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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 
ANCIENNE ET MODERNE 

SUPPLÉMENT. 



n r mun u miimn m 1 



MAR — MET. 



W^%\ k*%\. »A^% V^X% »««V«%W« ««A(V«A%% 



pauis. — iiuraiMEniE de imuiVRAir, 

Hue Crofii-<?cs'Pctit«-Clinmiw, 35. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 
ANCIENNE ET MODERNE. 

SUPPLÉMENT, 

00 

SUITB DE l'histoire , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA TIB PUBLIQUE 
ET PRIVÉE DE TOUS LES HOMMES QUI SE SO?IT FAIT REMARQUER PAR 
LEURS ÉCRITS, LEURS ACTIOZtS , LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU 
LEURS CRIMES. 

OOVKACB SKTlàKBXSHT VEOF , 

HÈDIGÉ PAR UNE SOCIFTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit deséjardî aui vitaals ; oa ne doit aui inort> 
que la vériU. {^ ol,T ■, première Lettre «ti/- Œdipe.) 



TOME SOIXANTE-TREIZIEME. 




A PARIS, # 

CHEZ L.-G. MICIIAUD, ÉDITEUR, 

RUE DI? HASARD-RICHELIEU . 1*. 



1843. 



V 



V ^^ 







SIGNATURES DES AUTEURS 

DU SOIXANTE-TREIZIÈME VOLUME. 



MM. 



MM. 



A. B— T. 


Bkuchot. 


G R — D. 


Gdérard. 


A—n. 


AHTAtJI). 


G «T. 


Grégory (J.-G.). 


A— T. 


H. AUDIFFRET. 


G— t— B. 


GAUTHrER. 


A— Y. 


Alby (René). 


G— Y. 


Gley. 


B D E. 


Badicbe. 


L. 


Lefebvre-Cacchv. 


B D R. 


BoRniER. 


L— c — i. 


Lacatte-Joltrois. , 


B— P. 


De Beavchamp. 


L— M— e. 


Lamotte. 


&— c. 


Beacliec. 


L— M— X. 


J. Lamocreux. 


B Y K. 


Bruyère. 


L— 1— E. 


Hippolyte de la Porte. 


G— AV. 


Catteac-Calleulle. 


L — s — \>. 


Lesourd (Ix)ui8). 


G. D— s. 


Despobtes-Boscheron . 


M— A. 


Meldola. 


G— L— T. 


Ck)IXOBUET. 


M— Dj. 


Micbaud jeune. 


C. T— Y. 


Coquebert de Taizy. 


M— G— s. 


MAGÎtl>. 


D ^B — s. 


Dubois (Louis). 


M— R— t. 


Merat (F.-V.). 


D— G. 


Deppisg. 


OZ M. 


O^A^•AM. 


D H— E. 


Dehèqce. 


P.I^— T. 


Prosper Levot. 


D R R. 


Durozoir. 


p OT. 


Parisot. 


D— z. 


Desprkz (Hippolyte). 


P— RT. 


Philbert. 


D — z — s. 


Dezos de la Roquette. 


P— S. 


PÉRIÈS. 


E— s. 


Etriès. 


R— u — ^^. 


Rewauldin. 


F— A. 


FoRTiA d'Urban. 


R— É. 


ROYÉ. 1 


F— LE. 


Fayolle, 


R— F— G. 


De Reiffenberg. 


F. P— T. 


Fabien Pillet. 


T— D. 


Tabaraud. 


Fr E. 


De FROBERVILUi. 


u— 1. 


USTÉHI. 


F— T. 


Foisset aîné. 


V. S. L. 


VISCEKS-SAI^T-LAL^\E^ J . 


F— T— E. 


De la Fosteselle. 


W— s. 


Weiss. 


G— G— Y. 


De Grégory. 


Z. 


Anonyme. 


G— s. 


Gtjilloh (Aimé). 







BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



SUPPLEMENT. 



M 



MARA (Gcii-LALME de), orateur 
et poète latin , naquit vers 1470 , au 
iliocèse de Coutances , d'une lamille 
très-honorable (1). Kn terminant ses 
études il se Ht recevoir docteiu- dans 
la double Faculté de droit , titre qu'il 
prend a la t«;te de ses ouvrap.es , et 
embrassa l état ecclésiastique. Il assis- 
tait aux tournois que Charles VllI fit 
célébier à Lyon pour réunir les che- 
valiers qu'il voulait enf;a(>er a le suivre 
dans son expédition de >'aples. On 
apprend par ime lettre de Mara qu d 
lut attaché quelque temps an cai- 
dinal Briçonnet, sans doute en cpia- 
lité de secrétaire, et quil se trouvait 
a Moulins lorsque ce prélat v mou- 
rut en li97- Depuis, il remplit les 
fonctions de recteur de I Université 
de Caen; et l'on peut conjecturer 
avec assez de vraisemblance qu il v 
avait professé la théologie ou le droit 
canonique, il fut pourvu, vers lo08, 
d'un canonicat du chapitre de Cou- 
tances, dont il devint le ti'ésorier «t 
l'orateur, et mourut vers l'6'iO, On a 
«le lui : I. TripertitHs in chimceram 

(1) Deux de s<?s frères . Jean et Roland d<- 
Mara, remplissaient les fonctions de secrétaire 
il' Adrien de GoiUTier, évèque de Ckjutances ; pi 
Jean llicbel, son neveu, professait la th^lo- 
gie i la Faculté de Pari*i 

LXXIII. 



l'onflictus, 1510, in-4", sans nom de 
ville, mais imprimé à Caen. Guil- 
laume de Mara dédia cet ouvrage à 
.lean de Canay. chancelier de France. 
La chimère qu'il v combat , c'est le 
péché d'orgtieil. celui de luxture et 
«•eini d'avarice, .leau Vatel en donna 
une seconde édition avec des note-» 
[famUiaribui eominenlariis élucidât), 
l'aris, 151.3. in-4'' de 32 feuiU.; Pan- 
/er. dans ses ^^/ina/e? topo^raphici,en 
cite mie autre in-S". sans date et sans 
auciuie indication , qui poun'ait bien 
être l'édition orifjinale. IL De tribus 
pigieiidis : ventre, pluma et venere, 
tibri très, Paris, C.olines, 1312; ibid., 
1321 , in-4", livre singulier, rare et 
recherehf- des curieux. IIL Sjlvarum 
fibri Jf\ ibid., 1513, in-4°. IV. Epis- 
tnlœ etomiiones, ibid., 1-513, in-4° de 
;iO feuillets. -L Vatel est l'éditem- de 
ce recueil, dans lequel on trouve quel- 
ques par liaila rites intéressantes ; par- 
mi les personries avec qui Mara entre- 
tenait un commerce épistolaire , on 
distingue le poète Fausto Andrelini. V. 
Faraphruûn in Miisœum de Herone et 
l.eandro, Cologne, 1626, in-S". Cette 
version du poème de Musée est accom- 
pagnée du texte grec. Elle est très-rare. 
Les ancien* bibliothécaires Tritheim, 



iUH 



MAU 



Gesner, etc., citent encore de Guil- 
laume de Mara quclqnei, opuscules 
restés inédits sans doute , et dont on 
ne connaît plus de copies : De amori- 
buSy de laudibus, de probris, de di- 
vinis libri quatuor. — Nœntarum ac 
epitaphiorum liber nuits. Mais cest 
par une de ces erreurs que l'homo- 
nymie rend si fréquentes dans l'iiis- 
toire littéraire , qu'ils lui attribuent ; 
Opnsculum de sacrO'SanctaEucharistia. 
Cet opuscule est de Guillaume de Ma- 
ra , chanoine d'Évreux , qui vivait 
avant 1464. Voyez la Oallia c/uw- 
tiana, XI, 604. ' \V— s. 

MARA (Élisabetu), cantatrice alle- 
mande, naquilà Cassel, en 1750. Peu 
de temps après, son père alla chercher 
fortune en Angleterre, et fixa, pour 
quelques années du moins, ses pénates 
à Londres. C'est là qu'âgée de dix 
ans, Elisabeth débuta publiquement 
dans un concerto de violon et y mé- 
rita des applaudiîisements beaucoup 
au-dessus de son âge. Toutefois , elle 
ne tarda pas à renoncer à l'instru- 
ment le moins de tous en harmonie 
avec les grâces si nécessaires à ]a 
femme, et elle se voiia au chant sous 
la direction de Paradisi, dont elle de- 
vint l'élève la plus habile. Il lui res- 
tait de sa première éducation comme 
violoniste une habitude exquise et 
profonde de la mesure, et au;>;i plus 
d'aptitude, plus de délicatesse pour 
rendre , par le chant de sa voix , les 
fractions de ton presejuc insensibles , 
qui distinguent la note diézée de la 
bémoliscc , sensée la môme avec 
elle sur le piano. Elle prétendait mc- 
uie, nous a dit le savant théoricien 
anglais Bacon , que c'est dans ce but 
qu'elle avait étudié le violon. A peine 
âgée de 14 ans, elle chanta devant la 
reine, femme de George lll,avec un suc- 
cès qui put faire présager son avenir. 
Elle pa»»a encore deux ans à Londi^eiK 



partageant son temps entre les con- 
certs et les études diverses parmi les- 
quelles l'éducation vocale tenait tou- 
jours le premier rang. Après quoi, 
elle se mit en route avec son père poiu* 
l'Alleuiagne (1767), et se fit entendre 
lour-à-tour dans plusieurs capitales 
des petites principautés de ce pays , 
puis, finalement, à Uerlin. Sa renom- 
mée, croissant avec son talent, finit 
par balancer celle de M"'" Todi, alors 
la reine du chant pour l'Allemagne 
du nord. C est là aussi qu'elle épousa 
le violoncelliste Mara, qui faisait par- 
tie de la musique de la chambre du 
prince Henri. Hien que cette union la 
fixât à Berlin, elle parcourut encore à 
diverses reprises les villes secondaires 
de l'Allemagne, et fit même deux excur- 
sions en Suisse. Enfin , au commence- 
ment de 1784, elle reparut à Londres 
après dix-sept ans d'absence. Les 
quatie ans qu'elle y passa furent très- 
lucratifs pour elle. Un seul concert à 
son bénéfice lui valut plus de treize 
mille francs , recette énorme à cette 
époque. Quatre fois elle figura comme 
première cantatrice à la fête funèbre 
de Hœndel (1784, 85, 86, 87), et 
quatre fois elle excita l'admiration la 
plus vive dans son immense audi- 
toire d'amateurs et d'artistes qui ne 
jtéchaient point par indulgence. Au 
carnaval de 1788, elle se rendit à Tu- 
rin , où elle avait un engagement au 
théâtre royal. L'année suivante , le 
nouveau roi de Prusse, rré<léric-Guil- 
laume II, l'appela au théâtre lyrique 
de Berlin, en remplacement de ma- 
dame Todi. Il ne lui manquait plus 
après cela cpie la sanction du public 
de Paris où sont venues échouer tant 
de réputafions étrangères. Elle ne crai- 
gnit point d'affronter le péril, et un 
triomphe réel récompensa son audace. 
Bien que sa jeunesse commençât à décli- 
ner, ellejouissaitcncore de toute la plé- 



nitude de ses moyens : sa voix étendue, 
brillante , sonore , toujours égale a 
elle-même, était d'une légèreté inouïe 
dans les fioritures . et l'expression, 
Tâme ne lui manquaient pa<. On fut 
surtout surpris de la perfection avec 
laquelle, née Allemande, et Anglaise 
j)ar l'éducation , elle prononçait les 
paroles françaises. Elle chantait avec 
autant d'élégance dans le? trois lan- 
gues et aussi en italien. Au total , 
cette souplesse, cette heureuse facilite 
de se plier comme spon tanement à tou t , 
dominaient le talent de M"'*Mara.Ilest 
permis de croire que si elle n'avait paj- 
été cantatrice, elle eût n'nissi en toute 
antre carrière, et qu'elle eût dévelop- 
\Mu sinon la même supérioritt-, du 
moins la même giàce , la nif'me ai- 
sance , la même correction. Quelque- 
fois même elle arrivait bien près du 
sublime. (^loiquClle ne fût jamais 
plus à l'aise que dans les airs de bra- 
voure, il V avait tel adagio qu'elle ren- 
dait avec la plus rare énergie . ave< 
la passion la plus déehiiante. Le fe- 
nieux rondo de Xeumann : Tnm'itt- 
h'ndi^ était un de ses triomphes e*i 
' e geme. Cependant, comme il a tou- 
(onrs été de mode, en fait d'art, de <e 
langer en deux band«>s, il v avait a 
Paris une secte de todistes, e'est-à- 
(tire de partisans de M"' Todi, tandi^ 
fjoe d'autres portaient an\ nues M°" 
Mara. Nous ne savons s'il est bien 
authentique que ces derniers trou- 
vassent matière à jouer sur les mots 
lodi et tode (en disant par exemple à 
l'apparition de M»'' Mara , die Todi 
'■t tode); mais les todiste» prenaient 
leur revanche en répliquant, s'ils en- 
tendaient une conversation de la na- 
ture de celle-ci : « Laquelle vaut le 
mieux?— C'est Mara.. ..--C'est bientôt 
dit (c'est bien Todi).- M"' Mara avaii 
aussi \-isîté la Russie, et il paraît 
qu'elle garda de ee pav^ un souvenir 



MAK 3 

agréable , car après avoir quitté le 
théâtre, ce fut là qu'elle se retira. Elle 
survécut plus dun quart de siècle à 
cette abdication, et entendit dans su 
retraite retentir la trompette de la 
renommée pour bien d'autres Dîve del 
canlo, nées plus tard et mortes plus 
tôt qu'elle. Elle avait quatre-vingt- 
trois ans quand elle expira, le20 jan- 
vier 1833, à Reval, quarante-quatre 
ans après son époux, le violoncelliste 
Jean Mara. — Ce dernier était fils 
d'Ignace Mara , né en Bohême vers 
1710. I^ père était violoncelliste de 
la chambre du roi de Prusse; le fils, 
ainsi qu'on l'a vu plus haut , l'était 
de la chambre du prince Henri : tous 
deux possédaient un vrai talent ; le fil.s 
pnincin) iv.TÏt plus de renommée, et 
j : 1 temps pour un des pre- 

iniri-i Vil [iioses sur l'instrument qu'il 
«ultivaif. il exécutait des passages d'u- 
ne difficulté presque inconnue avant 
lui. et excellait dans les adagio dont 
il luiançait admirablement Fe.xpres- 
>ion. Il avait aussi des qualités remar- 
qliables comme acteur , et il joua 
sur le théâtre particulier du prince 
flenri. Tous deux moururent à peu 
de distance, le père en 1783, le 
fils en 1789. Enfin tous deux laissè- 
rent des œuvi'es de basse; mais celles 
«lu père, consistant en solos , duos et 
' nni-oi tb> . sotit restées manuscrifés. 

P OT. ' 

MAIIAFIOTI (le père Jébôme), 
• ordelier calabrais, était né dans le 
X^T siècle, à Polistena. I.es devoirs 
*le son état partagèrent sa vie aVee 
Tétudc des sciences et de l'histoire. Il 
viva't encore en 1626; mais on 
ignore la date de sa mort. Ses deux 
principaux ouvrages sont : I. Le chro- 
niche c antichità di Calahria conformi 
utrordîne de' testiffivro e lai'ino,rac- 
lolte da più fatnosi scrittori, Padoue. 
1601. in-i". C'est surtout à Gabriel 
i. 



>UR 



Barri (i-. ce nom, 111, 410) que le nouvel 
historien de la Calabre a fait de larges 
emprunts; mais l'envie de paraître 
plus savant que son prédécesseur, 
lui a fait recueillir une foule de traits 
évidemment fabuleux, et qu'il appuie 
du témoignage d'auteurs dont les 
écrits ne nous sont pas parvenus. U. 
De arte reminiscendo: per hca et 
imagines ac per notas et figuras w 
manibus positas, Venise, 1605, in-8". 
Ce traité de mnémonique est fort 
rare. Parmi ses manuscrits , on re- 
marque un traité de Cabale : De Ar- 
■catiis numeromm. W s. 

MARAIS (Mathiei) , avocat dis- 
distingué au Parlement, dont l'article 
manque à toutes les biographies, na- 
quit, en 1664, à Paris, et y mourut 
le 21 juin 1737, comme nous l'ap- 
prend M. Ravenel, qui a découvert 
récemment son acte de décès sur les 
registres de la paroisse Saint-Eusta- 
che. Marais n'était connu dans la lit- 
térature que par une Histoire de la vie 
et des ouvrages de M. de La Fontaine, 
œuvre posthume, publiée en 1811, 
par Chardon de LaRochette, 1 vol. in- 
12 et ln-18. M. Walckenaer en a ti- 
ré parti pour son ouvrage sur le fa- 
buliste. Ou attribue aussi à Mathieu 
Marais quelques morceaux insérés 
dans le Mercure, notamment la cri- 
tique du Panégjriijue de Sacy , par 
M"' Lambert, il était lié avec Bayle, 
qui profita de ses notes pour le» ar- 
ticles Henri III y le duc de Guise, la 
reine de Navarre, l'avocat de Retz, et 
})eaucoup d'autres de son Diction- 
naire historique. Dans la correspon- 
dance de «ayle, on trouve la Icttic 
suivante, (jui lui est adressée, sous la 
date du 2 octobre 1698 : » Que j'ad- 
« mire l'abondance des faits curietix 
«. que vous me conununiquez, tou- 
• chant MM. Arnauld, Rabelais, San- 
. tetil, U Fontaine, La Bi-uyère, etc. 



MAR 

u Cela me hiit juger, monsieur, qu'un 
« Dictionnaire historique et critique , 
« que vous voudriez faire, serait l'ou- 
ii vrage le plus curieux qui pût se 
" voir. Vous connaissez mille parti- 
>. cularités, mille personnalités, qui 
« sont inconnues à la plupart des au- 
' tenrs, et vous pourriez leur donner 
a la meilleure forme du monde ". 
Marais correspondait aussi avec le 
président Bouhier, dont la bibliothè- 
que renlci niait le Journal de Patis, de 
1721 à 1727, lequel se trouve à la 
Bibliothèque royale. Des trois volumes 
de cette piquante gazette, le pre- 
mier a été enlevé. C'est M. Ravenel , 
savant bibiiograpi)C , qui a fait hi- 
sérer les deux autres, par fragments, 
dans la Revue rétrospective, tom. 1, 
13, 14 et 13. F— LE- 

MAllAlS (IlEMu) , graveur, né 
à Paris en 1764, s'est fait connaître 
de la manière la plus distinguée, par 
la gravure d'une partie des planches 
qui ornent la magnifique édition in- 
folio du Racine de P. Didot, aîné. Il 
a été. aussi l'un des coopérateurs les 
plus recoramandables de AVicai-, dans 
l'entreprise de la galerie de Florence. 
Le Frontispice de ce bel ouvrage a 
été gravi' par lui , sur le dessin de 
Moiltc. Il a gravé également le célè- 
bre tableau de Jules Romain, repré- 
sentant lu Vanse des Muses; le Pré- 
cepteur des enfiints de Niobé, l Her- 
maphrodite , et queltiues auUes sta- 
tues antiques; le Triomphe d'Amphi- 
trite, d'après Lucas Ciordano ; le Pot^ 
fiait de 3Iieris, peint par lui-même ; 
les ttvis Parques, d'après Michel- 
Ange; Andromède, d'après l'urino, 
etc., et une grande partie des pierres 
antiques que renlérment les deux 
premiers volumes de <et <)uvrage. 
Marais promettait «le se placer au 
premier rang parmi le« artistes ses 
contemporains, lorsqu'une mort pré- 



raaturée l'enleva le tl iwveiiibre 4800, 
à l'âge de 36 ans. P — s. 

MAILVX (GcitLAUME), juriscon- 
sulte, ne à Toulouse en 1 549 , eut 
l'avantage d'étudier sous Cujas, et de- 
vint pi-ofesseur en l'université de cette 
ville, oii il enseigna jiendant qua- 
rante ans et eut pour élève* 1 arche- 
vêque Marca, Rosqnet, Florent et 
beaucoup d autres honuues célèbres. 
Ligueur déternuué, il tut chargé, en 
lo89, d'aller demander au pape que 
le capucin Ange <lc Joveuse, qui, 
après la mort du duc son ft-èrc , 
noyé dans le Tarn , s'était rais 
à la tête de la Ligue dans le Langue- 
doc, fût relevé de ses vœux. Reve- 
nant de Rome, il fut pris par des pi- 
rates d'Alger ; mais bientôt rache- 
té j>ar sa province , il retourna habi- 
ter Toulouse et mourut dans cette 
ville en 16:21. Les écrits quil a pu- 
bliés sur le dioit témoignent de sou 
savoir; mais, si l'on en croit Simon, 
dans la Bibliothèque dei auteurs de 
droit, le stvle de Maran convient peu 
aux ouvrages de ce genre. Ce sont : L 
Trois iudex sur le livre intitulé: So- 
titia utrarjue diynitatuin, cuin orieiilis, 
tiim occidentis, iillia .iivadii, Hoitv- 
rHijue tempora, etc., avec le commen- 
taire de Pancirole, Lyon, 1608, 1 vol. 
in-fol. JL De antecessorum delectu, 
1617, in-fol. IIL De œquitate et jus- 
litia, 1622, 1 vol. in-i". IV. Paratilla 
'" XLII jtrioies Digesii libivs , 1628. 
l vol. iu-fol. (ouvrage posthume). Le 
buste de Maran se aouve dans la sallo 
des illusties Toulousains de sa ville 
natale. Z, 

MARAXSDi (JKAN-PitRKt), ba- 
ron de l'empiie et lieutenant-général, 
naquit, le 13 février 1772, à Lounles. 
dans les Hautes- Pvrénécs. S étant en- 
rôlé, en 1792, dans un bataillon de 
son département, il adressa à ses 
jeunes coacitoyens mie lettre pleine 



d'énergie, dans laquelle il les appe- 
lait à la défense de la patrie, ce qui 
lui valut d'être élu capitaine par ac- 
clamation. Il ht ses premières armes 
en Espagne et se distingua surtout 
à Sari"», à Urdach et à Yrati, où il 
brûla les magasins de la marine et fil 
éprouver à l'ennemi des pertes énor- 
mes. Ix" 19 juillet 1794, il s'empara 
du camp occupé par la légion du 
marquis de Saint - Simon , saisit «a 
caisse et la remit an général Higon- 
net. il servit ensuite avec la même 
distinction dans les armées de rOue»t, 
du Rhin et du Danube. Le 2o avril 
1799. il soutint à la tête de sa com- 
pagnie le choc de plusieurs corps de 
cavalerie autrichienne, rallia le;> dé- 
bris de la division Férino et reprk 
six canons à l'ennemi. Ckîtte atiaire 
lui valut le grade de chef de batail- 
lon. Le 2o septembre de la même 
année, il traversait la limath et chas- 
sait le« Russes de toutes leurs posi- 
tions, il recul de Masséna, à cette 
occasion, uue lettre des plus flatleu8c«. 
Peu après, il fut le premier à passer 
le Rhin et pénétra dans Schallhouse. 
Quoiqu'il eut voté contre le consulat 
a vie, il derint , sous l'empii-e , ma- 
jor, puis colonel. Envoyé en Por- 
tugal, il eut constamment à lut- 
ter contie des forces supériem^es, 
s'emjiaia néanmoins de Bêja, et pa- 
cifia les Algai-ves. Le général Junot 
le récompensa en le nommant gou- 
verneur d'Elvas et en lui décernant le 
surnom de brave des braves. Devenu 
général de brigade, Maransin fut en- 
vové par le maréchal Soult dans la Se- 
rania-de-Ronda, où il emj)orta plu- 
siems places et défit les généraux Gon- 
zalez et Ballesteros. Il commandait la 
tranchée le jour où Badajos ouvrit 
ses portes, et plus tard il empêcha 
la réunion de Black avec les chefs 
espagnols Zayas et Ballesteros; il battit 



MAP. 



MAR 



ceux-ci et obligea celui-là à letitrer 
par mer dans Catlix. il eut aussi beau- 
coup de part à la victoire d'Albufera 
et mérita par sa conduite à Malaga 
d'être nomiué gouverneur de cette 
province. Général de division, le 30 
mai 1813, il commanda l'avaat-garde 
à Victoi-ia, défendit vaillamment sa 
position et rejoignit par une retraite 
Ijonorable le ^ros de l'armée fran- 
çaise. Au col de Maïa et à la bataille 
de Toulouse, il lit éprouver des pertes 
considérables au général Hill. Après 
l'abdication de jNapoléou, Marausin 
fut nommé cbevalier de Saint-Louis 
et commandeur de la Légion-dMlon- 
neur. Quoiqu'il eût, pendant les cent- 
jours, accepté le commandement des 
gardes nationales de la 7" division 
militaire et secondé les opérations 
du maréchal Sucliet, il n'en devint 
pas moins à la seconde restauration 
commandant de la 19' division mi- 
litaire. Cependant quelques soupçons 
s étant élevés contre lui, il fut destitué 
en 1816, arrêté et détenu à Tarbes 
pendant (juatremois. Rendu à la liber- 
té, il alla prendre au mois dejuin 1817 
les eaux de 15agijères. A cette époque, 
des troubles s'élevèrent dans le dé- 
partement du Rhône, et Maransin 
fut accusé de les avoir fomentés; 
mais son innocence résulta de l'en- 
quête judiciaire qui eut lieu. Pour évi- 
ter désormais toute espèce de tracas- 
serie», il demanda et obtint d'aller 
demeurer à Paris sous la surveillance 
immédiate du ministre de la police. 
U moiu'ut le 15 mai 1828. On a de 
lui : La Charte, le grand-livre et les 
majorais, ou Réflexions sur un o;jit,«- 
r,ule de M. le comte de Lanjuinais et 
sur une pétition de M. le chevalier 
Salel, Paris, 1819, in-8". Son éloge 
a été publié sous ce titre : Discours 
orononcé par le comte Muraiiv, aux 
obsèques maçonniquet du lieutenant- 



(général huioii Muraiisiu, célébrées Ir 
2Gjuin 1828, Paris, in-8o. A— v. 

MARAT ( Ai.BERTifiE ) , sœur du 
plus cruel de nos révolutionnaires, 
(v. Mahat, XXVI, 558), naquit com- 
me lui au village de Bouvrv, dans la 
princi[»aulé de Xeufchâtcl, en 1757. 
Titant venue en Fiance dès le com- 
mencement de la révolution , elle 
se réunit à son frère dans la capitale, 
et prit autant de part qu'il lui fut 
]>ossible à ses travaux et à ses fureurs 
politiques. Nous avons sous les yeux 
ini écrit fort curieux quelle publia 
j)eu de jours après sa mort sous le 
titre de : Réponse aux détracteurs de 
l ami du peuple^ par Albertine Marat, 
in-8'' de 8 pages, de l'imprimerie de 
Marat (c'est-à-dire imprimé avec les 
caractères que Marat s'était appro- 
priés à l'imprimerie royale en 1792). 
Nous ne citerons que le préambule de 
cette «ingulière production; il suffira 
pour en faire connaitrc le but et le 
caractère: u Repousser la calomnie est 
" le devoir de tout bon citoyen : j'ai 
" donc cm devoir le faire. J'avois 
" espéré jusques ici qu'on m'anroit 
» épargné le douloureux emploi de 
u défendre la mémoire de mon frère, 
" et que les témoins occulaircs(s«c) de 
" ses actions auroient élevé leurs 
" voix: mais si le mépris qu'ils por- 
.■ tent aux Zoile est la cause de leur 
« silence, je n'ai pu entrer dans leurs 
.. vues. Bientôt, si cette tâche n'est 
« pas au-dessus de mes forces , j'cn- 
u treprcndrai à peindre {sic) cette in- 
M fortunée victime : je me borne, pour 
" le présent , à répondre aux incul- 
" pations de ces petits génies qui ue 
>' peuvent soulh-ir rien de grand... « 
r,e second écrit que mademoiselle Ma- 
rat annonçait tl'une manière si pathé- 
tiquen'a point paru(l). Depuis la perte 

(I) Mais elle lit paraître, en 179£i, un pros- 
pectus de ♦ psges pour annoncer «ne rtim- 



de son frère, elle vécut dans le deuil 
et toutes sortes de privations jusqna 
sa mort, le 2 novembre 184-1. Voici 
comment un journal rendit compte 
de cet événement : - Avant-hier, au 
<• milieu de la foule immense que la 
« solennité de la fêle des morts atti- 
« i"ait au cimetière du Père-Lachaise, 

• le corbillard des pauvres marchait 
« lentement vers le champ du rej)os; 

• quati'e personnes seulement, qu'a 
« leurs vêtements on devinait devoir 
« appartenir à la classe ouvrière, 

- marchaient à la suite. Leur air dis- 
« trait annonçait qu'ils n'accordaient 
« qu'un bien faible intérêt à la perte 

- du défunt, et ce|^)cndant ce corbil- 
" lard portait mie célébrité de notre 
« époque. Sur ce cercueil, qu'aucune 
« larme n'avait arrosé, était un nom 
u qui fut l'épouvante de la France 
« tout entière, et que de nos jouis 
« encore on ne prononce pas sans 
« un frémissement involontaire; c'é- 
« tait la sœur de Marat 1 ^'ouvel 
« exemple de l'ingratitude des fac- 
■ tions politiques, cette femme à la- 

. « quelle les plus illustres de nos réfor- 
« matcurs modernes venaient naguè- 
» rc rendre hommage , à laquelle ils 
« demandaient le buste de sou frère 
« {M)ur en orner les salles de leurs 
« clubs et dédiaient quelques-uns de 
« leurs ouvrages en la nommant la 
« sœm' de lilluslfe Marat, eh bien! 
« cette femme est morte dans un 

• grenier de la rue de la Baril leric et 
c dans le plus grand dénûment. 
" Elle n'a été entourée à son lit de 

• mort que de son épicier quelle 
« avait institué son héritier, et de sa 
u portière, l'unique amie qui lui fi'u 

pression des œuvres de son frère , dans les- 
quelles devait flgurer le fameux journal qu'il 
avait publié sous les tities de Piibliciste pa- 
risien, iVAini du peuple , etc. Faute de sous- 
cripteurs, cette édition n'eut pas lieu. 

U— B— ». 



MAR 7 

» restée fidèle ». Mademoiselle Ma- 
rat était d'une taille petite ; ses traits 
fortement dessinés avaient quelque 
chose de la hvéne et du tigre; son re- 
gard semblait fixe et perçant; on eiit 
dit le portrait vivant de son fi:«re. 
Ses goûts, ses habitudes, ses plaisirs 
mêmes étaient ceux dun homme; 
elle n'aimait pas la société des per- 
sonnes de son sexe ; elle jouait de la 
tiûte, parlait latin, ne s'occupait que 
de littérature et de politique. Jamais 
ses doigts n'avaient manié l'aiguille. 
Fort néghgée dans sa mise, elle por- 
tait toujours un mouchoir noué au- 
tour de sa télé; sa démarche était 
grave et cadencée, sa parole brève et 
foite. Lx)ng-temps elle vécut du pro- 
duit de son travail; elle excellait dans 
l'art de fabriquer des aiguilles de 
montre, et l'horloger Bréguet n'eut 
jamais de meilleur ouvrier. Depuis 
plusieurs années, l'Age et les infirmi« 
tés ne lui permettant plus de travail- 
ler pour subvenir à ses besoins, elle 
commença à vendre peu à peu tout ce 
qui lui venait de son fi'ère; enfiti, d'ut> 
caractère trop fier pour demander et 
recevoir ostensiblement l'aumône, dé- 
laissée par ceux qui, par pudeur, au- 
raient dii la soutenir, négligée à re- 
gret par d'autres personnes que l'â- 
creté de son caractère avait éloignées 
d'elle, repoussant les secoure de la 
médecine et les consolations de la re- 
ligion, elle est morte dans la misère 
et l'isolement le plus complet. En fé' 
vrier 1824 , la femme de Marat, 
ou plutôt la ser\'ante avec la- 
quelle le tribun vivait maritalement, 
et à laquelle la commime de Paris 
avait accordé, à titre de pension, une 
inscription sur le grand-Uvre , était 
morte dans la même maison. — Un 
frère de Marat, qui partageait ses opi- 
nions, demanda à la Convention la 
permission d emporter à Genève un 



8 



MAR 



tïisil qui avait appaitenu à ïaini du 
peuple, ce qu'il obtint. — De cette 
famille il no reste plus qu'un frère, le 
plus jeune des trois, lequel était parti 
depuis lony-tenips pour la Russie, ou 
il est, dit-on, dans une position avan- 
tageuse. Jamais il n'a voulu corres- 
pondre avec ses parents. M — nj. 
3IARBACII(Jkan>k-Ko8ai.ik\Va«;- 
MiR, femme), actrice allemande, née 
à Leipzig, le 6 mars 1805, perdit son 
père en 1813, par un des terribles 
fléaux épidémiques qui décimèrent la 
population saxonne à cette époque, 
mais en retrouva bientôt un autie 
dans le spirituel directeur du théâtre 
de la cour à Lhesde, Geïer, qui était 
devenu le second époux de M"'" Wa- 
gner. Déjà la jeune fille avait été ini- 
tiée par son père aux principes de la 
littérature et de l'ait. Ge'ier, qui . à 
son talent d'acteur, joignait la prati- 
que de la peinture et de la jjoésie , 
acheva le développement intellectuel 
de Rosalie. Tieck aussi lui donna des 
leçons et lui apprit à se pénétrer des 
beautés de l'art, sous quelque forme 
qu'il se révèle. A dix-sept ans, Rosa- 
lie , après avoir débuté avec succès 
au théâtre de la cour, y obtint un en- 
gagement. Le voyage cpi'elle fit trois 
ans après à Hambourg , en conqia- 
gnie de son frère, lui olfril une oc- 
casion de paraître dans les premiers 
rôles , soit comiques, soit tragiques ; 
elle s'y surpassa, et des applaudisse- 
ments mérités l'encouragèrent. Ses 
progrès continuèrent le» trois années 
suivantes qu'elle passa encore à 
Dresde , et pendant les deux ans 
qu'elle parut à Prague. Du retour a 
Hambourg oii elle avait été si goûtée 
et oii en quel(]U(! sorte son talent 
s'était révélé , elle liit enfin a|)p(;- 
lée à I<eip/.ig, sa vilb; natale, «pi'ello 
ne quitta plus ipie pendant ses mois 
de congé et pour de fructueuses e\- 



MAR 

cuisions à Breslau , à Francfort , à 
Darmstadt , à Cassel , etc. Elle n'y 
eut pas moins de succès qu'à Ham- 
boug, et la critique la rangeait parmi 
ces talents qui viennent après ceux 
tlu premier ordre, et qui même quel- 
quefois les atteignent, Rosalie Wag- 
ner était surtout merveilleuse dans 
ces rôles oîi le poète, sans outrepas- 
ser le réel , arrive à un idéal de situa- 
tion ou de caractère. De là 1 inimita- 
ble perfection avec laquelle elle le- 
présentait les femmes de Goethe et de 
Shakspeaie , notamment Marguerite 
et Porcia. Au contraire, elle se sentait 
mal à son aise dans les rôles qui sor- 
tent du naturel ; et peut-être , dans 
la poétique particulière que les le- 
çons de Tieck et ses propres sensa- 
tions lui avaient formée, cette an- 
tipathie de l'outré était-elle un peu 
exagérée. Dans la comédie, peu de 
ses rivales l'eussent égalée pour l'ai- 
sance, la simplicité, la noblesse et 
le bon goût qu'elle apportait dans 
son jeu, quand elle avait à représen- 
ter des personnes distinguées par leur 
rang dans le monde ou par les qua- 
lités de leur esprit. Les gr.àces de sa 
personne étaient bien pour quelque 
chose dans ses succès ; mais la voix , 
l'accent, mie sensibilité pure etviaie, 
la spontanéité des expressions ton- 
jours correctes, l'absence de toute 
alfeclation en étaient les véritables 
causes. Malgré cet accueil si encou- 
rageant du public, Rosalie Wagner 
quitta le théâtre en 1836, pour épou- 
ser le docteur Marbach; mais elle 
survécut peu à sa retraite : le 12 oc- 
tobre 1837, elle expirait après avoù' 
donné naissance à une fille. P — or. 

lUAIlBErF (PiKniiKde), poète 
français, na(^uit vers 1596, aux en- 
virons de Pont-de-l'Arrhe, de noble 
famille : son père avait les titres d'é- 
cnver, sieur d'imare et de Sahm's on 



MAR 

partie, et loi-même se domie celui de 
chevalier. Il fit ses premières études 
a la Flèche, au célèbre collège qu'y 
j>ossédaient les jésuites, et il se ren- 
dit de là, sans doute, afin de faii-e sou 
droit à Orléans. Mais il sy livra aux 
Muses au moins autant qu'à la juris- 
pradence; et dès1618, ilfit paraiue 
un double échantillon de son talent 
poétique : lun élait le Psulténon 
en Chonneur de Marie , dont l'inti- 
tulé seul indique assez quelle in- 
fluence exerçait toujours sur lui l'é- 
ducation religieuse, rei;ue chez les 
pères; l'autre consistait en Poésies mê- 
lées, parmi lesquelles se tiouve une 
imitation duchap. {"des Lamentations 
Je Jcrémie (I). Aussi, dans une de ses 
pièces laudativcs, que jadis il était 
d'usage de mettre en tête de tout ou- 
vrage nouveau , un de ses auiis , Pie- 
devant d Aquigny (2), le loue-t-il de 
ne point avoir admis de vers eroti- 
ques, et, sous ce rapport, il le preFere 
aux Ronsai-d , aux Des|>ortcs, aux du 
lîellay. 

Du Bellay connut Cupiiion ; 
Ronsard a connu son brandun : 
Sur Desportes tombi sa flamme : 
Tu es chaste en tous tes travaux. 
Donc, malgré tous tes corivau\, 
Chacun te donnera la planie (3). 

(1) Dans l'épitre dédicatoire . en tète de si 
Poésie mestée, on lit : A momsiemr mon 
père, monsieur (te Marbeuf, etc. 

(2) Aquigny est aussi aux environs de Pooi- 
dc-I'Arche. 

13) Le texte porte la palme. Mais évidem- 
ment, l'auteur , par une licence très-forte . 
mais non sans exemple ou sans analogie dan^ 
la poésie italienne, dont Ronsard s'est tant 
inspiré, avait écrit piatnc, et n'a pu corriger 
son épreuve. Rêver ici une assonance à la 
manière espagnole serait dénué de toute rai- 
son plausible ; et, d'autre part, on ne peut 
supposer une faute grossière clioi un versifi- 
cateur aussi exquis de tout point que le sieur 
d'Aquigny, dont plus bas seront encore cités 
des vers chaniiants , d'autant plus que rien 
n'était plus aisé que d'écrire au troisième 
vers : 

Desportes n'eût rdmc plus cabne. 
ou quelque chose d'analogue. 



MAP. 



9 



Mais Maibeuf ne méi ita |>as lon«î- 
tenips cette louange toute spéciale. Ue 
retoiu- à Orléans, il y fit connaissance 
avec une jeune Parisienne qui eut le 
pouvoir, dit-il , de lui faire négliger 
ses dernières étmles et qu'il a chan- 
tée, sous le nom réel ou emprunté 
d Hélène. Ce n'est ps tout, a Hélène 
succéda Jeanne; puis vinrent, nous 
ne saurions plus dire dans quel or- 
dre. Madeleine. Gabrielle. et Phi- 
lis, laquelle était un miracle damour, 
et Amarante, qui était princesse. Prin- 
cesse en quel pavs? va-t-on dire. 
>>ous présumerions assez que cest 
dune princesse île Lorraine qu'il s'agit, 
et que le nom seul ici est imaginaire, 
car notre poète fit un assez long sé- 
jour eu ce duché limiuophc de la 
France, et trouva des protecteurs dans 
les princes loiTains, ce qui ne nous 
semble pas devoir s'entendre de la 
maison de Gtiise. Quoi qu'il en soit , 
Marbeuf finit d'assez bonne heure par 
reprentlre IWoute de sa patrie, et 
nous le retrouvons aus environs de 
Pont-<le-r Arche, investi de la maîtrise 
des eaux-et-foréts. il continua de cul- 
tiver la poésie au milieu de ses bois 
et de ceux de la couronne et de 1 état, 
et il fait allusion à cette vie forestière 
en se donnant dans ses vers le nom 
de Sylvandre. On ne sait à quelle 
époque il mourut, mais il vivait en- 
core au commencetnent du règne de 
Louis XIV. Toutefois la dernière pic- 
ce qu'on ait de lui est de 163.'J. Il 
avait été marié, et s1l faut l'en croiix*. 
il avait eu fort à soutfrir de cette 
union, mais il ne spécifie rien sur les 
griefs qu'il |>ouvait avoir à l'égard 
de sa femme qu'il appelle Alecton et 
Mégère, ce qui lui fournit occasion de 
traiter de folie la descente d'Orphée 
aux enfers, et de dire qu'il n'y descen- 
drait, lui Marbeuf, que pour em- 
pêcher son Eurydice d'en revenir. 



10 



MAR 



MAB 



Voici les titres exacts des deux pre- 
miers petits recueils de MarbeuF : 1. 
Psalterion chrestieii dédié à la mère 
de Dieu, Rouen, 1618. IL Poésie mê- 
lée du même auteur, Rouen, 1618. il 
faut y joindre, pour avoir ses œuvTcs 
complètes, les pièces nouvelles inst*- 
rées dans l'cidition de 1629, laquelle 
a pour titre : Recueil de vers de M. P. 
de Marbeuf, etc., et une ode intitulée : 
Portrait de [homme d'Etat, 1633, 
in-4°. Parmi ses œuvres complètes se 
trouvent diverses pièces latines, et au 
total ce recueil offre ime variété assex 
séduisante, des élopes et des satires, 
des vers galants et des poésies pieuses. 
Quant à ce que Marbeuf a déployé 
de talent, nous ne pouvons être tout- 
à-fait de l'avis de ses amis et notam- 
ment de celui de son fidèle d'Aqni- 
çny, qui l'appelle : 

Marbeuf des Muscs les amours ; 

et qui, en stances bien plus élégantes 
que les siennes, s'expiime ainsi sur 
son compte : 

Quand lu Parque eut fait une fois 

I>epli6nix des poètes françois (£i), 
Sous l'oubli du tombeau descendre, 
I»l>6bus prit des Muses soucy. 
Kl lit naître ce poète icy 
Comme un pliéiiiceau de sa cendre. 

Muses qui pleuriez à l'écart 

Le destin de votre Uonsard , 

Venez, venez boire à plein vase 

El ravigourez vos esprits, 

Puisqu'on voit sourdre en ce pourpriz 

L'eau fille du piid de Pégase. 

Oîpendant on ne saurait lui dénier 
toutes les (|ualitcs qui font le poète. 
Il a la vcrsifisation facile , et souvent 
sa phrase est nette et [)récisc. L'ode 
({U il intitule Éloije de la Normandie , 

(!i) J'oi),.. ne fait qu'une syllabe contre 
riiablludc plus rc^ronte des verslllcaleurs, ha- 
bitude qui, au reste, s'est étendue à des mil- 
liers de motii, lier, lion , etc., et qui doiuie 
une niullessi! déplorable k la versiflcatiun , si 
elle n'évite le plus possible des mots bien 
toits pourtant |)our orner les vers. 



présente un bel épisode sur les ducs 
descendants de Rollon et sur la con- 
quête de l'Angleterre, et l'on y rencon- 
tie plusieurs sixains frappés comme 
celui-ci ; 

Et qui fut plus valeureux , 
Plus hardi, plus vigoureux 
Que Guillaume Longue-Espée , 
Qui , délaillant les barnois, 
Du sang hostil des Danois, 
Avait la dextre trempée ? 

Les stances qui suivent cette ode, et 
qui ont pour titre les Bacchanales, se 
reconmiandent par le joli rhytbme 
imité de Ronsard, qui l'a imité de 
l'espagnol et qui place immédiatement 
après le vers de sept syllabes un 
vers de trois rimant avec lui (3). En- 
suite vient l'imitation du 1"' chapitre 
des Thrènes (en alexandrins), qui ne 
manque pas d'onction et de sensibi- 
lité. Mais c'est principalement dans la 
quatrième pièce du recueil (poème 
héiv'ique, le Duel), que la verve du 
poète éclate. MarbeuF s'y pose en 
gentilhomme pur sang, et ne se gêne 
pas le moins du monde pour exprimer 
l'admiration que lui inspirent les façons 
de deux braves dont il célèbre le com- 
bat. Il est vrai que pour cin(|uièmc 
pièce arrive une espèce de petite pa- 
linodie (Invective contre le duel): 

Ab ! qu'as-lu dit 7 Tu te trompes ma muse ! 
Ce point dhonneur téméraire l'abuse , etc. 

Mais il faut se souvenir que le rc- 
cucil porte à sa dernière page une 
approbation de docteur en théologie, 
et la ])alinodie n'empêche pas que sa 
musc ne; se soit escrimée en véritable 
amaxonc , en Pentliésilée. Après ce 
court et persiiasif mra cnlpn, parais- 

(5) Les \pn surtout sont délicieux quand 
ils sont à rime féminine : le vers de sept sylla- 
Ix's ressemble alors , pour peu qu'on sache 
distribuer les aictiUs, à l'anacré<)nil((uc de 
huit, si heureusement Imité en italien, par 
exemple dans les fables de Pignotti. etc. 



MAft 

sent te que l'auteur nomme de* 
liavetés au nombre de sis; ce sont 
la "plupart des épigratnmes. Isou» ne 
ajoutons guère la seconde, dont voici 

ie trait : 

Isàbeau 

Me dit: t Mange du liène et lu seras plus beau.» 
Ah : jamais, ]»abeau, tu n'as mangé de lièvre. 
Mais cette pointe, iuùtëe du vieux jeu 
de mots latin : Ah! nuiiquam edisti, 
Ginglyme tu /e;>o;«m,n'anisel,nisen.s 
en français, où nul mot à double en- 
tente ne correspond à leporevi (6). hn 
revanche, nous louerons sans réseï ve 
la Gavelé l\ relative aux trois Par- 
ques, dont Atropos est, dit-on, la plus 
cruelle, parce qu'elle coup»' le fiL 
Mais, dit Marbeuf : 

Ce larron qu'on pondii a bien coimu lusage 
Du m de l^chésis et de Clothon aussy ; 
Mais pour couper la corde, à son plus grand 
dommage , 
Atropos ne vint point à ce gibet icy. 

Les deux dernières pièces ont pour 
titre : h 2savire, le Lys. Des quaUe 
vers qui terminent celle-ci et le vo- 
lume, 

Comme ce Us est beau par excellence. 

Puisse fleurir le lys de notre France '. 

Puisse fleurir le prince de nos lys '. 

Puisse fleurir le juste roi Loys '. 

il résulte clairement que Louis XIII 
ne dut point son smnora de juste aux 
sévères exécutions que son ministre 
ordonna sous son nom, entre autres 
à celle de Montmorency, mais que 
déjà, plus de seize ans auparavant, 
ceux qui voulaient absolument qu'un 
souverain eût un surnom avaient ima» 
giné celui-là. Parmi les poésies du 
troisième recueil, nous mentionne- 
rons plus particulièrement le Procèi 
d'amour (dédié au roi ; c'est la plus 
longue du recueil), et Misogyne (qui, 

(6) Au reste, en latin même, le jeu de mots 
est médiocrement heureux : en vers , po est 
bref s'il rient de lepus ; long, si de tepos cl 
en prose l'accent est sur po ou le suivant les 
cas. 



comme ie litre le dèôgue. est une 
satire contre les femmes en général 
et contre la sienne en pailiculier); 
en fait de vei s latins, le Fhs NarcissL, 
tiédie au sénateur vénitien Angd» 
Contareno. alors ambassadeur de la 
républi(|uc à Paris. P — ot. 

MAKBEIT (le marquis de\ géné- 
ral français, dontlenom manque àtou- 
tcs les biographies, naquit vers 1736, 
aux environ» de Rennes. Bien qu'ab- 
sente du nobiliaire général tle France, 
la maison de Marbeuf , mentionnée 
par Toossaint-de-Saint-Luc , remon- 
te au moins au XVI' siècle , et pro- 
l)ableinent beaucoup plus haut. Peut- 
être les Marbeuf de Normandie (voy. 
l'article précédent) en étaient-ils une 
branche coUatéi-ale. En Bretagne. 
les Marbeuf se subdivisaient en plu- 
sieurs rameaux : les uns étaient 
barons de Biaizon , les autres s inti- 
tulaient vicomtes de Chemilliers et 
autres lieux. Un Claude de Marbeuf 
hit premier président du Parlement 
de Rennes ; nous venons un fi^re de 
notre Marbeuf admis dans l'ordre des 
comtes de Lvon . ce qui suppose au 
inoins seize quartiers ou quatre gé- 
nérations au-dessus du récipiendaire. 
I^s Marbeuf portaient d'azur à deux 
épées d'argent bordées dor en sau- 
toir , les pointes en bas. Bien que le 
Marbeuf dont on lit ici l'article ne 
fiit que le puîné de sa branche, c'est 
lui qui eut les avantages du droit d'aî- 
nesse et qui prit le parti des armes. 
Yves- Alexandre , son aîné, s'était ré- 
signé ou s'était voué à la carrière 
ecclésiastique dont il atteignit les 
premières dignités. L'avancement de 
l'officier ne fut pas moins rapide ; les 
nombreux épisodes de la guerre de 
sept ans présentaient tant d'occasions 
de se signaler et miUtipliaient tant les 
vides dans l'armée, que l'on ne peut 
s'en étonner. Grâce à la biavoore et 



là 



MAP, 



au tilleul qu'il déploya <lans pins 
d'une circonstance , et {jrâce aussi à 
d'habiles manœuvres de ses amis et 
protecteurs à Versailles , Marbeuf , à 
peine âgé de vingt-cinq ans, tut com- 
pris dans la promotion de 1761, et 
devint maréchal-de-carap. La grapde 
guerre européenne fut terminée bien - 
tôt après par la paix de 1763; mais 
Marbeuf fut dirigé sur la Onsc, où, 
depuis 1730, la France, d'accord avec 
Gênes, avait à diverses reprises en- 
voyé des troupes, qui sous prétexte de 
maintenir l'autorité génoise, devaient 
fonder celle de la France, en habituant 
les espi'ils à y voir, à y affectiotmer les 
Français. ïl faut avouer que cette tâ- 
che n'était pas très-avancée en 1764- 
Deux fois (1745 et 17o3) les Fran- 
çais avaient été réduits , par suite 
surtout de manœuvres diplomate - 
ques, à retirer leurs forces de l'île. 
Rivarola, dans les intérêts d'une coa- 
lition hostile à la France, avait été 
sur le point de ravir la Corse aux 
Génois à l'ombre desquels travail- 
laient les Français. Paoli enfin, après 
de longues oscillations, et apiès avoir 
chassé les Génois de presque tout le 
territoire, si l'on en excepte les places 
maritimes, donnait à sa patrie un 
gouvernement sage et vigoureux, (jui 
eût peut-être su se; soutenir s'il eût 
été permis à la petite ré|)ubli(|uc 
naissante de s'organiser et de se <lé- 
léndre contre Gênes seulement, sans 
intervention aucune, soit d'une autre 
puissance, soit de la politique générale 
de rFuropc. Mais ce n'est point là 
ce que voulait la France; bien que, 
depuis 1753, ses projets sur la (iorse 
eussent comme summeilli;, surtout 
àcause do la perjiétuité d«' la guerre 
éipiis ce temps (car les hostilitt» 
ans colonies avaient précédé l'explo- 
sian européenne de 1756), ils fu- 
rout repris activement «les la signa- 



MAR 

ture du traité de Paris. Probable- 
ment même il fut convenu ver- 
balement , lors des négociations , 
que lintervention de la France en 
Corse pour Gênes serait permise. 
Tv'Angleterre seule avait un intérêt 
direct à y mettre obstacle, mais elle 
ne vovait là, pour nous, que des dé- 
penses sans profit. Quant aux autres 
cabinets, ils av.-ient déjà en vue le 
premier démembrement de la Polo- 
gne ; et au j»is-aller la France acquer- 
rait en même temps que les trois 
puissances du nord. Ici l'on ne con- 
teste pas la réalité de la combinai- 
son politique que nous révélons : si 
elle n'a pas été pénétrée, c'est que 
l'on ne s'est pas donné la peine de 
lapprocher les faits et les dates, c'est 
que l'on a trouve plus commode de 
déclamer contre l'apathie et l'incapa- 
cité du gouvernement de Louis XV 
que d'en étudier consciencieusement 
les détails. iNous ne prétendons point 
justifier de tous points l'égoïste et indo- 
lent monarque; mais nous ne pou- 
vons non plus charger sa mémoire de 
plus de fautes qu'il n'en a commis. Il 
en est de ce prince comme de Fran- 
çois l"' : si quelquefois son système fut 
déplorable et s'il ne maintint pas la 
France au rang (|u'elle devait et pou- 
vait garder, il n'est pas vrai cpi'il 
l'ait laissée tomber autant qu'on l'a 
dit et redit. Si les événements de la 
Polojjne de 1768 à 1772 ne furent 
pas poiu' la France aussi glorieux et 
aussi lucratifs qu'ils pouvaient le de- 
venir, il n'est pas vrai cjuils ne lui fu- 
rent aucunement avantageux. Très- 
certainement notre part de la Polo- 
gne eût pu être inrillenre, mais très- 
certainement aussi la Corse est notre 
])art delà Pologne, et sans la révolu- 
tion françai.se, ilest à croii-e que le Û""" 
et le 3"" démembannent nous ens- 
senl bien apprndu's de la limite i\u 



>IAB 

Uhin. Quoi qu'il en puis&c être, Choi- 
seul, immédiatement après la paix de 
1763, renoua les négociations avec le* 
Génois, qui sollicitaient des secours 
d'hommes et d'argent; et, après avoir 
demandé au moins une place en dé- 
pôt pour le temps que la France juge- 
rait nécessaire, il sigua, le 6 août 1764, 
une convention portant que Gêne* 
retirerait toutes ses tioupcs des cinq 
villes maritimes (Bastia, Saint-llorenl, 
Ajaccio, Calvi, Algajola), et qu'un 
« orps français les remplacerait quatre 
ans , gardant et défendant les villes , 
mais sans hostilité envers les Corses. 
1,'cst Marbeuf qui eut le commande- 
ment de ce corps montant à près de 
({uatre mille hommes, mais tjui linit 
pai' être de douze mille au moins. 
Feu d'événements hostiles eurent lieu 
pendant ce temps. La France tendait 
à rendre de plus en plus sensible aux 
Génois, soit l'impossibiUté de rentrer 
en possession de Tile ou même d'y 
p^arder le peu cpii leur en restait, soit 
la difficulté de i-enibourser les dé- 
penses du gouvernement fi-ancais. 
tjeux-ci se montrant peu disposés 
pourtant à céder leiu" onéreuse pos- 
session, >Iarbeuf eut ordre d'évacuer 
quelques ports de l'île. Aussitôt Paoli 
se mit en devoir de venir les occuper : 
bientôt il fut maître d' Ajaccio, et il en 
assiégeait la citatelle, quand unelettic 
du cabinet de Louis XV' lui fit sus- 
pendre tout mouvement ultérieur: et 
peu de temps nprcs fut signé le traité 
de Compiègiie (17 juin 17u8X par le- 
quel, moyennant 40 millions, Gênes 
abandonnait la Corse au roi en dé- 
guisant la vente sous forme d'engage- 
ment ou nantissement. Le 24 juin 
suivant, le drapeau français flottait 
sur les murs de Bastia. Mais déjà an- 
térieurement au traité, les bruits cou- 
raient en Corse annonçant cette ces- 
sion ; et il avait été résolu en assem- 



MAR tS 

blee générale de défendie l'indépen- 
dance corse, jusqu'à la dernière ex- 
trémité, contre les Français comme 
contre Gènes {iti mai). Il était dé- 
fendu, sous peine de mort, de fournil 
des vivres auv places tenues pai- l'en- 
nemi. I.a guerre était inévitable, et 
l'occupation totale ne pouvait s'eflFec- 
tuer que par une conquête. Mar- 
beuf commença par expulser les 
Corses de l'île deCapraja, qui, occupée 
par Paoli depuis un an, devait, en 
vertu des articles de (jompiègne, être 
reconquise pour le compte desGénois, 
et il la leur i-cmit en effet. Divisant 
ensuite ses forces en deux masses, 
l'une de neuf mille et quelques cents 
hommes, l'autre de deux mille cinq 
cents, il envoya ces denùers sous le 
commandement du marc-chal-de-camp 
(U'andmaison, du côté occidental de 
l'île, prés de San-Fiorenzo, tandis que 
lui-même, avec le corps le plus nom- 
breux, resta campé aux environs de 
Bastia. Son but était de s'emparer de 
l'istlime qui joint au reste de l'île la 
péninsule di Capo Corso. Les indigè- 
nes , en possession des montagnes et 
desétioits défilés qui jusqu àla pointe 
septentrionale de lile, vont séparant 
les deux côtes l'une de l'autre, inter- 
ceptaient les communications. Enfin 
Marbeuf parvint a les établir après 
trois jouis de combats opiniâtres (30 
juillet-l"^ août), parmi lesquels le fait 
d'armes le plus éclatant tiit la prise 
du fort de >'onza : on y fit prisonniers 
un parent et un neveu de Paoli. Mais 
qu'était-ce que la péninsule de Capo 
Corso ? Il fallait des forces quadruples 
pour comprimer une insurrection dé- 
sormais générale. On ne l'ignorait 
point à Versailles; aussi, le 29 août, 
vit-on débarquer le marquis de Chau- 
velin avec de nombreux renforts. 
Marbeuf n'eut plus que le comman* 
dément en second. Chauvelin , parce 



14 



MAR 



qu'il avait été ambassadeur à Gênes 
et parce qu'il avait paru clans plusieurs 
assemblées politiques des indépen- 
dants corses, s'imaginait connaître 
à fond le caractère et les ressources 
du pays, il eut d'abord cette supério- 
rité que donnent la discipline et 
l'habitude sur des masses inexpéri- 
mentées; mais bientôt !a bravoure e( 
l'opiniâtreté naturelles aux ennemis, 
l'apretédu pays, et, pardessus tout, 
les {^rands talents militaii^es de Paoli , 
qui entendait merveilleusement la 
p^uerre de postes, rendirent sa tâ- 
che pénible et odieuse : les combats 
de Porta, de Nebbio , le forcèrent à 
reculer; Marbeuf et lui furent com- 
plètement défaits le 9oct. 1768 à Bor- 
go di Marcana , et virent la garnison 
qu'ils venaient défendre se rendre 
prisonnière avec 20 canons. Un mois 
suffit pour enlever aux Français plus 
de quatre mille liommes , sans comp- 
ter les déserteurs. Toutes les dépê- 
ches de Chauvelin respiraient le dé- 
couragement , et elles avaient <lu 
retentissement à Versailles parmi 
ceux qui prétendaient que la con- 
quête coûterait plus qu'elle ne rap- 
porterait à la France ; que l'Angle- 
terre d'ailleurs saurait bien l'em- 
péchcr, (lu'clle soutenait les Corses , 
qu'elle soudoyait Paoli. (Vest effecti- 
vement ce qu'elle avait promis, r) 
c'est ce qu'elle eût dû faire. Animés 
par cet espoir, les chefs corses te- 
naient avec intrépidité, et ils se si- 
gnalèrent pendant l'hiver de 1768 à 
1769 par diverses entreprises très- 
hardies ; ils refusèrent un armistice 
de trois mois que Chauvelin seul pro- 
posait, sentant bien que, dans l'inter- 
valle, la France augmenterait ses for- 
ces. Peu s'en fallut qu'ils ne reprissent 
l'île San-Fiorenzo ; ils s'emparèrent de 
Barbaggio. On agita dans le cabinet 
la question de l'abandon. Mais Hna- 



MA» 

lement la politique juste et saine 
l'emporta. On comprit que les Anglais 
n'agiraient pas, les colonies améri- 
caines commençaient à s'agiter; si le* 
cabinet de Louis XV ne fut point ab- 
solument étranger à ces premiers 
germes d'une révolution grave, il les 
aperçut cependant et les apprécia. 
Chauvelin fut rappelé ; Marbeuf, char- 
gé de nouveau du commandement 
provisoire, reçut ordre de défendre 
les places au pouvoir des Français , 
jusqu'à l'arrivée du comte de Vaux , 
qui devait venir avec des forces con- 
sidérables. Il ne se borna pas à la dé- 
fensive; marchant sur Barbaggio , il 
y cerna les indigènes, et les contrai- 
gnit à se rendre. Il avait notamment 
amélioré la situation, et tenait une 
bonne partie du plat pays , au mo- 
ment où parut de Vaux avec ses qua- 
rante-huit bataillons, son artillerie et 
son nombreux état-major. Malgré 
l'enthousiasme , désormais un peu 
factice, que déployèrent encore les 
Corses, malgré l'appel aux armes 
adressé par Paoli à la population 
mâle tout entière de seize à soixante 
ans, et la contrainte imposée aux re- 
ligieux même de combattre pour la 
Corse, les armes françaises cessèrent 
«le se briser contre des obstacles in- 
vincibles ; l'infanterie et l'artillerie 
pénétrèrent au cœur de l'île. Corte, 
place centrale, fiit emportée par de 
Vaux, l'en à peu, la plupart des piè- 
VC8 se décjaraient neutres. Les insur- 
gés ne formaient plus que des corps 
isolés qu'on poursuivait sans relâche; 
et finalement Paoli, se jetant dans une 
banpie, se rendit àLivourne et de là en 
Angleterre, oii le cabinet de Saint- 
.lanîes donna :iO,()0(> fr. par an à 
l'homme dont il i)OUvait se servir un 
jour contre la France. Marbeuf, après 
comme avant l'arrivée du général en 
chef <le Vaux, fut un «le cr\\\ qui 



àe distinguèrent le plus par le sang- 
froid et le coup d'œil. La connais- 
sance réelle qu'il avait du pays fut 
très-souvent utile à l'année d'inva- 
sioo, et elle eut un appréciateui- dans 
de Vaux, qui, lui aussi, avait été 
en Corse. De plus , Marbeuf avait 
su plaire, sinon à tous les Corses , du 
moins à bon nombre d'entre eux, et 
ceux qui n étaient point irreconcilia- 
blement brouillés avec le gouverne- 
ment français, ceux qui songaient à 
faire un accommodement quelconque 
avec les vainqueurs, aimaient à traiter 
avec Lui, et comptaient en quelque 
sorte sur lui pom- obtenir de inoins 
mauvaises conditions. Il est trop clair 
que jamais il ne fut soupçonné 
cfavoir été pour quelque chose dans 
le complot ourdi contic Faoli par son 
secrétaire Matessi, à l'instigation de 
<>hauvelin. Lors donc que la dispari- 
tion de Paoli(13juin 1769) eut fait 
cesser les hostilités régulières, et que 
de Vaux, après ses premiers arran- 
gements avec la Corse , eut repris 
la route de la France, c'est Marbeuf 
qiii eut l'honneur de commander la 
nouvelle ^wssession hançaise. On l'en 
regarde comme le premier gouverneiur, 
bien qu'il n'en ait point eu le gouver- 
nement-généraL, et que, des 1772, ce 
gouvernement avant été donné au 
marquis de Monteynard , il n ait plus 
été que commandant militaire de 
l'île sous ce dignitaire. Ses fonctions 
ne laissèrent pns détre laborieuses. 
Les montagnes du centre étaient en- 
core remplies de bandes, qui, sous 
prétexte de défendre l'indépendance 
du pays , vivaient à ses dépens et 
rendaient les communications dan- 
gereuses. Il en reduisit beaucoup le 
nombre et accéléra leur extinction, 
qui était à peu près totale vers 
1780. il ât preuve d'impartialité, de 
sincérité et surtout de lovauté dans 



MAR 



1» 



les efforts qu'il multiplia pour que les 
privilèges reconnus aux Corses lors 
de leur soumission hissent respectés , 
sans souiFrir toutefois que les nou- 
veaux sujets en lissent abus ou les 
étendissent outre mesure. Cette Ligne 
de conduite ne fut goûtée ni de tous 
les Corses, ni de tous les Français. 
Un général fort bien eu cour et de 
naissance bien autrement haute que 
les Marbeuf, le comte de Narbonne- 
Pelet, était surtout en oppo^lion 
avec lui sur presque tous les points 
du système suivi en Corse ; et , ce qui 
ne peut nous surprendre beaucoup, 
il avait trouvé moven de dépeindre 
son antagoniste aux ministres sous des 
couleurs très-peu favorables. Il pa- 
laît même que la députation noble 
de la Corse, en 1776i, corrobora par 
des plaintes les imputations de M. de 
Narbonne. Mais l'année suivante, 
Marbeuf, avec une certaine adresse, 
opposa manœuvres à manœu\Tes, et le 
chef de la députation de 1777, Char- 
les Buonapaile, pendant mi an et demi 
qu'il resta en Fi-ance, parla enfaveui- 
du marquis de Marbeuf en termes 
qui firent pencher la balance de son 
côté. Il en fiit récompensé par 
le zèle que le marquis et son frère 
l'évêque d'Autun déployèrent à l'é- 
gard de sa famille. L'aîné de ses fils, 
Joseph, eut une bourse au collège 
d'Autun; bientôt après, Brienne rece- 
vait celui qui, viugt ans plus tard, 
devait donner des lois à la France; 
et celle qui, depuis, hit appelée la 
princesse Elisa, mais qui répondait 
alors au nom de Marie-Anne, entra,, 
gratuitement, dans un couvent de 
jeunes filles. On a souvent répété que 
ces enfants, pour intéresser si vive- 
ment le marquis de Marbeuf, devaient 
avoir d'autres titres à ses bienfaits que 
celui de fils et fille de Chailes Buona- 
parte. Ces ouiwlire que rien n'appoie, 



16 



MAK 



.'t dont, au reste, le Mémorial di^ 
Sainte-Hélène disculpe si {fauche- 
inent Letizia P.amolini, qu'il sem])lp- 
rait plutôt vouloir autoriser que dé- 
mentir les soupçons, nous semblent 
tomber d'eux-mêmes devant le simple 
récit ([uc nous venons de Caire. Char- 
les Buonaparte était gentilhomme-, il 
avait été des premiers à se soumettre 
après le départ de Paoli; il avait ren- 
du des services par son influence i il 
«tait fort considéré à Ajaccio, dont le 
général aimait îe séjour ; le roi l'avait 
nommé, depuisla conquête, assesseur 
dans la ville et la province d'Ajaccio ; 
plus tard il devint membre du conseil 
des douze nobles de l'île. Il l>araît 
qu'il avait l'esprit délie, la parole 
souple ; il venait d'étro fort utile au 
marquis en faisant envisager sa con- 
duite à la cour sous un jour tout autre. 
D'autre part, qu'il soit permis de re- 
marquer que .loseph était l'aîné des (ils 
<le Charles Iluonaparte: que quant a 
iNapoléon, sa mère, pendant les sept 
premiers mois de grossesse, avait per- 
pétuellement suivi , dans des courses 
tpii l'éloignaient des Français, son 
mari alors attaché au parti et l'on 
peut presque dire à la personne de 
Paoli. Elle ne remit le pied dans 
Ajaccio qu'en juin 1769. Maigre 
reflet momentané de la parole de 
Charles nuonaparte, il paraît ((uc fina- 
lement la zizani.' entre les généraux 
do la Corse ht di-sirer au marquis de 
Marbeuf son rappel en l'iance. Il re- 
vint à Paris vers 1781. On est étonné 
«le ne pas trouver son nom sur la 
liste de» promotions qui curent lieu 
le» années suivantes , tandis <jui' 
(4randmaison, <|ui avait été son subor- 
donné en Corse, fut nommé lieute- 
nant-général. Celte inju.sticc n'eut 
point tardé sans doute à être réparée, 
pour peu qu'une guerre nouvelle lui 
eAt rouvert la carrière: mais il tnou- 



MAK 

I ut dajis le courant de 1788. — Sa 
veuve, née à Nantes, fut condamnée 
à mort par le tribunal révolutionnaire 
le 5 fév. 1794 (17 pluviôse an II) , 
comme convaincue u d'avoir désiré 
l'arrivée des Autrichiens et des Prus- 
siens, pour lesquels elle conservait 
des vivres •> ; et monta sur l'échafaud 
avec un intime ami, Payen, en qui 
l'on vit sou comphcc. C'est à son hô- 
tel (dans les Champs-Elysées) qu'ap- 
partenait le célèbre jardin Marbeuf 
qui, déclaré propriété nationale pen- 
dant la révolution, passa aux mains 
d'un entrepreneur de fétos. Nous dou- 
tons que ce soit cette même dame de 
:^larbeuf (\n\, en société avec l'abbé 
Gillet, écrivit la brochure intitulée : • 
Mnrie-Antoinettc h la Conciecgerie, 
fragment historique public par le 
<omte ]'. de Piobiano , Paris, 1824, 
in-lii (1 volunje de 100 pages). — TTne 
autre dame de Marbeuf, halùtante 
de l'Autriche, parut devant Napoléon 
pendant sa campagne d'Austerlitz : il 
«fi^ecta de lui prodiguer les plus 
glandes marques d'intérêt, et lui assi- 
{>na une pension sur sa cassette. Cette 
mmuficrnce n'a rien qui doive étonner 
de la part de Napoléon : c'était son 
rôle, c'était facile, c'était glorieux. Il 
était beau pom- lui d'être devenu de 
M humble protégé, prolcclein- : enfin 
on sait le faible quil avait pour la 
noblesse , pour fanciennc noblesse 
surtout ; et l'on ne peut douter que si 
le marfpiis de Maibetd' eut vé«u vingt 
ans de plus , ce qui ne l'eût guère 
amené qu'à soixante-dix ans, l'an- 
< ien boursier de Urieime nou-seule- 
uiont ne l'eut pas laissé parmi les gé- 
iicraux de brigade, mais se fût plu à 
le combler <le ii.-h<"srs ,.t d'hoti- 

iM'urs. ' "'" 

M \ KBEr F ( Y V (S- A I r:x \m.iik de ,, 
I Vêre aîné du précédent , naquit en 
1734. aux rnvirons de Rennes., choi- 



MAR 

sit la carrière ecclésiastique de préfé- 
rence à celle des armes, quoique sa 
naissance l'appelât à continuer sa fa> 
mille, devint chanoine et comte de 
Lyon aussitôt qu'il eut atteint l'âge 
prescrit par le règlement de Louis XV 
qui instituait les comtes de Lyon, et 
de là passa, le 12 juillet 1767, à l'éTP- 
ché d'Âutun, une des prèlalures, com- 
me on sait, dont les titulaires étaient 
le plus souvent à Versailles. Très-aima- 
ble courtisan, il finit par obtenir la 
direction de la feuille des bénéfices (1), 
entra au conseil; et en 1788, à la 
mort de M. de Montazet , laissa son 
siège d'Autun à M. de Talleyrand 
j)om- passer à celui de Lyon (on sait 
qu'il était assez d'usage de nommer à 
cet archevêché un évèquc d'Autun , 
et qu'en cas de vacance du siège ar- 
chiépiscopal, c'était l'évêque d'Autun 
<|ui administrait le diocèse de Lyon). 
D'ailleurs, en sa qualité de comte de 
Lyon , M. de Marbeuf connaissait et 
le diocèse et la circonscription archi- 
épiscopale. On lui a reproché de ne 
point avoir visite son diocèse : nous 
avons la preuve du contraire; car 
nous connaissons des personnes qui 
furent confirmées par lui a cette épo- 
que, dans une de ses tournées épis- 
i-opales; mais la révolution survint 
bientôt, et avec elle la constitution 
civile du cierge , le serment , etc. 
Le directeur de la feuille des bé- 
néfices, forcé d'e-migi-er, alla se 
fixer à Hambourg, oii il vécut as- 
sez long-temps pour lire d'un bont à 



(1) Suivant le i/émo/-«aide La* Cases, M. de 
Marbeuf était, en l'î'îS ou l'80, directeur de 
la feuille des bénéfices et archevêque de Lyon, 
et il vint remercier Ch. Buonaparte du langage 
qu'il avait tenu en faveur du marquis. Nous 
croyons le détail de ces faits très-inexact [bien 
qu'un peu de vérité y ait donné lieu). Nous 
ne comprenons pas davantage pourquoi le 
Mémorial fait de il. de Marbeuf un neveu du 
marqui>. 



(autre lea récits merveilleux de cette 
campagne d'Italie , qui , entamée de 
connivence avec l'Autriche, coiita à 
cette puissance son Milanais, et ne 
lui donna pour compensation de ce 
duché et de la Belgique , que Venise 
avec &ef, États de Terre-Ferme. 
Sans doute il n'ignora pas que le gé- 
néral qui préludait ainsi à ses hautes 
destint-cs était lejeiuie Corse que sou 
frère avait placé à Brienne, et le frère 
du boiu-sier d'Autun. Que de fois pen- 
dant ces deux années 1796 et 1797, 
et surtout après Campo-Fonnio et le 
retour de Bonaparte a Paris, le prélat 
dut penser au rôle qui pouvait deve- 
nir le sien si le général, comme on le 
croyait, prenait place au Directoire! 
Le départ de Bonaparte pour FÉ- 
gypte, qui ajourna ceh espérances, 
probablement ne les éteignit pas dans 
le cœur de l'archevêque de Lvon. 
Mais la mort le frappa dans le der- 
nier semestre de 1799, au moment 
où Bonaparte effectuait la révolution 
du 18 brumaire et se saisissait du 
pouvoir. On a, sous le nom de M. de 
Marbeuf, àa Mandements et Instruc- 
tions pastorales fort bien écrits. Nous 
n affirmons pas que ces pièces soient 
de lui, mais il est certain qu'il avait 
de l'espiit, des connaissances, de l'a- 
ménité, de grandes manières, et nous 
ne doutons pas qu'il ne fiit capable 
d'écrire aussi bien. P — or. 

MARBOIS (F«A»œis Barbé de), 
connu dans les deriuères années de sa 
vie sous le nom de MABQris de Mar- 
Bois, homme d'État , littérateur, ma- 
gistiat, natjuit à Metz, le 31 janviei 
17-l.>. Son père était directeur de 
la monnaie de cette ville. Le jeune 
Maibois , après avoir fait avec dis- 
tinction ses études littérales et de ju- 
risprudence, obtint la protection du 
niaréchal de Gastiies, ministre de la 
marine, qui lui tonfia l'éducation de 



18 



MAB 



ses enfants. Attaché depuis 1768 au 
département des affaires étrangères, 
a fut successivement secrétaire de 
légation à Batisbonne, chargé d'affai- 
res à Dresde et à Munich. Rappelé en 
1778, il parut abandonner momen- 
taném'ent la carrière diplomatique 
pour les tribunaux , et fut reçu , la 
même année, conseiller au Parlement 
de Metz; mais il y siégea peu de 
temps. Lors de la guerre d'Amérique, 
le comte de Vergennes le chargea 
de remplir près des États-Ums les 
fonctions de secrétaire de légation et 
de chargé d'affaires de S. M. T. C. , 
et, peu après, d'y organiser, avec le 
titre de consul-général, tous les con- 
sulats français. Dans cette mission, 
il montra autant de zèle que dha- 
bileté, et fit si bien estimer son ca- 
ractère que WiUiam Moore, président 
et gouverneur de la Pennsylvanie, le 
choisit pour gendre. De retour en 
France, Marbois fut nommé, en 1785, 
intendant- général des îles sous le 
Vent. Arrivé à Saint-Domingue, il se 
montra dans cette colonie administra- 
teur intègre et courageux, il remit 
l'ordre dans les finances , veilla a 
l'exacte administration de la justice, et 
résista aux empiétements de l'auto- 
rité militaire. Si cette conduite lui mé- 
rita l'estime et la reconnaissance des 
colons, elle lui fit beaucoup d'enne- 
mis parmi les agents dont sa sévérité 
réprimait les abus de pouvoir et les 
malversations. Us sollicitèrent son 
rappel ; mais leurs calomnies ne firent 
impression ni sur le roi, ni sur if 
ministre delà marine, La Luziîrnc , 
bon juge dans cotte partie adminis- 
trative, ayant été lui-mf^nc gouver- 
neur des îles sous le Vent. Plusieurs 
fois ce ministre témoigna à Marbois la 
satisfaction de ses bons service», entre 
auUes dans une dép/'clie du 3 juil- 
let 1789, à la buiU- d'- laquell»- ét»Jt 



MAQ 

ce billet autographe de Louis XVI: 
s C'est par mon ordre exprès que 
« M. de La Luzerne vous écrit; con- 
" tinuez à remphr vos fi)nctions et à 
» m'estre (sic) aussi utile que vous 
« l'avez été jusqu'ici; vous pouvez 
<, estre sûr de mon estime et comp- 
« ter sur mes bontés. Signé Locis ». 
Cependant, le contre-coup de la ré- 
volution ne tarda pas à se faire vio- 
lemment sentir à Saint-Domingue. 
Dès le mois d'octobre suivant , les 
habitants arborèrent la cocarde tri- 
colore, et obligèrent les autorités de 
la prendre. « Ce fut , disent les rela- 
tions officielles du temps , une céré- 
monie que d'aller la présenter à M. de 
Loppinot, commandant particulier de 
la ville du Cap. Marbois la reçut aussi 
d'un nombreux cortège, et madame 
de Marbois, qui avait mis beaucoup 
de glace à distribuer des cocardes 
aux officiers militaires , fut décorée 
d'une écharpe des mêmes couleurs. 

Cependant, Saint-Domingue n'a 

pas été exempt de troubles,... Les 
agents du gouvernement ont donc été 
inquiétés, menacés, poursuivis. M. et 
madame de Marbois , décorés de la 
cocarde nationale et de l'écharpe pa- 
triotique ont été forcés de se retirer 
avec assez de précipitation (Moniieur 
<lu 27 décembre 1789). » Ce fut le 27 
octobre que Marbois quitta la colonie. 
Il relâcha à Cadix, ou il s'arrêta quel- 
ques jours avec sa famille , et d'où il 
envoya au ministère français des nou- 
velles sur la situation de Saint-Domin- 
gue. A son rctoui à Paris, au coin- 
t'nenciîment de 1790, il eut à répon- 
dre devant l'assemblée constituante 
;i des incriminations élevées contre 
sa conduite dans les colonies, et tou- 
jours il sortit à son avanta{>e de cette 
|)érilleusc épreuve. Cn décret pres- 
crivait aux administrateui-s colo- 
niauN de remire compte de leur ges- 



tion et de leurs dépenses arriéi-ées. En 
conséquence, Marbois présenta les 
états de l'administration des finances 
de Saint-Domingue, il en résultait que, 
foutes dépenses pavées , il avait laissé 
dansles caisses plus d'un million en ré- 
serve, et dans les magasins du roi six 
mille quintaux de farine et d'auties ap- 
provisionnements en tout genre, pour 
des sommes considérables. La Cheva- 
lerie, qui avait succédé à Marbois dans 
les îles sous le Vent, reconnut si bien 
l'exactitude de cet énoncé, qu'il dé- 
clara se rendre responsable de tout 
ce que son prédécesseur avait af- 
firmé. Ce dernier s'en félicita dans 
une lettre adressée, le i2 juillet 1790. 
au président de l'assemblée, et dont 
la lecture fut fort applaudie. On l'ac- 
cusa cependant, vei-s la fin de cette 
même année, d'avoir, pendant son 
séjour à Saint-Domingue, fait le mo- 
nopole des farines pour le gouverne- 
ment , et d'en avoir teim de grandes 
quantités en magasin à Philadelphie, 
par l'entremise de son beau-père , 
alors président de l'État de Pennsyl- 
vanie. Il répondit à cette assertion 
par une lettre adressée, le 9 janvier 
1791 , au président de l'assemblée 
nationale. A cette lettre était joint un 
désaveu authentique signé par les 
principaux citoyens de Philadelphie. 
L'assemblée prononça le dépôt de ces 
pièces aux archives. Cependant , de- 
puis son retour en France, Marbois 
était rentré au département des af- 
faires étrangères, par ordre do Louis 
XVI , qui avait pour lui une estime 
particulière , fondée non-seulement 
sur les talents et la probité de ce ma- 
gistrat, mais sur la gravité de ses 
mœurs. Ce prince l'envoya en qua- 
lité de son ministre à la diète de Ra- 
tisbonne. Après avoir prêté serment 
devant la municipalité de Paris, le 20 
janvier 1792, Marbois se rendit à son 



MAR 



« 



poste. Sa mi.ssion était des plus ddi- 
cates : elle consistait à régler avec les 
plénipotentiaires de l'empire les droits 
féodaux des princes allemands pos- 
sessionnés en Alsace et en Lorraine, 
et que les décrets de rassemblée na- 
tionale en avaient dépouillés. Qud- 
({ues semaines après, il alla ù Vienne 
comme adjoint à l'ambassadeur >«oail- 
les, pour savoir les intentions positi- 
ves de Tempereur à ce sujet (1). A 
peine était-il arrivé dans cette capi- 
tale, que I^opold II mourut, laissant 
le trône à François H. Les diplomates 
français se virent l'objet des défiances 
du ministore autrichien, et pendant 
plusieurs joiu-s ils furent gardés à \uc 
dans leur hôtel. I^ nunistère de Louis 
XVI, voyant qu'il ne pouvait obtenir 
•me réponse catégorique du cabinet 
autrichien, rappela Marbois, qui se 
retira à Metz. On l'y emprisonna pour 
fait d'émigration, bien qu'il n'eût ja- 
mais émigré. Après la chute de Ro- 
l>espierre, ses concitoyens le dédom- 
magèrent de cette vexation en Félisant 
maire de la commune de Metz ; puis 
(1795). secrétaire de l'assemblée des 
électeurs de la Moselle, enfin député 
au Conseil des Anciens. Comme on le 
savait lié d'attachement et de recon- 
naissance avec les membres d'un minis- 
tère qui se serait formé hors de France, 
siLouis XVI n'eût pas échoué dans sa 
fuite de Varennes , Marbois vint sié- 
ger au Corps législatif, avec la répu- 
tation d'un ennemi de la révolution. 
Il eut d'abord à se défendre d'avoir 
participé à la rédaction du traité de 
Pilnitz. C'était Tallien, qui, dans un 

(1) Siméon, dans sa Notice sur Marbois, lue 
4 la Chambre des Pairs, explique ainsi l'objet 
de cette mission : « Il fallait détourner la cour 
de Vienne de la guerre. M. de Marbois y réus- 
sit ; il obtint qu'on fit rétrograder quelques 
troupes autrichiennes, qui, sous le comman- 
dement du ^néral BreiitaïKi, s'avau^eo* 
déj4 vers l'Alsace •. 

i. 



-20 



%m 



rapport fait quelques joui-s aupant- 
vant à la Convention, au nom de 
la commission des Cinq, avait ha- 
sardé cette assertion. Marbois , dans 
une longue lettre adressée au Con- 
^il des Cinq-Cents , le 8 nov, 1795, 
repoussa l'accusation avec force- 
(.J'ai employé, disait - il , l'année 
>. 1791, pendant laquelle on pense 
B que ce traité a été conçu, à l'é- 
I tude et à la pratique de l'agricul- 
» ture ; j'ai préparé, sous les yeux des 
« administrateurs du département , 
« \m ouvrage étendu sur les prairies 
<, artificielles; d'accord avec eux, je 
» me suis occupé, pendant cette an- 
> née, à prendre des renseignements 
« locaux dans les départements où 
« elles se cultivent avec succès, et ils 
« ont fait Imprimer mon ouvrage 
.. l'année suivante. Je ne connais pas 
» la date du traité de Pilnitz. A quel- 
.^ que époque qu'on la fixe, je prou- 
u verai que, tandis qu'il se négociai U 
,. et lorsqu'il a été conclu , j'étais à 
i. plus de cent cinquante lieues de 
!> Pilnitz, et loin des affaires publi- 
.. ques...... On n'a songé à me l'attri- 

^ buer que quand mes concitoyens, 
« sans aucune sollicitation de ma 
» part , se sont montrés disposés à 
« me nommer membre du Corps lé- 
. gislatif..... Des gazettes publièrent 

-. alors des dénonciations violentes 
« contre mol; je n'y répondis point. 
« La municipalité, le district de Metz, 
u et le département de la Moselle, 
u dont mes affaires m'avaient tonti- 
,. nuellement rapproché en 1791, <l< - 
« truisirent ces dénonciations par de 
,. arr/îtés énergicpies, etc. " Puis il 
demandait à être jugé. Le député tW;- 
«evois, qui avait été alors envoyé eu 
mission dans la Moselle, attesta (juil 
avait entendu un grand uombri' dt- 
citoyen» rendre honuuage au patno- 
ih^rae U* Mai boi'^ et a h von«luite (jn'il 



avait tenue pendant qu'il était maire de 
Metz. Sur la proposition de Dumo- 
lard, il fut décidé que Tallien serait 
entendu pour s'expliquer sur l'accu- 
sation intentée pai lui ; mais celui-ci 
n'avait garde de le faire. Quatre jours 
après, Barbé de Marbois , dans une 
nouvelle lettre au Conseil des Anciens, 
réitéra sa demande d'être jugé ; mais 
le Conseil prononça l'ordre du jour 
par ménagement pour la commission 
des Cinq. Les révolutionnaires n'é- 
taient pas fâchés de laisser planer un 
soupçon, quelque vague qu'il fût, sur 
un député qu'ils regardaient comme 
leur adversaire. " Est-ce d'ailleurs à 
>. la commission des Cinq, disait Vil- 
.■ 1ers, que Barbé-Marbois doit se 
.. plaindre de l'accusation formée 
y conUe lui ? Toutes les gazettes ont 
. répété qu'il avait signé le traité de 
.^ Pilnitz, avant que la commission eût 
" inséré ce fait dans son rapport. Il 
>. n'a pas repoussé L'accusation, tous 
u les citoyens ont pu le croiie; la 
. commission a pu aussi prendre son 
silence pour un aveu. Je ne pré- 
'. tends pas justifier la commission, 
> mais ce n'est pas elle que Barbé 
.. doit prendre à partie; ce sont les 
.. journaux qui sont les premiers ac- 
■^ cusateurs, ce qu'il n'a pas démenti.» 
I>a calomnie était évidente; mais la 
tache restait, et c'est ce que deman- 
daient les révolutionnaires, qui se fi- 
rent plus tard ime arme des souve-, 
nirs de Pilnitz, ainsi que des ancien- 
nes liaisons de Marbois, pour pro- 
noncer contre lui la déportation. Ce-, 
pendant , dès les premières séances i. , 
(eut ce qu'il y avait d'hommes mo- ' 
(lérés , et qu'on pouvait appeler roya-,, 
lisles constitutionnels, formèrent en- 
tre eux une association tendant à ar- 
li'Acr l'impétuosité révolutionnaire de» 
« .in(j-Cent8, à contenir le Directoire 
daii» les limite» de h consUtutiw, en ^ 



9ii¥ 



M^ 



^ 



un mot, à repousser toutes les propo- 
sitions dangereuses. Cette association 
se composait de douze dtiputés , qui 
s'assemblaient une fois par semaine ; 
c'étaient , outie Marbois . Lebrun 
(depuis duc de Plaisance), Dupont de 
Nemours, Tronson-Ducoudray, Du- 
mas, MallevillcjTorcv, Paradis, etc. Ils 
exercèrent long-temps une grande 
influence sur la nomination des pic- 
sidénts, des secn^taires et des com- 
missions. I-e nouveau tiers des dépu- 
tés suivait communément leur impul- 
sion. La première fois que Marboi^ 
parut à la tribune , ce fut pour com- 
battre une résolution des Cinq-C^nb 
tendant à conférer au Directoire la no- 
mination des autorités administratirej» 
et judiciaires. Quelques jours après, 
il fit une motion d'ordre sur les em- 
barras financiers de la république, in- 
sista pour qu'on n'accordât point au 
Directoire des milliards sans connaî- 
tre bien la situation des finances , et 
demanda la nomination dune com- 
mission cbaigée de prendre tous les 
renseignements à cet égard. L'ajour- 
nement de cette motion fut pronon- 
cé; mais, en même temps, l'impres- 
sion du discours ordonnée, ce qui at- 
teignait indirectement le but que s'é- 
tait proposé l'orateur, en exprimant 
avec fi-anchise des vérités qui allaient 
à l'adresse du Directoire. Dans la 
séance suivante, il parla plusieurs 
fois sur des objets financiers. Il serait 
ti-op long de suivre Marbois dans les 
différentes discussions auxquelles il 
prit part; nous mentionnerons toute- 
fois le discours qu'il prononça en 
janvier 1796 sur l'organisation de 
la marine, et oii il manifesta ks 
sentiments les plus hostiles contre 
l'Angleterre , dans un style d'exal- 
tation qui ne convenait guère à un 
législateur : a Hâtons - nous , dit -il, 
' de porter h désordre et le tn>ubh 



'■ dans ce gouvernement anglais , qui 
4 voudrait voir t Océan desséché jm- 
" que dans ses abîmes f plutôt que 
J'en partager les fruits avec fc» 
^ autres habitants du globe. Si la 
«i nature l'a isolé de tous les con- 
«- tincnts , ses vaisseaux l'en rap- 
^ prochent, et lui ouvrent autant de 
.1 routes qu'il peut partir de rayons 

• du centre où il s'est placé. Que ses 
' navigateurs redoutent des Jean 

• liart, des Duguay-Trouin, des Thn- 
rot, sur tons les chemins qu'ils par- 

• courent ; que les assurances absor- 

• bent pour eux toutes les chances 
- de bénéfices, et puisqu'il est dévon* 

• de la soif de l'or et des richesses. 
« coupons, détournons tous tes ca- 
.- naux, arrêtons toutes les sourcc> 
•> qui sen-aient à le désaltérer, etc. •• 
Rappelons encore le rapport aussi 
plein d'intérêt qu'étendu qu'il fit ( 2 
avril) sur la résolution relative auN 
récompenses à accorder à des livres 
élémentaires, destinés à l'éducation 
de la jeunesse. Le 17 août, il parla en 
faveur des rentiers , et fut élu secré- 
taire du Conseil des Anciens le mois 
suivant. Plusieurs fois il attaqua sans 
succès la loi du 3 bi-umaire an IV. 
cpii excluait des fonctions publiques 
les nobles et les parents d'émigré*. 
S'étant trouvé désigné pour le mi- 
nistère des colonies, sur une liste 
faite par Berthelot de la Villeumoy ♦ 
agent des princes émigrés (14 plu- 
viôse an V) (1797), il ftit regardé plas 
que jamais comme attaché au parti 
royaliste, et comme ennemi du Direc- 
toire. Cependant, lors des préliminai- 
res de Léoben , on ne l'entendit pas 
sans surprise donner des éloges à la 
sagesse et à la modération de ce gou- 
vernement. Mais quand la lutte s'en- 
gagea ensuite entre le Directoire et la 
majorité des Conseils , il se prononça 
avec énergie^ dan$ la séance extraor- 



22 



MAR 



dinaire du 20 juillet, et vota des^ re- 
meicîments au Conseil des Cincj- 
Cents pour la fermeté qu'il montrait 
dans le danger qui menaçait le Corps 
législatif. Les directeurs ne lui par- 
donnèrent pas ; aussi, lors du coup 
d'État du 18 fructidor (4 septembre 
1797), on rappela ses anciennes liai- 
sons , on fit revivre le bruit de sa 
présence au congrès de Pilnitz, on 
lui supposa des projets auxquels il 
n'avait pas pensé, et il Itit mis sur la 
liste des déportés. Marbois pouvait se 
cacher ou fuir; il ne le voulut pas, 
demanda inutilement des juges et fut 
transporté à laGuyane. Il ne fut point 
du nombre de ceux qui se sauvèrent 
de cette terre d'exil avec Pichegru , 
Villot, Aubry et d'autres. On voit 
dans la Relation de Ramol , qu il 
refusa de se réunir à ce général lors- 
qu'il parvint à s'échapper. Marbois 
demandait alors au Directoire à être 
jugé; il lui envoya plusieurs mémoires 
dans lesquels il invoquait en sa faveur 
l'exécution des lois et de la constitu- 
tion. L'habitude qu'il avait conlractëe 
aux États-Unis et à Saint-Domingue 
du climat d'Amérique, le préserva 
des maladies qui frappèrent île mort 
la plupart de ses compagnons d'iuloi- 
tune. Cependant, en l'an VII , l'insa- 
lubrité de l'île de Cayenne déter- 
mina M"" de Marbois à demander 
au gouvernement cpie son man rut 
transféré ailleurs. Il obtint l'autorisa- 
lion de se rendre à Oléron d'où il 
revint à Paris après le 18 bruuiiiiie 
(novembre 1799). Le troisième consul 
Lebrun était li<; avec lui depuis 
longues années, il peignit au géné- 
ral Itonaparte l'expérience de son ami 
dans les affaires , sa probité austère , 
son amour de l'ordre et de l'économie, 
»a physionomie grave et magistrale . 
enfin il le représenta comme p«;u 
flexible , mais n'avant peut-fitrc pa^ 



MAR 

toute l'adresse convenable dans un mi- 
nistre (2). Ces discours effacèrent les 
préventions qu'on avait inspirées à 
Bonaparte ; il nomma Marbois con- 
seiller d'État, puis (1801) direc- 
teur du trésor. Cette direction ayant 
été érigée en ministère par arrêté con- 
sulaire du 5 vendémiaire an X (sept. 
1801 ) , Marbois devint ministre. 
En 1803, il accompagna le premier 
consul à Bruxelles; en 1804, il pré- 
sida le collège électoral de l'Eure qui 
l'élut candidat au Sénat conservateur. 
En 1803, il fut successivement nommé 
grand-officier de la Légion-d'Honneur, 
gi-and-cordon de l'ordre de vSaint-Ilu- 
bert de Bavière et comte de l'empire. 
Une baisse imprévue, survenue dans 
les fonds publics , et causée par une 
fausse mesure de finances qu'il avait 
approuvée , mais plus encore sans 
doute par le laux bruit d'une défaite 
de l'armée impériale, produisit de 
funestes effets. Les billets de banque 
perdirent jusqu'à lo p. OjO; tout le 
monde voulut les convertir en argent. 
Le ministre fut obligé de se concerter 
avec le préfet de police, et la force ar- 
mée intervint dans une affaire de cré- 
dit pubUc. De pareils moyens n'étaient 
{Tuère propres à calmer les inquié- 
tudes et à rétablir l'ordre, lorsque la 
nouvelle de la victoire d'Austerlitz 
vint au secours des fautes de l'ad- 
ministration. Napoléon, à son arrivée 
à Paris, manda le ministre, le traita 
fort durement et le destitua sur-le- 
champ. Marbois, encpiittant le cabinet 
de l'empereur, lui dit les larmes aux 
yeux : « J'ose espérer (jue V. M. no 
. m'accusera pas d'être un voleur. — 
« .le le préférerais cent fois répondit 
.. Napoléon : au moins la friponnerie 
u a des bornes; la bélise n'en a 
u point. » Cependant la disgrâce de 

fî) Solice biograghiqtic sur le prince Le- 
brun, duc (le Plaisance, publiée par son Ob, 



MAB 

Marbow cessa en 1808, et ^apoléou 
qui connaissait sa probité, le nomma 
alors premier président de la Cour 
des comptes. Nulle place assurément ne 
convenait plus au caractère et aux 
habitudes de Maibois. Dans le dis- 
cours qu'il prononça lors de l'instal- 
lation de cette Cour , le prince Le- 
brun, après avoir adressé à son ami 
les éloges les plus Batteurs, ajoutait, 
en faisant allusion aux sentiments de 
l'empereur : « De là cette bienveillance 
«.soutenue dans tous les temps et 
" marquée sui'tout dans votre retour. 
« Sous ce nuage passager qui l'a voi- 
« lée, lorsqu'au sein de la retraite 
« vous éprouviez la seule crainte qui 
« pouvait atteindre une âme comme 
" la vôtre, celle d'avoir perdu l'es- 
« time d'un grand homme et les 
^ bontés du restaurateur de la France, 
» S. M. vous couvrait encore de ses 
« regards ; elle daignait écrire à 
« votre ami qu'elle vous conservait 
« toute son estime. Souvent elle lais- 
» sait échapper des paroles d'intérêt 
« destinées à parvenir jusqu'à vous, 
■« et à consoler votre soUtude. Et 
« tout-à-coup sans que vous ayez osé 
« former un vœu , sans que l'amitié 

« ait prononcé votre nom S. M. 

« vous appelle à des fonctions qui se 
- lient aux plus grands intérêts de 
> Fcmpire «.Dès le premier moment, 
Marbois se livra tout entier à ces 
fonctions; i' ne se rallentit pas un ins- 
tant pendant une présidence qui dui-a 
près de trente ans , et l'on doit en 
grande partie lui faire honneur des 
bons résultats obtenus par la Cow 
des comptes. Dès ce moment aussi, il 
se montra l'admirateur le plus ex- 
clusif de Napoléon, ainsi qu'on peut 
en juger par les discoui-s officiels 
qu'il fut à même de prononcer. « Ces 
<■ loi» sont votre ouvrage, Sire, • disait- 
il le 10 janvier 1808 , à l'empereur. 



MAB ^ 

auquel il vetiait de prêtei serment , 
•< et nous ne pouvons y lire les obli- 

- gâtions qu'elles nous imposent. 
" sans remarquer en même temps Ice 
« progrés que l'ordre a faits sous 

- votie règne dans toutes les partie?» 
» de l'administration , sans admirci 

- par quels moyens vous assurez, 

- vous préparez la prospérité de l'em- 
j pire; nos travaux, nos recherches, 
» uos routes mêmes, nous rappellent 

- sans cesse les grandes intentions de 
u V. M.» Le 24 janvier 1809, félicitant 
l'empereur à son retour d'Espagne, il 
hii disait encore : • Loin de vous, tout 
» manque à notre bonheur ; votre 
a présence nous rend toutes nos espe- 

- rances, nos affections. Nous avons 

- joui de vos victoùcs, nous jouissons 
» des biens que vos lois et votre gé- 
« nie nous assiu^ent ". L'adulation est 
encore plus forte, s'il est possible, 
dans cet autre discoiu"s qu'il adressa 
au maître, le 16 novembre 1809. sur 
la paix de Vienne. Après l'avoii- quaUfié 
de Scipion : • La fortune, ajouta-t-il, 
» docile à vos ordi-es, est fidèle à vos 
a drapeaux : ce seraient, Sire, des 
" prodiges sous un autre règne ; ce ne 
» sont, sous le vôtre, que des événe- 
« ments ordinaires. Notre admiration 
a épuisée depuis long-temps , etc. " . 
Ces flagorneries ne furent pas sans 
récompense: Marbois fut nommé au 
Sénat le 3 avril 1813. Le 22 décem- 
bre de la même année, il fit partie de 
la commission extraordinaire chargée 
de prendre connaissance des docu- 
ments relatifs aux négociations en- 
tamées avec les puissances coalisées. 
La fortune avait cessé de sourire à 
Napoléon ; et Marbois fut un des com- 
inissaues du Sénat qui préparèrent le 
décret de déchéance et la création d'un 
gouvernement pro\-isoire (1" avril 
1814). Cinq jours après, il proposa à 
la Cour des comptes de manifester 



24 MAB 

son vœu en faveur des Bourbons Ix 
18 du même mois, il retrouva pour 
liaranguer Monsieur, comte d'Artois, 
lieutenant-général du royaume, les 
mêmes formes adulatrices qu'il avait 
si souvent employées pour louer INa- 
poléon. Le jour de l'entrée de Louis 
XVIII, il se porta à sa rencontre avec 
la Cour des coniptes : * Sire, lui dit- 
« il, les monuments que nous con- 
<i servons, les dépôts, les archives 
« qui nous environnent, tout nous 
•< instruit des grandeurs des Bour- 
« bons... » Il fut créé pair le 4 juin 
1814, puis conseiller de l'Université. 
Une ordonnance du roi, du 27 lé- 
vrier 1815, le confirma dans sa digni- 
té de premier président de la Cour 
des comptes. Marbois, en qualité de 
membre du conseil-généial des hos- 
pices civils de Paris, accompagna 
Monsieur dans la visite que ce prince 
fit, le 4 mars, dans les hôpitaux de 
Taris : « Monseigneur, lui dit-il, vous 
" quittez votre palais [)0ur visiter la 
•' demeure du pauvre. L'Hôtel-Dicu 
.. est l'ouviage de la piété pubUquc 
». et de la bonté royale de suivit Louis 
« et de Henri IV; à la présence du 
.. petit-fils de ce grand roi, les dou- 
« leurs vont se taire, et V'. A. 11. 
'. n'entendra cpic des bénédictions •■. 
Peu de jours après, Napoléon était au\ 
Tuileries. IJarbé de Marbois fit pres- 
sentir parle général Lebrun, son gen- 
«Ire, fils du duc de Plaisance, les dis- 
positions de l'enjpcrenr à son c-gard. 
Napoléon témoigna vivement son in- 
dignation conti<; im homme qui (r- 
nant tout de lui , uL'uit tcvioigné, di- 
sait-il, un emprcssetnent d'iufjmtitude, 
fjue la nécessite ne justljùiit point. 
Il lui fit donner l'ordre de quitter Pa- 
ris, et nomma en sa jdace Collin de 
Sussy. Marbois ne nînlra dans ses 
fonction» que lors <hi retour du roi. 
Nommé alors président du «•ollége 



MAH 

électoral du Bas-Rhin, il arriva, le 16 
août, à Strasbourg qu'il trouva bloqué 
par les Autrichiens. Il obtint des gé- 
néraux qu'ils laissassent entrer dans 
la ville les électeurs de l'arrondisse- 
ment, et fit, le 18, l'ouverture du 
collège. De retour à Paris, il reprit 
la présidence de la Cour des comp- 
tes. Ici se place un fait qui sort du 
caractère de modération que Mar- 
bois avait montre dans les circons- 
tances les plus difficiles. Un maître 
des comptes nommé Carret avait, 
pendant les cent-jours, été président 
de la fédération parisienne ; la pre- 
mière fois qu'il se présenta à la 
Cour des comptes, après la réinté- 
gration du premier président : « Mon- 
u sieur, lui dit celui-ci, vous êtes 
» nommé à vie , et personne n'a le 
« droit de vous destituer; mais toutes 
" les fois que vous vous présenterez 
« ici, la séance sera levée «. Cette 
apostrophe dut paraître d'autant plus 
étrange , que , si l'on avait pu repro- 
cher au maître des comptes Carret. 
mort en 1817, l'exaltation de ses opi- 
nions libérales, il avait souvent usé de 
son influence sur les fédérés parisiens 
pour empêcher des désordres. Le 
roi , qui avait appelé Marbois à son 
conseil privé , lui confia les sceaux et 
le portefeuille de la justice, en rem- 
placement de M. Pasquier. Le 2 
octobre , le nouveau gardc-des- 
sceaux adressa aux chefs des Cours 
du royaume une circulaire dont le ton 
conciliant contrastait avec les vœux 
de la majorité de la chambre. U y 
faisait l'éloge de son prédécesseur, et 
parlait des sentiments qui les unis- 
saient. QucKpies jours après , à l'ins- 
lallation de la Cour royale de Paris, 
il luaniFesta le vœu de voir les beaux 
exemples donnés par fautique ma- 
gistrature francise se perpétuer. 
!. Touchant au bord de la tombe. 



MAR 



MAB 



<f dit-il en terminant, je ne verrai 
<• pas, Messieurs, tous ces glorieux 
•' succès; mais tant que je vivrai, 
" je chercherai à remplir dignement 

les devoirs qui me sont imposés: 
" heureux si mon nom peut être 
>• un jour cité avec honneur à la 
.' suite de tant de grands hommes 

1 qui m'ont précédé dans celle illus- 
■• trecairière! " Il prit, le 13octohre, 
à la Chambre des Pairs, une part à la 
discussion do l'adresse au roi, s'éleva 
très-fortement contre la partie du pro- 
jet qui demandait à S. M. la justice 
rt la rétribution des peines ; puis, in- 
voquant à l'appui de son opinion les 
lois anciennes et modernes qui veu- 
lent qu'un juge se récuse, s'il a élé 
sollicité dans l'affaire sur laquelle il 
est appelé à prononcer, il appliqua 
ce principe à la Chambre des Pairs, 
qui devait elle-même juger la plu- 
part des grands coupables que dési- 
gnait le projet d'adresse. Ces obser- 
vations parurent d'un si grand poids, 
que la Chambre l'adjoignit à la com- 
mission chargée de rédiger celte 
adresse. Il parut plusieurs fois à la 
tribune au milieu des débats tiès- 
animés auxquels donna lieu , dans 
les séances des 2i, 28 et 30 octobre, 
le projet de loi présenté ])ar lui sur 
les cris séditieux. La majorit»; vou- 
lait substituer la peine de mort à 
celle de la déportation ; Marbois, pour 
faire changer cette opinion, essaya 
de prouver que la déportation était 
plus affreuse que la mort. A cette occa- 
sion, il rappela les horreurs de son 
exil à Sinamary. Le 30, la discus- 
sion étant terminée, il fit un ta- 
bleau très -étendu des travaux des 
ministi'cs qui , tous en même temps, 
venaient de prendre possession de 
leurs portefeuilles. Il annonça en- 
suite que le roi consentait aux amen- 
dements proposés par la Ciiambre à 



la loi dont elle allait voter l'adoption. 
Cette même loi passa, le 7 novem- 
bre, à la Chambre des Pairs, non sans 
une discussion approfondie. Là, Mar- 
bois eut à combattre, non plus l'op- 
position royaliste , mais une opposi- 
tion toute libérale dont Lanjuinais se 
rendit l'organe. Quelques jours aupa- 
ravant , la Cbambre des Pairs avait 
voté un projet de loi relatif à une 
nouvelle organisation de la Cour 
des <:omptes, que Marbois lui avait 
présenté, le 16 octobre, et dont il 
avait exposé les motifs. Dans la Cham- 
bre des Députés , plusieurs membres 
combattirent avec force divers arti- 
cles de ce projet, qui avait en sa fa- 
veur l'expérience que le garde-des- 
sceaux avait dû acquérir par huit 
armées d'exercice dans les fonctions 
de premier président. La commis- 
sion , en efli't , avait proposé d'adop- 
ter ce projet, et la Chambre, dans la 
séance du 24, l'avait, sauf quelques 
modifications, voté article par article; 
mais, lorsqu'on passa au scrutin sur 
l'ensemble de la loi, le projet hit re- 
jeté à une m.ijorlté de treize voix. 
Nous, qui avons assisté à cette séan- 
ce, nous ne saurions exprimer l'ef- 
fet que produisit une telle mystifica- 
tion, qui n'était, à vrai dire, qu'une 
preuve de la défaveur de l'assemblée 
à l'égard de Marbois. Quoiqu'il eût 
organisé les cours prévôtales , après 
en avoir défendu l'établissement de- 
vant cette même Chambre, il n'en 
était pas moins en butte à la haine de 
la majorité. Commissaire du roi dans 
le procès du maréchal Ney devant la 
Cour des Pairs, il fut présent à toutes 
les audiences, mais se récusa comme 
juge. Constamment occupé des tra- 
vaux de son ministère, il venait de 
faire adopter une loi tendant à suppri- 
mer les places de substituts des pro- 
«:TH'eurs-généraux, faisant fonaions de 



26 



MAR 



MAR 



procureurs du roi au criminel. Il fut 
moins heureux pour un autre projet 
tendant à supprimer les cours royales 
d'Angers et d'Agen (avril 1816), qui 
ne fut pas même discute dans les 
bureaux. La majorité ne lui par- 
donnait pas les adoucissements qu'il 
avait apportés à la loi d'amnistie par 
son instruction aux procureurs-gé- 
néraux (26 janvier). Louis XVIII ôta 
à Marbois le portefeuille de la jus- 
tice et les sceaux; mais il ne conti- 
nua pas moins de lui témoigner de 
la bienveillance, et, quelque temps 
après, le comprit au nombre des 
pairs qui obtinrent le titre de mar- 
quis. De son côté, Marbois ne négli- 
geait aucune occasion de manifester 
ce dévouement d'apparat dont les 
puissants de la terre seront éternel- 
lement dupes. Il s'était mis, dès le 
mois de fév. 1817, à la tête de ceux 
qui provoquèrent le rétablissement 
de la statue équestre de Henri IV sur 
le Pont-Neuf. Lors de son inaugura- 
tion le 25 août 1818, il prononça le 
discours d'usage, et, au mois de dé- 
cembre suivant, rendit avec solen- 
nité l'arrêt qui constatait la recette 
et la dépense pour l'érection de ce 
monument. Du reste sérieusement oc- 
' cupé de ses attributions à cette Cour, 
il y faisait régner l'ordre et l'activité, 
et sut toujours la maintenir dans l'in- 
dépendance ministérielle. Doué d'une 
activité d'esprit qu'il conserva jusqu'à 
la fin do sa longue carrière, il fut un 
des membres les plus utiles du conseil- 
général des hospices et de la société 
royale pour l'amélioration des pri- 
sons. Lui-même, malgré son grand 
âge, parcourut plusieurs départe- 
ments pour visiter les maisons de dé- 
tention, afin d'étudier les moyens 
d'en améliorer le régime. Il ne se 
montrait pas moins assidu à la Cham- 
bre des Pair», où son nom Bgurait 



sans cesse soit à la tête des bureaux, 
soit comme membre de commissions. 
On l'entendit avec intérêt développer 
devant cette Chambre les motifs de 
sa proposition tendant à substituer 
à la déportation une autre peine pro- 
portionnée à la nature et à la gravité 
du délit. Il vota contre la proposi- 
tion relative à l'abolition du droit d'au- 
baine, et prétendit que cette aboli- 
tion gratuite et sans réciprocité était 
une loi artificieuse qui ne pourrait 
prendre racine sur notre sol. Dans 
la discussion provoquée en 1819, 
par le fameuse proposition de Bar- 
thélémy, tendant à changer la loi 
des élections, Marbois termina ainsi 
le discours qu'il prononça : « Nous 
u combattons son opinion, et nous 
•» nous faisons gloire de le comp- 
'< ter parmi les citoyens les plus re- 
« commandables par leurs vertus 
« publiques et privées... » A la mort 
de Louis XVIII, Marbois dut se pré- 
senter aux Tuileries devant Charles X, 
avec la Coiu" des comptes, et jin-er 
au nouveau roi d'être fidèle à son ser- 
vice. Admis à l'honneur de haranguer 
le duc de Bordeaux, alors âgé de six 
ans, le vieux président lui fit entendre 
ces paroles graves et soletmelles : 
» Et vous, monseigneur, qui êtes en- 
u core si jeune, et sur la tête duquel 
« repose le bonheur de la France, 
» souvenez-vous que ce beau royau- 
« me demande aussi un bon roi, 
« un roi qui aime la vérité, qui 
u veuille qu'on la lui dise; un roi qui 
.' n'aime pas la flatterie et qui éloigne 
" de sa personne les hommes qui le 
" trompent. Vous souviendrcr-vous, 
" monseigneur, que ces conseils vous 
>• ont été donnés par un vieillard 
- <[ui avait la tête couverte de chc- 
" veux blancs? •• — L'enfant répon- 
dit : oui. — « Votre oui, mon- 
« seigneur, reprit Marbois, va être 



4 oDsigTié sur nos registres : vous l'y 
- trouverez dans voti-e majorité ; en 
>. attendant, il est pour nous d uji 
. avenir heureux. » Ck;l incident fut 
dans le temps remarqué avec intérêt 
par tous ceux qui prenaient à cœur 
ia stabilité du trône légitime; mais, 
aux yeux de l'histoire, il ne devient 
plus qu'une pitoyable comédie quand 
on voit, après la révolution de 1830, 
Marbois accepter sans hésiter ia nou- 
velle dynastie, et dix-huit jours aprèa 
avoir officiellement félicité, pour la 
conquête d'Alger, Charles X qud 
proclamait son roi bien-aiiné, le bien- 
faileur des hommes, venir avec em- 
pressement haranguer le duc d'Or- 
léans (o août) en quahtc de heutenant- 
général du royaume; puis, cinq jours 
après (10 août), comme roi. Ce soûl 
toujours les mêmes formules d'en- 
thousiasme ou plutôt de flexibilité 
serviie. Marbois siégea avec beaucoup 
d'assiduité dans les nombreux procès 
politiques dont fut chargée la Cham- 
bre des Pairs sous le nouveau rè- 
gne. Dans le procès d'avril, il se si- 
gnala par sa sévérité envers les accu- 
sés, qui, essavant une révolte contie 
la jusdce , prétendaient la rendre 
muette et impuissante par leur re- 
fus de se défendre. « L'ancien dé- 
porté de la Guyane, disent les bio- 
« graphes Sairut et Saint-Edme, Tan- 
« cien auteur d'un écrit intitulé : le 
« Jiufé sans ju^ es, a voulu couronner 
" dignement sa carrière en se faisant 
"juge sans jugés; il est un de ceux 
« qui proposent de condamner les 
» prévenus d'avril sans les entendre, 
X et qui ont prononcé contre les dé- 
" fenseurs les peines exorbitantes 
« dont on rient de les frapper. " 
Quand Marbois se signalait par cette 
rigueiu- judiciaire, il n'était déjà plus 
que premier président honoraire de 
la Cour de* comptes. Une de ce-* 



MAL -21 

combinaisons qui sont inhérentes au 
régime parlementaire, l'avait forcé 
d'abandonner, le 5 avril 1834, lapre- 
sidence effective à M. Barthe qui ve- 
nait lui-même d'abandonner à M. 
Persil la simaiTC de garde-des-sceaux. 
Ce changement avait été accompa- 
gné de circonstances pénibles pour 
le vieux président- L'année précé- 
dente, attaqué cFune maladie grave, 
à laquelle il craignait de ne pas sur- 
vivre, il avait envoyé sa démission au 
roi Louis-Philippe, en le priant de lui 
désigner un successeur, pour que le 
service de la presidence éprouvât le 
moins d interruption possible. Le roi 
ne disposa pas de la place ; et Marbois 
rétabli rentra en possession de ses 
fonctions. Lors de sa première récep- 
tion à la cour, ce prince lui parla de sa 
démission, comme étant devenue sans 
objet. Marbois, par convenance, ne 
crut pas devoir la retirer. Mais, le 4 
avril au soir, on lui Ht connaître 
qu'on était dans l'intention d'user du 
dioit que Ton avait légalement de se 
servir de la pièce qu il avait impru- 
demment laissée entre les mains de 
Louis-Phihppe. Marbois écrivit au roi 
une lettre très-ferme et très-digne , 
dans laquelle il faisait sentir tout ce 
qu'avait d'extraordinaire le procédé 
dont on usait à son égard; puis, afin 
de montrer que ce n'était qu'en vertu 
d'un nouveau consentement de sa part 
que Ion pourrait disposer de la prési- 
dence, il tenninait sa lettre par une ité- 
rative démission. Le roi lui adressa une 
lettre autographe dont les termes 
étaient assez embarrassés, et qui se 
tn'minait par facceptation de la dé- 
mission. A cette lettre était joint le 
portrait de Louis-Philippe. Le lende- 
main, Marbois, présidant pour la der- 
nière fois la Cour des comptes, lui mit 
sous les yeux les circonstances qui a- 
vaient amené sa retraite, et donna lec' 



â$ MAB 

ture de sa lettre au roi et de la ré- 
ponse de Louis-Philippe, comme pour 
rendre l'assemblée juge de la manière 
dont on avait cru pouvoir payer ses 
anciens services. Il était tellement ému 
en faisant ces adieux forcés, que des 
larmes abondantes coulaient de ses 
yeux. Les membres de la Cour ne 
montrèrent pas moins de sensibilité , 
et le public blâma unanimement la 
conduite du gouvernement. Marbois 
survécut trois ans à sa disgrâce : il mou- 
rut le 14 janvier 1837, dans sa qua- 
tre-vingt-douzième armée. Son corps 
était affaibli et usé; sa vue presque 
éteinte; mais il avait conservé jus- 
qu'au dernier moment toutes ses In- 
cultes intellectuelles, toute l'activité 
de son esprit. Il n'a laissé d'autre 
postéi-ité que M™'' la duchesse de 
Plaisance, qui, peu de temps après la 
mort de son père, a vu mourir sa 
fille unique. Madame de Marbois, lors 
de la déportation de son époux, avait 
été si vivement affectée, qu'elle fut 
atteinte d'une aliénation mentale qui 
ne finit qu'avec sa vie. L'éloge de 
Marbois a été prononcé devant la 
Chambre des Pairs, le 17 janvier 1838, 
par son collègue Siméon, qui avait 
partagé sa proscription au 18 fructi- 
dor. Marbois était, depuis 1821, asso- 
cié libre de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, oii il a eu pour 
successeur Joseph Michaud. On a de 
lui un assez grand nombre d'écrits 
dans différents genres. T. La Puri- 
xienne en province^ ouvrage national, 
1766, iïi-H". Le frontispice porte ; 
par M. Bar. de Mar. Des exemplaires 
avec tm nouveau frontispice .sont da- 
tés de 1769, sans cette indication abré- 
gée du nom de l'auteur. II. (iuliatUy 
conte pltYsifine et moral, traduit de 
l'anglais, 1769, iM-12. 111. Essai sur 
Us vwyens d'inspirer aux hommes le 
goût de la vertu^ 1769, in-8^ IV. 



MAR 

Essai de morale, 1772, in-12. V. 6'o- 
crate en délire, traduit de l'allemand 
de Wieland, 1772, in-12. VI. Lettres 
de madame la marquise de Pompa- 
dour, depuis 1746 jusqu'en 1762, 
Londres, 1771. 2 vol. in-8''; 1772, 
3 vol. in-12; 1772, 4 vol. in-12; 
1773, in-S" ou in-12. Nouvelle édi- 
tion (précédée d'une Notice sur ma- 
dame de Pompadour), Paris, 1811, 
2 volumes in-12. " Ces lettres, dit 
" le bibliographe Barbier , attri- 
« buées d'abord à Crébillon le fils, 
« l'ont été ensuite, avec plus de vrai- 
« semblance, au comte Barbé-Mar- 
« bois, n VII. Lettres sur tes affaires 
présentes, Paris, 1775, in-8''. VIII. 
État de la partie espagnole de Saint- 
Domingue , 3 vol. in-8». IX. État 
des finances de Saint-Domingue, con- 
tenant le résumé des recettes et dé- 
penses de toutes les caisses publiques, 
depuis le 1" janvier 1788 jusqu'au 
3 décembre de la même année, Paris, 
in-8'', 1789. L'auteur publia cet écrit 
pour répondre aux imputations qui 
s'élevaient contre sa gestion dans cette 
colonie. A la même époque appar- 
tient une autre publication de l'au- 
teur, sous ce titre : Recueil de pièces 
sur les fi-nances de Saint-Domingue, 
in4". X. Culture du trèfle, de la lu- 
zerne et du sainfoin, Paris, 1792. 
C'est l'ouvrage dont il a été parlé 
dans le cours de cette notice, et dont 
le directoire du département de la 
Moselle ordonna 1 impression. XI. Bé- 
flexions sur la colonie de Saint-Do- 
mingue, ou Examen approfondi des 
causes de sa mine et des mesures pour 
la rétablir, 1796, in-8». XII. Mé- 
moire sur les finances, 1797, in-4». 
XIII. Voyage d'un Français aux sa- 
lines de Bavière et de Saltzhourg, 
111 1776, Paris, 1800, in-18. Marbois 
Ht imprimer cet écrit à l'occasion de 
discussions qui «'étaient élevées dan» 



MAB 

le Corps législatif, relativement aux 
salines. XIV, Éloge du citoyen Du- 
fresne, conseiller d'État, directeur-gé- 
néral du trésor public , Paiis , an X 
;1802), broch. in-8^ XV. La richesse 
du cultivateur, traduit de 1 allemand, 
1803, in-8". XVL Complot d'Arnold 
et de sir Henri Clinton, contre /e< 
États-Unis d'Amériqne et contre Ji^a- 
<ihington, septembre 1780, Paris, 
1816, in-8", avec une carte et deux 
portraits; 2* édition, 1831. L auteur 
écrivant sur les lieux, au moment 
même où les faits qu il raconte se 
sont passés, possédait tous les moyens 
de constater la vérité ; il n'a eu d autre 
ambition que de la mettre au jour, 
et son livre composé avec toute la 
di^jnité simple qui doit caractériser 
Ihistoire, a obtenu un succès uni- 
versel. Il est au nombi-e des ou- 
vrages adoptés par 1 Tniversité. XVII. 
De la Guyant, de son état physique^ 
de son agriculture, de son régime in- 
térieur et du projet de la peupler avec 
des laboureurs européens, Paris, 1822, 
in-S". XV III. Rapport sur l'étal actuel 
des prisons dans les départements du 
Calvados, de l'Eure, de la Memehe, 
de la Seine-Inférieure, et de la maison 
de correction de Gai lion (oct. 1823. 
Paris, 1824, in-i", tiré a un j>etit nom- 
bre dexemplaires). Un second rapport 
de Barbé-Marbois, sur 1 amélioration 
des prisons, fait le 24 juin 1825, a été 
inséré dans la Revue encyclopédique : 
quelques exemplaii-es ont été tirés à 
part, in-8° de 12 pages. XIX. Obser- 
ffations sur les votes de quarante-el-uu 
conseils-généraux de départemen ^ con- 
cernant la déportation des forçats li- 
bérés , présentées à >I. le dauphin , 
par un membre de la société royale 
pour l'amélioration des prisons (Barbé- 
Marbois), Paris, 1828, in-8°. L auteur, 
dans ce mémoiie, se prononce avec 
force contre la déportation. XX. Uis- 



MAB 



29 



toire de la Louisiane, 1828, in-8". Ou- 
vrage remai-quable et plein de Aôtu- 
ments curieux. Marbois était plus que 
tout autre appelé à écrire sur cette 
matière. En 1803, il avait été chai-gé 
d'une importante négociation relative 
à la Louisiane. On sait qu'en 1801 
Napoléon avait recouvré ce pavs, cédé 
par la France à l'Espagne, en 1768. 
et rétrocédé à la France par le cabi- 
net de Madrid. Cette colonie était en- 
tièrement dépourvue de défense. Na- 
poléon ne put en prendre possession 
qu'en 1803 : et avant qu'û lui eût été 
)K)ssible d"v envoyer les garnisons 
nécessaires, l'Angleterre se préparait 
a l'envahir. Déjà en possession du Ca- 
nada, elle se serait aussi rendue maî- 
tresse de la navigation du Mississipt 
et des contrées qui sont à l'ouest de 
re fleuve. Napoléon, après une pos- 
session précaire et purement nomi« 
iiale de peu de mois, comprit com- 
bien \\ était important que l'Angle- 
teiTc ne s'emparât pas de ce beau 
pays: il résolut de le céder aux États- 
Unis, et chargea Marbois de cette né- 
gociation, en lui annonçant qu'il ne 
ferait cette cession qu'au prix de 50 
miUions. Marbois eut fhabileté d'en 
obtenir 80, dont 20 applicables aux 
indemnités dues aux commerçants 
des États-Unis, pour les prises indû- 
ment faites sur eux. Napoléon, qui sa- 
vait récompenser, mit alors à la dis- 
position de l'heureux négociateur 
192,000 fr. - pour suppléer, lui écri- 
vair-il, à l'insuffisance de votre trai- 
tement, avant l'intention que vous 
voyiez dans cette disposition le désir 
que J'ai de vous témoigner ma sa- 
tisfaction de %os importants travaux 
et du bon ordre que vous avez mis 
dans votre ministère, qui ont valu 
à la république un grand nombre 
de miUions et la négociation que 
- vouc venez de terminer , par lu 



m MAR 

.. quelle vous avez procure à la répu- 
« Wiquc dix millions en sus de ce que 
a portaient vos instructions ». Mar- 
bois avait inséré , avant 1789 , quel- 
ques articles dans le Journal Ency- 
clopédique et dans le Journal des Sa- 
vants, entre autres un morceau curieux 
sur les Fla(]eHants (3). On lui doit la pu- 
blication d'un Mémoire historique re- 
latif aux négociations qui eurent lieu 
en 1778 pour la succession de Ba- 
vière par le comte de Goertz, envoyé 
du roi de Prusse près des princes 
Bavaro-Palatins (Paris, 1812, in-8°). 
Marbois, qui figure dans le Mémoire 
comme secrétaire de la légation fran- 
çaise, a ajouté à l'ouvrage dont il est 
l'éditeur, une introduction où se 
trouvent des détails sur les principaux 
personnages , une notice sur le che- 
valier de La Luzerne et des notes in- 
téressantes. Il avait joué lui-même 
im rôle dans ces négociations. Lors- 
qu'à la mort de l'électeur de Ba- 
vière, Maximilien-Josepli , l'impéra- 
trice Marie-Thérèse éleva , eh vertu 
d'une clause du traité de Westphalic, 
des prétentions sur les principales pro- 
vinces de l'électoral, le duc des Deux- 
Ponts, Charles-Théodore, accourut à 
Munich pour défendre ses droits. 
L'envoyé de France était gravement 
malade. Marbois, consulté par le duc 
et sans instructions sur un cas si im- 
portant, tint une conchiite qui ex(ùta 
les plaintes du cabinet de Vi(!nnc. 
Mais il fut approuvé par le conseil 
du roi et par le comte de Vcrgennes 
cjui, dès-lors, le prit en singulière 
estime. Cependant fintime alliance des 
cours de Paris et de Vienne ne peruiil 
plu» d'employer Marbois auprès des 
princes de l'empire; et c'est alors 

(3) V. la Correspondance de Grimm, a\n\ 
1778, l. X. Griinin lut auribue mal à propos 
V Essai sur le etmmerce <k Russie, qui est d<' 
vtarbauil. 



MAR 

qu'abandonnant la carrière diploma- 
tique pour celle des tribunaux, il se 
fit recevoir, en 1778, conseiller au 
Parlement de Metz. — Madame Barbé- 
Marbois a publié, en l'an VII (1798), 
le Mémoire justificatif de son mari 
sur le 18 fructidor, qu'il lui avait fait 
parvenir lui-même de Sinamary. On 
peut consulter à cet égard les Anec- 
dotes secrètes sur le IS fructidor, qui 
parurent vers cette époque (1 vol. 
in-12). Pendant son exil, il avait écrit 
jour par jour, depuis son arrestation 
(USfju'à son retour, tout ce qui lui ar- 
rivait. Dans ce Journal qu'il a fait 
imprimer pour ses amis à un petit 
nombre d'exemplaires , l'auteur se 
joue du malheur plutôt qu'il n'em- 
ploie ses forces à lutter contre lui. 
Souvent des traits de gaîté qu'on 
nanrait pas attendu de son air aus- 
tère et de sa gravité habituelle, vien- 
nent se mêler à des réflexions tou- 
chantes, et aux sentiments de ten- 
dresse qu'il exprime à sa femme et à 
sa fille. » Quoi qu'il puisse m'arriver, 
• dit-il, dans ma déportation, fut-ce 
" la mort, plus de la moitié des 
" hommes nont-ils pas subi ses loi» ■ 
>. avant l'âge où je suis parvenu?... Je 
.. vais dansla captivité me trouver plus • 
» libre quejene l'ai été à aucune épo- 
.. que de ma vie. .le ne serai plus obligé ' 
.. de prolonger mon travail jusque • 
. dans la nuit ou do devancer le jour.^> 
. .le pn'udrai du repos à nia volonté. 
.. .1c n'aurai de devoirs inq)ortants h 
i. remplir qu'envers moi-même... Mes 
. devoirs envers les autres se rcnlui- 
. ront à des procédés d'amitié , d'é- 
" gards et de civilité. On ne se plain- 
.. dra plus de ni(;s refus , de mon 
" austérité, .le n'aurai plus de juge- 
• menls qui mécontenteraient infail- 
>. liblement une des parties... .le ne 
. ci-oyai» pas, ma chère Klise (c'était 
. sa femme), finir par vous parler des 



MAB 

.. plaisirs de la zone torride. nen 
dites rien à personne : 

• Si mes persécuteurs pénétraient ce mystère. 
Je pourrais payer cher une ombre de bonheur : 
Poiir les pôles glacés, Barras, en sa colère. 
Me ferait arracher aux feux de l'équateur. • 

La plus grande consolation de Mar- 
bois consistait alors dans une petite 
bibliothèque quil avait su cons- 
truire comme menuisior et qu'il put 
garnir de livres. La con-ette qui 
portait les déportés avait capturé . 
tians la traversée , un vaisseau an- 
glais où se trouvait un assortiment 
de livres. Les déportés avaient eu 
chacun un lot dans cette prise. Un 
grand nombre de ces livres étaient 
échus à Pichegni, qui les troquait suc- 
cessivement contre du \'in que Mar- 
bois avait apporté de Cayenne à 
Sinamary. " Pichegi-u, dit ce der- 
" nier, dans son journal , était fort 
" libéral du \in ainsi acquis. Nous 

• étions quelquefois en contestation 

• siu- une bouteille de plus ou de 
" moins, pour un Hérodote ou un 
" Tite-Live; ses connves se mo- 
'■ quaient de ma simplicité, lorsque 
■' faisant les honneurs de ces joyeux 
•>■ banquets, il leur disait : Buvons un 
« verre de mon J'ir^ilcy sablons une 
•' strophe de mon Horace, une rasade 
<•■ à la mémoire d' Homère. " La con- 
sidération personnelle dont jouissait 
Marbois, lui donna occasion de re- 
prendre, même dans son exil, l'auto- 
rité qui appartenait à son caractère. Au 
commencement de l'an VlH, l'agent 
Rurnel, que le Directoire avait envoyé 
a Cayenne , proclama la liberté des 
noirs et les appela à la défense de 
l'île, sous prétexte d'une prétendue 
invasion des Anglais. Ces nègres rem- 
plirent la ville et les faubourgs; i' 
était impossible de les solder et de 
les noiu-rir. De là des menaces d'iii- 
•vndier les habitations, d'égorger les 



MAR 



31 



propriétaires , et tous les présages 
de ce qui s'était passé à Saint-Do- 
mingue. Les blancs et les mulâtres se 
réunirent pour leiu- défense com- 
mune. jNLirbois et son compagnon 
LafFon-Ladébat , investis de leur con- 
fiance , devinrent les conseils de la co- 
lonie, expulsèrent Biu-nel, et tout rentra 
dans l'ordre, à peu près vers le même 
temps que le Directoire était renversé 
par Bonaparte. Marbois, qui avait des 
propriétés dans l'arrondissement des 
Andelys (Eure), fut le bienfaiteur de 
cette localité. Une notice publiée en 
1838 par M. AnL Passy, ancien préfet 
de l'Eiu-e, a révélé au public, que 
de 1822 à 183o, Marbois lui confia 
diverses sommes montant à 77,000 
francs pom* des établissements utiles 
dans l'arrondissement des Andelys; et 
cet ai'gent devait toujours être employé 
sous le voile de l'anonyme. M. Etien- 
ne, alors député de la Meuse, lui 
avait remis un Mémoire destiné à 
l'iustruction élémentaire dans ce dé- 
partement. Apprenant que les au- 
teurs étaient des jeunes gens mo- 
destes et ignorés, qui avaient mis en 
commun leurs talents et le peu de 
ressources qu'ils possédaient, pour 
propager chez le peuple des cam« 
pagnes des vérités utiles, Marbois 
donna pour eux oOO francs. « Mais 
- i-appelez - vous bien, dit -il à M. 
■' Etienne, que si mon nom est con- 
" nu, je retire mes oOO francs. ■ Au 
mois de mars 1836, la famille de Bar- 
bt»-Marbois fit rédiger une courte no- 
tice sur sa vie, qui a été revue pai- 
Marbois lui-même et lithographiée à 
une centaine d'exemplaires ( Paris , 
Bineteau). Marbois avait publié ses 
propres Mémoires, en 2 vol. in-8"*, 
flans l'année qui précéda sa mort. 

D— R— R, 

MARBOT (A^TOI!«E), généi^l 
français, naquit an village de la Bi- 



32 



MÂiV 



vlèrc (Corrèze), vers 17S0, d'une fa- 
mille honorable, reçut une bonne 
éducation et entra fort jeune dans les 
(lardes -du- corps du roi. Après quel- 
ques années de service, il fut compris 
dans les réformes que Louis XVI fît 
de sa maison, dès le commencement de 
son régne. S'étant alors retiré dans sa 
famille, il n'y passa que peu de temps, 
reprit bientôt du service, et devint 
aide-de-carap du général de Schom- 
berg. La révolution étant survenue, il 
en adopta les principes avec le plus 
grand enthousiasme, et fut nommé, en 
1790, administrateur du département 
de la Corrèze, puis député à l'Assem- 
blée législative, il ne s'y fit remar- 
quer que par un lapport sur les fi- 
nances (5 avril 1792), dans lequel il 
proposa un emprunt dont le résultat 
eût été de réduire la masse des assi- 
gnats, et de forcer les acquéreurs de 
biens nationaux à faire leurs derniers 
paiements en numéraire. Le 8 juin 
suivant, il s'opposa à ce qu'on reçût 
dans l'armée les soldats de la garde 
constitutionnelle que l'Assemblée ve- 
nait de contraindre Louis XVI à licen- 
cier, par la raison, dit-il, que l'esprit 
de ce corj)s était un dévouement au 
roi, esprit qui ne devait pas être celui 
des troupes nationales. Cette proposi- 
tion excita quelques rumeurs et n'eut 
aucune suite. Après la session, Mar- 
bot rentia dans la carrière des armes 
et parvint très-promptcment an grade 
de général de division. Il fit en «-ctte 
qualité les cam[)agnes de 1793-179i 
sur la frontière d'Kspa{;ne, (;l se dis- 
tingua dans plusifuis occasions, no- 
tamment à Orthez et à Glossua. Des- 
titué comme ultra - révolutioimaire 
jprès l.i chute de Robespierre, il fut 
réintégré par un airèté du conii- 
lé de salut ])ublic à l'époque du 
iriomphe de la Convention, le 13 
vendémiaire an l\ O)ctobre 1795), 



MAK 

puis nommé député au Conseil des 
Anciens par son département. Dès les 
premières séances, il se déclara avec 
beaucoup d'énergie contre le parti 
royaliste alors tout-puissant, et s'op- 
posa surtout à la rentrée des habi- 
tants de l'Alsace que la terreur avait 
forcés de se léfugier à l'étranger, et 
qui pour cela étaient considérés com- 
me émigrés. Sa motion contre ces 
malhetureux fut tellement désap- 
prouvée, qu'une décision de l'asseàn- 
blée ordonna son rappel à l'ordre. 
Quelques mois plus tard, Marbot ne 
fut pas moins inexorable pour les 
émigrés du Comtat-Venaissin. Il con- 
courut de tout son pouvoir à la ré- 
volution du 18 fructidor (i septem- 
bre 1797), et aux proscriptions qui 
en furent la suite. Nommé, aussitôt 
après cette victoire du parti révolu- 
tionnaire, président du conseil , il le 
fui encore au mois de juin 1798; | 
prononça le 14 juillet , en cette qua- 
lité, un discours commémoratif de la 
première journée de nos révolutions, 
et fit décider que celle du 1 8 fructidor 
serait également solcnuisée chaque 
aimée. Le 18 avril 1799, au moment 
de la crise opérée par les succès que 
venaient d'ol)tenir les armées Austro- 
r.usses en Allemagne et en Italie, il 
demanda avec beaucoup de force 
une levée de doux cent mille hom- 
mes, et se prononça avec la même 
violence contre mie circulaire de 
François de Neufchi\tcau qu'il accusa 
d'avoir <lésigu<; lea républicains aux 
paifjttards des royalistes, ajoutant 
<pic ce ministre -poète avait autre- 
fois chanté Marat et Robespierre, 
«hielques jouis après, il appuya vi- 
vement limpression d'une adresse 
des habitants de (Grenoble contre 
le général Schérer qui venait d'être 
battu en Italie et qui était le pro- 
té}'«i de Bcwboll. Ktant sorti du 



MAP. 

conseil après la révolution du 30 prai- 
rial quirenversa ce directeur, il rem- 
plaça Joubert dans le commandement 
lie Paris, et continua de se montrer, 
dans ce nouveau poste, /xiié partisan 
de la démagogie. Rien que remplacé 
avant le 18 brumaire, il Fit tous ses 
eâForts pour empêcher le triomphe de 
Bonaparte, qui l'envoya aussitôt après 
à l'armée d'Italie pour y être em- 
ployé dans son grade. Mais à peine 
arrivé à Gênes , Marbot mourut près - 
que subitement au commencement de 
l'année iSOO, atteint de l'épidémie 
qui affligeait alors ces contiées. — 
Ueui fils de ce général tiennent un 
rang distingué dans l'armée fran- 
çaise. M — D j. 

MARC (le P.), linguiste slave, né 
le 13 avril 1733, en ('.arniole, s'en- 
gagea fort jeune parmi les moines 
Augustins de Laybach, et passa la 
plus grande partie de sa vie, au cou- 
vent de Saint - Antoine de Padoue. 
Il finit cependant par quitter sa pa- 
llie pour se fixer aux environs de 
Vienne. Cest là qu il mourut le 5 
février 1801. I^pére Marc est un des 
hommes qui ont le mieux mérité des 
langues slaves du Midi , et qui ont le 
plus contribué à cet élan qu'on i-e- 
marque aujourd'hui dans la monar- 
chie autrichienne vers l'étude de ces 
idiomes remarquables. Parmi les nom- 
breux dialectes de cette façon de 
parler dans les provinces ill\Tionues, 
le camiolien ou carcntanien est cer- 
tainement celui qu'il faut regarder 
comme type, et l'on y rattache au- 
jourd'hui le croate d'une part , le 
Slovène de l'autre. Reste seulement 
une question à débattre : qui lem- 
jiorte du carniolien ou du carcnta- 
nien (winde de Styrie et wende de 
Carinthie)? I.a difterence de ces deux 
sous-dialectes est si légère, que l'on 
peut hésiter ; mais le carniolien est 



liMlB 



33 



resté moins incuite , et cette circon«* 
tance lui vaudra la préférence auprè> 
de beaucoup de juges. Quoi qu il en 
>oit, ou doit au P. ALuc grammaire, 
lexiques et chrestomathie de sa lan- 
gue nuiternclle. Sa Grammaire de la 
langue carniolienne, Lavbach, 1768 , 
in-S", a PU, dès 1783, le* honneur> 
d'une 2* édition, cl cest presque la 
seule encore où Ion puisse appren- 
dre les principes du wende de la 
Carniole. Eusuite vinrent etlcParvum 
dicUoHttariutn trilingue (en carnio- 
lien, en allemand et en latin), Lay- 
bach, 1782, in-4°, qui a été mis à con- 
tiibution par Linde, pour son grand 
et mémorable Dictionnaire de la lan- 
gue polonaise comparée aax treize 
dialcctc.4 slaves, et son Glossariutn 
slavicum. Vienne, 1792, in-4". Enfin, 
on a encore de lui une espèce de 
manuel de versification, sous le titre 
de AdjutneiUum poeseoi carniolicœ , 
Vienne, 1798, in-8", et un autre Ma- 
nuel poui- les conversations et les 
matières usuelles : c'est la tiaductioD 
du Xoth- u. IJiilfsbiichlein dcHTaLiuev. 
On conserve au collège Theresianmn 
devienne plusieurs manuscrits du 
P. Marc, entre autres une Chronique 
de Carniole et une Uisloire des iavanti 
r<ir«io//e»is, ou Bibliotheca Carnioliie. 

F— OT. 

AI ARC (Charucs-Cukktie}* -Henri) , 
premier médecin du roi Louis-Phi- 
lippe, naquit à Amsterdam, le i no\ . 
1771; son père étiiit allemand, et sa 
mère hollandaise. Eu 1772, ses pa- 
rents vinrent s'établir au Havre et 
demeurèrent jusqu'en 1780. t* fu 
donc en Fiance que Marc reçut sa 
première éducation. Parlant alle- 
mand avec son père , hollandais 
avec sa mère , et Irancais avec sçs 
camaïades d'étude . il brillait a^ 
milieu d'eux pat; son. application et 
ses progi-ès. A neuf ans, il Retourna 



34 



MAR 



en Allemagne avec ses parents, et a 
treize ans, il entra au collège deShep- 
fenthal (en Saxe). Là, sous la direc- 
tion du célèbre instituteur Saltzmann, 
a termina en quatre années toutes ses 
études classiques, et il apprit le 
latin, ainsi que l'avait appris Mon- 
taigne, comme une langue vivante; 
aussi pouvait-il écrire et parler dans 
cet idiome avec autant d'élégance que 
de facUité. On en trouve la preuve 
dans un petit discours qu'il prononça 
à son départ du collège, afin d ex- 
primer à la fois sa reconnaissance 
envers ses maîtres et son amitié pour 
ses condisciples. Ce petit essai parut 
à ses professeurs digne d'être impri- 
mé, et l'un deux le fit suivre de quel- 
' ques strophes dans lesquelles il pré- 
disait au jeune orateur un brillant 
avenir, prédiction qui se réalisa sans 
doute, mais non sans que celui-ci 
eût bien des obstacles à vaincre. 
Marc, laissé libre par son père de 
choisir une profession, se sentit pous- 
sé par une vocation irrésistible vers 
la médecine. Il commença l'étude de 
cette science à l'Université d'Iéna. 
Il s'y serait fait recevoir docteur; 
mais le désir dobtenir ce grade sous 
les yeux de sa famille l'engagea a 
soutenir les épreuves à la faculté 
de la ville d'Erlangen, où son père 
exerçait les fonctions de conseiller 
des finances. Sa thèse avait pour 
titre : Historia morbi rariotii spasmo- 
dici, cum brevi epicrisi (iTd2). Ce 
qui charme dans la préface de cette 
thèse, qui était déjà un ouvrage de 
haute portée, «'est l'expression de 
la déférence et du respect que les 
jeunes médecins allemands ont tou- 
jours eus pour leurs maîtres, sorte 
de piété qui fait un des caractères 
distinctits des universités d'Allemagne. 
Voulant agrandir par la pratique le 
cercle de ses connaissances, le nou- 
t. 



MAR 

veau docteur se rendit à Vienne, et 
pendant dix-huit mois, visita les hô- 
pitaux de cette capitale. De là il fut 
appelé à Bamberg, par son oncle, 
médecin distingué, qui avait surveiUé 
la fondation dun hôpital, dont le 
prince-évêque de cette ville venait 
de la doter. Marc se perfectionna dans 
l'art de guéi'ir, sous les yeux de son 
parent. La princesse douairière deLo- 
wenstein ayant demandé à celui-ci un 
jeune médecin qui pût la suivre dans 
ses terres de Bohème, Marc consentit 
à y passer quelque temps , et fut là ce 
qu'il a été partout, dévoué, plein de 
désintéressement, au milieu d'une 
clientèle nombreuse, mais pauvre. 
En 1795, il publia trois ouvrages en 
allemand : le premier offre des Rè- 
gles d'hygiène à l'usage des voyageurs; 
le second a pour titre : De l'emploi 
du gaz azote dans la phthisie pul- 
monaire; le troisième. Observations 
générales mr le% poisons et sur les 
effets qu'ils produisent dans le corps 
de l'homme. Ce dernier ouvrage, dont 
l'illusue professeur Hildebrand agréa 
la dédicace, était le premier essai du 
jeune docteur dans la médecine lé- 
gale. Il a été traduit en italien par 
Ferraris. Vers la fin de cette même 
année 1793, Marc, âgé de 25 ans, vint 
à Paris pour la première fois. Sa 
jeunesse, son savoir et même cette 
qualité d'étranger cpii prévient tou- 
jours si favorablement en France, 
tout lui concilia parmi les médecins 
de la capitale un accueil bienveil- 
lant. Il se lia surtout avec Bichat , 
\libert, et sous l'autorité de leur 
maître Corxnsart, dont il suivait les 
leçons de clinique, il concourut avec 
eux, avec Cabanis, Desgenettes, lAr- 
rev,Duméril, Pincl, Fourcroy et quel- 
ques autres, à la formation de cette 
société médicale démulation a la- 
quelle on doit de savants mémoires. 



Nous citerons entre autres uie la Fiè- 
vre et de son traitement en général, 
trad. de l'allemand de G.-Clir. Reich ; 
Considérations sur une tympanite,oh- 
servée à l'hôpiul Saint-Louis; Com- 
mentaire stir la loi de -Vutna Pompi- 
lius, relative à Couverture cadavérique 
des femmes enceintes, etc. Vers la fin 
de 1797, la mort de son père le rappela 
en Alleniafljne; il revint en France en 
1798, avec sa mère. Comme son pèi-n 
avait placé tout son avenir sur les fonds 
publics de France , sa fortune avait 
été presque entièrement absorbée pai- 
la réduction du tiers consolidé. 
D'autres circonstances malheui-euse.'; 
forcèrent M"" Marc à vendre à 7 fr. 
30 cent, ce qui avait coûte 100 fr. à 
son mari. Dès ce moment, de rudes 
épreuves se préparèrent pour le doc- 
teur Marc, qui, marié depuis quelques 
années, était déjà charge de famille. 
\m\ qui, jusqu'alors, à la faveur d unr 
honnête aisance, avait pu étudier, 
exercer la médecine sans antre but 
que l'intérêt de l'art , se vit obligé de 
chercber dans la pratique les moyens 
de faire vivre une mère, une épouse 
et quatre enl'ants. Il se livra donc à 
ce j)énible métier avec confiance , 
avec habileté ; mais bientôt lassé . 
rebuté, ayant acquis de bonne heure 
une amère connaissance de la vie mé- 
dicale, il prit en déffoût l'exercice 
de sa profession. Deux choses le 
choquaient surtout en France ; d'a- 
bord la responsabilité qui pèse sans 
cesse sur le praticien, même rpiand 
le malade n'a point exécuté ses ordon- 
nances; puis, souvent, la nécessité 
d'envoyer , à la fin du traitement , 
lUie note de visites, comme une fac- 
ture de commerce ; ce sont les ex- 
pressions dont il se servait en parlant 
de cette dure nécessité. Décidé à chan- 
ger de direction , il fonda une manu- 
facture de produits chimiques : le suc- 



MAR 



3o 



ces ne répondit [>oint à ses espéran- 
ces. Marc fut bon médecin et mau- 
vais industriel ; il était savant et point 
du tout marchand : aussi, après avoir 
dissipé dans ce commerce les derniers 
débris de sa fortune, il se trouva 
entièrement ruiné. Revenu à Paris, 
pour y l'econmiencer sa carrière mé- 
dicale, il s'y trouva dégagé de toute 
obligation envers qui que ce fût, et ne 
dut rien qu'à sa famille. L'âme rem- 
plie de pensées douloureuses, mais 
conservant sur son xnsage une inalté- 
j-ablc sérénité, le jour il faisait régu- 
lièrement ses visites, en les entremêlant 
de quelques échappées chez les pau- 
vres ; et le soir lorsque, accablé de fa- 
ligues, épuisé par les privations, i! 
lentraît au milieu des siens, il leur 
dissimulait sa peine, et, par l'enjoue- 
ment et la tendresse de ses paroles, dis- 
rsipait leur tristesse et ranimait leur es- 
poir. La nuit, pendant leur sommeil, 
enveloppe d'un manteau, afin de mé- 
nager le bois qui devait les chauffer, 
i| écrivait pour divers journaux de 
médecine. Il lui fallait, pour résister à 
àci travaux si soutenus et à tant de 
privations, non-seidement beaucoup 
«le courage, mais cet amour de l'hu- 
manité qui , chez lui , avait tant 
de puissance. En 1808, on cherchait 
un équivalent pour remplacer le 
quinquina . devenu très-rare à cause 
du blocu* continental. Marc proposa 
d'y substituer le sulfate de fer. L'heu- 
reuse application de ce moyen, 
dans un moment où les fièvres inter- 
mittentes exerçaient de grands ra- 
vages , lui valut une lettre très-flat- 
teuse de Corvisart, qui le remercia au 
nom de l'aïuorité. En 1809, la Société 
de médecine de Paris consigna dan» 
son Recueil les résultats de cette pre- 
mière découverte, et Marc en fit le 
texte de deux mémoires qtii parurent 
en 1810. sous le titre de Recherrhet 
3. 



36 



MAB 



sur l'emploi du sulfate de fer dans fc 
traitement dei fièvres intennittentex. 
On lui avait conseillé de faire un se- 
cret de sa découverte; il pouvait ainsi 
facilement acquérir une {grande for- 
tune : mais il reftisa, voulant, di- 
sait-il, que l'humanité seule en profi- 
lât. En toute occasion , il déploya la 
même délicatesse. L'illustre Parmen- 
tier l'avait, à son lit de mort, dé- 
signé pour le remplacer au conseil 
de salubrité , et lui avait , dans celte 
intention, donné une lettre qui devait, 
dans la journée même, être mise 
SOU8 les yeux du ministre. Marc ne 
consentit 'à cette démarche qu'après 
la mort de Parraentier ; c'était trop 
tard; la place était prise; mais il ne 
se plaignit pas plus de cette déconve- 
nue, qu'il ne se vanta de sa bonne 
action. De meilleurs jours ne devaient 
pas tarder à luire pour lui. Le docteur 
Herbauer, que le roi de Hollande, 
Louis Bonaparte, venait de nommer 
àon médecin, le pria d'accepter sa 
clientèle. Marc devint bientôt l'un 
des médecins les plus répandus de 
la capitale. Au milieu des occupa- 
tions qui remplissaient sa vie , il ré- 
serva toujours une partie de son 
temps à ses études favorites. Le doc- 
teur Victor Rose publiait alors en 
Allemagne un Manuel d'autopsie ca- 
davérique médico-légal ; Uarc en fit 
une traduction «jui parut en 1808, 
enrichie de notes et de commentaires ; 
il y joignit doux mémoires de sa couj- 
position : l'un Sur la docimasie pul- 
monaire, l'autie Sur /es signes de la 
mort par submersion. A la tête du vo- 
lume est une préface dans laquelle il 
déplore l'indifférence où l'on était a- 
lors en Vrance pour la médecine légale, 
tutrice do l'honneur et de la vie des 
hommes, et qui, dans un pays ou la 
chimie jette tant d'éclat, aurait du 
briller comme ollc. Une de» meiUeuns 



MAB 

«ît des plus utiles productions de Maix 
a pour titre : La Vaccine soumise aux 
simples lumières de la raison (Paris, s 
1809). C'est un petit drame plein de ] 
naturel, de mouvement et de gaîté , j 
dans lequel sont combattus les préju- j 
{'ris du peuple contre la vaccine. Un 
digne curé, un chirurgien plein de 
sens et de philantropie, puis quelques 
villageois et leurs femmes , entre au- 
tres l'entêté Jean Rétif, sont les inter- 
locuteurs de ce dialogue, qui rappelle 
la manière de Franklin. Cet ouvrage, 
dont le succès fut européen, a eu plu- 
sieurs éditions et a été traduit dans 
plusieurs langues. Malgré tant d'émi- 
rients services , Marc n'appartenait à 
aucune Faculté de France. En 1811, 
il se fit agréger à celle de Paris, et 
soutint une thèse ayant pour titre : 
Fragmenta quœdam de morborum si- 
mulatione. C'était encore un sujet de 
médecine légale. Dans cette thèse, il 
laisse entrevoir le plan d'un grand 
ouvrage qu'il devait publier plus tard, 
mais la mort ne lui permit pas 
d'en réunir et coordonner les maté- 
riaux. Il en avait lu à ses amis quel- 
ques passages remarquables ; mais ce 
précieux manuscrit ne s'est point re- 
trouvé parmi ses papiers. En 1812, 
il fut envoyé à Pantin, par le pré- 
fet Frochot, pour y combattre une 
épidémie de fièvres intermittentes 
pernicieuses, dont le voisinage sem- 
blait menacer la capitale, et qu'a- 
vait occasionnée le mouvement des 
terres pour creuser le canal de 
l'Ourcq. Un «les médecins chargés 
du soin des malades venait do suc- 
comber. Maïc n'iiésita pas à accepter 
«etto mission périlleuse, et l'accom- 
pHt avec succès. Nommé, on 1816, 
au conseil de salubrité, il fut, peu de 
temps après, chargé de la direction 
du service des noyés et asphyxiés, où 
11 introduisit bicntAt «le nombreux 



MAB 



MAR 



37 



perfectionnements. En t817, avant 
heureusement guéri d'une maladie 
grave Madame Adélaïde, sœur du 
duc d'Orléans, il devint le premier 
médecin de ce prince , titre qui , 
en 1830 , fut changé en celui de 
premier médecin du roi. Marc écri- 
vit alors à l'Académie de médecine, 
dont il était membre, qu'il n'en- 
tendait pas se prévaloir de ce titie 
pour eue président d'honneur per- 
pétuel, place que lui accordaient les 
règlements de cette compagnie. L'A- 
cadémie , frappée de cette modestie, 
le nomma son président annuel, et 
membre du conseil d'adminisUation 
l'année suivante. Chez lui, les hon- 
neurs ne changèrent point les moeurs ; 
premier médecin du roi, il fut ce 
qu'il avait toujours été, le médecin 
des pauvres. Du reste, s'il ti-ouvait 
parfois quelques distractions dans la 
société , il n'était pas de ceux qui 
veulent les fleurs de la vie sans le 
travail qui les fait éclore. Une aima- 
ble gaité le soutenait dans les cir- 
constances les plus graves. Au sein 
des corps savants auxquels il appar- 
tenait, presque toujours ses opinions 
furent admises, et ses décisions fi- 
rent autorité; car, dans les^ discus- 
sions comme dans les entretiens par- 
ticuliers , il ne parlait que de ce qu il 
savait, et il savait beaucoup; c'é- 
tait alors un plaisir de l'entendre dé- 
ployer, sans faste et sans prétention , 
les trésors de son érudition et de son 
expérience. Lorsqu'en 1832 le cholé- 
ra-morbus sévissait si cruellement à 
Paris, Marc énonça, sur cette ma- 
ladie , des idées d'une prati([uc judi- 
cieuse: il indiqua des médicaments, 
et notamment une poudre qui eut du 
succès; mais, en même temps, il 
proposa le préservatif suivant, que 
plusieurs jouf-naux publièrent, sans 
nommer l'auteur : «i Quarante dose<: 



de chaleur, cinq de propreté', une de 
sobriété, une d'activité , une de bon 
sommeil, une de tioun-iture saine, une 
d'air très-pur, et cinquante de tran- 
quillité d^ esprit : mêlez avec soin ces 
cent parties pour en former un tout, 
véritable anti-cholérique. » Rien de 
plus attachant que les détails qui 
|)Ouiraient être révélés sur les rapports 
de Marc avec la famille royale, dont 
tous les membres ne l'appelaient que 
le bon docteur. Là, point d'étiquette ; 
c'était le médecin ami de la maison , 
toujours bien venu, toujours affec- 
tueux, étianger smtoul au langage 
des courtisans , et qui n'usait de son 
crédit que pour les malheureux. En 
1823 , il avait été uommé chevalier 
de la Légion-d Honneur ; il fut promu 
au grade d'officier après 1830 , el 
reçut du roi des Belges l'ordre de 
Léopold. Comme médecin -littérateur, 
Marc s'était fait connaître par un 
grand nombre de consultations mé- 
dico-légales, ainsi que par des articles 
importants de médecine légale et 
d'hygiène publique, qu'il avait four- 
nis à plusieurs recueils. On citeia 
toujours, dans les annales de la scien- 
ce et de l'humanité, la consultation 
([u il donna, en 1826, pour Henriette 
(jormier, femme Beiton , accusée 
d'homicide volontaiie et avec prémé- 
ditation ; puis , son mémoire pour 
Rispal et Galland , condamnés pour 
faux témoignage aux travaux forcés 
à perpétuité. Ce dernier écrit con- 
tribua puissamment à la réhabilita- 
tion de ces infortunés. Lors de la pu- 
blication du grand Dictionnaire t/e» 
Sciences médicales, ses travaux anté- 
rieurs lui donnaient une sorte de 
droit sur l'hygiène publique et sm la 
médecine légale ; ce fut aussi, dans la 
distribution des matières, la part qui 
lui fut assignée, et il a laissé dans ce 
recueil près de quarante articles ve- 



38 



MAR 



marquables, entre aatres ■■ A liénù , 
Antidote, Avortement , Baptême , 
Blessures, Cadavre, Castration, Couches 
( Femme en ), Maladies dissimulées, 
Enfants -trouvés, Épilepsie simulée. 
Exhumation, Grossesse, Habitation, 
Hermaphrodite,Hydrophobie, Impuis- 
sance, etc. Il quitta le grand Diction- 
naire , et s'associa avec plusieurs de 
ses confrres pour la publication du 
Dictionnaire de Médecine, en 21 vol. 
On peut encore citer, parmi ses nom- 
breux articles : Accouchement, Am- 
phithéâtre, Contagion , Infanticide, 
Inhumation, Pharmacie, Phai-macieu, 
Médecine politiijue. Quarantaine, Se- 
cours publics, Fiabilité, etc. En 1829, 
il fonda, avec Esquirol et Parent-Du- 
châtelet, les Annales d'Hygiène pu^ 
bliciue et de Médecine légale, for- 
mant aujourd'hui une collection de 
28 volumes, qui se continue. Marc 
composa l'introduction, comparable à 
ce que l'Allemagne possède de mieux 
en ce genre, et qui oflxe l'iiistoire 
de la médecine légale depuis son ori- 
jrine et dans les dirterentes contrées 
du monde savant. Il est peu de volu- 
mes des Annales qui ne renferment 
de lui quelques mémoires importants. 
L'Encyclopédie moderne de Courlin 
lui doit également plusieurs articli's. 
En 1831, il publia YE.xatnen mé- 
dico-légal des causes de la mort de 
S. A. R. le prince de Condé, brochure 
de 88 pa^es in-8", avec six planches 
explicatives, extrait des Annales d'hy- 
giène publique et de méderinv légale. 
En 1835, toujours préoccupé du soin 
d'étendre et de perfectionner le» 
moyens de salubrité publique, il fit 
paraître un ouvrage intitulé : Nou- 
velles Recherches sur les secours à don- 
ner aux noyés cl aux asphyxiés. Pans, 
i vol. in-S". Cet ouvrage a reçu de 
liants tomoignagt;8 d'estime de plu- 
sieurs souverains de l'Europe, il lour- 



MAR 

mille de faits curieux, de discussions et 
de remarques pleines de justesse, sur 
des questions de physiologie et de 
thérapeutique, sur les différents genres 
d'asphyxie, soit par l'eau, soit par les 
gaz, par le froid, par le chaud , par 
la suspension, par la foudre, soit par 
la faiblesse et l'inexpérience de l'or- 
ganisation qui vient de naître; sur 
l'art de ranimer les puissances vita- 
les, d'exciter la chaleur, de réveiller 
l'action des poumons, les mouve- 
ments du cœur, l'énergie du cer- 
veau, etc. Ces diverses publications 
et une foule d'autres encore dont il 
serait impossible de faire même l'e*- 
numération, et qui ont toutes un ca- 
ractère particuher , une utilité im- 
médiate , n'étaient que les jalons 
d'un grand ouvrage que Marc a laissé 
sur sa tombe, et qui est comme son 
testament médico-légal. Il a pour 
titre : De la Folie considérée dans ses 
rapports avec les questions médico-ju- 
diciaires. Quoique jouissant d'une 
santé parfaite, Marc semblait craindre 
que la mort ne le surprît avant qu'il 
eût terminé cette œuvre de prédilec- 
tion. Ce pressentiment n'étaitque trop 
fondé. Il venait de dater du 10 janvier 
1811 l'épreuve de sa Préface, lorsque 
le dimanche, 12, comme il rentrait de 
visiter le prince Toufiakinc, il fui, à la 
porte de son domicile, frappé d'une 
apoplexie foudroyante. Son livre. 
De la Folie, dédié au roi , se divise 
en deux parties. La première contient 
l'exposition des notions générales de 
la folie, dans ses rapports avec les 
questions médico-légales judiciaires i 
la seconde partie a pour objet l'ap- 
préciation spéciale de l'aliénation 
mentale, considérée sous les mômes 
rapports. Cet ouvrage , (jui s'adresse 
aussi aux gens du mondt; , olfrc une 
suite de drames affligeants et terribles, 
où figurent toutes les misères et tous 



MdLB 

les egaieinenls de notre pauvre na- 
ture, depuis l'idiotie irabécille, jusqu'à 
la monomanie délirante : les extases 
de la dévotion, les fureurs de l'amour, 
les désesjjoirs de l'ambitiou déçue, 
la soif aveugle du sang , la manie du 
suicide, l'exaltation de la haine et 
de la jalousie, toutes ces tristes 
maladies de l'esprit y sont décrites 
dans leur affreuse uudité, sans voile, 
sans recherche de style, sans au- 
tre but que d'en trouver le re- 
mède. L'auteur entraîne son lec- 
teur à sa suite, auprès de ces héros 
lamentables de l'égarement et du 
crime, dont les uns ont pris la route 
du bagne, le« autres celle de l'écha- 
faud, et qui, selon lui, devaient s'ar- 
rêter peut-être à la porte du premier 
hôpital. Quelques personnes ont cru 
que le psychologiste avait tiop étendu 
son système en le généralisant; <}ue 
1 aliénation mentale, trop prompte- 
ment acceptée comme cause, pouvait 
prépai'er une espèce d'excuse à des 
crimes , et amener l'impunité. On se 
tromperait en faisant raisonner ainsi le 
docteur Maïc ; il a pu croire, souvent 
reconnaître que l'aliénation mentale 
était une cause réelle, et, dans cette 
opinion, il est soutenu paj- des faits 
nombreux; mais ce nest pas lui, c'est 
le juge qui pi-ononce si la cause est 
l'excuse. Marc ue décide ni l'excuso , 
ni l'innocence; il se borne à voir une 
grande aberration, dont le principe 
peut n'être pas volontaire ou être 
une volonté égarée, et sa conclusion 
très-morale, si elle paraît au premier 
coup-d'œil être tiop indulgente pour 
l'apparence coupable, ne présente 
cependant pas une autre idée que 
celle du devoir d'une plus gi-ande at- 
tention sur la morale nécessaire aux 
hommes réunis en société, et sur le 
besoin de recouvrer et de propager 
cette morale par tous les moyens qui 



BSAA 



39 



peuvent éclairer la raison, et redi^es- 
ser ainsi les entraînements mêmes de 
la volonté qu'on aurait cnis irrésisti-. 
blés. Aux obsèques de Marc qui fut; 
inhumé au cimetière Montmartre,, 
après quelques paroles touchantes de 
M. de Saint-Albin, son gendre, MM, 
Pariset et Olivier d'Angers ont fait 
l éloge du défunt, l'un au nom de 1 a- 
cadémie de médecine, l'autre pour 
le conseil supérieur de salubrité. Ck& 
deux discours sout imprimés en tête 
«lu dernier ouvrage de Marc, lequel 
est enrichi d'mi portrait qui reproduit 
Hdèlement sa belle et uoble figiut?. 
Plus tard , le docteur Reveillé-Parise 
a public sur lui une intéi:esiiante no- 
tice ; enfin , tout récemment ( déc. 
1842), M. Pariset a, devant l'académie 
de médecine, prononcé l'éloge de 31. 
le docteur Marc. Nous avons eu com- 
munication de ces notices, dont la 
deniiere n'est pas encore imprimée. 
D— «— B. 
AIAHCA (Laci4>cc délia), ou 
Lactance de Bitnini , peintie , né à 
Monterubirano, florissaiten 1553. On 
le compte panni les élève» de Pierre 
Pérugin ; cependant quelques histo- 
riens lui donnent pour maître Jean 
Bellini et citent à cette occasion un 
tableau qu il peignit à Venise, en con- 
cmrence avec le Conegliano. Mai> 
J. Bellini était mort en lol6, et il est 
difficile qu'il ait pu éti'e le maître de 
Lactance. Quoi qu'il en soit, son père, 
nommé Vincent Pagani, était lui-même 
un ])einUe habile, et il est plus vrai- 
semblable que c'est lui qui donna a son 
fils les premiei-s principes de son art. 
Pierre Pérugui étant mort, délia 
Marca succéda à sa réputation et fut 
chargé de tous les travaux que ce 
grand maître n'avait pu terminer . 
ce qui pourrait avoir donné lieu d? 
croire qu'il ait été son disciple. Pai - 
mi les ouvrages qu'il exécuta, un cite 



40 



aiAR 



plusieurs salles qu'il a peintes dans le 
château de Rimini, conjointement 
avec Rafaellino del Colle, Gherardi, 
Doni e Paparello. Il avait commencé 
un tableau âc Sainte-Marie du peuple. 
La partie inférieure de ce tableau, qui 
est de lui, se recommande par la vé- 
rité de l'expression, l'heureuse dis- 
position du grand nombre des per- 
sonnages, la beauté du paysage, la 
vigueur, l'accord du coloris, er l'ex- 
cellent goût de tout l'ensemble où 
lien ne rappelle l'école de Pérugin. La 
partie supérieure a été terminée par 
Gherardi, mais elle est loin de répon- 
dre à ce qu'avait fah Lactance, H 
paraît que vers 1553 il fut nommé 
bargello de la ville. Cet emploi, plus 
honorable à cet époque qu'il ne l'est 
aujourd'hui, semble l'avoir absorbé 
tout entier, et détourné depuis lors de 
la culture de son art. — Jean-Bap- 
tiste LOMBAIVDELU DELUA M.MlOxH SUr- 

nommé Montana de Montenvvo , na- 
quit dans cettfe dernière ville en 1532, 
et fut élève de Rafaellirio da Reggio . 
Il annonça dans sa j<!Unes9é une fa- 
cilité de talent vraiment ihr'i-veil- 
leuse, mais son aversion pour Ictiavail 
rendit nulles des dispositions aussi 
rares. On voit cependant à l'unie ot à 
I»ërouse un assez, grand nombi-e d« 
se» fresques ; mais celles où il anft'oV)- 
tré le pins de talent et que l'on es- 
time davanta}f<' lurent exécuti^esi "à 
Montenovo, sa patrie. Il inournt veis 

1 587. '*— "• 

MARCAt^DIKU (Ro.;»). journa- 
nalistc, né vers 1767, a Cnise, avait 
adopté avec beaucoup d'ardeur les 
idée» de Ift rt-volution, el avait dû 
à ses opinions avancées la faveur de 
Camille Desmoulins, qui l'eniployn 
comme secrétaire. Mais ensuite il se 
brouilla complètement ave*' son pa- 
tron ; et, soit (|ue ses idi-es aient ett- 
cause de leur réparation, soit que la 



MAR 

séparation ait influé sur ses idées, il 
quitta la maison de Camille, et ne ■ 
craignit point de se déclarer son en- 
nemi en l'accusant, dans ses Hommes 
de proie, d'avoir été l'un des promo- 
teurs des assassinats de septembre-, 
ce qui ne peut être douteux , mais ce 
dont, même à cette époque, personne, 
hormis les prétendus juges et les plus* 
vils de leurs sicaires , n'osait se van-' 
ter. Cependant il n'avait renoncé ni à 
ses principes de républicanisme, ni à- 
cette nuance d'opinion qui le portait- 
vers les cordeliers plutôt que vers les 
jacobins. Aussi, après la chute des gi- 
rondins, entreprit-il de combattre Ro- 
bespierre et ses amis dans une feuille 
destinée à devenir l'antidote de celle 
de Marat, et dont le titre était le Vé- 
ritable Ami du Peuple , par un /..... 
h..,:, de sans-culotte qui ne se mouche 
pas du pied et qui le fera bien voir 
f in-8°, comme Y Ami du Peuple). Mais 
la tentative ne réussit pas, et il ne pa- 
rut en tout que onze numéros de mai 
h juillet 1793. Probablement Marcan"* 
dit»r, depuis ce temps , eut paît en 
sous -œuvre à la rédaction de plu- 
sieurs autres journauv. Du reste, il 
semble avoir eu quelque fortune. 
Lorscpi'en 1794 les anciens adhérents' 
«le Danton, revenus de leur première' 
stupeur, commencèrent à nouer leur 
ligue pour perdre Robespierre, Mar- 
candicr s'utiit à eux et fut un de leurs 
agents. Mais il n'échappa point aux 
défiances de Robespierre : décrété 
d'accusation avec sa femiue , il fut 
ivec elle mis eu jugement comme 
contre-révolutionnaire et ennemi dti 
peuple, poiu avoir provoqué la dis- 
solution de la représentation natio- 
nale en imprimant «pie « la Conven- 
tion n'était plus qu'un noyau de .sé- 
ditions, un conciliabule d'anarchistes, 
un assembla(;«« monstrueux d'homuu>8 
>aiis caractèï'e. etc. - ; et le tribunal 



MAR 



u* 



révolutionnaire kii appliqua la peine 
de mort, le 24 messidor an II. Effec- 
tivement, on avait découvert dans ses 
papiers un projet de discours ou de 
motion renouvelant l'accusation de 
Lonvet contre Robespierre. Moins de 
quinze jours après, Robespierre à son 
tour avait la tête tranchée, et les 
thermidoriens dont eût fait partie 
Marcandier triomphaient. Il avait a 
peine vinyt-sept an?. Sa femme, plus 
âgée de quatre ans, périt avec lui. 
Leurs noms ont Ihonneur d'ouvrir 
la liste funèbre de ce jour. I^ 
vrai titre de Marcandier à l'attention 
de la postérité , c'est l'importante 
brochure que nous avons signalée 
plus haut, et dont voici le titre com- 
plet : Hlstoiiv rfe« hommes de proie , 
OU les Crimes: du Comité de furveil- 
lance. En lisant ce pamphlet remar- 
quable, on est tenté de penseï' que le 
plus grand tort de Marcandier fut de 
s'être montié beaucoup trop instruit 
du réel des affaires, d'avoir connu 
des turpitudes qu'on croyait bien te- 
nir occultes, et d'avoir été trop i»rès 
d'éventer les secrets de la révolu- 
tion. C'est ainsi que, sans tout sa- 
voir, il sut beaucoup des irrégularités 
énormes qui suivirent le 10 août , et 
des vols publics ou secrets dont Pa- 
ris fut le théâtre, et dont le comité 
de police fut le moteur ; il sut que 
des vols immetises aussi avaient ac- 
compagné les massacres de septem- 
bre; il comprit qu'il y avait une liai- 
son entre ces assassinats et ces rapi- 
nes, entre l'abominable et le honteux. 
Il ne craignit pas de le proclamer à 
la fane de la France dans cette bro- 
chure si féconde en révélations. « Les 
partisans des massacres, s'écrie-t-il, 
ne diront pas , sans doute , que les 
diamants et les bijoux étaient sus- 
pects. Cependant on s'emparait avec 
soin des personnes et des choses. 



Ce seul feit suffit, ce me semble- 
pour donner la clé des massacres - . 
Puis il nomme, comme les auteurs 
incontestables des meurtres commis 
aux prisons , qui en sont restés char- 
gés aux yeux de la postérité , Danton»' 
d'abord, ensuite Camille Desmoulin»,"» 
Fabre d'Églantine, Panis, Sergent, 
Manuel et une douzaine d'autres, 
parmi lesquels il oubHe Billaud-Va- 
rennes, promettant, au reste, d'en' 
(aire connaître encore do nouveaux.' 
Mais il est surtout remarquable dans 
le tableau qu'il trace, et de la trans- 
formation du comité de surveil-^ 
lance (institué par le conscil-génerâl ' 
de la commune) en comité de dépôt, 
et des actes auxquels se livrèrent ceux ♦ 
des membres de ce comité qui étaient" 
selon le cœur des Sei-gent et des P*J* 
nis. Il faut voir comment ces dens'» 
hommes, bien qu'en minorité dans 
le comité , se font donner à eux et 
quatre amis de leur choix, le mandat 
de fouiller les maisons des détenus et 
d'avoir en dépôt les objets pris ainsi 
à domicile, il faut y voir avec quelle 
rapidité les mandats étaient décernés 
conti-e les personnes opulentes. Il faut 
voir de quelle façon étaient scellés les 
objets, étaient gardés les procès-ver- 
baux, et comme on mettait lestement 
ù la porte les commis formalistes què^ 
avaient un fanatisme de regularitë," 
pauvres gens qui, suivant Panis, n'é^ 
taient pas à la hauteur de la révolu- 
tion. Il faut voir enfin Panis, long- 
temps après et pour repondre aiix 
accusations de ceux qui voyaient en 
lui un voleur, dire à la Convention 
(14 février 1793) qu'il a conser\-é à 
la nation, comme administrateur, 
une somme de 1,800,000 francs dont 
il n'existait point de procès-verbal '. 
X Soit ; mais comment n'y avait-il y>as 
de procès- verbal ? Vous ne le dite> 
point , Panis. (>t vous avez raison. 



42 



MAB 



car vous donneriez la clé de tous vos 
méfaits (1). » Rien de plus péremp- 
toire que ces réflexions de Marcan- 
dier. Mais ce que Marcandier ne se 
disait pas et qu'il eût pu se dire, c'est 
que Panis , Sergent et leur suite n'a- 
gissaient pas seuls et de leur chef. 
S'ils mettaient au secret les bijoux, 
l'argenterie, le vermeil, le numérai- 
re, etc., s'ils escamotaient les procès- 
verbaux, s'ils apposaient et levaient 
les scellés sans témoins, qu'on soit 
bien sûr qu'ils ne détruisaient pas les 
pièces comptables avant qu'elles eus- 
sent été vues de personnages, sans 
l'aveu desquels ils n'eussent pas ma- 
nœuvré trois heures. Régulièrement 
ou irrégulièrement, ils avaient reçu 
des pouvoirs des vrais chefs du con- 
seil-général de la commune (Marcan- 
dier l'expose à merveille), et ceux-ci 
ne faisaient rien que de concert avec 
Danton. Serait-ce donc que Danton 
faisait piller pour lui? Rien n'auto- 
rise sérieusement à le penser. Bien que 
ce ministre n'eût point le désintéresse- 
ment de quelques-uns de ces terri- 
bles coryphées révolutionnaires qui 
restèrent pauvres en proscrivant, bien 
fjue Sergent eût mérité son surnom 
de Sergcnt-Agadie, et que Panis ne 
se fût pas appauvri au métier de dé- 
positaire, évidemment les dépouilles 
d'août et de septembre, grossies sans 
doute de celles du Garde -Meuble 
(^voy. DocLio^v, LXIl, 562) (2), au- 
raient rendu cbacun de ces hommes- 
là huit ou dix fois millionnaire. Ce ne 
pouvait donc éUe pour eux.lSul doute, 
selon nous (et la lecture de l'article 
DcMonuEZ, t. lAll, le confirmera), 



(1) Tel est le sens des paroles de Maicaii- 
dier, que nous ne transcrivons pas mol à 
moL (Voy. Histoire parlcm. de la rév. fr., 
\\l\U201.) 

(2) Marcandier a su aussi quelque cliose (Il 
Parfaire de Uouligny, dont il estropie le vrai 
nom en rappelant Uaubigni, 



MAB 

que ces agents de Danton ne perçus- 
sent alors pour le duc de Brunswick 
et pour son maîtie, et qu'ils ne tra- 
vaillassent à leur façon à sauver la 
chose publique. On comprend du res- 
te que ce ne sont pas là de ces ex- 
ploits qui prêtent au poème épique, 
et qu'on a dû les taire à ceux qui n'é- 
taient pas à la hauteur de la révolu- 
lion. Nous regrettons que Marcandier, 
au milieu de tant de détails irréfra- 
gables, et qui donnent tant d'autorité 
à ses révélations, n'ait pas su se pré- 
server d'injures qui deviennent inu- 
tiles quand on peut jeter à la face 
tant de faits insuUants, parce qu'ils 
sont plus probants que des injures. 
On n'a pas besoin de nommer scélé- 
rats et brigands les hommes capables 
de commander ou accomplir les mas- 
sacres de septembre; nous n'appelons 
7tioiistres que les êtres qui présentent 
une particularité physique, anormale, 
qui empêche la plénitude de la vie; 
le surnom de Barabbas donné à Panis 
est peu attique , et Courier n'eût pas 
écrit ainsi. Ces taches cpii ne portent 
que sur le style et sur la forme sont 
peu graves à notre avis dans un ou - 
vrageoù nous ne voyons que des ma- ^ 
tériaux pour l'histoire. C'est donc à , 
juste titre que la brochure de Mar- 
candier a été réimprimée dans le re- 
cueil dit Histoire parlementant de lai 
révolution française ; mais nous soni- > 
mes loin de partager favis qu'expri- 
ment en note les auteurs de la collec- 
lion, lorsqu'ils trouvent ce pamphlet 
a marciué du cachet de l'exagération 
la plus ouUée » en dautres termes 
comme contenant « toutes les légcn- 
tlcs qui eurent cours sur les journées 
de septembre, toutes les exagérations 
dont se sont seivisla plupart des histo- 
riens ", exagcraUons qui ne semblent 
aux deux auteurs « rien moins que cou 
formes à la vérité '. Kn conséquent.: 



?i^ 



}>IÀR 



)3 



['Histoire des hommes de pro'ie ueat 
reproduite que parce que l'on doit 
'• metti-e toutes les pièces sous les 
yeux des lecteurs «. Sous persistons 
.raa%ré cet arrêt à penser que ce n'est 
ni par l'exagération, ni par cette cré- 
dulité puérile qui accueille et eme- 
;;isue toutes les légendes, que pèche 
Marcandier, mais par l'ignorance né- 
cessaire oii il était des moyens em- 
ployés pom" sauver la chose pubtitjiie, 
et que, raalgi-é ce défaut inévitable 
alors, l'Histoire des hommes de proie 
mérite d'être classée plus haut qu'on 
ne l'a tait parmi les documents sur 
cette période de transition qui s'étend 
du 10 août au 25 septembre 1792. Il 
nous semble certain aussi que, si 1 é- 
ciit qui vaut la mort a sou auteur 
nous captive plus soleunellemcnt que 
tout autre, VHistoire des hommes de 
proie a droit a nous intéresser. Panis 
ne dut jamais pardonner à Maican- 
dier le sobriquet par lequel il leni- 
plaça son nom ; si\ auties, puissants 
pom' le mal à cette époque, avaient 
des griefs analogues conlie lui. — 
Un auti'e Mabcasdier, conseiller à lé- 
lection de Bourges , publia un Mé- 
moire sur une nouvelle manière de 
préparer le chauire. 1757, in-12 , et 
un Traité du chanvre, Paris, 1758 
(2* ëdit. 1795', ; plus une brochure 
intitulée : Questiou importante sur l'a- 
griculture et le commerce , Paris , 
1766, in-12. Le Traité du chanvre 
donna heu à des critiques dont on 
peut lire la réfutation dans les Mé- 
moires et Observations sur la Société 
économique de Berne. P — Oi. 

MARCEiL, évéque d Ancyre, ca- 
pitale de l'ancienne Galatie (aujour- 
d'hui Angora dans l'AnatoUe), assista, 
en 314 , au concile tenu dans cette 
ville; puis, en 325, au premier con- 
cile général de ?Jict-e, oit il combattit, 
avec autant de zèle que d'éloquence 



les errem> d'Arias. Saint Athanase , 
persécuté pai- les hérétiques, trou%a 
en lui un courageux défenseur aiL\ 
conciles de Tyr et de Jérusalem; 
mais il ne tarda pas lui-même à être 
en butte à la persécution. Un ti-aité 
<|u"il avait composé conU-e Asterc, 
sophiste, surnommé favocat de» 
Ariens, fut condamné par ceux-ci 
comme infecté de sabelliauisme , ac- 
cusation banale qu'ils poruient coulit: 
tous les pasteurs oilliodoxcs. Après 
l'avoir dépose de son siège épiscopal 
en 336, ils y fiient monter Basile, 
homme savant , sur lorthodoxic du- 
quel les écrivains eiclésiasti(jues ont 
variij, et qu'au reste il ue faut pas con- 
fondre avec un saint prêtre d' Ancyre. 
nommé aussi Ikisilc (voj. ce nom . 
LVn, 256), maityrisé sous Julien lA- 
{lostat. Marcel se i-endit à Rome au- 
près du pape Jules 1", qui reconnut 
son innocence et la pureté de sa foi. 
Rétabli par le concile de Sardique, 
en 347, il ne put cependant reprendre 
possession de son siège, à cause des 
préventions que les évèques d'Orieni 
avaient consei-vées contre lui. De 
saints docteurs même, de savants 
personnages, tels que saint Basile, 
saint Jean-Cbrysostôme, saint lli- 
laii-e, saint Jérôme , Sulpicc-Sévèr;- . 
trompés par les accusations des 
Ariens et par quelques expressions 
ambiguës de ses écrits, lui ont imputé 
des doctrines erronées ; et ce ({ui 
acheva de le rendre suspect à lem> 
veux , c'est qu il eut le nialhem- d a- 
voir pour diacre l'héi-étique Photin. 
Mais le témoignage de saint Athanas*- 
et le Jugement du souverain |>ontiié 
semblent suffire à sa justihcation. 
Marcel momut, fort âgé, en 374. De? 
divei-s ouvrages qu'il avait composés, 
il ne reste plus que des fra{;juents de 
son Traité contre Astère , cités pai 
Eusèbe de Césarée dans la rcfutation 



MAR 



MAR 



qu'il a faite de ce livre; une Lettre 
adressée au pape Jules I", rapportée 
par saint Épiphane, et une. Profession 
de foi que Marcel envoya à saint A- 
thanase pour dissiper les soupçons 
qii'on lui avait inspirés sur sa catho- 
licité. Cette pièce importante, publiée 
par Montfaucon (Collectio nova Pa- 
trutn, tom. 2), n'a pas été connue du 
P- Petau ni de quelques autres écri- 
vains modernes, qui ont continué 
d'accuser Marcel de sabellianisme ; 
car l'évéque d'Ancyre y condamne 
formellement cette erreur, et s'ex- 
prime dans les termes les plus ortho- 
doxes. P — RT. 

MARCEL (Etienne), prévôt des 
marchands de la ville de Paris sous 
le règne du roi Jean, (l'oy. ce nom, 
XXI, 445). On ne possède aucun ren- 
seignement sur la date de sa nais- 
sance, mais nous tenons pour cer- 
tain qu'il était né à Paris d'une 
famille distinguée dans la bourgeoi- 
sie ; c'était une condition nécessaire 
pour être appelé à cet emploi pen- 
dant toute la durée du XIV" siècle. 
Nous trouvons dans le quartier Saint- 
Paul une famille de ce nom, riche, 
considérée, influente; dor)t plusieurs 
membres furent propriétaires, éche- 
vins, écuyers. L'office de prévôt et 
celui d'échevin conféraient la no- 
blesse: ils pouvaient tenir fit'fs en 
haut lieu,, user et jouir des honneurs 
de noblesse, porter brides d'or, selon 
leur fortune, et autres accoutrements 
(lui appai tiennent à la clicvalerie , 
sortant de noble et antique oriyim: 
Ces privilèges furent enlevés, rendus, 
selon la polititjue des temps, et Hni- 
rcnt par être maintenus; du reste ils 
étaient peu nécessaires pendant les 
deux derniers siè«;lc8, où les prévôts 
de» niarchan«ls furent presque cons- 
tamment choisis dans des familles dé- 
jà jiobles. lui te qui concerne la no- 



mination des prévôts et des èchevins, 
elle était faite par les trésoriers , 
èchevins, contrôleurs, et bourgeois 
notables de la ville de Paris, réunis 
en assemblée générale le lendemain 
de la fête de l'Assomption. Une fois 
élu , le nouveau prévôt des mar- 
chands prêtait serment entre les mains 
du connétable de France, ou de tout 
autre dignitaire, suivant les diverses 
époques, ou suivant l'état politique 
de Paris. Après ce serment , le pré- 
vôt allait à l'hôtel Saint-Paul , ou au 
Louvre , et recevait son office ( le 
titre de sa charge ) des mains du 
ici (i). Les membres de la ifamil le 
dont nous avons parlé plus haut, eu- 
rent leurs sépultures dans l'église des 
leligieux Célestins, oii leurs noms se 
trouvaient inscrits sm* des tombes : de 
Jacques Marcel, mort en 1320, fils 
de Pierre Marcel, bourgeois et éche- 
vin de Paris; d'Etienne Marcel, son 
frère, mort en 1319; d'AgTiès Marcel, 
tille de Jacques et femme de Poilvi- 
lain (2), morte en 1340; de Garnier 
Marcel, bourgeois, et d'Eudeline, son 
épouse, morts en 13o2; de Gcoftroi 
Marcel, mort en 1397. Nous doutons 
que le prévôt dont nous nous occu- 
pons appartint à cette famille. A 
la vérité Secousse pense que Garnier 
Marcel était père de notre Etienne, 
mais il y a dilférence notable entre 
f écusson des armes de la famille en- 
terrée aux Célestins et celui du pré- 
vôt. L'armoriai des prévôts des mai- 
cliands de Paris indique ainsi les ar> 
moiries d'Etienne : vvw d'a/.ur, char- 



(1) Les choses M! passirtini toujours ainsi 
sous la royauté; mais auparavant, sotis l'adiiii- 
nisiration roinaim- , cl .\ partir de Til)ère, les 
nanti, (tefensurcs cititalis, xcaMnt, prcrfccti 
classis, les pi-^vflls des marchands , les mai- 
res, etc., avaient constamment offert le type 
d'un gouvernement populaire ou municipal, 

(2) Probablement celui qui fut trésorier du 
roi Jean. 



MAB 



MAR 



45 



gé de trois griffons tl'or giiinpants, 
une bai-re d'argent , losangée de 
gueules, coupant ledit écu transver- 
salement. On pourrait supposer que 
Marcel se créa cet écusson a l'instant 
où il ftit élu prévôt des marchands. 
La funeste bataille de Poitiers venait 
d'être perdue (19 septembre 13o6X le 
roi Jean était prisonnier, les fuyards, 
ayant en tète le dauphin , prince 
faible, chétif, Agé seulement de 19 
an», arrivaient à Paris et plongeaient 
cette \-ille dans l'effi-oi , annonçant 
qu'il n'y avait plus en France ni roi, 
ni noblesse, que tout était pris ou 
tué. Etienne Marcel, en sa qualité de 
prévôt des marchands, s'empressa de 
pour\oir au premier désordre. On de- 
vait croire que les Anglais, un instant 
éloignés pour mettre en sûreté leur 
capture, ne tarderaient pas à mar- 
cher sur Paris. Le sori de tout le 
royaume dépendait peut-être de son 
occupation. Pour prévenir les surpri- 
ses de nuit, Marcel fit tendre des 
chaînes dans les rues, garnir les murs 
de parapets où 1 on plaça des balistes 
et autres machines de guerre , avec 
ce qu'on avait de canons. Les murs 
constnaits sous Phihppe .\uguste ne 
contenaient plus toute la population ; 
elle avait débordé de toutes parts et 
il fallut se hâter d'élever d'autres mu- 
railles. Ces précautions prises, le 
dauphin, faisant fonctions de lieu- 
tenant-général du royaume, s'occupa 
deréumr lesKtats-généraux que, dès 
l'année 1355, .Ican avait convoqués 
pour obtenir des subsides et pour- 
voir ainsi aux frais d'une guerre con- 
tre l'Angleterre , qui n'avait été sus- 
p«idue que par une trêve maintes 
fois rompue, puis renouvelée et dont 
une nouvelle rupture n'était plus 
douteuse. Cette première réunion , 
où Marcel , orateur des villes, s'était 
déjà signalé par des i-emontrances ar- 



rogantes, des réclamations séditieuses, 
n'avait donné aucun résultat utile; 
toutes les ressources étaient épuisées. 
Les apparences n'étaient pas favo- 
rables à cette nouvelle convocation, 
qui cependant semblait tellement in- 
dispensable que le dauphin l'avança 
d'un mois et demi. Il allait faire 
un dur apprentissage de l'art de 
régner. Les États se i-éunirent un 
mois après la bataille, le 17 octobre, 
dans les bâtiments des Cordeliers, qui 
devinrent le foyer de la sédition. 
Quatre cents députés des bonnes 
villes s'y trouvaient, Marcel à leur 
tête; la plupart des évéques n'y étaient 
représentés que par procureurs; il en 
était de même des seigneurs qui pres- 
que tous étaient prisonniers. On con- 
çoit l'ascendant qu'allait prendre 
dans cette assemblée le prévôt, coa- 
lisé déjà avec le sire de Picquigny, 
membre trés-influent de la noblesse, 
et avec Robert Lecoq, successivement 
avocat à Paris, conseiller de Philippe 
de Valois, président du Parlement, et 
qui, s'étant fait évêque-duc de Laon, 
avait acquis l'indépendance des gi^ands 
dignitaii-es de l'église, pour augmenter 
le nombre de ses partisans. Sous le 
masque de la religion , Marcel avait 
fondé à Kotre-Dame une confrérie 
dont il se fit le chef, et dans laquelle 
il enrôla tout ce qu'il put ramasser 
de gens mal intentionnés ; il tira grand 
parti de cette société pour traverser les 
vues du dauphin (3). En outre, pour 
encourager les bourgeois de Paris par 
la vue de leur nombre, il leur fit 
porter des chaperons mi-partis rou- 
ges et bleus, et il écrivit aux bonnes 
villes pour les inviter à prendre ces 
chaperons. Dès l'ouverture des É- 
tats, on s'occupa de toute autre chose 
que des questions proposées; chacun 

',5) Ce ne fut qu'après son avènement au 
trône que Charles put la dissotidre. 



46 



MAB 



trouvait quelque vice dans ladrainis- 
tration, chacun demandait des réfoi-- 
mes dans le royaume; nul ne songeait 
aux moyens de le sauver. On sentit 
cependant que le trop grand nombre 
des députés ne permettrait pas de 
s'entendre, et l'on forma une com- 
mission de cinquante élus, choisis par- 
mi les plus signalés par l'insolence et 
la témérité de leurs déclamations; ceux 
qui attaquaient avec le plus de vio- 
lence les magistrats, les officiers 
du roi, le roi lui-même, réunirent 
tous les suffrages. La sédition, con- 
centrée ainsi dans un petit nombre 
dirigé par Marcel, n'en fut que 
plus ardente. On y rédigea un cahier 
des représentations à faire au dauphin, 
et des réformes qui seraient exigées 
comme le prix des secours précaires 
qu'on lui accorderait. On lui deman- 
dait la délivrance du roi de Navarre, 
Charles-le-Mauvais, emprisonné par 
le roi Jean, en 1355, et avec qui le 
prévôt entretenait depuis long-temps, 
des intelligences secrètes; on exigeait 
la destitution et la mise en juge- 
ment de ses plus fidèles serviteurs, de 
ses conseillers et de ses minisU-es les 
plus expérimentés; on se réservait de 
lui faire, le jom- de l'assemblée défini- 
tive ,d'auties requêtes éfjalemeiU utiles 
à la gloire et au salut de la France. 
Menacé d'être privé de tous les amis 
qui jouissaient de sa confiance, et ne 
voulant pas laisser ruiner l'autorité 
royale, le dauphin assembla son con- 
seil, et s'y rangea a l'avis qui fut 
unanimement adopté de dore les 
Ktats. I* jour marqué pour celte 
mesure, tous les membres étant ras- 
semblés «lans la chambre du Parle- 
ment, un envoyé du prince vint in- 
viter plusieurs «léputés à se rendre 
auprès de lui à la porte du palais ; 
c'étaient les meneurs des trois ordres. 
Après quelque» instants <le conféren- 



MAR 

ce, ils entrent, et le duc d'Orléans , 
frère du dauphin, annonce que les 
nouvelles reçues du roi exigent qu'on 
remette au jeudi d'après la Toussaint 
(3 novembre) la clôture des Etats. 
L'assemblée se disperse, et plusieurs 
de ses membres retournent dans leurs 
provinces ; les autres, et surtout les 
factieux, restent dans l'espoir que 
leur triomphe n'est que retardé. A 
l'expiration du délai, le dauphin, réu- 
nit au Louvre, avec plusieurs per- 
sonnes du conseil royal et de son 
conseil privé, quelques députés des 
États, toujours choisis parmi les 
princi{>aux séditieux. Il fut résolu , 
nonobstant les réclamations de ceux- 
ci, que le prince différerait d'enten- 
dre les États jusqu'à ce qu'il connût 
la volonté du roi. Mais les finances lui 
manquaient; plusieurs fois, et toujours 
eu vain, il avait sollicité le prévôt 
des marchands et les échevins de lui 
faire octroyer une aide; enfin il prit le 
parti d'envoyer des commissaires dans 
les différents bailliages, et, pour plu- 
sieurs, ces voyages ne furent pas in- 
huctueux. Pendant qu'ils agissaient, 
l'esprit de révolte se propageait dans 
les provinces ; le dauphin se consu- 
mait à Paris en peines inutiles : le pré- 
vôt y dominait en souverain ; c'ë- 
lait l'àme de la faction. Tous les 
ambitieux, à quelque rang qu'ils ap- 
partinssent , ne semblaient secouer 
le joug de l'autoiité légitime que 
pour servir Marcel, qui répandait ses 
agents dans les maisons, dans les 
places, tlans les «arrefoui-s , partout 
où pouvaient se trouver quelque» 
I assemblements de bourgeois ou dar-» 
lisans; car, dans les temps de trou- 
bles, la manie de raisonner sur le 
gouvernement hvre aux factieux les 
esprits grossiers, qui saisissent le pré- 
texte des circonstances pour sexemp- 
i.r d'un travîul nécessaire, et qui. 



MAR 

néanmoins, poussés par le besoin, 
s'imaginent trouver dans une révolu- 
tion, ou le salaire de leur fainéantise , 
ou le moyen de faire fortune. Marcel 
ne cessait de se faire prôner à la mul- 
titude , comme le défenseur des droits 
<le la bourgeoisie, l'ami des indigents, 
l'espoir des Parisiens; lui-même ne se 
montrait en public qu'environné d'un 
cortège nombreux de complices. Le 
dauphin qui ne pouvait ni réprimer 
ces entreprises par la force, ni obtenir 
aucun accommodement par la dou- 
ceur, s'étant décidé à se rendre à 
Metz, auprès de son oncle, l'empe- 
reur Charles IV, le prévôt qui jus- 
qu'alors n'avait agi contre le gouver- 
nement royal que par des pratiques 
secrètes et des discours insidieux, le- 
va le masque et commença, pour 
ainsi dire, les hostiUtés dans Paris. Le 
dauphin. avant son départ, avait or- 
donné la fabrication d'une nouvelle 
monnaie <^ont il espérait un profit 
considérable, ce qui le mettrait en 
état de se passer d'un secours et se- 
rait un remède à lépuisement des 
finances. A la publication de cette or- 
donnance, la multitude s'émeut ; Mar- 
cel, à la tête des plus turbulents, re- 
quiert le comte d'Anjou, frère et 
lieutenant du dauphin, d'arrêter l'é- 
mission des nouvelles espèces ; le len- 
demain, il rcN-ient avec une foule plus 
nombreuse ; on le remet au jour sui- 
vant; il retomTie enfin à la tête dune 
troupe de mutin'* encore plus nom- 
breux, sommer le comte de se décider ; 
il fallut céder et suspendre la fabri- 
cation jusqu'à ce que le dauphin eût 
fait savoir sa volonté. Marcel s'en re- 
tourna triomphant avec sa suite , qui 
disait avec un rire moqueur • qu'il y 
• allait de ne pas manquer au prévôt 
« dans toutes ses entreprises ». Le 
dauphin revient, et jugeant que la ma- 
jesté royale ne devait plus reculer de- 



MAR 



47 



vant la sédition, il chaîne l'arche- 
vêque de Sens et plusieurs de ses 
conseillers d'appeler de sa part Mar- 
cel à une conférence près de Saint- 
Germain-l'Auxerrois. L'audacieux tri- 
bun s'y rend entouré d'une foule de 
bourgeois armés à découvert- On lui 
demande de lever lempêchement 
que les Parisiens mettaient à la circu- 
lation de la monnaie nouvelle ; il ré- 
pond : » Ce que vous demandez est 
" impossible; que monseigneur n'af- 
« fecte pas de mettre les murs de son 
<• palais, ses conseillers, ses courti- 
" sans et sergents du Parlement 
" entre le peuple et lui; qu'il traite 
« loyalement avec les sujets du roi, 

- et qu'on sache de part et d'autre 
" les obligations et les droits de cha- 
" cun ». Le comte de Roussy ob- 
jecte » qu'il est injuste de ravir au 
« dauphin le droit du monnoyage , 

« véritable domaine du roi ; que 

« l'on couvre trop souvent l'ambi- 
« tion particuUère du voile de l'intérêt 

• public ». A quoi le prévôt, l'inter- 
rompant brusquement , réplique : 
« Si vous -êtes venu pour nous par- 
•• 1er d'une nouvelle monnaie, tous 

« vos discoui-s sont superflus Les 

.' habitants des bonnes villes et sur- 
» tout ceux de Paris, connaissent 

• iears privilèges et leiu^ fi'anchises ; 

- ils sauront en être dignes, ils pour- 
« ront montrer qu'il n'est pas sûr 
» d'abuser de leur obéissance, que 
-< si on voit leurs bannières a l'ar- 
« mée, ils sauront aussi manier lepëe 
K contre des ennemis intérieurs. « 
Tandis qu'il parle, ses satellites s'ani- 
ment de moment en moment; leuj' 
fureur et leur insolence perdant toute 
retenue, ils profèrent en frémissant 
sourdement la menace et l'outrage ; ils 
brandissent leurs haches d'armes et 
leui-8 piques ; les envoyés du prince 
sont obligés de se retirer. Marcel fait 



48 



MAR 



suspendre le travail des ouvriers; il 
ordonne aux bourgeois, aiLX gens de 
mëtiers et autres de prendre les ar- 
mes. Paris allait devenir un champ 
de carnage; on désignait déjà plu- 
sieurs officiers du roi. Après avoir 
entendu le rapport du comte de 
Roussy, le dauphin est réduit à 
comprimer l'indignation qui le suf- 
foque , et à suivre les conseils de la 
prudence. Il se rend de grand ma- 
tin au Louvre et dit au prévôt des 
marchands : « Qu'il n'est pas mécon- 
" tent, qu'il pardonne tout, qu'il con- 
« voquera les États quand on le vou- 
., dra, qu'il fera arrêter et retenir en 
» prison jusqu'au retour du roi, tous 
« les officiers qu'on lui avait désignés 
« dans la précédente assemblée, en- 
» fin qu'il renonce à la nouvelle 
« monnaie ». Le prévôt demande des 
lettres-royaux pour garantir la foi de 
ces promesses; quelques jours après, 
il exige encore qu'on envoie des 
sergents en garnison dans les mai- 
sons de ceux des officiers qui, sacri- 
Hés à la haine du peuple , avaient 
pris la fuite. Le dauphin dut souscrire 
à tout. Les États furent de nouveau 
réunis le 5 février 1357. Marcel et Lo- 
coq, évêque de Laon, présentèrent le 
cahier des doléances et obtinrent que 
chaque député les communiquât à sa 
province, avant qu'elles fussent dé- 
battues. Leur lecture fut suivie d'une 
violente crise, chacun, parmi le clergé 
et les nobles, réclamant quelque pri- 
vilège, queUjuc partie d'autorité, ou 
quelque bien; ils n'allaient à rien 
moins qu'à ramener la monarchie 
au temps de Hugues-Capet et de ses 
premiers successeurs. Mais rien en- 
core n'avait égalé le tumulte et les 
orages «jui s'élevèrent dans rassem- 
blée des communes. Marcel, saisissant 
l'instant oii les esprits étaient le jJus 
t'ihauffés, monte à la tribune etpro- 



MAR 

nonce une longue harangue qu'il ter- 
?nine en disant : « Il faut régénérer 
.! la France, il faut réformer tous les 
« vices du gouvernement , briser nos 
« entraves et nos chaînes, et faire 
« disparaître les honteuses cicatrices 
« de la servitude. Mais comment dé- 
fi truire les maux, si l'on n'en exter- 
u mine les auteurs et les artisans? » 
Et il nomme les victimes qu'il signale 
d'avance à la vindicte populaire. En 
lisant tout au long cette odieuse phi- 
lippique, on se figure entendre l'un 
des plus frénétiques orateurs de la 
terreur conventionnelle. Aussi se- 
rait-il difficile de décrire l'exaltation 
et le déchaînement des députés des 
villes après l'avoir entendue ; les deux 
autres états y participèrent dans les 
conférences générales et tous atten- 
daient avec impatience la grande 
journée. Les chefs de parti ne ces- 
saient d'attiser le feu de la séfUtion ; 
les rassemblements, les discours ar- 
tificieux, les fausses nouvelles, les 
brillantes promesses , les distribu- 
tions d'argent, tout fut mis en 
œuvre. Mais les deux plus infatiga- 
bles adversaires de l'autorité royale 
étaient l'évéque de Laon, à la cour, 
et Marcel dans les commîmes. Celui- 
ci, d'une humeur sombre et violente, 
fourbe sans finesse, ennemi insolent, 
méprisant la vertu, le rang, outra- 
geait ouvertement tout ce qu'il bais- 
sait, trompait le peuple sans le flat- 
ter, et ne liait ses partisans que par 
l'intérêt ou la terreur. Lecoq, non 
moins séditieux, mais avec plus de 
sang-froid et de souplesse, principal 
a{'eut de la faction, eu même temps 
qu'il était conseiller du dauphin , 
sapah la royauté en présence du 
prince, cl souvent par ses mains, 
alfoctail un air de dignité , une 
certaine observation des Ijienséan- 
ces plus injuiieuse encore que la 



MâA 

brusque dureté de Marcel ■ l'un épt- 
rait mieux dans une assemblée déij- 
bérante, ou une négociation; l'autre 
poussait avec plus de vigueur une 
entreprise et un coup de main. Le 
péril effrayait levéque, ie.pimàÂmàf 
tait Marcd; quand celui-ci soa^mt 
à prentlre un parti extrême/ tecoq 
se préparait à la fuite. L'un, plus 
perfide, conduisait ses enneiais dan^ 
le piège; l'autre, plus sanguinairf. 
les assassinait. Ik'vorés lim rr l'ntitrr 
d'ambition, mais Mai 

les lionneurs et jaloux .. ,. . : 

la puissance, tous deux se pcrfBreni 
par leur avidité pour l'argetit; ils ne 
savaient pas simuler cet adixMt désin- 
téressement qui semble jnegliger de 
s'enriclùr. poui- envahir ensuite plus 
sûrement toutes les fortunes arec 
le pouvoir. Ijcs États-liénéraax se 
léunirent de nouveau le 3 mars, et 
après la lecture des doléances, lo- 
i-ateur du clergé . Hobert Lecoq . 
se chargea de les développer dan^ 
nue harangue (jni était en même 
temps un sermon. On promettJit an. 
dauphin .30,000 hommes Marnes, 
mais à l'expresse et préalable condi- 
tion de la destitution et de la mise en 
jugement de vingt-deux ofticiers du 
prince, dont l'orateur lut les noms; 
j ta condition enrorp que tous les 
officiers actuellement vu exercice 
tussent dés ce moment suspendus de 
lem^s fonctions; que les denici^ a 
provenir du subside qui serait aocur- 
dé fussent levés et disti-ibucs paroles 
<léputés que les Etats éliraient ; qu il 
ne fût fait ni paix, ni trève, ni con- 
vocation d'a f w iipAuti , que du con- 
sentement dek tiliivËitats . sans que 
le vote de denx Fîtaîs put lier le 
troisième; enfin qu'nne nouvelh- 
monnaie fût faite . -^ mais con- 
■• forme à l'étalon et aux patrons qui 
- :«ont entre les mains du prév6t de» 

LttIU. 



<ltiR 



49 



■ inaichands de Paris» •. I>e bire de 
Picquiguv avoua, au nom de la no- 
blesse, tout ro que venait de dire 
Hobert 1 i outre 

la mise en ; Navarre. 

fitienno Marcel s avançant ensuite, 
dit : H J approuve an nom des bon- 
« ues villes et des comimmes tout ce 
< qu'ont dit monseigneur •ftMaHif^ 
Uon. et après lui 1iiiM%iiar 
" Jean <le VinfÊi^fÈÈpiiâÊfi^l^tf>jftàt 
' pi cuve de ma éÊfÊÊtfÊÊkè l^'lMllÀ 
■" avis, je me démets de la charge de 
» piévôt des marchands, que je ne 
•■ (leoT'ni garder ni exercer légitime- 
" ment si je ne la tiens de la volonté 
« esjwesse des États. C'est aux repré- 
• sentants de la nation à nommer 
» ceux que la nation doit a\Trir pour 
« juges ". A la lecture de ces arro- 
gantes remontrances, on serait tenté 
de croire qu'elles datent de 1792, 
à la diflwonce près que Marcel y est 
quelque chose de plus que Péthion. 
(yn pense bien que toute cette scène 
avait été concertée d avance entre les 
triumvirs. Insulté par tout ce qui ve- 
nait d'être dit, et plus encore par les 
raunnores approliateui's de l'assem- 
blée, le dauphin sentit pourtant 
qu'il fallait céder, mais il montra par 
son attitude ferme et modelée, aux 
bons ce qu'ils avaient à espérer, auï 
méchants ce qu'ils devaient craindre. 
Il accorda tout, excepté lélargisse- 
ment du roi de Navarre; le cahier 
des doléances devint la base d'une 
ordonnance dressée sur-le-champ . 
qu'il signa et qu'il fit publier le même 
jour dans Paris. Cette grande ordon- 
nance était bien plus qu ime réforme. 
Elle changeait d'un coup le gouver- 
nement; elle mettait l'administration 
entre les mains des Ktats, enfin elle 
substituait la république à la mo- 
narchie ; c'était, en d'autres termes, 
lère de la liberté du 2â sept. 1792. 
4 



50 



MAR 



Dans cette dissolution du royaume , 
la commune restait vivante; Marcel 
reprit, sous l'autorisation des États , 
l'exercice de ses fonctions, ajoutant 
à la puissante influence qu'il avait 
dans lem-s délibérations, îa facilité de 
soulever ou d'apaiser à son gré les 
flots de la multitude ; il fut pendant 
quelque temps le monarque le plus ab- 
solu dans Paris. Un conseil de réforma - 
tion composéde 36 membres, pris dans 
le sein des États, avait été créé; il était 
devenu le seul souvei'ain alors reconnu, 
et s'était hâté de frapper les grands 
coups; mais, dès le mois de juillet 
suivant, presque tous les ecclésiasti- 
ques et les gentilshommes qui en fai- 
saient partie, se retirèrent ; les autres, 
formèrent, au nombre de douze, ce 
qu'on appela le conseil secret. Ce 
n'était plus une assemblée légale, 
mais un conciliabule de quelques 
conjurés dont le chef, l'instigateur 
de toutes les tentatives séditieuses, le 
plus fécond en intrigues et en res- 
sources, était toujours Marcel. Sa 
maison restait le foyer de toutes les 
conspirations ; la multitude ne voyait 
que par ses yeux, n'agissait que par 
ses ordres. Le dauphin, croyant le 
moment favorable, déclara au pré- 
vôt et à ses complices qu'il voulait 
désormais régner par lui-même; il 
leur défendit de se mêler des af- 
faires du royaume, et partit pour 
aller demander aux États provin- 
ciaux de» secours d'hommes et d'ar 
gent. Ctîtte fierté, cette vigueui jet- 
térent d'abord les conjurés dans un 
grand étonncment, et si le jeune prince 
avait sur-le-champ convoqué les Ktats 
dans une autre ville que Paris, peut- 
être eût-il déterminé en sa faveur les 
esprits encore incertains ; mais son 
absence donna aux conjurés le temps 
de revenir «le leur surprise; et au 
retour dece» voyages, dont il ne retirw 



MAR 

aucun fruit, il rentra aussi impuis- 
sant dans sa capitale , ou plutôt il se 
livra de nouveau à ses ennemis. Mar- 
cel parut le recevoir plus par généro- 
sité que par soumission ; il y eut dans 
ses hommages quelque chose de plus 
superbe et de plus ofténsant que dans 
une révolte déclarée; les haines sem- 
blèrent assoupies; on promit de 1 ar- 
gent au dauphin, en le priant de faire 
venir les députés de vingt ou trente . 
bonnes villes pour délibérer sur les | 
besoins du royaume; il convoqua les 
députés de soixante-dix villes qui ob- 
jectèrent qu'aucune décision n'était 
possible sans la réunion des trois or- 
dres. Aux lettres de convocation écri- 
tes par le prince, le prévôt eut l'in- 
solence d'en joindre d'autres en son 
propre nom. ÎSon content d'exercer 
la souveraineté de fait, il en affectait 
l'orgueil, et refusait un secours d'ar- 
{^ent que lui demandait le dauphin, 
jusqu'à l'assemblée des États-Généraux. 
Ils se réunirent à Paris, le 7 novembre, 
et dans la nuit du 8 au 9, le complice 
de Marcel, le sire de Picquigny, en- 
leva par un coup de main Charles- 
Ic-Mauvais du fort où il était enfer- 
mé. Marcel avait besoin d'une épée 
contre les gens d'épéo qui environ- 
naiejit le dauphin, d'un prince du 
.sang contre ce prince lui-même, 
aussi le roi de Navarre devint-il ponr 
lui un très-puissant auxiliaire. La di- 
gnité royale était sans cesse offensée, 
»ous les rangs étaient confondus , les 
bienséances d'état oubliées, les lois 
violées, les anciennes maximes mé- 
prisées ou détruites, un vertige d'in- 
dépendance et d'usurpation avait trou- 
blé tous les esprits ; mais ce n'était 
point assez, pour le prévôt des mar- 
chands; tout l'odieux des tlésordres 
commis jusqu'alors nlombait sur lui 
et sur les autjes chefs de la faction. 
On n'avait à reprocher au peuple qu« 



des tentatives ijeditieuses , (les t5gare- 
meuts dont il pouvait encore revenir, 
tant qu'il n'aurait pas été engagé pai 
la complicité d'un grand crime, tant 
qu'on ne l'aurait pas animé dune 
aveugle férocité , en lui laissant pren- 
dre le goût du sang. Marcel ne pou- 
vait être ni content, ni Uanquille; il 
tallait qu'un excès de rage le rassurât 
lontre le repentit- de la multitude; 
il ne tarda pas à en saisir l'occa- 
sion. Un double assassinat, commiv* 
un mois auparavant, l'avait averti 
que tout .était mûr pour son de?*- 
sein. Un changeur nommé Perrin 
Marc ( d'autres écrivent Macé ), ayant 
vendu deux chevaux au dauphin et 
n'étant pas payé, avait rencontré dan^ 
ta rue >euve-Saint-Mern , Jean Baillct. 
trésorier et lun des plus intimes fa- 
miliers du prince. Une dispute s élève. 
Perrin tue Baillet dun coup de cou- 
teau, et se réfugie dans l'église Saint- 
Merry.Ému de colère et de douleur, le 
dauphin envoie aussitôt llobcit de 
Clermont, maiechal de Normandie, 
Jean de Chàlons et Robert 8taisc , 
prévôt de Paiis (4), avec un graml 
nombre de gens d'armes qui, malgré 
la franchise du lieu . en bi isent les 
portes, traînent Penin au Chàtelet, 
lui coupent le poing et le Ibnt pen- 
die. L'évêque de Paris se plaignit 
bien haut de cette violation des im- 
munités de l'église; et, prétextant que 
Perrin était ecclésiastique, il obtint son 
corps, qu'il fit enterrer à Saint-Merr\ 
avec beaucoup de solennité. 'Marcel 
assista au service accompagné d uji 
grand nombre de bourgeois , tan- 
dis que le dauphin suivait l'entene- 
raent de Baillet. Une collision était 
imminente. Cet événement s'était 
passé à la fin de janvier 1358. Le 

(4) 11 ne faut pas confoodre l'office du pré- 
vôt des marchands avec celui du prévôt d»^ 
Paris , qui était le cbef de la police. 



MAB m 

22 février , tous les gens de mé- 
tier, mandes par le prévct des mar- 
chands, .se rassemblèrent en armes: 
des meneurs envoyés par lui d avan- 
ce dans les différents quartiers, 
avaient eu soin d échaufter le* es- 
prits. U harangue la multitude et 
quelques distributions d'argent, ajou- 
tées à ses discours, achèvent de la 
soulever en sa faveur ; il e.^t salué paj 
des cris prolongés. Accompagné des 
cchevins et suivi de ses plus zélés 
partisans, dont les chaperons mi- 
partis se distinguent par des agrafes 
émaillées de vermeil et d'azur, au bas 
desquelles sont gravés ces niot« : <'< 
bonne fin (ce qui signifie qu'ils lui 
.sont dévoués envers et contre tous, 
à la vie et à la mort;. Marcel ouvre 
la marche. La troupe s avance en 
désordre, brandissant des piques, 
des épées, des pioches, des faux, de^ 
haches ; lair retentit d'imprécations ; 
la populace grossit de moment en 
moment ce cortège, sans autre motif 
que de voir, ou de prendre part au 
tiouble: tout présage un grand crime 
et de grands malheurs. A l'approche 
de Saint-Landiv, des cris s'élèvent ; 
« C'est Renaut d'Acv, c'est im des 
tvrans rétablis contre le peuple , c'est 
lui qui prétend étie avocat-général 
au mépris des Etats ! » On se précipite 
sur lui et il tombe percé de mille 
coups. Enfin la tourbe airive au pa- 
lais, dont la porte est forcée; elle 
inonde les coiu-s, les escaliers, les ap- 
partements ; le prévôt enti-e avec ses 
satellites dans la chambre du dau- 
phin , auprès duquel sont ses con- 
seillers ordinaires, Robert de Clei- 
mont, maréchal de >»orniandie, et 
Jean de Conflans, maréchal de Cham- 
pagne. Marcel lui dit aigrement qu il 
doit mettre ordre aux affaires du 
royaume qui doit lui i-evcnir et le 
garder des compagnies <|ui gâtent 
4. 



52 



MAB 



tout le pays. I^ prince lui répond 
d'un ton plus ferme que de coutume : 
, Je le ferais volontiers, si j'avais de 
<, quoi le faire, mais c'est celui qui a 
» les droits et les profits qui doit 
* avoir aussi la garde du royaume t., 
n y eut encore échange de quelques 
paroles aigres; puis le prévôt éclata : 
^ Seigneur, mon duc, dit-il, ne vous 
.. effrayez pas, nous avons une exé- 
,, cution à faire ici; car il est or- 
, donné et il convient qu'il soit fait 
, ainsi. » Puis se retournant vers ses 
sicaires aux capuces rouges, il leur 
dit : « Faites en bref ce pourquoi 
vous êtes venus ». A l'instant ils se 
jettent sur le maréchal de Cham- 
pagne, brave chevalier, mais qui, 
alors sans armes, se débat vaine- 
ment et est massacré aux pieds du 
dauphin, sur lequel on dit même que 
le sang rejaiUit. Le maréchal de Nor- 
mandie s'était réhigié dans un ca- 
binet voisin; il y est poursuivi et 
égorgé. Tous les gens du prmce 
avaient fui; éperdu, il tombe aux 
pieds de Marcel et lui demande la 
vie; l'insolent conspirateur lui ré- 
pond qu'il n'a rien à craindre; il re- 
tire le chaperon mi-parti dont il est 
coiffé et le met sur la tête du dauphin, 
dont il prend à son tour le chaperon 
orné de franges d'or; et il en reste 
effrontément paré toute la journée. 
Après ce double assassinat, il couit 
à la place de Grèves où l'attendait 
une foule de gens en armes; et, d'une 
fenêtre de l'Uôtel-deA'ille , il pro- 
nonce une longue harangue dont 
nous nous bornons à extraire quel- 
ques phrases : « Parisiens, noun 
- venons de faire un grand exem- 
. pie et de prendre un grand en- 
* gagoment... Le peuple lassé s'est 
a levé enfin contre ses oppreascursv 
û Son glaive vient de hàtcr une , 
» ju>*UciJ trop lentt eJL d'immoler i U 



MAK 

'i liberté les principaux instigateurs 
« de la tyrannie. C'est moi (je ne 
u crains pas d'avouer ce que j'ai fait, 
u ce que j'ai cru devoir faire pour la 
u patrie) , c'est moi qui ai conduit les 
.( coups. Décidez maintenant si j'ai 
« mérité l'infamie ou l'estime, l'écha- 
.. faud ou l'honneur de vous condui- 

» re Vous avez depuis quelque 

« temps reconquis vos franchises; le 
a peuple vient de les cimenter par le 
« sang de ses ennemis; montrez- 
« vous dignes de soutenir un si géné- 
» reux effort ; que les nobles, que les 
.. officiers royaux renouvellent leurs 
V affronts , s'ils l'osent , eu voyant le 
<. châtiment!... n De nombreuses voix 
lui répondent en déclarant faux, 
mauvais et traîtres ceux qu'on venait 
de massacrer, et jurent que les Pari- 
siens sont résolus à vivre et à mou- 
rir avec le prévôt des marchands. 
Après s'être assuré de la populace , 
Marcel retourne auprès du dauphin, 
qu'il trouve morne et consterné; il 
l'exhorte « à ne pas trop s'affliger de la 
« mort de quelques perfides. Tout ce 
" qui vient de se passer a été fait par 
tt lavolont<;dupeuple,au nom duquel 
.. il lui demande de ratifier tout, et 
d'accorder un pardon absolu , sup- 
u posé qu'il en soit besoin. « Le mal- 
heureux prince , hors d'état de 
discuter et de se défondre, accorde 
tout, priant même les Parisiens d'être 
de ses amis , et promettant d'être des 
leurs. Sur cette promesse, le prévôt 
se retire et lui envoie deux pièces de 
drap rouge et pers, pour taire des 
chaperons à tous les gens de la cour. 
Le dauphin et son ft-ère , toutes 
les personnes de sa famille et de 
sa maison durent dès-lors porter les 
livrées de la faction. Plus le coup 
était hardi, plus il fallait d'audare 
et d'activité pour en assurer les c( • 
Çi-is. Se fortifier des .«♦cour* les pluv 



MA» 

puissants, dépouiller ses adversaire^i 
de leurs emplois et de leurs fortunes, 
persécuter à outrance les plus redou- 
tables, combler ses amis de richesses 
et d'honneurs, teuter les ambitieux, 
effrayer les timides , entraîner les in- 
différents, tels fui-ent désormais les 
soins de Marcel. Le lendemain, il 
manda aux députés des villes de se 
réunir aux Augustin» ; plusieurs y 
\Tnrent et trouvèrent aussi convo- 
qués les bourgeois de Paris, dont un 
assez grand nombre était en armes. 
Ainsi entourés, les députés placés 
dans l'alternative , ou de parler con- 
tre leur conscience, ou d'exposer leur 
vie, cédèrent à la pem- et approuvè- 
rent tout ce qui avait été tait. Le 
prévôt alla ensuite à la chambre du 
Parlement, environné des gens de 
sa faction, les uns armés, les autres 
sans armes, et requit le dauphin de 
faire exécuter toutes les ordonnances 
antérieurement promulguées par les 
États pour le gouvernement du 
royaume, et de substituer à quel- 
ques personnes de son conseil trois 
ou quatre bourgeois qu'on lui dési- 
gnerait; obligé de tout entendre, il 
accorda tout. Quatre jours après l'as- 
sassinat des deux marécliaux, le roi 
de >'avan"e fit son entrée dans Paris. 
Marcel vint aussitôt le prier de de- 
mander justice sur toutes ses préten- 
tions et ses griefs, et de manifester 
pubUquement son approbation des 
meurtres; le Navarrois promit de 
suivre ces conseils. A peu de jours de 
là, le prévôt, Charles Consac, éche- 
vin, Robert de Corbie, député, qui 
avait attribué aux conseillers du dau- 
phin tous les malheurs du royaume, 
et Robert Delisle, un des chefs les 
plus fougueux de la rébeUion, entrè- 
rent au conseil du roi. C'est alors 
que le prince qiù avait gouverné 
jusque-là comme lieutenant du roi. 



MAB 



»3 



fut solennellement proclamé régent- 
Le but de Marcel et de se« complice* 
dans ce changement était é\ident. 
Ornant la ncUme pour l'immoler, 
ils préparaient ainsi une grande révo- 
lution. Le nom du roi allait être, par 
une nouvelle formule , supprimé de 
tous les actes; on éteindrait peu à 
peu jusqu'à sa mémoire; il devien- 
drait ensuite plus facile de détrô- 
ner un régent sans crédit, sans 
force et sans appui. On serait en ou- 
tre secondé par le monarque anglaiis 
qui ne pouvait ({ue gagner aux trou- 
bles de la France. Mais le jeune 
prince pressentait ces criminels pro- 
jets des conjurés , et il était bien ré- 
solu de punir leurs attentats. Lee 
États de la province de Cliampagne 
avaient été convoqués à Provins, il 
s y rendit; et, après avoir énergiquc- 
H>ent peint l'état déplorable du royau- 
me, sans déclarer encore ses inten- 
tions et sans vouloir pourtant mé- 
nager les conspirateui's en présence 
des Champenois dont ils avaient mas- 
sacré le maréchal, il termina son 
discours en disant : - Si j'ai accepté 
i dernièrement un titre plus grand 

d honneur et de puissance, je n'ai piu» 
<t oublié ce que je dois à mon père, ce 

1 que je dois à la France. Je ne suis 
<i et ne veux rester, quelque titre que 
u je porte, que le lieutenant, le pre- 
« niier sujet du roi, le premier de» 
^ citoyens; j'ai l'âme d'un Français et 
•i l'expérience du malheur. ^ Deux 
orateuis parisiens qui étaient venu* 
à cette réunion, ayant prié les États 
de faire avec la ville de Paris une 
étroite alliance, le comte de Bresne 
prit la parole et demanda au régent 
si monseigneur dp Conflans avait mé- 
rité par quelque crime la mort cruelle 
qu'il avait subie , ajoutant qu'il ne 
doutait pas que les Normands ne rem- 
plissent le même devoir à l'égard de 



oî. 



Ua^ 



Robert de Ckrmont; à quoi le régent 
répondit : » Que ces deux seigneurs 
l'avaient toujours bien et fidèlement 
servi. « Le comte de Bresne, s'age- 
iiouillanl, le remercia et ajouta : 
,. Que les Champenois espéraient bien 
«ju'il punirait ceux qui avaient tué ses 
amis. » Les États se terminèrent 
ainsi. Les deux députés de Paris se 
retirèrent humiliés et furieux. Une 
Fois que Marcel et les chefs de la fac- 
lioii virent le régent hors des murs 
(le la ville, ils forcèrent le château du 
Louvre et y mirent garnison ; ils en- 
levèrent toutes les machines de guerre 
qu'ils purent y trouver, pour les placer 
tant à rnôtel-de-Ville que dans d'au- 
tres endroits. Le prévôt enleva aussi 
une grande quantité d'artillerie que 
le régent faisait venir par la Seine, et 
il lui "écrivit des lettres injurieuses qui 
étaient une véritable déclaration de 
guerre. Le prince y répondit par une 
infatigable activité et une grande vi- 
gueur. Les États-Généraux devaient 
se rassembler à Paris, te 1" ma« 
13o8. Le régent leur commanda de 
se rendre, le 4, auprès de lui à Com- 
piégne. Cette mesure déconcerta les 
Parisiens. Tout ce qtie leur ville con- 
tenait de plus distingué dans la no- 
blesse et le cleigé s'en était retiré. Le 
peuple, aussi prompt à perdre courage 
au premier revers qu'ardent à tout 
braver dans la révolte, arrivait à cal- 
culer la mesure de la punition sur 
les degrés des attentats. Marcel et ses 
amis, voyant que tout chancelait au- 
tour (Feux, tâchèrent de conjurer 
l'orage; à leur prière, l'IIniversilé en- 
voya au prince une députation pour 
flc(^hir sa colère. « Assurant qu'ils 
.. étaient prf-ts à lui donner tontes les 
« satisfactions qu'il exigerait, pourvu 
« qu'il ne demandât la mort de per- 
u sonne ». I-e régent accueillit avec 
bonté ces dtipntés cl leur dit : ■ Qu'il 



MÀ« 

n bc contenterait qu'on lui hvràt dix 
.. ou douze , ou même cinq ou six. 
■ des plus coupables; que leur vie 
.. serait en sûreté; qu'après cette mar- 
u que de soumission , il n'hésiterait 
„ pas à lendre aux Parisiens ses 
« bonnes grâces -•. Marcel et ses 
principaux adhérents, se jugeant eux- 
mêmes, ne se fiaient pas à la clé- 
«nence du prince, mais ils voyaient 
ses forces s'augmenter de jour en 
jour; ils ne perdirent pourtant pas 
courage et essayèrent encore d'obte- 
nir une capitulation qui ne fût pas , 
comme ils le craignaient , l'arrêt de 
leur supplice. Cependant les États 
étaient réunis à Compiégne; et les 
décisions qui y furent adoptées pré- 
sentent, par leurs résultats, ime des 
plus grandes et des plus importantes 
époques de notre histoire. Le comte 
de lîresne y prit la parole : il mon- 
tra d'un côté l'héritier légitime de 
la couronne avec les prélats et le 
clergé, les princes des fleurs de lys, 
ses comtes, ses barons, ses chevaliers 
et les habitants des bonnes villes, 
dignes du nom français: et de l'autre 
Marcel et l'échevin Consac à la tête 
d'une populace furieuse, enrichis de 
concussions, conims seulement par 
des révoltes et des forfaits , se 
, royant maîtres de la France parce 
«pi'ils tenaient les murs de Paris, et 
il ajouta : <• Monseigneur, nous som- 
.. uïcs tous prêts à vous aider de nos 
u biens et de nos épées, pour assié- 
- <;er, pour repousseï l'ennemi, et 
, pour la liberté de votre auguste 
. père, notre seigneur et maître ". 
Il termina par une violente apos- 
trophe contre l'évêque de I^on, qm 
:nalt eu l'audace de se présenter à 
celte assemblée, qui courut risque 
«l'y être maltraité et se retira secrè- 
tement à Saint - Denis , d'où il en- 
vova demander à Marcel une escorte 



MAR 

pour se rendre à Paris. Le prévôt, 
auquel se» partisans araient appris 
les lois rigoureuses portées dans les 
États de Coropiégne et les menaces 
dont il avait été l'objet, vit bien que 
le désespoir était son seul refuge et 
qu'il n'aurait à transiger qu'au prix 
d'une mort sanglante, il acheva le» 
murs de Paris sans épargner les cou- 
vents qui touchaient à son enceinte ; 
il s'empara de la tour du Louvre; il 
envoya, le 8 mai, Jean Donati, un de 
ses agents, à Avignon, avec 2000 flo- 
rms d'or au mouton, pour y acheter 
des armes et v lever des brigands. Il 
avait aussi déjà réuni à Paris, dit 
FYoistart, un grand nombre de gens 
d'armes et soudoyers, Kavarrois et 
Anglais, archers et autres compa- 
gnons; aventuriers sans discipline, 
sans loi, sans religion , avides de 
butin, ennemis de tout le monde. 
L'effroi était tel dans cette ville que les 
bourgeois avaient offert à Notre- 
Dame une bougie qui, suivant le 
chroniqueur de Saint-Denis, avait la 
longueur du tour de la ville; la ter- 
reur était encore plus grande dans 
les campagnes. A cette époque, une 
nouvelle espèce de guerre intestine, 
un dernier Beau vint frapper la 
France. Chassés de leurs maisons qui 
étaient pillées et incendiées, mou- 
rant de faim et de misère, les pay- 
sans se révoltèrent contre les noble» . 
principaux auteui's de tant de désas- 
tres ; le soulèvement fut général et 
simultané dans tous les pavs de la 
langue d'oil, sans complot, sans m6- 
rae aucune correspondance . sans 
autre moyen de ralliement que l'ex- 
cès du malheur commun. C'est ce 
que l'histoire a nommé la Jacquerie. 
Nous nous abstiendrons de cher- 
cher l'origine de cette dénomination, 
nous bornant à dire qu'on appela, 
par dérision , le pavsan Jacques Bon- 



55 

homme, et que leur réunion était 
collectivement désignée les Jacques. 
Les nobles qu'ils égorgeaient n'au- 
raient jamais voulu croire à une telle 
audace ; ils en avaient ri tant de fois, 
quand ils avaient voulu les traîner à 
la guerre ! le dicton ordinaire chez 
eux était : * Oignez vilain, il voas 
• poindra ; peignez vilain, il vous 
« oindra '■ • Mais cette diversion devint 
utile à Paris, et Marcd ne manqua pas 
de la mettre à profit ; il avait intérêt à 
soutenir les Jacques. Ils étaient déjà 
maîtres de la ville de Meaux ; ils en 
assiégeaient le marché, espèce de ci- 
tadelle située entre deux bra» de la 
Marne et où s'étaient réfiigiées l'é- 
pouse , la sœur et la tante du régent 
avec une foule de nobles dames, àe 
demoiselles et d'enfants. Pour venir 
en aide aux Jacques dans cette ef- 
froyable expédition, Marcel leur en- 
voya huit cents hommes sous la con- 
duite du prévôt des monnaies et d'un 
épicier de Paiis. Un secours ines- 
]>éré, sous le commandement du com- 
te de Foix et du captai de Buch, 
sauva du massacre les assiégés, et sans 
doute une très -grande partie des 
auxiliaires parisiens périt dans la dé- 
route complète des assaillants , dont 
plus de sept mille, de neuf mOle qu'ils 
étaient, restèrent sur place. La nou- 
velle de cette défaite fut un coop de 
foudre pour les rebelles parisiens ; 
le décoinagement de\'int général et 
pénétra jusque parmi les hommes 
d'armes et les soudoyer du prévôt, 
qui n'eut plus pour appui que les 
chefs du parti et une populace mer- 
cenaire. Il fiant toutefois rendre jus- 
tice à l'habileté qu'il déploya poui- 
prévenir la famine au miheudel'entière 
dévastation des campagnes environ- 
nantes. Il s'était allié aux Jacques ; 
il s'allia ensuite à leur destructeur, 
Charles-Ie-Mauvais, et lui fournit beau- 



S6 



MAB 



coup d'argent. C'était avec la cavalerie 
de ce prince qu'il lui fallait conserver 
quelques routes libres, tandis que le 
dauphin occupait la rivière ; il fit con- 
férer le titre de capit^ûne de Paris 
au roi de Navarre, qui prêta serment 
de bien et loyalement gouverner les 
Parisiens, de vivre et de mourir avec 
eux et de les défendre jusqu'à la mort. 
Pourtant il y jouit d'une très-faible 
influence, car les bourgeois lui en 
voulaient d'avoir détruit les Jacques , 
et soupçonnaient que leur capitaine 
ne faisait pas grand cas d'eux ; d'ail- 
leurs les vivres devenaient de jour en 
jour plus rares ; les arrivages étaient 
interceptés par le régent qui occu- 
pait Cbarenton avec trois mille laji- 
ces; Cbarles-le-Mauvais leslait inac- 
tif : les Parisiens le sommèrent de les 
défendre, de sortir, d'agir enfin d'une 
façon quelconque. Les deu.\ princes 
eiuent une longue et secrète confi;- 
rence; on offrait au roi de îs^avarre 
quatre cent mille florins , pourvu 
qu'il livrât Paris et Marcel ; il se fai- 
.sait marchander par les deux partis; 
mais les Parisiens, animés par les ins- 
tigations de Marcel, soutenaient coutr<> 
le dauphin de trop orgueilleuses pré- 
tentions; le prince promettait de l'ar- 
gent, mais le prévôt en doimait; toutes 
les semaines il en envoyait à Sainl- 
I3enis deux charges pour payer les 
troupes du Navarrois, qui l'engageait 
il multiplier ces envois dont il rendrait 
bon compte. De tant d'argent levé , 
Marcel n'en gardait-il pas un boime 
part? (Jela est bien probable. Il ne 
craignait rien tatit (pie de se brouiller 
avec ce perfide allié, (juipourLmt ve- 
nait déjà de signer son traité avec 
le régent. I,e8 bourgeois de Paris 
voyaient de mauvais oeil des merce- 
naires du roi de INavarre restés dans 
leur ville po^ir y manger leur ar^'eut. 
U >• eut d«« batteries : on en tua une 



MAB 

soixantaine; Marcel sauva les autres 
en les emprisonnant, puis les renvoya 
la nuit suivante à Saint-Denis ; les Pa- 
risiens le lui pardonnèrent d'autant 
moins que les Navarrois poussaient 
leurs courses et exerçaient leurs pil- 
lages jusqu'aux portes de la ville ; on 
n'osait plus en sortir, ils finirent par dé- 
clarer au prévôt qu'ils voulaient châ- 
tier ces brigands. Pour leur com- 
plaire , il les fit swtir, et toute la jour- 
née du 22 juillet ils comurent vers 
Saint-Cloud. Le soir, ils revenaient 
fort las , l'un portant son bassinet à 
la main, l'autre à son col, les autres 
traînant leurs épées ou les portant 
en écharpe. Au fond dun chemin, ils 
furent assaillis par quatre cents hom- 
mes; en vain prirent-ils la fuite à 
toutes jambes; sept cents périrent 
avant d'atteindre les portes. Cette dé- 
confiture porta au plus haut point 
l'exaspération contre Marcel; c'était. 
(hsait-oH, sa faute; il était rentré avant 
eux, il ne les avait pas soutenus; 
probablement c'était lui qui avait 
averti l'ennemi. Le prévôt était perdu: 
sa seule et dernière ressource était 
de se livier au roi de Navarre , avec 
Paris et tout le royaume, s'il pou- 
vait. Le plus grave historien de I épo- 
({ue, le continuateur de Nangis, té- 
moin oculaire, et du reste favorable 
à Marcel, avoue qu'il avait promis 
au prince de lui remettre les clefs 
de Paris , pour (pi'il s'en rendit 
maîlie , et se défît de tous ceux 
qui lui étaient opposés ; leurs portc^ 
étaient marquées d'avance ; le régent 
devait fître proscrit. Le Navarrois. 
couronné roi de Fiance par l'évéque 
(le Laon, devait faire hommage au 
roi d'Angleterre, (pu, si l'on en croit 
Vilhini, s'était engagea l'aider de tontes 
.SCS forces afin de lui assurer la pos- 
session du royannuî, et à iaire déca- 
piter le r(»i .lean. La ntiit du 31 



MAR 

juillet au 1" août était fixée pour 
qu'Etienne Marcel livrât la ville. 
Jusque-là il avait consulté les éche- 
vins sur toutes ses entreprises; mais 
il vovait que plusieurs de ses com- 
plices ne songeaient qu'à se sauver 
en le perdant. (>?lui des échevins 
qui s'était le plus comj)romis, son 
coiBi)êre , Jean Maillart lui avait 
cherché querelle ce jour-la même. 
Maillart s'entendit avec deux chefs 
du parti du dauphin. Pépin des t^- 
sarts et Jean de Chamy, et tous trois, 
avec leurs hommes, se rendirent un 
peu avant minuit à la hastillc Saint- 
Denis, où ils trouvèrent le prévôt, les 
clefs de la porte en ses mains. <« Etien- 
" ne, lui dit Maillart, que faites vous 
>• ci, à cette heure? " Marcel lui ré- 
pondit : " Jean, à vous qu'en monte 
» de savoir; je suis ci jK>ur prendre 
« garde de la ville dont j'ai le gouver- 
o nement. — Pardieu, répliqua Mail- 
« lart, il ne va mie ainsi, mais n'êle> 
« ci à cette heure pour nul bien . et 
« je le vous montre, ajouta-t-il, a 
^ ceux qui étaient de lez (près) lui, 

- comment il tient les clefs des por- 

- tes en ses mains pour u-ahir la 
» ville •. Le prévôt des marchanda 
s'avança et dit : " Vous mentez. — 
« Pardieu, répondit Jean Maillart, 
" vous mentez <>. Et tantôt dit à ses 
gens : » A mort, à mort tout hoiunie 
«i de son côté, car ils sont traîtres! r 

- lA eut un grand hutin et dur; et s'en 

• fût volontiers ftii le prévôt, s'il eût 
pTi ; maisil fut si hâte qu'ilne put. Car 

• Jean Maillart le férit d'une hachesur 
' la tête, et ne se partit de luijusqua 

le qu'il fut occis et six de ceux qui là 
étaient, et le demeurant pris ei en- 
« voyé en prison. " Selon une version 
plus vraisemblable de Froissart, ce 
ne fut pas Maillart, mais Jean de 
Charny qui porta le premier coup. Telle 
fut la fin do l'homme qu'on peut ap- 



peler le plua audacieux conspirateur 
des temps modernes, puisqu'il con- 
çut tous les complots ou y concou- 
rut . et qu'aucun ne fut exécuté san.»» 
son active participation. M. rsaudet a 
publié, en iS\o: Conjuration JEtieH- 
ne Marcel contre l'autorité royale, ov 
Histoire des Etats- Généraux de Lt 
France, pendant les années 13oo - 
13o8, in-80. L— s— D. 

M.VRCËLLIS :Onio:.), peintrr 
hollandais, naquit en 1613. xVvant 
de se rendre en Italie, il séjourna 
long-temps à Paris , oii la reine Anne 
d'Autriche le combla de faveurs, il 
passa de là en Toscane, où le grand- 
duc le retiut également d'une ma- 
nièi-c honorable. Après avoir visite 
Naples et une partie de l'Italie, il s'éta- 
blit à Rome, et bientôt il put à peine 
suffire aux ouvrages qu'on lui deman- 
dait. Son talent était de j>eindre des 
plantes, des insectes et des reptiles. 
KtantretournéenHollande, il vint habi- 
ter Amstei-dam, et foi ma près de cette 
ville une espèce de ménagerie où il 
nounissait avec soinlesanimauxdnnt 
il oniait ses t.'ibleaux. Ses plante.> 
sont d'un très-beau choix; il y place 
ordinairement des couleuvres, des 
araignées , des chenilles, des papil- 
lons, qu'il copiait toujoui-s d'aprc> 
nature, ce qui donne à toutes se> 
productions \m degré de vérité qui 
prouve qu'il n'y a j)oint de geiu-e a 
dédaigner lorsqu'on v excelle. Mar- 
cellis mourut à Amsterdam, en 1673. 
P— s. 

iLVRCELLL'S ( Marie- Ix)i:i*-Ai:- 

tîlSTK DEMAR715 DC TvT.AC, COmtC 0e) . 

d'une famille ancienne, originaire du 
Périgord, naquit en 1776 au château 
de Marcellus en Guienne. et fut fait 
chevalier de Malte en naissant. Sa 
mère périt sur l'échafaud révolution- 
naire» Bordeaux en 1794, et il fui 
crondamné par les mêmes j"ges 1 



38 



MAR 



^tre détenu jusqu'à la paix. Après le 
18 fructidor (4 sept. 1797 ) , il fut 
déporté en Espagne comme inscrit 
sur la liste des émigrés, quoiqu'il 
n'eût pas quitté la France. Cette 
inscription avait été faite pendant sa 
détention dans les prisons de Mar- 
mande et de Bordeaux. Revenu en 
France dans le courant de la même 
année, le comte de Marcellus vécut 
dans la retraite jusqu'au 12 mars 
1814, époque à laquelle étant allé 
joindre le duc d'Angoulême à Bor- 
deaux, avec son fils aîné, il fut nom- 
mé par ce prince membre de son 
conseil. Il se trouvait encore dans 
cette ville au 1" avril 1815, lorsque 
la duchesse d'Angoulême y fut aux 
prises avec les troupes révoltées. Il 
seconda cette princesse de tous ses 
moyens, et se retira ensuite dans la 
terre dont.il portait le nom. En août 
1815, il fut nommé à la Chambre 
des Députés par le département de 
la Gironde, et siégea constamment 
avec la majorité royaliste. Au mois 
de janvier 1816, il fit partie de la 
commission chargée de présenter un 
rapport sur la proposition tendant à 
supprimer toutes les pensions dont 
jouissaient les prêtres mariés et ceux 
qui avaient abandonné le sacerdoce. 
Ix« 31 du même mois , il recom- 
manda à l'assemblée la réclama 
tion faite par les chevaliers de 
Malte , des bien» non vendus de 
leur ordre. Le même jour, la tUiani- 
brc ayant déclaré , sur la demande 
de i. Michaud, que les arméesjroyalcs 
de la Vendée, de l'Ouest et du Midi, 
avaient bicu mérité de la patrie , il 
proposa d'ajouter à ciîtte déclaration , 
(jue la ])atiie adopterait les onfanls 
du marquis Louis de Earochejaijue- 
Icin, tué le i juin 1815 à la tête 
de l'armée royale. Ce fut encore lui 
qui proposa , dans la séance du 24 



MAR 

février, d'ordonner l'impression de la 
dernière lettre de la reine Marie- An- 
toinette, que l'on venait de découvrir 
dans les papiers de Courtois, et de 
l'adresse de la Chambre au roi, en 
exprimant le désir que ces pièces 
fussent envoyées à toutes les com- 
munes pour être déposées dans leurs 
archives. Convaincu de la nécessité 
d'asseoir la religion sur des bases so- 
lides, Marcellus monta à la tribune 
dans la séance du 23 avril, pour y 
plaider la cause du clergé , et vota 
en faveur du projet de loi présenté 
par le ministre de l'intérieur. En gé- 
néral , il vota dans toutes les discus- 
sions importantes avec la majorité de 
cette époque, et fit don au roi> dans 
le mois de juillet, de la totalité de sa 
taxe à l'emprunt de cent millions. 
Réélu à la fin de cette année par le 
même département, il commença cette 
session comme la précédente, par 
invoquer la protection de la Cham- 
bre en faveur de l'ordre de MaUe, ré- 
clamant ses biens non vendus; et, le 
24- décembre, il parla de nouveau 
sur la nécessité de rendre aux minis- 
tres des autels le droit de recevoir 
et de posséder. LeGjanv. 1817, lors 
de la discussion relative au projet de 
loi [sur lesélections, Marcellus combat- 
tit avec beaucoup de chaleur l'art. 7, 
qui appelait tous les Français jouis- 
sant des droits civils et politiques, 
âgés de ticute ans et payant 300 fr. 
de contributions, à concourir aux 
élections des députés. Dans la séance 
du 5 février, il proposa, par im dis- 
cours, dont l'impression fut ordon- 
née, la diminution de la taxe sur le 
sel, et combattit la vente des biens 
réunis au domaine de l'État, comme 
injuste et impolitique. I^ 18 du 
même moU, il demanda cpi à chaque 
session des t;hand)rcs, les ministres, 
en présentant leur budget, donna»- 



MAR 

sent letat des pensions quils auraient 
payées, afin que, s'il y avait surabon- 
dance dans les fonds qui leur au- 
raient été alloués, cette surabondance 
fût versée au trésor roval, et tournât 
au profit de l'État. Le 5 mars, il dé- 
fendit avec chaleur l'inviolabilité des 
biens ecclésiastiques , dont l'article 
11 du titre xi du projet de loi sur 
les finances n'offrait aucune garantie 
suffisante. Cet article était ainsi con- 
çu : " La portion (des bois de l'Etat) 
« résenéc (pour la dotation des éta- 
■ blissements du clergé) sera prise 

• dans les grands corps de forêts. » 
Marcellus insista pour qu'il fût ré- 
digé de la manière suivante : «• La 
" portion réservée pour la dotation 
" des établissements religieux, seia 

• composée uniquement de tous les bois 
•• qui leur ont anti-efois appartenu... 
» Si mon amendement est écarté, 

- dit-il, et que le titre reste tel qu'il 
» est, je dois à ma conscience de 
" déclai-er que je voterai par une 

- boule noii-e contie le budget. » 
Après le renouvellement de la Cham- 
bre par Fordonnance du 5 septembi-e 
1816, le comte de Marcellus vota 
avec la mhiorité; mais il prit peu 
de part aux discussions , si ce n'est 
lorsqu'il crut les intérêts de la reli- 
gion compromis. Quand un nouveau 
concordat avec le pape ftit présenté 
aux Chambres en 1817, ayant été 
nommé membre de la commission 
chargée de faire un rapport il crut 
de son devoir d'éciire .i Sa Sain- 
teté pour lui demander ce qu'il avait 
à faire. I.a réponse que lui adressa le 
pontife est peu connue; cependant 
elle est d'un très - haut intérêt pour 
l'histoire , et nous croyons de- 
voir la rapporter ici tout entière . 

- Notre cher fils, salut et bénédiction 
« apostolique. On nous a remis votre 

- lettre, par laquelle vous nous cn- 



.NL\r, 



:>9 



" vovez une copie des amendements 

- qu'a subi&, dans b commission de 
« la Chambre des Députés dont voufi 

- êtes membre, la loi que nous avons 
" appris avec douleur avoir été pro- 
« posée, au nom de S. M., sur la con- 
» vention passée entre le i-oi tixïs- 

- chrétien et nous, loi dont l'examen 

- a été confié à ladite commission. 
" Nous avons, notre cher fiis, admiré 
« votre zèle pour la religion catholi- 

- que, vos soins empressés |>our ia 

- coii8ei"ver et la défendre, votre rcs- 

- pect enfin et votre dévouemf-nt 

- pour le siège apostolique, benis.'^anl 

- donc le |)ère des lumières, qui vou.s 
« a muni et fortifié par ces g^and^ 
^ sentiments de piété, nous nous lià- 

- tons de vous affenuir encore pai 
« cette voL\ de la vérité, que vous rr- 

- connaissez avoir été donnée à notre 

- faiblesse par une tradition divine, 

- et que vous réclamez avec tant de 
« confiance, pour que, dans la dis- 

- cussion épineuse dont vous éte> 

• chargé, elle soit un flambeau qui 
« éclaire vos pas et les retienne dans 

• les sentiers de la droiture et de la 
« justice. Mais si tous ces motifs nous 
« ont causé une joie sensible, nous 
« avons éprouvé une vive douleur en 

- voyant les changements que vous 
" nous mandez avoir été introduits 

• par la susdite loi. Sans doute, avec 
" votre caractéie si avide de la vérité, 
« vous ne pouvez point ne pas recon- 
t naîti-e qu'il est tout-à-fait déplacé 
" que ces décisions données sur des 
« matières religieuses par le siège 

- apostolique, après s être conceité 
« avec le roi très-chrétien, soient en- 
•* suite soumises h la délibération 
'^ d'un conseil de laïques, quelqtie il- 

• lustre qu'il puisse être. Si en outre 

- vous examinez tant soit peu les cor- 
.■ rections proposées, vous venez sans 
.• peine que les articles répréhensi- 



60 



MAR 



« blés de cette loi, ou n'ont pas été 
" corrigés comme ils devaient l'être, 
« ou ont été entendus d'une manière 
" plus fâcheuse encore, ou qu'enfin 
« ils restent tels qu'ils étaient; de 
« sorte qu'il est évident que cette loi, 
u amendée comme vous nous le faites 
" connaître, est contraire à notre con- 
" cordât et à quelques-uns des droits 
" les plus sacrés de l'église. Que si 
« quelques-unes des dispositions ([ui 
« V sont énoncées se sont, de temps 
H à autre, glissées par abus, chacun 
« voit, sans un long examen, quil y 
« a certains maux qu'on tolère quel- 
« quefois, par nécessité, pour en pré- 
« venir de plus grands, mais qu'ils 
« ne sont pas approuvés pour cela. 
« îious avons cependant l'espoir, par 
" la connaissance que nous avons de 
u la religion du roi très-chrétien, dé- 
« jà excitée par nos avertissements 
<i paternels, qu'il appellera le remède 
« convenable à un si grand mal, afin 
» que la convention conclue d'après 
« ses propres vœux, heureusement 
" sanctionnée, et bien plus, mise déjà 
« à exécution de notre part, dans tout 
" ce qui peut dépendre de nous, soit 
•j religieusement observée, et la loi 
u entièrement retirée. Du reste, nous 
•< attendons de votre piété, de votre 
« prudence, de votre zèle pour le 
« bien de la religion, tjue, revêtu de 
li la justice comme d'une cuirasse , 
" vous vous opposerez avec courage 
" à la loi proposée; que vous em- 
" ploierez tout votre crédit, toute 
« votre autorité et toute votre habilo 
'< té, pour prorurci- la lilue et prompte 
« promulgation (U exécution fidclc 
« du concordat. C'est pour l'heureux 
" succès «le c<;tte affaire, que nou.s 
. vous accordons, notre cher (ils, avec 
« affection, la bénédiction apostoli- 
» que, gage de la protection de Dieu. 
Donné à Home, près Sainto-Maric- 



MAR 

« Majeure, le 23 février 1818, année 
(. dix-huitième de notre pontificat. 
« Pie vu. » Comme la Chambre des 
Députés, renouvelée par suite de l'or- 
donnance de dissolution du S septem- 
bre 1816, était alors sous l'influence 
du parti révolutionnaire, le nouveau 
ministère n'osa pas insister ; la loi fiit 
retirée et la France resta sous le ré- 
gime du concordat de Napoléon où 
elle est encore, {voy . Pie vu au sup.). 
Le comte de Marcellus réuni à la mi- 
norité prit encore la parole dans 
quelques occasions importantes, no- 
tamment contre l'admission de Gré- 
goire et à l'occasion de l'assassinat du 
duc de Berri, puis dans l'indignation 
que lui causa un jour la pétition d'un 
M. Arbaud: " Trop profondément 
u frappé, dit-il, par les termes dans 
^ lesquels est conçue la pétition qui 
i> vous est soumise pour pouvoir me 
u livrer à des considérations qui lui 
.. seraient étrangères, je me bornerai 
« à exprimer en peu de mots les sen- 
u timents qu'a fait naître en mon âme 
« cette étrange pétition. Ainsi donc, 
u ce n'est plus sous le voile insidieux 
u d'expressions enveloppées, dont le 
^ sens au reste n'est obscur que pour 
u ceux qui s'obstinent à ignorer la ré- 
i volution ; ce n'est plus sous les ap- 
u parences spécieuses et perfides de 

- liberté, de </»oi/-s des peuples, de to- 
u téranct , de philosophie , que les 
« ennemis du trône cachent leurs 
u projets ! ils ne se déguisent plus ; 
u ils parlent ouvertement et sans fi- 

- gure : ils disent tout ce qu'ils pen- 

- sent ; ils révèlent tout ce qu'ils tra- 
a ment. Qu'est-ce qui pourrait en of- 
u fot les intimider ? îS'iiisulte-t-on pas 
.> impunément tout ce qu'il y a de 
. plus auguste ? Ne blasphêmc-t-on 

- pas tout ce qu'il \ a de plus sacré ? 
a La religion de l'ctat, bannie des 
,> lois de l'état, n* est-elle pas tous le> 



MAR 4 

» jours outragée, et dans le* pam- 
" phlets, et dans les discours, et jus- 

- que dans le sanctuaire des lois ? Le 

• signe auguste et sacré devant le- 

• quel la rébellion a toujours pâli (un 
■: exemple illustre vient de le prouver 
«. encore), n'a-t-il pas été proscrit, 

• comme si l'on voulait forcer le ciel 
» d'être inexorable envers la terre ? 

- Faut-il donc s'étonner, quand le 
» vrai Dieu est chassé de la législa- 
4 tion de la France, qu'on ose deuian- 
« der de chasser le vrai roi de son 
>• gouvernement; et que /<i religion 

• de la seconde majesté soit raécon- 
» nue, quand la source de toute ma- 
u jesté est blasphémée ?.... Je livre ces 
« rétiexions à votre sagesse, mes- 
i sieurs, et je n'ajoute qu'un mot: 
« attaquer la i-oyauté en France, c'est 
■i aussi blasphémer. Souvenons-nous 
a d'une noble parole de l'héroïne (1) 
4 dont le nom et les exploits font la 

- gloire de nos annales : Le roi de 
a France est lieutenant des deux >■. 
Nommé pair de France le 23 nov. 
1823, le comte de Marcellus continua 
Je voter avec les royalistes, dans 
cette nouvelle Chambre , jusqu à la 
révolution de 1830. A cette éjXKjue, 
ne voulant pas prêter serment au 
nouveau gouvernement, il donna sa 
démission et se retira à Marcellus, oit 
il ne s'occupa plus que de httératiire. 
de ses devoirs de piété et de l'éduca- 
tion de ses enfants. Il y mourut le 
25 décembre iHM. Le comte de Mar- 
cellus avait épousé, en 1795, la fille 
de M. de Plis, son oncle, député du 
côté droit, à 1 Assemblée constituante, 
et qui périt sur l "échafaud révolution- 
naire, en 1794. On a de bii : L Le cri de 
la vérité, chanson patriotique, Paris, 
1822, in-8". IL Lettres a MM. les rédac- 
teurs de la Buclie d'aquitaine, 1822, 

(1> Jeanne d'Arc. 



MAR 



61 



In-S". m. Lettres sur (Angleterre, en. 
juin 1823, Paris 1823, in-8''. IV. 
Lettres sur Chamhord, écrites à la Bû- 
che d'Aquitaine, Paris, 1824, in-8*. 
V. Lettre sur Pétrarque au journal 
des DébaU. Paris, 1824, in-8°. VL 
Conseils d'un ami ù U7i jeune homme 
studieux. Paris, 1825, in -8°. VII. 
Odes sacrées, idylles et poésies diver- 
se$,1825, in-S". On trouve dans ce 
recueil im petit poëme sur \Ail, qui 
n'est qu'une ingénieuse plaisanterie 
dont les journaux révolutionnaires se 
sont quelquefois moqués. Vm. Pa- 
raphrase en forme d'ode sacrée du 
psaume CXXIII , appliquée à ta 
mort douce et sainte de M. le due 
Mathieu de Montmorency , Paris , 
1826, in-18. IX. Voyage dans les 
Hautes-Pyrénées, dédié à S. A. R.mon- 
seigneur le duc de Bordeaux , en prose 
et en vers, Paris, 1826, in-8^ X. 
Odes sacrées tirées des quinze psaumes 
graduels paraphrasés en vers français ; 
du psaume CXIV appliqué à la mort 
de monseigneur d'Aviau, archevêque de 
Bordeaux; des hymnes Fexilla et Pan- 
gelingua, Paris, 1827, in-18. XL Can- 
tatessacrées, tiréesde l'Ancien etdu Sou- 
veau Testament, Paris, 1829, in-8'*. 
XII. Première communion d'un jeune 
exilé (ode), Montpellier, 1832, in-8*. 
À'III. Différents Discours et opinions 
prononcés à la Chambre des Députés, 
notamment sur la nécessité de répri- 
mer les délits de la presse ; sur l'ur- 
gence de se faire sacrer, adi'essés à 
Louis XVIII, etc. M — dj. 

MxVRCET (Alexamire), médecin 
et chimiste, naquit à Genève, en 
1770. Fils d'un riche négociant , il 
était destiné à suivre la profession pa- 
ternelle, bien qu'il manifestât une 
aversion prononcée poiu: le com- 
merce. Ce ne fui qu'après la mort de 
son père qu'il put se choisir une autre 
carrière. Il étudia d'abord le droit. 



62 MAR 

mais les événements de la révolu- 
lion de France l'obligèrent à quitter 
momentanément sa patrie. Il partit 
pour l'Angleterre avec son ami Th. 
de Saussure, et revint l'année suivante 
à Genève, où deux partis rivaux, les 
d(;mocràtes et les patriciens, se dis- 
putaient avec acharnement le pouvoir. 
En 1792, lorsque Genève fut assiégée 
par les troupes françaises, sous les 
ordres de Montesquieu, Marcet, offi- 
cier dans la milice urbaine, fit preuve 
d'antipathie contre le parti démo- 
cratique ; or, ce parti étant devenu do- 
minant, Marcet, à son retour, fut 
arrêté pour rendre compte de sa con- 
duite. Grâce au 9 thermidor, dont le 
contre-coup s'étendit jusqu'à Genève, 
il ne fut condamné qu'à une année 
d'arrêts dans son domicile, peine qu'il 
fit commuer bientôt en cinq ans 
d'exil. C'est alors qu'il se décida d'al- 
ler étudier la médecine à l'université 
d'Edimbourg; il partit avec M. de la 
Rive, qui avait été son compagnon de 
captivité. Reçu docteur en 1797, il 
passa d'Edimbourg à Londres, où i! 
dut à ses opinions politiques et à l'm- 
fluence de quelques amis d'être nom- 
mé d'abord médecin du dispensaue 
de rlinsburg, puis de l'hôpital de 
Guy, et enfin professeur de chimie 
dans le même hôpital. U ne tarda pas 
à se faire une grande réputation, soit 
comme praticien, soit comme profes- 
seur, ce qui lui valut d'être agrège 
aux sociétés royale et géologique de 
Londres. Au retour de l'expédition de 
Walchercn, il fut envoyé par le gou- 
vernement à l'hôpital militaire de 
Porstmouth. Atteint par l'épidem.c 
dont furent IVappécs les troupes an- 
plaises, il courut de grands dangers. 
Marcet avait épousé la fille unique 
de M. Haldimaud, négociant suisse, éta- 
bli à Londres «lepuis un grand nom- 
bre d'années, vl <pii laissa n. mon- 



% MAR 
rant une fortune considérable, il re- 
nonça alors à sa place de médecin de 
l'hôpital de Guy, ainsi qu'à l'exercice 
de la médecine, pour se livrer tout 
entier à la chimie expérimentale. Lors- 
qu'après la chute de Napoléon, Ge- 
nève fut rendue à son indépendance, 
Marcet, quoique naturalisé anglais 
depuis 1802, s'empressa de rentrer 
dans sa patrie, où le parti des patri- 
ciens l'emportait de nouveau. Il fut 
accueilli avec la plus grande distinc- 
tion, et noxnmé membre du consei^ 
souverain et de lacadémie. Après 
avoir fait, en 1820 et 1821, un voya- 
ge en ItaHe, il retourna à Londres 
pour ses intérêts privés , et y 
mourut le 12 octobre 1822, dune 
attaque de goutte. La plupart des tra- 
vaux du docteur Marcet ont été m- 
sérés dans les recueils de sciences 
médicales publics à Londres, et dans 
les Transactions philosophitiiies de 
1799 à 1822. Ses meilleurs Mémoires 
concernent: La Nature du chyle et 
du c/iyme (Transactions viedico-chir., 
1815, t. VI); l'usage du stramonium 
fdatura stramonium), contre les affec- 
tions rhumatismales {ibid., vol. VU, 
de 1816); la pesanteur spécifique et la 
température des eaux de la mer dans di- 
rerses parties de l'Océan (ibid.). Mar- 
cet a donné à ^Encyclopédie de Rees 
les articles platine et potassiuai ;mn'is 
louvrage qui lui fait le plus d'hon- 
neur est son Essai sur l'histoire chi- 
miquo et le traitement médical des 
maladies calculeuses. Cet essai, écrit 
en anglais, a obtenu plusieurs édi- 
tions et a été traduit en fran«;ais sur 
la seconde (^Londres , 1819), par M- 
.1. Riffault; Faris, 1823, in-8". H se 
distingue par l'exactitude des obser- 
vations sans indiquer toutelois des 
luoyens nouveaux de traitement. La 
veuve de Marcet tient aujourd'hui une 
plHce honorable parmi les femmes- 



MAR 

auteurs de la Grande- Bretagne; on 
lui doit entre autres ouvrages des Con- 
versations sur l'économie politique et 
la physique, trad. en français par G. 
Prévost, Geuève, 1820, in-12, et des 
Conversations sur la chimie, égale- 
ment traduites en français et qui ont 
eu jusqu'à huit éditions. A — ^. 

MAilCH des Batailles ( Éties- 
>E ) , peintre espagnol , naquit a 
Valence, vers la fin du XVI' siècle, et 
fut élève d'Orrente , qui lui inspira 
son goût pour la manière et la cou- 
leur du Bassan. Aussi le style de 
March appartient -il à Tikxjle véni- 
tienne, il se fit, comme peintre de 
batailles, une grande réputation qn il 
ne put soutenir comme peintic d'his- 
toire. D'un caractère extravagant et 
bizarre , il toiumentait sans cesse 
ses élèves. Lorsqu'il voulait travail- 
ler , il s'armait de pied -en -cap, 
saisissait une trompette ou un tam- 
bour, et, après avoir sonné la char- 
ge , il attaquait , la lance au poing, 
les murailles de son atelier. Après 
s'être ainsi échauITé l'imagination, 
il prenait ses pinceaux et faisait pas- 
ser sur la toile le sujet qu'il venait 
de concevoir. Les amateurs font 
un cas particulier de ses batailles. 
Sou pinceau est facile ; son colo- 
ris frais et vigoureux; sa compo- 
sition frappante de vérité. Il a su 
rendre surtout avec une rare perfec- 
tion l'atmosphère sombre et char- 
gée que forme pondant l'action la fu- 
mée du canon et de la mousqueterie. 
Il mom'ut à Valence, en 1660. — Mi- 
chel M.\RCH, son fils, naquit dans la 
même ville en 1633. A la moit de 
son père , il se rendit à Rome. Il y 
cultiva la peinture historique et ac- 
quit quelque facilité dans l'exécution 
et quelque con-ection dans le dessin, 
ainsi que le prouvent deu\ tableaux de 
tfiittoire de saint Frxinçoii, qu'il fit 



MAR 



63 



pour les capucins de Valence , et uti 
Calvaire, pour la paroisse de Saint- 
.\iichel de la même ville. Cependant 
il abandonna ce genre pour se livrer 
à celui qui avait fait la réputation de 
son père; mais il ne put l'égaler. Il 
mourut à Valence, en 1670. P — s. 
MARC11.VND, agent subalterne 
de la Révolution, fut souvent em- 
ployé par le Comité de salut pu- 
blic, au temps de Robespierre , et de- 
vint l'un des coryphées de la société 
des Cordeliers. Ayant été arrêté le 
2 mars 1794, par ordi'e du Comité 
de sûreté générale . il fut réclamé 
par les Cordeliers, qui envoyèrent une 
députation pour demander sa li- 
Ijerté, qu ils obtinrent. Ayant échap- 
pé aux suites de la conspiration d'Hé- 
bert, avec lequel il était lié. Marchand 
fut mis de nouveau en arrestation 
après la chute de Robespierre. La 
société des Jacobins lui nomma alor^ 
des défenseurs officiels , et il fiii 
élai-gi ; mais Clausel , membre du 
Comité de sûreté générale, sollicita 
contre lui, le 4 octobre , un décret 
d'arrestation, motivé siu- ce que sa 
relaxation avait été surprise par la 
faction qui le protégeait. Après la 
crise de prairial et la victoire rem- 
portée pai- la Convention sur les Ja- 
cobins, Bourdon de l'Oise demanda 
la déportation de Maichand, et un 
décret ordonna sa traduction au tri- 
bunal criminel d'Eure-et-Lou- ; raait» 
il fut bientôt compris dans l'amnistie 
du 4 brumaire, prononcé en faveur 
des lerroristes. En 1799, il fut en- 
core un des membres les plus mar- 
quants de la société du Manège, et 
celui qui paila à la tribune de cette 
société avec le plus d'assiduité et 
de véhémence. H y défendit surtout 
la mémoire de Goujon , Soubrany 
et d'autres révolutionnaires , qu'il 
désigna comme martyrs de la liber- 



a 



iL\a 



te. ïl y parla aussi sur les dangers 
dé la paUie, et demanda Upuration 
des employés dans les ministères. Au 
commencement de septembre, il fut 
chargé par la société , de rédiger 
une adresse pour faire déclarer la 
patrie en danger. Se trouvant em- 
ployé à cette époque au ministère 
de la guerre, il donna sa déuussion 
lors de la retraite de Bernadotte, et 
fut compris dans l'arrêté de déporta- 
tion qui suivit le 18 brumaire an VIII 
(9 nov. 1799) et l'attentat du 3 ni- 
vôse an IX (24déc. 1800). Le premier 
de ces arrêtés resta sans exécution, 
et Aiarchand échappa au second par 
la fuite. Pendant quelque temps, on le 
crut mort, mais il reparut en 1804, 
et fut mis en surveillance dans une 
commune de la ci-devant I^orman- 
die oii il mourut quelques années 
plus tard. -Mabca^d (M- veuve) 
rédigeait,'à Bruxelles, \e Journal delà 
Guerre pendant les premières an- 
nées de l'émigration, et s'acquit des 
droits à la reconnaissance de plu- 
sieurs familles françaises , par la con- 
duite généreuse qu'elle tint envers les 
(■•migres de toutes les conditions. 
^ M— nj. 

M VUCHAKD du Breuil (Char- 
ues'-Fra^cois), né à Paris le 14 décem- 
bre 1794, entra d'abord à l'Ecole Po- 
lytechnique; puis, ayant suivi des 
cours de droit, se (it recevoir avo- 
cat En 1832, il fut nommé sous- 
préfet à Blaye, et il en exerçait les 
fonctions pendant la détention de a 
duchesse de Herry dans la citadelle 
de cette ville. Ce lut sans doute pour 
i^écompense de sa conduite dans cette 

occasion délicate (lue, dès lannee sui- 
vante, il fut appelé .Ua préfecture du 

département de l'Ain. En 183^^, d 
vint à Paris, au moment ou des in- 
surrections éclatèrent simultanément 
à Lvon, à Saint-Éticnnc <t dans la 



MAR 

capitale. Le samedi 12 avril, il époti- 
sa civilement mademoiselle Therriet; 
le mardi suivant (13 avril), lorsqu'il 
se disposait à se rendre à l'église 
pour y recevoir la bénédiction nup- 
tiale, un fusil, dont il s'était servi la 
veille dans les rangs de la garde na- 
tionale, et qui se trouvait près de lui 
se dérangea : malheureusement l'ar- 
me était chargée, le coup partit et le 
frappa mortellement. D'après une 
version, rapportée par quelques feuil- 
les publiques, il aurait lui-même mis 
Hn à ses jours : « M. Marchand ^n 
.. Breuil, resté à Paris dimanche (13 
.. avril), malgré les ordres du minis- 
.. tre, qui enjoignaient à tous les pré- 
>. fets de partir pour les départe- 
,. ments, se promenait le soir avec 
.. un de ses parents. Ils furent arré- 
.< tés tous deux comme suspects : M. 
.. Marchand ne put se faire relâcher 
I. de suite, en déclarant qu'il était 
. préfet, car on lui répondait que 
>. tous les préfets devaient être à leur 
« poste. Enfin le ministre de l'intë- 
.. rieur le fit mettre en liberté, mais 
.. en même temps il lui envoya sa 
. destitution. C'est à cette triste nou- 
" velle, qui vint le frapper au nio- 
. ment où il allait se marier , qu'on 
u attribue son suicide. > A ses obsè- 
ques , M. l\enouard, conseiller-d'état, 
prononça un discours qui eut deux 
liditious, Paris, 183i, iu-8% de 
12 pages. Marchand du Breuil avait 
publié,' sous le voile de l'anonyme, 
un ouvrage curieux, intitulé : Journée, 
mt'worublcs de la révolutiou française, 
Paris, 1826-27, Il vol. in-32 ; seconde 
édition, augnuuitée d'un tableau iné- 
dit «les mendires de la (Convention , 
nlhant le rapprochement des votes 
émis par eux dans le procès de Louis 
XVI, du sort que chacun des volants 
a éprouvé , et du r*Me qu'il a joué 
avunt, iiendant et aprè* la n'voluUon, 



et d'un grand nombre d'autres pièces 
juatificatives, Paris, i829, 2 vol. in- 
8". Ces deux éditions sortirent des 
presses de M. Marchand du Breuii, 
frère de l'auteur ef alors imprimetir 
à Paris. Z. 

MARCHAXGY (Lotis-AsTots»- 
François de ), magistrat et littérateur, 
naquit, le 28 août 1782, à Clamecy 
dans le Bourbonnais, où son père 
était huissier. Une grande applica- 
tion, une imagination vive et brillante 
secondèrent si bien les soins donnés 
à son éducation, qu'il fut nomme, par 
le dii-ectoire du département de la 
Nièvre, boursier à l'école do législa- 
tion de Paris. Destiné ainsi au bar- 
reau, il fit toujours marcher de front 
avec les études de la jurisprudence les 
distractions de la littérature, et de- 
vint en 1808, à 1 âge de vingt -im 
ans, juge-suppléant au tribunal de 
première instance de Paris. Il avait 
débuté, en 1804, par nn poème in- 
titulé : Le Bonheur de In campagne , 
production assez faible, mais qui an- 
nonçait tpielque talent poétique. En 
1813 il publia la première livraison, 
r'est-à-dire les deux premiers tomes 
de l'ouvrage qui devait fonder sa ré- 
putation littéraire : La Gaule poétique, 
ou f Histoire de France considérée dans 
ses rapports avec la poésie, F éloquence 
et les beaux-arts. Ce livre singulier, 
qui n'avait pas de modèle, mais qui 
n'a pas manqué d'imitateurs, produi- 
sit une grande sensation dans le pu- 
blic , et eut six éditions de 181.3 à 
1826 (8 vol. in-8»). Frappé des res- 
sources rpie nos annales nationales 
pouvaient offrir an génie des arts , 
l'auteur avait conçu le projet de re- 
cueillir, à toutes les époques de notre 
histoire, les événements propres à 
inspirer le poète enthousiaste de son 
pays. Marchangy interrogea les mo- 
numents oublié*!, les chrojiiqiies ron- 

Ullll. 



MAR 



<ar 



temporaine» , pour en extraire les 
faits qui pouvaient entrer dans son 
cadre, et il en composa une suite de 
récits qu'on ne peut lire sans intérêt, 
ni quelquefois sans émotion, et qui 
joignent à la vérité poétique un colo- 
ris frais et brillant. Ces récits, qui em- 
brassent tous les événements remar- 
quables dont la teiTe des Gaules a 
été le théâtre, depuis l'invasion des 
Francs jusqu'à la fin du XVII' siècle, 
sont hés les uns aux autres par un 
précis rapide des faits, ce qui établit 
dans l'ouvrage la seule unité dont il 
soit susceptible. Jjorsque les deux 
premiers volumes parurent, on re- 
procha à l'auteur une ambitieuse 
imitation du style de M. de Chateau- 
briand. Les avis salutaires de la cri- 
tique ne furent pas perdus pour 
lui, et daixs le troisième, surtout 
dans le quatrième volume de son ou- 
vi-age, il renonça à l'enflure, à l'af- 
fectation , pour écrire au gré de»; 
hommes du goût le plus difficile. Les 
feuilles de tous les partis (1) se réu- 
nirent pour reconnaître en lui l'un 
de nos écrivains les plus distingués ; 
et son livre, devenu classique, a four- 
ni plus d'une inspiration aux poètes 
et surtout aux peintres. Tandis que 
la Gaule poétique faisait une si bril- 
lante fortune, l'avancement de l'au- 
teur n'était pas moins rapide. D'ad- 
mirateur enthousiaste de Napoléon , 
il était devenu royaliste fervent. Sub- 
stitut du procureur impérial prés le 
tribunal de la Seine en 1810, il fut 
nommé, en 1814-, aux mêmes fonc- 
tions près la Cour royale. Il acquit, 
dès son début, une grande réputation 
clans le ministère public. La première 
cause qui fixa sur lui l'attention fut 
celle de Vigier, le fondateur des 

(1) V. Dussault dans le Journal de» lié- 
bats , M. Jay dans la Minerve, Edme Uére«ii 
daq» la Kertw cnctfclopéttùfue, eic 



66 



MAR 



bains sur la Seine , lequel était sous 
le poids d'une accusation capitale.Mar- 
changy fit preuve d'une heureuse va- 
riété de moyens et d'une éminente 
sagacité, dans plusieurs causes inté- 
ressantes, telles que celle de la Bio- 
(jraphie universelle en 1811, celle du 
sieur Revel, mmi outragé, et enfin 
. elle du testament du prince d'Hen- 
nin et des héritiers du maréchal 
Lannes en 1816, etc. Mais c'est sur- 
tout dans les causes politiques quil 
déploya, on peut dire jusqu'à l'abus, 
les heureuses qualités dont il était 
doué comme orateur. Ses conclusions 
dans le procès de deux écrivains roya- 
listes, Fiévée en 1818, et IJergasse 
en 1821 , furent loin de réunir tous 
les suffrages, et marquèrent l'ori- 
gine de ce système interprétatif, en 
vertu duquel un accusateur, habile 
phraséologue, peut faire dire à un 
écrivain ce qu'il n'a ni écrit ni pense- 
Le paiti libéral , qui trouvait tous les 
moyens bons pour saper le trône des 
Bourbons, accusa Marchangy d'avoir 
suivi le même système dans l'affaire 
de deux recueils polWques publiés 
dans un sens fort opposé %ux doctii- 
nes de Fiévée, l'Homme grh et le 
Père Michel, il faut voir dans tous 
les journaux révolutionnaires quelles 
clameurs s'élevèrent contre lui ; mais 
il parut y demeurer insensible , et, 
dans toutes les occasions, il continua 
de soutenir avec autant de courage 
que de talent les prhicipcs monar- 
chiques et conservateurs de l'ordre 
social. Le réquisitoire le plus remar- 
(juable de Marchangy est celui qu'il 
donna dans l'affaire de la Rochelle. 
Cette production , vrai chef-d'œuvre 
sou» le rapport du style, était fait»; 
pour porter une salutaire épouvante 
dans tous les esprit»; mais ses cou- 
rageuses révélations sur une con- 
spiration flagrante contre les nionar- 



MAR 

chics, sur l'existence si bien cimentée 
des ventes charbonnières , étaient des 
vérités trop fortes pour paraître wai- 
semblables aux yeux prévenus et 
aveuglés de la plupart des hommes 
qui tenaient alors les rênes de l'Etat. 
Il n'a fallu rien moins que les faits 
historiques qui, de toutes parts, ont 
surgi depuis la révolution de 1830, 
laquelle est en partie l'ouvrage de 
ces mêmes ventes, pour étabhr à quel 
point Marchangy avait vu profondé- 
ment dans l'abîme où se précipitait 
la branche aînée avec tant d'insou- 
ciance, de faiblesse et de présomp- 
tion. Quoi qu'il en soit , ce brillant 
plaidoyei en faveur de la stabilité 
du trône attira sur son auteur l'at- 
tention du souverain (2). H fiit nom- 
mé avocat-général à la Cour de cas- 
sation. Mais là se borna l'action de 
l'autorité. Marchangy fut alors tel- 
lement honni par le libéralisme pour 
ce grand méfait de révélation , il y 
eut un concert si universel d'injures 
et de fureurs contre l'intrépide ma- 
gistrat, dans tous les rangs de l'oppo- 
sition, que le ministère pusillanime 
recula devant cette émeute de la 
presse, il avait été nommé député 
(1823) par le grand collège du dé- 
partement du vNord ; d éprouva des 
difficultés pour son admission, com- 
me n'ayant pas payé, depuis un an 
accompli, les contributions voulues 
parla loi. Plusieurs membres parlèrent 
eu sa faveur, d'autres parlèrent con- 
tre lui. Le ministère n'osant pas se 
prononcer, Marchangy mit fin à 
ces débats en déclarant qu'il était de 
bonne foi , quand il avait acheté une 
propriété qui lui donnait le droit 
d'être élu -, mais que deux sessions 
ayant été cumulées dans une année , 



(2) A la méine époque, l'empereur Alexandre 
lui envoya son portt'aii enrichi de diamants. 



MAR 

ses calculs avaient été dérangés , et 
réconomie de ses dispositions dé- 
concertée ; et que c'était , selon lui , 
ime sorte d'eflPet rétroactif que de 
faire porter la peine d'une mesure ex- 
ti^aordinaire et inattendue, à celui qui 
avait compté sur la loi fondamentale 
et sur un usage constant. Lafi'aire fut 
renvoyée au bureau, dont le rappor- 
teur proposa mi ajournement fondé 
sur ce que Marchangy devait pro- 
duire des extraits de rôle prouvant que 
tlans d'autres départements il payait le 
cens légal. La Chambre prononça l'a- 
joumement à quinze joiu-s. Marchan- 
gy ne profita pas de ce délai ; mais, à 
la session suivante, ayant été nommé 
par les électeurs de l'arrondissement 
d'Altkirck (llaut-Rhin), il prit sans 
difficulté séance à la chambre. I/in- 
cident que nous venons de signalei 
avait été, pour l'opposition, un su- 
jet de ti'iomphe, et en même temps 
avait prouvé combien le gouverne- 
ment savait peu soutenir, contre la 
malveillance des partis, ses plus dé- 
voués défenseurs. On a prétendu 
qu'au moment oii parut le réquisi- 
toire de Marchangy sin- les société* 
secrètes , il fut trouve si exact par 
les affidés qu'ils condamnèrent à 
mort son auteur. Mais ce fait ne pa- 
raît pas pi-ouvé. Marchang>- en ftit 
quitte pour les injures de quelques 
écervelcs (pii l'insultèrent comme il 
passait sur le pont des .Vi'ts. Sa con- 
duite et ses principes avaient engagé 
Monsieur, depuis Charles X, à l'appe- 
ler à son conseil en 1818. Dans les 
occasions les plus indifférentes, Mar- 
changy témoignait hautement son 
zèle pour les Bourbons. C'est ainsi 
que , lors d'un banquet d'électeurs 
royalistes qui eut lieu au mois de mai 
1822 à la Chaumière, il porta le toast 
suivant par allusion à la naissance du 
duc de Bordeaux : A ceUe qui notis a 



>L\R 



67 



réconciliés avec Cesperatiee! à celte 
qui a fait mentir te crime ! Mar- 
cbangv poursuivait glorieusement sa 
carrière à la fois judiciaire et litté- 
raire , car sa Gaule poétique était 
à sa sixième édition et il voiait de 
publier Tristan te voyageur, lors- 
que, déjà vieilli avant l'âge par le 
travail, il fut frappé d'une affection 
«le poitrine au sortir de cette même 
cérémonie hmèbre du 21 janvier, 
qui, la même année, coûta la vie a 
deux vieillards membres comme lui, 
<le la cour de cassation (Brillât-Sava- 
rin et Robert de Saint- Vincent). Tout 
souffrant qu'il était , Marchangy , 
quelques jours après, s'exposa à sor- 
tir pour solliciter mie place vacante à 
l'Académie française. Nous nous rap- 
j)elons même l'avoir vu trois ou qua- 
tre jours avant sa mort dans les bu- 
reau\du Moniteur, où l'avait conduit 
l'intérêt de sa candidature. Il mourut 
le 23 février 1826, à peine âgé de 42 
ans. On peut bien dire de ce magisti at 
<lont la constitution toute nerveuse 
«;tait si frêle et dont le courage et la 
témérité étaient invincibles, qu'il fut 
im de ces êtres chez qui, selon l'ex- 
pression proverbiale, ta lame use le 
foureau. A ses obsèques, M- .Iules de 
Marmier, gentilhomme ordinaire de 
la Chambi-e et ami d'enfance du dé- 
funt, prononça sur le cercueil quel- 
ques paroles touchantes, entre autres 
relles-ci : •' Magistrat aussi fidèle qu'in- 
• tcgre , il eut aussi ce courage civil 
' qui élève jusqu à l'héroïsme » . Quel- 
ques jours après (22 février), Desèze, 
premier président de la Cour de cas- 
sation , s'exprima sur son compte 
l'u ces termes : " l-es tiavaux même 
•■ de la magistiatme ne suffisaient pas 

a son ardeur noblement impatiente. 
" il lui fallait encoie des succès d'un 

autre genre, et ces succès il le« 
■• chercha dans ks lettres... Sa bril- 



68 



MÂB 



« lantc imagination qui l'emportait 
. quelquefois malgré lui, lui fit même 
« saisir, dans les annales de notre 
« monarchie, des époques mémora- 
« blés auxquelles il se plut à mêler 
» des fictions de nature à répandre 
» encore plus d'intérêt et de grâce 
„ sur les tableaux qu'il ea retraçait. 
« Il aspirait aussi en même temps à 
« cette gloire si séductrice de la tri- 
a bune, dont ses talents, ses excel- 
u lents principes... le rendaient égalc- 
« ment digne. Malheureusement ces 
. travaux si multipliés dans lesquels 
« il consumait ses jours et ses nuits, 
. n'ont pas tardé à abréger sa vie. 
» etc. " Marchangy a laissé une fille 
unique, mariée à M. le baron d'Em- 
bowski. Il avait eu le temps de mettre 
la dernière main à un roman histori- 
que plein d'intérêt, qui est en quelque 
sortel'applicationde la Gaule poétique. 
Contraint par le plan de cette première 
composition de traverser rapidement 
tous les âges de la France, depuis les 
forêts des Druides jusqu'à l'olympe de 
I.ouis XIV, l'auteur navait pu jeter 
qu'un coup-d'œilsur les temps les plus 
féconds. Mais dans Trintan le voyaçjeur, 
on la France au XIV' siècle, il s'est at- 
taché à peindre les mœurs d'une 
époque; ce n'était pas assez d'avoir 
fait dans cette vue des recherches la- 
borieuses, il fallait les rendre attrayan- 
tes , il fallait animer le sujet par une 
action attachante, et c'est ce qu'il a fait 
dans ce dernier ouvrage, remarquable 
par l'éclat et la fermeté du style, et qui 
n'est pas sans mérite sous le rapport 
de la composition. (Quatre volumes 
de Tristan avaient paru avant la mort 
de l'auteui-. I-es deux derniers suivi- 
rent r-n 1825. Quehpies lignes de 
points lenninent la fin du 108' 
chapitre, probablenicnt U'. dernier de 
l'ouvrage. Marchangy avait rédigé 
des Hâémoirvs hisioriquef pour l'ortlre 



MAR 
aouverain de Saint-Jean-de-Jérusalem. 
etc., publiés. par la commisiion des 
langues françaises (Paris, 1816, in-S"). 
Ce travail lui valut la décoration de 
l'ordre de Malte. Il fut créé, en 1821, 
chevalier delà I^gion-d'Honneur. Un 
grand nombre de ses plaidoyers font 
partie de la Collection du Barreau 
français. Il a lai.ssé inédits un Essai 
sur la génération sociale et sur l'im- 
mortalité de l'âme ; des Mémoires sur 
la révolution française ; un Voyage en 
Suisse ; un Commentaire sur les cinq 
Codes et un Commentaire sur la 
charte, il avait en outre publié, seule- 
ment sous sa lettre initiale, un petit 
poème de circonstance : Le siège de 
Danlzick, en 1813, par M. de M*** 
(Paris, 1824, in-8"). Tous ces travaux 
indiquent combien fut pleine la vie de 
ce magistrat littérateur, à qui l'on n'a 
pu reprocher qu'une ambition trop 
impatiente, sans doute, mais justifiée 
du moins par le talent. On a accusé 
Marchangy d'aller lui-même colpor- 
ter dans les journaux les articles faits 
par lui pour louer ses propres ouvra- 
ges. On peut affirmer, dans tous les 
cas, que cette tradition n'est pas morte 
avec lui. D v. R. 

MARCHANT (Nicol*s-Damas), 
antiquaire, né à Pierrepont (Moselle), 
le 11 déc. 1767, suivit d'abord les 
armées comme mt-decin militaire. 
Revenu dans ses foyers , il fut appelé 
aux fonctions de maire de la ville (1<' 
Metz, puis nommé conseiller de pré- 
fectiue du département de la Mosel- 
le. Dès lors il consacra ses loisirs a 
l'archéologie , particulièrement à la 
uumismatiquc. Il avait formé un ri- 
ihc cabinet de médailles, de mon- 
naies inédile», et une curieuse col- 
lection de livres sur les diverses 
branches des sciences , de la littéra- 
ture et de l'histoire. Créé baron et 
officier de la U=gion-d'Honneur , il 



MAR 



MAR 



69 



titait membre de plusieurs sociétés 
savantes, nationales et étrangères, 
entre autres de l'Académie royale de 
médecine de Paris et de l'Académie 
royale des sciences , lettres et arts do 
Metz. Marchant mourut dans cette 
ville le 1" juillet 1833. On a de lui : 
I. Différents écrits sur des matières 
politiques et économiques : 1" Jfis- 
cours prononcé à la société populaire 
de Metz , en faveur de la liberté de la 
presse, Metz , 13 vendémiaire an III 
(ocL 1794), in-i" de 4 pa{>es; 2° Let- 
tre de 31*** à M*****, membre de la 
Chambre pour le département de la 
******* (Moselle), sur le système élec- 
tif le plus convenable à la monarchie 
française, 26 décembre 1815, Metz, 
in-S" de 22 pages ; 3° Rapport fait au 
conseil-général du département de lu 
Moselle, sur la destination ultérieure 
du dépôt de mendicité de Gerze, 1818, 
in-S", avec deui tableaux; 4' Des 
réunions des communes formant une 
seule mairie. Opinion émise au con- 
seil-général du département de la 
Moselle, dans la session de 1818 , in- 
8° de 20 pages ; 3° Société mutuelle 
et gratuite de Metz. Réponse ii la der- 
nière note officielle de M. Chedeaux , 
fondé de pouvoir d'une des compa- 
gnies d'assurances à prime, 1819, in- 
8" de 12 pages ; 6° Statuts de la so- 
ciété anonyme d'assurances mutuelles 
contre l'incendie , pour la ville de 
MeU, 1820, in-8". II. Mélanges de 
numismatique et d'histoire, ou Coi-- 
respondance sur les médailles et mon- 
naies des empereurs d'Orient , des 
princes croisés d'Asie, des barons fran- 
çais établis dans la Grèce, des pre- 
miers califes de Damas, etc., Metz, 
1818, in-8''de 122 pages, avec4plan- 
ches et 19 vignettes, dont 36 mé- 
dailles et monnaies inédites du cabi- 
net de l'auteur. Son ouvrage est com- 
posé de douze lettres; il en donna 



une continuation en quatorze autre» 
letUes,qui ont été imprimées séparé- 
ment de 1821 à 1829, et tirées à un 
petit nombre d'exemplaires. L'érudi- 
tion et les connaissances variées qu'il 
a montrées dans ces Mélanges l'ont 
placé au rang des numismates les 
plus distingués de l'Europe. Enfin, il 
a fomni aux journaux de la Moselle 
beaucoup d'articles sur des sujet* 
scientifiques et littéraires, entre autreo 
deux Lettres sur la vaccine (10 ger- 
minal an IX, 1801); une Lettre ar- 
chéologique a M. de Jaubert (31 mai 
1819); une Critique du Résumé de 
r histoire de Lorraine, de M. H. Etien- 
ne, 182o, etc. Il avait l'intention 
d'insérer, dans les mêmes feuilles, uu 
grand nombre d'articles politique*; 
mais l'autorité locale ne le permit 
pas. M. Ch. Dosquet a publié une xVo- 
tice sur M. le baron Marchant (in-S" 
de 12 pages), lue dans la séance de 
l'Académie de Metz, du 1" juin 
1834. Z. 

MAllCILiXT de Beaumont (F.- 
M.), né en 1769, à Paris, où il est 
mort, le lî> août 1832, a publié un 
grand nombre de compilations : I. Le 
Conducteur de l'étranger à Paris, con- 
tenant la description des palais , mo- 
numents, etc., 1811, in-18, souvent 
réimprimé. II. Manuel du pétition- 
naire, Paris, 1814; 3' édition, 1826, 
in-18. m. Souveau dictionnaire géo- 
graphique de Vosgien, Paris, 1817; 

1824, in-8", avec cartes. IV. Beautés 
de l'histoirf: de la Hollande et des 
Pays-Bas^ depuisjes Romains jusqu'à 
ce jour, Paris, 1817; 3' édit., 1823, 
Jn-12, avec gravures. V. Beautés de 
l'histoire de la Chine, du Japon et 
des Tartares , Paris, 1818, 1823, 
2 vol. in-12, fig. VI. Beautés de 
thistoire de la Perse, depuis Cyrus, 
jusqu a nos jours, Paris, 1822 ; 2' édïL, 

1825, 2 vol. in-12, fig. VII. Le Con- 



70 



MAB 



ducteur a» cimetière de l'Esl on du. 
Père-Lachaise , Paris, 1820, in-18, 
avec planches ; 2' édit., sous ce titrée : 
L'Observateur au cimetière, etc., 1821 ; 
3' édit., sous le titre de Manuel, etc., 
1828. L'auteur en donna un abrégé , 
intitulé : Itinéraire du curieux dans 
le cimetière du Père-Lachaise, Paris, 
1825, in 18. IX. Cri de l'indignation 
publique contre une monstmeuse or- 
donnance rendue, le 5 mat dernier, 
par Charles X, auquel elle fut dictée 
pat Polignac et les Jésuites, Paris, 
1830, in-8°. C'était une ordonnance 
j-elative aux tombeaux des militaires. 
Z. 
MARCHE (Jean-François de i.a), 
XXVI, 610, voy. hK Marche, LXX, 
13. C'est le même personnage. 

MARCHE COUKMONT (Ig> a- 
i;F. HroARY de l v) , littérateur, naquit 
à Paris, le 25 mars 1728. La dissipa- 
tion de la jeunesse , de fréquents 
voyages en Italie, en Allemagne, en 
Pologne, des circonstances peu lavo- 
rables , ne lui permirent pas de cul- 
tiver avec assiduité les heureuses dis- 
positions dont il était doué, et l'em- 
pêchèrent d'acquérir ime réputation 
que ses talents auraient pu lui pro- 
curer. D'abord attaché, en qualité do 
chambellan, au margrave de Rareith, 
il obtint plus tard un brevet de capi- 
taine dans les volontaires de Wurm- 
ser, au service de France, lléformé à 
la paix de 1763, avec une pension, il 
mourut à l'île Bourbon, en dé«;embrc 
1768. Au milieu des agitations de sa 
vie, il trouva ceperrdant le .loisii de 
composer quelques ouvrages : I. Let- 
tres d'Ata ou (fun Péruvien, Amster- 
dam, 174Î), 1760, in-12. C'est une 
production fort médiocre, (jue l'au- 
tcnr donna dans sa jcuncHS<;, poui- 
faire suite a«i\ Lettres péruviennes de 
M"" de (;ra(ïigny (woy. ce nom, XVlll, 
263), avec lesquelles on a souvent 



MAT, ^ 

réimprimé l'ouvrage de La Marche, 
II. Essai politique sur les avantages 
que la France peut retirer de la con- . 
quête de l'île de Minorque, Citadella | 
(Lyon), 1757, in-12, opuscule pubhé 
à l'occasion de la prise de Minorque 
par le maréchal de Richelieu, et dans 
lequel on trouve des vues utiles pour 
cette époque. III. Réponse aux diffé- | 
rents écrits publiés contre la comédie 
des Philosophes, 1760, in-12. On sait 
quel débordement d'injures et de cri- 
tiques cette pièce attira à son auteur 
{voy. Palissot, XXXII, 420). La Mar- 
che la défendit contre ses nom- 
breux détiacteurs. dans l'écrit que 
nous indiquons. IV. Essai d'un nou- 
veau joui-nal, intitrilé le Littérateur 
impartial, ou Précis des ouvrages pé- 
riodiques, La Haye et Paris, 1760, 
in-12. Ce journal, entrepris en société 
avec Jacques FleuiT {voy. ce nom, 
XV, 72), ne fut pas continué ; il n'en 
a paru qu'un numéro. La Marche 
avait fondé en 1754, sous le patro- 
nage du duc d'Orléans, dont il était 
officier, le Journal étranger, auquel il 
travailla pendant quelques années 
avec plusieurs littérateurs. Il fut auvsi 
nu des collaborateurs du Nécrologe 
des hommes célèbres de France, et il 
a foiuni à cette collection V h: loge de 
Stanislas, roi de l'olo^jne, inséré dans 
\c. volume de 1769. L'éloge de la 
Marche se trouve dans le même re- 
cueil, vol. de 1770. P— «t. 

MARCHES' A (Joskph), littéra- 
Ifin-, naquit, en 1768, à Utrera, 
«lans l'Andalousie. Ses parents lui H- 
lont faire d'excellentes étwles, et le 
destinaient à l'état ecclésiastique: mais 
s étant livré ix la l.Klure des ouvrages 
de la nouvelle école pliilosophique 
française, malgré la sévère proliibitiou 
q,ii les frappait en Kspagne , le jeonc 
Marcbena ne tarda pas à numilester 
des opinions «pii devaient lui attirer 



MAR 

les rigueurs de l'inquisition. Menacé 
d'être arrêté, il se réfugia en France, 
où la révolution venait d'éclater, et 
où il fut accueilli avec empressement. 
Ses talents , sa facilité prodigieuse a 
parler et à écrire plusieui-s langues , 
lui permirent même de jouer un 
rôle assez important, et lui valurent 
l'amitié de Brissot et d'autres giron- 
dins. Après le 31 mai, il se retira à 
Caen avec Louvet et quelques autres 
députés qui s'efforçaient de relever 
leur parti ; mais, obligé de fuir, il fut 
arrêté à Bordeaux et transféré dans 
les prisons de Paris. Dans cette posi- 
tion critique, il fit preuve de cou- 
rage et de dévouement à la cause 
qu'il avait embrassée. Robespierre, en 
envoyant à l'échafaud Danton, La- 
croix, Camille Desmoulins, etc., avait 
épargné Marchena -, celui-ci ne crai- 
gnit pas de le braver , et osa lui écrire 
sur une feuille de papier : Tyran , tu 
m'as oublié! Le tvran monta sur l'é- 
chafaud à son tour, et Marchena, ren- 
du à la liberté, fut admis dans les 
bureaux du comité du salut public , 
et attaché à la rédaction du joumal 
l'Ami des Lois, que dirigeait Foul- 
tier; mais il perdit bientôt ces deux 
emplois, soupçonné par son parti 
d'opinions rétrogrades. Pour se ven- 
ger de sa destitution , il lança con- 
tre les chefs du parti U'iomphant , 
Tallien, Legendre et Fréron, plusieius 
pamphlets qui lui attirèrent de nou- 
velles persécutions et le firent pros- 
crire, après le 13 vendémiaire, sous le 
prétexte qu'il avait pris part au sou- 
lèvement des sections de Paris conti-e 
le pouvoir législatif. A cette époque, 
un de ses amis l ayant renconti"é armé 
d'un sabre qui était plus grand que 
lui, dit en riant : Marchena y vous 
êtes attaché à votre sabre. Amnis- 
tié peu après, il reparut dans l'arène 
de l'opposition en attaquant, dans 



MAR 



'^1 



plusieurs pamphlets, le Directoire hii- 
même, qui lui appliqua la loi sur les 
étrangers, et le fit conduire, en juin 
1797 , jusqu'à la firontièi'C suisse. 
Mais sur la demande de Marchena, le 
conseil des Cinq-Cents intervint et 
lui confirma les droits de citoyen 
français dont il avait paisiblement 
joui pendant cinq années. Revenu ù 
Paris , il fut choisi , pour secrétaire, 
par le général Moreau, qu'il accom- 
pagna à l'armée du Rhin. Pendant 
son séjour à Bâie , Marchena fxit 
l'auteur d'une mystification , qui eut 
quelque retentissement. Il avait com- 
posé une chanson fort leste, qui lui 
attira une sévère réprimande de la 
part de Moreau. Pour se disculper 
auprès du général, il assura que cettp 
chanson n'était qu'une traduction d'un 
passage de Péti-one, encore inédit, et. 
deux jours après, il présenta au géné- 
ral un fragment qu'il disait avoir ex- 
trait d'un manuscrit fort ancien de la 
bibliothèque de Saint-Oall. Le Satiri- 
con de Pétrone offre de nombreuses 
lacunes, et Marchena, profitant de 
cette circonstance, avait rempli Tune 
d'elles avec tant d'art , que son inter- 
polation semblait devenir nécessaire 
à l'intelligence du récit, et faire par- 
tie du texte. Il avait d ailleurs si bien 
imité le ton, l'esprit et le style de 
Pétrone, que , lorsque le pretendti 
fragment fut publié, plusieurs savants 
s y laissèrent tromper; on fit même 
ime sorte d'enquête ; et lauthenticité 
du fragment fut reconnue et annon- 
cée dans les journaux par l'un 
des plus célèbres critiques de I Alle- 
magne. Marchena tenta , quelque 
temps après, de renouveler la même 
fraude pour Catulle. Il prétendit avoir 
découvert dans un papvrus d'Hercu- 
lanum quarante vers inédits de ce 
poète; mais, cette fois, il rencontra 
un rude jouteur dans M. Eischtaedt . 



72 



MAIt 



professeur à léna ; et la inydtifieation 
retomba sur son auteur. Moreau ayant 
demandé à son secrétaire une statisti- 
que de quelques contrées de l'Allema- 
gne,Marchena, qui ne savait pas encoro 
un mot d'allemand, se mit avec aj- 
deur à l'étude de cette langue , et , 
chose incroyable! il parvint en peu 
de jours à lire les principaux ouvra- 
ges qui avaient été faits sur ce sujet. 
Son rapport obtint les éloges des gé- 
néraux et fut d'une grande utilité. 
Lorsque Moreau revint à Paris, 
Marchena l'y suivit, et lui resta 
aussi attaché dans la mauvaise que 
dans la bonne fortune. Ce ne fut 
qu'en 1808 qu'il retourna en Es- 
pagne avec Murât , qui l'emmena 
à Madrid , comme secrétaire. A pei- 
ne arrive, il fut arrêté par ordre 
du grand-inquisiteur, qui, malgré 
l'intervention du général français, 
refusa de le mettre en liberté. Alors 
Murât envoya délivrer son secrétaire 
par une compagnie de grenadiers. 
Quand le trône d'Espagne fut donné 
à Joseph Bonaparte, Marchena iut 
chargé de la rédaction du journal of- 
ficiel, et iiommé chef de la division 
des archives au ministère de l'inté- 
rieur ; il obtint mémo de faire im- 
primer , aux frais du gouverne- 
ment, tous les ouvrages qu il tradui- 
rait du français. Il fit rci)résentcr 
en espagnol, sur le théâtre del Vrin- 
fûpc , le Tartufe et le Mhauihrope de 
Molière; sa traduclior) eut beaucoup 
de succès et lui valut d'être nommé 
«;hevalier de l'ordre que le roi Joseph 
avait créé à son avènement. Eu 1813. 
il suivit les Français dans leur re- 
traite , et vint habiter successive- 
ment Nhnes, Montpellier et Bordeaux, 
f»ù il publia dos traductions de quel- 
ques ouvra(;es de Voltaire , de Rous- 
seau et de Montesquieu. J^a révolu- 
tion [qui éclata ,^en 18;i0 l'attira de 



MAR 

nouveau en Espagne ; mais, repousse 
par les hbéraux qui le considéraient 
comme un afranr.esado ^ c'est-à-dire 
comme une créature de l'ex-roi Jo- 
seph, il se trouva dans un extrême em- 
barras, et mourut peu de temps après 
sou arrivée (janvier 1821), dans un 
état voisin de la misère. Cependant ses 
funérailles se firent avec quelque pom- 
pe, et plusieurs discours furent pro- 
noncés sur sa tombe. Marchena était 
un très-petit homme, d'une figure de 
tatyre, d'une fort mauvaise tenue, et 
se croyant néanmoins fait pour plaire 
à toutes les femmes, ce qui lui donna 
souvent de grands ridicules. Ses ou- 
vrages sont : 1" Réflexions sur les fu- 
(jitifs français, Paris, 1795, in-8''. — 
2° (En société avec Valmalette ) : le 
Spectateur français , 1796, in -8". 
tome I"^ , qui n'eut pas de suite. — 
'.i" L'ssai de théolooie , Paris, 1797, 
in-8°. Cet ouvrage fut réfuté par le 
|)rofesseur lleckel. — 4" Fragmentum 
Petronii ex bibliothecœ Sancti-Galli 
untitiuissimo manufcripto e.xceq>tum . 
iiunc primum in lucem editum : gai 
lice vertit ne notis perpctuis illustra- 
rit Lallctnandus, sacrœ thcologiœ doc- 
lor, Dâle, 1800, in-8". C'est de ce 
fragment qu'il a été parlé plus haut. — 
.')" Description des provinces basques, 
itisérée dans les Annales des Voya 
fjes, — 6' Leçons de philosophie vuy 
raie et d'éloquence, Bordeaux, 1820, 2 
v.in-S". C'est un recueil «le morceaux 
choisis, de poésie, d histoire, de phi- 
losophie et d'éloquence, tirés des 
meilleurs écrivains espagnols, et pré- 
cédés d'un discours préliminaire sur 
l'histoire littéraire de l'Espagne et sur 
les rapport» <le ses vicissitudes avec 
les vicissitudes politiques. Marchciia 
a encore donne plusieurs traductions , 
dont le choix ,suflirait pour faire 
connaître se» goûts et ses opi- 
nions. Ce sont 1° Coupd'a-it su, 



MAK 



HAR 



7S 



Iti forcty topulencf et ta population 
de la Grande-Bretagne, par le doc- 
leur Clarke; ilarchenay a joint la 
correspondance inédite du docteui' 
Tucker, et de D. Hume, Paris. 1802, 
in-S". — 2" HÉmile, de J.-J. Rou^- 
?«au, Bordeaux, 1817, 3 vol. in-12. 
— 3» Lettres Persanes de Montes- 
quieu , Nîmes, 1818, in-S", et Tou- 
louse , 1821, iii-12. — 4° Les Contes 
de Voltaire, Bordeaux, 1819. 3 voi. 
iu-12. — 0° *fanuel des inquisiteun, 
à l'usage de linquisition d'Espagne et 
de Portugal, par l'abbe Morellet, 
Montpellier, 1819. in-8^— 6° L'Eu- 
lope après le congrès d'Aix-la-Cha- 
pelle , par de Pradt , Montpellier , 

1820, in-12. — 7° De la liberté reli- 
gieuse, par Benoît, ibid., in-8°. — 8* 
Julie, ou la Nouvelle Héloise, par 
Jean-Jacques Rousseau , Toulouse , 

1821, 4 vol. in-12. Il avait entrepris 
une traduction en espagnol de ['Essai 
sur les mteuis et du Siècle de Louis 
XIF, laquelle probablement ne tut 
pas terminée et n'a pas vu le joui' , 
|)lus que sa notice siu- le poète espa- 
gnol Mellendès Valdés. A — v. 

MARCHE SI (Fius«;ois), ou 
ZAGAXELLI, peintre né à Coti- 
gnola, florissait en 1518. Il vint fort 
jeune à P»avenne, oîi il reçut les leçons 
de Kondinello, auquel il succéda et 
dans son école et dans ses travaux. 
C'était un coloriste du premier méri- 
te; mais inférieur a son maîue dans 
le des.sin et la composition. Ces dé- 
fauts cependant sont loin de se faire 
remarquer dans la fiaiueu.se Résui-rec- 
tion de Lazare, qu'il a peinte à Clas- 
se, ainsi que dans le Baptême de Jé- 
xus-Clirist, qu'on voit à Faenza. U 
a su, dans ces deux ouvrages, tem- 
pérer la fougue de son génie , dis- 
poser avec plus dintelligence ses 
figures fort bdles. bien drapées, et 
pleines d'originalité , quoique d'une 



proportion ordinairement au-dessous 
de nature. On fait aussi un cas extrê- 
me d'un grand tableau de la Vierge 
au milieu de plusieurs saints, qui 
existe aux Observantins de Panne, et 
dans le({uel il a introduit plusieurs 
personnages célèbres de son temps. 
On ne connaît rien de lui dont l'idée 
ait plus de solidité, l'ensemble plus 
d harmonie , la disposition plus d'art 
et le» accessoires plus d'adresse, il a 
douné à son coloris plus de douceur, 
et a voulu surtout s y rendre propre 
la manière de Mantegna. Il eut un 
frère nommé Bemardino, avec lequel, 
il peignit un tableau très-estimé de 
la Vierge entre saint François et saint 
Jean-Baptiste, dans une clia[)elle des 
Observantins de Ravennc, et un au- 
tre que l'on voit à Imola , dans le 
couvent de» Réformés. Bernardino 
ne se montra pas sans talent lorsqu il 
peignit seul. On remarque, dans la 
Charti-cuse de Pavie, un tableau où il 
a mis son nom, ce qui peut servir à 
lectiiîer Terreur dans laquelle est 
tombé Crcspi, en oe faisant qu'un 
seul des deux frères. — Jérôme 
MiiRCUESi dà Cotignola, qui parait 
être de la même famille , naquit 
veis 1480, et fut élève de Fran- 
cia. Ses portraits jouissent d'une ré- 
putation supérieure à ses tableaux 
d'histoire , et quelques-uns de ce» 
derniers qne l'on voit à Rimini , jus- 
tiBent cette préféience; mais il n'en 
est pas de même de ceux qui existent 
à Bologne; ces tableaux, peints dans le 
stvle de son temps, repoussent entière- 
ment un tel reproche. Celui que possè- 
dent les Servitcs de Pesaro , et qui re- 
prèseute la Marquise Ginevra Sfona 
prosternée devant le trône de la Vier- 
ge avec son Jils Constant If, est re- 
marquable par la beauté de la pers- 
pective. Ce tableau n'est point le seul 
qu'il ait exécuté pour des familles 



7^ 



MAR 



souveraines. Son dessin a quelquefois 
de la sécheresse, mais son coloris est 
agréable; ses têtes ont de la majesté , 
et ses draperies sont bien disposées. 
Les ouvrages que l'on connaît de lui le 
placent parmi les meilleurs peintres 
de l'ancien style. Appelé à Naples et 
à Rome, sous le pontificat de Paul III, 
ses travaux dans ces deux villes eu- 
rent peu de succès , ce qu'il faut 
plutôt attribuer à sa manière de 
peindre, alors passée de mode, qu'à 
son manque de talent. Il a mis son 
nom à un tableau de Saint Jérôme , 
qu'il peignit, en 1520, pour les Con- 
ventuels de Saint-Marin. Cette date 
suffit pour réfuter l'erreur d'Orlandi 
qui place la mort de Marchesi en 
1518. Vasari et Baruffaldi le font 
mourir sous le pontificat de Paul III, 
vers 1550. — Joseph Mabchesi, sur- 
nommé il Sa)iso7ie , né à Bologne 
vers la fin du XVIl« siècle , fut 
élève de Franceschini et de Milani. 
Il s'est approché de la manière du 
premier, dans son tableau de la 
Fierge de Galiera , et l'opinion com- 
mune est qu'il l'égale dans la science 
du plafond, et dans le ton de la cou- 
leur. C'est de Milani qu'il apprit la 
science du dessin, quoiqu'il soit par- 
fois un peu chargé dans les parties 
du nu. Un de ses meilleins ouvrages 
est /c Martyre de sainte Prisca, qui se 
trouve dans l'église du Dôme de Ri- 
raini, où l'on remarque une bonne 
couleur et un grand nombre de belles 
fipures. La Sainte Agnès du Domini- 
quin parait l'avoir inspiré. J. Marclicsi 
a encore exécuté beaucoup de ta- 
bleaux i)our des galeries particulières. 
Celui dans lequel il a représenté les 
Quatre Saisons passe, aux yeux des 
connaisseurs, pour un des plu» beaux 
ouvrages de l'<>cole de Bologne. O 
peintre uiouiut dans cette ville le 16 
février 1771. P— s. 



MAR 

MARCHESI, vulgairement MAn- 
cHESiNi ( Louis) , l'un des plus célè- 
bres chanteurs parmi les castrats 
italiens, était né à Milan en 1741, 
et non vers 1755. Fils d'un trompet- 
tiste milanais, il s'adonna d'abord à 
l'étude du cor; mais, porté vers un 
genre dans lequel il devait obtenir le 
premier rang, jaloux des hommages 
d'admiration dont étaient comblés les 
soprani de cette époqu|, il se ren- 
dit à Bergame, où il se fit opérer. Il 
reçut des leçons de Fioroni, du so- 
prano Caironi, du ténor Albuzzi , 
et ne tarda pas à être admis parmi 
les élèves de la cathédrale. Il alla 
à Rome , en 1774 , et débuta dans 
un rôle de femme (une loi de ce temps 
défendait aux femmes de paraître sur 
la scène dans les états du pape) (1). 
En 1775 , il revint à Milan et joua 
long-temps les seconds rôles. A cette 
époque, si fertile en chanteurs ex- 
cellents, les acteurs du second ordre 
regardaient comme un bonheur pour 
eux de se trouver chaque jour en 
scène avec des talents transcendants, 
et ils devenaient souvent les rivaux de 
ceux qu'ils avaient cominencé par re- 
garder comme leurs maîtres. En 
1779, Marchesi quitta l'emploi de se- 
cond, et parut à Florence dans le 
Caslore e Polluce, de Bianchi, et dans 
l'Achille in Scim, de Sarti. Ce dernier 
rôle lui acquit une réputation extra- 
ordinaire; il se surpassa dans le dé- 
licieux rondo : Mia speranza io pur 
vorrei, et l'on n'a pas de peine à com- 
prendre que depuis il ait tant de fois 
répété ce niorcean. De retour à Mi- 
lan, Marchesi devint l'objet de l'ad- 
miration universt'lle ; l'académie fit 
frapper une médaille en son honneur, 
et tous les chanteurs le prirent pour 



(1) Celle loi fut renouvelée en 1825, mais 
il ne parait pas qu'elle ail été HÙ»e en vi- 
gucur. 



MAR 

modèle. Il se fit entendre ensuite sur 
les théâtres des principales villes d'I- 
talie ; puis à Vienne , à Berlin, à Saint - 
Pétersboui^, et enfin à Londres, où il 
resta deux ans. Retiré du théâtre de- 
puis 1790, il retourna en Italie, où il 
vécut comblé d'honneurs et de ri- 
chesses. L'excellence de sa méthode 
a été si connue et si admirée, qiic 
tout ce que l'on jwunait due à co 
sujet ne saui*ait exprimer les sensa- 
tions qu'il foisait éprouver. Crescen- 
tini a pu seul donner une idée de la 
pureté de son expression , de la net- 
teté de sa voix. Maix-hesi éuùt de plus 
excellent acteur, talent rare dans les 
bons chanteurs. Il mourut dans sa 
patrie en 1826. à l'âge de quatre- 
vingt-cinq ans. Z. 

MARCHETTI (Marc), ou ^fan 
de Faenzu. du nom de sa ville natale, 
florissait sou» le pontificat de Giv- 
goire XIII (1572), et fut élève de Jaco- 
pone Bertucci, peintre distingué de ce 
temps. Personne n'eut plus que lui une 
pi'atique fière, résolue et, comme di- 
sent les Italiens, terrible, dans la pein- 
ture à fresque. C'est surtout dans les 
gt-otesqucs ou arabesqiia qu'il est resté 
sans égal. .Personne mieux qne lui 
ne savait mêler aux ornements des 
traits d'histoire pleins de vivacité et 
d'élégance et dont les nus sont une 
véritable école de dessin. Tel est sur- 
tout le Massacre dei Innocents qu'il 
a peint dans le Vatican. C'est a lui 
que Grégoire XIII, après la mort de 
Sabbattini, confia les tiavaux qu'il fai- 
sait exécuter. Côme 1'% grand-duc 
de Toscane, l'emplova également à 
rembellissement du Palais Fieux de 
Florence. Il a peu tiavaillé dans sa 
propre patrie: cependant on y con- 
serve quelques-utis de ses tableaux à 
l'huile, et l'on v montre, dans une des 
rues, une voûte où il a peint des 
fleurons avec des figures de monstres. 



MAR 



t5 



d'une imagination pleine de richesse 
et dont la beauté est telle qu'on les 
prendrait pour un ouvrage des an- 
ciens. Rien n'y est domié au caprice, 
tout v rappelle la mvthologie et 
une véritable connaissance de l'anti- 
que. Marchetti mourut à Rome le 13 
août 4588. P — s. 

MARCHETTI (Jk4>), archoY- 
que d'Ancyiv, était né à Empoli en 
Toscane, le 10 avril 1753. Il fiit pr^^ 
en amitié par le cardinal Toireggiani, 
son compatriote, qui se chargea des 
frais de sou éducation. A la fin de ses 
études il partit pour Rome,devintsecré- 
tairc du duc Mattei ; puis ayant reçu 
les ordres sacrés , il fut placé, par le 
cardinal VitaUen Borromée, auprès du 
jeune duc François Sibrza-Contarini , 
en qualité de précepteur. Une criti- 
que qu'il publia de Y Histoire ecclé- 
iiasticfue de Fleury lui attira les per- 
sécutions des jansénistes, et lui fit 
perdre sa place. Il se livra alors à 
l'exercice de son ministère, et obtint 
de la réputation comme prédicateur. 
Ses conférences sur Itcriture-Sainlc , 
dans l'église de Jésus , attirèrent sui"- 
tout un grand concours d'auditeurs. 
Ses succès fixèrent lattention de Pie 
VI, qui le nomma d'abord examina- 
tour du clergé romain, puis président 
du collège et de Féglise des .lésuitc». 
Lorsqueles Français entrèrent à Romt", 
en 1798, Marchetti fiit enfermé dans 
le château Saint-Ange, puis barmi du 
territoire de la république romaine. 
Il reiUra alors dans sa patrie, mais 
l'invasion de la Toscane par les ar- 
mées fiançaises lui valut une nou- 
velle incarcération, qui fut toute- 
fois de courte durée. Après l'élection 
de Pie VII, il revint à Rome, et se li- 
vra tout entier à ses travaux. Lors- 
que ce pontife eut prononcé Texcom- 
munication contre Napoléon . Mar- 
chetti- soupçonné d'avoir été le con- 



76 



MàH 



seiller de cette mesure, fut exilé à 
l'île d'Elbe, où il resta peu de temps, 
car il obtint de se fixer dans sa patrie. 
En 1814, il fut successivement nomme 
archevêque d'Ancyre, in partibus, 
gouverneur du fils de la relue d'Etru- 
iie Marie-Louise, et administrateur 
du diocèse de Rimini , avec le titre 
de vicaire apostolique, n'ayant pas 
voulu être évêque titulaire. U retour- 
na à Rome sous le pontificat de Léon 
XII, qui le choisit pour secrétaire de 
la congrégation des évêques, dont il se 
démit peu après. Il se retira pour lors 
à Empoh, et y mourut le 15 nov. 
1829. Il avait publié un grand nom- 
bre d'ouvrages en italien, parmi les- 
quels nous citerons : I. Critique de 
rHistoire ecclésiastique et des dis- 
cours de M. l'abbé Fleury. Ce livre a 
obtenu plusieurs éditions, et a été 
traduit en français , en allemand, en 
espagnol. II. L'Autorité suprême du 
Pontife romain, démontrée par un 
seul fait, in-S". III. Les Raciniennes, 
ou Lettres d'un catholique à un par- 
tisan de l'histoire ecclésiastique de Bo- 
naventure Racine, in-S". IV. Entr-e- 
tiens familiers sur C Histoire de la re- 
ligion avec ses preuves, 2 vol. in-8". 
V. De l'Éducation civile et chrétienne 
de la jeunesse , lettres critico-nwralcs, 
2 vol. in-8''. VI. Les Devoirs du sacer- 
doce chrétien, exposés en forme de re- 
traite de trente jours, 'i\o\. in-8°. VII. 
Leçons sacrées depuis l'entrée du peu- 
ple de Dieu dans la terre de Chanaan, 
jusqu'à la captivité de Rabylone,l\omc, 
1803-1808, 12 vol. in-8". VIU. De 
rÉglise, sous le rapport politique, 3 
vol. in-8*'. Marchetti a, en outre, lais- 
sé plusieurs ouvrages manuscrits. Z. 
MAKCIIETTI (Gu'SEPPK Salva- 
(,NOLi), poète italien, né à Cormota 
près d'Empoli, le 8 septembre 1799, 
a publié plusieuiR opuscules en vers 
fort remanjuablcs, entre autres, une 



MAR 

traduction des Psaumes, et une des 
glogues de Virgile. Il a inséré dans 
quelques ouvrages périodiques , et 
notamment dans le Giomale Arca- 
dico et V Antologia , de bons articles, 
de critique et de polémique littéraire, 
Nourri de la lecture des auteurs de 
l'antiquité et des classiques de sa pa- 
trie, il les aimait avec passion et 
voyait avec chagrin tous ceux qui 
s'écartaient de leurs traces. C'est ce 
sentiment d'admiration exclusive qui 
lui dicta une brochure renfermant 
une critique amère des hymnes sa- 
crées de Manzoni. Il méditait depuis 
long -temps un grand ouvrage histori- 
que qui devait fonder sa réputation , 
Pour se hvrer uniquement aux re- 
cherches que ce travail exigeait, il 
refusa les offres des magistrats de la 
république de Saint-Marin, qui l'invi- 
tèrent à diriger les études du sémi- 
naire de cette ville. La mort vint l'ar- 
rêter dans l'exécution de tous ses 
plans. Ce fut dans la maison pater- 
nelle où il était venu passer quelques 
jours et prendre, au sein des affec- 
tions de famille, de nouvelles forces 
pour continuer sa laborieuse carrière, 
qu'il mourut le 16 déc. 1829. Z. 

MAttCIIIX et non Marsin, com- 
me l'ont appelé quelques historiens , 
(le comte Ikiiuinand de), maréchal de 
France , naquit en février 1656. Son 
père, d'une ancienne famille flaman- 
de , fut d'abord colonel dans les trou- 
j)es liégeoises, puis général en France, 
et .servit en cette qualité dans l'armée 
de Catalogne. Au bout de deux ans, 
il devint gouverneur-général de cette 
province , abandonna le service de 
l'rancc, et passa dans les rangs en- 
nemis, ce qui lui valut les plus grands 
hoimeurs de la part de l'empereur et 
des rois d'Angleterre et d'Espagne. Il 
mourut en 1673. Cette même année, 
son fils, à peine âgé de dix-sept an». 



■HtAB 

vint en France, et obtint une »ous- 
lieutenance dans la gendarmerie. 
Nommé brigadier , en 1688, il eut, 
l'année suivante, un commandement 
dans l'armée d'Allemagne, combattit 
en Flandre, et fut blessé à la ba- 
taille de Fleurus. Maréchal-de-camp 
en 1693, il servit en cette qualité à 
Nerwinde et à la prise de Charleroi.En 
1701, Louis XIV le nomma lieute- 
nant-général et ambassadeur extraor- 
dinaire auprès de Philippe V, qui 
voulut le faire giand d'Espagne. 
Mais Marchin déclina cet honneur, et 
il motiva ainsi son refus dans une 
lettre à Louis Xr\' : = Étant absolu - 
» ment nécessaire que l'ambassadeur 
a extraordinaire de V. M. en Espa- 
n gne ait un crédit sans bornes au- 
a près du roi son petit-fils, il est aus- 
» si absolument nécessaire qu'il n'en 
« reçoive jamais rien, sans excepter 
» ni biens, ni honneurs, ni dignités, 
•" paixe que c'est un des principaux 
» moyens pour faire recevoir au con- 
" seil du roi cathoUque toutes les 
" propositions qui viendront de la 
<• part de V. M. " — « Quoique je 
« ne sois pas surpris de votre désin- 
« téressement , lui répondit le roi, je 
« ne le loue pas moins; et, plus il 
" est rare , plus j'aurai soin de faiie 
a voir que j'en connais le prix, et que 
f je suis sensible aux marques d un zèle 
« aussi pur que le vôtre. • Marchin 
accompagna ensuite PhiUppe V à Xa- 
ples, et il se trou^ a au combat de Luz- 
zara (9 août 1702), où il eut deux 
chevaux tués sous lui, près de la per- 
sonne du roi d'Espagne. Il revint 
en France en 1703, et reçut de 
Louis XIV le collier de ses ordres 
avec le gouvernement d'Aire en Ar- 
tois. Il servit dans la même année 
sous les ordres du dauphin, et con- 
courut à la prise de Brissac et au gain 
de la bataille de Spire, qui fut suivie 



>UR 



77 



de la prise de Landan. il passa en- 
suite le Rhin, et alla joindre le duc de 
Bavière avec un grand convoi. Ce fut 
alors qu'il reçut des mains de ce prin- 
ce le brevet de maréchal de France, 
que Louis XIV venait de lui envoyer. 
Il prit ensuite le commandement de 
l'armée sous les ordi-es de l'Électeur, et 
fut chargé du gouvernement d'Augs- 
bourg, après la prise de cette place. 
Au commencement de l'année 1704, 
il rempoita quelques avantages sur 
les impériaux , et se trouva à la mal- 
heureuse journée d Hochstedt, où il fut 
blessé, et sut néanmoins, par sa va- 
leur et son exemple, maintenir le bon 
ordre dans une retraite qui pouvait 
être si funeste ( voy. Tailart, XLIV. 
422). Il n'est donc pas vrai, comme 
on l'en a accusé, qu'il ait été la caust* 
principale de la perte de cette ba- 
laille , et Saint-Simon même lui a ren- 
du justice à cet égard. O qui prouve 
mieux encore que, dans cette occa- 
sion, la conduite de Marchin fut irré- 
prochable, c'est que , la même année, 
le roi lui donna le commandement 
de l'armée d'Alsace , et le pourvut du 
gouvernement de Valenciennes. Com- 
mandant encore sur le Rhin en 1705, 
avec le maréchal de Villars, ils forcè- 
rent les impériaux à repasser le 
fleuve, et dégagèrent le Fort -Louis. 
En 1706, Marchin fut envoyé en 
Italie pour y servir sous les ordres 
du duc d'Orléans, et il se trouva, 
le 7 septembre, à la bataille de Tu- 
rin, où trente mille impériaux, sous 
les ordres du prince Eugène, enlevè- 
rent d'immenses lignes défendues par 
quatre-vingt mille Français. Cet 
événement fut, sans nul doute, un 
des plus importants du règne de 
Louis XIV, et les jugements que l'on 
en a portés sont fort divers. Nous- 
mêmes en avons attribué la faute à 
Marchin. dan-s l'article du duc d'Or- 



78 



MAR 



léans ( foy. ce nom, XXXII, 109). 

Nous pensons aujourd'hui que ce 

que Napoléon en a dit dans ses 

Mémoires , publiés par le général 

Vlontholon, est plus exact et mieux 

fondé, et nous ne saurions mieux 

faire que de nous appuyer d'une si 

grande autorité : » On a justifié la 

a conduite du duc d'Orléans devant 

« Turin ; les historiens l'ont décharge 

u de tout blâme. Le duc d'Orléans 

« était prince, il a été régent, les é- 

u crivains lui ont été favorables, tan- 

« dis que Marchin, resté mort sur le 

« champ de bataille, n'a pas pu se dé- 

<i fendre. On sait pourtant qu'il pro- 

.. testa en mourant sur le parti que 

« l'on avait pris de rester dans les li- 

.. gnes. Mais quel était le général en 

» chef? Le duc d'Orléans. Marchin, 

» Lafeuillade,Albergottiétaientsousses 

u ordres. Il dépendait de lui de pren- 

« dre ou non les avis d'un conseil de 

« guerre. Personne ne lui a refusé 

u obéissance. S'il eût donné l'ordre à 

« l'armée de sortir de ses hgnes, s'il 

« eût donné ordre à la gauche de pas- 

u ser la Doire pour renforcer la droi- 

» te, s'il eût donné positivement or- 

» dre à Albergotti de repasser le Pô, 

« et que les généraux eussent refusé 

« d'obéir, le prince serait disculpé 

a Si l'absurde anecdote que l'on a col- 
u portée, que le duc d'Orléans n'était 
u général que de nom, et que Marchin 
» était investi d'un ordre secret dn 
., roi pour commander, était en cf- 
« fet vraie, le duc en acceptant un 
.. pareil rôle à l'âge de trente-deux 
« ans , aurait fait une chose contraire 
,. à l'honneur, digne de mépris, et (|ui 
« aurait couvert de honte le dernier 
» gentilhomme. Marchin était muni 
« d'une recommandation du roi, pour 
« que le jeune prince écoutât ses 
« avis; voilà tout. Le <luc d'Orléans 
.. était le général en chef reconnu par 



MAR 

" les généraux, les officiers et les sol- 
» dats ; aucun ne refusa et n'eût re- 
« fusé de lui obéir ; il est donc res- 
« ponsable de tout ce qui a été fait. » 
Ainsi, d'après l'opinion de Napoléon, 
qui était allé sur les lieux , et qui avait 
observé le champ de bataille avec 
soin , le malheureux Marchin ne fut 
que le bouc-émissaire de ce revers fu- 
neste. Blessé grièvement à la cuisse, 
dès le commencement du combat, il 
fut fait prisonnier de guerre et trans- 
porté à Turin, où un chirurgien du 
duc de Savoie lui coupa la cuisse. Il 
expira quelques heures après, disant 
à l'ambassadeur d'Angleterre qui vint 
le visiter, et qui l'a souvent répété : 
" Croyez au moins, Monsieur, que ça 
(' été contre mon avis, que nous avons 
» attendu dans nos lignes... » Le duc 
de Savoie lui fit faire de magnifiques 
funérailles, et il fut enterré dans la 
cathédi'ale. Saint-Simon, qui n'aimait 
pas le maréchal, et qui était au con- 
traire, comme l'on sait, fort enclin 
pour le duc d'Orléans, a aussi fait de 
cet événement im récit à peu près 
semblable, et il le termine par un 
portrait à sa manière et dont les cou- 
îenrs sont fort rembrunies : « Mar- 
« chin, vers le milieu du combat , re- 
« çut mi coup qui lui perça le bas- 
'. ventre et lui cassa les reins. Il fut 
» pris en même temps, et conduit 
. dans une cassinc voisine. Il deman- 
.. da une seule fois si M. le duc d'Or- 
" léans était tué. Arrivé là avec un 
" aide-de-camp et deux ou trois do- 
« mestiques, il envoya chercher un 
» confessein-, dit quelque chose sut 
u ses affaires , mit dans un paquet , 
u pour M. le duc d'Orléans, la letuc 
.. (|uc ce prince avait écrite au roi 
.- contre lui , et qu'il lui avait lue et 
u confiée pour l'envoyer lui-même , 
.> no voulut plus entendre parler que 
.' de Dieu et mourut dans la nuit. On 



MAR 

» trouva paimi ses papiers des misères 

- innombrables et un amas de vœux 
» plus que surprenants, un désordre 
• immense dans ses affaires, et des 

dettes six fois plus qu'il n'avait de 

bien. C'était un extrêmement petit 

iiomme, grand parlem-, plus grand 

. courtisan, ou plutôt grand valet, 

- tout occupé de sa fortune, sans tou- 
tefois être malhonnête homme, dé- 

- vot à la âamande, plutôt bas et 
« comphmenteur à l'excès que poli , 

- cultivant, avec un soin qui l'absor- 
" bait, tous ceux qui pouvaient le ser- 

- virou lui nuire; esprit futile, léger, 
« de peu de fonds, de peu de juge- 
u ment , de capacité , dont tout 1 art 
" allait à plaire. •• Le maréchal Mar- 
chin mourut sans avoir été marié, et 
sa famille finit avec lui ; ce qui fait 
sans doute que personne n'ayant pris 
intérêt à sa mémoire, peu de biogia- 
phes lui ont consacré un artide. Ce- 
pendant on publia sous son nom 
une relation de la Campagne d'Alle- 
magne en l'an 17(H , Amsterdam, 
1742, 3 vol. in-12. M— Dj. 

MARCHEVI (JEàs-FRAsçois), na- 
quit à Verceil le 20 avril 1713. Après 
avoir fait de brillantes études au col- 
lège des Jésuites, il embrassa létat 
ecclésiastique et alla étudier la théo- 
logie à l'université de Turin. Reçu 
docteur à la fin de 1735, il fut admis, 
trois mois après, à laggrégation, ce 
qui lui ouNTÏt la voie de l'enseigne- 
ment universitaire. Lorsque l'on for- 
ma, en 1738, mie faculté de belles- 
lettres, Marchini, qui s'était déjà fait 
une réputation d'éloquence, fut com- 
pris parmi les membres de la nou- 
velle faculté. Nommé en 1745 pro- 
fesseur de théologie à Verceil, il rem- 
plit en même temps les fonctions de 
préfet des études, et dednt le con- 
seiller intime de Mgr. Solaro, qui le 
chargea de rédiger les articles du sy- 



MAR 



79 



node diocésain tenu en 1749. Quel- 
ques aimées après, il était rappelé à 
Turin par le roi Victor -Amédée, afin 
d'occuper à l'Université l'importante 
chaire d'Écriture-Sainte et de langues 
orientales. Son discours d'ouverture, 
prononcé en présence du magistrat 
des études, des professeurs et des 
docteurs agiégcs de toutes les facul- 
tés, fut fort applaudi et méritait de 
l'être, soit par l'élégance de la lati- 
nité, soit par la profondeur et la jus- 
tesse des pensées. Le sujet était Fin- 
troduction à l'étude de l'Écritore- 
Sainte. La suite de son enseignement 
répondit à l'éclat de son début et il 
ne cessa de professer jusqu'à sa mort, 
arrivée le 9 septembre 1774. Mar- 
chini avait été l'ami de plusieurs 
hommes célèbres, tels que le marquis 
Scipion Maffei, BiancbinL, de Vérone, 
et l'orientaliste de Rossi, de Parme ; 
ce dernier fut son élève. On lui a 
élevé mi monument dans l'église de 
Saint-François-de-Paule, et sa biogra- 
phie a été insérée dans l'Histoire de 
la littérature verceillaise, par l'au- 
teur de cet article. On a de Mar- 
cliini : l. Essais de poésie hébraïque, 
Turin, 1755, in-8°. IL Prœlectio ad 
:ttudia sacrœ scripturve habita in regio 
aihenœo, Tuiin, 1756, in-4''- IlL 
Tractatus de divinitatc et canonicitate 
sacrorum librorum sive in communia 
sive in particulari de diversis scrip- 
turarum editionibus ac versionibus^ 
avec un appendice des Instituiiones 
linguœ hebraicœ, Turin, 1762, in-^". 

IV. De chronologia sacra et de non- 
uiillis apparenter sibi cont>xidicen-> 
tibus ac frequentioribus in ea occur-t 
rentibus idiotismis, Turin, 1763, in-4% 

V. Tractatus in loca difficiViora Novi 
Testamenti, Turin, 1767, in-8". VI. 
Dissertationes in loca difflciliora sa- 
crce scripturce, manuscrit que fauteur 
• laissé tout prêt pour l'impression. 



m 



MAR 



— Marchini avait deux frères, dont 
l'un fut avocat et poète, et l'autre 
professa la philosophie au couvent de 
Saint-François à Ferrare. G — o — y. 
MARCHIOIVE, architecte et 
sculpteur d'Arezzo en Toscane, flo- 
rissait dans le XIIP siècle, il fut 
choisi par le pape Innocent III, pour 
élever à Rome \ Église et Y Hôpital dn 
Saint-Esprit in Sassia, réédifiés dans 
la suite par Paul m,Y Église de Saint- 
SylvestTe^XdL Tour de Conti, ainsi nom- 
mée parce que le pape était de cette 
famille; et dans Sainte-Marie-Ma- 
jeure, la Chapelle de la Crèche, qui 
fut reconstruite par Sixte -Quint. 
Dans la ville d'Arezzo, sa patrie, il 
érigea l'église paroissiale ainsi que le 
Campanile ou clocher. La façade était 
composée de trois rangs de colonnes 
les unes sur les auUes, toutes de di- 
verses dimensions, les unes très- 
grosses, les autres au contraire très- 
minces, sculptées du haut en bas ; 
les unes comme enveloppées de feuil- 
lages de vigne, les autres accouplées 
deux à deux, ou formées en faisceaux 
de quatre à quatre, et la plupart 
supportées par des espèces de mas- 
sifs représentant divers animaux non 
moins remarquables par le travail 
que par l'originalité de l'invention. 
Cependant le tout formait un ensem- 
ble où la bizarrerie faisait disparaî- 
tre le naturel et les proportions. Mais 
tel était alors le goût général de l'ar- 
<;hitecture. Tout artiste qui était on 
même temps sculpteur, affectait de 
manifester son talent en scidpUne 
dans chaque partie d'un édifice. Le 
grand art était d'entasser une foule 
d'ornements sans se soucier des pro- 
portions et des règles si chères aux an- 
(îiens ; et , Marchione vivant dans un 
siècle où les saines théories n'étaient 
plus connues, on ne peut s'étonner 
si b plupart de »e» ouvr»fl[e« sont 



MAR 

surcharges de sculptures sans goûl 
et sans discernement ( voy. Luzar- 
CHES, XXV, 501 , note t.) — Mar- 
cHioNi (Charles), sculpteur et archi- 
tecte habile, naquit à Rome, en 
1704. C'est à lui qu'on doit le Mau- 
sole'e de Benoît XIII, placé dans 
l'église de la Minerve. Il est égale- 
ment connu par d'autres travaux 
qu'il a exécutés tant .à Rome qu'à 
Sienne. Comme architecte il a cons- 
truit le Palais de la grande villa Al~ 
bani, le hras neuf du port d'Ancône, 
et la qrande fabrique de la nouvelle 
sacristie de la basilique de Saint- 
Pierre de Rome. Il avait un talent 
remarquable pour dessiner à la plume 
des bambochadcs, recherchées des 
amateurs. Son caractère et ses qua- 
lités ne lui avaient pas acquis une 
moindre estime que ses talents. Il 
mourut à Rome en 1780. P — s. 

MARCHIS (Alexis de), peintre de 
paysages , né dans le royaume de 
Naples, au commencement du XVIIl*" 
siècle, travailla à Rome, où il a laissé 
des ouvrages recommandables dans les 
palais Ruspoli et Albani.Mais c'est sur- 
tout à Pérouse, à F rbin, et dans quel- 
ques autres villes des États romains , 
que l'on conserve ses plus belles pro- 
ductions. Il excellait à peindre les in- 
cendies; et, pour donner plus d'exac- 
titude à ses tableaux, on prétend qu'il 
mit le feu à une meule de foin. Ar- 
rêté pour ce dt'lit , mis en juge- 
ment et condamné à plusieurs an- 
nées de galère, il en sortit «ous le 
pontificat de Clément XI, pour le- 
qtiel il embellit le palais que ce 
pape avait à Urbin, en y peignant 
des vues d'architecture, des perspec- 
tives et des marines d'une grande 
beauté. Son style se rapproche de 
celui de Rosa di Tivoli , plus que de 
celui d'aucun autre maître. Son clief- 
d'opuvrc, représentant YincenJir dr 



Troie, appartient à la famille 2kut- 
proni , à Urbin. il voulut y déployer 
tout son talent, qui se fait remarquer 
jusque dans les figures ; cependant 
il n'y a ordinairement à louer dan* 
ses ouvrages que la verve, le bon- 
heur du pinceau, la vérité du co- 
loria, particulièrement lorsqu'il peint 
des feux ou des ciels sombres et 
jaunâtres , l'accord et l'harmonie 
de l'ensemble; mais les détails sont 
en général lâches et exécutés san* 
soin. Il eut un fils, paysagiste comme 
lui, mais dont le talent était inférieur. 
P— .^. 
MARCIEU (PiesKK Émé, comte 
»►;), issu d'une des plus anciennes et 
plus illustres familles du Dauphiné. 
naquit en 1686. Il était fils de Guy- 
Balthazar, marquis de Marcieu et de 
Boutières(I), gouverneur de (Grenoble 
et de la vallée de Graisivaudan, et de 
'\Iarie do Grollier, fille du comte de ce 
nom, maréchal de batailles. Le comte 
Pierre de Marcieu puisa clans l'exem- 
ple et dans les leçons di' ses nobles 
parents ce caractère chevaleresque et 
religieux empreint des traditions du 
moyen-âge, qui le distinguait surtout 
rfu milieu du relâchement et des dé- 
^^ordres de la cour du régent. Ce 
prince l'emplova dans des missions 
de confiance en llspagne et en Pié- 
mont, où déjà il était connu et appré- 
cié. Il servit dans le régiment de la 
«".ouronne, depuis 1700 jusqu'en 
1719, époque oii il devint colonel du 
régiment des Vaisseaux. Promu au 
grade de brigadier en 1721, à celui 
de maréchal-de-camp en nW, fait 
inspecteur-général d'infanterie dans 
la même année, il fut nommé lieu- 
tenant-général le 20 fc\Tior 1743. 

il) Ce marquisat pro>enait d'un de se» 
ancêtres, le chevalier de Boutières , parent 
•H compagnon d'armes de Bavard, et qui 
contribua beaucoup au ;aài de U bataille de 
Oensoles. 

IKXiÙ. 



YUi: 



81 



commandant de la province du Datt^ 
pbiné le l"*^ août suivant, puit» du 
corps darmcH; français sous les oi- 
dres de l'infant don Philippe dEs- 
pagne. Le 25 mars 1766, il reçut let^ 
insignes de commandeur de l'ordre 
de Saint-Louis, et plu» lard ceux de 
giand'crois. Le 2 mars 1777, Mon- 
viVur, frère du roi Louis XVI, en sa 
qualité de grand-maitre des ordres de 
-NoUe-Uame-du-Mont-Garmel et de 
•Saint-Lazare, lui fil délivrer les provi- 
sions de la comiuanderie de Reims. 
Marcieu joignait aux avantages d'une 
taille élevée et d une belle figure , la 
pinidence, l'habilité d'un homme d'état 
et l'amabilité séduisante d un homme 
de cour. Il était venk; dans la litté- 
rature latine, et po|^dait »me con- 
naissance profonde de toutes le» 
i>ranches de la science militaire. Ji 
parlait avec ime égale facilité l'espa- 
gnol, l'allemand et l'italien. Indépeo- 
datument des nombreux mémoires 
militaircis dont il a enrichi le dépôt de 
la guerre, il eu a laisse de fort curieux 
sur la campagne des Alpes, en 1743. 
\ lépoque de la disgrâce d Albéroni, 
il eut la missiou de recevoir à la 
frontière «l'Espagne , et d'accompa- 
gner jusqu'à celle d'Italie ce ministre 
disgracié, et de veiller a ce qu'en tia- 
versant le royaume il n y renouât 
pas des inuigiies avec les ennemis de 
l'État. L'affaire de la Bretagne n'était 
pas encore terminée. Le comte de 
Marcieu mit, dans rexécution des or- 
dres que lui avait donnés lednc d'Or- 
léans, la plus aimal^le courtoisie et une 
délicates^se de procédt^s qui touchèrent 
e.\trémt;ment Albéroni. Ce ministre 
dont la haute fortune venait d'être 
renversée d une manière si brusque et 
si imprévue, livré aux tourments d'uni' 
ambition déçue, que la violence et: 
l'impétuosité de son caractère rea-^' 
daient plu> t.i-vkelU' encore, trouva du 



82 



MAB 



soulagement à ses peines dans les con- 
solations que lui prodiguait le comte 
de Marcieu, Ce n'était pas une des cir- 
constances les moins singulières des 
vicissitudes de la fortune du cardinal, 
que de voir l'homme naguère tout- 
puissant, qui avait gouverné l'Espagne 
et rempli l'Europede ses intrigues, déjà 
usé par l'âge et surtout par le fardeau 
des affaires, ne recouvrer le calme et 
l'énergie de sa raison que dans les en- 
tretiens ou les conseils du jeune co- 
lonel que le régent avait chargé de 
l'accompagner. Animée, substantielle, 
pleine de saillies et d'intéi'ét, la con- 
versation de cet officier ne cessait 
pas un moment de charmer le car- 
dinal ; parfois, elle lui faisait ou- 
blier ses disgrâces ; et alors, le minis- 
tre déchu, retrempé par la philoso- 
phie élevée et consolante de son bril- 
lant compagnon de voyage, ne com- 
primait plus l'élan de sa reconnais- 
sance, lui révélait avec épanchement 
les détails les plus importants des 
plans qu'il avait formés pendant sa 
toute -puissance. D'autres fois il lui 
découvrait les particularités les plus 
secrètes des intrigues qui avaient 
agité la cour d'Espagne. Ce fut ainsi 
qu'il confia au comte de Marcieu 
que la nouvelle reine avait été chai'- 
gée de réaliser l'éloignement de la 
princesse des Ursins, dont la dis- 
grâce avait été concertée entre les 
deux rois. En y mettant toutes les con- 
venances, le comte de Marcieu ne se 
conforma pas moins aux instructions 
du régent , avec une prudence admi- 
rablement calculée. Ainsi, le cardinal 
ne reçut pendant ce trajet aiicMne 
sorte d'honneurs; on lui fit parcourir 
jusqu'en Provence, où il s'embarqua 
])our Gènes, une route combinée de 
manière à éviter les villes et les bourgs 
<le (jueUjue importance. I,c régent 
loua beaucoiip le romtiC de Marcieu , 



MAR 

dans ses lettres particulières qui, avant 
1789, étaient conservées au château 
du Touvet, de ces dispositions et de 
leur réussite; il laissa éclater toute 
sa joie, lorsqu'il apprit l'embarque- 
ment d'Albéroni pour Gênes, il était 
débarrassé d'un ennemi pei'sonnel 
qu'il avait puissamment contribué à 
renverser. Tout obstacle au rappro- 
chement des cours de France et d'Es- 
pagne, et à la conclusion de la paix, 
disparaissait avec le renvoi du car- 
dinal. Pendant l'année 1748,1e comte 
de Marcieu, dont l'administration 
éclairée se faisait distinguer par un 
mélange d'énergie, de douceur et de 
dévouement aux intérêts du roi et 
de la monarchie, réussit à surpren- 
dre les menées que le parti protestant 
entretenait avec les ennemis de la 
France. Ces intrigues, dont le but 
était de favoriser les armées qui me- 
naçaient nos frontières, avaient leur 
foyer principal à Genève , d'où par- 
taient des émissaires chargés de pé- 
nétrer dans les montagnes du Dau- 
phiné, où il existait de nombreux 
sectaires de Calvin, De là ils se ré- 
pandaient dans le Vivarais et sur- 
tout à Nîmes. Le comte de Marcieu 
sut paralyser les sourdes et crimi- 
nelles manœuvres dont il avait, dès 
leur naissance, révélé l'existence à 
la cour. Pendant son commandement 
en Dauphiné, il eut des démêlés avec 
le parlement, pour une question d'é 
ti(|uette où il soutint, avec autant 
d'esprit que de mesure, les droits du 
gouverneur de la ville de Grenoble, 
<lont le marquis de Marcieu, son ne- 
veu, exerçait les fonctions. Il mou- 
rut en 1778, âgé de 92 ans. Le comte 
de Marcieu fut un modèle de dévoue- 
ment au roi , à la patrie, et de désin- 
téresscuïcnt. Il avait sacrifié une par- 
tic de sa fortune au service mili- 
.lains Voici ce qu'il <5crivail , lo 25 



Mak 

décembre 1761, au duc de Choiseul, 
ministre de la guerre : » Monsei- 
» gneur, je reçois, avec bien de la 
» reconnaisance , la gracieuse lettie 
" dont vous m'honorez le 13 de ce 

• ^is, en m'annoncant l'ordre que 
» que vous venez de donner à M. de 
» Boullongne, pour me faire payer le,s 

• quatre premiers mois de mon trai- 

• tement de cette année, en qualité <lo 
» lieutenant-général employé en Dau- 
" pliiné. Ce petit secours ne pouvait 
" me parvenir dans un plus prcs- 
« sant besoin, à tous égards, puisque 
" j'ai mangé plus de deux cent mille 
« livres de mon bien au serince du roi, 
« principalement pour soutenir aver 

dignité, depuis dix-neuf ans, \c corn- 
■ mandement de cette province que 
" Sa Majesté voulut bien <-onfier à 
» mes soins, en 1743, non par dos 
« lettres de service, mais par des 
" ordres et commissions particulières 
1 qui m'y ont fait regarder comme 
» placé, article que je crois devoir 
« mettre sous vos yeux par les copies 

• ci-jointes, à la suite desquelles vous 
» pouvez voir qu'il m'est redà, par 
« MAI. les trésoriers, plus de nonante- 
u six m j7/e /ù'res, arrérages trop con- 

• sidérables pour un douzième lieu- 

• tenant-général des années du roi , 
« servant depuis 1700, âgé de 73 
» ans, criblé de neuf blessures et 
«• épuisé dans ses facultés, s'étant 
» même privé de la dernière ressour- 

• ce en faisant porter le premier à la 

• monnaie toute sa vaisselle d'argent, 

• afin dedonnerexempleenDauphiné 
» pour les besoins de l'État. » — Mar- 
r.iTX (Guy-Balthazar Émé, marquis 
de), né en 1721, était fils de Laurent- 
Joseph Émé , marquis de Marcieu , 
gouverneur héréditaire de la ville, 
citadelle , arsenal de Grenoble et 
vallée de Graisivaudan, et lui suc- 
céda dans eette charg»?. Il manifesta 



MAP» 



83 



de bonne heure une vocation décidée 
pour les armes, et une grande aptitude 
pour les sciences et les lettres dont il 
s'occupait dans les loisirs que la 
guerre lui laissait. Il débuta par étie 
enseigne en la compagnie colonelle 
du régiment Royal-Vaisseaux, le 22 dé- 
cembre 1731, et se comporta vaillam- 
ment dans les campagnes de 1733 et 
1734, à l'armée d'.\llemagne. Nommé 
capitaine de la même compagnie, il 
passa, le 29 octobre 1739, dans les 
gendarmes de la garde du roi avec le 
grade de guidon. Devenu mestre-de- 
camp de cavalerie, il mérita par sa 
bravoure les suffiages de ses chefs à la 
bataille de Fontenov. Le 1" mai 1746, 
il fut placé comme brigadier de cava- 
lerie dans l'armée commandée par le 
maréchal de Saxe, et fit la campagne 
de Flandre, qui fut terminée par la 
bataille de Raucoux. Le 12 janvier 
1747, il passa, en qualité de briga- 
dier de cavalerie, sous les ordres du 
comte de Marcieu, commandant en 
chef de la province du Uaupbiué. 
Dans la même année, il fut employé 
à l'armée du maréchal de Bélle- 
Isle , et prit part aux combats de 
Lantosca et de Castel-Doppio ; il 
fut maintenu dans ce grade à l'ar- 
mée du même maréchal , quand il 
vint commander à la frontière des 
Alpes. Par brevet du 13 mars 1748, 
il fut nommé capitaine-sous-lieute- 
nant des gendarmes de la garde du 
roi, et le 18 mai suivant, il fiit élevé 
au gi-ade de maréchal-de-camp. Par 
commission du roi, il fut, le 1"^ juin, 
attaché à larmoe qui s'assemblait 
sur les frontières d'Italie, sous les 
ordres du maiéchal de Jîelle-Isle. Le 
marquis de Marcieu reçut du roi, en 
décembre 1748, l'honorable mission 
d'aller à Cliambéi-y auprès de l'infant 
don Philippe d'Espagne, pour pren» 
dre les ordre< de ce prince, tant sur 
6. 



84 



MAB 



le passage de l'infant en Dauphind 
que pour régler la marche des trou- 
pes espagnoles qui devaient éva- 
cuer la Savoie. Le marquis de Mar 
cieu, atteint de la petite-vérole, mou- 
rut en 1733, sans laisser de postérité, 
à son château du Touvet, près Gre- 
noble, âgé de 32 ans. G — h — d. 

MARCIEU (Pierre Émk, marquis 
dk), et de Boutiéres, frère du précé- 
dent , et neveu du comte Pierre de 
Marcieu, naquit en 1728, du mariage 
de Laurent-Joseph, marquis de Mar- 
cieu avec Françoise-Gabriclle de Mis- 
tral de Montdragon, fille du marquis 
de Montmirail. Par letti'e du grand - 
maître de Malte d'Espuig, il hit nom- 
mé page de ce chef de l'ordre , le 27 
novembre 1739, et par brevet du 10 
juin 1740, il débuta à lage de 12 ans 
en qualité de cornette de la 2* com- 
pagnie du régiment de cavalerie de 
fiouchefolière. Il montra beaucoup de 
valeur et de talent dans la campa- 
gne de Bohême, dans celles d'Alle- 
magne et de Flandre , et surtout à la 
retraite de Prague. Le 26 août 1743, 
il fut nommé capitaine d'une des 
compagnies du régiment de cavalerie 
de Royal-Pologne. Le 17 mars 1743, 
sur la démission du comte de Marcieu, 
il le remplaça dans le gouvernement 
de Valence ; et le 3 avril 17i7, il fut 
nommé colonel du régiment des 
Landes (infanterie), étant à peine âge- 
de 19 ans. Le 19 juillet suivant , 
à l'attaque des retranchements du co! 
de l'Assiette, où il commandait son ré- 
giment et la brigade do Bourbonnais, 
il se couvrit de gloire , et reçut, eu 
montant à l'assaut, les hiessiu-es les 
plus graves. Par commission du 1" 
janvier 1748, il fut nouuué mcstreKk- 
camp du régiment de cavalerie de 
Beaucairi-, qui prit le nom de Marcieu. 
Le 25 mars suivant , il alla à Mons 
prendre le commandement de ce n.^ 



MAR 

giment qui faisait partie de l'aimée 
du comte de Saxe. A cette occasion, le 
comte Pierre de Marcieu , son oncle , 
écrivit la lettre suivante au maréchal 
de Saxe : « Monseigneur , [quoique le 
• chevalier de Marcieu , mon ne^u, 
« soit encore assez recommandé paries 
" cruelles blessures qu'il reçut le 19 
« juillet dernier à la tête de son ré- 
" giment des Landes et de la brigade 
« de Bourbonnais à la malheureuse 
" affaire de fAssiette en Piémont , je 
'< ne puis ni ne dois résister à l'im- 
>' patience qu'il a de se rendre au ré- 
» giment de cavalerie devant Beau- 
" Caire , que le roi a bien voulu lui 
» donner et que peut-être vous ferex 
» mouvoir dans peu.... Mon neveu, 
« qui part demain , 23 , en poste, 
« pour joindre ses étendards k Mons, 
« est si empressé de se retrouver sous 
« vos ordres où il a fait son appren- 
" tissage en Bohême et à Prague, que 
« j'espère des anciennes bontés dont 
" vous m'honorez, la préférence de le 
« faire servir ious vos yeux ainsi <juc 
« son régiment, dans l'armée princi- 
'< pale ijue vous vous réserverez , 
H n'ayant rien de plus à cœur que de 
« mériter l'approbation d'un héi-os 
•' tel que vous. Monseigneur, n Mar- 
cieu assista à l'investissement deMaes- 
tricht, qui se rendit le 7 mai. Le 26 
déc, le comte d'Argenson, nùnistrc 
de la (pierre, lui écrivit pour lui an- 
noncer que , '< d'après le compte 
« rendu au roi de ses services et des 
" blessures reçues par lui à l'attaque 
•< du cul de l'Assiette, Sa Majesté lui 
" avait accordé ime pension de deux 
u mille livres sur le trésor royal. « 
Par comnùssiuu en date du 20 oc- 
tobre 1730 , il fut revêtu de la 
charge <le gouverneur »le la ville, ci- 
la<lelle et arsenal de (5renoi)le el de 
la vallée de Graisivaudau, devenue va- 
f .ant4* par la mort du marquis (Jui de 



Marcieu, son frère aîné. Il .se distin» 
gua par plusieurs faits d'armes bril - 
lants à la bataille de Hastembeck ga- 
gnée par le maréchal d'Estrëes. Le 10 
février 1759 il fut nommé brigadier 
de cavalerie : durant cette guerre à 
laquelle il prit une part très-active, il 
se fit remarquer en Hanovre et en 
Hesse. LeSmai 1761, il fut nommé 
marëchal-de-camp, et lieutenant-gé- 
néral le 1" mars 1780. Le 29 août 
1783, il reçut une commission pour 
remplacer le duc de Clermont-Ton- 
nerre en qualité de commandant du 
Dauphiné, et, par une autre commis- 
ion du 29 août 1784, il y fut main 
tenu. Enfin il obtint le commande- 
ment en second de cette province, 
dont le duc de Clermont-Tonnerre 
avait le commandement en chef. Le 
1" août 1787. il fut fait comman- 
deur de .Saint-Louis , puis chargé de 
la division du Dauphiné, avec le bre- 
vet d'une brigade d'infanterie com- 
posée de (rois bataillons légers, avant 
sous ses ordres MM. de Frimont 
et de la Galissonnière pour mare 
chaux-de-camp. L'esprit d'opposition 
avait fait de grands progrès au sein 
des parlements, surtout parmi les 
jeunes conseillers, pendant les an- 
nées qui précédéi-ent la révolution. 
L« marquis de Marcieu eut a lutter 
contre le parlement de Gi^noble, la 
cour ayant mis une grande mollesse 
à le soutenir par la crainte qu'inspi- 
raient déjà ces corps beaucoup trop 
puissants. Dégoûté de ses emplois, 
parce qu il n'avait pu communiquer 
son énergie au ministère, ni réclaircr 
sur le danger qui menaçait I ordn- 
pnblic, le marquis de Marcieu rési- 
gna le commandement de la province 
et se borna aux fonctions de gouver- 
neur de Grenoble. Il en fut arraché 
pendant la teireur. et transporté à 
Paris où il échappa aux niassacreii 



MâR 



85 



des prisons, dans lesquelles il resta in- 
carcéré pendant trois ans. Il mourtit 
le 19 avril 18<H. Il avait épousé la 
fille du marquis de Saint-André, lieu- 
tenant-général et gouverneur de Va- 
lence. — Le marquis de Marcieti 
avait servi sur les côtes en 1760, et 
avait été emplové pendant trois an- 
nées à diriger la démarcation entre la 
France et les États sardes , depuis 
Genève, le long des Hautes-Alpes, 
Jusqu'au littoral et confluent du Var, 
en Provence, conformément au traité 
des limites du 21 mars 1760. 

G — R— D. 

MiVRCIEU ( NiCOUS - GlWUEL 

Emé, marquis de), fils du précédent, 
naquit le 11 octobre 1761. Son édu- 
cation religieuse et scientifique fut 
dirigée avec soin et intelligence au 
sein de sa noble famille. De bonne 
heure on le prépara à la carrière des 
armes qu'il devait embrasser; ses pro- 
grès furent rapides. Il entra en 1775 
comme aspirant au coi^ps royal d'ar- 
tillerie, à la résidence de Grenoble, 
étant à peine âgé de li ans, mais 
déjà fort instruit en mathématique* 
et dans les branches accessoires au 
service de cette arme. Il la quitta 
[>our entrer sous-lieutenant au régi- 
ment de MoTtiieur, dragons, le 14 
avril 1777, fiit successivement capi- 
taine au régiment du roi, cavalerie, 
capitaine de remplacement dans le 
même régiment, major en second au 
régiment roval Champagne, cavalerie, 
le 1" mai 1788. Pendant l'émigration, 
il fut aide-de-camp du maréchal de 
Rroglie en 1792 et 1793. et capitaine 
au régiment de Broglie en 1794. 
Après la restauration il obtint le 
grade de maréchal-de-camp le 2 oc- 
tobre 1816. Le 10 juillet 1823, le 
martpjis de Marcieu fut, ainsi que 
son beau-frère, le marquis de U 
Porte, ♦-•hoisi par l'ordre de Malte 



86 



MAR 



pour entamer des négociations avec \c 
colonel Jourdain, représentant le gou- 
vernement grec, et il eut l'honneur 
de faire consacrer, dans un traité, le 
principe de l'aflFranchissement de la 
nation grecque que plus tard l'Eu- 
rope dut admettre et reconnaître. Il 
s'agissait aussi de favoriser la renais- 
sance de l'ordre de Malte qui eût cou- 
vert de ses étendards européens les 
mouvements de l'Orient. L'interven- 
tion de l'ordre eût éteint ou du moins 
amorti les rivalités des nations, qui 
vraisemblablement ensanglanteront le 
midi de l'Europe et peut-être l'Europe 
entière, lors du démembrement de la 
Turquie. Des ciiconstanccs malheu- 
reuses, empêchèrent, en 1823, (jne ce 
plan d'une sage politique se réalisât , 
même sans le concours des puissan- 
ces. Le marquis de Marcieu mourut 
à Paris le 22 avril 1830; il avait 
épousé mademoiselle Adélaïde de 
Broglie, fille du comte de Broglie, 
lieutenant-général des armées du roi, 
et d'Augustine de Montmorency, il a 
laissé un fils, le comte Albéfic »le Mar- 
cieu, qui fut long-temps employé dans 
la diplomatie en Saxe et en Italie, sous 
l'empire et sous la restauration, et 
deux filles. Un deuxième fils avait péri 
glorieusement à la bataille de Ilanau, 
en 1813. G— b — d. 

MARCILL AC ( Pikhre - Louis- 
AcGUSJE BK tjRisv, uiurquis de), né le 
9 février 1769 à Vauban, en Bourgo- 
gne, d'une famille ancienne, fut élevé 
à l'École militaire de Paris, d'où il 
sortit avec une liculcnance dans le 
régiuïent de Picardie, cavalerie, il en 
devint colonel en 178,7, et énugra 
au conunenccincnt de la révolution. 
En 1792 il fut envoyé en Hollande 
par les princes français, afin de né- 
gocier un (-mprunt de 2,000,000 fi. Il 
le conclut avec un /.èlc et un dcsin- 
téressctiient rares, car non -seulement 



MAR 

il fit poner en diminution des inté- 
rêts le pot-de-vin d'usage que les 
prêteurs lui avaient offert, mais il en- 
gagea dans cette opération toute la for- 
tune de sa famille maternelle. Cette 
même année , M. de la Queuille, 
envoyé des princes frauç^ns auprès 
de l'archiduchesse des Pays - Bas , 
ayant reçu une lettre autographe de 
Louis XVI, par laquelle ce monarque 
l'appelait à Paris afin de lui commu- 
niquer les détails d'un plan conçu 
pour l'évasion du Dauphin, le mar- 
quis de Marcillac fut du petit nombre 
de ceux à qui l'exécution dut en être 
confiée. Mais une seconde lettie d.e 
Louis XVI annonça qu'il abandonnait 
<e projet. Marcillac fit la campagne 
de 1792 en qualité d'aide-de-camp du 
même M. de la Queuille, son oncle, et 
telle de 1793 à l'armée du prince de 
Cobourg. A|>rés la prise de Valen- 
ciennes, il {)assa en Espagne oii il 
commanda une compagnie dans la 
légion du marquis de Saint-Simon, 
et fit pallie de l'état-major du géné- 
ral Ventura-Caro. Lorsqu'en 1795 la 
paix fut conclue entre la France et 
l'Espagne, cette dernière puissance 
l'envoya auprès du gouvernement 
anglais, afin de l'engager à enU-ctenir 
dans l'intérieur de la France des re- 
lations qui ranimassent le parti roya- 
liste. Il fil naufrage sur la côte d'An- 
gleterre et courut les plus grands 
dangers. Sa mission n'ayant pas ob- 
tenu de résultat satisfaisant, il s'ef- 
força d'arracher son parti à la dd- 
pendancede rAngIcterrc, et s'aboucha 
avec MM. de Bourmout , Frotté , 
d'Aiguillon, .Mercier dit la Fcndéc, 
(ieorge Gadoudal, etc. Il obtint du roi 
d Espagne une promesse de secours en 
argent et en munitions pour l'armée 
de l'ouest , et même dune diversion 
dans le midi, après que les royalistes 
auraient rempoité quelques avantage» 



MAR 

importants. Mais les événements em- 
pêchèrent la réalisation de ces projets. 
Cependant Marcillac ne se laissa pas 
décourager: il ne cessait de former 
des plans, d'entamer des négociations 
et de nouer des intrigues pour servir 
son parti. Quand la Russie se fut déci- 
dée à entrer dans la coalition contre la 
France, il se rendit à l'armée de Sou- 
warow. Après de tels précédents, on 
pourrait s'étonner qu'il ait accepté en 
1812 la sous-préfecture deVillcfranche 
de l'Aveyron, si l'on ne savait qu'à 
cette époque le parti royaliste offrit 
de nombreux exemples de prétendus 
ralliements à la fortune de Napoléon 
qui accueillait avec trop d'empresse- 
ment, peut-être, les hommes de l'an- 
cienne noblesse.En acceptant l'emploi 
de sous-préfet, le marquis de Marcillac 
ne trahissait pas ses opinions, il ne fai- 
sait que changer de moyens pour les 
faire triompher. Aussi, en 1814, à 
l'approche de l'armée anglaise, il usa 
de l'influence que lui donnait sa place 
pour soustraire son département à 
l'autorité impériale. Alors le comité 
royaliste lui offrit un commandement 
dans l'armée ou la préfecture de l'A- 
veyron, qu'il préféra. Mais les succès 
des généraux de Napoléon lobligè- 
rent à se retirer. A la seconde res- 
tauration , il fut nommé préfet de 
l'Aveyron par le duc d'Angoulême. 
Cette nomination n'ayant pas ob- 
tenu l'approbatiou royale, il vint à 
Paris en 1816 et obtint la présidence 
du premier conseil de guerre, fonc- 
tions dans lesquelles il se montra 
d'une sévérité excessive contre des mi- 
litaires distingués. Il se jeta ensuite dans 
l'opposition royaliste , et prit part à 
la rédaction de la Quotidienne. Après 
l'assassinat du duc de Berry, il 
adressa à ce journal une lettre très- 
énergique. Il se montra l'ardent ad- 
versaire de la coDstitution espagnole. 



MAR 



87 



et, quand Louis XVIII manifesta Fin- 
tention d'envoyer cent mille homme» 
au secours de Ferdinand VII, Mar- 
cillac qui connaissait bien l'Espagne 
pour y avoir combattu et l'avoir ex- 
plorée pendant plusieiu*s années , 
proposa deux plans de campagne 
dont l'un embrassait le royaume tout 
entier et l'autre se restreignait à la 
Catalogne, Ses conseils furent peu 
suivis , mais il obtint de faire par- 
tie de l'expédition, en qualité de co- 
lonel d'état-major dans le quatriè- 
me corps d'aimée commandé par 
le maréchal Moncev- Revenu à Paris 
quand la guerre fut terminée, il en 
écrivit l'histoire, et mourut le 26 dé- 
cembre 182i des suites d'une fluxion 
de poitrine. On a de lui : I. Nouveau 
voyage en Espagne,Van&, 1805, in-S". 
L'auteur s'attache à réfuter Bour- 
going et Fleuriau de Langle. II. Aper- 
çus sur la Biscaye^ les Asturies et la 
Galice, et précis de la défense des fron- 
tières de Guipuscoa et de la Navarre, 
Paris, 1806, in-S". UI. Histoire de la 
guerre entre la France et CEspagne 
pendant les années 1793, 1794 et 
1795, Paris, 1808, in-8". IV. Histoire 
de la guerre d'Espagne en 1823, cani~ 
pagne de Catalogne, Paris, 1824, 
in-S". Cet ouvrage laisse trop percer 
l'humeur que l'autem* éprouvait du 
peu de cas qu'on avait fait de ses 
avis; il prétend que le succès de» 
Français ne fut dû qu'à l'incurie des 
certes et à l'inhabileté des généraux 
espagnols. V. Souvenirs de l'émigra- 
tion , Paris, 1825, in-8"., ouvrage 
posthume. Cest à tort qu'on lui a 
attribué le More-Lack, publié à Paris 
en 1789, in-S". A— y. 

MARCOLIXI (Fbanço.s), né â 
Forli, dans le XVI' siècle, fiit célèbre 
en son temps comme imprimeur, des- 
sinateur, architecte et graveur. C'est 
lui qui donna les dessins et fît cons- 



8»^ Mi^ 

traire te (fmiid pont qid joint Ve- 
nise à Murano. Il a compose le livre 
des Sorts , un volume in-folio , qu'il 
imprima lui-même en 15iO, et qu'il 
orna de belles figures en bois de son 
invention. Le frontispice seul est de Jo- 
seph Porta, peintre célèbre, comuisous 
le tjom de Salviati, qu'il avait adop- 
té poïir consacrer sa reconnaissance 
envers François Salviati, son maître : 
il y prend le nom de (îarfafjinno, de 
Castel-ISuovo délia Garfagnana, lieu 
de aa naissance. Les réponses en ter- 
cets aux questions que contient ce 
livre ont été composées par Louis 
Doîec, comme nous l'apprend Fran- 
«;ois Sansovino dans une de ses let- 
tres. P — s. 

MARC03yJ (Uocit;, peintre Tré- 
visan, lîorlssait en 1505 et fut un des 
élèves les plus distingués du Bellini. 
Hidolfi le compte mal à propos parmi 
les disciples de Palma. Les productions 
de cet artiste se font remarquer par 
l'exactitude .-fu dessin, la délicatesse 
du coloris, et le fini du pinceau; on 
peut seulement l'accuser de man(juci' 
d'une certaine rondeur dans les con- 
tours et de donner à l'expression de ses 
figmes un sérieux qui lt)mbc quel- 
quefois dans le trivial. Dans le pre- 
mier de ses ouvrages connus, peint 
en 1505, et qui existe dans l'église de 
:5aint-ISicolas de '(révise, on admire 
déjà la manière vaporeuse <lont il est 
«xdcutc, et ta même qualité se fait 
remarquer dans le tableau des trois 
.f pâtres , à l'église Saint - .lean «-t 
.Saint-Paul, et dans d'autres ouvra- 
ges peu nouïbreux qjii sont encore 
exposés en public. Il est moins rare 
de trouver de lui des tableaux do 
dcitr-figurès dans quelques galeries 
particulières. Mais on ne connaît rien 
de sa main qui soit plus beau, plus 
dans le goût du C;iorgi()n, que le Ju- 
tf€HH!i>1 flr ttt J'iuihh' ntfulti^iy tpie l'on 



voit dans le chapitre de Saint-Geor- 
ges-le-Majeur. La réputation de ce'^ 
tableau était si grande, qu'on lui en 
demanda des copies pour la sacristie 
de Saint-Pantaléon , ainsi que pour[ 
plusieurs autres églises. P — s. 

.%I ARCOXN AY (LoiK^ - OuvifcR 
de), naquit à Berlin , le 8 novembre 
1733, d'une famille d'origine fran- 
vaise. Après avoir terminé ses études 
à l'Université de cette ville, il entra 
dans la carrière diplomatique et de- 
vint successivement conseiller de lé- 
gation, premier rapporteur au dépar- 
tement des affaires étrangères , con- 
seiller ordinaire du grand directoire, 
conseiller supérieur du consistoire et 
inspecteur du gymnase fiançais. Il 
moiuut à Berlin' le 28 juin 1800. Il 
avait publié sous le voile de l'anony- 
me : L cinq Lettres d'un ami de Leyde 
à un ami d' Amsterdam, surdivers évè- 
lœmenls ou questions po/jti^ues, Berlin, 
1757-38-59-60, 5 vol. in-8". IL Lei- 
ttvd'un vuyagtur actuellement à Danf- 
zig à un ami de Stmlsund. sur ta 
i)uerre <jui vient de s'allumer dans 
F Empire^ Iruduclion libre de l'alle- 
mand, Berlin, 1756, in-8*. IIL Lettie 
sur le Dio(fènc décent et la cause bi- 
zarre de M. de Prémontvat, Berlin, 
1756, in-8°. IV. Lettre d'un partisan 
de la cour de Fienue à son ami de 
Majence^ sur la paraphrase et l'ain- 
ptification du mthuoire de M. de Het* 
len et sur la palinodie de cette para- 
phrase ,her\'m, 1757, in-8<*. V. Rcmer- 
ciment de Candide ii M. de Voltaire 
Amsterdam, 17(>0, in-8". Marconna^ 
a, en outre, traduit de l'allemand en 
fian«;ai8 la plupart des écrits que pu- 
blia la Prusse an sujet des guerres de 
Sept-Ans et de la succession de Ba- 
vière. Il avait été un des rédacteur^ 
de la Bibliothèque Germaniijuc de 
lormey , et de la Ga^tte Littéraitv 
de rnMU'hevill'"- '^ 



MARDASCH ( As^O-EO-DAltAB 

S*i.:nlB?i), fondateur de la dynastie des 
Mardaschides ou Kelabites. était chef 
de la tribu arabe de Kelab, établie en 
Mésopotamie, où elle possédait les 
villes d'Anah, Rababah, etc. Depuis 
que la famille de Haradan avait cessé 
de re'gner à Halep ( voy. Seu-ad-dai- 
TiH, XLI, 48S) , cette ville, livrée à 
la tyrannie de ses gouverneurs, tantôt 
sujets , tantôt indépendants des kha- 
lyfes fathemides d I-ipypte . soupirait 
après une domination moins précaire 
et plus protectrice. Salel» , fils de 
Mardasch, qui convoitait la posses- 
sion de Halep, s'ëtant approché de 
cette ville, les habitant» lui en ouvri- 
rent les portes, l'an 41 i de rhé{j.(102l 
deJ.-C). Ibn Mardasch, ne voulant 
j>as s'arrêter au siège du châtean où 
le gouverneur s'était renfermé avec le 
commandant, laissa un corps de trou- 
pes poiu' le bloquer, et alla conquérir 
toute la Syrie jusqti'à Raalbek. qu'il 
prit d'assaut et dont il fit passer un 
grand nombre d'habitants au fil de 
Tépée. De retour à Halep l'année sui- 
vante, il réduisit la citadelle , fit dé- 
capiter le commandant et partlonna 
au gouverneur qui avait secrètement 
favorisé son entreprise. Il fut pi-esque 
toujours en guerre avec le khalyfe 
d'Egypte {voy- Dhaheb, XI. 279). Il 
fit alliance avec Hacan Ibn-Mofarredj, 
émvr des .arabes Taiites. qui, à son 
exemple, s'était enipait de Ramiah 
et de plusieurs autres places dans la 
Palestine : mais ces deux princes fu- 
rent vaincus sur les bords du Jour- 
dain , près de Tibériade, l'an 'r>0 
(t029), par Anousch-teghvn-al Des- 
berv , général des troupes égyptien- 
nes. Saleh Ibn-Mardasch périt avec 
son plus jeune fils , et leurs têtes 
furent envoyées au khah-fe. Il avait 
régné 6 ans à Halep, et ses États s'é- 
t€odaicnt dw deux cfttês de l'Eti- 



JBHf^r 



89 



phratc. depuis Baaibeck jusqu'atix 
frontières de l'Irak- arabi. C'était un 
prince juste, si la justice peut s'al- 
lier avec l'ambition. Haçan, son con- 
fédéré, s'étant retiré chez les Grecs, ils 
armèrent jiour sa vengeance, entrè- 
rent en Syrie, et prirent Apamée en 
Î22 (1031). Quatre ans après, ils furent 
taillés en pièces près de Halep par 
Xasscr Schabl-ed-daulah, qui s'y était 
maintenu . depuis la défaite et la 
mort de son père. Nasser eut le même 
sort que Saleh; il fut tué l'an 429 
(1038) sur les bords de l'Orontc, dans 
une bataille contre le même Anousch- 
teghyn qui , alors , reprit Halep. Ce- 
pendant l'ingratitude du khalyfe fa- 
themide Mostanser (vor. ce nom. 
XXX, 2oo) envers ce général fit re- 
tomber, quatre ans plus tard , cette 
ville au pouvoir des Mardaschides, à 
qui les Egyptiens l'enlevèrent encore, 
en 432, sans pouvoir la garder plus 
de trois ans. Enfin Scheryf-ed-daidah 
Moslcni, émvr okailite «le Moussoul, 
ayant obtenu du sulthan de Perse, 
.Melik-Chah I" (vny. ce nom, XXVHI. 
204 ) . moyennant un tribut annuel 
de 300 mille dinars . la souveraineté 
de Halep, en dépouilla Amyn Sabek. 
septième et dernier prince de la dy- 
nastie des Mardaschides, l'an 473 
(1080-81), et 1 obligea de se conten- 
ter d'une modique pension. A — t. 
MARE (Pail-Marckl del), pro- 
fesseur de théologie, naquit à Gênes, 
en 1734, d'une famille de négociants 
juifs. A l'âge de 19 ans, il se convertit 
à la religion catholique et eut pour 
parrain le marquis Michel Duraz/o. Il 
se destina ensuite à l'état ecclésiasti- 
que et alla étudier à Rome, puis à 
l'abbave de Subiaco. Après avoir cé- 
lébré sa première messe, en 1758, 
dans la capitale du monde chrétien, il 
entra dans une communauté de prê- 
frcs génois qui se préparaient aux 



9i^> ]VIAa 

missions. Il y fit de fortes études et 
fut choisi, en 1783, par le grand-duc 
I^opold pour enseigner la théologie 
à l'université de Sienne; quatre ans 
plus tard, il occupait à Pise la chaire 
d'Éeriture-Sainte. Mais il fut bientôt 
écarté, parce qu'il inclinait au jansé- 
nisme, et tous ses écrits furent mis à 
[index. Del Mare persista long-temps 
dans ses opinions ; mais, le 5 novem- 
bre 1817, il se rétracta par un acte 
signé qu'il remit à l'archevêque de 
Pise. Il mourut le 17 février 1824, à 
l'âge de 90 ans ; huit jours avant, il 
avait encore célébré la messe. Il légua 
sa bibliothèque aux Carmes de Pise, et 
disposa de sa petite fortune en faveur 
de jeunes gens pauvres qui voudraient 
entrer dans le monastère de Saint- 
Benoît de la même ville. On a de lui : 
I. Six lettres de Finale. Cet écrit est 
une défense du Catéchisme de Gour- 
din, qui fut réimprimé à Gênes, sous 
le ùtve (ï Education chrétienne, ouCw 
téchisme universel, 1779, 3 Vol. in-8", 
édition à laquelle del Mare avait eu 
beaucoup de part et qui fut vivement 
censurée par la cour de Rome. II. De 
Lccis thcologicis, Pise, 1789. La bio- 
graphie de del Mare a été écrite par 
Baraldi dans ses Mémoires de religion 
et de morale, Modène, 1822. A — Y. 
MAKEC (Pierre), né à Brest, le 
31 mars 1759, servait dans ce port en 
qualité de commis au bureau du con- 
trôle de l'administration de la mari- 
ne, quand éclata la révolution. Il en 
salua l'aurore avec enthousiasme , et 
seconda, dans de justes limites, le 
mouvement que le nouvel ordre de 
chost>s imprima à sa ville natale. Le 
service de la commune, celui de la 
marine, trouvèrent en lui zèle et dé- 
vouement. Ses concitoyens lui en té 
moignèrent leur reconnaissance en 
l'nppclant, le 7 mars 1790, aux fonc- 
tions de stibstitut du pi*ocurcur de U 



, MAR 

commune, dont Cavelier, comme lui 
employé au contrôle du port, fut nom- 
mé procureur-général. Le 5 juillet, les 
mêmes électeurs lui confièrent le soin 
de rédiger un mémoire sur la ques- 
tion de savoir dans laquelle des deux 
villes, deQuimperou de Landerneau, 
il serait préférable d'établir le siège 
du département. Le surlendemain, 
il soumit à l'assemblée son travail 
dans lequel il concluait à ce que Lan- 
derneau devînt le siège de l'adminis- 
tration du département du Finistère. 
Ce travail fut pid)lié sous ce titre : 
Mémoire des électeurs du district de 
Brest sur la fixation définitive du 
chef-lieu du département du Finis- 
tère, Brest, 1790, in-8"> de 20 pages. 
Marec, ne consultant que l'intérêt du 
département , sut se préserver, dans 
cette circonstance, de tout esprit étroit 
et systématique de localité. Aussi l'as- 
semblée, en adoptant unanimement 
toutes les parties de son mémoire, «re- 
» connut- elle que le désir , exprimé 
>• par lui, que le chef-lieu du dépar- 
u tement fût fixé , sans alteraat , à 
« Landerneau, était étayé de motifs 
a d'intérêt général, présentés avec 
« force et développés de manière à 
« convaincre que les vœux des élcc- 
.1 teurs du district de Brest étaient 
.. dirigés vers l'avantage général des 
» administrés, et fondés sur les prin- 
« cipes adoptés par l'Assemblée na- 
u tionale. " Cependant l'opinion é- 
mise par Morvan , organe de la 
ville de Quimper , prévalut. Nom- 
mé à l'unanimité , le 2 août sui- 
vant, secrétaire de l'administration 
départementale du Finistère , Ma- 
rec concourut aux actes difficiles 
et importants de cette administration, 
dont vingt -six membres devaient, 
plus tard, payer de lem- tête, le même 
jour, le peu de sympathie qu'avait 
trouvé chez eux la jwliti(juc san» 



MAR 

{^inaire de la Convention. Au mo- 
naent de l'installation du directoire 
du Finistère, ce département était en 
proie à une vive agitation. Les décrets 
rendus par l'Asseniblée nationale, sur la 
constitution civile du clergé, y avaient 
excité des soulèvement difficiles à 
apaiser. La si( nation était hérissée 
de daugers, Marec ne recula devant 
aucun. Comme secrétaire - général , 
il fut chargé de préparei' et d'ex- 
pédier tous les actes de celte assem- 
blée; son activité suffit à tout, La 
division du territoire , l'établissement 
d'un nouveau système financier, 
l'assiette et la répartition des im- 
pots, l'organisation administrative et 
politique du pays, tels furent, indé- 
pendamment des immenses questions 
de détail, les principaux travaux aux- 
quels il prit part, et dans l'accomplis- 
sement desquels il sut allier une 
sage feriueté au respect de la loi. 
Un des actes les plus importants 
qu'il rédigea fut l'arrêté du o août 
1792. Thévenard, commandant de la 
marine au port de Brest, et Duvi- 
gneau, commandant des troupes de 
terre, avaient réclamé de l'administra- 
tion départementale un secours, le pre- 
mier de 3,372 hommes pour Tarme- 
mentdes batteries de la rade et du gou- 
let, lesecond, de 6,000 hommes qui de- 
vaient être cantonnés ou campés dans 
les environs de Brest et y servir à sa 
défense en cas d'attaque. La demande 
de Thévenard fut accueillie ; les gar- 
des nationales des districts de Brest, 
Morlaix, Lesneven, Landerneau et 
Carhaix fournirent leur contingent à 
l'armement des batteries du côté de 
Brest; et celles de Quimper, Quira- 
perlé, Pontcroix et Châteaulin à l'ar- 
mement des batteries du côté de Qué- 
lem, dites de Cornouailles. Quant à 
la demande de Duvigneau, elle fut 
ajournée par le motif que le dépar- 



HAil 



n 



tement du Finistère ne pouvait seul, 
sans nuire à l'agriculture, envoyer 
les 9,372 hommes demandés, tant 
j>our l'armement dos batteries que 
pour la défense des lignes. Le second 
motif de l'ajoui-nement fut que , tous 
les départements du rovaurae étant 
intéressés à la conservation du déj>ôt 
le plus précieux de nos forces na- 
vales, les demandes d'hommes de»- 
tinés à le protéger devaient s'éten- 
dre à toute la France, ou, au moins, 
en cas d'ur-gence, aux départements 
limitiophes. Un décret rendu, huit 
jours après, par l'Assemblée législa- 
tive, sanctionna de point en point 
toutes les mesures détaillées dans 
l'arrêté du 5 août, mesures dont la 
sagesse contribua, plus tard, à assurer 
le salut de Brest. A peu de jours de 
là, Marec, déjà, depuis l'année précé- 
dente, député-suppléant à l'Assemblée 
législative, dans laquelle il ne siégea 
point, fut élu député à la Convention 
où il se fit remarquer par la conscien- 
cieuse modération de ses opinions. 
Dans le procès de Louis XVL il se pro- 
nonça pour l'appel au peuple.» La déci- 

• sionque vous allez porter sur Louis 

• Capet, dit-il à l'appui de son vote , 
« doit avoir la même influence sur 
" le peuple que la constitution que 
" vous préparez pour son bonheur. 
« Quoique vous ayez des pouvoirs 
» illimités, vous avez déclaré que 
a cette constitution n'aurait deflPet 
« qu'autant qu'elle serait acceptée par 
<• le peuple ; je trouve que le juge- 
" ment que vous porterez contic 
« Louis ne porrrra avoir d'effet que 
« par la ratification. Je vote pour 

• oui. " Lors de l'appel nominal sur 
l'application de la peine , U opina 
pour la détention pendant la guerre 
et le bannissement perpétuel à la 
paix. Attaché, pendant tout le temps 
de la terreur, aux comités des fi- 



MAR 



MAR 



nances, des colonies et de la marine , 
il resta étrauper aux luttes sanf)[lante.s 
de la Montagne et de la Gironde. Ses 
travaux dans les comités furent d'une 
grande utilité, à une époque surtout 
oii les passions politiques absorbant 
ta majeure partie des membres de la 
Ck)nvention, un petit nombre de leurs 
«collègues se dévouaient aux soins 
d'une administration illimitée dans 
ses détails, périlleuse dans l'exécu- 
tion. La sûreté des connaissances 
administiatives et commerciales de 
Marec le rendit l'àme des comités 
que nous avons indiqués, et déter- 
mina la Convention à l'appeler , 
après le 9 thermidor , à celui de 
Salut-public, dont il fut à deux re- 
prises réélu membre. Dès - lors , il 
parla sur une foule de questions, 
mais plus particulièrement sur celles 
qui concernaient la marine et les co- 
lonies. L'étendue de ses connaissan- 
ces pratiques se révéla, surtout le 3 
juillet 1793, dans son rapport sur la 
nécessité d'adopter une mesure ana- 
logue à celle qui, depuis un siècle et 
demi était, pour l'Angleterre, la source 
la plus féconde de sa prospérité com- 
merciale. Se plaçant au point de vue 
de l'avantage exclusif de son pays, 
Marec fit bon marché des théories, 
qui représentaient la France moins 
comme une républi(jue isolée que 
comme la fraction d'une république 
universelle. » On sent, dit-il, que la 
<■ république du genre humain sera 
<i encore plus difficile à réaliser (jue 
'< celle de Platon. • J>e but principal 
ile l'acte de navif!;ation (pi'il jn'uposait 
était de détruire lenlnimise de toute 
navigation indirecte dans les trans- 
ports maritimes, et de faire cesser le 
cabotafjc intermédiaire qui nous ren- 
dait les tributaires bénévoles de tou- 
tes les puissances de l'Europe. Marec 
m> se dissimulait pas, il reconnaissait 



même que cette double prohibi- 
tion constituait une dérogation aux 
principes professés par les meilleurs 
économistes , et qu'elle ne pouvait se 
concilier avec la liberté illimitée du 
commerce. Mais les circonstances le 
portaient à croire qu'une théorie, 
bien que fondée sur des principes 
justes, doit, parfois, céder a des exi- 
gences momentanées. Pour justifier 
sa proposition, il cnuméra les avan- 
tages recueillis par l'Angleterre, de- 
puis 1651, (}ue Cromwell avait fait 
adopter l'acte de navigation par le 
Parlement britannique; et, en oppo- 
sant les uns aux autres des document*; 
statistiques puisés dans l'histoire 
commerciale dos deux peuples, il 
montra le commerce anglais sui- 
vant une marche progressivement 
ascendante , tandis que celui de la 
France obéissait à une impulsion 
contraire. Aux mois de fructidor an 
n et de vendémiaire an III, la Con- 
vention, sur sa proposition, conféra, 
à deux reprises, aux Comités de salut 
public , de sûreté générale et de ma- 
rine, l'autorisation de prononcer la 
mise en liberté des colons détenus 
à Paris, par suite des accusations qu'ils 
avaient formulées contre divers ageni> 
chargés de missions dans les colonie*. 
A ces décrets succéda celui qui pro- 
nonça l'élargissement de plusieurs des 
commissaires de Saint - Domingue. 
Marec était animé du même respect 
pour la légalité, lorscjue, le 10 nivôse 
an m, il Ht la motion, accueillie par la 
Convention, d'adhérer à la demande 
«les députés extraordinaires de Brest, 
qui sollicitaient la mise en liberté pro- 
visoire des marins incarcérés par suite 
de la reprise de ïoidon; loi-sque, le 
lifi du mêm(; mois, il appuva la mo- 
tion faite par lîéiard de réintégrer le 
capitaine I^crosse , «lestitué eoui le 
r»'^jimc de Ih terreur; lorsqu'enfin il 



MAB 

obtint de la Convention le décret 
portant qu'il serait formé, à Brest, 
un jiu-y militaire et un conseil mar- 
tial chai^tfs d'examiner la conduite 
des officiers et des marin'* qui lan- 
f>ui»saient dans les prisons à 1 occa- 
sion des combats soutenus contre les 
An^ais, par le vaisseau fe Révolu- 
tionnaire, le 9 prairial an II, et par 
l'armée navale, le 13 du même mois. 
Marec possédait à un haut degré le 
courage civil ; il en donna la preuve 
dans la trop fameuse journée du 
1" prairial an III, quand il s'opposa 
a l'envahissement de la Convention 
par la populace, et ne craignit pas 
de s'exposer à partager le sort de 
Féraud, en sommant, au plus fort 
du danger, l'officier préposé à la dé- 
fense de l'Assemblée, de faire res- 
pecter la représentation nationale- 
La Biographie des contemporains lui 
a reproché de s'être , le 2 prairial , 
écarté de ce respect pour rin\iolabi- 
lité des représentants de la nation, en 
demandant un décret d arrestation 
contre I^ignelot, qu'il accusa d'a- 
voir, dans la nuit précédente , aban- 
donné son poste de secrétaire pour 
favoriser les excès de la populace ; et 
en s'associant à la demande de mise 
hors la loi de ses collègues Homme, 
Soubrany, Goujon, Bourbotte , etc. 
Jious n'examinerons pas si , abdi- 
quant leur qaalité de députés pour 
;*e faire les excitateurs, le> complices 
même des meurtres , ces députés 
n'avaient pas franchi tes limites d'une 
inviolabilité instituée dans le seul 
but d'assiurer l indépendance de la 
vie parlementaire ; ce que nous nous 
bornerons à dire, c'est que Marec, 
convaincu que la punition de ceux 
qui portaient atteinte à lintégrité de 
la représentation nationale n'était, 
quels que fussent d'ailleurs les cou- 
pables, que la consécration de ee 



>UR 



n 



principe , ne prit conseil que de sa 
conscience et du salut de son pays , 
en adoptant le décret qui les renvova 
devant une commission militaire, à 
laquelle, toutefois, il eût préféré 
la justice ordinaire. Quant à Lai- 
gnelot, il était bien difficile que Ma- 
rec se dégageât de toute préoccupation 
a son égard , dominé qu'il était par 
le souvenir du déplorable résultat 
de la mission de ce conventionnel 
à Brest , encore plongé dans le 
deuil par suite de ses proscriptions 
( voyez LàiGSKLOT , LXIX . 442 ). 
Le i messidor an III, Marec ap- 
puva le projet de décret ayant pour 
but de punir tous les assassinats 
commis au mois de sept. 1792. • Fou- 
« quier-Tainville et le» accusateurs 
' publics qui l'ont imité , dit-il à 
- cette occasion, ne sont-ils pas aussi 
« criminels que les massacreurs du 

• 2 septembre ? Cette espèce de 

• meurtriers ne doit pas plus échap- 
« per à la vengeance des lois que 

• les assassins matériels. ? Le 24 
fructidor suivant, il fit adopter le 
projet de décret, par lui proposé la 
veille, j>our assurer l'exécution de 
celui du 2 thermidor précédent, rela- 
tif au paiement de* contributions 
en nature destinées aux approvision- 
nements des armées. Dirigé par les 
mêmes motifs que le 2 pi-airial, il se 
prononça , le 1" vendéni. an IV, avec 
Iwaucoup d'énergie, contre les sec- 
tions insurgées. Le 7 du même mois, 
il proposa, sur la police du com- 
merce des grains, un décret qui con- 
ciliait ce qu'on devait aux principes 
de l'économie polidque avec les res- 
trictions qu'exigeaient les troubles 
intérieurs et l'état de guerre exté- 
rieure. Compris, à la même époque, 
dans les deux tiers de la Convention 
qui formèrent les CiOnseils de^s An- 
ciens tpt àes^ Cinq-OentH . il enti-a dans 



M 



MAR 



ce dernier où il s'occupa, avec son 
ardeur accoutumée, de toutes les 
questions concernant la marine et les 
colonies, questions qui lui donnèrent 
souvent occasion de combattre M. de 
Vaublanc, Le 3 brumaire an IV, il 
s'opposa à la création d'un nouveau 
maximum. Le 28 nivôse, secondé 
par Trouille, autre député de Brest , 
il demanda l'ordre du jour sur le mes- 
sage du 12 frimaire, qui proposait de 
substituer à l'organisation maritime 
du 3 brumaire précédent, un plan 
vicieux d'après lequel tous les pou- 
voirs civils et militaires, confondus 
dans les mômes mains, eussent em- 
pêché tout contrôle efficace de l'em- 
ploi des matières. Le 3 floréal de la 
même année, il fit adopter le licen- 
ciement des compagnies de canon- 
niers volontaires , à l'organisation 
desquelles il avait contribué , au 
mois d'août 1792. I^s 3,372 ca- 
nonniers, qui s'étaient alors sponta- 
nément enrôlés, avaient préservé de 
toute invasion la rade , le goulet et 
le port de Brest. Sur ses observations, 
les riverains qui, pour la détourner, 
s'étaient sacrifiés au service exclusif 
de leur pays, furent , en grande par- 
tie, renvoyés aux travaux de la pêche 
et de l'agriculture ; ceux qui préférè- 
rent continuer à servir et qui furent 
reconnus propres au service de l'ar- 
tillerie, y furent incor})orés. Marec, 
sorti en 1797, du conseil des Cinq- 
Cents, se livra au conunerce pen<lant 
quelques années. Rentré, sous l'em- 
pire, dans l'administiation de la ma- 
rine, il fut nonnné inspecteur du port 
de Gênes. Il en remplissait encore les 
fonctions au mois d'avril 181i, et (ut 
menu; chargé de faire cx('cuter la 
capitulation de cette place, en «pialité 
de commissaire «lu gouvonement 
provisoire, établi après la premièi-e 
ab<licatiot» de ISajwléon. Attaché au 



MAtl 

ministère de la marine, à son retour 
en France, il fut, au mois d'avril 
1815, nommé inspecteur du port de 
Bordeaux; mais les événements de 
juin et de juillet l'empêchèrent de se 
rendre à son nouveau poste. Resté à 
Paris, il ne reçut aucune destination 
jusqu'au commencement de 1818 , 
qu'il fut admis à la retraite. En août 
1820, Ix)uis XVIll le nomma cheva- 
lier de Saint-Louis. Marec avait ren- 
du de grands services à des royalis- 
tes, ainsi qu'à plusieurs membres de 
la famille royale , notamment au 
prince de Conti, aux duchesses de 
Bourbon et d'Orh-ans, qui durent leur 
liberté à son intervention auprès du 
Comité de salut public. H mourut à 
Paris, le 23 janvier 1828. — Un de 
ses fils, sous-directeur du personnel 
au ministère de la marine, a pubUé 
quelques écrits sur la législation ma- 
ritime, f- L — T. 

MARÉCHAL (dom BEB>AnD), 
né en 1705 à Réthel , où il fit de 
bonnes études se sentit, dès l'enfance, 
appelé par son amour du travail et 
des vertus tranquilles, à la vie claus- 
trale, que les ordres religieux, suppri- 
més à la révolution de 1789, rendirent 
si fructueuse pour les sciences et les 
lettres, il prononça ses vœux le 26 
juillet 1721, à l'abbaye de Saint-Airy 
de Verdun, et s'appliqua dès-lors à 
l'étude «le l'iVriture-Sainte et de» 
Saints Pères, il s'y consacra tout en- 
tier, persuadé qu'une érudition trop 
partagée, en «lonnant plus «le variété 
h l'esprit , le rend aussi mf^ins pro- 
fond. Ses recherches furent poussée» 
très-loin , ot nous en jouirions com- 
plètement, si, «-ounne on lui en avait 
donné le conseil , il n'avait pas pu- 
blié sa Concordance par parties. De- 
v«^nu prieur de l'abbaye «le Beaulieu- 
on-Argonne, en 1755, dom Maréchal 
se concilia l'estinvî et rattachement de 



MAB 

«e$ confrères par la mansuétude de 
son gouvernement. Il mourut à Saint- 
Vincent-de-Metz, le 19 juillet 1770. 
On a de lui : Concordance des Saints 
Pères de f Église, grecs et latins, où 
Fan se propose de montrer leurs sen- 
timents sur le dogme, la morale et 
la discipline; de faciliter l'intelli- 
gence de leurs écrits par des remarques 
fréquentes, et déclaircir les difficultés 
qui peuvent sy montrer, Paris, 1739, 
2 vol. in-i"; ouvrage réirap. à Paris, 
1748, 2 vol. in 4°, et trad. en latin 
sous ce titre : Concordantia SS. PP. 
Ecclesiœ grœcœ atqtie latin ae , Jîdei, 
morum et disciplina difficultates in 
ipsorum srriptii accurate dilucidans , 
Aug., 1769, 2 vol. in-fol. Ces deux 
volumes renferment les pères des 
trois premiers siècles. Le tome premier 
comprend la doctrine des Constitu- 
tions apostoliques, de l'Épltre de saint 
Barnabe, apôtre, du Pasteur d'Her- 
mas, de saint Clément, pape, de saint 
Ignace, de saint Polycarpe, de saint 
Justin, d'Athénagore, de Théophile, 
de Tatien l'Assyrien, de saint Irénée, 
de saint Clément d'Alexandrie. Le 
tome II contient Ha doctiine de Ter- 
tullien, de Minutius Félix, de saint 
Hippolyte, d'Origène, de saint Cy- 
prien, de saint Denis d'Alexandrie, 
de Novatien, de saint Grégoire le 
Thaumaturge, de saint Denis, pape, 
de Théognoste d'Alexandrie, de saint 
Victorin, de Pierius, de saint Arche- 
laiis, évêque de Cascare ou Caschara 
en Mésopotamie, le dernier père du 
ni' siècle. Le plan de l'ouvrage est 
beau et bien exécuté : la préface, sur 
la nécessité de la tradition et l'auto- 
rité des Pères, est solide. Néanmoins 
la vente en fut suspendue jusqu'à ce 
que l'auteur se fût expliqué sur la 
soumission à la bulle Unigenitus , 
qu'on exigea de lui, et sur plusieurs 
points de doctrine énoncés dans ces 



Bfâït 



9o 



deux volumes , et condamnés par U 
bulle. Il se soumit dans la Lettre de 
D. Bernard Maréchal, à {occasion de 
son livre de la Concordance des SS. 
PP. de [Église, grecs et latins, des 
trois premiers siècles, à M***, Paris 
(sans nom d'imprimeur), in -4"* de 24 
pages, datée de Novi, le 28 avril 1740. 
Le livre parut alors avec des cartons ; 
mais aucun libraire n'ayant voulu se 
charger d'éditer la suite, le troisième 
et le quatrième volume restèrent ma- 
nuscrits. P. L — T. 

MAUÉCILVL (Ambroise), ar- 
chevêque de Baltimore, né en 1769 , 
à Ingré, près d'Orléans, fut élevé 
dans le séminaire de Saint-Sulpice , 
et s'attacha à cette congrégation. 
Choisi par Émery pour aller exercer 
le saint ministère dans les Etats-Unis, 
il partit en 1792, et de Baltimore il 
fut envoyé dans une mission , afin 
d'apprendre la langue anglaise. Rap- 
pelé en France par Émery, pour être 
employé dans les séminaires que l'on 
allait former, par suite du concordat, 
il fut, depuis 1803, professeur dans 
les séminaires de Saint-Flour , d'Aix 
et de Lyon. En 1811, Napoléon ayant 
ôté à la congrégation de Saint-Sulpi- 
ce la direction des séminaires. Ma- 
réchal fit connaître qu'il désii^ait re- 
tourner aux États-Unis. On lui pro- 
posa de le nommer évêque de New- 
York; mais il refusa. Ayant été don- 
né pour coadjuteur à l'archevêque 
de Baltimore, il fut forcé d'accepter, 
et l'archevêque étant mort peu après, 
Maréchal, à qui les bulles assignaient 
la survivance, fut, le 14 déc. 1817, 
sacré par Lefèvre de Chéverus, alors 
évêque de Boston. Son mérite, sa dou- 
ceur et sa prudence lui concilièrent 
l'estime et la vénération de ses diocé- 
sains. En 1821, il eut le bonheur de 
consacrer la nouvelle cathédrale de 
Baltimore , l'ëglise la plus grande e 



96 



MAfl 



la mieux disposée des État* - Unis». 
Bientôt après, il se rendit à Rome 
pour exposer les besoins de son église 
et donner au Saint-Siège des renseigne- 
ments sur les troubles qui agitaient 
l'église de Philadelphie. En 1822 , 
il retourna à Baltimore, et mourut 
le 29 janvier 1828, laissant de pro- 
fonds regrets dans les États-Unis, où 
sa douce piétd, son zèle, l'aménité 
de sa conversation , et sa capacité 
pour les afFaires lui avaient attiré l'es- 
time et la considération générale, 
même parmi les protestanl^i. G — y. 
aiARESCALCHI (FEumsAso), 
diplomate italien, naquit à Bologne , 
en 1764. Après avoir fait son droit à 
l'Université de cette ville, il embrassa 
la carrière de la magistrature et de- 
vint sénateur, l^orsque les Fraiiçais 
enti'èrent en Italie, il se mit à U 
tête du parti qui se déclara ouver- 
tement en leur faveur, et fut re- 
marqué par Bonaparte, qui lui té- 
moigna depuis beaucoup d'estime et 
de confiance. A la formation de la 
république cispadane, il fit partie du 
Directoire exécutif. En 1799, la répu- 
blique cisalpine l'envoya comme mi- 
nistre plénipotentiaire à V^ieime, mais 
il ne put obtenir une audience de l'em- 
pereur. A son retour, il fut élu direc- 
teur-président; mais bientôt l'invasion 
des Austro-Russes l'obligea de se r«'fu- 
gier en France, d'oi» il retourna dans 
sa patrie après la bataille de Marengo. 
il prit part à la Consulta de Lyon, en 
1801 , et appuya de tont son pou- 
voir la tiominatiun du premier consul 
à la présidence de la république ita- 
lienne. O fut Marescalchi uni régla, 
avec le cardinal (^aralFa, le concordat 
signé à Paris, le 16 septembre 1803, 
entre la cour de Rome et la répu- 
blique italienne. Quand «-elle-ci fut 
transformée en royaume, il devint 
>«n représontaut ù [Hiris, et fut nouuné 



>LVK 

comte en uiéine temps. Il exerça ses 
fonctions jusqu'à l'abdication de l'em- 
pereur, époque à laquelle il fut chargé, 
par Marie-Louise, de gouverner le 
grand-duché de Parme et Plaisance, 
Peu après il était nommé ministre 
plénipotentiaire de l'empereur d'Au- 
triche à Modène, où il mourut, le 22 
juin 1816. On a trouvé dans ses pa- 
piers plusieurs ouvrages dont les 
principaux sont ; I. Histoire de ta 
Consulta de Lyon, II. Considérations 
sur les rapports de la France avec tes 
autres puissances de l'Europe. III. 
Commentaire sur Plutarque. TV. Une 
traduction italienne de la Comédienne 
d'Andrieux, qui était destinée à être 
représentée siu- le théâtre de la cour 
de Modène. Il avait publié des son- 
nets et des Canznni. A — v. 

MARESCHAL (Locis-Nicolas), 
né, le 27 juin 1737, à Plancoët, où 
son père était entreposeur des ta- 
bacs, exerça la médecine avec distinc- 
tion à Saint-Malo , où il vint s'établir, 
et où il mourut en 1781, sans laisser 
d'enfants, ayant eu le malheur de per - 
dre son fils unique , empoisonné par 
accident. D'une tournure d'esprit fort 
piquante, il a laissé beaucoup de poé- 
sies manuscrites, que son neveu con- 
serve soigneusement et qui prouvent 
à quel point son imagination était 
gracieuse et originale. La seule pièce 
qu'il ait publiée a pour titre : Le Ma- 
cjnétisnie animal, Mesmer nu les Sots, 
auvrncfe posthume d'une maut>aisc 
di>jestion , de Pierre Bouline. Cet 
opuscule, qui fut imprimé très-in- 
correctement, en 1782, à .Jersey, et 
qui ne fiit point mis en vente, mais 
distribué seulement à des anùii, n'est, 
à proprement parler, qu'une sorte 
d'intermède ou de satire en action ; le 
dialogue est semé de tnùts amusants. 
.Sou auteur était très-vcrst' <lans la 
physique, la m<H'anique *1 rbis«t)ire ' 



MAR 



HAB 



naturelle. Peu de jours avant de mou- 
rir, il adressa à son frère des cou- 
plets sur l'air de Joseph vendu pai 
ses frères , et dont voici le dernier : 

Tout a fini pour moi, mon Mit : 
Mon affaire 
Se va que cahin-calia , 
P.t . quoique je rote et Je cradie. 
Ma mou8tiK:he 
Sent de près le Libéra. 

P. L— T. 

MARESCIl AL (M^BiE-Acci sTfc). 

frère du précédent, naquit à Plancoèr. 
au mois de décembre 1739, et mou- 
rut a Lamballe le 30 mai 1811. Il 
était entreposeur de tabacs dans 
cette dernière ville quand la révolu- 
tion le priva de son emploi, ce qui ne 
l'empêcha pas de » en montrer parti- 
san. Il dut a la confiance de ses conci- 
toyens d être successivemeut élu mem- 
bre de divei-ses administi-ations. Cest 
ainsi qu'il exerça les fonctions muni- 
cipales , celles de membre du direc- 
toire du distinct de Lamballe, et celles 
de commissaire du pouvoir cxécuti/. 
Il est autem^ d un recueil biographi- 
que intitulé : IJ Armorique litléraiie. 
ou Xotices iur les homme< de /« ci-de- 
vant province de Bretagne qui se sout 
fait connaître par quelques écrits, sui- 
vies de notices biblioijrapltiques, Lam- 
balle, an III (1795), iri-12. Les cent 
trois notices biographiques que con- 
tient ce recueil sont, en grande 
partie , eMiaites du A'ouveau Z>i< - 
tionnaire historique , en huit vo- 
lumes in-8", édition de 1786. Quant 
aux notices bibliographiques, l'édi- 
teur qui, depuis, vint s'établir à 
Saint-Brjeuc , o\\ il est mort, en no- 
vembre 1840, bibhothécaire de cette 
ville, a reconnu qu" elles lui avaient 
été très-utiles pour le classement des 
livres de sa bibliothèque. Mares- 
chal, qui s'était beaucoup occupé 
de poésie pendant sa jeunesse, a 
laissé un volume autographe compo- 

UXIII. 



se depîtie» et de pièces fugitives, 
et trois compositions dramatiques 
dont ime, intitulée: le Petil-3Jaitre a. 
province . avait été reçue à la Comé- 
die-Italienne ; nuiis il la retira. — Un 
de ses Bis , M. Louis-Auguste Mares- 
cbal, archiviste du département des 
Côtes-du-Nord, a St-Brienc , s'est fait 
connaître dans la littérature par quel- 
ques productions estimées, entre au- 
tres par une traduction, en vers fran- 
çais, des Animaux parlants, poème 
italien de Casti. P. L— ^. 

MARESCOT (Ijicrkit), cha- 
noine de la cathédrale de Genève, né 
à Annecy, composa dans cette der- 
nière ville un recueil de poésies la- 
tines impiimées à Paris en 1584. — 
Marescot (f'incent) est l'auteur d'un 
petit poème italien, intitulé .- ^elU 
nozze reali delta maestk di fladisiao 
ty, re di Polotùu e di Svezia e di Lui- 
gia Maria Gonzaga , principessa di 
Mantova e di Xivers, ode di Vineentio 
Mariscotio, in-4*. — Marescot {Al- 
fred), docteur en médecine, auteui 
d un Compendium totins medicitur, 
imphme à Francfort, 1584 , in-12. 
— Makescot {Michel) fit imprimer à 
Paris, en 1563, une dissertation de 
philo!>ophie sous ce titre : De ideis et 
universis, ex Platonis et Aristotelis 
sententia, a Michaele Mareseoto lexo- 
fiensi: hi-i". — M.AREscor (le* frères 
J.-Alojrs et Annibal ) composèrent 
le livre intitule : jirs rhetoricœ, im- 
primé à Bologne en 1570, in-4*. 
— Un médecin du nom de Markscoy 
prit part aux événements suscités par 
la supei chérie de la fille Marthe Brot- 
»ier,qui se prétendait possédée du dé- 
mon, et publia à Paris, en 1599, un 
volume curieux, intitulé: Discours vé- 
ritable su» le fait de Marthe Brossier 
{voy. Brossier, VI, 36). B — d — r. 

MARESCOT (Armasd-Samcei 
de), général du génie, né à Tours le 
7 



98 '^AR 

1" mars 1738, d'une famille noble 
d'origine italienne (1), était le fds d'un 
exempt des gardes-du-corps. Après 
avoir fait d'excellentes études au col- 
lège de la Flèche, il entra à l'Ecole 
militaire de Paris, et se dévoua dès- 
lors à la carrière qu'il a si honorable- 
ment suivie. Lieutenant du génie au 
commencement de la révolution , il 
en adopta les principes avec modéra- 
tion, et fut aussitôt nommé capitame. 
Employé à l'armée du Nord sous le 
maréchal de Rocharabeau, il se trou- 
va, en avril 1792, à la malheureuse 
affaire de Baizieux, entre Lille et 
Tournai, où les Français, se croyant 
trahis, massacrèrent le général Dillon 
et le colonel Bcrthois. Marescot, pour- 
suivi lui-même par les révoltés, n'é- 
chappa à la mort que par le plus 
grand bonheur. Cette partie de la 
frontière était menacée par les Au- 
trichiens ; il la mit en état de défense, 
particulièrement la place de Lille , 
qui, bientôt attaquée et bombardée, 
ne résista que par les moyens de 
défense qu'il avait préparés. Mares- 
cot reçut à ce siège, qui commença 
sa réputation, une légère blessure. Peu 
de temps après, l'armée se porta en 
avant. N'ayant pu obtenir dy être 
employé, il suivit le général Champ- 
morin, son ami, en qualité d'aidc-de 
camp, et fut chargé, à la fin de cette 
première campagne, de fane le siège 
de la citadelle d'Anvers, llevenu avec 
l'armée sur la ftontière du Nord, en 
1793 , il prit part aux combats d« Me- 
nin, Turcoing, Armenticres, etc., et 
fut nommé chef de bataillon. Ayant 



(1) Le général Marescot avait la préten- 
tion de descendre de l'ancienne famille Ma- 
rescoui deltologne, qui a pnxluit plusieurs 
grands hommes entre autres (".aleazio Mares- 
cotll, généralissime des Bolonais, qui acquit 
une grande réputation dans le dixième siècle, 
et h qui la ville de IVilogne décerna une mé- 
daille pour d'éclatants «ervices. 



MAB 

été dénoncé par des clubistes, le mi- 
nistre Bouchotte qui le connaissait 
personnellement, voulant le soustraire 
aux effets alors si périlleux d'une pa- 
reille dénonciation, le fit passer à l'ar- 
mée chargée de reprendre Toulon sur 
les Anglais. A son arrivée , il traça 
autour de la place une Ugne de con- 
trevallation destinée à resserrer la 
garnison presque aussi nombreuse 
que l'armée assiégeante, et certai- 
nement composée de troupes plus 
exercées , mieux équipées et mieux 
approvisionnées. Ce fut aussi à cette 
époque que Marescot organisa un 
corps de travailleurs qui a été main- 
tenu sous le nom de bataillon de sa- 
peurs, et qui a rendu dans cette lon- 
gue guerre les plus grands services. 
L'état de faiblesse de l'armée républi- 
caine qui assiégeait Toulon, ayant 
amené la convocation d'un conseil de 
guerre où Marescot fut appelé, on y 
leconnut qu'une attaque de front était 
impossible, que l'on devait se borner 
à un blocus, et que l'on tenterait de 
s'emparer des forts extérieurs d'où 
l'on pouvait, si l'on s'en rendait maî- 
tre, bombarder les escadres enne- 
mies qui se trouvaient dans le port. 
Ce fut en conséquence de ce plan quff 
l'on s'empara d'une grande redoute 
dite la redoute anglaise. Marescot 
contribua beaucoup à cet exploit, qui 
n'eut cependant pas d'aussi graves 
conséquences (juc celles que l'on en 
attendait. Les véritables causes de la 
retraite des Anglais sont assez con- 
nues. Quoi qu'il en soit, ce fut là que 
Marescot vit lUjnaparte, qui avait été 
camarade de son frère dans le régi- 
ment de La Fère, et qui, devenu gé- 
néral de brigade, conmiençait à ma- 
nifester ce caractère de supériorité et 
(le despotisme que, plus tard, il a « 
hautement et si heureusement dé- 
plov»'. Marescot, nommé chef de ha- 



MAB 

taillon, avait i-édigë un savant mé- 
moire sur la place de Toulon et les 
côtes de la mer. Bonaparte le sut, et 
voulant aussitôt en avoir connaissan- 
oe, sans doute pour s'en attribuer le 
mérite auprès du gouvernement , or- 
donna que ce mémoire lui fût ap- 
porté. Marescot sentit le piège, et il 
répondit au jeune général que les 
ordonnances l'autorisaient à en venii- 
prendre connaissance chez lui , mais 
qu'elles ne prescrivaient le déplace- 
ment des papiers concernant les pla- 
ces, qu'en faveur des gouverneurs de 
provinces; que cependant il pouvait 
se faire autoriser par les commissai- 
res tout-puissants de la Convention. 
lÀi général insistant sur son ordre, et 
Marescot persistant dans son refus, la 
dispute s'échauffa, et ce dernier ne 
vit de moyen de la terminer que par 
un trait de modération dont, ])our le 
moment, le futur empereui- parut sa- 
tisfait. Cependant on croit avec quel- 
que raison , et Marescot s'en est a- 
perçu plus d'une fois, que Bonaparte 
ne perdit jamais le souvenir de cette 
altercation. Après le siège de Toulon, 
Marescot revint à la frontière du Nord 
où Maubeuge était bloqué par les 
Autrichiens, et il contribua beaucoup 
à les éloigner de cette place. Il passa 
ensuite à l'armée de Sambre-et-Meuse 
qui faisait le siège de Chaileroi, et 
fut chargé de diriger cette impor- 
tante opération, où il courut les plus 
grands dangers et eut le courage de 
résister aux folles prétentions du pro- 
<onsul Saint-Jnst, qui voulait enlever 
la place par escalade. Marescot ne 
craignit pas de réfuter son opinion 
dans un conseil de guerre, assurant 
ique, d'après la reconnaissance quil 
lavait faite, il regardait un assaut cora- 
|nae impossible. Le séide de Robes- 
bierre, furieux de voir son inexpé- 
ience confondue, donna ordre sur- 



MAR 



99 



le-champ par écrit au général en chef 
Jourdan de faire fusiller Marescot, 
ainsi que les généraux Hatry et Bolle- 
mont, sous prétexte que le siège 
marchait trop lentement ; déjà il 
avait fait mourir ainsi dans la tran- 
chée le malheureux capitaine d'artil- 
lerie ^îoras, un des meilleurs officiers 
de l'armée. Jourdan refusa d'exécuter 
cet ordre sanguinaire, et Marescot lui 
dut la vie. Le succès des sièges tîe 
Maubeuge ef de Charleroi valut à 
celui-ci le grade de colonel. Peu de 
temps après, il fiit chargé de repren- 
dre Landrecies et le Qnesnoi, dont 
les aihés s'étaient empares l'année pré- 
cédente. Ces opérations firent briller 
ses talents d'un nouvel éclat : le siège 
du Quesnoi fut long et pénible; il dur» 
trente joiu-s. Marescot ne put s'em- 
parer de la v-ille que par surprise. 
Nommé général de brigade après ces 
deux sièges, il prépara ceux de Va- 
lenciennes et de Cxmdé, qui se ren- 
dirent vingt-quatre heures après la 
sommation; mais on a lieu de croire 
que ce fut le résultat d'une négocia- 
tion secrète, ouverte depuis plusieurs 
mois entre lAutricbe et le comité de 
salut public. Marescot commanda 
ensuite le corps du génie au siège 
de Maestricbt , sous les ordres de 
Klébcr, et fut élevé au grade de 
général de division, le 8 novembre 
1 794. I^ 24 décembre, même année, 
CaiTiot le fit rayer, par un décret, de 
la liste des émigrés , où il était ins- 
crit , quoiqu'il n'eût jamais quitté la 
France. Il est probable qu'on l'avait 
pris pour son frère cadet, comme 
lui officier du génie, mais qui se mon- 
tra toujours fort attaché au parti 
royaliste. En 1793, le comité de sa- 
lut public lui confia la défense de 
Landau. Quoiqu'il n'eût pas le tiers 
des troupes nécessaires pour repousser 
les attaques de l'ennerai, il réussit par 
7, 



100 



MAR 



des sorties à l'en tenir constamment 
éloigné. Dans la même ^nnée, il fut 
nommé commandant du génie à l'ar- 
mée des Pyrénées occidentales , et 
déjà il faisait les préparatifs du siège 
de Pampelune , lorsque l'Espagne 
conclut la paix avec la France. Le 
général Moncey le chargea de l'exé- 
cution du traité. Marescot fut en- 
suite employé successivement aux 
armées d'Allemagne, du Rhin et 
du Danube, tantôt occupé à mettre 
cette frontière en état de défense, 
tantôt prenant part aux affaires dont 
elle était le théâtre. En 1798, Bona- 
parte le nomma membre d'une com- 
mission chargée des préparatifs de 
l'expédition contre l'Angleterre. L'an- 
née suivante, Marescot, après avoir 
servi encore sur le Rhin et en Suisse 
sous les ordi-es de Masséna, fit partie 
du comité militaire établi près le 
Directoire. Il n'exerça pas long-temps 
cette dernière fonction, ayant été 
appelé à la défense de Mayence. 
Après le 18 brumaire , Bonaparte lui 
confia le commandement du corps 
du génie et l'administration des for- 
tifications, avec le titre de premier 
inspecteur-général, place équivalente 
à celle qu'exercèrent autrefois, sous 
la dénomination de directeurs-géné- 
raux des fortifications, les maréchaux 
de Vauban et d'Asfeld. Il fit en cette 
quaUté la dernière campagne d'Italie, 
et fut nommé, en 1802, comman- 
dant-général du génie à tous les 
camps assemblés pour l'expédition 
d'Angleterre. Fait comte et grand-of- 
ficier de laLégion-d'IIonneur en 1804, 
il fut élu dans la même année candi- 
dat au sénat-conservateur, par le col- 
lège électoral du département de 
Loir-et-(^her, puis décoré du grand- 
cordon de la Légion-d'IIonneur le 2 
féTrier 1805. Au mois de septembre, 
il accompagna l'empereur à la grande 



MAR 

armée, et revint à Paris en 1806. Em- 
ployé en Espagne en 1808, il reçut 
de Napoléon la mission périlleuse 
d'aller observer les places de Cadix 
et Gibraltar. S'étant bientôt trouvé 
au milieu de plusieurs corps d'insur- 
gés, il n'eut d'autie moyen d'échapper 
à leur fureur que de se réunir au 
corps du général Dupont qui était lui- 
même fort compromis. Ce parti, le 
seul que Marescot pût prendre dans 
de pareilles circonstances, fut pour 
lui une source de calamités. La pe- 
tite armée du général Dupont , com- 
posée en majeure partie de cons- 
crits, s'avançait malgré sa faiblesse 
jusqu'au Guadalquivir; mais bientôt 
cernée de toutes parts, manquant de 
tout, accablée par une chaleur exces- 
sive, affaiblie par les maladies et la dé- 
sertion des Suisses, abandonnée à elle- 
même dans un pays dévorant, où les 
habitants, la nourriture , le climat, 
tout était ennemi, cette malheureuse 
armée se trouva dans la plus affreuse 
situation. Après la funeste bataille 
de Baylen, cette situation était telle- 
ment désespérée qu'une capitulation 
devint une véritable faveur. Dupont 
prit le parti d'envoyer aux Espagnols 
le général Marescot, connaissant les 
rapports qu'il avait eus en 1794 avec 
le général Castannos qui les com- 
mandait. La capitulation qu'il obtint 
était fort avantageuse et fort honora- 
ble si elle eût été exécutée. On sait 
à quel point d'irritation elle porta 
Bonaparte contre Dupont et contre 
Marescot, cpii l'avait signée comme 
témoin. Cependant il n'avait pas trou- 
vé mauvais que, dans des circoufitances 
analogues, Serrurier et .lunot eussent 
aussi capitulé, mais ces deux géné- 
raux étaient ses amis, et il n'en était 
pas de même de Dupont et de Mares- 
cot ; il prétendit, dans cette occasion, 
qu'un général ne devait jamais capi- 



MAR 

tuler en rase campagne; et sans juge- 
meat, sans examen, il fit arrêter et 
destituer Dupont et Marescot qui ne 
recouvrèrent leur liberté et leur grade 
qu'en 1814. M°' de Marescot perdit sa 
place de dame du palais, et si le gé- 
néral eut été justiciable d un conseil 
de guerre, if est probable qu'il n'eût 
point échappé ; mais, comme grand- 
officier de l'empire, il ne pouvait être 
jugé que par une haute-cour, et il y 
eut attiré tous ses co -accusés, ce que 
ISapoléon ne voulait pas. Les eimemis 
de Marescot ne purent découvrir au- 
cune loi ni ordonnance qui servît 
seulement de prétexte, et on le laissa 
en prison pendant tiois ans, après lui 
avoir fait subir un interrogatoiie de- 
vant une commission présidée par 
Cambacérès, ce qui était assez bizarre 
pour un fait complètement militaire. 
L'n procureur impérial prit sous la 
dictée de l archi-chancelier une con- 
clusion à mort, qui ne fut point a- 
doptce. Mais Marescot resta tou- 
jours prisonnier; il ne lui fut permis 
•ju'en 1812 daller en surveillance à 
Tours, où il demeura jusqu'à la res- 
tauration. Ayant alors envové son 
adhésion aux actes du gouverne- 
ment provisoire, il fut nommé pre- 
mier inspecteur-général du génie , 
commissaire du roi dans la vingtième 
division, à Périgueux; chevalier de 
Saint-Louis, le 1" juin; puis mem- 
bre d'une commission chargée de 
déterminer le classement des pla- 
ces de guerre ; et enfin grand croix de 
Saint-Louis, le 27 décembre. Il refusa 
de se rendi-e aux armées après le 20 
mais 1815, mais, ayant été employé, 
il perdit son activité à la rentrée du 
roi. Depuis lors , le général Ma- 
rescot vécut retiré à sa tei-re de Châ- 
lay près Vendôme, où il mourut en 
novembre 1831. On a de lui : L Be- 
lation des principaux sièges faits ou 



Hà» 



iM 



soutenus en Europe par les armées 
françaises, depuis 1792, Paris, 1806, 
in-S". On trouve dans cette brochure 
une relation du bombardement de 
Lille exécuté par les Autrichiens en 
1792. IL Mémoire sur l'emploi Aes 
bouches à feu pour lancer les grenades 
en grande quantité, collection de l'Ins- 
titut de 1799. lll. Mémxjire sur la for- 
tification souterraine, et une foule 
dautres mémoires manuscrits qui sont 
entre les mains de quelques officier» 
du génie et au dépôt de la guene. IV, 
X^ote sur le général IHarescoL, janvier 
1821, publiée sous le voile de l'anony- 
me, et qui est évidemment du général 
Marescot lui-même. On y trouve de» 
détails curieux sur l'histoire militaire 
de notre époque. — Marescot {Ber- 
nard-François), fi-ère du précédent , 
et comme lui officier du génie, fut 
camarade de Bonaparte dans son 
arme , mais quitta le service de 
bonne heure, par suite de sa haine 
pour la révolution. Il se rattacha 
néanmoins au gouvernement impé- 
rial, fut nommé membre du Corp» 
législatif en 1807 par le département 
de Loir-et-Cher, et fit plus tard une 
campagne en Silésie, a l'instigation 
de son fiere. Il mourut dans le Ven- 
dômois vers 1835. M — dj. 

MARESTIER (JEi^-BAFrisTE), 
né à Saint-Servan (Ille -et -Vilaine), 
était très-jeune lorsqu'il fut admis, 
en l'an VIII, à l'École polvtechnique, 
d'où il sortit en 1802. Les brillant» 
examens qu il soutint à son entrée à 
l école , ainsi qu a sa sortie , le placè- 
rent au nombre des élèves les plus 
distingués de son temps, et justifiè- 
rent son classement dans le corps du 
génie maritime. Ses premiers pas dans 
la carrière furent marqués par des 
services réels rendus dans les ports 
de Gênes et de Livourne, qui se 
trouvaient alors sous la domination 



102 



MAB 



française, Quand les désastres de 
1814 enlevèrent à la France ces utiles 
conquêtes, Marestier, dont les ta- 
lents étaient déjà appréciés , fut des- 
tiné pour Toulon. Il y connut M. Ch. 
Dupin, et tous deux ne tardèrent pas 
à se lier d'une amitié que la confor- 
mité de goûts, d'habitudes et de ta- 
lent développa au point qu'une bas- 
tide , située aux environs de la ville , 
devint leur logement commun. Cette 
communauté, pleine de charme pour 
l'un et l'autre , fut rompue peu 
après , Marestier ayant été envoyé à 
Bayonne, afin de réorganiser le ser- 
vice des constructions navales, il y 
construisit , jusqu'en 1818, sur ses 
propres plans, des navires de trans- 
port, espèce de bâtiments dont la 
marine militaire était presque dé- 
pourvue. Des contrariétés qu'il é- 
prouva de la part de l'administra- 
tion de ce port, le déterminèrent 
à demander d'être attaché à celui de 
Lorient, où il ne fit qu'une courte 
apparition, le ministre lui ayant ex- 
pédié l'ordre , qu'il trouva à son ar- 
rivée , de se rendre à Paris, afin d'y 
recevoir des instructions relatives à 
une mission d'un haut intérêt pour 
la marine. A cette époque, il n'était 
bruit en Europe que des prodigieux 
résultats de la navigation par la va- 
peur , dont Fulton avait doté sa pa- 
irie, après avoir éprouvé en France, 
où il n'avait pas été compris, le dé- 
dain le moins mérité. U apparlenait à 
Marestier de naturaliser dans son 
pays un procédé qui devait modifier 
si avantageusement la direction des 
forces navales sur tous les points du 
globe. Le gouvernement français vou- 
lut connaître ce qu'il y avait de vrai 
dans les descriptions plus ou n)oins 
exagérées que les organes de la pu- 
blicité faisaient cha(juc jour des 
prodiges de la nouvelle découverte . 



MAR 

et obtenir, sur les Ueux mêmes, une 
appréciation , aussi exacte que possi- 
ble , des heureux résultats que , déjà, 
elle avait dû procurer à l'Angleterre, 
et surtout à l'Amérique , dont l'éloi- 
gnement favorisait la croyance aux 
miracles racontés par les voyageurs. 
Comme savant, comme ingénieur, 
comme homme positif et réfléchi, 
Marestier réunissait toutes les condi- 
tions qu'exige une semblable mis- 
sion. Aussi en fut-il chargé par lo 
ministre de la marine, sur la propo 
sition de M. le baron Rolland, ins- 
pecteur-général du génie maritime , 
en même temps que M. de Montgér)-. 
capitaine de frégate, recevait l'ordre de 
se rendre dans les ports d'Amérique , 
afin d'v examiner les bateaux à va- 
peur sous le point de vue nauti- 
que et militaire. Marestier visita suc- 
cessivement les chantiers des États- 
Unis et de l'Angleterre, pendant près 
de deux ans. Aidé du concours de M. 
Hvdc de Neuville, ministre plénipoten- 
tiaire à Washington , de celui de nos 
consuls, et des communications offi 
cieuses d'un ingénieur français, atta- 
ché au service de l'amirauté améri- 
caine , il recueillit les documents les 
plus précieux et les plus propres à 
faire apprécier sainement cette inno- 
vation si féconde , et , il finit bien le 
dire , alors presque entièrement igno- 
lée en France. S'il eut à détruire beau- 
coup d'illusions , et à ramener dans 
les limites de la réalité l'apprécia- 
tion des faits extraordinaires que l'en- 
thousiasme attribuait à la navigation 
par la vapeur en Amérique, les dé- 
monstrations précises et rigoureuses 
qu'il consigna dans le récit de sa 
mission, apprirent néanmoins au gou- 
vernement qu'en réduisant les choses 
à leur véritable valeur , les avantages 
du nouveau système de navigation 
étaient assez grands pour en moti- 



.MAR 

ver l'adoption. Le monde savant |)ar- 
tagea cette opinion, lorsqu'il connut 
l'intéressant Mémoire de Marestier 
sur la bateaux à vapeur des Etats- 
Unis, mémoire qui. dans l'état actuel 
de la science , laisse sans doute à dé- 
sirer, mais que son auteur eût mi» 
en parfaite harmonie avec nos con- 
naissances progressives sur l'emploi 
de la vapeur , si une mort préma- 
turée n'était venue le frapper au 
moment où il en préparait une se- 
conde édition. Marestier fut chargé 
de faire l'application des principes 
qu'il avait exposés dans son ouvrage : 
il construisit le premier bâtiment à 
vapeur et le premier mécanisme a 
basse pression que la mariite mili- 
taii'e ait essayés pom' le service des 
ports. Jusqu'à la publication de ce 
mémoiie. il n avait été construit que 
des bateaux destinés à la navigation 
fluviale. De ce nombre étaient l'Afri- 
cain et le Voyageur, construits, en 
1818, pour la navigation du Sénégal 
par M. Le Breton , autre ingénieur de 
la marine. Appropriés à une naviga- 
tion spéciale, et n'avant qu'une \itesse 
restreinte, ces deux bâtiments , dont 
l'un fut commandé par M. Louvrier, 
l'autre par M. I^blanc, aujourd'hui 
vice-amiral, n'étaient pas de nature 
à infirmer le mérite de l'application 
de la vapeur à la luai'ine militaire sm- 
une échelle beaucoup plus élevée. Si 
l'impartialité nous fait un devoii- de 
reconnaître que l'essai de Marestier 
ne répondit pas complètement aux 
espérances qu'avait fait concevoir sa 
savante théorie, les principes fonda- 
mentaux qu'il avait si heureusemerc 
développés ne reçurent aucime at- 
teinte; quelques détails, frappés du 
sort commun à toute première appli- 
cation d'un système nouveau , durent 
seuls appeler l'examen des ingénieurs. 
Plus tard, des accidents trop fréquents 



UAR 



103 



et u-op funestes ayant inspiré des dou- 
te* sur la sécurité que pouvait offrir 
l'emploi d'un moteur avec lequel on 
n'était pas encore familiarisé, Marestier 
calma toutes les craintes en donnant 
l'expUcation la plus ingénieuse , et 
peut-être la plus vraie , des causes de« 
explosions : c'était indiquer les moyens 
de les prévenir. Nommé successive- 
ment mend:>re de la commission con- 
sultative et du conseil des ti-avaux de 
la marine, lors de la première forma- 
tion de ce conseil, il occupa dignement 
sa place parmi le» hommes éminents 
qui le composaient. Ses connaissances 
aussi sûres que variées, son ardeur pour 
le tiavail , rendaient sa coopération si 
utile , qu'il ne fallut rien moins que 
l'avantage bien rectmnu du servie* 
pour qu'il pût être détourné, même 
luomentanément, des fonctions qu'il 
remplissait à Paiis. Mais une nou- 
velle aft'aire de confiance exigeait 
qu'on envoyât à Brest un ingénieur 
qui réunît, à une haute capacité, 
l'impartialité la plus sévère. Chargé 
de cette mission, Marestier s'en ac- 
quittait depuis peu de temps, quand 
la mort le surprit, à Brest, le 22 mars 
1832, à l'âge de cinquante-deux ans, 
après quelques jours seulement de 
malacUc. Il était chevalier de Saint- 
Louis et de la Légion-d'Honneur. Sa 
modestie était telle , qu'il ne voulut 
jamais consentir à ce que M. Du- 
pin insérât dans le rapport qui pré- 
cède son mémoire, les éloges que 
l'amitié, d'accord avec la justice, a- 
vait suggérés à l'auteur; ils y sont 
remplacés par deux lignes ponctuées. 
Ses deax ouvrages ont paru sous les 
titres suivants : i" Mémoire sur les 
bateaux à vapeur des Etats-Unis d'A- 
tnér ique, avec un appendice sur di- 
verses machines rvlatives à la marine, 
précédé du rapport fait à [Institut sur 
<•« mémoire par MM. Sané, Biot , 



104 



MAR 



Poisson et Ch. Dupin , imprimé par 
ordre de S. Exe. le ministre de ta ma- 
rine et des colonies , Paris , imp. roy., 
1824, in4», et atlas in-fol. de 17 
|>lanchcs. Dans ce mémoire, Ma- 
rcstier fait connaître les dimensions 
et Ja vitesse des bateaux à vapeur; il 
déciit les principales machines em- 
ployées à leur usage, et expose des 
règleç, déduites de l'expérience, afin 
d'établir, entre la grandeur des ba- 
teaux et la force des machines , le» 
proportior)s convenables pour obte- 
nir une vitesse déterminée. Cet écrit 
est accompagné de notes intéres- 
santes renfermant le développement 
des principes exposés dans le texte, 
et des renseignements qui , bien 
((«'incomplets, peuvent fournir de» 
moyens de comparaison aux person- 
nes qui projettent des bateaux à va- 
peur. Il est terminé par sept chapi- 
tres, sous forme Ôl appendice , conte- 
nant des remarques sur les goélettes 
des États - Unis , bâtiments légers 
que les Américains construisent et 
font manœuvrer avec une supériorité 
reconnue des marins de toutes les 
nations; sur les machines à curer les 
ports et les rivières ; sur celles de la 
poulierie et des forges, enfin sur les 
nouveaux procédés de la corderie, 
imitis des Anglais , et reproduits en 
France avec des modifications ingé- 
nieuses, dues à M. liair, directeur des 
constructions navales à 15rest, et à 
M. Hubert, officier supérieur du gé- 
nie maritime, (jui les ont exécutés en 
prenant pour base les procédés an- 
glais, observés et décrits par M. Oh. 
Dupin dans son Voyaffe de ta Grande- 
Bretagne (force TiavaleJ, A tous ces 
détails, accessoires à l'objet principal 
de sa mission , Mareslier en ajouta 
d'autres .siH" reuq)loi , c n Amérique, 
des machines à fabriquer les clous, 
machines qui • en faisaient i 40 par 



MAB 

minute, ou 84,000 en dix heures de 
travail. Ce mémoire devait être suivi 
d'un second qui n'a pas été publié, 
parce que les renseignements qu'il 
contenait n'étaient d'aucune utilité à 
l'industrie particulière. Il était consa- 
cré à des remarques sur la mai-ine 
mihtaire, et spécialement à la des- 
cription du bateau à vapeur construit, 
en 1814, pour la défense de New- 
York. 2* Sur len explosions des ma- 
chines à vapeur^ et les précautions à 
prendre pour tes préuenir (Extrait 
des Annales maritimes et coloniales)^ 
Paris, impr. royale, 1828 , in-8" de 
20 pages. Marestier avait été com- 
pris, en 1826, au nombre des can- 
didats présentés par l'Académie des 
sciences , pour remplir la place va- 
cante par la mort du célèbre Reichem- 
bach. P. L— T. 

MARET (HudJES-BERRARD), duc 

de Bassano, naquit le 1" mars 1763, 
à Dijon, où son père, médecin distin- 
gué, était sejxétaire perpétuel de 
cette Académie bourguignonne, qui 
comptait alors parmi ses membres , 
les Voltaire, les Debrosscs, les F.uf- 
(on, etc. {t'oy. Malet, XXVII, 10). 
Nous insistons sur cette circonstance 
parce qu'elle influa par la suite, d'une 
uïanière très-heureuse, sur l'une des 
époques les plus intéressantes de la 
vie de Hugues Maret. Ses premières 
(ittules furent dirigées vers les con- 
naissances nécessaires pour enti'cr 
dans l'artillerie et le génie. A l'âge 
<le dix-huit ans, il concourut pour le 
prix proposé par l'Académie de Dijon : 
le sujet étjiit l'Éloge de Vauban. Car- 
Dot, déjà officier du génie, eut le prix ; 
Maret fut nommé après lui, et son 
ouvrage obtint les honneurs de la 
l(H!ture, dans luie «éance solennelle 
présidée par le prince de Condé, qui 
témoigna une bienveillance particu- 
lière au jeune auteur. Celui-ci lui pré- 



MAR 

senta un poème en deux chants de 
sa composition snr la bataille de Ro- 
croy. Cependant des raisons de fa- 
mille lui firent abandonner ses pre- 
mières études pour celles de la ju- 
risprudence, à laquelle il joignit celle 
du droit politique; il prit ses grades 
à l'Université de Dijon, fut reçu avo- 
cat au parlement, et bientôt membre 
de l'académie de cette ville. Le comte 
de Vergennes , informé des disposi- 
tions de son jeune compatriote, le fit 
venir à Paris, où Maret suivit le cour» 
de droit des gens que Boucliaud pro- 
fessait au collège de France. Au mi- 
lieu de ces graves spéculations, il 
n'abandonna pas le culte des letties. 
Présenté par Buflbn, Condorcet et 
Lacépède, au Lycée que protégeait 
Monsieur, comte de Provence, et qui 
depuis est devenu l'Athénée , il se 
trouva en relation avec les illus- 
trations de l'époque. La mort du 
comte de Vergennes fit perdre à Ma- 
ret un puissant protecteur, au mo- 
ment où il se préparait à aller en Al- 
lemagne achever ses études politiques. 
l>a convocation des États-Généraux, 
en amenant la révolution, devait offrir 
des leçons bien autrement profitables 
à son esprit facile, étendu et si bien 
fait pour saisir tous les détails de la 
science diplomatique et administra- 
tive. Préparé par ses études variées à 
goûter tout l'intérêt que présentent 
les grandes discussions publiques, il 
s'établit à Versailles pour suivre avec 
plus d'exactitude les débats de l'As- 
semblée nationale. Dès les premières 
séances, il s'en constitua en quelque 
façon le secrétaire, par la publication 
d'un bulletin consacré au détail de 
ses délibérations ; idée heureuse qu'il 
exécuta avec Maurice Méjan , et dont 
le succès fonda la fortune politique 
de l'un et de l'autre. Maret s'était 
créé une méthode d'abréviations qui 



MAB 



105 



lui permettait de reproduire presque 
textuellement la discussion du jour. 
Opendant le Builetin ne devint public 
(lu'après la translation de l'Assemblée 
de Versailles à Paris. Jusque-là il n'avait 
été communiqué qu'à quelques so- 
ciétés choisies, où l'auteur en faisait 
des lectures. Ce fut sur les pressantes 
instances de Mirabeau, de Clermont- 
Tonnerre, de Lally-ToUendal, de Tai-- 
get , de Thouret , de Lechapclier, 
etc., qu'il se décida à livrer chaque 
soir à l'impression la rédaction de la 
séance. Le libraire Panckoncke ve- 
nait de fonder le Moniteur. Bien que 
ce journal réunît la littérature à la 
politique, il n'avait encore qu'un suc- 
cès médiocre, tandis que le Bulletin 
de rAssemblée nationale réussissait 
et avait déjà Thonneur de nombreuses 
contrefaçons. Panckoucke proposa à 
Maret de réunir son Bulletin au Mo- 
niteur. Maret Y consentit, à condition 
que le Bulletin conserverait son titie et 
resterait un ouvrage distinct. Dès lors 
la fortune du Afom'fcur fut décidée, et 
cette feuille devint l'immense registre 
de toutes nos vicissitudes politiques. 
"« La forme et le sentiment dramatique 
« du Bulletin, a dit un biographe, 
« donnaient l'idée d'une traduction 
u de la langue pailée dans la langue 
« écrite. C'était un tableau en relief 
" présentant toute la vitalité des fa- 
« meuses séances de l'Assemblée n«- 
« tionale, et les formes de ses athlé- 
•' tes, en même temps qu'il donnait 
« l'énergique expression de leurs bril- 
- lantes improvisations et de leurs dé- 
'< bats orageux. » La clôture de l'As- 
semblée constituante était le terme 
que ilaret avait fixé à son travail, qui 
n'avait été pour lui personnellement 
qu'un moyen d'instruction. Depuis 
cette époque, il cessa de prendre paît 
à la rédaction du Moniteur. Ce fut 
pendant cet intervalle que, dans le 



106 



MAR 



petit hôtel de l'Union , rue Saint- 
Thomas du Louvre, où il avait étabU 
son bureau de rédaction , il fit con- 
naissance avec un jeune lieutenant 
d'artillerie qui vint y loger, et qui 
n'était autre que Bonaparte. La situa- 
tion du futur dominateur de l'Europe 
était alors fort précaire, et il paraît 
que les bons offices du journaliste , 
qui ne manquait ni d'argent ni de 
crédit, contribuèrent quelquefois à le 
tirer d'embarras. Jusqu'en 1791, Ma- 
ret, qui avait embrassé avec convic- 
tion mais en même temps avec ré- 
serve les idées nouvelles, demeura 
attaché à la société des Amis de la 
constitution (les Jacobins) ; mais lors 
des événements du Champ-de-Mars 
(17 juillet, même année), il cessa, ainsi 
qu'un grand nombre de députés mo- 
dérés, d'en faire partie, et devint un 
des fondateurs du club des Feuil- 
lants, où l'on professait les doctrines 
de la monarchie constitutionnelle. 
Cependant il avait attiré sur lui l'at- 
tention des hommes qui dirigeaient en 
France la politique extérieure. Il fut 
successivement nommé secrétaire de 
légation à Hambourg et à Bruxelles. 
Après le 10 août qui avait renversé 
le roi et cette même constitution, pour 
lesquels il s'était jusqu'alors prononce, 
Maret ne donna point sa démission, 
et il obtint un rapide avancement. 
Le nouveau ministre des aifaircs 
étrangères, Lebrun-Tondu, le nomma 
chef de la première division de son 
département, avec les attributions do 
dii-ectcur-général. Bientôt il le chargea 
d'aller diriger en Belgique le mouve- 
naent des esprits, tandis que l'armtc 
de Dumouricz en vahissait ce pays. Dans 
cette mission, Maret montra beaucoup 
de zèle et d'activité, il organisa un 
corps de Liégeois, s'exposa au feu 
dans plusieurs actions, et eut même 
un cheval tué sous lui. Le Conseil 



MAB 

exécutif lui fit présent d'un autre che- 
val, en lui décernant les plus grands 
éloges. Dumouriez, avec lequel il dut 
s'entendre et se concerter, le traitait 
alors d'ami dans ses lettres. Peu de 
temps après, la Convention, qui était 
loin de vouloir la guerre avec l'An- 
gleterre, envoya Maret à Londres, 
afin d'obtenir du moins la neutralité. 
Il fit des ouvertures de conciliation 
très-raisonnables ; elles furent rejetées. 
Revenu avec de nouveaux pouvoirs, il 
fit d'importantes concessions , très- 
avantageuses à l'Angleterre et à la 
Hollande. Pitt, avec lequel il eut plu- 
sieurs entrevues, lui témoigna person- 
nellement beaucoup d'estime; mais 
le premier ministre, lord Granville, 
redoutait avec raison le degré de 
puissance où la France pouvait s'éle- 
ver, si on lui laissait paisiblement 
établir sa révolution. La Convention 
ayant immolé Louis XVI, le 21 jan- 
vier, l'ambassadeur français Chauve- 
lin fut congédié le 24. Maret resta 
jusqu'en février ; mais on le força 
aussi de partir, lorsque la guerre fut 
imminente. Bien que le ministie Le- 
brun eût tout fait pour empêcher k> 
hostiUtés, il n'en fut pas moins ac- 
cusé par Robespierre de les avoir im- 
prudemment provoquées. Destitué le 
21 juin, il fut bientôt après décrète 
d'accusation. Maret, de son côté, tom- 
ba également en disgrâce. Le nou- 
veau ministre Dcsforgues le destitua 
de la place de directeur-général ; mais 
dès le mois de juillet suivant , le 
même Desforgues le nomma mi- 
nistre plénipotentiaire et envoyé 
extraordinaire à JNaples. Cette mis- 
sion eut une grande influence sur sa 
destinée , et elle devait en avoir une 
plus grande encore sur d'augustes in- 
fortunes, puisqu'il pouvait en résulter 
la délivrance de la reine de France, 
Marie-Antoinette. « elle de ses enfants 



et de niiidame Elisabeth (1). Cest in 
qu'éclata plus que jamais l'odieux 
machiavélisme de la maison d'Au- 
triche . qui . plus implacable en- 
vers la famille rovale que les révolu- 
tionnaires de France, aloi'S en pos- 
session du pouvoir exéc utif, fit maii- 
quer l'objet de celle mission. Contre 
le droit des gens, les deux négocia- 
teurs furent arrêtés, par les troupes 
auti-ichiennes, dans le nllage de ^>o- 
vale. En vain Maret et Sémonville 
roontrcrent leurs instructions ; ce fut 
pour leurs oppresseurs un motif do 
plus de les traiter avec la dernière 
rigueur. Sans doute ils étaient les eu • 
voyés du plus tyrannique , du plus 
odieux des gouvernements ; mais leur 
mission et leurs personnes n'avaient 
alors rien que de très-louable et de 
très-pacifique; ils étaient d'ailleurs, 
sur un territoire neutre, sous la pi-o- 
tection et dans toutes les garanties 
de l'honneur et du droit des gen». 
Les détails et les conséquences de cet 
événement sont du plus haut intérêt 
dans l'histoire. Nous crovons devoir 
reproduire ici la relation manuscrite 
qu'en a rédigée Maret , et qui nous a 
été communiquée. On y trouve à la 
fois l'intérêt qui s'attache à din- 
justes persécutions, et à des circons- 
tances politiques du premier ordre. 
» Vous savez , écrivait long - temps 
après à une dame le duc de Bassano 
lui-même, que j'avais une direction 
principale des affaires étrangei^s. 
Une circonstance terrible la mit en 
action. Nous employâmes des moyens 
qui se trouvèrent bien faibles quand 
il s'agissait de prévenir une si grande 
catastrophe. Et quand le général Du- 
mouriez, qui avait acquis un giand 
crédit par ses succès en Champagne 
et par la bataille de Jemmapes , s'a- 
musait à jouir des applaudissements 

(!) Voy. une note curieuse, sur cette né- 
gociation . i l'article kiUL\i.NB (LXVIII. 510). 



MAR 



107 



du peuple dans les spectacles et antre» 
Ueux publics, l'intervention diploma- 
tique, qui devenait notre seule i es- 
source et que nous mimes en mouve- 
ment, ne servit à rien, et le crime fut 
consommé. D'autres têtes augustes 
étaient menacées. Dumouriez revint 
a lui. Il concerta ses pbns avec nous. 
On sait ce qui est anivé. Réduite 
encore a la ressource des négo- 
ciations , nous revînmes sur nos 
premièies combinaisons. La révolu- 
tion prenait un cruel essor; cepen- 
dant, il V avait encore au pouvoir 
des hommes qui ne «abusaient pa» 
sur l'avenir, s'en épouvantaient , et 
étaient capables de se dévouer pour 
tenter de sauver ce qui restait de si 
précieux de ce grand naufrage. La 
plus saine partie du gouvernement 
s'aitendit pour faire une démarche 
auprès des seules puissances encore 
en état d'alliance avec la ré(Hiblique. 
C'étaient Venise , Florence et Naplc». 
Les républicains tenaient à ne pas 
être désavoués par Iv ; monde entier. 
On se crut assm-é que, si les uois Ëtat« 
que je viens de nommer mettaient 
pom- condition à la continuation de 
leur alliance la sûreté de la reine et 
de sa famille, elle ne leur serait pas 
refusée. Le projet hit arrêté , les ins- 
tructions diessées , et je fus charge 
de leur exécution. M. de Sémonville . 
qui avait dû s embarcjuei pour C^ns- 
tantinople, et qui était encore à Mar- 
seille, ayant eu la voie de mer fermée 
par les escadres anglaises, espagnoles 
et hollandaises, dut prendre sa route 
par le nord de Fhahe. On le chargea 
de concourir avec moi aux négocia- 
tions qui devaient commencer pai 
Venise, Florence , et (jue je termine- 
rais à Naples, pendant qu il se rendrait 
a sa destination. Je partis; je rencon- 
trai à Genève M. de Sémonville, avet- 
qui je n'avais eu jusqu'alors que des 
relations de société, et nous nous a- 
chemiuâmes ensemble dans la direc- 
tion de Venise. Nous renconlràme» 
les premiers obstacles dans les hgues 
grises dont le gouvernement était in- 



m 



MAR 



fluencé par l'Autriche. Après avoir 
franchi les Alpes, et au moment d'en- 
trer en Italie, des avis sûrs nous pré- 
vinrent des difficultés que nous de- 
vions rencontrer dans la Valtehne. 
Nous nous arrêtâmes à Vico-Soprano 
chez le comte Hercule de Salis- 
Tagstein qui nous avait procuré ces 
avis, et nous expédiâmes un officier 
aux chefs des ligues grises pour leur 
demander la protection qu'ils nous 
devaient. Cet officier revint avec des 
ordres par lesquels il était enjoint aux 
autorités de la Valteline d'assurer 
notre passage. Les comtes de Salis- 
Tagstein et de Salis-Sondrio nous con- 
juraient de ne pas nous y fier. Des 
renseignements multipliés justifiaient 
leurs craintes. Ils nous représentaient 
le gouvernement de Milan comme in- 
capable de s'arrêter devant la viola- 
tion d'un territoire neutre et du droit 
des gens. Ils parlaient d'embus- 
cades. Ils ignoraient que nous a- 
vlons un but que nous devions es- 
sayer d'atteindre à tout prix. Nous 
nous rendîmes à Chiavenne , d'où 
nous partîmes le même jour sous une 
escorte d'honneur et de sûreté. Pen- 
dant que ceci se passait en Suisse, 
des intrigues agissaient à Paris. Le 
secret de notre mission avait été soup- 
çonné par quelques chefs révolution- 
naires qui envoyèrent à notre pour- 
suite des agents secrets sous la direc- 
tion d'un sieur Ysabeau. L'archiduc 
Ferdinand , qui avait reçu par un 
Hand billet l'ordre de l'empereur de 
s'opposer au passage de M. de Sé- 
monville , dont on redoutait l'in- 
fluence à Constantinople, dirigea, d'a- 
près les informations (jue donnaient 
journellement à Milan les agents se- 
crets des révolutionnaires français , 
le docteur Pozzi, chancelier <lu Sénat, 
sur la rive droite du lac de (^,hia- 
venne, où des troiq)es , déguisées en 
Berlandotti, avaient été rassemblées. 
ParveuHs à Novale, village sur la rive 
gauche du lac de C.iiiavennc, notre 
escorte fit lialle. Sou chef, prétextant 
la nécessité d'avertir le podestat de 



MAR 

Trapone, sur le territoire duquel nous 
allions entrer, afin qu'il tînt son es- 
corte prête, envoya en avant un faute 
de la juridiction, dont la mission vé- 
ritable était de faire aux Autrichiens, 
sur la rive droite, les signaux con- 
venus. La femme du marquis de 
Montgeroult , brigadier des armées 
du roi, qui était attaché à ma mission, 
pour remplacer à Naples le marquis 
de Salis-Marchline , entra , pendant 
notre station forcée , dans l'église d*.' 
village, et y toucha l'orgue avec ce 
talent admirable qu'on lui connaît. 
Le curé, vivement ému, lui demanda 
si elle était de la société des Fran- 
çais arrivés dans le village, et sur sa 
réponse affirmative, « Ah! madame, 
« lui dit-il, ils sont perdus s'ils ne se 
.. hâtent de fuir «. Elle accourut au- 
près de nous , mais elle n'avait pas 
achevé son récit, que déjà les troupes 
autrichiennes et notre propre escorte 
nous couchaient enjoué. Nous fûmes 
tous arrêtés, garottés, et jetés dans des 
barques qui nous conduisirent de 
l'autre côté du lac dans la prison de 
Gravedona. Toute la population de 
cette petite ville était dans le secret 
de l'expédition. Elle nous attendait. 
On l'avait disposée à nous faire un 
accueil tout différent de celui que 
nous reçûmes. Notre maintien imposa 
au point que, de toutes parts, on en- 
tendait ces mots : « La bella, la tjene- 
r< rosa génie ». Le docteur Pozzi crut 
<levoir rendre comi)tc de l'effet que 
nous avions produit sur le peuple. 
Ses oidres élaieut de nous faire trans- 
porter inunédiatement au château de 
Milan. Il suspendit notre départ. Nous 
passâmes dix jouis dans la prison de 
(Jravedona, attachés chacun à une 
longue chaîne qui nous pcrmeltait 
(fagir dans noUe chambre et qu'on 
ne délacliait ni jour ivi nuit, (-'est 
cette chaîne grosse et longue comme 
unechaînede puits, quela Uépublique 
Cisalpine m'envoya, après mon retour 
en France, avec une niagnificpie ins- 
cri|)tion. .le vous ai montré, il y a 
long - temps , ce singulier trophée. 



MAR 



MAB 



109 



La réponse étant arrivée de Mi- 
lan, nous fûmes embarqués, char- 
gés de chaînes plus légères, dans des 
bateaux qui nous menèrent à Lecce, 
et de là, par le canal, à Fossano di 
Milano, ou des voitures et des escortes 
nous attendaient pour nous conduire 
à Mantoue. Nous y arrivâmes le 24 
juillet 1793 à 6 heures du matin. On 
nous logea dans l'ancien palais des 
ducs. Le mauvais air ne tarda pas à 
produire son effet sur nous. Tous mes 
compagnons de captivité furent at- 
teints de la fièvTe du pays. Je n'ai ja- 
mais eu la fisvre, je ne la pris pas; 
mais l'influence du climat agit sur mes 
nerfs et, lorsqu'au mois d'octobre j ap- 
pris l'affreux événement (1) que je 
m'étais cru un moment destiné à pré- 
venir, je tombai dans des convulsions 
nerveuses qui duraient dix heures par 
jour, et qui se prolongèrent pendant 
7 mois. Jusque-la j'avais conservé quel- 
que espoir. Mes instructions avaient 
été sauvées, mais celles de Sémonville 
étaient tombées dans les mains des 
Autrichiens, et je ne pouvais croire 
que le baron de Thugut, a qui ces 
papiers devaient avoir été envoyés, 
y trouvant la trace de notre mis- 
sion, ne se bâtât pas de nous donner 
les moyens de la remplir et de nous 
rendre la liberté. Sur les sept mois 
que dura la maladie à laquelle j'étais 
en proie, j'en passai cinq sans une 
heure de sommeil. Je perdis mes che- 
veux et une partie de mes dents. J au- 
rais perdu la vie sans un secours 
inespéré que, dix ans après la mort 
de mon père, je dus à la réputation 
dont il avait joui en Europe. L'aca- 
démie de Mantoue chargea une dépu- 
tation de m'apporter des consolations 
et de m'offrir ses secours. Elle avait 
encore un autre but, c'était de s'assu- 
rer du danger de mon état, dont le 
médecin du gouvernement, qui était 
un de ses membres, lui avait rendu 
compte. Sur !e rapport qui lui fut 
fait, elle s'adressa au gouverneur, et 

(1) La mort de ta reine. 



cette démarche ayant été sans succès, 
elle eut la générosité d envoyer deux 
commissaires à Vienne pour repré- 
senter que, si je passais une seconde 
saison cl été a Mantoue, je succombe- 
rais infailliblement. Le 20 mai 1794, 
l'ordre airiva de transférer Sémon- 
ville et moi dans la forteresse de 
Kuffstein en Tyrol. !Nos autres com- 
pagnons restèrent à Mantoue. Ils 
étaient au nombre de six; cinq mou- 
rurent dans les six mois qui suivirent 
notre translation. Un seul, M. Mergez, 
secrétaire d'ambassade , aujourd hui 
maréchal-de-camp en retraite, et alors 
jeune officier d'un caractère énergi- 
que, ne succomba pas à l'influence 
du climat et à la rigueur de son sort. 
On m'annonça, à 6 heures du soir, que 
je devais me préparer à faiie un long 
voyage; à 8 heures, le même Barigei 
qui avait attaché mes chaînes au dé- 
part de Gravedona et qui les avait soi- 
gneusement conservées, se présenta 
pour faire la même opération. Mon 
corps était enflé. Elles se trouvèrent 
trop courtes et il fallut les serrer avec 
violence pour rapprocher autour de 
mon poignet droit deux anneaux 
dans lesquels devait passer un cade- 
nas. J'éprouvai de vives soufirances. 
Je les oubliai quand, la voiture ayant 
franchi la dernière enceinte des for- 
tifications, je me trouvai sur une des 
digues du lac, à laii- libre, sous un 
ciel pur et au milieu d'une campagne 
embaumée par la vigne en fleur. 
Nous marchâmes toute la nuit, quit- 
tant plusieurs fois la route, afin d'é- 
viter le territoire vénitien. Je connais- 
sais bien la géographie du pays, 
quoique je ne l'eusse jamais parcouru, 
et j'étais décidé à appeler a mon aide 
si nous étions passés devant quelque 
poste du pays allié, quoiqu'il y eût 
un officier autrichien dans la voiture 
et deux soldats sm- le siège. Je me 
berçai de ce vain espoii- toute la nuit. 
Il me quitta lorsqu'au jour nous en- 
• trames à Roveredo. L'officier supé- 
rieur chargé de notre transport, 
ni'ayant aidé à descendre de la voi- 



110 



MAR 



tiu-e, s'aperçut que j'étais couvert 
de sang; son indignation fut à son 
comble, il appela un commissaire 
autrichien, le fils du docteur Pozzi 
qui nous avait suivis dans une voiture 
séparée, et demanda que nos chaînes 
fussent ôtées. Comme Pozzi résistait 
et prétendait n'avoir pas la clef du 
cadenas, il fit apporter un instrument 
avec lequel il le brisa. INous conti- 
nuâmes notre route à la fin du jour. 
Le Barigel n'avait pas reparu et je ne 
retrouvai mes chaînes qu'à Kuffstein ; 
mais je ne les portai plus. Elles fu- 
rent seulement attachées à un bloc de 
marbre brut qu'on plaça au pied 
de mon lit. Les traces de cette espèce 
de mutilation se voient encore sur 
ce même poignet où sont les cicatri- 
ces des coups de baïonnette dirigés 
vingt ans plus tard par les Autrichiens 
contre un homme paisible et désar- 
mé. Nous ne marchions que la nuit. 
Plusieurs fois pendant le jour le jeune 
Pozzi vint sentretenir avec moi. Oii 
comprend que je lui demandais des 
nouvelles de mon pays, de mes amis. 
.Ses récits exagéraient encore l'affreuse 
vérité. Je ne citais pas le nom d'une 
seule personne qu'il ne m'assurât 
qu'elle avait péri. Jugez de la situa- 
tion de mon esprit et de celle de mon 
cœur, lorsque les portes de la citadelle 
de Kuffstein s'ouvrirent devant moi. 
(]ette forteresse, qui défend l'entrée 
du Tyrol, du côté de la Bavière, est 
construite sur un rocher à pic, d'une 
très- grande élévation, isolé et com- 
muniquant à la ville par un pont de 
bois. Une tour très -élevée la sin- 
monte. C'est l'habitation <les prison- 
niers d'État, (jui en occupent l'étage 
supérieur. Le centre est rempli par 
un énorme pili«îr qui supporte le toit, 
et la circtonférence est divisée en 
cellules ou cachots, en forme de tra- 
pèze, numérotés depuis 1 jusqu'à 13. 
J'accompagnai Sémonville dans celui 
«uii lui était destiné; il portait le 
n» 11. Je fus ensuite conduit dans 
ma demeure q\ù portait le n" 13; la 
porte de la cellule n» 12 se trouvait 



ouverte, je vis en passant qu'elle 
n'était pas occupée. Ma cellule était 
précédée d'un petit vestibule avec 
une porte de fer. Une seconde porte 
de fer, où un guichet était pratiqué, 
formait l'entrée de mon appartement, 
consistant dans un cabinet voûté de 
de huit pieds de long et de six pieds 
de large. Quoique la voûte fût basse, 
je pouvais à peu près me tenir de 
bout partout. L'ameublement se com- 
posait d'une table de sapin, avec une 
chaise de bois, et d'un gi'abat jeté 
sur trois planches, au pied duquel se 
trouvait le bloc de marbre dont j'ai 
déjà parlé. Tous les ustensiles pour 
mon service se bornaient à un chan- 
delier de fer et im balai de bou- 
leau. On avait construit auprès de 
la porte un poffle en brique dont le 
foyer s'ouvrait dans le petit vestibule. 
Les briques étaient peintes en blanc 
à la chaux, ainsi que toute la cellule, 
qu'éclairait une lucarne de deux pieds 
de hauteur sur 18 pouces de largeur, 
garnie en dehors de deux rangs de 
barieaux et en dedans d'un fort gril- 
lage. Cette fenêtre donnait sur une 
campagne très-riante, que formait 
une petite vallée demi-circulaire dont 
le rayon avait environ une lieue et 
que traversait la rivière d'Inn. Sur le 
bord de cette rivière était une belle 
ferme où mes regards plongeaient et 
dont je voyais tout le mouvement 
intérieur. U; régime de la prison 
était celui-ci : En y entrant les pri- 
sonniers perdaient leur nom. Le 
con)mandant même devait l'ignorer. 
On lui avait écrit de Vienne que tel 
officier estait chargé du transport de 
deux prisonniers qu'il logerait aux 
numéros 11 et 13 et qu il ne dési- 
j'uerait dans sa correspondance que 
par ces numéros, qu'on substitua 
aux marques de notre linge. Trois 
fois par jour, le guichet s'ouvrait pour 
donner passage à une nourriture suf- 
fisante. Nous ne pouvions pas être 
traités fort splendidement, puisque 
l'empei-eur ne passait par jour aU" 
cnnmiandant que .30 kreuzers. en- 



MAR 

viron 27 sous de notre monnaie, pour 
notre entretien et notre nourriture. 
On nous avait enlevé, avec notre ar- 
gent , nas montres et la plus grande 
partie de nos effets. La porte de la 
prison ne s'ouvrait que le samedi 
pour donner passage au chirurgien- 
major, qu'accompagnaient deux cus- 
todes et deux officiers. Tous les quin- 
ze jours, le commandant, homme 
respectable, venait avec eux. On me 
dit que j'aurais des livres si j'avais de 
l'argent pour en faire louer à Ins- 
pruck, et qu'il n'était pas permis de 
me donner les moyens d'écrire. On 
me raconta qu'un prisonnier, dont 
j'aurai l'occasion de parler tout à 
l'heure, avait désiré une planche 
noircie, et de la craie blanche pour 
faire des mathématiques; qu'il au- 
rait fallu prendre les ordres de 
Vienne, et qu'on s'était bien gardé 
d'adresser au ministre une proposi- 
tion aussi insolite , aussi opposée au 
texte et à l'esprit des instructions. 
Pendant toute la durée de ma capti- 
vité, on ne me proposa pas une seule 
fois de sortir pour prendre l'air, et 
je n'en fis pas la demande. Je n'avais 
rien à demander à des gens à qui 
je ne reconnaissais aucun droit sur 
moi. Ce régime semblait peu favora- 
ble à un malade. Le mouvement du 
voyage et l'air salubre des monta- 
gnes me rendirent, en peu de se- 
maines , une santé parfaite, qui de- 
puis n'éprouva pas la plus légère 
altération. On me donna, au lieu de 
pommade, une fiole d'huile d'olive 
pour faire revenir mes cheveux. On 
m'offrit aussi du vinaigre, du tabac 
et une pipe, pour combattre une 
odeur désagréable que le vent du 
nord portait quelquefois dans la di- 
rection de ma fenêtre. Je parle de 
ces deux petits objets, parce qu'ils 
devinrent pour moi des trésors. Je 
soignais mes cheveux, j'entretenais 
mes vêtements, je faisais mon lit , je 
balayais ma chambre, je nétoyais 
jusqu'aux murailles. Tout respirait 
autour de moi une propreté qui fai- 



mn 



111 



«ait l'ëtonnement de mes gardiens. 
Ces soins prenaient du temps et me 
donnaient de l'exercice: il y a une 
sorte d'humanité à les imposer dans 
une prison solitaire. Je me couchais 
à neuf heures, et à peine ma tête 
reposait sur l'oreiller que je retrou- 
vais ma liberté. D'heureux songes 
me tiansportaient en France au mi- 
lieu de mes amis. Ils ne se termi- 
naient qu'à sept heures du matin, 
lorsqu'on ouvrait le guichet poiu- 
passer le déjeûner. On dort bien 
quand on est jeune, qu'on a remis 
son sort entre les mains de celui qui 
dispose de tout, et qu'on porte dans 
une conscience tranquille le sentiment 
d'un devoir accompli. Mes nuits ont 
été heureuses pendant les 22 mois 
que j'ai passés à Kuffstein. Vous 
serez surprise si je vous dis que met, 
journées aussi s'écoulaient rapidement. 
C'est cependant la vérité. Dés le pre- 
mier jour et aussitôt qu'on eut re- 
fermé les portes de ma prison et que 
j'eus entendu le bruit des grilles de 
l'escalier qui conduisait à la tour, et 
les geôlière s'éloigner, je m'occupai 
à trouver les moyens d'établir quel- 
que communication avec le compa- 
gnon de ma captivité. Je cherchai 
d'abord si je pourrais me faire en- 
tendre de lui ; et je me mis à chanter, 
ma bouche appliquée contre le gril- 
lage de ma fenêtre, ce passage d'un 
coryphée dans l'opéra d'Armide : 

Voici la charmante retraite 
De la félicité parfaite : 

Voici l'heureux séjour 

Des jeux et de l'amour 

Sémonnlle ne m'avait jamais entendu 
chanter. Il ne reconnut pas ma voix, 
mais les paroles ; et , crovant qu'on 
insultait à sa position, il s'obstina à 
faire la sourde oreille. Ce premier 
moyen me manqua donc. J'en tentai 
vingt autres qui n'eurent pas plus de 
succès. Enfin , au bout de quelques 
mois, je remarquai que tous les soirs 
à la même heure, un même bruit se 
faisait entendre. Je devinai que Sé- 
monviile traînait sa chaise de sa table 



112 



MAR 



à son lit. J'en conclus qu'il entendrait 
le bruit que je ferais chez moi et je 
cherchai comment, à l'aide d'un bruit 
quelconque, je pourrais me mettre en 
, communication avec lui. J'inventais 
un chiffre auriculaire que j'exécutais 
en frappant contre le mur avec le 
manche de mon balai. Au bout de 
quelques jours Sémonville me com- 
prit parfaitement. Ce moyen était lent 
et imparfait. Il nous servit pour con- 
venir des modifications nécessaires. 
ISous divisâmes l'alphabet en trois 
séries qu'un signe indiquait. Un signe 
avertissait également lorsque celui 
qui écoutait devinait le mot ou la 
phrase. Chaque soir, quand tout re- 
posait dans la forteresse, nous con- 
versions et padions de la sorte, pres- 
que aussi vite qu'on écrit. Nous ve- 
nions un jour de nous souhaiter le 
bonsoir, lorsque nous entendîmes un 
bruit de même nature, qui venait de 
la partie opposée de la tour. Nous 
écoutâmes et nous comprîmes très- 
distinctement ces paroles : «Associez à 
« vos conversations un compagnon 
» de malheur. » Nous frappâmes 
tous deux en même temps : « C'est 
« un Français ; on répondit : Non, je 
.< ne suis pas Français, mais je souffre 
u comme vous , et je ne puis vous 
u être étranger. » La conversation 
s'établit , et nous apprîmes que notre 
compagnon d'infortune était un ba- 
ron de Spaun, victime, du moins il le 
disait, de la part que le baron de 
Thugut avait prise à des démêlés de 
famille. Sa détention datait de la fin 
de 1792. C'est à lui qu'on avait re- 
fusé une planche noircie et de la craie. 
C'était un habile mathématicien. U me 
dicta des formules astronomiques 
très-ingénieuses, qu'il me pria de 
soumettre de sa part à M. de Laplarc 
quand je serais (le retour en France, 
Ce témoin de nos entreliens ne tarda 
pas à nous gêner. Nous trouvâmes 
moYcn d'intervertir l'ordre des séries 
(le notre chiffre à son insu. On sol- 
dat français au service des custodes 
portait à Scimonville ou à moi rot te 



MAR 

sorte de mot d'ordre à l'aide duquel, 
de semaine en semaine, nous avions 
un chiffre tout nouveau. Trois jours 
ne se passaient pas sans que le baron 
de Spaun l'eût découvert. Mais au 
bout de trois mois, un grand change- 
ment survint parmi les habitants de 
la prison. La conjuration de Marti- 
nowitz avait éclaté quinze mois au- 
paravant en Hongrie. Plusieurs hom- 
mes distingués du clergé et des clas- 
ses intermédiaires périrent sur l'écha- 
faud. Un plus grand nombre fut con- 
damné à des détentions plus ou moins 
longues et remplissait déjà les forte- 
resses du pays , lorsque l'archiduc 
palatin, blessé mortellement au châ- 
teau de Schœnbriinn par une explo- 
sion d'artifice , dit à l'empereur avant 
d'expirer : <• Faites saisir mes papiers 
« à Bude. Il y va de votre sûreté! " 
On y trouva les preuves d'une nou- 
velle conspiration. Celle-ci était tra- 
mée par des magnats qui furent ar- 
rêtés. Le gouvernement s'inquiéta de 
la présence de tant de prisonniers 
d'état dans le pays même qu'ils a- 
vaient agité. Ixs prisonniers hongrois 
furent transférés dans les prisons des 
États héréditaires, et ceux de ces Ktats 
en Hongrie. Le baron de Spaun quit- 
ta ainsi Kuffstein pour Mongatz. Je 
suppose que ce baron vous intéresse 
un peu et que vous me permettez de 
quitter un instant mon cachot pour 
vous dire ce qui advint de lui : je 
rentrerai après dans ma cellule. Eu 
arrivant à Munich en 1805, on me 
dit qu'un baron de Spaun s'était pré- 
senté au logement préparé pour moi 
et reviendrait le lendemain. Comme 
je ne l'avais jamais vu, quelqu'intri- 
gant aurait pu abiiscr d'un fait assez 
connu. Quand il vint, je tins la porte 
<lc ma chambre fermée, et je frappais 
ces mots : « Etes-vous le prisonnier 
« de Kuffstein ? » Siu" sa réponse qu'il 
me fit dans le même langage, j'ouvris 
et je l'embrassai. J'obtins pour lui du 
feu roi de Ravière une place au bu- 
reau du cadastre. Il était fort capa- 
ble de la bien rnnplir: mais une cap- 



\ SUR 

tivitë de dix ans avait i-endii son ca- 
ractère insociable. Le roi m'écrivit a 
ce sujet, et consentit à ma prière à 
donner au baron de Spaun, au lieu 
de son emploi, une pension de douze 
cents florins, dont il a joui jusqu'à sa 
mort prématurée. Je retourne à ma 
prison. Le bruit de nos entretiens 
avec le baron de Spaun arait été en- 
tendu du dehors. Le rapport en fut fait 
au commandant, officier d'artillerie 
instruit. Quoiqu'il comprît que les 
prisonniers pouvaient communiquer 
entr'eux de la sorte, il soutint à ses 
subordonnés que la chose était im- 
possible, pour se dispenser d'en rendre 
compte à Vienne. Ou nous laissa faire. 
Les pisonniers Hongrois prirent part 
à nos conversations. Koua apprîmes 
ainsi les événements qui s'étaient 
passés dans leur pays, et que, dans 
les circonsunces du temps , le gou- 
vernement autrichien avait intérêt à 
soustraire à la connaissance de l'Eu- 
rope. Vous voyez que nous ne man- 
quions pas tout-à-fait de distractions. 
Elles ne suffisaient pas à l'activité de 
mon esprit. On me donnait de temps 
en temps des paquets de poudre pour 
les dents enveloppés dans des carrés 
de papier blanc que j'avais conservés 
avec soin. On me fit présent, pour le 
jour de l'an , d'un almanach de pay- 
san, oij quelques feuilles de papier 
blanc étaient intercalées. La femme 
du commandant, qui nous envovait 
souvent des fleurs et des fruits de son 
jardin, avait un jour mis au fond du 
panier une petite grammaire alle- 
mande sous une enveloppe de papier 
blanc ; quel parti tirer de ces richesses? 
H fallait une plume et de l'encre; j'en 
fis. Voici comment : j'avais conservé 
la fiole dont l'huile ne m'était plus 
nécessaire, j'y jetai quelques parcelles 
de fer que je détachai de ma porte, et 
sur lesquelles je versai un peu de vi- 
naigre; à 1 aide de la chaleur de mon 
poêle, j'obtins une dissolution de fer 
assez concentrée. Je me fis. donner du 
thé et, après avoir ôté une partie du 
liquide, je plaçai la théière au-dessus 



AMB 



If 3 



de la flamme d'une chandelle allumée, 
pour tirer des feuilles du thé le prin- • 
cipe astringent qu'elles contiennent.'^ 
J'espérais remplacer ainsi la noix 
de galle qui entre dans la composi- 
tion de l'encre ordinaire, je réussis. 
Vous comprendrez la joie que je dus 
éprouver lorsqu'en versant une partie 
de cette décoction dans ma dissolu- 
lution de fer, je vis le précipité noir 
se former. Des éclats détachés d'un 
morceau de pierre à fusil qu'on m'a- * 
vait donné pour allumer ma pipe, '* 
me fournirent une espèce de canif' 

3ui me servit à découdre l'enveloppe 
e mon traversin, dans lequel je dé- 
couvris le quart du cylindre d'une 
plume de poulet. Je taiflais cette plu- 
me avec le canif de mon invention et, 
après l'avoir montée sur un brin de "* 
balai, je me trouvai pourvu de tout* 
ce qui m'était nécessaire pour écrire. 
Je commençai par des dissertations 
sur divers sujets ; mais cela allait trop 
vite, et la prose usait trop de papier. 
J imaginai alors de faire une comédie 
en vers. Des brins de balai que je 
charbonnais à la chandelle, me ser- 
vaient pour écrire mon brouillon sur 
la face de mon poêle qui ne pouvait 
pas être vue du guichet lorsqu'on 
l'ouvrait. Je travaillais ainsi pendant 
toute la semaine; le vendredi soir 
je mettais au net les scènes terminées, 
et j'en effaçais les traces sur le poêle.' 
Le samedi, lorsque le chirurgien en- 
Uait avec les officiers, un de mes ■ 
goussets de montre renfermait mes 
manuscrits et l'autre mon encrier. 
Je composai plusieurs grandes comé- 
dies et une tragédie. Je m'étais ainsi 
donné du travail à faire, des ouvrages » 
à relire et des pièces de théâtre a re- ,. 
présenter. Le jour de la première re- 
présentation de l'Infaillible, comédie 
en cinq actes et en vers, un des fac- 
tionnaires qui environnaient la tour, 
appela son caporal qui jugea qu'on se 
querellait dans la chambre n» 13 et ' 
qui déclara qu'il avait distingue dix 
voi.x différentes. Sur ce rapport, les 
officiers et les custode* se transpôrtè- 



lit 



MAR 



rent chez moi. Je ne compris rien à 
leur visite inopinée et encore moins à 
l'extiême surprise qu'ils témoignèrent 
en me voyant seul. Cet incident fut le 
dernier ; le commandant m'en donna 
l'explication quand l'heure de la liberté 
fut arrivée. Ce brave homme ayant 
reçu les ordres de la cour de Vienne, 
se hâta de monter à la tour. L'officier 
qu'on lui annonçait, et qui devait 
nous conduire en France, tardait à 
arriver; il prit sur lui de nous faire 
descendre de la forteresse et de nous 
recevoir dans sa maison où sa famille 
nous combla, pendant huit jours, des 

soins d'une hospitalité touchante 

Je ne vous parlerai pas de notre 
voyage. L'officier qui nous accompa- 
gnait était un Français, né dans la 
Lorraine allemande; ses procédés fu- 
rent ceux d'un bon compatriote. Je 
pus les reconnaître peu de temps a- 
près; car lui aussi fut pris dans la 
Valtehne, pendant la campagne de 
Macdonald; je le fis renvoyer sur pa- 
role. Nous fûmes donc bien traités 
en route, mais toujours comme pri- 
sonniers. Il fallut que la fille des rois, 
quittant la France où tous les objets 
de son affection avaient succombé, 
apparût sur les bords du Rhin, pour 
nous lendre à nos amis, à nos familles 
et à notre patrie. Près de trois années 
s'étaient écoulées depuis le jour où 
un espoir glorieux, mais trompeur^ 
nous avait conduits à la captivité qui 
finissait par elle, et qui n avait pas 
été tou^-à-fait sans fruit, puisque 
nous comptions pour quelque chose 

dans le prix de sa rançon » 

— Maret ne dit point que les conven- 
tionnels qu'avait fait arrêter Dumou- 
riez , ainsi que le fameux Drouet , 
furent le prix de la liberté qu'ob- 
tint alors la fille de Louis XVL Si l'on 
en croit l'abbé de Montgaillard dans 
^on Histoire de France (t. IV, p. 63), ce 
fut le comte de Montgaillard, son hère, 
qui fit au nùnistère autricbion la pre- 
mière proposition de cet échange, par 
ordi-e de Louis XVIÎI et du prince de 



MAR 

Condé. De retour dans sa patrie, Ma- 
ret fut admis ainsi que Sémonville à 
tous les honneurs de la séance, au con- 
seil des Cinq-Cents, le 22 nivôse an 
IV , et tous deux reçurent l'accolade 
du président; mais, malgré l'intérêt 
qu'inspiraient leurs longues souffran- 
ces et bien qu'un arrêté du Direc- 
toire eût déclaré que tous deux avaient 
honoré le nom français par leur conS' 
tance et leur courage, Maret et son 
collègue restèrent sans emploi ; et ils 
durent attendre que les affaires, qui 
étaient encore sous l'influence du 
18 vendémiaire, prissent une autre 
direction. L'enUée du nouveau tiers 
au Corps législatif, et la nomina- 
tion de Barthélémy au Directoire , 
amenèrent ce changement. Le minis- 
tre des relations extérieures, Charles 
Lacroix , dut être remplacé. On 
mit sur les rangs Talleyrand et Maret; 
Talleyrand fut préféré ; et Maret, 
qui n'avait pas montré beaucoup 
d'empressement poui- cette place, ac- 
cepta volontiers de faire partie de la 
commission chargée des négociations 
pour la paix avec l'Angleterre. I^s 
conférences s'ouvrirent à Lille. Pitt, 
qui conservait un bon souvenir de ses 
relations avec Maret, le recommanda 
au lord Malmesbury. Talleyrand avait, 
d'ailleurs autorisé Maret à retenir 
dans ses mains le secret de la négo- 
ciation; aussi tout concourut à le 
mettre d'abord dans les meilleurs 
rapports avec le plénipotentiaire an- 
glais. Un traité honorable allait êtie 
conclu, lorsque le 18 fructidor vint 
mettre fin aux négociations. Elle» 
avaient donné lieu , par l'intermé- 
diaire du général Clarke, à des com- 
munications entre Lille et Campo- 
Formio ; ainsi se renoua l'ancienne 
liaison (jui avait existé entre Maret 
et le général Bonaparte , lequel n'é- 
tait plus l'hote obscui et nécessiteux 



9fAR 

du petit hôtel de l'Cnion. Cepen- 
dant la faction iructidorienne avait 
renvCTsé la grande combinaison des 
négociations de Lille et de Caxnpo- 
Formio : le fruit de la conquête de 
l'Italie fut perdu. La guerre se ral- 
luma de nouveau et taridis que le 
général Bonapaxte dut iexiUr dans 
la conquête de l'Egypte y Maret, de re- 
tour à Paris, et encore une fois mis a 
l'écart, détourna les défiances du 
Directoire en se livrant à la culture 
des lettres. Il fit à cette époque rece- 
voir au Théâtre Français une tra- 
gédie, dont le 18 brumaire arrêta 
la représentation. Lié avec Sieyè», 
Rœderer et plusieurs auues coopé- 
rateurs de cette révolution ; bien ac- 
cueilli par Bonaparte, il assista aux 
Journées du 18 et du 19, et fut nommé, 
en déc. 1799, secrétaire-général des 
consuls, place depms érigée en mi- 
nistère sous le titre de secrétairerie 
d'Etat. Il allait passer ainsi les dix 
premières années du siècle à la tête 
d'un ministère central, oii venaient 
aboutir et d'où se distribuaient toutes 
les affaires des différents départements. 
Les études, à la fois théoriques et pra- 
tiques, qu'il avait faites pendant l'As- 
semblée constituante , lui donnèrent, 
sur la politique générale et sur toutes 
les branches de l'administration , des 
cotmaissances positives dont l'applica- 
tion spéciale fut, pendant ce long in- 
tervalle, mise à profit par Napoléon. 
On a prétendu que celui-ci ux)uvait 
toujours dans son ministre un admira- 
teur enthousiaste, un instrument do- 
cile, et rarement un conseiller indiffé- 
rent à la crainte de déplaire. Les enne- 
mis de Maret ont propagé cette ac- 
cusation et ont avancé que l'empe- 
reur se plaignait de son zèle malen- 
contreux; mais personne n'a pu se 
flatter, si ce n'est Maret lui-même, 
d'avoir connu les secrets intimes du 



MAR 



lis 



cabinet impérial: personne n ignore 
que, par sa position particulière, le 
duc de Bassano était obUgé de pa- 
raître ne pas desapprouver au de- 
hors les projets qu'il pouvait avoir 
le plus vivement combattus dans le 
secret de ses discussions avec l'em- 
pereur. Toutefois on n'a pas ignoré 
qu'aux Tuileries il y avait deux hom- 
mes, dont l'intervention adoucissait 
souvent la rigueur des détermina- 
tions du maitre, qu'il faut bien se 
garder de juger par les causeries 
sentimentales de Sainte -Hélène. Ces 
deux hommes étaient Maret et Re- 
gnauld-de -Saint- Jean -d'Angely; le» 
exemples ont été nombreux en France 
et à l'étranger. Mais il importe de 
faire connaître l'étendue des travaux 
dont se trouvait chaîné Mai et. Selon 
l'ordre qui fut établi dès le consulat, 
les ministres présentaient chaque se- 
maine, dans un conseil, leurs rap- 
ports sur les affaires, et remettaient 
leurs portefeuilles au secrétaire-d'É- 
tat, qui , après en avoir pris connais- 
sance , rendait un compte verbal 
dans le travail de la signature qu'il 
faisait seul avec Bonaparte. Les mi- 
nutes de tous les décrets restaient en- 
tre ses mains, et l'exécution s'opé- 
rait sur les expéditions que les mi- 
nisties recevaient de lui. Il assistait a 
tous les conseils, soit d'administra- 
tion, soit privés, soit extraordinaires, ^j 
ou se traitaient les grandes affaires de.«i 
1 Etat. Il se trouvait ainsi lin terme- ^o 
diaire entre le gouvernement et tou».^ 
les ministères. Ces attiibutions offi- ^ 
cielles n'étaient pas les seules dontj^ 
il fût investi; il en recevait de non -f 
moins étendues de l'entière confiance < 
de Bonaparte. Depuis les sénatus-,* 
consultes qui se prépaiaient en secret, 
depuis les affaires majeures que le 
souverain se réservait et dont il pre- ^ 
nait l'initiative, telles que son divorce 
•8 



116 



MAR 



et son mariage, jusqu'à la nomina- 
tion de ses chambellans, tout se fai- 
sait entre Napoléon et son ministre, 
qui ne le quittait jamais. Il raccom- 
pagnait dans ses voyages, sur les 
champs de bataille et dans les capi- 
tales conquises; la secrétairerie-d'État 
faisait partie du quartiev-général im- 
périal. On a entendu Napoléon lui 
dire en Espagne, au milieu de l'ac- 
tion, à Sommo-Sierra : » On ne peut 
« donc pas tirer un coup de canon, 
« que vous ne vouliez en avoir votre 
« part. » Après les conquêtes de Na- 
poléon, Maret était ainsi sur les lieux 
l'intermédiaire des particuliers et des 
provinces qni avaient des réclama- 
tions à faire, ou des grâces à solliciter; 
et comme il ne demandait jamais 
rien pour lui-même, son intervention 
était rarement sans effet. Ce fut dans 
un sens tout monarchique qu'il ré- 
digea la plupart des constitutions de 
l'empire, et celles que l'empereur 
donna à plusieurs États de l'Europe 
(le Portugal, l'Espagne, la Hollande, 
la Westphalie, la Pologne); mais on 
doit lui tenir compte d'avoir, dans le 
sénatus-consulte du 28 floréal, an 
XII, spécifié des garanties pour la 
presse, et pour la liberté individuelle. 
Au mois de décembre 1805, il con- 
courut, à Vienne et à Presbourg, au 
traité conclu alors avec l'Autriche. 
Convaincu qu'il ne doit point y avoir 
de haines personnelles chez un 
homme d'État, il ne parut, dans ce 
premier séjour en Autriche, se sou- 
venir de sa captivité de Mantoue et 
de KuIFstein, que pour faire sentir à 
ceux qui y avait contribué llieureuse 
influence de son crédit. En 1806, 
après la conquête de la Pologne, Na- 
poléon le chargea, à Varsovie, de l'or- 
ganisation du gouvernement polo- 
nais. Quelque temps après , Maret 
conclut avec l'ambassadeur pefsan , 



MAR 

qui s'était rendu au quartier-général 
de Finkenstein , le traité entre la 
France et la Perse, qui fut suivi de 
l'ambassade de Gardanne. En 1808, il 
exerça la principale direction sur les 
travaux de la junte de Bayonne, et il 
ne paraît pas qu'il ait cherché à dis- 
suader Napoléon de ses funestes pro- 
jets sur l'Espagne. En 1809, après la 
seconde occupation de Vienne, il se 
trouva avec les habitants dans les 
mêmes relations qu'en 1805 , et il fit 
le même usage bienveillant de son 
influence. Il rédigea, avec le comte de 
Bubna, les conditions de la paix qui 
fut signée par Champagny et par le 
prince J. de Lichstenstein. Vers ce 
temps, Maret qui devait cependant 
bien connaître le machiavélisme du 
cabinet autrichien, et qui surtout 
n'ignorait pas combien les liens du 
sang ont peu d'influence sur la 
politique, fut assez mal avisé pour 
conseiller à Napoléon de deman- 
der une archiduchesse d'Autriche, 
lorsque la Russie et la Saxe lui of- 
fiaient d'autres princesses. Dès 1805, 
le baron de Thugut , chef de ce 
cabinet, avait prétexté du mariage 
d'Eugène de Beauharnais avec une 
princesse de Bavière , pour faire in- 
sinuer à Maret , par Pellcnc, alors 
attaché à la chancellerie impériale 
de Vienne , qu'un mariage avec une 
archiduchesse était seul capable de 
guérir l'Autnche de ses défiances. 
En 1809, cette insinuation fut renou- 
velée par le même intermédiaire. Les 
trois projets de mariage furent propo- 
sés à la discussion du conseil; Maret 
parla vivement en faveur de l'union 
autrichienne et son avis l'emporta. Ce 
fut lui qui conduisit toutes les négo- 
ciations relatives à cette alliance si 
funeste. Il ne tarda pas à s'apercevoir 
qu'il s'était mépris, s'il avait compté 
sur la pacification de l'Europe. Tout 



31AB 

annonçait la guerre avec la Russie. 
En avril 1811, ^'apoléon appela Ma- 
ret au ministère des relations exté- 
rieures, en remplacement de Cham- 
pagny, qui dans des confiirences, à 
OEdembourg, avec Metternich, en 
1809, n'avait pu réussir à rien con- 
clure. Le nouveau ministre fut décoré 
du titre de duc de Bassano : dès 1805, 
il était grand-aigle de la legion-d'Hon- 
neur. Au moment où il prit le porte- 
feuille, les troupes russes étaient 
déjà en marche vers le grand-duché 
de VarsoN-ie, tandis que l'armée polo- 
naise avait repassé la Vistule, pour 
se rapprocher des secours qu'elle es- 
pérait de la France, il y avait donc 
mésintelligence entre les cabinets des 
Tuileries et de Saint -Pétersbomg. 
Bassano employa l'année 1811 à des 
négociations avec tous les États qui 
pouvaient s'intéresser à la grande 
«{uerelle entre l'Angleterre et la France. 
Tandis qu'il s'attachait à engager les 
États-Unis d'Amérique dans une 
guerre avec la Grande-Bretagne, il 
faisait tous ses efForts pour prévenir 
la rupture prête à éclater avec la 
Russie, puis, en cas de non-succès, 
à renforcer le système de la France 
par une alliance offensive et défien- 
sive avec la Prusse (24 février 1812) 
et avec l'Autriche (24 mars). Il signa 
également un traité d'alliance avec le 
Danemark. Déjà il avait jeté les bases 
d'un quatrième traité avec la Suède; 
et le complénvent d'une confédération 
générale contre le système britanni- 
que allait être obtenu, lorsque le ma- 
réchal Davoust, sans ordres positifs, 
prit sur lui d'occuper la Poméranie 
suédoise, comme servant de dépôt aux 
denrées coloniales anglaises. De ce fait 
résulta tout aussitôt l'alliance de la 
Suède avec la Russie (24 mars). La 
guerre était imminente, Bassano fit 
tout pour conjurer l'orage. L'ambas- 



iàik 



117 



sadeur Kourakin (1" avril 1812) avait 
notifié par écrit que la Russie n'accep- 
terait aucune proposition avant que 
la France eût rompu son alliance 
avec la Prusse, évacué les forteresses 
de la Poméranie, et conclu la paix avec 
la Suède. Sur la demande de passe- 
ports faite par le même ministre, le 
24 du même mois, Bassano parvint 
à obtenir de jNapoléon qu'il en- 
voyât à Vilna son aide-de-camp Nar- 
bonne, chargé d'une dépêche ins- 
tante pour le comte de Romanzow, 
ministre des affaires étrangères. Dana 
cette dépêche, il renouvelait le vœu 
de voir des négociations • que la 
« France n'avait cessé de provoquer, 

• depuis dix huit mois, prévenir de» 
« événements dont l'humanité aurait 

• tant à gémir; " déclarant en mêntc 
temps • que, quelles que fussent le» 
« circonstances, lorsque cette lettre par- 

• viendrait, la paix dépendrait encore 

• des résolutions du cabinet russe. » 
D'un autre côté, il fit des ouverture» 
au cabinet britannique , dont l in- 
fluence sur celui deSt-Pétcrsbourg de- 
vait décider de la paLx ou de la guerre. 
Sans doute le duc de Bassano ne se 
dissimulait pas que ces démarche* 
auraient peu d'efficacité ; mais il vou- 
lait n'avoir rien à se reprocher ; et la 
connaissance de tous ces actes diplo- 
matiques, prouve que ^sapoléon et 
son ministre de confiance ne se 
jetaient pas aussi aveuglement dans 
la guerre, qu'on le leur a reproché. 
Cependant, tous deux partirent pour 
Dresde, et ce fut là qu'arriva la réponse 
de Romanzow, ultimatum qui con- 
firmait les dures conditions impo- 
sées à Paris , par Kourakin. Bas- 
sano , sans se décourager , adressa 
de Dresde , le 20 mai , au comte 
de Lauriston , alors ambassadeur de 
France à Saint-Pétersbourg, de nou- 
velles instructions , tendant à offrir 



i^4^ MAB 

de nouveaux moyens de concilia* 
tion. Tout fut inutile : Alexandre et 
son ministre refusèreiit de voir l'am- 
bassadeur français. Alors ISapoléon 
passa le INiémcn et les hostilités 
commencèrent. Maret le rejoignit à 
Vilna, on il résida, pendant toute la 
campagne, avec le corps diplomatique. 
Dans cette ville, il réunit aux attribu- 
tions de son ministère la direction du 
gouvernement du grand-duché de Li- 
thuanie. Après la retraite de Moscou, 
et le départ de ISapoléon, il resta à 
Vilna jusqu'à l'arrivée du roi de Na- 
ples, Murât, et de Berthier, pour leur 
faire connaître les ressources réunies 
par ses soins, et qui auraient pu relever 
le physique et le moral de l'armée ; 
mais la fatale précipitation de Murât 
perdit tout, et de Vilna à Kovno le 
désastre fut consommé. Quelques 
fautes qu'ait commises Napoléon dans 
cette campagne de Russie, on peut 
dire qu'il les eût évitées en partie, s'il 
eût accueiUi les mémoires que lui 
présenta son ministre pour l'engager 
à relever la Pologne, à l'armer tout 
entière, et surtout à exécuter en deux 
campagnes ce qu'il voulut follement 
accomplir en une seule. L'exécution 
de ce plan aurait offert des chances 
pour la paix , ou des moyens pour 
une seconde campagne. Ce fut à Smo- 
lensk que Kapoléon, au lieu de s'ar- 
rêter, mit en délibération s'il se diri- 
i.erait sur Saint-Pétersbourg ou sur 
Moscou. Maret, qui était demeuré 
à Vilna , fut aussi étranger à cette 
délibération qu'aux négociations in- 
tempestives que l'empereur entama 
pendant son séjour à Moscou. Ce- 
pendant après la retraite, tout ten- 
dait à la désertion parmi les allié» dç 
la France. Bassano, de retour à Pari», 
déploya vainement toutes les ressour- 
ces de la diplomatie pour arrêter ce 
mouvement. En revenant de Vilna, il 



MAR 

avait reçu à Berlin, de la bouche 
même du roi de Prusse, l'assurance 
de sa fidélité à l'alliance française; 
mais quelques jours après, sollicité 
par l'Autriche, pressé, menacé même 
par la Russie, Frédéric- Guillaume si- 
gnait avec elle un traité d'alliance 
offensive et défensive. Bassano com- 
muniqua, le 1" avril, au sénat les rap- 
ports et les pièces relatifs à cette dé- 
fection , que l'Auuiche devait imiter 
cinq mois plus tard. Il résulta des 
négociations suivies à Paris pendant 
quatre mois, entre le duc de Bassano 
et le prince de Schwartzemberg , 
que cette puissance , après avoir 
offert pour la paix d'abord ses bons 
offices , ensuite son intervention , 
puis sa médiation armée, finit par 
arriver à une rupture. Dans un de 
ses entretiens avec le ministre au- 
trichien, Maret invoquait vivement 
le lien de famille qui unissait Napo- 
léon à François II : "La politique a 
.. fait le mariage, répondit froide- 
« ment Schwartzemberg, la politique 
» peut le rompre. « Bassano, pour ne 
pas précipiter la rupture, s'abstint de 
faire connaître cette réponse à Napo- 
léon, qui remportait alors la victoire 
de Lutzcn ; mais immédiatement 
après ce triomphe il s'empressa de 
lui écrire : •< La nouvelle du brillant 
.. succès qui a appris à l'Europe l'ar- 
« rivée de V. M. à la tête des armées, 
« a produit ici la sensation la plus 
u vive. Les membres du corps di- 
« ploraatique , que je viens d'en- 
» uetenir les uns après les autres, 
« m'ont paru plus étonnés de la ma- 
.. nière dont l'esprit public s'est ma- 
.. nifesté que de la victoire cUc- 
.. même... Si, lors des campagnes qui 
« ont précédé la dernière, on ne cher- 
« chait dan» un succès que le pre- 
.. sage et la garantie dune gloire 
.. nouvelle, aujourd'hui que la con^ 



MAB 

• fiance est ébranlée, que des qucs- 
« tion* si graves doivent être ré«o- 

- lues sur le champ de bataille, on 
« ne peut y voir <fuun gage donné 
m par la fortune pour le repos et la 

• paix.... Vous avez vaincu : la vic- 
■■ toire vient d'efFacer l'impression de 
« ces désastres qui n avaient rien ôté 
■i à votre gloire. La modération qui 

est dans vos résolutions, mais qui 

- aurait pu pju-aître sans dignité dans 
« les revers, ne lui portera désormais 
« aucune atteinte. Et cette paix^ le 
« seul vœu, le besoin pressant de la 

• France^ quelques sacrifices que vous 
a lui fassiez aujourd'hui, sera toujours 
« une paix glorieuse. » Cette lettre du 
duc de Bassano est d'autant plus au- 
thentique que , prise dans les four- 
gons abandonnés lors de la retraite 
de Leipzig, elle fut rendue pubUque 
par les ennemis intéressés à prou- 
ver que l'empereur s'était toujours 
obstiné à la guerre, malgré les con- 
seils de ses ministres. Et, ici encore, 
ils n'ont pas rendu justice à Kapoléou 
qui, après Lutzen, éclairé par les con- 
seils de son fidèle ministre , ne se 
montra pas éloigné de la paix. Il 
proposa de régler par une conven- 
tion le sort de 1 alliance et l'accepta- 
tion de la médiation de l'Auaiche, et 
de former un congrès pour négocier 
la paix générale. Tandis que le comte 
de Bubna allait porter ces ouvertures 
à Vienne et y demander des pouvoirs 
pour traiter, le duc de Vicence (Cau- 
laincourt) se rendait auprès d'Alexan- 
dre, qui refusa encore de le voir. Les 
victoires de Bautzen et de Wiirtchen, 
(20 et 21 mai) signalèrent les armes de 
>apoléon ; al :)rs les alliés, par l'entre- 
mise du minutre autiichien Stadion, 
demandèrent un armistice de six se- 
maines : c'était le temps qu'il fallait à 
l'Autriche pour compléter son arme- 
ment. iSapdéon donna dans le piège : 



MAIi 



119 



l'armistice de Newmark fut déclaré 
le 4 juin. Le duc de Bassano, qui par- 
tageait la confiance de son maître, 
pressa l'ouverture d'un congrès, il 
négocia à cet effet avec le comte de 
Bubna qui était revenu sans pouvoir», 
puis avec le comte de Mettemich qui 
s'était enfin rendu à Dresde le 26 juin. 
Dès les premiers jours de l'arrivée de 
ce ministre, le duc de Bassano, par les 
moyens d'informations propres à son 
département, connut les engagements 
que la Russie et la Prusse venaient de 
contiacter à Reichenbach avec l'An- 
gletene, en présence du plénipoten- 
tiaire autrichien, de poursuivre la 
guerre actuelle avec la plus grande 
énergie. En raison de cette découverte, 
Napoléon chaigea le duc de Bassano 
d écrire au prince de Metternich qu'il 
ne se prévalait plus de l'aUiance de 
l'Autriche; mais, par le désir de ne 
pas détruire toute espérance de con- 
cihalion, il déclarait en même temps 
qu'il acceptait la médiation de son 
beau-père. Une convention statua sur 
cette acceptation , et sur l'ouverture 
du congrès que la France sollicitait 
depuis plus de six semaines. Les dé- 
lais calculés du cabinet autrichien 
avaient fait perdre un temps pié- 
cieux, et rendu nécessaire la prolon- 
gation de l'armistice. Le ministre mé- 
diateur ne se pressait pas de lobtenir, 
et, dans l'intervalle arriva la fatale 
nouvelle de la défaite des Français à 
Vittoria qui mit fin aux hésitations as- 
tucieuses de l'Autriche, et cimenta les 
liens de la coaUtion formée contre Ka- 
poléon. En effet, le 9 juillet, une con- 
férence secrète réunissait, à Trachem- 
berg. les plénipotentiaires anglais, rus- 
se, prussien et celui de l'Autriche. Ce 
fiit sous ces auspices que s'ouvrit le 
congiès de Prague. Fidèle à son sys- 
tème de duplicité , le cabinet de 
Vienne prolongea les discussions de 



iar> 



MAR 



forme jusqu'au 10 août; et, avant 
même que les pleins pouvoirs eus- 
sent été échangés, les plénipoten- 
tiaires ennemis déclarèrent que les 
leurs étaient expirés. Ainsi s'évanouit 
le prétendu caractère de médiateur 
annoncé par rAutriclie, et le congrès 
de Prague fut terminé avant d'être 
commencé (1). Napoléon qui, durant 
cet intervalle, s'était rendu à Mayence, 
pour se mettre en état de continuer 
la guerre, consentit, lors de son re- 
tour à Dresde , à la seule démarche 
qui piit offrir encore une chance pour 
la paix ; et, à défaut de plénipoten- 
tiaires, le duc de Bassano décida le 
comte de Bubna à porter à l'empe- 
reur d'Autriche les propositions de 
son gendre. Au moment où Bubna 
arrivait à Prague, les allies entraient 
en Bohême, pour se trouver avec les 
Autrichiens au rendez- vous donné , 
aux conférences de Trachemberg , 
dans lecam.p de t ennemi commun. On 
voit, d'après ces détails, que Bassano 
avait tenté, soit auprès de Napoléon, 
soit auprès des alliés, tout ce qui était 
possible pour arriver à la paix; et 
cependant l'opinion publique l'accu- 
sait d'être l'instigateur de la guerre. On 
assurait qu'à Dresde, au moment où 
l'empereur allait signer un traité de 
paix, il lui avait dit, dans l'intention 
de l'en détourner : « Pour cette fois, 
« on ne dira pas que vous en ayez 
« dicté les conditions. » On ajoutait 
qu'à ces mots, reuq)ereur avait brisé 
sa plume au lieu de signer, l^s 
hommes qui fondaient alors leurs 
espérances sur la chute de Napoléon, 
entre autres Fouché et Talleyrand , 
s'acharnaient à décrier le duc de Bas- 
sano, à envenimer, dans le public, ses 
paroles et ses actions, et à le i-epié- 
senter comme le plus vil flatteur de 

(t) JAoatyérin , Histoire oitique et rai- 
sonnée, etc.» t, VI, p. 278i 



MAB 

Napoîëoo, comme celui qui Tentre- 
tenait dans sa passion pour la guerre. 
Après le désastre de 1 .eipzig , il re- 
vint avec lui à «Paris, et fut auto- 
risé à reprendre deux négociations 
importantes : l'une pour le retour du 
pape à Rome , l'autre pour le réta- 
blissement de Ferdinand VII sur le 
trône d'Espagne. Le succès de la pre- 
mière importait à la paix publique; 
la prompte réussite de la seconde 
aurait mis à la disposition de Napo- 
léon cent mille hommes de troupes 
qui occupaient la Péninsule ; mais leS 
intrigues de Talleyrand et de plusieurs 
hommes influents qui déjà s'étaient 
mis en rapport avec l'étranger, et 
qui préparaient la chute de l'empire 
paralysèrent les efforts .de Bassano. 
Cependant il n'était pas sans avoir 
démêlé quelques fils de ce réseau d'in- 
trigues, qui contrariait l'action de son 
ministère : on avait tout à craindre 
de sa surveillance, il fut donc résolu 
dé l'écarter. L'opinion se prononçait 
plus que jamais pour la paix; on en 
profita pour faire pressentir à Na- 
poléon le danger de laisser à la tête 
des relations extérieures un ministre 
qui, à tort ou à raison, passait pour 
^tre un obstacle à toute réconcilia- 
tion avec l'Europe. Dans les difficul- 
tés où se trouvait Napoléon , il crut 
devoir apaiser cet orage de cour, en 
ôlant au duc de Bassano le porte- 
feuille des relations extérieures ; et , 
en cela, son affectioti était d'accord 
avec sa politi(juo; il voulait le sous- 
traire aux dangers auxquels j>ou- 
vait l'exposer l'animadversiou p>i- 
blique. Pour que cette détermination 
ne parut pas une disgrâce, il le re- 
tint auprès de lui comme ministre 
hcrrétaire-d'État , en lui manifestant 
toujours la même confiance. Il ne 
laissait d'ailleurs échapper aucune 
occasion d'opposer hautement son 



MAR 

f^moigtiag€ aux fausses imputations 
dont le ministre était l'objet. Une fois 
entre autres (14 janvier 1814), dans 
un grand conseil d'administration, où 
se trouvaient réunis tous les hauts 
dignitaires de l'État et tous les mi- 
nistres, Napoléon interpella Talley- 
rand, et justifia le duc de Bassano 
par des faits que personne ne pouvait 
mieux connaître que l'empereur lui- 
même, puisque la plupart s'étaient 
passés dans le secret de ses entretiens 
avec son ministre. Bientôt après, à 
l'ouverture du congres de Châtillon, 
Maret fut charge de diriger les né- 
gociations, en correspondant de Paris 
avec les ministres plénipotentiaires-; 
mais, quelque zèle que mît ce dernier 
à remplir sa mission, l'influence des 
Anglais l'emporta , et le congrès n'a- 
mena aucun résultat. On l'a encore 
accusé d'avoir paralysé le congrès 
de Châtillon ; mais les pièces offi- 
cielles sont là pour donner un dé- 
menti à cette assertion. La bataille de 
Brienne avait été perdue, le 2 février 
1814. Le 3, le duc de Bassano. se- 
condé par le général Bertrand, passa 
la nuit dans le cabinet de l'empereur, 
afin de le déterminer à céder à la 
fortune, et à s'en remettre au duc de 
Vicence, son plénipotentiaire, pour 
les conditions de la paix. On croyait, 
d'après des avis récents, que ce« con- 
ditions avaient été arrêtées à Chau- 
mont , et que , dans l'opinion que 
l'empereur n'accepterait aucune pro- 
position , elles étaient combinées de 
manière à faire valoir aux yeux de 
l'Europe la modération des alliés Le 
lendemain 4, Maret insista et écrivit 
la lettre suivante : « Monsieur le duc 
« de Vicence, vous me demandez 
- toujours des pouvoirs et des ins- 
« tructions, lorsqu'il est encore dou- 
" leux si l'ennemi veut négocier. Les 
•• conditions sont, à ce qu'il paraît. 



MAH 



m 



• arrêtées d'avance entre les alliés. 
" Aussitôt qu'ils vous les auront com- 
« muniquées, vous êtes le maître 
« de les accepter ou d'en référer à 
" moi, dans les vingt-quatre heures. 

• Signé Napoléon, r, Cette lettre ftit 
expédiée dans la nuit du 4 au 5 fé- 
vrier. Bassano, craignant que le pléni- 
potentiaire ne trouvât une restriction 
dans cette alternative, ^accepter les 
conditions de la paix ou d'en référery 
prépara sur-le-champ le projet d'une 
seconde lettre , tellement explicite , 
qu'elle laissait pleine liberté au négo- 
ciateur. Dans cette seconde dépêche, 
datée du 5 février, qui parvint à Cau- 
laincourt le lendemain, presque au 
moment de l'ouverture des confé- 
rences, Maret s'exprimait ainsi .'< ... Au 
« moment où S. M. va quitter Troyes, 

« elle me charge de vous faire 

« connaître, en propres termes, que 
« l'empereur vous donne carte hlan- 
" che pour conduire les négociations à 
" une heureuse issue, sauver la capi- 
« taie, et enter une bataille, où sont 
« les dernières espérances de la na- 
« tion, etc. (1), » Dès que le sort des 
armes eut prononcé. Napoléon abdi- 
qua. Bassano ne le quitta pas un ins 
tant, jusqu'au départ pour l'île d'Elbe, 
et ne cessa de rendre à l'idole tom- 
bée le même cuke qu'il lui avait 
porté aux jours de sa grandeur. Seul 
de tous les ministres, il reçut à Fon- 
tainebleau ces adieux, dont la gra- 
vure et la sculpture ont consacré le 
souvenir; puis il rentra dans la vie 
privée. Le 20 mars, il revit Napoléon 
aux Tuileries, mais ce ne fut pas sans 

(1) Le duc de Bassano s'est toujours ins- 
crit en faux contre une dépèche dans un tont 
autre sens , adressée le 19 mars au duc de 
Vicence, dans laquelle il lui prescrivait, au 
nom de l'empereur, A^ attendre jusqu'au der- 
nier moment sans rien concbtre. Cette let- 
tre a été lue le 29 du même mois , par lord 
CasUercagh, en plein parlement. 



i22 



MAR 



peine qu'il consentit à reprendre le 
portefeuille de la secrétairerie-d'État. 
Il avait sur la direction des affaires 
une opinion arrêtée, que ne parta- 
geait aucun des autres conseillers. 
Napoléon eut plusieurs fois à refuser 
la démission que Bassano offrait lors- 
qu'une mesure de rigueur était déci- 
dée. Ce ministre s'opposa à l'acte ad- 
ditionnel aux constitutions de l'em- 
pire et aux confiscations rétablies par 
cet acte. Le surlendemain de son re- 
tour, l'empereur rendit, sous forme 
d'amnistie, un décret de proscription, 
Bassano refusa de le contre-signer. 
Napoléon résistant aux conseils, aux 
supplications même, ne changea point 
de résolution, mais changea la date 
de son décret. Il le supposa rendu à 
Lyon, et traitant son ministre comme 
un officier public, requis de certifier 
sa signature, il lui en donna l'ordre, 
sous peine de désobéissance. Le mi- 
nistre obéit, mais fit remarquer à 
l'empereur que cet acte, le seul pu- 
blié sous cette forme, pendant un 
règne de quinze années, attesterait le 
refus du ministre secrétaire-d'État d'a- 
gir comme ministre. En effet, tous les 
décrets impériaux se terminaient par 
cette formule. Signé Napoléos... Par 
f empereur... Le ministre secrétairc- 
d'État...Le décret de Lyon se termine 
ainsi : Napolkos, par l'empereur, pour 
expédition conforme, le 22 m^ars 1815, 
le ministre secrétaire-d'Etat, Signé le 
DUC PE Bas,s\no. Il faut remarquer 
aussi que , parmi ceux dont Maret 
combattait ainsi la proscription, se 
trouvaient son ennemi personnel Tal- 
leyrand qui devait le proscrire plus 
tard. Cependant les conseils qui dic- 
taient à Napoléon des mesures de ri- 
gueur continuaient à prévaloir. Le 10 
avril, Bassano donna par écrit sa dé- 
mission. Napoléon la refusa , et son 
ministre persistait, quand le duc 



W^ 1 

d'Angouléme , qui avait essayé d'o- 
pérer un mouvement royaliste dans 
le midi, demanda et obtint une capi- 
tulation. Le duc de Bassano en con- 
seilla vivement l'exécution ; ainsi le 
voulaient la loyauté et le droit des 
gens; mais les autres conseillers de 
l'empereur, entre autres Davoust , 
ministre de la guerre, s'y opposaient ; 
ils voulaient que le prince fût au 
moins gardé comme otage. Napoléon 
hésitait : Bassano, introduit dans le 
cabinet de l'empereur, réussit enfin à 
l'entraîner par ses instances. Napo- 
léon exigeait seulement qu'on fit 
restituer, par un acte additionnel, 
les diamants de la couronne. « Ce 
i< que je propose à Votre Majesté vaut 
« tous les diamants du monde » , 
répondit Bassano. Cependant, l'ad- 
dition fut adoptée. Aussitôt le mi- 
nistre, sans sortir des Tuileries, expé- 
dia par un des courriers du cabinet 
l'ordre qu'il venait d'obtenir; il le ré- 
digea de manière que, dans tous les 
cas et quelque chose qui pût arriver 
relativement aux diamants, la capitu- 
lation dût êu-e immédiatement exécu- 
tée. Cette dépêche, adressée au maré- 
chal Suchct, aurait dû être signée 
par le ministre de la guerre , selon 
l'usage et parce.qu'elle était dans ses 
attributions; mais Bassano ne voidait 
partager avec personne la gloire d'a- 
voir sauvé la vie au duc d'Angou- 
léme. Il redoutait d'ailleurs l'interven- 
tion de Davoust, dont il connaissait 
les dispositions ; aussi se hâta-t-il de 
prendre sur lui la responsabilité, en 
donnant l'ordre en son propre nom. 
Cependant de nouvelles dépêches 
parvenaient an télégraphe et arrê- 
taient la transmission de celle du duc 
de Bassano. Par l'une, le général Grou- 
chy annonçait qu'il ne ratifierait pas 
la capitulation, avant de connalUe 
l'intention de l'empereur, et qu'il 



MAR 

allait se rendre au Pont-Saint-Ésprit 
pour suivre ce prince, et se trouver 
à même de le faire arrêter, dans le 
cas où l'empereur lui en donnerait 
l'ordre. Par l'autre , le duc d'Albu- 
fera annonçait que Grouchy venait 
de lui écrire de la Palud, qu'il avait 
fait arrêter le duc d'Angoulême et 
qu'il n'avait point voulu ratifier la 
capitulation signée par le général Gil- 
ly, sans connaître les intentions de 
l'empereur. Le directeur du télégra- 
phe, Chappe, indécis entre ce conflit 
de dépêches, en refera au duc de 
Bassano , en lui envoyant les nou- 
velles dépêches. Au lieu de les por- 
ter aussitôt à l'empereur, Maret prit 
sur lui, par un acte des plus hajdis, 
d'envoyer au télégi-aphe un des chefs 
de division de la secrétairerie-d'État 
qu'il chargea de transmettre , sur-le- 
champ et en sa présence, l'ordonnan- 
ce pour l'exécution de la capitulation. 
Quant aux nouvelles dépêches, il les 
retint et ne les remit à l'empereur qu'à 
s(îpt heures du soir, au moment où la 
nuit rendait impossible toute trans- 
mission de nouveaux ordres.Bonapartc 
approuva son ministre , qui lui dit 
alors avec expansion : » Je vois que je 
" puis encore être utile. Je retire ma 
« démission. • Il suivit Napoléon à 
VVaterioo. Après ce grand désastre, la 
voiture du duc de Bassano se trouva 
embarrassée par les équipages de l'ar- 
mée, et il fut sur le point d'êtie fait 
prisonnier par les Prussiens. Bona- 
parte ayant abdiqué pour la seconde 
fois , Maret ne prit plus aucune part 
aux affaires, mais il ne quitta l'ex- 
empereur, ni à l'Elysée, ni à la Mal- 
maison; et, ne pouvant le suivre à 
Sainte-Hélène, il lui donna jusqu'au 
départ de Rambouillet des témoigna- 
ges de son maltérable dévouement. 
Atteint par l'ordonnance du 24 juillet 
1815, il resta d'abord à Paris, sou? 



MAR 



123 



la surveillance de la police, jusqu à 
la décision des Chambres. Vint en- 
suite la loi du 17 janvier 1816, qui 
ordonnait aux proscrits de quitter le 
royaume avant le 25 février. Le duc 
de Bassano se réfugia près de Genève, 
dans une maison de campagne, où il 
fut fait prisonnier et li\Té à l'Autri- 
che, après avoir reçu plusieurs coups 
de baïonnette dans l'attaque nocturne 
de son domicile. Conduit dans les 
Etats autrichiens, il vit cesser de si 
étranges procédés ; obtint des passe- 
ports pour se rendre à Lintz, puis se 
retira à Gratz, Il y mena une vie 
fort tranquille , objet des égai-ds pai- 
ticuliers des autorités du pays, car 
on n'avait pas oublié en Autriche sa 
conduite modérée pendant les deux 
invasions françaises, il partageait ses 
loisirs enti"e l'éducation de ses en- 
fants et la rédaction de mémoires 
ti-ès-détaillés sur les actes et les tia- 
vaux de sa vie publique. Maret avait 
toujours aimé et cultivé les lettres, 
et Ton disait même, au temps de 
l'empire, que M, Etienne, dont il fut 
le Mécène, lui avait du d'heureuses 
inspirations et d'utiles conseils litté- 
raires. Api-ès quatre ans d'absence, 
Bassano rentra en France (1820), en 
vertu de l'ordonnance du 1" décem- 
bre 1819, qui rappelait, par mesme 
générale, ceux des trente-huit exilés 
qui n'avaient pas obtenu des excep»- 
tions. Dès Tannée précédente, le gou- 
vernement français lui avait permis 
de se fixer à Genève; et les feuilles 
publiques avaient annoncé son pro- 
chain rappel. Fidèle à cette circons- 
pection qui était dans son caractère, 
Maret continua de vivre dans la 
retraite, votant avec l'opposition dans 
les collèges électoraux , du reste évi- 
tant toute occasion d'occuper de lui le 
public. Cependant, eu 1823, les jour- 
naux retentirent d'un procès qui lui 



124 



MAR 



fut intenté par le duc d'Orléans 
(Louis-Philippe), il s'agissait de sa- 
voir si le cas de retour aux anciens 
propriétaires , prévu par la loi de 
181i, était applicable à 40 actions 
des canaux d'Orléans et Loing, que 
Bonaparte pendant les Cent -Jours 
avait remises au duc de Bassano, et que 
le duc d'Orléans revendiquait comme 
sa propriété. Maret alléguait que Na- 
poléon, désirant doter un fils naturel, 
l'avait chargé d'acheter 20,000 francs 
de rentes sous le nom de cet en- 
fant . Cependant l'empereur avait né- 
gligé de lui compter les fonds néces- 
saires; mais, au moment de la seconde 
abdication, voulant réparer cet ou- 
bli, il avait remis à Bassano ces 40 
actions pour le couvrir de ces avan- 
ces. Cette cause plaidée avec solen- 
nité par M. Mauguin pour le duc de 
Bassano, et par M. Dupin pour son 
adversaire , mettait en quelque sorte 
aux prises l'empire et la restauration : 
en effet aux lois et sénatus-consultes 
de l'empire, on opposait les lois et 
ordonnances rendues par Louis XVIIL 
L'ancien confident de Napoléon per- 
dit son procès, et il dut restituer à 
la maison d'Orléans les actions dont 
il s'était reconnu détenteur. En 1827, 
un autre incident le mit encore dans 
l'obligation de recourir à la pviblicité. 
L'ambassadeur d'Autriche prétendit 
ôter à plusieurs des généraux et des 
hommes de l'empire les noms em- 
pruntés à des pays étrangers, que 
Napoléon leui- avait conférés pour 
leurs services militaires ou diplomati- 
f[ues. Les journaux ministériels, en 
applaudissant à cette prétention de 
l'Autriche, alléguaient que le duc de 
Bassano avait été des premiers à re- 
noncer à son titre dans ses relations 
avec le gouvernement autrichien. 
Dans une lettre adressée à ces mêmes 
journaux, l'cx^ministrc combattit cette 



MAR 

assertion par des faits et déclara qu'en 
aucune correspondance, ni dans 
aucun acte, soit public, soit privé, il 
n'avait séparé son nom de son titre 
de duc de Bassano. Cette déclaration 
fit avorter une petite intrigue de la 
diplomatie. Après la révolution de 
juillet 1830, le duc de Bassano fut 
accusé d'avoir provoqué le coup 
d'État du ministère Polignac dans 
un mémoire adressé à Charles X. On 
alla même jusqu'à défier l'ancien mi- 
nistre de Napoléon de publier ce mé- 
moire. Bassano s'empressa de le faire 
imprimer avec une lettre adressée 
aux journaux et datée du 19 novem- 
bre 1830, dans laquelle, après avoir 
protesté que jamais il n'avait con- 
seillé le coup d'État en question , 
il donnait les explications suivan- 
tes : « Consulté, il y a quelques an- 
« nées, sur les affaires publiques par 
M un honnête homme alors en cvé- 
« dit à la cour ( le comte Charles de 
« Damas , son compatriote ), je fis un 
u mémoire qui fut, sans ma participa- 
« tion, mis sous les yeux du roi. Puis- 
" qu'on le veut, cet acte ne sera pas 
» caché à la France, à qui cependant 

« il importe peu Je le livre à l'ins- 

u tant même à l'impression. On y 
« verra ma pensée sur les coups d'E- 
« tat. Produit d'une composition hâ- 
« tée, je le donne avec ses incorrec- 
• tions ". Ici le duc de Bassano ci- 
tait divers personnages entre autres 
Alexandre de Laborde, Arnault, etc., 
qui avaient vu son mémoire au mo- 
ment où il fut écrit, « et qui atteste- 
f raient au besoin , disait-il , que je 
« n'y ai pas changé une parole. - Il ter- 
minait en assurant qu'un des ministres 
de l'époque avait dit que c'était l'œu- 
vre d'un jacobin. « C'était, ajoutait 
« Bassano, celle d'un citoyen dont 
u les principes ne se sont jamais dé- 
« mentis et dont l'empereur a dit 



MAR 



MAR 



tS5 



• dans ses mémoires : qu'il représen- 
« tait près de lui les doctrines de 
" [Assemblée constituante «.La doc- 
trine que Fauteur prêche dans cette 
brochure est fort sage; selon lui, si 
un coup d'État est déjà un grand 
mal quand il réussit, il peut être un 
mal sans remède quand il échoue ; il 
ne réussit que quand il est néces- 
saire, et il n'est nécessaire que quand 
il est réclamé par une grande masse 
d'intérêts. Lorsque le gouvernement de 
juillet chercha à rallier autour de lui 
les personnages marquants de l'em- 
pire, Bassano fut compris par Casimir 
Périer dans une nombreuse fournée 
de pairs. Ce n'est pas qu'il partageât 
les idées de cet homme d'État, car il 
lui dit, dans les derniers jours de 
1831 : » Croyez-moi, M. Périer, mar- 
« chez avec l'opinion publique , et 
" pour cela commencez à faire la res- 
« tauration de l'opinion publique. » 
La première fois qu'il prit la parole 
dans la chambre haute, ce fut pour 
demander l'abrogation de la loi du 
19 jan>ner 1816, faite pour expier le 
meurtre de Louis XVI, et dont la com- 
mission avait unanimement proposé 
le maintien. Dans les sessions de 1831 
il fut chargé de divers rapports ira- 
portants. En 1833, il prit plusieurs 
fois la parole sur le projet de loi d'ex- 
propriation forcée pour cause d'utilité 
publique. En 1834 il fit deux rapports 
pour l'abolition des majorats. Dans le 
procès du National, il fut un des qua- 
toi-ze pairs qui votèrent pour l'acquit- 
tement. Le 10 nov. 1834, il accepta 
le ministère de l'intérieur avec la pré- 
sidence du cabinet qu'il était chargé 
de former. On sait que les principaux 
irticles de son programme étaient 
l'amnistie et ce qu'il appelait la res- 
tauration de la révolution de juillet. 
On sait encore que, contrarié par les 
hommes du parti doctrinaire, il ne put 



parvenir à former un cabinet, et qu'au 
bout de quelques jours, il quitta ce 
ministère qu'on a surnommé impossi' 
ble et qui fut, chez le duc de Bassano, 

I école d'un vieillard ambitieux. Là, M. 
Guizot fut pour lui ce qu'en 1813 avait 
été Talleyrand. Concentré depuis dans 
ses foi'ctions de la pairie, Maret le« 
remplit avec assiduité; heureux par 
là de se rattacher indirectement aux 
affaires publiques. Plus libéral dans sa 
vieillesse qu'il ne s'était jamais montré 
dans l'âge mûr, il repoussa avec éner- 
gie la proposition faite par Barbé de 
Marbois (voy. Marbois, dans ce vol.) et 
auti-es de juger sur pièces les accusés 
qui refusaient de reconnaître la com- 
pétence de la Cour des Pairs , et de 
disjoindre les causes des prévenus de 
Paris et de Lunéville, de celle de leurs 
co-accusés de Lyon. Le duc de Bassa- 
no mourut à Paris le 16 mai 1839. 

II avait été nommé membre de la 
Légion-d'Honneur , le 9 vendémiaire 
an XII (2 ocL 1803), grand-officier le 
14 juin suivant et grand-aigle le 2 fé- 
vrier 1805. Il était aussi commandeur 
de l'ordre de la Couronne-de-Fer. On 
remarqua dans le temps qu'il n'eut 
aucune part aux décorations créées 
par les frères de Napoléon. Inviola- 
blement dévoué au chef de la dynas- 
tie , il ambitionnait peu , dit M. de 
Norvins, les distinctions de ces cou- 
ronnes de famille, qui chaque jour 
s'eflForçaient de faire oubh'er leur ori- 
gine. Le duc de Bassano était entré 
dans la seconde classe de l'Institut 
(Académie française) le 23 mars 1803, 
en remplacement de Saint -Lambert; 
éliminé par l'ordonnance de 1816, il 
rentra, en 1830, dans la classe des 
sciences morales et politiques. Il fut 
même nommé président d'une section 
et se chargea de plusieurs rapports. 
L'éloge funèbre du duc de Bassano a 
été prononcé sur sa tombe par M. 



126 



MAR 



Charles Dupin. Personne n'a pris la 
parole, à la Chambre des Pairs, pour 
lui payer ce tribut de convenance. 
Maret avait épousé sa cousine, M"' 
Lejéas, fille du maire de Dijon, qui fut, 
par sa beauté et son esprit , l'une des 
femmes les plus distinguées de la cour 
impériale; elle mourut quelques an- 
nées avant lui , laissant plusieurs en- 
fants. — Jean-Philibert Maret, frère 
aîné du duc de Bassano , naquit à 
Dijon en 1758. Employé d'abord dans 
les ponts-et-chaussées, il fut, après 
le 18 brumaire, nommé préfet du 
Loiret, et mit beaucoup d'ordre dans 
son administration. Il entra, en 1806, 
au conseil d'État, avec la place de di- 
recteur-général des vivres de la guerre. 
Le 4 septembre 1807, il présenta au 
Corps législatif , comme orateur du 
gouvernement, le livre IV du Code 4e 
commerce, qu'il fit adopter. Ayant 
perdu son emploi en 1814, il se retira 
à Dijon, où il mourut le 21 janvier 
1827. D— H— n. 

MAREUIL (Pierre de), jésuite, 
n'a point d'article dans les diverses 
biographies, et mérite pourtant de 
n'être pas oublié. Il est auteur des 
ouvrages suivants : I. Devoirs des 
personnes de qualité, trad. de l'an- 
glais, Paris, 1728 et 1751, 2 vol. 
in-12. II. Le Paradis tecomfuis, tra- 
duit de l'anglais de Milton , Paris , 
1730, in-12; réimprimé à la suite 
de la version de Dupré de Saint- 
Maur, ibid., 1755, 3 vol. in-12. IIL 
Les a'uvres de Salvien, prêtre de Mar- 
seille, contenant ses lettres, ses trai- 
tés, sur l'esprit d'intérêt et sur la Pro' 
vidence, Paris, 1734, in-12. Cette tra- 
duction, qui parut sous le voile de 
l'anonyme, ainsi que les deux ouvra- 
ges précédents , ne manque pas d'exac- 
titude, mais elle est dépourvue de 
vigueur, de nerf et de précision. Le 
P. de Mareuil a fait usage plus d'une 



MAB 

fois des notes critiques d'un de ses 
devanciers, le P. Pierre Corse, jé- 
suite, qui avait donné, en 1655, une 
version complète des Œuvres de 
Salvien, Paris, in-4°. Les remarques 
du P. Corse semblent généralement 
bonnes, et il est étonnant que Ba- 
luze, s'il les a connues, n'en ait pas 
profité pour son édition de Salvien. 
En 1833, l'auteur de cet ai-ticle et 
J.-F. Grégoire ont publié les Œuvres 
du savant prêtre de Marseille, tra- 
duites en français avec le texte en 
regard, Lyon, 2 vol. in-8''. Ils n'ont 
pu employer les notes du P. Corse, 
parce qu'il leur avait été impossible 
de se procurer sa traduction. IV. 06- 
stacle de la pénitence , ou Réfutation 
des prétextes qui font illusion au pé- 
cheur, et l'empêchent de se convertir, 
trad. de l'anglais du P. Pearson , Pa- 
ris, 1736 , in-12. Mareuil y a joint 
la lettre de saint Eucher à Valérien , 
celle de saint Augustin à Licentius, 
et les Soupirs d'une âme pénitente, 
tirés des 0;juscu/es de Thomas à Kem- 
pis. V. F^ie de la vénérable servante 
de Dieu, l'illustrissime et sérénissime 
princesse Jeanne de Valois, reine de 
France, fondatrice de l'Ordre des reli- 
gieuses de l'Annonciade, Paris, 1741, 
in-12. C— L— T. 

MARGUERIE (Jeas-J acquis de), 
lieutenant de vaisseau, membre de l'A- 
cadémie royale de la marine, naquit 
à Mondeville, près de Caen, le 12 avril 
1 742. Son père, le chevaher de Mar- 
guerie, l'envoya de bonne heure clieï 
le marquis de Vassy, son onde, 
pour qu'il fît ses éludes au collège de 
Caen. Son aptitude et sa vocation na- 
turelles ne tardèrent pas à se révéler. 
1^8 éléments d'Euclide, que le ha«ard 
fit tomber entre ses mains , ver» l'âge 
de 18 ans, lui montrèrent la vérité, 
qui, jusque-là, ne s'était offerte à lui 
qu'enveloppée de nuages ou étoulfée 



MAR 

sous le jargon pedantesque de l'école. 
Nous ne dirons pas qu'il apprit seul 
les mathématiques , mais ce qu'on est 
en droit de dire, c'est que ses progrès 
furent rapides , et, qu'en peu de 
temps , il fut en état de résoudre des 
problèmes très - difficiles. Trois ou 
quatre ans après qu'il eut commencé 
à se livrer à l'étude des mathémati- 
ques, il vint à Paris, où l'appelaient 
des affaires particuUères. Il y fit con- 
naissance avec Fontaine. Ce géomè- 
tre, surpris de trouver dans le jeune 
élève un talent tout formé, conçut pour 
lui l'attachement le plus \-if , et alla 
jusqu'à lui offrir de partager son loge- 
ment. Marguerie, sentant tous Jes 
avantages d'une offre si généreuse, 
l'accepta avec reconnaissance, et ne 
crut pouvoir mieux s'en rendre digne 
qu'en se livrant avec plus d'ardeur à 
1 étude des sciences. Ses efforts furent 
promptement couronnés de succès, 
ainsi que le prouvent plusieurs mé- 
moires qu'il lut à l'Académie des scien- 
ces, et dont nous aurons occasion de 
rendre compte. La réputation qu'il 
s'acquit par ses premiers travaux vint 
jusqu'à l'ambassadeur de Russie, qui, 
sûr de plaire à sa souveraine, chercha 
àjui attacher un sujet si distingué; 
mais ni l'appât d'une fortune considé- 
rable , ni la perspective d'un avance- 
ment rapide, ne purent séduire le 
jeune Marguerie. Son désintéresse- 
ment et son amour pour sa patrie le 
rendirent inaccessible à de telles pro- 
positions. Peu après, le comte de Ro- 
quefeuil, mort vice-amiral, protec- 
teur éclairé des sciences qu'il culti- 
vait lui-même avec succès, avant 
entendu faire l'éloge de Marguerie, 
consulta Fontaine, qui lui répondit : 
" qu'il était au moins aussi tort que 
» lui sur l'analyse. » Ce témoignage 
tut confirmé plus tard par Lagrange, 
qui , dans une lettre adressée, le 24 



MAR imt 

février 1774, à Marguerie, s'expri- 
mait ainsi : « Je vois avec ta plus 
" grande satisfaction que vous avez ' 
« hérité du génie de feu M. Fon- > 
" taine, et je vous crois destiné à ré- . 
" parer la perte que les sciences ont 
« faite par la moit prématurée de ce 
« grand géomètre. « M. de Roque- 
feuil , déterminé par ce que lui avait 
dit Fontaine, résolut aussitôt de pré- 
senter à son rx)rps un géomètre qui 
n'avait qu'à se proposer les progrès 
des sciences nautiques, pour leur 
en faire faire de très-grands. Il en 
parla au duc de Piaslin , alors mi- 
nistre de la marine, qui, sur-le- 
champ , accorda à Marguerie une let- 
tre de garde de la marine , avec une 
pension de 600 livres, en y ajoutant 
la promesse d'un prompt avancement. 
Bientôt après (sept. 1768), il s'em- 
barqua sur la flûte la Normande , 
destinée pour l'Ile-de-France. A peine 
y fut-il arrivé, que le chevalier Des- 
roches, gouverneur de cette colonie 
et de celle de Bourbon, ayant reçu 
ordre de renvoyer en France tous les 
officiers de marine, le fit repartir sur 
le Sphynx, commandé par le comte 
d'Hector. Pendant la traversée , il re- 
cueillit un grand nombre d'observa- 
tions utiles qu'il consigna dans son 
journal , dont il n'existe que des frag- 
ments et qui contenait une descrip- 
tion très-bien faite de llle- de-France. 
L'Académie royale de la marine, ré- 
tablie au mois d'avril 1769, chercha 
aussitôt à l'acquérir. Bien qu'elle fut 
au complet, et que le grade de Mar- 
guerie ne permît pas de l'admettre, le 
mérite dont il avait fait preuve aplanit 
toutes les difficultés, et le duc de Praslin 
autorisa l'Académie, par une lettre du 
29 mai 1770, à le recevoir au nom- 
bre de ses membres. Il avait, dès le 
mois de janvier 1769, satisfait aux 
conditions d'admissibilité imposées 



128 



MAR 



par le règlement, dont l'article 10 
portait que nul ne pouvait être pro- 
posé qu'il ne se fût fait connaître par 
quelque ouvrage ou mémoire qui jus- 
tifiât de ses connaissances , principa- 
lement dans les mathématiques ou 
les autres parties des sciences relati- 
ves à la marine. Sa capacité s'était 
manifestée dans un Mémoù-e sur la 
résolution des équations en général , 
et particulièrement sur l'équation du 
cinquième degré. La veille du jour 
où le ministre confirma son élec- 
tion, Marguerie adressait à l'Acadé- 
mie son Mémoire sur le système du 
monde, qu'il annonçait devoir être 
suivi d'un second et d'un troisième 
mémoire sur le même sujet. Le 21 
juin suivant , cette compagnie enten- 
dait la lecture de son Mémoire sur 
une opération d'algèbre appelée f éli- 
mination des inconnues. Enfin , le 20 
septembre de la même année, il com- 
muniquait encore deux mémoires, 
l'un sur {'Établissement d'une nouvelle 
théorie de la résistance des fluides; 
l'autre sur les Suites. Ces cinq mémoi- 
res ont été insérés dans le tome I", 
papes 1 142 des Mémoires de l'Aca- 
démie, le seul qui ait paru, sous ce 
titre : Mémoires de l'Académie royale 
de marine, t. I", Brest, 1773, in-4% 
pi. Les manuscrits autographes de ces 
mémoires existent à la bibliothèque 
du port de Brest, dépositaire des 
archives de l'Académie de marine, 
qui l'avait fondée en 1752; ils for- 
ment ensemble 179 pages in-folio, à 
longues lignes , et se composent en 
grande partie de ceux qu'il avait adres- 
sés, plusieurs années auparavant, à 
l'Académie des sciences. La résolution 
des équations avait déjà exercé la sa- 
gacité des géomètres, et cette branche 
du calcul devait beaucoup aux savan- 
te» recherches d'EuIer, de Bc/.out et 
de Fontaine , lorsque son importance 



MAB 

détermina Marguerie à s'en occuper. 
Il trouva , comme ces grands mathé- 
maticiens, une méthode de le» ré- 
soudre, très-élégante, très-générale, 
qu'il communiqua à l'Académie des 
sciences (octobre 1767), dans le pre- 
mier des mémoires que nous venons 
de citer. Cette méthode fait trouver, 
avec la plus grande facilité, l'équation 
dont on connaît la forme de la racine, 
ce qui est précisément l'objet qu Euler 
s'était proposé dans ses premières 
recherches, et qu'il ne put alors rem- 
plir pour le cinquième degré. Mar- 
guerie applique sa méthode successi- 
vement au troisième, au quatrième, 
au cinquième degré; et, dès la pre- 
mière application qu'il en fait, on 
apprend qu'il y a une infinité de 
manières de produire l'équation dont 
on a la racine, ce qu'on ignorait 
avant lui, et c'est un des premiers 
fruits de sa méthode. Il faut sur- 
tout remarquer la manière dont il 
fait descendre l'équation d'un degré, 
quand cela est possible, comme dans 
le troisième degré et dans le qua- 
trième, par une simplification acci- 
dentelle. C'est sans contredit une des 
parties les plus estimables de son tra- 
vail. Le mémoire dont nous venons 
de donner une courte et imparfaite 
analyse, obtint l'approbation de La- 
grange : « Votre méthode pour trou- 
« ver l'équation résolvante d'un de- 
M gré quelconque me plaît beaucoup, 
a lui écrivait ce savant géomètre; 
« elle a l'avantage de donner cette 
« équation sous la forme la plus siui- 
« pie qu'il soit possible , et je crois 
» que cette méthode peut être 
. aussi d'une très-grande utilité dans 
* beaucoup tl'autres occasions. Mais 
.. la longvicur du calcul pourrait re- 
n buter ceux qui n'auraient pas autant 
.. de courage et de dextérité que vous 
.. à le manier. » Ce pix-mier travail de 



MAR 

Marguerie devait naturellement le 
conduire à s'occuper de rétiinination 
des inconnues, doii déj>end la solu- 
tion générale des équations , et à 
chercher à abréger les calculs qu'elle 
exige. '" w-sl aussi ce qu il fit , et il 
trouva , pour le cas oii l'on a deux 
équations, une méthode tres-ingé- 
nieuse qu il expose dans le second de 
ses mémoires, méthode qui, non-seu- 
lement, rend le calcul moins pénible, 
mais, ce qui est d'un avantage inaj>- 
préciable, fait ariiver a l'équation fi- 
nale du plus bas degré possible. Ce 
mémoire obtint dans les termes sui- 
vants lassentiraent de Lagrange : «J'ai 
x admiré comment, à l'aide de subs- 
" titutions convenables , vous avez 
" trouvé moyen do simplifier le cal- 
« cul de l'élimination, et surtout de 
o vous débarrasser des facteurs inu- 
u tiles qui font monter l'équation fi- 
< nale à un degré beaucoup plus 
» élevé qu'elle ne doit éu*e. Je crois 
" que vous êtes le premier qui ait 
>» donné le résultat de l'élimination 
» pour le cinquième degré. C est un 
» véritable service que vous avez 
« rendu aux analvstes ; mais il serait 
" à désirer que l ou pût trouver la loi 
- de ces résultats pour les degi-és suc- 
* cessifs ; cela serait surtout utile 
» pour le cas où l'on a à traiter des 
« équations numériques. •> La ma- 
tière de l'élimination fut, peu d'an- 
nées après, traitée par Bezout, d une 
manière infiniment générale et sim- 
ple dans son savant ouvrage de la 
Théorie <lc> équations algébriques ; 
mais ce n'est pas pour Marguerie un 
médiocre avantage que de pouvoii' 
revendiquer l'honneur d'avoir été le 
devancier de ce grand madiématicien. 
Dans son mémoire sur les Suites, il 
s'attacha et réussit à perfectionner 
une partie épineuse du calcul, déjà si 
redevable aux travaux de Bernouilli , 



MAB 



129 



deStirlirig, deMoivre etEuIer. Il em- 
brassa un sujet d'une grande étendue, 
comme le prouve son mémoire, où il 
ne se propose rien moins que de 
sommer toutes les suites dont la 
somme et le terme général sont des 
quantités algébriques , lorsqu'elles 
sont sommables , de reconnaître 
quand elles le sont, et enfin d'appro- 
cher aussi près qu'il e?t possible de 
la somme dont on a reconnu l'insoni- 
mabilité ; quelque vaste que fût son 
projet, on peut assurer qu'il le rem- 
plit dans son entier, en suivant une 
méthode qui a quelque ressemblance 
avec la seconde méthode du calcul 
intégral de Fontaine , ainsi qu'il 
en convient lui-même. Ce nouveaii"^ 
travail obtint de Lagi"ange les mêmes 
éloges que les précédents : « Ce que 
» vous avez fait sur les séries (lui 
disait ce célèbre mathématicien , 
dans la lettre dont nous avons déjà 
cité des passages), « mérite égale- 
« ment la reconnaissance des géonié- 
■' tre». Quoique vos méthodes ne 

- soient pas tout-à-fait nouvelles, 
" lapplication que vous en avez faite 
» n'en est pas moins intéressante. Il 
» est stu'tout fort satisfaisant d'avoir 

- des formules générales toutes cal- 

• culées auxquelles on puisse rappor- 

• ter, sur-le-champ, chaque cas par- 
" ticulier. ■ Daiis son mémoire sur le 
Système du monde, il trouve ce qu on 
savait déjà, mais en suivant une mar- 
che qui lui est propre. Il ne s'était 
déterminé à coinposer ce mémoire 
que parce que, se proposant de trai- 
ter les points les plus importants des 
systèmes du monde dans d'autres mé- 
moires dont celui-ci était le fonde- 
ment, il ne voidait rien emprunter de 
personne. Le premier devait contenir 
une nouvelle théorie du mouvement 
de la lune. Son examen de la thckjrie 
connue <le la résistance des fluides lui 

9 



130 



MAR 



MAR 



fut suggéré par des expériences que 
ThcW'cnard avait faites au port de 
Lorient. Après avoir expose cette 
théorie à sa manière , avec toutes les 
objections qu'on peut faire contre 
elle, il termine en proposant des ex- 
périences nouvelles , dont les résul- 
tats, introduits dans des formules 
analytiques qu'il donne ensuite, doi- 
vent infailliblement faire découvrir la 
vérité. Des preuves si multipliées 
d'un grand talent le firent nommer 
enseigne de vaisseau, au mois de dé- 
cembre 1770, avant son tour. Le 2i 
janvier 1771, il devenait académicien 
ordinaire , d'adjoint qu'il avait été 
jusque-là; le 21 février suivant, il 
présentait une Dissertation sur le rou- 
lis, et, le 2i mars, un Mémoire sur 
la manière de trouver les centres de 
gravité. Ayant reconnu, dans son mé- 
moire sur la résolution des équations, 
que l'équation résolvante du qua- 
trième degré monte au sixième, il en 
avait conclu, par analogie, que la ré- 
solvante du 5"" degré doit monter au 
24°"; et, comme sa méthode pouvait 
la lui donner, il l'aurait cherchée s'il 
avait été bien certain qu'elle est vrai- 
ment de ce degré et non d'un degré 
inférieur. Il était donc nécessaire de 
s'assurer du degré do cette résol- 
vante, et c'est ce qu'il entreprit dans 
un Mémoire sur lu résolution des 
équations du 5°" degré, déposé an 
secrétariat de l'Académie de la Ma- 
rine, le 22 mars 1771, dans lequel il 
démontre que la résolvante de ce de- 
gré est réellement du 24""'. Aprôs 
avoir montré la loute qu'il faut suivre 
pour trouver la résolvante du 5""" 
degré, et fait voir que le calcul en 
est très-praticable; il cherche ce qu'on 
pourrait faire pour la résondrc. Ayant 
réussi à décomposer la résolvante du 
4"" degré «;n doux , l'une du 3"" , 
l'autre du 2°", il semblerait, ù eu ju- 



ger par analogie, que la résolvante du 
5"' degré devrait dépendre pareille- 
ment de trois équations, l'une du 4°", 
l'autre du 3™*, et enfin une du 2"". 
Il cherche la première indépendam- 
ment des deux autres, et indique 
comment on peut la trouver , si elle 
existe. Mais , venant bientôt à recon- 
naître que cette recherche exige beau - 
coup d'essais que l'incertitude ne 
permet pas d'entreprendre, il n'ose se 
prononcer sur l'existence ou la non- 
existence de cette équation. Les 
doutes qui lui avaient inspiré cette 
réserve appelèrent de nouveau ses 
méditations; ils ne tardèrent pas à 
être dissipés; car, le 6 août 1772, il 
écrivit à l'académie qu il avait trouvé, 
pour arriver à la résolvante du 5""* 
degré, une méthode plus courte et 
plus praticable que celle qu'il avait 
indiquée dans son précédent mémoire, 
et il la consigna dans un nouveau 
mémoire qui fut lu à l'académie le 
16 septembre de l'année suivante. 
Les importants travaux qu'il avait 
exécutés depuis son retour de l'Indo 
n'avaient pas absorbé tout son temps. 
Il en consacrait une partie à l'étude 
des sciences plus spécialement néces- 
saires à l'exercice de sa profession. 
Mais, bien convaincu que la thoorie 
dos sciences nautiques est, à elle seule, 
insuffisante, qu'elle demande à être 
confirmée ou éclaircie par de nom- 
breuses applications laites à la mer, 
qu'il existe d'ailleurs des points «pii 
ne peuvent être révélés que par la 
pratique, il désira bientôt faire une 
nouvelle campagne , et s'embarqua 
sur le vaisseau l'Actionnaire, com- 
mandé par M. de Monteil, et destine 
pour l'Ile-de-France. Parti de la rade 
du l»ort-Ix>uis, le 13 avril 1771, ce 
vaisseau était de retour à Miest, le 15 
juillet 1772. Il est supoi-flu de dire 
que Marguerie retira de cette cam- 



MAR 

pagne tout le fruit qu'il sen était 
promis, et qu'elle ajouta beaucoup à 
ses connaissances, il v avait à peine 
quinze jours qu'il était débarqué, qu'il 
lisait à facademie >in Mémoire sut la 
construction, suivi, quelques jours 
après, d'un Mémoii-e sur la statique 
des vaisseaux, dans lequel il consi- 
dérait son sujet dans sa plus grande 
généralité, et le traitait d'une manière 
absolument neuve et originale. La 
constitution de l'Académie attira par- 
ticulièrement son attention: la tiou- 
vant trop exactement calquée sur 
rdle de l'Académie des sciences pour 
qu'elle pût convenir à ime Académie 
de Marine, il s'appliqua et parvint à 
en formuler une plus en rapport 
avec la destination de sa compagnie. 
Il est hors de doute que le règlement 
qu'il avait élaboré, et qui avait réuni 
tous les suffrages, eût été substitué an 
règlement alors en vigueur, si les 
circonstances n'eussent porté l'atten- 
tion du ministre sur d'autres objets. 
L'année suivante parut une ordon- 
nance qui excita les plus vives récla- 
mations; son vif attachement pour 
son corps le détermina à faire ressor- 
tir tous les inconvénients qu'elle en- 
traînerait. Le projet qu'il rédigea em- 
brassait, dans leurs plus petites rami- 
fications, tous les détails si compli- 
qués du service à terre et à la mer : 
aucun ne lui avait échappé; il y en 
avait même plusieurs qu'un esprit 
aussi étendu que le sien était seul 
capable de découvrir. Cet ouvrage, 
dont les matériaux disséminés au- 
raient aujourd'hui besoin d'être coor- 
donnés, formerait un vol. in -4° de 
600 pages. Son travail l'ayant mis à 
même d'approfondir l'organisation de 
la marine , il reconnut qu'elle était 
susceptible de perfectionnement. Les 
circonstances vinrent, peu après, lui 
faire concevoir lespérance que les 



BCAR 



131 



améliorations auxquelles il avait ré- 
fléchi, allaient être réalisées. Turgot, 
ayant passé de l'intendance de Limo- 
ges an ministère de la marine, sentit 
que les notions générales d'adminis- 
tration qu'il possédait à un si haut 
degré, étaient néanmoins insuffisantes 
pour bien diriger un département qui 
exige des connaissances toutes spé- 
ciales; aussi sempre&sa-t-il d'appeler 
à son aide les lumières des officiers 
les plus distingués de la marine : 
Marguerie ne pouvait pas être oublié. 
Indiqué à Turgot comme étant un 
de ceux qui pouvaient lui donner le< 
idées les plus justes et les plus éten- 
dues sur les différents objets de son 
administration , il fut bientôt honoré 
de la confiance et de l'amitié de ce 
ministre. La lecture du mémoire où 
Marguerie avait si clairement exposé 
tous le* inconvénients de l'ordon- 
nance de son prédécesseur, et le» 
entretiens qu'il eut avec lui et d'au- 
tres officiers, l'ayant convaincu qu'elle 
ne pouvait être exécutée sans nuire 
au service, il chargea Marguerie d'en 
composer une nouvelle et de la com- 
muniquer ensuite aux officiers de la 
marine qui avaient le plus d'expé- 
rience et de lumières, afin de la 
rendre aussi parfaite que possible. 
Marguerie avait presque terminé cet 
important et difficile ouvrage, quand 
Turgot quitta , le 2i août 1774, le 
ministère de la marine. Quoique Mar- 
guerie ffit à peu pi'ès certain que ce 
changement rendrait son travail inu- 
tile, il eut le courage de le continuer 
et de le finir. Tous ceux à qui il le 
montra s'accordèrent à reconnaître 
qu'il n'avait, nulle part, déployé une 
plus grande supériorité , qu'il avait 
épuisé son sujet et qu'il avait fait 
preuve d'un talent créateur. Pendant 
qu'il s'occupait à Paris de ces travaux 
(l'adiiiinMtration, il ne négligeait pas 
9. 



132 



MAR 



ses travaux académiques. Ce fut vers 
la même époque qu'il se chargea de 
traiter la partie de la construction 
dans le dictionnaire de marine que 
l'Académie se proposait de publier, 
et dont les matériaux étaient , en 
grande partie, prêts à être livrés à 
l'impression, quand la l'évolution en- 
traîna la chute de cette compagnie. Il 
avait été nommé l'un des quatre aca- 
démiciens chargés de coordonner les 
articles admis, et d'en arrêter la ré- 
daction déhnitive. Ce fut aussi la 
même année qu'il prononça devant 
l'Académie de la marine, dont il était 
le secrétaire, l'Kloge de Frézier, mem- 
bre honoraire, et directeur des fortifi- 
cations de Bretagne. Cet éloge du sa- 
vant auteur du Traité de la coupe 
des pierres a été inséré dans le iVe- 
crologe des hommes célèbres de France 
^our 1775 (tome VI, pages 113-126). 
Maestricht (Paris), 1775, in- 12. 
Nommé, en 1775, au commandement 
du cutter le Moucheron, qui faisait 
partie d'une escadre d'évolution sous 
les ordres du comte de Guichen, il 
fut fréquemment employé par cet 
amiral, et se distingua par son exac- 
titude et son habileté. A son retour, 
il s'apphqua à l'étude de l'économie 
politique, dont il lit beaucoup d'ap- 
plicadons nouvelles et importantes. Il 
était sur le point de terminer son tra- 
vail sur cette matière, lorsqu'une ma- 
ladie grave vint l'interrompre. A 
peine convalescent, il fut forcé di; 
s'embanjuer. l'eut-être dut-il à la ja- 
lousie qu'excitait la supériorité de son 
mérite, la rigueur avec laquelle on 
agit à son égard. Quoiqu'il en soit, 
sans considérer que sa sanlé était 
encore chancelante, on l'obligea de 
partir siu- la Mute la Tamponne, com- 
mandée par Verdun <le la Crenne, 
qui avait mission (fall<!r chercher des 
mâts ù Cronstadt. Après avoir appa- 



MAR 

reiilé le 1" mai 1776, ils eurent oc- 
casion de reconnaître, dans leur tra- 
versée, que nos cartes des côtes de 
Suède et de Danemark étaient abso- 
lument défectueuses, et que les cartes 
danoises de Lous étaient bien plus 
exactes. Arrivés le 29 juin à Crons- 
tadt, ils étaient trop près de Saint-Pé- 
tersbourg pour n'étie pas tentés de 
voir ce superbe monument de la puis- 
sance russe, et surtout l'irapératiice 
qui gouvernait alors la Russie avec 
tant d'éclat. Ils furent présentés à 
Catherine, qui les reçut avec une 
bonté particulière, s'entretint long- 
temps avec eux, et les étonna , quoi- 
qu'ils fussent favorablement prévenus, 
par l'élévation de son esprit et la va- 
riété de ses connaissances. Si, après 
une telle réception , quelque chose 
pouvait encore les flatter, ce fut celle 
que leur fit le célèbre Euler, qu'ils s'em- 
pressèrent de voir. Ce grand homme 
félicita Verdun de la Crenne et Mar- 
guerie de leur zèle poui- la science , 
et confirma de vive voix à ce dernier 
les éloges qu'il avait déjà donnés à ses 
travaux dans une lettre qu il lui avait 
écrite en 1774. Ils repartirent de 
Cronstadt le 24 juillet, arrivèrent à 
Hrest le 30 août, et passèrent, le 18 
octobre, sur la flûte le Compas, qui 
porta leur chargement à Toulon. Ils 
(juiltèrent bientôt ce port, et mouil- 
lèrent sur la rade de Hrest le 7 déc. 
(>ette caujpagne n'interrompit pas le 
cours des rechercijes de Margueric sur 
l'économie politique. Il les continua 
toutes les fois qu'il le put et les termina 
dès qu'il fut à terre. Il reprit ensuite 
celles qu'il avait commencées avant 
la campagne d'évolutions de l'année 
précédente, sur la résolution des 
équations du 5"" degré, et l'on a heu 
de croire (jue cette matière, objet de 
sa constante sollicitude, reçut une so- 
lution complète; car la correspon- 



MAR 

dance et les mémoires manuscrits de 
l'Académie de marine nous appren- 
nent que, le 12 juin 1777, il remit 
un mémoire (qui n'a pu être retrou- 
ve), dans lequel il déclarait avoir 
complètement résoin le problème de 
la résolution des équations du 5"' 
degré, et que, dans la séance du 21 
juillet , il fit coter et parapher ce 
mémoire par Fortin et Blondeau , 
commissaires charges de l'examiner. 
Peu de jours après , il reprit la mer. 
C'était au commencement de la 
guerre de l'indépendance améri- 
caine; la France, avant d'y prendre 
part , jugea prudent d'armer pour 
protéger son commerce et faire res- 
pecter son pavillon. Marguerie fut 
un des premiers à demander à être 
employé sur les vaisseaux qu'elle en- 
voyait en croisière, il obtint de s'em- 
barquer sur le Bien-Aimé, que com- 
mandait Bougainville. Lorsque la 
guerre se déclara , il passa sur le 
Saint-Esprit , commandé par le duc 
de Chailres, et se trouva par consé- 
quent au combat que d'Orvillicrs livra 
le 27 juillet 1778 , à la hauteur 
d'Ouessant , à la flotte anglaise com- 
mandée par l'amiral Keppel. Le 12 
novembre de cette année, l'académie 
lui donna une marque de confiance, 
en l'appelant, à l'unanimité, et pour 
la quatiiéme fois, à remplir les fonc- 
tions de son secrétaire. Kommé lieu- 
tenant de vaisseau à la promotion du 
mois de janvier 1779, il suivit La- 
motte-Picquet, qui venait de recevoir, 
avec le commandement du vaisseau 
VAnnibal, l'ordre de rejoindre en 
Amérique l'armée navale du comte 
d'Estaing. Ce zèle lui devint funeste, 
car, au combat du 6 juillet 1779 , 
devant la Grenade , où VAnnibal 
essuya un feu très -vif, il fut blessé 
mortellement d'un boulet. Marguerie 
survécut quelques jours à sa blessure, 



MAR 



133 



mais dans un état de souffrance qu'il 
supporta avec beaucoup de force. 
Ainsi mourut, à 37 ans, un officie: 
dont la marine ne peut que s'honorer 
et que les sciences réclament à plus 
d'un titre. Dans tous les sujets qu il a 
traités, on remarque de grandes idées 
et des vues neuves exposées claire- 
ment. Il devait étrc admis à l'Aca- 
démie des sciences en 1773 ou en 
1771; les géomèties étaient pour 
lui , mais M. de Saint-Florentin lui 
était contraire. Marguerie, informé 
de cette opposition, répondit, avec la 
confiance qu'inspire à l'homme supé- 
rieur la connaissance de sa propre 
valeur que, s'il nobtenait pas cette 
distinction, il croyait être certain de 
faire connaître qu'il la méritait. Sa 
perte a enti-aîné celle d'une grande 
partie de ses ouvrages, car ceux qu'il 
avait emportés (et c'était le plus 
grand nombre), vraisemblablement 
dans la vue de les corriger et de les 
perfectionner, ont disparu ; celui 
qu'on doit le plus regretter, en rai- 
son de son utilité et des vues nou- 
velles qu'il renfermait, c'est, sans 
contredit, son ouvrage sur l'écono- 
mie politique. Indépendamment de 
ses cinq mémoires imprimés et de 
son Éloge de Frezicr, Marguerie a 
laissé les manuscrits des ouvrages 
suivants déposés à la bibliothèque du 
port de Brest : L Mémoire sur une 
tontine entre inarins pour payer des 
pensions a leurs veuves. IL Mémoire 
ou règlement sur une meilleure cons- 
titution à donner à l'Académie. III. 
Mémoire sur la constniction d'un port 
marchand (on croit que c'est celui de 
Port-Vendres ). IV. Mémoire sur la 
mai-ine en général. V. Ordonnance de 
la marine. VI. Les articles suivants , 
pour le Dictionnaire de l'Acadé- 
mie de marine : Abaissement d'un 
astre , Abaissement de l'Horizon , 



134 



MAR 



MAR 



/abaissement du Pôle, Affolie, Age de 
la Lune, Aiguille aimantée, Aimant. 
Air ou rhumb de vent, A l'autre bon 
quart, Alidade, Allège ou Soulège, 
Amers, Amplitude d'un astre, Ancre, 
Attérage,Azimuth, Mouvement annuel 
du Soleil et Vents alises. Si nous ci- 
tons textuellement cette nomencla- 
ture, c'est en raison de la forme que 
Margueric avait donnée à la rédac- 
tion de ces mots, qui n'étaient 
qu'une faible partie de ceux qu'il de- 
vait expliquer. Chacun d'eux était une 
véritable dissertation, dans laquelle le 
sujet indiqué par le mot était traité 
de la manière la plus complète. La 
réunion de tous ceux que les académi- 
ciens auraient fournis, eût fait de ce 
dictionnaire une encyclopédie de la 
marine, dans des proportions beau- 
coup plus étendues que la partie 
iWan'nede l'Encyclopédie méthodique, 
laquelle renferme elle - même un 
grand nombre de notes destinées 
primitivement à entrer dans la com- 
position du dictionnaire. — Le vi- 
comte A. DE Maholerie, auteur de quel- 
ques poésies et notamment des Ins- 
pirations des Cours, mort en 1838, 
était de la même famille ; ses écrits 
en prose sont : L Fats ce que dois, ar- 
rive que pourra. Le royaliste et le li- 
béral, dialogue sur la souveraineté , 
Paris, 1831, in-8''. H. Essai sur la 
monarchie héréditaire et fédérative , 
Paris, 1832, in-8". I». L— t. 

MARGUERITE de Constant! ■ 
nople, fille puînée de itaudouin IX, 
comte de Flandre et de liainaut, 
avait ét'é mise avec sa sœur sous la 
tutelle de Philippe, comte de iSamur, 
lorsque leur père partit pour la capi- 
tale du nouvel empire grec. Après 
que la ujoit de ce prince eut été 
connue en France, le roi Philippe- 
Auguste, en vertu de la coutume 
féodale (]ui lui conférait la garde- 



noble de ses vassales immédiates, fit 
venir Jeanne et Marguerite à Paris. 
Celle - ci , rentrée plus tard en Bel- 
gique, épousa r)0uchard d'Avesnes , 
que son père avait adjoint à Phi- 
lippe de Namur, pour veiller sur 
elle. Bouchard avait la parole bril- 
lante et facile, et tout ce qu'il fallait 
pour plaire ; il jouissait d'une grande 
réputation de bravoure et d'habile- 
té. Ses prouesses le firent même ar- 
mer chevalier par Richard-Cœur-de- 
Lion. Mais dans sa jeunesse il avait 
été, contre son gré et à l'insu de tous 
ses amis, ordonné acolyte et sous- 
diacre à Orléans. Son union avec 
Marguerite reçut l'approbation de 
la comtesse Mathilde , veuve de 
Philippe d'Alsace, et qu'on appelait 
la reine, à cause qu'elle était fille du 
ioi de Portugal, l'aveu de la noblesse 
et des bonnes villes ; les empêche- 
ments canoniques à ce mariage étaient 
inconnus; il fut donc célébré eu face 
des autels et en présence de Fcrraud 
et de Jeanne, dans l'année 1212. Deux 
fils en furent le fruit, Jean et P.eau- 
duuin d'Avesnes. Tout-à-coup le l)ruit 
se répandit que Bouchard était d'é- 
glise. Voulant conjurer l'orage, il se 
rendit à Rome et supplia le pape 
Innocent III, de lui accorder les dis- 
penses dont il avait besoin. Le sou- 
verain pontife se borna à lui enjoin- 
dre de faire uti pèlerinage à Jérusa- 
lem et au mont Sinaï, puis de rcndro 
la princesse à sa famille. Revenu 
dans le liainaut avec fintentioii 
béir, il ne put , en voyant ta fem- 
me et ses enfants , se résoudre à 
un si cruel sacrifice. I^ comtesse 
Jeanne l'ayant sommé, à plusieurs 
reprises, de se ranger à son devoii . 
en H'féra au pape et au roncilc géné- 
jal de Latrati. Bouchard fut excom- 
munié; et, connue il s'opiuiàtrait dans 
sa résistance, il fut jeté en prison à 



i 



MÂR 



MAR 



135 



Gand et décapité à Rupelmonde , par 
ordre de Jeanne. Marguerite succéda 
à sa sœur en 1244-. Dès l'année 1:218, 
elle avait donné sa main à Guillaume 
de Darapierre, deuxième fils de Gui II 
de Dampierre et de Mathilde, héri- 
tière de Bourbon, duquel elle eut 
trois fils et deux filles. Depuis trois 
ans elle était veuve de ce second 
époux, lorsqu'elle prit les rênes de 
la Flandre et du Hainaut II s'éleva 
bientôt de giantles querelles entre les 
enfents des deux lits, sur la part des 
États de leui- mère qui devait leur 
levenir un jour. Marguerite nourris- 
sait une profonde antipathie pour 
les d'Avesnes et favoiisait ouverte- 
ment leurs rivaux. Ceux-ci préten- 
daient que les premiers étaient des 
bâtards. Grégoire IX les avait décla- 
rés illégitimes. L'empereur Frédé- 
ric II et le pape Innocent IV pronon- 
cèrent leur légitimité. Un compromis 
conclu par l'entremise du roi saint 
Louis et du légat Odon, assigna la 
Flandre aux Dampierre et le Hainaut 
aux fils de lîouchard. Mais, malgré 
cet accord, la haine mit bientôt les 
parties aux prises. Jean d'Avesnes, 
l'aîné , qui se regardait comme spo- 
lié et qui l'était en effet , fit la 
guerre à sa mère en Flandre ; celle- 
ci appela à sou secours le frère du 
roi de France, Chailes d Anjou, et lui 
engagea le comté de Hainaut. Les 
habitants de cette province, mécon- 
tents de leur princesse, l'appelaient 
la noire dame ; et il se forma alors, 
du côté d'Enghien, une hgue contre 
les Flamands . qu'on appela la ligue 
des Ronds, du nom d un boucher de 
Chièvres, tué par les officiers de Mar- 
guerite, et que ses fils avaient juré 
de venger. Les exploits de cette trou- 
pe eurent une certiiine importance; 
ils méritèrent d'être célébrés par un 
trouvère contemporain, qui composa 



en français , sur ce sujet, un poème 
quon n'a point encore reû'ouvé et 
dont le chroniqueur Jacques deGuyse 
a donné un extrait en prose. Mar- 
guerite eut de longues querelles avec 
l'empire, pour la Flandre impériale 
que Jean d'Avesnes était parvenu à 
se faire adjuger, et avec le comte 
de Hollande, touchant la suzeraine- 
té de la Zélande. Après de longues 
discussions et des guerres désastreu- 
ses, la paix fut rétablie. Le jugement 
rendu par saint Louis et le légat 
Odon, fut ratifié à Péronne, en 1246, 
et les Dampierre, faits prisonniers à 
la bataille de Walcheren ou de West- 
kapel, recouvrèrent leur liberté. De- 
puis long -temps Maigueritc avait 
associé son fils au gouvernement de 
la Flandre qu'elle lui abandonna peu 
avant sa mort, par un acte du 29 
décembre 1278. Elle mourut le 10 
février 1279. Malgré l'épithète hos- 
tile que lui décernèrent les Wallons, 
elle sera comptée parmi les souve- 
raines qui conti'ibuèrent le plus à la 
prospérité de la Flandre. C'était une 
femme d un grand caractère, très-en- 
tendue aux affaii^es et aimée des pau- 
vres. Elle favorisa le commerce etl'in- 
dustrie par de nouveaux tarifs, desfran- 
chises de circulation, et la construc- 
tion de plusieurs canaux, entre les- 
quels celui de Gand à Damme , 
commencé en 1252, mérite d'être 
particulièrement distingué. La liberté 
personnelle fit aussi des progrès sous 
son règne; tous les serfs qui lui ap- 
partenaient fment affranchis en 1252, 
moyennant une légère redevance; 
elle réduisit le droit de Catlel, anima 
la vie communale en introduisant 
le renouvellement annuel des éche- 
vins dans presque toutes les villes, 
qui s'agi-andirent et prospérèrent, et 
défendit aux abbayes et églises, mai- 
sons religieuses, prêtres, clercs, bour- 



136 



MAK 



gcois, {jchj non-nobles et défendables 
à la loi ou payant taille, d'acquérir 
Fiefs , rentes, terres, héiitages et au- 
lies choses tenues des comtes de 
Flandre, sans leur autorisation spé- 
ciale. Ce fut aussi sous Marguerite, 
que l'usage de la langue française 
devint plus fréquent dans les diplô- 
mes et actes publics. M. Warnkœnig, 
professeur à l'Université de Fri- 
bourg, a fort bien apprécié l'admi- 
nisti'ation de cette femme supérieme, 
dans son (ixcellente histoire de la 
. Flandre, ouvrage écrit en allemand, 
et dont M. A.-E. Gheldolf a com- 
mencé une traduction française. 
R— I— o. 
MARGUERITE de Carinlhie, 
dite vulgairement Marguerite à lu 
(jrande bouche (en allemand, Alaid- 
tasche), comtesse souveraine du Ty- 
rol, avait pour père ce Henri qui, seul 
des trois fils de Mainard IV, réimit 
finalement la totalité des possessions 
paternelles, et pour mère sa deuxième 
femme, Adélaïde de Brunswick-Gru- 
benhagen, laquelle moiuut le 18 août 
1320. Marguerite dut naître vers 
1316, car le mariage de sa mère eut 
lieu en 1315, et sa sœur puînée na- 
quit en 1317. llemi n'avant point 
d'enfant mâle qui survécût, Mar- 
guerite fut considérée comme une 
héritière d'autant plus riche, qu'au 
comté du Tyrol son père joignait 
le duché de Carinthie, dont Mai- 
nard avait été investi par Rodol- 
phe de îlabsbourg (1282). après la 
«Imte d'Ottocar. Aussi fut-elle mariée 
«le bonne heure. Henri, qu'on nonune 
souvent Henri de Caiinthie , avait 
porté un moment la couronne de 
Rohème (1307-1309), jnsipi'à ce que 
Jean de I-nxeniboing (le fameux Jean 
le chevalier, le redrcsseui- de torts et 
l'aveugle, (pii mourut à Crécy) l'eût 
emporté sur lui. I.es prétentions île 



MAR 

Henri durèrent long-temj)S encore : 
cependant il y renonça contre le 
paiement de quarante mille marcs 
d'argent et moyennant les fiançailles 
de sa fille aînée, non pas avec le fils 
aîné du loi de Rohême, lequel por- 
tait le nom de Venceslas (dont la 
cour de France fit Charles), et qui plus 
tard fut l'empereur Charles IV ; mais 
avec le frère puîné de Venceslas. Jean- 
Henri (c'était le nom du jeune piince) 
reçut par avance le serment de fidé- 
lité des Tyroliens au moins versl328, 
et vint habiter le pays. Le mariage 
eut lieu vers 1331. Il ne fut pas heu- 
reux. Quelque attrait que ]>ût olfi'ir 
à Jean-Henri la perspective de la Ca- 
rinthie et du Tyrol réunis , il sentit 
[jeu de sympathie pour sa femme, 
qui, bien que jeune, était fort peu 
jolie, et que son mécontentement 
(piotidien n'embellit pas. lis n'eurent 
point d'enfants. Un incident qu'on pou- 
vait jircvoir, vint mettre le comble à 
l'inimitié mutuelle des deux époux. 
Henri de Carinthie ayant rendu le der- 
nier soupir (i avril 133o), l'enqie- 
rcur Louis IV de Ravière , soit afin 
de se créer des amis au sein même de 
cotte famille dont un membre lui 
avait disputé l'empire, soit que le ca- 
ractère inconstant de Jean de Holi<*me 
l'eût indisposé conti-e tout ce qui lui 
appartenait, traita les deux contrées 
«•omme fiefs échus, et en donna l'in- 
vestiture aux ducs d'Autriche (2 ntai), 
<|ni avaient pourtnère une fille de Mai- 
nard IV, et par consétpicnt une tante 
do Marguerite. Jean-Henii et Mai-{;ue- 
ritc ne s'étaient point j)réparés à la 
f^uerre, et ils avaient contre eux une 
ligue formée de l'empereur, dès ducs 
d'Autriche, du comte de Wurtemberg 
et du comte de Jidiers. Heureusement 
le Tyrol, qui fut de tout temps fidèle à 
ses maîtres, se déclara énergi(]uement, 
aussitôt qu'il le put, contre la donii- 



MAB 

nation de l'intrus : Marguerite et son 
mari n'ement qu'à paraître pour que 
toutes les villes s'em pressassent de leur 
ouviir leurs portes. Quant à la Garin- 
ihie, elle s accommoda de la nouvelle 
domination, et ne fit nulle domons- 
liation en faveur de la maison de 
Gœrz, qui d'ailleurs n'était point ori- 
ginaire du pavs. Mais probablement 
les ducs d'Autriche ne s'y fussent pas 
si commodément établis , si le père 
de Jean-Henri, le roi Jean de liohême, 
toujoins en quête d'aventures , ne se 
fut en ce moment trouvé à Paris, ma- 
lade par suite dîme blessure qu'il avait 
reçue dans un tournois, et ne se fut 
mis un peu tard en route. Toute l'ac- 
tivité qu'il développa quand enfin il 
arriva , ne servit qu'a diminuer la 
perte dont son fils et sa bru étaient 
menacés. A la ligue de l'Autriche, du 
Wurtemberg et de Juliers, corroborée 
par l'adhésion de lempereur, il op- 
posa le duc Henri de Bavière, cousin- 
germain de l empereur , les rois de 
Hongrie et de Pologne (il était ami du 
dernier depuis la paix de Trentchin, 
en 133o); et, les hostilités com- 
mencées (1336), il détacha de la li- 
gue ennemie les ducs d'Autriche. Il 
en résulta bientôt le traité d'Ens 
(9 oct. 1336), par lequel les ducs d'Au- 
U-icljc se contentèrent de la ( jrinthie, 
diminuée de quelques districts, et 
remboursèrent les frais de la guerre 
à leur cousine et à son mari, qui con- 
sei-vèrent le Tvrol. Bientôt Ix)uis IV 
aussi changea de politique; et, au lieu 
do vouloir dépouiller la comtesse, pro- 
fitant de f antipadiie croissante qui se 
manifestait entre elle et Jean-Henri, 
il imagina de faire entrer le Tyiol 
dans sa maison en la faisant épou- 
ser à son fils aine, il fallait un divorce 
pom* arriver là. Maiguerite se prêta 
sans peine au projet qui devait la dé- 
livrer dun lien odieux pour elle et la 



MàR 



i»7 



faire bru de l'empereui", et les scènes 
de la comédie à jouer furent arran- 
gées à l'avance. Elle présenta requête 
formelle à l'empereur (ISil), à l'effet 
de voir dissoudre un mariage qui 
n'avait jamais pu être consommé , et 
elle offrit de prouver par serment , 
en entrant dans des détails dune 
excessive minutie, que ladite impos- 
sibilité provenait non d'elle , mais de 
Jean-Henri. L'empereur, au lieu de 
(ominetli-e cette affaire à un tribmial 
ecclésiastique, comme c'était l'usage à 
cette époque, nomma lui-même une 
commission et voulut v siéger en per- 
sonne. Il parait que Marguerite dé- 
montra plus qu'abondamment et l'ir- 
rémédiable insuffisance du prince de 
Bohème , et linépuisable complais 
sauce par laquelle elle avait tâché d'y 
remédier. On devine le jugement qui 
s'ensuivit , et que sans doute n'eût 
pas rendu aussi facilement un tribu- 
nal impartial, à plus forte raison l'É- 
ghse, à plus forte raison encore les 
agents du pape, qui étaient en lutte 
ouverte et acharnée avec Louis de 
liavière. Piesque aussitôt la comtesse 
du Tyrol donna sa main au fils aînc 
de l empereur, à Louis-l'Ancien , à 
qui son père av..it cédé le margra- 
viat de Brandebourg , mais qui bien- 
tôt se le vit contester et enlever mo- 
mentanément par les antagonistes 
de sa maison. Dans l'intervalle, Mar- 
guerite à la glande bouche était de- 
venue mèie de Mainard V, que kous 
verrons régner on Tvrol , et dont la 
naissance achevait d exaspérer la mai- 
son de Luxembourg, en prouvant que 
les motifs de divorce allégués par la 
comtesse n'étaient pas dénués de toute 
vérité. A peu prés au moment oii le 
chevaleresque Jean de Bohême se fai- 
sait tuer à Crécv, son parti élut, en 
opposition à Louis de Bavière, le jeune 
Charles IV, qui sur-le-champ se mit 



438 



MAR 



MAR 



en devoir de faire la guerre directe- 
ment à Louis lui-même (1346). Quant 
au Brandebourg, pour l'arracher à 
Louis-l'Ancien, on s'avisa de ressus- 
citer, vingt-sept ans après qu'il avait 
été dûment enseveli et enterré , le 
margrave Valdemar (le dernier de la 
branche brandebourgeoise de la fa- 
mille ascanienne); et, ce dont nous 
nous étonnons, des hommes judicieux 
et savants ont pu, jusque dans ces der- 
niers temps, soupçonner que la réap- 
y)arition de Valdemar ne fut point 
une imposture. Combien est-il sim- 
ple que le peuple , toujours ami du 
merveilleux, se soit hâté de croire à 
la miraculeuse aventure ! A peine l'ex- 
meunier Hundeloff (tel semble avoir 
été le nom réel du faux Valdemar) 
eut-il mis le pied en Brandebourg, 
suivi de quelques troupe