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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE
SUPPLÉMENT.
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MAR — MET.
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pauis. — iiuraiMEniE de imuiVRAir,
Hue Crofii-<?cs'Pctit«-Clinmiw, 35.
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE.
SUPPLÉMENT,
00
SUITB DE l'histoire , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA TIB PUBLIQUE
ET PRIVÉE DE TOUS LES HOMMES QUI SE SO?IT FAIT REMARQUER PAR
LEURS ÉCRITS, LEURS ACTIOZtS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU
LEURS CRIMES.
OOVKACB SKTlàKBXSHT VEOF ,
HÈDIGÉ PAR UNE SOCIFTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS.
On doit deséjardî aui vitaals ; oa ne doit aui inort>
que la vériU. {^ ol,T ■, première Lettre «ti/- Œdipe.)
TOME SOIXANTE-TREIZIEME.
A PARIS, #
CHEZ L.-G. MICIIAUD, ÉDITEUR,
RUE DI? HASARD-RICHELIEU . 1*.
1843.
V
V ^^
SIGNATURES DES AUTEURS
DU SOIXANTE-TREIZIÈME VOLUME.
MM.
MM.
A. B— T.
Bkuchot.
G R — D.
Gdérard.
A—n.
AHTAtJI).
G «T.
Grégory (J.-G.).
A— T.
H. AUDIFFRET.
G— t— B.
GAUTHrER.
A— Y.
Alby (René).
G— Y.
Gley.
B D E.
Badicbe.
L.
Lefebvre-Cacchv.
B D R.
BoRniER.
L— c — i.
Lacatte-Joltrois. ,
B— P.
De Beavchamp.
L— M— e.
Lamotte.
&— c.
Beacliec.
L— M— X.
J. Lamocreux.
B Y K.
Bruyère.
L— 1— E.
Hippolyte de la Porte.
G— AV.
Catteac-Calleulle.
L — s — \>.
Lesourd (Ix)ui8).
G. D— s.
Despobtes-Boscheron .
M— A.
Meldola.
G— L— T.
Ck)IXOBUET.
M— Dj.
Micbaud jeune.
C. T— Y.
Coquebert de Taizy.
M— G— s.
MAGÎtl>.
D ^B — s.
Dubois (Louis).
M— R— t.
Merat (F.-V.).
D— G.
Deppisg.
OZ M.
O^A^•AM.
D H— E.
Dehèqce.
P.I^— T.
Prosper Levot.
D R R.
Durozoir.
p OT.
Parisot.
D— z.
Desprkz (Hippolyte).
P— RT.
Philbert.
D — z — s.
Dezos de la Roquette.
P— S.
PÉRIÈS.
E— s.
Etriès.
R— u — ^^.
Rewauldin.
F— A.
FoRTiA d'Urban.
R— É.
ROYÉ. 1
F— LE.
Fayolle,
R— F— G.
De Reiffenberg.
F. P— T.
Fabien Pillet.
T— D.
Tabaraud.
Fr E.
De FROBERVILUi.
u— 1.
USTÉHI.
F— T.
Foisset aîné.
V. S. L.
VISCEKS-SAI^T-LAL^\E^ J .
F— T— E.
De la Fosteselle.
W— s.
Weiss.
G— G— Y.
De Grégory.
Z.
Anonyme.
G— s.
Gtjilloh (Aimé).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
SUPPLEMENT.
M
MARA (Gcii-LALME de), orateur
et poète latin , naquit vers 1470 , au
iliocèse de Coutances , d'une lamille
très-honorable (1). Kn terminant ses
études il se Ht recevoir docteiu- dans
la double Faculté de droit , titre qu'il
prend a la t«;te de ses ouvrap.es , et
embrassa l état ecclésiastique. Il assis-
tait aux tournois que Charles VllI fit
célébier à Lyon pour réunir les che-
valiers qu'il voulait enf;a(>er a le suivre
dans son expédition de >'aples. On
apprend par ime lettre de Mara qu d
lut attaché quelque temps an cai-
dinal Briçonnet, sans doute en cpia-
lité de secrétaire, et quil se trouvait
a Moulins lorsque ce prélat v mou-
rut en li97- Depuis, il remplit les
fonctions de recteur de I Université
de Caen; et l'on peut conjecturer
avec assez de vraisemblance qu il v
avait professé la théologie ou le droit
canonique, il fut pourvu, vers lo08,
d'un canonicat du chapitre de Cou-
tances, dont il devint le ti'ésorier «t
l'orateur, et mourut vers l'6'iO, On a
«le lui : I. TripertitHs in chimceram
(1) Deux de s<?s frères . Jean et Roland d<-
Mara, remplissaient les fonctions de secrétaire
il' Adrien de GoiUTier, évèque de Ckjutances ; pi
Jean llicbel, son neveu, professait la th^lo-
gie i la Faculté de Pari*i
LXXIII.
l'onflictus, 1510, in-4", sans nom de
ville, mais imprimé à Caen. Guil-
laume de Mara dédia cet ouvrage à
.lean de Canay. chancelier de France.
La chimère qu'il v combat , c'est le
péché d'orgtieil. celui de luxture et
«•eini d'avarice, .leau Vatel en donna
une seconde édition avec des note-»
[famUiaribui eominenlariis élucidât),
l'aris, 151.3. in-4'' de 32 feuiU.; Pan-
/er. dans ses ^^/ina/e? topo^raphici,en
cite mie autre in-S". sans date et sans
auciuie indication , qui poun'ait bien
être l'édition orifjinale. IL De tribus
pigieiidis : ventre, pluma et venere,
tibri très, Paris, C.olines, 1312; ibid.,
1321 , in-4", livre singulier, rare et
recherehf- des curieux. IIL Sjlvarum
fibri Jf\ ibid., 1513, in-4°. IV. Epis-
tnlœ etomiiones, ibid., 1-513, in-4° de
;iO feuillets. -L Vatel est l'éditem- de
ce recueil, dans lequel on trouve quel-
ques par liaila rites intéressantes ; par-
mi les personries avec qui Mara entre-
tenait un commerce épistolaire , on
distingue le poète Fausto Andrelini. V.
Faraphruûn in Miisœum de Herone et
l.eandro, Cologne, 1626, in-S". Cette
version du poème de Musée est accom-
pagnée du texte grec. Elle est très-rare.
Les ancien* bibliothécaires Tritheim,
iUH
MAU
Gesner, etc., citent encore de Guil-
laume de Mara quclqnei, opuscules
restés inédits sans doute , et dont on
ne connaît plus de copies : De amori-
buSy de laudibus, de probris, de di-
vinis libri quatuor. — Nœntarum ac
epitaphiorum liber nuits. Mais cest
par une de ces erreurs que l'homo-
nymie rend si fréquentes dans l'iiis-
toire littéraire , qu'ils lui attribuent ;
Opnsculum de sacrO'SanctaEucharistia.
Cet opuscule est de Guillaume de Ma-
ra , chanoine d'Évreux , qui vivait
avant 1464. Voyez la Oallia c/uw-
tiana, XI, 604. ' \V— s.
MARA (Élisabetu), cantatrice alle-
mande, naquilà Cassel, en 1750. Peu
de temps après, son père alla chercher
fortune en Angleterre, et fixa, pour
quelques années du moins, ses pénates
à Londres. C'est là qu'âgée de dix
ans, Elisabeth débuta publiquement
dans un concerto de violon et y mé-
rita des applaudiîisements beaucoup
au-dessus de son âge. Toutefois , elle
ne tarda pas à renoncer à l'instru-
ment le moins de tous en harmonie
avec les grâces si nécessaires à ]a
femme, et elle se voiia au chant sous
la direction de Paradisi, dont elle de-
vint l'élève la plus habile. Il lui res-
tait de sa première éducation comme
violoniste une habitude exquise et
profonde de la mesure, et au;>;i plus
d'aptitude, plus de délicatesse pour
rendre , par le chant de sa voix , les
fractions de ton presejuc insensibles ,
qui distinguent la note diézée de la
bémoliscc , sensée la môme avec
elle sur le piano. Elle prétendait mc-
uie, nous a dit le savant théoricien
anglais Bacon , que c'est dans ce but
qu'elle avait étudié le violon. A peine
âgée de 14 ans, elle chanta devant la
reine, femme de George lll,avec un suc-
cès qui put faire présager son avenir.
Elle pa»»a encore deux ans à Londi^eiK
partageant son temps entre les con-
certs et les études diverses parmi les-
quelles l'éducation vocale tenait tou-
jours le premier rang. Après quoi,
elle se mit en route avec son père poiu*
l'Alleuiagne (1767), et se fit entendre
lour-à-tour dans plusieurs capitales
des petites principautés de ce pays ,
puis, finalement, à Uerlin. Sa renom-
mée, croissant avec son talent, finit
par balancer celle de M"'" Todi, alors
la reine du chant pour l'Allemagne
du nord. C est là aussi qu'elle épousa
le violoncelliste Mara, qui faisait par-
tie de la musique de la chambre du
prince Henri. Hien que cette union la
fixât à Berlin, elle parcourut encore à
diverses reprises les villes secondaires
de l'Allemagne, et fit même deux excur-
sions en Suisse. Enfin , au commence-
ment de 1784, elle reparut à Londres
après dix-sept ans d'absence. Les
quatie ans qu'elle y passa furent très-
lucratifs pour elle. Un seul concert à
son bénéfice lui valut plus de treize
mille francs , recette énorme à cette
époque. Quatre fois elle figura comme
première cantatrice à la fête funèbre
de Hœndel (1784, 85, 86, 87), et
quatre fois elle excita l'admiration la
plus vive dans son immense audi-
toire d'amateurs et d'artistes qui ne
jtéchaient point par indulgence. Au
carnaval de 1788, elle se rendit à Tu-
rin , où elle avait un engagement au
théâtre royal. L'année suivante , le
nouveau roi de Prusse, rré<léric-Guil-
laume II, l'appela au théâtre lyrique
de Berlin, en remplacement de ma-
dame Todi. Il ne lui manquait plus
après cela cpie la sanction du public
de Paris où sont venues échouer tant
de réputafions étrangères. Elle ne crai-
gnit point d'affronter le péril, et un
triomphe réel récompensa son audace.
Bien que sa jeunesse commençât à décli-
ner, ellejouissaitcncore de toute la plé-
nitude de ses moyens : sa voix étendue,
brillante , sonore , toujours égale a
elle-même, était d'une légèreté inouïe
dans les fioritures . et l'expression,
Tâme ne lui manquaient pa<. On fut
surtout surpris de la perfection avec
laquelle, née Allemande, et Anglaise
j)ar l'éducation , elle prononçait les
paroles françaises. Elle chantait avec
autant d'élégance dans le? trois lan-
gues et aussi en italien. Au total ,
cette souplesse, cette heureuse facilite
de se plier comme spon tanement à tou t ,
dominaient le talent de M"'*Mara.Ilest
permis de croire que si elle n'avait paj-
été cantatrice, elle eût n'nissi en toute
antre carrière, et qu'elle eût dévelop-
\Mu sinon la même supérioritt-, du
moins la même giàce , la nif'me ai-
sance , la même correction. Quelque-
fois même elle arrivait bien près du
sublime. (^loiquClle ne fût jamais
plus à l'aise que dans les airs de bra-
voure, il V avait tel adagio qu'elle ren-
dait avec la plus rare énergie . ave<
la passion la plus déehiiante. Le fe-
nieux rondo de Xeumann : Tnm'itt-
h'ndi^ était un de ses triomphes e*i
' e geme. Cependant, comme il a tou-
(onrs été de mode, en fait d'art, de <e
langer en deux band«>s, il v avait a
Paris une secte de todistes, e'est-à-
(tire de partisans de M"' Todi, tandi^
fjoe d'autres portaient an\ nues M°"
Mara. Nous ne savons s'il est bien
authentique que ces derniers trou-
vassent matière à jouer sur les mots
lodi et tode (en disant par exemple à
l'apparition de M»'' Mara , die Todi
'■t tode); mais les todiste» prenaient
leur revanche en répliquant, s'ils en-
tendaient une conversation de la na-
ture de celle-ci : « Laquelle vaut le
mieux?— C'est Mara.. ..--C'est bientôt
dit (c'est bien Todi).- M"' Mara avaii
aussi \-isîté la Russie, et il paraît
qu'elle garda de ee pav^ un souvenir
MAK 3
agréable , car après avoir quitté le
théâtre, ce fut là qu'elle se retira. Elle
survécut plus dun quart de siècle à
cette abdication, et entendit dans su
retraite retentir la trompette de la
renommée pour bien d'autres Dîve del
canlo, nées plus tard et mortes plus
tôt qu'elle. Elle avait quatre-vingt-
trois ans quand elle expira, le20 jan-
vier 1833, à Reval, quarante-quatre
ans après son époux, le violoncelliste
Jean Mara. — Ce dernier était fils
d'Ignace Mara , né en Bohême vers
1710. I^ père était violoncelliste de
la chambre du roi de Prusse; le fils,
ainsi qu'on l'a vu plus haut , l'était
de la chambre du prince Henri : tous
deux possédaient un vrai talent ; le fil.s
pnincin) iv.TÏt plus de renommée, et
j : 1 temps pour un des pre-
iniri-i Vil [iioses sur l'instrument qu'il
«ultivaif. il exécutait des passages d'u-
ne difficulté presque inconnue avant
lui. et excellait dans les adagio dont
il luiançait admirablement Fe.xpres-
>ion. Il avait aussi des qualités remar-
qliables comme acteur , et il joua
sur le théâtre particulier du prince
flenri. Tous deux moururent à peu
de distance, le père en 1783, le
fils en 1789. Enfin tous deux laissè-
rent des œuvi'es de basse; mais celles
«lu père, consistant en solos , duos et
' nni-oi tb> . sotit restées manuscrifés.
P OT. '
MAIIAFIOTI (le père Jébôme),
• ordelier calabrais, était né dans le
X^T siècle, à Polistena. I.es devoirs
*le son état partagèrent sa vie aVee
Tétudc des sciences et de l'histoire. Il
viva't encore en 1626; mais on
ignore la date de sa mort. Ses deux
principaux ouvrages sont : I. Le chro-
niche c antichità di Calahria conformi
utrordîne de' testiffivro e lai'ino,rac-
lolte da più fatnosi scrittori, Padoue.
1601. in-i". C'est surtout à Gabriel
i.
>UR
Barri (i-. ce nom, 111, 410) que le nouvel
historien de la Calabre a fait de larges
emprunts; mais l'envie de paraître
plus savant que son prédécesseur,
lui a fait recueillir une foule de traits
évidemment fabuleux, et qu'il appuie
du témoignage d'auteurs dont les
écrits ne nous sont pas parvenus. U.
De arte reminiscendo: per hca et
imagines ac per notas et figuras w
manibus positas, Venise, 1605, in-8".
Ce traité de mnémonique est fort
rare. Parmi ses manuscrits , on re-
marque un traité de Cabale : De Ar-
■catiis numeromm. W s.
MARAIS (Mathiei) , avocat dis-
distingué au Parlement, dont l'article
manque à toutes les biographies, na-
quit, en 1664, à Paris, et y mourut
le 21 juin 1737, comme nous l'ap-
prend M. Ravenel, qui a découvert
récemment son acte de décès sur les
registres de la paroisse Saint-Eusta-
che. Marais n'était connu dans la lit-
térature que par une Histoire de la vie
et des ouvrages de M. de La Fontaine,
œuvre posthume, publiée en 1811,
par Chardon de LaRochette, 1 vol. in-
12 et ln-18. M. Walckenaer en a ti-
ré parti pour son ouvrage sur le fa-
buliste. Ou attribue aussi à Mathieu
Marais quelques morceaux insérés
dans le Mercure, notamment la cri-
tique du Panégjriijue de Sacy , par
M"' Lambert, il était lié avec Bayle,
qui profita de ses notes pour le» ar-
ticles Henri III y le duc de Guise, la
reine de Navarre, l'avocat de Retz, et
})eaucoup d'autres de son Diction-
naire historique. Dans la correspon-
dance de «ayle, on trouve la Icttic
suivante, (jui lui est adressée, sous la
date du 2 octobre 1698 : » Que j'ad-
« mire l'abondance des faits curietix
«. que vous me conununiquez, tou-
• chant MM. Arnauld, Rabelais, San-
. tetil, U Fontaine, La Bi-uyère, etc.
MAR
u Cela me hiit juger, monsieur, qu'un
« Dictionnaire historique et critique ,
« que vous voudriez faire, serait l'ou-
ii vrage le plus curieux qui pût se
" voir. Vous connaissez mille parti-
>. cularités, mille personnalités, qui
« sont inconnues à la plupart des au-
' tenrs, et vous pourriez leur donner
a la meilleure forme du monde ".
Marais correspondait aussi avec le
président Bouhier, dont la bibliothè-
que renlci niait le Journal de Patis, de
1721 à 1727, lequel se trouve à la
Bibliothèque royale. Des trois volumes
de cette piquante gazette, le pre-
mier a été enlevé. C'est M. Ravenel ,
savant bibiiograpi)C , qui a fait hi-
sérer les deux autres, par fragments,
dans la Revue rétrospective, tom. 1,
13, 14 et 13. F— LE-
MAllAlS (IlEMu) , graveur, né
à Paris en 1764, s'est fait connaître
de la manière la plus distinguée, par
la gravure d'une partie des planches
qui ornent la magnifique édition in-
folio du Racine de P. Didot, aîné. Il
a été. aussi l'un des coopérateurs les
plus recoramandables de AVicai-, dans
l'entreprise de la galerie de Florence.
Le Frontispice de ce bel ouvrage a
été gravi' par lui , sur le dessin de
Moiltc. Il a gravé également le célè-
bre tableau de Jules Romain, repré-
sentant lu Vanse des Muses; le Pré-
cepteur des enfiints de Niobé, l Her-
maphrodite , et queltiues auUes sta-
tues antiques; le Triomphe d'Amphi-
trite, d'après Lucas Ciordano ; le Pot^
fiait de 3Iieris, peint par lui-même ;
les ttvis Parques, d'après Michel-
Ange; Andromède, d'après l'urino,
etc., et une grande partie des pierres
antiques que renlérment les deux
premiers volumes de <et <)uvrage.
Marais promettait «le se placer au
premier rang parmi le« artistes ses
contemporains, lorsqu'une mort pré-
raaturée l'enleva le tl iwveiiibre 4800,
à l'âge de 36 ans. P — s.
MAILVX (GcitLAUME), juriscon-
sulte, ne à Toulouse en 1 549 , eut
l'avantage d'étudier sous Cujas, et de-
vint pi-ofesseur en l'université de cette
ville, oii il enseigna jiendant qua-
rante ans et eut pour élève* 1 arche-
vêque Marca, Rosqnet, Florent et
beaucoup d autres honuues célèbres.
Ligueur déternuué, il tut chargé, en
lo89, d'aller demander au pape que
le capucin Ange <lc Joveuse, qui,
après la mort du duc son ft-èrc ,
noyé dans le Tarn , s'était rais
à la tête de la Ligue dans le Langue-
doc, fût relevé de ses vœux. Reve-
nant de Rome, il fut pris par des pi-
rates d'Alger ; mais bientôt rache-
té j>ar sa province , il retourna habi-
ter Toulouse et mourut dans cette
ville en 16:21. Les écrits quil a pu-
bliés sur le dioit témoignent de sou
savoir; mais, si l'on en croit Simon,
dans la Bibliothèque dei auteurs de
droit, le stvle de Maran convient peu
aux ouvrages de ce genre. Ce sont : L
Trois iudex sur le livre intitulé: So-
titia utrarjue diynitatuin, cuin orieiilis,
tiim occidentis, iillia .iivadii, Hoitv-
rHijue tempora, etc., avec le commen-
taire de Pancirole, Lyon, 1608, 1 vol.
in-fol. JL De antecessorum delectu,
1617, in-fol. IIL De œquitate et jus-
litia, 1622, 1 vol. in-i". IV. Paratilla
'" XLII jtrioies Digesii libivs , 1628.
l vol. iu-fol. (ouvrage posthume). Le
buste de Maran se aouve dans la sallo
des illusties Toulousains de sa ville
natale. Z,
MARAXSDi (JKAN-PitRKt), ba-
ron de l'empiie et lieutenant-général,
naquit, le 13 février 1772, à Lounles.
dans les Hautes- Pvrénécs. S étant en-
rôlé, en 1792, dans un bataillon de
son département, il adressa à ses
jeunes coacitoyens mie lettre pleine
d'énergie, dans laquelle il les appe-
lait à la défense de la patrie, ce qui
lui valut d'être élu capitaine par ac-
clamation. Il ht ses premières armes
en Espagne et se distingua surtout
à Sari"», à Urdach et à Yrati, où il
brûla les magasins de la marine et fil
éprouver à l'ennemi des pertes énor-
mes. Ix" 19 juillet 1794, il s'empara
du camp occupé par la légion du
marquis de Saint - Simon , saisit «a
caisse et la remit an général Higon-
net. il servit ensuite avec la même
distinction dans les armées de rOue»t,
du Rhin et du Danube. Le 2o avril
1799. il soutint à la tête de sa com-
pagnie le choc de plusieurs corps de
cavalerie autrichienne, rallia le;> dé-
bris de la division Férino et reprk
six canons à l'ennemi. Ckîtte atiaire
lui valut le grade de chef de batail-
lon. Le 2o septembre de la même
année, il traversait la limath et chas-
sait le« Russes de toutes leurs posi-
tions, il recul de Masséna, à cette
occasion, uue lettre des plus flatleu8c«.
Peu après, il fut le premier à passer
le Rhin et pénétra dans Schallhouse.
Quoiqu'il eut voté contre le consulat
a vie, il derint , sous l'empii-e , ma-
jor, puis colonel. Envoyé en Por-
tugal, il eut constamment à lut-
ter contie des forces supériem^es,
s'emjiaia néanmoins de Bêja, et pa-
cifia les Algai-ves. Le général Junot
le récompensa en le nommant gou-
verneur d'Elvas et en lui décernant le
surnom de brave des braves. Devenu
général de brigade, Maransin fut en-
vové par le maréchal Soult dans la Se-
rania-de-Ronda, où il emj)orta plu-
siems places et défit les généraux Gon-
zalez et Ballesteros. Il commandait la
tranchée le jour où Badajos ouvrit
ses portes, et plus tard il empêcha
la réunion de Black avec les chefs
espagnols Zayas et Ballesteros; il battit
MAP.
MAR
ceux-ci et obligea celui-là à letitrer
par mer dans Catlix. il eut aussi beau-
coup de part à la victoire d'Albufera
et mérita par sa conduite à Malaga
d'être nomiué gouverneur de cette
province. Général de division, le 30
mai 1813, il commanda l'avaat-garde
à Victoi-ia, défendit vaillamment sa
position et rejoignit par une retraite
Ijonorable le ^ros de l'armée fran-
çaise. Au col de Maïa et à la bataille
de Toulouse, il lit éprouver des pertes
considérables au général Hill. Après
l'abdication de jNapoléou, Marausin
fut nommé cbevalier de Saint-Louis
et commandeur de la Légion-dMlon-
neur. Quoiqu'il eût, pendant les cent-
jours, accepté le commandement des
gardes nationales de la 7" division
militaire et secondé les opérations
du maréchal Sucliet, il n'en devint
pas moins à la seconde restauration
commandant de la 19' division mi-
litaire. Cependant quelques soupçons
s étant élevés contre lui, il fut destitué
en 1816, arrêté et détenu à Tarbes
pendant (juatremois. Rendu à la liber-
té, il alla prendre au mois dejuin 1817
les eaux de 15agijères. A cette époque,
des troubles s'élevèrent dans le dé-
partement du Rhône, et Maransin
fut accusé de les avoir fomentés;
mais son innocence résulta de l'en-
quête judiciaire qui eut lieu. Pour évi-
ter désormais toute espèce de tracas-
serie», il demanda et obtint d'aller
demeurer à Paris sous la surveillance
immédiate du ministre de la police.
U moiu'ut le 15 mai 1828. On a de
lui : La Charte, le grand-livre et les
majorais, ou Réflexions sur un o;jit,«-
r,ule de M. le comte de Lanjuinais et
sur une pétition de M. le chevalier
Salel, Paris, 1819, in-8". Son éloge
a été publié sous ce titre : Discours
orononcé par le comte Muraiiv, aux
obsèques maçonniquet du lieutenant-
(général huioii Muraiisiu, célébrées Ir
2Gjuin 1828, Paris, in-8o. A— v.
MARAT ( Ai.BERTifiE ) , sœur du
plus cruel de nos révolutionnaires,
(v. Mahat, XXVI, 558), naquit com-
me lui au village de Bouvrv, dans la
princi[»aulé de Xeufchâtcl, en 1757.
Titant venue en Fiance dès le com-
mencement de la révolution , elle
se réunit à son frère dans la capitale,
et prit autant de part qu'il lui fut
]>ossible à ses travaux et à ses fureurs
politiques. Nous avons sous les yeux
ini écrit fort curieux quelle publia
j)eu de jours après sa mort sous le
titre de : Réponse aux détracteurs de
l ami du peuple^ par Albertine Marat,
in-8'' de 8 pages, de l'imprimerie de
Marat (c'est-à-dire imprimé avec les
caractères que Marat s'était appro-
priés à l'imprimerie royale en 1792).
Nous ne citerons que le préambule de
cette «ingulière production; il suffira
pour en faire connaitrc le but et le
caractère: u Repousser la calomnie est
" le devoir de tout bon citoyen : j'ai
" donc cm devoir le faire. J'avois
" espéré jusques ici qu'on m'anroit
» épargné le douloureux emploi de
u défendre la mémoire de mon frère,
" et que les témoins occulaircs(s«c) de
" ses actions auroient élevé leurs
" voix: mais si le mépris qu'ils por-
.■ tent aux Zoile est la cause de leur
« silence, je n'ai pu entrer dans leurs
.. vues. Bientôt, si cette tâche n'est
« pas au-dessus de mes forces , j'cn-
u treprcndrai à peindre {sic) cette in-
M fortunée victime : je me borne, pour
" le présent , à répondre aux incul-
" pations de ces petits génies qui ue
>' peuvent soulh-ir rien de grand... «
r,e second écrit que mademoiselle Ma-
rat annonçait tl'une manière si pathé-
tiquen'a point paru(l). Depuis la perte
(I) Mais elle lit paraître, en 179£i, un pros-
pectus de ♦ psges pour annoncer «ne rtim-
de son frère, elle vécut dans le deuil
et toutes sortes de privations jusqna
sa mort, le 2 novembre 184-1. Voici
comment un journal rendit compte
de cet événement : - Avant-hier, au
<• milieu de la foule immense que la
« solennité de la fêle des morts atti-
« i"ait au cimetière du Père-Lachaise,
• le corbillard des pauvres marchait
« lentement vers le champ du rej)os;
• quati'e personnes seulement, qu'a
« leurs vêtements on devinait devoir
« appartenir à la classe ouvrière,
- marchaient à la suite. Leur air dis-
« trait annonçait qu'ils n'accordaient
« qu'un bien faible intérêt à la perte
- du défunt, et ce|^)cndant ce corbil-
" lard portait mie célébrité de notre
« époque. Sur ce cercueil, qu'aucune
« larme n'avait arrosé, était un nom
u qui fut l'épouvante de la France
« tout entière, et que de nos jouis
« encore on ne prononce pas sans
« un frémissement involontaire; c'é-
« tait la sœur de Marat 1 ^'ouvel
« exemple de l'ingratitude des fac-
■ tions politiques, cette femme à la-
. « quelle les plus illustres de nos réfor-
« matcurs modernes venaient naguè-
» rc rendre hommage , à laquelle ils
« demandaient le buste de sou frère
« {M)ur en orner les salles de leurs
« clubs et dédiaient quelques-uns de
« leurs ouvrages en la nommant la
« sœm' de lilluslfe Marat, eh bien!
« cette femme est morte dans un
• grenier de la rue de la Baril leric et
c dans le plus grand dénûment.
" Elle n'a été entourée à son lit de
• mort que de son épicier quelle
« avait institué son héritier, et de sa
u portière, l'unique amie qui lui fi'u
pression des œuvres de son frère , dans les-
quelles devait flgurer le fameux journal qu'il
avait publié sous les tities de Piibliciste pa-
risien, iVAini du peuple , etc. Faute de sous-
cripteurs, cette édition n'eut pas lieu.
U— B— ».
MAR 7
» restée fidèle ». Mademoiselle Ma-
rat était d'une taille petite ; ses traits
fortement dessinés avaient quelque
chose de la hvéne et du tigre; son re-
gard semblait fixe et perçant; on eiit
dit le portrait vivant de son fi:«re.
Ses goûts, ses habitudes, ses plaisirs
mêmes étaient ceux dun homme;
elle n'aimait pas la société des per-
sonnes de son sexe ; elle jouait de la
tiûte, parlait latin, ne s'occupait que
de littérature et de politique. Jamais
ses doigts n'avaient manié l'aiguille.
Fort néghgée dans sa mise, elle por-
tait toujours un mouchoir noué au-
tour de sa télé; sa démarche était
grave et cadencée, sa parole brève et
foite. Lx)ng-temps elle vécut du pro-
duit de son travail; elle excellait dans
l'art de fabriquer des aiguilles de
montre, et l'horloger Bréguet n'eut
jamais de meilleur ouvrier. Depuis
plusieurs années, l'Age et les infirmi«
tés ne lui permettant plus de travail-
ler pour subvenir à ses besoins, elle
commença à vendre peu à peu tout ce
qui lui venait de son fi'ère; enfiti, d'ut>
caractère trop fier pour demander et
recevoir ostensiblement l'aumône, dé-
laissée par ceux qui, par pudeur, au-
raient dii la soutenir, négligée à re-
gret par d'autres personnes que l'â-
creté de son caractère avait éloignées
d'elle, repoussant les secoure de la
médecine et les consolations de la re-
ligion, elle est morte dans la misère
et l'isolement le plus complet. En fé'
vrier 1824 , la femme de Marat,
ou plutôt la ser\'ante avec la-
quelle le tribun vivait maritalement,
et à laquelle la commime de Paris
avait accordé, à titre de pension, une
inscription sur le grand-Uvre , était
morte dans la même maison. — Un
frère de Marat, qui partageait ses opi-
nions, demanda à la Convention la
permission d emporter à Genève un
8
MAR
tïisil qui avait appaitenu à ïaini du
peuple, ce qu'il obtint. — De cette
famille il no reste plus qu'un frère, le
plus jeune des trois, lequel était parti
depuis lony-tenips pour la Russie, ou
il est, dit-on, dans une position avan-
tageuse. Jamais il n'a voulu corres-
pondre avec ses parents. M — nj.
3IARBACII(Jkan>k-Ko8ai.ik\Va«;-
MiR, femme), actrice allemande, née
à Leipzig, le 6 mars 1805, perdit son
père en 1813, par un des terribles
fléaux épidémiques qui décimèrent la
population saxonne à cette époque,
mais en retrouva bientôt un autie
dans le spirituel directeur du théâtre
de la cour à Lhesde, Geïer, qui était
devenu le second époux de M"'" Wa-
gner. Déjà la jeune fille avait été ini-
tiée par son père aux principes de la
littérature et de l'ait. Ge'ier, qui . à
son talent d'acteur, joignait la prati-
que de la peinture et de la jjoésie ,
acheva le développement intellectuel
de Rosalie. Tieck aussi lui donna des
leçons et lui apprit à se pénétrer des
beautés de l'art, sous quelque forme
qu'il se révèle. A dix-sept ans, Rosa-
lie , après avoir débuté avec succès
au théâtre de la cour, y obtint un en-
gagement. Le voyage cpi'elle fit trois
ans après à Hambourg , en conqia-
gnie de son frère, lui olfril une oc-
casion de paraître dans les premiers
rôles , soit comiques, soit tragiques ;
elle s'y surpassa, et des applaudisse-
ments mérités l'encouragèrent. Ses
progrès continuèrent le» trois années
suivantes qu'elle passa encore à
Dresde , et pendant les deux ans
qu'elle parut à Prague. Du retour a
Hambourg oii elle avait été si goûtée
et oii en quel(]U(! sorte son talent
s'était révélé , elle liit enfin a|)p(;-
lée à I<eip/.ig, sa vilb; natale, «pi'ello
ne quitta plus ipie pendant ses mois
de congé et pour de fructueuses e\-
MAR
cuisions à Breslau , à Francfort , à
Darmstadt , à Cassel , etc. Elle n'y
eut pas moins de succès qu'à Ham-
boug, et la critique la rangeait parmi
ces talents qui viennent après ceux
tlu premier ordre, et qui même quel-
quefois les atteignent, Rosalie Wag-
ner était surtout merveilleuse dans
ces rôles oîi le poète, sans outrepas-
ser le réel , arrive à un idéal de situa-
tion ou de caractère. De là 1 inimita-
ble perfection avec laquelle elle le-
présentait les femmes de Goethe et de
Shakspeaie , notamment Marguerite
et Porcia. Au contraire, elle se sentait
mal à son aise dans les rôles qui sor-
tent du naturel ; et peut-être , dans
la poétique particulière que les le-
çons de Tieck et ses propres sensa-
tions lui avaient formée, cette an-
tipathie de l'outré était-elle un peu
exagérée. Dans la comédie, peu de
ses rivales l'eussent égalée pour l'ai-
sance, la simplicité, la noblesse et
le bon goût qu'elle apportait dans
son jeu, quand elle avait à représen-
ter des personnes distinguées par leur
rang dans le monde ou par les qua-
lités de leur esprit. Les gr.àces de sa
personne étaient bien pour quelque
chose dans ses succès ; mais la voix ,
l'accent, mie sensibilité pure etviaie,
la spontanéité des expressions ton-
jours correctes, l'absence de toute
alfeclation en étaient les véritables
causes. Malgré cet accueil si encou-
rageant du public, Rosalie Wagner
quitta le théâtre en 1836, pour épou-
ser le docteur Marbach; mais elle
survécut peu à sa retraite : le 12 oc-
tobre 1837, elle expirait après avoù'
donné naissance à une fille. P — or.
lUAIlBErF (PiKniiKde), poète
français, na(^uit vers 1596, aux en-
virons de Pont-de-l'Arrhe, de noble
famille : son père avait les titres d'é-
cnver, sieur d'imare et de Sahm's on
MAR
partie, et loi-même se domie celui de
chevalier. Il fit ses premières études
a la Flèche, au célèbre collège qu'y
j>ossédaient les jésuites, et il se ren-
dit de là, sans doute, afin de faii-e sou
droit à Orléans. Mais il sy livra aux
Muses au moins autant qu'à la juris-
pradence; et dès1618, ilfit paraiue
un double échantillon de son talent
poétique : lun élait le Psulténon
en Chonneur de Marie , dont l'inti-
tulé seul indique assez quelle in-
fluence exerçait toujours sur lui l'é-
ducation religieuse, rei;ue chez les
pères; l'autre consistait en Poésies mê-
lées, parmi lesquelles se tiouve une
imitation duchap. {"des Lamentations
Je Jcrémie (I). Aussi, dans une de ses
pièces laudativcs, que jadis il était
d'usage de mettre en tête de tout ou-
vrage nouveau , un de ses auiis , Pie-
devant d Aquigny (2), le loue-t-il de
ne point avoir admis de vers eroti-
ques, et, sous ce rapport, il le preFere
aux Ronsai-d , aux Des|>ortcs, aux du
lîellay.
Du Bellay connut Cupiiion ;
Ronsard a connu son brandun :
Sur Desportes tombi sa flamme :
Tu es chaste en tous tes travaux.
Donc, malgré tous tes corivau\,
Chacun te donnera la planie (3).
(1) Dans l'épitre dédicatoire . en tète de si
Poésie mestée, on lit : A momsiemr mon
père, monsieur (te Marbeuf, etc.
(2) Aquigny est aussi aux environs de Pooi-
dc-I'Arche.
13) Le texte porte la palme. Mais évidem-
ment, l'auteur , par une licence très-forte .
mais non sans exemple ou sans analogie dan^
la poésie italienne, dont Ronsard s'est tant
inspiré, avait écrit piatnc, et n'a pu corriger
son épreuve. Rêver ici une assonance à la
manière espagnole serait dénué de toute rai-
son plausible ; et, d'autre part, on ne peut
supposer une faute grossière clioi un versifi-
cateur aussi exquis de tout point que le sieur
d'Aquigny, dont plus bas seront encore cités
des vers chaniiants , d'autant plus que rien
n'était plus aisé que d'écrire au troisième
vers :
Desportes n'eût rdmc plus cabne.
ou quelque chose d'analogue.
MAP.
9
Mais Maibeuf ne méi ita |>as lon«î-
tenips cette louange toute spéciale. Ue
retoiu- à Orléans, il y fit connaissance
avec une jeune Parisienne qui eut le
pouvoir, dit-il , de lui faire négliger
ses dernières étmles et qu'il a chan-
tée, sous le nom réel ou emprunté
d Hélène. Ce n'est ps tout, a Hélène
succéda Jeanne; puis vinrent, nous
ne saurions plus dire dans quel or-
dre. Madeleine. Gabrielle. et Phi-
lis, laquelle était un miracle damour,
et Amarante, qui était princesse. Prin-
cesse en quel pavs? va-t-on dire.
>>ous présumerions assez que cest
dune princesse île Lorraine qu'il s'agit,
et que le nom seul ici est imaginaire,
car notre poète fit un assez long sé-
jour eu ce duché limiuophc de la
France, et trouva des protecteurs dans
les princes loiTains, ce qui ne nous
semble pas devoir s'entendre de la
maison de Gtiise. Quoi qu'il en soit ,
Marbeuf finit d'assez bonne heure par
reprentlre IWoute de sa patrie, et
nous le retrouvons aus environs de
Pont-<le-r Arche, investi de la maîtrise
des eaux-et-foréts. il continua de cul-
tiver la poésie au milieu de ses bois
et de ceux de la couronne et de 1 état,
et il fait allusion à cette vie forestière
en se donnant dans ses vers le nom
de Sylvandre. On ne sait à quelle
époque il mourut, mais il vivait en-
core au commencetnent du règne de
Louis XIV. Toutefois la dernière pic-
ce qu'on ait de lui est de 163.'J. Il
avait été marié, et s1l faut l'en croiix*.
il avait eu fort à soutfrir de cette
union, mais il ne spécifie rien sur les
griefs qu'il |>ouvait avoir à l'égard
de sa femme qu'il appelle Alecton et
Mégère, ce qui lui fournit occasion de
traiter de folie la descente d'Orphée
aux enfers, et de dire qu'il n'y descen-
drait, lui Marbeuf, que pour em-
pêcher son Eurydice d'en revenir.
10
MAR
MAB
Voici les titres exacts des deux pre-
miers petits recueils de MarbeuF : 1.
Psalterion chrestieii dédié à la mère
de Dieu, Rouen, 1618. IL Poésie mê-
lée du même auteur, Rouen, 1618. il
faut y joindre, pour avoir ses œuvTcs
complètes, les pièces nouvelles inst*-
rées dans l'cidition de 1629, laquelle
a pour titre : Recueil de vers de M. P.
de Marbeuf, etc., et une ode intitulée :
Portrait de [homme d'Etat, 1633,
in-4°. Parmi ses œuvres complètes se
trouvent diverses pièces latines, et au
total ce recueil offre ime variété assex
séduisante, des élopes et des satires,
des vers galants et des poésies pieuses.
Quant à ce que Marbeuf a déployé
de talent, nous ne pouvons être tout-
à-fait de l'avis de ses amis et notam-
ment de celui de son fidèle d'Aqni-
çny, qui l'appelle :
Marbeuf des Muscs les amours ;
et qui, en stances bien plus élégantes
que les siennes, s'expiime ainsi sur
son compte :
Quand lu Parque eut fait une fois
I>epli6nix des poètes françois (£i),
Sous l'oubli du tombeau descendre,
I»l>6bus prit des Muses soucy.
Kl lit naître ce poète icy
Comme un pliéiiiceau de sa cendre.
Muses qui pleuriez à l'écart
Le destin de votre Uonsard ,
Venez, venez boire à plein vase
El ravigourez vos esprits,
Puisqu'on voit sourdre en ce pourpriz
L'eau fille du piid de Pégase.
Oîpendant on ne saurait lui dénier
toutes les (|ualitcs qui font le poète.
Il a la vcrsifisation facile , et souvent
sa phrase est nette et [)récisc. L'ode
({U il intitule Éloije de la Normandie ,
(!i) J'oi),.. ne fait qu'une syllabe contre
riiablludc plus rc^ronte des verslllcaleurs, ha-
bitude qui, au reste, s'est étendue à des mil-
liers de motii, lier, lion , etc., et qui doiuie
une niullessi! déplorable k la versiflcatiun , si
elle n'évite le plus possible des mots bien
toits pourtant |)our orner les vers.
présente un bel épisode sur les ducs
descendants de Rollon et sur la con-
quête de l'Angleterre, et l'on y rencon-
tie plusieurs sixains frappés comme
celui-ci ;
Et qui fut plus valeureux ,
Plus hardi, plus vigoureux
Que Guillaume Longue-Espée ,
Qui , délaillant les barnois,
Du sang hostil des Danois,
Avait la dextre trempée ?
Les stances qui suivent cette ode, et
qui ont pour titre les Bacchanales, se
reconmiandent par le joli rhytbme
imité de Ronsard, qui l'a imité de
l'espagnol et qui place immédiatement
après le vers de sept syllabes un
vers de trois rimant avec lui (3). En-
suite vient l'imitation du 1"' chapitre
des Thrènes (en alexandrins), qui ne
manque pas d'onction et de sensibi-
lité. Mais c'est principalement dans la
quatrième pièce du recueil (poème
héiv'ique, le Duel), que la verve du
poète éclate. MarbeuF s'y pose en
gentilhomme pur sang, et ne se gêne
pas le moins du monde pour exprimer
l'admiration que lui inspirent les façons
de deux braves dont il célèbre le com-
bat. Il est vrai que pour cin(|uièmc
pièce arrive une espèce de petite pa-
linodie (Invective contre le duel):
Ab ! qu'as-lu dit 7 Tu te trompes ma muse !
Ce point dhonneur téméraire l'abuse , etc.
Mais il faut se souvenir que le rc-
cucil porte à sa dernière page une
approbation de docteur en théologie,
et la ])alinodie n'empêche pas que sa
musc ne; se soit escrimée en véritable
amaxonc , en Pentliésilée. Après ce
court et persiiasif mra cnlpn, parais-
(5) Les \pn surtout sont délicieux quand
ils sont à rime féminine : le vers de sept sylla-
Ix's ressemble alors , pour peu qu'on sache
distribuer les aictiUs, à l'anacré<)nil((uc de
huit, si heureusement Imité en italien, par
exemple dans les fables de Pignotti. etc.
MAft
sent te que l'auteur nomme de*
liavetés au nombre de sis; ce sont
la "plupart des épigratnmes. Isou» ne
ajoutons guère la seconde, dont voici
ie trait :
Isàbeau
Me dit: t Mange du liène et lu seras plus beau.»
Ah : jamais, ]»abeau, tu n'as mangé de lièvre.
Mais cette pointe, iuùtëe du vieux jeu
de mots latin : Ah! nuiiquam edisti,
Ginglyme tu /e;>o;«m,n'anisel,nisen.s
en français, où nul mot à double en-
tente ne correspond à leporevi (6). hn
revanche, nous louerons sans réseï ve
la Gavelé l\ relative aux trois Par-
ques, dont Atropos est, dit-on, la plus
cruelle, parce qu'elle coup»' le fiL
Mais, dit Marbeuf :
Ce larron qu'on pondii a bien coimu lusage
Du m de l^chésis et de Clothon aussy ;
Mais pour couper la corde, à son plus grand
dommage ,
Atropos ne vint point à ce gibet icy.
Les deux dernières pièces ont pour
titre : h 2savire, le Lys. Des quaUe
vers qui terminent celle-ci et le vo-
lume,
Comme ce Us est beau par excellence.
Puisse fleurir le lys de notre France '.
Puisse fleurir le prince de nos lys '.
Puisse fleurir le juste roi Loys '.
il résulte clairement que Louis XIII
ne dut point son smnora de juste aux
sévères exécutions que son ministre
ordonna sous son nom, entre autres
à celle de Montmorency, mais que
déjà, plus de seize ans auparavant,
ceux qui voulaient absolument qu'un
souverain eût un surnom avaient ima»
giné celui-là. Parmi les poésies du
troisième recueil, nous mentionne-
rons plus particulièrement le Procèi
d'amour (dédié au roi ; c'est la plus
longue du recueil), et Misogyne (qui,
(6) Au reste, en latin même, le jeu de mots
est médiocrement heureux : en vers , po est
bref s'il rient de lepus ; long, si de tepos cl
en prose l'accent est sur po ou le suivant les
cas.
comme ie litre le dèôgue. est une
satire contre les femmes en général
et contre la sienne en pailiculier);
en fait de vei s latins, le Fhs NarcissL,
tiédie au sénateur vénitien Angd»
Contareno. alors ambassadeur de la
républi(|uc à Paris. P — ot.
MAKBEIT (le marquis de\ géné-
ral français, dontlenom manque àtou-
tcs les biographies, naquit vers 1736,
aux environ» de Rennes. Bien qu'ab-
sente du nobiliaire général tle France,
la maison de Marbeuf , mentionnée
par Toossaint-de-Saint-Luc , remon-
te au moins au XVI' siècle , et pro-
l)ableinent beaucoup plus haut. Peut-
être les Marbeuf de Normandie (voy.
l'article précédent) en étaient-ils une
branche coUatéi-ale. En Bretagne.
les Marbeuf se subdivisaient en plu-
sieurs rameaux : les uns étaient
barons de Biaizon , les autres s inti-
tulaient vicomtes de Chemilliers et
autres lieux. Un Claude de Marbeuf
hit premier président du Parlement
de Rennes ; nous venons un fi^re de
notre Marbeuf admis dans l'ordre des
comtes de Lvon . ce qui suppose au
inoins seize quartiers ou quatre gé-
nérations au-dessus du récipiendaire.
I^s Marbeuf portaient d'azur à deux
épées d'argent bordées dor en sau-
toir , les pointes en bas. Bien que le
Marbeuf dont on lit ici l'article ne
fiit que le puîné de sa branche, c'est
lui qui eut les avantages du droit d'aî-
nesse et qui prit le parti des armes.
Yves- Alexandre , son aîné, s'était ré-
signé ou s'était voué à la carrière
ecclésiastique dont il atteignit les
premières dignités. L'avancement de
l'officier ne fut pas moins rapide ; les
nombreux épisodes de la guerre de
sept ans présentaient tant d'occasions
de se signaler et miUtipliaient tant les
vides dans l'armée, que l'on ne peut
s'en étonner. Grâce à la biavoore et
là
MAP,
au tilleul qu'il déploya <lans pins
d'une circonstance , et {jrâce aussi à
d'habiles manœuvres de ses amis et
protecteurs à Versailles , Marbeuf , à
peine âgé de vingt-cinq ans, tut com-
pris dans la promotion de 1761, et
devint maréchal-de-carap. La grapde
guerre européenne fut terminée bien -
tôt après par la paix de 1763; mais
Marbeuf fut dirigé sur la Onsc, où,
depuis 1730, la France, d'accord avec
Gênes, avait à diverses reprises en-
voyé des troupes, qui sous prétexte de
maintenir l'autorité génoise, devaient
fonder celle de la France, en habituant
les espi'ils à y voir, à y affectiotmer les
Français. ïl faut avouer que cette tâ-
che n'était pas très-avancée en 1764-
Deux fois (1745 et 17o3) les Fran-
çais avaient été réduits , par suite
surtout de manœuvres diplomate -
ques, à retirer leurs forces de l'île.
Rivarola, dans les intérêts d'une coa-
lition hostile à la France, avait été
sur le point de ravir la Corse aux
Génois à l'ombre desquels travail-
laient les Français. Paoli enfin, après
de longues oscillations, et apiès avoir
chassé les Génois de presque tout le
territoire, si l'on en excepte les places
maritimes, donnait à sa patrie un
gouvernement sage et vigoureux, (jui
eût peut-être su se; soutenir s'il eût
été permis à la petite ré|)ubli(|uc
naissante de s'organiser et de se <lé-
léndre contre Gênes seulement, sans
intervention aucune, soit d'une autre
puissance, soit de la politique générale
de rFuropc. Mais ce n'est point là
ce que voulait la France; bien que,
depuis 1753, ses projets sur la (iorse
eussent comme summeilli;, surtout
àcause do la perjiétuité d«' la guerre
éipiis ce temps (car les hostilitt»
ans colonies avaient précédé l'explo-
sian européenne de 1756), ils fu-
rout repris activement «les la signa-
MAR
ture du traité de Paris. Probable-
ment même il fut convenu ver-
balement , lors des négociations ,
que lintervention de la France en
Corse pour Gênes serait permise.
Tv'Angleterre seule avait un intérêt
direct à y mettre obstacle, mais elle
ne vovait là, pour nous, que des dé-
penses sans profit. Quant aux autres
cabinets, ils av.-ient déjà en vue le
premier démembrement de la Polo-
gne ; et au j»is-aller la France acquer-
rait en même temps que les trois
puissances du nord. Ici l'on ne con-
teste pas la réalité de la combinai-
son politique que nous révélons : si
elle n'a pas été pénétrée, c'est que
l'on ne s'est pas donné la peine de
lapprocher les faits et les dates, c'est
que l'on a trouve plus commode de
déclamer contre l'apathie et l'incapa-
cité du gouvernement de Louis XV
que d'en étudier consciencieusement
les détails. iNous ne prétendons point
justifier de tous points l'égoïste et indo-
lent monarque; mais nous ne pou-
vons non plus charger sa mémoire de
plus de fautes qu'il n'en a commis. Il
en est de ce prince comme de Fran-
çois l"' : si quelquefois son système fut
déplorable et s'il ne maintint pas la
France au rang (|u'elle devait et pou-
vait garder, il n'est pas vrai cpi'il
l'ait laissée tomber autant qu'on l'a
dit et redit. Si les événements de la
Polojjne de 1768 à 1772 ne furent
pas poiu' la France aussi glorieux et
aussi lucratifs qu'ils pouvaient le de-
venir, il n'est pas vrai cjuils ne lui fu-
rent aucunement avantageux. Très-
certainement notre part de la Polo-
gne eût pu être inrillenre, mais très-
certainement aussi la Corse est notre
])art delà Pologne, et sans la révolu-
tion françai.se, ilest à croii-e que le Û"""
et le 3"" démembannent nous ens-
senl bien apprndu's de la limite i\u
>IAB
Uhin. Quoi qu'il en puis&c être, Choi-
seul, immédiatement après la paix de
1763, renoua les négociations avec le*
Génois, qui sollicitaient des secours
d'hommes et d'argent; et, après avoir
demandé au moins une place en dé-
pôt pour le temps que la France juge-
rait nécessaire, il sigua, le 6 août 1764,
une convention portant que Gêne*
retirerait toutes ses tioupcs des cinq
villes maritimes (Bastia, Saint-llorenl,
Ajaccio, Calvi, Algajola), et qu'un
« orps français les remplacerait quatre
ans , gardant et défendant les villes ,
mais sans hostilité envers les Corses.
1,'cst Marbeuf qui eut le commande-
ment de ce corps montant à près de
({uatre mille hommes, mais tjui linit
pai' être de douze mille au moins.
Feu d'événements hostiles eurent lieu
pendant ce temps. La France tendait
à rendre de plus en plus sensible aux
Génois, soit l'impossibiUté de rentrer
en possession de Tile ou même d'y
p^arder le peu cpii leur en restait, soit
la difficulté de i-enibourser les dé-
penses du gouvernement fi-ancais.
tjeux-ci se montrant peu disposés
pourtant à céder leiu" onéreuse pos-
session, >Iarbeuf eut ordre d'évacuer
quelques ports de l'île. Aussitôt Paoli
se mit en devoir de venir les occuper :
bientôt il fut maître d' Ajaccio, et il en
assiégeait la citatelle, quand unelettic
du cabinet de Louis XV' lui fit sus-
pendre tout mouvement ultérieur: et
peu de temps nprcs fut signé le traité
de Compiègiie (17 juin 17u8X par le-
quel, moyennant 40 millions, Gênes
abandonnait la Corse au roi en dé-
guisant la vente sous forme d'engage-
ment ou nantissement. Le 24 juin
suivant, le drapeau français flottait
sur les murs de Bastia. Mais déjà an-
térieurement au traité, les bruits cou-
raient en Corse annonçant cette ces-
sion ; et il avait été résolu en assem-
MAR tS
blee générale de défendie l'indépen-
dance corse, jusqu'à la dernière ex-
trémité, contre les Français comme
contre Gènes {iti mai). Il était dé-
fendu, sous peine de mort, de fournil
des vivres auv places tenues pai- l'en-
nemi. I.a guerre était inévitable, et
l'occupation totale ne pouvait s'eflFec-
tuer que par une conquête. Mar-
beuf commença par expulser les
Corses de l'île deCapraja, qui, occupée
par Paoli depuis un an, devait, en
vertu des articles de (jompiègne, être
reconquise pour le compte desGénois,
et il la leur i-cmit en effet. Divisant
ensuite ses forces en deux masses,
l'une de neuf mille et quelques cents
hommes, l'autre de deux mille cinq
cents, il envoya ces denùers sous le
commandement du marc-chal-de-camp
(U'andmaison, du côté occidental de
l'île, prés de San-Fiorenzo, tandis que
lui-même, avec le corps le plus nom-
breux, resta campé aux environs de
Bastia. Son but était de s'emparer de
l'istlime qui joint au reste de l'île la
péninsule di Capo Corso. Les indigè-
nes , en possession des montagnes et
desétioits défilés qui jusqu àla pointe
septentrionale de lile, vont séparant
les deux côtes l'une de l'autre, inter-
ceptaient les communications. Enfin
Marbeuf parvint a les établir après
trois jouis de combats opiniâtres (30
juillet-l"^ août), parmi lesquels le fait
d'armes le plus éclatant tiit la prise
du fort de >'onza : on y fit prisonniers
un parent et un neveu de Paoli. Mais
qu'était-ce que la péninsule de Capo
Corso ? Il fallait des forces quadruples
pour comprimer une insurrection dé-
sormais générale. On ne l'ignorait
point à Versailles; aussi, le 29 août,
vit-on débarquer le marquis de Chau-
velin avec de nombreux renforts.
Marbeuf n'eut plus que le comman*
dément en second. Chauvelin , parce
14
MAR
qu'il avait été ambassadeur à Gênes
et parce qu'il avait paru clans plusieurs
assemblées politiques des indépen-
dants corses, s'imaginait connaître
à fond le caractère et les ressources
du pays, il eut d'abord cette supério-
rité que donnent la discipline et
l'habitude sur des masses inexpéri-
mentées; mais bientôt !a bravoure e(
l'opiniâtreté naturelles aux ennemis,
l'apretédu pays, et, pardessus tout,
les {^rands talents militaii^es de Paoli ,
qui entendait merveilleusement la
p^uerre de postes, rendirent sa tâ-
che pénible et odieuse : les combats
de Porta, de Nebbio , le forcèrent à
reculer; Marbeuf et lui furent com-
plètement défaits le 9oct. 1768 à Bor-
go di Marcana , et virent la garnison
qu'ils venaient défendre se rendre
prisonnière avec 20 canons. Un mois
suffit pour enlever aux Français plus
de quatre mille liommes , sans comp-
ter les déserteurs. Toutes les dépê-
ches de Chauvelin respiraient le dé-
couragement , et elles avaient <lu
retentissement à Versailles parmi
ceux qui prétendaient que la con-
quête coûterait plus qu'elle ne rap-
porterait à la France ; que l'Angle-
terre d'ailleurs saurait bien l'em-
péchcr, (lu'clle soutenait les Corses ,
qu'elle soudoyait Paoli. (Vest effecti-
vement ce qu'elle avait promis, r)
c'est ce qu'elle eût dû faire. Animés
par cet espoir, les chefs corses te-
naient avec intrépidité, et ils se si-
gnalèrent pendant l'hiver de 1768 à
1769 par diverses entreprises très-
hardies ; ils refusèrent un armistice
de trois mois que Chauvelin seul pro-
posait, sentant bien que, dans l'inter-
valle, la France augmenterait ses for-
ces. Peu s'en fallut qu'ils ne reprissent
l'île San-Fiorenzo ; ils s'emparèrent de
Barbaggio. On agita dans le cabinet
la question de l'abandon. Mais Hna-
MA»
lement la politique juste et saine
l'emporta. On comprit que les Anglais
n'agiraient pas, les colonies améri-
caines commençaient à s'agiter; si le*
cabinet de Louis XV ne fut point ab-
solument étranger à ces premiers
germes d'une révolution grave, il les
aperçut cependant et les apprécia.
Chauvelin fut rappelé ; Marbeuf, char-
gé de nouveau du commandement
provisoire, reçut ordre de défendre
les places au pouvoir des Français ,
jusqu'à l'arrivée du comte de Vaux ,
qui devait venir avec des forces con-
sidérables. Il ne se borna pas à la dé-
fensive; marchant sur Barbaggio , il
y cerna les indigènes, et les contrai-
gnit à se rendre. Il avait notamment
amélioré la situation, et tenait une
bonne partie du plat pays , au mo-
ment où parut de Vaux avec ses qua-
rante-huit bataillons, son artillerie et
son nombreux état-major. Malgré
l'enthousiasme , désormais un peu
factice, que déployèrent encore les
Corses, malgré l'appel aux armes
adressé par Paoli à la population
mâle tout entière de seize à soixante
ans, et la contrainte imposée aux re-
ligieux même de combattre pour la
Corse, les armes françaises cessèrent
«le se briser contre des obstacles in-
vincibles ; l'infanterie et l'artillerie
pénétrèrent au cœur de l'île. Corte,
place centrale, fiit emportée par de
Vaux, l'en à peu, la plupart des piè-
VC8 se décjaraient neutres. Les insur-
gés ne formaient plus que des corps
isolés qu'on poursuivait sans relâche;
et finalement Paoli, se jetant dans une
banpie, se rendit àLivourne et de là en
Angleterre, oii le cabinet de Saint-
.lanîes donna :iO,()0(> fr. par an à
l'homme dont il i)OUvait se servir un
jour contre la France. Marbeuf, après
comme avant l'arrivée du général en
chef <le Vaux, fut un «le cr\\\ qui
àe distinguèrent le plus par le sang-
froid et le coup d'œil. La connais-
sance réelle qu'il avait du pays fut
très-souvent utile à l'année d'inva-
sioo, et elle eut un appréciateui- dans
de Vaux, qui, lui aussi, avait été
en Corse. De plus , Marbeuf avait
su plaire, sinon à tous les Corses , du
moins à bon nombre d'entre eux, et
ceux qui n étaient point irreconcilia-
blement brouillés avec le gouverne-
ment français, ceux qui songaient à
faire un accommodement quelconque
avec les vainqueurs, aimaient à traiter
avec Lui, et comptaient en quelque
sorte sur lui pom- obtenir de inoins
mauvaises conditions. Il est trop clair
que jamais il ne fut soupçonné
cfavoir été pour quelque chose dans
le complot ourdi contic Faoli par son
secrétaire Matessi, à l'instigation de
<>hauvelin. Lors donc que la dispari-
tion de Paoli(13juin 1769) eut fait
cesser les hostilités régulières, et que
de Vaux, après ses premiers arran-
gements avec la Corse , eut repris
la route de la France, c'est Marbeuf
qiii eut l'honneur de commander la
nouvelle ^wssession hançaise. On l'en
regarde comme le premier gouverneiur,
bien qu'il n'en ait point eu le gouver-
nement-généraL, et que, des 1772, ce
gouvernement avant été donné au
marquis de Monteynard , il n ait plus
été que commandant militaire de
l'île sous ce dignitaire. Ses fonctions
ne laissèrent pns détre laborieuses.
Les montagnes du centre étaient en-
core remplies de bandes, qui, sous
prétexte de défendre l'indépendance
du pays , vivaient à ses dépens et
rendaient les communications dan-
gereuses. Il en reduisit beaucoup le
nombre et accéléra leur extinction,
qui était à peu près totale vers
1780. il ât preuve d'impartialité, de
sincérité et surtout de lovauté dans
MAR
1»
les efforts qu'il multiplia pour que les
privilèges reconnus aux Corses lors
de leur soumission hissent respectés ,
sans souiFrir toutefois que les nou-
veaux sujets en lissent abus ou les
étendissent outre mesure. Cette Ligne
de conduite ne fut goûtée ni de tous
les Corses, ni de tous les Français.
Un général fort bien eu cour et de
naissance bien autrement haute que
les Marbeuf, le comte de Narbonne-
Pelet, était surtout en oppo^lion
avec lui sur presque tous les points
du système suivi en Corse ; et , ce qui
ne peut nous surprendre beaucoup,
il avait trouvé moven de dépeindre
son antagoniste aux ministres sous des
couleurs très-peu favorables. Il pa-
laît même que la députation noble
de la Corse, en 1776i, corrobora par
des plaintes les imputations de M. de
Narbonne. Mais l'année suivante,
Marbeuf, avec une certaine adresse,
opposa manœuvres à manœu\Tes, et le
chef de la députation de 1777, Char-
les Buonapaile, pendant mi an et demi
qu'il resta en Fi-ance, parla enfaveui-
du marquis de Marbeuf en termes
qui firent pencher la balance de son
côté. Il en fiit récompensé par
le zèle que le marquis et son frère
l'évêque d'Autun déployèrent à l'é-
gard de sa famille. L'aîné de ses fils,
Joseph, eut une bourse au collège
d'Autun; bientôt après, Brienne rece-
vait celui qui, viugt ans plus tard,
devait donner des lois à la France;
et celle qui, depuis, hit appelée la
princesse Elisa, mais qui répondait
alors au nom de Marie-Anne, entra,,
gratuitement, dans un couvent de
jeunes filles. On a souvent répété que
ces enfants, pour intéresser si vive-
ment le marquis de Marbeuf, devaient
avoir d'autres titres à ses bienfaits que
celui de fils et fille de Chailes Buona-
parte. Ces ouiwlire que rien n'appoie,
16
MAK
.'t dont, au reste, le Mémorial di^
Sainte-Hélène disculpe si {fauche-
inent Letizia P.amolini, qu'il sem])lp-
rait plutôt vouloir autoriser que dé-
mentir les soupçons, nous semblent
tomber d'eux-mêmes devant le simple
récit ([uc nous venons de Caire. Char-
les Buonaparte était gentilhomme-, il
avait été des premiers à se soumettre
après le départ de Paoli; il avait ren-
du des services par son influence i il
«tait fort considéré à Ajaccio, dont le
général aimait îe séjour ; le roi l'avait
nommé, depuisla conquête, assesseur
dans la ville et la province d'Ajaccio ;
plus tard il devint membre du conseil
des douze nobles de l'île. Il l>araît
qu'il avait l'esprit délie, la parole
souple ; il venait d'étro fort utile au
marquis en faisant envisager sa con-
duite à la cour sous un jour tout autre.
D'autre part, qu'il soit permis de re-
marquer que .loseph était l'aîné des (ils
<le Charles Iluonaparte: que quant a
iNapoléon, sa mère, pendant les sept
premiers mois de grossesse, avait per-
pétuellement suivi , dans des courses
tpii l'éloignaient des Français, son
mari alors attaché au parti et l'on
peut presque dire à la personne de
Paoli. Elle ne remit le pied dans
Ajaccio qu'en juin 1769. Maigre
reflet momentané de la parole de
Charles nuonaparte, il paraît ((uc fina-
lement la zizani.' entre les généraux
do la Corse ht di-sirer au marquis de
Marbeuf son rappel en l'iance. Il re-
vint à Paris vers 1781. On est étonné
«le ne pas trouver son nom sur la
liste de» promotions qui curent lieu
le» années suivantes , tandis <jui'
(4randmaison, <|ui avait été son subor-
donné en Corse, fut nommé lieute-
nant-général. Celte inju.sticc n'eut
point tardé sans doute à être réparée,
pour peu qu'une guerre nouvelle lui
eAt rouvert la carrière: mais il tnou-
MAK
I ut dajis le courant de 1788. — Sa
veuve, née à Nantes, fut condamnée
à mort par le tribunal révolutionnaire
le 5 fév. 1794 (17 pluviôse an II) ,
comme convaincue u d'avoir désiré
l'arrivée des Autrichiens et des Prus-
siens, pour lesquels elle conservait
des vivres •> ; et monta sur l'échafaud
avec un intime ami, Payen, en qui
l'on vit sou comphcc. C'est à son hô-
tel (dans les Champs-Elysées) qu'ap-
partenait le célèbre jardin Marbeuf
qui, déclaré propriété nationale pen-
dant la révolution, passa aux mains
d'un entrepreneur de fétos. Nous dou-
tons que ce soit cette même dame de
:^larbeuf (\n\, en société avec l'abbé
Gillet, écrivit la brochure intitulée : •
Mnrie-Antoinettc h la Conciecgerie,
fragment historique public par le
<omte ]'. de Piobiano , Paris, 1824,
in-lii (1 volunje de 100 pages). — TTne
autre dame de Marbeuf, halùtante
de l'Autriche, parut devant Napoléon
pendant sa campagne d'Austerlitz : il
«fi^ecta de lui prodiguer les plus
glandes marques d'intérêt, et lui assi-
{>na une pension sur sa cassette. Cette
mmuficrnce n'a rien qui doive étonner
de la part de Napoléon : c'était son
rôle, c'était facile, c'était glorieux. Il
était beau pom- lui d'être devenu de
M humble protégé, prolcclein- : enfin
on sait le faible quil avait pour la
noblesse , pour fanciennc noblesse
surtout ; et l'on ne peut douter que si
le marfpiis de Maibetd' eut vé«u vingt
ans de plus , ce qui ne l'eût guère
amené qu'à soixante-dix ans, l'an-
< ien boursier de Urieime nou-seule-
uiont ne l'eut pas laissé parmi les gé-
iicraux de brigade, mais se fût plu à
le combler <le ii.-h<"srs ,.t d'hoti-
iM'urs. ' "'"
M \ KBEr F ( Y V (S- A I r:x \m.iik de ,,
I Vêre aîné du précédent , naquit en
1734. aux rnvirons de Rennes., choi-
MAR
sit la carrière ecclésiastique de préfé-
rence à celle des armes, quoique sa
naissance l'appelât à continuer sa fa>
mille, devint chanoine et comte de
Lyon aussitôt qu'il eut atteint l'âge
prescrit par le règlement de Louis XV
qui instituait les comtes de Lyon, et
de là passa, le 12 juillet 1767, à l'éTP-
ché d'Âutun, une des prèlalures, com-
me on sait, dont les titulaires étaient
le plus souvent à Versailles. Très-aima-
ble courtisan, il finit par obtenir la
direction de la feuille des bénéfices (1),
entra au conseil; et en 1788, à la
mort de M. de Montazet , laissa son
siège d'Autun à M. de Talleyrand
j)om- passer à celui de Lyon (on sait
qu'il était assez d'usage de nommer à
cet archevêché un évèquc d'Autun ,
et qu'en cas de vacance du siège ar-
chiépiscopal, c'était l'évêque d'Autun
<|ui administrait le diocèse de Lyon).
D'ailleurs, en sa qualité de comte de
Lyon , M. de Marbeuf connaissait et
le diocèse et la circonscription archi-
épiscopale. On lui a reproché de ne
point avoir visite son diocèse : nous
avons la preuve du contraire; car
nous connaissons des personnes qui
furent confirmées par lui a cette épo-
que, dans une de ses tournées épis-
i-opales; mais la révolution survint
bientôt, et avec elle la constitution
civile du cierge , le serment , etc.
Le directeur de la feuille des bé-
néfices, forcé d'e-migi-er, alla se
fixer à Hambourg, oii il vécut as-
sez long-temps pour lire d'un bont à
(1) Suivant le i/émo/-«aide La* Cases, M. de
Marbeuf était, en l'î'îS ou l'80, directeur de
la feuille des bénéfices et archevêque de Lyon,
et il vint remercier Ch. Buonaparte du langage
qu'il avait tenu en faveur du marquis. Nous
croyons le détail de ces faits très-inexact [bien
qu'un peu de vérité y ait donné lieu). Nous
ne comprenons pas davantage pourquoi le
Mémorial fait de il. de Marbeuf un neveu du
marqui>.
(autre lea récits merveilleux de cette
campagne d'Italie , qui , entamée de
connivence avec l'Autriche, coiita à
cette puissance son Milanais, et ne
lui donna pour compensation de ce
duché et de la Belgique , que Venise
avec &ef, États de Terre-Ferme.
Sans doute il n'ignora pas que le gé-
néral qui préludait ainsi à ses hautes
destint-cs était lejeiuie Corse que sou
frère avait placé à Brienne, et le frère
du boiu-sier d'Autun. Que de fois pen-
dant ces deux années 1796 et 1797,
et surtout après Campo-Fonnio et le
retour de Bonaparte a Paris, le prélat
dut penser au rôle qui pouvait deve-
nir le sien si le général, comme on le
croyait, prenait place au Directoire!
Le départ de Bonaparte pour FÉ-
gypte, qui ajourna ceh espérances,
probablement ne les éteignit pas dans
le cœur de l'archevêque de Lvon.
Mais la mort le frappa dans le der-
nier semestre de 1799, au moment
où Bonaparte effectuait la révolution
du 18 brumaire et se saisissait du
pouvoir. On a, sous le nom de M. de
Marbeuf, àa Mandements et Instruc-
tions pastorales fort bien écrits. Nous
n affirmons pas que ces pièces soient
de lui, mais il est certain qu'il avait
de l'espiit, des connaissances, de l'a-
ménité, de grandes manières, et nous
ne doutons pas qu'il ne fiit capable
d'écrire aussi bien. P — or.
MARBOIS (F«A»œis Barbé de),
connu dans les deriuères années de sa
vie sous le nom de MABQris de Mar-
Bois, homme d'État , littérateur, ma-
gistiat, natjuit à Metz, le 31 janviei
17-l.>. Son père était directeur de
la monnaie de cette ville. Le jeune
Maibois , après avoir fait avec dis-
tinction ses études littérales et de ju-
risprudence, obtint la protection du
niaréchal de Gastiies, ministre de la
marine, qui lui tonfia l'éducation de
18
MAB
ses enfants. Attaché depuis 1768 au
département des affaires étrangères,
a fut successivement secrétaire de
légation à Batisbonne, chargé d'affai-
res à Dresde et à Munich. Rappelé en
1778, il parut abandonner momen-
taném'ent la carrière diplomatique
pour les tribunaux , et fut reçu , la
même année, conseiller au Parlement
de Metz; mais il y siégea peu de
temps. Lors de la guerre d'Amérique,
le comte de Vergennes le chargea
de remplir près des États-Ums les
fonctions de secrétaire de légation et
de chargé d'affaires de S. M. T. C. ,
et, peu après, d'y organiser, avec le
titre de consul-général, tous les con-
sulats français. Dans cette mission,
il montra autant de zèle que dha-
bileté, et fit si bien estimer son ca-
ractère que WiUiam Moore, président
et gouverneur de la Pennsylvanie, le
choisit pour gendre. De retour en
France, Marbois fut nommé, en 1785,
intendant- général des îles sous le
Vent. Arrivé à Saint-Domingue, il se
montra dans cette colonie administra-
teur intègre et courageux, il remit
l'ordre dans les finances , veilla a
l'exacte administration de la justice, et
résista aux empiétements de l'auto-
rité militaire. Si cette conduite lui mé-
rita l'estime et la reconnaissance des
colons, elle lui fit beaucoup d'enne-
mis parmi les agents dont sa sévérité
réprimait les abus de pouvoir et les
malversations. Us sollicitèrent son
rappel ; mais leurs calomnies ne firent
impression ni sur le roi, ni sur if
ministre delà marine, La Luziîrnc ,
bon juge dans cotte partie adminis-
trative, ayant été lui-mf^nc gouver-
neur des îles sous le Vent. Plusieurs
fois ce ministre témoigna à Marbois la
satisfaction de ses bons service», entre
auUes dans une dép/'clie du 3 juil-
let 1789, à la buiU- d'- laquell»- ét»Jt
MAQ
ce billet autographe de Louis XVI:
s C'est par mon ordre exprès que
« M. de La Luzerne vous écrit; con-
" tinuez à remphr vos fi)nctions et à
» m'estre (sic) aussi utile que vous
« l'avez été jusqu'ici; vous pouvez
<, estre sûr de mon estime et comp-
« ter sur mes bontés. Signé Locis ».
Cependant, le contre-coup de la ré-
volution ne tarda pas à se faire vio-
lemment sentir à Saint-Domingue.
Dès le mois d'octobre suivant , les
habitants arborèrent la cocarde tri-
colore, et obligèrent les autorités de
la prendre. « Ce fut , disent les rela-
tions officielles du temps , une céré-
monie que d'aller la présenter à M. de
Loppinot, commandant particulier de
la ville du Cap. Marbois la reçut aussi
d'un nombreux cortège, et madame
de Marbois, qui avait mis beaucoup
de glace à distribuer des cocardes
aux officiers militaires , fut décorée
d'une écharpe des mêmes couleurs.
Cependant, Saint-Domingue n'a
pas été exempt de troubles,... Les
agents du gouvernement ont donc été
inquiétés, menacés, poursuivis. M. et
madame de Marbois , décorés de la
cocarde nationale et de l'écharpe pa-
triotique ont été forcés de se retirer
avec assez de précipitation (Moniieur
<lu 27 décembre 1789). » Ce fut le 27
octobre que Marbois quitta la colonie.
Il relâcha à Cadix, ou il s'arrêta quel-
ques jours avec sa famille , et d'où il
envoya au ministère français des nou-
velles sur la situation de Saint-Domin-
gue. A son rctoui à Paris, au coin-
t'nenciîment de 1790, il eut à répon-
dre devant l'assemblée constituante
;i des incriminations élevées contre
sa conduite dans les colonies, et tou-
jours il sortit à son avanta{>e de cette
|)érilleusc épreuve. Cn décret pres-
crivait aux administrateui-s colo-
niauN de remire compte de leur ges-
tion et de leurs dépenses arriéi-ées. En
conséquence, Marbois présenta les
états de l'administration des finances
de Saint-Domingue, il en résultait que,
foutes dépenses pavées , il avait laissé
dansles caisses plus d'un million en ré-
serve, et dans les magasins du roi six
mille quintaux de farine et d'auties ap-
provisionnements en tout genre, pour
des sommes considérables. La Cheva-
lerie, qui avait succédé à Marbois dans
les îles sous le Vent, reconnut si bien
l'exactitude de cet énoncé, qu'il dé-
clara se rendre responsable de tout
ce que son prédécesseur avait af-
firmé. Ce dernier s'en félicita dans
une lettre adressée, le i2 juillet 1790.
au président de l'assemblée, et dont
la lecture fut fort applaudie. On l'ac-
cusa cependant, vei-s la fin de cette
même année, d'avoir, pendant son
séjour à Saint-Domingue, fait le mo-
nopole des farines pour le gouverne-
ment , et d'en avoir teim de grandes
quantités en magasin à Philadelphie,
par l'entremise de son beau-père ,
alors président de l'État de Pennsyl-
vanie. Il répondit à cette assertion
par une lettre adressée, le 9 janvier
1791 , au président de l'assemblée
nationale. A cette lettre était joint un
désaveu authentique signé par les
principaux citoyens de Philadelphie.
L'assemblée prononça le dépôt de ces
pièces aux archives. Cependant , de-
puis son retour en France, Marbois
était rentré au département des af-
faires étrangères, par ordre do Louis
XVI , qui avait pour lui une estime
particulière , fondée non-seulement
sur les talents et la probité de ce ma-
gistrat, mais sur la gravité de ses
mœurs. Ce prince l'envoya en qua-
lité de son ministre à la diète de Ra-
tisbonne. Après avoir prêté serment
devant la municipalité de Paris, le 20
janvier 1792, Marbois se rendit à son
MAR
«
poste. Sa mi.ssion était des plus ddi-
cates : elle consistait à régler avec les
plénipotentiaires de l'empire les droits
féodaux des princes allemands pos-
sessionnés en Alsace et en Lorraine,
et que les décrets de rassemblée na-
tionale en avaient dépouillés. Qud-
({ues semaines après, il alla ù Vienne
comme adjoint à l'ambassadeur >«oail-
les, pour savoir les intentions positi-
ves de Tempereur à ce sujet (1). A
peine était-il arrivé dans cette capi-
tale, que I^opold II mourut, laissant
le trône à François H. Les diplomates
français se virent l'objet des défiances
du ministore autrichien, et pendant
plusieurs joiu-s ils furent gardés à \uc
dans leur hôtel. I^ nunistère de Louis
XVI, voyant qu'il ne pouvait obtenir
•me réponse catégorique du cabinet
autrichien, rappela Marbois, qui se
retira à Metz. On l'y emprisonna pour
fait d'émigration, bien qu'il n'eût ja-
mais émigré. Après la chute de Ro-
l>espierre, ses concitoyens le dédom-
magèrent de cette vexation en Félisant
maire de la commune de Metz ; puis
(1795). secrétaire de l'assemblée des
électeurs de la Moselle, enfin député
au Conseil des Anciens. Comme on le
savait lié d'attachement et de recon-
naissance avec les membres d'un minis-
tère qui se serait formé hors de France,
siLouis XVI n'eût pas échoué dans sa
fuite de Varennes , Marbois vint sié-
ger au Corps législatif, avec la répu-
tation d'un ennemi de la révolution.
Il eut d'abord à se défendre d'avoir
participé à la rédaction du traité de
Pilnitz. C'était Tallien, qui, dans un
(1) Siméon, dans sa Notice sur Marbois, lue
4 la Chambre des Pairs, explique ainsi l'objet
de cette mission : « Il fallait détourner la cour
de Vienne de la guerre. M. de Marbois y réus-
sit ; il obtint qu'on fit rétrograder quelques
troupes autrichiennes, qui, sous le comman-
dement du ^néral BreiitaïKi, s'avau^eo*
déj4 vers l'Alsace •.
i.
-20
%m
rapport fait quelques joui-s aupant-
vant à la Convention, au nom de
la commission des Cinq, avait ha-
sardé cette assertion. Marbois , dans
une longue lettre adressée au Con-
^il des Cinq-Cents , le 8 nov, 1795,
repoussa l'accusation avec force-
(.J'ai employé, disait - il , l'année
>. 1791, pendant laquelle on pense
B que ce traité a été conçu, à l'é-
I tude et à la pratique de l'agricul-
» ture ; j'ai préparé, sous les yeux des
« administrateurs du département ,
« \m ouvrage étendu sur les prairies
<, artificielles; d'accord avec eux, je
» me suis occupé, pendant cette an-
> née, à prendre des renseignements
« locaux dans les départements où
« elles se cultivent avec succès, et ils
« ont fait Imprimer mon ouvrage
.. l'année suivante. Je ne connais pas
» la date du traité de Pilnitz. A quel-
.^ que époque qu'on la fixe, je prou-
u verai que, tandis qu'il se négociai U
,. et lorsqu'il a été conclu , j'étais à
i. plus de cent cinquante lieues de
!> Pilnitz, et loin des affaires publi-
.. ques...... On n'a songé à me l'attri-
^ buer que quand mes concitoyens,
« sans aucune sollicitation de ma
» part , se sont montrés disposés à
« me nommer membre du Corps lé-
. gislatif..... Des gazettes publièrent
-. alors des dénonciations violentes
« contre mol; je n'y répondis point.
« La municipalité, le district de Metz,
u et le département de la Moselle,
u dont mes affaires m'avaient tonti-
,. nuellement rapproché en 1791, <l< -
« truisirent ces dénonciations par de
,. arr/îtés énergicpies, etc. " Puis il
demandait à être jugé. Le député tW;-
«evois, qui avait été alors envoyé eu
mission dans la Moselle, attesta (juil
avait entendu un grand uombri' dt-
citoyen» rendre honuuage au patno-
ih^rae U* Mai boi'^ et a h von«luite (jn'il
avait tenue pendant qu'il était maire de
Metz. Sur la proposition de Dumo-
lard, il fut décidé que Tallien serait
entendu pour s'expliquer sur l'accu-
sation intentée pai lui ; mais celui-ci
n'avait garde de le faire. Quatre jours
après, Barbé de Marbois , dans une
nouvelle lettre au Conseil des Anciens,
réitéra sa demande d'être jugé ; mais
le Conseil prononça l'ordre du jour
par ménagement pour la commission
des Cinq. Les révolutionnaires n'é-
taient pas fâchés de laisser planer un
soupçon, quelque vague qu'il fût, sur
un député qu'ils regardaient comme
leur adversaire. " Est-ce d'ailleurs à
>. la commission des Cinq, disait Vil-
.■ 1ers, que Barbé-Marbois doit se
.. plaindre de l'accusation formée
y conUe lui ? Toutes les gazettes ont
. répété qu'il avait signé le traité de
.^ Pilnitz, avant que la commission eût
" inséré ce fait dans son rapport. Il
>. n'a pas repoussé L'accusation, tous
u les citoyens ont pu le croiie; la
. commission a pu aussi prendre son
silence pour un aveu. Je ne pré-
'. tends pas justifier la commission,
> mais ce n'est pas elle que Barbé
.. doit prendre à partie; ce sont les
.. journaux qui sont les premiers ac-
■^ cusateurs, ce qu'il n'a pas démenti.»
I>a calomnie était évidente; mais la
tache restait, et c'est ce que deman-
daient les révolutionnaires, qui se fi-
rent plus tard ime arme des souve-,
nirs de Pilnitz, ainsi que des ancien-
nes liaisons de Marbois, pour pro-
noncer contre lui la déportation. Ce-,
pendant , dès les premières séances i. ,
(eut ce qu'il y avait d'hommes mo- '
(lérés , et qu'on pouvait appeler roya-,,
lisles constitutionnels, formèrent en-
tre eux une association tendant à ar-
li'Acr l'impétuosité révolutionnaire de»
« .in(j-Cent8, à contenir le Directoire
daii» les limite» de h consUtutiw, en ^
9ii¥
M^
^
un mot, à repousser toutes les propo-
sitions dangereuses. Cette association
se composait de douze dtiputés , qui
s'assemblaient une fois par semaine ;
c'étaient , outie Marbois . Lebrun
(depuis duc de Plaisance), Dupont de
Nemours, Tronson-Ducoudray, Du-
mas, MallevillcjTorcv, Paradis, etc. Ils
exercèrent long-temps une grande
influence sur la nomination des pic-
sidénts, des secn^taires et des com-
missions. I-e nouveau tiers des dépu-
tés suivait communément leur impul-
sion. La première fois que Marboi^
parut à la tribune , ce fut pour com-
battre une résolution des Cinq-C^nb
tendant à conférer au Directoire la no-
mination des autorités administratirej»
et judiciaires. Quelques jours après,
il fit une motion d'ordre sur les em-
barras financiers de la république, in-
sista pour qu'on n'accordât point au
Directoire des milliards sans connaî-
tre bien la situation des finances , et
demanda la nomination dune com-
mission cbaigée de prendre tous les
renseignements à cet égard. L'ajour-
nement de cette motion fut pronon-
cé; mais, en même temps, l'impres-
sion du discours ordonnée, ce qui at-
teignait indirectement le but que s'é-
tait proposé l'orateur, en exprimant
avec fi-anchise des vérités qui allaient
à l'adresse du Directoire. Dans la
séance suivante, il parla plusieurs
fois sur des objets financiers. Il serait
ti-op long de suivre Marbois dans les
différentes discussions auxquelles il
prit part; nous mentionnerons toute-
fois le discours qu'il prononça en
janvier 1796 sur l'organisation de
la marine, et oii il manifesta ks
sentiments les plus hostiles contre
l'Angleterre , dans un style d'exal-
tation qui ne convenait guère à un
législateur : a Hâtons - nous , dit -il,
' de porter h désordre et le tn>ubh
'■ dans ce gouvernement anglais , qui
4 voudrait voir t Océan desséché jm-
" que dans ses abîmes f plutôt que
J'en partager les fruits avec fc»
^ autres habitants du globe. Si la
«i nature l'a isolé de tous les con-
«- tincnts , ses vaisseaux l'en rap-
^ prochent, et lui ouvrent autant de
.1 routes qu'il peut partir de rayons
• du centre où il s'est placé. Que ses
' navigateurs redoutent des Jean
• liart, des Duguay-Trouin, des Thn-
rot, sur tons les chemins qu'ils par-
• courent ; que les assurances absor-
• bent pour eux toutes les chances
- de bénéfices, et puisqu'il est dévon*
• de la soif de l'or et des richesses.
« coupons, détournons tous tes ca-
.- naux, arrêtons toutes les sourcc>
•> qui sen-aient à le désaltérer, etc. ••
Rappelons encore le rapport aussi
plein d'intérêt qu'étendu qu'il fit ( 2
avril) sur la résolution relative auN
récompenses à accorder à des livres
élémentaires, destinés à l'éducation
de la jeunesse. Le 17 août, il parla en
faveur des rentiers , et fut élu secré-
taire du Conseil des Anciens le mois
suivant. Plusieurs fois il attaqua sans
succès la loi du 3 bi-umaire an IV.
cpii excluait des fonctions publiques
les nobles et les parents d'émigré*.
S'étant trouvé désigné pour le mi-
nistère des colonies, sur une liste
faite par Berthelot de la Villeumoy ♦
agent des princes émigrés (14 plu-
viôse an V) (1797), il ftit regardé plas
que jamais comme attaché au parti
royaliste, et comme ennemi du Direc-
toire. Cependant, lors des préliminai-
res de Léoben , on ne l'entendit pas
sans surprise donner des éloges à la
sagesse et à la modération de ce gou-
vernement. Mais quand la lutte s'en-
gagea ensuite entre le Directoire et la
majorité des Conseils , il se prononça
avec énergie^ dan$ la séance extraor-
22
MAR
dinaire du 20 juillet, et vota des^ re-
meicîments au Conseil des Cincj-
Cents pour la fermeté qu'il montrait
dans le danger qui menaçait le Corps
législatif. Les directeurs ne lui par-
donnèrent pas ; aussi, lors du coup
d'État du 18 fructidor (4 septembre
1797), on rappela ses anciennes liai-
sons , on fit revivre le bruit de sa
présence au congrès de Pilnitz, on
lui supposa des projets auxquels il
n'avait pas pensé, et il Itit mis sur la
liste des déportés. Marbois pouvait se
cacher ou fuir; il ne le voulut pas,
demanda inutilement des juges et fut
transporté à laGuyane. Il ne fut point
du nombre de ceux qui se sauvèrent
de cette terre d'exil avec Pichegru ,
Villot, Aubry et d'autres. On voit
dans la Relation de Ramol , qu il
refusa de se réunir à ce général lors-
qu'il parvint à s'échapper. Marbois
demandait alors au Directoire à être
jugé; il lui envoya plusieurs mémoires
dans lesquels il invoquait en sa faveur
l'exécution des lois et de la constitu-
tion. L'habitude qu'il avait conlractëe
aux États-Unis et à Saint-Domingue
du climat d'Amérique, le préserva
des maladies qui frappèrent île mort
la plupart de ses compagnons d'iuloi-
tune. Cependant, en l'an VII , l'insa-
lubrité de l'île de Cayenne déter-
mina M"" de Marbois à demander
au gouvernement cpie son man rut
transféré ailleurs. Il obtint l'autorisa-
lion de se rendre à Oléron d'où il
revint à Paris après le 18 bruuiiiiie
(novembre 1799). Le troisième consul
Lebrun était li<; avec lui depuis
longues années, il peignit au géné-
ral Itonaparte l'expérience de son ami
dans les affaires , sa probité austère ,
son amour de l'ordre et de l'économie,
»a physionomie grave et magistrale .
enfin il le représenta comme p«;u
flexible , mais n'avant peut-fitrc pa^
MAR
toute l'adresse convenable dans un mi-
nistre (2). Ces discours effacèrent les
préventions qu'on avait inspirées à
Bonaparte ; il nomma Marbois con-
seiller d'État, puis (1801) direc-
teur du trésor. Cette direction ayant
été érigée en ministère par arrêté con-
sulaire du 5 vendémiaire an X (sept.
1801 ) , Marbois devint ministre.
En 1803, il accompagna le premier
consul à Bruxelles; en 1804, il pré-
sida le collège électoral de l'Eure qui
l'élut candidat au Sénat conservateur.
En 1803, il fut successivement nommé
grand-officier de la Légion-d'Honneur,
gi-and-cordon de l'ordre de vSaint-Ilu-
bert de Bavière et comte de l'empire.
Une baisse imprévue, survenue dans
les fonds publics , et causée par une
fausse mesure de finances qu'il avait
approuvée , mais plus encore sans
doute par le laux bruit d'une défaite
de l'armée impériale, produisit de
funestes effets. Les billets de banque
perdirent jusqu'à lo p. OjO; tout le
monde voulut les convertir en argent.
Le ministre fut obligé de se concerter
avec le préfet de police, et la force ar-
mée intervint dans une affaire de cré-
dit pubUc. De pareils moyens n'étaient
{Tuère propres à calmer les inquié-
tudes et à rétablir l'ordre, lorsque la
nouvelle de la victoire d'Austerlitz
vint au secours des fautes de l'ad-
ministration. Napoléon, à son arrivée
à Paris, manda le ministre, le traita
fort durement et le destitua sur-le-
champ. Marbois, encpiittant le cabinet
de l'empereur, lui dit les larmes aux
yeux : « J'ose espérer (jue V. M. no
. m'accusera pas d'être un voleur. —
« .le le préférerais cent fois répondit
.. Napoléon : au moins la friponnerie
u a des bornes; la bélise n'en a
u point. » Cependant la disgrâce de
fî) Solice biograghiqtic sur le prince Le-
brun, duc (le Plaisance, publiée par son Ob,
MAB
Marbow cessa en 1808, et ^apoléou
qui connaissait sa probité, le nomma
alors premier président de la Cour
des comptes. Nulle place assurément ne
convenait plus au caractère et aux
habitudes de Maibois. Dans le dis-
cours qu'il prononça lors de l'instal-
lation de cette Cour , le prince Le-
brun, après avoir adressé à son ami
les éloges les plus Batteurs, ajoutait,
en faisant allusion aux sentiments de
l'empereur : « De là cette bienveillance
«.soutenue dans tous les temps et
" marquée sui'tout dans votre retour.
« Sous ce nuage passager qui l'a voi-
« lée, lorsqu'au sein de la retraite
« vous éprouviez la seule crainte qui
« pouvait atteindre une âme comme
" la vôtre, celle d'avoir perdu l'es-
« time d'un grand homme et les
^ bontés du restaurateur de la France,
» S. M. vous couvrait encore de ses
« regards ; elle daignait écrire à
« votre ami qu'elle vous conservait
« toute son estime. Souvent elle lais-
» sait échapper des paroles d'intérêt
« destinées à parvenir jusqu'à vous,
■« et à consoler votre soUtude. Et
« tout-à-coup sans que vous ayez osé
« former un vœu , sans que l'amitié
« ait prononcé votre nom S. M.
« vous appelle à des fonctions qui se
- lient aux plus grands intérêts de
> Fcmpire «.Dès le premier moment,
Marbois se livra tout entier à ces
fonctions; i' ne se rallentit pas un ins-
tant pendant une présidence qui dui-a
près de trente ans , et l'on doit en
grande partie lui faire honneur des
bons résultats obtenus par la Cow
des comptes. Dès ce moment aussi, il
se montra l'admirateur le plus ex-
clusif de Napoléon, ainsi qu'on peut
en juger par les discoui-s officiels
qu'il fut à même de prononcer. « Ces
<■ loi» sont votre ouvrage, Sire, • disait-
il le 10 janvier 1808 , à l'empereur.
MAB ^
auquel il vetiait de prêtei serment ,
•< et nous ne pouvons y lire les obli-
- gâtions qu'elles nous imposent.
" sans remarquer en même temps Ice
« progrés que l'ordre a faits sous
- votie règne dans toutes les partie?»
» de l'administration , sans admirci
- par quels moyens vous assurez,
- vous préparez la prospérité de l'em-
j pire; nos travaux, nos recherches,
» uos routes mêmes, nous rappellent
- sans cesse les grandes intentions de
u V. M.» Le 24 janvier 1809, félicitant
l'empereur à son retour d'Espagne, il
hii disait encore : • Loin de vous, tout
» manque à notre bonheur ; votre
a présence nous rend toutes nos espe-
- rances, nos affections. Nous avons
- joui de vos victoùcs, nous jouissons
» des biens que vos lois et votre gé-
« nie nous assiu^ent ". L'adulation est
encore plus forte, s'il est possible,
dans cet autre discoiu"s qu'il adressa
au maître, le 16 novembre 1809. sur
la paix de Vienne. Après l'avoii- quaUfié
de Scipion : • La fortune, ajouta-t-il,
» docile à vos ordi-es, est fidèle à vos
a drapeaux : ce seraient, Sire, des
" prodiges sous un autre règne ; ce ne
» sont, sous le vôtre, que des événe-
« ments ordinaires. Notre admiration
a épuisée depuis long-temps , etc. " .
Ces flagorneries ne furent pas sans
récompense: Marbois fut nommé au
Sénat le 3 avril 1813. Le 22 décem-
bre de la même année, il fit partie de
la commission extraordinaire chargée
de prendre connaissance des docu-
ments relatifs aux négociations en-
tamées avec les puissances coalisées.
La fortune avait cessé de sourire à
Napoléon ; et Marbois fut un des com-
inissaues du Sénat qui préparèrent le
décret de déchéance et la création d'un
gouvernement pro\-isoire (1" avril
1814). Cinq jours après, il proposa à
la Cour des comptes de manifester
24 MAB
son vœu en faveur des Bourbons Ix
18 du même mois, il retrouva pour
liaranguer Monsieur, comte d'Artois,
lieutenant-général du royaume, les
mêmes formes adulatrices qu'il avait
si souvent employées pour louer INa-
poléon. Le jour de l'entrée de Louis
XVIII, il se porta à sa rencontre avec
la Cour des coniptes : * Sire, lui dit-
« il, les monuments que nous con-
<i servons, les dépôts, les archives
« qui nous environnent, tout nous
•< instruit des grandeurs des Bour-
« bons... » Il fut créé pair le 4 juin
1814, puis conseiller de l'Université.
Une ordonnance du roi, du 27 lé-
vrier 1815, le confirma dans sa digni-
té de premier président de la Cour
des comptes. Marbois, en qualité de
membre du conseil-généial des hos-
pices civils de Paris, accompagna
Monsieur dans la visite que ce prince
fit, le 4 mars, dans les hôpitaux de
Taris : « Monseigneur, lui dit-il, vous
" quittez votre palais [)0ur visiter la
•' demeure du pauvre. L'Hôtel-Dicu
.. est l'ouviage de la piété pubUquc
». et de la bonté royale de suivit Louis
« et de Henri IV; à la présence du
.. petit-fils de ce grand roi, les dou-
« leurs vont se taire, et V'. A. 11.
'. n'entendra cpic des bénédictions •■.
Peu de jours après, Napoléon était au\
Tuileries. IJarbé de Marbois fit pres-
sentir parle général Lebrun, son gen-
«Ire, fils du duc de Plaisance, les dis-
positions de l'enjpcrenr à son c-gard.
Napoléon témoigna vivement son in-
dignation conti<; im homme qui (r-
nant tout de lui , uL'uit tcvioigné, di-
sait-il, un emprcssetnent d'iufjmtitude,
fjue la nécessite ne justljùiit point.
Il lui fit donner l'ordre de quitter Pa-
ris, et nomma en sa jdace Collin de
Sussy. Marbois ne nînlra dans ses
fonction» que lors <hi retour du roi.
Nommé alors président du «•ollége
MAH
électoral du Bas-Rhin, il arriva, le 16
août, à Strasbourg qu'il trouva bloqué
par les Autrichiens. Il obtint des gé-
néraux qu'ils laissassent entrer dans
la ville les électeurs de l'arrondisse-
ment, et fit, le 18, l'ouverture du
collège. De retour à Paris, il reprit
la présidence de la Cour des comp-
tes. Ici se place un fait qui sort du
caractère de modération que Mar-
bois avait montre dans les circons-
tances les plus difficiles. Un maître
des comptes nommé Carret avait,
pendant les cent-jours, été président
de la fédération parisienne ; la pre-
mière fois qu'il se présenta à la
Cour des comptes, après la réinté-
gration du premier président : « Mon-
u sieur, lui dit celui-ci, vous êtes
» nommé à vie , et personne n'a le
« droit de vous destituer; mais toutes
" les fois que vous vous présenterez
« ici, la séance sera levée «. Cette
apostrophe dut paraître d'autant plus
étrange , que , si l'on avait pu repro-
cher au maître des comptes Carret.
mort en 1817, l'exaltation de ses opi-
nions libérales, il avait souvent usé de
son influence sur les fédérés parisiens
pour empêcher des désordres. Le
roi , qui avait appelé Marbois à son
conseil privé , lui confia les sceaux et
le portefeuille de la justice, en rem-
placement de M. Pasquier. Le 2
octobre , le nouveau gardc-des-
sceaux adressa aux chefs des Cours
du royaume une circulaire dont le ton
conciliant contrastait avec les vœux
de la majorité de la chambre. U y
faisait l'éloge de son prédécesseur, et
parlait des sentiments qui les unis-
saient. QucKpies jours après , à l'ins-
lallation de la Cour royale de Paris,
il luaniFesta le vœu de voir les beaux
exemples donnés par fautique ma-
gistrature francise se perpétuer.
!. Touchant au bord de la tombe.
MAR
MAB
<f dit-il en terminant, je ne verrai
<• pas, Messieurs, tous ces glorieux
•' succès; mais tant que je vivrai,
" je chercherai à remplir dignement
les devoirs qui me sont imposés:
" heureux si mon nom peut être
>• un jour cité avec honneur à la
.' suite de tant de grands hommes
1 qui m'ont précédé dans celle illus-
■• trecairière! " Il prit, le 13octohre,
à la Chambre des Pairs, une part à la
discussion do l'adresse au roi, s'éleva
très-fortement contre la partie du pro-
jet qui demandait à S. M. la justice
rt la rétribution des peines ; puis, in-
voquant à l'appui de son opinion les
lois anciennes et modernes qui veu-
lent qu'un juge se récuse, s'il a élé
sollicité dans l'affaire sur laquelle il
est appelé à prononcer, il appliqua
ce principe à la Chambre des Pairs,
qui devait elle-même juger la plu-
part des grands coupables que dési-
gnait le projet d'adresse. Ces obser-
vations parurent d'un si grand poids,
que la Chambre l'adjoignit à la com-
mission chargée de rédiger celte
adresse. Il parut plusieurs fois à la
tribune au milieu des débats tiès-
animés auxquels donna lieu , dans
les séances des 2i, 28 et 30 octobre,
le projet de loi présenté ])ar lui sur
les cris séditieux. La majorit»; vou-
lait substituer la peine de mort à
celle de la déportation ; Marbois, pour
faire changer cette opinion, essaya
de prouver que la déportation était
plus affreuse que la mort. A cette occa-
sion, il rappela les horreurs de son
exil à Sinamary. Le 30, la discus-
sion étant terminée, il fit un ta-
bleau très -étendu des travaux des
ministi'cs qui , tous en même temps,
venaient de prendre possession de
leurs portefeuilles. Il annonça en-
suite que le roi consentait aux amen-
dements proposés par la Ciiambre à
la loi dont elle allait voter l'adoption.
Cette même loi passa, le 7 novem-
bre, à la Chambre des Pairs, non sans
une discussion approfondie. Là, Mar-
bois eut à combattre, non plus l'op-
position royaliste , mais une opposi-
tion toute libérale dont Lanjuinais se
rendit l'organe. Quelques jours aupa-
ravant , la Cbambre des Pairs avait
voté un projet de loi relatif à une
nouvelle organisation de la Cour
des <:omptes, que Marbois lui avait
présenté, le 16 octobre, et dont il
avait exposé les motifs. Dans la Cham-
bre des Députés , plusieurs membres
combattirent avec force divers arti-
cles de ce projet, qui avait en sa fa-
veur l'expérience que le garde-des-
sceaux avait dû acquérir par huit
armées d'exercice dans les fonctions
de premier président. La commis-
sion , en efli't , avait proposé d'adop-
ter ce projet, et la Chambre, dans la
séance du 24, l'avait, sauf quelques
modifications, voté article par article;
mais, lorsqu'on passa au scrutin sur
l'ensemble de la loi, le projet hit re-
jeté à une m.ijorlté de treize voix.
Nous, qui avons assisté à cette séan-
ce, nous ne saurions exprimer l'ef-
fet que produisit une telle mystifica-
tion, qui n'était, à vrai dire, qu'une
preuve de la défaveur de l'assemblée
à l'égard de Marbois. Quoiqu'il eût
organisé les cours prévôtales , après
en avoir défendu l'établissement de-
vant cette même Chambre, il n'en
était pas moins en butte à la haine de
la majorité. Commissaire du roi dans
le procès du maréchal Ney devant la
Cour des Pairs, il fut présent à toutes
les audiences, mais se récusa comme
juge. Constamment occupé des tra-
vaux de son ministère, il venait de
faire adopter une loi tendant à suppri-
mer les places de substituts des pro-
«:TH'eurs-généraux, faisant fonaions de
26
MAR
MAR
procureurs du roi au criminel. Il fut
moins heureux pour un autre projet
tendant à supprimer les cours royales
d'Angers et d'Agen (avril 1816), qui
ne fut pas même discute dans les
bureaux. La majorité ne lui par-
donnait pas les adoucissements qu'il
avait apportés à la loi d'amnistie par
son instruction aux procureurs-gé-
néraux (26 janvier). Louis XVIII ôta
à Marbois le portefeuille de la jus-
tice et les sceaux; mais il ne conti-
nua pas moins de lui témoigner de
la bienveillance, et, quelque temps
après, le comprit au nombre des
pairs qui obtinrent le titre de mar-
quis. De son côté, Marbois ne négli-
geait aucune occasion de manifester
ce dévouement d'apparat dont les
puissants de la terre seront éternel-
lement dupes. Il s'était mis, dès le
mois de fév. 1817, à la tête de ceux
qui provoquèrent le rétablissement
de la statue équestre de Henri IV sur
le Pont-Neuf. Lors de son inaugura-
tion le 25 août 1818, il prononça le
discours d'usage, et, au mois de dé-
cembre suivant, rendit avec solen-
nité l'arrêt qui constatait la recette
et la dépense pour l'érection de ce
monument. Du reste sérieusement oc-
' cupé de ses attributions à cette Cour,
il y faisait régner l'ordre et l'activité,
et sut toujours la maintenir dans l'in-
dépendance ministérielle. Doué d'une
activité d'esprit qu'il conserva jusqu'à
la fin do sa longue carrière, il fut un
des membres les plus utiles du conseil-
général des hospices et de la société
royale pour l'amélioration des pri-
sons. Lui-même, malgré son grand
âge, parcourut plusieurs départe-
ments pour visiter les maisons de dé-
tention, afin d'étudier les moyens
d'en améliorer le régime. Il ne se
montrait pas moins assidu à la Cham-
bre des Pair», où son nom Bgurait
sans cesse soit à la tête des bureaux,
soit comme membre de commissions.
On l'entendit avec intérêt développer
devant cette Chambre les motifs de
sa proposition tendant à substituer
à la déportation une autre peine pro-
portionnée à la nature et à la gravité
du délit. Il vota contre la proposi-
tion relative à l'abolition du droit d'au-
baine, et prétendit que cette aboli-
tion gratuite et sans réciprocité était
une loi artificieuse qui ne pourrait
prendre racine sur notre sol. Dans
la discussion provoquée en 1819,
par le fameuse proposition de Bar-
thélémy, tendant à changer la loi
des élections, Marbois termina ainsi
le discours qu'il prononça : « Nous
u combattons son opinion, et nous
•» nous faisons gloire de le comp-
'< ter parmi les citoyens les plus re-
« commandables par leurs vertus
« publiques et privées... » A la mort
de Louis XVIII, Marbois dut se pré-
senter aux Tuileries devant Charles X,
avec la Coiu" des comptes, et jin-er
au nouveau roi d'être fidèle à son ser-
vice. Admis à l'honneur de haranguer
le duc de Bordeaux, alors âgé de six
ans, le vieux président lui fit entendre
ces paroles graves et soletmelles :
» Et vous, monseigneur, qui êtes en-
u core si jeune, et sur la tête duquel
« repose le bonheur de la France,
» souvenez-vous que ce beau royau-
« me demande aussi un bon roi,
« un roi qui aime la vérité, qui
u veuille qu'on la lui dise; un roi qui
.' n'aime pas la flatterie et qui éloigne
" de sa personne les hommes qui le
" trompent. Vous souviendrcr-vous,
" monseigneur, que ces conseils vous
>• ont été donnés par un vieillard
- <[ui avait la tête couverte de chc-
" veux blancs? •• — L'enfant répon-
dit : oui. — « Votre oui, mon-
« seigneur, reprit Marbois, va être
4 oDsigTié sur nos registres : vous l'y
- trouverez dans voti-e majorité ; en
>. attendant, il est pour nous d uji
. avenir heureux. » Ck;l incident fut
dans le temps remarqué avec intérêt
par tous ceux qui prenaient à cœur
ia stabilité du trône légitime; mais,
aux yeux de l'histoire, il ne devient
plus qu'une pitoyable comédie quand
on voit, après la révolution de 1830,
Marbois accepter sans hésiter ia nou-
velle dynastie, et dix-huit jours aprèa
avoir officiellement félicité, pour la
conquête d'Alger, Charles X qud
proclamait son roi bien-aiiné, le bien-
faileur des hommes, venir avec em-
pressement haranguer le duc d'Or-
léans (o août) en quahtc de heutenant-
général du royaume; puis, cinq jours
après (10 août), comme roi. Ce soûl
toujours les mêmes formules d'en-
thousiasme ou plutôt de flexibilité
serviie. Marbois siégea avec beaucoup
d'assiduité dans les nombreux procès
politiques dont fut chargée la Cham-
bre des Pairs sous le nouveau rè-
gne. Dans le procès d'avril, il se si-
gnala par sa sévérité envers les accu-
sés, qui, essavant une révolte contie
la jusdce , prétendaient la rendre
muette et impuissante par leur re-
fus de se défendre. « L'ancien dé-
porté de la Guyane, disent les bio-
« graphes Sairut et Saint-Edme, Tan-
« cien auteur d'un écrit intitulé : le
« Jiufé sans ju^ es, a voulu couronner
" dignement sa carrière en se faisant
"juge sans jugés; il est un de ceux
« qui proposent de condamner les
» prévenus d'avril sans les entendre,
X et qui ont prononcé contre les dé-
" fenseurs les peines exorbitantes
« dont on rient de les frapper. "
Quand Marbois se signalait par cette
rigueiu- judiciaire, il n'était déjà plus
que premier président honoraire de
la Cour de* comptes. Une de ce-*
MAL -21
combinaisons qui sont inhérentes au
régime parlementaire, l'avait forcé
d'abandonner, le 5 avril 1834, lapre-
sidence effective à M. Barthe qui ve-
nait lui-même d'abandonner à M.
Persil la simaiTC de garde-des-sceaux.
Ce changement avait été accompa-
gné de circonstances pénibles pour
le vieux président- L'année précé-
dente, attaqué cFune maladie grave,
à laquelle il craignait de ne pas sur-
vivre, il avait envoyé sa démission au
roi Louis-Philippe, en le priant de lui
désigner un successeur, pour que le
service de la presidence éprouvât le
moins d interruption possible. Le roi
ne disposa pas de la place ; et Marbois
rétabli rentra en possession de ses
fonctions. Lors de sa première récep-
tion à la cour, ce prince lui parla de sa
démission, comme étant devenue sans
objet. Marbois, par convenance, ne
crut pas devoir la retirer. Mais, le 4
avril au soir, on lui Ht connaître
qu'on était dans l'intention d'user du
dioit que Ton avait légalement de se
servir de la pièce qu il avait impru-
demment laissée entre les mains de
Louis-Phihppe. Marbois écrivit au roi
une lettre très-ferme et très-digne ,
dans laquelle il faisait sentir tout ce
qu'avait d'extraordinaire le procédé
dont on usait à son égard; puis, afin
de montrer que ce n'était qu'en vertu
d'un nouveau consentement de sa part
que Ion pourrait disposer de la prési-
dence, il tenninait sa lettre par une ité-
rative démission. Le roi lui adressa une
lettre autographe dont les termes
étaient assez embarrassés, et qui se
tn'minait par facceptation de la dé-
mission. A cette lettre était joint le
portrait de Louis-Philippe. Le lende-
main, Marbois, présidant pour la der-
nière fois la Cour des comptes, lui mit
sous les yeux les circonstances qui a-
vaient amené sa retraite, et donna lec'
â$ MAB
ture de sa lettre au roi et de la ré-
ponse de Louis-Philippe, comme pour
rendre l'assemblée juge de la manière
dont on avait cru pouvoir payer ses
anciens services. Il était tellement ému
en faisant ces adieux forcés, que des
larmes abondantes coulaient de ses
yeux. Les membres de la Cour ne
montrèrent pas moins de sensibilité ,
et le public blâma unanimement la
conduite du gouvernement. Marbois
survécut trois ans à sa disgrâce : il mou-
rut le 14 janvier 1837, dans sa qua-
tre-vingt-douzième armée. Son corps
était affaibli et usé; sa vue presque
éteinte; mais il avait conservé jus-
qu'au dernier moment toutes ses In-
cultes intellectuelles, toute l'activité
de son esprit. Il n'a laissé d'autre
postéi-ité que M™'' la duchesse de
Plaisance, qui, peu de temps après la
mort de son père, a vu mourir sa
fille unique. Madame de Marbois, lors
de la déportation de son époux, avait
été si vivement affectée, qu'elle fut
atteinte d'une aliénation mentale qui
ne finit qu'avec sa vie. L'éloge de
Marbois a été prononcé devant la
Chambre des Pairs, le 17 janvier 1838,
par son collègue Siméon, qui avait
partagé sa proscription au 18 fructi-
dor. Marbois était, depuis 1821, asso-
cié libre de l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres, oii il a eu pour
successeur Joseph Michaud. On a de
lui un assez grand nombre d'écrits
dans différents genres. T. La Puri-
xienne en province^ ouvrage national,
1766, iïi-H". Le frontispice porte ;
par M. Bar. de Mar. Des exemplaires
avec tm nouveau frontispice .sont da-
tés de 1769, sans cette indication abré-
gée du nom de l'auteur. II. (iuliatUy
conte pltYsifine et moral, traduit de
l'anglais, 1769, iM-12. 111. Essai sur
Us vwyens d'inspirer aux hommes le
goût de la vertu^ 1769, in-8^ IV.
MAR
Essai de morale, 1772, in-12. V. 6'o-
crate en délire, traduit de l'allemand
de Wieland, 1772, in-12. VI. Lettres
de madame la marquise de Pompa-
dour, depuis 1746 jusqu'en 1762,
Londres, 1771. 2 vol. in-8''; 1772,
3 vol. in-12; 1772, 4 vol. in-12;
1773, in-S" ou in-12. Nouvelle édi-
tion (précédée d'une Notice sur ma-
dame de Pompadour), Paris, 1811,
2 volumes in-12. " Ces lettres, dit
" le bibliographe Barbier , attri-
« buées d'abord à Crébillon le fils,
« l'ont été ensuite, avec plus de vrai-
« semblance, au comte Barbé-Mar-
« bois, n VII. Lettres sur tes affaires
présentes, Paris, 1775, in-8''. VIII.
État de la partie espagnole de Saint-
Domingue , 3 vol. in-8». IX. État
des finances de Saint-Domingue, con-
tenant le résumé des recettes et dé-
penses de toutes les caisses publiques,
depuis le 1" janvier 1788 jusqu'au
3 décembre de la même année, Paris,
in-8'', 1789. L'auteur publia cet écrit
pour répondre aux imputations qui
s'élevaient contre sa gestion dans cette
colonie. A la même époque appar-
tient une autre publication de l'au-
teur, sous ce titre : Recueil de pièces
sur les fi-nances de Saint-Domingue,
in4". X. Culture du trèfle, de la lu-
zerne et du sainfoin, Paris, 1792.
C'est l'ouvrage dont il a été parlé
dans le cours de cette notice, et dont
le directoire du département de la
Moselle ordonna 1 impression. XI. Bé-
flexions sur la colonie de Saint-Do-
mingue, ou Examen approfondi des
causes de sa mine et des mesures pour
la rétablir, 1796, in-8». XII. Mé-
moire sur les finances, 1797, in-4».
XIII. Voyage d'un Français aux sa-
lines de Bavière et de Saltzhourg,
111 1776, Paris, 1800, in-18. Marbois
Ht imprimer cet écrit à l'occasion de
discussions qui «'étaient élevées dan»
MAB
le Corps législatif, relativement aux
salines. XIV, Éloge du citoyen Du-
fresne, conseiller d'État, directeur-gé-
néral du trésor public , Paiis , an X
;1802), broch. in-8^ XV. La richesse
du cultivateur, traduit de 1 allemand,
1803, in-8". XVL Complot d'Arnold
et de sir Henri Clinton, contre /e<
États-Unis d'Amériqne et contre Ji^a-
<ihington, septembre 1780, Paris,
1816, in-8", avec une carte et deux
portraits; 2* édition, 1831. L auteur
écrivant sur les lieux, au moment
même où les faits qu il raconte se
sont passés, possédait tous les moyens
de constater la vérité ; il n'a eu d autre
ambition que de la mettre au jour,
et son livre composé avec toute la
di^jnité simple qui doit caractériser
Ihistoire, a obtenu un succès uni-
versel. Il est au nombi-e des ou-
vrages adoptés par 1 Tniversité. XVII.
De la Guyant, de son état physique^
de son agriculture, de son régime in-
térieur et du projet de la peupler avec
des laboureurs européens, Paris, 1822,
in-S". XV III. Rapport sur l'étal actuel
des prisons dans les départements du
Calvados, de l'Eure, de la Memehe,
de la Seine-Inférieure, et de la maison
de correction de Gai lion (oct. 1823.
Paris, 1824, in-i", tiré a un j>etit nom-
bre dexemplaires). Un second rapport
de Barbé-Marbois, sur 1 amélioration
des prisons, fait le 24 juin 1825, a été
inséré dans la Revue encyclopédique :
quelques exemplaii-es ont été tirés à
part, in-8° de 12 pages. XIX. Obser-
ffations sur les votes de quarante-el-uu
conseils-généraux de départemen ^ con-
cernant la déportation des forçats li-
bérés , présentées à >I. le dauphin ,
par un membre de la société royale
pour l'amélioration des prisons (Barbé-
Marbois), Paris, 1828, in-8°. L auteur,
dans ce mémoiie, se prononce avec
force contre la déportation. XX. Uis-
MAB
29
toire de la Louisiane, 1828, in-8". Ou-
vrage remai-quable et plein de Aôtu-
ments curieux. Marbois était plus que
tout autre appelé à écrire sur cette
matière. En 1803, il avait été chai-gé
d'une importante négociation relative
à la Louisiane. On sait qu'en 1801
Napoléon avait recouvré ce pavs, cédé
par la France à l'Espagne, en 1768.
et rétrocédé à la France par le cabi-
net de Madrid. Cette colonie était en-
tièrement dépourvue de défense. Na-
poléon ne put en prendre possession
qu'en 1803 : et avant qu'û lui eût été
)K)ssible d"v envoyer les garnisons
nécessaires, l'Angleterre se préparait
a l'envahir. Déjà en possession du Ca-
nada, elle se serait aussi rendue maî-
tresse de la navigation du Mississipt
et des contrées qui sont à l'ouest de
re fleuve. Napoléon, après une pos-
session précaire et purement nomi«
iiale de peu de mois, comprit com-
bien \\ était important que l'Angle-
teiTc ne s'emparât pas de ce beau
pays: il résolut de le céder aux États-
Unis, et chargea Marbois de cette né-
gociation, en lui annonçant qu'il ne
ferait cette cession qu'au prix de 50
miUions. Marbois eut fhabileté d'en
obtenir 80, dont 20 applicables aux
indemnités dues aux commerçants
des États-Unis, pour les prises indû-
ment faites sur eux. Napoléon, qui sa-
vait récompenser, mit alors à la dis-
position de l'heureux négociateur
192,000 fr. - pour suppléer, lui écri-
vair-il, à l'insuffisance de votre trai-
tement, avant l'intention que vous
voyiez dans cette disposition le désir
que J'ai de vous témoigner ma sa-
tisfaction de %os importants travaux
et du bon ordre que vous avez mis
dans votre ministère, qui ont valu
à la république un grand nombre
de miUions et la négociation que
- vouc venez de terminer , par lu
m MAR
.. quelle vous avez procure à la répu-
« Wiquc dix millions en sus de ce que
a portaient vos instructions ». Mar-
bois avait inséré , avant 1789 , quel-
ques articles dans le Journal Ency-
clopédique et dans le Journal des Sa-
vants, entre autres un morceau curieux
sur les Fla(]eHants (3). On lui doit la pu-
blication d'un Mémoire historique re-
latif aux négociations qui eurent lieu
en 1778 pour la succession de Ba-
vière par le comte de Goertz, envoyé
du roi de Prusse près des princes
Bavaro-Palatins (Paris, 1812, in-8°).
Marbois, qui figure dans le Mémoire
comme secrétaire de la légation fran-
çaise, a ajouté à l'ouvrage dont il est
l'éditeur, une introduction où se
trouvent des détails sur les principaux
personnages , une notice sur le che-
valier de La Luzerne et des notes in-
téressantes. Il avait joué lui-même
im rôle dans ces négociations. Lors-
qu'à la mort de l'électeur de Ba-
vière, Maximilien-Josepli , l'impéra-
trice Marie-Thérèse éleva , eh vertu
d'une clause du traité de Westphalic,
des prétentions sur les principales pro-
vinces de l'électoral, le duc des Deux-
Ponts, Charles-Théodore, accourut à
Munich pour défendre ses droits.
L'envoyé de France était gravement
malade. Marbois, consulté par le duc
et sans instructions sur un cas si im-
portant, tint une conchiite qui ex(ùta
les plaintes du cabinet de Vi(!nnc.
Mais il fut approuvé par le conseil
du roi et par le comte de Vcrgennes
cjui, dès-lors, le prit en singulière
estime. Cependant fintime alliance des
cours de Paris et de Vienne ne peruiil
plu» d'employer Marbois auprès des
princes de l'empire; et c'est alors
(3) V. la Correspondance de Grimm, a\n\
1778, l. X. Griinin lut auribue mal à propos
V Essai sur le etmmerce <k Russie, qui est d<'
vtarbauil.
MAR
qu'abandonnant la carrière diploma-
tique pour celle des tribunaux, il se
fit recevoir, en 1778, conseiller au
Parlement de Metz. — Madame Barbé-
Marbois a publié, en l'an VII (1798),
le Mémoire justificatif de son mari
sur le 18 fructidor, qu'il lui avait fait
parvenir lui-même de Sinamary. On
peut consulter à cet égard les Anec-
dotes secrètes sur le IS fructidor, qui
parurent vers cette époque (1 vol.
in-12). Pendant son exil, il avait écrit
jour par jour, depuis son arrestation
(USfju'à son retour, tout ce qui lui ar-
rivait. Dans ce Journal qu'il a fait
imprimer pour ses amis à un petit
nombre d'exemplaires , l'auteur se
joue du malheur plutôt qu'il n'em-
ploie ses forces à lutter contre lui.
Souvent des traits de gaîté qu'on
nanrait pas attendu de son air aus-
tère et de sa gravité habituelle, vien-
nent se mêler à des réflexions tou-
chantes, et aux sentiments de ten-
dresse qu'il exprime à sa femme et à
sa fille. » Quoi qu'il puisse m'arriver,
• dit-il, dans ma déportation, fut-ce
" la mort, plus de la moitié des
" hommes nont-ils pas subi ses loi» ■
>. avant l'âge où je suis parvenu?... Je
.. vais dansla captivité me trouver plus •
» libre quejene l'ai été à aucune épo-
.. que de ma vie. .le ne serai plus obligé '
.. de prolonger mon travail jusque •
. dans la nuit ou do devancer le jour.^>
. .le pn'udrai du repos à nia volonté.
.. .1c n'aurai de devoirs inq)ortants h
i. remplir qu'envers moi-même... Mes
. devoirs envers les autres se rcnlui-
. ront à des procédés d'amitié , d'é-
" gards et de civilité. On ne se plain-
.. dra plus de ni(;s refus , de mon
" austérité, .le n'aurai plus de juge-
• menls qui mécontenteraient infail-
>. liblement une des parties... .le ne
. ci-oyai» pas, ma chère Klise (c'était
. sa femme), finir par vous parler des
MAB
.. plaisirs de la zone torride. nen
dites rien à personne :
• Si mes persécuteurs pénétraient ce mystère.
Je pourrais payer cher une ombre de bonheur :
Poiir les pôles glacés, Barras, en sa colère.
Me ferait arracher aux feux de l'équateur. •
La plus grande consolation de Mar-
bois consistait alors dans une petite
bibliothèque quil avait su cons-
truire comme menuisior et qu'il put
garnir de livres. La con-ette qui
portait les déportés avait capturé .
tians la traversée , un vaisseau an-
glais où se trouvait un assortiment
de livres. Les déportés avaient eu
chacun un lot dans cette prise. Un
grand nombre de ces livres étaient
échus à Pichegni, qui les troquait suc-
cessivement contre du \'in que Mar-
bois avait apporté de Cayenne à
Sinamary. " Pichegi-u, dit ce der-
" nier, dans son journal , était fort
" libéral du \in ainsi acquis. Nous
• étions quelquefois en contestation
• siu- une bouteille de plus ou de
" moins, pour un Hérodote ou un
" Tite-Live; ses connves se mo-
'■ quaient de ma simplicité, lorsque
■' faisant les honneurs de ces joyeux
•>■ banquets, il leur disait : Buvons un
« verre de mon J'ir^ilcy sablons une
•' strophe de mon Horace, une rasade
<•■ à la mémoire d' Homère. " La con-
sidération personnelle dont jouissait
Marbois, lui donna occasion de re-
prendre, même dans son exil, l'auto-
rité qui appartenait à son caractère. Au
commencement de l'an VlH, l'agent
Rurnel, que le Directoire avait envoyé
a Cayenne , proclama la liberté des
noirs et les appela à la défense de
l'île, sous prétexte d'une prétendue
invasion des Anglais. Ces nègres rem-
plirent la ville et les faubourgs; i'
était impossible de les solder et de
les noiu-rir. De là des menaces d'iii-
•vndier les habitations, d'égorger les
MAR
31
propriétaires , et tous les présages
de ce qui s'était passé à Saint-Do-
mingue. Les blancs et les mulâtres se
réunirent pour leiu- défense com-
mune. jNLirbois et son compagnon
LafFon-Ladébat , investis de leur con-
fiance , devinrent les conseils de la co-
lonie, expulsèrent Biu-nel, et tout rentra
dans l'ordre, à peu près vers le même
temps que le Directoire était renversé
par Bonaparte. Marbois, qui avait des
propriétés dans l'arrondissement des
Andelys (Eure), fut le bienfaiteur de
cette localité. Une notice publiée en
1838 par M. AnL Passy, ancien préfet
de l'Eiu-e, a révélé au public, que
de 1822 à 183o, Marbois lui confia
diverses sommes montant à 77,000
francs pom* des établissements utiles
dans l'arrondissement des Andelys; et
cet ai'gent devait toujours être employé
sous le voile de l'anonyme. M. Etien-
ne, alors député de la Meuse, lui
avait remis un Mémoire destiné à
l'iustruction élémentaire dans ce dé-
partement. Apprenant que les au-
teurs étaient des jeunes gens mo-
destes et ignorés, qui avaient mis en
commun leurs talents et le peu de
ressources qu'ils possédaient, pour
propager chez le peuple des cam«
pagnes des vérités utiles, Marbois
donna pour eux oOO francs. « Mais
- i-appelez - vous bien, dit -il à M.
■' Etienne, que si mon nom est con-
" nu, je retire mes oOO francs. ■ Au
mois de mars 1836, la famille de Bar-
bt»-Marbois fit rédiger une courte no-
tice sur sa vie, qui a été revue pai-
Marbois lui-même et lithographiée à
une centaine d'exemplaires ( Paris ,
Bineteau). Marbois avait publié ses
propres Mémoires, en 2 vol. in-8"*,
flans l'année qui précéda sa mort.
D— R— R,
MARBOT (A^TOI!«E), généi^l
français, naquit an village de la Bi-
32
MÂiV
vlèrc (Corrèze), vers 17S0, d'une fa-
mille honorable, reçut une bonne
éducation et entra fort jeune dans les
(lardes -du- corps du roi. Après quel-
ques années de service, il fut compris
dans les réformes que Louis XVI fît
de sa maison, dès le commencement de
son régne. S'étant alors retiré dans sa
famille, il n'y passa que peu de temps,
reprit bientôt du service, et devint
aide-de-carap du général de Schom-
berg. La révolution étant survenue, il
en adopta les principes avec le plus
grand enthousiasme, et fut nommé, en
1790, administrateur du département
de la Corrèze, puis député à l'Assem-
blée législative, il ne s'y fit remar-
quer que par un lapport sur les fi-
nances (5 avril 1792), dans lequel il
proposa un emprunt dont le résultat
eût été de réduire la masse des assi-
gnats, et de forcer les acquéreurs de
biens nationaux à faire leurs derniers
paiements en numéraire. Le 8 juin
suivant, il s'opposa à ce qu'on reçût
dans l'armée les soldats de la garde
constitutionnelle que l'Assemblée ve-
nait de contraindre Louis XVI à licen-
cier, par la raison, dit-il, que l'esprit
de ce corj)s était un dévouement au
roi, esprit qui ne devait pas être celui
des troupes nationales. Cette proposi-
tion excita quelques rumeurs et n'eut
aucune suite. Après la session, Mar-
bot rentia dans la carrière des armes
et parvint très-promptcment an grade
de général de division. Il fit en «-ctte
qualité les cam[)agnes de 1793-179i
sur la frontière d'Kspa{;ne, (;l se dis-
tingua dans plusifuis occasions, no-
tamment à Orthez et à Glossua. Des-
titué comme ultra - révolutioimaire
jprès l.i chute de Robespierre, il fut
réintégré par un airèté du conii-
lé de salut ])ublic à l'époque du
iriomphe de la Convention, le 13
vendémiaire an l\ O)ctobre 1795),
MAK
puis nommé député au Conseil des
Anciens par son département. Dès les
premières séances, il se déclara avec
beaucoup d'énergie contre le parti
royaliste alors tout-puissant, et s'op-
posa surtout à la rentrée des habi-
tants de l'Alsace que la terreur avait
forcés de se léfugier à l'étranger, et
qui pour cela étaient considérés com-
me émigrés. Sa motion contre ces
malhetureux fut tellement désap-
prouvée, qu'une décision de l'asseàn-
blée ordonna son rappel à l'ordre.
Quelques mois plus tard, Marbot ne
fut pas moins inexorable pour les
émigrés du Comtat-Venaissin. Il con-
courut de tout son pouvoir à la ré-
volution du 18 fructidor (i septem-
bre 1797), et aux proscriptions qui
en furent la suite. Nommé, aussitôt
après cette victoire du parti révolu-
tionnaire, président du conseil , il le
fui encore au mois de juin 1798; |
prononça le 14 juillet , en cette qua-
lité, un discours commémoratif de la
première journée de nos révolutions,
et fit décider que celle du 1 8 fructidor
serait également solcnuisée chaque
aimée. Le 18 avril 1799, au moment
de la crise opérée par les succès que
venaient d'ol)tenir les armées Austro-
r.usses en Allemagne et en Italie, il
demanda avec beaucoup de force
une levée de doux cent mille hom-
mes, et se prononça avec la même
violence contre mie circulaire de
François de Neufchi\tcau qu'il accusa
d'avoir <lésigu<; lea républicains aux
paifjttards des royalistes, ajoutant
<pic ce ministre -poète avait autre-
fois chanté Marat et Robespierre,
«hielques jouis après, il appuya vi-
vement limpression d'une adresse
des habitants de (Grenoble contre
le général Schérer qui venait d'être
battu en Italie et qui était le pro-
té}'«i de Bcwboll. Ktant sorti du
MAP.
conseil après la révolution du 30 prai-
rial quirenversa ce directeur, il rem-
plaça Joubert dans le commandement
lie Paris, et continua de se montrer,
dans ce nouveau poste, /xiié partisan
de la démagogie. Rien que remplacé
avant le 18 brumaire, il Fit tous ses
eâForts pour empêcher le triomphe de
Bonaparte, qui l'envoya aussitôt après
à l'armée d'Italie pour y être em-
ployé dans son grade. Mais à peine
arrivé à Gênes , Marbot mourut près -
que subitement au commencement de
l'année iSOO, atteint de l'épidémie
qui affligeait alors ces contiées. —
Ueui fils de ce général tiennent un
rang distingué dans l'armée fran-
çaise. M — D j.
MARC (le P.), linguiste slave, né
le 13 avril 1733, en ('.arniole, s'en-
gagea fort jeune parmi les moines
Augustins de Laybach, et passa la
plus grande partie de sa vie, au cou-
vent de Saint - Antoine de Padoue.
Il finit cependant par quitter sa pa-
llie pour se fixer aux environs de
Vienne. Cest là qu il mourut le 5
février 1801. I^pére Marc est un des
hommes qui ont le mieux mérité des
langues slaves du Midi , et qui ont le
plus contribué à cet élan qu'on i-e-
marque aujourd'hui dans la monar-
chie autrichienne vers l'étude de ces
idiomes remarquables. Parmi les nom-
breux dialectes de cette façon de
parler dans les provinces ill\Tionues,
le camiolien ou carcntanien est cer-
tainement celui qu'il faut regarder
comme type, et l'on y rattache au-
jourd'hui le croate d'une part , le
Slovène de l'autre. Reste seulement
une question à débattre : qui lem-
jiorte du carniolien ou du carcnta-
nien (winde de Styrie et wende de
Carinthie)? I.a difterence de ces deux
sous-dialectes est si légère, que l'on
peut hésiter ; mais le carniolien est
liMlB
33
resté moins incuite , et cette circon«*
tance lui vaudra la préférence auprè>
de beaucoup de juges. Quoi qu il en
>oit, ou doit au P. ALuc grammaire,
lexiques et chrestomathie de sa lan-
gue nuiternclle. Sa Grammaire de la
langue carniolienne, Lavbach, 1768 ,
in-S", a PU, dès 1783, le* honneur>
d'une 2* édition, cl cest presque la
seule encore où Ion puisse appren-
dre les principes du wende de la
Carniole. Eusuite vinrent etlcParvum
dicUoHttariutn trilingue (en carnio-
lien, en allemand et en latin), Lay-
bach, 1782, in-4°, qui a été mis à con-
tiibution par Linde, pour son grand
et mémorable Dictionnaire de la lan-
gue polonaise comparée aax treize
dialcctc.4 slaves, et son Glossariutn
slavicum. Vienne, 1792, in-4". Enfin,
on a encore de lui une espèce de
manuel de versification, sous le titre
de AdjutneiUum poeseoi carniolicœ ,
Vienne, 1798, in-8", et un autre Ma-
nuel poui- les conversations et les
matières usuelles : c'est la tiaductioD
du Xoth- u. IJiilfsbiichlein dcHTaLiuev.
On conserve au collège Theresianmn
devienne plusieurs manuscrits du
P. Marc, entre autres une Chronique
de Carniole et une Uisloire des iavanti
r<ir«io//e»is, ou Bibliotheca Carnioliie.
F— OT.
AI ARC (Charucs-Cukktie}* -Henri) ,
premier médecin du roi Louis-Phi-
lippe, naquit à Amsterdam, le i no\ .
1771; son père étiiit allemand, et sa
mère hollandaise. Eu 1772, ses pa-
rents vinrent s'établir au Havre et
demeurèrent jusqu'en 1780. t* fu
donc en Fiance que Marc reçut sa
première éducation. Parlant alle-
mand avec son père , hollandais
avec sa mère , et Irancais avec sçs
camaïades d'étude . il brillait a^
milieu d'eux pat; son. application et
ses progi-ès. A neuf ans, il Retourna
34
MAR
en Allemagne avec ses parents, et a
treize ans, il entra au collège deShep-
fenthal (en Saxe). Là, sous la direc-
tion du célèbre instituteur Saltzmann,
a termina en quatre années toutes ses
études classiques, et il apprit le
latin, ainsi que l'avait appris Mon-
taigne, comme une langue vivante;
aussi pouvait-il écrire et parler dans
cet idiome avec autant d'élégance que
de facUité. On en trouve la preuve
dans un petit discours qu'il prononça
à son départ du collège, afin d ex-
primer à la fois sa reconnaissance
envers ses maîtres et son amitié pour
ses condisciples. Ce petit essai parut
à ses professeurs digne d'être impri-
mé, et l'un deux le fit suivre de quel-
' ques strophes dans lesquelles il pré-
disait au jeune orateur un brillant
avenir, prédiction qui se réalisa sans
doute, mais non sans que celui-ci
eût bien des obstacles à vaincre.
Marc, laissé libre par son père de
choisir une profession, se sentit pous-
sé par une vocation irrésistible vers
la médecine. Il commença l'étude de
cette science à l'Université d'Iéna.
Il s'y serait fait recevoir docteur;
mais le désir dobtenir ce grade sous
les yeux de sa famille l'engagea a
soutenir les épreuves à la faculté
de la ville d'Erlangen, où son père
exerçait les fonctions de conseiller
des finances. Sa thèse avait pour
titre : Historia morbi rariotii spasmo-
dici, cum brevi epicrisi (iTd2). Ce
qui charme dans la préface de cette
thèse, qui était déjà un ouvrage de
haute portée, «'est l'expression de
la déférence et du respect que les
jeunes médecins allemands ont tou-
jours eus pour leurs maîtres, sorte
de piété qui fait un des caractères
distinctits des universités d'Allemagne.
Voulant agrandir par la pratique le
cercle de ses connaissances, le nou-
t.
MAR
veau docteur se rendit à Vienne, et
pendant dix-huit mois, visita les hô-
pitaux de cette capitale. De là il fut
appelé à Bamberg, par son oncle,
médecin distingué, qui avait surveiUé
la fondation dun hôpital, dont le
prince-évêque de cette ville venait
de la doter. Marc se perfectionna dans
l'art de guéi'ir, sous les yeux de son
parent. La princesse douairière deLo-
wenstein ayant demandé à celui-ci un
jeune médecin qui pût la suivre dans
ses terres de Bohème, Marc consentit
à y passer quelque temps , et fut là ce
qu'il a été partout, dévoué, plein de
désintéressement, au milieu d'une
clientèle nombreuse, mais pauvre.
En 1795, il publia trois ouvrages en
allemand : le premier offre des Rè-
gles d'hygiène à l'usage des voyageurs;
le second a pour titre : De l'emploi
du gaz azote dans la phthisie pul-
monaire; le troisième. Observations
générales mr le% poisons et sur les
effets qu'ils produisent dans le corps
de l'homme. Ce dernier ouvrage, dont
l'illusue professeur Hildebrand agréa
la dédicace, était le premier essai du
jeune docteur dans la médecine lé-
gale. Il a été traduit en italien par
Ferraris. Vers la fin de cette même
année 1793, Marc, âgé de 25 ans, vint
à Paris pour la première fois. Sa
jeunesse, son savoir et même cette
qualité d'étranger cpii prévient tou-
jours si favorablement en France,
tout lui concilia parmi les médecins
de la capitale un accueil bienveil-
lant. Il se lia surtout avec Bichat ,
\libert, et sous l'autorité de leur
maître Corxnsart, dont il suivait les
leçons de clinique, il concourut avec
eux, avec Cabanis, Desgenettes, lAr-
rev,Duméril, Pincl, Fourcroy et quel-
ques autres, à la formation de cette
société médicale démulation a la-
quelle on doit de savants mémoires.
Nous citerons entre autres uie la Fiè-
vre et de son traitement en général,
trad. de l'allemand de G.-Clir. Reich ;
Considérations sur une tympanite,oh-
servée à l'hôpiul Saint-Louis; Com-
mentaire stir la loi de -Vutna Pompi-
lius, relative à Couverture cadavérique
des femmes enceintes, etc. Vers la fin
de 1797, la mort de son père le rappela
en Alleniafljne; il revint en France en
1798, avec sa mère. Comme son pèi-n
avait placé tout son avenir sur les fonds
publics de France , sa fortune avait
été presque entièrement absorbée pai-
la réduction du tiers consolidé.
D'autres circonstances malheui-euse.';
forcèrent M"" Marc à vendre à 7 fr.
30 cent, ce qui avait coûte 100 fr. à
son mari. Dès ce moment, de rudes
épreuves se préparèrent pour le doc-
teur Marc, qui, marié depuis quelques
années, était déjà charge de famille.
\m\ qui, jusqu'alors, à la faveur d unr
honnête aisance, avait pu étudier,
exercer la médecine sans antre but
que l'intérêt de l'art , se vit obligé de
chercber dans la pratique les moyens
de faire vivre une mère, une épouse
et quatre enl'ants. Il se livra donc à
ce j)énible métier avec confiance ,
avec habileté ; mais bientôt lassé .
rebuté, ayant acquis de bonne heure
une amère connaissance de la vie mé-
dicale, il prit en déffoût l'exercice
de sa profession. Deux choses le
choquaient surtout en France ; d'a-
bord la responsabilité qui pèse sans
cesse sur le praticien, même rpiand
le malade n'a point exécuté ses ordon-
nances; puis, souvent, la nécessité
d'envoyer , à la fin du traitement ,
lUie note de visites, comme une fac-
ture de commerce ; ce sont les ex-
pressions dont il se servait en parlant
de cette dure nécessité. Décidé à chan-
ger de direction , il fonda une manu-
facture de produits chimiques : le suc-
MAR
3o
ces ne répondit [>oint à ses espéran-
ces. Marc fut bon médecin et mau-
vais industriel ; il était savant et point
du tout marchand : aussi, après avoir
dissipé dans ce commerce les derniers
débris de sa fortune, il se trouva
entièrement ruiné. Revenu à Paris,
pour y l'econmiencer sa carrière mé-
dicale, il s'y trouva dégagé de toute
obligation envers qui que ce fût, et ne
dut rien qu'à sa famille. L'âme rem-
plie de pensées douloureuses, mais
conservant sur son xnsage une inalté-
j-ablc sérénité, le jour il faisait régu-
lièrement ses visites, en les entremêlant
de quelques échappées chez les pau-
vres ; et le soir lorsque, accablé de fa-
ligues, épuisé par les privations, i!
lentraît au milieu des siens, il leur
dissimulait sa peine, et, par l'enjoue-
ment et la tendresse de ses paroles, dis-
rsipait leur tristesse et ranimait leur es-
poir. La nuit, pendant leur sommeil,
enveloppe d'un manteau, afin de mé-
nager le bois qui devait les chauffer,
i| écrivait pour divers journaux de
médecine. Il lui fallait, pour résister à
àci travaux si soutenus et à tant de
privations, non-seidement beaucoup
«le courage, mais cet amour de l'hu-
manité qui , chez lui , avait tant
de puissance. En 1808, on cherchait
un équivalent pour remplacer le
quinquina . devenu très-rare à cause
du blocu* continental. Marc proposa
d'y substituer le sulfate de fer. L'heu-
reuse application de ce moyen,
dans un moment où les fièvres inter-
mittentes exerçaient de grands ra-
vages , lui valut une lettre très-flat-
teuse de Corvisart, qui le remercia au
nom de l'aïuorité. En 1809, la Société
de médecine de Paris consigna dan»
son Recueil les résultats de cette pre-
mière découverte, et Marc en fit le
texte de deux mémoires qtii parurent
en 1810. sous le titre de Recherrhet
3.
36
MAB
sur l'emploi du sulfate de fer dans fc
traitement dei fièvres intennittentex.
On lui avait conseill de faire un se-
cret de sa découverte; il pouvait ainsi
facilement acquérir une {grande for-
tune : mais il reftisa, voulant, di-
sait-il, que l'humanité seule en profi-
lât. En toute occasion , il déploya la
même délicatesse. L'illustre Parmen-
tier l'avait, à son lit de mort, dé-
signé pour le remplacer au conseil
de salubrité , et lui avait , dans celte
intention, donné une lettre qui devait,
dans la journée même, être mise
SOU8 les yeux du ministre. Marc ne
consentit 'à cette démarche qu'après
la mort de Parraentier ; c'était trop
tard; la place était prise; mais il ne
se plaignit pas plus de cette déconve-
nue, qu'il ne se vanta de sa bonne
action. De meilleurs jours ne devaient
pas tarder à luire pour lui. Le docteur
Herbauer, que le roi de Hollande,
Louis Bonaparte, venait de nommer
àon médecin, le pria d'accepter sa
clientèle. Marc devint bientôt l'un
des médecins les plus répandus de
la capitale. Au milieu des occupa-
tions qui remplissaient sa vie , il ré-
serva toujours une partie de son
temps à ses études favorites. Le doc-
teur Victor Rose publiait alors en
Allemagne un Manuel d'autopsie ca-
davérique médico-légal ; Uarc en fit
une traduction «jui parut en 1808,
enrichie de notes et de commentaires ;
il y joignit doux mémoires de sa couj-
position : l'un Sur la docimasie pul-
monaire, l'autie Sur /es signes de la
mort par submersion. A la tête du vo-
lume est une préface dans laquelle il
déplore l'indifférence où l'on était a-
lors en Vrance pour la médecine légale,
tutrice do l'honneur et de la vie des
hommes, et qui, dans un pays ou la
chimie jette tant d'éclat, aurait du
briller comme ollc. Une de» meiUeuns
MAB
«ît des plus utiles productions de Maix
a pour titre : La Vaccine soumise aux
simples lumières de la raison (Paris, s
1809). C'est un petit drame plein de ]
naturel, de mouvement et de gaîté , j
dans lequel sont combattus les préju- j
{'ris du peuple contre la vaccine. Un
digne curé, un chirurgien plein de
sens et de philantropie, puis quelques
villageois et leurs femmes , entre au-
tres l'entêté Jean Rétif, sont les inter-
locuteurs de ce dialogue, qui rappelle
la manière de Franklin. Cet ouvrage,
dont le succès fut européen, a eu plu-
sieurs éditions et a été traduit dans
plusieurs langues. Malgré tant d'émi-
rients services , Marc n'appartenait à
aucune Faculté de France. En 1811,
il se fit agréger à celle de Paris, et
soutint une thèse ayant pour titre :
Fragmenta quœdam de morborum si-
mulatione. C'était encore un sujet de
médecine légale. Dans cette thèse, il
laisse entrevoir le plan d'un grand
ouvrage qu'il devait publier plus tard,
mais la mort ne lui permit pas
d'en réunir et coordonner les maté-
riaux. Il en avait lu à ses amis quel-
ques passages remarquables ; mais ce
précieux manuscrit ne s'est point re-
trouvé parmi ses papiers. En 1812,
il fut envoyé à Pantin, par le pré-
fet Frochot, pour y combattre une
épidémie de fièvres intermittentes
pernicieuses, dont le voisinage sem-
blait menacer la capitale, et qu'a-
vait occasionnée le mouvement des
terres pour creuser le canal de
l'Ourcq. Un «les médecins chargés
du soin des malades venait do suc-
comber. Maïc n'iiésita pas à accepter
«etto mission périlleuse, et l'accom-
pHt avec succès. Nommé, on 1816,
au conseil de salubrité, il fut, peu de
temps après, chargé de la direction
du service des noyés et asphyxiés, où
11 introduisit bicntAt «le nombreux
MAB
MAR
37
perfectionnements. En t817, avant
heureusement guéri d'une maladie
grave Madame Adélaïde, sœur du
duc d'Orléans, il devint le premier
médecin de ce prince , titre qui ,
en 1830 , fut changé en celui de
premier médecin du roi. Marc écri-
vit alors à l'Académie de médecine,
dont il était membre, qu'il n'en-
tendait pas se prévaloir de ce titie
pour eue président d'honneur per-
pétuel, place que lui accordaient les
règlements de cette compagnie. L'A-
cadémie , frappée de cette modestie,
le nomma son président annuel, et
membre du conseil d'adminisUation
l'année suivante. Chez lui, les hon-
neurs ne changèrent point les moeurs ;
premier médecin du roi, il fut ce
qu'il avait toujours été, le médecin
des pauvres. Du reste, s'il ti-ouvait
parfois quelques distractions dans la
société , il n'était pas de ceux qui
veulent les fleurs de la vie sans le
travail qui les fait éclore. Une aima-
ble gaité le soutenait dans les cir-
constances les plus graves. Au sein
des corps savants auxquels il appar-
tenait, presque toujours ses opinions
furent admises, et ses décisions fi-
rent autorité; car, dans les^ discus-
sions comme dans les entretiens par-
ticuliers , il ne parlait que de ce qu il
savait, et il savait beaucoup; c'é-
tait alors un plaisir de l'entendre dé-
ployer, sans faste et sans prétention ,
les trésors de son érudition et de son
expérience. Lorsqu'en 1832 le cholé-
ra-morbus sévissait si cruellement à
Paris, Marc énonça, sur cette ma-
ladie , des idées d'une prati([uc judi-
cieuse: il indiqua des médicaments,
et notamment une poudre qui eut du
succès; mais, en même temps, il
proposa le préservatif suivant, que
plusieurs jouf-naux publièrent, sans
nommer l'auteur : «i Quarante dose<:
de chaleur, cinq de propreté', une de
sobriété, une d'activité , une de bon
sommeil, une de tioun-iture saine, une
d'air très-pur, et cinquante de tran-
quillité d^ esprit : mêlez avec soin ces
cent parties pour en former un tout,
véritable anti-cholérique. » Rien de
plus attachant que les détails qui
|)Ouiraient être révélés sur les rapports
de Marc avec la famille royale, dont
tous les membres ne l'appelaient que
le bon docteur. Là, point d'étiquette ;
c'était le médecin ami de la maison ,
toujours bien venu, toujours affec-
tueux, étianger smtoul au langage
des courtisans , et qui n'usait de son
crédit que pour les malheureux. En
1823 , il avait été uommé chevalier
de la Légion-d Honneur ; il fut promu
au grade d'officier après 1830 , el
reçut du roi des Belges l'ordre de
Léopold. Comme médecin -littérateur,
Marc s'était fait connaître par un
grand nombre de consultations mé-
dico-légales, ainsi que par des articles
importants de médecine légale et
d'hygiène publique, qu'il avait four-
nis à plusieurs recueils. On citeia
toujours, dans les annales de la scien-
ce et de l'humanité, la consultation
([u il donna, en 1826, pour Henriette
(jormier, femme Beiton , accusée
d'homicide volontaiie et avec prémé-
ditation ; puis , son mémoire pour
Rispal et Galland , condamnés pour
faux témoignage aux travaux forcés
à perpétuité. Ce dernier écrit con-
tribua puissamment à la réhabilita-
tion de ces infortunés. Lors de la pu-
blication du grand Dictionnaire t/e»
Sciences médicales, ses travaux anté-
rieurs lui donnaient une sorte de
droit sur l'hygiène publique et sm la
médecine légale ; ce fut aussi, dans la
distribution des matières, la part qui
lui fut assignée, et il a laissé dans ce
recueil près de quarante articles ve-
38
MAR
marquables, entre aatres ■■ A liénù ,
Antidote, Avortement , Baptême ,
Blessures, Cadavre, Castration, Couches
( Femme en ), Maladies dissimulées,
Enfants -trouvés, Épilepsie simulée.
Exhumation, Grossesse, Habitation,
Hermaphrodite,Hydrophobie, Impuis-
sance, etc. Il quitta le grand Diction-
naire , et s'associa avec plusieurs de
ses confrères pour la publication du
Dictionnaire de Médecine, en 21 vol.
On peut encore citer, parmi ses nom-
breux articles : Accouchement, Am-
phithéâtre, Contagion , Infanticide,
Inhumation, Pharmacie, Phai-macieu,
Médecine politiijue. Quarantaine, Se-
cours publics, Fiabilité, etc. En 1829,
il fonda, avec Esquirol et Parent-Du-
châtelet, les Annales d'Hygiène pu^
bliciue et de Médecine légale, for-
mant aujourd'hui une collection de
28 volumes, qui se continue. Marc
composa l'introduction, comparable à
ce que l'Allemagne possède de mieux
en ce genre, et qui oflxe l'iiistoire
de la médecine légale depuis son ori-
jrine et dans les dirterentes contrées
du monde savant. Il est peu de volu-
mes des Annales qui ne renferment
de lui quelques mémoires importants.
L'Encyclopédie moderne de Courlin
lui doit également plusieurs articli's.
En 1831, il publia YE.xatnen mé-
dico-légal des causes de la mort de
S. A. R. le prince de Condé, brochure
de 88 pa^es in-8", avec six planches
explicatives, extrait des Annales d'hy-
giène publique et de méderinv légale.
En 1835, toujours préoccupé du soin
d'étendre et de perfectionner le»
moyens de salubrité publique, il fit
paraître un ouvrage intitulé : Nou-
velles Recherches sur les secours à don-
ner aux noyés cl aux asphyxiés. Pans,
i vol. in-S". Cet ouvrage a reçu de
liants tomoignagt;8 d'estime de plu-
sieurs souverains de l'Europe, il lour-
MAR
mille de faits curieux, de discussions et
de remarques pleines de justesse, sur
des questions de physiologie et de
thérapeutique, sur les différents genres
d'asphyxie, soit par l'eau, soit par les
gaz, par le froid, par le chaud , par
la suspension, par la foudre, soit par
la faiblesse et l'inexpérience de l'or-
ganisation qui vient de naître; sur
l'art de ranimer les puissances vita-
les, d'exciter la chaleur, de réveiller
l'action des poumons, les mouve-
ments du cœur, l'énergie du cer-
veau, etc. Ces diverses publications
et une foule d'autres encore dont il
serait impossible de faire même l'e*-
numération, et qui ont toutes un ca-
ractère particuher , une utilité im-
médiate , n'étaient que les jalons
d'un grand ouvrage que Marc a laissé
sur sa tombe, et qui est comme son
testament médico-légal. Il a pour
titre : De la Folie considérée dans ses
rapports avec les questions médico-ju-
diciaires. Quoique jouissant d'une
santé parfaite, Marc semblait craindre
que la mort ne le surprît avant qu'il
eût terminé cette œuvre de prédilec-
tion. Ce pressentiment n'étaitque trop
fondé. Il venait de dater du 10 janvier
1811 l'épreuve de sa Préface, lorsque
le dimanche, 12, comme il rentrait de
visiter le prince Toufiakinc, il fui, à la
porte de son domicile, frappé d'une
apoplexie foudroyante. Son livre.
De la Folie, dédié au roi , se divise
en deux parties. La première contient
l'exposition des notions générales de
la folie, dans ses rapports avec les
questions médico-légales judiciaires i
la seconde partie a pour objet l'ap-
préciation spéciale de l'aliénation
mentale, considérée sous les mômes
rapports. Cet ouvrage , (jui s'adresse
aussi aux gens du mondt; , olfrc une
suite de drames affligeants et terribles,
où figurent toutes les misères et tous
MdLB
les egaieinenls de notre pauvre na-
ture, depuis l'idiotie irabécille, jusqu'à
la monomanie délirante : les extases
de la dévotion, les fureurs de l'amour,
les désesjjoirs de l'ambitiou déçue,
la soif aveugle du sang , la manie du
suicide, l'exaltation de la haine et
de la jalousie, toutes ces tristes
maladies de l'esprit y sont décrites
dans leur affreuse uudité, sans voile,
sans recherche de style, sans au-
tre but que d'en trouver le re-
mède. L'auteur entraîne son lec-
teur à sa suite, auprès de ces héros
lamentables de l'égarement et du
crime, dont les uns ont pris la route
du bagne, le« autres celle de l'écha-
faud, et qui, selon lui, devaient s'ar-
rêter peut-être à la porte du premier
hôpital. Quelques personnes ont cru
que le psychologiste avait tiop étendu
son système en le généralisant; <}ue
1 aliénation mentale, trop prompte-
ment acceptée comme cause, pouvait
prépai'er une espèce d'excuse à des
crimes , et amener l'impunité. On se
tromperait en faisant raisonner ainsi le
docteur Maïc ; il a pu croire, souvent
reconnaître que l'aliénation mentale
était une cause réelle, et, dans cette
opinion, il est soutenu paj- des faits
nombreux; mais ce nest pas lui, c'est
le juge qui pi-ononce si la cause est
l'excuse. Marc ue décide ni l'excuso ,
ni l'innocence; il se borne à voir une
grande aberration, dont le principe
peut n'être pas volontaire ou être
une volonté égarée, et sa conclusion
très-morale, si elle paraît au premier
coup-d'œil être tiop indulgente pour
l'apparence coupable, ne présente
cependant pas une autre idée que
celle du devoir d'une plus gi-ande at-
tention sur la morale nécessaire aux
hommes réunis en société, et sur le
besoin de recouvrer et de propager
cette morale par tous les moyens qui
BSAA
39
peuvent éclairer la raison, et redi^es-
ser ainsi les entraînements mêmes de
la volonté qu'on aurait cnis irrésisti-.
blés. Aux obsèques de Marc qui fut;
inhumé au cimetière Montmartre,,
après quelques paroles touchantes de
M. de Saint-Albin, son gendre, MM,
Pariset et Olivier d'Angers ont fait
l éloge du défunt, l'un au nom de 1 a-
cadémie de médecine, l'autre pour
le conseil supérieur de salubrité. Ck&
deux discours sout imprimés en tête
«lu dernier ouvrage de Marc, lequel
est enrichi d'mi portrait qui reproduit
Hdèlement sa belle et uoble figiut?.
Plus tard , le docteur Reveillé-Parise
a public sur lui une intéi:esiiante no-
tice ; enfin , tout récemment ( déc.
1842), M. Pariset a, devant l'académie
de médecine, prononcé l'éloge de 31.
le docteur Marc. Nous avons eu com-
munication de ces notices, dont la
deniiere n'est pas encore imprimée.
D— «— B.
AIAHCA (Laci4>cc délia), ou
Lactance de Bitnini , peintie , né à
Monterubirano, florissaiten 1553. On
le compte panni les élève» de Pierre
Pérugin ; cependant quelques histo-
riens lui donnent pour maître Jean
Bellini et citent à cette occasion un
tableau qu il peignit à Venise, en con-
cmrence avec le Conegliano. Mai>
J. Bellini était mort en lol6, et il est
difficile qu'il ait pu éti'e le maître de
Lactance. Quoi qu'il en soit, son père,
nommé Vincent Pagani, était lui-même
un ])einUe habile, et il est plus vrai-
semblable que c'est lui qui donna a son
fils les premiei-s principes de son art.
Pierre Pérugui étant mort, délia
Marca succéda à sa réputation et fut
chargé de tous les travaux que ce
grand maître n'avait pu terminer .
ce qui pourrait avoir donné lieu d?
croire qu'il ait été son disciple. Pai -
mi les ouvrages qu'il exécuta, un cite
40
aiAR
plusieurs salles qu'il a peintes dans le
château de Rimini, conjointement
avec Rafaellino del Colle, Gherardi,
Doni e Paparello. Il avait commencé
un tableau âc Sainte-Marie du peuple.
La partie inférieure de ce tableau, qui
est de lui, se recommande par la vé-
rité de l'expression, l'heureuse dis-
position du grand nombre des per-
sonnages, la beauté du paysage, la
vigueur, l'accord du coloris, er l'ex-
cellent goût de tout l'ensemble où
lien ne rappelle l'école de Pérugin. La
partie supérieure a été terminée par
Gherardi, mais elle est loin de répon-
dre à ce qu'avait fah Lactance, H
paraît que vers 1553 il fut nommé
bargello de la ville. Cet emploi, plus
honorable à cet époque qu'il ne l'est
aujourd'hui, semble l'avoir absorbé
tout entier, et détourné depuis lors de
la culture de son art. — Jean-Bap-
tiste LOMBAIVDELU DELUA M.MlOxH SUr-
nommé Montana de Montenvvo , na-
quit dans cettfe dernière ville en 1532,
et fut élève de Rafaellirio da Reggio .
Il annonça dans sa j<!Unes9é une fa-
cilité de talent vraiment ihr'i-veil-
leuse, mais son aversion pour Ictiavail
rendit nulles des dispositions aussi
rares. On voit cependant à l'unie ot à
I»ërouse un assez, grand nombi-e d«
se» fresques ; mais celles où il anft'oV)-
tré le pins de talent et que l'on es-
time davanta}f<' lurent exécuti^esi "à
Montenovo, sa patrie. Il inournt veis
1 587. '*— "•
MARCAt^DIKU (Ro.;»). journa-
nalistc, né vers 1767, a Cnise, avait
adopté avec beaucoup d'ardeur les
idée» de Ift rt-volution, el avait dû
à ses opinions avancées la faveur de
Camille Desmoulins, qui l'eniployn
comme secrétaire. Mais ensuite il se
brouilla complètement ave*' son pa-
tron ; et, soit (|ue ses idi-es aient ett-
cause de leur réparation, soit que la
MAR
séparation ait influé sur ses idées, il
quitta la maison de Camille, et ne ■
craignit point de se déclarer son en-
nemi en l'accusant, dans ses Hommes
de proie, d'avoir été l'un des promo-
teurs des assassinats de septembre-,
ce qui ne peut être douteux , mais ce
dont, même à cette époque, personne,
hormis les prétendus juges et les plus*
vils de leurs sicaires , n'osait se van-'
ter. Cependant il n'avait renoncé ni à
ses principes de républicanisme, ni à-
cette nuance d'opinion qui le portait-
vers les cordeliers plutôt que vers les
jacobins. Aussi, après la chute des gi-
rondins, entreprit-il de combattre Ro-
bespierre et ses amis dans une feuille
destinée à devenir l'antidote de celle
de Marat, et dont le titre était le Vé-
ritable Ami du Peuple , par un /.....
h..,:, de sans-culotte qui ne se mouche
pas du pied et qui le fera bien voir
f in-8°, comme Y Ami du Peuple). Mais
la tentative ne réussit pas, et il ne pa-
rut en tout que onze numéros de mai
h juillet 1793. Probablement Marcan"*
dit»r, depuis ce temps , eut paît en
sous -œuvre à la rédaction de plu-
sieurs autres journauv. Du reste, il
semble avoir eu quelque fortune.
Lorscpi'en 1794 les anciens adhérents'
«le Danton, revenus de leur première'
stupeur, commencèrent à nouer leur
ligue pour perdre Robespierre, Mar-
candicr s'utiit à eux et fut un de leurs
agents. Mais il n'échappa point aux
défiances de Robespierre : décrété
d'accusation avec sa femiue , il fut
ivec elle mis eu jugement comme
contre-révolutionnaire et ennemi dti
peuple, poiu avoir provoqué la dis-
solution de la représentation natio-
nale en imprimant «pie « la Conven-
tion n'était plus qu'un noyau de .sé-
ditions, un conciliabule d'anarchistes,
un assembla(;«« monstrueux d'homuu>8
>aiis caractèï'e. etc. - ; et le tribunal
MAR
u*
révolutionnaire kii appliqua la peine
de mort, le 24 messidor an II. Effec-
tivement, on avait découvert dans ses
papiers un projet de discours ou de
motion renouvelant l'accusation de
Lonvet contre Robespierre. Moins de
quinze jours après, Robespierre à son
tour avait la tête tranchée, et les
thermidoriens dont eût fait partie
Marcandier triomphaient. Il avait a
peine vinyt-sept an?. Sa femme, plus
âgée de quatre ans, périt avec lui.
Leurs noms ont Ihonneur d'ouvrir
la liste funèbre de ce jour. I^
vrai titre de Marcandier à l'attention
de la postérité , c'est l'importante
brochure que nous avons signalée
plus haut, et dont voici le titre com-
plet : Hlstoiiv rfe« hommes de proie ,
OU les Crimes: du Comité de furveil-
lance. En lisant ce pamphlet remar-
quable, on est tenté de penseï' que le
plus grand tort de Marcandier fut de
s'être montié beaucoup trop instruit
du réel des affaires, d'avoir connu
des turpitudes qu'on croyait bien te-
nir occultes, et d'avoir été trop i»rès
d'éventer les secrets de la révolu-
tion. C'est ainsi que, sans tout sa-
voir, il sut beaucoup des irrégularités
énormes qui suivirent le 10 août , et
des vols publics ou secrets dont Pa-
ris fut le théâtre, et dont le comité
de police fut le moteur ; il sut que
des vols immetises aussi avaient ac-
compagné les massacres de septem-
bre; il comprit qu'il y avait une liai-
son entre ces assassinats et ces rapi-
nes, entre l'abominable et le honteux.
Il ne craignit pas de le proclamer à
la fane de la France dans cette bro-
chure si féconde en révélations. « Les
partisans des massacres, s'écrie-t-il,
ne diront pas , sans doute , que les
diamants et les bijoux étaient sus-
pects. Cependant on s'emparait avec
soin des personnes et des choses.
Ce seul feit suffit, ce me semble-
pour donner la clé des massacres - .
Puis il nomme, comme les auteurs
incontestables des meurtres commis
aux prisons , qui en sont restés char-
gés aux yeux de la postérité , Danton»'
d'abord, ensuite Camille Desmoulin»,"»
Fabre d'Églantine, Panis, Sergent,
Manuel et une douzaine d'autres,
parmi lesquels il oubHe Billaud-Va-
rennes, promettant, au reste, d'en'
(aire connaître encore do nouveaux.'
Mais il est surtout remarquable dans
le tableau qu'il trace, et de la trans-
formation du comité de surveil-^
lance (institué par le conscil-génerâl '
de la commune) en comité de dépôt,
et des actes auxquels se livrèrent ceux ♦
des membres de ce comité qui étaient"
selon le cœur des Sei-gent et des P*J*
nis. Il faut voir comment ces dens'»
hommes, bien qu'en minorité dans
le comité , se font donner à eux et
quatre amis de leur choix, le mandat
de fouiller les maisons des détenus et
d'avoir en dépôt les objets pris ainsi
à domicile, il faut y voir avec quelle
rapidité les mandats étaient décernés
conti-e les personnes opulentes. Il faut
voir de quelle façon étaient scellés les
objets, étaient gardés les procès-ver-
baux, et comme on mettait lestement
ù la porte les commis formalistes què^
avaient un fanatisme de regularitë,"
pauvres gens qui, suivant Panis, n'é^
taient pas à la hauteur de la révolu-
tion. Il faut voir enfin Panis, long-
temps après et pour repondre aiix
accusations de ceux qui voyaient en
lui un voleur, dire à la Convention
(14 février 1793) qu'il a conser\-é à
la nation, comme administrateur,
une somme de 1,800,000 francs dont
il n'existait point de procès-verbal '.
X Soit ; mais comment n'y avait-il y>as
de procès- verbal ? Vous ne le dite>
point , Panis. (>t vous avez raison.
42
MAB
car vous donneriez la clé de tous vos
méfaits (1). » Rien de plus péremp-
toire que ces réflexions de Marcan-
dier. Mais ce que Marcandier ne se
disait pas et qu'il eût pu se dire, c'est
que Panis , Sergent et leur suite n'a-
gissaient pas seuls et de leur chef.
S'ils mettaient au secret les bijoux,
l'argenterie, le vermeil, le numérai-
re, etc., s'ils escamotaient les procès-
verbaux, s'ils apposaient et levaient
les scellés sans témoins, qu'on soit
bien sûr qu'ils ne détruisaient pas les
pièces comptables avant qu'elles eus-
sent été vues de personnages, sans
l'aveu desquels ils n'eussent pas ma-
nœuvré trois heures. Régulièrement
ou irrégulièrement, ils avaient reçu
des pouvoirs des vrais chefs du con-
seil-général de la commune (Marcan-
dier l'expose à merveille), et ceux-ci
ne faisaient rien que de concert avec
Danton. Serait-ce donc que Danton
faisait piller pour lui? Rien n'auto-
rise sérieusement à le penser. Bien que
ce ministre n'eût point le désintéresse-
ment de quelques-uns de ces terri-
bles coryphées révolutionnaires qui
restèrent pauvres en proscrivant, bien
fjue Sergent eût mérité son surnom
de Sergcnt-Agadie, et que Panis ne
se fût pas appauvri au métier de dé-
positaire, évidemment les dépouilles
d'août et de septembre, grossies sans
doute de celles du Garde -Meuble
(^voy. DocLio^v, LXIl, 562) (2), au-
raient rendu cbacun de ces hommes-
là huit ou dix fois millionnaire. Ce ne
pouvait donc éUe pour eux.lSul doute,
selon nous (et la lecture de l'article
DcMonuEZ, t. lAll, le confirmera),
(1) Tel est le sens des paroles de Maicaii-
dier, que nous ne transcrivons pas mol à
moL (Voy. Histoire parlcm. de la rév. fr.,
\\l\U201.)
(2) Marcandier a su aussi quelque cliose (Il
Parfaire de Uouligny, dont il estropie le vrai
nom en rappelant Uaubigni,
MAB
que ces agents de Danton ne perçus-
sent alors pour le duc de Brunswick
et pour son maîtie, et qu'ils ne tra-
vaillassent à leur façon à sauver la
chose publique. On comprend du res-
te que ce ne sont pas là de ces ex-
ploits qui prêtent au poème épique,
et qu'on a dû les taire à ceux qui n'é-
taient pas à la hauteur de la révolu-
lion. Nous regrettons que Marcandier,
au milieu de tant de détails irréfra-
gables, et qui donnent tant d'autorité
à ses révélations, n'ait pas su se pré-
server d'injures qui deviennent inu-
tiles quand on peut jeter à la face
tant de faits insuUants, parce qu'ils
sont plus probants que des injures.
On n'a pas besoin de nommer scélé-
rats et brigands les hommes capables
de commander ou accomplir les mas-
sacres de septembre; nous n'appelons
7tioiistres que les êtres qui présentent
une particularité physique, anormale,
qui empêche la plénitude de la vie;
le surnom de Barabbas donné à Panis
est peu attique , et Courier n'eût pas
écrit ainsi. Ces taches cpii ne portent
que sur le style et sur la forme sont
peu graves à notre avis dans un ou -
vrageoù nous ne voyons que des ma- ^
tériaux pour l'histoire. C'est donc à ,
juste titre que la brochure de Mar-
candier a été réimprimée dans le re-
cueil dit Histoire parlementant de lai
révolution française ; mais nous soni- >
mes loin de partager favis qu'expri-
ment en note les auteurs de la collec-
lion, lorsqu'ils trouvent ce pamphlet
a marciué du cachet de l'exagération
la plus ouUée » en dautres termes
comme contenant « toutes les légcn-
tlcs qui eurent cours sur les journées
de septembre, toutes les exagérations
dont se sont seivisla plupart des histo-
riens ", exagcraUons qui ne semblent
aux deux auteurs « rien moins que cou
formes à la vérité '. Kn conséquent.:
?i^
}>IÀR
)3
['Histoire des hommes de pro'ie ueat
reproduite que parce que l'on doit
'• metti-e toutes les pièces sous les
yeux des lecteurs «. Sous persistons
.raa%ré cet arrêt à penser que ce n'est
ni par l'exagération, ni par cette cré-
dulité puérile qui accueille et eme-
;;isue toutes les légendes, que pèche
Marcandier, mais par l'ignorance né-
cessaire oii il était des moyens em-
ployés pom" sauver la chose pubtitjiie,
et que, raalgi-é ce défaut inévitable
alors, l'Histoire des hommes de proie
mérite d'être classée plus haut qu'on
ne l'a tait parmi les documents sur
cette période de transition qui s'étend
du 10 août au 25 septembre 1792. Il
nous semble certain aussi que, si 1 é-
ciit qui vaut la mort a sou auteur
nous captive plus soleunellemcnt que
tout autre, VHistoire des hommes de
proie a droit a nous intéresser. Panis
ne dut jamais pardonner à Maican-
dier le sobriquet par lequel il leni-
plaça son nom ; si\ auties, puissants
pom' le mal à cette époque, avaient
des griefs analogues conlie lui. —
Un auti'e Mabcasdier, conseiller à lé-
lection de Bourges , publia un Mé-
moire sur une nouvelle manière de
préparer le chauire. 1757, in-12 , et
un Traité du chanvre, Paris, 1758
(2* ëdit. 1795', ; plus une brochure
intitulée : Questiou importante sur l'a-
griculture et le commerce , Paris ,
1766, in-12. Le Traité du chanvre
donna heu à des critiques dont on
peut lire la réfutation dans les Mé-
moires et Observations sur la Société
économique de Berne. P — Oi.
MARCEiL, évéque d Ancyre, ca-
pitale de l'ancienne Galatie (aujour-
d'hui Angora dans l'AnatoUe), assista,
en 314 , au concile tenu dans cette
ville; puis, en 325, au premier con-
cile général de ?Jict-e, oit il combattit,
avec autant de zèle que d'éloquence
les errem> d'Arias. Saint Athanase ,
persécuté pai- les hérétiques, trou%a
en lui un courageux défenseur aiL\
conciles de Tyr et de Jérusalem;
mais il ne tarda pas lui-même à être
en butte à la persécution. Un ti-aité
<|u"il avait composé conU-e Asterc,
sophiste, surnommé favocat de»
Ariens, fut condamné par ceux-ci
comme infecté de sabelliauisme , ac-
cusation banale qu'ils poruient coulit:
tous les pasteurs oilliodoxcs. Après
l'avoir dépose de son siège épiscopal
en 336, ils y fiient monter Basile,
homme savant , sur lorthodoxic du-
quel les écrivains eiclésiasti(jues ont
variij, et qu'au reste il ue faut pas con-
fondre avec un saint prêtre d' Ancyre.
nommé aussi Ikisilc (voj. ce nom .
LVn, 256), maityrisé sous Julien lA-
{lostat. Marcel se i-endit à Rome au-
près du pape Jules 1", qui reconnut
son innocence et la pureté de sa foi.
Rétabli par le concile de Sardique,
en 347, il ne put cependant reprendre
possession de son siège, à cause des
préventions que les évèques d'Orieni
avaient consei-vées contre lui. De
saints docteurs même, de savants
personnages, tels que saint Basile,
saint Jean-Cbrysostôme, saint lli-
laii-e, saint Jérôme , Sulpicc-Sévèr;- .
trompés par les accusations des
Ariens et par quelques expressions
ambiguës de ses écrits, lui ont imputé
des doctrines erronées ; et ce ({ui
acheva de le rendre suspect à lem>
veux , c'est qu il eut le nialhem- d a-
voir pour diacre l'héi-étique Photin.
Mais le témoignage de saint Athanas*-
et le Jugement du souverain |>ontiié
semblent suffire à sa justihcation.
Marcel momut, fort âgé, en 374. De?
divei-s ouvrages qu'il avait composés,
il ne reste plus que des fra{;juents de
son Traité contre Astère , cités pai
Eusèbe de Césarée dans la rcfutation
MAR
MAR
qu'il a faite de ce livre; une Lettre
adressée au pape Jules I", rapportée
par saint Épiphane, et une. Profession
de foi que Marcel envoya à saint A-
thanase pour dissiper les soupçons
qii'on lui avait inspirés sur sa catho-
licité. Cette pièce importante, publiée
par Montfaucon (Collectio nova Pa-
trutn, tom. 2), n'a pas été connue du
P- Petau ni de quelques autres écri-
vains modernes, qui ont continué
d'accuser Marcel de sabellianisme ;
car l'évéque d'Ancyre y condamne
formellement cette erreur, et s'ex-
prime dans les termes les plus ortho-
doxes. P — RT.
MARCEL (Etienne), prévôt des
marchands de la ville de Paris sous
le règne du roi Jean, (l'oy. ce nom,
XXI, 445). On ne possède aucun ren-
seignement sur la date de sa nais-
sance, mais nous tenons pour cer-
tain qu'il était né à Paris d'une
famille distinguée dans la bourgeoi-
sie ; c'était une condition nécessaire
pour être appelé à cet emploi pen-
dant toute la durée du XIV" siècle.
Nous trouvons dans le quartier Saint-
Paul une famille de ce nom, riche,
considérée, influente; dor)t plusieurs
membres furent propriétaires, éche-
vins, écuyers. L'office de prévôt et
celui d'échevin conféraient la no-
blesse: ils pouvaient tenir fit'fs en
haut lieu,, user et jouir des honneurs
de noblesse, porter brides d'or, selon
leur fortune, et autres accoutrements
(lui appai tiennent à la clicvalerie ,
sortant de noble et antique oriyim:
Ces privilèges furent enlevés, rendus,
selon la polititjue des temps, et Hni-
rcnt par être maintenus; du reste ils
étaient peu nécessaires pendant les
deux derniers siè«;lc8, où les prévôts
de» niarchan«ls furent presque cons-
tamment choisis dans des familles dé-
jà jiobles. lui te qui concerne la no-
mination des prévôts et des èchevins,
elle était faite par les trésoriers ,
èchevins, contrôleurs, et bourgeois
notables de la ville de Paris, réunis
en assemblée générale le lendemain
de la fête de l'Assomption. Une fois
élu , le nouveau prévôt des mar-
chands prêtait serment entre les mains
du connétable de France, ou de tout
autre dignitaire, suivant les diverses
époques, ou suivant l'état politique
de Paris. Après ce serment , le pré-
vôt allait à l'hôtel Saint-Paul , ou au
Louvre , et recevait son office ( le
titre de sa charge ) des mains du
ici (i). Les membres de la ifamil le
dont nous avons parlé plus haut, eu-
rent leurs sépultures dans l'église des
leligieux Célestins, oii leurs noms se
trouvaient inscrits sm* des tombes : de
Jacques Marcel, mort en 1320, fils
de Pierre Marcel, bourgeois et éche-
vin de Paris; d'Etienne Marcel, son
frère, mort en 1319; d'AgTiès Marcel,
tille de Jacques et femme de Poilvi-
lain (2), morte en 1340; de Garnier
Marcel, bourgeois, et d'Eudeline, son
épouse, morts en 13o2; de Gcoftroi
Marcel, mort en 1397. Nous doutons
que le prévôt dont nous nous occu-
pons appartint à cette famille. A
la vérité Secousse pense que Garnier
Marcel était père de notre Etienne,
mais il y a dilférence notable entre
f écusson des armes de la famille en-
terrée aux Célestins et celui du pré-
vôt. L'armoriai des prévôts des mai-
cliands de Paris indique ainsi les ar>
moiries d'Etienne : vvw d'a/.ur, char-
(1) Les choses M! passirtini toujours ainsi
sous la royauté; mais auparavant, sotis l'adiiii-
nisiration roinaim- , cl .\ partir de Til)ère, les
nanti, (tefensurcs cititalis, xcaMnt, prcrfccti
classis, les pi-^vflls des marchands , les mai-
res, etc., avaient constamment offert le type
d'un gouvernement populaire ou municipal,
(2) Probablement celui qui fut trésorier du
roi Jean.
MAB
MAR
45
gé de trois griffons tl'or giiinpants,
une bai-re d'argent , losangée de
gueules, coupant ledit écu transver-
salement. On pourrait supposer que
Marcel se créa cet écusson a l'instant
où il ftit élu prévôt des marchands.
La funeste bataille de Poitiers venait
d'être perdue (19 septembre 13o6X le
roi Jean était prisonnier, les fuyards,
ayant en tète le dauphin , prince
faible, chétif, Agé seulement de 19
an», arrivaient à Paris et plongeaient
cette \-ille dans l'effi-oi , annonçant
qu'il n'y avait plus en France ni roi,
ni noblesse, que tout était pris ou
tué. Etienne Marcel, en sa qualité de
prévôt des marchands, s'empressa de
pour\oir au premier désordre. On de-
vait croire que les Anglais, un instant
éloignés pour mettre en sûreté leur
capture, ne tarderaient pas à mar-
cher sur Paris. Le sori de tout le
royaume dépendait peut-être de son
occupation. Pour prévenir les surpri-
ses de nuit, Marcel fit tendre des
chaînes dans les rues, garnir les murs
de parapets où 1 on plaça des balistes
et autres machines de guerre , avec
ce qu'on avait de canons. Les murs
constnaits sous Phihppe .\uguste ne
contenaient plus toute la population ;
elle avait débordé de toutes parts et
il fallut se hâter d'élever d'autres mu-
railles. Ces précautions prises, le
dauphin, faisant fonctions de lieu-
tenant-général du royaume, s'occupa
deréumr lesKtats-généraux que, dès
l'année 1355, .Ican avait convoqués
pour obtenir des subsides et pour-
voir ainsi aux frais d'une guerre con-
tre l'Angleterre , qui n'avait été sus-
p«idue que par une trêve maintes
fois rompue, puis renouvelée et dont
une nouvelle rupture n'était plus
douteuse. Cette première réunion ,
où Marcel , orateur des villes, s'était
déjà signalé par des i-emontrances ar-
rogantes, des réclamations séditieuses,
n'avait donné aucun résultat utile;
toutes les ressources étaient épuisées.
Les apparences n'étaient pas favo-
rables à cette nouvelle convocation,
qui cependant semblait tellement in-
dispensable que le dauphin l'avança
d'un mois et demi. Il allait faire
un dur apprentissage de l'art de
régner. Les États se i-éunirent un
mois après la bataille, le 17 octobre,
dans les bâtiments des Cordeliers, qui
devinrent le foyer de la sédition.
Quatre cents députés des bonnes
villes s'y trouvaient, Marcel à leur
tête; la plupart des évéques n'y étaient
représentés que par procureurs; il en
était de même des seigneurs qui pres-
que tous étaient prisonniers. On con-
çoit l'ascendant qu'allait prendre
dans cette assemblée le prévôt, coa-
lisé déjà avec le sire de Picquigny,
membre trés-influent de la noblesse,
et avec Robert Lecoq, successivement
avocat à Paris, conseiller de Philippe
de Valois, président du Parlement, et
qui, s'étant fait évêque-duc de Laon,
avait acquis l'indépendance des gi^ands
dignitaii-es de l'église, pour augmenter
le nombre de ses partisans. Sous le
masque de la religion , Marcel avait
fondé à Kotre-Dame une confrérie
dont il se fit le chef, et dans laquelle
il enrôla tout ce qu'il put ramasser
de gens mal intentionnés ; il tira grand
parti de cette société pour traverser les
vues du dauphin (3). En outre, pour
encourager les bourgeois de Paris par
la vue de leur nombre, il leur fit
porter des chaperons mi-partis rou-
ges et bleus, et il écrivit aux bonnes
villes pour les inviter à prendre ces
chaperons. Dès l'ouverture des É-
tats, on s'occupa de toute autre chose
que des questions proposées; chacun
',5) Ce ne fut qu'après son avènement au
trône que Charles put la dissotidre.
46
MAB
trouvait quelque vice dans ladrainis-
tration, chacun demandait des réfoi--
mes dans le royaume; nul ne songeait
aux moyens de le sauver. On sentit
cependant que le trop grand nombre
des députés ne permettrait pas de
s'entendre, et l'on forma une com-
mission de cinquante élus, choisis par-
mi les plus signalés par l'insolence et
la témérité de leurs déclamations; ceux
qui attaquaient avec le plus de vio-
lence les magistrats, les officiers
du roi, le roi lui-même, réunirent
tous les suffrages. La sédition, con-
centrée ainsi dans un petit nombre
dirigé par Marcel, n'en fut que
plus ardente. On y rédigea un cahier
des représentations à faire au dauphin,
et des réformes qui seraient exigées
comme le prix des secours précaires
qu'on lui accorderait. On lui deman-
dait la délivrance du roi de Navarre,
Charles-le-Mauvais, emprisonné par
le roi Jean, en 1355, et avec qui le
prévôt entretenait depuis long-temps,
des intelligences secrètes; on exigeait
la destitution et la mise en juge-
ment de ses plus fidèles serviteurs, de
ses conseillers et de ses minisU-es les
plus expérimentés; on se réservait de
lui faire, le jom- de l'assemblée défini-
tive ,d'auties requêtes éfjalemeiU utiles
à la gloire et au salut de la France.
Menacé d'être privé de tous les amis
qui jouissaient de sa confiance, et ne
voulant pas laisser ruiner l'autorité
royale, le dauphin assembla son con-
seil, et s'y rangea a l'avis qui fut
unanimement adopté de dore les
Ktats. I* jour marqué pour celte
mesure, tous les membres étant ras-
semblés «lans la chambre du Parle-
ment, un envoyé du prince vint in-
viter plusieurs «léputés à se rendre
auprès de lui à la porte du palais ;
c'étaient les meneurs des trois ordres.
Après quelque» instants <le conféren-
MAR
ce, ils entrent, et le duc d'Orléans ,
frère du dauphin, annonce que les
nouvelles reçues du roi exigent qu'on
remette au jeudi d'après la Toussaint
(3 novembre) la clôture des Etats.
L'assemblée se disperse, et plusieurs
de ses membres retournent dans leurs
provinces ; les autres, et surtout les
factieux, restent dans l'espoir que
leur triomphe n'est que retardé. A
l'expiration du délai, le dauphin, réu-
nit au Louvre, avec plusieurs per-
sonnes du conseil royal et de son
conseil privé, quelques députés des
États, toujours choisis parmi les
princi{>aux séditieux. Il fut résolu ,
nonobstant les réclamations de ceux-
ci, que le prince différerait d'enten-
dre les États jusqu'à ce qu'il connût
la volonté du roi. Mais les finances lui
manquaient; plusieurs fois, et toujours
eu vain, il avait sollicité le prévôt
des marchands et les échevins de lui
faire octroyer une aide; enfin il prit le
parti d'envoyer des commissaires dans
les différents bailliages, et, pour plu-
sieurs, ces voyages ne furent pas in-
huctueux. Pendant qu'ils agissaient,
l'esprit de révolte se propageait dans
les provinces ; le dauphin se consu-
mait à Paris en peines inutiles : le pré-
vôt y dominait en souverain ; c'ë-
lait l'àme de la faction. Tous les
ambitieux, à quelque rang qu'ils ap-
partinssent , ne semblaient secouer
le joug de l'autoiité légitime que
pour servir Marcel, qui répandait ses
agents dans les maisons, dans les
places, tlans les «arrefoui-s , partout
où pouvaient se trouver quelque»
I assemblements de bourgeois ou dar-»
lisans; car, dans les temps de trou-
bles, la manie de raisonner sur le
gouvernement hvre aux factieux les
esprits grossiers, qui saisissent le pré-
texte des circonstances pour sexemp-
i.r d'un travîul nécessaire, et qui.
MAR
néanmoins, poussés par le besoin,
s'imaginent trouver dans une révolu-
tion, ou le salaire de leur fainéantise ,
ou le moyen de faire fortune. Marcel
ne cessait de se faire prôner à la mul-
titude , comme le défenseur des droits
<le la bourgeoisie, l'ami des indigents,
l'espoir des Parisiens; lui-même ne se
montrait en public qu'environné d'un
cortège nombreux de complices. Le
dauphin qui ne pouvait ni réprimer
ces entreprises par la force, ni obtenir
aucun accommodement par la dou-
ceur, s'étant décidé à se rendre à
Metz, auprès de son oncle, l'empe-
reur Charles IV, le prévôt qui jus-
qu'alors n'avait agi contre le gouver-
nement royal que par des pratiques
secrètes et des discours insidieux, le-
va le masque et commença, pour
ainsi dire, les hostiUtés dans Paris. Le
dauphin. avant son départ, avait or-
donné la fabrication d'une nouvelle
monnaie <^ont il espérait un profit
considérable, ce qui le mettrait en
état de se passer d'un secours et se-
rait un remède à lépuisement des
finances. A la publication de cette or-
donnance, la multitude s'émeut ; Mar-
cel, à la tête des plus turbulents, re-
quiert le comte d'Anjou, frère et
lieutenant du dauphin, d'arrêter l'é-
mission des nouvelles espèces ; le len-
demain, il rcN-ient avec une foule plus
nombreuse ; on le remet au jour sui-
vant; il retomTie enfin à la tête dune
troupe de mutin'* encore plus nom-
breux, sommer le comte de se décider ;
il fallut céder et suspendre la fabri-
cation jusqu'à ce que le dauphin eût
fait savoir sa volonté. Marcel s'en re-
tourna triomphant avec sa suite , qui
disait avec un rire moqueur • qu'il y
• allait de ne pas manquer au prévôt
« dans toutes ses entreprises ». Le
dauphin revient, et jugeant que la ma-
jesté royale ne devait plus reculer de-
MAR
47
vant la sédition, il chaîne l'arche-
vêque de Sens et plusieurs de ses
conseillers d'appeler de sa part Mar-
cel à une conférence près de Saint-
Germain-l'Auxerrois. L'audacieux tri-
bun s'y rend entouré d'une foule de
bourgeois armés à découvert- On lui
demande de lever lempêchement
que les Parisiens mettaient à la circu-
lation de la monnaie nouvelle ; il ré-
pond : » Ce que vous demandez est
" impossible; que monseigneur n'af-
« fecte pas de mettre les murs de son
<• palais, ses conseillers, ses courti-
" sans et sergents du Parlement
" entre le peuple et lui; qu'il traite
« loyalement avec les sujets du roi,
- et qu'on sache de part et d'autre
" les obligations et les droits de cha-
" cun ». Le comte de Roussy ob-
jecte » qu'il est injuste de ravir au
« dauphin le droit du monnoyage ,
« véritable domaine du roi ; que
« l'on couvre trop souvent l'ambi-
« tion particuUère du voile de l'intérêt
• public ». A quoi le prévôt, l'inter-
rompant brusquement , réplique :
« Si vous -êtes venu pour nous par-
•• 1er d'une nouvelle monnaie, tous
« vos discoui-s sont superflus Les
.' habitants des bonnes villes et sur-
» tout ceux de Paris, connaissent
• iears privilèges et leiu^ fi'anchises ;
- ils sauront en être dignes, ils pour-
« ront montrer qu'il n'est pas sûr
» d'abuser de leur obéissance, que
-< si on voit leurs bannières a l'ar-
« mée, ils sauront aussi manier lepëe
K contre des ennemis intérieurs. «
Tandis qu'il parle, ses satellites s'ani-
ment de moment en moment; leuj'
fureur et leur insolence perdant toute
retenue, ils profèrent en frémissant
sourdement la menace et l'outrage ; ils
brandissent leurs haches d'armes et
leui-8 piques ; les envoyés du prince
sont obligés de se retirer. Marcel fait
48
MAR
suspendre le travail des ouvriers; il
ordonne aux bourgeois, aiLX gens de
mëtiers et autres de prendre les ar-
mes. Paris allait devenir un champ
de carnage; on désignait déjà plu-
sieurs officiers du roi. Après avoir
entendu le rapport du comte de
Roussy, le dauphin est réduit à
comprimer l'indignation qui le suf-
foque , et à suivre les conseils de la
prudence. Il se rend de grand ma-
tin au Louvre et dit au prévôt des
marchands : « Qu'il n'est pas mécon-
" tent, qu'il pardonne tout, qu'il con-
« voquera les États quand on le vou-
., dra, qu'il fera arrêter et retenir en
» prison jusqu'au retour du roi, tous
« les officiers qu'on lui avait désignés
« dans la précédente assemblée, en-
» fin qu'il renonce à la nouvelle
« monnaie ». Le prévôt demande des
lettres-royaux pour garantir la foi de
ces promesses; quelques jours après,
il exige encore qu'on envoie des
sergents en garnison dans les mai-
sons de ceux des officiers qui, sacri-
Hés à la haine du peuple , avaient
pris la fuite. Le dauphin dut souscrire
à tout. Les États furent de nouveau
réunis le 5 février 1357. Marcel et Lo-
coq, évêque de Laon, présentèrent le
cahier des doléances et obtinrent que
chaque député les communiquât à sa
province, avant qu'elles fussent dé-
battues. Leur lecture fut suivie d'une
violente crise, chacun, parmi le clergé
et les nobles, réclamant quelque pri-
vilège, queUjuc partie d'autorité, ou
quelque bien; ils n'allaient à rien
moins qu'à ramener la monarchie
au temps de Hugues-Capet et de ses
premiers successeurs. Mais rien en-
core n'avait égalé le tumulte et les
orages «jui s'élevèrent dans rassem-
blée des communes. Marcel, saisissant
l'instant oii les esprits étaient le jJus
t'ihauffés, monte à la tribune etpro-
MAR
nonce une longue harangue qu'il ter-
?nine en disant : « Il faut régénérer
.! la France, il faut réformer tous les
« vices du gouvernement , briser nos
« entraves et nos chaînes, et faire
« disparaître les honteuses cicatrices
« de la servitude. Mais comment dé-
fi truire les maux, si l'on n'en exter-
u mine les auteurs et les artisans? »
Et il nomme les victimes qu'il signale
d'avance à la vindicte populaire. En
lisant tout au long cette odieuse phi-
lippique, on se figure entendre l'un
des plus frénétiques orateurs de la
terreur conventionnelle. Aussi se-
rait-il difficile de décrire l'exaltation
et le déchaînement des députés des
villes après l'avoir entendue ; les deux
autres états y participèrent dans les
conférences générales et tous atten-
daient avec impatience la grande
journée. Les chefs de parti ne ces-
saient d'attiser le feu de la séfUtion ;
les rassemblements, les discours ar-
tificieux, les fausses nouvelles, les
brillantes promesses , les distribu-
tions d'argent, tout fut mis en
œuvre. Mais les deux plus infatiga-
bles adversaires de l'autorité royale
étaient l'évéque de Laon, à la cour,
et Marcel dans les commîmes. Celui-
ci, d'une humeur sombre et violente,
fourbe sans finesse, ennemi insolent,
méprisant la vertu, le rang, outra-
geait ouvertement tout ce qu'il bais-
sait, trompait le peuple sans le flat-
ter, et ne liait ses partisans que par
l'intérêt ou la terreur. Lecoq, non
moins séditieux, mais avec plus de
sang-froid et de souplesse, principal
a{'eut de la faction, eu même temps
qu'il était conseiller du dauphin ,
sapah la royauté en présence du
prince, cl souvent par ses mains,
alfoctail un air de dignité , une
certaine observation des Ijienséan-
ces plus injuiieuse encore que la
MâA
brusque dureté de Marcel ■ l'un épt-
rait mieux dans une assemblée déij-
bérante, ou une négociation; l'autre
poussait avec plus de vigueur une
entreprise et un coup de main. Le
péril effrayait levéque, ie.pimàÂmàf
tait Marcd; quand celui-ci soa^mt
à prentlre un parti extrême/ tecoq
se préparait à la fuite. L'un, plus
perfide, conduisait ses enneiais dan^
le piège; l'autre, plus sanguinairf.
les assassinait. Ik'vorés lim rr l'ntitrr
d'ambition, mais Mai
les lionneurs et jaloux .. ,. . :
la puissance, tous deux se pcrfBreni
par leur avidité pour l'argetit; ils ne
savaient pas simuler cet adixMt désin-
téressement qui semble jnegliger de
s'enriclùr. poui- envahir ensuite plus
sûrement toutes les fortunes arec
le pouvoir. Ijcs États-liénéraax se
léunirent de nouveau le 3 mars, et
après la lecture des doléances, lo-
i-ateur du clergé . Hobert Lecoq .
se chargea de les développer dan^
nue harangue (jni était en même
temps un sermon. On promettJit an.
dauphin .30,000 hommes Marnes,
mais à l'expresse et préalable condi-
tion de la destitution et de la mise en
jugement de vingt-deux ofticiers du
prince, dont l'orateur lut les noms;
j ta condition enrorp que tous les
officiers actuellement vu exercice
tussent dés ce moment suspendus de
lem^s fonctions; que les denici^ a
provenir du subside qui serait aocur-
dé fussent levés et disti-ibucs paroles
<léputés que les Etats éliraient ; qu il
ne fût fait ni paix, ni trève, ni con-
vocation d'a f w iipAuti , que du con-
sentement dek tiliivËitats . sans que
le vote de denx Fîtaîs put lier le
troisième; enfin qu'nne nouvelh-
monnaie fût faite . -^ mais con-
■• forme à l'étalon et aux patrons qui
- :«ont entre les mains du prév6t de»
LttIU.
<ltiR
49
■ inaichands de Paris» •. I>e bire de
Picquiguv avoua, au nom de la no-
blesse, tout ro que venait de dire
Hobert 1 i outre
la mise en ; Navarre.
fitienno Marcel s avançant ensuite,
dit : H J approuve an nom des bon-
« ues villes et des comimmes tout ce
< qu'ont dit monseigneur •ftMaHif^
Uon. et après lui 1iiiM%iiar
" Jean <le VinfÊi^fÈÈpiiâÊfi^l^tf>jftàt
' pi cuve de ma éÊfÊÊtfÊÊkè l^'lMllÀ
■" avis, je me démets de la charge de
» piévôt des marchands, que je ne
•■ (leoT'ni garder ni exercer légitime-
" ment si je ne la tiens de la volonté
« esjwesse des États. C'est aux repré-
• sentants de la nation à nommer
» ceux que la nation doit a\Trir pour
« juges ". A la lecture de ces arro-
gantes remontrances, on serait tenté
de croire qu'elles datent de 1792,
à la diflwonce près que Marcel y est
quelque chose de plus que Péthion.
(yn pense bien que toute cette scène
avait été concertée d avance entre les
triumvirs. Insulté par tout ce qui ve-
nait d'être dit, et plus encore par les
raunnores approliateui's de l'assem-
blée, le dauphin sentit pourtant
qu'il fallait céder, mais il montra par
son attitude ferme et modelée, aux
bons ce qu'ils avaient à espérer, auï
méchants ce qu'ils devaient craindre.
Il accorda tout, excepté lélargisse-
ment du roi de Navarre; le cahier
des doléances devint la base d'une
ordonnance dressée sur-le-champ .
qu'il signa et qu'il fit publier le même
jour dans Paris. Cette grande ordon-
nance était bien plus qu ime réforme.
Elle changeait d'un coup le gouver-
nement; elle mettait l'administration
entre les mains des Ktats, enfin elle
substituait la république à la mo-
narchie ; c'était, en d'autres termes,
lère de la liberté du 2â sept. 1792.
4
50
MAR
Dans cette dissolution du royaume ,
la commune restait vivante; Marcel
reprit, sous l'autorisation des États ,
l'exercice de ses fonctions, ajoutant
à la puissante influence qu'il avait
dans lem-s délibérations, îa facilité de
soulever ou d'apaiser à son gré les
flots de la multitude ; il fut pendant
quelque temps le monarque le plus ab-
solu dans Paris. Un conseil de réforma -
tion composéde 36 membres, pris dans
le sein des États, avait été créé; il était
devenu le seul souvei'ain alors reconnu,
et s'était hâté de frapper les grands
coups; mais, dès le mois de juillet
suivant, presque tous les ecclésiasti-
ques et les gentilshommes qui en fai-
saient partie, se retirèrent ; les autres,
formèrent, au nombre de douze, ce
qu'on appela le conseil secret. Ce
n'était plus une assemblée légale,
mais un conciliabule de quelques
conjurés dont le chef, l'instigateur
de toutes les tentatives séditieuses, le
plus fécond en intrigues et en res-
sources, était toujours Marcel. Sa
maison restait le foyer de toutes les
conspirations ; la multitude ne voyait
que par ses yeux, n'agissait que par
ses ordres. Le dauphin, croyant le
moment favorable, déclara au pré-
vôt et à ses complices qu'il voulait
désormais régner par lui-même; il
leur défendit de se mêler des af-
faires du royaume, et partit pour
aller demander aux États provin-
ciaux de» secours d'hommes et d'ar
gent. Ctîtte fierté, cette vigueui jet-
térent d'abord les conjurés dans un
grand étonncment, et si le jeune prince
avait sur-le-champ convoqué les Ktats
dans une autre ville que Paris, peut-
être eût-il déterminé en sa faveur les
esprits encore incertains ; mais son
absence donna aux conjurés le temps
de revenir «le leur surprise; et au
retour dece» voyages, dont il ne retirw
MAR
aucun fruit, il rentra aussi impuis-
sant dans sa capitale , ou plutôt il se
livra de nouveau à ses ennemis. Mar-
cel parut le recevoir plus par généro-
sité que par soumission ; il y eut dans
ses hommages quelque chose de plus
superbe et de plus ofténsant que dans
une révolte déclarée; les haines sem-
blèrent assoupies; on promit de 1 ar-
gent au dauphin, en le priant de faire
venir les députés de vingt ou trente .
bonnes villes pour délibérer sur les |
besoins du royaume; il convoqua les
députés de soixante-dix villes qui ob-
jectèrent qu'aucune décision n'était
possible sans la réunion des trois or-
dres. Aux lettres de convocation écri-
tes par le prince, le prévôt eut l'in-
solence d'en joindre d'autres en son
propre nom. ÎSon content d'exercer
la souveraineté de fait, il en affectait
l'orgueil, et refusait un secours d'ar-
{^ent que lui demandait le dauphin,
jusqu'à l'assemblée des États-Généraux.
Ils se réunirent à Paris, le 7 novembre,
et dans la nuit du 8 au 9, le complice
de Marcel, le sire de Picquigny, en-
leva par un coup de main Charles-
Ic-Mauvais du fort où il était enfer-
mé. Marcel avait besoin d'une épée
contre les gens d'épéo qui environ-
naiejit le dauphin, d'un prince du
.sang contre ce prince lui-même,
aussi le roi de Navarre devint-il ponr
lui un très-puissant auxiliaire. La di-
gnité royale était sans cesse offensée,
»ous les rangs étaient confondus , les
bienséances d'état oubliées, les lois
violées, les anciennes maximes mé-
prisées ou détruites, un vertige d'in-
dépendance et d'usurpation avait trou-
blé tous les esprits ; mais ce n'était
point assez, pour le prévôt des mar-
chands; tout l'odieux des tlésordres
commis jusqu'alors nlombait sur lui
et sur les autjes chefs de la faction.
On n'avait à reprocher au peuple qu«
des tentatives ijeditieuses , (les t5gare-
meuts dont il pouvait encore revenir,
tant qu'il n'aurait pas été engagé pai
la complicité d'un grand crime, tant
qu'on ne l'aurait pas animé dune
aveugle férocité , en lui laissant pren-
dre le goût du sang. Marcel ne pou-
vait être ni content, ni Uanquille; il
tallait qu'un excès de rage le rassurât
lontre le repentit- de la multitude;
il ne tarda pas à en saisir l'occa-
sion. Un double assassinat, commiv*
un mois auparavant, l'avait averti
que tout .était mûr pour son de?*-
sein. Un changeur nommé Perrin
Marc ( d'autres écrivent Macé ), ayant
vendu deux chevaux au dauphin et
n'étant pas payé, avait rencontré dan^
ta rue >euve-Saint-Mern , Jean Baillct.
trésorier et lun des plus intimes fa-
miliers du prince. Une dispute s élève.
Perrin tue Baillet dun coup de cou-
teau, et se réfugie dans l'église Saint-
Merry.Ému de colère et de douleur, le
dauphin envoie aussitôt llobcit de
Clermont, maiechal de Normandie,
Jean de Chàlons et Robert 8taisc ,
prévôt de Paiis (4), avec un graml
nombre de gens d'armes qui, malgré
la franchise du lieu . en bi isent les
portes, traînent Penin au Chàtelet,
lui coupent le poing et le Ibnt pen-
die. L'évêque de Paris se plaignit
bien haut de cette violation des im-
munités de l'église; et, prétextant que
Perrin était ecclésiastique, il obtint son
corps, qu'il fit enterrer à Saint-Merr\
avec beaucoup de solennité. 'Marcel
assista au service accompagné d uji
grand nombre de bourgeois , tan-
dis que le dauphin suivait l'entene-
raent de Baillet. Une collision était
imminente. Cet événement s'était
passé à la fin de janvier 1358. Le
(4) 11 ne faut pas confoodre l'office du pré-
vôt des marchands avec celui du prévôt d»^
Paris , qui était le cbef de la police.
MAB m
22 février , tous les gens de mé-
tier, mandes par le prévct des mar-
chands, .se rassemblèrent en armes:
des meneurs envoyés par lui d avan-
ce dans les différents quartiers,
avaient eu soin d échaufter le* es-
prits. U harangue la multitude et
quelques distributions d'argent, ajou-
tées à ses discours, achèvent de la
soulever en sa faveur ; il e.^t salué paj
des cris prolongés. Accompagné des
cchevins et suivi de ses plus zélés
partisans, dont les chaperons mi-
partis se distinguent par des agrafes
émaillées de vermeil et d'azur, au bas
desquelles sont gravés ces niot« : <'<
bonne fin (ce qui signifie qu'ils lui
.sont dévoués envers et contre tous,
à la vie et à la mort;. Marcel ouvre
la marche. La troupe s avance en
désordre, brandissant des piques,
des épées, des pioches, des faux, de^
haches ; lair retentit d'imprécations ;
la populace grossit de moment en
moment ce cortège, sans autre motif
que de voir, ou de prendre part au
tiouble: tout présage un grand crime
et de grands malheurs. A l'approche
de Saint-Landiv, des cris s'élèvent ;
« C'est Renaut d'Acv, c'est im des
tvrans rétablis contre le peuple , c'est
lui qui prétend étie avocat-général
au mépris des Etats ! » On se précipite
sur lui et il tombe percé de mille
coups. Enfin la tourbe airive au pa-
lais, dont la porte est forcée; elle
inonde les coiu-s, les escaliers, les ap-
partements ; le prévôt enti-e avec ses
satellites dans la chambre du dau-
phin , auprès duquel sont ses con-
seillers ordinaires, Robert de Clei-
mont, maréchal de >»orniandie, et
Jean de Conflans, maréchal de Cham-
pagne. Marcel lui dit aigrement qu il
doit mettre ordre aux affaires du
royaume qui doit lui i-evcnir et le
garder des compagnies <|ui gâtent
4.
52
MAB
tout le pays. I^ prince lui répond
d'un ton plus ferme que de coutume :
, Je le ferais volontiers, si j'avais de
<, quoi le faire, mais c'est celui qui a
» les droits et les profits qui doit
* avoir aussi la garde du royaume t.,
n y eut encore échange de quelques
paroles aigres; puis le prévôt éclata :
^ Seigneur, mon duc, dit-il, ne vous
.. effrayez pas, nous avons une exé-
,, cution à faire ici; car il est or-
, donné et il convient qu'il soit fait
, ainsi. » Puis se retournant vers ses
sicaires aux capuces rouges, il leur
dit : « Faites en bref ce pourquoi
vous êtes venus ». A l'instant ils se
jettent sur le maréchal de Cham-
pagne, brave chevalier, mais qui,
alors sans armes, se débat vaine-
ment et est massacré aux pieds du
dauphin, sur lequel on dit même que
le sang rejaiUit. Le maréchal de Nor-
mandie s'était réhigié dans un ca-
binet voisin; il y est poursuivi et
égorgé. Tous les gens du prmce
avaient fui; éperdu, il tombe aux
pieds de Marcel et lui demande la
vie; l'insolent conspirateur lui ré-
pond qu'il n'a rien à craindre; il re-
tire le chaperon mi-parti dont il est
coiffé et le met sur la tête du dauphin,
dont il prend à son tour le chaperon
orné de franges d'or; et il en reste
effrontément paré toute la journée.
Après ce double assassinat, il couit
à la place de Grèves où l'attendait
une foule de gens en armes; et, d'une
fenêtre de l'Uôtel-deA'ille , il pro-
nonce une longue harangue dont
nous nous bornons à extraire quel-
ques phrases : « Parisiens, noun
- venons de faire un grand exem-
. pie et de prendre un grand en-
* gagoment... Le peuple lassé s'est
a levé enfin contre ses oppreascursv
û Son glaive vient de hàtcr une ,
» ju>*UciJ trop lentt eJL d'immoler i U
MAK
'i liberté les principaux instigateurs
« de la tyrannie. C'est moi (je ne
u crains pas d'avouer ce que j'ai fait,
u ce que j'ai cru devoir faire pour la
u patrie) , c'est moi qui ai conduit les
.( coups. Décidez maintenant si j'ai
« mérité l'infamie ou l'estime, l'écha-
.. faud ou l'honneur de vous condui-
» re Vous avez depuis quelque
« temps reconquis vos franchises; le
a peuple vient de les cimenter par le
« sang de ses ennemis; montrez-
« vous dignes de soutenir un si géné-
» reux effort ; que les nobles, que les
.. officiers royaux renouvellent leurs
V affronts , s'ils l'osent , eu voyant le
<. châtiment!... n De nombreuses voix
lui répondent en déclarant faux,
mauvais et traîtres ceux qu'on venait
de massacrer, et jurent que les Pari-
siens sont résolus à vivre et à mou-
rir avec le prévôt des marchands.
Après s'être assuré de la populace ,
Marcel retourne auprès du dauphin,
qu'il trouve morne et consterné; il
l'exhorte « à ne pas trop s'affliger de la
« mort de quelques perfides. Tout ce
" qui vient de se passer a été fait par
tt lavolont<;dupeuple,au nom duquel
.. il lui demande de ratifier tout, et
d'accorder un pardon absolu , sup-
u posé qu'il en soit besoin. « Le mal-
heureux prince , hors d'état de
discuter et de se défondre, accorde
tout, priant même les Parisiens d'être
de ses amis , et promettant d'être des
leurs. Sur cette promesse, le prévôt
se retire et lui envoie deux pièces de
drap rouge et pers, pour taire des
chaperons à tous les gens de la cour.
Le dauphin et son ft-ère , toutes
les personnes de sa famille et de
sa maison durent dès-lors porter les
livrées de la faction. Plus le coup
était hardi, plus il fallait d'audare
et d'activité pour en assurer les c( •
Çi-is. Se fortifier des .«♦cour* les pluv
MA»
puissants, dépouiller ses adversaire^i
de leurs emplois et de leurs fortunes,
persécuter à outrance les plus redou-
tables, combler ses amis de richesses
et d'honneurs, teuter les ambitieux,
effrayer les timides , entraîner les in-
différents, tels fui-ent désormais les
soins de Marcel. Le lendemain, il
manda aux députés des villes de se
réunir aux Augustin» ; plusieurs y
\Tnrent et trouvèrent aussi convo-
qués les bourgeois de Paris, dont un
assez grand nombre était en armes.
Ainsi entourés, les députés placés
dans l'alternative , ou de parler con-
tre leur conscience, ou d'exposer leur
vie, cédèrent à la pem- et approuvè-
rent tout ce qui avait été tait. Le
prévôt alla ensuite à la chambre du
Parlement, environné des gens de
sa faction, les uns armés, les autres
sans armes, et requit le dauphin de
faire exécuter toutes les ordonnances
antérieurement promulguées par les
États pour le gouvernement du
royaume, et de substituer à quel-
ques personnes de son conseil trois
ou quatre bourgeois qu'on lui dési-
gnerait; obligé de tout entendre, il
accorda tout. Quatre jours après l'as-
sassinat des deux marécliaux, le roi
de >'avan"e fit son entrée dans Paris.
Marcel vint aussitôt le prier de de-
mander justice sur toutes ses préten-
tions et ses griefs, et de manifester
pubUquement son approbation des
meurtres; le Navarrois promit de
suivre ces conseils. A peu de jours de
là, le prévôt, Charles Consac, éche-
vin, Robert de Corbie, député, qui
avait attribué aux conseillers du dau-
phin tous les malheurs du royaume,
et Robert Delisle, un des chefs les
plus fougueux de la rébeUion, entrè-
rent au conseil du roi. C'est alors
que le prince qiù avait gouverné
jusque-là comme lieutenant du roi.
MAB
»3
fut solennellement proclamé régent-
Le but de Marcel et de se« complice*
dans ce changement était é\ident.
Ornant la ncUme pour l'immoler,
ils préparaient ainsi une grande révo-
lution. Le nom du roi allait être, par
une nouvelle formule , supprimé de
tous les actes; on éteindrait peu à
peu jusqu'à sa mémoire; il devien-
drait ensuite plus facile de détrô-
ner un régent sans crédit, sans
force et sans appui. On serait en ou-
tre secondé par le monarque anglaiis
qui ne pouvait ({ue gagner aux trou-
bles de la France. Mais le jeune
prince pressentait ces criminels pro-
jets des conjurés , et il était bien ré-
solu de punir leurs attentats. Lee
États de la province de Cliampagne
avaient été convoqués à Provins, il
s y rendit; et, après avoir énergiquc-
H>ent peint l'état déplorable du royau-
me, sans déclarer encore ses inten-
tions et sans vouloir pourtant mé-
nager les conspirateui's en présence
des Champenois dont ils avaient mas-
sacré le maréchal, il termina son
discours en disant : - Si j'ai accepté
i dernièrement un titre plus grand
d honneur et de puissance, je n'ai piu»
<t oublié ce que je dois à mon père, ce
1 que je dois à la France. Je ne suis
<i et ne veux rester, quelque titre que
u je porte, que le lieutenant, le pre-
« niier sujet du roi, le premier de»
^ citoyens; j'ai l'âme d'un Français et
•i l'expérience du malheur. ^ Deux
orateuis parisiens qui étaient venu*
à cette réunion, ayant prié les États
de faire avec la ville de Paris une
étroite alliance, le comte de Bresne
prit la parole et demanda au régent
si monseigneur dp Conflans avait mé-
rité par quelque crime la mort cruelle
qu'il avait subie , ajoutant qu'il ne
doutait pas que les Normands ne rem-
plissent le même devoir à l'égard de
oî.
Ua^
Robert de Ckrmont; à quoi le régent
répondit : » Que ces deux seigneurs
l'avaient toujours bien et fidèlement
servi. « Le comte de Bresne, s'age-
iiouillanl, le remercia et ajouta :
,. Que les Champenois espéraient bien
«ju'il punirait ceux qui avaient tué ses
amis. » Les États se terminèrent
ainsi. Les deux députés de Paris se
retirèrent humiliés et furieux. Une
Fois que Marcel et les chefs de la fac-
lioii virent le régent hors des murs
(le la ville, ils forcèrent le château du
Louvre et y mirent garnison ; ils en-
levèrent toutes les machines de guerre
qu'ils purent y trouver, pour les placer
tant à rnôtel-de-Ville que dans d'au-
tres endroits. Le prévôt enleva aussi
une grande quantité d'artillerie que
le régent faisait venir par la Seine, et
il lui "écrivit des lettres injurieuses qui
étaient une véritable déclaration de
guerre. Le prince y répondit par une
infatigable activité et une grande vi-
gueur. Les États-Généraux devaient
se rassembler à Paris, te 1" ma«
13o8. Le régent leur commanda de
se rendre, le 4, auprès de lui à Com-
piégne. Cette mesure déconcerta les
Parisiens. Tout ce qtie leur ville con-
tenait de plus distingué dans la no-
blesse et le cleigé s'en était retiré. Le
peuple, aussi prompt à perdre courage
au premier revers qu'ardent à tout
braver dans la révolte, arrivait à cal-
culer la mesure de la punition sur
les degrés des attentats. Marcel et ses
amis, voyant que tout chancelait au-
tour (Feux, tâchèrent de conjurer
l'orage; à leur prière, l'IIniversilé en-
voya au prince une députation pour
flc(^hir sa colère. « Assurant qu'ils
.. étaient prf-ts à lui donner tontes les
« satisfactions qu'il exigerait, pourvu
« qu'il ne demandât la mort de per-
u sonne ». I-e régent accueillit avec
bonté ces dtipntés cl leur dit : ■ Qu'il
MÀ«
n bc contenterait qu'on lui hvràt dix
.. ou douze , ou même cinq ou six.
■ des plus coupables; que leur vie
.. serait en sûreté; qu'après cette mar-
u que de soumission , il n'hésiterait
„ pas à lendre aux Parisiens ses
« bonnes grâces -•. Marcel et ses
principaux adhérents, se jugeant eux-
mêmes, ne se fiaient pas à la clé-
«nence du prince, mais ils voyaient
ses forces s'augmenter de jour en
jour; ils ne perdirent pourtant pas
courage et essayèrent encore d'obte-
nir une capitulation qui ne fût pas ,
comme ils le craignaient , l'arrêt de
leur supplice. Cependant les États
étaient réunis à Compiégne; et les
décisions qui y furent adoptées pré-
sentent, par leurs résultats, ime des
plus grandes et des plus importantes
époques de notre histoire. Le comte
de lîresne y prit la parole : il mon-
tra d'un côté l'héritier légitime de
la couronne avec les prélats et le
clergé, les princes des fleurs de lys,
ses comtes, ses barons, ses chevaliers
et les habitants des bonnes villes,
dignes du nom français: et de l'autre
Marcel et l'échevin Consac à la tête
d'une populace furieuse, enrichis de
concussions, conims seulement par
des révoltes et des forfaits , se
, royant maîtres de la France parce
«pi'ils tenaient les murs de Paris, et
il ajouta : <• Monseigneur, nous som-
.. uïcs tous prêts à vous aider de nos
u biens et de nos épées, pour assié-
- <;er, pour repousseï l'ennemi, et
, pour la liberté de votre auguste
. père, notre seigneur et maître ".
Il termina par une violente apos-
trophe contre l'évêque de I^on, qm
:nalt eu l'audace de se présenter à
celte assemblée, qui courut risque
«l'y être maltraité et se retira secrè-
tement à Saint - Denis , d'où il en-
vova demander à Marcel une escorte
MAR
pour se rendre à Paris. Le prévôt,
auquel se» partisans araient appris
les lois rigoureuses portées dans les
États de Coropiégne et les menaces
dont il avait été l'objet, vit bien que
le désespoir était son seul refuge et
qu'il n'aurait à transiger qu'au prix
d'une mort sanglante, il acheva le»
murs de Paris sans épargner les cou-
vents qui touchaient à son enceinte ;
il s'empara de la tour du Louvre; il
envoya, le 8 mai, Jean Donati, un de
ses agents, à Avignon, avec 2000 flo-
rms d'or au mouton, pour y acheter
des armes et v lever des brigands. Il
avait aussi déjà réuni à Paris, dit
FYoistart, un grand nombre de gens
d'armes et soudoyers, Kavarrois et
Anglais, archers et autres compa-
gnons; aventuriers sans discipline,
sans loi, sans religion , avides de
butin, ennemis de tout le monde.
L'effroi était tel dans cette ville que les
bourgeois avaient offert à Notre-
Dame une bougie qui, suivant le
chroniqueur de Saint-Denis, avait la
longueur du tour de la ville; la ter-
reur était encore plus grande dans
les campagnes. A cette époque, une
nouvelle espèce de guerre intestine,
un dernier Beau vint frapper la
France. Chassés de leurs maisons qui
étaient pillées et incendiées, mou-
rant de faim et de misère, les pay-
sans se révoltèrent contre les noble» .
principaux auteui's de tant de désas-
tres ; le soulèvement fut général et
simultané dans tous les pavs de la
langue d'oil, sans complot, sans m6-
rae aucune correspondance . sans
autre moyen de ralliement que l'ex-
cès du malheur commun. C'est ce
que l'histoire a nommé la Jacquerie.
Nous nous abstiendrons de cher-
cher l'origine de cette dénomination,
nous bornant à dire qu'on appela,
par dérision , le pavsan Jacques Bon-
55
homme, et que leur réunion était
collectivement désignée les Jacques.
Les nobles qu'ils égorgeaient n'au-
raient jamais voulu croire à une telle
audace ; ils en avaient ri tant de fois,
quand ils avaient voulu les traîner à
la guerre ! le dicton ordinaire chez
eux était : * Oignez vilain, il voas
• poindra ; peignez vilain, il vous
« oindra '■ • Mais cette diversion devint
utile à Paris, et Marcd ne manqua pas
de la mettre à profit ; il avait intérêt à
soutenir les Jacques. Ils étaient déjà
maîtres de la ville de Meaux ; ils en
assiégeaient le marché, espèce de ci-
tadelle située entre deux bra» de la
Marne et où s'étaient réfiigiées l'é-
pouse , la sœur et la tante du régent
avec une foule de nobles dames, àe
demoiselles et d'enfants. Pour venir
en aide aux Jacques dans cette ef-
froyable expédition, Marcel leur en-
voya huit cents hommes sous la con-
duite du prévôt des monnaies et d'un
épicier de Paiis. Un secours ines-
]>éré, sous le commandement du com-
te de Foix et du captai de Buch,
sauva du massacre les assiégés, et sans
doute une très -grande partie des
auxiliaires parisiens périt dans la dé-
route complète des assaillants , dont
plus de sept mille, de neuf mOle qu'ils
étaient, restèrent sur place. La nou-
velle de cette défaite fut un coop de
foudre pour les rebelles parisiens ;
le décoinagement de\'int général et
pénétra jusque parmi les hommes
d'armes et les soudoyer du prévôt,
qui n'eut plus pour appui que les
chefs du parti et une populace mer-
cenaire. Il fiant toutefois rendre jus-
tice à l'habileté qu'il déploya poui-
prévenir la famine au miheudel'entière
dévastation des campagnes environ-
nantes. Il s'était allié aux Jacques ;
il s'allia ensuite à leur destructeur,
Charles-Ie-Mauvais, et lui fournit beau-
S6
MAB
coup d'argent. C'était avec la cavalerie
de ce prince qu'il lui fallait conserver
quelques routes libres, tandis que le
dauphin occupait la rivière ; il fit con-
férer le titre de capit^ûne de Paris
au roi de Navarre, qui prêta serment
de bien et loyalement gouverner les
Parisiens, de vivre et de mourir avec
eux et de les défendre jusqu'à la mort.
Pourtant il y jouit d'une très-faible
influence, car les bourgeois lui en
voulaient d'avoir détruit les Jacques ,
et soupçonnaient que leur capitaine
ne faisait pas grand cas d'eux ; d'ail-
leurs les vivres devenaient de jour en
jour plus rares ; les arrivages étaient
interceptés par le régent qui occu-
pait Cbarenton avec trois mille laji-
ces; Cbarles-le-Mauvais leslait inac-
tif : les Parisiens le sommèrent de les
défendre, de sortir, d'agir enfin d'une
façon quelconque. Les deu.\ princes
eiuent une longue et secrète confi;-
rence; on offrait au roi de îs^avarre
quatre cent mille florins , pourvu
qu'il livrât Paris et Marcel ; il se fai-
.sait marchander par les deux partis;
mais les Parisiens, animés par les ins-
tigations de Marcel, soutenaient coutr<>
le dauphin de trop orgueilleuses pré-
tentions; le prince promettait de l'ar-
gent, mais le prévôt en doimait; toutes
les semaines il en envoyait à Sainl-
I3enis deux charges pour payer les
troupes du Navarrois, qui l'engageait
il multiplier ces envois dont il rendrait
bon compte. De tant d'argent levé ,
Marcel n'en gardait-il pas un boime
part? (Jela est bien probable. Il ne
craignait rien tatit (pie de se brouiller
avec ce perfide allié, (juipourLmt ve-
nait déjà de signer son traité avec
le régent. I,e8 bourgeois de Paris
voyaient de mauvais oeil des merce-
naires du roi de INavarre restés dans
leur ville po^ir y manger leur ar^'eut.
U >• eut d«« batteries : on en tua une
MAB
soixantaine; Marcel sauva les autres
en les emprisonnant, puis les renvoya
la nuit suivante à Saint-Denis ; les Pa-
risiens le lui pardonnèrent d'autant
moins que les Navarrois poussaient
leurs courses et exerçaient leurs pil-
lages jusqu'aux portes de la ville ; on
n'osait plus en sortir, ils finirent par dé-
clarer au prévôt qu'ils voulaient châ-
tier ces brigands. Pour leur com-
plaire , il les fit swtir, et toute la jour-
née du 22 juillet ils comurent vers
Saint-Cloud. Le soir, ils revenaient
fort las , l'un portant son bassinet à
la main, l'autre à son col, les autres
traînant leurs épées ou les portant
en écharpe. Au fond dun chemin, ils
furent assaillis par quatre cents hom-
mes; en vain prirent-ils la fuite à
toutes jambes; sept cents périrent
avant d'atteindre les portes. Cette dé-
confiture porta au plus haut point
l'exaspération contre Marcel; c'était.
(hsait-oH, sa faute; il était rentré avant
eux, il ne les avait pas soutenus;
probablement c'était lui qui avait
averti l'ennemi. Le prévôt était perdu:
sa seule et dernière ressource était
de se livier au roi de Navarre , avec
Paris et tout le royaume, s'il pou-
vait. Le plus grave historien de I épo-
({ue, le continuateur de Nangis, té-
moin oculaire, et du reste favorable
à Marcel, avoue qu'il avait promis
au prince de lui remettre les clefs
de Paris , pour (pi'il s'en rendit
maîlie , et se défît de tous ceux
qui lui étaient opposés ; leurs portc^
étaient marquées d'avance ; le régent
devait fître proscrit. Le Navarrois.
couronné roi de Fiance par l'évéque
(le Laon, devait faire hommage au
roi d'Angleterre, (pu, si l'on en croit
Vilhini, s'était engagea l'aider de tontes
.SCS forces afin de lui assurer la pos-
session du royannuî, et à iaire déca-
piter le r(»i .lean. La ntiit du 31
MAR
juillet au 1" août était fixée pour
qu'Etienne Marcel livrât la ville.
Jusque-là il avait consulté les éche-
vins sur toutes ses entreprises; mais
il vovait que plusieurs de ses com-
plices ne songeaient qu'à se sauver
en le perdant. (>?lui des échevins
qui s'était le plus comj)romis, son
coiBi)êre , Jean Maillart lui avait
cherché querelle ce jour-la même.
Maillart s'entendit avec deux chefs
du parti du dauphin. Pépin des t^-
sarts et Jean de Chamy, et tous trois,
avec leurs hommes, se rendirent un
peu avant minuit à la hastillc Saint-
Denis, où ils trouvèrent le prévôt, les
clefs de la porte en ses mains. <« Etien-
" ne, lui dit Maillart, que faites vous
>• ci, à cette heure? " Marcel lui ré-
pondit : " Jean, à vous qu'en monte
» de savoir; je suis ci jK>ur prendre
« garde de la ville dont j'ai le gouver-
o nement. — Pardieu, répliqua Mail-
« lart, il ne va mie ainsi, mais n'êle>
« ci à cette heure pour nul bien . et
« je le vous montre, ajouta-t-il, a
^ ceux qui étaient de lez (près) lui,
- comment il tient les clefs des por-
- tes en ses mains pour u-ahir la
» ville •. Le prévôt des marchanda
s'avança et dit : " Vous mentez. —
« Pardieu, répondit Jean Maillart,
" vous mentez <>. Et tantôt dit à ses
gens : » A mort, à mort tout hoiunie
«i de son côté, car ils sont traîtres! r
- lA eut un grand hutin et dur; et s'en
• fût volontiers ftii le prévôt, s'il eût
pTi ; maisil fut si hâte qu'ilne put. Car
• Jean Maillart le férit d'une hachesur
' la tête, et ne se partit de luijusqua
le qu'il fut occis et six de ceux qui là
étaient, et le demeurant pris ei en-
« voyé en prison. " Selon une version
plus vraisemblable de Froissart, ce
ne fut pas Maillart, mais Jean de
Charny qui porta le premier coup. Telle
fut la fin do l'homme qu'on peut ap-
peler le plua audacieux conspirateur
des temps modernes, puisqu'il con-
çut tous les complots ou y concou-
rut . et qu'aucun ne fut exécuté san.»»
son active participation. M. rsaudet a
publié, en iS\o: Conjuration JEtieH-
ne Marcel contre l'autorité royale, ov
Histoire des Etats- Généraux de Lt
France, pendant les années 13oo -
13o8, in-80. L— s— D.
M.VRCËLLIS :Onio:.), peintrr
hollandais, naquit en 1613. xVvant
de se rendre en Italie, il séjourna
long-temps à Paris , oii la reine Anne
d'Autriche le combla de faveurs, il
passa de là en Toscane, où le grand-
duc le retiut également d'une ma-
nièi-c honorable. Après avoir visite
Naples et une partie de l'Italie, il s'éta-
blit à Rome, et bientôt il put à peine
suffire aux ouvrages qu'on lui deman-
dait. Son talent était de j>eindre des
plantes, des insectes et des reptiles.
KtantretournéenHollande, il vint habi-
ter Amstei-dam, et foi ma près de cette
ville une espèce de ménagerie où il
nounissait avec soinlesanimauxdnnt
il oniait ses t.'ibleaux. Ses plante.>
sont d'un très-beau choix; il y place
ordinairement des couleuvres, des
araignées , des chenilles, des papil-
lons, qu'il copiait toujoui-s d'aprc>
nature, ce qui donne à toutes se>
productions \m degré de vérité qui
prouve qu'il n'y a j)oint de geiu-e a
dédaigner lorsqu'on v excelle. Mar-
cellis mourut à Amsterdam, en 1673.
P— s.
iLVRCELLL'S ( Marie- Ix)i:i*-Ai:-
tîlSTK DEMAR715 DC TvT.AC, COmtC 0e) .
d'une famille ancienne, originaire du
Périgord, naquit en 1776 au château
de Marcellus en Guienne. et fut fait
chevalier de Malte en naissant. Sa
mère périt sur l'échafaud révolution-
naire» Bordeaux en 1794, et il fui
crondamné par les mêmes j"ges 1
38
MAR
^tre détenu jusqu'à la paix. Après le
18 fructidor (4 sept. 1797 ) , il fut
déporté en Espagne comme inscrit
sur la liste des émigrés, quoiqu'il
n'eût pas quitté la France. Cette
inscription avait été faite pendant sa
détention dans les prisons de Mar-
mande et de Bordeaux. Revenu en
France dans le courant de la même
année, le comte de Marcellus vécut
dans la retraite jusqu'au 12 mars
1814, époque à laquelle étant allé
joindre le duc d'Angoulême à Bor-
deaux, avec son fils aîné, il fut nom-
mé par ce prince membre de son
conseil. Il se trouvait encore dans
cette ville au 1" avril 1815, lorsque
la duchesse d'Angoulême y fut aux
prises avec les troupes révoltées. Il
seconda cette princesse de tous ses
moyens, et se retira ensuite dans la
terre dont.il portait le nom. En août
1815, il fut nommé à la Chambre
des Députés par le département de
la Gironde, et siégea constamment
avec la majorité royaliste. Au mois
de janvier 1816, il fit partie de la
commission chargée de présenter un
rapport sur la proposition tendant à
supprimer toutes les pensions dont
jouissaient les prêtres mariés et ceux
qui avaient abandonné le sacerdoce.
Ix« 31 du même mois , il recom-
manda à l'assemblée la réclama
tion faite par les chevaliers de
Malte , des bien» non vendus de
leur ordre. Le même jour, la tUiani-
brc ayant déclaré , sur la demande
de i. Michaud, que les arméesjroyalcs
de la Vendée, de l'Ouest et du Midi,
avaient bicu mérité de la patrie , il
proposa d'ajouter à ciîtte déclaration ,
(jue la ])atiie adopterait les onfanls
du marquis Louis de Earochejaijue-
Icin, tué le i juin 1815 à la tête
de l'armée royale. Ce fut encore lui
qui proposa , dans la séance du 24
MAR
février, d'ordonner l'impression de la
dernière lettre de la reine Marie- An-
toinette, que l'on venait de découvrir
dans les papiers de Courtois, et de
l'adresse de la Chambre au roi, en
exprimant le désir que ces pièces
fussent envoyées à toutes les com-
munes pour être déposées dans leurs
archives. Convaincu de la nécessité
d'asseoir la religion sur des bases so-
lides, Marcellus monta à la tribune
dans la séance du 23 avril, pour y
plaider la cause du clergé , et vota
en faveur du projet de loi présenté
par le ministre de l'intérieur. En gé-
néral , il vota dans toutes les discus-
sions importantes avec la majorité de
cette époque, et fit don au roi> dans
le mois de juillet, de la totalité de sa
taxe à l'emprunt de cent millions.
Réélu à la fin de cette année par le
même département, il commença cette
session comme la précédente, par
invoquer la protection de la Cham-
bre en faveur de l'ordre de MaUe, ré-
clamant ses biens non vendus; et, le
24- décembre, il parla de nouveau
sur la nécessité de rendre aux minis-
tres des autels le droit de recevoir
et de posséder. LeGjanv. 1817, lors
de la discussion relative au projet de
loi [sur lesélections, Marcellus combat-
tit avec beaucoup de chaleur l'art. 7,
qui appelait tous les Français jouis-
sant des droits civils et politiques,
âgés de ticute ans et payant 300 fr.
de contributions, à concourir aux
élections des députés. Dans la séance
du 5 février, il proposa, par im dis-
cours, dont l'impression fut ordon-
née, la diminution de la taxe sur le
sel, et combattit la vente des biens
réunis au domaine de l'État, comme
injuste et impolitique. I^ 18 du
même moU, il demanda cpi à chaque
session des t;hand)rcs, les ministres,
en présentant leur budget, donna»-
MAR
sent letat des pensions quils auraient
payées, afin que, s'il y avait surabon-
dance dans les fonds qui leur au-
raient été alloués, cette surabondance
fût versée au trésor roval, et tournât
au profit de l'État. Le 5 mars, il dé-
fendit avec chaleur l'inviolabilité des
biens ecclésiastiques , dont l'article
11 du titre xi du projet de loi sur
les finances n'offrait aucune garantie
suffisante. Cet article était ainsi con-
çu : " La portion (des bois de l'Etat)
« résenéc (pour la dotation des éta-
■ blissements du clergé) sera prise
• dans les grands corps de forêts. »
Marcellus insista pour qu'il fût ré-
digé de la manière suivante : «• La
" portion réservée pour la dotation
" des établissements religieux, seia
• composée uniquement de tous les bois
•• qui leur ont anti-efois appartenu...
» Si mon amendement est écarté,
- dit-il, et que le titre reste tel qu'il
» est, je dois à ma conscience de
" déclai-er que je voterai par une
- boule noii-e contie le budget. »
Après le renouvellement de la Cham-
bre par Fordonnance du 5 septembi-e
1816, le comte de Marcellus vota
avec la mhiorité; mais il prit peu
de part aux discussions , si ce n'est
lorsqu'il crut les intérêts de la reli-
gion compromis. Quand un nouveau
concordat avec le pape ftit présenté
aux Chambres en 1817, ayant été
nommé membre de la commission
chargée de faire un rapport il crut
de son devoir d'éciire .i Sa Sain-
teté pour lui demander ce qu'il avait
à faire. I.a réponse que lui adressa le
pontife est peu connue; cependant
elle est d'un très - haut intérêt pour
l'histoire , et nous croyons de-
voir la rapporter ici tout entière .
- Notre cher fils, salut et bénédiction
« apostolique. On nous a remis votre
- lettre, par laquelle vous nous cn-
.NL\r,
:>9
" vovez une copie des amendements
- qu'a subi&, dans b commission de
« la Chambre des Députés dont voufi
- êtes membre, la loi que nous avons
" appris avec douleur avoir été pro-
« posée, au nom de S. M., sur la con-
» vention passée entre le i-oi tixïs-
- chrétien et nous, loi dont l'examen
- a été confié à ladite commission.
" Nous avons, notre cher fiis, admiré
« votre zèle pour la religion catholi-
- que, vos soins empressés |>our ia
- coii8ei"ver et la défendre, votre rcs-
- pect enfin et votre dévouemf-nt
- pour le siège apostolique, benis.'^anl
- donc le |)ère des lumières, qui vou.s
« a muni et fortifié par ces g^and^
^ sentiments de piété, nous nous lià-
- tons de vous affenuir encore pai
« cette voL\ de la vérité, que vous rr-
- connaissez avoir été donnée à notre
- faiblesse par une tradition divine,
- et que vous réclamez avec tant de
« confiance, pour que, dans la dis-
- cussion épineuse dont vous éte>
• chargé, elle soit un flambeau qui
« éclaire vos pas et les retienne dans
• les sentiers de la droiture et de la
« justice. Mais si tous ces motifs nous
« ont causé une joie sensible, nous
« avons éprouvé une vive douleur en
- voyant les changements que vous
" nous mandez avoir été introduits
• par la susdite loi. Sans doute, avec
" votre caractéie si avide de la vérité,
« vous ne pouvez point ne pas recon-
t naîti-e qu'il est tout-à-fait déplacé
" que ces décisions données sur des
« matières religieuses par le siège
- apostolique, après s être conceité
« avec le roi très-chrétien, soient en-
•* suite soumises h la délibération
'^ d'un conseil de laïques, quelqtie il-
• lustre qu'il puisse être. Si en outre
- vous examinez tant soit peu les cor-
.■ rections proposées, vous venez sans
.• peine que les articles répréhensi-
60
MAR
« blés de cette loi, ou n'ont pas été
" corrigés comme ils devaient l'être,
« ou ont été entendus d'une manière
" plus fâcheuse encore, ou qu'enfin
« ils restent tels qu'ils étaient; de
« sorte qu'il est évident que cette loi,
u amendée comme vous nous le faites
" connaître, est contraire à notre con-
" cordât et à quelques-uns des droits
" les plus sacrés de l'église. Que si
« quelques-unes des dispositions ([ui
« V sont énoncées se sont, de temps
H à autre, glissées par abus, chacun
« voit, sans un long examen, quil y
« a certains maux qu'on tolère quel-
« quefois, par nécessité, pour en pré-
« venir de plus grands, mais qu'ils
« ne sont pas approuvés pour cela.
« îious avons cependant l'espoir, par
" la connaissance que nous avons de
u la religion du roi très-chrétien, dé-
« jà excitée par nos avertissements
<i paternels, qu'il appellera le remède
« convenable à un si grand mal, afin
» que la convention conclue d'après
« ses propres vœux, heureusement
" sanctionnée, et bien plus, mise déjà
« à exécution de notre part, dans tout
" ce qui peut dépendre de nous, soit
•j religieusement observée, et la loi
u entièrement retirée. Du reste, nous
•< attendons de votre piété, de votre
« prudence, de votre zèle pour le
« bien de la religion, tjue, revêtu de
li la justice comme d'une cuirasse ,
" vous vous opposerez avec courage
" à la loi proposée; que vous em-
" ploierez tout votre crédit, toute
« votre autorité et toute votre habilo
'< té, pour prorurci- la lilue et prompte
« promulgation (U exécution fidclc
« du concordat. C'est pour l'heureux
" succès «le c<;tte affaire, que nou.s
. vous accordons, notre cher (ils, avec
« affection, la bénédiction apostoli-
» que, gage de la protection de Dieu.
Donné à Home, près Sainto-Maric-
MAR
« Majeure, le 23 février 1818, année
(. dix-huitième de notre pontificat.
« Pie vu. » Comme la Chambre des
Députés, renouvelée par suite de l'or-
donnance de dissolution du S septem-
bre 1816, était alors sous l'influence
du parti révolutionnaire, le nouveau
ministère n'osa pas insister ; la loi fiit
retirée et la France resta sous le ré-
gime du concordat de Napoléon où
elle est encore, {voy . Pie vu au sup.).
Le comte de Marcellus réuni à la mi-
norité prit encore la parole dans
quelques occasions importantes, no-
tamment contre l'admission de Gré-
goire et à l'occasion de l'assassinat du
duc de Berri, puis dans l'indignation
que lui causa un jour la pétition d'un
M. Arbaud: " Trop profondément
u frappé, dit-il, par les termes dans
^ lesquels est conçue la pétition qui
i> vous est soumise pour pouvoir me
u livrer à des considérations qui lui
.. seraient étrangères, je me bornerai
« à exprimer en peu de mots les sen-
u timents qu'a fait naître en mon âme
« cette étrange pétition. Ainsi donc,
u ce n'est plus sous le voile insidieux
u d'expressions enveloppées, dont le
^ sens au reste n'est obscur que pour
u ceux qui s'obstinent à ignorer la ré-
i volution ; ce n'est plus sous les ap-
u parences spécieuses et perfides de
- liberté, de </»oi/-s des peuples, de to-
u téranct , de philosophie , que les
« ennemis du trône cachent leurs
u projets ! ils ne se déguisent plus ;
u ils parlent ouvertement et sans fi-
- gure : ils disent tout ce qu'ils pen-
- sent ; ils révèlent tout ce qu'ils tra-
a ment. Qu'est-ce qui pourrait en of-
u fot les intimider ? îS'iiisulte-t-on pas
.> impunément tout ce qu'il y a de
. plus auguste ? Ne blasphêmc-t-on
- pas tout ce qu'il \ a de plus sacré ?
a La religion de l'ctat, bannie des
,> lois de l'état, n* est-elle pas tous le>
MAR 4
» jours outragée, et dans le* pam-
" phlets, et dans les discours, et jus-
- que dans le sanctuaire des lois ? Le
• signe auguste et sacré devant le-
• quel la rébellion a toujours pâli (un
■: exemple illustre vient de le prouver
«. encore), n'a-t-il pas été proscrit,
• comme si l'on voulait forcer le ciel
» d'être inexorable envers la terre ?
- Faut-il donc s'étonner, quand le
» vrai Dieu est chassé de la législa-
4 tion de la France, qu'on ose deuian-
« der de chasser le vrai roi de son
>• gouvernement; et que /<i religion
• de la seconde majesté soit raécon-
» nue, quand la source de toute ma-
u jesté est blasphémée ?.... Je livre ces
« rétiexions à votre sagesse, mes-
i sieurs, et je n'ajoute qu'un mot:
« attaquer la i-oyauté en France, c'est
■i aussi blasphémer. Souvenons-nous
a d'une noble parole de l'héroïne (1)
4 dont le nom et les exploits font la
- gloire de nos annales : Le roi de
a France est lieutenant des deux >■.
Nommé pair de France le 23 nov.
1823, le comte de Marcellus continua
Je voter avec les royalistes, dans
cette nouvelle Chambre , jusqu à la
révolution de 1830. A cette éjXKjue,
ne voulant pas prêter serment au
nouveau gouvernement, il donna sa
démission et se retira à Marcellus, oit
il ne s'occupa plus que de httératiire.
de ses devoirs de piété et de l'éduca-
tion de ses enfants. Il y mourut le
25 décembre iHM. Le comte de Mar-
cellus avait épousé, en 1795, la fille
de M. de Plis, son oncle, député du
côté droit, à 1 Assemblée constituante,
et qui périt sur l "échafaud révolution-
naire, en 1794. On a de bii : L Le cri de
la vérité, chanson patriotique, Paris,
1822, in-8". IL Lettres a MM. les rédac-
teurs de la Buclie d'aquitaine, 1822,
(1> Jeanne d'Arc.
MAR
61
In-S". m. Lettres sur (Angleterre, en.
juin 1823, Paris 1823, in-8''. IV.
Lettres sur Chamhord, écrites à la Bû-
che d'Aquitaine, Paris, 1824, in-8*.
V. Lettre sur Pétrarque au journal
des DébaU. Paris, 1824, in-8°. VL
Conseils d'un ami ù U7i jeune homme
studieux. Paris, 1825, in -8°. VII.
Odes sacrées, idylles et poésies diver-
se$,1825, in-S". On trouve dans ce
recueil im petit poëme sur \Ail, qui
n'est qu'une ingénieuse plaisanterie
dont les journaux révolutionnaires se
sont quelquefois moqués. Vm. Pa-
raphrase en forme d'ode sacrée du
psaume CXXIII , appliquée à ta
mort douce et sainte de M. le due
Mathieu de Montmorency , Paris ,
1826, in-18. IX. Voyage dans les
Hautes-Pyrénées, dédié à S. A. R.mon-
seigneur le duc de Bordeaux , en prose
et en vers, Paris, 1826, in-8^ X.
Odes sacrées tirées des quinze psaumes
graduels paraphrasés en vers français ;
du psaume CXIV appliqué à la mort
de monseigneur d'Aviau, archevêque de
Bordeaux; des hymnes Fexilla et Pan-
gelingua, Paris, 1827, in-18. XL Can-
tatessacrées, tiréesde l'Ancien etdu Sou-
veau Testament, Paris, 1829, in-8'*.
XII. Première communion d'un jeune
exilé (ode), Montpellier, 1832, in-8*.
À'III. Différents Discours et opinions
prononcés à la Chambre des Députés,
notamment sur la nécessité de répri-
mer les délits de la presse ; sur l'ur-
gence de se faire sacrer, adi'essés à
Louis XVIII, etc. M — dj.
MxVRCET (Alexamire), médecin
et chimiste, naquit à Genève, en
1770. Fils d'un riche négociant , il
était destiné à suivre la profession pa-
ternelle, bien qu'il manifestât une
aversion prononcée poiu: le com-
merce. Ce ne fui qu'après la mort de
son père qu'il put se choisir une autre
carrière. Il étudia d'abord le droit.
62 MAR
mais les événements de la révolu-
lion de France l'obligèrent à quitter
momentanément sa patrie. Il partit
pour l'Angleterre avec son ami Th.
de Saussure, et revint l'année suivante
à Genève, où deux partis rivaux, les
d(;mocràtes et les patriciens, se dis-
putaient avec acharnement le pouvoir.
En 1792, lorsque Genève fut assiégée
par les troupes françaises, sous les
ordres de Montesquieu, Marcet, offi-
cier dans la milice urbaine, fit preuve
d'antipathie contre le parti démo-
cratique ; or, ce parti étant devenu do-
minant, Marcet, à son retour, fut
arrêté pour rendre compte de sa con-
duite. Grâce au 9 thermidor, dont le
contre-coup s'étendit jusqu'à Genève,
il ne fut condamné qu'à une année
d'arrêts dans son domicile, peine qu'il
fit commuer bientôt en cinq ans
d'exil. C'est alors qu'il se décida d'al-
ler étudier la médecine à l'université
d'Edimbourg; il partit avec M. de la
Rive, qui avait été son compagnon de
captivité. Reçu docteur en 1797, il
passa d'Edimbourg à Londres, où i!
dut à ses opinions politiques et à l'm-
fluence de quelques amis d'être nom-
mé d'abord médecin du dispensaue
de rlinsburg, puis de l'hôpital de
Guy, et enfin professeur de chimie
dans le même hôpital. U ne tarda pas
à se faire une grande réputation, soit
comme praticien, soit comme profes-
seur, ce qui lui valut d'être agrège
aux sociétés royale et géologique de
Londres. Au retour de l'expédition de
Walchercn, il fut envoyé par le gou-
vernement à l'hôpital militaire de
Porstmouth. Atteint par l'épidem.c
dont furent IVappécs les troupes an-
plaises, il courut de grands dangers.
Marcet avait épousé la fille unique
de M. Haldimaud, négociant suisse, éta-
bli à Londres «lepuis un grand nom-
bre d'années, vl <pii laissa n. mon-
% MAR
rant une fortune considérable, il re-
nonça alors à sa place de médecin de
l'hôpital de Guy, ainsi qu'à l'exercice
de la médecine, pour se livrer tout
entier à la chimie expérimentale. Lors-
qu'après la chute de Napoléon, Ge-
nève fut rendue à son indépendance,
Marcet, quoique naturalisé anglais
depuis 1802, s'empressa de rentrer
dans sa patrie, où le parti des patri-
ciens l'emportait de nouveau. Il fut
accueilli avec la plus grande distinc-
tion, et noxnmé membre du consei^
souverain et de lacadémie. Après
avoir fait, en 1820 et 1821, un voya-
ge en ItaHe, il retourna à Londres
pour ses intérêts privés , et y
mourut le 12 octobre 1822, dune
attaque de goutte. La plupart des tra-
vaux du docteur Marcet ont été m-
sérés dans les recueils de sciences
médicales publics à Londres, et dans
les Transactions philosophitiiies de
1799 à 1822. Ses meilleurs Mémoires
concernent: La Nature du chyle et
du c/iyme (Transactions viedico-chir.,
1815, t. VI); l'usage du stramonium
fdatura stramonium), contre les affec-
tions rhumatismales {ibid., vol. VU,
de 1816); la pesanteur spécifique et la
température des eaux de la mer dans di-
rerses parties de l'Océan (ibid.). Mar-
cet a donné à ^Encyclopédie de Rees
les articles platine et potassiuai ;mn'is
louvrage qui lui fait le plus d'hon-
neur est son Essai sur l'histoire chi-
miquo et le traitement médical des
maladies calculeuses. Cet essai, écrit
en anglais, a obtenu plusieurs édi-
tions et a été traduit en fran«;ais sur
la seconde (^Londres , 1819), par M-
.1. Riffault; Faris, 1823, in-8". H se
distingue par l'exactitude des obser-
vations sans indiquer toutelois des
luoyens nouveaux de traitement. La
veuve de Marcet tient aujourd'hui une
plHce honorable parmi les femmes-
MAR
auteurs de la Grande- Bretagne; on
lui doit entre autres ouvrages des Con-
versations sur l'économie politique et
la physique, trad. en français par G.
Prévost, Geuève, 1820, in-12, et des
Conversations sur la chimie, égale-
ment traduites en français et qui ont
eu jusqu'à huit éditions. A — ^.
MAilCH des Batailles ( Éties-
>E ) , peintre espagnol , naquit a
Valence, vers la fin du XVI' siècle, et
fut élève d'Orrente , qui lui inspira
son goût pour la manière et la cou-
leur du Bassan. Aussi le style de
March appartient -il à Tikxjle véni-
tienne, il se fit, comme peintre de
batailles, une grande réputation qn il
ne put soutenir comme peintic d'his-
toire. D'un caractère extravagant et
bizarre , il toiumentait sans cesse
ses élèves. Lorsqu'il voulait travail-
ler , il s'armait de pied -en -cap,
saisissait une trompette ou un tam-
bour, et, après avoir sonné la char-
ge , il attaquait , la lance au poing,
les murailles de son atelier. Après
s'être ainsi échauITé l'imagination,
il prenait ses pinceaux et faisait pas-
ser sur la toile le sujet qu'il venait
de concevoir. Les amateurs font
un cas particulier de ses batailles.
Sou pinceau est facile ; son colo-
ris frais et vigoureux; sa compo-
sition frappante de vérité. Il a su
rendre surtout avec une rare perfec-
tion l'atmosphère sombre et char-
gée que forme pondant l'action la fu-
mée du canon et de la mousqueterie.
Il mom'ut à Valence, en 1660. — Mi-
chel M.\RCH, son fils, naquit dans la
même ville en 1633. A la moit de
son père , il se rendit à Rome. Il y
cultiva la peinture historique et ac-
quit quelque facilité dans l'exécution
et quelque con-ection dans le dessin,
ainsi que le prouvent deu\ tableaux de
tfiittoire de saint Frxinçoii, qu'il fit
MAR
63
pour les capucins de Valence , et uti
Calvaire, pour la paroisse de Saint-
.\iichel de la même ville. Cependant
il abandonna ce genre pour se livrer
à celui qui avait fait la réputation de
son père; mais il ne put l'égaler. Il
mourut à Valence, en 1670. P — s.
MARC11.VND, agent subalterne
de la Révolution, fut souvent em-
ployé par le Comité de salut pu-
blic, au temps de Robespierre , et de-
vint l'un des coryphées de la société
des Cordeliers. Ayant été arrêté le
2 mars 1794, par ordi'e du Comité
de sûreté générale . il fut réclamé
par les Cordeliers, qui envoyèrent une
députation pour demander sa li-
Ijerté, qu ils obtinrent. Ayant échap-
pé aux suites de la conspiration d'Hé-
bert, avec lequel il était lié. Marchand
fut mis de nouveau en arrestation
après la chute de Robespierre. La
société des Jacobins lui nomma alor^
des défenseurs officiels , et il fiii
élai-gi ; mais Clausel , membre du
Comité de sûreté générale, sollicita
contre lui, le 4 octobre , un décret
d'arrestation, motivé siu- ce que sa
relaxation avait été surprise par la
faction qui le protégeait. Après la
crise de prairial et la victoire rem-
portée pai- la Convention sur les Ja-
cobins, Bourdon de l'Oise demanda
la déportation de Maichand, et un
décret ordonna sa traduction au tri-
bunal criminel d'Eure-et-Lou- ; raait»
il fut bientôt compris dans l'amnistie
du 4 brumaire, prononcé en faveur
des lerroristes. En 1799, il fut en-
core un des membres les plus mar-
quants de la société du Manège, et
celui qui paila à la tribune de cette
société avec le plus d'assiduité et
de véhémence. H y défendit surtout
la mémoire de Goujon , Soubrany
et d'autres révolutionnaires , qu'il
désigna comme martyrs de la liber-
a
iL\a
te. ïl y parla aussi sur les dangers
dé la paUie, et demanda Upuration
des employés dans les ministères. Au
commencement de septembre, il fut
chargé par la société , de rédiger
une adresse pour faire déclarer la
patrie en danger. Se trouvant em-
ployé à cette époque au ministère
de la guerre, il donna sa déuussion
lors de la retraite de Bernadotte, et
fut compris dans l'arrêté de déporta-
tion qui suivit le 18 brumaire an VIII
(9 nov. 1799) et l'attentat du 3 ni-
vôse an IX (24déc. 1800). Le premier
de ces arrêtés resta sans exécution,
et Aiarchand échappa au second par
la fuite. Pendant quelque temps, on le
crut mort, mais il reparut en 1804,
et fut mis en surveillance dans une
commune de la ci-devant I^orman-
die oii il mourut quelques années
plus tard. -Mabca^d (M- veuve)
rédigeait,'à Bruxelles, \e Journal delà
Guerre pendant les premières an-
nées de l'émigration, et s'acquit des
droits à la reconnaissance de plu-
sieurs familles françaises , par la con-
duite généreuse qu'elle tint envers les
(■•migres de toutes les conditions.
^ M— nj.
M VUCHAKD du Breuil (Char-
ues'-Fra^cois), né à Paris le 14 décem-
bre 1794, entra d'abord à l'Ecole Po-
lytechnique; puis, ayant suivi des
cours de droit, se (it recevoir avo-
cat En 1832, il fut nommé sous-
préfet à Blaye, et il en exerçait les
fonctions pendant la détention de a
duchesse de Herry dans la citadelle
de cette ville. Ce lut sans doute pour
i^écompense de sa conduite dans cette
occasion délicate (lue, dès lannee sui-
vante, il fut appelé .Ua préfecture du
département de l'Ain. En 183^^, d
vint à Paris, au moment ou des in-
surrections éclatèrent simultanément
à Lvon, à Saint-Éticnnc <t dans la
MAR
capitale. Le samedi 12 avril, il époti-
sa civilement mademoiselle Therriet;
le mardi suivant (13 avril), lorsqu'il
se disposait à se rendre à l'église
pour y recevoir la bénédiction nup-
tiale, un fusil, dont il s'était servi la
veille dans les rangs de la garde na-
tionale, et qui se trouvait près de lui
se dérangea : malheureusement l'ar-
me était chargée, le coup partit et le
frappa mortellement. D'après une
version, rapportée par quelques feuil-
les publiques, il aurait lui-même mis
Hn à ses jours : « M. Marchand ^n
.. Breuil, resté à Paris dimanche (13
.. avril), malgré les ordres du minis-
.. tre, qui enjoignaient à tous les pré-
>. fets de partir pour les départe-
,. ments, se promenait le soir avec
.. un de ses parents. Ils furent arré-
.< tés tous deux comme suspects : M.
.. Marchand ne put se faire relâcher
I. de suite, en déclarant qu'il était
. préfet, car on lui répondait que
>. tous les préfets devaient être à leur
« poste. Enfin le ministre de l'intë-
.. rieur le fit mettre en liberté, mais
.. en même temps il lui envoya sa
. destitution. C'est à cette triste nou-
" velle, qui vint le frapper au nio-
. ment où il allait se marier , qu'on
u attribue son suicide. > A ses obsè-
ques , M. l\enouard, conseiller-d'état,
prononça un discours qui eut deux
liditious, Paris, 183i, iu-8% de
12 pages. Marchand du Breuil avait
publié,' sous le voile de l'anonyme,
un ouvrage curieux, intitulé : Journée,
mt'worublcs de la révolutiou française,
Paris, 1826-27, Il vol. in-32 ; seconde
édition, augnuuitée d'un tableau iné-
dit «les mendires de la (Convention ,
nlhant le rapprochement des votes
émis par eux dans le procès de Louis
XVI, du sort que chacun des volants
a éprouvé , et du r*Me qu'il a joué
avunt, iiendant et aprè* la n'voluUon,
et d'un grand nombre d'autres pièces
juatificatives, Paris, i829, 2 vol. in-
8". Ces deux éditions sortirent des
presses de M. Marchand du Breuii,
frère de l'auteur ef alors imprimetir
à Paris. Z.
MARCHAXGY (Lotis-AsTots»-
François de ), magistrat et littérateur,
naquit, le 28 août 1782, à Clamecy
dans le Bourbonnais, où son père
était huissier. Une grande applica-
tion, une imagination vive et brillante
secondèrent si bien les soins donnés
à son éducation, qu'il fut nomme, par
le dii-ectoire du département de la
Nièvre, boursier à l'école do législa-
tion de Paris. Destiné ainsi au bar-
reau, il fit toujours marcher de front
avec les études de la jurisprudence les
distractions de la littérature, et de-
vint en 1808, à 1 âge de vingt -im
ans, juge-suppléant au tribunal de
première instance de Paris. Il avait
débuté, en 1804, par nn poème in-
titulé : Le Bonheur de In campagne ,
production assez faible, mais qui an-
nonçait tpielque talent poétique. En
1813 il publia la première livraison,
r'est-à-dire les deux premiers tomes
de l'ouvrage qui devait fonder sa ré-
putation littéraire : La Gaule poétique,
ou f Histoire de France considérée dans
ses rapports avec la poésie, F éloquence
et les beaux-arts. Ce livre singulier,
qui n'avait pas de modèle, mais qui
n'a pas manqué d'imitateurs, produi-
sit une grande sensation dans le pu-
blic , et eut six éditions de 181.3 à
1826 (8 vol. in-8»). Frappé des res-
sources rpie nos annales nationales
pouvaient offrir an génie des arts ,
l'auteur avait conçu le projet de re-
cueillir, à toutes les époques de notre
histoire, les événements propres à
inspirer le poète enthousiaste de son
pays. Marchangy interrogea les mo-
numents oublié*!, les chrojiiqiies ron-
Ullll.
MAR
<ar
temporaine» , pour en extraire les
faits qui pouvaient entrer dans son
cadre, et il en composa une suite de
récits qu'on ne peut lire sans intérêt,
ni quelquefois sans émotion, et qui
joignent à la vérité poétique un colo-
ris frais et brillant. Ces récits, qui em-
brassent tous les événements remar-
quables dont la teiTe des Gaules a
été le théâtre, depuis l'invasion des
Francs jusqu'à la fin du XVII' siècle,
sont hés les uns aux autres par un
précis rapide des faits, ce qui établit
dans l'ouvrage la seule unité dont il
soit susceptible. Jjorsque les deux
premiers volumes parurent, on re-
procha à l'auteur une ambitieuse
imitation du style de M. de Chateau-
briand. Les avis salutaires de la cri-
tique ne furent pas perdus pour
lui, et daixs le troisième, surtout
dans le quatrième volume de son ou-
vi-age, il renonça à l'enflure, à l'af-
fectation , pour écrire au gré de»;
hommes du goût le plus difficile. Les
feuilles de tous les partis (1) se réu-
nirent pour reconnaître en lui l'un
de nos écrivains les plus distingués ;
et son livre, devenu classique, a four-
ni plus d'une inspiration aux poètes
et surtout aux peintres. Tandis que
la Gaule poétique faisait une si bril-
lante fortune, l'avancement de l'au-
teur n'était pas moins rapide. D'ad-
mirateur enthousiaste de Napoléon ,
il était devenu royaliste fervent. Sub-
stitut du procureur impérial prés le
tribunal de la Seine en 1810, il fut
nommé, en 1814-, aux mêmes fonc-
tions près la Cour royale. Il acquit,
dès son début, une grande réputation
clans le ministère public. La première
cause qui fixa sur lui l'attention fut
celle de Vigier, le fondateur des
(1) V. Dussault dans le Journal de» lié-
bats , M. Jay dans la Minerve, Edme Uére«ii
daq» la Kertw cnctfclopéttùfue, eic
66
MAR
bains sur la Seine , lequel était sous
le poids d'une accusation capitale.Mar-
changy fit preuve d'une heureuse va-
riété de moyens et d'une éminente
sagacité, dans plusieurs causes inté-
ressantes, telles que celle de la Bio-
(jraphie universelle en 1811, celle du
sieur Revel, mmi outragé, et enfin
. elle du testament du prince d'Hen-
nin et des héritiers du maréchal
Lannes en 1816, etc. Mais c'est sur-
tout dans les causes politiques quil
déploya, on peut dire jusqu'à l'abus,
les heureuses qualités dont il était
doué comme orateur. Ses conclusions
dans le procès de deux écrivains roya-
listes, Fiévée en 1818, et IJergasse
en 1821 , furent loin de réunir tous
les suffrages, et marquèrent l'ori-
gine de ce système interprétatif, en
vertu duquel un accusateur, habile
phraséologue, peut faire dire à un
écrivain ce qu'il n'a ni écrit ni pense-
Le paiti libéral , qui trouvait tous les
moyens bons pour saper le trône des
Bourbons, accusa Marchangy d'avoir
suivi le même système dans l'affaire
de deux recueils polWques publiés
dans un sens fort opposé %ux doctii-
nes de Fiévée, l'Homme grh et le
Père Michel, il faut voir dans tous
les journaux révolutionnaires quelles
clameurs s'élevèrent contre lui ; mais
il parut y demeurer insensible , et,
dans toutes les occasions, il continua
de soutenir avec autant de courage
que de talent les prhicipcs monar-
chiques et conservateurs de l'ordre
social. Le réquisitoire le plus remar-
(juable de Marchangy est celui qu'il
donna dans l'affaire de la Rochelle.
Cette production , vrai chef-d'œuvre
sou» le rapport du style, était fait»;
pour porter une salutaire épouvante
dans tous les esprit»; mais ses cou-
rageuses révélations sur une con-
spiration flagrante contre les nionar-
MAR
chics, sur l'existence si bien cimentée
des ventes charbonnières , étaient des
vérités trop fortes pour paraître wai-
semblables aux yeux prévenus et
aveuglés de la plupart des hommes
qui tenaient alors les rênes de l'Etat.
Il n'a fallu rien moins que les faits
historiques qui, de toutes parts, ont
surgi depuis la révolution de 1830,
laquelle est en partie l'ouvrage de
ces mêmes ventes, pour étabhr à quel
point Marchangy avait vu profondé-
ment dans l'abîme où se précipitait
la branche aînée avec tant d'insou-
ciance, de faiblesse et de présomp-
tion. Quoi qu'il en soit , ce brillant
plaidoyei en faveur de la stabilité
du trône attira sur son auteur l'at-
tention du souverain (2). H fiit nom-
mé avocat-général à la Cour de cas-
sation. Mais là se borna l'action de
l'autorité. Marchangy fut alors tel-
lement honni par le libéralisme pour
ce grand méfait de révélation , il y
eut un concert si universel d'injures
et de fureurs contre l'intrépide ma-
gistrat, dans tous les rangs de l'oppo-
sition, que le ministère pusillanime
recula devant cette émeute de la
presse, il avait été nommé député
(1823) par le grand collège du dé-
partement du vNord ; d éprouva des
difficultés pour son admission, com-
me n'ayant pas payé, depuis un an
accompli, les contributions voulues
parla loi. Plusieurs membres parlèrent
eu sa faveur, d'autres parlèrent con-
tre lui. Le ministère n'osant pas se
prononcer, Marchangy mit fin à
ces débats en déclarant qu'il était de
bonne foi , quand il avait acheté une
propriété qui lui donnait le droit
d'être élu -, mais que deux sessions
ayant été cumulées dans une année ,
(2) A la méine époque, l'empereur Alexandre
lui envoya son portt'aii enrichi de diamants.
MAR
ses calculs avaient été dérangés , et
réconomie de ses dispositions dé-
concertée ; et que c'était , selon lui ,
ime sorte d'eflPet rétroactif que de
faire porter la peine d'une mesure ex-
ti^aordinaire et inattendue, à celui qui
avait compté sur la loi fondamentale
et sur un usage constant. Lafi'aire fut
renvoyée au bureau, dont le rappor-
teur proposa mi ajournement fondé
sur ce que Marchangy devait pro-
duire des extraits de rôle prouvant que
tlans d'autres départements il payait le
cens légal. La Chambre prononça l'a-
joumement à quinze joiu-s. Marchan-
gy ne profita pas de ce délai ; mais, à
la session suivante, ayant été nommé
par les électeurs de l'arrondissement
d'Altkirck (llaut-Rhin), il prit sans
difficulté séance à la chambre. I/in-
cident que nous venons de signalei
avait été, pour l'opposition, un su-
jet de ti'iomphe, et en même temps
avait prouvé combien le gouverne-
ment savait peu soutenir, contre la
malveillance des partis, ses plus dé-
voués défenseurs. On a prétendu
qu'au moment oii parut le réquisi-
toire de Marchangy sin- les société*
secrètes , il fut trouve si exact par
les affidés qu'ils condamnèrent à
mort son auteur. Mais ce fait ne pa-
raît pas pi-ouvé. Marchang>- en ftit
quitte pour les injures de quelques
écervelcs (pii l'insultèrent comme il
passait sur le pont des .Vi'ts. Sa con-
duite et ses principes avaient engagé
Monsieur, depuis Charles X, à l'appe-
ler à son conseil en 1818. Dans les
occasions les plus indifférentes, Mar-
changy témoignait hautement son
zèle pour les Bourbons. C'est ainsi
que , lors d'un banquet d'électeurs
royalistes qui eut lieu au mois de mai
1822 à la Chaumière, il porta le toast
suivant par allusion à la naissance du
duc de Bordeaux : A ceUe qui notis a
>L\R
67
réconciliés avec Cesperatiee! à celte
qui a fait mentir te crime ! Mar-
cbangv poursuivait glorieusement sa
carrière à la fois judiciaire et litté-
raire , car sa Gaule poétique était
à sa sixième édition et il voiait de
publier Tristan te voyageur, lors-
que, déjà vieilli avant l'âge par le
travail, il fut frappé d'une affection
«le poitrine au sortir de cette même
cérémonie hmèbre du 21 janvier,
qui, la même année, coûta la vie a
deux vieillards membres comme lui,
<le la cour de cassation (Brillât-Sava-
rin et Robert de Saint- Vincent). Tout
souffrant qu'il était , Marchangy ,
quelques jours après, s'exposa à sor-
tir pour solliciter mie place vacante à
l'Académie française. Nous nous rap-
j)elons même l'avoir vu trois ou qua-
tre jours avant sa mort dans les bu-
reau\du Moniteur, où l'avait conduit
l'intérêt de sa candidature. Il mourut
le 23 février 1826, à peine âgé de 42
ans. On peut bien dire de ce magisti at
<lont la constitution toute nerveuse
«;tait si frêle et dont le courage et la
témérité étaient invincibles, qu'il fut
im de ces êtres chez qui, selon l'ex-
pression proverbiale, ta lame use le
foureau. A ses obsèques, M- .Iules de
Marmier, gentilhomme ordinaire de
la Chambi-e et ami d'enfance du dé-
funt, prononça sur le cercueil quel-
ques paroles touchantes, entre autres
relles-ci : •' Magistrat aussi fidèle qu'in-
• tcgre , il eut aussi ce courage civil
' qui élève jusqu à l'héroïsme » . Quel-
ques jours après (22 février), Desèze,
premier président de la Cour de cas-
sation , s'exprima sur son compte
l'u ces termes : " l-es tiavaux même
•■ de la magistiatme ne suffisaient pas
a son ardeur noblement impatiente.
" il lui fallait encoie des succès d'un
autre genre, et ces succès il le«
■• chercha dans ks lettres... Sa bril-
68
MÂB
« lantc imagination qui l'emportait
. quelquefois malgré lui, lui fit même
« saisir, dans les annales de notre
« monarchie, des époques mémora-
« blés auxquelles il se plut à mêler
» des fictions de nature à répandre
» encore plus d'intérêt et de grâce
„ sur les tableaux qu'il ea retraçait.
« Il aspirait aussi en même temps à
« cette gloire si séductrice de la tri-
a bune, dont ses talents, ses excel-
u lents principes... le rendaient égalc-
« ment digne. Malheureusement ces
. travaux si multipliés dans lesquels
« il consumait ses jours et ses nuits,
. n'ont pas tardé à abréger sa vie.
» etc. " Marchangy a laissé une fille
unique, mariée à M. le baron d'Em-
bowski. Il avait eu le temps de mettre
la dernière main à un roman histori-
que plein d'intérêt, qui est en quelque
sortel'applicationde la Gaule poétique.
Contraint par le plan de cette première
composition de traverser rapidement
tous les âges de la France, depuis les
forêts des Druides jusqu'à l'olympe de
I.ouis XIV, l'auteur navait pu jeter
qu'un coup-d'œilsur les temps les plus
féconds. Mais dans Trintan le voyaçjeur,
on la France au XIV' siècle, il s'est at-
taché à peindre les mœurs d'une
époque; ce n'était pas assez d'avoir
fait dans cette vue des recherches la-
borieuses, il fallait les rendre attrayan-
tes , il fallait animer le sujet par une
action attachante, et c'est ce qu'il a fait
dans ce dernier ouvrage, remarquable
par l'éclat et la fermeté du style, et qui
n'est pas sans mérite sous le rapport
de la composition. (Quatre volumes
de Tristan avaient paru avant la mort
de l'auteui-. I-es deux derniers suivi-
rent r-n 1825. Quehpies lignes de
points lenninent la fin du 108'
chapitre, probablenicnt U'. dernier de
l'ouvrage. Marchangy avait rédigé
des Hâémoirvs hisioriquef pour l'ortlre
MAR
aouverain de Saint-Jean-de-Jérusalem.
etc., publiés. par la commisiion des
langues françaises (Paris, 1816, in-S").
Ce travail lui valut la décoration de
l'ordre de Malte. Il fut créé, en 1821,
chevalier delà I^gion-d'Honneur. Un
grand nombre de ses plaidoyers font
partie de la Collection du Barreau
français. Il a lai.ssé inédits un Essai
sur la génération sociale et sur l'im-
mortalité de l'âme ; des Mémoires sur
la révolution française ; un Voyage en
Suisse ; un Commentaire sur les cinq
Codes et un Commentaire sur la
charte, il avait en outre publié, seule-
ment sous sa lettre initiale, un petit
poème de circonstance : Le siège de
Danlzick, en 1813, par M. de M***
(Paris, 1824, in-8"). Tous ces travaux
indiquent combien fut pleine la vie de
ce magistrat littérateur, à qui l'on n'a
pu reprocher qu'une ambition trop
impatiente, sans doute, mais justifiée
du moins par le talent. On a accusé
Marchangy d'aller lui-même colpor-
ter dans les journaux les articles faits
par lui pour louer ses propres ouvra-
ges. On peut affirmer, dans tous les
cas, que cette tradition n'est pas morte
avec lui. D v. R.
MARCHANT (Nicol*s-Damas),
antiquaire, né à Pierrepont (Moselle),
le 11 déc. 1767, suivit d'abord les
armées comme mt-decin militaire.
Revenu dans ses foyers , il fut appelé
aux fonctions de maire de la ville (1<'
Metz, puis nommé conseiller de pré-
fectiue du département de la Mosel-
le. Dès lors il consacra ses loisirs a
l'archéologie , particulièrement à la
uumismatiquc. Il avait formé un ri-
ihc cabinet de médailles, de mon-
naies inédile», et une curieuse col-
lection de livres sur les diverses
branches des sciences , de la littéra-
ture et de l'histoire. Créé baron et
officier de la U=gion-d'Honneur , il
MAR
MAR
69
titait membre de plusieurs sociétés
savantes, nationales et étrangères,
entre autres de l'Académie royale de
médecine de Paris et de l'Académie
royale des sciences , lettres et arts do
Metz. Marchant mourut dans cette
ville le 1" juillet 1833. On a de lui :
I. Différents écrits sur des matières
politiques et économiques : 1" Jfis-
cours prononcé à la société populaire
de Metz , en faveur de la liberté de la
presse, Metz , 13 vendémiaire an III
(ocL 1794), in-i" de 4 pa{>es; 2° Let-
tre de 31*** à M*****, membre de la
Chambre pour le département de la
******* (Moselle), sur le système élec-
tif le plus convenable à la monarchie
française, 26 décembre 1815, Metz,
in-S" de 22 pages ; 3° Rapport fait au
conseil-général du département de lu
Moselle, sur la destination ultérieure
du dépôt de mendicité de Gerze, 1818,
in-S", avec deui tableaux; 4' Des
réunions des communes formant une
seule mairie. Opinion émise au con-
seil-général du département de la
Moselle, dans la session de 1818 , in-
8° de 20 pages ; 3° Société mutuelle
et gratuite de Metz. Réponse ii la der-
nière note officielle de M. Chedeaux ,
fondé de pouvoir d'une des compa-
gnies d'assurances à prime, 1819, in-
8" de 12 pages ; 6° Statuts de la so-
ciété anonyme d'assurances mutuelles
contre l'incendie , pour la ville de
MeU, 1820, in-8". II. Mélanges de
numismatique et d'histoire, ou Coi--
respondance sur les médailles et mon-
naies des empereurs d'Orient , des
princes croisés d'Asie, des barons fran-
çais établis dans la Grèce, des pre-
miers califes de Damas, etc., Metz,
1818, in-8''de 122 pages, avec4plan-
ches et 19 vignettes, dont 36 mé-
dailles et monnaies inédites du cabi-
net de l'auteur. Son ouvrage est com-
posé de douze lettres; il en donna
une continuation en quatorze autre»
letUes,qui ont été imprimées séparé-
ment de 1821 à 1829, et tirées à un
petit nombre d'exemplaires. L'érudi-
tion et les connaissances variées qu'il
a montrées dans ces Mélanges l'ont
placé au rang des numismates les
plus distingués de l'Europe. Enfin, il
a fomni aux journaux de la Moselle
beaucoup d'articles sur des sujet*
scientifiques et littéraires, entre autreo
deux Lettres sur la vaccine (10 ger-
minal an IX, 1801); une Lettre ar-
chéologique a M. de Jaubert (31 mai
1819); une Critique du Résumé de
r histoire de Lorraine, de M. H. Etien-
ne, 182o, etc. Il avait l'intention
d'insérer, dans les mêmes feuilles, uu
grand nombre d'articles politique*;
mais l'autorité locale ne le permit
pas. M. Ch. Dosquet a publié une xVo-
tice sur M. le baron Marchant (in-S"
de 12 pages), lue dans la séance de
l'Académie de Metz, du 1" juin
1834. Z.
MAllCILiXT de Beaumont (F.-
M.), né en 1769, à Paris, où il est
mort, le lî> août 1832, a publié un
grand nombre de compilations : I. Le
Conducteur de l'étranger à Paris, con-
tenant la description des palais , mo-
numents, etc., 1811, in-18, souvent
réimprimé. II. Manuel du pétition-
naire, Paris, 1814; 3' édition, 1826,
in-18. m. Souveau dictionnaire géo-
graphique de Vosgien, Paris, 1817;
1824, in-8", avec cartes. IV. Beautés
de l'histoirf: de la Hollande et des
Pays-Bas^ depuisjes Romains jusqu'à
ce jour, Paris, 1817; 3' édit., 1823,
Jn-12, avec gravures. V. Beautés de
l'histoire de la Chine, du Japon et
des Tartares , Paris, 1818, 1823,
2 vol. in-12, fig. VI. Beautés de
thistoire de la Perse, depuis Cyrus,
jusqu a nos jours, Paris, 1822 ; 2' édïL,
1825, 2 vol. in-12, fig. VII. Le Con-
70
MAB
ducteur a» cimetière de l'Esl on du.
Père-Lachaise , Paris, 1820, in-18,
avec planches ; 2' édit., sous ce titrée :
L'Observateur au cimetière, etc., 1821 ;
3' édit., sous le titre de Manuel, etc.,
1828. L'auteur en donna un abrégé ,
intitulé : Itinéraire du curieux dans
le cimetière du Père-Lachaise, Paris,
1825, in 18. IX. Cri de l'indignation
publique contre une monstmeuse or-
donnance rendue, le 5 mat dernier,
par Charles X, auquel elle fut dictée
pat Polignac et les Jésuites, Paris,
1830, in-8°. C'était une ordonnance
j-elative aux tombeaux des militaires.
Z.
MARCHE (Jean-François de i.a),
XXVI, 610, voy. hK Marche, LXX,
13. C'est le même personnage.
MARCHE COUKMONT (Ig> a-
i;F. HroARY de l v) , littérateur, naquit
à Paris, le 25 mars 1728. La dissipa-
tion de la jeunesse , de fréquents
voyages en Italie, en Allemagne, en
Pologne, des circonstances peu lavo-
rables , ne lui permirent pas de cul-
tiver avec assiduité les heureuses dis-
positions dont il était doué, et l'em-
pêchèrent d'acquérir ime réputation
que ses talents auraient pu lui pro-
curer. D'abord attaché, en qualité do
chambellan, au margrave de Rareith,
il obtint plus tard un brevet de capi-
taine dans les volontaires de Wurm-
ser, au service de France, lléformé à
la paix de 1763, avec une pension, il
mourut à l'île Bourbon, en dé«;embrc
1768. Au milieu des agitations de sa
vie, il trouva ceperrdant le .loisii de
composer quelques ouvrages : I. Let-
tres d'Ata ou (fun Péruvien, Amster-
dam, 174Î), 1760, in-12. C'est une
production fort médiocre, (jue l'au-
tcnr donna dans sa jcuncHS<;, poui-
faire suite a«i\ Lettres péruviennes de
M"" de (;ra(ïigny (woy. ce nom, XVlll,
263), avec lesquelles on a souvent
MAT, ^
réimprimé l'ouvrage de La Marche,
II. Essai politique sur les avantages
que la France peut retirer de la con- .
quête de l'île de Minorque, Citadella |
(Lyon), 1757, in-12, opuscule pubhé
à l'occasion de la prise de Minorque
par le maréchal de Richelieu, et dans
lequel on trouve des vues utiles pour
cette époque. III. Réponse aux diffé- |
rents écrits publiés contre la comédie
des Philosophes, 1760, in-12. On sait
quel débordement d'injures et de cri-
tiques cette pièce attira à son auteur
{voy. Palissot, XXXII, 420). La Mar-
che la défendit contre ses nom-
breux détiacteurs. dans l'écrit que
nous indiquons. IV. Essai d'un nou-
veau joui-nal, intitrilé le Littérateur
impartial, ou Précis des ouvrages pé-
riodiques, La Haye et Paris, 1760,
in-12. Ce journal, entrepris en société
avec Jacques FleuiT {voy. ce nom,
XV, 72), ne fut pas continué ; il n'en
a paru qu'un numéro. La Marche
avait fondé en 1754, sous le patro-
nage du duc d'Orléans, dont il était
officier, le Journal étranger, auquel il
travailla pendant quelques années
avec plusieurs littérateurs. Il fut auvsi
nu des collaborateurs du Nécrologe
des hommes célèbres de France, et il
a foiuni à cette collection V h: loge de
Stanislas, roi de l'olo^jne, inséré dans
\c. volume de 1769. L'éloge de la
Marche se trouve dans le même re-
cueil, vol. de 1770. P— «t.
MARCHES' A (Joskph), littéra-
Ifin-, naquit, en 1768, à Utrera,
«lans l'Andalousie. Ses parents lui H-
lont faire d'excellentes étwles, et le
destinaient à l'état ecclésiastique: mais
s étant livré ix la l.Klure des ouvrages
de la nouvelle école pliilosophique
française, malgré la sévère proliibitiou
q,ii les frappait en Kspagne , le jeonc
Marcbena ne tarda pas à numilester
des opinions «pii devaient lui attirer
MAR
les rigueurs de l'inquisition. Menacé
d'être arrêté, il se réfugia en France,
où la révolution venait d'éclater, et
où il fut accueilli avec empressement.
Ses talents , sa facilité prodigieuse a
parler et à écrire plusieui-s langues ,
lui permirent même de jouer un
rôle assez important, et lui valurent
l'amitié de Brissot et d'autres giron-
dins. Après le 31 mai, il se retira à
Caen avec Louvet et quelques autres
députés qui s'efforçaient de relever
leur parti ; mais, obligé de fuir, il fut
arrêté à Bordeaux et transféré dans
les prisons de Paris. Dans cette posi-
tion critique, il fit preuve de cou-
rage et de dévouement à la cause
qu'il avait embrassée. Robespierre, en
envoyant à l'échafaud Danton, La-
croix, Camille Desmoulins, etc., avait
épargné Marchena -, celui-ci ne crai-
gnit pas de le braver , et osa lui écrire
sur une feuille de papier : Tyran , tu
m'as oublié! Le tvran monta sur l'é-
chafaud à son tour, et Marchena, ren-
du à la liberté, fut admis dans les
bureaux du comité du salut public ,
et attaché à la rédaction du joumal
l'Ami des Lois, que dirigeait Foul-
tier; mais il perdit bientôt ces deux
emplois, soupçonné par son parti
d'opinions rétrogrades. Pour se ven-
ger de sa destitution , il lança con-
tre les chefs du parti U'iomphant ,
Tallien, Legendre et Fréron, plusieius
pamphlets qui lui attirèrent de nou-
velles persécutions et le firent pros-
crire, après le 13 vendémiaire, sous le
prétexte qu'il avait pris part au sou-
lèvement des sections de Paris conti-e
le pouvoir législatif. A cette époque,
un de ses amis l ayant renconti"é armé
d'un sabre qui était plus grand que
lui, dit en riant : Marchena y vous
êtes attaché à votre sabre. Amnis-
tié peu après, il reparut dans l'arène
de l'opposition en attaquant, dans
MAR
'^1
plusieurs pamphlets, le Directoire hii-
même, qui lui appliqua la loi sur les
étrangers, et le fit conduire, en juin
1797 , jusqu'à la firontièi'C suisse.
Mais sur la demande de Marchena, le
conseil des Cinq-Cents intervint et
lui confirma les droits de citoyen
français dont il avait paisiblement
joui pendant cinq années. Revenu ù
Paris , il fut choisi , pour secrétaire,
par le général Moreau, qu'il accom-
pagna à l'armée du Rhin. Pendant
son séjour à Bâie , Marchena fxit
l'auteur d'une mystification , qui eut
quelque retentissement. Il avait com-
posé une chanson fort leste, qui lui
attira une sévère réprimande de la
part de Moreau. Pour se disculper
auprès du général, il assura que cettp
chanson n'était qu'une traduction d'un
passage de Péti-one, encore inédit, et.
deux jours après, il présenta au géné-
ral un fragment qu'il disait avoir ex-
trait d'un manuscrit fort ancien de la
bibliothèque de Saint-Oall. Le Satiri-
con de Pétrone offre de nombreuses
lacunes, et Marchena, profitant de
cette circonstance, avait rempli Tune
d'elles avec tant d'art , que son inter-
polation semblait devenir nécessaire
à l'intelligence du récit, et faire par-
tie du texte. Il avait d ailleurs si bien
imité le ton, l'esprit et le style de
Pétrone, que , lorsque le pretendti
fragment fut publié, plusieurs savants
s y laissèrent tromper; on fit même
ime sorte d'enquête ; et lauthenticité
du fragment fut reconnue et annon-
cée dans les journaux par l'un
des plus célèbres critiques de I Alle-
magne. Marchena tenta , quelque
temps après, de renouveler la même
fraude pour Catulle. Il prétendit avoir
découvert dans un papvrus d'Hercu-
lanum quarante vers inédits de ce
poète; mais, cette fois, il rencontra
un rude jouteur dans M. Eischtaedt .
72
MAIt
professeur à léna ; et la inydtifieation
retomba sur son auteur. Moreau ayant
demandé à son secrétaire une statisti-
que de quelques contrées de l'Allema-
gne,Marchena, qui ne savait pas encoro
un mot d'allemand, se mit avec aj-
deur à l'étude de cette langue , et ,
chose incroyable! il parvint en peu
de jours à lire les principaux ouvra-
ges qui avaient été faits sur ce sujet.
Son rapport obtint les éloges des gé-
néraux et fut d'une grande utilité.
Lorsque Moreau revint à Paris,
Marchena l'y suivit, et lui resta
aussi attaché dans la mauvaise que
dans la bonne fortune. Ce ne fut
qu'en 1808 qu'il retourna en Es-
pagne avec Murât , qui l'emmena
à Madrid , comme secrétaire. A pei-
ne arrive, il fut arrêté par ordre
du grand-inquisiteur, qui, malgré
l'intervention du général français,
refusa de le mettre en liberté. Alors
Murât envoya délivrer son secrétaire
par une compagnie de grenadiers.
Quand le trône d'Espagne fut donné
à Joseph Bonaparte, Marchena iut
chargé de la rédaction du journal of-
ficiel, et iiommé chef de la division
des archives au ministère de l'inté-
rieur ; il obtint mémo de faire im-
primer , aux frais du gouverne-
ment, tous les ouvrages qu il tradui-
rait du français. Il fit rci)résentcr
en espagnol, sur le théâtre del Vrin-
fûpc , le Tartufe et le Mhauihrope de
Molière; sa traduclior) eut beaucoup
de succès et lui valut d'être nommé
«;hevalier de l'ordre que le roi Joseph
avait créé à son avènement. Eu 1813.
il suivit les Français dans leur re-
traite , et vint habiter successive-
ment Nhnes, Montpellier et Bordeaux,
f»ù il publia dos traductions de quel-
ques ouvra(;es de Voltaire , de Rous-
seau et de Montesquieu. J^a révolu-
tion [qui éclata ,^en 18;i0 l'attira de
MAR
nouveau en Espagne ; mais, repousse
par les hbéraux qui le considéraient
comme un afranr.esado ^ c'est-à-dire
comme une créature de l'ex-roi Jo-
seph, il se trouva dans un extrême em-
barras, et mourut peu de temps après
sou arrivée (janvier 1821), dans un
état voisin de la misère. Cependant ses
funérailles se firent avec quelque pom-
pe, et plusieurs discours furent pro-
noncés sur sa tombe. Marchena était
un très-petit homme, d'une figure de
tatyre, d'une fort mauvaise tenue, et
se croyant néanmoins fait pour plaire
à toutes les femmes, ce qui lui donna
souvent de grands ridicules. Ses ou-
vrages sont : 1" Réflexions sur les fu-
(jitifs français, Paris, 1795, in-8''. —
2° (En société avec Valmalette ) : le
Spectateur français , 1796, in -8".
tome I"^ , qui n'eut pas de suite. —
'.i" L'ssai de théolooie , Paris, 1797,
in-8°. Cet ouvrage fut réfuté par le
|)rofesseur lleckel. — 4" Fragmentum
Petronii ex bibliothecœ Sancti-Galli
untitiuissimo manufcripto e.xceq>tum .
iiunc primum in lucem editum : gai
lice vertit ne notis perpctuis illustra-
rit Lallctnandus, sacrœ thcologiœ doc-
lor, Dâle, 1800, in-8". C'est de ce
fragment qu'il a été parlé plus haut. —
.')" Description des provinces basques,
itisérée dans les Annales des Voya
fjes, — 6' Leçons de philosophie vuy
raie et d'éloquence, Bordeaux, 1820, 2
v.in-S". C'est un recueil «le morceaux
choisis, de poésie, d histoire, de phi-
losophie et d'éloquence, tirés des
meilleurs écrivains espagnols, et pré-
cédés d'un discours préliminaire sur
l'histoire littéraire de l'Espagne et sur
les rapport» <le ses vicissitudes avec
les vicissitudes politiques. Marchciia
a encore donne plusieurs traductions ,
dont le choix ,suflirait pour faire
connaître se» goûts et ses opi-
nions. Ce sont 1° Coupd'a-it su,
MAK
HAR
7S
Iti forcty topulencf et ta population
de la Grande-Bretagne, par le doc-
leur Clarke; ilarchenay a joint la
correspondance inédite du docteui'
Tucker, et de D. Hume, Paris. 1802,
in-S". — 2" HÉmile, de J.-J. Rou^-
?«au, Bordeaux, 1817, 3 vol. in-12.
— 3» Lettres Persanes de Montes-
quieu , Nîmes, 1818, in-S", et Tou-
louse , 1821, iii-12. — 4° Les Contes
de Voltaire, Bordeaux, 1819. 3 voi.
iu-12. — 0° *fanuel des inquisiteun,
à l'usage de linquisition d'Espagne et
de Portugal, par l'abbe Morellet,
Montpellier, 1819. in-8^— 6° L'Eu-
lope après le congrès d'Aix-la-Cha-
pelle , par de Pradt , Montpellier ,
1820, in-12. — 7° De la liberté reli-
gieuse, par Benoît, ibid., in-8°. — 8*
Julie, ou la Nouvelle Héloise, par
Jean-Jacques Rousseau , Toulouse ,
1821, 4 vol. in-12. Il avait entrepris
une traduction en espagnol de ['Essai
sur les mteuis et du Siècle de Louis
XIF, laquelle probablement ne tut
pas terminée et n'a pas vu le joui' ,
|)lus que sa notice siu- le poète espa-
gnol Mellendès Valdés. A — v.
MARCHE SI (Fius«;ois), ou
ZAGAXELLI, peintre né à Coti-
gnola, florissait en 1518. Il vint fort
jeune à P»avenne, oîi il reçut les leçons
de Kondinello, auquel il succéda et
dans son école et dans ses travaux.
C'était un coloriste du premier méri-
te; mais inférieur a son maîue dans
le des.sin et la composition. Ces dé-
fauts cependant sont loin de se faire
remarquer dans la fiaiueu.se Résui-rec-
tion de Lazare, qu'il a peinte à Clas-
se, ainsi que dans le Baptême de Jé-
xus-Clirist, qu'on voit à Faenza. U
a su, dans ces deux ouvrages, tem-
pérer la fougue de son génie , dis-
poser avec plus dintelligence ses
figures fort bdles. bien drapées, et
pleines d'originalité , quoique d'une
proportion ordinairement au-dessous
de nature. On fait aussi un cas extrê-
me d'un grand tableau de la Vierge
au milieu de plusieurs saints, qui
existe aux Observantins de Panne, et
dans le({uel il a introduit plusieurs
personnages célèbres de son temps.
On ne connaît rien de lui dont l'idée
ait plus de solidité, l'ensemble plus
d harmonie , la disposition plus d'art
et le» accessoires plus d'adresse, il a
douné à son coloris plus de douceur,
et a voulu surtout s y rendre propre
la manière de Mantegna. Il eut un
frère nommé Bemardino, avec lequel,
il peignit un tableau très-estimé de
la Vierge entre saint François et saint
Jean-Baptiste, dans une clia[)elle des
Observantins de Ravennc, et un au-
tre que l'on voit à Imola , dans le
couvent de» Réformés. Bernardino
ne se montra pas sans talent lorsqu il
peignit seul. On remarque, dans la
Charti-cuse de Pavie, un tableau où il
a mis son nom, ce qui peut servir à
lectiiîer Terreur dans laquelle est
tombé Crcspi, en oe faisant qu'un
seul des deux frères. — Jérôme
MiiRCUESi dà Cotignola, qui parait
être de la même famille , naquit
veis 1480, et fut élève de Fran-
cia. Ses portraits jouissent d'une ré-
putation supérieure à ses tableaux
d'histoire , et quelques-uns de ce»
derniers qne l'on voit à Rimini , jus-
tiBent cette préféience; mais il n'en
est pas de même de ceux qui existent
à Bologne; ces tableaux, peints dans le
stvle de son temps, repoussent entière-
ment un tel reproche. Celui que possè-
dent les Servitcs de Pesaro , et qui re-
prèseute la Marquise Ginevra Sfona
prosternée devant le trône de la Vier-
ge avec son Jils Constant If, est re-
marquable par la beauté de la pers-
pective. Ce tableau n'est point le seul
qu'il ait exécuté pour des familles
7^
MAR
souveraines. Son dessin a quelquefois
de la sécheresse, mais son coloris est
agréable; ses têtes ont de la majesté ,
et ses draperies sont bien disposées.
Les ouvrages que l'on connaît de lui le
placent parmi les meilleurs peintres
de l'ancien style. Appelé à Naples et
à Rome, sous le pontificat de Paul III,
ses travaux dans ces deux villes eu-
rent peu de succès , ce qu'il faut
plutôt attribuer à sa manière de
peindre, alors passée de mode, qu'à
son manque de talent. Il a mis son
nom à un tableau de Saint Jérôme ,
qu'il peignit, en 1520, pour les Con-
ventuels de Saint-Marin. Cette date
suffit pour réfuter l'erreur d'Orlandi
qui place la mort de Marchesi en
1518. Vasari et Baruffaldi le font
mourir sous le pontificat de Paul III,
vers 1550. — Joseph Mabchesi, sur-
nommé il Sa)iso7ie , né à Bologne
vers la fin du XVIl« siècle , fut
élève de Franceschini et de Milani.
Il s'est approché de la manière du
premier, dans son tableau de la
Fierge de Galiera , et l'opinion com-
mune est qu'il l'égale dans la science
du plafond, et dans le ton de la cou-
leur. C'est de Milani qu'il apprit la
science du dessin, quoiqu'il soit par-
fois un peu chargé dans les parties
du nu. Un de ses meilleins ouvrages
est /c Martyre de sainte Prisca, qui se
trouve dans l'église du Dôme de Ri-
raini, où l'on remarque une bonne
couleur et un grand nombre de belles
fipures. La Sainte Agnès du Domini-
quin parait l'avoir inspiré. J. Marclicsi
a encore exécuté beaucoup de ta-
bleaux i)our des galeries particulières.
Celui dans lequel il a représenté les
Quatre Saisons passe, aux yeux des
connaisseurs, pour un des plu» beaux
ouvrages de l'<>cole de Bologne. O
peintre uiouiut dans cette ville le 16
février 1771. P— s.
MAR
MARCHESI, vulgairement MAn-
cHESiNi ( Louis) , l'un des plus célè-
bres chanteurs parmi les castrats
italiens, était né à Milan en 1741,
et non vers 1755. Fils d'un trompet-
tiste milanais, il s'adonna d'abord à
l'étude du cor; mais, porté vers un
genre dans lequel il devait obtenir le
premier rang, jaloux des hommages
d'admiration dont étaient comblés les
soprani de cette époqu|, il se ren-
dit à Bergame, où il se fit opérer. Il
reçut des leçons de Fioroni, du so-
prano Caironi, du ténor Albuzzi ,
et ne tarda pas à être admis parmi
les élèves de la cathédrale. Il alla
à Rome , en 1774 , et débuta dans
un rôle de femme (une loi de ce temps
défendait aux femmes de paraître sur
la scène dans les états du pape) (1).
En 1775 , il revint à Milan et joua
long-temps les seconds rôles. A cette
époque, si fertile en chanteurs ex-
cellents, les acteurs du second ordre
regardaient comme un bonheur pour
eux de se trouver chaque jour en
scène avec des talents transcendants,
et ils devenaient souvent les rivaux de
ceux qu'ils avaient cominencé par re-
garder comme leurs maîtres. En
1779, Marchesi quitta l'emploi de se-
cond, et parut à Florence dans le
Caslore e Polluce, de Bianchi, et dans
l'Achille in Scim, de Sarti. Ce dernier
rôle lui acquit une réputation extra-
ordinaire; il se surpassa dans le dé-
licieux rondo : Mia speranza io pur
vorrei, et l'on n'a pas de peine à com-
prendre que depuis il ait tant de fois
répété ce niorcean. De retour à Mi-
lan, Marchesi devint l'objet de l'ad-
miration universt'lle ; l'académie fit
frapper une médaille en son honneur,
et tous les chanteurs le prirent pour
(1) Celle loi fut renouvelée en 1825, mais
il ne parait pas qu'elle ail été HÙ»e en vi-
gucur.
MAR
modèle. Il se fit entendre ensuite sur
les théâtres des principales villes d'I-
talie ; puis à Vienne , à Berlin, à Saint -
Pétersboui^, et enfin à Londres, où il
resta deux ans. Retiré du théâtre de-
puis 1790, il retourna en Italie, où il
vécut comblé d'honneurs et de ri-
chesses. L'excellence de sa méthode
a été si connue et si admirée, qiic
tout ce que l'on jwunait due à co
sujet ne saui*ait exprimer les sensa-
tions qu'il foisait éprouver. Crescen-
tini a pu seul donner une idée de la
pureté de son expression , de la net-
teté de sa voix. Maix-hesi éuùt de plus
excellent acteur, talent rare dans les
bons chanteurs. Il mourut dans sa
patrie en 1826. à l'âge de quatre-
vingt-cinq ans. Z.
MARCHETTI (Marc), ou ^fan
de Faenzu. du nom de sa ville natale,
florissait sou» le pontificat de Giv-
goire XIII (1572), et fut élève de Jaco-
pone Bertucci, peintre distingué de ce
temps. Personne n'eut plus que lui une
pi'atique fière, résolue et, comme di-
sent les Italiens, terrible, dans la pein-
ture à fresque. C'est surtout dans les
gt-otesqucs ou arabesqiia qu'il est resté
sans égal. .Personne mieux qne lui
ne savait mêler aux ornements des
traits d'histoire pleins de vivacité et
d'élégance et dont les nus sont une
véritable école de dessin. Tel est sur-
tout le Massacre dei Innocents qu'il
a peint dans le Vatican. C'est a lui
que Grégoire XIII, après la mort de
Sabbattini, confia les tiavaux qu'il fai-
sait exécuter. Côme 1'% grand-duc
de Toscane, l'emplova également à
rembellissement du Palais Fieux de
Florence. Il a peu tiavaillé dans sa
propre patrie: cependant on y con-
serve quelques-utis de ses tableaux à
l'huile, et l'on v montre, dans une des
rues, une voûte où il a peint des
fleurons avec des figures de monstres.
MAR
t5
d'une imagination pleine de richesse
et dont la beauté est telle qu'on les
prendrait pour un ouvrage des an-
ciens. Rien n'y est domié au caprice,
tout v rappelle la mvthologie et
une véritable connaissance de l'anti-
que. Marchetti mourut à Rome le 13
août 4588. P — s.
MARCHETTI (Jk4>), archoY-
que d'Ancyiv, était né à Empoli en
Toscane, le 10 avril 1753. Il fiit pr^^
en amitié par le cardinal Toireggiani,
son compatriote, qui se chargea des
frais de sou éducation. A la fin de ses
études il partit pour Rome,devintsecré-
tairc du duc Mattei ; puis ayant reçu
les ordres sacrés , il fut placé, par le
cardinal VitaUen Borromée, auprès du
jeune duc François Sibrza-Contarini ,
en qualité de précepteur. Une criti-
que qu'il publia de Y Histoire ecclé-
iiasticfue de Fleury lui attira les per-
sécutions des jansénistes, et lui fit
perdre sa place. Il se livra alors à
l'exercice de son ministère, et obtint
de la réputation comme prédicateur.
Ses conférences sur Itcriture-Sainlc ,
dans l'église de Jésus , attirèrent sui"-
tout un grand concours d'auditeurs.
Ses succès fixèrent lattention de Pie
VI, qui le nomma d'abord examina-
tour du clergé romain, puis président
du collège et de Féglise des .lésuitc».
Lorsqueles Français entrèrent à Romt",
en 1798, Marchetti fiit enfermé dans
le château Saint-Ange, puis barmi du
territoire de la république romaine.
Il reiUra alors dans sa patrie, mais
l'invasion de la Toscane par les ar-
mées fiançaises lui valut une nou-
velle incarcération, qui fut toute-
fois de courte durée. Après l'élection
de Pie VII, il revint à Rome, et se li-
vra tout entier à ses travaux. Lors-
que ce pontife eut prononcé Texcom-
munication contre Napoléon . Mar-
chetti- soupçonné d'avoir été le con-
76
MàH
seiller de cette mesure, fut exilé à
l'île d'Elbe, où il resta peu de temps,
car il obtint de se fixer dans sa patrie.
En 1814, il fut successivement nomme
archevêque d'Ancyre, in partibus,
gouverneur du fils de la relue d'Etru-
iie Marie-Louise, et administrateur
du diocèse de Rimini , avec le titre
de vicaire apostolique, n'ayant pas
voulu être évêque titulaire. U retour-
na à Rome sous le pontificat de Léon
XII, qui le choisit pour secrétaire de
la congrégation des évêques, dont il se
démit peu après. Il se retira pour lors
à Empoh, et y mourut le 15 nov.
1829. Il avait publié un grand nom-
bre d'ouvrages en italien, parmi les-
quels nous citerons : I. Critique de
rHistoire ecclésiastique et des dis-
cours de M. l'abbé Fleury. Ce livre a
obtenu plusieurs éditions, et a été
traduit en français , en allemand, en
espagnol. II. L'Autorité suprême du
Pontife romain, démontrée par un
seul fait, in-S". III. Les Raciniennes,
ou Lettres d'un catholique à un par-
tisan de l'histoire ecclésiastique de Bo-
naventure Racine, in-S". IV. Entr-e-
tiens familiers sur C Histoire de la re-
ligion avec ses preuves, 2 vol. in-8".
V. De l'Éducation civile et chrétienne
de la jeunesse , lettres critico-nwralcs,
2 vol. in-8''. VI. Les Devoirs du sacer-
doce chrétien, exposés en forme de re-
traite de trente jours, 'i\o\. in-8°. VII.
Leçons sacrées depuis l'entrée du peu-
ple de Dieu dans la terre de Chanaan,
jusqu'à la captivité de Rabylone,l\omc,
1803-1808, 12 vol. in-8". VIU. De
rÉglise, sous le rapport politique, 3
vol. in-8*'. Marchetti a, en outre, lais-
sé plusieurs ouvrages manuscrits. Z.
MAKCIIETTI (Gu'SEPPK Salva-
(,NOLi), poète italien, né à Cormota
près d'Empoli, le 8 septembre 1799,
a publié plusieuiR opuscules en vers
fort remanjuablcs, entre autres, une
MAR
traduction des Psaumes, et une des
Églogues de Virgile. Il a inséré dans
quelques ouvrages périodiques , et
notamment dans le Giomale Arca-
dico et V Antologia , de bons articles,
de critique et de polémique littéraire,
Nourri de la lecture des auteurs de
l'antiquité et des classiques de sa pa-
trie, il les aimait avec passion et
voyait avec chagrin tous ceux qui
s'écartaient de leurs traces. C'est ce
sentiment d'admiration exclusive qui
lui dicta une brochure renfermant
une critique amère des hymnes sa-
crées de Manzoni. Il méditait depuis
long -temps un grand ouvrage histori-
que qui devait fonder sa réputation ,
Pour se hvrer uniquement aux re-
cherches que ce travail exigeait, il
refusa les offres des magistrats de la
république de Saint-Marin, qui l'invi-
tèrent à diriger les études du sémi-
naire de cette ville. La mort vint l'ar-
rêter dans l'exécution de tous ses
plans. Ce fut dans la maison pater-
nelle où il était venu passer quelques
jours et prendre, au sein des affec-
tions de famille, de nouvelles forces
pour continuer sa laborieuse carrière,
qu'il mourut le 16 déc. 1829. Z.
MAttCIIIX et non Marsin, com-
me l'ont appelé quelques historiens ,
(le comte Ikiiuinand de), maréchal de
France , naquit en février 1656. Son
père, d'une ancienne famille flaman-
de , fut d'abord colonel dans les trou-
j)es liégeoises, puis général en France,
et .servit en cette qualité dans l'armée
de Catalogne. Au bout de deux ans,
il devint gouverneur-général de cette
province , abandonna le service de
l'rancc, et passa dans les rangs en-
nemis, ce qui lui valut les plus grands
hoimeurs de la part de l'empereur et
des rois d'Angleterre et d'Espagne. Il
mourut en 1673. Cette même année,
son fils, à peine âgé de dix-sept an».
■HtAB
vint en France, et obtint une »ous-
lieutenance dans la gendarmerie.
Nommé brigadier , en 1688, il eut,
l'année suivante, un commandement
dans l'armée d'Allemagne, combattit
en Flandre, et fut blessé à la ba-
taille de Fleurus. Maréchal-de-camp
en 1693, il servit en cette qualité à
Nerwinde et à la prise de Charleroi.En
1701, Louis XIV le nomma lieute-
nant-général et ambassadeur extraor-
dinaire auprès de Philippe V, qui
voulut le faire giand d'Espagne.
Mais Marchin déclina cet honneur, et
il motiva ainsi son refus dans une
lettre à Louis Xr\' : = Étant absolu -
» ment nécessaire que l'ambassadeur
a extraordinaire de V. M. en Espa-
n gne ait un crédit sans bornes au-
a près du roi son petit-fils, il est aus-
» si absolument nécessaire qu'il n'en
« reçoive jamais rien, sans excepter
» ni biens, ni honneurs, ni dignités,
•" paixe que c'est un des principaux
» moyens pour faire recevoir au con-
" seil du roi cathoUque toutes les
" propositions qui viendront de la
<• part de V. M. " — « Quoique je
« ne sois pas surpris de votre désin-
« téressement , lui répondit le roi, je
« ne le loue pas moins; et, plus il
" est rare , plus j'aurai soin de faiie
a voir que j'en connais le prix, et que
f je suis sensible aux marques d un zèle
« aussi pur que le vôtre. • Marchin
accompagna ensuite PhiUppe V à Xa-
ples, et il se trou^ a au combat de Luz-
zara (9 août 1702), où il eut deux
chevaux tués sous lui, près de la per-
sonne du roi d'Espagne. Il revint
en France en 1703, et reçut de
Louis XIV le collier de ses ordres
avec le gouvernement d'Aire en Ar-
tois. Il servit dans la même année
sous les ordres du dauphin, et con-
courut à la prise de Brissac et au gain
de la bataille de Spire, qui fut suivie
>UR
77
de la prise de Landan. il passa en-
suite le Rhin, et alla joindre le duc de
Bavière avec un grand convoi. Ce fut
alors qu'il reçut des mains de ce prin-
ce le brevet de maréchal de France,
que Louis XIV venait de lui envoyer.
Il prit ensuite le commandement de
l'armée sous les ordi-es de l'Électeur, et
fut chargé du gouvernement d'Augs-
bourg, après la prise de cette place.
Au commencement de l'année 1704,
il rempoita quelques avantages sur
les impériaux , et se trouva à la mal-
heureuse journée d Hochstedt, où il fut
blessé, et sut néanmoins, par sa va-
leur et son exemple, maintenir le bon
ordre dans une retraite qui pouvait
être si funeste ( voy. Tailart, XLIV.
422). Il n'est donc pas vrai, comme
on l'en a accusé, qu'il ait été la caust*
principale de la perte de cette ba-
laille , et Saint-Simon même lui a ren-
du justice à cet égard. O qui prouve
mieux encore que, dans cette occa-
sion, la conduite de Marchin fut irré-
prochable, c'est que , la même année,
le roi lui donna le commandement
de l'armée d'Alsace , et le pourvut du
gouvernement de Valenciennes. Com-
mandant encore sur le Rhin en 1705,
avec le maréchal de Villars, ils forcè-
rent les impériaux à repasser le
fleuve, et dégagèrent le Fort -Louis.
En 1706, Marchin fut envoyé en
Italie pour y servir sous les ordres
du duc d'Orléans, et il se trouva,
le 7 septembre, à la bataille de Tu-
rin, où trente mille impériaux, sous
les ordres du prince Eugène, enlevè-
rent d'immenses lignes défendues par
quatre-vingt mille Français. Cet
événement fut, sans nul doute, un
des plus importants du règne de
Louis XIV, et les jugements que l'on
en a portés sont fort divers. Nous-
mêmes en avons attribué la faute à
Marchin. dan-s l'article du duc d'Or-
78
MAR
léans ( foy. ce nom, XXXII, 109).
Nous pensons aujourd'hui que ce
que Napoléon en a dit dans ses
Mémoires , publiés par le général
Vlontholon, est plus exact et mieux
fondé, et nous ne saurions mieux
faire que de nous appuyer d'une si
grande autorité : » On a justifié la
a conduite du duc d'Orléans devant
« Turin ; les historiens l'ont décharge
u de tout blâme. Le duc d'Orléans
« était prince, il a été régent, les é-
u crivains lui ont été favorables, tan-
« dis que Marchin, resté mort sur le
« champ de bataille, n'a pas pu se dé-
<i fendre. On sait pourtant qu'il pro-
.. testa en mourant sur le parti que
« l'on avait pris de rester dans les li-
.. gnes. Mais quel était le général en
» chef? Le duc d'Orléans. Marchin,
» Lafeuillade,Albergottiétaientsousses
u ordres. Il dépendait de lui de pren-
« dre ou non les avis d'un conseil de
« guerre. Personne ne lui a refusé
u obéissance. S'il eût donné l'ordre à
« l'armée de sortir de ses hgnes, s'il
« eût donné ordre à la gauche de pas-
u ser la Doire pour renforcer la droi-
» te, s'il eût donné positivement or-
» dre à Albergotti de repasser le Pô,
« et que les généraux eussent refusé
« d'obéir, le prince serait disculpé
a Si l'absurde anecdote que l'on a col-
u portée, que le duc d'Orléans n'était
u général que de nom, et que Marchin
» était investi d'un ordre secret dn
., roi pour commander, était en cf-
« fet vraie, le duc en acceptant un
.. pareil rôle à l'âge de trente-deux
« ans , aurait fait une chose contraire
,. à l'honneur, digne de mépris, et (|ui
« aurait couvert de honte le dernier
» gentilhomme. Marchin était muni
« d'une recommandation du roi, pour
« que le jeune prince écoutât ses
« avis; voilà tout. Le <luc d'Orléans
.. était le général en chef reconnu par
MAR
" les généraux, les officiers et les sol-
» dats ; aucun ne refusa et n'eût re-
« fusé de lui obéir ; il est donc res-
« ponsable de tout ce qui a été fait. »
Ainsi, d'après l'opinion de Napoléon,
qui était allé sur les lieux , et qui avait
observé le champ de bataille avec
soin , le malheureux Marchin ne fut
que le bouc-émissaire de ce revers fu-
neste. Blessé grièvement à la cuisse,
dès le commencement du combat, il
fut fait prisonnier de guerre et trans-
porté à Turin, où un chirurgien du
duc de Savoie lui coupa la cuisse. Il
expira quelques heures après, disant
à l'ambassadeur d'Angleterre qui vint
le visiter, et qui l'a souvent répété :
" Croyez au moins, Monsieur, que ça
(' été contre mon avis, que nous avons
» attendu dans nos lignes... » Le duc
de Savoie lui fit faire de magnifiques
funérailles, et il fut enterré dans la
cathédi'ale. Saint-Simon, qui n'aimait
pas le maréchal, et qui était au con-
traire, comme l'on sait, fort enclin
pour le duc d'Orléans, a aussi fait de
cet événement im récit à peu près
semblable, et il le termine par un
portrait à sa manière et dont les cou-
îenrs sont fort rembrunies : « Mar-
« chin, vers le milieu du combat , re-
« çut mi coup qui lui perça le bas-
'. ventre et lui cassa les reins. Il fut
» pris en même temps, et conduit
. dans une cassinc voisine. Il deman-
.. da une seule fois si M. le duc d'Or-
" léans était tué. Arrivé là avec un
" aide-de-camp et deux ou trois do-
« mestiques, il envoya chercher un
» confessein-, dit quelque chose sut
u ses affaires , mit dans un paquet ,
u pour M. le duc d'Orléans, la letuc
.. (|uc ce prince avait écrite au roi
.- contre lui , et qu'il lui avait lue et
u confiée pour l'envoyer lui-même ,
.> no voulut plus entendre parler que
.' de Dieu et mourut dans la nuit. On
MAR
» trouva paimi ses papiers des misères
- innombrables et un amas de vœux
» plus que surprenants, un désordre
• immense dans ses affaires, et des
dettes six fois plus qu'il n'avait de
bien. C'était un extrêmement petit
iiomme, grand parlem-, plus grand
. courtisan, ou plutôt grand valet,
- tout occupé de sa fortune, sans tou-
tefois être malhonnête homme, dé-
- vot à la âamande, plutôt bas et
« comphmenteur à l'excès que poli ,
- cultivant, avec un soin qui l'absor-
" bait, tous ceux qui pouvaient le ser-
- virou lui nuire; esprit futile, léger,
« de peu de fonds, de peu de juge-
u ment , de capacité , dont tout 1 art
" allait à plaire. •• Le maréchal Mar-
chin mourut sans avoir été marié, et
sa famille finit avec lui ; ce qui fait
sans doute que personne n'ayant pris
intérêt à sa mémoire, peu de biogia-
phes lui ont consacré un artide. Ce-
pendant on publia sous son nom
une relation de la Campagne d'Alle-
magne en l'an 17(H , Amsterdam,
1742, 3 vol. in-12. M— Dj.
MARCHEVI (JEàs-FRAsçois), na-
quit à Verceil le 20 avril 1713. Après
avoir fait de brillantes études au col-
lège des Jésuites, il embrassa létat
ecclésiastique et alla étudier la théo-
logie à l'université de Turin. Reçu
docteur à la fin de 1735, il fut admis,
trois mois après, à laggrégation, ce
qui lui ouNTÏt la voie de l'enseigne-
ment universitaire. Lorsque l'on for-
ma, en 1738, mie faculté de belles-
lettres, Marchini, qui s'était déjà fait
une réputation d'éloquence, fut com-
pris parmi les membres de la nou-
velle faculté. Nommé en 1745 pro-
fesseur de théologie à Verceil, il rem-
plit en même temps les fonctions de
préfet des études, et dednt le con-
seiller intime de Mgr. Solaro, qui le
chargea de rédiger les articles du sy-
MAR
79
node diocésain tenu en 1749. Quel-
ques aimées après, il était rappelé à
Turin par le roi Victor -Amédée, afin
d'occuper à l'Université l'importante
chaire d'Écriture-Sainte et de langues
orientales. Son discours d'ouverture,
prononcé en présence du magistrat
des études, des professeurs et des
docteurs agiégcs de toutes les facul-
tés, fut fort applaudi et méritait de
l'être, soit par l'élégance de la lati-
nité, soit par la profondeur et la jus-
tesse des pensées. Le sujet était Fin-
troduction à l'étude de l'Écritore-
Sainte. La suite de son enseignement
répondit à l'éclat de son début et il
ne cessa de professer jusqu'à sa mort,
arrivée le 9 septembre 1774. Mar-
chini avait été l'ami de plusieurs
hommes célèbres, tels que le marquis
Scipion Maffei, BiancbinL, de Vérone,
et l'orientaliste de Rossi, de Parme ;
ce dernier fut son élève. On lui a
élevé mi monument dans l'église de
Saint-François-de-Paule, et sa biogra-
phie a été insérée dans l'Histoire de
la littérature verceillaise, par l'au-
teur de cet article. On a de Mar-
cliini : l. Essais de poésie hébraïque,
Turin, 1755, in-8°. IL Prœlectio ad
:ttudia sacrœ scripturve habita in regio
aihenœo, Tuiin, 1756, in-4''- IlL
Tractatus de divinitatc et canonicitate
sacrorum librorum sive in communia
sive in particulari de diversis scrip-
turarum editionibus ac versionibus^
avec un appendice des Instituiiones
linguœ hebraicœ, Turin, 1762, in-^".
IV. De chronologia sacra et de non-
uiillis apparenter sibi cont>xidicen->
tibus ac frequentioribus in ea occur-t
rentibus idiotismis, Turin, 1763, in-4%
V. Tractatus in loca difficiViora Novi
Testamenti, Turin, 1767, in-8". VI.
Dissertationes in loca difflciliora sa-
crce scripturce, manuscrit que fauteur
• laissé tout prêt pour l'impression.
m
MAR
— Marchini avait deux frères, dont
l'un fut avocat et poète, et l'autre
professa la philosophie au couvent de
Saint-François à Ferrare. G — o — y.
MARCHIOIVE, architecte et
sculpteur d'Arezzo en Toscane, flo-
rissait dans le XIIP siècle, il fut
choisi par le pape Innocent III, pour
élever à Rome \ Église et Y Hôpital dn
Saint-Esprit in Sassia, réédifiés dans
la suite par Paul m,Y Église de Saint-
SylvestTe^XdL Tour de Conti, ainsi nom-
mée parce que le pape était de cette
famille; et dans Sainte-Marie-Ma-
jeure, la Chapelle de la Crèche, qui
fut reconstruite par Sixte -Quint.
Dans la ville d'Arezzo, sa patrie, il
érigea l'église paroissiale ainsi que le
Campanile ou clocher. La façade était
composée de trois rangs de colonnes
les unes sur les auUes, toutes de di-
verses dimensions, les unes très-
grosses, les autres au contraire très-
minces, sculptées du haut en bas ;
les unes comme enveloppées de feuil-
lages de vigne, les autres accouplées
deux à deux, ou formées en faisceaux
de quatre à quatre, et la plupart
supportées par des espèces de mas-
sifs représentant divers animaux non
moins remarquables par le travail
que par l'originalité de l'invention.
Cependant le tout formait un ensem-
ble où la bizarrerie faisait disparaî-
tre le naturel et les proportions. Mais
tel était alors le goût général de l'ar-
<;hitecture. Tout artiste qui était on
même temps sculpteur, affectait de
manifester son talent en scidpUne
dans chaque partie d'un édifice. Le
grand art était d'entasser une foule
d'ornements sans se soucier des pro-
portions et des règles si chères aux an-
(îiens ; et , Marchione vivant dans un
siècle où les saines théories n'étaient
plus connues, on ne peut s'étonner
si b plupart de »e» ouvr»fl[e« sont
MAR
surcharges de sculptures sans goûl
et sans discernement ( voy. Luzar-
CHES, XXV, 501 , note t.) — Mar-
cHioNi (Charles), sculpteur et archi-
tecte habile, naquit à Rome, en
1704. C'est à lui qu'on doit le Mau-
sole'e de Benoît XIII, placé dans
l'église de la Minerve. Il est égale-
ment connu par d'autres travaux
qu'il a exécutés tant .à Rome qu'à
Sienne. Comme architecte il a cons-
truit le Palais de la grande villa Al~
bani, le hras neuf du port d'Ancône,
et la qrande fabrique de la nouvelle
sacristie de la basilique de Saint-
Pierre de Rome. Il avait un talent
remarquable pour dessiner à la plume
des bambochadcs, recherchées des
amateurs. Son caractère et ses qua-
lités ne lui avaient pas acquis une
moindre estime que ses talents. Il
mourut à Rome en 1780. P — s.
MARCHIS (Alexis de), peintre de
paysages , né dans le royaume de
Naples, au commencement du XVIIl*"
siècle, travailla à Rome, où il a laissé
des ouvrages recommandables dans les
palais Ruspoli et Albani.Mais c'est sur-
tout à Pérouse, à F rbin, et dans quel-
ques autres villes des États romains ,
que l'on conserve ses plus belles pro-
ductions. Il excellait à peindre les in-
cendies; et, pour donner plus d'exac-
titude à ses tableaux, on prétend qu'il
mit le feu à une meule de foin. Ar-
rêté pour ce dt'lit , mis en juge-
ment et condamné à plusieurs an-
nées de galère, il en sortit «ous le
pontificat de Clément XI, pour le-
qtiel il embellit le palais que ce
pape avait à Urbin, en y peignant
des vues d'architecture, des perspec-
tives et des marines d'une grande
beauté. Son style se rapproche de
celui de Rosa di Tivoli , plus que de
celui d'aucun autre maître. Son clief-
d'opuvrc, représentant YincenJir dr
Troie, appartient à la famille 2kut-
proni , à Urbin. il voulut y déployer
tout son talent, qui se fait remarquer
jusque dans les figures ; cependant
il n'y a ordinairement à louer dan*
ses ouvrages que la verve, le bon-
heur du pinceau, la vérité du co-
loria, particulièrement lorsqu'il peint
des feux ou des ciels sombres et
jaunâtres , l'accord et l'harmonie
de l'ensemble; mais les détails sont
en général lâches et exécutés san*
soin. Il eut un fils, paysagiste comme
lui, mais dont le talent était inférieur.
P— .^.
MARCIEU (PiesKK Émé, comte
»►;), issu d'une des plus anciennes et
plus illustres familles du Dauphiné.
naquit en 1686. Il était fils de Guy-
Balthazar, marquis de Marcieu et de
Boutières(I), gouverneur de (Grenoble
et de la vallée de Graisivaudan, et de
'\Iarie do Grollier, fille du comte de ce
nom, maréchal de batailles. Le comte
Pierre de Marcieu puisa clans l'exem-
ple et dans les leçons di' ses nobles
parents ce caractère chevaleresque et
religieux empreint des traditions du
moyen-âge, qui le distinguait surtout
rfu milieu du relâchement et des dé-
^^ordres de la cour du régent. Ce
prince l'emplova dans des missions
de confiance en llspagne et en Pié-
mont, où déjà il était connu et appré-
cié. Il servit dans le régiment de la
«".ouronne, depuis 1700 jusqu'en
1719, époque oii il devint colonel du
régiment des Vaisseaux. Promu au
grade de brigadier en 1721, à celui
de maréchal-de-camp en nW, fait
inspecteur-général d'infanterie dans
la même année, il fut nommé lieu-
tenant-général le 20 fc\Tior 1743.
il) Ce marquisat pro>enait d'un de se»
ancêtres, le chevalier de Boutières , parent
•H compagnon d'armes de Bavard, et qui
contribua beaucoup au ;aài de U bataille de
Oensoles.
IKXiÙ.
YUi:
81
commandant de la province du Datt^
pbiné le l"*^ août suivant, puit» du
corps darmcH; français sous les oi-
dres de l'infant don Philippe dEs-
pagne. Le 25 mars 1766, il reçut let^
insignes de commandeur de l'ordre
de Saint-Louis, et plu» lard ceux de
giand'crois. Le 2 mars 1777, Mon-
viVur, frère du roi Louis XVI, en sa
qualité de grand-maitre des ordres de
-NoUe-Uame-du-Mont-Garmel et de
•Saint-Lazare, lui fil délivrer les provi-
sions de la comiuanderie de Reims.
Marcieu joignait aux avantages d'une
taille élevée et d une belle figure , la
pinidence, l'habilité d'un homme d'état
et l'amabilité séduisante d un homme
de cour. Il était venk; dans la litté-
rature latine, et po|^dait »me con-
naissance profonde de toutes le»
i>ranches de la science militaire. Ji
parlait avec ime égale facilité l'espa-
gnol, l'allemand et l'italien. Indépeo-
datument des nombreux mémoires
militaircis dont il a enrichi le dépôt de
la guerre, il eu a laisse de fort curieux
sur la campagne des Alpes, en 1743.
\ lépoque de la disgrâce d Albéroni,
il eut la missiou de recevoir à la
frontière «l'Espagne , et d'accompa-
gner jusqu'à celle d'Italie ce ministre
disgracié, et de veiller a ce qu'en tia-
versant le royaume il n y renouât
pas des inuigiies avec les ennemis de
l'État. L'affaire de la Bretagne n'était
pas encore terminée. Le comte de
Marcieu mit, dans rexécution des or-
dres que lui avait donnés lednc d'Or-
léans, la plus aimal^le courtoisie et une
délicates^se de procédt^s qui touchèrent
e.\trémt;ment Albéroni. Ce ministre
dont la haute fortune venait d'être
renversée d une manière si brusque et
si imprévue, livré aux tourments d'uni'
ambition déçue, que la violence et:
l'impétuosité de son caractère rea-^'
daient plu> t.i-vkelU' encore, trouva du
82
MAB
soulagement à ses peines dans les con-
solations que lui prodiguait le comte
de Marcieu, Ce n'était pas une des cir-
constances les moins singulières des
vicissitudes de la fortune du cardinal,
que de voir l'homme naguère tout-
puissant, qui avait gouverné l'Espagne
et rempli l'Europede ses intrigues, déjà
usé par l'âge et surtout par le fardeau
des affaires, ne recouvrer le calme et
l'énergie de sa raison que dans les en-
tretiens ou les conseils du jeune co-
lonel que le régent avait chargé de
l'accompagner. Animée, substantielle,
pleine de saillies et d'intéi'ét, la con-
versation de cet officier ne cessait
pas un moment de charmer le car-
dinal ; parfois, elle lui faisait ou-
blier ses disgrâces ; et alors, le minis-
tre déchu, retrempé par la philoso-
phie élevée et consolante de son bril-
lant compagnon de voyage, ne com-
primait plus l'élan de sa reconnais-
sance, lui révélait avec épanchement
les détails les plus importants des
plans qu'il avait formés pendant sa
toute -puissance. D'autres fois il lui
découvrait les particularités les plus
secrètes des intrigues qui avaient
agité la cour d'Espagne. Ce fut ainsi
qu'il confia au comte de Marcieu
que la nouvelle reine avait été chai'-
gée de réaliser l'éloignement de la
princesse des Ursins, dont la dis-
grâce avait été concertée entre les
deux rois. En y mettant toutes les con-
venances, le comte de Marcieu ne se
conforma pas moins aux instructions
du régent , avec une prudence admi-
rablement calculée. Ainsi, le cardinal
ne reçut pendant ce trajet aiicMne
sorte d'honneurs; on lui fit parcourir
jusqu'en Provence, où il s'embarqua
])our Gènes, une route combinée de
manière à éviter les villes et les bourgs
<le (jueUjue importance. I,c régent
loua beaucoiip le romtiC de Marcieu ,
MAR
dans ses lettres particulières qui, avant
1789, étaient conservées au château
du Touvet, de ces dispositions et de
leur réussite; il laissa éclater toute
sa joie, lorsqu'il apprit l'embarque-
ment d'Albéroni pour Gênes, il était
débarrassé d'un ennemi pei'sonnel
qu'il avait puissamment contribué à
renverser. Tout obstacle au rappro-
chement des cours de France et d'Es-
pagne, et à la conclusion de la paix,
disparaissait avec le renvoi du car-
dinal. Pendant l'année 1748,1e comte
de Marcieu, dont l'administration
éclairée se faisait distinguer par un
mélange d'énergie, de douceur et de
dévouement aux intérêts du roi et
de la monarchie, réussit à surpren-
dre les menées que le parti protestant
entretenait avec les ennemis de la
France. Ces intrigues, dont le but
était de favoriser les armées qui me-
naçaient nos frontières, avaient leur
foyer principal à Genève , d'où par-
taient des émissaires chargés de pé-
nétrer dans les montagnes du Dau-
phiné, où il existait de nombreux
sectaires de Calvin, De là ils se ré-
pandaient dans le Vivarais et sur-
tout à Nîmes. Le comte de Marcieu
sut paralyser les sourdes et crimi-
nelles manœuvres dont il avait, dès
leur naissance, révélé l'existence à
la cour. Pendant son commandement
en Dauphiné, il eut des démêlés avec
le parlement, pour une question d'é
ti(|uette où il soutint, avec autant
d'esprit que de mesure, les droits du
gouverneur de la ville de Grenoble,
<lont le marquis de Marcieu, son ne-
veu, exerçait les fonctions. Il mou-
rut en 1778, âgé de 92 ans. Le comte
de Marcieu fut un modèle de dévoue-
ment au roi , à la patrie, et de désin-
téresscuïcnt. Il avait sacrifié une par-
tic de sa fortune au service mili-
.lains Voici ce qu'il <5crivail , lo 25
Mak
décembre 1761, au duc de Choiseul,
ministre de la guerre : » Monsei-
» gneur, je reçois, avec bien de la
» reconnaisance , la gracieuse lettie
" dont vous m'honorez le 13 de ce
• ^is, en m'annoncant l'ordre que
» que vous venez de donner à M. de
» Boullongne, pour me faire payer le,s
• quatre premiers mois de mon trai-
• tement de cette année, en qualité <lo
» lieutenant-général employé en Dau-
" pliiné. Ce petit secours ne pouvait
" me parvenir dans un plus prcs-
« sant besoin, à tous égards, puisque
" j'ai mangé plus de deux cent mille
« livres de mon bien au serince du roi,
« principalement pour soutenir aver
dignité, depuis dix-neuf ans, \c corn-
■ mandement de cette province que
" Sa Majesté voulut bien <-onfier à
» mes soins, en 1743, non par dos
« lettres de service, mais par des
" ordres et commissions particulières
1 qui m'y ont fait regarder comme
» placé, article que je crois devoir
« mettre sous vos yeux par les copies
• ci-jointes, à la suite desquelles vous
» pouvez voir qu'il m'est redà, par
« MAI. les trésoriers, plus de nonante-
u six m j7/e /ù'res, arrérages trop con-
• sidérables pour un douzième lieu-
• tenant-général des années du roi ,
« servant depuis 1700, âgé de 73
» ans, criblé de neuf blessures et
«• épuisé dans ses facultés, s'étant
» même privé de la dernière ressour-
• ce en faisant porter le premier à la
• monnaie toute sa vaisselle d'argent,
• afin dedonnerexempleenDauphiné
» pour les besoins de l'État. » — Mar-
r.iTX (Guy-Balthazar Émé, marquis
de), né en 1721, était fils de Laurent-
Joseph Émé , marquis de Marcieu ,
gouverneur héréditaire de la ville,
citadelle , arsenal de Grenoble et
vallée de Graisivaudan, et lui suc-
céda dans eette charg»?. Il manifesta
MAP»
83
de bonne heure une vocation décidée
pour les armes, et une grande aptitude
pour les sciences et les lettres dont il
s'occupait dans les loisirs que la
guerre lui laissait. Il débuta par étie
enseigne en la compagnie colonelle
du régiment Royal-Vaisseaux, le 22 dé-
cembre 1731, et se comporta vaillam-
ment dans les campagnes de 1733 et
1734, à l'armée d'.\llemagne. Nommé
capitaine de la même compagnie, il
passa, le 29 octobre 1739, dans les
gendarmes de la garde du roi avec le
grade de guidon. Devenu mestre-de-
camp de cavalerie, il mérita par sa
bravoure les suffiages de ses chefs à la
bataille de Fontenov. Le 1" mai 1746,
il fut placé comme brigadier de cava-
lerie dans l'armée commandée par le
maréchal de Saxe, et fit la campagne
de Flandre, qui fut terminée par la
bataille de Raucoux. Le 12 janvier
1747, il passa, en qualité de briga-
dier de cavalerie, sous les ordres du
comte de Marcieu, commandant en
chef de la province du Uaupbiué.
Dans la même année, il fut employé
à l'armée du maréchal de Bélle-
Isle , et prit part aux combats de
Lantosca et de Castel-Doppio ; il
fut maintenu dans ce grade à l'ar-
mée du même maréchal , quand il
vint commander à la frontière des
Alpes. Par brevet du 13 mars 1748,
il fut nommé capitaine-sous-lieute-
nant des gendarmes de la garde du
roi, et le 18 mai suivant, il fiit élevé
au gi-ade de maréchal-de-camp. Par
commission du roi, il fut, le 1"^ juin,
attaché à larmoe qui s'assemblait
sur les frontières d'Italie, sous les
ordres du maiéchal de Jîelle-Isle. Le
marquis de Marcieu reçut du roi, en
décembre 1748, l'honorable mission
d'aller à Cliambéi-y auprès de l'infant
don Philippe d'Espagne, pour pren»
dre les ordre< de ce prince, tant sur
6.
84
MAB
le passage de l'infant en Dauphind
que pour régler la marche des trou-
pes espagnoles qui devaient éva-
cuer la Savoie. Le marquis de Mar
cieu, atteint de la petite-vérole, mou-
rut en 1733, sans laisser de postérité,
à son château du Touvet, près Gre-
noble, âgé de 32 ans. G — h — d.
MARCIEU (Pierre Émk, marquis
dk), et de Boutiéres, frère du précé-
dent , et neveu du comte Pierre de
Marcieu, naquit en 1728, du mariage
de Laurent-Joseph, marquis de Mar-
cieu avec Françoise-Gabriclle de Mis-
tral de Montdragon, fille du marquis
de Montmirail. Par letti'e du grand -
maître de Malte d'Espuig, il hit nom-
mé page de ce chef de l'ordre , le 27
novembre 1739, et par brevet du 10
juin 1740, il débuta à lage de 12 ans
en qualité de cornette de la 2* com-
pagnie du régiment de cavalerie de
fiouchefolière. Il montra beaucoup de
valeur et de talent dans la campa-
gne de Bohême, dans celles d'Alle-
magne et de Flandre , et surtout à la
retraite de Prague. Le 26 août 1743,
il fut nommé capitaine d'une des
compagnies du régiment de cavalerie
de Royal-Pologne. Le 17 mars 1743,
sur la démission du comte de Marcieu,
il le remplaça dans le gouvernement
de Valence ; et le 3 avril 17i7, il fut
nommé colonel du régiment des
Landes (infanterie), étant à peine âge-
de 19 ans. Le 19 juillet suivant ,
à l'attaque des retranchements du co!
de l'Assiette, où il commandait son ré-
giment et la brigade do Bourbonnais,
il se couvrit de gloire , et reçut, eu
montant à l'assaut, les hiessiu-es les
plus graves. Par commission du 1"
janvier 1748, il fut nouuué mcstreKk-
camp du régiment de cavalerie de
Beaucairi-, qui prit le nom de Marcieu.
Le 25 mars suivant , il alla à Mons
prendre le commandement de ce n.^
MAR
giment qui faisait partie de l'aimée
du comte de Saxe. A cette occasion, le
comte Pierre de Marcieu , son oncle ,
écrivit la lettre suivante au maréchal
de Saxe : « Monseigneur , [quoique le
• chevalier de Marcieu , mon ne^u,
« soit encore assez recommandé paries
" cruelles blessures qu'il reçut le 19
« juillet dernier à la tête de son ré-
" giment des Landes et de la brigade
« de Bourbonnais à la malheureuse
" affaire de fAssiette en Piémont , je
'< ne puis ni ne dois résister à l'im-
>' patience qu'il a de se rendre au ré-
» giment de cavalerie devant Beau-
" Caire , que le roi a bien voulu lui
» donner et que peut-être vous ferex
» mouvoir dans peu.... Mon neveu,
« qui part demain , 23 , en poste,
« pour joindre ses étendards k Mons,
« est si empressé de se retrouver sous
« vos ordres où il a fait son appren-
" tissage en Bohême et à Prague, que
« j'espère des anciennes bontés dont
" vous m'honorez, la préférence de le
« faire servir ious vos yeux ainsi <juc
« son régiment, dans l'armée princi-
'< pale ijue vous vous réserverez ,
H n'ayant rien de plus à cœur que de
« mériter l'approbation d'un héi-os
•' tel que vous. Monseigneur, n Mar-
cieu assista à l'investissement deMaes-
tricht, qui se rendit le 7 mai. Le 26
déc, le comte d'Argenson, nùnistrc
de la (pierre, lui écrivit pour lui an-
noncer que , '< d'après le compte
« rendu au roi de ses services et des
" blessures reçues par lui à l'attaque
•< du cul de l'Assiette, Sa Majesté lui
" avait accordé ime pension de deux
u mille livres sur le trésor royal. «
Par comnùssiuu en date du 20 oc-
tobre 1730 , il fut revêtu de la
charge <le gouverneur »le la ville, ci-
la<lelle et arsenal de (5renoi)le el de
la vallée de Graisivaudau, devenue va-
f .ant4* par la mort du marquis (Jui de
Marcieu, son frère aîné. Il .se distin»
gua par plusieurs faits d'armes bril -
lants à la bataille de Hastembeck ga-
gnée par le maréchal d'Estrëes. Le 10
février 1759 il fut nommé brigadier
de cavalerie : durant cette guerre à
laquelle il prit une part très-active, il
se fit remarquer en Hanovre et en
Hesse. LeSmai 1761, il fut nommé
marëchal-de-camp, et lieutenant-gé-
néral le 1" mars 1780. Le 29 août
1783, il reçut une commission pour
remplacer le duc de Clermont-Ton-
nerre en qualité de commandant du
Dauphiné, et, par une autre commis-
ion du 29 août 1784, il y fut main
tenu. Enfin il obtint le commande-
ment en second de cette province,
dont le duc de Clermont-Tonnerre
avait le commandement en chef. Le
1" août 1787. il fut fait comman-
deur de .Saint-Louis , puis chargé de
la division du Dauphiné, avec le bre-
vet d'une brigade d'infanterie com-
posée de (rois bataillons légers, avant
sous ses ordres MM. de Frimont
et de la Galissonnière pour mare
chaux-de-camp. L'esprit d'opposition
avait fait de grands progrès au sein
des parlements, surtout parmi les
jeunes conseillers, pendant les an-
nées qui précédéi-ent la révolution.
L« marquis de Marcieu eut a lutter
contre le parlement de Gi^noble, la
cour ayant mis une grande mollesse
à le soutenir par la crainte qu'inspi-
raient déjà ces corps beaucoup trop
puissants. Dégoûté de ses emplois,
parce qu il n'avait pu communiquer
son énergie au ministère, ni réclaircr
sur le danger qui menaçait I ordn-
pnblic, le marquis de Marcieu rési-
gna le commandement de la province
et se borna aux fonctions de gouver-
neur de Grenoble. Il en fut arraché
pendant la teireur. et transporté à
Paris où il échappa aux niassacreii
MâR
85
des prisons, dans lesquelles il resta in-
carcéré pendant trois ans. Il mourtit
le 19 avril 18<H. Il avait épousé la
fille du marquis de Saint-André, lieu-
tenant-général et gouverneur de Va-
lence. — Le marquis de Marcieti
avait servi sur les côtes en 1760, et
avait été emplové pendant trois an-
nées à diriger la démarcation entre la
France et les États sardes , depuis
Genève, le long des Hautes-Alpes,
Jusqu'au littoral et confluent du Var,
en Provence, conformément au traité
des limites du 21 mars 1760.
G — R— D.
MiVRCIEU ( NiCOUS - GlWUEL
Emé, marquis de), fils du précédent,
naquit le 11 octobre 1761. Son édu-
cation religieuse et scientifique fut
dirigée avec soin et intelligence au
sein de sa noble famille. De bonne
heure on le prépara à la carrière des
armes qu'il devait embrasser; ses pro-
grès furent rapides. Il entra en 1775
comme aspirant au coi^ps royal d'ar-
tillerie, à la résidence de Grenoble,
étant à peine âgé de li ans, mais
déjà fort instruit en mathématique*
et dans les branches accessoires au
service de cette arme. Il la quitta
[>our entrer sous-lieutenant au régi-
ment de MoTtiieur, dragons, le 14
avril 1777, fiit successivement capi-
taine au régiment du roi, cavalerie,
capitaine de remplacement dans le
même régiment, major en second au
régiment roval Champagne, cavalerie,
le 1" mai 1788. Pendant l'émigration,
il fut aide-de-camp du maréchal de
Rroglie en 1792 et 1793. et capitaine
au régiment de Broglie en 1794.
Après la restauration il obtint le
grade de maréchal-de-camp le 2 oc-
tobre 1816. Le 10 juillet 1823, le
martpjis de Marcieu fut, ainsi que
son beau-frère, le marquis de U
Porte, ♦-•hoisi par l'ordre de Malte
86
MAR
pour entamer des négociations avec \c
colonel Jourdain, représentant le gou-
vernement grec, et il eut l'honneur
de faire consacrer, dans un traité, le
principe de l'aflFranchissement de la
nation grecque que plus tard l'Eu-
rope dut admettre et reconnaître. Il
s'agissait aussi de favoriser la renais-
sance de l'ordre de Malte qui eût cou-
vert de ses étendards européens les
mouvements de l'Orient. L'interven-
tion de l'ordre eût éteint ou du moins
amorti les rivalités des nations, qui
vraisemblablement ensanglanteront le
midi de l'Europe et peut-être l'Europe
entière, lors du démembrement de la
Turquie. Des ciiconstanccs malheu-
reuses, empêchèrent, en 1823, (jne ce
plan d'une sage politique se réalisât ,
même sans le concours des puissan-
ces. Le marquis de Marcieu mourut
à Paris le 22 avril 1830; il avait
épousé mademoiselle Adélaïde de
Broglie, fille du comte de Broglie,
lieutenant-général des armées du roi,
et d'Augustine de Montmorency, il a
laissé un fils, le comte Albéfic »le Mar-
cieu, qui fut long-temps employé dans
la diplomatie en Saxe et en Italie, sous
l'empire et sous la restauration, et
deux filles. Un deuxième fils avait péri
glorieusement à la bataille de Ilanau,
en 1813. G— b — d.
MARCILL AC ( Pikhre - Louis-
AcGUSJE BK tjRisv, uiurquis de), né le
9 février 1769 à Vauban, en Bourgo-
gne, d'une famille ancienne, fut élevé
à l'École militaire de Paris, d'où il
sortit avec une liculcnance dans le
régiuïent de Picardie, cavalerie, il en
devint colonel en 178,7, et énugra
au conunenccincnt de la révolution.
En 1792 il fut envoyé en Hollande
par les princes français, afin de né-
gocier un (-mprunt de 2,000,000 fi. Il
le conclut avec un /.èlc et un dcsin-
téressctiient rares, car non -seulement
MAR
il fit poner en diminution des inté-
rêts le pot-de-vin d'usage que les
prêteurs lui avaient offert, mais il en-
gagea dans cette opération toute la for-
tune de sa famille maternelle. Cette
même année , M. de la Queuille,
envoyé des princes frauç^ns auprès
de l'archiduchesse des Pays - Bas ,
ayant reçu une lettre autographe de
Louis XVI, par laquelle ce monarque
l'appelait à Paris afin de lui commu-
niquer les détails d'un plan conçu
pour l'évasion du Dauphin, le mar-
quis de Marcillac fut du petit nombre
de ceux à qui l'exécution dut en être
confiée. Mais une seconde lettie d.e
Louis XVI annonça qu'il abandonnait
<e projet. Marcillac fit la campagne
de 1792 en qualité d'aide-de-camp du
même M. de la Queuille, son oncle, et
telle de 1793 à l'armée du prince de
Cobourg. A|>rés la prise de Valen-
ciennes, il {)assa en Espagne oii il
commanda une compagnie dans la
légion du marquis de Saint-Simon,
et fit pallie de l'état-major du géné-
ral Ventura-Caro. Lorsqu'en 1795 la
paix fut conclue entre la France et
l'Espagne, cette dernière puissance
l'envoya auprès du gouvernement
anglais, afin de l'engager à enU-ctenir
dans l'intérieur de la France des re-
lations qui ranimassent le parti roya-
liste. Il fil naufrage sur la côte d'An-
gleterre et courut les plus grands
dangers. Sa mission n'ayant pas ob-
tenu de résultat satisfaisant, il s'ef-
força d'arracher son parti à la dd-
pendancede rAngIcterrc, et s'aboucha
avec MM. de Bourmout , Frotté ,
d'Aiguillon, .Mercier dit la Fcndéc,
(ieorge Gadoudal, etc. Il obtint du roi
d Espagne une promesse de secours en
argent et en munitions pour l'armée
de l'ouest , et même dune diversion
dans le midi, après que les royalistes
auraient rempoité quelques avantage»
MAR
importants. Mais les événements em-
pêchèrent la réalisation de ces projets.
Cependant Marcillac ne se laissa pas
décourager: il ne cessait de former
des plans, d'entamer des négociations
et de nouer des intrigues pour servir
son parti. Quand la Russie se fut déci-
dée à entrer dans la coalition contre la
France, il se rendit à l'armée de Sou-
warow. Après de tels précédents, on
pourrait s'étonner qu'il ait accepté en
1812 la sous-préfecture deVillcfranche
de l'Aveyron, si l'on ne savait qu'à
cette époque le parti royaliste offrit
de nombreux exemples de prétendus
ralliements à la fortune de Napoléon
qui accueillait avec trop d'empresse-
ment, peut-être, les hommes de l'an-
cienne noblesse.En acceptant l'emploi
de sous-préfet, le marquis de Marcillac
ne trahissait pas ses opinions, il ne fai-
sait que changer de moyens pour les
faire triompher. Aussi, en 1814, à
l'approche de l'armée anglaise, il usa
de l'influence que lui donnait sa place
pour soustraire son département à
l'autorité impériale. Alors le comité
royaliste lui offrit un commandement
dans l'armée ou la préfecture de l'A-
veyron, qu'il préféra. Mais les succès
des généraux de Napoléon lobligè-
rent à se retirer. A la seconde res-
tauration , il fut nommé préfet de
l'Aveyron par le duc d'Angoulême.
Cette nomination n'ayant pas ob-
tenu l'approbatiou royale, il vint à
Paris en 1816 et obtint la présidence
du premier conseil de guerre, fonc-
tions dans lesquelles il se montra
d'une sévérité excessive contre des mi-
litaires distingués. Il se jeta ensuite dans
l'opposition royaliste , et prit part à
la rédaction de la Quotidienne. Après
l'assassinat du duc de Berry, il
adressa à ce journal une lettre très-
énergique. Il se montra l'ardent ad-
versaire de la coDstitution espagnole.
MAR
87
et, quand Louis XVIII manifesta Fin-
tention d'envoyer cent mille homme»
au secours de Ferdinand VII, Mar-
cillac qui connaissait bien l'Espagne
pour y avoir combattu et l'avoir ex-
plorée pendant plusieiu*s années ,
proposa deux plans de campagne
dont l'un embrassait le royaume tout
entier et l'autre se restreignait à la
Catalogne, Ses conseils furent peu
suivis , mais il obtint de faire par-
tie de l'expédition, en qualité de co-
lonel d'état-major dans le quatriè-
me corps d'aimée commandé par
le maréchal Moncev- Revenu à Paris
quand la guerre fut terminée, il en
écrivit l'histoire, et mourut le 26 dé-
cembre 182i des suites d'une fluxion
de poitrine. On a de lui : I. Nouveau
voyage en Espagne,Van&, 1805, in-S".
L'auteur s'attache à réfuter Bour-
going et Fleuriau de Langle. II. Aper-
çus sur la Biscaye^ les Asturies et la
Galice, et précis de la défense des fron-
tières de Guipuscoa et de la Navarre,
Paris, 1806, in-S". UI. Histoire de la
guerre entre la France et CEspagne
pendant les années 1793, 1794 et
1795, Paris, 1808, in-8". IV. Histoire
de la guerre d'Espagne en 1823, cani~
pagne de Catalogne, Paris, 1824,
in-S". Cet ouvrage laisse trop percer
l'humeur que l'autem* éprouvait du
peu de cas qu'on avait fait de ses
avis; il prétend que le succès de»
Français ne fut dû qu'à l'incurie des
certes et à l'inhabileté des généraux
espagnols. V. Souvenirs de l'émigra-
tion , Paris, 1825, in-8"., ouvrage
posthume. Cest à tort qu'on lui a
attribué le More-Lack, publié à Paris
en 1789, in-S". A— y.
MARCOLIXI (Fbanço.s), né â
Forli, dans le XVI' siècle, fiit célèbre
en son temps comme imprimeur, des-
sinateur, architecte et graveur. C'est
lui qui donna les dessins et fît cons-
8»^ Mi^
traire te (fmiid pont qid joint Ve-
nise à Murano. Il a compose le livre
des Sorts , un volume in-folio , qu'il
imprima lui-même en 15iO, et qu'il
orna de belles figures en bois de son
invention. Le frontispice seul est de Jo-
seph Porta, peintre célèbre, comuisous
le tjom de Salviati, qu'il avait adop-
té poïir consacrer sa reconnaissance
envers François Salviati, son maître :
il y prend le nom de (îarfafjinno, de
Castel-ISuovo délia Garfagnana, lieu
de aa naissance. Les réponses en ter-
cets aux questions que contient ce
livre ont été composées par Louis
Doîec, comme nous l'apprend Fran-
«;ois Sansovino dans une de ses let-
tres. P — s.
MARC03yJ (Uocit;, peintre Tré-
visan, lîorlssait en 1505 et fut un des
élèves les plus distingués du Bellini.
Hidolfi le compte mal à propos parmi
les disciples de Palma. Les productions
de cet artiste se font remarquer par
l'exactitude .-fu dessin, la délicatesse
du coloris, et le fini du pinceau; on
peut seulement l'accuser de man(juci'
d'une certaine rondeur dans les con-
tours et de donner à l'expression de ses
figmes un sérieux qui lt)mbc quel-
quefois dans le trivial. Dans le pre-
mier de ses ouvrages connus, peint
en 1505, et qui existe dans l'église de
:5aint-ISicolas de '(révise, on admire
déjà la manière vaporeuse <lont il est
«xdcutc, et ta même qualité se fait
remarquer dans le tableau des trois
.f pâtres , à l'église Saint - .lean «-t
.Saint-Paul, et dans d'autres ouvra-
ges peu nouïbreux qjii sont encore
exposés en public. Il est moins rare
de trouver de lui des tableaux do
dcitr-figurès dans quelques galeries
particulières. Mais on ne connaît rien
de sa main qui soit plus beau, plus
dans le goût du C;iorgi()n, que le Ju-
tf€HH!i>1 flr ttt J'iuihh' ntfulti^iy tpie l'on
voit dans le chapitre de Saint-Geor-
ges-le-Majeur. La réputation de ce'^
tableau était si grande, qu'on lui en
demanda des copies pour la sacristie
de Saint-Pantaléon , ainsi que pour[
plusieurs autres églises. P — s.
.%I ARCOXN AY (LoiK^ - OuvifcR
de), naquit à Berlin , le 8 novembre
1733, d'une famille d'origine fran-
vaise. Après avoir terminé ses études
à l'Université de cette ville, il entra
dans la carrière diplomatique et de-
vint successivement conseiller de lé-
gation, premier rapporteur au dépar-
tement des affaires étrangères , con-
seiller ordinaire du grand directoire,
conseiller supérieur du consistoire et
inspecteur du gymnase fiançais. Il
moiuut à Berlin' le 28 juin 1800. Il
avait publié sous le voile de l'anony-
me : L cinq Lettres d'un ami de Leyde
à un ami d' Amsterdam, surdivers évè-
lœmenls ou questions po/jti^ues, Berlin,
1757-38-59-60, 5 vol. in-8". IL Lei-
ttvd'un vuyagtur actuellement à Danf-
zig à un ami de Stmlsund. sur ta
i)uerre <jui vient de s'allumer dans
F Empire^ Iruduclion libre de l'alle-
mand, Berlin, 1756, in-8*. IIL Lettie
sur le Dio(fènc décent et la cause bi-
zarre de M. de Prémontvat, Berlin,
1756, in-8°. IV. Lettre d'un partisan
de la cour de Fienue à son ami de
Majence^ sur la paraphrase et l'ain-
ptification du mthuoire de M. de Het*
len et sur la palinodie de cette para-
phrase ,her\'m, 1757, in-8<*. V. Rcmer-
ciment de Candide ii M. de Voltaire
Amsterdam, 17(>0, in-8". Marconna^
a, en outre, traduit de l'allemand en
fian«;ai8 la plupart des écrits que pu-
blia la Prusse an sujet des guerres de
Sept-Ans et de la succession de Ba-
vière. Il avait été un des rédacteur^
de la Bibliothèque Germaniijuc de
lormey , et de la Ga^tte Littéraitv
de rnMU'hevill'"- '^
MARDASCH ( As^O-EO-DAltAB
S*i.:nlB?i), fondateur de la dynastie des
Mardaschides ou Kelabites. était chef
de la tribu arabe de Kelab, établie en
Mésopotamie, où elle possédait les
villes d'Anah, Rababah, etc. Depuis
que la famille de Haradan avait cessé
de re'gner à Halep ( voy. Seu-ad-dai-
TiH, XLI, 48S) , cette ville, livrée à
la tyrannie de ses gouverneurs, tantôt
sujets , tantôt indépendants des kha-
lyfes fathemides d I-ipypte . soupirait
après une domination moins précaire
et plus protectrice. Salel» , fils de
Mardasch, qui convoitait la posses-
sion de Halep, s'ëtant approché de
cette ville, les habitant» lui en ouvri-
rent les portes, l'an 41 i de rhé{j.(102l
deJ.-C). Ibn Mardasch, ne voulant
j>as s'arrêter au siège du châtean où
le gouverneur s'était renfermé avec le
commandant, laissa un corps de trou-
pes poiu' le bloquer, et alla conquérir
toute la Syrie jusqti'à Raalbek. qu'il
prit d'assaut et dont il fit passer un
grand nombre d'habitants au fil de
Tépée. De retour à Halep l'année sui-
vante, il réduisit la citadelle , fit dé-
capiter le commandant et partlonna
au gouverneur qui avait secrètement
favorisé son entreprise. Il fut pi-esque
toujours en guerre avec le khalyfe
d'Egypte {voy- Dhaheb, XI. 279). Il
fit alliance avec Hacan Ibn-Mofarredj,
émvr des .arabes Taiites. qui, à son
exemple, s'était enipait de Ramiah
et de plusieurs autres places dans la
Palestine : mais ces deux princes fu-
rent vaincus sur les bords du Jour-
dain , près de Tibériade, l'an 'r>0
(t029), par Anousch-teghvn-al Des-
berv , général des troupes égyptien-
nes. Saleh Ibn-Mardasch périt avec
son plus jeune fils , et leurs têtes
furent envoyées au khah-fe. Il avait
régné 6 ans à Halep, et ses États s'é-
t€odaicnt dw deux cfttês de l'Eti-
JBHf^r
89
phratc. depuis Baaibeck jusqu'atix
frontières de l'Irak- arabi. C'était un
prince juste, si la justice peut s'al-
lier avec l'ambition. Haçan, son con-
fédéré, s'étant retiré chez les Grecs, ils
armèrent jiour sa vengeance, entrè-
rent en Syrie, et prirent Apamée en
Î22 (1031). Quatre ans après, ils furent
taillés en pièces près de Halep par
Xasscr Schabl-ed-daulah, qui s'y était
maintenu . depuis la défaite et la
mort de son père. Nasser eut le même
sort que Saleh; il fut tué l'an 429
(1038) sur les bords de l'Orontc, dans
une bataille contre le même Anousch-
teghyn qui , alors , reprit Halep. Ce-
pendant l'ingratitude du khalyfe fa-
themide Mostanser (vor. ce nom.
XXX, 2oo) envers ce général fit re-
tomber, quatre ans plus tard , cette
ville au pouvoir des Mardaschides, à
qui les Egyptiens l'enlevèrent encore,
en 432, sans pouvoir la garder plus
de trois ans. Enfin Scheryf-ed-daidah
Moslcni, émvr okailite «le Moussoul,
ayant obtenu du sulthan de Perse,
.Melik-Chah I" (vny. ce nom, XXVHI.
204 ) . moyennant un tribut annuel
de 300 mille dinars . la souveraineté
de Halep, en dépouilla Amyn Sabek.
septième et dernier prince de la dy-
nastie des Mardaschides, l'an 473
(1080-81), et 1 obligea de se conten-
ter d'une modique pension. A — t.
MARE (Pail-Marckl del), pro-
fesseur de théologie, naquit à Gênes,
en 1734, d'une famille de négociants
juifs. A l'âge de 19 ans, il se convertit
à la religion catholique et eut pour
parrain le marquis Michel Duraz/o. Il
se destina ensuite à l'état ecclésiasti-
que et alla étudier à Rome, puis à
l'abbave de Subiaco. Après avoir cé-
lébré sa première messe, en 1758,
dans la capitale du monde chrétien, il
entra dans une communauté de prê-
frcs génois qui se préparaient aux
9i^> ]VIAa
missions. Il y fit de fortes études et
fut choisi, en 1783, par le grand-duc
I^opold pour enseigner la théologie
à l'université de Sienne; quatre ans
plus tard, il occupait à Pise la chaire
d'Éeriture-Sainte. Mais il fut bientôt
écarté, parce qu'il inclinait au jansé-
nisme, et tous ses écrits furent mis à
[index. Del Mare persista long-temps
dans ses opinions ; mais, le 5 novem-
bre 1817, il se rétracta par un acte
signé qu'il remit à l'archevêque de
Pise. Il mourut le 17 février 1824, à
l'âge de 90 ans ; huit jours avant, il
avait encore célébré la messe. Il légua
sa bibliothèque aux Carmes de Pise, et
disposa de sa petite fortune en faveur
de jeunes gens pauvres qui voudraient
entrer dans le monastère de Saint-
Benoît de la même ville. On a de lui :
I. Six lettres de Finale. Cet écrit est
une défense du Catéchisme de Gour-
din, qui fut réimprimé à Gênes, sous
le ùtve (ï Education chrétienne, ouCw
téchisme universel, 1779, 3 Vol. in-8",
édition à laquelle del Mare avait eu
beaucoup de part et qui fut vivement
censurée par la cour de Rome. II. De
Lccis thcologicis, Pise, 1789. La bio-
graphie de del Mare a été écrite par
Baraldi dans ses Mémoires de religion
et de morale, Modène, 1822. A — Y.
MAKEC (Pierre), né à Brest, le
31 mars 1759, servait dans ce port en
qualité de commis au bureau du con-
trôle de l'administration de la mari-
ne, quand éclata la révolution. Il en
salua l'aurore avec enthousiasme , et
seconda, dans de justes limites, le
mouvement que le nouvel ordre de
chost>s imprima à sa ville natale. Le
service de la commune, celui de la
marine, trouvèrent en lui zèle et dé-
vouement. Ses concitoyens lui en té
moignèrent leur reconnaissance en
l'nppclant, le 7 mars 1790, aux fonc-
tions de stibstitut du pi*ocurcur de U
, MAR
commune, dont Cavelier, comme lui
employé au contrôle du port, fut nom-
mé procureur-général. Le 5 juillet, les
mêmes électeurs lui confièrent le soin
de rédiger un mémoire sur la ques-
tion de savoir dans laquelle des deux
villes, deQuimperou de Landerneau,
il serait préférable d'établir le siège
du département. Le surlendemain,
il soumit à l'assemblée son travail
dans lequel il concluait à ce que Lan-
derneau devînt le siège de l'adminis-
tration du département du Finistère.
Ce travail fut pid)lié sous ce titre :
Mémoire des électeurs du district de
Brest sur la fixation définitive du
chef-lieu du département du Finis-
tère, Brest, 1790, in-8"> de 20 pages.
Marec, ne consultant que l'intérêt du
département , sut se préserver, dans
cette circonstance, de tout esprit étroit
et systématique de localité. Aussi l'as-
semblée, en adoptant unanimement
toutes les parties de son mémoire, «re-
» connut- elle que le désir , exprimé
>• par lui, que le chef-lieu du dépar-
u tement fût fixé , sans alteraat , à
« Landerneau, était étayé de motifs
a d'intérêt général, présentés avec
« force et développés de manière à
« convaincre que les vœux des élcc-
.1 teurs du district de Brest étaient
.. dirigés vers l'avantage général des
» administrés, et fondés sur les prin-
« cipes adoptés par l'Assemblée na-
u tionale. " Cependant l'opinion é-
mise par Morvan , organe de la
ville de Quimper , prévalut. Nom-
mé à l'unanimité , le 2 août sui-
vant, secrétaire de l'administration
départementale du Finistère , Ma-
rec concourut aux actes difficiles
et importants de cette administration,
dont vingt -six membres devaient,
plus tard, payer de lem- tête, le même
jour, le peu de sympathie qu'avait
trouvé chez eux la jwliti(juc san»
MAR
{^inaire de la Convention. Au mo-
naent de l'installation du directoire
du Finistère, ce département était en
proie à une vive agitation. Les décrets
rendus par l'Asseniblée nationale, sur la
constitution civile du clergé, y avaient
excité des soulèvement difficiles à
apaiser. La si( nation était hérissée
de daugers, Marec ne recula devant
aucun. Comme secrétaire - général ,
il fut chargé de préparei' et d'ex-
pédier tous les actes de celte assem-
blée; son activité suffit à tout, La
division du territoire , l'établissement
d'un nouveau système financier,
l'assiette et la répartition des im-
pots, l'organisation administrative et
politique du pays, tels furent, indé-
pendamment des immenses questions
de détail, les principaux travaux aux-
quels il prit part, et dans l'accomplis-
sement desquels il sut allier une
sage feriueté au respect de la loi.
Un des actes les plus importants
qu'il rédigea fut l'arrêté du o août
1792. Thévenard, commandant de la
marine au port de Brest, et Duvi-
gneau, commandant des troupes de
terre, avaient réclamé de l'administra-
tion départementale un secours, le pre-
mier de 3,372 hommes pour Tarme-
mentdes batteries de la rade et du gou-
let, lesecond, de 6,000 hommes qui de-
vaient être cantonnés ou campés dans
les environs de Brest et y servir à sa
défense en cas d'attaque. La demande
de Thévenard fut accueillie ; les gar-
des nationales des districts de Brest,
Morlaix, Lesneven, Landerneau et
Carhaix fournirent leur contingent à
l'armement des batteries du côté de
Brest; et celles de Quimper, Quira-
perlé, Pontcroix et Châteaulin à l'ar-
mement des batteries du côté de Qué-
lem, dites de Cornouailles. Quant à
la demande de Duvigneau, elle fut
ajournée par le motif que le dépar-
HAil
n
tement du Finistère ne pouvait seul,
sans nuire à l'agriculture, envoyer
les 9,372 hommes demandés, tant
j>our l'armement dos batteries que
pour la défense des lignes. Le second
motif de l'ajoui-nement fut que , tous
les départements du rovaurae étant
intéressés à la conservation du déj>ôt
le plus précieux de nos forces na-
vales, les demandes d'hommes de»-
tinés à le protéger devaient s'éten-
dre à toute la France, ou, au moins,
en cas d'ur-gence, aux départements
limitiophes. Un décret rendu, huit
jours après, par l'Assemblée législa-
tive, sanctionna de point en point
toutes les mesures détaillées dans
l'arrêté du 5 août, mesures dont la
sagesse contribua, plus tard, à assurer
le salut de Brest. A peu de jours de
là, Marec, déjà, depuis l'année précé-
dente, député-suppléant à l'Assemblée
législative, dans laquelle il ne siégea
point, fut élu député à la Convention
où il se fit remarquer par la conscien-
cieuse modération de ses opinions.
Dans le procès de Louis XVL il se pro-
nonça pour l'appel au peuple.» La déci-
• sionque vous allez porter sur Louis
• Capet, dit-il à l'appui de son vote ,
« doit avoir la même influence sur
" le peuple que la constitution que
" vous préparez pour son bonheur.
« Quoique vous ayez des pouvoirs
» illimités, vous avez déclaré que
a cette constitution n'aurait deflPet
« qu'autant qu'elle serait acceptée par
<• le peuple ; je trouve que le juge-
" ment que vous porterez contic
« Louis ne porrrra avoir d'effet que
« par la ratification. Je vote pour
• oui. " Lors de l'appel nominal sur
l'application de la peine , U opina
pour la détention pendant la guerre
et le bannissement perpétuel à la
paix. Attaché, pendant tout le temps
de la terreur, aux comités des fi-
MAR
MAR
nances, des colonies et de la marine ,
il resta étrauper aux luttes sanf)[lante.s
de la Montagne et de la Gironde. Ses
travaux dans les comités furent d'une
grande utilité, à une époque surtout
oii les passions politiques absorbant
ta majeure partie des membres de la
Ck)nvention, un petit nombre de leurs
«collègues se dévouaient aux soins
d'une administration illimitée dans
ses détails, périlleuse dans l'exécu-
tion. La sûreté des connaissances
administiatives et commerciales de
Marec le rendit l'àme des comités
que nous avons indiqués, et déter-
mina la Convention à l'appeler ,
après le 9 thermidor , à celui de
Salut-public, dont il fut à deux re-
prises réélu membre. Dès - lors , il
parla sur une foule de questions,
mais plus particulièrement sur celles
qui concernaient la marine et les co-
lonies. L'étendue de ses connaissan-
ces pratiques se révéla, surtout le 3
juillet 1793, dans son rapport sur la
nécessité d'adopter une mesure ana-
logue à celle qui, depuis un siècle et
demi était, pour l'Angleterre, la source
la plus féconde de sa prospérité com-
merciale. Se plaçant au point de vue
de l'avantage exclusif de son pays,
Marec fit bon marché des théories,
qui représentaient la France moins
comme une républi(jue isolée que
comme la fraction d'une république
universelle. » On sent, dit-il, que la
<■ république du genre humain sera
<i encore plus difficile à réaliser (jue
'< celle de Platon. • J>e but principal
ile l'acte de navif!;ation (pi'il jn'uposait
était de détruire lenlnimise de toute
navigation indirecte dans les trans-
ports maritimes, et de faire cesser le
cabotafjc intermédiaire qui nous ren-
dait les tributaires bénévoles de tou-
tes les puissances de l'Europe. Marec
m> se dissimulait pas, il reconnaissait
même que cette double prohibi-
tion constituait une dérogation aux
principes professés par les meilleurs
économistes , et qu'elle ne pouvait se
concilier avec la liberté illimitée du
commerce. Mais les circonstances le
portaient à croire qu'une théorie,
bien que fondée sur des principes
justes, doit, parfois, céder a des exi-
gences momentanées. Pour justifier
sa proposition, il cnuméra les avan-
tages recueillis par l'Angleterre, de-
puis 1651, (}ue Cromwell avait fait
adopter l'acte de navigation par le
Parlement britannique; et, en oppo-
sant les uns aux autres des document*;
statistiques puisés dans l'histoire
commerciale dos deux peuples, il
montra le commerce anglais sui-
vant une marche progressivement
ascendante , tandis que celui de la
France obéissait à une impulsion
contraire. Aux mois de fructidor an
n et de vendémiaire an III, la Con-
vention, sur sa proposition, conféra,
à deux reprises, aux Comités de salut
public , de sûreté générale et de ma-
rine, l'autorisation de prononcer la
mise en liberté des colons détenus
à Paris, par suite des accusations qu'ils
avaient formulées contre divers ageni>
chargés de missions dans les colonie*.
A ces décrets succéda celui qui pro-
nonça l'élargissement de plusieurs des
commissaires de Saint - Domingue.
Marec était animé du même respect
pour la légalité, lorscjue, le 10 nivôse
an m, il Ht la motion, accueillie par la
Convention, d'adhérer à la demande
«les députés extraordinaires de Brest,
qui sollicitaient la mise en liberté pro-
visoire des marins incarcérés par suite
de la reprise de ïoidon; loi-sque, le
lifi du mêm(; mois, il appuva la mo-
tion faite par lîéiard de réintégrer le
capitaine I^crosse , «lestitué eoui le
r»'^jimc de Ih terreur; lorsqu'enfin il
MAB
obtint de la Convention le décret
portant qu'il serait formé, à Brest,
un jiu-y militaire et un conseil mar-
tial chai^tfs d'examiner la conduite
des officiers et des marin'* qui lan-
f>ui»saient dans les prisons à 1 occa-
sion des combats soutenus contre les
An^ais, par le vaisseau fe Révolu-
tionnaire, le 9 prairial an II, et par
l'armée navale, le 13 du même mois.
Marec possédait à un haut degré le
courage civil ; il en donna la preuve
dans la trop fameuse journée du
1" prairial an III, quand il s'opposa
a l'envahissement de la Convention
par la populace, et ne craignit pas
de s'exposer à partager le sort de
Féraud, en sommant, au plus fort
du danger, l'officier préposé à la dé-
fense de l'Assemblée, de faire res-
pecter la représentation nationale-
La Biographie des contemporains lui
a reproché de s'être , le 2 prairial ,
écarté de ce respect pour rin\iolabi-
lité des représentants de la nation, en
demandant un décret d arrestation
contre I^ignelot, qu'il accusa d'a-
voir, dans la nuit précédente , aban-
donné son poste de secrétaire pour
favoriser les excès de la populace ; et
en s'associant à la demande de mise
hors la loi de ses collègues Homme,
Soubrany, Goujon, Bourbotte , etc.
Jious n'examinerons pas si , abdi-
quant leur qaalité de députés pour
;*e faire les excitateurs, le> complices
même des meurtres , ces députés
n'avaient pas franchi tes limites d'une
inviolabilité instituée dans le seul
but d'assiurer l indépendance de la
vie parlementaire ; ce que nous nous
bornerons à dire, c'est que Marec,
convaincu que la punition de ceux
qui portaient atteinte à lintégrité de
la représentation nationale n'était,
quels que fussent d'ailleurs les cou-
pables, que la consécration de ee
>UR
n
principe , ne prit conseil que de sa
conscience et du salut de son pays ,
en adoptant le décret qui les renvova
devant une commission militaire, à
laquelle, toutefois, il eût préféré
la justice ordinaire. Quant à Lai-
gnelot, il était bien difficile que Ma-
rec se dégageât de toute préoccupation
a son égard , dominé qu'il était par
le souvenir du déplorable résultat
de la mission de ce conventionnel
à Brest , encore plongé dans le
deuil par suite de ses proscriptions
( voyez LàiGSKLOT , LXIX . 442 ).
Le i messidor an III, Marec ap-
puva le projet de décret ayant pour
but de punir tous les assassinats
commis au mois de sept. 1792. • Fou-
« quier-Tainville et le» accusateurs
' publics qui l'ont imité , dit-il à
- cette occasion, ne sont-ils pas aussi
« criminels que les massacreurs du
• 2 septembre ? Cette espèce de
• meurtriers ne doit pas plus échap-
« per à la vengeance des lois que
• les assassins matériels. ? Le 24
fructidor suivant, il fit adopter le
projet de décret, par lui proposé la
veille, j>our assurer l'exécution de
celui du 2 thermidor précédent, rela-
tif au paiement de* contributions
en nature destinées aux approvision-
nements des armées. Dirigé par les
mêmes motifs que le 2 pi-airial, il se
prononça , le 1" vendéni. an IV, avec
Iwaucoup d'énergie, contre les sec-
tions insurgées. Le 7 du même mois,
il proposa, sur la police du com-
merce des grains, un décret qui con-
ciliait ce qu'on devait aux principes
de l'économie polidque avec les res-
trictions qu'exigeaient les troubles
intérieurs et l'état de guerre exté-
rieure. Compris, à la même époque,
dans les deux tiers de la Convention
qui formèrent les CiOnseils de^s An-
ciens tpt àes^ Cinq-OentH . il enti-a dans
M
MAR
ce dernier où il s'occupa, avec son
ardeur accoutumée, de toutes les
questions concernant la marine et les
colonies, questions qui lui donnèrent
souvent occasion de combattre M. de
Vaublanc, Le 3 brumaire an IV, il
s'opposa à la création d'un nouveau
maximum. Le 28 nivôse, secondé
par Trouille, autre député de Brest ,
il demanda l'ordre du jour sur le mes-
sage du 12 frimaire, qui proposait de
substituer à l'organisation maritime
du 3 brumaire précédent, un plan
vicieux d'après lequel tous les pou-
voirs civils et militaires, confondus
dans les mômes mains, eussent em-
pêché tout contrôle efficace de l'em-
ploi des matières. Le 3 floréal de la
même année, il fit adopter le licen-
ciement des compagnies de canon-
niers volontaires , à l'organisation
desquelles il avait contribué , au
mois d'août 1792. I^s 3,372 ca-
nonniers, qui s'étaient alors sponta-
nément enrôlés, avaient préservé de
toute invasion la rade , le goulet et
le port de Brest. Sur ses observations,
les riverains qui, pour la détourner,
s'étaient sacrifiés au service exclusif
de leur pays, furent , en grande par-
tie, renvoyés aux travaux de la pêche
et de l'agriculture ; ceux qui préférè-
rent continuer à servir et qui furent
reconnus propres au service de l'ar-
tillerie, y furent incor})orés. Marec,
sorti en 1797, du conseil des Cinq-
Cents, se livra au conunerce pen<lant
quelques années. Rentré, sous l'em-
pire, dans l'administiation de la ma-
rine, il fut nonnné inspecteur du port
de Gênes. Il en remplissait encore les
fonctions au mois d'avril 181i, et (ut
menu; chargé de faire cx('cuter la
capitulation de cette place, en «pialité
de commissaire «lu gouvonement
provisoire, établi après la premièi-e
ab<licatiot» de ISajwléon. Attaché au
MAtl
ministère de la marine, à son retour
en France, il fut, au mois d'avril
1815, nommé inspecteur du port de
Bordeaux; mais les événements de
juin et de juillet l'empêchèrent de se
rendre à son nouveau poste. Resté à
Paris, il ne reçut aucune destination
jusqu'au commencement de 1818 ,
qu'il fut admis à la retraite. En août
1820, Ix)uis XVIll le nomma cheva-
lier de Saint-Louis. Marec avait ren-
du de grands services à des royalis-
tes, ainsi qu'à plusieurs membres de
la famille royale , notamment au
prince de Conti, aux duchesses de
Bourbon et d'Orh-ans, qui durent leur
liberté à son intervention auprès du
Comité de salut public. H mourut à
Paris, le 23 janvier 1828. — Un de
ses fils, sous-directeur du personnel
au ministère de la marine, a pubUé
quelques écrits sur la législation ma-
ritime, f- L — T.
MARÉCHAL (dom BEB>AnD),
né en 1705 à Réthel , où il fit de
bonnes études se sentit, dès l'enfance,
appelé par son amour du travail et
des vertus tranquilles, à la vie claus-
trale, que les ordres religieux, suppri-
més à la révolution de 1789, rendirent
si fructueuse pour les sciences et les
lettres, il prononça ses vœux le 26
juillet 1721, à l'abbaye de Saint-Airy
de Verdun, et s'appliqua dès-lors à
l'étude «le l'iVriture-Sainte et de»
Saints Pères, il s'y consacra tout en-
tier, persuadé qu'une érudition trop
partagée, en «lonnant plus «le variété
h l'esprit , le rend aussi mf^ins pro-
fond. Ses recherches furent poussée»
très-loin , ot nous en jouirions com-
plètement, si, «-ounne on lui en avait
donné le conseil , il n'avait pas pu-
blié sa Concordance par parties. De-
v«^nu prieur de l'abbaye «le Beaulieu-
on-Argonne, en 1755, dom Maréchal
se concilia l'estinvî et rattachement de
MAB
«e$ confrères par la mansuétude de
son gouvernement. Il mourut à Saint-
Vincent-de-Metz, le 19 juillet 1770.
On a de lui : Concordance des Saints
Pères de f Église, grecs et latins, où
Fan se propose de montrer leurs sen-
timents sur le dogme, la morale et
la discipline; de faciliter l'intelli-
gence de leurs écrits par des remarques
fréquentes, et déclaircir les difficultés
qui peuvent sy montrer, Paris, 1739,
2 vol. in-i"; ouvrage réirap. à Paris,
1748, 2 vol. in 4°, et trad. en latin
sous ce titre : Concordantia SS. PP.
Ecclesiœ grœcœ atqtie latin ae , Jîdei,
morum et disciplina difficultates in
ipsorum srriptii accurate dilucidans ,
Aug., 1769, 2 vol. in-fol. Ces deux
volumes renferment les pères des
trois premiers siècles. Le tome premier
comprend la doctrine des Constitu-
tions apostoliques, de l'Épltre de saint
Barnabe, apôtre, du Pasteur d'Her-
mas, de saint Clément, pape, de saint
Ignace, de saint Polycarpe, de saint
Justin, d'Athénagore, de Théophile,
de Tatien l'Assyrien, de saint Irénée,
de saint Clément d'Alexandrie. Le
tome II contient Ha doctiine de Ter-
tullien, de Minutius Félix, de saint
Hippolyte, d'Origène, de saint Cy-
prien, de saint Denis d'Alexandrie,
de Novatien, de saint Grégoire le
Thaumaturge, de saint Denis, pape,
de Théognoste d'Alexandrie, de saint
Victorin, de Pierius, de saint Arche-
laiis, évêque de Cascare ou Caschara
en Mésopotamie, le dernier père du
ni' siècle. Le plan de l'ouvrage est
beau et bien exécuté : la préface, sur
la nécessité de la tradition et l'auto-
rité des Pères, est solide. Néanmoins
la vente en fut suspendue jusqu'à ce
que l'auteur se fût expliqué sur la
soumission à la bulle Unigenitus ,
qu'on exigea de lui, et sur plusieurs
points de doctrine énoncés dans ces
Bfâït
9o
deux volumes , et condamnés par U
bulle. Il se soumit dans la Lettre de
D. Bernard Maréchal, à {occasion de
son livre de la Concordance des SS.
PP. de [Église, grecs et latins, des
trois premiers siècles, à M***, Paris
(sans nom d'imprimeur), in -4"* de 24
pages, datée de Novi, le 28 avril 1740.
Le livre parut alors avec des cartons ;
mais aucun libraire n'ayant voulu se
charger d'éditer la suite, le troisième
et le quatrième volume restèrent ma-
nuscrits. P. L — T.
MAUÉCILVL (Ambroise), ar-
chevêque de Baltimore, né en 1769 ,
à Ingré, près d'Orléans, fut élevé
dans le séminaire de Saint-Sulpice ,
et s'attacha à cette congrégation.
Choisi par Émery pour aller exercer
le saint ministère dans les Etats-Unis,
il partit en 1792, et de Baltimore il
fut envoyé dans une mission , afin
d'apprendre la langue anglaise. Rap-
pelé en France par Émery, pour être
employé dans les séminaires que l'on
allait former, par suite du concordat,
il fut, depuis 1803, professeur dans
les séminaires de Saint-Flour , d'Aix
et de Lyon. En 1811, Napoléon ayant
ôté à la congrégation de Saint-Sulpi-
ce la direction des séminaires. Ma-
réchal fit connaître qu'il désii^ait re-
tourner aux États-Unis. On lui pro-
posa de le nommer évêque de New-
York; mais il refusa. Ayant été don-
né pour coadjuteur à l'archevêque
de Baltimore, il fut forcé d'accepter,
et l'archevêque étant mort peu après,
Maréchal, à qui les bulles assignaient
la survivance, fut, le 14 déc. 1817,
sacré par Lefèvre de Chéverus, alors
évêque de Boston. Son mérite, sa dou-
ceur et sa prudence lui concilièrent
l'estime et la vénération de ses diocé-
sains. En 1821, il eut le bonheur de
consacrer la nouvelle cathédrale de
Baltimore , l'ëglise la plus grande e
96
MAfl
la mieux disposée des État* - Unis».
Bientôt après, il se rendit à Rome
pour exposer les besoins de son église
et donner au Saint-Siège des renseigne-
ments sur les troubles qui agitaient
l'église de Philadelphie. En 1822 ,
il retourna à Baltimore, et mourut
le 29 janvier 1828, laissant de pro-
fonds regrets dans les États-Unis, où
sa douce piétd, son zèle, l'aménité
de sa conversation , et sa capacité
pour les afFaires lui avaient attiré l'es-
time et la considération générale,
même parmi les protestanl^i. G — y.
aiARESCALCHI (FEumsAso),
diplomate italien, naquit à Bologne ,
en 1764. Après avoir fait son droit à
l'Université de cette ville, il embrassa
la carrière de la magistrature et de-
vint sénateur, l^orsque les Fraiiçais
enti'èrent en Italie, il se mit à U
tête du parti qui se déclara ouver-
tement en leur faveur, et fut re-
marqué par Bonaparte, qui lui té-
moigna depuis beaucoup d'estime et
de confiance. A la formation de la
république cispadane, il fit partie du
Directoire exécutif. En 1799, la répu-
blique cisalpine l'envoya comme mi-
nistre plénipotentiaire à V^ieime, mais
il ne put obtenir une audience de l'em-
pereur. A son retour, il fut élu direc-
teur-président; mais bientôt l'invasion
des Austro-Russes l'obligea de se r«'fu-
gier en France, d'oi» il retourna dans
sa patrie après la bataille de Marengo.
il prit part à la Consulta de Lyon, en
1801 , et appuya de tont son pou-
voir la tiominatiun du premier consul
à la présidence de la république ita-
lienne. O fut Marescalchi uni régla,
avec le cardinal (^aralFa, le concordat
signé à Paris, le 16 septembre 1803,
entre la cour de Rome et la répu-
blique italienne. Quand «-elle-ci fut
transformée en royaume, il devint
>«n représontaut ù [Hiris, et fut nouuné
>LVK
comte en uiéine temps. Il exerça ses
fonctions jusqu'à l'abdication de l'em-
pereur, époque à laquelle il fut chargé,
par Marie-Louise, de gouverner le
grand-duché de Parme et Plaisance,
Peu après il était nommé ministre
plénipotentiaire de l'empereur d'Au-
triche à Modène, où il mourut, le 22
juin 1816. On a trouvé dans ses pa-
piers plusieurs ouvrages dont les
principaux sont ; I. Histoire de ta
Consulta de Lyon, II. Considérations
sur les rapports de la France avec tes
autres puissances de l'Europe. III.
Commentaire sur Plutarque. TV. Une
traduction italienne de la Comédienne
d'Andrieux, qui était destinée à être
représentée siu- le théâtre de la cour
de Modène. Il avait publié des son-
nets et des Canznni. A — v.
MARESCHAL (Locis-Nicolas),
né, le 27 juin 1737, à Plancoët, où
son père était entreposeur des ta-
bacs, exerça la médecine avec distinc-
tion à Saint-Malo , où il vint s'établir,
et où il mourut en 1781, sans laisser
d'enfants, ayant eu le malheur de per -
dre son fils unique , empoisonné par
accident. D'une tournure d'esprit fort
piquante, il a laissé beaucoup de poé-
sies manuscrites, que son neveu con-
serve soigneusement et qui prouvent
à quel point son imagination était
gracieuse et originale. La seule pièce
qu'il ait publiée a pour titre : Le Ma-
cjnétisnie animal, Mesmer nu les Sots,
auvrncfe posthume d'une maut>aisc
di>jestion , de Pierre Bouline. Cet
opuscule, qui fut imprimé très-in-
correctement, en 1782, à .Jersey, et
qui ne fiit point mis en vente, mais
distribué seulement à des anùii, n'est,
à proprement parler, qu'une sorte
d'intermède ou de satire en action ; le
dialogue est semé de tnùts amusants.
.Sou auteur était très-vcrst' <lans la
physique, la m<H'anique *1 rbis«t)ire '
MAR
HAB
naturelle. Peu de jours avant de mou-
rir, il adressa à son frère des cou-
plets sur l'air de Joseph vendu pai
ses frères , et dont voici le dernier :
Tout a fini pour moi, mon Mit :
Mon affaire
Se va que cahin-calia ,
P.t . quoique je rote et Je cradie.
Ma mou8tiK:he
Sent de près le Libéra.
P. L— T.
MARESCIl AL (M^BiE-Acci sTfc).
frère du précédent, naquit à Plancoèr.
au mois de décembre 1739, et mou-
rut a Lamballe le 30 mai 1811. Il
était entreposeur de tabacs dans
cette dernière ville quand la révolu-
tion le priva de son emploi, ce qui ne
l'empêcha pas de » en montrer parti-
san. Il dut a la confiance de ses conci-
toyens d être successivemeut élu mem-
bre de divei-ses administi-ations. Cest
ainsi qu'il exerça les fonctions muni-
cipales , celles de membre du direc-
toire du distinct de Lamballe, et celles
de commissaire du pouvoir cxécuti/.
Il est autem^ d un recueil biographi-
que intitulé : IJ Armorique litléraiie.
ou Xotices iur les homme< de /« ci-de-
vant province de Bretagne qui se sout
fait connaître par quelques écrits, sui-
vies de notices biblioijrapltiques, Lam-
balle, an III (1795), iri-12. Les cent
trois notices biographiques que con-
tient ce recueil sont, en grande
partie , eMiaites du A'ouveau Z>i< -
tionnaire historique , en huit vo-
lumes in-8", édition de 1786. Quant
aux notices bibliographiques, l'édi-
teur qui, depuis, vint s'établir à
Saint-Brjeuc , o\\ il est mort, en no-
vembre 1840, bibhothécaire de cette
ville, a reconnu qu" elles lui avaient
été très-utiles pour le classement des
livres de sa bibliothèque. Mares-
chal, qui s'était beaucoup occupé
de poésie pendant sa jeunesse, a
laissé un volume autographe compo-
UXIII.
se depîtie» et de pièces fugitives,
et trois compositions dramatiques
dont ime, intitulée: le Petil-3Jaitre a.
province . avait été reçue à la Comé-
die-Italienne ; nuiis il la retira. — Un
de ses Bis , M. Louis-Auguste Mares-
cbal, archiviste du département des
Côtes-du-Nord, a St-Brienc , s'est fait
connaître dans la littérature par quel-
ques productions estimées, entre au-
tres par une traduction, en vers fran-
çais, des Animaux parlants, poème
italien de Casti. P. L— ^.
MARESCOT (Ijicrkit), cha-
noine de la cathédrale de Genève, né
à Annecy, composa dans cette der-
nière ville un recueil de poésies la-
tines impiimées à Paris en 1584. —
Marescot (f'incent) est l'auteur d'un
petit poème italien, intitulé .- ^elU
nozze reali delta maestk di fladisiao
ty, re di Polotùu e di Svezia e di Lui-
gia Maria Gonzaga , principessa di
Mantova e di Xivers, ode di Vineentio
Mariscotio, in-4*. — Marescot {Al-
fred), docteur en médecine, auteui
d un Compendium totins medicitur,
imphme à Francfort, 1584 , in-12.
— Makescot {Michel) fit imprimer à
Paris, en 1563, une dissertation de
philo!>ophie sous ce titre : De ideis et
universis, ex Platonis et Aristotelis
sententia, a Michaele Mareseoto lexo-
fiensi: hi-i". — M.AREscor (le* frères
J.-Alojrs et Annibal ) composèrent
le livre intitule : jirs rhetoricœ, im-
primé à Bologne en 1570, in-4*.
— Un médecin du nom de Markscoy
prit part aux événements suscités par
la supei chérie de la fille Marthe Brot-
»ier,qui se prétendait possédée du dé-
mon, et publia à Paris, en 1599, un
volume curieux, intitulé: Discours vé-
ritable su» le fait de Marthe Brossier
{voy. Brossier, VI, 36). B — d — r.
MARESCOT (Armasd-Samcei
de), général du génie, né à Tours le
7
98 '^AR
1" mars 1738, d'une famille noble
d'origine italienne (1), était le fds d'un
exempt des gardes-du-corps. Après
avoir fait d'excellentes études au col-
lège de la Flèche, il entra à l'Ecole
militaire de Paris, et se dévoua dès-
lors à la carrière qu'il a si honorable-
ment suivie. Lieutenant du génie au
commencement de la révolution , il
en adopta les principes avec modéra-
tion, et fut aussitôt nommé capitame.
Employé à l'armée du Nord sous le
maréchal de Rocharabeau, il se trou-
va, en avril 1792, à la malheureuse
affaire de Baizieux, entre Lille et
Tournai, où les Français, se croyant
trahis, massacrèrent le général Dillon
et le colonel Bcrthois. Marescot, pour-
suivi lui-même par les révoltés, n'é-
chappa à la mort que par le plus
grand bonheur. Cette partie de la
frontière était menacée par les Au-
trichiens ; il la mit en état de défense,
particulièrement la place de Lille ,
qui, bientôt attaquée et bombardée,
ne résista que par les moyens de
défense qu'il avait préparés. Mares-
cot reçut à ce siège, qui commença
sa réputation, une légère blessure. Peu
de temps après, l'armée se porta en
avant. N'ayant pu obtenir dy être
employé, il suivit le général Champ-
morin, son ami, en qualité d'aidc-de
camp, et fut chargé, à la fin de cette
première campagne, de fane le siège
de la citadelle d'Anvers, llevenu avec
l'armée sur la ftontière du Nord, en
1793 , il prit part aux combats d« Me-
nin, Turcoing, Armenticres, etc., et
fut nommé chef de bataillon. Ayant
(1) Le général Marescot avait la préten-
tion de descendre de l'ancienne famille Ma-
rescoui deltologne, qui a pnxluit plusieurs
grands hommes entre autres (".aleazio Mares-
cotll, généralissime des Bolonais, qui acquit
une grande réputation dans le dixième siècle,
et h qui la ville de IVilogne décerna une mé-
daille pour d'éclatants «ervices.
MAB
été dénoncé par des clubistes, le mi-
nistre Bouchotte qui le connaissait
personnellement, voulant le soustraire
aux effets alors si périlleux d'une pa-
reille dénonciation, le fit passer à l'ar-
mée chargée de reprendre Toulon sur
les Anglais. A son arrivée , il traça
autour de la place une Ugne de con-
trevallation destinée à resserrer la
garnison presque aussi nombreuse
que l'armée assiégeante, et certai-
nement composée de troupes plus
exercées , mieux équipées et mieux
approvisionnées. Ce fut aussi à cette
époque que Marescot organisa un
corps de travailleurs qui a été main-
tenu sous le nom de bataillon de sa-
peurs, et qui a rendu dans cette lon-
gue guerre les plus grands services.
L'état de faiblesse de l'armée républi-
caine qui assiégeait Toulon, ayant
amené la convocation d'un conseil de
guerre où Marescot fut appelé, on y
leconnut qu'une attaque de front était
impossible, que l'on devait se borner
à un blocus, et que l'on tenterait de
s'emparer des forts extérieurs d'où
l'on pouvait, si l'on s'en rendait maî-
tre, bombarder les escadres enne-
mies qui se trouvaient dans le port.
Ce fut en conséquence de ce plan quff
l'on s'empara d'une grande redoute
dite la redoute anglaise. Marescot
contribua beaucoup à cet exploit, qui
n'eut cependant pas d'aussi graves
conséquences (juc celles que l'on en
attendait. Les véritables causes de la
retraite des Anglais sont assez con-
nues. Quoi qu'il en soit, ce fut là que
Marescot vit lUjnaparte, qui avait été
camarade de son frère dans le régi-
ment de La Fère, et qui, devenu gé-
néral de brigade, conmiençait à ma-
nifester ce caractère de supériorité et
(le despotisme que, plus tard, il a «
hautement et si heureusement dé-
plov»'. Marescot, nommé chef de ha-
MAB
taillon, avait i-édigë un savant mé-
moire sur la place de Toulon et les
côtes de la mer. Bonaparte le sut, et
voulant aussitôt en avoir connaissan-
oe, sans doute pour s'en attribuer le
mérite auprès du gouvernement , or-
donna que ce mémoire lui fût ap-
porté. Marescot sentit le piège, et il
répondit au jeune général que les
ordonnances l'autorisaient à en venii-
prendre connaissance chez lui , mais
qu'elles ne prescrivaient le déplace-
ment des papiers concernant les pla-
ces, qu'en faveur des gouverneurs de
provinces; que cependant il pouvait
se faire autoriser par les commissai-
res tout-puissants de la Convention.
lÀi général insistant sur son ordre, et
Marescot persistant dans son refus, la
dispute s'échauffa, et ce dernier ne
vit de moyen de la terminer que par
un trait de modération dont, ])our le
moment, le futur empereui- parut sa-
tisfait. Cependant on croit avec quel-
que raison , et Marescot s'en est a-
perçu plus d'une fois, que Bonaparte
ne perdit jamais le souvenir de cette
altercation. Après le siège de Toulon,
Marescot revint à la frontière du Nord
où Maubeuge était bloqué par les
Autrichiens, et il contribua beaucoup
à les éloigner de cette place. Il passa
ensuite à l'armée de Sambre-et-Meuse
qui faisait le siège de Chaileroi, et
fut chargé de diriger cette impor-
tante opération, où il courut les plus
grands dangers et eut le courage de
résister aux folles prétentions du pro-
<onsul Saint-Jnst, qui voulait enlever
la place par escalade. Marescot ne
craignit pas de réfuter son opinion
dans un conseil de guerre, assurant
ique, d'après la reconnaissance quil
lavait faite, il regardait un assaut cora-
|nae impossible. Le séide de Robes-
bierre, furieux de voir son inexpé-
ience confondue, donna ordre sur-
MAR
99
le-champ par écrit au général en chef
Jourdan de faire fusiller Marescot,
ainsi que les généraux Hatry et Bolle-
mont, sous prétexte que le siège
marchait trop lentement ; déjà il
avait fait mourir ainsi dans la tran-
chée le malheureux capitaine d'artil-
lerie ^îoras, un des meilleurs officiers
de l'armée. Jourdan refusa d'exécuter
cet ordre sanguinaire, et Marescot lui
dut la vie. Le succès des sièges tîe
Maubeuge ef de Charleroi valut à
celui-ci le grade de colonel. Peu de
temps après, il fiit chargé de repren-
dre Landrecies et le Qnesnoi, dont
les aihés s'étaient empares l'année pré-
cédente. Ces opérations firent briller
ses talents d'un nouvel éclat : le siège
du Quesnoi fut long et pénible; il dur»
trente joiu-s. Marescot ne put s'em-
parer de la v-ille que par surprise.
Nommé général de brigade après ces
deux sièges, il prépara ceux de Va-
lenciennes et de Cxmdé, qui se ren-
dirent vingt-quatre heures après la
sommation; mais on a lieu de croire
que ce fut le résultat d'une négocia-
tion secrète, ouverte depuis plusieurs
mois entre lAutricbe et le comité de
salut public. Marescot commanda
ensuite le corps du génie au siège
de Maestricbt , sous les ordres de
Klébcr, et fut élevé au grade de
général de division, le 8 novembre
1 794. I^ 24 décembre, même année,
CaiTiot le fit rayer, par un décret, de
la liste des émigrés , où il était ins-
crit , quoiqu'il n'eût jamais quitté la
France. Il est probable qu'on l'avait
pris pour son frère cadet, comme
lui officier du génie, mais qui se mon-
tra toujours fort attaché au parti
royaliste. En 1793, le comité de sa-
lut public lui confia la défense de
Landau. Quoiqu'il n'eût pas le tiers
des troupes nécessaires pour repousser
les attaques de l'ennerai, il réussit par
7,
100
MAR
des sorties à l'en tenir constamment
éloigné. Dans la même ^nnée, il fut
nommé commandant du génie à l'ar-
mée des Pyrénées occidentales , et
déjà il faisait les préparatifs du siège
de Pampelune , lorsque l'Espagne
conclut la paix avec la France. Le
général Moncey le chargea de l'exé-
cution du traité. Marescot fut en-
suite employé successivement aux
armées d'Allemagne, du Rhin et
du Danube, tantôt occupé à mettre
cette frontière en état de défense,
tantôt prenant part aux affaires dont
elle était le théâtre. En 1798, Bona-
parte le nomma membre d'une com-
mission chargée des préparatifs de
l'expédition contre l'Angleterre. L'an-
née suivante, Marescot, après avoir
servi encore sur le Rhin et en Suisse
sous les ordi-es de Masséna, fit partie
du comité militaire établi près le
Directoire. Il n'exerça pas long-temps
cette dernière fonction, ayant été
appelé à la défense de Mayence.
Après le 18 brumaire , Bonaparte lui
confia le commandement du corps
du génie et l'administration des for-
tifications, avec le titre de premier
inspecteur-général, place équivalente
à celle qu'exercèrent autrefois, sous
la dénomination de directeurs-géné-
raux des fortifications, les maréchaux
de Vauban et d'Asfeld. Il fit en cette
quaUté la dernière campagne d'Italie,
et fut nommé, en 1802, comman-
dant-général du génie à tous les
camps assemblés pour l'expédition
d'Angleterre. Fait comte et grand-of-
ficier de laLégion-d'IIonneur en 1804,
il fut élu dans la même année candi-
dat au sénat-conservateur, par le col-
lège électoral du département de
Loir-et-(^her, puis décoré du grand-
cordon de la Légion-d'IIonneur le 2
féTrier 1805. Au mois de septembre,
il accompagna l'empereur à la grande
MAR
armée, et revint à Paris en 1806. Em-
ployé en Espagne en 1808, il reçut
de Napoléon la mission périlleuse
d'aller observer les places de Cadix
et Gibraltar. S'étant bientôt trouvé
au milieu de plusieurs corps d'insur-
gés, il n'eut d'autie moyen d'échapper
à leur fureur que de se réunir au
corps du général Dupont qui était lui-
même fort compromis. Ce parti, le
seul que Marescot pût prendre dans
de pareilles circonstances, fut pour
lui une source de calamités. La pe-
tite armée du général Dupont , com-
posée en majeure partie de cons-
crits, s'avançait malgré sa faiblesse
jusqu'au Guadalquivir; mais bientôt
cernée de toutes parts, manquant de
tout, accablée par une chaleur exces-
sive, affaiblie par les maladies et la dé-
sertion des Suisses, abandonnée à elle-
même dans un pays dévorant, où les
habitants, la nourriture , le climat,
tout était ennemi, cette malheureuse
armée se trouva dans la plus affreuse
situation. Après la funeste bataille
de Baylen, cette situation était telle-
ment désespérée qu'une capitulation
devint une véritable faveur. Dupont
prit le parti d'envoyer aux Espagnols
le général Marescot, connaissant les
rapports qu'il avait eus en 1794 avec
le général Castannos qui les com-
mandait. La capitulation qu'il obtint
était fort avantageuse et fort honora-
ble si elle eût été exécutée. On sait
à quel point d'irritation elle porta
Bonaparte contre Dupont et contre
Marescot, cpii l'avait signée comme
témoin. Cependant il n'avait pas trou-
vé mauvais que, dans des circoufitances
analogues, Serrurier et .lunot eussent
aussi capitulé, mais ces deux géné-
raux étaient ses amis, et il n'en était
pas de même de Dupont et de Mares-
cot ; il prétendit, dans cette occasion,
qu'un général ne devait jamais capi-
MAR
tuler en rase campagne; et sans juge-
meat, sans examen, il fit arrêter et
destituer Dupont et Marescot qui ne
recouvrèrent leur liberté et leur grade
qu'en 1814. M°' de Marescot perdit sa
place de dame du palais, et si le gé-
néral eut été justiciable d un conseil
de guerre, if est probable qu'il n'eût
point échappé ; mais, comme grand-
officier de l'empire, il ne pouvait être
jugé que par une haute-cour, et il y
eut attiré tous ses co -accusés, ce que
ISapoléon ne voulait pas. Les eimemis
de Marescot ne purent découvrir au-
cune loi ni ordonnance qui servît
seulement de prétexte, et on le laissa
en prison pendant tiois ans, après lui
avoir fait subir un interrogatoiie de-
vant une commission présidée par
Cambacérès, ce qui était assez bizarre
pour un fait complètement militaire.
L'n procureur impérial prit sous la
dictée de l archi-chancelier une con-
clusion à mort, qui ne fut point a-
doptce. Mais Marescot resta tou-
jours prisonnier; il ne lui fut permis
•ju'en 1812 daller en surveillance à
Tours, où il demeura jusqu'à la res-
tauration. Ayant alors envové son
adhésion aux actes du gouverne-
ment provisoire, il fut nommé pre-
mier inspecteur-général du génie ,
commissaire du roi dans la vingtième
division, à Périgueux; chevalier de
Saint-Louis, le 1" juin; puis mem-
bre d'une commission chargée de
déterminer le classement des pla-
ces de guerre ; et enfin grand croix de
Saint-Louis, le 27 décembre. Il refusa
de se rendi-e aux armées après le 20
mais 1815, mais, ayant été employé,
il perdit son activité à la rentrée du
roi. Depuis lors , le général Ma-
rescot vécut retiré à sa tei-re de Châ-
lay près Vendôme, où il mourut en
novembre 1831. On a de lui : L Be-
lation des principaux sièges faits ou
Hà»
iM
soutenus en Europe par les armées
françaises, depuis 1792, Paris, 1806,
in-S". On trouve dans cette brochure
une relation du bombardement de
Lille exécuté par les Autrichiens en
1792. IL Mémoire sur l'emploi Aes
bouches à feu pour lancer les grenades
en grande quantité, collection de l'Ins-
titut de 1799. lll. Mémxjire sur la for-
tification souterraine, et une foule
dautres mémoires manuscrits qui sont
entre les mains de quelques officier»
du génie et au dépôt de la guene. IV,
X^ote sur le général IHarescoL, janvier
1821, publiée sous le voile de l'anony-
me, et qui est évidemment du général
Marescot lui-même. On y trouve de»
détails curieux sur l'histoire militaire
de notre époque. — Marescot {Ber-
nard-François), fi-ère du précédent ,
et comme lui officier du génie, fut
camarade de Bonaparte dans son
arme , mais quitta le service de
bonne heure, par suite de sa haine
pour la révolution. Il se rattacha
néanmoins au gouvernement impé-
rial, fut nommé membre du Corp»
législatif en 1807 par le département
de Loir-et-Cher, et fit plus tard une
campagne en Silésie, a l'instigation
de son fiere. Il mourut dans le Ven-
dômois vers 1835. M — dj.
MARESTIER (JEi^-BAFrisTE),
né à Saint-Servan (Ille -et -Vilaine),
était très-jeune lorsqu'il fut admis,
en l'an VIII, à l'École polvtechnique,
d'où il sortit en 1802. Les brillant»
examens qu il soutint à son entrée à
l école , ainsi qu a sa sortie , le placè-
rent au nombre des élèves les plus
distingués de son temps, et justifiè-
rent son classement dans le corps du
génie maritime. Ses premiers pas dans
la carrière furent marqués par des
services réels rendus dans les ports
de Gênes et de Livourne, qui se
trouvaient alors sous la domination
102
MAB
française, Quand les désastres de
1814 enlevèrent à la France ces utiles
conquêtes, Marestier, dont les ta-
lents étaient déjà appréciés , fut des-
tiné pour Toulon. Il y connut M. Ch.
Dupin, et tous deux ne tardèrent pas
à se lier d'une amitié que la confor-
mité de goûts, d'habitudes et de ta-
lent développa au point qu'une bas-
tide , située aux environs de la ville ,
devint leur logement commun. Cette
communauté, pleine de charme pour
l'un et l'autre , fut rompue peu
après , Marestier ayant été envoyé à
Bayonne, afin de réorganiser le ser-
vice des constructions navales, il y
construisit , jusqu'en 1818, sur ses
propres plans, des navires de trans-
port, espèce de bâtiments dont la
marine militaire était presque dé-
pourvue. Des contrariétés qu'il é-
prouva de la part de l'administra-
tion de ce port, le déterminèrent
à demander d'être attaché à celui de
Lorient, où il ne fit qu'une courte
apparition, le ministre lui ayant ex-
pédié l'ordre , qu'il trouva à son ar-
rivée , de se rendre à Paris, afin d'y
recevoir des instructions relatives à
une mission d'un haut intérêt pour
la marine. A cette époque, il n'était
bruit en Europe que des prodigieux
résultats de la navigation par la va-
peur , dont Fulton avait doté sa pa-
irie, après avoir éprouvé en France,
où il n'avait pas été compris, le dé-
dain le moins mérité. U apparlenait à
Marestier de naturaliser dans son
pays un procédé qui devait modifier
si avantageusement la direction des
forces navales sur tous les points du
globe. Le gouvernement français vou-
lut connaître ce qu'il y avait de vrai
dans les descriptions plus ou n)oins
exagérées que les organes de la pu-
blicité faisaient cha(juc jour des
prodiges de la nouvelle découverte .
MAR
et obtenir, sur les Ueux mêmes, une
appréciation , aussi exacte que possi-
ble , des heureux résultats que , déjà,
elle avait dû procurer à l'Angleterre,
et surtout à l'Amérique , dont l'éloi-
gnement favorisait la croyance aux
miracles racontés par les voyageurs.
Comme savant, comme ingénieur,
comme homme positif et réfléchi,
Marestier réunissait toutes les condi-
tions qu'exige une semblable mis-
sion. Aussi en fut-il chargé par lo
ministre de la marine, sur la propo
sition de M. le baron Rolland, ins-
pecteur-général du génie maritime ,
en même temps que M. de Montgér)-.
capitaine de frégate, recevait l'ordre de
se rendre dans les ports d'Amérique ,
afin d'v examiner les bateaux à va-
peur sous le point de vue nauti-
que et militaire. Marestier visita suc-
cessivement les chantiers des États-
Unis et de l'Angleterre, pendant près
de deux ans. Aidé du concours de M.
Hvdc de Neuville, ministre plénipoten-
tiaire à Washington , de celui de nos
consuls, et des communications offi
cieuses d'un ingénieur français, atta-
ché au service de l'amirauté améri-
caine , il recueillit les documents les
plus précieux et les plus propres à
faire apprécier sainement cette inno-
vation si féconde , et , il finit bien le
dire , alors presque entièrement igno-
lée en France. S'il eut à détruire beau-
coup d'illusions , et à ramener dans
les limites de la réalité l'apprécia-
tion des faits extraordinaires que l'en-
thousiasme attribuait à la navigation
par la vapeur en Amérique, les dé-
monstrations précises et rigoureuses
qu'il consigna dans le récit de sa
mission, apprirent néanmoins au gou-
vernement qu'en réduisant les choses
à leur véritable valeur , les avantages
du nouveau système de navigation
étaient assez grands pour en moti-
.MAR
ver l'adoption. Le monde savant |)ar-
tagea cette opinion, lorsqu'il connut
l'intéressant Mémoire de Marestier
sur la bateaux à vapeur des Etats-
Unis, mémoire qui. dans l'état actuel
de la science , laisse sans doute à dé-
sirer, mais que son auteur eût mi»
en parfaite harmonie avec nos con-
naissances progressives sur l'emploi
de la vapeur , si une mort préma-
turée n'était venue le frapper au
moment où il en préparait une se-
conde édition. Marestier fut chargé
de faire l'application des principes
qu'il avait exposés dans son ouvrage :
il construisit le premier bâtiment à
vapeur et le premier mécanisme a
basse pression que la mariite mili-
taii'e ait essayés pom' le service des
ports. Jusqu'à la publication de ce
mémoiie. il n avait été construit que
des bateaux destinés à la navigation
fluviale. De ce nombre étaient l'Afri-
cain et le Voyageur, construits, en
1818, pour la navigation du Sénégal
par M. Le Breton , autre ingénieur de
la marine. Appropriés à une naviga-
tion spéciale, et n'avant qu'une \itesse
restreinte, ces deux bâtiments , dont
l'un fut commandé par M. Louvrier,
l'autre par M. I^blanc, aujourd'hui
vice-amiral, n'étaient pas de nature
à infirmer le mérite de l'application
de la vapeur à la luai'ine militaire sm-
une échelle beaucoup plus élevée. Si
l'impartialité nous fait un devoii- de
reconnaître que l'essai de Marestier
ne répondit pas complètement aux
espérances qu'avait fait concevoir sa
savante théorie, les principes fonda-
mentaux qu'il avait si heureusemerc
développés ne reçurent aucime at-
teinte; quelques détails, frappés du
sort commun à toute première appli-
cation d'un système nouveau , durent
seuls appeler l'examen des ingénieurs.
Plus tard, des accidents trop fréquents
UAR
103
et u-op funestes ayant inspiré des dou-
te* sur la sécurité que pouvait offrir
l'emploi d'un moteur avec lequel on
n'était pas encore familiarisé, Marestier
calma toutes les craintes en donnant
l'expUcation la plus ingénieuse , et
peut-être la plus vraie , des causes de«
explosions : c'était indiquer les moyens
de les prévenir. Nommé successive-
ment mend:>re de la commission con-
sultative et du conseil des ti-avaux de
la marine, lors de la première forma-
tion de ce conseil, il occupa dignement
sa place parmi le» hommes éminents
qui le composaient. Ses connaissances
aussi sûres que variées, son ardeur pour
le tiavail , rendaient sa coopération si
utile , qu'il ne fallut rien moins que
l'avantage bien rectmnu du servie*
pour qu'il pût être détourné, même
luomentanément, des fonctions qu'il
remplissait à Paiis. Mais une nou-
velle aft'aire de confiance exigeait
qu'on envoyât à Brest un ingénieur
qui réunît, à une haute capacité,
l'impartialité la plus sévère. Chargé
de cette mission, Marestier s'en ac-
quittait depuis peu de temps, quand
la mort le surprit, à Brest, le 22 mars
1832, à l'âge de cinquante-deux ans,
après quelques jours seulement de
malacUc. Il était chevalier de Saint-
Louis et de la Légion-d'Honneur. Sa
modestie était telle , qu'il ne voulut
jamais consentir à ce que M. Du-
pin insérât dans le rapport qui pré-
cède son mémoire, les éloges que
l'amitié, d'accord avec la justice, a-
vait suggérés à l'auteur; ils y sont
remplacés par deux lignes ponctuées.
Ses deax ouvrages ont paru sous les
titres suivants : i" Mémoire sur les
bateaux à vapeur des Etats-Unis d'A-
tnér ique, avec un appendice sur di-
verses machines rvlatives à la marine,
précédé du rapport fait à [Institut sur
<•« mémoire par MM. Sané, Biot ,
104
MAR
Poisson et Ch. Dupin , imprimé par
ordre de S. Exe. le ministre de ta ma-
rine et des colonies , Paris , imp. roy.,
1824, in4», et atlas in-fol. de 17
|>lanchcs. Dans ce mémoire, Ma-
rcstier fait connaître les dimensions
et Ja vitesse des bateaux à vapeur; il
déciit les principales machines em-
ployées à leur usage, et expose des
règleç, déduites de l'expérience, afin
d'établir, entre la grandeur des ba-
teaux et la force des machines , le»
proportior)s convenables pour obte-
nir une vitesse déterminée. Cet écrit
est accompagné de notes intéres-
santes renfermant le développement
des principes exposés dans le texte,
et des renseignements qui , bien
((«'incomplets, peuvent fournir de»
moyens de comparaison aux person-
nes qui projettent des bateaux à va-
peur. Il est terminé par sept chapi-
tres, sous forme Ôl appendice , conte-
nant des remarques sur les goélettes
des États - Unis , bâtiments légers
que les Américains construisent et
font manœuvrer avec une supériorité
reconnue des marins de toutes les
nations; sur les machines à curer les
ports et les rivières ; sur celles de la
poulierie et des forges, enfin sur les
nouveaux procédés de la corderie,
imitis des Anglais , et reproduits en
France avec des modifications ingé-
nieuses, dues à M. liair, directeur des
constructions navales à 15rest, et à
M. Hubert, officier supérieur du gé-
nie maritime, (jui les ont exécutés en
prenant pour base les procédés an-
glais, observés et décrits par M. Oh.
Dupin dans son Voyaffe de ta Grande-
Bretagne (force TiavaleJ, A tous ces
détails, accessoires à l'objet principal
de sa mission , Mareslier en ajouta
d'autres .siH" reuq)loi , c n Amérique,
des machines à fabriquer les clous,
machines qui • en faisaient i 40 par
MAB
minute, ou 84,000 en dix heures de
travail. Ce mémoire devait être suivi
d'un second qui n'a pas été publié,
parce que les renseignements qu'il
contenait n'étaient d'aucune utilité à
l'industrie particulière. Il était consa-
cré à des remarques sur la mai-ine
mihtaire, et spécialement à la des-
cription du bateau à vapeur construit,
en 1814, pour la défense de New-
York. 2* Sur len explosions des ma-
chines à vapeur^ et les précautions à
prendre pour tes préuenir (Extrait
des Annales maritimes et coloniales)^
Paris, impr. royale, 1828 , in-8" de
20 pages. Marestier avait été com-
pris, en 1826, au nombre des can-
didats présentés par l'Académie des
sciences , pour remplir la place va-
cante par la mort du célèbre Reichem-
bach. P. L— T.
MARET (HudJES-BERRARD), duc
de Bassano, naquit le 1" mars 1763,
à Dijon, où son père, médecin distin-
gué, était sejxétaire perpétuel de
cette Académie bourguignonne, qui
comptait alors parmi ses membres ,
les Voltaire, les Debrosscs, les F.uf-
(on, etc. {t'oy. Malet, XXVII, 10).
Nous insistons sur cette circonstance
parce qu'elle influa par la suite, d'une
uïanière très-heureuse, sur l'une des
époques les plus intéressantes de la
vie de Hugues Maret. Ses premières
(ittules furent dirigées vers les con-
naissances nécessaires pour enti'cr
dans l'artillerie et le génie. A l'âge
<le dix-huit ans, il concourut pour le
prix proposé par l'Académie de Dijon :
le sujet étjiit l'Éloge de Vauban. Car-
Dot, déjà officier du génie, eut le prix ;
Maret fut nommé après lui, et son
ouvrage obtint les honneurs de la
l(H!ture, dans luie «éance solennelle
présidée par le prince de Condé, qui
témoigna une bienveillance particu-
lière au jeune auteur. Celui-ci lui pré-
MAR
senta un poème en deux chants de
sa composition snr la bataille de Ro-
croy. Cependant des raisons de fa-
mille lui firent abandonner ses pre-
mières études pour celles de la ju-
risprudence, à laquelle il joignit celle
du droit politique; il prit ses grades
à l'Université de Dijon, fut reçu avo-
cat au parlement, et bientôt membre
de l'académie de cette ville. Le comte
de Vergennes , informé des disposi-
tions de son jeune compatriote, le fit
venir à Paris, où Maret suivit le cour»
de droit des gens que Boucliaud pro-
fessait au collège de France. Au mi-
lieu de ces graves spéculations, il
n'abandonna pas le culte des letties.
Présenté par Buflbn, Condorcet et
Lacépède, au Lycée que protégeait
Monsieur, comte de Provence, et qui
depuis est devenu l'Athénée , il se
trouva en relation avec les illus-
trations de l'époque. La mort du
comte de Vergennes fit perdre à Ma-
ret un puissant protecteur, au mo-
ment où il se préparait à aller en Al-
lemagne achever ses études politiques.
l>a convocation des États-Généraux,
en amenant la révolution, devait offrir
des leçons bien autrement profitables
à son esprit facile, étendu et si bien
fait pour saisir tous les détails de la
science diplomatique et administra-
tive. Préparé par ses études variées à
goûter tout l'intérêt que présentent
les grandes discussions publiques, il
s'établit à Versailles pour suivre avec
plus d'exactitude les débats de l'As-
semblée nationale. Dès les premières
séances, il s'en constitua en quelque
façon le secrétaire, par la publication
d'un bulletin consacré au détail de
ses délibérations ; idée heureuse qu'il
exécuta avec Maurice Méjan , et dont
le succès fonda la fortune politique
de l'un et de l'autre. Maret s'était
créé une méthode d'abréviations qui
MAB
105
lui permettait de reproduire presque
textuellement la discussion du jour.
Opendant le Builetin ne devint public
(lu'après la translation de l'Assemblée
de Versailles à Paris. Jusque-là il n'avait
été communiqué qu'à quelques so-
ciétés choisies, où l'auteur en faisait
des lectures. Ce fut sur les pressantes
instances de Mirabeau, de Clermont-
Tonnerre, de Lally-ToUendal, de Tai--
get , de Thouret , de Lechapclier,
etc., qu'il se décida à livrer chaque
soir à l'impression la rédaction de la
séance. Le libraire Panckoncke ve-
nait de fonder le Moniteur. Bien que
ce journal réunît la littérature à la
politique, il n'avait encore qu'un suc-
cès médiocre, tandis que le Bulletin
de rAssemblée nationale réussissait
et avait déjà Thonneur de nombreuses
contrefaçons. Panckoucke proposa à
Maret de réunir son Bulletin au Mo-
niteur. Maret Y consentit, à condition
que le Bulletin conserverait son titie et
resterait un ouvrage distinct. Dès lors
la fortune du Afom'fcur fut décidée, et
cette feuille devint l'immense registre
de toutes nos vicissitudes politiques.
"« La forme et le sentiment dramatique
« du Bulletin, a dit un biographe,
« donnaient l'idée d'une traduction
u de la langue pailée dans la langue
« écrite. C'était un tableau en relief
" présentant toute la vitalité des fa-
« meuses séances de l'Assemblée n«-
« tionale, et les formes de ses athlé-
•' tes, en même temps qu'il donnait
« l'énergique expression de leurs bril-
- lantes improvisations et de leurs dé-
'< bats orageux. » La clôture de l'As-
semblée constituante était le terme
que ilaret avait fixé à son travail, qui
n'avait été pour lui personnellement
qu'un moyen d'instruction. Depuis
cette époque, il cessa de prendre paît
à la rédaction du Moniteur. Ce fut
pendant cet intervalle que, dans le
106
MAR
petit hôtel de l'Union , rue Saint-
Thomas du Louvre, où il avait étabU
son bureau de rédaction , il fit con-
naissance avec un jeune lieutenant
d'artillerie qui vint y loger, et qui
n'était autre que Bonaparte. La situa-
tion du futur dominateur de l'Europe
était alors fort précaire, et il paraît
que les bons offices du journaliste ,
qui ne manquait ni d'argent ni de
crédit, contribuèrent quelquefois à le
tirer d'embarras. Jusqu'en 1791, Ma-
ret, qui avait embrassé avec convic-
tion mais en même temps avec ré-
serve les idées nouvelles, demeura
attaché à la société des Amis de la
constitution (les Jacobins) ; mais lors
des événements du Champ-de-Mars
(17 juillet, même année), il cessa, ainsi
qu'un grand nombre de députés mo-
dérés, d'en faire partie, et devint un
des fondateurs du club des Feuil-
lants, où l'on professait les doctrines
de la monarchie constitutionnelle.
Cependant il avait attiré sur lui l'at-
tention des hommes qui dirigeaient en
France la politique extérieure. Il fut
successivement nommé secrétaire de
légation à Hambourg et à Bruxelles.
Après le 10 août qui avait renversé
le roi et cette même constitution, pour
lesquels il s'était jusqu'alors prononce,
Maret ne donna point sa démission,
et il obtint un rapide avancement.
Le nouveau ministre des aifaircs
étrangères, Lebrun-Tondu, le nomma
chef de la première division de son
département, avec les attributions do
dii-ectcur-général. Bientôt il le chargea
d'aller diriger en Belgique le mouve-
naent des esprits, tandis que l'armtc
de Dumouricz en vahissait ce pays. Dans
cette mission, Maret montra beaucoup
de zèle et d'activité, il organisa un
corps de Liégeois, s'exposa au feu
dans plusieurs actions, et eut même
un cheval tué sous lui. Le Conseil
MAB
exécutif lui fit présent d'un autre che-
val, en lui décernant les plus grands
éloges. Dumouriez, avec lequel il dut
s'entendre et se concerter, le traitait
alors d'ami dans ses lettres. Peu de
temps après, la Convention, qui était
loin de vouloir la guerre avec l'An-
gleterre, envoya Maret à Londres,
afin d'obtenir du moins la neutralité.
Il fit des ouvertures de conciliation
très-raisonnables ; elles furent rejetées.
Revenu avec de nouveaux pouvoirs, il
fit d'importantes concessions , très-
avantageuses à l'Angleterre et à la
Hollande. Pitt, avec lequel il eut plu-
sieurs entrevues, lui témoigna person-
nellement beaucoup d'estime; mais
le premier ministre, lord Granville,
redoutait avec raison le degré de
puissance où la France pouvait s'éle-
ver, si on lui laissait paisiblement
établir sa révolution. La Convention
ayant immolé Louis XVI, le 21 jan-
vier, l'ambassadeur français Chauve-
lin fut congédié le 24. Maret resta
jusqu'en février ; mais on le força
aussi de partir, lorsque la guerre fut
imminente. Bien que le ministie Le-
brun eût tout fait pour empêcher k>
hostiUtés, il n'en fut pas moins ac-
cusé par Robespierre de les avoir im-
prudemment provoquées. Destitué le
21 juin, il fut bientôt après décrète
d'accusation. Maret, de son côté, tom-
ba également en disgrâce. Le nou-
veau ministre Dcsforgues le destitua
de la place de directeur-général ; mais
dès le mois de juillet suivant , le
même Desforgues le nomma mi-
nistre plénipotentiaire et envoyé
extraordinaire à JNaples. Cette mis-
sion eut une grande influence sur sa
destinée , et elle devait en avoir une
plus grande encore sur d'augustes in-
fortunes, puisqu'il pouvait en résulter
la délivrance de la reine de France,
Marie-Antoinette. « elle de ses enfants
et de niiidame Elisabeth (1). Cest in
qu'éclata plus que jamais l'odieux
machiavélisme de la maison d'Au-
triche . qui . plus implacable en-
vers la famille rovale que les révolu-
tionnaires de France, aloi'S en pos-
session du pouvoir exéc utif, fit maii-
quer l'objet de celle mission. Contre
le droit des gens, les deux négocia-
teurs furent arrêtés, par les troupes
auti-ichiennes, dans le nllage de ^>o-
vale. En vain Maret et Sémonville
roontrcrent leurs instructions ; ce fut
pour leurs oppresseurs un motif do
plus de les traiter avec la dernière
rigueur. Sans doute ils étaient les eu •
voyés du plus tyrannique , du plus
odieux des gouvernements ; mais leur
mission et leurs personnes n'avaient
alors rien que de très-louable et de
très-pacifique; ils étaient d'ailleurs,
sur un territoire neutre, sous la pi-o-
tection et dans toutes les garanties
de l'honneur et du droit des gen».
Les détails et les conséquences de cet
événement sont du plus haut intérêt
dans l'histoire. Nous crovons devoir
reproduire ici la relation manuscrite
qu'en a rédigée Maret , et qui nous a
été communiquée. On y trouve à la
fois l'intérêt qui s'attache à din-
justes persécutions, et à des circons-
tances politiques du premier ordre.
» Vous savez , écrivait long - temps
après à une dame le duc de Bassano
lui-même, que j'avais une direction
principale des affaires étrangei^s.
Une circonstance terrible la mit en
action. Nous employâmes des moyens
qui se trouvèrent bien faibles quand
il s'agissait de prévenir une si grande
catastrophe. Et quand le général Du-
mouriez, qui avait acquis un giand
crédit par ses succès en Champagne
et par la bataille de Jemmapes , s'a-
musait à jouir des applaudissements
(!) Voy. une note curieuse, sur cette né-
gociation . i l'article kiUL\i.NB (LXVIII. 510).
MAR
107
du peuple dans les spectacles et antre»
Ueux publics, l'intervention diploma-
tique, qui devenait notre seule i es-
source et que nous mimes en mouve-
ment, ne servit à rien, et le crime fut
consommé. D'autres têtes augustes
étaient menacées. Dumouriez revint
a lui. Il concerta ses pbns avec nous.
On sait ce qui est anivé. Réduite
encore a la ressource des négo-
ciations , nous revînmes sur nos
premièies combinaisons. La révolu-
tion prenait un cruel essor; cepen-
dant, il V avait encore au pouvoir
des hommes qui ne «abusaient pa»
sur l'avenir, s'en épouvantaient , et
étaient capables de se dévouer pour
tenter de sauver ce qui restait de si
précieux de ce grand naufrage. La
plus saine partie du gouvernement
s'aitendit pour faire une démarche
auprès des seules puissances encore
en état d'alliance avec la ré(Hiblique.
C'étaient Venise , Florence et Naplc».
Les républicains tenaient à ne pas
être désavoués par Iv ; monde entier.
On se crut assm-é que, si les uois Ëtat«
que je viens de nommer mettaient
pom- condition à la continuation de
leur alliance la sûreté de la reine et
de sa famille, elle ne leur serait pas
refusée. Le projet hit arrêté , les ins-
tructions diessées , et je fus charge
de leur exécution. M. de Sémonville .
qui avait dû s embarcjuei pour C^ns-
tantinople, et qui était encore à Mar-
seille, ayant eu la voie de mer fermée
par les escadres anglaises, espagnoles
et hollandaises, dut prendre sa route
par le nord de Fhahe. On le chargea
de concourir avec moi aux négocia-
tions qui devaient commencer pai
Venise, Florence , et (jue je termine-
rais à Naples, pendant qu il se rendrait
a sa destination. Je partis; je rencon-
trai à Genève M. de Sémonville, avet-
qui je n'avais eu jusqu'alors que des
relations de société, et nous nous a-
chemiuâmes ensemble dans la direc-
tion de Venise. Nous renconlràme»
les premiers obstacles dans les hgues
grises dont le gouvernement était in-
m
MAR
fluencé par l'Autriche. Après avoir
franchi les Alpes, et au moment d'en-
trer en Italie, des avis sûrs nous pré-
vinrent des difficultés que nous de-
vions rencontrer dans la Valtehne.
Nous nous arrêtâmes à Vico-Soprano
chez le comte Hercule de Salis-
Tagstein qui nous avait procuré ces
avis, et nous expédiâmes un officier
aux chefs des ligues grises pour leur
demander la protection qu'ils nous
devaient. Cet officier revint avec des
ordres par lesquels il était enjoint aux
autorités de la Valteline d'assurer
notre passage. Les comtes de Salis-
Tagstein et de Salis-Sondrio nous con-
juraient de ne pas nous y fier. Des
renseignements multipliés justifiaient
leurs craintes. Ils nous représentaient
le gouvernement de Milan comme in-
capable de s'arrêter devant la viola-
tion d'un territoire neutre et du droit
des gens. Ils parlaient d'embus-
cades. Ils ignoraient que nous a-
vlons un but que nous devions es-
sayer d'atteindre à tout prix. Nous
nous rendîmes à Chiavenne , d'où
nous partîmes le même jour sous une
escorte d'honneur et de sûreté. Pen-
dant que ceci se passait en Suisse,
des intrigues agissaient à Paris. Le
secret de notre mission avait été soup-
çonné par quelques chefs révolution-
naires qui envoyèrent à notre pour-
suite des agents secrets sous la direc-
tion d'un sieur Ysabeau. L'archiduc
Ferdinand , qui avait reçu par un
Hand billet l'ordre de l'empereur de
s'opposer au passage de M. de Sé-
monville , dont on redoutait l'in-
fluence à Constantinople, dirigea, d'a-
près les informations (jue donnaient
journellement à Milan les agents se-
crets des révolutionnaires français ,
le docteur Pozzi, chancelier <lu Sénat,
sur la rive droite du lac de (^,hia-
venne, où des troiq)es , déguisées en
Berlandotti, avaient été rassemblées.
ParveuHs à Novale, village sur la rive
gauche du lac de C.iiiavennc, notre
escorte fit lialle. Sou chef, prétextant
la nécessité d'avertir le podestat de
MAR
Trapone, sur le territoire duquel nous
allions entrer, afin qu'il tînt son es-
corte prête, envoya en avant un faute
de la juridiction, dont la mission vé-
ritable était de faire aux Autrichiens,
sur la rive droite, les signaux con-
venus. La femme du marquis de
Montgeroult , brigadier des armées
du roi, qui était attaché à ma mission,
pour remplacer à Naples le marquis
de Salis-Marchline , entra , pendant
notre station forcée , dans l'église d*.'
village, et y toucha l'orgue avec ce
talent admirable qu'on lui connaît.
Le curé, vivement ému, lui demanda
si elle était de la société des Fran-
çais arrivés dans le village, et sur sa
réponse affirmative, « Ah! madame,
« lui dit-il, ils sont perdus s'ils ne se
.. hâtent de fuir «. Elle accourut au-
près de nous , mais elle n'avait pas
achevé son récit, que déjà les troupes
autrichiennes et notre propre escorte
nous couchaient enjoué. Nous fûmes
tous arrêtés, garottés, et jetés dans des
barques qui nous conduisirent de
l'autre côté du lac dans la prison de
Gravedona. Toute la population de
cette petite ville était dans le secret
de l'expédition. Elle nous attendait.
On l'avait disposée à nous faire un
accueil tout différent de celui que
nous reçûmes. Notre maintien imposa
au point que, de toutes parts, on en-
tendait ces mots : « La bella, la tjene-
r< rosa génie ». Le docteur Pozzi crut
<levoir rendre comi)tc de l'effet que
nous avions produit sur le peuple.
Ses oidres élaieut de nous faire trans-
porter inunédiatement au château de
Milan. Il suspendit notre départ. Nous
passâmes dix jouis dans la prison de
(Jravedona, attachés chacun à une
longue chaîne qui nous pcrmeltait
(fagir dans noUe chambre et qu'on
ne délacliait ni jour ivi nuit, (-'est
cette chaîne grosse et longue comme
unechaînede puits, quela Uépublique
Cisalpine m'envoya, après mon retour
en France, avec une niagnificpie ins-
cri|)tion. .le vous ai montré, il y a
long - temps , ce singulier trophée.
MAR
MAB
109
La réponse étant arrivée de Mi-
lan, nous fûmes embarqués, char-
gés de chaînes plus légères, dans des
bateaux qui nous menèrent à Lecce,
et de là, par le canal, à Fossano di
Milano, ou des voitures et des escortes
nous attendaient pour nous conduire
à Mantoue. Nous y arrivâmes le 24
juillet 1793 à 6 heures du matin. On
nous logea dans l'ancien palais des
ducs. Le mauvais air ne tarda pas à
produire son effet sur nous. Tous mes
compagnons de captivité furent at-
teints de la fièvTe du pays. Je n'ai ja-
mais eu la fisvre, je ne la pris pas;
mais l'influence du climat agit sur mes
nerfs et, lorsqu'au mois d'octobre j ap-
pris l'affreux événement (1) que je
m'étais cru un moment destiné à pré-
venir, je tombai dans des convulsions
nerveuses qui duraient dix heures par
jour, et qui se prolongèrent pendant
7 mois. Jusque-la j'avais conservé quel-
que espoir. Mes instructions avaient
été sauvées, mais celles de Sémonville
étaient tombées dans les mains des
Autrichiens, et je ne pouvais croire
que le baron de Thugut, a qui ces
papiers devaient avoir été envoyés,
y trouvant la trace de notre mis-
sion, ne se bâtât pas de nous donner
les moyens de la remplir et de nous
rendre la liberté. Sur les sept mois
que dura la maladie à laquelle j'étais
en proie, j'en passai cinq sans une
heure de sommeil. Je perdis mes che-
veux et une partie de mes dents. J au-
rais perdu la vie sans un secours
inespéré que, dix ans après la mort
de mon père, je dus à la réputation
dont il avait joui en Europe. L'aca-
démie de Mantoue chargea une dépu-
tation de m'apporter des consolations
et de m'offrir ses secours. Elle avait
encore un autre but, c'était de s'assu-
rer du danger de mon état, dont le
médecin du gouvernement, qui était
un de ses membres, lui avait rendu
compte. Sur !e rapport qui lui fut
fait, elle s'adressa au gouverneur, et
(1) La mort de ta reine.
cette démarche ayant été sans succès,
elle eut la générosité d envoyer deux
commissaires à Vienne pour repré-
senter que, si je passais une seconde
saison cl été a Mantoue, je succombe-
rais infailliblement. Le 20 mai 1794,
l'ordre airiva de transférer Sémon-
ville et moi dans la forteresse de
Kuffstein en Tyrol. !Nos autres com-
pagnons restèrent à Mantoue. Ils
étaient au nombre de six; cinq mou-
rurent dans les six mois qui suivirent
notre translation. Un seul, M. Mergez,
secrétaire d'ambassade , aujourd hui
maréchal-de-camp en retraite, et alors
jeune officier d'un caractère énergi-
que, ne succomba pas à l'influence
du climat et à la rigueur de son sort.
On m'annonça, à 6 heures du soir, que
je devais me préparer à faiie un long
voyage; à 8 heures, le même Barigei
qui avait attaché mes chaînes au dé-
part de Gravedona et qui les avait soi-
gneusement conservées, se présenta
pour faire la même opération. Mon
corps était enflé. Elles se trouvèrent
trop courtes et il fallut les serrer avec
violence pour rapprocher autour de
mon poignet droit deux anneaux
dans lesquels devait passer un cade-
nas. J'éprouvai de vives soufirances.
Je les oubliai quand, la voiture ayant
franchi la dernière enceinte des for-
tifications, je me trouvai sur une des
digues du lac, à laii- libre, sous un
ciel pur et au milieu d'une campagne
embaumée par la vigne en fleur.
Nous marchâmes toute la nuit, quit-
tant plusieurs fois la route, afin d'é-
viter le territoire vénitien. Je connais-
sais bien la géographie du pays,
quoique je ne l'eusse jamais parcouru,
et j'étais décidé à appeler a mon aide
si nous étions passés devant quelque
poste du pays allié, quoiqu'il y eût
un officier autrichien dans la voiture
et deux soldats sm- le siège. Je me
berçai de ce vain espoii- toute la nuit.
Il me quitta lorsqu'au jour nous en-
• trames à Roveredo. L'officier supé-
rieur chargé de notre transport,
ni'ayant aidé à descendre de la voi-
110
MAR
tiu-e, s'aperçut que j'étais couvert
de sang; son indignation fut à son
comble, il appela un commissaire
autrichien, le fils du docteur Pozzi
qui nous avait suivis dans une voiture
séparée, et demanda que nos chaînes
fussent ôtées. Comme Pozzi résistait
et prétendait n'avoir pas la clef du
cadenas, il fit apporter un instrument
avec lequel il le brisa. INous conti-
nuâmes notre route à la fin du jour.
Le Barigel n'avait pas reparu et je ne
retrouvai mes chaînes qu'à Kuffstein ;
mais je ne les portai plus. Elles fu-
rent seulement attachées à un bloc de
marbre brut qu'on plaça au pied
de mon lit. Les traces de cette espèce
de mutilation se voient encore sur
ce même poignet où sont les cicatri-
ces des coups de baïonnette dirigés
vingt ans plus tard par les Autrichiens
contre un homme paisible et désar-
mé. Nous ne marchions que la nuit.
Plusieurs fois pendant le jour le jeune
Pozzi vint sentretenir avec moi. Oii
comprend que je lui demandais des
nouvelles de mon pays, de mes amis.
.Ses récits exagéraient encore l'affreuse
vérité. Je ne citais pas le nom d'une
seule personne qu'il ne m'assurât
qu'elle avait péri. Jugez de la situa-
tion de mon esprit et de celle de mon
cœur, lorsque les portes de la citadelle
de Kuffstein s'ouvrirent devant moi.
(]ette forteresse, qui défend l'entrée
du Tyrol, du côté de la Bavière, est
construite sur un rocher à pic, d'une
très- grande élévation, isolé et com-
muniquant à la ville par un pont de
bois. Une tour très -élevée la sin-
monte. C'est l'habitation <les prison-
niers d'État, (jui en occupent l'étage
supérieur. Le centre est rempli par
un énorme pili«îr qui supporte le toit,
et la circtonférence est divisée en
cellules ou cachots, en forme de tra-
pèze, numérotés depuis 1 jusqu'à 13.
J'accompagnai Sémonville dans celui
«uii lui était destiné; il portait le
n» 11. Je fus ensuite conduit dans
ma demeure q\ù portait le n" 13; la
porte de la cellule n» 12 se trouvait
ouverte, je vis en passant qu'elle
n'était pas occupée. Ma cellule était
précédée d'un petit vestibule avec
une porte de fer. Une seconde porte
de fer, où un guichet était pratiqué,
formait l'entrée de mon appartement,
consistant dans un cabinet voûté de
de huit pieds de long et de six pieds
de large. Quoique la voûte fût basse,
je pouvais à peu près me tenir de
bout partout. L'ameublement se com-
posait d'une table de sapin, avec une
chaise de bois, et d'un gi'abat jeté
sur trois planches, au pied duquel se
trouvait le bloc de marbre dont j'ai
déjà parlé. Tous les ustensiles pour
mon service se bornaient à un chan-
delier de fer et im balai de bou-
leau. On avait construit auprès de
la porte un poffle en brique dont le
foyer s'ouvrait dans le petit vestibule.
Les briques étaient peintes en blanc
à la chaux, ainsi que toute la cellule,
qu'éclairait une lucarne de deux pieds
de hauteur sur 18 pouces de largeur,
garnie en dehors de deux rangs de
barieaux et en dedans d'un fort gril-
lage. Cette fenêtre donnait sur une
campagne très-riante, que formait
une petite vallée demi-circulaire dont
le rayon avait environ une lieue et
que traversait la rivière d'Inn. Sur le
bord de cette rivière était une belle
ferme où mes regards plongeaient et
dont je voyais tout le mouvement
intérieur. U; régime de la prison
était celui-ci : En y entrant les pri-
sonniers perdaient leur nom. Le
con)mandant même devait l'ignorer.
On lui avait écrit de Vienne que tel
officier estait chargé du transport de
deux prisonniers qu'il logerait aux
numéros 11 et 13 et qu il ne dési-
j'uerait dans sa correspondance que
par ces numéros, qu'on substitua
aux marques de notre linge. Trois
fois par jour, le guichet s'ouvrait pour
donner passage à une nourriture suf-
fisante. Nous ne pouvions pas être
traités fort splendidement, puisque
l'empei-eur ne passait par jour aU"
cnnmiandant que .30 kreuzers. en-
MAR
viron 27 sous de notre monnaie, pour
notre entretien et notre nourriture.
On nous avait enlevé, avec notre ar-
gent , nas montres et la plus grande
partie de nos effets. La porte de la
prison ne s'ouvrait que le samedi
pour donner passage au chirurgien-
major, qu'accompagnaient deux cus-
todes et deux officiers. Tous les quin-
ze jours, le commandant, homme
respectable, venait avec eux. On me
dit que j'aurais des livres si j'avais de
l'argent pour en faire louer à Ins-
pruck, et qu'il n'était pas permis de
me donner les moyens d'écrire. On
me raconta qu'un prisonnier, dont
j'aurai l'occasion de parler tout à
l'heure, avait désiré une planche
noircie, et de la craie blanche pour
faire des mathématiques; qu'il au-
rait fallu prendre les ordres de
Vienne, et qu'on s'était bien gardé
d'adresser au ministre une proposi-
tion aussi insolite , aussi opposée au
texte et à l'esprit des instructions.
Pendant toute la durée de ma capti-
vité, on ne me proposa pas une seule
fois de sortir pour prendre l'air, et
je n'en fis pas la demande. Je n'avais
rien à demander à des gens à qui
je ne reconnaissais aucun droit sur
moi. Ce régime semblait peu favora-
ble à un malade. Le mouvement du
voyage et l'air salubre des monta-
gnes me rendirent, en peu de se-
maines , une santé parfaite, qui de-
puis n'éprouva pas la plus légère
altération. On me donna, au lieu de
pommade, une fiole d'huile d'olive
pour faire revenir mes cheveux. On
m'offrit aussi du vinaigre, du tabac
et une pipe, pour combattre une
odeur désagréable que le vent du
nord portait quelquefois dans la di-
rection de ma fenêtre. Je parle de
ces deux petits objets, parce qu'ils
devinrent pour moi des trésors. Je
soignais mes cheveux, j'entretenais
mes vêtements, je faisais mon lit , je
balayais ma chambre, je nétoyais
jusqu'aux murailles. Tout respirait
autour de moi une propreté qui fai-
mn
111
«ait l'ëtonnement de mes gardiens.
Ces soins prenaient du temps et me
donnaient de l'exercice: il y a une
sorte d'humanité à les imposer dans
une prison solitaire. Je me couchais
à neuf heures, et à peine ma tête
reposait sur l'oreiller que je retrou-
vais ma liberté. D'heureux songes
me tiansportaient en France au mi-
lieu de mes amis. Ils ne se termi-
naient qu'à sept heures du matin,
lorsqu'on ouvrait le guichet poiu-
passer le déjeûner. On dort bien
quand on est jeune, qu'on a remis
son sort entre les mains de celui qui
dispose de tout, et qu'on porte dans
une conscience tranquille le sentiment
d'un devoir accompli. Mes nuits ont
été heureuses pendant les 22 mois
que j'ai passés à Kuffstein. Vous
serez surprise si je vous dis que met,
journées aussi s'écoulaient rapidement.
C'est cependant la vérité. Dés le pre-
mier jour et aussitôt qu'on eut re-
fermé les portes de ma prison et que
j'eus entendu le bruit des grilles de
l'escalier qui conduisait à la tour, et
les geôlière s'éloigner, je m'occupai
à trouver les moyens d'établir quel-
que communication avec le compa-
gnon de ma captivité. Je cherchai
d'abord si je pourrais me faire en-
tendre de lui ; et je me mis à chanter,
ma bouche appliquée contre le gril-
lage de ma fenêtre, ce passage d'un
coryphée dans l'opéra d'Armide :
Voici la charmante retraite
De la félicité parfaite :
Voici l'heureux séjour
Des jeux et de l'amour
Sémonnlle ne m'avait jamais entendu
chanter. Il ne reconnut pas ma voix,
mais les paroles ; et , crovant qu'on
insultait à sa position, il s'obstina à
faire la sourde oreille. Ce premier
moyen me manqua donc. J'en tentai
vingt autres qui n'eurent pas plus de
succès. Enfin , au bout de quelques
mois, je remarquai que tous les soirs
à la même heure, un même bruit se
faisait entendre. Je devinai que Sé-
monviile traînait sa chaise de sa table
112
MAR
à son lit. J'en conclus qu'il entendrait
le bruit que je ferais chez moi et je
cherchai comment, à l'aide d'un bruit
quelconque, je pourrais me mettre en
, communication avec lui. J'inventais
un chiffre auriculaire que j'exécutais
en frappant contre le mur avec le
manche de mon balai. Au bout de
quelques jours Sémonville me com-
prit parfaitement. Ce moyen était lent
et imparfait. Il nous servit pour con-
venir des modifications nécessaires.
ISous divisâmes l'alphabet en trois
séries qu'un signe indiquait. Un signe
avertissait également lorsque celui
qui écoutait devinait le mot ou la
phrase. Chaque soir, quand tout re-
posait dans la forteresse, nous con-
versions et padions de la sorte, pres-
que aussi vite qu'on écrit. Nous ve-
nions un jour de nous souhaiter le
bonsoir, lorsque nous entendîmes un
bruit de même nature, qui venait de
la partie opposée de la tour. Nous
écoutâmes et nous comprîmes très-
distinctement ces paroles : «Associez à
« vos conversations un compagnon
» de malheur. » Nous frappâmes
tous deux en même temps : « C'est
« un Français ; on répondit : Non, je
.< ne suis pas Français, mais je souffre
u comme vous , et je ne puis vous
u être étranger. » La conversation
s'établit , et nous apprîmes que notre
compagnon d'infortune était un ba-
ron de Spaun, victime, du moins il le
disait, de la part que le baron de
Thugut avait prise à des démêlés de
famille. Sa détention datait de la fin
de 1792. C'est à lui qu'on avait re-
fusé une planche noircie et de la craie.
C'était un habile mathématicien. U me
dicta des formules astronomiques
très-ingénieuses, qu'il me pria de
soumettre de sa part à M. de Laplarc
quand je serais (le retour en France,
Ce témoin de nos entreliens ne tarda
pas à nous gêner. Nous trouvâmes
moYcn d'intervertir l'ordre des séries
(le notre chiffre à son insu. On sol-
dat français au service des custodes
portait à Scimonville ou à moi rot te
MAR
sorte de mot d'ordre à l'aide duquel,
de semaine en semaine, nous avions
un chiffre tout nouveau. Trois jours
ne se passaient pas sans que le baron
de Spaun l'eût découvert. Mais au
bout de trois mois, un grand change-
ment survint parmi les habitants de
la prison. La conjuration de Marti-
nowitz avait éclaté quinze mois au-
paravant en Hongrie. Plusieurs hom-
mes distingués du clergé et des clas-
ses intermédiaires périrent sur l'écha-
faud. Un plus grand nombre fut con-
damné à des détentions plus ou moins
longues et remplissait déjà les forte-
resses du pays , lorsque l'archiduc
palatin, blessé mortellement au châ-
teau de Schœnbriinn par une explo-
sion d'artifice , dit à l'empereur avant
d'expirer : <• Faites saisir mes papiers
« à Bude. Il y va de votre sûreté! "
On y trouva les preuves d'une nou-
velle conspiration. Celle-ci était tra-
mée par des magnats qui furent ar-
rêtés. Le gouvernement s'inquiéta de
la présence de tant de prisonniers
d'état dans le pays même qu'ils a-
vaient agité. Ixs prisonniers hongrois
furent transférés dans les prisons des
États héréditaires, et ceux de ces Ktats
en Hongrie. Le baron de Spaun quit-
ta ainsi Kuffstein pour Mongatz. Je
suppose que ce baron vous intéresse
un peu et que vous me permettez de
quitter un instant mon cachot pour
vous dire ce qui advint de lui : je
rentrerai après dans ma cellule. Eu
arrivant à Munich en 1805, on me
dit qu'un baron de Spaun s'était pré-
senté au logement préparé pour moi
et reviendrait le lendemain. Comme
je ne l'avais jamais vu, quelqu'intri-
gant aurait pu abiiscr d'un fait assez
connu. Quand il vint, je tins la porte
<lc ma chambre fermée, et je frappais
ces mots : « Etes-vous le prisonnier
« de Kuffstein ? » Siu" sa réponse qu'il
me fit dans le même langage, j'ouvris
et je l'embrassai. J'obtins pour lui du
feu roi de Ravière une place au bu-
reau du cadastre. Il était fort capa-
ble de la bien rnnplir: mais une cap-
\ SUR
tivitë de dix ans avait i-endii son ca-
ractère insociable. Le roi m'écrivit a
ce sujet, et consentit à ma prière à
donner au baron de Spaun, au lieu
de son emploi, une pension de douze
cents florins, dont il a joui jusqu'à sa
mort prématurée. Je retourne à ma
prison. Le bruit de nos entretiens
avec le baron de Spaun arait été en-
tendu du dehors. Le rapport en fut fait
au commandant, officier d'artillerie
instruit. Quoiqu'il comprît que les
prisonniers pouvaient communiquer
entr'eux de la sorte, il soutint à ses
subordonnés que la chose était im-
possible, pour se dispenser d'en rendre
compte à Vienne. Ou nous laissa faire.
Les pisonniers Hongrois prirent part
à nos conversations. Koua apprîmes
ainsi les événements qui s'étaient
passés dans leur pays, et que, dans
les circonsunces du temps , le gou-
vernement autrichien avait intérêt à
soustraire à la connaissance de l'Eu-
rope. Vous voyez que nous ne man-
quions pas tout-à-fait de distractions.
Elles ne suffisaient pas à l'activité de
mon esprit. On me donnait de temps
en temps des paquets de poudre pour
les dents enveloppés dans des carrés
de papier blanc que j'avais conservés
avec soin. On me fit présent, pour le
jour de l'an , d'un almanach de pay-
san, oij quelques feuilles de papier
blanc étaient intercalées. La femme
du commandant, qui nous envovait
souvent des fleurs et des fruits de son
jardin, avait un jour mis au fond du
panier une petite grammaire alle-
mande sous une enveloppe de papier
blanc ; quel parti tirer de ces richesses?
H fallait une plume et de l'encre; j'en
fis. Voici comment : j'avais conservé
la fiole dont l'huile ne m'était plus
nécessaire, j'y jetai quelques parcelles
de fer que je détachai de ma porte, et
sur lesquelles je versai un peu de vi-
naigre; à 1 aide de la chaleur de mon
poêle, j'obtins une dissolution de fer
assez concentrée. Je me fis. donner du
thé et, après avoir ôté une partie du
liquide, je plaçai la théière au-dessus
AMB
If 3
de la flamme d'une chandelle allumée,
pour tirer des feuilles du thé le prin- •
cipe astringent qu'elles contiennent.'^
J'espérais remplacer ainsi la noix
de galle qui entre dans la composi-
tion de l'encre ordinaire, je réussis.
Vous comprendrez la joie que je dus
éprouver lorsqu'en versant une partie
de cette décoction dans ma dissolu-
lution de fer, je vis le précipité noir
se former. Des éclats détachés d'un
morceau de pierre à fusil qu'on m'a- *
vait donné pour allumer ma pipe, '*
me fournirent une espèce de canif'
3ui me servit à découdre l'enveloppe
e mon traversin, dans lequel je dé-
couvris le quart du cylindre d'une
plume de poulet. Je taiflais cette plu-
me avec le canif de mon invention et,
après l'avoir montée sur un brin de "*
balai, je me trouvai pourvu de tout*
ce qui m'était nécessaire pour écrire.
Je commençai par des dissertations
sur divers sujets ; mais cela allait trop
vite, et la prose usait trop de papier.
J imaginai alors de faire une comédie
en vers. Des brins de balai que je
charbonnais à la chandelle, me ser-
vaient pour écrire mon brouillon sur
la face de mon poêle qui ne pouvait
pas être vue du guichet lorsqu'on
l'ouvrait. Je travaillais ainsi pendant
toute la semaine; le vendredi soir
je mettais au net les scènes terminées,
et j'en effaçais les traces sur le poêle.'
Le samedi, lorsque le chirurgien en-
Uait avec les officiers, un de mes ■
goussets de montre renfermait mes
manuscrits et l'autre mon encrier.
Je composai plusieurs grandes comé-
dies et une tragédie. Je m'étais ainsi
donné du travail à faire, des ouvrages »
à relire et des pièces de théâtre a re- ,.
présenter. Le jour de la première re-
présentation de l'Infaillible, comédie
en cinq actes et en vers, un des fac-
tionnaires qui environnaient la tour,
appela son caporal qui jugea qu'on se
querellait dans la chambre n» 13 et '
qui déclara qu'il avait distingue dix
voi.x différentes. Sur ce rapport, les
officiers et les custode* se transpôrtè-
lit
MAR
rent chez moi. Je ne compris rien à
leur visite inopinée et encore moins à
l'extiême surprise qu'ils témoignèrent
en me voyant seul. Cet incident fut le
dernier ; le commandant m'en donna
l'explication quand l'heure de la liberté
fut arrivée. Ce brave homme ayant
reçu les ordres de la cour de Vienne,
se hâta de monter à la tour. L'officier
qu'on lui annonçait, et qui devait
nous conduire en France, tardait à
arriver; il prit sur lui de nous faire
descendre de la forteresse et de nous
recevoir dans sa maison où sa famille
nous combla, pendant huit jours, des
soins d'une hospitalité touchante
Je ne vous parlerai pas de notre
voyage. L'officier qui nous accompa-
gnait était un Français, né dans la
Lorraine allemande; ses procédés fu-
rent ceux d'un bon compatriote. Je
pus les reconnaître peu de temps a-
près; car lui aussi fut pris dans la
Valtehne, pendant la campagne de
Macdonald; je le fis renvoyer sur pa-
role. Nous fûmes donc bien traités
en route, mais toujours comme pri-
sonniers. Il fallut que la fille des rois,
quittant la France où tous les objets
de son affection avaient succombé,
apparût sur les bords du Rhin, pour
nous lendre à nos amis, à nos familles
et à notre patrie. Près de trois années
s'étaient écoulées depuis le jour où
un espoir glorieux, mais trompeur^
nous avait conduits à la captivité qui
finissait par elle, et qui n avait pas
été tou^-à-fait sans fruit, puisque
nous comptions pour quelque chose
dans le prix de sa rançon »
— Maret ne dit point que les conven-
tionnels qu'avait fait arrêter Dumou-
riez , ainsi que le fameux Drouet ,
furent le prix de la liberté qu'ob-
tint alors la fille de Louis XVL Si l'on
en croit l'abbé de Montgaillard dans
^on Histoire de France (t. IV, p. 63), ce
fut le comte de Montgaillard, son hère,
qui fit au nùnistère autricbion la pre-
mière proposition de cet échange, par
ordi-e de Louis XVIÎI et du prince de
MAR
Condé. De retour dans sa patrie, Ma-
ret fut admis ainsi que Sémonville à
tous les honneurs de la séance, au con-
seil des Cinq-Cents, le 22 nivôse an
IV , et tous deux reçurent l'accolade
du président; mais, malgré l'intérêt
qu'inspiraient leurs longues souffran-
ces et bien qu'un arrêté du Direc-
toire eût déclaré que tous deux avaient
honoré le nom français par leur conS'
tance et leur courage, Maret et son
collègue restèrent sans emploi ; et ils
durent attendre que les affaires, qui
étaient encore sous l'influence du
18 vendémiaire, prissent une autre
direction. L'enUée du nouveau tiers
au Corps législatif, et la nomina-
tion de Barthélémy au Directoire ,
amenèrent ce changement. Le minis-
tre des relations extérieures, Charles
Lacroix , dut être remplacé. On
mit sur les rangs Talleyrand et Maret;
Talleyrand fut préféré ; et Maret,
qui n'avait pas montré beaucoup
d'empressement poui- cette place, ac-
cepta volontiers de faire partie de la
commission chargée des négociations
pour la paix avec l'Angleterre. I^s
conférences s'ouvrirent à Lille. Pitt,
qui conservait un bon souvenir de ses
relations avec Maret, le recommanda
au lord Malmesbury. Talleyrand avait,
d'ailleurs autorisé Maret à retenir
dans ses mains le secret de la négo-
ciation; aussi tout concourut à le
mettre d'abord dans les meilleurs
rapports avec le plénipotentiaire an-
glais. Un traité honorable allait êtie
conclu, lorsque le 18 fructidor vint
mettre fin aux négociations. Elle»
avaient donné lieu , par l'intermé-
diaire du général Clarke, à des com-
munications entre Lille et Campo-
Formio ; ainsi se renoua l'ancienne
liaison (jui avait existé entre Maret
et le général Bonaparte , lequel n'é-
tait plus l'hote obscui et nécessiteux
9fAR
du petit hôtel de l'Cnion. Cepen-
dant la faction iructidorienne avait
renvCTsé la grande combinaison des
négociations de Lille et de Caxnpo-
Formio : le fruit de la conquête de
l'Italie fut perdu. La guerre se ral-
luma de nouveau et taridis que le
général Bonapaxte dut iexiUr dans
la conquête de l'Egypte y Maret, de re-
tour à Paris, et encore une fois mis a
l'écart, détourna les défiances du
Directoire en se livrant à la culture
des lettres. Il fit à cette époque rece-
voir au Théâtre Français une tra-
gédie, dont le 18 brumaire arrêta
la représentation. Lié avec Sieyè»,
Rœderer et plusieurs auues coopé-
rateurs de cette révolution ; bien ac-
cueilli par Bonaparte, il assista aux
Journées du 18 et du 19, et fut nommé,
en déc. 1799, secrétaire-général des
consuls, place depms érigée en mi-
nistère sous le titre de secrétairerie
d'Etat. Il allait passer ainsi les dix
premières années du siècle à la tête
d'un ministère central, oii venaient
aboutir et d'où se distribuaient toutes
les affaires des différents départements.
Les études, à la fois théoriques et pra-
tiques, qu'il avait faites pendant l'As-
semblée constituante , lui donnèrent,
sur la politique générale et sur toutes
les branches de l'administration , des
cotmaissances positives dont l'applica-
tion spéciale fut, pendant ce long in-
tervalle, mise à profit par Napoléon.
On a prétendu que celui-ci ux)uvait
toujours dans son ministre un admira-
teur enthousiaste, un instrument do-
cile, et rarement un conseiller indiffé-
rent à la crainte de déplaire. Les enne-
mis de Maret ont propagé cette ac-
cusation et ont avancé que l'empe-
reur se plaignait de son zèle malen-
contreux; mais personne n'a pu se
flatter, si ce n'est Maret lui-même,
d'avoir connu les secrets intimes du
MAR
lis
cabinet impérial: personne n ignore
que, par sa position particulière, le
duc de Bassano était obUgé de pa-
raître ne pas desapprouver au de-
hors les projets qu'il pouvait avoir
le plus vivement combattus dans le
secret de ses discussions avec l'em-
pereur. Toutefois on n'a pas ignoré
qu'aux Tuileries il y avait deux hom-
mes, dont l'intervention adoucissait
souvent la rigueur des détermina-
tions du maitre, qu'il faut bien se
garder de juger par les causeries
sentimentales de Sainte -Hélène. Ces
deux hommes étaient Maret et Re-
gnauld-de -Saint- Jean -d'Angely; le»
exemples ont été nombreux en France
et à l'étranger. Mais il importe de
faire connaître l'étendue des travaux
dont se trouvait chaîné Mai et. Selon
l'ordre qui fut établi dès le consulat,
les ministres présentaient chaque se-
maine, dans un conseil, leurs rap-
ports sur les affaires, et remettaient
leurs portefeuilles au secrétaire-d'É-
tat, qui , après en avoir pris connais-
sance , rendait un compte verbal
dans le travail de la signature qu'il
faisait seul avec Bonaparte. Les mi-
nutes de tous les décrets restaient en-
tre ses mains, et l'exécution s'opé-
rait sur les expéditions que les mi-
nisties recevaient de lui. Il assistait a
tous les conseils, soit d'administra-
tion, soit privés, soit extraordinaires, ^j
ou se traitaient les grandes affaires de.«i
1 Etat. Il se trouvait ainsi lin terme- ^o
diaire entre le gouvernement et tou».^
les ministères. Ces attiibutions offi- ^
cielles n'étaient pas les seules dontj^
il fût investi; il en recevait de non -f
moins étendues de l'entière confiance <
de Bonaparte. Depuis les sénatus-,*
consultes qui se prépaiaient en secret,
depuis les affaires majeures que le
souverain se réservait et dont il pre- ^
nait l'initiative, telles que son divorce
•8
116
MAR
et son mariage, jusqu'à la nomina-
tion de ses chambellans, tout se fai-
sait entre Napoléon et son ministre,
qui ne le quittait jamais. Il raccom-
pagnait dans ses voyages, sur les
champs de bataille et dans les capi-
tales conquises; la secrétairerie-d'État
faisait partie du quartiev-général im-
périal. On a entendu Napoléon lui
dire en Espagne, au milieu de l'ac-
tion, à Sommo-Sierra : » On ne peut
« donc pas tirer un coup de canon,
« que vous ne vouliez en avoir votre
« part. » Après les conquêtes de Na-
poléon, Maret était ainsi sur les lieux
l'intermédiaire des particuliers et des
provinces qni avaient des réclama-
tions à faire, ou des grâces à solliciter;
et comme il ne demandait jamais
rien pour lui-même, son intervention
était rarement sans effet. Ce fut dans
un sens tout monarchique qu'il ré-
digea la plupart des constitutions de
l'empire, et celles que l'empereur
donna à plusieurs États de l'Europe
(le Portugal, l'Espagne, la Hollande,
la Westphalie, la Pologne); mais on
doit lui tenir compte d'avoir, dans le
sénatus-consulte du 28 floréal, an
XII, spécifié des garanties pour la
presse, et pour la liberté individuelle.
Au mois de décembre 1805, il con-
courut, à Vienne et à Presbourg, au
traité conclu alors avec l'Autriche.
Convaincu qu'il ne doit point y avoir
de haines personnelles chez un
homme d'État, il ne parut, dans ce
premier séjour en Autriche, se sou-
venir de sa captivité de Mantoue et
de KuIFstein, que pour faire sentir à
ceux qui y avait contribué llieureuse
influence de son crédit. En 1806,
après la conquête de la Pologne, Na-
poléon le chargea, à Varsovie, de l'or-
ganisation du gouvernement polo-
nais. Quelque temps après , Maret
conclut avec l'ambassadeur pefsan ,
MAR
qui s'était rendu au quartier-général
de Finkenstein , le traité entre la
France et la Perse, qui fut suivi de
l'ambassade de Gardanne. En 1808, il
exerça la principale direction sur les
travaux de la junte de Bayonne, et il
ne paraît pas qu'il ait cherché à dis-
suader Napoléon de ses funestes pro-
jets sur l'Espagne. En 1809, après la
seconde occupation de Vienne, il se
trouva avec les habitants dans les
mêmes relations qu'en 1805 , et il fit
le même usage bienveillant de son
influence. Il rédigea, avec le comte de
Bubna, les conditions de la paix qui
fut signée par Champagny et par le
prince J. de Lichstenstein. Vers ce
temps, Maret qui devait cependant
bien connaître le machiavélisme du
cabinet autrichien, et qui surtout
n'ignorait pas combien les liens du
sang ont peu d'influence sur la
politique, fut assez mal avisé pour
conseiller à Napoléon de deman-
der une archiduchesse d'Autriche,
lorsque la Russie et la Saxe lui of-
fiaient d'autres princesses. Dès 1805,
le baron de Thugut , chef de ce
cabinet, avait prétexté du mariage
d'Eugène de Beauharnais avec une
princesse de Bavière , pour faire in-
sinuer à Maret , par Pellcnc, alors
attaché à la chancellerie impériale
de Vienne , qu'un mariage avec une
archiduchesse était seul capable de
guérir l'Autnche de ses défiances.
En 1809, cette insinuation fut renou-
velée par le même intermédiaire. Les
trois projets de mariage furent propo-
sés à la discussion du conseil; Maret
parla vivement en faveur de l'union
autrichienne et son avis l'emporta. Ce
fut lui qui conduisit toutes les négo-
ciations relatives à cette alliance si
funeste. Il ne tarda pas à s'apercevoir
qu'il s'était mépris, s'il avait compté
sur la pacification de l'Europe. Tout
31AB
annonçait la guerre avec la Russie.
En avril 1811, ^'apoléon appela Ma-
ret au ministère des relations exté-
rieures, en remplacement de Cham-
pagny, qui dans des confiirences, à
OEdembourg, avec Metternich, en
1809, n'avait pu réussir à rien con-
clure. Le nouveau ministre fut décoré
du titre de duc de Bassano : dès 1805,
il était grand-aigle de la legion-d'Hon-
neur. Au moment où il prit le porte-
feuille, les troupes russes étaient
déjà en marche vers le grand-duché
de VarsoN-ie, tandis que l'armée polo-
naise avait repassé la Vistule, pour
se rapprocher des secours qu'elle es-
pérait de la France, il y avait donc
mésintelligence entre les cabinets des
Tuileries et de Saint -Pétersbomg.
Bassano employa l'année 1811 à des
négociations avec tous les États qui
pouvaient s'intéresser à la grande
«{uerelle entre l'Angleterre et la France.
Tandis qu'il s'attachait à engager les
États-Unis d'Amérique dans une
guerre avec la Grande-Bretagne, il
faisait tous ses efForts pour prévenir
la rupture prête à éclater avec la
Russie, puis, en cas de non-succès,
à renforcer le système de la France
par une alliance offensive et défien-
sive avec la Prusse (24 février 1812)
et avec l'Autriche (24 mars). Il signa
également un traité d'alliance avec le
Danemark. Déjà il avait jeté les bases
d'un quatrième traité avec la Suède;
et le complénvent d'une confédération
générale contre le système britanni-
que allait être obtenu, lorsque le ma-
réchal Davoust, sans ordres positifs,
prit sur lui d'occuper la Poméranie
suédoise, comme servant de dépôt aux
denrées coloniales anglaises. De ce fait
résulta tout aussitôt l'alliance de la
Suède avec la Russie (24 mars). La
guerre était imminente, Bassano fit
tout pour conjurer l'orage. L'ambas-
iàik
117
sadeur Kourakin (1" avril 1812) avait
notifié par écrit que la Russie n'accep-
terait aucune proposition avant que
la France eût rompu son alliance
avec la Prusse, évacué les forteresses
de la Poméranie, et conclu la paix avec
la Suède. Sur la demande de passe-
ports faite par le même ministre, le
24 du même mois, Bassano parvint
à obtenir de jNapoléon qu'il en-
voyât à Vilna son aide-de-camp Nar-
bonne, chargé d'une dépêche ins-
tante pour le comte de Romanzow,
ministre des affaires étrangères. Dana
cette dépêche, il renouvelait le vœu
de voir des négociations • que la
« France n'avait cessé de provoquer,
• depuis dix huit mois, prévenir de»
« événements dont l'humanité aurait
• tant à gémir; " déclarant en mêntc
temps • que, quelles que fussent le»
« circonstances, lorsque cette lettre par-
• viendrait, la paix dépendrait encore
• des résolutions du cabinet russe. »
D'un autre côté, il fit des ouverture»
au cabinet britannique , dont l in-
fluence sur celui deSt-Pétcrsbourg de-
vait décider de la paLx ou de la guerre.
Sans doute le duc de Bassano ne se
dissimulait pas que ces démarche*
auraient peu d'efficacité ; mais il vou-
lait n'avoir rien à se reprocher ; et la
connaissance de tous ces actes diplo-
matiques, prouve que ^sapoléon et
son ministre de confiance ne se
jetaient pas aussi aveuglement dans
la guerre, qu'on le leur a reproché.
Cependant, tous deux partirent pour
Dresde, et ce fut là qu'arriva la réponse
de Romanzow, ultimatum qui con-
firmait les dures conditions impo-
sées à Paris , par Kourakin. Bas-
sano , sans se décourager , adressa
de Dresde , le 20 mai , au comte
de Lauriston , alors ambassadeur de
France à Saint-Pétersbourg, de nou-
velles instructions , tendant à offrir
i^4^ MAB
de nouveaux moyens de concilia*
tion. Tout fut inutile : Alexandre et
son ministre refusèreiit de voir l'am-
bassadeur français. Alors ISapoléon
passa le INiémcn et les hostilités
commencèrent. Maret le rejoignit à
Vilna, on il résida, pendant toute la
campagne, avec le corps diplomatique.
Dans cette ville, il réunit aux attribu-
tions de son ministère la direction du
gouvernement du grand-duché de Li-
thuanie. Après la retraite de Moscou,
et le départ de ISapoléon, il resta à
Vilna jusqu'à l'arrivée du roi de Na-
ples, Murât, et de Berthier, pour leur
faire connaître les ressources réunies
par ses soins, et qui auraient pu relever
le physique et le moral de l'armée ;
mais la fatale précipitation de Murât
perdit tout, et de Vilna à Kovno le
désastre fut consommé. Quelques
fautes qu'ait commises Napoléon dans
cette campagne de Russie, on peut
dire qu'il les eût évitées en partie, s'il
eût accueiUi les mémoires que lui
présenta son ministre pour l'engager
à relever la Pologne, à l'armer tout
entière, et surtout à exécuter en deux
campagnes ce qu'il voulut follement
accomplir en une seule. L'exécution
de ce plan aurait offert des chances
pour la paix , ou des moyens pour
une seconde campagne. Ce fut à Smo-
lensk que Kapoléon, au lieu de s'ar-
rêter, mit en délibération s'il se diri-
i.erait sur Saint-Pétersbourg ou sur
Moscou. Maret, qui était demeuré
à Vilna , fut aussi étranger à cette
délibération qu'aux négociations in-
tempestives que l'empereur entama
pendant son séjour à Moscou. Ce-
pendant après la retraite, tout ten-
dait à la désertion parmi les allié» dç
la France. Bassano, de retour à Pari»,
déploya vainement toutes les ressour-
ces de la diplomatie pour arrêter ce
mouvement. En revenant de Vilna, il
MAR
avait reçu à Berlin, de la bouche
même du roi de Prusse, l'assurance
de sa fidélité à l'alliance française;
mais quelques jours après, sollicité
par l'Autriche, pressé, menacé même
par la Russie, Frédéric- Guillaume si-
gnait avec elle un traité d'alliance
offensive et défensive. Bassano com-
muniqua, le 1" avril, au sénat les rap-
ports et les pièces relatifs à cette dé-
fection , que l'Auuiche devait imiter
cinq mois plus tard. Il résulta des
négociations suivies à Paris pendant
quatre mois, entre le duc de Bassano
et le prince de Schwartzemberg ,
que cette puissance , après avoir
offert pour la paix d'abord ses bons
offices , ensuite son intervention ,
puis sa médiation armée, finit par
arriver à une rupture. Dans un de
ses entretiens avec le ministre au-
trichien, Maret invoquait vivement
le lien de famille qui unissait Napo-
léon à François II : "La politique a
.. fait le mariage, répondit froide-
« ment Schwartzemberg, la politique
» peut le rompre. « Bassano, pour ne
pas précipiter la rupture, s'abstint de
faire connaître cette réponse à Napo-
léon, qui remportait alors la victoire
de Lutzcn ; mais immédiatement
après ce triomphe il s'empressa de
lui écrire : •< La nouvelle du brillant
.. succès qui a appris à l'Europe l'ar-
« rivée de V. M. à la tête des armées,
« a produit ici la sensation la plus
u vive. Les membres du corps di-
« ploraatique , que je viens d'en-
» uetenir les uns après les autres,
« m'ont paru plus étonnés de la ma-
.. nière dont l'esprit public s'est ma-
.. nifesté que de la victoire cUc-
.. même... Si, lors des campagnes qui
« ont précédé la dernière, on ne cher-
« chait dan» un succès que le pre-
.. sage et la garantie dune gloire
.. nouvelle, aujourd'hui que la con^
MAB
• fiance est ébranlée, que des qucs-
« tion* si graves doivent être ré«o-
- lues sur le champ de bataille, on
« ne peut y voir <fuun gage donné
m par la fortune pour le repos et la
• paix.... Vous avez vaincu : la vic-
■■ toire vient d'efFacer l'impression de
« ces désastres qui n avaient rien ôté
■i à votre gloire. La modération qui
est dans vos résolutions, mais qui
- aurait pu pju-aître sans dignité dans
« les revers, ne lui portera désormais
« aucune atteinte. Et cette paix^ le
« seul vœu, le besoin pressant de la
• France^ quelques sacrifices que vous
a lui fassiez aujourd'hui, sera toujours
« une paix glorieuse. » Cette lettre du
duc de Bassano est d'autant plus au-
thentique que , prise dans les four-
gons abandonnés lors de la retraite
de Leipzig, elle fut rendue pubUque
par les ennemis intéressés à prou-
ver que l'empereur s'était toujours
obstiné à la guerre, malgré les con-
seils de ses ministres. Et, ici encore,
ils n'ont pas rendu justice à Kapoléou
qui, après Lutzen, éclairé par les con-
seils de son fidèle ministre , ne se
montra pas éloigné de la paix. Il
proposa de régler par une conven-
tion le sort de 1 alliance et l'accepta-
tion de la médiation de l'Auaiche, et
de former un congrès pour négocier
la paix générale. Tandis que le comte
de Bubna allait porter ces ouvertures
à Vienne et y demander des pouvoirs
pour traiter, le duc de Vicence (Cau-
laincourt) se rendait auprès d'Alexan-
dre, qui refusa encore de le voir. Les
victoires de Bautzen et de Wiirtchen,
(20 et 21 mai) signalèrent les armes de
>apoléon ; al :)rs les alliés, par l'entre-
mise du minutre autiichien Stadion,
demandèrent un armistice de six se-
maines : c'était le temps qu'il fallait à
l'Autriche pour compléter son arme-
ment. iSapdéon donna dans le piège :
MAIi
119
l'armistice de Newmark fut déclaré
le 4 juin. Le duc de Bassano, qui par-
tageait la confiance de son maître,
pressa l'ouverture d'un congrès, il
négocia à cet effet avec le comte de
Bubna qui était revenu sans pouvoir»,
puis avec le comte de Mettemich qui
s'était enfin rendu à Dresde le 26 juin.
Dès les premiers jours de l'arrivée de
ce ministre, le duc de Bassano, par les
moyens d'informations propres à son
département, connut les engagements
que la Russie et la Prusse venaient de
contiacter à Reichenbach avec l'An-
gletene, en présence du plénipoten-
tiaire autrichien, de poursuivre la
guerre actuelle avec la plus grande
énergie. En raison de cette découverte,
Napoléon chaigea le duc de Bassano
d écrire au prince de Metternich qu'il
ne se prévalait plus de l'aUiance de
l'Autriche; mais, par le désir de ne
pas détruire toute espérance de con-
cihalion, il déclarait en même temps
qu'il acceptait la médiation de son
beau-père. Une convention statua sur
cette acceptation , et sur l'ouverture
du congrès que la France sollicitait
depuis plus de six semaines. Les dé-
lais calculés du cabinet autrichien
avaient fait perdre un temps pié-
cieux, et rendu nécessaire la prolon-
gation de l'armistice. Le ministre mé-
diateur ne se pressait pas de lobtenir,
et, dans l'intervalle arriva la fatale
nouvelle de la défaite des Français à
Vittoria qui mit fin aux hésitations as-
tucieuses de l'Autriche, et cimenta les
liens de la coaUtion formée contre Ka-
poléon. En effet, le 9 juillet, une con-
férence secrète réunissait, à Trachem-
berg. les plénipotentiaires anglais, rus-
se, prussien et celui de l'Autriche. Ce
fiit sous ces auspices que s'ouvrit le
congiès de Prague. Fidèle à son sys-
tème de duplicité , le cabinet de
Vienne prolongea les discussions de
iar>
MAR
forme jusqu'au 10 août; et, avant
même que les pleins pouvoirs eus-
sent été échangés, les plénipoten-
tiaires ennemis déclarèrent que les
leurs étaient expirés. Ainsi s'évanouit
le prétendu caractère de médiateur
annoncé par rAutriclie, et le congrès
de Prague fut terminé avant d'être
commencé (1). Napoléon qui, durant
cet intervalle, s'était rendu à Mayence,
pour se mettre en état de continuer
la guerre, consentit, lors de son re-
tour à Dresde , à la seule démarche
qui piit offrir encore une chance pour
la paix ; et, à défaut de plénipoten-
tiaires, le duc de Bassano décida le
comte de Bubna à porter à l'empe-
reur d'Autriche les propositions de
son gendre. Au moment où Bubna
arrivait à Prague, les allies entraient
en Bohême, pour se trouver avec les
Autrichiens au rendez- vous donné ,
aux conférences de Trachemberg ,
dans lecam.p de t ennemi commun. On
voit, d'après ces détails, que Bassano
avait tenté, soit auprès de Napoléon,
soit auprès des alliés, tout ce qui était
possible pour arriver à la paix; et
cependant l'opinion publique l'accu-
sait d'être l'instigateur de la guerre. On
assurait qu'à Dresde, au moment où
l'empereur allait signer un traité de
paix, il lui avait dit, dans l'intention
de l'en détourner : « Pour cette fois,
« on ne dira pas que vous en ayez
« dicté les conditions. » On ajoutait
qu'à ces mots, reuq)ereur avait brisé
sa plume au lieu de signer, l^s
hommes qui fondaient alors leurs
espérances sur la chute de Napoléon,
entre autres Fouché et Talleyrand ,
s'acharnaient à décrier le duc de Bas-
sano, à envenimer, dans le public, ses
paroles et ses actions, et à le i-epié-
senter comme le plus vil flatteur de
(t) JAoatyérin , Histoire oitique et rai-
sonnée, etc.» t, VI, p. 278i
MAB
Napoîëoo, comme celui qui Tentre-
tenait dans sa passion pour la guerre.
Après le désastre de 1 .eipzig , il re-
vint avec lui à «Paris, et fut auto-
risé à reprendre deux négociations
importantes : l'une pour le retour du
pape à Rome , l'autre pour le réta-
blissement de Ferdinand VII sur le
trône d'Espagne. Le succès de la pre-
mière importait à la paix publique;
la prompte réussite de la seconde
aurait mis à la disposition de Napo-
léon cent mille hommes de troupes
qui occupaient la Péninsule ; mais leS
intrigues de Talleyrand et de plusieurs
hommes influents qui déjà s'étaient
mis en rapport avec l'étranger, et
qui préparaient la chute de l'empire
paralysèrent les efforts .de Bassano.
Cependant il n'était pas sans avoir
démêlé quelques fils de ce réseau d'in-
trigues, qui contrariait l'action de son
ministère : on avait tout à craindre
de sa surveillance, il fut donc résolu
dé l'écarter. L'opinion se prononçait
plus que jamais pour la paix; on en
profita pour faire pressentir à Na-
poléon le danger de laisser à la tête
des relations extérieures un ministre
qui, à tort ou à raison, passait pour
^tre un obstacle à toute réconcilia-
tion avec l'Europe. Dans les difficul-
tés où se trouvait Napoléon , il crut
devoir apaiser cet orage de cour, en
ôlant au duc de Bassano le porte-
feuille des relations extérieures ; et ,
en cela, son affectioti était d'accord
avec sa politi(juo; il voulait le sous-
traire aux dangers auxquels j>ou-
vait l'exposer l'animadversiou p>i-
blique. Pour que cette détermination
ne parut pas une disgrâce, il le re-
tint auprès de lui comme ministre
hcrrétaire-d'État , en lui manifestant
toujours la même confiance. Il ne
laissait d'ailleurs échapper aucune
occasion d'opposer hautement son
MAR
f^moigtiag€ aux fausses imputations
dont le ministre était l'objet. Une fois
entre autres (14 janvier 1814), dans
un grand conseil d'administration, où
se trouvaient réunis tous les hauts
dignitaires de l'État et tous les mi-
nistres, Napoléon interpella Talley-
rand, et justifia le duc de Bassano
par des faits que personne ne pouvait
mieux connaître que l'empereur lui-
même, puisque la plupart s'étaient
passés dans le secret de ses entretiens
avec son ministre. Bientôt après, à
l'ouverture du congres de Châtillon,
Maret fut charge de diriger les né-
gociations, en correspondant de Paris
avec les ministres plénipotentiaires-;
mais, quelque zèle que mît ce dernier
à remplir sa mission, l'influence des
Anglais l'emporta , et le congrès n'a-
mena aucun résultat. On l'a encore
accusé d'avoir paralysé le congrès
de Châtillon ; mais les pièces offi-
cielles sont là pour donner un dé-
menti à cette assertion. La bataille de
Brienne avait été perdue, le 2 février
1814. Le 3, le duc de Bassano. se-
condé par le général Bertrand, passa
la nuit dans le cabinet de l'empereur,
afin de le déterminer à céder à la
fortune, et à s'en remettre au duc de
Vicence, son plénipotentiaire, pour
les conditions de la paix. On croyait,
d'après des avis récents, que ce« con-
ditions avaient été arrêtées à Chau-
mont , et que , dans l'opinion que
l'empereur n'accepterait aucune pro-
position , elles étaient combinées de
manière à faire valoir aux yeux de
l'Europe la modération des alliés Le
lendemain 4, Maret insista et écrivit
la lettre suivante : « Monsieur le duc
« de Vicence, vous me demandez
- toujours des pouvoirs et des ins-
« tructions, lorsqu'il est encore dou-
" leux si l'ennemi veut négocier. Les
•• conditions sont, à ce qu'il paraît.
MAH
m
• arrêtées d'avance entre les alliés.
" Aussitôt qu'ils vous les auront com-
« muniquées, vous êtes le maître
« de les accepter ou d'en référer à
" moi, dans les vingt-quatre heures.
• Signé Napoléon, r, Cette lettre ftit
expédiée dans la nuit du 4 au 5 fé-
vrier. Bassano, craignant que le pléni-
potentiaire ne trouvât une restriction
dans cette alternative, ^accepter les
conditions de la paix ou d'en référery
prépara sur-le-champ le projet d'une
seconde lettre , tellement explicite ,
qu'elle laissait pleine liberté au négo-
ciateur. Dans cette seconde dépêche,
datée du 5 février, qui parvint à Cau-
laincourt le lendemain, presque au
moment de l'ouverture des confé-
rences, Maret s'exprimait ainsi .'< ... Au
« moment où S. M. va quitter Troyes,
« elle me charge de vous faire
« connaître, en propres termes, que
« l'empereur vous donne carte hlan-
" che pour conduire les négociations à
" une heureuse issue, sauver la capi-
« taie, et enter une bataille, où sont
« les dernières espérances de la na-
« tion, etc. (1), » Dès que le sort des
armes eut prononcé. Napoléon abdi-
qua. Bassano ne le quitta pas un ins
tant, jusqu'au départ pour l'île d'Elbe,
et ne cessa de rendre à l'idole tom-
bée le même cuke qu'il lui avait
porté aux jours de sa grandeur. Seul
de tous les ministres, il reçut à Fon-
tainebleau ces adieux, dont la gra-
vure et la sculpture ont consacré le
souvenir; puis il rentra dans la vie
privée. Le 20 mars, il revit Napoléon
aux Tuileries, mais ce ne fut pas sans
(1) Le duc de Bassano s'est toujours ins-
crit en faux contre une dépèche dans un tont
autre sens , adressée le 19 mars au duc de
Vicence, dans laquelle il lui prescrivait, au
nom de l'empereur, A^ attendre jusqu'au der-
nier moment sans rien concbtre. Cette let-
tre a été lue le 29 du même mois , par lord
CasUercagh, en plein parlement.
i22
MAR
peine qu'il consentit à reprendre le
portefeuille de la secrétairerie-d'État.
Il avait sur la direction des affaires
une opinion arrêtée, que ne parta-
geait aucun des autres conseillers.
Napoléon eut plusieurs fois à refuser
la démission que Bassano offrait lors-
qu'une mesure de rigueur était déci-
dée. Ce ministre s'opposa à l'acte ad-
ditionnel aux constitutions de l'em-
pire et aux confiscations rétablies par
cet acte. Le surlendemain de son re-
tour, l'empereur rendit, sous forme
d'amnistie, un décret de proscription,
Bassano refusa de le contre-signer.
Napoléon résistant aux conseils, aux
supplications même, ne changea point
de résolution, mais changea la date
de son décret. Il le supposa rendu à
Lyon, et traitant son ministre comme
un officier public, requis de certifier
sa signature, il lui en donna l'ordre,
sous peine de désobéissance. Le mi-
nistre obéit, mais fit remarquer à
l'empereur que cet acte, le seul pu-
blié sous cette forme, pendant un
règne de quinze années, attesterait le
refus du ministre secrétaire-d'État d'a-
gir comme ministre. En effet, tous les
décrets impériaux se terminaient par
cette formule. Signé Napoléos... Par
f empereur... Le ministre secrétairc-
d'État...Le décret de Lyon se termine
ainsi : Napolkos, par l'empereur, pour
expédition conforme, le 22 m^ars 1815,
le ministre secrétaire-d'Etat, Signé le
DUC PE Bas,s\no. Il faut remarquer
aussi que , parmi ceux dont Maret
combattait ainsi la proscription, se
trouvaient son ennemi personnel Tal-
leyrand qui devait le proscrire plus
tard. Cependant les conseils qui dic-
taient à Napoléon des mesures de ri-
gueur continuaient à prévaloir. Le 10
avril, Bassano donna par écrit sa dé-
mission. Napoléon la refusa , et son
ministre persistait, quand le duc
W^ 1
d'Angouléme , qui avait essayé d'o-
pérer un mouvement royaliste dans
le midi, demanda et obtint une capi-
tulation. Le duc de Bassano en con-
seilla vivement l'exécution ; ainsi le
voulaient la loyauté et le droit des
gens; mais les autres conseillers de
l'empereur, entre autres Davoust ,
ministre de la guerre, s'y opposaient ;
ils voulaient que le prince fût au
moins gardé comme otage. Napoléon
hésitait : Bassano, introduit dans le
cabinet de l'empereur, réussit enfin à
l'entraîner par ses instances. Napo-
léon exigeait seulement qu'on fit
restituer, par un acte additionnel,
les diamants de la couronne. « Ce
i< que je propose à Votre Majesté vaut
« tous les diamants du monde » ,
répondit Bassano. Cependant, l'ad-
dition fut adoptée. Aussitôt le mi-
nistre, sans sortir des Tuileries, expé-
dia par un des courriers du cabinet
l'ordre qu'il venait d'obtenir; il le ré-
digea de manière que, dans tous les
cas et quelque chose qui pût arriver
relativement aux diamants, la capitu-
lation dût êu-e immédiatement exécu-
tée. Cette dépêche, adressée au maré-
chal Suchct, aurait dû être signée
par le ministre de la guerre , selon
l'usage et parce.qu'elle était dans ses
attributions; mais Bassano ne voidait
partager avec personne la gloire d'a-
voir sauvé la vie au duc d'Angou-
léme. Il redoutait d'ailleurs l'interven-
tion de Davoust, dont il connaissait
les dispositions ; aussi se hâta-t-il de
prendre sur lui la responsabilité, en
donnant l'ordre en son propre nom.
Cependant de nouvelles dépêches
parvenaient an télégraphe et arrê-
taient la transmission de celle du duc
de Bassano. Par l'une, le général Grou-
chy annonçait qu'il ne ratifierait pas
la capitulation, avant de connalUe
l'intention de l'empereur, et qu'il
MAR
allait se rendre au Pont-Saint-Ésprit
pour suivre ce prince, et se trouver
à même de le faire arrêter, dans le
cas où l'empereur lui en donnerait
l'ordre. Par l'autre , le duc d'Albu-
fera annonçait que Grouchy venait
de lui écrire de la Palud, qu'il avait
fait arrêter le duc d'Angoulême et
qu'il n'avait point voulu ratifier la
capitulation signée par le général Gil-
ly, sans connaître les intentions de
l'empereur. Le directeur du télégra-
phe, Chappe, indécis entre ce conflit
de dépêches, en refera au duc de
Bassano , en lui envoyant les nou-
velles dépêches. Au lieu de les por-
ter aussitôt à l'empereur, Maret prit
sur lui, par un acte des plus hajdis,
d'envoyer au télégi-aphe un des chefs
de division de la secrétairerie-d'État
qu'il chargea de transmettre , sur-le-
champ et en sa présence, l'ordonnan-
ce pour l'exécution de la capitulation.
Quant aux nouvelles dépêches, il les
retint et ne les remit à l'empereur qu'à
s(îpt heures du soir, au moment où la
nuit rendait impossible toute trans-
mission de nouveaux ordres.Bonapartc
approuva son ministre , qui lui dit
alors avec expansion : » Je vois que je
" puis encore être utile. Je retire ma
« démission. • Il suivit Napoléon à
VVaterioo. Après ce grand désastre, la
voiture du duc de Bassano se trouva
embarrassée par les équipages de l'ar-
mée, et il fut sur le point d'êtie fait
prisonnier par les Prussiens. Bona-
parte ayant abdiqué pour la seconde
fois , Maret ne prit plus aucune part
aux affaires, mais il ne quitta l'ex-
empereur, ni à l'Elysée, ni à la Mal-
maison; et, ne pouvant le suivre à
Sainte-Hélène, il lui donna jusqu'au
départ de Rambouillet des témoigna-
ges de son maltérable dévouement.
Atteint par l'ordonnance du 24 juillet
1815, il resta d'abord à Paris, sou?
MAR
123
la surveillance de la police, jusqu à
la décision des Chambres. Vint en-
suite la loi du 17 janvier 1816, qui
ordonnait aux proscrits de quitter le
royaume avant le 25 février. Le duc
de Bassano se réfugia près de Genève,
dans une maison de campagne, où il
fut fait prisonnier et li\Té à l'Autri-
che, après avoir reçu plusieurs coups
de baïonnette dans l'attaque nocturne
de son domicile. Conduit dans les
Etats autrichiens, il vit cesser de si
étranges procédés ; obtint des passe-
ports pour se rendre à Lintz, puis se
retira à Gratz, Il y mena une vie
fort tranquille , objet des égai-ds pai-
ticuliers des autorités du pays, car
on n'avait pas oublié en Autriche sa
conduite modérée pendant les deux
invasions françaises, il partageait ses
loisirs enti"e l'éducation de ses en-
fants et la rédaction de mémoires
ti-ès-détaillés sur les actes et les tia-
vaux de sa vie publique. Maret avait
toujours aimé et cultivé les lettres,
et Ton disait même, au temps de
l'empire, que M, Etienne, dont il fut
le Mécène, lui avait du d'heureuses
inspirations et d'utiles conseils litté-
raires. Api-ès quatre ans d'absence,
Bassano rentra en France (1820), en
vertu de l'ordonnance du 1" décem-
bre 1819, qui rappelait, par mesme
générale, ceux des trente-huit exilés
qui n'avaient pas obtenu des excep»-
tions. Dès Tannée précédente, le gou-
vernement français lui avait permis
de se fixer à Genève; et les feuilles
publiques avaient annoncé son pro-
chain rappel. Fidèle à cette circons-
pection qui était dans son caractère,
Maret continua de vivre dans la
retraite, votant avec l'opposition dans
les collèges électoraux , du reste évi-
tant toute occasion d'occuper de lui le
public. Cependant, eu 1823, les jour-
naux retentirent d'un procès qui lui
124
MAR
fut intenté par le duc d'Orléans
(Louis-Philippe), il s'agissait de sa-
voir si le cas de retour aux anciens
propriétaires , prévu par la loi de
181i, était applicable à 40 actions
des canaux d'Orléans et Loing, que
Bonaparte pendant les Cent -Jours
avait remises au duc de Bassano, et que
le duc d'Orléans revendiquait comme
sa propriété. Maret alléguait que Na-
poléon, désirant doter un fils naturel,
l'avait chargé d'acheter 20,000 francs
de rentes sous le nom de cet en-
fant . Cependant l'empereur avait né-
gligé de lui compter les fonds néces-
saires; mais, au moment de la seconde
abdication, voulant réparer cet ou-
bli, il avait remis à Bassano ces 40
actions pour le couvrir de ces avan-
ces. Cette cause plaidée avec solen-
nité par M. Mauguin pour le duc de
Bassano, et par M. Dupin pour son
adversaire , mettait en quelque sorte
aux prises l'empire et la restauration :
en effet aux lois et sénatus-consultes
de l'empire, on opposait les lois et
ordonnances rendues par Louis XVIIL
L'ancien confident de Napoléon per-
dit son procès, et il dut restituer à
la maison d'Orléans les actions dont
il s'était reconnu détenteur. En 1827,
un autre incident le mit encore dans
l'obligation de recourir à la pviblicité.
L'ambassadeur d'Autriche prétendit
ôter à plusieurs des généraux et des
hommes de l'empire les noms em-
pruntés à des pays étrangers, que
Napoléon leui- avait conférés pour
leurs services militaires ou diplomati-
f[ues. Les journaux ministériels, en
applaudissant à cette prétention de
l'Autriche, alléguaient que le duc de
Bassano avait été des premiers à re-
noncer à son titre dans ses relations
avec le gouvernement autrichien.
Dans une lettre adressée à ces mêmes
journaux, l'cx^ministrc combattit cette
MAR
assertion par des faits et déclara qu'en
aucune correspondance, ni dans
aucun acte, soit public, soit privé, il
n'avait séparé son nom de son titre
de duc de Bassano. Cette déclaration
fit avorter une petite intrigue de la
diplomatie. Après la révolution de
juillet 1830, le duc de Bassano fut
accusé d'avoir provoqué le coup
d'État du ministère Polignac dans
un mémoire adressé à Charles X. On
alla même jusqu'à défier l'ancien mi-
nistre de Napoléon de publier ce mé-
moire. Bassano s'empressa de le faire
imprimer avec une lettre adressée
aux journaux et datée du 19 novem-
bre 1830, dans laquelle, après avoir
protesté que jamais il n'avait con-
seillé le coup d'État en question ,
il donnait les explications suivan-
tes : « Consulté, il y a quelques an-
« nées, sur les affaires publiques par
M un honnête homme alors en cvé-
« dit à la cour ( le comte Charles de
« Damas , son compatriote ), je fis un
u mémoire qui fut, sans ma participa-
« tion, mis sous les yeux du roi. Puis-
" qu'on le veut, cet acte ne sera pas
» caché à la France, à qui cependant
« il importe peu Je le livre à l'ins-
u tant même à l'impression. On y
« verra ma pensée sur les coups d'E-
« tat. Produit d'une composition hâ-
« tée, je le donne avec ses incorrec-
• tions ". Ici le duc de Bassano ci-
tait divers personnages entre autres
Alexandre de Laborde, Arnault, etc.,
qui avaient vu son mémoire au mo-
ment où il fut écrit, « et qui atteste-
f raient au besoin , disait-il , que je
« n'y ai pas changé une parole. - Il ter-
minait en assurant qu'un des ministres
de l'époque avait dit que c'était l'œu-
vre d'un jacobin. « C'était, ajoutait
« Bassano, celle d'un citoyen dont
u les principes ne se sont jamais dé-
« mentis et dont l'empereur a dit
MAR
MAR
tS5
• dans ses mémoires : qu'il représen-
« tait près de lui les doctrines de
" [Assemblée constituante «.La doc-
trine que Fauteur prêche dans cette
brochure est fort sage; selon lui, si
un coup d'État est déjà un grand
mal quand il réussit, il peut être un
mal sans remède quand il échoue ; il
ne réussit que quand il est néces-
saire, et il n'est nécessaire que quand
il est réclamé par une grande masse
d'intérêts. Lorsque le gouvernement de
juillet chercha à rallier autour de lui
les personnages marquants de l'em-
pire, Bassano fut compris par Casimir
Périer dans une nombreuse fournée
de pairs. Ce n'est pas qu'il partageât
les idées de cet homme d'État, car il
lui dit, dans les derniers jours de
1831 : » Croyez-moi, M. Périer, mar-
« chez avec l'opinion publique , et
" pour cela commencez à faire la res-
« tauration de l'opinion publique. »
La première fois qu'il prit la parole
dans la chambre haute, ce fut pour
demander l'abrogation de la loi du
19 jan>ner 1816, faite pour expier le
meurtre de Louis XVI, et dont la com-
mission avait unanimement proposé
le maintien. Dans les sessions de 1831
il fut chargé de divers rapports ira-
portants. En 1833, il prit plusieurs
fois la parole sur le projet de loi d'ex-
propriation forcée pour cause d'utilité
publique. En 1834 il fit deux rapports
pour l'abolition des majorats. Dans le
procès du National, il fut un des qua-
toi-ze pairs qui votèrent pour l'acquit-
tement. Le 10 nov. 1834, il accepta
le ministère de l'intérieur avec la pré-
sidence du cabinet qu'il était chargé
de former. On sait que les principaux
irticles de son programme étaient
l'amnistie et ce qu'il appelait la res-
tauration de la révolution de juillet.
On sait encore que, contrarié par les
hommes du parti doctrinaire, il ne put
parvenir à former un cabinet, et qu'au
bout de quelques jours, il quitta ce
ministère qu'on a surnommé impossi'
ble et qui fut, chez le duc de Bassano,
I école d'un vieillard ambitieux. Là, M.
Guizot fut pour lui ce qu'en 1813 avait
été Talleyrand. Concentré depuis dans
ses foi'ctions de la pairie, Maret le«
remplit avec assiduité; heureux par
là de se rattacher indirectement aux
affaires publiques. Plus libéral dans sa
vieillesse qu'il ne s'était jamais montré
dans l'âge mûr, il repoussa avec éner-
gie la proposition faite par Barbé de
Marbois (voy. Marbois, dans ce vol.) et
auti-es de juger sur pièces les accusés
qui refusaient de reconnaître la com-
pétence de la Cour des Pairs , et de
disjoindre les causes des prévenus de
Paris et de Lunéville, de celle de leurs
co-accusés de Lyon. Le duc de Bassa-
no mourut à Paris le 16 mai 1839.
II avait été nommé membre de la
Légion-d'Honneur , le 9 vendémiaire
an XII (2 ocL 1803), grand-officier le
14 juin suivant et grand-aigle le 2 fé-
vrier 1805. Il était aussi commandeur
de l'ordre de la Couronne-de-Fer. On
remarqua dans le temps qu'il n'eut
aucune part aux décorations créées
par les frères de Napoléon. Inviola-
blement dévoué au chef de la dynas-
tie , il ambitionnait peu , dit M. de
Norvins, les distinctions de ces cou-
ronnes de famille, qui chaque jour
s'eflForçaient de faire oubh'er leur ori-
gine. Le duc de Bassano était entré
dans la seconde classe de l'Institut
(Académie française) le 23 mars 1803,
en remplacement de Saint -Lambert;
éliminé par l'ordonnance de 1816, il
rentra, en 1830, dans la classe des
sciences morales et politiques. Il fut
même nommé président d'une section
et se chargea de plusieurs rapports.
L'éloge funèbre du duc de Bassano a
été prononcé sur sa tombe par M.
126
MAR
Charles Dupin. Personne n'a pris la
parole, à la Chambre des Pairs, pour
lui payer ce tribut de convenance.
Maret avait épousé sa cousine, M"'
Lejéas, fille du maire de Dijon, qui fut,
par sa beauté et son esprit , l'une des
femmes les plus distinguées de la cour
impériale; elle mourut quelques an-
nées avant lui , laissant plusieurs en-
fants. — Jean-Philibert Maret, frère
aîné du duc de Bassano , naquit à
Dijon en 1758. Employé d'abord dans
les ponts-et-chaussées, il fut, après
le 18 brumaire, nommé préfet du
Loiret, et mit beaucoup d'ordre dans
son administration. Il entra, en 1806,
au conseil d'État, avec la place de di-
recteur-général des vivres de la guerre.
Le 4 septembre 1807, il présenta au
Corps législatif , comme orateur du
gouvernement, le livre IV du Code 4e
commerce, qu'il fit adopter. Ayant
perdu son emploi en 1814, il se retira
à Dijon, où il mourut le 21 janvier
1827. D— H— n.
MAREUIL (Pierre de), jésuite,
n'a point d'article dans les diverses
biographies, et mérite pourtant de
n'être pas oublié. Il est auteur des
ouvrages suivants : I. Devoirs des
personnes de qualité, trad. de l'an-
glais, Paris, 1728 et 1751, 2 vol.
in-12. II. Le Paradis tecomfuis, tra-
duit de l'anglais de Milton , Paris ,
1730, in-12; réimprimé à la suite
de la version de Dupré de Saint-
Maur, ibid., 1755, 3 vol. in-12. IIL
Les a'uvres de Salvien, prêtre de Mar-
seille, contenant ses lettres, ses trai-
tés, sur l'esprit d'intérêt et sur la Pro'
vidence, Paris, 1734, in-12. Cette tra-
duction, qui parut sous le voile de
l'anonyme, ainsi que les deux ouvra-
ges précédents , ne manque pas d'exac-
titude, mais elle est dépourvue de
vigueur, de nerf et de précision. Le
P. de Mareuil a fait usage plus d'une
MAB
fois des notes critiques d'un de ses
devanciers, le P. Pierre Corse, jé-
suite, qui avait donné, en 1655, une
version complète des Œuvres de
Salvien, Paris, in-4°. Les remarques
du P. Corse semblent généralement
bonnes, et il est étonnant que Ba-
luze, s'il les a connues, n'en ait pas
profité pour son édition de Salvien.
En 1833, l'auteur de cet ai-ticle et
J.-F. Grégoire ont publié les Œuvres
du savant prêtre de Marseille, tra-
duites en français avec le texte en
regard, Lyon, 2 vol. in-8''. Ils n'ont
pu employer les notes du P. Corse,
parce qu'il leur avait été impossible
de se procurer sa traduction. IV. 06-
stacle de la pénitence , ou Réfutation
des prétextes qui font illusion au pé-
cheur, et l'empêchent de se convertir,
trad. de l'anglais du P. Pearson , Pa-
ris, 1736 , in-12. Mareuil y a joint
la lettre de saint Eucher à Valérien ,
celle de saint Augustin à Licentius,
et les Soupirs d'une âme pénitente,
tirés des 0;juscu/es de Thomas à Kem-
pis. V. F^ie de la vénérable servante
de Dieu, l'illustrissime et sérénissime
princesse Jeanne de Valois, reine de
France, fondatrice de l'Ordre des reli-
gieuses de l'Annonciade, Paris, 1741,
in-12. C— L— T.
MARGUERIE (Jeas-J acquis de),
lieutenant de vaisseau, membre de l'A-
cadémie royale de la marine, naquit
à Mondeville, près de Caen, le 12 avril
1 742. Son père, le chevaher de Mar-
guerie, l'envoya de bonne heure clieï
le marquis de Vassy, son onde,
pour qu'il fît ses éludes au collège de
Caen. Son aptitude et sa vocation na-
turelles ne tardèrent pas à se révéler.
1^8 éléments d'Euclide, que le ha«ard
fit tomber entre ses mains , ver» l'âge
de 18 ans, lui montrèrent la vérité,
qui, jusque-là, ne s'était offerte à lui
qu'enveloppée de nuages ou étoulfée
MAR
sous le jargon pedantesque de l'école.
Nous ne dirons pas qu'il apprit seul
les mathématiques , mais ce qu'on est
en droit de dire, c'est que ses progrès
furent rapides , et, qu'en peu de
temps , il fut en état de résoudre des
problèmes très - difficiles. Trois ou
quatre ans après qu'il eut commencé
à se livrer à l'étude des mathémati-
ques, il vint à Paris, où l'appelaient
des affaires particuUères. Il y fit con-
naissance avec Fontaine. Ce géomè-
tre, surpris de trouver dans le jeune
élève un talent tout formé, conçut pour
lui l'attachement le plus \-if , et alla
jusqu'à lui offrir de partager son loge-
ment. Marguerie, sentant tous Jes
avantages d'une offre si généreuse,
l'accepta avec reconnaissance, et ne
crut pouvoir mieux s'en rendre digne
qu'en se livrant avec plus d'ardeur à
1 étude des sciences. Ses efforts furent
promptement couronnés de succès,
ainsi que le prouvent plusieurs mé-
moires qu'il lut à l'Académie des scien-
ces, et dont nous aurons occasion de
rendre compte. La réputation qu'il
s'acquit par ses premiers travaux vint
jusqu'à l'ambassadeur de Russie, qui,
sûr de plaire à sa souveraine, chercha
àjui attacher un sujet si distingué;
mais ni l'appât d'une fortune considé-
rable , ni la perspective d'un avance-
ment rapide, ne purent séduire le
jeune Marguerie. Son désintéresse-
ment et son amour pour sa patrie le
rendirent inaccessible à de telles pro-
positions. Peu après, le comte de Ro-
quefeuil, mort vice-amiral, protec-
teur éclairé des sciences qu'il culti-
vait lui-même avec succès, avant
entendu faire l'éloge de Marguerie,
consulta Fontaine, qui lui répondit :
" qu'il était au moins aussi tort que
» lui sur l'analyse. » Ce témoignage
tut confirmé plus tard par Lagrange,
qui , dans une lettre adressée, le 24
MAR imt
février 1774, à Marguerie, s'expri-
mait ainsi : « Je vois avec ta plus
" grande satisfaction que vous avez '
« hérité du génie de feu M. Fon- >
" taine, et je vous crois destiné à ré- .
" parer la perte que les sciences ont
« faite par la moit prématurée de ce
« grand géomètre. « M. de Roque-
feuil , déterminé par ce que lui avait
dit Fontaine, résolut aussitôt de pré-
senter à son rx)rps un géomètre qui
n'avait qu'à se proposer les progrès
des sciences nautiques, pour leur
en faire faire de très-grands. Il en
parla au duc de Piaslin , alors mi-
nistre de la marine, qui, sur-le-
champ , accorda à Marguerie une let-
tre de garde de la marine , avec une
pension de 600 livres, en y ajoutant
la promesse d'un prompt avancement.
Bientôt après (sept. 1768), il s'em-
barqua sur la flûte la Normande ,
destinée pour l'Ile-de-France. A peine
y fut-il arrivé, que le chevalier Des-
roches, gouverneur de cette colonie
et de celle de Bourbon, ayant reçu
ordre de renvoyer en France tous les
officiers de marine, le fit repartir sur
le Sphynx, commandé par le comte
d'Hector. Pendant la traversée , il re-
cueillit un grand nombre d'observa-
tions utiles qu'il consigna dans son
journal , dont il n'existe que des frag-
ments et qui contenait une descrip-
tion très-bien faite de llle- de-France.
L'Académie royale de la marine, ré-
tablie au mois d'avril 1769, chercha
aussitôt à l'acquérir. Bien qu'elle fut
au complet, et que le grade de Mar-
guerie ne permît pas de l'admettre, le
mérite dont il avait fait preuve aplanit
toutes les difficult s, et le duc de Praslin
autorisa l'Académie, par une lettre du
29 mai 1770, à le recevoir au nom-
bre de ses membres. Il avait, dès le
mois de janvier 1769, satisfait aux
conditions d'admissibilité imposées
128
MAR
par le règlement, dont l'article 10
portait que nul ne pouvait être pro-
posé qu'il ne se fût fait connaître par
quelque ouvrage ou mémoire qui jus-
tifiât de ses connaissances , principa-
lement dans les mathématiques ou
les autres parties des sciences relati-
ves à la marine. Sa capacité s'était
manifestée dans un Mémoù-e sur la
résolution des équations en général ,
et particulièrement sur l'équation du
cinquième degré. La veille du jour
où le ministre confirma son élec-
tion, Marguerie adressait à l'Acadé-
mie son Mémoire sur le système du
monde, qu'il annonçait devoir être
suivi d'un second et d'un troisième
mémoire sur le même sujet. Le 21
juin suivant , cette compagnie enten-
dait la lecture de son Mémoire sur
une opération d'algèbre appelée f éli-
mination des inconnues. Enfin , le 20
septembre de la même année, il com-
muniquait encore deux mémoires,
l'un sur {'Établissement d'une nouvelle
théorie de la résistance des fluides;
l'autre sur les Suites. Ces cinq mémoi-
res ont été insérés dans le tome I",
papes 1 142 des Mémoires de l'Aca-
démie, le seul qui ait paru, sous ce
titre : Mémoires de l'Académie royale
de marine, t. I", Brest, 1773, in-4%
pi. Les manuscrits autographes de ces
mémoires existent à la bibliothèque
du port de Brest, dépositaire des
archives de l'Académie de marine,
qui l'avait fondée en 1752; ils for-
ment ensemble 179 pages in-folio, à
longues lignes , et se composent en
grande partie de ceux qu'il avait adres-
sés, plusieurs années auparavant, à
l'Académie des sciences. La résolution
des équations avait déjà exercé la sa-
gacité des géomètres, et cette branche
du calcul devait beaucoup aux savan-
te» recherches d'EuIer, de Bc/.out et
de Fontaine , lorsque son importance
MAB
détermina Marguerie à s'en occuper.
Il trouva , comme ces grands mathé-
maticiens, une méthode de le» ré-
soudre, très-élégante, très-générale,
qu'il communiqua à l'Académie des
sciences (octobre 1767), dans le pre-
mier des mémoires que nous venons
de citer. Cette méthode fait trouver,
avec la plus grande facilité, l'équation
dont on connaît la forme de la racine,
ce qui est précisément l'objet qu Euler
s'était proposé dans ses premières
recherches, et qu'il ne put alors rem-
plir pour le cinquième degré. Mar-
guerie applique sa méthode successi-
vement au troisième, au quatrième,
au cinquième degré; et, dès la pre-
mière application qu'il en fait, on
apprend qu'il y a une infinité de
manières de produire l'équation dont
on a la racine, ce qu'on ignorait
avant lui, et c'est un des premiers
fruits de sa méthode. Il faut sur-
tout remarquer la manière dont il
fait descendre l'équation d'un degré,
quand cela est possible, comme dans
le troisième degré et dans le qua-
trième, par une simplification acci-
dentelle. C'est sans contredit une des
parties les plus estimables de son tra-
vail. Le mémoire dont nous venons
de donner une courte et imparfaite
analyse, obtint l'approbation de La-
grange : « Votre méthode pour trou-
« ver l'équation résolvante d'un de-
M gré quelconque me plaît beaucoup,
a lui écrivait ce savant géomètre;
« elle a l'avantage de donner cette
« équation sous la forme la plus siui-
« pie qu'il soit possible , et je crois
» que cette méthode peut être
. aussi d'une très-grande utilité dans
* beaucoup tl'autres occasions. Mais
.. la longvicur du calcul pourrait re-
n buter ceux qui n'auraient pas autant
.. de courage et de dextérité que vous
.. à le manier. » Ce pix-mier travail de
MAR
Marguerie devait naturellement le
conduire à s'occuper de rétiinination
des inconnues, doii déj>end la solu-
tion générale des équations , et à
chercher à abréger les calculs qu'elle
exige. '" w-sl aussi ce qu il fit , et il
trouva , pour le cas oii l'on a deux
équations, une méthode tres-ingé-
nieuse qu il expose dans le second de
ses mémoires, méthode qui, non-seu-
lement, rend le calcul moins pénible,
mais, ce qui est d'un avantage inaj>-
préciable, fait ariiver a l'équation fi-
nale du plus bas degré possible. Ce
mémoire obtint dans les termes sui-
vants lassentiraent de Lagrange : «J'ai
x admiré comment, à l'aide de subs-
" titutions convenables , vous avez
" trouvé moyen do simplifier le cal-
« cul de l'élimination, et surtout de
o vous débarrasser des facteurs inu-
u tiles qui font monter l'équation fi-
< nale à un degré beaucoup plus
» élevé qu'elle ne doit éu*e. Je crois
" que vous êtes le premier qui ait
>» donné le résultat de l'élimination
» pour le cinquième degré. C est un
» véritable service que vous avez
« rendu aux analvstes ; mais il serait
" à désirer que l ou pût trouver la loi
- de ces résultats pour les degi-és suc-
* cessifs ; cela serait surtout utile
» pour le cas où l'on a à traiter des
« équations numériques. •> La ma-
tière de l'élimination fut, peu d'an-
nées après, traitée par Bezout, d une
manière infiniment générale et sim-
ple dans son savant ouvrage de la
Théorie <lc> équations algébriques ;
mais ce n'est pas pour Marguerie un
médiocre avantage que de pouvoii'
revendiquer l'honneur d'avoir été le
devancier de ce grand madiématicien.
Dans son mémoire sur les Suites, il
s'attacha et réussit à perfectionner
une partie épineuse du calcul, déjà si
redevable aux travaux de Bernouilli ,
MAB
129
deStirlirig, deMoivre etEuIer. Il em-
brassa un sujet d'une grande étendue,
comme le prouve son mémoire, où il
ne se propose rien moins que de
sommer toutes les suites dont la
somme et le terme général sont des
quantités algébriques , lorsqu'elles
sont sommables , de reconnaître
quand elles le sont, et enfin d'appro-
cher aussi près qu'il e?t possible de
la somme dont on a reconnu l'insoni-
mabilité ; quelque vaste que fût son
projet, on peut assurer qu'il le rem-
plit dans son entier, en suivant une
méthode qui a quelque ressemblance
avec la seconde méthode du calcul
intégral de Fontaine , ainsi qu'il
en convient lui-même. Ce nouveaii"^
travail obtint de Lagi"ange les mêmes
éloges que les précédents : « Ce que
» vous avez fait sur les séries (lui
disait ce célèbre mathématicien ,
dans la lettre dont nous avons déjà
cité des passages), « mérite égale-
« ment la reconnaissance des géonié-
■' tre». Quoique vos méthodes ne
- soient pas tout-à-fait nouvelles,
" lapplication que vous en avez faite
» n'en est pas moins intéressante. Il
» est stu'tout fort satisfaisant d'avoir
- des formules générales toutes cal-
• culées auxquelles on puisse rappor-
• ter, sur-le-champ, chaque cas par-
" ticulier. ■ Daiis son mémoire sur le
Système du monde, il trouve ce qu on
savait déjà, mais en suivant une mar-
che qui lui est propre. Il ne s'était
déterminé à coinposer ce mémoire
que parce que, se proposant de trai-
ter les points les plus importants des
systèmes du monde dans d'autres mé-
moires dont celui-ci était le fonde-
ment, il ne voidait rien emprunter de
personne. Le premier devait contenir
une nouvelle théorie du mouvement
de la lune. Son examen de la thckjrie
connue <le la résistance des fluides lui
9
130
MAR
MAR
fut suggéré par des expériences que
ThcW'cnard avait faites au port de
Lorient. Après avoir expose cette
théorie à sa manière , avec toutes les
objections qu'on peut faire contre
elle, il termine en proposant des ex-
périences nouvelles , dont les résul-
tats, introduits dans des formules
analytiques qu'il donne ensuite, doi-
vent infailliblement faire découvrir la
vérité. Des preuves si multipliées
d'un grand talent le firent nommer
enseigne de vaisseau, au mois de dé-
cembre 1770, avant son tour. Le 2i
janvier 1771, il devenait académicien
ordinaire , d'adjoint qu'il avait été
jusque-là; le 21 février suivant, il
présentait une Dissertation sur le rou-
lis, et, le 2i mars, un Mémoire sur
la manière de trouver les centres de
gravité. Ayant reconnu, dans son mé-
moire sur la résolution des équations,
que l'équation résolvante du qua-
trième degré monte au sixième, il en
avait conclu, par analogie, que la ré-
solvante du 5"" degré doit monter au
24°"; et, comme sa méthode pouvait
la lui donner, il l'aurait cherchée s'il
avait été bien certain qu'elle est vrai-
ment de ce degré et non d'un degré
inférieur. Il était donc nécessaire de
s'assurer du degré do cette résol-
vante, et c'est ce qu'il entreprit dans
un Mémoire sur lu résolution des
équations du 5°" degré, déposé an
secrétariat de l'Académie de la Ma-
rine, le 22 mars 1771, dans lequel il
démontre que la résolvante de ce de-
gré est réellement du 24""'. Aprôs
avoir montré la loute qu'il faut suivre
pour trouver la résolvante du 5"""
degré, et fait voir que le calcul en
est très-praticable; il cherche ce qu'on
pourrait faire pour la résondrc. Ayant
réussi à décomposer la résolvante du
4"" degré «;n doux , l'une du 3"" ,
l'autre du 2°", il semblerait, ù eu ju-
ger par analogie, que la résolvante du
5"' degré devrait dépendre pareille-
ment de trois équations, l'une du 4°",
l'autre du 3™*, et enfin une du 2"".
Il cherche la première indépendam-
ment des deux autres, et indique
comment on peut la trouver , si elle
existe. Mais , venant bientôt à recon-
naître que cette recherche exige beau -
coup d'essais que l'incertitude ne
permet pas d'entreprendre, il n'ose se
prononcer sur l'existence ou la non-
existence de cette équation. Les
doutes qui lui avaient inspiré cette
réserve appelèrent de nouveau ses
méditations; ils ne tardèrent pas à
être dissipés; car, le 6 août 1772, il
écrivit à l'académie qu il avait trouvé,
pour arriver à la résolvante du 5""*
degré, une méthode plus courte et
plus praticable que celle qu'il avait
indiquée dans son précédent mémoire,
et il la consigna dans un nouveau
mémoire qui fut lu à l'académie le
16 septembre de l'année suivante.
Les importants travaux qu'il avait
exécutés depuis son retour de l'Indo
n'avaient pas absorbé tout son temps.
Il en consacrait une partie à l'étude
des sciences plus spécialement néces-
saires à l'exercice de sa profession.
Mais, bien convaincu que la thoorie
dos sciences nautiques est, à elle seule,
insuffisante, qu'elle demande à être
confirmée ou éclaircie par de nom-
breuses applications laites à la mer,
qu'il existe d'ailleurs des points «pii
ne peuvent être révélés que par la
pratique, il désira bientôt faire une
nouvelle campagne , et s'embarqua
sur le vaisseau l'Actionnaire, com-
mandé par M. de Monteil, et destine
pour l'Ile-de-France. Parti de la rade
du l»ort-Ix>uis, le 13 avril 1771, ce
vaisseau était de retour à Miest, le 15
juillet 1772. Il est supoi-flu de dire
que Marguerie retira de cette cam-
MAR
pagne tout le fruit qu'il sen était
promis, et qu'elle ajouta beaucoup à
ses connaissances, il v avait à peine
quinze jours qu'il était débarqué, qu'il
lisait à facademie >in Mémoire sut la
construction, suivi, quelques jours
après, d'un Mémoii-e sur la statique
des vaisseaux, dans lequel il consi-
dérait son sujet dans sa plus grande
généralité, et le traitait d'une manière
absolument neuve et originale. La
constitution de l'Académie attira par-
ticulièrement son attention: la tiou-
vant trop exactement calquée sur
rdle de l'Académie des sciences pour
qu'elle pût convenir à ime Académie
de Marine, il s'appliqua et parvint à
en formuler une plus en rapport
avec la destination de sa compagnie.
Il est hors de doute que le règlement
qu'il avait élaboré, et qui avait réuni
tous les suffrages, eût été substitué an
règlement alors en vigueur, si les
circonstances n'eussent porté l'atten-
tion du ministre sur d'autres objets.
L'année suivante parut une ordon-
nance qui excita les plus vives récla-
mations; son vif attachement pour
son corps le détermina à faire ressor-
tir tous les inconvénients qu'elle en-
traînerait. Le projet qu'il rédigea em-
brassait, dans leurs plus petites rami-
fications, tous les détails si compli-
qués du service à terre et à la mer :
aucun ne lui avait échappé; il y en
avait même plusieurs qu'un esprit
aussi étendu que le sien était seul
capable de découvrir. Cet ouvrage,
dont les matériaux disséminés au-
raient aujourd'hui besoin d'être coor-
donnés, formerait un vol. in -4° de
600 pages. Son travail l'ayant mis à
même d'approfondir l'organisation de
la marine , il reconnut qu'elle était
susceptible de perfectionnement. Les
circonstances vinrent, peu après, lui
faire concevoir lespérance que les
BCAR
131
améliorations auxquelles il avait ré-
fléchi, allaient être réalisées. Turgot,
ayant passé de l'intendance de Limo-
ges an ministère de la marine, sentit
que les notions générales d'adminis-
tration qu'il possédait à un si haut
degré, étaient néanmoins insuffisantes
pour bien diriger un département qui
exige des connaissances toutes spé-
ciales; aussi sempre&sa-t-il d'appeler
à son aide les lumières des officiers
les plus distingués de la marine :
Marguerie ne pouvait pas être oublié.
Indiqué à Turgot comme étant un
de ceux qui pouvaient lui donner le<
idées les plus justes et les plus éten-
dues sur les différents objets de son
administration , il fut bientôt honoré
de la confiance et de l'amitié de ce
ministre. La lecture du mémoire où
Marguerie avait si clairement exposé
tous le* inconvénients de l'ordon-
nance de son prédécesseur, et le»
entretiens qu'il eut avec lui et d'au-
tres officiers, l'ayant convaincu qu'elle
ne pouvait être exécutée sans nuire
au service, il chargea Marguerie d'en
composer une nouvelle et de la com-
muniquer ensuite aux officiers de la
marine qui avaient le plus d'expé-
rience et de lumières, afin de la
rendre aussi parfaite que possible.
Marguerie avait presque terminé cet
important et difficile ouvrage, quand
Turgot quitta , le 2i août 1774, le
ministère de la marine. Quoique Mar-
guerie ffit à peu pi'ès certain que ce
changement rendrait son travail inu-
tile, il eut le courage de le continuer
et de le finir. Tous ceux à qui il le
montra s'accordèrent à reconnaître
qu'il n'avait, nulle part, déployé une
plus grande supériorité , qu'il avait
épuisé son sujet et qu'il avait fait
preuve d'un talent créateur. Pendant
qu'il s'occupait à Paris de ces travaux
(l'adiiiinMtration, il ne négligeait pas
9.
132
MAR
ses travaux académiques. Ce fut vers
la même époque qu'il se chargea de
traiter la partie de la construction
dans le dictionnaire de marine que
l'Académie se proposait de publier,
et dont les matériaux étaient , en
grande partie, prêts à être livrés à
l'impression, quand la l'évolution en-
traîna la chute de cette compagnie. Il
avait été nommé l'un des quatre aca-
démiciens chargés de coordonner les
articles admis, et d'en arrêter la ré-
daction déhnitive. Ce fut aussi la
même année qu'il prononça devant
l'Académie de la marine, dont il était
le secrétaire, l'Kloge de Frézier, mem-
bre honoraire, et directeur des fortifi-
cations de Bretagne. Cet éloge du sa-
vant auteur du Traité de la coupe
des pierres a été inséré dans le iVe-
crologe des hommes célèbres de France
^our 1775 (tome VI, pages 113-126).
Maestricht (Paris), 1775, in- 12.
Nommé, en 1775, au commandement
du cutter le Moucheron, qui faisait
partie d'une escadre d'évolution sous
les ordres du comte de Guichen, il
fut fréquemment employé par cet
amiral, et se distingua par son exac-
titude et son habileté. A son retour,
il s'apphqua à l'étude de l'économie
politique, dont il lit beaucoup d'ap-
plicadons nouvelles et importantes. Il
était sur le point de terminer son tra-
vail sur cette matière, lorsqu'une ma-
ladie grave vint l'interrompre. A
peine convalescent, il fut forcé di;
s'embanjuer. l'eut-être dut-il à la ja-
lousie qu'excitait la supériorité de son
mérite, la rigueur avec laquelle on
agit à son égard. Quoiqu'il en soit,
sans considérer que sa sanlé était
encore chancelante, on l'obligea de
partir siu- la Mute la Tamponne, com-
mandée par Verdun <le la Crenne,
qui avait mission (fall<!r chercher des
mâts ù Cronstadt. Après avoir appa-
MAR
reiilé le 1" mai 1776, ils eurent oc-
casion de reconnaître, dans leur tra-
versée, que nos cartes des côtes de
Suède et de Danemark étaient abso-
lument défectueuses, et que les cartes
danoises de Lous étaient bien plus
exactes. Arrivés le 29 juin à Crons-
tadt, ils étaient trop près de Saint-Pé-
tersbourg pour n'étie pas tentés de
voir ce superbe monument de la puis-
sance russe, et surtout l'irapératiice
qui gouvernait alors la Russie avec
tant d'éclat. Ils furent présentés à
Catherine, qui les reçut avec une
bonté particulière, s'entretint long-
temps avec eux, et les étonna , quoi-
qu'ils fussent favorablement prévenus,
par l'élévation de son esprit et la va-
riété de ses connaissances. Si, après
une telle réception , quelque chose
pouvait encore les flatter, ce fut celle
que leur fit le célèbre Euler, qu'ils s'em-
pressèrent de voir. Ce grand homme
félicita Verdun de la Crenne et Mar-
guerie de leur zèle poui- la science ,
et confirma de vive voix à ce dernier
les éloges qu'il avait déjà donnés à ses
travaux dans une lettre qu il lui avait
écrite en 1774. Ils repartirent de
Cronstadt le 24 juillet, arrivèrent à
Hrest le 30 août, et passèrent, le 18
octobre, sur la flûte le Compas, qui
porta leur chargement à Toulon. Ils
(juiltèrent bientôt ce port, et mouil-
lèrent sur la rade de Hrest le 7 déc.
(>ette caujpagne n'interrompit pas le
cours des rechercijes de Margueric sur
l'économie politique. Il les continua
toutes les fois qu'il le put et les termina
dès qu'il fut à terre. Il reprit ensuite
celles qu'il avait commencées avant
la campagne d'évolutions de l'année
précédente, sur la résolution des
équations du 5"" degré, et l'on a heu
de croire (jue cette matière, objet de
sa constante sollicitude, reçut une so-
lution complète; car la correspon-
MAR
dance et les mémoires manuscrits de
l'Académie de marine nous appren-
nent que, le 12 juin 1777, il remit
un mémoire (qui n'a pu être retrou-
ve), dans lequel il déclarait avoir
complètement résoin le problème de
la résolution des équations du 5"'
degré, et que, dans la séance du 21
juillet , il fit coter et parapher ce
mémoire par Fortin et Blondeau ,
commissaires charges de l'examiner.
Peu de jours après , il reprit la mer.
C'était au commencement de la
guerre de l'indépendance améri-
caine; la France, avant d'y prendre
part , jugea prudent d'armer pour
protéger son commerce et faire res-
pecter son pavillon. Marguerie fut
un des premiers à demander à être
employé sur les vaisseaux qu'elle en-
voyait en croisière, il obtint de s'em-
barquer sur le Bien-Aimé, que com-
mandait Bougainville. Lorsque la
guerre se déclara , il passa sur le
Saint-Esprit , commandé par le duc
de Chailres, et se trouva par consé-
quent au combat que d'Orvillicrs livra
le 27 juillet 1778 , à la hauteur
d'Ouessant , à la flotte anglaise com-
mandée par l'amiral Keppel. Le 12
novembre de cette année, l'académie
lui donna une marque de confiance,
en l'appelant, à l'unanimité, et pour
la quatiiéme fois, à remplir les fonc-
tions de son secrétaire. Kommé lieu-
tenant de vaisseau à la promotion du
mois de janvier 1779, il suivit La-
motte-Picquet, qui venait de recevoir,
avec le commandement du vaisseau
VAnnibal, l'ordre de rejoindre en
Amérique l'armée navale du comte
d'Estaing. Ce zèle lui devint funeste,
car, au combat du 6 juillet 1779 ,
devant la Grenade , où VAnnibal
essuya un feu très -vif, il fut blessé
mortellement d'un boulet. Marguerie
survécut quelques jours à sa blessure,
MAR
133
mais dans un état de souffrance qu'il
supporta avec beaucoup de force.
Ainsi mourut, à 37 ans, un officie:
dont la marine ne peut que s'honorer
et que les sciences réclament à plus
d'un titre. Dans tous les sujets qu il a
traités, on remarque de grandes idées
et des vues neuves exposées claire-
ment. Il devait étrc admis à l'Aca-
démie des sciences en 1773 ou en
1771; les géomèties étaient pour
lui , mais M. de Saint-Florentin lui
était contraire. Marguerie, informé
de cette opposition, répondit, avec la
confiance qu'inspire à l'homme supé-
rieur la connaissance de sa propre
valeur que, s'il nobtenait pas cette
distinction, il croyait être certain de
faire connaître qu'il la méritait. Sa
perte a enti-aîné celle d'une grande
partie de ses ouvrages, car ceux qu'il
avait emportés (et c'était le plus
grand nombre), vraisemblablement
dans la vue de les corriger et de les
perfectionner, ont disparu ; celui
qu'on doit le plus regretter, en rai-
son de son utilité et des vues nou-
velles qu'il renfermait, c'est, sans
contredit, son ouvrage sur l'écono-
mie politique. Indépendamment de
ses cinq mémoires imprimés et de
son Éloge de Frezicr, Marguerie a
laissé les manuscrits des ouvrages
suivants déposés à la bibliothèque du
port de Brest : L Mémoire sur une
tontine entre inarins pour payer des
pensions a leurs veuves. IL Mémoire
ou règlement sur une meilleure cons-
titution à donner à l'Académie. III.
Mémoire sur la constniction d'un port
marchand (on croit que c'est celui de
Port-Vendres ). IV. Mémoire sur la
mai-ine en général. V. Ordonnance de
la marine. VI. Les articles suivants ,
pour le Dictionnaire de l'Acadé-
mie de marine : Abaissement d'un
astre , Abaissement de l'Horizon ,
134
MAR
MAR
/abaissement du Pôle, Affolie, Age de
la Lune, Aiguille aimantée, Aimant.
Air ou rhumb de vent, A l'autre bon
quart, Alidade, Allège ou Soulège,
Amers, Amplitude d'un astre, Ancre,
Attérage,Azimuth, Mouvement annuel
du Soleil et Vents alises. Si nous ci-
tons textuellement cette nomencla-
ture, c'est en raison de la forme que
Margueric avait donnée à la rédac-
tion de ces mots, qui n'étaient
qu'une faible partie de ceux qu'il de-
vait expliquer. Chacun d'eux était une
véritable dissertation, dans laquelle le
sujet indiqué par le mot était traité
de la manière la plus complète. La
réunion de tous ceux que les académi-
ciens auraient fournis, eût fait de ce
dictionnaire une encyclopédie de la
marine, dans des proportions beau-
coup plus étendues que la partie
iWan'nede l'Encyclopédie méthodique,
laquelle renferme elle - même un
grand nombre de notes destinées
primitivement à entrer dans la com-
position du dictionnaire. — Le vi-
comte A. DE Maholerie, auteur de quel-
ques poésies et notamment des Ins-
pirations des Cours, mort en 1838,
était de la même famille ; ses écrits
en prose sont : L Fats ce que dois, ar-
rive que pourra. Le royaliste et le li-
béral, dialogue sur la souveraineté ,
Paris, 1831, in-8''. H. Essai sur la
monarchie héréditaire et fédérative ,
Paris, 1832, in-8". I». L— t.
MARGUERITE de Constant! ■
nople, fille puînée de itaudouin IX,
comte de Flandre et de liainaut,
avait ét'é mise avec sa sœur sous la
tutelle de Philippe, comte de iSamur,
lorsque leur père partit pour la capi-
tale du nouvel empire grec. Après
que la ujoit de ce prince eut été
connue en France, le roi Philippe-
Auguste, en vertu de la coutume
féodale (]ui lui conférait la garde-
noble de ses vassales immédiates, fit
venir Jeanne et Marguerite à Paris.
Celle - ci , rentrée plus tard en Bel-
gique, épousa r)0uchard d'Avesnes ,
que son père avait adjoint à Phi-
lippe de Namur, pour veiller sur
elle. Bouchard avait la parole bril-
lante et facile, et tout ce qu'il fallait
pour plaire ; il jouissait d'une grande
réputation de bravoure et d'habile-
té. Ses prouesses le firent même ar-
mer chevalier par Richard-Cœur-de-
Lion. Mais dans sa jeunesse il avait
été, contre son gré et à l'insu de tous
ses amis, ordonné acolyte et sous-
diacre à Orléans. Son union avec
Marguerite reçut l'approbation de
la comtesse Mathilde , veuve de
Philippe d'Alsace, et qu'on appelait
la reine, à cause qu'elle était fille du
ioi de Portugal, l'aveu de la noblesse
et des bonnes villes ; les empêche-
ments canoniques à ce mariage étaient
inconnus; il fut donc célébré eu face
des autels et en présence de Fcrraud
et de Jeanne, dans l'année 1212. Deux
fils en furent le fruit, Jean et P.eau-
duuin d'Avesnes. Tout-à-coup le l)ruit
se répandit que Bouchard était d'é-
glise. Voulant conjurer l'orage, il se
rendit à Rome et supplia le pape
Innocent III, de lui accorder les dis-
penses dont il avait besoin. Le sou-
verain pontife se borna à lui enjoin-
dre de faire uti pèlerinage à Jérusa-
lem et au mont Sinaï, puis de rcndro
la princesse à sa famille. Revenu
dans le liainaut avec fintentioii
béir, il ne put , en voyant ta fem-
me et ses enfants , se résoudre à
un si cruel sacrifice. I^ comtesse
Jeanne l'ayant sommé, à plusieurs
reprises, de se ranger à son devoii .
en H'féra au pape et au roncilc géné-
jal de Latrati. Bouchard fut excom-
munié; et, connue il s'opiuiàtrait dans
sa résistance, il fut jeté en prison à
i
MÂR
MAR
135
Gand et décapité à Rupelmonde , par
ordre de Jeanne. Marguerite succéda
à sa sœur en 1244-. Dès l'année 1:218,
elle avait donné sa main à Guillaume
de Darapierre, deuxième fils de Gui II
de Dampierre et de Mathilde, héri-
tière de Bourbon, duquel elle eut
trois fils et deux filles. Depuis trois
ans elle était veuve de ce second
époux, lorsqu'elle prit les rênes de
la Flandre et du Hainaut II s'éleva
bientôt de giantles querelles entre les
enfents des deux lits, sur la part des
États de leui- mère qui devait leur
levenir un jour. Marguerite nourris-
sait une profonde antipathie pour
les d'Avesnes et favoiisait ouverte-
ment leurs rivaux. Ceux-ci préten-
daient que les premiers étaient des
bâtards. Grégoire IX les avait décla-
rés illégitimes. L'empereur Frédé-
ric II et le pape Innocent IV pronon-
cèrent leur légitimité. Un compromis
conclu par l'entremise du roi saint
Louis et du légat Odon, assigna la
Flandre aux Dampierre et le Hainaut
aux fils de lîouchard. Mais, malgré
cet accord, la haine mit bientôt les
parties aux prises. Jean d'Avesnes,
l'aîné , qui se regardait comme spo-
lié et qui l'était en effet , fit la
guerre à sa mère en Flandre ; celle-
ci appela à sou secours le frère du
roi de France, Chailes d Anjou, et lui
engagea le comté de Hainaut. Les
habitants de cette province, mécon-
tents de leur princesse, l'appelaient
la noire dame ; et il se forma alors,
du côté d'Enghien, une hgue contre
les Flamands . qu'on appela la ligue
des Ronds, du nom d un boucher de
Chièvres, tué par les officiers de Mar-
guerite, et que ses fils avaient juré
de venger. Les exploits de cette trou-
pe eurent une certiiine importance;
ils méritèrent d'être célébrés par un
trouvère contemporain, qui composa
en français , sur ce sujet, un poème
quon n'a point encore reû'ouvé et
dont le chroniqueur Jacques deGuyse
a donné un extrait en prose. Mar-
guerite eut de longues querelles avec
l'empire, pour la Flandre impériale
que Jean d'Avesnes était parvenu à
se faire adjuger, et avec le comte
de Hollande, touchant la suzeraine-
té de la Zélande. Après de longues
discussions et des guerres désastreu-
ses, la paix fut rétablie. Le jugement
rendu par saint Louis et le légat
Odon, fut ratifié à Péronne, en 1246,
et les Dampierre, faits prisonniers à
la bataille de Walcheren ou de West-
kapel, recouvrèrent leur liberté. De-
puis long -temps Maigueritc avait
associé son fils au gouvernement de
la Flandre qu'elle lui abandonna peu
avant sa mort, par un acte du 29
décembre 1278. Elle mourut le 10
février 1279. Malgré l'épithète hos-
tile que lui décernèrent les Wallons,
elle sera comptée parmi les souve-
raines qui conti'ibuèrent le plus à la
prospérité de la Flandre. C'était une
femme d un grand caractère, très-en-
tendue aux affaii^es et aimée des pau-
vres. Elle favorisa le commerce etl'in-
dustrie par de nouveaux tarifs, desfran-
chises de circulation, et la construc-
tion de plusieurs canaux, entre les-
quels celui de Gand à Damme ,
commencé en 1252, mérite d'être
particulièrement distingué. La liberté
personnelle fit aussi des progrès sous
son règne; tous les serfs qui lui ap-
partenaient fment affranchis en 1252,
moyennant une légère redevance;
elle réduisit le droit de Catlel, anima
la vie communale en introduisant
le renouvellement annuel des éche-
vins dans presque toutes les villes,
qui s'agi-andirent et prospérèrent, et
défendit aux abbayes et églises, mai-
sons religieuses, prêtres, clercs, bour-
136
MAK
gcois, {jchj non-nobles et défendables
à la loi ou payant taille, d'acquérir
Fiefs , rentes, terres, héiitages et au-
lies choses tenues des comtes de
Flandre, sans leur autorisation spé-
ciale. Ce fut aussi sous Marguerite,
que l'usage de la langue française
devint plus fréquent dans les diplô-
mes et actes publics. M. Warnkœnig,
professeur à l'Université de Fri-
bourg, a fort bien apprécié l'admi-
nisti'ation de cette femme supérieme,
dans son (ixcellente histoire de la
. Flandre, ouvrage écrit en allemand,
et dont M. A.-E. Gheldolf a com-
mencé une traduction française.
R— I— o.
MARGUERITE de Carinlhie,
dite vulgairement Marguerite à lu
(jrande bouche (en allemand, Alaid-
tasche), comtesse souveraine du Ty-
rol, avait pour père ce Henri qui, seul
des trois fils de Mainard IV, réimit
finalement la totalité des possessions
paternelles, et pour mère sa deuxième
femme, Adélaïde de Brunswick-Gru-
benhagen, laquelle moiuut le 18 août
1320. Marguerite dut naître vers
1316, car le mariage de sa mère eut
lieu en 1315, et sa sœur puînée na-
quit en 1317. llemi n'avant point
d'enfant mâle qui survécût, Mar-
guerite fut considérée comme une
héritière d'autant plus riche, qu'au
comté du Tyrol son père joignait
le duché de Carinthie, dont Mai-
nard avait été investi par Rodol-
phe de îlabsbourg (1282). après la
«Imte d'Ottocar. Aussi fut-elle mariée
«le bonne heure. Henri, qu'on nonune
souvent Henri de Caiinthie , avait
porté un moment la couronne de
Rohème (1307-1309), jnsipi'à ce que
Jean de I-nxeniboing (le fameux Jean
le chevalier, le redrcsseui- de torts et
l'aveugle, (pii mourut à Crécy) l'eût
emporté sur lui. I.es prétentions île
MAR
Henri durèrent long-temj)S encore :
cependant il y renonça contre le
paiement de quarante mille marcs
d'argent et moyennant les fiançailles
de sa fille aînée, non pas avec le fils
aîné du loi de Rohême, lequel por-
tait le nom de Venceslas (dont la
cour de France fit Charles), et qui plus
tard fut l'empereur Charles IV ; mais
avec le frère puîné de Venceslas. Jean-
Henri (c'était le nom du jeune piince)
reçut par avance le serment de fidé-
lité des Tyroliens au moins versl328,
et vint habiter le pays. Le mariage
eut lieu vers 1331. Il ne fut pas heu-
reux. Quelque attrait que ]>ût olfi'ir
à Jean-Henri la perspective de la Ca-
rinthie et du Tyrol réunis , il sentit
[jeu de sympathie pour sa femme,
qui, bien que jeune, était fort peu
jolie, et que son mécontentement
(piotidien n'embellit pas. lis n'eurent
point d'enfants. Un incident qu'on pou-
vait jircvoir, vint mettre le comble à
l'inimitié mutuelle des deux époux.
Henri de Carinthie ayant rendu le der-
nier soupir (i avril 133o), l'enqie-
rcur Louis IV de Ravière , soit afin
de se créer des amis au sein même de
cotte famille dont un membre lui
avait disputé l'empire, soit que le ca-
ractère inconstant de Jean de Holi<*me
l'eût indisposé conti-e tout ce qui lui
appartenait, traita les deux contrées
«•omme fiefs échus, et en donna l'in-
vestiture aux ducs d'Autriche (2 ntai),
<|ni avaient pourtnère une fille de Mai-
nard IV, et par consétpicnt une tante
do Marguerite. Jean-Henii et Mai-{;ue-
ritc ne s'étaient point j)réparés à la
f^uerre, et ils avaient contre eux une
ligue formée de l'empereur, dès ducs
d'Autriche, du comte de Wurtemberg
et du comte de Jidiers. Heureusement
le Tyrol, qui fut de tout temps fidèle à
ses maîtres, se déclara énergi(]uement,
aussitôt qu'il le put, contre la donii-
MAB
nation de l'intrus : Marguerite et son
mari n'ement qu'à paraître pour que
toutes les villes s'em pressassent de leur
ouviir leurs portes. Quant à la Garin-
ihie, elle s accommoda de la nouvelle
domination, et ne fit nulle domons-
liation en faveur de la maison de
Gœrz, qui d'ailleurs n'était point ori-
ginaire du pavs. Mais probablement
les ducs d'Autriche ne s'y fussent pas
si commodément établis , si le père
de Jean-Henri, le roi Jean de liohême,
toujoins en quête d'aventures , ne se
fut en ce moment trouvé à Paris, ma-
lade par suite dîme blessure qu'il avait
reçue dans un tournois, et ne se fut
mis un peu tard en route. Toute l'ac-
tivité qu'il développa quand enfin il
arriva , ne servit qu'a diminuer la
perte dont son fils et sa bru étaient
menacés. A la ligue de l'Autriche, du
Wurtemberg et de Juliers, corroborée
par l'adhésion de lempereur, il op-
posa le duc Henri de Bavière, cousin-
germain de l empereur , les rois de
Hongrie et de Pologne (il était ami du
dernier depuis la paix de Trentchin,
en 133o); et, les hostilités com-
mencées (1336), il détacha de la li-
gue ennemie les ducs d'Autriche. Il
en résulta bientôt le traité d'Ens
(9 oct. 1336), par lequel les ducs d'Au-
U-icljc se contentèrent de la ( jrinthie,
diminuée de quelques districts, et
remboursèrent les frais de la guerre
à leur cousine et à son mari, qui con-
sei-vèrent le Tvrol. Bientôt Ix)uis IV
aussi changea de politique; et, au lieu
do vouloir dépouiller la comtesse, pro-
fitant de f antipadiie croissante qui se
manifestait entre elle et Jean-Henri,
il imagina de faire entrer le Tyiol
dans sa maison en la faisant épou-
ser à son fils aine, il fallait un divorce
pom* arriver là. Maiguerite se prêta
sans peine au projet qui devait la dé-
livrer dun lien odieux pour elle et la
MàR
i»7
faire bru de l'empereui", et les scènes
de la comédie à jouer furent arran-
gées à l'avance. Elle présenta requête
formelle à l'empereur (ISil), à l'effet
de voir dissoudre un mariage qui
n'avait jamais pu être consommé , et
elle offrit de prouver par serment ,
en entrant dans des détails dune
excessive minutie, que ladite impos-
sibilité provenait non d'elle , mais de
Jean-Henri. L'empereur, au lieu de
(ominetli-e cette affaire à un tribmial
ecclésiastique, comme c'était l'usage à
cette époque, nomma lui-même une
commission et voulut v siéger en per-
sonne. Il parait que Marguerite dé-
montra plus qu'abondamment et l'ir-
rémédiable insuffisance du prince de
Bohème , et linépuisable complais
sauce par laquelle elle avait tâché d'y
remédier. On devine le jugement qui
s'ensuivit , et que sans doute n'eût
pas rendu aussi facilement un tribu-
nal impartial, à plus forte raison l'É-
ghse, à plus forte raison encore les
agents du pape, qui étaient en lutte
ouverte et acharnée avec Louis de
liavière. Piesque aussitôt la comtesse
du Tyrol donna sa main au fils aînc
de l empereur, à Louis-l'Ancien , à
qui son père av..it cédé le margra-
viat de Brandebourg , mais qui bien-
tôt se le vit contester et enlever mo-
mentanément par les antagonistes
de sa maison. Dans l'intervalle, Mar-
guerite à la glande bouche était de-
venue mèie de Mainard V, que kous
verrons régner on Tvrol , et dont la
naissance achevait d exaspérer la mai-
son de Luxembourg, en prouvant que
les motifs de divorce allégués par la
comtesse n'étaient pas dénués de toute
vérité. A peu prés au moment oii le
chevaleresque Jean de Bohême se fai-
sait tuer à Crécv, son parti élut, en
opposition à Louis de Bavière, le jeune
Charles IV, qui sur-le-champ se mit
438
MAR
MAR
en devoir de faire la guerre directe-
ment à Louis lui-même (1346). Quant
au Brandebourg, pour l'arracher à
Louis-l'Ancien, on s'avisa de ressus-
citer, vingt-sept ans après qu'il avait
été dûment enseveli et enterré , le
margrave Valdemar (le dernier de la
branche brandebourgeoise de la fa-
mille ascanienne); et, ce dont nous
nous étonnons, des hommes judicieux
et savants ont pu, jusque dans ces der-
niers temps, soupçonner que la réap-
y)arition de Valdemar ne fut point
une imposture. Combien est-il sim-
ple que le peuple , toujours ami du
merveilleux, se soit hâté de croire à
la miraculeuse aventure ! A peine l'ex-
meunier Hundeloff (tel semble avoir
été le nom réel du faux Valdemar)
eut-il mis le pied en Brandebourg,
suivi de quelques troupes du prince
d'Anhalt et du duc Rodolphe de Saxe-
Wittenberg, et racontant ses pèleri-
nages, ses travestissements, ses mal-
heurs, son incognito, que presque
tout le margraviat se déclara pour
lui (1347), et que toutes les villes lui
ouvrirent leurs portes, sauf Francfort-
sur-l'Oder et Wrietzen. Louis de Ba-
vière venait de mourir. Les événe-
ments de la lutte qui suivit n'appar-
tiennent pas proprement à l'histoire
de Marguerite. Pour l'empire même,
elle ne dura pas trois ans : la mort
de l'anti-César Gonthier de Schvvarz-
hourg , le deuxième coiu'onnemeut
de Charles IV «pii, sans respect
pour les principes, se trouvait ainsi
réunir tous les suffrages, enfin la sen-
tence de l'électeur palatin, qui annu-
lait toute pretention de Charles IV et
de son frère à la Caiinthie, au Tyrol
et à Gœrz, et qui reconnaissait les
droits de Louis-l'Ancien sur le mar-
graviat de Brandeboing, mirent fin à
la guerre générale. Mais, <lans le
Brandebourg, elle se prolongea jus-
qu'en 1355. Le prétendu Valde-
mar avait trouvé de l'appui dans
l'affection des Brandebourgeois atta-
chés à la maison d'Aschcrsleben , et
d'autre part les princes d'Anhalt, qui,
formant une autre branche de cette
maison , faisaient valoir des préten-
tions, spécieuses au moins, sur le mar-
graviat, favorisaient de toute leur
force une fraude qui provisoirement
écartait la maison étrangère, et dont,
à la mort de Hundeloff, ils espéraient
bien recueillir le prix. Enfin pour-
tant il fallut céder , et le prétendu
Valdemar donna sa place (1355),
au frère de Louis-l'Ancien ; car dès
1354 Louis, par le traité de Luckau,
avait tioqué son margraviat avec son
frère contre la Haute-Bavière, vu le
voisinage du Tyrol. Il ne survécut
que huit ans à ee pacte, et mourut
en 1362. Son fils Mainard V, très-
jeune encore, mais qui avait été marié
en 1359 à Marguerite d'Autriche, fille
du duc Albert H, lui succéda en Haute-
Bavière, et fut comme le co-régcnt
de Marguerite en Tyrol; mais il mou-
rut, le 13 j.invier de l'année suivante,
d'un verre d'eau froide que lui avait
donné sa mère au retour de la chasse.
Il ne laissait point d'enfants. Margue-
rite, toujours comtesse, et qui n'avait
jamais cessé de l'être de droit, tandis
que «on fils n'avait de puissance en
Tyrol que celle qu'elle lui transmettait,
dut alors songer à régler sa succes-
sion. Llle appartenait naturellement
( pour ne j)oint parler des droits féo-
daux que pouvait revendiquer le suze-
rain) aux descendants de sa tante, la
fille de Mainard IV, et notamment à
l'aîné Albert-le-Sagc ou à ses repré-
«entants, frères de sa bru, la jeune
veuve (le Maynard V. (Vest en leur
faveur «ju'ellc »e prononça. Mais il
ne suffit point à ces héritiers pré-
somptifs de se faire concéder par tes-
MAR
lament l'expectative du Tyrol;iIs ma-
nœuvrèrent si bien qu'ils déterminè-
rent leur tante à abandonner son
comté, dont elle ne garda que quel-
ques châteaux. Probablement les ducs
d'Autriche prenaient là une prudente
précaution en se mettant incontinent
en possession d un pays qui ne leur
fut point contesté à la mort de Mar-
guerite , et qui l'eût été faute de ce
soin ; mais il n'en est pas moins cu-
rieux de remarquer ^vec combien de
sollicitude et de persévérance, dès ce
temps, la maison d'Autriche mettait
en pratique la fameuse maxime : Tu,
felix Au'Stria, nubc. P — OT.
MARGUERITE ( Josepu -M* -
r.iE SoLAR, comte de la), né à Mon-
dovi, en 1644, descendait d'une fa-
mille du Piémont, qui s'était tour-à-
tour illustrée par les armes , dans la
robe et la diplomatie. Il entra de
bonne heure dans la carrière mili-
taire, et devint l un des officiers les
plus distingués des armées de Victor-
Amé II , duc de Savoie. Lors du siège
de Turin, en 1706, par les Français,
ce prince, croyant plus utile à ses
intérêts de tenir lui-même la campa-
gne à la tête de sa cavalerie , quitta
sa capitale, et en confia la défense à
la fidélité et surtout à la bravoure , à
! habileté de tiois hommes qui s'y
immortalisèrent : le maréchal Dàiin,
chef suprême ; le m.trquis de Carail ,
commandant général de la ville, et le
comte Solar de la Marguerite, com-
mandant de l'artillerie. Turin fut in •
vesti le 13 du mois de mai; le bom-
bardement commença le 8 juin , et
ne cessa que le 8 septembre, jour où
cette ville fut délivrée par le prince
Eugène. Tout ce que l'attaque a de
plus savant et de plus rusé , de plus
incessant et de plus cruel même,
fut employé pendant le jour et la
nuit. Le 16 juin , les assiégeants tirè-
MAB
139
rent, dès le point du jour, à boulets
rouges sur le palais ducal , où était la
cour. Le désir de vaincre et de cou-
ronner, par la prise d'une capitale,
la série des brillantes victoires du
long règne de Louis XIV, anima pen-
dant quatre mois quatre-vingt mille
hommes que commandaient degrands
capitaines et le vainqueur de Cassel,
tous formés à l'art de vaincre et de
sm'monter tous les obstacles par Tu-
i-enne et Condé, par Catinat et Luxem-
bourg. Trois cents bouches à feu fou-
droyèrent sans relâche les remparts,
la ville et la citadelle. Si l'attaque fut
homérique par le nombre et la valeur,
quelle ne dut pas être la défense, ré-
duite à un petit nombre, et privée
des ressources du dehors jusqu'à l'ar-
rivée du prince Eugène, qui, des
bords de l'Adriatique jusqu'à Turin ,
avait à vaincre ou à tromper la vi-
gilance du duc de Vendôme , ce
qu'il fit avec un grand succès. Enfin,
Turin fut déli\Té le 7 septembre
{voj. MARcnix, dans ce volume). Le
comte de la Marguerite partagea, avec
le maréchal Daiin et le marquis de
Carail, la gloire d'avoir défendu cette
capitale, et il eut encore l'honneur
d'être l'historien d'un fait d'armes
aussi mémorable , en publiant le
Journal historique du sié^e de la ville
et de la citadelle de Turin , ouvrage
que l'homme d'Htat , l'historien , le
guerrier surtout, liront toujours avec
un vif intérêt. On y remarque im
trait de modestie bien rare, et qui
n'appai'tient qu'aux hommes supé-
rieurs; l'auteur, quoique I un des
principaux acteurs de cet événement,
ne se cite lui-même nulle part. Ce
Journal est écrit en français et divisé
en trois parties : la première olfie le
récit des opérations de chaque jour;
la seconde, un rapport officiel des
opérations de l'artillerie, et la troi-
140
MAR
MAR
sième, la correspondancq de Victor-
Amédée 11 avec le maréchal Daiin
et le prince Eugène. C'est dans cette
correspondance qu'on peut se faire
une idée juste des ressources prodi-
gieuses de ces deux princes guerriers
qui avaient à sauver, l'un la capitale
de ses États, et tous deux la gloire at-
tachée aux armes de leur antique
maison et à leur propre renommée.
Cette troisième partie a été ajoutée,
avec de beaux plans représentant
les opérations successives des assié-
geants et des assiégés, à la cinquième
édition qu'a publiée, en 1 838, un des
descendants de l'auteur, le comte
Clément Solar de la Marguerite, mi-
nisti-e des affaires étrangères à la cour
de Sardaigne ; c'est la meilleure et la
plus complète : elle forme un vol. in-
4°. G— G— Y.
MAHGUNIUS ou MARGU-
NIO (Maxime), savaut littérateur et
poète grec, était né vers 1530 dans
l'île de Candie. Son père, riche négo-
ciant, l'ayant amené fort jeune à Ve-
nise où il avait une maison de com-
merce, l'envoya continuer ses études
à l'université de Padoue. Il y suivit
quatre ans les cours de philosophie,
de littérature, de théologie, et s'ac-
f[uit par la rapidité de ses progrés
l'estime de ses maîtres. Après la mort
de son père, il ctabHt à Venise, dans
le voisinage du couvent de Saint-
Antoine, une imprimerie, d'où sont
sorties de nombreuses éditions grec-
ques , estimées surtout par leur
correction. L'incendie qui consuma
le couvent de Saint-Antoine, anéan •
til en même temps l'atelier et les
magasins de Margunius. Ruiné par
cet accident, il repassa dans l'île
de Candie avec l'espoir (pic sa fa-
mille viendrait à son secours et l'aide-
)-ail à se relever. Mais, trompé dans
cette attente, et ne sachant quel parti
prendre, il embrassa la vie monasti-
que dans l'ordre des Hiéronymites. Ce
fut alors qu'il changea le nom de
3'Ianuel (1), qu'il avait reçu au baptê-
me, contre celui de Maxime qu'il a
toujours porté depuis. Ayant repris
l'étude de la théologie , il y devint
bientôt très-habile; mais, ennuyé de
la vie des cloîtres, il se rendit à Ro-
me, apportant divers ouvrages qu'il
avait composés sur les points qui sé-
parent les Grecs des Latins, et an-
nonçant le dessein de travailler à ré-
unir les deux communions. Ses ou-
vrages furent soumis à la congréga-
tion de l'index; et, le rapport des
examinateurs lui ayant été favorable,
il fut nommé, vers 1584, évêque de
Cerigo, et obtint en outre, du pape
Grégoire XIII, une pension assez
considérable. Sixte V, successeur de
Grégoire, ayant conçu quelques soup-
çons sur la sincérité de ISIargunius,
ordonna qu'il serait tenu de présen-
ter sa profession de foi, et en atten-
dant supprima sa pension. Craignant
la sévérité du pontife , Margunius
s'enfuit de Rome, et alla à Venise où
il s'embarqua sur le premier bâti-
ment qui faisait voile pour le Levant.
Il passa quelque temps à Constanti-
noplc, occupé de rechercher d'anciens
manuscrits grecs, qu'il adressait au
savant David Hoeschcl {voy. ce nom,
XX, 417), son ami. Dans le mêin<^
temps, il eut l'occasion de rendre
d'importants seivices au commerce
de Venise, et il le Ht avec un zèle
dont on lui sut gré. De Constantinoplc
il se rendit à Cerigo, puis à ('andic
où il enseigna la littérature avec beau-
coup de succès. .Vu nombre de ses
disciples on compte le cc-lèbrc pa-
triarche Cyrille-Lucar {voy. ce nom,
X, 411). Quoique déjà vieux, il vou-
(1) El non pas Michel, foinine le dit Papa-
(lopoli, Uist. gymn. Patav.
MAR
lut encore visiter une fois les amis
qu'il avait à Venise et à Padoue. De
retour à Candie, il y mourut en 1602
âgé de près de 80 ans, et fut inhumé
dan*5 l'église de la Vierge. Son tom-
beau est décoré d'une épitaphe en
vers iambiques, rapportée par Papa-
topoli , Hiit. gymnas. Patavini, II ,
265, où l'on trouve aussi la liste de
ses ouvrages. Outre une traduction la-
tine du traité d'Aristote : de Coloribus,
Padoue, 1575, in-8°, on se contentera
de citer : l.Poemata sacra gr., Leyde,
1592, in-8°; Hoeschel en tut l'édi-
teur. II. Hymni Anacreontici, gr. cum
inlerpi-et. lat. Conr. Ritterhiisii, Augs-
bourg, 1601, petit in-S" rare; et dans
le Coi-pus velerum poélarum grœc^ II,
193. Ces poésies sont très- estimées.
III. Dialoçjtis grœci cum latino de pro-
cessione SpiritûsSaticti^hondiei, 1624,
in-l", avec des pièces de différents
auteurs sur le même sujet. IV. Meno-
logium etc., c'est-à-dire les vies des
saints de l'église grecque, Venise,
1629 ou 1630, in-i". V. Des lettres
recueillies par J. Laïui dans les Deli-
cite Eruditorum, t. V et VI, avec lUie
notice assez exacte sur l'auteur et le
catalogue de ses ouvrages. Gingue-
né , parlant de Margunius , dans
son Hiit. litlér. d'Italie^ VII, 2i7,
renvoie au Dict. de Bayle » oîi, dit-il,
« l'on peut voir les aventures, les
« projets, on peut même dire les ru-
" ses, et les ouvrages de ce savant
« Grec. » Mais 1 article Margunius
par Bayle est un des plus courts et
des plus insiguiBants qui soient sortis
de sa plume, et l'on n'y trouve rien
qui puisse expliquer l'erreur de l'his-
torien littéraire de fltalie. Au défaut
des livres que nous venons dindi-
quer, il aurait mieux fait de renvoyer
à la Bibliotheca grwca de Fabricius
et à \ Histoire littéraire de Tirabos-
chL W — ^s.
MAR
li^f
AIARIA (Jeax), surnommé le
Falconetto, était fils d'un fi-ère uté-
rin d'Etienne da Zevio, peintre re-
nommé de son temps. Il naquit en
1458, et reçut de son père les prin-
cipes du dessin. Il cultiva d'abord la
peinture, mais, peu satisfait de ses
premiers essais, il se tourna vers l'é-
tude de l'architecture et dessina avec
soin tous les restes de l'antiquité que
Vérone, sa patrie, renfermait dans
son sein. Il se rendit ensuite à
Rome, et, pendant douze années qu'il
y résida, il continua de dessiner et de
mesurer les anciens monuments, re-
cherchant jusqu'aux moindres frag-
ments de corniches, de colonnes ou
de chapiteaux. Il copia également tous
les morceaux de sculpture qui furent
découverts de son temps. Ayant poussé
ses excursions jusque dans le royau-
me de Xaples, et, riche de tant de
trésors, il revint dans sa patrie où,
par suite des guerres civiles , il ne
put exercer ses talents, comme aichi-
tecte. Il se remit alors à la peinture.
Tant que fempereur fut maîti-e dans
Vérone, Falconetto, qui était renommé
pour sa valeur personnelle, reçut plu-
sieurs marques de faveur; mais lors-
que les Vénitiens y furent rentrés, il
dut s'en exiler, et se réfugia à Trente
où il exerça de nouveau la peinture.
Le calme étant rétabli dans les États
de Venise , il revint à Padoue. Le
cai'dinal Bembo lui procura la con-
naissance de Louis Comaro, noble
vénitien, qui le prit en si grande ami-
tié qu'il le logea chez lui, et pendant
22 ans qu'il vécut encore , Falconetto
n'eut point d'autre demeure. Ce fut
alors qu'il éleva pour son bienfai-
teur la belle et magnifique loge du
palais Comaro, à Padoue. Il construi-
sit ensuite une porte d'ordre dorique
au palais du commandant de la pro-
vince, et deux des portes de la ville^
MAR
l'une qui est du côté de Vicence et
l'autre appelée Savonarola. Ces trois
monuments, remarquables par la
grandeur du style, consolidèrent sa
réputation. Il fit, dans le même temps,
les dessins et le modèle de l'église de
Sainte-Marie-des-Grâces , de l'ordre
de Saint- Dommique, et cet édifice
passe pour un des plus beaux de la
ville de Padoue. Il avait commencé la
construction d'un palais, sur l'em-
placement du château d'Usopo, dans
le Frioul, appartenant à Jérôme Sa-
vorgnano, mais la mort de ce sei-
gneur interrompit les travaux, et
Falconetto dut abandonner un édi-
fice, qui, si l'on en juge par les
plans et par ce qui était élevé, aurait
été une chose vraiment admirable.
L'étude particulière qu'il avait faite
de l'antique avait agrandi son style
et ses idées, et l'on peut le regarder
comme le premier qui ait introduit
à Vérone , à Venise et dans les
contrées voisines le goût de la
bonne architecture. Contemporain de
Frà Giocondo et de Micl\cl Sanmi-
chele, il mérite d'être associé à ces
deux habiles artistes. Il mourut en
1334, Agé de 76 ans. Louis Cornaro,
avec lequel il avait demeuré pendant
22 ans, voulut que leur amitié sur-
vécût même à la mort, et ordoima
qu'ils fussent ensevelis tous deux
dans le même tombeau. Falconetto
eut neuf enfants, six filles et trois
fils dont deux cultivèrent la pointure;
le troisième, qui prit le parti des ar-
mes, fut tué sous les murs de Turin,
d'un coup d'arquebuse. Comme pein-
tre, Falconetto a laissé peu d'ouvra-
ges; mais ils jouissent d'une grande
estime, particulièrement ses fresipies.
— Jacijues Maria, sou frère, a exé-
cuté un grand nombre de tableaux
à Roveredo , à Vérone , et dans
d'autres villes de cette contj'éc. Doué
MÂR
d'un talent particulier pour peindre
les animaux et les fruit» , il a laissé
en ce genre beaucoup de dessins co-
loriés très-précieux, dont une grande
partie fut apportée en France par
Galeazzo Mondello , habile dessina-
teur et graveur en pierres fines. —
François di Maria, peintre napolitain,
élève du Dominiquin, naquit en 1623.
Il travaillait avec lenteur , difficul-
té et mérita mieux que son maître le
reproche d'être lent et irrésolu. Ses
ouvrages sont peu nombreux; mais
ceux que l'on connaît suffisent pour
lui assurer une juste réputation. On
vante particulièrement le Martyre de
saint Laurent, qu'il a peint pour k\s
Conventuels de Naples, et plusicur.'^
portraits pleins de naturel et de vie.
Un d'entre eux fut exposé publique-
ment à Rome avec deux autres por-
traits, dont l'un était de Rubens et
l'autre de Van-Dyck, et au jugement
du Poussin, de Piètre de Cortone et
d'André Sacchi, celui de Maria rem-
porta la palme. Cet artiste peignait
tellement dans le genre du Domini-
quin, que plusieurs de ses tableaux^ '
ont été vendus très-chèrement comme
étant de ce maître. En effet, il lui
ressemble dans toutes les qualités
que l'art et le travail peuvent don-
ner; mais il ne put jamais acquérir
cette grâce naïve tlont la nature avait
été si libérale envers Zampieri, Aussi
Luc Giordano disait-il de lui, <p'il
savait fort bien mettre les muscles
sur les os, mais que ses figures, qnoi-
(|u'elles fussent belles, paraissaient
toujours iuaniinces. ('et artiste mou-
rut en 1690. — Le chevalier Hercule
de Maria, surnommé aussi EtxioUno
di Gtiidn, naquit à Rologne et mou-
rut jeune encore à Rome, sous le pon-
tificat d'Urbain VIII. Il fut élève du
Gui<le, et imita si bien la manière de
son matti-e , que ce dernier ayant
MAR
peint un tableau à moitié seule-
ment, Hercule le copia, et ayant subs-
titué sa copie sur le chevalet , le
Guide, sans s'apercevoir de la trom-
perie, continua de peindre comme si
c'eût été l'original. Aussi l'employait-
il volontiers à répéter ses composi-
tions, et Ion connaît deux tableaux
de ce genre d'une grande beauté,
quoique ceux qu'il a faits d après
lui-même leur soient supérieurs pour
le choix du style et la perfection de
l'exécution. On y remarque une faci-
lité et un maniement de pinceau que
les plus habiles n'ont pu atteindie.
Ce talent le fit admirer à Rome mê-
me , et Urbain VIII le créa chevalier,
honneur qui n'avait été accorde à
aucun copiste. P — s.
MAAIA (HbSRI - AXTOISE DE U
FiTE-), né à Pau, en 1679, de parents
nobles engagés dans Ihérésie de
Calvin, se convertit au catholicisme, et
embrassa létat ecclésiastique. Il né ■
tait encore que minoré quand il fut
nommé abbé commeudatairedeSaint-
Polycarpe, de l'ordre de Saint-Benoît.
Cette mai«on, située dans le voisi-
nage d'Aleth, diocèse de Narbonne,
avait été fondée, vers l'an 811 , par
Attale, riche Espagnol, qui, ne pou-
vant souffrir le joug des Sarrazins ,
était venu s'établir dans la Septi-
manie , au comté de Razès. Comme
la plupart des autres monastères ,
après avoir eu à es commencements
pleins de ferveur, celui de Saint-Po-
lycarpe s'était relâché ; et les religieux,
réduits à un petit nombre, y vivaient
dans un désordre scandaleux, lors de
la nomination de labbé de Maria, en
1705. Le nouveau commendataire
pensa dès lors à les réformer; et ,
après avoii' tenté vainement de«
moyens de conciliation, il mit sérieu-
sement la main à l'œuvre en 1714, et
vit alors tous les anciens moines se
MAR 14|
retirer, à l'exception du prieur, qui
resta encore quelque temps. Secondé
par Taffoureau , évêque d Aleth , et
surtout par La Berchère , archevê-
que de ^Narbonne , Maria réussit à
réformer cette abbaye, qui devint fa-
meuse au dernier siècle, par son aus-
térité, son obstination dans le jansé-
nisme et sa destruction. Le premier
projet de l'abbé avait été d'y faire
entrer deux rdigieux de Sept-Fonts,
et c'eût été im grand bonheiu*, mais il
fut détourné de ce dessein par l'ar-
chevêque de Karbonne, qui lui re-
pré:senta, entre autres difficultés, que
son abbaye n'était pas, comme Sept-
Fonts, de l'ordie de Citeaux. il faut
remarquer que Maria avait, à tort ou
à raison, fait rentrer son abbaye sous
la juridicdon de l'ordinaire. Il ré-
tablit donc la stricte observance de
la règle de Saint-Benoît, secondé quel-
que temps par deux religieux du
prieuré réformé de Perrecy , qui ne
connurent pas et se retirèrent. Il re-
çut diflFérents sujets; mais la mort
les moissonna bientôt , et jamais le
nombre des religieux ne fut consi-
déi-able. Une difficulté fit naître des
scrupules dans l'esprit de quelques-
uns ; Maiia , quoique réformateur et
suivant rigoureusement la règle, n'é-
tait point reUgieux , mais toujours
abbé commendataire. Il obtint du roi
la permission de tenii- son abbaye en
règle, et résolut d'embrasser l'état re-
ligieux, ce qu'avaient déjà fait deux
célèbres abbés commendataires, Ran-
cé et Beaufort. Il se trouva aussi pour»
vu, en 1720, d'un bref du pape qui
lui donna la même autorisation.
Mais des raisons de santé et d'autres
le détournèrent de ce dessein , et il
resta abbé séculier. On avait déjà paré
à cet inconvénient , car l'archevêque
de ^Narbonne, et , après sa mort, le
chapitre métropolitain, lui donnèrent
144
MAR
des lettres de vicaire-général. On a
écrit, et on ne peut le nier, que l'abbé
Maria penchait pour le jansénisme, et
qu'il faisait lire dans sa maison le livre
de ta fréquente communion, les Essais
de morale, les Instructions de Singlin.
Cependantil avait signé le Formulaire,
il avait accepté la Bulle IJnigenitus ,
enfin il était loin de partager toutes
les opinions du parti, et il blâmait
hautement la conduite du fameux
Colbert , évêque de Montpellier. Si ,
après sa mort, ceux qui dirigèrent
Saint-Poly carpe avaient gardé l'esprit
de réserve et de modération du pieux
réformateur, il est certain que cette
maison eût pu éviter sa destruction.
Le zèle de l'abbé Maria était connu
et Ini méritait la vénération de tous.
Un jour où il entra chez l'archevêque
de Narbonne, ayant vu plusieurs évo-
ques qui jouaient aux cai'tes, et qui, à
son aspect, en parurent honteux et
cherchèrent à détourner son attention
en lui parlant des anciens religieux
de son abbaye, il leur répondit froi-
dement : « Ces religieux n'avaient rien
u de leur état, ils étaient des buveurs
u et des joueurs. » Tout le monde
garda le silence ; et l'archevêque qui,
d'ailleurs, était un bon esprit , trouva
avec quelque raison <lans la réponse
de l'abbé Maria un manque d'égards ;
mais il ne lui en témoigna aucun mé-
contentement; tant il est vrai qu'une
éminente vertu porte avec elle un ca-
ractère d'autorité auquel personne ne
peut se soustraire. Vingt ans de tra-
vaux et <le pénitence avaient épuisé
l'abbé Maria. Malgré son état <rinfn -
mité habituelle, il assistait régu-
lièrement à l'office divin de nuit et
de jour, n'ayant, sur ce point, au-
cun égard aux observations qu'on pou-
vait lui faire. Dans le carême de 1728,
il avait encore commencé le jeûne
usité dan» sa maison, qui se prolon-
MAR
geait jusqu'à vêpres; mais, le 4 mars,
n'ayant pu aller, suivant son désir,
recevoir les sacrements à l'église , il
expira dans sa chambre, et l'on n'eut
que le temps de lui administrer l'ex-
trcme-onction. il était âgé de 48 ans
et quelques mois, et fut inhumé dans
le cimetière de son abbaye. Après sa
mort, l'esprit d'opposition et de dis-
pute prévalut à St-Polycarpe ; ce qui
amena la dissolution de cette com-
mvmauté célèbre. — Un autre M*im*
(LaFite-), frère du réformateur, vivait
dans l'abbaye, et y déclamait sans
ménagement contre la bulle et les
évêques. On l'éloigna du couvent;
mais l'esprit de dispute y resta, et le*
appelants ne cessèrent pas d'y venii
secrètement. En 1741 , on fit défense
de recevoir des novices. Les trois re-
ligieux restants , vénéraient des reli-
ques de Soanen et de Paris; ils appelè-
rent de la bulle Unigenitus, en 1747.
Le 9 avril 1773, le dernier, D. Pierre,
fut assassiné dans l'abbaye qu'il n'a-
vait pas voulu abandonner, sans que
l'on ait pu connaître les auteurs de
ce crime. Les biens du monastère
furent donnés au séminaire de ÎS'ar-
bonne, tenu par les lazaristes. Ainsi
finit cette maison qui avait fait beau-
coup de bruit et qui déclina visible-
ment dès qu'elle fut lancée dans le
parti des novateurs. On peut con-
sulter sur la célèbre abbaye de Sain (-
Polycarpe ['Histoire générale du Lan-
guedoc, t. I", p. 435. I;Mistoire de
cette maison a été écrite en 1779 et
en 1785 : la première par Heynaud,
curé ai)pelant du diocèse d'Auxerre:
lautre pari). Labat. 15 — n — k.
MARIALVA de Afeuezès (An-
TOiNK-Ixins de), comte de Catanhèdc,
d'une famille dont la noblesse vc-
inoule au XIV siècle (voy. MAniAi.v*,
XXVII, 41), était, en 1657, conseillei-
d'état d'Alphonse VI, roi de Portujjal.
MAB
Ce personnage possédait une grande
habileté dans la politique et dan» la
guerre. Il se montra également
propre au commsundement et à
l'obéiâsance. Nommé, en 1658. gou-
verneur de lAlentéjo. il partit, le
20 novembre , pour cette province
qu'il trouva dans un pitoyable état.
Elle n'avait, pour se défendre contre
[es Castillans, que deux mille hommes
d'infanterie et huit cents chevaux. En
rendant compte de la triste situation
de l'Alentéjo a la reine-régente (Louise
de Guzman), il lui promit d'aller
bientôt délivrer Elvas que lennemi
tenait bloquée. Marialva tint |>arole.
Après avoir rassemblé une petite ar-
mée , formée en grande partie des
garnisons de plusieui'S places, il part
d'Estremos, le 12 janvier 1659. Dé»
le lendemain il se trouve en présence
d'une armée de beaucoup supérieme
à la sienne. On vient lui appreudie
que les Castillans ont forliâé leur
camp , de manière a pouvoir tres-
commodément canonner les Portu-
gais. Cet avis ne change rien a la ré-
solution qu'il a prise , de délivrer
El vas d'un siège dont elle soulirc
horriblement. Pour se faire voir à son
armée, il va se poster s m i-
nence. Là, entouré de tu li-
ciers, il leur adresse une haïaiigne
très-véhémente, où il leiu- rappelle les
nombreux triomphes qu ils ont rem-
portés sur les Castillans, leurs de-
voirs, leur valeur , les malheurs
d'Elvas qui les attend avec impatience
et va les proclamer tes restaurateurs de
ta liberté. Ce discours , prononcé
avec chaleur, est accueilli par tics cris
de joie. Le général , profitant de ce
nu>ment d'enthousiasme, range son
ai'mée en bataille , et marche à l'at-
* que des retranchements ennemis.
- Castillans, qui ne s attendaient pas
i être attaques ?i piomptetnent, ae
Lxua.
MAR
Uî
troublent , s'épouvantent. Leurs re-
tranchements sont emportés; ils fuient
en désordre vers Badajoz, précé-
dés de quelques heures par leiU' chef,
don Louis de Haro. Marialva fait
poursuivre les Castillans dont un
grand rjombre se noient au passage de
la Caya et de la Guadiana , et on leur
enlève un butin immense. Maii la
joie de cette victoire lut empoisonnée
par la perte d'cm illustre guerriei
{voy. André d'AiBUQUEHQCï: , 1 , 430).
Marialva enti-e dans Elvas aux
acclamations du peuple , accouru
pour le remercier de sa délivTance.
et des provisions qu'il lui apportait,
l-e résultat de cette journée fut d'une
haute importance pour la nation. I.e
vainqueur d'Elvas, appelé parla reine,
se rendit bientôt à Lisbonne où les
grands et le peuple l'accueillirent avec
des en- -t des signes de res-
pect. 1 . 1- présenta à la Cour,
le jeune roi , .Alphonse VI, fit quel-
ques pas au-devant de lui. Marialva ne
-- enorgueillit point d'une si brillante
leception. Durant quelques jours il
tut au comble de la faveur; la reine
ne faisait, n'ordonnait rien, sans le
consulter; mais ce crédit fut de coiu-te
durée. Il avait, dans le comte d'Odé-
uijra, un rival ambitieux, souple,
adroit , qui le supplanta dans la fa-
\env de la reine, et qui, voulant l'hii-
miiier , vint lui foire des offres de
service. Le guerrier lui répondit
qnil fallait réserver les grâces de la
Cour pour la noblesse inférieure peu
favorisée par la fortune ; que poiw
lui et ses pareils, ils n avaient besoin ,
pour récompense de ce qu'ils avaient
fait , que de l'honneur de servir
utilement la patrie et le roi. Cette no-
ble réponse excita au plus haut de-
gré ladmiration publique. Vers la fin
de 1639, Marialva hit. en sa qualité de
secrétaire-d'Etat vecdeuxde
10
146
MAR
ses collègues, pour conférer avec un
ambassadeur français, qui venait com-
muniquer à la Cour de Lisbonne les
conditions auxquelles elle pouvait être
comprise dans le traité de paix signé
à Saint -Jean-de-Luz, entre la France
et l'Espagne. A la lecture de ces con-
ditions destructives de l'indépendance
du Portugal, Monezès, homme impé-
tueux, éprouva une indignation vio-
lente. La conférence fut rompue, et
l'ambassadeur de France s'éloigna
sur-le-champ. Après la mort de son
concurrent, il se trouva à la tête du
ministère, et ne partagea plus la fa-
veur de la reine. D'abord créé mar-
quis de Marialva , puis gouverneur-
général des armées de l'Estramadure,
il reçut quelque temps après le titre
de lieutenant-général de toutes les
armées du royaume. Cette haute di-
gnité mécontenta extrêmement tous
les chefs de l'armée, qui se plai-
gnirent à la reine, en la menaçant de
se retirer dans leurs terres. Cette
princesse effrayée révoqua aussitôt le
titre qu'elle avait accordé au marquis
de Marialva. Celui-ci , se montrant
alors plus grand même que ses com-
pagnons d'armes, dit en rendant ses
lettres-patentes : J'obéirai et je mar-
che pour servir mon roi et mon pays.
Il partit en effet sur-le-champ pour
l'Alentéjo où il remplit courageuse-
ment ses devoirs, et tint envers ses
rivaux de gloire une conduite doni
la délicatesse augmenta l'estime qu'on
lui portait. Comme les Castillans i\c
remuèrent point dans les dernier»
mois de l'année 1661 , Marialva re-
tourna à Lisbonne, après avoir com-
mandé, sous le comte d'Alougia, les
troupes auxiliaires de cette ville et de
rEsUamadurc. Nommé, au commen-
cement de 1 662 , généralissime des
armées de l'Alentéjo , il se rendit en
hâte dans cette province où son pre-
MAR
raier soin fut de rassembler ses troupes
et de les pourvoir de tout ce qui
leur était nécessaire. Ayant appris
que les Castillans menaçaient Estre-
mos, il vint camper aux environs de
cette ville , et força l'ennemi de re-
noncer à son entreprise. Il est juste
de dire qu'il dut en grande partie ce
succès à l'habileté de Schomberg.
Il courut ensuite au secours de Juré-
ména, place ancienne, située près de
la Guadiana, que les Castillans te-
naient bloquée. Il faillit, en cette cir-
constance, commetti'e une faute qui
pouvait compromettre le salut du
royaume. Quoique le camp de l'en-
nemi fût fortifié avec infiniment d'art,
et défendu par une armée nombreuse
il voulait, suivi d'une poignée de sol-
dats , l'attaquer avec son impétuo-
sité ordinaire. Heureusement pour sa
gloire et l'intérêt de l'État, il renonça
à ce dessein sur les sages représenta-
tions de ses lieutenants, et se retira
sur Villaviciosa, après avoir écrit au
commandant de Juréraéna de capi-
tuler aux conditions les plus honora-
bles. De retour à Lisbonne, Marialva
s'occupa pendant quelque temps des
affaires de l'État. En 1664, il rejoignit
l'armée à Estremos, et la conduisit,
d'après les ordres mêmes de la Cour,
entre la Cajà et la Cajola. C'est là que,
voulant donner de l'éclat aux armes
portugaises, il résolut d'aller assiéger
Valence d'Alcantara , ville de l'Estra-
madure espagnole, riche, considéra-
ble et défendue par trois régiments
d'infanterie, auxquels s'étaient réunis
les paysans d'alentour. Ayant com-
mencé cette importante opération, le
17 juin, il sut empêcher la place
d'être secourue par les Castillans, et
parvint, après quelques assauts meur-
triers, à s'en rendre maître. Cepen-
dant on vit bientôt le vainqueur d'El-
vv?i8 et de Valence, l'homme, qui, na-
guère avait montré tant de modestie
et de patriotisme , porter envie à
SchomLerg qui servait sous lui avec
tant de valeur et d'habileté. Il lui té-
moigna de l'antipathie, et saisit plu-
sieurs occasions de l'affliger par d'in-
justes préférences. Il est vrai que, plus
taid, il répara ses torts en confiant à
1 illusti-e général le commandement
de l'armée, lorsqu'il partit pour Lis-
bonne. Ayant ensuite appris que les
Castillans marchaient sur Villa>nciosa
pour en faire le siège, il s'avança
aussitôt contre eux. Leur armée se
composait de quinze mille hommes
d'infanterie , sept mille chevaux et
seize pièces d'artillerie. Marialva la
rencontra près de Villaviciosa , dans
un village nommé Montés - Claros ;
il Tattaqua sans retard , et la mit
en pleine déroute. Un grand nom-
bre de prisonniers tombèrent entre
ses mains. La nouvelle de ce triom-
phe fiit accueillie avec une grande
joie à Lisbonne, et Marialva y vint
jouir de sa gloire, à la fin de 1665.
Conune il était déjà vieux, il ne repa-
rut plus à la tête des armées, et il con-
sacra le reste de sa brillante carrière
aux affaires publiques. Le Portugal
n'avait point d'homme célèbre qu'il
estimât et admirât davantage. En
1668, ce guerrier fut un des signa-
taires de la paLx enfin conclue, après
vingt ans d'une guerre sanglante ,
entre sa patrie et l'Espagne. Il survé-
cut peu à cet événement auquel il
avait tant contribué par son habileté
et son courage. F a.
MARIAA'I (Camille), peintre et
sculpteur, naquit à Vicence, en lo6o,
dune famille originaire de Sienne. Il
s'appliqua fort jeune à la peinture;
mais , après la mort de' son père ,
les académiciens olympiques ayant
résolu de terminei- le grand théâtie
de Vicence, élevé primitivement sur
BfâR
m
les dessins du célèbre Palladio , Ma-
riani se livra à la sculpture et fut
chargé de tous les travaux de ce
genre qu'exigeait la décoration du
théâti-e. il y déploya beaucoup de
talent et une grande fécondité d'ima-
gination. U parcourut ensuite l'Ita-
lie , laissant en chaque lieu des
preuves de son habileté comme
peintre, comme modeleur et comme;
sculpteur. U s'arrêta enfin à Rome,!
où ses premiers ouvrages furent deus^
figures en stuc qu'il exécuta dans l'é-
glise de Saint-Jean-de-Latran. Il fit
ensuite pour la chapelle Aldobran-
dine les statues colossales en mar-
bre, des apôtres Saint Pierre et Saint'
Paul, qui obtinrent le suffrage de»'
connaisseurs; mais il se distingua sur»*
tout par huit figures colossales en
stuc, qu'il exécuta a Saint-Bernard-de-
Termini; il y déploya tout son talent
et une majesté de style qui lui fit le
plus grand honneur. Les succès qu'ob-'
tenaient les productions de son ci-
seau ne l'empêchèrent pas de culti-
ver la peinture ; mais il ne regardait
ces derniers travaux que comme un
délassement. Targone, architecte ro-
main, avait donné les dessins du
maître-autel de la basilique de Sainte-
Marie-Majeure ; Mariant fit le modèle
des enfants et des ornements qui dé-
corent cet autel, et ils furent jetés en
bronze par Ferreri, élève de Jean de
Bologne, et le plus habile mouleur de
ce temps. Mariani avait à peine ache-
vé ces modèles qu'il fut attaqué d'une
maladie, qui le conduisit au tom-
beau, au mois de juillet 1611. —
François Moschi , habile sculpteur
florentin, fut son élève. P — s.
MARIANNE (Antoine), issu
d'une famille noble et recommanda-
ble, naquit à Carcassonne en 1700. Il
tourna ses études vers la diplomatie,
et devint habile dans les langues mo-
10.
iWt
MAR
dernes. Remarqué bientôt pour ses
talents , il fut nommé successive-
ment secrétaire d'ambassade à Cons-
tantinople et en Suisse. Ayant atta-
ché sa fortune à celle du marquis de
Ronac, alors ambassadeur dans ces
États et regardé comme l'un des
plus grands négociateurs du règne de
Louis XV, Antoine Marianne rédigea
plusieurs mémoires contenant une
foule de decuments précieux sur la po-
litique, les mœurs, le commerce, l'a-
griculture, la religion des pays dans
lesquels ses fonctions l'avaient appe-
lé; il en fit le dépôt aux archives
du ministère des affaires étrangères.
C'est lui que Jean-Jacques Rousseau
cite avec éloge dans ses Confessions,
en parlant de son séjour en Suisse, où
Marianne était alors secrétaire de
l'ambassade de France. Il mourut
en 1782. I.— m— e.
MARIANO da Genezano, reli-
gieux augustin, né à Rome, dans le
XV siècle, fut général de son ordre
en 1500. Laurent de Médicis fit
construire en sa faveur, dans le fau-
bourg de Florence, un vaste bâti-
ment qu'il dota comme un monas-
tère, et où il se retirait de temps en
temps avec quelques amis choisis,
pour y jouir de la conversation de ce
savant ecclésiastique. Politien, dans la
préface de ses Misccllanées et dans
une de ses Lettres, livre IV, fait une
peinture très-intéressante des talents
de Mariano comme prédicateur. Il a
laissé de» Épttrex, des Harangues et
de» Sermons (voy. la Vie de Laurent
de Médicis, t. II, p. 194 et suiv.).
G. T— Y.
MAUICONDA (Antoisk), novel-
licre, nacjuit dans le XVP siècle, à
Naples, d'une famille patricienne. Il
ëtait l'anii d'Angelo di Costanzo (w. ce
nom, X, 52), dont on voit un sonnet
à Ut tête du recueil de Nouvelle» de
MAR
Mariconda (1). La culture des lettres
fit moins l'occupation que le bonheur
de sa vie. Outre une comédie intitulée :
La Filena, Rome, 1548, in4°, on a
de lui : ie tre gîornate délie favole
deW Jganippe, Kapies, in-4", très-
rare; c'est la seule édition que l'on ait
de ce recueil, qui contient trente nou-
velles; les sujets en sont tirés des
poètes anciens, mais surtout des Mé-
tamorphoses d'Ovide. Ainsi l'on ne
doit point y chercher ces détails de
mœurs contemporaines , ces carac-
tères originaux, ces effets dramatiques
qui donnent tant d'attraits à la lec-
ture des autres auteurs italiens. Le
tome m du Novelliero de Zanetti,
contient trois nouvelles de Mari-
conda, la dernière de chaque journée.
W— s.
MARIE d'Oignies (Sainte), naquit
eu 11 77, à Nivelles, dans le diocèse de
Liège, d'une famille fort riche. Elle
pratiquait dès l'enfance les vertus le*
plus austères, et fut mariée par ses
parents, à l'âge de 14 ans, malgré
son inclination pour la vie monasti-
que. Mais son mariage ne fut point
consommé, car elle décida son mari
à vivre dans la continence et à se
livrer aux soins des malades. Ayant
distribué tous ses biens atix pau-
vres , clle-mCme se retira dans le
monastère deWilbrouck, où la répu-
tation de SCS vertus lui attira bientôt
de nombreux visiteurs, parmi lesquels
fut Jacques de Vitry qu'elle engagea
à entrer dans les ordres, et à se vouer
à la prédication. Après avoir passé
plusieurs années à Wilbrouck, elli-
quitta ce monastère pour celui d'Oi-
{jnies qui, étant plus éloigné de Ni-
velles, lui permettait de mener une
vie plus solitaire. Klle y mourut, en
(1) Zam-Ui l'a rapporté dans la préface du
Aore/Wcro, p. XI.
MAR
odeur de sainteté, le 23 juin 1213.
Telle était la vénération de Jacques
de Vitry poui' Marie d'Oignies, qu'il
lui consacra un long panégyrique
latin, et voulut être enterré à ses
côtés dans son monastère. Arnauld
d'Andilly a traduit ce panégyrique
dans les Fies de plusieurs saints illus-
tres de divers siècles^ Paris, 1664, in-
fol. Z.
MARIE surnommée Marie-Roi,
première épouse de l'empereur Sigis-
mond, naquit en 1370, de Louis 1"%
roi de Hongrie et d'Elisabeth, sœur de
Twartko I", roi de Bosnie. A peine
âgée d'un an , elle fut promise
à Sigismond qui n'en avait que trois.
Son père, qui, par la mort de Ca-
simir , était aussi devenu roi de
Pologne, mourut en 1382. Aussitôt
après les funérailles, Marie, sa fille
aînée, âgée de douze ans, fut par les
évéques et les grands du royaume ,
sans attendre les décisions de la diète,
proclamée roi, aux cris redoublés de :
yivat Maria rex Hungariœ ! Sigis-
mond, alors âgé de quinze ans, fut
nommé tuteur du royaume de Hon-
grie, et la reine-mère Elisabeth dé-
clarée régente. La Pologne qui se
voyait aussi sans roi, Louis n'ayant
laissé que deux filles, fit instamment
prier Elisabeth d'envoyer sa fille Ma-
rie avec Sigismond, afin que, prenant
possession de la couronne, ils mis-
sent fin à l'anarchie qui désolait le
royaume. La reine-mère répondit que
Hedvige, sa seconde fille, arriverait
en Pologne pour y recevoir la cou-
ronne de son père. C'est cette prin-
cesse qui ensuite épousa Vladislas
Jagellon. Cependant les seigneurs mé-
contents, usant de leur droit d'élec-
tion, envoyèrent des députés à ÎSaples,
pour engager Charles III de Durazzo,
surnommé le Petit, et descendant en
ligne directe de Charles d'Anjou, à
149
venir prendre la couronne de Hon-
grie, vacante par la mort de son pro-
che parent Louis d'Anjou. Twartko,
roi de Bosnie, oubliant les nœuds qui
le liaient à la reine Elisabeth sa sœui'
et à Marie sa nièce, avait aussi em-
brassé le parti de Charles. Les villes
maritimes de la Dalmatie étaient très-
agitées. On y reprochait à Marie •
1" la précipitation de son couronne-
ment qui s'était fait sans consulter la
nation, et sans lui donner aucune ga-
rantie pour la conservation des liber-
tés publiques ; 2° la manière légère ,
arbitraire, avec laquelle les aQaires
pubUques étaient administrées. Ces
plaintes se faisant aussi entendre en
Hongrie, Marie convoqua, en 1384,
les grands du royaume ; et jura ,
en leur présence, qu'elle garderait
les usages et les libertés accordées à
la nation pai' ses prédécesseurs. Le
pape Urbain VI ayant envoyé en
Hongrie un légat pour soutenir Ma-
rie, elle se crut en sûreté contre tous
les événements, et sa sœur Hedvige se
rendit en Pologne où elle fut aussi pro-
clamée roi. En 1385, elle conclut un
traité d'alliance offensive et défensive
♦avec Twaitko. Sigismond se rendit
près de Marie et, ayant célébré son
mariage avec elle , il retourna en
Bohême pom* y chercher de l'argent
et des troupes. On reçut alors la nou-
velle que Charles III était débarqué
en Dalmatie et que ses partisans se
pressaient en foule autour de lui. Ma-
rie se hâta de rassembler une seconde
diète ; mais, trouvant les esprits peu
disposés, elle et sa mère envoyèrent
au devant de Charles pour sonder ses
dispositions; celui-ci arriva à Ofen
en même temps que les députés.
Ses partisans lui ayant offert la cou-
ronne, il fit représenter aux deux
reines qu'en Hongrie l'autorité royale
n'avait jamais été «ntre les mains des
1Ô0
MAR
femmes; qu'un gouvernement pareil
à celui qu'elles avaient introduit était
chose inouïe dans les annales du
royaume ; enfin qu'il exigeait qu'elles
renonçassent à la couronne. Après
un long silence , Marie déclara que,
jamais de son vivant, elle ne dé-
poserait le diadème qu'elle tenait de
son père et de la nation; qu'elle ne
demandait que la permission d'aller
trouver son époux. Sa mère lui montra
le danger d'une telle résolution; Marie
ayant cédé après une vive résistance,
la reine-mère alla informer Charles
que sa fille et elle renonçaient à
l'autorité souveraine; et aussitôt Char-
les fit proclamer dans la ville que
Marie s'était volontairement désistée
de tout droit à la couronne. Charles se
rendit de Stuhl-Wessembourg ou Albe-
Royale à Bude, pour y être couronné.
Les deux reines, entourées comme des
prisonnières, eurent ordre de suivre
sa voiture. Après avoir long-temps
pleuré sur le tombeau du roi Louis,
elles s'avancèrent dans le chœur,
pour assister à la triste cérémonie.
Leur présence fit une profonde im-
pression sur l'assemblée, et lorsque
l'archevêque-primat demanda trois
fois, selon l'usage, si l'on reconnaissait
Charles pour roi, on n'entendit qu'ime
faible acclamation sortie de la bouche
de ses partisans. Ceux de la reine
se regardaient, et peu s'en fallut qu'ils
ne coui'ussentvers l'autel et l'arrosas-
sent du sang du nouveau roi. Charles
et les deux reines retournèrent à Ofen
et habitèrcntle même palais ; il parais-
sait ne point s'occuper d'elles, atten-
dant le moment où il pourrait s'en dé-
faire ; mais il fut prévenu. Nicolas de
Gara, un des premiers ministres du roi
Louis et le confident des deux princes-
se», étant venu les visiter, elles firent
prier le roi de vouloir bien se rendre
près d'elles, sous prdtexte de lui com-
muniquer des dépêches importantes
que Gara avait apportées de la part
de Sigismond. Pendant qu'elles entre-
tenaient le prince, à un signe que fait
Gara, un des gentilshommes de sa
suite décharge un coup de sabre sur
la tête du roi. Le combat s'engage
sous les yeux des deux princesses, qui
tombent évanouies. Le roi se sauve
dans ses appartements, couvert de
sang : Gara l'enferme , et massacre
les Italiens qui formaient la garde
royale. Devenu maître du palais, il fait
de nouveau proclamer Marie reine
de Hongrie. Les habitants d'Ofen,
passant d'un excès à l'autie, criaient
partout vivat, et mettaient en pièces
tes Itahcns qui s'étaient cachés. Char-
les fut égorgé quelques semaines après
et, sous prétexte qu'il était mort ex-
communié par le pape Urbain, son
corps resta, par ordre d'Elisabeth,
ignominieusement exposé sans sépul-
ture. L'anarchie étant à son comble,
l'empereur Venceslas, à la tête d'un
corps d'armée, amena à son épouse
Sigismond, qui, après s'être entendu
avec elle, retourna en Bohême pour
y lever des troupes. Le ciel parut vou-
loir déjà ici-bas tirer vengeance de ce
qui s'était passé. Gara conduisait les
deux reines à un château dans la
Basse-Hongrie; Horwathi ou Hog-
gard, ban de Croatie (1), qui avait
pensé être massacré à côté du roi
Charles, instniit de ce voyage, tomba
sur l'escorte de Gara , qui fut, ainsi
que son fi'ère, décapité sous les yeux
des princesses. Ayant cnsnite fait
précipiter celles-ci de leur char , il
les accabla de reproches. Elisabeth
embrassait ses genoux, le conjiirant
d'épargner la jeune reine sa fille, cl
de faire tomber toute sa colère siu
(1) Ce ban éuil ce qu'on a apjM;lc depuis, en
Hongrie, comte supn'mc-, commandant les
amidcs, et rendant la iustico.
MâR
elle. « C'est moi seule , disait-
« elle, qui ai concerté avec Gara la
« mort de Cliarles. » Horwathi en-
voya à Naples, à la reine Marguerite
veuve de Charles, les têtes des deux
Gara, et les princesses furent traînées
de place -forte en place -forte. En
l'absence de Marie, Sigismond prit
d'abord le titre de capitaine-général,
et fut ensuite couronné roi. Cette
nouvelle étant arrivée à Jadra en
Dalmatie où les princesses étaient
renfermées, Horvvathi fit noyer Eli-
sabeth sous les yeux de sa fille, et
prit des mesures pour faire trans-
porter Marie à Naples. Les Vénitiens,
qui s'étaient déclarés pour la jeune
reine, établirent une croisière le long
des côtes de la Dalmatie, et Hor-
wathi battu, défait, consentit à déli-
vrer Marie. Il lui fit auparavant jurer,
sur les reliques des saints, que jamais
elle ne se vengerait de lui , mais au
contraire qu'elle l'honorerait comme
un père et comme un bienfaiteur
auquel elle devait la vie. Les Véni-
tiens reçurent Marie sur leurs galè-
res; le doge envova six députés pour la
féliciter, et le 1" juillet 1387, après
une année de captivité, elle se vit, à
Agram, dans les bras de Sigismond.
Lorsqu'ils furent arrivés à Ofen, la
diète décréta que les deux époux gou-
verneraient le royaume avec une
égale autorité. En 1388, Horwathi,
ayant été surpris dans sa retraite
en Bosnie, fut, par ordre de Sigis-
mond et sur les instances de Marie,
qui avait oublié ses serments, sup-
plicié d'une manière effrayante. Traîné
lentement à la queue d'un cheval,
par toutes les rues de Cinq-Eglises,
on le mutila honteusement avec des
pinces toutes rouges. Après sa mort,
les quatre quartiers de son coi-ps fu-
rent attachés aux portes de la ville.
Tous ses parents et amis furent- déca-
MAR
ilH
pités. Tant de cruautés poussèrent la
noblesse à se révolter, et ce règne n«
fut plus qu'une suite de troubles et de
factions. Marie momut à Bude, le 17
mai 1395, pendant que son époux
assiégeait Nicopolis, Cette princesse
ne lui ayant point laissé d'enfants,
les mécontents commencèrent à re-
muer, prétendant que, par la mort de
son épouse, il avait perdu tous ses
droits à la couronne , et qu'on devait
le forcer à quitter le royaume. On
voulait aussi le punir des infidélités
par lesquelles il avait constamment
affligé la jeune épouse à laquelle il
devait la couronne. De retour en
Hongrie, Sigismond fut emprisonné
dans une forteresse; mais, ayant re-
couvré la liberté, il parvint à déjouer
les complots que l'on avait tramés
contre lui ( voy. Sigismond , XLII ,
322). G— T.
MARIE, tzarlne, fille du prince
tartare Théodore Nagoï, devint, en
1580, la sixième ou septième épouse
d'Iwan IV, dit le Cruel ou le Terrible
(t;oy.IwA>, XXI, 312). Peu après avoir '
célébré ce mariage à la Slobode-
Alexandrowsky , le tyran envoya
un ambassadeur à Londres prier la
reine Elisabeth de lui choisir pour
épouse une Anglaise, dégoûté qu'il
était des femmes russes. La commis-
sion était difficile ; enfin la reine pro-
posa Marie Hastings, qui ne plut
point à Tambassadeur. Sur ces entre-
faites, la tzarine accoucha (19 oct.
1583) d'un fils, qui fut appelé Déraé-
trius ou Dmitri. Iwan mourut six
mois après (19 mars 1584) et Fédor II,
son fils aîné, lui ayant succédé , la
tzarine douairière fut envoyée avec
le jeune Démétrius et avec les princes
Nagoï, son père, ses frères, à Ou-
glitche, où le prince enfant devait
tenir une cour convenable à son rang.
La mère infortunée vit presque lous
132
MAR
MàM
SCS yeux égorger son fils, sans pou-
voir le défendre, el fut forcée de
prendre le voile ; on la conduisit an
couvent de Saint-Nicolas, surlaWiksa,
près de Tcliérépowetz , dans une
contrée sauvage, oii elle termina ses
jours, en pleurant comme les mères
de Bethléem (voy, Dkmétrius , LXII ,
316). G— Y.
MARIE - THÉRÈSE dAutri
che, première fille du roi d'Espagne
Philippe IV, et femme de Louis XIV,
était aussi sa cousine, car sa mère,
première femme de Philippe IV, était
Elisabeth ou Isabelle de France, une
des filles de Henri IV, de sorte que
Louis XIII était son oncle, non-seu-
lement comme époux de sa tante
Anne d'Autriche, mais aussi comme
frère de sa mère. Elle vit le jour à
Madrid, le 20 septembre 1638, c'est-
à-dire, quinze jours exactement après
la naissance de Louis XIV. Son édu-
cation fut celle qu'on donne aux prin-
cesses d'Espagne; elle ne fut point
dirigée par l'œil d'mie mère et d'une
Française (la reine Elisabeth avait
cessé de vivre dès 1644). Si l'on en
excepte quelques éléments de gram-
maire, de littérature et d'histoire, indis-
pensables même alors à une femme de
haut rang, et aussi la connaissance
de la langue française, comme si , dès-
lors, elle se fût préparée à son rôle de
reine de France, les graves futilités
de cour et les pratiques de dévotion
furent ses uniques occupations jus-
qu'à lâge de vingt ans. On hii «lonna
successivement pour directeuis trois
Franciscains : le P. Jean de la Palme,
commissaire-général de l'ordre, letjuel
la prit à l'âge de cinq ans ; le P. An-
dré de Guadalupc, esprit subtil <•(
délié, aussi au fait des mœurs de la
couji* que de celles du cloître, et qui
exerça sur sa pénitente une influence
très-marquée , mais (jui n'eut {|uc le
temps de lui persuader qu'elle de-
vait, an milieu de la cour, vivre de
la vie de Dieu ; enfin le P. Alphonse
Vasquez , qui la gouvernait encore
lorsqu'elle vint en France. Depuis
long-temps il était question de cette
union ; et même on ne peut doutei-
que , dès sa régence , Anne d'Au-
triche n'en eût caressé le projet. Il
fut mis pour la première fois osten-
siblement sur le tapis, par de Lyonne,
en 1656. Mais, à cette époque, Phi-
lippe IV n'avait phis on n'avait pas
encore de fils (don Ralthasar, frèie de
Marie-Thérèse, était mort en 1644,
et Marie-Anne d'Autriche ne lui avait
donné qu'une fille, Marguerite-Thé-
rèse) : il était donc à craindre que,
par l'union de l'aînée des infantes avec
Louis XIV, la monarchie de Char-
les-Quint ne devînt l'héritage d'un
fils de France : la proposition fran-
çaise déplut par suite de cette éven-
tualité, et n'eut pour le moment au-
cune suite. La naissance d'un infant
en 1657 (1), et bien plus encore uik^
autre grossesse de Marie-Anne d'Au-
triche changèrent les dispositions, el
la cour de Madrid en était à désirei-
ce que naguère elle avait rejeté. Mais
connne don Louis de Ilaro, ministre
de Philippe IV, n'ignorait pas com-
bien la reine-mère en France souhai-
tait cette union , il dissimulait son
propre désir, et se préparait à recevoir
avec réserve les nouvelles ouverture»
qui pourraient lui êtie faites. Mazarin
trancha bientôt le nœud par une de
ces finesses italiennes, qui justifient si
bien le nom donné par Maric-Jos. Ché-
nier à ce prince de l'Eglise (2). Il
(1) Lequel nVsl pas encore Charles II , car
ce (Jcrntrr ne naquit qu'en 1661, et il ne dé-
tint roi à quatre ans que par la mort de tous
ses aînés.
(2) Le scapin cardinal
Dit oui, trouva le tour original.
MAR
feignit de vouloir fiancer Louis XIV
à la princesse Marguerite de Savoie ;
et, pour faire croire à la réalité de ce
plan, il arrangea en 1658 une entre-
vue, à Lyon, entre le jeune monarque
et la princesse que sa mère conduisait
en France. Il eut soin que l'événe-
ment fût annoncé avec fracas. Déjà
Louis XIV était à Lyon depuis quel-
ques jours, et la duchesse y faisait son
entrée avec ses filles , quand, le mênH-
jour et à la mérae heure, don Anto-
nio Pimentel, un des secrétaires d'Ktat
de Philippe IV, arriva aussi. Il put
bientôt se convaincre par ses yeux
que, si le plan du cardinal n'avait été
d'abord qu'une comédie, cette comé-
die allait tourner au sérieux : le jeune
roi, que n'avaient point enflammé les
portraits de l'infante sa cousine, fut
plus sensible à l'esprit et aux grâces
de la princesse venue des Alpes.
Effectivement si Marguerite n'était
point une beauté, sou amabilité, ses
manières vives et enjouées exerçaient
un véritable attiait; et, quand don
Antonio déclara que lancienne pro-
position de mariage était admissible
désormais, il était gi-and temps qu'il
parlât. Il y eut des pleurs, des repro-
ches, des scènes de profond désespoir
entre tous ces personnages dont la si-
tuation devenait si fausse, entre la du-
chesse mystifiée et l'ex-régente qui lui
démontrait de son tnieuv, que la rai-
son d'Etat l'obligeait à terminer la
guerre avec l'Espagne par cette al-
liance entre la mère et le fils, qui
était fortement tenté de prononcer un
de ces Je le veux, que nul ne pro-
nonça plus énergiquement que lui en
France, enfin entre Louis et celle qui
devait renoncer en même temps à
son amour et à la comonne si belle
Le moyen bon, la comtesse jolie.
Et prononça le juron d'Italie.
La Bastille.
MAR
193
qu'elle avait espérée. Elle ne conser-
va, dit-on, de ce rêve qu'un engage-
ment écrit de Louis XIV, par lequel
il promettait de l'épouser si le mariage
avec 1 infante éprouvait quelque em-
pêchement. En présence de cette pas-
sion mutuelle, Pimentel et Mazarin
tombèient bientôt d'accord sur le prin-
cipe même ; et il faut le dire, Maza-
rin avait raison, car tout annonçait
qne Marie-Thérèse, si elle ne devenait
pas la femme de Ix)uis XIV, épouserait
lempereur Léopold, ce qui aurait uni
trop intimement les deux branches
de la maison d'Autriche, et donné
à celle qui régnait en Allemagne, des
droits trop puissants à l'héritage es-
pagnol (3). I^ cour «le France revhit
à Paiis en février 1659 ; Pimentel la
suivit , conclut le 7 mai un armis-
tice provisoire, prélude fie la paix des
Pyrénées, et trois mois après (13
août ) commencèrent les fameuses
conférences de lîle des Faisans, entre
MazariH et don Louis de Haro. C'est
après la sixième que les deux minis-
U'es envoyèrent, à Madrid, le maréchal
duc de Gramont accomplir ostensi-
blement la cérémonie de la demande
eu mariage. Les conditions de cette
union forment le sujet du 33* article
du traité des Pvrénées ( signé le 7
novembre suivant). Il y fut stipulé
que l'infante apporterait en dot cin-
quante mille écus d'or, pavables en
trois termes; que, moyennant le paie-
ment de cette somme, elle ne pourrait
élever aucune prétention sur l'héri-
tage du roi et de la reine d'Espagne ;
qu'elle renoncerait à cet héritage et
(5) Le maiiage qui, peu de temps après,
eut lieu entre cet empereur et la sœur de
Marie-Tliér^se, n'offrait pas les mêmes avan-
tages à l'Autrictie, n'inspirait pas les mêmes
craintes à la France , puisque naturellement ,
la sœur aînée, primant la cadette, ne laissait
à celle-ci aucun droit à la succession d'Es-
pagne.
154
MÂB
avant de se marier et après la célébra-
tion du mariage , tant pour elle que
pour ses enfants , à quelque titre que
ce fût. Il y eut encore cependant bien
des difficultés verbales , puisqu'il se
passa près de sept mois avant le
mariage. Enfin en mai 1660 Louis,
après avoir visité la Provence, le Lan-
guedoc, se rendit de JMontpellier à
Saint- Jean- de-Luz. Philippe IV s'é-
tait avancé jusqu'à Fontarabie , et
quatre jours après ( 3 juin ) le pa-
triarche des Indes bénit le mariage.
Don Louis y représentait Louis XIV.
La cour de France alla chercher l'in-
fante le 7, et Louis XIV l'épousa per-
sonnellement le 9 à Saint-Jean-de-
Luz.Le6 avait eut lieu la présentation
officielle dans l'île des Faisans, et c'est
là que l'infante fit sa renonciation. Nul
doute que, de la part de cette prin-
cesse, le serment ne fût sincère ; mais
jamais, de la part de Mazarin, la pro-
messe n'avait été sérieuse. Sans doute
à ses yeux c'était déjà beaucoup que
d'an-acher à la branche autrichienne
de la maison d'x\utriche, la fille ainée
de la branche espagnole; mais il es-
pérait que les fruits de cette alliance
ne se borneraient pas à cet avan-
tage négatif , et il jugeait bien. Non-
seulement, c'est par suite de cette union
que Philippe V monta sur le trône
d'Espagne, mais trente-quatre ans
avant la mort de Charles II, les droits
de Marie - Thérèse avaient amené
la guerre de dévolution, qui doima
tant de places importantes à la France
(1668) et qui prépara l'acquisition de
la Franche-Comté. Au reste Louis XIV,
en saisissant sitôt l'occasion, obéit à
des inspirations uniquement venues
de lui-même ou à celles qu'il avait re-
cueillies de Mazarin mourant. Soit que
ce bizarre droit de dévolution (4), usité
(ft) Ce droit consistait en ceci, que loi-s-
qu'un veuf ou une veuve convole i de sc-
MAB
entre particuliers dans les Pays-Bas,
ne lui ait été connu qu'après la réso-
lution qu'il avait prise de tirer quel-
que chose de la dépouille de Philippe
IV, soit qu'il l'ait connu auparavant, le
mariage avec Marie-Thérèse n'en est
pas moins un fait remarquable dans
l'histoire politique de la France,
comme ayant été le prétexte de deux
guerres et l'origine de superbes ac-
quisitions. Jamais, sans cette union,
Duham n'eût écrit son Traité des
droits de la reine T. - C. aux divers
Etats de la monarchie espagnole, au-
quel Stockmann opposa un Tractatus
de jure devolutionis^ et Lisola son
Bouclier d'Etat et de justice contre,
etc. Deux circonstances au reste, sui-
vant les publicistes français, viciaient
la renonciation : 1" Marie-Thérèse
était mineure lors de cet acte capital;
2° la dot n'avait point été payée; et
sans doute le cabinet français, voulant
se ménager un subterfuge, n'avait
point pressé Philippe de s'acquitter.
Toutes ces intrigues demeurèrent,
comme on peut le penser, étrangères
à la reine. Nous voudrions pouvoir
l'en louer et nous l'en louerions, si,
douée de quelque talent pour les
affaires, elle eût refusé de se mêler de
celles qui répugnaient à la droiture et
à la générosité de son cœur. Mais
évidemment cette abnégation prove-
nait de l'impuissance : Marie-Thérèse
n'avait pas l'ombre du génie poli-
tique; elle ne sut même pas se créer
cette part d'empire domestique, que
doit avoir chez elle toute femme de
quelque valeur, dans les intérêts même
condcs noces, ics biens immeubles affèreni
à SCS enfants du premier lit. Ainsi, Plii-
lippe IV, en se remariant h Marie-Anne d'Au-
triche, donnait par cela même aux deux en-
fants issus de son premier mariage (don Bal
tliaiar etMaric-Tliérèso), les terres où le droi
de dévolution était en vigueur (c'est-à-dire le;
Pays-Bas), et Balthaiar n'existant plus, Marie
Thérèse avait hérité de ses droits.
MAR
le son époux e* de sa maison, dans
;eux de l'ordre et du décorum, sinon
les mœurs. Nous ne sommes pas de
^eux qui croient que les afFaires dï-
at et d'administration doivent être
nenées par les femmes, nous ne
iommes pas non plus de ceux qui
îxaçérent 1 égalité de la femme et de
'homme dans l'état social de l'Eu-
•ope moderne: mais, évidemment,
me reine, digne de son rang, a
Iroit d'être une femme influente ;
me telle influence peut être utile, et
1 est souvent à souhaiter qu'elle
îxiste. Pour Louis XIV en particu-
ier, qui niera que la France n'eût
seaucoup gagné si, au lieu de l'empire
nsolent et capricieux d'une Montes-
aan, le grand monarque eût quelque-
bis subi l'ascendant d'une épouse spi-
[-ituelle et sensée ? Que la reine per-
mette des maîtresses, soit; mais qu'elle
se laisse éclipser, écraser par elles,
;jue son cercle soit abandonné pour
[a cour de la favorite, que tout ce
:jui est ambitieux et avisé se prosterne
îux pieds de celle-ci, qu'il n'y ait ni
jrâce ni avancement pour qui la
plaint et l'honore, c'est ce qu'une
souveraine ne peut souffrir sans se
manquer à elle-même : elle doit à son
rang de faire justice de l'usurpatrice ,
elle doit au moins l'essayer. Ne pas
tenter de résistance, se résigner,
porter sa croix, offrir en silence ses
larmes à Dieu, c'est être reine comme
Louis XYI fut roi, en ne sachant que
mourir courageusement sur l'écha-
faud. Il est aisé de voir que jamais Ma-
rie-Thérèse ne sut se faire aimer de
son époux, pasmêmependant les deux
années 1661 et 1662, qui furent un
bal perpétuel à Paris et à la cour, le
tnariage du duc d'Orléans avec Ma-
rie-Henriette d'Angleterre ayant en
lieu un an après celui du roi, et les
fêtes pour la naissance da dauphin
MAR
155
(1" novembre 1661) étant venues se
mêler à celles-ci. Il est vrai que Louis
XrV gardait un souvenir de l'im-
pression produite sur lui à Lyon :
c'eût été à Marie -Thérèse de l'affai-
blir d'abord et ensuite de l'effacer;
ce n'est point elle qui en vint à bout.
Elle-même peut-être, avant de venir
en France, avait eu, à ce quil semble,
une inclination, l'on ne saurait dire
exactement pour qui. Voltaire, dès le
commencement de son Siècle de
Louis XI y, rapjwrte cette tradition,
qu'une religieuse lui ayant demandé
si elle n'avait pas cherché à plaire
aux jeanes gens de la cour du roi
son père, elle répondit : « Non, il n'y
« avait point de rois , » et il s'élève
contre l'anecdote. ■ Cette religieuse
aurait été plus qu'indiscrète ; s'il y
avait eu des rois à la cour d'Espa-
gne, l'infante eût donc cherché à leur
plaire ? « Nous ne garantissons en
aucune façon ce qui répugne si fort
à Voltaire. La réponse serait fort
ridicule, sans doute, si la reine eût
puisé sa pensée en elle-même; mais
cette réponse ne s'exphquerait-elle pas
au besoin par la popularité de toutes
les grandes maximes alors à la mode
sur le théâtre, où l'on ne voyait que
comédies de cape et d'épée, et in-
fantes fort disposées à trouver de leur
goût les cavaliers ; mais redisant
sans cesse qu'elles ne peuvent épou-
ser que des têtes couronnées? Quant
à la demande, qu'on veuille bien se
souvenir que, parmi les reUgieuses,
étaient souvent des femmes du plus
haut rang, des princesses de maison
souveraine, que Marie-Thérèse affiec-
tionnait la société des recluses, que sa
bonté incontestable était bien feitc
pour encourager la familiarité, que
l'indiscrétion n'a rien d'étonnant de
la part de qui ne connaît pas le
monde et ne peut savoir à quel point
io6
MAR
ses paroles sont déplacées (S). Mais
lors même que l'anecdote telle qu'on
la donne serait inexacte, qui a dû en
inspirer l'idée ? on n'invente pas or-
dinairement pour le plaisir d'inventer,
et c'est sur une vérité que l'on bâtit
an mensonge. En dépit de l'orgueil
de Louis XIV, qu'un tel bruit devait
blesser au vif, et pour qui ce bruit
resta toujours à l'état de murmure,
l'idée d'une inclination de Marie-Thé-
rèse antérieure à son mariage, était
établie à Versailles à tel point, que
Bossuet lui-même, dans l'oraison
funèbre de la reine, y fait plus clai-
rement allusion qu'il n'était naturel
de le faire, à moins de besoin :« Ces
« sez, princes et potentats, de trou-
« bler par vos prétentions le projet
« de ce mariage! que l'amour, qui
« semble aussi le vouloir troubler,
« cède aussi lui-même ! L'amour peut
« bien remuer le cœur des héros du
« monde, il peut bien... y exciter des
« mouvements qui donnent des espé-
« rances aux insensés. Mais il y a
u des âmes d'un ordre supérieur à
« ses lois..., il Y a des mesures prises
« dans le Ciel..., et l'infante non-
« seulement par son auguste nais-
« sance, mais encore par sa vertu et
« sa réputation, est seule digne de
« Louis. » Les premières allusions
sans doute ont trait aux incidents de
Lyon (ou, si on le veut absolument,
mais ce que nous ne croyons pas, au
goût connu de Louis pour Olympe de
Mancini); mais, peu à peu, le prélat
arrive à l'infante : et quel besoin de
proclamer sa vertu et sa réputation ?
Est-ce que ces qualités ne sont pas
tacitement admises? Est-ce qu'en
parler si spécialement n'est pas don-
[h) On a aussi mis celle demande sur le
complc <run confesseur. Celle iradilion sem-
ble encore moins exacic, s'il est possible, que
la première.
MAR
ner à croire qu'on les a contestées et
qu'il faut une réhabilitation? Et quon
ne réponde pas que ces mots sa vertu
et sa réputation sont une satire indi-
recte de la princesse de Savoie ! Cette
grossièreté serait indigne d'un évê-
que, et quand cet évêque est Bos-
suet, qui pourrait se le persuader?
Marie-Thérèse était à peine mère du
dauphin, que déjà Louis XIV, après
une fantaisie pour madame de Beau-
veau , s'occupait de la duchesse
d'Orléans, sa belle -sœur. On s'en
émut à la cour, et, il faut le dire, à
la louange du temps, on ne sembla
point appi-ouver universellement cette
passion. Le roi pourtant n'y renonça
pas facilement; et quand son cœur
fut calme de ce côté, ce ne fut que
pour se dédommager ailleurs. Alors
se nouèrent les amours avec M"" de
la Vallière. La reine fut une des
dernières de la Cour à en être infor-
mée. Elle assista sans défiance aux
premières fêtes qui se donnèrent
pour cette rivale, et lors du premier
accouchement de cette jeune personne
qui était encore une des filles d'hon-
neur de la reine , passant par sa
chambre pour aller à la chapelle, elle
s'approcha du lit où celle-ci était
étendue, pour lui demander des nou-
velles d'une fièvre qu'elle croyait fort
innocente. Ces illusions subsistèrent
même après que M""* de la Vallière
eut été mise par Louis XIV dans une
situation indépendante. C'est Vardes
qui les fit cesser. Ce courtisan si vil el
si double, qui avait été le confident du
roi dans toute cette intrigue , fit ar-
river aux mains de la reine une let-
tre contrefaite, en espagnol, qui sem-
blait de l'écriture du roi son père c
où ce monarque lui révélait l'infidé
lité de Louis (1665). Otto découverte
dont une autre eût pu profiter , n<
servit, en cette occasion, qu'à fair<
MâR
umber entièrement le voile bien dia-
phane déjà qui avait couvert les
raours du roi. Il aiFecta, et rien n'é-
îit plus dans son caractère, de dé-
loyer la plus grande splendeur au-
our de sa maîtresse et de ne rien dis-
imuler. Déjà il avait éliminé de sa
our le confesseur Alphonse Vasquez,
ju'il ne ti'ouvait point assez mania-
(le ou assez aveugle, et que Philippe
V avait prié sa fille de lui céder pour
ui donner l evéché de Cadix. Le père
ifichel de Soria, qui le remplaça, fut
:hoisi de manière à ne plus inspirer
le soucis au roi sur l'esprit de rési-
gnation et d'obéissance de sa péni-
ente : il en fut de même quand, qua-
re ans plus tard , Booaventure de
loria -iànt succéder à son père. On
ent, du reste, que Louis XIV eut
oujours ostensiblement pour la reine
es égards que commandaient les con-
tenances et ce respect de soi qu il
)ortait a si haut point ; il ne parlait
l'elle publiquement qu'avec estime et
espect; on sait le mot qu'on lui prête
1 l'occasion de la mort de cette prin-
:esse « Voilà le seul chagrin qu'elle
• m ait jamais causé. » Les incons-
ances de Louis XIV n avaient point
;mpêché que la reine ne lui donnât
rois princes et trois princesses, dont
aîné seul survécut à sa mère (ce
xit le grand dauphin) (6). Lavè-
lement de madame de Montespan
•edoubla l'isolement de la reine; mais
jeut-etre ne s apercnî-elle même pas
Je tout ce qu'il v avait de différence
16) Les deux princes furent Philippe et
j)uis-Fran«)is, qui tous deux reçurent le ti-
re de ducs d'Anjou, et moururent, l'un le 10
aillet 16/1, à trois ans moins vingt-six jours,
'autre le U novembre 16"2, à quatre mois et
ingt - im jours. Quant aux trois princesses
.\nne-Elisabeth, Marie- Anne, Marie-Thérèse),
lenx d'entre elles moururent l'année même
le leur naissance (1662, 166a;, et la dernière
e i" mars 1672, à cinq ans et deiis mois
noins nn iour.
MAR
n;
entre les deux maîtresses, et sa piété
sincère et intime la consola-t-dle
d'un abandon désormais complet Si
Marie-Thérèse n'avait pas les qualités
d'une reine, on ne saurait lui dénier
les vertus dune chrétienne. Elle s'ac-
quittait minutieusement et ponctuel-
lement de tous ses devoirs, se mon-
trait toujours docile et dévouée à
Louis XIV , concihait sans travail appa-
rentses exercices de piété avec les voya-
ges et les parties ordonnées par le fas-
tueux monarque, bien qu'elle n'aimât
pas le faste. Cette régidarité, cette cor-
rection parfaites, si elles ne la ren-
daient pas précisément aimable aux
veux de Louis XIV, étaient pourtant
de nature à lui mériter son estime ;
car c'étaient des vertus qu'il prisait et
pratiquait, et qui d'ailleurs s'alliaient
parfaitement a son esprit d ordre et
de dominadon ; aussi la proposait-il
comme modèle à toutes les dames
de la cour. Nous louerons moins
les dures réponses qu'elle fit après
avoir perdu sa fille et le duc d'Anjou.
Marie-Thérèse se plaisait |>ourtant à
lire sainte Thérèse, saint Pierre d'Al-
cantara et François de Sales : aussi
sa prière tenait-elle de la méditadon
et de l'extase : souvent on la vit dans
l'église, quand la foule se précipitait
à grand bruit jjour l'apercevoir, et
même un jour qu'un accident grave
avait causé un peu de tumulte, absor-
bée au point de ne rien entendre, et
de ne pas changer un moment son at-
titude. Sa charité n'était pas moindre :
non-seulement elle donnait immen-
sément, mais elle empruntait pour
donner; non-seidement elle se pUait
avec bonheur à cet usage antique
qui prescrivait aux reines de France
de laver les pieds à douze pauvres
femmes, mais elle servait les malades
comme unesœurde charité; et main-
tes fois l'hôpital de Saint-Gei-main-
1S8
liêR
en-Laye la vit remplir ce pieux office.
Elle fonda une maison à Poissy pour
loger les malades étrangers qui ve-
naient à Paris, pensant s'y faire gué-
rir des écrouelles par l'imposition des
mains de nos rois. Elle contiibua
beaucoup au grand développement
que prit alors l'ordre des Francis-
cains en France. Pleine de vénéra-
tion pour ces religieux, elle avait,
l'année même de son mariage, reçu
l'habit de l'ordre au gi-and couvent
des Franciscains de Paris, singula-
rité qui surprit un peu en France,
mais qui n'eût pas fait tant de sensa-
tion dans la Péninsule, puisqu'un roi
de Portugal (Jean III, 1521-37) fut
solennellement reçu membie de la
compagnie de Jésus, et que, sur une
des places publiques de Lisbonne,
existe encore sa statue en habit de
jésuite. C'est elle qui introduisit en
France l'ordre si pur et si austère
de l'Immaculée-Conception. Elle ac-
cepta aussi le titre de fondatrice et
de supérieure de la congrégation du
tiers-ordre de Saint-François établie
au grand couvent de Paris. Quand ,
par suite d'une intrigue de sérail, le
patriarche grec obtint que la garde
du Saint-Sépulcre fût enlevée aux Fran-
ciscains qui l'avaient eue quatre siè-
cles durant, désolée de cette mesure,
elle supplia sou époux d'intervenir
auprès du grand-seigneur pour le
rappel du khatti-chorif qui affligeait
l'ordre; et, en effet, les Franciscains
redevinrent les gardiens du Saint-Sé-
pulcre, mais seulement après la mort
de celle qui les avait appuyés si vive-
ment. Marie-Thérèse mourut le 30
juillet 1683. Sa maladie fut douloureu-
se, mais ne dura (jue trois jours ; son
âge en indique le caractère général.
Elle déploya beaucoup de patience
au milieu tles soulFrances (jui la dé-
chiraient « toute vive et tout entière »,
MAR
dit Bossuet, et beaucoup de courage à
l'approche de l'heure dernière. Ses
obsèques ne furent que d'une médio-
cre magnificence : on prétendit que,
la modestie ayant été sa vertu de pré-
dilection, il fallait l'honorer par une
pompe modeste. Dans son épita-
phe fut enchâssée la traduction la-
tine des mots prêtés à Louis XIV
(De qua maritus nihil unquam doluit
nisi mortem); qui sait pourtant si ce
n'est pas l'épitaphe qui a fourni le
mot heureux prêté au roi. Parmi les
emblèmes plus ou moins ingénieux
qui rendaient cette épitaphe parlante,
étaient un arc-en-ciel avec la devise :
Splendide sed non diu, et une grena-
de autour de laquelle on lisait : CU-
rior duni dissoluitur. L'oraison fiuiè-
bre fut prononcée par Bossuet, et
elle figure parmi les chefs-d'œuvre
oratoires de ce grand homme. Mais
il en existe une foule d'autres, et pro-
bablement beaucoup restèrent en ma-
nuscrit. Nous indiquerons comme im-
primées celles de La Feuillade, évêque
de Metz; de Béthune, évêque du Puy ;
de Fléchier; d'un Grignan, coadjuteur
à Arles ; des chanoines Lope/ et Sa-
hurs, du jésuite Grosez, du minime
D'Ubaye, du cordeUer Hugues de l'E-
pée , du récollet Arnaud , de Cureau
de la Chambre, enfin de Héreau, à qui
son titre d'aumônier de la reine im-
posait, en quelque sorte, ce devoir.
Le panégyrique latin par le jésuite
llarowys, remonte à 1660, c'est-à-
dire à peu près au mariage (plus exac-
tement, 1" octobre 1660). Il a pour
titre : Paneyyiicns Mariœ-Theresiœ y
reijinœ christianiss., 1661, in-i". Le P.
Bonav. de Soria, nommé plus haut, a
écrit, en espagnol et en français, un
Abrégé de ta vie de Marie-Thérèse
d'Autriche, Paris, 1683, in-12. Le ti-
trc eu espagnol {Brève historia de la'
viday vitdudes de M.-Theresa d'Aus-
.\L4R
tnaj désigne miaix le genre de l'ou-
vrage, qui est prodigieusement vide
de faits , mais dont pourtant nous
avons encore tiré quelques indications.
Ou a aussi en espagnol un Portrait de
Marie- Thérèse (El retrato de M. The-
lesa d'Austria , in-4'' ). Et , puisque
ce mot de portrait nous échap-
pe, disons qu'au physique , on j>ou-
vait louer chez Marie-Thérèse une
peau très-blanche , même pour toute
autre qu'une Espagnole ; de beaux
yeux, s'il est de beaux yeux peu ex-
pressifs; des lèvres si vermeilles qu'on
eût pu croire que le carmin y avait
part; l'air de la santé, enfin, certain
embonpoint qui lui seyait dans sa '
jeunesse. Mais, pour ne rien dissimu-
ler, elle n'avait ni la taille ni le port
d'une reine : elle était petite (7), avait
■es épaules et le buste sans élégan-
pe, les traits insignifiants, et le bas
;les joues beaucoup plus gros que
[le haut, de telle sorte que cette exu-
bérance de muscles est ce qui prédo-
imine dans sa physionomie, et la rend
■econnaissable entre mille. Non-seu-
ement il s'en faut que ce soit une
jeauté, mais on sent, dans toute
>a personne , quelque chose de sec ,
ie contraint et d'enfantin, même
lans la maturité. Il n'y a point de
ensibilité , point d'intelligence sur
!on visage , et cet extérieur correct
i t froid, quoique matériellement as-
ez joli pour quelques juges, fait par-
iaitement comprendre son caractère
t son délaissement. Il est facile de
érifier ce que nous avançons; on
;etrouve de tout côté, dans les gale-
ies de Versailles, le portrait de Ma-
iie-Thérèse. — Marie-Thérèse-A>toi-
ETTE-RiPHAFXLE , infaflte d'Espaguc ,
Ile de Philippe V et d'Elisabeth Far-
uèse, naquit le 1 1 juin 1726; épousa,
{!) Aussi, son mariage fit-il venir la mode
es chaussures hautes et des coiffures étagées,
MAR
159
en 1745, Louis, dauphin, fils de
Louis XV, et mourut en 1746. Son
oraison funèbre fut prononcée par
l'évêque du Puy , Lefranc de Pom-
pignan, frère de l'autem- des Poésies
sacrées, et imprimée à Paris, 1746,
in-4». P — OT.
MARIE-BÉATRIX dEst,
reine d'Angleterre, était fille d'Al-
phonse IV, duc de Modène. Restée
orpheline en bas âge, elle fut fiancée,
par procuration, au duc d'York, qui
venait de perdre Anne Hyde, sa pre-
mière épouse. Elle traversa la France
en 1673, et arriva à Paris dans les
premiers jours de novembre. Louis
XIV alla la visiter à l'Arsenal où elle
était descendue, et, le 9, elle partait
pour l'Angleterre. Ce choix dune
princesse catholique, pour l'héritier
du trône d'Angleterre, eut beau-
coup d'influence sur les événements
qui amenèrent la chute de Jac-
ques II. A peine devenue reine ,
Marie-Béatrix ne cessa d'intercéder
pour le rétablissement ostensible du
culte catholique, ce qui, du reste, en-
trait tout-à-fiait dans les desseins secrets
de son époux. La protection accordée
aux catholiques, la faveur dont ils
jouissaient , devaient exciter le mé-
contentement de la majorité de la na-
tion. Cependant la reine, qui n'avait
encore eu qu'une fille , morte au ber-
ceau, accoucha, après six ans d'inter-
valle, le 10 juin 1688, d'un prince
qui reçut le titre de prince de Galles.
C'était sans doute un événement heu-
reux pour la famille des Stuarts, en
excluant du trône les deux filles que
Jacques avait eues de son premier lit,
et qui avaient épousé des princes
étrangers et protestants. Cette nais-
sance ftit saluée avec transport par
les catholiques, car Jacques II fit so-
lennellement baptiser son fils, selon
leur rit, et lui donna même le pape
160
MAP,
pour parrain. Quand la guerre ci-
vile eut éclaté, Marie-Béatrix, qui ai-
mait passionnément son mari, se con-
duisit, dans toutes les circonstances,
ave»; le plus grand dévouement. Elle
ne quitta l'Angleterre que lorsque
tout espoir fut perdu. Accompagnée
deLauzun,à quiïjauis XIV avait per-
mis de se rendre en Angleterre pour
concourir au salut de la famille roya-
le , elle s'embarqua à l'embouchiu-e
de la Tamise, traversa , sans être
recomme , un grand nombre de bâ-
timents hollandais, et débarqua heu-
reusement , le 21 décembre 1688, à
Calais, où elle fut bientôt rejointe
par son fils, qui avait été confié à un
ami de Lauzun. De là elle alla passer
quelques jours dans un couvent de
Boulogne, attendant avec la plus
vive anxiété des nouvelles de son
mari. Elle ne prit la route de Paris
qu'après son arrivée. Louis XIV
lui envoya plusieurs voitures ; il
alla au-devai\t d'elle jusqu'à Cha-
tou, et l'accueillit par ces nobles pa-
roles : •' Je vous rends, madame, un
u triste service; mais j'espère vous
» en rendre bientôt de plus grands
u et de plus heureux. « il la condui-
sit ensuite au château de Saint-Ger-
main-, où elle reçut les mêmes hon-
neurs qu'aurait eus la reine de Fran-
ce. Elle phit à ce monarque , qui lui
trouva l'esprit juste et aisé, et qui
prit beaucoup de plaisir à sa con-
versation. Aussitôt arrivée, elle en-
voya le comte Paul-Camille Torelli
vers son IVère , François 11 , tluc
de Modcuo, pour l'inslruire de ses
«lésastres. lui 1092, elle accoucha
»l'mie princesse, tandis qtie son mari
uRsislait au malheureux combat «le la
Hoguc. Dans fa retraite, elle paita-
geait son temps entre ses devoir» de
mère cl des exercices de piété, et,
malgré son inloitune, elle trouvait
MAR
encore les moyens de soulager celle |
des autres. Le 16 septembre 1701, *
Jacques II étant mort à St-Germain,
Louis XIV rassembla ses ministres ,
et il fut décidé à l'unanimité que l'on
ne donnerait point au prince de Gal-
les le titre de roi d'Angleterre. Cette
décision alarma Béatrix, et , le jour
même, elle vint parler au roi dans
l'appartement de M*"* de Maintenon.
« Elle le conjura en larmes , dit Vol-
« taire dans le Siècle de Louis XIV^
" de ne point faire à son fils, à elle, à
.. la mémoire d'un roi qu'il a protégé
« l'outrage de refuser un simple titre,
« seul reste de tant de grandeurs. On a
'<! toujours rendu à son fils les hon-
» neurs d'un prince de Galles ; on le
u doit donc traiter en roi après la
« la mort de son père. Le roi Guil-
« laume ne peut s'en plaindre, pour-
<• vu qu'on le laisse jouir de son
.. usurpation. Elle fortifie ces raisons
« par l'intérêt de la gloire de Louis
« XIV. Qu'il reconnaisse ou non le
u fils de Jacques, les Anglais ne pren-
u dront pas moins parti contre la
» France, et il ama seulement ladou-
u leur d'avoir sacrifié la grandeiu-
u de ses sentiments à des ména-
« gements inutiles. » (^es représenta-
tions furent appuyées par M"'" de
Maintenon, et Jacques III fut reconnu
le même jour qu il avait été arrêté
cju'on ne le reconnaîtrait pas. Marie-
Béatrix vécut assez pour êtje té-
moin des efforts impuissants tentés
par son fils, afin de ressaisir la cou-
lonne d'Angleterre. La mère ne fui
pas plus heureuse que l'épouse. Elle
mourut à Saint-Germain, le 7 mai
1718 , après douze jours de ma-
ladie ; le surWidemain , son corps
fut porté à l'églist- SaitUe-Mario de
Chaillot , où avait été déposé le
(œur de son mari. « Sa vie , diJ
„ Sttim - Sjiuion , depuis quelle fut
« en France , n'a été qu'une sui-
« te de malheurs qu'elle a héixw-
« quement portés jusqu'à ia fin, dans
!« l'oblation à Dieu, le détachement ,
- la pénitence, la prière, les bonnes
œuvres continuelles, et toutes les
vertus qui consomment les saints.
Parmi la plus grande sensibilité
naturelle, beaucoup d'esprit et de
hauteur naturelle, qu'elle sut cap-
tirer étroitement et humilier con-
stamment, avec le plus grand air du
« monde, le plus majestueux, le plus
« imposant, avec cela doux et mo-
• deste. Sa mort fut aussi sainte
• qu'avait été sa vie. Sur les 600,000
• livi-es que le roi lui donnait pai' an,
• elle s'épargnait tout pour faire sub-
• sjster les pauvres Anglais dont
" Saint-(iermain était rempli. » A — v.
MARIE -LOriSE, femme de
Cliai'ies il, roi d'Espagne, était HUe
du duc d'Orléans, frère de Louis XIV,
et de Henriette d'Angleterre. Elle na-
quit à Paris en 1662, et fut tenue siu-
les fonts baptismaux par le cardinal
de Retz et la princesse d'Harcouit. \
peine âgée de huit ans, elle perdit sa
mère, dont la mort soudaine Ht croire
à un empoisonnement. Quelques an-
nées après, Marie-Louise faillit être
victime d'un attentat semblable.
« La jeune Mademoiselle, dit M"" de
« Sovigné dans une lettre du lii oc-
• tobre 1677, a la lièvre qiîarte. Elle
» fut l'autre jour aux caruiéhtes de
» la rue du P^iuloy, pour leurdeman-
• der un remède. Elle a avait ni gou-
• vernante ni sous-gouvernante; on
« lui donna un breuvage qui la fit
« beaucoup vomir; cela Ht grand
« bruit. La princesse ne voulut point
" dire qui lui avait donné ce re-
• mède » ; mais le roi le sut et en fut
tellement indigné (ju'il prodigua, en
présence du duc d'Orléans, les épithè-
tes les plus injurieuses aux carmélites}
LXIIII,
fit
d alla jusqu'à les appeler • des em-
poisonneuses. • A supposer que ce»
religieuses fussent toujMifiles, il est
évident qu'elles devaient avoir des
complices, et peut-être servaient-
elles d'instrument à leiu- insu. Quoi
qu'il en soit , on est frappé de la
ressemblance des s% raptùmes qui se
manifestèrent alors chez la princes-
se, avec ceux qui douze ans plus
tard accompagnèrent sa mort. >'ou$
ne prétendons point apporter ici
d'opinion décisive, mais, s'il est vrai
que Henriette d'Angleterre soit morte
empoisonnée, doit-on s'étonner que
sa fille ait été victime de la même
haine, exploitée au profit d'intérêts
politiques? Cependant, grâce à de
prompts remèdes, Marie-Louise se ré-
tablit, et devint l'un des plus beaux
ornements de la cour. Appelée par sa
naissance à toutes les rt-unions de la
famille royale, elle s'éprit d'une vive
passion pour le dauphin et fut ptayée
de retom-. Mais des raisons d'état s'op-
posaient à leur imion. Aussi Made-
moiselle avait dit au duc d'Orléans :
« Ne menez pas si souvent votre fille
•• à la cour, elle sera trop malheu-
" reuse ailleiu^. » Cette prévision
était juste, car, lorsque le mariage de
.Marie-Louise avec Charles H eut été
arrêté, elle témoigna le plus violent
désespoir et usa de tous les moyens
pom- le faire rompre. Louis XIV fut
inflexible : « Je vous fais reine d'Es- '
" pagne, lut' dit-il , que pourrais-je
« de plus pour ma fille? — Ah! i-é-
• pondit ia jeuneprincesse, vous pour-
» riez plus pour votre nièce. « Que
de grâce et de délicatesse dans ces
paroles ! Cependant le jour fixé pour
son départ approchait ; ne pouvant
•'y résoudre, elle se jeta aux pieds
du roi au moment qu il se rendait à
la messe et fut i-epoussée par cette
fi-oide plaisanterie : • Ce serait une
11
I6i
MAR
« belle chose que la reine catholique
a empêchât le roi très-chrétien d'aller
« à la messe. » Le 20 septembre
1679, elle prit congé de Louis XIV,
qui lui dit en l'embrassant : » Mada-
« me, je souhaite de vous dire adieu
« pour jamais; ce serait le plus grand
» malheur qui vous pût arriver que
« de revoir la France « (1). I^ dé-
sespoir était tellement peint sur le
visage de Marie-Louise, le jour de son
départ, que le peuple attendri s'é-
criait en la voyant passer dans la rue
Saint-IIonoré : « Monsieur est trop
» bon, il ne la laissera point aller,
. elle est trop affligée «. Cependant
il fallut partir; elle était accom-
pagnée du prince et de la prin-
cesse d'Harcourt. Sa première en-
tievue avec Charles II eut lieu
près de Burgos ; le roi la surprit
eomme elle se coiffait, et il ouvrit la
porte lui-même. Marie-Louise voulut
se jeter à ses pieds et lui baiser la
main; le roi la prévint et baisa la
sienne. Le mariage fut célébré sans
pompe le 18 novembre, et les deux
époux, après avoir passé la nuit à
Burgos, prirent la route de Madrid.
A peine arrivée, la reine écrivit à
Louis XIV « que son mari était plus
« aimable qu'elle ne l'avait cru, et
« qu'elle était heureuse. >• Charles se
montrait fort content de sa jeune
épouse ; il lui enseignait l'espagnol et
en apprenait le français. Cette bonne
intelligence ne fut tioublée que par
des accès de jalousie, qui obHgèrent la
reine à vivre dans la plus grande re-
traite. Sans doute celte jalousie n'a-
vait d'autre fondement que l'état
même d'impuissance dont le roi était
(1) Ces paroles éuiient un reproche indirect
pour MargupritP-Louiso d'Orlëans, grandn-
duchessc de Toscane, qui était présente à cette
audience. Elle avait quittO, en iC'J&.CosuiellI
dp Médici» , son mari , et était revenue en
France, (yoy- ^ XXVIU, p. 98.)
MAR
frappé, et l'on doit reléguer dans le
domaine du roman toutes les supposi-
tions contraires. On comprend, néan-
moins, que Marie-Louise, habituée aux
brillantes fêtes de Versailles, ne s'ac-
commodât guère de cette solitude,
et qu'elle reportât souvent ses pensées
et ses regards vers cette France où
elle avait laissé tout ce qui lui était
cher. Depuis dix ans elle menait la
vie la plus monotone, lorsque le 10
février 1689, elle fut tout-à-coup
prise de vomissements si extrêmes et
si violents, qu'aucun remède ne put
la soulager. Après avoir dit, comme
sa mère, qu'elle était empoisonnée,
elle se rétracta comme elle, excitée
sans doute par des sentiments de ré-
signation et de charité chrétienne.
Elle expira le surlendemain à midi,
au milieu des plus cruelles souffran-
ces. Cette nouvelle, parvenue à Ver-
sailles dans la soirée du 19 février,
fit la plus vive sensation , et rappela
les célèbres paroles de Bossuet : u Ma-
dame se meurt, Madame est morte .■ .
Bientôt les détails circonstanciés arri-
veront, et il n'y eut plus qu'une opi-
nion sur la cause d'une mort si sou-
daine. Tous les contemporains, la
princesse de Bavière, M»" de La
Fayette, de Sévigné, l'attribuent au
poison, bien que « ce mot eût été dé-
fendu à Versailles et par toute la
France. » Voici comment s'exprime
Saint-Simon qui, envoyé ambassa-
deur extraordinaire en EIspagne au
commencement du XVIII' siècle, put
recueillir sur les lieux mêmes toutes
les circonstances qui avaient accompa-
gné cet événement: « La reine, dit-il,
.. n'avait point d'enfants et avait tel-
« lemeut gagné l'estime et le cœur du
« roi son mari, que la cour de Vienne
.. traignit tout de son crédit pour
a «létacher l'Espagne de la grande
.. alliance faite <outre U France. Le
MAP.
» comte de Mansfeld, avec qui la
» comtesiie de Soissons lia commerce
• intime dès en arrivant, était am-
» bassadeur de l'empereur à Madrid.
« La reine, qui ne respirait que Fran-
• ce, eut une grande passion de voir
> la comtesse de Soissons. Le roi
■ d'Espagne, qui avait foit oui parler
• d'elle, et à qui les avis pleuvaietit
depuis quelque temps qu'on voulait
empoisonner la reine, eut toutes les
peines du monde à y consentir. Il
permit à la fin que la comtesse de
Soissons vînt quelquefois les après-
dînées chez la reine par un escalier
dérobé, et elle la voyait seule et
avec le roi. Les visites redoublèrent
et toujouis avec répugnance de la
part du roi. Il avait demandé en
■ grâce à la reine de ne jamais goûter
de rien iju'il n'eu eût bu ou mangé
le premier, parce qu'il savait bien
qu'on ne le voulait pas cmpoison-
'• ner. Il faisait chaud, le lait est rare
« à Madrid, la reine en désira, et la
« comtesse, qui avait peu à peu usui-
« pé des moments de tête-à-téte ave<'
• elle, lui en vanta d'excellent qu'elle
» promit de lui apporter à la glace.
« On prétend qu'il fut piéparé chez
• le comte de Mansfeld. La comtesse
« de Soissons l'apporta à la reine qui
• l'avala, et qui mourut peu de temps
• après, comme Madame sa mère.
• La comtesse de Soissons n'en atten-
» dit pas l'issue, et avait donné l'ordre
« de sa fuite. Elle ne s'amusa guère
• au palais après avoir vu avaler ce
« lait à la reine; elle revint chez elle
• où ses paquets étaient faits, et s'en-
« fuit en Allemague. Dès que la reine
• se trouva mal, on sut ce quelle a-
« vait pris et de quelle main; le roi
» d'Espagne envoya chez la comtesse
• de Soisson.s, qui ne se trouva plus;
« il fit courir après de tous côtés,
« mais elle avait si bien pris ses me-
MAR
163
« sures quelle échappa. Mansfeld
- fut rappelé à Vienne où il eut à son
- retour le premier empjoi de cette
" cour. " En présence d'un témoi-
gnage aussi positif et de l'accord una-
nime de tous les contemporains, on
ne saurait donner aucun poids à l'au-
torité de Voltaire qui nie l'empoisonne-
ment. L'auteur du u'éc/e </« Louii XI F,
au lieu de réfuter les assertions des
écrivains que nous avons cités, s'atta-
che à uiî passage de* Mémoires de
Dangeau , qu'il dénature et mutile.
(;]ar, outre que ce passage n existe pas
dans quelques éditions, il se rapporte
non à Marie-Louise, mais à Anne de
Neubourg, seconde femme de Char-
les II. il faut d'ailleurs ajouter à ce
témoignage que la comtesse de Soit-
sous était la même que l'on avait vue
si gravement compromise avec la
Crinvilliers, et que son propre fils,
le prince Eugène, regardait comme
tellement coupable, que, dans les der-
nières années de sa vie, il cessa de la
voir, {roy: Soi.sso.vs, XLII, 581 .) A— v.
MARIE-LOUISE , reine d'Es-
pagne , mère de Feixlinand VII et fille
de l'infant don Philippe , duc de
Parme , naquit dans cette ville le 9
décembre 1754. Elle fut mariée le 4
septembre 1765, à Charles, prince des
A .stiuies (depuis Charles IV). Couron-
née reine en 1789, cette princesse
reçut à la cour de son père l'éduca-
Jion la plus soignée. Elle n'avait que
douze ans, lorsque, ayant su que son
mariage avec l'héritier de la couronne
clEspagne était signé, elle exigea aus-
sitôt qu'on lui rendit tous les honneur»
dus à ce nouveau rang. Cette pré-
tention , qu'elle eut même à l'yard
de son frère, le duc Ferdinand, donna
lieu il de vives et fréquentes alterca-
tions entre eux. Dans une de ces oc-
casions, Marie -Louise dit au jeune
duc : '< i« vous apprendrai à avoir
11.
164
MAR
« les égards que vous me devez ,
« car enfin je serai reine d'Espagne et
o vous ne serez jamais qu'un petit
« duc de Parme. » Celui-ci répondit :
« En ce cas, le petit duc de Parme
.. aura l'honneur de donner un souf-
« flet à la reine d'Espagne. « Ayant
mis à exécution sa menace, l'infant
fut arrêté par ordre de son père, au-
quel Marie-Louise était allée porter
ses plaintes ; mais bientôt elle-même
intercéda pour celui qui l'avait si
cniellement offensée. Cette princesse
vint très-jeune à la cour d'Espagne.
Sans être belle, elle avait alors de la
grâce sans affectation et une physio-
nomie vive et spirituelle. Cependant
le prince son époux lui témoigna d'a-
bord un éloignement qui l'exposa à
de sévères réprimandes de la part du
roi son père. Ce monarque aimait
tendrement sa bru; mais, alarmé de
son extrême vivacité, il la tenait sous
la plus exacte surveillance. Il éloigna
d'elle deux jeunes dames dont l'exem-
ple pouvait lui être funeste. Ces da-
mes avaient entraîné la princesse à se
promener incognito et seule dans les
rues de Madrid ; de telles promenades
ne pouvaient être tolérées par un
prince aussi rigide, sous le rapport des
mœurs, que l'était Charles III. La
même cause fit aussi éloigner de la
cour le duc de Lancastre , le plus
aimable et le mieux fait des seigneurs
de ce temps-là. Déjà la malignité
avait répandu des bruits outrageants
pour Va princesse. Tant que Charles
m vécut , Marie-Louise lut obligée
de mesurer ses moindres démarches ;
et ne put avoir aucune influence sur
les affaires. Mais, en revanche, eile
jouit du bonheur d'être aimée de ses
peuples. iNe négligeant rien pour ga-
gner le cœur de son époux, elle y
parvint au point que bientôt ce prince
n'agit plus que par ses conseils ou
MAR
d'après sa volonté; et, dès que Charles
m eut fermé les yeux, cet ascendant
eut encore plus de force. Les minis-
tres furent entièrement soumis à la
reine , et les trésors de l'État lui fu-
rent complètement ouverts. Les em-
plois les plus importants ne s'accor-
dèrent que par sa protection. Le tré-
sorier-général, le marquis de la Stor-
mazas, fut destitué pour avoir osé
refuser une somme que l'épuisement
du trésor n'avait pas permis de lui
fournir. Le ministre de l'intérieur,
Cabalero, reçut aussi son congé pour
un refus du même genre. L'empire
de Marie-Louise fut moins absolu
lorsque Godoy vint le partager. Dès
lors, Charies IV et la reine ne firent
plus rien que parleur favori et, ce qui
était assez bizarre, c'est qu'il eût été
difficile de dire lequel des deux époux
avait le plus de penchant pour Godoy.
Mais la reine eut bientôt à se repen-
tir de l'influence qu'elle lui avait
laissé prendre; il n'était plus temps
de faire revenir le roi de rattachement
et de la confiance qu'elle-même lui
avait inspirés pour un homme qui
s'en montrait si peu digne. Charles IV
ne voulait pas croire à la dépravation
de Godoy. La reine n'avait jamais pu
détacher c<;lui-ci «le ses liaisons avec
M°" Tudo , tandis que lui-même ne
souffrait auprès de la reine aucun hom-
me qui eût pu lui donner de l'om-
brage. Ce fut aiusi qu'il disgracia le
ministre llrquijo et le jeune améri-
cain Mallo. Cependant la reine, outrée
d(> l'orgueil du favori et de son in-
gratitude, le metiaça un jour de faire
connaîue au roi toute sa perversité ;
mais le favori ne fut point effrayé de
cette menace, que Marie-Louise étail
d'ailleurs incapable d'exécuter. L'as-
«:ondant qu'il avait pris sur elle étaii
si grand, (pie, malgré tous ses torts,
cette princesse pouvait encore raoui!
MAR
que le roi se passer de sa présence.
Ainsi, loin de s'opposer par la suite à
son élévation, elle ne cessa d'y con-
courir. A cette époque (1802), l]ona-
parte , qui venait de s'emparer du
pouvoir en France, n'avait encore
entrepris aucune correspondance di-
recte avec Godoy ; mais il n'ignorait
pas l'influence qu'exerçait la reine sur
le gouvernement. Il chercha donc à
s'insinuer dans l'esprit de cette prin-
cesse par les lettres les plus polies et
par les présents les plus recherchés.
La princesse, flattée d'être l'objet des
attentions d'un homme qui faisait tant
de bmit en Europe, lui envoya à
son tour des cadeaux magni6ques, et
on la vit mettre un grand prix à
ceux qu'elle en avait reçus, principa-
lement à une perruque en fils d'or, si
habilement travaillée, que l'on pou-
vait à peine distinguer au toucher les
fils d'or des cheveux. En échange,
elle lui envoya une épée enrichie des
diamants les plus précieux. Mais ,
après l'arrivée de Lucien Bonaparte à
Madrid {voy. Charles r\', LX, 463),
Napoléon ne correspondit plus qu'a-
vec le prince de la Paix, sans oublier
cependant de ménager la reine, à
laquelle les ambassadeurs de France
firent toujours, par ordre de leur
mattre , la cour la plus assidue.
Cette politesse extérieure contribua
beaucoup à entretenir chez elle la
haute estime qu'elle avait conçue
pour Napoléon. Mais l'attachement
du peuple espagnol pour cette prin-
cesse était considérablement diminué
depuis l'élévation du prince de la
Paix. Tandis qu'on aimait sincèrement
Charles IV, et qu'on se bornait à
plaindre son aveuglement pour un
indigne favori, on regardait générale-
ment la reine comme la première
cause de cette calamité. Le peuple
languissait dans la misère ; on veneit
^L^
16o
d'augmenter le prix de plusieurs den-
rées, en même temps qu'on avait ac-
cordé à Godoy , déjà le plus riche
propriétaire de l'État, un nouveau
revenu de 500 mille ducats. L'indi-
gnation pubUque fut à son comble.
Un jour, la reine se promenait le long
du Mançanarès : une foule de peuple
se rassemble tout-à-coup autour de
sa voiture; on la menace, on laccuse
des malheurs publics, et les expres-
sions les plus injurieuses s'allient dans
toutes les bouches au nom du favori.
Leê gardes -du- corps qui escor-
taient la princesse eurent beaucoup
de peine à contenir cette foule; deux
d'entre eux furent très-mal traités. On
punit sévèrement les principaux cou-
pables; mais la reine dut voir com-
bien elle avait perdu dans l'esprit de <
ses sujets. Cependant, comme on n'i-
gnorait pas l'attachement que le roi
consei-vait pour elle , on s efforça de
dissimuler; et, quand le monarque et
son épouse se montraient ensemble en
public , ils recevaient tous les -deux
les mêmes témoignages daffectioii.
Ces témoignages les accompagnè-
rent dans leur voyage , à Badajoz,
en Andalousie, et dans celui de
Barcelone , où ils passèrent , eu
1802, pour célébrer le double ma-
riage du prince des Asturies et dt,
l'infante. Quoique Marie-Louise ait
toujours marqué une véritable prédi-
lection pour la reine d'Étrurie et sm-
tout pour l infant don François , ses
sentiments envers le piince des As-
turies semblèrent im peu changer
lors de son mariage avec une prin-
cesse de Naples, pour laquelle elle ne
pouvait pas cacher son aversion. On
a généralement considéré Marie-
Louise comme la principale cause de
l'alliance du prince de la Paix avec
une princesse du sang; néanmoins le
but quelle s'était proposé dans ce
166
MAR
mariafî* ne fat pas rempli , caf Go»
doy ne renonça pas à ses anciennes
liaisons. L'éloignement que le prince
des Asturies avait pour Godoy (voy.
Ferdinand Vil, I.XIV, 80, et Charles
IV, LX, 462) lui attira souvent de
graves réprimandes de la part de ses
parents. Cependant , lors des pre-
mières dissensions du prince avec
son père, la reine croyant les jours
de son fils en danger, alla tout en
pleurs se jeter aux pieds du monar-
que, et elle ne le quitta pas avant
d'avoir obtenu la grâce de Ferdi-
nand. Depuis cette époque, Marie-
Louise ne joua plus qu'un rôle peu
important. Tremblant pour la vie de
Godoy dans les journées des 17 et 19
mars 1808, elle n'eut de nanquillité
que lorsqu'elle le revit à Bayonne.
C'était dans cette ville que les yeux de
cette princesse devaient à la fin s'ou-
Trir sur le compte de jNapoléon ; mais
loin de là, on l'y vit appuyer avec
une sorte de fureur, an détriment de
son fils, ses prétentions à la couronne
d'Espagne; et, si l'on en croit les com-
pilations de Sainte-Hélène, Bonaparte
lui-même racontait alors qu'il avait
été révolté de l'entendre s'accuser
d'un crime pour dénier la légitimité
de Ferdinand, et détruire des droits
que, dit-elle en présence de Charles
IV, il ne pouvait tenir que d'elle
seule. O furent ses deiniers adieux à
ce fils qu'elle ne devait plus revoir.
Bientôt elle fut conduite à Fontaine-
bleau avec Chailes IV, la reine d'É-
trurie (»^o)'. son article, ci-après), l'in-
fanl don François et Godoy; i)uis à
Marseille et enfin à lîome. Elle passa
plusieurs années dans celle ville, oii
tes deux époux vécurent d'aboitl d'un
modique Uaitement du gouvernement
impérial fort irrégulièrement payé,
puis de sonnnes beaucoup plus rx)n-
sidérables que leur envoya Ferdi-
MAB
nand VU, dès qu'il fat remonté sur
le trône. Marie - Louise mourut à
Borne le 4 janvier 1819. M — d j.
MARIE - LOUISE - Joséphine,
reine d'Étrurie, fille de Charles IV,
roi d'Espagne, et de Marie - Louise ,
dont l'article précède celui-ci, na-
quit à Madrid, le 6 juillet 1782.
A lage de treize ans, elle épousa
l'infant don Louis de Bourbon, fils
aîné du duc de Parme, don Ferdi-
nand {voy. Loris I". LXXll, 162}.
iSéanmoins elle continua de résider
en Espagne, sous le nom de princesse
de Parme. Quatre ans et demi après son
mariage elle accoucha d'un fils qui
fut nommé Charles -Louis, et qui
aujourd'hui est duc de Lucqucs.
On sait qu'un traité d'échange don-
nait la Toscane au mari de la prin-
cesse de Parme. Les deux époux eurent
ordre de se rendre dans ce pays au
• mois d'avril 1801. Avant leur départ,
le prince de la Paix leur dit que
le premier consul, Bonaparte, désirait
voir nu moment, à Paris, le nouveau
roi et la nouvelle reine. Après être
restés vingt jours dans cette capitale,
ils partirent pour Florence, en pas-
sant par la ville de Parme, où le roi
eut le bonheur de revoir ses parente.
Les princes firent leur entrée à Flo-
rence, le 12 août 1801. Quoique la
Toscane fut encore occupée par le
général Murât , le comte Ventura en
avait pris possession au nom du roi
Louis 1". L'accueil du peuple ne fut
pas très-cordial, parce qu'il voyait
arriver ces souverains sous la pro-
tection de l'armée fiançaisc, dont le
S(-jonr était pour lui une charge pé-
nible. Le palais Pilti, où descendirent"
le roi et la reine , clait prescpic dé-
pouillé; il fallut emprunter des flam-
beaux et presque tous les meubles.
- Ce fat la première fois, dit la rei-
.. ne d'Étrurie dans »es Mémoi-
MAR
" les (1), qu'une fille du roi d'Es-
•1 pagne, accoutumée à ne faire usa-
n ge que de plats d'or et d'argent ,
« se vit contrainte de manger dans
'< des vases de terre ». La cour de
Vienne fut la première qui reconnut
la souveraineté de Louis I", et elle
accrédita auprès de lui le général
Colli. Le pape Pie Vil envoya ensuite
un nonce à Florence, monseigneur
Morozzo, depuis cardinal. La reine fit
alors, de concert avec son mari, des
démarches pour que les troupes fran-
çaises évacuassent l'Étrurie, mais elle
ne put l'obtenir ; on lui répondit que
l'ancien gouvernement, qui était très-
regrctté, avait conservé l'afFection des
Toscans. Il fut seulement promis qu'a-
près la formation d'une garde noble,
les troupes sortiraient de la capitale,
pour aller occuper Livourne et Pise.
La santé du roi, malade depuis long-
temps, commençait à décliner d'une
manière effrayante ; des accès de fiè-
vre tierce ne lui donnaient aucune
lelâche; ensuite une maladie de poi-
trine se déclara. En 1802, la reine,
quoique enceinte , fut appelée à
Madrid, pour prendre part aux fêtes
du mariage de son frère Ferdinand :
il fallut que le roi Louis s'arrêtât à
Pise : cependant, quand les symptô-
mes de phthisie le lui permirent, il
s'embarqua. La reine, surprise par
les douleurs pendant la traversée,
accoucha d'une fille, en vue de Bar-
celonne. Marie-Louise était bois d'é-
tat de débarquer; alors Charles IV,
qui venait d'arriver, ordonna qu'on
ouvilt les flancs du vaisseau à trois
ponts qui la portait, et que par une
embrasure du bâtiment, on élevât
son Ut, sans déranger la princesse,
}>our la transporter a terre. Cette ou-
verture fut exécutée à grands frais
(1) Memoir of the queen of Etruria writ-
toi ^ hcrself, Londres, 1814, in-8">,
MAR
167
dans l'espace d'une matinée, par
un habile ingénieur, et le roi Char-
les IV eu témoigna la plus vive satis-
faction. Peu de temps après, on reçut
la nouvelle de la mort du duc de
Parme, son fils. Le roi d'Étrurie en
conçut tant de chagrin, que son état
empira, et que les médecins voulu-
rent qu'il retournât à Florence. Le
27 mai 1803, cinq mois après son
retour, il succomba à ses souffrances ,
laissant régente la reine son épouse.
\aî jeune Charles-Louis fut proclame
roi d'Étrurie. Lorsque Marie-Louise
prit les rênes du gouvernement, elle
chercha à assurer le bonheur de ses
sujets ; mais, peu de temps après, une
maladie contagieuse se déclarait à
Livourne, et fit de cruels ravages.
Les troupes françaises continuaient
d'occuper diverses parties de la Tos-
cane, et il fallut augmenter les impôts
|)our subvenir aux dépenses qu'oc-
casionnait cette exigence du vain-
queur. I^a reine dit, dans ses Mémoi-
res déjà cités, qu'elle obtint du cabi-
net de France que des troupes es-
pagnoles viendi-aient en Toscane, et
qu'ainsi elle fut délivrée des troupes
françaises. La reine ne sut pas alors
la vérité ; ce fut Napoléon qui sug-
géra au cabinet de Madrid l'idée
denvoyer en Toscane des troupes
espagnoles. Par ce moyen, ces trou-
pes, une fois sur le continent, pour-
raient être dirigées ailleurs, dans le
sens de la politique française. Cela
eut lieu en effet, mais non pat avec
tout le succès que Napoléon s'en était
promis. Quoique ses troupes n'oc-
cupassent plus aucune des villes de
lÉtrurie, ce pays n'en resta pas moins
condamné à fournir un subside très-
considérable, payable par douzièmes
de mois en mois, et destiné, préten-
dait-on , à solder les régiments qui
dans un cas donné viendraient dans
f«S
MAr.
ce pays, [>oar y apaiser urie révolte ,
et qui attendraient cette destination
près de Mantoue.» Le roi mon fils, dit
.' la reine dans ses Mémoires, ac-
.< quérait chaque jour, en bonté, en
•' docilité, en finesse d'esprit ce que
« je pouvais désirer ; il faisait de
'. grands progrès dans ses études ; sa
.< santé était robuste, et il savait se
« faire aimer de ceux (jui l'appro-
« chaient ». La princesse se livrait à
la joie que lui donnait une espèce
de tranquillité dont jouissait la Tos-
cane, lorsque, le 23 nov. 1807, elle
reçut la visite du ministre de France
qui vint lui annoncer que, l'Espagne
ayant fait cession du territoire tos-
can à Napoléon, il était nécessaire
qu'elle pensât au départ de sa cour,
parce que les troupes françaises qui
devaient occuper la Toscane allaient
se mettre en marche. Cette ma-
nière de congédier une reine régente
et de disposer d'un pays, sans qu'elle
en fût avertie, sans que l'opinion pu-
blique en eût eu le moindre avis,
parut étrange à la princesse ; elle
expédia un courrier en Espagne pour
demander ce qu'il fallait penser d'une
telle injonction. La réponse fut que
le traité existait, et quelle devait
absolument et sui' le champ penser
au départ. Il y a un sujet d'observa-
tion bien iemar([uable dans ces vi-
cissitudes des traités révolutionnaires.
Ilien n'égale le sérieux avec lequel
un conquérant donne un pays, que
le sérieux avec lequel un tiers l'ac-
cepte. Au milieu de ces débats, les
peuples ne sont pas consultés, et la
lemarquc oHVe encore bien plus «l'in-
térêt, quand il s'agit d'un pays l'em-
pli d hommes de science, démérites
tliver.s, et ariivé à un point très-
pei'foctionné de civilisation. Comment
voulait-on que la Toscane s'affection»
n«t à un gouvernement nouveau,
quel qu'il fût, quand on l'arrachait
ainsi à ce commencement de laisser-
aller ou au moins d'habitude qu'elle
éprouvait sous un gouvernement il-
légitime sans doute, mais qui n'avait
jamais présaenté rien de fâcheux, d'a-
mer ni de funeste. Le parti fidèle à
l'ancienne dynastie ne pouvait que se
lenforcer devant de tels mécomptes.
L'infortunée régente, qui véritable-
ment se croyait reine, était invitée
à aller à Madrid recevoir les conso-
lations de sa famille, truelle que fût
l'inconvenance des mesures par les-
quelles on déplaçait ainsi ceux qu'on
avait élevés à une aussi haute dignité
que celle de roi, on y ajoutait encore
la prétention d'être juste. Et comment
donc entendait- on la justice? On
pensait à dépouiller un autre sou-
verain, pour dédommager le jeune
roi d'Étrurie et la régente : ils de-
vaient obtenir en compensation une
partie du Portugal, que gouvernaient
encore ses maîtres légitimes. La reine
manifesta , à cet égard, un sentiment
très-noble. L'épouse du roi de Por-
tugal était sa propre sœur ; elle ne
voulait pas d'une indemnité qui
la détrônât ; mais Napoléon n'a-
vait pas de temps à donner à de
pareils scrupules, et il ne restait
point à l'Espagne assez de force pour
les articuler un seul instant. Le 29
février i808, la reine entrait à Aran-
juez où son premier soin, après
avoir joui du bonheur de revoir sa
famille, ftU de s'enquérir des arti-
cles dn traité. C.ette princesse assure,
dans ses Mémoires, qu'il n'y avait en
cllét aucun traité. On croit cepen-
dant qu'il on exista un très-positif.
Mais, en l'rance, on s'était arrêté à la
pensée de ne l'exécuter jamais, pas
plus (jue les promesses incidentes
(^ui avaient eu lien pendant que l'on
préparait bien d'autres maux dont
MAR
>L\R
169
l'Espagne allait être affligée. Ce n'est
pas ici qu'il convient de i-apporter
les scènes de l'abdication de Char-
les IV {voy. ce nom, LX, 469.) Marie-
Louise ftit attirée à Kavonne comme
son frère Ferdinand et les autres
princes dn sang : elle quitta Madrid
le 3 mai, a peine convalescente de
la rougeole. Cette princesse igno-
rait tout ce qui s'était passé : à peine
arrivée à Bavonne, elle entendit, de
la bouche de son père lui-même,
ces paroles ciuelles : •< Vous savez,
•< ma fille, que notre famille a pour
« toujours cessé de régner. » Kapo-
lëon était alors dans cette ville. La
reine lui demanda une audience, oii
elle sollicita, du moins, la restitution
du duché de Parme, dont son mari
avait été privé , quand on l'avait en-
voyé malgré lui en Etrurie. Napoléon
lui refijsa tout, et aussitôt après
cette audience, l'infortunée prin-
cesse reçut l'ordre de partir avec ses
enfants, et de suivie à Fontainebleau
son père et sa mère ; en même temps
on assigna à la reine pour son entre-
tien et celui de ses enfants 400 mille
francs par an, et l'on se crut très-gé-
néreux! Dans ce château des rois de
France, ses aïeux, la reine d'Étrurie
n*obtint qu'un appartement très-mes-
qnin où elle fut confinée avec son fils
et sa fille. Se voyant ainsi renfermée,
et n'éprouvant d'ailleurs que de foi t
mauvais traitements de son père et
de sa mère, elle crut qu'il lui serait
au moins permis de se retirer dans
quelque modeste habitation où elle
continuerait paisiblement 1 éducation
de ses enfants, et pour cela elle loua
une maison à Passy , près Paris. Au
moment où elle allait monter en voi-
ture pour s y rendre, un officier de
Napoléon se mit en travers de la por-
tière qui avait déjà été ouverte, et dé-
clara qu'il venait de recevoir l'ordre
d'empêcher à tout prix le départ de
la reine d'Étruiie. il fallut remonter
dans la prison qui devait être un peu
plus tard celle du pontife romain et
celle du geôlier de 1808 lui-même.
On avait laissé la reine louer et meu-
bler sa maison de campagne , y
faire des dépenses ; il eut été conve-
nable de signifier plutôt les ordres
qu'on ne fit connaître cjuà l'instant
du départ, mais pourtant la police
impériale n'avait rien ignoré des
projets de la reine. On alla plus loin,
on l'accusa d'avoir cherché à s'en-
fuir, et l'on mit des gardes dans la
cour qui précédait son appartement,
en leur enjoignant de surveiller at-
tentivement la princesse, son fils et
sa fille comme des prisonniers d'État.
Un de ces redoutables prisonniers
avait 9 ans, et fautre 6 ! Napoléon
ne se souvint pas de ce qu'il avait
dit lui-même. La reine, après Fexpul-
sion de Florence, lui adressait ces
paroles. " Vous ne ferez pas de mal
" à une femme et à un enfant. » Le
conquérant , prenant sur ses genoux
celui quil avait fait roi, et ([ui ne
l'était plus , avait promis à Marie-
Louise, non-seulement son appui
politique, mais encore une aSèction
qui ne se démentirait jamais. Et l'on
finit par des agents, des gardes de po-
lice à la porte des appartements de
la princesse!... Le 18 juin, elle reçut
1 injonction de partir pour Compiègnc
avec son père et sa mère. Commen-
çant à manquer d'argent , elle de-
manda ce que signifiait cette pension
de 400,000 francs dont on lui avait
parlé: il lui fut répondu que la ma-
gnanimité impériale n'avait pas deux
paroles , et qu'il lui serait remis 33
mille francs , par mois, à condition
qu elle paierait sa part des frais du
vovage de Bavonne à Fontainebleau,
et de Fontainebleau à Compiègne. La
170
MAR
reine était d'un caractère fort géné-
reux, et ne parut pas foire de difficul-
tés devant cette proposition ignoble ;
elle se borna à dire : « il me semble
•< qu'on ne devrait meîaire payer que
<< les voyages entrepris de mon con-
« sentement: » Il feUut aussi solder
une année de location pour la maison
de Passy, sous peine de se voir tra-
duire devant les tribunaux, ce que
dit assez eflFrontément un des agents
de surveillance à qui l'on parlait de
cette injustice. Le reste du traitement
échu ayant été enfin payé, sauf les
déductions prescrites pour le voyage
de Bayonne à Fontainebleau et de
Fontainebleau à Compiègne, la reine
à qui l'on avait recommandé de
prendre un peu d'exercice fut en état
d'acheter un cheval. Jusque-là elle
s'était contentée de se promener à
pied avec ses enfants , quoique ce
fût dans la plus chaude saison de
l'année. Ici se place un Uait de cou-
rage qu'il ne nous est pas possible
de passer sous silence. La reine,
comme c'est l'usage en Espagne,
prenait (juelquefois le plaisir de la
chasse ; mais il avait follu pour cela
obtenir la permission de son père;
avant que la princesse eiit pu s'en ser-
vir, la permission avait été retirée...
Alors le capitano délia Caccia ( la
reine ne le nomme pas auUemcnt)
lui offrit une petite pièce de terrain
dans une forêt qui était sa propriété,
en ajoutant : ■< Cl'est bien, c'est bien,
" faites de ce terrain ce que vous
"Voudrez, venez dans un heu où
«.l'empereur et le roi d'Espagne ne
" sont pas les maîtres ; puisque je suis
.. chez moi. » Je regrette de ne pas
connaître le nom de ce capitano délia
Caccia. Le roi et lu reine d'Lspagne
ayant demandé la faculté d'aller dans
un pays plus salubrc et plus chaud ,
partirent pour Marseille. La reine
MAR
d'Étnirie fit tous ses efforts pour ne
pas les accompagner, parce qu'ils ne
cessaient de la traiter avec rigueur, et
qu'ils abusaient, pour tourmenter et
blâmer leur fille, de la dernière auto-
rité qui leur restât sur la terre. La
princesse disait, avec raison, qu'elle
ne pouvait confier à personne les in-
térêts de ses enfants, et que les inté-
rêts de ses parents si cruellement com-
promis étaient absolument distincts
de ceux des princes certainement
légitimes possesseurs du duché de
Parme, depuis la fatale mystification
de Florence. La reine ne pailait plus
de la Toscane, et elle voyait bien à
quel point elle avait été abusée. En
revendiquant Parme, icUe se plaçait
sur un terrain d'ordre, de fermeté et
de justice. Ce mot de Parme, cette
revendication noble , fondée sur les
traités les plus sacrés, les plus an-
ciens , cette réclamation si natu-
relle quand la sœur de Napoléon
gouvernait la Toscane, produisirent,
pendant un moment, une impres-
sion favorable sur fesprit de Na-
poléon, qui était toujours plus sage,
quand il ne rencontrait pas de mau-
vais conseils. « C'est juste, s'écria-t-il,
« qu'ils aillent à Parme ; ils auront le
« palais de Colomo, et 50,000 francs
■< par mois. » Peu de temps après, la
reine reçut une lettre où Napoléon
lui dit qu'elle trouverait beaucoup
d'agrément dans le pays qu'elle allait
habiter , mais ce pays n'était pas
nommé, et la reine craignit que les
dispositions du vainqueur ne fussent
changées. On lui faisait avec insis-
tance de si mensongers rapports do
pobce, que son opinion variait sou-
vent, et qu'il n'avait pas le temps de
(hcrcher la vérité, et de revenir à si
premiers sentiments. Le voyage de la
reine, (pu partit de Compiègne le 5 avril
1809, hit heiircus jusqu'à Lyon. Là,
\
MAR
le préfet lui présenta Tordre d aller à
Nice et non à Parme; il ajouta qu'il
fallait partir sur-le-chainp. Cette in-
jonction rigoureuse (il était minuit, et
le prince était malade) effraya la reine ;
elle essava de demander qu'on ne Ui
fît partir qu'au jour. Le préfet et le
commissaire de police y consenti-
rent avec peine, et ce dernier resta
dans l'antichambre jusqu'à ce que le
jour parût. Les hommes revêtus du
pouvoir, partout, ne savent pas avec
quelle dureté on exécute leurs ordres.
Plus tard Marie-Louise racontait à
Rome qu'une des peisonnes attachées
à l'autorité qui parlementait avec elle
pour six heures de répit, alla jusqu'à
la prendre vivement par le bras, en
s écriant qu il s'agissait d'obéir et de
ne pas répliquer. Je crois que cette
personne fut , depuis , une de celles
•jui montrèrent le plus d'empresse-
ment à servir les Bombons de France...
mais il eût fallu auparavant mieux
traiter les Bourbons d'Espagne. l.e
18 avril, la reine arriva à Nice, sous
une escorte de gendarmes ; elle
était partout devancée par les plus
sottes calomnies ; et cette mère ten-
dre, qui ne pensait qu'à ses enfants,
et les défendait coui-ageusement ,
était représentée comme une femme
occupée de conspirations et de com-
plots avec les Anglais. Kn pai-lant de
cette époque, la reine d'Étrurie dé-
clare, à la vérité, qu'elle eut l'idée de
se sauver de î^ice et de chercher ' un
asile en Angleterre. Ainsi il est bien
vrai qu'elle fît quelques efforts pour
s'embarquer secrètement ; mais ce
qu elle ne sut pas, c'est que les afîents.
en qui elle avait mis sa con6ance, é-
tuent la plupart des espions du minis-
tre de la police Rovigo; et qu'après
avoir publié que la reine cherchait la
protection des Anglais, on put prou-
ver, même par des écrits, qu'elle avait
MAR
171
accepté de« relations avec des sujets
de la Grande-Bretagne, qui venaient
quelquefois à 'Siœ. Il arriva ce qui
devait aiTiver : le jour oii la princesse
fut près de s'enfuir, après avoir fait
des préparatifs qui trahissaient ses
intentions, un colonel de gendarmerie
entra dans sa chambre, tandis que
des soldats escaladaient le jardin, et
bientôt les gendarmes se précipitèrent
a la suite de leur chef, armes de me-
notes, de coixles et portant deux sacs.
Le colonel assui-a qu'un Anglais devait
être caché dans la maison: l'ccuyer
de la reine et son maître d'hôtel
furent arrêtés et envoyés à Paris :
quand la visite fut finie, on signifia ;»
la princesse que sa pension était sus-
j)endue. Cependant une euquéte se
poursuivait, et il fut décidé que Ma-
rie-I,ouise serait enfermée dans un
monastère avec sa fille, et que son
fils serait remis entre les mains du
i-oi Chai les IV. Cette sentence fut si-
gnifiée à la reine un jour qu'elle re-
venait de l'éghse. En vain la princesse
avait écrit à Napoléon pour disculper
ceux qu'on accusait d'avoir voulu
favoriser sa fuite, et s'accuser seule de
ce projet. Les risées qu'occasionnè-
rent l'hamanité et la boniie foi de la
princesse n appartiennent pas à un
siècle civilisé. Tombée dans un piège
d'hommes de poUce, elle était encore
déclarée à la fois slupide et conspira-
trice. Dans le même temps on tendait
de semblables embûches à Pie VU
d'un côté, et de l'autre à Ferdinand
VII, à don Carlos et à don Antonio,
leur oncle. Heureusement, ces prin-
ces fiu-ent avertis, et repoussèrent les
scélérats qui se prêtaient à un tel
guet-à-pens. La reine ne nomme pas
le commissaire de police qui fut
chai'gé de la conduire a Rome : elle
se contente de dire que c'était une es-
jîèce de brute qni restait immobile.
172
MÀR
quanti en sanglotant elle embrassait
son fils, qu'on allait conduire à Mar-
seille. Lorsqu'elle arriva dans la ville
de Rome, qu'elle voyait pour la pre-
mière fois, elle fut conduite dans un
monastère de dominicaines près le
Quirinal ; aucun ordre n'avait été
donné pour la recevoir. La prieure
vint à la porte avec une torche de
cire, et s'excusa de ce que rien n'était
préparé pour Sa Majesté ; cette reli-
gieuse ne pouvait parler, tant elle
éprouvait de douleur et de saisisse-
ment. Pendant un mois, la reine fut
détenue dans une chambre étroite
donnant sur la cour intérieure : « Qu'il
.< y a loin de là, s'écria-t-elle alors,
.< au temps oii le roi mon père faisait
« ouvrir un vaisseau de guerre pour
« me transporter plus commodément
« à terre!» Un des agents de Napoléon
vint enlever à la reine tous les bijoux
qu'elle pouvait avoir conservés, et lui
annoncer qu'elle aurait une pension
de 2,500 francs par mois. Le général
lyiioUis, lorsque le roi et la reine d'Es-
pagne arrivèrent à Rome, consentit
à ce qu'ils vissent quelquefois leur
fille prisonnière ; cependant on ne lui
amenait son fils que tous les mois ,
et même à de plus longs interval-
les. Alors il lui était permis de l'em-
brasser, puis de s'entretenir avec lui
mais à une assez longue distance, et
toujours en présence de témoins. Ces
visites duraient un quart d'heure, et
justiu'à vingt minutes par indulgence.
Il fallait promettre que Napoléon n'eu
serait pas infoi'nié. Dans ses plain-
tes, la reine ménage peu le général
Miollis, et il est cruel de penser que
cet homme tfe sens ait pu permettre
des insultes et des sarcasmes tpii sont
de si mauvais goût d«!vant une fem-
me, et à plus forte raison devant
une reine. Murât ayant couclu lui
traité avec les ennemis de Napoléon,
MAB
après les malheurs de Moscou, les
troupes napolitaines occupèrent Ro-
me , et la situation de la reine fut un
peu adoucie. Le li janvier 1814, un
fort détachement napolitain se pré-
senta devant le couvent, et le capi-
taine déclara qu'il avait ordre de for-
mer une garde d'honneur pour la
fille du roi Charles IV. Le général Pi-
gnatelli, commandant en chef , fit à
Marie-Louise une visite, où il se mon-
tra très-poli; elle n'était plus accoutu-
mée à de tels hommages. M. de la
Vauguyon, nouveau gouverneur, vint
aussi au couvent dire que la reine
était libre de sortir quand il lui plai-
rait. La politesse du général Pigna-
telli, on ne sait pas à quelle instigation,
ne se soutint pas long-temps : dès le
lendemain il vint annoncer à la reine
qu'elle devait quitter le couvent, et
aller habiter le même palais que ses
parents. Là d'autres dégoûts atten-
daient cette tendre mère : on lui avait
bien rendu son fils, mais on la confina
avec lui dans un appartement si obscur
que c'était encore une prison. Le roi
Joachim étant passé à Rome consola,
en termes respectueux, Marie-Louise,
et lui assigna une pension de 33,000
francs par mois, qui fut ensuite ré-
duite à 10,000. Cette habitude gas-
conne de promettre et de réduire est
uu spectacle bien affligeant en pareil
cas. La reine devait nourrir quelques
serviteurs, et ce qui était intolérable,
toute une garde d'honneur (juclle ne
demandait pas , et qui ne lui était
point nécessaire... Ici se termine l'é-
crit de Marie-Louise. Ses dernières
paroles sont une sorte d'invocation
a l'Angleterre pour qu'elle accorde
(juehiuc appui à une veuve et à ses
enfants (pii, s'ils ne sont pas héritiers
titulaires du royaume d'ilinuie, ont
bien évidenunenl <lc8 droits aux du-
chés de Parme, de Plaisance et à la
MÂR
principauté de Guastalla. Voilà les
mauvais traitemenls qu'éprouva la
reine, parce que, voulant voir le terme
de ses souffrances, elle avait parlé de
s'adresser au cabinet de Londres. Tout-
à-coup avaient paru de faux Anglais :
on avait supposé des demandes, on
avait donné des réponses, des assu-
rances d'affection et d'intérêt, tout
fut sourdement préparé : d'infâmes
agents de police dirigeaient cette
déplorable intrigue; au moins ceux
qui avaient machiné de tels men-
songes devaient-ils traiter avec plus
d'égards une femme crédule , et
qui n'avait, dans le fait,, d'autre
tort que de s'être confiée à de misé-
rables espions, d'avoir songé à recou-
vrer sa liberté, en usant d'un droit
que partout on reconnaît aux prison-
niers, celui de chercher leur déli-
vrance. Les événements d'avril 1814
ayant amené la restauration du trône
de France, la princesse continua de
résider à Rome et commença les dé-
marches convenables pour obtenir,
au nom de son fils, sa réintégration
dans ses États héréditaires, ou une
indemnité - assortie au sacrifice qui
serait exigé. Il n'était plus possi-
ble de penser à lEtiiirie, redeve-
nue Toscane aux applaudissements
unanimes des Florentins, qui avaient
toujours regi'etté leur ancien maître
Ferdinand. M. de Talleyrand avait
disposé de Parme en faveur de l'é-
pouse de Napoléon , et il faut avouer
à ce sujet que le cabinet de Vienne
non-seulement ne sollicita pas cette
spoliation, mais parut encore ne pas y
consentir. On ne sait pourquoi Ta Ile v-
rand persista à offrir ce qui n'était pas
à la France, et ce qui appartenait à un
prince du sang des Bourbons. Plus
tard, il fut stipulé que le prince Char-
les-Louis serait déclaré duc de Luc-
ques , que sa mère conservei-ait le
MAR
173
titre honorifique de reine et de majes-
té; qu'à la mort de l'archiduchesse
Marie-Louise , le duché de Lucques
appartiendrait à la Toscane , et que le
duché de Parme retournerait au prin-
ce Charles-Louis. La reine essava de
décliner cette décision. L'Espagne ,
pour obtenir l'Étrurie, n'avait pas seu-
lement abandonné leduché de Parme,
elle avait aussi fiait la concession de
vaisseaux de ligne, remis avec pres-
que tous leurs agrès , et une somme
d'argent considérable. Rendre éven-
tuellement le duché de Parme , après
la mort d'une princesse âgée de 23
ans, et qui pouvait encore vivre peut-
être 50 ans , n'attribuer en attendant,
pour indemnité, que le duché de Luc-
ques, ce n'était pas une négociation
convenable. L'agent d'une puissance
étrangère dit à la reine que , si elle
n'acceptait pas Lucques, elle n'aurait
rien. Cette prétention , outr-e qu'elle
était impertinente, ne pouvait pas être
sanctionnée par le congrès de Vienne,
ou par les puissances qui avaient ga-
ranti l'exécution de ses stipulations.
Enfin , la reine, au nom de son fils,
accepta le duché de Lucques. Mais la
santé de cette princesse était altérée
par tant de mauvais traitements; une
maladie incurable se décbra , et elle
expira à Lucques le 13 mar-s 182-i-, à
l'Age de 42 ans , instituant ses exécu-
teurs testamentaires Ferdinand VII et
don Carlos , ses frères (elle aimait ce
dernier de la plus vive tendresse). îa;
pape Léon XII (1) ordonna que l église
des Douze- Apôtres fût mise à la dis-
position du ministre d'Espagne, et l'on
y construisit un immense catafalque
où la reine fut exposée en habit de
dominicaine. Elle voulut donner cette
preuve de gratitude aux dames de
cet Ordre , qui l'avaient aimée et
ser\*ie avec respect pendant ses uial-
(1) mst. rie Léon XII, L 1", p. 180.
174 MAR
heurs. Dans le mois d'août suivant ,
son corps fut transporté en Espa-
gTie, pour être déposé dans la sépul-
ture royale de l'Escurial. Cette prin-
cesse avait dans ses traits tous les
caractères de la figure des Bour-
bons, Son administration en Tos-
cane fut douce ; mais ne porta pas
de fruits heureux, tant elle fut con-
trariée et par le cabinet de Madrid,
et par des dispositions locales toutes
favorables au pouvoir banni par INa-
poléon. La reine se montra toujours
animée de sentiments prononcés poui
l'amélioration du sort du peuple : elle
lit le bien qu'elle pouvait faire en oc-
cupant la place d'un auti'c. Les ra-
ces légitimes elles-mêmes ne savent
pas assez que le principe qui les sou-
tient ne leur permet pas d'aller usur-
per le pouvoir du vaincu. A cette
erreur près, la reine d'Étrurie fut une
princesse estimable, qui défendit cou-
rageusement les intérêts de son fils,
et que personne n'avait Ueu de mau-
dire en Toscane, où cependant elle
était venue exercer l'autorité du sou-
verain légitime. Les Mémoires que
nous avons cités plusieurs fois, dans
le cours de cet article, furent com-
posés par cette princesse en italien,
puis traduits en anglais et en français,
sous ce titre : Mémoires de la relue
d'Étrurie, écrits par elle-même , tra-
duits par Lemierre d'Argy, Paris,
1814, in-8". A— D.
MAKIE I" ( FBA>œiSK - Klis*-
bkth), reine de Portugal, fille unique
de Joseph 1" et de Maric-Annc-Vic-
toire d'Espagne, naquit à Lisbonne
le 21 décembre 1734. Mariée le
C juin 1760 à dom Pedro, son onde,
elle accoucha, le 21 août de l'an-
née suivante, «l'un prince cpii leçul
le nom d»; .toseph-l'rançois-Xavier.
Celte naissance suggéra au niarqui»
<1<; Pombal l'idée d'établir <;n Poittif,al
MAP.
la loi salique, et il fit adopter son
projet par le roi. Ce ministre espérait
sans doute qu'une telle mesure aurait
affermi sa puissance , en lui prépa-
rant un nouveau rôle pour l'avenir.
Haï , comme il l'était , par la reine
ainsi que par la plus grande partie
de la noblesse et du clergé qu'il avait
humiliés et persécutés , il n'ignorait
pas que son pouvoir aurait fini avec
l'avènement de Marie. Mais ce plan
ayant été communiqué à Séabra , se-
crétaire d'État, celui-ci s'empressa de
le dévoiler à la reine, qui en avertit
sa fille et lui fit promettre solennelle-
ment qu'elle ne signerait aucun acte
à son insu. Marie tint parole , et le
projet de Pombal n'eut pas de suite.
A la mort de Joseph 1", arrivée le 24
février 1777, sa fille lui succéda. Elle
futpresque aussitôt attaquée par la rou-
geole, ce qui retarda jusqu'au 13 mai
suivant la cérémonie de l'acclamation.
Elle prit alors le titre de Marie I", et
son mari, peu de jours après, celui de
dom Pedro IIL Un des premiers actes
du nouveau règne fut le renvoi de
Pombal, à qui la reine accorda ce-
pendant une pension et unecomman-
derie. Tonne et sensible, elle rendit la
liberté à tous ceux cpii avaient été.
condamnés pour <les crimes d'État.
Parmi ceux-ci se trouvaient le mar-
quis d'Alorna , gendre du marquis
de Tavora;dom Nuno et dom Manuel
de Loréna, qui avaient été impliqués
dans l'attentat commis, le 3 septembie
1758, sur la personne du i-oi Jo
•seph. De tous les Portugais exilés 9ous
le règne prccé<lent, les jésuites furent
les seuls que la reine ne rappela pas ;
elle permit pourtant à ceux qui ren-
trèrent de se retirer dans le monastère
de Bélem. Cependant les nombreux
ennemis de Pombal demandaieni
grands cris qu'on lui ttt son pro( o
iU obtjni-enl w» mise en jugement <t
MAR
sa condamnation, mais la reine lui
fit grâce et se borna à l'exiler à vingt
lieues de la capitale. Après la mort de
la reine douairière , de sérieuses dis-
sensions éclatèrent parmi les mi-
nistres qui cherchaient mutuellement
à se renverser. La confiance que Ma-
rie accordait à M. de Sa avait excité
la jalousie du comte de Ponte de
Lima , principal ministre , soutenu
par dom Pedro. Ces querelles affli-
geaient la reine et ne finirent qu'à la
mort de son mari , arrivée le 25 mai
1786. Quoique ce prince fût d'un
esprit borné et qu'il s'attacliât à con-
trarier les goûts et les vues de son
épouse, celle-ci ne l'en regretta pas
moins très-vivement. Elle ne l'avait
pas quitté un seul instant pendant
\ sa maladie , et lui avait prodigué
' les marques de la plus tendre af-
: fection. Lorsqu'eHe l'eut perdu , sa
santé s'altéra sensiblement ; ellepax'Ut
i disposée à la retraite, refusa de s'oc-
! cuper des afFaiies, et ne fut accessi-
ble que pour son confesseur et pour
1 dom Juan de Bragance , duc de La-
fbens. Elle s'éloigna même quelque
temps de Lisbonne, et confia , du-
rant son absence , l expédition des
affaires au prince du Brésil , son fils
aîné. Dés lors elle commença d'être
en proie à des accès de mélancolie,
qui furent encore aggravés par de
nouvelles querelles intestines. La Cour
était partagée entre M. Pinto et le
confesseur de la reine, d'un côté ; et
M. de Mello , ministre des affaires
étrangères , et Ponte de Lima , de
l'autie. Pendant ce conflit , toutes les
les autorités se croisaient et tâchaient
de se nuire; les affaires étaient mal
administi-ées ; l'armée, la marine, les
colonies étaient tombées dans l'état le
Iplus déplorable. Ce fut au milieu de
bes pénibles circonstances que le Por-
ugal perdit , le 6 septembre 1788,
MAR
175
l'infant dom Joseph, prince du Brésil,
et héritier présomptif de la couronne,
qui mourut des suites de la petite-
vérole. Cet événement causa une dou-
leur profonde à la reine ; et, depuis
lors, ses accès de mélancolie redou-
blèrent ; et elle parut au commence-
ment de 1791. menacée d'hydropisie.
Son état ne tarda pas à empirer, et
au mois de janvier de l'année suivan-
te, sa raison fut altérée à tel point
que le prince du Brésil qui , par un
respect qui fait honneur à sa piété fi-
liale, mais qui doit paraître excessif, a-
vait laissé l'autorité entre les mains des
ministres, se rit obligé de déclarer,
par un édit du 10 février de la même
année, que sa mère , ne pouvant plus
tenir les rênes de l'Etat, il signerait
désormais toutes les dépêches. Ce-
pendant les affaires continuèrent d'ê-
tre administrées au nom de la reine.
Le docteur Wilhs , qui avait obtenu
des succès dans le tiaitement de l'a-
liénation mentale du roi d'Angleterre,
Georges IIK fut appelé à Lisbonne, où
il arriva le 20 mars 1792; mais, après
quelques mois de séjour, il ne put la
guérir et jugea que sa maladie était
incurable. Il repartit néanmoins com-
blé de présents. Marie ne jouit plus,
qu'à de rares intenalles, de quelques
moments de lucidité. A l'approche de
l'armée française commandée par Ju-
not, le prince-régent la fit embarquer
pour le Brésil, avec lui et sa famille,
le 27 nov. 1807. Elle mourut à Rio-
Janeiro le 20 mars 1816. Ses restes
furent transférés à Lisbonne, et dé-
posés dans le couvent des religieuses
du Sacré-Cœur de Jésus, qu'elle avait
fondé. Elle avait eu de dom Pedro trois
enfants : Joseph, mort à la fleur de son
âge; Jean, qui régna sous le nom de
Jean VI {voy. t. LXVni , p. 122), et
Marie , qui épousa don Gabriel, in-
fant d'Espagne. F — *.
476
MAR
MARIE-THÉRÈSE-JEAN-
NE-JOSÉPHIIVE, archiduchesse
d'Autriche, reine de Sardaigne, fille
de l'archiduc Ferdinand, frère de
Joseph II, et de Béatrix d'Esté, na-
quit le 31 octobre 1773, à Milan,
où son père résidait en qualité de
aouverneur de la Lombardie. A l'âge
de seize ans, elle fut fiancée au duc
d'Aoste, fils cadet de Victor-Amé-
dée m, roi de Sardaigne. Les noces se
célébrcrentàïSovare, le 25 avril 1789,
et, le jour suivant, la jeune duchesse
faisait son entrée solennelle à Turin.
Elle vivait heureuse au milieu d'une
cour dont elle était le premier orne-
ment, tant par son esprit que par sa
beauté, quand les armées françaises
envahirent le Piémont et en chassè-
rent, le 8 décembre 1798, la famille
royale, qui se réfugia d'abord en
Toscane, puis en Sardaigne. Ce fut
dans cette île que Marie - Thérèse de-
vint reine par l'abdication, en 1803,
de Charles-Emmanuel IV. Ce prince
n'ayant pas d'enfant, la couronne
passa au duc d'Aoste qui prit le nom
de Victor-Emmanuel 1". Marie-Thé-
rèse ne rentra à Turin qu'au mois de
septembre 1816 , une année après
son mari. Accueillie d'abord avec en-
thousiasme, elle fut bientôt vue avec
indifférence, grâce à son intolérance
pour tout ce qui rappelait la donu-
nation française, à son antipathie, a
son mépris même pour tous les an-
ciens serviteurs de ^Napoléon, aux-
quels elle ne ménageait pas les i>lus
dures épithètcs. (;ette conduite impo-
litique devait susciter bien des mc-
coutentemcnts, et contribua peut-f'trc
à provoquer l'insurrection qui éclata
en 1821 et cntrahia l'abdication du
bon Victor-Emmanuel. Pendant les
troubles, Marie -Thérèse suivit son
mari à iSicc, puis elle vint habiter
avec l»i II' 'li^t*-'»" ^^ Moncalici,
près de Turin; m«iis elle ne repa-
rut plus dans cette capitale. Restée
veuve en 1824, elle se retira à Gê-
nes, où elle avait acheté le magnifi-
que palais Doria-Tursi. Marie-Thé-
rèse se mit alors à la tête d'un parti
qui ne tendait à rien moins qu'à chan-
ger l'ordre de succession au trône
de Sardaigne; elle espérait arracher
au roi , son beau - frère , un tes-
tament qui déclarât prince hérédi;
taire le duc de Modène, lequel avait
épousé la fille aînée de Victor-Emma-
nuel. Mais, si cette intrigue empoi-
sonna les vieux jours de Charles-
Félix, elle le trouva inébranlable ; il
se refusa avec fermeté à un acte
contraire à la loi salique en vigueur
depuis près de mille ans dans la mai-
son de Savoie, à un acte qui eût exclu
du trône un prince chéri de la na-
tion, et dont les droits avaient été
garantis par le traité de Vienne. Telle
fut la principale cause qui tint cons-
tamment éloignée de la cour la reine-
douairière ; elle ne revint passer quel-
ques jours à Turin qu'en 1831, à
l'occasion du mariage de l'une de
ses filles avec le roi de Hongrie, au-
jourd'hui empereur d'Autriche. Elle
mourut presque subitement dans son
palais, à Gênes, le 29 mars 1832;
son corps fut transporté à Superga,
dans le tombeau des rois sardes. Marie-
Thérèse avait eu six enfants : Marie-
Réatrix, aujourd'hui duchesse de Mo-
dène; INlaric-Clotilde et Charles-Em-
nianuel, morts en bas-âge; Marie-
Ferdiiiande et Marie- Anne, sœurs
jumelles, dont la première est du-
chesse de Lncques et la seconde iiii-
pératrice d'Autriche ; la plus jeune,
Marie-Christine, est morte reine de
INaples, dans toute la fleur de la jeu-
nesse et de la beauté. A — y.
MAUlE-(^AROLIi\E, reine de
Naplcs. /■ CM.'UMi-MAniE, LX, 19*.
S?
MAP.
MAKIE DE CLÈ\TS. /'«>
r.LKVfcS, IX, 95.
MARIE de f Incarnation :\\kv-
hiE Trochet , plus connue sous le
nom de}, naquit vers I080, daiis
»'lè diocèse de Sairit-.Malo. où ses pa-
iY>nts, d'extraction noble, se faisaient
remarquer par la pratique exacte de?*
devoirs i-eligieux. Sa mère, quelle per-
dit dans son enfance, avait dépose
dans son cœur le geroïe de la piétt-
et de la charité. Il se dévelopfw avcr
I "âge, et à quatorze ans , aprc* avoir
perdu son père, elle se retira chez
un de ses bcaux-lrère» , et y devint
le modèle des jeunes personnes. Sa
piété n'annonçait pourtant pas encore
une vocation religieuse bien arrêtée;
elle n\- fut déterminée que plus taid
par la conversion merveilleuse d'une
de ses cousines, qui l'admit comme
compagne dans ses exercices spirituels.
La dévotion d'.\maurie n'était pas
purement spéculative, elle se tradui-
sait en actes charitables dont le.s
pauvie?:, et surtout les malades, les-
scntaieut les effets, .\pres quelques
années passées dans une union édi-
fiante, sa cousine et elle se séparèreni.
La première entra au couvent de
Sainte-Claire de Dinau ; quant a A-
maïu'ie, sa faible complevion mit obs-
tacle à son admission qui n'eût pu
s'accommoder d'une règle aussi aus-
tère que celle des Glatisses. Cette
séparation fut un sacrifice pénible
dont elle se fut difficilement consolée
si elle n'eut rencontré à Rennes, oii
elle s'était retirée, une bonne veuve
qui prenait des pensionnaires, et chez
qui elle alla demeurer. Elles forutèieut
ensemble une couununuuto, et se dé-
vouèrent à l'instruclioii des enfants
pauvres. Mais cette vie ne satisfaisait
pas entièrement M"' Trochet La pro-
fession religieuse était la seule qu'elle
vuulùt suivi-e, et elle se flattait fie
MAP. 177
|K»(r\uir ta pratiquer chez les carmé-
lites de Nazareth . à Vannes , où
y>on admission avait été anrtée ;
des obstacles occasionnés par sa dot
la firent échouer de nouveau, et l'o-
bligèrent de retourner à Rennes. Elle
\ entra dans une conuuuuauté où l'on
ne fut pas loug-lemps sans remarquer
sa ferveur et son active charité. Ses
sœurs la choisirent bientôt [>oui
gouverner leur maison , qui né-
tait encore qu Une simple réunion de
pei'sonnes pieuses. Celles qui la com-
posaient résolurent, pour se consa-
crer plu;> intimement à Dieu, de rat-
tacher à la nouvelle société des l'rsu-
lines, dont le premier couvent, fondé
piu M"" de Sainte-Beuve, avait été
établi en 1610. au faulM>urg Saint-Jac-
ques, a Paris. Ce fiit la que «œur A-
maurio, avec deux de ses compagnes,
entra au mois de mars 1617 , ca-
chant humblement le litre de su-
périeure qu elle avait eu à Rennes.
AjMvs son année de proliation , elle
fut admise à prononcer ses vœux
et reçut alors le nom de Marie de
rfuciiruution. Elle revint ensuite en
Bretagne avec ses compagnes et tine
professe de Paris, qui était chargée
de gouverner la nouvelle maison de
Rennes. Quand cette piofcsse eut fini
son temps de supérioiité, toutes les
religieuses voulurent appeler la mère
Marie de llncarnalion à lui succé-
der; mais elle |>arvint, par une pieuse
rnse, à se soustraire à ce lardeau jus-
qu'en 162^i, que la ville de Ploërmel
avant désiré un établissement d'Ur-
sulines, elle v fm errvoyée avec le ti-
Ue de supérieme. l>*s «ommeiice-
inents de cette maison furent diffici-
les, à cause de son extrême pauvreté.
Cependant en 1627, grâce à une sage
administration et à d'abondantes
aiunônesj son avenir fut assuré par
la coiislniction d'un grand couvent.
12
178
MAR
Après l'avoir gouverné pendant six
ans, elle revint à Rennes où elle mou-
rut, le 27 février 1632.— Deux autres
dames, ses contemporaines , Barbe
Avrillot et Marie Guyard, sont con-
nues aussi l'une et l'autre sous le
nom de Marie de l'Incarnation ,
qu'elles prirent en embrassant la vie
religieuse (voy. Avrillot, III, 130, et
Marie de l'I^îcarsation, XXVII, 128).
P. L— T.
MARIE de Saint-Ursin (P.-J.),
né à Chartres en 1769, étudia la mé-
decine à l'Université de Reims et fut
d'abord employé à l'Hôtel-Dieu de
Chartres. Après avoir été attaché à
l'armée du Nord , en qualité de pre-
mier médecin, il devint inspecteur-
général du service de santé. Il mou-
rut à Calais en 1819. Marie de Saint-
Ursin était secrétaire de la société
académique de Paris, membre de
l'Institut Bolonais, des Arcades de
Rome, et de plusieurs autres sociétés
littéraires, françaises et étrangères.
Il avait rédigé de 1800 à 1810 la Ga-
zette de Santé, ce qui lui donna quel-
que célébrité. On a de lui : I. L'ami
des femmes, ou Lettres d'un médecin,
concernant l'injliicnce de l'habillement
des femmes sur leurs mœurs et leur
santé, et la nécessité de l'usage des
bains en conservant leur costume ac-
tuel, suivi d'un appendice contenant
des recettes cosmétiques et curatives,
Paris, 1804 et 1805, in-8". II. Ma-
nuel populaire de santé, à l'usage des
personnes intelligentes vivant à la
campagne, ou Itistructions sommaires
sur les maladies' qui régnent le plus
souvent et les moyens les plus simples
de les traiter, suivies de notions chi-
rurgicales et pharmaceutiques, Paris,
1808, 111-8". Cet ouvrage devait être
suivi d'un supplément intitulé : Coup-
<ftfi7 historique sur la médecine an-
cienne et moderne, mais qui n'a point
MAR
été publié. III. Stances sur la nais-
sance du roi de Rome, Paris, 1811,
in-i". IV. Étiologie et thérapeutique
de l'arthrétis et du calcul, ou Opi-
nion nouvelle sur la cause, la nature
et le traitement de la goutte et de la
pierre; suivie d'un petit traité d'Uro-
mancie hygiénique, ou moyen de re-
connaître^ par l'inspection de l'urine,
l'état de la santé et le régime propre
à la conserver, Paris, 1816, in-S".
Z.
MARIETTE ( Jacques - Chisto -
PHE-Lrc) , né dans la Normandie , en
1760, était avocat à Rouen avant la
révolution. Il en embrassa la cause
avec ardeur, et fut nommé, en sep-
tembre 1792, député de la Seine-In-
férieure à la Convention nationale;
mais, ayant appris que cette assem-
blée avait commencé ses travaux par
l'abolition de la royauté, Mariette
voulut se démettre. Cependant, mal-
gré cette répugnance , il se rendit a
son poste. Dans le procès de Louis
XVI , il vota pour l'appel au peuple,
pour la détention, le bannissement à
la paix, et enfin pour le sursis à l'exé-
cution, en déclarant qu'il votaitcomme
législateur et non comme juge. Après
le 9 thermidor, il remplit une mis-
sion dans les ports de Cette, Mar-
seille, Bordeaux, Rayonne, et dans
les départements des Bouches -du -
Rhône, et du Var, pour les opéra-
tions relatives aux marchandises qui
s'y trouvaient en dépôt, et pour y
lever la loi du maximum. Il a été
accusé d'avoir alors souffert, dans le
Midi, les terribles représailles que la
jeunesse, indignée du sang que les
tenorisles avaient fait couler, tira
d'eux après la chute <le la Montagne,
surtout à Marseille, il était à Toulon
lors de l'insurrection jacobine de cette
ville, en 1795, et contribua beaucoup
à la comprimer; il accusa, depui»,
MAR
MAR
179
Salicetti de 1 avoir favorisée en inUo-
duisant six mille Corses dans la ville,
et demanda son arrestation. En juin
même année, il fut nommé secrétaire
de l'Assemblée, entra ensuite au Co-
mité de sûreté {jénéraie, et se pro-
nonça contre les sections de Paris,
dirigées par le parti royaliste, aux
approches du 13 vendémiaire. De-
venu, parla réélection des deuxtiei*s,
membre du Cx)nseil des Cinq-Cents,
il en soitit en mai 1797. Mariette ob-
tint, en 1800, une place de juge au
tribunal d'appel de Rouen, cjuil oc-
cupa jusquà l'organisation des Cours
impériales en 1811. Il passa, peu de
temps aj>rès, à la prévôté des douanes
d'Anvers, et fut ensuite président d'un
tribunal de douanes en Hollande.
Xornnié enfin commissaire de police
à Paris, il }>erdit encore cette place,
après le second retour du roi en 1815.
Il mourut à Paris dans le mois de jan-
vier 18-21. xM— 1> j.
JILiKIG^ÎAC (Pierre Gallusuid
ne), né à Alais, en 1712, fut envoyé
dès l'âge de onze ans à Genève, oii
il obtint ensuite le droit de bour-
geoisie. Il s'attacha a 1 instmction
publique , fut professem de la 3'
classe de l'Université de cette ville, et
y mourut en 1780. On a de lui : 1.
Diseounsur la dispute. II. Lettre cri'
tique sur la religion essentielle. Cet
ouvrage a été réfute pai le profes-
seur de Roches. Wl.Épltre vur la poé-
sie. IV. Le Spectateur Suisse, com-
posé de sept discours. V. Epitre cri-
tique à M. d'Alenibert sur f article
Genève de l'Encyclopédie. Ije Jour-
nal historique renferme un grand
nombre de ses vers latins et français,
.qui ne donnent pas une haute idée
xle son talent pour la poésie. V. S, L.
. AIARlGiVlE (Je\.n-Étie>>e-Fran-
.«^iSDt:), littérateur, né a î>ère en Lan-
guedoc, d'une- famille noble, ver.-*
175.0, vint fort jeune à Paris, et fit
représenter au Théàtre-Françai*, en
1782, une tragédie deZoraï, ou le-.
Insulaires de la Nouvelle-Zélande ,
sujet d invention qui se rattachait auv
découvertes daiiâ la mer duSud,dont
on était alors fort occupé. Cette pièce
n ayant pas réus&i, il la retira le soii
mêmede la représentation. Se tix>uvant
a Genève lors de lascension de Saus-
sure au sommet du Mont-Blanc, .Ma-
lignié célébra cet événement dans
une pièce de vers qui fut insérée dan.<
plusieurs recueils. De retour a Pari.»
ail connuencement de la révolution ,
il prit part, dans quelques écrit», it
la défense de la nmnicipalitc de Mon-
tauban, traduite devant l'Assemblée
ronstituanle. Après avoir publié, dans
le cour.s du procès du roi, divers ou-
vrages lignés de son nom, pour la dé-
fense du monarque, il voulut tenter,
au sein de la Convention, un derniei
eiVort, le 20 janvier, veille de latten-
lat , demandant, par ime lettre adre«-
hée et remise an président, a être en-
tendu à la barre. Il v portait ime pé-
tition ou , laissant à part toutes les
considérations de justice , d innoceu-
«e, d'inviolabilité , épuisée» par les
défenseurs, et exposées par lui-même
dans un court résumé qu'il avait fait
distribuer sous le titre de Procès de
Louis AT'/ eu quatre mots, il ne fai-
sait plus valoir que celle de haute po-
liiiqne et de l'intérêt personnel des
membres de la Convention , pour les
détourner de l'e.xécution du sangui-
naii e arrêt qu'ils venaient de rendre,
il y mettait aiuisi en usage tous le:>
moyens propres à émouvoir les tri-
bunes, et exciter un mouvement de
conmiisération et d horreur pour le
crime, dernière espérance qui lestàt
en ce moment pour en empêcher la
consommation. I^> président de la
ikinvention , Vergniaud, qui lui avait
12.
1^
MAR
fait répondre verbalement, par un
huissier, que la parole lui serait don-
née à la fin de la séance, la leva brus-
quement sans l'appeler à être entendu.
En vain Mariçnié s'élança au bureau,
et eut avec le président une violente
altercation dans laquelle il lui repro-
cha durement son manque de parole,
l'assemblée était séparée, tout es-
poir était perdu ; le lendemain le cri-
me fut consommé. Échappé , en se
hâtant de se confondre dans la foule ,
aux huissiers qni entouraient le pré-
sident pendant son débat avec lui,
Marignié était allé porter à l'impri-
meur Dufart l'écrit qu'il n'avait pu
lue à la Convention, pour lui don-
ner au moins la publicité de l'irn^
pression, à titre de protestation
contre l'attentat qu'il n'avait pu pro-
venir. Il fit précéder cet écrit, intitu-
\é ■ Pétition de grâce et de clémence
pour Louis Xn, du récit de ce qu'il
avait tenté pour Être entendu. Cet écrit
donna lieu à des perquisitions chez
l'imprimeur. L'auteur, qui s'y était
nommé, averti qu'on faisait des re-
cherches contre lui-même, se hâta de
s'éloigner .Toutes ces circonstances ont
été rapportées dans X Histoire du pro-
cès de Louis XVI, par Méjan, où se
trouvent cités des passages étendus
de la pétition. Sorti de France, après
quelque séjour en Suisse et en Alle-
magne, Marignié passa en Angleterre,
et y publia, dans le Journal général
de l'Europe, plusieurs articles qu'd
signa un Français d'autrefois, et dans
lesquels il s'attacl.a à donner une
idée plus exacte du véritable état des
choses en France i^uc celle qu'en
avaient l)oaucoup de fugitifs comme
lui, mais qui en étaient sortis depuis
,j)lu8 long-temps. Il s'aperçut bientôt
«^ii'on lui savait pou de gré de
réduire à letu' juste valeur le» illu-
Bioiis dout quelques auU c» feuilles pu-
MAR
bliques, et particulièrement le Ti-
mes, entretenaient les esprits, en mon-
trant comme touchant à son terme,
dès 1794 , une révolution qui com-
mençait à peine. Mallet-Dupan, dont
les opinions étalent plus en accord
avec les siennes, lui rendait aussi plus
de justice. La tourmente révolution-
naire étant un peu apaisée, il rentra
en France en 1796. Son nom ayant
été inscrit sur la liste des émigre\s,
tout ce qu'il possédait avait été
saisi; ses rentes sur l'État étaient tom-
bées en déchéance ; son mobilier mê-
me avait été vendu et dispersé. Le
seul moyen d'existence qui lui restât
fut la traduction d'ouvrages anglais
alors fort recherchés , surtout les
romans, que les libraires se dispu-
taient, distribuant les volumes d'un
même ouvrage entre plusieurs traduc-
teurs expéditifs , souvent étrangers les
nus aux autres. A l'exception de la
rie de Garrich, 1 vol. in-12, Paris ,
1801, et des Mémoires de Gt7>?>oji, pu-
bliés parShefficld, 1797, 2 vol. in-8",
dont il fut le traducteur sous le voile
de l'anonyme, nous ne saurions indi-
quer les titres des autres ouvrages qu'il
traduisit alors. Dans le même temps, il
accepta la proposition d'un imprimeur
qui avait conçu l'idée de faire i^evi-
vre le Journal général de l'abbé de
Fontenay; il en publia le prospectus
et eu poursuivit quelque mois l'en-
treprise, en conservant son ancien
caractère. Mais sa situation d'émigré
l'exposant à l'application dès lois
terribles de cette époque, ses amis eu
prirent de l'inquiétude , et exigèrent
qu'il renonçât à cette rédaction. L'é-
vénement ne tarda pas à justifier leur
crainte; la journée du 18 fructidor
arriva, et, dans le» proscriptions
qu'elle amena , furent compris qua-
rante-quatre journaux, leurs auteui-s
et cooi>ératcurs. D'autres événements
MAR
ayant succédé, il eut une part de co-
opération au Mercure , devenu célè-
bre pai" l'association de MM. de Fon-
tanes , Chateaubriand , Bonald, et
bientôt il se chargea de la rédaction
du Publicisle. Le caractère d'indépen-
dance et de juste mesure qu'il lui fit
prendre, de concert avec Suard, l'un
des propriétaires, l'exposa, sous le
gouvernement de Bonaparte, à beau-
coup de tiacasseries. Plus d'une fois,
il refusa d'y insérer des articles en
opposition avec ses opinions, qui lui
étaient envoyés par la police. Enfin
il put secouer ce joug, et il en fut re-
devable à Fontanes, qui l'appela suc-
cessivement aux fonctions de secré-
taire-général de la questure du Corps
législatif, et à celles d'inspecteur-gé-
néral de l'Université. A la première
enti'ée des alliés à Paris, en 1814, il
publia, en l'adiessant à l'empereur
de Russie , une Lettre respectueuse,
mais forte, où il s'élevait contre la dé-
claration donnée aunom des souverains
aUiés,le soir même de leur airivée. par
laquelle ils prenaient l'engagement de
reconnaîue et de garantir la consti-
tution que la nation française se don-
nera, invitant le Sénat a préparer,
c'étaient encore les termes de la dt'-
claration, la constitution qui convien-
dra au peuple français. Voici un pas-
sage de cette lettre : »< Les souverains
« alliés n'appellent point la nation
« française à s'occuper de ses plus
« grands intérêts, à l'insu de son roi
« et des princes de son sang. Séparée
« d'eux, la nation française est incom-
" plète. Une constitution à laquelle ils
« ne seraient appelés que pour sous-
•< crire et se soumettre ne serait
« pas luie constitution française. "
Lt il ne dissimulait pas son étonne-
nient qu'une pareille invitation fût
faite au Sénat de Napoléon : « Ce
Il corps, disait-il, auquel les souve-
MAB
181
" rains alliés ont cru devoir s'adres-
« ser, peut-être sans s'être assez assu-
« rés de l'opinion de la nation fran-
« çaise à son égard. « Marignié adres-
sa encore, à la même époque, une
lettre à Benjamin Constant, en répon-
se à un article de cet écrivain, intitu-
le : Des révolutions de 1660 et 1688
en Angleleire, et de 1814 en France,
article tout apologétique de l'acte ou
projet d'acte de constitution nouvelle
proposé par le Sénat. Au retour de
Bonaparte, en 181 o, il refusa le ser-
ment imposé à tous les fonctionnaires
publics , et se trouva ainsi de nou-
veau sans état et sans fortune. A la
seconde rentrée du roi, sa santé ne lui
permettant pas de continuer ses fonc-
tions d'inspecteur-général de l'Uni-
versité, et son âge l'autorisant à pren-
dre sa retraite, il la demanda et l'ob-
tint. En même tempsjle roi qui luiavait
accordé la décoration de la L**gion-
d'Honneur, y ajouta, en récompease
de son dévouement à Louis XVI, sur
l'exposé de toute sa conduite, qui fut
mis sous ses yeux, d'auUes mar-
ques de sa bienveillance et de sa li-
béralité. Au mois de mai 1817, pre-
nant la défense de son ami Bonald ,
attaqué dans le Journal de Paris, Ma-
rignié publia un petit écrit ayant
pour titre : Sur madame de Krudner,
en réponse à l'article sur cette dame
et contre M. de Bonald , inséré dans
le Journal de Paris du 30 mai. En-
fin nous rappellerons qu'il publia dans
les journaux , dans les Actes des Apô-
tres et différents recueils , quelques
morceaux de poésie, et qu'il avait fait
recevoir au Théâtre-Français une co-
médie en vers, intitulée le Paresseux,
ou l'Homme de lettres par paresse,
qui n'a pas été jouée, et qui ne le sera
probablement jamais, mais que l'au-
teur fit imprimer à Paris en 1823.
Les événements de 1830 l'affligèrent
182
MAP,
si profondément que sa raison en pa-
rût altérée. Il se retira dans son pays,
où il mourut peu de temps après.
Outre les ouvrages que nous avons
cités, il a publié : I. Ba(jnère% vengée .
ou la Fontaine d'Angoxilême , Bagnè-
res, 1817, in-8°. Cette pièce fut ven-
due an profit des pauvres de Bagnè-
res. II (en anglais). Le roi ne peut ja-
mais avoir tort; le roi ne pentmnl
faire, Paris, 1819, in-8". M— d j.
3LIRI1V (Louis), professeur de
belles-lettres aux collèges de Beau vais
et du Plessis, écrivit en latin quelques
discours et plusieurs pièces de vers
dans le genre d'Horace; mais, comme
on le pense bien , fort loin de leiu
modèle. Ses discours ont été impri-
més à Paris, en 1728, in-i2; on re-
marque surtout celui qui a poiu- titre :
De hilaritate niagistris in doeendo ne-
cessaria. Ses œuvres furent insérées
dans le recueil suivant : Selecta c.nr-
mina orationesque clariss. ih univer-
sitatc Paris, professorum. Mais plu-
sieurs de ses poésies avaient déjà
été imprimées séparément .- I. Car-
/esms, ode alcaique, 1720. II. Jd
Grenadum, de Pulchro , 1722. lU.
Âd Boeviuujn, de Festivo , 1723.
IV. Àd Cutturilim ., de Laiidativo,
1*726. — Maris (François), d'abord
cuisinier de M"" de Gesvres , puis
maître-d'liAtel du maréchal de Sou-
bisc, écrivit des règles sur son art.
1. Les dons de Comns, on /f « délice"
de la table, avec une préface des PP.
Tîrumoy et Bougeant, Paris, 1739,
in-12. II. Suite des ilons de Cornus,
avec une préface par Querlon, Pans.
1742,3 vol. in-12. Ces deux ouvrages
furent rétniis dans une nouvelle édi-
tion, Paris, 1750, 3 vol. in-12. --
Marin (Pierre), poète limousin, est
connu par nn poème intitule- : /.'•*
Amouk sacré f, 1713, in-12. Ou la-
yonte de lui une naïveté as^cz amu-
MAB
.santé; Étant allé visiter les Feuillants
de la rue Saint-Honoré, un religieux
lui montra tout ce que le monastère
avait de cniieux, et lui fit remarquer
que le portail était d'ordre corin-
thien : K Comment ! reprit Marin, je
pensais qu'il était d'ordre de St-Ber-
nard.i — Mariai y Mendoza (Aon Joa-
fiuin), professeur de droit à Madrid,
mourut vers 1776. On a de lui : I.
Histoire du droit naturel et des gens.
Madrid, 1776. On y trouve une criti-
(jue des principaiLX ouvrages qui ont
para sur cette matière. Il Joan.-Got-
tlieb. Heineccii elementa juris naturo
et gentium, castigationibus ex catho-
licomm doctrina et juris historia auc-
ta, Madrid, 1776, in-4<*. ÏII. Histoire
de la miliee espagnole, Madrid, 1780.
in-i". ' Z.
MAKIX (Josei'I1-Ch.\iu,I'S), sculp-
teur français, né en 1773 , obtint .
en 1812, le premier grand prix d(
sculpture. Il envoya de Rome, qua-
tre ans après, un Amour endormi, co-
pié de l'antique. C'est au ciseau de
Marin que Ton doit la statue colos-
sale de Tourville , qui décora pen-
dant quelque temps le pont Louis
XVI , aujourd'hui de la Concorde ,
et qui fut transportée ensuite dans
la cour du château de Versailles.
La ville de Bordeaux lui confia . en
1819, l'exécution de la statue qu'elle
avait votée à M. de Tourny, .son
ancien intendant. Malgré son ta-
lent et ses travaux, Marin ne sr
trouva pas à l'abri du besoin dans
ses derniers jours. Il moiu'Ut à Pari.»-,
le 18 septembre 1831, dans un état
voi.sin de la misère. Il avait ét(' pen-
dant plusieurs années professeur à
l'école des Beaux Arts de Lyon. Le
«•hAteau de rontaincbleaii possède nu
T< Hém ,/ (^ » r de cet a rtis I e . A — v.
.MAllINALI (IlonAci;), sculp-
teur, naquit à Bas.sano, eu 1643. Son
)UR
l>ere professait le même art avec suc-
cès, et fut son maître. Horace se ren-
dit d'abord à Venise, mais, peu sa-
tisfait de l'état de la sculpture dans
cette ville, il alla jusqu'à Rome où il
suivit les leçons des plus habiles pro-
fesseurs de cette époque. En 1673, il
revint à Venise, et y exécuta pour
l'église des Auyustines, appelée des
Vierges, deux statues de saints, et un
bas-relief représentant le Portement
de croix, auquel il mit son nom. Il
produisit encore dans cette ville un
giand nombre d'ouvrages. Mais en
1681, sa ville natale ayant formé le
projet d'élever sur une colonne, au
milieu de la place publique, la statue
de saint Bassano, évêquc, protecteur
de la cité, Marinali fut chargé de
cette entreprise qu'il exécuta, à l'aide
de deux de ses fi-ères, avec cette rare
perfection qui distingue ses ouvrages.
Il se fixa des-lors a Bassano, où on
lui confia un grand nombre de tra-
vaux, tant publics que particuliers.
Il enrichit de ses productions plu-
sieurs églises et palais de Vicence, de
Brescia, de Padoue. de Vérone et de
beaucoup d'autres villes des États vé-
nitiens. La plupart des statues qui or-
nent les beaux jardins des Coruaro. à
Castel-Franco, que l'on nomme le Pu-
raJi's, sont dues«à son ciseau. Marinali
avait une haute idée de son art, un
génie élevé, une grande facilité, de la
douceur et de la grâce. S'il n'atteignit
point à la réputation de l'Algarde et
du Bernin, qui, à cette époque, tenaient
à Rome le premier rang, il surpas-
sa de beaucoup tous les artistes vé-
nitiens ses contemporains. Presque
tous ses ouvrages , remarquables par
l'expression, le jet heureux des dra-
peries et le mouvement des figures,
sont de grandeur naturelle; quelques-
uns sont de plus forte dimension.
Il s'occupait de l'exécution des sta-
MAR
183
tues et des bas-reliefs destinés pour
la superbe église de Monte -Berico,
lorsqu'il fut surpris par la mort ,
le 20 février 1720. — François et
Ange Mahi^ali, frères du précédent,
naquirent à Bassano, le premier en
16^Î7, et le second en 16i>4-. Ayant
presque toujours travaillé conjointe-
ment avec leur frère Horace, leur
réputation s'est, pour ainsi dire, con-
fondue avec la sienne ; cependant quel-
ques œuvres particulière», auxquelles
ils ont mis leur nom, prouvent que ,
si leur talent n'était point aussi élevé
que celui de leur frère, ils n'étaient pas
indignes de s'y associer. On trouvera
de plus amples détails sur ces tiois
artistes dans l'ouvrage de Verci, in-
titulé : Notizie sopru i pitlori, gli
scuttori e gCintagliatori , délia cittk
di Bassano^ Venise, 1775, in-S".
P— s.
MARIN ARI (Ho>obé;, pein-
tre florentin , né en 1627 , reçut
les premiers principes du dessin de
son père, Pieire Marinari , qui le mit
bientôt sous la conduite de Carlo
Dolce. Le jeune Honoré ne tarda
pas à se distinguer, et panint en peu
de temps à se rendre, propre la ma-
nière de son maître. Mais convaincu
que le fini dans l'exécution , que
l'exactitude même dans le dessin, ne
suffisent pas pour faiie un grand
artiste s'il n'y joint le génie de la
composition, il se mit a étudier cette
partie importante de l'art , que le
Dolce possédait faiblement. La lecture
des poètes et des histoiieiis enrichit
son esprit de connaissances variées,
et il s'habitua à rendie ses idées sur
le papier ou sur la toile , de manière
à se faire enfin connaître comme
peintre d'histoire. Cependant, il com-
mença par le portiait, et y acquit la
réputation d'un habile artiste, il se
hasarda ensuite à peindre l'iiistoii-e :
184
MAR
Le jiKfeinenl de PAiis Ci ï/utue an
bain, qu'il exposa eu public , obtin-
rent le suftVape gênerai, il fut alors
chargé de plusieurs travaux impor-
tants pour les églises de Florence. On
admira son saint Jérôme écoulmil l<i
trompette . dû juyement deniiei; qui
orne l'église de Saint-Simon ; et Ton
ne fit pas un moin«lre cas de son
sairit Âfaur (juérissuiit les iiijiinie<,
(jue l'on voit dans l'abbavo des I5én(;-
(Jictins. Dans ce tableau, on n'apei-
coit plus cet einpiitenieut délicat de
teintes, cette finesse d'exécution <jui
t'ont le mérite de ses autres tableaux ;
il a adopté une manière foite de
colorer ; ses ombres sont vigou-
reuses sans être noires , et sa tou-
che est ferme et résolue. Il a voulu
Faire connaître par cet essai qu il sau-
rait s'éloigner avec succès, quand il le
voudrait, de la manière agréable «t
finie de son maître. 0«i estime en-
core beaucoup son tableau de Jéms-
Clirist apparaissant h sainte Marie de
Pazzi , qui existe dans l'église de
.Sainte-Marif^Majein e. liieutôt toutes
les villes de la 'l'oscane (U'Uiandè-
rent de ses ouvrages; il lut charge
de peindre «ne Fuite eu Eç^ypte
pour San-(;asciano;un Sainl-tratiçois
d'Assise, dans une gloire, priant pour
les âmes du punjaloire , j>rande com-
position qui Fait rorneuient de l'églisf
de la «-onh-érie del Suffrtijio, à Castel-
Fianco, etc. Marinari fut surtout eni-
jtloyé par le grand-duc de Tost ane ,
<,ôme 111, et par le prince Ferdinand,
<]ui, ayant i-csolude réduire ù la même
tlimension tous les portraits des pein-
tres célèbres taisant partie d<' la ga-
lerie «le Florence, le chargea de celle
entreprise cpiil conduisit à terme a-
veo un rare bonheur. Il peignit alors
son portrait cpii tut placé dans cette
précieuse collection. Il voulut aussi
.s'cNcrcer dan** U Fresque ; r\ le pla-
Fond du palais ("apponi, oii il a re-
présenté les Heures précédant le chur
du Svleif, prouve d'une manière in-
contestable son talent pour ce genre
de peinture. Il na pas moins réussi
dans un second compartiment oii il a
peint les Heures de la nuit, le Crépns-
i-uleet /V/i«o/'e. L'ordonnance, la cou-
leur et le dessin de ces ouvrages sont
également satistiiisauts. Les Véuidens
Faisaient un grand cas du talent de
tiarlo Dolce: ils demandèrent à Mari-
iiaii plusieurs tableaux peints dans la
manièie de ce maitre, et il y réus-
sit tellement , que Fou avait peine à
distinguer ses productions de celles de
Dolce. Alors, les Vénitiens l'engagè-
lent à venir habiter leur ville; mais,
malgré les avantages qu'on lui otFrail,
il prêtera le séjour de sa patrie, oii il
jouissait d'ailleurs de l'estime génc--
rale. CarloDolce avait laissé plusieurs
tableaux impartails ; Marinari les ter-
mina avec celte pcriéction d'exécu-
tion «jui était le caractère propre du
premiei maître. Arrivé à l'âge de 80
ans, il venait de commencerun Saint
Philippe de i\cri, ravi en extase, com-
me il était monté sur un échafaud poui
peindre le haut de son tableau , eu
voulant se reculer pour observer l'el-
Fcl, le pied lui manciua, il tomba, et
se Fendit la tête contre l'angle d'un
cadre appuyé à la muraille. U ne
M- tua pas sur le coup; mais jusqu'à
NU mort, (\u\ survint trois ans après ,
I,; o janvier 1715, il «esta privé de
toutes ses Facidlés intellectuelles.
Marinari avait en outre étudié avet
Mjccès l'astronomie cl la gnomoni«iuc,
et il inventa plusieurs instriunenl^
ingénieux pour en Faciliter la pratique.
Il a publié sous le titre suivant : Fab-
hrua ad usa dell' annulo aslronomico
,„slrunie.nto nniversalc per dclincure
OriuoU Solari , non solo dirciti , ».«
„,Mo,v, re/lissi, etc. (l'Ioreucc. 1671.
MAR
in-lolio), un ouvrage dans lequel il
expose ane métbodc assez facile tle
dessiner les horloges solaires selon les
méthodes etnployées chez les diverses
nations anciennes et modenies. (À>
livre est enrichi de 19 planches {jra-
vées par lut à l'ean-ibrte, pour faire
connaître toutes les parties de l'in:?-
irnment qu'il avait inventé et auquel
il avait donné le nom (Winuulo a-:-
tronomico. l* — ^•
MARIXE, épouse du faux Deiut-
trius (l'oy. ce nom . XI, 46), eut part
à la bonne et mauvaise fortune de
cet imposteur, qui , ayant été ac-
i-ueillipar Sigismond, roi de Pologne,
et par Mnichek, palatin de Sainloniir,
demanda la main de Maiine , fille
dn palatin. Par un acte passé le 2o
mai 1603 , il s'engagea solennelle-
ment à donner à sa nouvelle épouse
un million de florins, et à lui céder
les principautés de Novogorod et de
PskofF. Par un second acte du 1^
juin 160i, il céda au père de Ma-
rine les principautés de Smolensk
et de Siévierz. Après s'èti-e emparé
de Moscou , il se hâta de remplir
ses promesses. Il envoya à Cracovie
Alhanase VlassiefF, qui, en présence
du roi Sigismond et de sa cour,
épousa la belle Maiinr, au nom de
Démétrius. Le cardinal - évéque de
Cracovie, a\-ant de bénir le mariage,
avant demandé, selon l'usage, à
VlassiefF, si Démétrius n'était point
déjà fiancé à une autre, l'ambassa-
deur répondit bonnement : - Com-
•< ment pourrais-je le savoir? cela
« n'est pas dans mes instructions. "
La jeune tzarine fit son entrée à
Moscou (2 mai 1606), accompagnée
de Raugoni, légat du pape. Afin de
contenter le patriarche et les évêques
russes, il fut convenu qu'elle hé-
quenterait les églises grecques, qu'elle
en suivrait les usages, qu'elle rece-
MAR
183
vrait la communion des» mains du
patriarche, mais qu'elle aurait son
église latine, et qu'elle pourrait ob-
sei-ver les usages de l'église romaine-
Quelques évéques russes soppost^rent
à cet an-angenient, prétendant même
que la tzarine rfta'aïf ètrebupliséc selon
le rit grec, et que, sans cette cérémonie,
son rnai-iage avec le tzai- serait un
acte saciilége. Ces évètjues furent
évités. Le 8 mai, Marine fut cou-
ronnée , quoiqu'elle ne fût (jue fijro-
cée , et que son mariage avec Déraé-
triiis n'eût point été célébi-é. Les fes-
tins qui suivirent le couronnemctit
ne firent qu'augmenter fagitation et
le mécontentement des Russes. Ix
17 mai 1606, la ville de Moscou,
soulevée et conduite par Vassili
Zouiski (wv. Vassili, XLVIl, 56o),
pénéti-a dans le Ki-emlin. Basnia-
noff fut égorgé, et Déméuius jeté
dans la cour <lu palais!. Marine ef-
frayée, n'avant pas eu le temps de
s'habiller, demanda ce qu'était de-
venu le tzar. Apprenant qu'il n'était
plus, elle courut éplorëe dans le ves-
tibule; elle allait perdre la vie ou
1 honneur, si les généraux cpii étaient
à la tète des révoltés ne fiissent pas
anivés à temps pour la sauver. Ils
firent mettre les scellés sur tout ce
(jui lui appartenait, et lui donnèrent
une garde. Son confesseur, qui célé-
bi-ait la messe, fnt mis en pièces; son
père et son frère furent arrêtés et con-
duits devant le conseil d'Ktat, qui tfit
à Mnicheck : » Pour troubler la paix
« de la Russie, vous nous avez amène
" un imposteur, vous militeriez de
• partager le sort de ce scélérat; nous
" vons pardonnons, et votre fille est
« sau^'ée. " On permit au ]>ère de voit
sa fille, pendant que Ion égorgeait
les Polonais qni les avaient accom-
pagnés à 'Moscou. Un nouveau Démé-
trius séduisit les province*. Ix* tzar
186
MAR
Vassili , craignant d'augmenter le
mécontentement, mit en liberté le
palatin de Sandomir, sa fille Marine, et
donna ordi'e qu'on les conduisît avec
leur suite jusqu'aux frontières. L'im-
posteur les fit enlever, et proposa à
Marine de le reconnaître comme étant
le premier Démétrius , son époux.
L'honneur arrêta d'abord la jeune
tzarine, puis l'ambition et le désir de
la vengeance l'entraînèrent; et elle
reconnut ce second imposteur, en dé-
clarant qu'il était son premier époux ,
miraculeusement sauvé du carnage
(1608). Plus tard, cet aventurier
succomba également , et Marine se
jeta dans les bras de Zaroutski , chef
des Cosaques, qui, appuyé par ses
hordes guerrières et par le nom de
Marine, prétendit aussi monter sur
le trône des tzars (1611). Zaroutski
surpris à Astracan, s'enfuit dans les
déserts de la Tartarie ; poursuivi et
arrêté , il fut conduit à Moscou avec
Marine , et empalé. La tzarine avait
un fils âgé de trois ans, il fut pendu ;
elle-même , condamnée à une prison
perpétuelle, y mourut peu de temps
après (1613). G— v.
MARIL\ELLI (LvcRka:) était
fille de Jean, et sœur de Curzio Ma-
rinelli, tous deux médecins do Mo-
<lène , qui pratiquèrent leur art avec
quel<iue réputation à Venise , et
dont on a des ouvrages, cit/is par Ti-
raboscbi, dans la Bibliot. modenese.
Née à Venise, en 1571, elle annonça
de bonne heure un talent assez re-
marquable pour la httérature; à vingt-
quatre ans, elle avait déjà mis au
jour un volume de vers de sa com-
position, l'eu de temps après, elle se
maria. Restée veuve et sans enfants,
elle chercha dan» la culture des let-
Ue» plutôt lui délassement qu'une
occupation, et publia plusieurs opus-
cules en prose et en vers, qui reçu-
MAR
rent un accueil assez favorable. Con-
servant, dans un âge avancé, ses goûts
httéraires, elle mit eu rimes des pa-
négyriques et des légendes. Elle mou-
rut à Venise, le 9 oct. 1653, à quatre-
vingt-deux ans, et fut inhumée dans
l'église de Saint - Pantaléon, où l'on
voyait son épitaphe. On trouve dans
la Bibliot. modenese, III, 160, les
titres de dix de ses ouvrages ; mais
Tiraboschi convient qu'il ne les a pas
tous connus. Le seul qui soit encore
recherché des curieux, est le suivant ■
La Nobiltàed eccellenza délie Donne
ed i diffetû e mancamenù degli uo-
mini, discorso, Venise, 1600, in-4",
et 1621, in-S". Ces deux éditions
sont également rares. W — s.
MARINEO (Lucti-s ou Lvcio), sa-
vant littérateur, était né vers 1460 à
Bidino dans la Sicile. Après avoir fait
de rapides progrès dans les langues
grecque et latine à Catane puis à Pa-
lerme,ilvintàRomepoui suivre les le-
çons de Pomponius-Lœtus. En entrant
dans cette fameuse académie, il prit
ou reçut le nom de Lucius, qui dif-
fère assez peu de celui de Lucas qu'il
avait porté primitivement. De retour
il Palerme, il ouvrit une école d(>
grammaire. Vers 1486, il suivit m
Espagne famirante de Castillc, qui
s'était déclaré son luotectcur; et, s'é-
tant fixé à Salamanque , il parta-
gea , avec le célèbre Antoine de
Lebrixa ou INebrissensis ( voy. ce
nom, XXXI, 4) la gloire de i animer
et d'étendre le goût des lettres latines
dans la Péninsule (1). Ses talents
l'ayant fait choisir pour donner des
(1) Nicol. Antonio, Bibl. nova Uispnn. ,
H, 809, <t Tiraboschi, Storia delta Icltera-
Uir. ilal., VIl,10iO, conflrmoni à Marine©
le glorieux surnom d.^ J\osUuralcur des let-
tres latines on Espagne ; mais il lui est con-
testé par Xav. Uiinpillas , Saggioiforico-
apologetico (tclla iettcratur. spagnuola, ei
par le V. AnUrf's, Origine d'ogni letteratura.
MAI*.
MAR
1«7
leçons aux jeunes courtisans, il sut
ihériter l'estime du roi Ferdinand V,
<^Ui le nomma son chapelain et le re-
vêtit du titre de son historiographe.
Luciiis revint à Naples en 1507, à la
«to'te de Ferdinand ; mais il ne paraît
pas qu'il ait profité de celte circons-
tance pour passer en Sicile. Chéri de
l'empereur Charles-Quint, il hit com-
blé par ce prince de richesses et
d'honnear^. On ignoi-e le lien et la
date de sa mort ; mais on sait qu il
vivait encore en 1 533. On a de lui :
I. De Laïutihw! IlispuniiP libri FJI ,
in-fol. Cette édit. sans date est très-
rare; elle est antérieure à l'année 1 504.
II. De primis Araqoniv rrgibus libri
y, Saragfosse. 1509, in-Fol. ; trad. en
wpag^ol par .ï. de Molina , et depuis
en italien, in. De Rébus Hispaniœ me-
morab'ilibtis libri X\7/, Alcala, 1530,
in-fol.; réimprimé à Francfort, 1579,
et inséré par Schott dans [Hiapania
illustrata, I, 291-517. I.e même ou-
vraçe parut en espagnol, Alcala, 1533,
in-fol. , sous ce titre : De las Cosas
memorubles de Espana. IV. Epistola-
rum familiarium lihri, XVII ; Oia-
tiones ; Carmina, Valladolid, 1514,
in-fol.; vol. très-rare décrit dans la Bi-
bliographie instmctii'e, n" 4140. On
peut consulter pour des détails la Bi-
bliotheca Sicula de Mongitorc. H. 16.
W— s.
MARIXGOXÉ (le vicomte Lais-
JosEPH Vio>>ET dk), général françaisi,
né en Franche-Comté, le 16 nov.
1769, d'une famille noble, entra au
service des le commencement de la
révolntion, et se distingua par ses ta-
lents autant que par son courage.
Devenu colonel des chasseurs à pied
de la garde impériale, il consena
long-temps cet emploi, le préférant
*i un avancement qui lui était offert.
d fut créé commandant de la Légion-
tf Honneur le 28 nov. 1813, et se
soumit franchement au gouverne-
ment royal, après la déchéance de
Bonaparte. Il fut fait maréchal-de-
camp, le 26 avril 1814, et chevalier
de Saint-Louis, le 17 septembre même
année. Le général Maringoné refusa
de servir Bonaparte après son retour
de l'ile d'Elbe, en 1815, et ftit nom-
mé par le roi. en 1816, counnandant
de la place de Lyon, sous Canuel,
qu'il seconda de tous ses efforts pour
la répression des divers complots qui
éclatèrent dans cette ville. Cependant
il n'essuva pas les même» persécu-
tions que ce général qui resta long-
temps sans être employé pour avoir
fait son devoir , en s' efforçant <lc
réprimer la révolte. Maringoné. privé
momentanément de son emploi, par
suite de l'ordonnance qui supprimait
une partie des états-majors, fut mis
à la demi-solde, mais il obtint en
1820 le commandement de Brian«;on.
En janvier 1823, il fut emplové à
l'armée d'Espagne, où il s'empara de
Puvceixla et entra sans coup férir
dans la ville de Filières, dont le fort
était encore occopé par les insurgés
espafjnols, qui, ayant fait une sortie
le 9 août, furent vivement i-epoussés
et essuvèrent des pertes considéra-
bles , grâce aux habiles manœuvres
de Mariiigonc* . qui reçut quelque
temps après la grand'croix de Saint-
Ferdinand , et fut nommé lieutenant-
général. Après la rentrée du maréchal
Moncev en France, il fut chargé du
commandement de toutes les troupes
françaises en Catalogne. Remplacé, le
26 octobre 1824. par le lieutenant-
général de ReiseU Maringoné vint se
fixer à Paris et v mourut le 28 octo-
bre 1834. M— oj.
AlARIM (PiKr.RE), prédicateur
du XV' siècle, naquit en Italie, passa
ime partie de sa vie en Provence ,
et V entra dans l'ordre des Augustin*.
188
MAR
Depuis évêque de Glandèves, confes-
seur et prédicateur du roi René, il
l'accompagna dans la plupart de ses
voyages. Il mouiut à Aixen 1467, et
non 1487, comme dit Bouche, qui le
confond avec son frère qu'il eut pour
successeur à l'évêché de Glandèves.
Pierre légua au couvent des Augustins
d'Aix la plupart de ses manuscrits,
qui depuis ont passé eu différentes
mains. M. Fauris de Saint-Vincens,
propriétaire de l'un d'eux, a donné
dans le Magasin encjclopédiiiue, mai
1813, une Notice lue à la 3" classe de
l'Institut, et réimprimée à Aix en 1816.
Ce manuscrit a deux volumes qui con-
tiennent, l'un les sermons prêches par
INlarini à Padoue ; l'autre ceux qu'il
avait prêches à Aix. Ces sermons sont
en latin, suivant l'ancien usage qui
a duré en Provence jusqu'au com-
mencement du XYIl*^ siècle. L'auteur
était contemporain des lîarletta, des
Maillartl, des Menot; dans son ser-
mon sur les péchés capitaux, en par-
lant de la paresse, il dit qu'un démon
est chargé de noter tous les versets,
mots ou syllabes que les religieux
omettent ou ne prononcent pas dis-
tinctement dans leurs offices. Il ap-
pelle ce démon TintiUm, (juia lintil-
lum de psahnis et horis non potest
oinilli (juin ab hoc dœmone scriba-
tur ; et il ajoute <{ue plusieurs saints
religieux l'ont vu portant des feuil-
les très-remplies. Le sermon de Ma-
rini pour le samedi de la passion
roule sur la chasse ; il y donuc la ma-
nière de prendre les singes : » C'est
« de se mettre à portée des arbres
« oîi ils se tiennent ordinairement; là
• le chasseur, assis à terre, se revêt
« d'un vêtement ipiil a porte avec
,« lui; il Uç SOS jambes avec une cour-
:H roie cl dcmeuic en cet étui ([U(;l*jues
,« instants; puis il ôtc sou vclemenl
» et délie SCS jambes; il laisse sur les
« lieux l'habit et la courroie, et va
« se cacher derrière des broussailles ;
« le singe ne manque pas d'imiter en
« tout le chasseur, mais celui-ci le
« saisit au moment où il a les jambes
« liées. » Les bizarreries de Marini
sont rachetées par la facilité de son
style et la sévérité de sa morale. M.
Fauris cite du même auteur Enchiri-
dioti, sive manuale psalmorum, ma-
nuscrit. A. B — X.
MARDÎI (Marc), célèbre hébraï-
sant, né vers 1341, à Brescia, prit
jeune l'habit religieux dans la congré-
gation des chanoines de Saint-Sau-
veur. Les connaissances qu'il acquit
dans les langues orientales le firent
appeler à Rome, où Grégoire XIII le
cliargea de revoir les écrits des Rab-
bins et d'en faire disparaître les pas-
sages contraires aux croyances catho-
liques. Pour le récompenser de ce tra-
vail, le pape lui fit offrir successive-
ment plusieurs évêchés; mais il .eut la
modestie de les refuser. Ayant obtenu
la permission de se retirer à Bies< ia.
il y préparait un commentaire sur les
psaumes, lorsqu'il mourut en 1594. On
a de lui : I. Grammatica liugiiœ sancl<^,
jBâlc, 1580, in-V". 11. ^'irca Noé, seu
thésaurus Untjiiœ sanctœ novus, Ve-
nise, 1593, 2 vol. in-fol. Le premier
est orné du portrait de Marini, ovale
dans un cadre. Ce lexique, devenu
très -rare, est fort reciievchc. lU.
Jniiolutioues littérales in psalmis,
Bologne, 1748-50, 3 vol. in 4". Ce
commentaire avait été annoncé dès
1732 par la pubh< ation d'un speci-
mcH{i>oy. Querini, /^>«to/. udSaxinm,
p. 2'0 ; il pe fut cependant imprimé
que seiie ans après par les soins de
Min{;arelli {my. ce no"), XXIX, '79),
qui le fil précéder d'une vie de l'au-
leur, écrite, dit 'liraboschi, avec au-
tant d'exactitude (juo d'tlégance,- voy.
hSloria delii l,llrrai. iUil. V> -
MAR
M.AB
189
MARIXI (Bctoit), peintre né a
Urbin, dans le XVII' siècle, fiit élève
de Ridolfi et de Fenaù de Facnza.
DTrbin , il se rendit à Plaisance , et
la?ifcÉ dans plusiears églises divers
tâWëàux trés-estimés où l'on recon-
nu "un mélange de la manière du Far-
i-oche et des écoles lombarde et vé-
nitienne. Son chef-d'œuvre est le Mt-
raèle de ta multiplication des pains,
qu'il peignit en 1625 pour le réfec-
toire des Conventuels. C'est nn ou-
vrage vraiment étonnant, et l'un des
plus grands tableaux à l'huile que
l'on connaisse : tout v est remarqua-
ble , la composition . la variété des
expressions, et le fini de la peinture.
Si Marini n'égale pas son maître par
les qualités fondamentales de l'art, il
le surpasse par l'étendue et la vivacité
du génie. Cependant quel qrie soit le
mérite de ce peintre, et quoique les
villes de Pavie, de Fenare et antres
possètlent plusieurs de ses ouvrages,
it est peu connu dans sa propre pa-
trie, qiii n'a conser>-é de lui qu'un
Saint Charles et la Trinité', avec une
gloire d'auges , production inférieure
aux auu-es tableaux de sa main qui
existent dans les \'illes de la Lombar-
die. — Antoine yiKKiM, de Padoue,
florîssait en 1700. Il peignit le paysage
avec succès, et Brusaferro en exécutait
ordinairement les figures. P — s.
MARIXI (le docteiu- Jeas-An-
TorsE), né à Villefranche , en Pié-
mont, le 4 févriT 1726. descendait
êtune famille qui avait été anoblie
3aus le XrS'' siècle, par un prince
«TAchaie. Bien que ses parents ne
jouissent pas d'une grande fortune,
il reçut une éducation soignée et fit
de brillantes études dans le collège
de sa patrie. Doué d'un esprit précoce,
il composa dès l'âge de 14 ans
plusieurs pièces de théâtre , fort
bien écrites et qu'il joua lui-même
en public avec ses compagnons de
classe. A la fin de son cours, il alla
étuilier la médecine à l'Université de
Turin, et fut reçu docteur en 1746.
il exerça son art d'abord dans la
commune de Roccaforte, puis dans
celle de Revello, jusqu'au mois d'a-
mi 1762, époque à laquelle il fut
envové à Sa>illan, en qualité de mé-
decin-assistant de l'hôpital. Il sut con-
cilier les devoirs de sa charge avec
de nombreuses i-ecberches et expé-
riences en chimie et en phvsique,
et mérita par ses travaux la protec-
tion du marquis de Sahices, le Mé-
cène des savants piémontai» de cette
époque. Un ouvrage qu'il publia en
1766, sur les thermes de Vinav, le
fit entrer dans la .Société philosophi-
co-matliématique de Turin , laquelle
par décret du roi Victor- Araédée,
devint, en 1782. Académie rovale
des sciences. Marini fut successive-
ment nomme premier médecin de
l'hospice de Savillan, puis médecin
du préside militaire, dans la même
ville, et enfin membre de la Société
d'agriculture de Turin. L'altération
de sa santé l'ayant obligé, en 1788,
de demander sa démission au gou-
vernement, il l'obtint avec le titre
d'inspecteur-général de la médecine
et de la pharmacie. Lorsque le Pié-
mont fut réuni à la France, le doc-
teur Marini fit partie du Conseil
supérieur de santé en qualité de
membre con-espoudant. Malgré de
nombreuses infinnités et de fréquen-
tes attaques d'hvpocondrie, il exer-
ça la médecine avec le plus grand zèle,
et entretint une CM-respondance suivie
avec plusieurs savants nationaux et
étrangers, jusqu'à sa mort, arrivée
le 11 janvier 1806. Ses principaux ou-
vrages en italien sont : I. Commentaire
sur les eaux thermales de Vinav, dédié
an roi de Sardaigne, Victor-Auiédée,
190
MAR
1775, ia-S". II. Becueil de queLjuei
opuscules, relatifs à l'usage interne
de l'huile dolive, Carmagnoles, 1789,
in -8". Il a donné, aux Mémoires de
l'Académie des sciences de Turin : 1"
Thermarum ^inadensium encheire-
ticœ syntaxis spécimen ; 2° Vescriptio
anatomica prœternaturalis ventriculi
humani ; au liecueil des observations
médicales, publié à Imola, Douze ob-
servations pratiques de diverses ma-
ladies guéries par l'usage des fleurs
d'arnique; et enfin au Journal phy-
sico-médical de Pavie, Y Histoire de
deux maladies compliquées éprou-
vées par l'auteur. Marini a laissé,
en outre, plusieurs ouvrages nia-
luiscrits et une volumineuse corres-
pondance. ^ ^•
MARINO (JKAji-BAPTisïE), révo-
lutionnaire de second ordre, était
ué à Sceaux en 1707. l/abord pein-
tre en porcelaine, il quitta son pin-
ceau pour se jeter dans le parti le
plus exaspéré de la révolution, et
après avoir concouru de toutes ses
facultés au renversement du trône,
dans la journée du 10 août 1792, il
lit partie de la lameuse commune
<pù s' installa elle-même le lendemain.
On l'employa successivement comme
.idministrateur de police dans la sec-
lion de la Montagne, dans celle de
Uonne-ISoHvelle, et dans le conseil-
général de la commune. En 1793, ou
l'envoya présider la commission tem-
poraire qui s(ilablit à Lyon , après le
' siège de cette ville, et il s'y conduisit
.•u digne agent de Uobespierre ; mai»
s étant brouille avec CoUot - <riler-
bois, il "« t»''^** P'*'' ^ devenir sa
victime. Il <;>it néanmoins le temps
de rommetlre de nouvelles horreur»
dans les priions de l'aiis, à la police
desquelles il lut cmployci. " (Chargé,
„ dit Prudhomme, de l'inspection
,. des lillcs publiques, il arrêtait, sous
MAR
» ce prétexte, toutes les femmes qui
" lui plaisaient, enceintes ou vierges
>^ encore, et les entraînait pour en
u laire la visite.... « Dénoncé, eu
avril 1794, pour avoir outragé la. re-
présentation nationale en la persf»|ti-
ne de Pons-de- Verdun, lors d'unie
visite dans les maisons garnies dont
il était aussi inspecteur, il fut desti-
tué, arrêté, et traduit devant le tri-
bunal révolutionnaire. Un premier
jugement ne le condamna qu'à la
détention jusqu'à la paix; mais en-
veloppé ensuite dans la conspiration
de l'étranger, il fut condamné à mort
comme complice de l'assassinat de
CoUot-d'Herbois (l'or. Admiral, LVI,
78). On le conduisit à l'écbafaud avec
une chemise rouge. M — nj.
MARIOTTE (Cheistopue de),
issu d'une noble famille du Lyon-
nais qui s'établit dans le Languedoc,
vers la fin du XV^ siècle, et dont diver-
ses branches se dispersèrent en Bour-
gogne et en Espagne, naquit a Tou-
louse en 1685. Son père, ancien ma-
gistrat et greffier des États de la
provhice du Languedoc, avait un gé-
nie heureux et propre aux aftaires.
Son exactitude, ses talents et sa ca-
pacité lui attirèrent l'estime du corp>
(les États, qui lui confiait toujours lu
conduite des affaires les plus impoi -
tantes et les plus secrètes. Sa luerc.
Béatrix d'I'spagne, possédait au plus
haut degré toutes les qualités de son
sexe, et surtout celle quon lui repro-
che de négligiu, l'art de se taire et
de garder un secret ; elle éuùt si bien
«om'iue sur ce point, qu'une danw
desprit, la présidente de Dreuilhel ,
apprenant la mort de M. de Ma-
riette , s'écria : ■< Madame de Ma-
riottc l'avoue- t-elleV « Éloge nou-
veau ]Mmr une dame; peu d hommes
le nu!riteul,etlc8 femmes n'y aspirent
guère. Elle eut un grand nombre d'en-
MAR
fants, et Christophe de Mariette fut
le plus jeune; il était bien fait de
corps et relevait sa bonne mine par
l'étendue de son esprit. Il fut élevé
au colléjje du Plessis, à Paris, puis
avant pri» ses degrés, il suivit le bar-
reau, s'attacha particulièrement à
l'étude des belles-lettres . pour les-
quelles il avait un penchant naturel
et les plus henreuses dispositions.
Son premier discours public eut
lieu à la présentation, au parlement
de Toulouse, des lettres de comman-
dant de la province du Lanjjuedoc ,
accoi-dées au duc de Roquelaure. Ma-
Iriotte parla pour requérir l'enregis-
trement de ces titres ; à peine avait-il
atteint sa vingtième année : on ne re-
marqua sa jeunesse que parce qu'elle
relevait le mérite de son discours. Il
remporta successivement plusieurs
pris aux Jeux-Floraux, et obtint les
suffrages des journalistes du temps.
Enfin son discours au parlement de
Toulouse, lorsque le duc du Maine
fut nommé gouverneur de la pro-
vince, acheva de mettre le sceau à sa
réputation. Devenu premier prési-
dent des trésoriers de France, il par-
tagea ses soins entre les muses et les
travaux sérieux du cabinet. Ses ou-
vrages imprimés sont écrits avec
une si grande pureté de style et de
diction , qu'ils lui ont valu d'être
compris dans le tableau des auteurs
fi'ançais dont on a employé l'auto-
rité pour la composition du Diction-
naire juiiversel de la langvie fran-
:»ise; plusieurs phrases et diverses
ocutions prises de ses discours sont
•apportées comme exemples dans ce
iictionnaire. Mariotte abandonna la
)rovince pour le séjour de Paris, où
'appelait la douce amitié qui le liait
inx premiers hommes de ce siècle,
')armi lesquels on cite Voltaire, Fon-
enelle et I^motbe. Ce fut là que la
MAn
191
mort le surprit ; déjà depuis quelques
années, il avait perdu la vue et n'en
avait pas diminué d'amabilité et d'es-
prit. Il termina sa carrière le 4 mai
1748. Les discours de Mariotte, son
oraison ftmèbre de I^ouis XIV et ses
poésies, ont été réimprimés plusieurs
fois. — L'aîné de ses frères obtint, à
làge de six ans, la sumvance de la
charge de leur père, qu'il exerça avec
autant de talent; le second, connu
sous le nom de l'abbé de Mabiotti:,
fut docteur de Sorbonne, conseiller à
la grande<hambre du Parlement de
Toulouse, chancelier de l'Université,
inspecteur de la librairie et grand-
vicaire durant 23 ans. Il s'occupa
aussi à faire fleurir les belles-lettres
et les ennoblit par ses vertus et sa
haute piété. Le quatrième frère, re-
ligieux Chartreux, fut une des lumiè-
res de son ordre. L — m — k.
M ARIl S-MAXIMl S,satirique
romain, avait publié un livre intitulé :
Semaines historiques , dans lequel il
parlait des Césars avec beaucoup de
chaleur et de liberté. Les honnêtes
gens, du temps d'Ammien Marcellin,
le lisaient avec les Satires «le Juvénal,
préférablement à tous les autres ;
mais cet ouvrage est malheureusement
perdu. T — d.
M:\.R1US(JeaxM\teh, plus connu
«•ous le nom latinisé de), médecin,
était né, vers la fin du XVI' siècle, à
Roll, petite ville du duciié de Wirteni-
berg, célèbre par ses eaux minérales.
Il fit ses études médicales sous la di-
rection de Jean Scultet, habile ana-
tomiste , et prit ensuite ses grades
dans quelque facnké d'Allemagne.
S'ctant fait agréger au collège des mé-
decins d'Ulm, il pratiqua d'abord son
art dans cette ville avec beaucoup de
succès, et s'établit depuis à Augsbourp
où il mourut, en 1644, dans un Age
peu avancé, laissant la réputation d'un
1»2
MAR
bon médecin. Ses manuscrits passèrent
entre les mains de J. Mayer, recteur
de l'école d'Ulm. Dans le nombre se
trouvait un traité du Castor que J.
Frank (i;. ce nom, XV, 503) jugea di-
<.ne d'une attention particulière, il y
joignit un commentaire très-étendu ,
et le publia quarante - un ans après
la mort de l'auteur , sons ce titre :
Castorologia explanam Castoris ani-
malis naturaiu et iisum medico-clini-
rum, Augsbourg, 1685, petit in-8". Ce
volume, assez rare, est orné de deux
plancbes, dont la première représente
le Castor et l'autre le Castoreum, sub-
stance que Marins et son éditeui- re-
gardent comme un remède universel.
L'ouvrage a été traduit en français
par Eidous, Paris. iT4(>, in-12, %•
^ \V-s.
MARKOFF (le comte Arcadi-
lv.v>ioviTcn) , diplomate russe, était
lils d'un gentilhomme de Moscou
peu favorisé de la fortune. Protégé
par les Zoubow, il fut placé au mi-
nistère des affaires étrangères, où il
se rendit fort utile. Il sut gagner les
bonnes grâces de l'impératrice Ca-
therine II, qui le combla de la-
veurs, non toutefois de celles qui
étaient réservées pour les Orloll et
les Potetnkin; car, bien diflvrent de
ces favoris, Markolf était fort laid
et de petite taille. iNonuué preniiei
conseiller au tléi)arteui(;nt des affaires
éuangères, il eut part aux principaux
événements (jui signalèrent la hu tin
règne de Catherine. Ce fut lui qu»,
de' comerl avec le piiuce Platon
Zoubow, vo\dut imposer an roi de
Suède des conditions imprali<ables,
lors du mariage i)rojelé de cv, prince
avec .la grande-ducUcsse Ale\an<lia,
et qui compromit ainsi liuqjéralrjt e,
ilonl l'orgueil irrite causa probabl»;-
ment la mort subite {voy. Gcstavk IV.
L\Vl,303).MarkoIV avait acquis uu<-
MAB
fortune considérable et fait élever se>
frères aux premiers emplois ; mais ii
l'avènement de Paul I", il fut dis-
gracié et même obligé de vendre le
magnifique palais qu'il possédait a
Saint-Pétersbourg. I^* czar l'acheta
cent raille roubles, et en fit présent au
prince Alexandre Ji.ourakin, qui ve-
nait d'être nommé vice-chancelier. l.a
disgrâce de Markofl' finit avec le rè-
gne de ce prince et fut peut-être une
cause de la faveur qu'il obtint auprès
d'Alexandic l". Celui-ci le nomma,
en 1800, ministie plénipotentiaire
en France , a la place de Kalit-
chelf; mais le comte Markoff, étant
tombé dangereusement malade, nt
put se rendre à son poste que lannce
suivante; ce fut en avril 1801 quil
présenta ses leltrcb de créance au
premier consul. « Markolf, disent K >
Afémoires tires des papiers d'un hom-
me d'Étal, était dune laideur amer.-,
mais lin, spirituel, clairvoyant .t
rompu aux alli»ires, mélange de sou-
plesse et d'audace, accoutumé à ram-
per près de son maître et à comman-
der en son nom aux ambassadeurs
même des puissances européennes,
l'arvenu de thancellerie, sa caute-
leuse vanité allait avoir a lutter con-
tre l'impérieux orgueil d'un parvenu
militaire, et à faite respecter son sou-
\<'rain par «;elui qui connneuçait à
ne plus 1 ien respecter. " Le 8 octo-
bre 1801, Markofl signa un traité
reiulu publii-, qui rétablit les rela-
tions entre la llussie et la France,
lelles qu'elles avaient été avant U
guerre. Ce traité insigniliant fut sui-
vi, le M octobre, d'un autre teui
.secret, où furent réglées les que»'
lions les plus importantes alors ei;
litige. Markoll signataire de les deUl
traites , patent et secret , qui dé
sou début avait parfaitement jug
l'esfH-il. le caractère, l'ambition di
MAR
itAfl
193
premier consul, et qui avait dit de
lui : • C'est tout le jacobinisme ren-
iierme dans un seul homme, et arme
de tous les instruments révolotion-
, chercha par tous les nmyen»
s à défendre les intérêts qu'il
■srai - et à pénétrer les vue*
•eci Bonaparte. I>c la, néces-
siié de sourdes intrigue^», et de plii-
sieiu-s tentatives de séduction, qui.
«filèrent vivement Bonaparte, et oc-
«MÏonnèrent. de sa part, fie fréquentes
koatades que Markoff essuya, uiêmo
quelquefois en pœscnce de tonle la
cour du consul. Bonaparte lavait
évidemment pris en aversion, et il ne
manqua aucune occasion de le bles-
ser au vil. La maîtresse de l'ambas-
sadeur russe, elle-même, n ayant pa*
voulu trahir ses secreU, on menaça
«le la faire arrêter comme «■igprée,
-«{uoique les lois de l'émigration
iosseiit aboUes. L un de» secrétaires
àt légation fut emprisonné coatre le
Était (In 9BBS f^^ malgré ses réclama-
■tisiM,- MarkoflF n'avait pas été plus
heureux dans les né;;ociations qu'il
avait entamées, même pour des objets
'd'un intérêt secondaire. Cependant
ayant demandé , au nom de l'empe-
reur Alesaudre. des indemnités poiii
les Bourbons exilés, que la Russie ac-
cueillait et soutenait en ce moment,
«ette communication n'éprouva d a-
imrd aucun refus. Ou ne chicana ni sur
la chose elle-même, ni sur la somme
à accorder, et l'on mit dans cette né-
gociation la condescendance la pins
empressée. » Maintenant, dit MarkolV.
il faut s'entendre sur les moyens
d'exécution : il ne serait pas conve-
nable que les Boui-boiis reçussent
rnie pension directement payée par
^ premier consul: elle pourrait pas-
•ser par les mains de lempereur.
•«{ui la leur i-emettrait comme de sa
tfmrt. sans leur en dévoiler la sotu'ce.
txtm.
— C est a quoi nous ne pouvons
consentir, répondit le ministre con-
'«ulaire; il fant qu'ils la touchent de
nous et de nous seuls. — Vous vou
lez donc les déshonorer ? répliqua le
ministre russe. — C'est cela même ,
reprit le négociatetir ^ . et l'accord
projeté fut rompu. Mai-koff. souvent
humilié, ne }>ouvant pas plus faire res-
pecter le caractère dont il était revêtu
que défendre les intérêts du prince
qu'il repri^sentait , devait trouver sa
|M)sition instipportable. De son côté,
le premier consul voulait se défaire
d'un sur>-eillant dont il redoutait la
perspicacité. Le 29 juillet 1803 , il
<ienianda le rappel de MarkofF; Wo-
ronsoff s'y opposa; mais Alexandre
crut devoir céder, et témoigna en
même temps sa satisfaction à son
ambassadeur, en lui envoyant ime
brillante décoration, que celui-ci
s'empi-essa d étaler aux Tuileries , ré-
pondant ainsi aux compliments qui
lui furent adressés sur cette faveur :
.! en ai obtenu ime plus précieuse
encore, c'est nwn rappel. Il partit
au mois de novembre, laissant à Pa-
ns son premier secrétaire, d'Oubril,
comme chargé d'afïaires. MarkofF re-
vint en France, après la restauration,
mais sans qualité officielle. Retourné
bientôt en Russie, il y mourut dans
la retraite, à un âge très-avancé. —
Mmiroff (le comte), frère du précé-
ilent, suivit la carrière des armes et
dut un avancement rapide non moins
a son mérite qu'à lafaveur dont jouis-
sait son aîné. Il servit comme major-
général dans la campagne de 1809; s\
distingua et figura le premier dans la
promotion de lieutenants-généraux qui
eut lieu an commencement de l'année
suivante. H commanda, en 1810, un
rorps «l'armée russe dans la guerre
contre les Turcs. lors de l'invasion
des Framais. en 1812, il eut le com-
19
194
MAI\
mandement de la milice de Moscou ,
et se distingua en plusieurs occa-
sions, notamment le 12 août. On
le croit mort depuis plusieurs an-
nées ^' °
MARLINSKY , pseudonyme
sous lequel Alexandre Bestlcheff ,
écrivain russe, a publié ses ouvrages.
Il naquit, en 1801 , à Saint-Péters-
bourg , où son père remplissait les
fonctions de professeur d'histoire à
l'académie militaire, et il reçut une
éducation brillante. A l'âge de dix-huit
ans, il entra, comme sous-officier, dans
la cavalerie de la garde impériale , et
bientôt après il se lia d'amitié avec un
jeune poète nommé Rilejeu, qui luuns-
pira le goût de la poésie. Bestucheff,
doué d'une imagination vive etfamdia-
risé, depuis son enfance, avec les chefs-
d'œuvre de la Httérature grecque et
romaine, composa plusieurs pièces
fugitives en divers genres, qui obtin-
rent un grand succès dans les salons
de la haute aristocratie de Saint-Pé-
tersbourg. De puissants personnages
s'intéressèrent au jeune BestucheiF, et,
arâce à leur protection, il arriva ra-
pidement au grade de lieutenant-co-
lonel. En 1822, il publia , conjointe-
ment avec Rilejeu , le premier Alma-
nach des Muses qui eût encore paru
8n Russie , et qui fut accueilli avec
une grande faveur. Depuis cette épo-
que, ies recueils de ce genre s'y sont
multipliés au point que , maintenant,
les presses de Sainl-Pélersbourg et de
Moscou en fournissent à elles seules,
tous les ans, plus de cinquante, et
(pie les écrivains et les poètes les
plus distingués s'empressent d'y ap-
porter la fleur de leurs productions.
Les deux amis continuaient à tra-
vailler ensemble, et déjà ils avaient
enrichi la littérature nationale de bien
des volumes de vers et di; prose, où,
ttou» le voile d'une allégorie ingé-
MAE
nieuse et de charmantes images, se
cachaient des enseignements sévères
et profonds, lorsqu'en 1825, tous
les deux furent enveloppés dans la
conspiration de Pestel [voy. Bestu-
cHEi-F-Ra-MiN, LVra, 190). Rilejeu,
qui y avait pris une part active, fut
condamné à mort et exécuté ; mais
Bestucheff, auquel , à la rigueur,
on ne pouvait reprocher que le dé-
lit de non-révélation, fut dégradé
et placé comme simple soldat dans
un régiment en garnison à Derbent
dans la province de Daghestan (gou-
vernement de la Géorgie Russe), et qui
plus tard fut employé dans les cam-
pagnes contre les Circassiens. Bestu-
cheff se concilia promptement la
bienveillance de ses chefs, et il en
obtint de longs et fréquents congés,
pendant lesquels il parcourut les
pays à demi sauvages où il se trou-
vait transporté, pour en dessiner les
sites et étudier les mœurs des habi-
tants. L'empereur le gracia en 1832;
et, de retour à Saint-Pétersbourg,
Bestucheff mit en œuvre les matériaux
qu'il avait recueillis , en composant
une série de nouvelles ou contes, et
un roman en deux volumes intitulé :
Jmaleth-Bey; dans lequel il dépeint
avec la plus grande exactitude , et
d'une manière fort attrayante, la vie
guerrière et domestique des Circas-
siens, et les sites les i>lus remarquables
de leur patrie. Ccst un ouvrage d'un
mérite supérieur, où l'on trouve de»
épisodes et des description» qui ri-
valisent avec ce que les œuvres de
Waltnr Scott offrent déplus beau. Bes-
tucheff est mort à St-Pétersbourg en
18:^7. l 'n choix de ses Nouvelles a été
traduit en allemand par M. de See-
bnch, sous le titre de Nouvelles et
Hsquhses, Leip7ig. 1836; mais m le
vrai nom de l'auteur ni son pseudony-
me (Marlinskv) n'v soiu indi«piéH. On
MUE
MAft
t»
.1 aussi la traduction allemande d un
antre recueil de Nouvelles de Be»tu-
cbeff, par M. Henri Kœniç, qui est
intitulée Litterarische Bilder aus Riisi-
land ( Images littéraires de Russie ; .
-Lapzig, i837, et précédée d'une
-courte notice sur l'auteur. M — a.
5IARMITTA (Jacques), né à
Parme au commencement du XVI'
siècle, fut attaché au cardinal Ricci
en qualité de secrétaire. Il était au
nombre des disciples de saint Phi-
lippe de Néri, et mourut entre ses bra^
en 1561. On lui a attribué, luais à tort,
le poèrae en 7 chants de la Guerre dr
Parme. Il avait composé plusieurs
pièces de vers qui furent recueillies et
publiées à Parme. 1564, in-l», par
L. Marmitta. son 6ls adoptil , dont
l'article suit. — Marmitta [Louis), ha-
bile graveur en médailles et en pierres
fines, ne,' à Parme, florissait dans If
milieu du XVI* siècle. Son père Fi-an-
cois cultivait la peinture et la fyravurr
en pierres fines, et il a laissé dans cr
dernier art des productions estimée:?.
Il instruisit lut-m^-me son Hls, qui, a-
près s'être fait connaîli-e par quelque.^
beaux ouvrages , alla à Rome, où il
fut accueilli par le cardinal Jean 8aN
viali. C'est pour ce prëbt qu'il fit
quatre cachets en cristal d'un travail
extrêmement précieux. Les figures
qu'il y grava étaient si belles, que le
cardinal cmt ces cachets digne» d'être
offerts à la duchesse de Toscane ,
Léonore. Parmi les ouvrages de Mar-
mitta, on cite un très-beau camée
représentant une tête de Socmte. Mais
l'amour du gain l'entraîna à contre-
faire les médailles antiqiie%^iik)-à cette
époque, étaient très-reAtnMn ; er
si la perfection qu'il apporta dans ce
genre de travail fait honneur à son
talent, le motif pour lequel il se li\'ra
à une semblable fraude ne prouve
point wi fiivipur desa {>robif.s1l acquit
vu peu de temps un« tortiute conbj-
dérable, et renonça aux arts. P — s.
AIARilONTEL (I-ouis-Joskm),
(ils de l'académicien, naquit à Paris le
liOjanv. 1789. Ruiné par la rcvolutiou.
il traîna long-temps une existence mi-
sérable. En 1819, il fit saisir, che^
le hbraire Guiltaunte, l'édition d'un
poème de son père sur la musique,
intitulé Polyinnie , publié par M.
l'ayolie, et que Mannontrl , par son
testament, avait défendu d'imprimer.
J.aflaire ayant été portée devant ie>
iribunaux, .Marniontel itis perdit son
procès. Deux ans après, transgressant
<ioublenicnt les volontés de son père .
il publia à la fois le poème de Po-
lymnie et celui de la yeuvaine de
Cythère , qui est encore plus licen-
cieux que la Pucelle de Voltaire.
L-jihn , se Ux>uvaiit sans ressources,
il senibarqua dans une de ces exr
péditions que la philanthropie en-
voyait à Guazacoalco. Gbassé bien-
tôt du Mexique par la mauvaise for-
tune, il avait parcouru une partie det>
V illes des Etats-rnis, lorsque la misère
et le dénùment le conduisirent dan?»
lin hôpital à New-York, oii il suc-
comba le 16 Aéc. 1830. On trouva
dans sou portefeuille quelques pièces
de vers qui prouvaient d'heureuses
dispositions; mais qui sont restées^
inédites M — o j.
MAHMOKAi^A.NORK), antiquaire,
était né vers le milieu du XVII' siècle,
a Corfou , d'une famille patiicienne.
.\vant profité de ses loisirs pour re-
cueillir les anciens monuments de sa
patrie, il «j composa Ihistoire qu'il
publia sous ce titre : Uistoria di Corfù
libri ntto, Venise, 1672, in-i". Le.s
lieux premiers livres contiennent ses
lecherches sur les premiers habitants
de Corfou, et sur les événements dont
cette île a été le théâtre jusqu'à l'épo-
qiv> de la doraioation romaine. Le
là.
196 MAR
troisième finit à l'avéneraent de l'em-
pereur Constantin. Les suivants sont
remplis par le récit de divers change-
ment opères dans l'administration de
cette île, sons ses différents maîtres et
depuis que les Vénitiens s'en furent
emparés. Quoique le savant ouvrage
du cardinal Querini sur les Origines de
Corcyre, (voy. QyEMVi, XXXVI, 391),
rende à peu près inutile celui de
Marmora, les curieux ne laissent pas
Ûe îe rechercher; et il mérite en effet
de tenir place dans les bibliothèques,
à raison des détails qu'il renferme et
qu'on ne trouve pas ailleurs, il est
accompagné de 5 planches représen-
tant environ soixante médailles frap-
pées à Corcyre. L'explication qu'en a
donnée Marmora n'est pas toujouis
heureuse ; mais, suivant Banduri
{Bibl. 7iummaria), ses erreurs mêmes
n'ont pas laissé d'être utiles aux sa-
vants. W— -s.
MARNAS ( Maurice - Gabruîl -
Ange Chabaî»acy de), ancien admi-
nistrateur des hospices et juge-sup-
pléant du tribunal civil de Lyon,
naquit dans cette ville , en 1780, et
y mourut le 15 février 1837, après
s'être fait un nom dans le barreau. U
a laissé un Traité des contributions
indirectes et des octrois, etc., précédé
d'une notice sur les impôts indirects
qui existaient avant 1789, Lyon, 1829,
in-8". Ce volume devait être suivi
d'un second qui n'a point paru. Mar-
nas avait publié, en 1816, conjuinte-
ment avec Passct, un Exposé pour U
lieutenant-général baron Mouton-lhi-
verm% qui fut fusillé à Lyon le 19
juillet de cette année, malgré leur
courageuse délense. ''-
MAIIOCIIETTI (V.nckm), ne
à r.ielle «ti Piémont, vers 1768, entra
<lc; bonne heure dans un couvent de
religieux de Saint-Paul. Apres avoir
fait profession et rern les ordres, il
MAB
parcourut les villes voisines où il
s'acquit quelque réputation comme
prédicateur. Cependant les armées
de la république avaient envahi le
Piémont ; les idées nouvelles étaient
dans toute leur effervescence; Maro-
chetti se laissa entraîner par le cou-
rant, jeta son froc et se prépara à
prendre une part active aux événe-
ments. Après la bataille de Marengo,
il fut choisi pour remplir les fonctions
de secrétaire-général de la commis-
sio)\ du gouvernement provisoire
composée de trois membres, Botta,
Giulio et Bossi, dont le prénom de
chacun était Charles, ce qui faisait
dire au peuple : « Nous n'avions
« quun Charles ( c'était le nom du
., mi de Sardaigne ) , maintenant
« nous en avons trois. » En d au-
tres termes : « Nous avons trois rois
« au lieu d'un. » Marochetti avait
fondé à Turin un journal intitulé :
Gazette subalpine; mais s' étant permis
de grossières invectives contre quel-
ques religieux de Saint-Francois-de-
Paule, son journal dut cesser de pa-
raître. Nommé , en 1801, professeur
d'élocpience italienne à l Université, il
occupa cette chaire avec distinction
jusqu'en 1803 , époque à laquelle il
fut envoyé comme sous-piéfet à Cbi-
vaz. Ce fut là qu'il épousa livilemeiil
une demoiselle Isola. Il vint quelque
temps après à Paris, et, quoiqu'il n'eut
pas fait un cours régulier tic droit, il
fut nonnné avocat à la Cour de cassa-
tion et auConseil-d'Ktat. Eu 1814, son
épouse eut des scrupules sur la vah-
<lité d'un mariage qui ne pouvait être
reconnu par l église ; elle abandonna
son mari pour se retirer à Rome, où
elle passa a de secondes noces. Ma-
rochetti mourut en 1820, laissant
deux his , «lont l'un est le célèbre
sculpteur à qui lou doit la statue
équestre d'Emmanuel -Philibert, ei
qui est chargé de l'exécution du tom-
beau de Napoléon. A — y.
MAROLI (Dominique) , peintre
«irilien, né à Messine en 1612, fut
élève de Barbalunga, l'un des peintres
les plus habiles que la Sicile ait pro-
duits. Pendant un voyage qu'il fit à
Venise, les productions des artistes
de cette école, et spécialement de Paul
Veronèse, le frappèrent vivement, et
il résolut d'abandonner la manière
de son premier maître, pour s'ap-
propiTcr celle de ce grand colo-
riste. Il revint en Sicile, et y rapporta
cette couleur si vive et si vraie, ces
beaux airs de tête que l'on admire
dans les Vénitiens ; mais il abusa
de son talent pour l'imitation, et le
porta jusqu'à un excès inconnu à Li-
béri lui-même (l'oy. ce nom, XXIV,
438). Il adopta aussi dans s;» manière
un autre défaut qui a nui excessive-
ment à sa réputation. )1 peignait sur
des toiles imprimées, et les couNTait
à peine; aussi ses tableaux, brillants
au moment où ils sortaient de ses
mains, jaunissaient en peu de temps,
devenaient obscurs et pour ainsi dire
nébuleux; ce qui est cause qu'après
avoir été avidement recherchés dans
lem* nouveauté , ils perdirent par la
suite presque tout leur prix. Cepen-
dant Messine possède quelques-uns de
ses ouvrages où il a su éviter ces
défauts. C'est le Martyre de saint
Placide, aux sœurs de Saint-Paul ; et
la Nativité de Jésus-Christ, à l'éghse
de la Grotte. Il avait un talent remar-
quable pour peindre les .'Inimaux et
les scènes champêtres. Boschini, dans
son poème vénitien , intitulé la
Carta del Navigar, ne fait pas diffi-
culté de l'égaler aux Bassan , et il a
inséré dans cet ouvrage une planche
tirée d'un dessin de Maroli représen-
tant un Berger entouré de vaches, et
ityant un chien à ses côtés. Ces figures
MAB
197
sont faites de verve et d'un beau
mouvement; cest un des meilleurs
dessins qui se trouvent recueillis dans
cet ouvrage. Maroli, ayant pris part
aux troubles qui éclatèrent à Messine
en 1676, en fut victime, et périt dans
une émeute. P — s.
M.\RPERGER (P*cl-Jacque»),
jurisconsulte, naquit à Hambourg,
en 1686. Après avoir fait ses études
à Copenhague, Altorf, Halle, Kiel et
l.evde, il séjourna quelque temps aux
universités anglaises d'Oxford et Cam-
bridge, fut reçu membre de la So-
ciété royale de Londress et se rendit
ensuite a Utrecht, où il soutint une
thèse De revocatione et amissione pri-
vilegiorum, 1716, in-i". S'étant établi
la même année à JNurerobei^ , it fut
envové à Wetzlar, en qualité de dé-
puté de cette ville impériale, où il
obtint le titre d'a*sesseur au tribu-
nal inférieur. En 1728. il entra dans
le collège des conseillers de Xurem-
Ijerg, et fut nommé envové de cette
ville à l'assemblée du cei-cle de Fran-
conie, poste qu il conserva jusqu'à la
fin de sa vie. L empereur d'Allemagne
Ht présent a Marperger. en 1748, lors
de sa nomination a la charge d'asses-
seur au tribunal d'appel et de banque,
d une chaîne d'or, avec une médaille à
son effigie, et confirma le diplôme de
noblesse accordé par ses prédéces-
seurs à la famille de ce jurisconsulte.
Un auUe diplôme lui décerna, en
17o0, la dignité de conseiller impé-
rial. Marperger ne publia plus que
deux consultations juridiques d'un
intérêt local, et mourut en 1767. Il
avait fait présent à l'Université d' Al-
torf d'une somme de 1.000 florins,
pour acheter des livres qui, suivant
la volonté expresse du noble dona-
teur, porteraient l'empreinte de ses
armoiries. On avait fait frapper eu
1748, en son honneur, une médaille,
m MAP.
siir laquelk- il existe une di&sertatiou
latine de Guillaume de Bercer, 1755,
in-4°. 13— -«.
MARQUAIS (.IKAN-TUÉODORK ;,
né vers 1760, exerça la médecine
avec distinction. Après avoir été chi-
rurgien principal de la Charité, il fut,
par ordonnance du 9 novembre 1813.
nomme raetubre de la commission
chargée d'examiner l'état de l'ensei-
gnement dans les écoles de méde-
cine et de chirurgie. Le docteur
Marquais voulait que l'on séparât
l'étude de ces deux sciences, o[)inion
qu'il a sonteiuie dans plusieurs écrits.
Il mourut, à Paris, le 13 avril 1818.
On a de lui : l. Réponse au ménwir<-
de M. Maqetidie^ sur le vomissement,
Paris, 1813, in-8''. 11. liappoit sur
rétat actuel de la médecine en France,
et iur la nécessité d'une réforme dam
l'étude de l'exercice de celte science,
Paris, 1814, in-8°. IH. Obsermlions
sur un écrit de M. Levcillé, ayant pour
titre : » Mémoire sur l'état actuel de
a l'enseiynemcnt de la médecine et de
■> la chirurtfie », Paris, 1816, in-S".
IV. Rapport de la commission nommée
par l'ordonnance du n)i, du î) no-
■ *'em6re 1813, etc., Paris, 1816, iu4".
V, Réflexions sommainis sur un écrit
oyant pour litre : ^ Des études du
« médecin, de leurs connexions, et de
t. leur méthodologie, par M. Pru-
.. netle «, Paris, 1816, in-i". VI.
Réponse au discours de M. le profes-
seur Huilé, prononcé dans lu séance
publique de la Faculté de médecine
de Paris, le 4 novembre 1813, et aux
mémoires publiés par cette Faculté,
sur l'importance de conserver la réu-
nion de toutes les parties de l'art de
tfuérir, 1816, in-S". VII. Adresse au
Rài et aux deujc t'^hamhres, sur la né-
ressité de réorganiser les écoles de
médecine et de chimrqie en France,
Paris, 1818, in-4». r^
MAB
MARQUER (Lovus), lié a Vai-
nes, le 19 octobre 1653, entra dan-s
la Société de Jésus, a Paris, le 26
septembre 1670. Sa faible complcxion
ne lui permettant p.ns de supporter
un long traviiil, il passa une parti»;
des premières années de sa jeunesse
a La Flèche, où il s'appliqua, autant
qu'il le put, à l'étude de la théologie
et de la littérature. Sa santé s'étani
ensuite améUorée, il enseigna les ma-
thématiques à JNantes, et la philoso-
phie, successivement à Eu, à Or-
léans et à Rouen. Il fut chargé plu-
tard de la chaire de philosophie
bcolaslique, dans les collèges d'A-
miens, de \ annes, de La Flèche e(
enfin de Paris. En 1720, il retourna
a la Flèche, où il mourut d'hydro-
pisie, le 8 avril 1725, après avoir
travaillé pendant quatorze ans aux
Mémoires de Trévoux. On lui doit,
indépendamment de sa coUoboration
à ce recueil, l'arrangement et la pu-
blication des ÀS'ouveaux mémoires des
missions de la Compagnie de Jésui
dans le Levant, Paris, 1717 et années
suivantes, 7 vol. in-12. Le Diction-
naire de Moréri (t. VIL p. 274, édii.
de 1759), lui attribue encore Tou-
vrage suivant, resté manuscrit : Jr-
menia uetus et recens ; Informatio de
errotibus Armenorum ; Disscrtatio de
Etitychianorum, 3/onophy'Slurum «<
Afonothetitorum lueresi. P. L — i.
MARQUEZ (Jeak), religieux au-
gustin, naquit à Madrid en 1564.
.\près avoir professé avec éclat la
théologie à l'I'niversité de Salanian-
que, il fut élevé au.\ premières «li-
gnilés de son ordre, et mourut le 17
février 1621. On a de lui = L J'
deux situations de la Jérusalem spi,.
tuelle , sur les Psaumes CXXV ci
CXXXVl, Médina del Campo, 1603.
in-4"; Salamanque, 1610, aussi in-V
Cet ouvrage forme deu.x parties daiio
les éditions postérieures. II. Le Gou-
verneur chrétien, tiré des Fies de
Moïse et de Josué, princes du peuple
de Dieu, Salamanque, 1612 et 1619,
in-fol.; Aicala de Hdnarès, 1634;
Madrid, 1640; Bruxelles, 1664. C'est
le meiUeui- ouvrage du P. Marquez.
Il a été traduit en français, 2»»anc>-.
1621; et en italien, tapies, 1646.
m. Origine de l'ordre de Saint'Au-
y us tin, Salamanque, 1618, in-fol.,
traduit en italien, Turin, 1621. IV.
k'ie du P. François de Orozco, pu-
bliée par François -Thomas de Uei-
rera, long-temps après la mort de
l'auteur. Z.
UA.RQUEZ (Etienne), peintic,
ué eu Estraraadure vers le milieu du
XVll' siècle, alla fort jeune à Séville,
où son oncle, habile peinue de por-
traits, lui enseigna les principes de
son art. Cet oncle étant mort quelque
temps après, ilarquez, dont les pro-
grès, jusqu'à ce jour, avaient été peu
remarquables, se vit forcé, pour
vivre, d'entrer comme ouvrier dans
une de ces manufactures de pein-
tures établies en E^spague pour faire
le commerce des tableaux avec les
Amériques. Marquez, dénué de facilité
dans l'exécution, surtout d'activité.
devint l'objet des plaisanteries de ses
compagnons, se vit réduit a quitter
cet atelier et à retomner dans son
pays. La misère l'y poursuivit; il
revint de nouveau à Séville, et excité
par les sarcasmes auxquels il fut
en butte, il mit une telle appUca-
tion dans ses nouvelles études, qu'il
surpassa bientôt tous ceux qui jus-
qu'alors s'étaient permis de le rail-
ler. Il acquit un dessin correct, une
bonne couleur, et parvint même à
s'approprier une partie des qualités
de MuriUo, comme le démontrent
huit tableaux, et surtout une Ascen-
sion d'un grand mérite, qu'il ât pour
199
les Trinitaireâ de Séville. Le succès
qu obtinrent ces ouvrages lui en pro-
cura beaucoup d'autres pour les égli-
ses de Séville. Il mourut dans eette
ville en 1720. P— s.
M^VRQUEZI du Far, ardent ré-
volutionnaire , prit une grande part
dans son pays aux excès de 1793. Il
était commissaire prés l'administra-
tion municipale de Toulon, en 1798,
lorsqu'il fut nommé , par le départe-
ment du Var , député au Conseil des
Cinq-Cents, où il se rangea, dès le
commencement, du parti le plus exal-
té, il concourut en même temps avec
Antonelle et Vatar, à la rédaction du
Joumaldes hommes libres qu'on appe-
lait le Journal des Tigres, dans lequel il
dénonçait chaque jour, sons le nom de
royalistexet d'émigrés, tous ses ennemis
personnels. C'est ainsi qu'il fit arrê-
ter Branzon (1) et le malheureux
11) Branzon était employé dans l'adminis-
tration de la marine à Toulon quand celtt
ville tomba au ptiuvoir des Anglais en 119$.
Envoyé en Italie peu de temps auparavant
avec de fortes sommes pour des apprOTi-
sionnements de blé , il s'abstint de faire
des envois à Toulon , lorsqu'il sut que les
Anglais en étaient les maîtres , et se dispensa
lui-même d'y revenir, ce qui le fit porter sur
la liste lies émigrés, Ajant paru à Paris en
ilSl, il y fut arrêté sur la dénonciation de Mar-
quez!, et jugé en même temps comme émigré
et comme accusé d'avoir dérobé des sommes
considérables à la république. C'était alors de
bien graves accusations, et Branzon ne pou-
vait s'en tirer que par de grands sacriflces.
• Vous êtes accusé d'avoir pris deux millions
1 à la république , lui dit un de ses compa-
• gnons de captivité; si cela n'est pas vTai ,
• vous êtes un homme perdu. » 11 parait bien
qu'il y avait dans l'accusation quelque chose
de vrai , car Branzon s'en tira sain et sauf; et
il fut acquitté successivement par le conseil de
guerre et par le tribunal criminel. Mais plus
tard ce malheureux, devenu fernuCT d'un
octroi municipal de Rouen, fut traduit en
justice poiu- des erreurs de quelques pièces
de 5 francs. Comme alors il ne lui restait plus
graiid'chose, et qun peut-être l'accusation n'é-
tait pas aussi fondée que celle de Toulon, il fut
condamné et envoyé aux galères, oti il mourut
vers 1820, Ainsi va la Justice des hommes.
âO»
MAE
MAK
Alexis, qui liit condamné à luoil par
une comuiissio!) militaire, dont le
capitaine Hugo (t'o>-. ce nom, LXVII,
4:29) était rapportenr. Place à la
tête de l'opposition contre le Direc-
toire, Marquezi déplut surtout à Bar-
ras par ses manières violentes et p/ros-
sières , et parce que, <la»ia une visii«;
a ce directeur, il s'était permis que(-
cpies observations sur ses mœurs et sa
vie privée. Harras, pour se venger,
le fit dénoncer comme parent d'énii-
•;pé, et envoya chercher à Toulon , à
grands frais, des pièces à l'appui de
la dénonciation qui tendaij à faire e\-
pulseï" Marqué/i du Corps léjpslatit.
iVIais celui-ci établit qu'il avait étf-
constamment fonctionnaire public,
et qu'il ne pouvait conséquemnu'ui
être atteint par la loi du 3 brumaiie;
après une discussion orajjcuse, le parti
directorial eut le dessous, et Marquezi
fut maintenu. En 1799, il insista plu-
sieurs lois, mais en vain, poiu- lafoj-
niation d'une coiinnission char^jée de
dresser rac:te d'accusation de lex-nn-
nistre Scbérer , qui était le parent et
le protège du directeur Rewbell, et il
demanda que cette commission liit
encore chargée de poursuivre» As
f traîtres et les dilapidateurs. Dans le
courant d'août, il annonça une pro-
chaine explosion royaliste; et le 26 il
fit chargei' une commission de pré-
senter un travail sur les émigrés sai-
sis dans les pays occupés par les Fran-
çais, Le iï septembre, il parla avec
chaleur pour la déclaiation des dan-
gers de la patrie , et s Opposa ensuite
de toutes ses facultés au trionq>Iic de
Bonaparte dans la journée du IS bru-
maire. Exclu alors An Corps législa-
tif, il fut condamné à cire déporté;
mais on sait que cet arrêt ne fut pas
fxécu'é. tiomme Marquezi continua
de rester très-attacbc au parti des
déroaçof»nes ef qu'il prit pari à tou-
tes leurs intrigues , il fut aussi mêlé
dans toutes les persécutions qu'ils
essuyèrent. C'est ainsi qu'en dé-
cembre 1800 le consul le Ht com-
prendre dans la liste de déporta-
tion d'un grand nombre de révolu-
tionnaires accusés de l'attentat contre
sa personne par la machine infernale.
Maïquézi réussit à .se soustraire par
la fuite à cette pro.'îi'ription , et
depuis il resta ignoré dans .son dé-
partement , même à l'époque de la
restauration , où tant de passions
assoupies se réveillèrent, Il vivait fort
])aisible à Toulon, lorsqu'il v mourut
le 3 avril 1836. >!— '>,i-
MARQUIS (JiaN-JosEPn), né le
1 4 août 1747,, à St-Mihiel, y exerçait la
profession d'avocat lorsqu'il fut nom-
tné député du tiers-état du bailliag»'
de Bar-le-Duc aux États- Généraux.
Il se lit peu remarquer dans cette as*
semblée où il vota avec la majorité ,
c'est-à-dire en faveur des innovations,
en se montrant toutefois sage et mo-
»léré. Après la .session, il devint grand-
juge a la Haute-Cour nationale d'Or-
léans, et fut nommé, en septembre
1792, député du département de la
Meuse à la tlonvention nationale, où.
lors du procès de Louis XVI , sur la
peine à iniliger, il dit : >• Comme ju-
" ge , je n hésiterais pas à prononcer la
X peine de mort , puisque cette peine
" barbare souille <'ncore notre code ,
" mais, connue législateur, mon avis
" est que Louis soit détenji provisoire-
n ment connue otage, pour répondre
» à la nation des mouvements inté-
rieurs qui pourraient s'élever poiu'
" le rétablis.semenl de la rovauté , et
" des nouvelles hostilités et invasions
- des puissances étrangères. " Mar-
(pus fut aussi d'avis de l'appel au peu-
ple, et il vota pour le sursis. Devenu
membre du conseil des Cinq-(>;nts.
il donna nn démission en février 1797.
fut nomme en 1799 commissaire à
Mavence, pour organiser les quaUe
nouveanx départements de la rive
franche du Rhin , et v remplaça Rud-
ler, îl fut à son tonr remplacé par
LakamI ; puis nomme préfet de la
Meorthe en 1800 jusqu'en J811 . m
décoré de la croix de la Léyion-
d'Honneor. Vers fa fin de 1807 , le
département de la Meuse l'avait élu
randidat a»i Sénat . mais il n'y fut
point appelé. Marquis se fit chérir de
ses administrés par fa modération :
et leurs regrets accompajynèrent sa
iTtraite. raotivée sur ce qu'il était de-
venu presque aveugle. Il eut jxrar
successeur Rionfte, et l'exjjression des
forets que laissait après lui le préfet
démissionnaire fut consignée dans uii
écriteau. placardé à la porte de l'hôtel
de la préfectui-e. où on lisait que le
baron Riouflfe pourrait bien devenir
comte, mais qu'il ne serait jamais Mar-
qnii. îJommé ensuite député au Corps
législatif, Marquis siégea jusqu'au 20
mars 1815. Il se retira à Saint-Mi-
hiel, sa patrie, et v mourut en 182.3.
On a de lui : Observation!: de la fille
de Saint-Mihiel, sur l'échange du com-
té de Sancerre, sans nom d'auteur.
P»ri8, 1787, in-S". M — « j.
MARQUIS (Al.EXA>DRE - Louis ) .
médecin et littérateur, né à Dreux,
en 1777 , se consacra dès sa jeu-
nesse à l'étude des sciences natu-
relles , et se fit recevoir doctem- en
médecine. En 1811, il fut nommé pi-o-
fesseur de botanique au ,Iardin des
plantes de Rouen, et peu après secré-
taire perpétuel de l'Académie Royale
de la même ville. Il ne cessa d'ensei-
gdrr avec la plus grande distinction
jusqu'à sa mort, arrivée le 17 sep-
tembre 1828. On a de lui : I. Essai
sur l'histoire natnrelli' et médicale de^
gentianes, Paris, 1810, in-i". H. Re-
efifrch€.f historique^ sur If chêne .
MATv
m
Rouen , 1812, in-8«. m. Plan raisoti-
né (Tun cours de botanique spcciale et
médicale, ou De la meilleure manièi-e
ff étudier et d'enseigner cette science ,
Rouen, 1813, iu-S". IV. Podalire, ou le
premier âge de la médecine , Paris .
1813, iu-12. y.néflcxions sur le AV-
penthès d'Homère, Rouen, 1815, in-8".
VI. Les solanées , ou les plantes l'éné-
iievses, idylle, Rouen, 1817, in-8".
VU. Éloge de Linné, ibid. VIII. Fs-
ijui^sedu règne végétal, ou Tableau te-
nirtéristique des faviilles des plantes.
etc., Rouen et Paris, 1820, in-S". C>t
ouTrage a servi de g^ide à M. Mérat
pour la seconde édition de sa Flore
de Pari<. IX. Fragments de philosophie
botanique, OU De la manière la plus
convenable de voir et de travailler en
histoire naturelle et purticulièrcment
en botanique, Rouen et Paris. 1821,
10-8". t'et ouvrage est un des plus le-
marquables qni aient été faits sur cette
matière. X. Réflexions sur le mot
d'Horace, ^Ut picturn poesis, « ou De
r application à la poésie des principes
de la peintu)-e,^ouen. 1822, in-8"\ XI.
.\olire sur le chêne - chapelle d'Al-
louville, dans le pays de ("Viit-v, Rouen,
1822 et 1827, in-8''. Xn. Notice né-
crologique sur A.-E.-M. Havet, natu-
raliste, voyageur du gouvernement fran-
çais, Rouen, 1823, in-8*'. Xlf!. Du ca-
ractère distinctif de la poésie, Rouen.
1827, in-8". XIV. Considérations sut
l'art d'écrire, Rouen. 1827, in-S". XV.
De la délicatesse dans les arts, ibid.
Marquis est auteur de la Physiolo-
gie végétale, insérée dans le Xouveau
f'oYage dans Fempire de Flore. Il a
donné un grand nombre d'aiticles an
Dictionnaire des sciences médicales
et à plusieurs recueils périodiques.
Une notice sur A.-L. Marquis , lue à
la .Société d'Émulation de Rouen, fut
imprimée dan-* cette ville en 1829 ,
in-80 Z.
^ MAR
MAURAGON (.ïE.^s-BAPïisrE),
députe du département de l'Aude à
la Convention nadonale, naquit à Luc,
le 10 juillet 1741. Il vota la mort de
Louis XVI, et après avoir opiné pour
l'appel au peuple, il repoussa tout
sursis à l'exécution , ce qui présen-
tait une contradiction évidente, et l'a
classé au rang des régicides. Marra-
gon s'occupa beaucoup dans les co-
mités d'agriculture, des travaux pu^
blics, et il présenta des plans sur les
moyens de vivifier la navigation inté-
rieure. Ayant été, avant la révolution,
commis du directeur-général du ca-
nal de Languedoc, dont il devint
le gendre, il était fort instruit dans
cette partie. En 1793, il fut envoyé
au Havre, où il montra de la modé-
ration. Nommé alors membre du con-
seil des Anciens, il en fut secrétaire;
et, à la suite d'un rapport, il fit décla-
rer nuls les droits de la famille Ri-
quet-Caraman sur le canal de Lan-
guedoc, et décréter que la république
s'emparerait de ce monument indus-
triel. Le 21 décembre 1797, il fut élu
président du conseil des Anciens. Il
en sortit en mai 1798, et le Directoire
l'envoya comme successeur de Ro-
berjot près des villes anséatiques. il
se trouvait à Hambourg, lors de l'ar-
restation de INapper-Tandy, et se dis-
posait à en partir, à cause du refus du
sénat de mettre ce prisonnier en liber-
té, lorsque le Directoire lui ordon-
na de restei' et d'insister sur cette de-
mande, te (ju'il fit vainement. De
retour à Paris, il fut nonuné comnus-
saire du Directoire près l'administra-
lion des canaux intérieurs, et en 1800,
il obtint , par la faveur de Camba-
cérès, son compatriote et son ami,
la place de receveur-fjénéral du dé-
partcuKMit de l'Hérault qu'il transmit
a son lils (piehpies aimées après, il
vivait à Paris, dan» une opulente rc-
MAB
traiic, quand il fut atteint par la loi
de 181 6, qui exila les régicides. Mar-
ragon se retira à Bruxelles , et il y
mourut le 1" avril 1829, lorsque «on
exil allait finir par la révolution de
1830. M— Dj.
MARKOA' (l'ArL-HENBi), l'un des
pasteurs de l'église réformée de Paris,
était aussi président de son consis-
toire. Il naquit à Leyde , le 12 avril
1754, d'une famille originaire du Dau-
phiné, que la révocation de ledit de
Nantes avait forcée de s'expatrier. De
l'église française de Dordrecbt, qu'il
desservait depuis six ans, Marron fut
appelé, en 1762, comme chapelain à
l'ambassade de Hollande, à Paris. Il
s'en sépara en 1788, quand Louis
XVI eut rendu l'étal civil aux protes-
tants, et ceux de la capitale le choisi-
rent pour leur pasteur. Long-temps
avant la révolution il avait acquis une
sorte de célébrité par ses discussions
avec le malin Beaumarchais, qui le
surnomma Marron-Dinde. Marron se
montra, dès le commencement, parti-
san de la révolution, et fut lié avec
les principaux meneurs de cette épo-
que, notamment avec Rabaut-Saint-
Étienne, son coreligionnaire; mais il
ne se livra jamais à aucun excès. Tous
les pouvoirs et tous les gouverne-
ments qui sesuccédèient, reçurent de
lui des compliments et des éloges eu
prose coumie en vers. Le 15 octobre
1793, il otfrit à la Convention quatre
coupes, en faisant remarquer que c'é-
taient les seules pièces d'argenterie de
son culte. Cet empressement n'empê-
«•ha pas Robespierre de le taire incar-
cérer à deux reprises dilléreutes. Rcn
du à la liberté^ il publia une descrip-
tion de sa captivité, sous ce titre Paul-
IJcnri Marron à la citoyenne Ih'lèue-
Marii: frilliaws. Lors de la protnul-
(fation <le la loi organique des cultes,
il eut beaucoup de part à l'organisa-
MAR
tiou du culle piutestani eu France, et
se plaignit, néanmoins que le projet
qu'il avait présenté fi'it tronqué et
disloqué en plusieurs points. Manon
cultiva, presque depuis son enfance,
la poésie latine, et l'on ferait un recueil
considérable des pièces qu il a succes-
sivemeni publiées. Il n'avait pas en-
core quatorze ans , quand parut ta
première, qu'un Macédonien, nommé
Tzechatii, étudiant alors à Leyde,
réimprima avec une bonne traduction
grecque. C'était une éléjic i-n Ihoii-
neiu" de Bleiswicb, orateur de l'Uni-
versité de Leyde. Dès l'année 178S,
Marron rendait compte de la littéra-
tui'e hollandaise dans le Journal en-
cyclopédique , coiimie depuis il tra-
vailla au Magasin encyclopédique ,
avec Millin. Kn 1816 , plein du
désir de repousser les taux bruits
qui circulaient en An{jleterre sur
l'état des protestants en France er
les prétendues pei-sécutions ^qu'ils y
éprouvaient, il écrivit à la société pro-
testante de Londres une lettie Fo»t
sage et fort honorable, dans laquelle
il déclara ibrmellemeut (ju'il croyait
de son devoir de s'opposer à tout ce
qui tendrait à une intervention étran-
gère dans les allaiies des Français. «Je
'< ne puis, dit-il, vou avec satisfac-
« lion ce qui se passe en Angleterre ;
•' je ne puis y prendre aucune part.
« Si le réle de votre amour fraternel
" m'édifie, il me semble pourtant dé-
« passer les bornes de la prudence et
■< même celles de la véritable charitt.
« Ce n'est pas ainsi que cette vertu
• proclame son assistance , surtout
« lorsqu'elle peut craindre de coui-
« promettre les intérêts de la cause
« qu'elle prétend appuyer.... Vous
■' avez tort d'imaginer qu'il y a rien
" d'hostile contre les protestants dan*
« les intentions du {jouveiuemeut
« français... n Toujours disposé à cou-
MAB
â03
tribuer aus. progrès des sciences et des
arts, Marron concourut sans cesse aux
entreprises les plus honorables, et
nous lui devouj; la justice de déclarer
qu'il ne fut pas seulement utile à la
Biographie universelle, par un grand
nombre d'articles historiques et litté-
raires sur la Hollande et les Pays-
Bas , mais qu'il nous a donné, dans
tout le cours de ce loug travail ,
beaucoup de renseignements et de
matériaux qui furent successivement
employés , et dont quelques - uiu>
trouvent encore leur place dans ce
Supplément. En 1807, l'Institut, dans
son rapport sur les prix di^cennaiu ,
rendit justice à l'abondance et à la
facilité de sa verve latine , et Ton sait
que la poésie française ne lui était
pas étrangère. On a vu de lui , dan» le
Miujaiin Encyclopédique , une Epi-
taphe peu louangeuse de Kant, en
quatre langues : grec , latin , françai.s
et hollandais (i). Marron était aussi
un amateur éclairé des beaux-aits; il
avait formé une collection de por-
tiaits qui s'élevait a plus de 20,000
gi avares, et qui hit vendue au.\ en-
chères après sa mort, (x fiit le roi
qui la Ht acheter pour sa bibliothè-
que. Il était tort charitable et aimait
beaucoup à rendre service. Quelques
jours avant de mourir, il brùla tous
les reçus des sommes qu'il avait prê-
tées à différentes personnes. On a de
lui: I. Lettre» d'un protestant à fabbé
Cérutti, Paris, 1789, in-8". II. Tra-
duction française de la Constitution
du peuple batave ( sans nom d'au-
teur). Paris, 1798, in-8". III. Discours
(l) Son épiiaphe latine du père de Bonaparte
mérite d'être recueillie :
Fortunate pater, létales excute somnos :
«Jui dederas vitani, te veut ille mon.
En voici la traduction :
Heureux père, ton fils consacre ta mémoire
Tu lui donnas la vie, il te donne ta gloire.
MAR
prononcé au service extraordinaire cé-
lébré par les protestants de Paris , à
l'occasion de l'achèvement de la cons-
titution et de son acceptation par le
roi, 1791, in-8". IV. Discours pro-
noncé la veille de la fête de la Paix,
17 brumaire an X,dans le temple des
protestants de Paris , 1801 , in-8°. \.
Traduction hollandaise des nouvelles
Observations et Attestations sur la
transcendance du bois de Mélèze, par
M. Quatremère - Disjonval , Paris,
1803. VI. Napoleoni primo Gallorum
imperatori semper augusto , Paris ,
1804, i 11-4°. VII. Elcgia ad musam
in Borboniorum ad Gallos reditu , et
auspicatissimo Ludovici XVIII Lute-
tiam Parisiorum advèntu, Paris, 3
mai 1814, in-8». VIII. ./ MM. les
président et membres de la Chambre
des Députés, les présidents des Consis-
toires de l'église réformée et de celle
de la confession d'Jugsbourg, à Paris,
1816, 111-8°. TX. Ludovico XVIII,
Gallûc rcf/i in festis baptismalibus regii
Burdigaiœ ducis , Paris, 1825, in-S".
X. Carolo Decimo Gallorum régi in
festis Rhemtnsibus , Paris, 1823, in-
4°. XI. Pauli-TIcnrici Marron solem-
niahagana, Paris, 1828, in-8''. Mar-
ron a donné à Mirabeau des notes
pour l'ouvrage qui a pour titre : Jux
Batavcs , sur le Stathouderat , 1788,
in-S". Sa communion s'ctant réunie à
celle de la confession d'Auysbourfî,
dans la fête séculaire de la réforma-
tion , le 2 novembre 1817, il pro-
nonça , à l'église de la rue des liillet-
tes, une prière solennelle, insérée
dans le Recueil des pièces relatives
à cette célébration. Il était mem-
bre de l'Institut de Hollande et de
plusieurs autres sociétés savantes. Ka-
poléon, qui aimait assez, à recevoir
ses louan(;es, l'avait fait cbevalier i\c
la Légion-d'llonneur, dés la londa-
tion. MaiTon mourut dans le mois de
MAfi
juillet 1832 , victime de Këpidémie
qui désolait alors Paris. Marié depuis
long-temps, il ne laissa point de pos-
térité. M — D j.
MARRYAT(Joskph), négociant
et orateur anglais, était né en 1737, à
Lothbury. Sa famille originaire d'East
Bergbolt (comté de SufFolk) , jouis-
sait de quelque considération, quoi-
que médiocrement favorisée de la for-
tune, et son père, qui finit par habiter
Bristol, passait pour excellent méde-
cin (1). Son éducation fut poussée
jusqu'à la rfiétorique exclusivement,
et bien que toute sa vie il eût montre
un vif ficsir d'acquérir des connais
sances nouvelles, déterminé de bonne
heure à suivre la carrière commer-
ciale, au lieu de celle des sciences,
il n'alla finir ses études à aucune
université. Envoyé d'abord dans l'île
de Grenade, il eut, pendant un séjour
de plus de dix ans, occasion de par-
courir tout l'archipel des Antilles, et
les côtes de l'Amérique qui en étaient
les plus voisines, et de se mettre par-
faitement au fait de tous les détails
de culture et de commerce, relatifs
à ces localités. Se trouvant à Boston,
en 1788, il demanda et obtint la
main de miss Charlotte Cear, troi-
sième fille d'un colon, grand loya-
liste et pour qui cette fidélité au sou-
verain avait été la seule cause de
bien des désagréments et de por-
tes, pendant la guerre de l'indépen-
dance. Dès-lors, sans doute, il avait
résolu de se fixer en Angleterre
car, de retour à Grenade, il n'y rest;i
que le temps de mettie en ordre
ses affaires, et partit immédiateincni .
après la naissance d'un premier fils.
(l) llic late ecccuU-ic D' T. Marryat, phy-
sician, at «ri.stol , dit l'« bioaraphUat itUt of
(lie liring aiithors, 1810. — Son au-ul pater-
nel , ajoute le iiiOiiu! oiivraK^^ «5<a't "" n»n«s-
uc indt'ponrtanl, cl avait succéd.5 au fameux
Tli, Dradbury, dans Pinncr's Hall,
Jamais il ne songea à quitter &a pro-
fession lucrative, et s'honorant du né-
goce qu'il faisait, du reste, en grand,
il ne cessa d'ajouter à sa fortune ,
qui, lors de sa mort , était éva-
luée à quinze millions. Président de
la commission du Lioyd , chef de
la banque de sir William Kaye, et
de sir Ch, Price, agent colonial pour
l'île de Grenade, il rendit, dans tous
ces différents emplois , des services
essentiels aux divei-s établissements
qui l'investissaient de leur confiance.
Parfaitement au courant de tous les
faits de la science économique vi-aie,
et des théories de ceux qui la pro-
fessent à la Chambre des Communes,
où il siégea pendant long-temps
comme représentant Sandwich, il
sut se faire une position indépen-
dante, en ne se vouant exclusivement
ni aux whigs ni aux torvs, et discutant
impartialement toutes les questions
commerciales et coloniales , qu'il
croyait à juste titre de son ressort.
Ce n'était pas précisément un orateur
dans toute la force du terme, mais
c'était un homme qui , sur des ma-
tières sévères, spéciales et compli-
quées , savait répandre de l'intérêt
et de la clarté. Il instruisait , il per-
suadait; on pouvait compter sur tout
ce qu'il disait; il avait vu, il avait
fait; une correspondance immense
l'instruisait de tout ce qui se passait
de nouveau dans cette sphère. Il
avait de plus deux dons bien
rares chez les hommes qui possè-
dent de si nombreux détails : c'était
de choisir, à l'instant même, dans la
foule des éléments qui s'offraient à
lui, ceux qui par l'importance, ou
par quelque autre particularité, mé-
ritaient l'attention, ou pouvaient illu-
miner la discussion ; c'était ensuite la
justesse avec laquelle il comprenait ,
jl appréciait, tirant toujours ses con-
MAR
20o
clusions de l'expérience. Sans mépri-
ser les doctinnes des deux écoles éco-
nomiques anglaise et française, il pen-
sait que, dans bien des occasions, les
praticiens peuvent en appeler de leur>
décisions, et corriger les principes
abstraits par les faits inattendus que
fait siu'gir l'application des principes.
Ce n'est pas là, il est vrai, l'esprit
qu'il montra quand, dans la discus-
sion sur l'abolition de la traite, il se
prononça énergiquement pour cette
mesure, et s'éleva contre les horribles
traitements dont les noirs étaient vic-
times ; mais il est permrs de penser
qu'il était du nombre de ceux qui, der-
rière cette abolition nominale de la
traite, voyaient la Grande-Bretagne
n'en agissant pas moins à son gré, et
les colonies des autres nations im-
manquablement ruinées tôt ou tard.
11 prit une part éminemment active
à toutes les phases du débat sur le
nivellement des deux sucres (celui des
Indes-Orientales et celui de l'Améri-
que }, et ce n'est point exagérer, que
d'attribuer principalement à l'influence
de ses paroles l'échec qu'éprouva la
proposition ministérielle en présence
de la législature. Marryat mourut, le
12 janvier 1824, d'un commence-
ment d'ossification du cœur. Parmi
les personnes qui payèi-ent un tribut
de regrets à sa mémoire, on re-
marqua lord Liverpool. On n'a de
Marryat qu'un seul ouvi-age propre-
ment dit ; ce sont des Pensées sur
l utilité qu'il Y aurait à établir utin
nouvelle Banque, avec une charte,
1811, in-S". Mais deux de ses dis-
cours prononcés à la Chambre de*
Communes, ont été imprimés. L'un
est la Réponse à la motion de M. Man-
ningy sur les assurances maritimes
1810, in-S" ; l'autre a pour titre Ob-
servations sur le rapport de ta com-
mission chargée de texamen du projet
206
MAR
iur les assurances maritimes, 1810,
in-S". On pouve beaucoup d'autres
discours fort longs, dans les journaux
du temps. P — oi-
MAllS (S\knt), et, suivant d'au-
tres, Marse, ou même Mat-, prêtre
et ermite, que l'on croit être ne,
vers le commencement du VI' siè-
cle, à Bais, petite paroisse de l'évéché
de Rennes, et voisine de Guerchc, est
plus connu par le culte qu'il reçoit
que par ses actions. On croit qu'il
passa la plus grande partie de ses
jours à Vitré, et qu'il mourut au vil-
lage de Marse, où l'on montre enco-
re les ruines de sa maison. Le tom-
beau qui renfermait son corps de-
vint célèbre par ime infinité de mi-
racles, et les habitants de Rais en re-
gardaient la possession comme un
trésor du plus grand prix. En 1427,
ces habitants, craignaut que les An-
glais, dont la descente en Bretagne
était imminente, ne leur enlevassent
ce corps, le transportèrent à Vitré,
et le mirent sous la garde des cha-
noines de la collégiale de Sainte-Made-
leine de cette ville. Le duc de Bre-
tagne ayant fait sa paix avec les An-
glais, la paroisse de liais réclama,
mais en vain, son dépôt. Le chapitre
de Sainte-Madeleine se refusant tou-
jours à la restitution demandée, les
habitants voulurent se le procurer,
i force ouverte , un jour que, selon
la coutume, on [)orlait les reliques de
saint Mars en procession hors de la
ville; mais s'étant trouvés les phis
faibles, ils furent <ïbli(;<'S de céder, el
de les laisser en la possession de Vitré.
Les chanoines crurent qu'ils ne les
p(;rdraient jamais ; c'est ce qui cîéter-
miria, en 1486, Guy, comte de La-
val, baron de Vitré, et Anne de Mont-
morency, son épouse, à lairc fain*
un coffret d'argent pour les renfcr-
in.r. Quant à la parois^a• de Bais.
elle s'abstint de toute procession ex-
térieure jusqu'en 1750, qu'elle re-
couvra les reliques de saint Mars,
moins son fémur droit, deux de ses
côtes et son chef, que l'église de
Vitré possède encore aujourd'hui.
Depuis cette époque, elle a repris
l'usage de les promener procession-
nellement sur toute l'étendue de son
Territoire, le 14 janvier et le 21 juin
de chaque année. — Mars (le père
Noéi), né à Orléans, dans le XVI' siè-
cle, fut supérieur de la congrégation
des Bénédictins réformés de Bretagne,
qui avaient adopté une règle beau-
coup plus sévère. Le P, Symphorien
Guyon, d'Orléans, prêtre de l'Oratoi-
re, a parlé de lui avec éloge, aux p.
270 et 291 de son Histoire chronolo-
gique des évêqurs d'Orléans , ainsi
qu'André du Saussay dans l'Appendix
de son Martyrologe de France. Le
roi Louis XI il demanda au pape sa
canonisation et l'érection en congré-
gation des monastères de Redon,
Leiion , Le Tronchet, I^antenac, I-a
Chaume, Landevcnec et Saint-Meen,
desservis par les Bénédictins réfor-
més de Bretagne. Les ri', de la société
(leBretagncnepurentobtenirrérection
f(uils sollicitaient; on se contenta d'u-
nir leurs monastères à la congrégation
de Sainl-Manr. Quant an W Mars, le
pape consentit à la canonisation pat
les voies oitlinaires, qui furent sui-
vies avec ardeur et succès par le P.
f;uillotin. conunis à cet elfet. La pro-
cédure préparatoire n'eut pourtant
au»unc suite, l'union à la congrégation
de Saint-Maur ayant insensiblement
fait perdre de vue le P. Mais, auquel
Di Ilu(pus Ménard a néanmoins don-
né la qualité de bienheureux, tant
dans la prélace de son Martyrologe
bénédictin, que dans l'addition qu'il
V a faite de quelques saints nou-
veaux. La vie du P. Mars, écrite en
MAR
1647, par son neveu D. Noèl Mars,
est restée manuscrite. On peut voir
à son sujet, les Eloges de plusieurs
personnes illustres en piété de l'ordre
de Saint-Benoit, par la mère de Blë-
meur (tom. 2); et la notice que lui a
consacrée D. Lobineau dans ses Fies
des saints de Bretagne. P. L — T.
MARS ( A5toise-Jea!»), conseil-
ler à la Cour royale de Paris, était né
en 1777. Il fut d'abord substitut du
procureur du roi, |>rès le tribunal de
première instance de la Seine, et
montra beaucoup de modération
dans rexcrcicc de sa charge. Il passa
ensuite au parquet de la Cour royale
et fut l'un des substituts de M. de
Peyronnet, dans la cause de conspi-
ration, qui fut poursuivie, en 1820 ,
devant la Cour des pairs, ^'ommé
conseiller à la Cour rovale de Paris,
par M. de Pevronnet, lorsque celui-
ci. devint {jarde-des-sceaux , il mou-
rut dans l'exercice de ces fonctions,
le 19 décembre 1824. On a de lui
une compilation utile et souvent con-
sultée, sous ce titre : Corps de droit
criminel, ou Recueil complet, métho-
dique, et par ordre de matières, dea
Codes d instruction criminelle et pé-
nul, des lois, arrêtés du gouverne-
ment, décrets^ avis du conseil d'Etat,
ordonnances royales, édits, etc., ac-
tuellement en vigueur, en matière cri-
minelle, correctionnelle et de police ,
avec les arrêts de la Cotir de cassa-
tion, etc. ; suivi d'une table chronolo-
gique des lois <f des actes du gouver-
inent, et d Une table générale alpha-
bétique des matières. Paris, 1820-21.
2 forts vol. in-4". Z.
MARSAA'D (labbé Astoito),
naquit à Venise, en 1763, d'une fa-
mille lyonnaise, dont le nom était
Marchand. Son père était banquier
et fut ruiné par les événements
qui enU'ainérent la chute dr la rt'-
MAR
207
publique , en 1797. I^ jeune An-
toine embrassa l'état ecclésiasti-
que ; après avoir reçu les ordres ,
il s'adonna à la prédication et eut
beaucoup de succès à Venise, à Pa-
doue, à Milan et à Rome. Il voyagea
en France, et fut à son retour nommé
professeur de statistique à fUniver-
sité de Padoue, où il enseigna sans in-
terruption jusqu'en 1825, époque à
laquelle il obtint sa retraite avec
une pension. Rendu ainsi au repos,
Marsand eut le désir de revoir la
France, et fit un long séjour à Pa-
ris , où il s'occupa de recherches
de manuscrits et de médailles. C'é-
tait un habile connaisseur en typo-
graphie et en calcographie. comme l'at»
testent les travaux qu'il a laissés. Il
avait fait une collection complète des
éditions de Pétrarque, et il la céda,
en 1826 . au roi Charles X , qui
en récompense le nomma chevalier
de la Légion-d Honneur, avec une
pension de deux mille francs sur la
liste civile. Marsand aurait voulu se
fixer à Paris, mais il en fut empêche
par le gouvernement auti'ichicn , qui
exigeait qu'il passât en Italie au moins
quelques mois de Tannée , sous peine
de perdre sa pension de retraite. C'e«t
dans un de ces voyages qu'il mou-
rut à Milan , le 3 août 18i2. On
a de lui : I. Mémoire sur le sucre
d'Olcuscafer , et sur torigine , tes -^
progrès et Fétat actuel de cette dé-
couverte, par M. Arduino de Padoue,
écrit en français, Paris, 1813, in-i".
H. // Jiore delt arte delf intaglio
nelle stampe. Milan, in-4''. III. Le
Rime di F. Petrarca illustrate, Pa-
doue, 1819-20, 2 vol. in-4". C'est la
meilleure édition de ce poète célèbre,
soit par la correction typographique
du texte, soit par les notes que Mar-
sand y a jointes. Elle a obtenu en
quelques années pins de cent réim-
MAR
MAP,
pressions. IV. /^ donne illusiri del
i-egno lombardo-veneto^ Milan, 1820,
in- 12. V. La biblioteca petrarchcsca
formata, descritta ed illiistrata, Mi-
lan, 1826, grand in-4". Ce recneil,
l'ait à grands frais, se trouve dans la
bibliothèque du Louvre. VI. Manos-
critti italiani esistenti nella regia
biblioteca parigina, Paris, 1835, in-i".
L'auteur dédia cet ouvrajje au joi
Louis-Philippe qui, pour l'indemni-
ser des difficultés et des retards qu'a-
vait éprouvés , depuis la révolution
de 1830, le paiement de sa pension
sur la liste civile, lui permit de faire
imprimer gratuitement sou travail à
l'imprimerie royale. Marsand pubUa
peu après un second volume sous le
titre de : Manoscritli italiani délia
regia biblioteca parigina e dvlle tre
régie biblioteche dell' Arsenale , di
Santa-Genovefa e Mazarina. Ce cata-
logue contient non seulement les ti-
tres des manuscrits, mais encore une
analyse de chacun d'eux avec des
notes. VIL €ommento sulla célèbre
canzone di Francesco Petrarca a
taude di Nostra Signora, Paris, 18Î1,
in- 4". Marsand avait composé un
Mémoire sur Laure de ÏSoves ( voy.
ce nom , XXXI, 432); mais sa mort
en interrompit la publication.
A — T et A — V.
MARSDEjX (Gnu,\CME), célèbro
orientaliste, docteur ès-lois, mem-
bre de la Société royale de Londres,
et de plusieurs autres Compagnies
savantes , appartenait à une famille
du Derbyshire, en Angleterre. Il na-
quit en 1755, à Vcrval, comté de
Wicklow , en Irlandi?. Après qu'il
eut terminé ses étude», il obtint un
emploi dans les Indes-Orientales, et
.s'en acquitta de nianièi-e à mériter
un prompt avancement. Il fut en-
voyé connue résident à liencoidcii.
établissement su)- 1» cùle o«:cidenlal»-
de Sumatra, ou il resta Jusqu'en
1780. L'année suivante, il revint en
Angleterre. Vers 1795, il fut nommé
second secrétaire de l'amirauté, et en
1807, il se retira des affaires, pour
se livrer entièrement à l'étude. Il
publia de bons ouvrages, et se si-
gnala par des actes de générosité. Les
besoins de l'État étant devenus ur-
gents, il montra un exemple peu
commun de patriotisme, en renon-
çant à la pcnsic^ de 1,500 livres
sterling (37,000 fr.), qu'il avait mé-
ritée par ses services. En 1830, il tir
présent, au Musée britannique, de sa
précieuse collection de médailles, qui
renfermait celle de sir Robert Ain-
slie, ambassadeur d'Angleterre à Cons-
tantinoplc, et celle de l'abbe Beau-
champ; plus tard, il donna sa nom-
breuse et riche bibliothèque au col-
lège du Roi à liondres. Marsden
avait épousé une tille de sir Chaides
Wilkins, qui s'est fait im nom dans
la littérature orientale. Après une
longue vie bien remplie, il s'éteignit
paisiblement, le 6 octobre 1837, à
Edgegrove, dans le comte de Hart-
ford, âgé de quatjT-vingt-deux ans,
et regretté de tous ceux qui le con-
naissaient. INous nous souvenons de
l'avoir vu à Paris, en 1822; sa phy-
sionomie spirituelle annonçait en
mémo tein[>s la douceur et la bonté.
On conçoit que sa conversation était
instructive; elle acquérait un charme
de plus par l'accent de bienveillance
(|ui l'acconq)agnait. On a de Marsden.
en anglais : I. Histoire de Sumatra,
cntitmant un tableau du gouvemr-
wr Ht, dos lois, des usages et des
maiHiii des habitants indigènes. aiu'<
la description des productions natn-
7vlles, et l'iiistoiiv de l'ancien état po-
litique de cette ile, Lon<lres, 1783,
in-4", cartes; ibid., 1784, cartes et
li(;uros: ibid.. 1812. I. auteur annonce
MAR
dans sa préface, que cette troisième
édition aurait vu le jour plus tôt, si
les devoirs de sa charge n'avaioit
pris tous ses moments. Mais pendant
ce temps, il reçut de Tliide des ren-
seignements qui le mirent à même
de corriger des inexactitudes, de
remplir des lacunes, et d'augmenter
la masse générale des notions rela-
tives à une île si importante, et
pourtant si imparfaitement explorée.
Cette nouvelle édition offre donc de.s
changements essentiels et très-inté-
ressants. Tout ce qui concerne l'Iiis-
loire naturelle présente de grande*
améliorations, et beaucoup de plan-
ches de végétaux et d'animaux. le
monde savant a donné son suffrage
au livre de Marsden ; on n'avait au-
paravant que des notices éparscs et
fort courtes de Sumatra. Il a le pre-
mier offert une connaissance exacte
et détaillée de cette île et de ses ha-
bitants. La dernière édition contient
un chapitje entier, sur une tribu qui
précédemment avait été passée 50u»
silence. L'auteur accompagne son ré-
cit de réflexions uès-sensties , et se
montre toujours observateur profond
et judicieux. L'Histoire de Sumatra a
été traduite en allcniaïul , par J.-K.
Forster (l'oy. ce nom, XV, :282), et
insérée dans le recueil <lc voyages,
qu'il pabHait avec son gendre Sprengel
(XLIII, 3o3). I^ traduction française
par .1. Parraud, Paris. 1787, 2 vol.
in-8", cartes, <>st faite snr la seconde
édition. Le libraire fit imprimer, en
l'an n (1793) , un nouveau titre.
Voyat)e à file de Stimatm: c'est le
seul changement que l'on y trouve.
Ij» version pourrait être plus exacte
et plus élégante. IL Grammaire de
la langue malàie, Londres, 1812,
in-i*»; trad. en hollandais par C.-P.-J.
Elout, Harlem, 1824, in-i». HI. Die-
tiomiaire de la lanqiw mainte, \jnn-
LK»U.
MA»
SO»
dre» , 1812, 2 vol. in-4"; traduit
en hollandais et en français , par
r,.-P.-J. tlout, Harlem, 1825, 2»
vol. in-4''. Ces deux ouvrages suf-
Kraient pour rendre la mémoire de
Marsden reeommandable. Avant lui,
on ne possédait que de courts voca-
bulaires, et d'infomies grammaire»
«le la langue, qui est parlée dan*
ta presqu'ile Malate , et dans tout
le grand Archipel oriental de l'A-
sie : c'est-a-dire à Sumatra, à Java,
a Bornéo, a Célèbes, aux Moluques^
;inx Plùlippines, et dont on retrouve
des traces dans les îles de l'Océanic
qui ne sont pas habitées par des nè-
gres. Les prémices de ces deux livre*,
font connaître la nature et l'essence
du Malai, expliquent comment set'
différents dialectes se sont formés, et
développent les causes des altérations
qu'il a subies, ainsi que de la substi-
tution des caractères arabes, avec
des uiodiBcatiouf, à ceux qui étaient
précédemment employés. IV. Voya-
qe de iyfarco-Poto^ traduit en nnqlais,
H accompagné d'un commentaire,
l^ôndrcs, 1818, carte. Suivant notre
collaborateur, M. le baron Walcke-
naer, • c'est a la fois la meilleure
' traduction et le meilleur coramen-
- taire de Marco-Polo ( voy. Pou).
XXXV, 209). ' Marsden qui, pen-
dant son séjour a Sumatra, avait eu
occasion de juger par lui-même de
I exactitude, et de l'authenticité de la
relation du voyageur vénitien en
ce qui concernait cette île, n'avait
«essé depuis ce temps de désirer que
quelque aavant donnât une nouvelle
édition du texte, avec un commen*
taire pour en expliquer les oidroit.»
nbscui*s. Ce n'était pas une tâche
aisée, que d'enti-eprendre une édi-
tion critique de Marco-Polo.Marsden,
<jui heureusement ne fut pas effrayé
de ces difficultés, ne se les dissimtûa
14
210
MAR
pourtant pas, comme on peut le voir
par le fragment d'une letU'e de
l'abbé Morelli, qu'il rapporte. Sa mo-
destie ne lui permet pas de croire
qu'il ait apporté à son travail toutes
les conditions exigées par son corres-
pondant; mais il se flatte, avec beau-
coup de raison, qu'elles ne sont pas
'^toutes indispensables pour donner
de la relation de ce voyageur, une
édition plus complète et plus correcte
que les précédentes, et même de l'é-
claircir, en rapprochant de son texte
une foule de notions qu'on s'est pro-
curées depuis, sur les contrées qu'il a
parcourues. L'importance de cette
comparaison pour l'histoire et la géo-
graphie de l'Asie au XIIP siècle, rendait
ce travail digne des soins que Marsden
y a apportés, et fait sans peine excuser
l'étendue du commentaire qui forme
la partie intéressante de la nouvelle
édition. Dans une introduction qui
est en tête du volume, et qui serait
même séparément un morceau fort
estimable, l'auteur a placé plusieurs
petites dissertation s s ur la vie de Marco-
Folo, sur l'authenticité de sa relation,
sur les traductions qu'on en a faites
dans toutes les langues d'Europe , et
les principales éditions qui en ont été
publiées. Il s'est décidé, comme d'au-
tres éditeurs avant lui , à préféier la
version de Ramusio, non comme plus
ancienne, mais comme plus correcte
et plus complète. Le soin (ju'il a pris
de remplir les lacunes du texte de
Ramusio, ainsi que de marquer les
variantes d'orthographe et les autres
différences qui existent entre les prin-
cipales versions ; ce soin qui rend le
texte du voyageur supérieur, dans la
traduction de Marsden, à celu i de toutes
les éditions précédentes, le justifierait,
dit Abel Réumsat, de qui nous em-
pruntons ces considérations, aux yeux
même de ceux qui auraient souhaité
MAR
qu'il eût pris un autre parti. Voulant
achever de dissiper les doutes qui se
sont élevés sur l'authenticité et l'exac-
titude de la relation de son auteur
(doutes qui ne sont plus à présent fort
répandus); voulant de plus débrouiller
ce qui restait d'obscur, et mettre dans
leur jour tous les faits historiques qui
n'y sont qu'indiqués , Marsden a en-
trepris un grand commentaire ou ime
longue suite de notes quelquefois très-
étendues. Placées à la fin des chapitres
qu'elles éclaircissent , elles supposent
des recherches considérables et la lec-
ture attentive etraisonnée des relations
de presque tous les voyageurs qui ont
marché sur les pas de Marco-Polo ,
ainsi que de tous ceux des ouvrages
orientaux qui ont été traduits en Eu-
rope. On y trouve rassembles tous les
passages des auteurs modernes qui
ont donné de nouveaux détails sur les
événements racontes par le voyageur
vénitien , sur les personnages dont il
fait mention ; sur les heux , les mœurs,
les productions naturelles et indus-
trielles qu'il a fait connaîUe. Mais ce
qui est surtout précieux , c'est le re-
cueil des différentes manières dont
les noms propres sont écrits dans les
plus anciennes éditions et dans les
manuscrits qu'il a pu consulter, ainsi
que l'étymologie de ces noms, ou les
corrections qui semblent nécessaires
pour en conserver l'ordiographe pri-
mitive, partie délicate et difficile, où
Marsden s'écarte larement paice qu'il
sait s'arrêter souvent et à propos. On
regrette toutefois de rencontrer dans
son texte beaucoup de noms propres
altérés , défigurés, qui, dans les édi-
tions précédentes , choquent un lec-
teur instruit. Mais, puisque .Marsden
n'avait pas trouvé le moyen de fain
disparaître ces taches, on doit croire
qu'elles sont ineffaçables. On doit
aussi regi;ç|4çi' gu'.i.l_,. n'ait pu faire
MâR
usage d'un manuscrit île la Bibliothè-
que royale de Paris, qui est très-an-
cien et plus ample que les autres. Ou
ne peut pas être toujours d'accord
avec lui sur l'application qu il fait des
noms des lieux donnés par Marco-
Polo , à ceux qui ont été décrits par
d'autres voyageurs, notamment pour
la Mongolie ot la Chine. Ce nest assu-
rément, dit Abel Remusat , ni la pa-
tience dans les recherches, ni la saga-
cité dans les raisonnements, ni l'habi-
leté à mettre en œuvre les matériaux
qu'il avait à sa disposition, qui ont pu
manquer à Marsden, pour son projet
de suivre le voyageur vénitien dans
sa marche au travers de 1 Asie ; mais
il eut eu besoin, pour cette partie de
son commentaire, d'une description
exacte de la Tartarie, Faite an XllP
siècle par les Tartares pux-mêmes. Il
ne connaissait pas la langue chinoise,
il lui a donc été impossible de faire
usage des livres de g«:ogi aphie qu'elle
possède. Du moins, dans deux par-
ties de son ti-avail , Marsden semble
avoir assez complètement atteint son
but , et n'avoir laissé dans le texte de
son auteur d auties difficultés que
celles qu il est peut-être désormais
impossible den séparci. en rapj)ro-
chant les observations recueillies sur
les provinces de la Pci-se orientale,
les pays voisins de 1 Indus et la Tran-
soxane, pai' les vovageui> qui sont
postériems à Marco- Polo, de celles tic
ce Vénitien. ;Marsden a parfaitement
axpliqué les unes par les autitîs : un
voit par là ce qu il aurait pu faiie s'il
avait eu partout d aussi bons reusei-
gnemeiiLs. Quand ensuite Marco-Polo
vient à parler des royaumes de l'Inde
orientale et des îles du midi, et qu'il
décrit les productions et le commerce
de la Grande-Java , que le commen-
tateur croit être Bornéo , et de la
Petite-Java, qui paraît être .Sumatra,
MAR
211
alors le savant historien de cette île se
trouve sui- son terrain. Il faudrait
avoir, comme lui , séjourné dans ces
contrées pour juger du degré de soli-
dité de plusieurs de ses expUcations,
et surtout pour discuter les points
qu'il n'a pu expliquer. Rémusat, dont
nous empruntons les propres paro-
les, parce quïl nous aurait été diffi-
cile de nous mieux exprimer sur ce
sujet, est surpris de ce que Marsden
n'ait tiré aucun parti des extraits que
le père .Amiot a donnés des ouvrages
des géographes chinois, qui décrivent
les pays du midi très en détail, qui les
rangent dans le même ordi'e , et les
envisagent de la même manière que
Marco-Polo. Ces extraits , tout impar-
faits qu'ils «ont. auraient pu lui pro-
curer qucl(|iies lumières. I>e jugement
(lorté par Rémusat était conforme à
lopinion de Klaproth. Ce dernier, qui
possédait toutes les connaissances re-
quises pour faire un bon travail sur
la relation de Marco- Polo, n'eut pas
le temps de le termmer ; nous l'avons
dit à son article (LXMIi, 548). La
carte placée à la tête du volume de
Mai'sden nest pas d'un usage com-
mode, parce que fou a mêlé , sans
distinction . les dénominations du
XIII' siècle et les uoms de Marco-
Polo, dont l'application est toujours
en grande paitie hypothétique, avec
les noms qui résultent des notions
positives que nous avons acquises sm"
Ifs dilFérentes contrées de l'Asie.
V. Nnmi.imato orientalia illustrata
iMcdaillea orientales expliquées), Lon-
dres, 1823-1823, 3 vol. in-'r. Mars-
flen a tlécril et expliqué dans ce livre
les médailles orientales, anciennes et
modernes , de sa collection. Les cin-
quante sept planches qui ornent ces
volumes , ont été gravées avec une
(idélité scrupuleuse par John Swain.
(1n désirerait parfois plus de pré-
14.
2tâ
MAR
cision dans les explications données
sur quelques médailles. VI. Mémoires
dune famille malaïe , écrits par elle-
même ; et traduits de l'original; Lon-
dres, 1830, in-8°. Les aventures ra-
contées dans ce petit volume, publié
par Marsden octogénaire , se sont
passées de 1756 à 1766; elles ne sont
pas dépourvues d'intérêt , mais leur
principal mérite est de présenter une
peinture exacte des mœurs et du ca-
ractère des Malais. L'ouvrage a été, sui-
vant les apparences, écrit à plusieurs
reprises, d'abord par le chef de la fa-
mille, puis par ses enfants, et terminé
par l'un des plus jeunes qui l'a signé.
Le style en est simple, ce qui peut
surprendre, car les Malais , de même
que la plupart des Orientaux , sont
sujets à n'exprimer leurs pensées que
par des expressions figurées, et quel-
quefois à pousser leurs métaphores
jusqu'à l'extravagance. Les faits con-
tenus dans ce livre méritent d'ail-
leurs d'être médités par les personnes
appelées à remplir des emplois dans
<les contrées habitées par des Malais,
puisqu'il expose quelles funestes sui-
tes peuvent résulter des offenses faites
à ce peuple brave, susceptible et té-
méraire. Vil. Catalogue de diction-
naires, vocabulaires ^ grammaires et
alphabets, Londres, 1797, in 4°. U est
divisé en deux jjartics : la première
offre les noms des auteurs par ordre
alphabétique; la seconde, les titres des
ouvrages rangés par ordre chronolo-
gique, suivant (haque classe de lan-
gues. Ce livre ne hit pas mis dans le
commerce , non plus (jue le suivant.
Vin. Bihliolhera vtarsdeniana philo-
logica. — Catalogue de livres et de ma-
nuscrits recucilUs, afin d'établir une
comparaison générale des langues et
de contribuer à l'étude de la littéra-
ture orientale^ Londres, 1827, in-4''.
La distribution des matière» est la
MAR
même que dans l'ouvrage précédent.
Marsden a publié dans les Tran-
sactions de la Société royale, 1781 :
Mémoire sur un phénomène obseive
dans l'île de Sumatra. Une sécheresse
extraordinaire avait, en 1775, détruit
les feuilles des arbres, toutes les
herbes, et tari les cours d'eaux; après
les chaleurs , des maladies bilieuses
enlevèrent beaucoup d'Eurçpéens et
même des indigènes : au mois de no-
vembre suivant, les rivages de l'île
furent couverts d'une quantité prodi-
gieuse de poissons morts. Marsden
demande si l'eau de la mer n'a pas be-
soin de recevoir celle des fleuves, pour
ne pas nuire à la vie des poissons.
Dissertation sur l'ère de l'Hégire, 1788;
Notice sur la chronologie des Hindous.
~î)ansl'Archœologia,ilSU t. VII,^e-
marques sur la langue de Sumatra ;
ibid., 1785, Observations sur la langue
dupeuple communément appelé Gjrp-
sies (Bohémiens ou Zingari). — Dans
les Transactions de la Société Asiatique
de Londres, t. III, Notice relative aux
Indigènes de la Nouvelle - Guinée.
Cette glande île est nommée pai- les
Malais Tanah-Papouah (terre du peu-
ple aux cheveux crépus). Marsden
raconte les aventures de deux lascars
ou matelots hindous et d'un Anglais,
qui avaient été surpris par les insu-
laires. C.eux-ii avaient dévoré les ca-
davres des honnnes tués dans la ren-
tontre qtii avait eu lieu, mais avaient
épargné les autres. Ce récit est accom-
pagné de considérations sur les mœurs
des Papous. — Les botanistes ont consa-
cré à la mémoire de .Marsden un gen-
re de plantes de la famille des A])0-
cynées : il comprend des arbrisseaux
<le la Zone torride, dont quelques-uns
ont des tiges grimpantes ; du nombre
de ceux-ci est le Marsdenia tinctoria
{Taram Akar des Sumatranais), que
Marsden fit connaître en Europe en
BME
1780, et des feuilles duquel* on ex-
trait une belle couleur bleue. E — ».
MARSH ( Narcisse ) , archevê-
que irlandais , issu d'une famille
saxonne établie dans le pays de Kent ,
était né en 1638 à Hannington dans
le comté de Wilt , et se fit rece-
voir, en 1654, docteur eu théologie
à rUniversité d'Oxford. Après avoir
exerce quelque temps les fonctions
de chapelain dans la maison du chan-
celier Hyde, comte de Clarendon , il
fut nommé principal du collège d'Al-
ban-hall à Oxford, et en 1678, prévôt
du collège de Dublin. Des dignités
plus élevées furent la récompense de
sa conduite exemplaire dans les pla-
ces qui lui étaient confiées. En 1683
il fut appelé au siège épiscopal de
Leîghiin et Fems, en 1690. à l'arche-
vêché de CashelL en 1699, à celui de
Dublin , et enfin , quatre ans après ,
à celui d'Armagh qu'il conserva jus-
qu'à la fin de sa vie en 1713.
Profondément instruit , et zélé pour
les lettres, il ouvrit au public dans
son palais sa belle '»ibloithèque, et fit
présent à celle d'Oxford des manus-
crits orientaux qu'il avait acquis de
la succession de Golius. Sa piété ne
fut pas moins profonde que son ins-
truction. A l'hospice de Drogheda, il
fonda 12 places pour des pauvres
veuves d'ecclésiastiques, et il rétablit,
à ses frais, un grand nombre d'égli-
ses de son diocèse. Grand amateur de
musique, il écrivit YEssai d'une in-
troduction à la théorie des sons, con-
tenant des avis pour le perfectionne-
ment de l'acoustique. La Société
Eoyale de Londres a fait insérer ce
traité dans le recueil de ses Transac-
tions philosophiques. On a encore de
Marsh une Lettre pastorale au clerqé
du diocèse de Dublin, 1694, in-4'', et
deux ouvrages d'instruction : Manu-
ductio ad logicam de Philippe de
MAR
213
Trieu ; nouvelle édition, augmentée
du texte grec d'Aristote et du traité
de Gassendi De demonstratioue, Ox-
ford , 1678 ; et Institutiones lotjiaa
in usum juventutis acaf/emictf ; Du-
blin, 1681. On s'est étonné, avec rai-
son , en Angleterre , du j)ortrait sati-
rique que Swift, dans ses œuvres, a tra-
cé d'un prélat qui n'est connu que
sous de« rapjKjrts estimables. D — c.
MARSHALL ( Wim.M IUm-
PHREY ) , laborieux agronome anglais .
avait passé sa première enfance chez
ses parents à la campagne , quand
ceux-ci le placèrent dans une maison
de commerce. Mais, ne montrant au-
cun goût pour cette carrière, il pro-
fita de tout ce qu'il avait de loisirs
pour se livrer à l'étude de la botani-
que , de l'horticulture; et il se hâta,
sitôt qu'il le put, de revenir à la vie
de campagne. Les propriétés qu'il avait
a faire valoir, tant pour son compte
que pour celui d'autrui , le mirent à
même de faire nombre d'observations
et d'expériences dont beaucoup de-
vaient éti-e concluanles. On saitcom
bien de fois l'agriculture a eu raison
de se plaindre des théories chiméri-
ques qui , après avoir promis les plu»
riches résultats , viennent échouer
contre l'expérience; mais on sait aussi
combien, dans les campagnes, l'esprit
de routine s'obstine d'ordinaire à com-
battre les innovations les plus heureu-
ses. Si l'agriculture anglaise fut une
des premières à s améliorer , elle le
doit à des hommes qui, assez éle-
v s par l'esprit et par les habitu-
des de l'éducation, pour ne point
haïr à l'avance la méthode, la science
et les théories, se sont trouvés placés
de manière à combiner les principe»
de celles-ci avec les indications de la
pratique, en sorte que les deux par-
ties essentielles de l'agronomie s'é-
clairassent et se servissent niutufUe-
âir
MAR
MAP.
ment; ^ pai-ini ces hommes .Mar-
shall est certainement un de ceux qui
ont rendu le plus de services décisifs,
c'est d'abord qu'il appliqua et expé-
rimenta; c'est ensuite qu'il publia le
I ésultat de ses expériences , complé-
tant par ses écrits ce qu'il avait com-
mencé par ses labeurs matériels; enfin
c'est qu'il se voua surtout à décrire
et àutilisor le sol anglais; les titres seuls
de ses productions le prouveraient
au besoin. Sentant combien , même
dans un pays commercial tel que
l'Angleteri'e, les progrès de l'agricul-
ture sont désirables , il éleva aussi
la voix à dessein de (aire créer une
école spéciale d'agronomie. A viai
dire, la Grande-Bretagne devrait avoii-
une école semblable dans tous les
comtés : l'établissement central serait
une école normale destinée à former
les professeurs d'agronomie. Toute»
prosaïques que puissent sembler et la
vie et les œuvres de Marshall , il ne
manquait pas de certaine poésie dans
la tête, et il voulut en donner la pieu-
ve au public, qui jusqu'alors ne con-
naissait que de sa prose, en imprimant
son poème didactique du Paysaije ,
1795. Marshall mourut en 1841. Peu
d'agronomes ont écrit autant que lui.
Voici la liste de ses productions. Six
ouvrages de même tilic forment une
espèce à' Agronomie uttglaisc , non
complète, distribuée tantôt par comtés
isolés, tantôt pai- grandes régions, sa-
voir •■ I. Économie du comté de J^or-
folk, 1787, 2 vol. in-S". II. Du comté
iCYork, 1788,2vol. in-8". lU. Ducomté
de Glocesler, 1789, 2 vol. in^". IV.
Oea comtés de l'intéricui\, 1790, 2 vol.
iti-8". V. De (juatre comtés de C An-
gleterre occidentale, Devon, Somerset^
Dorsel, et Cornouailles, 1796 , 2 vol.
n-8**. VI. Des comtés du Sud , resl-
à dire de ceux de Kent, de Surrcy,
de Sussex, de Fiant, de l'île de ff^ljht,
des collines de itaie du lotnté de
tVilt, 2 vol. in-8". (2* édition, 1799,
augmentée d'une description de la
vallée de Londres et d'une esquisse
d'économie rurale.) La plupart de ces
ouvrages ont été réunis par Paris dan»
son Agriculture prutitjue des différen-
tes parties de l'Angleterre (tiaduite de
l'anglais), Paris, 1803, 5 vol. in-8",
atlas in-4": rafraîchie sous le titre de
la Maiion rustique Anglaise , etc.
Tous ont été vraiment utiles et l'eus-
sent été encore davantage , avec,
un prix moins élevé. Tous con-
tiennent nombre d'indications facile-
ment réalisables. On peut en juger pai
le dernier d'entre eux, lequel présente,
après la description de la vallée de
Londres, une esquisse des principes do
l'écoiiomie rurale , le journal , com-
posé de 276 petits articles, puis (tome
2) «les remarques générales faites eu
1777, des expériences etdesobsei-va-
tions , et encore des remarques géné-
lales datant de 1779 , plus une espè-
ce de table systématique qui présente :
Vil. Petits essais d'agriculture (MinutCt-
of'Ag.) faits sur une ferme de trois cents
acres , à sol vaiié, près de Croydon
(Smrey), 1778, in-4». VIII. Expérien-
ces et observations sur l'agriculture et
la température, 1778, in-4». IX. Le
Bosquet américain , ou Catalogue al-
phabétique des arbres et arbrisseaux
qui rroisseni dans les forêts des Etats-
Unis de l'Améiique, 1783 , in-S". Il
«tn existe une traduction française par
Lczermes, Paris, 1788, in-8". L'auteui
y suit la méthode et la nomenclature
d(.' Linné , mais se trompe quelquefois.
Le tiaduclenr relève quelques erreuis
hur le thé vert et le thé boe , sur les
Itignonia radicans et sempcr virens.
etc. X. Traité pratique des jat-dins d'or-
nements en généivl, in-8"; 2' édition
très-augmontëe, sous le titre i?«;s;^/an-
Idtions et de fart d'orner les maisons
MAR
de campagne, 1796, 2 vol. in-S» ; 3*
édition, 1803. XI. Proposition cTun
Institut Royal ou collège d'agriculture
et des autres branches d'économie ru-
rale, 1799, in-S". XII. De (appropria-
tien et de Cenclosement des terres va-
gueset communales, 1801, in-S". XIII.
De la propriété rurale eu Angleterre,
180i, in-4°. XIV. De Taménagement
des propriétés rurales, 1804, in-8°.XV.
i^Examen des rapports du bureau d'a-
gi icullure au département des comtés,
nord de l'Angletene, 1808, in-S"; 2"
Examen des rapports du bureau d'a-
griculture du département des comtés
de r ouest, 1810 , in-8°; 3» Examen
du rapport du bureau d'agriculture au
département des comtés de Cest, 1812,
in-8*. XVI. Enfin le poème didactique
dont il a été question plus haut , du
Paysage (Review of the Landscape) ,
«uivi d'un Essai sur le pittoresque et
de Remarques pratiques sur les orne-
ments des maisons de campagne, 1795.
Les vers de Marshall ne sont pas
plus mauvais que ceux de tant d'au-
tres qui ont plus ou moins pénible-
ment labouré le sillon poétique. Tou-
tefois il crut que le mieux pour lui
était d'en revenir à la prose, et on ne
peut que l'en féliciter. P — or.
MARSHALL (Jou:«), homme
d'Etat américain, avait d'abord suivi
la canière militaire. Officier pen-
dant la guerre de l'indépendance ,
il devint successivement membre de
l'Assemblée législative de l'État de
Virginie, du Conseil exécutif, du Con-
gres, et secrétaire d'État. Washington
voulut l'envoyer ministre plénipoten-
tiaire en France, à la place de Mon-
roë, mais il ne put lui faire accepter
ces fonctions. Nommé ministre de la
justice en 1801, Marshall conserva
cette place, jusqu'à sa mort, airivée à
Philadelphie, au mois de juillet 1835.
On a de lui une Fie de Wahsington,
MAR
215
précédée d'un précis de thistoire des
colonies fondées par tes Anglais, sur
le continent de F Amérique septentrio-
nale. Elle a été traduite en français
par P.-F. Henry, notre collaborateur,
Paris, 1807, 5 vol. in-S", avec atla»
de 16 pi. C'est un ouvrage estimé {l'oy.
Heîîky , LXVII , 68 ). Marshall était
membre correspondant de l'Institut
historique de France. M — d j.
MARSIS (Ambroisk), né en 1733
à Gourdon, dans le Quercy, embras-
sa l'état ecclésiastique , et devint curé
de cette ville, où il mourut en 1815.
On a de lui : I. Exercices de dix
jours de retraite, pour toute sorte Je
personnes , et en particulier pour
celles qui sont consacrées à Dieu dans
rétat religieux, Paris. 1775, 2 vol.
in-12. II. Discours pour convaîncte
Fincrédulité, ramener les protestants,
convertir les pécheurs, 1777, in-12.
III. Portrait du saint prêtre (dani»
l'Histoire de M. Baudus, vicaire-gé-
néral, ouvrage indiqué par M. Vi-
dai! let, qui n'en donne pas la date,
comme étant imprimé à Villefranche,
in-12). M. Vidaillet, dans la seconde
livraison de sa Biographie des /lom-
mes célèbres du département du Lot,
dit que Marsis avait entrepris une
traduction française d'Homère. » Dans
« cet ouvrage, manuscrit et incom-
■ plet, il se proposait de démonti'er
« que les principales beautés de l'I-
« liade et de l'Odyssée ont été pui-
. sées dans les livres saints. » —
François Marsis, lieutenant-général au
présidial de Gourdon, dans le XVIl'
siècle, était probablement de la même
famille. Savant jurisconsulte, il publia
un ouvrage estimé sous ce titre : Pnr-
termissonim juris civilis, in quîhus
legum , antiqua et recepta lectio ,
contra omnium interprettim emanda-
tiones defenditur, difficillimarum quas
omiserunt, aut perperam interpretati
216
MAft
MA»
Kunt, non adhite perceptu uxpticatio
traditur, Paris, 1629, in-i". Sa famille
ronserve de lui un autre ouvrage
manuscrit. Z.
MARSO (Pâli. Piscinus, surnotu-
rné), savant philologue du XVP siè-
cle, sur lequel on n'a que des rensei-
j^nements incomplets. Suivant le Top-
pi et son continuateur, il était de Pis-
eina dans l'Abruzze {voy. la Bihlioth.
Napolitana). Cependant Marso lui-
même indique Rome, comme le lieu
de sa naissance (1). Tiraboschi dit
qu'il était frère de Pierre Marso {voy.
e.e nom, XX Vil, 261); mais il est plus
probable qu'ils étaient seulement corn-
patriotes. Paul, entré jeune à l'acadé-
mie de Pomponius-Laetus, partagea la
disgrâce de sou maîti'e qu'il suivit
dans sa retraite à Venise. Il demeura
dix ans dans cette ville, où ses talents
lui procurèrent des amis puissants,
entre autres Georges Cornaro (Corne-
/mx), auquel il dédia depuis son Com-
mentaire sur les Fastes d'Ovide. De
retour à Rome, il reprit sa place à l'a-
cadémie de Pomponius. Le 20 avril
14^3, il y prononça le discours an-
nuel sur la fondation de Rome (ooy.
PoMPOsa-s, XXXV, 331).Gyraldi parle
de ce discours (2) dans des termes qui
peuvent faire présumer qu'il avait été
imprimé ; mais les catalogues les plus
exacts n'en citeni aucune édition.
Marso, cette même année, expliqua
les Odes d'Horace et les Tristes d'Ovide
à «es auditeurs. L'année suivante, il
se chargea de leur interpréter les Fastes
qu'il nomme un poème divin. Ce tra-
vail, auquel un homme moins versé
dans les antiquités aurait dû consa-
crer plusieurs années, ne lui coûta
que quelques mois d'application ; el
c'est une chose vraiment étoimante
(1) Prifare de «on Commcntair'' »m 1»^
Fitste».
(2) UrttiK Homic genatMiacon-.
qu'il ait pu l'achever dans un si cour)
espace de temps. Mais, comme Marso
le dit lui-même, il faut avoir habite
long-temps Rome, pour pouvoir ex-
pliquer les coutumes et les usage.'-
des anciens Romains. Son Commen-
taire sur les Fastes d'Ovide fut impri-
mé pour la première fois à Venise,
m 1485, in-fbl. On apprend par !;<
suscription que Marso remplissait .
cette année, avec Astreus les fonction-
de censeur de l'académie. Ce com-
mentaire a été rcpioduit à V^enise en
1492, en 1520; à Tusculano, eu
1529; et il se retrouve dans la plu-
part des éditions du poème d'Ovidr.
publiées dans le XVP siècle. On voit
par une pièce de Paignani dont un
fragment est rapporté par Tii-aboschi
dans la Storia délia letterat. ital.,\l,
954, que Marso fit le voyage de Mo-
dène pour en visiter les antiquités. A
beaucoup d'érudition il joignait, ditGv-
raldi (jD ta /o^. de poétis), une admira-
ble facilité pour la poésie, et il avait
composé plusieurs poèmes. Cepen-
dant on ne connaît de lui qu'un seul
opuscule en vers; c'est une élégie in-
titulée : De crudeti Eurapontltia urbi^
excidio sacrosancttt relîgionis lameu-
tatio., in-S"; elle est dédiée au papt-
Paul H, et les bibliographes conjectu-
rent qu'elle fut imprimée à Ronie, en
1 471 . On sait que Marso avait com-
posé un traité de Rhétorique et IHi
commentaire sur la Pharsale; mais il
paratt que ces deux ouvrages sont
perdus. — Maiiso (Jean Annonio) .
poète dramatique, était de Venise. On
ne connaît de lui qu'une seule pièc»-
intitulée : Coma'(/i./ Slephanium urbi^
F^enetiPqenio publiée recitatn, Venise,
sans date, in-i" de 22 f. C'est une al-
légorie à l'honneur de la ville de Ve-
nise. Elle fu( représentée dans quel-
ques fêtes au commencement du XVI'
««'h-Ic. Marso joua, dit-on, un rôle
MAI
MAR
2t7
dans sa pièce et recueillit des applau-
dissements comme auteur et comme
acteur. L'édition qu'on vient de citer
est très-rare. On «a «onnaît une se-
conde. Vienne, lolfjrtn-i", qui n'est
pas plus commune. Foy. Denis, Sup-
plément aux Ânnalei typographiques
de Maittaire et Panzer. W — s.
MARTAI\ VILLE ( Aipho>se-
LoLis-DiEXDOssÉ), l'un des écrivains de
la restauration les plus spirituels et les
plus courageux, naquit à (^dix, en
1776, de parents français. Il vint fort
jeune en Provence, où il demeura plu-
sieurs années, puis à Paris, où il fit ses
études au collège Louis-le-Grand. La
révolution commença avant qu'il les
eut terminées. Lance dans le monde,
à peine âge de seize ans, il s'y fit de»
lors remarquer par l'énergie de son
caractère et la causticité de son es-
prit. Sa naissance et sa position ne
«levaient pas lui inspirer d'éloigne-
ment pour les innovations ; mais, na-
turellement porte à la satire et à la
controverse, il ne ménagea point les
ridicules et l'hypocrisie des tartufes
révolutionnaires ; ce qui lui attira dès
lors beaucoup d'ennemis, et le con-
duisit bientôt devant l'affreux ti'ibu-
nal de Fouquier-Tainville, sous pré-
texte de coopération, avec un nommé
Monborgne , à un tableau du maxi-
mum inexact. Par une exception rai-e
tous les deux furent acquittés. Une
circonstance remarquable de ce pro-
cès, c'est que, lorsque Martainville
déclina son nom, le président, pen-
sant qu'il voulait déguiser quelque
litre de noblesse, lui dit : « de Mar-
« tain\nllc, sans doute. — Citoven
« président, répliqua vivement le
» jeune accusé, je suis ici pour êti'e
« raccourci (1), et non pour être al-
[l] Par lin horrible jeu de mots, les boui-
reanx de cette époque appelaient le supplice
«le la guillotine un raccoureissement.
" longé... » Cette répaitie, de la part
d'iui homme si jeune, dans une si-
tuation pareille , est bien étonnante,
et quelques personnes ont refusé d'y
croire. Cependant le fait est consigné
dans plusieurs écrits du temps , et
n'a pas été démenti. Quoi qu'il en
soit , Martainville fut du petit nom-
bre des N'ictimes que le féroce tri-
bunal épargna; mais on croit qu'il
dut cette faveur , beaucoup moin.s
à son audacieux jeu de mots , qu'à
la protection d'Antonelle, son com-
patriote , qui était un des jurés.
Echappé ainsi au règne de la terreur,
il se jeta, avec toute l'énergie de son
caractère, dans le parti de la réaction
qui suivit la chute de Robespierre.
On le vit aux premiers rangs de ce
qu'on appelait alors la jeunesse dorée
de Fréron , et il composa , dans cet
esprit réactionnaire, deux pièces de
théâtic, qui eurent un grand succès.
Dans l'une, intitulée les Assemblées
primaires, il déversa le ridicide à
pleines mains sur le système électoral
du temps; dans l'autre, intitulée le
Concert de la rue Feydeau, il expri-
ma avec plus de force encore sa
haine pour le parti jacobin, alors
vivement poursuivi par l'aversion
publique, et que l'on croyait pour
toujours renversé. Tout le parterre
applaudit avec transport , et fit répé-
ter plusieurs fois , à chaque représen-
tation, le couplet suivant :
Lorsque l'on voudra, dans la France .
Peindre des monstres destructeurs,
11 ne faut plus de l'éloquence
Emprunter les vives couleurs.
On peut analyser le crime :
Car, tyran, voleur, assassin ,•
Par un seul mot cela s'exprime ,
Et ce mot-là, c'est... Jacobin.
Mais quand ce parti eut recouvré le
pouvoir, par la journée du 15 ven-
démiaire (octobre 1793), il s'opéra une
réaction bien autrement redoutable
218
MAB
que celle des thermidoriens. Martain-
ville ayant alors besoin de se faire
oublier, alla passer quelques mois en
Provence, et y fut poursuivi comme
réquisitionnaire , puis contraint de
s'enrôler dans un bataillon de volon-
taires qu'il suivit en Italie, où il
ne resta que peu de temps. Re-
venu bientôt à Paris , il s'y livra en-
core à la composition de plusieurs
ouvrages dramatiques , et s'asso-
cia , en 1802 , à M. litienne , pour
une Histoire du Théâtre-Français,
qu'ils publièrent en commun. Mar-
tainville traversa le règne de Napo-
léon assez paisiblement, bien qu'il
laissât percer encore , de temps en
temps, son goût pour l'opposition et
la satire , notamment à l'occasion
du mariage de Marie-Louise, où il
composa une chanson poissarde ,
pleine de sel, d'esprit, et qui courut
toute la France. Napoléon et sa po-
lice n'en ignorèrent certainement
point l'auteur ; mais quoique très-
hardie, et peu respectueuse pour le
maître, cette chanson avait tant d'es-
prit, de gaîté, que Napoléon lui-même
dut en rire , et que MartainvUle n'es-
suya pas, de sa part, la moindre per-
sécution. Il avait conservé toute son
indépendance et toute la franchise
de ses opinions conlrc-révolution-
naircs , quand la restauration sur-
vint en 181i. Il s'en déclara, dès le
commencement, un des plus dévoués
partisans, sans que l'on voie que ces
manifestations lui aient été d'aucun
avantage personnel. Au mois de mars
1815, lorsque Honaparte, échappé de
rtlc d'Elbe, se dirigea sur Paris, Mar-
tainville se fit remanjuer parmi les
royalistes qui s'enrôlèrent pour la
défense de la royauté , et il leur
adressa une lettre très - énergique ,
«ju'il fit imprimer et afficher dans
tout Paris. Napoléon étant devenu
MAR
maître de la capitale , Martain-
ville se réfugia dans une modeste
maison de campagne, qu'il possédait
au Pecq, sur la^|k«ie; et il s'y trou-
vait encore, lor^^e le généi-al prus-
sien Bliicher passa le fleuve, dans le
mois de juin suivant, pour se porter
«ur Versailles. Cette circonstance a
donné lieu à l'une des plus absurdes
calomnies que l'esprit de parti ait ja-
mais pu imaginer. On a dit, et même
on a imprimé dans de ridicules pam-
phlets et de plates épigrammes , que
Martainville , dont la maison fut
pillée, dévastée par ces mêmes Prus-
siens , et dans laquelle il était seul
avec sa femme , n'ayant pas- une
épée ni un pistolet pour se défendre,
leur avait livré le passage de la Seine,
que certes il n'était pas en son
pouvoir d'empêcher, ni de permet-
tre Et pendant qu'on l'accusait
si ridiculement, Martainville se hâ-
tait d'accourir à Paris , pour faire
imprimer et distribuer aux Chambres
une adresse, par laquelle il les con-
juiait d'aller se jeter aux pieds du
roi Louis XVIII, leur déclarant qu'elles
n'avaient pas d'autre parti à prendre.
On sait combien de haines et d'inimi-
tiés ces manifestations suscitèrent à
Martainville. La première circons-
tance où elles éclatèrent , fut la re-
présentation de Gcitnanicus, tragédie
d'Arnault, dont il rendit un compte
sévère dans le Journal de Paris. Le
fils de l'auteur crut devoir venger
la gloire de son père par des injures
et des voies de fait sur la personne
de Martainville, qui, à son tour, lui
intenta un procès, et le fit con-
damner à un jour de prison et 50
francs d'amende ; ce qui ne l'em-
pêcha pas de lui en demander encore
raison, dès le lendemain, d'une autre
manière. Ils se battirent au pistolet
et échangèrent plusieurs balles, dont
MAR
lime effleura légèrement Marlain-
\ille. On pense bien que la politique
Mit plus de paît à cette affaire que
la question littéraire (2) ; et ce n'était
ji.is le seul procès que dut attirer à,
Martainville l'ardeur de ses opinions.
Il ({uitta alors, comme il l'a dit, par
nrompatibilité, le Journal de Parti,
(tiiillc sans couleur et beaucoup
il np insignifiante, pour s'associer à la
icflaction de la Quotidienne, puis
a celle de la Gazette de France.
( Hioique ces journaux fussent bien
plus conformes à son caractère, et
1 SCS opinions , il ne pouvait pas
toujours s'y exprimer avec autant
(le cbalcur qu'il l'eût désiré , et
<i ailleurs les honoraires de sa ré-
daction étaient loin de suffire à ses
hisoins et à ses goûts qui furent
iHi jours fort chers. Ce fut donc
l>(HU' avoir plus de liberté, et sans
doute aussi pour gagner plus d'ar-
gent, qu'il fonda, en 1818, le jour-
nal Le Drapeau blanc, en société avec
l'imprimeur Dentu. Persuadé qu'une
telle entreprise ne pouvait réussir
qu'en se faisant remarquer par sa
hardiesse et son indépendance, Mar-
tainville y donna un libre cours à
ses pensées. Toujours d'ailleiu^ fort
attaché à la monarchie des Bour-
bons, qu'il vovait se perdre par des
actes de faiblesse et de funestes con-
cessions, il redoubla de zèle et d é-
nergie pour combattre tous ceux qu'il
considérait comme les ennemis du
trône et de la religion. Et ce n'était
(2) On a attribué ù Aniault répigraiiuiie
suivante :
Pour sa conquCtc d'Afrique,
A Scipion l'on applique
Le surnom de l'Africain.
Vqut uue action perverse
>e peut-on en sens inverse
Rendre célèbre un faquin •
Et nommer celte ànie vile
Qui du Pecq livra la ville ,
Martainville le Pecqiiin ?
MAft
219
pas seulement dans son journal qu il
manifestait ainsi ses opinions ; chaque
soir, établi dans le café Valois, où se
réunissait tout ce que le parti roya-
liste avait de plus exalté, il s'y hvrait
à de violentes invectives contre les
ministres et quelquefois même contre
le roi. Ix)rs de la nomination de 60
pairs, et de celle du ministre de la
police Decazcs, qui furent publiées un
jour de carnaval, il composa une satiie
pleine de fiel ^d'énergie, que le cy-
nisme des expressions ne nous permet
pas de reproduire, et il la lut haute-
ment à plusieurs reprises au milieu
du café. A la même époque, il pré-
senta, dans son journal, sous les cou-
leurs les plus odieuses , le maréchal
Brune, qui avait été égorgé par la po-
pulace d'Avignon {voy. BRt;>E, LIX,
377). La veuve de ce maréchal l'ayant
poursuivi devant les tribunaux, com-
me calomniateur, il se défendit lui-
même avec beaucoup de courage ; et,
pour justifier ses attaques conti-e le
maréchal , il dévoila des circonstan-
ces de sa vie , encore plus odieuses
que celles quil avait d'abord si-
gnalées. « Ceux qui ont conservé
» quelques souvenirs, dit-il, des pre-
«• miers temps de la révolution, se
« rappellent l'infâme journal intitulé
« la Bouche de Fer ; ils voient encore,
» dans la rue du Théâtre-Français,
" cette porte devant laquelle le pas-
•< sant reculait effrayé par ime tête
« de furie, de Gorgone révolution-
" naire, dont la bouche hideuse,
« sans cesse béante, dévorait toutes
'< les immondices qu'y jetaient les
« fournisseurs qui l'alimentaient vo-
>■ lontairement. Le lendemain, ces
« horreurs se reproduisaient dans les
« feuilles criminelles, où l'injure n"é-
« tait point déversée sur un sujet re-
.' belle, sur un clubiste forcené, sur
" un agent de la plus atroce tv-
220
MAR
" rannie, sur un général concussion-
" naire, mais sur tout ce qu'il y a
» de plus sacré parmi les hommes,
H sur les personnages augustes , dont
« l'image ne s'offre plus, à nos yeux,
" que rayonnante de l'auréole du
« martyre. M. le maréchal Brune, qui
» n'était alors que Brune l'imprimeur,
«■ eut l'imprudence, la faiblesse de
" prêter à l'exécrable entreprise de la
« Bouche de Fer , sa maison , ses
« presses, et quelqu^pis sa plume...
« Ce que tout le monde sait, c'est
« que Brune avait pour ami et pour
« collaborateur dans son journal ,
« un personnage trop fameux dans
» notre histoire, l'horrible Marat,
« qu'il accompagnait la nuit, lorsque
<• cet étrange ami du peuple, frappé
« d'un mandat d'arrêt, sortait du
'< soutei rain des Cordeliers pour for-
« mer de nouveaux complots.... «
Ces nouvelles révélations du journa-
liste retentirent alors dans toute la
France , et M™" Brune , qui avait
voulu blanchir la mémoire de son
mari, éprouva sous ce rapport un bien
cruel mécompte. Ce qu'il y eut en-
core de plus fâcheux pour elle , c'est
que le jury acquitta Mar tain ville à
l'unanimité. Enhardi par ce suc-
cès , et par le débit de son jour-
nal qui augmentait beaucoup, il ne
garda plus aucun ménagement. Ce
fut surtout à l'époque de la mort
du duc de Rerri, où l'indignation
publique donna un peu de vigueur
et d'influence à l'opinion royaliste,
qu'il accusa avec le plus de force tous
ceux que l'on put considérer comme
ayant contribué à ce malheurenx évé-
nement. Le ministre Decazes fut par-
ticulièrement l'objet de ses attaques ;
el elles furent si violentes, que le fa-
vori de Louis XVHI ne crut pas pou-
voir se dispenser d'y répondre. Dès
■le lendemain, il formula contre Mar-
MAR
tainville une plainte au procureur du
roi , et il l'accompagna des réflexions
suivantes, qu'il publia dans les jour-
naux officiels seulement, car les jour-
naux royalistes ne les eussent pas re-
çues : » J'ai méprisé jusqu'ici, comme
« je le devais, les outrages dont quel-
« ques libelles m'ont rendu fobjet, et
« dont la cause et le principe m'hono-
« raient troj) pour que je songeasse
u à m'en plaindre. L'intérêt de la so-
« ciété me commande aujourd'hui de
« ne pas laisser impunie l'infâme ca-
« lomnie dont le sieur Martainviile
" vient de se rendre coupable dans
« le numéro de ce jour (13 février
•' 1820) du journal qu'il ose intituler
« le Drapeau blanc. Ses lâches accu-
« sations insultent bien plus à la
K douleur publique qu'elles ne m'in-
« sultent moi-même, et c'est au nom
« de la société , bien plus encore
« qu'au mien, que je vous les dé-
« nonce et que j'en demande à la
I' justice l'éclatante réparation. » Cette
plainte, déposée au parquet du pro-
cureur du roi, n'y fut sans doute pas
accueillie, car elle n'eut point de
suite, et ce qu'il y eut de plus fâcheux
pour le ministre, c'est que lui même
perdit sa place peu de jours après :
son pied glissa dans le santj du duc
de Derri, comme l'a dit le plus élo-
quent de nos écrivains; et toute la fa-
veur de Louis XVlll ne put le garan-
tir de cette chute. Les royalistes eu-
rent alors im peu de crédit, et Mar-
tainviile en profita autant qu'il était
en lui. Mais ce triomphe ne dura pas;
les lois sur la |)i-esse ilevinrent bientôt
plus sévères, et ce fut principalenuiii
sur les feuilles royalistes que pesa
cette sévérité. Martainviile , plus que
tout autre, se vit en butte à une foule
d'attafjucs personnelles , à Paris et
dans les départements. Obligé d'alUi
se «léfendrc lui-même, loin de son do-
micile, il courut souvent de très-
gihands dangers, notamment à Châ-
lons, où il hit assailli par une bande
de révolutionnaires, qui voulurent le
jeter dans la Saône, parce qu'il les
avait représentés comme ayant insulté,
dans une mascarade infâme, la reli-
gion et la royauté. Il leur résista, quoi-
que seul, et parvint à les mettre en
fuite, sans autre arme que sa canne.
Martainville se rendait alors à Bourg,
on la susceptibilité du général Chas-
tcl lui fit subir une légère condam-
nation par la Cour d'assises de l'Ain
(voy. Ghastel, LX, 539). Plus heu-
reux devant les tribunaux de Riom,
de Saint-Omer et de Toulouse où il
fut successivement traduit par des
susceptibilités du même genre, Mar-
tainville se défendit toujours lui-mê-
me, sinon avec une grande éloquence,
au moins avec autant de courage que
de présence d'esprit. Dans toutes ces
villes, il fut accueilli par les acclama-
tions et les vivat des royalistes. Mais
tous ces déplacements lui coûtaient
fort cher, et il n'était pas toujours sou-
tenu par son parti , comme il l'avait
espéré ; il éprouva quelques dé-
goûts dans une carrière aussi diffi-
cile, et dans laquelle il était souvent
poursiùvi et combattu par ceux-là
même qui auraient dû le défendre.
Son rôle ressemblait ainsi à une es-
pèce de don-quicbottisme, et il avait
trop d'esprit pour ne pas s'en aperce-
voir. Il parut alors y renoncer, et, de-
puisl'année 1820, on ne le vit plus sou-
tenir de procès dans les départements;
mais il essuya encore de rudes assauts
dans la capitale, notamment le 31
juillet 1822, au théâtre de la Porte-
Saint-Martin, où les libéraux s'étaient
donné rendez-vous pour faire émeute
contre une troupe de comédiens an-
glais, auxquels le ministre Corbière
avait permis de s'établir à Paris.
MAR
221
Martainville y avant paru dans une
loge, se vit tout à coup assailli par les
menaces et les insultes du parterre,
qui demandait à grands cris son
expulsion, et qui fut tout près d'es-
calader la loge où il se trouvait. Fer-
me et impassible, il brava pendant
plusieurs heures un péril évident, et
ne voulut pas se retirer, malgré les
prières du commissaire de poUce et
du commandant de la force armée
qui l'en conjuraient. « Je suis sous la
« sauve-garde de l'autorité , leur di-
•> sait-il, si je suis assassiné, j'aurai
» fait mon devoir. Vous n'aurez pas
« fait le vôtre «. Il ne céda que ver»
la Hn du spectacle aux instances d'un
de ses amis, et sortit par une porte
de derrière. Cette circonstance fut
la dernière où Martainville courut
d'aussi grands dangers. Toujours
eti butte aux attaques des journaux
de l'opposition révolutionnaire , il
leur repondait dans le sien avec
autant d'esprit que d'à-propos. Mais
comme il arrive en pareil cas, le pu-
blic se lassa de cette polémique, et
le Drapeau Blanc ne conserva pas
assez d'abonnés pour se soutenir
sans appui. L'imprimeur Dentu ven-
dit sa poi'tion , et Martainville fut
obligé de mettre l'entreprise en ac-
tions; ce qui eut peu de succès.
Ainsi le Drapeau blanc ne se soute-
nait plus qu'avec peine, et Martain-
ville lui-même, atteint par la goutte
depuis long-temps, était dans un état
de santé fâcheux, lorsque survint la
Révolution de juillet 1830, qui mit le
comble à ses soufFrances. Il se re-
tira à Sablonville, près Paris, et y
mourut le 27 août de la même
année. — Sa femme , madame Caro-
line Martai>viu.e , fort distinguée par
ses talents en musique et en pein-
ture, l'une des cantatrices de la cha-
pelle du roi, ne lui survécut que
222
MAE
peu de jours. Elle avait composé la
musique de plusieurs romances et
nocturnes. Martainville a publié : I.
Les Suspects et les Fédéralistes , vau-
deville en 1 acte et en prose, Paris, an
III (1795), in-8°. n. Le Concert de la
rue Feydeau, vaudeville, 1795, in-8".
III. La nouvelle Hemiotade, ou Récit
de ce qui s'est passé relativememt à
la pièce intitulée « Concert de la rue
Feydeau » , Paris , sans date , in-S".
IV. La Nouvelle Montagne en vaude-
villes, ou Robespierre en plusieurs
volumes, sans date,in-8°.V. Les assem-
blées primaires, ou les élections, vaude-
ville, Paris, 1797, in-S». VI. Le Den-
tiste, vaudeville , Paris, an V ( 1797),
in-S". VII. Noé, ou le Monde repeuplé,
vaudeville, Paris, an VI (1798), in-8».
VIII. La Banqueroute du savetier, a-
propos de bottes, vaudeville, Paris,
1801, 1806, in-8MX. Grivoisiana, ou
Recueil facétieux, Paris, an IX (1801),
in- 18. X. L'Intrigue de carrefour,
vaudeville, ibid., 1801,in-8°. XI. His-
toire du Théâtre-Français , depuis le
commencement de la Révolution jus-
(juà la réunion générale, Paris, au X
(1802), 4 vol. in-12, en société avec
M. C.-G. Etienne. XII. Jrlequin en
gage, ou Gille usurier, comédie-vau-
<leville, ibid., 1802, in-8». XIII. Un,
deux, trois, quatre, ou la cassette pré-
cieuse, vaudeville, Bordeaux, an X
(1802), in-8''. XIV. yie de Chrétien-
Guillaume Lamoig non-Malesherbes ,
Paris, an X (1802), in-12. XV. Le
Duel impossible , comédie , Paris ,
1803, in-8". XVI. Pataquès, ou le
Barbouilleur d'enseignes, bluette en
un acte, ibid. XVII. Georges le taquin,
ou le Brasseur de l'île des Cygnes,
divertissement allégorique, Paris, an
XII (1804), in-8°. XVIII. Une demi-
heure de cabaret, scènes épisodiques,
ibid., in-8". XIX. Le Suicide de Falaise,
comédie, ibid., in-8"; seconde édit.;
MAB
1828, in-8". XX. Le Turc de la rui-
Saint-Denis, ou la fausse veuve, comé-
die, Paris, 1805, in-8". XXI. Roderir
et Cuneqonde, ou l'Hermite de Mont-
martre, ou la Forteresse de MouUnos ,
ou le Revenant de la galerie de l'ouest,
ga lima tias burlesco-mélo-pa tho-dra-
matique , etc. , ibid,, in-8". XXII.
La Tète du diable et le fiambcun
de l amour, mélodrame féerie- co-
mique , Paris , 1807 , in-8". XXIII.
Le Pied de mouton , mélodrame
téerie- comique, ibid., in-8". Cette
pièce et la précédente ont été com-
posées en société avec Ribié. XXIV.
Le Mariage du mélodrame et de la
gaîté, scènes d'inauguration, Paris,
1808, in-8". XXV. La Queue du dia-
ble, mélodrame féerie-comique , ibid,
in-8°. XXVI. Tapin, ou le Tambouri-
neur de Gonesse, folie-vaudeville, Pa-
ris, 1809, in-8". XXVII. Quelle mau-
vaise tête, ou SI. Saint'Foin bracon-
nier, comédie, ibid., in-8". XXVIll.
Le Marin provençal, prologue de Im-
peyrouse, Paris, 1810, in-8". XXIX.
Les Rentes viagètes, ou la Maison </<•
santé, comédie, ibid., in-8". XXX. Lu
Résurrection de /?rjoc/ie, prologue il i-
iiauguration, ibid., in-8". XXXI. 7'<^-
connet, comédie, Paris, 1816, in-8".
XXXII. Jean de Passy, imitation bur-
lesque de Jean de Paris, comédie,
P;u-is, 1812, in-8"., en société avec
Dumersan. XXXII]. 3fonsieur Cré-
dule, ou II faut Se méfier du l'en-
dredi, Paris, 1812 et 1818, , in-8".
XXXIV^. L'Intrigue à contre -teinps,
ou Moitié faux, moitié vrai, comédie,
ibid., in-8". XXXV. Bonaparte, ou l'A-
bus de l'abdication, pièce heivioo-ro-
viantico-boufforinc, Paris, 1815, in-8".
\XXVI. Le Drapeau Blanc, Paris,
1819, 2 vol. in-8". XXXVII. La bom-
be royaliste lancée, Paris, 1820, iu-8".
XXXVIII. Étrennes aux censeurs, Pa-
lis, 1822, in-8". M— '>,i-
yiAR
ALIRTEL (Étienne-Awge), archi-
tecte , nommé coramunéuient Frère
Martel , naquit à Lyon en 1569. Le
goût des arts lui fit entreprendre le
voyage de Rome avec le père du célè-
bre peintre Claude Stella. A 21 ans,
il entra dans l'ordre des Jésuites, où,
par humilité, il refusa constamment
la prêtrise, que ses supérieurs vou-
laient lui conférer. Un des premiers
essais de son talent en architecture fut
la construction de l'église du collège
de la Trinité , à Lyon ; il donna en-
suite les plans de plusieiu'S maisons
pour sa compagnie. Il fournit, en
concurrence avec le P. Derrand, des
dessins pour l'église des Jésuites de la
rue Saint- Antoine , à Paris; mais les
plans de ce deraier fuient préférés.
En 1630, il fut chargé de bâtir, dans
la rue du Pot-de-Fer, l'église aujour-
d'hui détruite du Noviciat des Jé-
suites de Paris, par le secrétaire-d'état
Des Noyers, qui voulait en faire le
lieu de sa sépulture. Cet édifice ob-
tint tous les suffrages : le portail, en
particulier, était trcs-estimé ; il était
orné d'un ordre dorique en pilastre
surmonté dun ordre ionique dont
les proportions étaient fort justes.
Cependant, on aurait désiré plus de
saillie et moins de subdivisions dans
lç8 parties de la décoration; on trou-
vait aussi que les pilastres doriques
plies rendaient irrégulière la distri-
bution du plafond de la corniche.
Martel , attaqué de la pierre , ré-
solut de se faire tailler. Les suites
de cette opération qui , à cette épo-
que , était dangereuse et demandait
un grand courage, lui causèrent de
telles douleurs, que, devenu inca-
pable de se livrer à aucun travail qui
exigeât de la fatigue , il dut se bor-
ner à exécuter de petits ouvrages en
peinture, recherchés des amateurs.
On a long - temps conservé , dans
MAR
223
la maison du Noviciat , des des-
sins de sa composition , générale-
ment estimés. Il mom'ut à Paris , en
1641. — Martel (le P. Gabriel), né au
Puy-en-Velay, le 14 avril 1680, et
mort en 1756, entra dans la compa-
gnie de Jésus et se fit connaîti-e par
les ouvrages suivants : I. Exercice de
la préparation à la mort, 1725, in-12.
11. Caractère du chrétien, 1743, 6 vol.
in-12. III. Lettres à M. Cabbé ***,
1749, in-12. IV. Le chrétien dirigé
dans les exercices d'une retraite spiri-
tuelle, 1757, 2 vol. in-12. P — s.
MARTEL (PovBÇAi>), conven-
tionnel , né en 1748, était notaire à
Saint-Pourçain , dans le Bom-bonnais,
à l'époque où commença la révolu-
tion, et fut élu en 1792 député de
l'Allier à la Convention nationale. Il
vota la mort de Louis XVI et son
exécution dans les vingt-quatre heu-
res , accompagnant son vote de cette
petite allocution : .< Je consulte la
« raison, la justice et l'humanité;
«• je réponds que je ne crois pas de-
- voir renvoyer au peuple la mis-
- sion qu'il m'a donnée, parce que
" la désobéissance est attentatoire à
" la souveraineté du peuple; d'ail-
•. leurs jai pensé que l'appel au
« peuple n'était qu'une mesure pusil-
" lanime. Je dis non. » Devenu
membre du Conseil des Anciens, il en
sortit en 1798, entra à la compta-
bilité intermédiaire en qualité de
commissaire et conserva cette place
jusqu'à la suppression de la commis-
sion. Il fut ensuite employé dans un
bureau de la capitale, y vécut obscu-
rément et quitta la France en 1816,
comme régicide. Après la révolution
de 1830, il revint dans sa patrie et
mourut à la fin d'avril 1836. M. d j.
MARTELLY (Honoré-François
RiCHAti)-), poète dramatique, naquit
en 1751, à Aix, en Provence, dune
224
MAR
famille honorable. Son aïeul , méde-
cin distingué, fut anobli pour le
courageux dévouement qu'il avait
montré pendant la peste deMarscille.
Après avoir achevé ses études sous
les Jésuites qui tentèrent de se l'atta-
cher, il fréquenta l'école de droit et
se fit recevoir avocat au Parlement de
Provence. Ayant eu l'occasion de voir
jouer Lekain , il conçut une passion
hi vive pour le théâtre qu'il résolut
lie suivre cette carrière. On dit que
le jour même où il plaida sa première
cause devant la Cour d'Aix, il fit ses
débuts dans la tragédie sur le théâtre
de cette ville ; mais cette anecdote est
plus que suspecte. Quoi qu'il en soit ,
Marte lly ne tarda pas à abandonner
le barreau. Après avoir débuté par le
rôle deTancrède, dans sa ville natale,
il parut successivement sur les prin-
cipaux théâtres de province , où il
se fit également applaudir dans la
tragédie et dans la comédie. Il vint
ensuite à Paris et fut pendant quel-
ques années attaché au théâtre Mo-
lière , mais avec moins de succès.
Il avait pris pour modèle le comé-
dien Mole, ce qui le fit surnommei
te Mole de la province, et donna sujet
au quatrain suivant :
Mole, dans ses succès, sublime et sans enrie,
Ne peut en Martelly reconnaître un rival:
A juste titre on doit applaudir la copie,
Mais il faut respecter toujours l'original.
Sur la fin de sa vie, il se retira dans
une jolie maison de campagne près
de Marseille, où il mourut le 8 juil-
let 1817. On a de lui : 1. Fables nou-
velles , Bordeaux, 1788, in-12. II.
Les deux Figaro, ou le sujet de comé-
die, comédie en cinq actes et en
prose , représentée en 1790 au théâ-
tre du Palais-Royal; Paris, 1794,
in-S". Cette pièce, réimprimée pUi-
tvSdrs fois , fait partie de la Suite du
Répertoire du TlK'ùlrc- Français, pu-
MAR
bliée par M. Lepeintre, éd. in-18,
tom. XLIX. L'intention , dit La Harpe,
en est maligne et satirique ; plusieurs
traits sont dirigés contre Beaumar-
chais, eti paraissant tomber sur son
principal personnage; et cela est
d'autant plus mal qu'il n'a fait que
travailler sur le canevas qui appar-
tient à l'auteur qu'il désigne. L'intri-
gue des Deux Figaro est calquée sur
celle de la Mère coupable ; ce sont les
mêmes personnages et à peu près le
même genre de comique. Quoique
l'imitation soit très-infériem-e à l'ori-
ginal , il y a néanmoins de l'esprit .
de la gaîté et des incidents bien ima-
ginés; le dialogue a moins de quoli-
bets, mais il est aussi moins piquant
(Correspond, littér., lettre 288). C'est
par erreur que M. Lepeintre dit
que cette comédie « est évidemment
" dirigée contre la fameuse pièce du
u Mariage de Figaro. » [Notice sui'
iVIartelly dans le tom. XUV de la
Suite du Répertoire.) III. L'Intrigant
dupé par lui-même , comédie en cinq
actes et en prose, Paris, 1802, in-8".
IW. Une heure de Jocrisse, comédie
en un acte et en prose , représente!
en 1801 sur le Théâtre-Montansiei-,
Paris, 1804, in-8". V. J^ Maladroit .
comédie en trois actes et en vers. VI
Les Amours supposés , comédie. Ci
deux pièces furent représentées sui
le théâtre de Bordeaux. VIL Conseil
d'un homme de lettres, ou les fn).
Rimeurs ; cette comédie n*a été ni
jouée ni imprimée. Martelly avait, en
outre, publié un conte, intitulé Le
Bonheur, dans le tome XI (1814)
des Mémoires de l'Académie de Mar-
seille. W— s.
MARTEi\S(Gi;iLLAUMK-FRÉnÉRH.-
uii), diplomate allemand, fin d'abord
piolx'sseur de droit public à l'Univer-
sité de Gœttingue. Los ouvrages im-
portants qu'il publia successivement.
lui acquirent une grande réputation
comme publiciste et lui valurent, en
1809, une place dans le conseil d'État
du royaume de Westphaiie, et, peu
après, la présidence de la section
des finances. Appelé au Congrès de
Vienne, en 1814, il fut chargé de
rédiger les procès- verbaux des con-
férences diplomatiques. La même
année il fut envoyé par les puissan-
ces alliées auprès de Christian-Fré-
déric , cousin du roi de Danemark ,
qui s'était fait proclamer roi de Nor-
vège et se préparait à défendre ses
pn'tentions par les armes. Martens fut
assez heureux pour décider ce prince
à se soumettre aux décisions des
monarques alliés, qui avaient donné
la ÎSorvege au roi de Suède, afin de
ie récompenser des services qu'il ve-
nait de leur rendre. Il devint, en
1816, ministre du roi de Hanovre
auprès de la Diète germanique, et
mourut à Francfort, dans l'exercice
de ces fonctions, le 20 février 1821.
On a de lui : I. Essai sur la légitima-
tion des envoyés de la part des comtes
de l'empire à la Diète de Ratisbonne ,
Gœltingue, 1782, in-8°. II. Précis
du droit des gens de l'Europe mo-
derne, fondé sur les traités et t usage ,
pour servir d'introduction a un cours
politique et diplomatique ,Gœttingiie,
1789 , 2 vol. in-8°. Cet ouvrage a
obtenu plusieurs éditions, et a été
traduit en français avec des notes de
M. Pinheiro-Ferreira, Paris , 1831 ,
2 vol. in-8°. III. Recueil des princi-
paux traités d alliance, etc., conclue
par les puissaîices de l'Europe jusqu'à
présent, précédé de traités faits dans
le XFIII' sièele, qui ne se trouvent
pas dans le o Corps diplomatique "
de Dumont et Rousset, Gœttingue ,
1791-1800, 7 vol. in-8». IV. Sup-
plément à l'ouvrage précédent, Gœt-
tingue , 1802-18, 7 vol. in-8». Ce
LXXIU.
MAR
oo?
Supplément a été fondu avec le Re-
cueil dans une nouvelle édition. V.
Essai concernant les armateurs , les
prises, et surtout les repiises , traprci
tes lois , les traités et les usmges de\
puissances maritimes de FEurope ,
Gœttingue, 1795, in-S". VI. Couis
diplomatique , uu Tableau des re-
lations des puissances de FEuro-
pe , tant entre elles qu'avec Vau-
tres Etals, dam les diverses parties
du globe , Berlin, 1801 , 3 volumes
in-8°. M — Dj.
MARTHE (A SUE BiGET, connue
sous le nom de sœur), naquit à Besan-
çon en 1749. Avant la révolution ,
«lie était toorière dans un couvent. A
la suppression des ordres religieux, on
la vit , aidée d'une compagne qu'elle
avait associée à son zèle, et avec sa
modique pension de 133 fr., jointe à
la propriété d'une petite maison, se
dévouer au secours des indigents et
surtout des prisonniers. En 1809 ,
600 Espagnols arrivèrent à Besançon ;
la sœur Marthe s'empressa de leur
prodiguer des soins dont son acti-
vité et sa charité multipliaient sans
cesse les ressources. Non contente
de pourvoir à leurs besoins les plus
pressants , elle les assistait dans lenrs
maladies. Souvent chargée de porter
au commandant de la place les de-
mandes des prisonniers, ce général
lui dit un jour : •- Sœur Marthe , vous
• allez être bien affligée , vos bons
• amis les Espagnols quittent Besan-
« çon. — Oui, répondit-elle^ mais
u les Anglais arrivent, et tous les
>■ malheureux sont mes amis. « Pen-
dant la campagne de 1814, quand les
blessés, ennemis et Fi-ançais , rece
vaient de toutes parts une généreuse
hospitalité, la sœur Marthe redoubla
pour eux ses soins touchant», et re-
cueillit cet éloge de la bouche du duc
de Reggio » C'est sur le champ de
15
226
MAR
« bataille que j'ai appris à vous con-
« naître; nos soldats, blessés loin de
« leur pati'ie , s'écriaient : Où est
u sœur Marthe? si elle était ici , nous
u serions moins malheureux. » En
1814, cette femme si justement cé-
lèbre s'était rendue dans la capitale ,
toujours conduite par des intentions
de charité , et pour y réussir elle ne
crut pouvoir mieux faire que de s'a-
dresser aux souverains alliés. Ils la
reçurent avec beaucoup de bonté :
l'empereur de Russie la décora d'une
médaille d'or du plus grand modèle ,
frappée à son effigie, honneur qu'il
accompagna d'une somme considéra-
ble. L'empereur d'Autriche lui donna
la croix du Mérite-Civil, avec une gra-
tification de 2,000 fr. Elle reçut aussi
des bienfaits des rois d'Angleterre,
de Prusse et d'Espagne. En 1817, au
moment de la disette, sœur Marthe
vint à Paris solliciter des secours pour
les indigents. Louis XVIII et toute la
famille royale lui en donnèrent de
très-abondants. Cette femme admira-
ble mourut à Resançon le 29 mars
1824. Toutes les autorités assistèrent
à ses funérailles et le peuple suivit le
convoi en répandant des larmes. On
a gravé son portrait où elle est
représentée décorée de plusieurs or-
dres français et étrangers. Son ue-
veu, M. Riget, peintre distingué,
obtint la survivance des décorations
accordées à la sœur Marthe , qu'il
avait souvent aidée dans ses bonnes
œuvres, il n'en recueillit pas d'autre
héritage ; car, bien qu'elle eût reçu
des sommes considérables , elle avait
tout employé à soulager les malheu-
reux, à qui elle tâchait en même
temps d'inspirer des sentiments reli-
gieux. M — BJ.
MARTIANO ou MARZIAIVI
(Phosheu) , célèbre médecin , naquit
en 1567 à Reggio. Après avoir achevé
ftlAR
ses premières études, il suivit les cours
de la Faculté de médecine à l'Univer-
sité de Bologne , et y reçut, en 1593,
le laurier doctoral. Il se rendit , la
même année, à Rome où il acquit
bientôt la réputation d'un praticien
distingué. Malgré l'affaiblissement de
sa santé, il ne voulut point modérer
son ardeur pour l'étude, et en mou-
rut victime, le 20 nov. 1622. Quoi-
que fort instruit, il ne fut pas exempt
des préjugés de son temps sur l'astro-
logie. On a de lui : Magnus Hippo-
crates Cous explicatus, sive operum
Hippocratis interpretatio latina cum
amtotationibus, Rome, 1626, in-fol.;
première édition rare et recherchée;
ibid., 1628, in-fol.; Venise, 1652, in-
fol.; Padoue, 1718, in-fol. Ce com-
mentaire est très-estimé.Baghvi, bon
médecin au XVIII' siècle, en faisait
le plus grand cas. Voyez, pour plus
de détails , la notice sur Martiano ,
par Baggi, dans le Giornale modenese
XIII; et la Biblioteca modenese de
Tiraboschi , III. W— s.
MARTIGNAC (le vicomte Jean-
Raptiste-Silvkue Algay de), ministre
du roi Charles X , fut un de ces hom-
mes d'État qui, par la générosité même
de leurs intentions, et un zèle mal
entendu , poussèrent la restauration
dans l'abîme où elle devait périr.
Né à Bordeaux, en 1776, Martignac
portait un nom déjà connu dans
les lettres et la magistrature. Un de
SCS ancêtres , Etienne de Màrlignac ,
avait publié , au XVII' siècle , plu-
sieurs traductions de poètes latins
{voy. Mautionac, XXV1I,289); et
son père, mort en 1820, était con-
seiller à la Cour royale de Bordeaux.
Le jeune Martignac, destiné à la car-
rière du barreau, se fit remarquer de
bonne heure par l'activité et la fines-
se de son ea prit (1). Il se dérob ait
(J) SI l'on en croit Montgaillard [Histoire
MAK
MAB
2-27
.souvent à l'éUide de la jurisprudence
pour se livrer à ses goûts littéraires.
Quelques vaude>-illes , qu'il composa
dans sa jeunesse, ne manquaient pas
d'une certaine verve spirituelle, aigui-
sée encore par des allusions piquantes
à la politique du jour. C'est ainsi qu'en
1814 il fit jouer à Bordeaux une
petite pièce, composée en «ociété
avec M. de Laville de Mirmont , in-
titulée la Saint -Georges, en Ihon-
neur du loi d'Angleterre qui pro-
tégeait de ses armes la rentrée des
Bourbons. Il protesta pendant les Cent-
Jours contre le retour de Bonaparte ,
en cessant ses fonctions d'avocat, et il
prit une part très-active au mouve-
ment dont sa ville natale fut le théâ-
tre. Capitaine des volontaires borde-
lais, il seconda de tout son pouvoir le
maire Lynch {v. Lynch, LXXIl, 242),
en usant de son influence sur ses con-
citoyens pour les rallier autour de la
duchesse d'Angouléme. Quand le gé-
néral Clauzel, nommé au comman-
ment de la Gironde, s'avança à la
tête des ti-oupes impériales pour ré-
primer l'insurrection , Martignac ,
prudent et sincère ami de son pays,
donna lui-même à la duchesse le sa-
ge conseil de renoncer à une résis-
tance inutile. Chargé par la municipa-
lité d'une mission délicate près du
général , il s'en acquitta avec habile-
té, et obtint qu'il attendrait, pour en-
trer dans la ville, le départ de la prin
cesse. Plus tard, appelé comme té-
moin dans le procès du général Clau-
zel , il fit connaître par sa déposition
une particularité curieuse. Ce lieute-
nant de l'empereur désespéi-ait lui-
même de la fortune de son maître, et
laissait entrevoir, dans ses discours,
de France), Martignac fut, en 1798, secré-
taire de Sieyès, nommé ambassadeur à Berlin.
Le même écrivain lui attribue une Ode sur la
naissance du roi de Rome (1811).
que la soumission des Bordelais et la
retraite des Bourbons n'étaient qu'une
concession passagère, dont les événe-
ments sauraient bientôt les aOranchir.
Apres la seconde restauration, Maili-
gnac fut nommé avocat-général à la
Corn' royale de Bordeaux, et reçut la
décoration de la Légion-d' Honneur,
qu'il avait refusée des mains de 2«apo-
léon. Ces nouvelles fonctions lui per-
mirent de mettre en relief son talent
d'orateur etson dévouement aux prin-
cipes monarchiques. Quelques jours
après l'assassinat du duc de Berri (21
février 1820), Martignac, chargé de
faire entériner des lettres de grâce ,
s'abandonna, au milieu d'un éloge de
la clémence du roi, à une sortie vio-
lente contre la presse, sur laquelle il
rejetait la responsabilité de cet hor-
rible crime. Devenu bientôt procu-
reur-général à Limoges, dans son
discours d'installation , il s'adressa
encore aux factieux qui se déclaraient
ennemis de la monarchie par amour
de la liberté et de la gloire natio-
nale. " Où se réunira donc, leur
« dit-il , une plus longue suite de plus .
« glorieiuc souvenirs que sur la tête
« des successeurs de François I" , de
* l'héritier de Louis IX , du petit-fils
. de Henri IV et de Louis XIV ? Est-il
> bien Français , celui à qui ces noms
• ne parlent plus, et qui ne tressaille
^ pas d'un juste orgueil en les enten-
« dant prononcer?... » Dans ces fonc-
tions modestes de la magistrature,
Martignac révélait déjà cette facilité
d'élocution, cette éloquence insinuan-
te et persuasive , cet organe enchan-
teui- qui lui acquirent plus tard dans
une autre tribune la réputation de
grand orateur. Par les giâces de son
esprit et l éclat de son talent, par
son caractère aimable et conciliant ,
il rappelait cette brillante école des
Girondins , formés comme lui au
15.
228 MAR
barreau de Bordeaux, et comme
lui victimes de leur modération.
Jusqu'alors, le goût des plaisirs, les
passions de jeunesse l'avaient tenu
à 1 écart de la vie politique , mais
l'âge de l'ambition était arrivé : en-
voyé à la Chambre par le collège
électoral de Marmande, en 1821, il y
fut accueilli avec faveur par M. de
Villèle, qui comptait sur son appui et
qui ne tarda pas à confisquer à son pro-
fit cette souplesse d'éloquence et ces
formes séduisantes, qualités précieuses
pour la défense d'une politique de con-
cessions et d'incertitudes. Rapporteur
dans les questions difficiles, Marti-
gnac savait habilement donner à
sa parole lempreinte d'une convic-
tion profonde. Il fut pour la pre-
mière fois d'un puissant secours à
ses amis politiques dans la discussion
du projet de loi sur la police de la
presse périodique. Représenter cette
répression comme nécessaire au repos
de l'Europe, justifier une pénalité sé-
vère qui s'attaquait jusqu'à l'esprit, à
la tendance générale, avouer que les
expressions sont bien vagues , bien
indéfinies, mai» que ce vague lui-mê-
me fait toute la force et la nécessité
de la loi , telles étaient les doctrines
qu'il proclamait dans son rapport. Le
parti de l'opposition comptait d'ha-
biles orateurs; mais, dans ces débats,
aucun ne l'emporta sur Marlignac,
qui ramena plusieurs fois à la charge,
et toujours sous des formes variées ,
claires et précises, les arguments
qu'il avait déjà fait valoir. La loi
fut adoptée , et le ministère recon-
naissant nomma son éloquent dé-
fenseur conseiller d'État en service
ordinaire (20 juin 1822). Attaché au
comité du contentieux, il s'y fit remar-
quer, conunc à la Chambre, par cette
facilité lucide avec laquelle il traitait
les questions les plus ardues de tliéo-
MAR
rie administrative. Une nouvelle légis-
lature était sortie des élections de
1823 ; M. de Villèle n'avait rien perdu
de sa majorité, et Martignac , qui
voyait de jour en jour s'accroître son
influence, fut élu à la vice-présidence,
fonctions dont l'honorèrent ses collè-
gues jusqu'en 1830. Le gouvernement
avait résolu la guerre d'Espagne, et il
avait demandé aux Chambres un cré-
dit de cent millions. On comprend
tout ce qu'il fallait d'habileté pour
convaincre tant d'esprits flottants ,
pour rassurer sur l'urgence et les
résultats de cette entreprise, quand
on lit les discours de Foy, de Gi-
rardin, de Manuel, qui la repré-
sentaient comme une guerre de fa-
mille , funeste pour la France et pour
la monarchie. Sans s'arrêter à discu-
ter les chances de succès avec les
hommes du métier, il saisit adroite-
ment le côté de la question qui prê-
tait le plus à son éloquence brillante
et pathétique : il parla de justice ,
d'honneur national, de dévouement
et d'amour pour le roi; il entraîna la
majorité qui étoutfa sous ses applau-
dissements les murmures de l'oppo-
sition, lorsqu'il dit en se tournant
vers la gauche : « Si c'est un droit
u qui appartient aux citoyens d'éclai-
» rer le monarque sur les avanta-
. ges de la paix, ceux qui finvoquent
« conviendront que c'est une action
« honteuse et condamnable que de
« chercher à égarer l'opinion du peu-
K pie sur les dangers et le véritable
. objet d'une guerre que le père de
« l'État a déclarée comme imminen-
» le. » — Ce (jue vous dites là est
odieux! lui crièrent Foy et Girardin.
Mal{jré leurs protestations le crédit
fut volé presque unanimement par la
Chambre. Martignac, attaché à l'ex-
pédition en qualité de commissaire ci-
vil, fut chargé d'aider do ses conseils
SfAR
le duc d'Angouléme. Ses manières ai-
mables, séduisantes, calmèrent les
haines et ramenèrent les esprits les
plus indociles ; aussi reçut-il une vé-
ritable ovation, quand il vint remet-
tre à la régence , au nom du roi , les
drapeaux enlevés par l'armée françai-
se. Avant son départ (3 juillet 1823),
il reçut du gouvernement espagnol la
frand' croix de l'ordre royal de Char-
les m , et une lettre flatteuse qui ren-
dait hommage à sa conduite. •• Que
« V, Exe, lui écrivait le duc de l'In-
« iàntado, parte avec la certitude
« qu'elle emporte la bienveillance de
« S. M. C. , la re«onnaissance des
• membres de la régence, et lamour
« de la nation entière. » De retour a
la Chambre , Martignac se sépara un
instant de la droite pour défendre l'é-
lection d'un de ses adversaires les plus
redoutables, de Benjamin Constant,
à qui Ton refusait la qualité de Fran-
çais; il discuta la question de droit, et
prouva que l'ordonnance du 14 juin
conti-e les étrangers n'était pas appli-
cable aux religionnaires qui, exilés
par l'édit de ÎSantes, avaient profité
de la loi de révocation de 1790. Mais
nous le retrouvons bientôt à la tète du
parti ministériel, prêtant son appui
à la loi delà septennalité, par laquelle
M. de Villèle voulait s'assurer sept ans
de règne , et à la demande de crédits
supplémentaires pour suiHre aux
mai'chés onéreux conclus par le gou-
vernement dans la guerre d'Espagne.
C'était pour les ministres un sujet
diflBcile et embarrassant, propre à ré-
veiller toutes les colères de la gau-
che contre une expédition qu'elle
condamnait encore, même après le
succès. Dans un rapport yaci/e et spi-
rituel, comme le qualifiait Casimir
Périer, Martignac jeta Te matiteau
de la gloire sur des^infra étions à la
loi du budget , sur des transactions
MAR
229
auxquelles venait se mêler le nom
mal famé du banquier Ouvrard.
Après chaque triomphe, le roi et M.
de Villèle se l'attachaient par de nou-
velles faveurs ; cette année ( 4 août
1824 ) il remplaça le comte Chabrol
de Crousol comme directeur-général
de l'enregistrement et des domaines.
Dès le début de la session de 1825,
la défense du projet de loi concer-
nant l'indemnité pour les émigrés lui
fournit une occasion de dévelopj)er
toutes les ressources de son esprit
conciliant et modéré. Long-temps le
ministère avait reculé devant une me-
sure qui devait soulever une double
opposition. Il fallait répondre à ces
questions du général Foy : • L'émi-
« gration fut-elle volontaire ou for-
« cce? Qu'allaient demander les émi-
• grés aux étrangers ? • Au nom de la
droite monarchique, Labourdonnaye
protestait énergiquement. C'était , di-
sait-il , sacrifier les i-oyalistes à la ré-
volution; c'était donner aux posses-
seurs des biens des émigrés une sanc-
tion légale de leur usurpation sacri-
lège. Martignac fit comprendre à la
Chambre que ces objections diverses
venaient mutuellement se délruiie ,
et prouva facilement que le moyen
terme proposé pai le ministère était
le seul légitime pom' guérir les plaies
de la révolution, le seul possible dans
l'état de nos finances. Le milliard fut
voté. Mais, dès cette époque, M. de
Villèle vit son parti s'affaibUr de jour
e!i jour et perdre son assurance. Les
dernières concessions qu il fit aux
royalistes par les lois du sacrilège et
du droit d'aînesse, par le rétablisse-
ment de la censure des journaux ,
soulevèrent contre lui de nombreuses
réclamations. Il trouvait encore dans
la Chambre une majorité des deux
tiers, mais exigeante, inébranlable
dans ses principes monarchiques , et
330
MAR
dont la direction était pour lui plus
importune, plus difficile que sa lutte
même contre l'opposition libérale.
Pour échapper à cette tutelle, il pro-
nonça la dissolution , faute irrépara-
ble qu'il ne tarda pas lui-même à re-
connaître. Sur une Chambre compo-
' sée de 428 membres , les électeurs
n'en renvoyèrent que 125 de l'an-
cienne majorité. A la tête de cette
mince phalange , on ne vit plus Mar-
tignac, qui, depuis un an, semblait
abandonner ses anciens amis. Lors
de la discussion des derniers pro-
jets de loi, il avait gardé le silence,
voyant l'opposition prête à disposer
du pouvoir; il voulait sans doute se
lapprocher d'elle et lui faire oublier
que, depuis 1821, il l'avait combattue.
M. de A^illèle et ses collègues laissè-
rent bientôt le champ libre à son am-
bition, et, par un nouvel acte de dé-
vouement au roi et à la France, ils
refusèrent de déposer leur héritage
entie les mains de M. de Polignac,
ambassadeur à Londres, qui était ac-
couru à Paris pour le recueillir. Cet
homme d'État avait long-temps vécu
dans l'intimité de Charles X ; depuis
long-temps une place lui était réser
vée dans les conseils de la couronne;
c'est assez dire (lu'il appartenait au
parti royaliste le plus avancé , qui
avait peu de chances de succès après
les dernières élections. Il fallait ou dis-
soudre cette Chambre avant sa ré-
union, ou subir la loi de l'ancienne
minorité. Cependant il fut question
un instant d'un ministère mixte, dont
les membres auraient été choisis dans
les opinions différentes et même dans
les partis contraires. Ce projet ne
pouvait résister à un long examen.
Le roi consentit à un sacrifice mo-
mentané aux idées libérales , et le 4
janvier 1828, le Monitmr Ht connaî-
tre les membres du nouveau cabinet
MAR
dont le chef était Martignac, ministre
de l'intérieur, et, par intérim, grand-
maître de l'université. Sans avoir le ti-
tre de pi-ésident du conseil, il impri-
ma à l'administration sa direction po-
litique, et, la personnifiant par ses
actes et par son talent, il lui laissa son
nom. Charles X ne put dissimuler que
les circonstances seules lui avaient ar-
raché cette concession. Tous ses re-
grets étaient pour ses anciens minis-
tres , et voici en quels termes il
accueillit ceux qu'il avait appelés a
leur succéder : « Vous savez , Mes-
« sieurs, que je ne me suis pas volon-
B tairement séparé de M. de Villèle ;
1' son système est le mien , et j'espère
« que vous vous f conformerez de
« voti'c mieux. « Dès les premières
séances du conseil , Charles X re-
poussa tout projet de réforme, cl
lorsque Martignac, dont il prisait peu
le talent, lui exposait quelque théorie
nouvelle, je ne comprends pas, disait-
il avec un sourire ironique. S'agissait-
il de destituer ou même de changer
quelque préfet suspect d'intrigue élcc-
toiale, il opposait des délais, il avait
des notes à consulter. Entravé par
cette résistance, le ministère dut s ar-
rêter à des mesures partielles qui ne
purent ni lui dotmer de la force, ni
satisfaire l'opposition. De là un ti-
raillement funeste dans les rouage,'-
<le l'administration ; de là, pour Mar-
tignac, une position fausse, embar-
rassée, qui mit à nu son insuffisance,
et dont il essaya vainement do si-
tirer par de vagues phrases et de
dangereuses concessions à tous les
partis, mais particulièrement à l'op-
position libérale, qui, plus passion-
née , plus audacieuse, l'intimidait cl
1(! <lominait dans les discussions les
plus importantes. 1-a retraite du pré-
fet de police, 1^. Delavau, la desti-
tution de quelques préfets de dé\m-
MAft
tements, une teinte de libéralisme
donnée imprudemment au discours
du trône, le choix de M. Royer-Col-
lard pour la présidence de la Cham-
bre, tels furent les premier* symp-
tômes de la faiblesse ministérielle.
Une loi destinée à prévenir l^s fiau-
des électorales, dont la presse libé-
rale se plaignait amèrement, fut
pré«entée au commencenaent de la
session, et accueillie par la Cham-
bre, avec d'autant plut d'empresse-
ment que son vote semblait condam-
ner la précédente administration.Tou-
tefois le projet ne fut pas adopté
sans soulever de la part de la dioite,
des cris d'eflProi contre de nouvelles
mesures, qui, livrant aux tribunaux
et à la publicité les actes de l'autorité
et de ses mandataires, avilissaient la
royauté et ouvraient toutes les portes
à l'anarchie. A la Chambre haute ,
Martignac se trouva en face de M. de
"Villèle lui-même, appuyé des soixante-
seize pairs qu'il avait créés avant de
quitter le pouvoir. Par son adresse et
sa facilité à déplacer, à généraliser les
questions, il sortit vainqueur d'une
lutte au milieu de laquelle il n'avait
pas craint de déclarer qu'il n'y
avait de salut pour lui qu'eu se sépa-
rant à jamais de lancien svstéme.
L'opposition royaliste, réduite à dé-
fendre des amendements , fut encore
battue sur ce terrain. Les libéraux
triomphèrent avec le ministère ; mais,
après le succès, ils ne lui laissèrent pas
même un instant de repos : qu'il ne
s'abtise pas , disaient-ils , s'il a déjà
fait quelqtie chQ;se , il lui reste da-
vantage à faire. Benjamin Constant
l'accusait hautement à la tiibune d'in-
décision et de faiblesse, et le garde-
des-sceaux, M. Portalis, se crut obli-
gé d'y répondre par une nouvelle lé-
gislation sur la presse périodique, qui
supprima le monopole des journaux
!ifAB
231
et les procès de tendance, ceux-là
même dont Martignac avait fait, en
1822, ime complète apologie. Cet
adoucissement apporté à la loi de
justice et «famour parutsatisfaire pour
quelque temps l'opinion publique , et
quand , après la session , le ministre
de l intérieur accompagna le roi dans
sa visite des provinces de l'Est, il eut
sa part dans les témoignages de la
i-ecoimaissance populaire. Mais dans
l'esprit du prince, ce voyage ne fut
pas favorable au ministère; l'afltection
dont il s'était vu entouré au milieu
des villes les plus libérales . l'enthoti-
siasmc qu'excitait partout sa pré-
sence lui donnèrent un sentiment
exagéré de sa force et du dévouement
de la nation à sa dvnastie. Tous »e$
efforts tendirent dès ce moment à se
débarrasser de conseillers importons
qui n'étaient à ses veux que les minis-
tres dociles et aveugles des ennemis
de sa couronne. Pour mettre fin a
celte lutte intestine envenimée par
des confidents intimes, membres de la
fatnille royale ou famihers du palais ,
plusieurs fois déjà les ministres a-
vaient offert leur démission, et c'est
à ce moyen extrême qu'il leur fallut
recourir, pour écarter du conseil le
prince de Polignac. Le i-oi l'avait rap-
pelé de Londres pour remplacer aux
affaires étrangères le comte de la Fer-
ronnays dont la santé était morteQe-
ment atteinte. Mais la session de
1829 venait de s'ouvrir, le ministère
pouvait encore être utile dans la dis-
cussion du budget; cette considéra-
tion arrêta Charles X , et M. de Poli-
gnac retourna en Angleterre, d'où
l'on peut croire qu'il n'épargna pas
les conseils contre ses rivaux. Leur
retraite était imminente. Aux yeux de
la Chambre et de tous les partis , ils
étaient sans force, sans autorité, dou-
blement compromis par leurs dis-
232
MAR
sentiments avec le roi. L'opposition
les avait acceptés comme des instru-
ments de transition ; et alors qu'elle
connaissait leur impuissance, elle leur
retirait sa protection. Martignac arra-
cha au roi un dernier sacrifice pour
rallier son ancienne majorité , et,
avant la demande du budget, il vint
présenter, sur l'organisation départe-
mentale, un projet de loi que l'his-
toire lui icprochera toujours en le
comparant à ses antécédents politi-
ques, et qui ne tendait à rien moins
qu'à dépouiller la royauté de toute
influence locale. Il s'agissait d'intro-
duire le principe de l'élection dans
l'administration communale, dans la
nomination des conseils d'arrondisse-
ment et de département. Dans l'ex-
posé des motifs , le ministre donna
une nouvelle preuve de sa dextérité
habituelle : ses dernières paroles,
s'adressant à la fois aux deux op-
positions, flattaient les principes de
la gauche, et rassuraient les royalistes
sur la portée politique et libérale d'une
loi qui touchait aux bases mêmes de
la constitution pour les élargir, qui
désarmait et affaiblissait le pouvoir'
au moment où plus que jamais il
avait besoin de force et d'énergie.
" Il existe , dit-il, dans les rangs de
" la société un vif intérêt pour les
'< affaires du pays, et une sorte de
« besoin d'y prendre part... iN'êtrs-
« vous pas occupés de cette foule
" dhommes instruits, laborieux, ac-
<• tifs , que la publicité avertit et ré-
" veille, que leur position sociale,
« que le sentiment de leur capacité et
'• l'exemple de tant d'élévations tout
« aussi imprévues que le serait la
» leur, poussent vers les affaire» pu-
« bliques par tant de chemins diffé-
« lents. Ouvrez-leur })rè8 d'eux une
« carrière nouvelle. I^eur commune ,
« leur département, out aussi des in-
MAR
« téréts à sui'veiller et à défendre
« Ils sont jaloux d'obtenir d'hono-
« rables suffrages, ils veulent être
« chargés du soin de veiller au bon-
u heur de leurs concitoyens. Donnez-
» leur le moyen de satisfaire chez eux
» cette noble ambition , etc.. » Mal-
gré les éloges accordés au projet mi-
nistériel par les deux rapporteurs ,
M. Dupin aîné et le général Sébastia-
ni , il avait été amendé dans ses dis-
positions les plus importantes par une
commission sortie de la majorité de
la Chambre. Les changements por-
taient principalement sur la loi dé-
partementale , et le ministère ne dé-
sirant pas engager d'abord la lutte
sur ce terrain , voulait en remettre la
discussion après le vote de la loi com-
munale. Cette priorité était logique ,
rationnelle ; c'était commencer par la
base. Mais les libéraux eraiguaient
qu'après ce succès, le ministère ne
retirât le premier projet, et l'opposi-
tion de droite, également hostile aux
deux lois, s'unit à eux pour l'attacjuc.
On vit alors se renouveler cette coa-
lition de deux partis qui ne mettaient
en commun que leur haine, leur am-
bition, et devant laquelle avait suc-
combé M. de Villèle. Elle ne fut pas
moins funeste à Martignac , dont l'in-
sistance semblait confirmer les soup-
çons de la gauche. Il dut se résigner
à combattre pied à pied les amende-
ments sur la loi départementale ; son
habileté impuissante fut obligée de
se reti-ancher derrière la volonté du
roi, décidé à ne pas faire un pas de
plus. C'était révéler sa faiblesse eu
découvrant la couronne ; et ces paro-
les qtii lui échappèrent dans la elis-
cussion : Nous, ministrei paasagers
d'une royauté permanente . laissaient
percer le pressentiment d'une chute
prochaine. Le combat fut décisif sur
un amendement de la commission
MAR
qui supprimait les conseils d'arron-
dissement; de là dépendait tout le
sort de la loi ; malgré les efForts de
Martignac, il ftit adopté à une secon-
ile épreuve. On vit alors ce ministre
et M. Portalis se consulter un instant
et se diriger vers les Tuileries pour
prendre les ordres du roi, qui, com-
prenant combien ce vote servait ses
gérances , ne put leur cacher sa vi-
' satisfaction. « Eh bien! leur dit-il,
voilà comme on reçoit mes bien-
•• faits ! vous voyez où l'on veut m'en-
• traîner, où vous avez été entraînés
" vous-mêmes par un système de
• concessions. J'ai vingt fois souri de
« votre confiance dans cette Chambre.
« On n'en obtiendra rien que par la
» vigueur. Retournez lui annoncer
« que je retire mes lois. » Et au bout
d'une demi-heure Martignac donna
lecture d'une ordonnance royale , en
vertu de laquelle les deux projets
de lois étaient retii"és. Ce coup d E-
tat, cet outrage fait au parlement
par le ministère, fut son arrêt de
mort. Le budget passa à une faible
majorité. C'était là , nous l'avons dit ,
le dernier service que le roi attendait
de ses conseillers. Rassuré pour un an
sur les besoins du trésor , et certain
du succès, il reprit envers eux cette
franchise de manières , ces habitudes
de bonté qui lui étaient naturelles, et
qui trompèrent quelque temps Mar-
tignac. Ce ministre espérait encore
ramener l'esprit du monarque, et re-
conquérir sa confiance, quand, le 27
juillet 1829 , M. de Polignac arriva à
Paris. Plus de doutes alors, plus.d'il-
lusions ; le roi n'avait pas reculé de-
vant l'opinion publique , qui désap-
prouvait hautement un pareil choix,
et, le 8 août, parurent dans le Moni-
teur les ordonnances qui nommaient
M. de Polignac aux affaires étran-
gères, et Iiabourdonnaye à l'intérieur.
MâR
233
Ceministère marcha rapidement à une
révolution, par un svstème opposé
mais analogue à celui de Martignac.
Il prenait un pouvoir encore plus af-
faibli qu'en 1828 par une politique
de concessions. Poiu* lui rendre sa
force, il fallait une main ferme et ha-
bile, et les deux derniers ministères
de la restauration ne se signalèrent
que par leur faiblesse ou une énei-gie
intempestive. C'est à Martignac lui-
même que nous renvoyons pour l'ap-
préciation de ses actes et de sa con •
duite , et nous acceptons sans restric-
tion le jugement qu'il a porté sur le
cabinet dont il était le chef, lorsque,
le 22 septembre 1830 , deux mois
après la révolution, il vint, devant la
chambre des Députés, défendre la
lois des comptes de 1828. « ISous
» étions, dit-il, des hommes de bonne
• foi , marchant à découvert dans une
« voie honorable, et a qui , si on
• peut disputer le titie de ministres
" habiles, on ne peut, sans injustice,
« refuser celui d'honnêtes gens. »
C'est de ce ton a la fois noble et mo-
deste qu'il repoussait les reproches
qu'on lui adressait alors sur l'emploi
des fonds consacrés aux gens de let-
tres malheureux. Tout absorbé qu'il
était par les plus hautes questions de
la politique, couvrant ses collègues
de sa responsabilité , il s'occupait
avec activité d une des plus belles at-
tiibutions de son département : tou-
tes les infortunes littéraires trouvaient
auprès de lui des secours, distribués
avec une grâce et un empressement
qui ménageaient l'amour-propre. Un
jour, dans un salon, on parlait en sa
présence de la misère d un homme
de lettre» dont nous devons taire le
nom ; le lendemain le ministre lui
écrivit, dans les termes les plus bien-
veillants , qu'il venait de l'inscrire
sur le livre des pensions, et qu'en at-
234
MAR
MAR
tendant il mettait sa bourse à son ser-
vice. Se rappelant que dans sa jeunesse
il avait débuté par des vaudevilles, il
relisait lui-même les œuvres dramati-
ques soumises à la censure, et quelques
comédies spirituelles arrêtées depuis
long-temps : la Manie des places ;
Avaiit^ pendant et après, etc., passè-
rent, grâce à une facilité qui lui fut
souvent reprochée, quoique bien na-
turelle chez un ministre homme d'es-
prit. Rendu à la vie privée, il fut de
nouveau renvoyé à la Chambre par
les élections de 1830. Il garda géné-
reusement le silence, sans faire en-
tendre la moindre parole d'opposition,
contre des hommes qui l'avaient ren-
versé, et voici la seule vengeance qu'il
tira de ses ennemis politiques, la pre-
mière fois qu'il monta à la tribune,
après "les événements de 1830 : « Au
« mois' d'août 1829 , M. de Poli-
" gnac est venu détruire le ministère
" dont je faisais partie. Séparé de lui
n par un dissentiment politique,
' blessé du langage des écrivains qui
'. paraissaient être l'organe de ses opi-
« nions, je n'ai eu, depuis cette épo-
« que, aucune espèce de rapport ni
■' de communication avec lui. Au
•< moment où il va être frappé par
'< une accusation capitale, M. de Po-
'< lignac s'est ressouvenu de moi, il a
" eu la pensée de m'appeler à le dé-
« fendre. Hier il a fait réclamer mon
' secours J'ai été ému, autant que
" surpris, des témoignages d'une con-
" fiance à laquelle je ne m'attendais
" pas. Toutefois, je ne puis voir que
" le danger et les alarmes; j'ai con-
" suite mon cœur, et j'ai reconnu que
« le refus ne m'était pas permis. »
Ces paroles nous disent que si , dans
sa vie politique, dans sa carrière d'o-
rateur, Martignac eut des jours i\c
triomphe, aucun n'attacha à son nom
un plus beau souvenir que celui, où
par un chef-d'œuvre d'éloquence il
contribua à sauver un rival, devenu
son client. Déjà sa santé était sérieuse-
ment ébranlée. Au milieu du procès,
ses forces épuisées lui laissaient à
peine l'espérance d'arriver à la fin de
sa tâche, et pour toute grâce, on l'en-
tendit demander à Dieu et à l'art six
heures de vie. Sa prière fut exau-
cée, mais cette défense l'avait tué. Il
languit encore quelque temps, trop
faible pour suivre les discussions
de la Chambre. Il y reparut le 15
novembre 1831 , pour prononcer
son dernier discours , qui est res-
té dans la mémoire de tous ceux
qui l'ont entendu, comme un modèle
de la plus touchante éloquence. Un
de ses collègues demandait une loi
de proscription contre la famille de
Charles X. Fidèle à son rôle de dé-
vouement et de générosité, l'ancien
ministre de la restauration consacra
ce qui lui restait de force et de vie,
à défendre ce malheureux prince. Sa
faiblesse, et le pressentiment d'une
mort prochaine, donnaient à son
talent et ■ à son organe un accent
de tristesse, qui ajoutait encore à
l'émotion de la Chambre. « Je n'ai
'« pas voulu, dit-il en finissant, par-
« 1er aux passions, ni aui partis ;
« c'est une langue que je voudrais
" oublier, si je l'avais jamais apprise.
" Témoin des luttes intestines, des
« scènes violentes, qui déchiient de-
» puis si long-temps mon pays, et
» fondent des camps ennemis sur une
K terre commune, j'appelle de tous
1' mes vœux le ternie de ces disscn-
" sions funestes. Je n'espère pas que
« ma voix affaiblie se fasse entendre
u souvent au milieu du bruit des ora-
.. ges, mais je veux être absous par
>' ma conscience du mal que je n'au-
" rais pu cmj>êcher. » Feu de mois
après, à cette tribune, on annonçait
1M9
ia mort de Martignac (3 avril 1832 ).
Ce fut une douleur profonde dans
toute la Cbanabre, pour tous ceux qui
l'avaient connu, soit comme homme
d'État, soit comme simple particulier.
Il ne lui restait plus d'ennemis poli-
tiques; jamais il n'avait soulevé contre
lui de hamcs privées. On vit à ses
obsèques les leprésentants les plus
distingués de tous les partis, et son
éloge fut prononcé sur sa tombe par
un ministre du nouveau gouverne-
ment, M. de Salvandy. Un monu-
ment lui fut élevé par souscription,
sur une place de la commune de Mi-
ramont ( arrondissement de Mar-
mande). Martigiiac était mort sans
enfants ; il laissait à son neveu son
nom et le titre de vicomte, qu'il avait
reçu du roi Charles X, en 1826. Dans
les derniers jours de sa vie, il tra-
vaillait à un Essai historique sur la
révolution d'Espagne ^ et sur l'inter-
vention de 1823. La mort le surprit,
avant qu'il eut pu y mettie la der-
nière main. Cet ouvrage parut en
1832 , 3 vol. in-8°. Il eut peu de suc-
cès. On a encore de Martignac : 1.
Ésope chez Xanthus, comédie-vaude-
ville en nn acte , Paris, 1801 , in-8''.
II. Bordeaux au mois de mars 1813,
ou Notice sur les événements qui ont
prfcédé le départ de S. A. R. Madame
la duchesse d'Angoulême, avec des
notes du général Clauzel, Paris, 1830.
in-8°. III. Défense et réplique pour
M. le prince Jules de Polignac, ancien
président du conseil des ministres ,
prononcées devant la Cour des Pairs,
1830, 1831, in^». IV. Ze Couvent de
Sainte-Mai-ie-aux-Bois, épisode ; pré-
cédé d'une Notice sur la guerre d'Es-
pagne en 1823, Paris, 1831, 1832,
in- 12. R— K.
MARTIGUES ( Sébastœ:. oe
LrxEMBovBG, vicomte de), surnommé
le chevalier sans peur, se distingua
MAR
23S
par sa bravoure sous les règnes de
Henri II, François II, et Charles IX.
En 1-552, il se jeta, avec l'élite de la
noblesse , dans Metz , assiégé par
Charles-Quint en personne à la tête
de cent mille hommes. L'année sui-
vante il se trouva an siège de Té-
rouanne, et, à peine échappé au désas-
tre de cette ville, il courut s'enfermer
dans Hesdin, place qui, prise et re-
prise l'année précédente , n'avait élé
que faiblement réparée, il survécut
à la prise de cette ville, et, en loo8,
il aida le duc de Guise à reprendre
Calais et à assiéger Gnines. En 1560.
il était en Ecosse et y commandait
mille hommes d'armes conduits au
secours de la reine Marie Stuart par
Jacques de Labrousse (i'o>. ce nom,
I.XIX , 244). Les Français, hors d'étal
de tenir tête aux forces bieu supérieu-
res des Anglais, se replièrent surLeith.
à une lieue d'Edimbourg ; ils y furent
assiégés par terre et par mer par le«
Anglais et les Écossais du parti d'Eli-
sabeth. Lorsque toutes les munitions
furent épuisées , les vivres consom-
més et qu'il n'y eut plus aucun esj)oir
d'être secouru , on capitula. A son
retour en France et en récompense
de sa bravoure au siège de Rouen .
en 1562, Martigues fut nommé co-
lonel-génAal de l'infanterie, charge
dans laquelle il remplaça le comte de
Rendon. Il contribua beaucoup, dans
la même année , au succès de la ba-
taille de Dreux. Ce fut lui qui , à la
tête d'un corps formé de vieux sol-
dats, contraignit l'amiral de Coligny à
se retirer après avoir essuyé de grandes
pertes. En 1565, il succéda à son on-
cle , le duc d'Étampes, dans la charge
de gouverneur de Bretagne. Zélé ca-
tholique et soldat plutôt qu'homme
d'état, Martigues était peu propre à
remplacer le duc qui, par sa modé-
ration , son esprit conciliant , avait
236
MAR
prévenu bien des malheurs. Marli-
gues, au contraire, en avait provo-
qué. N'étant que lieutenant-général
de son oncle en 1562 , il Toulut
faire périr un gentilhomme normand,
nommé La Poupelière, fait piison-
nier au siège de Vire, et qui, sans l'in-
tervention du duc d'Étampes, eût
été tué. Martigues viola aussi, dit-on,
des filles en cette occasion , et étran-
gla avec une jarretière un prisonnier
calviniste , parce qu'il ne voulait pas
se confesser. Toutefois, ces accusations,
émanées d'écrivains protestants , ne
doivent être accueillies qu'avec une
exti-ême défiance. Elles contrastent
trop d'ailleurs avec la loyauté cheva-
leresque de celui qui obtint deux fois,
du duc de Montpensier, la vie de La-
noue, fait prisonnier aux batailles de
.larnac et de Montcontour. A peine
Martigues eut-il pris possession de son
gouvernement (2 juin 1365), qu'il se
ligua secrètement avec plusieurs
grands du royaume contre le conné-
table de Montmorency et les Coligny
ses neveux. Cette ligue ayant été dé-
couverte par une lettre interceptée du
duc d'Aumale , Catherine de Médicis,
alors plus prudente ou plus dissimu-
lée qu'elle ne le fut depuis , sentit
toutes les conséquences qui pourraient
résulter d'une association si contiaire
à l'autorité du Roi , et s'éleva , en
plein conseil, contre la témérité de ceux
qui avaient osé s'y engager. Les choses
en restèrent là, parce que le Roi obli-
gea tous les grands à promettre par
serment de ne jamais prendre les ar-
mes que par son commandement ex-
près. La Reine-mère lui écrivit en
même temps pour tempérer son zèle
prématuré, et l'exhorter à imiter la
conduite du duc d'Ktampes, afin, lui
disait-elle , « que vous soyez autant
estimé et aimé de tout le monde com-
nje il était. » Elle l'engageait ensuite
MAR
à ne rien négliger pour faire ob-
server tous les édits du Roi, et de
« faire vivre un chacun sous la li-
berté d'iceux. » C'était sans doute une
allusion aux mesures rigoureuses que
Martigues avait adoptées dès son en-
trée en fonctions. En effet , loin de
modifier, dans l'application, la sévérité
des édits rendus contre les calvinis-
tes, il avait , à la sollicitation de la
ville de Nantes qui se plaignait de
leurs empiétements, rendu, le 26 juin
1565 , une ordonnance qui leur dé-
fendait de tenir aucune école publique,
de faire aucun acte ostensible de leur
religion, aucun baptême, aucun en-
terrement, etc., sous les peines por-
tées par les édits du Roi. Le voyage
de Charles IX à Nantes, en 1565 , et
la tenue des États dans cette ville ,
l'année suivante , retardèrent l'explo-
sion; mais, au mois d'octobre 1567,
les calvinistes n'ayant pas craint d'é-
tablir dans la ville des écoles publi-
ques, les querelles prirent un aspect
effrayant. La commune, pour préve-
nir les dangers dont elle était mena-
cée, équipa, à ses frais, cent arque-
busiers. Mais rien n'arrêta les calvi-
nistes dans leurs projets de vengeance;
ils pénétrèrent dans les couvents des
Coùets dont les religieuses furent
obhgées de se réfugier à Nantes après
avoir essuyé de lâches insultes. L'ir-
ritation allant toujours croissant, on
s'attendait à une surprise de la part
des calvinistes , lorsqu'au mois de
janvier 1568, Martigues quitta Nantes
pour accompagner le duc d'Anjou
dans son expédition con're le prince
de Condé, terminée le 2 mai 1568,
par la paix ou plutôt par la trêve de
I-ongjumeau. Martigues vint alors à
Paris. A la nouvelle que les calvi-
nistes, enhardis par la rupture du
traité de paix , reprenaient les ar-
mes et menaçaient scricuscmcnt Nau-
MAB
tes, il prescrivit de ne permettre
l'entrée dans la ville à aucun reli-
gionnaire armé, excepté aux gentils-
hommes qui n'auraient que la dague,
l'cpée , et de désarmer tous ceux qui
y résidaient. La crainte de plus en plus
imminente d'un siège détermina Mar-
tigues à prescrire aux habitants de se
pourvoir eux-mêmes de vivres pour
trois mois, indépendamment de ceux
qu'ils auraient à fournir à la garni-
son. La ville, épuisée par les dépenses
qu'avaient occasionnées la réception
du gouverneur et celle du Roi, ne
pouvait exécuter cet ordre. Marti-
gues , alors occupé à parcourir la
province pour y lever des troupes,
écrivit lettres sur lettres , menaçant
le maire et les échevins des effets
de sa colère , si la ville n'était pas
sur-le-champ approvisionnée et for-
tifiée, malgré l'impossibilité où ils
étaient de le faire. ■• Messieurs , leur
» disait-il , tout cela ne sont que des
» paroles qui n'approchent quasi point
» des effets ; et , comme j'ai été bien
« aveiti que vous et les habitants de
» votre ville ne faites que peu ou
» point de devoir à cela (les approvi-
» sionnements) et aux fortifications ,
• je mande à messire le sénéchal qu'il
n vous y contiaigne tous, voyre par
>» emprisonnement de vos personnes
» et qu'il se prenne premièrement
» aux plus grands , à ce que les autres
« y prennent exemple ; priant notre
« Seigneur qu'il vous donne , mes-
» sieurs , ce que vous désirez. » —
Singulière formule qui , dans la cir-
constance, ressemblait de bien près à
ime moquerie, surtout si on la rap-
proche de la souscription : ■ Fotre
fci«n 6on ami, Basties de Lcxembocbg. »
Les choses en étaient là quand la re-
prise des hostilités éloigna Martigues
de Nantes, dont il laissa le gouverne-
ment à Bouille , son lieutenant-géné-
MAR
237
rai. Dandelot et les principaux chefs
du parti calviniste , informés que le
prince de Condé et l'amiral de Coli-
gny dont la Reine-mère avait tenté
l'enlèvement, s'étaient réfugiés à la
Rochelle, se déterminèrent à les aller
joindre. Cette entreprise était difficile,
les calvinistes n'étant maîtres d'au-
cun passage sur la Loire. Résolu néan-
moins à l'exécuter , D^delot donna
rendez-vous à tous les détachements
de son armée à Beaufort-en- Vallée,
entre Saïunur et Angers, dans l'espoir
de trouver quelque gué à la Dague-
nière et aux Rosiers. Martigues reçut
ordre de la cour d'empêcher la jonc-
tion des troupes calvinistes et de s'op-
poser avec le duc de Montpensier à
ce qu'elles passassent la Loire. Dande-
lot, par une marche forcée et secrète,
trompa sa vigilance, et opéi"a la réu-
nion des différents corps de son armée.
Martigues , apprenant que Dandelot
était sorti de Bretagne, se hâta d'aller
joindre le duc de Montpensier qui
était à Saumur. Après avoir passé l'Au-
tliion au port de Sarges, il s'avançait
avec la plus grande diligence, lors-
qu'il tomba sur les quartiers de Dan-
delot dont il se croyait éloigné. Ce-
lui-ci auquel son adversaire avait, de
son côté, dérobé sa marche, se trouva
surpris. Quant à Martigues, il ne pou-
vait reculer sans danger, obUgé qu'il
eût été de repasser l'Authion en pré-
sence d'un ennemi supérieur ; aussi,
bien qu'il n'eût que 300 lances et
500 arquebusiers à opposer aux trou-
pes de Dandelot, fortes de 1000 che-
vaux et de 2000 arquebusiers, jugea-
t-il préférable de prendre l'initiative
de l'attaque. Il ne pouvait suivre
d'autre chemin qu'une levée de terre
bordant la rivière et si étroite que
dix hommes ou six chevaux au plus
pouvaient y marcher de front. Il
forma son avant-gaide de 300 ar-
238 MâR
quebusiers, plaça sa cavalerie au cen-
tre, l'infanterie par derrière; et cin-
quante lances sur ses flancs. Ces dis-
positions prises, il harangua ainsi ses
soldats : « Mes compagnons, les Hu-
« gnenots sont sur notre chemin. H
» nous faut leur passer sur le rentre,
» ou estre perdus ; car nous ne pou-
■' vons nous retirer; que donc chas-
» cun se pr^are de combattre avec
» les bras, et marcher gaillardement
» avec les jambes pour gaigner Sau-
» mur: il n'y a que huit petites heues,
» et ne pouvant trouver seureté que
« nous n'y soyons arrivés. » Tous lui
promirent de faire leur devoir , et
ils tinrent parole. Il chargea avec tant
de furie , qu'il renversa tout ce qu'il
, rencontra à la Daguenière et à Saint-
Mathurin. Celte première charge fut
si vive que Dandelot faillit être pris.
A. la nouvelle de ce combat, Lanoue
détacha 200 arquebusiers pour aller
au secours des siens ; Martigues ren-
contra ce renfort aux Rosiers, lui pas-
sa sur le corps, et continua sa marche
vers Saumur où il rejoignit le duc de
Montpensier, dont la lenteur rendit ses
succès infructueux et donna aux cal-
vinistes le temps de passer la Loire.
Le duc sedc'cida alors à pénétrer dans
le Poitou pour y arrêter les progrès
du prince de Condé. Mais ce prince,
supérieur en forces, le poursuivit à
Chatellerault. L'arrivée du duc d'An-
jou, avec toutes ses forces et un train
d'artillerie considérable , rendit la
partie plus égale. Ce jeune prince, qui
commandait pour la première fois,
brûlait d'envie de se signaler et de
combattre avec le prince de Condé ,
lequel, animé de la même ardeur,
marcha de son côté vers le duc d'An-
jou. liCs armées ne tardèrent pas à se
rencontrer à Pamprou, bourgade à
cinq lieues de Poitiers. Après quelques
escarmouches entre les deux avaut-
MAR
gardes, le champ de bataille resta aux
calvinistes. Martigues , qui comman-
dait l'avant-garde catholique, craignait
pour le lendemain une attaque où il
ne pouvait manquer d'être défait.
Cherchant à se tirer d'un si mauvais
pas , il fit battre la marche suisse, ce
qui persuada à l'ennemi que les sol-
dats de cette nation étaient dans son
camp; il fit allumer un grand nombre
de feux et décampa au milieu de la
nuit afin d'aller joindre le duc d'An-
jou, qui était à Jaseneuil avec le reste
de l'armée catholique. Le prince de
Condé s'aperçut à la pointe du jour
de la retraite de Martigues; il le fit
suivre aussitôt, mais on ne put l'at-
teindre. Ce stratagème sauva d'une
perte infaillible l'avant-garde de l'ar-
mée catholique qui n'aurait jamais pu
résister aux forces réunies Ses calvi-
nistes s'élevant à dix-neuf mille hom-
mes. Le roi , pour récompenser ce
service et tous ceux que Martigues
avait antérieurement rendus , érigea
en sa faveur , par lettres datées du
Plessis-les-Tours, au mois de sept.
1569, le comté de Penthièvre en du-
ché-pairie. Ce comté, qui lui apparte-
nait du chef de sa mère, était le plus
ancien du duché de Bretagne et ser-
vait autrefois d'apanage aux fils puî-
nés des ducs. Martigues était à la ba-
taille deMontcontour, livrée le 3 nov.
1 569. Il enfonra , à deux reprises,
l'avant-garde des calvinistes et con-
tribua ainsi au .succès de cette jour-
née. Le 20 du même mois, se trouvant
au siège de St-Jean-d'Angely , où il
s'était déjà distingué dans plusieurs
attacjucs à la tête de linfantcrie fran-
çaise qu'il commandait, il reçut à ta
tête un coup d'arquebuse dont il
mourut le même jour. Son corps fut
inhumé dans l'église des Cordeliers
de Guingamp. Martigues descendait
de Gui <le Bretagne, second fils <lu
MAR
duc Arthur II, par Jeanne de Blois,
fille de ce prince, et femme de Char-
les de Blois. Il avait épousé Marie de
Beaucaire, fille de Jean de Puyguillon,
sénéchal de Poitou, morte en 1613,
qui fiit enterrée auprès de lui. P. L — t.
MARTIN de Vertou (Sxist), en
Utin Martinus Vertavenns, ainsi nom-
mé du monastère de Vertou, dont il
ftit le premier abbé et le fondateur,
connu anssi sous le nom de Saint
Martin le Seul , naquit en 527 ,
d'une des premières familles de îîan-
tes. 1 1 al la termi ner ses études à Tours ,
et se trouvait dans cette ville, âgé de
32 ans, lors d'un voyage qu'y fit saint
Félix, évêque de liantes. Ce prélat,
s'étant assuré de la vocation reli-
gieuse de Martin, accéda à sa de-
mande d'embrasser l'état ecclésiasti-
que. Il hii conféra les ordres, le fit
chanoine et archidiacre de son église ;
et, connaissant son talent pour la pré-
dication, le chargea de travailler à la
conversion des peuples qui habitaient
les environs de Nantes. Les obstacles
que sa mission évangélique dut éprou-
ver, fournirent aux légendaires l'his-
toire de la submersion d'une pré-
tendue ville d'Herbauge, résidence
d'idolâtres. Le récit de cette catas-
trophe est calqué siu- celui de la des-
truction de Sodome, au point que le
nom de la cité de Sichor ou de Ségor,
voisine de Gomorrhe et de Sodome,
se trouve appHqué, dans la légende,
à nn lieu situé près d'Herbauge, et
qui est actuellement le bourg de
Raisé. Mais nous laissons ces détails
fabuleux , reproduits par Albert-Ie-
Grand, et victorieusement réfutés,
par D. Lobineau, dans sa Notice sur
saint Martin. Selon quelques légen-
daires, Martin de Vertou fit ensuite
un pèlerinage à Rome, mais peut-être
l'a-t-on confondu avec de saints per-
sonnages du même nom. — L'un d'eux.
MAR
239
grand voyageur, fonda le monastère
de Dûmes, près de Brague,en Portu-
gal. — Un autre habita le Mont-Cas-
sin, avant saint Benoît, le lui céda,
et se retira dans une grotte du mont
Marsique. — Un troisième enfin, disci-
ple de saint Martin de Tours, et dont
Grégoire de Tours parle dans sa
Gloire des Confesseurs, fonda un mo-
nastère à Saintes. Il est viaisemblable
que les auteiu^ des actes de saint
Martin de Vertou, qui n'ont écrit qu'a-
près l'invasion des JNormands, et qui
n'indiquent pas des sources antérieures
à cette invasion, ont pris indistinc-
tement dans les actes des divers saints
du même nom, et surtout dans ceux
de Martin de Dûmes, ce qu'ils ont
jugé de plus propre à glorifier leur
saint. Une certaine conformité entre
le nom du lieu où Martin, le voya-
geur, fonda son monastère, et celui
que choisit Martin de Vertou, n'a pas
peu contribué à cette confusion; nul
doute en effet, que le Dûmes de Poi -
tugal aura semblé le même Ueu que
la forêt de Dumen, qui, du temps
de saint Martin , se trouvait près de
Nantes, et dont Vertou faisait partie.
Après avoir travaillé à déraciner les
restes de l'idolâtrie, Martin, considé-
rant sa mission comme accompUe, se
retira dans cette forêt de Dumen, où
il se construisit une petite hutte, faite
de branches d'arbres entrelacées d'o-
sier, ne vivant que d'herbes, de ra-
cines et d'eau. Il se proposait de tei-
miner ses jours dans cette soUtude ,
où la prière et la contemplation l'ab-
sorbaient , quand Dieu lui inspira le
désir de s'établir à Vertou , pour y
travailler de nouveau au salut du
prochain. D'abondantes aumônes le
mirent à même d'élever une église et
un monastère, qu'il dédia à saint
Jean-Baptiste. Selon le propre de
Nantes, Martin ne se borna pas à
240
MAR
la construction de cette maison, et
l'affluence des moines qui vinrent se
ranger sous son obéissance, l'obligea
de fonder plusieurs autres monastères.
Butler lui eu attribue deux, l'un pour
les hommes, l'autre pour les femmes.
Tous deux étaient détruits du temps
de cet hagiographe, et il n'en restait
que le prieuré de Saint-Georges de
Montaigu, dépendant de l'abbaye de
Saint-Jouin-sur-Marne. Quant à celui
de Vertou, long-temps célèbre par la
régularité qui s'y observait, et qui de-
vint plus tard un simple prieuré, dé-
pendant aussi de Saint-Jouin, Albert-
le-Grand en fixe la fondation à l'an
375; mais d'autres la reculent à l'an
595, ou même encore plus tard, par
la raison que Grégoire de Tours n'en
a pas dit un mot, et que, bien certai-
nement, il en aurait parlé, ainsi que
de saint Martin, si ce dernier eût été,
de son temps, abbé de Vertou, et su-
périeur, comme on l'assure, de 300 l'e-
ligieux. Saint Martin étant tombé ma-
lade, dans le cours d une de ses mis-
sions, au monastère de Durin, qu'il
avait aussi fondé, y mourut le 24 oc-
tobre 601. Indépendamment des noti-
ces consacrées à saint Martin de Ver-
tou par Albert-le-Grand, D. Lobineau,
Baillet et Butler, il en existe deux,
que D. Mabillon a placées au premier
siècle des saints de son ordre, l'une
dans le corps du volume qui contient
les actes des saints, et l'autre dans l'ap-
pendice qui le termine. De ces deux
légendes, la première, rédigée par un
anonyme du IX« siècle, moine de
Vertou, est bien écrite. Quant à l'au-
tre (la première dans l'ordre de l'é-
dition), l'auteur, qui vivait dans le
X' siècle, a écrit un .sermon plutôt
qu'une histoire. P. L — t.
MARTIN (.Jean), seigneur de
Clioisy, poète, né dans le XVI* siècle,
à Dijon, est auteur d'un petit ouvrage
MAR
allégorique, intitulé : Le Papillon de
Cupido, Lyon, 1543, in -8"; Paris,
même année et même format. Ces
deux éditions, en supposant que ce
ne soit pas la même, avec des fron-
tispices différents, sont également ra-
res. L'auteur changé par l'Amour en
Papillon, se transporte à Paris, où il
visite l'Université, le Parlement, la
Cathédrale, etc., décrivant ce qu'il y
voit, sans trop s'inquiéter de ses ex-
pressions. De là, dirigeant son vol
vers l'Italie, il s'arrête à Rome, re-
tenu par les charmes d'une nièce du
pape Panl III; il se rend ensuite à
Padoue, Florence, Venise, etc., pei-
gnant à grands traits les mœurs de
ces différentes villes. Las de voyager,
il revient en France, prie Jésus-Christ
d3 lui rendre sa première forme, et
sa demande est exaucée, il y a dans
cette pièce de l'imagination et des
tableaux assez curieux , mais satiri-
ques et obscènes. La Bibliothèque de
Bourgogne attribue à Jean Martin : De
usu astrolabii, Paris, 1554, in-8° ;
mais ce traité, dont il existe une édi-
tion de 1527, est de Jean Martinez
Poblacion, mathématicien espagnol,
que François I" fit venir à Paris, pour
enseigner au collège de France, où il
professa de 1530 à 1554. W — s.
MARTIIV (Corneille), héraldiste,
était né dans la Zélande, vers le
milieu du XVP siècle; on a de lui :
Les généalogies et anciennes descentes
des forestiers et comtes de Flandre^
avec hrièoes descriptions de leurs ri<
et gestes, Anvers, 1578 et 1612. in-
fol., fig. Cet ouvrage est encore re-
cherché, principalement pour les es-
tampes, qui sont de Pierre BaUhazar,
habile graveur. Paquot, n'en ayant
connu que <les exemplaires avec la
seconde date, conjecture que l'auteur
vivait encore en 1612 {Histoire lit-,
téraire des Pays-Bas, II, 483, édit.
MAR
in-foi.), uiai$ il n'en donne aucune
preuve. Dès 1583, Martin annonçait,
comme devant paraître sous peq :
/^e> généalogies des nobles famille i ad-
mises dans l'ordre de In Toison-d'Or^^
"'epuis >on institution. Pontus Heute-
lus, qui .sans doute avait eu le ma-
nuscrit en communication, dit que
cet ouvrage est le fniit d'une im-
mense lecture, et que le public en
retirei-ait une grande utilité {Dur.
Burgund. hist. Hb. /'/) ; il n'a cepen-
dant jamais vu le jour. W — s.
MARTIN (Jea>), ué a Paris, vers
le milieu du XVI' siècle, embi-assa
l'étude de la médecine, et devint \HXt-
lesseur à la Faculté, puis médecin de
Marguerite de Valois, que Henri IV
avait répudi("e. il mourut, à l'aris, eu
1609, laissant des conunentaires sur
Hippocrate, qui huent œcueillis et
publics, par Uéué Moreau, sou» ces
tities: I. Prtelectiniies in libriim Jlip-
pocratis Coi </*• morbis internis, Pari>.
1637, in-i". H. Prœlectinne^ in ti-
hi-iim Hippocratis Coi de aei-r. nqiii<
et locisy l*aris. 1646, in-i". — MAr.Ti>
(Pierre), né à (jhinon, >ers la fin du
XV ^ siècle, se livra a l'étude de la
médecine, et se fixa à Saiimur. Il \
fit imprimer en 1619, un ouvi-a»;f
sous ce titre : Ostéologif historiale.
ou Description du rotpi- humain,
i«-4". — M.vRTi.N (Bernardin), né à
Paris, le 8 janvier 1629. était fils de
Samuel, apothicaire de la reine .Ma-
lie de Médicis. Il eitihrassa la pro-
fession de son père, et entra, à l'âge
de quarante ans, au service de la
mai.son do Coudé, eu qualité de clii-
misfe, place qu il conserva jusqu'à
sa mort. Oi n de lui -. I. Relation
d'un voyage en Espagne , en Portu-
gal, en Allemagne et aux Pays-Bas. 11.
Dissertation sur les dents, Paris, 1679, i
in-12. III. Traité sur l'usage du lait,
Paris, 1684 et 1706, in-12. — Mabti>
LXXIM.
MAP.
âil
«lit de Poitieis, moine du monastère
de Moutierneuf, de cette ville , écri-
vit l'histoire de cet établissement re-
ligieux. On n'en en a conservé qu'un
fragment, imprimé dans la collection
de Dom .Maitène, sous ce titre : Frag-
mentum historitv nwnasterii novi Pic-
tai-iensis, anctorr .^fartino monorho
tjnsdem /on'. h' — t — e.
.MARTIX (ie P. Frvnçois^ , né à
t aen en 1640 , entra de bonne heure
dans le couvent des ( >)rdelicrs de cette
ville, et fut envoyé à Paris pour faire
son cours de tliéologie. Reçu doc-
teur a la Sorbonne . il revint à Caeu
et fut nomme gardien de son couvent.
o»i il forma une bibliothèque nom-
breuse et bien choisie, qui. lors de lu
suppression des ordres religieux , a
été réunie à la bibhothéquede la ville.
Tous les livres qui la composaient
portent cette inscription : Fraticisctn
^fartiu , doclor iheologm Parisiensi<
'itmparnril. Orefur pro eo. Son amour
des livres douna lieu à cette accusa-
liou, qui sansdoute est une calomnie:
- Quand le père Mailin ne pouvait
- acheter les livres ou les obtenir
- de bon gré . il les dérobait et le*
• l'inportait dans les manches de sa
- soutane. •• •'Foyage bibliographique
la Sormandie. par le révérend Dib-
din. ministre anglican, f. II, p. 81
I .e }>ère Martin .s'occupa presque toute
sa vie de recherches sur la bibliogra-
phie nonnande. et mourut en 1721 .
après nue longue et douioui-euse ma-
ladie. \'o\ci la li«te de ses travaux :
I. Tnc pièce de vers latins sur la mort
de Huet. II. fkle latine adressée à M.
de Montbolon. Caen, 1699. in-i". ni.
Reflexione< ud nuperrimam declaro-
iionein doetoris ffennebel, I^uvain ,
1701, iu-i". IV. fitvrum aliquot Ca-
domensium doctrina iliustriuvt sylln-
bus carminé recensitus, (iaen , 1717,
iu-8". V. :Vo/<"c manuscrites pom- une
16
242
MAR
troisième édition des Origines deCaen,
par Huet. VI. Traité des bibliothè-
ques anciennes et modernes, reste ma-
nuscrit. Vn. Athenœ Normannorum
veteres ac récentes, seu syllabus aucto-
rum qui oriundi e Normannia. Cet
ouvrage était prêt pour l'impression,
quand l'auteur mourut; on conserve
le manuscrit, grand in-folio , dans la
bibliothèque publique de Caen. Il
pourrait être consulté plus utilement,
si le P. Martin n'avait pas latinisé
même les titres des livres français
qu'il indique. — ■ Martin ( le P. Gré-
goire), né le 12 mai 1712, àCuisery,
dans la Bresse Châlonaise, entra dans
l'ordre des minimes et devint succes-
sivement lecteur de théologie , prin-
cipal et professeur au collège de la
côte Saint - André en Dauphiné. Il
mourut dans un âge avancé. On a de
lui : I. Observations sur les particules.
II. Panégyrique de S. Benoit , 1758,
in-12. III. Traité sur l'âme des bêtes,
traduit du latin de Dagoumer, 1738,
in-12. IV. Proscription des verges des
écoles , dialogue entre Pamphile et
Orbilius^ repiésenté à Tullinsen DaU'
phiné, 1759, in-12. L'auteur le tra-
duisit lui-même en latin sous ce titre ;
E scholis admovendas este virgas ,
1760 , in-12. V. Lettres instructives
et curieuses sur l'éducation de la
jeunesse, 1760 , in-12. Le P. Martin
avait fait insérer un grand nombre
d'articles dans le Journal chrétien, de
l'abbé Dinouart , ainsi que dans le
Journal d'Éducation, de Leroux , et
il avait pris part au Manuel de physi-
que de Dufieu, publié eu 1758. Il a
laissé plusieurs manuscrits restés iné-
dits. Z.
MARTIN de Jésus (Dksirf. Vma-
c.ius, connu sous le nom de frère), ne
le li avril 1741 à Serfjenot près de
Dôlcs, fut atlmis, à l'âge de seize ans,
dans la con(;régation des Frères de la
MAR
doctrine chrétienne et chargé de l'en-
seignement puis de la direction des
petites écoles. Quoiqu'il n'eût fait au-
cun apprentissage de l'horlogerie , et
qu'il n'eût en mécanique d'autres
connaissances que celles qu'il avait
acquises par la vue de quelques
machines, il construisit en 1769, une
grande horloge qui, par sa précision et
sa simplicité , fit l'admiration de tous
les connaisseurs. Cette horloge que
l'on voyait dans la maison des Frères à
MareVille près de Nancy, est décrite
dans le Journal encycL, mai 1779. Le
frère Martin construisit depuis d'autres
horloges pour les principales maisons
que la congrégation possédait, à Paris,
à Rouen, à Dieppe, à Reims, àTroyes,
etc. Il fut envoyé par ses supérieurs,
en 1785, à la Martinique, et il y passa
plusieurs années. Lors de la suppres-
sion des ordres religieux , il s'établit
à Laon, où il traversa paisiblement
les orages de la révolution , et où
il mourut paralytique , le 5 mars
1812. W— s.
MARTIN (Pierre), amiral fran-
çais né au Canada en 1752 , vint en
Fi'ance à lâge de douze ans et s'en-
gagea comme matelot. Pendant la
guerre de 1778, il était maître-pilote
et se fit remarquer par son habileté.
Depuis lors, son avancement fut ra-
pide. Le mai'quis de Roufflers ayant
été nommé gouverneur du Sénégal,
obtint pour Martin , qui déjà était
parvenu au grade de sous-lieutenant
de vaisseau, le couunandement de
cette station. Lorsque la révolution
éclata, Martin en embrassa les prin-
cipes et fut successivement nommé
< a|)itaine de vaisseau, contre-amiral,
et le 22 janvier 1794, comniaiulant
en chef des forces navales de la Mé-
iliterranée, sur le rapport de Rarère.
L'année suivante, il était à la tête
d'une des trois divisions de la flotte
MAÂ
qui sortit de la rade de Toulon,
pour proléger les opérations de l'ar-
mée d'Italie, et il rencontra dans la ri-
vière de Gènes les Hottes combinées
d'Angleterre et d'Espagne qui s'éle-
vaient à 3t vaisseaux. Martin n'en ayant
que sept, ne pouvait accepter le combat;
il échappa aux ennemis et parvint à
se réfugier dans le golfe de Lyon, où
il se défendit pendant cinq mois avec
tant d'habileté qu'il força l'ennemi à
se retirer. Rentré à Toulon, il i-avitailla
son escadre, et sortit de nouveau poui
croiser dans la Méditerranée, Ayant
appris que les Anglais, commandes
par Hotam, cherchaient l'occasion de
l'attaquer, il fit débarquer dans les
îles d'Hyères ce qui aurait pu gêner
ses manœuvres, et résolut, malgré
l'infériorité de ses forces, de se me-
surer avec l'ennemi. .Après un com-
bat long et acharné , l'avantage
fmit par rester aux .anglais, qui pri-
rent deux N-aisseaux. Quelques jours
plus tard , Martin leur enleva le vais-
seau le Berwick , et la frégate
VAlceste. Il fut, a son retour, nom-
mé vice-amii-al. En septembre 1797,
il commandait les forces navales de
Rochefort ; ce fut lui qui , en cette
qualité, transmit au capitaine de la
corvette la Vaillante les instiHictions
du Birectoiie, pour le ti-ansport à la
Guyane des députés arrêtés par sui-
te du 18 fructidor. En 1799, il fut
[loité deux fois sur la liste des can-
«lidats pour le Directoire. .\ la for-
mation des préfectures niaritunes,
Martin obtint celle de Rochefort. La
justice et la probité furent les mai-
qoes distinctives de son administra-
tion. ??apo!éon le créa comte et gi-and-
officierde la Légion-d'Honneur. L'af-
faiblissement de sa sauté Fayanl obligé
de donner sa démission , il fut mis
à b retraite en 1810 , et mourut le
1" nov. 1820. M— D \.
MAP.
343
MARTIN (MARIE-JoSEPH-DélRÉ),
né à .Sedan le 13 février 1756, fut
député du commerce près l'Assem-
blée nationale, et employé ensuite au
ministère des finances. Il mourut
à Paris le 14 décembre 1797. Mar-
tin cultivait aussi les lettres, et
plus particulièrement la poésie ; il
avait été le chef de la Société acadé-
mique des enfants d'Apollon poui
1791, et il a laissé les ouvrages sui-
vants : I. Discours et motions sur les
ipectaclei ^ Paris, 1789, in-S". II.
Etrennes financières ou Recueil ie>
matières lesplus importantes en Jinan-
cei, banques, commet ce , etc., Paris,
1789-90, 2 vol. inS". III. La Prin-
cesse de Bafcj7o» je, opéra en 4 actes, tiré
du roman de Voltaire, Paris, 1791 .
in 8". IV. Les Deux prisonnières, ou lo
Fameuse journée, drame historique
et lyrique en 3 actes, dédié à H. Ma-
/.ers de Latude, Paris, 1792, in-S*. V.
Fabius , tragédie lyrique en un acte ,
Paris, 1794, in4°. et 1796, in-8^
Martin avait , en 1791, présenté au
comité delAcadémie un autreopéra.
itititulé les Deux prisonniers, OU la
Liberté reconquise ; mais cette pièce
ne fut ni représentée ui imprimée.
— Mabti> (Roger) était prêtre el
professeur de physique expérimen-
tale à Toulouse , sa patiie, lorsque
la révolution éclata. Il eu embrassa les
principes avec ardeur, et fut, en 1795,
élu, par le -dépai-tement de la Haute-
Garonne, député au Conseil des Cinq-
Gents, où il s'occupa surtout de ques-
tions relatives à renseignement pu-
blic. Il mourut à Toulouse , le 18 mai
1811. On a de lui; I. Institutions ma-
thématiques , Toulouse, 1776, in-8''.
II. Eléments de mathématiques, à Cw
suge des écoles de philosophie, Tou-
louse et Pai. 1781 , in-S**; nouv.
édit., revue et augmentée , Paris .
1800. mS". '/..
16.
2ii
MAR
ilARTIX (Jean-Blaisk) , célèbre
ihanleur, né à Paris en 1767, ap-
partenait à des parents pauvre»,
bien qu'ils fussent de la famille de
.Slartin, peintre et chimiste fameux,
célébré par Voltaire, qui parle de
SCS vernis comme surpassant ceux de
la Chine, Ce fut un fils dé cet habile
manipulateur qui recueiUit son neveu
dans sa maison, et voulut qu'il reçût
une bonne éducation, quoique son
intention fût de lui donner l'état d'or-
fèvre. Le goût de l'enfant le portait
vers les arts, et il étudia avec une
même ardeur la peinture, la danse,
et surtout la musique, qu'il avait
commencée à l'âge de sept ans. En
peu de temps, il devint habile lec-
teur, et comme avant la mue il pos-
sédait une belle voix de soprano, il
chanta fréquemment, dans les so-
ciétés , les airs alors en vogue ,
et mérita des applaudissements.
Du reste, il ne chantait que d'ins-
tinct, et, bien qu'il ne soit pas im-
possible qu'il ait eu un maître de
goût du chaut, comme l'on disait
alors, il est certain qu'il n'eut pas
iXécole. Tout porte à croire qu'il ne
reçut à cet égard aucun précepte po-
sitif, ni même aucun conseil tant soit
peu éclairé. D'ailleurs, «jue lui au-
raient enseigné de bon les abbés
Roze et Guichard , qui jouissaient
d'une grande réiiutatiou connue maî-
tres de goàt italien? Langlé seul au-
rait pu lui donner des avis utiles, et
inculquer dans son esprit les excel-
lents principes de l'aficienue école
napohtaine, dont il était élève, mais
il paraît ne l'avoir connu que plus
tard. Selon toute aj)paren(!e, Martin
chanta dabord sans aucun principe,
et seulement parce qu'il avait une
jolie voix. Ses études se dirigeaient
uniquement vers le violon ; et il
devint fort habile sur cet instrument.
MAR
Toutefois, s'étant présenté à l'Opéra
pour rempUr une place de violon de-
venue vacante, il ne fut pas reçu. Il
trouva plus tard l'occasion de prou-
ver que sa réputation de violoniste
avait été méritée. Dans le Concert in-
terrompu, de M. Berton, il jouait avec
son camarade Chénard, un morceau
de violon et violoncelle, et les an-
ciens habitués de l'Opéra-Comique
peuvent se souvenir encore que l'exé-
cution des deux artistes était toujours
fort applaudie. Ce fut aussi à cette
époque que Martin étudia l'harmonie
sous Candeille, compositeur estima-
ble de l'ancienne école française ; il
Ht assez de progrès dans cette partie
pour donner, enl796, les Oiseaux de
mer, opéra-comique qui obtint quel-
que succès. Cependant le goût de
l'artiste pour le violon lui ayant fait
consacrer tout son temps à l'étude de
cet instrument, sa voix était demeu-
lée dans un repos complet ; ce qui
contribua peut-être à lui donner plus
tard l'étendue qui a fait si long-
temps l'admiration du pubhc parisien.
Au reste , bien que sa voix se fût
tout-à-fait formée, Martin ne son-
geait qu'a devenir habile instrumen-
tiste. Se trouvant un jour avec quel-
ques-uns de ses camarades, ceux-ci
voulurent le faire chanter. Après
s'être fait un peu prier, il se tiia
d'affaire avec une telle supériorité,
que tous ceux tjui l'écoutaient de-
meurèrent ravis d'admiration, et s'é-
crièrent que Martin devait briser
sou violon, puisquil possédait en
lui-même un instrument bien supé-
rieur, et au moyeu duquel il produi-
rait une bien plus vive sensation, U
les crut, héquenta plus que jamais le
petit nombre de chan leurs de nid-
rite qui se trouvaient à Paris ; sut
les écouter et les œmprendrc. Enfin
il se présenta de nouveau à l'Opéraj
MAR
MAR
245
non plos comme violoniste, mais
comme chanteur. Les examinateurs
trouvèrent qu'il n'avait pas assez de
creux, et il ne fut point admis. Mar-
tin se présenta alors au théâtre de
Monsieur, appelé depuis Théâtre Fer-
deau. Il débuta, en 1788, dans le
Marquis de Tulipano, opéra-comique
de Paisiello. Le succès fut immense.
La beauté de sa voix , et surtout
le tour de chant qu'il sut donner
aux mélodies de Paisiello , ajoutè-
rent au mérite de la composition.
Toutefois , on lui reprochait de
n'être pas comédien, et l'on sait qu'a
cette époque, personne en France
n'aurait compris que l'on montât sur
un théâtre sans posséder, à cet égard,
un talent plus ou moins remarquable,
quelque habile chanteur que l'on fut
du reste. Les progrès de Martin dans
l'art comique furent très-rapides, et
on les remarqua d'abord dans le
Nouveau Don QuichottCy opéra de
Champein et Boisselle, qui obtint, en
1789 , im assez grand succès. En-
fin , il ne compta plus que des ad-
mirateurs, tant pour son jeu que
pour son chant, lorsque, en 1792.
il joua sur une autre scène le rôle
de Frontin des Fisitandines , qui
. fixa le genre de comique convena-
ble à Martin. Dès ce moment, il n'eut
plus à s accommoder aux rôles, les
auteurs et les musiciens s'empressè-
rent d'accommoder les rôles pour lui :
l'emploi du Martin fut créé à l'O-
pora-Comique. Les succès de notre
chanteur ont été, depuis cette époque
jusqu'à sa retraite, si nombreux,
qu'il suffira de nommer quelques-
unes des pièces qui, à diverses épo-
ques , lui valurent les plus éclatants
suffrages ; en voici plusieurs : tout le
répertoire parodié sur des opéras ita-
liens, l'Oncle et le Neveu, les Confi-
dences^ une Folicy Gulistan, Koulouf,
ta Ruse inutile, Picaros et tfteyo,
CIrato, Jadis et Aujourd'hui^ Maison
à vendre, Lutli et Quinault, la Séré-
nade, Jean de Paris, Jeannot et Co-
lin, le Charme de la f'oix, le nou-
veau Seigneur <le Village, Joconde,
le Chaperon Rouge, les Voitures ver-
sées, le Maître de Chapelle, etc. Mar-
tin se retira du théâtre en 1822,
après trente-deux ans de service;
mais il y reparut plusieurs fois pen-
dant les dix années qui suivirent, il
était encore un objet détonnemcnt
et d'admiration pour ceux qui ne l'a-
vaient pas entendu dans sa jeunesse,
et chacune de ses représentations at-
tirait la foule comme dans ses pins
beaux jours. Kn effet, sa voix et son
talent , bien qu'affaiblis par l'âge, le
plaçaient encore à tme immense dis-
tance de tons ceux qui avaient cher-
ché à le remplacer, il est juste d'a-
jouter que la supériorité de Martin a
toujours tenu principalement à sa
voix prise en elle-même ; il eût été
plus beau qu'elle vînt uniquement
de son habileté a en tirer parti,
Apres 1830 , on l'appela au se-
cours de l'Opéra-C-omique , dont la
ruine était imminente. Il joua plu
sieurs fois jusqu'en 1833, et notam-
ment dans un pastiche composé pou i
lui, sous le titre de Souvenirs de La-
fieur. C'était une réunion des plus
beaux airs de son répertoire; il fut
fort applaudi, bien que pour ceux
qui l'avaient connu dix ans plus tôt,
il ne fût plus que l'ombre de lui-
même. Clc triomphe fut le deniiet;
mais Martin ne resta pas oisif, il
donna tous ses soins aux élèves qui
formaient sa classe au Conseiratoiro.
Plusieurs d'entre eux ne tardèrent pa:>
à se faire remarquer (1). Au coni-
(i) En 1837, tous les premiers prix du
chant ont été obtenus par les élèves de la
classe de Martin,
346
>UP.
mencenieut de septembre 1837, ayant
senti les premières atteintes d'une gas-
trite, il pensa que le changement d'aii
lui serait bon; en conséquence, il fit
un voyage à la belle terre de la Ron-
rière, que son ami et camarade Elle-
viou possédait dans les environs de
J-yon. C'est là qu'il n)ourut, le 18
oct. suivant. Sa dëponille mortcllf
fut apportée à Paris; et, lelSnov.,
on célébra un service iinièbre pour
le repos de son âme. Tous les artistes
de la capitale y assistèrent. Martin
avait été marié quatre fois. Sa pro
mière femme fut la charmarUe Simo-
tiette, sa camarade au théâtre Fey-
deau, vers 1789. La seconde était une
des filles de Paulin, acteur médiocre,
il eut pour troisième femme la cé-
lèbre M"* Gosselin aînée, première
danseuse de l'Opéra , qui mourui
de la poitrine, à l'âge de 21 ans; et
enfin pour la quatrième, une fille du
compositeur et marchand de mu-
sique Paccini , laquelle vit encore.
Martin était entré conmie ténor solo
à la chapelle impériale lors de sa fon-
dation, et il faisait partie de la nnisi-
que particulière de Napoléon, il con-
serva ces places sous Louis XVIII el
Charles X, et les perdit après la ré-
volution de juillet 1830. M. Adrien
de la Fage a inséré , datis la Refue
cl Gaiette musicale^ une notice bio-
graphique sur Martin, à laquelle nous
avons emprunté la plupart de ces
détails. F— LE.
MARTIK (William), naturaliste
;*nglai8 , né en 1767, à Marsficld ,
• ointé de ISotlinghani , était fils d'un
marchand de bas qui avait abandon-
né sa famille et son commerce poui
>c faire comédien sous le nom de
Ik>oth, exemple qui lut bientôt suivi
par sa femme. Le jeune Martin était
destiné à la même carrière ; mais son
maître, James Bolton, qui avait écrit
quelques ouvrages sur l'histoire na-
turelle, lui inspira du goût pour cette
science. Après s'être marié en 1796,
Martin renonça au théâtre et fut suc-
cessivement maître de dessin à Bur-
(on sur Trenl , à Buxton et à Mars-
ficld. Il s'établit ensuite à Manchester,
où il mourut le 31 inai 1810. Martin
était membre de la société géologique
de Londres. On a de lui : I. Figures
pl descriptions des pétrifications du
vomté de Derby, 1793, in-8°; ce vo-
lume devait être suivi de plusieurs au-
nes qui n'ont point paru. l\. Compte-
rendu de (fitelcjues espèces de fossile'^
trouvés dans le comté de Derby, 1796.
in- 8". m. iLSfjuiiise d'un essai qui a
pour but de baser la connaissance des
fossiles élra }ig e rs s urdes pri ncipes scien-
tifiques , 1809, in-8". IV. Petrificalu
Derbiensia, ou figures et descriptions de^
pélrifica tions recueillies dan s le com té de
Derby, 1809, m-S^.y. Courtes remar-
ques sur la substance minérale, dio-
Pieriv pourrie dans le comté de Derby.
ouvrage imprimé après la mort di^
l'auteur dans les Mémoires de la So-
ciété de Manchester, 1812. Z.
MAllTIX (Thomas-Ignace), vi-
sionnaire, était laboureur du bourg
de Gallardon, à 4 lieues de Chartres.
Il fut, sous le règne de Louis XVIII,
le héros d'une aventure mystérieuse
dont les causes ne sont ps encore
bien connues. ISous lu rapporterons
comme elle se trouve textuellement
dans les écrits du temps qui n'ont
pas été démentis. Martin était, le 15
janvier 1816, occupé à travailler
dans son chanq), (juand il se pré-
senta devant lui un jtnme homme d'une
rare beauté, qui lui dit d'un son île voix
fort doux : » Il faut que vous alliez
.' trouver le roi, que vous lui disiez
« qtie sa personne est en danjjcr, ainsi
> que celle des princes ; que de mau
.. vai»es gens tentent encore de ren-
MAR
MAR
^1
« ver«er le gouvernement, que plu-
« sieurs écrits ou lettres ont déjà cir-
• culé dans quelques provinces de
- ses États à ce sujet; qu'il faut qu'il
•» fasse faire une police exacte, sur-
« tout dans la capitale-, quil faut
" aussi qu'il relève le jour du Sei-
« gneur, afin qu'on le sanctifie
« Sinon toutes ces choses, la France
« tombera dans de nouveaux mal-
M leurs. « — " Mais , rë{X)ndit Mar-
« tin, un peu surpris, puisque >ous
- en savez si long, vous pouvez bien
« aller trouver vous-même le roi, et
« lui dire tout cela ; pourquoi vous
« adressez-vous à un pauvre homme
« comme moi, qui ne sait pas s'ex-
« pliquer ? — Ce n'est pas moi qui irai,
' reprit l'inconnu, ce sera vous;
« faites attention à ce que je vous dis,
« et vous ferez tout ce que je vous
•< commande. »• A ces mots, linconnu
s'abaissa insensiblement vers la terre
et disparut entièrement aux yeux de
Martin eflravé. De retour à Gallar*
don, celui-ci fit part à son frère de
ce qui venait de se passer, et tous
deux vinrent che* M. Laperruque,
curé du bourg, pour .savoir ce que
signifiait un événement si singu-
lier. Le curé rejeta d'abord sur l'ima-
gination de Martin tout ce qu'il ve-
nait de lui raconter. Les apparitions
se multiplièrent, et l'inconnu annon-
ça au laboureur qu'il ne le laisserait
pas tranquille que sa commission au-
près du roi ne fût exécutée. Le curé,
convaincu de la bonne foi de son pa-
roissien, et voyant qu'il ne cessait
d'être agité par ces scènes surna-
turelles, lui déclara qu'il ne pouvait
être juge en cette matière, et l'en-
voya à M. l'évêque de Versailles, qui,
après avoir interrogé Martin, le char-
gea de demander à l'inconnu, de sa
part, son nom, qui il était et par qui
il était envoyé. Le mardi 30 jan\*ier,
l'incounu apparut de nouveau à Mar
tin , et lui dit : •• Mon nom restera
• ignoré : je viens de la part de celui
« qui m'a envoyé, et celui qui m'a
" envoyé est au-dessus de moi " (en
montrant le ciel ). Durant le mois de
février, il apparut encore divei-ses fois
au paysan et l'avertit " qu'il serait
•• conduit devant le roi, (ju'il lui dé-
" couvrirait des choses secrètes de
« mn exil; mais que la connaissance
« ne lui en serait donnée qu'au rao-
• ment où il serait admis eu sa pré-
« sence. " L'évêque de Versailles avait
tHrit au ministre de la police toutes
ces choses, dont le curé de Gallardon
lui avait rendu compte jour par jour.
Le ministre chargea le comte de Bre-
teuil, préfet d'Eure-et-Loir, d'exa-
miner Martin. Ce villageois, conduit
par son curé chez >L de Breteuil,
étonna ce fonctionnaire par sa naïveté
et sa modeste assurance, autant que
par le fonds merveilleux de ses ré-
ponses. Ce préfet se détermina à l'en-
vover au ministre de la jK)lice, sous
la conduite de M. André, lieutenant
de gendarmerie. Le 8 mars, à son
arrivée à Paris, Martin, amené à
l'hôtel de la police générale, fut in-
ten'ogé successivement par les se-
crétaires du ministre et par M. De-
caze lui-même. Il répondit avec le
même calme et la même naïveté. Le
ministre, api-és l'avoir long- temps
examiné, prit le ton de l'autorité; le
paysan n'en fut pas plus déconcerté.
>L Decaze voulut le sonder pour
savoir si l'intérêt n'était pas le prin-
cipe de ses démarches. <> Monsei-
« gneur, reprit Martin, ce n'est pas
« l'argent que je veux : il faut que
" j'aille parler au roi, et que je lui
- dise ce qui m'est annoncé; ça ma
■ toujours été recommandé , et je ne
« serai pas tranquille tant que ma
M commission ne sera pas faite. <>
•218
MAR
MAR
Apii-s cet inieiTOfjatoire, Martio, «It*
retour à l'hôtel où il logeait, fut exa-
miné de la part du ministre, par Pi-
ucl, médecin très-renommé pour les
maladies mentales. «Vous venez voir.
■> lui dit le pavsan , si j'ai perdu
>< la tête; mais il m'a été dit que
" ceux qui vous envoient sont plus
" fous que moi. Après celte vi-
site, et les jours suivants, Martin cm
de nouvelles apparitions. Dans une
de ces entrevues, liriconnu lui dit :
" Je «nis l'archanfye Raphaël, au{;c
. très-célèbre auprès de Dieu, j'ai
reçu le pouvoir de frapper la Iran-
ce de toutes sortes de plaies.» Lmc
;<utre fois il lui dit positivcmenf « que
la paix ne serait rendue à la Fruiicc
< qu'après iSiO. On doit observer
que, pendant tout son séjour à Paris,
l'officier de {{endarmeric André ne
quitta pas Martin. Enfin, le 13 mars,
le ministre de la police, sur le rappori
de Pinel, le fit conduire à Cliarenton
comme atteint d'une hallucinalion <h-
■ipits. Martir) ne parut nullement ému
de cette espèce de détention. Il liil
examiné et suivi avec soin [)ar Jîovei-
(lollard, médecin de la maison; cJ la
docilité, le calme, la douceur qu'il
montra pendant son. séjour à Clia-
renton, convainquirent le doctetu ei
tous les fjens <le l'hospice qu'il n'était
pas fou. Opendant le ministre avait
fait prendre sur la famille de Mar-
tin et sur sa moralité, des renseif^ne-
ment«, qui furent tellement avanta-
{[cuv, qu'il envoya à la femme de
ce jjaysan un bon de i(K) fr. sur la
cassette du roi. Pendant son séjour
à Charenton , l'anjje apparut en-
«;ore plusieurs fois a Martin , et se
fit voir mi jour dans tout l'éclat de
la gloire céleste. 1, 'archevêque de
Reims avait informé de tout c*'.
q\ii se 'passait, f.ouis XVIII, qui,
frapfMf d'nn»' suite de faits si ex-
Liuordinaires, donna enfin ordre «le
lui amener ce paysan. Le 2 avril ,
Martin fut tiré de Charenton et con-
iluit à M. Decazes. «Votis voulez donc
•' parler au roi, dit le ministre; mais
' qu'avez- vous à dire à S. M. ? — .le
" ne sais pas poiu' le moment ce que
'( j'ai à lui dire, les choses me seront
•' annoncées (juand je serai devant l<'
« roi. — Ht bien 1 puisque vous vou-
" lez y aller, je vais vous conduire,
lllfectivement le ministre fit conduiie
Martin , par un officier de la maison
du roi, jusque dans l'appartement de
Louis XVIII avec lequel il resta seul.
-Martin a donné ainsi à ^i^ le cure
de Gallardon le récit de celte entre-
vue : •< Le roi était assis à côté de la
table: je l'ai salué et je lui ai (Ht.
• mon chapeau à la main : Sire. j>
X nous salue. Le roi m'a dit : fioiijoui ,
.1 M<irtln ,et j'ai <lil en moi-même : Jl
sait bien mon nom toujours. — / 'oi<.<
.. sai/ez, Sire, rarement pourquoi /<•
" l'ieiis. — Oui, je sais t/iie t'ou<
r are: ijHel<jue chose à me dite, fl
.. /'on m'a (lit tjue céiail ijueltjue clio-
< vc ijUr vous ne fiouoie: dire (ju'à
moi-itnhni'. ^isicyez - vous. — J ai
< pris un fauteuil et je me suis assis
. vis-à-vis du roi, et quand j'ai été
" assis, je lui ai tlit : Conunent i>ous
fiortcz-t'ous? Le roi m'a répondu :
/(• tne porte un peu mieux (jue «;<•>
jvut s passés : et /'o«s, comment vous
porlet-vous.' — Moi, je t»ie porte
'. bien. — (^uel est le sujet de votre
cojuge:' ■ (Ici .Martin est entré dans
le récit des premières apparitions de
l'anj'c). Aprè!^ ces premiers détails.
Martin ajouta : il m'a été dit aussi
.. On a trahi le roi et on le trahira
.. eiu'ore : il s'est sauvé un homme
.. des prisons ; on a fait accroire au
>. roi que c'était par subtilité, par
linesse ou par l'effet du hasard ;
. ujais la chose n'était pas telle, elle
• a élè piëinedilée. » (Voir la répon-
se du roi et la suite de lentretien
dans la Relatiou concernant Us évé-
nements arrivés à un laboureur de la
Beauce, imp. en 1817, par Égroii, a
Paris). Martin ajoute, dans son récit .
'- que pendant cet eiilictien le roi u
■' plusieurs fois levé les mains au
«;iel, et qu'il voyait des larmes cou-
• 1er sur ses joues. » il rappela aussi
« S. M. des particularités de son
pxil, que lui avait annoncées l'incon-
nu. « Gardez-en le secret, reprit le
« roi» il n'y aura que Dieu , vous et
•< moi qui saurons jamais cela. '>
Après cet entretien. Martin retourna
à Charenton, v passa la nuit, fit, le
lendemain matin, ses adieux au di-
recteur, à M. Royer-Collard, se ren-
dit chez le ministre, qui le força d'ac-
cepter une gratification de la part du
roi, partit pour Chartres, où il vit le
préfet, et retomiia à Gallardon re-
prendre sa vie champêtre, éutaut de
parler indiscrètement de ce qui lui
était arrive. Il est dit dans la Relation
précitée, page 6i, que le roi était
convenu que Martin lui avait com-
munique des choses qui n'étaient
connues que de lui, et qu'il a témoi-
gné que cet homme n'était ni fou, ni
aliéné. Après la Révolution do 1830,
Martin qui, depuis plusieurs années
n'avait plus parlé de ses visions, se
jeta tout-à coup dans d'autres idées ;
il annonça l'existence de Louis XVII,
et se donna comme l'une des trois
personnes chargées de le remettre
sur le trône <le France. Mais cette
nouvelle aberration dura peu; il mou-
rut presque subitement au commen-
cement de mai 183i. Ses révéla-
tions recueillies par M. Louis Silvy ,
furent réimprimées en 1830 et 32,
in-8°, sous le titre de : Relation con-
tenant les événements qui sotit arrivés
au sieur Martin, laboureur à Gal'ar-
MAH
JW
don. en Beaucc, dans Us premiers moi^
de 1816. Depuis, on en a fait pres-
que chaque année une nouvelle édi-
tion qui a trouvé des acheteurs. Z.
ALVIITIX. Foy. Maktys, ci-après.
ALUITIXE AU (le P. IsAAc), né
a Angers, le 22 mai 1(>40, d'une fa-
mille distinguée , entra dans la com-
pagnie de Jésus en 1665, et fit pro-
fession à Paris huit ans plus taid.
Depuis plusieurs années, il enseignait
dans une ville de province , lorsqu'il
fut appelé, en 1682, à la chaire de phi-
losophie du collège Louis-ki-Grand ,
où était le fils du prince de Condc.
Avant de faire venir Martincau à Fa-
ris, les iupérieiu-s aiuioncèreut à ce
piince cpi'ils avaient un excellent ré-
gent de phUosophic. mais qu'ils n o-
saient le donner à M. le duc, parce
qu'il était extrêmement laid (la petite
vérole l'avait défiguré). « Est-il plu»
- laid que le démon ? " demanda le
prince, qui, après l'avoir vu, dit: > Il
- ne doit pas faire peur a qui a vu
•* Péhsson ; on s'accoutumera à le voii*
^ et on le trouvera beau. " En effet ,
la cour s'habitua si bien au P. Mar-
tineau, qu'il devint confesseur du duc
de Bourgogne. Il suivit ce prince au
siège de Lille et eut la cmiosité de
l'accompagner pendant une reconnais-
sance des reti-anchements de Marl-
horough, qui furent examinés, afin
de savoir si et par où ils pouvaient
être entamés. L'attaque n avant pas
eu lieu, les ennemis du dauphin ré-
pandirent le bruit que Mailineau, dans
une lettre écrite au P. Lachaise, as-
surait qu'il avait conseillé d'attaquer
les retranchements, mais que le duc
de Bourgogne s y était opposé. C'était
metti-e , en fait de bravoure, ce prin-
ce fort au-dessous de son confesseur.
Pour dissiper tous les biiiits, le P.
Lachaise fut obUgé de montrer à
Louis XIY la lettre qui n'était qu'un
250
MAR
simple récit de la visite aux retran-
chements. Après la mort du duc de
Bourgogne , Martineau fut nommé
confesseur du petit dauphin. Il de-
vint provincial de son ordre en 1713,
et mourut en 1720. On a de lui : I.
Oraison funèbre de Louis, prince de
Condé, Paris, 1687, in-4». II. Les
Psaumes de la pénitence avec des ré-
flexions, Paris, 1710, in-12. III. Ver-
tus du duc de Bounjogne, Paris, 1712,
in-4°. IV. Méditation sur la plus im-
portante vérité du christianisme, pour
une retraite, Paris, 1714, in-12. A la
mort du P. Bourdaloue, en 1704, le
P. Martineau, qui était supérieur de
la maison professe, écrivit son éloge,
qui fut imprimé d'abord séparément,
ensuite dans le troisième tome du Ca-
rême de ce prédicateur célèbre. Z.
MARTINEAU (Louis;, né à
Châtellerault vers 1755 , fut député
de la Vienne à l'Assemblée législa-
tive, puis à la Convention nationale;
vota la mort de Louis XVI , sans
appel et sans sursis à l'exécution.
Devenu membre du Conseil des Cinq-
Cents , après la session convention-
nelle , il en sortit en 1798. Martineau
exerçait, en 1814, les fonctions de
procureur impérial près le tribunal
civil de Châtellerault. Forcé de sortir
de France, comme régicide, en 1816,
il partit pour lîerne où il arriva le 10
février 1816; mais n'ayant pas ob-
tenu la permission d'y séjourner, il
continua sa route pour Zurich, où il
demeura long-temps. Après la révo-
lution de 1830, il revint à Châtelle-
rault, et y mourut le 23 mai 1835.
Quelques jours auparavant, il avait
remis au curé de sa paroisse la décla-
ration suivante : « .le, L. Martineau,
« soussigné , confesse devant Dieu
" que la part que j'ai prise dans le
>■ procès (hi roi Louis XVI a été l'effet
•< de l'entraînement du moment, que
MAR
« je m'ensuis toujours repenti, et que
« j'en demande pardon à Dieu et aux
« hommes. Je prie Dieu de me par-
« donner aussi les mauvais exemples
« et scandales que j'aurais pu don-
« ner en ne pratiquant pas la leli-
« gion catholique, apostolique et ro-
« maine, dans laquelle je désire finir
« mes jours. » M — d j.
MARTI1\EL ( Joseph -Fraîsçois-
Marie de), agronome distingué, na-
quit à Aix, en Savoie, le 28 octobre
1763. Il entra au service de la Répu-
blique française , aussitôt après l'inva-
sion de sa patrie, en 1792; se distin-
gua dans plusieurs occasions et par-
vint au grade de colonel. En 1814,
il quitta la carrière des armes et se
retira à Lyon , où ses connaissances
en botanique le firent nommer direc-
teur de la pépinière départementale.
Il s'appliqua surtout à propager la
culture du mûrier et à perfectionner
l'art d'élever les vers à soie. Ses ob-
servations et ses essais sont consignés
dans les actes de la Société linnéeune
de Lyon, dont il avait été un des fon-
dateurs. Martinel possédait dans la
presqu'île de Perrache un petit jardin
qu'il cultivait lui-même ; il y fit , sur
les pommes tle terre, de nombreuses
expériences dont il rendit compte
dans les Bulletins de la Société d'en-
couragement à laquelle il appartenait,
ainsi que dans les Mémoires de la
Société d'agriculture du département
du Rhône. Cet agronome mourut à
Lyon le 10 avril 1829. On a de lui :
I.Carte du Piémont, divisée en six dé-
parlements, Turin, 1799. II. Carte de
la République cisalpine. \\\. Cinq ta-
bleaux sur la culture de la solanée- «1
parmentiére (pomme de terre), Lyon, "
1821 et années suiv., in-fol. M. Rona-
fous, notre collaborateur, a publié sur
Martinel une inttiressante Notice, Pa-
ris, 1829, in-8". M— » j-
MARTIXEL de Fisan (JoSEPH-
Mabie-Pbh.ippe) , conventionnel, né à
Rousset en i763, fut député de la
Drôme à la Convention nationale, et
doit sans nul doute être considéré com-
me un des votants les plus courageux
dans le procès de Louis XVI. Il opina
d'abord, ainsi que la presque totalité
des membres , pour la culpabilité ;
mais sur la seconde question, s il y
aurait appel au peuple, il s'exprima
ainsi : « Je réclame contre un décret
• monstrueux , extorqué plutôt par
• la vengeance que rendu par la sa-
• gesse. La République ne peut exis-
• ter que quand le peuple l'aura fon-
« dée. Je fais appel au peuple de ces
• décrets et je dis oui. » Il vota en-
suite pour la détention, le bannis-
sement à la paix , le sursis ; enfin il
se montra sur toutes les questions
aussi juste que courageux. Réélu au
Conseil des Cinq - Cents , après la
session conventionnelle, il entra, eu
1799, au Corps législatif. En 1814,
il se retira à Avignon , sa patrie , où
il mourut paisiblement le 21 fé\Tier
1833. M— D j.
MARTINENGO ( Dom Titk-
Phosper), savant philologue, et bon
poète grec et latin , était né dans le
XVI' siècle, à Brescia, de l'ancienne
et illustre famille des comtes de
Barco. En 1542, il embrassa la règle
de saint Benoît dans la congrégation
du Mont-Cassin; et, partageant ses
loisirs enti'e les pieux exercices de
sou état et la culture des lettres , il se
rendit très-habile dans les langue».
Son mérite , joint à sa naissance , de-
vait l'élever aux premières dignités
de son ordre; mais, content du sim-
ple titie de prieur, il se retira dans
un monastère prés Bologne, afin de
pouvoir se Uvrer plus tranquillement
à la prière et à l'élude. La solitude
iui réTéia son talent naturel pour la
MAR
251
poésie; et il composait des vers grec»
avec une telle facilité qu'il obtint de
se» contemporains les glorieux sur-
noms de Pindare et d'Homère (voyez
Quiriiii specim. litterat. Brixianœ). Sa
réputation étant parvenue à Rome,
il fut y appelé par le collège des car-
dinaux pour travailler a la révision
des œuvres de saint Jérôme , dont
Paul Manuce préparait une nouvelle
édition, qui parut à Rome en 1565.
Depuis il s'occupa, de concert avec
quelques autres savants, à revoir,
d'après les meilleurs manuscrits, les
textes des œuvres de saint Jean-Chrv-
sostùme et de Théophylactc ; et l'on
sait qu'il eut part à la belle édition
grecque de la Bible qui fut publiée
en 1586 par le cardinal Caraffa :
cette édition est généralement connue
sous le nom de Bible stxtiue , parce
qu'elle fut imprimée avec le privi-
lège de Sixte V. La cour de Rome
voulut récompenser les serx'ices de
Maitinengo par un évéché; mais,
averti des intentions du pape, il pré-
texta le mauvais état de sa santé pour
revenir à Brescia. Ce bon et respec-
table vieillard y termina ses jours ,
dans des exercices de piété , le 6
octobre 1595. On a de lui : I. Le Bel-
lezte delV huomo. conoscitor di $e
stesso. Ce sont des discours philoso-
phiques, d'après les principes de Pla-
ton dont il faisait une lecture assidue.
Il Un Panégyrique , grec et latin,
Un pape Sixte F, Rome, 1587, in-4".
m. Un recueil de vers (Poemata di-
versaj, Rome, 1582 ; 2*" édition, rcA-oe
et augmentée, ibid., 1589 ou 1590,
3 parties, in-4''. Les deux premières
contiennent les vers latins, et la troi-
sième les vers grecs, tous sur des
sujets pieux. Ce volume, devenu
rare, est assez recherché. Des diffé-
rentes notices publiées sur ne docte
religieux , la plus étendue comme la
232
MAR
plus intéressante est celle qu'on trouve
dans la Libraria di Leopol. Marti-
nengoy p. 128 {voy. Balt. Zamboi ,
LU 70). W— s.
MARÏINENttO - Coleoni ( le
comte Jeais-Hector ) , de cette bran-
che de l'ancienne famille brescianne
Martinengo dont un membre épousa
l'une des quatre filles du célèbre capi-
taine Bartbélemi Coleoni , avec l'obli-
{jation d'en joindre le nom au sien
{voy. CoLEOM,IX, 231), naquit à
Brescia, vers 1734. Après ses pre-
mières études faites à Bologne et dans
le collège Nazareno à Rome , il s'ap-
pliqua tellement à l'architecture mili-
taire qu'en 1782 il fut en état d'en-
voyer au roi de Prusse, Frédéric 11,
un plan de nouvelles constructions
pour les foiteresses régulières, dans
lequel il triplait les feux de défense,
et évitait les inconvénients des batte-
ries couvertes. En 1785, il entra dans
le 10* régiment des hussards prus-
siens avec le grade de cornette. En
1789, il revint dans sa patrie. Lorsque
Bonaparte porta la révolution en Italie,
Martinengo devint un de ses plus zélés
partisans; et le gouvernement établi
par le vainqueur lui confia, en 1797,
avec le titre d'inspecteur, l'organisa-
tion de divers corps de troupes. Chargé
en outre de diriger les fortifications
de Brescia, Martinengo y fit travailler
tous les citoyens de la ville, les ani-
mant par ses discours patriotiques; et
l'ouvrage fut fait en trois jours, il en-
tra, celte même année, dans le Corps
législatif de la république cisalpine,
et fut envoyé, en 1798, comme mi-
nistre [)lénipolcnliaIre à la Cour de
Naplcs. Au mois de janvier, l'année
suivante , il passa à Rome en la même
qualité ; mais le ministre que le Direc-
toire de France y avait envoyé, ayant
voulu le diriger et le dominer, il de-
manda son rappel et l'obtint. Quand
MAR
les Austro-Russes expulsèrent les Fran-
çais d'Italie, Martinengo fut arrêté
avec ses deux frères , et enfermé dans
les prisons de Milan, d'où il ne sortit
qu'après la bataille de Marengo. Bo-
naparte le chargea de nouveau d'or-
ganiser les troupes. Il fut comman-
dant en chef des gardes nafionales du
département de la Mella, dont Bres-
cia était le chef-lieu; mais bientôt le
gouvernement ayant pris ombrage de
cette milice , Martinengo cessa d'en
être le commandant. Il se rendit à la
consulta, tenue à Lyon par Bona-
parte , en 1801, et y fit partie de la
commission des Trente. De retour en
Italie, il entra au Corps législatif, et
en fut nommé président. Il présenta
au vice-président de la république
un Mémoire, qui fut imprimé, sur
l'organisation d'une armée italienne;
et , dans un autre Mémoire particu-
lier qu'il communiqua au même , il
manifesta des vues qui annonçaient
l'intention de rendre l'Italie indépen-
dante des étrangers et de Bonaparte
lui-même. Le gouvernement lui en
sut mauvais gré; mais l'auteur parut
renoncer à ses idées quand il vit Na-
poléon se faire courotmer roi d'Italie.
Alors il s'empressa de former, avec
l'élite de la jeune»se brescianne , une
des quatre compagnies d'honneur
destinées au nouveau souverain , et
il escorta, avec la compagnie qu'il
avait créée, madame Bacciocchi, de-
venue duchesse de Lucipics et de
Piombino , jusqu'à son duché. En
1805, il présenta à Napoléon le mo-
dèle d'une machine incendiaire de
son invention, propre à la défense
des ports et des rades, et publia, peu
après, un o|)us(-ule sur la cavalerie.
En 1806, il eut le commandement
de tontes les comjwgnies des {jardos-
«r honneur; et, eu 1807, le vice-roi
l'envoya à Paris pour une mission
MAR
secrète. Il fut nommé sénateur, le 10
oct. 1809, et cbambellaii en fév. 1810.
La guerre de cette époque lui four-
nit de nouvelles occasions de signaler
son zèle ; il eut la commission d'orga-
niser de nouveaux corps et d appro-
visionner l'armée et les places-fortes.
Au rétablissement de la puissance
autrichienne, en 1814 , Martinengo ,
qui ne conservait plus que le titre de
colonel de la garde royale , le perdit
par le licenciement de ce corps.
Nommé, en mai 1815, colonel du
régiment d'infanterie Grand-Duc de
Toscane , il demanda son congé pour
se retirer dans sa patrie, où il vécut
depuis loin des affaiies et mourut
dans un âge fort avancé. G — >.
MARTIXEXGO (le comte JÉ-
nÔMk-SiLvio ) , de la même famille
que les précédents , naquit à Ve-
nise, le i2 juillet 1753, étudia d"a-
bord au collège de Parme, puis à
celui des jésuites de Bologne. A peine
ses études finies , il revint a Venise
et y épousa Elisabeth Michiel. Il oc-
cupa successivement plusieurs char-
ges importantes et devint sénateur;
il était sage du commerce , lorsque
les événements qui amenèrent , en
1797 , la chute de la République,
le firent rentrer dans la vie pri-
vée. Martinengo usa noblement de
ses loisiis et de ses richesses; il
cultivait les lett»*es avec succès , et ,
n'ayant point d" enfants, il dépensait
en bonnes œuvres la plus grande
partie de ses revenus. Il fit achever h
ses frais le dôme de Brescia, et dota
plusieurs établissements. Cet homme
de bien, aussi modeste que vertueux,
moiu-ut le 21 juillet 1834, après une
longue et douloureuse maladie. Il a
laissé trois tiaductions italiennes : I.
Du Paradis perdu de Milton, impri-
mé avec le plus grand luxe, Venise,
1801, 3 vol. in-4». ir. Du Paradis re-
MAA
253
conquis, du même. III. Du poème la-
tin de Zamagna , intitulé Navis aerea.
(>es deux dernières traductions n'ont
pas été publiées. Sa biographie a été
écrite par le professeur Meneghelli,
sous ce titre : Del cavalière conte
Girolamo Silvio Martinengo e de' suoi
sctitti, Padoue, 1835, in-S**. A — t.
MARTIXET5 officier, contem-
porain de Folard, mérite une place à
côté de ce tacticien par les change-
ments qu'il a intioduits dans les ma-
nœuvres de l'armée. Il est cependant
probable que . sans quelques lignes
de Voltaire, il serait à peu près incon-
nu. Il n'y avait point alors d'inspec-
teurs d'infanterie et de cavalerie com-
me on en a vu depuis (dit f historien
de Louis XIV); mais deva. hommes
uniques, chacun dans son genre,
Alartinet et le chevalier de Fourille en
remplissaient les fonctions. Martinet
mettait l'infanterie sur le pied de dis-
cipline où elle est aujourd'hui. Fou-
rille faisait la même charge dans la
cavalerie. Il y avait nn an (1 669) que
Martinet avait mis la baïonnette en
usage dans quelques régiments. Avant
lai on ne s'en servait pas d'une ma-
nière constante et uniforme. Cette
arme terrible était connue, mais peu
pratiquée , parce que les piques pré-
valaient. La formation des colonnes
et les évolutions rapides dm-ent aussi
beaucoup aux combinaisons de Mar-
tinet. Il se distingua au fameux passa-
ge du Rhin , chanté par Boileau;mais
le poète craignit de mêlera ses flatte-
ries le nom vulgaire d'un officier de
fortune. Martinet avait découvert au
milieu du fleuve un gué qui ne laissait
que peu de pas à franchir à la nage, et il
avait imaginé des bateaux en cuivre ou
pontons, qui pouvaient se transporter
aisément sur des chai-rettes ou à dos
de mulet, comme cela se pratique en-
core aujourd'hui. Ses inventions ftirent
254
MAR
MAR
d'une grande utilité à Louis XIV pour
la réduction de la Hollande. On ne
peut douter qu'il eut une part brillante
aux autres faits d'armes du corps dont
il avait perfectionné le service, et qu'en
tout il n'ait fait faire à l'art des pro-
grès plus considérables et plus réels
que Folard. Cependant , l'histoire ne
s'en est pas occupée, et nous nous
estimons heureux de pouvoir répa-
rer, à son égard, un trop injuste
oubli. F — T.
MARTINET ( Jeak - Flobest ) ,
historien né en Hollande vers 1735,
devint pasteur des Meranonites à Zut-
phen, où il mourut en 1796. On a de
lui : I. Le catéchisme de la nature , 4
vol. in-8" ; cet ouvrage obtint un
grand succès et contribua beaucoup à
répandre en Hollande le goût de l'his-
toire naturelle. IL Histoire du monde^
8 vol. in-S". HL Manuel des marins.
C'est un cours de morale fort bien fait,
à l'usage des gens de mer. IV. Abrégé
de l'histoire des Pays-Bas Unis , ou-
vrage élémentaire et dont il existe une
traduction française , Amsteidam ,
1790, in-S". M— Dj.
MARTINET ( Locis - François ) ,
curé de Saint-Laurent à Paris, naquit
à Épernay, diocèse de Reims, le 19
avril 1753. A l'âge de 16 ans, il entra
chez les chanoines réguliers de la
congrégation de France ; et, pendant
son cours d'études à l'abbaye do
Sainte-Geneviève de Paris, il se fit
remarquer par ses supérieurs qui lui
confièrent de bonne heure l'enseigne-
ment de la philosophie et de la théo-
logie dans la maison de Reauvais.
Ordonné prêtre à l'âge de 25 ans, il
fut pourvu du prieui-é de Daon, au
diocèse d'Angers, (j'est en cette qua-
lité qu'il fut élu député à l'assemblée
provinciale du cleqjé d'Anjou, et plus
tard député aux États-Généraux de
1789. Fidèle aux principes de la mi-
norité de l'Assemblée constituante, il
fut constamment opposé aux mesures
législatives qui, sous l'apparence d'une
réforme utile, cachaient un but de des-
truction et de ruine (1). Il parvint à se
soustraire à la persécution et émigra
en Angleterre. Là il ne partagea point
les illusions de ses compagnons d'exil
sur leur prochain retour en France ;
et, dans le but d'exercer son minis-
tère d'une manière utile , il s'appliqua
avec ardeur à l'étude de la langue
anglaise. Doué d'une activité infati-
gable, il avait de plus puisé, dans les
exercices de l'état religieux des habi-
tudes d'ordre et de régularité qui, en
réglant judicieusement l'emploi du
temps, contribuent si puissamment
au succès; aussi fut-il bientôt capable
d'enseigner le français ; et, pendant
son séjour à Londres , il trouva dans
ses leçons des ressources qui lui assu-
rèrent une existence honoi'able et lui
permirent souvent d'adoucir le sort
de ses malheureux compatriotes. En
1801, il rentra en France ; et, à l'épo-
que du concordat, il fut nommé cure
de Courbevoie. Il passa de là à la pa-
roisse de Saint-Leu-Saint-Gilles à Pa-
ris , lorsque M. Laurent qui en était
curé, fut nommé évéque à Metz. C'est
à l'abbé Martinet que l'on doit la con-
servation de l'église de Saint-Leu, et ,
malgré l'opposition de M. Frochot,
alors préfet de la Seine , il parvint à
intéresser de puissants protecteurs, et
(t) On trouve six fois le nom de l'abbé Mar-
tinet dans le recueil des Déclarations et pro-
testations des députas aux États-Généraux,
publié par le marquis de Clennont-Moni-
Saint-Jean, 181i, in-H". D'abord conm; le
refus de l'assemblée, le 13 avril 1790, de re-
connaître la religion catholique religion de
l'Étal ; ensuite contre le rapport sur les at-
tentats des 5 et 6 octobre nSO; contre la dé»
chéance prononcée! éventuellement le 30 mars
1791, à l'éKard du roi ; contre les décrets qui
rendirent le roi captif en juin 1791; sur la
révision des décrets en août 1791, et enHn sur
l'administration des llnances de l'État,
MAE
l'église ne fut point aliénée. On lui ac-
corda même des fonds considérables
pour les réparations et l'embellisse-
ment de l'édifice. En 1820 , il fut
nommé curé de l'église paroissiale de
Saint-Laurent, et, quoique d'un âge
déjà avancé, son zèle et son activité
ne se démentirent point dans l'admi-
nistration de cette immense paroisse.
Il était d'une exactitude scrupuleuse
pour l'accomplissement des devoirs
de sa charge pastorale, il mourut le
30 mai 1 836 après avoir reçu tous les
secours de la religion en présence de
son clergé, à qui il recommanda avec
la plus vive instance les enfants qui
se préparaient à la première commu-
nion. L'abbé Martinet était un des
prêti-es les plus recommandables du
clergé de Paris. Une grande variété
de connaissances, un esprit juste,
clair et méthodique , une clocution
gracieuse et facile, étaient un mérite
que relevaient encore cette lu'banité
de manières , cette délicatesse de tact,
et cette politesse exquise qu'il avait
puisées dans ses relations habituelles
avec des personnes d'un rang distin-
gué. Par son testament , il institua
diflFérents legs en faveur du petit sé-
minaire de Paris et des pauvres de
Saint-Laurent et de Saint-Leu.
B — Y — E.
MARTIXETTI (Jea>-BaftisteX
architecte italien, naquit en 1764 à
Bironico, dans le canton du Tesin.
Dès l'âge de onze ans il alla étudier
à Bologne, où il trouva un généreux
protecteur dans lç.jnarquis Zambec-
carî. Après avoir fait son cours de
mathématiques il se fixa dans cette
ville, et fut bientôt chargé de travaux
importants. Le conseil municipal de
Bologne le nomma son architecte, et
le gouvernement pontifical , son ins-
pecteur du génie. Parmi les nombreux
édifices qu'il construisit, on remar-
MAB
2do
que surtout le collée Montalto , la
villa Ravona, bâtie pour le marquis
Zambeccari, et la magnifique villa Al-
dini sur la colline Adel Monte près
de Bologne. Rome lui doit son magni-
fique abattoir près du forum de Fla-
minius. Martiuetti était mcmbi-e d'un
grand nombre de sociétés savantes de
l'Italie, et il mourut le 18 octobre
1829. Il n'avait publié que trois mé-
moires concernant les défauts des
voitures, la culture des pommes de
terre , et les herbes fouragères. Ses
écrits les plus importants sont restés
manuscrits. A — t.
iLlRTIXEZ de ta Plaza (Louis),
poète espagnol, était né vers 1585 à
Antequera, petite ville du royaume de
Grenade. Après avoir achevé ses cours
de droit, il se fit recevoir licencié;
mais il renonça bientôt à la jurispni-
dence pour se livrer en paix à ta cul-
ture des lettres qui fit le charme do
sa vie. Depuis ayant embrassé l'état
ecclésiastique, il fut pourvu d'un ca-
nonicat dans sa patrie , où il mouinit
le 16 juin 1635. Les compositions
de Martinez sont toutes de peu d'é-
tendue. Des épigrammes, des ma-
drigaux , des chansons, des sonnets
et une satire forment son bagage poé-
tique ; mais toutes les piàB^e distin-
guent par le naturel, J^^Lice et la
pureté du style; elle^HlP recueil-
lies par P. Espinosa daif^es Flores de
poetas illustres; et depuis dans lePar-
naso espanol, tomes 1 et 8. r^icoL An-
tonio lui atuibue une traduction du
fameux poème : Les larmes de saint
Pieire par Tansillo (lo)-. ce nom.
XIIV, 514); mais il est probable
qu'elle est perdue, puisque l'éditeur
du Parnaso (Sedano) n'a pu, malgré
toutes les recherches qu'il a faites ,
s'en procurer une seule copie; voy. la
Bibliotheca nova Hispan. d'Antonio
11,49- W—s.
256
MAR
MARTINEZ ou Martins (Do-
Mixoo), chef de l'insiurection brési-
lienne, dite de Fernambouc, était né
en Portugal ; avait fait le commerce,
à Londres et à Paris, pendant plu-
sieurs années. Après une faillite dans
la première de ces deux villes, il alla
s'établir au Brésil, où 'son caractère
entreprenant le jeta dans la politique,
et le mit bientôt à la tète d'une in-
surrection, qui éclata à Fernambouc,
le 7 mars 1817. Martinez prit alors
le titre de Patriote - gouverneur, et
il s'occupa d'organiser la nouvelle
république. Il se soutenait depuis
deux mois, et le nombre de ses par-
tisans augmentait chaque jour, lors-
que, le 18 mai, sa petite armée fut
attaquée par les troupes royales en
nombre supérieur. Le combat fut
acharné, et se prolongea jusqu'au len-
demain. Enfin les tronpes royales l'em-
portèrent, et Martinez se réfugia avec
quelques officiers dans les forêts de
l'intérieur. Sa tête fut mise à prix par
le général espagnol; et, peu de jours
après, ou le conduisit à Bahia , où
ayant été considéré comme non mi-
litaire, il fut pendu ave<> vingt-quatre
fie ses complices. M— i) j.
MARTINI (.iKVN-IÎKimXHT.), mé-
«lecin allenittid, né à Wunstorf, en
1721, devint conseiller du duc, et
mourut libyen des médecins de sa
ville natale. Ontie plusieurs mémoi-
res insérés dans la Gazette littéraire
de Brunswick, il a laissé : L Disaer-
latio de Tussi , Gœttingue, 17i7,
in-i°. n. Dissertalio epistolaris de olen
fVitnebiano vnlgo dicto Kajtcpiit >r-
vocato in terrrfi Brunswicenscs, snlu-
berrimis effectibus plow, Brunswick ,
1751, in-i". m. Diapenanlnnum liruns-
wieense , IWiuiswick, 1777, in-4".
— .Mai\tim est aussi le nom d'un
ukoinc fanatique, qui, le premier, osa
prêcher les oneurs de I-uther. dans
VIVB
la ville de Buriats, près de Castrés.
Arrêté, livré au bras séculier, il fut
condamné à être brûlé vif, et exécuté
à Castres, le 25 avril 1554. « Ce
« jacobin, dit Gâches, étant monté
i' sur l'échafaud, se donnait lui-même
'< consolation, invoquant la grâce
" et la miséricorde de Dieu, criant
« jusqu'au dernier soupir î Père cé-
« leste^ ayez pitié de moi. Un autre
" jacobin, qui lui avait été baillé
" pour le consoler, lui disait : Frater,
» crede vitam œternam ; ce qui occa-
i< sionna à un bourgeois, nommé Oli-
« vier Trémouille, de s'avancer pour
' lui donner courage, en criant tout
" haut : Martini, lève les yeux an
u ciel, et te jie en la grâce et misérl-
" corde de Dieu, qui te recevra nu-
it jourd'hui dans son paradis. Ces
« paroles hardies furent entendues
u de toute l'assemblée, qui était fort
li grande, sans toutefois être relevées
K d'aucun pour les rapporter à l'in-
» quisition. » La pitié ferma toutes
les bouches, et on ne voulut pas
joindre au supplice d'un insensé, la
mort d'un homme plus insensé en-
core. '/:
MARTINI (Gkokgk-Henri), nu-
niismate allemand, naquit en Misnic
à T^neberg en 1722, conimeni:t
ses (?îudes à l'école d'Aunaberg , et
suivit des cours à l'université de
Leipzig. Après avoir été instituteur
dans une maison particulière, et
avoir donné des leçons coumie pro-
fesseur privt; pendant un temps assez
considérable, il devint en 1770 rec-
teur (le l'école d'Annaboig, d'oùtroi<
ans plus tard il passa, comme profcs
seur d'éloquence et recteur, au gym-
nase poétique de Batisbounc et enfin
à l'école de ÎNicolas de Leipzig, tou-
jours en cette même qualité de re<
teur. Sa vie du reste ne j)ri'sente nulle
particularité remarquable : en rcvan-
MAR
che son caractère en offrait beau-
coup. Il ne se maria jamais. Son or-
dre , sa ponctualité , sa méthode à
force d'être imperturbables, prêtaient
à lëtonnement et à la satire. A léglise
et devant ses élèves ou auditeurs, on
ne l'eût pas vu paraître une fois au-
trement vêtu qu en noir : hors de là,
il eût été impossible de l'apercevoir
autrement qu'en habit de couleur. En
latin, pour chatouiller sa fibre classi-
que, il fallait employer certaines for-
mules , certaines expressions qu'il af-
fectionnait et qui ne valaient pas mieux
que mille autres. Heureux ceux qui ,
dans ime composition , dans un exa-
men, appliquaient souvent la phra-
séologie voulue! Tout en se regardant
comme un très-habile antiquaire, il
s'était borné à lire les vieux traités, à
feuilleter les vieux recueils, publiés
jadis sur l'art des anciens, et à étu-
dier un certain nombre de copies en
plâtre. Dresde possédait et possède
encore une magnifique galerie d'an-
tiques, laquelle était alors au nom-
bre des plus riches de l'Europe : le
croira -t-on de la part d'un antiquaire
saxon? Martini ne les avait pas vus!
Très-savant en numismatique, il fai-
sait grand mystère de ses connais-
sances, était avai-e de renseigne-
ments, de communications, ne fai-
(l'sait voii" qu'avec parcimonie, et com-
me une insigne faveur, les médailles
un peu rares de sa collection, et ne
lisait de leçons d'archéologie que de-
vant un auditoire d'élus et d'intimes,
in privatissimis comme il le disait. Son
enseignement était méthodique, sage,
positif, mais tout mécanique, dépourvu
d'inspiration et quelquefois suranné.
C'était vraiment chose plaisante que
de l'entendre raisonner sur l'éloquen-
ce , ce qu'il lui fallait faire cependant,
puisqu on lui avait donné une chaire
d'floquence ; et quant à l'art, outre
MAR
257
qu'il n'en avait jamais conçu la par-
tie idéale et transcendante, celle qui
est l'art à proprement parler, en fait
de statues, de peintures , il s'en rap-
|X)rta trop exclusivement à Winckel-
inann, aux sources françaises, et à
quelques touiistes anglais, dont, qui
veut juger de l'ail doit commencer
par répudier les opinions toutes ré-
pandues qu'elles peuvent êtie (lui-
même eut le tort de contiibuer à po-
pulariser ces erreurs), et en fait de
médailles, son exposition ne va guère
au delà d'une iconographie sèche. En
revanche , on doit avouer qu il con-
naissait bien le technique de la nu-
mismatique et principalement de celle
des cuivres et bronzes. Sachant d'ail-
leurs tiès-bieu le français, l'anglais,
l'italien, écrivant ces deux dernières
langues au point d'étonner ceux avet'
lesquels il correspondait, il en tirait
de grandes ressources pour l'explica-
tion facile et lucide des médailles du
moyen âge et des pièces modernes :
et un moment après la mort d'Er-
nesti, il fut le seul, à Leipzig, qui fût
nommé comme possédant à un de-
gré remarquable cette branche de la
science archéologique. C'est dans
cette phase de sa vie que, plus que
jamais, il se drapa dans sa numisma-
tique, et prit des aiis de mandarin, le
tout sans rire, car il ne riait jamais.
Il rit encore moins quand Beck se mit
à faire, sur le sujet que Martini enve-
loppait de tant de mystères , des lec-
tures qui bientôt furent proclamées
égales aux anciennes en érudition, et
supérieures aux siennes en inspira-
tion, en sentiment de l'art; et mille
fois moins encore quand le célèbre
antiquaire Sestini, qui le connaissait
personnellement , porta sur lui, dans
un nouvel ouvrage, un jugement sé-
vère mais juste, et auquel se rapporte
le nôtre de tous points. Martini raou-
17
258
MAR
rut le 20 décembre 1794. On a de
lui : I. Antiquorum monimentorum
sylloge, coUegit, partim interpretatus
est et edidit, Leipzig, 1783 et 1787,
2 parties(ou, si l'on veut, deux recueils :
le second est intitulé en effet Sylloge
altéra). C'est la description de son
propre cabinet et un des ouvrages qui
fondèrent sa réputation. Effectivement,
outre les indications positives qu'il
contient, il s'y trouve beaucoup de
remarques ingénieuses, de conjectu-
res savantes et qui méritèrent l'ap-
probation d'Eckbel lui-même. II. Pom-
peii ressuscité (das gleichsam ausle-
bende Pompeii), ou Essai sur l'histoire,
l'origine , les révolutions et la catas-
trophe de cette ville, sur les recherches
faites pour en retrouver l'emplacement,
sur les ouvrages dart et les monuments
qu'on y a dé tarés, Leipzig, 1779. C'é-
tait sans doute une tentative louable
que de présenter ainsi , réuni en un
volume, le récapitulé de tout ce qui
se rapporte à la cité grecque si mi-
raculeusement enfouie pendant 17
siècles, si miraculeusement retrou-
vée au bout de ce laps de temps.
Mais nulle part peut-être , l'insuffi-
sance des sources auxquelles Martini
puisait, la fausseté de l'esthétique qui
dominait ses jugements, la sécheresse
de son esprit , n'éclatent plus que
dans un ouvrage , qui, sérieusement
parlant, ne devait être écrit qu'en ayant
Pompeii sous les yeux ou sous l'im-
pression de ce grand spectacle : il suit,
il transcrit Hamilton ; il eût mieux fait
d'aller passer un mois dans les rues
à demi déblayées de la ville souterraine
ot au muséede Portici. Aussi son Pom-
peii ressuscité est-il au vrai Pompeii
ce qu'une momie est au corps vivant.
IIL La seconde partie de la Descriptio
Musei Franciani, Leipzig, 1780, grand
in-8° (la 1' est de Rey). IV. Cours aca-
démique sur l'archéologie littéraux
MAR
d'après le manuel dtEmesti, Alten-
bourg, 1796, grand in-8°, posthume,
rédigé par un auditeur et revu par
G.-G. Harles. V. Deux petits ouvra-
ges purement scolastiques : 1° Les
Eléments de la langue grecque, Leip-
zig, 1789 , in-8'' ; 2" Manuel de lec-
ture (Lesebuch) pour les élèves qui
commencent le lutin et le grec, Leip-
zig, 1783, in-8'', plus les tomes IV et
V des Extraits de [histoire ancienne
à l'usage de la jeunesse sur le plan de
madame Leprince de Beaumont ,
1779 et 1781, in-8° (les trois volu-
mes précédents sont de Jean-Adolphe
Schlegel). VI. Des Mémoires ou notices
philologiques, au moins en grande
partie, savoir : 1° Conjecturarum in
aliquot Livii loca periculum, Anna-
berg, in -4"; 2° Conjecturar. Liviana-
rum periculum I, II, III, Ratisbonne,
1767 et 1768, in-4" (le précédent
travail y est compris); 3" Conjecturas
in aliquem Xenophontis locum, Anna-
berg, 1763, in-4°; 4» et 5° Commen-
tatio critica super loco Cic. off. II, 2,
Leipzig, 1771, in-4" ; et Vindiciœ
ejusdem, Leipzig, 1772, in-4"'. VIL
Des Mémoires ou Notices historiques
au nombre de sept : 1» De fœdere
primo Carthaginiensium cum pop. ro-
mano, Annaberg, 1761, in-S"; 2" De
fœdere secundo Carthaginiensium cum
pop. romano, Annaberg, 1761, in-S" ;
3° Dcfad. 3 et 4, etc., Annaberg, 1762;
4» Prog. de Spartiatarum mora, Leip-
zig, 1771, in-4" (on sait que la Mora
était la principale division de l'ar-
mée lacédémonienne , celle qui se
subdivisait en lokhos, etc.; mais que
cependant il resterait à déterminer si
elle se composait de 400 , de 500,
de 700 ou de 900 hommes, incerti-
tude qui tient probablement à la diver-
sité des époques); boProg.de Sccuritate
quasi Dea culta, Leipzig, 1774, in-A";
go Pf, Odéous des anciens (en ail.),
MAR
Leipzig, 1767, in-S"; T De Grœcorum
certaminibus poeticis prolusio, Leipzig,
1769, in-i". VIII. Des mémoires et
notices archéologiques : 1° Prog. in
inscriptionem romanam, etc., Leipzig,
1773, in-4° ; 2° Propempticon quo de
pompeianis imcriptionibus nnam in-
terpretatur, Leipzig, 1779, grand in-
8"; 3" Sur les cadrans solaires des an-
ciens (en ail.), Leipzig, 1777, in-S"
(c'est de tous les morceaux celui qui
contient le plus de vues propres à
l'auteur et qui fait le plus d'honneur
à son sens archéologique); 4°, 5°, 6°
(bien qu'il ne s'agisse plus ici d'anti-
quités dans le sens sti'ict) : Diss. de
thuris in veter. Christianorum. sacris
usu, Leipzig, 1752, in-4'' ; Prog. de
Oziu, odores sacros incendente , Anna-
berg, 1761, in-S"; Prolusio qua Sulo-
mon et Ozias odores sacros incendentes
interse comparantur, Annaberg, 1 762,
in-4''; 7°. Les jugements des moder-
nes sur Fart musical des anciens, peu-
ve7it-ils jamais être in'éfragables? Non !
(Beweis dass der Neuen Urth... nie
eutscheidend seyn kœnnen) , Ratis-
bonne, 1764, in-8°. IX. Des Dissertât.
ou Discours sur des points d'éduca-
tion, de littérature, etc., qu'il est inu-
tile d'énumérer ici. X. Des Arts dans
la Noiiv. Biblioth. des sciences et
arts (en allem.) ; une Lettre au défen-
seur d'un distique chronologique de
ville impériale cotitenant beaucoup
de remarques appuyées d'exemples
grecs sur cette espèce de jeu d'esprit (V,
n, 201-241) et un Essai sur les joutes
musicales des anciens (^^I, I, 1-37, et
n, 205-231) auquel il faut comparer
la De Grœcor, certaminib. poeticis prol.
XI. Des ti'aductions en allem. de trois
ouvrages anglais (les Considérations
de Duncan Forbes sur les sources de
t incrédulité , sur la deuxième édition
avec des remarques, Leipzig, 1752,
in-4*' ; le Jour du jugement et autres
MAB
259
poésies d'Olgi^e, Leipzig, 1776, in-8°,
et la f^ie de Gustave-Adolphe par Ilar-
te, Leipzig, 2 vol. in-4'', 1760 et 61,
avec préface et remarques de Boeh-
mer), et des ouvrages français qui sui-
vent: 1" Les Sermons deDan.deSunévil-
le,Leipzig,1755, in-8° ,2^ tlntroduct. à
la peinture de Roger de Piles , Leip-
zig, 1760, in-S"; 3" Les costumes dans
Fantiquité par Lens, Dresde , 1784,
grand in-S" (cet écrit ne méritait point
les honneurs de la traduction : Mar-
tini du reste le fit précéder d'une sa-
vante préface , mais qui justement
prouve qu'il n'avait pas vu cette ga-
lerie de Dresde dont il a été question
plus haut). XII. Des éditions ou plutôt
réimpressions à l'usage de son cours :
1" de ÏHippolyte d'Euripide, texte et
;iotes de Brunck, Leipzig, 1788, in-S":
Aei Phéniciennesàu même poète, texte
etnotesdumême savant, Leip., 1793,
in-8'';3° des Dial. choisis de Lucien(sur-
tont Dialogues des Dieux) avec double
index, Leipzig, 1794 , grand in-S" ; 4*
du de Beghardis et Beguinabus com-
mentarius de Mosheira, Leipsig, 1790,
in-S". (Martini a enrichi ce fragment,
édité à neuf sur le manuscrit de l'au-
teur, d'un double appendix, de va-
riantes , de notes et de tables); 5° de
ï Archœologia litteraria d'Emesti ,
Leipzig, 1790, in-8'' f'avec des Excur-
sus où se reconnaissent à la fois l'é-
rudition et la sécheresse toutes méca-
niques de Martini. P— -ot.
MARTIXI (Frédéric-Hesri-Gcil-
laume), médecin naturaliste, fonda-
teur de la Société des Curieux de
la Nature de Berlin, naquit le 31
août 1729, à Ohsdruf, dans l'État de
Saxe-Gotha. Son père, qui apparte-
nait à l'église protestante, et qui
mourut en 1739 surintendant, vou-
lait en faire un théologien , et il
l'envoya dans cette vue à l'Université
d'iéna; mais bientôt la faiblesse de
17.
260
MAB
sa poitrine le fit renoncer à une car-
rière qui nécessite un fréquent déploie-
ment de la parole devant le public ,
et il se retourna du côté de la mé-
decine. Il alla donc suivre des cours
relatifs à cette nouvelle profession,
d'abord à Berlin (1753), puis à
Francfort-sur-l'Oder, et c'est là qu'il
prit le grade de docteur, en 1757.
Il alla ensuite s'établir comme mé-
decin, dans la petite ville d'Artem,
où il exerça quatre ans. Mais ce sé-
j our ne lui convenait pas, non-seu-
lement parce que la pratique très-
limitée était très-peu lucrative, mais
aussi parce qu'il éprouvait le besoin
de puiser de près aux grands foyers
d'instruction, et d'être en contact
avec les savants, les promoteurs de
la science. Gleditsch, un de ses pro-
fesseurs, comprit ce besoin, et s'em-
ploya pour qu'il eût une clientelle à
Berlin. Martini revint donc dans cette
capitale de la Prusse (1761), et s'y
établit. Sa position n'y fut jamais
brillante, mais du moins, il vécut
sans être aux prises avec de dures
nécessités, et il aurait été sans doute
fort à l'aise, s'il n'eût eu quelques
charges de famille, et s'il eût exclu-
sivement consacré à la pratique la
force d'esprit et le temps qu'il con-
sacrait aux études, et aux travaux
de son choix. Ces travaux, même
lorsqu'ils se résolvaient en écrits ,
n'étaient que peu productifs, et sou-
vent ne l'étaient point ; et si , pour
les uns, le libraire risquait l'avance
d'une faible rétribution, les autres
devaient être imprimés aux dépens de
l'auteur, ou bien c'est lui qui en fai-
sait la spéculation, il en résulte que
nécessairement c'était pour lui «les
travaux de surcroît, pour Icscpcls il
prenait .sur les nuits, ou sur les heu-
res de loisirs ; et, pour une consti-
tution plus que délicate, ce régime
MAR
était loin d'être hygiénique. Aussi
peut-on, en n'exagérant pas ce mot,
considérer Martini comme un des
martyrs de la science, et puisque
c'est à la zoologie qu'il s'appliqua de
préférence, comme un des martyrs
de l'histoire naturelle. Cette étude ,
une des sciences subsidiaires du mé-
decin, avait déjà pour lui un attrait
particulier au temps où il n'était
qu'élève, et il y avait fait des progrès,
grâce à la conversation de Gleditsch,
de Mekel, du célèbre Cartheuser,
grâce aussi à ce qu'il avait un Ubre
accès au cabinet d'histoire naturelle
de Kaltschmidt. Pendant son exil
d'Artern, il mit à profit les excur-
sions qu'il faisait à la campagne,
pour commencer un cabinet de co-
quillages. Une fois de retour à Ber-
lin, c'est surtout de ce côté que
se tourna toute son ardeur. Non
content de connaître et les livres et
les objets, il voulait aussi se mettre
en rapport avec les hommes qui s'oc-
cupaient des mêmes études, et qui
avaient les mêmes prédilections que
lui. Ue là une correspondance fort
active avec un grand nombre de sa-
vants étrangers à Berlin. Aspirant
non-seulement à savoir, mais à faire
savoir, et à faire découvrir, en un
mot, à enrichir l'histoire naturelle, et
d'autre part, sentant que si un jour
devait venir où les princes et les
États encourageraient cette science
par leur munificence, c'était pourtant
par la science même que devaient
être faits les premiers pas, et que
l'aide lui serait d'autant plus sûre-
ment acquise qu'elle n'aurait pas
besoin d'aide, il conçut le plan d'une-
association scientifique, qui, sans
autre appui que les propres ressour-
ces de ses membres, se vouerait aux
progrès de l'histoire naturelle, aurait
des séances périodiques, produirait ou
MAR
provoquerait des mémoires, publierait
un recueil, formerait une bibliothèque
et des collections, etc. Il comprit aussi
que Berlin , centre naturel de l'Alle-
magne du nord, depuis que le grand
Frédéric avait mis la Prusse si
haut, était admirablement placé pour
être le siège d'un semblable établis-
sement. Son influence personnelle,
I tant par lettres que de vive voix, dé-
termina la création qu'il souhaitait ;
et, le 9 juin 1773, la Société des Cu-
rieux de la Nature se constituait,
composée d'un noyau de sept mem-
bres, qui à l'unanimité firent choix
de Martini comme secrétaire : quatre
mois après, elle comptait des corres-
pondants renommés, dans dix villes
principales de l'Allemagne, de Prague
a Hambourg, et aussi à Copenha-
gue, Stockholm, à La Haye, à Dant-
zig, à V'oiise, à Vicence. Ce rapide
succès, cette extension qui devait
faire converger tant de découvertes
à Berlin, et dès- lors le haut rang que
prit la nouvelle association dans l'o-
pinion des hommes spéciaux, furent
une des plus douces récompenses que
put recevoir Martini. La Société mé-
dicale de Cunéo, celle de Drontheim,
avaient contribué à lui donner l'idée
de la sienne ; mais celles-ci , malgré
lem* mérite réel, se trouvaient bien
échpsées par la sienne. Le centie de
Mai'tini était mieux choisi, sa sphère
d'action devait être plus considérable:
la maintenir ou l'agrandir était facile,
pour peu qu'elle eut toujours un se-
crétaiie doué des qualités de Martini,
fût-ce à un degré moins haut. Cet
homme à qui la science doit tant, et
dont le nom, comme homme influent,
est digne d'être mis à côté de ceux
de Buffon et de Linné, ne survécut
que peu d'années à la création de sa
société. Revenant dune promenade à
cheval, le 27 juin 1778, il fut saisi
MAR
261
de paroxismes si violents à la poi-
trine, qu'à peine put-il mettre pied à
terre, et qu'emporté plus moit que
vif dans sa maison, il expira peu
d'heures après. Il ne laissait en quel-
que sorte point de fortune. Son ca-
binet d'histoire naturelle, fort riche
pour un particulier, et pour le temps,
fut vendu assez avantageusement,
mais fut dispersé, par le fait même
de la vente. La conchyliologie sur-
tout y était représentée pai" un grand
nombre d'espèces, dont beaucoup
n'avaient été décrites, ni par Linné,
ni par d'autres, si ce n'est lui : il s'y
trouvait aussi des objets précieux dans
la partie minéralogique, et dans celle
qui se rapportait aux coraux et aux
autres zoophytes. Toutefois cette col-
lection était bien loin de celles qui,
depuis, ont été formées par tant de
particuhers, les uns très-riches, les
autres venus en un temps où le
grand nombre des voyages scienti-
fiques, et la multiphcité des commu-
nications, avaient lendu infiniment
plus facile ce gem-e de thésaurisa-
tion. Martini, malgré la courte du-
rée de sa carrière littéraire ( qua-
toi-ze ans), a laissé un grand nombre
tant d'écrits originaux que de tra-
ductions. Les voici : I. Nouveau ca-
binet de conchyliologie, dans un ordre
systématique, etc. ( >'eues systematis-
ches Conchyliencabinet.... ) , 1768-
88, 10 vol. grand in-4°, avec de
nombreuses gravures en taille-douce,
et vignettes imprimées. Cet ouvrage
long-temps classique, et qui n'a été
dépassé que dans ces vingt dernières
années, sans même avoir été encore
complètement remplacé sous tous les
rapports, était exécuté avec un soin
et un luxe que rarement on appor-
tait à cette époque aux planches
d histoire naturelle, et qui ont con-
tribué à donner atu dessinateiu^ na-
262
MAR
turalisles l'impulsion et l'élan qui
ont produit tant de chefs-d'œuvre
dans cette partie de l'ait appliqué à
à la science. Martini ne put le con-
duire que jusqu'au quatrième volume:
à partir de là, ce fut Chemnitz, de
Copenhague, qui en continua la ré-
daction et l'exécution. Une excellente
table générale du surintendant Schrœ-
ter, de Buttstœdt, termine le dixiè-
me volume. Chemnitz en donna un
onzième en 1796, et même en pro-
mit un douzième, mais qui n'a jamais
paru. II. Dictionnaire d'histoire natu-
elle, d'après le plan de Valmont de Bo-
mare (m. à m. Histoire naturelle uni-
verselle, par ordre alphabétique... ,KWp.
Geschichte d. Natur, in alph. Ord-
nung), 1774-1793, 10 vol. gr. in-S».
Les quatre premiers seulement sont
de Martini, les deux suivants eurent
pour autem- Otto, les cinq derniers
furent publiés par Krunitz. Ces onze
volumes pourtant ne menaient que
jusqu'à l'article Cocjuillo, et à ce
compte, il eût fallu au moins quatre-
vingts volumes pour compléter le dic-
tionnaire. C'était bien la proportion
de Martini, qui, dans son quatrième
volume, entamait à peine la lettre B
(Bachsteinbrech en est le dernier ar-
ticle) ; et le grand Dictionnaire de
Levrault est à peu près sur cette
échelle, sans que les hommes qui, soit
accidentellement, soit par profession
ont besoin d'avoir recours à ce réper-
toire, se soient plaints de la base
sur laquelle ont opéré les auteurs.
Mais, en 1770, il en était aulrcment,
l'entreprise sembla gigantesque; ce
■qui la rendait très-difficile surtout,
c'est que Martini se chargeait à peu
près de tout rédiger : mais peut-être
était-ce là ce dont on s'occupait le
moins ; el ce qui rendait vraiment la
spéculation périlleuse, c'était la gran-
deur mérae des dimensions, qui ef-
MAR
frayait et éloignait les acheteurs. Les
amis de Martini l'avaient senti eux-
mêmes ; et il ne manqua pas de con-
seillers, qui l'engageaient à restrein-
di"e son plan, et qui en déclaraient
l'exécution impossible. Martini persé-
véra ; et s'il eût vécu , peut-être en
fût-il venu à pouvoir dite Exegi mo-
numentuni ! Les quatre premiers vo-
lumes se succédèrent assez, rapide-
ment, en 1774, 75, 77 et 78 : il est à
croire qu'il eût été plus vite ensuite ;
beaucoup d'articles postérieurs se
trouvaient rédigés en même temps
que les premiers, et peut-être fût-il
arrivé à l'idée si simple de s'adjoindre
des collaborateurs réguliers. Vingt-
cinq ans auraient suffi à terminer les
quatre-vingts volumes. Tel qu'il est, le
dictionnaire non terminé de Martini ,
indépendamment de la valeur réelle
qu'il a, par lui-même et par les nom-
breuses planches qui l'accompagnent,
atteste la largeur et la vigueur d'es-
prit de l'auteur, qui conçut un réper-
toire alphabétique d'histoire natu-
relle sur de si vastes bases : ce sont
les premières et formidables assises
d'un édifice inachevé, mais monu-
mental : on l'a délaissé, mais c'est sur
ce plan, on ne saurait le nier, quon
a depuis élevé les édifices de même
nom ; et si l'immense popularité dé-
sormais acquise à l'histoire natmelle,
si la facilité résultant d'une part de
l'abondance des matériaux, des col-
lections, des recueils spéciaux, de
l'autre de la disposition actuelle des
honuncs de lettres et savants à la
collaboration, ont rendu Irès-prati-
cable ce qui semblait chimérique à
l'époque de Martini, ce changement
de circonstances n'ajoute et n'6te rien
à l'idée qu'on doit se faire du plan
en lui-même, et de Ihomme qui le
crut réalisable, parce qu'il sentait en
lui soit comme travailleur , soit
4êêA
comme homme d'action, ce quil fal-
lait pour le réaliser. 111. Le Magasin
de Berlin (Berlinischcr Magasin), ou
Recueil de mémoires et de notices
pour les amis de Fart médical, de
t histoire naturelle et des sciences,
etc., 1763-1769, in-8», 4 vol., chacun
de six livraisons, (avec des planches).
Ce recueil semi-périodique, exclusi-
vement sous la direction de Martini,
contient de lui un très-grand nombre
de morceaux. IV. Recueil de Berlin
(Berlinische Sammlungen), pour Fa-
vancement de la médecine, de f his-
toire naturelle, de téconomie domes-
tique, des sciences administratives et
de la bibliographie relative à ces di-
verses branches du savoir htimain,
1769-79, in-S», chacun aussi de six
livraisons, et avec gravures. Chaque
tome est accompagné d'une table
très-commode. De même que pour le
recueil précédent, Martini fut seul
directeur et principal rédacteur des
Sammlungen. Ces dix volumes pré-
sentent en général à l'homme du
monde, à Tamateur, quelque chose
de plus agréable que les précédents :
par cela même, pris en masse, ils
sembleraient de nos jours former un
tout moins scientifique par l'austérité,
la dignité qui sont les premières con-
ditions d'un recueil spécial et sé-
rieux. Cependant la- multitude des
bons travaux qu'ils contiennent, leur
ont conservé un rang. La plupart se
réfèrent à l'histoire naturelle et à la
médecine. Parmi les premières, se
trouvent d'excellentes descriptions et
de bonnes figures. La bibliographie
sans être exquise ou complète, con-
tient beaucoup d'indications utiles,
parmi lesquels il faut placer au pre-
mier rang, et celle des articles parti-
culiers donnés dans des recueils scien-
tifiques, et l'analyse plus ou moins
détaillée des ouvrages rares ou inédits.
"UiA
263
Beaucoup de morceaux 'des Sdmrw»
lungen sont de simples traductions
(parfois avec notes) : l'éditeur indique
toujours cette circonstance et la
source. IV. Mélanges ( Mannigfalkei-
ten), 16 vol. gr. in-S", recueil hebdo-
madaire dont il faut distinguer quatre
séries (deux entières du vivant de
Martini et sous sa direction). 1° Les
Mélanges, 1770-1773: 2° les Nou-
veaux Mélanges, 1774-1777 ; 3" les
Derniers Mélanges (neuesteMannigf.),
1778-1780 (ceux-ci contiennent en-
core divers morceaux de Martini ,
qui en dirigea presque tout le pre-
mier volume : la haute-main fiit en-
suite transférée, selon toute appa-
rence, à Otto); 4° les derniers Der-
niers Mélanges ( Allerneueste Man-
nigf.), 1781-1784. Bien que ce re-
cueil n'ait pas toute l'importance
du précédent , il contient encore
de très-bonnes choses, surtout en
fait d'histoire naturelle. V. Diverses
traductions , savoir : 1" un commen-
cement considérable de la traduction
complète de Buffon. Ce commence-
ment comprend Y Histoire naturelle
générale , 1771-1774 , gr. in-8«, B ;
Y Histoire des quadrupèdes, 1772-1777,
5 vol. gr. in-8**, avec beaucoup de
planches noires ou enluminées, con-
tinuée, après la mort de Martini, par
Forster, et à partir du tome VII, par
Otto, qui toutefois ne termina pas,
C; Y Histoire naturelle des oiseaux,
6 vol., 1772-1777, continuée de
même par Otto , qui alla au-delà
du XXX* volume. La traduction de
Martini n'est point une servile repro-
duction de l'original : il a changé,
ajouté, annoté, et sous tous ces points
de vue, Y Histoire naturelle allemande
a une valeur intrinsèque, qui lui as-
signe un rang dans toutes les biblio-
thèques d'histoire naturelle, à côté
de l'original et indépendamment de
264
MAB
l'original. 2° La traduction du Traité
des coquilles qui se trouvent aux en-
virons de Paris, par GeofFroy, 1767,
in-8°, avec des remarques, pour l'é-
claircissement du texte ; 3" la traduc-
tion du Fojarje au Sénégal d'Adan-
son, Brandebourg, 1774, gr. in-S",
avec des remarques toujours dans le
même système ; 4" une traduction de
l'Histoire naturelle des araignées de
Lister, QuedlinbourgetBlankenbourg,
1778, gr. in-8°, 5 pi. (posthume).
Tous les autres ouvrages sont traduits
du français ; celui-ci l'était du latin.
Martini, suivant sa coutume, y avait
fait des additions importantes; après
sa fin prématurée , Gœze , qui fut
chargé de la publication du manus-
crit , y ajouta aussi plusieurs mor-
ceaux qu'il signa. V. Recueil des tra-
vaux des Curieux de la nature (Bes-
chaeftigungen d. Gesellchaft Watur-
forsch. Fseunder), 1775-1777,3 vol.;
le quatrième volume ne parut qu'en
1779, après la mort de Martini. VI.
Entretiens de lajeunesse (jugendl. Un-
terredungen) pour les enfants qui ont
envie d'apprendre, Berlin, 1770-1775,
2 vol. Vin. Divers écrits d'impor-
tance secondaire, tels que : 1" Diss.
chimico-inedica (praîs. Cartheusero)
de Chenopodio ambrosioide, l'ranctort-
sur-i'Oder, 1757, m-¥; 2° Un mot à
mes amis des deux sexes {EtVDas f.
meine Freunde unde Fivundinnen),
Nurenberg, 1766, in-8"; 3" Corres-
pondance entre amis ( freundschaft-
liche Briefe), par divers auteurs, etc.,
Nurenberg, 1767, in-S"; 4" le Prin-
temps dans la Fallée, Magdebourg,
1796, in-S", posth. publié par Tie-
bcl ; 5° divers articles dans des re-
cueils autres que les siens, notam-
ment dans le Mercure allemand de
ly^ieland; 6" tle l'imperfection de
presque tous les Manuels pratiques de
médecine, comme introduction en télé
MAR
de l'édition de Tissot, Hambourg,
1767, in-S" ; 7° Esquisse d'une société
de journaux d'utilité générale, et ca-
talogue de la bibliothèque qu'elle au-
rait, Berlin, 1774, in-4°; 2= édit.,
1775, gr. in-8°; 8° Catalogue d'une
collection d'objets naturels et d'objets
d'arts (celle de Stahl)^ etc., Berlin,
1773, in-8°; 9° plusieurs morceaux
latins écrits pour des amis; 10° une
part au Spectacle de la nature et des
arts (allemand) et à la Description de
Berlin et de Potsdam, par Nicolaï. La
Fie de Martini a été écrite par Gœze
son ami (Berlin, 1779, in-4"), auquel
on peut reprocher de l'avoir un peu
trop délayée; et on tiouve aussi sur
lui des renseignements dans les Tra-
vaux des Curieux de la Nature, tome
IV (Berlin, 1779, in-8''). On voit le
portrait de Martini en tête du tome
V de la traduction de l'Histoire na-
turelle générale et du tome 1*"^ des
Mélanges. P — OT.
MARTINIUS (Pierre), savant
navarrois, fut appelé, en 1572, pour
remplir une chaire dans le collège
qiie les protestants venaient d'établir
à la Rochelle. Le discours latin qu'il
prononça, dans cette occasion, fut
imprimé en cette ville, 1572, in-8".
Martinius entendait parfaitement l'hé-
breu, et il publia une grammaire de
cette langue, qui fut adoptée par les
écoles protestantes d'Allemagne, et
traduite par la suite en anglais. Il la
fit réimprimer avec une grammaire
chaldaïque, en beaux caractères (1 590).
Cet auteur mourut en 1594. Il avait
une femme dont les charmes n'échap-
pèrent pas à l'attention du jeune prin-
ce de Navarre, depuis Henri IV. T — d.
MAllTOKELLI ( Jacqi es ) ,
granunairieu et antiquaire, naquit à
Naples, le 29 décembre 1699. hiitic
<le bonne heuie à la connaissance
des langues anciennes, il y fit de si
MAR
grands progrès, qu'en terminant ses
cours, il fut choisi pour en donner
des leçons au séminaire archiépis-
copal, où il enseignait aussi la géo-
métrie. En 1747, il se présenta pour
concourir à la chaire de grec à l'Dni-
versité ; mais il ne dut qu'à son élo-
cation facile et brillante la préfé-
rence sur son rival Jean Spena,
qui, moins disert, lui était supérieur
sous d'autres rapjwrts. Néanmoins le
nouveau professeur sut attirer à ses
leçxtns un grand nombre d'élèves.
Four faciliter leurs progrès, il tra-
duisit en italien la Méthode grecque
de Port-Royal (loj. Cl. Laxcelot,
XXllI, 317); il recueillit les meil-
leurs opuscules sur les divers dia-
lectes grecs, qu'il accompagna d'une
version littérale. Un traité que ^lar-
torelli publia sur un vase antique,
conservé au Musée royal, et dont
l'usage était contesté par les savants,
le fit connaître comme archéologue ;
il fut, lors de sa fondation, pourvu
de la chaire d'antiquités grecques ;
mais, déjà vieux et infirme, il ne put
en prendre possession. Il mourut
dune hydropisie, le 20 novembre
1777, et fiit inhumé dans l'église
Sainte- Amie, près du savant juriscon-
sulte Pasq. Cirillo, l'un de ses meil-
leurs amis. Martorelli passe pour un
écrivain élégant : il avait fait une étude
approfondie des poètes gi"ecs, et en
particulier d'Homère; il était d'ail-
leuis très-versé dans l'histoire. Mais
l'esprit de svstème la quelquefois
égaré, et il s'est servi de son immense
érudition pour soutenir des para-
radoxes moins solides qu'ingénieux.
Outre les deux ouvrages de gram-
maire déjà cités, on a de lui : I. De
regia theca calumaria, Naples, 1756,
2 vol. in-i", fig. C'est la description
du vase antique du Musée royal.
Quelques savants conjecturaient que
BIAR
26S
le vase avait dû servir à renfermer
des parfums ; Martorelli soutient que
c'est un écritoire, mais, pour établir
son opinion, qui d'ailleurs est assez
probable, il a cru devoir remonter à
l'origine de l'écriture, et passer en
revue les divers procédés dont on
s'est servi pour écrire chez toutes
les nations. Examinant ensuite les fi-
gures en argent incrustées sur ce
vase, il cherche à prouver qu'elles
représentent les sept planètes ; enfin
il étend ses recherches jusqu'au pre-
mier possesseur de ce meuble, qu'il
croit avoir de^•iné. Toutes ces di-
gi-essions rendent fatigante la lec-
ture de ce livre assez rare et cu-
rieux. II. Deir antiche colonie fenute
in Napol't, ibid., 1764-73, 2 vol.
in-4''. Quoique publié sous le nom de
Mich. Maccineca, son disciple, cet
ouvrage est incontestablement de
Martorelli {voy. la Bibtiot. Napolitana
de Giustiniani, 7). Le premier volume
traite des colonies envoyées par les
Phéniciens; le second de celles qui sont
venues de l'Arabie. Un troisième con-
sacré aux colonies arrivées d'Afrique,
et qui, suivant Giustiniani, ne pouvait
manquer de faire le plus grand hon-
neur à Martorelli, était sous presse,
lorsqu'il mourut. L impression sus-
pendue par cet événement, n'a point
été reprise, parce que l'auteur pré-
tendu n'ira jamais v mettre la main.
Cet ouvrage est savant, mais para-
doxal, et l'opinion de MartoreUi sur
l'origine de INaples, quoique présentée
avec beaucoup de talent, et appuyée
de toutes les ressources d'une éru-
dition peu commune, n'a point été
adoptée par ses compatriotes. W — s.
MARTOS ( IwA>- - Petrowich ) ,
sculpteur russe , naquit vers 17a5 à
Itchnia. dans la Petite-Russie. S'étant
rendu à Saint-Pétersbourg, il exécuta
pour diverses familles quelques petits
MAR
travaux, qui furent montrés à l'impé-
ratrice Féodorowna. Cette princesse,
charmée des dispositions du jeune
sculpteur, le prit sous sa protection
et le fit envoyer à Rome en qualité de
pensionnaire du gouvernement. Mar-
tos y passa trois années, et se lia sur-
tout avec les peintres Raphaël Menci
et Pompée Battoni. A son retour, le
gouvernement lui confia l'exécution
de plusieurs monuments qui valu-
rent à leur auteur une prompte cé-
lébrité. Martos a doté de ses chefs-
d'œuvre les principales villes de l'em-
pire russe; on trouve de lui un grou-
pe colossal en bronze de Minin etPoz-
karski , à Moscou ; les monuments de
l'empereur Alexandre à Taganrok; du
duc de Richelieu à Odessa; de Lomo-
nosow à Archangel ; de Potemkin , à
Cherson, etc. Le château de Pélerhoff
possède un Actéon^ et l'église de Grusi-
no plusieurs saints. Toutes ces statues
se distinguent par la simplicité et le
naturel. Martos excellait surtout dans
les draperies. Il était conseiller d'État
et directeur de l'Académie des Beaux-
Arts de Saint-Pétersbourg, où il mou-
rut le 17 avril 1835, à l'âge de quatre-
vingts ans. Z.
aiARïYIV (le révérend Thomas),
de la société royale de Londres, pro-
fesseur de botanique à l'université de
Cambridge, etc., fils d'un médecin de
Chelsea {yoy. John Martyn, XXVII,
334), professeur de botanique à Cam-
bridge, naquit en 1735. Après avoir
fait d'excellentes études, il fut profes-
seur de botanique, tuteur du collège de
Sidney-Sussex, et s'y distingua dans
les cours qu'il faisait en anglais, con-
tre l'ancien usage qui était de les faire
en latin. En 1764, il fut nommé dé-
puté ou procureur de l'université. Peu
après, il entreprit la tâche laborieuse
(le traduire les Antiquités d'IIercula-
num , conjoinlenicnt avec le docteur
MAR
Lettice. Vers 1772, il fut nommé rec-
teur de Luggershalletde Litle Marlow.
Pendant une partie de cette période
de temps, il fut gouverneur de quatre
ou cinq jeunes gens riches, parmi les-
quels était l'amiral actuel, sir John
Borlase "Warren, avec lesquels il voya-
gea en France, en Suisse et en Italie.
A son retour, il conserva quelques
années la cure de Litle Marlow ;
mais il la quitta afin d'aller exercer à
Londres l'emploi de secrétaire hono-
raire de la société pour l'encourage-
ment et l'amélioration de l'architec-
ture navale. Vers ce temps, il entre-
prit, d'après les instances de quelques
libraires, de compléter le Dictionnaire
du jardinier, de Miller. Il avait aupa-
ravant rempli tous ses devoirs à Cam-
bridge, en faisant des cours sur les
règnes animal et minéral, en tout ce
qui a quelque rapport à la botani-
que. Sa conduite et ses talents don-
nèrent tant de satisfaction au gou-
vernement qu'il fut nommé, sous
l'administration de Pitt, professeur
royal, avec des appointements consi-
dérables. Martyn avait été, en outi'e,
nommé curé d'Egdware, village situé
à quelques lieues de Londres; il sut
toujours concilier les devoirs de son
ministère avec ses travaux scientifi-
ques et littéraires. Il mourut le 3
juin 1825 à Patenhall-Rectory , dans
le comté de Bedford , âgé de 90
ans. On a de lui : I. Plantœ cantabri-
(jienses, 1763, in-8". II. Notice sur une
donation faite nu Jardin de botanique,
par le docteur TFalkcr, 1763, in-4".
III. Le Connaisseur anglais, 2 vol. in-
12 , 1763. IV. Sermon au bénéfice
de l'hôpital d'Àddcnbrooke , in-4".
1768. V. Dissertation et remarques
critiques sur /'Enéide de Firgilc, par
J. Martyn , son père , avec la vie de
l'auteur, in-12, 1770. Il y défend Vir-
gile du reproche d'anachronisme re-
MAR
lalivemcnt à la fondation de Caithage.
VI. Catalogui hotti botanici cantabri-
(jiensisy in-S", 177t. VIL Antiquités.
d'Herculaiium , traduites de l'italien ,
\a-i-°, 1773. VII. Éléments d'histoire
naturelle, in-8° , 177 6. IX. Le conchy-
liologiste universel, dessiné et peint d'a-
près nature et arrangé selon le système
de l'auteur (en anglais et en français),
Londres, 1782, 2 vol. in-folio, max.
obloog. X. Lettres de Rousseau sur les
éléments de l'histoire naturelle; trad.
du français, 2 vol. in-8% 1786; 2' édi-
tion, 1787. L'année suivante, ISodder,
peintre en botanique de S. M. B., gi-a-
va 38 dessins pour les Eléments d'his-
toire naturelle; il y ajouta des expli-
cations pour éclaircir le système de
Linné, etc. XI. Notice sur un voyage
en Suisse , in-8°, 1787. XII. Le Guide
du voyageur en France, in-8'', 1787.
Xni. Expose succinct de la nature, de
l origine et des progrès d'un établisse-
ment particulier formé pour instruite
la jeunesse dans l'art d'expliquer et de
peindre des sujets dhistoire naturelle
(en anglais et en français), Londi'cs,
1789, in -4". XIV. Le Guide du voya--
geuren Italie, traduit de l'anglais, in-
8", 1791. XV. L'entomologiste anglais,
représentant tous les insectes coléo-
ptères qui se trouvent en Angleteire ;
et comprenant plus de 500 différentes
espèces, pour lesquelles on a adopté la
nomenclature et la classification de
Linné (en anglais et en fi-ançais), Lon-
dres , 1792 , grand in-i", avec des
fig. color. XVI. La langue de la bo-
tanique , ou Dictionnaire des termes
de cette science, in-S", 1793; une 2*
édition en a été faite en 1796, et une
|: 3' en 1807. XVIL Flora rustica, 4
' vol. in-8'', 1791-1794. XVIU. Des-
cription de ( hœmanthus multiflorus ,
avec une gi-avure, in-8''. XJX. Le Dic-
tionnaire du jardinier et du botaniste
de Miller, corrigé et arrangé dans un
an
nouvel ordre, 4 vol. in-fol. 1803-
1807. Z.
MARTYiV (HesbiX orientaliste
et ecclésiastique anglican , élève de
l'Université de Cambridge , habitait
dans le Bengale comme chapelain de La
compagnie des Indes-Orientales, lors-
que, stimulé par le vœu de plusieurs
sociétés bibliques, il songea à terminer
ou plutôt à refaire la traduction per-
sane du Nouveau - Testament com-
mencée par ?«athanaël Sabat , Arabe
converti, et continuée par un ecclésias-
tique italien, L. Sébastiani, qui a^'ait
résidé plusieurs années à la cour de
Perse. Martyn, avant déjà traduit le
Nouveau-Testament en hindoustani,
depuis 1808 (i), et s' occupant à le
traduire en arabe, se rendit, en 1811,
à Chiraz , pour se livrer à son nou-
veau travail. Il y demeui-a environ un
an ; et, sous la protection de l'ambas-
sadeur anglais à la cour de Perse, il
y termina la révision de sa traduction
persane, avec l'aide d'un Persan ins-
truit, nonuué Mir Seid-AU. Il reve-
nait en .\nglelerre j>ar la voie de
Ck)nstantinople , lorsqu'il mourut à
Tocat, dans l' Asie-Mineure, le 16 oc-
tobre 1812 , par suite de l'excès du
travail et de l'influence du climat de
Chiraz. Avant son départ, il avait re-
mis à Sir Gore Ouseley, ambassadeur
extraordinaire de la Grande-Bretagne
à la cour de Perse , une copie manu-
scrite et soigneusement revue de sa
traduction, avec prière de la présenter
au roi de Perse Feth- Ali-Chah (voy,
ce nom, LXIV, 123). L'ambassadeur
(I) Cette traduction a reparu sous ce titre t
Ttie ?iew Testament ofJesus-Christ, irons-
lated into tlie hindoostanee language from
the original greek , and norv printed in thc
nagrea eharacler, by H. Martyn and afïcr-
wards carefuUy revised icith the assistatue
of Mirza Fitriet, and other learned natives,
for thc britesch and foretgn Bible , Society
€alcutU, 1815, ia-8*>. .
IMAR
s'acquitta de la commission, après
avoir fait tirer plusieurs copies de
l'ouvrage, qu'il distribua aux person-
nages les plus lettrés et les plus con-
sidérables de la cour, et avoir obtenu
du roi la promesse qu'il lui en dirait
son opinion. Une lettre de Feth- Ali-
Chah , datée de Rabi 11% 1229 (avril
1814), et adressée à Sir Gore Ouseley,
fait connaître le jugement que ce mo-
narque a porté du travail de H. Mar-
tyn. Il le trouve complet , en ce que
l'on ne connaissait, en Perse, que les
quatre évangélistes , d'après deux tra-
ductions persanes publiées à Londres
vers le milieu du XVIII' siècle. Le
style lui en paraît convenable , c'est-
à-dire simple et facile, et il ordonne
. qu'on le lui lise tout entier. Si ce ju-
gement n'est qu'un acte de complai-
sance, il prouve au moins combien la
tolérance des Peisans surpasse celle
des Turcs. L'ambassadeur, à son re-
tour de Perse, s'arrêta à Saint-Péters-
bourg, et y remit à la Société Biblique,
établie en 1813, le manuscrit deMar-
tyn, qui fut imprimé sous ce titre . No-
vum Testamentum Jesu-Christi e grœco
in persicam linguam in urbe Schiras,
nunc vero cura et sumptibus Soc. Bill.
Ruthenicœ typis datum ; Petropoli,
1815, in -4°. Comme, en général, les
divei'ses sociétés bibliques établies en
Europe, depuis 1804, époque de la
fondation de celle de Londres, em-
brassant toutes les communions de la
religion chrétienne , n'imposent au-
cune règle aux traducteurs, pour le
choix des leçons qu'ils doivent suivre,
on ne sera pas surpris que Martyn
ait inséré, dans sa traduction, quel-
ques passages qui ne sont pas admis
dans les versions cathohques. Mais
on doit s'étonner qu'il ait adopté les
nomsmusulmansd'/saet Fa/iia,aulieu
<le Jéius et Jean- Baptiste. ISous repro-
duisons cette observation de Silveatie
MAR
de Sacy, et nous renvoyons à la cri-
tique grammaticale que ce savant a
faite du livre de Martyn, dans le Jour-
nal des Savants de septembre 1816.
On a encore de l'orientaliste anglais
des Mémoires posthumes, écrits et
publiés dans sa langue , Londres ,
1821 , in-12. A— ^.
MARUCELLI ( Jeo- Etienne ) ,
peintre florentin, élève d'Andié Bos-
coli, naquit en 1586, et apprit de sou
maîti'e la peinture et l'architecture.
S'étant rendu à Pise, il s'y fit con-
naître par la facilité de sa composi-
tion et l'agrément de sa couleur, par-
tie dans laquelle il fut supérieur à
BoscoH même, il fut bientôt chargé
d'un nombre considérable d'ouvra-
ges. Son tableau d'Abraham donnant
l'hospitalité' aux trois anges, fut placé
dans le chœur de l'église du Dôme ,
parmi les productions des maîtres
les plus renommés de ce temps, il pei-
gnit ensuite, pour l'éghse de Sainte-
Catherine, le mystère du Saint-Ro-
saire, et pour celle des Minimes, une
vierge et deux anges accompagnés des
sairits apôtres Jacques et Philippe, et
une histoire de saint Charles-Borro-
viée. On cite encore comme des ou-
vrages très-distingués ses tableaux du
Martyre de saint Barlhélemiet de la
Cène. Enfin, il fut chargé de peindre à
fresque la façade du petit palais des
chevaliers de St-Étienne , lieu célèbre
par la mort du comte UgoUn ( v.
GnERARnEscA). Ccs pcinturcs repré-
sentent des paysages et diverses fi-
gures allégoriques de vertus et d'urls
libéraux. Marucelli était sur le point
de se placer dans la peinture au rang
des premiers artites , lorsqu'il se dé-
cida, on ignore par quel motif, à dé-
laisser entièrement la pratique de cet
ait pour se livrer a l'architecture et
au génie. Il donna bientôt des preu-
ves do son savoir dans ces deux art»,
MAR
et le grand-duc lui conféra la charge
d'ingénieur des canaux dans l'exercice
de laquelle il exécuta plusieurs ma-
chines extrêmement ingénieuses. Il
établit une école de mécanique et
d'architecture, où la noblesse toscane
venait s'instruire et d'oii sortirent des
élèves éclairés. Marucelli mourut à
Pise en 1646. P— s-
MARIILLUS (Makccs\ mimo-
graphe célèbre, florissait à Rome sous
le règne des Antonins. Capitolinus
rapporte (cap. 8), que ce poète ne
craignit pas de railler au théâtre L.
Verus et Marc-Aurèle , et que les
deux jeunes princes, héritiers de la
mansuétude d'Antonin-le-Pieux, sup-
portèrent patiemment ces attaques.
Servius, dans son commentaire sur
Virgile (E^L VU, v. 26, et £neid.
Mil, V. 499), a conservé un fragment,
où MaruUus estropie un peu la gram-
maire , pour amener un assez mau-
vais jeu de mots. Ce poète a joui ,
néanmoins , jusque dans les bas siè-
cles, de la réputation d'un très-habile
auteur de mimes. Saint Jérôme, entre
autres, loue le style élégant de ses
couplets, strophani eleganti sermone
confictam (Ad Pammach. Apolog.,
lib. II ) , et il associe le nom de Ma-
nillus aux noms de ses prédécesseurs
les plus illustres, Philistion et Lentu-
lus. — \Lu\rLLrs (Tarife), poète cala-
brais du V siècle , ayant , après la
prise de Padoue , présenté à Attila
des vers où il rapportait 1 origine de
ce prince aux dieux, fut très-mal
accueilli par le barbare conquérant
qui, indigné de cette flatterie, fit
brûler le poème et châtier l'auteur.
L'histoire ne dit pas jusqu'où alla ce
châtiment; mais elle doit reconnaître
que , dans cette occasion , Attila
montra plus de raison que beaucoup
de rois dont on a vanté la sagesse.
M — G — N.
MAR
MARULLL'S ( Michel -Tarchj-
50te). Foy. Tarcagsota, XI. IV. 529,
not. 1.
MARZARI-Pencafi {\c comte
Jobeth), un des prenaiers géologues
de ce siècle, naquit en 1777. d'une
illustre famille de Vicence. ïîon édu-
cation, commencée dans cette ville,
fut continuée dans un collège de Pa-
doue, où régnait, selon l'habitude de
cette époque, la fureur de faire des
vers. Le jeune Marzari composait
donc force sonnets et même des tra-
gédies , lorsqu'il se sentit naître du
goût pour la botanique, pendant son
séjour dans une maison de campagne
qu'il avait au pied du Snmano, mon-
tagne célèbre depuis plusieurs siècles,
par la quantité et la variété de ses
plantes. Il se mit à la parcourir en
tous sens, et étendit ensuite ses ex-
cursions dans le reste du Vicentin,
étudiant en même temps les princi-
pes de la science et se liant avec le
petit nombre de savants du pays qui
la cultivaient. En 1802, il publiait le
fruit de ses recherches dans un Cata-
logue des plantes qui croissent spon-
tanément siu" le territoire de Vicence,
et peu après il partait pour Paris. Il
allait étudier dans le Jardin-des-Plan-
te^, où son appUcation et sa perspica-
cité le firent bientôt distinguer par
les principaux savants. Chacun s'em-
pressait de faire des communications à
un jeune homme qui se montrait si
passionné pour la science; on lui ac-
cordait toute sorte de facilités pour
ses travaux et la liberté d'entrer dans
tous les étabhsseraents publics et pri-
vés. Ce fut ainsi qu'il put quelquefois
passer des nuits entières dans le magni-
fique jardin de la Malmaison, afin d'é-
tudier le sommeil de ses nombreuses
plantes, dont il fit graver plus de
quarante espèces dans cet état. Il ré-
unit aussi beaucoup de matériaux sur
270
MAR
le climat et la géographie des plan-
tes, et envoya en 1805 un mémoire
fort étendu à la Société des naturalis-
tes de Genève, Tout en s'occupant de
botanique, Marzari avait eu occasion
de connaître de près plusieurs illus-
tres minéralogistes, Haiiy, Faujas de
Saint-Fond , La Métherie, et surtout
l'italien Mathieu Tondi, qui faisait à
Paris un cours de minéralogie. A
force de converser avec eux, d'assis-
ter à leurs leçons, de visiter leurs ca-
binets, il se passionna pour la miné-
ralogie , et abandonna tout à fait ses
premières études. Ses progrès dans
cette science furent si rapides, que ,
plusieurs années après, le célèbre
Haiiy citait encore Marzari comme
le plus diligent de ses élèves, et celui
qui avait montré l'esprit le plus pé-
nétrant , et le plus d'aptitude à dé-
terminer les différentes espèces mi-
nérales. A cette époque, il se lia avec
M. Cordier qui avait fait partie de la
commission scientifique en Egypte, et
avec M. de Humboldt qui revenait
d'Amérique. Après avoir demeuré
près de quatre ans à Paris, il se dis-
posa à rentrer dans sa patrie ; il prit
la route de l'Italie avec son profes-
seur Faujas de Saint-Fond, faisant de
nombreuses haltes pour des observa-
vations géologiques. Ce fut ainsi qu'ils
visitèrent ensemble l'Auvergne, le Vi-
varais , la Provence et les Alpes de la
Savoie. A peine rentré chez lui, Mar-
zari s'occupa de publier les résultats
de son voyage, dans la Corsa pel ha-
cino dcl Rodano, etc., puis il reprit
ses excursions sur les montagnes du
Viccntin et du Tyrol, où il décou-
vrit un grand nombre de variétés mi-
nérales, qu'il recueillit et présenta à
la direction de l'instruction publique
à Milan avec une description détail-
lée. Il entreprit, en 1808, par ordie
cki vice-roi, un examen minéralogi-
MAR
que des monts Euganéens, et, en
1810, un travail semblable pour le
Bergamasque. Il découvrit alors la
minière de charbon fossile située à
Borgo di Valsugna, très-près del'en-
droit où la Brenta commence à porter
des barques. Cette découverte est
d'autant plus importante, qu'on tra-
vaille aujourd'hui au chemin de fer
de Milan à Venise, et que plusieurs
bateaux à vapeur sillonnent l'Adriati-
tique. Marzari avait tenté de faire
des panoramas; mais, s'apercevant
qu'il était presque impossible d'obte-
nir une exactitude parfaite sans ins-
trument, il en inventa un qu'il nom-
ma tachygonimètre^ c'est-à-direprow;)t
mesureur des angles , et le présenta,
en 1811, au concours annuel pour le
prix de l'industrie; l'instrument fut
loué par l'Institut de Milan, qui dé-
cerna à l'inventeur la médaille d'or.
En 1812, Marzari fut nomm*^ inspec-
teur du conseil des mines, fonctions
qu'il exerça jusqu'en 1814. Parmi
ses études sur le Vicentin et le Tyrol ,
on doit remarquer surtout les obser-
vations géologiques qu'il publia dans
la Biblioteca italiana (t. XII, p. 71),
sur les collines dites Bergonze, près
des Sept-Communes , où il avait re-
connu que les couches de calcaire
tertiaire, de tuf et de basalte, alter-
naient jusqu'à" vingt-deux et même
vingt-cinq fois. Ce fut à la suite de
ce travail que l'empereur d'Autriche
lui accorda une pension de mille cinq
cents florins, à la condition d'ache-
ver ses recherches minéralogiques
sur les provinces vénitiennes , et de
servir d'inspecteur toutes les fois qu'il
en serait requis par le gouvertiement.
Pour se conformer à cette invitation,
il commença, en 1819, ses Ccnni
gcologici e lilolog'ui suite provinrie
venete et sul Tiivlo , qui malheureu-
sement 8*arrétèrent à la première li-
MAR
vraîson. L'année suivante, il publia,
dans un supplément du Nuovo osser-
vatore vetieziatio, une Notizia sopra
un granito in massa sovrapposto sut
fiume Avisio al calcare secondario.
Les faits géologiques qu'il constatait
firent beaucoup de bruit et attirèrent
sur les lieux une foule de savants dis-
tingués; ces faits contribuèrent à fixer
les idées des géologues sur la nature
et l'origine des différentes roches,
ainsi que sur la formation des mon-
■r tagnes , et furent ensuite confirmés
[K* par des observations analogues en
Suisse, en France , en Saxe et jusque
dans la Mongolie chinoise. Les der-
nières années de la vie de Marzari
furent tourmentées, non moins par
l'irritation de l'amour-propre blessé
que parde précoces infirmités. Voyant
que la géologie faisait tous les jours
de nouveaux progrès sans que son
nom fût souvent prononcé, il s'aban-
donna au découragement et au dé-
goût, en sorte que, depuis 1823, ses
écrits, la plupart inachevés, ne furent
plus que des plaidoyers en faveur de
ses travaux précédents, et une longue
plainte contre l'injustice des contem-
porains. Il mourut dans sa pati'ie le
30 juin 1836. Bizarre dans son
maintien comme dans ses vêtements,
diffus et obscur dans ses discours ,
Marzari était de plus fort irasci-
ble , et souffrait difficilement qu'on
ne partageât pas ses opinions ; de là,
des inimitiés qui duraient quelquefois
plusieurs années. Malgré ces travers,
il comptait de nombreux amis qui lui
furent constamment dévoues. Les
principaux ouvrages qu'il a publiés
sont : L Elenco délie plante sponta-
née fino ad ora osservate nel territorio
di Vicenza, Milan, 1802, in-8». IL
Corsa pel bacino del Rodano et per la
Liguria d'occidente, e oriltografia del
monte Coiron, Vicence, 1806, in-S".
MAR
27t
in. Descrizione del tachigonimetroj
nuovo strumento geodetico, Milan ,
1811,in-4°. IV. Memoria sulC intro-
duzione del lichene islandese conte
alimenta in Italia , Venise, 181&, in-
4°. V. Cenni geologici e litologici sui-
te provincie venete e sul Tirolo, Vicen-
ce, 1819, in-8". VI. S<fUarcio di una
lettera inedita sulla giacitura delmon-
te Cimadasta, degli altri terreni cris-
tallizzati terziarii postifrà ilGrignoed
il Cismon, Vicence, 1822, in-8''. VU.
Lettera geologica al signor Giuseppe
Damhsher e framenti geologici,\'\cex\-
ce, 1823-24, in-S". VIII. Quadro délie
formazioni del barone di Humboldtin
diversa maniera disposto e comentato,
et Idea di una doppia dimoitrazione
geognostica, Vicence, 1825, in-fol. Le
premier de ces opuscules sert de ta-
ble à l'Essai géognostique sur le gise-
ment des couchesdans les deux hémis-
phères du baron de Humboldt. Mais
les travaux les plus importants du
comte Marzari, ceux qui intéressent
le plus la science, tels que sa descrip-
tion géologique de presque tout le
Tyrol méridional; les observations
sur les montagnes de Recoaro, les
monts Euganéens, le Vicentin, le Ber-
gamasque , etc., sont encore inédits.
M. Louis Pasini a consacré à ce géo-
logue une savante notice dans la
Biblioteca italiana. A — Y.
MAS€L4GiVI (Donato), peintre
florentin, né en 1579, fut élève de
Ligozzi et regardé comme un des
plus habiles artistes de son époque.
Après avoir exercé pendant quelque
temps la peinture, ainsi que le prou-
vent deux petits tableaux tirés de
l'Évangile qu'il fit pour l'abbé Giocchi
de Volterre et qu'il a signés du nom
de Donato Mascagn, il entra dans
Tordre des Frères Servites, à l'âge de
26 ans, et prit le nom de Frère Ar-
sène, il continua d'exercer son art et
272
MAR
exécuta, dans la ville de Florence, un
grand nombre de tableaux d'un style
un peu maigi'e, mais très-soigné. Ces
qualités et ces défauts se font remar-
quer dans plusieurs compositions dif-
férentes de VAtmonciatioii, qui ont
été gravées et expliquées dans l'ou-
vrage du P. Lottini. Il peignit dans le
réfectoire de son couvent une fres-
que immense représentant la manne
dans le désert, tellement dans le style
de son maître, que le nom seul de
l'auteur peut le faire distinguer. On
voit dans le couvent des Morts, à
Florence, un tableau à l'huile oii
il a peint Yhùtoire du comte Ugo-
lin. Mais ce qui fait le plus grand
honneur à Mascagni, c'est le tableau
que l'on conserve de lui dans la bi-
bliothèque du couvent de Vallom-
breuse, et qui représente la donation
de la comtesse Mathildc. La composi-
tion en est de la plus grande richesse
et suffirait seule pour assurer la répu-
tation de son auteur. En 1622, il fut
appelé à Rome où on le chargea de
plusieurs ouvrages. Le prince-arche-
vêque de Saltzbourg ayant demandé
qu'on lui envoyât un peintre de ta-
lent, on lui proposa le frère Arsène,
qui se rendit auprès du prélat, pour
lequel il exécuta un grand nombre
de travaux dont il fut récompensé
avec générosité. De retour à Flo-
rence, Mascagni consacra l'argent
qu'il avait gagné dans son voyage, à
la restauration de la porte principale
de son couvent, qu'il fit reconstruire
sur ses propres dessins. Il se dispo-
sait à retourner à Saltzbourg, lors-
que la peste se manifesta dans Flo-
rence ; les devoirs de son état, d'ac-
cord avec ses vertus, le retinrent dans
sa patrie. Il y mourut le 10 mai
1636. P— s.
MASCIIEIONO (OcTAvrKN),
peintre et architecte bolonais, vint à
MAR
Rome sous le pontificat de Grégoire
XIII (1572), son compatriote. S'étant
déjà fait connaître par son talent
comme peintre, il fut chargé par le
pontife de peindre dans la loge qu'il
avait fait construire plusieurs traits
de l'histoire sainte et particulière-
ment le miracle des Noces de Cana.
Maschei'ino peignit ensuite, à fres-
que, les enfants que l'on voit sur
les arcs qui séparent la loge de
Léon X de celle de Grégoire XIII.
Ces divers ouvrages exécutés d'une
grande manière annonçaient à leur
auteur de grands succès en peinture,
mais il préféra de sadonner à l'archi-
tecture. Il fit de tels progrès qu'il mé-
rita en peu de temps le titre d'archi-
tecte du pape, qui le chargea de ter-
miner le palais de Monte-Cavallo.
C'est de lui que sont le portique, la
loge et la façade qui jegardent du
côté de la cour, ainsi que Yapparte-
ment d'honneur et le superbe escalier
qui y conduit. Cet ouvi'age suffirait
pour lui donner le titre de grand
architecte, il construisit ensuite, sur
la place de Saint- Martinello, le palais
connu aujourd'hui sous le nom de
Mont-de-Piété et VEglise de Saint-
Sauveur del Lauro. Sous le pontificat
de Grégoire XIII, il éleva le palais
du Saint-Esprit, et sous celui de
Sixte V, la façade de l'église de ce
nom, qui avait été commencée sur
les dessins d'Antoine da San-Gallo.
C'est lui qui dirigea les travaux de
l'église et la façade du couvent de la
Madonna délia Scala in Trastevere.
Après quelques autres travaux pu-
blics et particiiliers, qu'il serait trop
long d'énumérer, Mascherino mou-
rut âgé de 82 ans, sous le pontificat
de Paul V. Il avait été plusieurs fois
élu prince de l'Académie de Saint-
Luc, qu'il institua l'héritière de ses
dessins et de ses biens, et qui cou-
MAS
MAS
273
«ervait avec un soin religieux le poi*-
trait de cet artiste. P — s.
MASERES (François), raathéma-
ricien et littérateur anglais . était d'oi i-
gine française. Son gi-and-père, clias-
sé de sa patrie par la revocation de
l'edit de Nantes, et, quoique militaire,
moins souple de conscience que deux
des quatre frères qu'il avait, alla cher-
cher ur. asile en Angleterre , près de
l'ennemi de Louis \IV. Il v reçut fort
bon accueil, fit les importantes cam-
pagnes d'Irlande , fut employé en
Portugal pendant la guerre de la suc-
cession d'Espagne, et parvint enfin au
grade de colonel. Son instinct belli-
queux ne se perpétua point dan» sa
famille, et le fils du colonel préféra le
scalpel à l'épée; François Maseres, le
petit-fils , et l'objet de cet article ,
préféra le compas au scalpel. Sa nais-
sance eut lieu à Londres le lo dé-
cembre 1731 ; élevé à Kingston-sur-
Tamise, sous Woodeson; il prenait
ses degrés à Cambridge en 17o2 et
1755, et dès l'année du baccalauréat,
il recevait du duc de ^Jewcastle ta
première médaille classique(Porteous,
le futur ëvéque de Londres, ne rece-
vait que la seconde). Bien qu'ayant
du goût pour la littérature et pour les
langues , sans en excepter les langues
mortes, dont en général l'Anglais est
moins épris que ses voisins de ÏEsi
et du Sud , c'est surtout de mathéma-
tiques qu'il s'était occupé. Devenu
membre du collège de Clare-flall, ta
plus grande partie du temps qu'il y
resta encore fut consacrée à des études
analytiques très-profondes ; et il ne
le quitta, en 1758, qu'en lançant
un travail qui mit hors de contesta-
tion l'étendue de ses connaissances et
l'indépendance avec laquelle il avait
étudié. Ce n'est du moins pas ta har-
diesse qui lui manquait ; et, dès cette
première publi^ratiotb. il s'inscrivit en
tSXHi.
faux contre la manière épnl Newton
considérait les quantités négatives .
et entama , de prime abord , une de
ces questions qui appartiennent à Irt
métaphysique de l'analvse. Il est
probable que Maseres s'exagérait à
lui-même l'opinion légèrement insuf-
fisante ou en-onée de Newton ; mais il
la prenait telle que lavaient faite, dan^
l'usage , les mathématiciens de son
temps ; et 1 on ne saurait nier que
leur métaphysique et leur langage
ne dussent se trouver bien de quel-
ques modifications, quoique en fàic
la doctrine de Maseres n'ait qu'uîi
rlaî-té superficielle, et soit plus étroite,
plus étrangère à la vraie et profonde
nature des choses que celle de New-
ton. En attendant que l'on jii}j,erii
à propos den passer par son opi-
nion , Maseres jura très - comique-
ment qu'il ne lirait jamais deux pa-
ges d'un ouvrage oti les quantités né-
gatives seraient ennsagées à la façon
de Kewton, où Ion aurait foi aux
ratines négatives , etc. , etc. , et plus
comiquement encore il tint son ser-
ment Cependant Maseres avait quitté
l'Université pour le Temple ; et, après
avoir fini ses cours judiciaires, il en-
trait dans la cari ièi-e du baiTeau . mai^
avec lintention d'appartenir à la ma-
gistrature. Il commença par être nom-
mé un des douze juges de circuit
et il eut louest fthe western circuit
pour département : mais il ne réussit
pas dans ce début et demanda lui-
même un autre emploi. Il fut aloi
envoyé à Québec en qualité de pro-
ciu-eur-général ; et cette espèce d'exil
colonial fut du moins très-utile à sa
fortune qui , du reste , était déjà de
quelque importance, son père ayant
beaucoup amassé par ta pratique , el
ses besoins personnel:) n'ayant jamais
été considérables. C'est pendant le
âéjotu' de Maseres au Canada qu'éda-
18
274
MAS
tèrent les premiers symptômes de
cette prochaine collision qui devait
ravir à la Grande-Bretagne les plus
belles colonies qu'elle eût alors. La
métropole put craindre quelque temps
que l'insurrection ne gagnât jusqu'à
sa nouvelle province , dont la popu-
lation, presque toute française, n'a-
vait pas eu le temps de devenir
très-affectionnée pour les maîtres du
jour. Comme toutes les autorités de
la colonie , Maseres mit beaucoup de
zèle à empêcher un événement de ce
genre, et le succès couronna leurs
efforts. Il faut reconnaître qu'il ne
déploya pas moins d'ardeur pour
tout ce qui pouvait servir les intérêts
et développer la prospérité du Cana-
da. Il mérita ainsi la faveur de se voir
rappeler à Londres (1773), avec le ti-
tre de clerc-baron de l'Échiquier (cur-
sitor, etc.), et depuis ce temps, selon
l'usage britannique , on ne le nomma
plus que le baron Maseres. Il joignit
à cet emploi celui de premier juge
à la Cour du shérif de la cité de
Londres (1779), office qu'il remplit
pendant quarante-deux ans entiers
avant de donner sa démission , en
1822. Quant à celui de clerc-baron
de l'Échiquier, il le garda jusqu'à sa
mort , en 1824. Il avait alors quatre-
vingt-treize ans. Cette longue vie
n'avait point été riche en événe-
ments, à moins qu'on n'appelle ainsi
la publication des nombreux ouvrages
qui lui sont dus ou la part qu'il prit
à divers débats scientifiques, notam-
ment à celui qui s'engagea, on 1784,
à la Société royale de Londres ,
au sujet du docteur Ilutton. Les
travaux du double office que cumu-
lait Maseres lui laissaient beaucoup
de temps de reste : il en avait profité
pour se hvrcr sans relâche à ses
études de prédilection. Ces études
étaient assez variées : car, aux ma-
MAS
thématiques qu'il ne cessa de culti-
ver et à la jurispiudence à laquelle il
appartenait par sa position sociale,
il joignit la connaissance de l'histoire,
et principalement de l'histoire parle-
mentaire d'Angleterre. Dès l'adoles-
cence , il avait commencé à s'en péné-
trer en lisant et relisant l'histoire de
Rapin-Thoyras, et il était certes du
petit nombre des Anglais qui con-
naissaient le plus à fond la grande
période révolutionnaire de 1640 à
1660. Il trouvait aussi beaucoup de
charmes dans la littérature. Il savait
de longs morceaux d'Homère, pour
lui le premier des poètes ; d'Horace,
de Lucain; de Mihon, qu'il plaçait
immédiatement après ceux-ci. Il sa-
vait parfaitement le français. Mais,
particularité remarquable, c'était la
langue du grand siècle qu'il parlait,
et non la langue, si différente déjà,
qu'ont faite les régnes, de Louis XV
et la révolution. Maseres dépensait la
plus grosse pai'tie de son revenu en
publications. Ses ouvrages, la plupart
imprimés à ses dépens, n'étaient point
des spéculations ; et il lui arriva
très - souvent d'avancer, de sacrifier
de fortes sommes, pour aider aux
publications des autres, il allait mê-
me chercher des ouvrages à éditer ;
et c'est ainsi que le pubhc anglais
lui doit la traduction des Justitutious
analytiques de M"" Agnesi, par Col-
son (1802, 3 vol. in-4»), et par Hel-
tin. A Maseres lui-même sont dus :
I. Scriptores lo(jurithinici, 1791-1801,
4 vol. in-4", pubhcation capitale cl
indispensable à tout mathématicien
instruit. IL Dissertation sur le st-
yne négatif en algèbre, avec la dé-
monstmtion des règles qui s'y rappor-
tent, 1759, in-4". C'est là ce premier
ouvrage dont il a été j)arlé plus
haut, et dans lequel, voulant éviter
aux commençant» les difficultés que
MAS
MAS
275
lear offi^ la conception des quantités
négatives, il prodama que celles-ci
étaient toujours des quantités moin-
dres soustraites ou à soustraire. On a
vu plus haut ce qu'il fallait en penser.
Ilf. Eléments de trigonométrie plane
avec une dissertation sur la nature et
l'usage des logarithmes, 1760, in-S" .fil
y a beaucoup de clarté dans cet ou-
vrage, dont le but est de simplifier
les opérations trigonométi-iques, en
familiarisant les praticiens avec des
principes, que trop souvent jadis ils
ignoraient, ou hésitaient à employer.
Il y a long-temps aujourd'hui que cet
état de choses s'est amélioré: des ou-
vrages usuels, courts, clairs, métho-
diques comme celui de Maseres, y
ont contribué. IV. Appendice aux
principes d'algèbre de Frend, 1799,
in-8°. Cet appendice était derenu né-
cessaire, par le développement tou-
jours croissant de l'éducation mathé-
matique, par la rapidité plus grande,
avec laquelle des élèves apprenaient
les principes mieux rédigés, etc. V.
Doctrine de BernouUi sur tes permu-
tations et les combinaisons, avec quel-
(jues autres aperçus mathématiques,
1793, in-S". Maseres y donne ses
suffrages à la méthode et aux vues
de ce grand mathématicien. VI. Mé-
thodes d'approxi}nation de Baphson
et de Newton, 1800, in -8°. Dans ces
ouvrages, au contraire, il revient à la
charge contre Newton, qu'il regarde
comme ayant souvent mis des mots
à la place des choses, ou même des
erreurs à la place de la vérité, et
comme ayant fait faire fausse route
à toute l'école française. Il préféré
de beaucoup Huyghens et Galilée. VU.
Principes de la doctrine des annuités
viagèi-es, 1783, 2 vol. in-4° (ici se
termine la série de ses travaux ma-
thématiques). Vm. Le réformateur
modéré, ou proposition pour corrigei
quelques abus dans rétablissement ac-
tuel de Céglise d'Angleterre, 1791,
in-8''. Ce titre peut donner l'idée de
la manière de voir de Maseres, in-
tègre et indépendante : sans adopter
en aucime façon les systèmes radi-
caux, il blâmait les abus si criants du
régime électoral anglais, et ne voyait,
dans tout le trafic des élections, autre
chose que le profit des agents élec-
toraux, des teneui^s de tavernes et
des buveurs , sans avantage aucun
pour quelque opinion ou quelque parti
que ce fût. IX. Le papisme et lu
pénalité que lui ont faite le gouver-
nement civil et t église protestante
J Angleterre, 1807, in-8". Maseres y
est très-opposé au catholicisme, et
l'on reconnaît en lui les \ieilles ran-
cunes du réfugié. X. Recherches sur
retendue du pouvoir des jurés, dans
les procès pour délits criminels de la
presse, 1792, in-8". XI. Le franc- te-
nancier canadien, ou dialogue entre
un Français et un Anglais établis au
Canada, 1779, 3 voI. in-8". On de-
vine que l'ex-procureur-général de
Québec y démontre, à sa façon, l'in-
contestable supériorité du gouverne-
ment britannique sui' celui de la mé-
tropole primitive. Sans admettre tout
ce qu'il plaît à Maseres de penser sur
ce point, on doit reconnaître que
son ouvrage est celui d'un homme
pratique, et qu'il offre encore à pré-
sent un intérêt historique pour cons-
tater l'état du Canada, vingt ans
après la cession. XII. Une ti-aduction
avec notes du Tableau de la Cons-
titution anglaise, de Montesquieu,
1781, in-8". Xm. Historié Angli-
cana- monuvienta, in-4". XFN'. Essais
sur divers sujets historiques, politi-
ques, etc., 1809, in-8". XV. Fidèle
récit (An Accoimt) des opérations des
Anglais, et des autres habitants de la
pivvitu:e de Qiiébec pour obtenir une
18.
276
MAS
Chambre. X.VI. De nouvelles éditions :
1° de YHistoire parlementaire d'An-
gleterre, de May ( cette histoire com-
raence le 3 novembre 1640), 1813,
in-S" ; 2" des trois Traités publiés
par Ludlow, à Amsterdam, en 1691,
et de ses Lettres à Edm. Seymour, et
à quelques autres personnatjei, 1813,
in-4'' ; 3° de la Révolte d'Irlande,
par Temple, 1813, in-4° ; 4° du
Mémorial des faits principaux de
l'histoire d'Ancjleterre, de 1588 à 1688,
par Welwood, 1820, in-8''. Il n'a
guère fait qu'ajouter des préfaces à
ces ouvrages , auxquels nous join-
drons les Morceaux divers relatifs aux
guerres civiles d'Angleterre, sous Char-
les l" et sous Cromwelll, 2 vol. in-8''.
XVIII. Plusieurs articles dans les Tran-
sactions philosophiques; et, dans le
tome II de l'Archœologia, un Tableau
de fancien7te constitution anglaise, le-
quel donna lieu à quelques observa-
tions de Mellish (même volume).
P Oï.
MASETTÏ (Augustin), archi-
tecte hydraulique, naquit en 1757, à
Rovère en Lorabardie. Son père était
médecin et alla s'établir à Mantoue en
1772; c'est là que Je jeune Masetti
fit son cours de mathématiques sous
l'abbé Mari. Il étudia ensuite l'ai'chi-
tecture sous l'habile Pozzi et s'appli-
qua à l'hydraulique. Admis, en 1777,
dans le collège des ingénieurs de la
chambre impériale, il se signala telle-
ment qu'on le nommait, en 1791,
vice - directeur des eaux du Man-
touan, et six ans après directeur en
chef, à la place de son ancien pro-
fesseur l'abbé Mari. La république
Cisalpine ayant établi, à Modène, en
1800 , une connnission hydraulicjue
composée des mathématiciens et des
architectes les plus distingués, Ma-
setti en fit partie et proposa de ré-
parer les digues de l'.idige. (Ja fut
MAS
aussi lui qui dirigea, en 1804, les tra-
vaux pour l'assainissement de Mantoue
et du bas Mantouan, travaux aux-
quels la garnison fi'ançaise , com-
mandée par Miollis, prit beaucoup
de part. Nommé, en 1811, inspec-
teur - général des ponts-et-chaussées
à Milan, il se rendit au mois d'octo-
bre 1813, à Ferrare , avec 800 hom-
mes, pour réparer la digue du Pô,
qui s'était rompue et qui fut par ses
soins solidement rétablie. En 1820,
l'empereur d'Autriche appela Masetti
à la direction-générale des travaux
publics en Lombardie ; depuis lors il
s'occupa constamment d'améliorer le
cours des rivières, afin de prévenir les
inondations qui désolent souvent
certaines parties de ces riches con-
trées, et il obtint d'immenses résul-
tats. Après cinquante-six ans de ser-
vice actif, Masetti allait recevoir une
honorable retraite, lorsqu'il mourut
à Milan le 24 septembre 1833. Cet
habile architecte a publié plusicujs
mémoires et plans, fort appréciés
par les hommes de l'art. A — y.
M ASIIXI (Jean-Baptistk), médecin
etmathématicien,né àBrescia en 1677,
fit ses premières études dans cette
ville, et les acheva à l'Université de
Padoue, sous Vallisnieri et Guglicl-
mini. Reçu docteur en médecine, il
rentra dans sa patrie, exerça son art,
et donna en outre des leçons de ma-
thématiques. A la mort de Cuglielmi-
ni, il fut appelé à lui succéder à l'U-
niversité de Padoue, et embras.sa la
doctrine ialromécaniqne de Horelli et
de Bellini. Il mourut «lans un sîgf
avancé , et laissa plusieurs ouvra(jes.
Voici le principal : Congetture Jisico-
meccauiche inlorno alla figura délie
particelle componcnti ilftrro, P>resoia,
1714, in-S". On y trouve, sur la na-
ture de ce métal , plusieurs observa-
tions fort exactes, que des savaiit-
.Mi
MAS
MAS
arr
français publièrent comme nouvelles
long-temps après la mort de Masini.
A— Y.
MASLARD (Jean), né à Tours,
au commencement du XVII' siècle,
exerça dans sa patrie la modeste pro-
fession de maître d'écriture; mais
homme instniit et ayant une belle
bibliothèque, il se livra à la littérature
et à l'étude des sciences. Néanmoins
on ne connaît de lui qu'un seul ou-
vrage dans le genre de Barème. Il a
pour titre : Le Trésor parfait Ja-
rithmétigue, La Flèche, 1657, in-8°.
Ce livre a été réimprimé à Tours, en
1661. F— T— E.
MASOLIXO da Panicale^ pein-
tie florentin, naquit, en 1378, à Val-
delsa. Il fut un des premiers artistes
de son temps qui cultivèrent la partie
du clair-obscur. La plastique et la
sculpture, qu'il avait exercées pen-
dant long-temps, lui rendirent plus
facile cette partie de l'art; car tienne
sert aux peintres comme cette prati-
que, pour donner du relief a leurs
tableaux. Son maître dans la sculp-
ture avait été Ghiberti, qui, à cette
époque, n'avait d'égal ni pour le des-
sin, ni pour la composition, ui pour
le talent de donner la vie à ses figu-
res. Masolino n'avait plus à acquérir
que le coloris pour être peintre, et le
Starnina, le plus habile maître en ce
temps, lui enseigna cet art. Ayant
ainsi réuni ce que les deux écoles
avaient de plus excellent, Masolino
montra ce nouveau style qui n'est pas
encore tout-à-fait exempt de séche-
resse, ni assez châtié, mais grand, é-
gal et soigné au-delà de ce qu'on
avait TU jusqu'à ce jour de plus par-
fait. La cliapelle de Saint-Pierre des
Chartreux est un monument qui attes-
te son talent. Outre les Évanffélistes ,
il y a peint plusieurs actions de la
vie du saint, telles que la Vocation de
taint Pierre, la Tempête, ta Prédica-
tion, etc. Il avait commencé à pein-
dre le Tiihut rendu à César, le Bap-
tême donné au peuple, et la Guérison
des infirmes; mais la moit, qui le
surprit en H15, à l'âge de trente-
sept ans seulement, l'empêcha d'at-
teindre an sommet de son art, et de
mettre la dernière main à ses ouvra-
ges qui furent terminés par le célè-
bre Masaccio, son élève. P — s.
MASOX (Jamks), graveur anglais,
naquit vers le commencement du
XVIIP siècle, et travailla souvent de
concert avec Canot. On doit à ces deux
artistes plusieurs suites de paysages
très-estimées pour la beauté et la dé-
licatesse du burin. Les pièces que Ma-
son a exécutées seul ne jouissent pas
d'une moindre estime ; mais c'est sur-
tout comme graveur de paysages que
sa réputation est le plus solidement
établie. Au mérite d'un travail dans
lequel la science n'exclut pas la délica-
tesse, il a joint le méiite plus rare en-
core de rendre dans sa gravure l'effet
et la couleur des originaux. Les ar-
tistes d'après lesquels il a le plus gra-
vé sont Vander INeer, Vanden Velde,
Moucheron, le Guaspre, Claude Lor-
rain, Georges Lambert , etc. Ses es-
tampes au nombre de quarante-qua-
tre, et parmi lesquelles celles qu'il a
gravées d'après I^ambert tiennent le
premier rang, sont très-recherchées ;
on peut en voir le détail dans le Ma-
nuel des Amateurs de Huber et Rost.
P— s.
MASSABIAl V -^^-^^ " Antoise -
Fba^çois), conservateur de la biblio-
thèque Sainte-Gene\nève , à Paris , é-
tait né à Figeac , le 21 oct. 1765. Il
fit de brillantes études à Troyes, et
d'écolier devint maître dans la même
institution. Si, entraîné par le loiTent,
il prit quelque part à la révolution
de 1789, ce fut pour sauver beau-
278
MAS
coup de victimes. Chargé de missions
difficiles , il sut être à la fois ferme
et modéré. Des habitants de Sarlac
s'étant portés à des actes répréhensi-
bles, Massabiau se présenta, sans es-
corte et sans armes, au miheu d'une
population dont l'efFervescence tomba
devant tant de confiance. En 1794,
comme l'ordre commençait à renaî-
tre, on ouvrit une école normale.
Parmi les jeunes gens qui s'y rendi-
rent de tous les points de la France,
on distingua Massabiau, dont les ré-
ponses sont consignées dans les pro-
cès-verbaux de cette école. Il était lie
avec Alibert, Laromiguière, Buraouf,
Daunou, Dussault, Lechevalier, justes
appréciateurs de son mérite. C'était
un de ces hommes modestes à qui il
ne faudrait que plus de savoir-faire
pour avoir des preneurs. Aussi tra-
vaillait-il beaucoup ses ouvrages et
peu ses succès. Les mathématiques,
les lettres, la morale, la haute politi-
que ont tour à tour occupé le temps
qu'il ne consacrait pas à des travaux bi-
bliographiques. Penseur profond ,
écrivain correct, il alliait deux quali-
tés rarement réunies : l'érudition et le
goût. Massabiau mourut à Paris, le
22 septembre 1837. Il a droit aux
regrets des gens de bien pour l'inté-
grité de ses mœurs et l'aménité de son
caractère. On a de lui : 1. Essai sur
/(?« nombres approximatifs , Paris, an
VIT, in-8'' (anonyme). II. Du rapport
des diverses formes du gouvernement
avec les progrès de la civilisation , dis-
cours politique et moral, Paris, an
XIII (1805), in-8°. m. Ode à Napo-
léon Bonaparte, Paris, 1805, iu-i".
IV, La Sain le- Alliance, ode, Paris,
t817, in-4". V. De la division des
pouvoirs exécutif et législatif dans la
monarchie, Paris, 1817, in-S". VI. La
fÀberté des journaux impossible avec
le système représentatif, Pari», 1818,
MA.S
in-8". VI!. De l'Esprit des institutions
politiques, Paris, 1821, 2 vol. in-8''
VIII. Quelques Obseivations sur le
projet de loi relatif aux successions ,
présenté à la Chambre des Pairs, dans
la séance du 10 février 1826, Paris,
1826, in-8'' (anonyme). IX. La Répu-
blique sous les formes de la monar-
chie , ou Nouveaux éléments de la li-
berté politique, sommairement exposée
suivant la méthode des géomètres, Pa-
ris , 1832, in-8'' (anonyme). X. Mé-
moire sur l'art d'organiser [opinion,
Paris, 1835, in-8''. XI. Le Médiateur,
ou Nouveau projet d'un système cons-
titutionnel, Paris, 1836, in-8°. XIl.
Des Articles de politique et de criti-
que dans le Moniteur et le Journal des
Débats. XIII. Un Mémoire historique
sur l'esclavage civil dans tEutvpe mo-
derne et spécialement en France, im-
primé dans le Journal de [Institut
historique (juillet 1835 ). Massabiau
a laissé plusieurs ouvrages manus-
crits. — Massabiau (Jean-Jacques) ,
frère du précédent, né en 1767, hit
professeur de mathématiques spéciales
au collège de Rodez, et mourut en
1827. On a de lui un Essai d'arithmé-
tique, Rodez, 1820, in-S". Z.
MASSALSKI (Ionack), issu des
Kniaz ou princes russes de Massalsk ,
élevé de bonne heure à lévéclié de
Wilna, se mit en 1764, avec son
frère, grand -général de Lithuauie,
à la tête d'une faction opposée au
prince Stanislas Rad/àvill. A cette
époque orageuse, où il s'agissait d'en-
voyer des nonces à la Dicte d'élec-
tion, on s'était concerté afin de préve-
nir les troubles, sur les députés et les
juges que l'on devait choisir. Pen-
dant (pie Radzivill se confiait à cet
arrangement, les Massalski sédui-
saient ou eiFrayaient les diétines, et
aueun des nobles que le prince de
Radzivill .iviùt proposés ne fut élu.
MAS
Comme celm-ci prenait des mesures»
pour se venger, l'évéque Massalski
fit sonner le tocisn à Wilna. A