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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE
SUPPLÉMENT.
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MAR — MET.
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pauis. — iiuraiMEniE de imuiVRAir,
Hue Crofii-<?cs'Pctit«-Clinmiw, 35.
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE.
SUPPLÉMENT,
00
SUITB DE l'histoire , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA TIB PUBLIQUE
ET PRIVÉE DE TOUS LES HOMMES QUI SE SO?IT FAIT REMARQUER PAR
LEURS ÉCRITS, LEURS ACTIOZtS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU
LEURS CRIMES.
OOVKACB SKTlàKBXSHT VEOF ,
HÈDIGÉ PAR UNE SOCIFTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS.
On doit deséjardî aui vitaals ; oa ne doit aui inort>
que la vériU. {^ ol,T ■, première Lettre «ti/- Œdipe.)
TOME SOIXANTE-TREIZIEME.
A PARIS, #
CHEZ L.-G. MICIIAUD, ÉDITEUR,
RUE DI? HASARD-RICHELIEU . 1*.
1843.
V
V ^^
SIGNATURES DES AUTEURS
DU SOIXANTE-TREIZIÈME VOLUME.
MM.
MM.
A. B— T.
Bkuchot.
G R — D.
Gdérard.
A—n.
AHTAtJI).
G «T.
Grégory (J.-G.).
A— T.
H. AUDIFFRET.
G— t— B.
GAUTHrER.
A— Y.
Alby (René).
G— Y.
Gley.
B D E.
Badicbe.
L.
Lefebvre-Cacchv.
B D R.
BoRniER.
L— c — i.
Lacatte-Joltrois. ,
B— P.
De Beavchamp.
L— M— e.
Lamotte.
&— c.
Beacliec.
L— M— X.
J. Lamocreux.
B Y K.
Bruyère.
L— 1— E.
Hippolyte de la Porte.
G— AV.
Catteac-Calleulle.
L — s — \>.
Lesourd (Ix)ui8).
G. D— s.
Despobtes-Boscheron .
M— A.
Meldola.
G— L— T.
Ck)IXOBUET.
M— Dj.
Micbaud jeune.
C. T— Y.
Coquebert de Taizy.
M— G— s.
MAGÎtl>.
D ^B — s.
Dubois (Louis).
M— R— t.
Merat (F.-V.).
D— G.
Deppisg.
OZ M.
O^A^•AM.
D H— E.
Dehèqce.
P.I^— T.
Prosper Levot.
D R R.
Durozoir.
p OT.
Parisot.
D— z.
Desprkz (Hippolyte).
P— RT.
Philbert.
D — z — s.
Dezos de la Roquette.
P— S.
PÉRIÈS.
E— s.
Etriès.
R— u — ^^.
Rewauldin.
F— A.
FoRTiA d'Urban.
R— É.
ROYÉ. 1
F— LE.
Fayolle,
R— F— G.
De Reiffenberg.
F. P— T.
Fabien Pillet.
T— D.
Tabaraud.
Fr E.
De FROBERVILUi.
u— 1.
USTÉHI.
F— T.
Foisset aîné.
V. S. L.
VISCEKS-SAI^T-LAL^\E^ J .
F— T— E.
De la Fosteselle.
W— s.
Weiss.
G— G— Y.
De Grégory.
Z.
Anonyme.
G— s.
Gtjilloh (Aimé).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
SUPPLEMENT.
M
MARA (Gcii-LALME de), orateur
et poète latin , naquit vers 1470 , au
iliocèse de Coutances , d'une lamille
très-honorable (1). Kn terminant ses
études il se Ht recevoir docteiu- dans
la double Faculté de droit , titre qu'il
prend a la t«;te de ses ouvrap.es , et
embrassa l état ecclésiastique. Il assis-
tait aux tournois que Charles VllI fit
célébier à Lyon pour réunir les che-
valiers qu'il voulait enf;a(>er a le suivre
dans son expédition de >'aples. On
apprend par ime lettre de Mara qu d
lut attaché quelque temps an cai-
dinal Briçonnet, sans doute en cpia-
lité de secrétaire, et quil se trouvait
a Moulins lorsque ce prélat v mou-
rut en li97- Depuis, il remplit les
fonctions de recteur de I Université
de Caen; et l'on peut conjecturer
avec assez de vraisemblance qu il v
avait professé la théologie ou le droit
canonique, il fut pourvu, vers lo08,
d'un canonicat du chapitre de Cou-
tances, dont il devint le ti'ésorier «t
l'orateur, et mourut vers l'6'iO, On a
«le lui : I. TripertitHs in chimceram
(1) Deux de s<?s frères . Jean et Roland d<-
Mara, remplissaient les fonctions de secrétaire
il' Adrien de GoiUTier, évèque de Ckjutances ; pi
Jean llicbel, son neveu, professait la th^lo-
gie i la Faculté de Pari*i
LXXIII.
l'onflictus, 1510, in-4", sans nom de
ville, mais imprimé à Caen. Guil-
laume de Mara dédia cet ouvrage à
.lean de Canay. chancelier de France.
La chimère qu'il v combat , c'est le
péché d'orgtieil. celui de luxture et
«•eini d'avarice, .leau Vatel en donna
une seconde édition avec des note-»
[famUiaribui eominenlariis élucidât),
l'aris, 151.3. in-4'' de 32 feuiU.; Pan-
/er. dans ses ^^/ina/e? topo^raphici,en
cite mie autre in-S". sans date et sans
auciuie indication , qui poun'ait bien
être l'édition orifjinale. IL De tribus
pigieiidis : ventre, pluma et venere,
tibri très, Paris, C.olines, 1312; ibid.,
1321 , in-4", livre singulier, rare et
recherehf- des curieux. IIL Sjlvarum
fibri Jf\ ibid., 1513, in-4°. IV. Epis-
tnlœ etomiiones, ibid., 1-513, in-4° de
;iO feuillets. -L Vatel est l'éditem- de
ce recueil, dans lequel on trouve quel-
ques par liaila rites intéressantes ; par-
mi les personries avec qui Mara entre-
tenait un commerce épistolaire , on
distingue le poète Fausto Andrelini. V.
Faraphruûn in Miisœum de Herone et
l.eandro, Cologne, 1626, in-S". Cette
version du poème de Musée est accom-
pagnée du texte grec. Elle est très-rare.
Les ancien* bibliothécaires Tritheim,
iUH
MAU
Gesner, etc., citent encore de Guil-
laume de Mara quclqnei, opuscules
restés inédits sans doute , et dont on
ne connaît plus de copies : De amori-
buSy de laudibus, de probris, de di-
vinis libri quatuor. — Nœntarum ac
epitaphiorum liber nuits. Mais cest
par une de ces erreurs que l'homo-
nymie rend si fréquentes dans l'iiis-
toire littéraire , qu'ils lui attribuent ;
Opnsculum de sacrO'SanctaEucharistia.
Cet opuscule est de Guillaume de Ma-
ra , chanoine d'Évreux , qui vivait
avant 1464. Voyez la Oallia c/uw-
tiana, XI, 604. ' \V— s.
MARA (Élisabetu), cantatrice alle-
mande, naquilà Cassel, en 1750. Peu
de temps après, son père alla chercher
fortune en Angleterre, et fixa, pour
quelques années du moins, ses pénates
à Londres. C'est là qu'âgée de dix
ans, Elisabeth débuta publiquement
dans un concerto de violon et y mé-
rita des applaudiîisements beaucoup
au-dessus de son âge. Toutefois , elle
ne tarda pas à renoncer à l'instru-
ment le moins de tous en harmonie
avec les grâces si nécessaires à ]a
femme, et elle se voiia au chant sous
la direction de Paradisi, dont elle de-
vint l'élève la plus habile. Il lui res-
tait de sa première éducation comme
violoniste une habitude exquise et
profonde de la mesure, et au;>;i plus
d'aptitude, plus de délicatesse pour
rendre , par le chant de sa voix , les
fractions de ton presejuc insensibles ,
qui distinguent la note diézée de la
bémoliscc , sensée la môme avec
elle sur le piano. Elle prétendait mc-
uie, nous a dit le savant théoricien
anglais Bacon , que c'est dans ce but
qu'elle avait étudié le violon. A peine
âgée de 14 ans, elle chanta devant la
reine, femme de George lll,avec un suc-
cès qui put faire présager son avenir.
Elle pa»»a encore deux ans à Londi^eiK
partageant son temps entre les con-
certs et les études diverses parmi les-
quelles l'éducation vocale tenait tou-
jours le premier rang. Après quoi,
elle se mit en route avec son père poiu*
l'Alleuiagne (1767), et se fit entendre
lour-à-tour dans plusieurs capitales
des petites principautés de ce pays ,
puis, finalement, à Uerlin. Sa renom-
mée, croissant avec son talent, finit
par balancer celle de M"'" Todi, alors
la reine du chant pour l'Allemagne
du nord. C est là aussi qu'elle épousa
le violoncelliste Mara, qui faisait par-
tie de la musique de la chambre du
prince Henri. Hien que cette union la
fixât à Berlin, elle parcourut encore à
diverses reprises les villes secondaires
de l'Allemagne, et fit même deux excur-
sions en Suisse. Enfin , au commence-
ment de 1784, elle reparut à Londres
après dix-sept ans d'absence. Les
quatie ans qu'elle y passa furent très-
lucratifs pour elle. Un seul concert à
son bénéfice lui valut plus de treize
mille francs , recette énorme à cette
époque. Quatre fois elle figura comme
première cantatrice à la fête funèbre
de Hœndel (1784, 85, 86, 87), et
quatre fois elle excita l'admiration la
plus vive dans son immense audi-
toire d'amateurs et d'artistes qui ne
jtéchaient point par indulgence. Au
carnaval de 1788, elle se rendit à Tu-
rin , où elle avait un engagement au
théâtre royal. L'année suivante , le
nouveau roi de Prusse, rré<léric-Guil-
laume II, l'appela au théâtre lyrique
de Berlin, en remplacement de ma-
dame Todi. Il ne lui manquait plus
après cela cpie la sanction du public
de Paris où sont venues échouer tant
de réputafions étrangères. Elle ne crai-
gnit point d'affronter le péril, et un
triomphe réel récompensa son audace.
Bien que sa jeunesse commençât à décli-
ner, ellejouissaitcncore de toute la plé-
nitude de ses moyens : sa voix étendue,
brillante , sonore , toujours égale a
elle-même, était d'une légèreté inouïe
dans les fioritures . et l'expression,
Tâme ne lui manquaient pa<. On fut
surtout surpris de la perfection avec
laquelle, née Allemande, et Anglaise
j)ar l'éducation , elle prononçait les
paroles françaises. Elle chantait avec
autant d'élégance dans le? trois lan-
gues et aussi en italien. Au total ,
cette souplesse, cette heureuse facilite
de se plier comme spon tanement à tou t ,
dominaient le talent de M"'*Mara.Ilest
permis de croire que si elle n'avait paj-
été cantatrice, elle eût n'nissi en toute
antre carrière, et qu'elle eût dévelop-
\Mu sinon la même supérioritt-, du
moins la même giàce , la nif'me ai-
sance , la même correction. Quelque-
fois même elle arrivait bien près du
sublime. (^loiquClle ne fût jamais
plus à l'aise que dans les airs de bra-
voure, il V avait tel adagio qu'elle ren-
dait avec la plus rare énergie . ave<
la passion la plus déehiiante. Le fe-
nieux rondo de Xeumann : Tnm'itt-
h'ndi^ était un de ses triomphes e*i
' e geme. Cependant, comme il a tou-
(onrs été de mode, en fait d'art, de <e
langer en deux band«>s, il v avait a
Paris une secte de todistes, e'est-à-
(tire de partisans de M"' Todi, tandi^
fjoe d'autres portaient an\ nues M°"
Mara. Nous ne savons s'il est bien
authentique que ces derniers trou-
vassent matière à jouer sur les mots
lodi et tode (en disant par exemple à
l'apparition de M»'' Mara , die Todi
'■t tode); mais les todiste» prenaient
leur revanche en répliquant, s'ils en-
tendaient une conversation de la na-
ture de celle-ci : « Laquelle vaut le
mieux?— C'est Mara.. ..--C'est bientôt
dit (c'est bien Todi).- M"' Mara avaii
aussi \-isîté la Russie, et il paraît
qu'elle garda de ee pav^ un souvenir
MAK 3
agréable , car après avoir quitté le
théâtre, ce fut là qu'elle se retira. Elle
survécut plus dun quart de siècle à
cette abdication, et entendit dans su
retraite retentir la trompette de la
renommée pour bien d'autres Dîve del
canlo, nées plus tard et mortes plus
tôt qu'elle. Elle avait quatre-vingt-
trois ans quand elle expira, le20 jan-
vier 1833, à Reval, quarante-quatre
ans après son époux, le violoncelliste
Jean Mara. — Ce dernier était fils
d'Ignace Mara , né en Bohême vers
1710. I^ père était violoncelliste de
la chambre du roi de Prusse; le fils,
ainsi qu'on l'a vu plus haut , l'était
de la chambre du prince Henri : tous
deux possédaient un vrai talent ; le fil.s
pnincin) iv.TÏt plus de renommée, et
j : 1 temps pour un des pre-
iniri-i Vil [iioses sur l'instrument qu'il
«ultivaif. il exécutait des passages d'u-
ne difficulté presque inconnue avant
lui. et excellait dans les adagio dont
il luiançait admirablement Fe.xpres-
>ion. Il avait aussi des qualités remar-
qliables comme acteur , et il joua
sur le théâtre particulier du prince
flenri. Tous deux moururent à peu
de distance, le père en 1783, le
fils en 1789. Enfin tous deux laissè-
rent des œuvi'es de basse; mais celles
«lu père, consistant en solos , duos et
' nni-oi tb> . sotit restées manuscrifés.
P OT. '
MAIIAFIOTI (le père Jébôme),
• ordelier calabrais, était né dans le
X^T siècle, à Polistena. I.es devoirs
*le son état partagèrent sa vie aVee
Tétudc des sciences et de l'histoire. Il
viva't encore en 1626; mais on
ignore la date de sa mort. Ses deux
principaux ouvrages sont : I. Le chro-
niche c antichità di Calahria conformi
utrordîne de' testiffivro e lai'ino,rac-
lolte da più fatnosi scrittori, Padoue.
1601. in-i". C'est surtout à Gabriel
i.
>UR
Barri (i-. ce nom, 111, 410) que le nouvel
historien de la Calabre a fait de larges
emprunts; mais l'envie de paraître
plus savant que son prédécesseur,
lui a fait recueillir une foule de traits
évidemment fabuleux, et qu'il appuie
du témoignage d'auteurs dont les
écrits ne nous sont pas parvenus. U.
De arte reminiscendo: per hca et
imagines ac per notas et figuras w
manibus positas, Venise, 1605, in-8".
Ce traité de mnémonique est fort
rare. Parmi ses manuscrits , on re-
marque un traité de Cabale : De Ar-
■catiis numeromm. W s.
MARAIS (Mathiei) , avocat dis-
distingué au Parlement, dont l'article
manque à toutes les biographies, na-
quit, en 1664, à Paris, et y mourut
le 21 juin 1737, comme nous l'ap-
prend M. Ravenel, qui a découvert
récemment son acte de décès sur les
registres de la paroisse Saint-Eusta-
che. Marais n'était connu dans la lit-
térature que par une Histoire de la vie
et des ouvrages de M. de La Fontaine,
œuvre posthume, publiée en 1811,
par Chardon de LaRochette, 1 vol. in-
12 et ln-18. M. Walckenaer en a ti-
ré parti pour son ouvrage sur le fa-
buliste. Ou attribue aussi à Mathieu
Marais quelques morceaux insérés
dans le Mercure, notamment la cri-
tique du Panégjriijue de Sacy , par
M"' Lambert, il était lié avec Bayle,
qui profita de ses notes pour le» ar-
ticles Henri III y le duc de Guise, la
reine de Navarre, l'avocat de Retz, et
})eaucoup d'autres de son Diction-
naire historique. Dans la correspon-
dance de «ayle, on trouve la Icttic
suivante, (jui lui est adressée, sous la
date du 2 octobre 1698 : » Que j'ad-
« mire l'abondance des faits curietix
«. que vous me conununiquez, tou-
• chant MM. Arnauld, Rabelais, San-
. tetil, U Fontaine, La Bi-uyère, etc.
MAR
u Cela me hiit juger, monsieur, qu'un
« Dictionnaire historique et critique ,
« que vous voudriez faire, serait l'ou-
ii vrage le plus curieux qui pût se
" voir. Vous connaissez mille parti-
>. cularités, mille personnalités, qui
« sont inconnues à la plupart des au-
' tenrs, et vous pourriez leur donner
a la meilleure forme du monde ".
Marais correspondait aussi avec le
président Bouhier, dont la bibliothè-
que renlci niait le Journal de Patis, de
1721 à 1727, lequel se trouve à la
Bibliothèque royale. Des trois volumes
de cette piquante gazette, le pre-
mier a été enlevé. C'est M. Ravenel ,
savant bibiiograpi)C , qui a fait hi-
sérer les deux autres, par fragments,
dans la Revue rétrospective, tom. 1,
13, 14 et 13. F— LE-
MAllAlS (IlEMu) , graveur, né
à Paris en 1764, s'est fait connaître
de la manière la plus distinguée, par
la gravure d'une partie des planches
qui ornent la magnifique édition in-
folio du Racine de P. Didot, aîné. Il
a été. aussi l'un des coopérateurs les
plus recoramandables de AVicai-, dans
l'entreprise de la galerie de Florence.
Le Frontispice de ce bel ouvrage a
été gravi' par lui , sur le dessin de
Moiltc. Il a gravé également le célè-
bre tableau de Jules Romain, repré-
sentant lu Vanse des Muses; le Pré-
cepteur des enfiints de Niobé, l Her-
maphrodite , et queltiues auUes sta-
tues antiques; le Triomphe d'Amphi-
trite, d'après Lucas Ciordano ; le Pot^
fiait de 3Iieris, peint par lui-même ;
les ttvis Parques, d'après Michel-
Ange; Andromède, d'après l'urino,
etc., et une grande partie des pierres
antiques que renlérment les deux
premiers volumes de <et <)uvrage.
Marais promettait «le se placer au
premier rang parmi le« artistes ses
contemporains, lorsqu'une mort pré-
raaturée l'enleva le tl iwveiiibre 4800,
à l'âge de 36 ans. P — s.
MAILVX (GcitLAUME), juriscon-
sulte, ne à Toulouse en 1 549 , eut
l'avantage d'étudier sous Cujas, et de-
vint pi-ofesseur en l'université de cette
ville, oii il enseigna jiendant qua-
rante ans et eut pour élève* 1 arche-
vêque Marca, Rosqnet, Florent et
beaucoup d autres honuues célèbres.
Ligueur déternuué, il tut chargé, en
lo89, d'aller demander au pape que
le capucin Ange <lc Joveuse, qui,
après la mort du duc son ft-èrc ,
noyé dans le Tarn , s'était rais
à la tête de la Ligue dans le Langue-
doc, fût relevé de ses vœux. Reve-
nant de Rome, il fut pris par des pi-
rates d'Alger ; mais bientôt rache-
té j>ar sa province , il retourna habi-
ter Toulouse et mourut dans cette
ville en 16:21. Les écrits quil a pu-
bliés sur le dioit témoignent de sou
savoir; mais, si l'on en croit Simon,
dans la Bibliothèque dei auteurs de
droit, le stvle de Maran convient peu
aux ouvrages de ce genre. Ce sont : L
Trois iudex sur le livre intitulé: So-
titia utrarjue diynitatuin, cuin orieiilis,
tiim occidentis, iillia .iivadii, Hoitv-
rHijue tempora, etc., avec le commen-
taire de Pancirole, Lyon, 1608, 1 vol.
in-fol. JL De antecessorum delectu,
1617, in-fol. IIL De œquitate et jus-
litia, 1622, 1 vol. in-i". IV. Paratilla
'" XLII jtrioies Digesii libivs , 1628.
l vol. iu-fol. (ouvrage posthume). Le
buste de Maran se aouve dans la sallo
des illusties Toulousains de sa ville
natale. Z,
MARAXSDi (JKAN-PitRKt), ba-
ron de l'empiie et lieutenant-général,
naquit, le 13 février 1772, à Lounles.
dans les Hautes- Pvrénécs. S étant en-
rôlé, en 1792, dans un bataillon de
son département, il adressa à ses
jeunes coacitoyens mie lettre pleine
d'énergie, dans laquelle il les appe-
lait à la défense de la patrie, ce qui
lui valut d'être élu capitaine par ac-
clamation. Il ht ses premières armes
en Espagne et se distingua surtout
à Sari"», à Urdach et à Yrati, où il
brûla les magasins de la marine et fil
éprouver à l'ennemi des pertes énor-
mes. Ix" 19 juillet 1794, il s'empara
du camp occupé par la légion du
marquis de Saint - Simon , saisit «a
caisse et la remit an général Higon-
net. il servit ensuite avec la même
distinction dans les armées de rOue»t,
du Rhin et du Danube. Le 2o avril
1799. il soutint à la tête de sa com-
pagnie le choc de plusieurs corps de
cavalerie autrichienne, rallia le;> dé-
bris de la division Férino et reprk
six canons à l'ennemi. Ckîtte atiaire
lui valut le grade de chef de batail-
lon. Le 2o septembre de la même
année, il traversait la limath et chas-
sait le« Russes de toutes leurs posi-
tions, il recul de Masséna, à cette
occasion, uue lettre des plus flatleu8c«.
Peu après, il fut le premier à passer
le Rhin et pénétra dans Schallhouse.
Quoiqu'il eut voté contre le consulat
a vie, il derint , sous l'empii-e , ma-
jor, puis colonel. Envoyé en Por-
tugal, il eut constamment à lut-
ter contie des forces supériem^es,
s'emjiaia néanmoins de Bêja, et pa-
cifia les Algai-ves. Le général Junot
le récompensa en le nommant gou-
verneur d'Elvas et en lui décernant le
surnom de brave des braves. Devenu
général de brigade, Maransin fut en-
vové par le maréchal Soult dans la Se-
rania-de-Ronda, où il emj)orta plu-
siems places et défit les généraux Gon-
zalez et Ballesteros. Il commandait la
tranchée le jour où Badajos ouvrit
ses portes, et plus tard il empêcha
la réunion de Black avec les chefs
espagnols Zayas et Ballesteros; il battit
MAP.
MAR
ceux-ci et obligea celui-là à letitrer
par mer dans Catlix. il eut aussi beau-
coup de part à la victoire d'Albufera
et mérita par sa conduite à Malaga
d'être nomiué gouverneur de cette
province. Général de division, le 30
mai 1813, il commanda l'avaat-garde
à Victoi-ia, défendit vaillamment sa
position et rejoignit par une retraite
Ijonorable le ^ros de l'armée fran-
çaise. Au col de Maïa et à la bataille
de Toulouse, il lit éprouver des pertes
considérables au général Hill. Après
l'abdication de jNapoléou, Marausin
fut nommé cbevalier de Saint-Louis
et commandeur de la Légion-dMlon-
neur. Quoiqu'il eût, pendant les cent-
jours, accepté le commandement des
gardes nationales de la 7" division
militaire et secondé les opérations
du maréchal Sucliet, il n'en devint
pas moins à la seconde restauration
commandant de la 19' division mi-
litaire. Cependant quelques soupçons
s étant élevés contre lui, il fut destitué
en 1816, arrêté et détenu à Tarbes
pendant (juatremois. Rendu à la liber-
té, il alla prendre au mois dejuin 1817
les eaux de 15agijères. A cette époque,
des troubles s'élevèrent dans le dé-
partement du Rhône, et Maransin
fut accusé de les avoir fomentés;
mais son innocence résulta de l'en-
quête judiciaire qui eut lieu. Pour évi-
ter désormais toute espèce de tracas-
serie», il demanda et obtint d'aller
demeurer à Paris sous la surveillance
immédiate du ministre de la police.
U moiu'ut le 15 mai 1828. On a de
lui : La Charte, le grand-livre et les
majorais, ou Réflexions sur un o;jit,«-
r,ule de M. le comte de Lanjuinais et
sur une pétition de M. le chevalier
Salel, Paris, 1819, in-8". Son éloge
a été publié sous ce titre : Discours
orononcé par le comte Muraiiv, aux
obsèques maçonniquet du lieutenant-
(général huioii Muraiisiu, célébrées Ir
2Gjuin 1828, Paris, in-8o. A— v.
MARAT ( Ai.BERTifiE ) , sœur du
plus cruel de nos révolutionnaires,
(v. Mahat, XXVI, 558), naquit com-
me lui au village de Bouvrv, dans la
princi[»aulé de Xeufchâtcl, en 1757.
Titant venue en Fiance dès le com-
mencement de la révolution , elle
se réunit à son frère dans la capitale,
et prit autant de part qu'il lui fut
]>ossible à ses travaux et à ses fureurs
politiques. Nous avons sous les yeux
ini écrit fort curieux quelle publia
j)eu de jours après sa mort sous le
titre de : Réponse aux détracteurs de
l ami du peuple^ par Albertine Marat,
in-8'' de 8 pages, de l'imprimerie de
Marat (c'est-à-dire imprimé avec les
caractères que Marat s'était appro-
priés à l'imprimerie royale en 1792).
Nous ne citerons que le préambule de
cette «ingulière production; il suffira
pour en faire connaitrc le but et le
caractère: u Repousser la calomnie est
" le devoir de tout bon citoyen : j'ai
" donc cm devoir le faire. J'avois
" espéré jusques ici qu'on m'anroit
» épargné le douloureux emploi de
u défendre la mémoire de mon frère,
" et que les témoins occulaircs(s«c) de
" ses actions auroient élevé leurs
" voix: mais si le mépris qu'ils por-
.■ tent aux Zoile est la cause de leur
« silence, je n'ai pu entrer dans leurs
.. vues. Bientôt, si cette tâche n'est
« pas au-dessus de mes forces , j'cn-
u treprcndrai à peindre {sic) cette in-
M fortunée victime : je me borne, pour
" le présent , à répondre aux incul-
" pations de ces petits génies qui ue
>' peuvent soulh-ir rien de grand... «
r,e second écrit que mademoiselle Ma-
rat annonçait tl'une manière si pathé-
tiquen'a point paru(l). Depuis la perte
(I) Mais elle lit paraître, en 179£i, un pros-
pectus de ♦ psges pour annoncer «ne rtim-
de son frère, elle vécut dans le deuil
et toutes sortes de privations jusqna
sa mort, le 2 novembre 184-1. Voici
comment un journal rendit compte
de cet événement : - Avant-hier, au
<• milieu de la foule immense que la
« solennité de la fêle des morts atti-
« i"ait au cimetière du Père-Lachaise,
• le corbillard des pauvres marchait
« lentement vers le champ du rej)os;
• quati'e personnes seulement, qu'a
« leurs vêtements on devinait devoir
« appartenir à la classe ouvrière,
- marchaient à la suite. Leur air dis-
« trait annonçait qu'ils n'accordaient
« qu'un bien faible intérêt à la perte
- du défunt, et ce|^)cndant ce corbil-
" lard portait mie célébrité de notre
« époque. Sur ce cercueil, qu'aucune
« larme n'avait arrosé, était un nom
u qui fut l'épouvante de la France
« tout entière, et que de nos jouis
« encore on ne prononce pas sans
« un frémissement involontaire; c'é-
« tait la sœur de Marat 1 ^'ouvel
« exemple de l'ingratitude des fac-
■ tions politiques, cette femme à la-
. « quelle les plus illustres de nos réfor-
« matcurs modernes venaient naguè-
» rc rendre hommage , à laquelle ils
« demandaient le buste de sou frère
« {M)ur en orner les salles de leurs
« clubs et dédiaient quelques-uns de
« leurs ouvrages en la nommant la
« sœm' de lilluslfe Marat, eh bien!
« cette femme est morte dans un
• grenier de la rue de la Baril leric et
c dans le plus grand dénûment.
" Elle n'a été entourée à son lit de
• mort que de son épicier quelle
« avait institué son héritier, et de sa
u portière, l'unique amie qui lui fi'u
pression des œuvres de son frère , dans les-
quelles devait flgurer le fameux journal qu'il
avait publié sous les tities de Piibliciste pa-
risien, iVAini du peuple , etc. Faute de sous-
cripteurs, cette édition n'eut pas lieu.
U— B— ».
MAR 7
» restée fidèle ». Mademoiselle Ma-
rat était d'une taille petite ; ses traits
fortement dessinés avaient quelque
chose de la hvéne et du tigre; son re-
gard semblait fixe et perçant; on eiit
dit le portrait vivant de son fi:«re.
Ses goûts, ses habitudes, ses plaisirs
mêmes étaient ceux dun homme;
elle n'aimait pas la société des per-
sonnes de son sexe ; elle jouait de la
tiûte, parlait latin, ne s'occupait que
de littérature et de politique. Jamais
ses doigts n'avaient manié l'aiguille.
Fort néghgée dans sa mise, elle por-
tait toujours un mouchoir noué au-
tour de sa télé; sa démarche était
grave et cadencée, sa parole brève et
foite. Lx)ng-temps elle vécut du pro-
duit de son travail; elle excellait dans
l'art de fabriquer des aiguilles de
montre, et l'horloger Bréguet n'eut
jamais de meilleur ouvrier. Depuis
plusieurs années, l'Age et les infirmi«
tés ne lui permettant plus de travail-
ler pour subvenir à ses besoins, elle
commença à vendre peu à peu tout ce
qui lui venait de son fi'ère; enfiti, d'ut>
caractère trop fier pour demander et
recevoir ostensiblement l'aumône, dé-
laissée par ceux qui, par pudeur, au-
raient dii la soutenir, négligée à re-
gret par d'autres personnes que l'â-
creté de son caractère avait éloignées
d'elle, repoussant les secoure de la
médecine et les consolations de la re-
ligion, elle est morte dans la misère
et l'isolement le plus complet. En fé'
vrier 1824 , la femme de Marat,
ou plutôt la ser\'ante avec la-
quelle le tribun vivait maritalement,
et à laquelle la commime de Paris
avait accordé, à titre de pension, une
inscription sur le grand-Uvre , était
morte dans la même maison. — Un
frère de Marat, qui partageait ses opi-
nions, demanda à la Convention la
permission d emporter à Genève un
8
MAR
tïisil qui avait appaitenu à ïaini du
peuple, ce qu'il obtint. — De cette
famille il no reste plus qu'un frère, le
plus jeune des trois, lequel était parti
depuis lony-tenips pour la Russie, ou
il est, dit-on, dans une position avan-
tageuse. Jamais il n'a voulu corres-
pondre avec ses parents. M — nj.
3IARBACII(Jkan>k-Ko8ai.ik\Va«;-
MiR, femme), actrice allemande, née
à Leipzig, le 6 mars 1805, perdit son
père en 1813, par un des terribles
fléaux épidémiques qui décimèrent la
population saxonne à cette époque,
mais en retrouva bientôt un autie
dans le spirituel directeur du théâtre
de la cour à Lhesde, Geïer, qui était
devenu le second époux de M"'" Wa-
gner. Déjà la jeune fille avait été ini-
tiée par son père aux principes de la
littérature et de l'ait. Ge'ier, qui . à
son talent d'acteur, joignait la prati-
que de la peinture et de la jjoésie ,
acheva le développement intellectuel
de Rosalie. Tieck aussi lui donna des
leçons et lui apprit à se pénétrer des
beautés de l'art, sous quelque forme
qu'il se révèle. A dix-sept ans, Rosa-
lie , après avoir débuté avec succès
au théâtre de la cour, y obtint un en-
gagement. Le voyage cpi'elle fit trois
ans après à Hambourg , en conqia-
gnie de son frère, lui olfril une oc-
casion de paraître dans les premiers
rôles , soit comiques, soit tragiques ;
elle s'y surpassa, et des applaudisse-
ments mérités l'encouragèrent. Ses
progrès continuèrent le» trois années
suivantes qu'elle passa encore à
Dresde , et pendant les deux ans
qu'elle parut à Prague. Du retour a
Hambourg oii elle avait été si goûtée
et oii en quel(]U(! sorte son talent
s'était révélé , elle liit enfin a|)p(;-
lée à I<eip/.ig, sa vilb; natale, «pi'ello
ne quitta plus ipie pendant ses mois
de congé et pour de fructueuses e\-
MAR
cuisions à Breslau , à Francfort , à
Darmstadt , à Cassel , etc. Elle n'y
eut pas moins de succès qu'à Ham-
boug, et la critique la rangeait parmi
ces talents qui viennent après ceux
tlu premier ordre, et qui même quel-
quefois les atteignent, Rosalie Wag-
ner était surtout merveilleuse dans
ces rôles oîi le poète, sans outrepas-
ser le réel , arrive à un idéal de situa-
tion ou de caractère. De là 1 inimita-
ble perfection avec laquelle elle le-
présentait les femmes de Goethe et de
Shakspeaie , notamment Marguerite
et Porcia. Au contraire, elle se sentait
mal à son aise dans les rôles qui sor-
tent du naturel ; et peut-être , dans
la poétique particulière que les le-
çons de Tieck et ses propres sensa-
tions lui avaient formée, cette an-
tipathie de l'outré était-elle un peu
exagérée. Dans la comédie, peu de
ses rivales l'eussent égalée pour l'ai-
sance, la simplicité, la noblesse et
le bon goût qu'elle apportait dans
son jeu, quand elle avait à représen-
ter des personnes distinguées par leur
rang dans le monde ou par les qua-
lités de leur esprit. Les gr.àces de sa
personne étaient bien pour quelque
chose dans ses succès ; mais la voix ,
l'accent, mie sensibilité pure etviaie,
la spontanéité des expressions ton-
jours correctes, l'absence de toute
alfeclation en étaient les véritables
causes. Malgré cet accueil si encou-
rageant du public, Rosalie Wagner
quitta le théâtre en 1836, pour épou-
ser le docteur Marbach; mais elle
survécut peu à sa retraite : le 12 oc-
tobre 1837, elle expirait après avoù'
donné naissance à une fille. P — or.
lUAIlBErF (PiKniiKde), poète
français, na(^uit vers 1596, aux en-
virons de Pont-de-l'Arrhe, de noble
famille : son père avait les titres d'é-
cnver, sieur d'imare et de Sahm's on
MAR
partie, et loi-même se domie celui de
chevalier. Il fit ses premières études
a la Flèche, au célèbre collège qu'y
j>ossédaient les jésuites, et il se ren-
dit de là, sans doute, afin de faii-e sou
droit à Orléans. Mais il sy livra aux
Muses au moins autant qu'à la juris-
pradence; et dès1618, ilfit paraiue
un double échantillon de son talent
poétique : lun élait le Psulténon
en Chonneur de Marie , dont l'inti-
tulé seul indique assez quelle in-
fluence exerçait toujours sur lui l'é-
ducation religieuse, rei;ue chez les
pères; l'autre consistait en Poésies mê-
lées, parmi lesquelles se tiouve une
imitation duchap. {"des Lamentations
Je Jcrémie (I). Aussi, dans une de ses
pièces laudativcs, que jadis il était
d'usage de mettre en tête de tout ou-
vrage nouveau , un de ses auiis , Pie-
devant d Aquigny (2), le loue-t-il de
ne point avoir admis de vers eroti-
ques, et, sous ce rapport, il le preFere
aux Ronsai-d , aux Des|>ortcs, aux du
lîellay.
Du Bellay connut Cupiiion ;
Ronsard a connu son brandun :
Sur Desportes tombi sa flamme :
Tu es chaste en tous tes travaux.
Donc, malgré tous tes corivau\,
Chacun te donnera la planie (3).
(1) Dans l'épitre dédicatoire . en tète de si
Poésie mestée, on lit : A momsiemr mon
père, monsieur (te Marbeuf, etc.
(2) Aquigny est aussi aux environs de Pooi-
dc-I'Arche.
13) Le texte porte la palme. Mais évidem-
ment, l'auteur , par une licence très-forte .
mais non sans exemple ou sans analogie dan^
la poésie italienne, dont Ronsard s'est tant
inspiré, avait écrit piatnc, et n'a pu corriger
son épreuve. Rêver ici une assonance à la
manière espagnole serait dénué de toute rai-
son plausible ; et, d'autre part, on ne peut
supposer une faute grossière clioi un versifi-
cateur aussi exquis de tout point que le sieur
d'Aquigny, dont plus bas seront encore cités
des vers chaniiants , d'autant plus que rien
n'était plus aisé que d'écrire au troisième
vers :
Desportes n'eût rdmc plus cabne.
ou quelque chose d'analogue.
MAP.
9
Mais Maibeuf ne méi ita |>as lon«î-
tenips cette louange toute spéciale. Ue
retoiu- à Orléans, il y fit connaissance
avec une jeune Parisienne qui eut le
pouvoir, dit-il , de lui faire négliger
ses dernières étmles et qu'il a chan-
tée, sous le nom réel ou emprunté
d Hélène. Ce n'est ps tout, a Hélène
succéda Jeanne; puis vinrent, nous
ne saurions plus dire dans quel or-
dre. Madeleine. Gabrielle. et Phi-
lis, laquelle était un miracle damour,
et Amarante, qui était princesse. Prin-
cesse en quel pavs? va-t-on dire.
>>ous présumerions assez que cest
dune princesse île Lorraine qu'il s'agit,
et que le nom seul ici est imaginaire,
car notre poète fit un assez long sé-
jour eu ce duché limiuophc de la
France, et trouva des protecteurs dans
les princes loiTains, ce qui ne nous
semble pas devoir s'entendre de la
maison de Gtiise. Quoi qu'il en soit ,
Marbeuf finit d'assez bonne heure par
reprentlre IWoute de sa patrie, et
nous le retrouvons aus environs de
Pont-<le-r Arche, investi de la maîtrise
des eaux-et-foréts. il continua de cul-
tiver la poésie au milieu de ses bois
et de ceux de la couronne et de 1 état,
et il fait allusion à cette vie forestière
en se donnant dans ses vers le nom
de Sylvandre. On ne sait à quelle
époque il mourut, mais il vivait en-
core au commencetnent du règne de
Louis XIV. Toutefois la dernière pic-
ce qu'on ait de lui est de 163.'J. Il
avait été marié, et s1l faut l'en croiix*.
il avait eu fort à soutfrir de cette
union, mais il ne spécifie rien sur les
griefs qu'il |>ouvait avoir à l'égard
de sa femme qu'il appelle Alecton et
Mégère, ce qui lui fournit occasion de
traiter de folie la descente d'Orphée
aux enfers, et de dire qu'il n'y descen-
drait, lui Marbeuf, que pour em-
pêcher son Eurydice d'en revenir.
10
MAR
MAB
Voici les titres exacts des deux pre-
miers petits recueils de MarbeuF : 1.
Psalterion chrestieii dédié à la mère
de Dieu, Rouen, 1618. IL Poésie mê-
lée du même auteur, Rouen, 1618. il
faut y joindre, pour avoir ses œuvTcs
complètes, les pièces nouvelles inst*-
rées dans l'cidition de 1629, laquelle
a pour titre : Recueil de vers de M. P.
de Marbeuf, etc., et une ode intitulée :
Portrait de [homme d'Etat, 1633,
in-4°. Parmi ses œuvres complètes se
trouvent diverses pièces latines, et au
total ce recueil offre ime variété assex
séduisante, des élopes et des satires,
des vers galants et des poésies pieuses.
Quant à ce que Marbeuf a déployé
de talent, nous ne pouvons être tout-
à-fait de l'avis de ses amis et notam-
ment de celui de son fidèle d'Aqni-
çny, qui l'appelle :
Marbeuf des Muscs les amours ;
et qui, en stances bien plus élégantes
que les siennes, s'expiime ainsi sur
son compte :
Quand lu Parque eut fait une fois
I>epli6nix des poètes françois (£i),
Sous l'oubli du tombeau descendre,
I»l>6bus prit des Muses soucy.
Kl lit naître ce poète icy
Comme un pliéiiiceau de sa cendre.
Muses qui pleuriez à l'écart
Le destin de votre Uonsard ,
Venez, venez boire à plein vase
El ravigourez vos esprits,
Puisqu'on voit sourdre en ce pourpriz
L'eau fille du piid de Pégase.
Oîpendant on ne saurait lui dénier
toutes les (|ualitcs qui font le poète.
Il a la vcrsifisation facile , et souvent
sa phrase est nette et [)récisc. L'ode
({U il intitule Éloije de la Normandie ,
(!i) J'oi),.. ne fait qu'une syllabe contre
riiablludc plus rc^ronte des verslllcaleurs, ha-
bitude qui, au reste, s'est étendue à des mil-
liers de motii, lier, lion , etc., et qui doiuie
une niullessi! déplorable k la versiflcatiun , si
elle n'évite le plus possible des mots bien
toits pourtant |)our orner les vers.
présente un bel épisode sur les ducs
descendants de Rollon et sur la con-
quête de l'Angleterre, et l'on y rencon-
tie plusieurs sixains frappés comme
celui-ci ;
Et qui fut plus valeureux ,
Plus hardi, plus vigoureux
Que Guillaume Longue-Espée ,
Qui , délaillant les barnois,
Du sang hostil des Danois,
Avait la dextre trempée ?
Les stances qui suivent cette ode, et
qui ont pour titre les Bacchanales, se
reconmiandent par le joli rhytbme
imité de Ronsard, qui l'a imité de
l'espagnol et qui place immédiatement
après le vers de sept syllabes un
vers de trois rimant avec lui (3). En-
suite vient l'imitation du 1"' chapitre
des Thrènes (en alexandrins), qui ne
manque pas d'onction et de sensibi-
lité. Mais c'est principalement dans la
quatrième pièce du recueil (poème
héiv'ique, le Duel), que la verve du
poète éclate. MarbeuF s'y pose en
gentilhomme pur sang, et ne se gêne
pas le moins du monde pour exprimer
l'admiration que lui inspirent les façons
de deux braves dont il célèbre le com-
bat. Il est vrai que pour cin(|uièmc
pièce arrive une espèce de petite pa-
linodie (Invective contre le duel):
Ab ! qu'as-lu dit 7 Tu te trompes ma muse !
Ce point dhonneur téméraire l'abuse , etc.
Mais il faut se souvenir que le rc-
cucil porte à sa dernière page une
approbation de docteur en théologie,
et la ])alinodie n'empêche pas que sa
musc ne; se soit escrimée en véritable
amaxonc , en Pentliésilée. Après ce
court et persiiasif mra cnlpn, parais-
(5) Les \pn surtout sont délicieux quand
ils sont à rime féminine : le vers de sept sylla-
Ix's ressemble alors , pour peu qu'on sache
distribuer les aictiUs, à l'anacré<)nil((uc de
huit, si heureusement Imité en italien, par
exemple dans les fables de Pignotti. etc.
MAft
sent te que l'auteur nomme de*
liavetés au nombre de sis; ce sont
la "plupart des épigratnmes. Isou» ne
ajoutons guère la seconde, dont voici
ie trait :
Isàbeau
Me dit: t Mange du liène et lu seras plus beau.»
Ah : jamais, ]»abeau, tu n'as mangé de lièvre.
Mais cette pointe, iuùtëe du vieux jeu
de mots latin : Ah! nuiiquam edisti,
Ginglyme tu /e;>o;«m,n'anisel,nisen.s
en français, où nul mot à double en-
tente ne correspond à leporevi (6). hn
revanche, nous louerons sans réseï ve
la Gavelé l\ relative aux trois Par-
ques, dont Atropos est, dit-on, la plus
cruelle, parce qu'elle coup»' le fiL
Mais, dit Marbeuf :
Ce larron qu'on pondii a bien coimu lusage
Du m de l^chésis et de Clothon aussy ;
Mais pour couper la corde, à son plus grand
dommage ,
Atropos ne vint point à ce gibet icy.
Les deux dernières pièces ont pour
titre : h 2savire, le Lys. Des quaUe
vers qui terminent celle-ci et le vo-
lume,
Comme ce Us est beau par excellence.
Puisse fleurir le lys de notre France '.
Puisse fleurir le prince de nos lys '.
Puisse fleurir le juste roi Loys '.
il résulte clairement que Louis XIII
ne dut point son smnora de juste aux
sévères exécutions que son ministre
ordonna sous son nom, entre autres
à celle de Montmorency, mais que
déjà, plus de seize ans auparavant,
ceux qui voulaient absolument qu'un
souverain eût un surnom avaient ima»
giné celui-là. Parmi les poésies du
troisième recueil, nous mentionne-
rons plus particulièrement le Procèi
d'amour (dédié au roi ; c'est la plus
longue du recueil), et Misogyne (qui,
(6) Au reste, en latin même, le jeu de mots
est médiocrement heureux : en vers , po est
bref s'il rient de lepus ; long, si de tepos cl
en prose l'accent est sur po ou le suivant les
cas.
comme ie litre le dèôgue. est une
satire contre les femmes en général
et contre la sienne en pailiculier);
en fait de vei s latins, le Fhs NarcissL,
tiédie au sénateur vénitien Angd»
Contareno. alors ambassadeur de la
républi(|uc à Paris. P — ot.
MAKBEIT (le marquis de\ géné-
ral français, dontlenom manque àtou-
tcs les biographies, naquit vers 1736,
aux environ» de Rennes. Bien qu'ab-
sente du nobiliaire général tle France,
la maison de Marbeuf , mentionnée
par Toossaint-de-Saint-Luc , remon-
te au moins au XVI' siècle , et pro-
l)ableinent beaucoup plus haut. Peut-
être les Marbeuf de Normandie (voy.
l'article précédent) en étaient-ils une
branche coUatéi-ale. En Bretagne.
les Marbeuf se subdivisaient en plu-
sieurs rameaux : les uns étaient
barons de Biaizon , les autres s inti-
tulaient vicomtes de Chemilliers et
autres lieux. Un Claude de Marbeuf
hit premier président du Parlement
de Rennes ; nous venons un fi^re de
notre Marbeuf admis dans l'ordre des
comtes de Lvon . ce qui suppose au
inoins seize quartiers ou quatre gé-
nérations au-dessus du récipiendaire.
I^s Marbeuf portaient d'azur à deux
épées d'argent bordées dor en sau-
toir , les pointes en bas. Bien que le
Marbeuf dont on lit ici l'article ne
fiit que le puîné de sa branche, c'est
lui qui eut les avantages du droit d'aî-
nesse et qui prit le parti des armes.
Yves- Alexandre , son aîné, s'était ré-
signé ou s'était voué à la carrière
ecclésiastique dont il atteignit les
premières dignités. L'avancement de
l'officier ne fut pas moins rapide ; les
nombreux épisodes de la guerre de
sept ans présentaient tant d'occasions
de se signaler et miUtipliaient tant les
vides dans l'armée, que l'on ne peut
s'en étonner. Grâce à la biavoore et
là
MAP,
au tilleul qu'il déploya <lans pins
d'une circonstance , et {jrâce aussi à
d'habiles manœuvres de ses amis et
protecteurs à Versailles , Marbeuf , à
peine âgé de vingt-cinq ans, tut com-
pris dans la promotion de 1761, et
devint maréchal-de-carap. La grapde
guerre européenne fut terminée bien -
tôt après par la paix de 1763; mais
Marbeuf fut dirigé sur la Onsc, où,
depuis 1730, la France, d'accord avec
Gênes, avait à diverses reprises en-
voyé des troupes, qui sous prétexte de
maintenir l'autorité génoise, devaient
fonder celle de la France, en habituant
les espi'ils à y voir, à y affectiotmer les
Français. ïl faut avouer que cette tâ-
che n'était pas très-avancée en 1764-
Deux fois (1745 et 17o3) les Fran-
çais avaient été réduits , par suite
surtout de manœuvres diplomate -
ques, à retirer leurs forces de l'île.
Rivarola, dans les intérêts d'une coa-
lition hostile à la France, avait été
sur le point de ravir la Corse aux
Génois à l'ombre desquels travail-
laient les Français. Paoli enfin, après
de longues oscillations, et apiès avoir
chassé les Génois de presque tout le
territoire, si l'on en excepte les places
maritimes, donnait à sa patrie un
gouvernement sage et vigoureux, (jui
eût peut-être su se; soutenir s'il eût
été permis à la petite ré|)ubli(|uc
naissante de s'organiser et de se <lé-
léndre contre Gênes seulement, sans
intervention aucune, soit d'une autre
puissance, soit de la politique générale
de rFuropc. Mais ce n'est point là
ce que voulait la France; bien que,
depuis 1753, ses projets sur la (iorse
eussent comme summeilli;, surtout
àcause do la perjiétuité d«' la guerre
éipiis ce temps (car les hostilitt»
ans colonies avaient précédé l'explo-
sian européenne de 1756), ils fu-
rout repris activement «les la signa-
MAR
ture du traité de Paris. Probable-
ment même il fut convenu ver-
balement , lors des négociations ,
que lintervention de la France en
Corse pour Gênes serait permise.
Tv'Angleterre seule avait un intérêt
direct à y mettre obstacle, mais elle
ne vovait là, pour nous, que des dé-
penses sans profit. Quant aux autres
cabinets, ils av.-ient déjà en vue le
premier démembrement de la Polo-
gne ; et au j»is-aller la France acquer-
rait en même temps que les trois
puissances du nord. Ici l'on ne con-
teste pas la réalité de la combinai-
son politique que nous révélons : si
elle n'a pas été pénétrée, c'est que
l'on ne s'est pas donné la peine de
lapprocher les faits et les dates, c'est
que l'on a trouve plus commode de
déclamer contre l'apathie et l'incapa-
cité du gouvernement de Louis XV
que d'en étudier consciencieusement
les détails. iNous ne prétendons point
justifier de tous points l'égoïste et indo-
lent monarque; mais nous ne pou-
vons non plus charger sa mémoire de
plus de fautes qu'il n'en a commis. Il
en est de ce prince comme de Fran-
çois l"' : si quelquefois son système fut
déplorable et s'il ne maintint pas la
France au rang (|u'elle devait et pou-
vait garder, il n'est pas vrai cpi'il
l'ait laissée tomber autant qu'on l'a
dit et redit. Si les événements de la
Polojjne de 1768 à 1772 ne furent
pas poiu' la France aussi glorieux et
aussi lucratifs qu'ils pouvaient le de-
venir, il n'est pas vrai cjuils ne lui fu-
rent aucunement avantageux. Très-
certainement notre part de la Polo-
gne eût pu être inrillenre, mais très-
certainement aussi la Corse est notre
])art delà Pologne, et sans la révolu-
tion françai.se, ilest à croii-e que le Û"""
et le 3"" démembannent nous ens-
senl bien apprndu's de la limite i\u
>IAB
Uhin. Quoi qu'il en puis&c être, Choi-
seul, immédiatement après la paix de
1763, renoua les négociations avec le*
Génois, qui sollicitaient des secours
d'hommes et d'argent; et, après avoir
demandé au moins une place en dé-
pôt pour le temps que la France juge-
rait nécessaire, il sigua, le 6 août 1764,
une convention portant que Gêne*
retirerait toutes ses tioupcs des cinq
villes maritimes (Bastia, Saint-llorenl,
Ajaccio, Calvi, Algajola), et qu'un
« orps français les remplacerait quatre
ans , gardant et défendant les villes ,
mais sans hostilité envers les Corses.
1,'cst Marbeuf qui eut le commande-
ment de ce corps montant à près de
({uatre mille hommes, mais tjui linit
pai' être de douze mille au moins.
Feu d'événements hostiles eurent lieu
pendant ce temps. La France tendait
à rendre de plus en plus sensible aux
Génois, soit l'impossibiUté de rentrer
en possession de Tile ou même d'y
p^arder le peu cpii leur en restait, soit
la difficulté de i-enibourser les dé-
penses du gouvernement fi-ancais.
tjeux-ci se montrant peu disposés
pourtant à céder leiu" onéreuse pos-
session, >Iarbeuf eut ordre d'évacuer
quelques ports de l'île. Aussitôt Paoli
se mit en devoir de venir les occuper :
bientôt il fut maître d' Ajaccio, et il en
assiégeait la citatelle, quand unelettic
du cabinet de Louis XV' lui fit sus-
pendre tout mouvement ultérieur: et
peu de temps nprcs fut signé le traité
de Compiègiie (17 juin 17u8X par le-
quel, moyennant 40 millions, Gênes
abandonnait la Corse au roi en dé-
guisant la vente sous forme d'engage-
ment ou nantissement. Le 24 juin
suivant, le drapeau français flottait
sur les murs de Bastia. Mais déjà an-
térieurement au traité, les bruits cou-
raient en Corse annonçant cette ces-
sion ; et il avait été résolu en assem-
MAR tS
blee générale de défendie l'indépen-
dance corse, jusqu'à la dernière ex-
trémité, contre les Français comme
contre Gènes {iti mai). Il était dé-
fendu, sous peine de mort, de fournil
des vivres auv places tenues pai- l'en-
nemi. I.a guerre était inévitable, et
l'occupation totale ne pouvait s'eflFec-
tuer que par une conquête. Mar-
beuf commença par expulser les
Corses de l'île deCapraja, qui, occupée
par Paoli depuis un an, devait, en
vertu des articles de (jompiègne, être
reconquise pour le compte desGénois,
et il la leur i-cmit en effet. Divisant
ensuite ses forces en deux masses,
l'une de neuf mille et quelques cents
hommes, l'autre de deux mille cinq
cents, il envoya ces denùers sous le
commandement du marc-chal-de-camp
(U'andmaison, du côté occidental de
l'île, prés de San-Fiorenzo, tandis que
lui-même, avec le corps le plus nom-
breux, resta campé aux environs de
Bastia. Son but était de s'emparer de
l'istlime qui joint au reste de l'île la
péninsule di Capo Corso. Les indigè-
nes , en possession des montagnes et
desétioits défilés qui jusqu àla pointe
septentrionale de lile, vont séparant
les deux côtes l'une de l'autre, inter-
ceptaient les communications. Enfin
Marbeuf parvint a les établir après
trois jouis de combats opiniâtres (30
juillet-l"^ août), parmi lesquels le fait
d'armes le plus éclatant tiit la prise
du fort de >'onza : on y fit prisonniers
un parent et un neveu de Paoli. Mais
qu'était-ce que la péninsule de Capo
Corso ? Il fallait des forces quadruples
pour comprimer une insurrection dé-
sormais générale. On ne l'ignorait
point à Versailles; aussi, le 29 août,
vit-on débarquer le marquis de Chau-
velin avec de nombreux renforts.
Marbeuf n'eut plus que le comman*
dément en second. Chauvelin , parce
14
MAR
qu'il avait été ambassadeur à Gênes
et parce qu'il avait paru clans plusieurs
assemblées politiques des indépen-
dants corses, s'imaginait connaître
à fond le caractère et les ressources
du pays, il eut d'abord cette supério-
rité que donnent la discipline et
l'habitude sur des masses inexpéri-
mentées; mais bientôt !a bravoure e(
l'opiniâtreté naturelles aux ennemis,
l'apretédu pays, et, pardessus tout,
les {^rands talents militaii^es de Paoli ,
qui entendait merveilleusement la
p^uerre de postes, rendirent sa tâ-
che pénible et odieuse : les combats
de Porta, de Nebbio , le forcèrent à
reculer; Marbeuf et lui furent com-
plètement défaits le 9oct. 1768 à Bor-
go di Marcana , et virent la garnison
qu'ils venaient défendre se rendre
prisonnière avec 20 canons. Un mois
suffit pour enlever aux Français plus
de quatre mille liommes , sans comp-
ter les déserteurs. Toutes les dépê-
ches de Chauvelin respiraient le dé-
couragement , et elles avaient <lu
retentissement à Versailles parmi
ceux qui prétendaient que la con-
quête coûterait plus qu'elle ne rap-
porterait à la France ; que l'Angle-
terre d'ailleurs saurait bien l'em-
péchcr, (lu'clle soutenait les Corses ,
qu'elle soudoyait Paoli. (Vest effecti-
vement ce qu'elle avait promis, r)
c'est ce qu'elle eût dû faire. Animés
par cet espoir, les chefs corses te-
naient avec intrépidité, et ils se si-
gnalèrent pendant l'hiver de 1768 à
1769 par diverses entreprises très-
hardies ; ils refusèrent un armistice
de trois mois que Chauvelin seul pro-
posait, sentant bien que, dans l'inter-
valle, la France augmenterait ses for-
ces. Peu s'en fallut qu'ils ne reprissent
l'île San-Fiorenzo ; ils s'emparèrent de
Barbaggio. On agita dans le cabinet
la question de l'abandon. Mais Hna-
MA»
lement la politique juste et saine
l'emporta. On comprit que les Anglais
n'agiraient pas, les colonies améri-
caines commençaient à s'agiter; si le*
cabinet de Louis XV ne fut point ab-
solument étranger à ces premiers
germes d'une révolution grave, il les
aperçut cependant et les apprécia.
Chauvelin fut rappelé ; Marbeuf, char-
gé de nouveau du commandement
provisoire, reçut ordre de défendre
les places au pouvoir des Français ,
jusqu'à l'arrivée du comte de Vaux ,
qui devait venir avec des forces con-
sidérables. Il ne se borna pas à la dé-
fensive; marchant sur Barbaggio , il
y cerna les indigènes, et les contrai-
gnit à se rendre. Il avait notamment
amélioré la situation, et tenait une
bonne partie du plat pays , au mo-
ment où parut de Vaux avec ses qua-
rante-huit bataillons, son artillerie et
son nombreux état-major. Malgré
l'enthousiasme , désormais un peu
factice, que déployèrent encore les
Corses, malgré l'appel aux armes
adressé par Paoli à la population
mâle tout entière de seize à soixante
ans, et la contrainte imposée aux re-
ligieux même de combattre pour la
Corse, les armes françaises cessèrent
«le se briser contre des obstacles in-
vincibles ; l'infanterie et l'artillerie
pénétrèrent au cœur de l'île. Corte,
place centrale, fiit emportée par de
Vaux, l'en à peu, la plupart des piè-
VC8 se décjaraient neutres. Les insur-
gés ne formaient plus que des corps
isolés qu'on poursuivait sans relâche;
et finalement Paoli, se jetant dans une
banpie, se rendit àLivourne et de là en
Angleterre, oii le cabinet de Saint-
.lanîes donna :iO,()0(> fr. par an à
l'homme dont il i)OUvait se servir un
jour contre la France. Marbeuf, après
comme avant l'arrivée du général en
chef <le Vaux, fut un «le cr\\\ qui
àe distinguèrent le plus par le sang-
froid et le coup d'œil. La connais-
sance réelle qu'il avait du pays fut
très-souvent utile à l'année d'inva-
sioo, et elle eut un appréciateui- dans
de Vaux, qui, lui aussi, avait été
en Corse. De plus , Marbeuf avait
su plaire, sinon à tous les Corses , du
moins à bon nombre d'entre eux, et
ceux qui n étaient point irreconcilia-
blement brouillés avec le gouverne-
ment français, ceux qui songaient à
faire un accommodement quelconque
avec les vainqueurs, aimaient à traiter
avec Lui, et comptaient en quelque
sorte sur lui pom- obtenir de inoins
mauvaises conditions. Il est trop clair
que jamais il ne fut soupçonné
cfavoir été pour quelque chose dans
le complot ourdi contic Faoli par son
secrétaire Matessi, à l'instigation de
<>hauvelin. Lors donc que la dispari-
tion de Paoli(13juin 1769) eut fait
cesser les hostilités régulières, et que
de Vaux, après ses premiers arran-
gements avec la Corse , eut repris
la route de la France, c'est Marbeuf
qiii eut l'honneur de commander la
nouvelle ^wssession hançaise. On l'en
regarde comme le premier gouverneiur,
bien qu'il n'en ait point eu le gouver-
nement-généraL, et que, des 1772, ce
gouvernement avant été donné au
marquis de Monteynard , il n ait plus
été que commandant militaire de
l'île sous ce dignitaire. Ses fonctions
ne laissèrent pns détre laborieuses.
Les montagnes du centre étaient en-
core remplies de bandes, qui, sous
prétexte de défendre l'indépendance
du pays , vivaient à ses dépens et
rendaient les communications dan-
gereuses. Il en reduisit beaucoup le
nombre et accéléra leur extinction,
qui était à peu près totale vers
1780. il ât preuve d'impartialité, de
sincérité et surtout de lovauté dans
MAR
1»
les efforts qu'il multiplia pour que les
privilèges reconnus aux Corses lors
de leur soumission hissent respectés ,
sans souiFrir toutefois que les nou-
veaux sujets en lissent abus ou les
étendissent outre mesure. Cette Ligne
de conduite ne fut goûtée ni de tous
les Corses, ni de tous les Français.
Un général fort bien eu cour et de
naissance bien autrement haute que
les Marbeuf, le comte de Narbonne-
Pelet, était surtout en oppo^lion
avec lui sur presque tous les points
du système suivi en Corse ; et , ce qui
ne peut nous surprendre beaucoup,
il avait trouvé moven de dépeindre
son antagoniste aux ministres sous des
couleurs très-peu favorables. Il pa-
laît même que la députation noble
de la Corse, en 1776i, corrobora par
des plaintes les imputations de M. de
Narbonne. Mais l'année suivante,
Marbeuf, avec une certaine adresse,
opposa manœuvres à manœu\Tes, et le
chef de la députation de 1777, Char-
les Buonapaile, pendant mi an et demi
qu'il resta en Fi-ance, parla enfaveui-
du marquis de Marbeuf en termes
qui firent pencher la balance de son
côté. Il en fiit récompensé par
le zèle que le marquis et son frère
l'évêque d'Autun déployèrent à l'é-
gard de sa famille. L'aîné de ses fils,
Joseph, eut une bourse au collège
d'Autun; bientôt après, Brienne rece-
vait celui qui, viugt ans plus tard,
devait donner des lois à la France;
et celle qui, depuis, hit appelée la
princesse Elisa, mais qui répondait
alors au nom de Marie-Anne, entra,,
gratuitement, dans un couvent de
jeunes filles. On a souvent répété que
ces enfants, pour intéresser si vive-
ment le marquis de Marbeuf, devaient
avoir d'autres titres à ses bienfaits que
celui de fils et fille de Chailes Buona-
parte. Ces ouiwlire que rien n'appoie,
16
MAK
.'t dont, au reste, le Mémorial di^
Sainte-Hélène disculpe si {fauche-
inent Letizia P.amolini, qu'il sem])lp-
rait plutôt vouloir autoriser que dé-
mentir les soupçons, nous semblent
tomber d'eux-mêmes devant le simple
récit ([uc nous venons de Caire. Char-
les Buonaparte était gentilhomme-, il
avait été des premiers à se soumettre
après le départ de Paoli; il avait ren-
du des services par son influence i il
«tait fort considéré à Ajaccio, dont le
général aimait îe séjour ; le roi l'avait
nommé, depuisla conquête, assesseur
dans la ville et la province d'Ajaccio ;
plus tard il devint membre du conseil
des douze nobles de l'île. Il l>araît
qu'il avait l'esprit délie, la parole
souple ; il venait d'étro fort utile au
marquis en faisant envisager sa con-
duite à la cour sous un jour tout autre.
D'autre part, qu'il soit permis de re-
marquer que .loseph était l'aîné des (ils
<le Charles Iluonaparte: que quant a
iNapoléon, sa mère, pendant les sept
premiers mois de grossesse, avait per-
pétuellement suivi , dans des courses
tpii l'éloignaient des Français, son
mari alors attaché au parti et l'on
peut presque dire à la personne de
Paoli. Elle ne remit le pied dans
Ajaccio qu'en juin 1769. Maigre
reflet momentané de la parole de
Charles nuonaparte, il paraît ((uc fina-
lement la zizani.' entre les généraux
do la Corse ht di-sirer au marquis de
Marbeuf son rappel en l'iance. Il re-
vint à Paris vers 1781. On est étonné
«le ne pas trouver son nom sur la
liste de» promotions qui curent lieu
le» années suivantes , tandis <jui'
(4randmaison, <|ui avait été son subor-
donné en Corse, fut nommé lieute-
nant-général. Celte inju.sticc n'eut
point tardé sans doute à être réparée,
pour peu qu'une guerre nouvelle lui
eAt rouvert la carrière: mais il tnou-
MAK
I ut dajis le courant de 1788. — Sa
veuve, née à Nantes, fut condamnée
à mort par le tribunal révolutionnaire
le 5 fév. 1794 (17 pluviôse an II) ,
comme convaincue u d'avoir désiré
l'arrivée des Autrichiens et des Prus-
siens, pour lesquels elle conservait
des vivres •> ; et monta sur l'échafaud
avec un intime ami, Payen, en qui
l'on vit sou comphcc. C'est à son hô-
tel (dans les Champs-Elysées) qu'ap-
partenait le célèbre jardin Marbeuf
qui, déclaré propriété nationale pen-
dant la révolution, passa aux mains
d'un entrepreneur de fétos. Nous dou-
tons que ce soit cette même dame de
:^larbeuf (\n\, en société avec l'abbé
Gillet, écrivit la brochure intitulée : •
Mnrie-Antoinettc h la Conciecgerie,
fragment historique public par le
<omte ]'. de Piobiano , Paris, 1824,
in-lii (1 volunje de 100 pages). — TTne
autre dame de Marbeuf, halùtante
de l'Autriche, parut devant Napoléon
pendant sa campagne d'Austerlitz : il
«fi^ecta de lui prodiguer les plus
glandes marques d'intérêt, et lui assi-
{>na une pension sur sa cassette. Cette
mmuficrnce n'a rien qui doive étonner
de la part de Napoléon : c'était son
rôle, c'était facile, c'était glorieux. Il
était beau pom- lui d'être devenu de
M humble protégé, prolcclein- : enfin
on sait le faible quil avait pour la
noblesse , pour fanciennc noblesse
surtout ; et l'on ne peut douter que si
le marfpiis de Maibetd' eut vé«u vingt
ans de plus , ce qui ne l'eût guère
amené qu'à soixante-dix ans, l'an-
< ien boursier de Urieime nou-seule-
uiont ne l'eut pas laissé parmi les gé-
iicraux de brigade, mais se fût plu à
le combler <le ii.-h<"srs ,.t d'hoti-
iM'urs. ' "'"
M \ KBEr F ( Y V (S- A I r:x \m.iik de ,,
I Vêre aîné du précédent , naquit en
1734. aux rnvirons de Rennes., choi-
MAR
sit la carrière ecclésiastique de préfé-
rence à celle des armes, quoique sa
naissance l'appelât à continuer sa fa>
mille, devint chanoine et comte de
Lyon aussitôt qu'il eut atteint l'âge
prescrit par le règlement de Louis XV
qui instituait les comtes de Lyon, et
de là passa, le 12 juillet 1767, à l'éTP-
ché d'Âutun, une des prèlalures, com-
me on sait, dont les titulaires étaient
le plus souvent à Versailles. Très-aima-
ble courtisan, il finit par obtenir la
direction de la feuille des bénéfices (1),
entra au conseil; et en 1788, à la
mort de M. de Montazet , laissa son
siège d'Autun à M. de Talleyrand
j)om- passer à celui de Lyon (on sait
qu'il était assez d'usage de nommer à
cet archevêché un évèquc d'Autun ,
et qu'en cas de vacance du siège ar-
chiépiscopal, c'était l'évêque d'Autun
<|ui administrait le diocèse de Lyon).
D'ailleurs, en sa qualité de comte de
Lyon , M. de Marbeuf connaissait et
le diocèse et la circonscription archi-
épiscopale. On lui a reproché de ne
point avoir visite son diocèse : nous
avons la preuve du contraire; car
nous connaissons des personnes qui
furent confirmées par lui a cette épo-
que, dans une de ses tournées épis-
i-opales; mais la révolution survint
bientôt, et avec elle la constitution
civile du cierge , le serment , etc.
Le directeur de la feuille des bé-
néfices, forcé d'e-migi-er, alla se
fixer à Hambourg, oii il vécut as-
sez long-temps pour lire d'un bont à
(1) Suivant le i/émo/-«aide La* Cases, M. de
Marbeuf était, en l'î'îS ou l'80, directeur de
la feuille des bénéfices et archevêque de Lyon,
et il vint remercier Ch. Buonaparte du langage
qu'il avait tenu en faveur du marquis. Nous
croyons le détail de ces faits très-inexact [bien
qu'un peu de vérité y ait donné lieu). Nous
ne comprenons pas davantage pourquoi le
Mémorial fait de il. de Marbeuf un neveu du
marqui>.
(autre lea récits merveilleux de cette
campagne d'Italie , qui , entamée de
connivence avec l'Autriche, coiita à
cette puissance son Milanais, et ne
lui donna pour compensation de ce
duché et de la Belgique , que Venise
avec &ef, États de Terre-Ferme.
Sans doute il n'ignora pas que le gé-
néral qui préludait ainsi à ses hautes
destint-cs était lejeiuie Corse que sou
frère avait placé à Brienne, et le frère
du boiu-sier d'Autun. Que de fois pen-
dant ces deux années 1796 et 1797,
et surtout après Campo-Fonnio et le
retour de Bonaparte a Paris, le prélat
dut penser au rôle qui pouvait deve-
nir le sien si le général, comme on le
croyait, prenait place au Directoire!
Le départ de Bonaparte pour FÉ-
gypte, qui ajourna ceh espérances,
probablement ne les éteignit pas dans
le cœur de l'archevêque de Lvon.
Mais la mort le frappa dans le der-
nier semestre de 1799, au moment
où Bonaparte effectuait la révolution
du 18 brumaire et se saisissait du
pouvoir. On a, sous le nom de M. de
Marbeuf, àa Mandements et Instruc-
tions pastorales fort bien écrits. Nous
n affirmons pas que ces pièces soient
de lui, mais il est certain qu'il avait
de l'espiit, des connaissances, de l'a-
ménité, de grandes manières, et nous
ne doutons pas qu'il ne fiit capable
d'écrire aussi bien. P — or.
MARBOIS (F«A»œis Barbé de),
connu dans les deriuères années de sa
vie sous le nom de MABQris de Mar-
Bois, homme d'État , littérateur, ma-
gistiat, natjuit à Metz, le 31 janviei
17-l.>. Son père était directeur de
la monnaie de cette ville. Le jeune
Maibois , après avoir fait avec dis-
tinction ses études littérales et de ju-
risprudence, obtint la protection du
niaréchal de Gastiies, ministre de la
marine, qui lui tonfia l'éducation de
18
MAB
ses enfants. Attaché depuis 1768 au
département des affaires étrangères,
a fut successivement secrétaire de
légation à Batisbonne, chargé d'affai-
res à Dresde et à Munich. Rappelé en
1778, il parut abandonner momen-
taném'ent la carrière diplomatique
pour les tribunaux , et fut reçu , la
même année, conseiller au Parlement
de Metz; mais il y siégea peu de
temps. Lors de la guerre d'Amérique,
le comte de Vergennes le chargea
de remplir près des États-Ums les
fonctions de secrétaire de légation et
de chargé d'affaires de S. M. T. C. ,
et, peu après, d'y organiser, avec le
titre de consul-général, tous les con-
sulats français. Dans cette mission,
il montra autant de zèle que dha-
bileté, et fit si bien estimer son ca-
ractère que WiUiam Moore, président
et gouverneur de la Pennsylvanie, le
choisit pour gendre. De retour en
France, Marbois fut nommé, en 1785,
intendant- général des îles sous le
Vent. Arrivé à Saint-Domingue, il se
montra dans cette colonie administra-
teur intègre et courageux, il remit
l'ordre dans les finances , veilla a
l'exacte administration de la justice, et
résista aux empiétements de l'auto-
rité militaire. Si cette conduite lui mé-
rita l'estime et la reconnaissance des
colons, elle lui fit beaucoup d'enne-
mis parmi les agents dont sa sévérité
réprimait les abus de pouvoir et les
malversations. Us sollicitèrent son
rappel ; mais leurs calomnies ne firent
impression ni sur le roi, ni sur if
ministre delà marine, La Luziîrnc ,
bon juge dans cotte partie adminis-
trative, ayant été lui-mf^nc gouver-
neur des îles sous le Vent. Plusieurs
fois ce ministre témoigna à Marbois la
satisfaction de ses bons service», entre
auUes dans une dép/'clie du 3 juil-
let 1789, à la buiU- d'- laquell»- ét»Jt
MAQ
ce billet autographe de Louis XVI:
s C'est par mon ordre exprès que
« M. de La Luzerne vous écrit; con-
" tinuez à remphr vos fi)nctions et à
» m'estre (sic) aussi utile que vous
« l'avez été jusqu'ici; vous pouvez
<, estre sûr de mon estime et comp-
« ter sur mes bontés. Signé Locis ».
Cependant, le contre-coup de la ré-
volution ne tarda pas à se faire vio-
lemment sentir à Saint-Domingue.
Dès le mois d'octobre suivant , les
habitants arborèrent la cocarde tri-
colore, et obligèrent les autorités de
la prendre. « Ce fut , disent les rela-
tions officielles du temps , une céré-
monie que d'aller la présenter à M. de
Loppinot, commandant particulier de
la ville du Cap. Marbois la reçut aussi
d'un nombreux cortège, et madame
de Marbois, qui avait mis beaucoup
de glace à distribuer des cocardes
aux officiers militaires , fut décorée
d'une écharpe des mêmes couleurs.
Cependant, Saint-Domingue n'a
pas été exempt de troubles,... Les
agents du gouvernement ont donc été
inquiétés, menacés, poursuivis. M. et
madame de Marbois , décorés de la
cocarde nationale et de l'écharpe pa-
triotique ont été forcés de se retirer
avec assez de précipitation (Moniieur
<lu 27 décembre 1789). » Ce fut le 27
octobre que Marbois quitta la colonie.
Il relâcha à Cadix, ou il s'arrêta quel-
ques jours avec sa famille , et d'où il
envoya au ministère français des nou-
velles sur la situation de Saint-Domin-
gue. A son rctoui à Paris, au coin-
t'nenciîment de 1790, il eut à répon-
dre devant l'assemblée constituante
;i des incriminations élevées contre
sa conduite dans les colonies, et tou-
jours il sortit à son avanta{>e de cette
|)érilleusc épreuve. Cn décret pres-
crivait aux administrateui-s colo-
niauN de remire compte de leur ges-
tion et de leurs dépenses arriéi-ées. En
conséquence, Marbois présenta les
états de l'administration des finances
de Saint-Domingue, il en résultait que,
foutes dépenses pavées , il avait laissé
dansles caisses plus d'un million en ré-
serve, et dans les magasins du roi six
mille quintaux de farine et d'auties ap-
provisionnements en tout genre, pour
des sommes considérables. La Cheva-
lerie, qui avait succédé à Marbois dans
les îles sous le Vent, reconnut si bien
l'exactitude de cet énoncé, qu'il dé-
clara se rendre responsable de tout
ce que son prédécesseur avait af-
firmé. Ce dernier s'en félicita dans
une lettre adressée, le i2 juillet 1790.
au président de l'assemblée, et dont
la lecture fut fort applaudie. On l'ac-
cusa cependant, vei-s la fin de cette
même année, d'avoir, pendant son
séjour à Saint-Domingue, fait le mo-
nopole des farines pour le gouverne-
ment , et d'en avoir teim de grandes
quantités en magasin à Philadelphie,
par l'entremise de son beau-père ,
alors président de l'État de Pennsyl-
vanie. Il répondit à cette assertion
par une lettre adressée, le 9 janvier
1791 , au président de l'assemblée
nationale. A cette lettre était joint un
désaveu authentique signé par les
principaux citoyens de Philadelphie.
L'assemblée prononça le dépôt de ces
pièces aux archives. Cependant , de-
puis son retour en France, Marbois
était rentré au département des af-
faires étrangères, par ordre do Louis
XVI , qui avait pour lui une estime
particulière , fondée non-seulement
sur les talents et la probité de ce ma-
gistrat, mais sur la gravité de ses
mœurs. Ce prince l'envoya en qua-
lité de son ministre à la diète de Ra-
tisbonne. Après avoir prêté serment
devant la municipalité de Paris, le 20
janvier 1792, Marbois se rendit à son
MAR
«
poste. Sa mi.ssion était des plus ddi-
cates : elle consistait à régler avec les
plénipotentiaires de l'empire les droits
féodaux des princes allemands pos-
sessionnés en Alsace et en Lorraine,
et que les décrets de rassemblée na-
tionale en avaient dépouillés. Qud-
({ues semaines après, il alla ù Vienne
comme adjoint à l'ambassadeur >«oail-
les, pour savoir les intentions positi-
ves de Tempereur à ce sujet (1). A
peine était-il arrivé dans cette capi-
tale, que I^opold II mourut, laissant
le trône à François H. Les diplomates
français se virent l'objet des défiances
du ministore autrichien, et pendant
plusieurs joiu-s ils furent gardés à \uc
dans leur hôtel. I^ nunistère de Louis
XVI, voyant qu'il ne pouvait obtenir
•me réponse catégorique du cabinet
autrichien, rappela Marbois, qui se
retira à Metz. On l'y emprisonna pour
fait d'émigration, bien qu'il n'eût ja-
mais émigré. Après la chute de Ro-
l>espierre, ses concitoyens le dédom-
magèrent de cette vexation en Félisant
maire de la commune de Metz ; puis
(1795). secrétaire de l'assemblée des
électeurs de la Moselle, enfin député
au Conseil des Anciens. Comme on le
savait lié d'attachement et de recon-
naissance avec les membres d'un minis-
tère qui se serait formé hors de France,
siLouis XVI n'eût pas échoué dans sa
fuite de Varennes , Marbois vint sié-
ger au Corps législatif, avec la répu-
tation d'un ennemi de la révolution.
Il eut d'abord à se défendre d'avoir
participé à la rédaction du traité de
Pilnitz. C'était Tallien, qui, dans un
(1) Siméon, dans sa Notice sur Marbois, lue
4 la Chambre des Pairs, explique ainsi l'objet
de cette mission : « Il fallait détourner la cour
de Vienne de la guerre. M. de Marbois y réus-
sit ; il obtint qu'on fit rétrograder quelques
troupes autrichiennes, qui, sous le comman-
dement du ^néral BreiitaïKi, s'avau^eo*
déj4 vers l'Alsace •.
i.
-20
%m
rapport fait quelques joui-s aupant-
vant à la Convention, au nom de
la commission des Cinq, avait ha-
sardé cette assertion. Marbois , dans
une longue lettre adressée au Con-
^il des Cinq-Cents , le 8 nov, 1795,
repoussa l'accusation avec force-
(.J'ai employé, disait - il , l'année
>. 1791, pendant laquelle on pense
B que ce traité a été conçu, à l'é-
I tude et à la pratique de l'agricul-
» ture ; j'ai préparé, sous les yeux des
« administrateurs du département ,
« \m ouvrage étendu sur les prairies
<, artificielles; d'accord avec eux, je
» me suis occupé, pendant cette an-
> née, à prendre des renseignements
« locaux dans les départements où
« elles se cultivent avec succès, et ils
« ont fait Imprimer mon ouvrage
.. l'année suivante. Je ne connais pas
» la date du traité de Pilnitz. A quel-
.^ que époque qu'on la fixe, je prou-
u verai que, tandis qu'il se négociai U
,. et lorsqu'il a été conclu , j'étais à
i. plus de cent cinquante lieues de
!> Pilnitz, et loin des affaires publi-
.. ques...... On n'a songé à me l'attri-
^ buer que quand mes concitoyens,
« sans aucune sollicitation de ma
» part , se sont montrés disposés à
« me nommer membre du Corps lé-
. gislatif..... Des gazettes publièrent
-. alors des dénonciations violentes
« contre mol; je n'y répondis point.
« La municipalité, le district de Metz,
u et le département de la Moselle,
u dont mes affaires m'avaient tonti-
,. nuellement rapproché en 1791, <l< -
« truisirent ces dénonciations par de
,. arr/îtés énergicpies, etc. " Puis il
demandait à être jugé. Le député tW;-
«evois, qui avait été alors envoyé eu
mission dans la Moselle, attesta (juil
avait entendu un grand uombri' dt-
citoyen» rendre honuuage au patno-
ih^rae U* Mai boi'^ et a h von«luite (jn'il
avait tenue pendant qu'il était maire de
Metz. Sur la proposition de Dumo-
lard, il fut décidé que Tallien serait
entendu pour s'expliquer sur l'accu-
sation intentée pai lui ; mais celui-ci
n'avait garde de le faire. Quatre jours
après, Barbé de Marbois , dans une
nouvelle lettre au Conseil des Anciens,
réitéra sa demande d'être jugé ; mais
le Conseil prononça l'ordre du jour
par ménagement pour la commission
des Cinq. Les révolutionnaires n'é-
taient pas fâchés de laisser planer un
soupçon, quelque vague qu'il fût, sur
un député qu'ils regardaient comme
leur adversaire. " Est-ce d'ailleurs à
>. la commission des Cinq, disait Vil-
.■ 1ers, que Barbé-Marbois doit se
.. plaindre de l'accusation formée
y conUe lui ? Toutes les gazettes ont
. répété qu'il avait signé le traité de
.^ Pilnitz, avant que la commission eût
" inséré ce fait dans son rapport. Il
>. n'a pas repoussé L'accusation, tous
u les citoyens ont pu le croiie; la
. commission a pu aussi prendre son
silence pour un aveu. Je ne pré-
'. tends pas justifier la commission,
> mais ce n'est pas elle que Barbé
.. doit prendre à partie; ce sont les
.. journaux qui sont les premiers ac-
■^ cusateurs, ce qu'il n'a pas démenti.»
I>a calomnie était évidente; mais la
tache restait, et c'est ce que deman-
daient les révolutionnaires, qui se fi-
rent plus tard ime arme des souve-,
nirs de Pilnitz, ainsi que des ancien-
nes liaisons de Marbois, pour pro-
noncer contre lui la déportation. Ce-,
pendant , dès les premières séances i. ,
(eut ce qu'il y avait d'hommes mo- '
(lérés , et qu'on pouvait appeler roya-,,
lisles constitutionnels, formèrent en-
tre eux une association tendant à ar-
li'Acr l'impétuosité révolutionnaire de»
« .in(j-Cent8, à contenir le Directoire
daii» les limite» de h consUtutiw, en ^
9ii¥
M^
^
un mot, à repousser toutes les propo-
sitions dangereuses. Cette association
se composait de douze dtiputés , qui
s'assemblaient une fois par semaine ;
c'étaient , outie Marbois . Lebrun
(depuis duc de Plaisance), Dupont de
Nemours, Tronson-Ducoudray, Du-
mas, MallevillcjTorcv, Paradis, etc. Ils
exercèrent long-temps une grande
influence sur la nomination des pic-
sidénts, des secn^taires et des com-
missions. I-e nouveau tiers des dépu-
tés suivait communément leur impul-
sion. La première fois que Marboi^
parut à la tribune , ce fut pour com-
battre une résolution des Cinq-C^nb
tendant à conférer au Directoire la no-
mination des autorités administratirej»
et judiciaires. Quelques jours après,
il fit une motion d'ordre sur les em-
barras financiers de la république, in-
sista pour qu'on n'accordât point au
Directoire des milliards sans connaî-
tre bien la situation des finances , et
demanda la nomination dune com-
mission cbaigée de prendre tous les
renseignements à cet égard. L'ajour-
nement de cette motion fut pronon-
cé; mais, en même temps, l'impres-
sion du discours ordonnée, ce qui at-
teignait indirectement le but que s'é-
tait proposé l'orateur, en exprimant
avec fi-anchise des vérités qui allaient
à l'adresse du Directoire. Dans la
séance suivante, il parla plusieurs
fois sur des objets financiers. Il serait
ti-op long de suivre Marbois dans les
différentes discussions auxquelles il
prit part; nous mentionnerons toute-
fois le discours qu'il prononça en
janvier 1796 sur l'organisation de
la marine, et oii il manifesta ks
sentiments les plus hostiles contre
l'Angleterre , dans un style d'exal-
tation qui ne convenait guère à un
législateur : a Hâtons - nous , dit -il,
' de porter h désordre et le tn>ubh
'■ dans ce gouvernement anglais , qui
4 voudrait voir t Océan desséché jm-
" que dans ses abîmes f plutôt que
J'en partager les fruits avec fc»
^ autres habitants du globe. Si la
«i nature l'a isolé de tous les con-
«- tincnts , ses vaisseaux l'en rap-
^ prochent, et lui ouvrent autant de
.1 routes qu'il peut partir de rayons
• du centre où il s'est placé. Que ses
' navigateurs redoutent des Jean
• liart, des Duguay-Trouin, des Thn-
rot, sur tons les chemins qu'ils par-
• courent ; que les assurances absor-
• bent pour eux toutes les chances
- de bénéfices, et puisqu'il est dévon*
• de la soif de l'or et des richesses.
« coupons, détournons tous tes ca-
.- naux, arrêtons toutes les sourcc>
•> qui sen-aient à le désaltérer, etc. ••
Rappelons encore le rapport aussi
plein d'intérêt qu'étendu qu'il fit ( 2
avril) sur la résolution relative auN
récompenses à accorder à des livres
élémentaires, destinés à l'éducation
de la jeunesse. Le 17 août, il parla en
faveur des rentiers , et fut élu secré-
taire du Conseil des Anciens le mois
suivant. Plusieurs fois il attaqua sans
succès la loi du 3 bi-umaire an IV.
cpii excluait des fonctions publiques
les nobles et les parents d'émigré*.
S'étant trouvé désigné pour le mi-
nistère des colonies, sur une liste
faite par Berthelot de la Villeumoy ♦
agent des princes émigrés (14 plu-
viôse an V) (1797), il ftit regardé plas
que jamais comme attaché au parti
royaliste, et comme ennemi du Direc-
toire. Cependant, lors des préliminai-
res de Léoben , on ne l'entendit pas
sans surprise donner des éloges à la
sagesse et à la modération de ce gou-
vernement. Mais quand la lutte s'en-
gagea ensuite entre le Directoire et la
majorité des Conseils , il se prononça
avec énergie^ dan$ la séance extraor-
22
MAR
dinaire du 20 juillet, et vota des^ re-
meicîments au Conseil des Cincj-
Cents pour la fermeté qu'il montrait
dans le danger qui menaçait le Corps
législatif. Les directeurs ne lui par-
donnèrent pas ; aussi, lors du coup
d'État du 18 fructidor (4 septembre
1797), on rappela ses anciennes liai-
sons , on fit revivre le bruit de sa
présence au congrès de Pilnitz, on
lui supposa des projets auxquels il
n'avait pas pensé, et il Itit mis sur la
liste des déportés. Marbois pouvait se
cacher ou fuir; il ne le voulut pas,
demanda inutilement des juges et fut
transporté à laGuyane. Il ne fut point
du nombre de ceux qui se sauvèrent
de cette terre d'exil avec Pichegru ,
Villot, Aubry et d'autres. On voit
dans la Relation de Ramol , qu il
refusa de se réunir à ce général lors-
qu'il parvint à s'échapper. Marbois
demandait alors au Directoire à être
jugé; il lui envoya plusieurs mémoires
dans lesquels il invoquait en sa faveur
l'exécution des lois et de la constitu-
tion. L'habitude qu'il avait conlractëe
aux États-Unis et à Saint-Domingue
du climat d'Amérique, le préserva
des maladies qui frappèrent île mort
la plupart de ses compagnons d'iuloi-
tune. Cependant, en l'an VII , l'insa-
lubrité de l'île de Cayenne déter-
mina M"" de Marbois à demander
au gouvernement cpie son man rut
transféré ailleurs. Il obtint l'autorisa-
lion de se rendre à Oléron d'où il
revint à Paris après le 18 bruuiiiiie
(novembre 1799). Le troisième consul
Lebrun était li<; avec lui depuis
longues années, il peignit au géné-
ral Itonaparte l'expérience de son ami
dans les affaires , sa probité austère ,
son amour de l'ordre et de l'économie,
»a physionomie grave et magistrale .
enfin il le représenta comme p«;u
flexible , mais n'avant peut-fitrc pa^
MAR
toute l'adresse convenable dans un mi-
nistre (2). Ces discours effacèrent les
préventions qu'on avait inspirées à
Bonaparte ; il nomma Marbois con-
seiller d'État, puis (1801) direc-
teur du trésor. Cette direction ayant
été érigée en ministère par arrêté con-
sulaire du 5 vendémiaire an X (sept.
1801 ) , Marbois devint ministre.
En 1803, il accompagna le premier
consul à Bruxelles; en 1804, il pré-
sida le collège électoral de l'Eure qui
l'élut candidat au Sénat conservateur.
En 1803, il fut successivement nommé
grand-officier de la Légion-d'Honneur,
gi-and-cordon de l'ordre de vSaint-Ilu-
bert de Bavière et comte de l'empire.
Une baisse imprévue, survenue dans
les fonds publics , et causée par une
fausse mesure de finances qu'il avait
approuvée , mais plus encore sans
doute par le laux bruit d'une défaite
de l'armée impériale, produisit de
funestes effets. Les billets de banque
perdirent jusqu'à lo p. OjO; tout le
monde voulut les convertir en argent.
Le ministre fut obligé de se concerter
avec le préfet de police, et la force ar-
mée intervint dans une affaire de cré-
dit pubUc. De pareils moyens n'étaient
{Tuère propres à calmer les inquié-
tudes et à rétablir l'ordre, lorsque la
nouvelle de la victoire d'Austerlitz
vint au secours des fautes de l'ad-
ministration. Napoléon, à son arrivée
à Paris, manda le ministre, le traita
fort durement et le destitua sur-le-
champ. Marbois, encpiittant le cabinet
de l'empereur, lui dit les larmes aux
yeux : « J'ose espérer (jue V. M. no
. m'accusera pas d'être un voleur. —
« .le le préférerais cent fois répondit
.. Napoléon : au moins la friponnerie
u a des bornes; la bélise n'en a
u point. » Cependant la disgrâce de
fî) Solice biograghiqtic sur le prince Le-
brun, duc (le Plaisance, publiée par son Ob,
MAB
Marbow cessa en 1808, et ^apoléou
qui connaissait sa probité, le nomma
alors premier président de la Cour
des comptes. Nulle place assurément ne
convenait plus au caractère et aux
habitudes de Maibois. Dans le dis-
cours qu'il prononça lors de l'instal-
lation de cette Cour , le prince Le-
brun, après avoir adressé à son ami
les éloges les plus Batteurs, ajoutait,
en faisant allusion aux sentiments de
l'empereur : « De là cette bienveillance
«.soutenue dans tous les temps et
" marquée sui'tout dans votre retour.
« Sous ce nuage passager qui l'a voi-
« lée, lorsqu'au sein de la retraite
« vous éprouviez la seule crainte qui
« pouvait atteindre une âme comme
" la vôtre, celle d'avoir perdu l'es-
« time d'un grand homme et les
^ bontés du restaurateur de la France,
» S. M. vous couvrait encore de ses
« regards ; elle daignait écrire à
« votre ami qu'elle vous conservait
« toute son estime. Souvent elle lais-
» sait échapper des paroles d'intérêt
« destinées à parvenir jusqu'à vous,
■« et à consoler votre soUtude. Et
« tout-à-coup sans que vous ayez osé
« former un vœu , sans que l'amitié
« ait prononcé votre nom S. M.
« vous appelle à des fonctions qui se
- lient aux plus grands intérêts de
> Fcmpire «.Dès le premier moment,
Marbois se livra tout entier à ces
fonctions; i' ne se rallentit pas un ins-
tant pendant une présidence qui dui-a
près de trente ans , et l'on doit en
grande partie lui faire honneur des
bons résultats obtenus par la Cow
des comptes. Dès ce moment aussi, il
se montra l'admirateur le plus ex-
clusif de Napoléon, ainsi qu'on peut
en juger par les discoui-s officiels
qu'il fut à même de prononcer. « Ces
<■ loi» sont votre ouvrage, Sire, • disait-
il le 10 janvier 1808 , à l'empereur.
MAB ^
auquel il vetiait de prêtei serment ,
•< et nous ne pouvons y lire les obli-
- gâtions qu'elles nous imposent.
" sans remarquer en même temps Ice
« progrés que l'ordre a faits sous
- votie règne dans toutes les partie?»
» de l'administration , sans admirci
- par quels moyens vous assurez,
- vous préparez la prospérité de l'em-
j pire; nos travaux, nos recherches,
» uos routes mêmes, nous rappellent
- sans cesse les grandes intentions de
u V. M.» Le 24 janvier 1809, félicitant
l'empereur à son retour d'Espagne, il
hii disait encore : • Loin de vous, tout
» manque à notre bonheur ; votre
a présence nous rend toutes nos espe-
- rances, nos affections. Nous avons
- joui de vos victoùcs, nous jouissons
» des biens que vos lois et votre gé-
« nie nous assiu^ent ". L'adulation est
encore plus forte, s'il est possible,
dans cet autre discoiu"s qu'il adressa
au maître, le 16 novembre 1809. sur
la paix de Vienne. Après l'avoii- quaUfié
de Scipion : • La fortune, ajouta-t-il,
» docile à vos ordi-es, est fidèle à vos
a drapeaux : ce seraient, Sire, des
" prodiges sous un autre règne ; ce ne
» sont, sous le vôtre, que des événe-
« ments ordinaires. Notre admiration
a épuisée depuis long-temps , etc. " .
Ces flagorneries ne furent pas sans
récompense: Marbois fut nommé au
Sénat le 3 avril 1813. Le 22 décem-
bre de la même année, il fit partie de
la commission extraordinaire chargée
de prendre connaissance des docu-
ments relatifs aux négociations en-
tamées avec les puissances coalisées.
La fortune avait cessé de sourire à
Napoléon ; et Marbois fut un des com-
inissaues du Sénat qui préparèrent le
décret de déchéance et la création d'un
gouvernement pro\-isoire (1" avril
1814). Cinq jours après, il proposa à
la Cour des comptes de manifester
24 MAB
son vœu en faveur des Bourbons Ix
18 du même mois, il retrouva pour
liaranguer Monsieur, comte d'Artois,
lieutenant-général du royaume, les
mêmes formes adulatrices qu'il avait
si souvent employées pour louer INa-
poléon. Le jour de l'entrée de Louis
XVIII, il se porta à sa rencontre avec
la Cour des coniptes : * Sire, lui dit-
« il, les monuments que nous con-
<i servons, les dépôts, les archives
« qui nous environnent, tout nous
•< instruit des grandeurs des Bour-
« bons... » Il fut créé pair le 4 juin
1814, puis conseiller de l'Université.
Une ordonnance du roi, du 27 lé-
vrier 1815, le confirma dans sa digni-
té de premier président de la Cour
des comptes. Marbois, en qualité de
membre du conseil-généial des hos-
pices civils de Paris, accompagna
Monsieur dans la visite que ce prince
fit, le 4 mars, dans les hôpitaux de
Taris : « Monseigneur, lui dit-il, vous
" quittez votre palais [)0ur visiter la
•' demeure du pauvre. L'Hôtel-Dicu
.. est l'ouviage de la piété pubUquc
». et de la bonté royale de suivit Louis
« et de Henri IV; à la présence du
.. petit-fils de ce grand roi, les dou-
« leurs vont se taire, et V'. A. 11.
'. n'entendra cpic des bénédictions •■.
Peu de jours après, Napoléon était au\
Tuileries. IJarbé de Marbois fit pres-
sentir parle général Lebrun, son gen-
«Ire, fils du duc de Plaisance, les dis-
positions de l'enjpcrenr à son c-gard.
Napoléon témoigna vivement son in-
dignation conti<; im homme qui (r-
nant tout de lui , uL'uit tcvioigné, di-
sait-il, un emprcssetnent d'iufjmtitude,
fjue la nécessite ne justljùiit point.
Il lui fit donner l'ordre de quitter Pa-
ris, et nomma en sa jdace Collin de
Sussy. Marbois ne nînlra dans ses
fonction» que lors <hi retour du roi.
Nommé alors président du «•ollége
MAH
électoral du Bas-Rhin, il arriva, le 16
août, à Strasbourg qu'il trouva bloqué
par les Autrichiens. Il obtint des gé-
néraux qu'ils laissassent entrer dans
la ville les électeurs de l'arrondisse-
ment, et fit, le 18, l'ouverture du
collège. De retour à Paris, il reprit
la présidence de la Cour des comp-
tes. Ici se place un fait qui sort du
caractère de modération que Mar-
bois avait montre dans les circons-
tances les plus difficiles. Un maître
des comptes nommé Carret avait,
pendant les cent-jours, été président
de la fédération parisienne ; la pre-
mière fois qu'il se présenta à la
Cour des comptes, après la réinté-
gration du premier président : « Mon-
u sieur, lui dit celui-ci, vous êtes
» nommé à vie , et personne n'a le
« droit de vous destituer; mais toutes
" les fois que vous vous présenterez
« ici, la séance sera levée «. Cette
apostrophe dut paraître d'autant plus
étrange , que , si l'on avait pu repro-
cher au maître des comptes Carret.
mort en 1817, l'exaltation de ses opi-
nions libérales, il avait souvent usé de
son influence sur les fédérés parisiens
pour empêcher des désordres. Le
roi , qui avait appelé Marbois à son
conseil privé , lui confia les sceaux et
le portefeuille de la justice, en rem-
placement de M. Pasquier. Le 2
octobre , le nouveau gardc-des-
sceaux adressa aux chefs des Cours
du royaume une circulaire dont le ton
conciliant contrastait avec les vœux
de la majorité de la chambre. U y
faisait l'éloge de son prédécesseur, et
parlait des sentiments qui les unis-
saient. QucKpies jours après , à l'ins-
lallation de la Cour royale de Paris,
il luaniFesta le vœu de voir les beaux
exemples donnés par fautique ma-
gistrature francise se perpétuer.
!. Touchant au bord de la tombe.
MAR
MAB
<f dit-il en terminant, je ne verrai
<• pas, Messieurs, tous ces glorieux
•' succès; mais tant que je vivrai,
" je chercherai à remplir dignement
les devoirs qui me sont imposés:
" heureux si mon nom peut être
>• un jour cité avec honneur à la
.' suite de tant de grands hommes
1 qui m'ont précédé dans celle illus-
■• trecairière! " Il prit, le 13octohre,
à la Chambre des Pairs, une part à la
discussion do l'adresse au roi, s'éleva
très-fortement contre la partie du pro-
jet qui demandait à S. M. la justice
rt la rétribution des peines ; puis, in-
voquant à l'appui de son opinion les
lois anciennes et modernes qui veu-
lent qu'un juge se récuse, s'il a élé
sollicité dans l'affaire sur laquelle il
est appelé à prononcer, il appliqua
ce principe à la Chambre des Pairs,
qui devait elle-même juger la plu-
part des grands coupables que dési-
gnait le projet d'adresse. Ces obser-
vations parurent d'un si grand poids,
que la Chambre l'adjoignit à la com-
mission chargée de rédiger celte
adresse. Il parut plusieurs fois à la
tribune au milieu des débats tiès-
animés auxquels donna lieu , dans
les séances des 2i, 28 et 30 octobre,
le projet de loi présenté ])ar lui sur
les cris séditieux. La majorit»; vou-
lait substituer la peine de mort à
celle de la déportation ; Marbois, pour
faire changer cette opinion, essaya
de prouver que la déportation était
plus affreuse que la mort. A cette occa-
sion, il rappela les horreurs de son
exil à Sinamary. Le 30, la discus-
sion étant terminée, il fit un ta-
bleau très -étendu des travaux des
ministi'cs qui , tous en même temps,
venaient de prendre possession de
leurs portefeuilles. Il annonça en-
suite que le roi consentait aux amen-
dements proposés par la Ciiambre à
la loi dont elle allait voter l'adoption.
Cette même loi passa, le 7 novem-
bre, à la Chambre des Pairs, non sans
une discussion approfondie. Là, Mar-
bois eut à combattre, non plus l'op-
position royaliste , mais une opposi-
tion toute libérale dont Lanjuinais se
rendit l'organe. Quelques jours aupa-
ravant , la Cbambre des Pairs avait
voté un projet de loi relatif à une
nouvelle organisation de la Cour
des <:omptes, que Marbois lui avait
présenté, le 16 octobre, et dont il
avait exposé les motifs. Dans la Cham-
bre des Députés , plusieurs membres
combattirent avec force divers arti-
cles de ce projet, qui avait en sa fa-
veur l'expérience que le garde-des-
sceaux avait dû acquérir par huit
armées d'exercice dans les fonctions
de premier président. La commis-
sion , en efli't , avait proposé d'adop-
ter ce projet, et la Chambre, dans la
séance du 24, l'avait, sauf quelques
modifications, voté article par article;
mais, lorsqu'on passa au scrutin sur
l'ensemble de la loi, le projet hit re-
jeté à une m.ijorlté de treize voix.
Nous, qui avons assisté à cette séan-
ce, nous ne saurions exprimer l'ef-
fet que produisit une telle mystifica-
tion, qui n'était, à vrai dire, qu'une
preuve de la défaveur de l'assemblée
à l'égard de Marbois. Quoiqu'il eût
organisé les cours prévôtales , après
en avoir défendu l'établissement de-
vant cette même Chambre, il n'en
était pas moins en butte à la haine de
la majorité. Commissaire du roi dans
le procès du maréchal Ney devant la
Cour des Pairs, il fut présent à toutes
les audiences, mais se récusa comme
juge. Constamment occupé des tra-
vaux de son ministère, il venait de
faire adopter une loi tendant à suppri-
mer les places de substituts des pro-
«:TH'eurs-généraux, faisant fonaions de
26
MAR
MAR
procureurs du roi au criminel. Il fut
moins heureux pour un autre projet
tendant à supprimer les cours royales
d'Angers et d'Agen (avril 1816), qui
ne fut pas même discute dans les
bureaux. La majorité ne lui par-
donnait pas les adoucissements qu'il
avait apportés à la loi d'amnistie par
son instruction aux procureurs-gé-
néraux (26 janvier). Louis XVIII ôta
à Marbois le portefeuille de la jus-
tice et les sceaux; mais il ne conti-
nua pas moins de lui témoigner de
la bienveillance, et, quelque temps
après, le comprit au nombre des
pairs qui obtinrent le titre de mar-
quis. De son côté, Marbois ne négli-
geait aucune occasion de manifester
ce dévouement d'apparat dont les
puissants de la terre seront éternel-
lement dupes. Il s'était mis, dès le
mois de fév. 1817, à la tête de ceux
qui provoquèrent le rétablissement
de la statue équestre de Henri IV sur
le Pont-Neuf. Lors de son inaugura-
tion le 25 août 1818, il prononça le
discours d'usage, et, au mois de dé-
cembre suivant, rendit avec solen-
nité l'arrêt qui constatait la recette
et la dépense pour l'érection de ce
monument. Du reste sérieusement oc-
' cupé de ses attributions à cette Cour,
il y faisait régner l'ordre et l'activité,
et sut toujours la maintenir dans l'in-
dépendance ministérielle. Doué d'une
activité d'esprit qu'il conserva jusqu'à
la fin do sa longue carrière, il fut un
des membres les plus utiles du conseil-
général des hospices et de la société
royale pour l'amélioration des pri-
sons. Lui-même, malgré son grand
âge, parcourut plusieurs départe-
ments pour visiter les maisons de dé-
tention, afin d'étudier les moyens
d'en améliorer le régime. Il ne se
montrait pas moins assidu à la Cham-
bre des Pair», où son nom Bgurait
sans cesse soit à la tête des bureaux,
soit comme membre de commissions.
On l'entendit avec intérêt développer
devant cette Chambre les motifs de
sa proposition tendant à substituer
à la déportation une autre peine pro-
portionnée à la nature et à la gravité
du délit. Il vota contre la proposi-
tion relative à l'abolition du droit d'au-
baine, et prétendit que cette aboli-
tion gratuite et sans réciprocité était
une loi artificieuse qui ne pourrait
prendre racine sur notre sol. Dans
la discussion provoquée en 1819,
par le fameuse proposition de Bar-
thélémy, tendant à changer la loi
des élections, Marbois termina ainsi
le discours qu'il prononça : « Nous
u combattons son opinion, et nous
•» nous faisons gloire de le comp-
'< ter parmi les citoyens les plus re-
« commandables par leurs vertus
« publiques et privées... » A la mort
de Louis XVIII, Marbois dut se pré-
senter aux Tuileries devant Charles X,
avec la Coiu" des comptes, et jin-er
au nouveau roi d'être fidèle à son ser-
vice. Admis à l'honneur de haranguer
le duc de Bordeaux, alors âgé de six
ans, le vieux président lui fit entendre
ces paroles graves et soletmelles :
» Et vous, monseigneur, qui êtes en-
u core si jeune, et sur la tête duquel
« repose le bonheur de la France,
» souvenez-vous que ce beau royau-
« me demande aussi un bon roi,
« un roi qui aime la vérité, qui
u veuille qu'on la lui dise; un roi qui
.' n'aime pas la flatterie et qui éloigne
" de sa personne les hommes qui le
" trompent. Vous souviendrcr-vous,
" monseigneur, que ces conseils vous
>• ont été donnés par un vieillard
- <[ui avait la tête couverte de chc-
" veux blancs? •• — L'enfant répon-
dit : oui. — « Votre oui, mon-
« seigneur, reprit Marbois, va être
4 oDsigTié sur nos registres : vous l'y
- trouverez dans voti-e majorité ; en
>. attendant, il est pour nous d uji
. avenir heureux. » Ck;l incident fut
dans le temps remarqué avec intérêt
par tous ceux qui prenaient à cœur
ia stabilité du trône légitime; mais,
aux yeux de l'histoire, il ne devient
plus qu'une pitoyable comédie quand
on voit, après la révolution de 1830,
Marbois accepter sans hésiter ia nou-
velle dynastie, et dix-huit jours aprèa
avoir officiellement félicité, pour la
conquête d'Alger, Charles X qud
proclamait son roi bien-aiiné, le bien-
faileur des hommes, venir avec em-
pressement haranguer le duc d'Or-
léans (o août) en quahtc de heutenant-
général du royaume; puis, cinq jours
après (10 août), comme roi. Ce soûl
toujours les mêmes formules d'en-
thousiasme ou plutôt de flexibilité
serviie. Marbois siégea avec beaucoup
d'assiduité dans les nombreux procès
politiques dont fut chargée la Cham-
bre des Pairs sous le nouveau rè-
gne. Dans le procès d'avril, il se si-
gnala par sa sévérité envers les accu-
sés, qui, essavant une révolte contie
la jusdce , prétendaient la rendre
muette et impuissante par leur re-
fus de se défendre. « L'ancien dé-
porté de la Guyane, disent les bio-
« graphes Sairut et Saint-Edme, Tan-
« cien auteur d'un écrit intitulé : le
« Jiufé sans ju^ es, a voulu couronner
" dignement sa carrière en se faisant
"juge sans jugés; il est un de ceux
« qui proposent de condamner les
» prévenus d'avril sans les entendre,
X et qui ont prononcé contre les dé-
" fenseurs les peines exorbitantes
« dont on rient de les frapper. "
Quand Marbois se signalait par cette
rigueiu- judiciaire, il n'était déjà plus
que premier président honoraire de
la Cour de* comptes. Une de ce-*
MAL -21
combinaisons qui sont inhérentes au
régime parlementaire, l'avait forcé
d'abandonner, le 5 avril 1834, lapre-
sidence effective à M. Barthe qui ve-
nait lui-même d'abandonner à M.
Persil la simaiTC de garde-des-sceaux.
Ce changement avait été accompa-
gné de circonstances pénibles pour
le vieux président- L'année précé-
dente, attaqué cFune maladie grave,
à laquelle il craignait de ne pas sur-
vivre, il avait envoyé sa démission au
roi Louis-Philippe, en le priant de lui
désigner un successeur, pour que le
service de la presidence éprouvât le
moins d interruption possible. Le roi
ne disposa pas de la place ; et Marbois
rétabli rentra en possession de ses
fonctions. Lors de sa première récep-
tion à la cour, ce prince lui parla de sa
démission, comme étant devenue sans
objet. Marbois, par convenance, ne
crut pas devoir la retirer. Mais, le 4
avril au soir, on lui Ht connaître
qu'on était dans l'intention d'user du
dioit que Ton avait légalement de se
servir de la pièce qu il avait impru-
demment laissée entre les mains de
Louis-Phihppe. Marbois écrivit au roi
une lettre très-ferme et très-digne ,
dans laquelle il faisait sentir tout ce
qu'avait d'extraordinaire le procédé
dont on usait à son égard; puis, afin
de montrer que ce n'était qu'en vertu
d'un nouveau consentement de sa part
que Ion pourrait disposer de la prési-
dence, il tenninait sa lettre par une ité-
rative démission. Le roi lui adressa une
lettre autographe dont les termes
étaient assez embarrassés, et qui se
tn'minait par facceptation de la dé-
mission. A cette lettre était joint le
portrait de Louis-Philippe. Le lende-
main, Marbois, présidant pour la der-
nière fois la Cour des comptes, lui mit
sous les yeux les circonstances qui a-
vaient amené sa retraite, et donna lec'
â$ MAB
ture de sa lettre au roi et de la ré-
ponse de Louis-Philippe, comme pour
rendre l'assemblée juge de la manière
dont on avait cru pouvoir payer ses
anciens services. Il était tellement ému
en faisant ces adieux forcés, que des
larmes abondantes coulaient de ses
yeux. Les membres de la Cour ne
montrèrent pas moins de sensibilité ,
et le public blâma unanimement la
conduite du gouvernement. Marbois
survécut trois ans à sa disgrâce : il mou-
rut le 14 janvier 1837, dans sa qua-
tre-vingt-douzième armée. Son corps
était affaibli et usé; sa vue presque
éteinte; mais il avait conservé jus-
qu'au dernier moment toutes ses In-
cultes intellectuelles, toute l'activité
de son esprit. Il n'a laissé d'autre
postéi-ité que M™'' la duchesse de
Plaisance, qui, peu de temps après la
mort de son père, a vu mourir sa
fille unique. Madame de Marbois, lors
de la déportation de son époux, avait
été si vivement affectée, qu'elle fut
atteinte d'une aliénation mentale qui
ne finit qu'avec sa vie. L'éloge de
Marbois a été prononcé devant la
Chambre des Pairs, le 17 janvier 1838,
par son collègue Siméon, qui avait
partagé sa proscription au 18 fructi-
dor. Marbois était, depuis 1821, asso-
cié libre de l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres, oii il a eu pour
successeur Joseph Michaud. On a de
lui un assez grand nombre d'écrits
dans différents genres. T. La Puri-
xienne en province^ ouvrage national,
1766, iïi-H". Le frontispice porte ;
par M. Bar. de Mar. Des exemplaires
avec tm nouveau frontispice .sont da-
tés de 1769, sans cette indication abré-
gée du nom de l'auteur. II. (iuliatUy
conte pltYsifine et moral, traduit de
l'anglais, 1769, iM-12. 111. Essai sur
Us vwyens d'inspirer aux hommes le
goût de la vertu^ 1769, in-8^ IV.
MAR
Essai de morale, 1772, in-12. V. 6'o-
crate en délire, traduit de l'allemand
de Wieland, 1772, in-12. VI. Lettres
de madame la marquise de Pompa-
dour, depuis 1746 jusqu'en 1762,
Londres, 1771. 2 vol. in-8''; 1772,
3 vol. in-12; 1772, 4 vol. in-12;
1773, in-S" ou in-12. Nouvelle édi-
tion (précédée d'une Notice sur ma-
dame de Pompadour), Paris, 1811,
2 volumes in-12. " Ces lettres, dit
" le bibliographe Barbier , attri-
« buées d'abord à Crébillon le fils,
« l'ont été ensuite, avec plus de vrai-
« semblance, au comte Barbé-Mar-
« bois, n VII. Lettres sur tes affaires
présentes, Paris, 1775, in-8''. VIII.
État de la partie espagnole de Saint-
Domingue , 3 vol. in-8». IX. État
des finances de Saint-Domingue, con-
tenant le résumé des recettes et dé-
penses de toutes les caisses publiques,
depuis le 1" janvier 1788 jusqu'au
3 décembre de la même année, Paris,
in-8'', 1789. L'auteur publia cet écrit
pour répondre aux imputations qui
s'élevaient contre sa gestion dans cette
colonie. A la même époque appar-
tient une autre publication de l'au-
teur, sous ce titre : Recueil de pièces
sur les fi-nances de Saint-Domingue,
in4". X. Culture du trèfle, de la lu-
zerne et du sainfoin, Paris, 1792.
C'est l'ouvrage dont il a été parlé
dans le cours de cette notice, et dont
le directoire du département de la
Moselle ordonna 1 impression. XI. Bé-
flexions sur la colonie de Saint-Do-
mingue, ou Examen approfondi des
causes de sa mine et des mesures pour
la rétablir, 1796, in-8». XII. Mé-
moire sur les finances, 1797, in-4».
XIII. Voyage d'un Français aux sa-
lines de Bavière et de Saltzhourg,
111 1776, Paris, 1800, in-18. Marbois
Ht imprimer cet écrit à l'occasion de
discussions qui «'étaient élevées dan»
MAB
le Corps législatif, relativement aux
salines. XIV, Éloge du citoyen Du-
fresne, conseiller d'État, directeur-gé-
néral du trésor public , Paiis , an X
;1802), broch. in-8^ XV. La richesse
du cultivateur, traduit de 1 allemand,
1803, in-8". XVL Complot d'Arnold
et de sir Henri Clinton, contre /e<
États-Unis d'Amériqne et contre Ji^a-
<ihington, septembre 1780, Paris,
1816, in-8", avec une carte et deux
portraits; 2* édition, 1831. L auteur
écrivant sur les lieux, au moment
même où les faits qu il raconte se
sont passés, possédait tous les moyens
de constater la vérité ; il n'a eu d autre
ambition que de la mettre au jour,
et son livre composé avec toute la
di^jnité simple qui doit caractériser
Ihistoire, a obtenu un succès uni-
versel. Il est au nombi-e des ou-
vrages adoptés par 1 Tniversité. XVII.
De la Guyant, de son état physique^
de son agriculture, de son régime in-
térieur et du projet de la peupler avec
des laboureurs européens, Paris, 1822,
in-S". XV III. Rapport sur l'étal actuel
des prisons dans les départements du
Calvados, de l'Eure, de la Memehe,
de la Seine-Inférieure, et de la maison
de correction de Gai lion (oct. 1823.
Paris, 1824, in-i", tiré a un j>etit nom-
bre dexemplaires). Un second rapport
de Barbé-Marbois, sur 1 amélioration
des prisons, fait le 24 juin 1825, a été
inséré dans la Revue encyclopédique :
quelques exemplaii-es ont été tirés à
part, in-8° de 12 pages. XIX. Obser-
ffations sur les votes de quarante-el-uu
conseils-généraux de départemen ^ con-
cernant la déportation des forçats li-
bérés , présentées à >I. le dauphin ,
par un membre de la société royale
pour l'amélioration des prisons (Barbé-
Marbois), Paris, 1828, in-8°. L auteur,
dans ce mémoiie, se prononce avec
force contre la déportation. XX. Uis-
MAB
29
toire de la Louisiane, 1828, in-8". Ou-
vrage remai-quable et plein de Aôtu-
ments curieux. Marbois était plus que
tout autre appelé à écrire sur cette
matière. En 1803, il avait été chai-gé
d'une importante négociation relative
à la Louisiane. On sait qu'en 1801
Napoléon avait recouvré ce pavs, cédé
par la France à l'Espagne, en 1768.
et rétrocédé à la France par le cabi-
net de Madrid. Cette colonie était en-
tièrement dépourvue de défense. Na-
poléon ne put en prendre possession
qu'en 1803 : et avant qu'û lui eût été
)K)ssible d"v envoyer les garnisons
nécessaires, l'Angleterre se préparait
a l'envahir. Déjà en possession du Ca-
nada, elle se serait aussi rendue maî-
tresse de la navigation du Mississipt
et des contrées qui sont à l'ouest de
re fleuve. Napoléon, après une pos-
session précaire et purement nomi«
iiale de peu de mois, comprit com-
bien \\ était important que l'Angle-
teiTc ne s'emparât pas de ce beau
pays: il résolut de le céder aux États-
Unis, et chargea Marbois de cette né-
gociation, en lui annonçant qu'il ne
ferait cette cession qu'au prix de 50
miUions. Marbois eut fhabileté d'en
obtenir 80, dont 20 applicables aux
indemnités dues aux commerçants
des États-Unis, pour les prises indû-
ment faites sur eux. Napoléon, qui sa-
vait récompenser, mit alors à la dis-
position de l'heureux négociateur
192,000 fr. - pour suppléer, lui écri-
vair-il, à l'insuffisance de votre trai-
tement, avant l'intention que vous
voyiez dans cette disposition le désir
que J'ai de vous témoigner ma sa-
tisfaction de %os importants travaux
et du bon ordre que vous avez mis
dans votre ministère, qui ont valu
à la république un grand nombre
de miUions et la négociation que
- vouc venez de terminer , par lu
m MAR
.. quelle vous avez procure à la répu-
« Wiquc dix millions en sus de ce que
a portaient vos instructions ». Mar-
bois avait inséré , avant 1789 , quel-
ques articles dans le Journal Ency-
clopédique et dans le Journal des Sa-
vants, entre autres un morceau curieux
sur les Fla(]eHants (3). On lui doit la pu-
blication d'un Mémoire historique re-
latif aux négociations qui eurent lieu
en 1778 pour la succession de Ba-
vière par le comte de Goertz, envoyé
du roi de Prusse près des princes
Bavaro-Palatins (Paris, 1812, in-8°).
Marbois, qui figure dans le Mémoire
comme secrétaire de la légation fran-
çaise, a ajouté à l'ouvrage dont il est
l'éditeur, une introduction où se
trouvent des détails sur les principaux
personnages , une notice sur le che-
valier de La Luzerne et des notes in-
téressantes. Il avait joué lui-même
im rôle dans ces négociations. Lors-
qu'à la mort de l'électeur de Ba-
vière, Maximilien-Josepli , l'impéra-
trice Marie-Thérèse éleva , eh vertu
d'une clause du traité de Westphalic,
des prétentions sur les principales pro-
vinces de l'électoral, le duc des Deux-
Ponts, Charles-Théodore, accourut à
Munich pour défendre ses droits.
L'envoyé de France était gravement
malade. Marbois, consulté par le duc
et sans instructions sur un cas si im-
portant, tint une conchiite qui ex(ùta
les plaintes du cabinet de Vi(!nnc.
Mais il fut approuvé par le conseil
du roi et par le comte de Vcrgennes
cjui, dès-lors, le prit en singulière
estime. Cependant fintime alliance des
cours de Paris et de Vienne ne peruiil
plu» d'employer Marbois auprès des
princes de l'empire; et c'est alors
(3) V. la Correspondance de Grimm, a\n\
1778, l. X. Griinin lut auribue mal à propos
V Essai sur le etmmerce <k Russie, qui est d<'
vtarbauil.
MAR
qu'abandonnant la carrière diploma-
tique pour celle des tribunaux, il se
fit recevoir, en 1778, conseiller au
Parlement de Metz. — Madame Barbé-
Marbois a publié, en l'an VII (1798),
le Mémoire justificatif de son mari
sur le 18 fructidor, qu'il lui avait fait
parvenir lui-même de Sinamary. On
peut consulter à cet égard les Anec-
dotes secrètes sur le IS fructidor, qui
parurent vers cette époque (1 vol.
in-12). Pendant son exil, il avait écrit
jour par jour, depuis son arrestation
(USfju'à son retour, tout ce qui lui ar-
rivait. Dans ce Journal qu'il a fait
imprimer pour ses amis à un petit
nombre d'exemplaires , l'auteur se
joue du malheur plutôt qu'il n'em-
ploie ses forces à lutter contre lui.
Souvent des traits de gaîté qu'on
nanrait pas attendu de son air aus-
tère et de sa gravité habituelle, vien-
nent se mêler à des réflexions tou-
chantes, et aux sentiments de ten-
dresse qu'il exprime à sa femme et à
sa fille. » Quoi qu'il puisse m'arriver,
• dit-il, dans ma déportation, fut-ce
" la mort, plus de la moitié des
" hommes nont-ils pas subi ses loi» ■
>. avant l'âge où je suis parvenu?... Je
.. vais dansla captivité me trouver plus •
» libre quejene l'ai été à aucune épo-
.. que de ma vie. .le ne serai plus obligé '
.. de prolonger mon travail jusque •
. dans la nuit ou do devancer le jour.^>
. .le pn'udrai du repos à nia volonté.
.. .1c n'aurai de devoirs inq)ortants h
i. remplir qu'envers moi-même... Mes
. devoirs envers les autres se rcnlui-
. ront à des procédés d'amitié , d'é-
" gards et de civilité. On ne se plain-
.. dra plus de ni(;s refus , de mon
" austérité, .le n'aurai plus de juge-
• menls qui mécontenteraient infail-
>. liblement une des parties... .le ne
. ci-oyai» pas, ma chère Klise (c'était
. sa femme), finir par vous parler des
MAB
.. plaisirs de la zone torride. nen
dites rien à personne :
• Si mes persécuteurs pénétraient ce mystère.
Je pourrais payer cher une ombre de bonheur :
Poiir les pôles glacés, Barras, en sa colère.
Me ferait arracher aux feux de l'équateur. •
La plus grande consolation de Mar-
bois consistait alors dans une petite
bibliothèque quil avait su cons-
truire comme menuisior et qu'il put
garnir de livres. La con-ette qui
portait les déportés avait capturé .
tians la traversée , un vaisseau an-
glais où se trouvait un assortiment
de livres. Les déportés avaient eu
chacun un lot dans cette prise. Un
grand nombre de ces livres étaient
échus à Pichegni, qui les troquait suc-
cessivement contre du \'in que Mar-
bois avait apporté de Cayenne à
Sinamary. " Pichegi-u, dit ce der-
" nier, dans son journal , était fort
" libéral du \in ainsi acquis. Nous
• étions quelquefois en contestation
• siu- une bouteille de plus ou de
" moins, pour un Hérodote ou un
" Tite-Live; ses connves se mo-
'■ quaient de ma simplicité, lorsque
■' faisant les honneurs de ces joyeux
•>■ banquets, il leur disait : Buvons un
« verre de mon J'ir^ilcy sablons une
•' strophe de mon Horace, une rasade
<•■ à la mémoire d' Homère. " La con-
sidération personnelle dont jouissait
Marbois, lui donna occasion de re-
prendre, même dans son exil, l'auto-
rité qui appartenait à son caractère. Au
commencement de l'an VlH, l'agent
Rurnel, que le Directoire avait envoyé
a Cayenne , proclama la liberté des
noirs et les appela à la défense de
l'île, sous prétexte d'une prétendue
invasion des Anglais. Ces nègres rem-
plirent la ville et les faubourgs; i'
était impossible de les solder et de
les noiu-rir. De là des menaces d'iii-
•vndier les habitations, d'égorger les
MAR
31
propriétaires , et tous les présages
de ce qui s'était passé à Saint-Do-
mingue. Les blancs et les mulâtres se
réunirent pour leiu- défense com-
mune. jNLirbois et son compagnon
LafFon-Ladébat , investis de leur con-
fiance , devinrent les conseils de la co-
lonie, expulsèrent Biu-nel, et tout rentra
dans l'ordre, à peu près vers le même
temps que le Directoire était renversé
par Bonaparte. Marbois, qui avait des
propriétés dans l'arrondissement des
Andelys (Eure), fut le bienfaiteur de
cette localité. Une notice publiée en
1838 par M. AnL Passy, ancien préfet
de l'Eiu-e, a révélé au public, que
de 1822 à 183o, Marbois lui confia
diverses sommes montant à 77,000
francs pom* des établissements utiles
dans l'arrondissement des Andelys; et
cet ai'gent devait toujours être employé
sous le voile de l'anonyme. M. Etien-
ne, alors député de la Meuse, lui
avait remis un Mémoire destiné à
l'iustruction élémentaire dans ce dé-
partement. Apprenant que les au-
teurs étaient des jeunes gens mo-
destes et ignorés, qui avaient mis en
commun leurs talents et le peu de
ressources qu'ils possédaient, pour
propager chez le peuple des cam«
pagnes des vérités utiles, Marbois
donna pour eux oOO francs. « Mais
- i-appelez - vous bien, dit -il à M.
■' Etienne, que si mon nom est con-
" nu, je retire mes oOO francs. ■ Au
mois de mars 1836, la famille de Bar-
bt»-Marbois fit rédiger une courte no-
tice sur sa vie, qui a été revue pai-
Marbois lui-même et lithographiée à
une centaine d'exemplaires ( Paris ,
Bineteau). Marbois avait publié ses
propres Mémoires, en 2 vol. in-8"*,
flans l'année qui précéda sa mort.
D— R— R,
MARBOT (A^TOI!«E), généi^l
français, naquit an village de la Bi-
32
MÂiV
vlèrc (Corrèze), vers 17S0, d'une fa-
mille honorable, reçut une bonne
éducation et entra fort jeune dans les
(lardes -du- corps du roi. Après quel-
ques années de service, il fut compris
dans les réformes que Louis XVI fît
de sa maison, dès le commencement de
son régne. S'étant alors retiré dans sa
famille, il n'y passa que peu de temps,
reprit bientôt du service, et devint
aide-de-carap du général de Schom-
berg. La révolution étant survenue, il
en adopta les principes avec le plus
grand enthousiasme, et fut nommé, en
1790, administrateur du département
de la Corrèze, puis député à l'Assem-
blée législative, il ne s'y fit remar-
quer que par un lapport sur les fi-
nances (5 avril 1792), dans lequel il
proposa un emprunt dont le résultat
eût été de réduire la masse des assi-
gnats, et de forcer les acquéreurs de
biens nationaux à faire leurs derniers
paiements en numéraire. Le 8 juin
suivant, il s'opposa à ce qu'on reçût
dans l'armée les soldats de la garde
constitutionnelle que l'Assemblée ve-
nait de contraindre Louis XVI à licen-
cier, par la raison, dit-il, que l'esprit
de ce corj)s était un dévouement au
roi, esprit qui ne devait pas être celui
des troupes nationales. Cette proposi-
tion excita quelques rumeurs et n'eut
aucune suite. Après la session, Mar-
bot rentia dans la carrière des armes
et parvint très-promptcment an grade
de général de division. Il fit en «-ctte
qualité les cam[)agnes de 1793-179i
sur la frontière d'Kspa{;ne, (;l se dis-
tingua dans plusifuis occasions, no-
tamment à Orthez et à Glossua. Des-
titué comme ultra - révolutioimaire
jprès l.i chute de Robespierre, il fut
réintégré par un airèté du conii-
lé de salut ])ublic à l'époque du
iriomphe de la Convention, le 13
vendémiaire an l\ O)ctobre 1795),
MAK
puis nommé député au Conseil des
Anciens par son département. Dès les
premières séances, il se déclara avec
beaucoup d'énergie contre le parti
royaliste alors tout-puissant, et s'op-
posa surtout à la rentrée des habi-
tants de l'Alsace que la terreur avait
forcés de se léfugier à l'étranger, et
qui pour cela étaient considérés com-
me émigrés. Sa motion contre ces
malhetureux fut tellement désap-
prouvée, qu'une décision de l'asseàn-
blée ordonna son rappel à l'ordre.
Quelques mois plus tard, Marbot ne
fut pas moins inexorable pour les
émigrés du Comtat-Venaissin. Il con-
courut de tout son pouvoir à la ré-
volution du 18 fructidor (i septem-
bre 1797), et aux proscriptions qui
en furent la suite. Nommé, aussitôt
après cette victoire du parti révolu-
tionnaire, président du conseil , il le
fui encore au mois de juin 1798; |
prononça le 14 juillet , en cette qua-
lité, un discours commémoratif de la
première journée de nos révolutions,
et fit décider que celle du 1 8 fructidor
serait également solcnuisée chaque
aimée. Le 18 avril 1799, au moment
de la crise opérée par les succès que
venaient d'ol)tenir les armées Austro-
r.usses en Allemagne et en Italie, il
demanda avec beaucoup de force
une levée de doux cent mille hom-
mes, et se prononça avec la même
violence contre mie circulaire de
François de Neufchi\tcau qu'il accusa
d'avoir <lésigu<; lea républicains aux
paifjttards des royalistes, ajoutant
<pic ce ministre -poète avait autre-
fois chanté Marat et Robespierre,
«hielques jouis après, il appuya vi-
vement limpression d'une adresse
des habitants de (Grenoble contre
le général Schérer qui venait d'être
battu en Italie et qui était le pro-
té}'«i de Bcwboll. Ktant sorti du
MAP.
conseil après la révolution du 30 prai-
rial quirenversa ce directeur, il rem-
plaça Joubert dans le commandement
lie Paris, et continua de se montrer,
dans ce nouveau poste, /xiié partisan
de la démagogie. Rien que remplacé
avant le 18 brumaire, il Fit tous ses
eâForts pour empêcher le triomphe de
Bonaparte, qui l'envoya aussitôt après
à l'armée d'Italie pour y être em-
ployé dans son grade. Mais à peine
arrivé à Gênes , Marbot mourut près -
que subitement au commencement de
l'année iSOO, atteint de l'épidémie
qui affligeait alors ces contiées. —
Ueui fils de ce général tiennent un
rang distingué dans l'armée fran-
çaise. M — D j.
MARC (le P.), linguiste slave, né
le 13 avril 1733, en ('.arniole, s'en-
gagea fort jeune parmi les moines
Augustins de Laybach, et passa la
plus grande partie de sa vie, au cou-
vent de Saint - Antoine de Padoue.
Il finit cependant par quitter sa pa-
llie pour se fixer aux environs de
Vienne. Cest là qu il mourut le 5
février 1801. I^pére Marc est un des
hommes qui ont le mieux mérité des
langues slaves du Midi , et qui ont le
plus contribué à cet élan qu'on i-e-
marque aujourd'hui dans la monar-
chie autrichienne vers l'étude de ces
idiomes remarquables. Parmi les nom-
breux dialectes de cette façon de
parler dans les provinces ill\Tionues,
le camiolien ou carcntanien est cer-
tainement celui qu'il faut regarder
comme type, et l'on y rattache au-
jourd'hui le croate d'une part , le
Slovène de l'autre. Reste seulement
une question à débattre : qui lem-
jiorte du carniolien ou du carcnta-
nien (winde de Styrie et wende de
Carinthie)? I.a difterence de ces deux
sous-dialectes est si légère, que l'on
peut hésiter ; mais le carniolien est
liMlB
33
resté moins incuite , et cette circon«*
tance lui vaudra la préférence auprè>
de beaucoup de juges. Quoi qu il en
>oit, ou doit au P. ALuc grammaire,
lexiques et chrestomathie de sa lan-
gue nuiternclle. Sa Grammaire de la
langue carniolienne, Lavbach, 1768 ,
in-S", a PU, dès 1783, le* honneur>
d'une 2* édition, cl cest presque la
seule encore où Ion puisse appren-
dre les principes du wende de la
Carniole. Eusuite vinrent etlcParvum
dicUoHttariutn trilingue (en carnio-
lien, en allemand et en latin), Lay-
bach, 1782, in-4°, qui a été mis à con-
tiibution par Linde, pour son grand
et mémorable Dictionnaire de la lan-
gue polonaise comparée aax treize
dialcctc.4 slaves, et son Glossariutn
slavicum. Vienne, 1792, in-4". Enfin,
on a encore de lui une espèce de
manuel de versification, sous le titre
de AdjutneiUum poeseoi carniolicœ ,
Vienne, 1798, in-8", et un autre Ma-
nuel poui- les conversations et les
matières usuelles : c'est la tiaductioD
du Xoth- u. IJiilfsbiichlein dcHTaLiuev.
On conserve au collège Theresianmn
devienne plusieurs manuscrits du
P. Marc, entre autres une Chronique
de Carniole et une Uisloire des iavanti
r<ir«io//e»is, ou Bibliotheca Carnioliie.
F— OT.
AI ARC (Charucs-Cukktie}* -Henri) ,
premier médecin du roi Louis-Phi-
lippe, naquit à Amsterdam, le i no\ .
1771; son père étiiit allemand, et sa
mère hollandaise. Eu 1772, ses pa-
rents vinrent s'établir au Havre et
demeurèrent jusqu'en 1780. t* fu
donc en Fiance que Marc reçut sa
première éducation. Parlant alle-
mand avec son père , hollandais
avec sa mère , et Irancais avec sçs
camaïades d'étude . il brillait a^
milieu d'eux pat; son. application et
ses progi-ès. A neuf ans, il Retourna
34
MAR
en Allemagne avec ses parents, et a
treize ans, il entra au collège deShep-
fenthal (en Saxe). Là, sous la direc-
tion du célèbre instituteur Saltzmann,
a termina en quatre années toutes ses
études classiques, et il apprit le
latin, ainsi que l'avait appris Mon-
taigne, comme une langue vivante;
aussi pouvait-il écrire et parler dans
cet idiome avec autant d'élégance que
de facUité. On en trouve la preuve
dans un petit discours qu'il prononça
à son départ du collège, afin d ex-
primer à la fois sa reconnaissance
envers ses maîtres et son amitié pour
ses condisciples. Ce petit essai parut
à ses professeurs digne d'être impri-
mé, et l'un deux le fit suivre de quel-
' ques strophes dans lesquelles il pré-
disait au jeune orateur un brillant
avenir, prédiction qui se réalisa sans
doute, mais non sans que celui-ci
eût bien des obstacles à vaincre.
Marc, laissé libre par son père de
choisir une profession, se sentit pous-
sé par une vocation irrésistible vers
la médecine. Il commença l'étude de
cette science à l'Université d'Iéna.
Il s'y serait fait recevoir docteur;
mais le désir dobtenir ce grade sous
les yeux de sa famille l'engagea a
soutenir les épreuves à la faculté
de la ville d'Erlangen, où son père
exerçait les fonctions de conseiller
des finances. Sa thèse avait pour
titre : Historia morbi rariotii spasmo-
dici, cum brevi epicrisi (iTd2). Ce
qui charme dans la préface de cette
thèse, qui était déjà un ouvrage de
haute portée, «'est l'expression de
la déférence et du respect que les
jeunes médecins allemands ont tou-
jours eus pour leurs maîtres, sorte
de piété qui fait un des caractères
distinctits des universités d'Allemagne.
Voulant agrandir par la pratique le
cercle de ses connaissances, le nou-
t.
MAR
veau docteur se rendit à Vienne, et
pendant dix-huit mois, visita les hô-
pitaux de cette capitale. De là il fut
appelé à Bamberg, par son oncle,
médecin distingué, qui avait surveiUé
la fondation dun hôpital, dont le
prince-évêque de cette ville venait
de la doter. Marc se perfectionna dans
l'art de guéi'ir, sous les yeux de son
parent. La princesse douairière deLo-
wenstein ayant demandé à celui-ci un
jeune médecin qui pût la suivre dans
ses terres de Bohème, Marc consentit
à y passer quelque temps , et fut là ce
qu'il a été partout, dévoué, plein de
désintéressement, au milieu d'une
clientèle nombreuse, mais pauvre.
En 1795, il publia trois ouvrages en
allemand : le premier offre des Rè-
gles d'hygiène à l'usage des voyageurs;
le second a pour titre : De l'emploi
du gaz azote dans la phthisie pul-
monaire; le troisième. Observations
générales mr le% poisons et sur les
effets qu'ils produisent dans le corps
de l'homme. Ce dernier ouvrage, dont
l'illusue professeur Hildebrand agréa
la dédicace, était le premier essai du
jeune docteur dans la médecine lé-
gale. Il a été traduit en italien par
Ferraris. Vers la fin de cette même
année 1793, Marc, âgé de 25 ans, vint
à Paris pour la première fois. Sa
jeunesse, son savoir et même cette
qualité d'étranger cpii prévient tou-
jours si favorablement en France,
tout lui concilia parmi les médecins
de la capitale un accueil bienveil-
lant. Il se lia surtout avec Bichat ,
\libert, et sous l'autorité de leur
maître Corxnsart, dont il suivait les
leçons de clinique, il concourut avec
eux, avec Cabanis, Desgenettes, lAr-
rev,Duméril, Pincl, Fourcroy et quel-
ques autres, à la formation de cette
société médicale démulation a la-
quelle on doit de savants mémoires.
Nous citerons entre autres uie la Fiè-
vre et de son traitement en général,
trad. de l'allemand de G.-Clir. Reich ;
Considérations sur une tympanite,oh-
servée à l'hôpiul Saint-Louis; Com-
mentaire stir la loi de -Vutna Pompi-
lius, relative à Couverture cadavérique
des femmes enceintes, etc. Vers la fin
de 1797, la mort de son père le rappela
en Alleniafljne; il revint en France en
1798, avec sa mère. Comme son pèi-n
avait placé tout son avenir sur les fonds
publics de France , sa fortune avait
été presque entièrement absorbée pai-
la réduction du tiers consolidé.
D'autres circonstances malheui-euse.';
forcèrent M"" Marc à vendre à 7 fr.
30 cent, ce qui avait coûte 100 fr. à
son mari. Dès ce moment, de rudes
épreuves se préparèrent pour le doc-
teur Marc, qui, marié depuis quelques
années, était déjà charge de famille.
\m\ qui, jusqu'alors, à la faveur d unr
honnête aisance, avait pu étudier,
exercer la médecine sans antre but
que l'intérêt de l'art , se vit obligé de
chercber dans la pratique les moyens
de faire vivre une mère, une épouse
et quatre enl'ants. Il se livra donc à
ce j)énible métier avec confiance ,
avec habileté ; mais bientôt lassé .
rebuté, ayant acquis de bonne heure
une amère connaissance de la vie mé-
dicale, il prit en déffoût l'exercice
de sa profession. Deux choses le
choquaient surtout en France ; d'a-
bord la responsabilité qui pèse sans
cesse sur le praticien, même rpiand
le malade n'a point exécuté ses ordon-
nances; puis, souvent, la nécessité
d'envoyer , à la fin du traitement ,
lUie note de visites, comme une fac-
ture de commerce ; ce sont les ex-
pressions dont il se servait en parlant
de cette dure nécessité. Décidé à chan-
ger de direction , il fonda une manu-
facture de produits chimiques : le suc-
MAR
3o
ces ne répondit [>oint à ses espéran-
ces. Marc fut bon médecin et mau-
vais industriel ; il était savant et point
du tout marchand : aussi, après avoir
dissipé dans ce commerce les derniers
débris de sa fortune, il se trouva
entièrement ruiné. Revenu à Paris,
pour y l'econmiencer sa carrière mé-
dicale, il s'y trouva dégagé de toute
obligation envers qui que ce fût, et ne
dut rien qu'à sa famille. L'âme rem-
plie de pensées douloureuses, mais
conservant sur son xnsage une inalté-
j-ablc sérénité, le jour il faisait régu-
lièrement ses visites, en les entremêlant
de quelques échappées chez les pau-
vres ; et le soir lorsque, accablé de fa-
ligues, épuisé par les privations, i!
lentraît au milieu des siens, il leur
dissimulait sa peine, et, par l'enjoue-
ment et la tendresse de ses paroles, dis-
rsipait leur tristesse et ranimait leur es-
poir. La nuit, pendant leur sommeil,
enveloppe d'un manteau, afin de mé-
nager le bois qui devait les chauffer,
i| écrivait pour divers journaux de
médecine. Il lui fallait, pour résister à
àci travaux si soutenus et à tant de
privations, non-seidement beaucoup
«le courage, mais cet amour de l'hu-
manité qui , chez lui , avait tant
de puissance. En 1808, on cherchait
un équivalent pour remplacer le
quinquina . devenu très-rare à cause
du blocu* continental. Marc proposa
d'y substituer le sulfate de fer. L'heu-
reuse application de ce moyen,
dans un moment où les fièvres inter-
mittentes exerçaient de grands ra-
vages , lui valut une lettre très-flat-
teuse de Corvisart, qui le remercia au
nom de l'aïuorité. En 1809, la Société
de médecine de Paris consigna dan»
son Recueil les résultats de cette pre-
mière découverte, et Marc en fit le
texte de deux mémoires qtii parurent
en 1810. sous le titre de Recherrhet
3.
36
MAB
sur l'emploi du sulfate de fer dans fc
traitement dei fièvres intennittentex.
On lui avait conseillé de faire un se-
cret de sa découverte; il pouvait ainsi
facilement acquérir une {grande for-
tune : mais il reftisa, voulant, di-
sait-il, que l'humanité seule en profi-
lât. En toute occasion , il déploya la
même délicatesse. L'illustre Parmen-
tier l'avait, à son lit de mort, dé-
signé pour le remplacer au conseil
de salubrité , et lui avait , dans celte
intention, donné une lettre qui devait,
dans la journée même, être mise
SOU8 les yeux du ministre. Marc ne
consentit 'à cette démarche qu'après
la mort de Parraentier ; c'était trop
tard; la place était prise; mais il ne
se plaignit pas plus de cette déconve-
nue, qu'il ne se vanta de sa bonne
action. De meilleurs jours ne devaient
pas tarder à luire pour lui. Le docteur
Herbauer, que le roi de Hollande,
Louis Bonaparte, venait de nommer
àon médecin, le pria d'accepter sa
clientèle. Marc devint bientôt l'un
des médecins les plus répandus de
la capitale. Au milieu des occupa-
tions qui remplissaient sa vie , il ré-
serva toujours une partie de son
temps à ses études favorites. Le doc-
teur Victor Rose publiait alors en
Allemagne un Manuel d'autopsie ca-
davérique médico-légal ; Uarc en fit
une traduction «jui parut en 1808,
enrichie de notes et de commentaires ;
il y joignit doux mémoires de sa couj-
position : l'un Sur la docimasie pul-
monaire, l'autie Sur /es signes de la
mort par submersion. A la tête du vo-
lume est une préface dans laquelle il
déplore l'indifférence où l'on était a-
lors en Vrance pour la médecine légale,
tutrice do l'honneur et de la vie des
hommes, et qui, dans un pays ou la
chimie jette tant d'éclat, aurait du
briller comme ollc. Une de» meiUeuns
MAB
«ît des plus utiles productions de Maix
a pour titre : La Vaccine soumise aux
simples lumières de la raison (Paris, s
1809). C'est un petit drame plein de ]
naturel, de mouvement et de gaîté , j
dans lequel sont combattus les préju- j
{'ris du peuple contre la vaccine. Un
digne curé, un chirurgien plein de
sens et de philantropie, puis quelques
villageois et leurs femmes , entre au-
tres l'entêté Jean Rétif, sont les inter-
locuteurs de ce dialogue, qui rappelle
la manière de Franklin. Cet ouvrage,
dont le succès fut européen, a eu plu-
sieurs éditions et a été traduit dans
plusieurs langues. Malgré tant d'émi-
rients services , Marc n'appartenait à
aucune Faculté de France. En 1811,
il se fit agréger à celle de Paris, et
soutint une thèse ayant pour titre :
Fragmenta quœdam de morborum si-
mulatione. C'était encore un sujet de
médecine légale. Dans cette thèse, il
laisse entrevoir le plan d'un grand
ouvrage qu'il devait publier plus tard,
mais la mort ne lui permit pas
d'en réunir et coordonner les maté-
riaux. Il en avait lu à ses amis quel-
ques passages remarquables ; mais ce
précieux manuscrit ne s'est point re-
trouvé parmi ses papiers. En 1812,
il fut envoyé à Pantin, par le pré-
fet Frochot, pour y combattre une
épidémie de fièvres intermittentes
pernicieuses, dont le voisinage sem-
blait menacer la capitale, et qu'a-
vait occasionnée le mouvement des
terres pour creuser le canal de
l'Ourcq. Un «les médecins chargés
du soin des malades venait do suc-
comber. Maïc n'iiésita pas à accepter
«etto mission périlleuse, et l'accom-
pHt avec succès. Nommé, on 1816,
au conseil de salubrité, il fut, peu de
temps après, chargé de la direction
du service des noyés et asphyxiés, où
11 introduisit bicntAt «le nombreux
MAB
MAR
37
perfectionnements. En t817, avant
heureusement guéri d'une maladie
grave Madame Adélaïde, sœur du
duc d'Orléans, il devint le premier
médecin de ce prince , titre qui ,
en 1830 , fut changé en celui de
premier médecin du roi. Marc écri-
vit alors à l'Académie de médecine,
dont il était membre, qu'il n'en-
tendait pas se prévaloir de ce titie
pour eue président d'honneur per-
pétuel, place que lui accordaient les
règlements de cette compagnie. L'A-
cadémie , frappée de cette modestie,
le nomma son président annuel, et
membre du conseil d'adminisUation
l'année suivante. Chez lui, les hon-
neurs ne changèrent point les moeurs ;
premier médecin du roi, il fut ce
qu'il avait toujours été, le médecin
des pauvres. Du reste, s'il ti-ouvait
parfois quelques distractions dans la
société , il n'était pas de ceux qui
veulent les fleurs de la vie sans le
travail qui les fait éclore. Une aima-
ble gaité le soutenait dans les cir-
constances les plus graves. Au sein
des corps savants auxquels il appar-
tenait, presque toujours ses opinions
furent admises, et ses décisions fi-
rent autorité; car, dans les^ discus-
sions comme dans les entretiens par-
ticuliers , il ne parlait que de ce qu il
savait, et il savait beaucoup; c'é-
tait alors un plaisir de l'entendre dé-
ployer, sans faste et sans prétention ,
les trésors de son érudition et de son
expérience. Lorsqu'en 1832 le cholé-
ra-morbus sévissait si cruellement à
Paris, Marc énonça, sur cette ma-
ladie , des idées d'une prati([uc judi-
cieuse: il indiqua des médicaments,
et notamment une poudre qui eut du
succès; mais, en même temps, il
proposa le préservatif suivant, que
plusieurs jouf-naux publièrent, sans
nommer l'auteur : «i Quarante dose<:
de chaleur, cinq de propreté', une de
sobriété, une d'activité , une de bon
sommeil, une de tioun-iture saine, une
d'air très-pur, et cinquante de tran-
quillité d^ esprit : mêlez avec soin ces
cent parties pour en former un tout,
véritable anti-cholérique. » Rien de
plus attachant que les détails qui
|)Ouiraient être révélés sur les rapports
de Marc avec la famille royale, dont
tous les membres ne l'appelaient que
le bon docteur. Là, point d'étiquette ;
c'était le médecin ami de la maison ,
toujours bien venu, toujours affec-
tueux, étianger smtoul au langage
des courtisans , et qui n'usait de son
crédit que pour les malheureux. En
1823 , il avait été uommé chevalier
de la Légion-d Honneur ; il fut promu
au grade d'officier après 1830 , el
reçut du roi des Belges l'ordre de
Léopold. Comme médecin -littérateur,
Marc s'était fait connaître par un
grand nombre de consultations mé-
dico-légales, ainsi que par des articles
importants de médecine légale et
d'hygiène publique, qu'il avait four-
nis à plusieurs recueils. On citeia
toujours, dans les annales de la scien-
ce et de l'humanité, la consultation
([u il donna, en 1826, pour Henriette
(jormier, femme Beiton , accusée
d'homicide volontaiie et avec prémé-
ditation ; puis , son mémoire pour
Rispal et Galland , condamnés pour
faux témoignage aux travaux forcés
à perpétuité. Ce dernier écrit con-
tribua puissamment à la réhabilita-
tion de ces infortunés. Lors de la pu-
blication du grand Dictionnaire t/e»
Sciences médicales, ses travaux anté-
rieurs lui donnaient une sorte de
droit sur l'hygiène publique et sm la
médecine légale ; ce fut aussi, dans la
distribution des matières, la part qui
lui fut assignée, et il a laissé dans ce
recueil près de quarante articles ve-
38
MAR
marquables, entre aatres ■■ A liénù ,
Antidote, Avortement , Baptême ,
Blessures, Cadavre, Castration, Couches
( Femme en ), Maladies dissimulées,
Enfants -trouvés, Épilepsie simulée.
Exhumation, Grossesse, Habitation,
Hermaphrodite,Hydrophobie, Impuis-
sance, etc. Il quitta le grand Diction-
naire , et s'associa avec plusieurs de
ses confr res pour la publication du
Dictionnaire de Médecine, en 21 vol.
On peut encore citer, parmi ses nom-
breux articles : Accouchement, Am-
phithéâtre, Contagion , Infanticide,
Inhumation, Pharmacie, Phai-macieu,
Médecine politiijue. Quarantaine, Se-
cours publics, Fiabilité, etc. En 1829,
il fonda, avec Esquirol et Parent-Du-
châtelet, les Annales d'Hygiène pu^
bliciue et de Médecine légale, for-
mant aujourd'hui une collection de
28 volumes, qui se continue. Marc
composa l'introduction, comparable à
ce que l'Allemagne possède de mieux
en ce genre, et qui oflxe l'iiistoire
de la médecine légale depuis son ori-
jrine et dans les dirterentes contrées
du monde savant. Il est peu de volu-
mes des Annales qui ne renferment
de lui quelques mémoires importants.
L'Encyclopédie moderne de Courlin
lui doit également plusieurs articli's.
En 1831, il publia YE.xatnen mé-
dico-légal des causes de la mort de
S. A. R. le prince de Condé, brochure
de 88 pa^es in-8", avec six planches
explicatives, extrait des Annales d'hy-
giène publique et de méderinv légale.
En 1835, toujours préoccupé du soin
d'étendre et de perfectionner le»
moyens de salubrité publique, il fit
paraître un ouvrage intitulé : Nou-
velles Recherches sur les secours à don-
ner aux noyés cl aux asphyxiés. Pans,
i vol. in-S". Cet ouvrage a reçu de
liants tomoignagt;8 d'estime de plu-
sieurs souverains de l'Europe, il lour-
MAR
mille de faits curieux, de discussions et
de remarques pleines de justesse, sur
des questions de physiologie et de
thérapeutique, sur les différents genres
d'asphyxie, soit par l'eau, soit par les
gaz, par le froid, par le chaud , par
la suspension, par la foudre, soit par
la faiblesse et l'inexpérience de l'or-
ganisation qui vient de naître; sur
l'art de ranimer les puissances vita-
les, d'exciter la chaleur, de réveiller
l'action des poumons, les mouve-
ments du cœur, l'énergie du cer-
veau, etc. Ces diverses publications
et une foule d'autres encore dont il
serait impossible de faire même l'e*-
numération, et qui ont toutes un ca-
ractère particuher , une utilité im-
médiate , n'étaient que les jalons
d'un grand ouvrage que Marc a laissé
sur sa tombe, et qui est comme son
testament médico-légal. Il a pour
titre : De la Folie considérée dans ses
rapports avec les questions médico-ju-
diciaires. Quoique jouissant d'une
santé parfaite, Marc semblait craindre
que la mort ne le surprît avant qu'il
eût terminé cette œuvre de prédilec-
tion. Ce pressentiment n'étaitque trop
fondé. Il venait de dater du 10 janvier
1811 l'épreuve de sa Préface, lorsque
le dimanche, 12, comme il rentrait de
visiter le prince Toufiakinc, il fui, à la
porte de son domicile, frappé d'une
apoplexie foudroyante. Son livre.
De la Folie, dédié au roi , se divise
en deux parties. La première contient
l'exposition des notions générales de
la folie, dans ses rapports avec les
questions médico-légales judiciaires i
la seconde partie a pour objet l'ap-
préciation spéciale de l'aliénation
mentale, considérée sous les mômes
rapports. Cet ouvrage , (jui s'adresse
aussi aux gens du mondt; , olfrc une
suite de drames affligeants et terribles,
où figurent toutes les misères et tous
MdLB
les egaieinenls de notre pauvre na-
ture, depuis l'idiotie irabécille, jusqu'à
la monomanie délirante : les extases
de la dévotion, les fureurs de l'amour,
les désesjjoirs de l'ambitiou déçue,
la soif aveugle du sang , la manie du
suicide, l'exaltation de la haine et
de la jalousie, toutes ces tristes
maladies de l'esprit y sont décrites
dans leur affreuse uudité, sans voile,
sans recherche de style, sans au-
tre but que d'en trouver le re-
mède. L'auteur entraîne son lec-
teur à sa suite, auprès de ces héros
lamentables de l'égarement et du
crime, dont les uns ont pris la route
du bagne, le« autres celle de l'écha-
faud, et qui, selon lui, devaient s'ar-
rêter peut-être à la porte du premier
hôpital. Quelques personnes ont cru
que le psychologiste avait tiop étendu
son système en le généralisant; <}ue
1 aliénation mentale, trop prompte-
ment acceptée comme cause, pouvait
prépai'er une espèce d'excuse à des
crimes , et amener l'impunité. On se
tromperait en faisant raisonner ainsi le
docteur Maïc ; il a pu croire, souvent
reconnaître que l'aliénation mentale
était une cause réelle, et, dans cette
opinion, il est soutenu paj- des faits
nombreux; mais ce nest pas lui, c'est
le juge qui pi-ononce si la cause est
l'excuse. Marc ue décide ni l'excuso ,
ni l'innocence; il se borne à voir une
grande aberration, dont le principe
peut n'être pas volontaire ou être
une volonté égarée, et sa conclusion
très-morale, si elle paraît au premier
coup-d'œil être tiop indulgente pour
l'apparence coupable, ne présente
cependant pas une autre idée que
celle du devoir d'une plus gi-ande at-
tention sur la morale nécessaire aux
hommes réunis en société, et sur le
besoin de recouvrer et de propager
cette morale par tous les moyens qui
BSAA
39
peuvent éclairer la raison, et redi^es-
ser ainsi les entraînements mêmes de
la volonté qu'on aurait cnis irrésisti-.
blés. Aux obsèques de Marc qui fut;
inhumé au cimetière Montmartre,,
après quelques paroles touchantes de
M. de Saint-Albin, son gendre, MM,
Pariset et Olivier d'Angers ont fait
l éloge du défunt, l'un au nom de 1 a-
cadémie de médecine, l'autre pour
le conseil supérieur de salubrité. Ck&
deux discours sout imprimés en tête
«lu dernier ouvrage de Marc, lequel
est enrichi d'mi portrait qui reproduit
Hdèlement sa belle et uoble figiut?.
Plus tard , le docteur Reveillé-Parise
a public sur lui une intéi:esiiante no-
tice ; enfin , tout récemment ( déc.
1842), M. Pariset a, devant l'académie
de médecine, prononcé l'éloge de 31.
le docteur Marc. Nous avons eu com-
munication de ces notices, dont la
deniiere n'est pas encore imprimée.
D— «— B.
AIAHCA (Laci4>cc délia), ou
Lactance de Bitnini , peintie , né à
Monterubirano, florissaiten 1553. On
le compte panni les élève» de Pierre
Pérugin ; cependant quelques histo-
riens lui donnent pour maître Jean
Bellini et citent à cette occasion un
tableau qu il peignit à Venise, en con-
cmrence avec le Conegliano. Mai>
J. Bellini était mort en lol6, et il est
difficile qu'il ait pu éti'e le maître de
Lactance. Quoi qu'il en soit, son père,
nommé Vincent Pagani, était lui-même
un ])einUe habile, et il est plus vrai-
semblable que c'est lui qui donna a son
fils les premiei-s principes de son art.
Pierre Pérugui étant mort, délia
Marca succéda à sa réputation et fut
chargé de tous les travaux que ce
grand maître n'avait pu terminer .
ce qui pourrait avoir donné lieu d?
croire qu'il ait été son disciple. Pai -
mi les ouvrages qu'il exécuta, un cite
40
aiAR
plusieurs salles qu'il a peintes dans le
château de Rimini, conjointement
avec Rafaellino del Colle, Gherardi,
Doni e Paparello. Il avait commencé
un tableau âc Sainte-Marie du peuple.
La partie inférieure de ce tableau, qui
est de lui, se recommande par la vé-
rité de l'expression, l'heureuse dis-
position du grand nombre des per-
sonnages, la beauté du paysage, la
vigueur, l'accord du coloris, er l'ex-
cellent goût de tout l'ensemble où
lien ne rappelle l'école de Pérugin. La
partie supérieure a été terminée par
Gherardi, mais elle est loin de répon-
dre à ce qu'avait fah Lactance, H
paraît que vers 1553 il fut nommé
bargello de la ville. Cet emploi, plus
honorable à cet époque qu'il ne l'est
aujourd'hui, semble l'avoir absorbé
tout entier, et détourné depuis lors de
la culture de son art. — Jean-Bap-
tiste LOMBAIVDELU DELUA M.MlOxH SUr-
nommé Montana de Montenvvo , na-
quit dans cettfe dernière ville en 1532,
et fut élève de Rafaellirio da Reggio .
Il annonça dans sa j<!Unes9é une fa-
cilité de talent vraiment ihr'i-veil-
leuse, mais son aversion pour Ictiavail
rendit nulles des dispositions aussi
rares. On voit cependant à l'unie ot à
I»ërouse un assez, grand nombi-e d«
se» fresques ; mais celles où il anft'oV)-
tré le pins de talent et que l'on es-
time davanta}f<' lurent exécuti^esi "à
Montenovo, sa patrie. Il inournt veis
1 587. '*— "•
MARCAt^DIKU (Ro.;»). journa-
nalistc, né vers 1767, a Cnise, avait
adopté avec beaucoup d'ardeur les
idée» de Ift rt-volution, el avait dû
à ses opinions avancées la faveur de
Camille Desmoulins, qui l'eniployn
comme secrétaire. Mais ensuite il se
brouilla complètement ave*' son pa-
tron ; et, soit (|ue ses idi-es aient ett-
cause de leur réparation, soit que la
MAR
séparation ait influé sur ses idées, il
quitta la maison de Camille, et ne ■
craignit point de se déclarer son en-
nemi en l'accusant, dans ses Hommes
de proie, d'avoir été l'un des promo-
teurs des assassinats de septembre-,
ce qui ne peut être douteux , mais ce
dont, même à cette époque, personne,
hormis les prétendus juges et les plus*
vils de leurs sicaires , n'osait se van-'
ter. Cependant il n'avait renoncé ni à
ses principes de républicanisme, ni à-
cette nuance d'opinion qui le portait-
vers les cordeliers plutôt que vers les
jacobins. Aussi, après la chute des gi-
rondins, entreprit-il de combattre Ro-
bespierre et ses amis dans une feuille
destinée à devenir l'antidote de celle
de Marat, et dont le titre était le Vé-
ritable Ami du Peuple , par un /.....
h..,:, de sans-culotte qui ne se mouche
pas du pied et qui le fera bien voir
f in-8°, comme Y Ami du Peuple). Mais
la tentative ne réussit pas, et il ne pa-
rut en tout que onze numéros de mai
h juillet 1793. Probablement Marcan"*
dit»r, depuis ce temps , eut paît en
sous -œuvre à la rédaction de plu-
sieurs autres journauv. Du reste, il
semble avoir eu quelque fortune.
Lorscpi'en 1794 les anciens adhérents'
«le Danton, revenus de leur première'
stupeur, commencèrent à nouer leur
ligue pour perdre Robespierre, Mar-
candicr s'utiit à eux et fut un de leurs
agents. Mais il n'échappa point aux
défiances de Robespierre : décrété
d'accusation avec sa femiue , il fut
ivec elle mis eu jugement comme
contre-révolutionnaire et ennemi dti
peuple, poiu avoir provoqué la dis-
solution de la représentation natio-
nale en imprimant «pie « la Conven-
tion n'était plus qu'un noyau de .sé-
ditions, un conciliabule d'anarchistes,
un assembla(;«« monstrueux d'homuu>8
>aiis caractèï'e. etc. - ; et le tribunal
MAR
u*
révolutionnaire kii appliqua la peine
de mort, le 24 messidor an II. Effec-
tivement, on avait découvert dans ses
papiers un projet de discours ou de
motion renouvelant l'accusation de
Lonvet contre Robespierre. Moins de
quinze jours après, Robespierre à son
tour avait la tête tranchée, et les
thermidoriens dont eût fait partie
Marcandier triomphaient. Il avait a
peine vinyt-sept an?. Sa femme, plus
âgée de quatre ans, périt avec lui.
Leurs noms ont Ihonneur d'ouvrir
la liste funèbre de ce jour. I^
vrai titre de Marcandier à l'attention
de la postérité , c'est l'importante
brochure que nous avons signalée
plus haut, et dont voici le titre com-
plet : Hlstoiiv rfe« hommes de proie ,
OU les Crimes: du Comité de furveil-
lance. En lisant ce pamphlet remar-
quable, on est tenté de penseï' que le
plus grand tort de Marcandier fut de
s'être montié beaucoup trop instruit
du réel des affaires, d'avoir connu
des turpitudes qu'on croyait bien te-
nir occultes, et d'avoir été trop i»rès
d'éventer les secrets de la révolu-
tion. C'est ainsi que, sans tout sa-
voir, il sut beaucoup des irrégularités
énormes qui suivirent le 10 août , et
des vols publics ou secrets dont Pa-
ris fut le théâtre, et dont le comité
de police fut le moteur ; il sut que
des vols immetises aussi avaient ac-
compagné les massacres de septem-
bre; il comprit qu'il y avait une liai-
son entre ces assassinats et ces rapi-
nes, entre l'abominable et le honteux.
Il ne craignit pas de le proclamer à
la fane de la France dans cette bro-
chure si féconde en révélations. « Les
partisans des massacres, s'écrie-t-il,
ne diront pas , sans doute , que les
diamants et les bijoux étaient sus-
pects. Cependant on s'emparait avec
soin des personnes et des choses.
Ce seul feit suffit, ce me semble-
pour donner la clé des massacres - .
Puis il nomme, comme les auteurs
incontestables des meurtres commis
aux prisons , qui en sont restés char-
gés aux yeux de la postérité , Danton»'
d'abord, ensuite Camille Desmoulin»,"»
Fabre d'Églantine, Panis, Sergent,
Manuel et une douzaine d'autres,
parmi lesquels il oubHe Billaud-Va-
rennes, promettant, au reste, d'en'
(aire connaître encore do nouveaux.'
Mais il est surtout remarquable dans
le tableau qu'il trace, et de la trans-
formation du comité de surveil-^
lance (institué par le conscil-génerâl '
de la commune) en comité de dépôt,
et des actes auxquels se livrèrent ceux ♦
des membres de ce comité qui étaient"
selon le cœur des Sei-gent et des P*J*
nis. Il faut voir comment ces dens'»
hommes, bien qu'en minorité dans
le comité , se font donner à eux et
quatre amis de leur choix, le mandat
de fouiller les maisons des détenus et
d'avoir en dépôt les objets pris ainsi
à domicile, il faut y voir avec quelle
rapidité les mandats étaient décernés
conti-e les personnes opulentes. Il faut
voir de quelle façon étaient scellés les
objets, étaient gardés les procès-ver-
baux, et comme on mettait lestement
ù la porte les commis formalistes què^
avaient un fanatisme de regularitë,"
pauvres gens qui, suivant Panis, n'é^
taient pas à la hauteur de la révolu-
tion. Il faut voir enfin Panis, long-
temps après et pour repondre aiix
accusations de ceux qui voyaient en
lui un voleur, dire à la Convention
(14 février 1793) qu'il a conser\-é à
la nation, comme administrateur,
une somme de 1,800,000 francs dont
il n'existait point de procès-verbal '.
X Soit ; mais comment n'y avait-il y>as
de procès- verbal ? Vous ne le dite>
point , Panis. (>t vous avez raison.
42
MAB
car vous donneriez la clé de tous vos
méfaits (1). » Rien de plus péremp-
toire que ces réflexions de Marcan-
dier. Mais ce que Marcandier ne se
disait pas et qu'il eût pu se dire, c'est
que Panis , Sergent et leur suite n'a-
gissaient pas seuls et de leur chef.
S'ils mettaient au secret les bijoux,
l'argenterie, le vermeil, le numérai-
re, etc., s'ils escamotaient les procès-
verbaux, s'ils apposaient et levaient
les scellés sans témoins, qu'on soit
bien sûr qu'ils ne détruisaient pas les
pièces comptables avant qu'elles eus-
sent été vues de personnages, sans
l'aveu desquels ils n'eussent pas ma-
nœuvré trois heures. Régulièrement
ou irrégulièrement, ils avaient reçu
des pouvoirs des vrais chefs du con-
seil-général de la commune (Marcan-
dier l'expose à merveille), et ceux-ci
ne faisaient rien que de concert avec
Danton. Serait-ce donc que Danton
faisait piller pour lui? Rien n'auto-
rise sérieusement à le penser. Bien que
ce ministre n'eût point le désintéresse-
ment de quelques-uns de ces terri-
bles coryphées révolutionnaires qui
restèrent pauvres en proscrivant, bien
fjue Sergent eût mérité son surnom
de Sergcnt-Agadie, et que Panis ne
se fût pas appauvri au métier de dé-
positaire, évidemment les dépouilles
d'août et de septembre, grossies sans
doute de celles du Garde -Meuble
(^voy. DocLio^v, LXIl, 562) (2), au-
raient rendu cbacun de ces hommes-
là huit ou dix fois millionnaire. Ce ne
pouvait donc éUe pour eux.lSul doute,
selon nous (et la lecture de l'article
DcMonuEZ, t. lAll, le confirmera),
(1) Tel est le sens des paroles de Maicaii-
dier, que nous ne transcrivons pas mol à
moL (Voy. Histoire parlcm. de la rév. fr.,
\\l\U201.)
(2) Marcandier a su aussi quelque cliose (Il
Parfaire de Uouligny, dont il estropie le vrai
nom en rappelant Uaubigni,
MAB
que ces agents de Danton ne perçus-
sent alors pour le duc de Brunswick
et pour son maîtie, et qu'ils ne tra-
vaillassent à leur façon à sauver la
chose publique. On comprend du res-
te que ce ne sont pas là de ces ex-
ploits qui prêtent au poème épique,
et qu'on a dû les taire à ceux qui n'é-
taient pas à la hauteur de la révolu-
lion. Nous regrettons que Marcandier,
au milieu de tant de détails irréfra-
gables, et qui donnent tant d'autorité
à ses révélations, n'ait pas su se pré-
server d'injures qui deviennent inu-
tiles quand on peut jeter à la face
tant de faits insuUants, parce qu'ils
sont plus probants que des injures.
On n'a pas besoin de nommer scélé-
rats et brigands les hommes capables
de commander ou accomplir les mas-
sacres de septembre; nous n'appelons
7tioiistres que les êtres qui présentent
une particularité physique, anormale,
qui empêche la plénitude de la vie;
le surnom de Barabbas donné à Panis
est peu attique , et Courier n'eût pas
écrit ainsi. Ces taches cpii ne portent
que sur le style et sur la forme sont
peu graves à notre avis dans un ou -
vrageoù nous ne voyons que des ma- ^
tériaux pour l'histoire. C'est donc à ,
juste titre que la brochure de Mar-
candier a été réimprimée dans le re-
cueil dit Histoire parlementant de lai
révolution française ; mais nous soni- >
mes loin de partager favis qu'expri-
ment en note les auteurs de la collec-
lion, lorsqu'ils trouvent ce pamphlet
a marciué du cachet de l'exagération
la plus ouUée » en dautres termes
comme contenant « toutes les légcn-
tlcs qui eurent cours sur les journées
de septembre, toutes les exagérations
dont se sont seivisla plupart des histo-
riens ", exagcraUons qui ne semblent
aux deux auteurs « rien moins que cou
formes à la vérité '. Kn conséquent.:
?i^
}>IÀR
)3
['Histoire des hommes de pro'ie ueat
reproduite que parce que l'on doit
'• metti-e toutes les pièces sous les
yeux des lecteurs «. Sous persistons
.raa%ré cet arrêt à penser que ce n'est
ni par l'exagération, ni par cette cré-
dulité puérile qui accueille et eme-
;;isue toutes les légendes, que pèche
Marcandier, mais par l'ignorance né-
cessaire oii il était des moyens em-
ployés pom" sauver la chose pubtitjiie,
et que, raalgi-é ce défaut inévitable
alors, l'Histoire des hommes de proie
mérite d'être classée plus haut qu'on
ne l'a tait parmi les documents sur
cette période de transition qui s'étend
du 10 août au 25 septembre 1792. Il
nous semble certain aussi que, si 1 é-
ciit qui vaut la mort a sou auteur
nous captive plus soleunellemcnt que
tout autre, VHistoire des hommes de
proie a droit a nous intéresser. Panis
ne dut jamais pardonner à Maican-
dier le sobriquet par lequel il leni-
plaça son nom ; si\ auties, puissants
pom' le mal à cette époque, avaient
des griefs analogues conlie lui. —
Un auti'e Mabcasdier, conseiller à lé-
lection de Bourges , publia un Mé-
moire sur une nouvelle manière de
préparer le chauire. 1757, in-12 , et
un Traité du chanvre, Paris, 1758
(2* ëdit. 1795', ; plus une brochure
intitulée : Questiou importante sur l'a-
griculture et le commerce , Paris ,
1766, in-12. Le Traité du chanvre
donna heu à des critiques dont on
peut lire la réfutation dans les Mé-
moires et Observations sur la Société
économique de Berne. P — Oi.
MARCEiL, évéque d Ancyre, ca-
pitale de l'ancienne Galatie (aujour-
d'hui Angora dans l'AnatoUe), assista,
en 314 , au concile tenu dans cette
ville; puis, en 325, au premier con-
cile général de ?Jict-e, oit il combattit,
avec autant de zèle que d'éloquence
les errem> d'Arias. Saint Athanase ,
persécuté pai- les hérétiques, trou%a
en lui un courageux défenseur aiL\
conciles de Tyr et de Jérusalem;
mais il ne tarda pas lui-même à être
en butte à la persécution. Un ti-aité
<|u"il avait composé conU-e Asterc,
sophiste, surnommé favocat de»
Ariens, fut condamné par ceux-ci
comme infecté de sabelliauisme , ac-
cusation banale qu'ils poruient coulit:
tous les pasteurs oilliodoxcs. Après
l'avoir dépose de son siège épiscopal
en 336, ils y fiient monter Basile,
homme savant , sur lorthodoxic du-
quel les écrivains eiclésiasti(jues ont
variij, et qu'au reste il ue faut pas con-
fondre avec un saint prêtre d' Ancyre.
nommé aussi Ikisilc (voj. ce nom .
LVn, 256), maityrisé sous Julien lA-
{lostat. Marcel se i-endit à Rome au-
près du pape Jules 1", qui reconnut
son innocence et la pureté de sa foi.
Rétabli par le concile de Sardique,
en 347, il ne put cependant reprendre
possession de son siège, à cause des
préventions que les évèques d'Orieni
avaient consei-vées contre lui. De
saints docteurs même, de savants
personnages, tels que saint Basile,
saint Jean-Cbrysostôme, saint lli-
laii-e, saint Jérôme , Sulpicc-Sévèr;- .
trompés par les accusations des
Ariens et par quelques expressions
ambiguës de ses écrits, lui ont imputé
des doctrines erronées ; et ce ({ui
acheva de le rendre suspect à lem>
veux , c'est qu il eut le nialhem- d a-
voir pour diacre l'héi-étique Photin.
Mais le témoignage de saint Athanas*-
et le Jugement du souverain |>ontiié
semblent suffire à sa justihcation.
Marcel momut, fort âgé, en 374. De?
divei-s ouvrages qu'il avait composés,
il ne reste plus que des fra{;juents de
son Traité contre Astère , cités pai
Eusèbe de Césarée dans la rcfutation
MAR
MAR
qu'il a faite de ce livre; une Lettre
adressée au pape Jules I", rapportée
par saint Épiphane, et une. Profession
de foi que Marcel envoya à saint A-
thanase pour dissiper les soupçons
qii'on lui avait inspirés sur sa catho-
licité. Cette pièce importante, publiée
par Montfaucon (Collectio nova Pa-
trutn, tom. 2), n'a pas été connue du
P- Petau ni de quelques autres écri-
vains modernes, qui ont continué
d'accuser Marcel de sabellianisme ;
car l'évéque d'Ancyre y condamne
formellement cette erreur, et s'ex-
prime dans les termes les plus ortho-
doxes. P — RT.
MARCEL (Etienne), prévôt des
marchands de la ville de Paris sous
le règne du roi Jean, (l'oy. ce nom,
XXI, 445). On ne possède aucun ren-
seignement sur la date de sa nais-
sance, mais nous tenons pour cer-
tain qu'il était né à Paris d'une
famille distinguée dans la bourgeoi-
sie ; c'était une condition nécessaire
pour être appelé à cet emploi pen-
dant toute la durée du XIV" siècle.
Nous trouvons dans le quartier Saint-
Paul une famille de ce nom, riche,
considérée, influente; dor)t plusieurs
membres furent propriétaires, éche-
vins, écuyers. L'office de prévôt et
celui d'échevin conféraient la no-
blesse: ils pouvaient tenir fit'fs en
haut lieu,, user et jouir des honneurs
de noblesse, porter brides d'or, selon
leur fortune, et autres accoutrements
(lui appai tiennent à la clicvalerie ,
sortant de noble et antique oriyim:
Ces privilèges furent enlevés, rendus,
selon la polititjue des temps, et Hni-
rcnt par être maintenus; du reste ils
étaient peu nécessaires pendant les
deux derniers siè«;lc8, où les prévôts
de» niarchan«ls furent presque cons-
tamment choisis dans des familles dé-
jà jiobles. lui te qui concerne la no-
mination des prévôts et des èchevins,
elle était faite par les trésoriers ,
èchevins, contrôleurs, et bourgeois
notables de la ville de Paris, réunis
en assemblée générale le lendemain
de la fête de l'Assomption. Une fois
élu , le nouveau prévôt des mar-
chands prêtait serment entre les mains
du connétable de France, ou de tout
autre dignitaire, suivant les diverses
époques, ou suivant l'état politique
de Paris. Après ce serment , le pré-
vôt allait à l'hôtel Saint-Paul , ou au
Louvre , et recevait son office ( le
titre de sa charge ) des mains du
ici (i). Les membres de la ifamil le
dont nous avons parlé plus haut, eu-
rent leurs sépultures dans l'église des
leligieux Célestins, oii leurs noms se
trouvaient inscrits sm* des tombes : de
Jacques Marcel, mort en 1320, fils
de Pierre Marcel, bourgeois et éche-
vin de Paris; d'Etienne Marcel, son
frère, mort en 1319; d'AgTiès Marcel,
tille de Jacques et femme de Poilvi-
lain (2), morte en 1340; de Garnier
Marcel, bourgeois, et d'Eudeline, son
épouse, morts en 13o2; de Gcoftroi
Marcel, mort en 1397. Nous doutons
que le prévôt dont nous nous occu-
pons appartint à cette famille. A
la vérité Secousse pense que Garnier
Marcel était père de notre Etienne,
mais il y a dilférence notable entre
f écusson des armes de la famille en-
terrée aux Célestins et celui du pré-
vôt. L'armoriai des prévôts des mai-
cliands de Paris indique ainsi les ar>
moiries d'Etienne : vvw d'a/.ur, char-
(1) Les choses M! passirtini toujours ainsi
sous la royauté; mais auparavant, sotis l'adiiii-
nisiration roinaim- , cl .\ partir de Til)ère, les
nanti, (tefensurcs cititalis, xcaMnt, prcrfccti
classis, les pi-^vflls des marchands , les mai-
res, etc., avaient constamment offert le type
d'un gouvernement populaire ou municipal,
(2) Probablement celui qui fut trésorier du
roi Jean.
MAB
MAR
45
gé de trois griffons tl'or giiinpants,
une bai-re d'argent , losangée de
gueules, coupant ledit écu transver-
salement. On pourrait supposer que
Marcel se créa cet écusson a l'instant
où il ftit élu prévôt des marchands.
La funeste bataille de Poitiers venait
d'être perdue (19 septembre 13o6X le
roi Jean était prisonnier, les fuyards,
ayant en tète le dauphin , prince
faible, chétif, Agé seulement de 19
an», arrivaient à Paris et plongeaient
cette \-ille dans l'effi-oi , annonçant
qu'il n'y avait plus en France ni roi,
ni noblesse, que tout était pris ou
tué. Etienne Marcel, en sa qualité de
prévôt des marchands, s'empressa de
pour\oir au premier désordre. On de-
vait croire que les Anglais, un instant
éloignés pour mettre en sûreté leur
capture, ne tarderaient pas à mar-
cher sur Paris. Le sori de tout le
royaume dépendait peut-être de son
occupation. Pour prévenir les surpri-
ses de nuit, Marcel fit tendre des
chaînes dans les rues, garnir les murs
de parapets où 1 on plaça des balistes
et autres machines de guerre , avec
ce qu'on avait de canons. Les murs
constnaits sous Phihppe .\uguste ne
contenaient plus toute la population ;
elle avait débordé de toutes parts et
il fallut se hâter d'élever d'autres mu-
railles. Ces précautions prises, le
dauphin, faisant fonctions de lieu-
tenant-général du royaume, s'occupa
deréumr lesKtats-généraux que, dès
l'année 1355, .Ican avait convoqués
pour obtenir des subsides et pour-
voir ainsi aux frais d'une guerre con-
tre l'Angleterre , qui n'avait été sus-
p«idue que par une trêve maintes
fois rompue, puis renouvelée et dont
une nouvelle rupture n'était plus
douteuse. Cette première réunion ,
où Marcel , orateur des villes, s'était
déjà signalé par des i-emontrances ar-
rogantes, des réclamations séditieuses,
n'avait donné aucun résultat utile;
toutes les ressources étaient épuisées.
Les apparences n'étaient pas favo-
rables à cette nouvelle convocation,
qui cependant semblait tellement in-
dispensable que le dauphin l'avança
d'un mois et demi. Il allait faire
un dur apprentissage de l'art de
régner. Les États se i-éunirent un
mois après la bataille, le 17 octobre,
dans les bâtiments des Cordeliers, qui
devinrent le foyer de la sédition.
Quatre cents députés des bonnes
villes s'y trouvaient, Marcel à leur
tête; la plupart des évéques n'y étaient
représentés que par procureurs; il en
était de même des seigneurs qui pres-
que tous étaient prisonniers. On con-
çoit l'ascendant qu'allait prendre
dans cette assemblée le prévôt, coa-
lisé déjà avec le sire de Picquigny,
membre trés-influent de la noblesse,
et avec Robert Lecoq, successivement
avocat à Paris, conseiller de Philippe
de Valois, président du Parlement, et
qui, s'étant fait évêque-duc de Laon,
avait acquis l'indépendance des gi^ands
dignitaii-es de l'église, pour augmenter
le nombre de ses partisans. Sous le
masque de la religion , Marcel avait
fondé à Kotre-Dame une confrérie
dont il se fit le chef, et dans laquelle
il enrôla tout ce qu'il put ramasser
de gens mal intentionnés ; il tira grand
parti de cette société pour traverser les
vues du dauphin (3). En outre, pour
encourager les bourgeois de Paris par
la vue de leur nombre, il leur fit
porter des chaperons mi-partis rou-
ges et bleus, et il écrivit aux bonnes
villes pour les inviter à prendre ces
chaperons. Dès l'ouverture des É-
tats, on s'occupa de toute autre chose
que des questions proposées; chacun
',5) Ce ne fut qu'après son avènement au
trône que Charles put la dissotidre.
46
MAB
trouvait quelque vice dans ladrainis-
tration, chacun demandait des réfoi--
mes dans le royaume; nul ne songeait
aux moyens de le sauver. On sentit
cependant que le trop grand nombre
des députés ne permettrait pas de
s'entendre, et l'on forma une com-
mission de cinquante élus, choisis par-
mi les plus signalés par l'insolence et
la témérité de leurs déclamations; ceux
qui attaquaient avec le plus de vio-
lence les magistrats, les officiers
du roi, le roi lui-même, réunirent
tous les suffrages. La sédition, con-
centrée ainsi dans un petit nombre
dirigé par Marcel, n'en fut que
plus ardente. On y rédigea un cahier
des représentations à faire au dauphin,
et des réformes qui seraient exigées
comme le prix des secours précaires
qu'on lui accorderait. On lui deman-
dait la délivrance du roi de Navarre,
Charles-le-Mauvais, emprisonné par
le roi Jean, en 1355, et avec qui le
prévôt entretenait depuis long-temps,
des intelligences secrètes; on exigeait
la destitution et la mise en juge-
ment de ses plus fidèles serviteurs, de
ses conseillers et de ses minisU-es les
plus expérimentés; on se réservait de
lui faire, le jom- de l'assemblée défini-
tive ,d'auties requêtes éfjalemeiU utiles
à la gloire et au salut de la France.
Menacé d'être privé de tous les amis
qui jouissaient de sa confiance, et ne
voulant pas laisser ruiner l'autorité
royale, le dauphin assembla son con-
seil, et s'y rangea a l'avis qui fut
unanimement adopté de dore les
Ktats. I* jour marqué pour celte
mesure, tous les membres étant ras-
semblés «lans la chambre du Parle-
ment, un envoyé du prince vint in-
viter plusieurs «léputés à se rendre
auprès de lui à la porte du palais ;
c'étaient les meneurs des trois ordres.
Après quelque» instants <le conféren-
MAR
ce, ils entrent, et le duc d'Orléans ,
frère du dauphin, annonce que les
nouvelles reçues du roi exigent qu'on
remette au jeudi d'après la Toussaint
(3 novembre) la clôture des Etats.
L'assemblée se disperse, et plusieurs
de ses membres retournent dans leurs
provinces ; les autres, et surtout les
factieux, restent dans l'espoir que
leur triomphe n'est que retardé. A
l'expiration du délai, le dauphin, réu-
nit au Louvre, avec plusieurs per-
sonnes du conseil royal et de son
conseil privé, quelques députés des
États, toujours choisis parmi les
princi{>aux séditieux. Il fut résolu ,
nonobstant les réclamations de ceux-
ci, que le prince différerait d'enten-
dre les États jusqu'à ce qu'il connût
la volonté du roi. Mais les finances lui
manquaient; plusieurs fois, et toujours
eu vain, il avait sollicité le prévôt
des marchands et les échevins de lui
faire octroyer une aide; enfin il prit le
parti d'envoyer des commissaires dans
les différents bailliages, et, pour plu-
sieurs, ces voyages ne furent pas in-
huctueux. Pendant qu'ils agissaient,
l'esprit de révolte se propageait dans
les provinces ; le dauphin se consu-
mait à Paris en peines inutiles : le pré-
vôt y dominait en souverain ; c'ë-
lait l'àme de la faction. Tous les
ambitieux, à quelque rang qu'ils ap-
partinssent , ne semblaient secouer
le joug de l'autoiité légitime que
pour servir Marcel, qui répandait ses
agents dans les maisons, dans les
places, tlans les «arrefoui-s , partout
où pouvaient se trouver quelque»
I assemblements de bourgeois ou dar-»
lisans; car, dans les temps de trou-
bles, la manie de raisonner sur le
gouvernement hvre aux factieux les
esprits grossiers, qui saisissent le pré-
texte des circonstances pour sexemp-
i.r d'un travîul nécessaire, et qui.
MAR
néanmoins, poussés par le besoin,
s'imaginent trouver dans une révolu-
tion, ou le salaire de leur fainéantise ,
ou le moyen de faire fortune. Marcel
ne cessait de se faire prôner à la mul-
titude , comme le défenseur des droits
<le la bourgeoisie, l'ami des indigents,
l'espoir des Parisiens; lui-même ne se
montrait en public qu'environné d'un
cortège nombreux de complices. Le
dauphin qui ne pouvait ni réprimer
ces entreprises par la force, ni obtenir
aucun accommodement par la dou-
ceur, s'étant décidé à se rendre à
Metz, auprès de son oncle, l'empe-
reur Charles IV, le prévôt qui jus-
qu'alors n'avait agi contre le gouver-
nement royal que par des pratiques
secrètes et des discours insidieux, le-
va le masque et commença, pour
ainsi dire, les hostiUtés dans Paris. Le
dauphin. avant son départ, avait or-
donné la fabrication d'une nouvelle
monnaie <^ont il espérait un profit
considérable, ce qui le mettrait en
état de se passer d'un secours et se-
rait un remède à lépuisement des
finances. A la publication de cette or-
donnance, la multitude s'émeut ; Mar-
cel, à la tête des plus turbulents, re-
quiert le comte d'Anjou, frère et
lieutenant du dauphin, d'arrêter l'é-
mission des nouvelles espèces ; le len-
demain, il rcN-ient avec une foule plus
nombreuse ; on le remet au jour sui-
vant; il retomTie enfin à la tête dune
troupe de mutin'* encore plus nom-
breux, sommer le comte de se décider ;
il fallut céder et suspendre la fabri-
cation jusqu'à ce que le dauphin eût
fait savoir sa volonté. Marcel s'en re-
tourna triomphant avec sa suite , qui
disait avec un rire moqueur • qu'il y
• allait de ne pas manquer au prévôt
« dans toutes ses entreprises ». Le
dauphin revient, et jugeant que la ma-
jesté royale ne devait plus reculer de-
MAR
47
vant la sédition, il chaîne l'arche-
vêque de Sens et plusieurs de ses
conseillers d'appeler de sa part Mar-
cel à une conférence près de Saint-
Germain-l'Auxerrois. L'audacieux tri-
bun s'y rend entouré d'une foule de
bourgeois armés à découvert- On lui
demande de lever lempêchement
que les Parisiens mettaient à la circu-
lation de la monnaie nouvelle ; il ré-
pond : » Ce que vous demandez est
" impossible; que monseigneur n'af-
« fecte pas de mettre les murs de son
<• palais, ses conseillers, ses courti-
" sans et sergents du Parlement
" entre le peuple et lui; qu'il traite
« loyalement avec les sujets du roi,
- et qu'on sache de part et d'autre
" les obligations et les droits de cha-
" cun ». Le comte de Roussy ob-
jecte » qu'il est injuste de ravir au
« dauphin le droit du monnoyage ,
« véritable domaine du roi ; que
« l'on couvre trop souvent l'ambi-
« tion particuUère du voile de l'intérêt
• public ». A quoi le prévôt, l'inter-
rompant brusquement , réplique :
« Si vous -êtes venu pour nous par-
•• 1er d'une nouvelle monnaie, tous
« vos discoui-s sont superflus Les
.' habitants des bonnes villes et sur-
» tout ceux de Paris, connaissent
• iears privilèges et leiu^ fi'anchises ;
- ils sauront en être dignes, ils pour-
« ront montrer qu'il n'est pas sûr
» d'abuser de leur obéissance, que
-< si on voit leurs bannières a l'ar-
« mée, ils sauront aussi manier lepëe
K contre des ennemis intérieurs. «
Tandis qu'il parle, ses satellites s'ani-
ment de moment en moment; leuj'
fureur et leur insolence perdant toute
retenue, ils profèrent en frémissant
sourdement la menace et l'outrage ; ils
brandissent leurs haches d'armes et
leui-8 piques ; les envoyés du prince
sont obligés de se retirer. Marcel fait
48
MAR
suspendre le travail des ouvriers; il
ordonne aux bourgeois, aiLX gens de
mëtiers et autres de prendre les ar-
mes. Paris allait devenir un champ
de carnage; on désignait déjà plu-
sieurs officiers du roi. Après avoir
entendu le rapport du comte de
Roussy, le dauphin est réduit à
comprimer l'indignation qui le suf-
foque , et à suivre les conseils de la
prudence. Il se rend de grand ma-
tin au Louvre et dit au prévôt des
marchands : « Qu'il n'est pas mécon-
" tent, qu'il pardonne tout, qu'il con-
« voquera les États quand on le vou-
., dra, qu'il fera arrêter et retenir en
» prison jusqu'au retour du roi, tous
« les officiers qu'on lui avait désignés
« dans la précédente assemblée, en-
» fin qu'il renonce à la nouvelle
« monnaie ». Le prévôt demande des
lettres-royaux pour garantir la foi de
ces promesses; quelques jours après,
il exige encore qu'on envoie des
sergents en garnison dans les mai-
sons de ceux des officiers qui, sacri-
Hés à la haine du peuple , avaient
pris la fuite. Le dauphin dut souscrire
à tout. Les États furent de nouveau
réunis le 5 février 1357. Marcel et Lo-
coq, évêque de Laon, présentèrent le
cahier des doléances et obtinrent que
chaque député les communiquât à sa
province, avant qu'elles fussent dé-
battues. Leur lecture fut suivie d'une
violente crise, chacun, parmi le clergé
et les nobles, réclamant quelque pri-
vilège, queUjuc partie d'autorité, ou
quelque bien; ils n'allaient à rien
moins qu'à ramener la monarchie
au temps de Hugues-Capet et de ses
premiers successeurs. Mais rien en-
core n'avait égalé le tumulte et les
orages «jui s'élevèrent dans rassem-
blée des communes. Marcel, saisissant
l'instant oii les esprits étaient le jJus
t'ihauffés, monte à la tribune etpro-
MAR
nonce une longue harangue qu'il ter-
?nine en disant : « Il faut régénérer
.! la France, il faut réformer tous les
« vices du gouvernement , briser nos
« entraves et nos chaînes, et faire
« disparaître les honteuses cicatrices
« de la servitude. Mais comment dé-
fi truire les maux, si l'on n'en exter-
u mine les auteurs et les artisans? »
Et il nomme les victimes qu'il signale
d'avance à la vindicte populaire. En
lisant tout au long cette odieuse phi-
lippique, on se figure entendre l'un
des plus frénétiques orateurs de la
terreur conventionnelle. Aussi se-
rait-il difficile de décrire l'exaltation
et le déchaînement des députés des
villes après l'avoir entendue ; les deux
autres états y participèrent dans les
conférences générales et tous atten-
daient avec impatience la grande
journée. Les chefs de parti ne ces-
saient d'attiser le feu de la séfUtion ;
les rassemblements, les discours ar-
tificieux, les fausses nouvelles, les
brillantes promesses , les distribu-
tions d'argent, tout fut mis en
œuvre. Mais les deux plus infatiga-
bles adversaires de l'autorité royale
étaient l'évéque de Laon, à la cour,
et Marcel dans les commîmes. Celui-
ci, d'une humeur sombre et violente,
fourbe sans finesse, ennemi insolent,
méprisant la vertu, le rang, outra-
geait ouvertement tout ce qu'il bais-
sait, trompait le peuple sans le flat-
ter, et ne liait ses partisans que par
l'intérêt ou la terreur. Lecoq, non
moins séditieux, mais avec plus de
sang-froid et de souplesse, principal
a{'eut de la faction, eu même temps
qu'il était conseiller du dauphin ,
sapah la royauté en présence du
prince, cl souvent par ses mains,
alfoctail un air de dignité , une
certaine observation des Ijienséan-
ces plus injuiieuse encore que la
MâA
brusque dureté de Marcel ■ l'un épt-
rait mieux dans une assemblée déij-
bérante, ou une négociation; l'autre
poussait avec plus de vigueur une
entreprise et un coup de main. Le
péril effrayait levéque, ie.pimàÂmàf
tait Marcd; quand celui-ci soa^mt
à prentlre un parti extrême/ tecoq
se préparait à la fuite. L'un, plus
perfide, conduisait ses enneiais dan^
le piège; l'autre, plus sanguinairf.
les assassinait. Ik'vorés lim rr l'ntitrr
d'ambition, mais Mai
les lionneurs et jaloux .. ,. . :
la puissance, tous deux se pcrfBreni
par leur avidité pour l'argetit; ils ne
savaient pas simuler cet adixMt désin-
téressement qui semble jnegliger de
s'enriclùr. poui- envahir ensuite plus
sûrement toutes les fortunes arec
le pouvoir. Ijcs États-liénéraax se
léunirent de nouveau le 3 mars, et
après la lecture des doléances, lo-
i-ateur du clergé . Hobert Lecoq .
se chargea de les développer dan^
nue harangue (jni était en même
temps un sermon. On promettJit an.
dauphin .30,000 hommes Marnes,
mais à l'expresse et préalable condi-
tion de la destitution et de la mise en
jugement de vingt-deux ofticiers du
prince, dont l'orateur lut les noms;
j ta condition enrorp que tous les
officiers actuellement vu exercice
tussent dés ce moment suspendus de
lem^s fonctions; que les denici^ a
provenir du subside qui serait aocur-
dé fussent levés et disti-ibucs paroles
<léputés que les Etats éliraient ; qu il
ne fût fait ni paix, ni trève, ni con-
vocation d'a f w iipAuti , que du con-
sentement dek tiliivËitats . sans que
le vote de denx Fîtaîs put lier le
troisième; enfin qu'nne nouvelh-
monnaie fût faite . -^ mais con-
■• forme à l'étalon et aux patrons qui
- :«ont entre les mains du prév6t de»
LttIU.
<ltiR
49
■ inaichands de Paris» •. I>e bire de
Picquiguv avoua, au nom de la no-
blesse, tout ro que venait de dire
Hobert 1 i outre
la mise en ; Navarre.
fitienno Marcel s avançant ensuite,
dit : H J approuve an nom des bon-
« ues villes et des comimmes tout ce
< qu'ont dit monseigneur •ftMaHif^
Uon. et après lui 1iiiM%iiar
" Jean <le VinfÊi^fÈÈpiiâÊfi^l^tf>jftàt
' pi cuve de ma éÊfÊÊtfÊÊkè l^'lMllÀ
■" avis, je me démets de la charge de
» piévôt des marchands, que je ne
•■ (leoT'ni garder ni exercer légitime-
" ment si je ne la tiens de la volonté
« esjwesse des États. C'est aux repré-
• sentants de la nation à nommer
» ceux que la nation doit a\Trir pour
« juges ". A la lecture de ces arro-
gantes remontrances, on serait tenté
de croire qu'elles datent de 1792,
à la diflwonce près que Marcel y est
quelque chose de plus que Péthion.
(yn pense bien que toute cette scène
avait été concertée d avance entre les
triumvirs. Insulté par tout ce qui ve-
nait d'être dit, et plus encore par les
raunnores approliateui's de l'assem-
blée, le dauphin sentit pourtant
qu'il fallait céder, mais il montra par
son attitude ferme et modelée, aux
bons ce qu'ils avaient à espérer, auï
méchants ce qu'ils devaient craindre.
Il accorda tout, excepté lélargisse-
ment du roi de Navarre; le cahier
des doléances devint la base d'une
ordonnance dressée sur-le-champ .
qu'il signa et qu'il fit publier le même
jour dans Paris. Cette grande ordon-
nance était bien plus qu ime réforme.
Elle changeait d'un coup le gouver-
nement; elle mettait l'administration
entre les mains des Ktats, enfin elle
substituait la république à la mo-
narchie ; c'était, en d'autres termes,
lère de la liberté du 2â sept. 1792.
4
50
MAR
Dans cette dissolution du royaume ,
la commune restait vivante; Marcel
reprit, sous l'autorisation des États ,
l'exercice de ses fonctions, ajoutant
à la puissante influence qu'il avait
dans lem-s délibérations, îa facilité de
soulever ou d'apaiser à son gré les
flots de la multitude ; il fut pendant
quelque temps le monarque le plus ab-
solu dans Paris. Un conseil de réforma -
tion composéde 36 membres, pris dans
le sein des États, avait été créé; il était
devenu le seul souvei'ain alors reconnu,
et s'était hâté de frapper les grands
coups; mais, dès le mois de juillet
suivant, presque tous les ecclésiasti-
ques et les gentilshommes qui en fai-
saient partie, se retirèrent ; les autres,
formèrent, au nombre de douze, ce
qu'on appela le conseil secret. Ce
n'était plus une assemblée légale,
mais un conciliabule de quelques
conjurés dont le chef, l'instigateur
de toutes les tentatives séditieuses, le
plus fécond en intrigues et en res-
sources, était toujours Marcel. Sa
maison restait le foyer de toutes les
conspirations ; la multitude ne voyait
que par ses yeux, n'agissait que par
ses ordres. Le dauphin, croyant le
moment favorable, déclara au pré-
vôt et à ses complices qu'il voulait
désormais régner par lui-même; il
leur défendit de se mêler des af-
faires du royaume, et partit pour
aller demander aux États provin-
ciaux de» secours d'hommes et d'ar
gent. Ctîtte fierté, cette vigueui jet-
térent d'abord les conjurés dans un
grand étonncment, et si le jeune prince
avait sur-le-champ convoqué les Ktats
dans une autre ville que Paris, peut-
être eût-il déterminé en sa faveur les
esprits encore incertains ; mais son
absence donna aux conjurés le temps
de revenir «le leur surprise; et au
retour dece» voyages, dont il ne retirw
MAR
aucun fruit, il rentra aussi impuis-
sant dans sa capitale , ou plutôt il se
livra de nouveau à ses ennemis. Mar-
cel parut le recevoir plus par généro-
sité que par soumission ; il y eut dans
ses hommages quelque chose de plus
superbe et de plus ofténsant que dans
une révolte déclarée; les haines sem-
blèrent assoupies; on promit de 1 ar-
gent au dauphin, en le priant de faire
venir les députés de vingt ou trente .
bonnes villes pour délibérer sur les |
besoins du royaume; il convoqua les
députés de soixante-dix villes qui ob-
jectèrent qu'aucune décision n'était
possible sans la réunion des trois or-
dres. Aux lettres de convocation écri-
tes par le prince, le prévôt eut l'in-
solence d'en joindre d'autres en son
propre nom. ÎSon content d'exercer
la souveraineté de fait, il en affectait
l'orgueil, et refusait un secours d'ar-
{^ent que lui demandait le dauphin,
jusqu'à l'assemblée des États-Généraux.
Ils se réunirent à Paris, le 7 novembre,
et dans la nuit du 8 au 9, le complice
de Marcel, le sire de Picquigny, en-
leva par un coup de main Charles-
Ic-Mauvais du fort où il était enfer-
mé. Marcel avait besoin d'une épée
contre les gens d'épéo qui environ-
naiejit le dauphin, d'un prince du
.sang contre ce prince lui-même,
aussi le roi de Navarre devint-il ponr
lui un très-puissant auxiliaire. La di-
gnité royale était sans cesse offensée,
»ous les rangs étaient confondus , les
bienséances d'état oubliées, les lois
violées, les anciennes maximes mé-
prisées ou détruites, un vertige d'in-
dépendance et d'usurpation avait trou-
blé tous les esprits ; mais ce n'était
point assez, pour le prévôt des mar-
chands; tout l'odieux des tlésordres
commis jusqu'alors nlombait sur lui
et sur les autjes chefs de la faction.
On n'avait à reprocher au peuple qu«
des tentatives ijeditieuses , (les t5gare-
meuts dont il pouvait encore revenir,
tant qu'il n'aurait pas été engagé pai
la complicité d'un grand crime, tant
qu'on ne l'aurait pas animé dune
aveugle férocité , en lui laissant pren-
dre le goût du sang. Marcel ne pou-
vait être ni content, ni Uanquille; il
tallait qu'un excès de rage le rassurât
lontre le repentit- de la multitude;
il ne tarda pas à en saisir l'occa-
sion. Un double assassinat, commiv*
un mois auparavant, l'avait averti
que tout .était mûr pour son de?*-
sein. Un changeur nommé Perrin
Marc ( d'autres écrivent Macé ), ayant
vendu deux chevaux au dauphin et
n'étant pas payé, avait rencontré dan^
ta rue >euve-Saint-Mern , Jean Baillct.
trésorier et lun des plus intimes fa-
miliers du prince. Une dispute s élève.
Perrin tue Baillet dun coup de cou-
teau, et se réfugie dans l'église Saint-
Merry.Ému de colère et de douleur, le
dauphin envoie aussitôt llobcit de
Clermont, maiechal de Normandie,
Jean de Chàlons et Robert 8taisc ,
prévôt de Paiis (4), avec un graml
nombre de gens d'armes qui, malgré
la franchise du lieu . en bi isent les
portes, traînent Penin au Chàtelet,
lui coupent le poing et le Ibnt pen-
die. L'évêque de Paris se plaignit
bien haut de cette violation des im-
munités de l'église; et, prétextant que
Perrin était ecclésiastique, il obtint son
corps, qu'il fit enterrer à Saint-Merr\
avec beaucoup de solennité. 'Marcel
assista au service accompagné d uji
grand nombre de bourgeois , tan-
dis que le dauphin suivait l'entene-
raent de Baillet. Une collision était
imminente. Cet événement s'était
passé à la fin de janvier 1358. Le
(4) 11 ne faut pas confoodre l'office du pré-
vôt des marchands avec celui du prévôt d»^
Paris , qui était le cbef de la police.
MAB m
22 février , tous les gens de mé-
tier, mandes par le prévct des mar-
chands, .se rassemblèrent en armes:
des meneurs envoyés par lui d avan-
ce dans les différents quartiers,
avaient eu soin d échaufter le* es-
prits. U harangue la multitude et
quelques distributions d'argent, ajou-
tées à ses discours, achèvent de la
soulever en sa faveur ; il e.^t salué paj
des cris prolongés. Accompagné des
cchevins et suivi de ses plus zélés
partisans, dont les chaperons mi-
partis se distinguent par des agrafes
émaillées de vermeil et d'azur, au bas
desquelles sont gravés ces niot« : <'<
bonne fin (ce qui signifie qu'ils lui
.sont dévoués envers et contre tous,
à la vie et à la mort;. Marcel ouvre
la marche. La troupe s avance en
désordre, brandissant des piques,
des épées, des pioches, des faux, de^
haches ; lair retentit d'imprécations ;
la populace grossit de moment en
moment ce cortège, sans autre motif
que de voir, ou de prendre part au
tiouble: tout présage un grand crime
et de grands malheurs. A l'approche
de Saint-Landiv, des cris s'élèvent ;
« C'est Renaut d'Acv, c'est im des
tvrans rétablis contre le peuple , c'est
lui qui prétend étie avocat-général
au mépris des Etats ! » On se précipite
sur lui et il tombe percé de mille
coups. Enfin la tourbe airive au pa-
lais, dont la porte est forcée; elle
inonde les coiu-s, les escaliers, les ap-
partements ; le prévôt enti-e avec ses
satellites dans la chambre du dau-
phin , auprès duquel sont ses con-
seillers ordinaires, Robert de Clei-
mont, maréchal de >»orniandie, et
Jean de Conflans, maréchal de Cham-
pagne. Marcel lui dit aigrement qu il
doit mettre ordre aux affaires du
royaume qui doit lui i-evcnir et le
garder des compagnies <|ui gâtent
4.
52
MAB
tout le pays. I^ prince lui répond
d'un ton plus ferme que de coutume :
, Je le ferais volontiers, si j'avais de
<, quoi le faire, mais c'est celui qui a
» les droits et les profits qui doit
* avoir aussi la garde du royaume t.,
n y eut encore échange de quelques
paroles aigres; puis le prévôt éclata :
^ Seigneur, mon duc, dit-il, ne vous
.. effrayez pas, nous avons une exé-
,, cution à faire ici; car il est or-
, donné et il convient qu'il soit fait
, ainsi. » Puis se retournant vers ses
sicaires aux capuces rouges, il leur
dit : « Faites en bref ce pourquoi
vous êtes venus ». A l'instant ils se
jettent sur le maréchal de Cham-
pagne, brave chevalier, mais qui,
alors sans armes, se débat vaine-
ment et est massacré aux pieds du
dauphin, sur lequel on dit même que
le sang rejaiUit. Le maréchal de Nor-
mandie s'était réhigié dans un ca-
binet voisin; il y est poursuivi et
égorgé. Tous les gens du prmce
avaient fui; éperdu, il tombe aux
pieds de Marcel et lui demande la
vie; l'insolent conspirateur lui ré-
pond qu'il n'a rien à craindre; il re-
tire le chaperon mi-parti dont il est
coiffé et le met sur la tête du dauphin,
dont il prend à son tour le chaperon
orné de franges d'or; et il en reste
effrontément paré toute la journée.
Après ce double assassinat, il couit
à la place de Grèves où l'attendait
une foule de gens en armes; et, d'une
fenêtre de l'Uôtel-deA'ille , il pro-
nonce une longue harangue dont
nous nous bornons à extraire quel-
ques phrases : « Parisiens, noun
- venons de faire un grand exem-
. pie et de prendre un grand en-
* gagoment... Le peuple lassé s'est
a levé enfin contre ses oppreascursv
û Son glaive vient de hàtcr une ,
» ju>*UciJ trop lentt eJL d'immoler i U
MAK
'i liberté les principaux instigateurs
« de la tyrannie. C'est moi (je ne
u crains pas d'avouer ce que j'ai fait,
u ce que j'ai cru devoir faire pour la
u patrie) , c'est moi qui ai conduit les
.( coups. Décidez maintenant si j'ai
« mérité l'infamie ou l'estime, l'écha-
.. faud ou l'honneur de vous condui-
» re Vous avez depuis quelque
« temps reconquis vos franchises; le
a peuple vient de les cimenter par le
« sang de ses ennemis; montrez-
« vous dignes de soutenir un si géné-
» reux effort ; que les nobles, que les
.. officiers royaux renouvellent leurs
V affronts , s'ils l'osent , eu voyant le
<. châtiment!... n De nombreuses voix
lui répondent en déclarant faux,
mauvais et traîtres ceux qu'on venait
de massacrer, et jurent que les Pari-
siens sont résolus à vivre et à mou-
rir avec le prévôt des marchands.
Après s'être assuré de la populace ,
Marcel retourne auprès du dauphin,
qu'il trouve morne et consterné; il
l'exhorte « à ne pas trop s'affliger de la
« mort de quelques perfides. Tout ce
" qui vient de se passer a été fait par
tt lavolont<;dupeuple,au nom duquel
.. il lui demande de ratifier tout, et
d'accorder un pardon absolu , sup-
u posé qu'il en soit besoin. « Le mal-
heureux prince , hors d'état de
discuter et de se défondre, accorde
tout, priant même les Parisiens d'être
de ses amis , et promettant d'être des
leurs. Sur cette promesse, le prévôt
se retire et lui envoie deux pièces de
drap rouge et pers, pour taire des
chaperons à tous les gens de la cour.
Le dauphin et son ft-ère , toutes
les personnes de sa famille et de
sa maison durent dès-lors porter les
livrées de la faction. Plus le coup
était hardi, plus il fallait d'audare
et d'activité pour en assurer les c( •
Çi-is. Se fortifier des .«♦cour* les pluv
MA»
puissants, dépouiller ses adversaire^i
de leurs emplois et de leurs fortunes,
persécuter à outrance les plus redou-
tables, combler ses amis de richesses
et d'honneurs, teuter les ambitieux,
effrayer les timides , entraîner les in-
différents, tels fui-ent désormais les
soins de Marcel. Le lendemain, il
manda aux députés des villes de se
réunir aux Augustin» ; plusieurs y
\Tnrent et trouvèrent aussi convo-
qués les bourgeois de Paris, dont un
assez grand nombre était en armes.
Ainsi entourés, les députés placés
dans l'alternative , ou de parler con-
tre leur conscience, ou d'exposer leur
vie, cédèrent à la pem- et approuvè-
rent tout ce qui avait été tait. Le
prévôt alla ensuite à la chambre du
Parlement, environné des gens de
sa faction, les uns armés, les autres
sans armes, et requit le dauphin de
faire exécuter toutes les ordonnances
antérieurement promulguées par les
États pour le gouvernement du
royaume, et de substituer à quel-
ques personnes de son conseil trois
ou quatre bourgeois qu'on lui dési-
gnerait; obligé de tout entendre, il
accorda tout. Quatre jours après l'as-
sassinat des deux marécliaux, le roi
de >'avan"e fit son entrée dans Paris.
Marcel vint aussitôt le prier de de-
mander justice sur toutes ses préten-
tions et ses griefs, et de manifester
pubUquement son approbation des
meurtres; le Navarrois promit de
suivre ces conseils. A peu de jours de
là, le prévôt, Charles Consac, éche-
vin, Robert de Corbie, député, qui
avait attribué aux conseillers du dau-
phin tous les malheurs du royaume,
et Robert Delisle, un des chefs les
plus fougueux de la rébeUion, entrè-
rent au conseil du roi. C'est alors
que le prince qiù avait gouverné
jusque-là comme lieutenant du roi.
MAB
»3
fut solennellement proclamé régent-
Le but de Marcel et de se« complice*
dans ce changement était é\ident.
Ornant la ncUme pour l'immoler,
ils préparaient ainsi une grande révo-
lution. Le nom du roi allait être, par
une nouvelle formule , supprimé de
tous les actes; on éteindrait peu à
peu jusqu'à sa mémoire; il devien-
drait ensuite plus facile de détrô-
ner un régent sans crédit, sans
force et sans appui. On serait en ou-
tre secondé par le monarque anglaiis
qui ne pouvait ({ue gagner aux trou-
bles de la France. Mais le jeune
prince pressentait ces criminels pro-
jets des conjurés , et il était bien ré-
solu de punir leurs attentats. Lee
États de la province de Cliampagne
avaient été convoqués à Provins, il
s y rendit; et, après avoir énergiquc-
H>ent peint l'état déplorable du royau-
me, sans déclarer encore ses inten-
tions et sans vouloir pourtant mé-
nager les conspirateui's en présence
des Champenois dont ils avaient mas-
sacré le maréchal, il termina son
discours en disant : - Si j'ai accepté
i dernièrement un titre plus grand
d honneur et de puissance, je n'ai piu»
<t oublié ce que je dois à mon père, ce
1 que je dois à la France. Je ne suis
<i et ne veux rester, quelque titre que
u je porte, que le lieutenant, le pre-
« niier sujet du roi, le premier de»
^ citoyens; j'ai l'âme d'un Français et
•i l'expérience du malheur. ^ Deux
orateuis parisiens qui étaient venu*
à cette réunion, ayant prié les États
de faire avec la ville de Paris une
étroite alliance, le comte de Bresne
prit la parole et demanda au régent
si monseigneur dp Conflans avait mé-
rité par quelque crime la mort cruelle
qu'il avait subie , ajoutant qu'il ne
doutait pas que les Normands ne rem-
plissent le même devoir à l'égard de
oî.
Ua^
Robert de Ckrmont; à quoi le régent
répondit : » Que ces deux seigneurs
l'avaient toujours bien et fidèlement
servi. « Le comte de Bresne, s'age-
iiouillanl, le remercia et ajouta :
,. Que les Champenois espéraient bien
«ju'il punirait ceux qui avaient tué ses
amis. » Les États se terminèrent
ainsi. Les deux députés de Paris se
retirèrent humiliés et furieux. Une
Fois que Marcel et les chefs de la fac-
lioii virent le régent hors des murs
(le la ville, ils forcèrent le château du
Louvre et y mirent garnison ; ils en-
levèrent toutes les machines de guerre
qu'ils purent y trouver, pour les placer
tant à rnôtel-de-Ville que dans d'au-
tres endroits. Le prévôt enleva aussi
une grande quantité d'artillerie que
le régent faisait venir par la Seine, et
il lui "écrivit des lettres injurieuses qui
étaient une véritable déclaration de
guerre. Le prince y répondit par une
infatigable activité et une grande vi-
gueur. Les États-Généraux devaient
se rassembler à Paris, te 1" ma«
13o8. Le régent leur commanda de
se rendre, le 4, auprès de lui à Com-
piégne. Cette mesure déconcerta les
Parisiens. Tout ce qtie leur ville con-
tenait de plus distingué dans la no-
blesse et le cleigé s'en était retiré. Le
peuple, aussi prompt à perdre courage
au premier revers qu'ardent à tout
braver dans la révolte, arrivait à cal-
culer la mesure de la punition sur
les degrés des attentats. Marcel et ses
amis, voyant que tout chancelait au-
tour (Feux, tâchèrent de conjurer
l'orage; à leur prière, l'IIniversilé en-
voya au prince une députation pour
flc(^hir sa colère. « Assurant qu'ils
.. étaient prf-ts à lui donner tontes les
« satisfactions qu'il exigerait, pourvu
« qu'il ne demandât la mort de per-
u sonne ». I-e régent accueillit avec
bonté ces dtipntés cl leur dit : ■ Qu'il
MÀ«
n bc contenterait qu'on lui hvràt dix
.. ou douze , ou même cinq ou six.
■ des plus coupables; que leur vie
.. serait en sûreté; qu'après cette mar-
u que de soumission , il n'hésiterait
„ pas à lendre aux Parisiens ses
« bonnes grâces -•. Marcel et ses
principaux adhérents, se jugeant eux-
mêmes, ne se fiaient pas à la clé-
«nence du prince, mais ils voyaient
ses forces s'augmenter de jour en
jour; ils ne perdirent pourtant pas
courage et essayèrent encore d'obte-
nir une capitulation qui ne fût pas ,
comme ils le craignaient , l'arrêt de
leur supplice. Cependant les États
étaient réunis à Compiégne; et les
décisions qui y furent adoptées pré-
sentent, par leurs résultats, ime des
plus grandes et des plus importantes
époques de notre histoire. Le comte
de lîresne y prit la parole : il mon-
tra d'un côté l'héritier légitime de
la couronne avec les prélats et le
clergé, les princes des fleurs de lys,
ses comtes, ses barons, ses chevaliers
et les habitants des bonnes villes,
dignes du nom français: et de l'autre
Marcel et l'échevin Consac à la tête
d'une populace furieuse, enrichis de
concussions, conims seulement par
des révoltes et des forfaits , se
, royant maîtres de la France parce
«pi'ils tenaient les murs de Paris, et
il ajouta : <• Monseigneur, nous som-
.. uïcs tous prêts à vous aider de nos
u biens et de nos épées, pour assié-
- <;er, pour repousseï l'ennemi, et
, pour la liberté de votre auguste
. père, notre seigneur et maître ".
Il termina par une violente apos-
trophe contre l'évêque de I^on, qm
:nalt eu l'audace de se présenter à
celte assemblée, qui courut risque
«l'y être maltraité et se retira secrè-
tement à Saint - Denis , d'où il en-
vova demander à Marcel une escorte
MAR
pour se rendre à Paris. Le prévôt,
auquel se» partisans araient appris
les lois rigoureuses portées dans les
États de Coropiégne et les menaces
dont il avait été l'objet, vit bien que
le désespoir était son seul refuge et
qu'il n'aurait à transiger qu'au prix
d'une mort sanglante, il acheva le»
murs de Paris sans épargner les cou-
vents qui touchaient à son enceinte ;
il s'empara de la tour du Louvre; il
envoya, le 8 mai, Jean Donati, un de
ses agents, à Avignon, avec 2000 flo-
rms d'or au mouton, pour y acheter
des armes et v lever des brigands. Il
avait aussi déjà réuni à Paris, dit
FYoistart, un grand nombre de gens
d'armes et soudoyers, Kavarrois et
Anglais, archers et autres compa-
gnons; aventuriers sans discipline,
sans loi, sans religion , avides de
butin, ennemis de tout le monde.
L'effroi était tel dans cette ville que les
bourgeois avaient offert à Notre-
Dame une bougie qui, suivant le
chroniqueur de Saint-Denis, avait la
longueur du tour de la ville; la ter-
reur était encore plus grande dans
les campagnes. A cette époque, une
nouvelle espèce de guerre intestine,
un dernier Beau vint frapper la
France. Chassés de leurs maisons qui
étaient pillées et incendiées, mou-
rant de faim et de misère, les pay-
sans se révoltèrent contre les noble» .
principaux auteui's de tant de désas-
tres ; le soulèvement fut général et
simultané dans tous les pavs de la
langue d'oil, sans complot, sans m6-
rae aucune correspondance . sans
autre moyen de ralliement que l'ex-
cès du malheur commun. C'est ce
que l'histoire a nommé la Jacquerie.
Nous nous abstiendrons de cher-
cher l'origine de cette dénomination,
nous bornant à dire qu'on appela,
par dérision , le pavsan Jacques Bon-
55
homme, et que leur réunion était
collectivement désignée les Jacques.
Les nobles qu'ils égorgeaient n'au-
raient jamais voulu croire à une telle
audace ; ils en avaient ri tant de fois,
quand ils avaient voulu les traîner à
la guerre ! le dicton ordinaire chez
eux était : * Oignez vilain, il voas
• poindra ; peignez vilain, il vous
« oindra '■ • Mais cette diversion devint
utile à Paris, et Marcd ne manqua pas
de la mettre à profit ; il avait intérêt à
soutenir les Jacques. Ils étaient déjà
maîtres de la ville de Meaux ; ils en
assiégeaient le marché, espèce de ci-
tadelle située entre deux bra» de la
Marne et où s'étaient réfiigiées l'é-
pouse , la sœur et la tante du régent
avec une foule de nobles dames, àe
demoiselles et d'enfants. Pour venir
en aide aux Jacques dans cette ef-
froyable expédition, Marcel leur en-
voya huit cents hommes sous la con-
duite du prévôt des monnaies et d'un
épicier de Paiis. Un secours ines-
]>éré, sous le commandement du com-
te de Foix et du captai de Buch,
sauva du massacre les assiégés, et sans
doute une très -grande partie des
auxiliaires parisiens périt dans la dé-
route complète des assaillants , dont
plus de sept mille, de neuf mOle qu'ils
étaient, restèrent sur place. La nou-
velle de cette défaite fut un coop de
foudre pour les rebelles parisiens ;
le décoinagement de\'int général et
pénétra jusque parmi les hommes
d'armes et les soudoyer du prévôt,
qui n'eut plus pour appui que les
chefs du parti et une populace mer-
cenaire. Il fiant toutefois rendre jus-
tice à l'habileté qu'il déploya poui-
prévenir la famine au miheudel'entière
dévastation des campagnes environ-
nantes. Il s'était allié aux Jacques ;
il s'allia ensuite à leur destructeur,
Charles-Ie-Mauvais, et lui fournit beau-
S6
MAB
coup d'argent. C'était avec la cavalerie
de ce prince qu'il lui fallait conserver
quelques routes libres, tandis que le
dauphin occupait la rivière ; il fit con-
férer le titre de capit^ûne de Paris
au roi de Navarre, qui prêta serment
de bien et loyalement gouverner les
Parisiens, de vivre et de mourir avec
eux et de les défendre jusqu'à la mort.
Pourtant il y jouit d'une très-faible
influence, car les bourgeois lui en
voulaient d'avoir détruit les Jacques ,
et soupçonnaient que leur capitaine
ne faisait pas grand cas d'eux ; d'ail-
leurs les vivres devenaient de jour en
jour plus rares ; les arrivages étaient
interceptés par le régent qui occu-
pait Cbarenton avec trois mille laji-
ces; Cbarles-le-Mauvais leslait inac-
tif : les Parisiens le sommèrent de les
défendre, de sortir, d'agir enfin d'une
façon quelconque. Les deu.\ princes
eiuent une longue et secrète confi;-
rence; on offrait au roi de îs^avarre
quatre cent mille florins , pourvu
qu'il livrât Paris et Marcel ; il se fai-
.sait marchander par les deux partis;
mais les Parisiens, animés par les ins-
tigations de Marcel, soutenaient coutr<>
le dauphin de trop orgueilleuses pré-
tentions; le prince promettait de l'ar-
gent, mais le prévôt en doimait; toutes
les semaines il en envoyait à Sainl-
I3enis deux charges pour payer les
troupes du Navarrois, qui l'engageait
il multiplier ces envois dont il rendrait
bon compte. De tant d'argent levé ,
Marcel n'en gardait-il pas un boime
part? (Jela est bien probable. Il ne
craignait rien tatit (pie de se brouiller
avec ce perfide allié, (juipourLmt ve-
nait déjà de signer son traité avec
le régent. I,e8 bourgeois de Paris
voyaient de mauvais oeil des merce-
naires du roi de INavarre restés dans
leur ville po^ir y manger leur ar^'eut.
U >• eut d«« batteries : on en tua une
MAB
soixantaine; Marcel sauva les autres
en les emprisonnant, puis les renvoya
la nuit suivante à Saint-Denis ; les Pa-
risiens le lui pardonnèrent d'autant
moins que les Navarrois poussaient
leurs courses et exerçaient leurs pil-
lages jusqu'aux portes de la ville ; on
n'osait plus en sortir, ils finirent par dé-
clarer au prévôt qu'ils voulaient châ-
tier ces brigands. Pour leur com-
plaire , il les fit swtir, et toute la jour-
née du 22 juillet ils comurent vers
Saint-Cloud. Le soir, ils revenaient
fort las , l'un portant son bassinet à
la main, l'autre à son col, les autres
traînant leurs épées ou les portant
en écharpe. Au fond dun chemin, ils
furent assaillis par quatre cents hom-
mes; en vain prirent-ils la fuite à
toutes jambes; sept cents périrent
avant d'atteindre les portes. Cette dé-
confiture porta au plus haut point
l'exaspération contre Marcel; c'était.
(hsait-oH, sa faute; il était rentré avant
eux, il ne les avait pas soutenus;
probablement c'était lui qui avait
averti l'ennemi. Le prévôt était perdu:
sa seule et dernière ressource était
de se livier au roi de Navarre , avec
Paris et tout le royaume, s'il pou-
vait. Le plus grave historien de I épo-
({ue, le continuateur de Nangis, té-
moin oculaire, et du reste favorable
à Marcel, avoue qu'il avait promis
au prince de lui remettre les clefs
de Paris , pour (pi'il s'en rendit
maîlie , et se défît de tous ceux
qui lui étaient opposés ; leurs portc^
étaient marquées d'avance ; le régent
devait fître proscrit. Le Navarrois.
couronné roi de Fiance par l'évéque
(le Laon, devait faire hommage au
roi d'Angleterre, (pu, si l'on en croit
Vilhini, s'était engagea l'aider de tontes
.SCS forces afin de lui assurer la pos-
session du royannuî, et à iaire déca-
piter le r(»i .lean. La ntiit du 31
MAR
juillet au 1" août était fixée pour
qu'Etienne Marcel livrât la ville.
Jusque-là il avait consulté les éche-
vins sur toutes ses entreprises; mais
il vovait que plusieurs de ses com-
plices ne songeaient qu'à se sauver
en le perdant. (>?lui des échevins
qui s'était le plus comj)romis, son
coiBi)êre , Jean Maillart lui avait
cherché querelle ce jour-la même.
Maillart s'entendit avec deux chefs
du parti du dauphin. Pépin des t^-
sarts et Jean de Chamy, et tous trois,
avec leurs hommes, se rendirent un
peu avant minuit à la hastillc Saint-
Denis, où ils trouvèrent le prévôt, les
clefs de la porte en ses mains. <« Etien-
" ne, lui dit Maillart, que faites vous
>• ci, à cette heure? " Marcel lui ré-
pondit : " Jean, à vous qu'en monte
» de savoir; je suis ci jK>ur prendre
« garde de la ville dont j'ai le gouver-
o nement. — Pardieu, répliqua Mail-
« lart, il ne va mie ainsi, mais n'êle>
« ci à cette heure pour nul bien . et
« je le vous montre, ajouta-t-il, a
^ ceux qui étaient de lez (près) lui,
- comment il tient les clefs des por-
- tes en ses mains pour u-ahir la
» ville •. Le prévôt des marchanda
s'avança et dit : " Vous mentez. —
« Pardieu, répondit Jean Maillart,
" vous mentez <>. Et tantôt dit à ses
gens : » A mort, à mort tout hoiunie
«i de son côté, car ils sont traîtres! r
- lA eut un grand hutin et dur; et s'en
• fût volontiers ftii le prévôt, s'il eût
pTi ; maisil fut si hâte qu'ilne put. Car
• Jean Maillart le férit d'une hachesur
' la tête, et ne se partit de luijusqua
le qu'il fut occis et six de ceux qui là
étaient, et le demeurant pris ei en-
« voyé en prison. " Selon une version
plus vraisemblable de Froissart, ce
ne fut pas Maillart, mais Jean de
Charny qui porta le premier coup. Telle
fut la fin do l'homme qu'on peut ap-
peler le plua audacieux conspirateur
des temps modernes, puisqu'il con-
çut tous les complots ou y concou-
rut . et qu'aucun ne fut exécuté san.»»
son active participation. M. rsaudet a
publié, en iS\o: Conjuration JEtieH-
ne Marcel contre l'autorité royale, ov
Histoire des Etats- Généraux de Lt
France, pendant les années 13oo -
13o8, in-80. L— s— D.
M.VRCËLLIS :Onio:.), peintrr
hollandais, naquit en 1613. xVvant
de se rendre en Italie, il séjourna
long-temps à Paris , oii la reine Anne
d'Autriche le combla de faveurs, il
passa de là en Toscane, où le grand-
duc le retiut également d'une ma-
nièi-c honorable. Après avoir visite
Naples et une partie de l'Italie, il s'éta-
blit à Rome, et bientôt il put à peine
suffire aux ouvrages qu'on lui deman-
dait. Son talent était de j>eindre des
plantes, des insectes et des reptiles.
KtantretournéenHollande, il vint habi-
ter Amstei-dam, et foi ma près de cette
ville une espèce de ménagerie où il
nounissait avec soinlesanimauxdnnt
il oniait ses t.'ibleaux. Ses plante.>
sont d'un très-beau choix; il y place
ordinairement des couleuvres, des
araignées , des chenilles, des papil-
lons, qu'il copiait toujoui-s d'aprc>
nature, ce qui donne à toutes se>
productions \m degré de vérité qui
prouve qu'il n'y a j)oint de geiu-e a
dédaigner lorsqu'on v excelle. Mar-
cellis mourut à Amsterdam, en 1673.
P— s.
iLVRCELLL'S ( Marie- Ix)i:i*-Ai:-
tîlSTK DEMAR715 DC TvT.AC, COmtC 0e) .
d'une famille ancienne, originaire du
Périgord, naquit en 1776 au château
de Marcellus en Guienne. et fut fait
chevalier de Malte en naissant. Sa
mère périt sur l'échafaud révolution-
naire» Bordeaux en 1794, et il fui
crondamné par les mêmes j"ges 1
38
MAR
^tre détenu jusqu'à la paix. Après le
18 fructidor (4 sept. 1797 ) , il fut
déporté en Espagne comme inscrit
sur la liste des émigrés, quoiqu'il
n'eût pas quitté la France. Cette
inscription avait été faite pendant sa
détention dans les prisons de Mar-
mande et de Bordeaux. Revenu en
France dans le courant de la même
année, le comte de Marcellus vécut
dans la retraite jusqu'au 12 mars
1814, époque à laquelle étant allé
joindre le duc d'Angoulême à Bor-
deaux, avec son fils aîné, il fut nom-
mé par ce prince membre de son
conseil. Il se trouvait encore dans
cette ville au 1" avril 1815, lorsque
la duchesse d'Angoulême y fut aux
prises avec les troupes révoltées. Il
seconda cette princesse de tous ses
moyens, et se retira ensuite dans la
terre dont.il portait le nom. En août
1815, il fut nommé à la Chambre
des Députés par le département de
la Gironde, et siégea constamment
avec la majorité royaliste. Au mois
de janvier 1816, il fit partie de la
commission chargée de présenter un
rapport sur la proposition tendant à
supprimer toutes les pensions dont
jouissaient les prêtres mariés et ceux
qui avaient abandonné le sacerdoce.
Ix« 31 du même mois , il recom-
manda à l'assemblée la réclama
tion faite par les chevaliers de
Malte , des bien» non vendus de
leur ordre. Le même jour, la tUiani-
brc ayant déclaré , sur la demande
de i. Michaud, que les arméesjroyalcs
de la Vendée, de l'Ouest et du Midi,
avaient bicu mérité de la patrie , il
proposa d'ajouter à ciîtte déclaration ,
(jue la ])atiie adopterait les onfanls
du marquis Louis de Earochejaijue-
Icin, tué le i juin 1815 à la tête
de l'armée royale. Ce fut encore lui
qui proposa , dans la séance du 24
MAR
février, d'ordonner l'impression de la
dernière lettre de la reine Marie- An-
toinette, que l'on venait de découvrir
dans les papiers de Courtois, et de
l'adresse de la Chambre au roi, en
exprimant le désir que ces pièces
fussent envoyées à toutes les com-
munes pour être déposées dans leurs
archives. Convaincu de la nécessité
d'asseoir la religion sur des bases so-
lides, Marcellus monta à la tribune
dans la séance du 23 avril, pour y
plaider la cause du clergé , et vota
en faveur du projet de loi présenté
par le ministre de l'intérieur. En gé-
néral , il vota dans toutes les discus-
sions importantes avec la majorité de
cette époque, et fit don au roi> dans
le mois de juillet, de la totalité de sa
taxe à l'emprunt de cent millions.
Réélu à la fin de cette année par le
même département, il commença cette
session comme la précédente, par
invoquer la protection de la Cham-
bre en faveur de l'ordre de MaUe, ré-
clamant ses biens non vendus; et, le
24- décembre, il parla de nouveau
sur la nécessité de rendre aux minis-
tres des autels le droit de recevoir
et de posséder. LeGjanv. 1817, lors
de la discussion relative au projet de
loi [sur lesélections, Marcellus combat-
tit avec beaucoup de chaleur l'art. 7,
qui appelait tous les Français jouis-
sant des droits civils et politiques,
âgés de ticute ans et payant 300 fr.
de contributions, à concourir aux
élections des députés. Dans la séance
du 5 février, il proposa, par im dis-
cours, dont l'impression fut ordon-
née, la diminution de la taxe sur le
sel, et combattit la vente des biens
réunis au domaine de l'État, comme
injuste et impolitique. I^ 18 du
même moU, il demanda cpi à chaque
session des t;hand)rcs, les ministres,
en présentant leur budget, donna»-
MAR
sent letat des pensions quils auraient
payées, afin que, s'il y avait surabon-
dance dans les fonds qui leur au-
raient été alloués, cette surabondance
fût versée au trésor roval, et tournât
au profit de l'État. Le 5 mars, il dé-
fendit avec chaleur l'inviolabilité des
biens ecclésiastiques , dont l'article
11 du titre xi du projet de loi sur
les finances n'offrait aucune garantie
suffisante. Cet article était ainsi con-
çu : " La portion (des bois de l'Etat)
« résenéc (pour la dotation des éta-
■ blissements du clergé) sera prise
• dans les grands corps de forêts. »
Marcellus insista pour qu'il fût ré-
digé de la manière suivante : «• La
" portion réservée pour la dotation
" des établissements religieux, seia
• composée uniquement de tous les bois
•• qui leur ont anti-efois appartenu...
» Si mon amendement est écarté,
- dit-il, et que le titre reste tel qu'il
» est, je dois à ma conscience de
" déclai-er que je voterai par une
- boule noii-e contie le budget. »
Après le renouvellement de la Cham-
bre par Fordonnance du 5 septembi-e
1816, le comte de Marcellus vota
avec la mhiorité; mais il prit peu
de part aux discussions , si ce n'est
lorsqu'il crut les intérêts de la reli-
gion compromis. Quand un nouveau
concordat avec le pape ftit présenté
aux Chambres en 1817, ayant été
nommé membre de la commission
chargée de faire un rapport il crut
de son devoir d'éciire .i Sa Sain-
teté pour lui demander ce qu'il avait
à faire. I.a réponse que lui adressa le
pontife est peu connue; cependant
elle est d'un très - haut intérêt pour
l'histoire , et nous croyons de-
voir la rapporter ici tout entière .
- Notre cher fils, salut et bénédiction
« apostolique. On nous a remis votre
- lettre, par laquelle vous nous cn-
.NL\r,
:>9
" vovez une copie des amendements
- qu'a subi&, dans b commission de
« la Chambre des Députés dont voufi
- êtes membre, la loi que nous avons
" appris avec douleur avoir été pro-
« posée, au nom de S. M., sur la con-
» vention passée entre le i-oi tixïs-
- chrétien et nous, loi dont l'examen
- a été confié à ladite commission.
" Nous avons, notre cher fiis, admiré
« votre zèle pour la religion catholi-
- que, vos soins empressés |>our ia
- coii8ei"ver et la défendre, votre rcs-
- pect enfin et votre dévouemf-nt
- pour le siège apostolique, benis.'^anl
- donc le |)ère des lumières, qui vou.s
« a muni et fortifié par ces g^and^
^ sentiments de piété, nous nous lià-
- tons de vous affenuir encore pai
« cette voL\ de la vérité, que vous rr-
- connaissez avoir été donnée à notre
- faiblesse par une tradition divine,
- et que vous réclamez avec tant de
« confiance, pour que, dans la dis-
- cussion épineuse dont vous éte>
• chargé, elle soit un flambeau qui
« éclaire vos pas et les retienne dans
• les sentiers de la droiture et de la
« justice. Mais si tous ces motifs nous
« ont causé une joie sensible, nous
« avons éprouvé une vive douleur en
- voyant les changements que vous
" nous mandez avoir été introduits
• par la susdite loi. Sans doute, avec
" votre caractéie si avide de la vérité,
« vous ne pouvez point ne pas recon-
t naîti-e qu'il est tout-à-fait déplacé
" que ces décisions données sur des
« matières religieuses par le siège
- apostolique, après s être conceité
« avec le roi très-chrétien, soient en-
•* suite soumises h la délibération
'^ d'un conseil de laïques, quelqtie il-
• lustre qu'il puisse être. Si en outre
- vous examinez tant soit peu les cor-
.■ rections proposées, vous venez sans
.• peine que les articles répréhensi-
60
MAR
« blés de cette loi, ou n'ont pas été
" corrigés comme ils devaient l'être,
« ou ont été entendus d'une manière
" plus fâcheuse encore, ou qu'enfin
« ils restent tels qu'ils étaient; de
« sorte qu'il est évident que cette loi,
u amendée comme vous nous le faites
" connaître, est contraire à notre con-
" cordât et à quelques-uns des droits
" les plus sacrés de l'église. Que si
« quelques-unes des dispositions ([ui
« V sont énoncées se sont, de temps
H à autre, glissées par abus, chacun
« voit, sans un long examen, quil y
« a certains maux qu'on tolère quel-
« quefois, par nécessité, pour en pré-
« venir de plus grands, mais qu'ils
« ne sont pas approuvés pour cela.
« îious avons cependant l'espoir, par
" la connaissance que nous avons de
u la religion du roi très-chrétien, dé-
« jà excitée par nos avertissements
<i paternels, qu'il appellera le remède
« convenable à un si grand mal, afin
» que la convention conclue d'après
« ses propres vœux, heureusement
" sanctionnée, et bien plus, mise déjà
« à exécution de notre part, dans tout
" ce qui peut dépendre de nous, soit
•j religieusement observée, et la loi
u entièrement retirée. Du reste, nous
•< attendons de votre piété, de votre
« prudence, de votre zèle pour le
« bien de la religion, tjue, revêtu de
li la justice comme d'une cuirasse ,
" vous vous opposerez avec courage
" à la loi proposée; que vous em-
" ploierez tout votre crédit, toute
« votre autorité et toute votre habilo
'< té, pour prorurci- la lilue et prompte
« promulgation (U exécution fidclc
« du concordat. C'est pour l'heureux
" succès «le c<;tte affaire, que nou.s
. vous accordons, notre cher (ils, avec
« affection, la bénédiction apostoli-
» que, gage de la protection de Dieu.
Donné à Home, près Sainto-Maric-
MAR
« Majeure, le 23 février 1818, année
(. dix-huitième de notre pontificat.
« Pie vu. » Comme la Chambre des
Députés, renouvelée par suite de l'or-
donnance de dissolution du S septem-
bre 1816, était alors sous l'influence
du parti révolutionnaire, le nouveau
ministère n'osa pas insister ; la loi fiit
retirée et la France resta sous le ré-
gime du concordat de Napoléon où
elle est encore, {voy . Pie vu au sup.).
Le comte de Marcellus réuni à la mi-
norité prit encore la parole dans
quelques occasions importantes, no-
tamment contre l'admission de Gré-
goire et à l'occasion de l'assassinat du
duc de Berri, puis dans l'indignation
que lui causa un jour la pétition d'un
M. Arbaud: " Trop profondément
u frappé, dit-il, par les termes dans
^ lesquels est conçue la pétition qui
i> vous est soumise pour pouvoir me
u livrer à des considérations qui lui
.. seraient étrangères, je me bornerai
« à exprimer en peu de mots les sen-
u timents qu'a fait naître en mon âme
« cette étrange pétition. Ainsi donc,
u ce n'est plus sous le voile insidieux
u d'expressions enveloppées, dont le
^ sens au reste n'est obscur que pour
u ceux qui s'obstinent à ignorer la ré-
i volution ; ce n'est plus sous les ap-
u parences spécieuses et perfides de
- liberté, de </»oi/-s des peuples, de to-
u téranct , de philosophie , que les
« ennemis du trône cachent leurs
u projets ! ils ne se déguisent plus ;
u ils parlent ouvertement et sans fi-
- gure : ils disent tout ce qu'ils pen-
- sent ; ils révèlent tout ce qu'ils tra-
a ment. Qu'est-ce qui pourrait en of-
u fot les intimider ? îS'iiisulte-t-on pas
.> impunément tout ce qu'il y a de
. plus auguste ? Ne blasphêmc-t-on
- pas tout ce qu'il \ a de plus sacré ?
a La religion de l'ctat, bannie des
,> lois de l'état, n* est-elle pas tous le>
MAR 4
» jours outragée, et dans le* pam-
" phlets, et dans les discours, et jus-
- que dans le sanctuaire des lois ? Le
• signe auguste et sacré devant le-
• quel la rébellion a toujours pâli (un
■: exemple illustre vient de le prouver
«. encore), n'a-t-il pas été proscrit,
• comme si l'on voulait forcer le ciel
» d'être inexorable envers la terre ?
- Faut-il donc s'étonner, quand le
» vrai Dieu est chassé de la législa-
4 tion de la France, qu'on ose deuian-
« der de chasser le vrai roi de son
>• gouvernement; et que /<i religion
• de la seconde majesté soit raécon-
» nue, quand la source de toute ma-
u jesté est blasphémée ?.... Je livre ces
« rétiexions à votre sagesse, mes-
i sieurs, et je n'ajoute qu'un mot:
« attaquer la i-oyauté en France, c'est
■i aussi blasphémer. Souvenons-nous
a d'une noble parole de l'héroïne (1)
4 dont le nom et les exploits font la
- gloire de nos annales : Le roi de
a France est lieutenant des deux >■.
Nommé pair de France le 23 nov.
1823, le comte de Marcellus continua
Je voter avec les royalistes, dans
cette nouvelle Chambre , jusqu à la
révolution de 1830. A cette éjXKjue,
ne voulant pas prêter serment au
nouveau gouvernement, il donna sa
démission et se retira à Marcellus, oit
il ne s'occupa plus que de httératiire.
de ses devoirs de piété et de l'éduca-
tion de ses enfants. Il y mourut le
25 décembre iHM. Le comte de Mar-
cellus avait épousé, en 1795, la fille
de M. de Plis, son oncle, député du
côté droit, à 1 Assemblée constituante,
et qui périt sur l "échafaud révolution-
naire, en 1794. On a de bii : L Le cri de
la vérité, chanson patriotique, Paris,
1822, in-8". IL Lettres a MM. les rédac-
teurs de la Buclie d'aquitaine, 1822,
(1> Jeanne d'Arc.
MAR
61
In-S". m. Lettres sur (Angleterre, en.
juin 1823, Paris 1823, in-8''. IV.
Lettres sur Chamhord, écrites à la Bû-
che d'Aquitaine, Paris, 1824, in-8*.
V. Lettre sur Pétrarque au journal
des DébaU. Paris, 1824, in-8°. VL
Conseils d'un ami ù U7i jeune homme
studieux. Paris, 1825, in -8°. VII.
Odes sacrées, idylles et poésies diver-
se$,1825, in-S". On trouve dans ce
recueil im petit poëme sur \Ail, qui
n'est qu'une ingénieuse plaisanterie
dont les journaux révolutionnaires se
sont quelquefois moqués. Vm. Pa-
raphrase en forme d'ode sacrée du
psaume CXXIII , appliquée à ta
mort douce et sainte de M. le due
Mathieu de Montmorency , Paris ,
1826, in-18. IX. Voyage dans les
Hautes-Pyrénées, dédié à S. A. R.mon-
seigneur le duc de Bordeaux , en prose
et en vers, Paris, 1826, in-8^ X.
Odes sacrées tirées des quinze psaumes
graduels paraphrasés en vers français ;
du psaume CXIV appliqué à la mort
de monseigneur d'Aviau, archevêque de
Bordeaux; des hymnes Fexilla et Pan-
gelingua, Paris, 1827, in-18. XL Can-
tatessacrées, tiréesde l'Ancien etdu Sou-
veau Testament, Paris, 1829, in-8'*.
XII. Première communion d'un jeune
exilé (ode), Montpellier, 1832, in-8*.
À'III. Différents Discours et opinions
prononcés à la Chambre des Députés,
notamment sur la nécessité de répri-
mer les délits de la presse ; sur l'ur-
gence de se faire sacrer, adi'essés à
Louis XVIII, etc. M — dj.
MxVRCET (Alexamire), médecin
et chimiste, naquit à Genève, en
1770. Fils d'un riche négociant , il
était destiné à suivre la profession pa-
ternelle, bien qu'il manifestât une
aversion prononcée poiu: le com-
merce. Ce ne fui qu'après la mort de
son père qu'il put se choisir une autre
carrière. Il étudia d'abord le droit.
62 MAR
mais les événements de la révolu-
lion de France l'obligèrent à quitter
momentanément sa patrie. Il partit
pour l'Angleterre avec son ami Th.
de Saussure, et revint l'année suivante
à Genève, où deux partis rivaux, les
d(;mocràtes et les patriciens, se dis-
putaient avec acharnement le pouvoir.
En 1792, lorsque Genève fut assiégée
par les troupes françaises, sous les
ordres de Montesquieu, Marcet, offi-
cier dans la milice urbaine, fit preuve
d'antipathie contre le parti démo-
cratique ; or, ce parti étant devenu do-
minant, Marcet, à son retour, fut
arrêté pour rendre compte de sa con-
duite. Grâce au 9 thermidor, dont le
contre-coup s'étendit jusqu'à Genève,
il ne fut condamné qu'à une année
d'arrêts dans son domicile, peine qu'il
fit commuer bientôt en cinq ans
d'exil. C'est alors qu'il se décida d'al-
ler étudier la médecine à l'université
d'Edimbourg; il partit avec M. de la
Rive, qui avait été son compagnon de
captivité. Reçu docteur en 1797, il
passa d'Edimbourg à Londres, où i!
dut à ses opinions politiques et à l'm-
fluence de quelques amis d'être nom-
mé d'abord médecin du dispensaue
de rlinsburg, puis de l'hôpital de
Guy, et enfin professeur de chimie
dans le même hôpital. U ne tarda pas
à se faire une grande réputation, soit
comme praticien, soit comme profes-
seur, ce qui lui valut d'être agrège
aux sociétés royale et géologique de
Londres. Au retour de l'expédition de
Walchercn, il fut envoyé par le gou-
vernement à l'hôpital militaire de
Porstmouth. Atteint par l'épidem.c
dont furent IVappécs les troupes an-
plaises, il courut de grands dangers.
Marcet avait épousé la fille unique
de M. Haldimaud, négociant suisse, éta-
bli à Londres «lepuis un grand nom-
bre d'années, vl <pii laissa n. mon-
% MAR
rant une fortune considérable, il re-
nonça alors à sa place de médecin de
l'hôpital de Guy, ainsi qu'à l'exercice
de la médecine, pour se livrer tout
entier à la chimie expérimentale. Lors-
qu'après la chute de Napoléon, Ge-
nève fut rendue à son indépendance,
Marcet, quoique naturalisé anglais
depuis 1802, s'empressa de rentrer
dans sa patrie, où le parti des patri-
ciens l'emportait de nouveau. Il fut
accueilli avec la plus grande distinc-
tion, et noxnmé membre du consei^
souverain et de lacadémie. Après
avoir fait, en 1820 et 1821, un voya-
ge en ItaHe, il retourna à Londres
pour ses intérêts privés , et y
mourut le 12 octobre 1822, dune
attaque de goutte. La plupart des tra-
vaux du docteur Marcet ont été m-
sérés dans les recueils de sciences
médicales publics à Londres, et dans
les Transactions philosophitiiies de
1799 à 1822. Ses meilleurs Mémoires
concernent: La Nature du chyle et
du c/iyme (Transactions viedico-chir.,
1815, t. VI); l'usage du stramonium
fdatura stramonium), contre les affec-
tions rhumatismales {ibid., vol. VU,
de 1816); la pesanteur spécifique et la
température des eaux de la mer dans di-
rerses parties de l'Océan (ibid.). Mar-
cet a donné à ^Encyclopédie de Rees
les articles platine et potassiuai ;mn'is
louvrage qui lui fait le plus d'hon-
neur est son Essai sur l'histoire chi-
miquo et le traitement médical des
maladies calculeuses. Cet essai, écrit
en anglais, a obtenu plusieurs édi-
tions et a été traduit en fran«;ais sur
la seconde (^Londres , 1819), par M-
.1. Riffault; Faris, 1823, in-8". H se
distingue par l'exactitude des obser-
vations sans indiquer toutelois des
luoyens nouveaux de traitement. La
veuve de Marcet tient aujourd'hui une
plHce honorable parmi les femmes-
MAR
auteurs de la Grande- Bretagne; on
lui doit entre autres ouvrages des Con-
versations sur l'économie politique et
la physique, trad. en français par G.
Prévost, Geuève, 1820, in-12, et des
Conversations sur la chimie, égale-
ment traduites en français et qui ont
eu jusqu'à huit éditions. A — ^.
MAilCH des Batailles ( Éties-
>E ) , peintre espagnol , naquit a
Valence, vers la fin du XVI' siècle, et
fut élève d'Orrente , qui lui inspira
son goût pour la manière et la cou-
leur du Bassan. Aussi le style de
March appartient -il à Tikxjle véni-
tienne, il se fit, comme peintre de
batailles, une grande réputation qn il
ne put soutenir comme peintic d'his-
toire. D'un caractère extravagant et
bizarre , il toiumentait sans cesse
ses élèves. Lorsqu'il voulait travail-
ler , il s'armait de pied -en -cap,
saisissait une trompette ou un tam-
bour, et, après avoir sonné la char-
ge , il attaquait , la lance au poing,
les murailles de son atelier. Après
s'être ainsi échauITé l'imagination,
il prenait ses pinceaux et faisait pas-
ser sur la toile le sujet qu'il venait
de concevoir. Les amateurs font
un cas particulier de ses batailles.
Sou pinceau est facile ; son colo-
ris frais et vigoureux; sa compo-
sition frappante de vérité. Il a su
rendre surtout avec une rare perfec-
tion l'atmosphère sombre et char-
gée que forme pondant l'action la fu-
mée du canon et de la mousqueterie.
Il mom'ut à Valence, en 1660. — Mi-
chel M.\RCH, son fils, naquit dans la
même ville en 1633. A la moit de
son père , il se rendit à Rome. Il y
cultiva la peinture historique et ac-
quit quelque facilité dans l'exécution
et quelque con-ection dans le dessin,
ainsi que le prouvent deu\ tableaux de
tfiittoire de saint Frxinçoii, qu'il fit
MAR
63
pour les capucins de Valence , et uti
Calvaire, pour la paroisse de Saint-
.\iichel de la même ville. Cependant
il abandonna ce genre pour se livrer
à celui qui avait fait la réputation de
son père; mais il ne put l'égaler. Il
mourut à Valence, en 1670. P — s.
MARC11.VND, agent subalterne
de la Révolution, fut souvent em-
ployé par le Comité de salut pu-
blic, au temps de Robespierre , et de-
vint l'un des coryphées de la société
des Cordeliers. Ayant été arrêté le
2 mars 1794, par ordi'e du Comité
de sûreté générale . il fut réclamé
par les Cordeliers, qui envoyèrent une
députation pour demander sa li-
Ijerté, qu ils obtinrent. Ayant échap-
pé aux suites de la conspiration d'Hé-
bert, avec lequel il était lié. Marchand
fut mis de nouveau en arrestation
après la chute de Robespierre. La
société des Jacobins lui nomma alor^
des défenseurs officiels , et il fiii
élai-gi ; mais Clausel , membre du
Comité de sûreté générale, sollicita
contre lui, le 4 octobre , un décret
d'arrestation, motivé siu- ce que sa
relaxation avait été surprise par la
faction qui le protégeait. Après la
crise de prairial et la victoire rem-
portée pai- la Convention sur les Ja-
cobins, Bourdon de l'Oise demanda
la déportation de Maichand, et un
décret ordonna sa traduction au tri-
bunal criminel d'Eure-et-Lou- ; raait»
il fut bientôt compris dans l'amnistie
du 4 brumaire, prononcé en faveur
des lerroristes. En 1799, il fut en-
core un des membres les plus mar-
quants de la société du Manège, et
celui qui paila à la tribune de cette
société avec le plus d'assiduité et
de véhémence. H y défendit surtout
la mémoire de Goujon , Soubrany
et d'autres révolutionnaires , qu'il
désigna comme martyrs de la liber-
a
iL\a
te. ïl y parla aussi sur les dangers
dé la paUie, et demanda Upuration
des employés dans les ministères. Au
commencement de septembre, il fut
chargé par la société , de rédiger
une adresse pour faire déclarer la
patrie en danger. Se trouvant em-
ployé à cette époque au ministère
de la guerre, il donna sa déuussion
lors de la retraite de Bernadotte, et
fut compris dans l'arrêté de déporta-
tion qui suivit le 18 brumaire an VIII
(9 nov. 1799) et l'attentat du 3 ni-
vôse an IX (24déc. 1800). Le premier
de ces arrêtés resta sans exécution,
et Aiarchand échappa au second par
la fuite. Pendant quelque temps, on le
crut mort, mais il reparut en 1804,
et fut mis en surveillance dans une
commune de la ci-devant I^orman-
die oii il mourut quelques années
plus tard. -Mabca^d (M- veuve)
rédigeait,'à Bruxelles, \e Journal delà
Guerre pendant les premières an-
nées de l'émigration, et s'acquit des
droits à la reconnaissance de plu-
sieurs familles françaises , par la con-
duite généreuse qu'elle tint envers les
(■•migres de toutes les conditions.
^ M— nj.
M VUCHAKD du Breuil (Char-
ues'-Fra^cois), né à Paris le 14 décem-
bre 1794, entra d'abord à l'Ecole Po-
lytechnique; puis, ayant suivi des
cours de droit, se (it recevoir avo-
cat En 1832, il fut nommé sous-
préfet à Blaye, et il en exerçait les
fonctions pendant la détention de a
duchesse de Herry dans la citadelle
de cette ville. Ce lut sans doute pour
i^écompense de sa conduite dans cette
occasion délicate (lue, dès lannee sui-
vante, il fut appelé .Ua préfecture du
département de l'Ain. En 183^^, d
vint à Paris, au moment ou des in-
surrections éclatèrent simultanément
à Lvon, à Saint-Éticnnc <t dans la
MAR
capitale. Le samedi 12 avril, il époti-
sa civilement mademoiselle Therriet;
le mardi suivant (13 avril), lorsqu'il
se disposait à se rendre à l'église
pour y recevoir la bénédiction nup-
tiale, un fusil, dont il s'était servi la
veille dans les rangs de la garde na-
tionale, et qui se trouvait près de lui
se dérangea : malheureusement l'ar-
me était chargée, le coup partit et le
frappa mortellement. D'après une
version, rapportée par quelques feuil-
les publiques, il aurait lui-même mis
Hn à ses jours : « M. Marchand ^n
.. Breuil, resté à Paris dimanche (13
.. avril), malgré les ordres du minis-
.. tre, qui enjoignaient à tous les pré-
>. fets de partir pour les départe-
,. ments, se promenait le soir avec
.. un de ses parents. Ils furent arré-
.< tés tous deux comme suspects : M.
.. Marchand ne put se faire relâcher
I. de suite, en déclarant qu'il était
. préfet, car on lui répondait que
>. tous les préfets devaient être à leur
« poste. Enfin le ministre de l'intë-
.. rieur le fit mettre en liberté, mais
.. en même temps il lui envoya sa
. destitution. C'est à cette triste nou-
" velle, qui vint le frapper au nio-
. ment où il allait se marier , qu'on
u attribue son suicide. > A ses obsè-
ques , M. l\enouard, conseiller-d'état,
prononça un discours qui eut deux
liditious, Paris, 183i, iu-8% de
12 pages. Marchand du Breuil avait
publié,' sous le voile de l'anonyme,
un ouvrage curieux, intitulé : Journée,
mt'worublcs de la révolutiou française,
Paris, 1826-27, Il vol. in-32 ; seconde
édition, augnuuitée d'un tableau iné-
dit «les mendires de la (Convention ,
nlhant le rapprochement des votes
émis par eux dans le procès de Louis
XVI, du sort que chacun des volants
a éprouvé , et du r*Me qu'il a joué
avunt, iiendant et aprè* la n'voluUon,
et d'un grand nombre d'autres pièces
juatificatives, Paris, i829, 2 vol. in-
8". Ces deux éditions sortirent des
presses de M. Marchand du Breuii,
frère de l'auteur ef alors imprimetir
à Paris. Z.
MARCHAXGY (Lotis-AsTots»-
François de ), magistrat et littérateur,
naquit, le 28 août 1782, à Clamecy
dans le Bourbonnais, où son père
était huissier. Une grande applica-
tion, une imagination vive et brillante
secondèrent si bien les soins donnés
à son éducation, qu'il fut nomme, par
le dii-ectoire du département de la
Nièvre, boursier à l'école do législa-
tion de Paris. Destiné ainsi au bar-
reau, il fit toujours marcher de front
avec les études de la jurisprudence les
distractions de la littérature, et de-
vint en 1808, à 1 âge de vingt -im
ans, juge-suppléant au tribunal de
première instance de Paris. Il avait
débuté, en 1804, par nn poème in-
titulé : Le Bonheur de In campagne ,
production assez faible, mais qui an-
nonçait tpielque talent poétique. En
1813 il publia la première livraison,
r'est-à-dire les deux premiers tomes
de l'ouvrage qui devait fonder sa ré-
putation littéraire : La Gaule poétique,
ou f Histoire de France considérée dans
ses rapports avec la poésie, F éloquence
et les beaux-arts. Ce livre singulier,
qui n'avait pas de modèle, mais qui
n'a pas manqué d'imitateurs, produi-
sit une grande sensation dans le pu-
blic , et eut six éditions de 181.3 à
1826 (8 vol. in-8»). Frappé des res-
sources rpie nos annales nationales
pouvaient offrir an génie des arts ,
l'auteur avait conçu le projet de re-
cueillir, à toutes les époques de notre
histoire, les événements propres à
inspirer le poète enthousiaste de son
pays. Marchangy interrogea les mo-
numents oublié*!, les chrojiiqiies ron-
Ullll.
MAR
<ar
temporaine» , pour en extraire les
faits qui pouvaient entrer dans son
cadre, et il en composa une suite de
récits qu'on ne peut lire sans intérêt,
ni quelquefois sans émotion, et qui
joignent à la vérité poétique un colo-
ris frais et brillant. Ces récits, qui em-
brassent tous les événements remar-
quables dont la teiTe des Gaules a
été le théâtre, depuis l'invasion des
Francs jusqu'à la fin du XVII' siècle,
sont hés les uns aux autres par un
précis rapide des faits, ce qui établit
dans l'ouvrage la seule unité dont il
soit susceptible. Jjorsque les deux
premiers volumes parurent, on re-
procha à l'auteur une ambitieuse
imitation du style de M. de Chateau-
briand. Les avis salutaires de la cri-
tique ne furent pas perdus pour
lui, et daixs le troisième, surtout
dans le quatrième volume de son ou-
vi-age, il renonça à l'enflure, à l'af-
fectation , pour écrire au gré de»;
hommes du goût le plus difficile. Les
feuilles de tous les partis (1) se réu-
nirent pour reconnaître en lui l'un
de nos écrivains les plus distingués ;
et son livre, devenu classique, a four-
ni plus d'une inspiration aux poètes
et surtout aux peintres. Tandis que
la Gaule poétique faisait une si bril-
lante fortune, l'avancement de l'au-
teur n'était pas moins rapide. D'ad-
mirateur enthousiaste de Napoléon ,
il était devenu royaliste fervent. Sub-
stitut du procureur impérial prés le
tribunal de la Seine en 1810, il fut
nommé, en 1814-, aux mêmes fonc-
tions près la Cour royale. Il acquit,
dès son début, une grande réputation
clans le ministère public. La première
cause qui fixa sur lui l'attention fut
celle de Vigier, le fondateur des
(1) V. Dussault dans le Journal de» lié-
bats , M. Jay dans la Minerve, Edme Uére«ii
daq» la Kertw cnctfclopéttùfue, eic
66
MAR
bains sur la Seine , lequel était sous
le poids d'une accusation capitale.Mar-
changy fit preuve d'une heureuse va-
riété de moyens et d'une éminente
sagacité, dans plusieurs causes inté-
ressantes, telles que celle de la Bio-
(jraphie universelle en 1811, celle du
sieur Revel, mmi outragé, et enfin
. elle du testament du prince d'Hen-
nin et des héritiers du maréchal
Lannes en 1816, etc. Mais c'est sur-
tout dans les causes politiques quil
déploya, on peut dire jusqu'à l'abus,
les heureuses qualités dont il était
doué comme orateur. Ses conclusions
dans le procès de deux écrivains roya-
listes, Fiévée en 1818, et IJergasse
en 1821 , furent loin de réunir tous
les suffrages, et marquèrent l'ori-
gine de ce système interprétatif, en
vertu duquel un accusateur, habile
phraséologue, peut faire dire à un
écrivain ce qu'il n'a ni écrit ni pense-
Le paiti libéral , qui trouvait tous les
moyens bons pour saper le trône des
Bourbons, accusa Marchangy d'avoir
suivi le même système dans l'affaire
de deux recueils polWques publiés
dans un sens fort opposé %ux doctii-
nes de Fiévée, l'Homme grh et le
Père Michel, il faut voir dans tous
les journaux révolutionnaires quelles
clameurs s'élevèrent contre lui ; mais
il parut y demeurer insensible , et,
dans toutes les occasions, il continua
de soutenir avec autant de courage
que de talent les prhicipcs monar-
chiques et conservateurs de l'ordre
social. Le réquisitoire le plus remar-
(juable de Marchangy est celui qu'il
donna dans l'affaire de la Rochelle.
Cette production , vrai chef-d'œuvre
sou» le rapport du style, était fait»;
pour porter une salutaire épouvante
dans tous les esprit»; mais ses cou-
rageuses révélations sur une con-
spiration flagrante contre les nionar-
MAR
chics, sur l'existence si bien cimentée
des ventes charbonnières , étaient des
vérités trop fortes pour paraître wai-
semblables aux yeux prévenus et
aveuglés de la plupart des hommes
qui tenaient alors les rênes de l'Etat.
Il n'a fallu rien moins que les faits
historiques qui, de toutes parts, ont
surgi depuis la révolution de 1830,
laquelle est en partie l'ouvrage de
ces mêmes ventes, pour étabhr à quel
point Marchangy avait vu profondé-
ment dans l'abîme où se précipitait
la branche aînée avec tant d'insou-
ciance, de faiblesse et de présomp-
tion. Quoi qu'il en soit , ce brillant
plaidoyei en faveur de la stabilité
du trône attira sur son auteur l'at-
tention du souverain (2). H fiit nom-
mé avocat-général à la Cour de cas-
sation. Mais là se borna l'action de
l'autorité. Marchangy fut alors tel-
lement honni par le libéralisme pour
ce grand méfait de révélation , il y
eut un concert si universel d'injures
et de fureurs contre l'intrépide ma-
gistrat, dans tous les rangs de l'oppo-
sition, que le ministère pusillanime
recula devant cette émeute de la
presse, il avait été nommé député
(1823) par le grand collège du dé-
partement du vNord ; d éprouva des
difficultés pour son admission, com-
me n'ayant pas payé, depuis un an
accompli, les contributions voulues
parla loi. Plusieurs membres parlèrent
eu sa faveur, d'autres parlèrent con-
tre lui. Le ministère n'osant pas se
prononcer, Marchangy mit fin à
ces débats en déclarant qu'il était de
bonne foi , quand il avait acheté une
propriété qui lui donnait le droit
d'être élu -, mais que deux sessions
ayant été cumulées dans une année ,
(2) A la méine époque, l'empereur Alexandre
lui envoya son portt'aii enrichi de diamants.
MAR
ses calculs avaient été dérangés , et
réconomie de ses dispositions dé-
concertée ; et que c'était , selon lui ,
ime sorte d'eflPet rétroactif que de
faire porter la peine d'une mesure ex-
ti^aordinaire et inattendue, à celui qui
avait compté sur la loi fondamentale
et sur un usage constant. Lafi'aire fut
renvoyée au bureau, dont le rappor-
teur proposa mi ajournement fondé
sur ce que Marchangy devait pro-
duire des extraits de rôle prouvant que
tlans d'autres départements il payait le
cens légal. La Chambre prononça l'a-
joumement à quinze joiu-s. Marchan-
gy ne profita pas de ce délai ; mais, à
la session suivante, ayant été nommé
par les électeurs de l'arrondissement
d'Altkirck (llaut-Rhin), il prit sans
difficulté séance à la chambre. I/in-
cident que nous venons de signalei
avait été, pour l'opposition, un su-
jet de ti'iomphe, et en même temps
avait prouvé combien le gouverne-
ment savait peu soutenir, contre la
malveillance des partis, ses plus dé-
voués défenseurs. On a prétendu
qu'au moment oii parut le réquisi-
toire de Marchangy sin- les société*
secrètes , il fut trouve si exact par
les affidés qu'ils condamnèrent à
mort son auteur. Mais ce fait ne pa-
raît pas pi-ouvé. Marchang>- en ftit
quitte pour les injures de quelques
écervelcs (pii l'insultèrent comme il
passait sur le pont des .Vi'ts. Sa con-
duite et ses principes avaient engagé
Monsieur, depuis Charles X, à l'appe-
ler à son conseil en 1818. Dans les
occasions les plus indifférentes, Mar-
changy témoignait hautement son
zèle pour les Bourbons. C'est ainsi
que , lors d'un banquet d'électeurs
royalistes qui eut lieu au mois de mai
1822 à la Chaumière, il porta le toast
suivant par allusion à la naissance du
duc de Bordeaux : A ceUe qui notis a
>L\R
67
réconciliés avec Cesperatiee! à celte
qui a fait mentir te crime ! Mar-
cbangv poursuivait glorieusement sa
carrière à la fois judiciaire et litté-
raire , car sa Gaule poétique était
à sa sixième édition et il voiait de
publier Tristan te voyageur, lors-
que, déjà vieilli avant l'âge par le
travail, il fut frappé d'une affection
«le poitrine au sortir de cette même
cérémonie hmèbre du 21 janvier,
qui, la même année, coûta la vie a
deux vieillards membres comme lui,
<le la cour de cassation (Brillât-Sava-
rin et Robert de Saint- Vincent). Tout
souffrant qu'il était , Marchangy ,
quelques jours après, s'exposa à sor-
tir pour solliciter mie place vacante à
l'Académie française. Nous nous rap-
j)elons même l'avoir vu trois ou qua-
tre jours avant sa mort dans les bu-
reau\du Moniteur, où l'avait conduit
l'intérêt de sa candidature. Il mourut
le 23 février 1826, à peine âgé de 42
ans. On peut bien dire de ce magisti at
<lont la constitution toute nerveuse
«;tait si frêle et dont le courage et la
témérité étaient invincibles, qu'il fut
im de ces êtres chez qui, selon l'ex-
pression proverbiale, ta lame use le
foureau. A ses obsèques, M- .Iules de
Marmier, gentilhomme ordinaire de
la Chambi-e et ami d'enfance du dé-
funt, prononça sur le cercueil quel-
ques paroles touchantes, entre autres
relles-ci : •' Magistrat aussi fidèle qu'in-
• tcgre , il eut aussi ce courage civil
' qui élève jusqu à l'héroïsme » . Quel-
ques jours après (22 février), Desèze,
premier président de la Cour de cas-
sation , s'exprima sur son compte
l'u ces termes : " l-es tiavaux même
•■ de la magistiatme ne suffisaient pas
a son ardeur noblement impatiente.
" il lui fallait encoie des succès d'un
autre genre, et ces succès il le«
■• chercha dans ks lettres... Sa bril-
68
MÂB
« lantc imagination qui l'emportait
. quelquefois malgré lui, lui fit même
« saisir, dans les annales de notre
« monarchie, des époques mémora-
« blés auxquelles il se plut à mêler
» des fictions de nature à répandre
» encore plus d'intérêt et de grâce
„ sur les tableaux qu'il ea retraçait.
« Il aspirait aussi en même temps à
« cette gloire si séductrice de la tri-
a bune, dont ses talents, ses excel-
u lents principes... le rendaient égalc-
« ment digne. Malheureusement ces
. travaux si multipliés dans lesquels
« il consumait ses jours et ses nuits,
. n'ont pas tardé à abréger sa vie.
» etc. " Marchangy a laissé une fille
unique, mariée à M. le baron d'Em-
bowski. Il avait eu le temps de mettre
la dernière main à un roman histori-
que plein d'intérêt, qui est en quelque
sortel'applicationde la Gaule poétique.
Contraint par le plan de cette première
composition de traverser rapidement
tous les âges de la France, depuis les
forêts des Druides jusqu'à l'olympe de
I.ouis XIV, l'auteur navait pu jeter
qu'un coup-d'œilsur les temps les plus
féconds. Mais dans Trintan le voyaçjeur,
on la France au XIV' siècle, il s'est at-
taché à peindre les mœurs d'une
époque; ce n'était pas assez d'avoir
fait dans cette vue des recherches la-
borieuses, il fallait les rendre attrayan-
tes , il fallait animer le sujet par une
action attachante, et c'est ce qu'il a fait
dans ce dernier ouvrage, remarquable
par l'éclat et la fermeté du style, et qui
n'est pas sans mérite sous le rapport
de la composition. (Quatre volumes
de Tristan avaient paru avant la mort
de l'auteui-. I-es deux derniers suivi-
rent r-n 1825. Quehpies lignes de
points lenninent la fin du 108'
chapitre, probablenicnt U'. dernier de
l'ouvrage. Marchangy avait rédigé
des Hâémoirvs hisioriquef pour l'ortlre
MAR
aouverain de Saint-Jean-de-Jérusalem.
etc., publiés. par la commisiion des
langues françaises (Paris, 1816, in-S").
Ce travail lui valut la décoration de
l'ordre de Malte. Il fut créé, en 1821,
chevalier delà I^gion-d'Honneur. Un
grand nombre de ses plaidoyers font
partie de la Collection du Barreau
français. Il a lai.ssé inédits un Essai
sur la génération sociale et sur l'im-
mortalité de l'âme ; des Mémoires sur
la révolution française ; un Voyage en
Suisse ; un Commentaire sur les cinq
Codes et un Commentaire sur la
charte, il avait en outre publié, seule-
ment sous sa lettre initiale, un petit
poème de circonstance : Le siège de
Danlzick, en 1813, par M. de M***
(Paris, 1824, in-8"). Tous ces travaux
indiquent combien fut pleine la vie de
ce magistrat littérateur, à qui l'on n'a
pu reprocher qu'une ambition trop
impatiente, sans doute, mais justifiée
du moins par le talent. On a accusé
Marchangy d'aller lui-même colpor-
ter dans les journaux les articles faits
par lui pour louer ses propres ouvra-
ges. On peut affirmer, dans tous les
cas, que cette tradition n'est pas morte
avec lui. D v. R.
MARCHANT (Nicol*s-Damas),
antiquaire, né à Pierrepont (Moselle),
le 11 déc. 1767, suivit d'abord les
armées comme mt-decin militaire.
Revenu dans ses foyers , il fut appelé
aux fonctions de maire de la ville (1<'
Metz, puis nommé conseiller de pré-
fectiue du département de la Mosel-
le. Dès lors il consacra ses loisirs a
l'archéologie , particulièrement à la
uumismatiquc. Il avait formé un ri-
ihc cabinet de médailles, de mon-
naies inédile», et une curieuse col-
lection de livres sur les diverses
branches des sciences , de la littéra-
ture et de l'histoire. Créé baron et
officier de la U=gion-d'Honneur , il
MAR
MAR
69
titait membre de plusieurs sociétés
savantes, nationales et étrangères,
entre autres de l'Académie royale de
médecine de Paris et de l'Académie
royale des sciences , lettres et arts do
Metz. Marchant mourut dans cette
ville le 1" juillet 1833. On a de lui :
I. Différents écrits sur des matières
politiques et économiques : 1" Jfis-
cours prononcé à la société populaire
de Metz , en faveur de la liberté de la
presse, Metz , 13 vendémiaire an III
(ocL 1794), in-i" de 4 pa{>es; 2° Let-
tre de 31*** à M*****, membre de la
Chambre pour le département de la
******* (Moselle), sur le système élec-
tif le plus convenable à la monarchie
française, 26 décembre 1815, Metz,
in-S" de 22 pages ; 3° Rapport fait au
conseil-général du département de lu
Moselle, sur la destination ultérieure
du dépôt de mendicité de Gerze, 1818,
in-S", avec deui tableaux; 4' Des
réunions des communes formant une
seule mairie. Opinion émise au con-
seil-général du département de la
Moselle, dans la session de 1818 , in-
8° de 20 pages ; 3° Société mutuelle
et gratuite de Metz. Réponse ii la der-
nière note officielle de M. Chedeaux ,
fondé de pouvoir d'une des compa-
gnies d'assurances à prime, 1819, in-
8" de 12 pages ; 6° Statuts de la so-
ciété anonyme d'assurances mutuelles
contre l'incendie , pour la ville de
MeU, 1820, in-8". II. Mélanges de
numismatique et d'histoire, ou Coi--
respondance sur les médailles et mon-
naies des empereurs d'Orient , des
princes croisés d'Asie, des barons fran-
çais établis dans la Grèce, des pre-
miers califes de Damas, etc., Metz,
1818, in-8''de 122 pages, avec4plan-
ches et 19 vignettes, dont 36 mé-
dailles et monnaies inédites du cabi-
net de l'auteur. Son ouvrage est com-
posé de douze lettres; il en donna
une continuation en quatorze autre»
letUes,qui ont été imprimées séparé-
ment de 1821 à 1829, et tirées à un
petit nombre d'exemplaires. L'érudi-
tion et les connaissances variées qu'il
a montrées dans ces Mélanges l'ont
placé au rang des numismates les
plus distingués de l'Europe. Enfin, il
a fomni aux journaux de la Moselle
beaucoup d'articles sur des sujet*
scientifiques et littéraires, entre autreo
deux Lettres sur la vaccine (10 ger-
minal an IX, 1801); une Lettre ar-
chéologique a M. de Jaubert (31 mai
1819); une Critique du Résumé de
r histoire de Lorraine, de M. H. Etien-
ne, 182o, etc. Il avait l'intention
d'insérer, dans les mêmes feuilles, uu
grand nombre d'articles politique*;
mais l'autorité locale ne le permit
pas. M. Ch. Dosquet a publié une xVo-
tice sur M. le baron Marchant (in-S"
de 12 pages), lue dans la séance de
l'Académie de Metz, du 1" juin
1834. Z.
MAllCILiXT de Beaumont (F.-
M.), né en 1769, à Paris, où il est
mort, le lî> août 1832, a publié un
grand nombre de compilations : I. Le
Conducteur de l'étranger à Paris, con-
tenant la description des palais , mo-
numents, etc., 1811, in-18, souvent
réimprimé. II. Manuel du pétition-
naire, Paris, 1814; 3' édition, 1826,
in-18. m. Souveau dictionnaire géo-
graphique de Vosgien, Paris, 1817;
1824, in-8", avec cartes. IV. Beautés
de l'histoirf: de la Hollande et des
Pays-Bas^ depuisjes Romains jusqu'à
ce jour, Paris, 1817; 3' édit., 1823,
Jn-12, avec gravures. V. Beautés de
l'histoire de la Chine, du Japon et
des Tartares , Paris, 1818, 1823,
2 vol. in-12, fig. VI. Beautés de
thistoire de la Perse, depuis Cyrus,
jusqu a nos jours, Paris, 1822 ; 2' édïL,
1825, 2 vol. in-12, fig. VII. Le Con-
70
MAB
ducteur a» cimetière de l'Esl on du.
Père-Lachaise , Paris, 1820, in-18,
avec planches ; 2' édit., sous ce titrée :
L'Observateur au cimetière, etc., 1821 ;
3' édit., sous le titre de Manuel, etc.,
1828. L'auteur en donna un abrégé ,
intitulé : Itinéraire du curieux dans
le cimetière du Père-Lachaise, Paris,
1825, in 18. IX. Cri de l'indignation
publique contre une monstmeuse or-
donnance rendue, le 5 mat dernier,
par Charles X, auquel elle fut dictée
pat Polignac et les Jésuites, Paris,
1830, in-8°. C'était une ordonnance
j-elative aux tombeaux des militaires.
Z.
MARCHE (Jean-François de i.a),
XXVI, 610, voy. hK Marche, LXX,
13. C'est le même personnage.
MARCHE COUKMONT (Ig> a-
i;F. HroARY de l v) , littérateur, naquit
à Paris, le 25 mars 1728. La dissipa-
tion de la jeunesse , de fréquents
voyages en Italie, en Allemagne, en
Pologne, des circonstances peu lavo-
rables , ne lui permirent pas de cul-
tiver avec assiduité les heureuses dis-
positions dont il était doué, et l'em-
pêchèrent d'acquérir ime réputation
que ses talents auraient pu lui pro-
curer. D'abord attaché, en qualité do
chambellan, au margrave de Rareith,
il obtint plus tard un brevet de capi-
taine dans les volontaires de Wurm-
ser, au service de France, lléformé à
la paix de 1763, avec une pension, il
mourut à l'île Bourbon, en dé«;embrc
1768. Au milieu des agitations de sa
vie, il trouva ceperrdant le .loisii de
composer quelques ouvrages : I. Let-
tres d'Ata ou (fun Péruvien, Amster-
dam, 174Î), 1760, in-12. C'est une
production fort médiocre, (jue l'au-
tcnr donna dans sa jcuncHS<;, poui-
faire suite a«i\ Lettres péruviennes de
M"" de (;ra(ïigny (woy. ce nom, XVlll,
263), avec lesquelles on a souvent
MAT, ^
réimprimé l'ouvrage de La Marche,
II. Essai politique sur les avantages
que la France peut retirer de la con- .
quête de l'île de Minorque, Citadella |
(Lyon), 1757, in-12, opuscule pubhé
à l'occasion de la prise de Minorque
par le maréchal de Richelieu, et dans
lequel on trouve des vues utiles pour
cette époque. III. Réponse aux diffé- |
rents écrits publiés contre la comédie
des Philosophes, 1760, in-12. On sait
quel débordement d'injures et de cri-
tiques cette pièce attira à son auteur
{voy. Palissot, XXXII, 420). La Mar-
che la défendit contre ses nom-
breux détiacteurs. dans l'écrit que
nous indiquons. IV. Essai d'un nou-
veau joui-nal, intitrilé le Littérateur
impartial, ou Précis des ouvrages pé-
riodiques, La Haye et Paris, 1760,
in-12. Ce journal, entrepris en société
avec Jacques FleuiT {voy. ce nom,
XV, 72), ne fut pas continué ; il n'en
a paru qu'un numéro. La Marche
avait fondé en 1754, sous le patro-
nage du duc d'Orléans, dont il était
officier, le Journal étranger, auquel il
travailla pendant quelques années
avec plusieurs littérateurs. Il fut auvsi
nu des collaborateurs du Nécrologe
des hommes célèbres de France, et il
a foiuni à cette collection V h: loge de
Stanislas, roi de l'olo^jne, inséré dans
\c. volume de 1769. L'éloge de la
Marche se trouve dans le même re-
cueil, vol. de 1770. P— «t.
MARCHES' A (Joskph), littéra-
Ifin-, naquit, en 1768, à Utrera,
«lans l'Andalousie. Ses parents lui H-
lont faire d'excellentes étwles, et le
destinaient à l'état ecclésiastique: mais
s étant livré ix la l.Klure des ouvrages
de la nouvelle école pliilosophique
française, malgré la sévère proliibitiou
q,ii les frappait en Kspagne , le jeonc
Marcbena ne tarda pas à numilester
des opinions «pii devaient lui attirer
MAR
les rigueurs de l'inquisition. Menacé
d'être arrêté, il se réfugia en France,
où la révolution venait d'éclater, et
où il fut accueilli avec empressement.
Ses talents , sa facilité prodigieuse a
parler et à écrire plusieui-s langues ,
lui permirent même de jouer un
rôle assez important, et lui valurent
l'amitié de Brissot et d'autres giron-
dins. Après le 31 mai, il se retira à
Caen avec Louvet et quelques autres
députés qui s'efforçaient de relever
leur parti ; mais, obligé de fuir, il fut
arrêté à Bordeaux et transféré dans
les prisons de Paris. Dans cette posi-
tion critique, il fit preuve de cou-
rage et de dévouement à la cause
qu'il avait embrassée. Robespierre, en
envoyant à l'échafaud Danton, La-
croix, Camille Desmoulins, etc., avait
épargné Marchena -, celui-ci ne crai-
gnit pas de le braver , et osa lui écrire
sur une feuille de papier : Tyran , tu
m'as oublié! Le tvran monta sur l'é-
chafaud à son tour, et Marchena, ren-
du à la liberté, fut admis dans les
bureaux du comité du salut public ,
et attaché à la rédaction du joumal
l'Ami des Lois, que dirigeait Foul-
tier; mais il perdit bientôt ces deux
emplois, soupçonné par son parti
d'opinions rétrogrades. Pour se ven-
ger de sa destitution , il lança con-
tre les chefs du parti U'iomphant ,
Tallien, Legendre et Fréron, plusieius
pamphlets qui lui attirèrent de nou-
velles persécutions et le firent pros-
crire, après le 13 vendémiaire, sous le
prétexte qu'il avait pris part au sou-
lèvement des sections de Paris conti-e
le pouvoir législatif. A cette époque,
un de ses amis l ayant renconti"é armé
d'un sabre qui était plus grand que
lui, dit en riant : Marchena y vous
êtes attaché à votre sabre. Amnis-
tié peu après, il reparut dans l'arène
de l'opposition en attaquant, dans
MAR
'^1
plusieurs pamphlets, le Directoire hii-
même, qui lui appliqua la loi sur les
étrangers, et le fit conduire, en juin
1797 , jusqu'à la firontièi'C suisse.
Mais sur la demande de Marchena, le
conseil des Cinq-Cents intervint et
lui confirma les droits de citoyen
français dont il avait paisiblement
joui pendant cinq années. Revenu ù
Paris , il fut choisi , pour secrétaire,
par le général Moreau, qu'il accom-
pagna à l'armée du Rhin. Pendant
son séjour à Bâie , Marchena fxit
l'auteur d'une mystification , qui eut
quelque retentissement. Il avait com-
posé une chanson fort leste, qui lui
attira une sévère réprimande de la
part de Moreau. Pour se disculper
auprès du général, il assura que cettp
chanson n'était qu'une traduction d'un
passage de Péti-one, encore inédit, et.
deux jours après, il présenta au géné-
ral un fragment qu'il disait avoir ex-
trait d'un manuscrit fort ancien de la
bibliothèque de Saint-Oall. Le Satiri-
con de Pétrone offre de nombreuses
lacunes, et Marchena, profitant de
cette circonstance, avait rempli Tune
d'elles avec tant d'art , que son inter-
polation semblait devenir nécessaire
à l'intelligence du récit, et faire par-
tie du texte. Il avait d ailleurs si bien
imité le ton, l'esprit et le style de
Pétrone, que , lorsque le pretendti
fragment fut publié, plusieurs savants
s y laissèrent tromper; on fit même
ime sorte d'enquête ; et lauthenticité
du fragment fut reconnue et annon-
cée dans les journaux par l'un
des plus célèbres critiques de I Alle-
magne. Marchena tenta , quelque
temps après, de renouveler la même
fraude pour Catulle. Il prétendit avoir
découvert dans un papvrus d'Hercu-
lanum quarante vers inédits de ce
poète; mais, cette fois, il rencontra
un rude jouteur dans M. Eischtaedt .
72
MAIt
professeur à léna ; et la inydtifieation
retomba sur son auteur. Moreau ayant
demandé à son secrétaire une statisti-
que de quelques contrées de l'Allema-
gne,Marchena, qui ne savait pas encoro
un mot d'allemand, se mit avec aj-
deur à l'étude de cette langue , et ,
chose incroyable! il parvint en peu
de jours à lire les principaux ouvra-
ges qui avaient été faits sur ce sujet.
Son rapport obtint les éloges des gé-
néraux et fut d'une grande utilité.
Lorsque Moreau revint à Paris,
Marchena l'y suivit, et lui resta
aussi attaché dans la mauvaise que
dans la bonne fortune. Ce ne fut
qu'en 1808 qu'il retourna en Es-
pagne avec Murât , qui l'emmena
à Madrid , comme secrétaire. A pei-
ne arrive, il fut arrêté par ordre
du grand-inquisiteur, qui, malgré
l'intervention du général français,
refusa de le mettre en liberté. Alors
Murât envoya délivrer son secrétaire
par une compagnie de grenadiers.
Quand le trône d'Espagne fut donné
à Joseph Bonaparte, Marchena iut
chargé de la rédaction du journal of-
ficiel, et iiommé chef de la division
des archives au ministère de l'inté-
rieur ; il obtint mémo de faire im-
primer , aux frais du gouverne-
ment, tous les ouvrages qu il tradui-
rait du français. Il fit rci)résentcr
en espagnol, sur le théâtre del Vrin-
fûpc , le Tartufe et le Mhauihrope de
Molière; sa traduclior) eut beaucoup
de succès et lui valut d'être nommé
«;hevalier de l'ordre que le roi Joseph
avait créé à son avènement. Eu 1813.
il suivit les Français dans leur re-
traite , et vint habiter successive-
ment Nhnes, Montpellier et Bordeaux,
f»ù il publia dos traductions de quel-
ques ouvra(;es de Voltaire , de Rous-
seau et de Montesquieu. J^a révolu-
tion [qui éclata ,^en 18;i0 l'attira de
MAR
nouveau en Espagne ; mais, repousse
par les hbéraux qui le considéraient
comme un afranr.esado ^ c'est-à-dire
comme une créature de l'ex-roi Jo-
seph, il se trouva dans un extrême em-
barras, et mourut peu de temps après
sou arrivée (janvier 1821), dans un
état voisin de la misère. Cependant ses
funérailles se firent avec quelque pom-
pe, et plusieurs discours furent pro-
noncés sur sa tombe. Marchena était
un très-petit homme, d'une figure de
tatyre, d'une fort mauvaise tenue, et
se croyant néanmoins fait pour plaire
à toutes les femmes, ce qui lui donna
souvent de grands ridicules. Ses ou-
vrages sont : 1" Réflexions sur les fu-
(jitifs français, Paris, 1795, in-8''. —
2° (En société avec Valmalette ) : le
Spectateur français , 1796, in -8".
tome I"^ , qui n'eut pas de suite. —
'.i" L'ssai de théolooie , Paris, 1797,
in-8°. Cet ouvrage fut réfuté par le
|)rofesseur lleckel. — 4" Fragmentum
Petronii ex bibliothecœ Sancti-Galli
untitiuissimo manufcripto e.xceq>tum .
iiunc primum in lucem editum : gai
lice vertit ne notis perpctuis illustra-
rit Lallctnandus, sacrœ thcologiœ doc-
lor, Dâle, 1800, in-8". C'est de ce
fragment qu'il a été parlé plus haut. —
.')" Description des provinces basques,
itisérée dans les Annales des Voya
fjes, — 6' Leçons de philosophie vuy
raie et d'éloquence, Bordeaux, 1820, 2
v.in-S". C'est un recueil «le morceaux
choisis, de poésie, d histoire, de phi-
losophie et d'éloquence, tirés des
meilleurs écrivains espagnols, et pré-
cédés d'un discours préliminaire sur
l'histoire littéraire de l'Espagne et sur
les rapport» <le ses vicissitudes avec
les vicissitudes politiques. Marchciia
a encore donne plusieurs traductions ,
dont le choix ,suflirait pour faire
connaître se» goûts et ses opi-
nions. Ce sont 1° Coupd'a-it su,
MAK
HAR
7S
Iti forcty topulencf et ta population
de la Grande-Bretagne, par le doc-
leur Clarke; ilarchenay a joint la
correspondance inédite du docteui'
Tucker, et de D. Hume, Paris. 1802,
in-S". — 2" HÉmile, de J.-J. Rou^-
?«au, Bordeaux, 1817, 3 vol. in-12.
— 3» Lettres Persanes de Montes-
quieu , Nîmes, 1818, in-S", et Tou-
louse , 1821, iii-12. — 4° Les Contes
de Voltaire, Bordeaux, 1819. 3 voi.
iu-12. — 0° *fanuel des inquisiteun,
à l'usage de linquisition d'Espagne et
de Portugal, par l'abbe Morellet,
Montpellier, 1819. in-8^— 6° L'Eu-
lope après le congrès d'Aix-la-Cha-
pelle , par de Pradt , Montpellier ,
1820, in-12. — 7° De la liberté reli-
gieuse, par Benoît, ibid., in-8°. — 8*
Julie, ou la Nouvelle Héloise, par
Jean-Jacques Rousseau , Toulouse ,
1821, 4 vol. in-12. Il avait entrepris
une traduction en espagnol de ['Essai
sur les mteuis et du Siècle de Louis
XIF, laquelle probablement ne tut
pas terminée et n'a pas vu le joui' ,
|)lus que sa notice siu- le poète espa-
gnol Mellendès Valdés. A — v.
MARCHE SI (Fius«;ois), ou
ZAGAXELLI, peintre né à Coti-
gnola, florissait en 1518. Il vint fort
jeune à P»avenne, oîi il reçut les leçons
de Kondinello, auquel il succéda et
dans son école et dans ses travaux.
C'était un coloriste du premier méri-
te; mais inférieur a son maîue dans
le des.sin et la composition. Ces dé-
fauts cependant sont loin de se faire
remarquer dans la fiaiueu.se Résui-rec-
tion de Lazare, qu'il a peinte à Clas-
se, ainsi que dans le Baptême de Jé-
xus-Clirist, qu'on voit à Faenza. U
a su, dans ces deux ouvrages, tem-
pérer la fougue de son génie , dis-
poser avec plus dintelligence ses
figures fort bdles. bien drapées, et
pleines d'originalité , quoique d'une
proportion ordinairement au-dessous
de nature. On fait aussi un cas extrê-
me d'un grand tableau de la Vierge
au milieu de plusieurs saints, qui
existe aux Observantins de Panne, et
dans le({uel il a introduit plusieurs
personnages célèbres de son temps.
On ne connaît rien de lui dont l'idée
ait plus de solidité, l'ensemble plus
d harmonie , la disposition plus d'art
et le» accessoires plus d'adresse, il a
douné à son coloris plus de douceur,
et a voulu surtout s y rendre propre
la manière de Mantegna. Il eut un
frère nommé Bemardino, avec lequel,
il peignit un tableau très-estimé de
la Vierge entre saint François et saint
Jean-Baptiste, dans une clia[)elle des
Observantins de Ravennc, et un au-
tre que l'on voit à Imola , dans le
couvent de» Réformés. Bernardino
ne se montra pas sans talent lorsqu il
peignit seul. On remarque, dans la
Charti-cuse de Pavie, un tableau où il
a mis son nom, ce qui peut servir à
lectiiîer Terreur dans laquelle est
tombé Crcspi, en oe faisant qu'un
seul des deux frères. — Jérôme
MiiRCUESi dà Cotignola, qui parait
être de la même famille , naquit
veis 1480, et fut élève de Fran-
cia. Ses portraits jouissent d'une ré-
putation supérieure à ses tableaux
d'histoire , et quelques-uns de ce»
derniers qne l'on voit à Rimini , jus-
tiBent cette préféience; mais il n'en
est pas de même de ceux qui existent
à Bologne; ces tableaux, peints dans le
stvle de son temps, repoussent entière-
ment un tel reproche. Celui que possè-
dent les Servitcs de Pesaro , et qui re-
prèseute la Marquise Ginevra Sfona
prosternée devant le trône de la Vier-
ge avec son Jils Constant If, est re-
marquable par la beauté de la pers-
pective. Ce tableau n'est point le seul
qu'il ait exécuté pour des familles
7^
MAR
souveraines. Son dessin a quelquefois
de la sécheresse, mais son coloris est
agréable; ses têtes ont de la majesté ,
et ses draperies sont bien disposées.
Les ouvrages que l'on connaît de lui le
placent parmi les meilleurs peintres
de l'ancien style. Appelé à Naples et
à Rome, sous le pontificat de Paul III,
ses travaux dans ces deux villes eu-
rent peu de succès , ce qu'il faut
plutôt attribuer à sa manière de
peindre, alors passée de mode, qu'à
son manque de talent. Il a mis son
nom à un tableau de Saint Jérôme ,
qu'il peignit, en 1520, pour les Con-
ventuels de Saint-Marin. Cette date
suffit pour réfuter l'erreur d'Orlandi
qui place la mort de Marchesi en
1518. Vasari et Baruffaldi le font
mourir sous le pontificat de Paul III,
vers 1550. — Joseph Mabchesi, sur-
nommé il Sa)iso7ie , né à Bologne
vers la fin du XVIl« siècle , fut
élève de Franceschini et de Milani.
Il s'est approché de la manière du
premier, dans son tableau de la
Fierge de Galiera , et l'opinion com-
mune est qu'il l'égale dans la science
du plafond, et dans le ton de la cou-
leur. C'est de Milani qu'il apprit la
science du dessin, quoiqu'il soit par-
fois un peu chargé dans les parties
du nu. Un de ses meilleins ouvrages
est /c Martyre de sainte Prisca, qui se
trouve dans l'église du Dôme de Ri-
raini, où l'on remarque une bonne
couleur et un grand nombre de belles
fipures. La Sainte Agnès du Domini-
quin parait l'avoir inspiré. J. Marclicsi
a encore exécuté beaucoup de ta-
bleaux i)our des galeries particulières.
Celui dans lequel il a représenté les
Quatre Saisons passe, aux yeux des
connaisseurs, pour un des plu» beaux
ouvrages de l'<>cole de Bologne. O
peintre uiouiut dans cette ville le 16
février 1771. P— s.
MAR
MARCHESI, vulgairement MAn-
cHESiNi ( Louis) , l'un des plus célè-
bres chanteurs parmi les castrats
italiens, était né à Milan en 1741,
et non vers 1755. Fils d'un trompet-
tiste milanais, il s'adonna d'abord à
l'étude du cor; mais, porté vers un
genre dans lequel il devait obtenir le
premier rang, jaloux des hommages
d'admiration dont étaient comblés les
soprani de cette époqu|, il se ren-
dit à Bergame, où il se fit opérer. Il
reçut des leçons de Fioroni, du so-
prano Caironi, du ténor Albuzzi ,
et ne tarda pas à être admis parmi
les élèves de la cathédrale. Il alla
à Rome , en 1774 , et débuta dans
un rôle de femme (une loi de ce temps
défendait aux femmes de paraître sur
la scène dans les états du pape) (1).
En 1775 , il revint à Milan et joua
long-temps les seconds rôles. A cette
époque, si fertile en chanteurs ex-
cellents, les acteurs du second ordre
regardaient comme un bonheur pour
eux de se trouver chaque jour en
scène avec des talents transcendants,
et ils devenaient souvent les rivaux de
ceux qu'ils avaient cominencé par re-
garder comme leurs maîtres. En
1779, Marchesi quitta l'emploi de se-
cond, et parut à Florence dans le
Caslore e Polluce, de Bianchi, et dans
l'Achille in Scim, de Sarti. Ce dernier
rôle lui acquit une réputation extra-
ordinaire; il se surpassa dans le dé-
licieux rondo : Mia speranza io pur
vorrei, et l'on n'a pas de peine à com-
prendre que depuis il ait tant de fois
répété ce niorcean. De retour à Mi-
lan, Marchesi devint l'objet de l'ad-
miration universt'lle ; l'académie fit
frapper une médaille en son honneur,
et tous les chanteurs le prirent pour
(1) Celle loi fut renouvelée en 1825, mais
il ne parait pas qu'elle ail été HÙ»e en vi-
gucur.
MAR
modèle. Il se fit entendre ensuite sur
les théâtres des principales villes d'I-
talie ; puis à Vienne , à Berlin, à Saint -
Pétersboui^, et enfin à Londres, où il
resta deux ans. Retiré du théâtre de-
puis 1790, il retourna en Italie, où il
vécut comblé d'honneurs et de ri-
chesses. L'excellence de sa méthode
a été si connue et si admirée, qiic
tout ce que l'on jwunait due à co
sujet ne saui*ait exprimer les sensa-
tions qu'il foisait éprouver. Crescen-
tini a pu seul donner une idée de la
pureté de son expression , de la net-
teté de sa voix. Maix-hesi éuùt de plus
excellent acteur, talent rare dans les
bons chanteurs. Il mourut dans sa
patrie en 1826. à l'âge de quatre-
vingt-cinq ans. Z.
MARCHETTI (Marc), ou ^fan
de Faenzu. du nom de sa ville natale,
florissait sou» le pontificat de Giv-
goire XIII (1572), et fut élève de Jaco-
pone Bertucci, peintre distingué de ce
temps. Personne n'eut plus que lui une
pi'atique fière, résolue et, comme di-
sent les Italiens, terrible, dans la pein-
ture à fresque. C'est surtout dans les
gt-otesqucs ou arabesqiia qu'il est resté
sans égal. .Personne mieux qne lui
ne savait mêler aux ornements des
traits d'histoire pleins de vivacité et
d'élégance et dont les nus sont une
véritable école de dessin. Tel est sur-
tout le Massacre dei Innocents qu'il
a peint dans le Vatican. C'est a lui
que Grégoire XIII, après la mort de
Sabbattini, confia les tiavaux qu'il fai-
sait exécuter. Côme 1'% grand-duc
de Toscane, l'emplova également à
rembellissement du Palais Fieux de
Florence. Il a peu tiavaillé dans sa
propre patrie: cependant on y con-
serve quelques-utis de ses tableaux à
l'huile, et l'on v montre, dans une des
rues, une voûte où il a peint des
fleurons avec des figures de monstres.
MAR
t5
d'une imagination pleine de richesse
et dont la beauté est telle qu'on les
prendrait pour un ouvrage des an-
ciens. Rien n'y est domié au caprice,
tout v rappelle la mvthologie et
une véritable connaissance de l'anti-
que. Marchetti mourut à Rome le 13
août 4588. P — s.
MARCHETTI (Jk4>), archoY-
que d'Ancyiv, était né à Empoli en
Toscane, le 10 avril 1753. Il fiit pr^^
en amitié par le cardinal Toireggiani,
son compatriote, qui se chargea des
frais de sou éducation. A la fin de ses
études il partit pour Rome,devintsecré-
tairc du duc Mattei ; puis ayant reçu
les ordres sacrés , il fut placé, par le
cardinal VitaUen Borromée, auprès du
jeune duc François Sibrza-Contarini ,
en qualité de précepteur. Une criti-
que qu'il publia de Y Histoire ecclé-
iiasticfue de Fleury lui attira les per-
sécutions des jansénistes, et lui fit
perdre sa place. Il se livra alors à
l'exercice de son ministère, et obtint
de la réputation comme prédicateur.
Ses conférences sur Itcriture-Sainlc ,
dans l'église de Jésus , attirèrent sui"-
tout un grand concours d'auditeurs.
Ses succès fixèrent lattention de Pie
VI, qui le nomma d'abord examina-
tour du clergé romain, puis président
du collège et de Féglise des .lésuitc».
Lorsqueles Français entrèrent à Romt",
en 1798, Marchetti fiit enfermé dans
le château Saint-Ange, puis barmi du
territoire de la république romaine.
Il reiUra alors dans sa patrie, mais
l'invasion de la Toscane par les ar-
mées fiançaises lui valut une nou-
velle incarcération, qui fut toute-
fois de courte durée. Après l'élection
de Pie VII, il revint à Rome, et se li-
vra tout entier à ses travaux. Lors-
que ce pontife eut prononcé Texcom-
munication contre Napoléon . Mar-
chetti- soupçonné d'avoir été le con-
76
MàH
seiller de cette mesure, fut exilé à
l'île d'Elbe, où il resta peu de temps,
car il obtint de se fixer dans sa patrie.
En 1814, il fut successivement nomme
archevêque d'Ancyre, in partibus,
gouverneur du fils de la relue d'Etru-
iie Marie-Louise, et administrateur
du diocèse de Rimini , avec le titre
de vicaire apostolique, n'ayant pas
voulu être évêque titulaire. U retour-
na à Rome sous le pontificat de Léon
XII, qui le choisit pour secrétaire de
la congrégation des évêques, dont il se
démit peu après. Il se retira pour lors
à Empoh, et y mourut le 15 nov.
1829. Il avait publié un grand nom-
bre d'ouvrages en italien, parmi les-
quels nous citerons : I. Critique de
rHistoire ecclésiastique et des dis-
cours de M. l'abbé Fleury. Ce livre a
obtenu plusieurs éditions, et a été
traduit en français , en allemand, en
espagnol. II. L'Autorité suprême du
Pontife romain, démontrée par un
seul fait, in-S". III. Les Raciniennes,
ou Lettres d'un catholique à un par-
tisan de l'histoire ecclésiastique de Bo-
naventure Racine, in-S". IV. Entr-e-
tiens familiers sur C Histoire de la re-
ligion avec ses preuves, 2 vol. in-8".
V. De l'Éducation civile et chrétienne
de la jeunesse , lettres critico-nwralcs,
2 vol. in-8''. VI. Les Devoirs du sacer-
doce chrétien, exposés en forme de re-
traite de trente jours, 'i\o\. in-8°. VII.
Leçons sacrées depuis l'entrée du peu-
ple de Dieu dans la terre de Chanaan,
jusqu'à la captivité de Rabylone,l\omc,
1803-1808, 12 vol. in-8". VIU. De
rÉglise, sous le rapport politique, 3
vol. in-8*'. Marchetti a, en outre, lais-
sé plusieurs ouvrages manuscrits. Z.
MAKCIIETTI (Gu'SEPPK Salva-
(,NOLi), poète italien, né à Cormota
près d'Empoli, le 8 septembre 1799,
a publié plusieuiR opuscules en vers
fort remanjuablcs, entre autres, une
MAR
traduction des Psaumes, et une des
glogues de Virgile. Il a inséré dans
quelques ouvrages périodiques , et
notamment dans le Giomale Arca-
dico et V Antologia , de bons articles,
de critique et de polémique littéraire,
Nourri de la lecture des auteurs de
l'antiquité et des classiques de sa pa-
trie, il les aimait avec passion et
voyait avec chagrin tous ceux qui
s'écartaient de leurs traces. C'est ce
sentiment d'admiration exclusive qui
lui dicta une brochure renfermant
une critique amère des hymnes sa-
crées de Manzoni. Il méditait depuis
long -temps un grand ouvrage histori-
que qui devait fonder sa réputation ,
Pour se hvrer uniquement aux re-
cherches que ce travail exigeait, il
refusa les offres des magistrats de la
république de Saint-Marin, qui l'invi-
tèrent à diriger les études du sémi-
naire de cette ville. La mort vint l'ar-
rêter dans l'exécution de tous ses
plans. Ce fut dans la maison pater-
nelle où il était venu passer quelques
jours et prendre, au sein des affec-
tions de famille, de nouvelles forces
pour continuer sa laborieuse carrière,
qu'il mourut le 16 déc. 1829. Z.
MAttCIIIX et non Marsin, com-
me l'ont appelé quelques historiens ,
(le comte Ikiiuinand de), maréchal de
France , naquit en février 1656. Son
père, d'une ancienne famille flaman-
de , fut d'abord colonel dans les trou-
j)es liégeoises, puis général en France,
et .servit en cette qualité dans l'armée
de Catalogne. Au bout de deux ans,
il devint gouverneur-général de cette
province , abandonna le service de
l'rancc, et passa dans les rangs en-
nemis, ce qui lui valut les plus grands
hoimeurs de la part de l'empereur et
des rois d'Angleterre et d'Espagne. Il
mourut en 1673. Cette même année,
son fils, à peine âgé de dix-sept an».
■HtAB
vint en France, et obtint une »ous-
lieutenance dans la gendarmerie.
Nommé brigadier , en 1688, il eut,
l'année suivante, un commandement
dans l'armée d'Allemagne, combattit
en Flandre, et fut blessé à la ba-
taille de Fleurus. Maréchal-de-camp
en 1693, il servit en cette qualité à
Nerwinde et à la prise de Charleroi.En
1701, Louis XIV le nomma lieute-
nant-général et ambassadeur extraor-
dinaire auprès de Philippe V, qui
voulut le faire giand d'Espagne.
Mais Marchin déclina cet honneur, et
il motiva ainsi son refus dans une
lettre à Louis Xr\' : = Étant absolu -
» ment nécessaire que l'ambassadeur
a extraordinaire de V. M. en Espa-
n gne ait un crédit sans bornes au-
a près du roi son petit-fils, il est aus-
» si absolument nécessaire qu'il n'en
« reçoive jamais rien, sans excepter
» ni biens, ni honneurs, ni dignités,
•" paixe que c'est un des principaux
» moyens pour faire recevoir au con-
" seil du roi cathoUque toutes les
" propositions qui viendront de la
<• part de V. M. " — « Quoique je
« ne sois pas surpris de votre désin-
« téressement , lui répondit le roi, je
« ne le loue pas moins; et, plus il
" est rare , plus j'aurai soin de faiie
a voir que j'en connais le prix, et que
f je suis sensible aux marques d un zèle
« aussi pur que le vôtre. • Marchin
accompagna ensuite PhiUppe V à Xa-
ples, et il se trou^ a au combat de Luz-
zara (9 août 1702), où il eut deux
chevaux tués sous lui, près de la per-
sonne du roi d'Espagne. Il revint
en France en 1703, et reçut de
Louis XIV le collier de ses ordres
avec le gouvernement d'Aire en Ar-
tois. Il servit dans la même année
sous les ordres du dauphin, et con-
courut à la prise de Brissac et au gain
de la bataille de Spire, qui fut suivie
>UR
77
de la prise de Landan. il passa en-
suite le Rhin, et alla joindre le duc de
Bavière avec un grand convoi. Ce fut
alors qu'il reçut des mains de ce prin-
ce le brevet de maréchal de France,
que Louis XIV venait de lui envoyer.
Il prit ensuite le commandement de
l'armée sous les ordi-es de l'Électeur, et
fut chargé du gouvernement d'Augs-
bourg, après la prise de cette place.
Au commencement de l'année 1704,
il rempoita quelques avantages sur
les impériaux , et se trouva à la mal-
heureuse journée d Hochstedt, où il fut
blessé, et sut néanmoins, par sa va-
leur et son exemple, maintenir le bon
ordre dans une retraite qui pouvait
être si funeste ( voy. Tailart, XLIV.
422). Il n'est donc pas vrai, comme
on l'en a accusé, qu'il ait été la caust*
principale de la perte de cette ba-
laille , et Saint-Simon même lui a ren-
du justice à cet égard. O qui prouve
mieux encore que, dans cette occa-
sion, la conduite de Marchin fut irré-
prochable, c'est que , la même année,
le roi lui donna le commandement
de l'armée d'Alsace , et le pourvut du
gouvernement de Valenciennes. Com-
mandant encore sur le Rhin en 1705,
avec le maréchal de Villars, ils forcè-
rent les impériaux à repasser le
fleuve, et dégagèrent le Fort -Louis.
En 1706, Marchin fut envoyé en
Italie pour y servir sous les ordres
du duc d'Orléans, et il se trouva,
le 7 septembre, à la bataille de Tu-
rin, où trente mille impériaux, sous
les ordres du prince Eugène, enlevè-
rent d'immenses lignes défendues par
quatre-vingt mille Français. Cet
événement fut, sans nul doute, un
des plus importants du règne de
Louis XIV, et les jugements que l'on
en a portés sont fort divers. Nous-
mêmes en avons attribué la faute à
Marchin. dan-s l'article du duc d'Or-
78
MAR
léans ( foy. ce nom, XXXII, 109).
Nous pensons aujourd'hui que ce
que Napoléon en a dit dans ses
Mémoires , publiés par le général
Vlontholon, est plus exact et mieux
fondé, et nous ne saurions mieux
faire que de nous appuyer d'une si
grande autorité : » On a justifié la
a conduite du duc d'Orléans devant
« Turin ; les historiens l'ont décharge
u de tout blâme. Le duc d'Orléans
« était prince, il a été régent, les é-
u crivains lui ont été favorables, tan-
« dis que Marchin, resté mort sur le
« champ de bataille, n'a pas pu se dé-
<i fendre. On sait pourtant qu'il pro-
.. testa en mourant sur le parti que
« l'on avait pris de rester dans les li-
.. gnes. Mais quel était le général en
» chef? Le duc d'Orléans. Marchin,
» Lafeuillade,Albergottiétaientsousses
u ordres. Il dépendait de lui de pren-
« dre ou non les avis d'un conseil de
« guerre. Personne ne lui a refusé
u obéissance. S'il eût donné l'ordre à
« l'armée de sortir de ses hgnes, s'il
« eût donné ordre à la gauche de pas-
u ser la Doire pour renforcer la droi-
» te, s'il eût donné positivement or-
» dre à Albergotti de repasser le Pô,
« et que les généraux eussent refusé
« d'obéir, le prince serait disculpé
a Si l'absurde anecdote que l'on a col-
u portée, que le duc d'Orléans n'était
u général que de nom, et que Marchin
» était investi d'un ordre secret dn
., roi pour commander, était en cf-
« fet vraie, le duc en acceptant un
.. pareil rôle à l'âge de trente-deux
« ans , aurait fait une chose contraire
,. à l'honneur, digne de mépris, et (|ui
« aurait couvert de honte le dernier
» gentilhomme. Marchin était muni
« d'une recommandation du roi, pour
« que le jeune prince écoutât ses
« avis; voilà tout. Le <luc d'Orléans
.. était le général en chef reconnu par
MAR
" les généraux, les officiers et les sol-
» dats ; aucun ne refusa et n'eût re-
« fusé de lui obéir ; il est donc res-
« ponsable de tout ce qui a été fait. »
Ainsi, d'après l'opinion de Napoléon,
qui était allé sur les lieux , et qui avait
observé le champ de bataille avec
soin , le malheureux Marchin ne fut
que le bouc-émissaire de ce revers fu-
neste. Blessé grièvement à la cuisse,
dès le commencement du combat, il
fut fait prisonnier de guerre et trans-
porté à Turin, où un chirurgien du
duc de Savoie lui coupa la cuisse. Il
expira quelques heures après, disant
à l'ambassadeur d'Angleterre qui vint
le visiter, et qui l'a souvent répété :
" Croyez au moins, Monsieur, que ça
(' été contre mon avis, que nous avons
» attendu dans nos lignes... » Le duc
de Savoie lui fit faire de magnifiques
funérailles, et il fut enterré dans la
cathédi'ale. Saint-Simon, qui n'aimait
pas le maréchal, et qui était au con-
traire, comme l'on sait, fort enclin
pour le duc d'Orléans, a aussi fait de
cet événement im récit à peu près
semblable, et il le termine par un
portrait à sa manière et dont les cou-
îenrs sont fort rembrunies : « Mar-
« chin, vers le milieu du combat , re-
« çut mi coup qui lui perça le bas-
'. ventre et lui cassa les reins. Il fut
» pris en même temps, et conduit
. dans une cassinc voisine. Il deman-
.. da une seule fois si M. le duc d'Or-
" léans était tué. Arrivé là avec un
" aide-de-camp et deux ou trois do-
« mestiques, il envoya chercher un
» confessein-, dit quelque chose sut
u ses affaires , mit dans un paquet ,
u pour M. le duc d'Orléans, la letuc
.. (|uc ce prince avait écrite au roi
.- contre lui , et qu'il lui avait lue et
u confiée pour l'envoyer lui-même ,
.> no voulut plus entendre parler que
.' de Dieu et mourut dans la nuit. On
MAR
» trouva paimi ses papiers des misères
- innombrables et un amas de vœux
» plus que surprenants, un désordre
• immense dans ses affaires, et des
dettes six fois plus qu'il n'avait de
bien. C'était un extrêmement petit
iiomme, grand parlem-, plus grand
. courtisan, ou plutôt grand valet,
- tout occupé de sa fortune, sans tou-
tefois être malhonnête homme, dé-
- vot à la âamande, plutôt bas et
« comphmenteur à l'excès que poli ,
- cultivant, avec un soin qui l'absor-
" bait, tous ceux qui pouvaient le ser-
- virou lui nuire; esprit futile, léger,
« de peu de fonds, de peu de juge-
u ment , de capacité , dont tout 1 art
" allait à plaire. •• Le maréchal Mar-
chin mourut sans avoir été marié, et
sa famille finit avec lui ; ce qui fait
sans doute que personne n'ayant pris
intérêt à sa mémoire, peu de biogia-
phes lui ont consacré un artide. Ce-
pendant on publia sous son nom
une relation de la Campagne d'Alle-
magne en l'an 17(H , Amsterdam,
1742, 3 vol. in-12. M— Dj.
MARCHEVI (JEàs-FRAsçois), na-
quit à Verceil le 20 avril 1713. Après
avoir fait de brillantes études au col-
lège des Jésuites, il embrassa létat
ecclésiastique et alla étudier la théo-
logie à l'université de Turin. Reçu
docteur à la fin de 1735, il fut admis,
trois mois après, à laggrégation, ce
qui lui ouNTÏt la voie de l'enseigne-
ment universitaire. Lorsque l'on for-
ma, en 1738, mie faculté de belles-
lettres, Marchini, qui s'était déjà fait
une réputation d'éloquence, fut com-
pris parmi les membres de la nou-
velle faculté. Nommé en 1745 pro-
fesseur de théologie à Verceil, il rem-
plit en même temps les fonctions de
préfet des études, et dednt le con-
seiller intime de Mgr. Solaro, qui le
chargea de rédiger les articles du sy-
MAR
79
node diocésain tenu en 1749. Quel-
ques aimées après, il était rappelé à
Turin par le roi Victor -Amédée, afin
d'occuper à l'Université l'importante
chaire d'Écriture-Sainte et de langues
orientales. Son discours d'ouverture,
prononcé en présence du magistrat
des études, des professeurs et des
docteurs agiégcs de toutes les facul-
tés, fut fort applaudi et méritait de
l'être, soit par l'élégance de la lati-
nité, soit par la profondeur et la jus-
tesse des pensées. Le sujet était Fin-
troduction à l'étude de l'Écritore-
Sainte. La suite de son enseignement
répondit à l'éclat de son début et il
ne cessa de professer jusqu'à sa mort,
arrivée le 9 septembre 1774. Mar-
chini avait été l'ami de plusieurs
hommes célèbres, tels que le marquis
Scipion Maffei, BiancbinL, de Vérone,
et l'orientaliste de Rossi, de Parme ;
ce dernier fut son élève. On lui a
élevé mi monument dans l'église de
Saint-François-de-Paule, et sa biogra-
phie a été insérée dans l'Histoire de
la littérature verceillaise, par l'au-
teur de cet article. On a de Mar-
cliini : l. Essais de poésie hébraïque,
Turin, 1755, in-8°. IL Prœlectio ad
:ttudia sacrœ scripturve habita in regio
aihenœo, Tuiin, 1756, in-4''- IlL
Tractatus de divinitatc et canonicitate
sacrorum librorum sive in communia
sive in particulari de diversis scrip-
turarum editionibus ac versionibus^
avec un appendice des Instituiiones
linguœ hebraicœ, Turin, 1762, in-^".
IV. De chronologia sacra et de non-
uiillis apparenter sibi cont>xidicen->
tibus ac frequentioribus in ea occur-t
rentibus idiotismis, Turin, 1763, in-4%
V. Tractatus in loca difficiViora Novi
Testamenti, Turin, 1767, in-8". VI.
Dissertationes in loca difflciliora sa-
crce scripturce, manuscrit que fauteur
• laissé tout prêt pour l'impression.
m
MAR
— Marchini avait deux frères, dont
l'un fut avocat et poète, et l'autre
professa la philosophie au couvent de
Saint-François à Ferrare. G — o — y.
MARCHIOIVE, architecte et
sculpteur d'Arezzo en Toscane, flo-
rissait dans le XIIP siècle, il fut
choisi par le pape Innocent III, pour
élever à Rome \ Église et Y Hôpital dn
Saint-Esprit in Sassia, réédifiés dans
la suite par Paul m,Y Église de Saint-
SylvestTe^XdL Tour de Conti, ainsi nom-
mée parce que le pape était de cette
famille; et dans Sainte-Marie-Ma-
jeure, la Chapelle de la Crèche, qui
fut reconstruite par Sixte -Quint.
Dans la ville d'Arezzo, sa patrie, il
érigea l'église paroissiale ainsi que le
Campanile ou clocher. La façade était
composée de trois rangs de colonnes
les unes sur les auUes, toutes de di-
verses dimensions, les unes très-
grosses, les autres au contraire très-
minces, sculptées du haut en bas ;
les unes comme enveloppées de feuil-
lages de vigne, les autres accouplées
deux à deux, ou formées en faisceaux
de quatre à quatre, et la plupart
supportées par des espèces de mas-
sifs représentant divers animaux non
moins remarquables par le travail
que par l'originalité de l'invention.
Cependant le tout formait un ensem-
ble où la bizarrerie faisait disparaî-
tre le naturel et les proportions. Mais
tel était alors le goût général de l'ar-
<;hitecture. Tout artiste qui était on
même temps sculpteur, affectait de
manifester son talent en scidpUne
dans chaque partie d'un édifice. Le
grand art était d'entasser une foule
d'ornements sans se soucier des pro-
portions et des règles si chères aux an-
(îiens ; et , Marchione vivant dans un
siècle où les saines théories n'étaient
plus connues, on ne peut s'étonner
si b plupart de »e» ouvr»fl[e« sont
MAR
surcharges de sculptures sans goûl
et sans discernement ( voy. Luzar-
CHES, XXV, 501 , note t.) — Mar-
cHioNi (Charles), sculpteur et archi-
tecte habile, naquit à Rome, en
1704. C'est à lui qu'on doit le Mau-
sole'e de Benoît XIII, placé dans
l'église de la Minerve. Il est égale-
ment connu par d'autres travaux
qu'il a exécutés tant .à Rome qu'à
Sienne. Comme architecte il a cons-
truit le Palais de la grande villa Al~
bani, le hras neuf du port d'Ancône,
et la qrande fabrique de la nouvelle
sacristie de la basilique de Saint-
Pierre de Rome. Il avait un talent
remarquable pour dessiner à la plume
des bambochadcs, recherchées des
amateurs. Son caractère et ses qua-
lités ne lui avaient pas acquis une
moindre estime que ses talents. Il
mourut à Rome en 1780. P — s.
MARCHIS (Alexis de), peintre de
paysages , né dans le royaume de
Naples, au commencement du XVIIl*"
siècle, travailla à Rome, où il a laissé
des ouvrages recommandables dans les
palais Ruspoli et Albani.Mais c'est sur-
tout à Pérouse, à F rbin, et dans quel-
ques autres villes des États romains ,
que l'on conserve ses plus belles pro-
ductions. Il excellait à peindre les in-
cendies; et, pour donner plus d'exac-
titude à ses tableaux, on prétend qu'il
mit le feu à une meule de foin. Ar-
rêté pour ce dt'lit , mis en juge-
ment et condamné à plusieurs an-
nées de galère, il en sortit «ous le
pontificat de Clément XI, pour le-
qtiel il embellit le palais que ce
pape avait à Urbin, en y peignant
des vues d'architecture, des perspec-
tives et des marines d'une grande
beauté. Son style se rapproche de
celui de Rosa di Tivoli , plus que de
celui d'aucun autre maître. Son clief-
d'opuvrc, représentant YincenJir dr
Troie, appartient à la famille 2kut-
proni , à Urbin. il voulut y déployer
tout son talent, qui se fait remarquer
jusque dans les figures ; cependant
il n'y a ordinairement à louer dan*
ses ouvrages que la verve, le bon-
heur du pinceau, la vérité du co-
loria, particulièrement lorsqu'il peint
des feux ou des ciels sombres et
jaunâtres , l'accord et l'harmonie
de l'ensemble; mais les détails sont
en général lâches et exécutés san*
soin. Il eut un fils, paysagiste comme
lui, mais dont le talent était inférieur.
P— .^.
MARCIEU (PiesKK Émé, comte
»►;), issu d'une des plus anciennes et
plus illustres familles du Dauphiné.
naquit en 1686. Il était fils de Guy-
Balthazar, marquis de Marcieu et de
Boutières(I), gouverneur de (Grenoble
et de la vallée de Graisivaudan, et de
'\Iarie do Grollier, fille du comte de ce
nom, maréchal de batailles. Le comte
Pierre de Marcieu puisa clans l'exem-
ple et dans les leçons di' ses nobles
parents ce caractère chevaleresque et
religieux empreint des traditions du
moyen-âge, qui le distinguait surtout
rfu milieu du relâchement et des dé-
^^ordres de la cour du régent. Ce
prince l'emplova dans des missions
de confiance en llspagne et en Pié-
mont, où déjà il était connu et appré-
cié. Il servit dans le régiment de la
«".ouronne, depuis 1700 jusqu'en
1719, époque oii il devint colonel du
régiment des Vaisseaux. Promu au
grade de brigadier en 1721, à celui
de maréchal-de-camp en nW, fait
inspecteur-général d'infanterie dans
la même année, il fut nommé lieu-
tenant-général le 20 fc\Tior 1743.
il) Ce marquisat pro>enait d'un de se»
ancêtres, le chevalier de Boutières , parent
•H compagnon d'armes de Bavard, et qui
contribua beaucoup au ;aài de U bataille de
Oensoles.
IKXiÙ.
YUi:
81
commandant de la province du Datt^
pbiné le l"*^ août suivant, puit» du
corps darmcH; français sous les oi-
dres de l'infant don Philippe dEs-
pagne. Le 25 mars 1766, il reçut let^
insignes de commandeur de l'ordre
de Saint-Louis, et plu» lard ceux de
giand'crois. Le 2 mars 1777, Mon-
viVur, frère du roi Louis XVI, en sa
qualité de grand-maitre des ordres de
-NoUe-Uame-du-Mont-Garmel et de
•Saint-Lazare, lui fil délivrer les provi-
sions de la comiuanderie de Reims.
Marcieu joignait aux avantages d'une
taille élevée et d une belle figure , la
pinidence, l'habilité d'un homme d'état
et l'amabilité séduisante d un homme
de cour. Il était venk; dans la litté-
rature latine, et po|^dait »me con-
naissance profonde de toutes le»
i>ranches de la science militaire. Ji
parlait avec ime égale facilité l'espa-
gnol, l'allemand et l'italien. Indépeo-
datument des nombreux mémoires
militaircis dont il a enrichi le dépôt de
la guerre, il eu a laisse de fort curieux
sur la campagne des Alpes, en 1743.
\ lépoque de la disgrâce d Albéroni,
il eut la missiou de recevoir à la
frontière «l'Espagne , et d'accompa-
gner jusqu'à celle d'Italie ce ministre
disgracié, et de veiller a ce qu'en tia-
versant le royaume il n y renouât
pas des inuigiies avec les ennemis de
l'État. L'affaire de la Bretagne n'était
pas encore terminée. Le comte de
Marcieu mit, dans rexécution des or-
dres que lui avait donnés lednc d'Or-
léans, la plus aimal^le courtoisie et une
délicates^se de procédt^s qui touchèrent
e.\trémt;ment Albéroni. Ce ministre
dont la haute fortune venait d'être
renversée d une manière si brusque et
si imprévue, livré aux tourments d'uni'
ambition déçue, que la violence et:
l'impétuosité de son caractère rea-^'
daient plu> t.i-vkelU' encore, trouva du
82
MAB
soulagement à ses peines dans les con-
solations que lui prodiguait le comte
de Marcieu, Ce n'était pas une des cir-
constances les moins singulières des
vicissitudes de la fortune du cardinal,
que de voir l'homme naguère tout-
puissant, qui avait gouverné l'Espagne
et rempli l'Europede ses intrigues, déjà
usé par l'âge et surtout par le fardeau
des affaires, ne recouvrer le calme et
l'énergie de sa raison que dans les en-
tretiens ou les conseils du jeune co-
lonel que le régent avait chargé de
l'accompagner. Animée, substantielle,
pleine de saillies et d'intéi'ét, la con-
versation de cet officier ne cessait
pas un moment de charmer le car-
dinal ; parfois, elle lui faisait ou-
blier ses disgrâces ; et alors, le minis-
tre déchu, retrempé par la philoso-
phie élevée et consolante de son bril-
lant compagnon de voyage, ne com-
primait plus l'élan de sa reconnais-
sance, lui révélait avec épanchement
les détails les plus importants des
plans qu'il avait formés pendant sa
toute -puissance. D'autres fois il lui
découvrait les particularités les plus
secrètes des intrigues qui avaient
agité la cour d'Espagne. Ce fut ainsi
qu'il confia au comte de Marcieu
que la nouvelle reine avait été chai'-
gée de réaliser l'éloignement de la
princesse des Ursins, dont la dis-
grâce avait été concertée entre les
deux rois. En y mettant toutes les con-
venances, le comte de Marcieu ne se
conforma pas moins aux instructions
du régent , avec une prudence admi-
rablement calculée. Ainsi, le cardinal
ne reçut pendant ce trajet aiicMne
sorte d'honneurs; on lui fit parcourir
jusqu'en Provence, où il s'embarqua
])our Gènes, une route combinée de
manière à éviter les villes et les bourgs
<le (jueUjue importance. I,c régent
loua beaucoiip le romtiC de Marcieu ,
MAR
dans ses lettres particulières qui, avant
1789, étaient conservées au château
du Touvet, de ces dispositions et de
leur réussite; il laissa éclater toute
sa joie, lorsqu'il apprit l'embarque-
ment d'Albéroni pour Gênes, il était
débarrassé d'un ennemi pei'sonnel
qu'il avait puissamment contribué à
renverser. Tout obstacle au rappro-
chement des cours de France et d'Es-
pagne, et à la conclusion de la paix,
disparaissait avec le renvoi du car-
dinal. Pendant l'année 1748,1e comte
de Marcieu, dont l'administration
éclairée se faisait distinguer par un
mélange d'énergie, de douceur et de
dévouement aux intérêts du roi et
de la monarchie, réussit à surpren-
dre les menées que le parti protestant
entretenait avec les ennemis de la
France. Ces intrigues, dont le but
était de favoriser les armées qui me-
naçaient nos frontières, avaient leur
foyer principal à Genève , d'où par-
taient des émissaires chargés de pé-
nétrer dans les montagnes du Dau-
phiné, où il existait de nombreux
sectaires de Calvin, De là ils se ré-
pandaient dans le Vivarais et sur-
tout à Nîmes. Le comte de Marcieu
sut paralyser les sourdes et crimi-
nelles manœuvres dont il avait, dès
leur naissance, révélé l'existence à
la cour. Pendant son commandement
en Dauphiné, il eut des démêlés avec
le parlement, pour une question d'é
ti(|uette où il soutint, avec autant
d'esprit que de mesure, les droits du
gouverneur de la ville de Grenoble,
<lont le marquis de Marcieu, son ne-
veu, exerçait les fonctions. Il mou-
rut en 1778, âgé de 92 ans. Le comte
de Marcieu fut un modèle de dévoue-
ment au roi , à la patrie, et de désin-
téresscuïcnt. Il avait sacrifié une par-
tic de sa fortune au service mili-
.lains Voici ce qu'il <5crivail , lo 25
Mak
décembre 1761, au duc de Choiseul,
ministre de la guerre : » Monsei-
» gneur, je reçois, avec bien de la
» reconnaisance , la gracieuse lettie
" dont vous m'honorez le 13 de ce
• ^is, en m'annoncant l'ordre que
» que vous venez de donner à M. de
» Boullongne, pour me faire payer le,s
• quatre premiers mois de mon trai-
• tement de cette année, en qualité <lo
» lieutenant-général employé en Dau-
" pliiné. Ce petit secours ne pouvait
" me parvenir dans un plus prcs-
« sant besoin, à tous égards, puisque
" j'ai mangé plus de deux cent mille
« livres de mon bien au serince du roi,
« principalement pour soutenir aver
dignité, depuis dix-neuf ans, \c corn-
■ mandement de cette province que
" Sa Majesté voulut bien <-onfier à
» mes soins, en 1743, non par dos
« lettres de service, mais par des
" ordres et commissions particulières
1 qui m'y ont fait regarder comme
» placé, article que je crois devoir
« mettre sous vos yeux par les copies
• ci-jointes, à la suite desquelles vous
» pouvez voir qu'il m'est redà, par
« MAI. les trésoriers, plus de nonante-
u six m j7/e /ù'res, arrérages trop con-
• sidérables pour un douzième lieu-
• tenant-général des années du roi ,
« servant depuis 1700, âgé de 73
» ans, criblé de neuf blessures et
«• épuisé dans ses facultés, s'étant
» même privé de la dernière ressour-
• ce en faisant porter le premier à la
• monnaie toute sa vaisselle d'argent,
• afin dedonnerexempleenDauphiné
» pour les besoins de l'État. » — Mar-
r.iTX (Guy-Balthazar Émé, marquis
de), né en 1721, était fils de Laurent-
Joseph Émé , marquis de Marcieu ,
gouverneur héréditaire de la ville,
citadelle , arsenal de Grenoble et
vallée de Graisivaudan, et lui suc-
céda dans eette charg»?. Il manifesta
MAP»
83
de bonne heure une vocation décidée
pour les armes, et une grande aptitude
pour les sciences et les lettres dont il
s'occupait dans les loisirs que la
guerre lui laissait. Il débuta par étie
enseigne en la compagnie colonelle
du régiment Royal-Vaisseaux, le 22 dé-
cembre 1731, et se comporta vaillam-
ment dans les campagnes de 1733 et
1734, à l'armée d'.\llemagne. Nommé
capitaine de la même compagnie, il
passa, le 29 octobre 1739, dans les
gendarmes de la garde du roi avec le
grade de guidon. Devenu mestre-de-
camp de cavalerie, il mérita par sa
bravoure les suffiages de ses chefs à la
bataille de Fontenov. Le 1" mai 1746,
il fut placé comme brigadier de cava-
lerie dans l'armée commandée par le
maréchal de Saxe, et fit la campagne
de Flandre, qui fut terminée par la
bataille de Raucoux. Le 12 janvier
1747, il passa, en qualité de briga-
dier de cavalerie, sous les ordres du
comte de Marcieu, commandant en
chef de la province du Uaupbiué.
Dans la même année, il fut employé
à l'armée du maréchal de Bélle-
Isle , et prit part aux combats de
Lantosca et de Castel-Doppio ; il
fut maintenu dans ce grade à l'ar-
mée du même maréchal , quand il
vint commander à la frontière des
Alpes. Par brevet du 13 mars 1748,
il fut nommé capitaine-sous-lieute-
nant des gendarmes de la garde du
roi, et le 18 mai suivant, il fiit élevé
au gi-ade de maréchal-de-camp. Par
commission du roi, il fut, le 1"^ juin,
attaché à larmoe qui s'assemblait
sur les frontières d'Italie, sous les
ordres du maiéchal de Jîelle-Isle. Le
marquis de Marcieu reçut du roi, en
décembre 1748, l'honorable mission
d'aller à Cliambéi-y auprès de l'infant
don Philippe d'Espagne, pour pren»
dre les ordre< de ce prince, tant sur
6.
84
MAB
le passage de l'infant en Dauphind
que pour régler la marche des trou-
pes espagnoles qui devaient éva-
cuer la Savoie. Le marquis de Mar
cieu, atteint de la petite-vérole, mou-
rut en 1733, sans laisser de postérité,
à son château du Touvet, près Gre-
noble, âgé de 32 ans. G — h — d.
MARCIEU (Pierre Émk, marquis
dk), et de Boutiéres, frère du précé-
dent , et neveu du comte Pierre de
Marcieu, naquit en 1728, du mariage
de Laurent-Joseph, marquis de Mar-
cieu avec Françoise-Gabriclle de Mis-
tral de Montdragon, fille du marquis
de Montmirail. Par letti'e du grand -
maître de Malte d'Espuig, il hit nom-
mé page de ce chef de l'ordre , le 27
novembre 1739, et par brevet du 10
juin 1740, il débuta à lage de 12 ans
en qualité de cornette de la 2* com-
pagnie du régiment de cavalerie de
fiouchefolière. Il montra beaucoup de
valeur et de talent dans la campa-
gne de Bohême, dans celles d'Alle-
magne et de Flandre , et surtout à la
retraite de Prague. Le 26 août 1743,
il fut nommé capitaine d'une des
compagnies du régiment de cavalerie
de Royal-Pologne. Le 17 mars 1743,
sur la démission du comte de Marcieu,
il le remplaça dans le gouvernement
de Valence ; et le 3 avril 17i7, il fut
nommé colonel du régiment des
Landes (infanterie), étant à peine âge-
de 19 ans. Le 19 juillet suivant ,
à l'attaque des retranchements du co!
de l'Assiette, où il commandait son ré-
giment et la brigade do Bourbonnais,
il se couvrit de gloire , et reçut, eu
montant à l'assaut, les hiessiu-es les
plus graves. Par commission du 1"
janvier 1748, il fut nouuué mcstreKk-
camp du régiment de cavalerie de
Beaucairi-, qui prit le nom de Marcieu.
Le 25 mars suivant , il alla à Mons
prendre le commandement de ce n.^
MAR
giment qui faisait partie de l'aimée
du comte de Saxe. A cette occasion, le
comte Pierre de Marcieu , son oncle ,
écrivit la lettre suivante au maréchal
de Saxe : « Monseigneur , [quoique le
• chevalier de Marcieu , mon ne^u,
« soit encore assez recommandé paries
" cruelles blessures qu'il reçut le 19
« juillet dernier à la tête de son ré-
" giment des Landes et de la brigade
« de Bourbonnais à la malheureuse
" affaire de fAssiette en Piémont , je
'< ne puis ni ne dois résister à l'im-
>' patience qu'il a de se rendre au ré-
» giment de cavalerie devant Beau-
" Caire , que le roi a bien voulu lui
» donner et que peut-être vous ferex
» mouvoir dans peu.... Mon neveu,
« qui part demain , 23 , en poste,
« pour joindre ses étendards k Mons,
« est si empressé de se retrouver sous
« vos ordres où il a fait son appren-
" tissage en Bohême et à Prague, que
« j'espère des anciennes bontés dont
" vous m'honorez, la préférence de le
« faire servir ious vos yeux ainsi <juc
« son régiment, dans l'armée princi-
'< pale ijue vous vous réserverez ,
H n'ayant rien de plus à cœur que de
« mériter l'approbation d'un héi-os
•' tel que vous. Monseigneur, n Mar-
cieu assista à l'investissement deMaes-
tricht, qui se rendit le 7 mai. Le 26
déc, le comte d'Argenson, nùnistrc
de la (pierre, lui écrivit pour lui an-
noncer que , '< d'après le compte
« rendu au roi de ses services et des
" blessures reçues par lui à l'attaque
•< du cul de l'Assiette, Sa Majesté lui
" avait accordé ime pension de deux
u mille livres sur le trésor royal. «
Par comnùssiuu en date du 20 oc-
tobre 1730 , il fut revêtu de la
charge <le gouverneur »le la ville, ci-
la<lelle et arsenal de (5renoi)le el de
la vallée de Graisivaudau, devenue va-
f .ant4* par la mort du marquis (Jui de
Marcieu, son frère aîné. Il .se distin»
gua par plusieurs faits d'armes bril -
lants à la bataille de Hastembeck ga-
gnée par le maréchal d'Estrëes. Le 10
février 1759 il fut nommé brigadier
de cavalerie : durant cette guerre à
laquelle il prit une part très-active, il
se fit remarquer en Hanovre et en
Hesse. LeSmai 1761, il fut nommé
marëchal-de-camp, et lieutenant-gé-
néral le 1" mars 1780. Le 29 août
1783, il reçut une commission pour
remplacer le duc de Clermont-Ton-
nerre en qualité de commandant du
Dauphiné, et, par une autre commis-
ion du 29 août 1784, il y fut main
tenu. Enfin il obtint le commande-
ment en second de cette province,
dont le duc de Clermont-Tonnerre
avait le commandement en chef. Le
1" août 1787. il fut fait comman-
deur de .Saint-Louis , puis chargé de
la division du Dauphiné, avec le bre-
vet d'une brigade d'infanterie com-
posée de (rois bataillons légers, avant
sous ses ordres MM. de Frimont
et de la Galissonnière pour mare
chaux-de-camp. L'esprit d'opposition
avait fait de grands progrès au sein
des parlements, surtout parmi les
jeunes conseillers, pendant les an-
nées qui précédéi-ent la révolution.
L« marquis de Marcieu eut a lutter
contre le parlement de Gi^noble, la
cour ayant mis une grande mollesse
à le soutenir par la crainte qu'inspi-
raient déjà ces corps beaucoup trop
puissants. Dégoûté de ses emplois,
parce qu il n'avait pu communiquer
son énergie au ministère, ni réclaircr
sur le danger qui menaçait I ordn-
pnblic, le marquis de Marcieu rési-
gna le commandement de la province
et se borna aux fonctions de gouver-
neur de Grenoble. Il en fut arraché
pendant la teireur. et transporté à
Paris où il échappa aux niassacreii
MâR
85
des prisons, dans lesquelles il resta in-
carcéré pendant trois ans. Il mourtit
le 19 avril 18<H. Il avait épousé la
fille du marquis de Saint-André, lieu-
tenant-général et gouverneur de Va-
lence. — Le marquis de Marcieti
avait servi sur les côtes en 1760, et
avait été emplové pendant trois an-
nées à diriger la démarcation entre la
France et les États sardes , depuis
Genève, le long des Hautes-Alpes,
Jusqu'au littoral et confluent du Var,
en Provence, conformément au traité
des limites du 21 mars 1760.
G — R— D.
MiVRCIEU ( NiCOUS - GlWUEL
Emé, marquis de), fils du précédent,
naquit le 11 octobre 1761. Son édu-
cation religieuse et scientifique fut
dirigée avec soin et intelligence au
sein de sa noble famille. De bonne
heure on le prépara à la carrière des
armes qu'il devait embrasser; ses pro-
grès furent rapides. Il entra en 1775
comme aspirant au coi^ps royal d'ar-
tillerie, à la résidence de Grenoble,
étant à peine âgé de li ans, mais
déjà fort instruit en mathématique*
et dans les branches accessoires au
service de cette arme. Il la quitta
[>our entrer sous-lieutenant au régi-
ment de MoTtiieur, dragons, le 14
avril 1777, fiit successivement capi-
taine au régiment du roi, cavalerie,
capitaine de remplacement dans le
même régiment, major en second au
régiment roval Champagne, cavalerie,
le 1" mai 1788. Pendant l'émigration,
il fut aide-de-camp du maréchal de
Rroglie en 1792 et 1793. et capitaine
au régiment de Broglie en 1794.
Après la restauration il obtint le
grade de maréchal-de-camp le 2 oc-
tobre 1816. Le 10 juillet 1823, le
martpjis de Marcieu fut, ainsi que
son beau-frère, le marquis de U
Porte, ♦-•hoisi par l'ordre de Malte
86
MAR
pour entamer des négociations avec \c
colonel Jourdain, représentant le gou-
vernement grec, et il eut l'honneur
de faire consacrer, dans un traité, le
principe de l'aflFranchissement de la
nation grecque que plus tard l'Eu-
rope dut admettre et reconnaître. Il
s'agissait aussi de favoriser la renais-
sance de l'ordre de Malte qui eût cou-
vert de ses étendards européens les
mouvements de l'Orient. L'interven-
tion de l'ordre eût éteint ou du moins
amorti les rivalités des nations, qui
vraisemblablement ensanglanteront le
midi de l'Europe et peut-être l'Europe
entière, lors du démembrement de la
Turquie. Des ciiconstanccs malheu-
reuses, empêchèrent, en 1823, (jne ce
plan d'une sage politique se réalisât ,
même sans le concours des puissan-
ces. Le marquis de Marcieu mourut
à Paris le 22 avril 1830; il avait
épousé mademoiselle Adélaïde de
Broglie, fille du comte de Broglie,
lieutenant-général des armées du roi,
et d'Augustine de Montmorency, il a
laissé un fils, le comte Albéfic »le Mar-
cieu, qui fut long-temps employé dans
la diplomatie en Saxe et en Italie, sous
l'empire et sous la restauration, et
deux filles. Un deuxième fils avait péri
glorieusement à la bataille de Ilanau,
en 1813. G— b — d.
MARCILL AC ( Pikhre - Louis-
AcGUSJE BK tjRisv, uiurquis de), né le
9 février 1769 à Vauban, en Bourgo-
gne, d'une famille ancienne, fut élevé
à l'École militaire de Paris, d'où il
sortit avec une liculcnance dans le
régiuïent de Picardie, cavalerie, il en
devint colonel en 178,7, et énugra
au conunenccincnt de la révolution.
En 1792 il fut envoyé en Hollande
par les princes français, afin de né-
gocier un (-mprunt de 2,000,000 fi. Il
le conclut avec un /.èlc et un dcsin-
téressctiient rares, car non -seulement
MAR
il fit poner en diminution des inté-
rêts le pot-de-vin d'usage que les
prêteurs lui avaient offert, mais il en-
gagea dans cette opération toute la for-
tune de sa famille maternelle. Cette
même année , M. de la Queuille,
envoyé des princes frauç^ns auprès
de l'archiduchesse des Pays - Bas ,
ayant reçu une lettre autographe de
Louis XVI, par laquelle ce monarque
l'appelait à Paris afin de lui commu-
niquer les détails d'un plan conçu
pour l'évasion du Dauphin, le mar-
quis de Marcillac fut du petit nombre
de ceux à qui l'exécution dut en être
confiée. Mais une seconde lettie d.e
Louis XVI annonça qu'il abandonnait
<e projet. Marcillac fit la campagne
de 1792 en qualité d'aide-de-camp du
même M. de la Queuille, son oncle, et
telle de 1793 à l'armée du prince de
Cobourg. A|>rés la prise de Valen-
ciennes, il {)assa en Espagne oii il
commanda une compagnie dans la
légion du marquis de Saint-Simon,
et fit pallie de l'état-major du géné-
ral Ventura-Caro. Lorsqu'en 1795 la
paix fut conclue entre la France et
l'Espagne, cette dernière puissance
l'envoya auprès du gouvernement
anglais, afin de l'engager à enU-ctenir
dans l'intérieur de la France des re-
lations qui ranimassent le parti roya-
liste. Il fil naufrage sur la côte d'An-
gleterre et courut les plus grands
dangers. Sa mission n'ayant pas ob-
tenu de résultat satisfaisant, il s'ef-
força d'arracher son parti à la dd-
pendancede rAngIcterrc, et s'aboucha
avec MM. de Bourmout , Frotté ,
d'Aiguillon, .Mercier dit la Fcndéc,
(ieorge Gadoudal, etc. Il obtint du roi
d Espagne une promesse de secours en
argent et en munitions pour l'armée
de l'ouest , et même dune diversion
dans le midi, après que les royalistes
auraient rempoité quelques avantage»
MAR
importants. Mais les événements em-
pêchèrent la réalisation de ces projets.
Cependant Marcillac ne se laissa pas
décourager: il ne cessait de former
des plans, d'entamer des négociations
et de nouer des intrigues pour servir
son parti. Quand la Russie se fut déci-
dée à entrer dans la coalition contre la
France, il se rendit à l'armée de Sou-
warow. Après de tels précédents, on
pourrait s'étonner qu'il ait accepté en
1812 la sous-préfecture deVillcfranche
de l'Aveyron, si l'on ne savait qu'à
cette époque le parti royaliste offrit
de nombreux exemples de prétendus
ralliements à la fortune de Napoléon
qui accueillait avec trop d'empresse-
ment, peut-être, les hommes de l'an-
cienne noblesse.En acceptant l'emploi
de sous-préfet, le marquis de Marcillac
ne trahissait pas ses opinions, il ne fai-
sait que changer de moyens pour les
faire triompher. Aussi, en 1814, à
l'approche de l'armée anglaise, il usa
de l'influence que lui donnait sa place
pour soustraire son département à
l'autorité impériale. Alors le comité
royaliste lui offrit un commandement
dans l'armée ou la préfecture de l'A-
veyron, qu'il préféra. Mais les succès
des généraux de Napoléon lobligè-
rent à se retirer. A la seconde res-
tauration , il fut nommé préfet de
l'Aveyron par le duc d'Angoulême.
Cette nomination n'ayant pas ob-
tenu l'approbatiou royale, il vint à
Paris en 1816 et obtint la présidence
du premier conseil de guerre, fonc-
tions dans lesquelles il se montra
d'une sévérité excessive contre des mi-
litaires distingués. Il se jeta ensuite dans
l'opposition royaliste , et prit part à
la rédaction de la Quotidienne. Après
l'assassinat du duc de Berry, il
adressa à ce journal une lettre très-
énergique. Il se montra l'ardent ad-
versaire de la coDstitution espagnole.
MAR
87
et, quand Louis XVIII manifesta Fin-
tention d'envoyer cent mille homme»
au secours de Ferdinand VII, Mar-
cillac qui connaissait bien l'Espagne
pour y avoir combattu et l'avoir ex-
plorée pendant plusieiu*s années ,
proposa deux plans de campagne
dont l'un embrassait le royaume tout
entier et l'autre se restreignait à la
Catalogne, Ses conseils furent peu
suivis , mais il obtint de faire par-
tie de l'expédition, en qualité de co-
lonel d'état-major dans le quatriè-
me corps d'aimée commandé par
le maréchal Moncev- Revenu à Paris
quand la guerre fut terminée, il en
écrivit l'histoire, et mourut le 26 dé-
cembre 182i des suites d'une fluxion
de poitrine. On a de lui : I. Nouveau
voyage en Espagne,Van&, 1805, in-S".
L'auteur s'attache à réfuter Bour-
going et Fleuriau de Langle. II. Aper-
çus sur la Biscaye^ les Asturies et la
Galice, et précis de la défense des fron-
tières de Guipuscoa et de la Navarre,
Paris, 1806, in-S". UI. Histoire de la
guerre entre la France et CEspagne
pendant les années 1793, 1794 et
1795, Paris, 1808, in-8". IV. Histoire
de la guerre d'Espagne en 1823, cani~
pagne de Catalogne, Paris, 1824,
in-S". Cet ouvrage laisse trop percer
l'humeur que l'autem* éprouvait du
peu de cas qu'on avait fait de ses
avis; il prétend que le succès de»
Français ne fut dû qu'à l'incurie des
certes et à l'inhabileté des généraux
espagnols. V. Souvenirs de l'émigra-
tion , Paris, 1825, in-8"., ouvrage
posthume. Cest à tort qu'on lui a
attribué le More-Lack, publié à Paris
en 1789, in-S". A— y.
MARCOLIXI (Fbanço.s), né â
Forli, dans le XVI' siècle, fiit célèbre
en son temps comme imprimeur, des-
sinateur, architecte et graveur. C'est
lui qui donna les dessins et fît cons-
8»^ Mi^
traire te (fmiid pont qid joint Ve-
nise à Murano. Il a compose le livre
des Sorts , un volume in-folio , qu'il
imprima lui-même en 15iO, et qu'il
orna de belles figures en bois de son
invention. Le frontispice seul est de Jo-
seph Porta, peintre célèbre, comuisous
le tjom de Salviati, qu'il avait adop-
té poïir consacrer sa reconnaissance
envers François Salviati, son maître :
il y prend le nom de (îarfafjinno, de
Castel-ISuovo délia Garfagnana, lieu
de aa naissance. Les réponses en ter-
cets aux questions que contient ce
livre ont été composées par Louis
Doîec, comme nous l'apprend Fran-
«;ois Sansovino dans une de ses let-
tres. P — s.
MARC03yJ (Uocit;, peintre Tré-
visan, lîorlssait en 1505 et fut un des
élèves les plus distingués du Bellini.
Hidolfi le compte mal à propos parmi
les disciples de Palma. Les productions
de cet artiste se font remarquer par
l'exactitude .-fu dessin, la délicatesse
du coloris, et le fini du pinceau; on
peut seulement l'accuser de man(juci'
d'une certaine rondeur dans les con-
tours et de donner à l'expression de ses
figmes un sérieux qui lt)mbc quel-
quefois dans le trivial. Dans le pre-
mier de ses ouvrages connus, peint
en 1505, et qui existe dans l'église de
:5aint-ISicolas de '(révise, on admire
déjà la manière vaporeuse <lont il est
«xdcutc, et ta même qualité se fait
remarquer dans le tableau des trois
.f pâtres , à l'église Saint - .lean «-t
.Saint-Paul, et dans d'autres ouvra-
ges peu nouïbreux qjii sont encore
exposés en public. Il est moins rare
de trouver de lui des tableaux do
dcitr-figurès dans quelques galeries
particulières. Mais on ne connaît rien
de sa main qui soit plus beau, plus
dans le goût du C;iorgi()n, que le Ju-
tf€HH!i>1 flr ttt J'iuihh' ntfulti^iy tpie l'on
voit dans le chapitre de Saint-Geor-
ges-le-Majeur. La réputation de ce'^
tableau était si grande, qu'on lui en
demanda des copies pour la sacristie
de Saint-Pantaléon , ainsi que pour[
plusieurs autres églises. P — s.
.%I ARCOXN AY (LoiK^ - OuvifcR
de), naquit à Berlin , le 8 novembre
1733, d'une famille d'origine fran-
vaise. Après avoir terminé ses études
à l'Université de cette ville, il entra
dans la carrière diplomatique et de-
vint successivement conseiller de lé-
gation, premier rapporteur au dépar-
tement des affaires étrangères , con-
seiller ordinaire du grand directoire,
conseiller supérieur du consistoire et
inspecteur du gymnase fiançais. Il
moiuut à Berlin' le 28 juin 1800. Il
avait publié sous le voile de l'anony-
me : L cinq Lettres d'un ami de Leyde
à un ami d' Amsterdam, surdivers évè-
lœmenls ou questions po/jti^ues, Berlin,
1757-38-59-60, 5 vol. in-8". IL Lei-
ttvd'un vuyagtur actuellement à Danf-
zig à un ami de Stmlsund. sur ta
i)uerre <jui vient de s'allumer dans
F Empire^ Iruduclion libre de l'alle-
mand, Berlin, 1756, in-8*. IIL Lettie
sur le Dio(fènc décent et la cause bi-
zarre de M. de Prémontvat, Berlin,
1756, in-8°. IV. Lettre d'un partisan
de la cour de Fienue à son ami de
Majence^ sur la paraphrase et l'ain-
ptification du mthuoire de M. de Het*
len et sur la palinodie de cette para-
phrase ,her\'m, 1757, in-8<*. V. Rcmer-
ciment de Candide ii M. de Voltaire
Amsterdam, 17(>0, in-8". Marconna^
a, en outre, traduit de l'allemand en
fian«;ai8 la plupart des écrits que pu-
blia la Prusse an sujet des guerres de
Sept-Ans et de la succession de Ba-
vière. Il avait été un des rédacteur^
de la Bibliothèque Germaniijuc de
lormey , et de la Ga^tte Littéraitv
de rnMU'hevill'"- '^
MARDASCH ( As^O-EO-DAltAB
S*i.:nlB?i), fondateur de la dynastie des
Mardaschides ou Kelabites. était chef
de la tribu arabe de Kelab, établie en
Mésopotamie, où elle possédait les
villes d'Anah, Rababah, etc. Depuis
que la famille de Haradan avait cessé
de re'gner à Halep ( voy. Seu-ad-dai-
TiH, XLI, 48S) , cette ville, livrée à
la tyrannie de ses gouverneurs, tantôt
sujets , tantôt indépendants des kha-
lyfes fathemides d I-ipypte . soupirait
après une domination moins précaire
et plus protectrice. Salel» , fils de
Mardasch, qui convoitait la posses-
sion de Halep, s'ëtant approché de
cette ville, les habitant» lui en ouvri-
rent les portes, l'an 41 i de rhé{j.(102l
deJ.-C). Ibn Mardasch, ne voulant
j>as s'arrêter au siège du châtean où
le gouverneur s'était renfermé avec le
commandant, laissa un corps de trou-
pes poiu' le bloquer, et alla conquérir
toute la Syrie jusqti'à Raalbek. qu'il
prit d'assaut et dont il fit passer un
grand nombre d'habitants au fil de
Tépée. De retour à Halep l'année sui-
vante, il réduisit la citadelle , fit dé-
capiter le commandant et partlonna
au gouverneur qui avait secrètement
favorisé son entreprise. Il fut pi-esque
toujours en guerre avec le khalyfe
d'Egypte {voy- Dhaheb, XI. 279). Il
fit alliance avec Hacan Ibn-Mofarredj,
émvr des .arabes Taiites. qui, à son
exemple, s'était enipait de Ramiah
et de plusieurs autres places dans la
Palestine : mais ces deux princes fu-
rent vaincus sur les bords du Jour-
dain , près de Tibériade, l'an 'r>0
(t029), par Anousch-teghvn-al Des-
berv , général des troupes égyptien-
nes. Saleh Ibn-Mardasch périt avec
son plus jeune fils , et leurs têtes
furent envoyées au khah-fe. Il avait
régné 6 ans à Halep, et ses États s'é-
t€odaicnt dw deux cfttês de l'Eti-
JBHf^r
89
phratc. depuis Baaibeck jusqu'atix
frontières de l'Irak- arabi. C'était un
prince juste, si la justice peut s'al-
lier avec l'ambition. Haçan, son con-
fédéré, s'étant retiré chez les Grecs, ils
armèrent jiour sa vengeance, entrè-
rent en Syrie, et prirent Apamée en
Î22 (1031). Quatre ans après, ils furent
taillés en pièces près de Halep par
Xasscr Schabl-ed-daulah, qui s'y était
maintenu . depuis la défaite et la
mort de son père. Nasser eut le même
sort que Saleh; il fut tué l'an 429
(1038) sur les bords de l'Orontc, dans
une bataille contre le même Anousch-
teghyn qui , alors , reprit Halep. Ce-
pendant l'ingratitude du khalyfe fa-
themide Mostanser (vor. ce nom.
XXX, 2oo) envers ce général fit re-
tomber, quatre ans plus tard , cette
ville au pouvoir des Mardaschides, à
qui les Egyptiens l'enlevèrent encore,
en 432, sans pouvoir la garder plus
de trois ans. Enfin Scheryf-ed-daidah
Moslcni, émvr okailite «le Moussoul,
ayant obtenu du sulthan de Perse,
.Melik-Chah I" (vny. ce nom, XXVHI.
204 ) . moyennant un tribut annuel
de 300 mille dinars . la souveraineté
de Halep, en dépouilla Amyn Sabek.
septième et dernier prince de la dy-
nastie des Mardaschides, l'an 473
(1080-81), et 1 obligea de se conten-
ter d'une modique pension. A — t.
MARE (Pail-Marckl del), pro-
fesseur de théologie, naquit à Gênes,
en 1734, d'une famille de négociants
juifs. A l'âge de 19 ans, il se convertit
à la religion catholique et eut pour
parrain le marquis Michel Duraz/o. Il
se destina ensuite à l'état ecclésiasti-
que et alla étudier à Rome, puis à
l'abbave de Subiaco. Après avoir cé-
lébré sa première messe, en 1758,
dans la capitale du monde chrétien, il
entra dans une communauté de prê-
frcs génois qui se préparaient aux
9i^> ]VIAa
missions. Il y fit de fortes études et
fut choisi, en 1783, par le grand-duc
I^opold pour enseigner la théologie
à l'université de Sienne; quatre ans
plus tard, il occupait à Pise la chaire
d'Éeriture-Sainte. Mais il fut bientôt
écarté, parce qu'il inclinait au jansé-
nisme, et tous ses écrits furent mis à
[index. Del Mare persista long-temps
dans ses opinions ; mais, le 5 novem-
bre 1817, il se rétracta par un acte
signé qu'il remit à l'archevêque de
Pise. Il mourut le 17 février 1824, à
l'âge de 90 ans ; huit jours avant, il
avait encore célébré la messe. Il légua
sa bibliothèque aux Carmes de Pise, et
disposa de sa petite fortune en faveur
de jeunes gens pauvres qui voudraient
entrer dans le monastère de Saint-
Benoît de la même ville. On a de lui :
I. Six lettres de Finale. Cet écrit est
une défense du Catéchisme de Gour-
din, qui fut réimprimé à Gênes, sous
le ùtve (ï Education chrétienne, ouCw
téchisme universel, 1779, 3 Vol. in-8",
édition à laquelle del Mare avait eu
beaucoup de part et qui fut vivement
censurée par la cour de Rome. II. De
Lccis thcologicis, Pise, 1789. La bio-
graphie de del Mare a été écrite par
Baraldi dans ses Mémoires de religion
et de morale, Modène, 1822. A — Y.
MAKEC (Pierre), né à Brest, le
31 mars 1759, servait dans ce port en
qualité de commis au bureau du con-
trôle de l'administration de la mari-
ne, quand éclata la révolution. Il en
salua l'aurore avec enthousiasme , et
seconda, dans de justes limites, le
mouvement que le nouvel ordre de
chost>s imprima à sa ville natale. Le
service de la commune, celui de la
marine, trouvèrent en lui zèle et dé-
vouement. Ses concitoyens lui en té
moignèrent leur reconnaissance en
l'nppclant, le 7 mars 1790, aux fonc-
tions de stibstitut du pi*ocurcur de U
, MAR
commune, dont Cavelier, comme lui
employé au contrôle du port, fut nom-
mé procureur-général. Le 5 juillet, les
mêmes électeurs lui confièrent le soin
de rédiger un mémoire sur la ques-
tion de savoir dans laquelle des deux
villes, deQuimperou de Landerneau,
il serait préférable d'établir le siège
du département. Le surlendemain,
il soumit à l'assemblée son travail
dans lequel il concluait à ce que Lan-
derneau devînt le siège de l'adminis-
tration du département du Finistère.
Ce travail fut pid)lié sous ce titre :
Mémoire des électeurs du district de
Brest sur la fixation définitive du
chef-lieu du département du Finis-
tère, Brest, 1790, in-8"> de 20 pages.
Marec, ne consultant que l'intérêt du
département , sut se préserver, dans
cette circonstance, de tout esprit étroit
et systématique de localité. Aussi l'as-
semblée, en adoptant unanimement
toutes les parties de son mémoire, «re-
» connut- elle que le désir , exprimé
>• par lui, que le chef-lieu du dépar-
u tement fût fixé , sans alteraat , à
« Landerneau, était étayé de motifs
a d'intérêt général, présentés avec
« force et développés de manière à
« convaincre que les vœux des élcc-
.1 teurs du district de Brest étaient
.. dirigés vers l'avantage général des
» administrés, et fondés sur les prin-
« cipes adoptés par l'Assemblée na-
u tionale. " Cependant l'opinion é-
mise par Morvan , organe de la
ville de Quimper , prévalut. Nom-
mé à l'unanimité , le 2 août sui-
vant, secrétaire de l'administration
départementale du Finistère , Ma-
rec concourut aux actes difficiles
et importants de cette administration,
dont vingt -six membres devaient,
plus tard, payer de lem- tête, le même
jour, le peu de sympathie qu'avait
trouvé chez eux la jwliti(juc san»
MAR
{^inaire de la Convention. Au mo-
naent de l'installation du directoire
du Finistère, ce département était en
proie à une vive agitation. Les décrets
rendus par l'Asseniblée nationale, sur la
constitution civile du clergé, y avaient
excité des soulèvement difficiles à
apaiser. La si( nation était hérissée
de daugers, Marec ne recula devant
aucun. Comme secrétaire - général ,
il fut chargé de préparei' et d'ex-
pédier tous les actes de celte assem-
blée; son activité suffit à tout, La
division du territoire , l'établissement
d'un nouveau système financier,
l'assiette et la répartition des im-
pots, l'organisation administrative et
politique du pays, tels furent, indé-
pendamment des immenses questions
de détail, les principaux travaux aux-
quels il prit part, et dans l'accomplis-
sement desquels il sut allier une
sage feriueté au respect de la loi.
Un des actes les plus importants
qu'il rédigea fut l'arrêté du o août
1792. Thévenard, commandant de la
marine au port de Brest, et Duvi-
gneau, commandant des troupes de
terre, avaient réclamé de l'administra-
tion départementale un secours, le pre-
mier de 3,372 hommes pour Tarme-
mentdes batteries de la rade et du gou-
let, lesecond, de 6,000 hommes qui de-
vaient être cantonnés ou campés dans
les environs de Brest et y servir à sa
défense en cas d'attaque. La demande
de Thévenard fut accueillie ; les gar-
des nationales des districts de Brest,
Morlaix, Lesneven, Landerneau et
Carhaix fournirent leur contingent à
l'armement des batteries du côté de
Brest; et celles de Quimper, Quira-
perlé, Pontcroix et Châteaulin à l'ar-
mement des batteries du côté de Qué-
lem, dites de Cornouailles. Quant à
la demande de Duvigneau, elle fut
ajournée par le motif que le dépar-
HAil
n
tement du Finistère ne pouvait seul,
sans nuire à l'agriculture, envoyer
les 9,372 hommes demandés, tant
j>our l'armement dos batteries que
pour la défense des lignes. Le second
motif de l'ajoui-nement fut que , tous
les départements du rovaurae étant
intéressés à la conservation du déj>ôt
le plus précieux de nos forces na-
vales, les demandes d'hommes de»-
tinés à le protéger devaient s'éten-
dre à toute la France, ou, au moins,
en cas d'ur-gence, aux départements
limitiophes. Un décret rendu, huit
jours après, par l'Assemblée législa-
tive, sanctionna de point en point
toutes les mesures détaillées dans
l'arrêté du 5 août, mesures dont la
sagesse contribua, plus tard, à assurer
le salut de Brest. A peu de jours de
là, Marec, déjà, depuis l'année précé-
dente, député-suppléant à l'Assemblée
législative, dans laquelle il ne siégea
point, fut élu député à la Convention
où il se fit remarquer par la conscien-
cieuse modération de ses opinions.
Dans le procès de Louis XVL il se pro-
nonça pour l'appel au peuple.» La déci-
• sionque vous allez porter sur Louis
• Capet, dit-il à l'appui de son vote ,
« doit avoir la même influence sur
" le peuple que la constitution que
" vous préparez pour son bonheur.
« Quoique vous ayez des pouvoirs
» illimités, vous avez déclaré que
a cette constitution n'aurait deflPet
« qu'autant qu'elle serait acceptée par
<• le peuple ; je trouve que le juge-
" ment que vous porterez contic
« Louis ne porrrra avoir d'effet que
« par la ratification. Je vote pour
• oui. " Lors de l'appel nominal sur
l'application de la peine , U opina
pour la détention pendant la guerre
et le bannissement perpétuel à la
paix. Attaché, pendant tout le temps
de la terreur, aux comités des fi-
MAR
MAR
nances, des colonies et de la marine ,
il resta étrauper aux luttes sanf)[lante.s
de la Montagne et de la Gironde. Ses
travaux dans les comités furent d'une
grande utilité, à une époque surtout
oii les passions politiques absorbant
ta majeure partie des membres de la
Ck)nvention, un petit nombre de leurs
«collègues se dévouaient aux soins
d'une administration illimitée dans
ses détails, périlleuse dans l'exécu-
tion. La sûreté des connaissances
administiatives et commerciales de
Marec le rendit l'àme des comités
que nous avons indiqués, et déter-
mina la Convention à l'appeler ,
après le 9 thermidor , à celui de
Salut-public, dont il fut à deux re-
prises réélu membre. Dès - lors , il
parla sur une foule de questions,
mais plus particulièrement sur celles
qui concernaient la marine et les co-
lonies. L'étendue de ses connaissan-
ces pratiques se révéla, surtout le 3
juillet 1793, dans son rapport sur la
nécessité d'adopter une mesure ana-
logue à celle qui, depuis un siècle et
demi était, pour l'Angleterre, la source
la plus féconde de sa prospérité com-
merciale. Se plaçant au point de vue
de l'avantage exclusif de son pays,
Marec fit bon marché des théories,
qui représentaient la France moins
comme une républi(jue isolée que
comme la fraction d'une république
universelle. » On sent, dit-il, que la
<■ république du genre humain sera
<i encore plus difficile à réaliser (jue
'< celle de Platon. • J>e but principal
ile l'acte de navif!;ation (pi'il jn'uposait
était de détruire lenlnimise de toute
navigation indirecte dans les trans-
ports maritimes, et de faire cesser le
cabotafjc intermédiaire qui nous ren-
dait les tributaires bénévoles de tou-
tes les puissances de l'Europe. Marec
m> se dissimulait pas, il reconnaissait
même que cette double prohibi-
tion constituait une dérogation aux
principes professés par les meilleurs
économistes , et qu'elle ne pouvait se
concilier avec la liberté illimitée du
commerce. Mais les circonstances le
portaient à croire qu'une théorie,
bien que fondée sur des principes
justes, doit, parfois, céder a des exi-
gences momentanées. Pour justifier
sa proposition, il cnuméra les avan-
tages recueillis par l'Angleterre, de-
puis 1651, (}ue Cromwell avait fait
adopter l'acte de navigation par le
Parlement britannique; et, en oppo-
sant les uns aux autres des document*;
statistiques puisés dans l'histoire
commerciale dos deux peuples, il
montra le commerce anglais sui-
vant une marche progressivement
ascendante , tandis que celui de la
France obéissait à une impulsion
contraire. Aux mois de fructidor an
n et de vendémiaire an III, la Con-
vention, sur sa proposition, conféra,
à deux reprises, aux Comités de salut
public , de sûreté générale et de ma-
rine, l'autorisation de prononcer la
mise en liberté des colons détenus
à Paris, par suite des accusations qu'ils
avaient formulées contre divers ageni>
chargés de missions dans les colonie*.
A ces décrets succéda celui qui pro-
nonça l'élargissement de plusieurs des
commissaires de Saint - Domingue.
Marec était animé du même respect
pour la légalité, lorscjue, le 10 nivôse
an m, il Ht la motion, accueillie par la
Convention, d'adhérer à la demande
«les députés extraordinaires de Brest,
qui sollicitaient la mise en liberté pro-
visoire des marins incarcérés par suite
de la reprise de ïoidon; loi-sque, le
lifi du mêm(; mois, il appuva la mo-
tion faite par lîéiard de réintégrer le
capitaine I^crosse , «lestitué eoui le
r»'^jimc de Ih terreur; lorsqu'enfin il
MAB
obtint de la Convention le décret
portant qu'il serait formé, à Brest,
un jiu-y militaire et un conseil mar-
tial chai^tfs d'examiner la conduite
des officiers et des marin'* qui lan-
f>ui»saient dans les prisons à 1 occa-
sion des combats soutenus contre les
An^ais, par le vaisseau fe Révolu-
tionnaire, le 9 prairial an II, et par
l'armée navale, le 13 du même mois.
Marec possédait à un haut degré le
courage civil ; il en donna la preuve
dans la trop fameuse journée du
1" prairial an III, quand il s'opposa
a l'envahissement de la Convention
par la populace, et ne craignit pas
de s'exposer à partager le sort de
Féraud, en sommant, au plus fort
du danger, l'officier préposé à la dé-
fense de l'Assemblée, de faire res-
pecter la représentation nationale-
La Biographie des contemporains lui
a reproché de s'être , le 2 prairial ,
écarté de ce respect pour rin\iolabi-
lité des représentants de la nation, en
demandant un décret d arrestation
contre I^ignelot, qu'il accusa d'a-
voir, dans la nuit précédente , aban-
donné son poste de secrétaire pour
favoriser les excès de la populace ; et
en s'associant à la demande de mise
hors la loi de ses collègues Homme,
Soubrany, Goujon, Bourbotte , etc.
Jious n'examinerons pas si , abdi-
quant leur qaalité de députés pour
;*e faire les excitateurs, le> complices
même des meurtres , ces députés
n'avaient pas franchi tes limites d'une
inviolabilité instituée dans le seul
but d'assiurer l indépendance de la
vie parlementaire ; ce que nous nous
bornerons à dire, c'est que Marec,
convaincu que la punition de ceux
qui portaient atteinte à lintégrité de
la représentation nationale n'était,
quels que fussent d'ailleurs les cou-
pables, que la consécration de ee
>UR
n
principe , ne prit conseil que de sa
conscience et du salut de son pays ,
en adoptant le décret qui les renvova
devant une commission militaire, à
laquelle, toutefois, il eût préféré
la justice ordinaire. Quant à Lai-
gnelot, il était bien difficile que Ma-
rec se dégageât de toute préoccupation
a son égard , dominé qu'il était par
le souvenir du déplorable résultat
de la mission de ce conventionnel
à Brest , encore plongé dans le
deuil par suite de ses proscriptions
( voyez LàiGSKLOT , LXIX . 442 ).
Le i messidor an III, Marec ap-
puva le projet de décret ayant pour
but de punir tous les assassinats
commis au mois de sept. 1792. • Fou-
« quier-Tainville et le» accusateurs
' publics qui l'ont imité , dit-il à
- cette occasion, ne sont-ils pas aussi
« criminels que les massacreurs du
• 2 septembre ? Cette espèce de
• meurtriers ne doit pas plus échap-
« per à la vengeance des lois que
• les assassins matériels. ? Le 24
fructidor suivant, il fit adopter le
projet de décret, par lui proposé la
veille, j>our assurer l'exécution de
celui du 2 thermidor précédent, rela-
tif au paiement de* contributions
en nature destinées aux approvision-
nements des armées. Dirigé par les
mêmes motifs que le 2 pi-airial, il se
prononça , le 1" vendéni. an IV, avec
Iwaucoup d'énergie, contre les sec-
tions insurgées. Le 7 du même mois,
il proposa, sur la police du com-
merce des grains, un décret qui con-
ciliait ce qu'on devait aux principes
de l'économie polidque avec les res-
trictions qu'exigeaient les troubles
intérieurs et l'état de guerre exté-
rieure. Compris, à la même époque,
dans les deux tiers de la Convention
qui formèrent les CiOnseils de^s An-
ciens tpt àes^ Cinq-OentH . il enti-a dans
M
MAR
ce dernier où il s'occupa, avec son
ardeur accoutumée, de toutes les
questions concernant la marine et les
colonies, questions qui lui donnèrent
souvent occasion de combattre M. de
Vaublanc, Le 3 brumaire an IV, il
s'opposa à la création d'un nouveau
maximum. Le 28 nivôse, secondé
par Trouille, autre député de Brest ,
il demanda l'ordre du jour sur le mes-
sage du 12 frimaire, qui proposait de
substituer à l'organisation maritime
du 3 brumaire précédent, un plan
vicieux d'après lequel tous les pou-
voirs civils et militaires, confondus
dans les mômes mains, eussent em-
pêché tout contrôle efficace de l'em-
ploi des matières. Le 3 floréal de la
même année, il fit adopter le licen-
ciement des compagnies de canon-
niers volontaires , à l'organisation
desquelles il avait contribué , au
mois d'août 1792. I^s 3,372 ca-
nonniers, qui s'étaient alors sponta-
nément enrôlés, avaient préservé de
toute invasion la rade , le goulet et
le port de Brest. Sur ses observations,
les riverains qui, pour la détourner,
s'étaient sacrifiés au service exclusif
de leur pays, furent , en grande par-
tie, renvoyés aux travaux de la pêche
et de l'agriculture ; ceux qui préférè-
rent continuer à servir et qui furent
reconnus propres au service de l'ar-
tillerie, y furent incor})orés. Marec,
sorti en 1797, du conseil des Cinq-
Cents, se livra au conunerce pen<lant
quelques années. Rentré, sous l'em-
pire, dans l'administiation de la ma-
rine, il fut nonnné inspecteur du port
de Gênes. Il en remplissait encore les
fonctions au mois d'avril 181i, et (ut
menu; chargé de faire cx('cuter la
capitulation de cette place, en «pialité
de commissaire «lu gouvonement
provisoire, établi après la premièi-e
ab<licatiot» de ISajwléon. Attaché au
MAtl
ministère de la marine, à son retour
en France, il fut, au mois d'avril
1815, nommé inspecteur du port de
Bordeaux; mais les événements de
juin et de juillet l'empêchèrent de se
rendre à son nouveau poste. Resté à
Paris, il ne reçut aucune destination
jusqu'au commencement de 1818 ,
qu'il fut admis à la retraite. En août
1820, Ix)uis XVIll le nomma cheva-
lier de Saint-Louis. Marec avait ren-
du de grands services à des royalis-
tes, ainsi qu'à plusieurs membres de
la famille royale , notamment au
prince de Conti, aux duchesses de
Bourbon et d'Orh-ans, qui durent leur
liberté à son intervention auprès du
Comité de salut public. H mourut à
Paris, le 23 janvier 1828. — Un de
ses fils, sous-directeur du personnel
au ministère de la marine, a pubUé
quelques écrits sur la législation ma-
ritime, f- L — T.
MARÉCHAL (dom BEB>AnD),
né en 1705 à Réthel , où il fit de
bonnes études se sentit, dès l'enfance,
appelé par son amour du travail et
des vertus tranquilles, à la vie claus-
trale, que les ordres religieux, suppri-
més à la révolution de 1789, rendirent
si fructueuse pour les sciences et les
lettres, il prononça ses vœux le 26
juillet 1721, à l'abbaye de Saint-Airy
de Verdun, et s'appliqua dès-lors à
l'étude «le l'iVriture-Sainte et de»
Saints Pères, il s'y consacra tout en-
tier, persuadé qu'une érudition trop
partagée, en «lonnant plus «le variété
h l'esprit , le rend aussi mf^ins pro-
fond. Ses recherches furent poussée»
très-loin , ot nous en jouirions com-
plètement, si, «-ounne on lui en avait
donné le conseil , il n'avait pas pu-
blié sa Concordance par parties. De-
v«^nu prieur de l'abbaye «le Beaulieu-
on-Argonne, en 1755, dom Maréchal
se concilia l'estinvî et rattachement de
MAB
«e$ confrères par la mansuétude de
son gouvernement. Il mourut à Saint-
Vincent-de-Metz, le 19 juillet 1770.
On a de lui : Concordance des Saints
Pères de f Église, grecs et latins, où
Fan se propose de montrer leurs sen-
timents sur le dogme, la morale et
la discipline; de faciliter l'intelli-
gence de leurs écrits par des remarques
fréquentes, et déclaircir les difficultés
qui peuvent sy montrer, Paris, 1739,
2 vol. in-i"; ouvrage réirap. à Paris,
1748, 2 vol. in 4°, et trad. en latin
sous ce titre : Concordantia SS. PP.
Ecclesiœ grœcœ atqtie latin ae , Jîdei,
morum et disciplina difficultates in
ipsorum srriptii accurate dilucidans ,
Aug., 1769, 2 vol. in-fol. Ces deux
volumes renferment les pères des
trois premiers siècles. Le tome premier
comprend la doctrine des Constitu-
tions apostoliques, de l'Épltre de saint
Barnabe, apôtre, du Pasteur d'Her-
mas, de saint Clément, pape, de saint
Ignace, de saint Polycarpe, de saint
Justin, d'Athénagore, de Théophile,
de Tatien l'Assyrien, de saint Irénée,
de saint Clément d'Alexandrie. Le
tome II contient Ha doctiine de Ter-
tullien, de Minutius Félix, de saint
Hippolyte, d'Origène, de saint Cy-
prien, de saint Denis d'Alexandrie,
de Novatien, de saint Grégoire le
Thaumaturge, de saint Denis, pape,
de Théognoste d'Alexandrie, de saint
Victorin, de Pierius, de saint Arche-
laiis, évêque de Cascare ou Caschara
en Mésopotamie, le dernier père du
ni' siècle. Le plan de l'ouvrage est
beau et bien exécuté : la préface, sur
la nécessité de la tradition et l'auto-
rité des Pères, est solide. Néanmoins
la vente en fut suspendue jusqu'à ce
que l'auteur se fût expliqué sur la
soumission à la bulle Unigenitus ,
qu'on exigea de lui, et sur plusieurs
points de doctrine énoncés dans ces
Bfâït
9o
deux volumes , et condamnés par U
bulle. Il se soumit dans la Lettre de
D. Bernard Maréchal, à {occasion de
son livre de la Concordance des SS.
PP. de [Église, grecs et latins, des
trois premiers siècles, à M***, Paris
(sans nom d'imprimeur), in -4"* de 24
pages, datée de Novi, le 28 avril 1740.
Le livre parut alors avec des cartons ;
mais aucun libraire n'ayant voulu se
charger d'éditer la suite, le troisième
et le quatrième volume restèrent ma-
nuscrits. P. L — T.
MAUÉCILVL (Ambroise), ar-
chevêque de Baltimore, né en 1769 ,
à Ingré, près d'Orléans, fut élevé
dans le séminaire de Saint-Sulpice ,
et s'attacha à cette congrégation.
Choisi par Émery pour aller exercer
le saint ministère dans les Etats-Unis,
il partit en 1792, et de Baltimore il
fut envoyé dans une mission , afin
d'apprendre la langue anglaise. Rap-
pelé en France par Émery, pour être
employé dans les séminaires que l'on
allait former, par suite du concordat,
il fut, depuis 1803, professeur dans
les séminaires de Saint-Flour , d'Aix
et de Lyon. En 1811, Napoléon ayant
ôté à la congrégation de Saint-Sulpi-
ce la direction des séminaires. Ma-
réchal fit connaître qu'il désii^ait re-
tourner aux États-Unis. On lui pro-
posa de le nommer évêque de New-
York; mais il refusa. Ayant été don-
né pour coadjuteur à l'archevêque
de Baltimore, il fut forcé d'accepter,
et l'archevêque étant mort peu après,
Maréchal, à qui les bulles assignaient
la survivance, fut, le 14 déc. 1817,
sacré par Lefèvre de Chéverus, alors
évêque de Boston. Son mérite, sa dou-
ceur et sa prudence lui concilièrent
l'estime et la vénération de ses diocé-
sains. En 1821, il eut le bonheur de
consacrer la nouvelle cathédrale de
Baltimore , l'ëglise la plus grande e
96
MAfl
la mieux disposée des État* - Unis».
Bientôt après, il se rendit à Rome
pour exposer les besoins de son église
et donner au Saint-Siège des renseigne-
ments sur les troubles qui agitaient
l'église de Philadelphie. En 1822 ,
il retourna à Baltimore, et mourut
le 29 janvier 1828, laissant de pro-
fonds regrets dans les États-Unis, où
sa douce piétd, son zèle, l'aménité
de sa conversation , et sa capacité
pour les afFaires lui avaient attiré l'es-
time et la considération générale,
même parmi les protestanl^i. G — y.
aiARESCALCHI (FEumsAso),
diplomate italien, naquit à Bologne ,
en 1764. Après avoir fait son droit à
l'Université de cette ville, il embrassa
la carrière de la magistrature et de-
vint sénateur, l^orsque les Fraiiçais
enti'èrent en Italie, il se mit à U
tête du parti qui se déclara ouver-
tement en leur faveur, et fut re-
marqué par Bonaparte, qui lui té-
moigna depuis beaucoup d'estime et
de confiance. A la formation de la
république cispadane, il fit partie du
Directoire exécutif. En 1799, la répu-
blique cisalpine l'envoya comme mi-
nistre plénipotentiaire à V^ieime, mais
il ne put obtenir une audience de l'em-
pereur. A son retour, il fut élu direc-
teur-président; mais bientôt l'invasion
des Austro-Russes l'obligea de se r«'fu-
gier en France, d'oi» il retourna dans
sa patrie après la bataille de Marengo.
il prit part à la Consulta de Lyon, en
1801 , et appuya de tont son pou-
voir la tiominatiun du premier consul
à la présidence de la république ita-
lienne. O fut Marescalchi uni régla,
avec le cardinal (^aralFa, le concordat
signé à Paris, le 16 septembre 1803,
entre la cour de Rome et la répu-
blique italienne. Quand «-elle-ci fut
transformée en royaume, il devint
>«n représontaut ù [Hiris, et fut nouuné
>LVK
comte en uiéine temps. Il exerça ses
fonctions jusqu'à l'abdication de l'em-
pereur, époque à laquelle il fut chargé,
par Marie-Louise, de gouverner le
grand-duché de Parme et Plaisance,
Peu après il était nommé ministre
plénipotentiaire de l'empereur d'Au-
triche à Modène, où il mourut, le 22
juin 1816. On a trouvé dans ses pa-
piers plusieurs ouvrages dont les
principaux sont ; I. Histoire de ta
Consulta de Lyon, II. Considérations
sur les rapports de la France avec tes
autres puissances de l'Europe. III.
Commentaire sur Plutarque. TV. Une
traduction italienne de la Comédienne
d'Andrieux, qui était destinée à être
représentée siu- le théâtre de la cour
de Modène. Il avait publié des son-
nets et des Canznni. A — v.
MARESCHAL (Locis-Nicolas),
né, le 27 juin 1737, à Plancoët, où
son père était entreposeur des ta-
bacs, exerça la médecine avec distinc-
tion à Saint-Malo , où il vint s'établir,
et où il mourut en 1781, sans laisser
d'enfants, ayant eu le malheur de per -
dre son fils unique , empoisonné par
accident. D'une tournure d'esprit fort
piquante, il a laissé beaucoup de poé-
sies manuscrites, que son neveu con-
serve soigneusement et qui prouvent
à quel point son imagination était
gracieuse et originale. La seule pièce
qu'il ait publiée a pour titre : Le Ma-
cjnétisnie animal, Mesmer nu les Sots,
auvrncfe posthume d'une maut>aisc
di>jestion , de Pierre Bouline. Cet
opuscule, qui fut imprimé très-in-
correctement, en 1782, à .Jersey, et
qui ne fiit point mis en vente, mais
distribué seulement à des anùii, n'est,
à proprement parler, qu'une sorte
d'intermède ou de satire en action ; le
dialogue est semé de tnùts amusants.
.Sou auteur était très-vcrst' <lans la
physique, la m<H'anique *1 rbis«t)ire '
MAR
HAB
naturelle. Peu de jours avant de mou-
rir, il adressa à son frère des cou-
plets sur l'air de Joseph vendu pai
ses frères , et dont voici le dernier :
Tout a fini pour moi, mon Mit :
Mon affaire
Se va que cahin-calia ,
P.t . quoique je rote et Je cradie.
Ma mou8tiK:he
Sent de près le Libéra.
P. L— T.
MARESCIl AL (M^BiE-Acci sTfc).
frère du précédent, naquit à Plancoèr.
au mois de décembre 1739, et mou-
rut a Lamballe le 30 mai 1811. Il
était entreposeur de tabacs dans
cette dernière ville quand la révolu-
tion le priva de son emploi, ce qui ne
l'empêcha pas de » en montrer parti-
san. Il dut a la confiance de ses conci-
toyens d être successivemeut élu mem-
bre de divei-ses administi-ations. Cest
ainsi qu'il exerça les fonctions muni-
cipales , celles de membre du direc-
toire du distinct de Lamballe, et celles
de commissaire du pouvoir cxécuti/.
Il est autem^ d un recueil biographi-
que intitulé : IJ Armorique litléraiie.
ou Xotices iur les homme< de /« ci-de-
vant province de Bretagne qui se sout
fait connaître par quelques écrits, sui-
vies de notices biblioijrapltiques, Lam-
balle, an III (1795), iri-12. Les cent
trois notices biographiques que con-
tient ce recueil sont, en grande
partie , eMiaites du A'ouveau Z>i< -
tionnaire historique , en huit vo-
lumes in-8", édition de 1786. Quant
aux notices bibliographiques, l'édi-
teur qui, depuis, vint s'établir à
Saint-Brjeuc , o\\ il est mort, en no-
vembre 1840, bibhothécaire de cette
ville, a reconnu qu" elles lui avaient
été très-utiles pour le classement des
livres de sa bibliothèque. Mares-
chal, qui s'était beaucoup occupé
de poésie pendant sa jeunesse, a
laissé un volume autographe compo-
UXIII.
se depîtie» et de pièces fugitives,
et trois compositions dramatiques
dont ime, intitulée: le Petil-3Jaitre a.
province . avait été reçue à la Comé-
die-Italienne ; nuiis il la retira. — Un
de ses Bis , M. Louis-Auguste Mares-
cbal, archiviste du département des
Côtes-du-Nord, a St-Brienc , s'est fait
connaître dans la littérature par quel-
ques productions estimées, entre au-
tres par une traduction, en vers fran-
çais, des Animaux parlants, poème
italien de Casti. P. L— ^.
MARESCOT (Ijicrkit), cha-
noine de la cathédrale de Genève, né
à Annecy, composa dans cette der-
nière ville un recueil de poésies la-
tines impiimées à Paris en 1584. —
Marescot (f'incent) est l'auteur d'un
petit poème italien, intitulé .- ^elU
nozze reali delta maestk di fladisiao
ty, re di Polotùu e di Svezia e di Lui-
gia Maria Gonzaga , principessa di
Mantova e di Xivers, ode di Vineentio
Mariscotio, in-4*. — Marescot {Al-
fred), docteur en médecine, auteui
d un Compendium totins medicitur,
imphme à Francfort, 1584 , in-12.
— Makescot {Michel) fit imprimer à
Paris, en 1563, une dissertation de
philo!>ophie sous ce titre : De ideis et
universis, ex Platonis et Aristotelis
sententia, a Michaele Mareseoto lexo-
fiensi: hi-i". — M.AREscor (le* frères
J.-Alojrs et Annibal ) composèrent
le livre intitule : jirs rhetoricœ, im-
primé à Bologne en 1570, in-4*.
— Un médecin du nom de Markscoy
prit part aux événements suscités par
la supei chérie de la fille Marthe Brot-
»ier,qui se prétendait possédée du dé-
mon, et publia à Paris, en 1599, un
volume curieux, intitulé: Discours vé-
ritable su» le fait de Marthe Brossier
{voy. Brossier, VI, 36). B — d — r.
MARESCOT (Armasd-Samcei
de), général du génie, né à Tours le
7
98 '^AR
1" mars 1738, d'une famille noble
d'origine italienne (1), était le fds d'un
exempt des gardes-du-corps. Après
avoir fait d'excellentes études au col-
lège de la Flèche, il entra à l'Ecole
militaire de Paris, et se dévoua dès-
lors à la carrière qu'il a si honorable-
ment suivie. Lieutenant du génie au
commencement de la révolution , il
en adopta les principes avec modéra-
tion, et fut aussitôt nommé capitame.
Employé à l'armée du Nord sous le
maréchal de Rocharabeau, il se trou-
va, en avril 1792, à la malheureuse
affaire de Baizieux, entre Lille et
Tournai, où les Français, se croyant
trahis, massacrèrent le général Dillon
et le colonel Bcrthois. Marescot, pour-
suivi lui-même par les révoltés, n'é-
chappa à la mort que par le plus
grand bonheur. Cette partie de la
frontière était menacée par les Au-
trichiens ; il la mit en état de défense,
particulièrement la place de Lille ,
qui, bientôt attaquée et bombardée,
ne résista que par les moyens de
défense qu'il avait préparés. Mares-
cot reçut à ce siège, qui commença
sa réputation, une légère blessure. Peu
de temps après, l'armée se porta en
avant. N'ayant pu obtenir dy être
employé, il suivit le général Champ-
morin, son ami, en qualité d'aidc-de
camp, et fut chargé, à la fin de cette
première campagne, de fane le siège
de la citadelle d'Anvers, llevenu avec
l'armée sur la ftontière du Nord, en
1793 , il prit part aux combats d« Me-
nin, Turcoing, Armenticres, etc., et
fut nommé chef de bataillon. Ayant
(1) Le général Marescot avait la préten-
tion de descendre de l'ancienne famille Ma-
rescoui deltologne, qui a pnxluit plusieurs
grands hommes entre autres (".aleazio Mares-
cotll, généralissime des Bolonais, qui acquit
une grande réputation dans le dixième siècle,
et h qui la ville de IVilogne décerna une mé-
daille pour d'éclatants «ervices.
MAB
été dénoncé par des clubistes, le mi-
nistre Bouchotte qui le connaissait
personnellement, voulant le soustraire
aux effets alors si périlleux d'une pa-
reille dénonciation, le fit passer à l'ar-
mée chargée de reprendre Toulon sur
les Anglais. A son arrivée , il traça
autour de la place une Ugne de con-
trevallation destinée à resserrer la
garnison presque aussi nombreuse
que l'armée assiégeante, et certai-
nement composée de troupes plus
exercées , mieux équipées et mieux
approvisionnées. Ce fut aussi à cette
époque que Marescot organisa un
corps de travailleurs qui a été main-
tenu sous le nom de bataillon de sa-
peurs, et qui a rendu dans cette lon-
gue guerre les plus grands services.
L'état de faiblesse de l'armée républi-
caine qui assiégeait Toulon, ayant
amené la convocation d'un conseil de
guerre où Marescot fut appelé, on y
leconnut qu'une attaque de front était
impossible, que l'on devait se borner
à un blocus, et que l'on tenterait de
s'emparer des forts extérieurs d'où
l'on pouvait, si l'on s'en rendait maî-
tre, bombarder les escadres enne-
mies qui se trouvaient dans le port.
Ce fut en conséquence de ce plan quff
l'on s'empara d'une grande redoute
dite la redoute anglaise. Marescot
contribua beaucoup à cet exploit, qui
n'eut cependant pas d'aussi graves
conséquences (juc celles que l'on en
attendait. Les véritables causes de la
retraite des Anglais sont assez con-
nues. Quoi qu'il en soit, ce fut là que
Marescot vit lUjnaparte, qui avait été
camarade de son frère dans le régi-
ment de La Fère, et qui, devenu gé-
néral de brigade, conmiençait à ma-
nifester ce caractère de supériorité et
(le despotisme que, plus tard, il a «
hautement et si heureusement dé-
plov»'. Marescot, nommé chef de ha-
MAB
taillon, avait i-édigë un savant mé-
moire sur la place de Toulon et les
côtes de la mer. Bonaparte le sut, et
voulant aussitôt en avoir connaissan-
oe, sans doute pour s'en attribuer le
mérite auprès du gouvernement , or-
donna que ce mémoire lui fût ap-
porté. Marescot sentit le piège, et il
répondit au jeune général que les
ordonnances l'autorisaient à en venii-
prendre connaissance chez lui , mais
qu'elles ne prescrivaient le déplace-
ment des papiers concernant les pla-
ces, qu'en faveur des gouverneurs de
provinces; que cependant il pouvait
se faire autoriser par les commissai-
res tout-puissants de la Convention.
lÀi général insistant sur son ordre, et
Marescot persistant dans son refus, la
dispute s'échauffa, et ce dernier ne
vit de moyen de la terminer que par
un trait de modération dont, ])our le
moment, le futur empereui- parut sa-
tisfait. Cependant on croit avec quel-
que raison , et Marescot s'en est a-
perçu plus d'une fois, que Bonaparte
ne perdit jamais le souvenir de cette
altercation. Après le siège de Toulon,
Marescot revint à la frontière du Nord
où Maubeuge était bloqué par les
Autrichiens, et il contribua beaucoup
à les éloigner de cette place. Il passa
ensuite à l'armée de Sambre-et-Meuse
qui faisait le siège de Chaileroi, et
fut chargé de diriger cette impor-
tante opération, où il courut les plus
grands dangers et eut le courage de
résister aux folles prétentions du pro-
<onsul Saint-Jnst, qui voulait enlever
la place par escalade. Marescot ne
craignit pas de réfuter son opinion
dans un conseil de guerre, assurant
ique, d'après la reconnaissance quil
lavait faite, il regardait un assaut cora-
|nae impossible. Le séide de Robes-
bierre, furieux de voir son inexpé-
ience confondue, donna ordre sur-
MAR
99
le-champ par écrit au général en chef
Jourdan de faire fusiller Marescot,
ainsi que les généraux Hatry et Bolle-
mont, sous prétexte que le siège
marchait trop lentement ; déjà il
avait fait mourir ainsi dans la tran-
chée le malheureux capitaine d'artil-
lerie ^îoras, un des meilleurs officiers
de l'armée. Jourdan refusa d'exécuter
cet ordre sanguinaire, et Marescot lui
dut la vie. Le succès des sièges tîe
Maubeuge ef de Charleroi valut à
celui-ci le grade de colonel. Peu de
temps après, il fiit chargé de repren-
dre Landrecies et le Qnesnoi, dont
les aihés s'étaient empares l'année pré-
cédente. Ces opérations firent briller
ses talents d'un nouvel éclat : le siège
du Quesnoi fut long et pénible; il dur»
trente joiu-s. Marescot ne put s'em-
parer de la v-ille que par surprise.
Nommé général de brigade après ces
deux sièges, il prépara ceux de Va-
lenciennes et de Cxmdé, qui se ren-
dirent vingt-quatre heures après la
sommation; mais on a lieu de croire
que ce fut le résultat d'une négocia-
tion secrète, ouverte depuis plusieurs
mois entre lAutricbe et le comité de
salut public. Marescot commanda
ensuite le corps du génie au siège
de Maestricbt , sous les ordres de
Klébcr, et fut élevé au grade de
général de division, le 8 novembre
1 794. I^ 24 décembre, même année,
CaiTiot le fit rayer, par un décret, de
la liste des émigrés , où il était ins-
crit , quoiqu'il n'eût jamais quitté la
France. Il est probable qu'on l'avait
pris pour son frère cadet, comme
lui officier du génie, mais qui se mon-
tra toujours fort attaché au parti
royaliste. En 1793, le comité de sa-
lut public lui confia la défense de
Landau. Quoiqu'il n'eût pas le tiers
des troupes nécessaires pour repousser
les attaques de l'ennerai, il réussit par
7,
100
MAR
des sorties à l'en tenir constamment
éloigné. Dans la même ^nnée, il fut
nommé commandant du génie à l'ar-
mée des Pyrénées occidentales , et
déjà il faisait les préparatifs du siège
de Pampelune , lorsque l'Espagne
conclut la paix avec la France. Le
général Moncey le chargea de l'exé-
cution du traité. Marescot fut en-
suite employé successivement aux
armées d'Allemagne, du Rhin et
du Danube, tantôt occupé à mettre
cette frontière en état de défense,
tantôt prenant part aux affaires dont
elle était le théâtre. En 1798, Bona-
parte le nomma membre d'une com-
mission chargée des préparatifs de
l'expédition contre l'Angleterre. L'an-
née suivante, Marescot, après avoir
servi encore sur le Rhin et en Suisse
sous les ordi-es de Masséna, fit partie
du comité militaire établi près le
Directoire. Il n'exerça pas long-temps
cette dernière fonction, ayant été
appelé à la défense de Mayence.
Après le 18 brumaire , Bonaparte lui
confia le commandement du corps
du génie et l'administration des for-
tifications, avec le titre de premier
inspecteur-général, place équivalente
à celle qu'exercèrent autrefois, sous
la dénomination de directeurs-géné-
raux des fortifications, les maréchaux
de Vauban et d'Asfeld. Il fit en cette
quaUté la dernière campagne d'Italie,
et fut nommé, en 1802, comman-
dant-général du génie à tous les
camps assemblés pour l'expédition
d'Angleterre. Fait comte et grand-of-
ficier de laLégion-d'IIonneur en 1804,
il fut élu dans la même année candi-
dat au sénat-conservateur, par le col-
lège électoral du département de
Loir-et-(^her, puis décoré du grand-
cordon de la Légion-d'IIonneur le 2
féTrier 1805. Au mois de septembre,
il accompagna l'empereur à la grande
MAR
armée, et revint à Paris en 1806. Em-
ployé en Espagne en 1808, il reçut
de Napoléon la mission périlleuse
d'aller observer les places de Cadix
et Gibraltar. S'étant bientôt trouvé
au milieu de plusieurs corps d'insur-
gés, il n'eut d'autie moyen d'échapper
à leur fureur que de se réunir au
corps du général Dupont qui était lui-
même fort compromis. Ce parti, le
seul que Marescot pût prendre dans
de pareilles circonstances, fut pour
lui une source de calamités. La pe-
tite armée du général Dupont , com-
posée en majeure partie de cons-
crits, s'avançait malgré sa faiblesse
jusqu'au Guadalquivir; mais bientôt
cernée de toutes parts, manquant de
tout, accablée par une chaleur exces-
sive, affaiblie par les maladies et la dé-
sertion des Suisses, abandonnée à elle-
même dans un pays dévorant, où les
habitants, la nourriture , le climat,
tout était ennemi, cette malheureuse
armée se trouva dans la plus affreuse
situation. Après la funeste bataille
de Baylen, cette situation était telle-
ment désespérée qu'une capitulation
devint une véritable faveur. Dupont
prit le parti d'envoyer aux Espagnols
le général Marescot, connaissant les
rapports qu'il avait eus en 1794 avec
le général Castannos qui les com-
mandait. La capitulation qu'il obtint
était fort avantageuse et fort honora-
ble si elle eût été exécutée. On sait
à quel point d'irritation elle porta
Bonaparte contre Dupont et contre
Marescot, cpii l'avait signée comme
témoin. Cependant il n'avait pas trou-
vé mauvais que, dans des circoufitances
analogues, Serrurier et .lunot eussent
aussi capitulé, mais ces deux géné-
raux étaient ses amis, et il n'en était
pas de même de Dupont et de Mares-
cot ; il prétendit, dans cette occasion,
qu'un général ne devait jamais capi-
MAR
tuler en rase campagne; et sans juge-
meat, sans examen, il fit arrêter et
destituer Dupont et Marescot qui ne
recouvrèrent leur liberté et leur grade
qu'en 1814. M°' de Marescot perdit sa
place de dame du palais, et si le gé-
néral eut été justiciable d un conseil
de guerre, if est probable qu'il n'eût
point échappé ; mais, comme grand-
officier de l'empire, il ne pouvait être
jugé que par une haute-cour, et il y
eut attiré tous ses co -accusés, ce que
ISapoléon ne voulait pas. Les eimemis
de Marescot ne purent découvrir au-
cune loi ni ordonnance qui servît
seulement de prétexte, et on le laissa
en prison pendant tiois ans, après lui
avoir fait subir un interrogatoiie de-
vant une commission présidée par
Cambacérès, ce qui était assez bizarre
pour un fait complètement militaire.
L'n procureur impérial prit sous la
dictée de l archi-chancelier une con-
clusion à mort, qui ne fut point a-
doptce. Mais Marescot resta tou-
jours prisonnier; il ne lui fut permis
•ju'en 1812 daller en surveillance à
Tours, où il demeura jusqu'à la res-
tauration. Ayant alors envové son
adhésion aux actes du gouverne-
ment provisoire, il fut nommé pre-
mier inspecteur-général du génie ,
commissaire du roi dans la vingtième
division, à Périgueux; chevalier de
Saint-Louis, le 1" juin; puis mem-
bre d'une commission chargée de
déterminer le classement des pla-
ces de guerre ; et enfin grand croix de
Saint-Louis, le 27 décembre. Il refusa
de se rendi-e aux armées après le 20
mais 1815, mais, ayant été employé,
il perdit son activité à la rentrée du
roi. Depuis lors , le général Ma-
rescot vécut retiré à sa tei-re de Châ-
lay près Vendôme, où il mourut en
novembre 1831. On a de lui : L Be-
lation des principaux sièges faits ou
Hà»
iM
soutenus en Europe par les armées
françaises, depuis 1792, Paris, 1806,
in-S". On trouve dans cette brochure
une relation du bombardement de
Lille exécuté par les Autrichiens en
1792. IL Mémoire sur l'emploi Aes
bouches à feu pour lancer les grenades
en grande quantité, collection de l'Ins-
titut de 1799. lll. Mémxjire sur la for-
tification souterraine, et une foule
dautres mémoires manuscrits qui sont
entre les mains de quelques officier»
du génie et au dépôt de la guene. IV,
X^ote sur le général IHarescoL, janvier
1821, publiée sous le voile de l'anony-
me, et qui est évidemment du général
Marescot lui-même. On y trouve de»
détails curieux sur l'histoire militaire
de notre époque. — Marescot {Ber-
nard-François), fi-ère du précédent ,
et comme lui officier du génie, fut
camarade de Bonaparte dans son
arme , mais quitta le service de
bonne heure, par suite de sa haine
pour la révolution. Il se rattacha
néanmoins au gouvernement impé-
rial, fut nommé membre du Corp»
législatif en 1807 par le département
de Loir-et-Cher, et fit plus tard une
campagne en Silésie, a l'instigation
de son fiere. Il mourut dans le Ven-
dômois vers 1835. M — dj.
MARESTIER (JEi^-BAFrisTE),
né à Saint-Servan (Ille -et -Vilaine),
était très-jeune lorsqu'il fut admis,
en l'an VIII, à l'École polvtechnique,
d'où il sortit en 1802. Les brillant»
examens qu il soutint à son entrée à
l école , ainsi qu a sa sortie , le placè-
rent au nombre des élèves les plus
distingués de son temps, et justifiè-
rent son classement dans le corps du
génie maritime. Ses premiers pas dans
la carrière furent marqués par des
services réels rendus dans les ports
de Gênes et de Livourne, qui se
trouvaient alors sous la domination
102
MAB
française, Quand les désastres de
1814 enlevèrent à la France ces utiles
conquêtes, Marestier, dont les ta-
lents étaient déjà appréciés , fut des-
tiné pour Toulon. Il y connut M. Ch.
Dupin, et tous deux ne tardèrent pas
à se lier d'une amitié que la confor-
mité de goûts, d'habitudes et de ta-
lent développa au point qu'une bas-
tide , située aux environs de la ville ,
devint leur logement commun. Cette
communauté, pleine de charme pour
l'un et l'autre , fut rompue peu
après , Marestier ayant été envoyé à
Bayonne, afin de réorganiser le ser-
vice des constructions navales, il y
construisit , jusqu'en 1818, sur ses
propres plans, des navires de trans-
port, espèce de bâtiments dont la
marine militaire était presque dé-
pourvue. Des contrariétés qu'il é-
prouva de la part de l'administra-
tion de ce port, le déterminèrent
à demander d'être attaché à celui de
Lorient, où il ne fit qu'une courte
apparition, le ministre lui ayant ex-
pédié l'ordre , qu'il trouva à son ar-
rivée , de se rendre à Paris, afin d'y
recevoir des instructions relatives à
une mission d'un haut intérêt pour
la marine. A cette époque, il n'était
bruit en Europe que des prodigieux
résultats de la navigation par la va-
peur , dont Fulton avait doté sa pa-
irie, après avoir éprouvé en France,
où il n'avait pas été compris, le dé-
dain le moins mérité. U apparlenait à
Marestier de naturaliser dans son
pays un procédé qui devait modifier
si avantageusement la direction des
forces navales sur tous les points du
globe. Le gouvernement français vou-
lut connaître ce qu'il y avait de vrai
dans les descriptions plus ou n)oins
exagérées que les organes de la pu-
blicité faisaient cha(juc jour des
prodiges de la nouvelle découverte .
MAR
et obtenir, sur les Ueux mêmes, une
appréciation , aussi exacte que possi-
ble , des heureux résultats que , déjà,
elle avait dû procurer à l'Angleterre,
et surtout à l'Amérique , dont l'éloi-
gnement favorisait la croyance aux
miracles racontés par les voyageurs.
Comme savant, comme ingénieur,
comme homme positif et réfléchi,
Marestier réunissait toutes les condi-
tions qu'exige une semblable mis-
sion. Aussi en fut-il chargé par lo
ministre de la marine, sur la propo
sition de M. le baron Rolland, ins-
pecteur-général du génie maritime ,
en même temps que M. de Montgér)-.
capitaine de frégate, recevait l'ordre de
se rendre dans les ports d'Amérique ,
afin d'v examiner les bateaux à va-
peur sous le point de vue nauti-
que et militaire. Marestier visita suc-
cessivement les chantiers des États-
Unis et de l'Angleterre, pendant près
de deux ans. Aidé du concours de M.
Hvdc de Neuville, ministre plénipoten-
tiaire à Washington , de celui de nos
consuls, et des communications offi
cieuses d'un ingénieur français, atta-
ché au service de l'amirauté améri-
caine , il recueillit les documents les
plus précieux et les plus propres à
faire apprécier sainement cette inno-
vation si féconde , et , il finit bien le
dire , alors presque entièrement igno-
lée en France. S'il eut à détruire beau-
coup d'illusions , et à ramener dans
les limites de la réalité l'apprécia-
tion des faits extraordinaires que l'en-
thousiasme attribuait à la navigation
par la vapeur en Amérique, les dé-
monstrations précises et rigoureuses
qu'il consigna dans le récit de sa
mission, apprirent néanmoins au gou-
vernement qu'en réduisant les choses
à leur véritable valeur , les avantages
du nouveau système de navigation
étaient assez grands pour en moti-
.MAR
ver l'adoption. Le monde savant |)ar-
tagea cette opinion, lorsqu'il connut
l'intéressant Mémoire de Marestier
sur la bateaux à vapeur des Etats-
Unis, mémoire qui. dans l'état actuel
de la science , laisse sans doute à dé-
sirer, mais que son auteur eût mi»
en parfaite harmonie avec nos con-
naissances progressives sur l'emploi
de la vapeur , si une mort préma-
turée n'était venue le frapper au
moment où il en préparait une se-
conde édition. Marestier fut chargé
de faire l'application des principes
qu'il avait exposés dans son ouvrage :
il construisit le premier bâtiment à
vapeur et le premier mécanisme a
basse pression que la mariite mili-
taii'e ait essayés pom' le service des
ports. Jusqu'à la publication de ce
mémoiie. il n avait été construit que
des bateaux destinés à la navigation
fluviale. De ce nombre étaient l'Afri-
cain et le Voyageur, construits, en
1818, pour la navigation du Sénégal
par M. Le Breton , autre ingénieur de
la marine. Appropriés à une naviga-
tion spéciale, et n'avant qu'une \itesse
restreinte, ces deux bâtiments , dont
l'un fut commandé par M. Louvrier,
l'autre par M. I^blanc, aujourd'hui
vice-amiral, n'étaient pas de nature
à infirmer le mérite de l'application
de la vapeur à la luai'ine militaire sm-
une échelle beaucoup plus élevée. Si
l'impartialité nous fait un devoii- de
reconnaître que l'essai de Marestier
ne répondit pas complètement aux
espérances qu'avait fait concevoir sa
savante théorie, les principes fonda-
mentaux qu'il avait si heureusemerc
développés ne reçurent aucime at-
teinte; quelques détails, frappés du
sort commun à toute première appli-
cation d'un système nouveau , durent
seuls appeler l'examen des ingénieurs.
Plus tard, des accidents trop fréquents
UAR
103
et u-op funestes ayant inspiré des dou-
te* sur la sécurité que pouvait offrir
l'emploi d'un moteur avec lequel on
n'était pas encore familiarisé, Marestier
calma toutes les craintes en donnant
l'expUcation la plus ingénieuse , et
peut-être la plus vraie , des causes de«
explosions : c'était indiquer les moyens
de les prévenir. Nommé successive-
ment mend:>re de la commission con-
sultative et du conseil des ti-avaux de
la marine, lors de la première forma-
tion de ce conseil, il occupa dignement
sa place parmi le» hommes éminents
qui le composaient. Ses connaissances
aussi sûres que variées, son ardeur pour
le tiavail , rendaient sa coopération si
utile , qu'il ne fallut rien moins que
l'avantage bien rectmnu du servie*
pour qu'il pût être détourné, même
luomentanément, des fonctions qu'il
remplissait à Paiis. Mais une nou-
velle aft'aire de confiance exigeait
qu'on envoyât à Brest un ingénieur
qui réunît, à une haute capacité,
l'impartialité la plus sévère. Chargé
de cette mission, Marestier s'en ac-
quittait depuis peu de temps, quand
la mort le surprit, à Brest, le 22 mars
1832, à l'âge de cinquante-deux ans,
après quelques jours seulement de
malacUc. Il était chevalier de Saint-
Louis et de la Légion-d'Honneur. Sa
modestie était telle , qu'il ne voulut
jamais consentir à ce que M. Du-
pin insérât dans le rapport qui pré-
cède son mémoire, les éloges que
l'amitié, d'accord avec la justice, a-
vait suggérés à l'auteur; ils y sont
remplacés par deux lignes ponctuées.
Ses deax ouvrages ont paru sous les
titres suivants : i" Mémoire sur les
bateaux à vapeur des Etats-Unis d'A-
tnér ique, avec un appendice sur di-
verses machines rvlatives à la marine,
précédé du rapport fait à [Institut sur
<•« mémoire par MM. Sané, Biot ,
104
MAR
Poisson et Ch. Dupin , imprimé par
ordre de S. Exe. le ministre de ta ma-
rine et des colonies , Paris , imp. roy.,
1824, in4», et atlas in-fol. de 17
|>lanchcs. Dans ce mémoire, Ma-
rcstier fait connaître les dimensions
et Ja vitesse des bateaux à vapeur; il
déciit les principales machines em-
ployées à leur usage, et expose des
règleç, déduites de l'expérience, afin
d'établir, entre la grandeur des ba-
teaux et la force des machines , le»
proportior)s convenables pour obte-
nir une vitesse déterminée. Cet écrit
est accompagné de notes intéres-
santes renfermant le développement
des principes exposés dans le texte,
et des renseignements qui , bien
((«'incomplets, peuvent fournir de»
moyens de comparaison aux person-
nes qui projettent des bateaux à va-
peur. Il est terminé par sept chapi-
tres, sous forme Ôl appendice , conte-
nant des remarques sur les goélettes
des États - Unis , bâtiments légers
que les Américains construisent et
font manœuvrer avec une supériorité
reconnue des marins de toutes les
nations; sur les machines à curer les
ports et les rivières ; sur celles de la
poulierie et des forges, enfin sur les
nouveaux procédés de la corderie,
imitis des Anglais , et reproduits en
France avec des modifications ingé-
nieuses, dues à M. liair, directeur des
constructions navales à 15rest, et à
M. Hubert, officier supérieur du gé-
nie maritime, (jui les ont exécutés en
prenant pour base les procédés an-
glais, observés et décrits par M. Oh.
Dupin dans son Voyaffe de ta Grande-
Bretagne (force TiavaleJ, A tous ces
détails, accessoires à l'objet principal
de sa mission , Mareslier en ajouta
d'autres .siH" reuq)loi , c n Amérique,
des machines à fabriquer les clous,
machines qui • en faisaient i 40 par
MAB
minute, ou 84,000 en dix heures de
travail. Ce mémoire devait être suivi
d'un second qui n'a pas été publié,
parce que les renseignements qu'il
contenait n'étaient d'aucune utilité à
l'industrie particulière. Il était consa-
cré à des remarques sur la mai-ine
mihtaire, et spécialement à la des-
cription du bateau à vapeur construit,
en 1814, pour la défense de New-
York. 2* Sur len explosions des ma-
chines à vapeur^ et les précautions à
prendre pour tes préuenir (Extrait
des Annales maritimes et coloniales)^
Paris, impr. royale, 1828 , in-8" de
20 pages. Marestier avait été com-
pris, en 1826, au nombre des can-
didats présentés par l'Académie des
sciences , pour remplir la place va-
cante par la mort du célèbre Reichem-
bach. P. L— T.
MARET (HudJES-BERRARD), duc
de Bassano, naquit le 1" mars 1763,
à Dijon, où son père, médecin distin-
gué, était sejxétaire perpétuel de
cette Académie bourguignonne, qui
comptait alors parmi ses membres ,
les Voltaire, les Debrosscs, les F.uf-
(on, etc. {t'oy. Malet, XXVII, 10).
Nous insistons sur cette circonstance
parce qu'elle influa par la suite, d'une
uïanière très-heureuse, sur l'une des
époques les plus intéressantes de la
vie de Hugues Maret. Ses premières
(ittules furent dirigées vers les con-
naissances nécessaires pour enti'cr
dans l'artillerie et le génie. A l'âge
<le dix-huit ans, il concourut pour le
prix proposé par l'Académie de Dijon :
le sujet étjiit l'Éloge de Vauban. Car-
Dot, déjà officier du génie, eut le prix ;
Maret fut nommé après lui, et son
ouvrage obtint les honneurs de la
l(H!ture, dans luie «éance solennelle
présidée par le prince de Condé, qui
témoigna une bienveillance particu-
lière au jeune auteur. Celui-ci lui pré-
MAR
senta un poème en deux chants de
sa composition snr la bataille de Ro-
croy. Cependant des raisons de fa-
mille lui firent abandonner ses pre-
mières études pour celles de la ju-
risprudence, à laquelle il joignit celle
du droit politique; il prit ses grades
à l'Université de Dijon, fut reçu avo-
cat au parlement, et bientôt membre
de l'académie de cette ville. Le comte
de Vergennes , informé des disposi-
tions de son jeune compatriote, le fit
venir à Paris, où Maret suivit le cour»
de droit des gens que Boucliaud pro-
fessait au collège de France. Au mi-
lieu de ces graves spéculations, il
n'abandonna pas le culte des letties.
Présenté par Buflbn, Condorcet et
Lacépède, au Lycée que protégeait
Monsieur, comte de Provence, et qui
depuis est devenu l'Athénée , il se
trouva en relation avec les illus-
trations de l'époque. La mort du
comte de Vergennes fit perdre à Ma-
ret un puissant protecteur, au mo-
ment où il se préparait à aller en Al-
lemagne achever ses études politiques.
l>a convocation des États-Généraux,
en amenant la révolution, devait offrir
des leçons bien autrement profitables
à son esprit facile, étendu et si bien
fait pour saisir tous les détails de la
science diplomatique et administra-
tive. Préparé par ses études variées à
goûter tout l'intérêt que présentent
les grandes discussions publiques, il
s'établit à Versailles pour suivre avec
plus d'exactitude les débats de l'As-
semblée nationale. Dès les premières
séances, il s'en constitua en quelque
façon le secrétaire, par la publication
d'un bulletin consacré au détail de
ses délibérations ; idée heureuse qu'il
exécuta avec Maurice Méjan , et dont
le succès fonda la fortune politique
de l'un et de l'autre. Maret s'était
créé une méthode d'abréviations qui
MAB
105
lui permettait de reproduire presque
textuellement la discussion du jour.
Opendant le Builetin ne devint public
(lu'après la translation de l'Assemblée
de Versailles à Paris. Jusque-là il n'avait
été communiqué qu'à quelques so-
ciétés choisies, où l'auteur en faisait
des lectures. Ce fut sur les pressantes
instances de Mirabeau, de Clermont-
Tonnerre, de Lally-ToUendal, de Tai--
get , de Thouret , de Lechapclier,
etc., qu'il se décida à livrer chaque
soir à l'impression la rédaction de la
séance. Le libraire Panckoncke ve-
nait de fonder le Moniteur. Bien que
ce journal réunît la littérature à la
politique, il n'avait encore qu'un suc-
cès médiocre, tandis que le Bulletin
de rAssemblée nationale réussissait
et avait déjà Thonneur de nombreuses
contrefaçons. Panckoucke proposa à
Maret de réunir son Bulletin au Mo-
niteur. Maret Y consentit, à condition
que le Bulletin conserverait son titie et
resterait un ouvrage distinct. Dès lors
la fortune du Afom'fcur fut décidée, et
cette feuille devint l'immense registre
de toutes nos vicissitudes politiques.
"« La forme et le sentiment dramatique
« du Bulletin, a dit un biographe,
« donnaient l'idée d'une traduction
u de la langue pailée dans la langue
« écrite. C'était un tableau en relief
" présentant toute la vitalité des fa-
« meuses séances de l'Assemblée n«-
« tionale, et les formes de ses athlé-
•' tes, en même temps qu'il donnait
« l'énergique expression de leurs bril-
- lantes improvisations et de leurs dé-
'< bats orageux. » La clôture de l'As-
semblée constituante était le terme
que ilaret avait fixé à son travail, qui
n'avait été pour lui personnellement
qu'un moyen d'instruction. Depuis
cette époque, il cessa de prendre paît
à la rédaction du Moniteur. Ce fut
pendant cet intervalle que, dans le
106
MAR
petit hôtel de l'Union , rue Saint-
Thomas du Louvre, où il avait étabU
son bureau de rédaction , il fit con-
naissance avec un jeune lieutenant
d'artillerie qui vint y loger, et qui
n'était autre que Bonaparte. La situa-
tion du futur dominateur de l'Europe
était alors fort précaire, et il paraît
que les bons offices du journaliste ,
qui ne manquait ni d'argent ni de
crédit, contribuèrent quelquefois à le
tirer d'embarras. Jusqu'en 1791, Ma-
ret, qui avait embrassé avec convic-
tion mais en même temps avec ré-
serve les idées nouvelles, demeura
attaché à la société des Amis de la
constitution (les Jacobins) ; mais lors
des événements du Champ-de-Mars
(17 juillet, même année), il cessa, ainsi
qu'un grand nombre de députés mo-
dérés, d'en faire partie, et devint un
des fondateurs du club des Feuil-
lants, où l'on professait les doctrines
de la monarchie constitutionnelle.
Cependant il avait attiré sur lui l'at-
tention des hommes qui dirigeaient en
France la politique extérieure. Il fut
successivement nommé secrétaire de
légation à Hambourg et à Bruxelles.
Après le 10 août qui avait renversé
le roi et cette même constitution, pour
lesquels il s'était jusqu'alors prononce,
Maret ne donna point sa démission,
et il obtint un rapide avancement.
Le nouveau ministre des aifaircs
étrangères, Lebrun-Tondu, le nomma
chef de la première division de son
département, avec les attributions do
dii-ectcur-général. Bientôt il le chargea
d'aller diriger en Belgique le mouve-
naent des esprits, tandis que l'armtc
de Dumouricz en vahissait ce pays. Dans
cette mission, Maret montra beaucoup
de zèle et d'activité, il organisa un
corps de Liégeois, s'exposa au feu
dans plusieurs actions, et eut même
un cheval tué sous lui. Le Conseil
MAB
exécutif lui fit présent d'un autre che-
val, en lui décernant les plus grands
éloges. Dumouriez, avec lequel il dut
s'entendre et se concerter, le traitait
alors d'ami dans ses lettres. Peu de
temps après, la Convention, qui était
loin de vouloir la guerre avec l'An-
gleterre, envoya Maret à Londres,
afin d'obtenir du moins la neutralité.
Il fit des ouvertures de conciliation
très-raisonnables ; elles furent rejetées.
Revenu avec de nouveaux pouvoirs, il
fit d'importantes concessions , très-
avantageuses à l'Angleterre et à la
Hollande. Pitt, avec lequel il eut plu-
sieurs entrevues, lui témoigna person-
nellement beaucoup d'estime; mais
le premier ministre, lord Granville,
redoutait avec raison le degré de
puissance où la France pouvait s'éle-
ver, si on lui laissait paisiblement
établir sa révolution. La Convention
ayant immolé Louis XVI, le 21 jan-
vier, l'ambassadeur français Chauve-
lin fut congédié le 24. Maret resta
jusqu'en février ; mais on le força
aussi de partir, lorsque la guerre fut
imminente. Bien que le ministie Le-
brun eût tout fait pour empêcher k>
hostiUtés, il n'en fut pas moins ac-
cusé par Robespierre de les avoir im-
prudemment provoquées. Destitué le
21 juin, il fut bientôt après décrète
d'accusation. Maret, de son côté, tom-
ba également en disgrâce. Le nou-
veau ministre Dcsforgues le destitua
de la place de directeur-général ; mais
dès le mois de juillet suivant , le
même Desforgues le nomma mi-
nistre plénipotentiaire et envoyé
extraordinaire à JNaples. Cette mis-
sion eut une grande influence sur sa
destinée , et elle devait en avoir une
plus grande encore sur d'augustes in-
fortunes, puisqu'il pouvait en résulter
la délivrance de la reine de France,
Marie-Antoinette. « elle de ses enfants
et de niiidame Elisabeth (1). Cest in
qu'éclata plus que jamais l'odieux
machiavélisme de la maison d'Au-
triche . qui . plus implacable en-
vers la famille rovale que les révolu-
tionnaires de France, aloi'S en pos-
session du pouvoir exéc utif, fit maii-
quer l'objet de celle mission. Contre
le droit des gens, les deux négocia-
teurs furent arrêtés, par les troupes
auti-ichiennes, dans le nllage de ^>o-
vale. En vain Maret et Sémonville
roontrcrent leurs instructions ; ce fut
pour leurs oppresseurs un motif do
plus de les traiter avec la dernière
rigueur. Sans doute ils étaient les eu •
voyés du plus tyrannique , du plus
odieux des gouvernements ; mais leur
mission et leurs personnes n'avaient
alors rien que de très-louable et de
très-pacifique; ils étaient d'ailleurs,
sur un territoire neutre, sous la pi-o-
tection et dans toutes les garanties
de l'honneur et du droit des gen».
Les détails et les conséquences de cet
événement sont du plus haut intérêt
dans l'histoire. Nous crovons devoir
reproduire ici la relation manuscrite
qu'en a rédigée Maret , et qui nous a
été communiquée. On y trouve à la
fois l'intérêt qui s'attache à din-
justes persécutions, et à des circons-
tances politiques du premier ordre.
» Vous savez , écrivait long - temps
après à une dame le duc de Bassano
lui-même, que j'avais une direction
principale des affaires étrangei^s.
Une circonstance terrible la mit en
action. Nous employâmes des moyens
qui se trouvèrent bien faibles quand
il s'agissait de prévenir une si grande
catastrophe. Et quand le général Du-
mouriez, qui avait acquis un giand
crédit par ses succès en Champagne
et par la bataille de Jemmapes , s'a-
musait à jouir des applaudissements
(!) Voy. une note curieuse, sur cette né-
gociation . i l'article kiUL\i.NB (LXVIII. 510).
MAR
107
du peuple dans les spectacles et antre»
Ueux publics, l'intervention diploma-
tique, qui devenait notre seule i es-
source et que nous mimes en mouve-
ment, ne servit à rien, et le crime fut
consommé. D'autres têtes augustes
étaient menacées. Dumouriez revint
a lui. Il concerta ses pbns avec nous.
On sait ce qui est anivé. Réduite
encore a la ressource des négo-
ciations , nous revînmes sur nos
premièies combinaisons. La révolu-
tion prenait un cruel essor; cepen-
dant, il V avait encore au pouvoir
des hommes qui ne «abusaient pa»
sur l'avenir, s'en épouvantaient , et
étaient capables de se dévouer pour
tenter de sauver ce qui restait de si
précieux de ce grand naufrage. La
plus saine partie du gouvernement
s'aitendit pour faire une démarche
auprès des seules puissances encore
en état d'alliance avec la ré(Hiblique.
C'étaient Venise , Florence et Naplc».
Les républicains tenaient à ne pas
être désavoués par Iv ; monde entier.
On se crut assm-é que, si les uois Ëtat«
que je viens de nommer mettaient
pom- condition à la continuation de
leur alliance la sûreté de la reine et
de sa famille, elle ne leur serait pas
refusée. Le projet hit arrêté , les ins-
tructions diessées , et je fus charge
de leur exécution. M. de Sémonville .
qui avait dû s embarcjuei pour C^ns-
tantinople, et qui était encore à Mar-
seille, ayant eu la voie de mer fermée
par les escadres anglaises, espagnoles
et hollandaises, dut prendre sa route
par le nord de Fhahe. On le chargea
de concourir avec moi aux négocia-
tions qui devaient commencer pai
Venise, Florence , et (jue je termine-
rais à Naples, pendant qu il se rendrait
a sa destination. Je partis; je rencon-
trai à Genève M. de Sémonville, avet-
qui je n'avais eu jusqu'alors que des
relations de société, et nous nous a-
chemiuâmes ensemble dans la direc-
tion de Venise. Nous renconlràme»
les premiers obstacles dans les hgues
grises dont le gouvernement était in-
m
MAR
fluencé par l'Autriche. Après avoir
franchi les Alpes, et au moment d'en-
trer en Italie, des avis sûrs nous pré-
vinrent des difficultés que nous de-
vions rencontrer dans la Valtehne.
Nous nous arrêtâmes à Vico-Soprano
chez le comte Hercule de Salis-
Tagstein qui nous avait procuré ces
avis, et nous expédiâmes un officier
aux chefs des ligues grises pour leur
demander la protection qu'ils nous
devaient. Cet officier revint avec des
ordres par lesquels il était enjoint aux
autorités de la Valteline d'assurer
notre passage. Les comtes de Salis-
Tagstein et de Salis-Sondrio nous con-
juraient de ne pas nous y fier. Des
renseignements multipliés justifiaient
leurs craintes. Ils nous représentaient
le gouvernement de Milan comme in-
capable de s'arrêter devant la viola-
tion d'un territoire neutre et du droit
des gens. Ils parlaient d'embus-
cades. Ils ignoraient que nous a-
vlons un but que nous devions es-
sayer d'atteindre à tout prix. Nous
nous rendîmes à Chiavenne , d'où
nous partîmes le même jour sous une
escorte d'honneur et de sûreté. Pen-
dant que ceci se passait en Suisse,
des intrigues agissaient à Paris. Le
secret de notre mission avait été soup-
çonné par quelques chefs révolution-
naires qui envoyèrent à notre pour-
suite des agents secrets sous la direc-
tion d'un sieur Ysabeau. L'archiduc
Ferdinand , qui avait reçu par un
Hand billet l'ordre de l'empereur de
s'opposer au passage de M. de Sé-
monville , dont on redoutait l'in-
fluence à Constantinople, dirigea, d'a-
près les informations (jue donnaient
journellement à Milan les agents se-
crets des révolutionnaires français ,
le docteur Pozzi, chancelier <lu Sénat,
sur la rive droite du lac de (^,hia-
venne, où des troiq)es , déguisées en
Berlandotti, avaient été rassemblées.
ParveuHs à Novale, village sur la rive
gauche du lac de C.iiiavennc, notre
escorte fit lialle. Sou chef, prétextant
la nécessité d'avertir le podestat de
MAR
Trapone, sur le territoire duquel nous
allions entrer, afin qu'il tînt son es-
corte prête, envoya en avant un faute
de la juridiction, dont la mission vé-
ritable était de faire aux Autrichiens,
sur la rive droite, les signaux con-
venus. La femme du marquis de
Montgeroult , brigadier des armées
du roi, qui était attaché à ma mission,
pour remplacer à Naples le marquis
de Salis-Marchline , entra , pendant
notre station forcée , dans l'église d*.'
village, et y toucha l'orgue avec ce
talent admirable qu'on lui connaît.
Le curé, vivement ému, lui demanda
si elle était de la société des Fran-
çais arrivés dans le village, et sur sa
réponse affirmative, « Ah! madame,
« lui dit-il, ils sont perdus s'ils ne se
.. hâtent de fuir «. Elle accourut au-
près de nous , mais elle n'avait pas
achevé son récit, que déjà les troupes
autrichiennes et notre propre escorte
nous couchaient enjoué. Nous fûmes
tous arrêtés, garottés, et jetés dans des
barques qui nous conduisirent de
l'autre côté du lac dans la prison de
Gravedona. Toute la population de
cette petite ville était dans le secret
de l'expédition. Elle nous attendait.
On l'avait disposée à nous faire un
accueil tout différent de celui que
nous reçûmes. Notre maintien imposa
au point que, de toutes parts, on en-
tendait ces mots : « La bella, la tjene-
r< rosa génie ». Le docteur Pozzi crut
<levoir rendre comi)tc de l'effet que
nous avions produit sur le peuple.
Ses oidres élaieut de nous faire trans-
porter inunédiatement au château de
Milan. Il suspendit notre départ. Nous
passâmes dix jouis dans la prison de
(Jravedona, attachés chacun à une
longue chaîne qui nous pcrmeltait
(fagir dans noUe chambre et qu'on
ne délacliait ni jour ivi nuit, (-'est
cette chaîne grosse et longue comme
unechaînede puits, quela Uépublique
Cisalpine m'envoya, après mon retour
en France, avec une niagnificpie ins-
cri|)tion. .le vous ai montré, il y a
long - temps , ce singulier trophée.
MAR
MAB
109
La réponse étant arrivée de Mi-
lan, nous fûmes embarqués, char-
gés de chaînes plus légères, dans des
bateaux qui nous menèrent à Lecce,
et de là, par le canal, à Fossano di
Milano, ou des voitures et des escortes
nous attendaient pour nous conduire
à Mantoue. Nous y arrivâmes le 24
juillet 1793 à 6 heures du matin. On
nous logea dans l'ancien palais des
ducs. Le mauvais air ne tarda pas à
produire son effet sur nous. Tous mes
compagnons de captivité furent at-
teints de la fièvTe du pays. Je n'ai ja-
mais eu la fisvre, je ne la pris pas;
mais l'influence du climat agit sur mes
nerfs et, lorsqu'au mois d'octobre j ap-
pris l'affreux événement (1) que je
m'étais cru un moment destiné à pré-
venir, je tombai dans des convulsions
nerveuses qui duraient dix heures par
jour, et qui se prolongèrent pendant
7 mois. Jusque-la j'avais conservé quel-
que espoir. Mes instructions avaient
été sauvées, mais celles de Sémonville
étaient tombées dans les mains des
Autrichiens, et je ne pouvais croire
que le baron de Thugut, a qui ces
papiers devaient avoir été envoyés,
y trouvant la trace de notre mis-
sion, ne se bâtât pas de nous donner
les moyens de la remplir et de nous
rendre la liberté. Sur les sept mois
que dura la maladie à laquelle j'étais
en proie, j'en passai cinq sans une
heure de sommeil. Je perdis mes che-
veux et une partie de mes dents. J au-
rais perdu la vie sans un secours
inespéré que, dix ans après la mort
de mon père, je dus à la réputation
dont il avait joui en Europe. L'aca-
démie de Mantoue chargea une dépu-
tation de m'apporter des consolations
et de m'offrir ses secours. Elle avait
encore un autre but, c'était de s'assu-
rer du danger de mon état, dont le
médecin du gouvernement, qui était
un de ses membres, lui avait rendu
compte. Sur !e rapport qui lui fut
fait, elle s'adressa au gouverneur, et
(1) La mort de ta reine.
cette démarche ayant été sans succès,
elle eut la générosité d envoyer deux
commissaires à Vienne pour repré-
senter que, si je passais une seconde
saison cl été a Mantoue, je succombe-
rais infailliblement. Le 20 mai 1794,
l'ordre airiva de transférer Sémon-
ville et moi dans la forteresse de
Kuffstein en Tyrol. !Nos autres com-
pagnons restèrent à Mantoue. Ils
étaient au nombre de six; cinq mou-
rurent dans les six mois qui suivirent
notre translation. Un seul, M. Mergez,
secrétaire d'ambassade , aujourd hui
maréchal-de-camp en retraite, et alors
jeune officier d'un caractère énergi-
que, ne succomba pas à l'influence
du climat et à la rigueur de son sort.
On m'annonça, à 6 heures du soir, que
je devais me préparer à faiie un long
voyage; à 8 heures, le même Barigei
qui avait attaché mes chaînes au dé-
part de Gravedona et qui les avait soi-
gneusement conservées, se présenta
pour faire la même opération. Mon
corps était enflé. Elles se trouvèrent
trop courtes et il fallut les serrer avec
violence pour rapprocher autour de
mon poignet droit deux anneaux
dans lesquels devait passer un cade-
nas. J'éprouvai de vives soufirances.
Je les oubliai quand, la voiture ayant
franchi la dernière enceinte des for-
tifications, je me trouvai sur une des
digues du lac, à laii- libre, sous un
ciel pur et au milieu d'une campagne
embaumée par la vigne en fleur.
Nous marchâmes toute la nuit, quit-
tant plusieurs fois la route, afin d'é-
viter le territoire vénitien. Je connais-
sais bien la géographie du pays,
quoique je ne l'eusse jamais parcouru,
et j'étais décidé à appeler a mon aide
si nous étions passés devant quelque
poste du pays allié, quoiqu'il y eût
un officier autrichien dans la voiture
et deux soldats sm- le siège. Je me
berçai de ce vain espoii- toute la nuit.
Il me quitta lorsqu'au jour nous en-
• trames à Roveredo. L'officier supé-
rieur chargé de notre transport,
ni'ayant aidé à descendre de la voi-
110
MAR
tiu-e, s'aperçut que j'étais couvert
de sang; son indignation fut à son
comble, il appela un commissaire
autrichien, le fils du docteur Pozzi
qui nous avait suivis dans une voiture
séparée, et demanda que nos chaînes
fussent ôtées. Comme Pozzi résistait
et prétendait n'avoir pas la clef du
cadenas, il fit apporter un instrument
avec lequel il le brisa. INous conti-
nuâmes notre route à la fin du jour.
Le Barigel n'avait pas reparu et je ne
retrouvai mes chaînes qu'à Kuffstein ;
mais je ne les portai plus. Elles fu-
rent seulement attachées à un bloc de
marbre brut qu'on plaça au pied
de mon lit. Les traces de cette espèce
de mutilation se voient encore sur
ce même poignet où sont les cicatri-
ces des coups de baïonnette dirigés
vingt ans plus tard par les Autrichiens
contre un homme paisible et désar-
mé. Nous ne marchions que la nuit.
Plusieurs fois pendant le jour le jeune
Pozzi vint sentretenir avec moi. Oii
comprend que je lui demandais des
nouvelles de mon pays, de mes amis.
.Ses récits exagéraient encore l'affreuse
vérité. Je ne citais pas le nom d'une
seule personne qu'il ne m'assurât
qu'elle avait péri. Jugez de la situa-
tion de mon esprit et de celle de mon
cœur, lorsque les portes de la citadelle
de Kuffstein s'ouvrirent devant moi.
(]ette forteresse, qui défend l'entrée
du Tyrol, du côté de la Bavière, est
construite sur un rocher à pic, d'une
très- grande élévation, isolé et com-
muniquant à la ville par un pont de
bois. Une tour très -élevée la sin-
monte. C'est l'habitation <les prison-
niers d'État, (jui en occupent l'étage
supérieur. Le centre est rempli par
un énorme pili«îr qui supporte le toit,
et la circtonférence est divisée en
cellules ou cachots, en forme de tra-
pèze, numérotés depuis 1 jusqu'à 13.
J'accompagnai Sémonville dans celui
«uii lui était destiné; il portait le
n» 11. Je fus ensuite conduit dans
ma demeure q\ù portait le n" 13; la
porte de la cellule n» 12 se trouvait
ouverte, je vis en passant qu'elle
n'était pas occupée. Ma cellule était
précédée d'un petit vestibule avec
une porte de fer. Une seconde porte
de fer, où un guichet était pratiqué,
formait l'entrée de mon appartement,
consistant dans un cabinet voûté de
de huit pieds de long et de six pieds
de large. Quoique la voûte fût basse,
je pouvais à peu près me tenir de
bout partout. L'ameublement se com-
posait d'une table de sapin, avec une
chaise de bois, et d'un gi'abat jeté
sur trois planches, au pied duquel se
trouvait le bloc de marbre dont j'ai
déjà parlé. Tous les ustensiles pour
mon service se bornaient à un chan-
delier de fer et im balai de bou-
leau. On avait construit auprès de
la porte un poffle en brique dont le
foyer s'ouvrait dans le petit vestibule.
Les briques étaient peintes en blanc
à la chaux, ainsi que toute la cellule,
qu'éclairait une lucarne de deux pieds
de hauteur sur 18 pouces de largeur,
garnie en dehors de deux rangs de
barieaux et en dedans d'un fort gril-
lage. Cette fenêtre donnait sur une
campagne très-riante, que formait
une petite vallée demi-circulaire dont
le rayon avait environ une lieue et
que traversait la rivière d'Inn. Sur le
bord de cette rivière était une belle
ferme où mes regards plongeaient et
dont je voyais tout le mouvement
intérieur. U; régime de la prison
était celui-ci : En y entrant les pri-
sonniers perdaient leur nom. Le
con)mandant même devait l'ignorer.
On lui avait écrit de Vienne que tel
officier estait chargé du transport de
deux prisonniers qu'il logerait aux
numéros 11 et 13 et qu il ne dési-
j'uerait dans sa correspondance que
par ces numéros, qu'on substitua
aux marques de notre linge. Trois
fois par jour, le guichet s'ouvrait pour
donner passage à une nourriture suf-
fisante. Nous ne pouvions pas être
traités fort splendidement, puisque
l'empei-eur ne passait par jour aU"
cnnmiandant que .30 kreuzers. en-
MAR
viron 27 sous de notre monnaie, pour
notre entretien et notre nourriture.
On nous avait enlevé, avec notre ar-
gent , nas montres et la plus grande
partie de nos effets. La porte de la
prison ne s'ouvrait que le samedi
pour donner passage au chirurgien-
major, qu'accompagnaient deux cus-
todes et deux officiers. Tous les quin-
ze jours, le commandant, homme
respectable, venait avec eux. On me
dit que j'aurais des livres si j'avais de
l'argent pour en faire louer à Ins-
pruck, et qu'il n'était pas permis de
me donner les moyens d'écrire. On
me raconta qu'un prisonnier, dont
j'aurai l'occasion de parler tout à
l'heure, avait désiré une planche
noircie, et de la craie blanche pour
faire des mathématiques; qu'il au-
rait fallu prendre les ordres de
Vienne, et qu'on s'était bien gardé
d'adresser au ministre une proposi-
tion aussi insolite , aussi opposée au
texte et à l'esprit des instructions.
Pendant toute la durée de ma capti-
vité, on ne me proposa pas une seule
fois de sortir pour prendre l'air, et
je n'en fis pas la demande. Je n'avais
rien à demander à des gens à qui
je ne reconnaissais aucun droit sur
moi. Ce régime semblait peu favora-
ble à un malade. Le mouvement du
voyage et l'air salubre des monta-
gnes me rendirent, en peu de se-
maines , une santé parfaite, qui de-
puis n'éprouva pas la plus légère
altération. On me donna, au lieu de
pommade, une fiole d'huile d'olive
pour faire revenir mes cheveux. On
m'offrit aussi du vinaigre, du tabac
et une pipe, pour combattre une
odeur désagréable que le vent du
nord portait quelquefois dans la di-
rection de ma fenêtre. Je parle de
ces deux petits objets, parce qu'ils
devinrent pour moi des trésors. Je
soignais mes cheveux, j'entretenais
mes vêtements, je faisais mon lit , je
balayais ma chambre, je nétoyais
jusqu'aux murailles. Tout respirait
autour de moi une propreté qui fai-
mn
111
«ait l'ëtonnement de mes gardiens.
Ces soins prenaient du temps et me
donnaient de l'exercice: il y a une
sorte d'humanité à les imposer dans
une prison solitaire. Je me couchais
à neuf heures, et à peine ma tête
reposait sur l'oreiller que je retrou-
vais ma liberté. D'heureux songes
me tiansportaient en France au mi-
lieu de mes amis. Ils ne se termi-
naient qu'à sept heures du matin,
lorsqu'on ouvrait le guichet poiu-
passer le déjeûner. On dort bien
quand on est jeune, qu'on a remis
son sort entre les mains de celui qui
dispose de tout, et qu'on porte dans
une conscience tranquille le sentiment
d'un devoir accompli. Mes nuits ont
été heureuses pendant les 22 mois
que j'ai passés à Kuffstein. Vous
serez surprise si je vous dis que met,
journées aussi s'écoulaient rapidement.
C'est cependant la vérité. Dés le pre-
mier jour et aussitôt qu'on eut re-
fermé les portes de ma prison et que
j'eus entendu le bruit des grilles de
l'escalier qui conduisait à la tour, et
les geôlière s'éloigner, je m'occupai
à trouver les moyens d'établir quel-
que communication avec le compa-
gnon de ma captivité. Je cherchai
d'abord si je pourrais me faire en-
tendre de lui ; et je me mis à chanter,
ma bouche appliquée contre le gril-
lage de ma fenêtre, ce passage d'un
coryphée dans l'opéra d'Armide :
Voici la charmante retraite
De la félicité parfaite :
Voici l'heureux séjour
Des jeux et de l'amour
Sémonnlle ne m'avait jamais entendu
chanter. Il ne reconnut pas ma voix,
mais les paroles ; et , crovant qu'on
insultait à sa position, il s'obstina à
faire la sourde oreille. Ce premier
moyen me manqua donc. J'en tentai
vingt autres qui n'eurent pas plus de
succès. Enfin , au bout de quelques
mois, je remarquai que tous les soirs
à la même heure, un même bruit se
faisait entendre. Je devinai que Sé-
monviile traînait sa chaise de sa table
112
MAR
à son lit. J'en conclus qu'il entendrait
le bruit que je ferais chez moi et je
cherchai comment, à l'aide d'un bruit
quelconque, je pourrais me mettre en
, communication avec lui. J'inventais
un chiffre auriculaire que j'exécutais
en frappant contre le mur avec le
manche de mon balai. Au bout de
quelques jours Sémonville me com-
prit parfaitement. Ce moyen était lent
et imparfait. Il nous servit pour con-
venir des modifications nécessaires.
ISous divisâmes l'alphabet en trois
séries qu'un signe indiquait. Un signe
avertissait également lorsque celui
qui écoutait devinait le mot ou la
phrase. Chaque soir, quand tout re-
posait dans la forteresse, nous con-
versions et padions de la sorte, pres-
que aussi vite qu'on écrit. Nous ve-
nions un jour de nous souhaiter le
bonsoir, lorsque nous entendîmes un
bruit de même nature, qui venait de
la partie opposée de la tour. Nous
écoutâmes et nous comprîmes très-
distinctement ces paroles : «Associez à
« vos conversations un compagnon
» de malheur. » Nous frappâmes
tous deux en même temps : « C'est
« un Français ; on répondit : Non, je
.< ne suis pas Français, mais je souffre
u comme vous , et je ne puis vous
u être étranger. » La conversation
s'établit , et nous apprîmes que notre
compagnon d'infortune était un ba-
ron de Spaun, victime, du moins il le
disait, de la part que le baron de
Thugut avait prise à des démêlés de
famille. Sa détention datait de la fin
de 1792. C'est à lui qu'on avait re-
fusé une planche noircie et de la craie.
C'était un habile mathématicien. U me
dicta des formules astronomiques
très-ingénieuses, qu'il me pria de
soumettre de sa part à M. de Laplarc
quand je serais (le retour en France,
Ce témoin de nos entreliens ne tarda
pas à nous gêner. Nous trouvâmes
moYcn d'intervertir l'ordre des séries
(le notre chiffre à son insu. On sol-
dat français au service des custodes
portait à Scimonville ou à moi rot te
MAR
sorte de mot d'ordre à l'aide duquel,
de semaine en semaine, nous avions
un chiffre tout nouveau. Trois jours
ne se passaient pas sans que le baron
de Spaun l'eût découvert. Mais au
bout de trois mois, un grand change-
ment survint parmi les habitants de
la prison. La conjuration de Marti-
nowitz avait éclaté quinze mois au-
paravant en Hongrie. Plusieurs hom-
mes distingués du clergé et des clas-
ses intermédiaires périrent sur l'écha-
faud. Un plus grand nombre fut con-
damné à des détentions plus ou moins
longues et remplissait déjà les forte-
resses du pays , lorsque l'archiduc
palatin, blessé mortellement au châ-
teau de Schœnbriinn par une explo-
sion d'artifice , dit à l'empereur avant
d'expirer : <• Faites saisir mes papiers
« à Bude. Il y va de votre sûreté! "
On y trouva les preuves d'une nou-
velle conspiration. Celle-ci était tra-
mée par des magnats qui furent ar-
rêtés. Le gouvernement s'inquiéta de
la présence de tant de prisonniers
d'état dans le pays même qu'ils a-
vaient agité. Ixs prisonniers hongrois
furent transférés dans les prisons des
États héréditaires, et ceux de ces Ktats
en Hongrie. Le baron de Spaun quit-
ta ainsi Kuffstein pour Mongatz. Je
suppose que ce baron vous intéresse
un peu et que vous me permettez de
quitter un instant mon cachot pour
vous dire ce qui advint de lui : je
rentrerai après dans ma cellule. Eu
arrivant à Munich en 1805, on me
dit qu'un baron de Spaun s'était pré-
senté au logement préparé pour moi
et reviendrait le lendemain. Comme
je ne l'avais jamais vu, quelqu'intri-
gant aurait pu abiiscr d'un fait assez
connu. Quand il vint, je tins la porte
<lc ma chambre fermée, et je frappais
ces mots : « Etes-vous le prisonnier
« de Kuffstein ? » Siu" sa réponse qu'il
me fit dans le même langage, j'ouvris
et je l'embrassai. J'obtins pour lui du
feu roi de Ravière une place au bu-
reau du cadastre. Il était fort capa-
ble de la bien rnnplir: mais une cap-
\ SUR
tivitë de dix ans avait i-endii son ca-
ractère insociable. Le roi m'écrivit a
ce sujet, et consentit à ma prière à
donner au baron de Spaun, au lieu
de son emploi, une pension de douze
cents florins, dont il a joui jusqu'à sa
mort prématurée. Je retourne à ma
prison. Le bruit de nos entretiens
avec le baron de Spaun arait été en-
tendu du dehors. Le rapport en fut fait
au commandant, officier d'artillerie
instruit. Quoiqu'il comprît que les
prisonniers pouvaient communiquer
entr'eux de la sorte, il soutint à ses
subordonnés que la chose était im-
possible, pour se dispenser d'en rendre
compte à Vienne. Ou nous laissa faire.
Les pisonniers Hongrois prirent part
à nos conversations. Koua apprîmes
ainsi les événements qui s'étaient
passés dans leur pays, et que, dans
les circonsunces du temps , le gou-
vernement autrichien avait intérêt à
soustraire à la connaissance de l'Eu-
rope. Vous voyez que nous ne man-
quions pas tout-à-fait de distractions.
Elles ne suffisaient pas à l'activité de
mon esprit. On me donnait de temps
en temps des paquets de poudre pour
les dents enveloppés dans des carrés
de papier blanc que j'avais conservés
avec soin. On me fit présent, pour le
jour de l'an , d'un almanach de pay-
san, oij quelques feuilles de papier
blanc étaient intercalées. La femme
du commandant, qui nous envovait
souvent des fleurs et des fruits de son
jardin, avait un jour mis au fond du
panier une petite grammaire alle-
mande sous une enveloppe de papier
blanc ; quel parti tirer de ces richesses?
H fallait une plume et de l'encre; j'en
fis. Voici comment : j'avais conservé
la fiole dont l'huile ne m'était plus
nécessaire, j'y jetai quelques parcelles
de fer que je détachai de ma porte, et
sur lesquelles je versai un peu de vi-
naigre; à 1 aide de la chaleur de mon
poêle, j'obtins une dissolution de fer
assez concentrée. Je me fis. donner du
thé et, après avoir ôté une partie du
liquide, je plaçai la théière au-dessus
AMB
If 3
de la flamme d'une chandelle allumée,
pour tirer des feuilles du thé le prin- •
cipe astringent qu'elles contiennent.'^
J'espérais remplacer ainsi la noix
de galle qui entre dans la composi-
tion de l'encre ordinaire, je réussis.
Vous comprendrez la joie que je dus
éprouver lorsqu'en versant une partie
de cette décoction dans ma dissolu-
lution de fer, je vis le précipité noir
se former. Des éclats détachés d'un
morceau de pierre à fusil qu'on m'a- *
vait donné pour allumer ma pipe, '*
me fournirent une espèce de canif'
3ui me servit à découdre l'enveloppe
e mon traversin, dans lequel je dé-
couvris le quart du cylindre d'une
plume de poulet. Je taiflais cette plu-
me avec le canif de mon invention et,
après l'avoir montée sur un brin de "*
balai, je me trouvai pourvu de tout*
ce qui m'était nécessaire pour écrire.
Je commençai par des dissertations
sur divers sujets ; mais cela allait trop
vite, et la prose usait trop de papier.
J imaginai alors de faire une comédie
en vers. Des brins de balai que je
charbonnais à la chandelle, me ser-
vaient pour écrire mon brouillon sur
la face de mon poêle qui ne pouvait
pas être vue du guichet lorsqu'on
l'ouvrait. Je travaillais ainsi pendant
toute la semaine; le vendredi soir
je mettais au net les scènes terminées,
et j'en effaçais les traces sur le poêle.'
Le samedi, lorsque le chirurgien en-
Uait avec les officiers, un de mes ■
goussets de montre renfermait mes
manuscrits et l'autre mon encrier.
Je composai plusieurs grandes comé-
dies et une tragédie. Je m'étais ainsi
donné du travail à faire, des ouvrages »
à relire et des pièces de théâtre a re- ,.
présenter. Le jour de la première re-
présentation de l'Infaillible, comédie
en cinq actes et en vers, un des fac-
tionnaires qui environnaient la tour,
appela son caporal qui jugea qu'on se
querellait dans la chambre n» 13 et '
qui déclara qu'il avait distingue dix
voi.x différentes. Sur ce rapport, les
officiers et les custode* se transpôrtè-
lit
MAR
rent chez moi. Je ne compris rien à
leur visite inopinée et encore moins à
l'extiême surprise qu'ils témoignèrent
en me voyant seul. Cet incident fut le
dernier ; le commandant m'en donna
l'explication quand l'heure de la liberté
fut arrivée. Ce brave homme ayant
reçu les ordres de la cour de Vienne,
se hâta de monter à la tour. L'officier
qu'on lui annonçait, et qui devait
nous conduire en France, tardait à
arriver; il prit sur lui de nous faire
descendre de la forteresse et de nous
recevoir dans sa maison où sa famille
nous combla, pendant huit jours, des
soins d'une hospitalité touchante
Je ne vous parlerai pas de notre
voyage. L'officier qui nous accompa-
gnait était un Français, né dans la
Lorraine allemande; ses procédés fu-
rent ceux d'un bon compatriote. Je
pus les reconnaître peu de temps a-
près; car lui aussi fut pris dans la
Valtehne, pendant la campagne de
Macdonald; je le fis renvoyer sur pa-
role. Nous fûmes donc bien traités
en route, mais toujours comme pri-
sonniers. Il fallut que la fille des rois,
quittant la France où tous les objets
de son affection avaient succombé,
apparût sur les bords du Rhin, pour
nous lendre à nos amis, à nos familles
et à notre patrie. Près de trois années
s'étaient écoulées depuis le jour où
un espoir glorieux, mais trompeur^
nous avait conduits à la captivité qui
finissait par elle, et qui n avait pas
été tou^-à-fait sans fruit, puisque
nous comptions pour quelque chose
dans le prix de sa rançon »
— Maret ne dit point que les conven-
tionnels qu'avait fait arrêter Dumou-
riez , ainsi que le fameux Drouet ,
furent le prix de la liberté qu'ob-
tint alors la fille de Louis XVL Si l'on
en croit l'abbé de Montgaillard dans
^on Histoire de France (t. IV, p. 63), ce
fut le comte de Montgaillard, son hère,
qui fit au nùnistère autricbion la pre-
mière proposition de cet échange, par
ordi-e de Louis XVIÎI et du prince de
MAR
Condé. De retour dans sa patrie, Ma-
ret fut admis ainsi que Sémonville à
tous les honneurs de la séance, au con-
seil des Cinq-Cents, le 22 nivôse an
IV , et tous deux reçurent l'accolade
du président; mais, malgré l'intérêt
qu'inspiraient leurs longues souffran-
ces et bien qu'un arrêté du Direc-
toire eût déclaré que tous deux avaient
honoré le nom français par leur conS'
tance et leur courage, Maret et son
collègue restèrent sans emploi ; et ils
durent attendre que les affaires, qui
étaient encore sous l'influence du
18 vendémiaire, prissent une autre
direction. L'enUée du nouveau tiers
au Corps législatif, et la nomina-
tion de Barthélémy au Directoire ,
amenèrent ce changement. Le minis-
tre des relations extérieures, Charles
Lacroix , dut être remplacé. On
mit sur les rangs Talleyrand et Maret;
Talleyrand fut préféré ; et Maret,
qui n'avait pas montré beaucoup
d'empressement poui- cette place, ac-
cepta volontiers de faire partie de la
commission chargée des négociations
pour la paix avec l'Angleterre. I^s
conférences s'ouvrirent à Lille. Pitt,
qui conservait un bon souvenir de ses
relations avec Maret, le recommanda
au lord Malmesbury. Talleyrand avait,
d'ailleurs autorisé Maret à retenir
dans ses mains le secret de la négo-
ciation; aussi tout concourut à le
mettre d'abord dans les meilleurs
rapports avec le plénipotentiaire an-
glais. Un traité honorable allait êtie
conclu, lorsque le 18 fructidor vint
mettre fin aux négociations. Elle»
avaient donné lieu , par l'intermé-
diaire du général Clarke, à des com-
munications entre Lille et Campo-
Formio ; ainsi se renoua l'ancienne
liaison (jui avait existé entre Maret
et le général Bonaparte , lequel n'é-
tait plus l'hote obscui et nécessiteux
9fAR
du petit hôtel de l'Cnion. Cepen-
dant la faction iructidorienne avait
renvCTsé la grande combinaison des
négociations de Lille et de Caxnpo-
Formio : le fruit de la conquête de
l'Italie fut perdu. La guerre se ral-
luma de nouveau et taridis que le
général Bonapaxte dut iexiUr dans
la conquête de l'Egypte y Maret, de re-
tour à Paris, et encore une fois mis a
l'écart, détourna les défiances du
Directoire en se livrant à la culture
des lettres. Il fit à cette époque rece-
voir au Théâtre Français une tra-
gédie, dont le 18 brumaire arrêta
la représentation. Lié avec Sieyè»,
Rœderer et plusieurs auues coopé-
rateurs de cette révolution ; bien ac-
cueilli par Bonaparte, il assista aux
Journées du 18 et du 19, et fut nommé,
en déc. 1799, secrétaire-général des
consuls, place depms érigée en mi-
nistère sous le titre de secrétairerie
d'Etat. Il allait passer ainsi les dix
premières années du siècle à la tête
d'un ministère central, oii venaient
aboutir et d'où se distribuaient toutes
les affaires des différents départements.
Les études, à la fois théoriques et pra-
tiques, qu'il avait faites pendant l'As-
semblée constituante , lui donnèrent,
sur la politique générale et sur toutes
les branches de l'administration , des
cotmaissances positives dont l'applica-
tion spéciale fut, pendant ce long in-
tervalle, mise à profit par Napoléon.
On a prétendu que celui-ci ux)uvait
toujours dans son ministre un admira-
teur enthousiaste, un instrument do-
cile, et rarement un conseiller indiffé-
rent à la crainte de déplaire. Les enne-
mis de Maret ont propagé cette ac-
cusation et ont avancé que l'empe-
reur se plaignait de son zèle malen-
contreux; mais personne n'a pu se
flatter, si ce n'est Maret lui-même,
d'avoir connu les secrets intimes du
MAR
lis
cabinet impérial: personne n ignore
que, par sa position particulière, le
duc de Bassano était obUgé de pa-
raître ne pas desapprouver au de-
hors les projets qu'il pouvait avoir
le plus vivement combattus dans le
secret de ses discussions avec l'em-
pereur. Toutefois on n'a pas ignoré
qu'aux Tuileries il y avait deux hom-
mes, dont l'intervention adoucissait
souvent la rigueur des détermina-
tions du maitre, qu'il faut bien se
garder de juger par les causeries
sentimentales de Sainte -Hélène. Ces
deux hommes étaient Maret et Re-
gnauld-de -Saint- Jean -d'Angely; le»
exemples ont été nombreux en France
et à l'étranger. Mais il importe de
faire connaître l'étendue des travaux
dont se trouvait chaîné Mai et. Selon
l'ordre qui fut établi dès le consulat,
les ministres présentaient chaque se-
maine, dans un conseil, leurs rap-
ports sur les affaires, et remettaient
leurs portefeuilles au secrétaire-d'É-
tat, qui , après en avoir pris connais-
sance , rendait un compte verbal
dans le travail de la signature qu'il
faisait seul avec Bonaparte. Les mi-
nutes de tous les décrets restaient en-
tre ses mains, et l'exécution s'opé-
rait sur les expéditions que les mi-
nisties recevaient de lui. Il assistait a
tous les conseils, soit d'administra-
tion, soit privés, soit extraordinaires, ^j
ou se traitaient les grandes affaires de.«i
1 Etat. Il se trouvait ainsi lin terme- ^o
diaire entre le gouvernement et tou».^
les ministères. Ces attiibutions offi- ^
cielles n'étaient pas les seules dontj^
il fût investi; il en recevait de non -f
moins étendues de l'entière confiance <
de Bonaparte. Depuis les sénatus-,*
consultes qui se prépaiaient en secret,
depuis les affaires majeures que le
souverain se réservait et dont il pre- ^
nait l'initiative, telles que son divorce
•8
116
MAR
et son mariage, jusqu'à la nomina-
tion de ses chambellans, tout se fai-
sait entre Napoléon et son ministre,
qui ne le quittait jamais. Il raccom-
pagnait dans ses voyages, sur les
champs de bataille et dans les capi-
tales conquises; la secrétairerie-d'État
faisait partie du quartiev-général im-
périal. On a entendu Napoléon lui
dire en Espagne, au milieu de l'ac-
tion, à Sommo-Sierra : » On ne peut
« donc pas tirer un coup de canon,
« que vous ne vouliez en avoir votre
« part. » Après les conquêtes de Na-
poléon, Maret était ainsi sur les lieux
l'intermédiaire des particuliers et des
provinces qni avaient des réclama-
tions à faire, ou des grâces à solliciter;
et comme il ne demandait jamais
rien pour lui-même, son intervention
était rarement sans effet. Ce fut dans
un sens tout monarchique qu'il ré-
digea la plupart des constitutions de
l'empire, et celles que l'empereur
donna à plusieurs États de l'Europe
(le Portugal, l'Espagne, la Hollande,
la Westphalie, la Pologne); mais on
doit lui tenir compte d'avoir, dans le
sénatus-consulte du 28 floréal, an
XII, spécifié des garanties pour la
presse, et pour la liberté individuelle.
Au mois de décembre 1805, il con-
courut, à Vienne et à Presbourg, au
traité conclu alors avec l'Autriche.
Convaincu qu'il ne doit point y avoir
de haines personnelles chez un
homme d'État, il ne parut, dans ce
premier séjour en Autriche, se sou-
venir de sa captivité de Mantoue et
de KuIFstein, que pour faire sentir à
ceux qui y avait contribué llieureuse
influence de son crédit. En 1806,
après la conquête de la Pologne, Na-
poléon le chargea, à Varsovie, de l'or-
ganisation du gouvernement polo-
nais. Quelque temps après , Maret
conclut avec l'ambassadeur pefsan ,
MAR
qui s'était rendu au quartier-général
de Finkenstein , le traité entre la
France et la Perse, qui fut suivi de
l'ambassade de Gardanne. En 1808, il
exerça la principale direction sur les
travaux de la junte de Bayonne, et il
ne paraît pas qu'il ait cherché à dis-
suader Napoléon de ses funestes pro-
jets sur l'Espagne. En 1809, après la
seconde occupation de Vienne, il se
trouva avec les habitants dans les
mêmes relations qu'en 1805 , et il fit
le même usage bienveillant de son
influence. Il rédigea, avec le comte de
Bubna, les conditions de la paix qui
fut signée par Champagny et par le
prince J. de Lichstenstein. Vers ce
temps, Maret qui devait cependant
bien connaître le machiavélisme du
cabinet autrichien, et qui surtout
n'ignorait pas combien les liens du
sang ont peu d'influence sur la
politique, fut assez mal avisé pour
conseiller à Napoléon de deman-
der une archiduchesse d'Autriche,
lorsque la Russie et la Saxe lui of-
fiaient d'autres princesses. Dès 1805,
le baron de Thugut , chef de ce
cabinet, avait prétexté du mariage
d'Eugène de Beauharnais avec une
princesse de Bavière , pour faire in-
sinuer à Maret , par Pellcnc, alors
attaché à la chancellerie impériale
de Vienne , qu'un mariage avec une
archiduchesse était seul capable de
guérir l'Autnche de ses défiances.
En 1809, cette insinuation fut renou-
velée par le même intermédiaire. Les
trois projets de mariage furent propo-
sés à la discussion du conseil; Maret
parla vivement en faveur de l'union
autrichienne et son avis l'emporta. Ce
fut lui qui conduisit toutes les négo-
ciations relatives à cette alliance si
funeste. Il ne tarda pas à s'apercevoir
qu'il s'était mépris, s'il avait compté
sur la pacification de l'Europe. Tout
31AB
annonçait la guerre avec la Russie.
En avril 1811, ^'apoléon appela Ma-
ret au ministère des relations exté-
rieures, en remplacement de Cham-
pagny, qui dans des confiirences, à
OEdembourg, avec Metternich, en
1809, n'avait pu réussir à rien con-
clure. Le nouveau ministre fut décoré
du titre de duc de Bassano : dès 1805,
il était grand-aigle de la legion-d'Hon-
neur. Au moment où il prit le porte-
feuille, les troupes russes étaient
déjà en marche vers le grand-duché
de VarsoN-ie, tandis que l'armée polo-
naise avait repassé la Vistule, pour
se rapprocher des secours qu'elle es-
pérait de la France, il y avait donc
mésintelligence entre les cabinets des
Tuileries et de Saint -Pétersbomg.
Bassano employa l'année 1811 à des
négociations avec tous les États qui
pouvaient s'intéresser à la grande
«{uerelle entre l'Angleterre et la France.
Tandis qu'il s'attachait à engager les
États-Unis d'Amérique dans une
guerre avec la Grande-Bretagne, il
faisait tous ses efForts pour prévenir
la rupture prête à éclater avec la
Russie, puis, en cas de non-succès,
à renforcer le système de la France
par une alliance offensive et défien-
sive avec la Prusse (24 février 1812)
et avec l'Autriche (24 mars). Il signa
également un traité d'alliance avec le
Danemark. Déjà il avait jeté les bases
d'un quatrième traité avec la Suède;
et le complénvent d'une confédération
générale contre le système britanni-
que allait être obtenu, lorsque le ma-
réchal Davoust, sans ordres positifs,
prit sur lui d'occuper la Poméranie
suédoise, comme servant de dépôt aux
denrées coloniales anglaises. De ce fait
résulta tout aussitôt l'alliance de la
Suède avec la Russie (24 mars). La
guerre était imminente, Bassano fit
tout pour conjurer l'orage. L'ambas-
iàik
117
sadeur Kourakin (1" avril 1812) avait
notifié par écrit que la Russie n'accep-
terait aucune proposition avant que
la France eût rompu son alliance
avec la Prusse, évacué les forteresses
de la Poméranie, et conclu la paix avec
la Suède. Sur la demande de passe-
ports faite par le même ministre, le
24 du même mois, Bassano parvint
à obtenir de jNapoléon qu'il en-
voyât à Vilna son aide-de-camp Nar-
bonne, chargé d'une dépêche ins-
tante pour le comte de Romanzow,
ministre des affaires étrangères. Dana
cette dépêche, il renouvelait le vœu
de voir des négociations • que la
« France n'avait cessé de provoquer,
• depuis dix huit mois, prévenir de»
« événements dont l'humanité aurait
• tant à gémir; " déclarant en mêntc
temps • que, quelles que fussent le»
« circonstances, lorsque cette lettre par-
• viendrait, la paix dépendrait encore
• des résolutions du cabinet russe. »
D'un autre côté, il fit des ouverture»
au cabinet britannique , dont l in-
fluence sur celui deSt-Pétcrsbourg de-
vait décider de la paLx ou de la guerre.
Sans doute le duc de Bassano ne se
dissimulait pas que ces démarche*
auraient peu d'efficacité ; mais il vou-
lait n'avoir rien à se reprocher ; et la
connaissance de tous ces actes diplo-
matiques, prouve que ^sapoléon et
son ministre de confiance ne se
jetaient pas aussi aveuglement dans
la guerre, qu'on le leur a reproché.
Cependant, tous deux partirent pour
Dresde, et ce fut là qu'arriva la réponse
de Romanzow, ultimatum qui con-
firmait les dures conditions impo-
sées à Paris , par Kourakin. Bas-
sano , sans se décourager , adressa
de Dresde , le 20 mai , au comte
de Lauriston , alors ambassadeur de
France à Saint-Pétersbourg, de nou-
velles instructions , tendant à offrir
i^4^ MAB
de nouveaux moyens de concilia*
tion. Tout fut inutile : Alexandre et
son ministre refusèreiit de voir l'am-
bassadeur français. Alors ISapoléon
passa le INiémcn et les hostilités
commencèrent. Maret le rejoignit à
Vilna, on il résida, pendant toute la
campagne, avec le corps diplomatique.
Dans cette ville, il réunit aux attribu-
tions de son ministère la direction du
gouvernement du grand-duché de Li-
thuanie. Après la retraite de Moscou,
et le départ de ISapoléon, il resta à
Vilna jusqu'à l'arrivée du roi de Na-
ples, Murât, et de Berthier, pour leur
faire connaître les ressources réunies
par ses soins, et qui auraient pu relever
le physique et le moral de l'armée ;
mais la fatale précipitation de Murât
perdit tout, et de Vilna à Kovno le
désastre fut consommé. Quelques
fautes qu'ait commises Napoléon dans
cette campagne de Russie, on peut
dire qu'il les eût évitées en partie, s'il
eût accueiUi les mémoires que lui
présenta son ministre pour l'engager
à relever la Pologne, à l'armer tout
entière, et surtout à exécuter en deux
campagnes ce qu'il voulut follement
accomplir en une seule. L'exécution
de ce plan aurait offert des chances
pour la paix , ou des moyens pour
une seconde campagne. Ce fut à Smo-
lensk que Kapoléon, au lieu de s'ar-
rêter, mit en délibération s'il se diri-
i.erait sur Saint-Pétersbourg ou sur
Moscou. Maret, qui était demeuré
à Vilna , fut aussi étranger à cette
délibération qu'aux négociations in-
tempestives que l'empereur entama
pendant son séjour à Moscou. Ce-
pendant après la retraite, tout ten-
dait à la désertion parmi les allié» dç
la France. Bassano, de retour à Pari»,
déploya vainement toutes les ressour-
ces de la diplomatie pour arrêter ce
mouvement. En revenant de Vilna, il
MAR
avait reçu à Berlin, de la bouche
même du roi de Prusse, l'assurance
de sa fidélité à l'alliance française;
mais quelques jours après, sollicité
par l'Autriche, pressé, menacé même
par la Russie, Frédéric- Guillaume si-
gnait avec elle un traité d'alliance
offensive et défensive. Bassano com-
muniqua, le 1" avril, au sénat les rap-
ports et les pièces relatifs à cette dé-
fection , que l'Auuiche devait imiter
cinq mois plus tard. Il résulta des
négociations suivies à Paris pendant
quatre mois, entre le duc de Bassano
et le prince de Schwartzemberg ,
que cette puissance , après avoir
offert pour la paix d'abord ses bons
offices , ensuite son intervention ,
puis sa médiation armée, finit par
arriver à une rupture. Dans un de
ses entretiens avec le ministre au-
trichien, Maret invoquait vivement
le lien de famille qui unissait Napo-
léon à François II : "La politique a
.. fait le mariage, répondit froide-
« ment Schwartzemberg, la politique
» peut le rompre. « Bassano, pour ne
pas précipiter la rupture, s'abstint de
faire connaître cette réponse à Napo-
léon, qui remportait alors la victoire
de Lutzcn ; mais immédiatement
après ce triomphe il s'empressa de
lui écrire : •< La nouvelle du brillant
.. succès qui a appris à l'Europe l'ar-
« rivée de V. M. à la tête des armées,
« a produit ici la sensation la plus
u vive. Les membres du corps di-
« ploraatique , que je viens d'en-
» uetenir les uns après les autres,
« m'ont paru plus étonnés de la ma-
.. nière dont l'esprit public s'est ma-
.. nifesté que de la victoire cUc-
.. même... Si, lors des campagnes qui
« ont précédé la dernière, on ne cher-
« chait dan» un succès que le pre-
.. sage et la garantie dune gloire
.. nouvelle, aujourd'hui que la con^
MAB
• fiance est ébranlée, que des qucs-
« tion* si graves doivent être ré«o-
- lues sur le champ de bataille, on
« ne peut y voir <fuun gage donné
m par la fortune pour le repos et la
• paix.... Vous avez vaincu : la vic-
■■ toire vient d'efFacer l'impression de
« ces désastres qui n avaient rien ôté
■i à votre gloire. La modération qui
est dans vos résolutions, mais qui
- aurait pu pju-aître sans dignité dans
« les revers, ne lui portera désormais
« aucune atteinte. Et cette paix^ le
« seul vœu, le besoin pressant de la
• France^ quelques sacrifices que vous
a lui fassiez aujourd'hui, sera toujours
« une paix glorieuse. » Cette lettre du
duc de Bassano est d'autant plus au-
thentique que , prise dans les four-
gons abandonnés lors de la retraite
de Leipzig, elle fut rendue pubUque
par les ennemis intéressés à prou-
ver que l'empereur s'était toujours
obstiné à la guerre, malgré les con-
seils de ses ministres. Et, ici encore,
ils n'ont pas rendu justice à Kapoléou
qui, après Lutzen, éclairé par les con-
seils de son fidèle ministre , ne se
montra pas éloigné de la paix. Il
proposa de régler par une conven-
tion le sort de 1 alliance et l'accepta-
tion de la médiation de l'Auaiche, et
de former un congrès pour négocier
la paix générale. Tandis que le comte
de Bubna allait porter ces ouvertures
à Vienne et y demander des pouvoirs
pour traiter, le duc de Vicence (Cau-
laincourt) se rendait auprès d'Alexan-
dre, qui refusa encore de le voir. Les
victoires de Bautzen et de Wiirtchen,
(20 et 21 mai) signalèrent les armes de
>apoléon ; al :)rs les alliés, par l'entre-
mise du minutre autiichien Stadion,
demandèrent un armistice de six se-
maines : c'était le temps qu'il fallait à
l'Autriche pour compléter son arme-
ment. iSapdéon donna dans le piège :
MAIi
119
l'armistice de Newmark fut déclaré
le 4 juin. Le duc de Bassano, qui par-
tageait la confiance de son maître,
pressa l'ouverture d'un congrès, il
négocia à cet effet avec le comte de
Bubna qui était revenu sans pouvoir»,
puis avec le comte de Mettemich qui
s'était enfin rendu à Dresde le 26 juin.
Dès les premiers jours de l'arrivée de
ce ministre, le duc de Bassano, par les
moyens d'informations propres à son
département, connut les engagements
que la Russie et la Prusse venaient de
contiacter à Reichenbach avec l'An-
gletene, en présence du plénipoten-
tiaire autrichien, de poursuivre la
guerre actuelle avec la plus grande
énergie. En raison de cette découverte,
Napoléon chaigea le duc de Bassano
d écrire au prince de Metternich qu'il
ne se prévalait plus de l'aUiance de
l'Autriche; mais, par le désir de ne
pas détruire toute espérance de con-
cihalion, il déclarait en même temps
qu'il acceptait la médiation de son
beau-père. Une convention statua sur
cette acceptation , et sur l'ouverture
du congrès que la France sollicitait
depuis plus de six semaines. Les dé-
lais calculés du cabinet autrichien
avaient fait perdre un temps pié-
cieux, et rendu nécessaire la prolon-
gation de l'armistice. Le ministre mé-
diateur ne se pressait pas de lobtenir,
et, dans l'intervalle arriva la fatale
nouvelle de la défaite des Français à
Vittoria qui mit fin aux hésitations as-
tucieuses de l'Autriche, et cimenta les
liens de la coaUtion formée contre Ka-
poléon. En effet, le 9 juillet, une con-
férence secrète réunissait, à Trachem-
berg. les plénipotentiaires anglais, rus-
se, prussien et celui de l'Autriche. Ce
fiit sous ces auspices que s'ouvrit le
congiès de Prague. Fidèle à son sys-
tème de duplicité , le cabinet de
Vienne prolongea les discussions de
iar>
MAR
forme jusqu'au 10 août; et, avant
même que les pleins pouvoirs eus-
sent été échangés, les plénipoten-
tiaires ennemis déclarèrent que les
leurs étaient expirés. Ainsi s'évanouit
le prétendu caractère de médiateur
annoncé par rAutriclie, et le congrès
de Prague fut terminé avant d'être
commencé (1). Napoléon qui, durant
cet intervalle, s'était rendu à Mayence,
pour se mettre en état de continuer
la guerre, consentit, lors de son re-
tour à Dresde , à la seule démarche
qui piit offrir encore une chance pour
la paix ; et, à défaut de plénipoten-
tiaires, le duc de Bassano décida le
comte de Bubna à porter à l'empe-
reur d'Autriche les propositions de
son gendre. Au moment où Bubna
arrivait à Prague, les allies entraient
en Bohême, pour se trouver avec les
Autrichiens au rendez- vous donné ,
aux conférences de Trachemberg ,
dans lecam.p de t ennemi commun. On
voit, d'après ces détails, que Bassano
avait tenté, soit auprès de Napoléon,
soit auprès des alliés, tout ce qui était
possible pour arriver à la paix; et
cependant l'opinion publique l'accu-
sait d'être l'instigateur de la guerre. On
assurait qu'à Dresde, au moment où
l'empereur allait signer un traité de
paix, il lui avait dit, dans l'intention
de l'en détourner : « Pour cette fois,
« on ne dira pas que vous en ayez
« dicté les conditions. » On ajoutait
qu'à ces mots, reuq)ereur avait brisé
sa plume au lieu de signer, l^s
hommes qui fondaient alors leurs
espérances sur la chute de Napoléon,
entre autres Fouché et Talleyrand ,
s'acharnaient à décrier le duc de Bas-
sano, à envenimer, dans le public, ses
paroles et ses actions, et à le i-epié-
senter comme le plus vil flatteur de
(t) JAoatyérin , Histoire oitique et rai-
sonnée, etc.» t, VI, p. 278i
MAB
Napoîëoo, comme celui qui Tentre-
tenait dans sa passion pour la guerre.
Après le désastre de 1 .eipzig , il re-
vint avec lui à «Paris, et fut auto-
risé à reprendre deux négociations
importantes : l'une pour le retour du
pape à Rome , l'autre pour le réta-
blissement de Ferdinand VII sur le
trône d'Espagne. Le succès de la pre-
mière importait à la paix publique;
la prompte réussite de la seconde
aurait mis à la disposition de Napo-
léon cent mille hommes de troupes
qui occupaient la Péninsule ; mais leS
intrigues de Talleyrand et de plusieurs
hommes influents qui déjà s'étaient
mis en rapport avec l'étranger, et
qui préparaient la chute de l'empire
paralysèrent les efforts .de Bassano.
Cependant il n'était pas sans avoir
démêlé quelques fils de ce réseau d'in-
trigues, qui contrariait l'action de son
ministère : on avait tout à craindre
de sa surveillance, il fut donc résolu
dé l'écarter. L'opinion se prononçait
plus que jamais pour la paix; on en
profita pour faire pressentir à Na-
poléon le danger de laisser à la tête
des relations extérieures un ministre
qui, à tort ou à raison, passait pour
^tre un obstacle à toute réconcilia-
tion avec l'Europe. Dans les difficul-
tés où se trouvait Napoléon , il crut
devoir apaiser cet orage de cour, en
ôlant au duc de Bassano le porte-
feuille des relations extérieures ; et ,
en cela, son affectioti était d'accord
avec sa politi(juo; il voulait le sous-
traire aux dangers auxquels j>ou-
vait l'exposer l'animadversiou p>i-
blique. Pour que cette détermination
ne parut pas une disgrâce, il le re-
tint auprès de lui comme ministre
hcrrétaire-d'État , en lui manifestant
toujours la même confiance. Il ne
laissait d'ailleurs échapper aucune
occasion d'opposer hautement son
MAR
f^moigtiag€ aux fausses imputations
dont le ministre était l'objet. Une fois
entre autres (14 janvier 1814), dans
un grand conseil d'administration, où
se trouvaient réunis tous les hauts
dignitaires de l'État et tous les mi-
nistres, Napoléon interpella Talley-
rand, et justifia le duc de Bassano
par des faits que personne ne pouvait
mieux connaître que l'empereur lui-
même, puisque la plupart s'étaient
passés dans le secret de ses entretiens
avec son ministre. Bientôt après, à
l'ouverture du congres de Châtillon,
Maret fut charge de diriger les né-
gociations, en correspondant de Paris
avec les ministres plénipotentiaires-;
mais, quelque zèle que mît ce dernier
à remplir sa mission, l'influence des
Anglais l'emporta , et le congrès n'a-
mena aucun résultat. On l'a encore
accusé d'avoir paralysé le congrès
de Châtillon ; mais les pièces offi-
cielles sont là pour donner un dé-
menti à cette assertion. La bataille de
Brienne avait été perdue, le 2 février
1814. Le 3, le duc de Bassano. se-
condé par le général Bertrand, passa
la nuit dans le cabinet de l'empereur,
afin de le déterminer à céder à la
fortune, et à s'en remettre au duc de
Vicence, son plénipotentiaire, pour
les conditions de la paix. On croyait,
d'après des avis récents, que ce« con-
ditions avaient été arrêtées à Chau-
mont , et que , dans l'opinion que
l'empereur n'accepterait aucune pro-
position , elles étaient combinées de
manière à faire valoir aux yeux de
l'Europe la modération des alliés Le
lendemain 4, Maret insista et écrivit
la lettre suivante : « Monsieur le duc
« de Vicence, vous me demandez
- toujours des pouvoirs et des ins-
« tructions, lorsqu'il est encore dou-
" leux si l'ennemi veut négocier. Les
•• conditions sont, à ce qu'il paraît.
MAH
m
• arrêtées d'avance entre les alliés.
" Aussitôt qu'ils vous les auront com-
« muniquées, vous êtes le maître
« de les accepter ou d'en référer à
" moi, dans les vingt-quatre heures.
• Signé Napoléon, r, Cette lettre ftit
expédiée dans la nuit du 4 au 5 fé-
vrier. Bassano, craignant que le pléni-
potentiaire ne trouvât une restriction
dans cette alternative, ^accepter les
conditions de la paix ou d'en référery
prépara sur-le-champ le projet d'une
seconde lettre , tellement explicite ,
qu'elle laissait pleine liberté au négo-
ciateur. Dans cette seconde dépêche,
datée du 5 février, qui parvint à Cau-
laincourt le lendemain, presque au
moment de l'ouverture des confé-
rences, Maret s'exprimait ainsi .'< ... Au
« moment où S. M. va quitter Troyes,
« elle me charge de vous faire
« connaître, en propres termes, que
« l'empereur vous donne carte hlan-
" che pour conduire les négociations à
" une heureuse issue, sauver la capi-
« taie, et enter une bataille, où sont
« les dernières espérances de la na-
« tion, etc. (1), » Dès que le sort des
armes eut prononcé. Napoléon abdi-
qua. Bassano ne le quitta pas un ins
tant, jusqu'au départ pour l'île d'Elbe,
et ne cessa de rendre à l'idole tom-
bée le même cuke qu'il lui avait
porté aux jours de sa grandeur. Seul
de tous les ministres, il reçut à Fon-
tainebleau ces adieux, dont la gra-
vure et la sculpture ont consacré le
souvenir; puis il rentra dans la vie
privée. Le 20 mars, il revit Napoléon
aux Tuileries, mais ce ne fut pas sans
(1) Le duc de Bassano s'est toujours ins-
crit en faux contre une dépèche dans un tont
autre sens , adressée le 19 mars au duc de
Vicence, dans laquelle il lui prescrivait, au
nom de l'empereur, A^ attendre jusqu'au der-
nier moment sans rien concbtre. Cette let-
tre a été lue le 29 du même mois , par lord
CasUercagh, en plein parlement.
i22
MAR
peine qu'il consentit à reprendre le
portefeuille de la secrétairerie-d'État.
Il avait sur la direction des affaires
une opinion arrêtée, que ne parta-
geait aucun des autres conseillers.
Napoléon eut plusieurs fois à refuser
la démission que Bassano offrait lors-
qu'une mesure de rigueur était déci-
dée. Ce ministre s'opposa à l'acte ad-
ditionnel aux constitutions de l'em-
pire et aux confiscations rétablies par
cet acte. Le surlendemain de son re-
tour, l'empereur rendit, sous forme
d'amnistie, un décret de proscription,
Bassano refusa de le contre-signer.
Napoléon résistant aux conseils, aux
supplications même, ne changea point
de résolution, mais changea la date
de son décret. Il le supposa rendu à
Lyon, et traitant son ministre comme
un officier public, requis de certifier
sa signature, il lui en donna l'ordre,
sous peine de désobéissance. Le mi-
nistre obéit, mais fit remarquer à
l'empereur que cet acte, le seul pu-
blié sous cette forme, pendant un
règne de quinze années, attesterait le
refus du ministre secrétaire-d'État d'a-
gir comme ministre. En effet, tous les
décrets impériaux se terminaient par
cette formule. Signé Napoléos... Par
f empereur... Le ministre secrétairc-
d'État...Le décret de Lyon se termine
ainsi : Napolkos, par l'empereur, pour
expédition conforme, le 22 m^ars 1815,
le ministre secrétaire-d'Etat, Signé le
DUC PE Bas,s\no. Il faut remarquer
aussi que , parmi ceux dont Maret
combattait ainsi la proscription, se
trouvaient son ennemi personnel Tal-
leyrand qui devait le proscrire plus
tard. Cependant les conseils qui dic-
taient à Napoléon des mesures de ri-
gueur continuaient à prévaloir. Le 10
avril, Bassano donna par écrit sa dé-
mission. Napoléon la refusa , et son
ministre persistait, quand le duc
W^ 1
d'Angouléme , qui avait essayé d'o-
pérer un mouvement royaliste dans
le midi, demanda et obtint une capi-
tulation. Le duc de Bassano en con-
seilla vivement l'exécution ; ainsi le
voulaient la loyauté et le droit des
gens; mais les autres conseillers de
l'empereur, entre autres Davoust ,
ministre de la guerre, s'y opposaient ;
ils voulaient que le prince fût au
moins gardé comme otage. Napoléon
hésitait : Bassano, introduit dans le
cabinet de l'empereur, réussit enfin à
l'entraîner par ses instances. Napo-
léon exigeait seulement qu'on fit
restituer, par un acte additionnel,
les diamants de la couronne. « Ce
i< que je propose à Votre Majesté vaut
« tous les diamants du monde » ,
répondit Bassano. Cependant, l'ad-
dition fut adoptée. Aussitôt le mi-
nistre, sans sortir des Tuileries, expé-
dia par un des courriers du cabinet
l'ordre qu'il venait d'obtenir; il le ré-
digea de manière que, dans tous les
cas et quelque chose qui pût arriver
relativement aux diamants, la capitu-
lation dût êu-e immédiatement exécu-
tée. Cette dépêche, adressée au maré-
chal Suchct, aurait dû être signée
par le ministre de la guerre , selon
l'usage et parce.qu'elle était dans ses
attributions; mais Bassano ne voidait
partager avec personne la gloire d'a-
voir sauvé la vie au duc d'Angou-
léme. Il redoutait d'ailleurs l'interven-
tion de Davoust, dont il connaissait
les dispositions ; aussi se hâta-t-il de
prendre sur lui la responsabilité, en
donnant l'ordre en son propre nom.
Cependant de nouvelles dépêches
parvenaient an télégraphe et arrê-
taient la transmission de celle du duc
de Bassano. Par l'une, le général Grou-
chy annonçait qu'il ne ratifierait pas
la capitulation, avant de connalUe
l'intention de l'empereur, et qu'il
MAR
allait se rendre au Pont-Saint-Ésprit
pour suivre ce prince, et se trouver
à même de le faire arrêter, dans le
cas où l'empereur lui en donnerait
l'ordre. Par l'autre , le duc d'Albu-
fera annonçait que Grouchy venait
de lui écrire de la Palud, qu'il avait
fait arrêter le duc d'Angoulême et
qu'il n'avait point voulu ratifier la
capitulation signée par le général Gil-
ly, sans connaître les intentions de
l'empereur. Le directeur du télégra-
phe, Chappe, indécis entre ce conflit
de dépêches, en refera au duc de
Bassano , en lui envoyant les nou-
velles dépêches. Au lieu de les por-
ter aussitôt à l'empereur, Maret prit
sur lui, par un acte des plus hajdis,
d'envoyer au télégi-aphe un des chefs
de division de la secrétairerie-d'État
qu'il chargea de transmettre , sur-le-
champ et en sa présence, l'ordonnan-
ce pour l'exécution de la capitulation.
Quant aux nouvelles dépêches, il les
retint et ne les remit à l'empereur qu'à
s(îpt heures du soir, au moment où la
nuit rendait impossible toute trans-
mission de nouveaux ordres.Bonapartc
approuva son ministre , qui lui dit
alors avec expansion : » Je vois que je
" puis encore être utile. Je retire ma
« démission. • Il suivit Napoléon à
VVaterioo. Après ce grand désastre, la
voiture du duc de Bassano se trouva
embarrassée par les équipages de l'ar-
mée, et il fut sur le point d'êtie fait
prisonnier par les Prussiens. Bona-
parte ayant abdiqué pour la seconde
fois , Maret ne prit plus aucune part
aux affaires, mais il ne quitta l'ex-
empereur, ni à l'Elysée, ni à la Mal-
maison; et, ne pouvant le suivre à
Sainte-Hélène, il lui donna jusqu'au
départ de Rambouillet des témoigna-
ges de son maltérable dévouement.
Atteint par l'ordonnance du 24 juillet
1815, il resta d'abord à Paris, sou?
MAR
123
la surveillance de la police, jusqu à
la décision des Chambres. Vint en-
suite la loi du 17 janvier 1816, qui
ordonnait aux proscrits de quitter le
royaume avant le 25 février. Le duc
de Bassano se réfugia près de Genève,
dans une maison de campagne, où il
fut fait prisonnier et li\Té à l'Autri-
che, après avoir reçu plusieurs coups
de baïonnette dans l'attaque nocturne
de son domicile. Conduit dans les
Etats autrichiens, il vit cesser de si
étranges procédés ; obtint des passe-
ports pour se rendre à Lintz, puis se
retira à Gratz, Il y mena une vie
fort tranquille , objet des égai-ds pai-
ticuliers des autorités du pays, car
on n'avait pas oublié en Autriche sa
conduite modérée pendant les deux
invasions françaises, il partageait ses
loisirs enti"e l'éducation de ses en-
fants et la rédaction de mémoires
ti-ès-détaillés sur les actes et les tia-
vaux de sa vie publique. Maret avait
toujours aimé et cultivé les lettres,
et Ton disait même, au temps de
l'empire, que M, Etienne, dont il fut
le Mécène, lui avait du d'heureuses
inspirations et d'utiles conseils litté-
raires. Api-ès quatre ans d'absence,
Bassano rentra en France (1820), en
vertu de l'ordonnance du 1" décem-
bre 1819, qui rappelait, par mesme
générale, ceux des trente-huit exilés
qui n'avaient pas obtenu des excep»-
tions. Dès Tannée précédente, le gou-
vernement français lui avait permis
de se fixer à Genève; et les feuilles
publiques avaient annoncé son pro-
chain rappel. Fidèle à cette circons-
pection qui était dans son caractère,
Maret continua de vivre dans la
retraite, votant avec l'opposition dans
les collèges électoraux , du reste évi-
tant toute occasion d'occuper de lui le
public. Cependant, eu 1823, les jour-
naux retentirent d'un procès qui lui
124
MAR
fut intenté par le duc d'Orléans
(Louis-Philippe), il s'agissait de sa-
voir si le cas de retour aux anciens
propriétaires , prévu par la loi de
181i, était applicable à 40 actions
des canaux d'Orléans et Loing, que
Bonaparte pendant les Cent -Jours
avait remises au duc de Bassano, et que
le duc d'Orléans revendiquait comme
sa propriété. Maret alléguait que Na-
poléon, désirant doter un fils naturel,
l'avait chargé d'acheter 20,000 francs
de rentes sous le nom de cet en-
fant . Cependant l'empereur avait né-
gligé de lui compter les fonds néces-
saires; mais, au moment de la seconde
abdication, voulant réparer cet ou-
bli, il avait remis à Bassano ces 40
actions pour le couvrir de ces avan-
ces. Cette cause plaidée avec solen-
nité par M. Mauguin pour le duc de
Bassano, et par M. Dupin pour son
adversaire , mettait en quelque sorte
aux prises l'empire et la restauration :
en effet aux lois et sénatus-consultes
de l'empire, on opposait les lois et
ordonnances rendues par Louis XVIIL
L'ancien confident de Napoléon per-
dit son procès, et il dut restituer à
la maison d'Orléans les actions dont
il s'était reconnu détenteur. En 1827,
un autre incident le mit encore dans
l'obligation de recourir à la pviblicité.
L'ambassadeur d'Autriche prétendit
ôter à plusieurs des généraux et des
hommes de l'empire les noms em-
pruntés à des pays étrangers, que
Napoléon leui- avait conférés pour
leurs services militaires ou diplomati-
f[ues. Les journaux ministériels, en
applaudissant à cette prétention de
l'Autriche, alléguaient que le duc de
Bassano avait été des premiers à re-
noncer à son titre dans ses relations
avec le gouvernement autrichien.
Dans une lettre adressée à ces mêmes
journaux, l'cx^ministrc combattit cette
MAR
assertion par des faits et déclara qu'en
aucune correspondance, ni dans
aucun acte, soit public, soit privé, il
n'avait séparé son nom de son titre
de duc de Bassano. Cette déclaration
fit avorter une petite intrigue de la
diplomatie. Après la révolution de
juillet 1830, le duc de Bassano fut
accusé d'avoir provoqué le coup
d'État du ministère Polignac dans
un mémoire adressé à Charles X. On
alla même jusqu'à défier l'ancien mi-
nistre de Napoléon de publier ce mé-
moire. Bassano s'empressa de le faire
imprimer avec une lettre adressée
aux journaux et datée du 19 novem-
bre 1830, dans laquelle, après avoir
protesté que jamais il n'avait con-
seillé le coup d'État en question ,
il donnait les explications suivan-
tes : « Consulté, il y a quelques an-
« nées, sur les affaires publiques par
M un honnête homme alors en cvé-
« dit à la cour ( le comte Charles de
« Damas , son compatriote ), je fis un
u mémoire qui fut, sans ma participa-
« tion, mis sous les yeux du roi. Puis-
" qu'on le veut, cet acte ne sera pas
» caché à la France, à qui cependant
« il importe peu Je le livre à l'ins-
u tant même à l'impression. On y
« verra ma pensée sur les coups d'E-
« tat. Produit d'une composition hâ-
« tée, je le donne avec ses incorrec-
• tions ". Ici le duc de Bassano ci-
tait divers personnages entre autres
Alexandre de Laborde, Arnault, etc.,
qui avaient vu son mémoire au mo-
ment où il fut écrit, « et qui atteste-
f raient au besoin , disait-il , que je
« n'y ai pas changé une parole. - Il ter-
minait en assurant qu'un des ministres
de l'époque avait dit que c'était l'œu-
vre d'un jacobin. « C'était, ajoutait
« Bassano, celle d'un citoyen dont
u les principes ne se sont jamais dé-
« mentis et dont l'empereur a dit
MAR
MAR
tS5
• dans ses mémoires : qu'il représen-
« tait près de lui les doctrines de
" [Assemblée constituante «.La doc-
trine que Fauteur prêche dans cette
brochure est fort sage; selon lui, si
un coup d'État est déjà un grand
mal quand il réussit, il peut être un
mal sans remède quand il échoue ; il
ne réussit que quand il est néces-
saire, et il n'est nécessaire que quand
il est réclamé par une grande masse
d'intérêts. Lorsque le gouvernement de
juillet chercha à rallier autour de lui
les personnages marquants de l'em-
pire, Bassano fut compris par Casimir
Périer dans une nombreuse fournée
de pairs. Ce n'est pas qu'il partageât
les idées de cet homme d'État, car il
lui dit, dans les derniers jours de
1831 : » Croyez-moi, M. Périer, mar-
« chez avec l'opinion publique , et
" pour cela commencez à faire la res-
« tauration de l'opinion publique. »
La première fois qu'il prit la parole
dans la chambre haute, ce fut pour
demander l'abrogation de la loi du
19 jan>ner 1816, faite pour expier le
meurtre de Louis XVI, et dont la com-
mission avait unanimement proposé
le maintien. Dans les sessions de 1831
il fut chargé de divers rapports ira-
portants. En 1833, il prit plusieurs
fois la parole sur le projet de loi d'ex-
propriation forcée pour cause d'utilité
publique. En 1834 il fit deux rapports
pour l'abolition des majorats. Dans le
procès du National, il fut un des qua-
toi-ze pairs qui votèrent pour l'acquit-
tement. Le 10 nov. 1834, il accepta
le ministère de l'intérieur avec la pré-
sidence du cabinet qu'il était chargé
de former. On sait que les principaux
irticles de son programme étaient
l'amnistie et ce qu'il appelait la res-
tauration de la révolution de juillet.
On sait encore que, contrarié par les
hommes du parti doctrinaire, il ne put
parvenir à former un cabinet, et qu'au
bout de quelques jours, il quitta ce
ministère qu'on a surnommé impossi'
ble et qui fut, chez le duc de Bassano,
I école d'un vieillard ambitieux. Là, M.
Guizot fut pour lui ce qu'en 1813 avait
été Talleyrand. Concentré depuis dans
ses foi'ctions de la pairie, Maret le«
remplit avec assiduité; heureux par
là de se rattacher indirectement aux
affaires publiques. Plus libéral dans sa
vieillesse qu'il ne s'était jamais montré
dans l'âge mûr, il repoussa avec éner-
gie la proposition faite par Barbé de
Marbois (voy. Marbois, dans ce vol.) et
auti-es de juger sur pièces les accusés
qui refusaient de reconnaître la com-
pétence de la Cour des Pairs , et de
disjoindre les causes des prévenus de
Paris et de Lunéville, de celle de leurs
co-accusés de Lyon. Le duc de Bassa-
no mourut à Paris le 16 mai 1839.
II avait été nommé membre de la
Légion-d'Honneur , le 9 vendémiaire
an XII (2 ocL 1803), grand-officier le
14 juin suivant et grand-aigle le 2 fé-
vrier 1805. Il était aussi commandeur
de l'ordre de la Couronne-de-Fer. On
remarqua dans le temps qu'il n'eut
aucune part aux décorations créées
par les frères de Napoléon. Inviola-
blement dévoué au chef de la dynas-
tie , il ambitionnait peu , dit M. de
Norvins, les distinctions de ces cou-
ronnes de famille, qui chaque jour
s'eflForçaient de faire oubh'er leur ori-
gine. Le duc de Bassano était entré
dans la seconde classe de l'Institut
(Académie française) le 23 mars 1803,
en remplacement de Saint -Lambert;
éliminé par l'ordonnance de 1816, il
rentra, en 1830, dans la classe des
sciences morales et politiques. Il fut
même nommé président d'une section
et se chargea de plusieurs rapports.
L'éloge funèbre du duc de Bassano a
été prononcé sur sa tombe par M.
126
MAR
Charles Dupin. Personne n'a pris la
parole, à la Chambre des Pairs, pour
lui payer ce tribut de convenance.
Maret avait épousé sa cousine, M"'
Lejéas, fille du maire de Dijon, qui fut,
par sa beauté et son esprit , l'une des
femmes les plus distinguées de la cour
impériale; elle mourut quelques an-
nées avant lui , laissant plusieurs en-
fants. — Jean-Philibert Maret, frère
aîné du duc de Bassano , naquit à
Dijon en 1758. Employé d'abord dans
les ponts-et-chaussées, il fut, après
le 18 brumaire, nommé préfet du
Loiret, et mit beaucoup d'ordre dans
son administration. Il entra, en 1806,
au conseil d'État, avec la place de di-
recteur-général des vivres de la guerre.
Le 4 septembre 1807, il présenta au
Corps législatif , comme orateur du
gouvernement, le livre IV du Code 4e
commerce, qu'il fit adopter. Ayant
perdu son emploi en 1814, il se retira
à Dijon, où il mourut le 21 janvier
1827. D— H— n.
MAREUIL (Pierre de), jésuite,
n'a point d'article dans les diverses
biographies, et mérite pourtant de
n'être pas oublié. Il est auteur des
ouvrages suivants : I. Devoirs des
personnes de qualité, trad. de l'an-
glais, Paris, 1728 et 1751, 2 vol.
in-12. II. Le Paradis tecomfuis, tra-
duit de l'anglais de Milton , Paris ,
1730, in-12; réimprimé à la suite
de la version de Dupré de Saint-
Maur, ibid., 1755, 3 vol. in-12. IIL
Les a'uvres de Salvien, prêtre de Mar-
seille, contenant ses lettres, ses trai-
tés, sur l'esprit d'intérêt et sur la Pro'
vidence, Paris, 1734, in-12. Cette tra-
duction, qui parut sous le voile de
l'anonyme, ainsi que les deux ouvra-
ges précédents , ne manque pas d'exac-
titude, mais elle est dépourvue de
vigueur, de nerf et de précision. Le
P. de Mareuil a fait usage plus d'une
MAB
fois des notes critiques d'un de ses
devanciers, le P. Pierre Corse, jé-
suite, qui avait donné, en 1655, une
version complète des Œuvres de
Salvien, Paris, in-4°. Les remarques
du P. Corse semblent généralement
bonnes, et il est étonnant que Ba-
luze, s'il les a connues, n'en ait pas
profité pour son édition de Salvien.
En 1833, l'auteur de cet ai-ticle et
J.-F. Grégoire ont publié les Œuvres
du savant prêtre de Marseille, tra-
duites en français avec le texte en
regard, Lyon, 2 vol. in-8''. Ils n'ont
pu employer les notes du P. Corse,
parce qu'il leur avait été impossible
de se procurer sa traduction. IV. 06-
stacle de la pénitence , ou Réfutation
des prétextes qui font illusion au pé-
cheur, et l'empêchent de se convertir,
trad. de l'anglais du P. Pearson , Pa-
ris, 1736 , in-12. Mareuil y a joint
la lettre de saint Eucher à Valérien ,
celle de saint Augustin à Licentius,
et les Soupirs d'une âme pénitente,
tirés des 0;juscu/es de Thomas à Kem-
pis. V. F^ie de la vénérable servante
de Dieu, l'illustrissime et sérénissime
princesse Jeanne de Valois, reine de
France, fondatrice de l'Ordre des reli-
gieuses de l'Annonciade, Paris, 1741,
in-12. C— L— T.
MARGUERIE (Jeas-J acquis de),
lieutenant de vaisseau, membre de l'A-
cadémie royale de la marine, naquit
à Mondeville, près de Caen, le 12 avril
1 742. Son père, le chevaher de Mar-
guerie, l'envoya de bonne heure clieï
le marquis de Vassy, son onde,
pour qu'il fît ses éludes au collège de
Caen. Son aptitude et sa vocation na-
turelles ne tardèrent pas à se révéler.
1^8 éléments d'Euclide, que le ha«ard
fit tomber entre ses mains , ver» l'âge
de 18 ans, lui montrèrent la vérité,
qui, jusque-là, ne s'était offerte à lui
qu'enveloppée de nuages ou étoulfée
MAR
sous le jargon pedantesque de l'école.
Nous ne dirons pas qu'il apprit seul
les mathématiques , mais ce qu'on est
en droit de dire, c'est que ses progrès
furent rapides , et, qu'en peu de
temps , il fut en état de résoudre des
problèmes très - difficiles. Trois ou
quatre ans après qu'il eut commencé
à se livrer à l'étude des mathémati-
ques, il vint à Paris, où l'appelaient
des affaires particuUères. Il y fit con-
naissance avec Fontaine. Ce géomè-
tre, surpris de trouver dans le jeune
élève un talent tout formé, conçut pour
lui l'attachement le plus \-if , et alla
jusqu'à lui offrir de partager son loge-
ment. Marguerie, sentant tous Jes
avantages d'une offre si généreuse,
l'accepta avec reconnaissance, et ne
crut pouvoir mieux s'en rendre digne
qu'en se livrant avec plus d'ardeur à
1 étude des sciences. Ses efforts furent
promptement couronnés de succès,
ainsi que le prouvent plusieurs mé-
moires qu'il lut à l'Académie des scien-
ces, et dont nous aurons occasion de
rendre compte. La réputation qu'il
s'acquit par ses premiers travaux vint
jusqu'à l'ambassadeur de Russie, qui,
sûr de plaire à sa souveraine, chercha
àjui attacher un sujet si distingué;
mais ni l'appât d'une fortune considé-
rable , ni la perspective d'un avance-
ment rapide, ne purent séduire le
jeune Marguerie. Son désintéresse-
ment et son amour pour sa patrie le
rendirent inaccessible à de telles pro-
positions. Peu après, le comte de Ro-
quefeuil, mort vice-amiral, protec-
teur éclairé des sciences qu'il culti-
vait lui-même avec succès, avant
entendu faire l'éloge de Marguerie,
consulta Fontaine, qui lui répondit :
" qu'il était au moins aussi tort que
» lui sur l'analyse. » Ce témoignage
tut confirmé plus tard par Lagrange,
qui , dans une lettre adressée, le 24
MAR imt
février 1774, à Marguerie, s'expri-
mait ainsi : « Je vois avec ta plus
" grande satisfaction que vous avez '
« hérité du génie de feu M. Fon- >
" taine, et je vous crois destiné à ré- .
" parer la perte que les sciences ont
« faite par la moit prématurée de ce
« grand géomètre. « M. de Roque-
feuil , déterminé par ce que lui avait
dit Fontaine, résolut aussitôt de pré-
senter à son rx)rps un géomètre qui
n'avait qu'à se proposer les progrès
des sciences nautiques, pour leur
en faire faire de très-grands. Il en
parla au duc de Piaslin , alors mi-
nistre de la marine, qui, sur-le-
champ , accorda à Marguerie une let-
tre de garde de la marine , avec une
pension de 600 livres, en y ajoutant
la promesse d'un prompt avancement.
Bientôt après (sept. 1768), il s'em-
barqua sur la flûte la Normande ,
destinée pour l'Ile-de-France. A peine
y fut-il arrivé, que le chevalier Des-
roches, gouverneur de cette colonie
et de celle de Bourbon, ayant reçu
ordre de renvoyer en France tous les
officiers de marine, le fit repartir sur
le Sphynx, commandé par le comte
d'Hector. Pendant la traversée , il re-
cueillit un grand nombre d'observa-
tions utiles qu'il consigna dans son
journal , dont il n'existe que des frag-
ments et qui contenait une descrip-
tion très-bien faite de llle- de-France.
L'Académie royale de la marine, ré-
tablie au mois d'avril 1769, chercha
aussitôt à l'acquérir. Bien qu'elle fut
au complet, et que le grade de Mar-
guerie ne permît pas de l'admettre, le
mérite dont il avait fait preuve aplanit
toutes les difficultés, et le duc de Praslin
autorisa l'Académie, par une lettre du
29 mai 1770, à le recevoir au nom-
bre de ses membres. Il avait, dès le
mois de janvier 1769, satisfait aux
conditions d'admissibilité imposées
128
MAR
par le règlement, dont l'article 10
portait que nul ne pouvait être pro-
posé qu'il ne se fût fait connaître par
quelque ouvrage ou mémoire qui jus-
tifiât de ses connaissances , principa-
lement dans les mathématiques ou
les autres parties des sciences relati-
ves à la marine. Sa capacité s'était
manifestée dans un Mémoù-e sur la
résolution des équations en général ,
et particulièrement sur l'équation du
cinquième degré. La veille du jour
où le ministre confirma son élec-
tion, Marguerie adressait à l'Acadé-
mie son Mémoire sur le système du
monde, qu'il annonçait devoir être
suivi d'un second et d'un troisième
mémoire sur le même sujet. Le 21
juin suivant , cette compagnie enten-
dait la lecture de son Mémoire sur
une opération d'algèbre appelée f éli-
mination des inconnues. Enfin , le 20
septembre de la même année, il com-
muniquait encore deux mémoires,
l'un sur {'Établissement d'une nouvelle
théorie de la résistance des fluides;
l'autre sur les Suites. Ces cinq mémoi-
res ont été insérés dans le tome I",
papes 1 142 des Mémoires de l'Aca-
démie, le seul qui ait paru, sous ce
titre : Mémoires de l'Académie royale
de marine, t. I", Brest, 1773, in-4%
pi. Les manuscrits autographes de ces
mémoires existent à la bibliothèque
du port de Brest, dépositaire des
archives de l'Académie de marine,
qui l'avait fondée en 1752; ils for-
ment ensemble 179 pages in-folio, à
longues lignes , et se composent en
grande partie de ceux qu'il avait adres-
sés, plusieurs années auparavant, à
l'Académie des sciences. La résolution
des équations avait déjà exercé la sa-
gacité des géomètres, et cette branche
du calcul devait beaucoup aux savan-
te» recherches d'EuIer, de Bc/.out et
de Fontaine , lorsque son importance
MAB
détermina Marguerie à s'en occuper.
Il trouva , comme ces grands mathé-
maticiens, une méthode de le» ré-
soudre, très-élégante, très-générale,
qu'il communiqua à l'Académie des
sciences (octobre 1767), dans le pre-
mier des mémoires que nous venons
de citer. Cette méthode fait trouver,
avec la plus grande facilité, l'équation
dont on connaît la forme de la racine,
ce qui est précisément l'objet qu Euler
s'était proposé dans ses premières
recherches, et qu'il ne put alors rem-
plir pour le cinquième degré. Mar-
guerie applique sa méthode successi-
vement au troisième, au quatrième,
au cinquième degré; et, dès la pre-
mière application qu'il en fait, on
apprend qu'il y a une infinité de
manières de produire l'équation dont
on a la racine, ce qu'on ignorait
avant lui, et c'est un des premiers
fruits de sa méthode. Il faut sur-
tout remarquer la manière dont il
fait descendre l'équation d'un degré,
quand cela est possible, comme dans
le troisième degré et dans le qua-
trième, par une simplification acci-
dentelle. C'est sans contredit une des
parties les plus estimables de son tra-
vail. Le mémoire dont nous venons
de donner une courte et imparfaite
analyse, obtint l'approbation de La-
grange : « Votre méthode pour trou-
« ver l'équation résolvante d'un de-
M gré quelconque me plaît beaucoup,
a lui écrivait ce savant géomètre;
« elle a l'avantage de donner cette
« équation sous la forme la plus siui-
« pie qu'il soit possible , et je crois
» que cette méthode peut être
. aussi d'une très-grande utilité dans
* beaucoup tl'autres occasions. Mais
.. la longvicur du calcul pourrait re-
n buter ceux qui n'auraient pas autant
.. de courage et de dextérité que vous
.. à le manier. » Ce pix-mier travail de
MAR
Marguerie devait naturellement le
conduire à s'occuper de rétiinination
des inconnues, doii déj>end la solu-
tion générale des équations , et à
chercher à abréger les calculs qu'elle
exige. '" w-sl aussi ce qu il fit , et il
trouva , pour le cas oii l'on a deux
équations, une méthode tres-ingé-
nieuse qu il expose dans le second de
ses mémoires, méthode qui, non-seu-
lement, rend le calcul moins pénible,
mais, ce qui est d'un avantage inaj>-
préciable, fait ariiver a l'équation fi-
nale du plus bas degré possible. Ce
mémoire obtint dans les termes sui-
vants lassentiraent de Lagrange : «J'ai
x admiré comment, à l'aide de subs-
" titutions convenables , vous avez
" trouvé moyen do simplifier le cal-
« cul de l'élimination, et surtout de
o vous débarrasser des facteurs inu-
u tiles qui font monter l'équation fi-
< nale à un degré beaucoup plus
» élevé qu'elle ne doit éu*e. Je crois
" que vous êtes le premier qui ait
>» donné le résultat de l'élimination
» pour le cinquième degré. C est un
» véritable service que vous avez
« rendu aux analvstes ; mais il serait
" à désirer que l ou pût trouver la loi
- de ces résultats pour les degi-és suc-
* cessifs ; cela serait surtout utile
» pour le cas où l'on a à traiter des
« équations numériques. •> La ma-
tière de l'élimination fut, peu d'an-
nées après, traitée par Bezout, d une
manière infiniment générale et sim-
ple dans son savant ouvrage de la
Théorie <lc> équations algébriques ;
mais ce n'est pas pour Marguerie un
médiocre avantage que de pouvoii'
revendiquer l'honneur d'avoir été le
devancier de ce grand madiématicien.
Dans son mémoire sur les Suites, il
s'attacha et réussit à perfectionner
une partie épineuse du calcul, déjà si
redevable aux travaux de Bernouilli ,
MAB
129
deStirlirig, deMoivre etEuIer. Il em-
brassa un sujet d'une grande étendue,
comme le prouve son mémoire, où il
ne se propose rien moins que de
sommer toutes les suites dont la
somme et le terme général sont des
quantités algébriques , lorsqu'elles
sont sommables , de reconnaître
quand elles le sont, et enfin d'appro-
cher aussi près qu'il e?t possible de
la somme dont on a reconnu l'insoni-
mabilité ; quelque vaste que fût son
projet, on peut assurer qu'il le rem-
plit dans son entier, en suivant une
méthode qui a quelque ressemblance
avec la seconde méthode du calcul
intégral de Fontaine , ainsi qu'il
en convient lui-même. Ce nouveaii"^
travail obtint de Lagi"ange les mêmes
éloges que les précédents : « Ce que
» vous avez fait sur les séries (lui
disait ce célèbre mathématicien ,
dans la lettre dont nous avons déjà
cité des passages), « mérite égale-
« ment la reconnaissance des géonié-
■' tre». Quoique vos méthodes ne
- soient pas tout-à-fait nouvelles,
" lapplication que vous en avez faite
» n'en est pas moins intéressante. Il
» est stu'tout fort satisfaisant d'avoir
- des formules générales toutes cal-
• culées auxquelles on puisse rappor-
• ter, sur-le-champ, chaque cas par-
" ticulier. ■ Daiis son mémoire sur le
Système du monde, il trouve ce qu on
savait déjà, mais en suivant une mar-
che qui lui est propre. Il ne s'était
déterminé à coinposer ce mémoire
que parce que, se proposant de trai-
ter les points les plus importants des
systèmes du monde dans d'autres mé-
moires dont celui-ci était le fonde-
ment, il ne voidait rien emprunter de
personne. Le premier devait contenir
une nouvelle théorie du mouvement
de la lune. Son examen de la thckjrie
connue <le la résistance des fluides lui
9
130
MAR
MAR
fut suggéré par des expériences que
ThcW'cnard avait faites au port de
Lorient. Après avoir expose cette
théorie à sa manière , avec toutes les
objections qu'on peut faire contre
elle, il termine en proposant des ex-
périences nouvelles , dont les résul-
tats, introduits dans des formules
analytiques qu'il donne ensuite, doi-
vent infailliblement faire découvrir la
vérité. Des preuves si multipliées
d'un grand talent le firent nommer
enseigne de vaisseau, au mois de dé-
cembre 1770, avant son tour. Le 2i
janvier 1771, il devenait académicien
ordinaire , d'adjoint qu'il avait été
jusque-là; le 21 février suivant, il
présentait une Dissertation sur le rou-
lis, et, le 2i mars, un Mémoire sur
la manière de trouver les centres de
gravité. Ayant reconnu, dans son mé-
moire sur la résolution des équations,
que l'équation résolvante du qua-
trième degré monte au sixième, il en
avait conclu, par analogie, que la ré-
solvante du 5"" degré doit monter au
24°"; et, comme sa méthode pouvait
la lui donner, il l'aurait cherchée s'il
avait été bien certain qu'elle est vrai-
ment de ce degré et non d'un degré
inférieur. Il était donc nécessaire de
s'assurer du degré do cette résol-
vante, et c'est ce qu'il entreprit dans
un Mémoire sur lu résolution des
équations du 5°" degré, déposé an
secrétariat de l'Académie de la Ma-
rine, le 22 mars 1771, dans lequel il
démontre que la résolvante de ce de-
gré est réellement du 24""'. Aprôs
avoir montré la loute qu'il faut suivre
pour trouver la résolvante du 5"""
degré, et fait voir que le calcul en
est très-praticable; il cherche ce qu'on
pourrait faire pour la résondrc. Ayant
réussi à décomposer la résolvante du
4"" degré «;n doux , l'une du 3"" ,
l'autre du 2°", il semblerait, ù eu ju-
ger par analogie, que la résolvante du
5"' degré devrait dépendre pareille-
ment de trois équations, l'une du 4°",
l'autre du 3™*, et enfin une du 2"".
Il cherche la première indépendam-
ment des deux autres, et indique
comment on peut la trouver , si elle
existe. Mais , venant bientôt à recon-
naître que cette recherche exige beau -
coup d'essais que l'incertitude ne
permet pas d'entreprendre, il n'ose se
prononcer sur l'existence ou la non-
existence de cette équation. Les
doutes qui lui avaient inspiré cette
réserve appelèrent de nouveau ses
méditations; ils ne tardèrent pas à
être dissipés; car, le 6 août 1772, il
écrivit à l'académie qu il avait trouvé,
pour arriver à la résolvante du 5""*
degré, une méthode plus courte et
plus praticable que celle qu'il avait
indiquée dans son précédent mémoire,
et il la consigna dans un nouveau
mémoire qui fut lu à l'académie le
16 septembre de l'année suivante.
Les importants travaux qu'il avait
exécutés depuis son retour de l'Indo
n'avaient pas absorbé tout son temps.
Il en consacrait une partie à l'étude
des sciences plus spécialement néces-
saires à l'exercice de sa profession.
Mais, bien convaincu que la thoorie
dos sciences nautiques est, à elle seule,
insuffisante, qu'elle demande à être
confirmée ou éclaircie par de nom-
breuses applications laites à la mer,
qu'il existe d'ailleurs des points «pii
ne peuvent être révélés que par la
pratique, il désira bientôt faire une
nouvelle campagne , et s'embarqua
sur le vaisseau l'Actionnaire, com-
mandé par M. de Monteil, et destine
pour l'Ile-de-France. Parti de la rade
du l»ort-Ix>uis, le 13 avril 1771, ce
vaisseau était de retour à Miest, le 15
juillet 1772. Il est supoi-flu de dire
que Marguerie retira de cette cam-
MAR
pagne tout le fruit qu'il sen était
promis, et qu'elle ajouta beaucoup à
ses connaissances, il v avait à peine
quinze jours qu'il était débarqué, qu'il
lisait à facademie >in Mémoire sut la
construction, suivi, quelques jours
après, d'un Mémoii-e sur la statique
des vaisseaux, dans lequel il consi-
dérait son sujet dans sa plus grande
généralité, et le traitait d'une manière
absolument neuve et originale. La
constitution de l'Académie attira par-
ticulièrement son attention: la tiou-
vant trop exactement calquée sur
rdle de l'Académie des sciences pour
qu'elle pût convenir à ime Académie
de Marine, il s'appliqua et parvint à
en formuler une plus en rapport
avec la destination de sa compagnie.
Il est hors de doute que le règlement
qu'il avait élaboré, et qui avait réuni
tous les suffrages, eût été substitué an
règlement alors en vigueur, si les
circonstances n'eussent porté l'atten-
tion du ministre sur d'autres objets.
L'année suivante parut une ordon-
nance qui excita les plus vives récla-
mations; son vif attachement pour
son corps le détermina à faire ressor-
tir tous les inconvénients qu'elle en-
traînerait. Le projet qu'il rédigea em-
brassait, dans leurs plus petites rami-
fications, tous les détails si compli-
qués du service à terre et à la mer :
aucun ne lui avait échappé; il y en
avait même plusieurs qu'un esprit
aussi étendu que le sien était seul
capable de découvrir. Cet ouvrage,
dont les matériaux disséminés au-
raient aujourd'hui besoin d'être coor-
donnés, formerait un vol. in -4° de
600 pages. Son travail l'ayant mis à
même d'approfondir l'organisation de
la marine , il reconnut qu'elle était
susceptible de perfectionnement. Les
circonstances vinrent, peu après, lui
faire concevoir lespérance que les
BCAR
131
améliorations auxquelles il avait ré-
fléchi, allaient être réalisées. Turgot,
ayant passé de l'intendance de Limo-
ges an ministère de la marine, sentit
que les notions générales d'adminis-
tration qu'il possédait à un si haut
degré, étaient néanmoins insuffisantes
pour bien diriger un département qui
exige des connaissances toutes spé-
ciales; aussi sempre&sa-t-il d'appeler
à son aide les lumières des officiers
les plus distingués de la marine :
Marguerie ne pouvait pas être oublié.
Indiqué à Turgot comme étant un
de ceux qui pouvaient lui donner le<
idées les plus justes et les plus éten-
dues sur les différents objets de son
administration , il fut bientôt honoré
de la confiance et de l'amitié de ce
ministre. La lecture du mémoire où
Marguerie avait si clairement exposé
tous le* inconvénients de l'ordon-
nance de son prédécesseur, et le»
entretiens qu'il eut avec lui et d'au-
tres officiers, l'ayant convaincu qu'elle
ne pouvait être exécutée sans nuire
au service, il chargea Marguerie d'en
composer une nouvelle et de la com-
muniquer ensuite aux officiers de la
marine qui avaient le plus d'expé-
rience et de lumières, afin de la
rendre aussi parfaite que possible.
Marguerie avait presque terminé cet
important et difficile ouvrage, quand
Turgot quitta , le 2i août 1774, le
ministère de la marine. Quoique Mar-
guerie ffit à peu pi'ès certain que ce
changement rendrait son travail inu-
tile, il eut le courage de le continuer
et de le finir. Tous ceux à qui il le
montra s'accordèrent à reconnaître
qu'il n'avait, nulle part, déployé une
plus grande supériorité , qu'il avait
épuisé son sujet et qu'il avait fait
preuve d'un talent créateur. Pendant
qu'il s'occupait à Paris de ces travaux
(l'adiiiinMtration, il ne négligeait pas
9.
132
MAR
ses travaux académiques. Ce fut vers
la même époque qu'il se chargea de
traiter la partie de la construction
dans le dictionnaire de marine que
l'Académie se proposait de publier,
et dont les matériaux étaient , en
grande partie, prêts à être livrés à
l'impression, quand la l'évolution en-
traîna la chute de cette compagnie. Il
avait été nommé l'un des quatre aca-
démiciens chargés de coordonner les
articles admis, et d'en arrêter la ré-
daction déhnitive. Ce fut aussi la
même année qu'il prononça devant
l'Académie de la marine, dont il était
le secrétaire, l'Kloge de Frézier, mem-
bre honoraire, et directeur des fortifi-
cations de Bretagne. Cet éloge du sa-
vant auteur du Traité de la coupe
des pierres a été inséré dans le iVe-
crologe des hommes célèbres de France
^our 1775 (tome VI, pages 113-126).
Maestricht (Paris), 1775, in- 12.
Nommé, en 1775, au commandement
du cutter le Moucheron, qui faisait
partie d'une escadre d'évolution sous
les ordres du comte de Guichen, il
fut fréquemment employé par cet
amiral, et se distingua par son exac-
titude et son habileté. A son retour,
il s'apphqua à l'étude de l'économie
politique, dont il lit beaucoup d'ap-
plicadons nouvelles et importantes. Il
était sur le point de terminer son tra-
vail sur cette matière, lorsqu'une ma-
ladie grave vint l'interrompre. A
peine convalescent, il fut forcé di;
s'embanjuer. l'eut-être dut-il à la ja-
lousie qu'excitait la supériorité de son
mérite, la rigueur avec laquelle on
agit à son égard. Quoiqu'il en soit,
sans considérer que sa sanlé était
encore chancelante, on l'obligea de
partir siu- la Mute la Tamponne, com-
mandée par Verdun <le la Crenne,
qui avait mission (fall<!r chercher des
mâts ù Cronstadt. Après avoir appa-
MAR
reiilé le 1" mai 1776, ils eurent oc-
casion de reconnaître, dans leur tra-
versée, que nos cartes des côtes de
Suède et de Danemark étaient abso-
lument défectueuses, et que les cartes
danoises de Lous étaient bien plus
exactes. Arrivés le 29 juin à Crons-
tadt, ils étaient trop près de Saint-Pé-
tersbourg pour n'étie pas tentés de
voir ce superbe monument de la puis-
sance russe, et surtout l'irapératiice
qui gouvernait alors la Russie avec
tant d'éclat. Ils furent présentés à
Catherine, qui les reçut avec une
bonté particulière, s'entretint long-
temps avec eux, et les étonna , quoi-
qu'ils fussent favorablement prévenus,
par l'élévation de son esprit et la va-
riété de ses connaissances. Si, après
une telle réception , quelque chose
pouvait encore les flatter, ce fut celle
que leur fit le célèbre Euler, qu'ils s'em-
pressèrent de voir. Ce grand homme
félicita Verdun de la Crenne et Mar-
guerie de leur zèle poui- la science ,
et confirma de vive voix à ce dernier
les éloges qu'il avait déjà donnés à ses
travaux dans une lettre qu il lui avait
écrite en 1774. Ils repartirent de
Cronstadt le 24 juillet, arrivèrent à
Hrest le 30 août, et passèrent, le 18
octobre, sur la flûte le Compas, qui
porta leur chargement à Toulon. Ils
(juiltèrent bientôt ce port, et mouil-
lèrent sur la rade de Hrest le 7 déc.
(>ette caujpagne n'interrompit pas le
cours des rechercijes de Margueric sur
l'économie politique. Il les continua
toutes les fois qu'il le put et les termina
dès qu'il fut à terre. Il reprit ensuite
celles qu'il avait commencées avant
la campagne d'évolutions de l'année
précédente, sur la résolution des
équations du 5"" degré, et l'on a heu
de croire (jue cette matière, objet de
sa constante sollicitude, reçut une so-
lution complète; car la correspon-
MAR
dance et les mémoires manuscrits de
l'Académie de marine nous appren-
nent que, le 12 juin 1777, il remit
un mémoire (qui n'a pu être retrou-
ve), dans lequel il déclarait avoir
complètement résoin le problème de
la résolution des équations du 5"'
degré, et que, dans la séance du 21
juillet , il fit coter et parapher ce
mémoire par Fortin et Blondeau ,
commissaires charges de l'examiner.
Peu de jours après , il reprit la mer.
C'était au commencement de la
guerre de l'indépendance améri-
caine; la France, avant d'y prendre
part , jugea prudent d'armer pour
protéger son commerce et faire res-
pecter son pavillon. Marguerie fut
un des premiers à demander à être
employé sur les vaisseaux qu'elle en-
voyait en croisière, il obtint de s'em-
barquer sur le Bien-Aimé, que com-
mandait Bougainville. Lorsque la
guerre se déclara , il passa sur le
Saint-Esprit , commandé par le duc
de Chailres, et se trouva par consé-
quent au combat que d'Orvillicrs livra
le 27 juillet 1778 , à la hauteur
d'Ouessant , à la flotte anglaise com-
mandée par l'amiral Keppel. Le 12
novembre de cette année, l'académie
lui donna une marque de confiance,
en l'appelant, à l'unanimité, et pour
la quatiiéme fois, à remplir les fonc-
tions de son secrétaire. Kommé lieu-
tenant de vaisseau à la promotion du
mois de janvier 1779, il suivit La-
motte-Picquet, qui venait de recevoir,
avec le commandement du vaisseau
VAnnibal, l'ordre de rejoindre en
Amérique l'armée navale du comte
d'Estaing. Ce zèle lui devint funeste,
car, au combat du 6 juillet 1779 ,
devant la Grenade , où VAnnibal
essuya un feu très -vif, il fut blessé
mortellement d'un boulet. Marguerie
survécut quelques jours à sa blessure,
MAR
133
mais dans un état de souffrance qu'il
supporta avec beaucoup de force.
Ainsi mourut, à 37 ans, un officie:
dont la marine ne peut que s'honorer
et que les sciences réclament à plus
d'un titre. Dans tous les sujets qu il a
traités, on remarque de grandes idées
et des vues neuves exposées claire-
ment. Il devait étrc admis à l'Aca-
démie des sciences en 1773 ou en
1771; les géomèties étaient pour
lui , mais M. de Saint-Florentin lui
était contraire. Marguerie, informé
de cette opposition, répondit, avec la
confiance qu'inspire à l'homme supé-
rieur la connaissance de sa propre
valeur que, s'il nobtenait pas cette
distinction, il croyait être certain de
faire connaître qu'il la méritait. Sa
perte a enti-aîné celle d'une grande
partie de ses ouvrages, car ceux qu'il
avait emportés (et c'était le plus
grand nombre), vraisemblablement
dans la vue de les corriger et de les
perfectionner, ont disparu ; celui
qu'on doit le plus regretter, en rai-
son de son utilité et des vues nou-
velles qu'il renfermait, c'est, sans
contredit, son ouvrage sur l'écono-
mie politique. Indépendamment de
ses cinq mémoires imprimés et de
son Éloge de Frezicr, Marguerie a
laissé les manuscrits des ouvrages
suivants déposés à la bibliothèque du
port de Brest : L Mémoire sur une
tontine entre inarins pour payer des
pensions a leurs veuves. IL Mémoire
ou règlement sur une meilleure cons-
titution à donner à l'Académie. III.
Mémoire sur la constniction d'un port
marchand (on croit que c'est celui de
Port-Vendres ). IV. Mémoire sur la
mai-ine en général. V. Ordonnance de
la marine. VI. Les articles suivants ,
pour le Dictionnaire de l'Acadé-
mie de marine : Abaissement d'un
astre , Abaissement de l'Horizon ,
134
MAR
MAR
/abaissement du Pôle, Affolie, Age de
la Lune, Aiguille aimantée, Aimant.
Air ou rhumb de vent, A l'autre bon
quart, Alidade, Allège ou Soulège,
Amers, Amplitude d'un astre, Ancre,
Attérage,Azimuth, Mouvement annuel
du Soleil et Vents alises. Si nous ci-
tons textuellement cette nomencla-
ture, c'est en raison de la forme que
Margueric avait donnée à la rédac-
tion de ces mots, qui n'étaient
qu'une faible partie de ceux qu'il de-
vait expliquer. Chacun d'eux était une
véritable dissertation, dans laquelle le
sujet indiqué par le mot était traité
de la manière la plus complète. La
réunion de tous ceux que les académi-
ciens auraient fournis, eût fait de ce
dictionnaire une encyclopédie de la
marine, dans des proportions beau-
coup plus étendues que la partie
iWan'nede l'Encyclopédie méthodique,
laquelle renferme elle - même un
grand nombre de notes destinées
primitivement à entrer dans la com-
position du dictionnaire. — Le vi-
comte A. DE Maholerie, auteur de quel-
ques poésies et notamment des Ins-
pirations des Cours, mort en 1838,
était de la même famille ; ses écrits
en prose sont : L Fats ce que dois, ar-
rive que pourra. Le royaliste et le li-
béral, dialogue sur la souveraineté ,
Paris, 1831, in-8''. H. Essai sur la
monarchie héréditaire et fédérative ,
Paris, 1832, in-8". I». L— t.
MARGUERITE de Constant! ■
nople, fille puînée de itaudouin IX,
comte de Flandre et de liainaut,
avait ét'é mise avec sa sœur sous la
tutelle de Philippe, comte de iSamur,
lorsque leur père partit pour la capi-
tale du nouvel empire grec. Après
que la ujoit de ce prince eut été
connue en France, le roi Philippe-
Auguste, en vertu de la coutume
féodale (]ui lui conférait la garde-
noble de ses vassales immédiates, fit
venir Jeanne et Marguerite à Paris.
Celle - ci , rentrée plus tard en Bel-
gique, épousa r)0uchard d'Avesnes ,
que son père avait adjoint à Phi-
lippe de Namur, pour veiller sur
elle. Bouchard avait la parole bril-
lante et facile, et tout ce qu'il fallait
pour plaire ; il jouissait d'une grande
réputation de bravoure et d'habile-
té. Ses prouesses le firent même ar-
mer chevalier par Richard-Cœur-de-
Lion. Mais dans sa jeunesse il avait
été, contre son gré et à l'insu de tous
ses amis, ordonné acolyte et sous-
diacre à Orléans. Son union avec
Marguerite reçut l'approbation de
la comtesse Mathilde , veuve de
Philippe d'Alsace, et qu'on appelait
la reine, à cause qu'elle était fille du
ioi de Portugal, l'aveu de la noblesse
et des bonnes villes ; les empêche-
ments canoniques à ce mariage étaient
inconnus; il fut donc célébré eu face
des autels et en présence de Fcrraud
et de Jeanne, dans l'année 1212. Deux
fils en furent le fruit, Jean et P.eau-
duuin d'Avesnes. Tout-à-coup le l)ruit
se répandit que Bouchard était d'é-
glise. Voulant conjurer l'orage, il se
rendit à Rome et supplia le pape
Innocent III, de lui accorder les dis-
penses dont il avait besoin. Le sou-
verain pontife se borna à lui enjoin-
dre de faire uti pèlerinage à Jérusa-
lem et au mont Sinaï, puis de rcndro
la princesse à sa famille. Revenu
dans le liainaut avec fintentioii
béir, il ne put , en voyant ta fem-
me et ses enfants , se résoudre à
un si cruel sacrifice. I^ comtesse
Jeanne l'ayant sommé, à plusieurs
reprises, de se ranger à son devoii .
en H'féra au pape et au roncilc géné-
jal de Latrati. Bouchard fut excom-
munié; et, connue il s'opiuiàtrait dans
sa résistance, il fut jeté en prison à
i
MÂR
MAR
135
Gand et décapité à Rupelmonde , par
ordre de Jeanne. Marguerite succéda
à sa sœur en 1244-. Dès l'année 1:218,
elle avait donné sa main à Guillaume
de Darapierre, deuxième fils de Gui II
de Dampierre et de Mathilde, héri-
tière de Bourbon, duquel elle eut
trois fils et deux filles. Depuis trois
ans elle était veuve de ce second
époux, lorsqu'elle prit les rênes de
la Flandre et du Hainaut II s'éleva
bientôt de giantles querelles entre les
enfents des deux lits, sur la part des
États de leui- mère qui devait leur
levenir un jour. Marguerite nourris-
sait une profonde antipathie pour
les d'Avesnes et favoiisait ouverte-
ment leurs rivaux. Ceux-ci préten-
daient que les premiers étaient des
bâtards. Grégoire IX les avait décla-
rés illégitimes. L'empereur Frédé-
ric II et le pape Innocent IV pronon-
cèrent leur légitimité. Un compromis
conclu par l'entremise du roi saint
Louis et du légat Odon, assigna la
Flandre aux Dampierre et le Hainaut
aux fils de lîouchard. Mais, malgré
cet accord, la haine mit bientôt les
parties aux prises. Jean d'Avesnes,
l'aîné , qui se regardait comme spo-
lié et qui l'était en effet , fit la
guerre à sa mère en Flandre ; celle-
ci appela à sou secours le frère du
roi de France, Chailes d Anjou, et lui
engagea le comté de Hainaut. Les
habitants de cette province, mécon-
tents de leur princesse, l'appelaient
la noire dame ; et il se forma alors,
du côté d'Enghien, une hgue contre
les Flamands . qu'on appela la ligue
des Ronds, du nom d un boucher de
Chièvres, tué par les officiers de Mar-
guerite, et que ses fils avaient juré
de venger. Les exploits de cette trou-
pe eurent une certiiine importance;
ils méritèrent d'être célébrés par un
trouvère contemporain, qui composa
en français , sur ce sujet, un poème
quon n'a point encore reû'ouvé et
dont le chroniqueur Jacques deGuyse
a donné un extrait en prose. Mar-
guerite eut de longues querelles avec
l'empire, pour la Flandre impériale
que Jean d'Avesnes était parvenu à
se faire adjuger, et avec le comte
de Hollande, touchant la suzeraine-
té de la Zélande. Après de longues
discussions et des guerres désastreu-
ses, la paix fut rétablie. Le jugement
rendu par saint Louis et le légat
Odon, fut ratifié à Péronne, en 1246,
et les Dampierre, faits prisonniers à
la bataille de Walcheren ou de West-
kapel, recouvrèrent leur liberté. De-
puis long -temps Maigueritc avait
associé son fils au gouvernement de
la Flandre qu'elle lui abandonna peu
avant sa mort, par un acte du 29
décembre 1278. Elle mourut le 10
février 1279. Malgré l'épithète hos-
tile que lui décernèrent les Wallons,
elle sera comptée parmi les souve-
raines qui conti'ibuèrent le plus à la
prospérité de la Flandre. C'était une
femme d un grand caractère, très-en-
tendue aux affaii^es et aimée des pau-
vres. Elle favorisa le commerce etl'in-
dustrie par de nouveaux tarifs, desfran-
chises de circulation, et la construc-
tion de plusieurs canaux, entre les-
quels celui de Gand à Damme ,
commencé en 1252, mérite d'être
particulièrement distingué. La liberté
personnelle fit aussi des progrès sous
son règne; tous les serfs qui lui ap-
partenaient fment affranchis en 1252,
moyennant une légère redevance;
elle réduisit le droit de Catlel, anima
la vie communale en introduisant
le renouvellement annuel des éche-
vins dans presque toutes les villes,
qui s'agi-andirent et prospérèrent, et
défendit aux abbayes et églises, mai-
sons religieuses, prêtres, clercs, bour-
136
MAK
gcois, {jchj non-nobles et défendables
à la loi ou payant taille, d'acquérir
Fiefs , rentes, terres, héiitages et au-
lies choses tenues des comtes de
Flandre, sans leur autorisation spé-
ciale. Ce fut aussi sous Marguerite,
que l'usage de la langue française
devint plus fréquent dans les diplô-
mes et actes publics. M. Warnkœnig,
professeur à l'Université de Fri-
bourg, a fort bien apprécié l'admi-
nisti'ation de cette femme supérieme,
dans son (ixcellente histoire de la
. Flandre, ouvrage écrit en allemand,
et dont M. A.-E. Gheldolf a com-
mencé une traduction française.
R— I— o.
MARGUERITE de Carinlhie,
dite vulgairement Marguerite à lu
(jrande bouche (en allemand, Alaid-
tasche), comtesse souveraine du Ty-
rol, avait pour père ce Henri qui, seul
des trois fils de Mainard IV, réimit
finalement la totalité des possessions
paternelles, et pour mère sa deuxième
femme, Adélaïde de Brunswick-Gru-
benhagen, laquelle moiuut le 18 août
1320. Marguerite dut naître vers
1316, car le mariage de sa mère eut
lieu en 1315, et sa sœur puînée na-
quit en 1317. llemi n'avant point
d'enfant mâle qui survécût, Mar-
guerite fut considérée comme une
héritière d'autant plus riche, qu'au
comté du Tyrol son père joignait
le duché de Carinthie, dont Mai-
nard avait été investi par Rodol-
phe de îlabsbourg (1282). après la
«Imte d'Ottocar. Aussi fut-elle mariée
«le bonne heure. Henri, qu'on nonune
souvent Henri de Caiinthie , avait
porté un moment la couronne de
Rohème (1307-1309), jnsipi'à ce que
Jean de I-nxeniboing (le fameux Jean
le chevalier, le redrcsseui- de torts et
l'aveugle, (pii mourut à Crécy) l'eût
emporté sur lui. I.es prétentions île
MAR
Henri durèrent long-temj)S encore :
cependant il y renonça contre le
paiement de quarante mille marcs
d'argent et moyennant les fiançailles
de sa fille aînée, non pas avec le fils
aîné du loi de Rohême, lequel por-
tait le nom de Venceslas (dont la
cour de France fit Charles), et qui plus
tard fut l'empereur Charles IV ; mais
avec le frère puîné de Venceslas. Jean-
Henri (c'était le nom du jeune piince)
reçut par avance le serment de fidé-
lité des Tyroliens au moins versl328,
et vint habiter le pays. Le mariage
eut lieu vers 1331. Il ne fut pas heu-
reux. Quelque attrait que ]>ût olfi'ir
à Jean-Henri la perspective de la Ca-
rinthie et du Tyrol réunis , il sentit
[jeu de sympathie pour sa femme,
qui, bien que jeune, était fort peu
jolie, et que son mécontentement
(piotidien n'embellit pas. lis n'eurent
point d'enfants. Un incident qu'on pou-
vait jircvoir, vint mettre le comble à
l'inimitié mutuelle des deux époux.
Henri de Carinthie ayant rendu le der-
nier soupir (i avril 133o), l'enqie-
rcur Louis IV de Ravière , soit afin
de se créer des amis au sein même de
cotte famille dont un membre lui
avait disputé l'empire, soit que le ca-
ractère inconstant de Jean de Holi<*me
l'eût indisposé conti-e tout ce qui lui
appartenait, traita les deux contrées
«•omme fiefs échus, et en donna l'in-
vestiture aux ducs d'Autriche (2 ntai),
<|ni avaient pourtnère une fille de Mai-
nard IV, et par consétpicnt une tante
do Marguerite. Jean-Henii et Mai-{;ue-
ritc ne s'étaient point j)réparés à la
f^uerre, et ils avaient contre eux une
ligue formée de l'empereur, dès ducs
d'Autriche, du comte de Wurtemberg
et du comte de Jidiers. Heureusement
le Tyrol, qui fut de tout temps fidèle à
ses maîtres, se déclara énergi(]uement,
aussitôt qu'il le put, contre la donii-
MAB
nation de l'intrus : Marguerite et son
mari n'ement qu'à paraître pour que
toutes les villes s'em pressassent de leur
ouviir leurs portes. Quant à la Garin-
ihie, elle s accommoda de la nouvelle
domination, et ne fit nulle domons-
liation en faveur de la maison de
Gœrz, qui d'ailleurs n'était point ori-
ginaire du pavs. Mais probablement
les ducs d'Autriche ne s'y fussent pas
si commodément établis , si le père
de Jean-Henri, le roi Jean de liohême,
toujoins en quête d'aventures , ne se
fut en ce moment trouvé à Paris, ma-
lade par suite dîme blessure qu'il avait
reçue dans un tournois, et ne se fut
mis un peu tard en route. Toute l'ac-
tivité qu'il développa quand enfin il
arriva , ne servit qu'a diminuer la
perte dont son fils et sa bru étaient
menacés. A la ligue de l'Autriche, du
Wurtemberg et de Juliers, corroborée
par l'adhésion de lempereur, il op-
posa le duc Henri de Bavière, cousin-
germain de l empereur , les rois de
Hongrie et de Pologne (il était ami du
dernier depuis la paix de Trentchin,
en 133o); et, les hostilités com-
mencées (1336), il détacha de la li-
gue ennemie les ducs d'Autriche. Il
en résulta bientôt le traité d'Ens
(9 oct. 1336), par lequel les ducs d'Au-
U-icljc se contentèrent de la ( jrinthie,
diminuée de quelques districts, et
remboursèrent les frais de la guerre
à leur cousine et à son mari, qui con-
sei-vèrent le Tvrol. Bientôt Ix)uis IV
aussi changea de politique; et, au lieu
do vouloir dépouiller la comtesse, pro-
fitant de f antipadiie croissante qui se
manifestait entre elle et Jean-Henri,
il imagina de faire entrer le Tyiol
dans sa maison en la faisant épou-
ser à son fils aine, il fallait un divorce
pom* arriver là. Maiguerite se prêta
sans peine au projet qui devait la dé-
livrer dun lien odieux pour elle et la
MàR
i»7
faire bru de l'empereui", et les scènes
de la comédie à jouer furent arran-
gées à l'avance. Elle présenta requête
formelle à l'empereur (ISil), à l'effet
de voir dissoudre un mariage qui
n'avait jamais pu être consommé , et
elle offrit de prouver par serment ,
en entrant dans des détails dune
excessive minutie, que ladite impos-
sibilité provenait non d'elle , mais de
Jean-Henri. L'empereur, au lieu de
(ominetli-e cette affaire à un tribmial
ecclésiastique, comme c'était l'usage à
cette époque, nomma lui-même une
commission et voulut v siéger en per-
sonne. Il parait que Marguerite dé-
montra plus qu'abondamment et l'ir-
rémédiable insuffisance du prince de
Bohème , et linépuisable complais
sauce par laquelle elle avait tâché d'y
remédier. On devine le jugement qui
s'ensuivit , et que sans doute n'eût
pas rendu aussi facilement un tribu-
nal impartial, à plus forte raison l'É-
ghse, à plus forte raison encore les
agents du pape, qui étaient en lutte
ouverte et acharnée avec Louis de
liavière. Piesque aussitôt la comtesse
du Tyrol donna sa main au fils aînc
de l empereur, à Louis-l'Ancien , à
qui son père av..it cédé le margra-
viat de Brandebourg , mais qui bien-
tôt se le vit contester et enlever mo-
mentanément par les antagonistes
de sa maison. Dans l'intervalle, Mar-
guerite à la glande bouche était de-
venue mèie de Mainard V, que kous
verrons régner on Tvrol , et dont la
naissance achevait d exaspérer la mai-
son de Luxembourg, en prouvant que
les motifs de divorce allégués par la
comtesse n'étaient pas dénués de toute
vérité. A peu prés au moment oii le
chevaleresque Jean de Bohême se fai-
sait tuer à Crécv, son parti élut, en
opposition à Louis de Bavière, le jeune
Charles IV, qui sur-le-champ se mit
438
MAR
MAR
en devoir de faire la guerre directe-
ment à Louis lui-même (1346). Quant
au Brandebourg, pour l'arracher à
Louis-l'Ancien, on s'avisa de ressus-
citer, vingt-sept ans après qu'il avait
été dûment enseveli et enterré , le
margrave Valdemar (le dernier de la
branche brandebourgeoise de la fa-
mille ascanienne); et, ce dont nous
nous étonnons, des hommes judicieux
et savants ont pu, jusque dans ces der-
niers temps, soupçonner que la réap-
y)arition de Valdemar ne fut point
une imposture. Combien est-il sim-
ple que le peuple , toujours ami du
merveilleux, se soit hâté de croire à
la miraculeuse aventure ! A peine l'ex-
meunier Hundeloff (tel semble avoir
été le nom réel du faux Valdemar)
eut-il mis le pied en Brandebourg,
suivi de quelques troupe