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Full text of "Bullaire de l'inquisition française au XIVe siècle et jusqu'à la fin du grand schisme"

//f 




BULLAIRE 



DE 



LINQUISITION FRANCAISE 



BULLAIRE 

DE 

L'lfNQUISITION FRANCAISE 

AU XIV SlfiCLE i 

BT 

JUSQU^A LA FIN DU GRAND SCHISME 

PAB 

J.-M. VIDAL, 

RECTBUR DE SAINT-LOUIS-DES-PRAN^AIS A MOSCOO 



PARIS 

LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANfi 

L. LETOUZEY, SUCC 
87, BOUL. RASPAIL, RUE DB VAUGIQARO, 82 

1913 



\-\xo 



Imprimatur : 
Fr. Albertus Lepidi, 0. P. 
S. P. Ap. Mag. 



Imprimatur : 

Parisiis, die 24 Maii 1912. 

J. Lapalme, can. 

â–¼ . G. 




INTRODUCTION 



Le dossier d'Inquisition que nous publions se presentc comme 
la partie centrale d'un recueil auquel manqueraient le commen- 
cement et la fin. Nous avons neglige volontairement Tlnquisi- 
tion frangaisc du xiii® siecle, car ses relations avec la papaute 
sont si bien connues que nous n*aurions pu glaner dans son champ 
le moindre document inedit qui valut la peine d'etre publie. 
Nous n'avons pas pousse nos recherches plus loin que le Grand 
Schisme, faute de temps d'abord, et surtout faute d'avoir 
Tespoir de rapporter un butin quelque peu appreciable d'une 
longue et fastidieuse excursion a travers rinterminable serie 
des Regesta du xv® siecle et des siecles suivants. 

L'interet que presente Thistoire de Tlnquisition en Francc 
suit une progression descendante, au gre de Timportance toujours 
decroissante des evenements qui la remplissent. L'^ge d'or du 
celebre tribunal a ete le xiii® siecle. Le xiv® vit le commencement 
de la decadence que les si^cles suivants ne firent que consacrer 
et qu'accroitre. On remarquera que cette marche vers le declin se 
traduit, precisement, d'un pontificat a Tautre, par une rarefac- 
tion progressive des rapports entre le Saint-Siege et les tribu- 
naux de plus en plus inactifs. Les premiers papes du xiv« si^cle 
nous ofTrent une riche moisson de documents, les derniers, a 
peine quelques maigres gerbes. Leurs successeurs du xv« siecle 
auraient ete encore plus parcimonieux. 

Nous nous sommes doiic limite a ce que Ton pourrait appeler 
la periode moyenne de Texistence de Tlnquisition fran^aise. 
Cette pcriode coincidant avec celle de la papautc avignonnaise, 
nous avons donne a notre recueil les limiles chronologiques dc 
celle-ci en y comprenant, il va de soi,^s annees du Grand Schisme. 
Bien que plusieurs pieces de ce dossier soient connues ^, la con- 

1. Nous avons evite de reiinprimer certains documents deja accessibles aux 
leclcurs et dont le texte a ctc donne avec une correction suinsantc par lcurs edi- 
lcurs. Nous nous bornons a les analyser. 

D U L L A r» K — \ 



II BULLAIRE DE L INQUlSiriOrs FRANQAISE 

Irfbution qu'il apporte a Thistoire de rinquisition peut paraitre 
importante par le grand nombre de documents inedits qu'il 
renferme, par les lacunes qu'il vient combler et les details juri- 
diques, biographiques et topographiques qu'il aide a preciser. 
On ne peut trouver inutile que nous relevions dans quelques 
paragraphes les traits principaux qui constituent, a nos yeux, 
le prix de cette contribution. Ils ont rapport : 1° a Torganisation 
territoriale de Tlnquisition; 2° au personnel des tribunaux; 
3*^ a leur competence, c'est-a-dire a leurs justiciables; 4® a leur 
procedure; 5° a leurs relations avec la Curie et a Taction de cette 
derniere. 



ORGANISATION TERRITORIALE DE LINQUISITION 
EN FRANCE, AU XlVe SIECLE. 

Cette organisation avait ete en grande partie realisee au siecle 
precedent, a travers des tatonnements qu'il n'entre pas dans notre 
cadre de retracer. Franciscains et dominicains, les deux ordres 
mendiants recemment crees, avaient ete appeles a Thonneur de 
poursuivre riieresie sur notre territoire, et ^'avait ete une premiere 
necessite de delimiter les provinces confiees a la surveillance des 
uns et des autres. On avait confine les franciscains dans les con- 
trees du sud-est de la France : Provence, Comtat-Venaissin et 
Avignon, Savoie et Dauphine, Lyonnais et Yivarais et meme 
vallee d'Aoste (1265, 1267, 1288, 1290, 1292 ^). Cetait une 
premiere circonscription. 

Les freres precheurs avaient eu la part du lion : tout le resle 
de la France d'alors, et certaines autres provinces, telles que la 
Franche-Comtc, la Lorraine, les Flandres, mouvant de TEmpire ^ 

L'Inquisition s'organisa d'abord dans les contrees dontlasitua- 
tion, au point de vue de la foi, reclamait son intervention. 



1. Wadding, Annales minorum, Ronie, 1733, t. v, p, 177-179, ad ann. 1288 
n. 14, 21 ; p. 232-234, ad ann. 129^, n. 3-6 ; p. 292, ad ann. 1292, n. 3 (pape 
Nicolas IV) ; t. XIII, ad ann. 1458, Clement IV, cite par Pie II; Sbaralea, Bul- 
larium franciscan., Rome, 1765, t. iii, p. 38, 129 (1265, 1267). 

2. Gregoire IX : Potthast, n. 9155, 9235, 9263, 9993, 9995; Doat, t. xxx, 
fol. 149; — Innocent IV : Potthast, n. 11083, 12766; Doat, t. xxxi, foL 90, 97, 
100 ; — Alexandre IV: Doat, t. xxxi, foL 193 v-o, 230; Polthast, n. 16611. 



INTRODUCTION l!l 

Le besoin crea l'organe *. Toulouse, des les premiers temps, Car- 
cassonne, peu d'annees apres, furent des centres inquisitoriaux; 
car ces villes etaient au cceur de l'albigeisme, rheresie dangereuse 
du moment. Chacune eut son tribunal permanent, et comme il 
fallait eviter les conflitsde competence locale entre magistrats 
((ui voisinaient, on delimita, a tout le moins, a grands traits, les 
territoires ressortissant a chacun d'e'ux. 

L' Inquisition dominicaine chercha a s'asseoir dans d'autre8 pro- 
\inces; mais iln'yavait point d'urgence : les heretiques y etaient 
rares : c'etaient des vaudois et puis quelques cathares emigres 
du pays toulousain. La presence de ces sectaires en Bourgognc 
eten Franche-Comte^ fut la cause deretablissement (en 1233 et 
1247),aBesan(on,d'untribunalqui nedevintpermanentqu'agrand* 
peine '. II fut meme supprime, en 1255, faute de ressources *, 
Enfin, en 1290, le pape Nicolas IV chargea le provincial des domi- 
nicains de Paris de designer trois inquisiteurs pour les dioc^ses 
de Besangon, Geneve, Lausanne, Sion, Metz, Toul et Verdun *. 
Cest le quatrieme ressort inquisitorial de F^rance. 

11 yen avait un cinquieme, dont le centre etait Paris et quicom- 
prenait Timmense territoire situe au nord du Languedoc jusquo 
vers les Flandres. L'inquisiteur prepose a la surveillance de tout ce 
pays prenait le titre d^inquisiteur in regno Franciae. Robert le 
Bougre, 'nomme par Gregoire IX, le 23 aout 1235, a juridic- 
tion sur les provinces de Sens, Reims « et le3 autres pro- 
vinces du royaume de France. » Simon Duval se transporte, en 
1277 et 1278, successivement a Caen, a Orlcans, a fivreux; il 
a juridiction sur les heretiques de Li^ge ®. En 1285, son successeur 
Guillaume d'Auxerre m^dite une tournee inquisitoriale en Cham- 

1. Lea, Histoire de Vlnquisition, trad. fran^. de S. Reinach, Paris, 1900-1902, 
t. I, p. 375-378 ; t. ii, p. 59. 

2. £n 1232 fut faite unc prcmicrc tentative. Mais Robcrt lo Bougro, designd 
comme inquisitcur dans cci proviuceg, nc parvint pas a y institucr un tribunal 
permancnt. II fut un magistrat ambulant. On lc vit poursuivrc les hcretiques 
•lans les dioc^ses de Sens, de Ncvers et de Reims, a Peronne, Cambrai, Douai, 
LiUe, etc. Lea, llistoire de 1'Inquisition, t. ii, p. 133-137. 

3. Greg. IX : Potlhast, n. 9235 ; Innoc. IV : Ripoll, Bullarium ordinis fralrum 
pracdic, Rome, 1729, t. i,p. 179, 183. 

4. Potthast, n. 15995 : 21 aout 1255. 

5. Ripoll, op. cil.,t. ir, p. 29 : 27 juin 1290. 

6. Potthast, n. 999 J, 9995; Martene, Tlieaaurus no^us anecdolorum,PaiTi9,\in, 
t.v.col. 1809, 1811-1813. 



iV BtlLLAlRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

pagne et en Brie ^. Bref, rinquisiteur de Paris a juridiction sur 
les deux tiers de la France. Si les circonstances Texigent, cette 
immense circonscription pourra etre partagee en deux ou plusieurs 
autres. Cela se produira, en effet, au cours du xiv^ siecle. 

Au reste, Paris est le siege de Fautorite a laquelle le Saint-Siege 
a delegue le pouvoir de creer et de revoquer les inquisiteurs domi- 
nicains de France. Cest le provincial des freres precheurs de Paris 
qui, aux termes de diverses bulles de papes,dontla derniere est 
celle de Nicolas IV, du 22 juin 1290, pourvoit aux diverses Inqui- 
sitions de ce pays; et nous avons vu qu'il nomme aussi a celle de 
Bourgogne et de Lorraine ^. 

II n'etait, en dehors de la Provence, que deux petits pays qui 
echappassent a son autorite, parmi ceux qui sont compris 
dans les limites actuelles de la France : c'etaient le Roussillon et la 
Cerdagne, possessions des rois de Majorque, places sous la juridic- 
tion de Tinquisiteur d'Aragon. Mais, la aussi, des modifications 
furent introduites au cours du xiv^ siecle. 

Ainsi, lorsque celui-ci commence, on compte six ressorts inqui- 
sitoriaux entre lesquels se partage le territoire que nous connais- 
sons maintenant a la France. Voyons les changements qui s'ope- 
rerent au cours de ce siecle et essayons d'apporter plus de precision 
dans la distinction de ces ressorts. 

1° Inquisition de Proi^ence. — II n'est que de decliner les titres 
donnes aux inquisiteurs pour connaitre les territoires sur lesquels 
ils ont pouvoir. Ce sont d'abord des noms empruntes a la geogra- 
phie ecclesiastique. Inquisiteur dans les provinces d^Arles, Aix, 
Embrun et Vienne : c'est Tappellation la plus frequente, et elle 
persiste durant tout le siecle (n. 15, 33, 40, 49, 211, 286, etc). Ces 
quatre provinces ecclesiastiques constituent un domaine qui a 
pour limites, a Test les Alpes, a Touestle Rhone, au nord encorc 
le Rhone.Meme la province deVienne deborde ces limites.A Touest, 
au dela du Rhone, elle englobe le diocese de Viviers ou Ton verra 
Hugues Cardillonaller faire des enquetes en 1365 (n. 253). En re- 
vanche, les dominicains ont regu le diocese de Geneve dans le lot 
aeux assigne par Nicolas IV (1290) en Bourgogne et en Franche- 
Comte^. Gregoire XI voulut peut-etre reformer cette anomallo, 

1. Doat, t. xxxir, p. 127. 

2. RipoU, op. ciL, t. II, p. 29; Potthast, n. 23297. 

3. RipoU, ibid.; Potthast, n. 23298 



INTRODUCTION V 

cn 1375. II donna a Francois Borrel un brevet d'inquisiteur pour 
toute la province de Vienne, y compris les diocescs de Viviers et 
de Geneve (n. 292). Mais les successeurs immediats de ce moine 
n'heriterent pas de ce surcroit de territoire (n. 322, 338). Martin V 
essaya pourtant de rattribuer encore a Pons Feugeyron, en 1418. 
II se heurta aux protestations des dominicains, qui obtinrent la 
revocation de cette mesure (n. 338, note 2). 

Gregoire XI avait ajoute, en 1375, une autre province aux 
quatre premieres : celle de Tarentaise, dans laquelle nul inqui- 
-iteur ne s'etait encore montre (n. 286). Des lors, le magistrat 
franciscain eut juridiction au dela des Alpes d'Italie etdeSuisse, 
jusque dans les dioceses d'Aoste et de Sion *. Pons Feugeyron, 
nomme en 1409, avait regu des pouvoirs encore plus etendus 
(n. 338). En dehors des territoires des cinq provinces, Alexandre V 
puis (1418) Martin V lui attribuerent les dioceses de Lyon et de 
Belley ^. Pierre Fabre, ou Faure, nomme le 10 septembre 1419, 
demeura confine dans les cinq provinres traditionnelles ^ 

Les inquisiteurs portent aussi des titres empruntes a la geogra- 
phie civile : Inquisiteur dans la pro^nnce de Proi^ence (n. 112, 171 feis, 
149, 224, etc); dans le pays de Proi^ence : in partibus Provdnciae 
(n. 74, 75, etc); dans les comtes de Proi'ence et de Forcalquier (n. 15, 
338) ; dans le Comtdt Venaissiny les comtes de Provence et de For- 
calquier (n. 71, 338, etc); dans le Dauphine, etc (n. 49, 211, 28G, 
298, 328, 338). On nomme aussi quelquefois la ville et le diocese 
d^ Avignon (n. 49, 326, 338); une fois, la principaute d*Orange 
(n. 338); deux fois, la ville de Marseille (n. 91, 120). Les titres 
donnes a Pierre Fabre, qui clot la liste des inquisiteurs dressee 
j»ar nous, forment tout un cortege : inquisiteur dans le Dauphinej 
les provinces d'Arles, d'Aix, d' Emhrun, de Vienne et de Tarentaise, 
dans les comtes de Pruvence et de Forcahjjuer. le Conitat Venaissiny 



1. Les dioceses de Mauricnnc, Tarentaise et Aoste avaient ete deja attribucs 
a rinquisition franciscainc par Clement IV. Mais il est probable que pratique- 
ment lcs inquisiteurs avaient ete emp6chcs ou avaient ncglige de paraitre dans ces 
contrces. Voir p. xiv, 6°. 

2. Bien que Lyon ct Belley ne soient pas mentionnds dans les titres de la plu- 
part des inquisiteurs proven^aux du xiv® siecle, ils faisaient, au moins thcoriquc- 
nieiit, partie du ressort de Provence. Clcment IV, d'abord, et Pic II, cn l'i5S, les 
attribuent fornicliement aux inqiiisiteurs franciscains que le ministre provincinl 
de Bourgogne <loit instituor cn Provence. Voir p. xiv 6°. 

3. Eubel, Dullarium Iranrisconum, Rome, 1904, t. vii, n. l^i^l. 



VI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

la principaute d^Orange, les i^illes d' Avignon et de Marseille el les 
autres i^illes et dioceses ^. Rien n'est oublie. 

Le vulgaire avait des formules plus courtes. La plus frequem- 
ment usitee fut celle qui figure dans Tadresse du brevet de Pons 
Feugeyron (n. 338) : inquisiteur dit d'Awignon. Elle &'imposa natu- 
rellement : la residence principale du juge etait la ville des papes. 

II est sur que le tribunal eut des succursales dans les localites et 
les dioceses dont la situation religieuse laissait le plus a desirer, et il 
est probable que la plupart furent des tribunaux d'occasion, 
qui, s'il etait necessaire, devenaient ambulatoires ^. En tout cas, 
il est avere que la mission d'inquisiteur fut donnee a plusieurs reli- 
gieux a la fois ^. Michel Lemoine TexerQait peut-etre, en memo 
temps que Jean de Verunis (n. 15). Sous Jean XXII, il rexerga 
conjointement avec Jacques Bernard (n. 33), Guillaume Astre 
(n. 49), Catala Faure et Pierre Pascal (n. 33-35). Ces deux derniers 
n'etaient, il est vrai, que de simples commissaires, charges d'inter- 
roger les heretiques du diocese de Valence. Jean de Badis, qui 
parait avoir ete tout d'abord inquisiteur local a Marseille, devint 
ensuite le collegue de Guillaume de Montrond (n. 91, 120, 171 bis, 
129). Sous Urbain V et Gregoire XI, la repression tres vive de 
rheresie vaudoise necessita Temploi de trois et mcme de quatrc 
magistrats (n. 224, 232, 233, 241, 286, 298, 299); enfin Antoine 
Alphand, ou Alhaudi, inquisiteur durant le Schisme, se vit donner 
pour collegue Pons Feugeyron. 

A trois reprises meme, les papes confierent a des personnages 
autres que des freres mineurs des missions temporaires dans la 
circonscription de Provence. Benoit XII donna, en 1336, a roffi- 
cial d'Avignon, des pouvoirs d'inquisiteur contre les delinquants 
en matiere de foi qui s'egareraient in Curia (n. 150). Urbain V 
ajouta un brevet du meme genre a celuide legat apostolique qu'il 
confiait a son auditeur Bernard duBosquet, pour les provinces dc 

1. Eubel, loc. cil. Fran^ois Borrel, dans les lettres de penitence delivrees, en 
137o a une vaudoise (voir Appendice de ce recueil), detaille encore davantagc ses 
titres. Aux noms qu'on vient de lire, il ajoute : le Dauphine, le Viennois, les 
comtes de Valence et Die, d'Albon, de Savoie, de Geneve, et la ville de Salon. 

2. La succursale de Vienne parait neanmoins avoir ete permanente, temoin 
les bulles n. 306, 307, j)ar lesquelles sont crees dans cette ville une prison et 
un hotel pour Tlnquisition. 

3. Lcs inquisiteurs titulaires avaient quelquefois des lieutenants ou vicaires : 
ex., n. 252. 



INTRODUCTION VII 

Lyon, Vienne, Embrun, Tarentaise et Besancon (n. 241-244). 
Enfin Gregoire XI remit (1371) a reveque de Massa une commis- 
sion exceptionnelle contre les vaudois de Provence, du Dauphine 
et de rEmbrunois (n. 290, 292). 

2° Inquisition de Toulouse. — Le religieux place a la tete de ce 
tribunal, comme d'ailleurs ses collegues de Carcassonne et de 
Tours, prend le titre d' inquisiteur dans le royaume de France, 
auquel il ajoute la formule limitative : Tolosae residens (n. 103). 
Plus brievement et plus souvent, on le nomme inquisiteur in 
partihus Tolosanis (n. 59, 83, 195, 273, etc); inquisiteur de Tou- 
lousej tout court (n. 214) ; inquisiteur dans la ville et le diocese de 
Toulouse (n. 334); inquisiteur dans la province de Toulouse. D'au- 
tres formules sont plus amples sans etre plus claires : inquisiteur 
dans la ville et le diocese de Toulouse, et dans les autres i>illes, dioceses, 
castra, bourgs, localites et confins du royaume de France, ou Vinquisi- 
teur de Toulouse a coutume d'exercer son office (n. 59, 83, 183, etc). 

Voyons quels sont ces dioceses, ces villes et ces pays. Cest 
d'abord la proi^ince d*Auch. Le magistrat que le pape se dis- 
pose a nommer, a la priere du senechal de Toulouse, apres la 
promotion de Bernard Gui a reveche de Tuy, aura le titre d'in- 
quisiteur dans cette province (20 decembre 1323 : n. 57 bis). 

Le brevet confere, en 1386, a Bernard Bosquarel (n. 321) porte 
un qualificatif equivalent : inquisiteur dans les pays de Gascogne, 
de Languedoc et les autres ^. La Gascogne, la province d'Auch, c'est 
le pays au sud de la Garonne jusqu'aux Pyren^es : Bearn, Arma- 
gnac, Bigorre, Comminges, une partie de la Guyenne. Le Langue- 
doc, c'est la contrce qui s'etend de la Garonne au Rhone; ce sont, 
a partir de Tan 1317 ^, les provinces ecclesiastiques de Toulouse 
et de Narbonne. 

Mais, du c6te languedocien, la juridiction de Tinquisiteur 
ne depasse pas les limites du Lauraguais. Le dioc^se de Carcassonne 
et, au nord, ceux de Castres et d'AIbi ressortissent au tribunal 
carcassonnais. L'inquisiteur de Toulouse a beau sieger dans la 
capitale du Languedoc, il ne surveille qu'une petite partie de ce 

1. Hugues Lenoir, inquisiteur, un demi-sifecle plus tard, portera i peu prds 
e mt^me titrc, in loto regno Francia^,diicalu Aquilania^Occitanisqir parlihns 
et tola Vasconia inquisitor. Ilansen, Quellen und Untersuchungen zur Geschichle 
des Ilexenwahns, Boiin, 1901, p. 19. 

2. Date dc la crcation dc la province ccclesiastique de Toulouse. 



Vril BTILLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

pays. II a beau s'appeler inquisiteur dans la province de Toulouse, 
il n'a pas juridiction sur tous les dioceses suffragants de cet arche- 
veche. Les territoires compris dans la senechaussee de Carcas- 
sonne — et le diocese de Pamiers en est, probablement aussi celui 
deMirepoix^ — sont soumis a Tlnquisition voisine. II luireste, en 
dehors du diocese metropolitain, ceux de Lavaur, Saint-Papoul, 
Rieux, Lombez et Montauban, que Jean XXII demembra, en 
1317 et 1318, du territoire toulousain. 

II a, aussi, juridiction sur le Quercy, TAgenais et le Rouergue. 
Deja, au siecle precedent, deux inquisiteurs de Toulouse, Pierre 
Cellani et Guillem Arnaud, avaient regu une delegation pour le 
diocese de Cahors ou ils firent une tournee d^inquisition^ (1233, 
1240, 1242). Deux autres inquisiteurs toulousains, Bernard 
de Caux et Jean de Saint-Pierre (1244-1248), s'intitulaient plus 
tard inquisiteurs dans les dioceses de Cahors et d' Agen ^. Bernard Gui, 
a son tour, fit des i roces a de nombreux heretiques des dioceses 
de Cahors et de Rodez, et, en 1312 et 1322, assiste des commis- 
saires episcopaux de ces dioceses, il prononga a Toulouse la sen- 
tence de plusieurs de ces coupables ^. Notre recueil fait mention 

1. Pour Pamiers, la cliose est sure. Cest rinquisiteur de Carcassonne qui y 
reprime rheresie, en compagnie de reveque. Vidal, Le tribunal d'Inquisition de 
Pamiers, extrait des Annales de Saint-Louis-des-Frangais, annees 1904-1905. — 
Pour Mirepoix, dont le territoire s'etendait entre les dioceses de Pamiers et de 
Carcassoune, il y a toutes les probabilites que la punition des heretiques y ait ete 
reservee a l'inquisiteur de Carcassonne.Bernard Gui, inquisiteurde Toulouse, con- 
damna plusieurs heretiques de ce diocese, en 1321 et 1322. Mais, la premiere fois 
au moins, il agissait de concert avec son coUeguede Carcassonne, Liber sententia- 
rum Inquisitionis Tohsanae dcB. Gui, publie parLimborch, Amsterdam, 1692, 
p. 291 sq., 330, 334. 

2. Chronique de Guillem Pelliso, ed. Molinier, Le Puy, 1880, p. 13 ; E. Albe, 
L'heresie albigeoise et V Inquisition en Quercy, dans Revue d'histoire de V Eglise de 
France, 1910, t. i, p. 276-287. 

3. Mgr Douais, Documents pour servir d Vhistoire de V Inquisition dans le Lan- 
guedoc, Paris, 1900, t. ii, p. 32, 40. Innocent IV, donnrnt, en 1247, aux inquisi- 
teurs de Guyenne et de Languedoc, le pouvoir d'appeler les heretiques hors des 
localites qu'ils habitent, mentionne les dioceses ou ils ont juridiction. Cahors, 
Le Puy, Mende, Rodez, Bordeaux sont du nombre. Ripoll, op. ciL, t. i, p. 179. 

4. Ces details sont attestes par le Lifcer senfenZiarum : .4cfe d^ /oi de Toulousc 
en 1312 : condamnations d'heretiques des dioceses de Toulouse, Cahors, Lec- 
toure. Les eveques de ces dioceses envoient leurs vicaires sieger aupres de 
1'inquisiteur (p. 115, 137-138, 155, 156, 162, 174). Acte de foi de 1319 : condam- 
nation d'heretiques originaires des dioceses de Cahors, Saint-Papoul, Montauban , 
Auch, Toulouse, Albi, Rieux, avec la coUaboration des eveques interesses ou 
de leurs representants (p. 209-210 sq.). Actede foi de 1322: condamnation 



INTRODUCriON IX 

(run lieutenant de rinquisiteur dans le Quercy, sous Clement VI. 
Cest Gasbert d'Orgueil, dominieain (n. 203) ; mais on ne sait 
de quel inquisiteur il s'agit. Pour le Rouergue, la juridiction in- 
quisitoriale etait peut-etre insuffisamment definie. Si Bernard 
Cui parait y avoir droit exclusif d'inquisiteur en 1322 ^, en 133(>, ** 
« 'cst rinquisiteur de Carcassonne Aymon de Caumont qui y 
enquete sur le compte d'un franciscain deMillau (n. 174),et le 
papene soupQonne pas qu'il outrepasse ses droits. Le Rouergue 
n'etant pas infecte par rhcresie, au temps ou 1' Inquisition s'etablit, 
les inquisiteurs s'abstinrent d'y paraitre. II est probable que la 
(ompetence territoriale y demeura dans le vague. 

Pareil fait s'ctait produit pour le Bordelais ^. Jusqu'en 1329, 
la ville de Bordeaux et le pays d'aIentour avaient si peu donne 
d'apprehension au point de vue de la foi qu'on ne s'etait pas 
preoccupe de determiner le ressort inquisitorial dont ils etaient. 
La question vint a se poser pourtant, et rinquisiteur de 
Toulouse, Pierre Brun, voulut la faire resoudre par le pape. 
Jean XXII autorisa le juge toulousain a considerer le Bordelais 
<'omme une partie de son lot, tout en reservant, il va de soi, les 
(Iroits des ordinaires et, de plus, ceux des autres inquisiteurs, s'ils 
< n avaient (n. 83). La litterature inquisitoriale est muette sur ce 
qui advint en pratiquCi 

Au nord du Bordelais, du Quercy et du Rouergue s'exerQaient 
d'autres juridictions. 

3° InquLsition de Carcassonne. — Vinquisiteur depute dans le 
royaume de France et residant d Carcassonne (n. 84, 162, etc), qui 
se nomme encore inquisiteur in partibus Carcassonensibus (n. 17, 
53, 74, 84, etc), poursuit rheresie, d'abord dans les contrees 
languedociennes qui s'etendent des limites orientales des dioceses 
<le Couserans, de Rieux, de Saint-Papoul, de Lavaur et de Mon- 

d'heretiques des dioceses de Toulouse, Auch, Montauban, Rodez, Albi, Mirepoix, 
Rieux, Saint-Papoul : meme collaboration (p. 334 sq,). Aux deux premiers actes 
de foi, assiste aussi rinquisiteur de Carcassonne. Au dernier, Bernard Gui repre- 
' Mte seul rinquisition. 

1. Les hereliques juges par Bernard Gui, en 1322. faisaient partie d'un 
ffroupe de vaudois i.nmigres de Bourgognc, k la fin du si^cle prcccdent, et qui ne 
parnissent pas avoir fait beaucoup de prosclytes dans le pays. 

2. Innocciit IV (12''i7) avait cependant mentionne Ic diocdse de Bordeaux 
parmi ccux qui se trouvaient placcs sous la juridiction des inquisifcurs d'Aqui- 
taine ct de Languedoc. Ripoll, op. cil., t. i, p. 179. 



X BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE 

tauban, jusqu'a la rive droite du Rhone; c'est-a-dire, pour parler 
selon la geographie administrative de Tepoque, dans les sene- 
chaussees de Carcassonne et de Beaucaire, et cette qualite est 
insinuee par la formule : inquisiteur depute dans la senechaussee 
de Carcassonne, que Ton releve une fois dans le bullaire (n. 154). 
Le titre d' inquisiteur in pro<^incia N arhonensi ^ (n. 259) est une for- 
mule juste, mais incomplete, comme la precedente. Pamiers et 
Mirepoix, a Touest, relevent de la province de Toulouse ; Albi et 
Castres, au nord, de celle de Bourges. En revanche, Elne, qui est 
de la province de Narbonne, depend inquisitorialement d'un 
ressort etranger. 

Si la frontiere de la circonscription carcassonnaise est naturel- 
lement etablie au sud, il n'en est pas de meme au nord. Pour 
TAlbigeois et le Castrais, point de difTiculte. II est assez notoire 
que le tribunal de Jean Galand (1278-1293) et de Nicolas d'Abbe- 
ville (1293-1302) ^ eut fort a faire de ce cote; et Ton sait aussi 
que Bernard de Castanet, evcque d'Albi (1275-1308), se fit le 
collaborateur empresse de ces deux religieux ^, Aussi les inquisi- 
teurs de Carcassonne ajoutent-ils parfois a leur titre principal 
celui d'inquisiteur d'Albi : in partihus Carcassonen. et Alhien, 
(n. 11, 176) *. 

Au nord derAlbigeois, c'est le Rouergue, qui peut etre reven- 
dique par Tinquisiteur de Carcassonne aussi bien que par celui 
de Toulouse, puisque Tun et Tautre le visitent tour a tour. Vers 
le nord-est, le diocese de Mende releverait sans doute de Carcas- 
sonne, s'il s'y trouvait des heretiques; et ce qui induit a le croire, 
c'est d'abord la bulle d'Innocent IV ^ (1247), mettant ce diocese 
et celui du Puy dans le domaine des inquisiteurs de Languedoc; 
c'est ensuite le fait suivant. 

En 1405, le pape d'Avignon, Benoit XIII, ayant eu connaissance 
de faits d'heresie, de sorcellerie et de magie advenus dans le dio- 
cese du Puy, voulut y introduire Flnquisition, qui, jusqu'alors, 
s'etait abstenue d'aborder ces parages par egard pour un privilege 

1. Porte au siecle precedent par fitienne de Gatine (1264). Potthast, n. 19293. 

2. Mgr Douais, Documents...^ t. i, p. clxxxii-cxcvii. 

3. Biblioth. nat., ms. lat. 11847; Douais, op. cit., t. i, p. xcii-xcviii, cxciii- 
cxcv; Molinier, Ulnquisiiion dans le midi de la France, Paris, 1881, p. 79-105. 

4. Gf. Mgr Douais, op. cit., t. ii, p. 330 : inquisitor in parlihus All>i'^esii el 
Carcrtssone. 

5. Ripoll, op. ci'.., t. T, p. 179. 



INTRODUCTION XI 

d'pxemption dont se reclamaient les habitants. Le pape confla 
iin mandat supplementaire de trois ans a Tinquisiteur de Carcas- 
sonne (n. 332). Le Puy n'etait pas aux portes de Carcassonne; 
rinquisiteur de Provence, qui possedait le diocese de Viviers 
dans son ressort, eut ete le plus naturellement designe. Si le pape 
choisit rinquisiteur languedocien, c'est parce que le Velay, n'etant 
qu'un prolongement duLanguedoc,dependait eventuellement de sa 
circonscription. Si Le Puy en dependait, Mende a plus forte raison. 

En comptant les dioc^ses, qui, a titre defmitif ou transi- 
toire, relevent de Tlnquisition de Carcassonne, on atteint le 
chilTre de dix-sept : immense domaine confie a la surveillance d'un 
seul homme ! Nous n*avons pas a insister sur les Inquisitions 
auxiliaires et les lieutenances que les magistrats carcassonnais 
creerent, ou laisserent creer par les eveques dans les villes et les 
dioceses les plus atteints par Theresie, ainsi a Albi et a Pamiers. 
Ces succursales firent une besogne intense sous Bernard de Cas- 
tanet et Jacques Fournier. Notre recueil n'apporte qu'une modeste 
contribution a Thistoire d'ailleurs bien connue de ces tribunaux ^. 
On remarquera surtout les pi^ces qui se rapportent au commis- 
saire inquisitorial Menet de Robecourt, dont les exces de zele 
^furent a trois reprises d^nonces au Saint-Siege (n. 28, 176, 181, 
186, 189). 

Ce meme Menet de Robecourt exer^a aussi les fonctions d'inqui- 
[titeur adjoint dans la ville de Montpellier. Ce rdle fut confi6 
guccessivement aux dominicains Arnaud de Bellevue, vers 1326, 
ki Raymond Pelat, en 1329 (n. 88-189), Arnaud Delher, en 1357 
(n. 28, note 2), Bernard de Gaillac, enl391, Raymond Cabassa 
cn 1417. 

II est peu probable, neanmoins, qu'il ait existe une succursale 
permanente de Tlnquisition dans cette ville. L'heresie parait n'y 
avoir fait que de rares victimes. Durant tout le xiv® si^cle, a 
rexceplion de quelques spirituels ou beguins, et de quelques 
sorciers, Tlnquisition n'y trouva rien a reprendre, que Ton sache. 
Jean XXII se plut, au contraire, a louerles Montpellierains de 
leur fidelite a la vraie foi et recommanda aux inquisiteurs d'eviter 
de les molester (n. 20). Urbain V reedita ces bienveillantes dispo- 
sitions, en 1363 (n. 231). 

1. Voir J.-M. Vidal, Le tribunal d'1nquisition de Pamiers, de']k cite ; sur le tri- 
bunal d'AIhi, voir Molinior, Dounis, op. cit. 



XII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

Toutefois rinquisiteur de Carcassonne voulut, en 1329, proceder 
a la repression de certains crimes contre la foi commis dans cette 
ville. Oublieux des regles de la procedure, son lieutenant Ray- 
mond Pelat s'abstint de demander sa collaboration a reveque 
de Maguelonne. Jean XXII lui fit defense de proceder sans en avoir 
refere a Tordinaire (n. 88-89). Quelques mois apres, il est vrai, 
le pape dut reconnaitre que Tinquisiteur avait des raisons serieuses 
de se passer de Teveque. Ce recours entrainant d*is longueurs et 
des complications, on put, par exception, le negliger (n. 98). 

A son tour, le tribunal episcopal condamna un jour trois 
sorcieres, sans en prevenir rinquisiteur. Celui-ci temoigna un vif 
mecontentement et entama une procedure. Le pape Benoit XII 
dut intervenir pour regler le conflit (n. 172-173). 

Quarante ans plus tard, les relations n'etaient pas mieux eta- 
blies entre le juge monastique et Feveque. Les Montpellierains 
demanderent a Clement VII de decider de nouveau que celui-ci 
ou son vicaire participassent d'office aux proces engages contre 
les citoyens suspects d'heresie (n. 311). 

4° Inquisition de Majorque, de Roussillon et de Cerdagne. — 
Le royaume de Majorque existait depuis 1262. Jacques le 
Conquerant, roi d'Aragon, Tavait distfait de ses Etats en faveur 
de son second fils, Jacques I^^ ^. Mais, au point de vue de la defense 
de la foi, nulle separation n'avait ete faite. Les iles Baleares, le 
Roussillon et la Cerdagne continuaient a ressortir a flnquisition 
aragonaise, laquelle, meme apres la creation d'une province 
dominicaine d'Aragon, en 1301, continua a dependre, au moins 
pour la creation et la destitution de ses magistrats, de la province 
d'Espagne ^. 

Pour le royaume de Majorque, cette situation dura cinquante 
ans. Mais, le 7 juillet 1313, Clement V, ayant resolu de constituer 
ce petit £tat en circonscription inquisitoriale autonome, donna 
au maitre general des dominicains mission d'y deleguer des ma- 
gistrats (n. 12) ^ et, depuis lors, semble-t-il, le tribunal y exista 

1. Le:;oy de la Marche, Relations politiques de la France avec le royaume de 
Majorqne, Paris, 1892, t. i, p. 101-123. 

2. Jusqu'en 1351, date a laquelle Clement VI remit au provincial d'Aragon 
le soin de nommer les inquisiteurs de sa province. Ripoll, op. cif., t. i, p, 18'i ; 
t. n, p. 235. 

3. Etaient oxccptcs les fiefs du roi de Majorque dans le royaumo de Francc, 



INTRODUCTION XIII 

sans intcrruption, ayant pour siege principal la ville de Pcrpignan 
(n. 9(3-97 notes, 327), qui etait la localite importante du royaurne. 
Meme apres la reannexion de cet £tat a celui d'Aragon (1348), 
rinquisition roussillonnaise garda son autonomie. 

Certains indices permettent de croire qu'elle eut, par moments^ 
beaucoup a faire : ainsi, l'existence de deux lieutenants de Tin- 
quisiteur, en 1331 et 1333 (n. 108),et, vers cette meme epoque — 
les juges monastiques ne suffisant pas — la concession d'un brevet 
d'inquisiteur general a reveque d'Elne, Gui de Terrena (n. 125, 
125 bis, 127) K 

En depit des droits reconnus, en 1351, au provincial d'Aragon, 
de nommer les inquisiteurs de la province, le tribunal de Majorque 
ne cessa pas de relever du maitre general (n. 197-198). Au besoin, 
le pape rappelait ce prelat a Texercice de son devoir (n. 327). 

L'heresie ctait-elle, verslafindu Grand Schisme, si frequente et 
si dangereuse dans le pays qu'il pariit necessaire d'y etablir deux 
tribunaux d'Inquisilion, au lieu d'un ? ou bien s'etait-on rendu 
compte que les conditions geographiques permettaient difTicile- 
ment de maintenir Tunion des iles Baleares et des pays de terre 
ferme dans une mcme circonscription ? Bref, Benoit Xlll crea 
deux ressorts d'Inquisition dans Tancien royaume. L'un fut formc 
des iles, Tautre des comtes de Roussillon et de Cerdagne (18 mars 
1413) ; et cette reforme, approuvee par Martin V, en 1420 (n. 335 
et note), demeura definitive. Le diocese d'EIiie constitua donc 
un ressort a lui seul, 

5° Inquisition en Corse. — Avant de quitter la France meri- 
dionale, disons que, les heresies vaudoise et albigeoise ayant paru 
jusque dans Tile de Corse *, Tlnquisition s'y montra par intermit- 
tences pour les y reprimer. Des freres mineurs y furent envoyes 
a plusieurs reprises, sur Tordre des papes. En 1340 ^ d'abord; 
puis en 1369. La deuxieme fois, la mission fut confice a un 
groupe de religieux, dont frere Mondino de Bologne etait le chef *. 

c'cst-a-dire la seigncuriedc Montpellier, la baronnie d'Auniela8 et la vicomlc dc 
Carladez. Lecoy de la Marchc, op. cit., t. i, p. 128, 14''i-147. 

1. J.-M. Vidal, Proces d'inquisition contre Adhemar de Mossel, dans Rei'ue 
dhisl. de V flglisz de Frunce, 1910, t. i, p. 68'j-G8 \. 

2. Qui fut, durant les xiv^ et xv« sidclos, l'enjeu que sc disputerent sans treve 
es G^''nois et les Aragonais. Jacobi, Histoire de la Corse, Paris, 1835, 2 vol 

3. Wadding, Annal. min., t. vii, p. 232, ad ann. 1340, n. 10. 
fi. Ibid., \. vii, p. 213, ad ann. 1369, n. \. 



XIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE 

En 1372, un mandat d'inquisiteur general pour toule Vi\e 
etait donne a Teveque de Mariana, de Tordre des carmes (n. 268). 
Mais Tannee suivante, Teveque d'Ajaccio et le vicaire general 
des franciscains regurent de nouveaux pouvoirs et de nouveaux 
ordres (n. 279-280). En 1377, Leonard de GifTon, general des 
franciscains, fut invite par Gregoire XI a deleguer un autre inqui- 
siteur en Corse et en Sardaigne; car les deux iles se trouvaient 
encore infestees d'heretiques (n. 309). En 1395, enfin, envoi d'un 
nouvel inquisiteur : le franciscain Frangois Bonaccorsi, 6vcque 
de Gravina dans la Lucanie, nonce apostolique et administra- 
teur de Teglise d'Accia, dont Feveque avait disparu depuis dix 
ans ^ 

6® U Inquisition dans le Lyonnais, la Bouj'gogne, la Franche- 
Comte et la Lorraine. — Decrire les vicissitudes de Torganisation 
de rOffice dans ces contrees est une tache malaisee. La penurie 
des documents est telle que mieux vaut reconnaitre Timpuissance 
ou Ton se trouve d'arriver a des conclusions certaines. On ne peut 
que grouper les indications fournies par quelques pieces eparses 
et proposer des conjectures. 

11 est pourtant un fait que Ton doit considerer comme suffi- 
samment etabli : c'est rexistence, a dater de la buUe deja citee 
de Nicolas IV (1290 ^), au provincial des dominicains de France, 
jusque vers le milieu du xv® siecle, d'un ressort dont le chef-lieu 
etait BesanQon et qui comprenait les dioceses de Besan^on, 
Geneve, Lausanne, Sion, Metz, Toul et Verdun, c'est-a-dire le 
comte de Bourgogne, ou Bourgogne orientale (Franche-Comte), 
le comte de Geneve et la Lorraine. Or, les sept dioceses enumeres 
par Nicolas IV, une bulle de Martin V les attribue encore tous 
a Ulrich de Torrente, en 1424; et cet Ulrich en avait herite de Jeau 
Brucelli, avant 1420 ^. Entre ces deux dates et ces deux faits con- 
cordants, peu de noms et d'evenements a noter. 

On apprend qu'en 1298 un inquisiteur de Besangon, Giii de 
Reims, dominicain, harcelait avec tant de zele les vaudois de 
Bourgogne que beaucoup de ces gens s'enfuircnt jusqu'en Rouer- 



1. Regest. Vatic, t. cccxiv, fol. 376, lettre du 3 aout 1395. 

2. Ripoll, op. cit., t. II, p. 29. 

3. Ripol], op. cil, p. 644 ; Hai;seii, Quellm, p. 455. 



IMHODUCTION XV 

gue et en Gascogne, ou ils accrurenl le contingent des jusliciables 
de Bernard Gui ^ 

Avant 1310, un inquisileur de Lorraine interroge la beguino 
Marguerite Porrete ^. 

En 1312, peut-etre meme en 1310, Geraud d'Auxonne, inqui- 
siteur bizontin, re^ut des lettres du pape Clement V (n. 8-10), 
dans lesquelles il etait qualifie d'inquisiteur dans les provinces 
de Lyon et de Besangon. Cette formule ne comprend plus qu'en 
partie celle de Nicolas IV. La province de Lyon, c'etait la Bour- 
i,M)gne occidentale : les dioceses de Lyon, Autun, Chalon, Macon, 
Langres; la province de Besan^on, c'etait la Bourgogne orientale : 
les dioceses de Bl^le, Belley, Lausanne et Besan^on. 11 n^est plus 
question de ceux de Geneve et de Sion, ni dcs trois eveches lorrains. 
En revanche, avec Garin de Bar, auquel est adressee une bulle, 
en 1326, reapparait la nomenclature tradilionnelie : inquisiteur 
dans les dioceses de Besanfon, Gene^^ey Lausanne, Sion, Metz, Toul 
et Verdun (n. 05). Puis nous retrouvons des variantes geographiques 
et des titres qui semblent ne qualifier qu'une competence res- 
Ireinte. En 1364, Jean Lemoine et, en 1398, un religieux anonyme 
sont inquisiteurs dans la proi>ince de Besangon (n. 244, 329). Par 
contre, Reginald de Rucesses, mort vers 1345 ^ Jean de Fonte, 
([ui cesse ses fonctions en 1356 *, et Martin d'Amance, elu evcque 
en 1381, s'intitulent tous trois inquisiteurs de Lorraine (n. 316). 
Et c'e8t tout pour le xiv® siecle. 

Au xv^, c'est la bulle de Martin Vquinous sert de point d'arri 
vee. Apres celte date, il semble qu'il se soit produit un remanie- 
ment des circonscriptions : remaniement dans le sens de la multi- 
plication des ressorts. Vers 1458, les diocfeses de Gen^ve, Lausanne 
et Sion ont leur autonomie, qu'ils possedent encore en 1481 ^ 
La Suisse de langue frangaise s'est detachce de Tlnquisition dc 
Bourgogne, et son in^iuisiteur reside a Lausanne •. 

11 est probable que la Lorraine se separa de ineine, et peut-etre 

1. Liber sentent., p. 209 sq., 252, 255, 334 sq. 

2. P. Fredericq, Corpus docunietUorum I nquisitionis haerelica^ praviUUU Ncw- 
andicae, Gand, 1889, t. i, p. 156, 159. 

3. Annee dominicaine, Lyon, 1893, juin, p. 116. 

4. RcichnTt, Acta capitulorum generalium ordinis praedicalorum, Rome, 1899 
t. II, p. 374. 

5. Hanaen, op. cit., p. 473, 477, 488, 499. 
G. Ibid., p. 488, nole. 



XVI BULLAIRE DE L*I NQUISITION FRANgAlSC 

les qualificatifs porLes par rin({uisiteur incoiinu de 1310, puis par 
Reginald de Rucesses, Jean de Fonte et Martin d'Amance, prou- 
vent-ils que le demembrement se preparait deja des le :xiv^ siecle. 

En 1423, il est question d'un inquisiteur pour le diocese de 
Verdun, et cct inquisiteur a des vicaires ^. En fin de compLe, la 
Franche-ComLe forma sans doute a elle seule le ressort inquisi- 
torial de BesanQon ^. 

Et le Lyonnais ? Son cas est assez embrouille. ClemenL IV 
parait attribuer les dioceses de Lyon et de Belley a flnquisition 
de Provence, puisqu'il donne au provincial des freres mineurs de 
Bourgogne le pouvoir de deleguer les inquisiteurs quiinstrumen- 
teront dans ces diocescs aussi bien qu'en Dauphine cL en Provence^. 
Cependant, on a vu que Pons Feugeyron, nomme inquisiteur 
cn 1409 (n. 338), est le seul juge franciscain dont la delegation 
s'etende aussi a ces deux eveches. Vers le milieu du xiii^ siecle, 
c'etait un dominicain, Etienne de Bourbon, qui menait campagnc 
contre les vaudois du Lyonnais *. Ce qui est plus embarrassant, 
c'est d'abord la delegation du frere precheur Geraud d'Auxonne 
(1310) s'etendant, ainsi qu'on ]'a diL, aux provinces de Lyon et 
de Besangon. Cest ensuite la nomination faite, le 4 octobre 1322, 
par le provincial de France, du dominicain Pierre Candelari, du 
couvent de Lyon, comme inquisiteur dans les dioceses de Lyon, 
Macon et Clermont ^. Les freres prccheurs allaient-ils donc sur 
les brisees des freres mineurs? En tout cas, la prescription fut 
rompue par Feugeyron, en 1408; et, en 1458, le provincial de 
Bourgogne entendit ne pas laisser perimer ses droits. II fit renou- 
veler par Pie II les dispositions bicentenaires de Clement IV. 
Ainsi Belley et Lyon continuaient a ressortir au tribunal francis- 
cain de Provence ^. Si les juges de ce tribunal s'abstinrent presque 

1. P. Fredericq, op. cit., t. ii, p. 248. 

2. En 1529, Jeaii Boni est dit inquisilew dans V archevcche de Desancon el ses 
dioceses. Hansen, op. cit., p. 513, note. 

3. In Lugdunen., Vienmn., Belli^^en., Gralianopolilan., Maurianen., Viuarien., 
Valentin , Tarentasien. et Augusten. civitatihus et diocesibus. BuUe de Pie II : 14 
octobre 1458, dans Regest. Vatican., t, cccclxix, fol. 302; Wadding, ad ann. 
1458, n. 13. 

4. Quetif et Echard, Scriptores ordinls praedicatorum, Paris, 1719, t. i, 
p. 184, 192, 193. 

5. II prit possession de sa charge, a Lyon, le l'^'" avril 1323, en presence des 
officiaux des trois prelats de son ressort. Annee dominicaine, septembre, p. 89. 

6. Regest. Vatic, t. cccclxix, fol. 302; Wadding, ad ann. 1458, n. 13. 



INTIIODUCTION XVlI 

lous dc joindre ces deux dioceses a renumeration de leurs do- 
maines ordinaires, c'est, sans doute, qu'ils n'avaient pas Toccasion 
d'aller y rechercher des heretiques. 

Les dominicains, trouvant la place a prendre, s'y installerent 
simplement. Plus tard, les franciscains tenteront de meme d'an- 
nexer Geneve a la circonscription de Provence. Sans doute, la 
place y etait-elle aussi a prendre pratiquement. Les papes inter- 
venaient au bon moment et tranchaient ces conflits en ramenant 
les competiteurs chacun chez soi. 

On comprend que Clement V donne a Geraud d'Auxonne le 
titre d'inquisiteur dans les provinces de Lyon et de BesanQon. 
Les freres prccheurs comptaient presque tout le territoire de ces 
metropoles dans leurs ressorts de Bourgogne et de France, et les 
heretiques dont le pape voulait que Gcraud s'occupat se trou- 
vaient precisement dans le diocese de Langres (n. 8-10). 

Quant a preciser auquel des deux ressorts, de Paris ou de Besan- 
gon, appartenaient les dioceses de la province de Lyon et celui de 
Clermont mentionnes dans les lettres de Gcraud d'Auxonne 
et de Pierre Candelari, ce n'est possible que par conjecture. Le 
provincial des dominicains de Paris nommait les inquisiteurs de 
BesanQon aussi bien que ceux de France. Geraud d'Auxonne, 
inquisiteur bizoniin el lyonnais, a pu etre un dcs trois magistrats 
bourguignons, comme un des six fran^ais (bulles de Nicolas IV). 

Topographiquement, il semble que le ressort de Besangon attire 
a lui la province lyonnaise; mais TAuvergne est trop excentrique 
pour subir la meme attraction. Ciermont parait devoir etre reven- 
dique par Paris. Au fait, une delimitation precise et permanente 
a-t-elle reellement existe dans ces paragcs? Le peu que nous 
livrent les rares documents ne nous donne-t-il pas Timpression 
d'une variabilite de competence territoriale qu'il faut peut-ctre 
attribuer au bon vouloir de Tautorite qui delegue? Le provincial 
dcs dominicains devait, en constituant des inquisiteurs, s*in- 
spirer, sans doute, des circonstances, dont les principales etaient 
les necessites locales et les facilites topographiques. Le besoin 
d'une demarcation territoriale n'etait urgent que dans les 
contrees de grande activite inquisitoriale : la ou des conflits de 
juridiclion etaient a redouter. Ailleurs, on pouvait se contenter 
de moins de precision et, en attendant, assigner aux magistrats 
qu'on deleguait des domaines dont Tetendue variait au gre deg 
occurrences. 

BULLAIRE - B 



XX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

nus de Saint-Pierre, dans celui de Tournai, en 1355^; Nicolas 
de Vassy, dans celui de Chalons, en 1362 et 1363 ^; frere Jean 
Thomas, en 1389 ^. Enfin, Nicolas de Peronne, qui devint, en 
1403, inquisiteur titulaire dans le diocese de Cambrai, y avait 
jusqu'alors exerce les fonctions de vice-inquisiteur (n. 330). 

Ce dernier fait est a considerer, car il n'est pas autre chose, je 
crois, que le premier pas vers le demembrement de Tlnquisition 
de Paris. Pierre d'Ailly, eveque de Cambrai, s'etait plaint a 
Benoit XIII que les travaux de Tlnquisition dans son diocese 
fussent trop souvent entraves par Topposition de ses sujets 
des pays d'Empire, qui contestaient au religieux nomme par le 
provincial de France le droit d'enqueter sur un territoire rattache 
a une autre province monastique. 

Le pape delegua a reveque le pouvoir de conferer a Nicolas 
de Peronne le titre d'inquisiteur autonome pour le diocese de Cam- 
brai, et, le cas echeant, de lui donner pour successeur le prieur 
des dominicains de Saint-Quentin (n. 330). Ces juges etaient ren- 
dus exempts de toute obedience monastique en ce qui concer- 
nait leur mission. Cet etat de choses ne devait durer, en principe, 
que le temps de Tepiscopat de Pierre d'Ailly. En fait, le demem- 
brement fut definitif *, bien que Tetendue du ressort et le mode 
de nomination de Tinquisiteur de Gambrai aient subi des variations. 
En 1431, ce magistrat, qui a juridiction sur Cambrai et sur Liege, 
se reclame du provincial d'Allemagne, comme de son mandant 
naturel ^. En 1460, Tinquisiteur de Cambrai va presider un acte de 
foi a Arras ®. En 1479, les eveches de Cambrai, Therouanne, Tour- 
nai et Arras forment, semble-t-il, une circonscription distincte, 
dont Jean Levasseur (Vassoris) est le chef '^. Mais nous n'osons 
affirmer que ce groupement de dioceses ait tenu bienlongtemps. 

1. Fredericq, op. ciL, t. ii, p. 143. 

2. Denifle-Chatelain, Chartularium universitalis Parisiensis, Paris, 1894, 
t. III, p. 99, n. 1272 : proces de deux dominicains hostiles a la doctrine de rimma- 
culee Conception. 

3. Quetif et fichard, op. ciL, t. i, p. 694. 

4. En 1410, ce sont deux dominicains, au lieu d'un, qui sont inquisiteurs dans 
le diocese de Cambrai : Henri Selle et Laurent Girons. Fredericq, op. ciL, t. i, 
p. 266-267. Cf. p. 271. En 1411, c'est le prieur des dominicains de Saint-Quenlin 
qui dirige le tribunal de Cambrai. 

5. Fredericq,'op. ciL, t. i, p. 329. 

6. Ibid., p. 380. 

7. Hansen, Quellen, p. 501, note 1. 



INTRODUCTION XXI 

Au cours de la premiere moitie du siecle, Therouanne, Tournaiet 
Arras etaient encore rattaches a la circonscription de France ^. 
L'inquisiteur de Paris les visita en personne a plusieurs reprises. 
Notons ses voyages a Arras, en 1461, et a Lille, en 1465 ^. Habi- 
tuellement, il etait represente dans ces pays par un vicaire general, 
dontla residence avait une fixite relative. En 1420, Pierre Floure 
reside a Saint-Omer : on Tappelle inquisiteur de Saint-Omer*. En 
1459, 1460, 1462, un autre vicaire inquisitorial, peut-etre deux, sont 
fixes a Arras et a Tournai, et ils ont juridiction sur Lille *. Ces 
trihunaux a poste plus ou moins fixe n'etaient, malgre tout, que 
des emanations de celui de Paris, et des emanations qui n'avaient 
pas leur pleine autonomie. 

On peut conjecturer qu'a la longue la Champagne eut aussi 
son tribunal. Cest ce que semble annoncer le titre porte, en 1419, 
par Pierre Floure, vicaire de Tinquisiteur de Paris, qui se ditinqui- 
siteur de Reims *. En Normandie, le diocese de Rouen constitua 
une lieutenance, dont Tun des titulaires, Jean Lemaitre, delegue en 
1424 par Jean Graverant, inquisiteur de France, fut, quoi qu'il en 
eut, mele au proces de Jeanne d'Arc *. En 1431 (13 juillet), un mois 
et demi apres le supplice de la Pucelle, Jean Graverant lui-meme 
86 vit confirme, par le pape Eugene IV, dans la charge d'inquisi- 
teur de Rouen. Son successeur y fut confirme de meme, sep\ ans 
plus tard (1438) '. La teneur des rescrits pontificaux semblerait 
indiquer que le tribunal rouennais avait acquis son autonomie. 

En revanche, les religieux dominicains qui menent des proce- 
dures, en 1432 et 1453, dans le diocese d'£vreux, sont toujours 
des vicaires generaux de Tinquisiteur de France ®. 

Dans rOrleanais, nulle Inquisition locale n'existe lorsque 
Pierre Floure, lieutenant du magistrat parisien, y instrumente 
contre les heretiques, vers 1415 ®. 



1. Pierre Floure, vicaire de l'inquisitcur de Paris, fit des procdsadesheretiques 
de Lille et de Tournai, en 1411, 141G, 1417. Frcdericq, op. cit., t. i, p. 280-281. 

2. Fredericq, op. ciL, t. i, p. 394, 411. 

3. Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 754-755. 

4. Fredericq, op. cil., i. i, p. 346, 353, 362, 374, 397 ; t. ii, p. 200. 

5. Ibid., t. I, p. 298. 

G. Quicherat, Proces de Jeanne d'Arc, t. i, p. 33, 35, 122-124, ctc. 

7. Ripoll, op. cit., t. III, p. 8, 22. 

8. llaiisen, op. cit., p. 470 ; Lea, Hist. de VJnquis., t. ii, p, 100. 

9. DcniMe, Charlitl., l. iv, n. 2065. 



XXII BITLLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 

Des pays d'au-dessoiis de la Loire : Nivernais, Berry, Bourbon- 
nais, Auvergne, on n'a nulle nouvelle. Peut-etre le Limousin 
etait-il, au xv^ siecle, rattache a rinquisition toulousaine. On 
voit que Jean Dupuy, « inquisiteur dans la province de Toulouse,» 
intenta, vers 1417, un proces a des clercs limousins qui avaient 
neglige de se faire absoudre d'une sentence d'excommunication. 
L'afTaire vint en appel au tribunal apostolique et Martin V 
nomma Tarcheveque de Toulouse pour en connaitre ^. Ce fait 
peut ne rien prouver, s'il s'agit de clercs etrangers, par exemple 
d'etudiants, residant a Toulouse. Mais ce detail n'est pas marque 
dansla piece. En definitive, le Limousin a pu appartenir a Tou- 
louse, comme a Poitiers ou a Paris. 



Cette revue geographique nous a permis de constater que le 
XIV® siecle ne fit que developper les institutions ebauchees par le 
xiii^. L'Inquisition s'installa dans de nouveaux sieges : a la fin 
du siecle, le territoire qu'embrasse la France actuelle se trouva 
partage en sept ou huit districts qu*une tendance tres marquee 
portait a subdiviser et demembrer encore. On en arriva, en certains 
endroits, a creer des inquisiteurs diocesains. L'esprit particulariste 
y pojissait, aussi bien que la preoccupation, chez les ^veques, de 
tenir bien en main le rouage inquisitorial et, qui sait ? d'amoin- 
drir, en la partageant, la puissance des inquisiteurs interprovin- 
ciaux ou interdiocesains. 

Uiie autre remarque a ne pas oublier, c'est Timprecision que pa- 
raissent avoir eue les confins de certaines circonscriptions. Mais 
il ne faut peut-etre s'en prendre qu'a la disette d'informations 
vraiment deplorable oii nous nous trouvons par rapport a trois 
des principaux tribunaux de la foi. 

II. — LE PERSONNEL DES TRIBUNAUX 
1° Les juges. 

Dans les tribunaux d'Inquisition du xiv® siecle, au moins 
pour les actes essentiels de la procedure, les juges sont deiix 
d'office : Tinquisiteur monastique et Teveque diocesain. 

1. RipoU, op. cit., t. II, p. 533. 



t 



INTRODUCTION XXIII 

Tel est le droit etabli par le concile de Vienne (decret Multo- 
rum ^), et ron peut dire qiie c*est la reforme capitale du aiecle, en 
nnatiere d'Inquisition. Nous n'avons pas a y insister ici. La chose 
est trop connue. On sait aussi a quels conflits et a quels abus de 
pouvoir le legislateur pretendit couper court en obligeant les inqui- 
siteurs a reprendre contact avec les prelats, a roeuvre desquels 
ils ne faisaient, somme toute, que coUaborer, et en invitant ces 
derniers a ne pas se desinteresser de la defense de la foi, non plus 
que de la maniere dont leurs diocesains ^taient traites par les inqui- 
siteurs. 

Cette idee si simple de la collaboration du juge monastique, spe- 
cialise dans la repression de Terreur, et du juge diocesain, qui 
avait sur ce meme point des droits intangibles, il avait fallu pres 
d'un siecle pour qu'on se decidat a la mettre partout en pratique ^. 
Lorsque le concile en eut fait un article fondamental de la proce- 
dure d'Inquisition, les faits demontrerent, sauf de rares exceptions, 
que sa realisation ne soufTrait aucune difficulte. S'il est une con- 
clusion quiressort nettement et solidement etablie de Tctude de 
nos documents, c'est bien celle-Ia. Les exceptions faites a cette 
regle universellement et pacifiquement appliquee, ce sont, en 
dehors des incidents de Montpellier deja racontes, quelques com- 
missions generales d'inquisiteurs concedees k des eveques ou k 
d'autres personnages d'un merite distingue : ainsi Guillaume 
Lombard, inquisitevir in Curia (n. 153), Bernard du Bosquet, 
legat apostolique (n. 241), et peut-etre Antoine de Riparia, eve- 
que de Massa, inquisiteur dans le Dauphine (n. 290 sq. ^). 

Tous les autres personnages, moines, prelats ou dignitaires du 
clerge seculier, qui regoivent un mandat d'inquisiteur, sont invites 
a se conformer a la regle ; et ceux dont les textes nous disent qu'ils 
ae sont mcles de poursuivre Th^resie, nous sont presentes de 



1. Clementin., lib. V, tit. iii, cap. 1. 

2. Voir un aper^u des rapports entre evSques et inquisiteurs au xiii* gi^cle, 
dans Lea, op. ci7,, t. I, p. 375-383 ; voir aussi n. 5 de ce recueil et note 3. 

3. Nous ne parlons pas des commissions donnces par le pape a des cardinaux, 
k des prelats, ou a d'autres personnages, pour Texamen d'a(Taires venues en appel. 
Elles ne sauraient rentrer dans la categorie des proces dont il s*agit ici et qui 
sont tous de premiere instance. Excluons aussi les enquStes prescrites direc- 
tement par le p^pc k propos de crimes dont il entreprend lui-meme la 
repression. 



XXIV BULLATRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

meme comme n'ayant pas manque de s'y tenir; ou bien ils sont 
blames de ne TaVoir pas fait ^. 

II y a mieux. LorsqueTordinaire d'uninculpe demeure inconnu, 
ou s'il est empeche de prendre part au proces, ou meme s'il 
est suspect de partialite, le pape designe d^office un ou plusieurs 
prelats pour tenir sa place aupres de Tinquisiteur. Ainsi fit 
Jean XXII pour le proces de Jean rArcheveque, sire de Parthenay 
(n. 46, 47, 52), et celui d'Adhemar de Mosset (n. 132, 135, 136, 139). 
Le pape rappela meme au juge de Jean rArcheveque quels etaient 
les actes auxquels, sous peine de nullite, devaient prendre part 
les eveques delegues. Le decret Multorum exigeait la participation 
de Tordinaire pour Tapplication de la torture, pour la garde et 
Tadministration des prisons et, il va de soi, pour Tediction des 
sentences ^. Jean XXII precise que Tinquisiteur devra commu- 
niquer aux prelats les dossiers deja constitues et ceux qui se- 
ront formes dans la suite, tam circa proferendam sententiam quam 
omnes alios actus etiam ante prolationem ejusdem sententiae (n. 46, 
55, 56). 

Des magistrats episcopaux, nous avons peu de chose a dire. 
Notons seulement ceux qui paraissent avoir pris le plus a cceur 
leur role de gardiens de Forthodoxie. J'ai nomme Bernard de 
Castanet, a Albi; j'ajoute, pour ce meme siege, Bertrand Des- 
bordes (n. 7) et Geraud de Farges (n. 11). A Pamiers, je remarque 
Jacques Fournier (Benoit XII) et Dominique Grima (n. 82, 116). 
Ce dernier, moins actif que son predecesseur, merita un rappel a 
Tordre du pape Jean XXII (n. 124). A Narbonne,notons Bernard de 
Farges (n. 14); a Maguelonne et a Beziers, Andre et Guillaume 
Fredol, qui, tous deux, font des proces aux beguines de leurs dio- 
ceses (n. 18, 18 his)\ a Mirepoix, Raymond d'Athon, qui con- 
struit une prison pour les heretiques (n. 62); a Elne, le celebre 
Gui de Terrena, que ses biographes nomment le marteau des 
heretiques (n. 125 sq.); a Carcassonne, Jean Fabre, qui procedc 

1. Je me borne a des renvois : n. 22, 30 bis, 31, 33, 76, 87, 88, 89, 92, 96, 97, 127, 
148, 193, 211, 230 (a remarquer le rappel a Tordre adresse par le pape aux inqui- 
giteurs), 236, 248, 254, 257, 273, 281, 308, 329, 338. Voir peut-6tre une exception, 
n. 14 : la eurie de Narbonne parait avoir procede seule a rexamen d'un sus- 
pect. Mais le pape appelle la cause a son tribunal.On sait par ailleurs que Bernard 
de Farges, archev6que de Narbonne, eut recours a Tinquisiteur de Carcassoune 
pour Texercice ordinaire de rinquisition. Douais, op. cit., t. i, p. lxxih. 

2. ClemcnL, lib. V, tit. m, cap. 1. 



INTRODUCTION XXV 

contre quelques capitaines des grandes Compagnies (n. 236); a 
Embrun, deux archeveques, qui se consacrent a Textermination 
des vaudois : Guillaume Desbordes et Pierre Amelii (n. 211, 222, 
260); a Paris enfm, Hugues Michel de Besangon, mele au proc^s 
du fraticelle Conrad (n. 92), Etienne de Paris, qui reprima les 
beghards (n. 257), et Aymeric de Maignac, un des juges de Hugues 
Aubriot (n. 319). 

Les religieux qui furent les auxiliaires de ces prelats retiendront 
plus longtemps notre attention. Voici, d'abord,parcirconscriptions, 
les listes de ceux dont nous avons retrouve la trace. Quelques- 

.unes de ces listes presentent beaucoup plus de lacunes que de 

^places occupees dans rechelle chronologique. On nous pardonnera 
le n*en savoir pas plus que les documents. Si fragmentaires soient- 

Lelles, ces nomenclatures ont pourtant le merite d'etre un premier 
cssai, et c'est aussi leur excuse. Les trois grandes Inquisitions 
meridionales sont les plus favorisces; nous avons pu etablir pres- 
que sans discontinuite la serie de leurs chefs. Ce travail n'avait, 

ipour aucune d'elles, jamais ete pousse aussi loin que nous avons 

[cssaye de le faire *. 

2® Inquisiteurs generaux de France ou de Paris (ord. praed.). 

[1285,1300 (?). — Jean d'Aubigne. Quetif e t fichard, ^crt>. orf/. 

praed., 1. 1, p. 464 ; Histoire litter. de la France, t. xxvi, p. 445-446. 
,1303 (?), 1307, 1310. — Guillaume de P aris. Michelet, Proces des 

Templiers (Documents inedits), Varisj 1841-1851, t. ii, passim^ 

Fredericq, Corpus, t. i, p. 156-160 ; t. ii, p. 53-57, 63-65; Hist. 

litter. de la France, t. xxvii, p. 140-152. 
^1330, 1332. — Aubert de Chalons (n. 89, note 2). 
[... 1355 ... — Lininus de Saint-Pierre, vicaire de Finquisiteur 

dans le diocese de Tournai. Fredericq, op. cit., t. ii, p. 143.] 
[1362. — Nicolas de Wassy, « inquisiteur sous-delegue dans le 

diocese de Chalons. » Denifle, Chartul., t. iii, p. 99, n. 1272. ] 
',..1364... — Guillaume Rochini, ou Rouchin. Denifle, op. cit,, 

t. III, p. 122. 

1. Percin, pour rinquisition de Toulouse, Bouges et Mahul, pour cclle de 

[tCarcassonne, Mgr Douais pour les deux, ont donne des listes d'inquisiteurs du 

:iv*' siecle. Nous ajoutons bcaucoup de noms a ceux qu'ils connaissent. Surtout, 

nos documents nous apportent mainte precision chronologique. En revanche, 

nous faisons figurer dans nos catalogues des noms de personnages sur lesquels 

nous n'avons d'autrcs refcfences que les ouvrages de ces crudits. 



XXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

1368-1386. — Jacques de Morey, ou de Moray = de Moreyo 
(n. 274, note 1). 

1382... — Jean Textoris = Tissier (?) (n. 316). 

1386 ... — Frere Vital (n. 274, note 1). Denifle, op. cit., t. iii, 
p. 303, note 1. 

[1389... — Jean Thomas, vicaire de Tinquisiteur Vital. Quetif et 
fichard, op. cit., t. i, p. 694 ; Denifle, op. cit., t. iii, p. 187, n. 
1355.] 

1411,1413,1416, 1419, 1420. — Pierre Floure, vicaire general de 
rinquisiteur de France (Fredericq, op. cit., t. i, p. 280, 281 ; 
Denifle, op. cit, t. iv, n. 2000, 2001, 2065); puis (1417) « inqui- 
siteur deput^ pour tout le royaume de France» (Fredericq, op.cit., 
t. II, p. 200-202); « inquisiteur de la province de Reims)) (Frede- 
ricq, op. cit., t. i, p. 298); enfin (1420), inquisiteur de Saint- 
Omer. Quetif et Echard, op. cit., t. i, p. 754-755. 

1413, t 1414. — Jean Poleti = Paulet (?), inquisiteur general. 
Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 754; Denifle, op. cit., t. iii, 
p. 554, n. 1594. 

Inquisiteurs de Cambrai. 

...1403... — Nicolas de Peronne, vicaire de Tinquisiteur de France 

dans le diocese de Cambrai, puis (1403) inquisiteur titulaire dans 

ce ressort (n. 330). 
Vers 1410. — Henri Selle, de Herenthals et Laurent Girons 

[Gerunlii), dominicains, inquisiteurs. Fredericq, op. cit., t. i, 

p. 266-267. 
1411... — Le prieur des dominicains de Saint-Quentin, inquisiteur. 

Fredericq, op. cit., t. i, p. 271. 

3^ Inquisiteurs de Toulouse (ord. praed.). 

1290-1300. — Foulques de Saint-Georges. Ms. lat. 4270 de la 
BibL nat. ; Bern. Gui, dans Martene, Vet. script., t. vi, coL 510 sq. 

1302, t 1304. — Guillaume de Morieres. CL n. 4, note 1 ; Martene, 
Vet. script., t. vi, coL 510-511. 

1304, 1306. — Arnaud Duprat de Condom. Martene, op. cit., 
coL 463; Percin, Monum, com^ent. Tolosani ord. FF. praed, : 
Inquisitio, Toulouse, 1693, p. 110; Douais, Les jreres pre- 
cheurs en Gascogne, Paris-Auch, 1885, p. 305. 

1306-1323. — Bernard Gui (n. 44, note 1). 



INTRODUCTION XXVIl 

1320. — fitienne Barrau, de Toulouse, sans doute lieutenant 

de rinquisiteur. Percin, loc. cit.] 
[1320. — Raymond de Junac, lieutenant de Tinquisiteur. Liher 

sententiarum, publie par Limborch, p. 178, 274 ; J.-M. Vidal. 

Vemeute des Pastoureaux^ dans Annales de Saint-Louis-deS' 

Frangaisy janvier 1899, p. 156,] 
1320. — Dominique Grima, lieutenant de Bernard Gui. Liher 

sententiarumy p. 274.] 
1324-1340 (?). — Pierre Brun (n. 59 et note). 
1340. — H. Nigri. Douais, Documenta pour aervir d Vhiatoire de 

V Inquisition, p. cxxxiii, cxxxvii. 
1342-1344. — Pierre Gui (n. 183). 
1344-1347, ou 1348. — Jean Desmoulins = de Molinis, de Molen- 

iino (n. 195). 
[1346. — Gasbert d'Orgueil, lieutenant de Tinquisiteur : n. 203.] 
1348, 1357. — Pierre de Salgues (n. 207). 
1350-1352 (?). — Pierre de Maricalmo = de Mercalm *. 
[1348, 1349. — Pierre Sicard, lieutenant de Tinquisiteur (n. 208 et 

note). Douais, Documents, p. xcviii.] 
...1372-1386. — Hugues de Verdun (n. 273). 
1386-1404. — Bernard Bosquarel (n. 321). 
1404-1407. — Jacques Gilbert (n. 331). 

1407 (?)-1411. — fitienne de Lacombe = de Cumha (n. 334). 
1411... — Jean de Podio (n. 344). 

4° Inquisiteura de Carcasaonne {ord. praed.). 

1299-1303 (?). — Nicolas d^Abbeville ; — 1292-1304. — Bertrand 

de Clermont. Ms. lat. 11847, Bibl. nat.; cf. Douais, Documents, 

t. I, p. cxci-cxcvii. 
1303-1310. — GeofTroi d'Ablis = de Ablusiia (n. 4, note 2). 
[1303. — Sicard Faure, lieutenant de Geoffroi d'Ablis. Douais, 

op. cit, p. cxxxiiii-cxxxvii.] 
[1308. — Geraud de Blumac, lieutenant de Geoffroi d^Ablis. 

Douais, op. cit., p. cxxxiii, cxcviii-cciii.] 

1, Originaire du Roucrgue, profes du couvent de Rodez, fut fait ^niaitre 
en theologie par le pape. Deniflo, Quellen zur Gelehrtengeschichte des Predigeror- 
denn, dans Archi\^ fiir Lilteratur, t. ii, p. 224. Le chapitre de Rieux, en 1350, 
Telut provincial de Toulou^e. Le continuateur de Bernard Gui (Martene, op. 
cit., col. 433) ^it qu'il occupa cette charge quatorze ans et qu'il cumula cellc 
d'inquisiteur deux ans durant. II cessa ses fonctions de provincial en 1363 ct 
moTirut rette mftme annee. Cf. Percin, op. cit., p. 78. 



XXVIII BULLARE DE l'nQUSITION FRANgAISE 

[1303. — Jean de Falgosio, lieutenant de Geoffroi d'Ablis. 

Douais, loc. cit.] 
1316-1324. — Jean de Beaune (n. 21, note 2). 
[1318, 1329. — Gaillard de Pomies, lieutenant de Tinquisiteur 

de Carcassonne dans le diocese de Pamiers. J.-M. Vidal, Le Irihu- 

nal (Tlnquisition de Pamiers, Toulouse, 1906, extrait des Anna- 

les de Saint-Louis-des-Francais, 1904-1905, p. 72-75, 84-85.] 
[1317, 1320. — Pierre d'Arzens et Arnaud de Floure, lieutenants (?) 

de rinquisiteur de Carcassonne. D'apres Mahul, Cartulaire... 

du diocese de Carcassonne, Carcassonne-Paris, 1857-1882, t. v, 

p. 693.] 
1324-1328. — Jean Duprat = de Prato (n. 74). 
[1325. — Bernard Brice, lieutenant de Jean Duprat. Douais, loc, 

cit.] 
[1326. — Arnaud de Bellevue, delegue par J.Duprat a Montpellier. 

Quetif et Echard, op. cit., t. i, p. 583.] 
1328-1336. — Henri de Chamay = Chamayo (n. 84, note 1). 
[1325,1340. — Menet de Robecourt, chanoine de Montreal, com- 

missaire de 1'inquisiteur a Albi, a Carcassonne et a Montpellier : 

n. 28, note 2.] 
[1325-1329. — Raymond Pelat, ord. praed., commissaire de Tin- 

quisiteur a Montpellier : n. 28, note 2, et 88, note 4.] 
1337-1348. — Aymon de Caumont (n. 162, note 1). 
1350. — Imbert de Sens, ou de Serres. P. Bouges, Histoire de Car- 

cassonne, Paris, 1741, p. 470-471; Mahul, Cartul.,t. v. p. 693. 
1351 (?)-1354 ... — Amedee de Langres = de Lingonis (n. 216). 
1357... — Etienne de Ecclesia = de TEglise, Gleizes (?) (n. 223, 

note). 
[1357... — Arnaud Delher, lieutenant d'Etienne de Ecclesia a 

Montpellier (n. 28, note 2). G^rmain, Une consultation inquisito- 

riale au xiv® siecle, Montpellier, 1857, p. 330-341.] 
...1364-1369. — Guillaume Chevalier = Militis (n. 236, note 1). 
[1364. — N...., lieutenant de rinquisiteur : n. 248, 254.] 
1371, 1387. — Durand Salvan (n. 206, note 3). Doat, t. xxxv, 

fol. 136-161 ; Bouges, Mahul, op. c t. 
1376. — Arnaud Grossi, ou Crossi. Mahul, loc. cit. 
1380. — Paul de Nimes. Mahul, loc. cit. 
1383. — Matthieu d'01mieres. Mahul, loc. cit. 
138... 1391. — Pierre de Bancheijo (n. 323). 
[...1391... — Bernard de^Gaillac, vicaire de rinquisiteura Mont- 



INTRODUCTION 



XXIX 



pellier. Thalamus Pan>us de Montpellier. Societe archeologique 

de Montpellier, 1841, p. 417.] 
1391, 1396. — Bonitus Litel (n. 324). 
1407. — Pierre de Matriolis (n. 333). 
1407, 1411, 1422. — Pierre de Maralogio = Manejols (n. 341, 

note 3). 
[1417... — Raymond Cabassa, vicaire de Tinquisiteur a Mont- 

pellier. Thalamus Parvus de Montpellier, p. 465.] 
1422, 1424. — Raymond de Tilio. Ripoll, op. cit., t. ii, p. 610, 637. 

5° Inquisiteurs de Mdjorque^ ou de Perpignan {ord. praed.). 

1313. — Creation d*un ressort special d'Inquisition pour le 

royaume de Majorque (n. 12). 
...1315... Bernard Aguile. Finke, Acta Aragonensia^ Berlin, 

1908, t. II, n. 532, p. 851. 
1329 (?). — P. Firmacii (n. 96, note 2). Proces d* I nquisition contre 

Adhemar de Mosset. dans Revue d'hist. de V Egl. de France, 1910, 

1. 1, p. 720. 
1332-1343. — Raymond de Durfort ». 
[1331. — Frangois Sala, lieutenant de Tinquisiteur dans le diocese 

de Majorque : n. 108.] 
^1333. — Raymond Dur (n. 96, note 2). Douais, U I nquisition 

en Roussillon, dans Annales du Midi, 1892, p. 537. 
1332... — Gui de Terrena, eveque d'Elne, de Tordre des carmes, 

inquisiteur extraordinaire dans le royaume (n. 125 bis, 127). 
[1333. — Jean Cerda, lieutenant de Tinquisiteur. Proces d^Inqui- 

sition contre Adhemar de Mosset., loc. cit., p. 577.] 
[•;.1357. — Jacques Dominici, inquisiteur general dans le royaume. 

Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 662. 
1395... — Pierre Riba = Ripae (n. 327). 
1413. — Division du royaume en deux circonscriptions inquisi- 

toriales (n. 335). 
1413. — Bernard Pages, inquisiteur des comtes de Roussillon et 

de Cerdagne. Ibid, 



1. Maitrc cn theologie, ne a. Vinasavary(Aude), inquisiteur dc Majorque, pui«, 
durant cinq ans, provincial de Toulouse (1343-1348), prieur de Prouille. Bernard 
'Gui, dans Martene, op. cil., t. vi« col. 432. 



XXX BULLAIRE DE l'iNQUISITIO^I FRANgAISE 

1413. — Guillem Segarra, inquisiteur des iles Baleares (n. 335) 
1417. — Frangois Sala, inquisiteur d'Aragon et du comte de 

Roussillon (n. 337). 
... — Bernard Moyl, inquisiteur de Roussillon (n. 335). 
...1420... — Antoine Murta, maintenu par Martin Y (n. 335) 

a rinquisition de Roussillon. 

6° Inquisiteurs de Poitiers, de Tours et de Bretagne [ord. praed.). 

1317, 1325. — Maurice de Saint-Paul (n. 13, 31, 32, 46, note 5). 
...1335-1343. — Jean Aufroid, ou Aufred = Aujredi (n. 143, 

note 6). 
... 1335... — AlainThomas, vicaire de Jean Aufroid : n. 143,158.] 
1343, 1344. — Arnaud Mandavin (n. 187, 194). 

7° Inquisiteurs dans le Lyonnais, la Franche-Comte, 
la Bourgogne et la Lorraine (ord. praed.). 

1298... — Gui de Reims, inquisiteur de Bourgogne (n. 26, note 2) 

avant 1310. — N..., inquisiteur de Lorraine. Fredericq, op.cit., 

t. I, p. 156, 159. 
1310 (?), 1312. — Geraud d'Auxonne, inquisiteur des provinces 

de Lyon et de Besangon (n. 8, 9, 10). 
1322, t 1323. — Pierre Candelari, inquisiteur dans les dioceses 

de Lyon, Macon et Clermont, nomme par le provincial de 

France. Annee dominicaine, Lyon, 1900, septembre, p. 89. 
...1326... — Garin de Bar, inquisiteur dans les dioceses de Besan- 

Qon, Geneve, Lausanne, Sion, Toul, Metz et Verdun (n. 65). 
t 1345. — Reginald de Rucesses, inquisiteur de Lorraine. Annee 

dominicaine, Lyon, 1893, juin, p. 116. 
... — 1356. — Jean de Fonte, inquisiteur de Lorraine, releve de 

ses fonctions par le provincial de France. Reichert, Acfacapi^ 

general. ord. praedic, t. ii, p. 374. 
...1364... — Jean Lemoine = Monachi^ inquisiteur dans la pro- 

vince de Besangon (n. 244). 
... — 1381. — Martin d'Amance, inquisiteur de Lorraine (n. 316), 
1398. — N..., inquisiteur dans la province de Besangon (n. 329). 
Avant 1420. ■ — Jean Brucelli, inquisiteur dans les dioceses de 

Besangon, Geneve, Lausanne, Sion, Toul, Metz, Verdun. Ripoll, 

op. cit,, t. II, p. 644 ; Hansen, op. cit., p. 455. 



INTRODUCTION XXXI 

1420, 1424. — Ulrich de Torrente, inquisileur comme le precedent. 
Ripoll, Hansen, loc. cit. 

S^ Inquisiteurs d*Auignon, de Prouence^ du Dauphine 
et de Sa^oie (ord. min.). 

[303. — Guillaume de Saint-Marcel (Wadding, Annal. min.y 

ad ann. 1303, n. 27), puis (1309) inquisiteur dans le royaume de 

Naples (ibid., ad ann. 1309, n. 4), et (1310) penitencier apos- 
tolique (ad ann. 1310, n. 10). 
,..1305, 9 aout. — Fr. Fortis. Archiv. Vatic, /n«<rMm., caps. vii, 
mn. 1305, n. 9, 10. 
„.1312... — Jean de Verunis. Reg. Clem. V, edit. Cassin., n. 8851 ; 

Eubel, Bullarium franciscan., t. v, n. 203. 
fl312-1328... — Michel Lemoine (n. 15, note 2). 
.1321... — Jacques Bernard (n. 33). 
...1321. — Catala Faure et Pierre Pascal de Saliente, commis- 

saires de Tinquisiteur de Provence dans le diocese de Valence, 

massacres par les heretiques : n. 33-35, 40.] 
1322-1332. — - Guillaume Astre (n. 49, note 3). 
1330, 1338. — Jean de Badis, d*abord inquisiteur pour le diocese 

de Marseille (n. 91, 120), puis inquisiteur de Provence (n. 171 his). 
1333, 1342. — Guillaume de Montrond = Monterotundo (n. 129). 
1336... — Guillaume Lombard, oflicial d*Avignon, re^oit un man- 

dat special d'inquisiteur in Curia (n. 150). 
...1352,1355. — Pierre de Montihus = Desmonts (n. 211, note 2). 
...1359... — Bernard de Podio = Dupuy, ou Delpech (n. 224). 
...1363, 1365. — Hugues de CardiUon (n. 232). 
1363... — Jean Richard, specialement charge du diocese d'Em- 

brun (n. 233). 
1364... — Bernard de Bosqueto = du Bosquet, del Bosquet, 

Delbousquet, auditeur du sacre palais, legat apostolique, 

inquisiteur extraordinaire en Provence, Savoie, Franche-Comte 

(n. 241-244). 
1365. — N..., inquisiteur dans la province d'Arles, et N..., son 

vicaire (n. 252). 
1366... — Etienne de Tegula, inquisiteur (peut*6trc occasionnel) 

in Curia (n. 261). 
1371-1393. — Fran^ois Borrelli (ou Borrilli) = Borrel, Bourret 

(n. 286, note 1). 



XXXIV BULLAIRE DE l'iNQU1SITION FRANQAISE 

porter nieme siir le provincial de Toulouse, s'il y avait avantagc 
a le preferer a tout autre religieux (n. 184-185). 

Au debut du xv^ siecle il semble que la pratique ait change. 
Cest le vicaire du provincial de Toulouse qui nommc Jean 
Dupuy, dont Jean XXIII ratifie le choix en 1414 (n. 344). La 
bulle remarque propriis terminis que c'est au provincial de Tou- 
louse que, « selon les privileges concedes a Tordre des freres pre- 
cheurs et a ce provincial, reviennent Tinstitution et la destitution 
de rinquisiteur dans cette province ^. » 

On trouvera d'autres exemples de nominations faites par les 
provinciaux. Celles de Jacques de Morey, inquisiteur de Paris 
(n. 312), de Guillem Astre et d'Antoine Alhaudi, inquisiteurs fran- 
ciscains de Provence (n. 71, 325); de Frangois Sala, inquisiteur 
d'Aragon et de Roussillon (n. 337). Les inquisiteurs de Tordre 
des carmes etaient eux-memes elus de cette maniere (n. 268). 

Et pourtant, la plupart des magistrats dont il est question dans 
nos documents doivent leur brevet a une autre autorite. Quel- 
ques-uns le tiennent de leur general. Aux termes de la concession 
de Clement V (n. 12), les inquisiteurs de Majorque devront etre 
designes par le maitre general des dominicains; et cette pratique 
se maintient durant tout le siecle (n. 197, 198, 327, 335). Les inqui- 
siteurs franciscains des iles de Corse et de Sardaigne sont choisis 
par leur ministre general (n. 309); enfin, Jean Tissier {Textoris), 
inquisiteur de France, doit sa charge a son superieur general (n. 317). 

D'autres, et c'est le grand nombre, la doivent directement au 
pape. En matiere d'Inquisition, comme en matiere de benefices, 
Tinitiative pontificale previent souvent celle des collateurs ordi- 
naires. II est vrai, le pape reprend Fexercice d'un droit qu'il n'a 
fait que deleguer. Pierre Brun (n. 59), Pierre Gui (n. 183), Pierre 
de Salgues (n. 207), Bernard Bosquarel (n. 321), Jacques Gilbert 
(n. 331), inquisiteurs de Toulouse; Aymon de Caumont (n. 162), 
Bonit Litel (n. 324), inquisiteurs de Carcassonne; Arnaud Manda- 
vjn (n. 187-188), inquisiteur de Tours; Teveque de Mariana, inqui- 



1. Ripoll, op. cit., t. II, p. 522. MSme note dans la bulle de Martin V, ratifiant, 
en 1422, le cho.x de Raymond de Tilio comme inquisiteur de Car assonne. II 
est dit que ce religieux a ete choisi par le provincial de Toulouse, habens ad 
hoc, ul dicelat, a prefata Sede [apostolica) potestatem. Ripoll, op. cit., t. ii, p. 610 
Ainsi le provincial de Toulouse avait conquis le droit dc nommer aux deiix 
Inquisitions de son ressort. 



INTRODUCTION XXXV 

siteur en Corse (n. 268); Guillem Segarra, inquisiteur des fles 
Baleares (n. 335), recoivent leur delegation directement du 
Saint-Siige. II est k remarquer que la plupart de ces brevets 
concernent des inquisiteurs languedociens. N'etait-ce pas, de la 
part des superieurs provinciaux du Midi, une fa^on elegante 
d*evincer leur confrere parisien? 

Si le pontife ne fait pas lui-mdme la nomination, il arrive que 
Telu presente cet acte a sa ratification. Cela advient pour Jean 
Tissier, elu du general (n. 317), pour Pierre Rive, que ce haut digni- 
taire a choisi, sur Tordre de Benoit XIII (n. 327), pour Frangois 
Sala, creature du provincial d'Aragon (n. 337), et pour Jean 
Dupuy, elu de celui de Toulouse (n. 340). 

Le brevet ordinaire delivre par le Saint-Siege ne conferait d'ail- 

leurs aucun privilfege nouveau : ni inamovibilite, ni exemption par 

rapport aux superieurs monastiques. Les provinciaux et les gene- 

raux des deux ordres mendiants pouvaient destituer m^me les 

creatures de la Curie ^. Mais il y avait des exceptions a ces r^gles 

susceptibles de devenir genantes. Le pape conferait parfois 

rinamovibilite a ses elus ou aux elus des superieurs monasti- 

ques. Cela advint surtout pour les inquisiteurs franciscains, 

•uxquels la coutume de leur ordre tie concedait qu'un mandat 

qui durait ordinairement cinq ans^ (n. 71). II n'etait pas rare 

que le pape, sollicite par les interesses, leur accordat de ne 

»ouvoir etre revoques par leurs superieurs, sine licentid Sedis 

ipostolicae, ou au moins sans motif grave. Notre Bullaire pre- 

lente trois concessions de ce genre ^ (n. 71, 312, 327), dont la 

lcuxi^me (n. 312) est en faveur de JacquesdeMorey, dominicain, 

[ue ses sup^rieurs ont promu depuisonzeansetauquelClement VII 

lonne, en 1379, de nouveaux pouvoirs, avec le privilege de Tina- 

lovibilite *. 



1. Bulles dlnuoceut IV (1246): Doat, t. xxxi, fol. 73-74; d'AIexandpe IV 
|1256) : Doat, t. xxxi, fol. 193; surtout Reichcrt, Acla capil. gen., t. ii, p. 295 
|chap. du Puy, cn 1344). 

2. L'evgque de Mariana re^oit de Gregoire XI un mandat qui est limit^ 
falemcnt a cinq ans (n. 268). 

3. On en trouve d'autrc8 dans Wadding, op. cil.,U vii, p. 8, ad ann. 1323. 
17; p. 225, ad ann. 1339, n. 1; p. 320, ad ann. 1375, n. 30. 

4. En revanchc, Clcmcnt VI rcstreiut a dcux ans le mandat d^inquisiteur qu'ii 
lonne a Michele Lapo, eu Totcane. Wadding» op.cit,, t. viii, p. 5, ad ann. 1347, 

10. 



XXXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

Dans tout ce qui ne concerne pas rexercice de leur magistrature, 
les inquisiteurs sont soumis a leurs superieurs locaux, provinciaux 
ou generaux, comme les autres religieux. Ce n'est pas qu'ils n'aient 
conquis peu a peu quelques privileges. Ils avaient surtout une 
tendance a s'emanciper du joug des prieurs conventuels. Le cha- 
pitre du Puy, en 1344, rappelle les juges dominicains au devoir 
de Tobeissance monastique. II leur defend de choisir leur soc us 
sans en referer au provincial et au prieur de leur couvent; il les 
avertit que leurs superieurs ont le droit de les corriger et meme 
de les destituer ^. Le chapitre de Bordeaux (1324), voulant pre- 
venir tout danger de prodigalite et de cupidite de leur part, exige 
qu'ils presentent, tous les ans, leurs comptes aux provinciaux. 
Ceux-ci revoqueront ceux d'entre euxqui serontreconnuscoupables 
de Tune de ces fautes ^. Le chapitre de Bourgesdel376prescrit aux 
inquisiteurs de resider dans les chefs-lieux de leurs ressorts. Le 
pape s'etant plaint de leur inertie, leurs superieurs veilleront a ce 
qu'ils remplissent leurs devoirs sans negligence ^. 

Divers autres chapitres avaientexpressementdefenduaux inqui- 
siteurs de se rendre aupres de la Curie sans Tautorisation de leur 
general *. Mais ils finirent par obtenir de Gregoire XI une bulle qui 
levait cette defense et qui leur permettait par surcroit de choi- 
sir, parmi les freres de leur province, tel socius qui leur agrccrait ^. 
Cette concession fut faite aussi aux moines de Tordre franciscain 
(n. 275). Ainsi la regle monastique flechissait en faveur de ceux 
que les papes protegeaient avec un soin particulier ^ 

11<* Personnel suhalterne. — Du personnel subalterne des tri- 
bunaux d'Inquisition, notre recueil ne nous fournit pas Foccasion 

1. Douais, Les freres precheurs en Gascogne, Paris-Auch, 1885, p. 55-56; 
Reichert, Acta cap. gen., t. ii, p. 295. 

2. Reichert, op. cit., t. ii, p. 153. 

3. Op. cit., p. 431. Le chapitre de Florence (1321) avait charge lcs provinciaux 
dc punir les abus de pouvoir et les exactions dont se rendraient coupables les 
iuquisiteurs (p. 134). 

4. Chap. de 1329, 1330, 1331, etc; op. cil., p. 192, 210, 219, etc. 

5. Voir les reglements des chapitres provinciaux de la province domini- 
Caine de Provence au xiii^ siecle, relativement aTInquisition dans le Midi de la 
France, dans Douais, Les freres precheurs en Gascogne, p. 63-65. 

6. Les papes marquaient souvent leur satisfaction aux inquisiteurs en les 
elevant a repiscopat. Ce fut le cas pour Bernard Gui (n. 44), Jean Duprat 
(n. 74), Pierre Brun (a. 59) et Guillaume Astre (u. 119). 



INTRODUCTION XXXVII 

de parler longuement. On aura releve, sur les listes donnees plus 
haut, quelques noms de vicaires ou lieutenants des inquisiteurs. 
Ce sont, dans la plupart des cas, des religieux appartenant au 
meme ordre que ceux-ci. Ils sont delegues, soit pour toute la cir- 
conscription, soit pour une partie, et Tinquisiteur leur donne les 
pouvoirs qu'il lui plait. Ils peuvent etre deputes ad universas 
causas. Mais il en est dont les pouvoirs sont plus restreints et qui 
prennent ordinairement le nom de commissaires. Ainsi, Menet 
de Robecourt, delegue a Montpellier, n'a que le droit, en rabsence 
de rinquisiteur et de son lieutenant, d'entendre et d'ecrire, par 
maniere d'information provisoire, les depositions et les aveux 
en matiere de foi. Dans la suite, il exer^a les memes 
fonctions a Albi et les ridicules tracasseries qu'il fit subir aux 
citoyens de cette ville, ses « oppressions » et ses « corruptions » 
lui valurent d'etre poursuivi devant le tribunal de BenoitXII. II 
fut condamne, et le pape blama nettement celui qui lui avait 
donne un mandat qu'il etait incapable de remplir. Le cardinal 
Fournier avait deja reprouve, comme abusive, la pratique qui 
consistait a confier des enquetes a un simple notaire (n. 176). 
Les documents ayant rapport a cet officier sont parmi les plus 
interessants du recueil (n. 28, 154, 176, 186). 

Relevons la mention d'autres notaires (n. 19, 142, 180, 201, 204, 
205, 215, 221, 223, 256, 326); de jures et de familiers du Saint- 
Office(n. 176, 200) ; de gedliers de prisons (n. 219) et de sergents 
(n. 171 hls, 205,206), auquelslepape accorde des benefices ou confie 
des missions. Notons aussi un assesseur, ou juge adjoint, et des 
conseillers du tribunal de Carca?sonne (n. 205-20 )). Enfin une bulle 
de 1414 rev^Ie Texistence, aupres de Tlnquisition de Provence, 
de deux promoteurs de la foi, Tun pour Teveque, Tautre pour 
rinquisiteur (n. 343 et note 3) : et c'est la une nouveaute, qui 
|ira, peu a peu, s'ctablissant partout. 

12° Exemptions. — Les officiers de Tlnquisition etaient exempts 
de la juridiction seculiere. IIs pretendirent quelquefois Tetre aussi 
des impositions et des taxes levees par ordre du roi ou des magis- 
[trats municipaux. Un conflit s'eleva a ce propos vers le milieu 
du XIV® siecle, entre les consuls de Carcassonne et quelques con- 
seillers, notaires et jures de Tlnquisition. Munis de Tautorisalion 
du roi de France,les consuls avaient compris dans la repartition 
des tailles et imp6ts plusieurs subalternes du tribunal alors prc- 



XXXVIII BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

side par Aymon de Caumont. Ceux-ci refuserent de s'executer, 
pretextant Timmunit^ du Saint-Office. Les consuls passerent 
outre et procederent a une saisie de gages, en attendant le regle- 
ment du differend. L'inquisiteur prit fait et cause pour ses 
subordonnes et invoqua les privileges conferes a son tribunal, 
soit par le Saint-Siege, soit par le roi de France. II fit somma- 
tion aux magistrats municipaux de restituer les gages saisis de force 
et, comme les consuls n'avaient cure d'obeir, il les excommunia. 

L'alTaire fut portee au tribunal de Clement VI, qui, afin d'eviter 
aux parties les desagrements et les longueurs d'un proces, leur pro- 
posa d'etre pour elles un compositeur amiable. Etienne Aubert, 
cardinal du titre des Saints-Jean-et-Paul, presida aux pourparlers 
et parvint a etablir par compromis que Texemption de tailles, 
impots et gabelles ne serait, a Tavenir, concedee qu'a trois 
conseillers, officiers, ou jures et a un notaire de Tlnquisition. Les 
autres agents du tribunal rentreraient dans le droit commun. 
L'exemption des quatre privilegies serait entierement a la dispo- 
sition de Tinquisiteur, qui pourrait en faire beneficier qui bon lui 
semblerait, pour le temps qu'il lui plairait, la faveur etant trans- 
missible d'un officier a Tautre a volonte. En outre, on convint que 
chacun des membres de Tlnquisition observerait les statuts 
municipaux existants et a venir, sous peine des sanctions portees 
contre les infracteurs (n. 205-206). 

Cette convention equitable ne parvint pas a empecher que les 
difficultes recommenQassent quelques annees plus tard, a pro- 
pos des droits de fouage et des contributions extraordinaires 
levees pour la refection des murailles du bourg. On discuta encore; 
rexcommunication fut fulminee, et on revint devant le pape. 
Cette fois aussi un compromis termina le litige. Les quatre offi- 
ciers exempts durent payer les taxes pour Tentretien des murs de 
la ville (18 mai 1372 i). 

13° Gages et frais. — L'exemption des impots n'etait pas le 
seul avantage que procurat aux officiers de Tlnquisition leur 
collaboration a la defense de la foi. Chacun d'eux, depuis Tinqui- 
siteur jusqu'au simple familier, percevait des gages, qui, le plus 
souvent, etaient payes par les caisses du roi. Glanons dans notre 
recueil quelques renseignements sur cette mati^re. 

1. Doat, t. XXXV, fol. 136 vo, 161. 



INTRODUCTION XXXIX 

On admettait partout, au moins en principe, que les frais de 
rinquisition devaient etre a la charge de quiconque — roi, sei- 
gneurs, prelats — beneficiait des biens confisques. Mais, en prati- 
que, les interesses se faisaient souvent prier pour s'executer. 
Les papes n'ayant etabli aucune regle precise, on tatonna long- 
temps, au desespoir des inquisiteurs ^. 

En France neanmoins, la question etait reglee depuis saint 
Louis, pour les territoires de la couronne. Les caisses des EncourSy 
ou produits des confiscations, devaient subvenir aux gages du 
personnel ct aux depenses de Tlnquisition. Pour son compte, Tin- 
quisiteur de Carcassonne percevait dix sols par jour^ (1246). 
En 1322, Arnaud Assalhit, procureur des encours. payait tous 
les frais de Tlnquisition de Carcassonne; il servait a Tinquisiteur 
un traitement de 150 livres par an ^. En 1337, le fisc des encours 
soldait toujours les depenses du Saint-Ofiice toulousain *. 

Mais alors survinrent la guerre d'AngIeterre et les incur- 
sions des compagnies de routiers; survint aussi la disette 
d'heretiques. Les confiscations ne donnant que d^insufiisantes 
ressources, Tlnquisition eut de la peine a vivre. En 1364, pour 
faire face aux depens du proces des routiers, inculpes de propos 
malsonnants, et a ceux de leur entretien dans les prisons, le pape 
Urbain V imposa les eveques de la region narbonnaise. Les con- 
tributions permirent de couvrir les depenses de Tinquisiteur et 
de son notaire (n. 246, 255). 

Quelques annees plus tard, le tresorier royal, ne pouvant meme 
plus solder le traitement du juge principal, ordonna la levec d'un 
impdt de 26 livres tournois dans la ville de Carcassonne ^. 

Dans le sud-est la situation n'etait pas plus brillante. La cam- 
pagne engagee par Gregoire XI contre les vaudois du Dauphine 



1. Voir, sur ce chapitrc, Lea, Uist. deVInquis.,t. i, p. 592 sq. Onn*a pas oubIi6 
que rinquisiticn avait du Hre suspendue en Bourgogne, au milieu du xiii® sidcle, 
parce que les ressources y manquaient. 

2. Dom Vaissete, Histoire de Languedoc, ed. Privat, t. viii, col. 1206. Saint 
Louis avait decide que les seigneurs qui percevaient les droits d'encours contri- 
bueraient k rentretien des prisonniers. Op. cit.^ t. yiii, col. 1435-1436. 

3. Mahul, Cartulaire, t. v, p. 672. 

4. Hist. d? Languedoc, t. x, Preuves, col. 791-792, 802. Cette ann^e-l&, l'in- 
quisiteur Pierre Brun re^oit 140 livres, 10 sols (n. 802). 

5. Chronique de Hardit^, ad ann. 1868; His/. de Languedoc, t. x, Preuves 
col. 50. 



Xr BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

et de Provence faillit etre compromise par rinsuffisance des res- 
sources, autant que par Thostilite des seigneurs, le mauvais vou- 
loir des officiers royaux et Tindolence des prelats. Nul ne voulait 
contribuer aux frais. Le pape commenga par demander au roi de 
France de faire observer dans toutes les provinces de sonroyaume 
Tusage languedocien des pensions servies par TEtat ou, si cette 
pratique ne lui agreait pas, de decider que les ofTiciers royaux 
abandonneraient aux inquisiteurs la part qui leur revenait de 
droit sur les confiscations (27 mars 1373; n. 277). 

II ecrivit aux eveques de France pour les engager a se faire, 
aupres du souverain, les avocats des desirs pontificaux. II leur 
laissait clairement entendre qu'a defaut du roi, il leur appartien- 
drait a eux-memes, pour qui, somme toute, les inquisiteurs tra- 
vaillaient, de payer les frais du tribunal (n. 278). 

Ce furent les prelats qui durent s'executer, a la place du roi et 
des seigneurs. Le 17 juin 1375, le pape imposa aux eveques des 
provinces d'Aix, Arles, Embrun, Vienne et Tarentaise une contri- 
bution extraordinaire payable en six annuites : la premiere etait de 
4 000 florins, les cinq autres chacune de 800 florins ^. A cet effet, 
les revenus provenant des restitvitions et des legs incertains demeu- 
raient, dans chaque diocese, frappes d'une sorte d'hypotheque 
pour Tequivalent de la quote-part episcopale. Les sommes 
realisees de la sorte devaient servir a la construction de prisons 
inquisitoriales a Embrun, Vienne et Avignon, a Tentretien des 
prisonniers, aux gages des juges et de leurs agents (n. 296). L'eve- 
que d'Avignon etrinquisiteur Frangois Borrel, charges depercevoir 
le subside, eurent pouvoir d'user des censures ecclesiastiques 
contre les contribuables mal disposes (n. 297). 

Deux mois plus tard, Gregoire XI mettait encore a la charge 
de Tepiscopat et du clerge des cinq provinces les depenses et 
rentretien d'un inquisiteur special qu'il venait de nommer : 

1. Clement VI et Innocent VI avaient deja use du meme moyen a Fegard 
des eveques d'Allemagne, a la priere de Tinquisiteur Jean Scadelant. La contri- 
bution imposee aux prelats des provinces de Mayence, Cologne, Treves, Salz- 
bourg, Magdebourg et Breme, etait de 580 florins d'or. Mais les contribuables 
ne mirent aucun empressement a s'executer. Les papes avaient envoye lettres 
8ur lettres, en 1349, 1353, 1355. L'inquisiteur se plaignait, en novembre 1357, 
de n'avoir encore rien re^u. Archiv. Vatic, Supplicat., t.xxvii, fol. 271 v"; 
Sauerland? Urkunden und Regesten zur Geschlchte der Rheinland, aus den 
Vatikanischen Archii^en, Bonn. 1907, t. iii, n. 777; t. iv, n, 66, 67, 253. 



INTRODUCTION XLI 



reveque de Massa. La provision journaliere de ce personnage 
etait fixee a 4 florins (13 aout 1375; n. 301). 

En octobre de la meme annee, le pape expliqua que Tentretien 
des prisonniers devait etre a la charge des prelats dont ces prison- 
niers etaient les sujets, sauf a repartir les depenses des eveques 
qui seraient, de ce chef, trop lourdement oberes, entre ceux qui 
auraient moins de frais (n. 302). Mais les exacteurs de la contribu- 
tion paraissent s'etre heurtes a une mauvaise volonte, ou a une 
indiflerence deconcertantes; si bien que lc pape, oblige de revenir 
au premier expcdient, pressa encore le gouverneur du Dauphine 
et son conseil de faire Tabandon d'une part des confiscations 
(18 mai 1376; n. 305). Puis il soUicita la charite des fideles pour 
rentretien des heretiques dans les prisons (n. 308). 

II fallait tirer, au plus tot, le tribunal de la foi de rembarras oii 
le jetait fabstention de tout le monde. Enfm, apres dc vifs debats, 
le roi consentit, en 1378, au paiement de 190 livres tournois par 
an pour Tlnquisition dauphinoise. 

Cette ordonnance tomba en desuetude durant le Grand Schisme, 
car, lorsqu'AIexandre V voulut subvenir aux frais de Pons Feu- 
geyron, qu'il nommait inquisiteur dans ces contrees (1409), il prit le 
parti de taxer les juifs d'Avignon; sauf, si les juifs ne rendaient 
pas, a solliciter de nouveau la gcnerosite des cveques (n. 339). Mais 
les eveques du xv^ siecle ne furent pas mieux disposes que leurs 
predecesseurs. L'archeveque d'Embrun laissait Tinquisiteur Pierre 
Faure dans un tel denuement que ce religieux declare, en 1432, 
que son extreme pauvrete ne lui permet pas de se rendre au concile 
de Bale. II n'a pas re^u un denier de Tfiglise de Dieu; on ne lui 
sert point de gages, et pourtant il a deploye durant deux ans une 
grandc activite contre les heretiques de TEmbrunois ^. II etait, 
heureusement, en bon fils de saint Frangois, habitue aux priva- 
tions. Au reste, il n'y avait pas que des religieux mendiants qui 
travaillassent a la defense de la foi pour la seule gloire de Dieu. 
Vn des predecesseurs de Pierre F'aure a Tlnquisition de Provence 
recommanda (1394) a Benoit XIII, pour une expectance de bene- 
fice, un notaire de son tribunal, qui avait, durant dix ans, exerce 
ses fonctions sans recevoir le moindre honoraire, car « cet olTice ne 
rapportait rien » (n. 326). 

1 MarttMie, lV/^r»/m scri ptorum nmpliftft. coUect., Varifi, M33, i. viii, coi, liil. 



XLII BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE 

14° Maisons et prisons. — Dans les villes d'Inquisition, le tri- 
bunal est etabli soit dans un hotel special, soit dans le couvent 
qu'habite le juge, soit dans un des appartements de revcche. A 
Toulouse, a Auch ^, Tlnquisition est logee chez elle. A Avignon, 
un logis attenant au couvent des franciscains a ete amenage en 
pretoire et on y conserve les archives du greffe. II n'est point 
inhabitable, puisque, en 1331, durant une absence de rinquisiteur 
Guillaume Astre, des prelats et des religieux franciscains s'y 
installent, si bien qu'il faut recourir au pape pour les en deloger. A 
Vienne, Tlnquisition a son hotel, a partir de 1376. Gregoire XI 
rinstalle dans une maison du chapitre metropolitain, pres de 
rhopital de la ville (n. 307). A Perpignan, le Saint-OfTice n'a 
pas d'autre residence que le couvent des freres precheurs (n. 327). 
A Carcassonne, a Angouleme (n. 194), de meme. 

Quant aux prisons, nous n'en parlons ici que pour signaler celles 
que reveque de Mirepoix fait construire dans sa ville episcopale, 
ce dont Jean XXII le felicite en 1325 (n. 62); celles que Gre- 
goire XI ordonna de batir a Arles, Embrun et Avignon (n. 295- 
296); celle qu'il fit etablir a Vienne dans un local de la maison 
archiepiscopale appele Palais i>ieux (n. 306). 

Le concile de Vienne (decret Multorum) avait etabli le regime 
de surveillance en partie double qui etait applique dans ces pri- 
sons. L'eveque et Tinquisiteur y entretenaient chacun leur geolier; 
toutes les portes des cellules avaient deux cles, une pour chaque 
geolier, et Tun et Tautre de ces officiers pretaient serment devant 
Teveque et devant Tinquisiteur. Or ces dispositions etaient, pa- 
rait-il, violees par Guillaume Chevalier, inquisiteur de Carcassonne 
au temps de Teveque Pierre de Cros. Celui-ci se plaignit a Urbain V 
de ce que ce religieux lui contestat le droit d'avoir un geolier aupres 
d'un des cachots de la Mure de Carcassonne, et de tenir une des 
cles de ce cachot. De plus, Tinquisiteur pretendait rempecher de 
recevoir le serment des notaires et des autres subalternes du tri- 
bunal. Cetait un relief des vieilles disputes. La rivalite des deux 
juridictions persistait en depit des lois conciliatrices. Le pape 
chargea (1364) Teveque de Saint-Papoul de faire respecter ces lois, 
si elles avaient ete violees par Finquisiteur (n. 251). 



1. Ainsi qu'il resulte d'une note du Registre 32 des Collecioriae (archives du 
Vatican), fol. 74 v° : Hospitium no^'um quod {'ocatur Inquisitionis (ad ann. 1370- 
1371). 



INTRODUCTION XLIII 

III. — LES justiciabi.es de uinquisition francaise 

AU XlVe Sl£CLE 

Ceux que rinquisition recherche et punit au xiv* si^cle, ce sont 
les adeptes de rheresie, quelle qu*elle soit et quels qu*ils soient : 
partisans des vieilles erreurs : albigeoise et vaudoise; d'erreurs 
plusrecentes : fraticelles, beguins, beghards; apostats judalsants 
ou islamisants ; inculpes de schisme ou de tendances schismatiques ; 
fervents de pratiques superstitieuses et de sciences occultes; enfin 
blasphemateurs, excommuni^s et, exceptionnellement, concubinai- 
res. Trois esp^ces de criminels provoquerent particuli^rement 
rintervention des papes du xiv® siecle : les vaudois du Dauphin^, 
les fraticelles du Midi et les sorciers d'un peu partout. Les autres 
ne tiennent que peu de place dans ce recueil. Aussi nous borne- 
rons-nous, surleur compte, a de brfeves remarques. 

l*' Ualhigeismey la grande her^sie du xiii® siecle, est presque 
(^teint au xiv^, et des derniers efTorts faits par Tlnquisition lan- 
guedocienne pour en achever Textirpation, au d^but du sifecle : 
des travaux de Bernard Gui, k Toulouse, de GeofTroi d'Ablis et de 
Jean de Beaune, a Carcassonne, de Bernard de Castanet, a Albi, 
et de Jacques Fournier, a Pamiers, il n'est dit mot dans ce recueil. 
Un seul document ordonnant Textradition de quatre justiciables 
de ce dernier prelat refugies en Aragon interesse Talbigeisme du 
pays de Foix (n. 53). Et puis, il y a les bulles qui se rapportent a 
la liquidation de procedures trainant depuis des annees dans les 
fjreffes languedociens (n. 17, 21, 106, 166) ou a la correction des 
abus (n. 3-7, 176, 181, 186, 189) reproches a certains juges; mais 
elles n'ont qu*une relation indirecte avec Terreur; et, d'ailleurs, 
il en sera question plus loin. 

20 Les juijs et les paiens etant toleres par rj^^glise, ses tribu- 
naux n'ont a connaitre de leurs croyances religieuses que si, apres 
s'etre convertis au catholicisme, ils reviennent au judaisme ou 
a rinlidelite, iit canes ad vomitum. On les traite alors en apostats. 
Gregoire XI signale, en 1372, aux inquisiteurs, afin qu'ilsles re- 
cherchent, les chretiens apostats qui ont renie le Christ pour aller 
a Mahomet et les Maures qui sont revenus a Mahomet apres s'etre 
convertis au Christ (n. 272). — Quant aux chr^tiens qui nouent 
des relations avec les fils de rislam, qui lonr rendent des services. 



XLIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANQAISE 

font le commerce avec eiix, aident a leur ravitaillement en navires, 
en vivres et en denrees, toutes choses defendues par les con- 
ciles et les papes, ne peut-on pas les assimiler a des fauteurs du 
paganisme? Cela parait ne faire aucun doute pour Jean XXIP, 
quilivre a rinquisition jusqu'aux doctrinaires qui enseignent que 
tout cela est licite (n. 66 bis). Cest une premiere extension de 
la competence des inquisiteurs. 

Les memes rigueurs atteignent les convertis d'Israel retournes 
a la loi de Moise et leurs fauteurs. Divers papes du xiii^ siecle 
avaient place cette nouvelle espece dans les attributions de Tlnqui- 
sition 2. Ceux du xiv^ provoquerent ou faciliterent, a cet egard, 
Taction des tribunaux. Benoit XII (1338) pourvoit desarecom- 
mandation les emissaires de Tinquisiteur de Provence, charges 
de debusquer un apostat judaisant, en Savoie et en Dauphine 
(n. 171 bis). Innocent VI (1359) donne des lettres du meme genre 
a un inquisiteur qui va rechercher des coupables de cette espece 
jusque dans TAragon et la Castille (n. 224-229). Urbain V (1364) 
invoque la cooperation du senechal de Provence, du comte de 
Savoie et des seigneurs de ces pays pour la capture de juifs here- 
tiques, desiree par Hugues de Cardillon (n. 235). Enfm, Cle- 
ment VII, en 1387, et Alexandre V, en 1409, s'emploient a faci- 
liter ou a provoquer Tintervention des inquisiteurs soit contre 
ces apostats et leurs partisans, soit contre les juifs qui font du 
proselytisme parmi les chretiens (n. 322, 338). 

Tout en ordonnant la repression de ce crime d'apostasie, les 
papes veillaient a ce que les tribunaux observassent, a Tegard 
de tels prevenus, les regles ordinaires de la procedure. Certains 
inquisiteurs, suivant en cela les prejuges communs au moyen age, 
avaient quelque tendance a supprimer, dans les causes des juifs, 
les dispositions du code iiiquisitorial favorables aux accuses. 
Innocent VI (1360"* rappelle arobservationintegrale de cesregles 
les inquisiteurs de Provence, auxquels les juifs de leur ressort 
reprochaient de ne ermettre a ceux d'entre eux qu'ils poursui- 
vaientnidepresenter leur defense,ni d'avoircopie des temoignages. 
Au surplus, ces juges se dispensaient de recourir aux eveques dio- 
cesains pour proceder aux actes importants, tels que rcmpri- 
sonnement, la torture et la sentence (n. 230). 

1. Bulle du 5 septembre 1324, Raynaldi, An^mles, ad ann. 1324, n. xi.iv. 

2. Voir n. 2.^10, note 1. Sexl., lib. V, tit. n, cap. 13. 



IMRODUCTION XLV 

Grejroire XI (1372) dut aussi, a la requete des juifs de Provencc, 
d'Avignon et du Comtat, reediter les dispositions d'une buUe de 
Boniface VIII, se rapportant a un autre detail de procedure. Ce 
pontife avait decrete par lettre speciale que la regle selon laquelle 
la revelation a Taccuse des noms de ses accusateurs devait tou- 
jours se faire, sauf le cas d'un danger possible pour ceux-ci, s'eten- 
droit aussi aux prevenus israelites. Or, les inquisiteurs de Provence 
n'avaient cuie d'observer cette r^gle, sous pretexte que les accuses 
etaient puissants et riches (n. 269-271). 

Quelques annees plus tard, Clement VII prit a Tegard des juifs 
des provinces de Sens, Reims, Rouenet Lyon, une mesure autre- 
ment radicale. Les inquisiteurs faisaient subir a certains de ces 
malheureux de si injustes traitements que le pape leur enleva le 
droit de connaitre des causes des israelites et le transfera aux curies 
diocesaines (n. 318). « Si la perfidie des juifs est condamnable, 
il cst ])0urtant utile aux chretiens de conserver ceux qui ont garde 
les figures du Christ. wCest la raison traditionnelle pour laquellc 
les papes ont toujours protege les fils d'Israel. 

3® Parmi les justiciables de Plnquisition prevenus dc ten- 
dances schismatiqueSj il faut probablement s'abstenir de placer 
le dominicain Thomas Walleis, incarcere par Pinquisiteur d'Avi- 
gnon, au temps de la dispute sur la vision beatifique. Le bruit 
courut qu'il avait ete apprehende pour son hostilite a Topinion 
personnelle de Jean XXII et a cause d'un sermon dans lequel il 
avait anathematise les negateurs de la vision beatifique immediate. 
la suite du proces demontra qu'il s'agissait d'autre chose, et 
Jean XXII protesta, aupres du roi de France, qu'il n'avait aucune 
part dans cette arrestation (n. 129 et notes). Quand bien meme 
le pape n'aurait pas ete etranger a cette mesure, ni non plus 
le motif repandu dans la foule, Walleis ne pourrait etre tenu pour 
schismatique. Tout au plus a-t-il manifeste trop vivement qu'il 
rejetait ropinion du pontife. On sait que Benoit XII fit du senti- 
ment <ju'il soutenait un dogme de foi. 

II ne faut pas non plus prendre au tragique le cas de ces routiers 
que rinquisition de Carcassonne, avec Taide de la foule ameutee, 
fit passer, en 1364, des prisons seculieres dansles cachots du Saint- 
Office, sous pretexte de propos contre la foi et specialement contre 
Tautorite du pape qu'on les avait entendus proferer. II s'agissait 
plutot de gens charges de crimes de droil commun, — dont Tln- 



XLVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE 

quisition connut d'ailleurs par faveur speciale (n. 249), — de 
soldats pillards, homicides, incendiaires, coupables de viols, de 
sacrileges, de pillages d'eglises. Ils ont du ajouter a ce bagage des 
pratiques de sorcellerie, des blasphemes, des grossieretes theo- 
logiques et des insultes a Tadresse du pape. Tout cela leur valut 
d'etre condamnes. Mais il semble que ce ne fut pas ala peine capi- 
tale. L'un des principaux fut delivre de ses chaines au bout de 
quelques annees (n. 234, 236 et notes). 

Des schismatiques a peine plus authentiques que les precedents, 
ce sont les partisans des diverses obediences du Grand Schisme, 
par rapport a leurs adversaires. L'histoire impartiale ne voit, 
durant cette douloureuse periode, de schismatiques dans aucun 
camp. Mais les deux et trois camps s'anathematisaient mutuel- 
lement et usaient les uns contre les autres de toutes les armes a 
leur portee. L'Inquisition ne fut pas oubliee. Signalons la lettre 
d'Alexandre V, tragant a Pons Feugeyron (1409) les limites de 
sa competence. Les adversaires du concile de Pise et de la pa- 
paute qui en est issue s'y trouvent compris (n. 338). Un de ces 
adversaires, Pinquisiteur toulousain Etienne Lacombe, avait mis 
en mouvement son tribunal contre des moines dominicains ct 
franciscains qui avaient fait adhesion au pape pisan. Lui-memc 
6tait reste fidele a Benoit XI IL II dut s'en expliquer devant 
rarcheveque de Toulouse, delegue par Jean XXIII (n. 340). L'In- 
quisition, elle aussi, se trouva divisee durant la crise generale ^. 

4*^ Les blasphemateurs et surtout les excommunies, contempteurs 
de la censure, etaient assimiles a des heretiques, lorsque leur fait 
n'ctait pas imputable a la negligence ou a la legerete. Le blaspheme 
simple demeuraitreserve auxcuries diocesaines. Urbain V rappela 
cette regle a Guillaume Chevalier, inquisiteur de Carcassonne 
(1366), qui depassait souvent les bornes de sa competence (n. 259). 
Le successeurde ce juge, Pierre de Matriolis, ayant la meme pro- 
pension, fit un jour un proces a un bon chretiende Caunes en Miner- 
vois, ancien consulet marguillier de sa paroisse, qui avait profere 
par inadvertance quelques blasphemes contre Dieu et contre la 

1. Des prevenus authentiquement schismatiques, c'etaient les fraticelles 
et les beguins, ceux surtout qui faisaient adhesion a Louis de Baviere et a l'anti- 
pape Nicolas V. Nous allons les retrouver sans tarder. Signalons cependan^ 
des ici, le medecin Felicien d'Assise, sous-diacre, familier de Louis dc Baviere, 
qui nc parait pas avoir fait parlie de rordrc des freres minours (n. 118). 



INTRODUCTION XLVII 

Madonc. Benoit XIII deputa deux chanoines pour lui faire rendre 
justice (n. 333). Pierre de Marvejols, successeur de P. </e iV/afrioZis, 
Iracassa cncore plus grievement un autre blasphemateur, dout 
Jean XXIII regut les plaintes (n. 341). 

Le fait de tenir bon soi:s rexcommunication encourue pour 
iin manquement disciplinaire ne constitua surement un crime 
contre la foi qu*a partir du concile de Trente ^. Mais, bien avant 
ce concile, la tendance generale etait de considerer comme sus- 
pects d'heresie 4es excommunies contumaces. On n'avait aucun 
doute qu'ils le fussent en elTet, s'ils avaient encouru cette censure 
pour un delit de doctrine et s'ils avaient neglige de s'amender. 
Quant aux autres, saint Louis avait trace une ligne de conduite 
pour leur punition, en Languedoc. Au bout d*un an, s'ils ne 
s'etaient point soumis, on confisquait leurs biens ^. 

Papes et inquisiteurs scvirent aussi, au nom de la foi outragee, 
contre de tels obstines. Boniface VIII pressait, en 1294, Pinqui- 
sileur de Carcassonne de poursuivre les magistrats de Beziers, 
qui ne faisaient aucun cas des foudres de rEglise ^ GeolTroy 
d'Ablis traita en heretique Jean de Pecquigny, commissaire royal, 
excommunie pour obstruction au Saint-Ofiice, sous pretexle 
(ju^ayant fait appel de cette censure au tribunal du pape, il etait 
rcste plus d'un an sans se faire absoudre (n. 4). 

En 1301 et en 1303, des conciles de Reims ordonnerent la pu- 
nition des excommunies, comme heretiques, apres deux annees 
de contumace *. En 1398, Benoit XIII prit 1'initiative de mesures 
repressives de ce genre contre certains paroissiens de Morteau, 
111 dioc^se de BesanQon, qui se trouvaicnt depuis fort longtemps 
sous le coup de censures dont ils refusaient de solliciter 1'absolu- 
lion (n. 329). On se souvient que Pinquisiteur de Toulouse Jean 
Dupuy fit un proces a certains clercs limousins coupables d'une 
semblable negligence ^ Enfm Nicolas Eymerich, inquisiteur 
d'Aragon, trouvait tout naturel que Tlnquisition connut des delits 
de ce genre; et elle en connaissait, eilectivement, dans le pays 
ou vecut 1'auteur du Directorium ®. 

1. Sesaion xxv, De re/orni.t cap. 3. 

2. Ordonnances des rois de France, Paris, 1723, t. i, p. 52. 

3. Histoire de Languedoc, t. ix, p. 199-200. 

4. Fredericq, Corpua..., t i, p. 150. 

5. Ripoll, op. cil., t. II, p. 533. 

G.Director. inquisil., cd. Pegna, Rome,1587, Ih' part., qus^t. xlvii, p. 300-361 . 



XLVIII BULLAIRl!; DE L INQUISITION 1 RANgAISE 

5° Les gens de Morteau, dont Tobstination provoquait Tin- 
tervention de Benoit XIII, s'etaient en outre rendus coupables 
de crimes de droit commun : adultere, inceste,concubinage,stupre, 
pour lesquels ils se vantaient d'avoir rimpunite. Le pontife vou- 
lut que Tinquisiteur et rofficial reprimassent ces desordres. Lc 
premier fut ainsi amene a s'occuper de delits qui n'etaient pas 
de sa competence ordinaire (n. 329). Gregoire XI (1375) avait 
aussi donne pouvoir a Tinquisiteur Frangois Borrel et a Teveque 
de Massa contre les clercs et les religieux concubinaires des pro- 
vinces de Vienne, Embrun et Tarentaise, que leurs prelats, du- 
ment requis, auraient neglige de punir (n. 300). Enfin, Pons Feu- 
geyron regut d'Alexandre V un surcroit de facultes debordant la 
competence Ordinaire de Tlnquisition contre des criminels de 
droit commun, notamment contre les usuriers (n. 338). Au reste, 
Nicolas V remettra plus tard a Hugues Negre {Nigri), inquisiteur 
en Languedoc et en Gascogne, le droit de punir non seulement le 
blaspheme et la sorcellerie, mais encore les actes sacrileges et 
les crimes contre nature ^. Les vrais heretiques manquant, Tln- 
quisition se rabattait sur les criminels qui pouvaient leur ctre 
assimiles. 

6^ Une des especes qui se pretaient le plus frequemment a cettc 
assimilation,c'etait le crime de sorcellerie,sous ses formes diverses : 
divination, magie, sortilege, alchimie, surtout culte des demons 
et pactes demoniaques. Cetait la plaie du temps. La cure medici- 
nale qui en fut faite occupa, durant de longues annees, aussi bien 
les cours civiles que les ofTicialites diocesaines, les tribunaux d'In- 
quisition et la justice personnelle des papes. Notre recueil contient 
des pieces se referant a Tceuvre de ces trois dernieres juridictions. 

La distinction entre les pratiques simplement superstitieuses 
et la sorcellerie et roccultisme ayant saveur d'heresie avait ete 
posee par Alexandre IV, en 1260. Devins et sorciers de marque 
commune devaient etre abandonnes aux curies diocesaines; seuls 
les cas compliques de theories et d'actes heretiques etaient de la 
competence du tribunal de la foi ^. On s'en tint jusqu'a nouvel 
ordre a cette distinction, sauf a se disputer dans la pratique sur la 
realite de la sa^eur heretique. 



1. Ripoll, op. cil., t. III, p. 301. 

2. Ripoll, op. cit., t. I, p. 388 ; Se.iL, Ib. V, tit. n, cap. 8, § 4. 



INTRODUCTION XLlk 

Jean XXII contribua a accentuer la repression de ces crimcs. 
A deux reprises, en 1320, par Tentremise du cardinal Guillaume 
(lOudin, et en 1330, par lui-meme, il pressa les inquisiteurs et les 
prelats des provinces de Toulouse et de Narbonne de punir les 
individus reconnus coupables de ces pratiques criminelles : invo- 
cateurs des demons et ceux qui concluaient avec eux des pactes 
impies; fabricateurs et baptiseurs d'images de cire; envouteurs 
et sorciers; profanateurs des sacrements de Tfiglise, en particu- 
lierdereucharistie. Le pontife ne distinguait plus entre supersti- 
lions simples et superstitions melees d'heresie.Tous les cas enon- 
ces dans ses lettres etaient consideres comme des attentats contre 
la foi (n. 30 bisj 103). D'ailleurs, les fideles furent avertis que qui- 
conque s'adonnerait a ces pratiques condamnees et, apres avoir 
regu sommation de les cesser, persisterait dans son erreur, serait 
iraite comme heretique. Le meme sort attendaitles detenteurs de 
livres de magie qui n'en feraient pas livraison dans les huit jours 
(n. 72 bis). L'insistance du pape prouve que cette afTaire lui tenait 
a ccEUP. Lui et ses successeurs s'occuperent de plusieurs cas, soit 
en les recevant en appel, soit en les faisant juger pour leur compte. 

En 1319, Jean XXII commande a Jacques Fournier, eveque de 
Pamiers, de proceder contre trois sorciers, envoAteurs et invo- 
cateurs de demons detenus dans les prisons episcopales (n. 24). 
En 1323, il charge trois commissaires de faire justice d'un moine 
de Figeac, inculpe d'alchimie, de necromancie, de divination, 
d'envoutement et de fabrication de fausse monnaie (n. 50). En 
132G, un cardinal est depute pour juger un chanoine de Saint- 
Caprais d'Agen, captif dans les prisons pontificales, sous Tincul- 
palion d'occuItisme demoniaque et de magie (n. 67). La meme 
annee, trois autres cardinaux s'occupent des gestes d'un groupe 
(l'envoilteur8 et d'invocateurs du demon, quelacurie diocesainede 
Toiilouse a interroges, puis remis aux mains des officiers royaux, 
cjui les ont conduits a Paris et, de la, a Avignon (n. 72, 72 bis). 
L'annee suivante, c*e8t un moine de Valmagne, au diocese d'Agde, 
que lepapeenleveautribunalderevequeet fait conduire iiAvignon 
(n. 77). En 1331, c'est rappel de deuxjusticiablesde rinquisition 
de Paris, qui se pretendent indfiment charges du crime d'herp.sie 
et de sorcellerie (n. 109-111 ^). 

Le defile des cas de sorcellerie continue sous Benoit XII, 

1. Voir ciicore n. 29, 30. 



L BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

avec le noble Herve de Trevalloet qui se dit faussement 
inculpe d'envoutement (n. 143); le clerc Guerin de THay, recidi- 
viste du sortilege (n. 146); le necromancien anglais Guillaumc 
Altafex (n. 150, 152); trois Bearnais et un Arlesien, magiciens, 
sorciers et devins (n. 159-161); deux sorcieres du Vivarais, qui 
s'etaient, disait-on, donnees au diable et lui payaient un cens 
annuel de ble (n. 171); trois autres sorcieres du diocese de 
Maguelonne, que la curie diocesaine et Tautorite seculiere avaient 
condamnees sans attendre Tinquisiteur (n. 172); enfin, plusieurs 
moines de Boulbonne (diocese de Mirepoix), envouteurs et 
chercheurs de tresors, dont lepaperemit la punition a leur abbe 
(n. 175, 179). A Fexception de celui-ci, tous les autres cas furent 
juges a Avignon. 

Les successeurs de BenoitXII eurent peu d'occasions d'intervenir 
dans des affaires de cette nature. Clement YI fait pourtant ter- 
miner, en 1343, le proces d'un clerc narbonnais detenu dans 
ses prisons (n. 192). Innocent VI donne (1354) a reveque de 
Rodez et a Tabbe de Gaillac le pouvoir de proceder contre plu- 
sieurs religieux du Rouergue suspects de ces sortes de crimes 
(n. 218, 220). 

En 1374, a la priere (Je Jacques de Morey, inquisiteur de Paris, 
Gregoire XI dut etablir, a Tencontre de certains lettres, que la 
competence des juges de la foi s'etendait bien aux invocateurs 
des demons. En consequence, Tinquisiteur pouvait sevir 
contre les coupables de cette espece, nombreux dans son 
ressort (n. 285). On n'a pas oublie la commission temporaire 
delivree, en 1405, par Benoit XIII, a Tinquisiteur de Carcas- 
sonne, contre les devins, sorciers et magiciens du diocese du 
Puy (n. 332). Terminons par la curieuse affaire que Jean XXIII 
donna a examiner, en 1411, a Tabbe de Saint-Gilles. Trois bour- 
geois de Narbonne etaient inculpes d'avoir voulu,par des passes de 
magie et des operations demoniaques, detourner le cours de 1' Aude. 
dans le but bienfaisant d'eviter a la ville des inondations tro]) 
frequentes. Aussitot rofficialite se met en mouvement etfaitunc 
enquete. Survient Tinquisiteur, qui instrumente de son cote, 
non sans molester gravement les inculpes. Cest ce confiit qui est 
soumis au pape (n. 342). 

Bien que la sorcellerie soit alors a la mode et qu'il existe une pro- 
pension generale a y croire, le pape ne se laisse pas prendre aux 
calomnies et aux machinations des faux temoins, quand elles 



irVTRODUCTION Ll 

visciit des personnes de qualite. Ainsi Benoit XII fit faire un pro- 
res a des clercs et a des laiques biterrois qui avaient accuse leur 
(V^que, Guillaume Fredol, d'avoir tente d'envouter Jean XXII 
(n. 164,168). Les justiciables des tribunaux d'Inquisition qui se 
pretendaient injustement poursuivis avaient la ressource de 
iccourir au pape, qui faisait proceder a un examen approfondi 
de leur cause par les dicrnitaires de sa cour. Ainsiadvint-il pour 
llerve de Trevalloet, Anselinede Gdnes et Reginald de Cravant 
(n. 143, 109-111) K 

7° On n'a pas ete sans remarquer que, parmi les amateurs 
d occultisme et de sciences prohibees, il y avait nombre de clercs, 
de nioines et de pr^tres. Ce ne furent pas les seuls ecclesiastiques 
(jui eurent a repondre de leurs croyances devant les tribunaux 
du Saint-OfFice. L'ordre de saint FranQois vit une foule de ses 
membres y paraitre sous Tinculpation d^heresie et de schisme. 
Cetaient les idealistes du groupe des spirituelsy et leurs adeptes 
du tiers ordre s6culier, les beguins', les fervents de la pauvrete 
ubsolue et de lamendicite efTective,quircvaientderimposercomme 
regime a l'universalite des chretiens. Ces religieux pensaient, u lu 
suite de 1' Evangile eternel et de leur docteur fran^ais, Pierre de Jeaii 
d'01ive, que rere allait venir de rascctisme monacal et du regne de 
rEsprit-Saint. L'ere du Christ finirait et TEglise corrompue 
des clercs, des ^veques et du pape aurait le sort de Babylone. 

On connait le detail dc ces theories *. En pratique, elles s*etaient 

1. Voir plus bas, p. lxxii, 2° 

1. Sur rorigine, les erreurs, le d6veIoppement des spirituels, la vie et lcs 
ecrits de Joachim de Flore, leur precureeur et leur source lointaine, les oeuvres 
de Pierre de Jean d'01ive, leur porte-drapeau cn France, voir, dana Archi^' fiir 
Lilleralur und Kirchenge^chichte, 1885, t. i, p. 49-140, Tetude du P. Denine sur 
V lu'angile elernel el la commission d'Anagni; ibid., t. i, p. 509; 1887, l. iii, 
|). 555-623; 1888, t. iv, p. 1, celle du P. Fr. Ehrlc sur Les spirituels; ibid., 
1886, t. 11, p. 106-164, 249-336, Vllistoria septem tribulaticnum; ibid., t. iii, 
1>. 409-552, le memoire du P.Ehrle sur Pierre de Jean d'Olive el ses ecrils; daus 
llaluze, Misccllanea, Lucques, 1761, t. iii, p. 258-271, soixantc articlcs tires du 
( ommenlaire d'01ivc sur TApo alypse. Cf. Lea, Jlist. de 1'Jnquis., trad. fr., t. lu, 
|). 1- 108; Gebhart, L' Jlalie mystique, Paris, Hachelte; Tocco, Ueresia ne^ 
medio evo, Florence, 1884, p. 261-562; du meme, Studii /rancescani, Naples, 
1909, p. 191-222, 227-310; J.-M. Vidal, Proces d'Jnquisition contre Adhemar dc 
Mossct, dans Revue d'histoire de V £glise de I''rance, t. i, p. 557-566; Callaoy, 
L' idealisme franciscain spiriluel au xiv^ siecle. ^tude sur Lbcrlin de Casal, 
l.ouvain, 1911. 



Lll BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

Iraduites, durant tout le xiii^ siecle et les premieres annees du 
xiv^, par d'apres et tenaces revendications touchant la stricte 
observance de la regle de saint Frangois, en particulier en ce qui 
concernait la forme des frocs, qui devaient etre etriques et gros- 
siers, et la propriete des denrees d'alimentation et des provi- 
sions de vivres, qui etait consideree comme illicite. 

L'autorite ayant toujours refuse d'accorder a ces rigoristes 
Tautonomie qu'ils reclamaient, c'etait, dans un grand nombre 
de couvents. la guerre allumee entre cette minorite etlamajorite 
des freres. Les zelateurs s'etaient developpes en Italie et dans le 
Midi de la France, surtout a Narbonne et a Beziers, ou le saint 
et le theoricien du groupe, Pierre de Jean d'01ive, avait 
vecu. Des qu'ils se sentirent en nombre, ils chasserent des cou- 
vents de ces deux villes les freres de la communaute et essayerent 
de former une agregation independante. 

A la demande des superieurs franciscains, Jean XXII essaya 
de couper court aux desordres. II dut recourir a la contrainte 
pour avoir raison de la plupart. Le 17 fevrier 1317, il ordonna 
aux inquisiteurs de Languedoc de traiter desormais comme 
heretiques tous les dissidents, quelque nom qu'ils se donnas- 
sent : fraticelles, jreres de la pawre <^ie, bizoches, ou beguins ^. Le 
7 octobre suivant, la bulle Quorumdam exigit (n. 14 bis) condamna 
les costumes singuliers des spirituels et porta un grave coup 
au principe de la pauvrete absolue ^. Mais, des le 27 avril, les offi- 
ciaux de Narbonne et de Beziers avaient regu un ordre de citation 
generale des recalcitrants au tribunal du pape ^. Soixante-quatre 
d'entre ceux-ci prirent le chemin d'Avignon, conduits par Tagi- 
tateur Bernard Delicieux. Jean XXII les somma, en plein consis- 
toire, de revenir a resipiscence. Ses instances reussirent a en deci- 
der une quarantaine. Les vingt-cinq autres et Bernard Delicieux 
furent irreductibles *. 

Aussitot rinquisition s'empara de leurs personnes. Le 8 novem- 
bre, Jean XXII ordonna a Michel le Moine, inquisiteur de Pro. 

1. Doat, t. xxxiv, fol. 147, cite par Lea, liist de Vlnquis., t. m, p. 85, ct pur 
Tanon, Ilistoire des trihunaux de V Inquisition en France, Paris, 1893, p. 77. 

2. Exlrav. Joan. XXII, tit. xiv, c. i. 

3. Voir n. 13 6rs et Wadding, Annal. inin., t. vi, p. 268, ad ann. 1317, 
n. xi-xii; Euhcl, Bullarium franciscan., t. v, n. 266. 

4. Historia septem trihulationum, dans Archi\> fUr Litteratur und Kirchen' 
geschichte, 1886, p. 142-149. 



INTRODUCTION Mll 

vence, de faire le proces aux vingt-cinq coftipagnons de Bernard 
(n. 15). Quatre d'entre eux, s'etant montres obstines jusqu'au 
bout, furent livres au bras seculier et brules, le 7 mai 1318, a 
Marseille. Un autre fut condamne a la prison perpetuelle, et les 
vingt derniers, a des penitences legeres *. 

Quant a Bernard Delicieux, le pape remit le soin de le juger 
1 une commission speciale, composee de trois eveques, qui, 
^tir des imputations etrangeres a rerreur des spirituels, le con- 
(lamna, en 1319, a la degradation ecclesiastique et a la prison 
perpetuelle ^ . 

La dcroute des spirituels du premier ordre fut suivie de cellc 
de leurs adherents, les fr^res et soeurs du tiers-ordre : beguins 
et beguines. Le 30 decembre 1317, Jean XXII supprima leur 
pretendue congregation, avec celle des adeptes d'AngeIo Clareno, 
et en excommunia les membres qui demeureraient insoumis ^ 
(n. 16). L'Inquisition en condamna un grand nombre, a Nar- 
honne, a Lunel, a Lodeve, a Beziers, a Capestang, a Pezenas, 
a Carcassonne et a Toulouse (n. 16, note 1). Jean XXII suivit 
de pres ces operations judiciaires. Le 18 septembre 1318, il se 
faisait transmettre par les eveques de Maguelonne et de Beziers 
les dossiers de certaines causes qu'il voulait sans doute faire juger 
sous ses yeux (n. 18, 18 bis), 

Le contr6Ie pontifical n'etait pas inutile. Beaucoup d'erreurs 
etaient commises au prejudice des beguins et des beguines. Tout 
n'etait pas a rejeter dans ce groupe. II y avait d'excellent grain 
a cote de la paille. L'£glise avait encourage le tiers-ordre et les 
ipoupements de beguines. II ne fallait pas qu'il y eCkt sur ce point 
d'equivoque possible *. Cest pourquoi le pape ordonna qu'on 
s'enquit soigneusement des croyances des membres du tiers-ordre 



1. Baluze-Mansi, Miscellanea, t. ii, p. 248-250; Chion. de J. de Saint Viclor, 
dan? Ilistoriens dela France, t. xxi, p. GCt; Flores chron. Bern.Gnidonis, ihid. 
p. 734; llistoire de Languedoc, t. ix, p. 198-199, 390, 396-397. 

2. Voir n. 22 et note 4. 

3. Le 23 jaavicr 1318, nouvelle condamnation, portee, cette fois, contre les 
spirituols toscans, emigrcs en Sicile, sous la conduite d'Henri de Ceva. Bullo 
Gloriosam Ecclesiam, Eubel, op. cit., t. v, n. 302. 

4. Clemcnl., lib.V, tit. iii, cap. 2 : condamnation dcs beghards et beguincs 
heretiques et protection accordee aux beguines fideles et continentes. Cf. 
Exlrai». com., lib. III, tit. ix, etBaluze, Vitae pap. Aven., Paris, 1693, t. n, 
p. 436. DoFensc de molester lcs beguincs non suspectcsd'hcrcsio(JeanXXir,1321). 



LrV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

et qii'on ne cherchat tjuerelle qu'a ceux dont Torthodoxie parai- 
trait suspecte (26 fevrier 1322; n. 37 ^). Par ailleurs, comme il 
se produisait deja quelque relachement dans la repression de 
ces derniers, Jean XXII rappela les evcques et les inquisiteurs 
a Tobservation de la bulle du 30 decembre 1317 contre les beguins 
(leraoAt 1322; n. 39). 

Or, a la date de cette derniere bulle, le conflit franciscain avait 
pris une tournure et acquis une portee nouvelles. A une querelle 
d'ordre tout pratique, a propos de frocs et de greniers, avait suc- 
cede une dispute sur le terrain de la doctrine pure; aune question 
de discipline monastique, une question de dogme. Cela etait 
inevitable. Les frocset les greniers n'etaient que les symboles d'une 
irreductible divergence en matiere de foi. Les spirituels avaient 
toujours proclame qu'en exigeant rapplication stricte de la r^gle 
seraphique, ils ne faisaient que demander la mise en usage de la 
pauvrete absolue pratiquee, disaient-ils, par le Christ et les apotres. 
Et c'etait la leur position dogmatique : le Christ et les apotres 
n'ont rien possed6 en commun ni individuellement; donc la pau- 
vrete rigoureuse est une loi d'Evangile. 

Ce qui etait bien plus grave, c'est que cette position doctrinale 
etait tenue non seulement par les partisans de sa realisation im- 
mediate, moyennant Tadoption d'un costume grossier et Tabandon 
des biens terrestres, meme d'usage quotidien, mais aussi par la 
majorite des «opportunistes» de la communaute, qui pensaient 
que c'6tait la le principe fondamental, la raison d'etre de leur 
ordre. Ceux memes qui avaient contribue a la punition des zela- 
teurs, quelques hauts dignitaires franciscains, le general en tete, 
se trouvaient conduits par la logique des faits et des idees, soit a 
renier leur pere saint Frangois, soit a passer a Tennemi, si Tauto- 
rite supreme de TEglise, engagee a fond dans la repression des 
spirituels, songeait a vider une fois pour toutes le debat theolo- 
gique qui dominait la querelle. 

Or, en 1321, le debat theologique s'ouvrit, a Narbonne d'abord '^, 
au cours d'un proces de beguinisme, a Avignon ensuite, devant le 

1. Autres lettres dans ce sens a rarcheveque de Reims, aux eveques de 
Noyon et d'Amiens (13 juin 1325). Mollal, Jean XXII, Letlres communes, Paris, 
1909 sq., t. V, n. 22537, 22538,22548. 

2. Nicolaus Minorita, dans Baluze, Miscellanea, t. iii, p. 207; Chron. de Glass- 
berger, ad ann. 1321, dans Analecta franciscana, Quaracch*, 1887, t. ii, p. 128- 
129. 



INTRODUCTION LV 

pape. Les franclscains se referaient a la biille de Nicolas III Exit 
qui seminat (1279 *), qui avait decrete que la regle de saint 
Francois etait inspiree du Saint-Esprit, et qu'en ordonnant 
la pratique de la pauvrete, elle n'avait fait que se conformer 
a Texemple du Christ et des apotres. Cette bulle avait re^u une 
interpretation oflicielle dans le canon Exii^i de paradiso du con- 
cile de Vienne *, qui accordait quelque satisfaction auxrigoristes. 

Jean XXII coupa court a ces objections en levant les censures 
portees dans ces documents contre ceux qui rouvriraient les dis- 
cussions ^ Une commission de theologiens, saisie de la question 
de doctrine, se prononca en majorite pour la condamnation de la 
th^se franciscaine *. Entre temps, le chapitre general des freres 
mineurs, reuni k Perouse (1322), a Tinstigation de Michel de 
Cesene, general de Tordre, de Guillaume Ockam et de Bonagrazia 
de Bergame, s'etait inscrit solennellement en faveur de Topinion 
contraire ^. 

Jean XXII repondit, un an plus tard, par la constitution dog- 
matique Cum internonnullos (12 novembre 1323). II y condamnait 
comme heretique la doctrine qui soutenait que le Sauveur et 
les siens n'avaient rien possede, en commun ni en particulier ®. 

L'apparition de cette buUe dechaina une violente tempete qui 
faillit meme compromettre Funit^ de Tfiglise. La guerre de fa- 
mille devint une guerre de toute la societe chretienne. Tandis 
qu'un grand nombre de freres mineurs faisaient leur soumission, 
les revoltes continuerent a defendre la these heretique. Michel, 
Bonagrazia et Guillaume, mis en etat d'arrestation a Avignon, s'en- 
fuirent sans attendre la decision du pape a leur endroit (25 mai 
1328; cf. n. 80). IIs allerent grossir le troupeau des adversaires 



1. Sext., lib. V, tit. xii, cap. 3; Wadding, op. cil., t. v, p. 73-74, ad ann. 1279 
n. X, xr. 

2. Clement., lib. V, tit. xi, cap. 1. 

3. Wadding, op. cit., t. vi, p. 395, ad ann. 1322, n. 50; buUe Quia nonnunquam. 

4. Baluze, Vitaepap. A\>enion., 1. 1, col. 598; Raynaldi, Annal. Eccl., ad ann- 
1322, n. 53; Chronique de Glassberger, dans Analecta /ranciscana, t. ii, p. 128, 
129; surtout, F. Tocco, La quistione della poi>eridnel secolo xvi, secondo nuov. 
documenti, Naples, 1910, c. i, p. 1-173. 

5. Baluze, Miscell, t. ii, p. 207-208. 

6. Extravag. Joan. XXII, tit. xvi, c. iv. Cf. Goller, Die Publikation der 
Extravagante Cum inter nonnullos jQhanns XXII, dans Rdmische Quarlal- 
srhrift, 1908, t. xxir, p. 143-146. 



LVI BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

de la papaute, alors groupes autour de Louis de Baviere, et ils 
adhererent a Tantipape imperial, Pierre de Corvara ^. 

Des jors, a cote des spirituels purs, parurent a la barre des 
Inquisitions ceux de leurs freres qui ajoutaient a Terreur fonda- 
mentale une opposition schismatique a la personne de Jean XXII. 

Nous connaissons certains de ces prevenus par les pieces de 
notre collection : Guillaume Negre, franciscain roussillonnais, 
que Jean XXII fait examiner par Teveque d'Elne, en 1326 (n. 70) ; 
un groupe de religieux, tres probablement des fraticelles, que 
reveque de Pamiers est invite a punir, en 1328 (n. 82); surtout 
Barthelemy Bruguiere, adversaire et detracteur du pape, dont le 
proces provoque un conflit aigu entre rinquisiteur et les francis- 
cains de Carcassonne (n. 84, 102, 145); et puis Geraud Rostang, de 
Genes, fauteur de Michel de Cesene, qui avait ete jusqu'a afficher 
un factum aux portes de Notre-Dame de Paris (n. 85); le frati- 
celle allemand Conrad, calomniateur du pape, poursuivi en 1320 
par rinquisition de Paris (n. 92, 100) et finalement acquitte, a la 
priere de la reine de France (n. 104-105); le Catalan Bernard 
Fustier, justiciable de reveque et de Tlnquisition de Majorque 
(n. 108) ; le medecin Felicien d'Assise, familier et chapelain de Louis 
de Baviere, partisan de Pierre de Corvara (n. 118); le noble roussil- 
lonnais Adhemar de Mosset, inculpe de beguinisme (n. 130 bis, 
130 ter). Sous Benoit XII, le moine provengal Raymond Richard, 
refugie a Naples,auteur d'un libelle qui avait fait scandale (n. 151) ; 
Guillaume de Castiglione, fraticelle toscan, heretique et schis- 
matique (n. 157, 170); ritalien Andre de Galiano, chapelain des 
clarisses de la reine Sancia a Naples, accuse d'avoir preche contre 
le pape et ses decisions (n. 163) ; le Rouergois PierreCalvet (n. 174). 
Sous Clement VI, le beguin converti Pierre de Tournemire (n. 189) ; 
le cordonnier narbonnais Blaise Boyer, partisan des spirituels 
(n. 209); un groupe de fraticelles et de beguins, italicns ou fran- 
Cais, poursuivis en 1358 in Curia, par Tinquisiteur de Provence 
(n. 211, note 2). Sous Innocent VI, le predicateur Guillaume Ber- 
nard du Puy {Podio), auteur d'opuscules sur la pauvrete du Christ 
(n. 214 bis); enfin, deux autres religieux que le pape reclama a 
rinquisiteur de Carcassonne (n. 215-216). 

La repression se relachait avec la disparition progressivc dcs 

1. Sur ces evenements, vo;r Baluze, Miscell.j t. iii, p. 206 358; Wadding, np. 
cil. t. VII, ad ann. 1326 sq.; Raynaldi, op. cif.,Sid ann. 1323 sq. 



INTRODUCTION I.VII 

heretlques. La negligence des juges etait aussi pour quelque chose 
dans rinaction de certains tribunaux. Clement VI se plaignit au 
ministre general et aux provinciaux franciscains de celle des inqui- 
siteurs de leur ordre et leur ordonna de stimuler les endormis et 
de punir les coupables (24 avril 1346 ; n. 202). En depit des rigueurs 
du Saint-Oflice, les pousses du franciscanisme dissident se main- 
tinrent jusque vers la fin du siecle suivant ^. 

Une secte qui a eu, en France, quelques rapports avec celi(?s des 
beguins provengaux, fut celle des beghards ^, auxquels le pape 
Urbain V ordonne aux cvcques de France de faire la guerre (3 sep- 
tcmbre 1365; n. 257). Nous voyons que le roi lui-meme s'occupa 
de faciliter leur mission aux juges d'Inquisition (n. 276). D'autres 
sectes voisines de celles-ci prirent le nom de turlupins et de lollards 
et virent plusieurs de leurs adeptes aux prises avec Tlnquisition, 
notainment dans le nord. En 1373, turlupins et lollards de Paris 
demandent en nombre a ctre reconcilies avec r£glise. Gregoire XI 
accorde a rinquisiteur de France tout pouvoir pour les absoudre, 
moyennant une penitence, pourvu que leur conversion paraissc 
sincerc (n. 274). 

Bien que la guerre menee contre ces sectes ait durc longtemps et 
qu'on en connaisse maint episode, nous n'avons pas a en parler 
plus longuement ici. Les documents pontificaux s'y rapportant 
et interessant la France se reduisent a ceux que nous venons dc 
signaler *. 

8° Comme la secte cathare, celle des vaudois etait un legs du 
si^cle precedent que Tlnquisition du xiv® si^cle s*appliqua a 
liquider. Mais tandis qu'elle reussit a avoir raison de ralbigeisme, 
elle ne put venir a bout de la vaudoisie. Les raisons en furent la 
didusion de la secte en dehors des pays ou, des les commencements, 
fonrtionna Tlnquisition, et surtout les solides retrancheinents 
qu'elle sut se creer dans les vallees reculees et les villages inac- 
cessibles des Alpes. Son apparition et son enracinement dans lc 
Dauphine,rEmbrunois et la Bourgogne datent des premiers temps 



1. Lea, Uisl. de V Inquisition, t. iii, p. 200-215. 

i. Le concile de Vienne avait condamne les b5ghards et les beguines, el 
conric leur punition aux inquisiteurs et aux evSques. Clemenl, lib. V, tit. iii 
cap. 3. 

.1. Sur ros soctos, voir unc bibliographie, n. 257, notel. 



LVIII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

de son existence. Ses adeptes vecurent la et s'y organiserent en 
paix, tandis que leurs freres du Quercy, du Toulousain et du Lan- 
guedoc partageaient le sort des cathares. J'ai dit que Bernard Gui 
travaillait encore, de 1316 a 1322, a debusquer quelques groupes 
de ces heretiques, emigres deBourgogne, des retraites d'occasion 
qu'ils avaient trouvees dans le Rouergue et la Gascogne ^. 

Ces expatriations avaient ete provoquees par la repression 
systematique de Theresie entreprise en Bourgogne, vers la fin du 
XIII® siecle. Malheureusement, on n'a point de details sur les resul- 
tats de cette campagne. Dans le Dauphine et en Provence, Tlnqui- 
sition franciscaine parait n'avoir pas inquiete les communautes 
vaudoises avant Tordre formel qu'elle regut de Nicolas IV, en 
1288, de traiter ces populations en heretiques ^. Le pape voulut 
qu'on leur appliquat les edits de Frederic II; et il ecrivit dans ce 
sens aux magistrats et aux seigneurs du pays. Qu'advint-il de 
ces ordres? II m'est impossible de le dire. On sait qu'une execu- 
tion de vaudois eut lieu a Avignon, en 1315, et qu'a cette date 
la vallee de Cluson (dans le pays d'Embrun) etait visitee par 
les inquisiteurs ^; et c'est tout. 

Nous arrivons ainsi au pontificat de Jean XXII et a Taction 
des Inquisitions languedociennes contre les vaudois : aux tra- 
vaux de Bernard Gui, a Toulouse, a ceux de Jacques Fournier, a 
Pamiers. Precisement, deux pieces de notre serie se referent a 
ces travaux. Cest, d'abord, un sauf-conduit donne par JeanXXII, 
le 26 aout 1319, a un emissaire de reveque de Pamiers, qui avait 
conduit a Avignon quatre vaudois, dont un diacre de la secte, 
que le pape renvoyait a leur juge naturel (n. 25). Ces heretiques 
etaient des emigres dauphinois qui avaient trouve refuge a Pa- 
miers et y avaient fait de rares proselytes. Ils furent livres au bras 
seculier, en 1320 et 1321 \ 

L'autre piece se rapporte a Jean Philibert, pretre bourguignon, 
une premiere fois condamne comme vaudois par finquisiteur 

1. Limborch, Liber sentent. inquis. Tolosanae, de Bernard Gui, p. 200-201, 
207-208, 216-243, 252-254, 262-265, 289-290, 340-347, 352, 355, 364-366. 

2. Wadding, op. cit., t. v, p. 177-180, ad ann. 1288, n. 14-21; p. 292, ad ann. 
1292, n. 3; Raynaldi, op. cit.^ad ann. 1288, n. 27-28. 

3. Liher. sent. de Bernard Gui, p. 340, 345, Muston, Ilistoire des vaudois. 
Israel des Alpes, premiere histoire complete des vaudois, e<c.,'Paris, 1851, 1879, 
t. in, p. 341. 

4. .T.-M. Vidal, Lr tribunal d'Inquisition de Pamiers, tir. h part, p. 129, 212, 215. 



INTRODUCTION LlX 

de Bourgoorne, puis devenu emissaire de cet inquisiteur, 
emigre en Gascogne, retombe dans Terreur et rondamne une 
deuxieme fois par Bernard Gui. Le pape ordonne a rarchevcque 
de Toulouse de proc^der k sa d^gradation canonique (6 fevrier 
1320; n. 26). 

Jean XXII, absorb^ par sa lutte contre les fraticelles et les sor- 
ciers, prit moins garde a rh^r^sie vaudoise. Nous n*avons de lui, 
en dehors de ces deux lettres, qu'un ordre donne a Jean de Badis, 
inquisiteur de Marseille, relativement a la remise d'un fugitif 
piemontais que l'inquisiteur de ce pays poursuivait pour i>audoi- 
sie^ et qui avait ^te capture a Marseille (8 juillet 1332; n. 120). 

II est probable cependant qu'il faut imputer a des vaudois lc 
meurtre de deux commissaires de Tlnquisition, dans le diocesc 
de Valence, qui se nommaient Catala Faure et Pierre Pascal de 
Saliente (1321). Le pape ordonna qu'une enquete fut faite pour 
etablir les responsabilites et punir les coupables * (n. 33-35, 40). 

Benoit XII eut une action plus resolue contre ces heretiques. 
L'Inquisition de Toulouse en avait,durant les annees 1328 et 1329, 
traque et saisi quelques-uns, tandis que d'autres avaient cher- 
che unasile plus siir jusque dans le B^arn. Le pape engagea le 
comte de Foix, souverain de ce pays, a les y faire rechercher acli- 
vement et k aider a leur punition (29 mars 1335; n. 144). Peu 
aprfes il adressait la meme priere au dauphin de Viennois, tou- 
chant les sectaires caches dans son litat (n. 147). En meme temps, 
Teveque de Valence et Die recevait Tordre de seconder sans 
n^gligence le travail de Tlnquisition sur ses terres (n. 148). 

L'annee suivante, le meme pape sommait les prelats, les inqui- 
steurs, les nobles et les officiers seculiers de Lombardie de s'em- 
ploiyer a la capture de plusieurs Embrunois qui avaient pass^ les 
Aipes pour echapper aux recherches de Tinquisiteur de Provence 
(13 avril 1336; n. 149). Nous savions par ailleurs * qu'une tournee 
inquisitoriale avait ete faite, precisement cette annee-la, dans 
les montagnes d'Embrun; que plusieurs condamnations furent 



1. Les deux heretiques que le bailli de Brian^onnaiset le chAtelain de Queyras 
rcfusaicnt de livrer h rinquisition, en 1331, 6taient probablement aussi dc3 
vaudoi8(n. 114). 

2. Valbonnais, Memoires pour servir d Vhistoire du Dauphind, Paris, 1711, 
p. 346. 



LX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE 

prononcees dans la Valpute (Vallouise), les annees suivantes, et 
qu'on y exhuma meme des cadavres d'heretiques ^. 

A partir de ce moment, Tlnquisition dauphinoise ne cessa d'etre 
sur la breche. Plusieurs archeveques d'Embrun combattirent 
vaillamment a ses cotes. Pasteur de Serrescuderio a fit aux vaudois 
une guerre implacable, » aide en cela par les officiers du dauphin 
Humbert ^. Ils brulerent douze habitants de la Valpute, en face 
de la cathedrale ^ 

Son successeur Guillaume des Bordes (1351-1361), aide de Pierre 
des Monts, inquisiteur,nerestapasinactif*. Parunelettre du 7 mars 
1352, Clement VI s'efforQa d'interesser les archeveques, eveques, 
membres du clerge, moines, seigneurs et ofTiciers civils de toute la 
contree aux efforts de ces deux hommes (n. 211). Mais, si zeles 
qu'ils fussent, les justiciers ne pouvaient se mettre a la poursuite 
de leurs justiciables qui fuyaient de tous cotes. Certains de ces 
heretiques chercherent refuge jusqu'au fond de la Calabre. In- 
nocent VI les signala au roi et aux inquisiteurs du royaume de 
Naples (8 janvier 1353; n. 213). 

En 1263, un nouvel appel est lancc par Urbain V a Tepiscopat 
des quatre provinces de Provence et du Dauphine. Frere Hugues 
Cardillon se prepare a entrer en campagne; il sollicite le concours 
des ordinaires (n. 232) et celui du dauphin (n. 232 bis). Jean 
Richard, son collegue, qui va instrumenter danslesvalleesdudio- 
cese d'Embrun, reclame les memes appuis (n. 233) et, en outre, 
celui du comte de Savoie et du senechal de Provence (n. 237-238). 

Un troisieme inquisiteur — inquisiteur d'occasion — ■ fut le 
nonce Bernard du Bosquet {de Bosqueto), que le pape envoya 
(1364) dans les provinces de Lyon, Vienne, Embrun, Tarentaise 
et Besan^on. II lui donna une commission lui permettant de pro- 
ceder contre les heretiques qu'il rencontrerait sur sa route, et des 
lettres le recommandant aux ecclesiastiques et aux seculiers 
(n. 241-244). 



1. J. Chevalier, Memoire historique sur les heresies en Dauphine, Valence^ 
1890, p. 17 sq. 

2. Gallia christiana, t. iii, col. 1087; Valbonnais, op. cit., p. 191-192, 221. 

3. Muston, op. cit., t. i, p. 52. 

4. En 1353, cent cinquantevaudoisfurent rcconcilies avec rEglise et condamnes 
Ji porter des croix. En 1354, dix-huit autres heretiques de Largentiere firent leur 
abjuration. Chevalier, op. ci ., p. 160 



INTRODUCTION f.XI 

Pendant que rinquisition deployait contre les montagnards 
alpins toutes les ressources de son zele, rarcheveque d'Embrun, 
Pierre Amelii (1365-1378), avait Tidee d'essayer d'un autrc 
moyen pour ramener ces egares. II songeait a donner aux 
populations delaissees, en particulier a celles de la Valpute, des 
pasteurs dignes et instruits, capables de les catechiser et de corriger 
leurs erreurs. Mais il etait un obstacle a la realisation de ce 
projet : c'etait Tappauvrissement des benefices ruraux, par suite 
dc la rapacite des decimateurs etrangers. Quand ces prelats ou 
ces moines avaient preleve leur dime, il ne restait plus quc des 
revenus si maigres qu'on ne pouvait les proposer decemmenl a des 
ecclesiastiques lettres, ayant fait de serieuses etudes. L'archeveque 
deinanda au pape de permettre que ce regime peu equitable fut 
reforme, de faQon que les titulaires des paroisses eussent de quoi 
subsister, sans etre contraints de se livrer a des travaux manuels. 
En attendant la reallsation de cette reforme, Tarcheveque son- 
geait a faire prccher des missions dans la contrec et il suppliait le 
pape d'attacher a ce service quatre moines mendiants, qui 
seraient provisoirement exempts de Tobedience de leurs supe- 
lieurs. Enfin, il demandait que Ton prit des mesures de rigueur 
contre les seigneurs du pays qui, sous main, mettaient des entraves 
a rceuvre de Tlnquisition. Urbain V acccda aux requetes de 
rarcheveque, le 3 aoiit 1366 (n. 260). Piusieurs frj: nciscains 
furent mis a la disposition du prclat, qui se felicita du zele 
deploye et des succcs obtenus par deux d'entre eux, dont Tun, 
FranQois Borrel, devint cnsuitc inquisiteur. Voir les docu- 
nients publies en appendice.lVidee d'une propagande pacifique par 
la predication et la polemique devait etre reprise et realisee avec 
bonheur, trente-cinq ans plus tard, par saint Vincent Ferrier ^. 

Pour le moment, la premiere maniere non seulement ne fut pas 
abandonnee, mais au contraire elle fut intensifiee, surtout lors- 
quc Gregoire XI devint pape. Jusqu'alors il semble qu'on s'en 
fiit tenu a des cntreprises timides, plutot penibles. Les inquisi- 
teurs n'avan9aient qu'a grand'peine. Les prelats, sauf queicjucs 
exceptions, les accueillaient avec indifference et froideur. Les 
fonctionnaires royaux et les seigneurs ne se faisaient pas scrupule 
d'entraver leur action. Le pays n'etait pas siir. Pour y penetrer, 

1. Bouchcr, Histoire chronologique de Prouence, Aix, 166^i, t. ii, p. 427 
Douais, Les freres preduws de Limoges, Toulousc 1892, p. 64-66. 



LXII BULLAlllE DE l'iNQUISITION FRA.NCJAISE 

il fallait organiser de vraies expeditions armees. La garde des pri- 
sonniers y etait presque impossible. Les officiers et hommes 
d'armes, protegeant ouvertement ou sournoisement les heretiques, 
n'accueillaient dans leurs prisons ceux qui leur etaient remis que 
pour les rendre a la liberte aussitot apres. 

Gregoire XI consacra ses efforts a remedier a ce triste etat de 
choses. II adressa, des le 27 mars 1372, un premier appel au comte 
Amedee de Savoie, a Aymar VI, comte de Valentinois, au gou- 
verneur du Dauphine, a Farcheveque d'Embrun et a Teveque 
de Valence, les exhortant a remplir, a Tendroit des ennemis de la 
foi, leurs devoirs de seigneurs et de prelats catholiques (n. 263-267). 
L'annee suivante (27 mars 1373), tout en complimentant le roi 
de France de son zele contre les beghards et les turlupins, il lui 
reprocha le peu d'interet qu'il temoignait a la poursuite des here- 
tiques dauphinois et sa coupable tolerance a Tendroit de fonc- 
tionnaires qui semblaient etre au service des sectaires plutot 
qu'a celui d'un prince chretien (n. 276). Charles V enjoignit au 
gouverneur du Dauphinc de faciliter la tache des inquisiteurs. 
Gregoire lui-meme insista dans ce sens, le 11 octobre 1373, aupres 
de cet ofTicier et des ev^ques de Valence et de Geneve (n. 281-288). 
Mais les intentions et les ordres du pape resterent incompris. 
Le principal obstacle residait dans la mauvaise volonte du gou- 
verneur, Charles de Bouville, et de certains seigneurs dauphinois 
et savoyards. En 1375, le roi Charles fut invite a sevir contre les 
olliciers negligents (n. 287); Amedee de Savoie, a faire cesser les 
difTicultes soulevees par les nobles de ses Etats (n. 289). Ceux-ci 
et les Dauphinois recalcitrants se virent rappeler le sort fait jadis 
au comte Raymond de Toulouse, dont ils semblaient partager 
les sentiments a Tegard de Ferreur (n. 290). Charles de Bouville 
rcQut un avertissement salutaire (n. 291); les prelats des trois 
provinces de Vienne, de Tarentaise et d'Embrun, les eveques de 
Valence, Viviers, Grenoble et Geneve furent sommes de mettre 
lin a leur coupable indiflerence, de prendre la defense des inqui- 
siteurs et de recevoir dans leurs cachots les coupables qui leur 
seraient remis (n. 292). Chacun d'eux dut, en outre, faire promul- 
guer, une annee durant, les dimanches et fetes, dans les eglises 
de son diocese, les anathemes lances contre les heretiques (n.293). 
A tous le pape annon^ait Tenvoi d'un legat special, charge, avec 
rinquisiteur Frangois Borrel (n. 286, note 1), de diriger la luttc 



INTRODUCTION LXIII 

Celait Antoine, eveque de Massa, dont la mission commenga dans 
les premiers jours de mai 1375. Le 6 de ce mois, Gregoire XI 
etendit la juridiction des inquisiteurs a la province de Tarentaise, 
ou nul n'avait jusqu'alors inquiete les heretiques (n. 286). Puis 
il donna a FranQois Borrel la liberte d'organiser dans les provinces 
infestees une campagne de missions dont on pourrait chargerles 
doininicains, les augustins, les carraes et les freres mineurs 
(n. 294). 

Les efforts de Teveque de Massa et de Tinquisiteur Fran^ois 
Borrel furent couronnes d'un plein succes. Ils decouvrirent tant 
d'heretiques que toutes les prisons du paysen regorgerent bientot. 
11 devint urgent de songer a les loger, a pourvoir a leur entretien 
ct a celui des inquisiteurs et de leurs ofliciers. Le pape decreta la 
construction de « murs » a Arles, Vicnne, Embrun et Avignon, et, 
le 11 juin, accorda cent jours d'indulgences a ceux qui contribue- 
raient k cette oeuvre pressante (n. 295). Par ailleurs, il taxait les 
archevoques et evequesdes provinces d'Arles,Aix,Embrun, Vienne 
et Tarentaise, pour une contribution immediate de 4 000 florins et 
pour cinq annuites de 800 florins chacune, destinees a fournir 
rentretien d<!8 prisonniers, la pension dcs inquisiteurs ct le salairc 
de leurs oiHciers. Ces sommes seraient prelevccs sur les fonds 
des ceuvres pies et les restitutions des biens mal acquis. Chacun 
des prelats remettrait sa quote-part a revequc d'Avignon ct 
a rinquisiteur F^ran^ois Borrel, qui, en meme teinps qu'il8 
elaient charges de fulminer rexcommunication contre les refrac- 
taires (n. 296-297), devaient centraliser les fonds, en garder les 
trois quarts pour etre employes par eux-memes et remettre le 
quatrieme au franciscain Bertrand de Saint-Guillem, inquisiteur 
occupe sur un autre champ de la Provence (n. 298). 

Beaucoup d'heretiques, fuyant la repression, s'etaient refugies 
en pays non soumis a la juridiction des inquisiteurs. Gregoire 
voulut qu'on allSit les debusquer, en quelque lieu qu'ils fussent 
(n. 299). II exigea aussi (iu'a defaul des eveques, les inquisiteurs 
punissent les clercs et les religieux concubinaires, dont le nombre 
etait considerable dans ces contrees (9 aout 1375; n. 300). 

Les prclats ne mettaient point de hate a apporter leur 
contribution pecuniaire. II fallait cependant pourvoir a la 
subsistance de reveque de Massa. Grcgoire fixa a quatre florins 
par jour les emoluments qui devaient lui ctre assures par lcs 



LXIV bULLAIRE DE L INQUISITION 1 RANQAISE 

cv^eches, les inonasteres, les cglises, les chapitres et les aulrcs 
communautes (n. 301). Le 7 octobre, en reponse aux questions 
anxieuses des inquisiteurs sur Tentretien des prisonniers, il fit un 
dcvoir a chaque eveque de pourvoir a celui de ses diocesains, soiis 
peine d'y etre contraint a coups de censures et par la force secu- 
liere (n. 302). 

Le 28 decembre 1375, nouvelles plaintes du pontife; reproches 
severes adresses a Charles de Bouville et au conseil delphinal. 
Mecontent de Tattitude qu'ils s'obstinent a garder, le pape va cu 
referer au roi, dont ils meprisent les volontes. II les requiert de 
vciller a la surete des inquisiteurs et de leurs gens (n. 303). Le 18 inai 
1376, Gregoire insiste encore, mais c'est pour demander qu'uno 
partie du produit des biens confisques revienne a Tinquisiteur. 
selon la coutume (n. 305). On se rappelle qu'en 1373 il avait presse 
le roi (n. 277) d'en user a Tegard de tous les inquisiteurs de son 
royaume, comme avec ceux de Laiiguedoc, a qui, en echange de 
leur part sur les confiscations, il assurait une pension fixe. 
Charles V finit par accepter (1378) cette combinaison pour ceux 
du Dauphine ^. 

La mission de Feveque de Massa etait finie en juillet 1376. 
Avant son retour a Avignon, le nonce avait choisi, dans la ville de 
Vienne, un local dependant de la mense archiepiscopale, pour y 
construire les prisons de Tlnquisition. Le pape ratifia ce choix. 
le 22 juillet, et etablit, ce meme jour, rhotel de rOffice dans une 
maison du chapitre sise pres de Thopital de la ville (n. 306, 307). 
Une detente semble s'etre produite dans la repression apres 
le depart de reveque de Massa. Neanmoins Tentretien des prisou- 
niers constituait toujours la difficulte capitale, que les taxes im- 
posees aux prelats avec menaces n'avaient pu resoudre. A la 
priere de FrauQois Borrel, de plus en plus embarrasse, GregoireXI 
fit appel a la piete et a la charite des fideles pour susciter des con- 
tributions genereuses (15 aout 1376; n. 308). 

Le pape etant mort, la periode agitee du Grand Schisme permit 
aux vaudois de reprendre des forces. Frangois Borrel contiiiua 
neanmoins a les harceler jusqu'en 1393 ^ (n. 286, note 1). Mais la 

1. Lea, llisloirede V Inquisilion, t. i, p. 598; t. ii, p. lo2. 

2. Chevalier, op. cit., p. 23-25. Le l^r juillet 1380, il prononga la sentence de 
108 habitants de Valpute, dc 32 de Largentiere et de 29 de Fressinieres. Op. 
cil., p. 129-131. 



iNtRODtCTlbN LXV 

])rocedure inquisitoriale ne reprit avec quelque intensite qu'apres 
le Grand Schisme, sous Tinquisiteur Pierre Faure ^. Elle fut con- 
linuee durant tout le xv® siecle. En 1488, une sorte de croisadc 
fut menie organisee pour rextermination des montagnards irre- 
ductibles. Ils furent traques jusque sur les sommets des Alpes 
et massacres. Ceux qui survecurent a cette battue se fondirent 
plus tard avec les reformes *. 

IV. — DfiTAILS DE I.A PROCfiDURE INQUISITORIALE 

La reforme essentielle apportee a Tordre traditionnel de la 
procedure inquisitoriale, au cours du xiv® siecle, c*est retablis- 
sement des tribunaux mixtes, dont il a ete deja question 
(p. xxiii-xxiv). II etait donc entendu que, siTeveque et Tinquisi- 
teur pouvaient Tun sans Tautre proceder a la capture et a 
rincarceration des suspects, conduire Tinstruction des proces, 
interroger prevenus et temoiirs, il leur etait defendu, sous peine 
de caducite de leurs actes, soit d'emettre une ordonnance de 
torture, soit de prononcer des sentences sans s*etre concertes ou 
sans s'etre delegue leurs pouvoirs '. 

II est bon de rappeler que ces precautions avaient iie prises 
a la suite d'une enquete faite, sur Tordre du pape Clement V, dans 
les ressorts inquisitoriaux de Toulouse et de Carcassonne, par les 
cardinaux Taillefer de la Chapelle et Berenger Fredol (1306-1310). 
Elles s'opposaient comme des remedes aux irregularites et aux 
abus constates; elles pretendaient en prevenir, dans la mesure du 
possible, le triste retour. Plusieurs pieces du dossier de ClementV, 
loutes deja connues, il est vrai, se rapportent a ces evenements 
(n. 3-7, 11; voir les notes ), et nous avons deja dit que Tentente 
des deux juges avait ete la grande loi mise en pratique par tous les 
tribunaux au xiv® si^cle. 

Sur les particularites juridi^iues du code inquisitorial, rieu 

1. Martene, Veler. Hcripf.t l. viii, col. 161. 

2. Sur ces eveiiements, voir Leger, Uisloire des Eglises evangeliques des vcUlecs 
de Piemont ou vaudoises, Leyde, 1669, I. II, c. ui, p. 21, 23-25 ; Perrin, Histoire 
des vaudois, Geneve, 1618, c. iii, viii; Raynaldi, ad ann. 1487, n. 25; J. Chevalicr, 
op.cit., p. 27-127. 

3. Clrment , lib. V, tit. iii, cap. 1 : decret Multoruni querela. Cf. le prescnt 
recueil, n. 5, note 3. 

BULI.AIRE- E 



LXVI BULLAIRE DE L IN(,)U1SITI0N IRANgAISE 

de bien nouveau dans le bullaire : des reeditions de prescriptions 
anciennes; quelques details curleux touchant Tappiication de 
certaities regles. 

10 A deux reprises, 3 juillet 1322 (n. 38) et 25 mai 1328 (n. 79), 
Jean XXII rappela ce que Martin IV avait statue (1281 '), sur le 
droit d'asile, denie aux heretiques et aux suspects. Les agents de 
rinquisition et meme les agents de la force seculiere pouvaient 
arracher ces sortes de prevenus des enceintes sacrees ou ils cher- 
chaient refuge. Le roi de France lui-meme insistait pour que cette 
loi fut observee. II n'y avait qu'une precaution a prendre, c'etait 
d'avoir Tagrement de Feveque et de Tinquisiteur (n. 79). 

2° Une autre regle du droit, fixee des le xiii^ siecle et ayant pour 
but de faciliter la defense des prevenus, c'etait la communication 
qui devait leur etre faite du dossier des charges regues contre 
eux ^. Boniface VIII avait etabli une importante precision con- 
cernant la publication des noms des accusateurs. II ne fallait pas 
que Texception de droit touchant la reticence de ces noms a 
faire par mesure de precaution fut une regle absolue. On devait 
d'abord s'assurer que le danger etait reel, qui menagait les te- 
moins dont les noms auraient etedivulgues. Si nul danger n'etait 
a prevoir, on devait en user comme dans la procedure ordinaire^. 
J'ai dit qu'Urbain V, d'abord, GregoireXI, ensuite, durent rappeler 
les inquisiteurs provengaux, le premier a Tobservation de Fan- 
cienne regle touchant la communication des charges, le deuxieme 
a rapplication de la decretale de Boniface VIII, sur la divulgation 
des noms; et cela, a propos des juifsqui se plaignaient d'etre sou- 
mis surces points a un traitement d'exception (n. 230, 2G9, 270). 

30 Ccs juifs se plaignaient d'ailleurs d'autres procedes arbi- 
Iraires, en particulier de n'etre juges que par lesseulsinquisiteurs. 
L'eveque diocesain n'etait jamais appele a leurs proces. On les 
mettait a la torture, on les condamnait a la prison etroite sans lui 
cn referer. Violation manifeste du decret de Vienne ! 

L'allusion a la torture est a souligner.EUe n'e3t pas la seule f[ui 

1. Ripoll, op. cit., t. II, p. 1. 

2. Voir n. 230, note 2. 

3. Sexl., lib. V, tit. u, De haereticis, cap. 20, 



IMTRODUCTION LXVII 

se prcsente dans le recueil. D'abord Clement V, dans sa lettre 
aux cardinaux de la Ghapelle et Fredol, signale ce moyen de 
contrainte comme etant un des actes du proc^s qu'il faut le plus 
entourer de precautions. II prescrit par avance celles queledecret 
Multorum promulguero plus tard : notamment la presence de 
Tordinaire au jugement interlocutoire de torture (n. 3). 

L'emploi de la torture par les Inquisitions languedociennes 
sert d'exemple a un olficial de Poitiers, qui tourmente une femme, 
prevenue de sorcellerie, en lui appliquant des charbons ardents 
a la plante des pieds (n. 23). Bernard de Puigcertos, inquisiteur 
d'Aragon, aurait menace un de ses justiciables des tourments 
de la question, pour avoir de lui des aveux (n. 53, note 2). Les 
inquisiteurs de Tours, Jean Aufroid et Alain Thomas, usent de la 
lorlure pour ouvrir la bouche aux domestiques d'Herve de Tre- 
valloet, leur prevenu (n. 143) ; Menet de Robecourt, commissaire de 
rin(|uisition de Carcassonne, est accuse d'avoir fait subir un trai- 
tement identique a certains temoins albigeois et castrais, 
qui avaient charge un juif converti (n. 186); enfin, Jean de Cor- 
iieilla, damoiseau du diocese de Saint-Pons, inculpe de blasphe- 
ines, aurait ete applique au chevalet par Tinquisiteur de Car- 
cassonne, Pierre de Maralogio ^ (n. 341). 

4<^ Plusieurs lettres pontiftcales portent concession de dispense 
cn faveur de clercs, de reIigieux,ou meme de simples laiques, enta- 
ches d'irregularite parce qu^ils sont fils ou petits-fils d'heretiques. 
Telle etait la rigueur des sanctions. La tare paternelle se trans- 
mettait jusqu*a la deuxieme generation, tandis que la tare ma- 
lernelle n'atteignait que la premiere ^. L'liitat, aussi bien que 
rEglise, excluait de ses faveurs les descendants d'heretiques. Mais 
les papes levaient mis^ricordieusement Tobstacle. Guillem Garric 
el (iiiillcni Peyre, dc Carcassonne, tousdeux profes de Tordre des 
ficres prccheurs (n. 08, 8H), Isarn d'Aragon, chanoine de Carcas- 
sonne (n. 93, 191), Bernard, Nicolas et Barthelemy Embrin, 
Irinitaires de Limoux (n. 107), Bertrand Boyer, dominicain de la 
l^rovince de Toulouse (n. 115), dontles peres ou les grands-peres 
sont mortsdans Theresie ou ont ete condamnes pour ce crime 

1. Voir J.-M. Vidai,Le/ri6una/d7n^ui«mon de Pamiers, p. 170-184; Tanon, 
Uis'oire des Iribunaiix de 1'Inquisition en France^ Paris, 1893, p. 375-384. 

2. Voir buUe n. 68, note 2. 



LXVIII BULLAIRE DE L^NQUISITION FRANCAISE 

depuis vingt, quaranle et meme soixante-dix ans, sont rendus 
aptes aux charges de leur ordre et aux divers ministeres monas- 
tiques. Le laique Raymond de Tornesan, de Limoux, dontle grand- 
pere a ete condamne pour heresie apres sa mort. est declare ca- 
pable d'exercer les magistratures publiques (n. 212). 

5*^ Quelques rares documents se referent precisement aux pro- 
cedures posthumesde Tlnquisition. Onnoterala bulle du 15 mars 
1319 exonerant les freres mineurs de Carcassonne de toute respon- 
sabilite a Tendroit des restes de Castel Faure, dont la memoire a 
ete condamnee. Ces restes etaient recherches dans le cimetiere 
conventuel pour etre exhumes et brules, mais ils etaient si bien 
meles a ceux d'autres morts qu'il avait eteimpossible delesrecon- 
naitre (n. 21). 

Des proces furent faits aussi au pere de Guillaume Peyre, pres 
de quarante ans apres sa mort (n. 86) ; a Pierre d'Aragon (qu'une 
enquete datant de vingt ans avant sa mort avait reconnu inno- 
cent), quinze ou seize ans apres son deces (n. 93); a Bernard 
Arnaud Embrin, soixante-quinze ans apres sa mort (n. 107). 
a Guillem Fenasse d'Albi, trente ans apres sa mort (n. 166). Enfin 
on trouvera aux n. 106 et 166 une piece ayant rapport a des pro- 
cedures engagees contre des defunts, apres trente et quarante ans. 
Mais ces comptes tres anciens que Tinquisiteur de Carcassonne 
tenait a regler avec ces disparus, les heritiers de ceux-ci les firent 
epurer en cour d'Avignon, et Texamen des dossiers ne donna pas 
raison a Tinquisiteur (voir n. 106, note 3). 

6° L'execration et Tignominie n'atteignaient pas que la me- 
moire etlesrestes mortels des heretiques; elles s'attachaient aux 
demeures qu'ils avaient habitees. La destruction de ces maisons 
fut d'abord ordonnee par les empereurs d'Allemagne Otton IV ^ 
(1210), Frederic II ^ (1232), puis par le concile dc Toulouse ^ 
(1229 ); enfin, par Innocent IV * (1252) et Alexandre IV ^ ( 1257). 

1. Muratori, Antiquitates ItaL, t. v, p. 90. 

2. Huillard-BrehoUes, Historia diplomaticaFriderici secundi, etc.,Va.Tis, 1852- 
1861, t. ir, p. 299. 

3. Conc. de Toulouse, 1229, can. 6 : Labbe-Cossart, t. xi, part. 1, col. 422. 

4. Ripoll, op. cit., t. I, p. 210. 

5. Ibid., p. 330. 



INTRODUCTION LXIX 

Les prescriptions pontificales visaient les demeures desheretiques, 
de leurs fauteurs, de leurs receleurs et celles ou ils avaient celebrc 
leurs rites. Ces batiments ne pouvaient etre releves. Leur empla- 
cement devenait un depotoir infect. Bernard Gui precise ^ que 
cet endroit devait rester a jamais inculte et sans cl6ture, pour 
servir de depot d'ordures (sordium). On a un vivant commentairc 
de ces prescriptions dans la supplique d'Aymon de Caumont 
au pape Clement VI, publiee sous le n. 190. On y voit qu'un de 
ces endroits maudits, situe dans le plus beau quartier de Carcas- 
sonne, etait devenu, a cause de Tinfecte puanteur des immondices 
(jui s'y accumulaient depuis des annees, un tel foyer d'epidemies 
(jue les riches bourgeois du voisinage etaient contraints de deserter 
leurs hotels. Afin de parer a ce danger permanent pour la sante 
publique, afin de pouvoir dresser autour de ce cloaque une cloture, 
iion pas de pierres, mais de piquets de bois, il fallutl'agrement du 
pape. 

A plus forte raison fallait-il Tagrement du pontife pour faire 
cesser completement Tinterdit et la malediction. BernardVersavin, 
secretaire du duc d'Anjou, se munit d'une autorisation en bonne 
forme pour entrer en possession de certaines proprietes de ce 
irenre, qu'il desirait acheter ou esperait obtenir gratuitement de 
la munificence de son maitre. II put y blltir ou y organiser la cul- 
ture (n. 284). Certains jurisconsultes italiens pretendaient qu'il 
sufTisait a un catholique d'avoir possede pacifiquement un terrain 
de cette nature pendant quarante ans, pour avoir le droit d'y con- 
struire une maison. D'autres tenaient pour la perpetuite de Tin- 
terdit inquisitorial. Dans ce pays, les autorisations de batir sur les 
terrains maudits finirent par Hre delivrees par les inquisiteurs 
eux-memes ^. En France, nous savons qu'a la suite d'une discussion 
entre les ofliciers royaux et les inquisiteurs du Dauphine, Char- 
les V abolit la pratique de Texecration des maisons pour cette 
province; et le pape Gregoire XI acquies^a a sa decision ^. 



1. Practica I nquisUionis heretice pra.>itatis, ed. Douais^.Paris, 1886, p. 59- 
159. 

2. Zanchini, Tractalus de haereticis, Rome, 1579, p. 241-24'i. 

3. Isambert, Anciennes loix francaises, Paris, 1822-1833, t. v, p. 491. 



LXX BULLAIRE DE l'iNQUIS1TI0N FRANgAISE 

V. — L'INQUISITION FRANQAISE ET SES JUDICIABLES EN 
RELATION AVEC LA CURIE. — ACTION PERSONNELI>E DES PAPES 

Ce recueil est le dossier des rapports du pape avec Tlnquisi- 
tion de France. Que ces rapports aient ete frequents, il n'est rien 
qui soit plus comprehensible. Les tribunaux d'Inquisition par- 
ticipaient a la juridiction eminente et privilegiee du pontife; leurs 
chefs etaient « deputes par Tautorite apostolique »; ils travail- 
laient a la defense de Torthodoxie, dont le pape etait le regula- 
teur; les details de leur code de procedure avaient ete fixes ou 
approuves par Rome. II etait naturel que le pape suivit leurs tra- 
vaux d'assez pres, qu'eux-memes eussent repours aux directions 
du Saint-Siege et qu'ils sollicitassent de lui, quand il etaitneces- 
saire, un siircroit de facultes ou un concours eminemment efficace. 

D'autre part, Tlnquisition se trouvait mise en contact avec 
la Curie, a Toccasion des appels interjetes, au tribunal supreme 
de TEglise, par des justiciables mecontents de la procedure ou 
des sentences. On constatera que Toccasion d'intervenir dans 
les affaires d'Inquisition a ete fournie au pape par les accuses 
plus frequemment que par les juges; ce qui signifiera sans doute 
que ceux-ci eurent moins besoin de directions et de lumieres que 
de correction et de reforme. 

Enfin, en dehors des cas ou rintervention pontificale fut solli- 
citee par les juges ou par les prevenus, ejle se produisit en mainte 
circonstance, directe, spontanee, soit pour provoquer la repres- 
sion d'une heresie et procurer aux inquisiteurs la bienveillance 
et la collaboration des pouvoirs seculiers, soit pour une action 
judiciaire a entreprendre au nom du pape, par-dessus toute autre 
juridiction. 

Voyons les cas les plus saillants, qui ont trait a chacune de ces 
formes d'intervention. 

1® lnteri>ention sollicitee par les inquisiteurs. — A la demande 
des interesses ou de leurs superieurs monastiques, le pape accorde, 
confirme, proroge des brevets d'inquisiteurs; il modifie les cir- 
conscriptions; il concede des graces, des benefices, des privileges, 
des exemptions aux juges et aux officiers des tribunaux; il etend 
la competence des magistrats a des especes nouvelles; il apporLc 



INTRODUCTION LXXl 

des precisions ou des derogations aux rfegles juridiques. Les cha- 
pitres qui precedent sont remplis d'exemples rentrant dans Tune 
ou Tautre de ces categories. 

Certains inquisiteurs sollicitent des eclaircissements surlacon- 
duite a tenir dans les cas embarrassants. Pierre Brun, envoyant 
au pape un rapport sur ses travaux, lui soumet TafTaire d'un pre- 
tre inculpe d'heresie sur la denonciaton d'accusateurs dont cer- 
tains etaient suspects de faux temoignage. Le pape voulut qu'on 
8'en remit aux lumieres d'une assemblee consultative (n. 63, 69). 
Henry de Chamay, engage dans une procedure contre Barthc- 
lemy Bruguiere, fraticelle, que ses freres en religion ont tente 
d'arracher des mains de Tinquisiteur, ne sait comment se tirer 
de cette epineuse aflaire. Le pape lui ordonne d'aller de Tavant 
(n. 84). Des reponses du meme genre sont faites a d'autres inqui- 
siteurs ou eveques hesitants (n. 24, 90, 92, 112). 

Le pape est Tintermediaire et Tarbitre naturel entre les trihu- 
naux d'Inquisition, soit pour trancher les conflits de competence, 
soit pour faciliter la transmissiondesprisonnierset deleursdossiers, 
soit pour provoquer des echanges de bons services entre magis- 
trats travaillant a la meme cBuvre. Jean XXII ordonne Textra- 
dition d'un groupe d'heretiques, sujets de Tlnquisition de Pamiers, 
captures en Aragon. La raison qui motive cet acte, c'est que ces 
individus peuvent fournir de precieuses indications au juge appa - 
meen sur leurs complices. D'ailleurs, leur arrestation etait Toeu- 
vre d'un limier de Jacques Fournier (n. 53). D'autres cas d'extra- 
dition se presentent aux n. 74 et 120. L'inquisiteur de Carcassonnc 
reclame deux de ses prisonniers fugitifs a son colUgue de Provence 
qui les a arretes; et Tinquisiteur de Piemont veut ravoir un vau- 
dois de ses terres capture a Marseille. 

Les expatriations d'heretiques etant chose frequente, rceuvre 
des inquisiteurs aurait ete compromises'ils ne s'etaient entr'aides 
pour capturer leurs justiciables fygitifs, Benoit Xll ordonne aux 
prelats et aux inquisiteurs de Piemont de rechercher et d'appre- 
hender les vaudois provenQauxquiont trouve unrefuge sur Tautre 
versant dcs Alpes. L'inquisiteur de Provence envoie des emissaires 
poijr diriger les operations (n. 149). Meme requisition aux prelats, 
au clerge, auxseigneurs et aux ofliciers, et jusqu'au roi d'Aragon, 
pour la capture d'heretiques recherches dans ce pays par Tinqui- 
siteur de Toulouse (n. 195-196). Bernard Dupuy, inquisiteur 



I>XXII BULLAIRE DE L INQUISITION FRAN^AISE 

de Provence, proceda en personne a la recherche de ses sujets 
fugitifs; et, comme il comptait pousser aussi jusque dans TAra- 
gon, la Castille etle royaume de Leon, Innocent VI invita les 
rois de ces pays a lui faciliter son oeuvre (n. 224). II lui donna des 
lettres pour le legat Gui de Boulogne, pour les prelats, les inqui- 
siteurs, les nobles, les membres du clerge, les ofTiciers de la force 
publique, et, faveur plus rare, lui conceda la faculte de proceder 
sommairement contre ces fugitifs, en quelque lieu que ce fut 
(n. 225-229). 

La communication des dossiers d'une Inquisition aTautre etait 
quelquefois ordonnee par le pape, a la priere des inquisiteurs. 
Les documents du grefTe suivaient le suspect extrade; ou bien 
ils etaient transmis pour information a un juge qui esperait y 
saisir les preuves de la culpabilite d'autres heretiques. Enfin, 
les pieces de la procedure de premiere instance etaient toujours 
reclamees par le juge d'appel. (Voir n. 30, 65,75,82,94,109-111, 
140, 146, 158, 172, 176.) 

2° Interyention du pape provoquee par les justiciables de Vln- 
quisition. — II est de mode, dans les ouvrages modernes traitant 
de la procedure d'Inquisition, d^affirmer que Tappel des inCuIpes 
au Saint-Siege constitufit une rarete. II etait, dit-on, rendu 
difTicile par les inquisiteurs qui refusaient presque toujours les 
lettres apostoli, sans lesquelles un appelant ne pouvait aller en 
deuxieme instance. Et Ton ajoute, en tout cas, que Tappel au 
Saint-Siege n'etait admis que d'une sentence interlocutoire. « Les 
sentences definitives, et particulierement les sentences de mort, 
n'etaient susceptibles d'aucun recours ^. » Et, de vrai, les 
canons exigeaient cette exclusion, en haine de Terreur ^. Pourtant 
la rigueur des canons flechissait quelquefois ; et le Saint-Siege 
n'etait inaccessible ni aux simples prevenus ni meme, quoique 
plus rarement, aux condamnes. Quelques pieces de notre recueil 
etablissent ce fait pour les deux categories de justiciables. 

Laissant de cote les cas ou le pape refuse d'entendre un recours 
qui ne lui parait pas se presenter de fagon normale et renvoie Ics 
plaideurs aleurs premiers juges (n. 31, 100), parlons des appels qu'il 

1. Lea, llist. de VlnquisUion, t. i, p. 508 ; Tanon, Hisl. des trihunaux de Vln- 
quisition, p. 436, 438-440. 

2. Sv.rt., lil). V, til. r, cap. 18. 



INTRODUCTION LXXIII 

consent a faire discuter sous ses yeux, ou bien ailleurs en sonnoin. 

II s'agit quelquefois moins d'un appel en forme presente par un 
accuse que d'une information extrajudiciaire que celui-ci adresse 
ou fait adresser au pape pour lui signaler ce dont il a a se plain- 
dre. Si la chose en vaut la peine, le pape peut, soit evoquer la 
cause a son tribunal, soit exiger communication du dossier, et 
suspendre provisoirement le cours des debats (n. 13, 14, 100). 
Ainsi Jean XXII, ayant oui dire que des proc^s etaient intcntes» 
a Toulouse et a Carcassonne, contre des defuntsqui iravaient pas 
«'te convaincus d'heresie de leur vivant, defend aux inquisiteurs 
d'aller plus avant sans lui avoir communique les dossiers a lui- 
ineme (n. 106). 

L'evocation d'une afTaire au tribunal papal peutavoirlieu, aplus 
forte raison, lorsque Tappel a ete presente selon toutes les regles. 
Ainsi, dans la cause de Jean de Parthenay, le pape decide que Ton 
ne tiendra compte, en appel, des dossiers de la prcmifere instance 
que pour simple information, et qu'on recommencera toutes choses 
conime s'il n'avait ete rien entrepris par Tinquisiteur de Tours 
(n. 6(j), Benoit XII fait reprendre de ineme tout le proces engage 
par Menet de Robecourt contre les bourgeois d'Albi (n. 176). 

Enfin, le motif de Tevocation d'une afTaire au tribunal papal 
peut dtre simplement Tinterct particulier qui s'attache soit au 
delit, soit au prcvenu, et dont le pape a saisi rimportance. Maisil 
s'agit alors de proces engages sur Tinitiative mcme du pontife. 
Nous les retrouverons bientdt ^. SoIIicitee ou non, lapreoccupa- 
tion de la cause par le tribunal apostolique suspend Taction du 
juge inferieur. L'afTaire est entreprise, ou reprise ab ovo. 

L'appel proprement dit des justiciables de Tlnquisition au tri- 
bunal du pape fut relativement frequent au xiv® siecle. D'abord, 
celui des condamnes, dont je puis signaler trois cas bien certains. 
Lcs deux premiers furent soumis a Jean XXII, qui, malgre sa 
severile pour les heretiques ou les suspects d'heresie, en admit 
la recevabilite. 

L'eveque de Paris Michel de Besangon et Tinquisiteur Atibert 
de Chalons ont fait un proces, pour heresie et sorcellerie, au chi- 
rurgien Jean Anselme de GSnes et au clerc auxerrois Reginald 
de Cravant. Les debats ont abouti a une condamnation. Lasentencc 

1. Vttir p. Lxxx, 3". 



LXXIV BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

a edicte le bannissement et une amende de centlivres, que chaque 
condamne a du payer avant d'etre delivre de sa prison. De plus, 
ils ont rcQu, comme penitence, des jeunes et un pelerinage a 
accomplir, le premier a Saint-Jacques de Compostelle, le second a 
Saint-Nicolas de Bari. Enfin, les juges leur ont extorque, per 
vim et Tnetum,\e serment de ne pas interjeter appel de cette sen- 
tence. 

Mais les condamnes,ne s'estimant pas lies par une telle promesse, 
s'empresserent, des qu'ils furent libres, de soUiciter du pape la 
revision de leur cause.L'accusation portee contre eux etait fausse; 
nuUe diffamation prealable ne la motivait; Vordo juris n'avait 
point ete observe; les juges avaient prononce la condamnation 
contre Tavis de leur conseil; ils avaient soumis leurs prevenus a 
un regime cellulaire des plus cruels, et cela, pour leur extorquer 
de Targent; enfin, il y avait ce serment indument arrache a la 
faiblesse des patiemts. Le recours etait hors des usages, les interes 
ses le savaient bien : Non obstante quod hujusmodi causae non 
sint de sui natura in dicta Curia [romana) pertractandae. 

Malgre cela, le pape consentit a le recevoir. II ordonna aux 
juges de faire la remise des documents afferents aux deux causes, 
dans les deux mois, et de se presenter eux-memes a sa barre, s'ils 
y avaient interet. Les magistrats livrerent les documents, dont 
le pape leur accusa reception, le 14 juin 1331 (n. 109-111). Nous 
ignorons Tissue du proces. 

Gregoire XI, qui partageait,a Tendroit des heretiques, les senti- 
ments de Jean XXII, regut aussi et fit discuter le recours d'un 
clerc de Cahors qui se pretendait favorise de visions, dont un cer- 
tain nombre de pretres et de docteurs avaient proclame Torigine 
divine, mais que Tinquisiteur Hugues de Verdun qualifia, apres 
enquete, de suggestions du Malin.Le visionnaire fut declare excom- 
munie et,apres qu'il eut demande et obtenud'etre releve de cette 
censnre, reconnaissant ainsi qu'il etait coupable, Tinquisiteur le 
cond^^mna a une amende, en punition, disait-il, de sa credulite. 

Mais le condamne en refera au pape. II n'avait cru a Torigine 
divine de ses revelations que sur Tavis de personnes autorisees, 
pretres et maitres es sciences theologiques, en particulier sur 
celui d'un dominicain nomme Raymond, lequel avait soigneu- 
sement examine Tecrit contenant le recit des visions et n'y avait 
rien releve qui ne f ut orthodoxe. Dans la suite, ce confident Tavait 
trahi, denonce a Tinquisiteur et condiiit en sa presence. Nulle 



INTRODUCTION LXXV 

ritation TiguMkre \Vordo juris avait ^te n^glig^. Apr^s interroga- 
f oire, Tinquisiteur avait exige du suspect une declaration ecrite con- 
tenant Texposede sonsentiment a Tendroit des fameuses visions. 
La declaration avait ^t^ ridig^e; rinculp^ y exprimait des doutes 
formels sur Torigine et la valeur des revelations; il ne croyait pas 
a leur authenticite, il en doutait. Mais le dominicain Raymond 
ayant rature une simple negation dans Tecrit, Texpression de 
doute s'etait transformee en declaration de croyance. La con- 
damnations'en etait suivie. Le pape ordonna^ Tevlque de Couse- 
rans de reprendre TenquSte sur le fait des visions, d*entendre les 
deux parties et de punir le visionnaire, s'il etait un imposteur 
ou une victime d'illusions diaboliques, d'infliger une penitence a 
rinquisiteur et a son socius, s'ils etaient reconnus coupables 
d'injustice (1377; n. 310). 

Ainsi, meme en matiere d'appel apres condamnation, la regle 
^anonique souffrait des exceptions. 

Lc recours d'un prevenq, au cours de Tinstruction, n'etait 
pas qne exception; la loi Tautorisait. II fut plus frequent que 
d'aucuns ne pensent. Cetait tantot la recusation du juge pour 
raison d'incompetence ou suspicion d'inimitie, tantot la pro- 
testation contre des vices de forme et des abus de pouvoir, 
qui le motivaicnt. Le sire de Parthenay recuse rinquisiteuf 
Maurice de Saint-Paul, parce que suspect de partialite, et reve- 
que de Paris, pour incompetence (n. 46, QQi). Herve de Trevalloet 
recuse ses deux juges, parce que parents ou amis de ses accusa- 
teurs, les Guergolle (n. 143). L'abbe et les moines de Gaillac invo- 
quent Texception d'inimitie pour recuser Toflicial de Rodez, dans 
le proc^s de certains de leurs freres inculpes d'heresie (n. 220). 
On doit en dire autant de Guillem Fenasse d'Albi, par rapport 
a un inquisiteur de Carcassonne, a propos d'un proc^s intente a 
la memoire de Guillem Fenasse, le Vieux (n. 166). Enfin, il faut 
voir une sorte de recusation de Tinquisiteur dans la petition de 
ce prevenu de Carpentras qui se morfond depuis longtemps dfins 
un cachot en attendant que son juge absent vienne reprendre 
Tinstruction de sa cause. Le malheureux voudrait payer a Tinqui- 
siteur ses frais de voyage, mais il n'en a pas les moyens. II supplic 
le pape de remettre son sort a un mi^gistrat plus facilement acccs: 
sihle. Urbain V designe rofTicial de Carpentras (n. 239). 



LXXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

Les abus de pouvoir, les fantaisies juridiques des inquisiteurs, 
leurs sentences interlocutoires provoquent de frequents recours. 
Guillaume de Pecquigny, fils du celebre vidame d'Amiens, refor- 
mateur royal en Languedoc,demande au pape Clement Vla revo- 
cation de la sentence d'excommunication portee par GeofTroi 
d'Ablis contre son pere prevenu d'obstruction au Saint-OfTice. 
Le pape accueille le recours et depute, pour le discuter, trois 
cardinaux qui annulent la censure (n. 4 et note 1). 

On objectera peut-etre que Pecquigny etait un fonctionnaire 
de Philippe le Bel et que le pape qui le fit acquitter manquait 
de tendresse pour Tlnquisition. Voici Jean XXII et BenoitXII 
qui imitent Texemple de Clement V. 

Jean de Parthenay et Herve de Trevalloet se plaignent a eux 
des entraves mises a leur droit de defense.Le premier nepeut se 
concerter avec ses parents ou ses conseillers; nul notaire ne veut 
rediger son acte d'appel, sous pretexte que Tinquisiteur a fulmine 
Texcommunication contre tout scribe qui aurait prete ses services. 
Cest du moins ce que Ton raconte (n. 46). Le second affirme que 
ses juges ont sciemment regu le temoignage de gens subornes et 
payes; qu'ils ont prononce la saisie de ses biens et de ceux de 
sa femme et de ses freres, emprisonne et excommunie ses defen- 
seurs, torture ses domestiques et, comme ceux-ci n'etaient pas 
disposes a accuser leur maitre, qu'ils les ont tenus pour heretiques 
etlivres au bras seculier. La maniere dontBenoit XII parle de ces 
accusations prouve qu'il les croit fondees; et il n'y a aucun doute 
que certaines le fussent : ainsi la confiscation desbiensdc toute la 
familleTrevalloet et les injustes traitements infliges aux temoins 
(n. 143, 158, 167, 169). 

L'arbitraire juridique de Menet de Robecourt est denonce a 
Irois reprises au Saint-Siege : une premiere fois, par un groupe de 
bourgeois d'Albi, qui, soupgonnant ce magistrat d'avoir instru- 
mente sans mandat, Taccusent de leur avoir impute a crime une 
protestation presentee par eux au cardinal Fournier contre les 
faits et gestes de certains subalternes de rinquisition. Une deu- 
xieme fois, ce sont des temoins castrais et albigeois qui Taccusent 
de s'ctre laisse corrompre a prix d'argent par un juif prevenu 
d'heresie. Ils se plaignent d'avoir ete mis au secret, tortures et 
Sollicites de toutes manieres pour qu'ils consentissent a retirer 
leurs depositions contre ce juif; et, comme ils se montraient 



INTRODUCTION LXXVII 

ferrries dans leurs dires, ils allirment que Menet en avait fait 
inlerpoler la relation ccrite. Enfin, on les rendit a la liberte. Mais 
alors on craignit qu'ils ne denongassent les cnormites dont ils 
auraient ete temoins ou victimes, et Tinquisiteur en personne 
leur fit reintegrer leurs cachots (n. 186). Une troisieme plainte 
denon^a le refus persistant des inquisiteurs de Carcassonne de 
remettre aux heritiers de Pierre de Tournemire une copie des 
novissima verha de ce pretre, recueillies par Menet d^ Robecourt, 
quelques instants avant la mort du malheureux. Ainsila defense 
etait rendue impossible (n. 189). Au surplus, Tarbitraire de Menet 
avait trouve moyen de se produire lors de cette deposition in 
extremis. Deux religieux figuraient comme temoins dansle pro- 
ces-verbal, alors qu'ils n*etaient survenus que lorsque tout etait 
termine (n. 28, nole 3). Je dois remarquer que tousles griefs arti- 
culcs contre Menetde Robecourt, dans le premier et le troisifeme 
de ces recours, furent reconnus exacts; les jugements dcnnerent 
raison aux appelants. Pour ceux de la deuxieme categorie, 
nous devons nous en tenir au rapport des interesses; mais il est 
a croire qu'ils n'ont pas cree cette histoire de toutes pi^ces : en 
particulier, le fait de leur incarceration ne peut etre r^voque en 
doute. 

D'autres appelants denoncent les procedes fiscaux de leurs 
juges *. AlainBourret d'Exideuii se plaint d'une extorsion d'argent 
compliquee de pacte frauduleux, perpetree par Tinquisiteur de 
Tours, Arnaud Mandavin, a roccasion d*un proc^s intent6 au 
pere du plaignant. Cet inquisiteiir pretendit ne mettre son pre- 
venu en liberte que sur une caution de cent marks d'argent que 
quatre fidejusseurs s'engageraient a payer, s'ils ne pouvaient 
« presenter » leur client a toute requisition. II avait fallu en passer 
par la. Maintenant encore, bien que le libere fut mort depuis sept 
ans, rinquisiteurpretendaitobligersesfidejusseurs ale «presenter ». 
Illcsavait sommes de s'executer, et, comme ils ne le pouvaient, 
il les avait excommunies, eux et leurs femmes. Puis il avait lixe 
a soixante livres tournois la somme a payer pour obtenir Tabso- 



1. Les chapitres generaux de rordre des frferes pr^cheurs (Florence, 1321; 
Vienne, 1322) avaient charge les provinciaux de punir les abuides inquisiteurs 
en matiere d'exaction8 pecuniaires. Reichert, op. cit., t. ii, p. 134, 141 : do 
inquisitoribus heretice prai'itatis, quod non extorqueant pecuniam. 



LXXVIII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE 

lution de cette censure. Alors fut decide le recours au pape, qui, 
(le 24 juin 1344), chargea reveque de Perigueux de faire rendre 
justice au plaignant et de citer Tinquisiteur au tribunal du Saint- 
Siege, si les faits allegues etaient exacts (n. 194). 

Etienne de Lacombe, inquisiteur de Toulouse et partisan de 
Benoit XIII, avait cherche querelle a sept dominicains ou fran- 
ciscains de cette ville, connus pour leur adhesion au concile et 
au pape de Pise. II avait instruit leur proces et les avait jetes en 
prison. Ils en appelerent a Jean XXIII, qui fit juger lelitige par 
rarcheveque de Toulouse. Ils furent acquittes (n. 340). 

Arnaud Pastou, de Caunes en Minervois, inculpe de blaspheme 
mais qui se pretend d'absolue bonne foi et de religion tres pure, 
denonce de meme Tinquisiteur de Carcassonne Pierre de Matriolis, 
qui, a la suggestion des ennemis du plaignant, Ta mis en etat 
d'arrestation et a tente de luiporter prejudice dans sa bonne 
renommee et dans ses biens (en 1407; n. 333). 

Un autre blasphemateur, du diocese de Saint-Pons, que Pierre 
de Marvejols, successeur du precedent inquisiteur a Carcas- 
sonne, a inculpe d'heresie pour quelques jurements proferes dans 
un mouvement de colere, qu'il a mis a la torture, depouille de 
ses biens, droits, cens et revenus, a qui il a refuse de statuer sur 
son sort et qu'il a laisse longtemps languir dans derudes cachots, 
demande justice a Jean XXIII; et le pape veut que, si soninno- 
cence ressort de Tenquete qu'il prescrit de faire, ce malheureux 
soit rehabilite et indemnise, et que, s'il est reconnu coupable, on 
le releve tout de meme de son excommunication et on le renvoie 
en paix (en 1411 ; n. 341). 

L'annee suivante, des bourgeois narbonnais se plaignirent 
du meme inquisiteur. 11 avait tente de leur extorquer de Targent, 
sous pretexte d'ecritures et de frais divers, au cours d'une en- 
qucte, commencee contre eux alors que deja rofficial etait saisi 
de ralfaire. Et, d'ailleurs, raccusation de sorcellerie qui avait 
motive Tun et Tautre proces etait, d'apres eux, pure calomnie 
(n. 342). 

Tels sont les cas d'appel au Saint-Siege que nous relevons dans 
nos documents. Ils sont — en comptant les recours pour recusa- 
tion et les evocations des causes provoquees par des recours — au 
nombre de dix-huit, dont trois ont suivi la sentence de condamna- 
tion. Je souligne encore Timportance de cette constatation, au 
nom des droits dus a la verite. 



INTRODUCTION LXXIX 

Quaiul il avait accueilli un appel, le pape nommait un ou 
plusieurs commissaires pour en connaitre *. L'instruction se 
faisait tantot in Curia (n. 4, 66, 106, 109, 111, 143, 158, 173, 176), 
lant6t extra Curiam (n. 166,186, 194, 220, 239, 280, 310, 333, 341, 
342). Quelquefois le pape se reservait la decision apres instruction 
close (n. 106-176) et il lui arrivait, soit de recevoir les rapports 
dcs commissaires (n. 140, 158, 169, 176), soit de rendre son juge- 
nienten plein consistoire (affaire Menet de Robecourt, n. 176). Les 
commissaires etaient des cardiliaux (n. 4, 106, 140, 158, 176 etc), 
oudeseveque8(n. 68, 166, 186, 194, 310, 340, 341), ou d'autres 
dignitaires ecclesiastiques (n. 220-239, 329, 342). 

Les documents ne permettentpas toujours de se rendre comptc 
du resultat final de rappel. Pour uiie dizaine des cas mentionnes 
Ton a de sullisants renseignements. Guillaume de Pecquigny, 
Jean de Parthenay, les bourgeois d'Albi, victimes de Menet de 
Robecourt, gagnent leurs proces ; les heritiers de Pierre de Tour- 
ntunire obtiennent que la revision de la cause de leur parent 
soit entreprise et elle aboutit, a la longue, a la rehabilitation du 
defunt. Herve de Trevalloet fait revoquer plusieurs mancEuvres 
odieuses decretees par les inquisiteurs, et il obtient que ceux-ci 
soient soinmes de justifier leurs actes. Tres probablement il 
eut gain de cause. Guillaume Fenasse, 1'abbe et les moines de 
(iaillac, qui recusent leurs juges, 9'en voient attribuer d'autre3 
plus impartiaux. Le prisonnier pauvre de Carpentras obtient 
d'etre juge par un magistrat dont le deplacement sera plus eco- 
nomique. Les religieux toulousains persecutes pour adhesion a 
robedience de Pise sont acquittes en appel. Enfin, les plaintes des 
heritiers du groupe de d6funts dont les Inquisitions languedocien- 
nes avaient repris les proces aboutirent a une miseaurebut totalo 
ou presque totale des dossiers reconnus inoffensifs. 

<^)uant aux appels dont nous ne connaissons pas la conclusion, il 
n'esl pas temeraire de conjecturer (fu'ils furent tous, ou peu 8'en 
faut, termines favorablement pourceux qui les avaient interjetes. 
Les abus denonces etaient trop criants, les denis de justice trop 
exorbitantspourn'avoir pas provoqu^, sinon toujours la puni- 



1. II nommiiit aussi des commissions rogatoircs pour proceder sur piace a 
dcs iiiterrogaloires de temoini, a des citations, etc. E.\. : n. 143, 151, 158, 17'i, 
176, 178, 180. 



LXXX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

liondes jiiges ', du moiiis racquittement et la rehabililation 
des accuses. 

Sonime toute, la juridiction d'appel en matiere dTnquisition 
fut un bienfait pour les inculpes. Les injustices, la cupidite, la 
legerete, Tignorance de certains inquisiteurs ou commissaires 
d'Inquisition trouverent aupres de la Curie un bienfaisant contre- 
poids. Ces magistrats privilegies, les plus puissants de TEglise, 
eprouverent que leur fantaisie et leur zele excessif ne pouvaient 
tenir lieu de loi. La procedure de rinquisition etait assez excep- 
tionnelle pourqu'on se gardat de la rendre odieuse en la reduisant 
cncore ou en la compliquant de procedes vexatoires. Le controle 
pontifical devint d'autant plus necessaireque,les heretiques venant 
a manquer dans la plupart des tribunaux frangais, les juges eurent 
une naturelle tendance a ergoter sur des vetilles et a chercher 
noise a d'inoffensifs pecheurs ou a de pauvres gens superstitieux. 
11 fallait surveiller le rouage delicat de Tlnquisition pour qu'il 
iie fonctionnat pas a tort et a travers. Cest ce qu'il semble que les 
papes ont fait durant la periode que nous etudions. 

3° Interi^ention spontanee et action personnelle des papes en 
matiere d'heresie. — L'heureuse influence de la Curie romaine sur 
rinquisition frangaise ressort egalement de diverses interventions 
et mesures de clemence decidees en dehors de toute procedure 
d'appel. Clement V rend le plus grand service aux justiciables du 
Saint-Office en ecoutant les plaintes des populations du Langue- 
doc et en organisant renquete cardinalice qui prepare les voies 
aux reformes du concile de Vienne (n. 3 et notes). Jean XXII se 
aisse flechir par les instances de la reine Jeannc de France et fait 
grace au fraticelle Conrad, son ennemi (n. 104, 105). II rappelle 
en termes severes, au roi de Majorque et a reveque d'Elne, que 
leurs sentiments personnels a i'endroit du prevenu Adhemar dc 
Mosset ne doivent pas les entrainer a commettre des injustices. 
D'ailleurs, afin de faire contrepoids a rinfluence de cet eveque et 
de rinquisiteur, le pape leur adjoint Teveque de Maguelonne, 
pour juger cette cause (n. 131, 135, 136). 

Benoit XII fait reintegrer dans Tordre franciscain le fraticelle 
Barthelemy Bruguiere (n. 145) et Gregoire XI rend la liberte a 



1. Cependant, aux n. 194 et 310, le pape prevoit, le cas echeant, la punitioiij 
de rinquisitcur. 



INTRODUCTION LXXXI 

Bidon de Puyguillem, capitaine de routiers, apr^s six ans de pri- 
son {n. 262). Clement VI, ayant oui dire que les inquisiteurs de 
Majorque, de Roussillon et de Cerdagne manquaient d'impar- 
tialite dans leur procedure, ordonne au general des dominicains 
de les remplacer par des religieux non suspects (n. 197, 198). On 
n'a pas oublie les lettres d'Innocent VI et de Gregoire XI rappe- 
lant que les juifs prevenus d'heresie doivent etre soumis au regime 
juridique habituel, surtout en ce qui concerne Texercice du droit 
de defense (n. 230, 269, 271). On se rappelle Clement VII remet- 
tant aux ordinaires la connaissance des delits d'heresie commis 
par les juifs de diverses provinces frangaises, et cela, afin d'empe- 
cher ces prevenus d'etre molestes par les inquisiteurs (n. 318). On 
se souvient enfin qu'Urbain V invita Tinquisiteur de Toulouse k 
ne pas empieter sur les droits des ordinaires dans la repression du 
crime de blaspheme (n. 259). Dans toutes ces decisions^ on pergoit 
le souci tr^s efTectif de proteger les faibles contre Tinjustice et 
Tarbitraire et d'user de clemence envers les coupables venus a 
resipiscence. 

II faut relever aussi, au compte de Tindulgence et de la charite 
apostolique, les essais d'evangeIisation tentes aupres des popu- 
lations que Tignorance de la verite, plutdt que Tobstination dans 
Terreur, tenait ^loign^es de Torthodoxie. Ces essais sont rares, a la 
verite; du moins, nous n'en connaissons qu'un petit nombre, 
mais ils ont leur merite et leur signification. Rappelons Tenvoi 
de missionnaires dans les vallees du BrianQonnais, sollicite par 
rarcheveque d'Embrun accorde par Urbain V (n. 260); la mis- 
sion que Gregoire XI organisa, en 1375, dans les provinces d'Arles, 
d'Aix, d*Embrun, de Vienne et de Tarentaise, et qui dut avoir 
quelque ampleur, puisque des religieux de quatre ordres y furent 
employes : augustins, carmes, franciscains et dominicains (n. 294); 
enfin, les missions de Corse confiees aux fr^res mineurs a diverses 
reprises (cf. ci-dessus, p. xiii-xiv et n. 280). 

A cote de Tindulgence et de la douceur, la s6verite et la force. 
Presque toutes les pihces de ce bullaire temoignent de Timpor- 
tance que les papes attachaient k Taction de Tlnquisition. Elles 
ont pour but, soit d'organiser la repression de telle categorie 

1. Cf. n. 274 : letlre de Grrgoire XI pour la r^conciliation des LoUards peni- 
lenls; n. 319 : lacte de clemence en faveur dHugues Aubriot; n. 343 : la rati- 
fication de racquittement de Dominiquc Bens. 

BULLAIRE ' F 



LXXXII BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 

de delits, soit d'introduire ou d'intensifier rinquisition dans les 
pays contamines. Nous les avons notees au cours des trois premiers 
paragraphes. Ce sont des actes d'initiative qui tiennent a Texer- 
cice du ministere et du magistere apostoliques. 

A la defense de la foi tous doivent contribuer, non seulement 
les juges monastiques et diocesains, les prelats, les clercs et les 
religieux, mais aussi les rois, les princes, les seigneurs, les fonc- 
tionnaires, les magistrats, les hommes de guerre, les gens de police 
et jusqu'aux bourgeois et aux manants. Le pape ne manque pas 
d'ecrire lettres sur lettres, pour rappeler a tous leur devoir. On 
remarquera celles qui sont adressees aux rois de France : a pro- 
pos de la discussion sur la vision beatifique et de Tincarceration 
de Thomas Walleis, qui combattait le sentiment du pape (n. 129, 
133-134, 138, 141); de la suspension des procedures contre les 
morts, en Languedoc,et du tarissement des encours qui en resul- 
tait (n. 140), et de Tincarceration des capitaines de routiers par les 
agents de Tlnquisition (n. 245); les felicitations que vaut a Char- 
les V son zele contre les beghards, zele qui aurait du aussi se de- 
ployer contre les vaudois du Dauphine (n. 276); les plaintes provo- 
quees par la mauvaise volonte des fonctionnaires royaux dans ce 
meme pays (n. 287), etc. Les rois d'Aragon (n. 195, 224), de Ma- 
jorque (n. 124 bis, 127 ter, 130 bis, 130 ter, 135), de Naples (n. 213), 
le dauphin de Viennois (n. 147, 232 bis), le comte de Savoie 
(n. 235-237, 263, 289), le comte de Foix (n. 144, 156, 159, 160), 
divers seigneurs (n. 196, 227, 235, 240, 242, 244, 253, 264, 290, etc), 
ou fonctionnaires (n. 29, 49, 114, 160, 196, 227, 235, 237, 265, 
283, 291, 303, 305) sont invites de meme a preter le concours de 
leur influence et de leur force a roeuvre catholique. 

Non contents de ces interventions de portee generale, les papes 
firent parfois proceder a la punition de quelques individus, en 
leur propre nom. Ils furent eux-memes inquisiteurs, tout en 
etant juges d'appel. S'ils prirent certaines affaires a leur compte, 
cela ne signifie pas qu'ils en avaient toujours directement connais- 
sance. Leur intervention a pu etre sollicitee par une petition extra- 
judiciaire. L'essentiel est de ne pas confondre ce mode de proce- 
dure avec celui des appellations. Un cas des plus notoires est celui 
de Bernard Delicieux, dont le proces fut instruit et juge par 
une commission pontificale. La citation elle-meme avait ete 
faite par commission rogatoire au nom de Jean XXII {supra, 
p. Liii). Le meme pape se fait remettre par les autorites civiles 



INTRODUCTION LXXXIII 

et religieuses de Carcassonne un pretre envoiiteur (n. 29, 30); par 
reveque de Beziers, un moine cistercien, prevenu de demono- 
manie (n. 77); par Teveque et l'inquisiteur de Faris, rheretique 
Frangois de Todi (n. 94), qu'il veut faire juger sous ses yeux. II 
designe deux cardinaux pour conduire le proces d'un chanoine de 
Saint-Caprais d'Agen que reveque diocesain a fait conduire a 
Avignon et qui est detenu dans les prisons pontificales sous Tin- 
culpation de sorcellerie et de magie (n. 67). D'autres prisonniers 
incarceres pour le meme motif, et dont plusieurs ont deja ete 
Fobjet d'enquetes judiciaires a Toulouse et a Paris, sont remis au 
jugement de trois cardinaux (n. 72). Un autre prince de TEglise 
est saisi de la cause d'Yves de Kerinou, pretre du diocese de 
Leon; et, comme il ne peut conclure les debats, trois autres 
dijjnitaires ecclesiastiques sont delegues a sa place (n. 128). 
L'airaire de Thomas Walleis est remise egalement a deux membres 
du Sacre-College (n. 129, note 1). 

Benoit XII, on ne Ta pas oublie, institua un inquisiteur special 
pour !a Curie. Cetait Guillaume Lombard, qui etait en meme 
temps ofTicial d'Avignon (n. 153). Le tribunal de ce juge ne man- 
qua pas d'occupations. Le pape lui-meme s'appliqua a lui en pro- 
curer : proces de Guerin de THay (n. 146), de Guillaume Altafex 
(n. 150, 152), tous deux sorciers; d'un groupe de Bearnais que le 
pape fit arreter par le comte de Foix et qu'il envoya chercher 
sur place (n. 156, 159, 160); du franciscain Guillaume de Casti- 
gllone pour le procfes duquel Lombard fut adjoint d'abord a un 
cardinal (n. 157), puis a Tinquisiteur de Provence (n. 170); pro- 
ces de deux autres Bearnais, prevenus de sorcellerie (n. 66); 
d'Andre de Galiano, fraticelle, qui fut acquitt6 (n. 163); de Jean 
Christophe, procureur in Curia (n. 165); enfin de deux sorcieres 
du Vivarais (n. 171). Entre temps le meme pape faisait instruire 
la cause du franciscain Pierre Calvet, de Millau, par le cardinal 
Guillaume Curti (n. 174), et remettait a Tabbe de Boulbonne le 
soin de punir certains de ses moines adonnes a Talchimie (n. 175, 
179). Enfm, il faisait citer a son tribunal deux bourgeois d'Albi 
et un notaire de Tlnquisitlon de Carcassonne (n. 178, 190). 

D'autres procedurcs furent engagees au nom des successeurs 
de Benoit XII : contre Raymond Gilles, clerc de Narbonne, pre- 
venu de sorcellerie (n. 192); contre Blaise Boyer, autre Narbon- 
nais, dont rafTaire, negligee par Tlnquisition, fut confiee a Tarche- 
veque de cctte ville (n. 209); contre le franciscain Guillaume 



LXXXIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 

Bernard du Puy, poursuivi a la dfimande de Tinquisiteur de Tou- 
louse (n. 214, 214 bis), et deux autres fraticelles deja interroges 
par cet inquisiteur (n. 215-217); contre un groupe de religieux 
du diocese de Rodez, adonnes a des pratiques superstitieuses 
(n. 218); enfin, contre des routiers suspects d'heresie (n. 234, 236, 
etc. -^). 

Tous les pontifes d'Avignon n'eurent pas Toccasion d'entrer 
personnellement en lice contre rheresie. Jean XXII et Benoit XII 
y parurent souvent, surtout le second, qui etait, si on peut ainsi 
parler, un inquisiteur de carriere. II avait cree et preside un tri- 
bunal de la foi, dans son diocese de Pamiers. Eveque de Mire- 
poix, il avait continue a faire la guerre aux heretiques. Cardinal, 
c'etait a lui que Jean XXII confiait de preference les dossiers 
d'appel, ou ceux des causes directement instruites par la Curie. 
Monte sur la chaire de saint Pierre, son zele contre Terreur s'exerQa 
sur un champ plus vaste (n. 24, note 1). 

Jean XXII, comme d'ailleurs les successeurs de Benoit XII, 
prefererent mettre en mouvement les rouages inquisitoriaux des 
provinces. Leur correspondance est surtout faite d'exhortations 
et de mandats adresses aux magistrats, pour les faire agir. En 
revanche, Tlnquisition fut redevable a Jean XXII de nouvelles 
especes ajoutees a sa competence : spirituels, beguins, fraticelles 
et toutes les varietes de sorciers. Or, la bonne moitie des proces 
dont il est question dans les bulles de ce pape et de ses successeurs 
— Urbain V et Gregoire XI exceptes — ont pour objet des pre- 
venus de ces categories. Ces crimes — notamment ceux de sor- 
cellerie — devinrent d'ailleurs, avec les peches de blaspheme, les 
seuls aliments dont durent se contenter, a partir du milieu du 
xiv® siecle, la plupart des tribunaux de France. L'Inquisition de 
Provence connut seule des jours de grand labeur sous Urbain V 
et Gregoire XI. Elle trouvait encore, dans les vaudois, des adver- 
saires nombreux et dignes d'elle. Elle fut aussi la seule a conserver 
une pleine raison d'exister, meme au siecle suivant; car les reliefs 
de la grande heresie mirent longtemps a disparaitre. 

Delimitation plus precise des divers lots de rinquisition sur 
la terre de France; etablissement de la succession des inquisi- 
teurs a la tete de chacun de ces lots; maints details releves sur 

1. Voir d'autres exemples : n. 240, 252, 261, 273, 314, 315, 329. 



INTRODUCTION LXXXV 

rorganisation et le fonctionnement des tribunaux; contribution 
documentaire a I'histoire des heresies; innovations importantes 
signalees dans le code de procedure; enfin, et surtout, constata- 
tion faite d'un usage frequent du recours au Saint-Siege et de 
rinfluence moderatrice et correctrice du pape sur les juges repre- 
hensibles : tel est le bilan des benefices que nous a valus le glanage 
de ces 350 documents dans le vaste champ des Registres ponti- 
ficaux. II n*e8t point n^gligeable et nous esperons qu'il sera 
apprecie de ceux qu'interesse le moindre fait touchant a Tln- 
quisition. 



BULLAIRE 



DK 



L'INQUISITION FRANQAISE 



BENOIT XI 

(1303-1304) 



HULLAiHfc: - i 



i 



BENOIT XI 

(1303-1304) 



— 1 - 

Benoit XI conjere d Guillem Sicre, de Carcassonne, « assesseur » 
du trihunal de V Inquisilion depuis de longues annees, un canonicat 
« suh exspectalione praehendae)^ dans la cathedrale d' Albi. — Rome, 
Latran, 10 mars i30A. 

RegeslumVaiicanum,t.i.j, fol. 140 vo, n. 611; Graudjean, Regis- 
Ire de Benolt XI, n. 746 (anal.). 

(iuillelmo Sicredi, de Carcassona, canonico Albien. — Sedis 
apostolice providentia ... — Datum Laterani, vi idus martii, 
anno primo. 



— 2 — 

Benoil Xi donne ordre au provincial des jreres mineurs (CAqui' 
laine ^ de se saisir de Bernard Delicieux, accuse d'a^oir jomente 
une rebellion contre les inquisiteurs de la foi et tente d^empecher la 
poursuite des herHiques; il devra le faire conduire sous eacorte aupres 
dc la Curie ^. — Viterbe, 16 avril 1304. 

Doat, t. xxxiv, fol. 14; Haureau, Bernard DSlicieuxet Vlnqui' 
sition albigeoise, Paris, 1877, p. 190; Eubel, BuUar. franciscanum 
u. 34 (in ext.). 

Bcncdictus cpiscopus, servus servorum Dci, dilecto filio mi- 
nlslro fralriini minorum in provincia Aquitanie, vel ejus vices 



4 BULLAIRE DE L INQUISITION FftANCAISE 

gerenti, salutem et apostolicam benedictionem. — Ea nobis de 
fratre Bernardo Delitiosi, tui ordinis, referuntur que non intendi- 
mus, prout etiam nec debemus, saltem propter exempliperniciem, 
si veritate nitantur, aliquatenus relinquere incorrecta. Ipse nam- 
que, ut accepimus, contra officium inquisitorum heretice pravi- 
tatis illarum partium, tanquam eadem forsitam pravitate re- 
spersus, vel contra inquisitores predictos livoris ardore succensus, 
non est veritus publice predicare et eorum pro suo posse oITicium 
impedire, concitando fidelium populos contra eos, ipsos tam in 
curia carissimi in Christo filii nostri regis Francie illustris quam 
alibi nequiter diffamando et se opponendo processibus eorumdem. 
Nos autem, predicto tuo in hac parte ordini deferentes, ac iiolentes 
propterea hujusmodi negotium cuiquam extra illum committere, 
discretioni tue, in virtute sancte obedientie, et sub excommuni- 
cationis et privationis officii tibi commissi et inhabilitatis ad 
omnia alia officia et administrationes obtinenda in ordine supra- 
dicto penis, quas te incurrere volumus ipso facto, si mandatum 
hujusmodi non duxeris adimplendum, districte precipiendo man- 
damus quatinus prefatum Bernardum caute, ut ipse id presentire 
non possit, comprehendere et sub fida custodia, quantum id fieri 
commode poterit, ad nostram presentiam destinare procures, ita 
quod nobis vel camerario nostro personaliter presentetur; man- 
datum nostrum in hac parte taliter impleturus quod non solum 
penas predictas evites. sed de obedientia commendari potius 
merearis. — Datum Viterbii, decimo sexto kalendas maii, ponti- 
ficatus nostri anno primo. 



1. Frere Pierre-Raymond de Saint-Romain, elu provincial d'Aquitainc, 
cn 1304, succedait dans cette charge a frere Raymond Rigaud. La bulle de 
Benoit XI fut presentee a Tun ou a Tautre de ces religieux. Othon de Pavie, 
UAquitaine seraphique, Auch, 1900, t. i, p. 141,248. 

2. Bcrnard DeUcieux, ne a Montpellier, entra en 1288 chez les freres mineurs 
et ne tarda pas a devenir Tun des membres les plus en vue de Tordre. Doue 
d'une eloquence fougueuse^ il exerga unc influence profonde sur les masses. On le 
vit a la tete de plusieurs mouvements populaires en Languedoc. II eut maillea 
partir avec trois papes : Benoit XI, Clement V et Jean XXII; il conspira contre 
le roi de France^ et surtout fit une guerre acharnee a rinquisition. 

Plusieurs incidents avaient provoque fenvoi du present mandat d'arret. 
D'abord, le proces intente, en 1300, par Nicolas d'Abbeville, inquisiteur de 
Carcassonne, a la memoire d'un riche bourgcois dc cette ville, Castel Faure 
(n. 21, note 1). Les franciscains, dont le cimetiere gardait les restes du defunt, 
prirent parti pour lui et thoisirent Bernard Delicieux, leur lecteur, pour defendre 



BENOIT XI 5 

les drolts du couvent. Le chapitre provincial de Marseille ratifla ce choix. Mais 
lorsque Bernard vint protester a la barre de Tlnquisition, Nicolas d'Abbeville 
refusa de Tentendre. Une deuxidme tentative n'eut pas plus de succes. Les no- 
taires ne voulaient pas rediger d'acte d'appel au pape, par peur de Tinquisiteur. 
II fut mdme tres diflicile de notifier a celui-ci le texte de ce document. On se 
borna a en clouer une copie sur la porte de rh6tel inquisitorial. II semble quc 
Taflaire n*eut pas de suite immediate (n. 21). Toujours est-il qu'il faiit y voir 
Tentree en lice de Bernard contre Tlnquisition et que ce fut un des griefs mis a 
i^A rhargo dans le prooes de 1319. Voir Haureau, Bernard Delicieux, etc, p. 1- 
11, 167-175, d'apres Doat, t. xxvii, fol. 178; t. xxxiv, fol. 123, 189; ms., Bibl. 
nat., lat. 4270, fol. 14-30, 35, 120, 148. 

Une deuxieme tentative plus grave, plus vaste et qui faillit etre couronnce 
de succes, fut celle de tous les mocontents d'Albi, dc Carcassonne et d'ailleurs, 
Bernard D^licieux k leur tSte, lors de Tenvoi de reformateurs royaux en Lan- 
guedoc (1301). Vingt-cinq honorables citoyens d'Albi, catholiques pratiquants 
ou passant pour tels, avaieut ete emprisonnes, en 1299, par Bernard de Castanet, 
leur evcque, et Nicolas d'Abbeville, inquisiteur. Une procedure sommaire et, 
disait-on, barbare avait fait de ces gens paisibles autant d'heretiques, con- 
vaincus par leurs propres aveux. D'aucuns avaient ete punis de prison a perp6- 
tuite; d'autres attendaient dans les cachots depuis deux annees que Ton voulut 
bien fixer leur^ort (voir n. 3, note 1). Les plaintes de ces malheureux et de leurs 
familles provoqudrent Tenvoi de deux ofliciers royaux, Richard Neveu et 
Jean de Pecquigny, qui entendirent les doloances des victimes et la defense 
dcs inquisiteurs. Bernard Delicieux ne cessait de proclamer Tinutilite de ce» 
cssais de reforme partielle et de predire la persistance des nbus tant que subsis- 
terait Tlnquisition dominicainc. II consentit cependant a aller devant le roi 
plaider, avec Pecquigny et une dclegation de citoyens d'Albi, la cause des p i- 
sonniers delaisscs. Ils obtinrent la revocation de Tinquisiteur de Toulouse, 
Foulques de Saint-Georges, ct la promulgatiou d'une ordonnance tendant a 
contre-balancer par Tintervention des ordinaires rinfluence exclusive des inqui- 
siteurs (1302). Une nouvelle instance, faite cette meme annee, ne reussit pas ^ 
I^rovoquer une reforme plus radicale. GeofTroi d'Ablis rempla^a Nicolas d'Abbe- 
ville a rinquisition de Carcassonne, et ce fut tout. Au mois d'aout 1303, Pec- 
quigny se rendit a Carcassonne. Alors, par ses predications enflammees, Bernard 
nclicieux contribua a provoquer une emeute populaire, qui for^a les portes des 
prisons et contraignit Geoffroi d'Ablis k une capitulation momentanee. Nous 
reprendrons ailleurs (n. 4, note 1) le rccit des demeles enlre Tinquisiteur et 
Pecquigny. Lorsque le vidame, excommunic par son adversaire, se fut dccide 
k en appeler au pape, Bernard prit sur lui de trouver des ressources pour parer 
aux frais de la procedure. Les villes d'Albi, de Carcassonne et de Cordes avaient 
souscrit 3000 livres; mais elles oublicrent leurs promesses, et Bernard dut 
8'endetter pour y faire hoijneur a leur place. 

Tandis qu'il travaillait a scconder lc vidame. arriva le mandat d'arrestation. 
Le provincial d'Aquitaine le fit executer par frcre Jean Rigaud (juillet 1304). 
11 fallut rccourir a lexcommunication pour avoir raison de Bernard. Toutefois 
raffaire cn resta la. Lc pape dominicain Benoit XI etant mcrl sur ces entrefaites, 
Bernard fut absous d*» la rensurc ct re^ut mcme les fclicitations du chapitr6 
d'AIbi. Haureau, op. cii , p. 12t70, 116-118. 



6 BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE 

Mais alorf5 Delicieux cut a rcpondre au tribunal du roi ducrime de lesc-majeste, 
pour avoir inspire le complot antifrangais des bourgeois de Carcassonne, cn 
1304. Mecontents des dispositions peu bienveillantes manifest^es a leur endrcit 
par Philippe le Bel, lors de son passage a Carcassonne, des consuls et des bour- 
geois de la ville, entre autres filie Patrice et Aymeric Castel, prirent la folle reso- 
lution de se donner un autre suzerain. Delicieux leur indiqua Ferrand, fils du 
roi de Majorque, qui n'etait etranger qu'a demi. II porta lui-meme leur message 
a rinfant, qui se trouvait a Montpellier, ou le roi, son pere, recevait alors Phi- 
lippe le Bel. Ce fut le roi de Majorque qui eventa la meche et revela le 
complot a son hote. Philippe sevit avec rigueur, n'ecoutant aucune excuse. Les 
conjures, Aymeric Castel excepte (voir n. 6, note 2), furent pendus; la ville fut 
privee de son consulat et de ses franchises et grevee d'une amende de 60000 
livres (29 septembre 1305). A la priere du roi, Clement V fit arreter Bernard et 
le fit conduire a Lyon. Mais il n'y eut point de proces engage contre lui. La cour 
pontificale le traina a sa suite dans sa vie errante, a Lyon, a Bordeaux, a Poi- 
tiers, k Limoges, et le ramena a Avignon. Le roi parut roublier jusqu'en 1310, 
ou il lui fit grace. Rendu a la liberte, l'agitateur rentra dans sa cellule et y vecut 
en paix pendant plusieurs annees. Nous ferons ailleurs le recit de ses dernieres 
luttes et de sa fin (voir n. 22, note 4). 

Sur ces evenements, lire HAUTeaxi, BernardDelicieux. etc.,ip. 102-142; flist. 
de Languedoc, t. ix, p. 277-279 et notes, p. 391, note 1. 



CLEMENT V 

(1305-1314) 



I 



CLEMENT V 

(1305-1314) 



— 3 — 

Clement V, emu des plaintes de nombre de personnes d* Albi et de 
Carcassonney injustement poursuivies pour heresie et incarcerees 
par ordre de Bernard de Castanet, ei'eque d^Albi, et des inquisiteurs ^ 
ordonne aux cardinaux Taillefer de la Chapelle * et Berenger Fre- 
dol ^, de delivrer des lettves de sauvegarde a Bernard Blanc ^ et a 
Francois Aymeric *, dominicains, ainsi quaux gens de Carcassonne, 
dWlbi et de Cordes, charges de poursuivre cette affaire. En attendanl 
la conclusion du proces, les commissaires devronl visiter lescachots 
de r Inquisition, surseoir a toute afjaire dlieresie et veiller a ce que 
nul prerenu ne soit condamne d la prison on soumis d la torture, ni 
meme appele en jugement det^ant Vinquisiteur sans le concours de 
Vereque diocesain. Pour le cas present, Vcv^eque d' Albi etant inte- 
ressc dans la cause, le pape lui substilue Vabbe de Fontfroide ®. 
En outre, les commissaires auront d s'informer des interpolations 
ou changemenls pratiques, disait-on, au prejudice des imputes,dans 
les livres de V Inquisition. — Charolles, 13 mars 1300. 

Archives com. d'Albi, GG^\ Doal, t. xxxiv, fol. 46;Compayrc, 
^iudeshistorique8...surVAlbigeoiSfK\h\,\9>k\,^. 241; Mahul, Car- 
tulaire... de Vancien diocese de Carcassonne, etc, Caroassonne- 
Paris, 1857-1882, t. v, p. 656 ; Douai^, Documents pour servir 
a Vhisloire de Vlnquisition dans le Languedoc, Paris, 1900, t. ii, 
p. 306 (in ext.]. 

Clemens episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis P[etro] 
lituli sancti Vitalis et Berengario tituli sanctorum Nerei et 
Achillei presbyteris cardinalihus, salutem et apostolicam bene- 
dictionem. — Lacrimosa [querimonia] quorumdam hominum dc 
partibus Carcassonensibus et Albiensibus et Cordue nostrum mul- 



10 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

lotiens propiilsavit aiiditum, quod multi homines illarum par- 
tium per venerabilem fratrem nostrum B[ernardum], episcopum 
Albiensem, et dilectos filios inquisitorem seu inquisitores, qui 
sunt aut fuerunt pro tempore in partibus illis heretice pravitati»^, 
perpetuo muro adjudicati fuerunt et privati omnibus bonis suis 
contra Deum et justitiam et inique, cum illi homines catholici 
essent et veri ac boni christiani communiter usque tunc in illis 
partibus haberentur, prout dicti proponentes se ofTerunt proba- 
turos et de iniquis processibus episcopi ac inquisitorum multorum 
qui in partibus illis fuerunt, se sufTicienter docturos. Verum, quia, 
pendente hujusmodi questione, dubitant, ut asserunt, de personis 
prosequentium dictum negotium, quod graventur ab inquisi- 
toribus supradictis, quodque nulli ad ferendum testimonium 
contra inquisitores ipsos audeant conparere, qui si conparuerint 
quod inquisitores seviant contra eos, et quod contra illos de 
quorum agitur condempnatione injusta, qui in dictorum'episcopi 
et inquisitorum muris seu carceribus detinentur et adeo gravan- 
tur et hactenus sunt gravati carceris angustia, lectorum inedia 
etvictualium penuria et sevicia tormentorum quod reddere spi- 
ritum sunt coacti, adhuc amplius agraventur, nos providere 
illis de oportuno remedio curaremus... Licet autem causam scu 
questionem de dictorum episcopi et inquisitorum processibus in 
nostra curia coram venerabilibus fratribus nostris Ecclesie romane 
cardinalibus deputatis ad hoc tam a nobis quam a felicis recor- 
dacionis Benedicto papaXI, predecessore nostro, agitari velimus; 
quia tamen de premissis articulis incidentibus vos, qui de personis 
et negociis illarum partium pre ceteris cardinalibus notitiem obti 
netis et per partes illas transire habetis, ex aliquibus justis cansis 
facilius poteritis providere, circumspectioni vestre committi- 
mus et mandamus quatinus fratribus Bernardo Blanchi et Fran- 
cisco Aymerici, de ordine predicatorum, necnon et aliis tribus 
vel quatuor de quolibet predictorum locortim, Carcassonnensi 
scilicet et Albiensi et Cordue, qui dictum negotium prosequantur, 
auctoritate nostra securitatem prestetis, negotio supradicto pen- 
dente; quodque interim predictis incarceratis et immuratis, si 
eos videritis indigere, taliter providere velitis quod contra justi- 
ciam non graventur. Et quia publice utile est scire veritatem an 
inquisitores bene processerint, ut optamus, an perperam egerint 
et inique, quod absit, ut quilibet testes venire possint ad tesli- 
monium perhibcndum, volumus et mandamus quod, dictorum 



CLEMBNT V i\ 

processiium inquisitione pendente, vel saltem donec Sedesapo- 
stolira aliter duxerit ordinandum, inquisitores hereliee pravitatis 
in illis partibus, aut episcopus Albiensis predictus aliquem pro 
heresis facto captum vel capiendum duro carceri sive arto non 
tradant, nec tormentis exponant, ner ad inquisitionem proccdant 
nisi cum diocesano episcopo vel alio bono viro deputalo ab eo. Loco 
vero dicti episcopi Albiensis, quoniam de ipsius processu agitur, 
quantum ad hec, dilectum filium abbatem Fontisfrifridi, cistercien- 
sis ordinis, Narbonensis diocesis, vel alium bonum virum, de quo 
vobis expedire videatur, per vos volumus subrogari, stiloinquisitio- 
nis in ceteris salvo et libero permanente ; presertim quod quicumquo 
de hcresi suspccti habeantur per inquisitores predictos capi possint. 
Sane cum de cancellatione, aut suspensionc, mutationeque aliquo- 
rum librorum inquisitionis factis apud Carcassonam aliquando fuit 
propositum coram nobis, vobis mandamus, quatinus super pre- 
missis vos informetis, informationem ipsam, cum ad nos redio- 
ritis, relaturi, ne inquisitorem ipsum ad presentiam nostram 
dcferre oporteat dictos libros. Porro in premissis omnibus et 
in aliis, si qua circa premissa occurrerint incidenter, auctoritate 
nostra, non obstantibus quibuscumque privilejjiis que contra 
premissa nuUi volumus sufTragari, appellatione postposita, solum 
Deum habentes pre oculis procedatis, facientes quod decreveritis 
seu ordinaveritis in premissis per censuram ecclesiasticam 
firmiter observari, procuratoribus seu procuratori dictiepiscopi 
Albiensis ac inquisitoribus sepe dictis, necnon et dictis fratribus 
B[ernardo] et Francisco, et aliis impugnatoribus processuum predi- 
ctorum certum terminum peremptorie prefigentes, quo Burdegalis 
compareant coram nobis vel coram cardinalibus antedictis, 
quibus dictum negotium est commissum, in ipso prout justum 
fuerit processuri. — Datum Carriole, iii idus martii, pontificatus 
nostri anno primo. 

1. Bernard de Castanct, de Montpellier, auditeur du palais apostolique, 
ivlque d'Albi (mars 1275-juillet 1308), puia du Puy (1308-1316), fut cre^ cardi- 
nal-6vgquc de Porto, le 18 d^cembre 1316, et mourut le 17 aout 1317. Eubel, 
Hierarchia p. 14, 80, 91. II reprima vivement rheresie. Mgr Douais a fait le 
compte des audiences presidees par lui a Tlnquisition, en 1285-1286 etl299-1300 : 
cent vingt-neuf pour quarante-sept accuses. Documents, p. xcii, clxxxiin 
CLXXXVI, cxciii-cxcv. 

Les poursuites auxquelles il est fait allusion dans la presente bulle remontaicnt 
aux annccs 1286 et 1299-1300. EUes avaient ete entamees par lev^que d'Albi 
et par lcs inqnisitpurs Jean Galand et Nicolas d'AbbevilIe. Siir ces inquisiteun. 



12 BULT AIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

leurs travaux et les manuscrits contenant les proces intentes aux bourgeoia 
d'Albi, voir D onaiis, Documents, etc, p. xcii-xcvi, clxxxii-cxcvii; J.-M. Vidal, 
Un inquisiteur juge par ses victimes. Jean Galand et les Carcassonnais, Paris, 
1903. Bien que rorthodoxie de ces gens ne parut pas douteuse, ils avaient ete 
incarceres, juges et condamnes rapidement. D'aucuns n'avaient meme pas regu 
leur sentence. Le populaire, ne s'expliquant pas pourquoi on les avait traites 
de la sorte, accusait les inquisiteurs de leur avoir extorque des aveux a force 
de tortures, d'avoir falsifie leurs dc-positions; tout cela parcupidite: ils convoi- 
taient le patrimoine de leurs victimes. Des appels adresses au roi, au pape, au 
prieur des dominicains de Paris^ a Tautorite diocesaine (cf. Jean Galand, p. 6 sq., 
39-43) formulerent les griefs des villes mecontentes. Le roi envoya deux refor- 
mateurs; il prit certaines mesures partielles, comme la revocation des inquisi- 
teurs (n. 2, note 2), porta des ordonnances qui tendaient a diminuer la puissance 
des juges monastiques en leur imposant le controle des ordinaires. II ordonna 
aussi d'ameliorer le regime des cachots, mais refusa d'accorder la liberte aux 
prisonniers. Hist. de Lang., t. x, col. 379-380, 428-431. Las des refus du roi, 
les citoyens d'Albi s'adresserent au pape. Clement V, passant a Toulouse, avait 
entendu les doleances des femmes des prisonniers. II regut a Lyon les deux do- 
minicains Bernard Blanc et Fran^ois Aymeric qui apportaient une ncuvelle 
instance. II se laissa apitoyer et, le 13 mars 1306, il expedia la presente com- 
mission. Les deux cardmaux visiterent les murs de Carcassonne et d'Albi. Dans 
celui de Carcassonne languissaient quarante prisonniers jadis justiciables de 
Bernard de Castanet, eveque d'Alb.. D'aucuns ctaient vieux et malades et ils 
se plaignaient de leurs geoliers. Ceux-ci furent destitues. On crea deux surveil- 
lants generaux, ruu au compte de reveque, Tautre a celui de Tinquisiteur. 
Chacun fut muni d'une clef des cellules, et chaque porte de cellule eut une dou- 
ble serrure. On fit reparer les cachots; on accorda plus de latitude aux detenus. 
A Albi, des mesures semblables furent prises. Voir les proces-verbaux de ces 
visites dans Douas, Documenls,.., t. ii, p. 302-333. Mais bientot de serieuses 
difTicultes vinrent entraver Taction des commissaires. Le pape, circonvenu sans 
doute par les influences des gens intcresses, desavoua ses legats (le 12 aout 1308), 
declarant qu'ils avaient outrepasse ses instructions en exigeant la participa- 
tion de reveque diocesaiu aux travaux de rinquisition (n. 5). Les cardinaux 
avaient termine leurs travaux en 1310. Les prisonniers languissaient toujours 
dans leurs cachots. En vain, sur les instances de dix d'entre eux, Clement V 
invita-t-il (8 fevrier 1310) Bertrand Desbordes, eveque d'Albi, et rinquisiteur a 
statuer sur leur sort (n. 7), ce fut en pure perte. Un nouyel appel presente trois 
ans plus tard, une nouvelle exhortation du pape aux deux juges(19 avril 1313 : 
n. 11) n'eurent pas plus de succes.Les protcstations s'eteignirent avec la vie de 
ces malheureux.Voir le sort de quelques survivants dans Douais, op. cit., p. xciv- 
xcvi, cxciv-cxcvi, ccxxx-ccxxxii ; Im formule Communicalo, p. 35, 62; dans 
Doat, t. xxxiii et xxxiv, on trouve les comptes des biens de oes condamnes 
confisqucs pour hcresic; cf. Lea, llist. de Vlnquis., t. ii, p. 110; Molinier, IJln- 
quisition dans le Midi, p. 101-104. On trouvera au n. 166 une lettre de Benoit XII 
{l^''" juin 1337) intJressant run d'eux. Sur toute cette histoire, voir encore Hau- 
rcau, op. cit., p. 127-142; Molinier, op. cit., p. 88-105; Hist. de Lang., t. ix, p. 86, 
227, .334-337 et notes; Lea, op. cil., t. i, p. 472-473; t. ii, p. 83, 89-96 100- 
102, 105-110. 



CLEMENT V 13 

2. Picrre de la Chapelle-Taillefer, eveque de Carcassonne, le 15 mai 1291; 
cveque de Toulouse, le 25 octobre 1298; cardinal du titre de Saint-Vital, le 
15 decerabre 1305; eveque de Paleslrina, en deccmbre 1306; mort le 16 mai 1312. 
Balu/.e, Vilae pap. Avenion., i. i, col. 626; Gall. christ., t. vi, col. 892, t. xiii, col. 
35 ; Hist. de Lang., t. ix, Table, p. 1364 ; Hist. liUeraire de la France, t. xxvii, 
p. 423; Eubel, Hier., t. i, p. 13, 172, 515. 

3. Berenger Fredol, ncveu de Clement V, d'abord evSque de Beziers (1294); 
promu au cardinalat le meme jour que le precedent, re^oit le titre des Saints- 
Neree-et-Achillee, et, le 10 aout 1309, celui dc Tusculum; meurt le 11 juin 1323. 
Baluze, op. cit., t. i, col. 631 ; GaUia christ., i. vi, col. 341-344; Eubel, Hier., t. i, 
p. 13, 141. 

'i. Ce religieux etudia la philosophie au couvent des dominicains de Narboiine 
(1289), la theologie dans ceux de Carcassonne (1290) et de Toulouse (1293), 
fut sous-lecteur dans celui de Bezicrs, en 1296, lecteur dans ceux de Nimes 
(1299) et de Rieux (1301); poursuivit ses ctudes a Paris, en 1302. Douais, Acta 
capitul. provinc. ord. praed., p. 326, 334, 375, 404, 436, 458, 479. 

5. Fran^ois Aymeric fut nomme, en 1301, lecteur de la Bible au couvcnt de 
Toulouse. Douais, op. cit., p. 459. 

6. Fontfroide (Aude), pres Narbonne. Abbaye cistercienne. Arnaud Novelli, 
de Saverdun (Ariege), abbe dc Fontfroide, des I'an 1297; vice-chancelicr do 
rfiglise romaine, en 1308; cardinal du titre de Sainte-Prisque, le 18 decerabro 
1310; legat en AngleteiTc, en 1312; mourut Ic 14 aout 1317. Baluze, op. cit., t. i, 
col. 660; Hist. deLanguedoc, i. ix, p. 333-334; t. x, notcs, p. 69-71 ; Gall. christ., 
l. VI, p. 209 ; Eubel, Hirr., i. i,p. 13 ; Hist. litteraire de la France, t. xxxi, p. 205-213. 



- 4 — 

Clement V commet irois cardinaux poiir dirimer leliligeexislanl 
enlre Guillaume, fils de Jean de Pecquigny, vidame d'Amiens ^, 
et Vinqulsiteur de Toulouse, Geofjroi d^Ablis^, au sujel de Vex- 
communicalion lancee par cedernier contre le i'idame. — Poitiers, 
15 juillet 1308. 

Reg. Vat., t. Lv, fol. 227, n. 25; Regist. Clem. V (edit. Vat.), 
n. 3569 [in extenso). 

\ encrabili fratri Petro, episcopo Peneslriiio ^, et dilcctis liliis 
Berengario, titiili sanctorum Nerei et Achillei *, ac Stephano, 
tituli sancll Ciriaci in Termis ^, presbyleris cardinalibus. — Causam 
que vertebatur et vertitur seu verti poterat inter dilectos filios 
Guillelmum, natum quondam Johannis, domini de Pinquenio, 
militis, vicedomini Ambianensis, clericum, et suos ex una paite, 



14 BULLAIRE DE L*INQUIS1T10-N FIlANgAlSE 

et fralrciii Gaufriduin de Ablusiis, ordinis predicatorum, inquisi- 
torem heretice pravitatis in regno Francie per Sedem apostoli- 
cam deputatum, ex altera, super eo videlicet, quod idem inqui- 
sitor olim pretendens, dictum vicedominum tamquam fautorem 
hereticorum seu hereticalium personarum et impeditorem ofTicii 
pravitatis ejusdem, in excommunicationis sententias latas a 
canone incidisse, ipsum denunciavit et fecit excommunicatum 
jDublice nuntiari, vobis audiendam ac diffiniendam de plano 
sine strepitu et figura judicii, noii obstantibus quibuscumque 
commissionibus alias de causa ipsa in romana Curia factis, com- 
inisimus oraculo vive vocis. Comparenlibus siquidem, prout ex 
tenore vestre insinuationis accepimus, dictis partibus in judicio 
coram vobis, dictus Guillelmus, ad justificandum et anullandum 
hujusmodi denuntiationem seu denuntiationes inquisitoris 
ejusdem, nonnullas rationes, idemque inquisitor, ad justifican^ 
dum denuntiationes easdem rationes alias et articulos etiam 
producere curaverunt; ac nichilominus super hiis nonnullis 
allegationibus et disputationibus coram vobis factis et habitis 
per advocatos partium earumdem, demum per utramque ipsa- 
rum partium nonnulla instrumenta, littere, acta, jura et muni- 
menta exhibita et producta in causa hujusmodi extiterunt. 
Verum, quia, prout nobis exponere curavistis, causa eadem tam 
longum habet de sui qualitate progressum, quod, si in ea secun- 
dum juris ordinem procedatur, ad totalem cognitionem seu 
decisionem ipsius sine gravibus et magnis expensis ac laboribus 
aliisque dispendiis ipsarum partium non poterat perveniri, nos, 
qui finem litibus libenter imponimus, premissis omnibus benigna 
meditatione pensatis, volentes utriusque partium earumdem 
quieti paterna diligentia providere, dictisque laboribus, expensis 
et dispendiis obviare, discretioni vestre, de quorum experta 
prudentia et fidei circumspectione confidimus, per apostolica 
scripta mandamus, quatinus vos in hiis solum Deum habendo 
pre oculis in dicta denuntiationis seu denuntiationum causa et 
ipsam contingentibus, ac dependentibus ab eisdem auctoritate 
nostra simpliciter et de plano sine strepitu et figura judicii 
servato vel omisso juris ordine procedentes, causam, negotium, 
contingentia et dependentia hujusmodi totaliter terminare, 
prout vestre discretioni videbitur, procuretis. Proviso tamen 
quod per hoc nichil in favorem hereticorum aut pravitatis 



CLliMENT V 15 

Ijcrelice ((uomodolibet facialis. — Dalum Piclavis, idus julii, 
auiio lerlio. 



1. La cause de ce conflit, nous l^avons deja exposee p. 4, note 2. Ce fut le coup 
de force contre les prisons inquisitoriales de Carcassonne, perpctrc en aout 130J. 
Aussitot Geoflroi d'Ablis engagea la lutte contre le vidame. II lui fit un procds 
pcur obstruction au Saint-Officc. Pecquigny negligeant de comparaltre, Geoffroi 
rexcommunia (29 septembre 1303). Cette sentence fut promulguee a Paris ct 
dans le Languedoc, malgre les efforts tentes pour etouffer Taffaire. Le vidame en 
appela au pape et partit pour Tltalie. GeolTroi se fit repr^senter par Guillaume de 
Morieres, inquisiteur de Toulouse. Mais BenoU XI, favorable aux dominicains, 
mourut le 7 juillet 1304, et Mori^res et Pecquigny le suivirent de pres dans la 
tombe. L'affaire etait a peino eiigagee. Gcoflroi, fort contre son adversaire, 
decede le 29 septembre 1304, c'e8t-i-dire exactement une annee aprds son 
excommunication, le traita dcsormais en heretique contumnx et demanda que 
ses restes fussent exhum^s et brules. Mais Guillaume de Pecquigny s'ctait chargc 
de poursuivre la rehabilitation de son pere. L'expedition de la presente bulle 
raarque son premier succ^s. Le 23 juillet suivant, justice etait faite. Les car- 
dinaux annul^rent Tanatheme de Tinquisiteur. Cest en vain que celui-ci en 
rcfcra au pape. //i«/. de Lang., t. IX, p. 257-260; Haureau, Bernard Delicieux 
p. 48 sq. 

2. GeolTroi d'Ablis, ou d^Abluses, originairedu pays chartrain, fit ses premiSres 
etudes dans Ic couvent des dominicains de Chartres, ou il pronon^a ses vgbux. 
On lui confla dans divers couvents la mission d'enseigner la theologie. En 1303, 
ii fut appele a la charge d*inquisiteur de Carcassonne, k la placo de Nicolas 
d'Abbeviile. 11 exer^a des poursuites et prononga des sentences a Carcassonne, 
a Albi, a Pamiers, a Cordes et aillcurs. 11 mourut a Lyon, le 10 septembre 131 G. 
Voir, sur ses travaux et les manuscrils conlcnant le texte des proces ou des sen- 
tenccs qui lui appartiennent : Quetif et fichard, Scriptores ord. praed., Paris, 
1719, p. 532-533; Molinier, Llnquisition dans le Midi, Toulouse, 1880, p. 126- 
127 et notes ; Hist. litter. de la France, t. xxx, p. 416-421; Douais, Documenls, 

p. CXCVIII-CCIII. 

3. Pierrc de la Chapelle-Taillef er ; voir p. 13, note 2. 

4. BercMger Fredol; voir p, 13, note 3. 

5. £tienne de Suisy, vice-chancelier de Philippe le Bel, archidiacre de Bru- 
gcs; fait cardinal du titre de Saint-Cyriaque, le 15 d^cembrc 1305 ; mort lo 
10 decembrc 1311. Baluze, Vilae, t. i, col. 638; Ciacconius, Vitae... ponltif 
fom., etc, Home, 1677, t. ii, col. 376; Eubel, Hier., t. i, p. 13. 



i6 BULLAlllK DE l'iNQUIS1TION FRANCAISE 



5 



Le pape revoque la mesure par laquelle les cardinaux Taillefer 
de la Chapelle et Berenger Fredol, commissaires reformateurs en 
matiere inquisitoriale^, d Carcassonne, Alhi et Cordes^, a^aient 
restreint Vinitiative des inquisiteurs, en leur imposant Vohligation 
de nintenter des proces que de concert avec les ordinaires ^. — 
Poitiers, 12 aout 1308. 

Reg. Vat., t. LV, n. 568, fol. 110 vo ; Doat, t. xxxiv, fol. 112; 
Reg. Clem. V (ed. Vat.), n. 2923 (anal.) ; Percin, De Jnquisilione, 
part. III, c. III, p. 100; RipoU, Bullarium ord. praedicatorum 
Rome, 1730, t. ii, p. 112 {in ext.). 

Ad perpetuam rei memoriam. — Dudum venerabili fratri 
nostro Petro, episcopo Penestrino, tunc tituli sancti Vitalis, 
ct dilectis filiis nostris Berengario, tituli sanctorum Nerei et 
Achillei, presbiteris .cardinalibus, per nostras sub certa forma 
litteras duximus committendum ut ipsi circa negotium inqui- 
silionis heretice pravitatis in partibus Carcassonen., Albien. et 
Cordue super certis articulis seu dependentibus ab eisdem dili- 
genter inquirerent et nonnulla etiam ordinarent; qui, auctoritate 
litterarum hujusmodi quedam circa dictum officium ordinasse 
noscuntur. Quia vero nostre intentionis non extitit nec existit 
ut, occasione dicte commissionis seu alicuius mandati nostri 
super hiis cardinalibus ipsis facti, inquisitoribus pravitatis pre- 
dicte inquirendi conjunctim vel divisim cum episcopo vel epi- 
scopis ordinariis aut sine ipsis, prout eis licet secundum canonicas 
xanctiones, facultas aliquatenus restringatur, nos ordinationem 
l)er quam dicti cardinales facultatem inquirendi per se divisim 
inquisitoribus ipsis restrinsisse dicuntur, utpote intentioni nostre 
et juri contrariam viribus carere decernimus ct nullatenus obser- 
vandam, ordinatione ipsorum cardinalium circa ceteros alios 
articulos in omnibus et per omnia in suo robore duratura. 
Nulli, etc, nostre constitutionis, etc. — Datum Pictavis, ii idus 
augusti, anno tertio. 



1. Sur ces personnages et leur mission, voir n. 3, et notes. 

2. Cordes (Tarn), chef-lieu de cant., arr. de Gaillac. 



CLEMENT V 17 

3. Dans plusieurs dioceses, bien avant qu'clle fut crigce en regle, Tentente 
du jugc ordinaire et du juge delegue avait ete realisee. Je ne citerai que le cas 
de Bernard de Castanet, instrumentant k Albi de concert avec les inquisiteurs 
de Carcassonne (n. 3, note 1). Benoit XI la recommanda, le 2 mars 1304, aux 
inquisiteurs de Lombardie. Grandjean, Registres dc Benoit XI, Paris, 1883, 
n. 420. Philippe le Bel, dans ses cdits de 1302 et 1304 [Hist. de Lang., t. x, 
Preuvcs, col. 379-386, 428-431), la prescrivit pour la surveillance dcs prisons, 
Tarrestation et la mise en liberte sous caution des heretiques, et la conduite 
generale du proces. Clement V avait donne ordre aux cardinaux Taillefer de la 
Chapelle et Berenger Fredol (n. 3; Douais, Documents, t. ii, p. 308) de Tim- 
poser aux evdques et aux inquisiteurs des provinces meridionales. Quels motifs 
eut le pape de revenir sur cette mesure et de la revoquer purement et simplc- 
ment ? II est probablc que la prcsente bulle fut expediee par surprise et sur Ics 
vives instances des inquisiteurs. Ncanmoins le principe de rententc ctait pose et 
le concile de Vienne, en 1312, Tintroduisit dans le droit. 

Ce fut le celebre decret Multorum (Clement., I. V, tit. iii, c. 1) qui donnait i 
rev^que les m^mes pouvoirs qu'a Tinquisiteur. IIs pouvaicnt Tun sans Tautro 
citer et incarcerer les coupables. IIs ne devaient les enfermcr au mur ctroit, les 
soumetlre a la torture et prononcer leur sentence que de conserve. La surveillance 
des murs leur appartiendrait a tous deux et ils rexerceraient chacun par un gar- 
dien asscrmente. La promulgation de cette constitution souleva les protestations 
des inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne, qui pretendirent que les procd- 
dures subiraient, si on Tappliquait a la lettrc, des retards prcjudiciables a la 
dcfense de la foi. Ilist. de Lang., t. ix, p. 334-337. Bernard Gui emit Tespoir de 
voir revoqucr cette decretale g^nante. Practica, ed. Douais, p. 188. Ces rccla- 
mations furent vaines, et les documents nous montrent Ics inquisiteurs n'agis- 
sant jamais qu'avec le concours du juge diocesain ou de ses delegucs. Voir Douais, 
Documenls..., p. cviii-cxxviii; J.-M. Vidal, Le tribunal d'Inquisition de Pa- 
miers, dans Annales de Saint-Louis-des-Franfais, 1904-1905, tirage k part, 
p. 72-74, (t, dans le present recueil, de nombrcuses applications de cette r^gle : 
n. 30, 33, 39, 46-48, 52, 55, 87-88, 96-97, 100, 109, 110, 132, 139, 148, 149, 193, 
230* etc. 



— 6 — 

A la suite de jAaintes adressces au pape par des habilanls de 
Carcassonne et de son ressorl inquisitorialj au sujet des vexations et 
des proces injusles que ces gens ai'aient du suhir dela part des inqui- 
siteurs, Clement V a charge les cardinaux Taillefer de la Chapelle 
et Berenger Fredol de proceder d une enquete. 11 leur a donne le pou- 
voir de placer sous sa propre sam>egarde les personnes chargecs de 
soutenir la cause des mcconlents *. Le pape somme les inquisiteurs 
de respecter un privilege de cette sorte concede par les commissaireSf 

B U [. I. A M\ K - 1 



18 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE 

sous Vapprohation du pontife lui-meme, d Aymeric Castel -, hour- 
geois de Carcassonne, un des principaux interesses dans Vafjaire. — 
Avignon, 6 septembre 1309. 

Reg. Vat., t. Lvi, n. 950, fol. 194 yO; Reg. Cleni. F, n. 4754 

(anal.) ; Douais, Les rnanuscrils du chdteau de Merville, p. 71, 

note 1 [in ext.)\ Mahul ^, Cartulaire du diocese de Carcassonne, t. y , 
p. 628. 

Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in partibus Car- 
cassonen. constitutis. — Olim nobis ex parte quorumdam 
hominum de partibus Carcassonen. gravi fuit et lacrimosa con- 
questione monstratum quod per inquisitores pravitatis heretice 
illarum partium qui tunc erant et pro tempore fuerant multa 
fuerant illis injurie et gravamina irrogata et iniqui processus 
contra Deum et justiciam habiti contra eos. Quare suppliciter 
postularunt ut sibi super hiis dignaremus de oportuno remedio 
providere. Nos vero eorum clamosis et frequentibus supplicatio- 
nibus inclinati, venerabili fratri Petro, episcopo Penestrino, tunc 
tituli sancti Vitalis, et dilectis filiis nostris Berengario, tituli san- 
ctorum Nerei et Achillei presbiteris cardinalibus, qui preceteris 
cardinalibus personarum et negociorum illarum partium noticiam 
obtinent pleniorem, duximus committendum, ut cum per partes 
illas transitum facere tunc haberent, se de premissis propositis 
et aliis incidentibus plenius informarent et quicquid super hiis 
invenirent nobis fideliter referre curarent : eisdem nichilominus 
committentes ut personis prosequentibus hujusmodi negocium 
auctoritate nostra de securitate ydonea, pendente dicto nego- 
cio, providerent ne per inquisitores predictos possent gravari, 
aut per maliciam molestari, prout hec et alia in nostris litteris 
super hoc sibi directis plenius continentur. Prefati vero cardinales 
in commisso negocio procedentes, Aymerico de Castro, burgensi 
Carcassonen., qui de prosequentibus prefatum negocium extitit 
et existit et quibusdam aliis tunc negocium prefatum prose- 
quentibus securitatem hujusmodi pendente negocio auctoritate 
apostolica prestiterunt, illos recipientes sub protectione Sedis 
apostolice atque sua. Nos autem dictam securitatem sic pre- 
Btitam et receptionem sub protectione predicta ratas et gratas 
habentcs, ipsas quoad dictum Aymericum, qui nunc dicti hegocii 
prosecutor existit, volumus ct precipimus inviolabiliter obser- 
vari. Quia vero prefatus Aymericus per vos gravainina et vio- 



CL^MENT V 10 

lcntias sibi timet inferri, vobis et cuilibet vestrum dislrictius 
inhibemus ne dicto Aymerico molestiam aliquam inferre, aul inferri 
facere, aut conlra eum pretextu ofTicii vobis commissi proccdere 
modo quolibet presumatis, donec negocium hujusmodi per Sedem 
apostolicam fuerit terminatum, vel ab ipsa Sede aliud receperitis 
in mandatis, cum nos illius cxpeditioni celeri et felici dante 
Domino intendamus. — Datum Avinioni, viii idus septembris, 
anno quarto. 

1. Voir la bulie n. 3 et la iiole 1. 

2. Tandis que Nicolas d'Abbevilie prcparait contre Castcl Faurc un*do8sior 
d'ou devait sortir sa tondamnation (n. 21, note 1), Aymeric, fils du defunt, 
plaidait la causc dc sa famille et de ses concitoyens aupres du papeBoniface VIII. 
Mais il ne r^ussit k rien, sinon a irriter le pape. Lea, op. cit., t. ii, p. 80. Nous le 
retrouvons plus tard compromit dans le complot des Carcassonnais (n. 2, note 2). 
11 eut la chance d'echapper au chatimont qui frappa Elie Patrice et les consuls 
de la ville. Arrete enfin a Pierre-Bufl[iere, en Limousin, il sortit dc prison en 
payant une somme ciiorme. Ilist. de Languedoc, t. ix, p. 278, note. II repre- 
scnta encore ses concitoyens devaiit la commission cardinalice (n. 3), mission 
dangcrcuse, qui dut ^tre couverte dc la sauvegarde pontificale (n. 6). Aymcric 
ctait particulierement suspect aux inquiaiteurs. Jean XXII, qui, en matiirc 
d'Inquisition, avait d'autre9 sentiments que son predeccsseur, lui retira plus 
tard (n. 17) une faveur qui n'avait plus de raison d'etre, les travaux do la 
commission cardinalice etant definitivement interrompus. Aymeric Castel, 
Tun des chf fs des mecontents, fut sans doute compris daiis les procedures inenecs 
par rinquisition contre ceux dont elle avait eu a se plaindre, au cours des 
derniferes luttes. Voir llist. de LanguedoC, t. ix, p. 278; Douais. Documents... 
p. 305, 313-317, 328, 320-330. 

;i. Mahul, loc. cit., attribue cettc lcttre a Clcmcnt lV,ot il la date du viii dcs 
ities de deoembre 1268. 



-7- 

Clement V enjoint h VMque et aux inquistteurs (CAlbi de pro- 
noncer la senience qui doil terminer le procds de plusieurs citoyens 
d' Albi^ donl la prison prei'enti\'e a durc plus de liuit ans. Ces bourgeois 
ont jadis etc poursuivis par Bernardde Castanet, e^cque dWlbi, qui a 
neglige de fixer leur sort. Les juges pourront se ser^ir utilement 
des actes du procis commence devant divers commissaires aposto- 
liques, cardinaux ou autres ^. — Avignon, 8 f<^vrier 1310. 



20 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

Reg. VaL, t. lvii, n. 125, fol. 33 \°; Doat, t. xxxii, fol. 60; 
Reg. Clem. V, n. 5238; Haureau, Bernard Delicieux et Vlnquisition 
alhigeoise, p. 194 [in ext.). 

Venerabili fratri.. episcopo Albiensi ^ et dilectis filiis inqui- 
sitoribus heretice pravitatis in partibus Albiensibus. — Signifi- 
carunt nobis Isarnus Colli, Petrus Fransa, Johannes Delport, 
Johannes Paish, Petrus de Rayschaco, Bernardus Casas, Guil- 
lelmus Salavert, Guillelmus de Landas, Isarnus de Cardalhaco 
et Guillelmus Borrelli, cives Albienses, quod ipsi olim, de man- 
dato venerabilis fratris nostri Bernardi, Aniciensis, tunc Albiensis 
episcopi, et inquisitoris seu inquisitorum qui erant tunc in partibus 
illis, occasione criminis hereseos, fuerunt carceri mancipati, et 
jam per octo annos et amplius, tam Albie quam Carcassone diri 
carceris angustias substulerunt sicut adhuc sustinent, quamvis 
nulla super hoc facta fuerit condempnatio de eisdem. Cum autem 
ex parte dictorum civium pluries fuerimus cum instantia requi- 
siti ut ad condempnationem vel absolutionem eorumdem prout 
jus exigit faceremus procedi, nos volentes quod circa illos vestri 
officii debitum exequamini sicut decet, discretioni vestre man- 
damus quatinus apud Albiam tu, frater episcope, per te, vel per 
alium, seu alios ad hoc ydoneos, vos vero, inquisitor vel inqui- 
sitores prefati, personaliter predictos cives ubicumque detinean- 
lur adduci ad vestram presentiam sub fida custodia facientes, in 
eodem negotio, quibuscumque processibus factis seu inchoatis 
per venerabiles fratres Leonardum, Albanensem, Petrum, nunc 
Penestrinum, tunc tituli sancti Vitalis, et Berengarium, Tuscu- 
lanum episcopos, tunc tituli sanctorum Nerei et Achillei, et dile- 
ctos filios nostros Johannem, tituli sanctorum Marcellini et Petri, 
presbyteros, ac Richardum, sancti Eustachii diaconum cardina- 
les, seu per dilectum filium Arnaldum, abbatem monasterii Fon- 
tisfrigidi, cisterciensis ordinis, Narbonensis diocesis, nunc sancte 
romane Ecclesie vicecancellarium, seu alios quoscumque, vigore 
commissionis seu commissionum per nos vel per felicis recorda-J 
tionis Benedictum papam XI predecessorem nostrum supei 
facto heresis dictos cives tangente factarum, ac subrogationej 
prefati abbatis in locum predicti olim Albiensis episcopi factj 
nequaquam obstantibus, in eodem negotio, solum Deum habenlesj 
pre oculis, ad inquirendum contra illos contra quos inquisitumj 
non est et contra illos etiam contra quos inquisitum extitit, se« 



CLEMENT V 21 

non plenp diligentcr ac plenarie secundum formam que debet et 
consuevit in talibus observari ; contra illos vero, contra quos 
plene inquisitum est, et contra predictos alios, cum plene fuerit 
inquisitum, ad sententiam ratione previa procedatis, etalia&con- 
tra illos vestri oiTicii debitum exequamini prout fuerit rationis, 
comunicato tamen primitus processu et inquisitione predietis 
preftitis Penestrino et Tusculano episcopis, eorum consiliis inhe- 
rentes. Per hoc tamen quo ad alios ordinationi facte dudum 
de mandato nostro tam Carcassone quam Albie per dictos Pe- 
nestrinum et Tusculanum episcopos, tunc, ut predicitur, presby- 
teros cardinales, et commissioni seu commissionibus tam per nos 
quam per dictum predecessorem nostrum factis, predictis et qui- 
buscumque aliis cardinalibus, et processibus habitis per eosdem 
super facto illorum hominum de Albia et de diocesi Albiensi con- 
tra quos per dictum Bernardum, Aniciensem, tunc Albiensem 
episcopum et inquisitorem seu inquisitores predictos condem- 
pnationis sententia lata fuit, nullum volumus prejudicium 
generari. — Datum Avinioni, vi idus februarii, anno quinto. 

1. Voir la buUe n. 3, note 1. 

2. Dertrand Desbordes, chapelain et camerier du pape, succcda a Bernard de 
Castanet sur le siege d'Albi, le 30 juiliet 1308 ; il fut promu au cardinalat, le 
18 decembre 1310, et re^ut le titre des Saints-Jean-et-PauI. II mourutIe12 sep- 
tcmbre 1311. Baluze, op. ciL, col. 659; Gall. christ., t. i, p. 22-23 ; Eubel, Hier, 
l. if p. 13, 80. Sur ses debuts h revSche d'AIbi, voir Hist. de Languedoct t. ix, 
l>. 336, note; voir aussi p. 308. 



— 8 — 

Clement V exhorte Vinquisiteur de Lyon d se rendre dans la viUe 
el le diocise de Langres et d trai'ailler d Vextirpation de Vheresie quif 
an rapport de Vereque, y recrute de nomhreux adeptes. A son defaut, 
le pape designe d'autres commissaires. — Prieure de Groseau 
(Vaucluse), 3 septembre 1310. 

neg.Vat.,t. Lvii^n. 665, fol. 169; Peg. Clem. V,n. 5813 (anal.). 

Dilerto filio .. inquisitori heretice pravitatis in Linjjonen. pro- 
vincia *, j.er Sedcni apostolicam constituto ^. — Cupientes ut 



22 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

vinea Domini Sabahot ad cuius curam et custodiam sumus, dis- 
ponente Domino, licet immeriti, constituti, debitum reddat suis 
temporibus fructum, culture ipsius intendimus et ad ea operarios 
transmictimus et sollicitamus etiam otiosos, per quorum sollici- 
tudinem diligentem et sollicitam diligentiam omnisorde munda- 
tam in conspectu regis eterni se gaudeat devictis hostibus feli- 
citer triumphasse. Cum itaque, sicut ex parte ven. fratris nostri 
Guillermi, episcopi Lingonen. ^, fuit expositum coram nobis, in 
civitate ac diocesi Lingonen. heretica pravitas adeo^pullula- 
verit, ac plura reptilia venenosa que occultis conventiculis con- 
cepte iniquitatis sue virus ad captivandas insipientium animas 
parientes vineam ipsam tanquam vulpecule parvule demolliri 
pro viribus anxiantur et crevisse noscantur, quod nisi per 
Sedem apostolicam succurratur maturius, fidei orthodosse dis- 
pendium ibi poterit non immerito formidari ; Nos de circum- 
spectione tua plenius confidentes discretioni tue... mandamus qua- 
tinus in nomine Domini ad partes illas accedens, sic prudenter 
contra dictos hereticos juxta officii tui debitum diligens studium 
adhibere procures quod possis exinde non immerito commendari. 
Alioquin dilectis filiis .. priori de Sarconio, Lingonen. diocesis, 
et fratri Johanni Rufi, lectori fratrum conventus domus ordinis 
predicatorum Lingonen., nostris damus litteris in mandatis 
ut in defectum tuum id auctoritate nostra sine dilatione ahqua 
exequantur. — Datum ut supra [in prioratu de Grausello, 
III nonas septembris, anno quinto]. 

In eundem modum dilectis filiis.. priori de Marconio {sic), Lingo- 
nen. diocesis, et fratri Johanni Rufi, lectori fratrum conventus do- 
mus ordinis predicatoi^um, Lingonen. Cupientes, etc, ut supra, 
usque commendari. Quocirca mandamus quatinus si dictus in- 
quisitor mandatum nostrum in hac parte neglexerit adimplere, 
vos in defectum suum id auctoritate nostra sine dilatione aliqua 
exequi studeatis. — Datum ut supra. 

1. Une rubricelle, placee au sommet du folio 169, permet de corriger cette sus- 
cription: « Dilecto filio inquisitori heretice pravitatis in Lugdunensi provincia. » 
Le dioccse de Langres etait soumis a ]a metropole de Lyon. Voir Introduction 
p. xiv-xvni. 

2. Cet inquisiteur etait peut-etre Geraud d'Auxonne, a qui, moins de deux 
ans apres, fut adresse le document suivant. 

3. Guillaume de Durfort, promu a reveche dc Langres, le 15 novembre 130G; 
transfere a Rouen, en janvier 1319; mort le 24 novembre 1330. Gall. christ., 



CLEMENT V 23 

t. IV. col. 616-617; t. xi, col. 77 ; Eubel, Hier., t. i, p. .320, 447; E. Albe, Autoiir 
(le Jean XXII, ^v^ques quercynoia en France, dans yinnales de Saint-Louis- 
des-Frnnfais, 1906, tir. a part, p. 229. 



— 9 — 

Clement V ordonne a Geraud d^Auxonne ^, inquisiteur dans les pro- 
idrhces de Lyon et de Besangon, de reprimer Vheresie et de signaler 
au pape ceux qui s* opposeraient au lihre exercice de sa mission, ou 
qui, le dei^ant, refuseraient d^y concourir. — Vienne, 15 mars 1312. 

Reg. Vat., %. Lix, fo!. 229, n. 15, de Curia; Reg. Clem. V, n. 8766 
(in extenso). 

Dilecto filio fratri Geraldo de Aussona, ordinis predicatorum, 
inquisitori pravitatis heretice in Lugdunen. et Bisuntin. provin- 
ciig per Sedem apostolicam deputato. — Pervenit ad audien- 
tiam ... — Datum Vienne, idus martii, anno septimo. 

1. Auxonne (C6te-d'0r), chef-lieu de cant., arr. de Dijon. • 



— 10 — 



Clement V exhorte les seigneurs et harons des proi^inces de Lyon 
et de BesanQon a preter leur concours d Vinquisiteur dans la repres- 
sion de Vhercsie. — Vienne, 15 mars 1312. 

Reg. Vat., t. Lix, fol. 229 vo, n. 16, de Curia; Reg. Clem. V, n. 8767 
(anal.). 

Dilectis filiis universis ducibus, comitibus, baronibus et ceteris 
aliis nobilihus temporale dominium in Lugdunen. et Bisuntin. pro- 
vinciis habentibus. — Sicut ad audientiam nostram relatio fidc- 
digna perduxit, in terris vcstre temporali jurisdictioni subjcctis, 
hereses inaudite sunt orte et periculose nimis, que multorum rirn- 
plirinm anlmos infeccrunt : quocirca nobilitatem vestram mo 



24 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE 

nemus et hortamur iii Domino nichilominus per apostolica vobis 
scripta mandantes quatinus fratri Gerardo de Aussona, ordinis 
predicatorum, in Lugdunen. et Bisuntin. provinciis in quibus 
eedem terre vestre consistunt inquisitori pravitatis heretice per Se- 
dem apostolicam deputato, ad extirpandas huiusmodiheresessicad 
requisitionem ipsius favoribus et oportunis auxiliis sicut catholici 
viri et zelatores orthodoxe fidei assistatis, quod impedimentum 
nullum ei circa suum exequendum officium possit inferri et debi- 
tum inquisitio hujusmodi sortiatur effectum; scientes quod nos 
inquisitori eidem damus nostris litteris in mandatis quod suum 
impedientes ofTicium et in executione illius non prebentes ab eis 
possibile requisitum auxilium nominatim nobis intimare pro- 
curet, ut nos contra eos juxta censuram canonum nostri officii de- 
bitum exequamur. — Datum ut supra [idus martii, anno septimo]. 



— 11 — 



Cest en i^ain que le pape a insiste aiipres de Bertrand Deshordes, 
ancien eveque d'Albi, puis cardinal ^, et aupres des inquisiteurs 
pour quils terminassent les proces d^un certain nombre de bour- 
geois d' Alhi poursuii^is, il y a plus de douze annees, par Bernard 
de Castanet et par les inquisiteurs, et, depuis ce temps, prisonniers 
et attendant leur sentence ^ ; rien na ete decide d Vendroit de ces mal- 
heureux. Le pape invite Ve<^eque Geraud ^ et les inquisiteurs d s'en 
occuper enfin. — Avignon, 19 avril 1313. 

Reg. Vat., t. Lx, fol. 78 vo, n. 242; Reg. Clem.V,n. 9163 (m 
ext.). 

Venerabili fratri Geraldo, episcopo Albien. — Dudum expo- 
ncutibus nobis Ysarno Colli, Petro Fransa, Johanne Delport, 
Petro de Raysaco, Guillelmo Salevert, Guillelmo de Landas, 
Ysarno de Cardalhaco et quondam Johanne Payhs et quondam 
Guillelmo Borrelli et quondam Bernardo Casas, civibus Albien. 
quod ipsi de mandato venerabilis fratris nostriBernardi, Anicien.,1 
tunc Albien. episcopi, necnon inquisitoris seu inquisitorum, quij 
tunc erant in partibus illis occasione criminis hereseos quo re- 
spersi fore dicebantur capti fuerunt et carceri mancipati et per duo-^ 



CLEMENT V 25 

decim annos et amplius tam Albie, quam Carcassone carceris 
angustias sustinuerunt, sicut aliqui eorum superstites adpresens 
sustinere noscuntur, licet nuUa super hoc facta fuerit condempnatio 
de eisdem, nos ad eorum instantiam bone memorie Bertrando, 
tituli sanctorum Johannis et Pauli presbitero cardinali, tunc 
episcopo Albien., ac inquisitori, seu inquisitoribus predictis per no- 
stras sub certa forma dedimus litteras in mandatis, inter alia conti- 
nentes ut ipsi erga dictos cives eorum ofTicii debitum adimplerent 
prout ordo exigeret rationis. Sed Bertrandus, dum vixit, et inqui- 
sitores predicti, presentatis sibi hujusmodi nostris litteris, in hujus- 
modi negocio pro ipsorum voluntatis libito procedere distulerunt, 
in ipsorum civium prejudicium non modicum et gravamen, 
licet fuissent super hoc pluries legitimis temporibus humiliter 
requisiti. Nos igitur, qui sumus omnibus in justicia debitores, 
volentes civibus ipsis super hoc exhiberi et reddi justicie comple- 
mentum, acnolentes ut hujusmodi inquisitionis negociumergaipsos 
ulterius protrahatur, [fraternitati tue]mandamusquatinusunacum 
dictis inquisitoribus quibus super hoc etiam litteras ncstras diri- 
gimus exerceas ofTicii tui debitum sicut decet, ad inquirendum con- 
tra illos contra quos inquisitum non est et adversus illos contra quos 
inquisitum existit, sed non plene diligenter ac plenarie secundum 
formam que debet et consuevit in talibus observari; contro illos 
vero contra quos plene inquisitum est ad sententiam previa ratione 
procedas, et alias contra reliquos ofFicii tui debitum exequaris prout 
ordo exegerit rationis. Sic ergo in hujusmodi executionis mandato 
te solerter gerere studeas quod iidem cives qui longis temporibus 
carceris angustias sunt perpessi et cupiunt quod meruerunt 
rationabiliter in hac parte consequi non cogantur propter hoc 
habere recursum ad Sedem apostolicam iterato. — Datum 
Avinioni, xiii kalendas maii, anno octavo. 

In eundem modum dilectis filiis .. inquisitori, seu inquisitori- 
bus heretice pravitatis in Carcassonen. et Albien. partibus a Sede 
apostolica deputatis. — Dudum, etc, ut supra proximo, nil 
addito vel mutato usque : protrahatur. Discretioni vestre in 
virtute sancte obedientie per apostolica scripta districte 
precipiendo mandamus quatinus una cum venerabili fratre no- 
stro Geraldo, episcopo Albien., cui super hoc etiam lilteras nostras 
dirigimus, cum super hoc ab eo fueritis requisiti, exercentes 
vestri olficiidebitum sicutdecet, ad inquirendum contra illos con- 



26 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANgATSE 

tra quos [etc, comme ci-dessus, jusqud] observari; contra pre- 
dictos omnes postquam de ipsis plene fuerit inquisitum, necnon 
et contra illos contra quos jam plene inquisitum est, ad sententiam 
[etc, comme ci-dessus, jusqud la fin, mutatis mutandis]. — Datum 
ut supra. 

1. Voir n. 7, note 2. 

2. Voir n. 3 (note 1) et 7. 

3. Geraud de Farges, transfere de Lectoure a Albi, le 12 janvier 1311; mort 
l'annee suivante. Gall. chrisl., t. i, col. 23; Hist. de Languedoc, t. ix, p. 347; 
Eubel, Hier., t. i, p. 80, 311. 



— 42 — 

Clement V ordonne au maitre general des fr^res precheurs d^in- 
stituer des inquisiteurs de la foi dans les domaines soumis au roi 
de Majorque ^, excepte dans ceux de ces domaines qui se trowent 
en France ^. — Prieure de Groseau, 7 juillet 1313. 

Reg. Vat., t. Lx, fol. 153, n. 474; Reg. Clem. V, n. 9484 [in 
ext.). 

Dilecto filio.. magistro ordinis predicatorum ^. — Ab exordio 
nascentis Ecclesie... — Datum in prioratu de Grausello, etc, 
nonis julii, anno octavo. 



1. Autres documents se rapportant a la nomination d'inquisiteurs dans le 
royaume de Majorque : n. 96-97, 125 bis, 127, 197-198, 327, 335, 336. Ces deux 
derniers documents, emanes de Benoit XIII (1413), ont trait a la division du 
royaume de Majorque en deux ressorts inquisitoriaux. 

2. Cetaient la seigneurie de Montpellier, la baronnie d'Aumelas et la 
vicomte de Carlad^s, pour lesquelles les rois de Majorque pretaient hommage 
au roi de France. Voir Histoire de Languedoc, t. ix, passim; Lecoy de la Marche, 
Les relations politiques de la France avec le royaume de Majorque, Paris, 1892, 
t. I, p. 128, 144-147. 

3. Berenger de Landorre, ne a Rodez en 1262; prend Thabit dominicain, a 
Toulouse, en 1282; fait ses ^tudes k Montpellier et a Paris et devient lecteur h 
Toulouse, en 1301. II est designe comme definiteur pour le chapitre provincial 
de Carcassonne en 1302. Le chapitre general de Genes le designe, en 130'i, pour 
lire les Sentences a Paris. £n 1306, il est fait provincial de Toulouse. II dirige 



CLEMENT V 27 

dcux ans c:^tt'? province, donl le chapitre le reelit en 1310. Entre temps, il avait 
recu le titre de maitre en theologie, Enfin le chapitre de Carcassonne, en 1312, 
le nomma maitre general, charge qu'il occupa ju8qu'en 1317. Le 15 juillet de 
cette annee, il fut promu k Tarchev^che de Compostelic. II mourut le 1" sep- 
tembre 1325. Mortier, Hisloire des mailres gineraux de Vordre des freres pri- 
cheurs, Paris, 1905, t. ii, p. 475-529; Eubel, Hier., t. i, p. 207, 



JEAN XXII 

(1316-1334) 



JEAN XXII 

(13164334) 



— 13- 

Le pape reclame d Maurice de Saini-Paul^ inquisitcur de Tou- 
raine, les actes du procis par lui intenie d Raoul Pincelot, clerc du 
diocese de Treguier, avec les renseignements quil croira devoir y 
joindre. Jusqud nouvel ordre, il ne derra plus se mcler de cetle 
afjaire. — Avignon, 11 avril [1317-1320]. 

Reg. Val,y U cx, fol. lvi, n. 269; Couloa, Lettres aecreUs el curicUes 
de Jean XXII, n. 1019 (anal.). 

Dileclo fillo fralri Mauricio de Villa [sancti] Pauli *, de ordine 
fratrum prcdicatorum, inquisitori heretice pravitatis in provincia 
Turonen. per Sedem apostolicam deputato. — Certa suadente 
causa volentes habere processum perte contra dilectum filium 
Kadulphum Pinzeloti, clericum diocesis Trecoren., super qui- 
busdam criminibus eidem impositis habitum, discrecioni tue per 
apostolica scripta mandamus quatinus totum processum ipsum 
sub tuo sigillo fideliter inclusum nobis per fidum mittere nuncium, 
nosque de singulis processum ipsum contingentibus per litteras 
tuas distincte ac particulariter informare absque more dispendio 
non omittas, non processurus ulterius contra clericum antedi- 
ctum donec a nobis vel apostolica Sede aliud inde receperis in man- 
datis. — Datum iii idus aprilis... 

1. Les aiitcccdcnts de ce rcligicux nous sont inconnus. II pronon^a une sen- 
tence de privation contre un moinc dc Marnioutier, convaincu d'heresic (cf. 
n. 31, 32, 36, 36 bin), et se renditcclebre par le proc^ qu'il osa inlcnterau «ire de 
Parthenay, Jean rArchevequc. Voir n. ^2 sq. Le Conlinuateur de G. de Nangis, 
edit. Gcraud, t. ii, p. 50, nous apprend qu'il ctait breton. 



32 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 



— 13 bis — 

Ordre est donne aux officiaux de Narbonne et de Beziers de 
citer au trihunal du pape un certain nomhre de freres mineurs 
rehelles aux constitutions du Saint-Siege relatii>es d leur ordre. — 
Avignon, 27 avril 1317. 

Reg. Aien., t. ii, fol. 97; Reg. Vat., t. lxiii, n. 117,118, de Curia ; 
\Yadding, Annal. min., ad ann. 1317, n. xi ; Riezler, Valihanische 
Aklen, Innsbriick, 1891, n. 52; Coulon, op. cit.. n. 190, rubr. ; Eubel, 
BuUar. francisc, t. v, n. 266, texle; Mollat, Jean XXII, Letlrcs comm.^ 
n. 5227-5228, rubr. 

Dilecto filio. . officiali Narbonensi. — Pridem ad nostri aposto- 
latus perducta notitia quod humani hostis procurante nequitia 
inter dilectos filios nonnullos ex fratribus ordinis minorum super 
quampluribus articulis gravium erat dissensionum et discordia- 
rum materia suscitata, nos qui ad hoc libenter intenta sollici- 
tudine vigilamus, ut cunctos Ecclesie filios in pacis pulcritudine 
preservemus, quasdam circa premissa ultre ea que per felicis 
recordationis Clementem papam V, predecessorem nostrum, ordi- 
nata fuerant ordinationes duximus faciendas, per quas hujus- 
modi dissensiones et discordias amputasse credimus et super illis 
fratribus ipsis bonum prcis et concordie provenisse. Verum quia, 
sicut noviter fuit expositum coram nobis, quidam ex dictis fra- 
tribus, vidclicet Guillelmus de Sancto Amantio, Raimundus Cri- 
velerii, Cervianus (a) de ..., Bernardus Parasolis, Berengarius 
Tortelli, Jacobus de Portali, Guillelmus Laurentii, Jacobus de 
Rivo, Laurentius de Salsis, Raimundus Carlati, Bertrandus (h) 
Durandi, Petrus Fabri, Bernardus Francisci, Guillelmus Sau- 
tons (c), Johannes Barr&vi, Guillelmus Rogerii, Raymundus Bor- 
dici, Arnaldus Raymundi, Bernardus de Alzona, Franciscus. 
Sysini, Pontius Roca, Johannes Raserii, Bernardus Autrinhaci (d)y 
Guillelmus Arnaudi, Raymundus Bels, Berengarius de Ferrali- 
bus (e), Guillelmus Tholosani, Bernardus [de] Boneti, Bernardus,j 

(a) Eubel : Germanus ; Riezler : omittit. 
[h) Eubel : Dernardus. 

(c) Eubel : Santonis ; Riezler : Sautoris. 

(d) Eubel : Antinihaci ; R\cz\cv : Aulunhaci [?) . 

(e) Eubel : Ferrantibus. 



JEAN XXII 33 

Torncrii, Berlrandus Grancarota (a), Johannes Corvi, Pctrus Au- 
stensii, GuillelmusPorcelli, Johannes Ecclesie, Raymundus Ferrerii 
Johannes Pruni (6), Raymundus Borditi, Gentilis de Marchia, Ber- 
nardus de Savarduno, Raymundus Johannis, Raymundus Ma- 
^astri, Guillelmus Rosseti, Guiraudus Martini, Petrus Vitalis, Guil- 
lelmus Vesiani et Jacobus de Monteesquino quasdam appella- 
liones interposuerunt et protestationes fecerunt, ex quibus non 
solum statui dicti ordinis detrahitur, immo inter fratres predictos 
ulterioris dissencionis et scandali, sicut verisimiliter creditur, 
inducitur incentivum, et etiam honori Sedis apostolice derogatur. 
Nos intendentes super hiis remedium apponere (c) salutare, di- 
scretioni tue per apostolica scripta in virtute obedientie districte 
precipiendo mandamus quatinus per te vel alium seu alios, fra- 
tres eosdem superius nominatos ex parte nostra peremptorie et 
sub excommunicationis pena, quam eos, si contra fecerint, incur- 
rere volumus ipso facto, citare procures, ut decimo die post cita- 
tionem hujusmodi apostolico se conspectui personaliter represen- 
lent, facturi et recepturi super premissis quod ordo dictaverit 
rationis. Diem vero hujusmodi citationis et formam et quicquid 
inde duxeris faciendum nobis per tuas litteras harum seriem con- 
tinentes fideliter intimare procures. — Datum Avinioni, v kalen- 
das maii, anno primo. 

Dilecto filio.. officiali Biterrensi. — Pridem ad nostri aposto- 
latus ... (etc.y ut supra proxime), Verum quia, sicut noviter 
fuit expositum coram nobis, quidam ex dictis fratribus, videlicet 
Bernardus Martini, Petrus Dominici, Vincentius Guiraudi, Bc- 
rengarius Julioli, Petrus Bayssi, Petrus Raymundi Gontardi, 
Pelrus Raymundi de Mayraco, Bernardus Andree, Bernardus 
Pelherii (<i),BernardusGuille,BerengariusCo(i, Deodatus Michaelis, 
Jacobus Seguini, Pontius Portanove, Johannes Fabri et Guillel- 
mus Radulphi, quasdam appellationes (e/c, ut in eadem usque in 
finern). — Datum ut supra. 

(a) Riozler: Graricarola (?). 
(6) Riczler : Primi. 

(c) Eiibcl : opponere, 

(d) Eubel : Polherii. 



BULLAIHfc: - 3 



34 BULLAIRE DE L*INQUlSlTION FRANgAISE 



— 14 — 

JearT' Ferrier, clerc de Narbonne, reconnu innocent du crime 
dlieresie dans un premier proces, a ete recemment incarcere par 
la curie archiepiscopale, sans que le motif de cette mesure soit bien 
clair. Le pape appelle cette cause d son tribunal et ordonne d Varche- 
veque de citer son prisonnier et de le deli^'rer de ses chaines, s^il 
n*y a aucun obstacle, sinon de le jaire conduire d Aidgnon sous 
bonne escorte, — Avignon, 21 jiiin [1317-1320]. 

Reg. Val., t. cix, fol. 146 yo, n. 594; t. cx, part. 2, fol. 56, 
n. 270; Coulon, op. cit., n. 1108 (anal.). 

Venerabili fratri B.. ^, archiepiscopo Narbonen. — Ad no- 
strum pervenit auditum quod licet dilectus filius Johannes Fer- 
rerii, clericus tue diocesis, pridem super quibusdam negocium 
tangentibus fidei per tuam curiam inquisitus, innocens, fidelis ct 
catholicus repertus extiterit, nuper tamen per eandem curiam ex 
eadem causa vel forsitan alia captus fuit et adhuc in carcere 
detinetur. Nos igitur certa de causa prefatum clericum habere 
presentem necnon de articulis super quibus interrogatus ut pre- 
mictitur per tuam curiam extitit, ac de responsione data per 
eum ad illos, necnon de causa nove detentionis plenarie infor- 
mari volentes, fraternitati tue... mandamus quatinus clericum 
iipsum, si non subsit causa quare debeat detineri, statimrestitu 
facias pristine libertati, injuncturus eidem ut certo competenti 
termino per te sibi super hoc prefigendo compareat personaliter 
coram nobis. Alioquin si causa detentionis aliud exigat, ipsum 
sub honesta et non indecenti custodia ad presentiam nostram 
indilate transmittas; informaturus nos per tuas litteras harum 
seriem continentes de omnibus et singulis antedictis, ac missu- 
i?us olTicialem tuum qui causam dicte captionis et detentionis in 
nostro auditorio prout justum fuerit prosequatur. — Datum 
Avinioni, xi kalendas julii. 

1. Bernard de Farges, neveu de Clement V; eveque d'Agen, le 25 fevrler 1306; 
archeveque de Rouen, le 4 juin de la meme annee; transf6re h Narbonne, le 
15 mai 1311 ; meurt en juillet 1341. Gallia chrisL, t. ii, col. 923-924; t. vi, col. 87- 
90; t. XI, col.75;Eubcl, Ilier., t. i, p. 76, 373, 447. Bernard de Farges participa 
1'ceuvre a inquisitoriale soit personncllement, soit par ses delegues Bertrand, 



JEAN XXII ,35 

Dauriac, Hugues dc Badefol et Germain d'AIanh. II tint lui-raSmc, lo 11 decem- 
cembre 1328, un sernwn solcnncl dans lc cimetiero de Saint-Fciix dc Narbonne. 
Douais^ Documents...f t, i, p. lxxiii-lxxiv. 



— 14 bis 



Jean XXII explique quelques articles obscurs de la rdgle des 
freres mineurs. II condamne Vusage des frocs courts, etroits el 
grossiers, adoptes par les spirituels, et ordonne d ceux-ci d*adopter 
le costume prescrit par les superieurs de la communauti. Ils devront 
de mime se soumettre d la regle de la communaute, touchant Vusage 
des greniers et des provisions alimentaires. — Avignon, 7 octobre 
1317. 

Reg. Vat.f t. Lxvii, n. 57; Exlrai'ag. Joan. XXII, tit. xiv;Wadding, 
ad ann. 1317, n. 18; Eubel, Bull. franc., t. v, n. 289, p. 128 
{in ext.). 

Ad perpetuam rei memoriam. — Quorumdam exigit... — Da- 
tum Avinioni, nonis octobris, anno secundo {Wadding : idibus 
aprilis, an. secundo). 



— 15 — 

Jean XXII ordonne d Vinquisiteur de Provence^ Michel Le Moine^ 
franciscain, de poursui^>re certains spirituels designes nominati- 
vement dans la hulle ^. — Avignon, 8 novembre 1317. 

Keg. Aven, t. xi, fol. 541 ; Reg. Vat., t. lxix, n. 142, dc Curifi; Wad- 
ding, ad ann. 1317, n. xiv; Baluze (Mansi), Miscellanea t. ii, p. 247; 
Riezler, Valikanische Akten, n. 135 (fragm.) ; Eubel, Dullar. 
franciscanum, t. v, n. 293 (m exl.)\ MoUat, Jean XXII, Lellres 
communes, n. 8133 (anal.). 

Dilecto filio fratri Michaeli Monachi ^, ordinis fratrum minorum, 
inquisitori heretice pravitatis in Provincie ac Forcalquerii comi- 



36 , BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANgAISE 

tatibus, necnon et in civitatibus, terris et locis infra Arelatcn- 
sem, Aquensem, Ebredunensem et Viennensem provincias con- 
sistentibus auctoritate apostolica deputato. — Super omnia 
desiderabilia... — Nuper siquidem non absque multa mentis tur- 
batione percepto quod nonnulli pseudo minorum ordinis fratres 
solo nomine professores ad eam mentis inopiam et cecitatem 
devenerant quod heretica labe respersi adversus saluberrimam 
christiane fidei veritatem impie sentiebant et alios verbis menda- 
cibus sub mentite palio sanctitatis in errorum suorum devium 
trahere ipsosque errores defendere pro viribus conabantur, nos 
qui solicitudine vigili contra talium dolosam astutiam oportunum 
remedium libenter ubilibet adhibemus, ne virus hiljusmodi in 
eodem ordine sub specie sanctitatis hujusmodi subintraret, tibi 
mandasse recolimus oraculo vive vocis, ut adversus eosdem pseudo 
fratres procederes juxta canonicas xanctiones et de illis faceres 
justitie complementum. Vcrum intendentes. ut eo tutius ad hujus- 
modi pestis omnimodam exterminationem procedas quo per nos 
certiori fueris auctoritate munitus, discretioni tue de qua fidu- 
ciam obtinemus in Domino specialem per apostolica scripta com- 
mictimus et mandamus quatinus contra fratres Johannem 
Barravi, Guillelmum Santoni, Deodatum Michaelis, Pontium 
Rocha, Bernardum Aspa, Berengarium Tortelli, Petrum Fabri, 
Vincentium Geraudi, Bernardum Antiniaci, Guiraudum Martini, 
Bernardum Francisci, Guillelmum Arnaudi, Jacobum Seguini, Jo- 
hannem Raserii, Raymundum Bordini (a), Arnardum Raymundi, 
Franciscum Sadictii (6), Guillelmum de Sancto Amantio, Franci- 
scum de Badonis, Serviatium (c), Philippum Ferrarii, Arnaudum 
Maurini, Jacobum de Rivo, Arnaudum de Felginio, Guillelmum Gi- 
raudi et Bernardum Boneti pseudo dicti ordinis professores, eadem 
labe respersos, quorum aliqui a quibusdam mandatis auctoritate 
nostra factis eisdem, certas appellationes et protestationes inter- 
posuisse noscuntur, et omnes et singulos ipsis adherentes sic effi- 
caciter et solerter juxta statuta canonica procedere studeas quod 
per tue solicitudinis circumspectam prudentiam dicti ordinis sacra 
plantatio, exterminatis vulpeculis, que illum venenosis morsibus 
demoliri presumunt, fructus aflerat catholice puritatis. Nos 



(a) Eubel : Dordlti, 
(6) Eiibel : Sanctli. 
(c) Eubel : Serinanum. 



JEAN XXII 37 

cnim super premissis (a) contra eos juxta statuta hujusmodi pro- 
cedendi et alia omnia et singula que circa premissa oportuna 
fuerint faciendi et etiam exercendi : non obstantibus quibus- 
cumque privilegiis, indulgentiis et litteris apostolicis generalibus 
vel specialibus eidem ordini aut ipsius (b) ordinis fratribus vel 
eorum aliquibus sub quavis verborum forma concessis, que pseudo 
fratribus et adherentibus supradictis contra premissa vel aliquod 
])remissorum in nullo volumus sufTragari; et tam de duabus die- 
tis in concilio gen^ali quam felicis recordationis Bonifatii 
pape VIII predecessoris nostri [auctoritate] editis, per quas judices 
a Sede deputati predicta extra civitatem et diocesim in quibus 
deputati fuerint aut aliquos ultra unam dietam a fine sue(c) diocesis 
trahere prohibentur, et aliis contrariis constitutionibus quibus- 
cumque; sive si aliquibus communiter vel divisim a dicta sit Sede 
indultum quod interdici, suspendi, vel excommunicari aut extra 
vel ultra certa loca trahi vel ad judicium evocari non possint per 
litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo 
ad verbum de indulto hujusmodi et eorum personis ac locis et 
nominibus propriis vel ordinibus mentionem; et qualibet alia 
dicte Sedis indulgentia generali vel speciali, cujuscumque teno- 
ris existat per quam tue jurisdictionis explicatio (d) valeat 
in hac parte quomodolibet impediri, et de qua cujusque (e) toto 
tenore habenda sit in nostris litteris mentio specialis, plenam 
tibi concedimus tenore presentium potestatem. Volumus insuper 
et apostolica auctoritate decernimus quod a data presentium tibi 
sit in premissis omnibus et singulis presentibus et futuris perpe- 
tuata potestas et jurisdictio attributa ut eo vigore illaque firmi- 
tate possis in premissis omnibus et singulis ceptis et non ceptis, 
presentibus et futuris procedere, ac si jurisdictio tua in dictis (/) 
omnibus et singulis per citationem vel alium modum perpetuata 
legitimum extitisset. — Datum Avinioni, viii idus novembris, 
anno secundo. 

(a) Eubel : praemissa. 
(6) Eubel : ipsis. 

(c) Eubcl : finibus. 

(d) Eubel : execulio. 
{e) Eubcl : ejusque. 
(/) Eubel : praedictis. 

1. Sur les spirituols ct Ihistoire de leur poursuite en justice, voir rintroduc 
tion, p. M Lvii. 



38 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

2. Michel Lemoine est surtout celebre par les poursuites qu'il exer^a contre 
ce groupe de religieux. II s'etait d'ailleurs toujours montre severe pour les spi- 
rituels. Le 13 juillet 1312, il fut cite par Clement V avec Jean de Verunis, in- 
quisiteur de Provence, le provincial et d'autres freres mineurs de la province, 
pour repondre des mauvais traitements qu'ils avaient fait subir k certains de 
ces fraticelles. Le pape les gourmanda en plein consistoire et ordonna que les 
deux inquisiteurs fussent revoques. Regest. Clem. V (ed. Vatic), n. 8851; Eubel, 
Bullar. franc., t. v, n. 203 et note 8. II est probable que cette mesure n'eut pas 
de suites, ou qu'elle fut peu aprcs retiree, puisque, en 1317, MichelLemoine est 
appele a punir les fraticelles dont il est question dans la presente lettre. 
L'inquisiteur 8*acquitta d'abord de sa mission ^a Tegard des princi" 
paux coupables qu'il jugea et condamna en 1318 (voir Introduction, loc. cil.), 
puis il se mit a rechercher leurs partisans et leurs defenseurs, dans les diverses 
provinces de Tordre. Voici la lettre qu'il adressa au provincial de Tos- 
cane, le 3 decembre 1319. Rome, biblioth. Casanaten., ms. 1730, folio 
234 vo (273 vo) -235 v» (274 v»). 

« Reverendo in Christo Patri, fratri.. ministro Thus[cie] et ejus vicario, 
frater Michael Monachi, ordinis fratrum minorum, inquisitor heretice pra- 
vitatis auctoritate apostolica constitutus et ex speciali commissione sanctissimi 
patris et domini Domini Johannis divina providentia pape XXIIinquisitor et 
judex contra quosdam pseudofratres heretica labe respersos eisque adherentes 
ubilibet per totum ordinem deputatos (sic), ac etiam Reverendi patris fratris 
Michaelis, generalis ministri prefati ordinis commissarius in hac parte, salutem 
in domino Jhesu Christo. Noveritis me dudum recepisse litteras prefati domini 
pape ejus vera bulla in filo canapis pendente bullata,s, non abolitas, nec rasas, nec 
viciatas, neccancellatas necsuspectas inaliqua sui parte, quorum tr^nscriptum 
ex ipsis originalibus litteris sumptum et autentico munimine roboratum vobis 
transmitto presentibus litteris colligatum. Volens igitur commissionem michi fa- 
ctam ac mandatum apostolicum in ea contentum, prout teneor,exequi reverenter; 
cum ad audientiam meam sit fide digna et certa relatione deductum multos ex\ 
pseudo fratribus in dicto rescripto apostolico nominatis et eisdem adherentibus, 
qui coram me in judicio quosdam abjuraverunt errores et se propria sponte 
eorum jnramento vallata ad penitentias eis datas observandasinviolabiliter 
astrinxerunt, contra ipsorum promissionem et juramentum crimen apostasie 
dampiiabiliter incurrisse et per diversas mundi partes latenter discurrere in 
animarum suarum et aliorum prejudicium et discrimen et scandalum non modi- 
cum ordinis memorati, auctoritate apostolica qua fungor in hac parte pro primo, 
secundo et tertio et peremptorio termino vos moneo vobisque in virtute obe- 
dientie sancte et sub excommunicationis pena districte precipio et injungo 
quatinus per vos et alios cum exacta diligentia de predictis apostatisinquiratiSj 
si infra vestram provinciam alicubi latitent vel discurrant. Et si quos do hujus- 
modi pestiferis viris in predicta vestra provincia poteriti§ reperire eos capiatis 
vel capi faciatis et in disciplinam ordinis sub fida custodia detineri invocato 
ad hoc si opus fuerit cuxilio brachii secularis. Si autem aliquos vel aliquem do 
prenominatorum speudo (sic) fratrum adherentia ct secta notatos probabili 
suspicione, vel fautores, aut defensores eorum in prefata vestra provincia 
habeatis, procedatig contra eos et eorum quemlibet juxta canonicas sanctiones, 
sub quibus quantum michi licct et possum auctoritate apostolica michi concessa, 



I 



JKAN XXII 39 

committo vobis plenarie vicei meas, doncc ipsas duxero revocandag. Nomina vero 
omnium illorum apostatarum et defensorum et fautorum ipsorum, cisque adho- 
rentium, ac suspectorum de ipsorum secta ct adherentia, quos in sepe dicta vestra 
provincia vos contigerit reperire cum probationibus quas inveneritis sub sigillo 
officii vestri volo quod teneamini michi fideliter et ccleritcr intimare. Attenden- 
tcs tam sollicite quam prudenter ne aliquibus per malitiam vel invidiam aut 
odium vel vindictam, vel alias indebite dicti criminis nota aliqualiter impona- 
tur; sub ejusdem etiam districtione precepti vobis injungens quod in singulis 
notabilibus conventibus vestre provincie predictamcommissionemmichiaprefato 
domino papa factam cum presentibus litteris legi coram fratribus publice facia- 
tis et in actis sive libris vestre provincie ad cautelam futurorum et in rei perpe- 
tuam memoriam registrari sic quod tam penes vos quam successores vestros 
remaneant perpetuo et fideliter conserventur. Quicquid autem super premissis 
feceritis michi quam cito comode poteritis per vestras litteras sigillo officii vestri 
munimine roboratas studeatis fideliter et plenarie demandare. — Datum Massilie, 
anno Domini M» CCCo XIX, die m» decembris. » 

Le 21 mars 1327, Michel Lemoine re^ut avis de remettre k Tinquisiteur de 
Carcassonne un beguin, Pierre Trencavel, et sa fille Andree, evad^i du mur 
de Carcassonne. Le 1®' juin 1328, Jean XXII le chargea de recueillir, au nom 
de la Chambre apostolique, les objets, livres, hardes, ayant appartenu k Michel 
de Cesdne et k Bonagrazia de Bergame (n. 80). II eut pour coIUgues dans la 
tharge d'inquisiteur de Provence. en dehors de Jean de Verunis, les franciscaina 
Jacques Bernard (cf. n. 33, 40) et Guillaume Astre (cf. n. 49, note 3, 71, etc). 
Voir une courte notice 8ur cet inquisiteur dans Hiat. litt. de la Francey t. xxxii, 
p. 582. 



-46 — 

Jean XXII excommunie el supprime la secte des fraticelleSt 
freres de la pam>re i^ie, bizoches ou beguins, quiy pretextant une 
autorisation du pape Celestin V ^, s* etaient etablis et multiplies en 
Italie, en Sicile, en Pro^>ence, a Narbonne et d Toulouse. — Avignon, 
30 d^cembre 1317. 

Reg. Aven., t. x, fol. 452 v»; Reg. Vat., t. i.xvii, n. 68, d« Curia; 
Doat, t. xxxiv, fol. 147; Mahul, Cartul. ,t.y, p. 660; Corpus iuris : 
Extraif. Joan. XXII, lit. vii; Eubel, Dullar. franc, t. \, p. 134, 
n. 297; Mollat, Jean XXII, n. 8147. 

Ad perpetuam rei memoriam. — Sancta romana atque uni- 
versalis Ecclcsia... — Datum Avinioni, iii kalendas januarii, 
anno secundo. 



40 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

1. II s'agitdes freres de la pauvre vie, ou ermites celestins (appeles aussi 
quelquefois fraticelles), approuves par Celestin V. Ils pretendaient mener une 
vie strictement eremitique, basee sur la pratique de la pauvrete absolue. Leurs 
chefs furent Fra Liberato et Fra Angelo Clareno, contemporain de Jean XXII. 
Angelo a raconte, dans son Historia septem tribulationum {Archii> fiir Litteratur 
und Kirchengeschichte, t. ii), les persecutions auxquelles ils furent en butte, 
d'abord de la part de leurs freros du grand ordre franciscain, et puis de celle des 
successeurs de Celestin V sur la chaire de saint Pierre. Leurs prieres et leurs 
instances ne purent jamais obtenir du Saint-Siege la reconnaissance canonique 
de leur agregation. Les beguins ou bizoches etaient les membres du tiers-ordre 
franciscain, affilies aux spirituels et partageant leurs erreurs (voir Introduction). 
II ne faut pas les confondre avec les beguins orthodoxes, que Tfiglise a toujours 
reconnus. En fevrier 1322 (n. 37), Jean XXII ordonna precisement, dans le mid. 
de la France et le nord de TEspagne, une enquete destinee a distinguer les bons 
des mauvais. Par suite, un grand nombre de ceux-ci furent brules a Narbonne, 
Lunel, Lodeve, Beziers, Capestang, Pezenas, Carcassonne et Toulouse (annees 
1319, 1320, 1321 et 1322). Voir Liber sententiarum, p. 313; Lea, Hist. de Vlnquis 
(trad. fr.), t. iii, p. 89-95; Tanon, Hist. des trib. de Vlnquis., p. 83-86; Mahul, 
CartuL, t. v, p. 660-661, 672-683, d'apres Doat, t. xxvii et xxviii, passim; 
Bernard Gui_, Practica, p. 264. Sur les beguins en general, voir Mosheim, De be- 
ghardis et beguinabus commentarius, Leipzig, 1790; Tocco, Studii francescani, 
Naples, 1909, p. 227-310; Tanon, op. cit., p. 79-83; J.-M. Vidal, Proces d'Inqui- 
^ition contre Adhemar de Mosset, dans Rewue d'histoire de VEgUse de France, 
1910, t. I, p. 555-589, 682-699. 



— 16 bis — 

Jean XXII condamne les spirituels qui ont emigre de la Toscane 
en Sicile, ayant pour chej Henri de Ce<^a, apostat jranciscain, 
et qui y ont constitue une sorte de congregation independante ^. // 
ordonne aux prelats de punir ces rebelles. — Avignon. 23 jan- 
vier 1318. 

Reg. Aven., t. viii fol. 238; Reg.Vat., t. lxvii, n. 381; DuUar. 
rom. (ed. Taurin, 1859), t. iv, p. 261; Raynaldi, ad ann. 1318, 
n. 45-52; Wadding, ad ann. 1318, n. 10-23 [in ext.); Eubel, t. v, 
n. 302, p. 137-142 [in exl.) ; MoUat, op. cil., n. 6216. 



Venerabilibus fratribus patriarchis, archiepiscopis et episcopis 
ac dilectis filiis electis, acl quos littere iste pervenerint. — Glo 
riosam Ecclesiam... — Datum Avinioni, x kal. februarii, pon 
tificatus nostri anno secundo. 

1. Voir Tocco, Studii francescani, p. 395-421. 



JEAN XXII ''ll 



— 17 — 



Jean XXII revoque les lettres de sauvegarde concedees jadis par 
Clement V d Aymeric Caslel, de Carcassonne, et d d'autres. — Avi- 
gnon, 30 mars 1318. 

i?eg. ^^'«n.,!. VIII, fol. 405; i?cg. VcU., t. lxvii, n. 728; Doat, 
t. XXXIV, fol. 138-140; Mahul,Car/u/., t. v, p. 660 (anal.); Mollat 
op. cil., n. 6776 (anal.). 

Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in partibus 

Carcassonen. constitutis, salutem. — Utcommissum vobis nego- 

tium catholice fidei auctore Domino in vestris manibus prospc- 

retur, libenter apostolice sollicitudinis partes spponimus et quequo 

obstantia submovemus. Olim siquidem felicis recordationis Clc- 

menti pape V predecessori nostro pro parte quorumdam hominum 

de partibus Carcassonen. suggesto quod inquisitores pravitatis 

heretice illarum partium qui tunc erant et pro tempore fuerant 

multa illis gravamina et injurias irrogarant, iniquos contraeoset 

alios illarum partium processus contra justitiam facientes ^, idem 

predecessor hujusmodi suggestionibus aurem accomodans. bone 

memorie Petro, episcopo Penestrino, tunc tituli sancti Vitalis ^, 

et venerabili fratri nostro Berengario, episcopo Tusculano, tunc 

tituli sanctorum Nerei et Achillei ' presbiteris cardinalibus, qui par- 

tium iilarum notitiam obtinebantet perpartes illas transitum fa- 

cere tunc habebantsuisdedit litteris inmandatisutdepremississug- 

gestionibus et aliis incidentibus se plenius informarent et nichilo- 

minus interim personis prosequentibus negotium memoratum de 

securitate ydonea pendente dicto negotio auctoritate apostolica 

providerent, nec permitterent eos per inquisitores eosdem aliquate- 

nus molestari; prefati quoque cardinales hujusmodi commissionis 

pretextu Aymerico de Castro, burgensi Carcassonen., et quibusdam 

aliis tunc negotium prosequentibus supradictam securitatem 

hujusmodi pendente dicto negotio apostolica auctoritate pre- 

stantes, illos sub sua protectione et Sedis apostolice receperunt; 

quam receptionem idem predecessor ratam habens et gratam 

mandavit illam inviolabiliter observari, eisdem inquisitoribus di- 

strictius inhibendo ne contra prefatum Aymericumet alios ofricii 



42 



BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSB 



eorum pretextu procederent quoquomodo donec prefatum nego- 
tium esset per Sedem apostolicam terminatum et a Sede ipsa aliud 
reciperent in mandatis. Quia vero prefati Aymericus et alii circa 
proposita et objecta per eos ulterius coram predecessore prefato ac 
etiam coram nobis negotium ipsum prosequi neglexerunt et quasi 
negligunt, prefata protectione securi, nos nolentes sicut etiam nec 
debemus propterea vestrum officium impediri, securitatemipsam 
penitus revocantes, discretioni vestre per apostolica scripta man- 
damus quatinus contra eumdem Aymericum et alios in decreta 
vobis provincia Deum et justitiam habendo pre oculis procedentes, 
non obstantibus securitate predicta et aliis securitatibus, prote- 
ctionibus, confirmationibus, ordinationibus et inhibitionibus qui- 
buscumque dicti predecessoris, aut aliorum quorumlibet juxta 
formam vobis traditam ac canonicas sanctiones et de peritorui 
consilio ofTicii vestri debitum curetis exequi diligenter. — Datum^ 
Avinioni, iii kalendas aprilis, anno secundo. 

1. Sur les allusions contenues dans cette bulle, voir les documents n. 3, note 1, 
et 6, note 2. 

2. Pierre de la Chapelle, p. 13, note 2. 

3. Berenger Fredol, p. 13, note 3, 



— 48 — 



Le pape reclame d Veveque de Maguelonne ^ les dossiers de Ven* 
quete faite par lui dans son diocdse contre des beguins et d^autrei 
heretiques. — Avignon, 18 septembre 1318. 

Reg, VaL, t. cix, fol. 159 vo, n. 655 ; t. cx, part. 2, fol. 61, 
n. 287; Eubel, BulL, n. 340 [in ext.)\ Coulon, n. 725 (anal. 

Venerabili.. fratri episcopo Magalonen. — Cum sicut audivi* 
mus... — Datum Avinioni, xiiii kalendas octobris, ann< 
tercio. 



1. Andre Fredol, O. S. A., eveque d'Uzes, le 20 mars 1314; transfere i] 
Magueloline, le 18 fevrier 1318; meurt le 29 fevrier 1328. GalUachrisL, t. vr, 
col. 633, 780-781 ; Eubel, Hier., t. i, p. 334, 539. 



JEAN XXII 43 

— 18 bis — 

Meme lettre adressee n Veveque de Beziers *. — Avignon, 18 sep- 
tembre 1318. 

Reg. Vat., t. cx, part. 2, fol. 61, n. 287; Coulon, n. 726. 
In e. m. episcopo Biterrensi. 

1. Guillaume Fr6dol, d'abord abb6 de Saint-Tibery, promu h Bdziers, lc .*> ma 
1313; mort en 1349. Eubel, Ilier., p. 141. 



— 19- 

Sur les instances de Bernard Gui, inquisiteur de ToulousBf 
Jean XXI l confere des benefices vacants a deux neveux et d deux 
notaires de cet inquisiteur. — Avignon, 21 septembro 1318. 

Reg. Aven., t. xi, fol. 32 v», 36, 39, 78; Reg. Vat.,U lxix, 
n. 96, 100, 114, 115; Mollat, Jean XXII, n. 8434-8437 (anal.). 

1° Parochia dc Tiiragello *, Pictaven. dioecesis, per dimissionem 
Joannis de Estapo vacans, confertur Aymerico Hugonis, nepoti 
fratris Bernardi Guidonis, inquisitoris Tolosani. — Litterarum scien- 
tia. — In eundem modum abbati Monasterii novi, et subdecano 
S. Hilarii Pictaven., ac Guidoni de Velletro, canonico Belvacen. 

2° Canonicatus sub exspect. praebendae ecclesiae Montisregalis ^, 
Carcassonen. dioeccsis, confertur Petro Boerii, ipsius inquisitoris 
ininquisitionis officionotario. — Laudabilibus tue probitatis meri- 
tis. — In eund. mod. praeposito Tolosano, etGuidonide Velletro, 
Belvacen., ac Raymundo Costa, Ruthenen. canonicis. 

3° Canonicatus sub exspect. praeb. et dignitatis seu ofTicii eccle- 
siae S. Pauli de Fenolhedesio ^, Electen. dioec, confertur Guidoni 
Guidonis, dicti inquisitoris nepoti. — Tuam sinceram devotionem. 
— Ineund. mod. archidiacono Carcassonen., et duobus supra 
proxime dictis canonicia. 

4° Canonicatus sub exspect, praeb. ecclesiae S. Felicis Tolo- 



44 



BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 



sanae dioecesis, confertur Jacobo Manivesii [Marquesii ?], in officio 
inquisitionis notario, rectori eccl. de Davitz ^, Castren. dioec. — 
Yirtutum studiis. — In eundem modum archidiacono Albien., et 
cancellario Tolosan., ac Guidoni de Velletro. 

Pro omnibus : Datum Avinioni, xi kal. octobris, pontificatus 
nostri anno tertio. 

1. Thurageau (Vienne), arrond. de Poitiers. 

2. Montreal (Aude), arrond. de Careassonne. 

3. Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrenees-Orientalcs), arrond. de Perpignan. 

H. Saint-Felix-de-Caraman (Haute-Garonne), cant. de Revel, arroud. de 
Villefranche. 

5. Avits, commune de Castres (Tarn). 



— 20 — 

Le pape recommande aux inquisiteurs de la foi presents et d ^enir 
de s'abstenir de toute molestation d Vendroit des consuls et des bour- 
geois de Montpellier, dont la fidelite seculaire d V Eglise catholique^ 
jadis remarquee par plusieurs papes, merite encore d'etre vi{>ement 
louee, — Avignon, 2 novembre 1318. 

Reg. VaL, t. cx, n. 960; Coulon, n. 756 A [in exL). 

Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in regno Fran- 
cie per Sedem apostolicam deputa tis et in posterum deputandis. — 
Etsi zelo fidei ^ ... — Datum Avinioni, iiii nonas novembris, 
anno tercio, 

1. Voir plus bas, n. 231, la confirmation de cette bulle par Urbain V; et dans 
Coulon, n. 756 B, 756 C, 756 D, 756 E, des lettres d'Honorius III et d'AIexan- 
dre IV en faveur de Montpellier. Voir plus loin, les n. 78, 87, 88, 98, 172, 311. 



— 21 — 



Le corps de Castel Faure, bourgeois de Carcassonne decede 
depuis plus de quarante ans, a ete ensei>eli dans le com>ent des 
Jreres mineurs de cette ville^. Naguere,une sentence de Vinquisi- 



JEAN XXII 45 

(eur Jean de Beaune ^, execrant la memoire du defunt, com^aincu 
d^hercsicy ordonnait Vexhumation et la cremation de ses restes^ si 
toutefois il etait possible de les reconnaitre parmi ceux des autres 
jnorts. Les freres mineurs, faussemep,t accuses d^avoir mele les 
ossemetits de Vhcretique a ceux des autres, afin d*empecher Vexe- 
cution de la sentence, sont reconnus innocents de ce crime d la 
suile d^une information entreprise par ordre du pape. — Avignon, 
15 mars 1319. 

Reg. Aven., t. xi, fol. 251 v» ; Reg. Vat., t. lxix, fol. 124 yo, n. 389; 
Eubel, Bull.,n. 357 {in ext.); MoUat, n. 9059 (anal.). 

Dileclis filiis Petro Vitalis, guardiano, Arnaldo Gheminarii et 
Petro de Montelongo, ordinis fratrum minorum Carcassonen. etc. 
— OfTicii nostri debitum exigit ut que justicic convenire percipi- 
mus exequantur. Sane in nostra et fratrum nostrorum presentia 
propositum extitit quod corpus quondam Castelli Fabri civis Car- 
cassonen. in loco fratrum vestri ordinis Carcassonen. sepultum fuit 
quadraginta annis et amplius jam elapsis; sed comperto pridem 
quod dictus Castellus heretica fueratlabe respersus, dilectus filius 
Johannes de Belna, ordinis fratrum predicatorum, in illis partibus 
inquisitor hereticorum per Sedem apostolicam deputatus, pronun- 
ciavit sententialiter ossa que dicti corporis fuerant exhumanda 
fore ac incendio, si discerni possent ab aliis fidelium ossibus, con- 
cremanda. Cumque perlatum ad nostram audientiam extitisset 
quod vos ne in eisdem ossibus ipsius Castelli talis executio fieri 
posset illa commiscueratis cum aliis ossibus fidelium eorundem 
ct alias impedimentum prebucratis ne dicti inquisitoris pronun- 
cialio hujusmodi cxequtioni debite mandaretur, nos scire volentes 
an predicta per vos fuissent operibus adimpleta et invosanima- 
verterc (sic) si vos supcr hujusmodi invenissemus culpabiles exti- 
tisse, hujusmodi negotium examinavimus diligcntcr, et quia 
per hujusmodi cxaminationem invencrimus quod tam fidclium 
quani Castelli prefatorum ossa cadem diu ante pronunciationem 
hujusmodi simul fuerant diversis temporibus et locis absque 
culpa vcstra commista, vosque in executione predicta facienda 
inipedimentuni aliquod nullatcnus prcstitisse, sicut nobis minus 
vcridica fuerat insinuatione suggestum, vos in hac partc dc fralrum 
nostrorum prcdictorum consilio omnino inculpabiles reputamus, 
vosquo decernimus nulla proptcr hoc nota infamie maculatos. 



46 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

Nulli ergo, etc, nostre reputationis et constitutionis infringerc, elc. 
— Datum Avinioni, idus martii, anno tercio. 



1. Ce riche bienfaiteur des franciscains de Carcassonne etait mort en 1278, 
assiste de six de ces religieux et son corps avait ete inhume dans le cimetiere 
du couvent. Une enquete secrete, entreprise vingt-deux ans apres, par Nicolas 
d'Abbeville et au cours de laquelle des temoins reputes serieux furent interroges, 
vint ternir la reputation d'orthodoxie attachee a la memoire du defunt. L'in- 
quisiteur acquit la conviction que Faure avait ete regu dans la secte cathare a 
son lit de mort. II fit proclamer, en Tan 1300, dans toutes les eglises de Carcas- 
sonne, un avis aux parents ou amis du mort, les invitant a defendre sa memoire. 
On sait deja le role joue dans cette affaire par les freres mineurs et surtout par 
Bernard Delicieux (n. 2, note 2). Ils essayerent d'opposer aux temoignages des 
ennemis de Castel Faure les depositions des freres qui avaient rcQu son dernier 
soupir. L'inquisiteur affecta de ne rien entendre. Un appel au pape, redige a 
grand'peine par un homme de loi qui tremblait de peur et voulut rester inconnu, 
ecrit par un notaire etranger, fut notifie a Tinquisiteur par surprise, au moyen 
d'un placard clou^ a la porte de son hotel. Pour le moment, toute procedure 
fut suspendue. Puis Nicolas d'Abbeville fut destiLue de sa charge (1302). Le pon- 
tificat de Clement V amena une detente. Le fils de Castel Faure, Aymeric, avait 
rcsolument pris la defense de ses concitoyens mecontents (n. 6, note 2). On n'osa 
probablement plus parler de son pere. Le dossier compile par Nicolas d'Abbe- 
ville ne fut rerpis que par Jean de Beaune, des que relection de Jean XXII eut 
inaugure une 6re nouvelle. La bulle du 15 mars 1319 nous apprend que cet 
inquisiteur venait de prononcer la sentence si longtemps attendue. Les ossemeuts 
du defunt devaient etre exhumes et jetes au feu, si toutefois il etait possible d'en 
faire le triage dans Tossuaire du couvent. Le bruit courut que les freres mineurs, 
desireux de preserver coute que coutc les restes de leur bienfaiteur de cette 
suprSme execution, les avaient meles ^ ceux d'autres defunts pour rendre 
inapplicable la sentence. Si ce bruit etait fonde, les franciscains couraient le 
risque d'etre punis pour avoir mis obstacle a Texercice de rinquisition. Mais 
le pape n'ecouta les insinuations de leurs ennemis que pour ordonner une 
enquetc. Celle-ci leur fut favorable et Jean XXII les reconnut innocents par 
la presente bulle. 

Si les ossements de Castel Faure continuerent a reposer en terre benite, la 
sentence de Jean de Beaune regut, pour le reste, une rigoureuse application. 
Les biens du defunt furent confisques. Le tresor royal en percevait encore 
les revenus en 1323. Doat, t. xxxiv, fol. 189, 215; Mahul, CarL, t. v, p. 670, 
671. En 1338, rhotel de Castel Faure a Carcassonne fut Tobjet d'une contes- 
tation entre le fisc et Pierre de Manse, qui pretendait le tenir en legitime 
propriete do la reine, cello-ci Tayant ro^u en don du roi Philippe le Bel. Pierrd»] 
linit par robtenir de la liberalite de Philippc de Valois. llisl. de Lang., t. x,^ 
p. 831-833. 

La femme de Castel Faure, Rixende, convaincue d'heresie, comme son mari, : 
longtemps apres sa mort, fut condamnee en 1329. L'assemblcc consultative du 
8 septembre 1329 pronon^a rexhumation de ses os (Douais, La formule Com- 



JEAN XXII 47 

municato, elc, p. 58) et cette sentencc fut executee. Doat, t. xxvii, fol. 
235 yo sq. ; Mahul, CarluL, t. v, p. 688. 

II a ete question ailleurs d'Aymeric Castel (n. 6, note 2). Sur 1'aiTairc de 
Castel Faure, voir encore Haureau, Bernard Delicieux, elc, p. 1-11, 167-175; 
d'apr^s Doat, t. xxxiv, fol. 123-130. 

2. Jean de Beaune, originaire de la ville de ce nom, en Bourgogne, fit ses 
6tudes et sa profession religieuse dans le couvent des fr^res prScheurs de Dijon, 
En 1316, ii fut nomme a Tlnquisition de Carcassonne, en rcmplacement de Geof- 
froi d'Ablis, decede. Outre le proces de Castel Faure repris par lui, enl3l8ou 
1319, il poursuivit oi/ recommen^a ceux de Guillaume Salavert et d'Isarn Coll, 
d'Albi (1319; Biblioth. nat., ms. lat. 11847, fol. 43 sq.), et celui de Guillem Garric, 
de Carcassonne (1320-1321; Douais, Guillaume Garric et le tribunal de V 1 nquisi- 
tion, p. 9). II se preta a la fondation d'une succursale du tribunal de 1'Inquisi- 
tion a Pamiers (n. 24, note 1) et delegua le dominicain Gaillard de Pomies 
(10 d^cembre 1318) pour le remplacer aupres de 1'evSque Jacques Fournier. 
Ms. Vatican lat. 4030, fol. 69. La part qu'il prit personnellement aux travaux 
de ce tribunal se borne a une intervention tardive pour la conclusion des procds. 
Le 1*' mai 1320, il pronon^a, avec Teveque, la peine de mort contre deux vaudois 
obstines et difTerentes penitences contre d'autres heretiques. Ms. 4030, fol. 15, 
18, 21, 22. Le 8 mars et le 2 aoAt 1321, le 4 et le 5 juillet 1322, le 19 juin 1323, il 
assista a des actes de foi celebr^s k Pamicrs. Limborch, Lib. sent., p. 286-289, 
291-298, 393; ms. Vat. 4030, passim. D'autre8 ceremonies de ce genre furent pre- 
sidees par lui, a Toulouse (30 septembre 1319; Limborch, op. cit., p. 209) avec 
Bernard Gui, et a Lodeve (3 juillet 1323; Doat, t. xxviii, fol. 8-37) avec les vi- 
• aires generaux de Tevfique. S*il faut en croire dom Vaissete, Hist, de Lang., 
t. IX, p. 398, il aurait tenu, en avril 1324, k Carcassonne, une assembl^e consul- 
tative prccedant le jugement de divers heretiques. II est avcre que Vauto da /«' 
de Lodevo fut prepare par une reunion semblable convoquee par lui, le 2 juil- 
let 1323, dans la salle du chapitrc. Douais, La formule Communicato, p. 16-19. 

Le 29 juin 1321, il proceda k la r^conciliation du bourg de Cordes (Limborch, 
op. cit., p. 277-282) et^ la mfeme ann^e, se rendit k Narbonne pour juger un be- 
guin. Ce fut k Foccasion de rassemblee convoquee pour examiner la culpabilite 
dc ce prevenu qu'eclata la fameuse dispute sur la pauvrete du Christ et des 
apotres, dont les suites furent si desastreuses (n. 37, notel). Hist.de Lang., 
t. IX, p. 397. Signalons cncore quelques actes emancs do Jean de Bcaunc ou 
auxquels il eut part : le 14 janvier 1322, il delivra, de concert avec J. Four- 
nier et B. Gui, des lettres de f61icitations k Arnaud Sicre, espion do rinquisi- 
tion. Ms. Vat. lat. 4030, fol. 132 C; cf. n. 53. On verra ailleurs (n. 41) qu'il fut 
choisi, par Teveque Pierre de Roquefort, comme executeur de ses dernieros 
volontcs. 

II resulte de divcrs passages du Registre do-4'Inquisition de Pamiers (ms. 
4030, fol. 180, 301, 304, 311) qu'il etait mort en aout 1324. Le 7 de ce raois, 
raudionco du tribunal est presidce par Jcan Duprat, son successeur. On attribue 
k Jean de Beauno une critique des erreurs de Pierre de Jean d'01ive, entreprise 
par ordre de Jean XX H et que Baluze a publiee. MiscelL, edit. Mansi, t. ii, 
p. 274-276. Sur cet inquisiteur, voir Quctif et fichard, Scriplores ord. praed., t. i, 
col. 585-586; J.-M. Vidal, Le tribunal d' I nquisition de Pamiera, p. 86-88. 



48 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 



— 22 — 

Le pape delegue Varcheveque de Toulouse ^, les es^eques de 
Pamiers ^ et de Saint-Papoul ^, pour connaitre des crimes imputes 
d Bernard Delicieux, de Vordre des freres mineurs *. — Avignon, 
16 juillet 1319. 

Reg. Aven., t. xii, fol. 10 v^; Reg. Val., t. lxix, n. 866; t. cx, 
part. 2, fol. 3; Wadding, ad ann. 1318, n. xxiv; Baluze, Vitae, 
t. II, col. 341 ; Eubel, BulL, n. 372 [in ext.) ; Mollat, Jean XXII 
n. 9799. 

Venerabilibus fratribus.. archiepiscopo Tolosano et. Appa- 
miarum ac. Sancti Papuli episcopis. — Etsi cunctorum nequitia 
redundans in proximi lesionem merito cunctis bonis mentibus esse 
debeat odiosa, illorum tamen actus nepharios acrius prosequi debet 
censura judicii, qui voto regularis professionis astricti sub agni 
specie gestant lupum et sanctimonie habitum et pietatis opera 
cxterius pretendentes per machinationes detestabiles proxi- 
morum exterminia moliuntur. Sane ad audientiam nostram fama, 
immo verius, infamia publica deferente pervenit, quod (a) Bernardus 
Deliciosi, ordinis minorum, in profunda malorum opera obsti- 
nans vota sua in illum prorupit horribilis factionis excessum ut, 
conspirans in mortem felicis recordationis Benedicti XI prede- 
cessoris nostri, operam dederit ut idem predecessor veneni po- 
culo necaretur; et quod ad nephanda alia applicans actus pravos 
molitus est cum quibusdam hominibus Carcassonen.(6)necnon cum 
syndicis Albiensibus et castri de Cordua, Albiensis diocesis, ut a 
iidelitate clare memorie [Philippi] regis Francie recederent et 
quendam potentem in dominum sibi assumerent, ac Carcassonen- 
sem cum burgo, et Albiensem sibi traderent civitates et castrum 
predictum ; litterasque huiusmodi proditionis habite et tra- 
ctate scripsit et sigillatas sigillo consulatus Carcassonen. detulit 
et assignavit dicto potenti, ipsumque rogavit et sibi consuluit 
quantum potuit et induxit, ut civitatum, burgi et cfistri predi- 
ctorum dominationem reciperet, cum ex hoc posset toti patrie 
dominari : cuius quidem proditionis Petrus Probi, de Castris, ct 



(a) Wadding, Eubel : quod frater. 

[b) Wadding, Eubel : hominibus burgi. 



JEA.N XXll 49 

Arnaldus Garsie, de Albia, clerici, conscii et participes fuisse 
dicuntur. DictusqueBernardus populum Carcassonen. subdolis pre- 
dicationibus ac suasionibus deceptivis (a), adversus inquisitores he- 
retice pravitatis et ordinem fratrum predicatorum sic studuit con- 
citare quod prefatus populus ad domum et ecclesiam dictorum pre- 
dicatorum in multitiidine gravi et armorum impetu concurrentes 
ipsorum domum et ecclesiam expugnarunt. Idemque Bernardus 
carceres dictorum inquisitorum fecit seu procuravit frangi ct 
aperiri, et inde plures dampnatos dc heresi abstrahi et liberari, 
et quamplures domos hominum burgi Carcassonen. amicorum 
dictorum predicatorum penitus demoliri, prede ipsorum bonis ac 
viridariis et prediis expositis vastitati. Et alias (/>) plures sermones, 
tam in ecclesiis, quam extra publice fecisse dicitur adversus inqui- 
sitores et predicatores prcdictos, ex quibus eos graviter infamavit, 
ct in fidelium cordibus reddidit odiosos; eorumque processus cor- 
ruptus pecunia coram quibusdam predecessoribus nostris romanis 
pontificibus et dicto rege Francie studuit impugnare, hereticis 
seu credentibus ct receptatoribus eorumdem prebendo auxilium 
consilium et favorem; prefatis clericis eidem in proditione (c) et 
prcdicationibus et aliis commissis contra officium inquisitorum pre- 
dictorum consentientibus, participantibus et alias sibiprestantibus 
auxilium, consilium et favorem. Preter hec, idem Bernardus non- 
nullaalia detestabilia presumpsisseet commisissedicitur, que non 
posscnt presentibus absque difTusa recitationis serie enarrari. Licet 
igitursuper premissorum aliquibus et aliisdetestabilibus commissis 
per eum contra dictum Bernardum de mandato Sedis apostolice 
fuerit hactenus inquisitum, quam inquisitionem vobis duximus 
remittendam : volentes tamen, ut super premissis et nonnullis 
aliis articulis, quos vobis sub bulla nostra mittimus interclusos, 
super quibus etiam dictus Bernardus publica infamia noscitur 
laborare, per vos diligentius inquiratur, fraternitati vestre prcsen- 
tium tenore committimus ct mandomus, quatinus, vos, velduo 
vcstrum, in civitatc Tholosana {d) vel alibi, ubi expcdire videritis, 
dc predictis omnibus ct aliis singulis in articulis predictis con- 
tentis contra Bernardum et clericos supradictos, quos iamcaptos 

(a) Wadding, Eubel : decipiens- 

(b) Wadding, Eubel : atiter. 

(c) Reg. Ai'en. et Val. : prcdicatione. 

(d) Wadding, Eubcl : Toloaae. 

BULLAIHh: - 1 



50 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

et sub cnstodia fida detentos ad vos mitti volumiis ct mandamus, 
et quoscumque alios clericos, de quibus vobis videbitur, summa- 
rie et de plano, ac sine strepitu et figura iudicii inquiratis diligen- 
tius veritatem; et, si per inquisitionem iam factam, vel per vos 
faciendam, seu per confessionem eorum aut alias (a) vobis legitime 
constiterit de premissis vel eorum aliquibus, contra eos ad penas 
debitas, etiam degradationem, quam per vos aut duos ex vobis 
fieri volumus, nullis episcopis seu prelatis aliis, si haberi non 
possint commode, convocatis, et penas alias graviores, si enor- 
mitatum ipsarum exegerit qualitas, auctoritate nostra iuxta 
sanctiones canonicas, appellatione seu provocatione remota, proce- 
datis : constitutione aliqua non obstante, seu indulgentiis apo- 
stolicis ordini predicto concessis, quod fratres dicti ordinis per 
litteras apostolicas nequeant conveniri, vel contra ipsos quoquo 
modo procedi non possit, nisi in dictis litteris de indultis(6) 
huiusmodi eorumque toto tenore de verbo ad verbum plena et 
expressa mentio habeatur ; contradictores per censuram eccle- 
siasticam appellatione postposita compescendo. Testes autem 
qui fuerint nominati, si se gratia, odio vel timore (c) subtraxerint, 
censura simili appellatione cessante compellatis veritati testi- 
monitim perhibere. — Datum Avinioni, xvii kal. augusti, anno 
tertio. 

(a) Wadding^ Eubel : aliter. 

(b) Wadding, Eubel : indulgentiis. 

(c) Wadding, Eubel : amore. 

1. Jean Raymond de Comminges, eveque de Maguelonne, le 29 juillet 1309; 
transfere a Toulouse, dont il est le premier archeveque, le 13 novembre 1317; 
cree cardinal du titre de Saint-Vital, le 18 decembre 1327; eveque de Porto, en 
1329; mort le 20 novembre 1344. Baluze, Vilae, col. 753; Gall. christ., t. vi, 
col. 779; t. XIII, col. 38-39; Hist. de Lang., t. ix, p. 444-445; Eubel, Hier., t. i, 
p. 15, 334, 515. 

2. Jacques Fournier; voir n. 24, note 1. 

3. Raymond de Mostuejouls, abbe de Saint-Tibery, puis eveque de Saint- 
Flour (31 juillet 1317); transicre a Saint-Papoul, le 16 avril 1319; et promu au 
cardinalat, le 18 decembre 1327. II mourut le 13 novembre 1335. Gallia christ., 
t. VI, col. 714 ; t. II, col. 422-423 ; t. xiii, col. 301-302 ; Hist. de Lang., t. ix, p. 368 ; 
Eubel, Hier., t. i, p. 15, 261, 409. 

4. Sur les debuts de Bernard Delicieux, voir n. 2, note 2. Bernard se mit, en 
1317, a la tete des spirituels de Narbonne et de Beziers (n. 15) et tenta 
de prendre leur defense devant le pape. II fut jete sur-le-champ en 
prison et soumis a une enquete dont le pape confia la direction a Guillaume 
Mechiu, evcque dc Troyes, et a Pierre Letessier, abbe de Saint-Serniii. Trois 



i 



JEAN XXII 51 

chcfs d'accusation pesaicnt sur lui : !<> envoutementayant causc la mort du pape 
neuoit XI; 2° conspiration contre lc roi de France, dans lc but de livrcr Carcas- 
sonne, Albi ct Cordes k rinfant de Majorquo; 3° obstruction au libre cxercico 
de rinquisition. Le dossier fut constitue au bout de deux ans; et, le 16 juillet 
1310, par la presente buUe, Ic pape delegua Ics jujres de Bernard. Tous trois 
sc reunirent d'abord a Castelnaudary; puis, rareheveque de Toulouse s'ctant 
ictire, les deux eveques se fixerent a Carcassonne, oii le prcvenu avait ctc trans- 
ferc. L'inquisitcur Jcan dc Beaune s'assit a c6t6 d'eux, k Taudicnce, ainsi que 
le scnechal de Carcassonne et les rcformateurs royaux, Raoul, cv6quc dc Troyes, 
ct Jean, comte de Forez. 

Devant cette cour impotante comparurent d'abord d'anciens complices do 
Bcrnard dans les aflaircs d'AIbi et de Carcassonnc, qui sc firent ses accusateurs. 
II subit lui-mcme de nombrcux interrogatoires, avoua sans difTicuItc la part 
qu'il avait eue dans les troublcs suscitcs contre Flnquisition, mais refusa de se 
reconnaitre coupablc de trahison. La torture ne vint pas h bout de son obstina- 
tion, sur ce point pas plus que sur Ic chof d'envoutement. Le proccs, commencc 
en septembre, fut clos le 8 deccmbre. Retcnu coupablc d'obstructioo 4 rinqui- 
silion sous diverscs formes, de trahison contre le roi de Francc et de necroman- 
cie, mais reconnu innocent de tout complot contre Benoit XI, Taccuse fut con- 
damne a la degradation ecclesiastique ct a remprisonncmcnt perpctucl, au pain 
ct a Tcau, dans le « mur » de Carcassonne. On proceda sur-le-champ a sa dcgra- 
dalion. Voir la sentence dans Limborch, Liber setitent. Inquisilionis TftoloManaes 
j). 2G8-273. Lcs procureurs royaux, Raymond Foucault et Raymond Leccurt, 
protestercnt, lc Icndemain^ contre cette sentencc, a leur avis trop cldmcnte, 
et firent appel au pape. Par contre, les juges de Bernard, pris de pitie pour sa 
faiblcsse ct scs infirmitds, le dispens6rent des fers et du jctkno. lU lui laissaicnt 
mcme le froc de son ordre; mais le pape ordonna de le lui arracher, le 25 f^vrier 
1320 (voir n. 27). Haureau, Bernard Delicieux, p. 143-165, 198-218; Hiat. de 
Lang., t. IX, p. 300-393 ct notcs. Voir aussi Fragnunta ord. praed. dc B. Gui, daus 
Ilisl. des Gaules el de la France, t. xxi, p. 743-744, 748-749; Baluzc. Vitae, t. i, 
col. 116, 648 sq., 672, 676, 681, 691, 696, 753, 758. 



— 23 — 

Le pape Jean XXII releve un juge ecclcsiastique de Virregula- 
rilc quil a pu conlracter en appliquant d la torture une femme accu- 
see de sortilege et d*heresie et en causant la mort de la malheureuse. 
— Avignon, 28 juillct 1319. 

Reg Aven., t. xii, fol. 482 v»; Hcg. Val., t. lxix, fol. 452, 
n. 1437; MoIIat, Jean XXII, n. 9843 (anal.). 



5!J BULLAIRE DE L^INQUISltlON FRANgAlSE 

Dilecto filio Seguino de Belegneyo, canonico Eduen., etc. — 
Petitio tua nobis exhibita continebat quod cum tu olim venera- 
bilis fratris nostri Fortii ^, episcopi Pictavien., judicis ecclesiastici 
officium exerceres, et quedam mulier super criminibus sortilegii 
et heretice pravitatis publice diffamata coram te super crimi- 
nibus ipsis accusata fuisset nicliilque confiteri voluisset de cri- 
minibus antedictis, tu, de consilio quorumdam proborum qui 
se asserebant vidisse penis examinari hereticos in partibus 
Tholosanis ^, fecisti plantas pedum eiusdem mulieris iuxta car- 
bones accensos apponi, que ipsorum calorem sentiens et ardorem 
quamplurima erronea et orrenda contra catholicam fidem fuil 
confessa et multos in dictis erroribus sibi consocios et complices 
revelavit, qui exigentibus eorum demeritis fuerunt postmodum 
juxta iuris exigentiam condempnati ; que omnia sic inventa, ut 
communiter creditur, nunquam revelata fuissent nisi median- 
tibus tormentis eiusdem {sic) predicta mulier revelasset. In quibus 
quidem sic revelatis et confessis dicta mulier perseverans, dum 
deliberaretur que pena propter premissa imponenda fuisset ei- 
dem, in carcere eiusdem episcopi diu post confessionem predi- 
ctam debitum nature persolvit. Verum quia dubitatur ne propter 
predicta tormenta citius decesserit quam alias decessisset mulier 
supradicta si tormentata minime extitisset ; propter quod, quamvis 
propter defensionem et zelum catholice fidei consensisses, dubitas 
irregularitatis maculam incurrisse, nobis humiliter supplicasti ut 
tecum super irregularitate si quam ob hoc incurristi dispensare 
misericorditer dignaremur. Nos itaque tuis in hac parte supplicatio- 
nibus inclinati benignius annuentes ac tibi de salubri remedio provi- 
dere volentes, tecum super irregularitate huiusmodi, si quam pro- 
pterea forsitan contraxisti, quod, ea non obstante posses ad omnes 
ordines promoveri et ecclesiasticum beneficium obtincre, etiam 
si dignitas fuerit, auctoritate apostolica dispensamus. Nulli ergo, 
etc, nostre dispensationis infringere, etc. — Datum Avinioni, 
V kalendas augusti, anno tercio. 



1. Fortius d'Auch, ou Daux, chanoine de Poitiers, devient eveque de cette 
eglise, le 29 mars 1314; il meuit le 8 mars 1357. Gallia chrisL, t. ii, 1190-1191; 
Eubel, Hier., t. i, p. 419. 

2. L'usage de la torturc dans lcs tribunaux d'Inquisition fut autorise par des 
bulles d'Innocent IV, 15 mai 1252 (Potthast^ n. 14592), d'Alexandre IV, 



JEAN XXll 53 

30 novembre 1259 (Potthast, n. 17714) ct de Clement IV, 3 novembre 
1265 (Potthast, n. 19433). Nous avons relevo {Jean Galand, p. 18-20; 
Tribunal d'Inquisition de Pamiers, p. 170-177) un certain nombre d'allusions a 
cet usage dans les tribunaux du Midi. Le pr^sent recueil en offre quelqucs autres 
(n. 53 note, 143, 186, 341). 



— 24 — 

Ordre est donne par Jean XX JI d Vevcque de Pamiers de pro- 
ceder contre trois indwidus voues aux pratiques de la magie et au 
culte des demons. — Avignon, 28 juillet 1319. 

Reg. Vat., t. Lxix, n. 963; Mollat, Jean XXII, n. 9842 (anal.). 

Venerabili fratri .. ^ episcopo Appamiarum. — Ad audientiam 
nostram non sinc dolore cordis pervenit quod filii Belial Petrus 
Ademarii, presbitero [sic), et Petrus Ricerdi ^^ ordinis carmelita- 
rum, et Galharda Enquede, de Monte • Galhardo ^, mulier, per 
devia vitiorum vagantes factionibus ymaginum, incantationibus 
et consultationibus demonum, fascinationibus, maleficiis et aliis 
diversis adinventionibus superstitiosis intendunt * , sicque non 
solum seipsos precipitant in gehennam, sed et multos trahunt 
verbis, perit... et exemplis. Nos autem viam precludere huius- 
modi et aliis erroribus ingenti desiderio afTectantes, ac confisi 
de zelo quem ad iustitiam geris ut criminosi et crimina compe- 
scantur, fraternitatem tuam hortamur attente per apostoHca ni- 
chilominus tibi scripta mandantes quatinus contra presbiterum, 
Petrum Ricardi et mulierem predictos, quos tuus carcer dicitur 
petinere inclusos, et alios si qui sunt principales in illis partibus 
errorum huiusmodi sectatores inquiras per le, vel alium, scu 
alios, summarie, de plano, sine strepitu et figura iudicii, auctori- 
tate nostra ubi tua non sufTecerit plenarie veritatem; et si pres- 
biterum, Petrum et mulierem et elios supradictos huiusmodi 
scelerum inveneris fore reos, cum dignum sit rigorose procodere 
ubi sic graviter deliratur, de hiis que contra tales iuris sancit 
auctoritas nil omittas,ita quod dum suos actores debita pena tenuc- 
pit, cessent crimina. proscribantur delicta, catholica fidcs ex erro- 
pibus j)redictis turbata rlarescat, status oius in tranquillo rema- 



54 BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANCAISE 

neat, puniantur sui sceleritate malefici et ceteri perversa presu- 
mere terreantur. — Datum Avinioni, v kal. augusti, annotercio. 



1. Jacques Fournier, de Saverdun (Ariege), d'abord profes dans le monast^re 
cistercien de Boulbonne, puis abbe de Fontfroide, au diocese de Narbonne, 
fut promu a reveche de Pamiers, le 19 mars 1317. Transfere a Mirepoix le 3 mars 
1326, il fut cree cardinal (du titrc de Sainte-Prisque) le 19 decembrel327, et fut 
elu pape (Benoit XII) le 16 decembre 1334. Gallia christiana, t. vi, col. 199, 
210-211 ; t. XIII, 160-161, 268-269; Eubel, Hier., p. 15, 16, 94, 360; X. Le Bache- 
let, Benoit XII, dans Dictionnaire de theologie catholique de Vacant-Mangenot, 
t. II, col. 653-704; J.-M. Vidal, Notice sur les oeuvres du pape Benoit XII, dans 
Re^ue d'histoire ecclesiastique, 1905, t. vi, n. 3, 4. 

fitant eveque de Pamiers, il derploya une grandc activite dans la repression 
de rheresie. II crea une succursale de 1'Inquisition de Carcassonne, et, avec 
1'aide de Gaillard de Pomies, lieutenant de Tinquisiteur, il fit des proces a plus 
de cent heretiques, ses diocesains. Les actes de la plupart de ces proces sont 
contenus, les sentences exceptees, dans un volumineux manuscrit conserve a 
la bibliotheque Vaticane sous la cote : Vat. lat. 4030. La description de ce volume 
a ete faite par Mgr Douais, Documents, etc, p. ciii-cvii; par Gh. Molinier 
£tudes sur quelques manuscrits des bibliolheques d'Italie concernant 1'Inquisition 
el les croyances heretiques du xii^ au xvn® siecle, dans Archives des missions 
scientifiques et litteraires, t. xiii, et par nous-meme, Le tribunal d'Inquisition 
de Pamiers. II est heureusement completd par le Liber sententiarum Inqui- 
sitionis Tholosanae, publie par Limborch, et par les tomes xxvii et xxviii de 
Doat, ou ron trouve la conclusion d'un bon nombre de proces presides par Jac- 
ques Fournier. Douais, Documents, etc, p. cviii-cx. 

Le ms. 4030 ne contient pas les interrogatoires des trois sorciers dont il est 
question dans le present document. Nous savons neanmoins que le moine Pierrc 
Record, convaincu de sorcellerie, fut condamne a la degradation et a la prison 
perpetuelle, le 17 janvier 1329, par le successeur de Jacques Fournier, Domi- 
nique Grima, et par les inquisiteurs Hcnri de Chamay et Pierre Brun. Doat 
t. xxvii, fol. 150-156. Notre recueil compte plusieurs documents se referant k 
1'action de Jacques Fournier contre rheresie, a Pamiers : n. 22, 25 (note 4), 27, 
53 (note 6), 64; a Mirepoix : n. 73; durant son cardinalat : n. 100, 128, 140, 141^ 
176; durant son pontificat : n. 142-181. 

2. II faut probablement lire Pctrus Recordi. Un carme de cc nom fut con- 
damne pour sorcellerie, a Pamiers, le 17 janvier 1329. Voir note precedente e1 
Lea, Ilist. de Vlnquisition, trad. fr., t. iii, p. 550-551. 

3. Montgailhard (Ariege), cant. et arrond. de Foix. 

4. Sur les pratiques de sorcellerie et leur repression, voir n. 30 bis, 67, 103, 
ct fntroduction, p. xlviii-li. 



JEAN XXII 55 



— 25 — 



Sauj-conduit puur Bertrand Barrau, chapelain de Veveque de 
Pamiers, charge de ramener d ce dernier les heretiques Raymond 
de la Cote et Jean de Vienne et deux femmes que Vevrque avail cru 
devoir envoyer a la cour d' Avignon. — Aviirnon, 26 aoOt 1319. 

Reg. Aven., t. xt, fol. 547; Reg. Vat., t. lxix, n. 151, de Curia; 
Mollat, Jean XXII, n. 10236 (anal.). 

Universis ad quos presentes littere pervenerint, salutem. — Cum 
ven. frater noster..* episcopus Appamiarum, Raymundum de 
Costa 2 et Johannem de Viana ' cum duabus mulieribus, quos pro 
certis corum criminibus * cepcrat, nobis captos transmiserit, nos- 
que illos per Berlrandum Barravi ^, prcfati episcopi capellanum, ex 
certis causis ligatos ad prefatum episcopum renunciamus, Uni- 
versitatem vestram requirimus et attente rogamus per aposto- 
lica vobis scripta mandantes quatinus prefatum capellanum, cum 
pcp partes vcstras transitum fecerit, libere permittatis abire 
cum carceratis eisdem ; ita quod eos secure et liberc reducere 
valeat ad episcopum memoratum, nuUam sibi ot eis molestiam 
seu violentiam inferentes, taliter quod vos propterea de prompta 
obeditione commcndare merito valeamus. — Datum Avinioni, 
VII kalcndas septcmbris, anno tcrtio. 



1. Jacq\ies Fournier ; voir n. 24, note 1. 

2. La C6te-Saint-Andrc (Isere), arrond. de Vienne. 

3. Vienne, sous-pr^fectuife du depart. de risftre. 

4. Lcs deux femmes avaient nom Agn^s Franc et Iluguettc, et, comme le 
diacre Raymond de Sainte-Foi et Jean Fustier, mari de la deuxieme, elles appar- 
tenaient k la secte vaudoise. Leurs procc-s sont contenus dans le ms. 4030, lat. 
Vatican.(n. 24, note 1) ; celui de Raymond, du fol. 1 ou fol. 17 v^; celui d'Agnd8, 
du fol. 17 vo au fol. 18 \°; celui de Jean, du fol. 107 au.fol. 109 v»; celui d'Hu- 
guette, du fol. 109 v" au fol. suivant (non foliot^). Le texte en est plein d'inter6t 
k cause des noml)reux renseignements qu'il olTre sur les doctrincs de la secte. 
Ces quatre individus ^taient venus du Dauphin6, ou sans doute ils n'^taient pas 
en sflret^, 8'6tablir k Pamiers. Group^s autour de leur diacre, ils menaient une 
vie simple et laborieuse. Saisis par ordre de Jacques Fournier, en 1319, ils 
furent d'abr.rd interroges pnr lui et envoyes k Avignon. Mais le papo les fit 
reconduire immediatement k Pamiers (n. 25). Leurs proc6s se poursuivirent 
en 1:^20 et l'^21. Raymond de la CAte et Agn^s Franc furent livres au bras 
seculier le 1" mai 1320 (ms. 4030, fol. 27 v», 32 v^, 33, 35); Jean de Vienne el 



56 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 

Huguette, sa femme, subirent le meme sort le 2 aout 1321. Leur sentence a ete 
publiee par Limborch, Liher senL, p. 289-291. Voir Vidal, Le trihunal d'Inqui- 
sition de Pamiers, p. 15, 30, 129-135, 212, 215. 

5. Ce Bertrand Barrau prend part comme temoin d'onice a plusieurs seances 
du tribunal de rinquisition de Pamiers. Ms. 4030, fol. 106, 109, 112 v», 151 v^, 
156, etc 



— 26 — 

Le pape ordonne d V archeveque de Toulouse ^ de proceder, selon 
les regles canoniques, d la degradation de Jean Philibert ^, pretre 
du diocese de Besangon, hahitant dans le diocese d' Auch et inculpe 
d^heresie vaudoise. — Avignon, 6 fevrier 1320. 

Reg. Vat.,t. Lxx, fol. 11 v^, n. 41, de Curia; Limborch, Liher 
sentent. Inquisitionis Tholosanae, p. 274; Douais, Practica Inqui- 
sitionis heretice prai^itatis, p. 120; GueraLTd, Documents pontificaux 
sur la Gascogne, t. i, p. 172, n. 113 [in ext. in omnihus loc. cit.); 
Coulon, n. 998 (anal.) ; Molkt, op. cit., n. 12061 (anal.). 

Venerabili fratri .. archiepiscopo Tholosano. — Nuper fide 
digna relatione... — Datum Avinioni, vtii idus februarii, anno 
quarto. 



1. Jean Raymond de Comminges ; voir n. 22, note 1. 

2. Cet heretique etait originaire de la Chapelle-Saint-Sauveur (Saone-et- 
Loire). Ayant regu, vers Tan 1293, mission de Tinquisiteur de Bourgogne de 
rechercher et de capturer certains vaudois fugitifs, il poussa jusque dans le 
diocese d'Auch, oii il se trouva en contact avec des communautesd'heretiques. 
II se fixa au milieu d'elles et se laissa gagner a leurs doctrines et a leurs pratique8,| 
De retour dans son pays natal, en 1298, il fut traduit devant Tinquisiteur Gui 
de Reims, interroge et emprisonne a Saint-Laurent-la-Roche (Jura). On ne pul 
lui arracher ni le serment de dire la verite, ni les noms des heretiques frequentes 
par lui en Gascogne. On en tira cependant quelques details sur les doctrines 
de la secte. II finit par abjurer, et, sous condition qu'il s'appliquerait desormais 
a la poursuite des heretiques, on le mit en liberte. II reprit aussitot le chemin 
de la Gascogne et revint a ses anciennes erreurs. En octobre 1311, il fut arrete, 
conduit a Toulouse et interroge par Bernard Gui. II rejeta de nouveau Terreur 
vaudoise, mais sans conviction, puisque, de sa prison meme, il continuait a 
correspondre avec un des chefs de la secte, qui lui envoyait des vetements. 
Son proces dura jusqu'en 1319. Le 30 septembre de cette annee, dans la cathe- 
drale de Toulouse, Philibert fut condamne comme relaps «^ otre livre au bras 



JEAN XXII 57 

sccuHor, opr^s avoir subi la degradation canoniquc. Comme on le voit par lo 
present document, cette operation n'avait point ete encore accomplie le 6 fe- 
vrier 1320. L'archevdque re^ut la bulle du pape le 5 mars suivant, a Mielan 
(Gcrs). II ne Texecuta que le 15 juin, non sans avoir pris connaissance du 
dossier de Tlnquisition. La degradation eut lieu dans la cathcdrale toulousaine, 
en presence de plusieurs abbes, prelats, docteurs, des representants de Tinqui- 
siteur et d'une foule nombreuse. Philibert, successivement depouille des insignes 
de chaque ordre, fut remis, la t^te rasee, aux ofTiciers civils, qui Texecutdrent 
sur-Ie-champ. Liher sententiarum Inquis. Tlwlosanae, publie par Limborch» 
p. 252-255, 274-276; Douais, Practira Inquisitionis her. prai^., p. 120. 



— 27 — 



Le pape ordonne aux eveques de Pamiers et de Saint-Papoul, 
juges de Bernard Delicieux, d^aggraver la sentence portee contre 
luij en lui arrachant le froc religieux ^. — Avignon, 25 fevrier 1320. 

Baluze, Vitae, t. u, col. 365; Eubel, BuU., n. 388 (m ext.). 

Johannes episcopus, servus servorum Dei, venerabilibus fra- 
tribus Appamiensi et Sancti Papuli episcopis salutem et apo- 
stolicam benedictionem. — Cum nimis indecens videatur quod 
frater Bernardus Delitiosi, ordinis minorum, pro tam enormibus 
criminibus condemnatus, relijrionis adeo venerabilis habitum 
extra dictum ordinem in carcere deferat, presertim cum si pro 
levioribus culpis esset ad ipsius ordinis carcerem deputatus, 
hujusmodi habitum in eodem ordine non deferret, fratcrnitati 
vcstre de fratrum nostrorum consilio per apostolica scripta 
precipiendo mandamus quatinus eidem fratri Bernardo, 
sublato cujusvis tarditatis obstaculo, dictum habitum auferatis, 
ab omni mitigatione penitentie per vos eidem imposite, quam 
nobis et apostolice Sedi reservamus specialiter abstinendo, nisi 
a nobis super hoc aliud receperitis in mandatis. — Datum Avi- 
nioni, v kalendas martii, pontificatus nostri anno quarto. 

1. Voir n. 22 note 4. 



58 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 



— 28 — 

En consideratlon de Jean de Beaune^, inquisitenr de Carcassonne, 
Jean XXII accorde d Menet de Rohecourt ^, clerc de Toul, notaire^ 
Vexpectatii>e d'un henefice a^ec ou sans charge d'dmes, dont la col- 
lation revient a V archeveque de Narhonne dans son propre dioccse. — 
Avignon, 11 mars 1320. 

Reg. Aven., t. xiii, fol. 502; Reg. Vat., t. lxx, n. 1105; MoIIat, op, 
cit., n. 11109. 

Dilecto filio Menneto de Roberticuria, clerico Tullen. diocesis, 
notario, salutem, etc. — Datum Avinioni, quinto idus martii, 
anno quarto. 

1. Voir p. 47, n. 2. 

2. Robecourt (Vosges), cant. de Lamarche, arrond. de Neufehateau. Menet, 
clerc du diocese de Toul, notaire de par rempereur et le roi, attache a Tlnquisi- 
tion, devint notaire apostolique le 29 octobre 1323. Regest. Vatic., t. lxxv, 
n. 1723. Un document du 14 fevrier 1335 nous apprend qu'il etait chanoine 
de Bourges {Regest.Vaiic, t. cxx ep. 577; Vidal, Leltres communes de Denoit XII, 
n. 1256) ; un autre, du 18 fevrier 1340, le qualifie de chanoine de Montreal, au 
diocese de Carcassonne (n. 176). Le contenu nieme de cette derniere piece laisse 
supposer qu'il ne monta pas plus haut daas rechelle des dignites ecclesiastiques. 
Son nom figure au bas des actes de rinquisition de Carcassonne, des Tan 1321. 
II est present ^ la reconciliation de la ville de Cordes (21 juin 1321). Limborch, 
op. cit., p. 281. Les 30, 31 juillet et 1" aout de la meme annee, il dresse le proces- 
yerbal des aveux de plusieurs heretiques de Pamiers. Ms. Vat., lat. 4030. fol. 87, 
89, 93, 100-103, 109, etc. 

II instrumente dans un grand nombre d'actes presides par Jean Duprat et 
Henri de Chamay, de 1323 a 1330. II assiste aux consultations juridiques provo- 
quees dans diverses villes du Midi par ces deux inquisileurs. Douais, La formule 
Communicalo, p. 16-62. Le 5 octobre 1325, en vertu de la delegation re^ue de 
rinquisiteur, « d'entendre et d'ecrire, en son absence et en rabsence de ses 
lieutenants, par maniere d'information provisoire, les depositions et les aveux 
en mati^re de foi, » il fait saisir et interroge le pretre Pierre de Tournemire, de 
Montpellier. Ce malheureux s'etait fait affilier, des Tdge de douze ans, a la secte des 
beguins, et, bien qu'il se fut repenti au bout de six mois et eut fait penitence 
de sa faute, on n'hcsitait pas a y revenir. Sans egard pour son etat, qui etait 
desespere, sans consentir a recevoir une forte caution offerte par ses amis, Menet 
de Robecourt et Raymond Pelat, son collegue, Tavaient fait hisser sur un cheval 
et trainer demi-mort jusqu'a Beziers. Plusieurs chutes avaient encore aggrave 
son mal et les medecins declaraient qu'il faUait renoncer a passer outre. Malgre 
leurs protestations et celles des amis du malade, celui-ci fut conduit a Carcas- 



JBAN XXII 69 

Bonne, ou, h la hftte, il fut interrog^ par Menet et put, avant d'expirer, protester 
de son orthodoxie. Le procds-verbal de ces dcclarations suprSmes fut plus tard 
attaquc pour avoir ete dresse contre toutes Ics r^glcs du droit. Menct y avait 
mentionne, comme 8'ils eussent et? temoins de la scene, deux religieux qui 
n'avaient presque rien entendu. Voir leur deposition, faite le 2^ octobre, dans 
Doat, t. XXXV, fol. 11 ; Mahul, Cart., t. v, p. 675. Ce n'avait pas ^te sans grande 
peine que les amis du defunt 8'etaient fait livrer copie do cet acto et des autrcg 
depositions. Ni rinquisiteur Jean Duprat ni ses successeurs n'avaient consenti 
k Icur rcndre justice. Aymon de Caumont fut somme par Clement VI d'ecouter 
les plaignants (n. 189). Mais quatorze annees 8'ecoulerent encore avant qu'uno 
assemblee de jurisconsultes fut appelee a statuer sur le cas de Pierre de Tourne- 
mirc, mort depuis trente-deux ans. Le 21 ddcembre 1357, vingt-sept conseillers, 
reunis a Montpellier, sous la prcsidence de Tcvc^que de Maguelonnc et de frdre 
Arnaud Delher, prieur du couvent des dominicains de Montpellier et lieutenant 
de rinquisiteur de Carcassonnc, £ticnne de Y^gVise, donndrent gain de cause 
aux hcritiers du dcfunt, dont la mcmoire fut rehabilitce. Voir n. 189 et Gcrmain, 
Une consultation inquisitoriale au xiv*' siecle, dans Mem. de la Societe archeol, 
de Montpellier, t. iii, p. 330-341 ; dans Mahul, Cartul., t. v, p. C75, la dcposition 
d'un dcs religieux, temoins de la mort dc P. dc Tournemirc. 

Pierre de Tournemire ne fut pas le seul a patir des durs proc^d^s dont il semble 
que Menet de Rob6court ait eu rhabitude. On lira plus loin (n. 176) la sentence 
prononcee contre cc notairc par Benoit XII a la suite do poursuites abusives 
entreprises contrequelques bourgeois d'AIbi, qui, outrcs des excds de certains 
inquisiteurs, les avaient denonces au pape. Non seulement cette proccdure 
fut annulee, mais son auteur fut condamne aux depens et au paiement 
d'une amende, destituc de ses charges aupres de Tlnquisition et rendu inapte i 
en tenir d'autre8 a ravenir (18 fevricr 1340; cf. n. 154-155, 176, 181). 

Quelques habitants d'AIbi et de Castres dcnoncerent k Clement VI la conduite 
Bcandalcuse de Menet dans rafTaire du juif converti et relaps, Jean de Lombers. 
Pour r^duire h n^ant Ics accusations dont ces bourgeois Tavaient accable, celui- 
ci ne trouva rien de mieux que de corromprc k prix d'argent le commissaire 
inquisitorial, qui devint tout a coup son plus ardent d^fenscur. Mais les temoins, 
trop veridiques, gSnaient fort la manoeuvre de cclui-ci. No pouvant obtenir 
d'eux qu'il8 retractassent Icurs depositions, il en fit interpoler le texte et se 
promit bien de lirer vengeance de cette obstination. Et de fait, les malheureux 
furent saisis par ordre de rinquisiteur, le 25 decembre 1342, et jctes dans d'obs- 
curs cachots, d'ou leurs plaintes reussirent cependant a 8'elever jusqu'au pape. 
Clement VI commit reveque de Carcassonne pour examiner leurs griefs (31 jan- 
vier 1343). Cf. n. 186 et J.-M. Vidal, Menet de liobecourt, commissaire de Vlnqui- 
sition de Carcassonne, dans le Moyen dge, 1903, p. 425-449. 



60 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE 



— 29 — 

Jean XXII exige du senechal de Carcassonne, Aimeri duCros \ 
la remise d'un pretre inculpe de sorcellerie et de ses complices incar- 
ceres d Carcassonne. Deux familiers du pape, Gaillard de Mazeroles 
et Pierre de Lapenne, sont charges de conduire les coupahles a A^n- 
gnon. — Avignon, 22 juin 1320. 

Reg. VaL, t. cx, part. 1, fol. 57 v», n. 190 ; Coulon, n. 1109 
[in exL). 

Dilecto filio nobili viro Aymerico de Cros, senescallo Carcasso- 
nensi. — Operosum studium quod... — Datum Avinioni, x kal. 
julii, anno quarto. 

1. Aimeri du Cros, senechal de Carcassonne et de BezierS; de 1311 a 1321. 
Leopold Delisle, dans Historiens des Gaules, t. xxiv, Preface, p. 257-258 ; His" 
toire de Languedoc, t. ix, p. 404. 



— 30 — 

A Vei>eque et d Vinquisiteur de Carcassonne, touchant V execution 
du mandat qui precede. Ils remettront aux em^oyes apostoliques, ai^ec 
les coupables, les actes des proces qui leur ont ete intentes. — Avi- 
gnon, [22 juin 1320]. 

Reg. VaL, t. cx, part. 1, fol. 57 v», n. 191 ; Coulon, n. 1110 
[in exL). 

Ven. fratri P[etro] ^, Carcassonen. episcopo, et dil. filio inqui- 
sitori ^ her. prav. in partibus Tholosan. et Carcassonen. a Sede 
apostolica deputato. — Presbiterum illum de... — Datum ut 
supra. 

1. Pierre de Roquefort; cf. n. 41, note 1. 

2. Jean de Beaune ; cf. n. 21, note 2. 



JEAN XXII 61 



30 bis — 



Par ordre du pape Jean XXI I, le cardinal Guillanme Goudin ecril 
aux inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne pour leur recomman- 
der de sevir contre les im^ocateurs des demons, ceux qui les adorent et 
font des pactes a^^ec eux,,qui fabriquent des images de cire ou de 
toute autre maticre, les haptisent ou les confirment; contre les sorciers 
et ceux qui abusent de V eucharislie et des autres sacrements pour 
produire des malefices. Les inquisiteurs devront proceder deconcert 
avec les eveques diocesains. Ainsi la competence des inquisiteurs 
se trouve etendue d de nouveaux cas ^. — Avignon, 22 aoikt 1320. 

Reg. Vat., t. xcviii, n. 2, de Curia : document inser^ dans une 
buUe de Jean XXII du 4 novembre 1330; Doat, t. xxxiv, fol. 
181; Raynaldi, Annal., ad ann. 1320, n. 31; Hansen, Quellen 
und Untersuchungen zur Geschichte des HexenwaJins im Mittelalter, 
Bonn, 1901, p. 4, n. 4 {in ext.), 

Frater Guillclmus miserationc divina episcopus Sahinen. * 
religioso viro .. inquisitori heretice pravitatis in partibus Car- 
cassonen. ^, salutem in Domino sempiternam. — Sanctissimus 
pater noster et dominus Dominus Johannes divina providen- 
tia papa XXII optans ferventer maleficos, infectores gregis 
dominici, efTugare de medio domus Dei, vult, ordinat vobis- 
que committit quod auctoritate sua contra eos qui demonibus 
immolant vel ipsos adorant aut homagium ipsis faciunt dando 
eis in signum cartam scriptam seu aliud qiiodcumque, vel qui 
expressa pacta obligatoria faciunt cum eisdem, aut qui operantur 
vel operari procurant quamcunque ymaginem, vel quodcumque 
ahud ad demonem alligandum, seu cum demonum invocatione 
ad quodcumque maleficium perpctrandum, aut qui sacramento 
bablismatis (sic) abutcndo ymagincm dc cera scu de re alia fa- 
clam babtizant, sive faciunt babtizari, seu alias cum invocatione 
demonumipsam fabricant quomodolibet aut faciunt fabricari, aut 
bi scienler babtismus, seu ordo, vel confirmatio iterantur; item 
de sortilegis et maleiicis qui sacramento eucharistie seu ostia 
consacrala necnon et aliis sacramentis Ecclesie seu ipsorum ali- 
quo, quoad eorum formam vel materiam utendo eis in suis 
sortilegiis seu maleficiis abutuntur, possitis inquirere et alias 
procedere contra ipsos, modis tamen servatis qui de procedendo 



62 BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANgAISE 

cum prelatis in facto heresis vobi? a canonibus sunt prefixi. 
Ipse namque dominus noster prefatus potestatem inquisitoribus 
datam a jure quoad inquisitionis officium contra hereticos nec- 
non et privilegia ad pretactos casus omnes et singulos ex certa 
scientia ampliat et extendit quoad usque duxerit revocandum. 
Nos ita premissa omnia vobis significamus per has nostras patentes 
litteras de prefati domini nostri pape speciali mandato facto 
nobis ab ipso oraculo vive vocis. — Datum Avinioni, die xxii 
mensis augusti, anno Domini millesimo trecentesimo vicesimo, 
pontificatus predicti domini pape anno quarto. 



1. En 1330, le pape Jean XXII rappela les archeveques et evcqucs des pro- 
vinces de Narbonno et de Toulouse, ainsi que lcs inquisiteurs dc Toulousc ct dc 
Carcassonne, a Tobservation de la lettre de Guillaumc Goudin. Voir n. 103. 
Sur la repression de la sorcellerie, voir au meme n. 103, note3, eti'Introduction, 

§ p. XLVIII-LI. 

2. Guillaume Goudin ; voir n. 72, note 1. 

3. Jean de Bcaune (p. 47, note 2). 



— 31 — 

Jeati XXII ordonne aux destinalaires de recueillir et de conserver 
au nom du Saint-Siege les biens meuhles appartenant jadis d Othon de 
Randeis ou Berardois, moine de Marmoutier^ prieur de Saint-Martin- 
au-Val, d Chartres, poursuivi, pour heresie, par Vinquisiteur de 
France et les commissaires de V archeueque de Tours, incarcere par 
ordre du pape et prii^e par sentence de son prieurc et de ses hiens. — 
Avignon, 31 aout 1321. 

Reg. Aven., t. xiv, fol. 516; Reg. VaL, t. lxxi, fol. 68 v», n. 197, 
de Curia; Coulon, n. 1283 ; Mollat, n. 14324 (anal.). 

Dileclis filiis magistris Bertrando Cariti, archidiacono Vauren., 
et Raymundo de Parisius, canonico Turonen. — Cum olim di- 
lecti filii Martinus (sic) de Sancto Paulo ^, ordinis predicatorum, 
inquisitor heretice pravitatis in regno Francie ])er Scdem aposlo- 
licam constitutus, ct Guillermus, decanus ecclesie sancti Johannis 
Andegaven., ac Draconus, officialis et canonicus Turonen., 



JEAN XXII 63 

ad hoc per ven. fratrein noslrum .. ^ Turonen. archiepiscopum 
deputati, Odoncm de Randeis ^, monachum Maioris monaste- 
rii * Turonen., tunc priorem prioratus sancti Marlini in Valle Car- 
noten. ^, ad monasterium ipsum spectantis, citari fecissent ut certo 
peremptorio termino comparerct personaliter coram eis super 
crimine heresis et receptione, defensione et fautoria hereti- 
corum, super quibus delatus extiterat, mandatis eorum plene 
pariturus, idem Odo coram inquisitore, decano et ofliciali predictis 
comparere contempnens ad apostolicam Sedem accessit. Nos 
vero adventu ipsius Odonis audito eum capi fecimus et carcerali 
custodie mancipari ; ac deinde ipsum ad dictum inquisitorem 
puniendum iuxta canonicas sanctiones remictentes, prioratum 
ipsum anlequam ad privationem procederetur ipsius collationi 
et dispositioni nostre et apostolice Sedis excertis causis duximus 
reservandum. Cumque postmodum Odo prefatus per inquisito- 
rem ac decanum et ofTicialem eosdem dicto prioratu omnique 
peculio et proprio quolibet habitis in ordine suo privatus fuisset, 
nos peculium et proprium supradicta, [ac] omnia bona sua mobilia 
que tenipore dicte privationis habebat, in quibuscumque con- 
sistcrent, ut de illis iuxta nostrum beneplacitum secundum Deum 
videremus expediens disponere et ordinare possemus, mandavi- 
mus custodiri. Quocirca [dictis executoribus mandat ut de peculio 
ac proprio et bonis predictis se informent et eadeniy sii'e in pecunia 
aaut i^asis argenteis, librisy supellectilibusj depositis et nominibus 
{fii^isj viclualibusj equis et aliis quibuscumque animalibus et bonis 
consistant)) d detentoribus recipiant]. — Datum Avinioni, ii ka- 
lendas septembris, anno quinto. 



1. Maurice de Saint-Paul, inquisiteur; voir n. 13, note 1. 

2. GeofTroy de la Haye, chanoine de Tours ; promu a i'archevSche de cette 
vilie, lc 20 fevrier 1313; mort le 6 avril 1323. Gall. chrisL, t. xiv, col. 116-117; 
Eubel, Hier., t. i, p. 531. 

3. Dans le docum. n. 36, on ht Oddonem Berardois. 

4. Marmouticr (Indrc-et-Loire), communc de Sainte-Radegonde, arrond.de 
Tours. 

5. Saint-Martin-au-Val, k Chartrcs, abbayc bcncdictinc. 



64 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 



— 32 — 

Les executeurs apostoliques charges de recueillir les biens d^Othon 
de Randeis deuront remettre d V inquisiteur Maurice de Saint-Paul 
la somme de 240 li^res de petits tournois, en dedommagement des 
depenses occasionnees par la capture et le proces du moine hereti- 
que. — Avignon, l^r septembre 1321. 

Reg. Aven., t. xiv, fol. 532 v^; Reg.Vat., t. lxxi, fol. 68 v», n. 198, 
de Curia; Coulon, op. cit., nol284; MoUat, op. cil., n. 14325 (anal.). 

Eisdem. — Cum nos vobis et vestrum cuilibet per alias nostras 
demus litteras in mandatis ut omnia peculium et proprium ac 
quelibet bona mobilia que ad Odonem de Randeis, monachum 
Majoris monasterii Turonen., olim priorem prioratus sancti Martini 
de Valle Carnoten. ad monasterium ipsum spectantis ... manda- 
verimus custodiri, vobis nostro et Ecclesie romane nomine a 
quibuscumque detentoribus eorumdem faciatis integraliter assi- 
gnari... Volumus... quatinus ducentas quadraginta libras 
turonensium parvorum dilecto filio Mauritio de Sancto Paulo, 
ordinis predicatorum, inquisitori heretice pravitatis in regno 
Francie per Sedem apostolicam constituto, quos pro captione 
et insecutione dicti Odonis et aliis contingentibus eundem expen- 
dit de peculio proprio et bonis predictis restituere indilate 
curetis... — Datum Avinione, kalendis septembris, anno quinto. 



— 33 — 

Une conspiration a ete tramee par les heretiques du diocese dei 
Valence contre Catala Faure et Pierre Pascal de Saliente, francis- 
cains, commissaires de Vinquisiteur de Provence, charges de pour- 
suii^re Vheresie dans ces contrees. Aides de quelques heretiques con- 
^ertis, ces hommes ont organise un guet-apens, d'abord au chdteau 
de Chabeuil ^, puis dans celui de Montelier ^, localites visitees par 
les deux religieux; et tandis que ces derniers se reposaient dans le 
prieure de Montelier, les conjures, brisant d coups de hache les portes 
de la maison et de la chambre ou ils dormaient, les assaillirent ei 



JEAN XXII (j:[) 

les massacrerent ^. Le pape ordonne aux e\'eqiies de Valence et de 
Vii^'iers et d Vinquisiteur de proceder d une enquete rigoureuse sur 
ces faits et de faire prompte et impitoyable justice des coupahles. 
— Avignon, 30 novembre 1321. 

Reg. Aven., t. xvii, fol. 381 v»; Reg. Vat., t. lxxii, n. 41, de 
Curia; Wadding, ad ann. 1321, n. xxii; Eubel, Bull., u. 453 (in 
exl.); MoUat, op. cit., n. 16122 (anal.j. 

Venerabilibus fralribus.. Valentin,* et.. Vivarien.^ episcopis, et 
dilecto filio fratri Jacobo Bernardi ®, ordinis ininorum, inquisitori 
herelice pravitatis in Arelaten., Aquen., Viennen. et Ebredunen. 
provinciis per Sedem apostolicam deputato. — Vox sanguinis 
innocentis... — Datum Avinioni, ii kalendas decembris, ann.o 
sexto '. 



1. Chabeuil (Drome), chef-lieu de cant., arrond. de Valence. 

2. Montelier, commune du cant. dc Chabeuil. 

3. Ccs deux rcligieux etaicnt les vicaires de Jacques Bernard dans tout le 
diocese de Valence. Voir Chronica XXIV general. ord. min., dans Analecta 
franciscana, Quaracchi, 1897, p. 479-480, et Chronica jr. Xicolai Glassberger, 
ihid., 1887, p. 128. 

'i. Guillaume de Roussillon, evcque de Vaience, en 1298; mort en 1331. 
Gallia chrisl., i. xvi, col. 321-323; Eubel, Hier., t. i, p. 542. 

5. Guillaume de Flavacourt, archidiacre de Rouen; promu a Viviers, le 
9 juillet 1319; transfere a Carcassonne, le 16 juin 1322; a Auch, le 26 aout 
1323; eta Rouen, le 18 janvier 1357; il mourut en 1359, Gall. christ., t. i, col. 994- 
995; t. VI, col. 895; t. xi, col. 81; t. xvi, col. 572; Eubel, Ilier., t. i, p. 123, 
172, 447, 565. Sur les precedents de ce pcrsonnage, qui avait ete chancelier dc 
Charles, comle de la Marche (Charles IV ie Bei), voir Guerard, Docunients pon- 
tificaux sur la Gascogne, n. 58, 76, 87, 88, 89, 99. Sur ies missions qu'ii rcjjut du 
roi de France en Languedoc, voir Ilist. de Lang., t. ix, p. 523-525, 604-605, 
614. 

6. Jacques Bcrnard partageait aiors ie titre d'inquisiteur de Provence avcc 
Michci Lcmoinc (cf. n. 15, note 2) et, en 1322, avec Guiliaume Astre (cf. n. 49, 
note 3, n. 71, etc). 

7. Les meurtriers des dcux religicux furcnt arrStes par les gcns du comte de 
Valentinois, Aymar de Poitiers, a qui rinquisiteur Jacques Bernard ies rcclama 
pour les juger. Mais lc comtc rcfusa de les lui livrer el il ies fitconduirea Avignoii. 
J. Chcvalicr, Memoire historiquc sur les heresies en Dauphine avanl le xvi'^ sihle, 
Valcnce, 1890, p. 12-15. 



UUI.LAIRE 



CG BULLAIRE DE l'iNQU1SIT10N FRANgAlSE 



-34- 

Letlre aux seigneurs et aux <^illes sur le meme sujet. — Memc datc. 

Reg. Aven., t. xvii, fol. 382; Reg. Vat., t. lxxiii, n. 42, de 
Curia; Wadding, loc. cit., n. xxiii; Coulon, op. cil., n. 1335 
(anal.); Mollat, op. cit., n. 16123 (anal.). 

Dilectis filiis nob. viris comitibus, baronibus, ceterisquc nobi- 
libus, necnon universitatibus civitatum, castrorum ct villarum 
ad quos presentes pervenerint, salutem. — Vox sanguinis inno- 
centis [etc., comme ci-dessus, mutatis mutandis]. — Datum Avi- 
nioni, ii kalendas decembris, anno sexto. 



— 35 — 

Le pape charge Veveque de Valence de jaire une enquete sur la 
^ie des religieux massacres, sur leur martyre et la profession de foi 
qui Va precede, et les miracles qui se produisent d leur tomheau, 
dans Veglise des freres mineurs de Valence ^. — Avignon, 30 no- 
vembrc 1321. 

Reg. Val., t. Lxxiii, n. 43, de Cur.; Reg. Aven., t. xvii, fol. 382 v^; 
Wadding, loc. cil., n. xxiv [in exl.) ; Raynaldi, Annales, adann. 1321, 
n. XVII ; Eubel, Bull., n. 454 [in ext.) ; Coulon, n. 1336(anal.) ; Mollat, 
n. 16124 (anal.). 

Venerabili fratri .. episcopo Valentin. — Vox sanguinis inno- 
centis... — Datum ut supra. 

1. Un ancien provincial des freres mineurs dit en parlant de cette eglise : 
Ubi frater Petrus et frater Cathalanus ab haereticis marlirizali requiescunt, qui in 
hora mortis suae apparuerunt cuidam sanctimoniali infirmae, primo sanguino- 
lenli Iranseuntes ante illam, postea totaliter gloriosi, innuentes ei quod in crastino 
iret ob\nam corporibus eorum pro recuperanda satute ; quo jacto perjecte curata 
esl. Eubel, Bult., p. 588, note 96; cf. Chron. XXIV gener., p. 479-480. Ce dernier 
chroniqueur suppose que le proces de canonisation de ces deux freres fut arrete 
a cause des troubles suscites dans rordre par les fraticclles. 



i 



JEAN XXII 67 



— 36 



Le pape confere d Reginald Grosbois, procureur de Vahhaye de 
Marmoutier aupres de la curie, le prieure de Saint-Martin-au-Val 
d ChartreSj vacant par la sentence de privation prononcee contre 
Othon de Randeis, ou BerardoiSf heretique et parjure. — Avignon, 
14decembre 1321 ^. 

Reg. Auen.f t. xvi, fol. 260 vo, n. 333; Mollat, op. cit., n. 14864 
(anal.). 

Dileeto filio Refjinaldo Groshois, monacho Maioris monasterii 
Turonen. ad romanam Ecclesiam nullo medio pertinentis, ordi- 
nis sancti Benedicti, priori prioratus sancti Martini in Valle Car- 
noten. dicti ordinis, eidem monasterio iinmediate subiecti, salu- 
tein, etc. — Rcligionis zelus, morum honestas.. . — Sane dile- 
ctus filius ..^ abbas Majoris monasterii Turonen. ad romanam 
Ecclesiam nullo mcdio pertinentis, ordinis sancti Benedicti, nobis 
significare curavit quod frater Mauricius, ordinis predicatorum, 
inquisitorin regno Francie heretice pravitatis auctoritate aposto- 
lica deputatus una cum dilecto filio .. officiali Turonen. et Guil- 
lelmo de Brion, canonico ecclesie sancti Johannis Andegaven., 
quos venerabilis frater noster.. ^archiepiscopus Turonen. ad hoc 
duxerat specialiter dcputandos contra Oddonem Bcrardois *, mo- 
nachuin dicti Majoris monastcrii, tunc priorem prioratus sancli 
Martini in Vallc Carnoten. ad dictum monasterium imme- 
diate spectantis, ordinis memorati, super criminc credentie, 
reccptationis, defensionis ct favoris hereticorum et pravitalis 
heretice inquisivit; in qua inquisitione dictum Oddonem super 
premissis culpabilem reperit manifeste. Et quia super certis 
articulis iuratus coram eis dicere veritatem et post iuramentum 
huiusmodi in dictis articulis contenta negavit, ac deinde que nega- 
verat in iudicio coram eis forc vera libere fuit confessus, reatum 
proptcr hoc periurii incurrendo, administrationc et cura tam 
spirituali quam temporali et qualibet presidentia per eorum scn- 
tentiam exigente iustitia privaverunt. Quibus omnibus ad noti- 
tiam nostram deductis, nos intendentes de prioratu prcdicto hac 
vice persone ydonee providere, ipsum collationi et disposilioni 
nostre specialiter duximus reservandum. — \picto Reginaldo 
Grnsbois, ejusdeni monaslerii procuratori in curia, confertur dictus 
prioraLus.] Datum Avinioni, xviiii kalendas januarii, anno sexto. 



68 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE 

1. Voir, sur cette Jjulle, les n. 31, 32, 36 iis. 

2. Jean de Mauleon, abbe de Marmoutier de 1312 a 1330. Gall. chrisi., 
t. XIV, col. 230. 

3. GeofTroy de la Haye ; voir n. 31, note 2. 

4. Aux n. 31 et 32, on lit Odonem de Randeis. 



— 36 bis 



Le pape mande a Bertrand Cariti et a Raymond de Paris de 
vendre certains hiens (ble, vin, animaux et mobilier), qui ont ete 
confisques d Othon de Randeis pour crime dlieresie ^. Le prix 
de^ra en etre verse d la Chambre apostolique ^. — Avignon, 
28 decembre 1321. 

fteg. Val., t. cxi, fol. 4 v»; Coulon, op. cit., n. 1346 (anal.). 

Bertrando Cariti, archidiacono Vaurensi, et Raymundo de 
Parisius, canonico Turonensi. — Dudum Odone de Randeis... — 
Datum Avinioni, v kalendas januarii, anno sexto. 

1. Voir n. 31, 32, 36. 

2. Le 5 juillet 1322, quittance fut donnee a Bertrand et a Raymond de 3 542 
florins et 79 deniers d'orarf cathedram provenant des biens d'Otho;i et des revenus 
du prieure de Saint-Martin-au-Val, a Chartres. Coulon, op. cit., n. 1466; Goller, 
Die Einnahmen der Apostolische Kammerunter JohannXXII, Ptderborn, 1910, 
p. 476. Autre versement de 70 florins, le 18 novembre 1329. GoUer, ihid. 



— Zl — 

Jean XXI 1 ordonne d plusieurs archeveques de jaire une enquete 
sur la vie, les moeurs, les croyances et les pretentions de cerlains 
freres et sceurs du tiers-ordre de Saint-Francois dont V orthodoxie 
est douteuse et les intentions suspectes; il decide que ceux dont les 
croyances seront entachees d'heresie de^ront etre remis d V Inquisition^. 
— Avignon, 26 fevrier 1322. 



JEAN XXII 69 

Reg. Ai>en., t. xvii, fol. 409, 410; Reg. VaL, t. lxxiii, n. 52, 
de Curia; t. cxi, ii. 392; Wadding, Reg. Joan. XXII, n. cxi; 
Raynaldi, Annal., ann. 1322, n. li; Eubel, BulL, n. 462 [in exL); 
Coulon, n. 1381 (anal.) ; MoUat, n. 16131 (anal.). 

Ven. fratribus universis archiepiscopis et episcopis per Narbo- 
nen., Tolosan., Auxitan., Burdegalen,, Terraconen., Arelaten., 
Aquen., Viennen. et Ebredunen. provinciis constitutis. — Si ea 
que... — Datum Avinioni, iv kalendas martii, anno sexto. 



1. Voir, n. IC, la condamnation des bcguins heretiques. 



— 38- 

Jean XXII statiie que les heretiques et les personnes seulement 
soup^onnees d^heresie ou (Tapostasie pourront etre poursuiides jus- 
que dans les eglises ou, d'ordinaire, ils ne cherchent asile que pour 
echapper d V Inquisition. — Avignon, 3 juillet 1322 ^. 

Reg. Aven., t. xvi, fol. 488 v»; Reg. VaL, t. lxxiii, n. 853; 
Wadding, ad ann. 1322, n. lxviii (in e.rL); Ripoll, Bull. prsed., 
t. II, p. 155 (in exL); Mollat, n, 15711. 

Dilcctis filiis inquisitoriI)us heretice pravitatis perregnum Fran- 
cie constitutis, salutem, etc. — Ex parte vestra fuit nuper proposi- 
tum coram nobis quod nonnulli de heretica'pravitate culpabiles vel 
suspecti aut accusati seu conversi de judaica cecitate ad fidem- 
catholicam, postmodum appostatantes ab ipsa, ad ecclesias confu- 
giuntnon ad salutis remedium scd ut vestras manus cfTugiant et 
suorum scelerum vitentjudiciumuItionis^superquoapostoliceSedis 
providentiam humiliter implorastis. Nos igitur ad extirpandos 
orthodoxe fidei inimicos et herbam tam noxiam tamque pesti- 
feram de orto dominico radicitus evellendam sollicitis studiis 
intendentes, discretioni vestre, ad instar felicis record. Mar- 
tini papo II II predccossoris nostri, qui per apostolicas litteras 
inquisitoribus hcrctico j)ravitatis per regnum Francie con- 
stitutis idem mandavit, per apostolica scripta mandamus qua- 



70 



BULLAIRE DE L INQUISITION FRANQAISE 



tinus contra illos quos de hujusmodi heretica pravitate fore 
culpabiles vel de illa notabiliter suspectos esse vobis constiterit, 
accusatos etiajn de labe predicta, conversos quoque judeos et 
postmodum patenter vel verisimilibus indiciis appostatantes a fide, 
juxta qualitatem delicti exequamini libere officii vestri debitum, 
ac si ad ecclesias et loca predicta minime confugissent : contra- 
dictores per censuram ecclesiasticam appellatione postposita 
compescendo. Et ut nullum in hac parte possit obstaculum 
vobis poni, venerabilibus fratribus nostris archiepiscopis et 
episcopis per regnum Francie constitutis per alias nostras lit- 
teras injungimus ut vos non impediant quominus hujusmodi 
mandatum nostrum implere libere valeatis, sed potius ad requi- 
sitionem vestram in hiis vobis assistant, sicut extiterit opor- 
tunum. — Datum Avinioni, v nonas juHi, anno sexto. 



i.Danslo Bull. rorn., ed. Cocquelines, t. iir, part. 2, p. 154, cette bulle porte 
la date du 13 aout 1317. A la demande du roi de France, le pape cn renouvela les 
dispositions, le 25 mai 1328. Toutefois la force scculiere ne put penetrer dans 
les eglises, pour en chasser les beretiques, qu'avec le consentement de 
Teveque et de Tinquisiteur (cf. n. 79). Martin IV avait deja, en 1281, sup- 
prime le droit d'asile pour les heretiques et les juifs relaps. Ripoll, op. cit., t. ii, 

p.i. 



— 39 — 

Jean XXII ordonne aux archei^eques et evcques, ainsi quaux 
inquisiteurs jranciscains et dominicains de Sicile, d' Italie, de Pro- 
i'ence, de Narbonne et de Toulouse, de veiller a V ohseri^ation stricte 
de la hulle Sancta romana ^, condamnant les jraticelles et autres 
pseudo-franciscains. — Avignon, 1^^ aout 1322. 

Reg. Vat., t. Lxxiii, fol. 407, n. 1189; Wadding, Reg. Joan. XXII, 
n. cxviii; Eubel, Bull., n. 474 (in ext.). 

Ven. fratribus archiepiscopis et episcopis et dilectis filiis fratri- 
bus predicatorum et minorum ordinum, inquisitoribus heretice 
pravitatis ad quos presentes littere pervenerint. — Du- 
dum fidedigna relatio ad apostolatus nostri pervenit audi- 



JEAN XXII 71 

tum quod nonnulli viri pestiferi qui vulgariter fraticelli, seu 
fratres do paupere vita, aut Bizoki sive Bichini vel aliis priva- 
tis nominibus nuncupantur, in diversis Italie partibus ac insula 
Sicilie, comitatu Provincie, Narbonen. et Tholosan. civitatibus 
et diocesibus atque provinciis aliisque diversis cismarinis et 
ultramarinis partibus contra sacros canones habitum nove 
religionis assumere, congre^ationes et conventiculas facere et 
superiores sibi ipsis eligere quos ministros, seu custodes, vel 
guardianos aut aliis nominibus appellabant, plurimos ad eorum 
sectam recipere, loca etiam de novo construere et ab aliis con- 
structa recipere et communiter habitare et publice mendicare 
et alia facere quasi eorum secta foret una de religionibus per 
Sedem apostolicam approbatis temeritate dampnabili pre- 
sumebant; et ut error ipsorum veritas et impietas religio puta- 
retur, plurimi eorum regulam ordinis fratrum minorum quam 
sanctus Franciscus instituit se profiteri et observare ad litteram 
confingebant quamquam sub obedientia .. generalis vel prqvin- 
cialium ministrorum ipsius ordinis minime morarentur, pre- 
tendentes a sancte memorie Petro confessore tunc Celestino 
papa V predecessore nostro. hujusmodi vite seu status privile- 
gium habuisse, quod tamen si etiam ostendissent caruisset et 
careret roboris firmitate, cum pie memorie Bonifacius papa VIII 
predecessor noster ex certis causis rationabilibus omnia privi- 
legia ab ipso Celestino cqncessa que per ipsum Bonifatium non 
contingeret approbari viribus penitus vacuasset, dictumque vite 
privilegium non reperiatur per eundem Bonifacium approbatum;et 
quod quidam eorum dictum habitum et vivendi ritum a quibusdam 
episcopis seu eorum superioribus vel aliis ecclesiarum prelatis se re- 
cepisse diccbant, quosneceisrecipere nec dictis episcoplsseueorum 
superioribus vel aliis ecclesiarum prelatis concedere licuerat contra 
formam conoilii generalis. NonnuIIi etiam ex ipsis asserentes 
se esse de tertio ordine beati Francisci penitentum nuncupato, 
dictum statum et ritum eorum satagebant sub velamine talis 
nominis palliarc, cum tamen in regula dicti tertii ordinis talis 
vivcndi ritus nullatenus esset concessus; quodque quidam corum 
a veritate catholice fidei deviantes ecclesiastica sacramenta 
sperncbant et errores alios studebant multipliciter seminarc : 
iios attendentes quod talium dampnanda temeritas in ejusdem 
fidei detrimentum, fidelium scandalum, prefati minorum et alio- 
rum ordinum opprobrium et etiam suarum et aliarum ani- 



72 BULLAIRE DE L*INQ UISITION FRANQAISE 

marum multarum pernitiem redundabat, seetam, ritum et sta- 
tum hujusmodi de fratrum nostrorum consilio auctoritate 
apostolica nuUius fuisse et esse decernimus firmitatis, et quate- 
nus de facto processerant de consilio et auctoritate premissis 
revocantes omnino perpetue prohibitioni subjecimus eosque 
ab Ecclesia Dei penitus duximus abolendos : eisdem personis 
et aHis quibuscumque sub pena excommunicationis quam eas 
si secus facerent incurrere volulmus ipso facto injungentes ex- 
presse ne statum sive sectam et ritum^hujusmodiabipsis assum- 
ptum ulterius sectarentur vel de novo ipsum assumere presu- 
merent quoquomodo, prout in constitutione nostra super 
hoc edita que incipit Sancta romana atque unwersalis Ecclesia 
plenius continetur. Quia igitur, sicut accepimus, in nonnullis 
cismarinis et ultramarinis partibus prenominati pestifere secte 
viri contra predictos processus venire et facere moliuntur, 
nos, attendentes quod parum esset prohibuisse premissa nisi 
sit qui eadem tueatur et puniat transgressores, discretioni vestro 
in virtute obedientie districte precipiendo mandamus quati- 
nus vos et singuli nostrum ad requisitionem rectorum et vica- 
riorum seu procuratorum et nunciorum dicti ordinis minorum 
et cujuscumque eorum dictam constitutionem seu prohibi- 
tionem nostram quoad omnia ejus capitula prout jacent au- 
ctoritate nostra faciatis per censuram ecclesiasticam et alia 
juris remedia prout expedire videritis appellatione remota 
inviolabiliter observari : contra quoscumque qui adversus con- 
tenta in ea vel eorum aliquod facere presumpserint cujuscumque 
status aut conditionis extiterint ad penas debitas procedentes 
juxta canonicas sanctiones : contradictores per censuram ean- 
dem apellatione postposita compescendo, invocato ad hoc 
si opus fuerit auxilio brachii secularis. Non obstantibus [etc.]. 
Volumus insuper quod a data prcsentium sit vobis et unicuique 
vestrum in premissis omnibus et eorum singulis perpetuata 
potestas et jurisdictio attributa ut eo vigoro eaque firmitate pos- 
sitis in premissis omnibus procedere ac si predicta omnia et 
singula coram vobis cepta fuissent et jurisdictio vestra etcujus- 
libet vestrum in premissis omnibus et singulis per citationem 
vel modum alium perpetuata legitimum extitisset constitutione 
qualibet contraria non obstante. — Datum Avinioni, kalcndis 
augusti, anno sexto. 



JEAN XXII 73 

1. Cette bulle est du 30 decembre 1317. Reg. Val., I. lxvii, fol. 322, n. 68, 
de Citria; Eubel, liulL, n. 297. Voir n. 16. 



— 40 — 

Jean XXII renouvelle la commission donnee le 30 novemhre 
i321 (voir n. 33) aiix ei>eques de Valence et de FtViers etd Vinqui- 
sileur de Pro^^ence, pour la punition des assassins de deux freres 
mineursj commissaires de V Inquisition. — Avignon, 17 novem- 
bre 1322. 

Reg. Aven., t. xviii, fol. 148 v»; Reg. Vat., t. lxxiv, n. 186; 
Eubel, Bull, n. 485 (anal.) ; Mollat, n. 16598 (anal.). 

Ven. fratribus.. Valentin. et .. Vivarien. episcopis, ac dilecto 
fiIio..ordinis minorum, inqiiisitori heretice pravitatis in Arelaten., 
Aquen., Viennen. et Ebredunen. provinciis per Sedem apostoli- 
cam deputato. — Vox sanguinis innocentis... — Datum Avinioni, 
xv kalendas decembris, anno septimo. 



-41- 



Jean XXII ordonne d Jean de Beaune, inquisiteur de Carcas- 
sonne, et d Bertrand d*Auriac, executeurs testamentaires de Pierre de 
Roquejort ^, ci^eque de Carcassonne, de remplir les dernieres ^'olon- 
tes du prelat. — Avignon, 15 juin 1323. 

Reg. Auen., t. xvi, fol. 590, n. 991. 

Dilecto filio Johanni de Belna ^, ordinis fratrum predicatorum, 
inquisitori heretice pravitatis in regno Francie per Sedem apo- 
stolicam deputato, et Bcrtrando de Auriacho ', canonico ecclesie 
S. Vincentii de Montercgali *, Carcassonen. diocesis, executoribus 
testamenti, seu ultime voluntatis bone memorie Petri, episcopi 
Carcassonen., salutem. — Exposuistis nobis... — Datum Avinioni, 
xvii kalendas jnlii, anno septimo ^ 



74 



BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE 



1. Pierre de Rochefort ou Roqucfort, elu eveque de Carcassonne, le 17sep 
tembre 1300; mourut le 31 mars 1322. Gallia christ., t. vi, col. 893-895; Eubel, 
Hier., 1. i, p. 172; Mahul, Cartulaire... clu diocese deCarcassonne, t. v, p. 441-4^i5. 

2. Voir p. 47, note 2. 

3. Bertrand d'Auriac fut d'abord commissaire de Tarcheveque Bernard de 
Farges, dans la ville et le diocese de Narbonne, pour les causes d'heresie ; puis 
il devint vicaire general de Teveque de Carcassonne etinquisiteurepiscopal(1318- 
1329 ?). II prononga, avec Bernard Gui et Jean de Beaune, la sentence de Guil- 
lem Garric, de Carcassonne, le 14 juillet 1321. Liher sentenL, p. 282. II participa 
a nombre de proces, de consultations inquisitoriales et A'actes de foi. Douais, 
La formule Communicato, etc, p. 30, 34, 56; Documents pour sermr a Vhist. de 
Vlnquisilion, p. lxxiii, cxxii sq. 

4. Montreal (Aude), arrond. de Carcassonne. 

5. Des contestations s'etaient elevees entre le chapitre de Carcassonne et 
/es executeurs testamentaires de P. de Roquefort. Jean XXII decida, le 30 octo- 
bre 1322, que les volontes du defunt seraient executees a la lettre. Le nouvel 
ev^que eut les ornements et les vases sacres et le chapitre se contenta des legs 
faits par le defunt a Teglise cathedrale. Mahul, Cartulaire, t. v, p. 443-445, 569. 
Sur le reglement de cette succession, voir d'autres lettres de Jean XXII:CouIon, 
op. cit., n. 1363-1365, 1382-1386, 1420, 1440-1442, 1471, 1473-1474, 1510, 1525- 
1526, 1574, 1583, 1665. 



— 42 



Jean XXII donne a Vinquisiteur de Tours, Maurice de Sainl- 
Paul, le pou^oir de connaitre des crimes qui rele^^ent de son trihw 
nal, meme en dehors des limites de sa circonscription inquisitoriale. 
— Avignon, 9 juillet 1323. 

Reg. Vat., t. cxi, n. 876, 878; J.-M. Vidal, Le sire de Parthe- 
nay et V Inquisition (1323-1325), dans Bulletin historique et philo- 
logique, 1903, p. 422; Coulon, n. 1754 (anal.). 

Mauricio \ de ordine fratrum predicatorum, inquisitori heretice 
pravitatis in provincia Turonen. — Cum de criminibus ad iuris- 
dictionem [tuam], ratione officii inquisitionis tibi commissi spe- 
ctantibus infra provinciam tibi decretam commissis. te plerum- 
que cognoscere suadente utilitate, sicut accepimus, ex certis causis 
expediat extra illam, nos ad extirpanda dicta crimina inten- 
fiis desideriis inspirantes, super huiusmodi criminibus procedendi 
et difTiniendi, ac exequendi quod canonicum fuerit ubilibet extra 
dictam provinciam eo modo quo tibi existenti infra ipsam com- 



JEAN XXII 75 

petere, prout et quotiens videris expedire, plenam tibi concedimus 
aurtoritate presentium facultatem. Per hoc autem prelatis eiusdem 
provincie seu aliis in quorum diocesibus te contigerit extia tuam 
provinciam exercere predicta vel aliqua de predictis nullum inten- 
dimus preiudicium generari. — Datum ut supra proxime. [Avi- 
nioni, vii idus julii, anno VII®.] 

1. Maurice de Salnt-Paiil, n. 13 ot note 1. 



— 43 — 

Peponse du pape au roi de FrancBy au sujet des crimes imputes 
d un seigneur jrangais. Des instructions ont ete donnees d ce sujet 
d Vinquisiteur de TourSy Maurice de Saint-Paul. — Avignon, 
9 juillet 1323. 

Reg. Vat., t. cxi, n. 879; Vidal, Le aire de Parthenay, 
p. 423; Coulon, op. cit., n. 1755 (m exl.); Mollat, dans Annales de 
Saint-Louis-des-FranQais, jauvier 1904, p. 90 (in ext.\. 

Regi ^ Francie. — Regalis excellencie litteras horribilia quedam 
per nobilcm illum ^, de quo in ipsis mentio habebatur, sicut asse- 
ritur, in fidei catholice derogationem commissarecepimus, inter 
cetera continentes. Quarum tenore diligenter inspecto, super 
hiis que per eas regia providentia postulabat dilecto filio Mauricio, 
de ordine fratrum predicatorum, inquisitori heretice pravitatis 
in provincia Turonen. auctoritate apostoHca deputato, prout 
considerata qualitate negotii Deo gratum existere, tue magni- 
ficentie nostreque decentie convenire vidimus, nostras patentcs 
litteras deslinamus. Nec super mora expeditionis huiusmodi mi- 
retur, sed nos polius excusatos habeat, quesumus, regia celsitudo. 
Nam litteras predictas scriptas in vulgari gallico minus plene legere 
scivimus nec legendas alii libenter committere volebamus; quod 
tandem facere et eas transferri de gallico in latinum oportuit, ut 
eorum valeremus percipere plenius intellectum. Quare velit amodo 
nobis regia serenitas scribere litteraliter ut communicare secreta 
regia aliis nisi videremus cxpediens non sit opus, sed per nos Ht- 
toris lcctis regiis ct faciliter intellectis possimus citius quod super 



76 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

illis expedire secundum Deum videbimus respondere. — Datum 
Avinioni, vii idus julii, anno VII^. 

1. M. Coulon imprime Reginae, ce qui est une erreur. 

2. Jean rArcheveque, sire de Parthenay. Voir n. 46, note 5. 



44 — 



Malgre sa recente promotion d Veveche de Tuy, Bernard Gui 
pourra continuer jusqud nom'el ordre d exercer les fonctions d^iu' 
quisiteur de Toulouse. — Avignon, 1^^ septembre 1323. 

Reg. Vat., t. cxr, n. 895; Coulon, op. ciL, n. 1778 (anal.). . 

Bernardo, electo Tuden. ^. — Licet de te inquisitore heretice 
pravitatis in partibus Tholcsanis auctoritate apostolica depu- 
tato, nuper ecclesie Tuden. tunc pastoris solatio destitute me- 
ritis tuis exigentibus, intendentes potius providere ecclesie quam 
persone, duxerimus providendum, te preficiendo illiin episcopum 
et pastorem; volumus tamen et nostre intentionis existit quod 
ofTicium Inquisitionis predicte geras et prosequaris diligenter 
ac fideliter donec aliud ordinaverimus super hoc ^, sicut prius. 
— Datum Avinioni, kalendis septembris, anno VII°. 

1. Bernard Gui, dominicain, inquisiteur a Toulouse, de 1307 a 1324; promu 
a rdveche de Tuy, en Galice, le 26 aout 1323; transfere a Lodeve, le 20 jnillft 
1324; mort le 30 decembre 1331. Personnage tres connu_, sur lequel il nous 
parait inutiie d'insister. Voir, sur sa vie, scs oeuvres et son role comme inquisi- 
teur : Quetif et fichard, Script. ord. praed., t. i, p. 576-580; Gallin christ., t. vi, 
col. 554-555; Ilist. de Languedoc, t. ix, p. 395 et note 4; L. Delisle^ Notice siir 
les manuscrits de B. Gui, 1879. p. 170-188; Molinier, Ulnquisition dans le Midi, 
p. 206-210; Eubel, Hier., t. i, p. 323, 529; Haupt,. dans Realencyclopridie dc 
Hauck, t. VII, p. 230, art. Guidonis; Hurter, Nomenclator litterarius theologiae 
catholicae, ed. 1906, t. ii, col. 574-579. 

2. II ost probable que Bernard Gui conserva le titre et les fonctions d'inqui- 
siteur de Toulouse jusqu'a la nomination de Pierre Brun, qui eut lieu le 27 juil- 
let 1324 (n. 59). Entre temps, le scnechal de Toulouse, Jcan de Trie, demanda h 
Jean XXII de pourvoir a la chargc d'inquisiteur dans la province d'Auch. Le 
pape repondit, le 20 decembre 1323, que la nomination du titulaire ne pourrait 
beaucoup tarder (n. 57 his). 



JEAN XXII 77 



— 45 



Le pape communique au roi de France sa decision touchant 
Vappd porte d son tribunal par le sire de Parthenay et les memhres 
de sa faniille contre Vinquisiteur Maurice de Sainl-Paul. — Avi- 
gnon, septembre 1323. 

Reg. VcU.y t. cxii, lol. 1 v», II. 493; Vidal, Le sirede Parlhenayf 
p. 424. 

Eidem rejri [Francie]. — Exccllentiam regiam volumus non 
latere quod cum nonnulli hiis diebus preteritis ad Sedem apo- 
stolicam pervenissent, asserentes pro parte nobilis viri Johannis 
de Perliniaco ^ ac eius consortis et nonnullorum sibi sangui- 
nem [sic) coniunctorum propter plura gravamina que dicto nobili 
per dilectum filium Mauricium dc Sancto Paulo, inquisitorem 
heretice pravitatis in provincia Turonen. auctoritate apostolica 
deputato, dicebantur illata, ad sedem fuisse appellatum eandem 
que nostro volebant apostolatui intimare; tandem intellectis 
que volebant proponere plenius, ac super ipsis cum fratribus 
nostris deliberatione prehabita diligenti, que Deo grata, nostro 
et tuo honori convenientia, ac oportuna iusticie vidimus de fra- 
trum ipsorum consilio duximus ordinanda; que utique scriptura 
interclusa presentibus circumspectioni tue poterit seriosius rese- 
rare. — Datum Avinioni, nonis septembris, anno octavo. 



1. Parthenay (Deux-Sevres), chef-lieu d'arrond. Le chdteau, datant des pre- 
miers temps de la fcodalite, dcvint un fief important. Les seigneurs se preten- 
daient issus dc Lusignan. Ils portercnt, des la fin du xi® siecle, le nomde VArche- 
vique. Le chateau actuel est du xiii'^ et du xiv« siecle. 



— 46 — 

Lc sire de Parthenay, Jean V Archeveque, et sa famille sont en 
butte aux j^erseculions de Vinquisiteur Maurice de Saint- 
Paul. Le noble personnage a ete arrete el incarcere d Paris par ordre 



.7.8 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

de ce juge. Personne, pas meme sa femrne et un conseiUer 
quelconque, ne peut penetrer dans son cachot. II nest tenu aucun 
compte de Vappel au Saint-Siege interjete par lui. Le pape defend 
d Vinquisiteur de poursui^re cette cause sans s'etre concerte avec 
1'eveque diocesain et, d son defaut, ai'ec les ci^cques d' Arras et de 
Viviers. — Avignon, 5 septembre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii^ fol. ii, n. 494; VidaJ, op. cit., p. 424. 

Fratri Mauricio de Sancto Paulo, inqiiisitori heretice pravitatis 
iii provincia Turonen. auctoritate apostolica deputeto. — Ad 
nostram fratrumque nostrorum sancte romane Ecclesie cardina- 
lium audientiam, pro parte viri nobilis Johannis Archiepiscopi, 
domini de Pertiniaco, militis, eiusque consortis ac nonnullo- 
rum coniunctorum eidem nobili linea parentele, insinuatio hiis 
diebus flebilis et clamosa perduxit quod tu ex odii fomite 
contra eundem nobilem, sicut antea verbis satis expresseras, pro- 
vocatus, quedam imponens eidem pro libito voluntatis que 
sapere pravitatem hereticam asserebas, ipsum capi etadduci Pari- 
sius et diro mancipari carceri ^ procurasti ; ad cuius presen- 
tiam consortem eius predictam, seu aliquem de eiusdem nobilis 
genere, prelatum etiam et adhuc consiliarium aliquem, cum [quo] 
posset deliberare super hiis que sibi imposueras seu imponere 
intendebas, licet velut juris ignarus seu inscius et in simplicitate 
militari nutritus dirigi super premissis sano peritorum coiisiUo 
plurimum indigeret, introire, licet instanter et humiliter requi- 
situs super hiis sepius, non sinisti. Propter quod et multa alia 
habentes te suspectum merito tam pro parte procuratoris eius- 
dem nobilis, quam eius consortis et nonnullorum aliorum de 
ipsius nobilis genere, te velut suspectum dicto nobili ex premissis 
ct aliis causis suspicionis pluribus legitime recusarunt. Cumque 
tu causas huiusmodi admittere indebite recusasses, exhoc necnon 
et quia notariis publicis requisitis quod de propositis et petitis 
publica conficerent instrumenta expresse sub pena excommuni- 
cationis quam in ipsos si contra facerent promulgasti, ne ipsa con- 
ficerent, precipere presumpsisti, sencientes dictum nobilem ac 
se multipliciter indebite pregravari, pro parle dicti nobilis, con- 
sortis et aliorum nobilium predictorum fuit canonice in scriptis 
ad Sedem apostolicam appellatum. Cui seu quibus appellationibus 
tu deferre indebite renuens in dicti nobilis et aliorum premisso- 
rum preiudicium et aposlolice Sedis contemptum sevcrius solito 



JEAN XXII 79 

contra diclum nobilem procedere exarsisti. Quocirca pro parte 
dicti nobilis et aliorum premissorum nobis fuit instanter ct 
humililer supplicatum ut dicto nobili ac prcmissis aliis curare- 
mus super premissis de oportuno remedio providere. Nos autem 
cum fratribus nostris predictis super premissis deliberatione pre- 
habita diligenti, multis hinc inde in examen recte considerationis 
adductis, cupientes ne splendorem negotii fidei contingat per 
inordinationem aliquam offuscari, nec prefatum nobilem indebite 
pregravari, tibi de fratrum nostrorum premissorum consilio, sub 
virtute sancte obedientie precipimus et mandamus quatinus 
sic iusle, sic mature, sic provide cures in premissis procedere quod 
ipsi nobili seu aliis supradictis iusta de te materia conquerendi 
de te (sic) non sumpserit, nec nos oporteat super hiis aliud reme- 
dium adhibere; libi nichilominus de eorumdem fratrum nostro- 
rum consilio districtius inhibentes ne ad sententiam contra pre- 
fatum nobilem, nisi vocato diocesano ad quem eorumdem 
criminum * propositorum seu proponendorum contra dictum 
nobilcni spectat cognitio, seu ipso diocesano nolente vel non 
valente premissis intendere, cui procedere in dicto negotio 
extra suam diocesim auctoritatem et licentiam absque alicuius 
ordinarii preiudicio impertimur, vocatis venerabilibus fratri- 
bus P. Atrabaten. ^ et P. Vivarien. * episcopis, quos unius loco 
haberi volumus, et eorum quemlibet, ubi ambo ne(|uirent in- 
teresse vcl nollcnt, in ipsius diocesani locum in casu predicto 
quoad premissa omnia subrogamus, quibusque et eorum sin- 
gulis iuxta ordinationem predictam communicare processum 
contra prefatum militem habitum et habendum tenearis ex 
integro aliquate^us non procedas; attentius provisurus quod 
si forsan inter te et diocesanum predictum scu subrogatos eidcm 
circa ])rocessum seu proferendam sententiam dubietatem, vel 
conlrarietatem contingeret suboriri, nequaquam nobis incon- 
sultis ad sententiam proccdcrc presumatis. Decernentes irritum 
et inane si secus a te vel ipsis contingeret attemptari. Diocesa- 
num autem dicti nobilis certum exprimere nequivimus quia 
qui ille sit propter diversa domicilia et delicta que habere et 
commisisso dicitur ignoramus. — Datiim Avinioni, nonis septem- 
bris, anno octavo ^. 

1. La prisou du Tempic, s'»! faut en croiro lcs Continualeurs de GuiUaume de 



80 BULLAIRE DE l'iISQUIS1TION FRANgAlSE 

Nangis, ed. Geraud^ t. ii, p. 50, et dc ./. de Saint-Viclor, dans Hisl. des Gaules 
et de France, t. xxi, p. 681. 

2. Reg. : terminum. 

3. Pierre de Chappes, chancelier de France; eveque d'Arras, le 29 octobre 
1320; eveque de Chartres, le 21 mai 1326; cardinal du titre de Saint-Martin- 
aux-Monts, le 18 decembre 1327; mort le 24 mars 1336. Baluze, col. 764; Gall. 
christ., t. III, col. 335; t. viii, col. 1172; Eubel, Hierarchia cafholica, t. i, p. 15, 
117, 173. 

4. Pierre de Mortemart, eveque de Viviers, le 16 juin 1322; transfere a 
Auxerre, le 7 octobre 1325; cree cardinal du titre de Saint-fitienne in Coelio- 
monte, le 18 decembre 1327; mort le 14 avril 1335. Gallia christ., t. xvi, col. 
572-573; t. xii, col. 315-316; Eubel, Hier., t. t, p. 15, 122, 565. 

5. A/Jaire du sire de Parthenaij (n. 42-43, 45-48, 51-52, 54-58, 60,66). VoirJ.-M. 
Vidal, Le sire de Parthenay et Vlnquisition (1323-1325), dans^Bulletin historique ct 
philologique, 1903, p. 414-434. Le motif qui valut a Jean rArchevcque, sire de 
Parthenay, d'ctre poursuivi par rinquisiteur deTours,motif queleschroniqueurs 
ont passe sous silence, c'est bien le crime de sorcellerie auquel fait allusion le 
document n. 46. II est clairement exprime dans la consultation que le juriste 
Oldrado da Ponte, de Lodi, fut appele a donner, precisement au sujet de cette 
affaire, aux commissaires pontificaux charges de la juger. Voir le texte dans 
Hansen, Quellen und U ntersuchungen zur Geschichte des Hexenwahns, Bonn, 
1901, p. 55-59, d'apres Tincunable Consilia seu questiones domini Oldradi de 
Laide, ulr. iur. doct. cximii, Rome, 1472. Hansen n'a pas vu que cette interes- 
sante piece appartenait au dossier de rafTaire Parthenay; d'ailleurs, le nom de 
rinculpe est defigure par lui en Partimacho. Jean de Parthenay fut donc pre- 
venu de pratiques de sorcellerie, de fabrication d'images de cira, d'incantation3 
demoniaques perpetrees dans le but de se procurer les faveurs d'une femme 
qu'il aimait. Oldrado da Ponte laisse entendre (loc. cit., p. 58) que la jalousie 
d'une autre femme et d'un ennemi de Jean rArcheveque, nomme Jean, ne fut 
pas elrangere a la diffamation du noble Poitevin. II affirme expressement que 
les inquisiteurs avaient eux-memes une inimitie personnelle aregarddecedernier 
(p. 58). Les parents et les autres defenseurs de Parthenay ne manquerent pas 
d'insister la-dessus (n. 46). Toujours est-il que rinculpje fut, au dire du 
Continuateur de Guillaume de Nangis, denonce au roi de France, qui le fit saisir 
en 1323, conduire a Paris et enfermer dans les cachots du Temple. Ses biens 
furent sequestres et son proces commen^a. Tout aussitot se posa la question de 
competence. Maurice de Saint-Paul tenait evidemment a mener lui-meme la 
procedure; mais il n'avait point de juridiction sur Paris. Le roi de France de- 
manda au pape d'etendre le rayon de sa competence territoriale pour qu'il lui fut 
possible de connaitre, hors de sa province, des delits d'heresie perpetres dans 
les limites de cette province. Le pape accorda la faveur, le 9 juillet 1323, en 
ayant soin de reserver les droits des ordinaires dans les dioceses desquels Tinqui- 
siteur exercerait ses fonctions (n. 42). En terminant sa lettre (n. 43), il s'excusait 
d'avoir tarde a rexpedier, ce qui prouverait qu'a la date du 9 juillet Jean 
rArcheveque etait, depuis deja longtemps, en prison. 

Rien ne s'opposait pius a ce que Maurice de Saint-Paul conduisil en personne lc 
proces. Par ailleurs, Teveque de Paris (alors Etienne de Bourret : n. 66, note 3) 



JEAN XXII 81 

otail designe par lc pape pour y prendre part en lant qu*ordinairc du diocese. 
Mais^ des les premiers interrogatoires, Parthenay et ses parents recuserent for- 
mellement leurs juges : rinquisiteur comme ctant suspect de partialite (n. ^j6) ; 
Tevcque commc n'ayant aucune juridiction sur Taccuse et, partant, aucun droit 
de sieger au tribunal (n. 66). La defense n'etait rien moins qu'aisee; ni sa femme 
ni ses parents ni aucun conseiller ne pouvaient penetrer ju8qu'au prisonnier, pour 
en arretcr les details. Lorsqu^iis voulurent faire rediger Tacte de recus4tion et, 
plus tard, un appel au Saint-Siege, ils ne purent trouver des notaires qui voulus- 
sent s'en chargcr, par crainte de Texcommunication dont Maurice de Saint-Paul 
les avait, disaient-ils, menaces (n. 46). Un rccours au pape fut cependant libelle 
ct apporte a Avignon par des parents ou dea amis du detenu (n. 45). On y dcnon- 
gait Ics procedes de Tinquisiteur; on le recusait formellemcnt, ainsi du reste que 
rev^quede Paris. Ce fut un motif pour les juges de redoublcr de severite et de 
prcsscr Tinstruction Le Continualeur de Nangis pretend qu'une assemblee de pre- 
lats et de jurisconsultes fut convoquee, peut-dtre afin d'intimiderraccuse;maisil 
refusa de repondre aux injonctions de ses juges et, obstiuement, les rccusa. II 
semble ncanmoins qu'au cours des interrogatoires il ait un moment faibli et fait 
des aveux dont rinquisitcur se servit contre lui devant la commission pontificale 
(n. 66, et Hansen op. cit., p. 57). Cependant, sur de nouvelles instances de la par- 
tie lesee, le pape prenait une mesure importante. Le 5 septembre 1323, il ecrivait 
k Maurice de Saint-Paul pour lui recommander la justice et la moderation a 
Tegard du prevenu qui, dcsormais, devrait n'avoir plus a sc plaindre de lui; puis, 
exciuant la cooperation de rev6que de Paris, il exigeait qu'on 8'assurdt celle 
de iordinaire dont Parthenay etait le sujet. A d^faut de cet ev^que, qui pouvait 
demeurer inconnu, ou bien ne pas vouloir preter son concours, le pape designait 
Pierre de Chappes, eveque d'Arra8, et Pierre de Mortemart, ev6que de Vivicrs. 
Ces prclats recevraient communication des actes du proces et assisteraient k 
toute rinstruction. En cas de divergence entre Ics juges, on recourrait au Saint- 
Siejre. Le pape informa aussitot le roi de celte mesure (n. 46-48). Mais rien n'ctait 
moins aise que de trouver Tordinaire competent, Jean rArchevequo ayant 
des domiciles en plusieurs endroits. Le pape resolut (5 novembrc) de passer outre, 
avec le concours des ev^ques d'Arras et de Viviers (n. 51, 52, 54). Un douto 
subsistait encore au sujet de la part que devaient prendre ces prelats a la proce- 
dure d'instruction. L'existence de ce doute temoigne peut-dtre de la mauvaise 
volonte de Maurice de Saint-Paul a Tegard de ses coll^gues. Jean XXII declara 
(l'^'" dccembre) que les dcux prclats devaient 6tre presents a tous les actes du 
proci's, comme rinquisiteur, et avoir communication des documents du dossier 
(n. 5o, 56). Maurice de Saint-Paul re?ut a Avignon la reponse pontificale. II 
avait cru devoir allcr prcsenter personnellement des observations au pape. II 
clait d'ailleurs trcs altaquc en cour par les amis de Parthenay et par d'autres 
qui eusscnt voulu reglcr avec lui leurs difTerends. Mais le pape lui ordonna de 
se rcndre a Paris pour y continuer lc proces (n. 57). Un temps prccieux s'otait 
ecoule en discussions de compctence. On en j)erdit encore beaucoup. Six mois 
de Tannee 1324 se passcrent sans que les jugcs proccdassent a autre chose qu'i 
la citation de Tinculpe (n. 66). Qu'advint-il pendant ce laps de temps ? Jean 
rArcheveque avait des amis en cour. Leur influcnce ne fut pas etrangcre au 
brusque changcmcnt qui s^opcra dans les senlimcnts du roi et dans la marche 
du proces. Lc roi conscnlit d'ubord a restitucr les biens confisques; puis ii fit 

U U L L A I 11 K — (i 



82 liULLAIRE DE l'iNQUIS;1TION FRANgAlSE 

coiiduire le piisonnier a Avignon, ou raflairc dcvaii dcsormais sc poursuivre, 
Jean rArcheveque etait arrive in Curia, lc 7 juiilet 1324. Le pape rannonce au 
roi (n. 58). 

Le transfert de sa cause en cour d'Avignon constituait un succes pour Tin- 
culpe. A bon droit, il pouvait esperer trouver la plus de justice qu'a Paris. On 
evincait Maurice de Saint-Paul; de juge qu'il etait, il devenait partie, et 
il etait «Dblige de prouver ses dires. Jean XXII n'eut pas l'initiativc 
d'une pareille transformation. Ici encore il est necessaire de faire intervenir 
des influences de famille ou d'amitie. Un manuscrit de la Chronique de Saint- 
Vietor (Continuatcur) nous les montre s^exer^ant en cour d'Avignon par rcntre- 
mise de Teveque dc Noyon, Foulques de Rochechouart, ct obtenant du pontifc 
la remise de raffaire a de nouveaux juges. 

Ceux-ci etaicnt au nombre de quatre : Picrre de Chappes, dcvenu cvcquc de 
Chartres, Pierre de Mortcmart, devenu cvcque d'Auxerre, Bertrand de Daux 
archevequo d'Embrun, et Raymond de Moustuejouls, eveque de Saint-Papoul. 
Jean XXII etait resolu a proceder avec la plus graude maturite ct d'allcr au 
fond. On ferait table rase des procedures entrcpriscs a Paris; on n'cn tiendrait 
compte qu'a titro d'information; le prevcnu scrait soumis a do nouveaux in- 
terrogatoires (n. 66). Cetait annuler roeuvre de rinquisjteur. 

Parthenay jura devant le pape de dire la verite, puisilfutremisasesnouveaux 
juges, qui tinrent audience dans le palais apostolique. Une premiere seance 
fut consacree k son examen au sujet des aveux faits par lui devant rinquisiteur, 
On rinterrogea aussi sur d'autres delits dont il etait accusc, bien qu'il se fut de- 
fendu de les avoir commis. Ses reponses furent claires et precises. II les confirma 
dans une deuxiemo scance, devant Bertrand de Daux et Raymond de Moustue- 
jouls, qui obtinrent de lui de nouveaux eclaircissements. Puis il fallut citcr des 
temoins a charge dont Tavis paraissait bon a rccueillir. Ils avaient ctc designes 
par rinquisiteur. Cetait d'abord un dominicain, Jean de Bourdinaria. Maitre 
Oldrado da Ponte (Hansen, op. cit., p. 58) le tient pour un traitrc qui a flatte 
Jean de Parthenay, en lui ecrivant des lettres d'amitie dont Tinstruction a eu 
connajssance, et qui, ensuite, Ta trahi. Cetait un juif converti, Jean de Forez, 
enuemi de 1'accuse, dont le meme jurisconsulte juge qu'il faut tenir le temoi- 
gnage pour suspect, a cause de rindignite du personnage. Hansen, op. cil., 
p, 58. Cetaient Alain Breton, de Parthenay, ancien scrviteur du sirc, et un 
noble du voisinage, Hugues Bisto [ihid.], dont la deposition fut plutot favorable 
a raccuse. Enfm deux dominicains vinrent aussi, qui firent au savant juriscon- 
sulte refiet de deux comperes recitant une legon apprise par coeur, trop subtils 
Gt trop astueieux, d'ailleurs se contredisant souvent, et ayant plus Tair de juges 
que de temoins. Ihid., p. 58. 

Jean XXII avait prie le roi d'user de son autorite pour quc ccs personnes 
repondissent sans tarder a leur citation (13 septembre 1324, n. 60). Leurs depo- 
sitions re^ues en presence des defenseurs de Taccuse parurent insuffisantes ; 
et Maurice de Saint-Paul fut requis de presenter d'autres temoins pour etayer 
ses dires. Mais il iie put en designer un scul, tandis quc la partie adverse opposait 
de nombreuses excoptions, prcseutait des cedules et des documents qui paru- 
rent finalement devoir suffire a eclairer la religion des juges. L'instruction fut 
close et fon en rcfera au pape. Le 23 juillet 1325, celui-ci delegua rarchcvequo 
d*Embrun et l'eveque de Saint-Papoul pour prononcer la sentence. Ils devaienl, 



JEAN XXII B3 

au preulable, 8'eclairer des conseiU d'une assemblee de jurisconsultcs (n. 66^ 
Un de ces jurisconsultes fut probablement maitre Oldrado da Ponte, dont nous 
avons la consultation ecrite. Hansen, op. cil., p. 55-59. Les ennemis de Parthe- 
nay, et en particulier les inquisiteurs, avaient pretendu ^tablir que les pratiques 
superstitieuses imput^es k ce dernier ctaient entachees d*her^8ie. Oldrado 
8'attacha a prouver qu'il ne s^agissait que de simples sortil^ges et philtres 
d'amour. La passion violente excusait le chevalier, nou moins que son ignorance 
et sa rusticitc toute militaire. On ne voyait pas qu'il eut rendu au d^mon un vrai 
culte d'adoration. Au surplus, la.preuve testimoniale de ces crimes ctait loin 
d'6tre faite. En ce qui le concernait, Oldrado recusait tous les t6moins parce 
que suspects, partiaux ou indigncs, et il so pronon^ait pour Tacquittement. Par» 
thenay fut eu cITet acquitte. Hansen, op. cit., p. 59. Lc Conlinualenr de Jean de 
Sainl-Victor le note en ces termes : « Dont la cause fut estaignie; quar le dit 
seigneur avoit en le court pluseurs qui le deportoient (favorisaient). Et bien 
apparut en la fin; car il s'cn vint puis franc et delivre ct absous par le papo, 
si com Ton dit, de cc (jui li ctoit uppose. • Voir Conlin. Chron. Joan. a S. Victoref 
duiis ilisl. des (Jaules et dc la France, t. xxi, p. 681 et note 1; Conlin. Chron. 
G. de Nangiaco, edit. Geraud, t. ii, p. 50-51. 



— 47 — 



A defaul de Veveque dioceaain^ le pape designe les e\>eques de 
Vii^iers el dWrras pour poursui^re, de concert avec Vinquisileur 
Maurice de Sainl-Pauly Vafjaire du sire de Parlhenay. — Meme 
datc. 

Reii. Val., U cxii, u. 495; Vidal, op. cit., p. 42G. 

Atrabaten. et Vivarien. episcopis. — Pro partc viri nubilis 
Johannis Archiepiscopi, domini de Pcrtiniaco, militis, eiusque 
consortis ac nonnullorum dicto nobiii coniunctorum linea pa- 
rentele ad apostolatus nostri ac fratrum nostrorum sancte ro- 
mane Ecclesie cardinalium, insinuatio hiis diebus flebilis et cla- 
mosa perduxit auditum quod dilcctus filius frater Mauricius de 
Sancto Paulu, ordinis predicatorum, inquisitor herctice pfavitatis 
in provincia Turonen. auctoritate apostolica deputatus, ex odii 
fomite (e/c, comnie dans la precedente, mutatis mutandis, jusqud) 
coiiiinisisse in diversis diocesibus dicitur i«^noramus. Quocirca 
fraternilati vcslre in virlute sanctc obedicnlie districte prcci- 
picndo mandamus quatinus in co casu ubi dioccsanus eiusdem 



S4 BULLAIRE DE L*INQUlSrnON FRANgAlSE 

nobilis non potuerit vel noluerit cum inquisitore predicto supcr 
premissorum executione personaliter interesse, vos vel alter ve- 
strum loco diocesani predicti et extra civitates et dioceses vestras 
quacumque constitutione contraria non obstante cum inquisi- 
tore prefato illa exequi procuretis : quod si non ambo hiis exe- 
quendis potueritis vel nolueritis interesse, alter vcstrum cum 
inquisitore predicto ea nichilominus exequatur : ita tamen quod 
si vos ambo simul processeritis cum eodem loco unius censea- 
mini non duorum. — Datum ut supra. 



— 48 — 

Ordre de remettre aux destinataires les deiix lettres qui precedenl 
— Avignon, 13 septembre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii, n. 496, 498; Vidal, op. cit., p. 427. 

Johanni de Arpadella ^, decano Xantonen. — Cum super nego- 
tio nobilis viri Johannis dicti Archiepiscopi, domini de Pertiniaco, 
quod coram dilecto filio Mauricio de Sancto Paulo, ordinis fra- 
trum predicatorum, inquisitore heretice pravitatis in provincia 
Turonen. auctoritate apostolica deputato, vertitur tam venerabi- 
libus fratribus nostris Petro, Atrabathen., et Petro, Vivarien. 
episcopis, quam eidem inquisitori certas litteras apostolicas de- 
stinemus, nos volentes eis et ipsorum cuilibet sicut tibi diriguntur 
litteras huiusmodi fideliter presentari, discretioni tue... manda- 
mus quatinus dictas litteras eisdem episcopis singulas quas 
duplicatas mittimus singulis videlicet et inquisitori ex parte 
nostra presentare procures. — Datum Avinioni, idus scptembris, 
anno VI IR 

Eidem. — Cum certas litteras (efc). Volumus et... mandamus 
quatinus circa presentationem litterarum huiusmodi diligentiam 
adhibeas oportunam; [et] de illa fieri facias curialiter et pruden- 
ter publicum instrumentum, quod nobis destinare quantocius 
non omittas. — Datum Avinioni, ut supra. 

1. Jean d'Arpadelle, docteur es lois, chapelain du pape, d'abord chanoine 
dc Paris; doyen de Saintes. le 23 mai 1323; prevot de Sussey dans le diocese 



\ 



JEAN XXII 85 

(VAulun, !e 1" aout 1328; archidiacre de Brie dans le chapitre de Paris, le 
12 mars 1331 ; devint evSquc de Frejus, le 6 novembre 1340. II mourut en 1343. 
Dcnifle, Chartular., t. n, n. 834, note 1; Eubel, Hier., t. i, p. 262; Albands, 
GaU. chri^^t. novis., t. i, col. 363-364; Daumet, Benoit XII, n. 514, 587, 623, 887; 
Albe, Autour de Jean XXII, ^viques quercynois en France, extr. des Annales 
de Saint-Louis-des-FranQais, 1906, p. 175-176. 



-49 — 



Jean XXII ordonne d Henri Dauphin, gouverneur du Dauphinc, 
sous la menace des peines canoniques, de remettre sans retard d 
V inquisiteur de la joi les heretiques d qui il accorde protection et 
faveur; il Vinvite d seconder avec zele Voeuvre de cet inquisiteur 
dans ses terres. — Avignon, 15 octobre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii, n. 957; Sauerland, VcUikanische Urkunden 
und Regesten zur Geschichte Lothringens, t. i, dans Quellen zur 
Lothringischen Geschichte, Metz, Scriba, 1901, n. 399 (anal.). 

Henrico *, electo Methen., gubernatori Dalfinatus Viennen. — 
Auditui nostri apostolatus infausti rumoris assertio pertulit 
hiis diebus quod in terris dilecti filii nobilis viri Guigonis *, dalfini 
Viennen., nepotis tui, quarum gubernator existis, nonnullis per- 
sonis repertis de heretica pravitate reprehensis, tu ac ministri 
et ofliciales tui et eiusdem dalfini dictas personas dilecto filio G. ^, 
ordinis fratrum minorum, eiusdem pravitatis inquisitori in illis 
partibus auctoritate apostolica deputato, licet requisiti cum in- 
stancia sepius, remittere recusastis, ex quo splendor negocii fidei 
non absque periculis multipliciter super hiis dicitur in eisdem 
partibus obfuscari. Quocirca discretionem tuam rogandam duxi- 
mus et hortandam, tibi nichilominus districtius iniungentes qua- 
tinus attente considerans quantis favoribus iura canonica et 
civilia diclum Inquisitionis negotium prosecuntur, quantisque 
penis et periculis gravibus domini temporales et alii negotium 
impedientes huiusmodi vel ei suum denegantes favorem cum 
requiruntur super hoc subiacere noscuntur, quodque tu qui per- 
sona ecclesiastica ad honorem status pontificalis electa esse 
dinosceris, si circa id possis reperiri quod absit reprehensibilis, 
penis gravioribus esscs dignus, omnes et singulos de dicto crimine 



86 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE 

heresis culpabiles et suspectos de quibus capiendis et eideminqui- 
sitori remittendis per ipsum fueris requisitus huiusmodi requi- 
sitionibus cessante difficultate qualibet obtemperando, et per 
eosdem ministros et officiales obtemperari faciendo remittere non 
postponas : ita quod vitatis quibusvis tuis et eiusdem dalfini ac 
lerrarum suarum periculis, inde valeas merito commendari; 
alias non poterimus preterire quominus contra te dictosque 
dalfinum, ministros et officiales ac terras, prout suadebit iu- 
sticia et expedire videbimus, procedemus. — Datum Avinioni, 
idus octobris, anno octavo. 



1. Henri Dauphin, d'abord destine au si^ge de Passau, fut choisi pour cclui 
(le Metz le 4 mai 1319. Ayant resigne son eveche (1325), il prit le nom de 
baron de Montauban. II administrait le Dauphine pour son nevcu, Guigues VIII, 
depuis Tan 1319. Gallia chrisL, t. xin, p. 770; Eubel, Hier., t. i, p. 354; Vidal, 
J nter^ention du pape Jean XXI J dans le conflit enlre la Savoie et le Daupliinr, 
dans Revue des quest. hist.^ octobre 1900, tir. a part, p. 7. 

2. Guigues VIII, fils de Jean II et de Beatrix de Hongric, ne en 1310, succedo 

a son p6re, le 5 mars 1319, sous la tutelle de son oncle, Henri Dauphin; il meurt ^ 
!e 23 juillet 1333. U. Chevalier, Repertoire, etc. Biobibl., col. 945; Vidal, op. cil. 9 

3. Guillaume Astre, dont on trouve le nom parmi ceux des freres mineurs 
qui prirent part aux discussions engagees, a Fepoque de Clement V, au sujet des 
spirituels, fut un des champions des conventuels. fitant gardien du couvent 
de Beziers, il fit, de concert avec le gardien du couvent de Montpellier, un proccs 
aux spirituels de son obedience et les declara heretiqvies, schismatiques et apo- 
stats de 1'ordre. Ils se defendirent a la cour du pape et Astre dut justifier ses 
actes. Ehrle, Die Spiritualien, dans Archiv fiir Lilteraiur, 1888, t. iv, p. 37, 61, 
63. II aurait ete nomme a rinquisition de Provence par les superieurs cle rordrc, 
vers 1322. A cette daio, deux autres freres mineurs, Michel Lemoine (n. 15, 
note 2) et JaCqUes Bernard (n. 33), s'occupaient deja de la poursuitc derheresio 
dans la province. Les statuts provinciaux des freres mineurs approuves par lc 
general fixaient a cinq annees la duree du mandat inquisitorial pour les mem- 
bres de Vordrc, lesquels ctaient d'ailleurs, pour rinstitution et la revocation, 
k la merci de leurs provinciaux. Mais Guillaume Astre, dont le zele plaisait a 
Jean XXII, obtint, le 27 octobre 1326, d'6tre confirme dans cette charge, usqur 
ad beneplacilum sanctae Sedis (n. 71). Le 21 mars suivant, il rcQut rordre dr 
transmettre a rinquisiteur de Carcassonne copie authentique des aveux d'un 
pretre relaps, Bernard Marty ou Maury, de Narbonne (n. 75). Le 9 octobre 1331, 
il obtint d'^tre remis en possession, k Avignon, des maisons et des logis de fln- 
quisition dans lesquels des prelats et des moines de Tordre s'etaient indumcnt 
installes (n. 113). Des rannee 1328, Beatrix de Levis 1'avait recommande au 
pape pour un eveche. Jcan XXII prit bonne note de ce desir [Reg, Vat., t. cxiv, 
fol. 195 vo) et promut rinquisiteur au siege d'Apt, le 12 juin 1332 (n. 119). 
Guillaume s'occupa encore quelque tomps des affaires du tribunal, notammont 
du partage, entre lo flsc apostolique ct un certain Pierrc de Gigondas, do Car- 



JEA?< XXII 87 

pentras, des biens de ce dernier. configques pour her^sie (n. 121-123). II mourut, 
a Apt, le 8 octobre 1336. Baluze, a tort, le fait vivre ju8qu'eu 1350. Albands, 
Gall. christ. novissima, col. 1\^-2M\ Eubel, //i«*., t. i, p. 95. 



— 50 — 

Le pape designe les commissaires qui dei>ront faire justice de 
Guillaume Rohert^ moine de Figeac, voue aux pratiques de la magie 
et de la necromancie, faux monnayeur et convaincu d^autres crimes. 
— Avignon, 1®"^ novembre 1323. 

/?«g.yli'en.,t. xx,fol. 160 vo, n. 228; /?eg. Vat., t. lxxvi, n. 178; 
Mollat, op. cit., n. IS/i^G (anal.). 

Dilectis filiis ..^ monasterii Casedei ^, Claromonlen. diocesis, 
et ..'^ Claromonten. ac Secureti * Anicien. ecclesiarum abbatibus, 
salutcm. — Nupcr dilectus filius Guillelmus ^, abbas monasteril 
Figiaccn., Cluniacen. ordinis, Caturcen. diocesis, nostro apostola- 
lui intimavit quod dudum Guillcrmus Roberti, monachus ipsius 
monastcrii, in eodem monasterio receptus extitit in monarhum 
ot in fratrem; et quod postquam ibidem tanquam monaclius 
ipsius monastcrii, pcr pbirium annorum curricula moram Iraxc- 
rat ct pro monacho ipsius monastcrii al) omnibus publicc habc- 
batur, dans in commotioncm dampnabilcm pedes suos, cepit tam 
a profcssionis propric rcgula quam a fide catholica dcviarc, 
sacrilejriis alquimic, nigromanlic, auguriis ct aliis prophanis 
ct prohibitis artibus se in proprie salutis interitum ct perniciem 
immiscendo. Pretcr hcc alia scclera premissis accumulans false 
inonete forc dicitur fabricator ac ymaginum et votorum cereo- 
rum confictor, per ymagines atque vota huiusmodi impia sorti- 
lcgia exercendo, pluribus etiam aliis criminibus et sceleribus forc 
(iicitur irretitus; proptcr que per curiam carissimi in Christo 
filii nostri Caroli, regis Francie iUustris, captus extitit ctcarcerali 
custodie mancipatus. Ft tnndcm ad rcquisitionem eiusdem al)ba- 
tis onndcm monachum sui nionastcrii repetentis idem monachns 
sibi per dictam curiam extitit restitutu» iuxta sanxiones crmo- 
nicas punicndus. Vcrum dictus monachus ut debitam pro diclis 
scclcribus cfTugcrc valcat ultioncm nd premeditatam malitiam 



88 



BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISF 



se convertens falso et malitiose pretendit se esse monacliummo- 
nasterii Userchien. *, ordinis sancti Benedicti, Lemovicen. diocesis, 
seque fore ad abbatem dicti monasterii propterea remittendum 
et per eum etiam puniendum; ac nichilominus ne per dictum 
abbatem Figiacen. monasterii puniatur pro parte dicti abbatis 
Userchien. seu prefati monachi «d Sedem apostolicam fuisse dici- 
tur appellatum. Quare prefatus abbas Figiacen. nobis humiliter 
supplicavit ut ne tali pretextu eiusdem monachi scelera remaneant 
impunita providere sibi super hoc de oportuno remedio curare- 
mus. Quocirca [mandat iudicibus iit iustitiae exhibeant comple- 
mentum]. — Datum Avinioni, kalendis novembris, anno octavo. 



1. Jean de Champdorat^ elu le 7 mai 1318, abbe de la Chaise-Dieu; eveque; 
du Puy, le 25 septembre 1342; mort en 1356. Hist. de Languedoc, t. ix, p. 563; 
Gall. christ., t. ii, col. 342-343, 725; Eubel^ Hier., t. i, p. 91. 

2. La Chaise-Dieu (Haute-Loire), arrond. de Brioude. 

3. fitienne, abbe de Teglise de Clermont des 1302. Gall. christ., t. ii, col. 309. 

4. Saint-Michel de rAiguille, ancienne abbaye dans le voisinage du Puy, 
dignite du chapitre. 

5. Guillaume de Ventadour_, abbe de Figeac en 1315. Gall. christ., t. i, col, 
175. 

6. Uzerche (Correze), chef-lieu de cant., arrond. de Tulle. 



— 51 — 



Lettre au roi pour lui communiquer les mesures prises dans le] 
document sui<^ant. — Avignon, [5] novembre 1323. 

Reg. Vat.y t. cxii, part. 2, fol. iv v^, n. 506; Vidal, Le sire de Par- 
thenay, p. 428. 

Ipsi regi [Francie]. — Serenitatis regie litteris super negocio; 
domini de Pertiniaco per nos, licet tarde, receptis, verentes quod. 
inquisitor ante provisionem a nobis super hoc faciendam requi-'i 
sivisset ordinarium nobilis antedicti, idcirco eidem inquisitori. 
et eius in hac parte collegis sub certa forma per nostras patentes. 
litteras soribendum providimus in forma quam continet ccdnla' 



JEAN XXII 89 

presentlbus interclusa. — Datum Avinioni, novembris (sic)j 
anno octavo. 



— 52 — 

Uordinaire dont le sire de Parthenay est le sitjet ne ponvant elre 
clairement determine, d cause de la multiplicite de$ domiciles de ce 
seigneur, le pape decide que les eveques d' Arras et de Viviers pren- 
dront sa place au tribunal d' Inquisition, aupres de Vinquisiteur 
Maurice de Saint-Paul. — Avignon, 5 novembre 1323. 

Reg. Vat., X. cxn, n. 507; Vidal, loc. cit., p. 428. 

Venerabilibus fratribus Petro, Atrabaten., et Petro, Vivarien. 
episcopis, et dilecto filio Mauricio de Sancto Paulo, inquisitori 
lieretice pravitatis in provincia Turonen. auctoritate apostolica 
fleputato. — Pridem pro parte viri nobilis Johannis, dicti Archi- 
cpiscopi, domini de Pertiniaco \etc., voir auxn. 46,47le detaildes 
parties narrative et dispositive, jusqu^d la fin du n. 47]. Cum au- 
tem propter diversa domicilia que dictus nobilis in diversislocis 
habero dicitur, quis eius sit diocesanus hesitari probabiliter et 
negotium posset huiusmodi non absque periculis retardari, nos 
super hiis et ne dictus nobilis h>nga detentione carceris contra 
iusticiam pregravetur diucius, providere salubriter cupientes, 
discretioni vestre per apostolica scripta mandamus quatinus^ 
vos, dicti episc/)pi, vel alter vestrum una tecum, inquisitore pre- 
dicto, prefati nobilis irrequisito diocesano, nisi ante presentalionem 
presentium vobis faciendam extitisset super hiis (cui in tali casu 
preiudicare non intendimus) forcitan requisitus, mature proce- 
dere super eodem negocio studeatis; aliarum litterarum nostra- 
rum tenoribus plene super omnibus aliis observatis. — Datum 
Avinioni, nonis noveml)ris, anno octavo. 



90 BULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAlSE 



— 53 — 

Jean XXII ordonne d Vef^eque de Lerida et d Vinquisiteur d^Ara- 
gon de remettre aux mains de Jean de Beaune, inquisiteur de Car- 
cassonne, ou de ses gens, Pierre et Jean Maury, de Montaillou, 
Esperte, et Mathea, de Tarascon, au diocese de Pamiers, here- 
tiques fugitifs refugies en Aragon. — Avignon, 8 novembre 1323. 

Reg. Vat., t. Lxxvi, fol. 2, n. 4, de Curia; t. cxii, n, 822; 
Mollat, op. cil., n. 20315 (anal). 

Venerabili fratri .} episcopo Ilerden., et dilecto filio..^ inqiii- 
sitori heretice pravitatis in partibiis regni Aragoniim aiictori- 
tate apostolica deputato. — Significavit nobis dilectus filius Johan- 
nes de Belna ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitor heretice 
pravitatis in partibus Carcassone auctoritate apostolica depu- 
tatus, quod cum legitime constitisset eidem Petrum et Johannem 
Maurini, de Montealionis *, laycos, et Spertam et Matheam, ipsius 
Sperte filiam, de Tarascone ^, diocesis Appamiarum, detestabilc 
crimen heresis infra terminos Inquisitionis dicte pravitatis partium 
predictarum Carcassone horribiliter commisisse, predictus in- 
quisitor prefatos hereticos fugitivos ^ et in partibus regni Ara- 
gonum latitantes capi per certum suum ad hoc deputatum nim- 
cium ', non absque multis periculis et expensis variis procuravit, 
dictusque nuncius dictosque (sic) Johannem Maurini, et Espor- 
tam, ac Matheam tilji, frater episcope, dictumque Petrum Mau- 
rini tibi, fili inquisitor, tradidit custodiendos fideliter donec pre- 
dictus inquisitor. Carcassonen. ipsos duceret repetendos. Cum 
autem, sicut habet eiusdem inquisitoris Carcassonen. assertio, 
dictorum hereticorum presentia in partibus Carcassonen. pre- 
dictis esse speretur orthodoxe fidei plurimum fructuosa, pro co 
quod si contingat eos vel eorum aliquos operante gratia divina 
redire ad ipsius fidei unitatem per ipsos multorum qui sunt in 
eisdem partibus pravitatis predicte fermento respersi procurari 
forsan ad fidem catholicam poterit conversio salutaris et Inquisi- 
tionis officium propter hoc utiliter informari : Nos qui ad huiiis- 
modi fidei negotium ex apostolice debito servitutis afficimur et 
ut procedat prospere desiderabiliter afTectamus, discretioni ve- 
stre... mandamus (fuatinus predictos Johannem et Petrum, qui 
in eisdem ])arlibus Carcassonon. mulla liorrIl)illa conlra fidom 



JEAN XXII 91 

catholicam commisisse dicuntur, necnon et dictas Espertam 
ct Matheam predictas, nisi forsan mulieres ipse in eisdem par- 
tibus regni Aragonum talia contra fidem commisissent eandem ex 
quibus essent per vos merito retinende et de eis in ipsis partibus 
iusticia ministranda, prefato inquisitori Carcassonen. per suum 
certum nuncium ad vos propter hoc specialiter destinandum suis 
sumptibus vos et vestrum quilibet sub fida custodia transmittatis ; 
prius tamen ab eisdem hercticis vel ilHs quos prefato inquisitori 
duxeritis transmittendos diligentius inquisitis que ad utilitatem 
eiusdem fidei et utiliorem executionem officii memorati videritis 
inquirenda. — Datum Avinioni, vi idus novembris, anno octavo, 



1. Pons de Villemur, archidiacre de L^rida et chapelain du pape, fut promu 
k Lerida, le 2G f^vrier 1322; il mourut en 1324. Eubel, Hier., t. i, p. 294. 

2. Bernard de Puigcertos, dominicain. Des Tan 1314, il recherche et condamno 
des her^tiques de la secte des spirituels. Lea, Hiatoire de Vlnquis., t. iii, p. 101. 
Lc 5 septembro 1328, Jean XXII lui mande de suspendre renquete faite par lui 
contre certains frires mineurs de son pays. Eubel, Bullarium franciacanum, t. v, 
n. 729. Lc prieur provincial des dominicains de Saragosse re^oit la mdme som* 
mation, le 29 d^cembre suivant. U s^agissait d'un groupe de fraticelles parti* 
culi6rement remuants. Eubel, n. 748. Voir aussi Llorente, Hiat. crilique de Vln' 
quisilion d'Espagne, Paris, 1818, t. i, p. 81, n. 9. Des actes de cet inquisiteur rien 
nc reste, croyons-nous, quc les interrogatoires qu'il fit subir aux quatre h6r6' 
tiques dont il est qucstion dans la bulle. Nous publions un document qui per* 
mettra dc se rendro compte des proced^s employes par lui contrc les gens suspeots 
dheresie. II se rapportc probablement a Tun dcs fraticelles dont Jean XXII eut 
a «'occupcr et prouve, en tout ca«, que Bcrnard do Puigcertosrestacnchargepen- 
dant pr^s de trente anneos. II n'6tait copcndant plus inquisitcur on 1345, lorsquo 
CI6ment VI expedia la bulle qui suit {lieg. Vat., t. ccxviii, fol. 104 v», n. cxxxi) : 

« Ven. fratri [Arnaldo], archiepiscopo Tcrraconen., salutem. — Debitum 
ofTicii nostri... Pctitio siquidem dilecti filii Bcrnardi de Camporotondo, de tcrcio 
ordinc beati Francisci, clerici coniugati tue dioccsis, nobis nuper exhibita con- 
tinebat quod dudum, licet ipse verus catholicus et firmus in fide christiana 
existerct et existat, tamen dilectus filius Bernardus de Podiocertoso, ordinis 
fratrum predicatorum, tunc inquisitor herotico pravitatis in rogno Aragonio 
pcr Scdom apoatolicam deputatus, coiitra oundem Bornardum voluntario et alias 
indebito, o«Iii rancore concepto, inquisivit do fido catholica contra ipsum, ot 
aliquos testes corruptos ct inimicos capitales dicti Bernardi contra ipsum recepit 
de facto; et quod cum ipse Bornardus de predictis se vellet iuste defendere coram 
inquisitore predicto, idem inquisitor advocato ipsius Bernardi prohibuit quod 
«ibi in cauaa illa pntrocinium non prestarot, ac omnes defensiones super hiiii 
sibi necesKHrinH dencfjuvit eidein, ac oum fecit carceris custodie mancipnri et 
captum ftiaiu dotineri; ct nichilominus quondnm suurn ndvocatum, (](ii ei 
pntrocinium pre»titornt, por blanditins ct porstuisiones induxit ut pidemBornnrdo 
OOnsuleret quod ipso Hernardus aliquos rortos confitorolur errorofl, promitteng 



92 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE 

idem inquisitor in manibus ciusdem advocati se cum eodem Bernardo cum facili 
penitentia per eundem inquisitorem ad cognitionem dicti advocati imponenda 
eidem super hiis dispensare, si predictos confiteretur errores; alioquin, sicut 
idem inquisitor comminatus fuit, dictus Bernardus nunquam liberaretur a 
carcere, sed ipse inquisitor eum tociens exponeret questionibus et tormentis, 
quod ipse inquisitor, vellet aut noUet dictus Bernardus, extorqueret quantum 
vellet ex ore ipsius Bernardi; necnon prefatus inquisitor eundem Bernardum 
sic eum detinendo captivum publice proclamando per ecclesias in sermonibus 
fecit in illis partibus super dictis erroribus indebite diffamari. Propter que dictus 
Bernardus sentiens ab eodem inquisitore procedente contra ipsum inique et 
injuste ac ex odio indebite se gravari ad Nos et Sedem apostolicam appellavit. 
Quocirca fraternitati tue... committimus et mandamus quatinus vocatis qui 
fuerint evocandi et auditis hinc inde propositis, quod iustum fuerit appellationo 
remota decernas, faciens quod decreveris per censuram ecclesiasticam firmiter 
observari... — Datum Avinioni_, x kalendas septembris, anno quarto. » 

3. Jean de Beaune; voir p. 47, note 2. 

4. Montaillou (Ariege), cant. d'Ax-les-Thermes, arrond. de Foix. 

5. Tarascon (Ariege), chef-lieu de cant., arrond. de Foix. 

6. Les freres Jean et Pierre Maury, Mathea, femme, et Esperte, belle-mere 
du premier, avaient quitte le pays de Foix et fui en Catalogne a la suite de la 
capture des principaux ministres cathares par Bernard Gui. Cetaient de pauvres 
bergers qui, dans Texil, continuerent a exercer leur humble profession, comme 
aussi a pratiquer la rehgion cathare, sous la conduite d'un parfait, fugitif comme 
eux, Guillem BeHbaste. Ils furent decouverts par Arnaud Sicre, espion de Tln- 
quisition. Behbaste fut saisi d'abord; puis ce fut le tour de Pierre Maury, pris 
a Flix (prov. de Tarragone), des deux femmes et de Jean Maury apprehendes 
a Casteldazens (prov. de Lerida), en mai 1323. Les quatre derniers furent 
remis a rinquisiteur d'Aragon et incarcercs a Lcrida. Guillaume Costa, Heu- 
tenant de rinquisiteur, les interrogea, les 14 et 15 mai. Bernard de Puigcertos 
les examina lui-meme, ainsi que Teveque de Lerida, en juillet, aout, septembre 
et decembre suivants. Les dossiers de ces audiences furent plus tard transmis 
k Teveque de Pamiers, qui les fit transcrire en tete des proces de Jean et de 
Pierre Maury. Ms. Vat., lat. 4030, fol. 209 vO-213 v», 247-248 v». A la priere do 
Jean de Beaune, inquisiteur de Carcassonne, le pape lanca Tordre ci-dessus, 
le 8 novembre 1323. II visait surtout les deux freres Maury, susceptibles de 
faire des revelations importantes, et d'ailleurs particulierement compromis 
dans rheresie. Esperte et Mathea pouvaient a la rigueur etre jugees en Cata- 
logne, ou il semblait qu'elles eussent commis leurs fautes les plus graves. ElTec- 
tivement, rextradition parait n'avoir eu lieu que pour Jean et Pierre Maury. 
Remis a Jacques Fournier, ces deux herctiques comparurent devant lui durant 
les mois de fevrier, juin et aout 1324. 

La deposition de Pierre Maury est particulierement longue et curieuse, en 
ce qui concerne la doctrine et la vie des derniers ministres cathares. Elle s'etend 
du fol. 249 au fol. 274 v°, du ms. 4030 Vatic. latin, et se termine par une serie 
de soixante-deux propositions erronees professees par Taccuse ou par les chefs 
de la secte. La confession de Jean Maury tient, dans le meme registre, du fol. 
213 v° au fol. 224. Les deux freres furent condamnes, le 12 aout 1324, a la prison 
perpetuelle. Doat, t. xxviii, fol. G6. Leur cas avajt etc soumis au prealable a' 



JEAN XXII 93 

unc assemblee de juristes et de theologiens rcunie, le 9 aoiit, a reveche de 
Pamiers. Douais, La formule Communicalo, etc, p. 23. Voir J.-M. Vidal, Les 
derniers ministres dc 1'albigeisme en Languedoc, dans la Ha^ue des questions 
hisloriques, janvicr 1906, § III; Le tribunal d'Inquisition de Pamiers, tir. a part, 
p. 45-46, 50-51, 217. 

7. Arnaud Sicre; voir note precedente et nos deux opuscules cites. 



-54 — 

Ordre de presenter la lellre dii 5 no^embre, ci-deasiis (ii. 52). — 
Avignoii, 10 novembre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii, n. 513; Vidal, Le sire de Parthenay, p. 429. 

Magislro Johanni de Arpadella ^, decano ecclesie Xanloiien., 
capellano noslro. — Super negotio, elc. [Mandatur ei ut litteias 
praedictis episcopis et inquisitori directas praesentet et de prae- 
sentatione papam certiorem faciat]. Datum ut supra [Avinioni, 
iiii idus novembris, anno octavo]. 

1. Cf. n. 48, note 1. 



— 55 — 

Le pape declare que Vinquisiteiir devra, ai^ant le prononce de la 
sentence, donner aux ei^eques d^Arras et de Vi^iers communication 
des actes du dossier de Jean V Archeveque. — Avignon, 1®^ decem- 
bre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii, part. 2, fol. 7, n. 528; Vidal, op.cit., p. 429. 

Pelro, Atrabaten., et Pelro, Vivarien. cpiscopis. — Dudum ex 
parte nobilis viri Johannis dicti Archiepiscopi [etc. Voir le detail des 
parties narrative et dispositive, ci-dessus, n. 46, 47 et 52, jusqud la fin 
de cetle derniere lettre]. Verum, sicut accepimus, quidam in dubium 
utrum iuxta tenorem litterarurh nostrarum vobis et vestrum 
cuilibet iu prolatione sententie tantum processus habilos et 
habendos communicare predictus inquisitor, seu vobiscum vel 



'J4 BULLAIIIE DE L INQUISITION FRANQAISE 

cum allero vestrum deberet super omnibus procedere, revocare 
nitantur; nos dubitationem huiusmodi, ne per eam dictum posset 
negotium impediri, amputare volentes, quamvis perearumdem 
litterarum tenores evidenter pateret, auctoritate presentium 
declaramus nostre intentionis existere ac etiam extitisse quod 
vos, vel alter vestrum, una cum eodem inquisitore procedatis 
in prelibato negotio, ipseque vobis et vestrum cuilibet processus 
habitos et habendos communicare, tam circa proferendam sen- 
tentiam, quam omnes alios actus etiam ante prolationem eius- 
dem sententic teneatur. Quocirca fraternitati vestre per aposto- 
lica scripta mandamus quatinus vos et cuilibet (aic) vestrum 
una cum eodem inquisitore iuxta tenores litterarum nostrarum 
vobis directarum super hoc ac declarationem nostram huiusmodi 
in dicto negotio procedatis. Cui quidem inquisitori per alias no- 
stras litteras mandavimus et ctiam auctoritate presentium inlii- 
bemus ut sine vobis aut vestrum altero supcr memorato negotio 
ad actum aliquem non procedat. — Datum Avinioni, kalendis 
decembris, anno octavo. 



— 56 — 

NolificaUon de la mesure qui precede d Vinquisiteur Maurice 
de Saint-Paul. — Avignon, 1^^ decembre 1323. 

Rcg. VaL, t. cxii, iol. 7 vo, n. 529; Vidal, op. cit.,\). 430. 

Mauricio de Sancto Paulo, ordinis predicatorum, inquisitor 
lieretice pravitatis in provincia Turonen. — Dudum exparte... 
[comme ci-dessus, mutatis mutandis). Quocirca discretioni tue 
per apostolica scripta mandamus quatinus sine predictis epi- 
scopis vel eorum altero super dicto negotio ad actum aliquem 
non procedas, sed iuxta intentionem et declarationem nostras 
huiusmodi prudenter super hiis sic te geras quod inde debeas 
merito commcndari. — Datum Avinioni, kalendis decembris, 
anno octavo. 



JEAN XXII 95 



— 57 — 



Le pape annonce au roi de hrance quil a donne conge d Vinqui- 
sileur Maurice de Saint-Paul, malgre les instances de certains de 
ses ennemis qui eussent woulu le retenir. — Avignon, 5 decera- 
bre 1323. 

Reg. Vat., t. cxii, fol. 6 vo, n. 522; Vidal, op. cit., p. 430. 

Eidcm [rej^i Francie]. — Venienlciii nuper ad noslrain pre- 
sentiain dilecluin lilium Mauricium de Sancto Paulo, ordinis 
fratrum predicatorum, inquisitorcm heretice pravitatisin pro- 
vincia Turonen... benij^ne recepinius; et super hiis que nobis 
exposuit pacionter audivimus et intclleximus diligentcr. Et eccc 
quod eundem, non obstantc quod aliqui eum super nonnullis 
objectis nunc et alias contra ipsuin de quibus olFerebant fidem 
se sufncienter facturos instanter peterent in curia retineri, pro sui 
executione ofTicii duximus reinittendum. Voiumus tamen quod 
in negotio doinini de Pertiniaco sine vcncrabilibus fratribus 
nostris Atrabaten. et Vivarien. episcopis vel altcro ipsorum, ul 
vitetur omnis suspicionis materia, non procedat. — Datum ut 
supra [Avinioni, nonis decembris, anno octavo]. 



— 57 bis — 

Jean XXI 1 annonce d Jean de Trie, senechal de Toulouse, quil 
a Vintention de nommer un inquisiteur de la foi dans la province 
d' Auch. II espere que Varcheveque d\Auch designera de son cote 
celui quil entend lui donner comme coUaborateur . — Avignon, 
20 decembre 1323. 

lieg. Vat., t. cxii, n. 527; L. Gucrard, Documents pontificaiix 
sur la Gascogne, Paris-Auch, 1903, t. ii, p. 109-110, n. 267 
(in exi.), 

Dilecto fiiio nobiii viro Johanni de Tria \ domino de Mou- 
chiacocastro^, senescallo Tiioiosanoet Albicnsi. — Dilectum filium 
Pliilipi)uni, thesaurarium ecciesie Baiocensis, fratrem tuum, ac 



96 BULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAISE 

tue nobilitatis litteras nobis per ipsum presentatas afleetu beni- 
gno recepimus, et que ipse nobis explicare curavit verbotenus 
et littere continebant predicte, pleno coUegimus infcellectu. 
Sane super eo quod de inquisitore heretice pravitatis in provincia 
Auxitana deputando litterarum habebat series predictarum, 
tue prudentie respondemus quod, quantum Sedem tangit aposto- 
licam, intendimus breviter de persona ydonea super hoc provi- 
dere^; ven. fratrem nostrum Guillelmum, episcopum olini 
Carcassonen., electum Auxitan. *, idem facturum, quantum 
ad ipsum pertinere dinoscitur, supponentes ^. Ceterum ad ea 
que de quibusdam dubiis, sub verbo sibi commisse per easdem 
litteras credentie dictus thesaurarius explicavit, respondimus, 
prout ipse tibi referre poterit oraculo vive vocis, quem tui con- 
sideratione et sue probitatis obtentu recomendatum habere pro- 
ponimus, loco et tempore congruis et gratiis et favoribus opor- 
tunis. — Datum Avinioni, xiii kalendas ianuarii, anno octavo. 



1. Jean de Trie, seigneur de Mouchy-le-Chatel, senechal de Toulouse et 
d'Albi, de 1323 a 1325. Leopold Dehsle, Chronologie des haillis et des senechaux, 
dans Recueil des hist. des Gaules, t. xxiv, Preface, p. 265-266. 

2. Mouchy-le-Chatel (?), Oise, arrond. de Beauvais. 

3. Bernard Gui venait de quitter Tlnquisition de Toulouse pour monter sur 
le siege episcopal de Tuy (1®' septembre 1323 : n. 44). Pierre Brun^sonsuccesseur, 
fut nomme par le pape, le 27 juillet 1324 (n. 59). 

4. Gmllaume de Flavacourt; cf. p. 56, note 5. 

5. M. Guerard, Documents, t. ii, p. 109, n. 267, resumant cette piece, ecrit 
que c'est le tresorier de Bayeux lui-meme que le pape va nommer inquisiteur 
d'Auch. Le pape se borne a parler d'une personne idoine. M. Leopold Dehsle, 
op. cit., p. 265, ne se trompe pas moins lorsqu'il decouvre dans la lettre que c'est 
rarcheveque d'Auch que Jean XXII va choisir. 



— 58 — 

Le pape injorme le roi de V arrivee de Jean V Archei>eque amene 
en cour d^Ai^ignon par deux officiers royaux. — Avignon, 
7 juillet 1324. 

Reg. Vat., t. cxii, fol. 30 v^, n. 664; Vidal, op. ci7., p. 430. 



JEAN XXll 97 

Prefato regi Francie. — Celsitudinem regiam volumus non 
latere quod dilecti filii nobiles viri Petrus de Macheriaco, miles, 
et Antonius, serviens armorum tui, ad nostram presentiam 
venientes, nobilem virum Johannem Archiepiscopi, militem, 
dominum de Perliniaco, nobis ex parte regia die date presentium 
presentarunt. — Datum Avinioni, nonis iulii, anno^^octavo. 



— 58 bis — 



Le pape attesle que Jean V Arche\>eque a comparu devaiU lui 
ce meme jour. — Avignon, 7 juiilet 1324. 

/?«g. /li'«i., t. XXI, fol. 170 \°; Reg, Fo/., t. lxxvh, u. 1454; 
Mollat, op. cif., n. 19901 (anal.). 

Universis presentes litteras inspecturis, salutcm. — Noscat 
universitas vestra quod nobilis vir Johannes Archiepiscopi, 
dominus Parteniaci, miles Pictaven. diocesis, die septimo presen- 
tis mensis iulii, apud Avinionem, in consistorio personaliter repre- 
sentavit se et comparuit coram nobis; in cuius rey (sic) testimo- 
nium presentes litteras eidem nobili duximus concedendas. — 
Datum Avinioni, nonis iulii, anno octavo. 



— 59 — 

Jean XXII nomme Pierre BruUy dominicain, d Voffice d^inqui' 
siieur de Toulouse. — Avignon, 27 juillet 1324. 

Reg. Val., t. cxii, fol. 88, n. 407. 

Dileclo lilio Pclro Biuni ^, ordinis fratrum prcdicaloruni, in({ui- 
sitori heretice pravitatis in partibus Tholosanis per Scdcm apo- 
stolicam deputato. — Inter curas assiduas et solicitudines varias 
que ministerio apostolice servitutis incumbunt illa nos angit potis- 
sime ut negocium fidei ad Dei gloriam et honorem ubique per pcr- 
sonas salubriter dirigatur ydoneas et nostris temporibus pro- 
speretur. llinc est quod nos attendentes quod diviiia Providenlia 

BULLAIRE — 7 



98 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANgAlSE 

thesaurum tibi scientie contulit teque multis virtutibus edo- 
tavit, ita quod cis {sic) tibi per vite meritum et aliis proficere per 
exemplum, oflicium inquisitionis heretice pravitatis in Tholosan. et 
aliis partibus in quibus inquisitor eiusdem pravitatis in dictis par- 
tibus qui fuit pro tempore auctoritate apostolica deputatus, illud 
consuevit actenus exercere auctoritate tibi presentium duximus 
usque ad apostolice Sedis beneplacitum committendum, faciendi, 
gerendi et exercendi in partibus antedictis omnia que ad offi- 
cium pertinent huiusmodi facultatem plenariam concedentes. 
Quocirca discretioni tue per apostolica scripta mandamus quati- 
nus prefatum officium sic solerter et fideliter exequaris quod exinde 
divinam et apostolice Sedis gratiam valeas uberius promereri. Per 
hoc tamen non intendimus alias ei cui ex Sedis predicte [voluntate] 
deputare inquisitorem pravitatis eiusdem in dictis partibus com- 
petit aut ordini tuo imposterum super predictis quomodolil)ct 
derogare. — Datum Avinioni, vi kalendas augusti, anno octavo. 

1. Les debuts de Pierre Brun nous sont inconnus. Mgr Douais, Documenls, etc, 
p. cxxiii, cxxxiii, le fait entrer en charge, a rinquisition de Toulouse, des 
Tannee 1318. Le document ci-dessus prouve qu'il n'y fut nomme que le 27 juil- 
let 1324. Bernard Gui venait d'etre promu a l'eveche de Tuy (n. 44). Son succes" 
seur continua si bien son oeuvre que_, dcs Tannee suivante (20 septembre 1325), 
il mcrita d'etre loue par le pape pour son zele (n. 63). Son tribunal examinait 
alors le cas d'un pretre accuse d'heresie; mais Fon soupQonnait fort ses denon- 
ciateurs de Tavoir charge a faux. L'inquisiteur ayant consulte le pape sur la 
conduite a tenir, Jean XXII proposa la convocation d'une assemblee consulta- 
tive (n. 69). En decembre 1325, P. Brun, assiste d*Henri de Ghamay, inquisiteur 
de Carcassonne, et du commissaire de Teveque de Beziers, prononga la sentencej 
de six heretiques. Doat, t. xxvii, fol. 89-91. Le 1^'' mars 1327 (n. st.), il assista,] 
avec Teveque d'Alet et Jean Duprat^ a un acte de joi celebre a CarcassonneJ 
Doat, t. xxviii, fol. 178-186. Durant les annees 1328-1329_, on le trouve, a Car- 
cassonne, a Narbonne, a Pamiers, a Beziers, presidant, avec Henri de Chamayj 
et les eveques du Languedoc ou leurs delegues, a des abjurations d'heretique8, ; 
a des consultations de theologiens et de canonistf s, a des actes de foi, a des pro- 
nonces de sentence. Douais, Documents, elc, p. cxi-cxii, cxxiv-cxxviii; La 
formule Communicato, p. 41-49. Le 24 novembre 1328, il jugea Barthelemy 
Adalbert, notaire de Tlnquisition de Carcassonne. coupable de graves delit8:j 
dans Texercice de ses fonctions. II termina ainsi un conflit de juridiction qui 
s'etait eleve entre Teveque de Carcassonne, Pierre Rodier, et Tinquisiteur Jean 
Duprat, au sujet de la punition de ce subalterne. l5veque et inquisiteur s'etaient, 
du reste, entendus pour lui remettre cette cause. Douais, Docum., p. Lxxxinj 
Lxxxvii. Bardin raconte dans sa Chronique [Hist. de Lang., t. x, Preuv., col. 37) j 
que rinquisiteur eut, en 1329 et 1330, a defendre les privileges de son tribunall 
contre Guillaume de Villars, juge d'appeaux de Toulouse, charge par le roi de 
couper court aux empietements des cours ecclesiastiques sur la justice royale. 



JEAN XXII 99 

D6s qu'il eut rcvise les livres des tribunaux ecclesiastiques^Iercformatcurreclama 
les siens u linquisiteur; et, sur le refus categorique de cc dernier, il fit forcer 
les portcs de la salle ou ils etaient conserves. Pierre Brun en appela au Parlement 
de Paris, qui, le 17 mai 1331, lui donna raison, avec le curieux considerant 
que rinquisition dtait moins un tribunal ecclesiastique qu'une cour royale. 
Percin, Inquisitio, p. 101, dans Monum. con^>ent. Tholos.; Hist. de Lang., t. ix, 
p. 458-459. Le 22 fevrier 1329, la juridiction de Tinquisiteur de Toulouse fut 
etendue a la villo et aux environs de Bordeaux (n. 83). En 1330 et 1332, Pierro 
Brun assista k des condamnations d'heretique8 prononcees a Carcassonne par 
rinquisiteur et rofiicial de cette ville. Hist. de Lang., t. ix, p. 401; Douais, La 
procedure inquisitoriale en Languedoc au xiv« siecle, Paris, Picard, 1900, p. 39. 
En juin 1337, il tint lui-meme, a Toulouse, un acte de foi auquel fut convie 
Aymon de Caumont, inquisiteur de Carcassonne. Douais, La procMure, etc, 
p. 23, 38. Son activite dans la chasse a rheretique ressort du livre de comptes 
de la scnechaussee de Toulouse pour Tan 1337. Le procurcur royal prepose a 
la gcstion des biens confisques per^oit les revenus de trente hcretiqucs; il 
additionnc Ics frais d'un « sermon » public — pcut-Stre celui dont il vient 
d'ctre qucstion — quil paya lui-meme; enfin il constate que lcs prisons de rin- 
quisition rcnfeiment quatre-vingt-deux condamncs. Hist. deLang., t. x.Preuves, 
col. 782, 792, 813-815. En 1338, Brun etait encore en charge. Le 19 mai, il fut 
choisi comme executeur testamentaire par Eleonore de Montfort, contesse de 
Vendome. Ilist. de Lang., t. ix, p. 579. Percin, Monum. conv. Tolos., p. 71, 
affirme qu'il Ggura comme definiteur au chapitre de son ordre tenu a Condom 
en 1340 et qu'il occupait encore a cette date la charge d'inquisitcur de Toulousc. 
11 est probable qu'il la conscrva jusqu'a sa promotion k TevSche de Couserans 
(26 juin 1342) ou a la nomination de son succcsseur, rinquisiteur Picrrc Gui 
(24 juillet 1342). II succ6dait, sur Ic si6ge de Couserans, a Pierro de la Palud, 
patriarche de Jerusalem. 11 y raourut en 1345. Eubel, Hier., t. i, p. 211. 



— 60 — 

Le pape prie le roi de France de jaire venir sans retard en cour 
d'A^'ignon certains reUj^ieux et laics dont le temoignage est utile 
a V instruction du proces du sire de Parlhenay. — Avignon, 13 sep- 
tembre 1324. 

Reg. Vat., t. cxiii, n. 1; Vidal, op. cit., p. 431. 

Regi Francie. — Cum in negotio inquisitionis contra nobilem 
virum Johannem Archiepiscopi, dominum de Pertiniaco, super 
crimine heresis apud Sedcm apostolicam inchoato, dilecti filii 
Johannes de Bourdinaria \ ordinis fratrum predicatorum, Johan- 
nes de Foresio ^, conversus, (jui anle conversionem suam Abraam 



100 BULLAIRE DE L^INQUISI TlON FRANgAISE 

de Perpiiiiano vocabatur, et Alanus Brito, morans Pertiniaci, 
dudum familiaris dicti nobilis, pro testibus credebantur nuilli- 
pliciter oportuni, celsitudinem regiam attentius deprecamur (jua- 
tinus prenominatas personas et alias, si quas dilectus filius inqui- 
sitor heretice pravitatis eidem celsitudini duxerit super hoc nomi- 
nandas, ad eandem Sedem celeriter et secrete sicut ipsius qualitas 
exigit negotii mittere non postponat. — Datum Avinioni, idus 
septembris, anno nono. 

1. « Adulator et dicti dcmini Johannis de Partiniacho proditor, ut apparet 
ex litteris quas ipse misit domino Johanni de Partiniacho et que producte sunt 
in iudicio. » Oldrado da Ponte, dans Hansen, op. cit., p. 58; cf. ci-dessus, n. 46, 
note 5. 

2. « Unus quondam judeus^ nunc christianus factus, cuius testimonio in 
quautum pro eo dicit utitur dominus Johannes de Partiniacho, in quantum vero 
contra eum dicit in aliquo non, obstante ratione vilitatis sue et facinorum suo- 
rum tam ante baptismum quam post, et quia unicus est cuius etiam in causa 
civili dicto non staretur... et quia inimicus... » Ibid. 



— 61 — 

La proi^ince dominicaine de Toulouse ayant ete recemment dis- 
traite de V ancienne pro^nnce de Proi^ence, le pape decide que desor- 
mais la presentation des candidats aux fonctions d' inquisiteur di 
Toulouse appartiendra au provincial de Toulouse. Le proi>incial 
de France, d qui Nicolas IV a concede le droit de nommer lei 
inquisiteurs en France, de^>ra choisir parmi les personnes qui 
lui auront ete designees de la sorte. — Avignon, 1®'* novembre 1324, 

Reg. A^en., t. xxii, fol. 359 v», n, 542; Reg. Vat., t. lxxviii,] 
n. 542; Mollat, JeanXXII, n. 20943 (anal.). 

Dilecto filio ^.. priori provinciaU fratrum ordinis predicatorui 
in Francia, salutem. — Dudum felicis recordationis Nicolauj 
papa IIII predecessor noster desiderans per apostolice Sedis dili- 
gentiam contra hereticorum dolosam astuciam, ne morbus huius- 
modi dilTusius serperet locorum ubilibet et maxime in christia» 
nissimo regno Francorum in quo precipue fides cathoHca viger( 
dinoscitur, oportunum remedium adhibcri ut negocium fidej 
iugi profectu, elisis quibusUbet prorsus erroribus, posset fortitei 
prosperari, i^riori provinciaU fratrum ordinis predicatorum inj 



JEAN XXII 101 

Francia qui tunc erat, eius proprio nomine non expresso, suis dedit 
litteris in mandatis ut de consilio aliquorum discretorum fra- 
trum eiusdem ordinis eligeret sex de fratribus dicti ordinis pro- 
vinciarum Francie et Provincie ydoneos ad huiusmodi opus 
dominicum exequendum, prout in litteris predecessoris eiusdem 
pleiiius continetur 2; quarum litterarum vigore extunc extitit 
observatum quod per priorem provincialem dicti ordinis provin- 
cie Provincie de discretorum consilio priori provinciali dicti ordi- 
nis in Francia, quotiens erat expediens, alique persone ydonee 
noniinate fuerunt, quarum unam dictus prior provincialis Francie 
ad exequendum huiusmodi ofTicium in dicta provincia Provincie 
deputabat. Cum autem postmodum sicut accepimus in generali 
capitulo dicti ordinis aput Bisuntium celebrato per magistrum 
gcneralem eiusdem ordinis et diflinitores eiusdem capituli dicta 
provincia Provincie * in duas provincias sit divisa* , quarum altera 
iuxta ordinationem dicti capituli denominatur provincia Tholo- 
sana, in qua quidem provincia, secundum brdinationem dicti 
capituli, Carcassona ctiam continetur, ac duo inquisitores exillis 
sex, unus videlicet Tholose, et alius Carcassone specialem habent 
et faciunt mansionem, habentes ibidem domos suosque processus 
ac libros et carceres ad personarum custodiam que sunt pravitatis 
heretice labe resperse specialiter deputatos : nos attendentes equi- 
tati consonum et etiam rationi quod, sicut ante divisionem pro- 
vincie memorate factam in predicto capitulo, per priorem provin- 
cialem eiusdem provincie Provincie eidem priori provinciali Fran- 
cie aliqui fratres ydonei nominabantur de consilio discretorum, 
quorum unus dictus prior provincialis Francie ad exercendum 
in civitate Tholosana et dicto regno huiusmodi inquisitionis offi- 
cium deputabatur, sic deinceps huiusmodi fratrum nominatio 
per priorem provincialem dicti ordinis qui est et erit pro tempore 
in provincia Tholosana de discretorum consilio fieri debeat, et 
unus illorum ad nominationem huiusmodi in eisdem Tholosana 
provincia atque regno ad exercendum predictum officium depu- 
tari, discretioni tue per apostolica scripta in virtute obedientie 
districte precipiendo mandamus quatinus de cetero, quotiens 
expedierit per cessionem vel decessum seu amotionem vel priva- 
tionem inquisitoris pravitatis eiusdem in dicta provincia Tholo- 
sana inquisitorem alium inibi ordinare, tu et successores tui prio- 
res provinciales dicti ordinis in Francia unam de personis quas 
prior provincialis dicti ordinis in dicta provincia Tholosana qui 



102 BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE 

est et erit pro tempore, tibi vel dictis tuis successoribus duxerit 
nominandas ad predictum officium exercendum in dictis Tho- 
losana provincia atque regno teneamini deputare, statuto quo- 
cumque contrario non obstante. — Datum Avinioni, kalendis 
novembris, anno nono ^. 



I 

( 



1. Hugues de Vaucemain, d'Auxerre, mattre en theologie enl323; provincial 
de France, de 1324 a 1333; general de l'ordre, le 22 mai 1333; mort le 6 aoiit 1341 
Quetif et Echard, Script. ord. praed., t. i, p. 580-581 ; Reichert^ Acta capit. gener. 
ord. praed., t. u, p. 118, 125; Mortier, Histoire des maitres generaux, t, iii, p. 87 
166; Denifle, ChartuL, t. ii, p. 230, 238, 270, 275, 402; A.nnee dominicaine, Lyon 
1886, t. III, L8 mars. _ 

2. Voir Potthast, n. 23297, et E. Langlois, Les registres de Nicolas IV, n. 2776- « 
2777 : lettres des 22 et 27 juin 1290. Nicolas IV ne faisait que suivre rexemple 

de ses predecesseurs. Des 1233 (20 avril), Gregoire IX donnait au provincial 
des dominicains de Provence commission de designer les religieux qui devaient 
entreprendre une predication contre rheresie. Ripoll, op. cit., t. i, p. 47. Inno- 
cent IV renouvelait ce privilege, le 20 juillet 1243; Doat, t. xxxi, fol. 97. Dix 
ans plus tard (24 octobre 1253), il ordonnait au prieur des dominicains de Paris 
de deleguer des inquisiteurs dans les domaines du comte de Poitiers et de Tou- 
louse. Doat, t. xxxi, fol. 90. Le 7 juillet 1246, il avait concede au general des 
freres precheurs le pouvoir de revoquer les inquisiteurs nommes par le Saint- 
Siege et de les remplacer par d'autres. Doat, t. xxxi, fol. 73. Le 20 octobre 
1248, le provincial d'Aragon et S. Raymond de Pennafcrt recevaient commission 
d'en designer pour les dioceses de la province de Narbonne mouvant de TAragon. 
Berger, Reg. d'I?inocent IV, n. 4156; Potthast, n. 13057. Alexandre IV enfin 
conflrma et renouvela, en faveur du general et des provinciaux dominicains, 
1e pouvoir de donner et de revoquer le brevet d'inquisiteur (13 mai 1256). Doat, 
t. XXXI, fol. 193. Les superieurs generaux et provinciaux de Pordre des freres 
mineurs jouissaient d'ailleurs du meme privilege (n. 71). 

3. L'ancienne province de Provence comprenait, a peu de chose pres, les pays 
situes entre les Alpes, le Rhone, les Pyrenees et une ligne traversant la France 
de Fest a Fouest, a la hauteur de Limoges. 

4. Cette mesure avait ete decidee dans le chapitre general tenu a Cologne, en 
1301, et confirmee dans celui de Bologne, en 1302. Reichert, Acta capit. general. 
ord. praed., t. i, p. 302-303, 312. Le chapitre de Besan^on, en 1303, ne fit que la 
renouveler en ces termes : « Confirmamus has constitutiones : primo hanc quod 
provincia Provincie dividatur et dividimus cam in duas, ita quod conventus 
Tholosanus, Carcassonensis, Appamiensis, Castrensis cum ceteris conventibus 
versus Lemovicam, Burdigalam et Baionam cum monasteriis sororum inter- 
clusis sint una provincia et vocetur provincia ThoIosan&; et teneat primum 
locum in choro sinistro. Conventus vero Montispessulani cum conventibus 
Narbonensi, Bitterensi, et tribus conventibus de dominio regis Majoricarum, et 
conventibus Amijiani, Podiensi, Albenacii, Marologii, Alestensi, Nemausensi ; 
et conventibus qui sunt ultra Rhodanum cum monasteriis sororum interclusis 
sint alia provincia, et provincia Provincie nominetur, et teneat locum in choro 
dextro post provinciam Aragonie. » Reichert, op. ci7., p. 317. 



JEAN XXII 103 



5. Clement VI, a la requete de rinquisiteur de Toulouse, Pierrc Gui, renou- 
vela, le 7 septcmbre 1342, les dispositions de la presente bulle, en specinant 
que le choix du provincial de France pourrait se porter sur le provincial de 
Toulouse (cf. n. 184-185). 



- 62 - 

Jean XXII loue Veveque de Mirepoix d^avoir fait construire des 
prisons pour les heretiques dans sa ville episcopale. II Vexhorte d 
remplir avec zele son role d* inquisiteur. II lui promet une reponse 
prochaine aux doutes par lui soumis au Saint-Siege. — Avignon, 
21 mars 1325. 

Reg. Vat., t. cxni, n. 81. 

Venerabili fratri Raymundo ^, episcopo Mirapiscensi. — Fra- 
ternitatis tue litteris solita benignitate receptis et earum pagina 
seriose perlecta, placet nobis provisa per te carceribus muri 
eonstructio pro perfidis hereticis carcerandis. Ceterum, ex peti- 
tionibus pro parte tua nobis exhibitis, quibusdam, prout potui- 
mus, per nos benigniter exauditis, quia nobis et sancte romane 
Ecclesie infestissima noscitur ipsorum hereticorum invida ra- 
bies, que inconsutilem Dei tunicam seva dentium pravitate di- 
scindit, dilectionem tuam solicita excitatione requirimus et hor- 
tamur atlente quatinus incumbenti tibi oflicio Inquisitionis he- 
reticorum huiusmodi sic te, prout ardua materia exigit, diligcn- 
ter et efficaciter habeas, quod preter divine retributionis premium 
consequaris inde apud nos et apostolicam Sedem favoris et gratie 
incrementum. Super dubiis autem super quibus nos consultare 
curasti, consilium cum fratribus nostris habebimus [et] quod visum 
extiterit tibi per alias nostras litteras rescribemus. — Datum 
XII kal. aprilis, anno nono. 

1. Raymond d'Athon, augustin, abbd de Saint-Sernin de Toulouse, en1301; 
premier ev6que de Mirepoix, promu le 17 fevrier 1318; mort en 1325. Gall. 
christ., t. XIII, col. 96, 267; J/ist. de Lang., t. ix, p. 370; Eubel, Hier., t. i, p. 360. 
II assista, le 8 decembrc 1319, k la condamnation de Bernard Delicieux. Lim- 
borch, op. cit., p. 268-273. Le 20 fevrier 1325 (n. st.), il s'excusa aupres de Jean 
Duprat, inquisiteur de Carcassonne, de ne pouvoir participer a Vacte de foi d\i 
dimanche suivant, a Carcassonne, et d^I^gua a sa place Bertrand de Roumen- 



104 



BL LLAIRE DE L INQUISITION FR.VNCAISE 



goux. Doat, t. xxviir, fol. 141 \°. Le Liher sententiarum publie par Limborch 
nous le montre (p. 330-333) avec Bernard Gui et Jean de Beaune, condamnant, 
en 1322, plusieurs beguins au mur. Voir abbe F. Robert, Ilistoire des e^^eques 
de Mirepoix, dans Bulletin historique du diocese de Pamiers, 1912, t. i, p. 39-46. 



— 63 



Le pape repond d Pierre Brun, inquisiteur de Toulouse, en lefeli' 
citant du zele quil deploie contre Vheresie et en Vengageant d pro- 
ceder en justice contre un pretre inculpe de ce crime. — Avignon, 
20 septembre 1325. 

Reg. Vat., t. cxiii, n. 1115. 

Petro Bruni ^, de ordine predicatorum, inquisitori heretice 
pravitatis in partibus Tholosanis auctoritate apostolica deputato. 
— Missis nobis litteris tuis quibus quedam que super negotio Inqui- 
sitionis tibi commisso acta fuerant intimans a nobis quid super 
quibusdam aliis dictum negotium tangentibus agere debeas edo- 
ceri petiisti, benigne receptis, earumque serie plenius intellecta, 
tuam super predictis adhibitam diligentiam commendantes, 
negotio huiusmodi credimus expedire quod contra illum capel- 
lanum, seu rectorem ^, de labe heresis vehementer ut predictc 
littere continebant suspectum, iuste procedere non postponas,! 
aliis quousque de pace Vasconie certiores rumores receperis subj 
taciturnitate seu dissimulatione dimissis. — Datum Avinioni, 
XII kalendas octobris, anno decimo. 

1. Voir n. 59, note 1. 

2. Voir, au n. 69, la reponsc du pape a une qucstion posee par P. Brun 
sujet de ce pretre. 



64- 



En recompense des services rendus par Jacques Fournier, e^>eqm 
de Pamiers, dans la poursuite des heretiques, Jean XXII lui con- 
cede le henefice des fa^^eurs spirituelles accordees ordinairement am 
inquisiteurs de la foi. — Avignon, 22 fevrier 1326. 



JEAN XXII 105 

Reg.Aven.,t.xxiy,ioL^ii;Reg. Val., X. lxxx, n. 749; Mollat. 
op. cit., n. 24466 (anal.). 

Venerabili fratri Jacobo, episcopo Appamiarum ^, salutem... 
— Cum sicut accepimus tu zelo pie devotionis accensus iuxta pa- 
storalis ofTicii debitum multos labores in Inquisitione pravitatis 
heretice quam in locis tibi subiectis exercuisti hactenus pertu- 
lisse noscaris et perferre speres, pro favore fidei, in futurum, ut 
prediclis laboribus fructus non desit per quem tibi eterna prcmia 
repensentur, tuis supplicationibus inclinati, fraternitati tue pro 
huiusmodi Inquisitionis negocio laboranti illam plenam tuorum 
peccatorum veniam indulgemus que inquisitoribus pravitatis 
eiusdem per privilegia Sedis apostolice est concessa*. Nulli, etc, 
nostre concessionis, etc. — Datum Avinioni, viii kal. martii, 
anno decimo. 



I4 Jacques 1'ournier (n. 24, note 1); cf. n. 73. 

2. Durant leur vie, les inquisitcurs beneficiaient des grticcs attachees a la 
risite des sanctuaires de Palestinc. Ils avaient droit a rindulgoncc in articulo 
mortis. Lea, Hist. de Vlnquisition (trad. franc), t. i, p. 271; Tanon, Uistoirc des 
trihunaux de Vlnquisition en France, p. 202. 



-65 — 

Le pape donne a Garin de Bar, inquisiteur dans les dioceses de 
Besangon, Genkve^ Lausanne, Sion, Toul, Metz et Verdun, le pou- 
voir de continuer, meme en cour d^Avignon, le proces de Guiot Lefol- 
let, retenu pour heresie dans les prisons pontificales. II pourra 
reprendre la procedure dejd commencee par lui-meme, par Varche- 
veque d' Aix et Vinquisiteur de Carcassonne. au nom du pape. — 
Avignon, 6 mai 1326. 

Reg. Vat., t. cxiii, n. 1447; Sauerland, Valikanische Urkunden 
und Regeslen zur Geschichte Lothringens, Metz, 1901, n. 493 (anal.). 

Dileilo (ilio Garino ^ de Barro ^, ordinis fralrum prcdicalorum, 
inquisil(»ri herctice pravitatis in Bisuutin., Gebennen., Lausanen., 
Sedunen., Tullen., Meten., et Virdunen. civitatibus et diocesibus, 
aiirtoriiate apostolica deputato. — Cum Guiotus Lefolet, de Fra- 



106 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE 

xino ^, laicusBisuntin. diocesis, qui de crimine heresis vehementer 
suspectus et culpabilis sicut accepimus reputatur. apud Sedem 
apostolicam detineatur carceribus mancipatus, nos cupientes 
ubique labem huiusmodi criminis extirpari, ut apud Sedem ean- 
dem contra dictum Guiotum super predictis inquirere ac proce- 
dere, tuique officii debitum in hac parte libere valeas exercere, 
processum alias per te ac venerabilem fratrem nostrum Jacobum, 
archiepiscopum Aquen. *, et dilectum filium ^». inquisitorem here- 
tice pravitatis in partibus Carcassonen. auctoritate apostoHca 
deputatum, de mandato nostro vive vocis oraculo vobis facto, 
habitum contra ipsum, si oportunum fuerit et expedire videris, 
nichilominus resumendo. — Datum Avinioni, ii nonas maii, 
anno decimo. 



1. Nous n'avons pas recueilli de renseignements sur ce religieux. 

2. Bar-le-Duc (Meuse). 

3. Frasne (Doubsl, cant. de Levier, arrond. de Pontarlier. 

4. Jacques de Concos^ dominicain, eveque de Lodeve^ le 14 fevrierl318; 
archeveque d'Aix^ le 9 juillet 1322; mort en 1329. Gallia christ., t. i, col. 321- 
322; t. VI, col. 553; Albanes, Gallia chr. novis., t. i, col. 82-83; Eubel, Ilier., 
t. i, p. 96,323; Doat, t. xxviii, fol.ll vo, 13, 15,21 vO; A. Albe, Autour de 
Jean XXII : Evequcs quercynois en France, dans Annales de Saint-Louisdes- 
Frangais, 1906, tir. a part, p. 155-157. Ses vicaires generaux, a Lodcve, 
condamnerent plusieurs beguins, 

5. Jean Duprat; voir n. 74, note 2. 



— 66 — 

Apres avoir jait le recit detaille de la procedure suivie jusqud 
ce jour contre le sire de Parthenay, tant autribunaldeV Inquisition 
de Paris quen cour d'' Avignon, le pape donne ordre d ses commis- 
saires, Varche<^eque d' Emhrun et Vei^eque de Saint-Papoul, de ter- 
miner le proces par le prononce de la sentence. — Avignon, 23 juil- 
let 1326. 

Heg. Awen., t. xxv, fol. 466; Reg. Vat., t. lxxxi, fol. 380 v^^ 
n. 2528; Vidal, op. cit., p. 431. 

Venerabilibus fratribus Bertrando, archiepiscopo Ebredunen. ^, 
et Raymundo, episcopo Sancti Papuli ^, salutem. — Cum oHm 



JEAN XXII 107 

dilectus filius Mauricius de Sancto Paulo, ordinis predicatorum, 
inquisitor heretice pravitatis in regno Francie auctoritate apo- 
stolica deputatus, contra nobilem virum Johannem Archiepi- 
scopi, dominum de Partiniaco, Pictaven. diocesis, super certis 
articulis sapientibus, ut ipse inquisitor dicebat, pravitatem ean- 
dem, ex officio suo inquirere incepisset et vellet ulterius in negotio 
inquisitionis huiusmodi procedere contra eum; tam ipse nobilis, 
qui occasione huiusmodi captus ductus Parisius fuerat, et inibi 
detentus in custodia carcerali, quam nonnulli consanguinei ipsius 
nobilis eundem inquisitorem ex certis causis suspectum habentcs, 
ipsumque propterea recusantes, ab eo ad Sedem appellarunt ean- 
dem. Ac ven. frater noster '.. episcopus Parisien. post appellatio- 
nem huiusmodi, quandoque per se, ac interdum per alios ex pote- 
state ordinaria, quam in ipsum nobilem tunc Parisius ut prefertur 
detentum se super hiis habere dicebat, contra eum cepit cum 
dicto inquisitore procedere super articulis prelibatis. Et tam 
predicto nobili dum sic detineretur quam eisdem consanguineis 
proponentibus certas causas propter quas asserebant eundem 
episcopum id de iure non posse facere nec debere; ac per eosdem 
nobilem et consanguineos quibusdam appellationibus proinde 
ad Sedem ipsam emissis, quibus dictus inquisitor non duxe- 
rat deferendum, sed contra eundem nobilem nichilominus proce- 
debat; nos de fratrum nostrorum consilio eidem inquisitori per 
nostras inter cetera litteras duximus iniungendum ut super pre- 
dictis nisi vocato diocesano nequaquam procederet, et eo interesse 
nolente vel non valente, ut super eisdem una cum ven. fratribus 
nostris Petro, Carnoten. *, tunc Atrebaten., et Petro, Autisiodo- 
ren. ^, tunc Vivarien. episcopis, quos ... inlocum ipsiusdiocesani 
Bubrogavimus... procedere procuraret ®. Verum quia propter 
diversa domicilia que ipse nobilis in diversis locis noscebatur 
prout noscitur obtincre quis eius diocesanus foret poterat hesitari 
probabiliter et negotium huiusmodi non absque more periculo 
retardari, nos postmodum tam Carnoten. et Autisiodoren. epi- 
scopis quam inquisitori prefatis per alias nostras dedimus litteras 
in niandatis ut ipsi Carnoten. et Autisiodoren. episcopi, vel eorum 
alter una cum eodem inquisitore, dicti nobilis irrequisito diocesano, 
nisi ante presentationem litterarum ipsarum eisdem Carnoten, et 
Autisiodoren, episcopis ac inquisitori directarum tunc faciendam 
fuisset idem diocesanus super hiis forsitan requisitus, iuste ac 
mature in negotio ipso procederent, aliarum litterarum no- 



108 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANCAISE 

strariim siipradictarum tenoribus observatis "^. Quarum quidem 
litterarum ad dictos Carnoten. et Autisiodoren. episcopos et inqui- 
sitorem ut prefertur directarum auctoritate, cum ipse diocesanus 
nondum requisitus fuisset, ad citationem duntaxat processum 
extitit contra nobilem memoratum. Deinde vero inquisitore ac 
nobili prefatis ad dictam Sedem accedentibus et constitutis etiam 
apud ipsam, nos volentes iuxta exigentiam premissi negotii ad 
examinationem veritatis et difTinitionem etiam ipsius negotii 
cum debita maturitate procedere, non obstantibus premissis seu 
quibusdam aliis processibus tam ante quam post recusationem 
et appellationes huiusmodi per dictos inquisitorem et episcopum 
Parisien., seu alios quoscumque quomolibet habitis contra nobi- 
lem antedictum, totum huiusmodi negotium ac omnia emergen- 
tia et dependentia ex eodem super articulis omnibus antedictis 
heresim, ydolatriam et sorlilegia tam simpHcia, quam heresii 
sapientia manifeste quoquomodo tangentibus ad nos ct examei 
apostolicum de eorumdem fratrum consilio et apostolicc pote- 
statis plenitudine duximus revocanduin; et voluimus, dictis 
processibus nequaquam obstantibus, examinari de novi 
eundem nobilem super articulis supradictis. Ipsoque nobili proptei 
hoc ad nostram presentiam evocato, ab eo super sancta Dei 
evangelia corporaliter a se tacta iuramentum recepimus de meraj 
et plena veritate dicenda super omnibus et singulis articulis memo-j 
ratis. Postmodum autem vobis et predictis Carnoten. et Autisio- 
doren. episcopis in nostra presentia constitutis cognitionei 
predicti negotii commisimus oraculo vive vocis; ita quodl 
omnes, aut tres, aut duo de vobis et apud Sedem predictam del 
negotio cognosceretis eodem; et quotienscumque aliquem vel 
aliquos ex vobis abesse contigeret alii possent per se in negotioj 
ipso procedere, et iidem se taliter absentantes illud resumerel 
et in illo ac si nunquam absentes fuissent procederej 
quociens existeret oportunum. Vohiimus insuper et expressej 
vobis dictisque Carnoten. et Autisiodoren. episcopis iniunximus 
ut ante omnia examinaretis diligenter prefatum nobiiem et re-j 
sponsiones audiretis ipsius super dictis articuHs super quibus iura- 
vit, ut premittitur, coram nobis dicere veritatem. Sane predictoj 
nobiU coram vobis et ipsis Carnoten. et Autisiodoren. episcopis inj 
nostro consistoriaH Palatio in iudicio constituto et a vobis et supra' 
proxime nominatis episcopis interrogato cum diHgentia, et re-| 
spondente distincte et singulariter super articuHs memoratis, quo- 



JEAN XXII 109 

rum quidain fuudantur super hiis que ipse nubilis coram dicto 
inquisitorc ut coram suo iudice dicitur iudicialiter fuisse confcs- 
sus, reliqui vero super hiis que dictus nobilis ultra contenta in 
predictis aliis articulis asseritur commisisse eaque in sua confes- 
sione huiusmodi subpressisse; dictoque nobili postea a vobis, 
eisdem Carnoten. et Autisiodoren, episcopis tunc absentibus, in- 
terrogato per idem iuramentum ab eo ut supra dicitur prestitum 
si perseverabat in huiusmodi responsionibus suis, aut si volebat 
aliquid addere vel detrahere aut mutare in illis; et respondente 
quod perseverabat in eis nil addendo, vcl detrahendo, aut etiam 
mutando. Et subsequenter per ipsum nobilem coram vobis et 
dicto episcopo Carnoten., eodem episcopo Autisiodoren. tunc 
absente, prestito de mera et plena veritate dicenda, super sancta 
Dei evangelia a se tacta corporaliter iuramento, vos et ipse 
Carnoten. episcopus interrogastis eundem nobilem super veritate 
factorum in certis eisdem articulis contentorum, que coram dicto 
inquisitore fuisse confessus expriniitur in eisdem, ac super hiis 
factis responsionibus per nobilein antedictum; receptis qucxjue 
ac examinatis diligenter quibusdam testibus per quos verisimilitcr 
credebatis veritatem in dicto negotio posse melius inveniri super 
articulis memoratis, a testibus ipsis, presente parte nobilis ante- 
dicti, primitus solito de veritate dicenda iuramento recepto, 
ac eadem etiam parte presente ipsorum attestationibus publi- 
catis; cum idem inquisitor nollet nominare aliquem vel aliquos 
tcstes ad instructionem vestri olficii super negotio memorato; 
et contra attestationes easdem datis quibusdam exceptionibus 
et nonnullis scripturis in dicto negocio productis pro parte 
nobilis ])relibati; et in eodem negotio ad informationem vestram 
cx parte ipsius nobilis quibusdam allegationibus factis et datis; 
ac demum facta nobis per vos super premissis omnibus et sin- 
gulis relatione plenaria et fideli, nos intendentes, prout ofTicii 
nostri debitum exigit, ut premissum negotium suadente iusticia 
sententialiter terminetur, fraternitati vestre de eorundem fra- 
truni consilio per aposlolica scripta committinuis et mandamus 
quatinus in ipso negotio ad ulteriora apud eandem Sedem, ut 
expedire videbitis, procedentes et habentes pre oculis solum 
Deuni; ac omnil)us in negotio predicto actitatis, habitis, et pro- 
ductis et atteslationibus anledictis diligenti examinatione discus- 
818, et prout tanti negocii qualitas exigit, et communicato super 
eis consilio porilurum, et super illis digesta deliberatione secuta, 



110 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE 

sepedictum negotium curetis auctoritate nostra per difTmitivam 
sententiam terminare; facientes quod decreveritis per censuram 
ecclesiasticam, appellatione remota, firmiter observari. — Datum 
Avinioni, x kalendas augusti, anno decimo ^. 

1. Bertrand de Daux, promu a rarcheveche d'Embrun, le 26 aoiit 1323; car- 
dinal du titre de Saint-Marc^ le 18 decembre 1338; eveque de Sabine, le 4 novem- 
bre 1348; mort le 21 octobre 1355. Baluze, op. cit, col. 811; Gall. christ., t. iii, 
col. 1085-1086; dom Vaissete, Histoire de Languedoc, t. ix, p. 478; Eubel, Hier., 
t. I, p. 243. 

2. Raymond de Moustuejouls, abbe de Saint-Tibery, puis eveque de Saint- 
Flour (31 juillet 1317); fut transfere a Saint-Papoul, le 16 avril 1319; et prornu 
au cardinalat, le 18 decembre 1327. II mourut le 13 novembre 1335. Gall. christ.. 
t. II, col. 422-423; t. vi, col. 714; t. xiii, col. 301-302; Hisioire de Languedoc, 
t. IX, p. 368; Eubel, Hierarchia, t. i, p. 15, 261, 409. , 

3. IKtienne de Bourret, eveque de Paris, le 20 aout 1320; mourut le 24 novem- 
bre 1325. Gallia chrisL, t. vii, col. 125-127; Eubel, Hier., t. i, p. 410. 

4. Voir n. 46, note 3. 

5. Voir n. 46, note 4. 

6. N. 46, 47. 

7. N. 52. 

8. Voir, n. 46, note 5, un resume de toute cette aflaire 



— 66 bis — 

Jean XXII ordonne aux inquisiteurs de poursui^^re les personnes 
qui se permeltent d^ajfirmer et d^enseigner quil est licite de porter 
ou d^en^oyer d Alexandrie et dans les autres localites de V Egypte 
au poui^oir des Sarrasins des i^ii^res et toutes autres marchandises, 
sous pretexte que la defense portee par les conciles, et en parlicu- 
lier par celui de Lyon, ne <^ise que le commerce des armes, les 
na^fires, les hois de construction pour na<^ires et le ser<,dce prete 
par des chretiens sur les flottes des infideles. La dejense a ete etendue 
par des bulles de Clement V et de Jean XXII aux denrees alimentaires 
et d toutes les autres marchandises destinees aux i^illes egyptiennes. 
Jean XXII a meme decide que les injracteurs de cette defense 
seraient poursuii^is commeheretiques. — Avignon, 1^^ juillet 132G. 

Reg. VaL, t. cxiii, fol. 247. 

Dilectis filiis inquisitoribus hcretice pravitatis. — Olim in 



JEAN XXII 111 

generali * et Lugdunen. ^ consiliis ac subsequentcr per fel. record. 
Nicolaum quartum ^ et Bonifacium VIII * romanos pontifices, 
predecessores nostros, contra illos falsos et impios christianos qui 
adversus Deum Redemptoren nostrum et populum christianum 
Sarracenis ferruin, arma quibus christianos impugnant, ac ligna- 
mina galearum et aliorum vasorum navigabilium deferunt, et in 
cos qui eis galeas vendunt aut naves, quique in piraticis 
Sarracenorum navibus curam gubernationis exercent, vel in 
machinis aut quibuslibet aliis aliquod eis impendunt auxilium vel 
(onsiliuin in christianorum dispendium et specialiter Terre Sancte, 
fuerunt tam excommunicationis quam alie diverse spirituales 
et temporales pene et sententie promulgate. Necnon pie memorie 
tllcmens papa V ^ predecessor noster dicti Nicolai vestigiisinhc- 
rcndo, duxit auctoritate apostolica statuendum ut nullusarma, 
equos, ferrum, lignamina, victualia et alia quecumque merci- 
inonia in Alexandriam vel alia loca Sarracenorum terre Egipti 
deferre, mittere seu de portibus eorum ut eisdem deferantur 
extrahere, seu extrahi permittere [repetition :seu de portibus eo- 
runi ut eisdem deferantur extrahere, seu extrahi permittere], 
uut eis alias auxilium vel favorem prestare quoquomodo presumat ; 
decernentes eos qui contra huiusmodi constitutionem suam 
temerario ausu venire presumerent, eo ipso excommunicationis 
sententie subiacere, aliis nichilominus penis diversis contra illos 
inflictis. Nos quoque dudum percepto quod nonnulli solo duntaxat 
iioinine christiani presumpserant in illuin errorem ausu dampna- 
bili prorumpere ac etiam presumebant, ut pertinaciter assererent 
ubillarum rerum commercio et negotiorum exercitio fore solura- 
modo abstinendum, que duntaxat in prefatis consiliis prohibentur, 
inendaciter quinimo dampnabiliterastruentescontraconstitutiones 
predictas victualia et alia quecunque mercimonia preter dicta 
in eisdeni consiliis prohibita in Alexandriam vel alia loca Sarrace- 
horum terre Egipti deferre vel mittere non esse peccatum, se et 
alios per aflirmationem erroris huiusmodi pertinacem in pecca- 
torem [sic) fecein et labem pravilatis heretice inmergendo : que per 
eosdem nichilominus Bonifacium et Clementem facta fuerunt 
3uper hiis rata et grata habentes, illa duximus auctoritate apo- 
stoliia uj)probunda et etiam innovanda,illorumerroremquiastruere 
vel allirniare pertinaciter contendcbant victuuliu et aliu quecum- 
que mercimonia preter predicta in eisdem consiliis prohibita in 



112 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE 

Alexandriaiii vel alia loca Sarracenorum terre Egipti deferre vel 
niittere non esse peccatum dampnantes et expressius reprobantes, 
ac decernentes eosdem tanquam hereticos puniendos ^. Et licet 
approbatio, innovatio et declaratio nostre predicte fuerint in 
diversis partibus solenniter publicate, aliqui tamen, qui eorum 
nequeunt ignorantiam allegare, labem vitare criminis huiusmodi 
non curantes, sed se ipsos in profundum malorum et dampna- 
tionis precipicium potius immergentes, asserere ac affirmare perti- 
naciter et quod est detestabilius astruere ac dogmatizare verbo 
et scriptis quod deferre vel mittere Sarracenis in Alexandriam vel 
aliam terram eorum victualia et alia quecumque mercimonii 
preter predicta in eisdem consiliis prohibita non est peccatui 
presumpserunt, sicut infesta multorum insinuatione percepimus 
dampnabiliter et presumunt in huiusmodi dampnosam heresin? 
incidendo. Nos autem animarum periculis aliisque malis innumeris 
fidei et fidelibus imminentibus ex premissis obviari salubriter et 
celeriter cupientes, discretioni vestre in virtute obedientie per 
apostolica scripta districtius precipiendo mandamus quatinus 
advcrsus eos qui premissa pertinaciter asserere, affirmare, seu 
astruere, vel dogmatizare post publicationem dictarum appro- 
bationis, innovationis, et declarationis presumpserunt, vel presu- 
ment in posterum, procedere, prout vobis ex iniuncto Inquisitionis 
officio competit, iuxta formam canonum taliter exacta diligentia 
studeatis quod preter mercedis eterne premium valeatis nostram 
et apostolice Sedis gratiam uberius promereri; nos reddituri nichilo- 
minus de processibus quos inde feceri[ti]s certiores, — Datum 
Avinioni, kalendis iulii, anno decimo. 

1. Conc. de Latran. DecreL, lib. V, tit. vi, cap. 6, 11, 12, 17. 

2. Conc. de Lyon, 1245. Labbe-Cossart, Concil., t. xi, part. 1, col. G56. 

3. Bulle de 1291. Raynaldi, ad ann. 1291, n. xxvi. 

4. Constitution Fuit olim, 1299, in die Coenae Domini. BuUarium roman, 
ponlif., ed. Cocquelines, t. iii, part, 2, p. 92-93. 

5. Extramg. com., lib, V, tit. ii. 

6. Bullc du 5 septembre 1324. Raynaldi, ad auu. 1324, n. xliv. 



I 



JEAN XXII 113 



— 67 — 



Jean XXII donne commission au cardinal Berlrand de Mon- 
fa^'es, d Vefjet de terminer le proces de Bertrand d* Andiran, chanoine 
(le Saint-Caprais d* Agen^ accuse de s*etre livre aux pratiques de 
lamagieydeValchimieetd autres superstitions. — Avignon, 23 aout 
1326. 

Reg. Vat.y t, cxiii, n. 1096. 

Dilecto filio Bertrando, sancte Marie in Aquiro diacono cardi- 
nali ^. — Dudum ad venerabilis fratris Amaneri *, episcopi Agen- 
ncnsis, notitiam fama publica deferente perducto quod Bertran- 
dus de Andirano ', canonicus ecclesie sancti Caprasii Agennensis, 
ct quidam sui familiares et complices eo prescnte, sciente et per- 
niittente fierique faciente, ac postmodum ratum habente, nedum 
in domo quam idem Bertrandusincivitate Agennensiinhabitabat, 
sed aliis locis pluribus et diversis dampnatis scientiis et artibus 
non absque transgressione fidei catholice iuris(|ue canonici et 
civilis usus seu abusus fuerat in sue perniciem anime diutius 
et frequenter contra bonos mores, et in detrimentum plurium 
utebatur, quodque ipse ad usum, seu abusum scientiarum seu 
artium prohibitarum huiusmodi, diversos libros, scripturas ac 
vasa vitrea, terrea et lignea et alia instrumenta diversa cum qui- 
bus varios pulveres et liquores tam fetidos, quam alios, et alia 
quamplura dampnata et illicita composuerat ac etiam componebat. 

Et insuper quod idem Bertrandus, dictis utendo seu abutendo 
scientiis et artibus, demum temptare demones et malignos spiritus 
invocare, coniuria et alia illicita et dampnata ad illum finem com- 
mittere satagebat quod exinde tremenda tonitrua, coruscationes, 
fulgura, tempestates, grandines, demoniorum percussiones, inva- 
siones ac mortes hominum et alia dampna innumera sequerentur *. 
Item quod eodem Bertrando mandante ac fieri faciente, Petrus 
de Auriaco ^, laicus, et Johannes de Ponte, clericus de Limosio ®, 
familiares dicti Bertrandi, de furchis patibularibus civitatis pre- 
dicte duo capita et unum brachium hominum suspensorum in 
furchis eisdem de nocte ceperant et apportaverant ad civitatem 
eamdem; qui capti cum eisdem capitibus et brachio extiterunt 
per custodes seu vigiles civitatis eiusdem, eodem Petro ex sua con- 
fessione flammarum incendiis iusto iudicio tradito et prefato 
Johanne in carceribus memorati episcopi mancipato. Et preterea 

BULLAIRE - 8 



114 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 

quod dictus Bertrandus in domo sua receptaverat multociens, 
ac etiam receptabat plures personas que dictis scientiis et arti- 
bus utebantur conversando publice cum eisdem; quodque de 
predictis omnibus erat et fuerat prefatus Bertrandus apud civita- 
tem eamdem multipliciter diffamatus. Prefatus episcopus nolens 
premissa sic enormia incorrecta conniventibus oculis pertransire 
contra dictumBertrandumpropter hoc suis carceribus mancipatum 
incepit inquirere diligenter. Et tandem propter criminum enor- 
mitatem huiusmodi et ut exhiberetur plenius super hiis iusticie 
complementum, ipsum Bertrandum ad Sedem apostolicam sub 
fida custodia transmittere procuravit. Nos autem super predictis 
et ea tangentibus volentes plenius informari tibi ac bone memorie 
Petro, tituli sancti Stephani in Celiomonte ^, presbitero cardinali, 
ut veritatem solerter inquirere nobisque reflerre quod repereritis in 
hac parte fideliter curaretis commisimus viva voce. Cuius quidem 
commissionis auctoritate ad actus non nullos dum adhuc dictus 
Petrus cardinalis vitam in humanis ageret in predicto negotio 
procedere curavistis. Et subsequenter eodem cardinali sicut Do-, 
mino placuit vita functo, tu de mandato nostro vive vocis oraculo 
tibi facto, super premissis ad actus alios, prout eiusdem exigebat 
qualitas negocii, processisti. Volentes itaque negocium huiusmodi 
exigente iusticia fine debito terminari, ac de tue circumspectionis 
exquisite providentia plenam in Domino fiduciam obtinentcs, 
discretioni tue per apostolica scripta committimus et mandamus 
quatinus resumptis omnibus processibus tam per te ac eundem 
cardinalem simul, quam per te solum et quosvis alios super pre- 
dictis habitis eisque completis et perfectis, si perfecti forsitan non 
fuerint et completi, habendo pre oculis solum Deum, prefatum 
Bertrandum, qui propter predicta nostris detinetur mancipatus 
carceribus, absolvendo vel condempnando, prout de iure fuerit 
et secundum Deum tibi videbitur, studeas dictum negocium fina- 
liter terminare ^. — Datum Avinioni, x kalendas septembris, 
anno decimo. 

1. Bertrand de Montfaves, chanoine de Chalons, de Cahors et de Lyon, promu 
au cardinalat le 18 decembre 1316; mourut le 1" decembre 1342. Ciacconius, 
col. 411-412; Baluze, Vitae, col. 728-731; Eubel, Hier., t. j, p. 14; Albe, Autour 
de Jean XXII. Le cardinal de Montfaves, Cahors, 1904. 

2. Amanieu de Farges, promu a Agen en 1314; mort en 1357. Gallia chr.. t ii, 
col. 924; Eubel, Hier., t. i, p. 76. 

3. Andiran (Lot-et-Garonne), arrond. et cant. de Nerac. 



JEAN xxn 115 

4. Cetaient \k dcs griefs dirigcs assez souvciit contre ceux qui avaient 
uiie reputation de magiciens (voir un exemple dans Lamothe-Langon, 
Hisloirede Vlnquisiiion en France, t. iii, p. 233 sq., cit^ par Hansen, Quellen und 
Vntersuchungenutr Geschichtede^ Hexenwahns undder Hexenver/olgunq in Mil- 
telalter, p. 450-453). En ccrtains lieux, au lieu de punir ces hommes, on 
prenait le parti de se les attacher, moyennant retribution. Moissac, par excm- 
ple, avait son tempestarius, charge de faire la pluie et le beau temps dans la region 
ou, au moins, de conjurer Torage : vira la malino, comme on dit dans le patois 
local. Lagreze-Fossat, l^tudes historiques sur Moissac, t. ii, p. 297. 

5. Auriac (Lot-et-Garonne), cant. do Dura?. arrond. de Marmande. 

6. Limoux ? (Aude). 

7. Pierre Tissier, de Saint-Antonin, vice-chancelier de rflglise romainc; cre^ 
cardinal, le 19 decembre 1320; mort en juin 1325. Baluze, op. cit., t. i, col. 749; 
Ciacconius, t. ii, col. 416-417; Eubel, Ilier., p. 15. 

8. Autres documents sur la sorccllcric et les pratiqucs supcrstitieuses, n. 24, 
;0 bis, 50, 72, 77, 103 (note 3); cf. Litroduction, p. xlviii sq. 



-68 — 

Jean XXII declare le dominicain Guillem Garric, de Carcassonne 
apte d exercer les jonctions dii ministere sacre et d accomplir, dans 
son ordre, les actes requis d^un hon religieux, bien que la memoire, 
de son grand-pere et de sa grand* mere ait ete execree pour cause d*he- 
resie. — Avignon, 25 aoAt 132G. 

Reg. Avfn., t. xxv, fol. 441, n. 2480. 

Dilecto filio Guillelmo Garrici ^ de Carcassona, fratrum predi- 
catorum ordinis professori, salutem, etc. — Solet plerumque... 
Ex tenore siquidem pro parte tua nobis exhibite petitionis acce- 
pimus quod avus et avia tui paterni multis annispost obitum 
eorum elapsis fuerunt de heresi condempnati. Quare pro parte 
tua nobis extitit humiliter supplicatum ut tibi ac statui tuo in 
hac parte benigne consulere et de oportuno providere remedio 
misericorditer dignaremur. Nos igitur... tecum... ut legendi ac 
predicandi et confessiones audiendi ofFiciis... uti, necnon et ad 
electiones quascumque... admitli omnesque actus legittimos sicut 
alii fralres ipsius ordinis habiles et ydonei exequi et exercere 
[eic.] valeas... dispensamus ^. — Datum Avinioni, viii kalendas 
septembris, anno decimo. 



116 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANgAlSE 

1. II etait peut-Stre apparente a Guillem Garric, professeur de droit, de 
Carcassonne, heretique fervent qui participa a plusieurs complots contre Tln- 
quisition et fut deux fois condamne par elle (1300; 1321). Voir Douais, Guillaume 
Garric de Carcassonne, professeur de droit, et le trihunal d' Inquisition {1285- 
1329), p. 6-10, extrait des Annales du Midi, 1898. 

2. Le statut Cupientes de saint Louis (1228; Ordonnances des rois de France, 
Paris, 1723, t. i, p. 50-53) excluait des charges publiques les heritiers des con- 
damnes ad murum. Alexandre IV decida que ni les heretiques, ni leurs fils, ni 
leurs petits-fils ne pourraient etre pourvus d'un benefice ou office ecclesiastique. 
Sext., lib. V, tit. De haereticis, cap. 2; Potthast, n. 18115. 

Boniface Vtll declara que, dans la ligne maternelle, Texclusion s'arretait a 
la premiere generation. Les petitsfils d'une femme heretique n'etaient donc 
pas atteints par elle. Sext., lib. V, tit. De haeret., cap. 15; voir Introducticn, 

p. LXVII. 



— 69 — 



En reponse d une question d lui posee par Vinquisiteur de To 
louse au sujet d^un pretre accuse d^heresie par des temoins en 
partie suspects, le pape conseille la reunion d' une assemblee consul- 
tative. — Sans date. [Avignon, 1325-1326.] 

Reg. Vat., t. cxiii, n. 2211. 

Inquisitori heretice pravitatis in provincia Tholosana auctori- 
tate apostolica deputato ^. — Super consultatione quampertuas 
litteras de tribus monachis et uno clerico seculari quendam pres- 
biterum ^ de crimine heresis accusantibus et testes nominantibus, 
quorum aliqui sunt de falsitate convicti, ac aliis contentis in eisdem 
litteris facere curavisti, breviter respondemus : quod cum facti 
noticiam plenius habeas, et in loco ubi copia peritorum reperitur 
existas, volumus et expediens reputamus quod peritorum ipsorum 
adhibito consilio ^, et debita maturitate servata quod iuris et 
equitatis fuerit super premissis omnibus exequaris. 

1. Pierre Brun; voir n. 59, note 1. 

2. Sur ce pretre, voir n. 63. 

3. Sur les consultations inquisitoriales, voir Douais, La /or/nuZe Communicalo 
bonorum virorum consilio des senlences inquisitoriales, dans Moyen dge, 1898, 
p. 157- 192. 



i 



JEAN XXII 117 



— 70 — 

Jean XXII ordonne a Ve^>eque d*Elne ^ de faire une enquete sur 
les erreurs professees par le franciscain Guillaume Negre^ de Ville- 
franche *, au sujet de la pauvrete absolue du Christ et des apdtres '. 

— Avignon, 10 octobre 1326. 

Iteg. Vat., t. Lxxxii, lol. 1, n. 3, de Curia; Reg. Ai>en.,t. xxvi, 
fol. 1, n. 3, de Cur.\ Eubel, BulL, n. 633 (m cx/.). 

Ven. fratri.. episcopo Elnen. — Apostolice servitutis studium... 

— Datum Avinioni, vi idus octobris, anno undecimo. 

1. Berenger Batlle, chanoine, puis, le 3 scptembre 1320, ^vSque d'Elne (/?c- 
gesta Vat., X. lxx, n. 1490; Mollat, op. cit., 11991) ; transfere a Majorque, le 27 
juillet 1332; ily meurt le l"novembre 1349. Gall. christ., t. \i, col. 1056; Eubel, 
Ilier., t. I, p. 248^ 337. Le 24 avril 1330, il re^ut du pape Jean XXII Tordre de 
poursuivre, de concert avec rinquisiteur; les h^r^tiques de son diocdse (n. 96). 

2. Villefranche-de-Conflent (Pyrenees-Orientales), arrond. et cant. de Prades. 

3. Sur la ditcussion touchant la pauvrete evangelique, voir rintroduction, 
p. Li sq.. 



- 71 — 



Le pape confirme V inquisiteur Guillem Astre ^ dans sa charge; 
nonohstant les decisions du ministre general et des chapitres pro- 
vinciaux de Vordre des freres mineurs, d^apres lesquelles nul membre 
de cet ordre ne peut exercer la charge d^ inquisiteur au deld de cinq 
annees; nonobstant le droit concede par le Saint-Sidge aux provin- 
ciaux du meme ordre d'instituer et de revoquer les religieux choisis 
par eux *. Le pape loue le zele de Guillem Astre. — Avignon, 27 oc- 
tobre 1326. 

Reg. Aven., t. xxix, fol. 300; Reg. Va/., t. lxxxvi, n. 1686; 
Wadding, Annales, ad ann. 1327, n. v; Eubel, DulL, n. 684 (m ex/.). 

Dilecto filio Guillelmo Astre, ordinis fratrum minorum, inqui- 
sitori heretice pravilatis in Venaysino, necnon Provincie et For- 



118 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANCAISE 

calquerii comitatibus, et civitate Avenionen. omnibusque terris 
et locis infra Arelaten., Aquen., Ebredunen. et Viennen. provin- 
ciarum terminos constitutis auctoritate apostolica deputato. — 
— In Inquisitionis officio... — Datum Avinioni, vi kalendas 
novembris, anno undecimo. 



1. Voir n. 49, note 3. 

2. Voir n. 61, note 2. Cf. Introduction, p. xxxii sq. 



— 72 — 

Jean XXII confie aux trois cardinaux Guillaume Goudin, Pierre 
d' Arrahlay et Bertrand de Montfa^es le proces de plusieurs clercs 
et laics des dioceses de Toulouse et de Cahors, en particulier 
celui du prieur de Saint-Sulpice [Tarn), accuses d'a<^oir jabrique 
des images de cire et de pierre destinees a Ven^outement, d Vinvoca- 
tion des demons et d d^autres pratiques condamnables. — Avignon, 
14 novembre 1326. 

Reg. Vaf., t. cxiv, fol. 72, n. 459. | 

Venerabili fratri Guillermo, episcopo Sabinen. ^, et dileclis filiis 
Petro, titulisancte Susanne^, presbitero acBertrando, sancte Marie 
in Aquiro^, diacono cardinalibus. — Ad nostram dudum audientiam 
multorum relatio non contempnenda perduxit quod nonnulli pcr- 
ditionis filii ct iniquitatis alumpni detestande factionis nefariis 
operationibus dampnabiliter intendcntes, quasdam sub figura 
seu typario regio confiatiles ymagines plumbeas, vcl eliam lapi- 
deas fabricarunt seu fabricari fecerunt, ut magicis artibus hor- 
renda maleficia, incantationes et invocationes demonum aliaque 
nefanda et prohibita opera exercerent. Sane quia occasione nefandi 
sceleris huiusmodi, per curiam venerabilis fratris nostri*.. archi- 
episcopi Tholosani, Petrus Raymundi Esparverii et Petrus Engll- 
berti, Tholosan., ac Johanncs Ferrerii, Caturcen. diocesum clerici, 
etnounulli alii capti et ipsius archiepiscopi carceri mancipatiall- 
quali processu ibidem habito contra eos ^ ct subsequeuter per 



JEAN XXII 119 

officiales regios Tholosan. ducti Parisius cxtiterunt; acdemum 
prefati clerici per carissimum in Christo filium nostrum Carolum, 
regem Francie et Navarre illustrem, ad nos transmissi fuerunt. Et 
nichilominus Geraldus Barasci, prior prioratus sancti Sulpitii, 
ordinissancti Benedicti, Tholosane diocesis,super premissis delatus, 
contra quem in romana Curia processus aliqui sunt occasione 
huiusmodi habiti nostris detinetur carceribus mancipatus. Nos 
volentes de tam excessu detestabili scire plenius veritatem, vo- 
bis de quorum probata fide et experientia fiduciam in Domino 
gerimus specialem, committimus per presentes quatinus vos duo 
aut unus vestrum, resumptis in eo statu quo sunt processibus in 
eadem romana Curia premissorum occasione habitis, super statu 
et conditione dictorum clericorum, ac de predictis omnibus et 
singulis, tam contra ipsos et priorem prefatum quam quoscumque 
alios cuiuscumque gradus, dignitatis, status, ordinis vel condi- 
tionis existant summarie, simpliciter et de plano ac sine strepitu 
iudicii et figura, non obstantibus quibuscumque processibus 
super predictis extra curiam habilis inquiratis cum diligentia ple- 
nius veritatem; nobis que circa premissa feceritis referre fideliter 
procurantes ut super eis ulterius procedere, sicut tanti criminis 
piaculum exigit ac honori Dei et iusticie convenire videbimus, 
valeamus *. Volumus autem vobisque vestrum cuilibet presentium 
tenore concedimus ut tam in prefata Curia quam extra citare 
possitis etiam personaliter eos de quibus pro premissis vobis 
videbitur expedire. — Datum Avinioni, xviii kalendas decem- 
bris. 

1. Guillaumc Goudin, de Bayonne, doniinicain, lecteur en theologie a la cour 
pontificale, en 1306; fait cardinal du titre de Saintc-Cccile, le 23 decembre 1312; 
puis evcque de Sabine, Ic 12 scptcmbre 1317; mcurt le 4 juin 1336. Daluze, 
Vitae, col. 671; Ciacconius, t. ii, col. 384-385; Denifle, Arch. fur Litteralur, t. ii, 
p. 212, n. 53; Eubel, Ilier., t. i, p. 14; Anni-e dominiraine, Lyon, 1893, juin, 
p. 87-92; voir un acte de lui, n. 30 his et 103. 

2. Picrre d'Arablay, chancelier du roi de France, le 22 juillet 1316; cree 
cardinal du titrc dc Sainte-Suzanne, le 18 decembre 1316; promu & revochd 
de Porto, cn 1328; meurt en 1329. Baluze, Vitae, col. 731, 796; Ciacconius, t. ii, 
col. 411; Eubel, Ilier., t. i, p. 14. 

3. Bertrand de Montfavdg : voir n. 67, noto 1. 

4. Jean Rayniond deComminges; voir n. 22, note 1. 

5. Voici, d'apres un rj</imi/s de rofficial dc Toulouse, le texte desaveux faits 
en 1323, par Pierrc Rayinond E^parvirr et Picrrc Engilb(^rt,dcvant lo procurcup 
de rarchevgque. Archiv. Valic, /nsfr. miscell^ 132:5, 27 juin. Original, avec 



120 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE 

double queue de parch. sans sceau; Hansen, ()Me//cn wni Untersuchungen zur 
Geschichte des Hexenwahns, p. 447, n. 4. 

« Noverint universi quod nos officialis Tholosanus vidimus, legimus, tenuimus 
et inspeximus diligenter quasdam confessiones factas per Petrum Raymundi 
Sparverii et Petrum Engilberti, clericos, una cum quibusdam superscriptione et 
subscriptione earumdem contenlas in quodam libro curie criminum domini 
iiostri domini archiepiscopi Tolosani* copcrto pelle vituli, scriptas manu magistri 
Stephani Brossardi notarii dicte rurie criminum; quas quidem confessione?, 
superscriptionem et subscriptionem earundcm per Petrum Cellararii publicum 
Tholose notarium abstrahi de dicto libro fecimus et in formam publicam redigi; 
quarum quidem confessionum, superscriptionis et subscriptionis earundem tenor 
sequitur sub hiis verbis : 

« Confessiones facte per Petrum Raymundi Sparverii et Petrum Engilberti 
clericos, in curia archiepiscopcli Tholose. 

« Anno Domini MoCCC°XXIIP, die lune postfestum Nativitatis beati Johau- 
nis Baptiste, Petrus Raymundi Sparvcrii^ clericus, iuratus et interrogatus supcr 
facto ymaginum repertarum per curiam secularem in domo in qua inhabitat 
Tholose, dixit et confessus fuit quod hoc anno quadam die de qua dixit se non 
recordari, ex quo venit de curia romana dominus prior sancti Supplicii**, qui 
in domo ipsius deponentis morabatur^ in camera superiori secrete cum Pelro 
Engilberti_, magistro Petro Fabri et quondam scutifero suo quodam vocato Ber- 
trando loquebatur. Et cum per pausam ita secrete loquuti fuissent, finitis 
ipsis verbis seu consilio inter ipsos, et descendissent inferius, ipse deponens 
interrogavit ipsum dominum priorem cuiusmodi consilium sic secrete inter 
se habuerant. Qui dominus prior respondit et dixit : Nichil ad te_, quia tu es 
ita loquax quod nichil potes secrete tenere. Tamen si tu velles csse fidelis et 
tenere sccrete cgo bene dicerem tibi. Et tunc ipse deponens, promisso quod 
nemini revelaret, ymmo secrete teneret quicquid sibi diceret, dictus dominus 
prior dixit sibi ostendendo quandam peciam pargameni in qua erat depicta que- 
dam ymago ad effigiem hominis : Ego loquebar Petro Engilberti quod perqui- 
reret michi unum hominem qui secrete talliaret michi unum molle ad simili- 
tudinem istius ymaginis in lapide; et ymago de plumbo quam in ipso molle 
faciemus loqueretur, ut dicit Petrus Fabri, semel in mense dicendo veritatem de 
hiis que petentur ab ea : ita quod dicet nobis veritatem alquimie in qua tantum 
laboravimus. Item et dicet etiam nobis veritatem, si filie vicecomitis Bruni- 
quelli *** fuerunt potionate (Hansen : patronafe !) ; nam dictus vicecomes credit 
quod fuerunt potionate et rogavit me instanter quod modis omnibus scirem sibi 
veritatem. Item dixit quod dictus Petrus Engilberti fecit fieri dictum molle 
Petro Calhavelli; in quo molle fuerunt facte tres ymagines tantum deplumbo 
pro assagio; quas ymagines ipse dominus prior posuit in archa, cuius clavem 
sibi tradiderat mater ipsius deponentis, ut dixit. 

« Petrus Engilberti, clericus Tholose, iuratus et interrogatus super predictis 
dicere veritatem, dixit in cfTectu idem quod dictus Petrus Raymundi; et quod 
ipse loquens fecit fieri dictum molle ad prcces dicti domini prioris dicto Petro 
Calhavelli; et quod dictus Petrus Fabri dixit, ipso dcponente audiente et ipso 
domino priore, quod ipse habebat artem cum qua loqui faceret ymagines in ipso 
molle factas, dum tamen fierent sub debita constellatione; et quod ymagin.cs 
ipse dicerent et revelarent eis thesaurum absconditum in partibus istis. Dixif 



JEAN XXII 121 

etiam quod in ipso molle f uerunt per ipsum dominum priorem ipso prescnte 
et dicto Petro Fabri facte tres ymagines de plumbo pro assagio; non tamen 
cum ipsis aliquid operati fuerunt^ quia nullum viguorem habebant pro eo quod 
non erant factc sub constcllationc debita. Dixit etiam quod aupra dictam yma» 
ginem erat sculpta effigies scorpionis et a parto retro erant sculpte littere que 
non liene legi poterant; verumptamcn videtur sibi. ut dixit, quod esset ibi 
scriptum : « Rex Salamonis. « 

« Predicte confessioncs facte fuerunt in presentia magistri Raymundi Johan- 
nis de Molinis, procuratoris domini nostri archiepiscopi Tholosani, qui dictos 
clericos super predictis audivit et examinavit; et domini Pontii Malafossa, 
thesaurarii dicti domini nostri archicpiscopi; et Bernardi Deyde, carcerarii 
(Hansen : cartararii !) et mei Stcphani Brossardi, clerici, notarii curie criminum 
archiepiscopalis Tholose, qui ctiam omnibus et singulis per dictos clericos 
dictis^ depositis et confessatis presens interfui, una cum procuratore, thesau- 
rario, ct carcerario predictis, vidclicetdum predicta clerici predicti deponebant 
et confitebantur; et eorum confessiones in libro dictft curie scripsi et registravi. 

« Que quidem omnia et singula superius scripta^ cgo Pctrus Cellararii. notariut 
Tholose prcdictus de mandato et ad rcquisitionem prefati domini ofTicialis de 
libro dicte curie, fideliter et de verbo ad verbum, prout in dicto libro contine- 
bantur abstraxi et in hanc formam publicam redegi, die tercia mensis marcii 
regnante domino Karolo Franchorum et Navarre regCj et domino Johannc archi- 
episcopo Tholosano. Anno ab incarnatione Domini millesimo CCC° XXVI°, in 
presentia ct testimonio domini Bartholomei de Albia, rcctoris ecclcsie Bcllipodii 
Garnesii****, Tholosane dyoccsis, et magistri Alberti Fabri, Tholose notarii; et 
mel Petri Cellararii, publici Tholosc notarii predicti, qui cartam istam scripsi et 
signo meo consueto signavi. [Signutn.) 

« £t nos ofllcialis Tholosanus in testimonium premissorum et ad maiorcm 
firmitatem habendam huic presenti publico instrumento sigillum autenticum 
curie archicpiscopalis Tholosane apponi fecimus et appendi. » 

*Jean Raymond de Commingcs; voir n. 22, note 1. — **Saint-SuIpice (Tarn), 
cant, ct arrond. de Lavaur. : — ***BruniqueI (Tarn-et-Garonne), cant. dc Monclar, 
arrond. de Montauban. Chef-lieu d'une vicomtc au moyen 3ge. Voir Grande 
encijclopedie. — ****Beaupuy (Tarn-et-Garonne), cant. de Beaumont, arrond. d© 
Castelsarrasin. 

6. Voir au n. 78 his un autre document se rapportant h. cette mdme aflaire. 



— 72 bis 



Jean XXII defend rigoureusementj sous peine d* excommunica- 
tion, d tous les chretiens de s^adonner au culte des demons, d la 
fabrication d'images de cire et d Vusage de tous aulres objels destines 
d enchainer le demon d merci, et d pratiquer des malefices. Ceux qui, 



122 



ULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAISE 



dumenl avertis d'apoir d s*ahstenir de ces pratiques, ne se seront pas 
soumis dans les huit jours, seront poursuivis comme heretiques. 
Meme menace contre les detenteurs de li^res de magie qui nen au- 
ront pas fait remise dans la huitaine. — Avignon, 1326 ou 1327. 

Raynaldi, Ann., ad ann. 1327, n. 45; Magn. BiilL roman., ed. 
Cocquelines, t. iii, part. 2, p. 194; Hansen, Quellen und Unfersu 
chungen zur Geschichte des liexenwahns, p. 5 n. 5. 

Super illius specula. — Datum Avinioni, etc. 



— 73 — 



Jean XXII confirme pour Jacques Fournier, e<^eque de Mire- 
poix, la concession dHndulgences d lui faite tandis quil etait 
ei^eque de Pamiers, en recompense de son zele contre Vheresie. — • 
Avignon, 12 janvier 1327. 

Reg. Vat., t. Lxxxii, ep. 633; Reg. Aven., t. xxvi, fol. 413. 

Venerabili fratri Jacobo ^, episcopo Miraspiscen., salutem. — 
Dudum te ecclesie Appamiarum regimini presidente ac per tel 
nobis exposito quod tu zelo pie devotionis accensus iuxta pasto- 
ralis officii debitum multos labores in Inquisitione pravitatis 
heretice quam in locis tunc tibi subiectis exercueras pro favore 
fidei pertuleras et sperabas in antea perferre; nos, ut predictisi 
laboribus fructus per quem eterna tibi recompensarentur premia 
non deesset, tibi, pro huiusmodi negotio laboranti, illam plenam 
tuorum peccatorum veniam duximus indulgendam que inquisi- 
toribus pravitatis eiusdem per apostolice Sedis privilegia est con-' 
cessa ^; nos igitur [nolentes] ex eo quod postmodum te a vinculo 
quo eidem Appamiarum ecclesie tenebaris auctoritate apostolica 
penitus absolventes, ad Mirapiscensem ecclesiam duximus trans- 
ferendum ^ a predicta indulgencia sentias teexclusum, qui etiam 
sicut accepimus in Inquisitionem huiusmodi devote laborare non 
cessas; nos tuis supplicationibus inclinati, tibi pro huiusmodi 
Inquisitionis negocio laboranti, eandcm indulgenciam auctori- 
tate predicta de speciali gratia duximus concedendam. Nulli ergoJ 



JEAN XXll 



123 



etc, nostre concessionis infrangere, elc. — Datum Avinioni, 
II idus ianuarii, anno undecimo. 



1. Jacques Fournier : voir, n. 24, nole 1. 

2. Voir n. 64. 

3. Fouruier avait ete transfore a Mircpoix, lc 3 mars 1326. 



— 74 - 



Jean XXII ordonne d Michel Lemoine ^, inquisiteur de Pros^ence^ 
de remettre aux mains de Jean Duprat *, inquisiteur de CarcassonnCf 
Pierre Trencavel ', du diocese de Beziers^ condamne pour heresie, 
et Andree, sa fille^ suspecte du meme crime^ tous deux evades de la 
prison inquisitoriale de Carcassonne, et presentement detenus dans 
celle de V Inquisition de Provence. — Avignon, 21 mars 1327. 

Reg. Vat., t. cxiv, fol. 74 vo, n. 469; Doat, t. xxxv, fol. 18; 
Eubel, BuU., n. 654 (m ext.). 

Michaeli Monachi de ordine fratrum minorum, inquisitori here- 
tice pravilatis in partibus Provincie auctoritate apostolica depu- 
tato. — Exinsinuatione dilecti filii Johannis de Prato, ordinis fra- 
trum predicatorum, inquisitoris heretice pravitatis in partibus 
Carcassonen. auctoritate apostolica deputati, nuper accepiinus 
quod Petrus Trencavelli, Biterren. diocesis, de crimine hercsis 
olim Carcassone in sermone publico condempnatus ctmurocar- 
cerali (juem fregisse temerariis ausibus j)ostmodum ct indeaufu- 
gisse dicitur, deputatus, necnon et Andrca, eiusdem Petri filia, 
dc criininc huiusmodi vchementcr suspecta ct ctiam fugiliva, 
tuis niancipati carccril)us detinenlur. Cum autcin negotio fidei ex- 
pediat (juod prefati Petrus et Andrea, ut de aliis per ipsos, ut 
fertur, infcctis ipsorumque faiitoribus in eis partibus possit 
habcri certitudo plenior, inquisitori restituantur predicto, nos qui 
negotium huiusmodi ubique cupimus cooperante Domino pro- 
sperari prcfati in((uisitoris in hac parte supplicationibus inclinati, 
discretioni tuc per apustolica scripta mandanius quatinus eidem 
inquisitori, vel eius certo nuntio predictos Petrum Trencavelli 
et Andreom filiam eius rcstitucrc cessante difficultatis obstaculo 



124 BULLAIRE DE L*I NQUISITION FRANCAISE 

non postponas. — Datum Avinioni, xii kalendas aprilis, anno 
undecimo. 

1. Voir n. 15, note 2. 

2. Jean Duprat, normand, d'£vreux ou de Rouen, etudiait, enlSOl^ la theo- 
'ogie dans le couvent des dominicains de Condom. Douais, Acta capit. proinnc, 
ord. praed., p. 460. En mai 1311 et 131 2^ les chapitres generaux de Naples et de 
Carcassonne le designerent pour renseignement du livre des Sentences a Paris. 
Denifle, Chartul., t. ii, p. 148, n. 690; p. 156, n. 696; Reichert, Acla capit. gener, 
ord. pracd., t. ii, p. 62. II fut fait maitre en theologie en 1318; le 13 novembre de 
cette annee, il preta le serment de garder les privileges de rUniversite de Paris. 
Denifle, op. cit., p. 227, n. 776. II assista au chapitre general de Bordeaux, eii 
juin 1324. Denifle, op. cit., p. 275, n. 830. II etait, a cette date, inquisiteur de 
Carcassonne. Quetit et fichard, Script., t. i, p. 593-594, commettent une grande 
erreur quand ils retardent sa promotion a cette charge jusqu'en 1334, Ccs 
auteurs sont, du reste, peu renseignes sur son compte. Le 11 avril 1328, Duprat 
fut promu a Teveche d'fivreux, vacant par la mort d'Adam de risle. Regesl, 
Vat., t. Lxxxvi, ep. 1437. Le chapitre general tenu cette meme annee a Toulouse 
imposa aux freres la celebration d'une messe aux intentions du nouvel elu f t 
de son successeur a rinquisition de Carcassonne. Reichert, Acta capit. gen., 
t. II, p. 184. Duprat se demit de son siege, en juin 1333. Le 30 juillet, le pape 
nomma a sa place Guilllaume des Essarts. Reg. Vat., t. civ, ep. 618. Lo 
27 septembre, il conceda a Teveque demissionnaire, pour le reste de ses jours, 
la jouissance du manoir di' Sac, detache provisoirement de la mense d'Evreux, 
et une rente annuelle de 800 livres tournois. Reg. Vat., t. cvii, ep. 154. Jean 
Duprat etait mort en octobre 1335, ainsi qu'il resulte d'un document date du 
9 de ce mois. Reg. Vat.^ t. cxix, ep. 849. Quetif et fichard le font mourir en 1338. 

J'ai dit qu'il succeda a Jean de Beaune, a rinquisition de Carcassonne (n. 21, 
note 2). En aout 1324, il assista a plusieurs audiences de Tlnquisition 
de Pamiers, consacrees a terminer divers proces pendants. Les 9, 10 et 11 aout, 
il reunit, avec reveque Jacques Fournier, un grand nombre de conseillers 
auxquels furent soumis les cas des heretiques qui allaient etre juges. Douais, 
La formule Communicato, p. 20-29. Les 12 et 13 aoiit, il prononga, dans deux 
« sermons » solennels tenus dans le cimetiere Saint-Jean et dans Teglise de Notre 
Dame-du-Camp, la sentence de ces accuses et la grace de nombreux penitents. 
Doat, t. xxviii, fol. 56-93. Le 24 fevrier 1325 (n. st.), par son initiative, fut 
tenu k Carcassonne, en presence des eveques de cette ville et de Pamiers, un 
autre acte de foi qu'avaient precede, le 22 et le 23, des assemblees de juriscon- 
sultes. Doat, t. xxviii, fol. 96-107; Mahul, Carlul. t. v, p. 672-674; Douais, 
La jormule, etc, p. 29-36. Le lendemain, 25 fevrier, Duprat interiogea Guillem 
d'Aire, de Quie, dont le proces etait pendant devant le tribunal de Pamiers 
Ms. Vat., lat. 4030, fol. 310-312. Le 1" mars, il delivra des lettres d'absolution 
a Jean d'Avignon, de Narbonne, et lui imposa des pelerinages. Doat, t. xxviii, 
fol. 171-174; Mahul, op. cit., t. v, p. 675. En 1325 ou 1326, il entreprit, par ordre 
du pape, avec rarcheveque d'Aix et rinquisiteur de Besancon, un proces contre 
Guyot Lefollet, de Frasne, heretique prisonnier a Avignon (cf. n. 65). Le 1®'' mars 
1327 (n. st.), de concert avec les eveques de Carcassonnc et d'AIet, Tinquisiteur 
Pierre Brun, de Toulouse, et divers commissaires episcopaux, il celebra un aulo 



JF.AN XXI» 125 

da fe dans le marche couvert de Carcassonne. Doat, t. xxviii, fol. 178 sq.; Mahul, 
op. cil., t. V, p. 676-683. Le 21 mars, Jean XXII lui annon^ait la remise, par 
Michel Lemoine, inquisiteur de Provence, de deux heretiques fugitifs, Pierre 
Trencavel et Andrce, sa fille, ainsi que des actes du proces d'un pr^tre relaps, 
Bernard Martin, dont le contenu pouvait lui 5tre utile. Tout en le felicitant de 
8on zele contre rheresie, il Texhortait a terminer par une entente amicale un 
difTerend qu'il avait avec les gens de Carcassonne. L'eveque Pierre Rodier pou- 
vait servir d'arbitre (n. 74, 75, 76). Mais une discussion de competence existait 
deja entre ce prelat et rinquisiteur, a propos de la punition de Barthelemy 
Adalbert (n. 180, note 2), notaire de Tlnquisition, coupable d'exactions. Chacun 
d'eux revendiquait pour lui-m^me le droit de juger le coupable, dont la deten- 
tion se prolongeait outre mesure. IIs finirent par 8'entendre et deleguSrent k 
rinquisiteur Pierre Brun leurs pouvoirs respectifs, le 4 mars 1328. Douais, 
Documenls, t. i, p. lxxxv-lxxxvii. En 1326 ou 1327, Jean Duprat se disposait 
a jugcr, a Montpellier, une femme convaincue d'heresie. Le pape lui ordonna 
de prononcer la sentence a Carcassonne (n. 78), sans doute, par cgard pour la 
fidelite traditionnelle des habitants de Montpellier (n. 20, 231). 

£n dchors des actes inquisitoriaux de Jean Duprat, on lui attribue un Com- 
mentaire sur lea IV livres des Sentences et plusieurs Sermons. Quetif et lichard, 
Script.,i. I, p. 593-594 ; Vidal, Le /rtft. d'//i^. de Pamiers (tir. a part), p. 88-91. 

3. Pierre Trincavel ou Trencavel, de Lieuran-Cabrieres (Herault), ctait Tun 
des chefs de la secte des beguins. II avait recueilli unesomme d'argentdestinde, 
dans sa pensee, a payer les frais d'emigration de ses freres et de lui-mdmc en 
Grece et a Jerusalem, ou, pensait-il, ils trouveraient quelque surelc. Saisi avec 
sa fille Andree, il fut juge et condamne au mur. Mais ils reussirent tous deux k 
8'evader. Hist. de Languedoc, t. ix, p. 396, 399, note 2; Lea, Hist. de Vlnquis., 
id. fr., t. III, p. 90-91; Mahul, CartuL, i. v, p. 680-681. Les registres de Doat 
contiennent les procds de plusieurs partisans de Trencavel, fitienne Gramat 
de Beziers (t. xxvii, fol. 9), Blaise Boyer, tailleur de Narbonne (fol. 84), le pretre 
Jean Roger (fol. 171), Bernard Maurin, prStre de Narbonne (t. xxxv, fol. 21-47), 
dont il est aussi question au n. 75. 



— 75 - 

Le pape ordonne a Vinquisiteur de Proi>ence, Guillaume Astre ^ de 
remetlre d Jean Duprat *, inquisiteur de Carcassonne, copie aulhen- 
tique des aveux du pretre Bernard Martin [ou Maury], de Narbonne, 
d^abord condamne aux croix pour heresie, puis relaps et li^^re au 
bras seculier d la suite d'un proces fait en cour d'Avignon ^. On 
espere que cette piece aidera d decom>rir ses fauteurs et complices. — 
Avignon, 21 mars 1327. 

Reg. Vat., t. cxiv, iol. 75, n. 470; Doat, t. xxxv, fol. 46; 
Eubel, Bull., n. 655 (tn ext.). 



126 



BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE 



Guillelmo Astre, ordinis fratrum minorum, inquisitori hereticc 
pravitatis in partibus Provincie, auctoritate apostolica dcputato. 
— Dilecti filii Johannis de Prato, ordinis fratrum predicatorum, 
inquisitoris heretice pravitatis in partibus Carcassone auctori- 
tate apostolica deputati, supplicationibus inclinati, discretioni 
tue per apostolica scripta mandamus quatinus transsumptum 
confessionis coram te facte per quondam Bernardum Martini, 
presbiterum Narbonen., olim sicut accepimus in eisdem partibus 
supercrimine heresis convictum et ad cruces deferendas publice 
condempnatum, ac postea relapsum et etiam fugitivum, qui per te 
nuper apud Sedem apostolicam de mandato nostro super hiis 
procedente relictus extitit, exigente iustitia, curie seculari, eidem 
inquisitori vel eius certo nuncio sub manu publica, ut perillam 
informari de fautoribus et complicibus dicti heretici plenius 
valeat, cessante difTicultatis obstaculo studeas assignare. — Da- 
tum ut supra [xii kalendas aprilis, anno undecimo]. 



1. N. 49, note 3. 

2. N. 74, note 2. 

3. Dans le t. xxxv, de Doat, fol. 21-47, on trouve une copie de ce proces. On 
y voit que Maury etait un fraticelle disciple de Pierre Trencavel (n.74), et qu'il 
se reclamait de Pierre de Jean d'01ive comme de son docteur prefere. Le proces 
occupa rinquisiteur durant deux mois; et Taccuse, obstine, fut livre au bras 
seculier. v 



— 76 



Le pape notifie d Jean Duprat, inquisiteur de Carcassonne, les 
mesures prises dans les deux bulles qui precedent. II lui recommande 
d'user de prudence afin d^arrii^er d un accommodement a^ec les 
bourgeois de Carcassonne ; Vei^eque de cette ville de<^rait etre, en tout 
cas, consulte. — Avignon, 21 mars 1327. 

Reg. VaL, t. cxiv, n. 649, fol. xiv. 

Dilecto filio Johanni Petro de Prato ^, ordinis fratrum predi- 
catorum, inquisitori heretice pravitatis in partibus Carcassonen. 
auctoritate apostolica deputato. — Litteras tuas benigne rece- 
pimus et que continebantur in eis sano collegimus intellectu 



JEAN XXII 127 

operosam dilinjentiam qiiam adhibere non cessas super negotio 
fidei purimum in Domino commendantes. Et ecce quod dilectis 
filiis Michaeli Monachi *, et Guillelmo Astre *, de ordine fratrum 
minorum, inquisitoribus heretice pravitatis in partibus Provincie 
auctoritate apostolica deputatis, super restituendo Petrum Trencu- 
nelli {sic) * dampnatum et Andream eius filiam suspectam de he- 
resi et confessionem Bernardi Martini dudum relapsiet curiesecu- 
lariapud Avinionem relicti tibi vel tuo certo nuncio iuxta tue pe- 
titionis instantiam assignanda litteras dirigimus oportunas. Cete- 
rum super compositione facienda cum Carcassonensibus ^ de qua 
tue predicte faciebant littere mentionem te sic prudenter et con- 
sulte procedere volumus quod nulla possit exinde suspicio pro- 
babiliter exoriri; circa quod expediens crederemus quod venerabilis 
frater noster *.. episcopus Carcassonen. super tractatu composi- 
tionis huiusmodi vocaretur. — Datum Avinioni, xii kalendas 
aprilis<, anno undecimo. 

1. N. 74, note 2. 

2. N. 15, note 2. 

3. N. 49, note 3. 

4. N. 74, notc 3. 

5. Je n'ai pu savoir quel ^tait Tobjet de cette entente. 

6. Pierre Rodier, limousiR, chancelier de France, sous le roi Charles IV promu 
a Carcassonne, le 19 novembre 1323; mort en janvier 1330. Call. christ., t. vi, 
col. 896; Mahul, Cartul., t. v, p. 445-446; Eubel, Flier., t. i, p. 172. II presida avec 
rinquisiteur Jean Duprat les assemblees consultatives des 22 ct 23 icvrier 1325 
(n. st.), ^ Carcassonne (Douais, La formule Communicato, p. 29-36), et lo 24 
fivrier celebra avec le m6me inquisiteur un acte de foi dans celte ville. II pr^- 
sida aussicelui du 1" mars 1327 (n. st.), avec Veveque d'AIet, Jean Duprat 
et P. Brun. Doat, t. xxviii, fol. 178-186. Le 8 scptembre 1329, il re^ut le 
serment d'obcis3ance aux ordres de rinquisition prononce par le senechal et 
les ofliciers civils de la ville. Doat, t. xxvii, fol. 188-190. J'ai dit (n. 59, note 1) 
qu'i Toccasion d'un conflit de competence surgi en 1328, entre lui et 
rinquisitcur llenry de Chamay, ils avaient, d'un commun accord, remis leurs 
droits respectifs k Tinquisiteur P. Brun. Douais, Documents, p. lxxxiv-lxxxvh. 



— 77 



Le pape ordonne d Ve{>eque de Beziers de faire conduire 
sous honne garde. aupres de la CuriCf Raymond Michel, moine de 
Valmagne, au diocese de Beziers^ accuse de pratiques superstitieu- 



128 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE 

565, telles que V irn>ocation des demons. — Avignon, 29 mai 1327. 

Reg. Ai^., t. xxvri, fol. 266, n. 1764» 

Ven, fralri.. ^ episcopo Biterren., salutem. — Nuper ad aposto- 
latus nostri quorumdam relatione pervenit auditum quod qui- 
dam servientes tui Raymundum Michaelis, monachum monasterii 
Vallis Nigre ^ {sic), Cistercien. ordinis, Agathen. diocesis, pro eo 
quod dicebatur ipsum quedam experimenta demonum invoca- 
cationes continentia penes se habere, et apud eum inventa fore 
ceperunt, arrestarunt et carceribus tuis etiam manciparunt prout 
adhuc idem monachus ibidem teneri dicitur mancipatus. Nos 
igitur volentes de predictis cum eodem monacho scire veritatem, 
fraternitati tue per apostolica scripta mandamus quatinus 
eundem monachum sub fida custodia necnon informationem et 
processus si quos super predictis habuisti forsitan contra eum nobis 
mittere non postponas. — Datum Avinioni, iiii kalendas iunii, 
anno undecimo. 



1. Guillaume Fredol, abbe de Saint-Tibery au diocese d'Agde; promu a 
Beziers, le 5 mars 1313; mourut en 1349. Gall. christ., t. vi, col. 347-348; Hist. 
de Languedoc, t. ix, p. 456-457; Eubel, liier., X. i, p. 141. Certains clercs de son 
diocese Taccuserent d'avoir tente de faire mourir Jean XXII a TaiJe de prati- 
ques de sorcellerie. Benoit XII ordonna une enquete (n. 164, 168) qui, sans 
doute, conclut a son innocence. 

2. Abbaye de Valmagne, aujourd'hui dans la commune de Villeveyrac (He- 
rault), cant. de Meze, arrond. de Montpellier. 



— 78 — 

Le pape ordonne d Jean Duprat, inquisiteur de Carcassonne, de 
prononcer la sentence d^une femme heretiqued Carcassonneet non d 
Montpellier. ~ Avignon, 1326-1327. 

Reg. VaL, X. cxiv, n. 1795. 

Johanni de Prato ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitori 
heretice pravitatis in partibus Carcassonen. — Nuper fidedigna 
relatione percepimus quod super inquisitione contra quandam 



JEAN XXlt 129 

mulierem [ ] Bonete, ratione criminis heresis cuius[?] fore 

culpabilis dicitur per te factam, intendis [apud] Montcmpessul- 
lanum, Magalonen. diocesis, [difTinitivam] sententiam proferen- 
dom. Sane cum cer[tis causis] rationabilibus melius et expedien- 
tius [videatur quod] apud Carcassonam locum utique ad ta[le 
opus] accomodum sententia huiusmodi proferatur, [discretioni 
tue] presentium tenore mandamus [quatinus] apud Carcassonam 
et non in Montepessulano [dictam] sententiam prout et quando 
tibi ex[pedierit proferre] te disponas. — Datum Avinioni, idibus 
[ ], anno duodecimo *. 

1. Voir n. 74, note 2. 

2. La marge du registre ^tant k demi d^truite par l'humidite, nous avons, de 
notre mieux, supplee, en les placant entre des crochets, les mots efTaces ou illi- 
sibles. 



— 78 bis - 



Le pape ecrit aux troia cardinaux commissaires quHl avait char- 
ges, le 14 noi>embre 1324, (V instruire un proces de sorcellefrie (cf. 
n. 72), d'ai>oir d terminer ce proces. — Avignon, 8 novembre 1327. 

Reg. Vat., t. cxiv, part. 2, fol. 179, n. 1735; Hansen, Quellerif 
etc, p. 671. 

Venerabili fratri Guillelmo, cpiscopo Sabinen., ct dilectis filiis 
Petro lit. Sancte Susanne, presbitero, ac Bertrando S. Marie in 
Aquiro diacono cardinalibus ^ — Dudum ad nostri apostolatus 
auditum [etc.y comme au n. 72, avec de legeres variantes de forme, 
jusqu^d : videremus con^eniens valeremus']. Sane cumvosad inqui- 
rendum super predictis iuxta tenorem litterarum processeritis 
predictarum nobisque referenda fideliter duxeritis que per vos 
facta et reperta in hac parte fuerunt, nos, quiexiniuncto desuper 
apostolatus oflicio sumus omnibus tam sapientibus quam insipien- 
tibus in iustitia debitores, volentes super premissis exhiberi iu- 
stitie complementum, ac de vestre et cuiuslibet vestrum exqui- 
site lircumspectionis prudenlia plenam in Domino fiduciam 
obtinentes, vobis presentium tenore committimus et mandamus 
quatinus vos, vel duo aut unus vestrum per vos, vel aliurn, sen 

BULLAIRE - 9 



130 BULLAIRF. DE L^INQUISItlON PtlANCAlSE 

alios prefatum negotium quoad dictos clericos et priorem difTinire 
ac decidere prout iustitia exegerit studeatis. — Datum Avinioni, 
VI idus novembris, anno duodecimo. 



1. Sur ces personnages, voir n. 12, notes. 



Avignon, 17 septembre, 6 octobre, 9 novembre 1327. 

Introit. et exit., t. cxlii, fol. 60; Goller, Die Einnahmen der 
apostolischen Kammer unter Johann XXII, p. 575. 

« Anno a Nativitate Domini M^ CCCo XXVIP, dominus noster 
papa fecit nobis tradi per manus domini fratris Guillelmi Astre, 
ordinis fratrum minorum, inquisitoris heretice pravitatis et Johan- 
nis Banaldi, canonici Cavallicen., die xviio septembris : xxx milia 
flor. auri. 

({ Item, die vi* octobris, per eosdem : iii" flor. auri. Item, die 
IX novembris, per eosdem et executores [testamenti] domini 
Vitalis, bo. me. episcopi Albanen. ^ : m flor. auri. 

« Qiie summe florenorum fuerunt misse domino Bertrando, 
cardinali legato in partibus Lumbardie ^, cum aliis quantitatibus 
florenorum per nos traditorum per discretos viros dominos 
Heliam Manhani et Guillermum Truelli, quibus tradite fuerunt 
dicte summe florenorum ad portandum dicto dom. legato. » 

1. Vital du Four, ord. minorum, cardinal du titre de Saint-Martin-aux-Monts, 
le 23 ou 24 decembre 1312; eveque d'Albano, en juin 1321; mort le 16 aout 
1327. 

2. Bertrand du Poujet, cardinal du titre de Saint-Marcel, le 18 ou 19 decem- 
bre 1316; eveque d'Ostie, le 18 decembre 1327; mort le 3 fevrier 1352. 



i 



- 79 - 

Sur la demande du roi de France, le pape decide que les apostats 
et les heretiques seront desormais pri^es du droit d'asile et que meme^^ 
la force seculiere pourra les saisir dans les eglises oii ils auraie? 



JEAN XXII 131 

cherche refuge, poun^u que Veveque ou Vinquisiteur y consentent. 
— Avignon, 25 mai 1328 ^ 

Reg. Aven., t. xx*, fol. 439 yo. 

Carissimo in Christo filio Philippo regi Francorum illustri salu- 
tem. — Celsitudinis tue sincera devotio promeretur ut votis tuis 
hiis maxime que favorem fidei respicere dinoscuntur favorabi- 
liter annuamus. Hinc est quod nos tuis supplicationibus inclinati 
ut in regno tuo apostatantes a fide catholica vel heretici ad eccle- 
sias confugientes ut per unitatem {sic) earum in apostasia vel 
heresi defendantur nullam tutelam propterea ab eisdem ecclesiis 
consequantur, sed locorum episcopis, vel inquisitoribus heretice 
pravitatis illarum partium super hoc requisitis, si dictorum epi- 
scoporumvel inquisitorum seu alterius eorundem accedat assen- 
sus, de dictis ecclesiis libere abstrahi valeant etiam per brachium 
seculare serenitati tue ol) favorem eiusdemcatholice fidei aucto- 
rilate presentium indulgemus. Nulli ergo, etc, nostre concessionis 
infringere, etc. — Datum Avinioni, viii kalendas iunii, anno 
duodecimo. 



1. Voir une buUe identique adressee, le 3 juillet 1322, aux inquisiteurs de 
France, au n. 38. 



— 80 - 



Jean XXII ordonne d Michel Le Moine, inquisiteur de Provence, 
de recueillir les biens et les objets ayant appartenu d Michel de 
Cesine et d Buonagrazia de Bergame, inculpes d^heresie et fugitifs; 
ils devront interroger les personnes qui pourraient etre instruites 
de Vendroit ou ils se trowent, Quand ils les auront recueillis, ils les 
remettront aux em^oyes du pape. — Avignon, 1®' juin 1327 *. 

Reg. Vat.y t. cxiv, n. 1546, fol. clii; Eubel, BuW., n. 713 [in ext.). 

Micbaeli Monachi *, de ordine fratrum minorum, inquisitori 
heretice pravitatis in partibus Provincie auctoritate apostolica 
depulato. — Cum Michael de Cesena ^, olim ordinis fratrum mino- 



132 BULLAIRE DE L*INQUTSlTlON FRANgAlSE 

rum generalis minister, cui delato super diversis articulis fautoriam 
et defensionem hereticorum ac heresim tangentibus de quibus 
asserebatur esse culpabilis per nos sub excommunicationis, depo- 
sitionis ab ofTicio ac inhabilitationis ad quecumque dignitates et 
beneficia ecclesiastica penis et sententiis quas ipsum si mandato 
et inhibitioni nostris contraire presumeret incurrere voluimus 
ipso facto, ne de civitate Avinion. absque nostra licentia recedere 
presumeret, dudum duximus districtius inhibendum; et Bona- 
gratia * de ordine ipso, qui post inhibitionem ne de curiaromana 
recederet per nos eidem, delato etiam super nonnullis criminibus 
et excessibus, factam, ad sancta Dei Evangelia [iuravejrat se sine 
nostra licentia de [dicta civitate non] recessurum, tanquam male 
sibi [super istis impojsitis conscii, furtive ac de nocte[de civitate 
prejdicta et curia nostra recesserint fugitivi, [ac per conjsequens de 
premissis eisdem ut prefertur impositis[ ?], vehementer suspectos 
seu [convictos ?] se reddentes, et sicut accepimus [nonnuUa bona] 
ipsorum quorum aliqua nos et romanam Ecclesiam [dicun]tur 
contingere, tam penes te quam penes dilectos [filios] conventum 
fratrum dicti ordinis Massilien. ac nonnullas alias eiusdem conven- 
tus [singulares perso]nas esse dicantur, discretioni tue per apo- 
stolica scripta committimus et mandamus quatinus predictis con- 
ventu et singularibus eiusdem personis ad [tuam present]iam evo- 
catis, per teque sibi premissis expositis, [ipsis] et eorum singulis 
sub excommunicationis ac depositionis [a] quibuscumque officiis et 
inhabilitatis [ad quas]cumque dignitates et beneficia ecclesiastica 
[penis et] sententiis, quas ipsos et corum singulos effectualiter 
non parentes incurrere [volumus ipso] facto, precipias ex parte 
nostra districtius [et eisdem iniun]gas ut bona predicta, que 
ipsi, vel aliquis [ipsorum] habuerint aut sciverint, quecumque [sint 
et in] quibuscumque rebus, sive plicatis aut [displicatis?], con- 
sistant, tibi revelent integraliter et [assignent]; tuque ipsa ad 
manum nostram recipiens [tam ista quam] illa que tecum fuerint, 
venerabili fratri [nostro.. ^ Vigin]timilien. episcopo et dilecto fiHo 
Gasberto de Monte[?] Lauduno, canonico Turonen., et eorum 
cuilibet [quos] illuc propterea destinamus specialiter studeas 
[assigna]re, similes penas et sentencias eo [ipso nisi pre]missa 
compleveris incursurus. Volu[mus tamen] quod assignatis bonis 
predictis episcopo et [canonico] memoratis vel eorum alteri, cum 
ipsis [ad nostram] te conferas incunctanter presentiam, nobis 
[cum illud ?] mandabimus assignaturus una cum eisdem[bona 



JEAN XXll 133 

prejdicta et nos informaturus nichilominus super [illis] et aliis 
de quibus tecum voluerimus in[formari]. — Datum Avinioni, 
kalendis iunii, anno duodecimo. 

1. Nous donnons, de cette bulle, le iexie in exlenso,]e V. Eubel n'ayant pas^ 
selon nous, toujours interprete avec cxactitude les lacunes nombreuses que 
presente le registre, par suite de la deterioration de sa marge k cet endroit. 

2. Michel Lemoine : voir n. 15, note 2. 

3. Michel de C^sene, franciscain^ maitre en theologie, elu ministre general 
de Tordre a Naples, en 1316. Le chapitre gcneral preside par lui a Perouse, en 
1322, ct ou fut proclamee comme vraie la doctrine de Tabsolue pauvrete du 
Christ et dcs ap6tres, est lo point de depart du schismc qui desola Tordre de 
Saint-Frau^ois et, bientdt, r^glise elle-mdme. Michel en demeure particuli^re 
ment responsable. 

Le 8 juin 1327, il fut cit^ k la cour d'Avignon ou une enquSte fut faite par 
ordre du pape. Mais Tann^e sulvante, le 25 mai, en compagnie de Guillaume 
Ockam ct de Buonagrazia de Bergame, il 8'enfuit d'Avignon et sc rcfugia auprcs 
du roi de Bavi^rc. Jean XXII le frappa des censures ecclesiastiques et le deposa 
desa chargc dc gcneral, le 6 juindela mSme annee. II mourut a Munich, le 
29novcmbre 1343. Raynaldi, ad ann. 1322, n. liii-liv; 1327, n. xlvii; 1328, 
n. Lxii-Lxvii; 1329, n. xxii-lxviii; 1331, n. viii-xvii; Denine, Cluirt.y t. ii, 
p. 290; Lea, Hist. de Vlnquis., trad. fr., t. iii, p. 158-185. 

4. Buonagrazia de Bergame, procureur gcneral de l'ordre des franciscaius, 
-iiivit Michel de Cesene dans le schisme; ii mourut a Munich, le 29 juin 1347. 
U. Chevaiier, Repertoire, art. Buonagrazia. 

5. Raymond, de Tordre des frdres mineurs; evdque de Vintimille, le 26 uo- 
vembre 1320; transfere a Vence, lo 6 septcmbre 1328; a Nice, le 10 janvier 
1334; mort Tannee suivante. Gall. christ., i. iii, col. 1222, 1286; Eubei, llier., 
t. I, p. 381, 550, 560. 



— 81 — 



Le pape prie le roi de France de permeltre que les inquisiteurs 
fassent justice des fauteurs de Louis de Baviere refugies dans son 
royaume. II lui em'oie les actes du proces de Pochin Eshurre 
et Vengage d ne pas contrecarrer Vaction de V inquisiteur de Pro- 
vence. — Avignon, 30 juillet 1328. 

Heg. Vat., t. cxiv, ii. 1885, foi. cci v» K 

Eidem regi [Francie]. — [Nuper] fili carissime multi Tusci 
amici[?] et servitores hercticorum Bava[rorum qui...] 



134 BULLAIRE DE L*INQUISIT10N FRANgAISE 

in regno tuo moram trahunt [ ] ut contra fautores ipsorum in 
ge[ ] rogamus celsitudinem regiam de [ ] 

contra illosut. . Inquisitores permittat procedere et de [?] ipsis. . 
iustitiam ministrare [ ] Altissimo et Ecclesie sancte 

[sue ] multa comoda temporalia reportare. Processum autcm 
per inquisitorem Provincie ^ contra Pochinum Esbure factum 
excellentie regie mittimus, de quo dilectus filius Johannes Aufune, 
cantor Constantien., circumspectionem poterit regiam informare; 
super quo ordinet taliter providentia regia quod inquisitoris 
processus in ministranda iustitia per gentem regiam nequeat 
impediri. Datum ut supra. — [Avinioni, iii kalendas augusti, anno 
XII.] 

1. Nous n'avons pu combler les lacunes qui resultent de la deterioration du 
fol. 201. 

2. Michel Lemoine (n. 15, note 2) ou Guillaume Astre (n. 49, note 3). 



— 82 — 

Le pape accuse reception des dossiers d^un proces intente a des 
religieux, II loue le zele de Veveque de Pamiers et Vengage d conti 
nuer, — Avignon, 8 aout 1328. 



Reg, Vat., t. cxiv, n. 1893. 



i 



Dominico ^, episcopo Appamiensi. — Missos nobis processus 
per te contra religiosos illos pestiferos habitos litterasque frater- 
nitatis tue recepimus tuam in hac parte diligenciam in Domino 
commendantes, eamque attentius exhortantes quatinus ad per- 
fectionem eorum que restant de illis agenda fideliter et solerter 
procedens que inde repereris nobis quantocius mittere non post- 
ponas. — Datum Avinioni, vi idus augusti, anno XII®. 

1. Dominique Grima, de Tordre des freres precheurs; etudiant en theologie 
dans les couvents de Toulouse et de Garcassonne (1291-1292); sous-Iecteur du 
couvent de Toulouse, en 1301; licencie en theologie, a Paris; lieutenaut de Fin- 
quisiteur de Toulouse, Bernard Gui, en 1320; docteur et lecteur du Palais apos- 
tolique a Avignon (1321-1326); nonce du pape aupres du roi de France_, en 
1322 et 1323; promu a reveche de Pamiers, le 3 mars 1326; mort en 1348. Gall- 



JEAN XXII J35 

chr., t. XIII, col. 161; Perciii, Monum. com». Tolos. ord. praed., p. 75-76; 
Quetif et fichard, Script. ord. praed., t. i, p. 612-613; Annee dominicaine, nouv. 
ed., Lyon, 1883, janvier, p. 917-919; Limborch, Liber senteniiarum, p. 274; 
Dout.is, Acta capit. provinc. ord. praed., p. 351, 362, 459; Denifle, CharluL, t. ii, 
n. 834, note 1; Denifle, Archiv fur Litteratur, t. n, p. 219, n. 79; Eubel,.i/ icr., 
t. I, p. 94. Dominique Grima continua k Pamiers roeuvre de Jacques Fournier 
(n. 24, note 1). Mais il y mit moins de zele. On ne peut signaler qu*un seul acte 
de foi celebre dans cette villc durant son cpiscopat (du 17 au 22 janvierl329, 
n. st.) ct dans lequel vingt-cinq heretiques seulement furent condamnes, tandis 
que cinquante penitents juges par Jacques Fournier beneficinient de diverses 
rcinises de peincs. Doat, t. x-\vii, fol. 140-156. Cet acte de foi avait ete precede 
d'une consultation inquisitoriale (13-14 janvier) dans laquelle on avaitdiscute 
le cas de dix-huit prevenus. Douais, La formule Communicato, p. 41-45. Le 
24 octobre 1331, Jean XXII demanda a Dominique Grima de lui adresser un 
rapport sur les travaux de Tlnquisition dans son diocese depuis les debuts de 
8on episcopat (n. 116). Ce rapport trahissant evidemment la negligence du 
prelat a accomplir les devoirs de sa chargc, Ic pape le lui reprocha en des termes 
peu flatteurs, le 6 octobrc 1332, et Tengagea a remplir scrupuleusement ses 
obligations (n. 124). Vidal, Le tribunal d' Inquiaition de Pamiers, p. 81-83. 



Avignon, 14 uovembre 1328. 
IrUroit, et exit., t. c, fol. 34; GbWer, Die Einnahmen,etc.,^. 344. 

« Dic xnii inensis novembris[1328]frater Henricus de Samayo 
(sic) inquisilor heretice pravitatis Carcassonensis, assignavit Ca- 
mere per manus fratris Johannis Taurini, domini pape penitentiarii 
peccuniam per ipsum receptam a quadam persona quam non 
nominavit ex commutatione voti emissi de visitando limina S. 
Jacobi, videlicet xxx flor. auri. » 



— 83 — 



Le pape dedare que la jurldiction de Vinquisiteur de Toulouse 
doit s'etendre sur la ville de Bordeaux el ses alentours, sans preju- 
dice pour Vaction des juges ordinaires ou delegues. — Avignon, 
22 fevrier 1329. 

neg. Val., t. cxv, fol. 133, n. 599 



136 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE 

Petro Bruni ^, de ordine predicalorum, inquisitori heretice 
pravitatis in partibus Tholosanis auctoritate apostolica deputato. 
— Dudum tibi de cuius circumspectione plenam in Domino fidu- 
ciam gerimus inquisitionis heretice pravitatis officium in Tholo- 
sanis et aliis partibus in quibus illud tui predeccssores in eodem 
officio consueverunt hactenus gerere per nostras certi tenoris 
litteras commisimus exercendum. Sane quia nunc per aliquos 
dicitur in dubium revocari an iidem predecessores in civitate 
Burdegalen. et circumvicinis partibus soliti fuerint et tibi per 
consequens dictum ibidem competat officium exercere, nos qui 
negotium fidei ubique sublatis impedimentis quibuslibet cupimus 
prosperari, volentes periculis que circa dictum negotium ex dubiis 
huiusmodi possent contingere salubriter obviari, te posse in eis- 
dem civitate ac partibus officium exercere predictum tenore 
presentium declaramus. Per hoc tamen intentionis nostre nequa- 
quam extitit nec existit alicui alii cui forsan iure ordinario vel 
ex delegatione Sedis apostolice contra hereticos aut credentes, 
fautores vel receptatores illorum in eisdem civitate ac partibus 
ius procedendi competeret quin ipse una tecum vel per se uti 
iure suo valeat iuxta sanctiones derogare. — Datum Avinioni 
VIII kalendas marcii, anno tertiodecimo. 

1. Voir n. 59, note 1. 



— 84 — 



Le pape mande d Vinquisiteur de Carcassonne, Henri de Chamay ^, 
d' entreprendre le proces de Barthelemy Brugere ^, frere mineur, 
La supplique de Vinquisiteur contient le detail des charges qui 
pesent sur ce religieux. II a, dans ses paroles, manifeste des doutes 
sur la legitimite de Jean XXIL Deux dominicains le denoncent 
d Vinquisiteur qui procede d une enquete et conclut d sa culpahilite 
entiere. Un conflit s^elei>e entre les inquisiteurs et les superieurs de 
Barthelemy au sujet de la punition du coupable. V inquisiteur le 
cite en vain d plusieurs reprises ; Vinculpe refuse de comparaitre 
et le gardien des franciscains de Carcassonne de le lii^rer. On recourt 
d la force et on Varrete. V inquisiteur Vinterroge et lui arrache des 



JEAN XXII 137 

a^^eux (Tou il resulte qu^il partage quelques-unes des idees des fra- 
ticelles. Henri de Chamay recourt au pape pour savoir quelle con- 
duite il doit tenir d Vendroit du coupable et de ses superieurs qui 
ont, il est wrai, fait leur soumission {25 fevrier 1329). — Le pape 
approuve la conduite de Vinquisiteur ct lui ordonne de proceder. 
— Avignon, 5 avril 1329. 

Reg. Val., t. cxv, fol. 147 yo, n. 706; Eubel, BulL, n. 785 
(m ext.). 

Henrico de Chamayo, ordinis fratrum predicatorum, inquisi- 
tori heretice pravitatis in partibus Carcassone auctoritate apo- 
stolica deputato, — Nuper tuaslitteras... — Datum nonis aprilis, 
anno tertiodecimo. 



1, llonri (le (^hamay succeda, dans la charge d^inquisiteur dc Carcassonnc 
a Jean Duprat, promu k rev^chc d*fivreux, Ic 11 avril 1328. II cUiit cntre cn 
fonctions lorsque, le 24 novembre 1328, Pierre Hrun rendit la sentence de Bar- 
thelemy Adalbert, notaire de rinquisition. Douais, Docum., p. lxxxvii. II de- 
ploya contre Theresie une grande i.ctivite. Voir dans Douais, op. cit., p. cxi-cxii, 
cxxiv, cxxv^ cxxvii-cxxviii, la mention dts principaux actes de la procedurc 
auxquels il presida en compagnie des cveques dioccsains ou de leurs commis- 
saires. Cf. Mahul, Cartul., t. v, p. 684-689; Hisl. de Languedoc, i. ix, p. 399-401 ; 
Lca, Hist. de Vlnquisilion, t. ii, p. 14^6. Mgr Douais a publie [La formule Com- 
municato, p. 37-62) le texte de cinq consultations provoqu^es par lui, en 1328 
et 1329, a Narbonne, Pamiers, Beziers et Carcassonne. Ses actcs remplissent 
les tomes xxvii et xxviii de la coUection Doat. 

Le 25 fevrierl329, il adressa au pape la supplique touchai\t rafTaire de Barthe- 
lemy Brugere. ( Voir la note suivante.) A sa requcte, le roi Philippe VI de Valois 
conflrma, en novembre de cette m6me annee, plusieurs privileges coneedes par 
les rois de France a Plnquisition, en particulier le statut Cupientes de saint 
Louis : 1° Les maisons d'her^tiques devront 5tre detruites ; 2° Les fils et petits- 
iils d'h^retiques scront exclus des charges publiques ; 3*^ Les prisons de Tln- 
quisition seront, en temps opportun, reparees aux frais du roi et de ccux qui be- 
neficient des confiscations; 4° Tous, nobles, ofiiciers, sergents d'armes,-fonction- 
naires civils, seconderont rinquisition dans la capture, la garde et rexecution 
des coupables, des qu'ils seront requis pour cela; 5° Le roi n'empechera pas lc 
libre exercice du tribunal, Ordonnances des rois de France, t. ii, p. 40 sq. ; Paul 
Fredericq, Corpus docunient. Inquisit. her. pra^». Neerlandiae, t. ii, p. 90-92, 
n. 56. L'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye eut pour complement la lettro 
de 1334, adrcssee aux senechaux de Nimes, de Toulouse et de Carcassonne 
pour leur recommander de respecter les privileges du tribunal. Hist. de Langue- 
doc, t. x, Preuves, col. 37-38. Le 28 octobre 1329, Henri de Chamay et Raymond 
Pelat, son lieutcnant a Montpcllier, se virent rappeler par le pape a Tobserva- 
tion du decret Mullorum touchant l'action commune de 1'eveque et de Tinqui- 



138 BULLAIRE DE L*1NQU1S1T10N FRANgAISE 

siteur dans cctte ville (n. 87-88). Six mois apres (27 avril 1330), afin d'eviter 
les complications et les retards causes par le recours a Teveque de Maguelonne, 
rinquisiteur et son commissaire furent autorises a passer outre (n. 98). Le 6 fe- 
vrier 1330, Jean XXII felicita Henri de Chamay de Tarrestation de deux here- 
tiques italiens et Tengagea a commencer leurs proces sans retard (n. 90). Henri 
fut implique, cette meme annee et les suivantes (1330-1335), dans raffaire des 
procedures intentees a des defunts (n. 106, note 3, et 140). Nous savons, par une 
bulle de Benoit XII (n. 166), qu'il fit ou continua le proces de Guillaume 
Fenasse d'Albi. L'affaire fut portee devant le pape Jean XXII, puis devant 
Benoit XII. Le fils du defunt finit par obtenir qu'elle fut confiee a un juge moins 
partial (n. 166). Uno lettre d'Aymon de Caumont, successeur d'Henri de Cha- 
may, nous fournit la date d'une sentence prononcee, par les inquisiteurs de 
Toulouse et de Carcassonne, contre rheretique Raymond Sicred, de Cavanac 
au diocese de Carcassonne : c'e8t le 27 septembre 1332. Douais, La procedure 
inqiiisitoriale, p. 39. Henri de Chamay cessa ses fonctions d'inquisiteur, a la 
fin de rannee 1336. Aymon de Caumont fut nomme a sa place, le 20 janvier 
1337 (n. 162). 

2. . Barthelemy Brugere fut denonce, en fcvri