre lui ( voy. Sigismond , XLII , 
322). G— T. 

MARIE, tzarlne, fille du prince 
tartare Théodore Nagoï, devint, en 
1580, la sixième ou septième épouse 
d'Iwan IV, dit le Cruel ou le Terrible 
(t;oy.IwA>, XXI, 312). Peu après avoir ' 
célébré ce mariage à la Slobode- 
Alexandrowsky , le tyran envoya 
un ambassadeur à Londres prier la 
reine Elisabeth de lui choisir pour 
épouse une Anglaise, dégoûté qu'il 
était des femmes russes. La commis- 
sion était difficile ; enfin la reine pro- 
posa Marie Hastings, qui ne plut 
point à Tambassadeur. Sur ces entre- 
faites, la tzarine accoucha (19 oct. 
1583) d'un fils, qui fut appelé Déraé- 
trius ou Dmitri. Iwan mourut six 
mois après (19 mars 1584) et Fédor II, 
son fils aîné, lui ayant succédé , la 
tzarine douairière fut envoyée avec 
le jeune Démétrius et avec les princes 
Nagoï, son père, ses frères, à Ou- 
glitche, où le prince enfant devait 
tenir une cour convenable à son rang. 
La mère infortunée vit presque lous 



132 



MAR 



MàM 



SCS yeux égorger son fils, sans pou- 
voir le défendre, el fut forcée de 
prendre le voile ; on la conduisit an 
couvent de Saint-Nicolas, surlaWiksa, 
près de Tcliérépowetz , dans une 
contrée sauvage, oii elle termina ses 
jours, en pleurant comme les mères 
de Bethléem (voy, Dkmétrius , LXII , 
316). G— Y. 

MARIE - THÉRÈSE dAutri 
che, première fille du roi d'Espagne 
Philippe IV, et femme de Louis XIV, 
était aussi sa cousine, car sa mère, 
première femme de Philippe IV, était 
Elisabeth ou Isabelle de France, une 
des filles de Henri IV, de sorte que 
Louis XIII était son oncle, non-seu- 
lement comme époux de sa tante 
Anne d'Autriche, mais aussi comme 
frère de sa mère. Elle vit le jour à 
Madrid, le 20 septembre 1638, c'est- 
à-dire, quinze jours exactement après 
la naissance de Louis XIV. Son édu- 
cation fut celle qu'on donne aux prin- 
cesses d'Espagne; elle ne fut point 
dirigée par l'œil d'mie mère et d'une 
Française (la reine Elisabeth avait 
cessé de vivre dès 1644). Si l'on en 
excepte quelques éléments de gram- 
maire, de littérature et d'histoire, indis- 
pensables même alors à une femme de 
haut rang, et aussi la connaissance 
de la langue française, comme si , dès- 
lors, elle se fût préparée à son rôle de 
reine de France, les graves futilités 
de cour et les pratiques de dévotion 
furent ses uniques occupations jus- 
qu'à lâge de vingt ans. On hii «lonna 
successivement pour directeuis trois 
Franciscains : le P. Jean de la Palme, 
commissaire-général de l'ordre, letjuel 
la prit à l'âge de cinq ans ; le P. An- 
dré de Guadalupc, esprit subtil <•( 
délié, aussi au fait des mœurs de la 
couji* que de celles du cloître, et qui 
exerça sur sa pénitente une influence 
très-marquée , mais (jui n'eut {|uc le 



temps de lui persuader qu'elle de- 
vait, an milieu de la cour, vivre de 
la vie de Dieu ; enfin le P. Alphonse 
Vasquez , qui la gouvernait encore 
lorsqu'elle vint en France. Depuis 
long-temps il était question de cette 
union ; et même on ne peut doutei- 
que , dès sa régence , Anne d'Au- 
triche n'en eût caressé le projet. Il 
fut mis pour la première fois osten- 
siblement sur le tapis, par de Lyonne, 
en 1656. Mais, à cette époque, Phi- 
lippe IV n'avait phis on n'avait pas 
encore de fils (don Ralthasar, frèie de 
Marie-Thérèse, était mort en 1644, 
et Marie-Anne d'Autriche ne lui avait 
donné qu'une fille, Marguerite-Thé- 
rèse) : il était donc à craindre que, 
par l'union de l'aînée des infantes avec 
Louis XIV, la monarchie de Char- 
les-Quint ne devînt l'héritage d'un 
fils de France : la proposition fran- 
çaise déplut par suite de cette éven- 
tualité, et n'eut pour le moment au- 
cune suite. La naissance d'un infant 
en 1657 (1), et bien plus encore uik^ 
autre grossesse de Marie-Anne d'Au- 
triche changèrent les dispositions, el 
la cour de Madrid en était à désirei- 
ce que naguère elle avait rejeté. Mais 
connne don Louis de Ilaro, ministre 
de Philippe IV, n'ignorait pas com- 
bien la reine-mère en France souhai- 
tait cette union , il dissimulait son 
propre désir, et se préparait à recevoir 
avec réserve les nouvelles ouverture» 
qui pourraient lui êtie faites. Mazarin 
trancha bientôt le nœud par une de 
ces finesses italiennes, qui justifient si 
bien le nom donné par Maric-Jos. Ché- 
nier à ce prince de l'Eglise (2). Il 

(1) Lequel nVsl pas encore Charles II , car 
ce (Jcrntrr ne naquit qu'en 1661, et il ne dé- 
tint roi à quatre ans que par la mort de tous 
ses aînés. 

(2) Le scapin cardinal 

Dit oui, trouva le tour original. 



MAR 

feignit de vouloir fiancer Louis XIV 
à la princesse Marguerite de Savoie ; 
et, pour faire croire à la réalité de ce 
plan, il arrangea en 1658 une entre- 
vue, à Lyon, entre le jeune monarque 
et la princesse que sa mère conduisait 
en France. Il eut soin que l'événe- 
ment fût annoncé avec fracas. Déjà 
Louis XIV était à Lyon depuis quel- 
ques jours, et la duchesse y faisait son 
entrée avec ses filles , quand, le mênH- 
jour et à la mérae heure, don Anto- 
nio Pimentel, un des secrétaires d'Ktat 
de Philippe IV, arriva aussi. Il put 
bientôt se convaincre par ses yeux 
que, si le plan du cardinal n'avait été 
d'abord qu'une comédie, cette comé- 
die allait tourner au sérieux : le jeune 
roi, que n'avaient point enflammé les 
portraits de l'infante sa cousine, fut 
plus sensible à l'esprit et aux grâces 
de la princesse venue des Alpes. 
Effectivement si Marguerite n'était 
point une beauté, sou amabilité, ses 
manières vives et enjouées exerçaient 
un véritable attiait; et, quand don 
Antonio déclara que lancienne pro- 
position de mariage était admissible 
désormais, il était gi-and temps qu'il 
parlât. Il y eut des pleurs, des repro- 
ches, des scènes de profond désespoir 
entre tous ces personnages dont la si- 
tuation devenait si fausse, entre la du- 
chesse mystifiée et l'ex-régente qui lui 
démontrait de son tnieuv, que la rai- 
son d'Etat l'obligeait à terminer la 
guerre avec l'Espagne par cette al- 
liance entre la mère et le fils, qui 
était fortement tenté de prononcer un 
de ces Je le veux, que nul ne pro- 
nonça plus énergiquement que lui en 
France, enfin entre Louis et celle qui 
devait renoncer en même temps à 
son amour et à la comonne si belle 

Le moyen bon, la comtesse jolie. 
Et prononça le juron d'Italie. 

La Bastille. 



MAR 



193 



qu'elle avait espérée. Elle ne conser- 
va, dit-on, de ce rêve qu'un engage- 
ment écrit de Louis XIV, par lequel 
il promettait de l'épouser si le mariage 
avec 1 infante éprouvait quelque em- 
pêchement. En présence de cette pas- 
sion mutuelle, Pimentel et Mazarin 
tombèient bientôt d'accord sur le prin- 
cipe même ; et il faut le dire, Maza- 
rin avait raison, car tout annonçait 
qne Marie-Thérèse, si elle ne devenait 
pas la femme de Ix)uis XIV, épouserait 
lempereur Léopold, ce qui aurait uni 
trop intimement les deux branches 
de la maison d'Autriche, et donné 
à celle qui régnait en Allemagne, des 
droits trop puissants à l'héritage es- 
pagnol (3). I^ cour «le France revhit 
à Paiis en février 1659 ; Pimentel la 
suivit , conclut le 7 mai un armis- 
tice provisoire, prélude fie la paix des 
Pyrénées, et trois mois après (13 
août ) commencèrent les fameuses 
conférences de lîle des Faisans, entre 
MazariH et don Louis de Haro. C'est 
après la sixième que les deux minis- 
U'es envoyèrent, à Madrid, le maréchal 
duc de Gramont accomplir ostensi- 
blement la cérémonie de la demande 
eu mariage. Les conditions de cette 
union forment le sujet du 33* article 
du traité des Pvrénées ( signé le 7 
novembre suivant). Il y fut stipulé 
que l'infante apporterait en dot cin- 
quante mille écus d'or, pavables en 
trois termes; que, moyennant le paie- 
ment de cette somme, elle ne pourrait 
élever aucune prétention sur l'héri- 
tage du roi et de la reine d'Espagne ; 
qu'elle renoncerait à cet héritage et 

(5) Le maiiage qui, peu de temps après, 
eut lieu entre cet empereur et la sœur de 
Marie-Tliér^se, n'offrait pas les mêmes avan- 
tages à l'Autrictie, n'inspirait pas les mêmes 
craintes à la France , puisque naturellement , 
la sœur aînée, primant la cadette, ne laissait 
à celle-ci aucun droit à la succession d'Es- 
pagne. 



154 



MÂB 



avant de se marier et après la célébra- 
tion du mariage , tant pour elle que 
pour ses enfants , à quelque titre que 
ce fût. Il y eut encore cependant bien 
des difficultés verbales , puisqu'il se 
passa près de sept mois avant le 
mariage. Enfin en mai 1660 Louis, 
après avoir visité la Provence, le Lan- 
guedoc, se rendit de JMontpellier à 
Saint- Jean- de-Luz. Philippe IV s'é- 
tait avancé jusqu'à Fontarabie , et 
quatre jours après ( 3 juin ) le pa- 
triarche des Indes bénit le mariage. 
Don Louis y représentait Louis XIV. 
La cour de France alla chercher l'in- 
fante le 7, et Louis XIV l'épousa per- 
sonnellement le 9 à Saint-Jean-de- 
Luz.Le6 avait eut lieu la présentation 
officielle dans l'île des Faisans, et c'est 
là que l'infante fit sa renonciation. Nul 
doute que, de la part de cette prin- 
cesse, le serment ne fût sincère ; mais 
jamais, de la part de Mazarin, la pro- 
messe n'avait été sérieuse. Sans doute 
à ses yeux c'était déjà beaucoup que 
d'an-acher à la branche autrichienne 
de la maison d'x\utriche, la fille ainée 
de la branche espagnole; mais il es- 
pérait que les fruits de cette alliance 
ne se borneraient pas à cet avan- 
tage négatif , et il jugeait bien. Non- 
seulement, c'est par suite de cette union 
que Philippe V monta sur le trône 
d'Espagne, mais trente-quatre ans 
avant la mort de Charles II, les droits 
de Marie - Thérèse avaient amené 
la guerre de dévolution, qui doima 
tant de places importantes à la France 
(1668) et qui prépara l'acquisition de 
la Franche-Comté. Au reste Louis XIV, 
en saisissant sitôt l'occasion, obéit à 
des inspirations uniquement venues 
de lui-même ou à celles qu'il avait re- 
cueillies de Mazarin mourant. Soit que 
ce bizarre droit de dévolution (4), usité 

(ft) Ce droit consistait en ceci, que loi-s- 
qu'un veuf ou une veuve convole i de sc- 



MAB 

entre particuliers dans les Pays-Bas, 
ne lui ait été connu qu'après la réso- 
lution qu'il avait prise de tirer quel- 
que chose de la dépouille de Philippe 
IV, soit qu'il l'ait connu auparavant, le 
mariage avec Marie-Thérèse n'en est 
pas moins un fait remarquable dans 
l'histoire politique de la France, 
comme ayant été le prétexte de deux 
guerres et l'origine de superbes ac- 
quisitions. Jamais, sans cette union, 
Duham n'eût écrit son Traité des 
droits de la reine T. - C. aux divers 
Etats de la monarchie espagnole, au- 
quel Stockmann opposa un Tractatus 
de jure devolutionis^ et Lisola son 
Bouclier d'Etat et de justice contre, 
etc. Deux circonstances au reste, sui- 
vant les publicistes français, viciaient 
la renonciation : 1" Marie-Thérèse 
était mineure lors de cet acte capital; 
2° la dot n'avait point été payée; et 
sans doute le cabinet français, voulant 
se ménager un subterfuge, n'avait 
point pressé Philippe de s'acquitter. 
Toutes ces intrigues demeurèrent, 
comme on peut le penser, étrangères 
à la reine. Nous voudrions pouvoir 
l'en louer et nous l'en louerions, si, 
douée de quelque talent pour les 
affaires, elle eût refusé de se mêler de 
celles qui répugnaient à la droiture et 
à la générosité de son cœur. Mais 
évidemment cette abnégation prove- 
nait de l'impuissance : Marie-Thérèse 
n'avait pas l'ombre du génie poli- 
tique; elle ne sut même pas se créer 
cette part d'empire domestique, que 
doit avoir chez elle toute femme de 
quelque valeur, dans les intérêts même 

condcs noces, ics biens immeubles affèreni 
à SCS enfants du premier lit. Ainsi, Plii- 
lippe IV, en se remariant h Marie-Anne d'Au- 
triche, donnait par cela même aux deux en- 
fants issus de son premier mariage (don Bal 
tliaiar etMaric-Tliérèso), les terres où le droi 
de dévolution était en vigueur (c'est-à-dire le; 
Pays-Bas), et Balthaiar n'existant plus, Marie 
Thérèse avait hérité de ses droits. 



MAR 

le son époux e* de sa maison, dans 
;eux de l'ordre et du décorum, sinon 
les mœurs. Nous ne sommes pas de 
^eux qui croient que les afFaires dï- 
at et d'administration doivent être 
nenées par les femmes, nous ne 
iommes pas non plus de ceux qui 
îxaçérent 1 égalité de la femme et de 
'homme dans l'état social de l'Eu- 
•ope moderne: mais, évidemment, 
me reine, digne de son rang, a 
Iroit d'être une femme influente ; 
me telle influence peut être utile, et 
1 est souvent à souhaiter qu'elle 
îxiste. Pour Louis XIV en particu- 
ier, qui niera que la France n'eût 
seaucoup gagné si, au lieu de l'empire 
nsolent et capricieux d'une Montes- 
aan, le grand monarque eût quelque- 
bis subi l'ascendant d'une épouse spi- 
[-ituelle et sensée ? Que la reine per- 
mette des maîtresses, soit; mais qu'elle 
se laisse éclipser, écraser par elles, 
;jue son cercle soit abandonné pour 
[a cour de la favorite, que tout ce 
:jui est ambitieux et avisé se prosterne 
îux pieds de celle-ci, qu'il n'y ait ni 
jrâce ni avancement pour qui la 
plaint et l'honore, c'est ce qu'une 
souveraine ne peut souffrir sans se 
manquer à elle-même : elle doit à son 
rang de faire justice de l'usurpatrice , 
elle doit au moins l'essayer. Ne pas 
tenter de résistance, se résigner, 
porter sa croix, offrir en silence ses 
larmes à Dieu, c'est être reine comme 
Louis XYI fut roi, en ne sachant que 
mourir courageusement sur l'écha- 
faud. Il est aisé de voir que jamais Ma- 
rie-Thérèse ne sut se faire aimer de 
son époux, pasmêmependant les deux 
années 1661 et 1662, qui furent un 
bal perpétuel à Paris et à la cour, le 
tnariage du duc d'Orléans avec Ma- 
rie-Henriette d'Angleterre ayant en 
lieu un an après celui du roi, et les 
fêtes pour la naissance da dauphin 



MAR 



155 



(1" novembre 1661) étant venues se 
mêler à celles-ci. Il est vrai que Louis 
XrV gardait un souvenir de l'im- 
pression produite sur lui à Lyon : 
c'eût été à Marie -Thérèse de l'affai- 
blir d'abord et ensuite de l'effacer; 
ce n'est point elle qui en vint à bout. 
Elle-même peut-être, avant de venir 
en France, avait eu, à ce quil semble, 
une inclination, l'on ne saurait dire 
exactement pour qui. Voltaire, dès le 
commencement de son Siècle de 
Louis XI y, rapjwrte cette tradition, 
qu'une religieuse lui ayant demandé 
si elle n'avait pas cherché à plaire 
aux jeanes gens de la cour du roi 
son père, elle répondit : « Non, il n'y 
« avait point de rois , » et il s'élève 
contre l'anecdote. ■ Cette religieuse 

aurait été plus qu'indiscrète ; s'il y 

avait eu des rois à la cour d'Espa- 
gne, l'infante eût donc cherché à leur 
plaire ? « Nous ne garantissons en 
aucune façon ce qui répugne si fort 
à Voltaire. La réponse serait fort 
ridicule, sans doute, si la reine eût 
puisé sa pensée en elle-même; mais 
cette réponse ne s'exphquerait-elle pas 
au besoin par la popularité de toutes 
les grandes maximes alors à la mode 
sur le théâtre, où l'on ne voyait que 
comédies de cape et d'épée, et in- 
fantes fort disposées à trouver de leur 
goût les cavaliers ; mais redisant 
sans cesse qu'elles ne peuvent épou- 
ser que des têtes couronnées? Quant 
à la demande, qu'on veuille bien se 
souvenir que, parmi les reUgieuses, 
étaient souvent des femmes du plus 
haut rang, des princesses de maison 
souveraine, que Marie-Thérèse affiec- 
tionnait la société des recluses, que sa 
bonté incontestable était bien feitc 
pour encourager la familiarité, que 
l'indiscrétion n'a rien d'étonnant de 
la part de qui ne connaît pas le 
monde et ne peut savoir à quel point 



io6 



MAR 



ses paroles sont déplacées (S). Mais 
lors même que l'anecdote telle qu'on 
la donne serait inexacte, qui a dû en 
inspirer l'idée ? on n'invente pas or- 
dinairement pour le plaisir d'inventer, 
et c'est sur une vérité que l'on bâtit 
an mensonge. En dépit de l'orgueil 
de Louis XIV, qu'un tel bruit devait 
blesser au vif, et pour qui ce bruit 
resta toujours à l'état de murmure, 
l'idée d'une inclination de Marie-Thé- 
rèse antérieure à son mariage, était 
établie à Versailles à tel point, que 
Bossuet lui-même, dans l'oraison 
funèbre de la reine, y fait plus clai- 
rement allusion qu'il n'était naturel 
de le faire, à moins de besoin :« Ces 
« sez, princes et potentats, de trou- 
« bler par vos prétentions le projet 
« de ce mariage! que l'amour, qui 
« semble aussi le vouloir troubler, 
« cède aussi lui-même ! L'amour peut 
« bien remuer le cœur des héros du 
« monde, il peut bien... y exciter des 
« mouvements qui donnent des espé- 
« rances aux insensés. Mais il y a 
u des âmes d'un ordre supérieur à 
« ses lois..., il Y a des mesures prises 
« dans le Ciel..., et l'infante non- 
« seulement par son auguste nais- 
« sance, mais encore par sa vertu et 
« sa réputation, est seule digne de 
« Louis. » Les premières allusions 
sans doute ont trait aux incidents de 
Lyon (ou, si on le veut absolument, 
mais ce que nous ne croyons pas, au 
goût connu de Louis pour Olympe de 
Mancini); mais, peu à peu, le prélat 
arrive à l'infante : et quel besoin de 
proclamer sa vertu et sa réputation ? 
Est-ce que ces qualités ne sont pas 
tacitement admises? Est-ce qu'en 
parler si spécialement n'est pas don- 

[h) On a aussi mis celle demande sur le 
complc <run confesseur. Celle iradilion sem- 
ble encore moins exacic, s'il est possible, que 
la première. 



MAR 

ner à croire qu'on les a contestées et 
qu'il faut une réhabilitation? Et quon 
ne réponde pas que ces mots sa vertu 
et sa réputation sont une satire indi- 
recte de la princesse de Savoie ! Cette 
grossièreté serait indigne d'un évê- 
que, et quand cet évêque est Bos- 
suet, qui pourrait se le persuader? 
Marie-Thérèse était à peine mère du 
dauphin, que déjà Louis XIV, après 
une fantaisie pour madame de Beau- 
veau , s'occupait de la duchesse 
d'Orléans, sa belle -sœur. On s'en 
émut à la cour, et, il faut le dire, à 
la louange du temps, on ne sembla 
point appi-ouver universellement cette 
passion. Le roi pourtant n'y renonça 
pas facilement; et quand son cœur 
fut calme de ce côté, ce ne fut que 
pour se dédommager ailleurs. Alors 
se nouèrent les amours avec M"" de 
la Vallière. La reine fut une des 
dernières de la Cour à en être infor- 
mée. Elle assista sans défiance aux 
premières fêtes qui se donnèrent 
pour cette rivale, et lors du premier 
accouchement de cette jeune personne 
qui était encore une des filles d'hon- 
neur de la reine , passant par sa 
chambre pour aller à la chapelle, elle 
s'approcha du lit où celle-ci était 
étendue, pour lui demander des nou- 
velles d'une fièvre qu'elle croyait fort 
innocente. Ces illusions subsistèrent 
même après que M""* de la Vallière 
eut été mise par Louis XIV dans une 
situation indépendante. C'est Vardes 
qui les fit cesser. Ce courtisan si vil el 
si double, qui avait été le confident du 
roi dans toute cette intrigue , fit ar- 
river aux mains de la reine une let- 
tre contrefaite, en espagnol, qui sem- 
blait de l'écriture du roi son père c 
où ce monarque lui révélait l'infidé 
lité de Louis (1665). Otto découverte 
dont une autre eût pu profiter , n< 
servit, en cette occasion, qu'à fair< 



MâR 

umber entièrement le voile bien dia- 
phane déjà qui avait couvert les 
raours du roi. Il aiFecta, et rien n'é- 
îit plus dans son caractère, de dé- 
loyer la plus grande splendeur au- 
our de sa maîtresse et de ne rien dis- 
imuler. Déjà il avait éliminé de sa 
our le confesseur Alphonse Vasquez, 
ju'il ne ti'ouvait point assez mania- 
(le ou assez aveugle, et que Philippe 
V avait prié sa fille de lui céder pour 
ui donner l evéché de Cadix. Le père 
ifichel de Soria, qui le remplaça, fut 
:hoisi de manière à ne plus inspirer 
le soucis au roi sur l'esprit de rési- 
gnation et d'obéissance de sa péni- 
ente : il en fut de même quand, qua- 
re ans plus tard , Booaventure de 
loria -iànt succéder à son père. On 
ent, du reste, que Louis XIV eut 
oujours ostensiblement pour la reine 
es égards que commandaient les con- 
tenances et ce respect de soi qu il 
)ortait a si haut point ; il ne parlait 
l'elle publiquement qu'avec estime et 
espect; on sait le mot qu'on lui prête 
1 l'occasion de la mort de cette prin- 
:esse « Voilà le seul chagrin qu'elle 
• m ait jamais causé. » Les incons- 
ances de Louis XIV n avaient point 
;mpêché que la reine ne lui donnât 
rois princes et trois princesses, dont 
aîné seul survécut à sa mère (ce 
xit le grand dauphin) (6). Lavè- 
lement de madame de Montespan 
•edoubla l'isolement de la reine; mais 
jeut-etre ne s apercnî-elle même pas 
Je tout ce qu'il v avait de différence 

16) Les deux princes furent Philippe et 
j)uis-Fran«)is, qui tous deux reçurent le ti- 
re de ducs d'Anjou, et moururent, l'un le 10 
aillet 16/1, à trois ans moins vingt-six jours, 
'autre le U novembre 16"2, à quatre mois et 
ingt - im jours. Quant aux trois princesses 
.\nne-Elisabeth, Marie- Anne, Marie-Thérèse), 
lenx d'entre elles moururent l'année même 
le leur naissance (1662, 166a;, et la dernière 
e i" mars 1672, à cinq ans et deiis mois 
noins nn iour. 



MAR 



n; 



entre les deux maîtresses, et sa piété 
sincère et intime la consola-t-dle 
d'un abandon désormais complet Si 
Marie-Thérèse n'avait pas les qualités 
d'une reine, on ne saurait lui dénier 
les vertus dune chrétienne. Elle s'ac- 
quittait minutieusement et ponctuel- 
lement de tous ses devoirs, se mon- 
trait toujours docile et dévouée à 
Louis XIV , concihait sans travail appa- 
rentses exercices de piété avec les voya- 
ges et les parties ordonnées par le fas- 
tueux monarque, bien qu'elle n'aimât 
pas le faste. Cette régidarité, cette cor- 
rection parfaites, si elles ne la ren- 
daient pas précisément aimable aux 
veux de Louis XIV, étaient pourtant 
de nature à lui mériter son estime ; 
car c'étaient des vertus qu'il prisait et 
pratiquait, et qui d'ailleurs s'alliaient 
parfaitement a son esprit d ordre et 
de dominadon ; aussi la proposait-il 
comme modèle à toutes les dames 
de la cour. Nous louerons moins 
les dures réponses qu'elle fit après 
avoir perdu sa fille et le duc d'Anjou. 
Marie-Thérèse se plaisait |>ourtant à 
lire sainte Thérèse, saint Pierre d'Al- 
cantara et François de Sales : aussi 
sa prière tenait-elle de la méditadon 
et de l'extase : souvent on la vit dans 
l'église, quand la foule se précipitait 
à grand bruit jjour l'apercevoir, et 
même un jour qu'un accident grave 
avait causé un peu de tumulte, absor- 
bée au point de ne rien entendre, et 
de ne pas changer un moment son at- 
titude. Sa charité n'était pas moindre : 
non-seulement elle donnait immen- 
sément, mais elle empruntait pour 
donner; non-seidement elle se pUait 
avec bonheur à cet usage antique 
qui prescrivait aux reines de France 
de laver les pieds à douze pauvres 
femmes, mais elle servait les malades 
comme unesœurde charité; et main- 
tes fois l'hôpital de Saint-Gei-main- 



1S8 



liêR 



en-Laye la vit remplir ce pieux office. 
Elle fonda une maison à Poissy pour 
loger les malades étrangers qui ve- 
naient à Paris, pensant s'y faire gué- 
rir des écrouelles par l'imposition des 
mains de nos rois. Elle contiibua 
beaucoup au grand développement 
que prit alors l'ordre des Francis- 
cains en France. Pleine de vénéra- 
tion pour ces religieux, elle avait, 
l'année même de son mariage, reçu 
l'habit de l'ordre au gi-and couvent 
des Franciscains de Paris, singula- 
rité qui surprit un peu en France, 
mais qui n'eût pas fait tant de sensa- 
tion dans la Péninsule, puisqu'un roi 
de Portugal (Jean III, 1521-37) fut 
solennellement reçu membie de la 
compagnie de Jésus, et que, sur une 
des places publiques de Lisbonne, 
existe encore sa statue en habit de 
jésuite. C'est elle qui introduisit en 
France l'ordre si pur et si austère 
de l'Immaculée-Conception. Elle ac- 
cepta aussi le titre de fondatrice et 
de supérieure de la congrégation du 
tiers-ordre de Saint-François établie 
au grand couvent de Paris. Quand , 
par suite d'une intrigue de sérail, le 
patriarche grec obtint que la garde 
du Saint-Sépulcre fût enlevée aux Fran- 
ciscains qui l'avaient eue quatre siè- 
cles durant, désolée de cette mesure, 
elle supplia sou époux d'intervenir 
auprès du grand-seigneur pour le 
rappel du khatti-chorif qui affligeait 
l'ordre; et, en effet, les Franciscains 
redevinrent les gardiens du Saint-Sé- 
pulcre, mais seulement après la mort 
de celle qui les avait appuyés si vive- 
ment. Marie-Thérèse mourut le 30 
juillet 1683. Sa maladie fut douloureu- 
se, mais ne dura (jue trois jours ; son 
âge en indique le caractère général. 
Elle déploya beaucoup de patience 
au milieu tles soulFrances (jui la dé- 
chiraient « toute vive et tout entière », 



MAR 

dit Bossuet, et beaucoup de courage à 
l'approche de l'heure dernière. Ses 
obsèques ne furent que d'une médio- 
cre magnificence : on prétendit que, 
la modestie ayant été sa vertu de pré- 
dilection, il fallait l'honorer par une 
pompe modeste. Dans son épita- 
phe fut enchâssée la traduction la- 
tine des mots prêtés à Louis XIV 
(De qua maritus nihil unquam doluit 
nisi mortem); qui sait pourtant si ce 
n'est pas l'épitaphe qui a fourni le 
mot heureux prêté au roi. Parmi les 
emblèmes plus ou moins ingénieux 
qui rendaient cette épitaphe parlante, 
étaient un arc-en-ciel avec la devise : 
Splendide sed non diu, et une grena- 
de autour de laquelle on lisait : CU- 
rior duni dissoluitur. L'oraison fiuiè- 
bre fut prononcée par Bossuet, et 
elle figure parmi les chefs-d'œuvre 
oratoires de ce grand homme. Mais 
il en existe une foule d'autres, et pro- 
bablement beaucoup restèrent en ma- 
nuscrit. Nous indiquerons comme im- 
primées celles de La Feuillade, évêque 
de Metz; de Béthune, évêque du Puy ; 
de Fléchier; d'un Grignan, coadjuteur 
à Arles ; des chanoines Lope/ et Sa- 
hurs, du jésuite Grosez, du minime 
D'Ubaye, du cordeUer Hugues de l'E- 
pée , du récollet Arnaud , de Cureau 
de la Chambre, enfin de Héreau, à qui 
son titre d'aumônier de la reine im- 
posait, en quelque sorte, ce devoir. 
Le panégyrique latin par le jésuite 
llarowys, remonte à 1660, c'est-à- 
dire à peu près au mariage (plus exac- 
tement, 1" octobre 1660). Il a pour 
titre : Paneyyiicns Mariœ-Theresiœ y 
reijinœ christianiss., 1661, in-i". Le P. 
Bonav. de Soria, nommé plus haut, a 
écrit, en espagnol et en français, un 
Abrégé de ta vie de Marie-Thérèse 
d'Autriche, Paris, 1683, in-12. Le ti- 
trc eu espagnol {Brève historia de la' 
viday vitdudes de M.-Theresa d'Aus- 



.\L4R 

tnaj désigne miaix le genre de l'ou- 
vrage, qui est prodigieusement vide 
de faits , mais dont pourtant nous 
avons encore tiré quelques indications. 
Ou a aussi en espagnol un Portrait de 
Marie- Thérèse (El retrato de M. The- 
lesa d'Austria , in-4'' ). Et , puisque 
ce mot de portrait nous échap- 
pe, disons qu'au physique , on j>ou- 
vait louer chez Marie-Thérèse une 
peau très-blanche , même pour toute 
autre qu'une Espagnole ; de beaux 
yeux, s'il est de beaux yeux peu ex- 
pressifs; des lèvres si vermeilles qu'on 
eût pu croire que le carmin y avait 
part; l'air de la santé, enfin, certain 
embonpoint qui lui seyait dans sa ' 
jeunesse. Mais, pour ne rien dissimu- 
ler, elle n'avait ni la taille ni le port 
d'une reine : elle était petite (7), avait 
■es épaules et le buste sans élégan- 
pe, les traits insignifiants, et le bas 
;les joues beaucoup plus gros que 
[le haut, de telle sorte que cette exu- 
bérance de muscles est ce qui prédo- 
imine dans sa physionomie, et la rend 
■econnaissable entre mille. Non-seu- 
ement il s'en faut que ce soit une 
jeauté, mais on sent, dans toute 
>a personne , quelque chose de sec , 
ie contraint et d'enfantin, même 
lans la maturité. Il n'y a point de 
ensibilité , point d'intelligence sur 
!on visage , et cet extérieur correct 
i t froid, quoique matériellement as- 
ez joli pour quelques juges, fait par- 
iaitement comprendre son caractère 
t son délaissement. Il est facile de 
érifier ce que nous avançons; on 
;etrouve de tout côté, dans les gale- 
ies de Versailles, le portrait de Ma- 
iie-Thérèse. — Marie-Thérèse-A>toi- 
ETTE-RiPHAFXLE , infaflte d'Espaguc , 
Ile de Philippe V et d'Elisabeth Far- 
uèse, naquit le 1 1 juin 1726; épousa, 

{!) Aussi, son mariage fit-il venir la mode 
es chaussures hautes et des coiffures étagées, 



MAR 



159 



en 1745, Louis, dauphin, fils de 
Louis XV, et mourut en 1746. Son 
oraison funèbre fut prononcée par 
l'évêque du Puy , Lefranc de Pom- 
pignan, frère de l'autem- des Poésies 
sacrées, et imprimée à Paris, 1746, 
in-4». P — OT. 

MARIE-BÉATRIX dEst, 
reine d'Angleterre, était fille d'Al- 
phonse IV, duc de Modène. Restée 
orpheline en bas âge, elle fut fiancée, 
par procuration, au duc d'York, qui 
venait de perdre Anne Hyde, sa pre- 
mière épouse. Elle traversa la France 
en 1673, et arriva à Paris dans les 
premiers jours de novembre. Louis 
XIV alla la visiter à l'Arsenal où elle 
était descendue, et, le 9, elle partait 
pour l'Angleterre. Ce choix dune 
princesse catholique, pour l'héritier 
du trône d'Angleterre, eut beau- 
coup d'influence sur les événements 
qui amenèrent la chute de Jac- 
ques II. A peine devenue reine , 
Marie-Béatrix ne cessa d'intercéder 
pour le rétablissement ostensible du 
culte catholique, ce qui, du reste, en- 
trait tout-à-fiait dans les desseins secrets 
de son époux. La protection accordée 
aux catholiques, la faveur dont ils 
jouissaient , devaient exciter le mé- 
contentement de la majorité de la na- 
tion. Cependant la reine, qui n'avait 
encore eu qu'une fille , morte au ber- 
ceau, accoucha, après six ans d'inter- 
valle, le 10 juin 1688, d'un prince 
qui reçut le titre de prince de Galles. 
C'était sans doute un événement heu- 
reux pour la famille des Stuarts, en 
excluant du trône les deux filles que 
Jacques avait eues de son premier lit, 
et qui avaient épousé des princes 
étrangers et protestants. Cette nais- 
sance ftit saluée avec transport par 
les catholiques, car Jacques II fit so- 
lennellement baptiser son fils, selon 
leur rit, et lui donna même le pape 



160 



MAP, 



pour parrain. Quand la guerre ci- 
vile eut éclaté, Marie-Béatrix, qui ai- 
mait passionnément son mari, se con- 
duisit, dans toutes les circonstances, 
ave»; le plus grand dévouement. Elle 
ne quitta l'Angleterre que lorsque 
tout espoir fut perdu. Accompagnée 
deLauzun,à quiïjauis XIV avait per- 
mis de se rendre en Angleterre pour 
concourir au salut de la famille roya- 
le , elle s'embarqua à l'embouchiu-e 
de la Tamise, traversa , sans être 
recomme , un grand nombre de bâ- 
timents hollandais, et débarqua heu- 
reusement , le 21 décembre 1688, à 
Calais, où elle fut bientôt rejointe 
par son fils, qui avait été confié à un 
ami de Lauzun. De là elle alla passer 
quelques jours dans un couvent de 
Boulogne, attendant avec la plus 
vive anxiété des nouvelles de son 
mari. Elle ne prit la route de Paris 
qu'après son arrivée. Louis XIV 
lui envoya plusieurs voitures ; il 
alla au-devai\t d'elle jusqu'à Cha- 
tou, et l'accueillit par ces nobles pa- 
roles : •' Je vous rends, madame, un 
u triste service; mais j'espère vous 
» en rendre bientôt de plus grands 
u et de plus heureux. « il la condui- 
sit ensuite au château de Saint-Ger- 
main-, où elle reçut les mêmes hon- 
neurs qu'aurait eus la reine de Fran- 
ce. Elle phit à ce monarque , qui lui 
trouva l'esprit juste et aisé, et qui 
prit beaucoup de plaisir à sa con- 
versation. Aussitôt arrivée, elle en- 
voya le comte Paul-Camille Torelli 
vers son IVère , François 11 , tluc 
de Modcuo, pour l'inslruire de ses 
«lésastres. lui 1092, elle accoucha 
»l'mie princesse, tandis qtie son mari 
uRsislait au malheureux combat «le la 
Hoguc. Dans fa retraite, elle paita- 
geait son temps entre ses devoir» de 
mère cl des exercices de piété, et, 
malgré son inloitune, elle trouvait 



MAR 

encore les moyens de soulager celle | 
des autres. Le 16 septembre 1701, * 
Jacques II étant mort à St-Germain, 
Louis XIV rassembla ses ministres , 
et il fut décidé à l'unanimité que l'on 
ne donnerait point au prince de Gal- 
les le titre de roi d'Angleterre. Cette 
décision alarma Béatrix, et , le jour 
même, elle vint parler au roi dans 
l'appartement de M*"* de Maintenon. 
« Elle le conjura en larmes , dit Vol- 
« taire dans le Siècle de Louis XIV^ 
" de ne point faire à son fils, à elle, à 
.. la mémoire d'un roi qu'il a protégé 
« l'outrage de refuser un simple titre, 
« seul reste de tant de grandeurs. On a 
'<! toujours rendu à son fils les hon- 
» neurs d'un prince de Galles ; on le 
u doit donc traiter en roi après la 
« la mort de son père. Le roi Guil- 
« laume ne peut s'en plaindre, pour- 
<• vu qu'on le laisse jouir de son 
.. usurpation. Elle fortifie ces raisons 
« par l'intérêt de la gloire de Louis 
« XIV. Qu'il reconnaisse ou non le 
u fils de Jacques, les Anglais ne pren- 
u dront pas moins parti contre la 
» France, et il ama seulement ladou- 
u leur d'avoir sacrifié la grandeiu- 
u de ses sentiments à des ména- 
« gements inutiles. » (^es représenta- 
tions furent appuyées par M"'" de 
Maintenon, et Jacques III fut reconnu 
le même jour qu il avait été arrêté 
cju'on ne le reconnaîtrait pas. Marie- 
Béatrix vécut assez pour êtje té- 
moin des efforts impuissants tentés 
par son fils, afin de ressaisir la cou- 
lonne d'Angleterre. La mère ne fui 
pas plus heureuse que l'épouse. Elle 
mourut à Saint-Germain, le 7 mai 
1718 , après douze jours de ma- 
ladie ; le surWidemain , son corps 
fut porté à l'églist- SaitUe-Mario de 
Chaillot , où avait été déposé le 
(œur de son mari. « Sa vie , diJ 
„ Sttim - Sjiuion , depuis quelle fut 



« en France , n'a été qu'une sui- 
« te de malheurs qu'elle a héixw- 
« quement portés jusqu'à ia fin, dans 
!« l'oblation à Dieu, le détachement , 
- la pénitence, la prière, les bonnes 
œuvres continuelles, et toutes les 
vertus qui consomment les saints. 
Parmi la plus grande sensibilité 
naturelle, beaucoup d'esprit et de 
hauteur naturelle, qu'elle sut cap- 
tirer étroitement et humilier con- 
stamment, avec le plus grand air du 
« monde, le plus majestueux, le plus 
« imposant, avec cela doux et mo- 

• deste. Sa mort fut aussi sainte 

• qu'avait été sa vie. Sur les 600,000 

• livi-es que le roi lui donnait pai' an, 

• elle s'épargnait tout pour faire sub- 

• sjster les pauvres Anglais dont 
" Saint-(iermain était rempli. » A — v. 

MARIE -LOriSE, femme de 
Cliai'ies il, roi d'Espagne, était HUe 
du duc d'Orléans, frère de Louis XIV, 
et de Henriette d'Angleterre. Elle na- 
quit à Paris en 1662, et fut tenue siu- 
les fonts baptismaux par le cardinal 
de Retz et la princesse d'Harcouit. \ 
peine âgée de huit ans, elle perdit sa 
mère, dont la mort soudaine Ht croire 
à un empoisonnement. Quelques an- 
nées après, Marie-Louise faillit être 
victime d'un attentat semblable. 
« La jeune Mademoiselle, dit M"" de 
« Sovigné dans une lettre du lii oc- 

• tobre 1677, a la lièvre qiîarte. Elle 
» fut l'autre jour aux caruiéhtes de 
» la rue du P^iuloy, pour leurdeman- 

• der un remède. Elle a avait ni gou- 

• vernante ni sous-gouvernante; on 
« lui donna un breuvage qui la fit 
« beaucoup vomir; cela Ht grand 
« bruit. La princesse ne voulut point 
" dire qui lui avait donné ce re- 

• mède » ; mais le roi le sut et en fut 
tellement indigné (ju'il prodigua, en 
présence du duc d'Orléans, les épithè- 
tes les plus injurieuses aux carmélites} 

LXIIII, 



fit 

d alla jusqu'à les appeler • des em- 
poisonneuses. • A supposer que ce» 
religieuses fussent toujMifiles, il est 
évident qu'elles devaient avoir des 
complices, et peut-être servaient- 
elles d'instrument à leiu- insu. Quoi 
qu'il en soit , on est frappé de la 
ressemblance des s% raptùmes qui se 
manifestèrent alors chez la princes- 
se, avec ceux qui douze ans plus 
tard accompagnèrent sa mort. >'ou$ 
ne prétendons point apporter ici 
d'opinion décisive, mais, s'il est vrai 
que Henriette d'Angleterre soit morte 
empoisonnée, doit-on s'étonner que 
sa fille ait été victime de la même 
haine, exploitée au profit d'intérêts 
politiques? Cependant, grâce à de 
prompts remèdes, Marie-Louise se ré- 
tablit, et devint l'un des plus beaux 
ornements de la cour. Appelée par sa 
naissance à toutes les rt-unions de la 
famille royale, elle s'éprit d'une vive 
passion pour le dauphin et fut ptayée 
de retom-. Mais des raisons d'état s'op- 
posaient à leur imion. Aussi Made- 
moiselle avait dit au duc d'Orléans : 
« Ne menez pas si souvent votre fille 
•• à la cour, elle sera trop malheu- 
" reuse ailleiu^. » Cette prévision 
était juste, car, lorsque le mariage de 
.Marie-Louise avec Charles H eut été 
arrêté, elle témoigna le plus violent 
désespoir et usa de tous les moyens 
pom- le faire rompre. Louis XIV fut 
inflexible : « Je vous fais reine d'Es- ' 
" pagne, lut' dit-il , que pourrais-je 
« de plus pour ma fille? — Ah! i-é- 
• pondit ia jeuneprincesse, vous pour- 
» riez plus pour votre nièce. « Que 
de grâce et de délicatesse dans ces 
paroles ! Cependant le jour fixé pour 
son départ approchait ; ne pouvant 
•'y résoudre, elle se jeta aux pieds 
du roi au moment qu il se rendait à 
la messe et fut i-epoussée par cette 
fi-oide plaisanterie : • Ce serait une 
11 



I6i 



MAR 



« belle chose que la reine catholique 
a empêchât le roi très-chrétien d'aller 
« à la messe. » Le 20 septembre 
1679, elle prit congé de Louis XIV, 
qui lui dit en l'embrassant : » Mada- 
« me, je souhaite de vous dire adieu 
« pour jamais; ce serait le plus grand 
» malheur qui vous pût arriver que 
« de revoir la France « (1). I^ dé- 
sespoir était tellement peint sur le 
visage de Marie-Louise, le jour de son 
départ, que le peuple attendri s'é- 
criait en la voyant passer dans la rue 
Saint-IIonoré : « Monsieur est trop 
» bon, il ne la laissera point aller, 
. elle est trop affligée «. Cependant 
il fallut partir; elle était accom- 
pagnée du prince et de la prin- 
cesse d'Harcourt. Sa première en- 
tievue avec Charles II eut lieu 
près de Burgos ; le roi la surprit 
eomme elle se coiffait, et il ouvrit la 
porte lui-même. Marie-Louise voulut 
se jeter à ses pieds et lui baiser la 
main; le roi la prévint et baisa la 
sienne. Le mariage fut célébré sans 
pompe le 18 novembre, et les deux 
époux, après avoir passé la nuit à 
Burgos, prirent la route de Madrid. 
A peine arrivée, la reine écrivit à 
Louis XIV « que son mari était plus 
« aimable qu'elle ne l'avait cru, et 
« qu'elle était heureuse. >• Charles se 
montrait fort content de sa jeune 
épouse ; il lui enseignait l'espagnol et 
en apprenait le français. Cette bonne 
intelligence ne fut tioublée que par 
des accès de jalousie, qui obHgèrent la 
reine à vivre dans la plus grande re- 
traite. Sans doute celte jalousie n'a- 
vait d'autre fondement que l'état 
même d'impuissance dont le roi était 

(1) Ces paroles éuiient un reproche indirect 
pour MargupritP-Louiso d'Orlëans, grandn- 
duchessc de Toscane, qui était présente à cette 
audience. Elle avait quittO, en iC'J&.CosuiellI 
dp Médici» , son mari , et était revenue en 
France, (yoy- ^ XXVIU, p. 98.) 



MAR 

frappé, et l'on doit reléguer dans le 
domaine du roman toutes les supposi- 
tions contraires. On comprend, néan- 
moins, que Marie-Louise, habituée aux 
brillantes fêtes de Versailles, ne s'ac- 
commodât guère de cette solitude, 
et qu'elle reportât souvent ses pensées 
et ses regards vers cette France où 
elle avait laissé tout ce qui lui était 
cher. Depuis dix ans elle menait la 
vie la plus monotone, lorsque le 10 
février 1689, elle fut tout-à-coup 
prise de vomissements si extrêmes et 
si violents, qu'aucun remède ne put 
la soulager. Après avoir dit, comme 
sa mère, qu'elle était empoisonnée, 
elle se rétracta comme elle, excitée 
sans doute par des sentiments de ré- 
signation et de charité chrétienne. 
Elle expira le surlendemain à midi, 
au milieu des plus cruelles souffran- 
ces. Cette nouvelle, parvenue à Ver- 
sailles dans la soirée du 19 février, 
fit la plus vive sensation , et rappela 
les célèbres paroles de Bossuet : u Ma- 
dame se meurt, Madame est morte .■ . 
Bientôt les détails circonstanciés arri- 
veront, et il n'y eut plus qu'une opi- 
nion sur la cause d'une mort si sou- 
daine. Tous les contemporains, la 
princesse de Bavière, M»" de La 
Fayette, de Sévigné, l'attribuent au 
poison, bien que « ce mot eût été dé- 
fendu à Versailles et par toute la 
France. » Voici comment s'exprime 
Saint-Simon qui, envoyé ambassa- 
deur extraordinaire en EIspagne au 
commencement du XVIII' siècle, put 
recueillir sur les lieux mêmes toutes 
les circonstances qui avaient accompa- 
gné cet événement: « La reine, dit-il, 
.. n'avait point d'enfants et avait tel- 
« lemeut gagné l'estime et le cœur du 
« roi son mari, que la cour de Vienne 
.. traignit tout de son crédit pour 
a «létacher l'Espagne de la grande 
.. alliance faite <outre U France. Le 



MAP. 

» comte de Mansfeld, avec qui la 

» comtesiie de Soissons lia commerce 

• intime dès en arrivant, était am- 
» bassadeur de l'empereur à Madrid. 
« La reine, qui ne respirait que Fran- 

• ce, eut une grande passion de voir 
> la comtesse de Soissons. Le roi 
■ d'Espagne, qui avait foit oui parler 

• d'elle, et à qui les avis pleuvaietit 
depuis quelque temps qu'on voulait 
empoisonner la reine, eut toutes les 
peines du monde à y consentir. Il 
permit à la fin que la comtesse de 
Soissons vînt quelquefois les après- 
dînées chez la reine par un escalier 
dérobé, et elle la voyait seule et 
avec le roi. Les visites redoublèrent 
et toujouis avec répugnance de la 
part du roi. Il avait demandé en 

■ grâce à la reine de ne jamais goûter 

de rien iju'il n'eu eût bu ou mangé 

le premier, parce qu'il savait bien 

qu'on ne le voulait pas cmpoison- 

'• ner. Il faisait chaud, le lait est rare 

« à Madrid, la reine en désira, et la 

« comtesse, qui avait peu à peu usui- 

« pé des moments de tête-à-téte ave<' 

• elle, lui en vanta d'excellent qu'elle 
» promit de lui apporter à la glace. 
« On prétend qu'il fut piéparé chez 

• le comte de Mansfeld. La comtesse 
« de Soissons l'apporta à la reine qui 

• l'avala, et qui mourut peu de temps 

• après, comme Madame sa mère. 

• La comtesse de Soissons n'en atten- 
» dit pas l'issue, et avait donné l'ordre 
« de sa fuite. Elle ne s'amusa guère 

• au palais après avoir vu avaler ce 
« lait à la reine; elle revint chez elle 

• où ses paquets étaient faits, et s'en- 
« fuit en Allemague. Dès que la reine 

• se trouva mal, on sut ce quelle a- 
« vait pris et de quelle main; le roi 
» d'Espagne envoya chez la comtesse 

• de Soisson.s, qui ne se trouva plus; 
« il fit courir après de tous côtés, 
« mais elle avait si bien pris ses me- 



MAR 



163 



« sures quelle échappa. Mansfeld 

- fut rappelé à Vienne où il eut à son 

- retour le premier empjoi de cette 
" cour. " En présence d'un témoi- 
gnage aussi positif et de l'accord una- 
nime de tous les contemporains, on 
ne saurait donner aucun poids à l'au- 
torité de Voltaire qui nie l'empoisonne- 
ment. L'auteur du u'éc/e </« Louii XI F, 
au lieu de réfuter les assertions des 
écrivains que nous avons cités, s'atta- 
che à uiî passage de* Mémoires de 
Dangeau , qu'il dénature et mutile. 
(;]ar, outre que ce passage n existe pas 
dans quelques éditions, il se rapporte 
non à Marie-Louise, mais à Anne de 
Neubourg, seconde femme de Char- 
les II. il faut d'ailleurs ajouter à ce 
témoignage que la comtesse de Soit- 
sous était la même que l'on avait vue 
si gravement compromise avec la 
Crinvilliers, et que son propre fils, 
le prince Eugène, regardait comme 
tellement coupable, que, dans les der- 
nières années de sa vie, il cessa de la 
voir, {roy: Soi.sso.vs, XLII, 581 .) A— v. 

MARIE-LOUISE , reine d'Es- 
pagne , mère de Feixlinand VII et fille 
de l'infant don Philippe , duc de 
Parme , naquit dans cette ville le 9 
décembre 1754. Elle fut mariée le 4 
septembre 1765, à Charles, prince des 
A .stiuies (depuis Charles IV). Couron- 
née reine en 1789, cette princesse 
reçut à la cour de son père l'éduca- 
Jion la plus soignée. Elle n'avait que 
douze ans, lorsque, ayant su que son 
mariage avec l'héritier de la couronne 
clEspagne était signé, elle exigea aus- 
sitôt qu'on lui rendit tous les honneur» 
dus à ce nouveau rang. Cette pré- 
tention , qu'elle eut même à l'yard 
de son frère, le duc Ferdinand, donna 
lieu il de vives et fréquentes alterca- 
tions entre eux. Dans une de ces oc- 
casions, Marie -Louise dit au jeune 
duc : '< i« vous apprendrai à avoir 

11. 



164 



MAR 



« les égards que vous me devez , 
« car enfin je serai reine d'Espagne et 
o vous ne serez jamais qu'un petit 
« duc de Parme. » Celui-ci répondit : 
« En ce cas, le petit duc de Parme 
.. aura l'honneur de donner un souf- 
« flet à la reine d'Espagne. « Ayant 
mis à exécution sa menace, l'infant 
fut arrêté par ordre de son père, au- 
quel Marie-Louise était allée porter 
ses plaintes ; mais bientôt elle-même 
intercéda pour celui qui l'avait si 
cniellement offensée. Cette princesse 
vint très-jeune à la cour d'Espagne. 
Sans être belle, elle avait alors de la 
grâce sans affectation et une physio- 
nomie vive et spirituelle. Cependant 
le prince son époux lui témoigna d'a- 
bord un éloignement qui l'exposa à 
de sévères réprimandes de la part du 
roi son père. Ce monarque aimait 
tendrement sa bru; mais, alarmé de 
son extrême vivacité, il la tenait sous 
la plus exacte surveillance. Il éloigna 
d'elle deux jeunes dames dont l'exem- 
ple pouvait lui être funeste. Ces da- 
mes avaient entraîné la princesse à se 
promener incognito et seule dans les 
rues de Madrid ; de telles promenades 
ne pouvaient être tolérées par un 
prince aussi rigide, sous le rapport des 
mœurs, que l'était Charles III. La 
même cause fit aussi éloigner de la 
cour le duc de Lancastre , le plus 
aimable et le mieux fait des seigneurs 
de ce temps-là. Déjà la malignité 
avait répandu des bruits outrageants 
pour Va princesse. Tant que Charles 
m vécut , Marie-Louise lut obligée 
de mesurer ses moindres démarches ; 
et ne put avoir aucune influence sur 
les affaires. Mais, en revanche, eile 
jouit du bonheur d'être aimée de ses 
peuples. iNe négligeant rien pour ga- 
gner le cœur de son époux, elle y 
parvint au point que bientôt ce prince 
n'agit plus que par ses conseils ou 



MAR 

d'après sa volonté; et, dès que Charles 
m eut fermé les yeux, cet ascendant 
eut encore plus de force. Les minis- 
tres furent entièrement soumis à la 
reine , et les trésors de l'État lui fu- 
rent complètement ouverts. Les em- 
plois les plus importants ne s'accor- 
dèrent que par sa protection. Le tré- 
sorier-général, le marquis de la Stor- 
mazas, fut destitué pour avoir osé 
refuser une somme que l'épuisement 
du trésor n'avait pas permis de lui 
fournir. Le ministre de l'intérieur, 
Cabalero, reçut aussi son congé pour 
un refus du même genre. L'empire 
de Marie-Louise fut moins absolu 
lorsque Godoy vint le partager. Dès 
lors, Charies IV et la reine ne firent 
plus rien que parleur favori et, ce qui 
était assez bizarre, c'est qu'il eût été 
difficile de dire lequel des deux époux 
avait le plus de penchant pour Godoy. 
Mais la reine eut bientôt à se repen- 
tir de l'influence qu'elle lui avait 
laissé prendre; il n'était plus temps 
de faire revenir le roi de rattachement 
et de la confiance qu'elle-même lui 
avait inspirés pour un homme qui 
s'en montrait si peu digne. Charles IV 
ne voulait pas croire à la dépravation 
de Godoy. La reine n'avait jamais pu 
détacher c<;lui-ci «le ses liaisons avec 
M°" Tudo , tandis que lui-même ne 
souffrait auprès de la reine aucun hom- 
me qui eût pu lui donner de l'om- 
brage. Ce fut aiusi qu'il disgracia le 
ministre llrquijo et le jeune améri- 
cain Mallo. Cependant la reine, outrée 
d(> l'orgueil du favori et de son in- 
gratitude, le metiaça un jour de faire 
connaîue au roi toute sa perversité ; 
mais le favori ne fut point effrayé de 
cette menace, que Marie-Louise étail 
d'ailleurs incapable d'exécuter. L'as- 
«:ondant qu'il avait pris sur elle étaii 
si grand, (pie, malgré tous ses torts, 
cette princesse pouvait encore raoui! 



MAR 

que le roi se passer de sa présence. 
Ainsi, loin de s'opposer par la suite à 
son élévation, elle ne cessa d'y con- 
courir. A cette époque (1802), l]ona- 
parte , qui venait de s'emparer du 
pouvoir en France, n'avait encore 
entrepris aucune correspondance di- 
recte avec Godoy ; mais il n'ignorait 
pas l'influence qu'exerçait la reine sur 
le gouvernement. Il chercha donc à 
s'insinuer dans l'esprit de cette prin- 
cesse par les lettres les plus polies et 
par les présents les plus recherchés. 
La princesse, flattée d'être l'objet des 
attentions d'un homme qui faisait tant 
de bmit en Europe, lui envoya à 
son tour des cadeaux magni6ques, et 
on la vit mettre un grand prix à 
ceux qu'elle en avait reçus, principa- 
lement à une perruque en fils d'or, si 
habilement travaillée, que l'on pou- 
vait à peine distinguer au toucher les 
fils d'or des cheveux. En échange, 
elle lui envoya une épée enrichie des 
diamants les plus précieux. Mais , 
après l'arrivée de Lucien Bonaparte à 
Madrid {voy. Charles r\', LX, 463), 
Napoléon ne correspondit plus qu'a- 
vec le prince de la Paix, sans oublier 
cependant de ménager la reine, à 
laquelle les ambassadeurs de France 
firent toujours, par ordre de leur 
mattre , la cour la plus assidue. 
Cette politesse extérieure contribua 
beaucoup à entretenir chez elle la 
haute estime qu'elle avait conçue 
pour Napoléon. Mais l'attachement 
du peuple espagnol pour cette prin- 
cesse était considérablement diminué 
depuis l'élévation du prince de la 
Paix. Tandis qu'on aimait sincèrement 
Charles IV, et qu'on se bornait à 
plaindre son aveuglement pour un 
indigne favori, on regardait générale- 
ment la reine comme la première 
cause de cette calamité. Le peuple 
languissait dans la misère ; on veneit 



^L^ 



16o 



d'augmenter le prix de plusieurs den- 
rées, en même temps qu'on avait ac- 
cordé à Godoy , déjà le plus riche 
propriétaire de l'État, un nouveau 
revenu de 500 mille ducats. L'indi- 
gnation pubUque fut à son comble. 
Un jour, la reine se promenait le long 
du Mançanarès : une foule de peuple 
se rassemble tout-à-coup autour de 
sa voiture; on la menace, on laccuse 
des malheurs publics, et les expres- 
sions les plus injurieuses s'allient dans 
toutes les bouches au nom du favori. 
Leê gardes -du- corps qui escor- 
taient la princesse eurent beaucoup 
de peine à contenir cette foule; deux 
d'entre eux furent très-mal traités. On 
punit sévèrement les principaux cou- 
pables; mais la reine dut voir com- 
bien elle avait perdu dans l'esprit de < 
ses sujets. Cependant, comme on n'i- 
gnorait pas l'attachement que le roi 
consei-vait pour elle , on s efforça de 
dissimuler; et, quand le monarque et 
son épouse se montraient ensemble en 
public , ils recevaient tous les -deux 
les mêmes témoignages daffectioii. 
Ces témoignages les accompagnè- 
rent dans leur voyage , à Badajoz, 
en Andalousie, et dans celui de 
Barcelone , où ils passèrent , eu 
1802, pour célébrer le double ma- 
riage du prince des Asturies et dt, 
l'infante. Quoique Marie-Louise ait 
toujours marqué une véritable prédi- 
lection pour la reine d'Étrurie et sm- 
tout pour l infant don François , ses 
sentiments envers le piince des As- 
turies semblèrent im peu changer 
lors de son mariage avec une prin- 
cesse de Naples, pour laquelle elle ne 
pouvait pas cacher son aversion. On 
a généralement considéré Marie- 
Louise comme la principale cause de 
l'alliance du prince de la Paix avec 
une princesse du sang; néanmoins le 
but quelle s'était proposé dans ce 



166 



MAR 



mariafî* ne fat pas rempli , caf Go» 
doy ne renonça pas à ses anciennes 
liaisons. L'éloignement que le prince 
des Asturies avait pour Godoy (voy. 
Ferdinand Vil, I.XIV, 80, et Charles 
IV, LX, 462) lui attira souvent de 
graves réprimandes de la part de ses 
parents. Cependant , lors des pre- 
mières dissensions du prince avec 
son père, la reine croyant les jours 
de son fils en danger, alla tout en 
pleurs se jeter aux pieds du monar- 
que, et elle ne le quitta pas avant 
d'avoir obtenu la grâce de Ferdi- 
nand. Depuis cette époque, Marie- 
Louise ne joua plus qu'un rôle peu 
important. Tremblant pour la vie de 
Godoy dans les journées des 17 et 19 
mars 1808, elle n'eut de nanquillité 
que lorsqu'elle le revit à Bayonne. 
C'était dans cette ville que les yeux de 
cette princesse devaient à la fin s'ou- 
Trir sur le compte de jNapoléon ; mais 
loin de là, on l'y vit appuyer avec 
une sorte de fureur, an détriment de 
son fils, ses prétentions à la couronne 
d'Espagne; et, si l'on en croit les com- 
pilations de Sainte-Hélène, Bonaparte 
lui-même racontait alors qu'il avait 
été révolté de l'entendre s'accuser 
d'un crime pour dénier la légitimité 
de Ferdinand, et détruire des droits 
que, dit-elle en présence de Charles 
IV, il ne pouvait tenir que d'elle 
seule. O furent ses deiniers adieux à 
ce fils qu'elle ne devait plus revoir. 
Bientôt elle fut conduite à Fontaine- 
bleau avec Chailes IV, la reine d'É- 
trurie (»^o)'. son article, ci-après), l'in- 
fanl don François et Godoy; i)uis à 
Marseille et enfin à lîome. Elle passa 
plusieurs années dans celle ville, oii 
tes deux époux vécurent d'aboitl d'un 
modique Uaitement du gouvernement 
impérial fort irrégulièrement payé, 
puis de sonnnes beaucoup plus rx)n- 
sidérables que leur envoya Ferdi- 



MAB 

nand VU, dès qu'il fat remonté sur 
le trône. Marie - Louise mourut à 
Borne le 4 janvier 1819. M — d j. 

MARIE - LOUISE - Joséphine, 
reine d'Étrurie, fille de Charles IV, 
roi d'Espagne, et de Marie - Louise , 
dont l'article précède celui-ci, na- 
quit à Madrid, le 6 juillet 1782. 
A lage de treize ans, elle épousa 
l'infant don Louis de Bourbon, fils 
aîné du duc de Parme, don Ferdi- 
nand {voy. Loris I". LXXll, 162}. 
iSéanmoins elle continua de résider 
en Espagne, sous le nom de princesse 
de Parme. Quatre ans et demi après son 
mariage elle accoucha d'un fils qui 
fut nommé Charles -Louis, et qui 
aujourd'hui est duc de Lucqucs. 
On sait qu'un traité d'échange don- 
nait la Toscane au mari de la prin- 
cesse de Parme. Les deux époux eurent 
ordre de se rendre dans ce pays au 
• mois d'avril 1801. Avant leur départ, 
le prince de la Paix leur dit que 
le premier consul, Bonaparte, désirait 
voir nu moment, à Paris, le nouveau 
roi et la nouvelle reine. Après être 
restés vingt jours dans cette capitale, 
ils partirent pour Florence, en pas- 
sant par la ville de Parme, où le roi 
eut le bonheur de revoir ses parente. 
Les princes firent leur entrée à Flo- 
rence, le 12 août 1801. Quoique la 
Toscane fut encore occupée par le 
général Murât , le comte Ventura en 
avait pris possession au nom du roi 
Louis 1". L'accueil du peuple ne fut 
pas très-cordial, parce qu'il voyait 
arriver ces souverains sous la pro- 
tection de l'armée fiançaisc, dont le 
S(-jonr était pour lui une charge pé- 
nible. Le palais Pilti, où descendirent" 
le roi et la reine , clait prescpic dé- 
pouillé; il fallut emprunter des flam- 
beaux et presque tous les meubles. 
- Ce fat la première fois, dit la rei- 
.. ne d'Étrurie dans »es Mémoi- 



MAR 

" les (1), qu'une fille du roi d'Es- 
•1 pagne, accoutumée à ne faire usa- 
n ge que de plats d'or et d'argent , 
« se vit contrainte de manger dans 
'< des vases de terre ». La cour de 
Vienne fut la première qui reconnut 
la souveraineté de Louis I", et elle 
accrédita auprès de lui le général 
Colli. Le pape Pie Vil envoya ensuite 
un nonce à Florence, monseigneur 
Morozzo, depuis cardinal. La reine fit 
alors, de concert avec son mari, des 
démarches pour que les troupes fran- 
çaises évacuassent l'Étrurie, mais elle 
ne put l'obtenir ; on lui répondit que 
l'ancien gouvernement, qui était très- 
regrctté, avait conservé l'afFection des 
Toscans. Il fut seulement promis qu'a- 
près la formation d'une garde noble, 
les troupes sortiraient de la capitale, 
pour aller occuper Livourne et Pise. 
La santé du roi, malade depuis long- 
temps, commençait à décliner d'une 
manière effrayante ; des accès de fiè- 
vre tierce ne lui donnaient aucune 
lelâche; ensuite une maladie de poi- 
trine se déclara. En 1802, la reine, 
quoique enceinte , fut appelée à 
Madrid, pour prendre part aux fêtes 
du mariage de son frère Ferdinand : 
il fallut que le roi Louis s'arrêtât à 
Pise : cependant, quand les symptô- 
mes de phthisie le lui permirent, il 
s'embarqua. La reine, surprise par 
les douleurs pendant la traversée, 
accoucha d'une fille, en vue de Bar- 
celonne. Marie-Louise était bois d'é- 
tat de débarquer; alors Charles IV, 
qui venait d'arriver, ordonna qu'on 
ouvilt les flancs du vaisseau à trois 
ponts qui la portait, et que par une 
embrasure du bâtiment, on élevât 
son Ut, sans déranger la princesse, 
}>our la transporter a terre. Cette ou- 
verture fut exécutée à grands frais 

(1) Memoir of the queen of Etruria writ- 
toi ^ hcrself, Londres, 1814, in-8">, 



MAR 



167 



dans l'espace d'une matinée, par 
un habile ingénieur, et le roi Char- 
les IV eu témoigna la plus vive satis- 
faction. Peu de temps après, on reçut 
la nouvelle de la mort du duc de 
Parme, son fils. Le roi d'Étrurie en 
conçut tant de chagrin, que son état 
empira, et que les médecins voulu- 
rent qu'il retournât à Florence. Le 
27 mai 1803, cinq mois après son 
retour, il succomba à ses souffrances , 
laissant régente la reine son épouse. 
\aî jeune Charles-Louis fut proclame 
roi d'Étrurie. Lorsque Marie-Louise 
prit les rênes du gouvernement, elle 
chercha à assurer le bonheur de ses 
sujets ; mais, peu de temps après, une 
maladie contagieuse se déclarait à 
Livourne, et fit de cruels ravages. 
Les troupes françaises continuaient 
d'occuper diverses parties de la Tos- 
cane, et il fallut augmenter les impôts 
|)our subvenir aux dépenses qu'oc- 
casionnait cette exigence du vain- 
queur. I^a reine dit, dans ses Mémoi- 
res déjà cités, qu'elle obtint du cabi- 
net de France que des troupes es- 
pagnoles viendi-aient en Toscane, et 
qu'ainsi elle fut délivrée des troupes 
françaises. La reine ne sut pas alors 
la vérité ; ce fut Napoléon qui sug- 
géra au cabinet de Madrid l'idée 
denvoyer en Toscane des troupes 
espagnoles. Par ce moyen, ces trou- 
pes, une fois sur le continent, pour- 
raient être dirigées ailleurs, dans le 
sens de la politique française. Cela 
eut lieu en effet, mais non pat avec 
tout le succès que Napoléon s'en était 
promis. Quoique ses troupes n'oc- 
cupassent plus aucune des villes de 
lÉtrurie, ce pays n'en resta pas moins 
condamné à fournir un subside très- 
considérable, payable par douzièmes 
de mois en mois, et destiné, préten- 
dait-on , à solder les régiments qui 
dans un cas donné viendraient dans 



f«S 



MAr. 



ce pays, [>oar y apaiser urie révolte , 
et qui attendraient cette destination 
près de Mantoue.» Le roi mon fils, dit 
.' la reine dans ses Mémoires, ac- 
.< quérait chaque jour, en bonté, en 
•' docilité, en finesse d'esprit ce que 
« je pouvais désirer ; il faisait de 
'. grands progrès dans ses études ; sa 
.< santé était robuste, et il savait se 
« faire aimer de ceux (jui l'appro- 
« chaient ». La princesse se livrait à 
la joie que lui donnait une espèce 
de tranquillité dont jouissait la Tos- 
cane, lorsque, le 23 nov. 1807, elle 
reçut la visite du ministre de France 
qui vint lui annoncer que, l'Espagne 
ayant fait cession du territoire tos- 
can à Napoléon, il était nécessaire 
qu'elle pensât au départ de sa cour, 
parce que les troupes françaises qui 
devaient occuper la Toscane allaient 
se mettre en marche. Cette ma- 
nière de congédier une reine régente 
et de disposer d'un pays, sans qu'elle 
en fût avertie, sans que l'opinion pu- 
blique en eût eu le moindre avis, 
parut étrange à la princesse ; elle 
expédia un courrier en Espagne pour 
demander ce qu'il fallait penser d'une 
telle injonction. La réponse fut que 
le traité existait, et quelle devait 
absolument et sui' le champ penser 
au départ. Il y a un sujet d'observa- 
tion bien iemar([uable dans ces vi- 
cissitudes des traités révolutionnaires. 
Ilien n'égale le sérieux avec lequel 
un conquérant donne un pays, que 
le sérieux avec lequel un tiers l'ac- 
cepte. Au milieu de ces débats, les 
peuples ne sont pas consultés, et la 
lemarquc oHVe encore bien plus «l'in- 
térêt, quand il s'agit d'un pays l'em- 
pli d hommes de science, démérites 
tliver.s, et ariivé à un point très- 
pei'foctionné de civilisation. Comment 
voulait-on que la Toscane s'affection» 
n«t à un gouvernement nouveau, 



quel qu'il fût, quand on l'arrachait 
ainsi à ce commencement de laisser- 
aller ou au moins d'habitude qu'elle 
éprouvait sous un gouvernement il- 
légitime sans doute, mais qui n'avait 
jamais présaenté rien de fâcheux, d'a- 
mer ni de funeste. Le parti fidèle à 
l'ancienne dynastie ne pouvait que se 
lenforcer devant de tels mécomptes. 
L'infortunée régente, qui véritable- 
ment se croyait reine, était invitée 
à aller à Madrid recevoir les conso- 
lations de sa famille, truelle que fût 
l'inconvenance des mesures par les- 
quelles on déplaçait ainsi ceux qu'on 
avait élevés à une aussi haute dignité 
que celle de roi, on y ajoutait encore 
la prétention d'être juste. Et comment 
donc entendait- on la justice? On 
pensait à dépouiller un autre sou- 
verain, pour dédommager le jeune 
roi d'Étrurie et la régente : ils de- 
vaient obtenir en compensation une 
partie du Portugal, que gouvernaient 
encore ses maîtres légitimes. La reine 
manifesta , à cet égard, un sentiment 
très-noble. L'épouse du roi de Por- 
tugal était sa propre sœur ; elle ne 
voulait pas d'une indemnité qui 
la détrônât ; mais Napoléon n'a- 
vait pas de temps à donner à de 
pareils scrupules, et il ne restait 
point à l'Espagne assez de force pour 
les articuler un seul instant. Le 29 
février i808, la reine entrait à Aran- 
juez où son premier soin, après 
avoir joui du bonheur de revoir sa 
famille, ftU de s'enquérir des arti- 
cles dn traité. C.ette princesse assure, 
dans ses Mémoires, qu'il n'y avait en 
cllét aucun traité. On croit cepen- 
dant qu'il on exista un très-positif. 
Mais, en l'rance, on s'était arrêté à la 
pensée de ne l'exécuter jamais, pas 
plus (jue les promesses incidentes 
(^ui avaient eu lien pendant que l'on 
préparait bien d'autres maux dont 



MAR 



>L\R 



169 



l'Espagne allait être affligée. Ce n'est 
pas ici qu'il convient de i-apporter 
les scènes de l'abdication de Char- 
les IV {voy. ce nom, LX, 469.) Marie- 
Louise ftit attirée à Kavonne comme 
son frère Ferdinand et les autres 
princes dn sang : elle quitta Madrid 
le 3 mai, a peine convalescente de 
la rougeole. Cette princesse igno- 
rait tout ce qui s'était passé : à peine 
arrivée à Bavonne, elle entendit, de 
la bouche de son père lui-même, 
ces paroles ciuelles : •< Vous savez, 
•< ma fille, que notre famille a pour 
« toujours cessé de régner. » Kapo- 
lëon était alors dans cette ville. La 
reine lui demanda une audience, oii 
elle sollicita, du moins, la restitution 
du duché de Parme, dont son mari 
avait été privé , quand on l'avait en- 
voyé malgré lui en Etrurie. Napoléon 
lui refijsa tout, et aussitôt après 
cette audience, l'infortunée prin- 
cesse reçut l'ordre de partir avec ses 
enfants, et de suivie à Fontainebleau 
son père et sa mère ; en même temps 
on assigna à la reine pour son entre- 
tien et celui de ses enfants 400 mille 
francs par an, et l'on se crut très-gé- 
néreux! Dans ce château des rois de 
France, ses aïeux, la reine d'Étrurie 
n*obtint qu'un appartement très-mes- 
qnin où elle fut confinée avec son fils 
et sa fille. Se voyant ainsi renfermée, 
et n'éprouvant d'ailleurs que de foi t 
mauvais traitements de son père et 
de sa mère, elle crut qu'il lui serait 
au moins permis de se retirer dans 
quelque modeste habitation où elle 
continuerait paisiblement 1 éducation 
de ses enfants, et pour cela elle loua 
une maison à Passy , près Paris. Au 
moment où elle allait monter en voi- 
ture pour s y rendre, un officier de 
Napoléon se mit en travers de la por- 
tière qui avait déjà été ouverte, et dé- 
clara qu'il venait de recevoir l'ordre 



d'empêcher à tout prix le départ de 
la reine d'Étruiie. il fallut remonter 
dans la prison qui devait être un peu 
plus tard celle du pontife romain et 
celle du geôlier de 1808 lui-même. 
On avait laissé la reine louer et meu- 
bler sa maison de campagne , y 
faire des dépenses ; il eut été conve- 
nable de signifier plutôt les ordres 
qu'on ne fit connaître cjuà l'instant 
du départ, mais pourtant la police 
impériale n'avait rien ignoré des 
projets de la reine. On alla plus loin, 
on l'accusa d'avoir cherché à s'en- 
fuir, et l'on mit des gardes dans la 
cour qui précédait son appartement, 
en leur enjoignant de surveiller at- 
tentivement la princesse, son fils et 
sa fille comme des prisonniers d'État. 
Un de ces redoutables prisonniers 
avait 9 ans, et fautre 6 ! Napoléon 
ne se souvint pas de ce qu'il avait 
dit lui-même. La reine, après Fexpul- 
sion de Florence, lui adressait ces 
paroles. " Vous ne ferez pas de mal 
" à une femme et à un enfant. » Le 
conquérant , prenant sur ses genoux 
celui quil avait fait roi, et ([ui ne 
l'était plus , avait promis à Marie- 
Louise, non-seulement son appui 
politique, mais encore une aSèction 
qui ne se démentirait jamais. Et l'on 
finit par des agents, des gardes de po- 
lice à la porte des appartements de 
la princesse!... Le 18 juin, elle reçut 
1 injonction de partir pour Compiègnc 
avec son père et sa mère. Commen- 
çant à manquer d'argent , elle de- 
manda ce que signifiait cette pension 
de 400,000 francs dont on lui avait 
parlé: il lui fut répondu que la ma- 
gnanimité impériale n'avait pas deux 
paroles , et qu'il lui serait remis 33 
mille francs , par mois, à condition 
qu elle paierait sa part des frais du 
vovage de Bavonne à Fontainebleau, 
et de Fontainebleau à Compiègne. La 



170 



MAR 



reine était d'un caractère fort géné- 
reux, et ne parut pas foire de difficul- 
tés devant cette proposition ignoble ; 
elle se borna à dire : « il me semble 
•< qu'on ne devrait meîaire payer que 
<< les voyages entrepris de mon con- 
« sentement: » Il feUut aussi solder 
une année de location pour la maison 
de Passy, sous peine de se voir tra- 
duire devant les tribunaux, ce que 
dit assez eflFrontément un des agents 
de surveillance à qui l'on parlait de 
cette injustice. Le reste du traitement 
échu ayant été enfin payé, sauf les 
déductions prescrites pour le voyage 
de Bayonne à Fontainebleau et de 
Fontainebleau à Compiègne, la reine 
à qui l'on avait recommandé de 
prendre un peu d'exercice fut en état 
d'acheter un cheval. Jusque-là elle 
s'était contentée de se promener à 
pied avec ses enfants , quoique ce 
fût dans la plus chaude saison de 
l'année. Ici se place un Uait de cou- 
rage qu'il ne nous est pas possible 
de passer sous silence. La reine, 
comme c'est l'usage en Espagne, 
prenait (juelquefois le plaisir de la 
chasse ; mais il avait follu pour cela 
obtenir la permission de son père; 
avant que la princesse eiit pu s'en ser- 
vir, la permission avait été retirée... 
Alors le capitano délia Caccia ( la 
reine ne le nomme pas auUemcnt) 
lui offrit une petite pièce de terrain 
dans une forêt qui était sa propriété, 
en ajoutant : ■< Cl'est bien, c'est bien, 
" faites de ce terrain ce que vous 
"Voudrez, venez dans un heu où 
«.l'empereur et le roi d'Espagne ne 
" sont pas les maîtres ; puisque je suis 
.. chez moi. » Je regrette de ne pas 
connaître le nom de ce capitano délia 
Caccia. Le roi et lu reine d'Lspagne 
ayant demandé la faculté d'aller dans 
un pays plus salubrc et plus chaud , 
partirent pour Marseille. La reine 



MAR 

d'Étnirie fit tous ses efforts pour ne 
pas les accompagner, parce qu'ils ne 
cessaient de la traiter avec rigueur, et 
qu'ils abusaient, pour tourmenter et 
blâmer leur fille, de la dernière auto- 
rité qui leur restât sur la terre. La 
princesse disait, avec raison, qu'elle 
ne pouvait confier à personne les in- 
térêts de ses enfants, et que les inté- 
rêts de ses parents si cruellement com- 
promis étaient absolument distincts 
de ceux des princes certainement 
légitimes possesseurs du duché de 
Parme, depuis la fatale mystification 
de Florence. La reine ne pailait plus 
de la Toscane, et elle voyait bien à 
quel point elle avait été abusée. En 
revendiquant Parme, icUe se plaçait 
sur un terrain d'ordre, de fermeté et 
de justice. Ce mot de Parme, cette 
revendication noble , fondée sur les 
traités les plus sacrés, les plus an- 
ciens , cette réclamation si natu- 
relle quand la sœur de Napoléon 
gouvernait la Toscane, produisirent, 
pendant un moment, une impres- 
sion favorable sur fesprit de Na- 
poléon, qui était toujours plus sage, 
quand il ne rencontrait pas de mau- 
vais conseils. « C'est juste, s'écria-t-il, 
« qu'ils aillent à Parme ; ils auront le 
« palais de Colomo, et 50,000 francs 
■< par mois. » Peu de temps après, la 
reine reçut une lettre où Napoléon 
lui dit qu'elle trouverait beaucoup 
d'agrément dans le pays qu'elle allait 
habiter , mais ce pays n'était pas 
nommé, et la reine craignit que les 
dispositions du vainqueur ne fussent 
changées. On lui faisait avec insis- 
tance de si mensongers rapports do 
pobce, que son opinion variait sou- 
vent, et qu'il n'avait pas le temps de 
(hcrcher la vérité, et de revenir à si 
premiers sentiments. Le voyage de la 
reine, (pu partit de Compiègne le 5 avril 
1809, hit heiircus jusqu'à Lyon. Là, 



\ 



MAR 

le préfet lui présenta Tordre d aller à 
Nice et non à Parme; il ajouta qu'il 
fallait partir sur-le-chainp. Cette in- 
jonction rigoureuse (il était minuit, et 
le prince était malade) effraya la reine ; 
elle essava de demander qu'on ne Ui 
fît partir qu'au jour. Le préfet et le 
commissaire de police y consenti- 
rent avec peine, et ce dernier resta 
dans l'antichambre jusqu'à ce que le 
jour parût. Les hommes revêtus du 
pouvoir, partout, ne savent pas avec 
quelle dureté on exécute leurs ordres. 
Plus tard Marie-Louise racontait à 
Rome qu'une des peisonnes attachées 
à l'autorité qui parlementait avec elle 
pour six heures de répit, alla jusqu'à 
la prendre vivement par le bras, en 
s écriant qu il s'agissait d'obéir et de 
ne pas répliquer. Je crois que cette 
personne fut , depuis , une de celles 
•jui montrèrent le plus d'empresse- 
ment à servir les Bombons de France... 
mais il eût fallu auparavant mieux 
traiter les Bourbons d'Espagne. l.e 
18 avril, la reine arriva à Nice, sous 
une escorte de gendarmes ; elle 
était partout devancée par les plus 
sottes calomnies ; et cette mère ten- 
dre, qui ne pensait qu'à ses enfants, 
et les défendait coui-ageusement , 
était représentée comme une femme 
occupée de conspirations et de com- 
plots avec les Anglais. Kn pai-lant de 
cette époque, la reine d'Étrurie dé- 
clare, à la vérité, qu'elle eut l'idée de 
se sauver de î^ice et de chercher ' un 
asile en Angleterre. Ainsi il est bien 
vrai qu'elle fît quelques efforts pour 
s'embarquer secrètement ; mais ce 
qu elle ne sut pas, c'est que les afîents. 
en qui elle avait mis sa con6ance, é- 
tuent la plupart des espions du minis- 
tre de la police Rovigo; et qu'après 
avoir publié que la reine cherchait la 
protection des Anglais, on put prou- 
ver, même par des écrits, qu'elle avait 



MAR 



171 



accepté de« relations avec des sujets 
de la Grande-Bretagne, qui venaient 
quelquefois à 'Siœ. Il arriva ce qui 
devait aiTiver : le jour oii la princesse 
fut près de s'enfuir, après avoir fait 
des préparatifs qui trahissaient ses 
intentions, un colonel de gendarmerie 
entra dans sa chambre, tandis que 
des soldats escaladaient le jardin, et 
bientôt les gendarmes se précipitèrent 
a la suite de leur chef, armes de me- 
notes, de coixles et portant deux sacs. 
Le colonel assui-a qu'un Anglais devait 
être caché dans la maison: l'ccuyer 
de la reine et son maître d'hôtel 
furent arrêtés et envoyés à Paris : 
quand la visite fut finie, on signifia ;» 
la princesse que sa pension était sus- 
j)endue. Cependant une euquéte se 
poursuivait, et il fut décidé que Ma- 
rie-I,ouise serait enfermée dans un 
monastère avec sa fille, et que son 
fils serait remis entre les mains du 
i-oi Chai les IV. Cette sentence fut si- 
gnifiée à la reine un jour qu'elle re- 
venait de l'éghse. En vain la princesse 
avait écrit à Napoléon pour disculper 
ceux qu'on accusait d'avoir voulu 
favoriser sa fuite, et s'accuser seule de 
ce projet. Les risées qu'occasionnè- 
rent l'hamanité et la boniie foi de la 
princesse n appartiennent pas à un 
siècle civilisé. Tombée dans un piège 
d'hommes de poUce, elle était encore 
déclarée à la fois slupide et conspira- 
trice. Dans le même temps on tendait 
de semblables embûches à Pie VU 
d'un côté, et de l'autre à Ferdinand 
VII, à don Carlos et à don Antonio, 
leur oncle. Heureusement, ces prin- 
ces fiu-ent avertis, et repoussèrent les 
scélérats qui se prêtaient à un tel 
guet-à-pens. La reine ne nomme pas 
le commissaire de police qui fut 
chai'gé de la conduire a Rome : elle 
se contente de dire que c'était une es- 
jîèce de brute qni restait immobile. 



172 



MÀR 



quanti en sanglotant elle embrassait 
son fils, qu'on allait conduire à Mar- 
seille. Lorsqu'elle arriva dans la ville 
de Rome, qu'elle voyait pour la pre- 
mière fois, elle fut conduite dans un 
monastère de dominicaines près le 
Quirinal ; aucun ordre n'avait été 
donné pour la recevoir. La prieure 
vint à la porte avec une torche de 
cire, et s'excusa de ce que rien n'était 
préparé pour Sa Majesté ; cette reli- 
gieuse ne pouvait parler, tant elle 
éprouvait de douleur et de saisisse- 
ment. Pendant un mois, la reine fut 
détenue dans une chambre étroite 
donnant sur la cour intérieure : « Qu'il 
.< y a loin de là, s'écria-t-elle alors, 
.< au temps oii le roi mon père faisait 
« ouvrir un vaisseau de guerre pour 
« me transporter plus commodément 
« à terre!» Un des agents de Napoléon 
vint enlever à la reine tous les bijoux 
qu'elle pouvait avoir conservés, et lui 
annoncer qu'elle aurait une pension 
de 2,500 francs par mois. Le général 
lyiioUis, lorsque le roi et la reine d'Es- 
pagne arrivèrent à Rome, consentit 
à ce qu'ils vissent quelquefois leur 
fille prisonnière ; cependant on ne lui 
amenait son fils que tous les mois , 
et même à de plus longs interval- 
les. Alors il lui était permis de l'em- 
brasser, puis de s'entretenir avec lui 
mais à une assez longue distance, et 
toujours en présence de témoins. Ces 
visites duraient un quart d'heure, et 
justiu'à vingt minutes par indulgence. 
Il fallait promettre que Napoléon n'eu 
serait pas infoi'nié. Dans ses plain- 
tes, la reine ménage peu le général 
Miollis, et il est cruel de penser que 
cet homme tfe sens ait pu permettre 
des insultes et des sarcasmes tpii sont 
de si mauvais goût d«!vant une fem- 
me, et à plus forte raison devant 
une reine. Murât ayant couclu lui 
traité avec les ennemis de Napoléon, 



MAB 

après les malheurs de Moscou, les 
troupes napolitaines occupèrent Ro- 
me , et la situation de la reine fut un 
peu adoucie. Le li janvier 1814, un 
fort détachement napolitain se pré- 
senta devant le couvent, et le capi- 
taine déclara qu'il avait ordre de for- 
mer une garde d'honneur pour la 
fille du roi Charles IV. Le général Pi- 
gnatelli, commandant en chef , fit à 
Marie-Louise une visite, où il se mon- 
tra très-poli; elle n'était plus accoutu- 
mée à de tels hommages. M. de la 
Vauguyon, nouveau gouverneur, vint 
aussi au couvent dire que la reine 
était libre de sortir quand il lui plai- 
rait. La politesse du général Pigna- 
telli, on ne sait pas à quelle instigation, 
ne se soutint pas long-temps : dès le 
lendemain il vint annoncer à la reine 
qu'elle devait quitter le couvent, et 
aller habiter le même palais que ses 
parents. Là d'autres dégoûts atten- 
daient cette tendre mère : on lui avait 
bien rendu son fils, mais on la confina 
avec lui dans un appartement si obscur 
que c'était encore une prison. Le roi 
Joachim étant passé à Rome consola, 
en termes respectueux, Marie-Louise, 
et lui assigna une pension de 33,000 
francs par mois, qui fut ensuite ré- 
duite à 10,000. Cette habitude gas- 
conne de promettre et de réduire est 
uu spectacle bien affligeant en pareil 
cas. La reine devait nourrir quelques 
serviteurs, et ce qui était intolérable, 
toute une garde d'honneur (juclle ne 
demandait pas , et qui ne lui était 
point nécessaire... Ici se termine l'é- 
crit de Marie-Louise. Ses dernières 
paroles sont une sorte d'invocation 
a l'Angleterre pour qu'elle accorde 
(juehiuc appui à une veuve et à ses 
enfants (pii, s'ils ne sont pas héritiers 
titulaires du royaume d'ilinuie, ont 
bien évidenunenl <lc8 droits aux du- 
chés de Parme, de Plaisance et à la 



MÂR 

principauté de Guastalla. Voilà les 
mauvais traitemenls qu'éprouva la 
reine, parce que, voulant voir le terme 
de ses souffrances, elle avait parlé de 
s'adresser au cabinet de Londres. Tout- 
à-coup avaient paru de faux Anglais : 
on avait supposé des demandes, on 
avait donné des réponses, des assu- 
rances d'affection et d'intérêt, tout 
fut sourdement préparé : d'infâmes 
agents de police dirigeaient cette 
déplorable intrigue; au moins ceux 
qui avaient machiné de tels men- 
songes devaient-ils traiter avec plus 
d'égards une femme crédule , et 
qui n'avait, dans le fait,, d'autre 
tort que de s'être confiée à de misé- 
rables espions, d'avoir songé à recou- 
vrer sa liberté, en usant d'un droit 
que partout on reconnaît aux prison- 
niers, celui de chercher leur déli- 
vrance. Les événements d'avril 1814 
ayant amené la restauration du trône 
de France, la princesse continua de 
résider à Rome et commença les dé- 
marches convenables pour obtenir, 
au nom de son fils, sa réintégration 
dans ses États héréditaires, ou une 
indemnité - assortie au sacrifice qui 
serait exigé. Il n'était plus possi- 
ble de penser à lEtiiirie, redeve- 
nue Toscane aux applaudissements 
unanimes des Florentins, qui avaient 
toujours regi'etté leur ancien maître 
Ferdinand. M. de Talleyrand avait 
disposé de Parme en faveur de l'é- 
pouse de Napoléon , et il faut avouer 
à ce sujet que le cabinet de Vienne 
non-seulement ne sollicita pas cette 
spoliation, mais parut encore ne pas y 
consentir. On ne sait pourquoi Ta Ile v- 
rand persista à offrir ce qui n'était pas 
à la France, et ce qui appartenait à un 
prince du sang des Bourbons. Plus 
tard, il fut stipulé que le prince Char- 
les-Louis serait déclaré duc de Luc- 
ques , que sa mère conservei-ait le 



MAR 



173 



titre honorifique de reine et de majes- 
té; qu'à la mort de l'archiduchesse 
Marie-Louise , le duché de Lucques 
appartiendrait à la Toscane , et que le 
duché de Parme retournerait au prin- 
ce Charles-Louis. La reine essava de 
décliner cette décision. L'Espagne , 
pour obtenir l'Étrurie, n'avait pas seu- 
lement abandonné leduché de Parme, 
elle avait aussi fiait la concession de 
vaisseaux de ligne, remis avec pres- 
que tous leurs agrès , et une somme 
d'argent considérable. Rendre éven- 
tuellement le duché de Parme , après 
la mort d'une princesse âgée de 23 
ans, et qui pouvait encore vivre peut- 
être 50 ans , n'attribuer en attendant, 
pour indemnité, que le duché de Luc- 
ques, ce n'était pas une négociation 
convenable. L'agent d'une puissance 
étrangère dit à la reine que , si elle 
n'acceptait pas Lucques, elle n'aurait 
rien. Cette prétention , outr-e qu'elle 
était impertinente, ne pouvait pas être 
sanctionnée par le congrès de Vienne, 
ou par les puissances qui avaient ga- 
ranti l'exécution de ses stipulations. 
Enfin , la reine, au nom de son fils, 
accepta le duché de Lucques. Mais la 
santé de cette princesse était altérée 
par tant de mauvais traitements; une 
maladie incurable se décbra , et elle 
expira à Lucques le 13 mar-s 182-i-, à 
l'Age de 42 ans , instituant ses exécu- 
teurs testamentaires Ferdinand VII et 
don Carlos , ses frères (elle aimait ce 
dernier de la plus vive tendresse). îa; 
pape Léon XII (1) ordonna que l église 
des Douze- Apôtres fût mise à la dis- 
position du ministre d'Espagne, et l'on 
y construisit un immense catafalque 
où la reine fut exposée en habit de 
dominicaine. Elle voulut donner cette 
preuve de gratitude aux dames de 
cet Ordre , qui l'avaient aimée et 
ser\*ie avec respect pendant ses uial- 
(1) mst. rie Léon XII, L 1", p. 180. 



174 MAR 

heurs. Dans le mois d'août suivant , 
son corps fut transporté en Espa- 
gTie, pour être déposé dans la sépul- 
ture royale de l'Escurial. Cette prin- 
cesse avait dans ses traits tous les 
caractères de la figure des Bour- 
bons, Son administration en Tos- 
cane fut douce ; mais ne porta pas 
de fruits heureux, tant elle fut con- 
trariée et par le cabinet de Madrid, 
et par des dispositions locales toutes 
favorables au pouvoir banni par INa- 
poléon. La reine se montra toujours 
animée de sentiments prononcés poui 
l'amélioration du sort du peuple : elle 
lit le bien qu'elle pouvait faire en oc- 
cupant la place d'un auti'c. Les ra- 
ces légitimes elles-mêmes ne savent 
pas assez que le principe qui les sou- 
tient ne leur permet pas d'aller usur- 
per le pouvoir du vaincu. A cette 
erreur près, la reine d'Étrurie fut une 
princesse estimable, qui défendit cou- 
rageusement les intérêts de son fils, 
et que personne n'avait Ueu de mau- 
dire en Toscane, où cependant elle 
était venue exercer l'autorité du sou- 
verain légitime. Les Mémoires que 
nous avons cités plusieurs fois, dans 
le cours de cet article, furent com- 
posés par cette princesse en italien, 
puis traduits en anglais et en français, 
sous ce titre : Mémoires de la relue 
d'Étrurie, écrits par elle-même , tra- 
duits par Lemierre d'Argy, Paris, 
1814, in-8". A— D. 

MAKIE I" ( FBA>œiSK - Klis*- 
bkth), reine de Portugal, fille unique 
de Joseph 1" et de Maric-Annc-Vic- 
toire d'Espagne, naquit à Lisbonne 
le 21 décembre 1734. Mariée le 
C juin 1760 à dom Pedro, son onde, 
elle accoucha, le 21 août de l'an- 
née suivante, «l'un prince cpii leçul 
le nom d»; .toseph-l'rançois-Xavier. 
Celte naissance suggéra au niarqui» 
<1<; Pombal l'idée d'établir <;n Poittif,al 



MAP. 

la loi salique, et il fit adopter son 
projet par le roi. Ce ministre espérait 
sans doute qu'une telle mesure aurait 
affermi sa puissance , en lui prépa- 
rant un nouveau rôle pour l'avenir. 
Haï , comme il l'était , par la reine 
ainsi que par la plus grande partie 
de la noblesse et du clergé qu'il avait 
humiliés et persécutés , il n'ignorait 
pas que son pouvoir aurait fini avec 
l'avènement de Marie. Mais ce plan 
ayant été communiqué à Séabra , se- 
crétaire d'État, celui-ci s'empressa de 
le dévoiler à la reine, qui en avertit 
sa fille et lui fit promettre solennelle- 
ment qu'elle ne signerait aucun acte 
à son insu. Marie tint parole , et le 
projet de Pombal n'eut pas de suite. 
A la mort de Joseph 1", arrivée le 24 
février 1777, sa fille lui succéda. Elle 
futpresque aussitôt attaquée par la rou- 
geole, ce qui retarda jusqu'au 13 mai 
suivant la cérémonie de l'acclamation. 
Elle prit alors le titre de Marie I", et 
son mari, peu de jours après, celui de 
dom Pedro IIL Un des premiers actes 
du nouveau règne fut le renvoi de 
Pombal, à qui la reine accorda ce- 
pendant une pension et unecomman- 
derie. Tonne et sensible, elle rendit la 
liberté à tous ceux cpii avaient été. 
condamnés pour <les crimes d'État. 
Parmi ceux-ci se trouvaient le mar- 
quis d'Alorna , gendre du marquis 
de Tavora;dom Nuno et dom Manuel 
de Loréna, qui avaient été impliqués 
dans l'attentat commis, le 3 septembie 
1758, sur la personne du i-oi Jo 
•seph. De tous les Portugais exilés 9ous 
le règne prccé<lent, les jésuites furent 
les seuls que la reine ne rappela pas ; 
elle permit pourtant à ceux qui ren- 
trèrent de se retirer dans le monastère 
de Bélem. Cependant les nombreux 
ennemis de Pombal demandaieni 
grands cris qu'on lui ttt son pro( o 
iU obtjni-enl w» mise en jugement <t 



MAR 

sa condamnation, mais la reine lui 
fit grâce et se borna à l'exiler à vingt 
lieues de la capitale. Après la mort de 
la reine douairière , de sérieuses dis- 
sensions éclatèrent parmi les mi- 
nistres qui cherchaient mutuellement 
à se renverser. La confiance que Ma- 
rie accordait à M. de Sa avait excité 
la jalousie du comte de Ponte de 
Lima , principal ministre , soutenu 
par dom Pedro. Ces querelles affli- 
geaient la reine et ne finirent qu'à la 
mort de son mari , arrivée le 25 mai 
1786. Quoique ce prince fût d'un 
esprit borné et qu'il s'attacliât à con- 
trarier les goûts et les vues de son 
épouse, celle-ci ne l'en regretta pas 
moins très-vivement. Elle ne l'avait 
pas quitté un seul instant pendant 
\ sa maladie , et lui avait prodigué 
' les marques de la plus tendre af- 
: fection. Lorsqu'eHe l'eut perdu , sa 
santé s'altéra sensiblement ; ellepax'Ut 
i disposée à la retraite, refusa de s'oc- 
! cuper des afFaiies, et ne fut accessi- 
ble que pour son confesseur et pour 
1 dom Juan de Bragance , duc de La- 
fbens. Elle s'éloigna même quelque 
temps de Lisbonne, et confia , du- 
rant son absence , l expédition des 
affaires au prince du Brésil , son fils 
aîné. Dés lors elle commença d'être 
en proie à des accès de mélancolie, 
qui furent encore aggravés par de 
nouvelles querelles intestines. La Cour 
était partagée entre M. Pinto et le 
confesseur de la reine, d'un côté ; et 
M. de Mello , ministre des affaires 
étrangères , et Ponte de Lima , de 
l'autie. Pendant ce conflit , toutes les 
les autorités se croisaient et tâchaient 
de se nuire; les affaires étaient mal 
administi-ées ; l'armée, la marine, les 
colonies étaient tombées dans l'état le 
Iplus déplorable. Ce fut au milieu de 
bes pénibles circonstances que le Por- 
ugal perdit , le 6 septembre 1788, 



MAR 



175 



l'infant dom Joseph, prince du Brésil, 
et héritier présomptif de la couronne, 
qui mourut des suites de la petite- 
vérole. Cet événement causa une dou- 
leur profonde à la reine ; et, depuis 
lors, ses accès de mélancolie redou- 
blèrent ; et elle parut au commence- 
ment de 1791. menacée d'hydropisie. 
Son état ne tarda pas à empirer, et 
au mois de janvier de l'année suivan- 
te, sa raison fut altérée à tel point 
que le prince du Brésil qui , par un 
respect qui fait honneur à sa piété fi- 
liale, mais qui doit paraître excessif, a- 
vait laissé l'autorité entre les mains des 
ministres, se rit obligé de déclarer, 
par un édit du 10 février de la même 
année, que sa mère , ne pouvant plus 
tenir les rênes de l'Etat, il signerait 
désormais toutes les dépêches. Ce- 
pendant les affaires continuèrent d'ê- 
tre administrées au nom de la reine. 
Le docteur Wilhs , qui avait obtenu 
des succès dans le tiaitement de l'a- 
liénation mentale du roi d'Angleterre, 
Georges IIK fut appelé à Lisbonne, où 
il arriva le 20 mars 1792; mais, après 
quelques mois de séjour, il ne put la 
guérir et jugea que sa maladie était 
incurable. Il repartit néanmoins com- 
blé de présents. Marie ne jouit plus, 
qu'à de rares intenalles, de quelques 
moments de lucidité. A l'approche de 
l'armée française commandée par Ju- 
not, le prince-régent la fit embarquer 
pour le Brésil, avec lui et sa famille, 
le 27 nov. 1807. Elle mourut à Rio- 
Janeiro le 20 mars 1816. Ses restes 
furent transférés à Lisbonne, et dé- 
posés dans le couvent des religieuses 
du Sacré-Cœur de Jésus, qu'elle avait 
fondé. Elle avait eu de dom Pedro trois 
enfants : Joseph, mort à la fleur de son 
âge; Jean, qui régna sous le nom de 
Jean VI {voy. t. LXVni , p. 122), et 
Marie , qui épousa don Gabriel, in- 
fant d'Espagne. F — *. 



476 



MAR 



MARIE-THÉRÈSE-JEAN- 
NE-JOSÉPHIIVE, archiduchesse 
d'Autriche, reine de Sardaigne, fille 
de l'archiduc Ferdinand, frère de 
Joseph II, et de Béatrix d'Esté, na- 
quit le 31 octobre 1773, à Milan, 
où son père résidait en qualité de 
aouverneur de la Lombardie. A l'âge 
de seize ans, elle fut fiancée au duc 
d'Aoste, fils cadet de Victor-Amé- 
dée m, roi de Sardaigne. Les noces se 
célébrcrentàïSovare, le 25 avril 1789, 
et, le jour suivant, la jeune duchesse 
faisait son entrée solennelle à Turin. 
Elle vivait heureuse au milieu d'une 
cour dont elle était le premier orne- 
ment, tant par son esprit que par sa 
beauté, quand les armées françaises 
envahirent le Piémont et en chassè- 
rent, le 8 décembre 1798, la famille 
royale, qui se réfugia d'abord en 
Toscane, puis en Sardaigne. Ce fut 
dans cette île que Marie - Thérèse de- 
vint reine par l'abdication, en 1803, 
de Charles-Emmanuel IV. Ce prince 
n'ayant pas d'enfant, la couronne 
passa au duc d'Aoste qui prit le nom 
de Victor-Emmanuel 1". Marie-Thé- 
rèse ne rentra à Turin qu'au mois de 
septembre 1816 , une année après 
son mari. Accueillie d'abord avec en- 
thousiasme, elle fut bientôt vue avec 
indifférence, grâce à son intolérance 
pour tout ce qui rappelait la donu- 
nation française, à son antipathie, a 
son mépris même pour tous les an- 
ciens serviteurs de ^Napoléon, aux- 
quels elle ne ménageait pas les i>lus 
dures épithètcs. (;ette conduite impo- 
litique devait susciter bien des mc- 
coutentemcnts, et contribua peut-f'trc 
à provoquer l'insurrection qui éclata 
en 1821 et cntrahia l'abdication du 
bon Victor-Emmanuel. Pendant les 
troubles, Marie -Thérèse suivit son 
mari à iSicc, puis elle vint habiter 
avec l»i II' 'li^t*-'»" ^^ Moncalici, 



près de Turin; m«iis elle ne repa- 
rut plus dans cette capitale. Restée 
veuve en 1824, elle se retira à Gê- 
nes, où elle avait acheté le magnifi- 
que palais Doria-Tursi. Marie-Thé- 
rèse se mit alors à la tête d'un parti 
qui ne tendait à rien moins qu'à chan- 
ger l'ordre de succession au trône 
de Sardaigne; elle espérait arracher 
au roi , son beau - frère , un tes- 
tament qui déclarât prince hérédi; 
taire le duc de Modène, lequel avait 
épousé la fille aînée de Victor-Emma- 
nuel. Mais, si cette intrigue empoi- 
sonna les vieux jours de Charles- 
Félix, elle le trouva inébranlable ; il 
se refusa avec fermeté à un acte 
contraire à la loi salique en vigueur 
depuis près de mille ans dans la mai- 
son de Savoie, à un acte qui eût exclu 
du trône un prince chéri de la na- 
tion, et dont les droits avaient été 
garantis par le traité de Vienne. Telle 
fut la principale cause qui tint cons- 
tamment éloignée de la cour la reine- 
douairière ; elle ne revint passer quel- 
ques jours à Turin qu'en 1831, à 
l'occasion du mariage de l'une de 
ses filles avec le roi de Hongrie, au- 
jourd'hui empereur d'Autriche. Elle 
mourut presque subitement dans son 
palais, à Gênes, le 29 mars 1832; 
son corps fut transporté à Superga, 
dans le tombeau des rois sardes. Marie- 
Thérèse avait eu six enfants : Marie- 
Réatrix, aujourd'hui duchesse de Mo- 
dène; INlaric-Clotilde et Charles-Em- 
nianuel, morts en bas-âge; Marie- 
Ferdiiiande et Marie- Anne, sœurs 
jumelles, dont la première est du- 
chesse de Lncques et la seconde iiii- 
pératrice d'Autriche ; la plus jeune, 
Marie-Christine, est morte reine de 
INaples, dans toute la fleur de la jeu- 
nesse et de la beauté. A — y. 

MAUlE-(^AROLIi\E, reine de 
Naplcs. /■ CM.'UMi-MAniE, LX, 19*. 



S? 



MAP. 
MAKIE DE CLÈ\TS. /'«> 

r.LKVfcS, IX, 95. 

MARIE de f Incarnation :\\kv- 
hiE Trochet , plus connue sous le 
nom de}, naquit vers I080, daiis 
»'lè diocèse de Sairit-.Malo. où ses pa- 
iY>nts, d'extraction noble, se faisaient 
remarquer par la pratique exacte de?* 
devoirs i-eligieux. Sa mère, quelle per- 
dit dans son enfance, avait dépose 
dans son cœur le geroïe de la piétt- 
et de la charité. Il se dévelopfw avcr 
I "âge, et à quatorze ans , aprc* avoir 
perdu son père, elle se retira chez 
un de ses bcaux-lrère» , et y devint 
le modèle des jeunes personnes. Sa 
piété n'annonçait pourtant pas encore 
une vocation religieuse bien arrêtée; 
elle n\- fut déterminée que plus taid 
par la conversion merveilleuse d'une 
de ses cousines, qui l'admit comme 
compagne dans ses exercices spirituels. 
La dévotion d'.\maurie n'était pas 
purement spéculative, elle se tradui- 
sait en actes charitables dont le.s 
pauvie?:, et surtout les malades, les- 
scntaieut les effets, .\pres quelques 
années passées dans une union édi- 
fiante, sa cousine et elle se séparèreni. 
La première entra au couvent de 
Sainte-Claire de Dinau ; quant a A- 
maïu'ie, sa faible complevion mit obs- 
tacle à son admission qui n'eût pu 
s'accommoder d'une règle aussi aus- 
tère que celle des Glatisses. Cette 
séparation fut un sacrifice pénible 
dont elle se fut difficilement consolée 
si elle n'eut rencontré à Rennes, oii 
elle s'était retirée, une bonne veuve 
qui prenait des pensionnaires, et chez 
qui elle alla demeurer. Elles forutèieut 
ensemble une couununuuto, et se dé- 
vouèrent à l'instruclioii des enfants 
pauvres. Mais cette vie ne satisfaisait 
pas entièrement M"' Trochet La pro- 
fession religieuse était la seule qu'elle 
vuulùt suivi-e, et elle se flattait fie 



MAP. 177 

|K»(r\uir ta pratiquer chez les carmé- 
lites de Nazareth . à Vannes , où 
y>on admission avait été anrtée ; 
des obstacles occasionnés par sa dot 
la firent échouer de nouveau, et l'o- 
bligèrent de retourner à Rennes. Elle 
\ entra dans une conuuuuauté où l'on 
ne fut pas loug-lemps sans remarquer 
sa ferveur et son active charité. Ses 
sœurs la choisirent bientôt [>oui 
gouverner leur maison , qui né- 
tait encore qu Une simple réunion de 
pei'sonnes pieuses. Celles qui la com- 
posaient résolurent, pour se consa- 
crer plu;> intimement à Dieu, de rat- 
tacher à la nouvelle société des l'rsu- 
lines, dont le premier couvent, fondé 
piu M"" de Sainte-Beuve, avait été 
établi en 1610. au faulM>urg Saint-Jac- 
ques, a Paris. Ce fiit la que «œur A- 
maurio, avec deux de ses compagnes, 
entra au mois de mars 1617 , ca- 
chant humblement le litre de su- 
périeure qu elle avait eu à Rennes. 
AjMvs son année de proliation , elle 
fut admise à prononcer ses vœux 
et reçut alors le nom de Marie de 
rfuciiruution. Elle revint ensuite en 
Bretagne avec ses compagnes et tine 
professe de Paris, qui était chargée 
de gouverner la nouvelle maison de 
Rennes. Quand cette piofcsse eut fini 
son temps de supérioiité, toutes les 
religieuses voulurent appeler la mère 
Marie de llncarnalion à lui succé- 
der; mais elle |>arvint, par une pieuse 
rnse, à se soustraire à ce lardeau jus- 
qu'en 162^i, que la ville de Ploërmel 
avant désiré un établissement d'Ur- 
sulines, elle v fm errvoyée avec le ti- 
Ue de supérieme. l>*s «ommeiice- 
inents de cette maison furent diffici- 
les, à cause de son extrême pauvreté. 
Cependant en 1627, grâce à une sage 
administration et à d'abondantes 
aiunônesj son avenir fut assuré par 
la coiislniction d'un grand couvent. 
12 



178 



MAR 



Après l'avoir gouverné pendant six 
ans, elle revint à Rennes où elle mou- 
rut, le 27 février 1632.— Deux autres 
dames, ses contemporaines , Barbe 
Avrillot et Marie Guyard, sont con- 
nues aussi l'une et l'autre sous le 
nom de Marie de l'Incarnation , 
qu'elles prirent en embrassant la vie 
religieuse (voy. Avrillot, III, 130, et 
Marie de l'I^îcarsation, XXVII, 128). 
P. L— T. 
MARIE de Saint-Ursin (P.-J.), 
né à Chartres en 1769, étudia la mé- 
decine à l'Université de Reims et fut 
d'abord employé à l'Hôtel-Dieu de 
Chartres. Après avoir été attaché à 
l'armée du Nord , en qualité de pre- 
mier médecin, il devint inspecteur- 
général du service de santé. Il mou- 
rut à Calais en 1819. Marie de Saint- 
Ursin était secrétaire de la société 
académique de Paris, membre de 
l'Institut Bolonais, des Arcades de 
Rome, et de plusieurs autres sociétés 
littéraires, françaises et étrangères. 
Il avait rédigé de 1800 à 1810 la Ga- 
zette de Santé, ce qui lui donna quel- 
que célébrité. On a de lui : I. L'ami 
des femmes, ou Lettres d'un médecin, 
concernant l'injliicnce de l'habillement 
des femmes sur leurs mœurs et leur 
santé, et la nécessité de l'usage des 
bains en conservant leur costume ac- 
tuel, suivi d'un appendice contenant 
des recettes cosmétiques et curatives, 
Paris, 1804 et 1805, in-8". II. Ma- 
nuel populaire de santé, à l'usage des 
personnes intelligentes vivant à la 
campagne, ou Itistructions sommaires 
sur les maladies' qui régnent le plus 
souvent et les moyens les plus simples 
de les traiter, suivies de notions chi- 
rurgicales et pharmaceutiques, Paris, 
1808, 111-8". Cet ouvrage devait être 
suivi d'un supplément intitulé : Coup- 
<ftfi7 historique sur la médecine an- 
cienne et moderne, mais qui n'a point 



MAR 

été publié. III. Stances sur la nais- 
sance du roi de Rome, Paris, 1811, 
in-i". IV. Étiologie et thérapeutique 
de l'arthrétis et du calcul, ou Opi- 
nion nouvelle sur la cause, la nature 
et le traitement de la goutte et de la 
pierre; suivie d'un petit traité d'Uro- 
mancie hygiénique, ou moyen de re- 
connaître^ par l'inspection de l'urine, 
l'état de la santé et le régime propre 
à la conserver, Paris, 1816, in-S". 

Z. 
MARIETTE ( Jacques - Chisto - 
PHE-Lrc) , né dans la Normandie , en 
1760, était avocat à Rouen avant la 
révolution. Il en embrassa la cause 
avec ardeur, et fut nommé, en sep- 
tembre 1792, député de la Seine-In- 
férieure à la Convention nationale; 
mais, ayant appris que cette assem- 
blée avait commencé ses travaux par 
l'abolition de la royauté, Mariette 
voulut se démettre. Cependant, mal- 
gré cette répugnance , il se rendit a 
son poste. Dans le procès de Louis 
XVI , il vota pour l'appel au peuple, 
pour la détention, le bannissement à 
la paix, et enfin pour le sursis à l'exé- 
cution, en déclarant qu'il votaitcomme 
législateur et non comme juge. Après 
le 9 thermidor, il remplit une mis- 
sion dans les ports de Cette, Mar- 
seille, Bordeaux, Rayonne, et dans 
les départements des Bouches -du - 
Rhône, et du Var, pour les opéra- 
tions relatives aux marchandises qui 
s'y trouvaient en dépôt, et pour y 
lever la loi du maximum. Il a été 
accusé d'avoir alors souffert, dans le 
Midi, les terribles représailles que la 
jeunesse, indignée du sang que les 
tenorisles avaient fait couler, tira 
d'eux après la chute <le la Montagne, 
surtout à Marseille, il était à Toulon 
lors de l'insurrection jacobine de cette 
ville, en 1795, et contribua beaucoup 
à la comprimer; il accusa, depui», 



MAR 



MAR 



179 



Salicetti de 1 avoir favorisée en inUo- 
duisant six mille Corses dans la ville, 
et demanda son arrestation. En juin 
même année, il fut nommé secrétaire 
de l'Assemblée, entra ensuite au Co- 
mité de sûreté {jénéraie, et se pro- 
nonça contre les sections de Paris, 
dirigées par le parti royaliste, aux 
approches du 13 vendémiaire. De- 
venu, parla réélection des deuxtiei*s, 
membre du Cx)nseil des Cinq-Cents, 
il en soitit en mai 1797. Mariette ob- 
tint, en 1800, une place de juge au 
tribunal d'appel de Rouen, cjuil oc- 
cupa jusquà l'organisation des Cours 
impériales en 1811. Il passa, peu de 
temps aj>rès, à la prévôté des douanes 
d'Anvers, et fut ensuite président d'un 
tribunal de douanes en Hollande. 
Xornnié enfin commissaire de police 
à Paris, il }>erdit encore cette place, 
après le second retour du roi en 1815. 
Il mourut à Paris dans le mois de jan- 
vier 18-21. xM— 1> j. 

JILiKIG^ÎAC (Pierre Gallusuid 
ne), né à Alais, en 1712, fut envoyé 
dès l'âge de onze ans à Genève, oii 
il obtint ensuite le droit de bour- 
geoisie. Il s'attacha a 1 instmction 
publique , fut professem de la 3' 
classe de l'Université de cette ville, et 
y mourut en 1780. On a de lui : 1. 
Diseounsur la dispute. II. Lettre cri' 
tique sur la religion essentielle. Cet 
ouvrage a été réfute pai le profes- 
seur de Roches. Wl.Épltre vur la poé- 
sie. IV. Le Spectateur Suisse, com- 
posé de sept discours. V. Epitre cri- 
tique à M. d'Alenibert sur f article 
Genève de l'Encyclopédie. Ije Jour- 
nal historique renferme un grand 
nombre de ses vers latins et français, 
.qui ne donnent pas une haute idée 
xle son talent pour la poésie. V. S, L. 
. AIARlGiVlE (Je\.n-Étie>>e-Fran- 
.«^iSDt:), littérateur, né a î>ère en Lan- 
guedoc, d'une- famille noble, ver.-* 



175.0, vint fort jeune à Paris, et fit 
représenter au Théàtre-Françai*, en 
1782, une tragédie deZoraï, ou le-. 
Insulaires de la Nouvelle-Zélande , 
sujet d invention qui se rattachait auv 
découvertes daiiâ la mer duSud,dont 
on était alors fort occupé. Cette pièce 
n ayant pas réus&i, il la retira le soii 
mêmede la représentation. Se tix>uvant 
a Genève lors de lascension de Saus- 
sure au sommet du Mont-Blanc, .Ma- 
lignié célébra cet événement dans 
une pièce de vers qui fut insérée dan.< 
plusieurs recueils. De retour a Pari.» 
ail connuencement de la révolution , 
il prit part, dans quelques écrit», it 
la défense de la nmnicipalitc de Mon- 
tauban, traduite devant l'Assemblée 
ronstituanle. Après avoir publié, dans 
le cour.s du procès du roi, divers ou- 
vrages lignés de son nom, pour la dé- 
fense du monarque, il voulut tenter, 
au sein de la Convention, un derniei 
eiVort, le 20 janvier, veille de latten- 
lat , demandant, par ime lettre adre«- 
hée et remise an président, a être en- 
tendu à la barre. Il v portait ime pé- 
tition ou , laissant à part toutes les 
considérations de justice , d innoceu- 
«e, d'inviolabilité , épuisée» par les 
défenseurs, et exposées par lui-même 
dans un court résumé qu'il avait fait 
distribuer sous le titre de Procès de 
Louis AT'/ eu quatre mots, il ne fai- 
sait plus valoir que celle de haute po- 
liiiqne et de l'intérêt personnel des 
membres de la Convention , pour les 
détourner de l'e.xécution du sangui- 
naii e arrêt qu'ils venaient de rendre, 
il y mettait aiuisi en usage tous le:> 
moyens propres à émouvoir les tri- 
bunes, et exciter un mouvement de 
conmiisération et d horreur pour le 
crime, dernière espérance qui lestàt 
en ce moment pour en empêcher la 
consommation. I^> président de la 
ikinvention , Vergniaud, qui lui avait 
12. 



1^ 



MAR 



fait répondre verbalement, par un 
huissier, que la parole lui serait don- 
née à la fin de la séance, la leva brus- 
quement sans l'appeler à être entendu. 
En vain Mariçnié s'élança au bureau, 
et eut avec le président une violente 
altercation dans laquelle il lui repro- 
cha durement son manque de parole, 
l'assemblée était séparée, tout es- 
poir était perdu ; le lendemain le cri- 
me fut consommé. Échappé , en se 
hâtant de se confondre dans la foule , 
aux huissiers qni entouraient le pré- 
sident pendant son débat avec lui, 
Marignié était allé porter à l'impri- 
meur Dufart l'écrit qu'il n'avait pu 
lue à la Convention, pour lui don- 
ner au moins la publicité de l'irn^ 
pression, à titre de protestation 
contre l'attentat qu'il n'avait pu pro- 
venir. Il fit précéder cet écrit, intitu- 
\é ■ Pétition de grâce et de clémence 
pour Louis Xn, du récit de ce qu'il 
avait tenté pour Être entendu. Cet écrit 
donna lieu à des perquisitions chez 
l'imprimeur. L'auteur, qui s'y était 
nommé, averti qu'on faisait des re- 
cherches contre lui-même, se hâta de 
s'éloigner .Toutes ces circonstances ont 
été rapportées dans X Histoire du pro- 
cès de Louis XVI, par Méjan, où se 
trouvent cités des passages étendus 
de la pétition. Sorti de France, après 
quelque séjour en Suisse et en Alle- 
magne, Marignié passa en Angleterre, 
et y publia, dans le Journal général 
de l'Europe, plusieurs articles qu'd 
signa un Français d'autrefois, et dans 
lesquels il s'attacl.a à donner une 
idée plus exacte du véritable état des 
choses en France i^uc celle qu'en 
avaient l)oaucoup de fugitifs comme 
lui, mais qui en étaient sortis depuis 
,j)lu8 long-temps. Il s'aperçut bientôt 
«^ii'on lui savait pou de gré de 
réduire à letu' juste valeur le» illu- 
Bioiis dout quelques auU c» feuilles pu- 



MAR 

bliques, et particulièrement le Ti- 
mes, entretenaient les esprits, en mon- 
trant comme touchant à son terme, 
dès 1794 , une révolution qui com- 
mençait à peine. Mallet-Dupan, dont 
les opinions étalent plus en accord 
avec les siennes, lui rendait aussi plus 
de justice. La tourmente révolution- 
naire étant un peu apaisée, il rentra 
en France en 1796. Son nom ayant 
été inscrit sur la liste des émigre\s, 
tout ce qu'il possédait avait été 
saisi; ses rentes sur l'État étaient tom- 
bées en déchéance ; son mobilier mê- 
me avait été vendu et dispersé. Le 
seul moyen d'existence qui lui restât 
fut la traduction d'ouvrages anglais 
alors fort recherchés , surtout les 
romans, que les libraires se dispu- 
taient, distribuant les volumes d'un 
même ouvrage entre plusieurs traduc- 
teurs expéditifs , souvent étrangers les 
nus aux autres. A l'exception de la 
rie de Garrich, 1 vol. in-12, Paris , 
1801, et des Mémoires de Gt7>?>oji, pu- 
bliés parShefficld, 1797, 2 vol. in-8", 
dont il fut le traducteur sous le voile 
de l'anonyme, nous ne saurions indi- 
quer les titres des autres ouvrages qu'il 
traduisit alors. Dans le même temps, il 
accepta la proposition d'un imprimeur 
qui avait conçu l'idée de faire i^evi- 
vre le Journal général de l'abbé de 
Fontenay; il en publia le prospectus 
et eu poursuivit quelque mois l'en- 
treprise, en conservant son ancien 
caractère. Mais sa situation d'émigré 
l'exposant à l'application dès lois 
terribles de cette époque, ses amis eu 
prirent de l'inquiétude , et exigèrent 
qu'il renonçât à cette rédaction. L'é- 
vénement ne tarda pas à justifier leur 
crainte; la journée du 18 fructidor 
arriva, et, dans le» proscriptions 
qu'elle amena , furent compris qua- 
rante-quatre journaux, leurs auteui-s 
et cooi>ératcurs. D'autres événements 



MAR 

ayant succédé, il eut une part de co- 
opération au Mercure , devenu célè- 
bre pai" l'association de MM. de Fon- 
tanes , Chateaubriand , Bonald, et 
bientôt il se chargea de la rédaction 
du Publicisle. Le caractère d'indépen- 
dance et de juste mesure qu'il lui fit 
prendre, de concert avec Suard, l'un 
des propriétaires, l'exposa, sous le 
gouvernement de Bonaparte, à beau- 
coup de tiacasseries. Plus d'une fois, 
il refusa d'y insérer des articles en 
opposition avec ses opinions, qui lui 
étaient envoyés par la police. Enfin 
il put secouer ce joug, et il en fut re- 
devable à Fontanes, qui l'appela suc- 
cessivement aux fonctions de secré- 
taire-général de la questure du Corps 
législatif, et à celles d'inspecteur-gé- 
néral de l'Université. A la première 
enti'ée des alliés à Paris, en 1814, il 
publia, en l'adiessant à l'empereur 
de Russie , une Lettre respectueuse, 
mais forte, où il s'élevait contre la dé- 
claration donnée aunom des souverains 
aUiés,le soir même de leur airivée. par 
laquelle ils prenaient l'engagement de 
reconnaîue et de garantir la consti- 
tution que la nation française se don- 
nera, invitant le Sénat a préparer, 
c'étaient encore les termes de la dt'- 
claration, la constitution qui convien- 
dra au peuple français. Voici un pas- 
sage de cette lettre : »< Les souverains 
« alliés n'appellent point la nation 
« française à s'occuper de ses plus 
« grands intérêts, à l'insu de son roi 
« et des princes de son sang. Séparée 
« d'eux, la nation française est incom- 
" plète. Une constitution à laquelle ils 
« ne seraient appelés que pour sous- 
•< crire et se soumettre ne serait 
« pas luie constitution française. " 
Lt il ne dissimulait pas son étonne- 
nient qu'une pareille invitation fût 
faite au Sénat de Napoléon : « Ce 
Il corps, disait-il, auquel les souve- 



MAB 



181 



" rains alliés ont cru devoir s'adres- 
« ser, peut-être sans s'être assez assu- 
« rés de l'opinion de la nation fran- 
« çaise à son égard. « Marignié adres- 
sa encore, à la même époque, une 
lettre à Benjamin Constant, en répon- 
se à un article de cet écrivain, intitu- 
le : Des révolutions de 1660 et 1688 
en Angleleire, et de 1814 en France, 
article tout apologétique de l'acte ou 
projet d'acte de constitution nouvelle 
proposé par le Sénat. Au retour de 
Bonaparte, en 181 o, il refusa le ser- 
ment imposé à tous les fonctionnaires 
publics , et se trouva ainsi de nou- 
veau sans état et sans fortune. A la 
seconde rentrée du roi, sa santé ne lui 
permettant pas de continuer ses fonc- 
tions d'inspecteur-général de l'Uni- 
versité, et son âge l'autorisant à pren- 
dre sa retraite, il la demanda et l'ob- 
tint. En même tempsjle roi qui luiavait 
accordé la décoration de la L**gion- 
d'Honneur, y ajouta, en récompease 
de son dévouement à Louis XVI, sur 
l'exposé de toute sa conduite, qui fut 
mis sous ses yeux, d'auUes mar- 
ques de sa bienveillance et de sa li- 
béralité. Au mois de mai 1817, pre- 
nant la défense de son ami Bonald , 
attaqué dans le Journal de Paris, Ma- 
rignié publia un petit écrit ayant 
pour titre : Sur madame de Krudner, 
en réponse à l'article sur cette dame 
et contre M. de Bonald , inséré dans 
le Journal de Paris du 30 mai. En- 
fin nous rappellerons qu'il publia dans 
les journaux , dans les Actes des Apô- 
tres et différents recueils , quelques 
morceaux de poésie, et qu'il avait fait 
recevoir au Théâtre-Français une co- 
médie en vers, intitulée le Paresseux, 
ou l'Homme de lettres par paresse, 
qui n'a pas été jouée, et qui ne le sera 
probablement jamais, mais que l'au- 
teur fit imprimer à Paris en 1823. 
Les événements de 1830 l'affligèrent 



182 



MAP, 



si profondément que sa raison en pa- 
rût altérée. Il se retira dans son pays, 
où il mourut peu de temps après. 
Outre les ouvrages que nous avons 
cités, il a publié : I. Ba(jnère% vengée . 
ou la Fontaine d'Angoxilême , Bagnè- 
res, 1817, in-8°. Cette pièce fut ven- 
due an profit des pauvres de Bagnè- 
res. II (en anglais). Le roi ne peut ja- 
mais avoir tort; le roi ne pentmnl 
faire, Paris, 1819, in-8". M— d j. 

3LIRI1V (Louis), professeur de 
belles-lettres aux collèges de Beau vais 
et du Plessis, écrivit en latin quelques 
discours et plusieurs pièces de vers 
dans le genre d'Horace; mais, comme 
on le pense bien , fort loin de leiu 
modèle. Ses discours ont été impri- 
més à Paris, en 1728, in-i2; on re- 
marque surtout celui qui a poiu- titre : 
De hilaritate niagistris in doeendo ne- 
cessaria. Ses œuvres furent insérées 
dans le recueil suivant : Selecta c.nr- 
mina orationesque clariss. ih univer- 
sitatc Paris, professorum. Mais plu- 
sieurs de ses poésies avaient déjà 
été imprimées séparément .- I. Car- 
/esms, ode alcaique, 1720. II. Jd 
Grenadum, de Pulchro , 1722. lU. 
Âd Boeviuujn, de Festivo , 1723. 
IV. Àd Cutturilim ., de Laiidativo, 
1*726. — Maris (François), d'abord 
cuisinier de M"" de Gesvres , puis 
maître-d'liAtel du maréchal de Sou- 
bisc, écrivit des règles sur son art. 
1. Les dons de Comns, on /f « délice" 
de la table, avec une préface des PP. 
Tîrumoy et Bougeant, Paris, 1739, 
in-12. II. Suite des ilons de Cornus, 
avec une préface par Querlon, Pans. 
1742,3 vol. in-12. Ces deux ouvrages 
furent rétniis dans une nouvelle édi- 
tion, Paris, 1750, 3 vol. in-12. -- 
Marin (Pierre), poète limousin, est 
connu par nn poème intitule- : /.'•* 
Amouk sacré f, 1713, in-12. Ou la- 
yonte de lui une naïveté as^cz amu- 



MAB 

.santé; Étant allé visiter les Feuillants 
de la rue Saint-Honoré, un religieux 
lui montra tout ce que le monastère 
avait de cniieux, et lui fit remarquer 
que le portail était d'ordre corin- 
thien : K Comment ! reprit Marin, je 
pensais qu'il était d'ordre de St-Ber- 
nard.i — Mariai y Mendoza (Aon Joa- 
fiuin), professeur de droit à Madrid, 
mourut vers 1776. On a de lui : I. 
Histoire du droit naturel et des gens. 
Madrid, 1776. On y trouve une criti- 
(jue des principaiLX ouvrages qui ont 
para sur cette matière. Il Joan.-Got- 
tlieb. Heineccii elementa juris naturo 
et gentium, castigationibus ex catho- 
licomm doctrina et juris historia auc- 
ta, Madrid, 1776, in-4<*. ÏII. Histoire 
de la miliee espagnole, Madrid, 1780. 
in-i". ' Z. 

MAKIX (Josei'I1-Ch.\iu,I'S), sculp- 
teur français, né en 1773 , obtint . 
en 1812, le premier grand prix d( 
sculpture. Il envoya de Rome, qua- 
tre ans après, un Amour endormi, co- 
pié de l'antique. C'est au ciseau de 
Marin que Ton doit la statue colos- 
sale de Tourville , qui décora pen- 
dant quelque temps le pont Louis 
XVI , aujourd'hui de la Concorde , 
et qui fut transportée ensuite dans 
la cour du château de Versailles. 
La ville de Bordeaux lui confia . en 
1819, l'exécution de la statue qu'elle 
avait votée à M. de Tourny, .son 
ancien intendant. Malgré son ta- 
lent et ses travaux, Marin ne sr 
trouva pas à l'abri du besoin dans 
ses derniers jours. Il moiu'Ut à Pari.»-, 
le 18 septembre 1831, dans un état 
voi.sin de la misère. Il avait ét(' pen- 
dant plusieurs années professeur à 
l'école des Beaux Arts de Lyon. Le 
«•hAteau de rontaincbleaii possède nu 
T< Hém ,/ (^ » r de cet a rtis I e . A — v. 

.MAllINALI (IlonAci;), sculp- 
teur, naquit à Bas.sano, eu 1643. Son 



)UR 

l>ere professait le même art avec suc- 
cès, et fut son maître. Horace se ren- 
dit d'abord à Venise, mais, peu sa- 
tisfait de l'état de la sculpture dans 
cette ville, il alla jusqu'à Rome où il 
suivit les leçons des plus habiles pro- 
fesseurs de cette époque. En 1673, il 
revint à Venise, et y exécuta pour 
l'église des Auyustines, appelée des 
Vierges, deux statues de saints, et un 
bas-relief représentant le Portement 
de croix, auquel il mit son nom. Il 
produisit encore dans cette ville un 
giand nombre d'ouvrages. Mais en 
1681, sa ville natale ayant formé le 
projet d'élever sur une colonne, au 
milieu de la place publique, la statue 
de saint Bassano, évêquc, protecteur 
de la cité, Marinali fut chargé de 
cette entreprise qu'il exécuta, à l'aide 
de deux de ses fi-ères, avec cette rare 
perfection qui distingue ses ouvrages. 
Il se fixa des-lors a Bassano, où on 
lui confia un grand nombre de tra- 
vaux, tant publics que particuliers. 
Il enrichit de ses productions plu- 
sieurs églises et palais de Vicence, de 
Brescia, de Padoue. de Vérone et de 
beaucoup d'autres villes des États vé- 
nitiens. La plupart des statues qui or- 
nent les beaux jardins des Coruaro. à 
Castel-Franco, que l'on nomme le Pu- 
raJi's, sont dues«à son ciseau. Marinali 
avait une haute idée de son art, un 
génie élevé, une grande facilité, de la 
douceur et de la grâce. S'il n'atteignit 
point à la réputation de l'Algarde et 
du Bernin, qui, à cette époque, tenaient 
à Rome le premier rang, il surpas- 
sa de beaucoup tous les artistes vé- 
nitiens ses contemporains. Presque 
tous ses ouvrages , remarquables par 
l'expression, le jet heureux des dra- 
peries et le mouvement des figures, 
sont de grandeur naturelle; quelques- 
uns sont de plus forte dimension. 
Il s'occupait de l'exécution des sta- 



MAR 



183 



tues et des bas-reliefs destinés pour 
la superbe église de Monte -Berico, 
lorsqu'il fut surpris par la mort , 
le 20 février 1720. — François et 
Ange Mahi^ali, frères du précédent, 
naquirent à Bassano, le premier en 
16^Î7, et le second en 16i>4-. Ayant 
presque toujours travaillé conjointe- 
ment avec leur frère Horace, leur 
réputation s'est, pour ainsi dire, con- 
fondue avec la sienne ; cependant quel- 
ques œuvres particulière», auxquelles 
ils ont mis leur nom, prouvent que , 
si leur talent n'était point aussi élevé 
que celui de leur frère, ils n'étaient pas 
indignes de s'y associer. On trouvera 
de plus amples détails sur ces tiois 
artistes dans l'ouvrage de Verci, in- 
titulé : Notizie sopru i pitlori, gli 
scuttori e gCintagliatori , délia cittk 
di Bassano^ Venise, 1775, in-S". 
P— s. 
MARIN ARI (Ho>obé;, pein- 
tre florentin , né en 1627 , reçut 
les premiers principes du dessin de 
son père, Pieire Marinari , qui le mit 
bientôt sous la conduite de Carlo 
Dolce. Le jeune Honoré ne tarda 
pas à se distinguer, et panint en peu 
de temps à se rendre, propre la ma- 
nière de son maître. Mais convaincu 
que le fini dans l'exécution , que 
l'exactitude même dans le dessin, ne 
suffisent pas pour faiie un grand 
artiste s'il n'y joint le génie de la 
composition, il se mit a étudier cette 
partie importante de l'art , que le 
Dolce possédait faiblement. La lecture 
des poètes et des histoiieiis enrichit 
son esprit de connaissances variées, 
et il s'habitua à rendie ses idées sur 
le papier ou sur la toile , de manière 
à se faire enfin connaître comme 
peintre d'histoire. Cependant, il com- 
mença par le portiait, et y acquit la 
réputation d'un habile artiste, il se 
hasarda ensuite à peindre l'iiistoii-e : 



184 



MAR 



Le jiKfeinenl de PAiis Ci ï/utue an 
bain, qu'il exposa eu public , obtin- 
rent le suftVape gênerai, il fut alors 
chargé de plusieurs travaux impor- 
tants pour les églises de Florence. On 
admira son saint Jérôme écoulmil l<i 
trompette . dû juyement deniiei; qui 
orne l'église de Saint-Simon ; et Ton 
ne fit pas un moin«lre cas de son 
sairit Âfaur (juérissuiit les iiijiinie<, 
(jue l'on voit dans l'abbavo des I5én(;- 
(Jictins. Dans ce tableau, on n'apei- 
coit plus cet einpiitenieut délicat de 
teintes, cette finesse d'exécution <jui 
t'ont le mérite de ses autres tableaux ; 
il a adopté une manière foite de 
colorer ; ses ombres sont vigou- 
reuses sans être noires , et sa tou- 
che est ferme et résolue. Il a voulu 
Faire connaître par cet essai qu il sau- 
rait s'éloigner avec succès, quand il le 
voudrait, de la manière agréable «t 
finie de son maître. 0«i estime en- 
core beaucoup son tableau de Jéms- 
Clirist apparaissant h sainte Marie de 
Pazzi , qui existe dans l'église de 
.Sainte-Marif^Majein e. liieutôt toutes 
les villes de la 'l'oscane (U'Uiandè- 
rent de ses ouvrages; il lut charge 
de peindre «ne Fuite eu Eç^ypte 
pour San-(;asciano;un Sainl-tratiçois 
d'Assise, dans une gloire, priant pour 
les âmes du punjaloire , j>rande com- 
position qui Fait rorneuient de l'églisf 
de la «-onh-érie del Suffrtijio, à Castel- 
Fianco, etc. Marinari fut surtout eni- 
jtloyé par le grand-duc de Tost ane , 
<,ôme 111, et par le prince Ferdinand, 
<]ui, ayant i-csolude réduire ù la même 
tlimension tous les portraits des pein- 
tres célèbres taisant partie d<' la ga- 
lerie «le Florence, le chargea de celle 
entreprise cpiil conduisit à terme a- 
veo un rare bonheur. Il peignit alors 
son portrait cpii tut placé dans cette 
précieuse collection. Il voulut aussi 
.s'cNcrcer dan** U Fresque ; r\ le pla- 



Fond du palais ("apponi, oii il a re- 
présenté les Heures précédant le chur 
du Svleif, prouve d'une manière in- 
contestable son talent pour ce genre 
de peinture. Il na pas moins réussi 
dans un second compartiment oii il a 
peint les Heures de la nuit, le Crépns- 
i-uleet /V/i«o/'e. L'ordonnance, la cou- 
leur et le dessin de ces ouvrages sont 
également satistiiisauts. Les Véuidens 
Faisaient un grand cas du talent de 
tiarlo Dolce: ils demandèrent à Mari- 
iiaii plusieurs tableaux peints dans la 
manièie de ce maitre, et il y réus- 
sit tellement , que Fou avait peine à 
distinguer ses productions de celles de 
Dolce. Alors, les Vénitiens l'engagè- 
lent à venir habiter leur ville; mais, 
malgré les avantages qu'on lui otFrail, 
il prêtera le séjour de sa patrie, oii il 
jouissait d'ailleurs de l'estime génc-- 
rale. CarloDolce avait laissé plusieurs 
tableaux impartails ; Marinari les ter- 
mina avec celte pcriéction d'exécu- 
tion «jui était le caractère propre du 
premiei maître. Arrivé à l'âge de 80 
ans, il venait de commencerun Saint 
Philippe de i\cri, ravi en extase, com- 
me il était monté sur un échafaud poui 
peindre le haut de son tableau , eu 
voulant se reculer pour observer l'el- 
Fcl, le pied lui manciua, il tomba, et 
se Fendit la tête contre l'angle d'un 
cadre appuyé à la muraille. U ne 
M- tua pas sur le coup; mais jusqu'à 
NU mort, (\u\ survint trois ans après , 
I,; o janvier 1715, il «esta privé de 
toutes ses Facidlés intellectuelles. 
Marinari avait en outre étudié avet 
Mjccès l'astronomie cl la gnomoni«iuc, 
et il inventa plusieurs instriunenl^ 
ingénieux pour en Faciliter la pratique. 
Il a publié sous le titre suivant : Fab- 
hrua ad usa dell' annulo aslronomico 
,„slrunie.nto nniversalc per dclincure 
OriuoU Solari , non solo dirciti , ».« 
„,Mo,v, re/lissi, etc. (l'Ioreucc. 1671. 



MAR 

in-lolio), un ouvrage dans lequel il 
expose ane métbodc assez facile tle 
dessiner les horloges solaires selon les 
méthodes etnployées chez les diverses 
nations anciennes et modenies. (À> 
livre est enrichi de 19 planches {jra- 
vées par lut à l'ean-ibrte, pour faire 
connaître toutes les parties de l'in:?- 
irnment qu'il avait inventé et auquel 
il avait donné le nom (Winuulo a-:- 
tronomico. l* — ^• 

MARIXE, épouse du faux Deiut- 
trius (l'oy. ce nom . XI, 46), eut part 
à la bonne et mauvaise fortune de 
cet imposteur, qui , ayant été ac- 
i-ueillipar Sigismond, roi de Pologne, 
et par Mnichek, palatin de Sainloniir, 
demanda la main de Maiine , fille 
dn palatin. Par un acte passé le 2o 
mai 1603 , il s'engagea solennelle- 
ment à donner à sa nouvelle épouse 
un million de florins, et à lui céder 
les principautés de Novogorod et de 
PskofF. Par un second acte du 1^ 
juin 160i, il céda au père de Ma- 
rine les principautés de Smolensk 
et de Siévierz. Après s'èti-e emparé 
de Moscou , il se hâta de remplir 
ses promesses. Il envoya à Cracovie 
Alhanase VlassiefF, qui, en présence 
du roi Sigismond et de sa cour, 
épousa la belle Maiinr, au nom de 
Démétrius. Le cardinal - évéque de 
Cracovie, a\-ant de bénir le mariage, 
avant demandé, selon l'usage, à 
VlassiefF, si Démétrius n'était point 
déjà fiancé à une autre, l'ambassa- 
deur répondit bonnement : - Com- 
•< ment pourrais-je le savoir? cela 
« n'est pas dans mes instructions. " 
La jeune tzarine fit son entrée à 
Moscou (2 mai 1606), accompagnée 
de Raugoni, légat du pape. Afin de 
contenter le patriarche et les évêques 
russes, il fut convenu qu'elle hé- 
quenterait les églises grecques, qu'elle 
en suivrait les usages, qu'elle rece- 



MAR 



183 



vrait la communion des» mains du 
patriarche, mais qu'elle aurait son 
église latine, et qu'elle pourrait ob- 
sei-ver les usages de l'église romaine- 
Quelques évéques russes soppost^rent 
à cet an-angenient, prétendant même 
que la tzarine rfta'aïf ètrebupliséc selon 
le rit grec, et que, sans cette cérémonie, 
son rnai-iage avec le tzai- serait un 
acte saciilége. Ces évètjues furent 
évités. Le 8 mai, Marine fut cou- 
ronnée , quoiqu'elle ne fût (jue fijro- 
cée , et que son mariage avec Déraé- 
triiis n'eût point été célébi-é. Les fes- 
tins qui suivirent le couronnemctit 
ne firent qu'augmenter fagitation et 
le mécontentement des Russes. Ix 
17 mai 1606, la ville de Moscou, 
soulevée et conduite par Vassili 
Zouiski (wv. Vassili, XLVIl, 56o), 
pénéti-a dans le Ki-emlin. Basnia- 
noff fut égorgé, et Déméuius jeté 
dans la cour <lu palais!. Marine ef- 
frayée, n'avant pas eu le temps de 
s'habiller, demanda ce qu'était de- 
venu le tzar. Apprenant qu'il n'était 
plus, elle courut éplorëe dans le ves- 
tibule; elle allait perdre la vie ou 
1 honneur, si les généraux cpii étaient 
à la tète des révoltés ne fiissent pas 
anivés à temps pour la sauver. Ils 
firent mettre les scellés sur tout ce 
(jui lui appartenait, et lui donnèrent 
une garde. Son confesseur, qui célé- 
bi-ait la messe, fnt mis en pièces; son 
père et son frère furent arrêtés et con- 
duits devant le conseil d'Ktat, qui tfit 
à Mnicheck : » Pour troubler la paix 
« de la Russie, vous nous avez amène 
" un imposteur, vous militeriez de 
• partager le sort de ce scélérat; nous 
" vons pardonnons, et votre fille est 
« sau^'ée. " On permit au ]>ère de voit 
sa fille, pendant que Ion égorgeait 
les Polonais qni les avaient accom- 
pagnés à 'Moscou. Un nouveau Démé- 
trius séduisit les province*. Ix* tzar 



186 



MAR 



Vassili , craignant d'augmenter le 
mécontentement, mit en liberté le 
palatin de Sandomir, sa fille Marine, et 
donna ordi'e qu'on les conduisît avec 
leur suite jusqu'aux frontières. L'im- 
posteur les fit enlever, et proposa à 
Marine de le reconnaître comme étant 
le premier Démétrius , son époux. 
L'honneur arrêta d'abord la jeune 
tzarine, puis l'ambition et le désir de 
la vengeance l'entraînèrent; et elle 
reconnut ce second imposteur, en dé- 
clarant qu'il était son premier époux , 
miraculeusement sauvé du carnage 
(1608). Plus tard, cet aventurier 
succomba également , et Marine se 
jeta dans les bras de Zaroutski , chef 
des Cosaques, qui, appuyé par ses 
hordes guerrières et par le nom de 
Marine, prétendit aussi monter sur 
le trône des tzars (1611). Zaroutski 
surpris à Astracan, s'enfuit dans les 
déserts de la Tartarie ; poursuivi et 
arrêté , il fut conduit à Moscou avec 
Marine , et empalé. La tzarine avait 
un fils âgé de trois ans, il fut pendu ; 
elle-même , condamnée à une prison 
perpétuelle, y mourut peu de temps 
après (1613). G— v. 

MARIL\ELLI (LvcRka:) était 
fille de Jean, et sœur de Curzio Ma- 
rinelli, tous deux médecins do Mo- 
<lène , qui pratiquèrent leur art avec 
quel<iue réputation à Venise , et 
dont on a des ouvrages, cit/is par Ti- 
raboscbi, dans la Bibliot. modenese. 
Née à Venise, en 1571, elle annonça 
de bonne heure un talent assez re- 
marquable pour la httérature; à vingt- 
quatre ans, elle avait déjà mis au 
jour un volume de vers de sa com- 
position, l'eu de temps après, elle se 
maria. Restée veuve et sans enfants, 
elle chercha dan» la culture des let- 
Ue» plutôt lui délassement qu'une 
occupation, et publia plusieurs opus- 
cules en prose et en vers, qui reçu- 



MAR 

rent un accueil assez favorable. Con- 
servant, dans un âge avancé, ses goûts 
httéraires, elle mit eu rimes des pa- 
négyriques et des légendes. Elle mou- 
rut à Venise, le 9 oct. 1653, à quatre- 
vingt-deux ans, et fut inhumée dans 
l'église de Saint - Pantaléon, où l'on 
voyait son épitaphe. On trouve dans 
la Bibliot. modenese, III, 160, les 
titres de dix de ses ouvrages ; mais 
Tiraboschi convient qu'il ne les a pas 
tous connus. Le seul qui soit encore 
recherché des curieux, est le suivant ■ 
La Nobiltàed eccellenza délie Donne 
ed i diffetû e mancamenù degli uo- 
mini, discorso, Venise, 1600, in-4", 
et 1621, in-S". Ces deux éditions 
sont également rares. W — s. 

MARINEO (Lucti-s ou Lvcio), sa- 
vant littérateur, était né vers 1460 à 
Bidino dans la Sicile. Après avoir fait 
de rapides progrès dans les langues 
grecque et latine à Catane puis à Pa- 
lerme,ilvintàRomepoui suivre les le- 
çons de Pomponius-Lœtus. En entrant 
dans cette fameuse académie, il prit 
ou reçut le nom de Lucius, qui dif- 
fère assez peu de celui de Lucas qu'il 
avait porté primitivement. De retour 
il Palerme, il ouvrit une école d(> 
grammaire. Vers 1486, il suivit m 
Espagne famirante de Castillc, qui 
s'était déclaré son luotectcur; et, s'é- 
tant fixé à Salamanque , il parta- 
gea , avec le célèbre Antoine de 
Lebrixa ou INebrissensis ( voy. ce 
nom, XXXI, 4) la gloire de i animer 
et d'étendre le goût des lettres latines 
dans la Péninsule (1). Ses talents 
l'ayant fait choisir pour donner des 



(1) Nicol. Antonio, Bibl. nova Uispnn. , 
H, 809, <t Tiraboschi, Storia delta Icltera- 
Uir. ilal., VIl,10iO, conflrmoni à Marine© 
le glorieux surnom d.^ J\osUuralcur des let- 
tres latines on Espagne ; mais il lui est con- 
testé par Xav. Uiinpillas , Saggioiforico- 
apologetico (tclla iettcratur. spagnuola, ei 
par le V. AnUrf's, Origine d'ogni letteratura. 



MAI*. 



MAR 



1«7 



leçons aux jeunes courtisans, il sut 
ihériter l'estime du roi Ferdinand V, 
<^Ui le nomma son chapelain et le re- 
vêtit du titre de son historiographe. 
Luciiis revint à Naples en 1507, à la 
«to'te de Ferdinand ; mais il ne paraît 
pas qu'il ait profité de celte circons- 
tance pour passer en Sicile. Chéri de 
l'empereur Charles-Quint, il hit com- 
blé par ce prince de richesses et 
d'honnear^. On ignoi-e le lien et la 
date de sa mort ; mais on sait qu il 
vivait encore en 1 533. On a de lui : 

I. De Laïutihw! IlispuniiP libri FJI , 
in-fol. Cette édit. sans date est très- 
rare; elle est antérieure à l'année 1 504. 

II. De primis Araqoniv rrgibus libri 
y, Saragfosse. 1509, in-Fol. ; trad. en 
wpag^ol par .ï. de Molina , et depuis 
en italien, in. De Rébus Hispaniœ me- 
morab'ilibtis libri X\7/, Alcala, 1530, 
in-fol.; réimprimé à Francfort, 1579, 
et inséré par Schott dans [Hiapania 
illustrata, I, 291-517. I.e même ou- 
vraçe parut en espagnol, Alcala, 1533, 
in-fol. , sous ce titre : De las Cosas 
memorubles de Espana. IV. Epistola- 
rum familiarium lihri, XVII ; Oia- 
tiones ; Carmina, Valladolid, 1514, 
in-fol.; vol. très-rare décrit dans la Bi- 
bliographie instmctii'e, n" 4140. On 
peut consulter pour des détails la Bi- 
bliotheca Sicula de Mongitorc. H. 16. 

W— s. 
MARIXGOXÉ (le vicomte Lais- 
JosEPH Vio>>ET dk), général françaisi, 
né en Franche-Comté, le 16 nov. 
1769, d'une famille noble, entra au 
service des le commencement de la 
révolntion, et se distingua par ses ta- 
lents autant que par son courage. 
Devenu colonel des chasseurs à pied 
de la garde impériale, il consena 
long-temps cet emploi, le préférant 
*i un avancement qui lui était offert. 
d fut créé commandant de la Légion- 
tf Honneur le 28 nov. 1813, et se 



soumit franchement au gouverne- 
ment royal, après la déchéance de 
Bonaparte. Il fut fait maréchal-de- 
camp, le 26 avril 1814, et chevalier 
de Saint-Louis, le 17 septembre même 
année. Le général Maringoné refusa 
de servir Bonaparte après son retour 
de l'ile d'Elbe, en 1815, et ftit nom- 
mé par le roi. en 1816, counnandant 
de la place de Lyon, sous Canuel, 
qu'il seconda de tous ses efforts pour 
la répression des divers complots qui 
éclatèrent dans cette ville. Cependant 
il n'essuva pas les même» persécu- 
tions que ce général qui resta long- 
temps sans être employé pour avoir 
fait son devoir , en s' efforçant <lc 
réprimer la révolte. Maringoné. privé 
momentanément de son emploi, par 
suite de l'ordonnance qui supprimait 
une partie des états-majors, fut mis 
à la demi-solde, mais il obtint en 
1820 le commandement de Brian«;on. 
En janvier 1823, il fut emplové à 
l'armée d'Espagne, où il s'empara de 
Puvceixla et entra sans coup férir 
dans la ville de Filières, dont le fort 
était encore occopé par les insurgés 
espafjnols, qui, ayant fait une sortie 
le 9 août, furent vivement i-epoussés 
et essuvèrent des pertes considéra- 
bles , grâce aux habiles manœuvres 
de Mariiigonc* . qui reçut quelque 
temps après la grand'croix de Saint- 
Ferdinand , et fut nommé lieutenant- 
général. Après la rentrée du maréchal 
Moncev en France, il fut chargé du 
commandement de toutes les troupes 
françaises en Catalogne. Remplacé, le 
26 octobre 1824. par le lieutenant- 
général de ReiseU Maringoné vint se 
fixer à Paris et v mourut le 28 octo- 
bre 1834. M— oj. 

AlARIM (PiKr.RE), prédicateur 
du XV' siècle, naquit en Italie, passa 
ime partie de sa vie en Provence , 
et V entra dans l'ordre des Augustin*. 



188 



MAR 



Depuis évêque de Glandèves, confes- 
seur et prédicateur du roi René, il 
l'accompagna dans la plupart de ses 
voyages. Il mouiut à Aixen 1467, et 
non 1487, comme dit Bouche, qui le 
confond avec son frère qu'il eut pour 
successeur à l'évêché de Glandèves. 
Pierre légua au couvent des Augustins 
d'Aix la plupart de ses manuscrits, 
qui depuis ont passé eu différentes 
mains. M. Fauris de Saint-Vincens, 
propriétaire de l'un d'eux, a donné 
dans le Magasin encjclopédiiiue, mai 
1813, une Notice lue à la 3" classe de 
l'Institut, et réimprimée à Aix en 1816. 
Ce manuscrit a deux volumes qui con- 
tiennent, l'un les sermons prêches par 
INlarini à Padoue ; l'autre ceux qu'il 
avait prêches à Aix. Ces sermons sont 
en latin, suivant l'ancien usage qui 
a duré en Provence jusqu'au com- 
mencement du XYIl*^ siècle. L'auteur 
était contemporain des lîarletta, des 
Maillartl, des Menot; dans son ser- 
mon sur les péchés capitaux, en par- 
lant de la paresse, il dit qu'un démon 
est chargé de noter tous les versets, 
mots ou syllabes que les religieux 
omettent ou ne prononcent pas dis- 
tinctement dans leurs offices. Il ap- 
pelle ce démon TintiUm, (juia lintil- 
lum de psahnis et horis non potest 
oinilli (juin ab hoc dœmone scriba- 
tur ; et il ajoute <{ue plusieurs saints 
religieux l'ont vu portant des feuil- 
les très-remplies. Le sermon de Ma- 
rini pour le samedi de la passion 
roule sur la chasse ; il y donuc la ma- 
nière de prendre les singes : » C'est 
« de se mettre à portée des arbres 
« oîi ils se tiennent ordinairement; là 
• le chasseur, assis à terre, se revêt 
« d'un vêtement ipiil a porte avec 
,« lui; il Uç SOS jambes avec une cour- 
:H roie cl dcmeuic en cet étui ([U(;l*jues 
,« instants; puis il ôtc sou vclemenl 
» et délie SCS jambes; il laisse sur les 



« lieux l'habit et la courroie, et va 
« se cacher derrière des broussailles ; 
« le singe ne manque pas d'imiter en 
« tout le chasseur, mais celui-ci le 
« saisit au moment où il a les jambes 
« liées. » Les bizarreries de Marini 
sont rachetées par la facilité de son 
style et la sévérité de sa morale. M. 
Fauris cite du même auteur Enchiri- 
dioti, sive manuale psalmorum, ma- 
nuscrit. A. B — X. 

MARDÎI (Marc), célèbre hébraï- 
sant, né vers 1341, à Brescia, prit 
jeune l'habit religieux dans la congré- 
gation des chanoines de Saint-Sau- 
veur. Les connaissances qu'il acquit 
dans les langues orientales le firent 
appeler à Rome, où Grégoire XIII le 
cliargea de revoir les écrits des Rab- 
bins et d'en faire disparaître les pas- 
sages contraires aux croyances catho- 
liques. Pour le récompenser de ce tra- 
vail, le pape lui fit offrir successive- 
ment plusieurs évêchés; mais il .eut la 
modestie de les refuser. Ayant obtenu 
la permission de se retirer à Bies< ia. 
il y préparait un commentaire sur les 
psaumes, lorsqu'il mourut en 1594. On 
a de lui : I. Grammatica liugiiœ sancl<^, 
jBâlc, 1580, in-V". 11. ^'irca Noé, seu 
thésaurus Untjiiœ sanctœ novus, Ve- 
nise, 1593, 2 vol. in-fol. Le premier 
est orné du portrait de Marini, ovale 
dans un cadre. Ce lexique, devenu 
très -rare, est fort reciievchc. lU. 
Jniiolutioues littérales in psalmis, 
Bologne, 1748-50, 3 vol. in 4". Ce 
commentaire avait été annoncé dès 
1732 par la pubh< ation d'un speci- 
mcH{i>oy. Querini, /^>«to/. udSaxinm, 
p. 2'0 ; il pe fut cependant imprimé 
que seiie ans après par les soins de 
Min{;arelli {my. ce no"), XXIX, '79), 
qui le fil précéder d'une vie de l'au- 
leur, écrite, dit 'liraboschi, avec au- 
tant d'exactitude (juo d'tlégance,- voy. 
hSloria delii l,llrrai. iUil. V> - 



MAR 



M.AB 



189 



MARIXI (Bctoit), peintre né a 
Urbin, dans le XVII' siècle, fiit élève 
de Ridolfi et de Fenaù de Facnza. 
DTrbin , il se rendit à Plaisance , et 
la?ifcÉ dans plusiears églises divers 
tâWëàux trés-estimés où l'on recon- 
nu "un mélange de la manière du Far- 
i-oche et des écoles lombarde et vé- 
nitienne. Son chef-d'œuvre est le Mt- 
raèle de ta multiplication des pains, 
qu'il peignit en 1625 pour le réfec- 
toire des Conventuels. C'est nn ou- 
vrage vraiment étonnant, et l'un des 
plus grands tableaux à l'huile que 
l'on connaisse : tout v est remarqua- 
ble , la composition . la variété des 
expressions, et le fini de la peinture. 
Si Marini n'égale pas son maître par 
les qualités fondamentales de l'art, il 
le surpasse par l'étendue et la vivacité 
du génie. Cependant quel qrie soit le 
mérite de ce peintre, et quoique les 
villes de Pavie, de Fenare et antres 
possètlent plusieurs de ses ouvrages, 
it est peu connu dans sa propre pa- 
trie, qiii n'a conser>-é de lui qu'un 
Saint Charles et la Trinité', avec une 
gloire d'auges , production inférieure 
aux auu-es tableaux de sa main qui 
existent dans les \'illes de la Lombar- 
die. — Antoine yiKKiM, de Padoue, 
florîssait en 1700. Il peignit le paysage 
avec succès, et Brusaferro en exécutait 
ordinairement les figures. P — s. 

MARIXI (le docteiu- Jeas-An- 
TorsE), né à Villefranche , en Pié- 
mont, le 4 févriT 1726. descendait 
êtune famille qui avait été anoblie 
3aus le XrS'' siècle, par un prince 
«TAchaie. Bien que ses parents ne 
jouissent pas d'une grande fortune, 
il reçut une éducation soignée et fit 
de brillantes études dans le collège 
de sa patrie. Doué d'un esprit précoce, 
il composa dès l'âge de 14 ans 
plusieurs pièces de théâtre , fort 
bien écrites et qu'il joua lui-même 



en public avec ses compagnons de 
classe. A la fin de son cours, il alla 
étuilier la médecine à l'Université de 
Turin, et fut reçu docteur en 1746. 
il exerça son art d'abord dans la 
commune de Roccaforte, puis dans 
celle de Revello, jusqu'au mois d'a- 
mi 1762, époque à laquelle il fut 
envové à Sa>illan, en qualité de mé- 
decin-assistant de l'hôpital. Il sut con- 
cilier les devoirs de sa charge avec 
de nombreuses i-ecberches et expé- 
riences en chimie et en phvsique, 
et mérita par ses travaux la protec- 
tion du marquis de Sahices, le Mé- 
cène des savants piémontai» de cette 
époque. Un ouvrage qu'il publia en 
1766, sur les thermes de Vinav, le 
fit entrer dans la .Société philosophi- 
co-matliématique de Turin , laquelle 
par décret du roi Victor- Araédée, 
devint, en 1782. Académie rovale 
des sciences. Marini fut successive- 
ment nomme premier médecin de 
l'hospice de Savillan, puis médecin 
du préside militaire, dans la même 
ville, et enfin membre de la Société 
d'agriculture de Turin. L'altération 
de sa santé l'ayant obligé, en 1788, 
de demander sa démission au gou- 
vernement, il l'obtint avec le titre 
d'inspecteur-général de la médecine 
et de la pharmacie. Lorsque le Pié- 
mont fut réuni à la France, le doc- 
teur Marini fit partie du Conseil 
supérieur de santé en qualité de 
membre con-espoudant. Malgré de 
nombreuses infinnités et de fréquen- 
tes attaques d'hvpocondrie, il exer- 
ça la médecine avec le plus grand zèle, 
et entretint une CM-respondance suivie 
avec plusieurs savants nationaux et 
étrangers, jusqu'à sa mort, arrivée 
le 11 janvier 1806. Ses principaux ou- 
vrages en italien sont : I. Commentaire 
sur les eaux thermales de Vinav, dédié 
an roi de Sardaigne, Victor-Auiédée, 



190 



MAR 



1775, ia-S". II. Becueil de queLjuei 
opuscules, relatifs à l'usage interne 
de l'huile dolive, Carmagnoles, 1789, 
in -8". Il a donné, aux Mémoires de 
l'Académie des sciences de Turin : 1" 
Thermarum ^inadensium encheire- 
ticœ syntaxis spécimen ; 2° Vescriptio 
anatomica prœternaturalis ventriculi 
humani ; au liecueil des observations 
médicales, publié à Imola, Douze ob- 
servations pratiques de diverses ma- 
ladies guéries par l'usage des fleurs 
d'arnique; et enfin au Journal phy- 
sico-médical de Pavie, Y Histoire de 
deux maladies compliquées éprou- 
vées par l'auteur. Marini a laissé, 
en outre, plusieurs ouvrages nia- 
luiscrits et une volumineuse corres- 
pondance. ^ ^• 

MARINO (JKAji-BAPTisïE), révo- 
lutionnaire de second ordre, était 
ué à Sceaux en 1707. l/abord pein- 
tre en porcelaine, il quitta son pin- 
ceau pour se jeter dans le parti le 
plus exaspéré de la révolution, et 
après avoir concouru de toutes ses 
facultés au renversement du trône, 
dans la journée du 10 août 1792, il 
lit partie de la lameuse commune 
<pù s' installa elle-même le lendemain. 
On l'employa successivement comme 
.idministrateur de police dans la sec- 
lion de la Montagne, dans celle de 
Uonne-ISoHvelle, et dans le conseil- 
général de la commune. En 1793, ou 
l'envoya présider la commission tem- 
poraire qui s(ilablit à Lyon , après le 
' siège de cette ville, et il s'y conduisit 
.•u digne agent de Uobespierre ; mai» 
s étant brouille avec CoUot - <riler- 
bois, il "« t»''^** P'*'' ^ devenir sa 
victime. Il <;>it néanmoins le temps 
de rommetlre de nouvelles horreur» 
dans les priions de l'aiis, à la police 
desquelles il lut cmployci. " (Chargé, 
„ dit Prudhomme, de l'inspection 
,. des lillcs publiques, il arrêtait, sous 



MAR 

» ce prétexte, toutes les femmes qui 
" lui plaisaient, enceintes ou vierges 
>^ encore, et les entraînait pour en 
u laire la visite.... « Dénoncé, eu 
avril 1794, pour avoir outragé la. re- 
présentation nationale en la persf»|ti- 
ne de Pons-de- Verdun, lors d'unie 
visite dans les maisons garnies dont 
il était aussi inspecteur, il fut desti- 
tué, arrêté, et traduit devant le tri- 
bunal révolutionnaire. Un premier 
jugement ne le condamna qu'à la 
détention jusqu'à la paix; mais en- 
veloppé ensuite dans la conspiration 
de l'étranger, il fut condamné à mort 
comme complice de l'assassinat de 
CoUot-d'Herbois (l'or. Admiral, LVI, 
78). On le conduisit à l'écbafaud avec 
une chemise rouge. M — nj. 

MARIOTTE (Cheistopue de), 
issu d'une noble famille du Lyon- 
nais qui s'établit dans le Languedoc, 
vers la fin du XV^ siècle, et dont diver- 
ses branches se dispersèrent en Bour- 
gogne et en Espagne, naquit a Tou- 
louse en 1685. Son père, ancien ma- 
gistrat et greffier des États de la 
provhice du Languedoc, avait un gé- 
nie heureux et propre aux aftaires. 
Son exactitude, ses talents et sa ca- 
pacité lui attirèrent l'estime du corp> 
(les États, qui lui confiait toujours lu 
conduite des affaires les plus impoi - 
tantes et les plus secrètes. Sa luerc. 
Béatrix d'I'spagne, possédait au plus 
haut degré toutes les qualités de son 
sexe, et surtout celle quon lui repro- 
che de négligiu, l'art de se taire et 
de garder un secret ; elle éuùt si bien 
«om'iue sur ce point, qu'une danw 
desprit, la présidente de Dreuilhel , 
apprenant la mort de M. de Ma- 
riette , s'écria : ■< Madame de Ma- 
riottc l'avoue- t-elleV « Éloge nou- 
veau ]Mmr une dame; peu d hommes 
le nu!riteul,etlc8 femmes n'y aspirent 
guère. Elle eut un grand nombre d'en- 



MAR 

fants, et Christophe de Mariette fut 
le plus jeune; il était bien fait de 
corps et relevait sa bonne mine par 
l'étendue de son esprit. Il fut élevé 
au colléjje du Plessis, à Paris, puis 
avant pri» ses degrés, il suivit le bar- 
reau, s'attacha particulièrement à 
l'étude des belles-lettres . pour les- 
quelles il avait un penchant naturel 
et les plus henreuses dispositions. 
Son premier discours public eut 
lieu à la présentation, au parlement 
de Toulouse, des lettres de comman- 
dant de la province du Lanjjuedoc , 
accoi-dées au duc de Roquelaure. Ma- 
Iriotte parla pour requérir l'enregis- 
trement de ces titres ; à peine avait-il 
atteint sa vingtième année : on ne re- 
marqua sa jeunesse que parce qu'elle 
relevait le mérite de son discours. Il 
remporta successivement plusieurs 
pris aux Jeux-Floraux, et obtint les 
suffrages des journalistes du temps. 
Enfin son discours au parlement de 
Toulouse, lorsque le duc du Maine 
fut nommé gouverneur de la pro- 
vince, acheva de mettre le sceau à sa 
réputation. Devenu premier prési- 
dent des trésoriers de France, il par- 
tagea ses soins entre les muses et les 
travaux sérieux du cabinet. Ses ou- 
vrages imprimés sont écrits avec 
une si grande pureté de style et de 
diction , qu'ils lui ont valu d'être 
compris dans le tableau des auteurs 
fi'ançais dont on a employé l'auto- 
rité pour la composition du Diction- 
naire juiiversel de la langvie fran- 
:»ise; plusieurs phrases et diverses 
ocutions prises de ses discours sont 
•apportées comme exemples dans ce 
iictionnaire. Mariotte abandonna la 
)rovince pour le séjour de Paris, où 
'appelait la douce amitié qui le liait 
inx premiers hommes de ce siècle, 
')armi lesquels on cite Voltaire, Fon- 
enelle et I^motbe. Ce fut là que la 



MAn 



191 



mort le surprit ; déjà depuis quelques 
années, il avait perdu la vue et n'en 
avait pas diminué d'amabilité et d'es- 
prit. Il termina sa carrière le 4 mai 
1748. Les discours de Mariotte, son 
oraison ftmèbre de I^ouis XIV et ses 
poésies, ont été réimprimés plusieurs 
fois. — L'aîné de ses frères obtint, à 
làge de six ans, la sumvance de la 
charge de leur père, qu'il exerça avec 
autant de talent; le second, connu 
sous le nom de l'abbé de Mabiotti:, 
fut docteur de Sorbonne, conseiller à 
la grande<hambre du Parlement de 
Toulouse, chancelier de l'Université, 
inspecteur de la librairie et grand- 
vicaire durant 23 ans. Il s'occupa 
aussi à faire fleurir les belles-lettres 
et les ennoblit par ses vertus et sa 
haute piété. Le quatrième frère, re- 
ligieux Chartreux, fut une des lumiè- 
res de son ordre. L — m — k. 

M ARIl S-MAXIMl S,satirique 
romain, avait publié un livre intitulé : 
Semaines historiques , dans lequel il 
parlait des Césars avec beaucoup de 
chaleur et de liberté. Les honnêtes 
gens, du temps d'Ammien Marcellin, 
le lisaient avec les Satires «le Juvénal, 
préférablement à tous les autres ; 
mais cet ouvrage est malheureusement 
perdu. T — d. 

M:\.R1US(JeaxM\teh, plus connu 
«•ous le nom latinisé de), médecin, 
était né, vers la fin du XVI' siècle, à 
Roll, petite ville du duciié de Wirteni- 
berg, célèbre par ses eaux minérales. 
Il fit ses études médicales sous la di- 
rection de Jean Scultet, habile ana- 
tomiste , et prit ensuite ses grades 
dans quelque facnké d'Allemagne. 
S'ctant fait agréger au collège des mé- 
decins d'Ulm, il pratiqua d'abord son 
art dans cette ville avec beaucoup de 
succès, et s'établit depuis à Augsbourp 
où il mourut, en 1644, dans un Age 
peu avancé, laissant la réputation d'un 



1»2 



MAR 



bon médecin. Ses manuscrits passèrent 
entre les mains de J. Mayer, recteur 
de l'école d'Ulm. Dans le nombre se 
trouvait un traité du Castor que J. 
Frank (i;. ce nom, XV, 503) jugea di- 
<.ne d'une attention particulière, il y 
joignit un commentaire très-étendu , 
et le publia quarante - un ans après 
la mort de l'auteur , sons ce titre : 
Castorologia explanam Castoris ani- 
malis naturaiu et iisum medico-clini- 
rum, Augsbourg, 1685, petit in-8". Ce 
volume, assez rare, est orné de deux 
plancbes, dont la première représente 
le Castor et l'autre le Castoreum, sub- 
stance que Marins et son éditeui- re- 
gardent comme un remède universel. 
L'ouvrage a été traduit en français 
par Eidous, Paris. iT4(>, in-12, %• 
^ \V-s. 

MARKOFF (le comte Arcadi- 
lv.v>ioviTcn) , diplomate russe, était 
lils d'un gentilhomme de Moscou 
peu favorisé de la fortune. Protégé 
par les Zoubow, il fut placé au mi- 
nistère des affaires étrangères, où il 
se rendit fort utile. Il sut gagner les 
bonnes grâces de l'impératrice Ca- 
therine II, qui le combla de la- 
veurs, non toutefois de celles qui 
étaient réservées pour les Orloll et 
les Potetnkin; car, bien diflvrent de 
ces favoris, Markolf était fort laid 
et de petite taille. iNonuué preniiei 
conseiller au tléi)arteui(;nt des affaires 
éuangères, il eut part aux principaux 
événements (jui signalèrent la hu tin 
règne de Catherine. Ce fut lui qu», 
de' comerl avec le piiuce Platon 
Zoubow, vo\dut imposer an roi de 
Suède des conditions imprali<ables, 
lors du mariage i)rojelé de cv, prince 
avec .la grande-ducUcsse Ale\an<lia, 
et qui compromit ainsi liuqjéralrjt e, 
ilonl l'orgueil irrite causa probabl»;- 
ment la mort subite {voy. Gcstavk IV. 
L\Vl,303).MarkoIV avait acquis uu<- 



MAB 

fortune considérable et fait élever se> 
frères aux premiers emplois ; mais ii 
l'avènement de Paul I", il fut dis- 
gracié et même obligé de vendre le 
magnifique palais qu'il possédait a 
Saint-Pétersbourg. I^* czar l'acheta 
cent raille roubles, et en fit présent au 
prince Alexandre Ji.ourakin, qui ve- 
nait d'être nommé vice-chancelier. l.a 
disgrâce de Markofl' finit avec le rè- 
gne de ce prince et fut peut-être une 
cause de la faveur qu'il obtint auprès 
d'Alexandic l". Celui-ci le nomma, 
en 1800, ministie plénipotentiaire 
en France , a la place de Kalit- 
chelf; mais le comte Markoff, étant 
tombé dangereusement malade, nt 
put se rendre à son poste que lannce 
suivante; ce fut en avril 1801 quil 
présenta ses leltrcb de créance au 
premier consul. « Markolf, disent K > 
Afémoires tires des papiers d'un hom- 
me d'Étal, était dune laideur amer.-, 
mais lin, spirituel, clairvoyant .t 
rompu aux alli»ires, mélange de sou- 
plesse et d'audace, accoutumé à ram- 
per près de son maître et à comman- 
der en son nom aux ambassadeurs 
même des puissances européennes, 
l'arvenu de thancellerie, sa caute- 
leuse vanité allait avoir a lutter con- 
tre l'impérieux orgueil d'un parvenu 
militaire, et à faite respecter son sou- 
\<'rain par «;elui qui connneuçait à 
ne plus 1 ien respecter. " Le 8 octo- 
bre 1801, Markofl signa un traité 
reiulu publii-, qui rétablit les rela- 
tions entre la llussie et la France, 
lelles qu'elles avaient été avant U 
guerre. Ce traité insigniliant fut sui- 
vi, le M octobre, d'un autre teui 
.secret, où furent réglées les que»' 
lions les plus importantes alors ei; 
litige. Markoll signataire de les deUl 
traites , patent et secret , qui dé 
sou début avait parfaitement jug 
l'esfH-il. le caractère, l'ambition di 



MAR 



itAfl 



193 



premier consul, et qui avait dit de 
lui : • C'est tout le jacobinisme ren- 
iierme dans un seul homme, et arme 
de tous les instruments révolotion- 
, chercha par tous les nmyen» 
s à défendre les intérêts qu'il 
■srai - et à pénétrer les vue* 

•eci Bonaparte. I>c la, néces- 

siié de sourdes intrigue^», et de plii- 
sieiu-s tentatives de séduction, qui. 
«filèrent vivement Bonaparte, et oc- 
«MÏonnèrent. de sa part, fie fréquentes 
koatades que Markoff essuya, uiêmo 
quelquefois en pœscnce de tonle la 
cour du consul. Bonaparte lavait 
évidemment pris en aversion, et il ne 
manqua aucune occasion de le bles- 
ser au vil. La maîtresse de l'ambas- 
sadeur russe, elle-même, n ayant pa* 
voulu trahir ses secreU, on menaça 
«le la faire arrêter comme «■igprée, 
-«{uoique les lois de l'émigration 
iosseiit aboUes. L un de» secrétaires 
àt légation fut emprisonné coatre le 
Était (In 9BBS f^^ malgré ses réclama- 
■tisiM,- MarkoflF n'avait pas été plus 
heureux dans les né;;ociations qu'il 
avait entamées, même pour des objets 
'd'un intérêt secondaire. Cependant 
ayant demandé , au nom de l'empe- 
reur Alesaudre. des indemnités poiii 
les Bourbons exilés, que la Russie ac- 
cueillait et soutenait en ce moment, 
«ette communication n'éprouva d a- 
imrd aucun refus. Ou ne chicana ni sur 
la chose elle-même, ni sur la somme 
à accorder, et l'on mit dans cette né- 
gociation la condescendance la pins 
empressée. » Maintenant, dit MarkolV. 
il faut s'entendre sur les moyens 
d'exécution : il ne serait pas conve- 
nable que les Boui-boiis reçussent 
rnie pension directement payée par 
^ premier consul: elle pourrait pas- 
•ser par les mains de lempereur. 
•«{ui la leur i-emettrait comme de sa 
tfmrt. sans leur en dévoiler la sotu'ce. 
txtm. 



— C est a quoi nous ne pouvons 
consentir, répondit le ministre con- 
'«ulaire; il fant qu'ils la touchent de 
nous et de nous seuls. — Vous vou 
lez donc les déshonorer ? répliqua le 
ministre russe. — C'est cela même , 
reprit le négociatetir ^ . et l'accord 
projeté fut rompu. Mai-koff. souvent 
humilié, ne }>ouvant pas plus faire res- 
pecter le caractère dont il était revêtu 
que défendre les intérêts du prince 
qu'il repri^sentait , devait trouver sa 
|M)sition instipportable. De son côté, 
le premier consul voulait se défaire 
d'un sur>-eillant dont il redoutait la 
perspicacité. Le 29 juillet 1803 , il 
<ienianda le rappel de MarkofF; Wo- 
ronsoff s'y opposa; mais Alexandre 
crut devoir céder, et témoigna en 
même temps sa satisfaction à son 
ambassadeur, en lui envoyant ime 
brillante décoration, que celui-ci 
s'empi-essa d étaler aux Tuileries , ré- 
pondant ainsi aux compliments qui 
lui furent adressés sur cette faveur : 
.! en ai obtenu ime plus précieuse 
encore, c'est nwn rappel. Il partit 
au mois de novembre, laissant à Pa- 
ns son premier secrétaire, d'Oubril, 
comme chargé d'afïaires. MarkofF re- 
vint en France, après la restauration, 
mais sans qualité officielle. Retourné 
bientôt en Russie, il y mourut dans 
la retraite, à un âge très-avancé. — 
Mmiroff (le comte), frère du précé- 
ilent, suivit la carrière des armes et 
dut un avancement rapide non moins 
a son mérite qu'à lafaveur dont jouis- 
sait son aîné. Il servit comme major- 
général dans la campagne de 1809; s\ 
distingua et figura le premier dans la 
promotion de lieutenants-généraux qui 
eut lieu an commencement de l'année 
suivante. H commanda, en 1810, un 
rorps «l'armée russe dans la guerre 
contre les Turcs. lors de l'invasion 
des Framais. en 1812, il eut le com- 

19 



194 



MAI\ 



mandement de la milice de Moscou , 
et se distingua en plusieurs occa- 
sions, notamment le 12 août. On 
le croit mort depuis plusieurs an- 
nées ^' ° 



MARLINSKY , pseudonyme 
sous lequel Alexandre Bestlcheff , 
écrivain russe, a publié ses ouvrages. 
Il naquit, en 1801 , à Saint-Péters- 
bourg , où son père remplissait les 
fonctions de professeur d'histoire à 
l'académie militaire, et il reçut une 
éducation brillante. A l'âge de dix-huit 
ans, il entra, comme sous-officier, dans 
la cavalerie de la garde impériale , et 
bientôt après il se lia d'amitié avec un 
jeune poète nommé Rilejeu, qui luuns- 
pira le goût de la poésie. Bestucheff, 
doué d'une imagination vive etfamdia- 
risé, depuis son enfance, avec les chefs- 
d'œuvre de la Httérature grecque et 
romaine, composa plusieurs pièces 
fugitives en divers genres, qui obtin- 
rent un grand succès dans les salons 
de la haute aristocratie de Saint-Pé- 
tersbourg. De puissants personnages 
s'intéressèrent au jeune BestucheiF, et, 
arâce à leur protection, il arriva ra- 
pidement au grade de lieutenant-co- 
lonel. En 1822, il publia , conjointe- 
ment avec Rilejeu , le premier Alma- 
nach des Muses qui eût encore paru 
8n Russie , et qui fut accueilli avec 
une grande faveur. Depuis cette épo- 
que, ies recueils de ce genre s'y sont 
multipliés au point que , maintenant, 
les presses de Sainl-Pélersbourg et de 
Moscou en fournissent à elles seules, 
tous les ans, plus de cinquante, et 
(pie les écrivains et les poètes les 
plus distingués s'empressent d'y ap- 
porter la fleur de leurs productions. 
Les deux amis continuaient à tra- 
vailler ensemble, et déjà ils avaient 
enrichi la littérature nationale de bien 
des volumes de vers et di; prose, où, 
ttou» le voile d'une allégorie ingé- 



MAE 

nieuse et de charmantes images, se 
cachaient des enseignements sévères 
et profonds, lorsqu'en 1825, tous 
les deux furent enveloppés dans la 
conspiration de Pestel [voy. Bestu- 
cHEi-F-Ra-MiN, LVra, 190). Rilejeu, 
qui y avait pris une part active, fut 
condamné à mort et exécuté ; mais 
Bestucheff, auquel , à la rigueur, 
on ne pouvait reprocher que le dé- 
lit de non-révélation, fut dégradé 
et placé comme simple soldat dans 
un régiment en garnison à Derbent 
dans la province de Daghestan (gou- 
vernement de la Géorgie Russe), et qui 
plus tard fut employé dans les cam- 
pagnes contre les Circassiens. Bestu- 
cheff se concilia promptement la 
bienveillance de ses chefs, et il en 
obtint de longs et fréquents congés, 
pendant lesquels il parcourut les 
pays à demi sauvages où il se trou- 
vait transporté, pour en dessiner les 
sites et étudier les mœurs des habi- 
tants. L'empereur le gracia en 1832; 
et, de retour à Saint-Pétersbourg, 
Bestucheff mit en œuvre les matériaux 
qu'il avait recueillis , en composant 
une série de nouvelles ou contes, et 
un roman en deux volumes intitulé : 
Jmaleth-Bey; dans lequel il dépeint 
avec la plus grande exactitude , et 
d'une manière fort attrayante, la vie 
guerrière et domestique des Circas- 
siens, et les sites les i>lus remarquables 
de leur patrie. Ccst un ouvrage d'un 
mérite supérieur, où l'on trouve de» 
épisodes et des description» qui ri- 
valisent avec ce que les œuvres de 
Waltnr Scott offrent déplus beau. Bes- 
tucheff est mort à St-Pétersbourg en 
18:^7. l 'n choix de ses Nouvelles a été 
traduit en allemand par M. de See- 
bnch, sous le titre de Nouvelles et 
Hsquhses, Leip7ig. 1836; mais m le 
vrai nom de l'auteur ni son pseudony- 
me (Marlinskv) n'v soiu indi«piéH. On 



MUE 



MAft 



t» 



.1 aussi la traduction allemande d un 
antre recueil de Nouvelles de Be»tu- 
cbeff, par M. Henri Kœniç, qui est 
intitulée Litterarische Bilder aus Riisi- 
land ( Images littéraires de Russie ; . 
-Lapzig, i837, et précédée d'une 
-courte notice sur l'auteur. M — a. 

5IARMITTA (Jacques), né à 
Parme au commencement du XVI' 
siècle, fut attaché au cardinal Ricci 
en qualité de secrétaire. Il était au 
nombre des disciples de saint Phi- 
lippe de Néri, et mourut entre ses bra^ 
en 1561. On lui a attribué, luais à tort, 
le poèrae en 7 chants de la Guerre dr 
Parme. Il avait composé plusieurs 
pièces de vers qui furent recueillies et 
publiées à Parme. 1564, in-l», par 
L. Marmitta. son 6ls adoptil , dont 
l'article suit. — Marmitta [Louis), ha- 
bile graveur en médailles et en pierres 
fines, ne,' à Parme, florissait dans If 
milieu du XVI* siècle. Son père Fi-an- 
cois cultivait la peinture et la fyravurr 
en pierres fines, et il a laissé dans cr 
dernier art des productions estimée:?. 
Il instruisit lut-m^-me son Hls, qui, a- 
près s'être fait connaîli-e par quelque.^ 
beaux ouvrages , alla à Rome, où il 
fut accueilli par le cardinal Jean 8aN 
viali. C'est pour ce prëbt qu'il fit 
quatre cachets en cristal d'un travail 
extrêmement précieux. Les figures 
qu'il y grava étaient si belles, que le 
cardinal cmt ces cachets digne» d'être 
offerts à la duchesse de Toscane , 
Léonore. Parmi les ouvrages de Mar- 
mitta, on cite un très-beau camée 
représentant une tête de Socmte. Mais 
l'amour du gain l'entraîna à contre- 
faire les médailles antiqiie%^iik)-à cette 
époque, étaient très-reAtnMn ; er 
si la perfection qu'il apporta dans ce 
genre de travail fait honneur à son 
talent, le motif pour lequel il se li\'ra 
à une semblable fraude ne prouve 
point wi fiivipur desa {>robif.s1l acquit 



vu peu de temps un« tortiute conbj- 
dérable, et renonça aux arts. P — s. 

AIARilONTEL (I-ouis-Joskm), 
(ils de l'académicien, naquit à Paris le 
liOjanv. 1789. Ruiné par la rcvolutiou. 
il traîna long-temps une existence mi- 
sérable. En 1819, il fit saisir, che^ 
le hbraire Guiltaunte, l'édition d'un 
poème de son père sur la musique, 
intitulé Polyinnie , publié par M. 
l'ayolie, et que Mannontrl , par son 
testament, avait défendu d'imprimer. 
J.aflaire ayant été portée devant ie> 
iribunaux, .Marniontel itis perdit son 
procès. Deux ans après, transgressant 
<ioublenicnt les volontés de son père . 
il publia à la fois le poème de Po- 
lymnie et celui de la yeuvaine de 
Cythère , qui est encore plus licen- 
cieux que la Pucelle de Voltaire. 
L-jihn , se Ux>uvaiit sans ressources, 
il senibarqua dans une de ces exr 
péditions que la philanthropie en- 
voyait à Guazacoalco. Gbassé bien- 
tôt du Mexique par la mauvaise for- 
tune, il avait parcouru une partie det> 
V illes des Etats-rnis, lorsque la misère 
et le dénùment le conduisirent dan?» 
lin hôpital à New-York, oii il suc- 
comba le 16 Aéc. 1830. On trouva 
dans sou portefeuille quelques pièces 
de vers qui prouvaient d'heureuses 
dispositions; mais qui sont restées^ 
inédites M — o j. 

MAHMOKAi^A.NORK), antiquaire, 
était né vers le milieu du XVII' siècle, 
a Corfou , d'une famille patiicienne. 
.\vant profité de ses loisirs pour re- 
cueillir les anciens monuments de sa 
patrie, il «j composa Ihistoire qu'il 
publia sous ce titre : Uistoria di Corfù 
libri ntto, Venise, 1672, in-i". Le.s 
lieux premiers livres contiennent ses 
lecherches sur les premiers habitants 
de Corfou, et sur les événements dont 
cette île a été le théâtre jusqu'à l'épo- 
qiv> de la doraioation romaine. Le 
là. 



196 MAR 

troisième finit à l'avéneraent de l'em- 
pereur Constantin. Les suivants sont 
remplis par le récit de divers change- 
ment opères dans l'administration de 
cette île, sons ses différents maîtres et 
depuis que les Vénitiens s'en furent 
emparés. Quoique le savant ouvrage 
du cardinal Querini sur les Origines de 
Corcyre, (voy. QyEMVi, XXXVI, 391), 
rende à peu près inutile celui de 
Marmora, les curieux ne laissent pas 
Ûe îe rechercher; et il mérite en effet 
de tenir place dans les bibliothèques, 
à raison des détails qu'il renferme et 
qu'on ne trouve pas ailleurs, il est 
accompagné de 5 planches représen- 
tant environ soixante médailles frap- 
pées à Corcyre. L'explication qu'en a 
donnée Marmora n'est pas toujouis 
heureuse ; mais, suivant Banduri 
{Bibl. 7iummaria), ses erreurs mêmes 
n'ont pas laissé d'être utiles aux sa- 
vants. W— -s. 

MARNAS ( Maurice - Gabruîl - 
Ange Chabaî»acy de), ancien admi- 
nistrateur des hospices et juge-sup- 
pléant du tribunal civil de Lyon, 
naquit dans cette ville , en 1780, et 
y mourut le 15 février 1837, après 
s'être fait un nom dans le barreau. U 
a laissé un Traité des contributions 
indirectes et des octrois, etc., précédé 
d'une notice sur les impôts indirects 
qui existaient avant 1789, Lyon, 1829, 
in-8". Ce volume devait être suivi 
d'un second qui n'a point paru. Mar- 
nas avait publié, en 1816, conjuinte- 
ment avec Passct, un Exposé pour U 
lieutenant-général baron Mouton-lhi- 
verm% qui fut fusillé à Lyon le 19 
juillet de cette année, malgré leur 
courageuse délense. ''- 

MAIIOCIIETTI (V.nckm), ne 
à r.ielle «ti Piémont, vers 1768, entra 
<lc; bonne heure dans un couvent de 
religieux de Saint-Paul. Apres avoir 
fait profession et rern les ordres, il 



MAB 

parcourut les villes voisines où il 
s'acquit quelque réputation comme 
prédicateur. Cependant les armées 
de la république avaient envahi le 
Piémont ; les idées nouvelles étaient 
dans toute leur effervescence; Maro- 
chetti se laissa entraîner par le cou- 
rant, jeta son froc et se prépara à 
prendre une part active aux événe- 
ments. Après la bataille de Marengo, 
il fut choisi pour remplir les fonctions 
de secrétaire-général de la commis- 
sio)\ du gouvernement provisoire 
composée de trois membres, Botta, 
Giulio et Bossi, dont le prénom de 
chacun était Charles, ce qui faisait 
dire au peuple : « Nous n'avions 
« quun Charles ( c'était le nom du 
., mi de Sardaigne ) , maintenant 
« nous en avons trois. » En d au- 
tres termes : « Nous avons trois rois 
« au lieu d'un. » Marochetti avait 
fondé à Turin un journal intitulé : 
Gazette subalpine; mais s' étant permis 
de grossières invectives contre quel- 
ques religieux de Saint-Francois-de- 
Paule, son journal dut cesser de pa- 
raître. Nommé , en 1801, professeur 
d'élocpience italienne à l Université, il 
occupa cette chaire avec distinction 
jusqu'en 1803 , époque à laquelle il 
fut envoyé comme sous-piéfet à Cbi- 
vaz. Ce fut là qu'il épousa livilemeiil 
une demoiselle Isola. Il vint quelque 
temps après à Paris, et, quoiqu'il n'eut 
pas fait un cours régulier tic droit, il 
fut nonnné avocat à la Cour de cassa- 
tion et auConseil-d'Ktat. Eu 1814, son 
épouse eut des scrupules sur la vah- 
<lité d'un mariage qui ne pouvait être 
reconnu par l église ; elle abandonna 
son mari pour se retirer à Rome, où 
elle passa a de secondes noces. Ma- 
rochetti mourut en 1820, laissant 
deux his , «lont l'un est le célèbre 
sculpteur à qui lou doit la statue 
équestre d'Emmanuel -Philibert, ei 



qui est chargé de l'exécution du tom- 
beau de Napoléon. A — y. 

MAROLI (Dominique) , peintre 
«irilien, né à Messine en 1612, fut 
élève de Barbalunga, l'un des peintres 
les plus habiles que la Sicile ait pro- 
duits. Pendant un voyage qu'il fit à 
Venise, les productions des artistes 
de cette école, et spécialement de Paul 
Veronèse, le frappèrent vivement, et 
il résolut d'abandonner la manière 
de son premier maître, pour s'ap- 
propiTcr celle de ce grand colo- 
riste. Il revint en Sicile, et y rapporta 
cette couleur si vive et si vraie, ces 
beaux airs de tête que l'on admire 
dans les Vénitiens ; mais il abusa 
de son talent pour l'imitation, et le 
porta jusqu'à un excès inconnu à Li- 
béri lui-même (l'oy. ce nom, XXIV, 
438). Il adopta aussi dans s;» manière 
un autre défaut qui a nui excessive- 
ment à sa réputation. )1 peignait sur 
des toiles imprimées, et les couNTait 
à peine; aussi ses tableaux, brillants 
au moment où ils sortaient de ses 
mains, jaunissaient en peu de temps, 
devenaient obscurs et pour ainsi dire 
nébuleux; ce qui est cause qu'après 
avoir été avidement recherchés dans 
lem* nouveauté , ils perdirent par la 
suite presque tout leur prix. Cepen- 
dant Messine possède quelques-uns de 
ses ouvrages où il a su éviter ces 
défauts. C'est le Martyre de saint 
Placide, aux sœurs de Saint-Paul ; et 
la Nativité de Jésus-Christ, à l'éghse 
de la Grotte. Il avait un talent remar- 
quable pour peindre les .'Inimaux et 
les scènes champêtres. Boschini, dans 
son poème vénitien , intitulé la 
Carta del Navigar, ne fait pas diffi- 
culté de l'égaler aux Bassan , et il a 
inséré dans cet ouvrage une planche 
tirée d'un dessin de Maroli représen- 
tant un Berger entouré de vaches, et 
ityant un chien à ses côtés. Ces figures 



MAB 



197 



sont faites de verve et d'un beau 
mouvement; cest un des meilleurs 
dessins qui se trouvent recueillis dans 
cet ouvrage. Maroli, ayant pris part 
aux troubles qui éclatèrent à Messine 
en 1676, en fut victime, et périt dans 
une émeute. P — s. 

M.\RPERGER (P*cl-Jacque»), 
jurisconsulte, naquit à Hambourg, 
en 1686. Après avoir fait ses études 
à Copenhague, Altorf, Halle, Kiel et 
l.evde, il séjourna quelque temps aux 
universités anglaises d'Oxford et Cam- 
bridge, fut reçu membre de la So- 
ciété royale de Londress et se rendit 
ensuite a Utrecht, où il soutint une 
thèse De revocatione et amissione pri- 
vilegiorum, 1716, in-i". S'étant établi 
la même année à JNurerobei^ , it fut 
envové à Wetzlar, en qualité de dé- 
puté de cette ville impériale, où il 
obtint le titre d'a*sesseur au tribu- 
nal inférieur. En 1728. il entra dans 
le collège des conseillers de Xurem- 
Ijerg, et fut nommé envové de cette 
ville à l'assemblée du cei-cle de Fran- 
conie, poste qu il conserva jusqu'à la 
fin de sa vie. L empereur d'Allemagne 
Ht présent a Marperger. en 1748, lors 
de sa nomination a la charge d'asses- 
seur au tribunal d'appel et de banque, 
d une chaîne d'or, avec une médaille à 
son effigie, et confirma le diplôme de 
noblesse accordé par ses prédéces- 
seurs à la famille de ce jurisconsulte. 
Un auUe diplôme lui décerna, en 
17o0, la dignité de conseiller impé- 
rial. Marperger ne publia plus que 
deux consultations juridiques d'un 
intérêt local, et mourut en 1767. Il 
avait fait présent à l'Université d' Al- 
torf d'une somme de 1.000 florins, 
pour acheter des livres qui, suivant 
la volonté expresse du noble dona- 
teur, porteraient l'empreinte de ses 
armoiries. On avait fait frapper eu 
1748, en son honneur, une médaille, 



m MAP. 

siir laquelk- il existe une di&sertatiou 
latine de Guillaume de Bercer, 1755, 
in-4°. 13— -«. 

MARQUAIS (.IKAN-TUÉODORK ;, 

né vers 1760, exerça la médecine 
avec distinction. Après avoir été chi- 
rurgien principal de la Charité, il fut, 
par ordonnance du 9 novembre 1813. 
nomme raetubre de la commission 
chargée d'examiner l'état de l'ensei- 
gnement dans les écoles de méde- 
cine et de chirurgie. Le docteur 
Marquais voulait que l'on séparât 
l'étude de ces deux sciences, o[)inion 
qu'il a sonteiuie dans plusieurs écrits. 
Il mourut, à Paris, le 13 avril 1818. 
On a de lui : l. Réponse au ménwir<- 
de M. Maqetidie^ sur le vomissement, 
Paris, 1813, in-8''. 11. liappoit sur 
rétat actuel de la médecine en France, 
et iur la nécessité d'une réforme dam 
l'étude de l'exercice de celte science, 
Paris, 1814, in-8°. IH. Obsermlions 
sur un écrit de M. Levcillé, ayant pour 
titre : » Mémoire sur l'état actuel de 
a l'enseiynemcnt de la médecine et de 
■> la chirurtfie », Paris, 1816, in-S". 

IV. Rapport de la commission nommée 
par l'ordonnance du n)i, du î) no- 

■ *'em6re 1813, etc., Paris, 1816, iu4". 

V, Réflexions sommainis sur un écrit 
oyant pour litre : ^ Des études du 
« médecin, de leurs connexions, et de 
t. leur méthodologie, par M. Pru- 
.. netle «, Paris, 1816, in-i". VI. 
Réponse au discours de M. le profes- 
seur Huilé, prononcé dans lu séance 
publique de la Faculté de médecine 
de Paris, le 4 novembre 1813, et aux 
mémoires publiés par cette Faculté, 
sur l'importance de conserver la réu- 
nion de toutes les parties de l'art de 
tfuérir, 1816, in-S". VII. Adresse au 
Rài et aux deujc t'^hamhres, sur la né- 
ressité de réorganiser les écoles de 
médecine et de chimrqie en France, 
Paris, 1818, in-4». r^ 



MAB 

MARQUER (Lovus), lié a Vai- 
nes, le 19 octobre 1653, entra dan-s 
la Société de Jésus, a Paris, le 26 
septembre 1670. Sa faible complcxion 
ne lui permettant p.ns de supporter 
un long traviiil, il passa une parti»; 
des premières années de sa jeunesse 
a La Flèche, où il s'appliqua, autant 
qu'il le put, à l'étude de la théologie 
et de la littérature. Sa santé s'étani 
ensuite améUorée, il enseigna les ma- 
thématiques à JNantes, et la philoso- 
phie, successivement à Eu, à Or- 
léans et à Rouen. Il fut chargé plu- 
tard de la chaire de philosophie 
bcolaslique, dans les collèges d'A- 
miens, de \ annes, de La Flèche e( 
enfin de Paris. En 1720, il retourna 
a la Flèche, où il mourut d'hydro- 
pisie, le 8 avril 1725, après avoir 
travaillé pendant quatorze ans aux 
Mémoires de Trévoux. On lui doit, 
indépendamment de sa coUoboration 
à ce recueil, l'arrangement et la pu- 
blication des ÀS'ouveaux mémoires des 
missions de la Compagnie de Jésui 
dans le Levant, Paris, 1717 et années 
suivantes, 7 vol. in-12. Le Diction- 
naire de Moréri (t. VIL p. 274, édii. 
de 1759), lui attribue encore Tou- 
vrage suivant, resté manuscrit : Jr- 
menia uetus et recens ; Informatio de 
errotibus Armenorum ; Disscrtatio de 
Etitychianorum, 3/onophy'Slurum «< 
Afonothetitorum lueresi. P. L — i. 

MARQUEZ (Jeak), religieux au- 
gustin, naquit à Madrid en 1564. 
.\près avoir professé avec éclat la 
théologie à l'I'niversité de Salanian- 
que, il fut élevé au.\ premières «li- 
gnilés de son ordre, et mourut le 17 
février 1621. On a de lui = L J' 
deux situations de la Jérusalem spi,. 
tuelle , sur les Psaumes CXXV ci 
CXXXVl, Médina del Campo, 1603. 
in-4"; Salamanque, 1610, aussi in-V 
Cet ouvrage forme deu.x parties daiio 



les éditions postérieures. II. Le Gou- 
verneur chrétien, tiré des Fies de 
Moïse et de Josué, princes du peuple 
de Dieu, Salamanque, 1612 et 1619, 
in-fol.; Aicala de Hdnarès, 1634; 
Madrid, 1640; Bruxelles, 1664. C'est 
le meiUeui- ouvrage du P. Marquez. 
Il a été traduit en français, 2»»anc>-. 
1621; et en italien, tapies, 1646. 
m. Origine de l'ordre de Saint'Au- 
y us tin, Salamanque, 1618, in-fol., 
traduit en italien, Turin, 1621. IV. 
k'ie du P. François de Orozco, pu- 
bliée par François -Thomas de Uei- 
rera, long-temps après la mort de 
l'auteur. Z. 

UA.RQUEZ (Etienne), peintic, 
ué eu Estraraadure vers le milieu du 
XVll' siècle, alla fort jeune à Séville, 
où son oncle, habile peinue de por- 
traits, lui enseigna les principes de 
son art. Cet oncle étant mort quelque 
temps après, ilarquez, dont les pro- 
grès, jusqu'à ce jour, avaient été peu 
remarquables, se vit forcé, pour 
vivre, d'entrer comme ouvrier dans 
une de ces manufactures de pein- 
tures établies en E^spague pour faire 
le commerce des tableaux avec les 
Amériques. Marquez, dénué de facilité 
dans l'exécution, surtout d'activité. 
devint l'objet des plaisanteries de ses 
compagnons, se vit réduit a quitter 
cet atelier et à retomner dans son 
pays. La misère l'y poursuivit; il 
revint de nouveau à Séville, et excité 
par les sarcasmes auxquels il fut 
en butte, il mit une telle appUca- 
tion dans ses nouvelles études, qu'il 
surpassa bientôt tous ceux qui jus- 
qu'alors s'étaient permis de le rail- 
ler. Il acquit un dessin correct, une 
bonne couleur, et parvint même à 
s'approprier une partie des qualités 
de MuriUo, comme le démontrent 
huit tableaux, et surtout une Ascen- 
sion d'un grand mérite, qu'il ât pour 



199 

les Trinitaireâ de Séville. Le succès 
qu obtinrent ces ouvrages lui en pro- 
cura beaucoup d'autres pour les égli- 
ses de Séville. Il mourut dans eette 
ville en 1720. P— s. 

M^VRQUEZI du Far, ardent ré- 
volutionnaire , prit une grande part 
dans son pays aux excès de 1793. Il 
était commissaire prés l'administra- 
tion municipale de Toulon, en 1798, 
lorsqu'il fut nommé , par le départe- 
ment du Var , député au Conseil des 
Cinq-Cents, où il se rangea, dès le 
commencement, du parti le plus exal- 
té, il concourut en même temps avec 
Antonelle et Vatar, à la rédaction du 
Joumaldes hommes libres qu'on appe- 
lait le Journal des Tigres, dans lequel il 
dénonçait chaque jour, sons le nom de 
royalistexet d'émigrés, tous ses ennemis 
personnels. C'est ainsi qu'il fit arrê- 
ter Branzon (1) et le malheureux 

11) Branzon était employé dans l'adminis- 
tration de la marine à Toulon quand celtt 
ville tomba au ptiuvoir des Anglais en 119$. 
Envoyé en Italie peu de temps auparavant 
avec de fortes sommes pour des apprOTi- 
sionnements de blé , il s'abstint de faire 
des envois à Toulon , lorsqu'il sut que les 
Anglais en étaient les maîtres , et se dispensa 
lui-même d'y revenir, ce qui le fit porter sur 
la liste lies émigrés, Ajant paru à Paris en 
ilSl, il y fut arrêté sur la dénonciation de Mar- 
quez!, et jugé en même temps comme émigré 
et comme accusé d'avoir dérobé des sommes 
considérables à la république. C'était alors de 
bien graves accusations, et Branzon ne pou- 
vait s'en tirer que par de grands sacriflces. 

• Vous êtes accusé d'avoir pris deux millions 
1 à la république , lui dit un de ses compa- 

• gnons de captivité; si cela n'est pas vTai , 

• vous êtes un homme perdu. » 11 parait bien 
qu'il y avait dans l'accusation quelque chose 
de vrai , car Branzon s'en tira sain et sauf; et 
il fut acquitté successivement par le conseil de 
guerre et par le tribunal criminel. Mais plus 
tard ce malheureux, devenu fernuCT d'un 
octroi municipal de Rouen, fut traduit en 
justice poiu- des erreurs de quelques pièces 
de 5 francs. Comme alors il ne lui restait plus 
graiid'chose, et qun peut-être l'accusation n'é- 
tait pas aussi fondée que celle de Toulon, il fut 
condamné et envoyé aux galères, oti il mourut 
vers 1820, Ainsi va la Justice des hommes. 



âO» 



MAE 



MAK 



Alexis, qui liit condamné à luoil par 
une comuiissio!) militaire, dont le 
capitaine Hugo (t'o>-. ce nom, LXVII, 
4:29) était rapportenr. Place à la 
tête de l'opposition contre le Direc- 
toire, Marquezi déplut surtout à Bar- 
ras par ses manières violentes et p/ros- 
sières , et parce que, <la»ia une visii«; 
a ce directeur, il s'était permis que(- 
cpies observations sur ses mœurs et sa 
vie privée. Harras, pour se venger, 
le fit dénoncer comme parent d'énii- 
•;pé, et envoya chercher à Toulon , à 
grands frais, des pièces à l'appui de 
la dénonciation qui tendaij à faire e\- 
pulseï" Marqué/i du Corps léjpslatit. 
iVIais celui-ci établit qu'il avait étf- 
constamment fonctionnaire public, 
et qu'il ne pouvait conséquemnu'ui 
être atteint par la loi du 3 brumaiie; 
après une discussion orajjcuse, le parti 
directorial eut le dessous, et Marquezi 
fut maintenu. En 1799, il insista plu- 
sieurs lois, mais en vain, poiu- lafoj- 
niation d'une coiinnission char^jée de 
dresser rac:te d'accusation de lex-nn- 
nistre Scbérer , qui était le parent et 
le protège du directeur Rewbell, et il 
demanda que cette commission liit 
encore chargée de poursuivre» As 
f traîtres et les dilapidateurs. Dans le 
courant d'août, il annonça une pro- 
chaine explosion royaliste; et le 26 il 
fit chargei' une commission de pré- 
senter un travail sur les émigrés sai- 
sis dans les pays occupés par les Fran- 
çais, Le iï septembre, il parla avec 
chaleur pour la déclaiation des dan- 
gers de la patrie , et s Opposa ensuite 
de toutes ses facultés au trionq>Iic de 
Bonaparte dans la journée du IS bru- 
maire. Exclu alors An Corps législa- 
tif, il fut condamné à cire déporté; 
mais on sait que cet arrêt ne fut pas 
fxécu'é. tiomme Marquezi continua 
de rester très-attacbc au parti des 
déroaçof»nes ef qu'il prit pari à tou- 



tes leurs intrigues , il fut aussi mêlé 
dans toutes les persécutions qu'ils 
essuyèrent. C'est ainsi qu'en dé- 
cembre 1800 le consul le Ht com- 
prendre dans la liste de déporta- 
tion d'un grand nombre de révolu- 
tionnaires accusés de l'attentat contre 
sa personne par la machine infernale. 
Maïquézi réussit à .se soustraire par 
la fuite à cette pro.'îi'ription , et 
depuis il resta ignoré dans .son dé- 
partement , même à l'époque de la 
restauration , où tant de passions 
assoupies se réveillèrent, Il vivait fort 
])aisible à Toulon, lorsqu'il v mourut 
le 3 avril 1836. >!— '>,i- 

MARQUIS (JiaN-JosEPn), né le 
1 4 août 1747,, à St-Mihiel, y exerçait la 
profession d'avocat lorsqu'il fut nom- 
tné député du tiers-état du bailliag»' 
de Bar-le-Duc aux États- Généraux. 
Il se lit peu remarquer dans cette as* 
semblée où il vota avec la majorité , 
c'est-à-dire en faveur des innovations, 
en se montrant toutefois sage et mo- 
»léré. Après la .session, il devint grand- 
juge a la Haute-Cour nationale d'Or- 
léans, et fut nommé, en septembre 
1792, député du département de la 
Meuse à la tlonvention nationale, où. 
lors du procès de Louis XVI , sur la 
peine à iniliger, il dit : >• Comme ju- 
" ge , je n hésiterais pas à prononcer la 
X peine de mort , puisque cette peine 
" barbare souille <'ncore notre code , 
" mais, connue législateur, mon avis 
" est que Louis soit détenji provisoire- 
n ment connue otage, pour répondre 
» à la nation des mouvements inté- 
rieurs qui pourraient s'élever poiu' 
" le rétablis.semenl de la rovauté , et 
" des nouvelles hostilités et invasions 
- des puissances étrangères. " Mar- 
(pus fut aussi d'avis de l'appel au peu- 
ple, et il vota pour le sursis. Devenu 
membre du conseil des Cinq-(>;nts. 
il donna nn démission en février 1797. 



fut nomme en 1799 commissaire à 
Mavence, pour organiser les quaUe 
nouveanx départements de la rive 
franche du Rhin , et v remplaça Rud- 
ler, îl fut à son tonr remplacé par 
LakamI ; puis nomme préfet de la 
Meorthe en 1800 jusqu'en J811 . m 
décoré de la croix de la Léyion- 
d'Honneor. Vers fa fin de 1807 , le 
département de la Meuse l'avait élu 
randidat a»i Sénat . mais il n'y fut 
point appelé. Marquis se fit chérir de 
ses administrés par fa modération : 
et leurs regrets accompajynèrent sa 
iTtraite. raotivée sur ce qu'il était de- 
venu presque aveugle. Il eut jxrar 
successeur Rionfte, et l'exjjression des 
forets que laissait après lui le préfet 
démissionnaire fut consignée dans uii 
écriteau. placardé à la porte de l'hôtel 
de la préfectui-e. où on lisait que le 
baron Riouflfe pourrait bien devenir 
comte, mais qu'il ne serait jamais Mar- 
qnii. îJommé ensuite député au Corps 
législatif, Marquis siégea jusqu'au 20 
mars 1815. Il se retira à Saint-Mi- 
hiel, sa patrie, et v mourut en 182.3. 
On a de lui : Observation!: de la fille 
de Saint-Mihiel, sur l'échange du com- 
té de Sancerre, sans nom d'auteur. 
P»ri8, 1787, in-S". M — « j. 

MARQUIS (Al.EXA>DRE - Louis ) . 

médecin et littérateur, né à Dreux, 
en 1777 , se consacra dès sa jeu- 
nesse à l'étude des sciences natu- 
relles , et se fit recevoir doctem- en 
médecine. En 1811, il fut nommé pi-o- 
fesseur de botanique au ,Iardin des 
plantes de Rouen, et peu après secré- 
taire perpétuel de l'Académie Royale 
de la même ville. Il ne cessa d'ensei- 
gdrr avec la plus grande distinction 
jusqu'à sa mort, arrivée le 17 sep- 
tembre 1828. On a de lui : I. Essai 
sur l'histoire natnrelli' et médicale de^ 
gentianes, Paris, 1810, in-i". H. Re- 
efifrch€.f historique^ sur If chêne . 



MATv 



m 



Rouen , 1812, in-8«. m. Plan raisoti- 
né (Tun cours de botanique spcciale et 
médicale, ou De la meilleure manièi-e 
ff étudier et d'enseigner cette science , 
Rouen, 1813, iu-S". IV. Podalire, ou le 
premier âge de la médecine , Paris . 
1813, iu-12. y.néflcxions sur le AV- 
penthès d'Homère, Rouen, 1815, in-8". 
VI. Les solanées , ou les plantes l'éné- 
iievses, idylle, Rouen, 1817, in-8". 
VU. Éloge de Linné, ibid. VIII. Fs- 
ijui^sedu règne végétal, ou Tableau te- 
nirtéristique des faviilles des plantes. 
etc., Rouen et Paris, 1820, in-S". C>t 
ouTrage a servi de g^ide à M. Mérat 
pour la seconde édition de sa Flore 
de Pari<. IX. Fragments de philosophie 
botanique, OU De la manière la plus 
convenable de voir et de travailler en 
histoire naturelle et purticulièrcment 
en botanique, Rouen et Paris. 1821, 
10-8". t'et ouvrage est un des plus le- 
marquables qni aient été faits sur cette 
matière. X. Réflexions sur le mot 
d'Horace, ^Ut picturn poesis, « ou De 
r application à la poésie des principes 
de la peintu)-e,^ouen. 1822, in-8"\ XI. 
.\olire sur le chêne - chapelle d'Al- 
louville, dans le pays de ("Viit-v, Rouen, 
1822 et 1827, in-8''. Xn. Notice né- 
crologique sur A.-E.-M. Havet, natu- 
raliste, voyageur du gouvernement fran- 
çais, Rouen, 1823, in-8*'. Xlf!. Du ca- 
ractère distinctif de la poésie, Rouen. 
1827, in-8". XIV. Considérations sut 
l'art d'écrire, Rouen. 1827, in-S". XV. 
De la délicatesse dans les arts, ibid. 
Marquis est auteur de la Physiolo- 
gie végétale, insérée dans le Xouveau 
f'oYage dans Fempire de Flore. Il a 
donné un grand nombre d'aiticles an 
Dictionnaire des sciences médicales 
et à plusieurs recueils périodiques. 
Une notice sur A.-L. Marquis , lue à 
la .Société d'Émulation de Rouen, fut 
imprimée dan-* cette ville en 1829 , 
in-80 Z. 



^ MAR 

MAURAGON (.ïE.^s-BAPïisrE), 
députe du département de l'Aude à 
la Convention nadonale, naquit à Luc, 
le 10 juillet 1741. Il vota la mort de 
Louis XVI, et après avoir opiné pour 
l'appel au peuple, il repoussa tout 
sursis à l'exécution , ce qui présen- 
tait une contradiction évidente, et l'a 
classé au rang des régicides. Marra- 
gon s'occupa beaucoup dans les co- 
mités d'agriculture, des travaux pu^ 
blics, et il présenta des plans sur les 
moyens de vivifier la navigation inté- 
rieure. Ayant été, avant la révolution, 
commis du directeur-général du ca- 
nal de Languedoc, dont il devint 
le gendre, il était fort instruit dans 
cette partie. En 1793, il fut envoyé 
au Havre, où il montra de la modé- 
ration. Nommé alors membre du con- 
seil des Anciens, il en fut secrétaire; 
et, à la suite d'un rapport, il fit décla- 
rer nuls les droits de la famille Ri- 
quet-Caraman sur le canal de Lan- 
guedoc, et décréter que la république 
s'emparerait de ce monument indus- 
triel. Le 21 décembre 1797, il fut élu 
président du conseil des Anciens. Il 
en sortit en mai 1798, et le Directoire 
l'envoya comme successeur de Ro- 
berjot près des villes anséatiques. il 
se trouvait à Hambourg, lors de l'ar- 
restation de INapper-Tandy, et se dis- 
posait à en partir, à cause du refus du 
sénat de mettre ce prisonnier en liber- 
té, lorsque le Directoire lui ordon- 
na de restei' et d'insister sur cette de- 
mande, te (ju'il fit vainement. De 
retour à Paris, il fut nonuné comnus- 
saire du Directoire près l'administra- 
lion des canaux intérieurs, et en 1800, 
il obtint , par la faveur de Camba- 
cérès, son compatriote et son ami, 
la place de receveur-fjénéral du dé- 
partcuKMit de l'Hérault qu'il transmit 
a son lils (piehpies aimées après, il 
vivait à Paris, dan» une opulente rc- 



MAB 

traiic, quand il fut atteint par la loi 
de 181 6, qui exila les régicides. Mar- 
ragon se retira à Bruxelles , et il y 
mourut le 1" avril 1829, lorsque «on 
exil allait finir par la révolution de 
1830. M— Dj. 

MARKOA' (l'ArL-HENBi), l'un des 
pasteurs de l'église réformée de Paris, 
était aussi président de son consis- 
toire. Il naquit à Leyde , le 12 avril 
1754, d'une famille originaire du Dau- 
phiné, que la révocation de ledit de 
Nantes avait forcée de s'expatrier. De 
l'église française de Dordrecbt, qu'il 
desservait depuis six ans, Marron fut 
appelé, en 1762, comme chapelain à 
l'ambassade de Hollande, à Paris. Il 
s'en sépara en 1788, quand Louis 
XVI eut rendu l'étal civil aux protes- 
tants, et ceux de la capitale le choisi- 
rent pour leur pasteur. Long-temps 
avant la révolution il avait acquis une 
sorte de célébrité par ses discussions 
avec le malin Beaumarchais, qui le 
surnomma Marron-Dinde. Marron se 
montra, dès le commencement, parti- 
san de la révolution, et fut lié avec 
les principaux meneurs de cette épo- 
que, notamment avec Rabaut-Saint- 
Étienne, son coreligionnaire; mais il 
ne se livra jamais à aucun excès. Tous 
les pouvoirs et tous les gouverne- 
ments qui sesuccédèient, reçurent de 
lui des compliments et des éloges eu 
prose coumie en vers. Le 15 octobre 
1793, il otfrit à la Convention quatre 
coupes, en faisant remarquer que c'é- 
taient les seules pièces d'argenterie de 
son culte. Cet empressement n'empê- 
«•ha pas Robespierre de le taire incar- 
cérer à deux reprises dilléreutes. Rcn 
du à la liberté^ il publia une descrip- 
tion de sa captivité, sous ce titre Paul- 
IJcnri Marron à la citoyenne Ih'lèue- 
Marii: frilliaws. Lors de la protnul- 
(fation <le la loi organique des cultes, 
il eut beaucoup de part à l'organisa- 



MAR 

tiou du culle piutestani eu France, et 
se plaignit, néanmoins que le projet 
qu'il avait présenté fi'it tronqué et 
disloqué en plusieurs points. Manon 
cultiva, presque depuis son enfance, 
la poésie latine, et l'on ferait un recueil 
considérable des pièces qu il a succes- 
sivemeni publiées. Il n'avait pas en- 
core quatorze ans , quand parut ta 
première, qu'un Macédonien, nommé 
Tzechatii, étudiant alors à Leyde, 
réimprima avec une bonne traduction 
grecque. C'était une éléjic i-n Ihoii- 
neiu" de Bleiswicb, orateur de l'Uni- 
versité de Leyde. Dès l'année 178S, 
Marron rendait compte de la littéra- 
tui'e hollandaise dans le Journal en- 
cyclopédique , coiimie depuis il tra- 
vailla au Magasin encyclopédique , 
avec Millin. Kn 1816 , plein du 
désir de repousser les taux bruits 
qui circulaient en An{jleterre sur 
l'état des protestants en France er 
les prétendues pei-sécutions ^qu'ils y 
éprouvaient, il écrivit à la société pro- 
testante de Londres une lettie Fo»t 
sage et fort honorable, dans laquelle 
il déclara ibrmellemeut (ju'il croyait 
de son devoir de s'opposer à tout ce 
qui tendrait à une intervention étran- 
gère dans les allaiies des Français. «Je 
'< ne puis, dit-il, vou avec satisfac- 
« lion ce qui se passe en Angleterre ; 
•' je ne puis y prendre aucune part. 
« Si le réle de votre amour fraternel 
" m'édifie, il me semble pourtant dé- 
« passer les bornes de la prudence et 
■< même celles de la véritable charitt. 
« Ce n'est pas ainsi que cette vertu 
• proclame son assistance , surtout 
« lorsqu'elle peut craindre de coui- 
« promettre les intérêts de la cause 
« qu'elle prétend appuyer.... Vous 
■' avez tort d'imaginer qu'il y a rien 
" d'hostile contre les protestants dan* 
« les intentions du {jouveiuemeut 
« français... n Toujours disposé à cou- 



MAB 



â03 



tribuer aus. progrès des sciences et des 
arts, Marron concourut sans cesse aux 
entreprises les plus honorables, et 
nous lui devouj; la justice de déclarer 
qu'il ne fut pas seulement utile à la 
Biographie universelle, par un grand 
nombre d'articles historiques et litté- 
raires sur la Hollande et les Pays- 
Bas , mais qu'il nous a donné, dans 
tout le cours de ce loug travail , 
beaucoup de renseignements et de 
matériaux qui furent successivement 
employés , et dont quelques - uiu> 
trouvent encore leur place dans ce 
Supplément. En 1807, l'Institut, dans 
son rapport sur les prix di^cennaiu , 
rendit justice à l'abondance et à la 
facilité de sa verve latine , et Ton sait 
que la poésie française ne lui était 
pas étrangère. On a vu de lui , dan» le 
Miujaiin Encyclopédique , une Epi- 
taphe peu louangeuse de Kant, en 
quatre langues : grec , latin , françai.s 
et hollandais (i). Marron était aussi 
un amateur éclairé des beaux-aits; il 
avait formé une collection de por- 
tiaits qui s'élevait a plus de 20,000 
gi avares, et qui hit vendue au.\ en- 
chères après sa mort, (x fiit le roi 
qui la Ht acheter pour sa bibliothè- 
que. Il était tort charitable et aimait 
beaucoup à rendre service. Quelques 
jours avant de mourir, il brùla tous 
les reçus des sommes qu'il avait prê- 
tées à différentes personnes. On a de 
lui: I. Lettre» d'un protestant à fabbé 
Cérutti, Paris, 1789, in-8". II. Tra- 
duction française de la Constitution 
du peuple batave ( sans nom d'au- 
teur). Paris, 1798, in-8". III. Discours 

(l) Son épiiaphe latine du père de Bonaparte 
mérite d'être recueillie : 

Fortunate pater, létales excute somnos : 
«Jui dederas vitani, te veut ille mon. 

En voici la traduction : 

Heureux père, ton fils consacre ta mémoire 
Tu lui donnas la vie, il te donne ta gloire. 



MAR 

prononcé au service extraordinaire cé- 
lébré par les protestants de Paris , à 
l'occasion de l'achèvement de la cons- 
titution et de son acceptation par le 
roi, 1791, in-8". IV. Discours pro- 
noncé la veille de la fête de la Paix, 
17 brumaire an X,dans le temple des 
protestants de Paris , 1801 , in-8°. \. 
Traduction hollandaise des nouvelles 
Observations et Attestations sur la 
transcendance du bois de Mélèze, par 
M. Quatremère - Disjonval , Paris, 

1803. VI. Napoleoni primo Gallorum 
imperatori semper augusto , Paris , 

1804, i 11-4°. VII. Elcgia ad musam 
in Borboniorum ad Gallos reditu , et 
auspicatissimo Ludovici XVIII Lute- 
tiam Parisiorum advèntu, Paris, 3 
mai 1814, in-8». VIII. ./ MM. les 
président et membres de la Chambre 
des Députés, les présidents des Consis- 
toires de l'église réformée et de celle 
de la confession d'Jugsbourg, à Paris, 
1816, 111-8°. TX. Ludovico XVIII, 
Gallûc rcf/i in festis baptismalibus regii 
Burdigaiœ ducis , Paris, 1825, in-S". 
X. Carolo Decimo Gallorum régi in 

festis Rhemtnsibus , Paris, 1823, in- 
4°. XI. Pauli-TIcnrici Marron solem- 
niahagana, Paris, 1828, in-8''. Mar- 
ron a donné à Mirabeau des notes 
pour l'ouvrage qui a pour titre : Jux 
Batavcs , sur le Stathouderat , 1788, 
in-S". Sa communion s'ctant réunie à 
celle de la confession d'Auysbourfî, 
dans la fête séculaire de la réforma- 
tion , le 2 novembre 1817, il pro- 
nonça , à l'église de la rue des liillet- 
tes, une prière solennelle, insérée 
dans le Recueil des pièces relatives 
à cette célébration. Il était mem- 
bre de l'Institut de Hollande et de 
plusieurs autres sociétés savantes. Ka- 
poléon, qui aimait assez, à recevoir 
ses louan(;es, l'avait fait cbevalier i\c 
la Légion-d'llonneur, dés la londa- 
tion. MaiTon mourut dans le mois de 



MAfi 

juillet 1832 , victime de Këpidémie 
qui désolait alors Paris. Marié depuis 
long-temps, il ne laissa point de pos- 
térité. M — D j. 

MARRYAT(Joskph), négociant 
et orateur anglais, était né en 1737, à 
Lothbury. Sa famille originaire d'East 
Bergbolt (comté de SufFolk) , jouis- 
sait de quelque considération, quoi- 
que médiocrement favorisée de la for- 
tune, et son père, qui finit par habiter 
Bristol, passait pour excellent méde- 
cin (1). Son éducation fut poussée 
jusqu'à la rfiétorique exclusivement, 
et bien que toute sa vie il eût montre 
un vif ficsir d'acquérir des connais 
sances nouvelles, déterminé de bonne 
heure à suivre la carrière commer- 
ciale, au lieu de celle des sciences, 
il n'alla finir ses études à aucune 
université. Envoyé d'abord dans l'île 
de Grenade, il eut, pendant un séjour 
de plus de dix ans, occasion de par- 
courir tout l'archipel des Antilles, et 
les côtes de l'Amérique qui en étaient 
les plus voisines, et de se mettre par- 
faitement au fait de tous les détails 
de culture et de commerce, relatifs 
à ces localités. Se trouvant à Boston, 
en 1788, il demanda et obtint la 
main de miss Charlotte Cear, troi- 
sième fille d'un colon, grand loya- 
liste et pour qui cette fidélité au sou- 
verain avait été la seule cause de 
bien des désagréments et de por- 
tes, pendant la guerre de l'indépen- 
dance. Dès-lors, sans doute, il avait 
résolu de se fixer en Angleterre 
car, de retour à Grenade, il n'y rest;i 
que le temps de mettie en ordre 
ses affaires, et partit immédiateincni . 
après la naissance d'un premier fils. 

(l) llic late ecccuU-ic D' T. Marryat, phy- 
sician, at «ri.stol , dit l'« bioaraphUat itUt of 
(lie liring aiithors, 1810. — Son au-ul pater- 
nel , ajoute le iiiOiiu! oiivraK^^ «5<a't "" n»n«s- 
uc indt'ponrtanl, cl avait succéd.5 au fameux 
Tli, Dradbury, dans Pinncr's Hall, 



Jamais il ne songea à quitter &a pro- 
fession lucrative, et s'honorant du né- 
goce qu'il faisait, du reste, en grand, 
il ne cessa d'ajouter à sa fortune , 
qui, lors de sa mort , était éva- 
luée à quinze millions. Président de 
la commission du Lioyd , chef de 
la banque de sir William Kaye, et 
de sir Ch, Price, agent colonial pour 
l'île de Grenade, il rendit, dans tous 
ces différents emplois , des services 
essentiels aux divei-s établissements 
qui l'investissaient de leur confiance. 
Parfaitement au courant de tous les 
faits de la science économique vi-aie, 
et des théories de ceux qui la pro- 
fessent à la Chambre des Communes, 
où il siégea pendant long-temps 
comme représentant Sandwich, il 
sut se faire une position indépen- 
dante, en ne se vouant exclusivement 
ni aux whigs ni aux torvs, et discutant 
impartialement toutes les questions 
commerciales et coloniales , qu'il 
croyait à juste titre de son ressort. 
Ce n'était pas précisément un orateur 
dans toute la force du terme, mais 
c'était un homme qui , sur des ma- 
tières sévères, spéciales et compli- 
quées , savait répandre de l'intérêt 
et de la clarté. Il instruisait , il per- 
suadait; on pouvait compter sur tout 
ce qu'il disait; il avait vu, il avait 
fait; une correspondance immense 
l'instruisait de tout ce qui se passait 
de nouveau dans cette sphère. Il 
avait de plus deux dons bien 
rares chez les hommes qui possè- 
dent de si nombreux détails : c'était 
de choisir, à l'instant même, dans la 
foule des éléments qui s'offraient à 
lui, ceux qui par l'importance, ou 
par quelque autre particularité, mé- 
ritaient l'attention, ou pouvaient illu- 
miner la discussion ; c'était ensuite la 
justesse avec laquelle il comprenait , 
jl appréciait, tirant toujours ses con- 



MAR 



20o 



clusions de l'expérience. Sans mépri- 
ser les doctinnes des deux écoles éco- 
nomiques anglaise et française, il pen- 
sait que, dans bien des occasions, les 
praticiens peuvent en appeler de leur> 
décisions, et corriger les principes 
abstraits par les faits inattendus que 
fait siu'gir l'application des principes. 
Ce n'est pas là, il est vrai, l'esprit 
qu'il montra quand, dans la discus- 
sion sur l'abolition de la traite, il se 
prononça énergiquement pour cette 
mesure, et s'éleva contre les horribles 
traitements dont les noirs étaient vic- 
times ; mais il est permrs de penser 
qu'il était du nombre de ceux qui, der- 
rière cette abolition nominale de la 
traite, voyaient la Grande-Bretagne 
n'en agissant pas moins à son gré, et 
les colonies des autres nations im- 
manquablement ruinées tôt ou tard. 

11 prit une part éminemment active 
à toutes les phases du débat sur le 
nivellement des deux sucres (celui des 
Indes-Orientales et celui de l'Améri- 
que }, et ce n'est point exagérer, que 
d'attribuer principalement à l'influence 
de ses paroles l'échec qu'éprouva la 
proposition ministérielle en présence 
de la législature. Marryat mourut, le 

12 janvier 1824, d'un commence- 
ment d'ossification du cœur. Parmi 
les personnes qui payèi-ent un tribut 
de regrets à sa mémoire, on re- 
marqua lord Liverpool. On n'a de 
Marryat qu'un seul ouvi-age propre- 
ment dit ; ce sont des Pensées sur 
l utilité qu'il Y aurait à établir utin 
nouvelle Banque, avec une charte, 
1811, in-S". Mais deux de ses dis- 
cours prononcés à la Chambre de* 
Communes, ont été imprimés. L'un 
est la Réponse à la motion de M. Man- 
ningy sur les assurances maritimes 
1810, in-S" ; l'autre a pour titre Ob- 
servations sur le rapport de ta com- 
mission chargée de texamen du projet 



206 



MAR 



iur les assurances maritimes, 1810, 
in-S". On pouve beaucoup d'autres 
discours fort longs, dans les journaux 
du temps. P — oi- 

MAllS (S\knt), et, suivant d'au- 
tres, Marse, ou même Mat-, prêtre 
et ermite, que l'on croit être ne, 
vers le commencement du VI' siè- 
cle, à Bais, petite paroisse de l'évéché 
de Rennes, et voisine de Guerchc, est 
plus connu par le culte qu'il reçoit 
que par ses actions. On croit qu'il 
passa la plus grande partie de ses 
jours à Vitré, et qu'il mourut au vil- 
lage de Marse, où l'on montre enco- 
re les ruines de sa maison. Le tom- 
beau qui renfermait son corps de- 
vint célèbre par ime infinité de mi- 
racles, et les habitants de Rais en re- 
gardaient la possession comme un 
trésor du plus grand prix. En 1427, 
ces habitants, craignaut que les An- 
glais, dont la descente en Bretagne 
était imminente, ne leur enlevassent 
ce corps, le transportèrent à Vitré, 
et le mirent sous la garde des cha- 
noines de la collégiale de Sainte-Made- 
leine de cette ville. Le duc de Bre- 
tagne ayant fait sa paix avec les An- 
glais, la paroisse de liais réclama, 
mais en vain, son dépôt. Le chapitre 
de Sainte-Madeleine se refusant tou- 
jours à la restitution demandée, les 
habitants voulurent se le procurer, 
i force ouverte , un jour que, selon 
la coutume, on [)orlait les reliques de 
saint Mars en procession hors de la 
ville; mais s'étant trouvés les phis 
faibles, ils furent <ïbli(;<'S de céder, el 
de les laisser en la possession de Vitré. 
Les chanoines crurent qu'ils ne les 
p(;rdraient jamais ; c'est ce qui cîéter- 
miria, en 1486, Guy, comte de La- 
val, baron de Vitré, et Anne de Mont- 
morency, son épouse, à lairc fain* 
un coffret d'argent pour les renfcr- 
in.r. Quant à la parois^a• de Bais. 



elle s'abstint de toute procession ex- 
térieure jusqu'en 1750, qu'elle re- 
couvra les reliques de saint Mars, 
moins son fémur droit, deux de ses 
côtes et son chef, que l'église de 
Vitré possède encore aujourd'hui. 
Depuis cette époque, elle a repris 
l'usage de les promener procession- 
nellement sur toute l'étendue de son 
Territoire, le 14 janvier et le 21 juin 
de chaque année. — Mars (le père 
Noéi), né à Orléans, dans le XVI' siè- 
cle, fut supérieur de la congrégation 
des Bénédictins réformés de Bretagne, 
qui avaient adopté une règle beau- 
coup plus sévère. Le P, Symphorien 
Guyon, d'Orléans, prêtre de l'Oratoi- 
re, a parlé de lui avec éloge, aux p. 
270 et 291 de son Histoire chronolo- 
gique des évêqurs d'Orléans , ainsi 
qu'André du Saussay dans l'Appendix 
de son Martyrologe de France. Le 
roi Louis XI il demanda au pape sa 
canonisation et l'érection en congré- 
gation des monastères de Redon, 
Leiion , Le Tronchet, I^antenac, I-a 
Chaume, Landevcnec et Saint-Meen, 
desservis par les Bénédictins réfor- 
més de Bretagne. Les ri', de la société 
(leBretagncnepurentobtenirrérection 
f(uils sollicitaient; on se contenta d'u- 
nir leurs monastères à la congrégation 
de Sainl-Manr. Quant an W Mars, le 
pape consentit à la canonisation pat 
les voies oitlinaires, qui furent sui- 
vies avec ardeur et succès par le P. 
f;uillotin. conunis à cet elfet. La pro- 
cédure préparatoire n'eut pourtant 
au»unc suite, l'union à la congrégation 
de Saint-Maur ayant insensiblement 
fait perdre de vue le P. Mais, auquel 
Di Ilu(pus Ménard a néanmoins don- 
né la qualité de bienheureux, tant 
dans la prélace de son Martyrologe 
bénédictin, que dans l'addition qu'il 
V a faite de quelques saints nou- 
veaux. La vie du P. Mars, écrite en 



MAR 

1647, par son neveu D. Noèl Mars, 
est restée manuscrite. On peut voir 
à son sujet, les Eloges de plusieurs 
personnes illustres en piété de l'ordre 
de Saint-Benoit, par la mère de Blë- 
meur (tom. 2); et la notice que lui a 
consacrée D. Lobineau dans ses Fies 
des saints de Bretagne. P. L — T. 

MARS ( A5toise-Jea!»), conseil- 
ler à la Cour royale de Paris, était né 
en 1777. Il fut d'abord substitut du 
procureur du roi, |>rès le tribunal de 
première instance de la Seine, et 
montra beaucoup de modération 
dans rexcrcicc de sa charge. Il passa 
ensuite au parquet de la Cour royale 
et fut l'un des substituts de M. de 
Peyronnet, dans la cause de conspi- 
ration, qui fut poursuivie, en 1820 , 
devant la Cour des pairs, ^'ommé 
conseiller à la Cour rovale de Paris, 
par M. de Pevronnet, lorsque celui- 
ci. devint {jarde-des-sceaux , il mou- 
rut dans l'exercice de ces fonctions, 
le 19 décembre 1824. On a de lui 
une compilation utile et souvent con- 
sultée, sous ce titre : Corps de droit 
criminel, ou Recueil complet, métho- 
dique, et par ordre de matières, dea 
Codes d instruction criminelle et pé- 
nul, des lois, arrêtés du gouverne- 
ment, décrets^ avis du conseil d'Etat, 
ordonnances royales, édits, etc., ac- 
tuellement en vigueur, en matière cri- 
minelle, correctionnelle et de police , 
avec les arrêts de la Cotir de cassa- 
tion, etc. ; suivi d'une table chronolo- 
gique des lois <f des actes du gouver- 
inent, et d Une table générale alpha- 
bétique des matières. Paris, 1820-21. 
2 forts vol. in-4". Z. 

MARSAA'D (labbé Astoito), 
naquit à Venise, en 1763, d'une fa- 
mille lyonnaise, dont le nom était 
Marchand. Son père était banquier 
et fut ruiné par les événements 
qui enU'ainérent la chute dr la rt'- 



MAR 



207 



publique , en 1797. I^ jeune An- 
toine embrassa l'état ecclésiasti- 
que ; après avoir reçu les ordres , 
il s'adonna à la prédication et eut 
beaucoup de succès à Venise, à Pa- 
doue, à Milan et à Rome. Il voyagea 
en France, et fut à son retour nommé 
professeur de statistique à fUniver- 
sité de Padoue, où il enseigna sans in- 
terruption jusqu'en 1825, époque à 
laquelle il obtint sa retraite avec 
une pension. Rendu ainsi au repos, 
Marsand eut le désir de revoir la 
France, et fit un long séjour à Pa- 
ris , où il s'occupa de recherches 
de manuscrits et de médailles. C'é- 
tait un habile connaisseur en typo- 
graphie et en calcographie. comme l'at» 
testent les travaux qu'il a laissés. Il 
avait fait une collection complète des 
éditions de Pétrarque, et il la céda, 
en 1826 . au roi Charles X , qui 
en récompense le nomma chevalier 
de la Légion-d Honneur, avec une 
pension de deux mille francs sur la 
liste civile. Marsand aurait voulu se 
fixer à Paris, mais il en fut empêche 
par le gouvernement auti'ichicn , qui 
exigeait qu'il passât en Italie au moins 
quelques mois de Tannée , sous peine 
de perdre sa pension de retraite. C'e«t 
dans un de ces voyages qu'il mou- 
rut à Milan , le 3 août 18i2. On 
a de lui : I. Mémoire sur le sucre 
d'Olcuscafer , et sur torigine , tes -^ 
progrès et Fétat actuel de cette dé- 
couverte, par M. Arduino de Padoue, 
écrit en français, Paris, 1813, in-i". 
H. // Jiore delt arte delf intaglio 
nelle stampe. Milan, in-4''. III. Le 
Rime di F. Petrarca illustrate, Pa- 
doue, 1819-20, 2 vol. in-4". C'est la 
meilleure édition de ce poète célèbre, 
soit par la correction typographique 
du texte, soit par les notes que Mar- 
sand y a jointes. Elle a obtenu en 
quelques années pins de cent réim- 



MAR 



MAP, 



pressions. IV. /^ donne illusiri del 
i-egno lombardo-veneto^ Milan, 1820, 
in- 12. V. La biblioteca petrarchcsca 
formata, descritta ed illiistrata, Mi- 
lan, 1826, grand in-4". Ce recneil, 
l'ait à grands frais, se trouve dans la 
bibliothèque du Louvre. VI. Manos- 
critti italiani esistenti nella regia 
biblioteca parigina, Paris, 1835, in-i". 
L'auteur dédia cet ouvrajje au joi 
Louis-Philippe qui, pour l'indemni- 
ser des difficultés et des retards qu'a- 
vait éprouvés , depuis la révolution 
de 1830, le paiement de sa pension 
sur la liste civile, lui permit de faire 
imprimer gratuitement sou travail à 
l'imprimerie royale. Marsand pubUa 
peu après un second volume sous le 
titre de : Manoscritli italiani délia 
regia biblioteca parigina e dvlle tre 
régie biblioteche dell' Arsenale , di 
Santa-Genovefa e Mazarina. Ce cata- 
logue contient non seulement les ti- 
tres des manuscrits, mais encore une 
analyse de chacun d'eux avec des 
notes. VIL €ommento sulla célèbre 
canzone di Francesco Petrarca a 
taude di Nostra Signora, Paris, 18Î1, 
in- 4". Marsand avait composé un 
Mémoire sur Laure de ÏSoves ( voy. 
ce nom , XXXI, 432); mais sa mort 
en interrompit la publication. 

A — T et A — V. 
MARSDEjX (Gnu,\CME), célèbro 
orientaliste, docteur ès-lois, mem- 
bre de la Société royale de Londres, 
et de plusieurs autres Compagnies 
savantes , appartenait à une famille 
du Derbyshire, en Angleterre. Il na- 
quit en 1755, à Vcrval, comté de 
Wicklow , en Irlandi?. Après qu'il 
eut terminé ses étude», il obtint un 
emploi dans les Indes-Orientales, et 
.s'en acquitta de nianièi-e à mériter 
un prompt avancement. Il fut en- 
voyé connue résident à liencoidcii. 
établissement su)- 1» cùle o«:cidenlal»- 



de Sumatra, ou il resta Jusqu'en 
1780. L'année suivante, il revint en 
Angleterre. Vers 1795, il fut nommé 
second secrétaire de l'amirauté, et en 
1807, il se retira des affaires, pour 
se livrer entièrement à l'étude. Il 
publia de bons ouvrages, et se si- 
gnala par des actes de générosité. Les 
besoins de l'État étant devenus ur- 
gents, il montra un exemple peu 
commun de patriotisme, en renon- 
çant à la pcnsic^ de 1,500 livres 
sterling (37,000 fr.), qu'il avait mé- 
ritée par ses services. En 1830, il tir 
présent, au Musée britannique, de sa 
précieuse collection de médailles, qui 
renfermait celle de sir Robert Ain- 
slie, ambassadeur d'Angleterre à Cons- 
tantinoplc, et celle de l'abbe Beau- 
champ; plus tard, il donna sa nom- 
breuse et riche bibliothèque au col- 
lège du Roi à liondres. Marsden 
avait épousé une tille de sir Chaides 
Wilkins, qui s'est fait im nom dans 
la littérature orientale. Après une 
longue vie bien remplie, il s'éteignit 
paisiblement, le 6 octobre 1837, à 
Edgegrove, dans le comte de Hart- 
ford, âgé de quatjT-vingt-deux ans, 
et regretté de tous ceux qui le con- 
naissaient. INous nous souvenons de 
l'avoir vu à Paris, en 1822; sa phy- 
sionomie spirituelle annonçait en 
mémo tein[>s la douceur et la bonté. 
On conçoit que sa conversation était 
instructive; elle acquérait un charme 
de plus par l'accent de bienveillance 
(|ui l'acconq)agnait. On a de Marsden. 
en anglais : I. Histoire de Sumatra, 
cntitmant un tableau du gouvemr- 
wr Ht, dos lois, des usages et des 
maiHiii des habitants indigènes. aiu'< 
la description des productions natn- 
7vlles, et l'iiistoiiv de l'ancien état po- 
litique de cette ile, Lon<lres, 1783, 
in-4", cartes; ibid., 1784, cartes et 
li(;uros: ibid.. 1812. I. auteur annonce 



MAR 

dans sa préface, que cette troisième 
édition aurait vu le jour plus tôt, si 
les devoirs de sa charge n'avaioit 
pris tous ses moments. Mais pendant 
ce temps, il reçut de Tliide des ren- 
seignements qui le mirent à même 
de corriger des inexactitudes, de 
remplir des lacunes, et d'augmenter 
la masse générale des notions rela- 
tives à une île si importante, et 
pourtant si imparfaitement explorée. 
Cette nouvelle édition offre donc de.s 
changements essentiels et très-inté- 
ressants. Tout ce qui concerne l'Iiis- 
loire naturelle présente de grande* 
améliorations, et beaucoup de plan- 
ches de végétaux et d'animaux. le 
monde savant a donné son suffrage 
au livre de Marsden ; on n'avait au- 
paravant que des notices éparscs et 
fort courtes de Sumatra. Il a le pre- 
mier offert une connaissance exacte 
et détaillée de cette île et de ses ha- 
bitants. La dernière édition contient 
un chapitje entier, sur une tribu qui 
précédemment avait été passée 50u» 
silence. L'auteur accompagne son ré- 
cit de réflexions uès-sensties , et se 
montre toujours observateur profond 
et judicieux. L'Histoire de Sumatra a 
été traduite en allcniaïul , par J.-K. 
Forster (l'oy. ce nom, XV, :282), et 
insérée dans le recueil <lc voyages, 
qu'il pabHait avec son gendre Sprengel 
(XLIII, 3o3). I^ traduction française 
par .1. Parraud, Paris. 1787, 2 vol. 
in-8", cartes, <>st faite snr la seconde 
édition. Le libraire fit imprimer, en 
l'an n (1793) , un nouveau titre. 
Voyat)e à file de Stimatm: c'est le 
seul changement que l'on y trouve. 
Ij» version pourrait être plus exacte 
et plus élégante. IL Grammaire de 
la langue malàie, Londres, 1812, 
in-i*»; trad. en hollandais par C.-P.-J. 
Elout, Harlem, 1824, in-i». HI. Die- 
tiomiaire de la lanqiw mainte, \jnn- 

LK»U. 



MA» 



SO» 



dre» , 1812, 2 vol. in-4"; traduit 
en hollandais et en français , par 
r,.-P.-J. tlout, Harlem, 1825, 2» 
vol. in-4''. Ces deux ouvrages suf- 
Kraient pour rendre la mémoire de 
Marsden reeommandable. Avant lui, 
on ne possédait que de courts voca- 
bulaires, et d'infomies grammaire» 
«le la langue, qui est parlée dan* 
ta presqu'ile Malate , et dans tout 
le grand Archipel oriental de l'A- 
sie : c'est-a-dire à Sumatra, à Java, 
a Bornéo, a Célèbes, aux Moluques^ 
;inx Plùlippines, et dont on retrouve 
des traces dans les îles de l'Océanic 
qui ne sont pas habitées par des nè- 
gres. Les prémices de ces deux livre*, 
font connaître la nature et l'essence 
du Malai, expliquent comment set' 
différents dialectes se sont formés, et 
développent les causes des altérations 
qu'il a subies, ainsi que de la substi- 
tution des caractères arabes, avec 
des uiodiBcatiouf, à ceux qui étaient 
précédemment employés. IV. Voya- 
qe de iyfarco-Poto^ traduit en nnqlais, 
H accompagné d'un commentaire, 
l^ôndrcs, 1818, carte. Suivant notre 
collaborateur, M. le baron Walcke- 
naer, • c'est a la fois la meilleure 
' traduction et le meilleur coramen- 
- taire de Marco-Polo ( voy. Pou). 
XXXV, 209). ' Marsden qui, pen- 
dant son séjour a Sumatra, avait eu 
occasion de juger par lui-même de 
I exactitude, et de l'authenticité de la 
relation du voyageur vénitien en 
ce qui concernait cette île, n'avait 
«essé depuis ce temps de désirer que 
quelque aavant donnât une nouvelle 
édition du texte, avec un commen* 
taire pour en expliquer les oidroit.» 
nbscui*s. Ce n'était pas une tâche 
aisée, que d'enti-eprendre une édi- 
tion critique de Marco-Polo.Marsden, 
<jui heureusement ne fut pas effrayé 
de ces difficultés, ne se les dissimtûa 
14 



210 



MAR 



pourtant pas, comme on peut le voir 
par le fragment d'une letU'e de 
l'abbé Morelli, qu'il rapporte. Sa mo- 
destie ne lui permet pas de croire 
qu'il ait apporté à son travail toutes 
les conditions exigées par son corres- 
pondant; mais il se flatte, avec beau- 
coup de raison, qu'elles ne sont pas 
'^toutes indispensables pour donner 
de la relation de ce voyageur, une 
édition plus complète et plus correcte 
que les précédentes, et même de l'é- 
claircir, en rapprochant de son texte 
une foule de notions qu'on s'est pro- 
curées depuis, sur les contrées qu'il a 
parcourues. L'importance de cette 
comparaison pour l'histoire et la géo- 
graphie de l'Asie au XIIP siècle, rendait 
ce travail digne des soins que Marsden 
y a apportés, et fait sans peine excuser 
l'étendue du commentaire qui forme 
la partie intéressante de la nouvelle 
édition. Dans une introduction qui 
est en tête du volume, et qui serait 
même séparément un morceau fort 
estimable, l'auteur a placé plusieurs 
petites dissertation s s ur la vie de Marco- 
Folo, sur l'authenticité de sa relation, 
sur les traductions qu'on en a faites 
dans toutes les langues d'Europe , et 
les principales éditions qui en ont été 
publiées. Il s'est décidé, comme d'au- 
tres éditeurs avant lui , à préféier la 
version de Ramusio, non comme plus 
ancienne, mais comme plus correcte 
et plus complète. Le soin (ju'il a pris 
de remplir les lacunes du texte de 
Ramusio, ainsi que de marquer les 
variantes d'orthographe et les autres 
différences qui existent entre les prin- 
cipales versions ; ce soin qui rend le 
texte du voyageur supérieur, dans la 
traduction de Marsden, à celu i de toutes 
les éditions précédentes, le justifierait, 
dit Abel Réumsat, de qui nous em- 
pruntons ces considérations, aux yeux 
même de ceux qui auraient souhaité 



MAR 

qu'il eût pris un autre parti. Voulant 
achever de dissiper les doutes qui se 
sont élevés sur l'authenticité et l'exac- 
titude de la relation de son auteur 
(doutes qui ne sont plus à présent fort 
répandus); voulant de plus débrouiller 
ce qui restait d'obscur, et mettre dans 
leur jour tous les faits historiques qui 
n'y sont qu'indiqués , Marsden a en- 
trepris un grand commentaire ou ime 
longue suite de notes quelquefois très- 
étendues. Placées à la fin des chapitres 
qu'elles éclaircissent , elles supposent 
des recherches considérables et la lec- 
ture attentive etraisonnée des relations 
de presque tous les voyageurs qui ont 
marché sur les pas de Marco-Polo , 
ainsi que de tous ceux des ouvrages 
orientaux qui ont été traduits en Eu- 
rope. On y trouve rassembles tous les 
passages des auteurs modernes qui 
ont donné de nouveaux détails sur les 
événements racontes par le voyageur 
vénitien , sur les personnages dont il 
fait mention ; sur les heux , les mœurs, 
les productions naturelles et indus- 
trielles qu'il a fait connaîUe. Mais ce 
qui est surtout précieux , c'est le re- 
cueil des différentes manières dont 
les noms propres sont écrits dans les 
plus anciennes éditions et dans les 
manuscrits qu'il a pu consulter, ainsi 
que l'étymologie de ces noms, ou les 
corrections qui semblent nécessaires 
pour en conserver l'ordiographe pri- 
mitive, partie délicate et difficile, où 
Marsden s'écarte larement paice qu'il 
sait s'arrêter souvent et à propos. On 
regrette toutefois de rencontrer dans 
son texte beaucoup de noms propres 
altérés , défigurés, qui, dans les édi- 
tions précédentes , choquent un lec- 
teur instruit. Mais, puisque .Marsden 
n'avait pas trouvé le moyen de fain 
disparaître ces taches, on doit croire 
qu'elles sont ineffaçables. On doit 
aussi regi;ç|4çi' gu'.i.l_,. n'ait pu faire 



MâR 

usage d'un manuscrit île la Bibliothè- 
que royale de Paris, qui est très-an- 
cien et plus ample que les autres. Ou 
ne peut pas être toujours d'accord 
avec lui sur l'application qu il fait des 
noms des lieux donnés par Marco- 
Polo , à ceux qui ont été décrits par 
d'autres voyageurs, notamment pour 
la Mongolie ot la Chine. Ce nest assu- 
rément, dit Abel Remusat , ni la pa- 
tience dans les recherches, ni la saga- 
cité dans les raisonnements, ni l'habi- 
leté à mettre en œuvre les matériaux 
qu'il avait à sa disposition, qui ont pu 
manquer à Marsden, pour son projet 
de suivre le voyageur vénitien dans 
sa marche au travers de 1 Asie ; mais 
il eut eu besoin, pour cette partie de 
son commentaire, d'une description 
exacte de la Tartarie, Faite an XllP 
siècle par les Tartares pux-mêmes. Il 
ne connaissait pas la langue chinoise, 
il lui a donc été impossible de faire 
usage des livres de g«:ogi aphie qu'elle 
possède. Du moins, dans deux par- 
ties de son ti-avail , Marsden semble 
avoir assez complètement atteint son 
but , et n'avoir laissé dans le texte de 
son auteur d auties difficultés que 
celles qu il est peut-être désormais 
impossible den séparci. en rapj)ro- 
chant les observations recueillies sur 
les provinces de la Pci-se orientale, 
les pays voisins de 1 Indus et la Tran- 
soxane, pai' les vovageui> qui sont 
postériems à Marco- Polo, de celles tic 
ce Vénitien. ;Marsden a parfaitement 
axpliqué les unes par les autitîs : un 
voit par là ce qu il aurait pu faiie s'il 
avait eu partout d aussi bons reusei- 
gnemeiiLs. Quand ensuite Marco-Polo 
vient à parler des royaumes de l'Inde 
orientale et des îles du midi, et qu'il 
décrit les productions et le commerce 
de la Grande-Java , que le commen- 
tateur croit être Bornéo , et de la 
Petite-Java, qui paraît être .Sumatra, 



MAR 



211 



alors le savant historien de cette île se 
trouve sui- son terrain. Il faudrait 
avoir, comme lui , séjourné dans ces 
contrées pour juger du degré de soli- 
dité de plusieurs de ses expUcations, 
et surtout pour discuter les points 
qu'il n'a pu expliquer. Rémusat, dont 
nous empruntons les propres paro- 
les, parce quïl nous aurait été diffi- 
cile de nous mieux exprimer sur ce 
sujet, est surpris de ce que Marsden 
n'ait tiré aucun parti des extraits que 
le père .Amiot a donnés des ouvrages 
des géographes chinois, qui décrivent 
les pays du midi très en détail, qui les 
rangent dans le même ordi'e , et les 
envisagent de la même manière que 
Marco-Polo. Ces extraits , tout impar- 
faits qu'ils «ont. auraient pu lui pro- 
curer qucl(|iies lumières. I>e jugement 
(lorté par Rémusat était conforme à 
lopinion de Klaproth. Ce dernier, qui 
possédait toutes les connaissances re- 
quises pour faire un bon travail sur 
la relation de Marco- Polo, n'eut pas 
le temps de le termmer ; nous l'avons 
dit à son article (LXMIi, 548). La 
carte placée à la tête du volume de 
Mai'sden nest pas d'un usage com- 
mode, parce que fou a mêlé , sans 
distinction . les dénominations du 
XIII' siècle et les uoms de Marco- 
Polo, dont l'application est toujours 
en grande paitie hypothétique, avec 
les noms qui résultent des notions 
positives que nous avons acquises sm" 
Ifs dilFérentes contrées de l'Asie. 
V. Nnmi.imato orientalia illustrata 
iMcdaillea orientales expliquées), Lon- 
dres, 1823-1823, 3 vol. in-'r. Mars- 
flen a tlécril et expliqué dans ce livre 
les médailles orientales, anciennes et 
modernes , de sa collection. Les cin- 
quante sept planches qui ornent ces 
volumes , ont été gravées avec une 
(idélité scrupuleuse par John Swain. 
(1n désirerait parfois plus de pré- 

14. 



2tâ 



MAR 



cision dans les explications données 
sur quelques médailles. VI. Mémoires 
dune famille malaïe , écrits par elle- 
même ; et traduits de l'original; Lon- 
dres, 1830, in-8°. Les aventures ra- 
contées dans ce petit volume, publié 
par Marsden octogénaire , se sont 
passées de 1756 à 1766; elles ne sont 
pas dépourvues d'intérêt , mais leur 
principal mérite est de présenter une 
peinture exacte des mœurs et du ca- 
ractère des Malais. L'ouvrage a été, sui- 
vant les apparences, écrit à plusieurs 
reprises, d'abord par le chef de la fa- 
mille, puis par ses enfants, et terminé 
par l'un des plus jeunes qui l'a signé. 
Le style en est simple, ce qui peut 
surprendre, car les Malais , de même 
que la plupart des Orientaux , sont 
sujets à n'exprimer leurs pensées que 
par des expressions figurées, et quel- 
quefois à pousser leurs métaphores 
jusqu'à l'extravagance. Les faits con- 
tenus dans ce livre méritent d'ail- 
leurs d'être médités par les personnes 
appelées à remplir des emplois dans 
<les contrées habitées par des Malais, 
puisqu'il expose quelles funestes sui- 
tes peuvent résulter des offenses faites 
à ce peuple brave, susceptible et té- 
méraire. Vil. Catalogue de diction- 
naires, vocabulaires ^ grammaires et 
alphabets, Londres, 1797, in 4°. U est 
divisé en deux jjartics : la première 
offre les noms des auteurs par ordre 
alphabétique; la seconde, les titres des 
ouvrages rangés par ordre chronolo- 
gique, suivant (haque classe de lan- 
gues. Ce livre ne hit pas mis dans le 
commerce , non plus (jue le suivant. 
Vin. Bihliolhera vtarsdeniana philo- 
logica. — Catalogue de livres et de ma- 
nuscrits recucilUs, afin d'établir une 
comparaison générale des langues et 
de contribuer à l'étude de la littéra- 
ture orientale^ Londres, 1827, in-4''. 
La distribution des matière» est la 



MAR 

même que dans l'ouvrage précédent. 
Marsden a publié dans les Tran- 
sactions de la Société royale, 1781 : 
Mémoire sur un phénomène obseive 
dans l'île de Sumatra. Une sécheresse 
extraordinaire avait, en 1775, détruit 
les feuilles des arbres, toutes les 
herbes, et tari les cours d'eaux; après 
les chaleurs , des maladies bilieuses 
enlevèrent beaucoup d'Eurçpéens et 
même des indigènes : au mois de no- 
vembre suivant, les rivages de l'île 
furent couverts d'une quantité prodi- 
gieuse de poissons morts. Marsden 
demande si l'eau de la mer n'a pas be- 
soin de recevoir celle des fleuves, pour 
ne pas nuire à la vie des poissons. 
Dissertation sur l'ère de l'Hégire, 1788; 
Notice sur la chronologie des Hindous. 
~î)ansl'Archœologia,ilSU t. VII,^e- 
marques sur la langue de Sumatra ; 
ibid., 1785, Observations sur la langue 
dupeuple communément appelé Gjrp- 
sies (Bohémiens ou Zingari). — Dans 
les Transactions de la Société Asiatique 
de Londres, t. III, Notice relative aux 
Indigènes de la Nouvelle - Guinée. 
Cette glande île est nommée pai- les 
Malais Tanah-Papouah (terre du peu- 
ple aux cheveux crépus). Marsden 
raconte les aventures de deux lascars 
ou matelots hindous et d'un Anglais, 
qui avaient été surpris par les insu- 
laires. C.eux-ii avaient dévoré les ca- 
davres des honnnes tués dans la ren- 
tontre qtii avait eu lieu, mais avaient 
épargné les autres. Ce récit est accom- 
pagné de considérations sur les mœurs 
des Papous. — Les botanistes ont consa- 
cré à la mémoire de .Marsden un gen- 
re de plantes de la famille des A])0- 
cynées : il comprend des arbrisseaux 
<le la Zone torride, dont quelques-uns 
ont des tiges grimpantes ; du nombre 
de ceux-ci est le Marsdenia tinctoria 
{Taram Akar des Sumatranais), que 
Marsden fit connaître en Europe en 



BME 

1780, et des feuilles duquel* on ex- 
trait une belle couleur bleue. E — ». 
MARSH ( Narcisse ) , archevê- 
que irlandais , issu d'une famille 
saxonne établie dans le pays de Kent , 
était né en 1638 à Hannington dans 
le comté de Wilt , et se fit rece- 
voir, en 1654, docteur eu théologie 
à rUniversité d'Oxford. Après avoir 
exerce quelque temps les fonctions 
de chapelain dans la maison du chan- 
celier Hyde, comte de Clarendon , il 
fut nommé principal du collège d'Al- 
ban-hall à Oxford, et en 1678, prévôt 
du collège de Dublin. Des dignités 
plus élevées furent la récompense de 
sa conduite exemplaire dans les pla- 
ces qui lui étaient confiées. En 1683 
il fut appelé au siège épiscopal de 
Leîghiin et Fems, en 1690. à l'arche- 
vêché de CashelL en 1699, à celui de 
Dublin , et enfin , quatre ans après , 
à celui d'Armagh qu'il conserva jus- 
qu'à la fin de sa vie en 1713. 
Profondément instruit , et zélé pour 
les lettres, il ouvrit au public dans 
son palais sa belle '»ibloithèque, et fit 
présent à celle d'Oxford des manus- 
crits orientaux qu'il avait acquis de 
la succession de Golius. Sa piété ne 
fut pas moins profonde que son ins- 
truction. A l'hospice de Drogheda, il 
fonda 12 places pour des pauvres 
veuves d'ecclésiastiques, et il rétablit, 
à ses frais, un grand nombre d'égli- 
ses de son diocèse. Grand amateur de 
musique, il écrivit YEssai d'une in- 
troduction à la théorie des sons, con- 
tenant des avis pour le perfectionne- 
ment de l'acoustique. La Société 
Eoyale de Londres a fait insérer ce 
traité dans le recueil de ses Transac- 
tions philosophiques. On a encore de 
Marsh une Lettre pastorale au clerqé 
du diocèse de Dublin, 1694, in-4'', et 
deux ouvrages d'instruction : Manu- 
ductio ad logicam de Philippe de 



MAR 



213 



Trieu ; nouvelle édition, augmentée 
du texte grec d'Aristote et du traité 
de Gassendi De demonstratioue, Ox- 
ford , 1678 ; et Institutiones lotjiaa 
in usum juventutis acaf/emictf ; Du- 
blin, 1681. On s'est étonné, avec rai- 
son , en Angleterre , du j)ortrait sati- 
rique que Swift, dans ses œuvres, a tra- 
cé d'un prélat qui n'est connu que 
sous de« rapjKjrts estimables. D — c. 
MARSHALL ( Wim.M IUm- 
PHREY ) , laborieux agronome anglais . 
avait passé sa première enfance chez 
ses parents à la campagne , quand 
ceux-ci le placèrent dans une maison 
de commerce. Mais, ne montrant au- 
cun goût pour cette carrière, il pro- 
fita de tout ce qu'il avait de loisirs 
pour se livrer à l'étude de la botani- 
que , de l'horticulture; et il se hâta, 
sitôt qu'il le put, de revenir à la vie 
de campagne. Les propriétés qu'il avait 
a faire valoir, tant pour son compte 
que pour celui d'autrui , le mirent à 
même de faire nombre d'observations 
et d'expériences dont beaucoup de- 
vaient éti-e concluanles. On saitcom 
bien de fois l'agriculture a eu raison 
de se plaindre des théories chiméri- 
ques qui , après avoir promis les plu» 
riches résultats , viennent échouer 
contre l'expérience; mais on sait aussi 
combien, dans les campagnes, l'esprit 
de routine s'obstine d'ordinaire à com- 
battre les innovations les plus heureu- 
ses. Si l'agriculture anglaise fut une 
des premières à s améliorer , elle le 
doit à des hommes qui, assez éle- 
vs par l'esprit et par les habitu- 
des de l'éducation, pour ne point 
haïr à l'avance la méthode, la science 
et les théories, se sont trouvés placés 
de manière à combiner les principe» 
de celles-ci avec les indications de la 
pratique, en sorte que les deux par- 
ties essentielles de l'agronomie s'é- 
clairassent et se servissent niutufUe- 



âir 



MAR 



MAP. 



ment; ^ pai-ini ces hommes .Mar- 
shall est certainement un de ceux qui 
ont rendu le plus de services décisifs, 
c'est d'abord qu'il appliqua et expé- 
rimenta; c'est ensuite qu'il publia le 
I ésultat de ses expériences , complé- 
tant par ses écrits ce qu'il avait com- 
mencé par ses labeurs matériels; enfin 
c'est qu'il se voua surtout à décrire 
et àutilisor le sol anglais; les titres seuls 
de ses productions le prouveraient 
au besoin. Sentant combien , même 
dans un pays commercial tel que 
l'Angleteri'e, les progrès de l'agricul- 
ture sont désirables , il éleva aussi 
la voix à dessein de (aire créer une 
école spéciale d'agronomie. A viai 
dire, la Grande-Bretagne devrait avoii- 
une école semblable dans tous les 
comtés : l'établissement central serait 
une école normale destinée à former 
les professeurs d'agronomie. Toute» 
prosaïques que puissent sembler et la 
vie et les œuvres de Marshall , il ne 
manquait pas de certaine poésie dans 
la tête, et il voulut en donner la pieu- 
ve au public, qui jusqu'alors ne con- 
naissait que de sa prose, en imprimant 
son poème didactique du Paysaije , 
1795. Marshall mourut en 1841. Peu 
d'agronomes ont écrit autant que lui. 
Voici la liste de ses productions. Six 
ouvrages de même tilic forment une 
espèce à' Agronomie uttglaisc , non 
complète, distribuée tantôt par comtés 
isolés, tantôt pai- grandes régions, sa- 
voir •■ I. Économie du comté de J^or- 
folk, 1787, 2 vol. in-S". II. Du comté 
iCYork, 1788,2vol. in-8". lU. Ducomté 
de Glocesler, 1789, 2 vol. in^". IV. 
Oea comtés de l'intéricui\, 1790, 2 vol. 
iti-8". V. De (juatre comtés de C An- 
gleterre occidentale, Devon, Somerset^ 
Dorsel, et Cornouailles, 1796 , 2 vol. 
n-8**. VI. Des comtés du Sud , resl- 
à dire de ceux de Kent, de Surrcy, 
de Sussex, de Fiant, de l'île de ff^ljht, 



des collines de itaie du lotnté de 
tVilt, 2 vol. in-8". (2* édition, 1799, 
augmentée d'une description de la 
vallée de Londres et d'une esquisse 
d'économie rurale.) La plupart de ces 
ouvrages ont été réunis par Paris dan» 
son Agriculture prutitjue des différen- 
tes parties de l'Angleterre (tiaduite de 
l'anglais), Paris, 1803, 5 vol. in-8", 
atlas in-4": rafraîchie sous le titre de 
la Maiion rustique Anglaise , etc. 
Tous ont été vraiment utiles et l'eus- 
sent été encore davantage , avec, 
un prix moins élevé. Tous con- 
tiennent nombre d'indications facile- 
ment réalisables. On peut en juger pai 
le dernier d'entre eux, lequel présente, 
après la description de la vallée de 
Londres, une esquisse des principes do 
l'écoiiomie rurale , le journal , com- 
posé de 276 petits articles, puis (tome 
2) «les remarques générales faites eu 
1777, des expériences etdesobsei-va- 
tions , et encore des remarques géné- 
lales datant de 1779 , plus une espè- 
ce de table systématique qui présente : 
Vil. Petits essais d'agriculture (MinutCt- 
of'Ag.) faits sur une ferme de trois cents 
acres , à sol vaiié, près de Croydon 
(Smrey), 1778, in-4». VIII. Expérien- 
ces et observations sur l'agriculture et 
la température, 1778, in-4». IX. Le 
Bosquet américain , ou Catalogue al- 
phabétique des arbres et arbrisseaux 
qui rroisseni dans les forêts des Etats- 
Unis de l'Améiique, 1783 , in-S". Il 
«tn existe une traduction française par 
Lczermes, Paris, 1788, in-8". L'auteui 
y suit la méthode et la nomenclature 
d(.' Linné , mais se trompe quelquefois. 
Le tiaduclenr relève quelques erreuis 
hur le thé vert et le thé boe , sur les 
Itignonia radicans et sempcr virens. 
etc. X. Traité pratique des jat-dins d'or- 
nements en généivl, in-8"; 2' édition 
très-augmontëe, sous le titre i?«;s;^/an- 
Idtions et de fart d'orner les maisons 



MAR 

de campagne, 1796, 2 vol. in-S» ; 3* 
édition, 1803. XI. Proposition cTun 
Institut Royal ou collège d'agriculture 
et des autres branches d'économie ru- 
rale, 1799, in-S". XII. De (appropria- 
tien et de Cenclosement des terres va- 
gueset communales, 1801, in-S". XIII. 
De la propriété rurale eu Angleterre, 
180i, in-4°. XIV. De Taménagement 
des propriétés rurales, 1804, in-8°.XV. 
i^Examen des rapports du bureau d'a- 
gi icullure au département des comtés, 
nord de l'Angletene, 1808, in-S"; 2" 
Examen des rapports du bureau d'a- 
griculture du département des comtés 
de r ouest, 1810 , in-8°; 3» Examen 
du rapport du bureau d'agriculture au 
département des comtés de Cest, 1812, 
in-8*. XVI. Enfin le poème didactique 
dont il a été question plus haut , du 
Paysage (Review of the Landscape) , 
«uivi d'un Essai sur le pittoresque et 
de Remarques pratiques sur les orne- 
ments des maisons de campagne, 1795. 
Les vers de Marshall ne sont pas 
plus mauvais que ceux de tant d'au- 
tres qui ont plus ou moins pénible- 
ment labouré le sillon poétique. Tou- 
tefois il crut que le mieux pour lui 
était d'en revenir à la prose, et on ne 
peut que l'en féliciter. P — or. 

MARSHALL (Jou:«), homme 
d'Etat américain, avait d'abord suivi 
la canière militaire. Officier pen- 
dant la guerre de l'indépendance , 
il devint successivement membre de 
l'Assemblée législative de l'État de 
Virginie, du Conseil exécutif, du Con- 
gres, et secrétaire d'État. Washington 
voulut l'envoyer ministre plénipoten- 
tiaire en France, à la place de Mon- 
roë, mais il ne put lui faire accepter 
ces fonctions. Nommé ministre de la 
justice en 1801, Marshall conserva 
cette place, jusqu'à sa mort, airivée à 
Philadelphie, au mois de juillet 1835. 
On a de lui une Fie de Wahsington, 



MAR 



215 



précédée d'un précis de thistoire des 
colonies fondées par tes Anglais, sur 
le continent de F Amérique septentrio- 
nale. Elle a été traduite en français 
par P.-F. Henry, notre collaborateur, 
Paris, 1807, 5 vol. in-S", avec atla» 
de 16 pi. C'est un ouvrage estimé {l'oy. 
Heîîky , LXVII , 68 ). Marshall était 
membre correspondant de l'Institut 
historique de France. M — d j. 

MARSIS (Ambroisk), né en 1733 
à Gourdon, dans le Quercy, embras- 
sa l'état ecclésiastique , et devint curé 
de cette ville, où il mourut en 1815. 
On a de lui : I. Exercices de dix 
jours de retraite, pour toute sorte Je 
personnes , et en particulier pour 
celles qui sont consacrées à Dieu dans 
rétat religieux, Paris. 1775, 2 vol. 
in-12. II. Discours pour convaîncte 
Fincrédulité, ramener les protestants, 
convertir les pécheurs, 1777, in-12. 
III. Portrait du saint prêtre (dani» 
l'Histoire de M. Baudus, vicaire-gé- 
néral, ouvrage indiqué par M. Vi- 
dai! let, qui n'en donne pas la date, 
comme étant imprimé à Villefranche, 
in-12). M. Vidaillet, dans la seconde 
livraison de sa Biographie des /lom- 
mes célèbres du département du Lot, 
dit que Marsis avait entrepris une 
traduction française d'Homère. » Dans 
« cet ouvrage, manuscrit et incom- 
■ plet, il se proposait de démonti'er 
« que les principales beautés de l'I- 
« liade et de l'Odyssée ont été pui- 
. sées dans les livres saints. » — 
François Marsis, lieutenant-général au 
présidial de Gourdon, dans le XVIl' 
siècle, était probablement de la même 
famille. Savant jurisconsulte, il publia 
un ouvrage estimé sous ce titre : Pnr- 
termissonim juris civilis, in quîhus 
legum , antiqua et recepta lectio , 
contra omnium interprettim emanda- 
tiones defenditur, difficillimarum quas 
omiserunt, aut perperam interpretati 



216 



MAft 



MA» 



Kunt, non adhite perceptu uxpticatio 
traditur, Paris, 1629, in-i". Sa famille 
ronserve de lui un autre ouvrage 
manuscrit. Z. 

MARSO (Pâli. Piscinus, surnotu- 
rné), savant philologue du XVP siè- 
cle, sur lequel on n'a que des rensei- 
j^nements incomplets. Suivant le Top- 
pi et son continuateur, il était de Pis- 
eina dans l'Abruzze {voy. la Bihlioth. 
Napolitana). Cependant Marso lui- 
même indique Rome, comme le lieu 
de sa naissance (1). Tiraboschi dit 
qu'il était frère de Pierre Marso {voy. 
e.e nom, XX Vil, 261); mais il est plus 
probable qu'ils étaient seulement corn- 
patriotes. Paul, entré jeune à l'acadé- 
mie de Pomponius-Laetus, partagea la 
disgrâce de sou maîti'e qu'il suivit 
dans sa retraite à Venise. Il demeura 
dix ans dans cette ville, où ses talents 
lui procurèrent des amis puissants, 
entre autres Georges Cornaro (Corne- 
/mx), auquel il dédia depuis son Com- 
mentaire sur les Fastes d'Ovide. De 
retour à Rome, il reprit sa place à l'a- 
cadémie de Pomponius. Le 20 avril 
14^3, il y prononça le discours an- 
nuel sur la fondation de Rome (ooy. 
PoMPOsa-s, XXXV, 331).Gyraldi parle 
de ce discours (2) dans des termes qui 
peuvent faire présumer qu'il avait été 
imprimé ; mais les catalogues les plus 
exacts n'en citeni aucune édition. 
Marso, cette même année, expliqua 
les Odes d'Horace et les Tristes d'Ovide 
à «es auditeurs. L'année suivante, il 
se chargea de leur interpréter les Fastes 
qu'il nomme un poème divin. Ce tra- 
vail, auquel un homme moins versé 
dans les antiquités aurait dû consa- 
crer plusieurs années, ne lui coûta 
que quelques mois d'application ; el 
c'est une chose vraiment étoimante 

(1) Prifare de «on Commcntair'' »m 1»^ 
Fitste». 

(2) UrttiK Homic genatMiacon-. 



qu'il ait pu l'achever dans un si cour) 
espace de temps. Mais, comme Marso 
le dit lui-même, il faut avoir habite 
long-temps Rome, pour pouvoir ex- 
pliquer les coutumes et les usage.'- 
des anciens Romains. Son Commen- 
taire sur les Fastes d'Ovide fut impri- 
mé pour la première fois à Venise, 
m 1485, in-fbl. On apprend par !;< 
suscription que Marso remplissait . 
cette année, avec Astreus les fonction- 
de censeur de l'académie. Ce com- 
mentaire a été rcpioduit à V^enise en 
1492, en 1520; à Tusculano, eu 
1529; et il se retrouve dans la plu- 
part des éditions du poème d'Ovidr. 
publiées dans le XVP siècle. On voit 
par une pièce de Paignani dont un 
fragment est rapporté par Tii-aboschi 
dans la Storia délia letterat. ital.,\l, 
954, que Marso fit le voyage de Mo- 
dène pour en visiter les antiquités. A 
beaucoup d'érudition il joignait, ditGv- 
raldi (jD ta /o^. de poétis), une admira- 
ble facilité pour la poésie, et il avait 
composé plusieurs poèmes. Cepen- 
dant on ne connaît de lui qu'un seul 
opuscule en vers; c'est une élégie in- 
titulée : De crudeti Eurapontltia urbi^ 
excidio sacrosancttt relîgionis lameu- 
tatio., in-S"; elle est dédiée au papt- 
Paul H, et les bibliographes conjectu- 
rent qu'elle fut imprimée à Ronie, en 
1 471 . On sait que Marso avait com- 
posé un traité de Rhétorique et IHi 
commentaire sur la Pharsale; mais il 
paratt que ces deux ouvrages sont 
perdus. — Maiiso (Jean Annonio) . 
poète dramatique, était de Venise. On 
ne connaît de lui qu'une seule pièc»- 
intitulée : Coma'(/i./ Slephanium urbi^ 
F^enetiPqenio publiée recitatn, Venise, 
sans date, in-i" de 22 f. C'est une al- 
légorie à l'honneur de la ville de Ve- 
nise. Elle fu( représentée dans quel- 
ques fêtes au commencement du XVI' 
««'h-Ic. Marso joua, dit-on, un rôle 



MAI 



MAR 



2t7 



dans sa pièce et recueillit des applau- 
dissements comme auteur et comme 
acteur. L'édition qu'on vient de citer 
est très-rare. On «a «onnaît une se- 
conde. Vienne, lolfjrtn-i", qui n'est 
pas plus commune. Foy. Denis, Sup- 
plément aux Ânnalei typographiques 
de Maittaire et Panzer. W — s. 

MARTAI\ VILLE ( Aipho>se- 
LoLis-DiEXDOssÉ), l'un des écrivains de 
la restauration les plus spirituels et les 
plus courageux, naquit à (^dix, en 
1776, de parents français. Il vint fort 
jeune en Provence, où il demeura plu- 
sieurs années, puis à Paris, où il fit ses 
études au collège Louis-le-Grand. La 
révolution commença avant qu'il les 
eut terminées. Lance dans le monde, 
à peine âge de seize ans, il s'y fit de» 
lors remarquer par l'énergie de son 
caractère et la causticité de son es- 
prit. Sa naissance et sa position ne 
«levaient pas lui inspirer d'éloigne- 
ment pour les innovations ; mais, na- 
turellement porte à la satire et à la 
controverse, il ne ménagea point les 
ridicules et l'hypocrisie des tartufes 
révolutionnaires ; ce qui lui attira dès 
lors beaucoup d'ennemis, et le con- 
duisit bientôt devant l'affreux ti'ibu- 
nal de Fouquier-Tainville, sous pré- 
texte de coopération, avec un nommé 
Monborgne , à un tableau du maxi- 
mum inexact. Par une exception rai-e 
tous les deux furent acquittés. Une 
circonstance remarquable de ce pro- 
cès, c'est que, lorsque Martainville 
déclina son nom, le président, pen- 
sant qu'il voulait déguiser quelque 
litre de noblesse, lui dit : « de Mar- 
« tain\nllc, sans doute. — Citoven 
« président, répliqua vivement le 
» jeune accusé, je suis ici pour êti'e 
« raccourci (1), et non pour être al- 

[l] Par lin horrible jeu de mots, les boui- 
reanx de cette époque appelaient le supplice 
«le la guillotine un raccoureissement. 



" longé... » Cette répaitie, de la part 
d'iui homme si jeune, dans une si- 
tuation pareille , est bien étonnante, 
et quelques personnes ont refusé d'y 
croire. Cependant le fait est consigné 
dans plusieurs écrits du temps , et 
n'a pas été démenti. Quoi qu'il en 
soit , Martainville fut du petit nom- 
bre des N'ictimes que le féroce tri- 
bunal épargna; mais on croit qu'il 
dut cette faveur , beaucoup moin.s 
à son audacieux jeu de mots , qu'à 
la protection d'Antonelle, son com- 
patriote , qui était un des jurés. 
Echappé ainsi au règne de la terreur, 
il se jeta, avec toute l'énergie de son 
caractère, dans le parti de la réaction 
qui suivit la chute de Robespierre. 
On le vit aux premiers rangs de ce 
qu'on appelait alors la jeunesse dorée 
de Fréron , et il composa , dans cet 
esprit réactionnaire, deux pièces de 
théâtic, qui eurent un grand succès. 
Dans l'une, intitulée les Assemblées 
primaires, il déversa le ridicide à 
pleines mains sur le système électoral 
du temps; dans l'autre, intitulée le 
Concert de la rue Feydeau, il expri- 
ma avec plus de force encore sa 
haine pour le parti jacobin, alors 
vivement poursuivi par l'aversion 
publique, et que l'on croyait pour 
toujours renversé. Tout le parterre 
applaudit avec transport , et fit répé- 
ter plusieurs fois , à chaque représen- 
tation, le couplet suivant : 

Lorsque l'on voudra, dans la France . 
Peindre des monstres destructeurs, 
11 ne faut plus de l'éloquence 
Emprunter les vives couleurs. 
On peut analyser le crime : 
Car, tyran, voleur, assassin ,• 
Par un seul mot cela s'exprime , 
Et ce mot-là, c'est... Jacobin. 

Mais quand ce parti eut recouvré le 
pouvoir, par la journée du 15 ven- 
démiaire (octobre 1793), il s'opéra une 
réaction bien autrement redoutable 



218 



MAB 



que celle des thermidoriens. Martain- 
ville ayant alors besoin de se faire 
oublier, alla passer quelques mois en 
Provence, et y fut poursuivi comme 
réquisitionnaire , puis contraint de 
s'enrôler dans un bataillon de volon- 
taires qu'il suivit en Italie, où il 
ne resta que peu de temps. Re- 
venu bientôt à Paris , il s'y livra en- 
core à la composition de plusieurs 
ouvrages dramatiques , et s'asso- 
cia , en 1802 , à M. litienne , pour 
une Histoire du Théâtre-Français, 
qu'ils publièrent en commun. Mar- 
tainville traversa le règne de Napo- 
léon assez paisiblement, bien qu'il 
laissât percer encore , de temps en 
temps, son goût pour l'opposition et 
la satire , notamment à l'occasion 
du mariage de Marie-Louise, où il 
composa une chanson poissarde , 
pleine de sel, d'esprit, et qui courut 
toute la France. Napoléon et sa po- 
lice n'en ignorèrent certainement 
point l'auteur ; mais quoique très- 
hardie, et peu respectueuse pour le 
maître, cette chanson avait tant d'es- 
prit, de gaîté, que Napoléon lui-même 
dut en rire , et que MartainvUle n'es- 
suya pas, de sa part, la moindre per- 
sécution. Il avait conservé toute son 
indépendance et toute la franchise 
de ses opinions conlrc-révolution- 
naircs , quand la restauration sur- 
vint en 181i. Il s'en déclara, dès le 
commencement, un des plus dévoués 
partisans, sans que l'on voie que ces 
manifestations lui aient été d'aucun 
avantage personnel. Au mois de mars 
1815, lorsque Honaparte, échappé de 
rtlc d'Elbe, se dirigea sur Paris, Mar- 
tainville se fit remanjuer parmi les 
royalistes qui s'enrôlèrent pour la 
défense de la royauté , et il leur 
adressa une lettre très - énergique , 
«ju'il fit imprimer et afficher dans 
tout Paris. Napoléon étant devenu 



MAR 

maître de la capitale , Martain- 
ville se réfugia dans une modeste 
maison de campagne, qu'il possédait 
au Pecq, sur la^|k«ie; et il s'y trou- 
vait encore, lor^^e le généi-al prus- 
sien Bliicher passa le fleuve, dans le 
mois de juin suivant, pour se porter 
«ur Versailles. Cette circonstance a 
donné lieu à l'une des plus absurdes 
calomnies que l'esprit de parti ait ja- 
mais pu imaginer. On a dit, et même 
on a imprimé dans de ridicules pam- 
phlets et de plates épigrammes , que 
Martainville , dont la maison fut 
pillée, dévastée par ces mêmes Prus- 
siens , et dans laquelle il était seul 
avec sa femme , n'ayant pas- une 
épée ni un pistolet pour se défendre, 
leur avait livré le passage de la Seine, 
que certes il n'était pas en son 
pouvoir d'empêcher, ni de permet- 
tre Et pendant qu'on l'accusait 

si ridiculement, Martainville se hâ- 
tait d'accourir à Paris , pour faire 
imprimer et distribuer aux Chambres 
une adresse, par laquelle il les con- 
juiait d'aller se jeter aux pieds du 
roi Louis XVIII, leur déclarant qu'elles 
n'avaient pas d'autre parti à prendre. 
On sait combien de haines et d'inimi- 
tiés ces manifestations suscitèrent à 
Martainville. La première circons- 
tance où elles éclatèrent , fut la re- 
présentation de Gcitnanicus, tragédie 
d'Arnault, dont il rendit un compte 
sévère dans le Journal de Paris. Le 
fils de l'auteur crut devoir venger 
la gloire de son père par des injures 
et des voies de fait sur la personne 
de Martainville, qui, à son tour, lui 
intenta un procès, et le fit con- 
damner à un jour de prison et 50 
francs d'amende ; ce qui ne l'em- 
pêcha pas de lui en demander encore 
raison, dès le lendemain, d'une autre 
manière. Ils se battirent au pistolet 
et échangèrent plusieurs balles, dont 



MAR 

lime effleura légèrement Marlain- 
\ille. On pense bien que la politique 
Mit plus de paît à cette affaire que 
la question littéraire (2) ; et ce n'était 
ji.is le seul procès que dut attirer à, 
Martainville l'ardeur de ses opinions. 
Il ({uitta alors, comme il l'a dit, par 
nrompatibilité, le Journal de Parti, 
(tiiillc sans couleur et beaucoup 
il np insignifiante, pour s'associer à la 
icflaction de la Quotidienne, puis 
a celle de la Gazette de France. 
( Hioique ces journaux fussent bien 
plus conformes à son caractère, et 
1 SCS opinions , il ne pouvait pas 
toujours s'y exprimer avec autant 
(le cbalcur qu'il l'eût désiré , et 
<i ailleurs les honoraires de sa ré- 
daction étaient loin de suffire à ses 
hisoins et à ses goûts qui furent 
iHi jours fort chers. Ce fut donc 
l>(HU' avoir plus de liberté, et sans 
doute aussi pour gagner plus d'ar- 
gent, qu'il fonda, en 1818, le jour- 
nal Le Drapeau blanc, en société avec 
l'imprimeur Dentu. Persuadé qu'une 
telle entreprise ne pouvait réussir 
qu'en se faisant remarquer par sa 
hardiesse et son indépendance, Mar- 
tainville y donna un libre cours à 
ses pensées. Toujours d'ailleiu^ fort 
attaché à la monarchie des Bour- 
bons, qu'il vovait se perdre par des 
actes de faiblesse et de funestes con- 
cessions, il redoubla de zèle et d é- 
nergie pour combattre tous ceux qu'il 
considérait comme les ennemis du 
trône et de la religion. Et ce n'était 

(2) On a attribué ù Aniault répigraiiuiie 
suivante : 

Pour sa conquCtc d'Afrique, 
A Scipion l'on applique 
Le surnom de l'Africain. 
Vqut uue action perverse 
>e peut-on en sens inverse 
Rendre célèbre un faquin • 
Et nommer celte ànie vile 
Qui du Pecq livra la ville , 
Martainville le Pecqiiin ? 



MAft 



219 



pas seulement dans son journal qu il 
manifestait ainsi ses opinions ; chaque 
soir, établi dans le café Valois, où se 
réunissait tout ce que le parti roya- 
liste avait de plus exalté, il s'y hvrait 
à de violentes invectives contre les 
ministres et quelquefois même contre 
le roi. Ix)rs de la nomination de 60 
pairs, et de celle du ministre de la 
police Decazcs, qui furent publiées un 
jour de carnaval, il composa une satiie 
pleine de fiel ^d'énergie, que le cy- 
nisme des expressions ne nous permet 
pas de reproduire, et il la lut haute- 
ment à plusieurs reprises au milieu 
du café. A la même époque, il pré- 
senta, dans son journal, sous les cou- 
leurs les plus odieuses , le maréchal 
Brune, qui avait été égorgé par la po- 
pulace d'Avignon {voy. BRt;>E, LIX, 
377). La veuve de ce maréchal l'ayant 
poursuivi devant les tribunaux, com- 
me calomniateur, il se défendit lui- 
même avec beaucoup de courage ; et, 
pour justifier ses attaques conti-e le 
maréchal , il dévoila des circonstan- 
ces de sa vie , encore plus odieuses 
que celles quil avait d'abord si- 
gnalées. « Ceux qui ont conservé 
» quelques souvenirs, dit-il, des pre- 
«• miers temps de la révolution, se 
« rappellent l'infâme journal intitulé 
« la Bouche de Fer ; ils voient encore, 
» dans la rue du Théâtre-Français, 
" cette porte devant laquelle le pas- 
•< sant reculait effrayé par ime tête 
« de furie, de Gorgone révolution- 
" naire, dont la bouche hideuse, 
« sans cesse béante, dévorait toutes 
'< les immondices qu'y jetaient les 
« fournisseurs qui l'alimentaient vo- 
>■ lontairement. Le lendemain, ces 
« horreurs se reproduisaient dans les 
« feuilles criminelles, où l'injure n"é- 
« tait point déversée sur un sujet re- 
.' belle, sur un clubiste forcené, sur 
" un agent de la plus atroce tv- 



220 



MAR 



" rannie, sur un général concussion- 
" naire, mais sur tout ce qu'il y a 
» de plus sacré parmi les hommes, 
H sur les personnages augustes , dont 
« l'image ne s'offre plus, à nos yeux, 
" que rayonnante de l'auréole du 
« martyre. M. le maréchal Brune, qui 
» n'était alors que Brune l'imprimeur, 
«■ eut l'imprudence, la faiblesse de 
" prêter à l'exécrable entreprise de la 
« Bouche de Fer , sa maison , ses 
« presses, et quelqu^pis sa plume... 
« Ce que tout le monde sait, c'est 
« que Brune avait pour ami et pour 
« collaborateur dans son journal , 
« un personnage trop fameux dans 
» notre histoire, l'horrible Marat, 
« qu'il accompagnait la nuit, lorsque 
<• cet étrange ami du peuple, frappé 
« d'un mandat d'arrêt, sortait du 
'< soutei rain des Cordeliers pour for- 
« mer de nouveaux complots.... « 
Ces nouvelles révélations du journa- 
liste retentirent alors dans toute la 
France , et M™" Brune , qui avait 
voulu blanchir la mémoire de son 
mari, éprouva sous ce rapport un bien 
cruel mécompte. Ce qu'il y eut en- 
core de plus fâcheux pour elle , c'est 
que le jury acquitta Mar tain ville à 
l'unanimité. Enhardi par ce suc- 
cès , et par le débit de son jour- 
nal qui augmentait beaucoup, il ne 
garda plus aucun ménagement. Ce 
fut surtout à l'époque de la mort 
du duc de Rerri, où l'indignation 
publique donna un peu de vigueur 
et d'influence à l'opinion royaliste, 
qu'il accusa avec le plus de force tous 
ceux que l'on put considérer comme 
ayant contribué à ce malheurenx évé- 
nement. Le ministre Decazes fut par- 
ticulièrement l'objet de ses attaques ; 
el elles furent si violentes, que le fa- 
vori de Louis XVHI ne crut pas pou- 
voir se dispenser d'y répondre. Dès 
■le lendemain, il formula contre Mar- 



MAR 

tainville une plainte au procureur du 
roi , et il l'accompagna des réflexions 
suivantes, qu'il publia dans les jour- 
naux officiels seulement, car les jour- 
naux royalistes ne les eussent pas re- 
çues : » J'ai méprisé jusqu'ici, comme 
« je le devais, les outrages dont quel- 
« ques libelles m'ont rendu fobjet, et 
« dont la cause et le principe m'hono- 
« raient troj) pour que je songeasse 
u à m'en plaindre. L'intérêt de la so- 
« ciété me commande aujourd'hui de 
« ne pas laisser impunie l'infâme ca- 
« lomnie dont le sieur Martainviile 
" vient de se rendre coupable dans 
« le numéro de ce jour (13 février 
•' 1820) du journal qu'il ose intituler 
« le Drapeau blanc. Ses lâches accu- 
« sations insultent bien plus à la 
K douleur publique qu'elles ne m'in- 
« sultent moi-même, et c'est au nom 
« de la société , bien plus encore 
« qu'au mien, que je vous les dé- 
« nonce et que j'en demande à la 
I' justice l'éclatante réparation. » Cette 
plainte, déposée au parquet du pro- 
cureur du roi, n'y fut sans doute pas 
accueillie, car elle n'eut point de 
suite, et ce qu'il y eut de plus fâcheux 
pour le ministre, c'est que lui même 
perdit sa place peu de jours après : 
son pied glissa dans le santj du duc 
de Derri, comme l'a dit le plus élo- 
quent de nos écrivains; et toute la fa- 
veur de Louis XVlll ne put le garan- 
tir de cette chute. Les royalistes eu- 
rent alors im peu de crédit, et Mar- 
tainviile en profita autant qu'il était 
en lui. Mais ce triomphe ne dura pas; 
les lois sur la |)i-esse ilevinrent bientôt 
plus sévères, et ce fut principalenuiii 
sur les feuilles royalistes que pesa 
cette sévérité. Martainviile , plus que 
tout autre, se vit en butte à une foule 
d'attafjucs personnelles , à Paris et 
dans les départements. Obligé d'alUi 
se «léfendrc lui-même, loin de son do- 



micile, il courut souvent de très- 
gihands dangers, notamment à Châ- 
lons, où il hit assailli par une bande 
de révolutionnaires, qui voulurent le 
jeter dans la Saône, parce qu'il les 
avait représentés comme ayant insulté, 
dans une mascarade infâme, la reli- 
gion et la royauté. Il leur résista, quoi- 
que seul, et parvint à les mettre en 
fuite, sans autre arme que sa canne. 
Martainville se rendait alors à Bourg, 
on la susceptibilité du général Chas- 
tcl lui fit subir une légère condam- 
nation par la Cour d'assises de l'Ain 
(voy. Ghastel, LX, 539). Plus heu- 
reux devant les tribunaux de Riom, 
de Saint-Omer et de Toulouse où il 
fut successivement traduit par des 
susceptibilités du même genre, Mar- 
tainville se défendit toujours lui-mê- 
me, sinon avec une grande éloquence, 
au moins avec autant de courage que 
de présence d'esprit. Dans toutes ces 
villes, il fut accueilli par les acclama- 
tions et les vivat des royalistes. Mais 
tous ces déplacements lui coûtaient 
fort cher, et il n'était pas toujours sou- 
tenu par son parti , comme il l'avait 
espéré ; il éprouva quelques dé- 
goûts dans une carrière aussi diffi- 
cile, et dans laquelle il était souvent 
poursiùvi et combattu par ceux-là 
même qui auraient dû le défendre. 
Son rôle ressemblait ainsi à une es- 
pèce de don-quicbottisme, et il avait 
trop d'esprit pour ne pas s'en aperce- 
voir. Il parut alors y renoncer, et, de- 
puisl'année 1820, on ne le vit plus sou- 
tenir de procès dans les départements; 
mais il essuya encore de rudes assauts 
dans la capitale, notamment le 31 
juillet 1822, au théâtre de la Porte- 
Saint-Martin, où les libéraux s'étaient 
donné rendez-vous pour faire émeute 
contre une troupe de comédiens an- 
glais, auxquels le ministre Corbière 
avait permis de s'établir à Paris. 



MAR 



221 



Martainville y avant paru dans une 
loge, se vit tout à coup assailli par les 
menaces et les insultes du parterre, 
qui demandait à grands cris son 
expulsion, et qui fut tout près d'es- 
calader la loge où il se trouvait. Fer- 
me et impassible, il brava pendant 
plusieurs heures un péril évident, et 
ne voulut pas se retirer, malgré les 
prières du commissaire de poUce et 
du commandant de la force armée 
qui l'en conjuraient. « Je suis sous la 
« sauve-garde de l'autorité , leur di- 
•> sait-il, si je suis assassiné, j'aurai 
» fait mon devoir. Vous n'aurez pas 
« fait le vôtre «. Il ne céda que ver» 
la Hn du spectacle aux instances d'un 
de ses amis, et sortit par une porte 
de derrière. Cette circonstance fut 
la dernière où Martainville courut 
d'aussi grands dangers. Toujours 
eti butte aux attaques des journaux 
de l'opposition révolutionnaire , il 
leur repondait dans le sien avec 
autant d'esprit que d'à-propos. Mais 
comme il arrive en pareil cas, le pu- 
blic se lassa de cette polémique, et 
le Drapeau Blanc ne conserva pas 
assez d'abonnés pour se soutenir 
sans appui. L'imprimeur Dentu ven- 
dit sa poi'tion , et Martainville fut 
obligé de mettre l'entreprise en ac- 
tions; ce qui eut peu de succès. 
Ainsi le Drapeau blanc ne se soute- 
nait plus qu'avec peine, et Martain- 
ville lui-même, atteint par la goutte 
depuis long-temps, était dans un état 
de santé fâcheux, lorsque survint la 
Révolution de juillet 1830, qui mit le 
comble à ses soufFrances. Il se re- 
tira à Sablonville, près Paris, et y 
mourut le 27 août de la même 
année. — Sa femme , madame Caro- 
line Martai>viu.e , fort distinguée par 
ses talents en musique et en pein- 
ture, l'une des cantatrices de la cha- 
pelle du roi, ne lui survécut que 



222 



MAE 



peu de jours. Elle avait composé la 
musique de plusieurs romances et 
nocturnes. Martainville a publié : I. 
Les Suspects et les Fédéralistes , vau- 
deville en 1 acte et en prose, Paris, an 
III (1795), in-8°. n. Le Concert de la 
rue Feydeau, vaudeville, 1795, in-8". 

III. La nouvelle Hemiotade, ou Récit 
de ce qui s'est passé relativememt à 
la pièce intitulée « Concert de la rue 
Feydeau » , Paris , sans date , in-S". 

IV. La Nouvelle Montagne en vaude- 
villes, ou Robespierre en plusieurs 
volumes, sans date,in-8°.V. Les assem- 
blées primaires, ou les élections, vaude- 
ville, Paris, 1797, in-S». VI. Le Den- 
tiste, vaudeville , Paris, an V ( 1797), 
in-S". VII. Noé, ou le Monde repeuplé, 
vaudeville, Paris, an VI (1798), in-8». 
VIII. La Banqueroute du savetier, a- 
propos de bottes, vaudeville, Paris, 
1801, 1806, in-8MX. Grivoisiana, ou 
Recueil facétieux, Paris, an IX (1801), 
in- 18. X. L'Intrigue de carrefour, 
vaudeville, ibid., 1801,in-8°. XI. His- 
toire du Théâtre-Français , depuis le 
commencement de la Révolution jus- 
(juà la réunion générale, Paris, au X 
(1802), 4 vol. in-12, en société avec 
M. C.-G. Etienne. XII. Jrlequin en 
gage, ou Gille usurier, comédie-vau- 
<leville, ibid., 1802, in-8». XIII. Un, 
deux, trois, quatre, ou la cassette pré- 
cieuse, vaudeville, Bordeaux, an X 
(1802), in-8''. XIV. yie de Chrétien- 
Guillaume Lamoig non-Malesherbes , 
Paris, an X (1802), in-12. XV. Le 
Duel impossible , comédie , Paris , 
1803, in-8". XVI. Pataquès, ou le 
Barbouilleur d'enseignes, bluette en 
un acte, ibid. XVII. Georges le taquin, 
ou le Brasseur de l'île des Cygnes, 
divertissement allégorique, Paris, an 
XII (1804), in-8°. XVIII. Une demi- 
heure de cabaret, scènes épisodiques, 
ibid., in-8". XIX. Le Suicide de Falaise, 
comédie, ibid., in-8"; seconde édit.; 



MAB 

1828, in-8". XX. Le Turc de la rui- 
Saint-Denis, ou la fausse veuve, comé- 
die, Paris, 1805, in-8". XXI. Roderir 
et Cuneqonde, ou l'Hermite de Mont- 
martre, ou la Forteresse de MouUnos , 
ou le Revenant de la galerie de l'ouest, 
ga lima tias burlesco-mélo-pa tho-dra- 
matique , etc. , ibid,, in-8". XXII. 
La Tète du diable et le fiambcun 
de l amour, mélodrame féerie- co- 
mique , Paris , 1807 , in-8". XXIII. 
Le Pied de mouton , mélodrame 
téerie- comique, ibid., in-8". Cette 
pièce et la précédente ont été com- 
posées en société avec Ribié. XXIV. 
Le Mariage du mélodrame et de la 
gaîté, scènes d'inauguration, Paris, 
1808, in-8". XXV. La Queue du dia- 
ble, mélodrame féerie-comique , ibid, 
in-8°. XXVI. Tapin, ou le Tambouri- 
neur de Gonesse, folie-vaudeville, Pa- 
ris, 1809, in-8". XXVII. Quelle mau- 
vaise tête, ou SI. Saint'Foin bracon- 
nier, comédie, ibid., in-8". XXVIll. 
Le Marin provençal, prologue de Im- 
peyrouse, Paris, 1810, in-8". XXIX. 
Les Rentes viagètes, ou la Maison </<• 
santé, comédie, ibid., in-8". XXX. Lu 
Résurrection de /?rjoc/ie, prologue il i- 
iiauguration, ibid., in-8". XXXI. 7'<^- 
connet, comédie, Paris, 1816, in-8". 
XXXII. Jean de Passy, imitation bur- 
lesque de Jean de Paris, comédie, 
P;u-is, 1812, in-8"., en société avec 
Dumersan. XXXII]. 3fonsieur Cré- 
dule, ou II faut Se méfier du l'en- 
dredi, Paris, 1812 et 1818, , in-8". 
XXXIV^. L'Intrigue à contre -teinps, 
ou Moitié faux, moitié vrai, comédie, 
ibid., in-8". XXXV. Bonaparte, ou l'A- 
bus de l'abdication, pièce heivioo-ro- 
viantico-boufforinc, Paris, 1815, in-8". 
\XXVI. Le Drapeau Blanc, Paris, 
1819, 2 vol. in-8". XXXVII. La bom- 
be royaliste lancée, Paris, 1820, iu-8". 
XXXVIII. Étrennes aux censeurs, Pa- 
lis, 1822, in-8". M— '>,i- 



yiAR 

ALIRTEL (Étienne-Awge), archi- 
tecte , nommé coramunéuient Frère 
Martel , naquit à Lyon en 1569. Le 
goût des arts lui fit entreprendre le 
voyage de Rome avec le père du célè- 
bre peintre Claude Stella. A 21 ans, 
il entra dans l'ordre des Jésuites, où, 
par humilité, il refusa constamment 
la prêtrise, que ses supérieurs vou- 
laient lui conférer. Un des premiers 
essais de son talent en architecture fut 
la construction de l'église du collège 
de la Trinité , à Lyon ; il donna en- 
suite les plans de plusieiu'S maisons 
pour sa compagnie. Il fournit, en 
concurrence avec le P. Derrand, des 
dessins pour l'église des Jésuites de la 
rue Saint- Antoine , à Paris; mais les 
plans de ce deraier fuient préférés. 
En 1630, il fut chargé de bâtir, dans 
la rue du Pot-de-Fer, l'église aujour- 
d'hui détruite du Noviciat des Jé- 
suites de Paris, par le secrétaire-d'état 
Des Noyers, qui voulait en faire le 
lieu de sa sépulture. Cet édifice ob- 
tint tous les suffrages : le portail, en 
particulier, était trcs-estimé ; il était 
orné d'un ordre dorique en pilastre 
surmonté dun ordre ionique dont 
les proportions étaient fort justes. 
Cependant, on aurait désiré plus de 
saillie et moins de subdivisions dans 
lç8 parties de la décoration; on trou- 
vait aussi que les pilastres doriques 
plies rendaient irrégulière la distri- 
bution du plafond de la corniche. 
Martel , attaqué de la pierre , ré- 
solut de se faire tailler. Les suites 
de cette opération qui , à cette épo- 
que , était dangereuse et demandait 
un grand courage, lui causèrent de 
telles douleurs, que, devenu inca- 
pable de se livrer à aucun travail qui 
exigeât de la fatigue , il dut se bor- 
ner à exécuter de petits ouvrages en 
peinture, recherchés des amateurs. 
On a long - temps conservé , dans 



MAR 



223 



la maison du Noviciat , des des- 
sins de sa composition , générale- 
ment estimés. Il mom'ut à Paris , en 
1641. — Martel (le P. Gabriel), né au 
Puy-en-Velay, le 14 avril 1680, et 
mort en 1756, entra dans la compa- 
gnie de Jésus et se fit connaîti-e par 
les ouvrages suivants : I. Exercice de 
la préparation à la mort, 1725, in-12. 
11. Caractère du chrétien, 1743, 6 vol. 
in-12. III. Lettres à M. Cabbé ***, 
1749, in-12. IV. Le chrétien dirigé 
dans les exercices d'une retraite spiri- 
tuelle, 1757, 2 vol. in-12. P — s. 

MARTEL (PovBÇAi>), conven- 
tionnel , né en 1748, était notaire à 
Saint-Pourçain , dans le Bom-bonnais, 
à l'époque où commença la révolu- 
tion, et fut élu en 1792 député de 
l'Allier à la Convention nationale. Il 
vota la mort de Louis XVI et son 
exécution dans les vingt-quatre heu- 
res , accompagnant son vote de cette 
petite allocution : .< Je consulte la 
« raison, la justice et l'humanité; 
«• je réponds que je ne crois pas de- 

- voir renvoyer au peuple la mis- 

- sion qu'il m'a donnée, parce que 
" la désobéissance est attentatoire à 
" la souveraineté du peuple; d'ail- 
•. leurs jai pensé que l'appel au 
« peuple n'était qu'une mesure pusil- 
" lanime. Je dis non. » Devenu 
membre du Conseil des Anciens, il en 
sortit en 1798, entra à la compta- 
bilité intermédiaire en qualité de 
commissaire et conserva cette place 
jusqu'à la suppression de la commis- 
sion. Il fut ensuite employé dans un 
bureau de la capitale, y vécut obscu- 
rément et quitta la France en 1816, 
comme régicide. Après la révolution 
de 1830, il revint dans sa patrie et 
mourut à la fin d'avril 1836. M. d j. 

MARTELLY (Honoré-François 
RiCHAti)-), poète dramatique, naquit 
en 1751, à Aix, en Provence, dune 



224 



MAR 



famille honorable. Son aïeul , méde- 
cin distingué, fut anobli pour le 
courageux dévouement qu'il avait 
montré pendant la peste deMarscille. 
Après avoir achevé ses études sous 
les Jésuites qui tentèrent de se l'atta- 
cher, il fréquenta l'école de droit et 
se fit recevoir avocat au Parlement de 
Provence. Ayant eu l'occasion de voir 
jouer Lekain , il conçut une passion 
hi vive pour le théâtre qu'il résolut 
lie suivre cette carrière. On dit que 
le jour même où il plaida sa première 
cause devant la Cour d'Aix, il fit ses 
débuts dans la tragédie sur le théâtre 
de cette ville ; mais cette anecdote est 
plus que suspecte. Quoi qu'il en soit , 
Marte lly ne tarda pas à abandonner 
le barreau. Après avoir débuté par le 
rôle deTancrède, dans sa ville natale, 
il parut successivement sur les prin- 
cipaux théâtres de province , où il 
se fit également applaudir dans la 
tragédie et dans la comédie. Il vint 
ensuite à Paris et fut pendant quel- 
ques années attaché au théâtre Mo- 
lière , mais avec moins de succès. 
Il avait pris pour modèle le comé- 
dien Mole, ce qui le fit surnommei 
te Mole de la province, et donna sujet 
au quatrain suivant : 

Mole, dans ses succès, sublime et sans enrie, 
Ne peut en Martelly reconnaître un rival: 
A juste titre on doit applaudir la copie, 
Mais il faut respecter toujours l'original. 

Sur la fin de sa vie, il se retira dans 
une jolie maison de campagne près 
de Marseille, où il mourut le 8 juil- 
let 1817. On a de lui : 1. Fables nou- 
velles , Bordeaux, 1788, in-12. II. 
Les deux Figaro, ou le sujet de comé- 
die, comédie en cinq actes et en 
prose , représentée en 1790 au théâ- 
tre du Palais-Royal; Paris, 1794, 
in-S". Cette pièce, réimprimée pUi- 
tvSdrs fois , fait partie de la Suite du 
Répertoire du TlK'ùlrc- Français, pu- 



MAR 

bliée par M. Lepeintre, éd. in-18, 
tom. XLIX. L'intention , dit La Harpe, 
en est maligne et satirique ; plusieurs 
traits sont dirigés contre Beaumar- 
chais, eti paraissant tomber sur son 
principal personnage; et cela est 
d'autant plus mal qu'il n'a fait que 
travailler sur le canevas qui appar- 
tient à l'auteur qu'il désigne. L'intri- 
gue des Deux Figaro est calquée sur 
celle de la Mère coupable ; ce sont les 
mêmes personnages et à peu près le 
même genre de comique. Quoique 
l'imitation soit très-infériem-e à l'ori- 
ginal , il y a néanmoins de l'esprit . 
de la gaîté et des incidents bien ima- 
ginés; le dialogue a moins de quoli- 
bets, mais il est aussi moins piquant 
(Correspond, littér., lettre 288). C'est 
par erreur que M. Lepeintre dit 
que cette comédie « est évidemment 
" dirigée contre la fameuse pièce du 
u Mariage de Figaro. » [Notice sui' 
iVIartelly dans le tom. XUV de la 
Suite du Répertoire.) III. L'Intrigant 
dupé par lui-même , comédie en cinq 
actes et en prose, Paris, 1802, in-8". 
IW. Une heure de Jocrisse, comédie 
en un acte et en prose , représente! 
en 1801 sur le Théâtre-Montansiei-, 
Paris, 1804, in-8". V. J^ Maladroit . 
comédie en trois actes et en vers. VI 
Les Amours supposés , comédie. Ci 
deux pièces furent représentées sui 
le théâtre de Bordeaux. VIL Conseil 
d'un homme de lettres, ou les fn). 
Rimeurs ; cette comédie n*a été ni 
jouée ni imprimée. Martelly avait, en 
outre, publié un conte, intitulé Le 
Bonheur, dans le tome XI (1814) 
des Mémoires de l'Académie de Mar- 
seille. W— s. 

MARTEi\S(Gi;iLLAUMK-FRÉnÉRH.- 

uii), diplomate allemand, fin d'abord 
piolx'sseur de droit public à l'Univer- 
sité de Gœttingue. Los ouvrages im- 
portants qu'il publia successivement. 



lui acquirent une grande réputation 
comme publiciste et lui valurent, en 
1809, une place dans le conseil d'État 
du royaume de Westphaiie, et, peu 
après, la présidence de la section 
des finances. Appelé au Congrès de 
Vienne, en 1814, il fut chargé de 
rédiger les procès- verbaux des con- 
férences diplomatiques. La même 
année il fut envoyé par les puissan- 
ces alliées auprès de Christian-Fré- 
déric , cousin du roi de Danemark , 
qui s'était fait proclamer roi de Nor- 
vège et se préparait à défendre ses 
pn'tentions par les armes. Martens fut 
assez heureux pour décider ce prince 
à se soumettre aux décisions des 
monarques alliés, qui avaient donné 
la ÎSorvege au roi de Suède, afin de 
ie récompenser des services qu'il ve- 
nait de leur rendre. Il devint, en 
1816, ministre du roi de Hanovre 
auprès de la Diète germanique, et 
mourut à Francfort, dans l'exercice 
de ces fonctions, le 20 février 1821. 
On a de lui : I. Essai sur la légitima- 
tion des envoyés de la part des comtes 
de l'empire à la Diète de Ratisbonne , 
Gœltingue, 1782, in-8°. II. Précis 
du droit des gens de l'Europe mo- 
derne, fondé sur les traités et t usage , 
pour servir d'introduction a un cours 
politique et diplomatique ,Gœttingiie, 
1789 , 2 vol. in-8°. Cet ouvrage a 
obtenu plusieurs éditions, et a été 
traduit en français avec des notes de 
M. Pinheiro-Ferreira, Paris , 1831 , 
2 vol. in-8°. III. Recueil des princi- 
paux traités d alliance, etc., conclue 
par les puissaîices de l'Europe jusqu'à 
présent, précédé de traités faits dans 
le XFIII' sièele, qui ne se trouvent 
pas dans le o Corps diplomatique " 
de Dumont et Rousset, Gœttingue , 
1791-1800, 7 vol. in-8». IV. Sup- 
plément à l'ouvrage précédent, Gœt- 
tingue , 1802-18, 7 vol. in-8». Ce 

LXXIU. 



MAR 



oo? 



Supplément a été fondu avec le Re- 
cueil dans une nouvelle édition. V. 
Essai concernant les armateurs , les 
prises, et surtout les repiises , traprci 
tes lois , les traités et les usmges de\ 
puissances maritimes de FEurope , 
Gœttingue, 1795, in-S". VI. Couis 
diplomatique , uu Tableau des re- 
lations des puissances de FEuro- 
pe , tant entre elles qu'avec Vau- 
tres Etals, dam les diverses parties 
du globe , Berlin, 1801 , 3 volumes 
in-8°. M — Dj. 

MARTHE (A SUE BiGET, connue 
sous le nom de sœur), naquit à Besan- 
çon en 1749. Avant la révolution , 
«lie était toorière dans un couvent. A 
la suppression des ordres religieux, on 
la vit , aidée d'une compagne qu'elle 
avait associée à son zèle, et avec sa 
modique pension de 133 fr., jointe à 
la propriété d'une petite maison, se 
dévouer au secours des indigents et 
surtout des prisonniers. En 1809 , 
600 Espagnols arrivèrent à Besançon ; 
la sœur Marthe s'empressa de leur 
prodiguer des soins dont son acti- 
vité et sa charité multipliaient sans 
cesse les ressources. Non contente 
de pourvoir à leurs besoins les plus 
pressants , elle les assistait dans lenrs 
maladies. Souvent chargée de porter 
au commandant de la place les de- 
mandes des prisonniers, ce général 
lui dit un jour : •- Sœur Marthe , vous 

• allez être bien affligée , vos bons 

• amis les Espagnols quittent Besan- 
« çon. — Oui, répondit-elle^ mais 
u les Anglais arrivent, et tous les 
>■ malheureux sont mes amis. « Pen- 
dant la campagne de 1814, quand les 
blessés, ennemis et Fi-ançais , rece 
vaient de toutes parts une généreuse 
hospitalité, la sœur Marthe redoubla 
pour eux ses soins touchant», et re- 
cueillit cet éloge de la bouche du duc 
de Reggio » C'est sur le champ de 

15 



226 



MAR 



« bataille que j'ai appris à vous con- 
« naître; nos soldats, blessés loin de 
« leur pati'ie , s'écriaient : Où est 
u sœur Marthe? si elle était ici , nous 
u serions moins malheureux. » En 
1814, cette femme si justement cé- 
lèbre s'était rendue dans la capitale , 
toujours conduite par des intentions 
de charité , et pour y réussir elle ne 
crut pouvoir mieux faire que de s'a- 
dresser aux souverains alliés. Ils la 
reçurent avec beaucoup de bonté : 
l'empereur de Russie la décora d'une 
médaille d'or du plus grand modèle , 
frappée à son effigie, honneur qu'il 
accompagna d'une somme considéra- 
ble. L'empereur d'Autriche lui donna 
la croix du Mérite-Civil, avec une gra- 
tification de 2,000 fr. Elle reçut aussi 
des bienfaits des rois d'Angleterre, 
de Prusse et d'Espagne. En 1817, au 
moment de la disette, sœur Marthe 
vint à Paris solliciter des secours pour 
les indigents. Louis XVIII et toute la 
famille royale lui en donnèrent de 
très-abondants. Cette femme admira- 
ble mourut à Resançon le 29 mars 
1824. Toutes les autorités assistèrent 
à ses funérailles et le peuple suivit le 
convoi en répandant des larmes. On 
a gravé son portrait où elle est 
représentée décorée de plusieurs or- 
dres français et étrangers. Son ue- 
veu, M. Riget, peintre distingué, 
obtint la survivance des décorations 
accordées à la sœur Marthe , qu'il 
avait souvent aidée dans ses bonnes 
œuvres, il n'en recueillit pas d'autre 
héritage ; car, bien qu'elle eût reçu 
des sommes considérables , elle avait 
tout employé à soulager les malheu- 
reux, à qui elle tâchait en même 
temps d'inspirer des sentiments reli- 
gieux. M — BJ. 

MARTIANO ou MARZIAIVI 

(Phosheu) , célèbre médecin , naquit 
en 1567 à Reggio. Après avoir achevé 



ftlAR 

ses premières études, il suivit les cours 
de la Faculté de médecine à l'Univer- 
sité de Bologne , et y reçut, en 1593, 
le laurier doctoral. Il se rendit , la 
même année, à Rome où il acquit 
bientôt la réputation d'un praticien 
distingué. Malgré l'affaiblissement de 
sa santé, il ne voulut point modérer 
son ardeur pour l'étude, et en mou- 
rut victime, le 20 nov. 1622. Quoi- 
que fort instruit, il ne fut pas exempt 
des préjugés de son temps sur l'astro- 
logie. On a de lui : Magnus Hippo- 
crates Cous explicatus, sive operum 
Hippocratis interpretatio latina cum 
amtotationibus, Rome, 1626, in-fol.; 
première édition rare et recherchée; 
ibid., 1628, in-fol.; Venise, 1652, in- 
fol.; Padoue, 1718, in-fol. Ce com- 
mentaire est très-estimé.Baghvi, bon 
médecin au XVIII' siècle, en faisait 
le plus grand cas. Voyez, pour plus 
de détails , la notice sur Martiano , 
par Baggi, dans le Giornale modenese 
XIII; et la Biblioteca modenese de 
Tiraboschi , III. W— s. 

MARTIGNAC (le vicomte Jean- 
Raptiste-Silvkue Algay de), ministre 
du roi Charles X , fut un de ces hom- 
mes d'État qui, par la générosité même 
de leurs intentions, et un zèle mal 
entendu , poussèrent la restauration 
dans l'abîme où elle devait périr. 
Né à Bordeaux, en 1776, Martignac 
portait un nom déjà connu dans 
les lettres et la magistrature. Un de 
SCS ancêtres , Etienne de Màrlignac , 
avait publié , au XVII' siècle , plu- 
sieurs traductions de poètes latins 
{voy. Mautionac, XXV1I,289); et 
son père, mort en 1820, était con- 
seiller à la Cour royale de Bordeaux. 
Le jeune Martignac, destiné à la car- 
rière du barreau, se fit remarquer de 
bonne heure par l'activité et la fines- 
se de son ea prit (1). Il se dérob ait 
(J) SI l'on en croit Montgaillard [Histoire 



MAK 



MAB 



2-27 



.souvent à l'éUide de la jurisprudence 
pour se livrer à ses goûts littéraires. 
Quelques vaude>-illes , qu'il composa 
dans sa jeunesse, ne manquaient pas 
d'une certaine verve spirituelle, aigui- 
sée encore par des allusions piquantes 
à la politique du jour. C'est ainsi qu'en 
1814 il fit jouer à Bordeaux une 
petite pièce, composée en «ociété 
avec M. de Laville de Mirmont , in- 
titulée la Saint -Georges, en Ihon- 
neur du loi d'Angleterre qui pro- 
tégeait de ses armes la rentrée des 
Bourbons. Il protesta pendant les Cent- 
Jours contre le retour de Bonaparte , 
en cessant ses fonctions d'avocat, et il 
prit une part très-active au mouve- 
ment dont sa ville natale fut le théâ- 
tre. Capitaine des volontaires borde- 
lais, il seconda de tout son pouvoir le 
maire Lynch {v. Lynch, LXXIl, 242), 
en usant de son influence sur ses con- 
citoyens pour les rallier autour de la 
duchesse d'Angouléme. Quand le gé- 
néral Clauzel, nommé au comman- 
ment de la Gironde, s'avança à la 
tête des ti-oupes impériales pour ré- 
primer l'insurrection , Martignac , 
prudent et sincère ami de son pays, 
donna lui-même à la duchesse le sa- 
ge conseil de renoncer à une résis- 
tance inutile. Chargé par la municipa- 
lité d'une mission délicate près du 
général , il s'en acquitta avec habile- 
té, et obtint qu'il attendrait, pour en- 
trer dans la ville, le départ de la prin 
cesse. Plus tard, appelé comme té- 
moin dans le procès du général Clau- 
zel , il fit connaître par sa déposition 
une particularité curieuse. Ce lieute- 
nant de l'empereur désespéi-ait lui- 
même de la fortune de son maître, et 
laissait entrevoir, dans ses discours, 

de France), Martignac fut, en 1798, secré- 
taire de Sieyès, nommé ambassadeur à Berlin. 
Le même écrivain lui attribue une Ode sur la 
naissance du roi de Rome (1811). 



que la soumission des Bordelais et la 
retraite des Bourbons n'étaient qu'une 
concession passagère, dont les événe- 
ments sauraient bientôt les aOranchir. 
Apres la seconde restauration, Maili- 
gnac fut nommé avocat-général à la 
Corn' royale de Bordeaux, et reçut la 
décoration de la Légion-d' Honneur, 
qu'il avait refusée des mains de 2«apo- 
léon. Ces nouvelles fonctions lui per- 
mirent de mettre en relief son talent 
d'orateur etson dévouement aux prin- 
cipes monarchiques. Quelques jours 
après l'assassinat du duc de Berri (21 
février 1820), Martignac, chargé de 
faire entériner des lettres de grâce , 
s'abandonna, au milieu d'un éloge de 
la clémence du roi, à une sortie vio- 
lente contre la presse, sur laquelle il 
rejetait la responsabilité de cet hor- 
rible crime. Devenu bientôt procu- 
reur-général à Limoges, dans son 
discours d'installation , il s'adressa 
encore aux factieux qui se déclaraient 
ennemis de la monarchie par amour 
de la liberté et de la gloire natio- 
nale. " Où se réunira donc, leur 
« dit-il , une plus longue suite de plus . 
« glorieiuc souvenirs que sur la tête 
« des successeurs de François I" , de 

* l'héritier de Louis IX , du petit-fils 
. de Henri IV et de Louis XIV ? Est-il 
> bien Français , celui à qui ces noms 

• ne parlent plus, et qui ne tressaille 
^ pas d'un juste orgueil en les enten- 
« dant prononcer?... » Dans ces fonc- 
tions modestes de la magistrature, 
Martignac révélait déjà cette facilité 
d'élocution, cette éloquence insinuan- 
te et persuasive , cet organe enchan- 
teui- qui lui acquirent plus tard dans 
une autre tribune la réputation de 
grand orateur. Par les giâces de son 
esprit et l éclat de son talent, par 
son caractère aimable et conciliant , 
il rappelait cette brillante école des 
Girondins , formés comme lui au 

15. 



228 MAR 

barreau de Bordeaux, et comme 
lui victimes de leur modération. 
Jusqu'alors, le goût des plaisirs, les 
passions de jeunesse l'avaient tenu 
à 1 écart de la vie politique , mais 
l'âge de l'ambition était arrivé : en- 
voyé à la Chambre par le collège 
électoral de Marmande, en 1821, il y 
fut accueilli avec faveur par M. de 
Villèle, qui comptait sur son appui et 
qui ne tarda pas à confisquer à son pro- 
fit cette souplesse d'éloquence et ces 
formes séduisantes, qualités précieuses 
pour la défense d'une politique de con- 
cessions et d'incertitudes. Rapporteur 
dans les questions difficiles, Marti- 
gnac savait habilement donner à 
sa parole lempreinte d'une convic- 
tion profonde. Il fut pour la pre- 
mière fois d'un puissant secours à 
ses amis politiques dans la discussion 
du projet de loi sur la police de la 
presse périodique. Représenter cette 
répression comme nécessaire au repos 
de l'Europe, justifier une pénalité sé- 
vère qui s'attaquait jusqu'à l'esprit, à 
la tendance générale, avouer que les 
expressions sont bien vagues , bien 
indéfinies, mai» que ce vague lui-mê- 
me fait toute la force et la nécessité 
de la loi , telles étaient les doctrines 
qu'il proclamait dans son rapport. Le 
parti de l'opposition comptait d'ha- 
biles orateurs; mais, dans ces débats, 
aucun ne l'emporta sur Marlignac, 
qui ramena plusieurs fois à la charge, 
et toujours sous des formes variées , 
claires et précises, les arguments 
qu'il avait déjà fait valoir. La loi 
fut adoptée , et le ministère recon- 
naissant nomma son éloquent dé- 
fenseur conseiller d'État en service 
ordinaire (20 juin 1822). Attaché au 
comité du contentieux, il s'y fit remar- 
quer, conunc à la Chambre, par cette 
facilité lucide avec laquelle il traitait 
les questions les plus ardues de tliéo- 



MAR 

rie administrative. Une nouvelle légis- 
lature était sortie des élections de 
1823 ; M. de Villèle n'avait rien perdu 
de sa majorité, et Martignac , qui 
voyait de jour en jour s'accroître son 
influence, fut élu à la vice-présidence, 
fonctions dont l'honorèrent ses collè- 
gues jusqu'en 1830. Le gouvernement 
avait résolu la guerre d'Espagne, et il 
avait demandé aux Chambres un cré- 
dit de cent millions. On comprend 
tout ce qu'il fallait d'habileté pour 
convaincre tant d'esprits flottants , 
pour rassurer sur l'urgence et les 
résultats de cette entreprise, quand 
on lit les discours de Foy, de Gi- 
rardin, de Manuel, qui la repré- 
sentaient comme une guerre de fa- 
mille , funeste pour la France et pour 
la monarchie. Sans s'arrêter à discu- 
ter les chances de succès avec les 
hommes du métier, il saisit adroite- 
ment le côté de la question qui prê- 
tait le plus à son éloquence brillante 
et pathétique : il parla de justice , 
d'honneur national, de dévouement 
et d'amour pour le roi; il entraîna la 
majorité qui étoutfa sous ses applau- 
dissements les murmures de l'oppo- 
sition, lorsqu'il dit en se tournant 
vers la gauche : « Si c'est un droit 
u qui appartient aux citoyens d'éclai- 
» rer le monarque sur les avanta- 
. ges de la paix, ceux qui finvoquent 
« conviendront que c'est une action 
« honteuse et condamnable que de 
« chercher à égarer l'opinion du peu- 
K pie sur les dangers et le véritable 
. objet d'une guerre que le père de 
« l'État a déclarée comme imminen- 
» le. » — Ce (jue vous dites là est 
odieux! lui crièrent Foy et Girardin. 
Mal{jré leurs protestations le crédit 
fut volé presque unanimement par la 
Chambre. Martignac, attaché à l'ex- 
pédition en qualité de commissaire ci- 
vil, fut chargé d'aider do ses conseils 



SfAR 

le duc d'Angouléme. Ses manières ai- 
mables, séduisantes, calmèrent les 
haines et ramenèrent les esprits les 
plus indociles ; aussi reçut-il une vé- 
ritable ovation, quand il vint remet- 
tre à la régence , au nom du roi , les 
drapeaux enlevés par l'armée françai- 
se. Avant son départ (3 juillet 1823), 
il reçut du gouvernement espagnol la 
frand' croix de l'ordre royal de Char- 
les m , et une lettre flatteuse qui ren- 
dait hommage à sa conduite. •• Que 
« V, Exe, lui écrivait le duc de l'In- 
« iàntado, parte avec la certitude 
« qu'elle emporte la bienveillance de 
« S. M. C. , la re«onnaissance des 
• membres de la régence, et lamour 
« de la nation entière. » De retour a 
la Chambre , Martignac se sépara un 
instant de la droite pour défendre l'é- 
lection d'un de ses adversaires les plus 
redoutables, de Benjamin Constant, 
à qui Ton refusait la qualité de Fran- 
çais; il discuta la question de droit, et 
prouva que l'ordonnance du 14 juin 
conti-e les étrangers n'était pas appli- 
cable aux religionnaires qui, exilés 
par l'édit de ÎSantes, avaient profité 
de la loi de révocation de 1790. Mais 
nous le retrouvons bientôt à la tète du 
parti ministériel, prêtant son appui 
à la loi delà septennalité, par laquelle 
M. de Villèle voulait s'assurer sept ans 
de règne , et à la demande de crédits 
supplémentaires pour suiHre aux 
mai'chés onéreux conclus par le gou- 
vernement dans la guerre d'Espagne. 
C'était pour les ministres un sujet 
diflBcile et embarrassant, propre à ré- 
veiller toutes les colères de la gau- 
che contre une expédition qu'elle 
condamnait encore, même après le 
succès. Dans un rapport yaci/e et spi- 
rituel, comme le qualifiait Casimir 
Périer, Martignac jeta Te matiteau 
de la gloire sur des^infra étions à la 
loi du budget , sur des transactions 



MAR 



229 



auxquelles venait se mêler le nom 
mal famé du banquier Ouvrard. 
Après chaque triomphe, le roi et M. 
de Villèle se l'attachaient par de nou- 
velles faveurs ; cette année ( 4 août 
1824 ) il remplaça le comte Chabrol 
de Crousol comme directeur-général 
de l'enregistrement et des domaines. 
Dès le début de la session de 1825, 
la défense du projet de loi concer- 
nant l'indemnité pour les émigrés lui 
fournit une occasion de dévelopj)er 
toutes les ressources de son esprit 
conciliant et modéré. Long-temps le 
ministère avait reculé devant une me- 
sure qui devait soulever une double 
opposition. Il fallait répondre à ces 
questions du général Foy : • L'émi- 
« gration fut-elle volontaire ou for- 
« cce? Qu'allaient demander les émi- 
• grés aux étrangers ? • Au nom de la 
droite monarchique, Labourdonnaye 
protestait énergiquement. C'était , di- 
sait-il , sacrifier les i-oyalistes à la ré- 
volution; c'était donner aux posses- 
seurs des biens des émigrés une sanc- 
tion légale de leur usurpation sacri- 
lège. Martignac fit comprendre à la 
Chambre que ces objections diverses 
venaient mutuellement se délruiie , 
et prouva facilement que le moyen 
terme proposé pai le ministère était 
le seul légitime pom' guérir les plaies 
de la révolution, le seul possible dans 
l'état de nos finances. Le milliard fut 
voté. Mais, dès cette époque, M. de 
Villèle vit son parti s'affaibUr de jour 
e!i jour et perdre son assurance. Les 
dernières concessions qu il fit aux 
royalistes par les lois du sacrilège et 
du droit d'aînesse, par le rétablisse- 
ment de la censure des journaux , 
soulevèrent contre lui de nombreuses 
réclamations. Il trouvait encore dans 
la Chambre une majorité des deux 
tiers, mais exigeante, inébranlable 
dans ses principes monarchiques , et 



330 



MAR 



dont la direction était pour lui plus 
importune, plus difficile que sa lutte 
même contre l'opposition libérale. 
Pour échapper à cette tutelle, il pro- 
nonça la dissolution , faute irrépara- 
ble qu'il ne tarda pas lui-même à re- 
connaître. Sur une Chambre compo- 
' sée de 428 membres , les électeurs 
n'en renvoyèrent que 125 de l'an- 
cienne majorité. A la tête de cette 
mince phalange , on ne vit plus Mar- 
tignac, qui, depuis un an, semblait 
abandonner ses anciens amis. Lors 
de la discussion des derniers pro- 
jets de loi, il avait gardé le silence, 
voyant l'opposition prête à disposer 
du pouvoir; il voulait sans doute se 
lapprocher d'elle et lui faire oublier 
que, depuis 1821, il l'avait combattue. 
M. de A^illèle et ses collègues laissè- 
rent bientôt le champ libre à son am- 
bition, et, par un nouvel acte de dé- 
vouement au roi et à la France, ils 
refusèrent de déposer leur héritage 
entie les mains de M. de Polignac, 
ambassadeur à Londres, qui était ac- 
couru à Paris pour le recueillir. Cet 
homme d'État avait long-temps vécu 
dans l'intimité de Charles X ; depuis 
long-temps une place lui était réser 
vée dans les conseils de la couronne; 
c'est assez dire (lu'il appartenait au 
parti royaliste le plus avancé , qui 
avait peu de chances de succès après 
les dernières élections. Il fallait ou dis- 
soudre cette Chambre avant sa ré- 
union, ou subir la loi de l'ancienne 
minorité. Cependant il fut question 
un instant d'un ministère mixte, dont 
les membres auraient été choisis dans 
les opinions différentes et même dans 
les partis contraires. Ce projet ne 
pouvait résister à un long examen. 
Le roi consentit à un sacrifice mo- 
mentané aux idées libérales , et le 4 
janvier 1828, le Monitmr Ht connaî- 
tre les membres du nouveau cabinet 



MAR 

dont le chef était Martignac, ministre 
de l'intérieur, et, par intérim, grand- 
maître de l'université. Sans avoir le ti- 
tre de pi-ésident du conseil, il impri- 
ma à l'administration sa direction po- 
litique, et, la personnifiant par ses 
actes et par son talent, il lui laissa son 
nom. Charles X ne put dissimuler que 
les circonstances seules lui avaient ar- 
raché cette concession. Tous ses re- 
grets étaient pour ses anciens minis- 
tres , et voici en quels termes il 
accueillit ceux qu'il avait appelés a 
leur succéder : « Vous savez , Mes- 
« sieurs, que je ne me suis pas volon- 
B tairement séparé de M. de Villèle ; 
1' son système est le mien , et j'espère 
« que vous vous f conformerez de 
« voti'c mieux. « Dès les premières 
séances du conseil , Charles X re- 
poussa tout projet de réforme, cl 
lorsque Martignac, dont il prisait peu 
le talent, lui exposait quelque théorie 
nouvelle, je ne comprends pas, disait- 
il avec un sourire ironique. S'agissait- 
il de destituer ou même de changer 
quelque préfet suspect d'intrigue élcc- 
toiale, il opposait des délais, il avait 
des notes à consulter. Entravé par 
cette résistance, le ministère dut s ar- 
rêter à des mesures partielles qui ne 
purent ni lui dotmer de la force, ni 
satisfaire l'opposition. De là un ti- 
raillement funeste dans les rouage,'- 
<le l'administration ; de là, pour Mar- 
tignac, une position fausse, embar- 
rassée, qui mit à nu son insuffisance, 
et dont il essaya vainement do si- 
tirer par de vagues phrases et de 
dangereuses concessions à tous les 
partis, mais particulièrement à l'op- 
position libérale, qui, plus passion- 
née , plus audacieuse, l'intimidait cl 
1(! <lominait dans les discussions les 
plus importantes. 1-a retraite du pré- 
fet de police, 1^. Delavau, la desti- 
tution de quelques préfets de dé\m- 



MAft 

tements, une teinte de libéralisme 
donnée imprudemment au discours 
du trône, le choix de M. Royer-Col- 
lard pour la présidence de la Cham- 
bre, tels furent les premier* symp- 
tômes de la faiblesse ministérielle. 
Une loi destinée à prévenir l^s fiau- 
des électorales, dont la presse libé- 
rale se plaignait amèrement, fut 
pré«entée au commencenaent de la 
session, et accueillie par la Cham- 
bre, avec d'autant plut d'empresse- 
ment que son vote semblait condam- 
ner la précédente administration.Tou- 
tefois le projet ne fut pas adopté 
sans soulever de la part de la dioite, 
des cris d'eflProi contre de nouvelles 
mesures, qui, livrant aux tribunaux 
et à la publicité les actes de l'autorité 
et de ses mandataires, avilissaient la 
royauté et ouvraient toutes les portes 
à l'anarchie. A la Chambre haute , 
Martignac se trouva en face de M. de 
"Villèle lui-même, appuyé des soixante- 
seize pairs qu'il avait créés avant de 
quitter le pouvoir. Par son adresse et 
sa facilité à déplacer, à généraliser les 
questions, il sortit vainqueur d'une 
lutte au milieu de laquelle il n'avait 
pas craint de déclarer qu'il n'y 
avait de salut pour lui qu'eu se sépa- 
rant à jamais de lancien svstéme. 
L'opposition royaliste, réduite à dé- 
fendre des amendements , fut encore 
battue sur ce terrain. Les libéraux 
triomphèrent avec le ministère ; mais, 
après le succès, ils ne lui laissèrent pas 
même un instant de repos : qu'il ne 
s'abtise pas , disaient-ils , s'il a déjà 
fait quelqtie chQ;se , il lui reste da- 
vantage à faire. Benjamin Constant 
l'accusait hautement à la tiibune d'in- 
décision et de faiblesse, et le garde- 
des-sceaux, M. Portalis, se crut obli- 
gé d'y répondre par une nouvelle lé- 
gislation sur la presse périodique, qui 
supprima le monopole des journaux 



!ifAB 



231 



et les procès de tendance, ceux-là 
même dont Martignac avait fait, en 
1822, ime complète apologie. Cet 
adoucissement apporté à la loi de 
justice et «famour parutsatisfaire pour 
quelque temps l'opinion publique , et 
quand , après la session , le ministre 
de l intérieur accompagna le roi dans 
sa visite des provinces de l'Est, il eut 
sa part dans les témoignages de la 
i-ecoimaissance populaire. Mais dans 
l'esprit du prince, ce voyage ne fut 
pas favorable au ministère; l'afltection 
dont il s'était vu entouré au milieu 
des villes les plus libérales . l'enthoti- 
siasmc qu'excitait partout sa pré- 
sence lui donnèrent un sentiment 
exagéré de sa force et du dévouement 
de la nation à sa dvnastie. Tous »e$ 
efforts tendirent dès ce moment à se 
débarrasser de conseillers importons 
qui n'étaient à ses veux que les minis- 
tres dociles et aveugles des ennemis 
de sa couronne. Pour mettre fin a 
celte lutte intestine envenimée par 
des confidents intimes, membres de la 
fatnille royale ou famihers du palais , 
plusieurs fois déjà les ministres a- 
vaient offert leur démission, et c'est 
à ce moyen extrême qu'il leur fallut 
recourir, pour écarter du conseil le 
prince de Polignac. Le i-oi l'avait rap- 
pelé de Londres pour remplacer aux 
affaires étrangères le comte de la Fer- 
ronnays dont la santé était morteQe- 
ment atteinte. Mais la session de 
1829 venait de s'ouvrir, le ministère 
pouvait encore être utile dans la dis- 
cussion du budget; cette considéra- 
tion arrêta Charles X , et M. de Poli- 
gnac retourna en Angleterre, d'où 
l'on peut croire qu'il n'épargna pas 
les conseils contre ses rivaux. Leur 
retraite était imminente. Aux yeux de 
la Chambre et de tous les partis , ils 
étaient sans force, sans autorité, dou- 
blement compromis par leurs dis- 



232 



MAR 



sentiments avec le roi. L'opposition 
les avait acceptés comme des instru- 
ments de transition ; et alors qu'elle 
connaissait leur impuissance, elle leur 
retirait sa protection. Martignac arra- 
cha au roi un dernier sacrifice pour 
rallier son ancienne majorité , et, 
avant la demande du budget, il vint 
présenter, sur l'organisation départe- 
mentale, un projet de loi que l'his- 
toire lui icprochera toujours en le 
comparant à ses antécédents politi- 
ques, et qui ne tendait à rien moins 
qu'à dépouiller la royauté de toute 
influence locale. Il s'agissait d'intro- 
duire le principe de l'élection dans 
l'administration communale, dans la 
nomination des conseils d'arrondisse- 
ment et de département. Dans l'ex- 
posé des motifs , le ministre donna 
une nouvelle preuve de sa dextérité 
habituelle : ses dernières paroles, 
s'adressant à la fois aux deux op- 
positions, flattaient les principes de 
la gauche, et rassuraient les royalistes 
sur la portée politique et libérale d'une 
loi qui touchait aux bases mêmes de 
la constitution pour les élargir, qui 
désarmait et affaiblissait le pouvoir' 
au moment où plus que jamais il 
avait besoin de force et d'énergie. 
" Il existe , dit-il, dans les rangs de 
" la société un vif intérêt pour les 
'< affaires du pays, et une sorte de 
« besoin d'y prendre part... iN'êtrs- 
« vous pas occupés de cette foule 
" dhommes instruits, laborieux, ac- 
<• tifs , que la publicité avertit et ré- 
" veille, que leur position sociale, 
« que le sentiment de leur capacité et 
'• l'exemple de tant d'élévations tout 
« aussi imprévues que le serait la 
» leur, poussent vers les affaire» pu- 
« bliques par tant de chemins diffé- 
« lents. Ouvrez-leur })rè8 d'eux une 
« carrière nouvelle. I^eur commune , 
« leur département, out aussi des in- 



MAR 

« téréts à sui'veiller et à défendre 

« Ils sont jaloux d'obtenir d'hono- 
« rables suffrages, ils veulent être 
« chargés du soin de veiller au bon- 
u heur de leurs concitoyens. Donnez- 
» leur le moyen de satisfaire chez eux 
» cette noble ambition , etc.. » Mal- 
gré les éloges accordés au projet mi- 
nistériel par les deux rapporteurs , 
M. Dupin aîné et le général Sébastia- 
ni , il avait été amendé dans ses dis- 
positions les plus importantes par une 
commission sortie de la majorité de 
la Chambre. Les changements por- 
taient principalement sur la loi dé- 
partementale , et le ministère ne dé- 
sirant pas engager d'abord la lutte 
sur ce terrain , voulait en remettre la 
discussion après le vote de la loi com- 
munale. Cette priorité était logique , 
rationnelle ; c'était commencer par la 
base. Mais les libéraux eraiguaient 
qu'après ce succès, le ministère ne 
retirât le premier projet, et l'opposi- 
tion de droite, également hostile aux 
deux lois, s'unit à eux pour l'attacjuc. 
On vit alors se renouveler cette coa- 
lition de deux partis qui ne mettaient 
en commun que leur haine, leur am- 
bition, et devant laquelle avait suc- 
combé M. de Villèle. Elle ne fut pas 
moins funeste à Martignac , dont l'in- 
sistance semblait confirmer les soup- 
çons de la gauche. Il dut se résigner 
à combattre pied à pied les amende- 
ments sur la loi départementale ; son 
habileté impuissante fut obligée de 
se reti-ancher derrière la volonté du 
roi, décidé à ne pas faire un pas de 
plus. C'était révéler sa faiblesse eu 
découvrant la couronne ; et ces paro- 
les qtii lui échappèrent dans la elis- 
cussion : Nous, ministrei paasagers 
d'une royauté permanente . laissaient 
percer le pressentiment d'une chute 
prochaine. Le combat fut décisif sur 
un amendement de la commission 



MAR 

qui supprimait les conseils d'arron- 
dissement; de là dépendait tout le 
sort de la loi ; malgré les efForts de 
Martignac, il ftit adopté à une secon- 
ile épreuve. On vit alors ce ministre 
et M. Portalis se consulter un instant 
et se diriger vers les Tuileries pour 
prendre les ordres du roi, qui, com- 
prenant combien ce vote servait ses 
gérances , ne put leur cacher sa vi- 
' satisfaction. « Eh bien! leur dit-il, 
voilà comme on reçoit mes bien- 
•• faits ! vous voyez où l'on veut m'en- 

• traîner, où vous avez été entraînés 
" vous-mêmes par un système de 

• concessions. J'ai vingt fois souri de 
« votre confiance dans cette Chambre. 
« On n'en obtiendra rien que par la 
» vigueur. Retournez lui annoncer 
« que je retire mes lois. » Et au bout 
d'une demi-heure Martignac donna 
lecture d'une ordonnance royale , en 
vertu de laquelle les deux projets 
de lois étaient retii"és. Ce coup d E- 
tat, cet outrage fait au parlement 
par le ministère, fut son arrêt de 
mort. Le budget passa à une faible 
majorité. C'était là , nous l'avons dit , 
le dernier service que le roi attendait 
de ses conseillers. Rassuré pour un an 
sur les besoins du trésor , et certain 
du succès, il reprit envers eux cette 
franchise de manières , ces habitudes 
de bonté qui lui étaient naturelles, et 
qui trompèrent quelque temps Mar- 
tignac. Ce ministre espérait encore 
ramener l'esprit du monarque, et re- 
conquérir sa confiance, quand, le 27 
juillet 1829 , M. de Polignac arriva à 
Paris. Plus de doutes alors, plus.d'il- 
lusions ; le roi n'avait pas reculé de- 
vant l'opinion publique , qui désap- 
prouvait hautement un pareil choix, 
et, le 8 août, parurent dans le Moni- 
teur les ordonnances qui nommaient 
M. de Polignac aux affaires étran- 
gères, et Iiabourdonnaye à l'intérieur. 



MâR 



233 



Ceministère marcha rapidement à une 
révolution, par un svstème opposé 
mais analogue à celui de Martignac. 
Il prenait un pouvoir encore plus af- 
faibli qu'en 1828 par une politique 
de concessions. Poiu* lui rendre sa 
force, il fallait une main ferme et ha- 
bile, et les deux derniers ministères 
de la restauration ne se signalèrent 
que par leur faiblesse ou une énei-gie 
intempestive. C'est à Martignac lui- 
même que nous renvoyons pour l'ap- 
préciation de ses actes et de sa con • 
duite , et nous acceptons sans restric- 
tion le jugement qu'il a porté sur le 
cabinet dont il était le chef, lorsque, 
le 22 septembre 1830 , deux mois 
après la révolution, il vint, devant la 
chambre des Députés, défendre la 
lois des comptes de 1828. « ISous 
» étions, dit-il, des hommes de bonne 

• foi , marchant à découvert dans une 
« voie honorable, et a qui , si on 

• peut disputer le titie de ministres 
" habiles, on ne peut, sans injustice, 
« refuser celui d'honnêtes gens. » 
C'est de ce ton a la fois noble et mo- 
deste qu'il repoussait les reproches 
qu'on lui adressait alors sur l'emploi 
des fonds consacrés aux gens de let- 
tres malheureux. Tout absorbé qu'il 
était par les plus hautes questions de 
la politique, couvrant ses collègues 
de sa responsabilité , il s'occupait 
avec activité d une des plus belles at- 
tiibutions de son département : tou- 
tes les infortunes littéraires trouvaient 
auprès de lui des secours, distribués 
avec une grâce et un empressement 
qui ménageaient l'amour-propre. Un 
jour, dans un salon, on parlait en sa 
présence de la misère d un homme 
de lettre» dont nous devons taire le 
nom ; le lendemain le ministre lui 
écrivit, dans les termes les plus bien- 
veillants , qu'il venait de l'inscrire 
sur le livre des pensions, et qu'en at- 



234 



MAR 



MAR 



tendant il mettait sa bourse à son ser- 
vice. Se rappelant que dans sa jeunesse 
il avait débuté par des vaudevilles, il 
relisait lui-même les œuvres dramati- 
ques soumises à la censure, et quelques 
comédies spirituelles arrêtées depuis 
long-temps : la Manie des places ; 
Avaiit^ pendant et après, etc., passè- 
rent, grâce à une facilité qui lui fut 
souvent reprochée, quoique bien na- 
turelle chez un ministre homme d'es- 
prit. Rendu à la vie privée, il fut de 
nouveau renvoyé à la Chambre par 
les élections de 1830. Il garda géné- 
reusement le silence, sans faire en- 
tendre la moindre parole d'opposition, 
contre des hommes qui l'avaient ren- 
versé, et voici la seule vengeance qu'il 
tira de ses ennemis politiques, la pre- 
mière fois qu'il monta à la tribune, 
après "les événements de 1830 : « Au 
« mois' d'août 1829 , M. de Poli- 
" gnac est venu détruire le ministère 
" dont je faisais partie. Séparé de lui 
n par un dissentiment politique, 
' blessé du langage des écrivains qui 
'. paraissaient être l'organe de ses opi- 
« nions, je n'ai eu, depuis cette épo- 
« que, aucune espèce de rapport ni 
■' de communication avec lui. Au 
•< moment où il va être frappé par 
'< une accusation capitale, M. de Po- 
'< lignac s'est ressouvenu de moi, il a 
" eu la pensée de m'appeler à le dé- 
« fendre. Hier il a fait réclamer mon 

' secours J'ai été ému, autant que 

" surpris, des témoignages d'une con- 
" fiance à laquelle je ne m'attendais 
" pas. Toutefois, je ne puis voir que 
" le danger et les alarmes; j'ai con- 
" suite mon cœur, et j'ai reconnu que 
« le refus ne m'était pas permis. » 
Ces paroles nous disent que si , dans 
sa vie politique, dans sa carrière d'o- 
rateur, Martignac eut des jours i\c 
triomphe, aucun n'attacha à son nom 
un plus beau souvenir que celui, où 



par un chef-d'œuvre d'éloquence il 
contribua à sauver un rival, devenu 
son client. Déjà sa santé était sérieuse- 
ment ébranlée. Au milieu du procès, 
ses forces épuisées lui laissaient à 
peine l'espérance d'arriver à la fin de 
sa tâche, et pour toute grâce, on l'en- 
tendit demander à Dieu et à l'art six 
heures de vie. Sa prière fut exau- 
cée, mais cette défense l'avait tué. Il 
languit encore quelque temps, trop 
faible pour suivre les discussions 
de la Chambre. Il y reparut le 15 
novembre 1831 , pour prononcer 
son dernier discours , qui est res- 
té dans la mémoire de tous ceux 
qui l'ont entendu, comme un modèle 
de la plus touchante éloquence. Un 
de ses collègues demandait une loi 
de proscription contre la famille de 
Charles X. Fidèle à son rôle de dé- 
vouement et de générosité, l'ancien 
ministre de la restauration consacra 
ce qui lui restait de force et de vie, 
à défendre ce malheureux prince. Sa 
faiblesse, et le pressentiment d'une 
mort prochaine, donnaient à son 
talent et ■ à son organe un accent 
de tristesse, qui ajoutait encore à 
l'émotion de la Chambre. « Je n'ai 
'« pas voulu, dit-il en finissant, par- 
« 1er aux passions, ni aui partis ; 
« c'est une langue que je voudrais 
" oublier, si je l'avais jamais apprise. 
" Témoin des luttes intestines, des 
« scènes violentes, qui déchiient de- 
» puis si long-temps mon pays, et 
» fondent des camps ennemis sur une 
K terre commune, j'appelle de tous 
1' mes vœux le ternie de ces disscn- 
" sions funestes. Je n'espère pas que 
« ma voix affaiblie se fasse entendre 
u souvent au milieu du bruit des ora- 
.. ges, mais je veux être absous par 
>' ma conscience du mal que je n'au- 
" rais pu cmj>êcher. » Feu de mois 
après, à cette tribune, on annonçait 



1M9 

ia mort de Martignac (3 avril 1832 ). 
Ce fut une douleur profonde dans 
toute la Cbanabre, pour tous ceux qui 
l'avaient connu, soit comme homme 
d'État, soit comme simple particulier. 
Il ne lui restait plus d'ennemis poli- 
tiques; jamais il n'avait soulevé contre 
lui de hamcs privées. On vit à ses 
obsèques les leprésentants les plus 
distingués de tous les partis, et son 
éloge fut prononcé sur sa tombe par 
un ministre du nouveau gouverne- 
ment, M. de Salvandy. Un monu- 
ment lui fut élevé par souscription, 
sur une place de la commune de Mi- 
ramont ( arrondissement de Mar- 
mande). Martigiiac était mort sans 
enfants ; il laissait à son neveu son 
nom et le titre de vicomte, qu'il avait 
reçu du roi Charles X, en 1826. Dans 
les derniers jours de sa vie, il tra- 
vaillait à un Essai historique sur la 
révolution d'Espagne ^ et sur l'inter- 
vention de 1823. La mort le surprit, 
avant qu'il eut pu y mettie la der- 
nière main. Cet ouvrage parut en 
1832 , 3 vol. in-8°. Il eut peu de suc- 
cès. On a encore de Martignac : 1. 
Ésope chez Xanthus, comédie-vaude- 
ville en nn acte , Paris, 1801 , in-8''. 
II. Bordeaux au mois de mars 1813, 
ou Notice sur les événements qui ont 
prfcédé le départ de S. A. R. Madame 
la duchesse d'Angoulême, avec des 
notes du général Clauzel, Paris, 1830. 
in-8°. III. Défense et réplique pour 
M. le prince Jules de Polignac, ancien 
président du conseil des ministres , 
prononcées devant la Cour des Pairs, 
1830, 1831, in^». IV. Ze Couvent de 
Sainte-Mai-ie-aux-Bois, épisode ; pré- 
cédé d'une Notice sur la guerre d'Es- 
pagne en 1823, Paris, 1831, 1832, 
in- 12. R— K. 

MARTIGUES ( Sébastœ:. oe 
LrxEMBovBG, vicomte de), surnommé 
le chevalier sans peur, se distingua 



MAR 



23S 



par sa bravoure sous les règnes de 
Henri II, François II, et Charles IX. 
En 1-552, il se jeta, avec l'élite de la 
noblesse , dans Metz , assiégé par 
Charles-Quint en personne à la tête 
de cent mille hommes. L'année sui- 
vante il se trouva an siège de Té- 
rouanne, et, à peine échappé au désas- 
tre de cette ville, il courut s'enfermer 
dans Hesdin, place qui, prise et re- 
prise l'année précédente , n'avait élé 
que faiblement réparée, il survécut 
à la prise de cette ville, et, en loo8, 
il aida le duc de Guise à reprendre 
Calais et à assiéger Gnines. En 1560. 
il était en Ecosse et y commandait 
mille hommes d'armes conduits au 
secours de la reine Marie Stuart par 
Jacques de Labrousse (i'o>. ce nom, 
I.XIX , 244). Les Français, hors d'étal 
de tenir tête aux forces bieu supérieu- 
res des Anglais, se replièrent surLeith. 
à une lieue d'Edimbourg ; ils y furent 
assiégés par terre et par mer par le« 
Anglais et les Écossais du parti d'Eli- 
sabeth. Lorsque toutes les munitions 
furent épuisées , les vivres consom- 
més et qu'il n'y eut plus aucun esj)oir 
d'être secouru , on capitula. A son 
retour en France et en récompense 
de sa bravoure au siège de Rouen . 
en 1562, Martigues fut nommé co- 
lonel-génAal de l'infanterie, charge 
dans laquelle il remplaça le comte de 
Rendon. Il contribua beaucoup, dans 
la même année , au succès de la ba- 
taille de Dreux. Ce fut lui qui , à la 
tête d'un corps formé de vieux sol- 
dats, contraignit l'amiral de Coligny à 
se retirer après avoir essuyé de grandes 
pertes. En 1565, il succéda à son on- 
cle , le duc d'Étampes, dans la charge 
de gouverneur de Bretagne. Zélé ca- 
tholique et soldat plutôt qu'homme 
d'état, Martigues était peu propre à 
remplacer le duc qui, par sa modé- 
ration , son esprit conciliant , avait 



236 



MAR 



prévenu bien des malheurs. Marli- 
gues, au contraire, en avait provo- 
qué. N'étant que lieutenant-général 
de son oncle en 1562 , il Toulut 
faire périr un gentilhomme normand, 
nommé La Poupelière, fait piison- 
nier au siège de Vire, et qui, sans l'in- 
tervention du duc d'Étampes, eût 
été tué. Martigues viola aussi, dit-on, 
des filles en cette occasion , et étran- 
gla avec une jarretière un prisonnier 
calviniste , parce qu'il ne voulait pas 
se confesser. Toutefois, ces accusations, 
émanées d'écrivains protestants , ne 
doivent être accueillies qu'avec une 
exti-ême défiance. Elles contrastent 
trop d'ailleurs avec la loyauté cheva- 
leresque de celui qui obtint deux fois, 
du duc de Montpensier, la vie de La- 
noue, fait prisonnier aux batailles de 
.larnac et de Montcontour. A peine 
Martigues eut-il pris possession de son 
gouvernement (2 juin 1365), qu'il se 
ligua secrètement avec plusieurs 
grands du royaume contre le conné- 
table de Montmorency et les Coligny 
ses neveux. Cette ligue ayant été dé- 
couverte par une lettre interceptée du 
duc d'Aumale , Catherine de Médicis, 
alors plus prudente ou plus dissimu- 
lée qu'elle ne le fut depuis , sentit 
toutes les conséquences qui pourraient 
résulter d'une association si contiaire 
à l'autorité du Roi , et s'éleva , en 
plein conseil, contre la témérité de ceux 
qui avaient osé s'y engager. Les choses 
en restèrent là, parce que le Roi obli- 
gea tous les grands à promettre par 
serment de ne jamais prendre les ar- 
mes que par son commandement ex- 
près. La Reine-mère lui écrivit en 
même temps pour tempérer son zèle 
prématuré, et l'exhorter à imiter la 
conduite du duc d'Ktampes, afin, lui 
disait-elle , « que vous soyez autant 
estimé et aimé de tout le monde com- 
nje il était. » Elle l'engageait ensuite 



MAR 

à ne rien négliger pour faire ob- 
server tous les édits du Roi, et de 
« faire vivre un chacun sous la li- 
berté d'iceux. » C'était sans doute une 
allusion aux mesures rigoureuses que 
Martigues avait adoptées dès son en- 
trée en fonctions. En effet , loin de 
modifier, dans l'application, la sévérité 
des édits rendus contre les calvinis- 
tes, il avait , à la sollicitation de la 
ville de Nantes qui se plaignait de 
leurs empiétements, rendu, le 26 juin 
1565 , une ordonnance qui leur dé- 
fendait de tenir aucune école publique, 
de faire aucun acte ostensible de leur 
religion, aucun baptême, aucun en- 
terrement, etc., sous les peines por- 
tées par les édits du Roi. Le voyage 
de Charles IX à Nantes, en 1565 , et 
la tenue des États dans cette ville , 
l'année suivante , retardèrent l'explo- 
sion; mais, au mois d'octobre 1567, 
les calvinistes n'ayant pas craint d'é- 
tablir dans la ville des écoles publi- 
ques, les querelles prirent un aspect 
effrayant. La commune, pour préve- 
nir les dangers dont elle était mena- 
cée, équipa, à ses frais, cent arque- 
busiers. Mais rien n'arrêta les calvi- 
nistes dans leurs projets de vengeance; 
ils pénétrèrent dans les couvents des 
Coùets dont les religieuses furent 
obhgées de se réfugier à Nantes après 
avoir essuyé de lâches insultes. L'ir- 
ritation allant toujours croissant, on 
s'attendait à une surprise de la part 
des calvinistes , lorsqu'au mois de 
janvier 1568, Martigues quitta Nantes 
pour accompagner le duc d'Anjou 
dans son expédition con're le prince 
de Condé, terminée le 2 mai 1568, 
par la paix ou plutôt par la trêve de 
I-ongjumeau. Martigues vint alors à 
Paris. A la nouvelle que les calvi- 
nistes, enhardis par la rupture du 
traité de paix , reprenaient les ar- 
mes et menaçaient scricuscmcnt Nau- 



MAB 

tes, il prescrivit de ne permettre 
l'entrée dans la ville à aucun reli- 
gionnaire armé, excepté aux gentils- 
hommes qui n'auraient que la dague, 
l'cpée , et de désarmer tous ceux qui 
y résidaient. La crainte de plus en plus 
imminente d'un siège détermina Mar- 
tigues à prescrire aux habitants de se 
pourvoir eux-mêmes de vivres pour 
trois mois, indépendamment de ceux 
qu'ils auraient à fournir à la garni- 
son. La ville, épuisée par les dépenses 
qu'avaient occasionnées la réception 
du gouverneur et celle du Roi, ne 
pouvait exécuter cet ordre. Marti- 
gues , alors occupé à parcourir la 
province pour y lever des troupes, 
écrivit lettres sur lettres , menaçant 
le maire et les échevins des effets 
de sa colère , si la ville n'était pas 
sur-le-champ approvisionnée et for- 
tifiée, malgré l'impossibilité où ils 
étaient de le faire. ■• Messieurs , leur 
» disait-il , tout cela ne sont que des 
» paroles qui n'approchent quasi point 
» des effets ; et , comme j'ai été bien 
« aveiti que vous et les habitants de 
» votre ville ne faites que peu ou 
» point de devoir à cela (les approvi- 
» sionnements) et aux fortifications , 
• je mande à messire le sénéchal qu'il 
n vous y contiaigne tous, voyre par 
>» emprisonnement de vos personnes 
» et qu'il se prenne premièrement 
» aux plus grands , à ce que les autres 
« y prennent exemple ; priant notre 
« Seigneur qu'il vous donne , mes- 
» sieurs , ce que vous désirez. » — 
Singulière formule qui , dans la cir- 
constance, ressemblait de bien près à 
ime moquerie, surtout si on la rap- 
proche de la souscription : ■ Fotre 
fci«n 6on ami, Basties de Lcxembocbg. » 
Les choses en étaient là quand la re- 
prise des hostilités éloigna Martigues 
de Nantes, dont il laissa le gouverne- 
ment à Bouille , son lieutenant-géné- 



MAR 



237 



rai. Dandelot et les principaux chefs 
du parti calviniste , informés que le 
prince de Condé et l'amiral de Coli- 
gny dont la Reine-mère avait tenté 
l'enlèvement, s'étaient réfugiés à la 
Rochelle, se déterminèrent à les aller 
joindre. Cette entreprise était difficile, 
les calvinistes n'étant maîtres d'au- 
cun passage sur la Loire. Résolu néan- 
moins à l'exécuter , D^delot donna 
rendez-vous à tous les détachements 
de son armée à Beaufort-en- Vallée, 
entre Saïunur et Angers, dans l'espoir 
de trouver quelque gué à la Dague- 
nière et aux Rosiers. Martigues reçut 
ordre de la cour d'empêcher la jonc- 
tion des troupes calvinistes et de s'op- 
poser avec le duc de Montpensier à 
ce qu'elles passassent la Loire. Dande- 
lot, par une marche forcée et secrète, 
trompa sa vigilance, et opéi"a la réu- 
nion des différents corps de son armée. 
Martigues , apprenant que Dandelot 
était sorti de Bretagne, se hâta d'aller 
joindre le duc de Montpensier qui 
était à Saumur. Après avoir passé l'Au- 
tliion au port de Sarges, il s'avançait 
avec la plus grande diligence, lors- 
qu'il tomba sur les quartiers de Dan- 
delot dont il se croyait éloigné. Ce- 
lui-ci auquel son adversaire avait, de 
son côté, dérobé sa marche, se trouva 
surpris. Quant à Martigues, il ne pou- 
vait reculer sans danger, obUgé qu'il 
eût été de repasser l'Authion en pré- 
sence d'un ennemi supérieur ; aussi, 
bien qu'il n'eût que 300 lances et 
500 arquebusiers à opposer aux trou- 
pes de Dandelot, fortes de 1000 che- 
vaux et de 2000 arquebusiers, jugea- 
t-il préférable de prendre l'initiative 
de l'attaque. Il ne pouvait suivre 
d'autre chemin qu'une levée de terre 
bordant la rivière et si étroite que 
dix hommes ou six chevaux au plus 
pouvaient y marcher de front. Il 
forma son avant-gaide de 300 ar- 



238 MâR 

quebusiers, plaça sa cavalerie au cen- 
tre, l'infanterie par derrière; et cin- 
quante lances sur ses flancs. Ces dis- 
positions prises, il harangua ainsi ses 
soldats : « Mes compagnons, les Hu- 
« gnenots sont sur notre chemin. H 
» nous faut leur passer sur le rentre, 
» ou estre perdus ; car nous ne pou- 
■' vons nous retirer; que donc chas- 
» cun se pr^are de combattre avec 
» les bras, et marcher gaillardement 
» avec les jambes pour gaigner Sau- 
» mur: il n'y a que huit petites heues, 
» et ne pouvant trouver seureté que 
« nous n'y soyons arrivés. » Tous lui 
promirent de faire leur devoir , et 
ils tinrent parole. Il chargea avec tant 
de furie , qu'il renversa tout ce qu'il 
, rencontra à la Daguenière et à Saint- 
Mathurin. Celte première charge fut 
si vive que Dandelot faillit être pris. 
A. la nouvelle de ce combat, Lanoue 
détacha 200 arquebusiers pour aller 
au secours des siens ; Martigues ren- 
contra ce renfort aux Rosiers, lui pas- 
sa sur le corps, et continua sa marche 
vers Saumur où il rejoignit le duc de 
Montpensier, dont la lenteur rendit ses 
succès infructueux et donna aux cal- 
vinistes le temps de passer la Loire. 
Le duc sedc'cida alors à pénétrer dans 
le Poitou pour y arrêter les progrès 
du prince de Condé. Mais ce prince, 
supérieur en forces, le poursuivit à 
Chatellerault. L'arrivée du duc d'An- 
jou, avec toutes ses forces et un train 
d'artillerie considérable , rendit la 
partie plus égale. Ce jeune prince, qui 
commandait pour la première fois, 
brûlait d'envie de se signaler et de 
combattre avec le prince de Condé , 
lequel, animé de la même ardeur, 
marcha de son côté vers le duc d'An- 
jou. liCs armées ne tardèrent pas à se 
rencontrer à Pamprou, bourgade à 
cinq lieues de Poitiers. Après quelques 
escarmouches entre les deux avaut- 



MAR 

gardes, le champ de bataille resta aux 
calvinistes. Martigues , qui comman- 
dait l'avant-garde catholique, craignait 
pour le lendemain une attaque où il 
ne pouvait manquer d'être défait. 
Cherchant à se tirer d'un si mauvais 
pas , il fit battre la marche suisse, ce 
qui persuada à l'ennemi que les sol- 
dats de cette nation étaient dans son 
camp; il fit allumer un grand nombre 
de feux et décampa au milieu de la 
nuit afin d'aller joindre le duc d'An- 
jou, qui était à Jaseneuil avec le reste 
de l'armée catholique. Le prince de 
Condé s'aperçut à la pointe du jour 
de la retraite de Martigues; il le fit 
suivre aussitôt, mais on ne put l'at- 
teindre. Ce stratagème sauva d'une 
perte infaillible l'avant-garde de l'ar- 
mée catholique qui n'aurait jamais pu 
résister aux forces réunies Ses calvi- 
nistes s'élevant à dix-neuf mille hom- 
mes. Le roi , pour récompenser ce 
service et tous ceux que Martigues 
avait antérieurement rendus , érigea 
en sa faveur , par lettres datées du 
Plessis-les-Tours, au mois de sept. 
1569, le comté de Penthièvre en du- 
ché-pairie. Ce comté, qui lui apparte- 
nait du chef de sa mère, était le plus 
ancien du duché de Bretagne et ser- 
vait autrefois d'apanage aux fils puî- 
nés des ducs. Martigues était à la ba- 
taille deMontcontour, livrée le 3 nov. 
1 569. Il enfonra , à deux reprises, 
l'avant-garde des calvinistes et con- 
tribua ainsi au .succès de cette jour- 
née. Le 20 du même mois, se trouvant 
au siège de St-Jean-d'Angely , où il 
s'était déjà distingué dans plusieurs 
attacjucs à la tête de linfantcrie fran- 
çaise qu'il commandait, il reçut à ta 
tête un coup d'arquebuse dont il 
mourut le même jour. Son corps fut 
inhumé dans l'église des Cordeliers 
de Guingamp. Martigues descendait 
de Gui <le Bretagne, second fils <lu 



MAR 

duc Arthur II, par Jeanne de Blois, 
fille de ce prince, et femme de Char- 
les de Blois. Il avait épousé Marie de 
Beaucaire, fille de Jean de Puyguillon, 
sénéchal de Poitou, morte en 1613, 
qui fiit enterrée auprès de lui. P. L — t. 
MARTIN de Vertou (Sxist), en 
Utin Martinus Vertavenns, ainsi nom- 
mé du monastère de Vertou, dont il 
ftit le premier abbé et le fondateur, 
connu anssi sous le nom de Saint 
Martin le Seul , naquit en 527 , 
d'une des premières familles de îîan- 
tes. 1 1 al la termi ner ses études à Tours , 
et se trouvait dans cette ville, âgé de 
32 ans, lors d'un voyage qu'y fit saint 
Félix, évêque de liantes. Ce prélat, 
s'étant assuré de la vocation reli- 
gieuse de Martin, accéda à sa de- 
mande d'embrasser l'état ecclésiasti- 
que. Il hii conféra les ordres, le fit 
chanoine et archidiacre de son église ; 
et, connaissant son talent pour la pré- 
dication, le chargea de travailler à la 
conversion des peuples qui habitaient 
les environs de Nantes. Les obstacles 
que sa mission évangélique dut éprou- 
ver, fournirent aux légendaires l'his- 
toire de la submersion d'une pré- 
tendue ville d'Herbauge, résidence 
d'idolâtres. Le récit de cette catas- 
trophe est calqué siu- celui de la des- 
truction de Sodome, au point que le 
nom de la cité de Sichor ou de Ségor, 
voisine de Gomorrhe et de Sodome, 
se trouve appHqué, dans la légende, 
à nn lieu situé près d'Herbauge, et 
qui est actuellement le bourg de 
Raisé. Mais nous laissons ces détails 
fabuleux , reproduits par Albert-Ie- 
Grand, et victorieusement réfutés, 
par D. Lobineau, dans sa Notice sur 
saint Martin. Selon quelques légen- 
daires, Martin de Vertou fit ensuite 
un pèlerinage à Rome, mais peut-être 
l'a-t-on confondu avec de saints per- 
sonnages du même nom. — L'un d'eux. 



MAR 



239 



grand voyageur, fonda le monastère 
de Dûmes, près de Brague,en Portu- 
gal. — Un autre habita le Mont-Cas- 
sin, avant saint Benoît, le lui céda, 
et se retira dans une grotte du mont 
Marsique. — Un troisième enfin, disci- 
ple de saint Martin de Tours, et dont 
Grégoire de Tours parle dans sa 
Gloire des Confesseurs, fonda un mo- 
nastère à Saintes. Il est viaisemblable 
que les auteiu^ des actes de saint 
Martin de Vertou, qui n'ont écrit qu'a- 
près l'invasion des JNormands, et qui 
n'indiquent pas des sources antérieures 
à cette invasion, ont pris indistinc- 
tement dans les actes des divers saints 
du même nom, et surtout dans ceux 
de Martin de Dûmes, ce qu'ils ont 
jugé de plus propre à glorifier leur 
saint. Une certaine conformité entre 
le nom du lieu où Martin, le voya- 
geur, fonda son monastère, et celui 
que choisit Martin de Vertou, n'a pas 
peu contribué à cette confusion; nul 
doute en effet, que le Dûmes de Poi - 
tugal aura semblé le même Ueu que 
la forêt de Dumen, qui, du temps 
de saint Martin , se trouvait près de 
Nantes, et dont Vertou faisait partie. 
Après avoir travaillé à déraciner les 
restes de l'idolâtrie, Martin, considé- 
rant sa mission comme accompUe, se 
retira dans cette forêt de Dumen, où 
il se construisit une petite hutte, faite 
de branches d'arbres entrelacées d'o- 
sier, ne vivant que d'herbes, de ra- 
cines et d'eau. Il se proposait de tei- 
miner ses jours dans cette soUtude , 
où la prière et la contemplation l'ab- 
sorbaient , quand Dieu lui inspira le 
désir de s'établir à Vertou , pour y 
travailler de nouveau au salut du 
prochain. D'abondantes aumônes le 
mirent à même d'élever une église et 
un monastère, qu'il dédia à saint 
Jean-Baptiste. Selon le propre de 
Nantes, Martin ne se borna pas à 



240 



MAR 



la construction de cette maison, et 
l'affluence des moines qui vinrent se 
ranger sous son obéissance, l'obligea 
de fonder plusieurs autres monastères. 
Butler lui eu attribue deux, l'un pour 
les hommes, l'autre pour les femmes. 
Tous deux étaient détruits du temps 
de cet hagiographe, et il n'en restait 
que le prieuré de Saint-Georges de 
Montaigu, dépendant de l'abbaye de 
Saint-Jouin-sur-Marne. Quant à celui 
de Vertou, long-temps célèbre par la 
régularité qui s'y observait, et qui de- 
vint plus tard un simple prieuré, dé- 
pendant aussi de Saint-Jouin, Albert- 
le-Grand en fixe la fondation à l'an 
375; mais d'autres la reculent à l'an 
595, ou même encore plus tard, par 
la raison que Grégoire de Tours n'en 
a pas dit un mot, et que, bien certai- 
nement, il en aurait parlé, ainsi que 
de saint Martin, si ce dernier eût été, 
de son temps, abbé de Vertou, et su- 
périeur, comme on l'assure, de 300 l'e- 
ligieux. Saint Martin étant tombé ma- 
lade, dans le cours d une de ses mis- 
sions, au monastère de Durin, qu'il 
avait aussi fondé, y mourut le 24 oc- 
tobre 601. Indépendamment des noti- 
ces consacrées à saint Martin de Ver- 
tou par Albert-le-Grand, D. Lobineau, 
Baillet et Butler, il en existe deux, 
que D. Mabillon a placées au premier 
siècle des saints de son ordre, l'une 
dans le corps du volume qui contient 
les actes des saints, et l'autre dans l'ap- 
pendice qui le termine. De ces deux 
légendes, la première, rédigée par un 
anonyme du IX« siècle, moine de 
Vertou, est bien écrite. Quant à l'au- 
tre (la première dans l'ordre de l'é- 
dition), l'auteur, qui vivait dans le 
X' siècle, a écrit un .sermon plutôt 
qu'une histoire. P. L — t. 

MARTIN (.Jean), seigneur de 
Clioisy, poète, né dans le XVI* siècle, 
à Dijon, est auteur d'un petit ouvrage 



MAR 

allégorique, intitulé : Le Papillon de 
Cupido, Lyon, 1543, in -8"; Paris, 
même année et même format. Ces 
deux éditions, en supposant que ce 
ne soit pas la même, avec des fron- 
tispices différents, sont également ra- 
res. L'auteur changé par l'Amour en 
Papillon, se transporte à Paris, où il 
visite l'Université, le Parlement, la 
Cathédrale, etc., décrivant ce qu'il y 
voit, sans trop s'inquiéter de ses ex- 
pressions. De là, dirigeant son vol 
vers l'Italie, il s'arrête à Rome, re- 
tenu par les charmes d'une nièce du 
pape Panl III; il se rend ensuite à 
Padoue, Florence, Venise, etc., pei- 
gnant à grands traits les mœurs de 
ces différentes villes. Las de voyager, 
il revient en France, prie Jésus-Christ 
d3 lui rendre sa première forme, et 
sa demande est exaucée, il y a dans 
cette pièce de l'imagination et des 
tableaux assez curieux , mais satiri- 
ques et obscènes. La Bibliothèque de 
Bourgogne attribue à Jean Martin : De 
usu astrolabii, Paris, 1554, in-8° ; 
mais ce traité, dont il existe une édi- 
tion de 1527, est de Jean Martinez 
Poblacion, mathématicien espagnol, 
que François I" fit venir à Paris, pour 
enseigner au collège de France, où il 
professa de 1530 à 1554. W — s. 

MARTIIV (Corneille), héraldiste, 
était né dans la Zélande, vers le 
milieu du XVP siècle; on a de lui : 
Les généalogies et anciennes descentes 
des forestiers et comtes de Flandre^ 
avec hrièoes descriptions de leurs ri< 
et gestes, Anvers, 1578 et 1612. in- 
fol., fig. Cet ouvrage est encore re- 
cherché, principalement pour les es- 
tampes, qui sont de Pierre BaUhazar, 
habile graveur. Paquot, n'en ayant 
connu que <les exemplaires avec la 
seconde date, conjecture que l'auteur 
vivait encore en 1612 {Histoire lit-, 
téraire des Pays-Bas, II, 483, édit. 



MAR 

in-foi.), uiai$ il n'en donne aucune 
preuve. Dès 1583, Martin annonçait, 
comme devant paraître sous peq : 
/^e> généalogies des nobles famille i ad- 
mises dans l'ordre de In Toison-d'Or^^ 
"'epuis >on institution. Pontus Heute- 
lus, qui .sans doute avait eu le ma- 
nuscrit en communication, dit que 
cet ouvrage est le fniit d'une im- 
mense lecture, et que le public en 
retirei-ait une grande utilité {Dur. 
Burgund. hist. Hb. /'/) ; il n'a cepen- 
dant jamais vu le jour. W — s. 

MARTIN (Jea>), ué a Paris, vers 
le milieu du XVI' siècle, embi-assa 
l'étude de la médecine, et devint \HXt- 
lesseur à la Faculté, puis médecin de 
Marguerite de Valois, que Henri IV 
avait répudi("e. il mourut, à l'aris, eu 
1609, laissant des conunentaires sur 
Hippocrate, qui huent œcueillis et 
publics, par Uéué Moreau, sou» ces 
tities: I. Prtelectiniies in libriim Jlip- 
pocratis Coi </*• morbis internis, Pari>. 
1637, in-i". H. Prœlectinne^ in ti- 
hi-iim Hippocratis Coi de aei-r. nqiii< 
et locisy l*aris. 1646, in-i". — MAr.Ti> 
(Pierre), né à (jhinon, >ers la fin du 
XV ^ siècle, se livra a l'étude de la 
médecine, et se fixa à Saiimur. Il \ 
fit imprimer en 1619, un ouvi-a»;f 
sous ce titre : Ostéologif historiale. 
ou Description du rotpi- humain, 
i«-4". — M.vRTi.N (Bernardin), né à 
Paris, le 8 janvier 1629. était fils de 
Samuel, apothicaire de la reine .Ma- 
lie de Médicis. Il eitihrassa la pro- 
fession de son père, et entra, à l'âge 
de quarante ans, au service de la 
mai.son do Coudé, eu qualité de clii- 
misfe, place qu il conserva jusqu'à 
sa mort. Oi n de lui -. I. Relation 
d'un voyage en Espagne , en Portu- 
gal, en Allemagne et aux Pays-Bas. 11. 
Dissertation sur les dents, Paris, 1679, i 
in-12. III. Traité sur l'usage du lait, 
Paris, 1684 et 1706, in-12. — Mabti> 

LXXIM. 



MAP. 



âil 



«lit de Poitieis, moine du monastère 
de Moutierneuf, de cette ville , écri- 
vit l'histoire de cet établissement re- 
ligieux. On n'en en a conservé qu'un 
fragment, imprimé dans la collection 
de Dom .Maitène, sous ce titre : Frag- 
mentum historitv nwnasterii novi Pic- 
tai-iensis, anctorr .^fartino monorho 
tjnsdem /on'. h' — t — e. 

.MARTIX (ie P. Frvnçois^ , né à 
t aen en 1640 , entra de bonne heure 
dans le couvent des ( >)rdelicrs de cette 
ville, et fut envoyé à Paris pour faire 
son cours de tliéologie. Reçu doc- 
teur a la Sorbonne . il revint à Caeu 
et fut nomme gardien de son couvent. 
o»i il forma une bibliothèque nom- 
breuse et bien choisie, qui. lors de lu 
suppression des ordres religieux , a 
été réunie à la bibhothéquede la ville. 

Tous les livres qui la composaient 
portent cette inscription : Fraticisctn 

^fartiu , doclor iheologm Parisiensi< 
'itmparnril. Orefur pro eo. Son amour 
des livres douna lieu à cette accusa- 
liou, qui sansdoute est une calomnie: 

- Quand le père Mailin ne pouvait 

- acheter les livres ou les obtenir 

- de bon gré . il les dérobait et le* 
• l'inportait dans les manches de sa 

- soutane. •• •'Foyage bibliographique 
la Sormandie. par le révérend Dib- 
din. ministre anglican, f. II, p. 81 

I .e }>ère Martin .s'occupa presque toute 
sa vie de recherches sur la bibliogra- 
phie nonnande. et mourut en 1721 . 
après nue longue et douioui-euse ma- 
ladie. \'o\ci la li«te de ses travaux : 
I. Tnc pièce de vers latins sur la mort 
de Huet. II. fkle latine adressée à M. 
de Montbolon. Caen, 1699. in-i". ni. 
Reflexione< ud nuperrimam declaro- 
iionein doetoris ffennebel, I^uvain , 
1701, iu-i". IV. fitvrum aliquot Ca- 
domensium doctrina iliustriuvt sylln- 
bus carminé recensitus, (iaen , 1717, 
iu-8". V. :Vo/<"c manuscrites pom- une 
16 



242 



MAR 



troisième édition des Origines deCaen, 
par Huet. VI. Traité des bibliothè- 
ques anciennes et modernes, reste ma- 
nuscrit. Vn. Athenœ Normannorum 
veteres ac récentes, seu syllabus aucto- 
rum qui oriundi e Normannia. Cet 
ouvrage était prêt pour l'impression, 
quand l'auteur mourut; on conserve 
le manuscrit, grand in-folio , dans la 
bibliothèque publique de Caen. Il 
pourrait être consulté plus utilement, 
si le P. Martin n'avait pas latinisé 
même les titres des livres français 
qu'il indique. — ■ Martin ( le P. Gré- 
goire), né le 12 mai 1712, àCuisery, 
dans la Bresse Châlonaise, entra dans 
l'ordre des minimes et devint succes- 
sivement lecteur de théologie , prin- 
cipal et professeur au collège de la 
côte Saint - André en Dauphiné. Il 
mourut dans un âge avancé. On a de 
lui : I. Observations sur les particules. 
II. Panégyrique de S. Benoit , 1758, 
in-12. III. Traité sur l'âme des bêtes, 
traduit du latin de Dagoumer, 1738, 
in-12. IV. Proscription des verges des 
écoles , dialogue entre Pamphile et 
Orbilius^ repiésenté à Tullinsen DaU' 
phiné, 1759, in-12. L'auteur le tra- 
duisit lui-même en latin sous ce titre ; 
E scholis admovendas este virgas , 
1760 , in-12. V. Lettres instructives 
et curieuses sur l'éducation de la 
jeunesse, 1760 , in-12. Le P. Martin 
avait fait insérer un grand nombre 
d'articles dans le Journal chrétien, de 
l'abbé Dinouart , ainsi que dans le 
Journal d'Éducation, de Leroux , et 
il avait pris part au Manuel de physi- 
que de Dufieu, publié eu 1758. Il a 
laissé plusieurs manuscrits restés iné- 
dits. Z. 

MARTIN de Jésus (Dksirf. Vma- 
c.ius, connu sous le nom de frère), ne 
le li avril 1741 à Serfjenot près de 
Dôlcs, fut atlmis, à l'âge de seize ans, 
dans la con(;régation des Frères de la 



MAR 

doctrine chrétienne et chargé de l'en- 
seignement puis de la direction des 
petites écoles. Quoiqu'il n'eût fait au- 
cun apprentissage de l'horlogerie , et 
qu'il n'eût en mécanique d'autres 
connaissances que celles qu'il avait 
acquises par la vue de quelques 
machines, il construisit en 1769, une 
grande horloge qui, par sa précision et 
sa simplicité , fit l'admiration de tous 
les connaisseurs. Cette horloge que 
l'on voyait dans la maison des Frères à 
MareVille près de Nancy, est décrite 
dans le Journal encycL, mai 1779. Le 
frère Martin construisit depuis d'autres 
horloges pour les principales maisons 
que la congrégation possédait, à Paris, 
à Rouen, à Dieppe, à Reims, àTroyes, 
etc. Il fut envoyé par ses supérieurs, 
en 1785, à la Martinique, et il y passa 
plusieurs années. Lors de la suppres- 
sion des ordres religieux , il s'établit 
à Laon, où il traversa paisiblement 
les orages de la révolution , et où 
il mourut paralytique , le 5 mars 
1812. W— s. 

MARTIN (Pierre), amiral fran- 
çais né au Canada en 1752 , vint en 
Fi'ance à lâge de douze ans et s'en- 
gagea comme matelot. Pendant la 
guerre de 1778, il était maître-pilote 
et se fit remarquer par son habileté. 
Depuis lors, son avancement fut ra- 
pide. Le mai'quis de Roufflers ayant 
été nommé gouverneur du Sénégal, 
obtint pour Martin , qui déjà était 
parvenu au grade de sous-lieutenant 
de vaisseau, le couunandement de 
cette station. Lorsque la révolution 
éclata, Martin en embrassa les prin- 
cipes et fut successivement nommé 
< a|)itaine de vaisseau, contre-amiral, 
et le 22 janvier 1794, comniaiulant 
en chef des forces navales de la Mé- 
iliterranée, sur le rapport de Rarère. 
L'année suivante, il était à la tête 
d'une des trois divisions de la flotte 



MAÂ 

qui sortit de la rade de Toulon, 
pour proléger les opérations de l'ar- 
mée d'Italie, et il rencontra dans la ri- 
vière de Gènes les Hottes combinées 
d'Angleterre et d'Espagne qui s'éle- 
vaient à 3t vaisseaux. Martin n'en ayant 
que sept, ne pouvait accepter le combat; 
il échappa aux ennemis et parvint à 
se réfugier dans le golfe de Lyon, où 
il se défendit pendant cinq mois avec 
tant d'habileté qu'il força l'ennemi à 
se retirer. Rentré à Toulon, il i-avitailla 
son escadre, et sortit de nouveau poui 
croiser dans la Méditerranée, Ayant 
appris que les Anglais, commandes 
par Hotam, cherchaient l'occasion de 
l'attaquer, il fit débarquer dans les 
îles d'Hyères ce qui aurait pu gêner 
ses manœuvres, et résolut, malgré 
l'infériorité de ses forces, de se me- 
surer avec l'ennemi. .Après un com- 
bat long et acharné , l'avantage 
fmit par rester aux .anglais, qui pri- 
rent deux N-aisseaux. Quelques jours 
plus tard , Martin leur enleva le vais- 
seau le Berwick , et la frégate 
VAlceste. Il fut, a son retour, nom- 
mé vice-amii-al. En septembre 1797, 
il commandait les forces navales de 
Rochefort ; ce fut lui qui , en cette 
qualité, transmit au capitaine de la 
corvette la Vaillante les instiHictions 
du Birectoiie, pour le ti-ansport à la 
Guyane des députés arrêtés par sui- 
te du 18 fructidor. En 1799, il fut 
[loité deux fois sur la liste des can- 
«lidats pour le Directoire. .\ la for- 
mation des préfectures niaritunes, 
Martin obtint celle de Rochefort. La 
justice et la probité furent les mai- 
qoes distinctives de son administra- 
tion. ??apo!éon le créa comte et gi-and- 
officierde la Légion-d'Honneur. L'af- 
faiblissement de sa sauté Fayanl obligé 
de donner sa démission , il fut mis 
à b retraite en 1810 , et mourut le 
1" nov. 1820. M— D \. 



MAP. 



343 



MARTIN (MARIE-JoSEPH-DélRÉ), 

né à .Sedan le 13 février 1756, fut 
député du commerce près l'Assem- 
blée nationale, et employé ensuite au 
ministère des finances. Il mourut 
à Paris le 14 décembre 1797. Mar- 
tin cultivait aussi les lettres, et 
plus particulièrement la poésie ; il 
avait été le chef de la Société acadé- 
mique des enfants d'Apollon poui 
1791, et il a laissé les ouvrages sui- 
vants : I. Discours et motions sur les 
ipectaclei ^ Paris, 1789, in-S". II. 
Etrennes financières ou Recueil ie> 
matières lesplus importantes en Jinan- 
cei, banques, commet ce , etc., Paris, 
1789-90, 2 vol. inS". III. La Prin- 
cesse de Bafcj7o» je, opéra en 4 actes, tiré 
du roman de Voltaire, Paris, 1791 . 
in 8". IV. Les Deux prisonnières, ou lo 
Fameuse journée, drame historique 
et lyrique en 3 actes, dédié à H. Ma- 
/.ers de Latude, Paris, 1792, in-S*. V. 
Fabius , tragédie lyrique en un acte , 
Paris, 1794, in4°. et 1796, in-8^ 
Martin avait , en 1791, présenté au 
comité delAcadémie un autreopéra. 
itititulé les Deux prisonniers, OU la 
Liberté reconquise ; mais cette pièce 
ne fut ni représentée ui imprimée. 
— Mabti> (Roger) était prêtre el 
professeur de physique expérimen- 
tale à Toulouse , sa patiie, lorsque 
la révolution éclata. Il eu embrassa les 
principes avec ardeur, et fut, en 1795, 
élu, par le -dépai-tement de la Haute- 
Garonne, député au Conseil des Cinq- 
Gents, où il s'occupa surtout de ques- 
tions relatives à renseignement pu- 
blic. Il mourut à Toulouse , le 18 mai 
1811. On a de lui; I. Institutions ma- 
thématiques , Toulouse, 1776, in-8''. 
II. Eléments de mathématiques, à Cw 
suge des écoles de philosophie, Tou- 
louse et Pai. 1781 , in-S**; nouv. 
édit., revue et augmentée , Paris . 
1800. mS". '/.. 

16. 



2ii 



MAR 



ilARTIX (Jean-Blaisk) , célèbre 
ihanleur, né à Paris en 1767, ap- 
partenait à des parents pauvre», 
bien qu'ils fussent de la famille de 
.Slartin, peintre et chimiste fameux, 
célébré par Voltaire, qui parle de 
SCS vernis comme surpassant ceux de 
la Chine, Ce fut un fils dé cet habile 
manipulateur qui recueiUit son neveu 
dans sa maison, et voulut qu'il reçût 
une bonne éducation, quoique son 
intention fût de lui donner l'état d'or- 
fèvre. Le goût de l'enfant le portait 
vers les arts, et il étudia avec une 
même ardeur la peinture, la danse, 
et surtout la musique, qu'il avait 
commencée à l'âge de sept ans. En 
peu de temps, il devint habile lec- 
teur, et comme avant la mue il pos- 
sédait une belle voix de soprano, il 
chanta fréquemment, dans les so- 
ciétés , les airs alors en vogue , 
et mérita des applaudissements. 
Du reste, il ne chantait que d'ins- 
tinct, et, bien qu'il ne soit pas im- 
possible qu'il ait eu un maître de 
goût du chaut, comme l'on disait 
alors, il est certain qu'il n'eut pas 
iXécole. Tout porte à croire qu'il ne 
reçut à cet égard aucun précepte po- 
sitif, ni même aucun conseil tant soit 
peu éclairé. D'ailleurs, «jue lui au- 
raient enseigné de bon les abbés 
Roze et Guichard , qui jouissaient 
d'une grande réiiutatiou connue maî- 
tres de goàt italien? Langlé seul au- 
rait pu lui donner des avis utiles, et 
inculquer dans son esprit les excel- 
lents principes de l'aficienue école 
napohtaine, dont il était élève, mais 
il paraît ne l'avoir connu que plus 
tard. Selon toute aj)paren(!e, Martin 
chanta dabord sans aucun principe, 
et seulement parce qu'il avait une 
jolie voix. Ses études se dirigeaient 
uniquement vers le violon ; et il 
devint fort habile sur cet instrument. 



MAR 

Toutefois, s'étant présenté à l'Opéra 
pour rempUr une place de violon de- 
venue vacante, il ne fut pas reçu. Il 
trouva plus tard l'occasion de prou- 
ver que sa réputation de violoniste 
avait été méritée. Dans le Concert in- 
terrompu, de M. Berton, il jouait avec 
son camarade Chénard, un morceau 
de violon et violoncelle, et les an- 
ciens habitués de l'Opéra-Comique 
peuvent se souvenir encore que l'exé- 
cution des deux artistes était toujours 
fort applaudie. Ce fut aussi à cette 
époque que Martin étudia l'harmonie 
sous Candeille, compositeur estima- 
ble de l'ancienne école française ; il 
Ht assez de progrès dans cette partie 
pour donner, enl796, les Oiseaux de 
mer, opéra-comique qui obtint quel- 
que succès. Cependant le goût de 
l'artiste pour le violon lui ayant fait 
consacrer tout son temps à l'étude de 
cet instrument, sa voix était demeu- 
lée dans un repos complet ; ce qui 
contribua peut-être à lui donner plus 
tard l'étendue qui a fait si long- 
temps l'admiration du pubhc parisien. 
Au reste , bien que sa voix se fût 
tout-à-fait formée, Martin ne son- 
geait qu'a devenir habile instrumen- 
tiste. Se trouvant un jour avec quel- 
ques-uns de ses camarades, ceux-ci 
voulurent le faire chanter. Après 
s'être fait un peu prier, il se tiia 
d'affaire avec une telle supériorité, 
que tous ceux tjui l'écoutaient de- 
meurèrent ravis d'admiration, et s'é- 
crièrent que Martin devait briser 
sou violon, puisquil possédait en 
lui-même un instrument bien supé- 
rieur, et au moyeu duquel il produi- 
rait une bien plus vive sensation, U 
les crut, héquenta plus que jamais le 
petit nombre de chan leurs de nid- 
rite qui se trouvaient à Paris ; sut 
les écouter et les œmprendrc. Enfin 
il se présenta de nouveau à l'Opéraj 



MAR 



MAR 



245 



non plos comme violoniste, mais 
comme chanteur. Les examinateurs 
trouvèrent qu'il n'avait pas assez de 
creux, et il ne fut point admis. Mar- 
tin se présenta alors au théâtre de 
Monsieur, appelé depuis Théâtre Fer- 
deau. Il débuta, en 1788, dans le 
Marquis de Tulipano, opéra-comique 
de Paisiello. Le succès fut immense. 
La beauté de sa voix , et surtout 
le tour de chant qu'il sut donner 
aux mélodies de Paisiello , ajoutè- 
rent au mérite de la composition. 
Toutefois , on lui reprochait de 
n'être pas comédien, et l'on sait qu'a 
cette époque, personne en France 
n'aurait compris que l'on montât sur 
un théâtre sans posséder, à cet égard, 
un talent plus ou moins remarquable, 
quelque habile chanteur que l'on fut 
du reste. Les progrès de Martin dans 
l'art comique furent très-rapides, et 
on les remarqua d'abord dans le 
Nouveau Don QuichottCy opéra de 
Champein et Boisselle, qui obtint, en 
1789 , im assez grand succès. En- 
fin , il ne compta plus que des ad- 
mirateurs, tant pour son jeu que 
pour son chant, lorsque, en 1792. 
il joua sur une autre scène le rôle 
de Frontin des Fisitandines , qui 

. fixa le genre de comique convena- 
ble à Martin. Dès ce moment, il n'eut 
plus à s accommoder aux rôles, les 
auteurs et les musiciens s'empressè- 
rent d'accommoder les rôles pour lui : 
l'emploi du Martin fut créé à l'O- 
pora-Comique. Les succès de notre 
chanteur ont été, depuis cette époque 
jusqu'à sa retraite, si nombreux, 
qu'il suffira de nommer quelques- 
unes des pièces qui, à diverses épo- 
ques , lui valurent les plus éclatants 
suffrages ; en voici plusieurs : tout le 
répertoire parodié sur des opéras ita- 
liens, l'Oncle et le Neveu, les Confi- 
dences^ une Folicy Gulistan, Koulouf, 



ta Ruse inutile, Picaros et tfteyo, 
CIrato, Jadis et Aujourd'hui^ Maison 
à vendre, Lutli et Quinault, la Séré- 
nade, Jean de Paris, Jeannot et Co- 
lin, le Charme de la f'oix, le nou- 
veau Seigneur <le Village, Joconde, 
le Chaperon Rouge, les Voitures ver- 
sées, le Maître de Chapelle, etc. Mar- 
tin se retira du théâtre en 1822, 
après trente-deux ans de service; 
mais il y reparut plusieurs fois pen- 
dant les dix années qui suivirent, il 
était encore un objet détonnemcnt 
et d'admiration pour ceux qui ne l'a- 
vaient pas entendu dans sa jeunesse, 
et chacune de ses représentations at- 
tirait la foule comme dans ses pins 
beaux jours. Kn effet, sa voix et son 
talent , bien qu'affaiblis par l'âge, le 
plaçaient encore à tme immense dis- 
tance de tons ceux qui avaient cher- 
ché à le remplacer, il est juste d'a- 
jouter que la supériorité de Martin a 
toujours tenu principalement à sa 
voix prise en elle-même ; il eût été 
plus beau qu'elle vînt uniquement 
de son habileté a en tirer parti, 
Apres 1830 , on l'appela au se- 
cours de l'Opéra-C-omique , dont la 
ruine était imminente. Il joua plu 
sieurs fois jusqu'en 1833, et notam- 
ment dans un pastiche composé pou i 
lui, sous le titre de Souvenirs de La- 
fieur. C'était une réunion des plus 
beaux airs de son répertoire; il fut 
fort applaudi, bien que pour ceux 
qui l'avaient connu dix ans plus tôt, 
il ne fût plus que l'ombre de lui- 
même. Clc triomphe fut le deniiet; 
mais Martin ne resta pas oisif, il 
donna tous ses soins aux élèves qui 
formaient sa classe au Conseiratoiro. 
Plusieurs d'entre eux ne tardèrent pa:> 
à se faire remarquer (1). Au coni- 

(i) En 1837, tous les premiers prix du 
chant ont été obtenus par les élèves de la 
classe de Martin, 



346 



>UP. 



mencenieut de septembre 1837, ayant 
senti les premières atteintes d'une gas- 
trite, il pensa que le changement d'aii 
lui serait bon; en conséquence, il fit 
un voyage à la belle terre de la Ron- 
rière, que son ami et camarade Elle- 
viou possédait dans les environs de 
J-yon. C'est là qu'il n)ourut, le 18 
oct. suivant. Sa dëponille mortcllf 
fut apportée à Paris; et, lelSnov., 
on célébra un service iinièbre pour 
le repos de son âme. Tous les artistes 
de la capitale y assistèrent. Martin 
avait été marié quatre fois. Sa pro 
mière femme fut la charmarUe Simo- 
tiette, sa camarade au théâtre Fey- 
deau, vers 1789. La seconde était une 
des filles de Paulin, acteur médiocre, 
il eut pour troisième femme la cé- 
lèbre M"* Gosselin aînée, première 
danseuse de l'Opéra , qui mourui 
de la poitrine, à l'âge de 21 ans; et 
enfin pour la quatrième, une fille du 
compositeur et marchand de mu- 
sique Paccini , laquelle vit encore. 
Martin était entré conmie ténor solo 
à la chapelle impériale lors de sa fon- 
dation, et il faisait partie de la nnisi- 
que particulière de Napoléon, il con- 
serva ces places sous Louis XVIII el 
Charles X, et les perdit après la ré- 
volution de juillet 1830. M. Adrien 
de la Fage a inséré , datis la Refue 
cl Gaiette musicale^ une notice bio- 
graphique sur Martin, à laquelle nous 
avons emprunté la plupart de ces 
détails. F— LE. 

MARTIK (William), naturaliste 
;*nglai8 , né en 1767, à Marsficld , 
• ointé de ISotlinghani , était fils d'un 
marchand de bas qui avait abandon- 
né sa famille et son commerce poui 
>c faire comédien sous le nom de 
Ik>oth, exemple qui lut bientôt suivi 
par sa femme. Le jeune Martin était 
destiné à la même carrière ; mais son 
maître, James Bolton, qui avait écrit 



quelques ouvrages sur l'histoire na- 
turelle, lui inspira du goût pour cette 
science. Après s'être marié en 1796, 
Martin renonça au théâtre et fut suc- 
cessivement maître de dessin à Bur- 
(on sur Trenl , à Buxton et à Mars- 
ficld. Il s'établit ensuite à Manchester, 
où il mourut le 31 inai 1810. Martin 
était membre de la société géologique 
de Londres. On a de lui : I. Figures 
pl descriptions des pétrifications du 
vomté de Derby, 1793, in-8°; ce vo- 
lume devait être suivi de plusieurs au- 
nes qui n'ont point paru. l\. Compte- 
rendu de (fitelcjues espèces de fossile'^ 
trouvés dans le comté de Derby, 1796. 
in- 8". m. iLSfjuiiise d'un essai qui a 
pour but de baser la connaissance des 
fossiles élra }ig e rs s urdes pri ncipes scien- 
tifiques , 1809, in-8". IV. Petrificalu 
Derbiensia, ou figures et descriptions de^ 
pélrifica tions recueillies dan s le com té de 
Derby, 1809, m-S^.y. Courtes remar- 
ques sur la substance minérale, dio- 
Pieriv pourrie dans le comté de Derby. 
ouvrage imprimé après la mort di^ 
l'auteur dans les Mémoires de la So- 
ciété de Manchester, 1812. Z. 

MAllTIX (Thomas-Ignace), vi- 
sionnaire, était laboureur du bourg 
de Gallardon, à 4 lieues de Chartres. 
Il fut, sous le règne de Louis XVIII, 
le héros d'une aventure mystérieuse 
dont les causes ne sont ps encore 
bien connues. ISous lu rapporterons 
comme elle se trouve textuellement 
dans les écrits du temps qui n'ont 
pas été démentis. Martin était, le 15 
janvier 1816, occupé à travailler 
dans son chanq), (juand il se pré- 
senta devant lui un jtnme homme d'une 
rare beauté, qui lui dit d'un son île voix 
fort doux : » Il faut que vous alliez 
.' trouver le roi, que vous lui disiez 
« qtie sa personne est en danjjcr, ainsi 
> que celle des princes ; que de mau 
.. vai»es gens tentent encore de ren- 



MAR 



MAR 



^1 



« ver«er le gouvernement, que plu- 
« sieurs écrits ou lettres ont déjà cir- 
• culé dans quelques provinces de 

- ses États à ce sujet; qu'il faut qu'il 
•» fasse faire une police exacte, sur- 
« tout dans la capitale-, quil faut 
" aussi qu'il relève le jour du Sei- 

« gneur, afin qu'on le sanctifie 

« Sinon toutes ces choses, la France 
« tombera dans de nouveaux mal- 
M leurs. « — " Mais , rë{X)ndit Mar- 
« tin, un peu surpris, puisque >ous 

- en savez si long, vous pouvez bien 
« aller trouver vous-même le roi, et 
« lui dire tout cela ; pourquoi vous 
« adressez-vous à un pauvre homme 
« comme moi, qui ne sait pas s'ex- 
« pliquer ? — Ce n'est pas moi qui irai, 
' reprit l'inconnu, ce sera vous; 
« faites attention à ce que je vous dis, 
« et vous ferez tout ce que je vous 
•< commande. »• A ces mots, linconnu 
s'abaissa insensiblement vers la terre 
et disparut entièrement aux yeux de 
Martin eflravé. De retour à Gallar* 
don, celui-ci fit part à son frère de 
ce qui venait de se passer, et tous 
deux vinrent che* M. Laperruque, 
curé du bourg, pour .savoir ce que 
signifiait un événement si singu- 
lier. Le curé rejeta d'abord sur l'ima- 
gination de Martin tout ce qu'il ve- 
nait de lui raconter. Les apparitions 
se multiplièrent, et l'inconnu annon- 
ça au laboureur qu'il ne le laisserait 
pas tranquille que sa commission au- 
près du roi ne fût exécutée. Le curé, 
convaincu de la bonne foi de son pa- 
roissien, et voyant qu'il ne cessait 
d'être agité par ces scènes surna- 
turelles, lui déclara qu'il ne pouvait 
être juge en cette matière, et l'en- 
voya à M. l'évêque de Versailles, qui, 
après avoir interrogé Martin, le char- 
gea de demander à l'inconnu, de sa 
part, son nom, qui il était et par qui 
il était envoyé. Le mardi 30 jan\*ier, 



l'incounu apparut de nouveau à Mar 
tin , et lui dit : •• Mon nom restera 

• ignoré : je viens de la part de celui 
« qui m'a envoyé, et celui qui m'a 
" envoyé est au-dessus de moi " (en 
montrant le ciel ). Durant le mois de 
février, il apparut encore divei-ses fois 
au paysan et l'avertit " qu'il serait 
•• conduit devant le roi, (ju'il lui dé- 
" couvrirait des choses secrètes de 
« mn exil; mais que la connaissance 
« ne lui en serait donnée qu'au rao- 

• ment où il serait admis eu sa pré- 
« sence. " L'évêque de Versailles avait 
tHrit au ministre de la police toutes 
ces choses, dont le curé de Gallardon 
lui avait rendu compte jour par jour. 
Le ministre chargea le comte de Bre- 
teuil, préfet d'Eure-et-Loir, d'exa- 
miner Martin. Ce villageois, conduit 
par son curé chez >L de Breteuil, 
étonna ce fonctionnaire par sa naïveté 
et sa modeste assurance, autant que 
par le fonds merveilleux de ses ré- 
ponses. Ce préfet se détermina à l'en- 
vover au ministre de la jK)lice, sous 
la conduite de M. André, lieutenant 
de gendarmerie. Le 8 mars, à son 
arrivée à Paris, Martin, amené à 
l'hôtel de la police générale, fut in- 
ten'ogé successivement par les se- 
crétaires du ministre et par M. De- 
caze lui-même. Il répondit avec le 
même calme et la même naïveté. Le 
ministre, api-és l'avoir long- temps 
examiné, prit le ton de l'autorité; le 
paysan n'en fut pas plus déconcerté. 
>L Decaze voulut le sonder pour 
savoir si l'intérêt n'était pas le prin- 
cipe de ses démarches. <> Monsei- 
« gneur, reprit Martin, ce n'est pas 
« l'argent que je veux : il faut que 
" j'aille parler au roi, et que je lui 
- dise ce qui m'est annoncé; ça ma 
■ toujours été recommandé , et je ne 
« serai pas tranquille tant que ma 
M commission ne sera pas faite. <> 



•218 



MAR 



MAR 



Apii-s cet inieiTOfjatoire, Martio, «It* 
retour à l'hôtel où il logeait, fut exa- 
miné de la part du ministre, par Pi- 
ucl, médecin très-renommé pour les 
maladies mentales. «Vous venez voir. 
■> lui dit le pavsan , si j'ai perdu 
>< la tête; mais il m'a été dit que 
" ceux qui vous envoient sont plus 
" fous que moi. Après celte vi- 
site, et les jours suivants, Martin cm 
de nouvelles apparitions. Dans une 
de ces entrevues, liriconnu lui dit : 
" Je «nis l'archanfye Raphaël, au{;c 
. très-célèbre auprès de Dieu, j'ai 
reçu le pouvoir de frapper la Iran- 
ce de toutes sortes de plaies.» Lmc 
;<utre fois il lui dit positivcmenf « que 
la paix ne serait rendue à la Fruiicc 
< qu'après iSiO. On doit observer 
que, pendant tout son séjour à Paris, 
l'officier de {{endarmeric André ne 
quitta pas Martin. Enfin, le 13 mars, 
le ministre de la police, sur le rappori 
de Pinel, le fit conduire à Cliarenton 
comme atteint d'une hallucinalion <h- 
■ipits. Martir) ne parut nullement ému 
de cette espèce de détention. Il liil 
examiné et suivi avec soin [)ar Jîovei- 
(lollard, médecin de la maison; cJ la 
docilité, le calme, la douceur qu'il 
montra pendant son. séjour à Clia- 
renton, convainquirent le doctetu ei 
tous les fjens <le l'hospice qu'il n'était 
pas fou. Opendant le ministre avait 
fait prendre sur la famille de Mar- 
tin et sur sa moralité, des renseif^ne- 
ment«, qui furent tellement avanta- 
{[cuv, qu'il envoya à la femme de 
ce jjaysan un bon de i(K) fr. sur la 
cassette du roi. Pendant son séjour 
à Charenton , l'anjje apparut en- 
«;ore plusieurs fois a Martin , et se 
fit voir mi jour dans tout l'éclat de 
la gloire céleste. 1, 'archevêque de 
Reims avait informé de tout c*'. 
q\ii se 'passait, f.ouis XVIII, qui, 
frapfMf d'nn»' suite de faits si ex- 



Liuordinaires, donna enfin ordre «le 
lui amener ce paysan. Le 2 avril , 
Martin fut tiré de Charenton et con- 
iluit à M. Decazes. «Votis voulez donc 
•' parler au roi, dit le ministre; mais 
' qu'avez- vous à dire à S. M. ? — .le 
" ne sais pas poiu' le moment ce que 
'( j'ai à lui dire, les choses me seront 
•' annoncées (juand je serai devant l<' 
« roi. — Ht bien 1 puisque vous vou- 
" lez y aller, je vais vous conduire, 
lllfectivement le ministre fit conduiie 
Martin , par un officier de la maison 
du roi, jusque dans l'appartement de 
Louis XVIII avec lequel il resta seul. 
-Martin a donné ainsi à ^i^ le cure 
de Gallardon le récit de celte entre- 
vue : •< Le roi était assis à côté de la 

table: je l'ai salué et je lui ai (Ht. 
• mon chapeau à la main : Sire. j> 
X nous salue. Le roi m'a dit : fioiijoui , 
.1 M<irtln ,et j'ai <lil en moi-même : Jl 

sait bien mon nom toujours. — / 'oi<.< 
.. sai/ez, Sire, rarement pourquoi /<• 
" l'ieiis. — Oui, je sais t/iie t'ou< 
r are: ijHel<jue chose à me dite, fl 
.. /'on m'a (lit tjue céiail ijueltjue clio- 

< vc ijUr vous ne fiouoie: dire (ju'à 
moi-itnhni'. ^isicyez - vous. — J ai 

< pris un fauteuil et je me suis assis 
. vis-à-vis du roi, et quand j'ai été 
" assis, je lui ai tlit : Conunent i>ous 

fiortcz-t'ous? Le roi m'a répondu : 

/(• tne porte un peu mieux (jue «;<•> 

jvut s passés : et /'o«s, comment vous 

porlet-vous.' — Moi, je t»ie porte 

'. bien. — (^uel est le sujet de votre 

cojuge:' ■ (Ici .Martin est entré dans 

le récit des premières apparitions de 

l'anj'c). Aprè!^ ces premiers détails. 

Martin ajouta : il m'a été dit aussi 

.. On a trahi le roi et on le trahira 

.. eiu'ore : il s'est sauvé un homme 

.. des prisons ; on a fait accroire au 

>. roi que c'était par subtilité, par 

linesse ou par l'effet du hasard ; 

. ujais la chose n'était pas telle, elle 



• a élè piëinedilée. » (Voir la répon- 
se du roi et la suite de lentretien 
dans la Relatiou concernant Us évé- 
nements arrivés à un laboureur de la 
Beauce, imp. en 1817, par Égroii, a 
Paris). Martin ajoute, dans son récit . 
'- que pendant cet eiilictien le roi u 
■' plusieurs fois levé les mains au 

«;iel, et qu'il voyait des larmes cou- 

• 1er sur ses joues. » il rappela aussi 
« S. M. des particularités de son 
pxil, que lui avait annoncées l'incon- 
nu. « Gardez-en le secret, reprit le 
« roi» il n'y aura que Dieu , vous et 
•< moi qui saurons jamais cela. '> 
Après cet entretien. Martin retourna 
à Charenton, v passa la nuit, fit, le 
lendemain matin, ses adieux au di- 
recteur, à M. Royer-Collard, se ren- 
dit chez le ministre, qui le força d'ac- 
cepter une gratification de la part du 
roi, partit pour Chartres, où il vit le 
préfet, et retomiia à Gallardon re- 
prendre sa vie champêtre, éutaut de 
parler indiscrètement de ce qui lui 
était arrive. Il est dit dans la Relation 
précitée, page 6i, que le roi était 
convenu que Martin lui avait com- 
munique des choses qui n'étaient 
connues que de lui, et qu'il a témoi- 
gné que cet homme n'était ni fou, ni 
aliéné. Après la Révolution do 1830, 
Martin qui, depuis plusieurs années 
n'avait plus parlé de ses visions, se 
jeta tout-à coup dans d'autres idées ; 
il annonça l'existence de Louis XVII, 
et se donna comme l'une des trois 
personnes chargées de le remettre 
sur le trône <le France. Mais cette 
nouvelle aberration dura peu; il mou- 
rut presque subitement au commen- 
cement de mai 183i. Ses révéla- 
tions recueillies par M. Louis Silvy , 
furent réimprimées en 1830 et 32, 
in-8°, sous le titre de : Relation con- 
tenant les événements qui sotit arrivés 
au sieur Martin, laboureur à Gal'ar- 



MAH 



JW 



don. en Beaucc, dans Us premiers moi^ 
de 1816. Depuis, on en a fait pres- 
que chaque année une nouvelle édi- 
tion qui a trouvé des acheteurs. Z. 

ALVIITIX. Foy. Maktys, ci-après. 

ALUITIXE AU (le P. IsAAc), né 
a Angers, le 22 mai 1(>40, d'une fa- 
mille distinguée , entra dans la com- 
pagnie de Jésus en 1665, et fit pro- 
fession à Paris huit ans plus taid. 
Depuis plusieurs années, il enseignait 
dans une ville de province , lorsqu'il 
fut appelé, en 1682, à la chaire de phi- 
losophie du collège Louis-ki-Grand , 
où était le fils du prince de Condc. 
Avant de faire venir Martincau à Fa- 
ris, les iupérieiu-s aiuioncèreut à ce 
piince cpi'ils avaient un excellent ré- 
gent de phUosophic. mais qu'ils n o- 
saient le donner à M. le duc, parce 
qu'il était extrêmement laid (la petite 
vérole l'avait défiguré). « Est-il plu» 

- laid que le démon ? " demanda le 
prince, qui, après l'avoir vu, dit: > Il 

- ne doit pas faire peur a qui a vu 
•* Péhsson ; on s'accoutumera à le voii* 
^ et on le trouvera beau. " En effet , 
la cour s'habitua si bien au P. Mar- 
tineau, qu'il devint confesseur du duc 
de Bourgogne. Il suivit ce prince au 
siège de Lille et eut la cmiosité de 
l'accompagner pendant une reconnais- 
sance des reti-anchements de Marl- 
horough, qui furent examinés, afin 
de savoir si et par où ils pouvaient 
être entamés. L'attaque n avant pas 
eu lieu, les ennemis du dauphin ré- 
pandirent le bruit que Mailineau, dans 
une lettre écrite au P. Lachaise, as- 
surait qu'il avait conseillé d'attaquer 
les retranchements, mais que le duc 
de Bourgogne s y était opposé. C'était 
metti-e , en fait de bravoure, ce prin- 
ce fort au-dessous de son confesseur. 
Pour dissiper tous les biiiits, le P. 
Lachaise fut obUgé de montrer à 
Louis XIY la lettre qui n'était qu'un 



250 



MAR 



simple récit de la visite aux retran- 
chements. Après la mort du duc de 
Bourgogne , Martineau fut nommé 
confesseur du petit dauphin. Il de- 
vint provincial de son ordre en 1713, 
et mourut en 1720. On a de lui : I. 
Oraison funèbre de Louis, prince de 
Condé, Paris, 1687, in-4». II. Les 
Psaumes de la pénitence avec des ré- 
flexions, Paris, 1710, in-12. III. Ver- 
tus du duc de Bounjogne, Paris, 1712, 
in-4°. IV. Méditation sur la plus im- 
portante vérité du christianisme, pour 
une retraite, Paris, 1714, in-12. A la 
mort du P. Bourdaloue, en 1704, le 
P. Martineau, qui était supérieur de 
la maison professe, écrivit son éloge, 
qui fut imprimé d'abord séparément, 
ensuite dans le troisième tome du Ca- 
rême de ce prédicateur célèbre. Z. 
MARTINEAU (Louis;, né à 
Châtellerault vers 1755 , fut député 
de la Vienne à l'Assemblée législa- 
tive, puis à la Convention nationale; 
vota la mort de Louis XVI , sans 
appel et sans sursis à l'exécution. 
Devenu membre du Conseil des Cinq- 
Cents , après la session convention- 
nelle , il en sortit en 1798. Martineau 
exerçait, en 1814, les fonctions de 
procureur impérial près le tribunal 
civil de Châtellerault. Forcé de sortir 
de France, comme régicide, en 1816, 
il partit pour lîerne où il arriva le 10 
février 1816; mais n'ayant pas ob- 
tenu la permission d'y séjourner, il 
continua sa route pour Zurich, où il 
demeura long-temps. Après la révo- 
lution de 1830, il revint à Châtelle- 
rault, et y mourut le 23 mai 1835. 
Quelques jours auparavant, il avait 
remis au curé de sa paroisse la décla- 
ration suivante : « .le, L. Martineau, 
« soussigné , confesse devant Dieu 
" que la part que j'ai prise dans le 
>■ procès (hi roi Louis XVI a été l'effet 
•< de l'entraînement du moment, que 



MAR 

« je m'ensuis toujours repenti, et que 
« j'en demande pardon à Dieu et aux 
« hommes. Je prie Dieu de me par- 
« donner aussi les mauvais exemples 
« et scandales que j'aurais pu don- 
« ner en ne pratiquant pas la leli- 
« gion catholique, apostolique et ro- 
« maine, dans laquelle je désire finir 
« mes jours. » M — d j. 

MARTI1\EL ( Joseph -Fraîsçois- 
Marie de), agronome distingué, na- 
quit à Aix, en Savoie, le 28 octobre 
1763. Il entra au service de la Répu- 
blique française , aussitôt après l'inva- 
sion de sa patrie, en 1792; se distin- 
gua dans plusieurs occasions et par- 
vint au grade de colonel. En 1814, 
il quitta la carrière des armes et se 
retira à Lyon , où ses connaissances 
en botanique le firent nommer direc- 
teur de la pépinière départementale. 
Il s'appliqua surtout à propager la 
culture du mûrier et à perfectionner 
l'art d'élever les vers à soie. Ses ob- 
servations et ses essais sont consignés 
dans les actes de la Société linnéeune 
de Lyon, dont il avait été un des fon- 
dateurs. Martinel possédait dans la 
presqu'île de Perrache un petit jardin 
qu'il cultivait lui-même ; il y fit , sur 
les pommes tle terre, de nombreuses 
expériences dont il rendit compte 
dans les Bulletins de la Société d'en- 
couragement à laquelle il appartenait, 
ainsi que dans les Mémoires de la 
Société d'agriculture du département 
du Rhône. Cet agronome mourut à 
Lyon le 10 avril 1829. On a de lui : 
I.Carte du Piémont, divisée en six dé- 
parlements, Turin, 1799. II. Carte de 
la République cisalpine. \\\. Cinq ta- 
bleaux sur la culture de la solanée- «1 
parmentiére (pomme de terre), Lyon, " 
1821 et années suiv., in-fol. M. Rona- 
fous, notre collaborateur, a publié sur 
Martinel une inttiressante Notice, Pa- 
ris, 1829, in-8". M— » j- 



MARTIXEL de Fisan (JoSEPH- 
Mabie-Pbh.ippe) , conventionnel, né à 
Rousset en i763, fut député de la 
Drôme à la Convention nationale, et 
doit sans nul doute être considéré com- 
me un des votants les plus courageux 
dans le procès de Louis XVI. Il opina 
d'abord, ainsi que la presque totalité 
des membres , pour la culpabilité ; 
mais sur la seconde question, s il y 
aurait appel au peuple, il s'exprima 
ainsi : « Je réclame contre un décret 

• monstrueux , extorqué plutôt par 

• la vengeance que rendu par la sa- 

• gesse. La République ne peut exis- 

• ter que quand le peuple l'aura fon- 
« dée. Je fais appel au peuple de ces 

• décrets et je dis oui. » Il vota en- 
suite pour la détention, le bannis- 
sement à la paix , le sursis ; enfin il 
se montra sur toutes les questions 
aussi juste que courageux. Réélu au 
Conseil des Cinq - Cents , après la 
session conventionnelle, il entra, eu 
1799, au Corps législatif. En 1814, 
il se retira à Avignon , sa patrie , où 
il mourut paisiblement le 21 fé\Tier 
1833. M— D j. 

MARTINENGO ( Dom Titk- 
Phosper), savant philologue, et bon 
poète grec et latin , était né dans le 
XVI' siècle, à Brescia, de l'ancienne 
et illustre famille des comtes de 
Barco. En 1542, il embrassa la règle 
de saint Benoît dans la congrégation 
du Mont-Cassin; et, partageant ses 
loisirs enti'e les pieux exercices de 
sou état et la culture des lettres , il se 
rendit très-habile dans les langue». 
Son mérite , joint à sa naissance , de- 
vait l'élever aux premières dignités 
de son ordre; mais, content du sim- 
ple titie de prieur, il se retira dans 
un monastère prés Bologne, afin de 
pouvoir se Uvrer plus tranquillement 
à la prière et à l'élude. La solitude 
iui réTéia son talent naturel pour la 



MAR 



251 



poésie; et il composait des vers grec» 
avec une telle facilité qu'il obtint de 
se» contemporains les glorieux sur- 
noms de Pindare et d'Homère (voyez 
Quiriiii specim. litterat. Brixianœ). Sa 
réputation étant parvenue à Rome, 
il fut y appelé par le collège des car- 
dinaux pour travailler a la révision 
des œuvres de saint Jérôme , dont 
Paul Manuce préparait une nouvelle 
édition, qui parut à Rome en 1565. 
Depuis il s'occupa, de concert avec 
quelques autres savants, à revoir, 
d'après les meilleurs manuscrits, les 
textes des œuvres de saint Jean-Chrv- 
sostùme et de Théophylactc ; et l'on 
sait qu'il eut part à la belle édition 
grecque de la Bible qui fut publiée 
en 1586 par le cardinal Caraffa : 
cette édition est généralement connue 
sous le nom de Bible stxtiue , parce 
qu'elle fut imprimée avec le privi- 
lège de Sixte V. La cour de Rome 
voulut récompenser les serx'ices de 
Maitinengo par un évéché; mais, 
averti des intentions du pape, il pré- 
texta le mauvais état de sa santé pour 
revenir à Brescia. Ce bon et respec- 
table vieillard y termina ses jours , 
dans des exercices de piété , le 6 
octobre 1595. On a de lui : I. Le Bel- 
lezte delV huomo. conoscitor di $e 
stesso. Ce sont des discours philoso- 
phiques, d'après les principes de Pla- 
ton dont il faisait une lecture assidue. 
Il Un Panégyrique , grec et latin, 
Un pape Sixte F, Rome, 1587, in-4". 
m. Un recueil de vers (Poemata di- 
versaj, Rome, 1582 ; 2*" édition, rcA-oe 
et augmentée, ibid., 1589 ou 1590, 
3 parties, in-4''. Les deux premières 
contiennent les vers latins, et la troi- 
sième les vers grecs, tous sur des 
sujets pieux. Ce volume, devenu 
rare, est assez recherché. Des diffé- 
rentes notices publiées sur ne docte 
religieux , la plus étendue comme la 



232 



MAR 



plus intéressante est celle qu'on trouve 
dans la Libraria di Leopol. Marti- 
nengoy p. 128 {voy. Balt. Zamboi , 
LU 70). W— s. 

MARÏINENttO - Coleoni ( le 
comte Jeais-Hector ) , de cette bran- 
che de l'ancienne famille brescianne 
Martinengo dont un membre épousa 
l'une des quatre filles du célèbre capi- 
taine Bartbélemi Coleoni , avec l'obli- 
{jation d'en joindre le nom au sien 
{voy. CoLEOM,IX, 231), naquit à 
Brescia, vers 1734. Après ses pre- 
mières études faites à Bologne et dans 
le collège Nazareno à Rome , il s'ap- 
pliqua tellement à l'architecture mili- 
taire qu'en 1782 il fut en état d'en- 
voyer au roi de Prusse, Frédéric 11, 
un plan de nouvelles constructions 
pour les foiteresses régulières, dans 
lequel il triplait les feux de défense, 
et évitait les inconvénients des batte- 
ries couvertes. En 1785, il entra dans 
le 10* régiment des hussards prus- 
siens avec le grade de cornette. En 
1789, il revint dans sa patrie. Lorsque 
Bonaparte porta la révolution en Italie, 
Martinengo devint un de ses plus zélés 
partisans; et le gouvernement établi 
par le vainqueur lui confia, en 1797, 
avec le titre d'inspecteur, l'organisa- 
tion de divers corps de troupes. Chargé 
en outre de diriger les fortifications 
de Brescia, Martinengo y fit travailler 
tous les citoyens de la ville, les ani- 
mant par ses discours patriotiques; et 
l'ouvrage fut fait en trois jours, il en- 
tra, celte même année, dans le Corps 
législatif de la république cisalpine, 
et fut envoyé, en 1798, comme mi- 
nistre [)lénipolcnliaIre à la Cour de 
Naplcs. Au mois de janvier, l'année 
suivante , il passa à Rome en la même 
qualité ; mais le ministre que le Direc- 
toire de France y avait envoyé, ayant 
voulu le diriger et le dominer, il de- 
manda son rappel et l'obtint. Quand 



MAR 

les Austro-Russes expulsèrent les Fran- 
çais d'Italie, Martinengo fut arrêté 
avec ses deux frères , et enfermé dans 
les prisons de Milan, d'où il ne sortit 
qu'après la bataille de Marengo. Bo- 
naparte le chargea de nouveau d'or- 
ganiser les troupes. Il fut comman- 
dant en chef des gardes nafionales du 
département de la Mella, dont Bres- 
cia était le chef-lieu; mais bientôt le 
gouvernement ayant pris ombrage de 
cette milice , Martinengo cessa d'en 
être le commandant. Il se rendit à la 
consulta, tenue à Lyon par Bona- 
parte , en 1801, et y fit partie de la 
commission des Trente. De retour en 
Italie, il entra au Corps législatif, et 
en fut nommé président. Il présenta 
au vice-président de la république 
un Mémoire, qui fut imprimé, sur 
l'organisation d'une armée italienne; 
et , dans un autre Mémoire particu- 
lier qu'il communiqua au même , il 
manifesta des vues qui annonçaient 
l'intention de rendre l'Italie indépen- 
dante des étrangers et de Bonaparte 
lui-même. Le gouvernement lui en 
sut mauvais gré; mais l'auteur parut 
renoncer à ses idées quand il vit Na- 
poléon se faire courotmer roi d'Italie. 
Alors il s'empressa de former, avec 
l'élite de la jeune»se brescianne , une 
des quatre compagnies d'honneur 
destinées au nouveau souverain , et 
il escorta, avec la compagnie qu'il 
avait créée, madame Bacciocchi, de- 
venue duchesse de Lucipics et de 
Piombino , jusqu'à son duché. En 
1805, il présenta à Napoléon le mo- 
dèle d'une machine incendiaire de 
son invention, propre à la défense 
des ports et des rades, et publia, peu 
après, un o|)us(-ule sur la cavalerie. 
En 1806, il eut le commandement 
de tontes les comjwgnies des {jardos- 
«r honneur; et, eu 1807, le vice-roi 
l'envoya à Paris pour une mission 



MAR 

secrète. Il fut nommé sénateur, le 10 
oct. 1809, et cbambellaii en fév. 1810. 
La guerre de cette époque lui four- 
nit de nouvelles occasions de signaler 
son zèle ; il eut la commission d'orga- 
niser de nouveaux corps et d appro- 
visionner l'armée et les places-fortes. 
Au rétablissement de la puissance 
autrichienne, en 1814 , Martinengo , 
qui ne conservait plus que le titre de 
colonel de la garde royale , le perdit 
par le licenciement de ce corps. 
Nommé, en mai 1815, colonel du 
régiment d'infanterie Grand-Duc de 
Toscane , il demanda son congé pour 
se retirer dans sa patrie, où il vécut 
depuis loin des affaiies et mourut 
dans un âge fort avancé. G — >. 

MARTIXEXGO (le comte JÉ- 
nÔMk-SiLvio ) , de la même famille 
que les précédents , naquit à Ve- 
nise, le i2 juillet 1753, étudia d"a- 
bord au collège de Parme, puis à 
celui des jésuites de Bologne. A peine 
ses études finies , il revint a Venise 
et y épousa Elisabeth Michiel. Il oc- 
cupa successivement plusieurs char- 
ges importantes et devint sénateur; 
il était sage du commerce , lorsque 
les événements qui amenèrent , en 
1797 , la chute de la République, 
le firent rentrer dans la vie pri- 
vée. Martinengo usa noblement de 
ses loisiis et de ses richesses; il 
cultivait les lett»*es avec succès , et , 
n'ayant point d" enfants, il dépensait 
en bonnes œuvres la plus grande 
partie de ses revenus. Il fit achever h 
ses frais le dôme de Brescia, et dota 
plusieurs établissements. Cet homme 
de bien, aussi modeste que vertueux, 
moiu-ut le 21 juillet 1834, après une 
longue et douloureuse maladie. Il a 
laissé trois tiaductions italiennes : I. 
Du Paradis perdu de Milton, impri- 
mé avec le plus grand luxe, Venise, 
1801, 3 vol. in-4». ir. Du Paradis re- 



MAA 



253 



conquis, du même. III. Du poème la- 
tin de Zamagna , intitulé Navis aerea. 
(>es deux dernières traductions n'ont 
pas été publiées. Sa biographie a été 
écrite par le professeur Meneghelli, 
sous ce titre : Del cavalière conte 
Girolamo Silvio Martinengo e de' suoi 
sctitti, Padoue, 1835, in-S**. A — t. 
MARTIXET5 officier, contem- 
porain de Folard, mérite une place à 
côté de ce tacticien par les change- 
ments qu'il a intioduits dans les ma- 
nœuvres de l'armée. Il est cependant 
probable que . sans quelques lignes 
de Voltaire, il serait à peu près incon- 
nu. Il n'y avait point alors d'inspec- 
teurs d'infanterie et de cavalerie com- 
me on en a vu depuis (dit f historien 
de Louis XIV); mais deva. hommes 
uniques, chacun dans son genre, 
Alartinet et le chevalier de Fourille en 
remplissaient les fonctions. Martinet 
mettait l'infanterie sur le pied de dis- 
cipline où elle est aujourd'hui. Fou- 
rille faisait la même charge dans la 
cavalerie. Il y avait nn an (1 669) que 
Martinet avait mis la baïonnette en 
usage dans quelques régiments. Avant 
lai on ne s'en servait pas d'une ma- 
nière constante et uniforme. Cette 
arme terrible était connue, mais peu 
pratiquée , parce que les piques pré- 
valaient. La formation des colonnes 
et les évolutions rapides dm-ent aussi 
beaucoup aux combinaisons de Mar- 
tinet. Il se distingua au fameux passa- 
ge du Rhin , chanté par Boileau;mais 
le poète craignit de mêlera ses flatte- 
ries le nom vulgaire d'un officier de 
fortune. Martinet avait découvert au 
milieu du fleuve un gué qui ne laissait 
que peu de pas à franchir à la nage, et il 
avait imaginé des bateaux en cuivre ou 
pontons, qui pouvaient se transporter 
aisément sur des chai-rettes ou à dos 
de mulet, comme cela se pratique en- 
core aujourd'hui. Ses inventions ftirent 



254 



MAR 



MAR 



d'une grande utilité à Louis XIV pour 
la réduction de la Hollande. On ne 
peut douter qu'il eut une part brillante 
aux autres faits d'armes du corps dont 
il avait perfectionné le service, et qu'en 
tout il n'ait fait faire à l'art des pro- 
grès plus considérables et plus réels 
que Folard. Cependant , l'histoire ne 
s'en est pas occupée, et nous nous 
estimons heureux de pouvoir répa- 
rer, à son égard, un trop injuste 
oubli. F — T. 

MARTINET ( Jeak - Flobest ) , 
historien né en Hollande vers 1735, 
devint pasteur des Meranonites à Zut- 
phen, où il mourut en 1796. On a de 
lui : I. Le catéchisme de la nature , 4 
vol. in-8" ; cet ouvrage obtint un 
grand succès et contribua beaucoup à 
répandre en Hollande le goût de l'his- 
toire naturelle. IL Histoire du monde^ 
8 vol. in-S". HL Manuel des marins. 
C'est un cours de morale fort bien fait, 
à l'usage des gens de mer. IV. Abrégé 
de l'histoire des Pays-Bas Unis , ou- 
vrage élémentaire et dont il existe une 
traduction française , Amsteidam , 
1790, in-S". M— Dj. 

MARTINET ( Locis - François ) , 
curé de Saint-Laurent à Paris, naquit 
à Épernay, diocèse de Reims, le 19 
avril 1753. A l'âge de 16 ans, il entra 
chez les chanoines réguliers de la 
congrégation de France ; et, pendant 
son cours d'études à l'abbaye do 
Sainte-Geneviève de Paris, il se fit 
remarquer par ses supérieurs qui lui 
confièrent de bonne heure l'enseigne- 
ment de la philosophie et de la théo- 
logie dans la maison de Reauvais. 
Ordonné prêtre à l'âge de 25 ans, il 
fut pourvu du prieui-é de Daon, au 
diocèse d'Angers, (j'est en cette qua- 
lité qu'il fut élu député à l'assemblée 
provinciale du cleqjé d'Anjou, et plus 
tard député aux États-Généraux de 
1789. Fidèle aux principes de la mi- 



norité de l'Assemblée constituante, il 
fut constamment opposé aux mesures 
législatives qui, sous l'apparence d'une 
réforme utile, cachaient un but de des- 
truction et de ruine (1). Il parvint à se 
soustraire à la persécution et émigra 
en Angleterre. Là il ne partagea point 
les illusions de ses compagnons d'exil 
sur leur prochain retour en France ; 
et, dans le but d'exercer son minis- 
tère d'une manière utile , il s'appliqua 
avec ardeur à l'étude de la langue 
anglaise. Doué d'une activité infati- 
gable, il avait de plus puisé, dans les 
exercices de l'état religieux des habi- 
tudes d'ordre et de régularité qui, en 
réglant judicieusement l'emploi du 
temps, contribuent si puissamment 
au succès; aussi fut-il bientôt capable 
d'enseigner le français ; et, pendant 
son séjour à Londres , il trouva dans 
ses leçons des ressources qui lui assu- 
rèrent une existence honoi'able et lui 
permirent souvent d'adoucir le sort 
de ses malheureux compatriotes. En 
1801, il rentra en France ; et, à l'épo- 
que du concordat, il fut nommé cure 
de Courbevoie. Il passa de là à la pa- 
roisse de Saint-Leu-Saint-Gilles à Pa- 
ris , lorsque M. Laurent qui en était 
curé, fut nommé évéque à Metz. C'est 
à l'abbé Martinet que l'on doit la con- 
servation de l'église de Saint-Leu, et , 
malgré l'opposition de M. Frochot, 
alors préfet de la Seine , il parvint à 
intéresser de puissants protecteurs, et 

(t) On trouve six fois le nom de l'abbé Mar- 
tinet dans le recueil des Déclarations et pro- 
testations des députas aux États-Généraux, 
publié par le marquis de Clennont-Moni- 
Saint-Jean, 181i, in-H". D'abord conm; le 
refus de l'assemblée, le 13 avril 1790, de re- 
connaître la religion catholique religion de 
l'Étal ; ensuite contre le rapport sur les at- 
tentats des 5 et 6 octobre nSO; contre la dé» 
chéance prononcée! éventuellement le 30 mars 
1791, à l'éKard du roi ; contre les décrets qui 
rendirent le roi captif en juin 1791; sur la 
révision des décrets en août 1791, et enHn sur 
l'administration des llnances de l'État, 



MAE 

l'église ne fut point aliénée. On lui ac- 
corda même des fonds considérables 
pour les réparations et l'embellisse- 
ment de l'édifice. En 1820 , il fut 
nommé curé de l'église paroissiale de 
Saint-Laurent, et, quoique d'un âge 
déjà avancé, son zèle et son activité 
ne se démentirent point dans l'admi- 
nistration de cette immense paroisse. 
Il était d'une exactitude scrupuleuse 
pour l'accomplissement des devoirs 
de sa charge pastorale, il mourut le 
30 mai 1 836 après avoir reçu tous les 
secours de la religion en présence de 
son clergé, à qui il recommanda avec 
la plus vive instance les enfants qui 
se préparaient à la première commu- 
nion. L'abbé Martinet était un des 
prêti-es les plus recommandables du 
clergé de Paris. Une grande variété 
de connaissances, un esprit juste, 
clair et méthodique , une clocution 
gracieuse et facile, étaient un mérite 
que relevaient encore cette lu'banité 
de manières , cette délicatesse de tact, 
et cette politesse exquise qu'il avait 
puisées dans ses relations habituelles 
avec des personnes d'un rang distin- 
gué. Par son testament , il institua 
diflFérents legs en faveur du petit sé- 
minaire de Paris et des pauvres de 
Saint-Laurent et de Saint-Leu. 

B — Y — E. 

MARTIXETTI (Jea>-BaftisteX 
architecte italien, naquit en 1764 à 
Bironico, dans le canton du Tesin. 
Dès l'âge de onze ans il alla étudier 
à Bologne, où il trouva un généreux 
protecteur dans lç.jnarquis Zambec- 
carî. Après avoir fait son cours de 
mathématiques il se fixa dans cette 
ville, et fut bientôt chargé de travaux 
importants. Le conseil municipal de 
Bologne le nomma son architecte, et 
le gouvernement pontifical , son ins- 
pecteur du génie. Parmi les nombreux 
édifices qu'il construisit, on remar- 



MAB 



2do 



que surtout le collée Montalto , la 
villa Ravona, bâtie pour le marquis 
Zambeccari, et la magnifique villa Al- 
dini sur la colline Adel Monte près 
de Bologne. Rome lui doit son magni- 
fique abattoir près du forum de Fla- 
minius. Martiuetti était mcmbi-e d'un 
grand nombre de sociétés savantes de 
l'Italie, et il mourut le 18 octobre 
1829. Il n'avait publié que trois mé- 
moires concernant les défauts des 
voitures, la culture des pommes de 
terre , et les herbes fouragères. Ses 
écrits les plus importants sont restés 
manuscrits. A — t. 

iLlRTIXEZ de ta Plaza (Louis), 
poète espagnol, était né vers 1585 à 
Antequera, petite ville du royaume de 
Grenade. Après avoir achevé ses cours 
de droit, il se fit recevoir licencié; 
mais il renonça bientôt à la jurispni- 
dence pour se livrer en paix à ta cul- 
ture des lettres qui fit le charme do 
sa vie. Depuis ayant embrassé l'état 
ecclésiastique, il fut pourvu d'un ca- 
nonicat dans sa patrie , où il mouinit 
le 16 juin 1635. Les compositions 
de Martinez sont toutes de peu d'é- 
tendue. Des épigrammes, des ma- 
drigaux , des chansons, des sonnets 
et une satire forment son bagage poé- 
tique ; mais toutes les piàB^e distin- 
guent par le naturel, J^^Lice et la 
pureté du style; elle^HlP recueil- 
lies par P. Espinosa daif^es Flores de 
poetas illustres; et depuis dans lePar- 
naso espanol, tomes 1 et 8. r^icoL An- 
tonio lui atuibue une traduction du 
fameux poème : Les larmes de saint 
Pieire par Tansillo (lo)-. ce nom. 
XIIV, 514); mais il est probable 
qu'elle est perdue, puisque l'éditeur 
du Parnaso (Sedano) n'a pu, malgré 
toutes les recherches qu'il a faites , 
s'en procurer une seule copie; voy. la 
Bibliotheca nova Hispan. d'Antonio 
11,49- W—s. 



256 



MAR 



MARTINEZ ou Martins (Do- 
Mixoo), chef de l'insiurection brési- 
lienne, dite de Fernambouc, était né 
en Portugal ; avait fait le commerce, 
à Londres et à Paris, pendant plu- 
sieurs années. Après une faillite dans 
la première de ces deux villes, il alla 
s'établir au Brésil, où 'son caractère 
entreprenant le jeta dans la politique, 
et le mit bientôt à la tète d'une in- 
surrection, qui éclata à Fernambouc, 
le 7 mars 1817. Martinez prit alors 
le titre de Patriote - gouverneur, et 
il s'occupa d'organiser la nouvelle 
république. Il se soutenait depuis 
deux mois, et le nombre de ses par- 
tisans augmentait chaque jour, lors- 
que, le 18 mai, sa petite armée fut 
attaquée par les troupes royales en 
nombre supérieur. Le combat fut 
acharné, et se prolongea jusqu'au len- 
demain. Enfin les tronpes royales l'em- 
portèrent, et Martinez se réfugia avec 
quelques officiers dans les forêts de 
l'intérieur. Sa tête fut mise à prix par 
le général espagnol; et, peu de jours 
après, ou le conduisit à Bahia , où 
ayant été considéré comme non mi- 
litaire, il fut pendu ave<> vingt-quatre 
fie ses complices. M— i) j. 

MARTINI (.iKVN-IÎKimXHT.), mé- 

«lecin allenittid, né à Wunstorf, en 
1721, devint conseiller du duc, et 
mourut libyen des médecins de sa 
ville natale. Ontie plusieurs mémoi- 
res insérés dans la Gazette littéraire 
de Brunswick, il a laissé : L Disaer- 
latio de Tussi , Gœttingue, 17i7, 
in-i°. n. Dissertalio epistolaris de olen 
fVitnebiano vnlgo dicto Kajtcpiit >r- 
vocato in terrrfi Brunswicenscs, snlu- 
berrimis effectibus plow, Brunswick , 
1751, in-i". m. Diapenanlnnum liruns- 
wieense , IWiuiswick, 1777, in-4". 
— .Mai\tim est aussi le nom d'un 
ukoinc fanatique, qui, le premier, osa 
prêcher les oneurs de I-uther. dans 



VIVB 

la ville de Buriats, près de Castrés. 
Arrêté, livré au bras séculier, il fut 
condamné à être brûlé vif, et exécuté 
à Castres, le 25 avril 1554. « Ce 
« jacobin, dit Gâches, étant monté 
i' sur l'échafaud, se donnait lui-même 
'< consolation, invoquant la grâce 
" et la miséricorde de Dieu, criant 
« jusqu'au dernier soupir î Père cé- 
« leste^ ayez pitié de moi. Un autre 
" jacobin, qui lui avait été baillé 
" pour le consoler, lui disait : Frater, 
» crede vitam œternam ; ce qui occa- 
i< sionna à un bourgeois, nommé Oli- 
« vier Trémouille, de s'avancer pour 
' lui donner courage, en criant tout 
" haut : Martini, lève les yeux an 
u ciel, et te jie en la grâce et misérl- 
" corde de Dieu, qui te recevra nu- 
it jourd'hui dans son paradis. Ces 
« paroles hardies furent entendues 
u de toute l'assemblée, qui était fort 
li grande, sans toutefois être relevées 
K d'aucun pour les rapporter à l'in- 
» quisition. » La pitié ferma toutes 
les bouches, et on ne voulut pas 
joindre au supplice d'un insensé, la 
mort d'un homme plus insensé en- 
core. '/: 

MARTINI (Gkokgk-Henri), nu- 
niismate allemand, naquit en Misnic 
à T^neberg en 1722, conimeni:t 
ses (?îudes à l'école d'Aunaberg , et 
suivit des cours à l'université de 
Leipzig. Après avoir été instituteur 
dans une maison particulière, et 
avoir donné des leçons coumie pro- 
fesseur privt; pendant un temps assez 
considérable, il devint en 1770 rec- 
teur (le l'école d'Annaboig, d'oùtroi< 
ans plus tard il passa, comme profcs 
seur d'éloquence et recteur, au gym- 
nase poétique de Batisbounc et enfin 
à l'école de ÎNicolas de Leipzig, tou- 
jours en cette même qualité de re< 
teur. Sa vie du reste ne j)ri'sente nulle 
particularité remarquable : en rcvan- 



MAR 

che son caractère en offrait beau- 
coup. Il ne se maria jamais. Son or- 
dre , sa ponctualité , sa méthode à 
force d'être imperturbables, prêtaient 
à lëtonnement et à la satire. A léglise 
et devant ses élèves ou auditeurs, on 
ne l'eût pas vu paraître une fois au- 
trement vêtu qu en noir : hors de là, 
il eût été impossible de l'apercevoir 
autrement qu'en habit de couleur. En 
latin, pour chatouiller sa fibre classi- 
que, il fallait employer certaines for- 
mules , certaines expressions qu'il af- 
fectionnait et qui ne valaient pas mieux 
que mille autres. Heureux ceux qui , 
dans ime composition , dans un exa- 
men, appliquaient souvent la phra- 
séologie voulue! Tout en se regardant 
comme un très-habile antiquaire, il 
s'était borné à lire les vieux traités, à 
feuilleter les vieux recueils, publiés 
jadis sur l'art des anciens, et à étu- 
dier un certain nombre de copies en 
plâtre. Dresde possédait et possède 
encore une magnifique galerie d'an- 
tiques, laquelle était alors au nom- 
bre des plus riches de l'Europe : le 
croira -t-on de la part d'un antiquaire 
saxon? Martini ne les avait pas vus! 
Très-savant en numismatique, il fai- 
sait grand mystère de ses connais- 
sances, était avai-e de renseigne- 
ments, de communications, ne fai- 
(l'sait voii" qu'avec parcimonie, et com- 
me une insigne faveur, les médailles 
un peu rares de sa collection, et ne 
lisait de leçons d'archéologie que de- 
vant un auditoire d'élus et d'intimes, 
in privatissimis comme il le disait. Son 
enseignement était méthodique, sage, 
positif, mais tout mécanique, dépourvu 
d'inspiration et quelquefois suranné. 
C'était vraiment chose plaisante que 
de l'entendre raisonner sur l'éloquen- 
ce , ce qu'il lui fallait faire cependant, 
puisqu on lui avait donné une chaire 
d'floquence ; et quant à l'art, outre 



MAR 



257 



qu'il n'en avait jamais conçu la par- 
tie idéale et transcendante, celle qui 
est l'art à proprement parler, en fait 
de statues, de peintures , il s'en rap- 
|X)rta trop exclusivement à Winckel- 
inann, aux sources françaises, et à 
quelques touiistes anglais, dont, qui 
veut juger de l'ail doit commencer 
par répudier les opinions toutes ré- 
pandues qu'elles peuvent êtie (lui- 
même eut le tort de contiibuer à po- 
pulariser ces erreurs), et en fait de 
médailles, son exposition ne va guère 
au delà d'une iconographie sèche. En 
revanche , on doit avouer qu il con- 
naissait bien le technique de la nu- 
mismatique et principalement de celle 
des cuivres et bronzes. Sachant d'ail- 
leurs tiès-bieu le français, l'anglais, 
l'italien, écrivant ces deux dernières 
langues au point d'étonner ceux avet' 
lesquels il correspondait, il en tirait 
de grandes ressources pour l'explica- 
tion facile et lucide des médailles du 
moyen âge et des pièces modernes : 
et un moment après la mort d'Er- 
nesti, il fut le seul, à Leipzig, qui fût 
nommé comme possédant à un de- 
gré remarquable cette branche de la 
science archéologique. C'est dans 
cette phase de sa vie que, plus que 
jamais, il se drapa dans sa numisma- 
tique, et prit des aiis de mandarin, le 
tout sans rire, car il ne riait jamais. 
Il rit encore moins quand Beck se mit 
à faire, sur le sujet que Martini enve- 
loppait de tant de mystères , des lec- 
tures qui bientôt furent proclamées 
égales aux anciennes en érudition, et 
supérieures aux siennes en inspira- 
tion, en sentiment de l'art; et mille 
fois moins encore quand le célèbre 
antiquaire Sestini, qui le connaissait 
personnellement , porta sur lui, dans 
un nouvel ouvrage, un jugement sé- 
vère mais juste, et auquel se rapporte 
le nôtre de tous points. Martini raou- 
17 



258 



MAR 



rut le 20 décembre 1794. On a de 
lui : I. Antiquorum monimentorum 
sylloge, coUegit, partim interpretatus 
est et edidit, Leipzig, 1783 et 1787, 
2 parties(ou, si l'on veut, deux recueils : 
le second est intitulé en effet Sylloge 
altéra). C'est la description de son 
propre cabinet et un des ouvrages qui 
fondèrent sa réputation. Effectivement, 
outre les indications positives qu'il 
contient, il s'y trouve beaucoup de 
remarques ingénieuses, de conjectu- 
res savantes et qui méritèrent l'ap- 
probation d'Eckbel lui-même. II. Pom- 
peii ressuscité (das gleichsam ausle- 
bende Pompeii), ou Essai sur l'histoire, 
l'origine , les révolutions et la catas- 
trophe de cette ville, sur les recherches 
faites pour en retrouver l'emplacement, 
sur les ouvrages dart et les monuments 
qu'on y a dé tarés, Leipzig, 1779. C'é- 
tait sans doute une tentative louable 
que de présenter ainsi , réuni en un 
volume, le récapitulé de tout ce qui 
se rapporte à la cité grecque si mi- 
raculeusement enfouie pendant 17 
siècles, si miraculeusement retrou- 
vée au bout de ce laps de temps. 
Mais nulle part peut-être , l'insuffi- 
sance des sources auxquelles Martini 
puisait, la fausseté de l'esthétique qui 
dominait ses jugements, la sécheresse 
de son esprit , n'éclatent plus que 
dans un ouvrage , qui, sérieusement 
parlant, ne devait être écrit qu'en ayant 
Pompeii sous les yeux ou sous l'im- 
pression de ce grand spectacle : il suit, 
il transcrit Hamilton ; il eût mieux fait 
d'aller passer un mois dans les rues 
à demi déblayées de la ville souterraine 
ot au muséede Portici. Aussi son Pom- 
peii ressuscité est-il au vrai Pompeii 
ce qu'une momie est au corps vivant. 
IIL La seconde partie de la Descriptio 
Musei Franciani, Leipzig, 1780, grand 
in-8° (la 1' est de Rey). IV. Cours aca- 
démique sur l'archéologie littéraux 



MAR 

d'après le manuel dtEmesti, Alten- 
bourg, 1796, grand in-8°, posthume, 
rédigé par un auditeur et revu par 
G.-G. Harles. V. Deux petits ouvra- 
ges purement scolastiques : 1° Les 
Eléments de la langue grecque, Leip- 
zig, 1789 , in-8'' ; 2" Manuel de lec- 
ture (Lesebuch) pour les élèves qui 
commencent le lutin et le grec, Leip- 
zig, 1783, in-8'', plus les tomes IV et 
V des Extraits de [histoire ancienne 
à l'usage de la jeunesse sur le plan de 
madame Leprince de Beaumont , 
1779 et 1781, in-8° (les trois volu- 
mes précédents sont de Jean-Adolphe 
Schlegel). VI. Des Mémoires ou notices 
philologiques, au moins en grande 
partie, savoir : 1° Conjecturarum in 
aliquot Livii loca periculum, Anna- 
berg, in -4"; 2° Conjecturar. Liviana- 
rum periculum I, II, III, Ratisbonne, 
1767 et 1768, in-4" (le précédent 
travail y est compris); 3" Conjecturas 
in aliquem Xenophontis locum, Anna- 
berg, 1763, in-4°; 4» et 5° Commen- 
tatio critica super loco Cic. off. II, 2, 
Leipzig, 1771, in-4" ; et Vindiciœ 
ejusdem, Leipzig, 1772, in-4"'. VIL 
Des Mémoires ou Notices historiques 
au nombre de sept : 1» De fœdere 
primo Carthaginiensium cum pop. ro- 
mano, Annaberg, 1761, in-S"; 2" De 
fœdere secundo Carthaginiensium cum 
pop. romano, Annaberg, 1761, in-S" ; 
3° Dcfad. 3 et 4, etc., Annaberg, 1762; 
4» Prog. de Spartiatarum mora, Leip- 
zig, 1771, in-4" (on sait que la Mora 
était la principale division de l'ar- 
mée lacédémonienne , celle qui se 
subdivisait en lokhos, etc.; mais que 
cependant il resterait à déterminer si 
elle se composait de 400 , de 500, 
de 700 ou de 900 hommes, incerti- 
tude qui tient probablement à la diver- 
sité des époques); boProg.de Sccuritate 
quasi Dea culta, Leipzig, 1774, in-A"; 
go Pf, Odéous des anciens (en ail.), 



MAR 

Leipzig, 1767, in-S"; T De Grœcorum 
certaminibus poeticis prolusio, Leipzig, 
1769, in-i". VIII. Des mémoires et 
notices archéologiques : 1° Prog. in 
inscriptionem romanam, etc., Leipzig, 
1773, in-4° ; 2° Propempticon quo de 
pompeianis imcriptionibus nnam in- 
terpretatur, Leipzig, 1779, grand in- 
8"; 3" Sur les cadrans solaires des an- 
ciens (en ail.), Leipzig, 1777, in-S" 
(c'est de tous les morceaux celui qui 
contient le plus de vues propres à 
l'auteur et qui fait le plus d'honneur 
à son sens archéologique); 4°, 5°, 6° 
(bien qu'il ne s'agisse plus ici d'anti- 
quités dans le sens sti'ict) : Diss. de 
thuris in veter. Christianorum. sacris 
usu, Leipzig, 1752, in-4'' ; Prog. de 
Oziu, odores sacros incendente , Anna- 
berg, 1761, in-S"; Prolusio qua Sulo- 
mon et Ozias odores sacros incendentes 
interse comparantur, Annaberg, 1 762, 
in-4''; 7°. Les jugements des moder- 
nes sur Fart musical des anciens, peu- 
ve7it-ils jamais être in'éfragables? Non ! 
(Beweis dass der Neuen Urth... nie 
eutscheidend seyn kœnnen) , Ratis- 
bonne, 1764, in-8°. IX. Des Dissertât. 
ou Discours sur des points d'éduca- 
tion, de littérature, etc., qu'il est inu- 
tile d'énumérer ici. X. Des Arts dans 
la Noiiv. Biblioth. des sciences et 
arts (en allem.) ; une Lettre au défen- 
seur d'un distique chronologique de 
ville impériale cotitenant beaucoup 
de remarques appuyées d'exemples 
grecs sur cette espèce de jeu d'esprit (V, 
n, 201-241) et un Essai sur les joutes 
musicales des anciens (^^I, I, 1-37, et 
n, 205-231) auquel il faut comparer 
la De Grœcor, certaminib. poeticis prol. 
XI. Des ti'aductions en allem. de trois 
ouvrages anglais (les Considérations 
de Duncan Forbes sur les sources de 
t incrédulité , sur la deuxième édition 
avec des remarques, Leipzig, 1752, 
in-4*' ; le Jour du jugement et autres 



MAB 



259 



poésies d'Olgi^e, Leipzig, 1776, in-8°, 
et la f^ie de Gustave-Adolphe par Ilar- 
te, Leipzig, 2 vol. in-4'', 1760 et 61, 
avec préface et remarques de Boeh- 
mer), et des ouvrages français qui sui- 
vent: 1" Les Sermons deDan.deSunévil- 
le,Leipzig,1755, in-8° ,2^ tlntroduct. à 
la peinture de Roger de Piles , Leip- 
zig, 1760, in-S"; 3" Les costumes dans 
Fantiquité par Lens, Dresde , 1784, 
grand in-S" (cet écrit ne méritait point 
les honneurs de la traduction : Mar- 
tini du reste le fit précéder d'une sa- 
vante préface , mais qui justement 
prouve qu'il n'avait pas vu cette ga- 
lerie de Dresde dont il a été question 
plus haut). XII. Des éditions ou plutôt 
réimpressions à l'usage de son cours : 
1" de ÏHippolyte d'Euripide, texte et 
;iotes de Brunck, Leipzig, 1788, in-S": 
Aei Phéniciennesàu même poète, texte 
etnotesdumême savant, Leip., 1793, 
in-8'';3° des Dial. choisis de Lucien(sur- 
tont Dialogues des Dieux) avec double 
index, Leipzig, 1794 , grand in-S" ; 4* 
du de Beghardis et Beguinabus com- 
mentarius de Mosheira, Leipsig, 1790, 
in-S". (Martini a enrichi ce fragment, 
édité à neuf sur le manuscrit de l'au- 
teur, d'un double appendix, de va- 
riantes , de notes et de tables); 5° de 
ï Archœologia litteraria d'Emesti , 
Leipzig, 1790, in-8'' f'avec des Excur- 
sus où se reconnaissent à la fois l'é- 
rudition et la sécheresse toutes méca- 
niques de Martini. P— -ot. 

MARTIXI (Frédéric-Hesri-Gcil- 
laume), médecin naturaliste, fonda- 
teur de la Société des Curieux de 
la Nature de Berlin, naquit le 31 
août 1729, à Ohsdruf, dans l'État de 
Saxe-Gotha. Son père, qui apparte- 
nait à l'église protestante, et qui 
mourut en 1739 surintendant, vou- 
lait en faire un théologien , et il 
l'envoya dans cette vue à l'Université 
d'iéna; mais bientôt la faiblesse de 
17. 



260 



MAB 



sa poitrine le fit renoncer à une car- 
rière qui nécessite un fréquent déploie- 
ment de la parole devant le public , 
et il se retourna du côté de la mé- 
decine. Il alla donc suivre des cours 
relatifs à cette nouvelle profession, 
d'abord à Berlin (1753), puis à 
Francfort-sur-l'Oder, et c'est là qu'il 
prit le grade de docteur, en 1757. 
Il alla ensuite s'établir comme mé- 
decin, dans la petite ville d'Artem, 
où il exerça quatre ans. Mais ce sé- 
j our ne lui convenait pas, non-seu- 
lement parce que la pratique très- 
limitée était très-peu lucrative, mais 
aussi parce qu'il éprouvait le besoin 
de puiser de près aux grands foyers 
d'instruction, et d'être en contact 
avec les savants, les promoteurs de 
la science. Gleditsch, un de ses pro- 
fesseurs, comprit ce besoin, et s'em- 
ploya pour qu'il eût une clientelle à 
Berlin. Martini revint donc dans cette 
capitale de la Prusse (1761), et s'y 
établit. Sa position n'y fut jamais 
brillante, mais du moins, il vécut 
sans être aux prises avec de dures 
nécessités, et il aurait été sans doute 
fort à l'aise, s'il n'eût eu quelques 
charges de famille, et s'il eût exclu- 
sivement consacré à la pratique la 
force d'esprit et le temps qu'il con- 
sacrait aux études, et aux travaux 
de son choix. Ces travaux, même 
lorsqu'ils se résolvaient en écrits , 
n'étaient que peu productifs, et sou- 
vent ne l'étaient point ; et si , pour 
les uns, le libraire risquait l'avance 
d'une faible rétribution, les autres 
devaient être imprimés aux dépens de 
l'auteur, ou bien c'est lui qui en fai- 
sait la spéculation, il en résulte que 
nécessairement c'était pour lui «les 
travaux de surcroît, pour Icscpcls il 
prenait .sur les nuits, ou sur les heu- 
res de loisirs ; et, pour une consti- 
tution plus que délicate, ce régime 



MAR 

était loin d'être hygiénique. Aussi 
peut-on, en n'exagérant pas ce mot, 
considérer Martini comme un des 
martyrs de la science, et puisque 
c'est à la zoologie qu'il s'appliqua de 
préférence, comme un des martyrs 
de l'histoire naturelle. Cette étude , 
une des sciences subsidiaires du mé- 
decin, avait déjà pour lui un attrait 
particulier au temps où il n'était 
qu'élève, et il y avait fait des progrès, 
grâce à la conversation de Gleditsch, 
de Mekel, du célèbre Cartheuser, 
grâce aussi à ce qu'il avait un Ubre 
accès au cabinet d'histoire naturelle 
de Kaltschmidt. Pendant son exil 
d'Artern, il mit à profit les excur- 
sions qu'il faisait à la campagne, 
pour commencer un cabinet de co- 
quillages. Une fois de retour à Ber- 
lin, c'est surtout de ce côté que 
se tourna toute son ardeur. Non 
content de connaître et les livres et 
les objets, il voulait aussi se mettre 
en rapport avec les hommes qui s'oc- 
cupaient des mêmes études, et qui 
avaient les mêmes prédilections que 
lui. Ue là une correspondance fort 
active avec un grand nombre de sa- 
vants étrangers à Berlin. Aspirant 
non-seulement à savoir, mais à faire 
savoir, et à faire découvrir, en un 
mot, à enrichir l'histoire naturelle, et 
d'autre part, sentant que si un jour 
devait venir où les princes et les 
États encourageraient cette science 
par leur munificence, c'était pourtant 
par la science même que devaient 
être faits les premiers pas, et que 
l'aide lui serait d'autant plus sûre- 
ment acquise qu'elle n'aurait pas 
besoin d'aide, il conçut le plan d'une- 
association scientifique, qui, sans 
autre appui que les propres ressour- 
ces de ses membres, se vouerait aux 
progrès de l'histoire naturelle, aurait 
des séances périodiques, produirait ou 



MAR 

provoquerait des mémoires, publierait 
un recueil, formerait une bibliothèque 
et des collections, etc. Il comprit aussi 
que Berlin , centre naturel de l'Alle- 
magne du nord, depuis que le grand 
Frédéric avait mis la Prusse si 
haut, était admirablement placé pour 
être le siège d'un semblable établis- 
sement. Son influence personnelle, 
I tant par lettres que de vive voix, dé- 
termina la création qu'il souhaitait ; 
et, le 9 juin 1773, la Société des Cu- 
rieux de la Nature se constituait, 
composée d'un noyau de sept mem- 
bres, qui à l'unanimité firent choix 
de Martini comme secrétaire : quatre 
mois après, elle comptait des corres- 
pondants renommés, dans dix villes 
principales de l'Allemagne, de Prague 
a Hambourg, et aussi à Copenha- 
gue, Stockholm, à La Haye, à Dant- 
zig, à V'oiise, à Vicence. Ce rapide 
succès, cette extension qui devait 
faire converger tant de découvertes 
à Berlin, et dès- lors le haut rang que 
prit la nouvelle association dans l'o- 
pinion des hommes spéciaux, furent 
une des plus douces récompenses que 
put recevoir Martini. La Société mé- 
dicale de Cunéo, celle de Drontheim, 
avaient contribué à lui donner l'idée 
de la sienne ; mais celles-ci , malgré 
lem* mérite réel, se trouvaient bien 
échpsées par la sienne. Le centie de 
Mai'tini était mieux choisi, sa sphère 
d'action devait être plus considérable: 
la maintenir ou l'agrandir était facile, 
pour peu qu'elle eut toujours un se- 
crétaiie doué des qualités de Martini, 
fût-ce à un degré moins haut. Cet 
homme à qui la science doit tant, et 
dont le nom, comme homme influent, 
est digne d'être mis à côté de ceux 
de Buffon et de Linné, ne survécut 
que peu d'années à la création de sa 
société. Revenant dune promenade à 
cheval, le 27 juin 1778, il fut saisi 



MAR 



261 



de paroxismes si violents à la poi- 
trine, qu'à peine put-il mettre pied à 
terre, et qu'emporté plus moit que 
vif dans sa maison, il expira peu 
d'heures après. Il ne laissait en quel- 
que sorte point de fortune. Son ca- 
binet d'histoire naturelle, fort riche 
pour un particulier, et pour le temps, 
fut vendu assez avantageusement, 
mais fut dispersé, par le fait même 
de la vente. La conchyliologie sur- 
tout y était représentée pai" un grand 
nombre d'espèces, dont beaucoup 
n'avaient été décrites, ni par Linné, 
ni par d'autres, si ce n'est lui : il s'y 
trouvait aussi des objets précieux dans 
la partie minéralogique, et dans celle 
qui se rapportait aux coraux et aux 
autres zoophytes. Toutefois cette col- 
lection était bien loin de celles qui, 
depuis, ont été formées par tant de 
particuhers, les uns très-riches, les 
autres venus en un temps où le 
grand nombre des voyages scienti- 
fiques, et la multiphcité des commu- 
nications, avaient lendu infiniment 
plus facile ce gem-e de thésaurisa- 
tion. Martini, malgré la courte du- 
rée de sa carrière littéraire ( qua- 
toi-ze ans), a laissé un grand nombre 
tant d'écrits originaux que de tra- 
ductions. Les voici : I. Nouveau ca- 
binet de conchyliologie, dans un ordre 
systématique, etc. ( >'eues systematis- 
ches Conchyliencabinet.... ) , 1768- 
88, 10 vol. grand in-4°, avec de 
nombreuses gravures en taille-douce, 
et vignettes imprimées. Cet ouvrage 
long-temps classique, et qui n'a été 
dépassé que dans ces vingt dernières 
années, sans même avoir été encore 
complètement remplacé sous tous les 
rapports, était exécuté avec un soin 
et un luxe que rarement on appor- 
tait à cette époque aux planches 
d histoire naturelle, et qui ont con- 
tribué à donner atu dessinateiu^ na- 



262 



MAR 



turalisles l'impulsion et l'élan qui 
ont produit tant de chefs-d'œuvre 
dans cette partie de l'ait appliqué à 
à la science. Martini ne put le con- 
duire que jusqu'au quatrième volume: 
à partir de là, ce fut Chemnitz, de 
Copenhague, qui en continua la ré- 
daction et l'exécution. Une excellente 
table générale du surintendant Schrœ- 
ter, de Buttstœdt, termine le dixiè- 
me volume. Chemnitz en donna un 
onzième en 1796, et même en pro- 
mit un douzième, mais qui n'a jamais 
paru. II. Dictionnaire d'histoire natu- 
elle, d'après le plan de Valmont de Bo- 
mare (m. à m. Histoire naturelle uni- 
verselle, par ordre alphabétique... ,KWp. 
Geschichte d. Natur, in alph. Ord- 
nung), 1774-1793, 10 vol. gr. in-S». 
Les quatre premiers seulement sont 
de Martini, les deux suivants eurent 
pour autem- Otto, les cinq derniers 
furent publiés par Krunitz. Ces onze 
volumes pourtant ne menaient que 
jusqu'à l'article Cocjuillo, et à ce 
compte, il eût fallu au moins quatre- 
vingts volumes pour compléter le dic- 
tionnaire. C'était bien la proportion 
de Martini, qui, dans son quatrième 
volume, entamait à peine la lettre B 
(Bachsteinbrech en est le dernier ar- 
ticle) ; et le grand Dictionnaire de 
Levrault est à peu près sur cette 
échelle, sans que les hommes qui, soit 
accidentellement, soit par profession 
ont besoin d'avoir recours à ce réper- 
toire, se soient plaints de la base 
sur laquelle ont opéré les auteurs. 
Mais, en 1770, il en était aulrcment, 
l'entreprise sembla gigantesque; ce 
■qui la rendait très-difficile surtout, 
c'est que Martini se chargeait à peu 
près de tout rédiger : mais peut-être 
était-ce là ce dont on s'occupait le 
moins ; el ce qui rendait vraiment la 
spéculation périlleuse, c'était la gran- 
deur mérae des dimensions, qui ef- 



MAR 

frayait et éloignait les acheteurs. Les 
amis de Martini l'avaient senti eux- 
mêmes ; et il ne manqua pas de con- 
seillers, qui l'engageaient à restrein- 
di"e son plan, et qui en déclaraient 
l'exécution impossible. Martini persé- 
véra ; et s'il eût vécu , peut-être en 
fût-il venu à pouvoir dite Exegi mo- 
numentuni ! Les quatre premiers vo- 
lumes se succédèrent assez, rapide- 
ment, en 1774, 75, 77 et 78 : il est à 
croire qu'il eût été plus vite ensuite ; 
beaucoup d'articles postérieurs se 
trouvaient rédigés en même temps 
que les premiers, et peut-être fût-il 
arrivé à l'idée si simple de s'adjoindre 
des collaborateurs réguliers. Vingt- 
cinq ans auraient suffi à terminer les 
quatre-vingts volumes. Tel qu'il est, le 
dictionnaire non terminé de Martini , 
indépendamment de la valeur réelle 
qu'il a, par lui-même et par les nom- 
breuses planches qui l'accompagnent, 
atteste la largeur et la vigueur d'es- 
prit de l'auteur, qui conçut un réper- 
toire alphabétique d'histoire natu- 
relle sur de si vastes bases : ce sont 
les premières et formidables assises 
d'un édifice inachevé, mais monu- 
mental : on l'a délaissé, mais c'est sur 
ce plan, on ne saurait le nier, quon 
a depuis élevé les édifices de même 
nom ; et si l'immense popularité dé- 
sormais acquise à l'histoire natmelle, 
si la facilité résultant d'une part de 
l'abondance des matériaux, des col- 
lections, des recueils spéciaux, de 
l'autre de la disposition actuelle des 
honuncs de lettres et savants à la 
collaboration, ont rendu Irès-prati- 
cable ce qui semblait chimérique à 
l'époque de Martini, ce changement 
de circonstances n'ajoute et n'6te rien 
à l'idée qu'on doit se faire du plan 
en lui-même, et de Ihomme qui le 
crut réalisable, parce qu'il sentait en 
lui soit comme travailleur , soit 



4êêA 

comme homme d'action, ce quil fal- 
lait pour le réaliser. 111. Le Magasin 
de Berlin (Berlinischcr Magasin), ou 
Recueil de mémoires et de notices 
pour les amis de Fart médical, de 
t histoire naturelle et des sciences, 
etc., 1763-1769, in-8», 4 vol., chacun 
de six livraisons, (avec des planches). 
Ce recueil semi-périodique, exclusi- 
vement sous la direction de Martini, 
contient de lui un très-grand nombre 
de morceaux. IV. Recueil de Berlin 
(Berlinische Sammlungen), pour Fa- 
vancement de la médecine, de f his- 
toire naturelle, de téconomie domes- 
tique, des sciences administratives et 
de la bibliographie relative à ces di- 
verses branches du savoir htimain, 
1769-79, in-S», chacun aussi de six 
livraisons, et avec gravures. Chaque 
tome est accompagné d'une table 
très-commode. De même que pour le 
recueil précédent, Martini fut seul 
directeur et principal rédacteur des 
Sammlungen. Ces dix volumes pré- 
sentent en général à l'homme du 
monde, à Tamateur, quelque chose 
de plus agréable que les précédents : 
par cela même, pris en masse, ils 
sembleraient de nos jours former un 
tout moins scientifique par l'austérité, 
la dignité qui sont les premières con- 
ditions d'un recueil spécial et sé- 
rieux. Cependant la- multitude des 
bons travaux qu'ils contiennent, leur 
ont conservé un rang. La plupart se 
réfèrent à l'histoire naturelle et à la 
médecine. Parmi les premières, se 
trouvent d'excellentes descriptions et 
de bonnes figures. La bibliographie 
sans être exquise ou complète, con- 
tient beaucoup d'indications utiles, 
parmi lesquels il faut placer au pre- 
mier rang, et celle des articles parti- 
culiers donnés dans des recueils scien- 
tifiques, et l'analyse plus ou moins 
détaillée des ouvrages rares ou inédits. 



"UiA 



263 



Beaucoup de morceaux 'des Sdmrw» 
lungen sont de simples traductions 
(parfois avec notes) : l'éditeur indique 
toujours cette circonstance et la 
source. IV. Mélanges ( Mannigfalkei- 
ten), 16 vol. gr. in-S", recueil hebdo- 
madaire dont il faut distinguer quatre 
séries (deux entières du vivant de 
Martini et sous sa direction). 1° Les 
Mélanges, 1770-1773: 2° les Nou- 
veaux Mélanges, 1774-1777 ; 3" les 
Derniers Mélanges (neuesteMannigf.), 
1778-1780 (ceux-ci contiennent en- 
core divers morceaux de Martini , 
qui en dirigea presque tout le pre- 
mier volume : la haute-main fiit en- 
suite transférée, selon toute appa- 
rence, à Otto); 4° les derniers Der- 
niers Mélanges ( Allerneueste Man- 
nigf.), 1781-1784. Bien que ce re- 
cueil n'ait pas toute l'importance 
du précédent , il contient encore 
de très-bonnes choses, surtout en 
fait d'histoire naturelle. V. Diverses 
traductions , savoir : 1" un commen- 
cement considérable de la traduction 
complète de Buffon. Ce commence- 
ment comprend Y Histoire naturelle 
générale , 1771-1774 , gr. in-8«, B ; 
Y Histoire des quadrupèdes, 1772-1777, 

5 vol. gr. in-8**, avec beaucoup de 
planches noires ou enluminées, con- 
tinuée, après la mort de Martini, par 
Forster, et à partir du tome VII, par 
Otto, qui toutefois ne termina pas, 
C; Y Histoire naturelle des oiseaux, 

6 vol., 1772-1777, continuée de 
même par Otto , qui alla au-delà 
du XXX* volume. La traduction de 
Martini n'est point une servile repro- 
duction de l'original : il a changé, 
ajouté, annoté, et sous tous ces points 
de vue, Y Histoire naturelle allemande 
a une valeur intrinsèque, qui lui as- 
signe un rang dans toutes les biblio- 
thèques d'histoire naturelle, à côté 
de l'original et indépendamment de 



264 



MAB 



l'original. 2° La traduction du Traité 
des coquilles qui se trouvent aux en- 
virons de Paris, par GeofFroy, 1767, 
in-8°, avec des remarques, pour l'é- 
claircissement du texte ; 3" la traduc- 
tion du Fojarje au Sénégal d'Adan- 
son, Brandebourg, 1774, gr. in-S", 
avec des remarques toujours dans le 
même système ; 4" une traduction de 
l'Histoire naturelle des araignées de 
Lister, QuedlinbourgetBlankenbourg, 

1778, gr. in-8°, 5 pi. (posthume). 
Tous les autres ouvrages sont traduits 
du français ; celui-ci l'était du latin. 
Martini, suivant sa coutume, y avait 
fait des additions importantes; après 
sa fin prématurée , Gœze , qui fut 
chargé de la publication du manus- 
crit , y ajouta aussi plusieurs mor- 
ceaux qu'il signa. V. Recueil des tra- 
vaux des Curieux de la nature (Bes- 
chaeftigungen d. Gesellchaft Watur- 
forsch. Fseunder), 1775-1777,3 vol.; 
le quatrième volume ne parut qu'en 

1779, après la mort de Martini. VI. 
Entretiens de lajeunesse (jugendl. Un- 
terredungen) pour les enfants qui ont 
envie d'apprendre, Berlin, 1770-1775, 
2 vol. Vin. Divers écrits d'impor- 
tance secondaire, tels que : 1" Diss. 
chimico-inedica (praîs. Cartheusero) 
de Chenopodio ambrosioide, l'ranctort- 
sur-i'Oder, 1757, m-¥; 2° Un mot à 
mes amis des deux sexes {EtVDas f. 
meine Freunde unde Fivundinnen), 
Nurenberg, 1766, in-8"; 3" Corres- 
pondance entre amis ( freundschaft- 
liche Briefe), par divers auteurs, etc., 
Nurenberg, 1767, in-S"; 4" le Prin- 
temps dans la Fallée, Magdebourg, 
1796, in-S", posth. publié par Tie- 
bcl ; 5° divers articles dans des re- 
cueils autres que les siens, notam- 
ment dans le Mercure allemand de 
ly^ieland; 6" tle l'imperfection de 
presque tous les Manuels pratiques de 
médecine, comme introduction en télé 



MAR 

de l'édition de Tissot, Hambourg, 
1767, in-S" ; 7° Esquisse d'une société 
de journaux d'utilité générale, et ca- 
talogue de la bibliothèque qu'elle au- 
rait, Berlin, 1774, in-4°; 2= édit., 
1775, gr. in-8°; 8° Catalogue d'une 
collection d'objets naturels et d'objets 
d'arts (celle de Stahl)^ etc., Berlin, 
1773, in-8°; 9° plusieurs morceaux 
latins écrits pour des amis; 10° une 
part au Spectacle de la nature et des 
arts (allemand) et à la Description de 
Berlin et de Potsdam, par Nicolaï. La 
Fie de Martini a été écrite par Gœze 
son ami (Berlin, 1779, in-4"), auquel 
on peut reprocher de l'avoir un peu 
trop délayée; et on tiouve aussi sur 
lui des renseignements dans les Tra- 
vaux des Curieux de la Nature, tome 

IV (Berlin, 1779, in-8''). On voit le 
portrait de Martini en tête du tome 

V de la traduction de l'Histoire na- 
turelle générale et du tome 1*"^ des 
Mélanges. P — OT. 

MARTINIUS (Pierre), savant 
navarrois, fut appelé, en 1572, pour 
remplir une chaire dans le collège 
qiie les protestants venaient d'établir 
à la Rochelle. Le discours latin qu'il 
prononça, dans cette occasion, fut 
imprimé en cette ville, 1572, in-8". 
Martinius entendait parfaitement l'hé- 
breu, et il publia une grammaire de 
cette langue, qui fut adoptée par les 
écoles protestantes d'Allemagne, et 
traduite par la suite en anglais. Il la 
fit réimprimer avec une grammaire 
chaldaïque, en beaux caractères (1 590). 
Cet auteur mourut en 1594. Il avait 
une femme dont les charmes n'échap- 
pèrent pas à l'attention du jeune prin- 
ce de Navarre, depuis Henri IV. T — d. 

MAllTOKELLI ( Jacqi es ) , 
granunairieu et antiquaire, naquit à 
Naples, le 29 décembre 1699. hiitic 
<le bonne heuie à la connaissance 
des langues anciennes, il y fit de si 



MAR 

grands progrès, qu'en terminant ses 
cours, il fut choisi pour en donner 
des leçons au séminaire archiépis- 
copal, où il enseignait aussi la géo- 
métrie. En 1747, il se présenta pour 
concourir à la chaire de grec à l'Dni- 
versité ; mais il ne dut qu'à son élo- 
cation facile et brillante la préfé- 
rence sur son rival Jean Spena, 
qui, moins disert, lui était supérieur 
sous d'autres rapjwrts. Néanmoins le 
nouveau professeur sut attirer à ses 
leçxtns un grand nombre d'élèves. 
Four faciliter leurs progrès, il tra- 
duisit en italien la Méthode grecque 
de Port-Royal (loj. Cl. Laxcelot, 
XXllI, 317); il recueillit les meil- 
leurs opuscules sur les divers dia- 
lectes grecs, qu'il accompagna d'une 
version littérale. Un traité que ^lar- 
torelli publia sur un vase antique, 
conservé au Musée royal, et dont 
l'usage était contesté par les savants, 
le fit connaître comme archéologue ; 
il fut, lors de sa fondation, pourvu 
de la chaire d'antiquités grecques ; 
mais, déjà vieux et infirme, il ne put 
en prendre possession. Il mourut 
dune hydropisie, le 20 novembre 
1777, et fiit inhumé dans l'église 
Sainte- Amie, près du savant juriscon- 
sulte Pasq. Cirillo, l'un de ses meil- 
leurs amis. Martorelli passe pour un 
écrivain élégant : il avait fait une étude 
approfondie des poètes gi"ecs, et en 
particulier d'Homère; il était d'ail- 
leuis très-versé dans l'histoire. Mais 
l'esprit de svstème la quelquefois 
égaré, et il s'est servi de son immense 
érudition pour soutenir des para- 
radoxes moins solides qu'ingénieux. 
Outre les deux ouvrages de gram- 
maire déjà cités, on a de lui : I. De 
regia theca calumaria, Naples, 1756, 
2 vol. in-i", fig. C'est la description 
du vase antique du Musée royal. 
Quelques savants conjecturaient que 



BIAR 



26S 



le vase avait dû servir à renfermer 
des parfums ; Martorelli soutient que 
c'est un écritoire, mais, pour établir 
son opinion, qui d'ailleurs est assez 
probable, il a cru devoir remonter à 
l'origine de l'écriture, et passer en 
revue les divers procédés dont on 
s'est servi pour écrire chez toutes 
les nations. Examinant ensuite les fi- 
gures en argent incrustées sur ce 
vase, il cherche à prouver qu'elles 
représentent les sept planètes ; enfin 
il étend ses recherches jusqu'au pre- 
mier possesseur de ce meuble, qu'il 
croit avoir de^•iné. Toutes ces di- 
gi-essions rendent fatigante la lec- 
ture de ce livre assez rare et cu- 
rieux. II. Deir antiche colonie fenute 
in Napol't, ibid., 1764-73, 2 vol. 
in-4''. Quoique publié sous le nom de 
Mich. Maccineca, son disciple, cet 
ouvrage est incontestablement de 
Martorelli {voy. la Bibtiot. Napolitana 
de Giustiniani, 7). Le premier volume 
traite des colonies envoyées par les 
Phéniciens; le second de celles qui sont 
venues de l'Arabie. Un troisième con- 
sacré aux colonies arrivées d'Afrique, 
et qui, suivant Giustiniani, ne pouvait 
manquer de faire le plus grand hon- 
neur à Martorelli, était sous presse, 
lorsqu'il mourut. L impression sus- 
pendue par cet événement, n'a point 
été reprise, parce que l'auteur pré- 
tendu n'ira jamais v mettre la main. 
Cet ouvrage est savant, mais para- 
doxal, et l'opinion de MartoreUi sur 
l'origine de INaples, quoique présentée 
avec beaucoup de talent, et appuyée 
de toutes les ressources d'une éru- 
dition peu commune, n'a point été 
adoptée par ses compatriotes. W — s. 
MARTOS ( IwA>- - Petrowich ) , 
sculpteur russe , naquit vers 17a5 à 
Itchnia. dans la Petite-Russie. S'étant 
rendu à Saint-Pétersbourg, il exécuta 
pour diverses familles quelques petits 



MAR 

travaux, qui furent montrés à l'impé- 
ratrice Féodorowna. Cette princesse, 
charmée des dispositions du jeune 
sculpteur, le prit sous sa protection 
et le fit envoyer à Rome en qualité de 
pensionnaire du gouvernement. Mar- 
tos y passa trois années, et se lia sur- 
tout avec les peintres Raphaël Menci 
et Pompée Battoni. A son retour, le 
gouvernement lui confia l'exécution 
de plusieurs monuments qui valu- 
rent à leur auteur une prompte cé- 
lébrité. Martos a doté de ses chefs- 
d'œuvre les principales villes de l'em- 
pire russe; on trouve de lui un grou- 
pe colossal en bronze de Minin etPoz- 
karski , à Moscou ; les monuments de 
l'empereur Alexandre à Taganrok; du 
duc de Richelieu à Odessa; de Lomo- 
nosow à Archangel ; de Potemkin , à 
Cherson, etc. Le château de Pélerhoff 
possède un Actéon^ et l'église de Grusi- 
no plusieurs saints. Toutes ces statues 
se distinguent par la simplicité et le 
naturel. Martos excellait surtout dans 
les draperies. Il était conseiller d'État 
et directeur de l'Académie des Beaux- 
Arts de Saint-Pétersbourg, où il mou- 
rut le 17 avril 1835, à l'âge de quatre- 
vingts ans. Z. 

aiARïYIV (le révérend Thomas), 
de la société royale de Londres, pro- 
fesseur de botanique à l'université de 
Cambridge, etc., fils d'un médecin de 
Chelsea {yoy. John Martyn, XXVII, 
334), professeur de botanique à Cam- 
bridge, naquit en 1735. Après avoir 
fait d'excellentes études, il fut profes- 
seur de botanique, tuteur du collège de 
Sidney-Sussex, et s'y distingua dans 
les cours qu'il faisait en anglais, con- 
tre l'ancien usage qui était de les faire 
en latin. En 1764, il fut nommé dé- 
puté ou procureur de l'université. Peu 
après, il entreprit la tâche laborieuse 
(le traduire les Antiquités d'IIercula- 
num , conjoinlenicnt avec le docteur 



MAR 

Lettice. Vers 1772, il fut nommé rec- 
teur de Luggershalletde Litle Marlow. 
Pendant une partie de cette période 
de temps, il fut gouverneur de quatre 
ou cinq jeunes gens riches, parmi les- 
quels était l'amiral actuel, sir John 
Borlase "Warren, avec lesquels il voya- 
gea en France, en Suisse et en Italie. 
A son retour, il conserva quelques 
années la cure de Litle Marlow ; 
mais il la quitta afin d'aller exercer à 
Londres l'emploi de secrétaire hono- 
raire de la société pour l'encourage- 
ment et l'amélioration de l'architec- 
ture navale. Vers ce temps, il entre- 
prit, d'après les instances de quelques 
libraires, de compléter le Dictionnaire 
du jardinier, de Miller. Il avait aupa- 
ravant rempli tous ses devoirs à Cam- 
bridge, en faisant des cours sur les 
règnes animal et minéral, en tout ce 
qui a quelque rapport à la botani- 
que. Sa conduite et ses talents don- 
nèrent tant de satisfaction au gou- 
vernement qu'il fut nommé, sous 
l'administration de Pitt, professeur 
royal, avec des appointements consi- 
dérables. Martyn avait été, en outi'e, 
nommé curé d'Egdware, village situé 
à quelques lieues de Londres; il sut 
toujours concilier les devoirs de son 
ministère avec ses travaux scientifi- 
ques et littéraires. Il mourut le 3 
juin 1825 à Patenhall-Rectory , dans 
le comté de Bedford , âgé de 90 
ans. On a de lui : I. Plantœ cantabri- 
(jienses, 1763, in-8". II. Notice sur une 
donation faite nu Jardin de botanique, 
par le docteur TFalkcr, 1763, in-4". 
III. Le Connaisseur anglais, 2 vol. in- 
12 , 1763. IV. Sermon au bénéfice 
de l'hôpital d'Àddcnbrooke , in-4". 
1768. V. Dissertation et remarques 
critiques sur /'Enéide de Firgilc, par 
J. Martyn , son père , avec la vie de 
l'auteur, in-12, 1770. Il y défend Vir- 
gile du reproche d'anachronisme re- 



MAR 

lalivemcnt à la fondation de Caithage. 
VI. Catalogui hotti botanici cantabri- 
(jiensisy in-S", 177t. VIL Antiquités. 
d'Herculaiium , traduites de l'italien , 
\a-i-°, 1773. VII. Éléments d'histoire 
naturelle, in-8° , 177 6. IX. Le conchy- 
liologiste universel, dessiné et peint d'a- 
près nature et arrangé selon le système 
de l'auteur (en anglais et en français), 
Londres, 1782, 2 vol. in-folio, max. 
obloog. X. Lettres de Rousseau sur les 
éléments de l'histoire naturelle; trad. 
du français, 2 vol. in-8% 1786; 2' édi- 
tion, 1787. L'année suivante, ISodder, 
peintre en botanique de S. M. B., gi-a- 
va 38 dessins pour les Eléments d'his- 
toire naturelle; il y ajouta des expli- 
cations pour éclaircir le système de 
Linné, etc. XI. Notice sur un voyage 
en Suisse , in-8°, 1787. XII. Le Guide 
du voyageur en France, in-8'', 1787. 
Xni. Expose succinct de la nature, de 
l origine et des progrès d'un établisse- 
ment particulier formé pour instruite 
la jeunesse dans l'art d'expliquer et de 
peindre des sujets dhistoire naturelle 
(en anglais et en français), Londi'cs, 
1789, in -4". XIV. Le Guide du voya-- 
geuren Italie, traduit de l'anglais, in- 
8", 1791. XV. L'entomologiste anglais, 
représentant tous les insectes coléo- 
ptères qui se trouvent en Angleteire ; 
et comprenant plus de 500 différentes 
espèces, pour lesquelles on a adopté la 
nomenclature et la classification de 
Linné (en anglais et en fi-ançais), Lon- 
dres , 1792 , grand in-i", avec des 
fig. color. XVI. La langue de la bo- 
tanique , ou Dictionnaire des termes 
de cette science, in-S", 1793; une 2* 
édition en a été faite en 1796, et une 
|: 3' en 1807. XVIL Flora rustica, 4 
' vol. in-8'', 1791-1794. XVIU. Des- 
cription de ( hœmanthus multiflorus , 
avec une gi-avure, in-8''. XJX. Le Dic- 
tionnaire du jardinier et du botaniste 
de Miller, corrigé et arrangé dans un 



an 

nouvel ordre, 4 vol. in-fol. 1803- 
1807. Z. 

MARTYiV (HesbiX orientaliste 
et ecclésiastique anglican , élève de 
l'Université de Cambridge , habitait 
dans le Bengale comme chapelain de La 
compagnie des Indes-Orientales, lors- 
que, stimulé par le vœu de plusieurs 
sociétés bibliques, il songea à terminer 
ou plutôt à refaire la traduction per- 
sane du Nouveau - Testament com- 
mencée par ?«athanaël Sabat , Arabe 
converti, et continuée par un ecclésias- 
tique italien, L. Sébastiani, qui a^'ait 
résidé plusieurs années à la cour de 
Perse. Martyn, avant déjà traduit le 
Nouveau-Testament en hindoustani, 
depuis 1808 (i), et s' occupant à le 
traduire en arabe, se rendit, en 1811, 
à Chiraz , pour se livrer à son nou- 
veau travail. Il y demeui-a environ un 
an ; et, sous la protection de l'ambas- 
sadeur anglais à la cour de Perse, il 
y termina la révision de sa traduction 
persane, avec l'aide d'un Persan ins- 
truit, nonuué Mir Seid-AU. Il reve- 
nait en .\nglelerre j>ar la voie de 
Ck)nstantinople , lorsqu'il mourut à 
Tocat, dans l' Asie-Mineure, le 16 oc- 
tobre 1812 , par suite de l'excès du 
travail et de l'influence du climat de 
Chiraz. Avant son départ, il avait re- 
mis à Sir Gore Ouseley, ambassadeur 
extraordinaire de la Grande-Bretagne 
à la cour de Perse , une copie manu- 
scrite et soigneusement revue de sa 
traduction, avec prière de la présenter 
au roi de Perse Feth- Ali-Chah (voy, 
ce nom, LXIV, 123). L'ambassadeur 



(I) Cette traduction a reparu sous ce titre t 
Ttie ?iew Testament ofJesus-Christ, irons- 
lated into tlie hindoostanee language from 
the original greek , and norv printed in thc 
nagrea eharacler, by H. Martyn and afïcr- 
wards carefuUy revised icith the assistatue 
of Mirza Fitriet, and other learned natives, 
for thc britesch and foretgn Bible , Society 
€alcutU, 1815, ia-8*>. . 



IMAR 

s'acquitta de la commission, après 
avoir fait tirer plusieurs copies de 
l'ouvrage, qu'il distribua aux person- 
nages les plus lettrés et les plus con- 
sidérables de la cour, et avoir obtenu 
du roi la promesse qu'il lui en dirait 
son opinion. Une lettre de Feth- Ali- 
Chah , datée de Rabi 11% 1229 (avril 
1814), et adressée à Sir Gore Ouseley, 
fait connaître le jugement que ce mo- 
narque a porté du travail de H. Mar- 
tyn. Il le trouve complet , en ce que 
l'on ne connaissait, en Perse, que les 
quatre évangélistes , d'après deux tra- 
ductions persanes publiées à Londres 
vers le milieu du XVIII' siècle. Le 
style lui en paraît convenable , c'est- 
à-dire simple et facile, et il ordonne 
. qu'on le lui lise tout entier. Si ce ju- 
gement n'est qu'un acte de complai- 
sance, il prouve au moins combien la 
tolérance des Peisans surpasse celle 
des Turcs. L'ambassadeur, à son re- 
tour de Perse, s'arrêta à Saint-Péters- 
bourg, et y remit à la Société Biblique, 
établie en 1813, le manuscrit deMar- 
tyn, qui fut imprimé sous ce titre . No- 
vum Testamentum Jesu-Christi e grœco 
in persicam linguam in urbe Schiras, 
nunc vero cura et sumptibus Soc. Bill. 
Ruthenicœ typis datum ; Petropoli, 
1815, in -4°. Comme, en général, les 
divei'ses sociétés bibliques établies en 
Europe, depuis 1804, époque de la 
fondation de celle de Londres, em- 
brassant toutes les communions de la 
religion chrétienne , n'imposent au- 
cune règle aux traducteurs, pour le 
choix des leçons qu'ils doivent suivre, 
on ne sera pas surpris que Martyn 
ait inséré, dans sa traduction, quel- 
ques passages qui ne sont pas admis 
dans les versions cathohques. Mais 
on doit s'étonner qu'il ait adopté les 
nomsmusulmansd'/saet Fa/iia,aulieu 
<le Jéius et Jean- Baptiste. ISous repro- 
duisons cette observation de Silveatie 



MAR 

de Sacy, et nous renvoyons à la cri- 
tique grammaticale que ce savant a 
faite du livre de Martyn, dans le Jour- 
nal des Savants de septembre 1816. 
On a encore de l'orientaliste anglais 
des Mémoires posthumes, écrits et 
publiés dans sa langue , Londres , 
1821 , in-12. A— ^. 

MARUCELLI ( Jeo- Etienne ) , 
peintre florentin, élève d'Andié Bos- 
coli, naquit en 1586, et apprit de sou 
maîti'e la peinture et l'architecture. 
S'étant rendu à Pise, il s'y fit con- 
naître par la facilité de sa composi- 
tion et l'agrément de sa couleur, par- 
tie dans laquelle il fut supérieur à 
BoscoH même, il fut bientôt chargé 
d'un nombre considérable d'ouvra- 
ges. Son tableau d'Abraham donnant 
l'hospitalité' aux trois anges, fut placé 
dans le chœur de l'église du Dôme , 
parmi les productions des maîtres 
les plus renommés de ce temps, il pei- 
gnit ensuite, pour l'éghse de Sainte- 
Catherine, le mystère du Saint-Ro- 
saire, et pour celle des Minimes, une 
vierge et deux anges accompagnés des 
sairits apôtres Jacques et Philippe, et 
une histoire de saint Charles-Borro- 
viée. On cite encore comme des ou- 
vrages très-distingués ses tableaux du 
Martyre de saint Barlhélemiet de la 
Cène. Enfin, il fut chargé de peindre à 
fresque la façade du petit palais des 
chevaliers de St-Étienne , lieu célèbre 
par la mort du comte UgoUn ( v. 
GnERARnEscA). Ccs pcinturcs repré- 
sentent des paysages et diverses fi- 
gures allégoriques de vertus et d'urls 
libéraux. Marucelli était sur le point 
de se placer dans la peinture au rang 
des premiers artites , lorsqu'il se dé- 
cida, on ignore par quel motif, à dé- 
laisser entièrement la pratique de cet 
ait pour se livrer a l'architecture et 
au génie. Il donna bientôt des preu- 
ves do son savoir dans ces deux art», 



MAR 

et le grand-duc lui conféra la charge 
d'ingénieur des canaux dans l'exercice 
de laquelle il exécuta plusieurs ma- 
chines extrêmement ingénieuses. Il 
établit une école de mécanique et 
d'architecture, où la noblesse toscane 
venait s'instruire et d'oii sortirent des 
élèves éclairés. Marucelli mourut à 
Pise en 1646. P— s- 

MARIILLUS (Makccs\ mimo- 
graphe célèbre, florissait à Rome sous 
le règne des Antonins. Capitolinus 
rapporte (cap. 8), que ce poète ne 
craignit pas de railler au théâtre L. 
Verus et Marc-Aurèle , et que les 
deux jeunes princes, héritiers de la 
mansuétude d'Antonin-le-Pieux, sup- 
portèrent patiemment ces attaques. 
Servius, dans son commentaire sur 
Virgile (E^L VU, v. 26, et £neid. 
Mil, V. 499), a conservé un fragment, 
où MaruUus estropie un peu la gram- 
maire , pour amener un assez mau- 
vais jeu de mots. Ce poète a joui , 
néanmoins , jusque dans les bas siè- 
cles, de la réputation d'un très-habile 
auteur de mimes. Saint Jérôme, entre 
autres, loue le style élégant de ses 
couplets, strophani eleganti sermone 
confictam (Ad Pammach. Apolog., 
lib. II ) , et il associe le nom de Ma- 
nillus aux noms de ses prédécesseurs 
les plus illustres, Philistion et Lentu- 
lus. — \Lu\rLLrs (Tarife), poète cala- 
brais du V siècle , ayant , après la 
prise de Padoue , présenté à Attila 
des vers où il rapportait 1 origine de 
ce prince aux dieux, fut très-mal 
accueilli par le barbare conquérant 
qui, indigné de cette flatterie, fit 
brûler le poème et châtier l'auteur. 
L'histoire ne dit pas jusqu'où alla ce 
châtiment; mais elle doit reconnaître 
que , dans cette occasion , Attila 
montra plus de raison que beaucoup 
de rois dont on a vanté la sagesse. 
M — G — N. 



MAR 

MARULLL'S ( Michel -Tarchj- 
50te). Foy. Tarcagsota, XI. IV. 529, 
not. 1. 

MARZARI-Pencafi {\c comte 
Jobeth), un des prenaiers géologues 
de ce siècle, naquit en 1777. d'une 
illustre famille de Vicence. ïîon édu- 
cation, commencée dans cette ville, 
fut continuée dans un collège de Pa- 
doue, où régnait, selon l'habitude de 
cette époque, la fureur de faire des 
vers. Le jeune Marzari composait 
donc force sonnets et même des tra- 
gédies , lorsqu'il se sentit naître du 
goût pour la botanique, pendant son 
séjour dans une maison de campagne 
qu'il avait au pied du Snmano, mon- 
tagne célèbre depuis plusieurs siècles, 
par la quantité et la variété de ses 
plantes. Il se mit à la parcourir en 
tous sens, et étendit ensuite ses ex- 
cursions dans le reste du Vicentin, 
étudiant en même temps les princi- 
pes de la science et se liant avec le 
petit nombre de savants du pays qui 
la cultivaient. En 1802, il publiait le 
fruit de ses recherches dans un Cata- 
logue des plantes qui croissent spon- 
tanément siu" le territoire de Vicence, 
et peu après il partait pour Paris. Il 
allait étudier dans le Jardin-des-Plan- 
te^, où son appUcation et sa perspica- 
cité le firent bientôt distinguer par 
les principaux savants. Chacun s'em- 
pressait de faire des communications à 
un jeune homme qui se montrait si 
passionné pour la science; on lui ac- 
cordait toute sorte de facilités pour 
ses travaux et la liberté d'entrer dans 
tous les étabhsseraents publics et pri- 
vés. Ce fut ainsi qu'il put quelquefois 
passer des nuits entières dans le magni- 
fique jardin de la Malmaison, afin d'é- 
tudier le sommeil de ses nombreuses 
plantes, dont il fit graver plus de 
quarante espèces dans cet état. Il ré- 
unit aussi beaucoup de matériaux sur 



270 



MAR 



le climat et la géographie des plan- 
tes, et envoya en 1805 un mémoire 
fort étendu à la Société des naturalis- 
tes de Genève, Tout en s'occupant de 
botanique, Marzari avait eu occasion 
de connaître de près plusieurs illus- 
tres minéralogistes, Haiiy, Faujas de 
Saint-Fond , La Métherie, et surtout 
l'italien Mathieu Tondi, qui faisait à 
Paris un cours de minéralogie. A 
force de converser avec eux, d'assis- 
ter à leurs leçons, de visiter leurs ca- 
binets, il se passionna pour la miné- 
ralogie , et abandonna tout à fait ses 
premières études. Ses progrès dans 
cette science furent si rapides, que , 
plusieurs années après, le célèbre 
Haiiy citait encore Marzari comme 
le plus diligent de ses élèves, et celui 
qui avait montré l'esprit le plus pé- 
nétrant , et le plus d'aptitude à dé- 
terminer les différentes espèces mi- 
nérales. A cette époque, il se lia avec 
M. Cordier qui avait fait partie de la 
commission scientifique en Egypte, et 
avec M. de Humboldt qui revenait 
d'Amérique. Après avoir demeuré 
près de quatre ans à Paris, il se dis- 
posa à rentrer dans sa patrie ; il prit 
la route de l'Italie avec son profes- 
seur Faujas de Saint-Fond, faisant de 
nombreuses haltes pour des observa- 
vations géologiques. Ce fut ainsi qu'ils 
visitèrent ensemble l'Auvergne, le Vi- 
varais , la Provence et les Alpes de la 
Savoie. A peine rentré chez lui, Mar- 
zari s'occupa de publier les résultats 
de son voyage, dans la Corsa pel ha- 
cino dcl Rodano, etc., puis il reprit 
ses excursions sur les montagnes du 
Viccntin et du Tyrol, où il décou- 
vrit un grand nombre de variétés mi- 
nérales, qu'il recueillit et présenta à 
la direction de l'instruction publique 
à Milan avec une description détail- 
lée. Il entreprit, en 1808, par ordie 
cki vice-roi, un examen minéralogi- 



MAR 

que des monts Euganéens, et, en 
1810, un travail semblable pour le 
Bergamasque. Il découvrit alors la 
minière de charbon fossile située à 
Borgo di Valsugna, très-près del'en- 
droit où la Brenta commence à porter 
des barques. Cette découverte est 
d'autant plus importante, qu'on tra- 
vaille aujourd'hui au chemin de fer 
de Milan à Venise, et que plusieurs 
bateaux à vapeur sillonnent l'Adriati- 
tique. Marzari avait tenté de faire 
des panoramas; mais, s'apercevant 
qu'il était presque impossible d'obte- 
nir une exactitude parfaite sans ins- 
trument, il en inventa un qu'il nom- 
ma tachygonimètre^ c'est-à-direprow;)t 
mesureur des angles , et le présenta, 
en 1811, au concours annuel pour le 
prix de l'industrie; l'instrument fut 
loué par l'Institut de Milan, qui dé- 
cerna à l'inventeur la médaille d'or. 
En 1812, Marzari fut nomm*^ inspec- 
teur du conseil des mines, fonctions 
qu'il exerça jusqu'en 1814. Parmi 
ses études sur le Vicentin et le Tyrol , 
on doit remarquer surtout les obser- 
vations géologiques qu'il publia dans 
la Biblioteca italiana (t. XII, p. 71), 
sur les collines dites Bergonze, près 
des Sept-Communes , où il avait re- 
connu que les couches de calcaire 
tertiaire, de tuf et de basalte, alter- 
naient jusqu'à" vingt-deux et même 
vingt-cinq fois. Ce fut à la suite de 
ce travail que l'empereur d'Autriche 
lui accorda une pension de mille cinq 
cents florins, à la condition d'ache- 
ver ses recherches minéralogiques 
sur les provinces vénitiennes , et de 
servir d'inspecteur toutes les fois qu'il 
en serait requis par le gouvertiement. 
Pour se conformer à cette invitation, 
il commença, en 1819, ses Ccnni 
gcologici e lilolog'ui suite provinrie 
venete et sul Tiivlo , qui malheureu- 
sement 8*arrétèrent à la première li- 



MAR 

vraîson. L'année suivante, il publia, 
dans un supplément du Nuovo osser- 
vatore vetieziatio, une Notizia sopra 
un granito in massa sovrapposto sut 
fiume Avisio al calcare secondario. 
Les faits géologiques qu'il constatait 
firent beaucoup de bruit et attirèrent 
sur les lieux une foule de savants dis- 
tingués; ces faits contribuèrent à fixer 
les idées des géologues sur la nature 
et l'origine des différentes roches, 
ainsi que sur la formation des mon- 
■r tagnes , et furent ensuite confirmés 
[K* par des observations analogues en 
Suisse, en France , en Saxe et jusque 
dans la Mongolie chinoise. Les der- 
nières années de la vie de Marzari 
furent tourmentées, non moins par 
l'irritation de l'amour-propre blessé 
que parde précoces infirmités. Voyant 
que la géologie faisait tous les jours 
de nouveaux progrès sans que son 
nom fût souvent prononcé, il s'aban- 
donna au découragement et au dé- 
goût, en sorte que, depuis 1823, ses 
écrits, la plupart inachevés, ne furent 
plus que des plaidoyers en faveur de 
ses travaux précédents, et une longue 
plainte contre l'injustice des contem- 
porains. Il mourut dans sa pati'ie le 
30 juin 1836. Bizarre dans son 
maintien comme dans ses vêtements, 
diffus et obscur dans ses discours , 
Marzari était de plus fort irasci- 
ble , et souffrait difficilement qu'on 
ne partageât pas ses opinions ; de là, 
des inimitiés qui duraient quelquefois 
plusieurs années. Malgré ces travers, 
il comptait de nombreux amis qui lui 
furent constamment dévoues. Les 
principaux ouvrages qu'il a publiés 
sont : L Elenco délie plante sponta- 
née fino ad ora osservate nel territorio 
di Vicenza, Milan, 1802, in-8». IL 
Corsa pel bacino del Rodano et per la 
Liguria d'occidente, e oriltografia del 
monte Coiron, Vicence, 1806, in-S". 



MAR 



27t 



in. Descrizione del tachigonimetroj 
nuovo strumento geodetico, Milan , 
1811,in-4°. IV. Memoria sulC intro- 
duzione del lichene islandese conte 
alimenta in Italia , Venise, 181&, in- 
4°. V. Cenni geologici e litologici sui- 
te provincie venete e sul Tirolo, Vicen- 
ce, 1819, in-8". VI. S<fUarcio di una 
lettera inedita sulla giacitura delmon- 
te Cimadasta, degli altri terreni cris- 
tallizzati terziarii postifrà ilGrignoed 
il Cismon, Vicence, 1822, in-8''. VU. 
Lettera geologica al signor Giuseppe 
Damhsher e framenti geologici,\'\cex\- 
ce, 1823-24, in-S". VIII. Quadro délie 
formazioni del barone di Humboldtin 
diversa maniera disposto e comentato, 
et Idea di una doppia dimoitrazione 
geognostica, Vicence, 1825, in-fol. Le 
premier de ces opuscules sert de ta- 
ble à l'Essai géognostique sur le gise- 
ment des couchesdans les deux hémis- 
phères du baron de Humboldt. Mais 
les travaux les plus importants du 
comte Marzari, ceux qui intéressent 
le plus la science, tels que sa descrip- 
tion géologique de presque tout le 
Tyrol méridional; les observations 
sur les montagnes de Recoaro, les 
monts Euganéens, le Vicentin, le Ber- 
gamasque , etc., sont encore inédits. 
M. Louis Pasini a consacré à ce géo- 
logue une savante notice dans la 
Biblioteca italiana. A — Y. 

MAS€L4GiVI (Donato), peintre 
florentin, né en 1579, fut élève de 
Ligozzi et regardé comme un des 
plus habiles artistes de son époque. 
Après avoir exercé pendant quelque 
temps la peinture, ainsi que le prou- 
vent deux petits tableaux tirés de 
l'Évangile qu'il fit pour l'abbé Giocchi 
de Volterre et qu'il a signés du nom 
de Donato Mascagn, il entra dans 
Tordre des Frères Servites, à l'âge de 
26 ans, et prit le nom de Frère Ar- 
sène, il continua d'exercer son art et 



272 



MAR 



exécuta, dans la ville de Florence, un 
grand nombre de tableaux d'un style 
un peu maigi'e, mais très-soigné. Ces 
qualités et ces défauts se font remar- 
quer dans plusieurs compositions dif- 
férentes de VAtmonciatioii, qui ont 
été gravées et expliquées dans l'ou- 
vrage du P. Lottini. Il peignit dans le 
réfectoire de son couvent une fres- 
que immense représentant la manne 
dans le désert, tellement dans le style 
de son maître, que le nom seul de 
l'auteur peut le faire distinguer. On 
voit dans le couvent des Morts, à 
Florence, un tableau à l'huile oii 
il a peint Yhùtoire du comte Ugo- 
lin. Mais ce qui fait le plus grand 
honneur à Mascagni, c'est le tableau 
que l'on conserve de lui dans la bi- 
bliothèque du couvent de Vallom- 
breuse, et qui représente la donation 
de la comtesse Mathildc. La composi- 
tion en est de la plus grande richesse 
et suffirait seule pour assurer la répu- 
tation de son auteur. En 1622, il fut 
appelé à Rome où on le chargea de 
plusieurs ouvrages. Le prince-arche- 
vêque de Saltzbourg ayant demandé 
qu'on lui envoyât un peintre de ta- 
lent, on lui proposa le frère Arsène, 
qui se rendit auprès du prélat, pour 
lequel il exécuta un grand nombre 
de travaux dont il fut récompensé 
avec générosité. De retour à Flo- 
rence, Mascagni consacra l'argent 
qu'il avait gagné dans son voyage, à 
la restauration de la porte principale 
de son couvent, qu'il fit reconstruire 
sur ses propres dessins. Il se dispo- 
sait à retourner à Saltzbourg, lors- 
que la peste se manifesta dans Flo- 
rence ; les devoirs de son état, d'ac- 
cord avec ses vertus, le retinrent dans 
sa patrie. Il y mourut le 10 mai 
1636. P— s. 

MASCIIEIONO (OcTAvrKN), 
peintre et architecte bolonais, vint à 



MAR 

Rome sous le pontificat de Grégoire 
XIII (1572), son compatriote. S'étant 
déjà fait connaître par son talent 
comme peintre, il fut chargé par le 
pontife de peindre dans la loge qu'il 
avait fait construire plusieurs traits 
de l'histoire sainte et particulière- 
ment le miracle des Noces de Cana. 
Maschei'ino peignit ensuite, à fres- 
que, les enfants que l'on voit sur 
les arcs qui séparent la loge de 
Léon X de celle de Grégoire XIII. 
Ces divers ouvrages exécutés d'une 
grande manière annonçaient à leur 
auteur de grands succès en peinture, 
mais il préféra de sadonner à l'archi- 
tecture. Il fit de tels progrès qu'il mé- 
rita en peu de temps le titre d'archi- 
tecte du pape, qui le chargea de ter- 
miner le palais de Monte-Cavallo. 
C'est de lui que sont le portique, la 
loge et la façade qui jegardent du 
côté de la cour, ainsi que Yapparte- 
ment d'honneur et le superbe escalier 
qui y conduit. Cet ouvi'age suffirait 
pour lui donner le titre de grand 
architecte, il construisit ensuite, sur 
la place de Saint- Martinello, le palais 
connu aujourd'hui sous le nom de 
Mont-de-Piété et VEglise de Saint- 
Sauveur del Lauro. Sous le pontificat 
de Grégoire XIII, il éleva le palais 
du Saint-Esprit, et sous celui de 
Sixte V, la façade de l'église de ce 
nom, qui avait été commencée sur 
les dessins d'Antoine da San-Gallo. 
C'est lui qui dirigea les travaux de 
l'église et la façade du couvent de la 
Madonna délia Scala in Trastevere. 
Après quelques autres travaux pu- 
blics et particiiliers, qu'il serait trop 
long d'énumérer, Mascherino mou- 
rut âgé de 82 ans, sous le pontificat 
de Paul V. Il avait été plusieurs fois 
élu prince de l'Académie de Saint- 
Luc, qu'il institua l'héritière de ses 
dessins et de ses biens, et qui cou- 



MAS 



MAS 



273 



«ervait avec un soin religieux le poi*- 

trait de cet artiste. P — s. 

MASERES (François), raathéma- 
ricien et littérateur anglais . était d'oi i- 
gine française. Son gi-and-père, clias- 
sé de sa patrie par la revocation de 
l'edit de Nantes, et, quoique militaire, 
moins souple de conscience que deux 
des quatre frères qu'il avait, alla cher- 
cher ur. asile en Angleterre , près de 
l'ennemi de Louis \IV. Il v reçut fort 
bon accueil, fit les importantes cam- 
pagnes d'Irlande , fut employé en 
Portugal pendant la guerre de la suc- 
cession d'Espagne, et parvint enfin au 
grade de colonel. Son instinct belli- 
queux ne se perpétua point dan» sa 
famille, et le fils du colonel préféra le 
scalpel à l'épée; François Maseres, le 
petit-fils , et l'objet de cet article , 
préféra le compas au scalpel. Sa nais- 
sance eut lieu à Londres le lo dé- 
cembre 1731 ; élevé à Kingston-sur- 
Tamise, sous Woodeson; il prenait 
ses degrés à Cambridge en 17o2 et 
1755, et dès l'année du baccalauréat, 
il recevait du duc de ^Jewcastle ta 
première médaille classique(Porteous, 
le futur ëvéque de Londres, ne rece- 
vait que la seconde). Bien qu'ayant 
du goût pour la littérature et pour les 
langues , sans en excepter les langues 
mortes, dont en général l'Anglais est 
moins épris que ses voisins de ÏEsi 
et du Sud , c'est surtout de mathéma- 
tiques qu'il s'était occupé. Devenu 
membre du collège de Clare-flall, ta 
plus grande partie du temps qu'il y 
resta encore fut consacrée à des études 
analytiques très-profondes ; et il ne 
le quitta, en 1758, qu'en lançant 
un travail qui mit hors de contesta- 
tion l'étendue de ses connaissances et 
l'indépendance avec laquelle il avait 
étudié. Ce n'est du moins pas ta har- 
diesse qui lui manquait ; et, dès cette 
première publi^ratiotb. il s'inscrivit en 

tSXHi. 



faux contre la manière épnl Newton 
considérait les quantités négatives . 
et entama , de prime abord , une de 
ces questions qui appartiennent à Irt 
métaphysique de l'analvse. Il est 
probable que Maseres s'exagérait à 
lui-même l'opinion légèrement insuf- 
fisante ou en-onée de Newton ; mais il 
la prenait telle que lavaient faite, dan^ 
l'usage , les mathématiciens de son 
temps ; et 1 on ne saurait nier que 
leur métaphysique et leur langage 
ne dussent se trouver bien de quel- 
ques modifications, quoique en fàic 
la doctrine de Maseres n'ait qu'uîi 
rlaî-té superficielle, et soit plus étroite, 
plus étrangère à la vraie et profonde 
nature des choses que celle de New- 
ton. En attendant que l'on jii}j,erii 
à propos den passer par son opi- 
nion , Maseres jura très - comique- 
ment qu'il ne lirait jamais deux pa- 
ges d'un ouvrage oti les quantités né- 
gatives seraient ennsagées à la façon 
de Kewton, où Ion aurait foi aux 
ratines négatives , etc. , etc. , et plus 
comiquement encore il tint son ser- 
ment Cependant Maseres avait quitté 
l'Université pour le Temple ; et, après 
avoir fini ses cours judiciaires, il en- 
trait dans la cari ièi-e du baiTeau . mai^ 
avec lintention d'appartenir à la ma- 
gistrature. Il commença par être nom- 
mé un des douze juges de circuit 
et il eut louest fthe western circuit 
pour département : mais il ne réussit 
pas dans ce début et demanda lui- 
même un autre emploi. Il fut aloi 
envoyé à Québec en qualité de pro- 
ciu-eur-général ; et cette espèce d'exil 
colonial fut du moins très-utile à sa 
fortune qui , du reste , était déjà de 
quelque importance, son père ayant 
beaucoup amassé par ta pratique , el 
ses besoins personnel:) n'ayant jamais 
été considérables. C'est pendant le 
âéjotu' de Maseres au Canada qu'éda- 

18 



274 



MAS 



tèrent les premiers symptômes de 
cette prochaine collision qui devait 
ravir à la Grande-Bretagne les plus 
belles colonies qu'elle eût alors. La 
métropole put craindre quelque temps 
que l'insurrection ne gagnât jusqu'à 
sa nouvelle province , dont la popu- 
lation, presque toute française, n'a- 
vait pas eu le temps de devenir 
très-affectionnée pour les maîtres du 
jour. Comme toutes les autorités de 
la colonie , Maseres mit beaucoup de 
zèle à empêcher un événement de ce 
genre, et le succès couronna leurs 
efforts. Il faut reconnaître qu'il ne 
déploya pas moins d'ardeur pour 
tout ce qui pouvait servir les intérêts 
et développer la prospérité du Cana- 
da. Il mérita ainsi la faveur de se voir 
rappeler à Londres (1773), avec le ti- 
tre de clerc-baron de l'Échiquier (cur- 
sitor, etc.), et depuis ce temps, selon 
l'usage britannique , on ne le nomma 
plus que le baron Maseres. Il joignit 
à cet emploi celui de premier juge 
à la Cour du shérif de la cité de 
Londres (1779), office qu'il remplit 
pendant quarante-deux ans entiers 
avant de donner sa démission , en 
1822. Quant à celui de clerc-baron 
de l'Échiquier, il le garda jusqu'à sa 
mort , en 1824. Il avait alors quatre- 
vingt-treize ans. Cette longue vie 
n'avait point été riche en événe- 
ments, à moins qu'on n'appelle ainsi 
la publication des nombreux ouvrages 
qui lui sont dus ou la part qu'il prit 
à divers débats scientifiques, notam- 
ment à celui qui s'engagea, on 1784, 
à la Société royale de Londres , 
au sujet du docteur Ilutton. Les 
travaux du double office que cumu- 
lait Maseres lui laissaient beaucoup 
de temps de reste : il en avait profité 
pour se hvrcr sans relâche à ses 
études de prédilection. Ces études 
étaient assez variées : car, aux ma- 



MAS 

thématiques qu'il ne cessa de culti- 
ver et à la jurispiudence à laquelle il 
appartenait par sa position sociale, 
il joignit la connaissance de l'histoire, 
et principalement de l'histoire parle- 
mentaire d'Angleterre. Dès l'adoles- 
cence , il avait commencé à s'en péné- 
trer en lisant et relisant l'histoire de 
Rapin-Thoyras, et il était certes du 
petit nombre des Anglais qui con- 
naissaient le plus à fond la grande 
période révolutionnaire de 1640 à 
1660. Il trouvait aussi beaucoup de 
charmes dans la littérature. Il savait 
de longs morceaux d'Homère, pour 
lui le premier des poètes ; d'Horace, 
de Lucain; de Mihon, qu'il plaçait 
immédiatement après ceux-ci. Il sa- 
vait parfaitement le français. Mais, 
particularité remarquable, c'était la 
langue du grand siècle qu'il parlait, 
et non la langue, si différente déjà, 
qu'ont faite les régnes, de Louis XV 
et la révolution. Maseres dépensait la 
plus grosse pai'tie de son revenu en 
publications. Ses ouvrages, la plupart 
imprimés à ses dépens, n'étaient point 
des spéculations ; et il lui arriva 
très - souvent d'avancer, de sacrifier 
de fortes sommes, pour aider aux 
publications des autres, il allait mê- 
me chercher des ouvrages à éditer ; 
et c'est ainsi que le pubhc anglais 
lui doit la traduction des Justitutious 
analytiques de M"" Agnesi, par Col- 
son (1802, 3 vol. in-4»), et par Hel- 
tin. A Maseres lui-même sont dus : 
I. Scriptores lo(jurithinici, 1791-1801, 
4 vol. in-4", pubhcation capitale cl 
indispensable à tout mathématicien 
instruit. IL Dissertation sur le st- 
yne négatif en algèbre, avec la dé- 
monstmtion des règles qui s'y rappor- 
tent, 1759, in-4". C'est là ce premier 
ouvrage dont il a été j)arlé plus 
haut, et dans lequel, voulant éviter 
aux commençant» les difficultés que 



MAS 



MAS 



275 



lear offi^ la conception des quantités 
négatives, il prodama que celles-ci 
étaient toujours des quantités moin- 
dres soustraites ou à soustraire. On a 
vu plus haut ce qu'il fallait en penser. 
Ilf. Eléments de trigonométrie plane 
avec une dissertation sur la nature et 
l'usage des logarithmes, 1760, in-S" .fil 
y a beaucoup de clarté dans cet ou- 
vrage, dont le but est de simplifier 
les opérations trigonométi-iques, en 
familiarisant les praticiens avec des 
principes, que trop souvent jadis ils 
ignoraient, ou hésitaient à employer. 
Il y a long-temps aujourd'hui que cet 
état de choses s'est amélioré: des ou- 
vrages usuels, courts, clairs, métho- 
diques comme celui de Maseres, y 
ont contribué. IV. Appendice aux 
principes d'algèbre de Frend, 1799, 
in-8°. Cet appendice était derenu né- 
cessaire, par le développement tou- 
jours croissant de l'éducation mathé- 
matique, par la rapidité plus grande, 
avec laquelle des élèves apprenaient 
les principes mieux rédigés, etc. V. 
Doctrine de BernouUi sur tes permu- 
tations et les combinaisons, avec quel- 
(jues autres aperçus mathématiques, 
1793, in-S". Maseres y donne ses 
suffrages à la méthode et aux vues 
de ce grand mathématicien. VI. Mé- 
thodes d'approxi}nation de Baphson 
et de Newton, 1800, in -8°. Dans ces 
ouvrages, au contraire, il revient à la 
charge contre Newton, qu'il regarde 
comme ayant souvent mis des mots 
à la place des choses, ou même des 
erreurs à la place de la vérité, et 
comme ayant fait faire fausse route 
à toute l'école française. Il préféré 
de beaucoup Huyghens et Galilée. VU. 
Principes de la doctrine des annuités 
viagèi-es, 1783, 2 vol. in-4° (ici se 
termine la série de ses travaux ma- 
thématiques). Vm. Le réformateur 
modéré, ou proposition pour corrigei 



quelques abus dans rétablissement ac- 
tuel de Céglise d'Angleterre, 1791, 
in-8''. Ce titre peut donner l'idée de 
la manière de voir de Maseres, in- 
tègre et indépendante : sans adopter 
en aucime façon les systèmes radi- 
caux, il blâmait les abus si criants du 
régime électoral anglais, et ne voyait, 
dans tout le trafic des élections, autre 
chose que le profit des agents élec- 
toraux, des teneui^s de tavernes et 
des buveurs , sans avantage aucun 
pour quelque opinion ou quelque parti 
que ce fût. IX. Le papisme et lu 
pénalité que lui ont faite le gouver- 
nement civil et t église protestante 
J Angleterre, 1807, in-8". Maseres y 
est très-opposé au catholicisme, et 
l'on reconnaît en lui les \ieilles ran- 
cunes du réfugié. X. Recherches sur 
retendue du pouvoir des jurés, dans 
les procès pour délits criminels de la 
presse, 1792, in-8". XI. Le franc- te- 
nancier canadien, ou dialogue entre 
un Français et un Anglais établis au 
Canada, 1779, 3 voI. in-8". On de- 
vine que l'ex-procureur-général de 
Québec y démontre, à sa façon, l'in- 
contestable supériorité du gouverne- 
ment britannique sui' celui de la mé- 
tropole primitive. Sans admettre tout 
ce qu'il plaît à Maseres de penser sur 
ce point, on doit reconnaître que 
son ouvrage est celui d'un homme 
pratique, et qu'il offre encore à pré- 
sent un intérêt historique pour cons- 
tater l'état du Canada, vingt ans 
après la cession. XII. Une ti-aduction 
avec notes du Tableau de la Cons- 
titution anglaise, de Montesquieu, 
1781, in-8". Xm. Historié Angli- 
cana- monuvienta, in-4". XFN'. Essais 
sur divers sujets historiques, politi- 
ques, etc., 1809, in-8". XV. Fidèle 
récit (An Accoimt) des opérations des 
Anglais, et des autres habitants de la 
pivvitu:e de Qiiébec pour obtenir une 

18. 



276 



MAS 



Chambre. X.VI. De nouvelles éditions : 
1° de YHistoire parlementaire d'An- 
gleterre, de May ( cette histoire com- 
raence le 3 novembre 1640), 1813, 
in-S" ; 2" des trois Traités publiés 
par Ludlow, à Amsterdam, en 1691, 
et de ses Lettres à Edm. Seymour, et 
à quelques autres personnatjei, 1813, 
in-4'' ; 3° de la Révolte d'Irlande, 
par Temple, 1813, in-4° ; 4° du 
Mémorial des faits principaux de 
l'histoire d'Ancjleterre, de 1588 à 1688, 
par Welwood, 1820, in-8''. Il n'a 
guère fait qu'ajouter des préfaces à 
ces ouvrages , auxquels nous join- 
drons les Morceaux divers relatifs aux 
guerres civiles d'Angleterre, sous Char- 
les l" et sous Cromwelll, 2 vol. in-8''. 
XVIII. Plusieurs articles dans les Tran- 
sactions philosophiques; et, dans le 
tome II de l'Archœologia, un Tableau 
de fancien7te constitution anglaise, le- 
quel donna lieu à quelques observa- 
tions de Mellish (même volume). 

P Oï. 

MASETTÏ (Augustin), archi- 
tecte hydraulique, naquit en 1757, à 
Rovère en Lorabardie. Son père était 
médecin et alla s'établir à Mantoue en 
1772; c'est là que Je jeune Masetti 
fit son cours de mathématiques sous 
l'abbé Mari. Il étudia ensuite l'ai'chi- 
tecture sous l'habile Pozzi et s'appli- 
qua à l'hydraulique. Admis, en 1777, 
dans le collège des ingénieurs de la 
chambre impériale, il se signala telle- 
ment qu'on le nommait, en 1791, 
vice - directeur des eaux du Man- 
touan, et six ans après directeur en 
chef, à la place de son ancien pro- 
fesseur l'abbé Mari. La république 
Cisalpine ayant établi, à Modène, en 
1800 , une connnission hydraulicjue 
composée des mathématiciens et des 
architectes les plus distingués, Ma- 
setti en fit partie et proposa de ré- 
parer les digues de l'.idige. (Ja fut 



MAS 

aussi lui qui dirigea, en 1804, les tra- 
vaux pour l'assainissement de Mantoue 
et du bas Mantouan, travaux aux- 
quels la garnison fi'ançaise , com- 
mandée par Miollis, prit beaucoup 
de part. Nommé, en 1811, inspec- 
teur - général des ponts-et-chaussées 
à Milan, il se rendit au mois d'octo- 
bre 1813, à Ferrare , avec 800 hom- 
mes, pour réparer la digue du Pô, 
qui s'était rompue et qui fut par ses 
soins solidement rétablie. En 1820, 
l'empereur d'Autriche appela Masetti 
à la direction-générale des travaux 
publics en Lombardie ; depuis lors il 
s'occupa constamment d'améliorer le 
cours des rivières, afin de prévenir les 
inondations qui désolent souvent 
certaines parties de ces riches con- 
trées, et il obtint d'immenses résul- 
tats. Après cinquante-six ans de ser- 
vice actif, Masetti allait recevoir une 
honorable retraite, lorsqu'il mourut 
à Milan le 24 septembre 1833. Cet 
habile architecte a publié plusicujs 
mémoires et plans, fort appréciés 
par les hommes de l'art. A — y. 

M ASIIXI (Jean-Baptistk), médecin 
etmathématicien,né àBrescia en 1677, 
fit ses premières études dans cette 
ville, et les acheva à l'Université de 
Padoue, sous Vallisnieri et Guglicl- 
mini. Reçu docteur en médecine, il 
rentra dans sa patrie, exerça son art, 
et donna en outre des leçons de ma- 
thématiques. A la mort de Cuglielmi- 
ni, il fut appelé à lui succéder à l'U- 
niversité de Padoue, et embras.sa la 
doctrine ialromécaniqne de Horelli et 
de Bellini. Il mourut «lans un sîgf 
avancé , et laissa plusieurs ouvra(jes. 
Voici le principal : Congetture Jisico- 
meccauiche inlorno alla figura délie 
particelle componcnti ilftrro, P>resoia, 
1714, in-S". On y trouve, sur la na- 
ture de ce métal , plusieurs observa- 
tions fort exactes, que des savaiit- 



.Mi 



MAS 



MAS 



arr 



français publièrent comme nouvelles 
long-temps après la mort de Masini. 
A— Y. 

MASLARD (Jean), né à Tours, 
au commencement du XVII' siècle, 
exerça dans sa patrie la modeste pro- 
fession de maître d'écriture; mais 
homme instniit et ayant une belle 
bibliothèque, il se livra à la littérature 
et à l'étude des sciences. Néanmoins 
on ne connaît de lui qu'un seul ou- 
vrage dans le genre de Barème. Il a 
pour titre : Le Trésor parfait Ja- 
rithmétigue, La Flèche, 1657, in-8°. 
Ce livre a été réimprimé à Tours, en 
1661. F— T— E. 

MASOLIXO da Panicale^ pein- 
tie florentin, naquit, en 1378, à Val- 
delsa. Il fut un des premiers artistes 
de son temps qui cultivèrent la partie 
du clair-obscur. La plastique et la 
sculpture, qu'il avait exercées pen- 
dant long-temps, lui rendirent plus 
facile cette partie de l'art; car tienne 
sert aux peintres comme cette prati- 
que, pour donner du relief a leurs 
tableaux. Son maître dans la sculp- 
ture avait été Ghiberti, qui, à cette 
époque, n'avait d'égal ni pour le des- 
sin, ni pour la composition, ui pour 
le talent de donner la vie à ses figu- 
res. Masolino n'avait plus à acquérir 
que le coloris pour être peintre, et le 
Starnina, le plus habile maître en ce 
temps, lui enseigna cet art. Ayant 
ainsi réuni ce que les deux écoles 
avaient de plus excellent, Masolino 
montra ce nouveau style qui n'est pas 
encore tout-à-fait exempt de séche- 
resse, ni assez châtié, mais grand, é- 
gal et soigné au-delà de ce qu'on 
avait TU jusqu'à ce jour de plus par- 
fait. La cliapelle de Saint-Pierre des 
Chartreux est un monument qui attes- 
te son talent. Outre les Évanffélistes , 
il y a peint plusieurs actions de la 
vie du saint, telles que la Vocation de 



taint Pierre, la Tempête, ta Prédica- 
tion, etc. Il avait commencé à pein- 
dre le Tiihut rendu à César, le Bap- 
tême donné au peuple, et la Guérison 
des infirmes; mais la moit, qui le 
surprit en H15, à l'âge de trente- 
sept ans seulement, l'empêcha d'at- 
teindre an sommet de son art, et de 
mettre la dernière main à ses ouvra- 
ges qui furent terminés par le célè- 
bre Masaccio, son élève. P — s. 

MASOX (Jamks), graveur anglais, 
naquit vers le commencement du 
XVIIP siècle, et travailla souvent de 
concert avec Canot. On doit à ces deux 
artistes plusieurs suites de paysages 
très-estimées pour la beauté et la dé- 
licatesse du burin. Les pièces que Ma- 
son a exécutées seul ne jouissent pas 
d'une moindre estime ; mais c'est sur- 
tout comme graveur de paysages que 
sa réputation est le plus solidement 
établie. Au mérite d'un travail dans 
lequel la science n'exclut pas la délica- 
tesse, il a joint le méiite plus rare en- 
core de rendre dans sa gravure l'effet 
et la couleur des originaux. Les ar- 
tistes d'après lesquels il a le plus gra- 
vé sont Vander INeer, Vanden Velde, 
Moucheron, le Guaspre, Claude Lor- 
rain, Georges Lambert , etc. Ses es- 
tampes au nombre de quarante-qua- 
tre, et parmi lesquelles celles qu'il a 
gravées d'après I^ambert tiennent le 
premier rang, sont très-recherchées ; 
on peut en voir le détail dans le Ma- 
nuel des Amateurs de Huber et Rost. 
P— s. 

MASSABIAl V -^^-^^ " Antoise - 
Fba^çois), conservateur de la biblio- 
thèque Sainte-Gene\nève , à Paris , é- 
tait né à Figeac , le 21 oct. 1765. Il 
fit de brillantes études à Troyes, et 
d'écolier devint maître dans la même 
institution. Si, entraîné par le loiTent, 
il prit quelque part à la révolution 
de 1789, ce fut pour sauver beau- 



278 



MAS 



coup de victimes. Chargé de missions 
difficiles , il sut être à la fois ferme 
et modéré. Des habitants de Sarlac 
s'étant portés à des actes répréhensi- 
bles, Massabiau se présenta, sans es- 
corte et sans armes, au miheu d'une 
population dont l'efFervescence tomba 
devant tant de confiance. En 1794, 
comme l'ordre commençait à renaî- 
tre, on ouvrit une école normale. 
Parmi les jeunes gens qui s'y rendi- 
rent de tous les points de la France, 
on distingua Massabiau, dont les ré- 
ponses sont consignées dans les pro- 
cès-verbaux de cette école. Il était lie 
avec Alibert, Laromiguière, Buraouf, 
Daunou, Dussault, Lechevalier, justes 
appréciateurs de son mérite. C'était 
un de ces hommes modestes à qui il 
ne faudrait que plus de savoir-faire 
pour avoir des preneurs. Aussi tra- 
vaillait-il beaucoup ses ouvrages et 
peu ses succès. Les mathématiques, 
les lettres, la morale, la haute politi- 
que ont tour à tour occupé le temps 
qu'il ne consacrait pas à des travaux bi- 
bliographiques. Penseur profond , 
écrivain correct, il alliait deux quali- 
tés rarement réunies : l'érudition et le 
goût. Massabiau mourut à Paris, le 
22 septembre 1837. Il a droit aux 
regrets des gens de bien pour l'inté- 
grité de ses mœurs et l'aménité de son 
caractère. On a de lui : 1. Essai sur 
/(?« nombres approximatifs , Paris, an 
VIT, in-8'' (anonyme). II. Du rapport 
des diverses formes du gouvernement 
avec les progrès de la civilisation , dis- 
cours politique et moral, Paris, an 
XIII (1805), in-8°. m. Ode à Napo- 
léon Bonaparte, Paris, 1805, iu-i". 
IV, La Sain le- Alliance, ode, Paris, 
t817, in-4". V. De la division des 
pouvoirs exécutif et législatif dans la 
monarchie, Paris, 1817, in-S". VI. La 
fÀberté des journaux impossible avec 
le système représentatif, Pari», 1818, 



MA.S 

in-8". VI!. De l'Esprit des institutions 
politiques, Paris, 1821, 2 vol. in-8'' 
VIII. Quelques Obseivations sur le 
projet de loi relatif aux successions , 
présenté à la Chambre des Pairs, dans 
la séance du 10 février 1826, Paris, 
1826, in-8'' (anonyme). IX. La Répu- 
blique sous les formes de la monar- 
chie , ou Nouveaux éléments de la li- 
berté politique, sommairement exposée 
suivant la méthode des géomètres, Pa- 
ris , 1832, in-8'' (anonyme). X. Mé- 
moire sur l'art d'organiser [opinion, 
Paris, 1835, in-8''. XI. Le Médiateur, 
ou Nouveau projet d'un système cons- 
titutionnel, Paris, 1836, in-8°. XIl. 
Des Articles de politique et de criti- 
que dans le Moniteur et le Journal des 
Débats. XIII. Un Mémoire historique 
sur l'esclavage civil dans tEutvpe mo- 
derne et spécialement en France, im- 
primé dans le Journal de [Institut 
historique (juillet 1835 ). Massabiau 
a laissé plusieurs ouvrages manus- 
crits. — Massabiau (Jean-Jacques) , 
frère du précédent, né en 1767, hit 
professeur de mathématiques spéciales 
au collège de Rodez, et mourut en 
1827. On a de lui un Essai d'arithmé- 
tique, Rodez, 1820, in-S". Z. 

MASSALSKI (Ionack), issu des 
Kniaz ou princes russes de Massalsk , 
élevé de bonne heure à lévéclié de 
Wilna, se mit en 1764, avec son 
frère, grand -général de Lithuauie, 
à la tête d'une faction opposée au 
prince Stanislas Rad/àvill. A cette 
époque orageuse, où il s'agissait d'en- 
voyer des nonces à la Dicte d'élec- 
tion, on s'était concerté afin de préve- 
nir les troubles, sur les députés et les 
juges que l'on devait choisir. Pen- 
dant (pie Radzivill se confiait à cet 
arrangement, les Massalski sédui- 
saient ou eiFrayaient les diétines, et 
aueun des nobles que le prince de 
Radzivill .iviùt proposés ne fut élu. 



MAS 

Comme celm-ci prenait des mesures» 
pour se venger, l'évéque Massalski 
fit sonner le tocisn à Wilna. A