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BULLAIRE
DE
LINQUISITION FRANCAISE
BULLAIRE
DE
L'lfNQUISITION FRANCAISE
AU XIV SlfiCLE i
BT
JUSQU^A LA FIN DU GRAND SCHISME
PAB
J.-M. VIDAL,
RECTBUR DE SAINT-LOUIS-DES-PRAN^AIS A MOSCOO
PARIS
LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANfi
L. LETOUZEY, SUCC
87, BOUL. RASPAIL, RUE DB VAUGIQARO, 82
1913
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Imprimatur :
Fr. Albertus Lepidi, 0. P.
S. P. Ap. Mag.
Imprimatur :
Parisiis, die 24 Maii 1912.
J. Lapalme, can.
▼ . G.
INTRODUCTION
Le dossier d'Inquisition que nous publions se presentc comme
la partie centrale d'un recueil auquel manqueraient le commen-
cement et la fin. Nous avons neglige volontairement Tlnquisi-
tion frangaisc du xiii® siecle, car ses relations avec la papaute
sont si bien connues que nous n*aurions pu glaner dans son champ
le moindre document inedit qui valut la peine d'etre publie.
Nous n'avons pas pousse nos recherches plus loin que le Grand
Schisme, faute de temps d'abord, et surtout faute d'avoir
Tespoir de rapporter un butin quelque peu appreciable d'une
longue et fastidieuse excursion a travers rinterminable serie
des Regesta du xv® siecle et des siecles suivants.
L'interet que presente Thistoire de Tlnquisition en Francc
suit une progression descendante, au gre de Timportance toujours
decroissante des evenements qui la remplissent. L'^ge d'or du
celebre tribunal a ete le xiii® siecle. Le xiv® vit le commencement
de la decadence que les si^cles suivants ne firent que consacrer
et qu'accroitre. On remarquera que cette marche vers le declin se
traduit, precisement, d'un pontificat a Tautre, par une rarefac-
tion progressive des rapports entre le Saint-Siege et les tribu-
naux de plus en plus inactifs. Les premiers papes du xiv« si^cle
nous ofTrent une riche moisson de documents, les derniers, a
peine quelques maigres gerbes. Leurs successeurs du xv« siecle
auraient ete encore plus parcimonieux.
Nous nous sommes doiic limite a ce que Ton pourrait appeler
la periode moyenne de Texistence de Tlnquisition fran^aise.
Cette pcriode coincidant avec celle de la papautc avignonnaise,
nous avons donne a notre recueil les limiles chronologiques dc
celle-ci en y comprenant, il va de soi,^s annees du Grand Schisme.
Bien que plusieurs pieces de ce dossier soient connues ^, la con-
1. Nous avons evite de reiinprimer certains documents deja accessibles aux
leclcurs et dont le texte a ctc donne avec une correction suinsantc par lcurs edi-
lcurs. Nous nous bornons a les analyser.
D U L L A r» K — \
II BULLAIRE DE L INQUlSiriOrs FRANQAISE
Irfbution qu'il apporte a Thistoire de rinquisition peut paraitre
importante par le grand nombre de documents inedits qu'il
renferme, par les lacunes qu'il vient combler et les details juri-
diques, biographiques et topographiques qu'il aide a preciser.
On ne peut trouver inutile que nous relevions dans quelques
paragraphes les traits principaux qui constituent, a nos yeux,
le prix de cette contribution. Ils ont rapport : 1° a Torganisation
territoriale de Tlnquisition; 2° au personnel des tribunaux;
3*^ a leur competence, c'est-a-dire a leurs justiciables; 4® a leur
procedure; 5° a leurs relations avec la Curie et a Taction de cette
derniere.
ORGANISATION TERRITORIALE DE LINQUISITION
EN FRANCE, AU XlVe SIECLE.
Cette organisation avait ete en grande partie realisee au siecle
precedent, a travers des tatonnements qu'il n'entre pas dans notre
cadre de retracer. Franciscains et dominicains, les deux ordres
mendiants recemment crees, avaient ete appeles a Thonneur de
poursuivre riieresie sur notre territoire, et ^'avait ete une premiere
necessite de delimiter les provinces confiees a la surveillance des
uns et des autres. On avait confine les franciscains dans les con-
trees du sud-est de la France : Provence, Comtat-Venaissin et
Avignon, Savoie et Dauphine, Lyonnais et Yivarais et meme
vallee d'Aoste (1265, 1267, 1288, 1290, 1292 ^). Cetait une
premiere circonscription.
Les freres precheurs avaient eu la part du lion : tout le resle
de la France d'alors, et certaines autres provinces, telles que la
Franche-Comtc, la Lorraine, les Flandres, mouvant de TEmpire ^
L'Inquisition s'organisa d'abord dans les contrees dontlasitua-
tion, au point de vue de la foi, reclamait son intervention.
1. Wadding, Annales minorum, Ronie, 1733, t. v, p, 177-179, ad ann. 1288
n. 14, 21 ; p. 232-234, ad ann. 129^, n. 3-6 ; p. 292, ad ann. 1292, n. 3 (pape
Nicolas IV) ; t. XIII, ad ann. 1458, Clement IV, cite par Pie II; Sbaralea, Bul-
larium franciscan., Rome, 1765, t. iii, p. 38, 129 (1265, 1267).
2. Gregoire IX : Potthast, n. 9155, 9235, 9263, 9993, 9995; Doat, t. xxx,
fol. 149; — Innocent IV : Potthast, n. 11083, 12766; Doat, t. xxxi, foL 90, 97,
100 ; — Alexandre IV: Doat, t. xxxi, foL 193 v-o, 230; Polthast, n. 16611.
INTRODUCTION l!l
Le besoin crea l'organe *. Toulouse, des les premiers temps, Car-
cassonne, peu d'annees apres, furent des centres inquisitoriaux;
car ces villes etaient au cceur de l'albigeisme, rheresie dangereuse
du moment. Chacune eut son tribunal permanent, et comme il
fallait eviter les conflitsde competence locale entre magistrats
((ui voisinaient, on delimita, a tout le moins, a grands traits, les
territoires ressortissant a chacun d'e'ux.
L' Inquisition dominicaine chercha a s'asseoir dans d'autre8 pro-
\inces; mais iln'yavait point d'urgence : les heretiques y etaient
rares : c'etaient des vaudois et puis quelques cathares emigres
du pays toulousain. La presence de ces sectaires en Bourgognc
eten Franche-Comte^ fut la cause deretablissement (en 1233 et
1247),aBesan(on,d'untribunalqui nedevintpermanentqu'agrand*
peine '. II fut meme supprime, en 1255, faute de ressources *,
Enfin, en 1290, le pape Nicolas IV chargea le provincial des domi-
nicains de Paris de designer trois inquisiteurs pour les dioc^ses
de Besangon, Geneve, Lausanne, Sion, Metz, Toul et Verdun *.
Cest le quatrieme ressort inquisitorial de F^rance.
11 yen avait un cinquieme, dont le centre etait Paris et quicom-
prenait Timmense territoire situe au nord du Languedoc jusquo
vers les Flandres. L'inquisiteur prepose a la surveillance de tout ce
pays prenait le titre d^inquisiteur in regno Franciae. Robert le
Bougre, 'nomme par Gregoire IX, le 23 aout 1235, a juridic-
tion sur les provinces de Sens, Reims « et le3 autres pro-
vinces du royaume de France. » Simon Duval se transporte, en
1277 et 1278, successivement a Caen, a Orlcans, a fivreux; il
a juridiction sur les heretiques de Li^ge ®. En 1285, son successeur
Guillaume d'Auxerre m^dite une tournee inquisitoriale en Cham-
1. Lea, Histoire de Vlnquisition, trad. fran^. de S. Reinach, Paris, 1900-1902,
t. I, p. 375-378 ; t. ii, p. 59.
2. £n 1232 fut faite unc prcmicrc tentative. Mais Robcrt lo Bougro, designd
comme inquisitcur dans cci proviuceg, nc parvint pas a y institucr un tribunal
permancnt. II fut un magistrat ambulant. On lc vit poursuivrc les hcretiques
•lans les dioc^ses de Sens, de Ncvers et de Reims, a Peronne, Cambrai, Douai,
LiUe, etc. Lea, llistoire de 1'Inquisition, t. ii, p. 133-137.
3. Greg. IX : Potlhast, n. 9235 ; Innoc. IV : Ripoll, Bullarium ordinis fralrum
pracdic, Rome, 1729, t. i,p. 179, 183.
4. Potthast, n. 15995 : 21 aout 1255.
5. Ripoll, op. cil.,t. ir, p. 29 : 27 juin 1290.
6. Potthast, n. 999 J, 9995; Martene, Tlieaaurus no^us anecdolorum,PaiTi9,\in,
t.v.col. 1809, 1811-1813.
iV BtlLLAlRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
pagne et en Brie ^. Bref, rinquisiteur de Paris a juridiction sur
les deux tiers de la France. Si les circonstances Texigent, cette
immense circonscription pourra etre partagee en deux ou plusieurs
autres. Cela se produira, en effet, au cours du xiv^ siecle.
Au reste, Paris est le siege de Fautorite a laquelle le Saint-Siege
a delegue le pouvoir de creer et de revoquer les inquisiteurs domi-
nicains de France. Cest le provincial des freres precheurs de Paris
qui, aux termes de diverses bulles de papes,dontla derniere est
celle de Nicolas IV, du 22 juin 1290, pourvoit aux diverses Inqui-
sitions de ce pays; et nous avons vu qu'il nomme aussi a celle de
Bourgogne et de Lorraine ^.
II n'etait, en dehors de la Provence, que deux petits pays qui
echappassent a son autorite, parmi ceux qui sont compris
dans les limites actuelles de la France : c'etaient le Roussillon et la
Cerdagne, possessions des rois de Majorque, places sous la juridic-
tion de Tinquisiteur d'Aragon. Mais, la aussi, des modifications
furent introduites au cours du xiv^ siecle.
Ainsi, lorsque celui-ci commence, on compte six ressorts inqui-
sitoriaux entre lesquels se partage le territoire que nous connais-
sons maintenant a la France. Voyons les changements qui s'ope-
rerent au cours de ce siecle et essayons d'apporter plus de precision
dans la distinction de ces ressorts.
1° Inquisition de Proi^ence. — II n'est que de decliner les titres
donnes aux inquisiteurs pour connaitre les territoires sur lesquels
ils ont pouvoir. Ce sont d'abord des noms empruntes a la geogra-
phie ecclesiastique. Inquisiteur dans les provinces d^Arles, Aix,
Embrun et Vienne : c'est Tappellation la plus frequente, et elle
persiste durant tout le siecle (n. 15, 33, 40, 49, 211, 286, etc). Ces
quatre provinces ecclesiastiques constituent un domaine qui a
pour limites, a Test les Alpes, a Touestle Rhone, au nord encorc
le Rhone.Meme la province deVienne deborde ces limites.A Touest,
au dela du Rhone, elle englobe le diocese de Viviers ou Ton verra
Hugues Cardillonaller faire des enquetes en 1365 (n. 253). En re-
vanche, les dominicains ont regu le diocese de Geneve dans le lot
aeux assigne par Nicolas IV (1290) en Bourgogne et en Franche-
Comte^. Gregoire XI voulut peut-etre reformer cette anomallo,
1. Doat, t. xxxir, p. 127.
2. RipoU, op. ciL, t. II, p. 29; Potthast, n. 23297.
3. RipoU, ibid.; Potthast, n. 23298
INTRODUCTION V
cn 1375. II donna a Francois Borrel un brevet d'inquisiteur pour
toute la province de Vienne, y compris les diocescs de Viviers et
de Geneve (n. 292). Mais les successeurs immediats de ce moine
n'heriterent pas de ce surcroit de territoire (n. 322, 338). Martin V
essaya pourtant de rattribuer encore a Pons Feugeyron, en 1418.
II se heurta aux protestations des dominicains, qui obtinrent la
revocation de cette mesure (n. 338, note 2).
Gregoire XI avait ajoute, en 1375, une autre province aux
quatre premieres : celle de Tarentaise, dans laquelle nul inqui-
-iteur ne s'etait encore montre (n. 286). Des lors, le magistrat
franciscain eut juridiction au dela des Alpes d'Italie etdeSuisse,
jusque dans les dioceses d'Aoste et de Sion *. Pons Feugeyron,
nomme en 1409, avait regu des pouvoirs encore plus etendus
(n. 338). En dehors des territoires des cinq provinces, Alexandre V
puis (1418) Martin V lui attribuerent les dioceses de Lyon et de
Belley ^. Pierre Fabre, ou Faure, nomme le 10 septembre 1419,
demeura confine dans les cinq provinres traditionnelles ^
Les inquisiteurs portent aussi des titres empruntes a la geogra-
phie civile : Inquisiteur dans la pro^nnce de Proi^ence (n. 112, 171 feis,
149, 224, etc); dans le pays de Proi^ence : in partibus Provdnciae
(n. 74, 75, etc); dans les comtes de Proi'ence et de Forcalquier (n. 15,
338) ; dans le Comtdt Venaissiny les comtes de Provence et de For-
calquier (n. 71, 338, etc); dans le Dauphine, etc (n. 49, 211, 28G,
298, 328, 338). On nomme aussi quelquefois la ville et le diocese
d^ Avignon (n. 49, 326, 338); une fois, la principaute d*Orange
(n. 338); deux fois, la ville de Marseille (n. 91, 120). Les titres
donnes a Pierre Fabre, qui clot la liste des inquisiteurs dressee
j»ar nous, forment tout un cortege : inquisiteur dans le Dauphinej
les provinces d'Arles, d'Aix, d' Emhrun, de Vienne et de Tarentaise,
dans les comtes de Pruvence et de Forcahjjuer. le Conitat Venaissiny
1. Les dioceses de Mauricnnc, Tarentaise et Aoste avaient ete deja attribucs
a rinquisition franciscainc par Clement IV. Mais il est probable que pratique-
ment lcs inquisiteurs avaient ete emp6chcs ou avaient ncglige de paraitre dans ces
contrces. Voir p. xiv, 6°.
2. Bien que Lyon ct Belley ne soient pas mentionnds dans les titres de la plu-
part des inquisiteurs proven^aux du xiv® siecle, ils faisaient, au moins thcoriquc-
nieiit, partie du ressort de Provence. Clcment IV, d'abord, et Pic II, cn l'i5S, les
attribuent fornicliement aux inqiiisiteurs franciscains que le ministre provincinl
de Bourgogne <loit instituor cn Provence. Voir p. xiv 6°.
3. Eubel, Dullarium Iranrisconum, Rome, 1904, t. vii, n. l^i^l.
VI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
la principaute d^Orange, les i^illes d' Avignon et de Marseille el les
autres i^illes et dioceses ^. Rien n'est oublie.
Le vulgaire avait des formules plus courtes. La plus frequem-
ment usitee fut celle qui figure dans Tadresse du brevet de Pons
Feugeyron (n. 338) : inquisiteur dit d'Awignon. Elle &'imposa natu-
rellement : la residence principale du juge etait la ville des papes.
II est sur que le tribunal eut des succursales dans les localites et
les dioceses dont la situation religieuse laissait le plus a desirer, et il
est probable que la plupart furent des tribunaux d'occasion,
qui, s'il etait necessaire, devenaient ambulatoires ^. En tout cas,
il est avere que la mission d'inquisiteur fut donnee a plusieurs reli-
gieux a la fois ^. Michel Lemoine TexerQait peut-etre, en memo
temps que Jean de Verunis (n. 15). Sous Jean XXII, il rexerga
conjointement avec Jacques Bernard (n. 33), Guillaume Astre
(n. 49), Catala Faure et Pierre Pascal (n. 33-35). Ces deux derniers
n'etaient, il est vrai, que de simples commissaires, charges d'inter-
roger les heretiques du diocese de Valence. Jean de Badis, qui
parait avoir ete tout d'abord inquisiteur local a Marseille, devint
ensuite le collegue de Guillaume de Montrond (n. 91, 120, 171 bis,
129). Sous Urbain V et Gregoire XI, la repression tres vive de
rheresie vaudoise necessita Temploi de trois et mcme de quatrc
magistrats (n. 224, 232, 233, 241, 286, 298, 299); enfin Antoine
Alphand, ou Alhaudi, inquisiteur durant le Schisme, se vit donner
pour collegue Pons Feugeyron.
A trois reprises meme, les papes confierent a des personnages
autres que des freres mineurs des missions temporaires dans la
circonscription de Provence. Benoit XII donna, en 1336, a roffi-
cial d'Avignon, des pouvoirs d'inquisiteur contre les delinquants
en matiere de foi qui s'egareraient in Curia (n. 150). Urbain V
ajouta un brevet du meme genre a celuide legat apostolique qu'il
confiait a son auditeur Bernard duBosquet, pour les provinces dc
1. Eubel, loc. cil. Fran^ois Borrel, dans les lettres de penitence delivrees, en
137o a une vaudoise (voir Appendice de ce recueil), detaille encore davantagc ses
titres. Aux noms qu'on vient de lire, il ajoute : le Dauphine, le Viennois, les
comtes de Valence et Die, d'Albon, de Savoie, de Geneve, et la ville de Salon.
2. La succursale de Vienne parait neanmoins avoir ete permanente, temoin
les bulles n. 306, 307, j)ar lesquelles sont crees dans cette ville une prison et
un hotel pour Tlnquisition.
3. Lcs inquisiteurs titulaires avaient quelquefois des lieutenants ou vicaires :
ex., n. 252.
INTRODUCTION VII
Lyon, Vienne, Embrun, Tarentaise et Besancon (n. 241-244).
Enfin Gregoire XI remit (1371) a reveque de Massa une commis-
sion exceptionnelle contre les vaudois de Provence, du Dauphine
et de rEmbrunois (n. 290, 292).
2° Inquisition de Toulouse. — Le religieux place a la tete de ce
tribunal, comme d'ailleurs ses collegues de Carcassonne et de
Tours, prend le titre d' inquisiteur dans le royaume de France,
auquel il ajoute la formule limitative : Tolosae residens (n. 103).
Plus brievement et plus souvent, on le nomme inquisiteur in
partihus Tolosanis (n. 59, 83, 195, 273, etc); inquisiteur de Tou-
lousej tout court (n. 214) ; inquisiteur dans la ville et le diocese de
Toulouse (n. 334); inquisiteur dans la province de Toulouse. D'au-
tres formules sont plus amples sans etre plus claires : inquisiteur
dans la ville et le diocese de Toulouse, et dans les autres i>illes, dioceses,
castra, bourgs, localites et confins du royaume de France, ou Vinquisi-
teur de Toulouse a coutume d'exercer son office (n. 59, 83, 183, etc).
Voyons quels sont ces dioceses, ces villes et ces pays. Cest
d'abord la proi^ince d*Auch. Le magistrat que le pape se dis-
pose a nommer, a la priere du senechal de Toulouse, apres la
promotion de Bernard Gui a reveche de Tuy, aura le titre d'in-
quisiteur dans cette province (20 decembre 1323 : n. 57 bis).
Le brevet confere, en 1386, a Bernard Bosquarel (n. 321) porte
un qualificatif equivalent : inquisiteur dans les pays de Gascogne,
de Languedoc et les autres ^. La Gascogne, la province d'Auch, c'est
le pays au sud de la Garonne jusqu'aux Pyren^es : Bearn, Arma-
gnac, Bigorre, Comminges, une partie de la Guyenne. Le Langue-
doc, c'est la contrce qui s'etend de la Garonne au Rhone; ce sont,
a partir de Tan 1317 ^, les provinces ecclesiastiques de Toulouse
et de Narbonne.
Mais, du c6te languedocien, la juridiction de Tinquisiteur
ne depasse pas les limites du Lauraguais. Le dioc^se de Carcassonne
et, au nord, ceux de Castres et d'AIbi ressortissent au tribunal
carcassonnais. L'inquisiteur de Toulouse a beau sieger dans la
capitale du Languedoc, il ne surveille qu'une petite partie de ce
1. Hugues Lenoir, inquisiteur, un demi-sifecle plus tard, portera i peu prds
e mt^me titrc, in loto regno Francia^,diicalu Aquilania^Occitanisqir parlihns
et tola Vasconia inquisitor. Ilansen, Quellen und Untersuchungen zur Geschichle
des Ilexenwahns, Boiin, 1901, p. 19.
2. Date dc la crcation dc la province ccclesiastique de Toulouse.
Vril BTILLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
pays. II a beau s'appeler inquisiteur dans la province de Toulouse,
il n'a pas juridiction sur tous les dioceses suffragants de cet arche-
veche. Les territoires compris dans la senechaussee de Carcas-
sonne — et le diocese de Pamiers en est, probablement aussi celui
deMirepoix^ — sont soumis a Tlnquisition voisine. II luireste, en
dehors du diocese metropolitain, ceux de Lavaur, Saint-Papoul,
Rieux, Lombez et Montauban, que Jean XXII demembra, en
1317 et 1318, du territoire toulousain.
II a, aussi, juridiction sur le Quercy, TAgenais et le Rouergue.
Deja, au siecle precedent, deux inquisiteurs de Toulouse, Pierre
Cellani et Guillem Arnaud, avaient regu une delegation pour le
diocese de Cahors ou ils firent une tournee d^inquisition^ (1233,
1240, 1242). Deux autres inquisiteurs toulousains, Bernard
de Caux et Jean de Saint-Pierre (1244-1248), s'intitulaient plus
tard inquisiteurs dans les dioceses de Cahors et d' Agen ^. Bernard Gui,
a son tour, fit des i roces a de nombreux heretiques des dioceses
de Cahors et de Rodez, et, en 1312 et 1322, assiste des commis-
saires episcopaux de ces dioceses, il prononga a Toulouse la sen-
tence de plusieurs de ces coupables ^. Notre recueil fait mention
1. Pour Pamiers, la cliose est sure. Cest rinquisiteur de Carcassonne qui y
reprime rheresie, en compagnie de reveque. Vidal, Le tribunal d'Inquisition de
Pamiers, extrait des Annales de Saint-Louis-des-Frangais, annees 1904-1905. —
Pour Mirepoix, dont le territoire s'etendait entre les dioceses de Pamiers et de
Carcassoune, il y a toutes les probabilites que la punition des heretiques y ait ete
reservee a l'inquisiteur de Carcassonne.Bernard Gui, inquisiteurde Toulouse, con-
damna plusieurs heretiques de ce diocese, en 1321 et 1322. Mais, la premiere fois
au moins, il agissait de concert avec son coUeguede Carcassonne, Liber sententia-
rum Inquisitionis Tohsanae dcB. Gui, publie parLimborch, Amsterdam, 1692,
p. 291 sq., 330, 334.
2. Chronique de Guillem Pelliso, ed. Molinier, Le Puy, 1880, p. 13 ; E. Albe,
L'heresie albigeoise et V Inquisition en Quercy, dans Revue d'histoire de V Eglise de
France, 1910, t. i, p. 276-287.
3. Mgr Douais, Documents pour servir d Vhistoire de V Inquisition dans le Lan-
guedoc, Paris, 1900, t. ii, p. 32, 40. Innocent IV, donnrnt, en 1247, aux inquisi-
teurs de Guyenne et de Languedoc, le pouvoir d'appeler les heretiques hors des
localites qu'ils habitent, mentionne les dioceses ou ils ont juridiction. Cahors,
Le Puy, Mende, Rodez, Bordeaux sont du nombre. Ripoll, op. ciL, t. i, p. 179.
4. Ces details sont attestes par le Lifcer senfenZiarum : .4cfe d^ /oi de Toulousc
en 1312 : condamnations d'heretiques des dioceses de Toulouse, Cahors, Lec-
toure. Les eveques de ces dioceses envoient leurs vicaires sieger aupres de
1'inquisiteur (p. 115, 137-138, 155, 156, 162, 174). Acte de foi de 1319 : condam-
nation d'heretiques originaires des dioceses de Cahors, Saint-Papoul, Montauban ,
Auch, Toulouse, Albi, Rieux, avec la coUaboration des eveques interesses ou
de leurs representants (p. 209-210 sq.). Actede foi de 1322: condamnation
INTRODUCriON IX
(run lieutenant de rinquisiteur dans le Quercy, sous Clement VI.
Cest Gasbert d'Orgueil, dominieain (n. 203) ; mais on ne sait
de quel inquisiteur il s'agit. Pour le Rouergue, la juridiction in-
quisitoriale etait peut-etre insuffisamment definie. Si Bernard
Cui parait y avoir droit exclusif d'inquisiteur en 1322 ^, en 133(>, **
« 'cst rinquisiteur de Carcassonne Aymon de Caumont qui y
enquete sur le compte d'un franciscain deMillau (n. 174),et le
papene soupQonne pas qu'il outrepasse ses droits. Le Rouergue
n'etant pas infecte par rhcresie, au temps ou 1' Inquisition s'etablit,
les inquisiteurs s'abstinrent d'y paraitre. II est probable que la
(ompetence territoriale y demeura dans le vague.
Pareil fait s'ctait produit pour le Bordelais ^. Jusqu'en 1329,
la ville de Bordeaux et le pays d'aIentour avaient si peu donne
d'apprehension au point de vue de la foi qu'on ne s'etait pas
preoccupe de determiner le ressort inquisitorial dont ils etaient.
La question vint a se poser pourtant, et rinquisiteur de
Toulouse, Pierre Brun, voulut la faire resoudre par le pape.
Jean XXII autorisa le juge toulousain a considerer le Bordelais
<'omme une partie de son lot, tout en reservant, il va de soi, les
(Iroits des ordinaires et, de plus, ceux des autres inquisiteurs, s'ils
< n avaient (n. 83). La litterature inquisitoriale est muette sur ce
qui advint en pratiquCi
Au nord du Bordelais, du Quercy et du Rouergue s'exerQaient
d'autres juridictions.
3° InquLsition de Carcassonne. — Vinquisiteur depute dans le
royaume de France et residant d Carcassonne (n. 84, 162, etc), qui
se nomme encore inquisiteur in partibus Carcassonensibus (n. 17,
53, 74, 84, etc), poursuit rheresie, d'abord dans les contrees
languedociennes qui s'etendent des limites orientales des dioceses
<le Couserans, de Rieux, de Saint-Papoul, de Lavaur et de Mon-
d'heretiques des dioceses de Toulouse, Auch, Montauban, Rodez, Albi, Mirepoix,
Rieux, Saint-Papoul : meme collaboration (p. 334 sq,). Aux deux premiers actes
de foi, assiste aussi rinquisiteur de Carcassonne. Au dernier, Bernard Gui repre-
' Mte seul rinquisition.
1. Les hereliques juges par Bernard Gui, en 1322. faisaient partie d'un
ffroupe de vaudois i.nmigres de Bourgognc, k la fin du si^cle prcccdent, et qui ne
parnissent pas avoir fait beaucoup de prosclytes dans le pays.
2. Innocciit IV (12''i7) avait cependant mentionne Ic diocdse de Bordeaux
parmi ccux qui se trouvaient placcs sous la juridiction des inquisifcurs d'Aqui-
taine ct de Languedoc. Ripoll, op. cil., t. i, p. 179.
X BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE
tauban, jusqu'a la rive droite du Rhone; c'est-a-dire, pour parler
selon la geographie administrative de Tepoque, dans les sene-
chaussees de Carcassonne et de Beaucaire, et cette qualite est
insinuee par la formule : inquisiteur depute dans la senechaussee
de Carcassonne, que Ton releve une fois dans le bullaire (n. 154).
Le titre d' inquisiteur in pro<^incia N arhonensi ^ (n. 259) est une for-
mule juste, mais incomplete, comme la precedente. Pamiers et
Mirepoix, a Touest, relevent de la province de Toulouse ; Albi et
Castres, au nord, de celle de Bourges. En revanche, Elne, qui est
de la province de Narbonne, depend inquisitorialement d'un
ressort etranger.
Si la frontiere de la circonscription carcassonnaise est naturel-
lement etablie au sud, il n'en est pas de meme au nord. Pour
TAlbigeois et le Castrais, point de difTiculte. II est assez notoire
que le tribunal de Jean Galand (1278-1293) et de Nicolas d'Abbe-
ville (1293-1302) ^ eut fort a faire de ce cote; et Ton sait aussi
que Bernard de Castanet, evcque d'Albi (1275-1308), se fit le
collaborateur empresse de ces deux religieux ^, Aussi les inquisi-
teurs de Carcassonne ajoutent-ils parfois a leur titre principal
celui d'inquisiteur d'Albi : in partihus Carcassonen. et Alhien,
(n. 11, 176) *.
Au nord derAlbigeois, c'est le Rouergue, qui peut etre reven-
dique par Tinquisiteur de Carcassonne aussi bien que par celui
de Toulouse, puisque Tun et Tautre le visitent tour a tour. Vers
le nord-est, le diocese de Mende releverait sans doute de Carcas-
sonne, s'il s'y trouvait des heretiques; et ce qui induit a le croire,
c'est d'abord la bulle d'Innocent IV ^ (1247), mettant ce diocese
et celui du Puy dans le domaine des inquisiteurs de Languedoc;
c'est ensuite le fait suivant.
En 1405, le pape d'Avignon, Benoit XIII, ayant eu connaissance
de faits d'heresie, de sorcellerie et de magie advenus dans le dio-
cese du Puy, voulut y introduire Flnquisition, qui, jusqu'alors,
s'etait abstenue d'aborder ces parages par egard pour un privilege
1. Porte au siecle precedent par fitienne de Gatine (1264). Potthast, n. 19293.
2. Mgr Douais, Documents...^ t. i, p. clxxxii-cxcvii.
3. Biblioth. nat., ms. lat. 11847; Douais, op. cit., t. i, p. xcii-xcviii, cxciii-
cxcv; Molinier, Ulnquisiiion dans le midi de la France, Paris, 1881, p. 79-105.
4. Gf. Mgr Douais, op. cit., t. ii, p. 330 : inquisitor in parlihus All>i'^esii el
Carcrtssone.
5. Ripoll, op. ci'.., t. T, p. 179.
INTRODUCTION XI
d'pxemption dont se reclamaient les habitants. Le pape confla
iin mandat supplementaire de trois ans a Tinquisiteur de Carcas-
sonne (n. 332). Le Puy n'etait pas aux portes de Carcassonne;
rinquisiteur de Provence, qui possedait le diocese de Viviers
dans son ressort, eut ete le plus naturellement designe. Si le pape
choisit rinquisiteur languedocien, c'est parce que le Velay, n'etant
qu'un prolongement duLanguedoc,dependait eventuellement de sa
circonscription. Si Le Puy en dependait, Mende a plus forte raison.
En comptant les dioc^ses, qui, a titre defmitif ou transi-
toire, relevent de Tlnquisition de Carcassonne, on atteint le
chilTre de dix-sept : immense domaine confie a la surveillance d'un
seul homme ! Nous n*avons pas a insister sur les Inquisitions
auxiliaires et les lieutenances que les magistrats carcassonnais
creerent, ou laisserent creer par les eveques dans les villes et les
dioceses les plus atteints par Theresie, ainsi a Albi et a Pamiers.
Ces succursales firent une besogne intense sous Bernard de Cas-
tanet et Jacques Fournier. Notre recueil n'apporte qu'une modeste
contribution a Thistoire d'ailleurs bien connue de ces tribunaux ^.
On remarquera surtout les pi^ces qui se rapportent au commis-
saire inquisitorial Menet de Robecourt, dont les exces de zele
^furent a trois reprises d^nonces au Saint-Siege (n. 28, 176, 181,
186, 189).
Ce meme Menet de Robecourt exer^a aussi les fonctions d'inqui-
[titeur adjoint dans la ville de Montpellier. Ce rdle fut confi6
guccessivement aux dominicains Arnaud de Bellevue, vers 1326,
ki Raymond Pelat, en 1329 (n. 88-189), Arnaud Delher, en 1357
(n. 28, note 2), Bernard de Gaillac, enl391, Raymond Cabassa
cn 1417.
II est peu probable, neanmoins, qu'il ait existe une succursale
permanente de Tlnquisition dans cette ville. L'heresie parait n'y
avoir fait que de rares victimes. Durant tout le xiv® si^cle, a
rexceplion de quelques spirituels ou beguins, et de quelques
sorciers, Tlnquisition n'y trouva rien a reprendre, que Ton sache.
Jean XXII se plut, au contraire, a louerles Montpellierains de
leur fidelite a la vraie foi et recommanda aux inquisiteurs d'eviter
de les molester (n. 20). Urbain V reedita ces bienveillantes dispo-
sitions, en 1363 (n. 231).
1. Voir J.-M. Vidal, Le tribunal d'1nquisition de Pamiers, de']k cite ; sur le tri-
bunal d'AIhi, voir Molinior, Dounis, op. cit.
XII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Toutefois rinquisiteur de Carcassonne voulut, en 1329, proceder
a la repression de certains crimes contre la foi commis dans cette
ville. Oublieux des regles de la procedure, son lieutenant Ray-
mond Pelat s'abstint de demander sa collaboration a reveque
de Maguelonne. Jean XXII lui fit defense de proceder sans en avoir
refere a Tordinaire (n. 88-89). Quelques mois apres, il est vrai,
le pape dut reconnaitre que Tinquisiteur avait des raisons serieuses
de se passer de Teveque. Ce recours entrainant d*is longueurs et
des complications, on put, par exception, le negliger (n. 98).
A son tour, le tribunal episcopal condamna un jour trois
sorcieres, sans en prevenir rinquisiteur. Celui-ci temoigna un vif
mecontentement et entama une procedure. Le pape Benoit XII
dut intervenir pour regler le conflit (n. 172-173).
Quarante ans plus tard, les relations n'etaient pas mieux eta-
blies entre le juge monastique et Feveque. Les Montpellierains
demanderent a Clement VII de decider de nouveau que celui-ci
ou son vicaire participassent d'office aux proces engages contre
les citoyens suspects d'heresie (n. 311).
4° Inquisition de Majorque, de Roussillon et de Cerdagne. —
Le royaume de Majorque existait depuis 1262. Jacques le
Conquerant, roi d'Aragon, Tavait distfait de ses Etats en faveur
de son second fils, Jacques I^^ ^. Mais, au point de vue de la defense
de la foi, nulle separation n'avait ete faite. Les iles Baleares, le
Roussillon et la Cerdagne continuaient a ressortir a flnquisition
aragonaise, laquelle, meme apres la creation d'une province
dominicaine d'Aragon, en 1301, continua a dependre, au moins
pour la creation et la destitution de ses magistrats, de la province
d'Espagne ^.
Pour le royaume de Majorque, cette situation dura cinquante
ans. Mais, le 7 juillet 1313, Clement V, ayant resolu de constituer
ce petit £tat en circonscription inquisitoriale autonome, donna
au maitre general des dominicains mission d'y deleguer des ma-
gistrats (n. 12) ^ et, depuis lors, semble-t-il, le tribunal y exista
1. Le:;oy de la Marche, Relations politiques de la France avec le royaume de
Majorqne, Paris, 1892, t. i, p. 101-123.
2. Jusqu'en 1351, date a laquelle Clement VI remit au provincial d'Aragon
le soin de nommer les inquisiteurs de sa province. Ripoll, op. cif., t. i, p, 18'i ;
t. n, p. 235.
3. Etaient oxccptcs les fiefs du roi de Majorque dans le royaumo de Francc,
INTRODUCTION XIII
sans intcrruption, ayant pour siege principal la ville de Pcrpignan
(n. 9(3-97 notes, 327), qui etait la localite importante du royaurne.
Meme apres la reannexion de cet £tat a celui d'Aragon (1348),
rinquisition roussillonnaise garda son autonomie.
Certains indices permettent de croire qu'elle eut, par moments^
beaucoup a faire : ainsi, l'existence de deux lieutenants de Tin-
quisiteur, en 1331 et 1333 (n. 108),et, vers cette meme epoque —
les juges monastiques ne suffisant pas — la concession d'un brevet
d'inquisiteur general a reveque d'Elne, Gui de Terrena (n. 125,
125 bis, 127) K
En depit des droits reconnus, en 1351, au provincial d'Aragon,
de nommer les inquisiteurs de la province, le tribunal de Majorque
ne cessa pas de relever du maitre general (n. 197-198). Au besoin,
le pape rappelait ce prelat a Texercice de son devoir (n. 327).
L'heresie ctait-elle, verslafindu Grand Schisme, si frequente et
si dangereuse dans le pays qu'il pariit necessaire d'y etablir deux
tribunaux d'Inquisilion, au lieu d'un ? ou bien s'etait-on rendu
compte que les conditions geographiques permettaient difTicile-
ment de maintenir Tunion des iles Baleares et des pays de terre
ferme dans une mcme circonscription ? Bref, Benoit Xlll crea
deux ressorts d'Inquisition dans Tancien royaume. L'un fut formc
des iles, Tautre des comtes de Roussillon et de Cerdagne (18 mars
1413) ; et cette reforme, approuvee par Martin V, en 1420 (n. 335
et note), demeura definitive. Le diocese d'EIiie constitua donc
un ressort a lui seul,
5° Inquisition en Corse. — Avant de quitter la France meri-
dionale, disons que, les heresies vaudoise et albigeoise ayant paru
jusque dans Tile de Corse *, Tlnquisition s'y montra par intermit-
tences pour les y reprimer. Des freres mineurs y furent envoyes
a plusieurs reprises, sur Tordre des papes. En 1340 ^ d'abord;
puis en 1369. La deuxieme fois, la mission fut confice a un
groupe de religieux, dont frere Mondino de Bologne etait le chef *.
c'cst-a-dire la seigncuriedc Montpellier, la baronnie d'Auniela8 et la vicomlc dc
Carladez. Lecoy de la Marchc, op. cit., t. i, p. 128, 14''i-147.
1. J.-M. Vidal, Proces d'inquisition contre Adhemar de Mossel, dans Rei'ue
dhisl. de V flglisz de Frunce, 1910, t. i, p. 68'j-G8 \.
2. Qui fut, durant les xiv^ et xv« sidclos, l'enjeu que sc disputerent sans treve
es G^''nois et les Aragonais. Jacobi, Histoire de la Corse, Paris, 1835, 2 vol
3. Wadding, Annal. min., t. vii, p. 232, ad ann. 1340, n. 10.
fi. Ibid., \. vii, p. 213, ad ann. 1369, n. \.
XIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE
En 1372, un mandat d'inquisiteur general pour toule Vi\e
etait donne a Teveque de Mariana, de Tordre des carmes (n. 268).
Mais Tannee suivante, Teveque d'Ajaccio et le vicaire general
des franciscains regurent de nouveaux pouvoirs et de nouveaux
ordres (n. 279-280). En 1377, Leonard de GifTon, general des
franciscains, fut invite par Gregoire XI a deleguer un autre inqui-
siteur en Corse et en Sardaigne; car les deux iles se trouvaient
encore infestees d'heretiques (n. 309). En 1395, enfin, envoi d'un
nouvel inquisiteur : le franciscain Frangois Bonaccorsi, 6vcque
de Gravina dans la Lucanie, nonce apostolique et administra-
teur de Teglise d'Accia, dont Feveque avait disparu depuis dix
ans ^
6® U Inquisition dans le Lyonnais, la Bouj'gogne, la Franche-
Comte et la Lorraine. — Decrire les vicissitudes de Torganisation
de rOffice dans ces contrees est une tache malaisee. La penurie
des documents est telle que mieux vaut reconnaitre Timpuissance
ou Ton se trouve d'arriver a des conclusions certaines. On ne peut
que grouper les indications fournies par quelques pieces eparses
et proposer des conjectures.
11 est pourtant un fait que Ton doit considerer comme suffi-
samment etabli : c'est rexistence, a dater de la buUe deja citee
de Nicolas IV (1290 ^), au provincial des dominicains de France,
jusque vers le milieu du xv® siecle, d'un ressort dont le chef-lieu
etait BesanQon et qui comprenait les dioceses de Besan^on,
Geneve, Lausanne, Sion, Metz, Toul et Verdun, c'est-a-dire le
comte de Bourgogne, ou Bourgogne orientale (Franche-Comte),
le comte de Geneve et la Lorraine. Or, les sept dioceses enumeres
par Nicolas IV, une bulle de Martin V les attribue encore tous
a Ulrich de Torrente, en 1424; et cet Ulrich en avait herite de Jeau
Brucelli, avant 1420 ^. Entre ces deux dates et ces deux faits con-
cordants, peu de noms et d'evenements a noter.
On apprend qu'en 1298 un inquisiteur de Besangon, Giii de
Reims, dominicain, harcelait avec tant de zele les vaudois de
Bourgogne que beaucoup de ces gens s'enfuircnt jusqu'en Rouer-
1. Regest. Vatic, t. cccxiv, fol. 376, lettre du 3 aout 1395.
2. Ripoll, op. cit., t. II, p. 29.
3. Ripol], op. cil, p. 644 ; Hai;seii, Quellm, p. 455.
IMHODUCTION XV
gue et en Gascogne, ou ils accrurenl le contingent des jusliciables
de Bernard Gui ^
Avant 1310, un inquisileur de Lorraine interroge la beguino
Marguerite Porrete ^.
En 1312, peut-etre meme en 1310, Geraud d'Auxonne, inqui-
siteur bizontin, re^ut des lettres du pape Clement V (n. 8-10),
dans lesquelles il etait qualifie d'inquisiteur dans les provinces
de Lyon et de Besangon. Cette formule ne comprend plus qu'en
partie celle de Nicolas IV. La province de Lyon, c'etait la Bour-
i,M)gne occidentale : les dioceses de Lyon, Autun, Chalon, Macon,
Langres; la province de Besan^on, c'etait la Bourgogne orientale :
les dioceses de Bl^le, Belley, Lausanne et Besan^on. 11 n^est plus
question de ceux de Geneve et de Sion, ni dcs trois eveches lorrains.
En revanche, avec Garin de Bar, auquel est adressee une bulle,
en 1326, reapparait la nomenclature tradilionnelie : inquisiteur
dans les dioceses de Besanfon, Gene^^ey Lausanne, Sion, Metz, Toul
et Verdun (n. 05). Puis nous retrouvons des variantes geographiques
et des titres qui semblent ne qualifier qu'une competence res-
Ireinte. En 1364, Jean Lemoine et, en 1398, un religieux anonyme
sont inquisiteurs dans la proi>ince de Besangon (n. 244, 329). Par
contre, Reginald de Rucesses, mort vers 1345 ^ Jean de Fonte,
([ui cesse ses fonctions en 1356 *, et Martin d'Amance, elu evcque
en 1381, s'intitulent tous trois inquisiteurs de Lorraine (n. 316).
Et c'e8t tout pour le xiv® siecle.
Au xv^, c'est la bulle de Martin Vquinous sert de point d'arri
vee. Apres celte date, il semble qu'il se soit produit un remanie-
ment des circonscriptions : remaniement dans le sens de la multi-
plication des ressorts. Vers 1458, les diocfeses de Gen^ve, Lausanne
et Sion ont leur autonomie, qu'ils possedent encore en 1481 ^
La Suisse de langue frangaise s'est detachce de Tlnquisition dc
Bourgogne, et son in^iuisiteur reside a Lausanne •.
11 est probable que la Lorraine se separa de ineine, et peut-etre
1. Liber sentent., p. 209 sq., 252, 255, 334 sq.
2. P. Fredericq, Corpus docunietUorum I nquisitionis haerelica^ praviUUU Ncw-
andicae, Gand, 1889, t. i, p. 156, 159.
3. Annee dominicaine, Lyon, 1893, juin, p. 116.
4. RcichnTt, Acta capitulorum generalium ordinis praedicalorum, Rome, 1899
t. II, p. 374.
5. Hanaen, op. cit., p. 473, 477, 488, 499.
G. Ibid., p. 488, nole.
XVI BULLAIRE DE L*I NQUISITION FRANgAlSC
les qualificatifs porLes par rin({uisiteur incoiinu de 1310, puis par
Reginald de Rucesses, Jean de Fonte et Martin d'Amance, prou-
vent-ils que le demembrement se preparait deja des le :xiv^ siecle.
En 1423, il est question d'un inquisiteur pour le diocese de
Verdun, et cct inquisiteur a des vicaires ^. En fin de compLe, la
Franche-ComLe forma sans doute a elle seule le ressort inquisi-
torial de BesanQon ^.
Et le Lyonnais ? Son cas est assez embrouille. ClemenL IV
parait attribuer les dioceses de Lyon et de Belley a flnquisition
de Provence, puisqu'il donne au provincial des freres mineurs de
Bourgogne le pouvoir de deleguer les inquisiteurs quiinstrumen-
teront dans ces diocescs aussi bien qu'en Dauphine cL en Provence^.
Cependant, on a vu que Pons Feugeyron, nomme inquisiteur
cn 1409 (n. 338), est le seul juge franciscain dont la delegation
s'etende aussi a ces deux eveches. Vers le milieu du xiii^ siecle,
c'etait un dominicain, Etienne de Bourbon, qui menait campagnc
contre les vaudois du Lyonnais *. Ce qui est plus embarrassant,
c'est d'abord la delegation du frere precheur Geraud d'Auxonne
(1310) s'etendant, ainsi qu'on ]'a diL, aux provinces de Lyon et
de Besangon. Cest ensuite la nomination faite, le 4 octobre 1322,
par le provincial de France, du dominicain Pierre Candelari, du
couvent de Lyon, comme inquisiteur dans les dioceses de Lyon,
Macon et Clermont ^. Les freres prccheurs allaient-ils donc sur
les brisees des freres mineurs? En tout cas, la prescription fut
rompue par Feugeyron, en 1408; et, en 1458, le provincial de
Bourgogne entendit ne pas laisser perimer ses droits. II fit renou-
veler par Pie II les dispositions bicentenaires de Clement IV.
Ainsi Belley et Lyon continuaient a ressortir au tribunal francis-
cain de Provence ^. Si les juges de ce tribunal s'abstinrent presque
1. P. Fredericq, op. cit., t. ii, p. 248.
2. En 1529, Jeaii Boni est dit inquisilew dans V archevcche de Desancon el ses
dioceses. Hansen, op. cit., p. 513, note.
3. In Lugdunen., Vienmn., Belli^^en., Gralianopolilan., Maurianen., Viuarien.,
Valentin , Tarentasien. et Augusten. civitatihus et diocesibus. BuUe de Pie II : 14
octobre 1458, dans Regest. Vatican., t, cccclxix, fol. 302; Wadding, ad ann.
1458, n. 13.
4. Quetif et Echard, Scriptores ordinls praedicatorum, Paris, 1719, t. i,
p. 184, 192, 193.
5. II prit possession de sa charge, a Lyon, le l'^'" avril 1323, en presence des
officiaux des trois prelats de son ressort. Annee dominicaine, septembre, p. 89.
6. Regest. Vatic, t. cccclxix, fol. 302; Wadding, ad ann. 1458, n. 13.
INTIIODUCTION XVlI
lous dc joindre ces deux dioceses a renumeration de leurs do-
maines ordinaires, c'est, sans doute, qu'ils n'avaient pas Toccasion
d'aller y rechercher des heretiques.
Les dominicains, trouvant la place a prendre, s'y installerent
simplement. Plus tard, les franciscains tenteront de meme d'an-
nexer Geneve a la circonscription de Provence. Sans doute, la
place y etait-elle aussi a prendre pratiquement. Les papes inter-
venaient au bon moment et tranchaient ces conflits en ramenant
les competiteurs chacun chez soi.
On comprend que Clement V donne a Geraud d'Auxonne le
titre d'inquisiteur dans les provinces de Lyon et de BesanQon.
Les freres prccheurs comptaient presque tout le territoire de ces
metropoles dans leurs ressorts de Bourgogne et de France, et les
heretiques dont le pape voulait que Gcraud s'occupat se trou-
vaient precisement dans le diocese de Langres (n. 8-10).
Quant a preciser auquel des deux ressorts, de Paris ou de Besan-
gon, appartenaient les dioceses de la province de Lyon et celui de
Clermont mentionnes dans les lettres de Gcraud d'Auxonne
et de Pierre Candelari, ce n'est possible que par conjecture. Le
provincial des dominicains de Paris nommait les inquisiteurs de
BesanQon aussi bien que ceux de France. Geraud d'Auxonne,
inquisiteur bizoniin el lyonnais, a pu etre un dcs trois magistrats
bourguignons, comme un des six fran^ais (bulles de Nicolas IV).
Topographiquement, il semble que le ressort de Besangon attire
a lui la province lyonnaise; mais TAuvergne est trop excentrique
pour subir la meme attraction. Ciermont parait devoir etre reven-
dique par Paris. Au fait, une delimitation precise et permanente
a-t-elle reellement existe dans ces paragcs? Le peu que nous
livrent les rares documents ne nous donne-t-il pas Timpression
d'une variabilite de competence territoriale qu'il faut peut-ctre
attribuer au bon vouloir de Tautorite qui delegue? Le provincial
dcs dominicains devait, en constituant des inquisiteurs, s*in-
spirer, sans doute, des circonstances, dont les principales etaient
les necessites locales et les facilites topographiques. Le besoin
d'une demarcation territoriale n'etait urgent que dans les
contrees de grande activite inquisitoriale : la ou des conflits de
juridiclion etaient a redouter. Ailleurs, on pouvait se contenter
de moins de precision et, en attendant, assigner aux magistrats
qu'on deleguait des domaines dont Tetendue variait au gre deg
occurrences.
BULLAIRE - B
XX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
nus de Saint-Pierre, dans celui de Tournai, en 1355^; Nicolas
de Vassy, dans celui de Chalons, en 1362 et 1363 ^; frere Jean
Thomas, en 1389 ^. Enfin, Nicolas de Peronne, qui devint, en
1403, inquisiteur titulaire dans le diocese de Cambrai, y avait
jusqu'alors exerce les fonctions de vice-inquisiteur (n. 330).
Ce dernier fait est a considerer, car il n'est pas autre chose, je
crois, que le premier pas vers le demembrement de Tlnquisition
de Paris. Pierre d'Ailly, eveque de Cambrai, s'etait plaint a
Benoit XIII que les travaux de Tlnquisition dans son diocese
fussent trop souvent entraves par Topposition de ses sujets
des pays d'Empire, qui contestaient au religieux nomme par le
provincial de France le droit d'enqueter sur un territoire rattache
a une autre province monastique.
Le pape delegua a reveque le pouvoir de conferer a Nicolas
de Peronne le titre d'inquisiteur autonome pour le diocese de Cam-
brai, et, le cas echeant, de lui donner pour successeur le prieur
des dominicains de Saint-Quentin (n. 330). Ces juges etaient ren-
dus exempts de toute obedience monastique en ce qui concer-
nait leur mission. Cet etat de choses ne devait durer, en principe,
que le temps de Tepiscopat de Pierre d'Ailly. En fait, le demem-
brement fut definitif *, bien que Tetendue du ressort et le mode
de nomination de Tinquisiteur de Gambrai aient subi des variations.
En 1431, ce magistrat, qui a juridiction sur Cambrai et sur Liege,
se reclame du provincial d'Allemagne, comme de son mandant
naturel ^. En 1460, Tinquisiteur de Cambrai va presider un acte de
foi a Arras ®. En 1479, les eveches de Cambrai, Therouanne, Tour-
nai et Arras forment, semble-t-il, une circonscription distincte,
dont Jean Levasseur (Vassoris) est le chef '^. Mais nous n'osons
affirmer que ce groupement de dioceses ait tenu bienlongtemps.
1. Fredericq, op. ciL, t. ii, p. 143.
2. Denifle-Chatelain, Chartularium universitalis Parisiensis, Paris, 1894,
t. III, p. 99, n. 1272 : proces de deux dominicains hostiles a la doctrine de rimma-
culee Conception.
3. Quetif et fichard, op. ciL, t. i, p. 694.
4. En 1410, ce sont deux dominicains, au lieu d'un, qui sont inquisiteurs dans
le diocese de Cambrai : Henri Selle et Laurent Girons. Fredericq, op. ciL, t. i,
p. 266-267. Cf. p. 271. En 1411, c'est le prieur des dominicains de Saint-Quenlin
qui dirige le tribunal de Cambrai.
5. Fredericq,'op. ciL, t. i, p. 329.
6. Ibid., p. 380.
7. Hansen, Quellen, p. 501, note 1.
INTRODUCTION XXI
Au cours de la premiere moitie du siecle, Therouanne, Tournaiet
Arras etaient encore rattaches a la circonscription de France ^.
L'inquisiteur de Paris les visita en personne a plusieurs reprises.
Notons ses voyages a Arras, en 1461, et a Lille, en 1465 ^. Habi-
tuellement, il etait represente dans ces pays par un vicaire general,
dontla residence avait une fixite relative. En 1420, Pierre Floure
reside a Saint-Omer : on Tappelle inquisiteur de Saint-Omer*. En
1459, 1460, 1462, un autre vicaire inquisitorial, peut-etre deux, sont
fixes a Arras et a Tournai, et ils ont juridiction sur Lille *. Ces
trihunaux a poste plus ou moins fixe n'etaient, malgre tout, que
des emanations de celui de Paris, et des emanations qui n'avaient
pas leur pleine autonomie.
On peut conjecturer qu'a la longue la Champagne eut aussi
son tribunal. Cest ce que semble annoncer le titre porte, en 1419,
par Pierre Floure, vicaire de Tinquisiteur de Paris, qui se ditinqui-
siteur de Reims *. En Normandie, le diocese de Rouen constitua
une lieutenance, dont Tun des titulaires, Jean Lemaitre, delegue en
1424 par Jean Graverant, inquisiteur de France, fut, quoi qu'il en
eut, mele au proces de Jeanne d'Arc *. En 1431 (13 juillet), un mois
et demi apres le supplice de la Pucelle, Jean Graverant lui-meme
86 vit confirme, par le pape Eugene IV, dans la charge d'inquisi-
teur de Rouen. Son successeur y fut confirme de meme, sep\ ans
plus tard (1438) '. La teneur des rescrits pontificaux semblerait
indiquer que le tribunal rouennais avait acquis son autonomie.
En revanche, les religieux dominicains qui menent des proce-
dures, en 1432 et 1453, dans le diocese d'£vreux, sont toujours
des vicaires generaux de Tinquisiteur de France ®.
Dans rOrleanais, nulle Inquisition locale n'existe lorsque
Pierre Floure, lieutenant du magistrat parisien, y instrumente
contre les heretiques, vers 1415 ®.
1. Pierre Floure, vicaire de l'inquisitcur de Paris, fit des procdsadesheretiques
de Lille et de Tournai, en 1411, 141G, 1417. Frcdericq, op. cit., t. i, p. 280-281.
2. Fredericq, op. ciL, t. i, p. 394, 411.
3. Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 754-755.
4. Fredericq, op. cil., i. i, p. 346, 353, 362, 374, 397 ; t. ii, p. 200.
5. Ibid., t. I, p. 298.
G. Quicherat, Proces de Jeanne d'Arc, t. i, p. 33, 35, 122-124, ctc.
7. Ripoll, op. cit., t. III, p. 8, 22.
8. llaiisen, op. cit., p. 470 ; Lea, Hist. de VJnquis., t. ii, p, 100.
9. DcniMe, Charlitl., l. iv, n. 2065.
XXII BITLLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
Des pays d'au-dessoiis de la Loire : Nivernais, Berry, Bourbon-
nais, Auvergne, on n'a nulle nouvelle. Peut-etre le Limousin
etait-il, au xv^ siecle, rattache a rinquisition toulousaine. On
voit que Jean Dupuy, « inquisiteur dans la province de Toulouse,»
intenta, vers 1417, un proces a des clercs limousins qui avaient
neglige de se faire absoudre d'une sentence d'excommunication.
L'afTaire vint en appel au tribunal apostolique et Martin V
nomma Tarcheveque de Toulouse pour en connaitre ^. Ce fait
peut ne rien prouver, s'il s'agit de clercs etrangers, par exemple
d'etudiants, residant a Toulouse. Mais ce detail n'est pas marque
dansla piece. En definitive, le Limousin a pu appartenir a Tou-
louse, comme a Poitiers ou a Paris.
Cette revue geographique nous a permis de constater que le
XIV® siecle ne fit que developper les institutions ebauchees par le
xiii^. L'Inquisition s'installa dans de nouveaux sieges : a la fin
du siecle, le territoire qu'embrasse la France actuelle se trouva
partage en sept ou huit districts qu*une tendance tres marquee
portait a subdiviser et demembrer encore. On en arriva, en certains
endroits, a creer des inquisiteurs diocesains. L'esprit particulariste
y pojissait, aussi bien que la preoccupation, chez les ^veques, de
tenir bien en main le rouage inquisitorial et, qui sait ? d'amoin-
drir, en la partageant, la puissance des inquisiteurs interprovin-
ciaux ou interdiocesains.
Uiie autre remarque a ne pas oublier, c'est Timprecision que pa-
raissent avoir eue les confins de certaines circonscriptions. Mais
il ne faut peut-etre s'en prendre qu'a la disette d'informations
vraiment deplorable oii nous nous trouvons par rapport a trois
des principaux tribunaux de la foi.
II. — LE PERSONNEL DES TRIBUNAUX
1° Les juges.
Dans les tribunaux d'Inquisition du xiv® siecle, au moins
pour les actes essentiels de la procedure, les juges sont deiix
d'office : Tinquisiteur monastique et Teveque diocesain.
1. RipoU, op. cit., t. II, p. 533.
t
INTRODUCTION XXIII
Tel est le droit etabli par le concile de Vienne (decret Multo-
rum ^), et ron peut dire qiie c*est la reforme capitale du aiecle, en
nnatiere d'Inquisition. Nous n'avons pas a y insister ici. La chose
est trop connue. On sait aussi a quels conflits et a quels abus de
pouvoir le legislateur pretendit couper court en obligeant les inqui-
siteurs a reprendre contact avec les prelats, a roeuvre desquels
ils ne faisaient, somme toute, que coUaborer, et en invitant ces
derniers a ne pas se desinteresser de la defense de la foi, non plus
que de la maniere dont leurs diocesains ^taient traites par les inqui-
siteurs.
Cette idee si simple de la collaboration du juge monastique, spe-
cialise dans la repression de Terreur, et du juge diocesain, qui
avait sur ce meme point des droits intangibles, il avait fallu pres
d'un siecle pour qu'on se decidat a la mettre partout en pratique ^.
Lorsque le concile en eut fait un article fondamental de la proce-
dure d'Inquisition, les faits demontrerent, sauf de rares exceptions,
que sa realisation ne soufTrait aucune difficulte. S'il est une con-
clusion quiressort nettement et solidement etablie de Tctude de
nos documents, c'est bien celle-Ia. Les exceptions faites a cette
regle universellement et pacifiquement appliquee, ce sont, en
dehors des incidents de Montpellier deja racontes, quelques com-
missions generales d'inquisiteurs concedees k des eveques ou k
d'autres personnages d'un merite distingue : ainsi Guillaume
Lombard, inquisitevir in Curia (n. 153), Bernard du Bosquet,
legat apostolique (n. 241), et peut-etre Antoine de Riparia, eve-
que de Massa, inquisiteur dans le Dauphine (n. 290 sq. ^).
Tous les autres personnages, moines, prelats ou dignitaires du
clerge seculier, qui regoivent un mandat d'inquisiteur, sont invites
a se conformer a la regle ; et ceux dont les textes nous disent qu'ils
ae sont mcles de poursuivre Th^resie, nous sont presentes de
1. Clementin., lib. V, tit. iii, cap. 1.
2. Voir un aper^u des rapports entre evSques et inquisiteurs au xiii* gi^cle,
dans Lea, op. ci7,, t. I, p. 375-383 ; voir aussi n. 5 de ce recueil et note 3.
3. Nous ne parlons pas des commissions donnces par le pape a des cardinaux,
k des prelats, ou a d'autres personnages, pour Texamen d'a(Taires venues en appel.
Elles ne sauraient rentrer dans la categorie des proces dont il s*agit ici et qui
sont tous de premiere instance. Excluons aussi les enquStes prescrites direc-
tement par le p^pc k propos de crimes dont il entreprend lui-meme la
repression.
XXIV BULLATRE DE L INQUISITION FRANgAISE
meme comme n'ayant pas manque de s'y tenir; ou bien ils sont
blames de ne TaVoir pas fait ^.
II y a mieux. LorsqueTordinaire d'uninculpe demeure inconnu,
ou s'il est empeche de prendre part au proces, ou meme s'il
est suspect de partialite, le pape designe d^office un ou plusieurs
prelats pour tenir sa place aupres de Tinquisiteur. Ainsi fit
Jean XXII pour le proces de Jean rArcheveque, sire de Parthenay
(n. 46, 47, 52), et celui d'Adhemar de Mosset (n. 132, 135, 136, 139).
Le pape rappela meme au juge de Jean rArcheveque quels etaient
les actes auxquels, sous peine de nullite, devaient prendre part
les eveques delegues. Le decret Multorum exigeait la participation
de Tordinaire pour Tapplication de la torture, pour la garde et
Tadministration des prisons et, il va de soi, pour Tediction des
sentences ^. Jean XXII precise que Tinquisiteur devra commu-
niquer aux prelats les dossiers deja constitues et ceux qui se-
ront formes dans la suite, tam circa proferendam sententiam quam
omnes alios actus etiam ante prolationem ejusdem sententiae (n. 46,
55, 56).
Des magistrats episcopaux, nous avons peu de chose a dire.
Notons seulement ceux qui paraissent avoir pris le plus a cceur
leur role de gardiens de Forthodoxie. J'ai nomme Bernard de
Castanet, a Albi; j'ajoute, pour ce meme siege, Bertrand Des-
bordes (n. 7) et Geraud de Farges (n. 11). A Pamiers, je remarque
Jacques Fournier (Benoit XII) et Dominique Grima (n. 82, 116).
Ce dernier, moins actif que son predecesseur, merita un rappel a
Tordre du pape Jean XXII (n. 124). A Narbonne,notons Bernard de
Farges (n. 14); a Maguelonne et a Beziers, Andre et Guillaume
Fredol, qui, tous deux, font des proces aux beguines de leurs dio-
ceses (n. 18, 18 his)\ a Mirepoix, Raymond d'Athon, qui con-
struit une prison pour les heretiques (n. 62); a Elne, le celebre
Gui de Terrena, que ses biographes nomment le marteau des
heretiques (n. 125 sq.); a Carcassonne, Jean Fabre, qui procedc
1. Je me borne a des renvois : n. 22, 30 bis, 31, 33, 76, 87, 88, 89, 92, 96, 97, 127,
148, 193, 211, 230 (a remarquer le rappel a Tordre adresse par le pape aux inqui-
giteurs), 236, 248, 254, 257, 273, 281, 308, 329, 338. Voir peut-6tre une exception,
n. 14 : la eurie de Narbonne parait avoir procede seule a rexamen d'un sus-
pect. Mais le pape appelle la cause a son tribunal.On sait par ailleurs que Bernard
de Farges, archev6que de Narbonne, eut recours a Tinquisiteur de Carcassoune
pour Texercice ordinaire de rinquisition. Douais, op. cit., t. i, p. lxxih.
2. ClemcnL, lib. V, tit. m, cap. 1.
INTRODUCTION XXV
contre quelques capitaines des grandes Compagnies (n. 236); a
Embrun, deux archeveques, qui se consacrent a Textermination
des vaudois : Guillaume Desbordes et Pierre Amelii (n. 211, 222,
260); a Paris enfm, Hugues Michel de Besangon, mele au proc^s
du fraticelle Conrad (n. 92), Etienne de Paris, qui reprima les
beghards (n. 257), et Aymeric de Maignac, un des juges de Hugues
Aubriot (n. 319).
Les religieux qui furent les auxiliaires de ces prelats retiendront
plus longtemps notre attention. Voici, d'abord,parcirconscriptions,
les listes de ceux dont nous avons retrouve la trace. Quelques-
.unes de ces listes presentent beaucoup plus de lacunes que de
^places occupees dans rechelle chronologique. On nous pardonnera
le n*en savoir pas plus que les documents. Si fragmentaires soient-
Lelles, ces nomenclatures ont pourtant le merite d'etre un premier
cssai, et c'est aussi leur excuse. Les trois grandes Inquisitions
meridionales sont les plus favorisces; nous avons pu etablir pres-
que sans discontinuite la serie de leurs chefs. Ce travail n'avait,
ipour aucune d'elles, jamais ete pousse aussi loin que nous avons
[cssaye de le faire *.
2® Inquisiteurs generaux de France ou de Paris (ord. praed.).
[1285,1300 (?). — Jean d'Aubigne. Quetif e t fichard, ^crt>. orf/.
praed., 1. 1, p. 464 ; Histoire litter. de la France, t. xxvi, p. 445-446.
,1303 (?), 1307, 1310. — Guillaume de P aris. Michelet, Proces des
Templiers (Documents inedits), Varisj 1841-1851, t. ii, passim^
Fredericq, Corpus, t. i, p. 156-160 ; t. ii, p. 53-57, 63-65; Hist.
litter. de la France, t. xxvii, p. 140-152.
^1330, 1332. — Aubert de Chalons (n. 89, note 2).
[... 1355 ... — Lininus de Saint-Pierre, vicaire de Finquisiteur
dans le diocese de Tournai. Fredericq, op. cit., t. ii, p. 143.]
[1362. — Nicolas de Wassy, « inquisiteur sous-delegue dans le
diocese de Chalons. » Denifle, Chartul., t. iii, p. 99, n. 1272. ]
',..1364... — Guillaume Rochini, ou Rouchin. Denifle, op. cit,,
t. III, p. 122.
1. Percin, pour rinquisition de Toulouse, Bouges et Mahul, pour cclle de
[tCarcassonne, Mgr Douais pour les deux, ont donne des listes d'inquisiteurs du
:iv*' siecle. Nous ajoutons bcaucoup de noms a ceux qu'ils connaissent. Surtout,
nos documents nous apportent mainte precision chronologique. En revanche,
nous faisons figurer dans nos catalogues des noms de personnages sur lesquels
nous n'avons d'autrcs refcfences que les ouvrages de ces crudits.
XXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
1368-1386. — Jacques de Morey, ou de Moray = de Moreyo
(n. 274, note 1).
1382... — Jean Textoris = Tissier (?) (n. 316).
1386 ... — Frere Vital (n. 274, note 1). Denifle, op. cit., t. iii,
p. 303, note 1.
[1389... — Jean Thomas, vicaire de Tinquisiteur Vital. Quetif et
fichard, op. cit., t. i, p. 694 ; Denifle, op. cit., t. iii, p. 187, n.
1355.]
1411,1413,1416, 1419, 1420. — Pierre Floure, vicaire general de
rinquisiteur de France (Fredericq, op. cit., t. i, p. 280, 281 ;
Denifle, op. cit, t. iv, n. 2000, 2001, 2065); puis (1417) « inqui-
siteur deput^ pour tout le royaume de France» (Fredericq, op.cit.,
t. II, p. 200-202); « inquisiteur de la province de Reims)) (Frede-
ricq, op. cit., t. i, p. 298); enfin (1420), inquisiteur de Saint-
Omer. Quetif et Echard, op. cit., t. i, p. 754-755.
1413, t 1414. — Jean Poleti = Paulet (?), inquisiteur general.
Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 754; Denifle, op. cit., t. iii,
p. 554, n. 1594.
Inquisiteurs de Cambrai.
...1403... — Nicolas de Peronne, vicaire de Tinquisiteur de France
dans le diocese de Cambrai, puis (1403) inquisiteur titulaire dans
ce ressort (n. 330).
Vers 1410. — Henri Selle, de Herenthals et Laurent Girons
[Gerunlii), dominicains, inquisiteurs. Fredericq, op. cit., t. i,
p. 266-267.
1411... — Le prieur des dominicains de Saint-Quentin, inquisiteur.
Fredericq, op. cit., t. i, p. 271.
3^ Inquisiteurs de Toulouse (ord. praed.).
1290-1300. — Foulques de Saint-Georges. Ms. lat. 4270 de la
BibL nat. ; Bern. Gui, dans Martene, Vet. script., t. vi, coL 510 sq.
1302, t 1304. — Guillaume de Morieres. CL n. 4, note 1 ; Martene,
Vet. script., t. vi, coL 510-511.
1304, 1306. — Arnaud Duprat de Condom. Martene, op. cit.,
coL 463; Percin, Monum, com^ent. Tolosani ord. FF. praed, :
Inquisitio, Toulouse, 1693, p. 110; Douais, Les jreres pre-
cheurs en Gascogne, Paris-Auch, 1885, p. 305.
1306-1323. — Bernard Gui (n. 44, note 1).
INTRODUCTION XXVIl
1320. — fitienne Barrau, de Toulouse, sans doute lieutenant
de rinquisiteur. Percin, loc. cit.]
[1320. — Raymond de Junac, lieutenant de Tinquisiteur. Liher
sententiarum, publie par Limborch, p. 178, 274 ; J.-M. Vidal.
Vemeute des Pastoureaux^ dans Annales de Saint-Louis-deS'
Frangaisy janvier 1899, p. 156,]
1320. — Dominique Grima, lieutenant de Bernard Gui. Liher
sententiarumy p. 274.]
1324-1340 (?). — Pierre Brun (n. 59 et note).
1340. — H. Nigri. Douais, Documenta pour aervir d Vhiatoire de
V Inquisition, p. cxxxiii, cxxxvii.
1342-1344. — Pierre Gui (n. 183).
1344-1347, ou 1348. — Jean Desmoulins = de Molinis, de Molen-
iino (n. 195).
[1346. — Gasbert d'Orgueil, lieutenant de Tinquisiteur : n. 203.]
1348, 1357. — Pierre de Salgues (n. 207).
1350-1352 (?). — Pierre de Maricalmo = de Mercalm *.
[1348, 1349. — Pierre Sicard, lieutenant de Tinquisiteur (n. 208 et
note). Douais, Documents, p. xcviii.]
...1372-1386. — Hugues de Verdun (n. 273).
1386-1404. — Bernard Bosquarel (n. 321).
1404-1407. — Jacques Gilbert (n. 331).
1407 (?)-1411. — fitienne de Lacombe = de Cumha (n. 334).
1411... — Jean de Podio (n. 344).
4° Inquisiteura de Carcasaonne {ord. praed.).
1299-1303 (?). — Nicolas d^Abbeville ; — 1292-1304. — Bertrand
de Clermont. Ms. lat. 11847, Bibl. nat.; cf. Douais, Documents,
t. I, p. cxci-cxcvii.
1303-1310. — GeofTroi d'Ablis = de Ablusiia (n. 4, note 2).
[1303. — Sicard Faure, lieutenant de Geoffroi d'Ablis. Douais,
op. cit, p. cxxxiiii-cxxxvii.]
[1308. — Geraud de Blumac, lieutenant de Geoffroi d^Ablis.
Douais, op. cit., p. cxxxiii, cxcviii-cciii.]
1, Originaire du Roucrgue, profes du couvent de Rodez, fut fait ^niaitre
en theologie par le pape. Deniflo, Quellen zur Gelehrtengeschichte des Predigeror-
denn, dans Archi\^ fiir Lilteratur, t. ii, p. 224. Le chapitre de Rieux, en 1350,
Telut provincial de Toulou^e. Le continuateur de Bernard Gui (Martene, op.
cit., col. 433) ^it qu'il occupa cette charge quatorze ans et qu'il cumula cellc
d'inquisiteur deux ans durant. II cessa ses fonctions de provincial en 1363 ct
moTirut rette mftme annee. Cf. Percin, op. cit., p. 78.
XXVIII BULLARE DE l'nQUSITION FRANgAISE
[1303. — Jean de Falgosio, lieutenant de Geoffroi d'Ablis.
Douais, loc. cit.]
1316-1324. — Jean de Beaune (n. 21, note 2).
[1318, 1329. — Gaillard de Pomies, lieutenant de Tinquisiteur
de Carcassonne dans le diocese de Pamiers. J.-M. Vidal, Le Irihu-
nal (Tlnquisition de Pamiers, Toulouse, 1906, extrait des Anna-
les de Saint-Louis-des-Francais, 1904-1905, p. 72-75, 84-85.]
[1317, 1320. — Pierre d'Arzens et Arnaud de Floure, lieutenants (?)
de rinquisiteur de Carcassonne. D'apres Mahul, Cartulaire...
du diocese de Carcassonne, Carcassonne-Paris, 1857-1882, t. v,
p. 693.]
1324-1328. — Jean Duprat = de Prato (n. 74).
[1325. — Bernard Brice, lieutenant de Jean Duprat. Douais, loc,
cit.]
[1326. — Arnaud de Bellevue, delegue par J.Duprat a Montpellier.
Quetif et Echard, op. cit., t. i, p. 583.]
1328-1336. — Henri de Chamay = Chamayo (n. 84, note 1).
[1325,1340. — Menet de Robecourt, chanoine de Montreal, com-
missaire de 1'inquisiteur a Albi, a Carcassonne et a Montpellier :
n. 28, note 2.]
[1325-1329. — Raymond Pelat, ord. praed., commissaire de Tin-
quisiteur a Montpellier : n. 28, note 2, et 88, note 4.]
1337-1348. — Aymon de Caumont (n. 162, note 1).
1350. — Imbert de Sens, ou de Serres. P. Bouges, Histoire de Car-
cassonne, Paris, 1741, p. 470-471; Mahul, Cartul.,t. v. p. 693.
1351 (?)-1354 ... — Amedee de Langres = de Lingonis (n. 216).
1357... — Etienne de Ecclesia = de TEglise, Gleizes (?) (n. 223,
note).
[1357... — Arnaud Delher, lieutenant d'Etienne de Ecclesia a
Montpellier (n. 28, note 2). G^rmain, Une consultation inquisito-
riale au xiv® siecle, Montpellier, 1857, p. 330-341.]
...1364-1369. — Guillaume Chevalier = Militis (n. 236, note 1).
[1364. — N...., lieutenant de rinquisiteur : n. 248, 254.]
1371, 1387. — Durand Salvan (n. 206, note 3). Doat, t. xxxv,
fol. 136-161 ; Bouges, Mahul, op. c t.
1376. — Arnaud Grossi, ou Crossi. Mahul, loc. cit.
1380. — Paul de Nimes. Mahul, loc. cit.
1383. — Matthieu d'01mieres. Mahul, loc. cit.
138... 1391. — Pierre de Bancheijo (n. 323).
[...1391... — Bernard de^Gaillac, vicaire de rinquisiteura Mont-
INTRODUCTION
XXIX
pellier. Thalamus Pan>us de Montpellier. Societe archeologique
de Montpellier, 1841, p. 417.]
1391, 1396. — Bonitus Litel (n. 324).
1407. — Pierre de Matriolis (n. 333).
1407, 1411, 1422. — Pierre de Maralogio = Manejols (n. 341,
note 3).
[1417... — Raymond Cabassa, vicaire de Tinquisiteur a Mont-
pellier. Thalamus Parvus de Montpellier, p. 465.]
1422, 1424. — Raymond de Tilio. Ripoll, op. cit., t. ii, p. 610, 637.
5° Inquisiteurs de Mdjorque^ ou de Perpignan {ord. praed.).
1313. — Creation d*un ressort special d'Inquisition pour le
royaume de Majorque (n. 12).
...1315... Bernard Aguile. Finke, Acta Aragonensia^ Berlin,
1908, t. II, n. 532, p. 851.
1329 (?). — P. Firmacii (n. 96, note 2). Proces d* I nquisition contre
Adhemar de Mosset. dans Revue d'hist. de V Egl. de France, 1910,
1. 1, p. 720.
1332-1343. — Raymond de Durfort ».
[1331. — Frangois Sala, lieutenant de Tinquisiteur dans le diocese
de Majorque : n. 108.]
^1333. — Raymond Dur (n. 96, note 2). Douais, U I nquisition
en Roussillon, dans Annales du Midi, 1892, p. 537.
1332... — Gui de Terrena, eveque d'Elne, de Tordre des carmes,
inquisiteur extraordinaire dans le royaume (n. 125 bis, 127).
[1333. — Jean Cerda, lieutenant de Tinquisiteur. Proces d^Inqui-
sition contre Adhemar de Mosset., loc. cit., p. 577.]
[•;.1357. — Jacques Dominici, inquisiteur general dans le royaume.
Quetif et fichard, op. cit., t. i, p. 662.
1395... — Pierre Riba = Ripae (n. 327).
1413. — Division du royaume en deux circonscriptions inquisi-
toriales (n. 335).
1413. — Bernard Pages, inquisiteur des comtes de Roussillon et
de Cerdagne. Ibid,
1. Maitrc cn theologie, ne a. Vinasavary(Aude), inquisiteur dc Majorque, pui«,
durant cinq ans, provincial de Toulouse (1343-1348), prieur de Prouille. Bernard
'Gui, dans Martene, op. cil., t. vi« col. 432.
XXX BULLAIRE DE l'iNQUISITIO^I FRANgAISE
1413. — Guillem Segarra, inquisiteur des iles Baleares (n. 335)
1417. — Frangois Sala, inquisiteur d'Aragon et du comte de
Roussillon (n. 337).
... — Bernard Moyl, inquisiteur de Roussillon (n. 335).
...1420... — Antoine Murta, maintenu par Martin Y (n. 335)
a rinquisition de Roussillon.
6° Inquisiteurs de Poitiers, de Tours et de Bretagne [ord. praed.).
1317, 1325. — Maurice de Saint-Paul (n. 13, 31, 32, 46, note 5).
...1335-1343. — Jean Aufroid, ou Aufred = Aujredi (n. 143,
note 6).
... 1335... — AlainThomas, vicaire de Jean Aufroid : n. 143,158.]
1343, 1344. — Arnaud Mandavin (n. 187, 194).
7° Inquisiteurs dans le Lyonnais, la Franche-Comte,
la Bourgogne et la Lorraine (ord. praed.).
1298... — Gui de Reims, inquisiteur de Bourgogne (n. 26, note 2)
avant 1310. — N..., inquisiteur de Lorraine. Fredericq, op.cit.,
t. I, p. 156, 159.
1310 (?), 1312. — Geraud d'Auxonne, inquisiteur des provinces
de Lyon et de Besangon (n. 8, 9, 10).
1322, t 1323. — Pierre Candelari, inquisiteur dans les dioceses
de Lyon, Macon et Clermont, nomme par le provincial de
France. Annee dominicaine, Lyon, 1900, septembre, p. 89.
...1326... — Garin de Bar, inquisiteur dans les dioceses de Besan-
Qon, Geneve, Lausanne, Sion, Toul, Metz et Verdun (n. 65).
t 1345. — Reginald de Rucesses, inquisiteur de Lorraine. Annee
dominicaine, Lyon, 1893, juin, p. 116.
... — 1356. — Jean de Fonte, inquisiteur de Lorraine, releve de
ses fonctions par le provincial de France. Reichert, Acfacapi^
general. ord. praedic, t. ii, p. 374.
...1364... — Jean Lemoine = Monachi^ inquisiteur dans la pro-
vince de Besangon (n. 244).
... — 1381. — Martin d'Amance, inquisiteur de Lorraine (n. 316),
1398. — N..., inquisiteur dans la province de Besangon (n. 329).
Avant 1420. ■ — Jean Brucelli, inquisiteur dans les dioceses de
Besangon, Geneve, Lausanne, Sion, Toul, Metz, Verdun. Ripoll,
op. cit,, t. II, p. 644 ; Hansen, op. cit., p. 455.
INTRODUCTION XXXI
1420, 1424. — Ulrich de Torrente, inquisileur comme le precedent.
Ripoll, Hansen, loc. cit.
S^ Inquisiteurs d*Auignon, de Prouence^ du Dauphine
et de Sa^oie (ord. min.).
[303. — Guillaume de Saint-Marcel (Wadding, Annal. min.y
ad ann. 1303, n. 27), puis (1309) inquisiteur dans le royaume de
Naples (ibid., ad ann. 1309, n. 4), et (1310) penitencier apos-
tolique (ad ann. 1310, n. 10).
,..1305, 9 aout. — Fr. Fortis. Archiv. Vatic, /n«<rMm., caps. vii,
mn. 1305, n. 9, 10.
„.1312... — Jean de Verunis. Reg. Clem. V, edit. Cassin., n. 8851 ;
Eubel, Bullarium franciscan., t. v, n. 203.
fl312-1328... — Michel Lemoine (n. 15, note 2).
.1321... — Jacques Bernard (n. 33).
...1321. — Catala Faure et Pierre Pascal de Saliente, commis-
saires de Tinquisiteur de Provence dans le diocese de Valence,
massacres par les heretiques : n. 33-35, 40.]
1322-1332. — - Guillaume Astre (n. 49, note 3).
1330, 1338. — Jean de Badis, d*abord inquisiteur pour le diocese
de Marseille (n. 91, 120), puis inquisiteur de Provence (n. 171 his).
1333, 1342. — Guillaume de Montrond = Monterotundo (n. 129).
1336... — Guillaume Lombard, oflicial d*Avignon, re^oit un man-
dat special d'inquisiteur in Curia (n. 150).
...1352,1355. — Pierre de Montihus = Desmonts (n. 211, note 2).
...1359... — Bernard de Podio = Dupuy, ou Delpech (n. 224).
...1363, 1365. — Hugues de CardiUon (n. 232).
1363... — Jean Richard, specialement charge du diocese d'Em-
brun (n. 233).
1364... — Bernard de Bosqueto = du Bosquet, del Bosquet,
Delbousquet, auditeur du sacre palais, legat apostolique,
inquisiteur extraordinaire en Provence, Savoie, Franche-Comte
(n. 241-244).
1365. — N..., inquisiteur dans la province d'Arles, et N..., son
vicaire (n. 252).
1366... — Etienne de Tegula, inquisiteur (peut*6trc occasionnel)
in Curia (n. 261).
1371-1393. — Fran^ois Borrelli (ou Borrilli) = Borrel, Bourret
(n. 286, note 1).
XXXIV BULLAIRE DE l'iNQU1SITION FRANQAISE
porter nieme siir le provincial de Toulouse, s'il y avait avantagc
a le preferer a tout autre religieux (n. 184-185).
Au debut du xv^ siecle il semble que la pratique ait change.
Cest le vicaire du provincial de Toulouse qui nommc Jean
Dupuy, dont Jean XXIII ratifie le choix en 1414 (n. 344). La
bulle remarque propriis terminis que c'est au provincial de Tou-
louse que, « selon les privileges concedes a Tordre des freres pre-
cheurs et a ce provincial, reviennent Tinstitution et la destitution
de rinquisiteur dans cette province ^. »
On trouvera d'autres exemples de nominations faites par les
provinciaux. Celles de Jacques de Morey, inquisiteur de Paris
(n. 312), de Guillem Astre et d'Antoine Alhaudi, inquisiteurs fran-
ciscains de Provence (n. 71, 325); de Frangois Sala, inquisiteur
d'Aragon et de Roussillon (n. 337). Les inquisiteurs de Tordre
des carmes etaient eux-memes elus de cette maniere (n. 268).
Et pourtant, la plupart des magistrats dont il est question dans
nos documents doivent leur brevet a une autre autorite. Quel-
ques-uns le tiennent de leur general. Aux termes de la concession
de Clement V (n. 12), les inquisiteurs de Majorque devront etre
designes par le maitre general des dominicains; et cette pratique
se maintient durant tout le siecle (n. 197, 198, 327, 335). Les inqui-
siteurs franciscains des iles de Corse et de Sardaigne sont choisis
par leur ministre general (n. 309); enfin, Jean Tissier {Textoris),
inquisiteur de France, doit sa charge a son superieur general (n. 317).
D'autres, et c'est le grand nombre, la doivent directement au
pape. En matiere d'Inquisition, comme en matiere de benefices,
Tinitiative pontificale previent souvent celle des collateurs ordi-
naires. II est vrai, le pape reprend Fexercice d'un droit qu'il n'a
fait que deleguer. Pierre Brun (n. 59), Pierre Gui (n. 183), Pierre
de Salgues (n. 207), Bernard Bosquarel (n. 321), Jacques Gilbert
(n. 331), inquisiteurs de Toulouse; Aymon de Caumont (n. 162),
Bonit Litel (n. 324), inquisiteurs de Carcassonne; Arnaud Manda-
vjn (n. 187-188), inquisiteur de Tours; Teveque de Mariana, inqui-
1. Ripoll, op. cit., t. II, p. 522. MSme note dans la bulle de Martin V, ratifiant,
en 1422, le cho.x de Raymond de Tilio comme inquisiteur de Car assonne. II
est dit que ce religieux a ete choisi par le provincial de Toulouse, habens ad
hoc, ul dicelat, a prefata Sede [apostolica) potestatem. Ripoll, op. cit., t. ii, p. 610
Ainsi le provincial de Toulouse avait conquis le droit dc nommer aux deiix
Inquisitions de son ressort.
INTRODUCTION XXXV
siteur en Corse (n. 268); Guillem Segarra, inquisiteur des fles
Baleares (n. 335), recoivent leur delegation directement du
Saint-Siige. II est k remarquer que la plupart de ces brevets
concernent des inquisiteurs languedociens. N'etait-ce pas, de la
part des superieurs provinciaux du Midi, une fa^on elegante
d*evincer leur confrere parisien?
Si le pontife ne fait pas lui-mdme la nomination, il arrive que
Telu presente cet acte a sa ratification. Cela advient pour Jean
Tissier, elu du general (n. 317), pour Pierre Rive, que ce haut digni-
taire a choisi, sur Tordre de Benoit XIII (n. 327), pour Frangois
Sala, creature du provincial d'Aragon (n. 337), et pour Jean
Dupuy, elu de celui de Toulouse (n. 340).
Le brevet ordinaire delivre par le Saint-Siege ne conferait d'ail-
leurs aucun privilfege nouveau : ni inamovibilite, ni exemption par
rapport aux superieurs monastiques. Les provinciaux et les gene-
raux des deux ordres mendiants pouvaient destituer m^me les
creatures de la Curie ^. Mais il y avait des exceptions a ces r^gles
susceptibles de devenir genantes. Le pape conferait parfois
rinamovibilite a ses elus ou aux elus des superieurs monasti-
ques. Cela advint surtout pour les inquisiteurs franciscains,
•uxquels la coutume de leur ordre tie concedait qu'un mandat
qui durait ordinairement cinq ans^ (n. 71). II n'etait pas rare
que le pape, sollicite par les interesses, leur accordat de ne
»ouvoir etre revoques par leurs superieurs, sine licentid Sedis
ipostolicae, ou au moins sans motif grave. Notre Bullaire pre-
lente trois concessions de ce genre ^ (n. 71, 312, 327), dont la
lcuxi^me (n. 312) est en faveur de JacquesdeMorey, dominicain,
[ue ses sup^rieurs ont promu depuisonzeansetauquelClement VII
lonne, en 1379, de nouveaux pouvoirs, avec le privilege de Tina-
lovibilite *.
1. Bulles dlnuoceut IV (1246): Doat, t. xxxi, fol. 73-74; d'AIexandpe IV
|1256) : Doat, t. xxxi, fol. 193; surtout Reichcrt, Acla capil. gen., t. ii, p. 295
|chap. du Puy, cn 1344).
2. L'evgque de Mariana re^oit de Gregoire XI un mandat qui est limit^
falemcnt a cinq ans (n. 268).
3. On en trouve d'autrc8 dans Wadding, op. cil.,U vii, p. 8, ad ann. 1323.
17; p. 225, ad ann. 1339, n. 1; p. 320, ad ann. 1375, n. 30.
4. En revanchc, Clcmcnt VI rcstreiut a dcux ans le mandat d^inquisiteur qu'ii
lonne a Michele Lapo, eu Totcane. Wadding» op.cit,, t. viii, p. 5, ad ann. 1347,
10.
XXXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Dans tout ce qui ne concerne pas rexercice de leur magistrature,
les inquisiteurs sont soumis a leurs superieurs locaux, provinciaux
ou generaux, comme les autres religieux. Ce n'est pas qu'ils n'aient
conquis peu a peu quelques privileges. Ils avaient surtout une
tendance a s'emanciper du joug des prieurs conventuels. Le cha-
pitre du Puy, en 1344, rappelle les juges dominicains au devoir
de Tobeissance monastique. II leur defend de choisir leur soc us
sans en referer au provincial et au prieur de leur couvent; il les
avertit que leurs superieurs ont le droit de les corriger et meme
de les destituer ^. Le chapitre de Bordeaux (1324), voulant pre-
venir tout danger de prodigalite et de cupidite de leur part, exige
qu'ils presentent, tous les ans, leurs comptes aux provinciaux.
Ceux-ci revoqueront ceux d'entre euxqui serontreconnuscoupables
de Tune de ces fautes ^. Le chapitre de Bourgesdel376prescrit aux
inquisiteurs de resider dans les chefs-lieux de leurs ressorts. Le
pape s'etant plaint de leur inertie, leurs superieurs veilleront a ce
qu'ils remplissent leurs devoirs sans negligence ^.
Divers autres chapitres avaientexpressementdefenduaux inqui-
siteurs de se rendre aupres de la Curie sans Tautorisation de leur
general *. Mais ils finirent par obtenir de Gregoire XI une bulle qui
levait cette defense et qui leur permettait par surcroit de choi-
sir, parmi les freres de leur province, tel socius qui leur agrccrait ^.
Cette concession fut faite aussi aux moines de Tordre franciscain
(n. 275). Ainsi la regle monastique flechissait en faveur de ceux
que les papes protegeaient avec un soin particulier ^
11<* Personnel suhalterne. — Du personnel subalterne des tri-
bunaux d'Inquisition, notre recueil ne nous fournit pas Foccasion
1. Douais, Les freres precheurs en Gascogne, Paris-Auch, 1885, p. 55-56;
Reichert, Acta cap. gen., t. ii, p. 295.
2. Reichert, op. cit., t. ii, p. 153.
3. Op. cit., p. 431. Le chapitre de Florence (1321) avait charge lcs provinciaux
dc punir les abus de pouvoir et les exactions dont se rendraient coupables les
iuquisiteurs (p. 134).
4. Chap. de 1329, 1330, 1331, etc; op. cil., p. 192, 210, 219, etc.
5. Voir les reglements des chapitres provinciaux de la province domini-
Caine de Provence au xiii^ siecle, relativement aTInquisition dans le Midi de la
France, dans Douais, Les freres precheurs en Gascogne, p. 63-65.
6. Les papes marquaient souvent leur satisfaction aux inquisiteurs en les
elevant a repiscopat. Ce fut le cas pour Bernard Gui (n. 44), Jean Duprat
(n. 74), Pierre Brun (a. 59) et Guillaume Astre (u. 119).
INTRODUCTION XXXVII
de parler longuement. On aura releve, sur les listes donnees plus
haut, quelques noms de vicaires ou lieutenants des inquisiteurs.
Ce sont, dans la plupart des cas, des religieux appartenant au
meme ordre que ceux-ci. Ils sont delegues, soit pour toute la cir-
conscription, soit pour une partie, et Tinquisiteur leur donne les
pouvoirs qu'il lui plait. Ils peuvent etre deputes ad universas
causas. Mais il en est dont les pouvoirs sont plus restreints et qui
prennent ordinairement le nom de commissaires. Ainsi, Menet
de Robecourt, delegue a Montpellier, n'a que le droit, en rabsence
de rinquisiteur et de son lieutenant, d'entendre et d'ecrire, par
maniere d'information provisoire, les depositions et les aveux
en matiere de foi. Dans la suite, il exer^a les memes
fonctions a Albi et les ridicules tracasseries qu'il fit subir aux
citoyens de cette ville, ses « oppressions » et ses « corruptions »
lui valurent d'etre poursuivi devant le tribunal de BenoitXII. II
fut condamne, et le pape blama nettement celui qui lui avait
donne un mandat qu'il etait incapable de remplir. Le cardinal
Fournier avait deja reprouve, comme abusive, la pratique qui
consistait a confier des enquetes a un simple notaire (n. 176).
Les documents ayant rapport a cet officier sont parmi les plus
interessants du recueil (n. 28, 154, 176, 186).
Relevons la mention d'autres notaires (n. 19, 142, 180, 201, 204,
205, 215, 221, 223, 256, 326); de jures et de familiers du Saint-
Office(n. 176, 200) ; de gedliers de prisons (n. 219) et de sergents
(n. 171 hls, 205,206), auquelslepape accorde des benefices ou confie
des missions. Notons aussi un assesseur, ou juge adjoint, et des
conseillers du tribunal de Carca?sonne (n. 205-20 )). Enfin une bulle
de 1414 rev^Ie Texistence, aupres de Tlnquisition de Provence,
de deux promoteurs de la foi, Tun pour Teveque, Tautre pour
rinquisiteur (n. 343 et note 3) : et c'est la une nouveaute, qui
|ira, peu a peu, s'ctablissant partout.
12° Exemptions. — Les officiers de Tlnquisition etaient exempts
de la juridiction seculiere. IIs pretendirent quelquefois Tetre aussi
des impositions et des taxes levees par ordre du roi ou des magis-
[trats municipaux. Un conflit s'eleva a ce propos vers le milieu
du XIV® siecle, entre les consuls de Carcassonne et quelques con-
seillers, notaires et jures de Tlnquisition. Munis de Tautorisalion
du roi de France,les consuls avaient compris dans la repartition
des tailles et imp6ts plusieurs subalternes du tribunal alors prc-
XXXVIII BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
side par Aymon de Caumont. Ceux-ci refuserent de s'executer,
pretextant Timmunit^ du Saint-Office. Les consuls passerent
outre et procederent a une saisie de gages, en attendant le regle-
ment du differend. L'inquisiteur prit fait et cause pour ses
subordonnes et invoqua les privileges conferes a son tribunal,
soit par le Saint-Siege, soit par le roi de France. II fit somma-
tion aux magistrats municipaux de restituer les gages saisis de force
et, comme les consuls n'avaient cure d'obeir, il les excommunia.
L'alTaire fut portee au tribunal de Clement VI, qui, afin d'eviter
aux parties les desagrements et les longueurs d'un proces, leur pro-
posa d'etre pour elles un compositeur amiable. Etienne Aubert,
cardinal du titre des Saints-Jean-et-Paul, presida aux pourparlers
et parvint a etablir par compromis que Texemption de tailles,
impots et gabelles ne serait, a Tavenir, concedee qu'a trois
conseillers, officiers, ou jures et a un notaire de Tlnquisition. Les
autres agents du tribunal rentreraient dans le droit commun.
L'exemption des quatre privilegies serait entierement a la dispo-
sition de Tinquisiteur, qui pourrait en faire beneficier qui bon lui
semblerait, pour le temps qu'il lui plairait, la faveur etant trans-
missible d'un officier a Tautre a volonte. En outre, on convint que
chacun des membres de Tlnquisition observerait les statuts
municipaux existants et a venir, sous peine des sanctions portees
contre les infracteurs (n. 205-206).
Cette convention equitable ne parvint pas a empecher que les
difficultes recommenQassent quelques annees plus tard, a pro-
pos des droits de fouage et des contributions extraordinaires
levees pour la refection des murailles du bourg. On discuta encore;
rexcommunication fut fulminee, et on revint devant le pape.
Cette fois aussi un compromis termina le litige. Les quatre offi-
ciers exempts durent payer les taxes pour Tentretien des murs de
la ville (18 mai 1372 i).
13° Gages et frais. — L'exemption des impots n'etait pas le
seul avantage que procurat aux officiers de Tlnquisition leur
collaboration a la defense de la foi. Chacun d'eux, depuis Tinqui-
siteur jusqu'au simple familier, percevait des gages, qui, le plus
souvent, etaient payes par les caisses du roi. Glanons dans notre
recueil quelques renseignements sur cette mati^re.
1. Doat, t. XXXV, fol. 136 vo, 161.
INTRODUCTION XXXIX
On admettait partout, au moins en principe, que les frais de
rinquisition devaient etre a la charge de quiconque — roi, sei-
gneurs, prelats — beneficiait des biens confisques. Mais, en prati-
que, les interesses se faisaient souvent prier pour s'executer.
Les papes n'ayant etabli aucune regle precise, on tatonna long-
temps, au desespoir des inquisiteurs ^.
En France neanmoins, la question etait reglee depuis saint
Louis, pour les territoires de la couronne. Les caisses des EncourSy
ou produits des confiscations, devaient subvenir aux gages du
personnel ct aux depenses de Tlnquisition. Pour son compte, Tin-
quisiteur de Carcassonne percevait dix sols par jour^ (1246).
En 1322, Arnaud Assalhit, procureur des encours. payait tous
les frais de Tlnquisition de Carcassonne; il servait a Tinquisiteur
un traitement de 150 livres par an ^. En 1337, le fisc des encours
soldait toujours les depenses du Saint-Ofiice toulousain *.
Mais alors survinrent la guerre d'AngIeterre et les incur-
sions des compagnies de routiers; survint aussi la disette
d'heretiques. Les confiscations ne donnant que d^insufiisantes
ressources, Tlnquisition eut de la peine a vivre. En 1364, pour
faire face aux depens du proces des routiers, inculpes de propos
malsonnants, et a ceux de leur entretien dans les prisons, le pape
Urbain V imposa les eveques de la region narbonnaise. Les con-
tributions permirent de couvrir les depenses de Tinquisiteur et
de son notaire (n. 246, 255).
Quelques annees plus tard, le tresorier royal, ne pouvant meme
plus solder le traitement du juge principal, ordonna la levec d'un
impdt de 26 livres tournois dans la ville de Carcassonne ^.
Dans le sud-est la situation n'etait pas plus brillante. La cam-
pagne engagee par Gregoire XI contre les vaudois du Dauphine
1. Voir, sur ce chapitrc, Lea, Uist. deVInquis.,t. i, p. 592 sq. Onn*a pas oubIi6
que rinquisiticn avait du Hre suspendue en Bourgogne, au milieu du xiii® sidcle,
parce que les ressources y manquaient.
2. Dom Vaissete, Histoire de Languedoc, ed. Privat, t. viii, col. 1206. Saint
Louis avait decide que les seigneurs qui percevaient les droits d'encours contri-
bueraient k rentretien des prisonniers. Op. cit.^ t. yiii, col. 1435-1436.
3. Mahul, Cartulaire, t. v, p. 672.
4. Hist. d? Languedoc, t. x, Preuves, col. 791-792, 802. Cette ann^e-l&, l'in-
quisiteur Pierre Brun re^oit 140 livres, 10 sols (n. 802).
5. Chronique de Hardit^, ad ann. 1868; His/. de Languedoc, t. x, Preuves
col. 50.
Xr BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
et de Provence faillit etre compromise par rinsuffisance des res-
sources, autant que par Thostilite des seigneurs, le mauvais vou-
loir des officiers royaux et Tindolence des prelats. Nul ne voulait
contribuer aux frais. Le pape commenga par demander au roi de
France de faire observer dans toutes les provinces de sonroyaume
Tusage languedocien des pensions servies par TEtat ou, si cette
pratique ne lui agreait pas, de decider que les ofTiciers royaux
abandonneraient aux inquisiteurs la part qui leur revenait de
droit sur les confiscations (27 mars 1373; n. 277).
II ecrivit aux eveques de France pour les engager a se faire,
aupres du souverain, les avocats des desirs pontificaux. II leur
laissait clairement entendre qu'a defaut du roi, il leur appartien-
drait a eux-memes, pour qui, somme toute, les inquisiteurs tra-
vaillaient, de payer les frais du tribunal (n. 278).
Ce furent les prelats qui durent s'executer, a la place du roi et
des seigneurs. Le 17 juin 1375, le pape imposa aux eveques des
provinces d'Aix, Arles, Embrun, Vienne et Tarentaise une contri-
bution extraordinaire payable en six annuites : la premiere etait de
4 000 florins, les cinq autres chacune de 800 florins ^. A cet effet,
les revenus provenant des restitvitions et des legs incertains demeu-
raient, dans chaque diocese, frappes d'une sorte d'hypotheque
pour Tequivalent de la quote-part episcopale. Les sommes
realisees de la sorte devaient servir a la construction de prisons
inquisitoriales a Embrun, Vienne et Avignon, a Tentretien des
prisonniers, aux gages des juges et de leurs agents (n. 296). L'eve-
que d'Avignon etrinquisiteur Frangois Borrel, charges depercevoir
le subside, eurent pouvoir d'user des censures ecclesiastiques
contre les contribuables mal disposes (n. 297).
Deux mois plus tard, Gregoire XI mettait encore a la charge
de Tepiscopat et du clerge des cinq provinces les depenses et
rentretien d'un inquisiteur special qu'il venait de nommer :
1. Clement VI et Innocent VI avaient deja use du meme moyen a Fegard
des eveques d'Allemagne, a la priere de Tinquisiteur Jean Scadelant. La contri-
bution imposee aux prelats des provinces de Mayence, Cologne, Treves, Salz-
bourg, Magdebourg et Breme, etait de 580 florins d'or. Mais les contribuables
ne mirent aucun empressement a s'executer. Les papes avaient envoye lettres
8ur lettres, en 1349, 1353, 1355. L'inquisiteur se plaignait, en novembre 1357,
de n'avoir encore rien re^u. Archiv. Vatic, Supplicat., t.xxvii, fol. 271 v";
Sauerland? Urkunden und Regesten zur Geschlchte der Rheinland, aus den
Vatikanischen Archii^en, Bonn. 1907, t. iii, n. 777; t. iv, n, 66, 67, 253.
INTRODUCTION XLI
reveque de Massa. La provision journaliere de ce personnage
etait fixee a 4 florins (13 aout 1375; n. 301).
En octobre de la meme annee, le pape expliqua que Tentretien
des prisonniers devait etre a la charge des prelats dont ces prison-
niers etaient les sujets, sauf a repartir les depenses des eveques
qui seraient, de ce chef, trop lourdement oberes, entre ceux qui
auraient moins de frais (n. 302). Mais les exacteurs de la contribu-
tion paraissent s'etre heurtes a une mauvaise volonte, ou a une
indiflerence deconcertantes; si bien que lc pape, oblige de revenir
au premier expcdient, pressa encore le gouverneur du Dauphine
et son conseil de faire Tabandon d'une part des confiscations
(18 mai 1376; n. 305). Puis il soUicita la charite des fideles pour
rentretien des heretiques dans les prisons (n. 308).
II fallait tirer, au plus tot, le tribunal de la foi de rembarras oii
le jetait fabstention de tout le monde. Enfm, apres dc vifs debats,
le roi consentit, en 1378, au paiement de 190 livres tournois par
an pour Tlnquisition dauphinoise.
Cette ordonnance tomba en desuetude durant le Grand Schisme,
car, lorsqu'AIexandre V voulut subvenir aux frais de Pons Feu-
geyron, qu'il nommait inquisiteur dans ces contrees (1409), il prit le
parti de taxer les juifs d'Avignon; sauf, si les juifs ne rendaient
pas, a solliciter de nouveau la gcnerosite des cveques (n. 339). Mais
les eveques du xv^ siecle ne furent pas mieux disposes que leurs
predecesseurs. L'archeveque d'Embrun laissait Tinquisiteur Pierre
Faure dans un tel denuement que ce religieux declare, en 1432,
que son extreme pauvrete ne lui permet pas de se rendre au concile
de Bale. II n'a pas re^u un denier de Tfiglise de Dieu; on ne lui
sert point de gages, et pourtant il a deploye durant deux ans une
grandc activite contre les heretiques de TEmbrunois ^. II etait,
heureusement, en bon fils de saint Frangois, habitue aux priva-
tions. Au reste, il n'y avait pas que des religieux mendiants qui
travaillassent a la defense de la foi pour la seule gloire de Dieu.
Vn des predecesseurs de Pierre F'aure a Tlnquisition de Provence
recommanda (1394) a Benoit XIII, pour une expectance de bene-
fice, un notaire de son tribunal, qui avait, durant dix ans, exerce
ses fonctions sans recevoir le moindre honoraire, car « cet olTice ne
rapportait rien » (n. 326).
1 MarttMie, lV/^r»/m scri ptorum nmpliftft. coUect., Varifi, M33, i. viii, coi, liil.
XLII BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE
14° Maisons et prisons. — Dans les villes d'Inquisition, le tri-
bunal est etabli soit dans un hotel special, soit dans le couvent
qu'habite le juge, soit dans un des appartements de revcche. A
Toulouse, a Auch ^, Tlnquisition est logee chez elle. A Avignon,
un logis attenant au couvent des franciscains a ete amenage en
pretoire et on y conserve les archives du greffe. II n'est point
inhabitable, puisque, en 1331, durant une absence de rinquisiteur
Guillaume Astre, des prelats et des religieux franciscains s'y
installent, si bien qu'il faut recourir au pape pour les en deloger. A
Vienne, Tlnquisition a son hotel, a partir de 1376. Gregoire XI
rinstalle dans une maison du chapitre metropolitain, pres de
rhopital de la ville (n. 307). A Perpignan, le Saint-OfTice n'a
pas d'autre residence que le couvent des freres precheurs (n. 327).
A Carcassonne, a Angouleme (n. 194), de meme.
Quant aux prisons, nous n'en parlons ici que pour signaler celles
que reveque de Mirepoix fait construire dans sa ville episcopale,
ce dont Jean XXII le felicite en 1325 (n. 62); celles que Gre-
goire XI ordonna de batir a Arles, Embrun et Avignon (n. 295-
296); celle qu'il fit etablir a Vienne dans un local de la maison
archiepiscopale appele Palais i>ieux (n. 306).
Le concile de Vienne (decret Multorum) avait etabli le regime
de surveillance en partie double qui etait applique dans ces pri-
sons. L'eveque et Tinquisiteur y entretenaient chacun leur geolier;
toutes les portes des cellules avaient deux cles, une pour chaque
geolier, et Tun et Tautre de ces officiers pretaient serment devant
Teveque et devant Tinquisiteur. Or ces dispositions etaient, pa-
rait-il, violees par Guillaume Chevalier, inquisiteur de Carcassonne
au temps de Teveque Pierre de Cros. Celui-ci se plaignit a Urbain V
de ce que ce religieux lui contestat le droit d'avoir un geolier aupres
d'un des cachots de la Mure de Carcassonne, et de tenir une des
cles de ce cachot. De plus, Tinquisiteur pretendait rempecher de
recevoir le serment des notaires et des autres subalternes du tri-
bunal. Cetait un relief des vieilles disputes. La rivalite des deux
juridictions persistait en depit des lois conciliatrices. Le pape
chargea (1364) Teveque de Saint-Papoul de faire respecter ces lois,
si elles avaient ete violees par Finquisiteur (n. 251).
1. Ainsi qu'il resulte d'une note du Registre 32 des Collecioriae (archives du
Vatican), fol. 74 v° : Hospitium no^'um quod {'ocatur Inquisitionis (ad ann. 1370-
1371).
INTRODUCTION XLIII
III. — LES justiciabi.es de uinquisition francaise
AU XlVe Sl£CLE
Ceux que rinquisition recherche et punit au xiv* si^cle, ce sont
les adeptes de rheresie, quelle qu*elle soit et quels qu*ils soient :
partisans des vieilles erreurs : albigeoise et vaudoise; d'erreurs
plusrecentes : fraticelles, beguins, beghards; apostats judalsants
ou islamisants ; inculpes de schisme ou de tendances schismatiques ;
fervents de pratiques superstitieuses et de sciences occultes; enfin
blasphemateurs, excommuni^s et, exceptionnellement, concubinai-
res. Trois esp^ces de criminels provoquerent particuli^rement
rintervention des papes du xiv® siecle : les vaudois du Dauphin^,
les fraticelles du Midi et les sorciers d'un peu partout. Les autres
ne tiennent que peu de place dans ce recueil. Aussi nous borne-
rons-nous, surleur compte, a de brfeves remarques.
l*' Ualhigeismey la grande her^sie du xiii® siecle, est presque
(^teint au xiv^, et des derniers efTorts faits par Tlnquisition lan-
guedocienne pour en achever Textirpation, au d^but du sifecle :
des travaux de Bernard Gui, k Toulouse, de GeofTroi d'Ablis et de
Jean de Beaune, a Carcassonne, de Bernard de Castanet, a Albi,
et de Jacques Fournier, a Pamiers, il n'est dit mot dans ce recueil.
Un seul document ordonnant Textradition de quatre justiciables
de ce dernier prelat refugies en Aragon interesse Talbigeisme du
pays de Foix (n. 53). Et puis, il y a les bulles qui se rapportent a
la liquidation de procedures trainant depuis des annees dans les
fjreffes languedociens (n. 17, 21, 106, 166) ou a la correction des
abus (n. 3-7, 176, 181, 186, 189) reproches a certains juges; mais
elles n'ont qu*une relation indirecte avec Terreur; et, d'ailleurs,
il en sera question plus loin.
20 Les juijs et les paiens etant toleres par rj^^glise, ses tribu-
naux n'ont a connaitre de leurs croyances religieuses que si, apres
s'etre convertis au catholicisme, ils reviennent au judaisme ou
a rinlidelite, iit canes ad vomitum. On les traite alors en apostats.
Gregoire XI signale, en 1372, aux inquisiteurs, afin qu'ilsles re-
cherchent, les chretiens apostats qui ont renie le Christ pour aller
a Mahomet et les Maures qui sont revenus a Mahomet apres s'etre
convertis au Christ (n. 272). — Quant aux chr^tiens qui nouent
des relations avec les fils de rislam, qui lonr rendent des services.
XLIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANQAISE
font le commerce avec eiix, aident a leur ravitaillement en navires,
en vivres et en denrees, toutes choses defendues par les con-
ciles et les papes, ne peut-on pas les assimiler a des fauteurs du
paganisme? Cela parait ne faire aucun doute pour Jean XXIP,
quilivre a rinquisition jusqu'aux doctrinaires qui enseignent que
tout cela est licite (n. 66 bis). Cest une premiere extension de
la competence des inquisiteurs.
Les memes rigueurs atteignent les convertis d'Israel retournes
a la loi de Moise et leurs fauteurs. Divers papes du xiii^ siecle
avaient place cette nouvelle espece dans les attributions de Tlnqui-
sition 2. Ceux du xiv^ provoquerent ou faciliterent, a cet egard,
Taction des tribunaux. Benoit XII (1338) pourvoit desarecom-
mandation les emissaires de Tinquisiteur de Provence, charges
de debusquer un apostat judaisant, en Savoie et en Dauphine
(n. 171 bis). Innocent VI (1359) donne des lettres du meme genre
a un inquisiteur qui va rechercher des coupables de cette espece
jusque dans TAragon et la Castille (n. 224-229). Urbain V (1364)
invoque la cooperation du senechal de Provence, du comte de
Savoie et des seigneurs de ces pays pour la capture de juifs here-
tiques, desiree par Hugues de Cardillon (n. 235). Enfm, Cle-
ment VII, en 1387, et Alexandre V, en 1409, s'emploient a faci-
liter ou a provoquer Tintervention des inquisiteurs soit contre
ces apostats et leurs partisans, soit contre les juifs qui font du
proselytisme parmi les chretiens (n. 322, 338).
Tout en ordonnant la repression de ce crime d'apostasie, les
papes veillaient a ce que les tribunaux observassent, a Tegard
de tels prevenus, les regles ordinaires de la procedure. Certains
inquisiteurs, suivant en cela les prejuges communs au moyen age,
avaient quelque tendance a supprimer, dans les causes des juifs,
les dispositions du code iiiquisitorial favorables aux accuses.
Innocent VI (1360"* rappelle arobservationintegrale de cesregles
les inquisiteurs de Provence, auxquels les juifs de leur ressort
reprochaient de ne ermettre a ceux d'entre eux qu'ils poursui-
vaientnidepresenter leur defense,ni d'avoircopie des temoignages.
Au surplus, ces juges se dispensaient de recourir aux eveques dio-
cesains pour proceder aux actes importants, tels que rcmpri-
sonnement, la torture et la sentence (n. 230).
1. Bulle du 5 septembre 1324, Raynaldi, An^mles, ad ann. 1324, n. xi.iv.
2. Voir n. 2.^10, note 1. Sexl., lib. V, tit. n, cap. 13.
IMRODUCTION XLV
Grejroire XI (1372) dut aussi, a la requete des juifs de Provencc,
d'Avignon et du Comtat, reediter les dispositions d'une buUe de
Boniface VIII, se rapportant a un autre detail de procedure. Ce
pontife avait decrete par lettre speciale que la regle selon laquelle
la revelation a Taccuse des noms de ses accusateurs devait tou-
jours se faire, sauf le cas d'un danger possible pour ceux-ci, s'eten-
droit aussi aux prevenus israelites. Or, les inquisiteurs de Provence
n'avaient cuie d'observer cette r^gle, sous pretexte que les accuses
etaient puissants et riches (n. 269-271).
Quelques annees plus tard, Clement VII prit a Tegard des juifs
des provinces de Sens, Reims, Rouenet Lyon, une mesure autre-
ment radicale. Les inquisiteurs faisaient subir a certains de ces
malheureux de si injustes traitements que le pape leur enleva le
droit de connaitre des causes des israelites et le transfera aux curies
diocesaines (n. 318). « Si la perfidie des juifs est condamnable,
il cst ])0urtant utile aux chretiens de conserver ceux qui ont garde
les figures du Christ. wCest la raison traditionnelle pour laquellc
les papes ont toujours protege les fils d'Israel.
3® Parmi les justiciables de Plnquisition prevenus dc ten-
dances schismatiqueSj il faut probablement s'abstenir de placer
le dominicain Thomas Walleis, incarcere par Pinquisiteur d'Avi-
gnon, au temps de la dispute sur la vision beatifique. Le bruit
courut qu'il avait ete apprehende pour son hostilite a Topinion
personnelle de Jean XXII et a cause d'un sermon dans lequel il
avait anathematise les negateurs de la vision beatifique immediate.
la suite du proces demontra qu'il s'agissait d'autre chose, et
Jean XXII protesta, aupres du roi de France, qu'il n'avait aucune
part dans cette arrestation (n. 129 et notes). Quand bien meme
le pape n'aurait pas ete etranger a cette mesure, ni non plus
le motif repandu dans la foule, Walleis ne pourrait etre tenu pour
schismatique. Tout au plus a-t-il manifeste trop vivement qu'il
rejetait ropinion du pontife. On sait que Benoit XII fit du senti-
ment <ju'il soutenait un dogme de foi.
II ne faut pas non plus prendre au tragique le cas de ces routiers
que rinquisition de Carcassonne, avec Taide de la foule ameutee,
fit passer, en 1364, des prisons seculieres dansles cachots du Saint-
Office, sous pretexte de propos contre la foi et specialement contre
Tautorite du pape qu'on les avait entendus proferer. II s'agissait
plutot de gens charges de crimes de droil commun, — dont Tln-
XLVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE
quisition connut d'ailleurs par faveur speciale (n. 249), — de
soldats pillards, homicides, incendiaires, coupables de viols, de
sacrileges, de pillages d'eglises. Ils ont du ajouter a ce bagage des
pratiques de sorcellerie, des blasphemes, des grossieretes theo-
logiques et des insultes a Tadresse du pape. Tout cela leur valut
d'etre condamnes. Mais il semble que ce ne fut pas ala peine capi-
tale. L'un des principaux fut delivre de ses chaines au bout de
quelques annees (n. 234, 236 et notes).
Des schismatiques a peine plus authentiques que les precedents,
ce sont les partisans des diverses obediences du Grand Schisme,
par rapport a leurs adversaires. L'histoire impartiale ne voit,
durant cette douloureuse periode, de schismatiques dans aucun
camp. Mais les deux et trois camps s'anathematisaient mutuel-
lement et usaient les uns contre les autres de toutes les armes a
leur portee. L'Inquisition ne fut pas oubliee. Signalons la lettre
d'Alexandre V, tragant a Pons Feugeyron (1409) les limites de
sa competence. Les adversaires du concile de Pise et de la pa-
paute qui en est issue s'y trouvent compris (n. 338). Un de ces
adversaires, Pinquisiteur toulousain Etienne Lacombe, avait mis
en mouvement son tribunal contre des moines dominicains ct
franciscains qui avaient fait adhesion au pape pisan. Lui-memc
6tait reste fidele a Benoit XI IL II dut s'en expliquer devant
rarcheveque de Toulouse, delegue par Jean XXIII (n. 340). L'In-
quisition, elle aussi, se trouva divisee durant la crise generale ^.
4*^ Les blasphemateurs et surtout les excommunies, contempteurs
de la censure, etaient assimiles a des heretiques, lorsque leur fait
n'ctait pas imputable a la negligence ou a la legerete. Le blaspheme
simple demeuraitreserve auxcuries diocesaines. Urbain V rappela
cette regle a Guillaume Chevalier, inquisiteur de Carcassonne
(1366), qui depassait souvent les bornes de sa competence (n. 259).
Le successeurde ce juge, Pierre de Matriolis, ayant la meme pro-
pension, fit un jour un proces a un bon chretiende Caunes en Miner-
vois, ancien consulet marguillier de sa paroisse, qui avait profere
par inadvertance quelques blasphemes contre Dieu et contre la
1. Des prevenus authentiquement schismatiques, c'etaient les fraticelles
et les beguins, ceux surtout qui faisaient adhesion a Louis de Baviere et a l'anti-
pape Nicolas V. Nous allons les retrouver sans tarder. Signalons cependan^
des ici, le medecin Felicien d'Assise, sous-diacre, familier de Louis dc Baviere,
qui nc parait pas avoir fait parlie de rordrc des freres minours (n. 118).
INTRODUCTION XLVII
Madonc. Benoit XIII deputa deux chanoines pour lui faire rendre
justice (n. 333). Pierre de Marvejols, successeur de P. </e iV/afrioZis,
Iracassa cncore plus grievement un autre blasphemateur, dout
Jean XXIII regut les plaintes (n. 341).
Le fait de tenir bon soi:s rexcommunication encourue pour
iin manquement disciplinaire ne constitua surement un crime
contre la foi qu*a partir du concile de Trente ^. Mais, bien avant
ce concile, la tendance generale etait de considerer comme sus-
pects d'heresie 4es excommunies contumaces. On n'avait aucun
doute qu'ils le fussent en elTet, s'ils avaient encouru cette censure
pour un delit de doctrine et s'ils avaient neglige de s'amender.
Quant aux autres, saint Louis avait trace une ligne de conduite
pour leur punition, en Languedoc. Au bout d*un an, s'ils ne
s'etaient point soumis, on confisquait leurs biens ^.
Papes et inquisiteurs scvirent aussi, au nom de la foi outragee,
contre de tels obstines. Boniface VIII pressait, en 1294, Pinqui-
sileur de Carcassonne de poursuivre les magistrats de Beziers,
qui ne faisaient aucun cas des foudres de rEglise ^ GeolTroy
d'Ablis traita en heretique Jean de Pecquigny, commissaire royal,
excommunie pour obstruction au Saint-Ofiice, sous pretexle
(ju^ayant fait appel de cette censure au tribunal du pape, il etait
rcste plus d'un an sans se faire absoudre (n. 4).
En 1301 et en 1303, des conciles de Reims ordonnerent la pu-
nition des excommunies, comme heretiques, apres deux annees
de contumace *. En 1398, Benoit XIII prit 1'initiative de mesures
repressives de ce genre contre certains paroissiens de Morteau,
111 dioc^se de BesanQon, qui se trouvaicnt depuis fort longtemps
sous le coup de censures dont ils refusaient de solliciter 1'absolu-
lion (n. 329). On se souvient que Pinquisiteur de Toulouse Jean
Dupuy fit un proces a certains clercs limousins coupables d'une
semblable negligence ^ Enfm Nicolas Eymerich, inquisiteur
d'Aragon, trouvait tout naturel que Tlnquisition connut des delits
de ce genre; et elle en connaissait, eilectivement, dans le pays
ou vecut 1'auteur du Directorium ®.
1. Sesaion xxv, De re/orni.t cap. 3.
2. Ordonnances des rois de France, Paris, 1723, t. i, p. 52.
3. Histoire de Languedoc, t. ix, p. 199-200.
4. Fredericq, Corpua..., t i, p. 150.
5. Ripoll, op. cil., t. II, p. 533.
G.Director. inquisil., cd. Pegna, Rome,1587, Ih' part., qus^t. xlvii, p. 300-361 .
XLVIII BULLAIRl!; DE L INQUISITION 1 RANgAISE
5° Les gens de Morteau, dont Tobstination provoquait Tin-
tervention de Benoit XIII, s'etaient en outre rendus coupables
de crimes de droit commun : adultere, inceste,concubinage,stupre,
pour lesquels ils se vantaient d'avoir rimpunite. Le pontife vou-
lut que Tinquisiteur et rofficial reprimassent ces desordres. Lc
premier fut ainsi amene a s'occuper de delits qui n'etaient pas
de sa competence ordinaire (n. 329). Gregoire XI (1375) avait
aussi donne pouvoir a Tinquisiteur Frangois Borrel et a Teveque
de Massa contre les clercs et les religieux concubinaires des pro-
vinces de Vienne, Embrun et Tarentaise, que leurs prelats, du-
ment requis, auraient neglige de punir (n. 300). Enfin, Pons Feu-
geyron regut d'Alexandre V un surcroit de facultes debordant la
competence Ordinaire de Tlnquisition contre des criminels de
droit commun, notamment contre les usuriers (n. 338). Au reste,
Nicolas V remettra plus tard a Hugues Negre {Nigri), inquisiteur
en Languedoc et en Gascogne, le droit de punir non seulement le
blaspheme et la sorcellerie, mais encore les actes sacrileges et
les crimes contre nature ^. Les vrais heretiques manquant, Tln-
quisition se rabattait sur les criminels qui pouvaient leur ctre
assimiles.
6^ Une des especes qui se pretaient le plus frequemment a cettc
assimilation,c'etait le crime de sorcellerie,sous ses formes diverses :
divination, magie, sortilege, alchimie, surtout culte des demons
et pactes demoniaques. Cetait la plaie du temps. La cure medici-
nale qui en fut faite occupa, durant de longues annees, aussi bien
les cours civiles que les ofTicialites diocesaines, les tribunaux d'In-
quisition et la justice personnelle des papes. Notre recueil contient
des pieces se referant a Tceuvre de ces trois dernieres juridictions.
La distinction entre les pratiques simplement superstitieuses
et la sorcellerie et roccultisme ayant saveur d'heresie avait ete
posee par Alexandre IV, en 1260. Devins et sorciers de marque
commune devaient etre abandonnes aux curies diocesaines; seuls
les cas compliques de theories et d'actes heretiques etaient de la
competence du tribunal de la foi ^. On s'en tint jusqu'a nouvel
ordre a cette distinction, sauf a se disputer dans la pratique sur la
realite de la sa^eur heretique.
1. Ripoll, op. cil., t. III, p. 301.
2. Ripoll, op. cit., t. I, p. 388 ; Se.iL, Ib. V, tit. n, cap. 8, § 4.
INTRODUCTION XLlk
Jean XXII contribua a accentuer la repression de ces crimcs.
A deux reprises, en 1320, par Tentremise du cardinal Guillaume
(lOudin, et en 1330, par lui-meme, il pressa les inquisiteurs et les
prelats des provinces de Toulouse et de Narbonne de punir les
individus reconnus coupables de ces pratiques criminelles : invo-
cateurs des demons et ceux qui concluaient avec eux des pactes
impies; fabricateurs et baptiseurs d'images de cire; envouteurs
et sorciers; profanateurs des sacrements de Tfiglise, en particu-
lierdereucharistie. Le pontife ne distinguait plus entre supersti-
lions simples et superstitions melees d'heresie.Tous les cas enon-
ces dans ses lettres etaient consideres comme des attentats contre
la foi (n. 30 bisj 103). D'ailleurs, les fideles furent avertis que qui-
conque s'adonnerait a ces pratiques condamnees et, apres avoir
regu sommation de les cesser, persisterait dans son erreur, serait
iraite comme heretique. Le meme sort attendaitles detenteurs de
livres de magie qui n'en feraient pas livraison dans les huit jours
(n. 72 bis). L'insistance du pape prouve que cette afTaire lui tenait
a ccEUP. Lui et ses successeurs s'occuperent de plusieurs cas, soit
en les recevant en appel, soit en les faisant juger pour leur compte.
En 1319, Jean XXII commande a Jacques Fournier, eveque de
Pamiers, de proceder contre trois sorciers, envoAteurs et invo-
cateurs de demons detenus dans les prisons episcopales (n. 24).
En 1323, il charge trois commissaires de faire justice d'un moine
de Figeac, inculpe d'alchimie, de necromancie, de divination,
d'envoutement et de fabrication de fausse monnaie (n. 50). En
132G, un cardinal est depute pour juger un chanoine de Saint-
Caprais d'Agen, captif dans les prisons pontificales, sous Tincul-
palion d'occuItisme demoniaque et de magie (n. 67). La meme
annee, trois autres cardinaux s'occupent des gestes d'un groupe
(l'envoilteur8 et d'invocateurs du demon, quelacurie diocesainede
Toiilouse a interroges, puis remis aux mains des officiers royaux,
cjui les ont conduits a Paris et, de la, a Avignon (n. 72, 72 bis).
L'annee suivante, c*e8t un moine de Valmagne, au diocese d'Agde,
que lepapeenleveautribunalderevequeet fait conduire iiAvignon
(n. 77). En 1331, c'est rappel de deuxjusticiablesde rinquisition
de Paris, qui se pretendent indfiment charges du crime d'herp.sie
et de sorcellerie (n. 109-111 ^).
Le defile des cas de sorcellerie continue sous Benoit XII,
1. Voir ciicore n. 29, 30.
L BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
avec le noble Herve de Trevalloet qui se dit faussement
inculpe d'envoutement (n. 143); le clerc Guerin de THay, recidi-
viste du sortilege (n. 146); le necromancien anglais Guillaumc
Altafex (n. 150, 152); trois Bearnais et un Arlesien, magiciens,
sorciers et devins (n. 159-161); deux sorcieres du Vivarais, qui
s'etaient, disait-on, donnees au diable et lui payaient un cens
annuel de ble (n. 171); trois autres sorcieres du diocese de
Maguelonne, que la curie diocesaine et Tautorite seculiere avaient
condamnees sans attendre Tinquisiteur (n. 172); enfin, plusieurs
moines de Boulbonne (diocese de Mirepoix), envouteurs et
chercheurs de tresors, dont lepaperemit la punition a leur abbe
(n. 175, 179). A Fexception de celui-ci, tous les autres cas furent
juges a Avignon.
Les successeurs de BenoitXII eurent peu d'occasions d'intervenir
dans des affaires de cette nature. Clement YI fait pourtant ter-
miner, en 1343, le proces d'un clerc narbonnais detenu dans
ses prisons (n. 192). Innocent VI donne (1354) a reveque de
Rodez et a Tabbe de Gaillac le pouvoir de proceder contre plu-
sieurs religieux du Rouergue suspects de ces sortes de crimes
(n. 218, 220).
En 1374, a la priere (Je Jacques de Morey, inquisiteur de Paris,
Gregoire XI dut etablir, a Tencontre de certains lettres, que la
competence des juges de la foi s'etendait bien aux invocateurs
des demons. En consequence, Tinquisiteur pouvait sevir
contre les coupables de cette espece, nombreux dans son
ressort (n. 285). On n'a pas oublie la commission temporaire
delivree, en 1405, par Benoit XIII, a Tinquisiteur de Carcas-
sonne, contre les devins, sorciers et magiciens du diocese du
Puy (n. 332). Terminons par la curieuse affaire que Jean XXIII
donna a examiner, en 1411, a Tabbe de Saint-Gilles. Trois bour-
geois de Narbonne etaient inculpes d'avoir voulu,par des passes de
magie et des operations demoniaques, detourner le cours de 1' Aude.
dans le but bienfaisant d'eviter a la ville des inondations tro])
frequentes. Aussitot rofficialite se met en mouvement etfaitunc
enquete. Survient Tinquisiteur, qui instrumente de son cote,
non sans molester gravement les inculpes. Cest ce confiit qui est
soumis au pape (n. 342).
Bien que la sorcellerie soit alors a la mode et qu'il existe une pro-
pension generale a y croire, le pape ne se laisse pas prendre aux
calomnies et aux machinations des faux temoins, quand elles
irVTRODUCTION Ll
visciit des personnes de qualite. Ainsi Benoit XII fit faire un pro-
res a des clercs et a des laiques biterrois qui avaient accuse leur
(V^que, Guillaume Fredol, d'avoir tente d'envouter Jean XXII
(n. 164,168). Les justiciables des tribunaux d'Inquisition qui se
pretendaient injustement poursuivis avaient la ressource de
iccourir au pape, qui faisait proceder a un examen approfondi
de leur cause par les dicrnitaires de sa cour. Ainsiadvint-il pour
llerve de Trevalloet, Anselinede Gdnes et Reginald de Cravant
(n. 143, 109-111) K
7° On n'a pas ete sans remarquer que, parmi les amateurs
d occultisme et de sciences prohibees, il y avait nombre de clercs,
de nioines et de pr^tres. Ce ne furent pas les seuls ecclesiastiques
(jui eurent a repondre de leurs croyances devant les tribunaux
du Saint-OfFice. L'ordre de saint FranQois vit une foule de ses
membres y paraitre sous Tinculpation d^heresie et de schisme.
Cetaient les idealistes du groupe des spirituelsy et leurs adeptes
du tiers ordre s6culier, les beguins', les fervents de la pauvrete
ubsolue et de lamendicite efTective,quircvaientderimposercomme
regime a l'universalite des chretiens. Ces religieux pensaient, u lu
suite de 1' Evangile eternel et de leur docteur fran^ais, Pierre de Jeaii
d'01ive, que rere allait venir de rascctisme monacal et du regne de
rEsprit-Saint. L'ere du Christ finirait et TEglise corrompue
des clercs, des ^veques et du pape aurait le sort de Babylone.
On connait le detail dc ces theories *. En pratique, elles s*etaient
1. Voir plus bas, p. lxxii, 2°
1. Sur rorigine, les erreurs, le d6veIoppement des spirituels, la vie et lcs
ecrits de Joachim de Flore, leur precureeur et leur source lointaine, les oeuvres
de Pierre de Jean d'01ive, leur porte-drapeau cn France, voir, dana Archi^' fiir
Lilleralur und Kirchenge^chichte, 1885, t. i, p. 49-140, Tetude du P. Denine sur
V lu'angile elernel el la commission d'Anagni; ibid., t. i, p. 509; 1887, l. iii,
|). 555-623; 1888, t. iv, p. 1, celle du P. Fr. Ehrlc sur Les spirituels; ibid.,
1886, t. 11, p. 106-164, 249-336, Vllistoria septem tribulaticnum; ibid., t. iii,
1>. 409-552, le memoire du P.Ehrle sur Pierre de Jean d'Olive el ses ecrils; daus
llaluze, Misccllanea, Lucques, 1761, t. iii, p. 258-271, soixantc articlcs tires du
( ommenlaire d'01ivc sur TApo alypse. Cf. Lea, Jlist. de 1'Jnquis., trad. fr., t. lu,
|). 1- 108; Gebhart, L' Jlalie mystique, Paris, Hachelte; Tocco, Ueresia ne^
medio evo, Florence, 1884, p. 261-562; du meme, Studii /rancescani, Naples,
1909, p. 191-222, 227-310; J.-M. Vidal, Proces d'Jnquisition contre Adhemar dc
Mossct, dans Revue d'histoire de V £glise de I''rance, t. i, p. 557-566; Callaoy,
L' idealisme franciscain spiriluel au xiv^ siecle. ^tude sur Lbcrlin de Casal,
l.ouvain, 1911.
Lll BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Iraduites, durant tout le xiii^ siecle et les premieres annees du
xiv^, par d'apres et tenaces revendications touchant la stricte
observance de la regle de saint Frangois, en particulier en ce qui
concernait la forme des frocs, qui devaient etre etriques et gros-
siers, et la propriete des denrees d'alimentation et des provi-
sions de vivres, qui etait consideree comme illicite.
L'autorite ayant toujours refuse d'accorder a ces rigoristes
Tautonomie qu'ils reclamaient, c'etait, dans un grand nombre
de couvents. la guerre allumee entre cette minorite etlamajorite
des freres. Les zelateurs s'etaient developpes en Italie et dans le
Midi de la France, surtout a Narbonne et a Beziers, ou le saint
et le theoricien du groupe, Pierre de Jean d'01ive, avait
vecu. Des qu'ils se sentirent en nombre, ils chasserent des cou-
vents de ces deux villes les freres de la communaute et essayerent
de former une agregation independante.
A la demande des superieurs franciscains, Jean XXII essaya
de couper court aux desordres. II dut recourir a la contrainte
pour avoir raison de la plupart. Le 17 fevrier 1317, il ordonna
aux inquisiteurs de Languedoc de traiter desormais comme
heretiques tous les dissidents, quelque nom qu'ils se donnas-
sent : fraticelles, jreres de la pawre <^ie, bizoches, ou beguins ^. Le
7 octobre suivant, la bulle Quorumdam exigit (n. 14 bis) condamna
les costumes singuliers des spirituels et porta un grave coup
au principe de la pauvrete absolue ^. Mais, des le 27 avril, les offi-
ciaux de Narbonne et de Beziers avaient regu un ordre de citation
generale des recalcitrants au tribunal du pape ^. Soixante-quatre
d'entre ceux-ci prirent le chemin d'Avignon, conduits par Tagi-
tateur Bernard Delicieux. Jean XXII les somma, en plein consis-
toire, de revenir a resipiscence. Ses instances reussirent a en deci-
der une quarantaine. Les vingt-cinq autres et Bernard Delicieux
furent irreductibles *.
Aussitot rinquisition s'empara de leurs personnes. Le 8 novem-
bre, Jean XXII ordonna a Michel le Moine, inquisiteur de Pro.
1. Doat, t. xxxiv, fol. 147, cite par Lea, liist de Vlnquis., t. m, p. 85, ct pur
Tanon, Ilistoire des trihunaux de V Inquisition en France, Paris, 1893, p. 77.
2. Exlrav. Joan. XXII, tit. xiv, c. i.
3. Voir n. 13 6rs et Wadding, Annal. inin., t. vi, p. 268, ad ann. 1317,
n. xi-xii; Euhcl, Bullarium franciscan., t. v, n. 266.
4. Historia septem trihulationum, dans Archi\> fUr Litteratur und Kirchen'
geschichte, 1886, p. 142-149.
INTRODUCTION Mll
vence, de faire le proces aux vingt-cinq coftipagnons de Bernard
(n. 15). Quatre d'entre eux, s'etant montres obstines jusqu'au
bout, furent livres au bras seculier et brules, le 7 mai 1318, a
Marseille. Un autre fut condamne a la prison perpetuelle, et les
vingt derniers, a des penitences legeres *.
Quant a Bernard Delicieux, le pape remit le soin de le juger
1 une commission speciale, composee de trois eveques, qui,
^tir des imputations etrangeres a rerreur des spirituels, le con-
(lamna, en 1319, a la degradation ecclesiastique et a la prison
perpetuelle ^ .
La dcroute des spirituels du premier ordre fut suivie de cellc
de leurs adherents, les fr^res et soeurs du tiers-ordre : beguins
et beguines. Le 30 decembre 1317, Jean XXII supprima leur
pretendue congregation, avec celle des adeptes d'AngeIo Clareno,
et en excommunia les membres qui demeureraient insoumis ^
(n. 16). L'Inquisition en condamna un grand nombre, a Nar-
honne, a Lunel, a Lodeve, a Beziers, a Capestang, a Pezenas,
a Carcassonne et a Toulouse (n. 16, note 1). Jean XXII suivit
de pres ces operations judiciaires. Le 18 septembre 1318, il se
faisait transmettre par les eveques de Maguelonne et de Beziers
les dossiers de certaines causes qu'il voulait sans doute faire juger
sous ses yeux (n. 18, 18 bis),
Le contr6Ie pontifical n'etait pas inutile. Beaucoup d'erreurs
etaient commises au prejudice des beguins et des beguines. Tout
n'etait pas a rejeter dans ce groupe. II y avait d'excellent grain
a cote de la paille. L'£glise avait encourage le tiers-ordre et les
ipoupements de beguines. II ne fallait pas qu'il y eCkt sur ce point
d'equivoque possible *. Cest pourquoi le pape ordonna qu'on
s'enquit soigneusement des croyances des membres du tiers-ordre
1. Baluze-Mansi, Miscellanea, t. ii, p. 248-250; Chion. de J. de Saint Viclor,
dan? Ilistoriens dela France, t. xxi, p. GCt; Flores chron. Bern.Gnidonis, ihid.
p. 734; llistoire de Languedoc, t. ix, p. 198-199, 390, 396-397.
2. Voir n. 22 et note 4.
3. Le 23 jaavicr 1318, nouvelle condamnation, portee, cette fois, contre les
spirituols toscans, emigrcs en Sicile, sous la conduite d'Henri de Ceva. Bullo
Gloriosam Ecclesiam, Eubel, op. cit., t. v, n. 302.
4. Clemcnl., lib.V, tit. iii, cap. 2 : condamnation dcs beghards et beguincs
heretiques et protection accordee aux beguines fideles et continentes. Cf.
Exlrai». com., lib. III, tit. ix, etBaluze, Vitae pap. Aven., Paris, 1693, t. n,
p. 436. DoFensc de molester lcs beguincs non suspectcsd'hcrcsio(JeanXXir,1321).
LrV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
et qii'on ne cherchat tjuerelle qu'a ceux dont Torthodoxie parai-
trait suspecte (26 fevrier 1322; n. 37 ^). Par ailleurs, comme il
se produisait deja quelque relachement dans la repression de
ces derniers, Jean XXII rappela les evcques et les inquisiteurs
a Tobservation de la bulle du 30 decembre 1317 contre les beguins
(leraoAt 1322; n. 39).
Or, a la date de cette derniere bulle, le conflit franciscain avait
pris une tournure et acquis une portee nouvelles. A une querelle
d'ordre tout pratique, a propos de frocs et de greniers, avait suc-
cede une dispute sur le terrain de la doctrine pure; aune question
de discipline monastique, une question de dogme. Cela etait
inevitable. Les frocset les greniers n'etaient que les symboles d'une
irreductible divergence en matiere de foi. Les spirituels avaient
toujours proclame qu'en exigeant rapplication stricte de la r^gle
seraphique, ils ne faisaient que demander la mise en usage de la
pauvrete absolue pratiquee, disaient-ils, par le Christ et les apotres.
Et c'etait la leur position dogmatique : le Christ et les apotres
n'ont rien possed6 en commun ni individuellement; donc la pau-
vrete rigoureuse est une loi d'Evangile.
Ce qui etait bien plus grave, c'est que cette position doctrinale
etait tenue non seulement par les partisans de sa realisation im-
mediate, moyennant Tadoption d'un costume grossier et Tabandon
des biens terrestres, meme d'usage quotidien, mais aussi par la
majorite des «opportunistes» de la communaute, qui pensaient
que c'6tait la le principe fondamental, la raison d'etre de leur
ordre. Ceux memes qui avaient contribue a la punition des zela-
teurs, quelques hauts dignitaires franciscains, le general en tete,
se trouvaient conduits par la logique des faits et des idees, soit a
renier leur pere saint Frangois, soit a passer a Tennemi, si Tauto-
rite supreme de TEglise, engagee a fond dans la repression des
spirituels, songeait a vider une fois pour toutes le debat theolo-
gique qui dominait la querelle.
Or, en 1321, le debat theologique s'ouvrit, a Narbonne d'abord '^,
au cours d'un proces de beguinisme, a Avignon ensuite, devant le
1. Autres lettres dans ce sens a rarcheveque de Reims, aux eveques de
Noyon et d'Amiens (13 juin 1325). Mollal, Jean XXII, Letlres communes, Paris,
1909 sq., t. V, n. 22537, 22538,22548.
2. Nicolaus Minorita, dans Baluze, Miscellanea, t. iii, p. 207; Chron. de Glass-
berger, ad ann. 1321, dans Analecta franciscana, Quaracch*, 1887, t. ii, p. 128-
129.
INTRODUCTION LV
pape. Les franclscains se referaient a la biille de Nicolas III Exit
qui seminat (1279 *), qui avait decrete que la regle de saint
Francois etait inspiree du Saint-Esprit, et qu'en ordonnant
la pratique de la pauvrete, elle n'avait fait que se conformer
a Texemple du Christ et des apotres. Cette bulle avait re^u une
interpretation oflicielle dans le canon Exii^i de paradiso du con-
cile de Vienne *, qui accordait quelque satisfaction auxrigoristes.
Jean XXII coupa court a ces objections en levant les censures
portees dans ces documents contre ceux qui rouvriraient les dis-
cussions ^ Une commission de theologiens, saisie de la question
de doctrine, se prononca en majorite pour la condamnation de la
th^se franciscaine *. Entre temps, le chapitre general des freres
mineurs, reuni k Perouse (1322), a Tinstigation de Michel de
Cesene, general de Tordre, de Guillaume Ockam et de Bonagrazia
de Bergame, s'etait inscrit solennellement en faveur de Topinion
contraire ^.
Jean XXII repondit, un an plus tard, par la constitution dog-
matique Cum internonnullos (12 novembre 1323). II y condamnait
comme heretique la doctrine qui soutenait que le Sauveur et
les siens n'avaient rien possede, en commun ni en particulier ®.
L'apparition de cette buUe dechaina une violente tempete qui
faillit meme compromettre Funit^ de Tfiglise. La guerre de fa-
mille devint une guerre de toute la societe chretienne. Tandis
qu'un grand nombre de freres mineurs faisaient leur soumission,
les revoltes continuerent a defendre la these heretique. Michel,
Bonagrazia et Guillaume, mis en etat d'arrestation a Avignon, s'en-
fuirent sans attendre la decision du pape a leur endroit (25 mai
1328; cf. n. 80). IIs allerent grossir le troupeau des adversaires
1. Sext., lib. V, tit. xii, cap. 3; Wadding, op. cil., t. v, p. 73-74, ad ann. 1279
n. X, xr.
2. Clement., lib. V, tit. xi, cap. 1.
3. Wadding, op. cit., t. vi, p. 395, ad ann. 1322, n. 50; buUe Quia nonnunquam.
4. Baluze, Vitaepap. A\>enion., 1. 1, col. 598; Raynaldi, Annal. Eccl., ad ann-
1322, n. 53; Chronique de Glassberger, dans Analecta /ranciscana, t. ii, p. 128,
129; surtout, F. Tocco, La quistione della poi>eridnel secolo xvi, secondo nuov.
documenti, Naples, 1910, c. i, p. 1-173.
5. Baluze, Miscell, t. ii, p. 207-208.
6. Extravag. Joan. XXII, tit. xvi, c. iv. Cf. Goller, Die Publikation der
Extravagante Cum inter nonnullos jQhanns XXII, dans Rdmische Quarlal-
srhrift, 1908, t. xxir, p. 143-146.
LVI BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
de la papaute, alors groupes autour de Louis de Baviere, et ils
adhererent a Tantipape imperial, Pierre de Corvara ^.
Des jors, a cote des spirituels purs, parurent a la barre des
Inquisitions ceux de leurs freres qui ajoutaient a Terreur fonda-
mentale une opposition schismatique a la personne de Jean XXII.
Nous connaissons certains de ces prevenus par les pieces de
notre collection : Guillaume Negre, franciscain roussillonnais,
que Jean XXII fait examiner par Teveque d'Elne, en 1326 (n. 70) ;
un groupe de religieux, tres probablement des fraticelles, que
reveque de Pamiers est invite a punir, en 1328 (n. 82); surtout
Barthelemy Bruguiere, adversaire et detracteur du pape, dont le
proces provoque un conflit aigu entre rinquisiteur et les francis-
cains de Carcassonne (n. 84, 102, 145); et puis Geraud Rostang, de
Genes, fauteur de Michel de Cesene, qui avait ete jusqu'a afficher
un factum aux portes de Notre-Dame de Paris (n. 85); le frati-
celle allemand Conrad, calomniateur du pape, poursuivi en 1320
par rinquisition de Paris (n. 92, 100) et finalement acquitte, a la
priere de la reine de France (n. 104-105); le Catalan Bernard
Fustier, justiciable de reveque et de Tlnquisition de Majorque
(n. 108) ; le medecin Felicien d'Assise, familier et chapelain de Louis
de Baviere, partisan de Pierre de Corvara (n. 118); le noble roussil-
lonnais Adhemar de Mosset, inculpe de beguinisme (n. 130 bis,
130 ter). Sous Benoit XII, le moine provengal Raymond Richard,
refugie a Naples,auteur d'un libelle qui avait fait scandale (n. 151) ;
Guillaume de Castiglione, fraticelle toscan, heretique et schis-
matique (n. 157, 170); ritalien Andre de Galiano, chapelain des
clarisses de la reine Sancia a Naples, accuse d'avoir preche contre
le pape et ses decisions (n. 163) ; le Rouergois PierreCalvet (n. 174).
Sous Clement VI, le beguin converti Pierre de Tournemire (n. 189) ;
le cordonnier narbonnais Blaise Boyer, partisan des spirituels
(n. 209); un groupe de fraticelles et de beguins, italicns ou fran-
Cais, poursuivis en 1358 in Curia, par Tinquisiteur de Provence
(n. 211, note 2). Sous Innocent VI, le predicateur Guillaume Ber-
nard du Puy {Podio), auteur d'opuscules sur la pauvrete du Christ
(n. 214 bis); enfin, deux autres religieux que le pape reclama a
rinquisiteur de Carcassonne (n. 215-216).
La repression se relachait avec la disparition progressivc dcs
1. Sur ces evenements, vo;r Baluze, Miscell.j t. iii, p. 206 358; Wadding, np.
cil. t. VII, ad ann. 1326 sq.; Raynaldi, op. cif.,Sid ann. 1323 sq.
INTRODUCTION I.VII
heretlques. La negligence des juges etait aussi pour quelque chose
dans rinaction de certains tribunaux. Clement VI se plaignit au
ministre general et aux provinciaux franciscains de celle des inqui-
siteurs de leur ordre et leur ordonna de stimuler les endormis et
de punir les coupables (24 avril 1346 ; n. 202). En depit des rigueurs
du Saint-Oflice, les pousses du franciscanisme dissident se main-
tinrent jusque vers la fin du siecle suivant ^.
Une secte qui a eu, en France, quelques rapports avec celi(?s des
beguins provengaux, fut celle des beghards ^, auxquels le pape
Urbain V ordonne aux cvcques de France de faire la guerre (3 sep-
tcmbre 1365; n. 257). Nous voyons que le roi lui-meme s'occupa
de faciliter leur mission aux juges d'Inquisition (n. 276). D'autres
sectes voisines de celles-ci prirent le nom de turlupins et de lollards
et virent plusieurs de leurs adeptes aux prises avec Tlnquisition,
notainment dans le nord. En 1373, turlupins et lollards de Paris
demandent en nombre a ctre reconcilies avec r£glise. Gregoire XI
accorde a rinquisiteur de France tout pouvoir pour les absoudre,
moyennant une penitence, pourvu que leur conversion paraissc
sincerc (n. 274).
Bien que la guerre menee contre ces sectes ait durc longtemps et
qu'on en connaisse maint episode, nous n'avons pas a en parler
plus longuement ici. Les documents pontificaux s'y rapportant
et interessant la France se reduisent a ceux que nous venons dc
signaler *.
8° Comme la secte cathare, celle des vaudois etait un legs du
si^cle precedent que Tlnquisition du xiv® si^cle s*appliqua a
liquider. Mais tandis qu'elle reussit a avoir raison de ralbigeisme,
elle ne put venir a bout de la vaudoisie. Les raisons en furent la
didusion de la secte en dehors des pays ou, des les commencements,
fonrtionna Tlnquisition, et surtout les solides retrancheinents
qu'elle sut se creer dans les vallees reculees et les villages inac-
cessibles des Alpes. Son apparition et son enracinement dans lc
Dauphine,rEmbrunois et la Bourgogne datent des premiers temps
1. Lea, Uisl. de V Inquisition, t. iii, p. 200-215.
i. Le concile de Vienne avait condamne les b5ghards et les beguines, el
conric leur punition aux inquisiteurs et aux evSques. Clemenl, lib. V, tit. iii
cap. 3.
.1. Sur ros soctos, voir unc bibliographie, n. 257, notel.
LVIII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
de son existence. Ses adeptes vecurent la et s'y organiserent en
paix, tandis que leurs freres du Quercy, du Toulousain et du Lan-
guedoc partageaient le sort des cathares. J'ai dit que Bernard Gui
travaillait encore, de 1316 a 1322, a debusquer quelques groupes
de ces heretiques, emigres deBourgogne, des retraites d'occasion
qu'ils avaient trouvees dans le Rouergue et la Gascogne ^.
Ces expatriations avaient ete provoquees par la repression
systematique de Theresie entreprise en Bourgogne, vers la fin du
XIII® siecle. Malheureusement, on n'a point de details sur les resul-
tats de cette campagne. Dans le Dauphine et en Provence, Tlnqui-
sition franciscaine parait n'avoir pas inquiete les communautes
vaudoises avant Tordre formel qu'elle regut de Nicolas IV, en
1288, de traiter ces populations en heretiques ^. Le pape voulut
qu'on leur appliquat les edits de Frederic II; et il ecrivit dans ce
sens aux magistrats et aux seigneurs du pays. Qu'advint-il de
ces ordres? II m'est impossible de le dire. On sait qu'une execu-
tion de vaudois eut lieu a Avignon, en 1315, et qu'a cette date
la vallee de Cluson (dans le pays d'Embrun) etait visitee par
les inquisiteurs ^; et c'est tout.
Nous arrivons ainsi au pontificat de Jean XXII et a Taction
des Inquisitions languedociennes contre les vaudois : aux tra-
vaux de Bernard Gui, a Toulouse, a ceux de Jacques Fournier, a
Pamiers. Precisement, deux pieces de notre serie se referent a
ces travaux. Cest, d'abord, un sauf-conduit donne par JeanXXII,
le 26 aout 1319, a un emissaire de reveque de Pamiers, qui avait
conduit a Avignon quatre vaudois, dont un diacre de la secte,
que le pape renvoyait a leur juge naturel (n. 25). Ces heretiques
etaient des emigres dauphinois qui avaient trouve refuge a Pa-
miers et y avaient fait de rares proselytes. Ils furent livres au bras
seculier, en 1320 et 1321 \
L'autre piece se rapporte a Jean Philibert, pretre bourguignon,
une premiere fois condamne comme vaudois par finquisiteur
1. Limborch, Liber sentent. inquis. Tolosanae, de Bernard Gui, p. 200-201,
207-208, 216-243, 252-254, 262-265, 289-290, 340-347, 352, 355, 364-366.
2. Wadding, op. cit., t. v, p. 177-180, ad ann. 1288, n. 14-21; p. 292, ad ann.
1292, n. 3; Raynaldi, op. cit.^ad ann. 1288, n. 27-28.
3. Liher. sent. de Bernard Gui, p. 340, 345, Muston, Ilistoire des vaudois.
Israel des Alpes, premiere histoire complete des vaudois, e<c.,'Paris, 1851, 1879,
t. in, p. 341.
4. .T.-M. Vidal, Lr tribunal d'Inquisition de Pamiers, tir. h part, p. 129, 212, 215.
INTRODUCTION LlX
de Bourgoorne, puis devenu emissaire de cet inquisiteur,
emigre en Gascogne, retombe dans Terreur et rondamne une
deuxieme fois par Bernard Gui. Le pape ordonne a rarchevcque
de Toulouse de proc^der k sa d^gradation canonique (6 fevrier
1320; n. 26).
Jean XXII, absorb^ par sa lutte contre les fraticelles et les sor-
ciers, prit moins garde a rh^r^sie vaudoise. Nous n*avons de lui,
en dehors de ces deux lettres, qu'un ordre donne a Jean de Badis,
inquisiteur de Marseille, relativement a la remise d'un fugitif
piemontais que l'inquisiteur de ce pays poursuivait pour i>audoi-
sie^ et qui avait ^te capture a Marseille (8 juillet 1332; n. 120).
II est probable cependant qu'il faut imputer a des vaudois lc
meurtre de deux commissaires de Tlnquisition, dans le diocesc
de Valence, qui se nommaient Catala Faure et Pierre Pascal de
Saliente (1321). Le pape ordonna qu'une enquete fut faite pour
etablir les responsabilites et punir les coupables * (n. 33-35, 40).
Benoit XII eut une action plus resolue contre ces heretiques.
L'Inquisition de Toulouse en avait,durant les annees 1328 et 1329,
traque et saisi quelques-uns, tandis que d'autres avaient cher-
che unasile plus siir jusque dans le B^arn. Le pape engagea le
comte de Foix, souverain de ce pays, a les y faire rechercher acli-
vement et k aider a leur punition (29 mars 1335; n. 144). Peu
aprfes il adressait la meme priere au dauphin de Viennois, tou-
chant les sectaires caches dans son litat (n. 147). En meme temps,
Teveque de Valence et Die recevait Tordre de seconder sans
n^gligence le travail de Tlnquisition sur ses terres (n. 148).
L'annee suivante, le meme pape sommait les prelats, les inqui-
steurs, les nobles et les officiers seculiers de Lombardie de s'em-
ploiyer a la capture de plusieurs Embrunois qui avaient pass^ les
Aipes pour echapper aux recherches de Tinquisiteur de Provence
(13 avril 1336; n. 149). Nous savions par ailleurs * qu'une tournee
inquisitoriale avait ete faite, precisement cette annee-la, dans
les montagnes d'Embrun; que plusieurs condamnations furent
1. Les deux heretiques que le bailli de Brian^onnaiset le chAtelain de Queyras
rcfusaicnt de livrer h rinquisition, en 1331, 6taient probablement aussi dc3
vaudoi8(n. 114).
2. Valbonnais, Memoires pour servir d Vhistoire du Dauphind, Paris, 1711,
p. 346.
LX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE
prononcees dans la Valpute (Vallouise), les annees suivantes, et
qu'on y exhuma meme des cadavres d'heretiques ^.
A partir de ce moment, Tlnquisition dauphinoise ne cessa d'etre
sur la breche. Plusieurs archeveques d'Embrun combattirent
vaillamment a ses cotes. Pasteur de Serrescuderio a fit aux vaudois
une guerre implacable, » aide en cela par les officiers du dauphin
Humbert ^. Ils brulerent douze habitants de la Valpute, en face
de la cathedrale ^
Son successeur Guillaume des Bordes (1351-1361), aide de Pierre
des Monts, inquisiteur,nerestapasinactif*. Parunelettre du 7 mars
1352, Clement VI s'efforQa d'interesser les archeveques, eveques,
membres du clerge, moines, seigneurs et ofTiciers civils de toute la
contree aux efforts de ces deux hommes (n. 211). Mais, si zeles
qu'ils fussent, les justiciers ne pouvaient se mettre a la poursuite
de leurs justiciables qui fuyaient de tous cotes. Certains de ces
heretiques chercherent refuge jusqu'au fond de la Calabre. In-
nocent VI les signala au roi et aux inquisiteurs du royaume de
Naples (8 janvier 1353; n. 213).
En 1263, un nouvel appel est lancc par Urbain V a Tepiscopat
des quatre provinces de Provence et du Dauphine. Frere Hugues
Cardillon se prepare a entrer en campagne; il sollicite le concours
des ordinaires (n. 232) et celui du dauphin (n. 232 bis). Jean
Richard, son collegue, qui va instrumenter danslesvalleesdudio-
cese d'Embrun, reclame les memes appuis (n. 233) et, en outre,
celui du comte de Savoie et du senechal de Provence (n. 237-238).
Un troisieme inquisiteur — inquisiteur d'occasion — ■ fut le
nonce Bernard du Bosquet {de Bosqueto), que le pape envoya
(1364) dans les provinces de Lyon, Vienne, Embrun, Tarentaise
et Besan^on. II lui donna une commission lui permettant de pro-
ceder contre les heretiques qu'il rencontrerait sur sa route, et des
lettres le recommandant aux ecclesiastiques et aux seculiers
(n. 241-244).
1. J. Chevalier, Memoire historique sur les heresies en Dauphine, Valence^
1890, p. 17 sq.
2. Gallia christiana, t. iii, col. 1087; Valbonnais, op. cit., p. 191-192, 221.
3. Muston, op. cit., t. i, p. 52.
4. En 1353, cent cinquantevaudoisfurent rcconcilies avec rEglise et condamnes
Ji porter des croix. En 1354, dix-huit autres heretiques de Largentiere firent leur
abjuration. Chevalier, op. ci ., p. 160
INTRODUCTION f.XI
Pendant que rinquisition deployait contre les montagnards
alpins toutes les ressources de son zele, rarcheveque d'Embrun,
Pierre Amelii (1365-1378), avait Tidee d'essayer d'un autrc
moyen pour ramener ces egares. II songeait a donner aux
populations delaissees, en particulier a celles de la Valpute, des
pasteurs dignes et instruits, capables de les catechiser et de corriger
leurs erreurs. Mais il etait un obstacle a la realisation de ce
projet : c'etait Tappauvrissement des benefices ruraux, par suite
dc la rapacite des decimateurs etrangers. Quand ces prelats ou
ces moines avaient preleve leur dime, il ne restait plus quc des
revenus si maigres qu'on ne pouvait les proposer decemmenl a des
ecclesiastiques lettres, ayant fait de serieuses etudes. L'archeveque
deinanda au pape de permettre que ce regime peu equitable fut
reforme, de faQon que les titulaires des paroisses eussent de quoi
subsister, sans etre contraints de se livrer a des travaux manuels.
En attendant la reallsation de cette reforme, Tarcheveque son-
geait a faire prccher des missions dans la contrec et il suppliait le
pape d'attacher a ce service quatre moines mendiants, qui
seraient provisoirement exempts de Tobedience de leurs supe-
lieurs. Enfin, il demandait que Ton prit des mesures de rigueur
contre les seigneurs du pays qui, sous main, mettaient des entraves
a rceuvre de Tlnquisition. Urbain V acccda aux requetes de
rarcheveque, le 3 aoiit 1366 (n. 260). Piusieurs frj: nciscains
furent mis a la disposition du prclat, qui se felicita du zele
deploye et des succcs obtenus par deux d'entre eux, dont Tun,
FranQois Borrel, devint cnsuitc inquisiteur. Voir les docu-
nients publies en appendice.lVidee d'une propagande pacifique par
la predication et la polemique devait etre reprise et realisee avec
bonheur, trente-cinq ans plus tard, par saint Vincent Ferrier ^.
Pour le moment, la premiere maniere non seulement ne fut pas
abandonnee, mais au contraire elle fut intensifiee, surtout lors-
quc Gregoire XI devint pape. Jusqu'alors il semble qu'on s'en
fiit tenu a des cntreprises timides, plutot penibles. Les inquisi-
teurs n'avan9aient qu'a grand'peine. Les prelats, sauf queicjucs
exceptions, les accueillaient avec indifference et froideur. Les
fonctionnaires royaux et les seigneurs ne se faisaient pas scrupule
d'entraver leur action. Le pays n'etait pas siir. Pour y penetrer,
1. Bouchcr, Histoire chronologique de Prouence, Aix, 166^i, t. ii, p. 427
Douais, Les freres preduws de Limoges, Toulousc 1892, p. 64-66.
LXII BULLAlllE DE l'iNQUISITION FRA.NCJAISE
il fallait organiser de vraies expeditions armees. La garde des pri-
sonniers y etait presque impossible. Les officiers et hommes
d'armes, protegeant ouvertement ou sournoisement les heretiques,
n'accueillaient dans leurs prisons ceux qui leur etaient remis que
pour les rendre a la liberte aussitot apres.
Gregoire XI consacra ses efforts a remedier a ce triste etat de
choses. II adressa, des le 27 mars 1372, un premier appel au comte
Amedee de Savoie, a Aymar VI, comte de Valentinois, au gou-
verneur du Dauphine, a Farcheveque d'Embrun et a Teveque
de Valence, les exhortant a remplir, a Tendroit des ennemis de la
foi, leurs devoirs de seigneurs et de prelats catholiques (n. 263-267).
L'annee suivante (27 mars 1373), tout en complimentant le roi
de France de son zele contre les beghards et les turlupins, il lui
reprocha le peu d'interet qu'il temoignait a la poursuite des here-
tiques dauphinois et sa coupable tolerance a Tendroit de fonc-
tionnaires qui semblaient etre au service des sectaires plutot
qu'a celui d'un prince chretien (n. 276). Charles V enjoignit au
gouverneur du Dauphinc de faciliter la tache des inquisiteurs.
Gregoire lui-meme insista dans ce sens, le 11 octobre 1373, aupres
de cet ofTicier et des ev^ques de Valence et de Geneve (n. 281-288).
Mais les intentions et les ordres du pape resterent incompris.
Le principal obstacle residait dans la mauvaise volonte du gou-
verneur, Charles de Bouville, et de certains seigneurs dauphinois
et savoyards. En 1375, le roi Charles fut invite a sevir contre les
olliciers negligents (n. 287); Amedee de Savoie, a faire cesser les
difTicultes soulevees par les nobles de ses Etats (n. 289). Ceux-ci
et les Dauphinois recalcitrants se virent rappeler le sort fait jadis
au comte Raymond de Toulouse, dont ils semblaient partager
les sentiments a Tegard de Ferreur (n. 290). Charles de Bouville
rcQut un avertissement salutaire (n. 291); les prelats des trois
provinces de Vienne, de Tarentaise et d'Embrun, les eveques de
Valence, Viviers, Grenoble et Geneve furent sommes de mettre
lin a leur coupable indiflerence, de prendre la defense des inqui-
siteurs et de recevoir dans leurs cachots les coupables qui leur
seraient remis (n. 292). Chacun d'eux dut, en outre, faire promul-
guer, une annee durant, les dimanches et fetes, dans les eglises
de son diocese, les anathemes lances contre les heretiques (n.293).
A tous le pape annon^ait Tenvoi d'un legat special, charge, avec
rinquisiteur Frangois Borrel (n. 286, note 1), de diriger la luttc
INTRODUCTION LXIII
Celait Antoine, eveque de Massa, dont la mission commenga dans
les premiers jours de mai 1375. Le 6 de ce mois, Gregoire XI
etendit la juridiction des inquisiteurs a la province de Tarentaise,
ou nul n'avait jusqu'alors inquiete les heretiques (n. 286). Puis
il donna a FranQois Borrel la liberte d'organiser dans les provinces
infestees une campagne de missions dont on pourrait chargerles
doininicains, les augustins, les carraes et les freres mineurs
(n. 294).
Les efforts de Teveque de Massa et de Tinquisiteur Fran^ois
Borrel furent couronnes d'un plein succes. Ils decouvrirent tant
d'heretiques que toutes les prisons du paysen regorgerent bientot.
11 devint urgent de songer a les loger, a pourvoir a leur entretien
ct a celui des inquisiteurs et de leurs ofliciers. Le pape decreta la
construction de « murs » a Arles, Vicnne, Embrun et Avignon, et,
le 11 juin, accorda cent jours d'indulgences a ceux qui contribue-
raient k cette oeuvre pressante (n. 295). Par ailleurs, il taxait les
archevoques et evequesdes provinces d'Arles,Aix,Embrun, Vienne
et Tarentaise, pour une contribution immediate de 4 000 florins et
pour cinq annuites de 800 florins chacune, destinees a fournir
rentretien d<!8 prisonniers, la pension dcs inquisiteurs ct le salairc
de leurs oiHciers. Ces sommes seraient prelevccs sur les fonds
des ceuvres pies et les restitutions des biens mal acquis. Chacun
des prelats remettrait sa quote-part a revequc d'Avignon ct
a rinquisiteur F^ran^ois Borrel, qui, en meme teinps qu'il8
elaient charges de fulminer rexcommunication contre les refrac-
taires (n. 296-297), devaient centraliser les fonds, en garder les
trois quarts pour etre employes par eux-memes et remettre le
quatrieme au franciscain Bertrand de Saint-Guillem, inquisiteur
occupe sur un autre champ de la Provence (n. 298).
Beaucoup d'heretiques, fuyant la repression, s'etaient refugies
en pays non soumis a la juridiction des inquisiteurs. Gregoire
voulut qu'on allSit les debusquer, en quelque lieu qu'ils fussent
(n. 299). II exigea aussi (iu'a defaul des eveques, les inquisiteurs
punissent les clercs et les religieux concubinaires, dont le nombre
etait considerable dans ces contrees (9 aout 1375; n. 300).
Les prclats ne mettaient point de hate a apporter leur
contribution pecuniaire. II fallait cependant pourvoir a la
subsistance de reveque de Massa. Grcgoire fixa a quatre florins
par jour les emoluments qui devaient lui ctre assures par lcs
LXIV bULLAIRE DE L INQUISITION 1 RANQAISE
cv^eches, les inonasteres, les cglises, les chapitres et les aulrcs
communautes (n. 301). Le 7 octobre, en reponse aux questions
anxieuses des inquisiteurs sur Tentretien des prisonniers, il fit un
dcvoir a chaque eveque de pourvoir a celui de ses diocesains, soiis
peine d'y etre contraint a coups de censures et par la force secu-
liere (n. 302).
Le 28 decembre 1375, nouvelles plaintes du pontife; reproches
severes adresses a Charles de Bouville et au conseil delphinal.
Mecontent de Tattitude qu'ils s'obstinent a garder, le pape va cu
referer au roi, dont ils meprisent les volontes. II les requiert de
vciller a la surete des inquisiteurs et de leurs gens (n. 303). Le 18 inai
1376, Gregoire insiste encore, mais c'est pour demander qu'uno
partie du produit des biens confisques revienne a Tinquisiteur.
selon la coutume (n. 305). On se rappelle qu'en 1373 il avait presse
le roi (n. 277) d'en user a Tegard de tous les inquisiteurs de son
royaume, comme avec ceux de Laiiguedoc, a qui, en echange de
leur part sur les confiscations, il assurait une pension fixe.
Charles V finit par accepter (1378) cette combinaison pour ceux
du Dauphine ^.
La mission de Feveque de Massa etait finie en juillet 1376.
Avant son retour a Avignon, le nonce avait choisi, dans la ville de
Vienne, un local dependant de la mense archiepiscopale, pour y
construire les prisons de Tlnquisition. Le pape ratifia ce choix.
le 22 juillet, et etablit, ce meme jour, rhotel de rOffice dans une
maison du chapitre sise pres de Thopital de la ville (n. 306, 307).
Une detente semble s'etre produite dans la repression apres
le depart de reveque de Massa. Neanmoins Tentretien des prisou-
niers constituait toujours la difficulte capitale, que les taxes im-
posees aux prelats avec menaces n'avaient pu resoudre. A la
priere de FrauQois Borrel, de plus en plus embarrasse, GregoireXI
fit appel a la piete et a la charite des fideles pour susciter des con-
tributions genereuses (15 aout 1376; n. 308).
Le pape etant mort, la periode agitee du Grand Schisme permit
aux vaudois de reprendre des forces. Frangois Borrel contiiiua
neanmoins a les harceler jusqu'en 1393 ^ (n. 286, note 1). Mais la
1. Lea, llisloirede V Inquisilion, t. i, p. 598; t. ii, p. lo2.
2. Chevalier, op. cit., p. 23-25. Le l^r juillet 1380, il prononga la sentence de
108 habitants de Valpute, dc 32 de Largentiere et de 29 de Fressinieres. Op.
cil., p. 129-131.
iNtRODtCTlbN LXV
])rocedure inquisitoriale ne reprit avec quelque intensite qu'apres
le Grand Schisme, sous Tinquisiteur Pierre Faure ^. Elle fut con-
linuee durant tout le xv® siecle. En 1488, une sorte de croisadc
fut menie organisee pour rextermination des montagnards irre-
ductibles. Ils furent traques jusque sur les sommets des Alpes
et massacres. Ceux qui survecurent a cette battue se fondirent
plus tard avec les reformes *.
IV. — DfiTAILS DE I.A PROCfiDURE INQUISITORIALE
La reforme essentielle apportee a Tordre traditionnel de la
procedure inquisitoriale, au cours du xiv® siecle, c*est retablis-
sement des tribunaux mixtes, dont il a ete deja question
(p. xxiii-xxiv). II etait donc entendu que, siTeveque et Tinquisi-
teur pouvaient Tun sans Tautre proceder a la capture et a
rincarceration des suspects, conduire Tinstruction des proces,
interroger prevenus et temoiirs, il leur etait defendu, sous peine
de caducite de leurs actes, soit d'emettre une ordonnance de
torture, soit de prononcer des sentences sans s*etre concertes ou
sans s'etre delegue leurs pouvoirs '.
II est bon de rappeler que ces precautions avaient iie prises
a la suite d'une enquete faite, sur Tordre du pape Clement V, dans
les ressorts inquisitoriaux de Toulouse et de Carcassonne, par les
cardinaux Taillefer de la Chapelle et Berenger Fredol (1306-1310).
Elles s'opposaient comme des remedes aux irregularites et aux
abus constates; elles pretendaient en prevenir, dans la mesure du
possible, le triste retour. Plusieurs pieces du dossier de ClementV,
loutes deja connues, il est vrai, se rapportent a ces evenements
(n. 3-7, 11; voir les notes ), et nous avons deja dit que Tentente
des deux juges avait ete la grande loi mise en pratique par tous les
tribunaux au xiv® si^cle.
Sur les particularites juridi^iues du code inquisitorial, rieu
1. Martene, Veler. Hcripf.t l. viii, col. 161.
2. Sur ces eveiiements, voir Leger, Uisloire des Eglises evangeliques des vcUlecs
de Piemont ou vaudoises, Leyde, 1669, I. II, c. ui, p. 21, 23-25 ; Perrin, Histoire
des vaudois, Geneve, 1618, c. iii, viii; Raynaldi, ad ann. 1487, n. 25; J. Chevalicr,
op.cit., p. 27-127.
3. Clrment , lib. V, tit. iii, cap. 1 : decret Multoruni querela. Cf. le prescnt
recueil, n. 5, note 3.
BULI.AIRE- E
LXVI BULLAIRE DE L IN(,)U1SITI0N IRANgAISE
de bien nouveau dans le bullaire : des reeditions de prescriptions
anciennes; quelques details curleux touchant Tappiication de
certaities regles.
10 A deux reprises, 3 juillet 1322 (n. 38) et 25 mai 1328 (n. 79),
Jean XXII rappela ce que Martin IV avait statue (1281 '), sur le
droit d'asile, denie aux heretiques et aux suspects. Les agents de
rinquisition et meme les agents de la force seculiere pouvaient
arracher ces sortes de prevenus des enceintes sacrees ou ils cher-
chaient refuge. Le roi de France lui-meme insistait pour que cette
loi fut observee. II n'y avait qu'une precaution a prendre, c'etait
d'avoir Tagrement de Feveque et de Tinquisiteur (n. 79).
2° Une autre regle du droit, fixee des le xiii^ siecle et ayant pour
but de faciliter la defense des prevenus, c'etait la communication
qui devait leur etre faite du dossier des charges regues contre
eux ^. Boniface VIII avait etabli une importante precision con-
cernant la publication des noms des accusateurs. II ne fallait pas
que Texception de droit touchant la reticence de ces noms a
faire par mesure de precaution fut une regle absolue. On devait
d'abord s'assurer que le danger etait reel, qui menagait les te-
moins dont les noms auraient etedivulgues. Si nul danger n'etait
a prevoir, on devait en user comme dans la procedure ordinaire^.
J'ai dit qu'Urbain V, d'abord, GregoireXI, ensuite, durent rappeler
les inquisiteurs provengaux, le premier a Tobservation de Fan-
cienne regle touchant la communication des charges, le deuxieme
a rapplication de la decretale de Boniface VIII, sur la divulgation
des noms; et cela, a propos des juifsqui se plaignaient d'etre sou-
mis surces points a un traitement d'exception (n. 230, 2G9, 270).
30 Ccs juifs se plaignaient d'ailleurs d'autres procedes arbi-
Iraires, en particulier de n'etre juges que par lesseulsinquisiteurs.
L'eveque diocesain n'etait jamais appele a leurs proces. On les
mettait a la torture, on les condamnait a la prison etroite sans lui
cn referer. Violation manifeste du decret de Vienne !
L'allusion a la torture est a souligner.EUe n'e3t pas la seule f[ui
1. Ripoll, op. cit., t. II, p. 1.
2. Voir n. 230, note 2.
3. Sexl., lib. V, tit. u, De haereticis, cap. 20,
IMTRODUCTION LXVII
se prcsente dans le recueil. D'abord Clement V, dans sa lettre
aux cardinaux de la Ghapelle et Fredol, signale ce moyen de
contrainte comme etant un des actes du proc^s qu'il faut le plus
entourer de precautions. II prescrit par avance celles queledecret
Multorum promulguero plus tard : notamment la presence de
Tordinaire au jugement interlocutoire de torture (n. 3).
L'emploi de la torture par les Inquisitions languedociennes
sert d'exemple a un olficial de Poitiers, qui tourmente une femme,
prevenue de sorcellerie, en lui appliquant des charbons ardents
a la plante des pieds (n. 23). Bernard de Puigcertos, inquisiteur
d'Aragon, aurait menace un de ses justiciables des tourments
de la question, pour avoir de lui des aveux (n. 53, note 2). Les
inquisiteurs de Tours, Jean Aufroid et Alain Thomas, usent de la
lorlure pour ouvrir la bouche aux domestiques d'Herve de Tre-
valloet, leur prevenu (n. 143) ; Menet de Robecourt, commissaire de
rin(|uisition de Carcassonne, est accuse d'avoir fait subir un trai-
tement identique a certains temoins albigeois et castrais,
qui avaient charge un juif converti (n. 186); enfin, Jean de Cor-
iieilla, damoiseau du diocese de Saint-Pons, inculpe de blasphe-
ines, aurait ete applique au chevalet par Tinquisiteur de Car-
cassonne, Pierre de Maralogio ^ (n. 341).
4<^ Plusieurs lettres pontiftcales portent concession de dispense
cn faveur de clercs, de reIigieux,ou meme de simples laiques, enta-
ches d'irregularite parce qu^ils sont fils ou petits-fils d'heretiques.
Telle etait la rigueur des sanctions. La tare paternelle se trans-
mettait jusqu*a la deuxieme generation, tandis que la tare ma-
lernelle n'atteignait que la premiere ^. L'liitat, aussi bien que
rEglise, excluait de ses faveurs les descendants d'heretiques. Mais
les papes levaient mis^ricordieusement Tobstacle. Guillem Garric
el (iiiillcni Peyre, dc Carcassonne, tousdeux profes de Tordre des
ficres prccheurs (n. 08, 8H), Isarn d'Aragon, chanoine de Carcas-
sonne (n. 93, 191), Bernard, Nicolas et Barthelemy Embrin,
Irinitaires de Limoux (n. 107), Bertrand Boyer, dominicain de la
l^rovince de Toulouse (n. 115), dontles peres ou les grands-peres
sont mortsdans Theresie ou ont ete condamnes pour ce crime
1. Voir J.-M. Vidai,Le/ri6una/d7n^ui«mon de Pamiers, p. 170-184; Tanon,
Uis'oire des Iribunaiix de 1'Inquisition en France^ Paris, 1893, p. 375-384.
2. Voir buUe n. 68, note 2.
LXVIII BULLAIRE DE L^NQUISITION FRANCAISE
depuis vingt, quaranle et meme soixante-dix ans, sont rendus
aptes aux charges de leur ordre et aux divers ministeres monas-
tiques. Le laique Raymond de Tornesan, de Limoux, dontle grand-
pere a ete condamne pour heresie apres sa mort. est declare ca-
pable d'exercer les magistratures publiques (n. 212).
5*^ Quelques rares documents se referent precisement aux pro-
cedures posthumesde Tlnquisition. Onnoterala bulle du 15 mars
1319 exonerant les freres mineurs de Carcassonne de toute respon-
sabilite a Tendroit des restes de Castel Faure, dont la memoire a
ete condamnee. Ces restes etaient recherches dans le cimetiere
conventuel pour etre exhumes et brules, mais ils etaient si bien
meles a ceux d'autres morts qu'il avait eteimpossible delesrecon-
naitre (n. 21).
Des proces furent faits aussi au pere de Guillaume Peyre, pres
de quarante ans apres sa mort (n. 86) ; a Pierre d'Aragon (qu'une
enquete datant de vingt ans avant sa mort avait reconnu inno-
cent), quinze ou seize ans apres son deces (n. 93); a Bernard
Arnaud Embrin, soixante-quinze ans apres sa mort (n. 107).
a Guillem Fenasse d'Albi, trente ans apres sa mort (n. 166). Enfin
on trouvera aux n. 106 et 166 une piece ayant rapport a des pro-
cedures engagees contre des defunts, apres trente et quarante ans.
Mais ces comptes tres anciens que Tinquisiteur de Carcassonne
tenait a regler avec ces disparus, les heritiers de ceux-ci les firent
epurer en cour d'Avignon, et Texamen des dossiers ne donna pas
raison a Tinquisiteur (voir n. 106, note 3).
6° L'execration et Tignominie n'atteignaient pas que la me-
moire etlesrestes mortels des heretiques; elles s'attachaient aux
demeures qu'ils avaient habitees. La destruction de ces maisons
fut d'abord ordonnee par les empereurs d'Allemagne Otton IV ^
(1210), Frederic II ^ (1232), puis par le concile dc Toulouse ^
(1229 ); enfin, par Innocent IV * (1252) et Alexandre IV ^ ( 1257).
1. Muratori, Antiquitates ItaL, t. v, p. 90.
2. Huillard-BrehoUes, Historia diplomaticaFriderici secundi, etc.,Va.Tis, 1852-
1861, t. ir, p. 299.
3. Conc. de Toulouse, 1229, can. 6 : Labbe-Cossart, t. xi, part. 1, col. 422.
4. Ripoll, op. cit., t. I, p. 210.
5. Ibid., p. 330.
INTRODUCTION LXIX
Les prescriptions pontificales visaient les demeures desheretiques,
de leurs fauteurs, de leurs receleurs et celles ou ils avaient celebrc
leurs rites. Ces batiments ne pouvaient etre releves. Leur empla-
cement devenait un depotoir infect. Bernard Gui precise ^ que
cet endroit devait rester a jamais inculte et sans cl6ture, pour
servir de depot d'ordures (sordium). On a un vivant commentairc
de ces prescriptions dans la supplique d'Aymon de Caumont
au pape Clement VI, publiee sous le n. 190. On y voit qu'un de
ces endroits maudits, situe dans le plus beau quartier de Carcas-
sonne, etait devenu, a cause de Tinfecte puanteur des immondices
(jui s'y accumulaient depuis des annees, un tel foyer d'epidemies
(jue les riches bourgeois du voisinage etaient contraints de deserter
leurs hotels. Afin de parer a ce danger permanent pour la sante
publique, afin de pouvoir dresser autour de ce cloaque une cloture,
iion pas de pierres, mais de piquets de bois, il fallutl'agrement du
pape.
A plus forte raison fallait-il Tagrement du pontife pour faire
cesser completement Tinterdit et la malediction. BernardVersavin,
secretaire du duc d'Anjou, se munit d'une autorisation en bonne
forme pour entrer en possession de certaines proprietes de ce
irenre, qu'il desirait acheter ou esperait obtenir gratuitement de
la munificence de son maitre. II put y blltir ou y organiser la cul-
ture (n. 284). Certains jurisconsultes italiens pretendaient qu'il
sufTisait a un catholique d'avoir possede pacifiquement un terrain
de cette nature pendant quarante ans, pour avoir le droit d'y con-
struire une maison. D'autres tenaient pour la perpetuite de Tin-
terdit inquisitorial. Dans ce pays, les autorisations de batir sur les
terrains maudits finirent par Hre delivrees par les inquisiteurs
eux-memes ^. En France, nous savons qu'a la suite d'une discussion
entre les ofliciers royaux et les inquisiteurs du Dauphine, Char-
les V abolit la pratique de Texecration des maisons pour cette
province; et le pape Gregoire XI acquies^a a sa decision ^.
1. Practica I nquisUionis heretice pra.>itatis, ed. Douais^.Paris, 1886, p. 59-
159.
2. Zanchini, Tractalus de haereticis, Rome, 1579, p. 241-24'i.
3. Isambert, Anciennes loix francaises, Paris, 1822-1833, t. v, p. 491.
LXX BULLAIRE DE l'iNQUIS1TI0N FRANgAISE
V. — L'INQUISITION FRANQAISE ET SES JUDICIABLES EN
RELATION AVEC LA CURIE. — ACTION PERSONNELI>E DES PAPES
Ce recueil est le dossier des rapports du pape avec Tlnquisi-
tion de France. Que ces rapports aient ete frequents, il n'est rien
qui soit plus comprehensible. Les tribunaux d'Inquisition par-
ticipaient a la juridiction eminente et privilegiee du pontife; leurs
chefs etaient « deputes par Tautorite apostolique »; ils travail-
laient a la defense de Torthodoxie, dont le pape etait le regula-
teur; les details de leur code de procedure avaient ete fixes ou
approuves par Rome. II etait naturel que le pape suivit leurs tra-
vaux d'assez pres, qu'eux-memes eussent repours aux directions
du Saint-Siege et qu'ils sollicitassent de lui, quand il etaitneces-
saire, un siircroit de facultes ou un concours eminemment efficace.
D'autre part, Tlnquisition se trouvait mise en contact avec
la Curie, a Toccasion des appels interjetes, au tribunal supreme
de TEglise, par des justiciables mecontents de la procedure ou
des sentences. On constatera que Toccasion d'intervenir dans
les affaires d'Inquisition a ete fournie au pape par les accuses
plus frequemment que par les juges; ce qui signifiera sans doute
que ceux-ci eurent moins besoin de directions et de lumieres que
de correction et de reforme.
Enfin, en dehors des cas ou rintervention pontificale fut solli-
citee par les juges ou par les prevenus, ejle se produisit en mainte
circonstance, directe, spontanee, soit pour provoquer la repres-
sion d'une heresie et procurer aux inquisiteurs la bienveillance
et la collaboration des pouvoirs seculiers, soit pour une action
judiciaire a entreprendre au nom du pape, par-dessus toute autre
juridiction.
Voyons les cas les plus saillants, qui ont trait a chacune de ces
formes d'intervention.
1® lnteri>ention sollicitee par les inquisiteurs. — A la demande
des interesses ou de leurs superieurs monastiques, le pape accorde,
confirme, proroge des brevets d'inquisiteurs; il modifie les cir-
conscriptions; il concede des graces, des benefices, des privileges,
des exemptions aux juges et aux officiers des tribunaux; il etend
la competence des magistrats a des especes nouvelles; il apporLc
INTRODUCTION LXXl
des precisions ou des derogations aux rfegles juridiques. Les cha-
pitres qui precedent sont remplis d'exemples rentrant dans Tune
ou Tautre de ces categories.
Certains inquisiteurs sollicitent des eclaircissements surlacon-
duite a tenir dans les cas embarrassants. Pierre Brun, envoyant
au pape un rapport sur ses travaux, lui soumet TafTaire d'un pre-
tre inculpe d'heresie sur la denonciaton d'accusateurs dont cer-
tains etaient suspects de faux temoignage. Le pape voulut qu'on
8'en remit aux lumieres d'une assemblee consultative (n. 63, 69).
Henry de Chamay, engage dans une procedure contre Barthc-
lemy Bruguiere, fraticelle, que ses freres en religion ont tente
d'arracher des mains de Tinquisiteur, ne sait comment se tirer
de cette epineuse aflaire. Le pape lui ordonne d'aller de Tavant
(n. 84). Des reponses du meme genre sont faites a d'autres inqui-
siteurs ou eveques hesitants (n. 24, 90, 92, 112).
Le pape est Tintermediaire et Tarbitre naturel entre les trihu-
naux d'Inquisition, soit pour trancher les conflits de competence,
soit pour faciliter la transmissiondesprisonnierset deleursdossiers,
soit pour provoquer des echanges de bons services entre magis-
trats travaillant a la meme cBuvre. Jean XXII ordonne Textra-
dition d'un groupe d'heretiques, sujets de Tlnquisition de Pamiers,
captures en Aragon. La raison qui motive cet acte, c'est que ces
individus peuvent fournir de precieuses indications au juge appa -
meen sur leurs complices. D'ailleurs, leur arrestation etait Toeu-
vre d'un limier de Jacques Fournier (n. 53). D'autres cas d'extra-
dition se presentent aux n. 74 et 120. L'inquisiteur de Carcassonnc
reclame deux de ses prisonniers fugitifs a son colUgue de Provence
qui les a arretes; et Tinquisiteur de Piemont veut ravoir un vau-
dois de ses terres capture a Marseille.
Les expatriations d'heretiques etant chose frequente, rceuvre
des inquisiteurs aurait ete compromises'ils ne s'etaient entr'aides
pour capturer leurs justiciables fygitifs, Benoit Xll ordonne aux
prelats et aux inquisiteurs de Piemont de rechercher et d'appre-
hender les vaudois provenQauxquiont trouve unrefuge sur Tautre
versant dcs Alpes. L'inquisiteur de Provence envoie des emissaires
poijr diriger les operations (n. 149). Meme requisition aux prelats,
au clerge, auxseigneurs et aux ofliciers, et jusqu'au roi d'Aragon,
pour la capture d'heretiques recherches dans ce pays par Tinqui-
siteur de Toulouse (n. 195-196). Bernard Dupuy, inquisiteur
I>XXII BULLAIRE DE L INQUISITION FRAN^AISE
de Provence, proceda en personne a la recherche de ses sujets
fugitifs; et, comme il comptait pousser aussi jusque dans TAra-
gon, la Castille etle royaume de Leon, Innocent VI invita les
rois de ces pays a lui faciliter son oeuvre (n. 224). II lui donna des
lettres pour le legat Gui de Boulogne, pour les prelats, les inqui-
siteurs, les nobles, les membres du clerge, les ofTiciers de la force
publique, et, faveur plus rare, lui conceda la faculte de proceder
sommairement contre ces fugitifs, en quelque lieu que ce fut
(n. 225-229).
La communication des dossiers d'une Inquisition aTautre etait
quelquefois ordonnee par le pape, a la priere des inquisiteurs.
Les documents du grefTe suivaient le suspect extrade; ou bien
ils etaient transmis pour information a un juge qui esperait y
saisir les preuves de la culpabilite d'autres heretiques. Enfin,
les pieces de la procedure de premiere instance etaient toujours
reclamees par le juge d'appel. (Voir n. 30, 65,75,82,94,109-111,
140, 146, 158, 172, 176.)
2° Interyention du pape provoquee par les justiciables de Vln-
quisition. — II est de mode, dans les ouvrages modernes traitant
de la procedure d'Inquisition, d^affirmer que Tappel des inCuIpes
au Saint-Siege constitufit une rarete. II etait, dit-on, rendu
difTicile par les inquisiteurs qui refusaient presque toujours les
lettres apostoli, sans lesquelles un appelant ne pouvait aller en
deuxieme instance. Et Ton ajoute, en tout cas, que Tappel au
Saint-Siege n'etait admis que d'une sentence interlocutoire. « Les
sentences definitives, et particulierement les sentences de mort,
n'etaient susceptibles d'aucun recours ^. » Et, de vrai, les
canons exigeaient cette exclusion, en haine de Terreur ^. Pourtant
la rigueur des canons flechissait quelquefois ; et le Saint-Siege
n'etait inaccessible ni aux simples prevenus ni meme, quoique
plus rarement, aux condamnes. Quelques pieces de notre recueil
etablissent ce fait pour les deux categories de justiciables.
Laissant de cote les cas ou le pape refuse d'entendre un recours
qui ne lui parait pas se presenter de fagon normale et renvoie Ics
plaideurs aleurs premiers juges (n. 31, 100), parlons des appels qu'il
1. Lea, llist. de VlnquisUion, t. i, p. 508 ; Tanon, Hisl. des trihunaux de Vln-
quisition, p. 436, 438-440.
2. Sv.rt., lil). V, til. r, cap. 18.
INTRODUCTION LXXIII
consent a faire discuter sous ses yeux, ou bien ailleurs en sonnoin.
II s'agit quelquefois moins d'un appel en forme presente par un
accuse que d'une information extrajudiciaire que celui-ci adresse
ou fait adresser au pape pour lui signaler ce dont il a a se plain-
dre. Si la chose en vaut la peine, le pape peut, soit evoquer la
cause a son tribunal, soit exiger communication du dossier, et
suspendre provisoirement le cours des debats (n. 13, 14, 100).
Ainsi Jean XXII, ayant oui dire que des proc^s etaient intcntes»
a Toulouse et a Carcassonne, contre des defuntsqui iravaient pas
«'te convaincus d'heresie de leur vivant, defend aux inquisiteurs
d'aller plus avant sans lui avoir communique les dossiers a lui-
ineme (n. 106).
L'evocation d'une afTaire au tribunal papal peutavoirlieu, aplus
forte raison, lorsque Tappel a ete presente selon toutes les regles.
Ainsi, dans la cause de Jean de Parthenay, le pape decide que Ton
ne tiendra compte, en appel, des dossiers de la prcmifere instance
que pour simple information, et qu'on recommencera toutes choses
conime s'il n'avait ete rien entrepris par Tinquisiteur de Tours
(n. 6(j), Benoit XII fait reprendre de ineme tout le proces engage
par Menet de Robecourt contre les bourgeois d'Albi (n. 176).
Enfin, le motif de Tevocation d'une afTaire au tribunal papal
peut dtre simplement Tinterct particulier qui s'attache soit au
delit, soit au prcvenu, et dont le pape a saisi rimportance. Maisil
s'agit alors de proces engages sur Tinitiative mcme du pontife.
Nous les retrouverons bientdt ^. SoIIicitee ou non, lapreoccupa-
tion de la cause par le tribunal apostolique suspend Taction du
juge inferieur. L'afTaire est entreprise, ou reprise ab ovo.
L'appel proprement dit des justiciables de Tlnquisition au tri-
bunal du pape fut relativement frequent au xiv® siecle. D'abord,
celui des condamnes, dont je puis signaler trois cas bien certains.
Lcs deux premiers furent soumis a Jean XXII, qui, malgre sa
severile pour les heretiques ou les suspects d'heresie, en admit
la recevabilite.
L'eveque de Paris Michel de Besangon et Tinquisiteur Atibert
de Chalons ont fait un proces, pour heresie et sorcellerie, au chi-
rurgien Jean Anselme de GSnes et au clerc auxerrois Reginald
de Cravant. Les debats ont abouti a une condamnation. Lasentencc
1. Vttir p. Lxxx, 3".
LXXIV BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
a edicte le bannissement et une amende de centlivres, que chaque
condamne a du payer avant d'etre delivre de sa prison. De plus,
ils ont rcQu, comme penitence, des jeunes et un pelerinage a
accomplir, le premier a Saint-Jacques de Compostelle, le second a
Saint-Nicolas de Bari. Enfin, les juges leur ont extorque, per
vim et Tnetum,\e serment de ne pas interjeter appel de cette sen-
tence.
Mais les condamnes,ne s'estimant pas lies par une telle promesse,
s'empresserent, des qu'ils furent libres, de soUiciter du pape la
revision de leur cause.L'accusation portee contre eux etait fausse;
nuUe diffamation prealable ne la motivait; Vordo juris n'avait
point ete observe; les juges avaient prononce la condamnation
contre Tavis de leur conseil; ils avaient soumis leurs prevenus a
un regime cellulaire des plus cruels, et cela, pour leur extorquer
de Targent; enfin, il y avait ce serment indument arrache a la
faiblesse des patiemts. Le recours etait hors des usages, les interes
ses le savaient bien : Non obstante quod hujusmodi causae non
sint de sui natura in dicta Curia [romana) pertractandae.
Malgre cela, le pape consentit a le recevoir. II ordonna aux
juges de faire la remise des documents afferents aux deux causes,
dans les deux mois, et de se presenter eux-memes a sa barre, s'ils
y avaient interet. Les magistrats livrerent les documents, dont
le pape leur accusa reception, le 14 juin 1331 (n. 109-111). Nous
ignorons Tissue du proces.
Gregoire XI, qui partageait,a Tendroit des heretiques, les senti-
ments de Jean XXII, regut aussi et fit discuter le recours d'un
clerc de Cahors qui se pretendait favorise de visions, dont un cer-
tain nombre de pretres et de docteurs avaient proclame Torigine
divine, mais que Tinquisiteur Hugues de Verdun qualifia, apres
enquete, de suggestions du Malin.Le visionnaire fut declare excom-
munie et,apres qu'il eut demande et obtenud'etre releve de cette
censnre, reconnaissant ainsi qu'il etait coupable, Tinquisiteur le
cond^^mna a une amende, en punition, disait-il, de sa credulite.
Mais le condamne en refera au pape. II n'avait cru a Torigine
divine de ses revelations que sur Tavis de personnes autorisees,
pretres et maitres es sciences theologiques, en particulier sur
celui d'un dominicain nomme Raymond, lequel avait soigneu-
sement examine Tecrit contenant le recit des visions et n'y avait
rien releve qui ne f ut orthodoxe. Dans la suite, ce confident Tavait
trahi, denonce a Tinquisiteur et condiiit en sa presence. Nulle
INTRODUCTION LXXV
ritation TiguMkre \Vordo juris avait ^te n^glig^. Apr^s interroga-
f oire, Tinquisiteur avait exige du suspect une declaration ecrite con-
tenant Texposede sonsentiment a Tendroit des fameuses visions.
La declaration avait ^t^ ridig^e; rinculp^ y exprimait des doutes
formels sur Torigine et la valeur des revelations; il ne croyait pas
a leur authenticite, il en doutait. Mais le dominicain Raymond
ayant rature une simple negation dans Tecrit, Texpression de
doute s'etait transformee en declaration de croyance. La con-
damnations'en etait suivie. Le pape ordonna^ Tevlque de Couse-
rans de reprendre TenquSte sur le fait des visions, d*entendre les
deux parties et de punir le visionnaire, s'il etait un imposteur
ou une victime d'illusions diaboliques, d'infliger une penitence a
rinquisiteur et a son socius, s'ils etaient reconnus coupables
d'injustice (1377; n. 310).
Ainsi, meme en matiere d'appel apres condamnation, la regle
^anonique souffrait des exceptions.
Lc recours d'un prevenq, au cours de Tinstruction, n'etait
pas qne exception; la loi Tautorisait. II fut plus frequent que
d'aucuns ne pensent. Cetait tantot la recusation du juge pour
raison d'incompetence ou suspicion d'inimitie, tantot la pro-
testation contre des vices de forme et des abus de pouvoir,
qui le motivaicnt. Le sire de Parthenay recuse rinquisiteuf
Maurice de Saint-Paul, parce que suspect de partialite, et reve-
que de Paris, pour incompetence (n. 46, QQi). Herve de Trevalloet
recuse ses deux juges, parce que parents ou amis de ses accusa-
teurs, les Guergolle (n. 143). L'abbe et les moines de Gaillac invo-
quent Texception d'inimitie pour recuser Toflicial de Rodez, dans
le proc^s de certains de leurs freres inculpes d'heresie (n. 220).
On doit en dire autant de Guillem Fenasse d'Albi, par rapport
a un inquisiteur de Carcassonne, a propos d'un proc^s intente a
la memoire de Guillem Fenasse, le Vieux (n. 166). Enfin, il faut
voir une sorte de recusation de Tinquisiteur dans la petition de
ce prevenu de Carpentras qui se morfond depuis longtemps dfins
un cachot en attendant que son juge absent vienne reprendre
Tinstruction de sa cause. Le malheureux voudrait payer a Tinqui-
siteur ses frais de voyage, mais il n'en a pas les moyens. II supplic
le pape de remettre son sort a un mi^gistrat plus facilement acccs:
sihle. Urbain V designe rofTicial de Carpentras (n. 239).
LXXVI BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Les abus de pouvoir, les fantaisies juridiques des inquisiteurs,
leurs sentences interlocutoires provoquent de frequents recours.
Guillaume de Pecquigny, fils du celebre vidame d'Amiens, refor-
mateur royal en Languedoc,demande au pape Clement Vla revo-
cation de la sentence d'excommunication portee par GeofTroi
d'Ablis contre son pere prevenu d'obstruction au Saint-OfTice.
Le pape accueille le recours et depute, pour le discuter, trois
cardinaux qui annulent la censure (n. 4 et note 1).
On objectera peut-etre que Pecquigny etait un fonctionnaire
de Philippe le Bel et que le pape qui le fit acquitter manquait
de tendresse pour Tlnquisition. Voici Jean XXII et BenoitXII
qui imitent Texemple de Clement V.
Jean de Parthenay et Herve de Trevalloet se plaignent a eux
des entraves mises a leur droit de defense.Le premier nepeut se
concerter avec ses parents ou ses conseillers; nul notaire ne veut
rediger son acte d'appel, sous pretexte que Tinquisiteur a fulmine
Texcommunication contre tout scribe qui aurait prete ses services.
Cest du moins ce que Ton raconte (n. 46). Le second affirme que
ses juges ont sciemment regu le temoignage de gens subornes et
payes; qu'ils ont prononce la saisie de ses biens et de ceux de
sa femme et de ses freres, emprisonne et excommunie ses defen-
seurs, torture ses domestiques et, comme ceux-ci n'etaient pas
disposes a accuser leur maitre, qu'ils les ont tenus pour heretiques
etlivres au bras seculier. La maniere dontBenoit XII parle de ces
accusations prouve qu'il les croit fondees; et il n'y a aucun doute
que certaines le fussent : ainsi la confiscation desbiensdc toute la
familleTrevalloet et les injustes traitements infliges aux temoins
(n. 143, 158, 167, 169).
L'arbitraire juridique de Menet de Robecourt est denonce a
Irois reprises au Saint-Siege : une premiere fois, par un groupe de
bourgeois d'Albi, qui, soupgonnant ce magistrat d'avoir instru-
mente sans mandat, Taccusent de leur avoir impute a crime une
protestation presentee par eux au cardinal Fournier contre les
faits et gestes de certains subalternes de rinquisition. Une deu-
xieme fois, ce sont des temoins castrais et albigeois qui Taccusent
de s'ctre laisse corrompre a prix d'argent par un juif prevenu
d'heresie. Ils se plaignent d'avoir ete mis au secret, tortures et
Sollicites de toutes manieres pour qu'ils consentissent a retirer
leurs depositions contre ce juif; et, comme ils se montraient
INTRODUCTION LXXVII
ferrries dans leurs dires, ils allirment que Menet en avait fait
inlerpoler la relation ccrite. Enfin, on les rendit a la liberte. Mais
alors on craignit qu'ils ne denongassent les cnormites dont ils
auraient ete temoins ou victimes, et Tinquisiteur en personne
leur fit reintegrer leurs cachots (n. 186). Une troisieme plainte
denon^a le refus persistant des inquisiteurs de Carcassonne de
remettre aux heritiers de Pierre de Tournemire une copie des
novissima verha de ce pretre, recueillies par Menet d^ Robecourt,
quelques instants avant la mort du malheureux. Ainsila defense
etait rendue impossible (n. 189). Au surplus, Tarbitraire de Menet
avait trouve moyen de se produire lors de cette deposition in
extremis. Deux religieux figuraient comme temoins dansle pro-
ces-verbal, alors qu'ils n*etaient survenus que lorsque tout etait
termine (n. 28, nole 3). Je dois remarquer que tousles griefs arti-
culcs contre Menetde Robecourt, dans le premier et le troisifeme
de ces recours, furent reconnus exacts; les jugements dcnnerent
raison aux appelants. Pour ceux de la deuxieme categorie,
nous devons nous en tenir au rapport des interesses; mais il est
a croire qu'ils n'ont pas cree cette histoire de toutes pi^ces : en
particulier, le fait de leur incarceration ne peut etre r^voque en
doute.
D'autres appelants denoncent les procedes fiscaux de leurs
juges *. AlainBourret d'Exideuii se plaint d'une extorsion d'argent
compliquee de pacte frauduleux, perpetree par Tinquisiteur de
Tours, Arnaud Mandavin, a roccasion d*un proc^s intent6 au
pere du plaignant. Cet inquisiteiir pretendit ne mettre son pre-
venu en liberte que sur une caution de cent marks d'argent que
quatre fidejusseurs s'engageraient a payer, s'ils ne pouvaient
« presenter » leur client a toute requisition. II avait fallu en passer
par la. Maintenant encore, bien que le libere fut mort depuis sept
ans, rinquisiteurpretendaitobligersesfidejusseurs ale «presenter ».
Illcsavait sommes de s'executer, et, comme ils ne le pouvaient,
il les avait excommunies, eux et leurs femmes. Puis il avait lixe
a soixante livres tournois la somme a payer pour obtenir Tabso-
1. Les chapitres generaux de rordre des frferes pr^cheurs (Florence, 1321;
Vienne, 1322) avaient charge les provinciaux de punir les abuides inquisiteurs
en matiere d'exaction8 pecuniaires. Reichert, op. cit., t. ii, p. 134, 141 : do
inquisitoribus heretice prai'itatis, quod non extorqueant pecuniam.
LXXVIII BULLAIRE DE L INQUISITION FRANCAISE
lution de cette censure. Alors fut decide le recours au pape, qui,
(le 24 juin 1344), chargea reveque de Perigueux de faire rendre
justice au plaignant et de citer Tinquisiteur au tribunal du Saint-
Siege, si les faits allegues etaient exacts (n. 194).
Etienne de Lacombe, inquisiteur de Toulouse et partisan de
Benoit XIII, avait cherche querelle a sept dominicains ou fran-
ciscains de cette ville, connus pour leur adhesion au concile et
au pape de Pise. II avait instruit leur proces et les avait jetes en
prison. Ils en appelerent a Jean XXIII, qui fit juger lelitige par
rarcheveque de Toulouse. Ils furent acquittes (n. 340).
Arnaud Pastou, de Caunes en Minervois, inculpe de blaspheme
mais qui se pretend d'absolue bonne foi et de religion tres pure,
denonce de meme Tinquisiteur de Carcassonne Pierre de Matriolis,
qui, a la suggestion des ennemis du plaignant, Ta mis en etat
d'arrestation et a tente de luiporter prejudice dans sa bonne
renommee et dans ses biens (en 1407; n. 333).
Un autre blasphemateur, du diocese de Saint-Pons, que Pierre
de Marvejols, successeur du precedent inquisiteur a Carcas-
sonne, a inculpe d'heresie pour quelques jurements proferes dans
un mouvement de colere, qu'il a mis a la torture, depouille de
ses biens, droits, cens et revenus, a qui il a refuse de statuer sur
son sort et qu'il a laisse longtemps languir dans derudes cachots,
demande justice a Jean XXIII; et le pape veut que, si soninno-
cence ressort de Tenquete qu'il prescrit de faire, ce malheureux
soit rehabilite et indemnise, et que, s'il est reconnu coupable, on
le releve tout de meme de son excommunication et on le renvoie
en paix (en 1411 ; n. 341).
L'annee suivante, des bourgeois narbonnais se plaignirent
du meme inquisiteur. 11 avait tente de leur extorquer de Targent,
sous pretexte d'ecritures et de frais divers, au cours d'une en-
qucte, commencee contre eux alors que deja rofficial etait saisi
de ralfaire. Et, d'ailleurs, raccusation de sorcellerie qui avait
motive Tun et Tautre proces etait, d'apres eux, pure calomnie
(n. 342).
Tels sont les cas d'appel au Saint-Siege que nous relevons dans
nos documents. Ils sont — en comptant les recours pour recusa-
tion et les evocations des causes provoquees par des recours — au
nombre de dix-huit, dont trois ont suivi la sentence de condamna-
tion. Je souligne encore Timportance de cette constatation, au
nom des droits dus a la verite.
INTRODUCTION LXXIX
Quaiul il avait accueilli un appel, le pape nommait un ou
plusieurs commissaires pour en connaitre *. L'instruction se
faisait tantot in Curia (n. 4, 66, 106, 109, 111, 143, 158, 173, 176),
lant6t extra Curiam (n. 166,186, 194, 220, 239, 280, 310, 333, 341,
342). Quelquefois le pape se reservait la decision apres instruction
close (n. 106-176) et il lui arrivait, soit de recevoir les rapports
dcs commissaires (n. 140, 158, 169, 176), soit de rendre son juge-
nienten plein consistoire (affaire Menet de Robecourt, n. 176). Les
commissaires etaient des cardiliaux (n. 4, 106, 140, 158, 176 etc),
oudeseveque8(n. 68, 166, 186, 194, 310, 340, 341), ou d'autres
dignitaires ecclesiastiques (n. 220-239, 329, 342).
Les documents ne permettentpas toujours de se rendre comptc
du resultat final de rappel. Pour uiie dizaine des cas mentionnes
Ton a de sullisants renseignements. Guillaume de Pecquigny,
Jean de Parthenay, les bourgeois d'Albi, victimes de Menet de
Robecourt, gagnent leurs proces ; les heritiers de Pierre de Tour-
ntunire obtiennent que la revision de la cause de leur parent
soit entreprise et elle aboutit, a la longue, a la rehabilitation du
defunt. Herve de Trevalloet fait revoquer plusieurs mancEuvres
odieuses decretees par les inquisiteurs, et il obtient que ceux-ci
soient soinmes de justifier leurs actes. Tres probablement il
eut gain de cause. Guillaume Fenasse, 1'abbe et les moines de
(iaillac, qui recusent leurs juges, 9'en voient attribuer d'autre3
plus impartiaux. Le prisonnier pauvre de Carpentras obtient
d'etre juge par un magistrat dont le deplacement sera plus eco-
nomique. Les religieux toulousains persecutes pour adhesion a
robedience de Pise sont acquittes en appel. Enfin, les plaintes des
heritiers du groupe de d6funts dont les Inquisitions languedocien-
nes avaient repris les proces aboutirent a une miseaurebut totalo
ou presque totale des dossiers reconnus inoffensifs.
<^)uant aux appels dont nous ne connaissons pas la conclusion, il
n'esl pas temeraire de conjecturer (fu'ils furent tous, ou peu 8'en
faut, termines favorablement pourceux qui les avaient interjetes.
Les abus denonces etaient trop criants, les denis de justice trop
exorbitantspourn'avoir pas provoqu^, sinon toujours la puni-
1. II nommiiit aussi des commissions rogatoircs pour proceder sur piace a
dcs iiiterrogaloires de temoini, a des citations, etc. E.\. : n. 143, 151, 158, 17'i,
176, 178, 180.
LXXX BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
liondes jiiges ', du moiiis racquittement et la rehabililation
des accuses.
Sonime toute, la juridiction d'appel en matiere dTnquisition
fut un bienfait pour les inculpes. Les injustices, la cupidite, la
legerete, Tignorance de certains inquisiteurs ou commissaires
d'Inquisition trouverent aupres de la Curie un bienfaisant contre-
poids. Ces magistrats privilegies, les plus puissants de TEglise,
eprouverent que leur fantaisie et leur zele excessif ne pouvaient
tenir lieu de loi. La procedure de rinquisition etait assez excep-
tionnelle pourqu'on se gardat de la rendre odieuse en la reduisant
cncore ou en la compliquant de procedes vexatoires. Le controle
pontifical devint d'autant plus necessaireque,les heretiques venant
a manquer dans la plupart des tribunaux frangais, les juges eurent
une naturelle tendance a ergoter sur des vetilles et a chercher
noise a d'inoffensifs pecheurs ou a de pauvres gens superstitieux.
11 fallait surveiller le rouage delicat de Tlnquisition pour qu'il
iie fonctionnat pas a tort et a travers. Cest ce qu'il semble que les
papes ont fait durant la periode que nous etudions.
3° Interi^ention spontanee et action personnelle des papes en
matiere d'heresie. — L'heureuse influence de la Curie romaine sur
rinquisition frangaise ressort egalement de diverses interventions
et mesures de clemence decidees en dehors de toute procedure
d'appel. Clement V rend le plus grand service aux justiciables du
Saint-Office en ecoutant les plaintes des populations du Langue-
doc et en organisant renquete cardinalice qui prepare les voies
aux reformes du concile de Vienne (n. 3 et notes). Jean XXII se
aisse flechir par les instances de la reine Jeannc de France et fait
grace au fraticelle Conrad, son ennemi (n. 104, 105). II rappelle
en termes severes, au roi de Majorque et a reveque d'Elne, que
leurs sentiments personnels a i'endroit du prevenu Adhemar dc
Mosset ne doivent pas les entrainer a commettre des injustices.
D'ailleurs, afin de faire contrepoids a rinfluence de cet eveque et
de rinquisiteur, le pape leur adjoint Teveque de Maguelonne,
pour juger cette cause (n. 131, 135, 136).
Benoit XII fait reintegrer dans Tordre franciscain le fraticelle
Barthelemy Bruguiere (n. 145) et Gregoire XI rend la liberte a
1. Cependant, aux n. 194 et 310, le pape prevoit, le cas echeant, la punitioiij
de rinquisitcur.
INTRODUCTION LXXXI
Bidon de Puyguillem, capitaine de routiers, apr^s six ans de pri-
son {n. 262). Clement VI, ayant oui dire que les inquisiteurs de
Majorque, de Roussillon et de Cerdagne manquaient d'impar-
tialite dans leur procedure, ordonne au general des dominicains
de les remplacer par des religieux non suspects (n. 197, 198). On
n'a pas oublie les lettres d'Innocent VI et de Gregoire XI rappe-
lant que les juifs prevenus d'heresie doivent etre soumis au regime
juridique habituel, surtout en ce qui concerne Texercice du droit
de defense (n. 230, 269, 271). On se rappelle Clement VII remet-
tant aux ordinaires la connaissance des delits d'heresie commis
par les juifs de diverses provinces frangaises, et cela, afin d'empe-
cher ces prevenus d'etre molestes par les inquisiteurs (n. 318). On
se souvient enfin qu'Urbain V invita Tinquisiteur de Toulouse k
ne pas empieter sur les droits des ordinaires dans la repression du
crime de blaspheme (n. 259). Dans toutes ces decisions^ on pergoit
le souci tr^s efTectif de proteger les faibles contre Tinjustice et
Tarbitraire et d'user de clemence envers les coupables venus a
resipiscence.
II faut relever aussi, au compte de Tindulgence et de la charite
apostolique, les essais d'evangeIisation tentes aupres des popu-
lations que Tignorance de la verite, plutdt que Tobstination dans
Terreur, tenait ^loign^es de Torthodoxie. Ces essais sont rares, a la
verite; du moins, nous n'en connaissons qu'un petit nombre,
mais ils ont leur merite et leur signification. Rappelons Tenvoi
de missionnaires dans les vallees du BrianQonnais, sollicite par
rarcheveque d'Embrun accorde par Urbain V (n. 260); la mis-
sion que Gregoire XI organisa, en 1375, dans les provinces d'Arles,
d'Aix, d*Embrun, de Vienne et de Tarentaise, et qui dut avoir
quelque ampleur, puisque des religieux de quatre ordres y furent
employes : augustins, carmes, franciscains et dominicains (n. 294);
enfin, les missions de Corse confiees aux fr^res mineurs a diverses
reprises (cf. ci-dessus, p. xiii-xiv et n. 280).
A cote de Tindulgence et de la douceur, la s6verite et la force.
Presque toutes les pihces de ce bullaire temoignent de Timpor-
tance que les papes attachaient k Taction de Tlnquisition. Elles
ont pour but, soit d'organiser la repression de telle categorie
1. Cf. n. 274 : letlre de Grrgoire XI pour la r^conciliation des LoUards peni-
lenls; n. 319 : lacte de clemence en faveur dHugues Aubriot; n. 343 : la rati-
fication de racquittement de Dominiquc Bens.
BULLAIRE ' F
LXXXII BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
de delits, soit d'introduire ou d'intensifier rinquisition dans les
pays contamines. Nous les avons notees au cours des trois premiers
paragraphes. Ce sont des actes d'initiative qui tiennent a Texer-
cice du ministere et du magistere apostoliques.
A la defense de la foi tous doivent contribuer, non seulement
les juges monastiques et diocesains, les prelats, les clercs et les
religieux, mais aussi les rois, les princes, les seigneurs, les fonc-
tionnaires, les magistrats, les hommes de guerre, les gens de police
et jusqu'aux bourgeois et aux manants. Le pape ne manque pas
d'ecrire lettres sur lettres, pour rappeler a tous leur devoir. On
remarquera celles qui sont adressees aux rois de France : a pro-
pos de la discussion sur la vision beatifique et de Tincarceration
de Thomas Walleis, qui combattait le sentiment du pape (n. 129,
133-134, 138, 141); de la suspension des procedures contre les
morts, en Languedoc,et du tarissement des encours qui en resul-
tait (n. 140), et de Tincarceration des capitaines de routiers par les
agents de Tlnquisition (n. 245); les felicitations que vaut a Char-
les V son zele contre les beghards, zele qui aurait du aussi se de-
ployer contre les vaudois du Dauphine (n. 276); les plaintes provo-
quees par la mauvaise volonte des fonctionnaires royaux dans ce
meme pays (n. 287), etc. Les rois d'Aragon (n. 195, 224), de Ma-
jorque (n. 124 bis, 127 ter, 130 bis, 130 ter, 135), de Naples (n. 213),
le dauphin de Viennois (n. 147, 232 bis), le comte de Savoie
(n. 235-237, 263, 289), le comte de Foix (n. 144, 156, 159, 160),
divers seigneurs (n. 196, 227, 235, 240, 242, 244, 253, 264, 290, etc),
ou fonctionnaires (n. 29, 49, 114, 160, 196, 227, 235, 237, 265,
283, 291, 303, 305) sont invites de meme a preter le concours de
leur influence et de leur force a roeuvre catholique.
Non contents de ces interventions de portee generale, les papes
firent parfois proceder a la punition de quelques individus, en
leur propre nom. Ils furent eux-memes inquisiteurs, tout en
etant juges d'appel. S'ils prirent certaines affaires a leur compte,
cela ne signifie pas qu'ils en avaient toujours directement connais-
sance. Leur intervention a pu etre sollicitee par une petition extra-
judiciaire. L'essentiel est de ne pas confondre ce mode de proce-
dure avec celui des appellations. Un cas des plus notoires est celui
de Bernard Delicieux, dont le proces fut instruit et juge par
une commission pontificale. La citation elle-meme avait ete
faite par commission rogatoire au nom de Jean XXII {supra,
p. Liii). Le meme pape se fait remettre par les autorites civiles
INTRODUCTION LXXXIII
et religieuses de Carcassonne un pretre envoiiteur (n. 29, 30); par
reveque de Beziers, un moine cistercien, prevenu de demono-
manie (n. 77); par Teveque et l'inquisiteur de Faris, rheretique
Frangois de Todi (n. 94), qu'il veut faire juger sous ses yeux. II
designe deux cardinaux pour conduire le proces d'un chanoine de
Saint-Caprais d'Agen que reveque diocesain a fait conduire a
Avignon et qui est detenu dans les prisons pontificales sous Tin-
culpation de sorcellerie et de magie (n. 67). D'autres prisonniers
incarceres pour le meme motif, et dont plusieurs ont deja ete
Fobjet d'enquetes judiciaires a Toulouse et a Paris, sont remis au
jugement de trois cardinaux (n. 72). Un autre prince de TEglise
est saisi de la cause d'Yves de Kerinou, pretre du diocese de
Leon; et, comme il ne peut conclure les debats, trois autres
dijjnitaires ecclesiastiques sont delegues a sa place (n. 128).
L'airaire de Thomas Walleis est remise egalement a deux membres
du Sacre-College (n. 129, note 1).
Benoit XII, on ne Ta pas oublie, institua un inquisiteur special
pour !a Curie. Cetait Guillaume Lombard, qui etait en meme
temps ofTicial d'Avignon (n. 153). Le tribunal de ce juge ne man-
qua pas d'occupations. Le pape lui-meme s'appliqua a lui en pro-
curer : proces de Guerin de THay (n. 146), de Guillaume Altafex
(n. 150, 152), tous deux sorciers; d'un groupe de Bearnais que le
pape fit arreter par le comte de Foix et qu'il envoya chercher
sur place (n. 156, 159, 160); du franciscain Guillaume de Casti-
gllone pour le procfes duquel Lombard fut adjoint d'abord a un
cardinal (n. 157), puis a Tinquisiteur de Provence (n. 170); pro-
ces de deux autres Bearnais, prevenus de sorcellerie (n. 66);
d'Andre de Galiano, fraticelle, qui fut acquitt6 (n. 163); de Jean
Christophe, procureur in Curia (n. 165); enfin de deux sorcieres
du Vivarais (n. 171). Entre temps le meme pape faisait instruire
la cause du franciscain Pierre Calvet, de Millau, par le cardinal
Guillaume Curti (n. 174), et remettait a Tabbe de Boulbonne le
soin de punir certains de ses moines adonnes a Talchimie (n. 175,
179). Enfm, il faisait citer a son tribunal deux bourgeois d'Albi
et un notaire de Tlnquisitlon de Carcassonne (n. 178, 190).
D'autres procedurcs furent engagees au nom des successeurs
de Benoit XII : contre Raymond Gilles, clerc de Narbonne, pre-
venu de sorcellerie (n. 192); contre Blaise Boyer, autre Narbon-
nais, dont rafTaire, negligee par Tlnquisition, fut confiee a Tarche-
veque de cctte ville (n. 209); contre le franciscain Guillaume
LXXXIV BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Bernard du Puy, poursuivi a la dfimande de Tinquisiteur de Tou-
louse (n. 214, 214 bis), et deux autres fraticelles deja interroges
par cet inquisiteur (n. 215-217); contre un groupe de religieux
du diocese de Rodez, adonnes a des pratiques superstitieuses
(n. 218); enfin, contre des routiers suspects d'heresie (n. 234, 236,
etc. -^).
Tous les pontifes d'Avignon n'eurent pas Toccasion d'entrer
personnellement en lice contre rheresie. Jean XXII et Benoit XII
y parurent souvent, surtout le second, qui etait, si on peut ainsi
parler, un inquisiteur de carriere. II avait cree et preside un tri-
bunal de la foi, dans son diocese de Pamiers. Eveque de Mire-
poix, il avait continue a faire la guerre aux heretiques. Cardinal,
c'etait a lui que Jean XXII confiait de preference les dossiers
d'appel, ou ceux des causes directement instruites par la Curie.
Monte sur la chaire de saint Pierre, son zele contre Terreur s'exerQa
sur un champ plus vaste (n. 24, note 1).
Jean XXII, comme d'ailleurs les successeurs de Benoit XII,
prefererent mettre en mouvement les rouages inquisitoriaux des
provinces. Leur correspondance est surtout faite d'exhortations
et de mandats adresses aux magistrats, pour les faire agir. En
revanche, Tlnquisition fut redevable a Jean XXII de nouvelles
especes ajoutees a sa competence : spirituels, beguins, fraticelles
et toutes les varietes de sorciers. Or, la bonne moitie des proces
dont il est question dans les bulles de ce pape et de ses successeurs
— Urbain V et Gregoire XI exceptes — ont pour objet des pre-
venus de ces categories. Ces crimes — notamment ceux de sor-
cellerie — devinrent d'ailleurs, avec les peches de blaspheme, les
seuls aliments dont durent se contenter, a partir du milieu du
xiv® siecle, la plupart des tribunaux de France. L'Inquisition de
Provence connut seule des jours de grand labeur sous Urbain V
et Gregoire XI. Elle trouvait encore, dans les vaudois, des adver-
saires nombreux et dignes d'elle. Elle fut aussi la seule a conserver
une pleine raison d'exister, meme au siecle suivant; car les reliefs
de la grande heresie mirent longtemps a disparaitre.
Delimitation plus precise des divers lots de rinquisition sur
la terre de France; etablissement de la succession des inquisi-
teurs a la tete de chacun de ces lots; maints details releves sur
1. Voir d'autres exemples : n. 240, 252, 261, 273, 314, 315, 329.
INTRODUCTION LXXXV
rorganisation et le fonctionnement des tribunaux; contribution
documentaire a I'histoire des heresies; innovations importantes
signalees dans le code de procedure; enfin, et surtout, constata-
tion faite d'un usage frequent du recours au Saint-Siege et de
rinfluence moderatrice et correctrice du pape sur les juges repre-
hensibles : tel est le bilan des benefices que nous a valus le glanage
de ces 350 documents dans le vaste champ des Registres ponti-
ficaux. II n*e8t point n^gligeable et nous esperons qu'il sera
apprecie de ceux qu'interesse le moindre fait touchant a Tln-
quisition.
BULLAIRE
DK
L'INQUISITION FRANQAISE
BENOIT XI
(1303-1304)
HULLAiHfc: - i
i
BENOIT XI
(1303-1304)
— 1 -
Benoit XI conjere d Guillem Sicre, de Carcassonne, « assesseur »
du trihunal de V Inquisilion depuis de longues annees, un canonicat
« suh exspectalione praehendae)^ dans la cathedrale d' Albi. — Rome,
Latran, 10 mars i30A.
RegeslumVaiicanum,t.i.j, fol. 140 vo, n. 611; Graudjean, Regis-
Ire de Benolt XI, n. 746 (anal.).
(iuillelmo Sicredi, de Carcassona, canonico Albien. — Sedis
apostolice providentia ... — Datum Laterani, vi idus martii,
anno primo.
— 2 —
Benoil Xi donne ordre au provincial des jreres mineurs (CAqui'
laine ^ de se saisir de Bernard Delicieux, accuse d'a^oir jomente
une rebellion contre les inquisiteurs de la foi et tente d^empecher la
poursuite des herHiques; il devra le faire conduire sous eacorte aupres
dc la Curie ^. — Viterbe, 16 avril 1304.
Doat, t. xxxiv, fol. 14; Haureau, Bernard DSlicieuxet Vlnqui'
sition albigeoise, Paris, 1877, p. 190; Eubel, BuUar. franciscanum
u. 34 (in ext.).
Bcncdictus cpiscopus, servus servorum Dci, dilecto filio mi-
nlslro fralriini minorum in provincia Aquitanie, vel ejus vices
4 BULLAIRE DE L INQUISITION FftANCAISE
gerenti, salutem et apostolicam benedictionem. — Ea nobis de
fratre Bernardo Delitiosi, tui ordinis, referuntur que non intendi-
mus, prout etiam nec debemus, saltem propter exempliperniciem,
si veritate nitantur, aliquatenus relinquere incorrecta. Ipse nam-
que, ut accepimus, contra officium inquisitorum heretice pravi-
tatis illarum partium, tanquam eadem forsitam pravitate re-
spersus, vel contra inquisitores predictos livoris ardore succensus,
non est veritus publice predicare et eorum pro suo posse oITicium
impedire, concitando fidelium populos contra eos, ipsos tam in
curia carissimi in Christo filii nostri regis Francie illustris quam
alibi nequiter diffamando et se opponendo processibus eorumdem.
Nos autem, predicto tuo in hac parte ordini deferentes, ac iiolentes
propterea hujusmodi negotium cuiquam extra illum committere,
discretioni tue, in virtute sancte obedientie, et sub excommuni-
cationis et privationis officii tibi commissi et inhabilitatis ad
omnia alia officia et administrationes obtinenda in ordine supra-
dicto penis, quas te incurrere volumus ipso facto, si mandatum
hujusmodi non duxeris adimplendum, districte precipiendo man-
damus quatinus prefatum Bernardum caute, ut ipse id presentire
non possit, comprehendere et sub fida custodia, quantum id fieri
commode poterit, ad nostram presentiam destinare procures, ita
quod nobis vel camerario nostro personaliter presentetur; man-
datum nostrum in hac parte taliter impleturus quod non solum
penas predictas evites. sed de obedientia commendari potius
merearis. — Datum Viterbii, decimo sexto kalendas maii, ponti-
ficatus nostri anno primo.
1. Frere Pierre-Raymond de Saint-Romain, elu provincial d'Aquitainc,
cn 1304, succedait dans cette charge a frere Raymond Rigaud. La bulle de
Benoit XI fut presentee a Tun ou a Tautre de ces religieux. Othon de Pavie,
UAquitaine seraphique, Auch, 1900, t. i, p. 141,248.
2. Bcrnard DeUcieux, ne a Montpellier, entra en 1288 chez les freres mineurs
et ne tarda pas a devenir Tun des membres les plus en vue de Tordre. Doue
d'une eloquence fougueuse^ il exerga unc influence profonde sur les masses. On le
vit a la tete de plusieurs mouvements populaires en Languedoc. II eut maillea
partir avec trois papes : Benoit XI, Clement V et Jean XXII; il conspira contre
le roi de France^ et surtout fit une guerre acharnee a rinquisition.
Plusieurs incidents avaient provoque fenvoi du present mandat d'arret.
D'abord, le proces intente, en 1300, par Nicolas d'Abbeville, inquisiteur de
Carcassonne, a la memoire d'un riche bourgcois dc cette ville, Castel Faure
(n. 21, note 1). Les franciscains, dont le cimetiere gardait les restes du defunt,
prirent parti pour lui et thoisirent Bernard Delicieux, leur lecteur, pour defendre
BENOIT XI 5
les drolts du couvent. Le chapitre provincial de Marseille ratifla ce choix. Mais
lorsque Bernard vint protester a la barre de Tlnquisition, Nicolas d'Abbeville
refusa de Tentendre. Une deuxidme tentative n'eut pas plus de succes. Les no-
taires ne voulaient pas rediger d'acte d'appel au pape, par peur de Tinquisiteur.
II fut mdme tres diflicile de notifier a celui-ci le texte de ce document. On se
borna a en clouer une copie sur la porte de rh6tel inquisitorial. II semble quc
Taflaire n*eut pas de suite immediate (n. 21). Toujours est-il qu'il faiit y voir
Tentree en lice de Bernard contre Tlnquisition et que ce fut un des griefs mis a
i^A rhargo dans le prooes de 1319. Voir Haureau, Bernard Delicieux, etc, p. 1-
11, 167-175, d'apres Doat, t. xxvii, fol. 178; t. xxxiv, fol. 123, 189; ms., Bibl.
nat., lat. 4270, fol. 14-30, 35, 120, 148.
Une deuxieme tentative plus grave, plus vaste et qui faillit etre couronnce
de succes, fut celle de tous les mocontents d'Albi, dc Carcassonne et d'ailleurs,
Bernard D^licieux k leur tSte, lors de Tenvoi de reformateurs royaux en Lan-
guedoc (1301). Vingt-cinq honorables citoyens d'Albi, catholiques pratiquants
ou passant pour tels, avaieut ete emprisonnes, en 1299, par Bernard de Castanet,
leur evcque, et Nicolas d'Abbeville, inquisiteur. Une procedure sommaire et,
disait-on, barbare avait fait de ces gens paisibles autant d'heretiques, con-
vaincus par leurs propres aveux. D'aucuns avaient ete punis de prison a perp6-
tuite; d'autres attendaient dans les cachots depuis deux annees que Ton voulut
bien fixer leur^ort (voir n. 3, note 1). Les plaintes de ces malheureux et de leurs
familles provoqudrent Tenvoi de deux ofliciers royaux, Richard Neveu et
Jean de Pecquigny, qui entendirent les doloances des victimes et la defense
dcs inquisiteurs. Bernard Delicieux ne cessait de proclamer Tinutilite de ce»
cssais de reforme partielle et de predire la persistance des nbus tant que subsis-
terait Tlnquisition dominicainc. II consentit cependant a aller devant le roi
plaider, avec Pecquigny et une dclegation de citoyens d'Albi, la cause des p i-
sonniers delaisscs. Ils obtinrent la revocation de Tinquisiteur de Toulouse,
Foulques de Saint-Georges, ct la promulgatiou d'une ordonnance tendant a
contre-balancer par Tintervention des ordinaires rinfluence exclusive des inqui-
siteurs (1302). Une nouvelle instance, faite cette meme annee, ne reussit pas ^
I^rovoquer une reforme plus radicale. GeofTroi d'Ablis rempla^a Nicolas d'Abbe-
ville a rinquisition de Carcassonne, et ce fut tout. Au mois d'aout 1303, Pec-
quigny se rendit a Carcassonne. Alors, par ses predications enflammees, Bernard
nclicieux contribua a provoquer une emeute populaire, qui for^a les portes des
prisons et contraignit Geoffroi d'Ablis k une capitulation momentanee. Nous
reprendrons ailleurs (n. 4, note 1) le rccit des demeles enlre Tinquisiteur et
Pecquigny. Lorsque le vidame, excommunic par son adversaire, se fut dccide
k en appeler au pape, Bernard prit sur lui de trouver des ressources pour parer
aux frais de la procedure. Les villes d'Albi, de Carcassonne et de Cordes avaient
souscrit 3000 livres; mais elles oublicrent leurs promesses, et Bernard dut
8'endetter pour y faire hoijneur a leur place.
Tandis qu'il travaillait a scconder lc vidame. arriva le mandat d'arrestation.
Le provincial d'Aquitaine le fit executer par frcre Jean Rigaud (juillet 1304).
11 fallut rccourir a lexcommunication pour avoir raison de Bernard. Toutefois
raffaire cn resta la. Lc pape dominicain Benoit XI etant mcrl sur ces entrefaites,
Bernard fut absous d*» la rensurc ct re^ut mcme les fclicitations du chapitr6
d'AIbi. Haureau, op. cii , p. 12t70, 116-118.
6 BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE
Mais alorf5 Delicieux cut a rcpondre au tribunal du roi ducrime de lesc-majeste,
pour avoir inspire le complot antifrangais des bourgeois de Carcassonne, cn
1304. Mecontents des dispositions peu bienveillantes manifest^es a leur endrcit
par Philippe le Bel, lors de son passage a Carcassonne, des consuls et des bour-
geois de la ville, entre autres filie Patrice et Aymeric Castel, prirent la folle reso-
lution de se donner un autre suzerain. Delicieux leur indiqua Ferrand, fils du
roi de Majorque, qui n'etait etranger qu'a demi. II porta lui-meme leur message
a rinfant, qui se trouvait a Montpellier, ou le roi, son pere, recevait alors Phi-
lippe le Bel. Ce fut le roi de Majorque qui eventa la meche et revela le
complot a son hote. Philippe sevit avec rigueur, n'ecoutant aucune excuse. Les
conjures, Aymeric Castel excepte (voir n. 6, note 2), furent pendus; la ville fut
privee de son consulat et de ses franchises et grevee d'une amende de 60000
livres (29 septembre 1305). A la priere du roi, Clement V fit arreter Bernard et
le fit conduire a Lyon. Mais il n'y eut point de proces engage contre lui. La cour
pontificale le traina a sa suite dans sa vie errante, a Lyon, a Bordeaux, a Poi-
tiers, k Limoges, et le ramena a Avignon. Le roi parut roublier jusqu'en 1310,
ou il lui fit grace. Rendu a la liberte, l'agitateur rentra dans sa cellule et y vecut
en paix pendant plusieurs annees. Nous ferons ailleurs le recit de ses dernieres
luttes et de sa fin (voir n. 22, note 4).
Sur ces evenements, lire HAUTeaxi, BernardDelicieux. etc.,ip. 102-142; flist.
de Languedoc, t. ix, p. 277-279 et notes, p. 391, note 1.
CLEMENT V
(1305-1314)
I
CLEMENT V
(1305-1314)
— 3 —
Clement V, emu des plaintes de nombre de personnes d* Albi et de
Carcassonney injustement poursuivies pour heresie et incarcerees
par ordre de Bernard de Castanet, ei'eque d^Albi, et des inquisiteurs ^
ordonne aux cardinaux Taillefer de la Chapelle * et Berenger Fre-
dol ^, de delivrer des lettves de sauvegarde a Bernard Blanc ^ et a
Francois Aymeric *, dominicains, ainsi quaux gens de Carcassonne,
dWlbi et de Cordes, charges de poursuivre cette affaire. En attendanl
la conclusion du proces, les commissaires devronl visiter lescachots
de r Inquisition, surseoir a toute afjaire dlieresie et veiller a ce que
nul prerenu ne soit condamne d la prison on soumis d la torture, ni
meme appele en jugement det^ant Vinquisiteur sans le concours de
Vereque diocesain. Pour le cas present, Vcv^eque d' Albi etant inte-
ressc dans la cause, le pape lui substilue Vabbe de Fontfroide ®.
En outre, les commissaires auront d s'informer des interpolations
ou changemenls pratiques, disait-on, au prejudice des imputes,dans
les livres de V Inquisition. — Charolles, 13 mars 1300.
Archives com. d'Albi, GG^\ Doal, t. xxxiv, fol. 46;Compayrc,
^iudeshistorique8...surVAlbigeoiSfK\h\,\9>k\,^. 241; Mahul, Car-
tulaire... de Vancien diocese de Carcassonne, etc, Caroassonne-
Paris, 1857-1882, t. v, p. 656 ; Douai^, Documents pour servir
a Vhisloire de Vlnquisition dans le Languedoc, Paris, 1900, t. ii,
p. 306 (in ext.].
Clemens episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis P[etro]
lituli sancti Vitalis et Berengario tituli sanctorum Nerei et
Achillei presbyteris cardinalihus, salutem et apostolicam bene-
dictionem. — Lacrimosa [querimonia] quorumdam hominum dc
partibus Carcassonensibus et Albiensibus et Cordue nostrum mul-
10 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
lotiens propiilsavit aiiditum, quod multi homines illarum par-
tium per venerabilem fratrem nostrum B[ernardum], episcopum
Albiensem, et dilectos filios inquisitorem seu inquisitores, qui
sunt aut fuerunt pro tempore in partibus illis heretice pravitati»^,
perpetuo muro adjudicati fuerunt et privati omnibus bonis suis
contra Deum et justitiam et inique, cum illi homines catholici
essent et veri ac boni christiani communiter usque tunc in illis
partibus haberentur, prout dicti proponentes se ofTerunt proba-
turos et de iniquis processibus episcopi ac inquisitorum multorum
qui in partibus illis fuerunt, se sufTicienter docturos. Verum, quia,
pendente hujusmodi questione, dubitant, ut asserunt, de personis
prosequentium dictum negotium, quod graventur ab inquisi-
toribus supradictis, quodque nulli ad ferendum testimonium
contra inquisitores ipsos audeant conparere, qui si conparuerint
quod inquisitores seviant contra eos, et quod contra illos de
quorum agitur condempnatione injusta, qui in dictorum'episcopi
et inquisitorum muris seu carceribus detinentur et adeo gravan-
tur et hactenus sunt gravati carceris angustia, lectorum inedia
etvictualium penuria et sevicia tormentorum quod reddere spi-
ritum sunt coacti, adhuc amplius agraventur, nos providere
illis de oportuno remedio curaremus... Licet autem causam scu
questionem de dictorum episcopi et inquisitorum processibus in
nostra curia coram venerabilibus fratribus nostris Ecclesie romane
cardinalibus deputatis ad hoc tam a nobis quam a felicis recor-
dacionis Benedicto papaXI, predecessore nostro, agitari velimus;
quia tamen de premissis articulis incidentibus vos, qui de personis
et negociis illarum partium pre ceteris cardinalibus notitiem obti
netis et per partes illas transire habetis, ex aliquibus justis cansis
facilius poteritis providere, circumspectioni vestre committi-
mus et mandamus quatinus fratribus Bernardo Blanchi et Fran-
cisco Aymerici, de ordine predicatorum, necnon et aliis tribus
vel quatuor de quolibet predictorum locortim, Carcassonnensi
scilicet et Albiensi et Cordue, qui dictum negotium prosequantur,
auctoritate nostra securitatem prestetis, negotio supradicto pen-
dente; quodque interim predictis incarceratis et immuratis, si
eos videritis indigere, taliter providere velitis quod contra justi-
ciam non graventur. Et quia publice utile est scire veritatem an
inquisitores bene processerint, ut optamus, an perperam egerint
et inique, quod absit, ut quilibet testes venire possint ad tesli-
monium perhibcndum, volumus et mandamus quod, dictorum
CLEMBNT V i\
processiium inquisitione pendente, vel saltem donec Sedesapo-
stolira aliter duxerit ordinandum, inquisitores hereliee pravitatis
in illis partibus, aut episcopus Albiensis predictus aliquem pro
heresis facto captum vel capiendum duro carceri sive arto non
tradant, nec tormentis exponant, ner ad inquisitionem proccdant
nisi cum diocesano episcopo vel alio bono viro deputalo ab eo. Loco
vero dicti episcopi Albiensis, quoniam de ipsius processu agitur,
quantum ad hec, dilectum filium abbatem Fontisfrifridi, cistercien-
sis ordinis, Narbonensis diocesis, vel alium bonum virum, de quo
vobis expedire videatur, per vos volumus subrogari, stiloinquisitio-
nis in ceteris salvo et libero permanente ; presertim quod quicumquo
de hcresi suspccti habeantur per inquisitores predictos capi possint.
Sane cum de cancellatione, aut suspensionc, mutationeque aliquo-
rum librorum inquisitionis factis apud Carcassonam aliquando fuit
propositum coram nobis, vobis mandamus, quatinus super pre-
missis vos informetis, informationem ipsam, cum ad nos redio-
ritis, relaturi, ne inquisitorem ipsum ad presentiam nostram
dcferre oporteat dictos libros. Porro in premissis omnibus et
in aliis, si qua circa premissa occurrerint incidenter, auctoritate
nostra, non obstantibus quibuscumque privilejjiis que contra
premissa nuUi volumus sufTragari, appellatione postposita, solum
Deum habentes pre oculis procedatis, facientes quod decreveritis
seu ordinaveritis in premissis per censuram ecclesiasticam
firmiter observari, procuratoribus seu procuratori dictiepiscopi
Albiensis ac inquisitoribus sepe dictis, necnon et dictis fratribus
B[ernardo] et Francisco, et aliis impugnatoribus processuum predi-
ctorum certum terminum peremptorie prefigentes, quo Burdegalis
compareant coram nobis vel coram cardinalibus antedictis,
quibus dictum negotium est commissum, in ipso prout justum
fuerit processuri. — Datum Carriole, iii idus martii, pontificatus
nostri anno primo.
1. Bernard de Castanct, de Montpellier, auditeur du palais apostolique,
ivlque d'Albi (mars 1275-juillet 1308), puia du Puy (1308-1316), fut cre^ cardi-
nal-6vgquc de Porto, le 18 d^cembre 1316, et mourut le 17 aout 1317. Eubel,
Hierarchia p. 14, 80, 91. II reprima vivement rheresie. Mgr Douais a fait le
compte des audiences presidees par lui a Tlnquisition, en 1285-1286 etl299-1300 :
cent vingt-neuf pour quarante-sept accuses. Documents, p. xcii, clxxxiin
CLXXXVI, cxciii-cxcv.
Les poursuites auxquelles il est fait allusion dans la presente bulle remontaicnt
aux annccs 1286 et 1299-1300. EUes avaient ete entamees par lev^que d'Albi
et par lcs inqnisitpurs Jean Galand et Nicolas d'AbbevilIe. Siir ces inquisiteun.
12 BULT AIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
leurs travaux et les manuscrits contenant les proces intentes aux bourgeoia
d'Albi, voir D onaiis, Documents, etc, p. xcii-xcvi, clxxxii-cxcvii; J.-M. Vidal,
Un inquisiteur juge par ses victimes. Jean Galand et les Carcassonnais, Paris,
1903. Bien que rorthodoxie de ces gens ne parut pas douteuse, ils avaient ete
incarceres, juges et condamnes rapidement. D'aucuns n'avaient meme pas regu
leur sentence. Le populaire, ne s'expliquant pas pourquoi on les avait traites
de la sorte, accusait les inquisiteurs de leur avoir extorque des aveux a force
de tortures, d'avoir falsifie leurs dc-positions; tout cela parcupidite: ils convoi-
taient le patrimoine de leurs victimes. Des appels adresses au roi, au pape, au
prieur des dominicains de Paris^ a Tautorite diocesaine (cf. Jean Galand, p. 6 sq.,
39-43) formulerent les griefs des villes mecontentes. Le roi envoya deux refor-
mateurs; il prit certaines mesures partielles, comme la revocation des inquisi-
teurs (n. 2, note 2), porta des ordonnances qui tendaient a diminuer la puissance
des juges monastiques en leur imposant le controle des ordinaires. II ordonna
aussi d'ameliorer le regime des cachots, mais refusa d'accorder la liberte aux
prisonniers. Hist. de Lang., t. x, col. 379-380, 428-431. Las des refus du roi,
les citoyens d'Albi s'adresserent au pape. Clement V, passant a Toulouse, avait
entendu les doleances des femmes des prisonniers. II regut a Lyon les deux do-
minicains Bernard Blanc et Fran^ois Aymeric qui apportaient une ncuvelle
instance. II se laissa apitoyer et, le 13 mars 1306, il expedia la presente com-
mission. Les deux cardmaux visiterent les murs de Carcassonne et d'Albi. Dans
celui de Carcassonne languissaient quarante prisonniers jadis justiciables de
Bernard de Castanet, eveque d'Alb.. D'aucuns ctaient vieux et malades et ils
se plaignaient de leurs geoliers. Ceux-ci furent destitues. On crea deux surveil-
lants generaux, ruu au compte de reveque, Tautre a celui de Tinquisiteur.
Chacun fut muni d'une clef des cellules, et chaque porte de cellule eut une dou-
ble serrure. On fit reparer les cachots; on accorda plus de latitude aux detenus.
A Albi, des mesures semblables furent prises. Voir les proces-verbaux de ces
visites dans Douas, Documenls,.., t. ii, p. 302-333. Mais bientot de serieuses
difTicultes vinrent entraver Taction des commissaires. Le pape, circonvenu sans
doute par les influences des gens intcresses, desavoua ses legats (le 12 aout 1308),
declarant qu'ils avaient outrepasse ses instructions en exigeant la participa-
tion de reveque diocesaiu aux travaux de rinquisition (n. 5). Les cardinaux
avaient termine leurs travaux en 1310. Les prisonniers languissaient toujours
dans leurs cachots. En vain, sur les instances de dix d'entre eux, Clement V
invita-t-il (8 fevrier 1310) Bertrand Desbordes, eveque d'Albi, et rinquisiteur a
statuer sur leur sort (n. 7), ce fut en pure perte. Un nouyel appel presente trois
ans plus tard, une nouvelle exhortation du pape aux deux juges(19 avril 1313 :
n. 11) n'eurent pas plus de succes.Les protcstations s'eteignirent avec la vie de
ces malheureux.Voir le sort de quelques survivants dans Douais, op. cit., p. xciv-
xcvi, cxciv-cxcvi, ccxxx-ccxxxii ; Im formule Communicalo, p. 35, 62; dans
Doat, t. xxxiii et xxxiv, on trouve les comptes des biens de oes condamnes
confisqucs pour hcresic; cf. Lea, llist. de Vlnquis., t. ii, p. 110; Molinier, IJln-
quisition dans le Midi, p. 101-104. On trouvera au n. 166 une lettre de Benoit XII
{l^''" juin 1337) intJressant run d'eux. Sur toute cette histoire, voir encore Hau-
rcau, op. cit., p. 127-142; Molinier, op. cit., p. 88-105; Hist. de Lang., t. ix, p. 86,
227, .334-337 et notes; Lea, op. cil., t. i, p. 472-473; t. ii, p. 83, 89-96 100-
102, 105-110.
CLEMENT V 13
2. Picrre de la Chapelle-Taillefer, eveque de Carcassonne, le 15 mai 1291;
cveque de Toulouse, le 25 octobre 1298; cardinal du titre de Saint-Vital, le
15 decerabre 1305; eveque de Paleslrina, en deccmbre 1306; mort le 16 mai 1312.
Balu/.e, Vilae pap. Avenion., i. i, col. 626; Gall. christ., t. vi, col. 892, t. xiii, col.
35 ; Hist. de Lang., t. ix, Table, p. 1364 ; Hist. liUeraire de la France, t. xxvii,
p. 423; Eubel, Hier., t. i, p. 13, 172, 515.
3. Berenger Fredol, ncveu de Clement V, d'abord evSque de Beziers (1294);
promu au cardinalat le meme jour que le precedent, re^oit le titre des Saints-
Neree-et-Achillee, et, le 10 aout 1309, celui dc Tusculum; meurt le 11 juin 1323.
Baluze, op. cit., t. i, col. 631 ; GaUia christ., i. vi, col. 341-344; Eubel, Hier., t. i,
p. 13, 141.
'i. Ce religieux etudia la philosophie au couvent des dominicains de Narboiine
(1289), la theologie dans ceux de Carcassonne (1290) et de Toulouse (1293),
fut sous-lecteur dans celui de Bezicrs, en 1296, lecteur dans ceux de Nimes
(1299) et de Rieux (1301); poursuivit ses ctudes a Paris, en 1302. Douais, Acta
capitul. provinc. ord. praed., p. 326, 334, 375, 404, 436, 458, 479.
5. Fran^ois Aymeric fut nomme, en 1301, lecteur de la Bible au couvcnt de
Toulouse. Douais, op. cit., p. 459.
6. Fontfroide (Aude), pres Narbonne. Abbaye cistercienne. Arnaud Novelli,
de Saverdun (Ariege), abbe dc Fontfroide, des I'an 1297; vice-chancelicr do
rfiglise romaine, en 1308; cardinal du titre de Sainte-Prisque, le 18 decerabro
1310; legat en AngleteiTc, en 1312; mourut Ic 14 aout 1317. Baluze, op. cit., t. i,
col. 660; Hist. deLanguedoc, i. ix, p. 333-334; t. x, notcs, p. 69-71 ; Gall. christ.,
l. VI, p. 209 ; Eubel, Hirr., i. i,p. 13 ; Hist. litteraire de la France, t. xxxi, p. 205-213.
- 4 —
Clement V commet irois cardinaux poiir dirimer leliligeexislanl
enlre Guillaume, fils de Jean de Pecquigny, vidame d'Amiens ^,
et Vinqulsiteur de Toulouse, Geofjroi d^Ablis^, au sujel de Vex-
communicalion lancee par cedernier contre le i'idame. — Poitiers,
15 juillet 1308.
Reg. Vat., t. Lv, fol. 227, n. 25; Regist. Clem. V (edit. Vat.),
n. 3569 [in extenso).
\ encrabili fratri Petro, episcopo Peneslriiio ^, et dilcctis liliis
Berengario, titiili sanctorum Nerei et Achillei *, ac Stephano,
tituli sancll Ciriaci in Termis ^, presbyleris cardinalibus. — Causam
que vertebatur et vertitur seu verti poterat inter dilectos filios
Guillelmum, natum quondam Johannis, domini de Pinquenio,
militis, vicedomini Ambianensis, clericum, et suos ex una paite,
14 BULLAIRE DE L*INQUIS1T10-N FIlANgAlSE
et fralrciii Gaufriduin de Ablusiis, ordinis predicatorum, inquisi-
torem heretice pravitatis in regno Francie per Sedem apostoli-
cam deputatum, ex altera, super eo videlicet, quod idem inqui-
sitor olim pretendens, dictum vicedominum tamquam fautorem
hereticorum seu hereticalium personarum et impeditorem ofTicii
pravitatis ejusdem, in excommunicationis sententias latas a
canone incidisse, ipsum denunciavit et fecit excommunicatum
jDublice nuntiari, vobis audiendam ac diffiniendam de plano
sine strepitu et figura judicii, noii obstantibus quibuscumque
commissionibus alias de causa ipsa in romana Curia factis, com-
inisimus oraculo vive vocis. Comparenlibus siquidem, prout ex
tenore vestre insinuationis accepimus, dictis partibus in judicio
coram vobis, dictus Guillelmus, ad justificandum et anullandum
hujusmodi denuntiationem seu denuntiationes inquisitoris
ejusdem, nonnullas rationes, idemque inquisitor, ad justifican^
dum denuntiationes easdem rationes alias et articulos etiam
producere curaverunt; ac nichilominus super hiis nonnullis
allegationibus et disputationibus coram vobis factis et habitis
per advocatos partium earumdem, demum per utramque ipsa-
rum partium nonnulla instrumenta, littere, acta, jura et muni-
menta exhibita et producta in causa hujusmodi extiterunt.
Verum, quia, prout nobis exponere curavistis, causa eadem tam
longum habet de sui qualitate progressum, quod, si in ea secun-
dum juris ordinem procedatur, ad totalem cognitionem seu
decisionem ipsius sine gravibus et magnis expensis ac laboribus
aliisque dispendiis ipsarum partium non poterat perveniri, nos,
qui finem litibus libenter imponimus, premissis omnibus benigna
meditatione pensatis, volentes utriusque partium earumdem
quieti paterna diligentia providere, dictisque laboribus, expensis
et dispendiis obviare, discretioni vestre, de quorum experta
prudentia et fidei circumspectione confidimus, per apostolica
scripta mandamus, quatinus vos in hiis solum Deum habendo
pre oculis in dicta denuntiationis seu denuntiationum causa et
ipsam contingentibus, ac dependentibus ab eisdem auctoritate
nostra simpliciter et de plano sine strepitu et figura judicii
servato vel omisso juris ordine procedentes, causam, negotium,
contingentia et dependentia hujusmodi totaliter terminare,
prout vestre discretioni videbitur, procuretis. Proviso tamen
quod per hoc nichil in favorem hereticorum aut pravitatis
CLliMENT V 15
Ijcrelice ((uomodolibet facialis. — Dalum Piclavis, idus julii,
auiio lerlio.
1. La cause de ce conflit, nous l^avons deja exposee p. 4, note 2. Ce fut le coup
de force contre les prisons inquisitoriales de Carcassonne, perpctrc en aout 130J.
Aussitot Geoflroi d'Ablis engagea la lutte contre le vidame. II lui fit un procds
pcur obstruction au Saint-Officc. Pecquigny negligeant de comparaltre, Geoffroi
rexcommunia (29 septembre 1303). Cette sentence fut promulguee a Paris ct
dans le Languedoc, malgre les efforts tentes pour etouffer Taffaire. Le vidame en
appela au pape et partit pour Tltalie. GeolTroi se fit repr^senter par Guillaume de
Morieres, inquisiteur de Toulouse. Mais BenoU XI, favorable aux dominicains,
mourut le 7 juillet 1304, et Mori^res et Pecquigny le suivirent de pres dans la
tombe. L'affaire etait a peino eiigagee. Gcoflroi, fort contre son adversaire,
decede le 29 septembre 1304, c'e8t-i-dire exactement une annee aprds son
excommunication, le traita dcsormais en heretique contumnx et demanda que
ses restes fussent exhum^s et brules. Mais Guillaume de Pecquigny s'ctait chargc
de poursuivre la rehabilitation de son pere. L'expedition de la presente bulle
raarque son premier succ^s. Le 23 juillet suivant, justice etait faite. Les car-
dinaux annul^rent Tanatheme de Tinquisiteur. Cest en vain que celui-ci en
rcfcra au pape. //i«/. de Lang., t. IX, p. 257-260; Haureau, Bernard Delicieux
p. 48 sq.
2. GeolTroi d'Ablis, ou d^Abluses, originairedu pays chartrain, fit ses premiSres
etudes dans Ic couvent des dominicains de Chartres, ou il pronon^a ses vgbux.
On lui confla dans divers couvents la mission d'enseigner la theologie. En 1303,
ii fut appele a la charge d*inquisiteur de Carcassonne, k la placo de Nicolas
d'Abbeviile. 11 exer^a des poursuites et prononga des sentences a Carcassonne,
a Albi, a Pamiers, a Cordes et aillcurs. 11 mourut a Lyon, le 10 septembre 131 G.
Voir, sur ses travaux et les manuscrils conlcnant le texte des proces ou des sen-
tenccs qui lui appartiennent : Quetif et fichard, Scriptores ord. praed., Paris,
1719, p. 532-533; Molinier, Llnquisition dans le Midi, Toulouse, 1880, p. 126-
127 et notes ; Hist. litter. de la France, t. xxx, p. 416-421; Douais, Documenls,
p. CXCVIII-CCIII.
3. Pierrc de la Chapelle-Taillef er ; voir p. 13, note 2.
4. BercMger Fredol; voir p, 13, note 3.
5. £tienne de Suisy, vice-chancelier de Philippe le Bel, archidiacre de Bru-
gcs; fait cardinal du titre de Saint-Cyriaque, le 15 d^cembrc 1305 ; mort lo
10 decembrc 1311. Baluze, Vilae, t. i, col. 638; Ciacconius, Vitae... ponltif
fom., etc, Home, 1677, t. ii, col. 376; Eubel, Hier., t. i, p. 13.
i6 BULLAlllK DE l'iNQUIS1TION FRANCAISE
5
Le pape revoque la mesure par laquelle les cardinaux Taillefer
de la Chapelle et Berenger Fredol, commissaires reformateurs en
matiere inquisitoriale^, d Carcassonne, Alhi et Cordes^, a^aient
restreint Vinitiative des inquisiteurs, en leur imposant Vohligation
de nintenter des proces que de concert avec les ordinaires ^. —
Poitiers, 12 aout 1308.
Reg. Vat., t. LV, n. 568, fol. 110 vo ; Doat, t. xxxiv, fol. 112;
Reg. Clem. V (ed. Vat.), n. 2923 (anal.) ; Percin, De Jnquisilione,
part. III, c. III, p. 100; RipoU, Bullarium ord. praedicatorum
Rome, 1730, t. ii, p. 112 {in ext.).
Ad perpetuam rei memoriam. — Dudum venerabili fratri
nostro Petro, episcopo Penestrino, tunc tituli sancti Vitalis,
ct dilectis filiis nostris Berengario, tituli sanctorum Nerei et
Achillei, presbiteris .cardinalibus, per nostras sub certa forma
litteras duximus committendum ut ipsi circa negotium inqui-
silionis heretice pravitatis in partibus Carcassonen., Albien. et
Cordue super certis articulis seu dependentibus ab eisdem dili-
genter inquirerent et nonnulla etiam ordinarent; qui, auctoritate
litterarum hujusmodi quedam circa dictum officium ordinasse
noscuntur. Quia vero nostre intentionis non extitit nec existit
ut, occasione dicte commissionis seu alicuius mandati nostri
super hiis cardinalibus ipsis facti, inquisitoribus pravitatis pre-
dicte inquirendi conjunctim vel divisim cum episcopo vel epi-
scopis ordinariis aut sine ipsis, prout eis licet secundum canonicas
xanctiones, facultas aliquatenus restringatur, nos ordinationem
l)er quam dicti cardinales facultatem inquirendi per se divisim
inquisitoribus ipsis restrinsisse dicuntur, utpote intentioni nostre
et juri contrariam viribus carere decernimus ct nullatenus obser-
vandam, ordinatione ipsorum cardinalium circa ceteros alios
articulos in omnibus et per omnia in suo robore duratura.
Nulli, etc, nostre constitutionis, etc. — Datum Pictavis, ii idus
augusti, anno tertio.
1. Sur ces personnages et leur mission, voir n. 3, et notes.
2. Cordes (Tarn), chef-lieu de cant., arr. de Gaillac.
CLEMENT V 17
3. Dans plusieurs dioceses, bien avant qu'clle fut crigce en regle, Tentente
du jugc ordinaire et du juge delegue avait ete realisee. Je ne citerai que le cas
de Bernard de Castanet, instrumentant k Albi de concert avec les inquisiteurs
de Carcassonne (n. 3, note 1). Benoit XI la recommanda, le 2 mars 1304, aux
inquisiteurs de Lombardie. Grandjean, Registres dc Benoit XI, Paris, 1883,
n. 420. Philippe le Bel, dans ses cdits de 1302 et 1304 [Hist. de Lang., t. x,
Preuvcs, col. 379-386, 428-431), la prescrivit pour la surveillance dcs prisons,
Tarrestation et la mise en liberte sous caution des heretiques, et la conduite
generale du proces. Clement V avait donne ordre aux cardinaux Taillefer de la
Chapelle et Berenger Fredol (n. 3; Douais, Documents, t. ii, p. 308) de Tim-
poser aux evdques et aux inquisiteurs des provinces meridionales. Quels motifs
eut le pape de revenir sur cette mesure et de la revoquer purement et simplc-
ment ? II est probablc que la prcsente bulle fut expediee par surprise et sur Ics
vives instances des inquisiteurs. Ncanmoins le principe de rententc ctait pose et
le concile de Vienne, en 1312, Tintroduisit dans le droit.
Ce fut le celebre decret Multorum (Clement., I. V, tit. iii, c. 1) qui donnait i
rev^que les m^mes pouvoirs qu'a Tinquisiteur. IIs pouvaicnt Tun sans Tautro
citer et incarcerer les coupables. IIs ne devaient les enfermcr au mur ctroit, les
soumetlre a la torture et prononcer leur sentence que de conserve. La surveillance
des murs leur appartiendrait a tous deux et ils rexerceraient chacun par un gar-
dien asscrmente. La promulgation de cette constitution souleva les protestations
des inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne, qui pretendirent que les procd-
dures subiraient, si on Tappliquait a la lettrc, des retards prcjudiciables a la
dcfense de la foi. Ilist. de Lang., t. ix, p. 334-337. Bernard Gui emit Tespoir de
voir revoqucr cette decretale g^nante. Practica, ed. Douais, p. 188. Ces rccla-
mations furent vaines, et les documents nous montrent Ics inquisiteurs n'agis-
sant jamais qu'avec le concours du juge diocesain ou de ses delegucs. Voir Douais,
Documenls..., p. cviii-cxxviii; J.-M. Vidal, Le tribunal d'Inquisition de Pa-
miers, dans Annales de Saint-Louis-des-Franfais, 1904-1905, tirage k part,
p. 72-74, (t, dans le present recueil, de nombrcuses applications de cette r^gle :
n. 30, 33, 39, 46-48, 52, 55, 87-88, 96-97, 100, 109, 110, 132, 139, 148, 149, 193,
230* etc.
— 6 —
A la suite de jAaintes adressces au pape par des habilanls de
Carcassonne et de son ressorl inquisitorialj au sujet des vexations et
des proces injusles que ces gens ai'aient du suhir dela part des inqui-
siteurs, Clement V a charge les cardinaux Taillefer de la Chapelle
et Berenger Fredol de proceder d une enquete. 11 leur a donne le pou-
voir de placer sous sa propre sam>egarde les personnes chargecs de
soutenir la cause des mcconlents *. Le pape somme les inquisiteurs
de respecter un privilege de cette sorte concede par les commissaireSf
B U [. I. A M\ K - 1
18 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
sous Vapprohation du pontife lui-meme, d Aymeric Castel -, hour-
geois de Carcassonne, un des principaux interesses dans Vafjaire. —
Avignon, 6 septembre 1309.
Reg. Vat., t. Lvi, n. 950, fol. 194 yO; Reg. Cleni. F, n. 4754
(anal.) ; Douais, Les rnanuscrils du chdteau de Merville, p. 71,
note 1 [in ext.)\ Mahul ^, Cartulaire du diocese de Carcassonne, t. y ,
p. 628.
Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in partibus Car-
cassonen. constitutis. — Olim nobis ex parte quorumdam
hominum de partibus Carcassonen. gravi fuit et lacrimosa con-
questione monstratum quod per inquisitores pravitatis heretice
illarum partium qui tunc erant et pro tempore fuerant multa
fuerant illis injurie et gravamina irrogata et iniqui processus
contra Deum et justiciam habiti contra eos. Quare suppliciter
postularunt ut sibi super hiis dignaremus de oportuno remedio
providere. Nos vero eorum clamosis et frequentibus supplicatio-
nibus inclinati, venerabili fratri Petro, episcopo Penestrino, tunc
tituli sancti Vitalis, et dilectis filiis nostris Berengario, tituli san-
ctorum Nerei et Achillei presbiteris cardinalibus, qui preceteris
cardinalibus personarum et negociorum illarum partium noticiam
obtinent pleniorem, duximus committendum, ut cum per partes
illas transitum facere tunc haberent, se de premissis propositis
et aliis incidentibus plenius informarent et quicquid super hiis
invenirent nobis fideliter referre curarent : eisdem nichilominus
committentes ut personis prosequentibus hujusmodi negocium
auctoritate nostra de securitate ydonea, pendente dicto nego-
cio, providerent ne per inquisitores predictos possent gravari,
aut per maliciam molestari, prout hec et alia in nostris litteris
super hoc sibi directis plenius continentur. Prefati vero cardinales
in commisso negocio procedentes, Aymerico de Castro, burgensi
Carcassonen., qui de prosequentibus prefatum negocium extitit
et existit et quibusdam aliis tunc negocium prefatum prose-
quentibus securitatem hujusmodi pendente negocio auctoritate
apostolica prestiterunt, illos recipientes sub protectione Sedis
apostolice atque sua. Nos autem dictam securitatem sic pre-
Btitam et receptionem sub protectione predicta ratas et gratas
habentcs, ipsas quoad dictum Aymericum, qui nunc dicti hegocii
prosecutor existit, volumus ct precipimus inviolabiliter obser-
vari. Quia vero prefatus Aymericus per vos gravainina et vio-
CL^MENT V 10
lcntias sibi timet inferri, vobis et cuilibet vestrum dislrictius
inhibemus ne dicto Aymerico molestiam aliquam inferre, aul inferri
facere, aut conlra eum pretextu ofTicii vobis commissi proccdere
modo quolibet presumatis, donec negocium hujusmodi per Sedem
apostolicam fuerit terminatum, vel ab ipsa Sede aliud receperitis
in mandatis, cum nos illius cxpeditioni celeri et felici dante
Domino intendamus. — Datum Avinioni, viii idus septembris,
anno quarto.
1. Voir la bulie n. 3 et la iiole 1.
2. Tandis que Nicolas d'Abbevilie prcparait contre Castcl Faurc un*do8sior
d'ou devait sortir sa tondamnation (n. 21, note 1), Aymeric, fils du defunt,
plaidait la causc dc sa famille et de ses concitoyens aupres du papeBoniface VIII.
Mais il ne r^ussit k rien, sinon a irriter le pape. Lea, op. cit., t. ii, p. 80. Nous le
retrouvons plus tard compromit dans le complot des Carcassonnais (n. 2, note 2).
11 eut la chance d'echapper au chatimont qui frappa Elie Patrice et les consuls
de la ville. Arrete enfin a Pierre-Bufl[iere, en Limousin, il sortit dc prison en
payant une somme ciiorme. Ilist. de Languedoc, t. ix, p. 278, note. II repre-
scnta encore ses concitoyens devaiit la commission cardinalice (n. 3), mission
dangcrcuse, qui dut ^tre couverte dc la sauvegarde pontificale (n. 6). Aymcric
ctait particulierement suspect aux inquiaiteurs. Jean XXII, qui, en matiirc
d'Inquisition, avait d'autre9 sentiments que son predeccsseur, lui retira plus
tard (n. 17) une faveur qui n'avait plus de raison d'etre, les travaux do la
commission cardinalice etant definitivement interrompus. Aymeric Castel,
Tun des chf fs des mecontents, fut sans doute compris daiis les procedures inenecs
par rinquisition contre ceux dont elle avait eu a se plaindre, au cours des
derniferes luttes. Voir llist. de LanguedoC, t. ix, p. 278; Douais. Documents...
p. 305, 313-317, 328, 320-330.
;i. Mahul, loc. cit., attribue cettc lcttre a Clcmcnt lV,ot il la date du viii dcs
ities de deoembre 1268.
-7-
Clement V enjoint h VMque et aux inquistteurs (CAlbi de pro-
noncer la senience qui doil terminer le procds de plusieurs citoyens
d' Albi^ donl la prison prei'enti\'e a durc plus de liuit ans. Ces bourgeois
ont jadis etc poursuivis par Bernardde Castanet, e^cque dWlbi, qui a
neglige de fixer leur sort. Les juges pourront se ser^ir utilement
des actes du procis commence devant divers commissaires aposto-
liques, cardinaux ou autres ^. — Avignon, 8 f<^vrier 1310.
20 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
Reg. VaL, t. lvii, n. 125, fol. 33 \°; Doat, t. xxxii, fol. 60;
Reg. Clem. V, n. 5238; Haureau, Bernard Delicieux et Vlnquisition
alhigeoise, p. 194 [in ext.).
Venerabili fratri.. episcopo Albiensi ^ et dilectis filiis inqui-
sitoribus heretice pravitatis in partibus Albiensibus. — Signifi-
carunt nobis Isarnus Colli, Petrus Fransa, Johannes Delport,
Johannes Paish, Petrus de Rayschaco, Bernardus Casas, Guil-
lelmus Salavert, Guillelmus de Landas, Isarnus de Cardalhaco
et Guillelmus Borrelli, cives Albienses, quod ipsi olim, de man-
dato venerabilis fratris nostri Bernardi, Aniciensis, tunc Albiensis
episcopi, et inquisitoris seu inquisitorum qui erant tunc in partibus
illis, occasione criminis hereseos, fuerunt carceri mancipati, et
jam per octo annos et amplius, tam Albie quam Carcassone diri
carceris angustias substulerunt sicut adhuc sustinent, quamvis
nulla super hoc facta fuerit condempnatio de eisdem. Cum autem
ex parte dictorum civium pluries fuerimus cum instantia requi-
siti ut ad condempnationem vel absolutionem eorumdem prout
jus exigit faceremus procedi, nos volentes quod circa illos vestri
officii debitum exequamini sicut decet, discretioni vestre man-
damus quatinus apud Albiam tu, frater episcope, per te, vel per
alium, seu alios ad hoc ydoneos, vos vero, inquisitor vel inqui-
sitores prefati, personaliter predictos cives ubicumque detinean-
lur adduci ad vestram presentiam sub fida custodia facientes, in
eodem negotio, quibuscumque processibus factis seu inchoatis
per venerabiles fratres Leonardum, Albanensem, Petrum, nunc
Penestrinum, tunc tituli sancti Vitalis, et Berengarium, Tuscu-
lanum episcopos, tunc tituli sanctorum Nerei et Achillei, et dile-
ctos filios nostros Johannem, tituli sanctorum Marcellini et Petri,
presbyteros, ac Richardum, sancti Eustachii diaconum cardina-
les, seu per dilectum filium Arnaldum, abbatem monasterii Fon-
tisfrigidi, cisterciensis ordinis, Narbonensis diocesis, nunc sancte
romane Ecclesie vicecancellarium, seu alios quoscumque, vigore
commissionis seu commissionum per nos vel per felicis recorda-J
tionis Benedictum papam XI predecessorem nostrum supei
facto heresis dictos cives tangente factarum, ac subrogationej
prefati abbatis in locum predicti olim Albiensis episcopi factj
nequaquam obstantibus, in eodem negotio, solum Deum habenlesj
pre oculis, ad inquirendum contra illos contra quos inquisitumj
non est et contra illos etiam contra quos inquisitum extitit, se«
CLEMENT V 21
non plenp diligentcr ac plenarie secundum formam que debet et
consuevit in talibus observari ; contra illos vero, contra quos
plene inquisitum est, et contra predictos alios, cum plene fuerit
inquisitum, ad sententiam ratione previa procedatis, etalia&con-
tra illos vestri oiTicii debitum exequamini prout fuerit rationis,
comunicato tamen primitus processu et inquisitione predietis
preftitis Penestrino et Tusculano episcopis, eorum consiliis inhe-
rentes. Per hoc tamen quo ad alios ordinationi facte dudum
de mandato nostro tam Carcassone quam Albie per dictos Pe-
nestrinum et Tusculanum episcopos, tunc, ut predicitur, presby-
teros cardinales, et commissioni seu commissionibus tam per nos
quam per dictum predecessorem nostrum factis, predictis et qui-
buscumque aliis cardinalibus, et processibus habitis per eosdem
super facto illorum hominum de Albia et de diocesi Albiensi con-
tra quos per dictum Bernardum, Aniciensem, tunc Albiensem
episcopum et inquisitorem seu inquisitores predictos condem-
pnationis sententia lata fuit, nullum volumus prejudicium
generari. — Datum Avinioni, vi idus februarii, anno quinto.
1. Voir la buUe n. 3, note 1.
2. Dertrand Desbordes, chapelain et camerier du pape, succcda a Bernard de
Castanet sur le siege d'Albi, le 30 juiliet 1308 ; il fut promu au cardinalat, le
18 decembre 1310, et re^ut le titre des Saints-Jean-et-PauI. II mourutIe12 sep-
tcmbre 1311. Baluze, op. ciL, col. 659; Gall. christ., t. i, p. 22-23 ; Eubel, Hier,
l. if p. 13, 80. Sur ses debuts h revSche d'AIbi, voir Hist. de Languedoct t. ix,
l>. 336, note; voir aussi p. 308.
— 8 —
Clement V exhorte Vinquisiteur de Lyon d se rendre dans la viUe
el le diocise de Langres et d trai'ailler d Vextirpation de Vheresie quif
an rapport de Vereque, y recrute de nomhreux adeptes. A son defaut,
le pape designe d'autres commissaires. — Prieure de Groseau
(Vaucluse), 3 septembre 1310.
neg.Vat.,t. Lvii^n. 665, fol. 169; Peg. Clem. V,n. 5813 (anal.).
Dilerto filio .. inquisitori heretice pravitatis in Linjjonen. pro-
vincia *, j.er Sedcni apostolicam constituto ^. — Cupientes ut
22 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
vinea Domini Sabahot ad cuius curam et custodiam sumus, dis-
ponente Domino, licet immeriti, constituti, debitum reddat suis
temporibus fructum, culture ipsius intendimus et ad ea operarios
transmictimus et sollicitamus etiam otiosos, per quorum sollici-
tudinem diligentem et sollicitam diligentiam omnisorde munda-
tam in conspectu regis eterni se gaudeat devictis hostibus feli-
citer triumphasse. Cum itaque, sicut ex parte ven. fratris nostri
Guillermi, episcopi Lingonen. ^, fuit expositum coram nobis, in
civitate ac diocesi Lingonen. heretica pravitas adeo^pullula-
verit, ac plura reptilia venenosa que occultis conventiculis con-
cepte iniquitatis sue virus ad captivandas insipientium animas
parientes vineam ipsam tanquam vulpecule parvule demolliri
pro viribus anxiantur et crevisse noscantur, quod nisi per
Sedem apostolicam succurratur maturius, fidei orthodosse dis-
pendium ibi poterit non immerito formidari ; Nos de circum-
spectione tua plenius confidentes discretioni tue... mandamus qua-
tinus in nomine Domini ad partes illas accedens, sic prudenter
contra dictos hereticos juxta officii tui debitum diligens studium
adhibere procures quod possis exinde non immerito commendari.
Alioquin dilectis filiis .. priori de Sarconio, Lingonen. diocesis,
et fratri Johanni Rufi, lectori fratrum conventus domus ordinis
predicatorum Lingonen., nostris damus litteris in mandatis
ut in defectum tuum id auctoritate nostra sine dilatione ahqua
exequantur. — Datum ut supra [in prioratu de Grausello,
III nonas septembris, anno quinto].
In eundem modum dilectis filiis.. priori de Marconio {sic), Lingo-
nen. diocesis, et fratri Johanni Rufi, lectori fratrum conventus do-
mus ordinis predicatoi^um, Lingonen. Cupientes, etc, ut supra,
usque commendari. Quocirca mandamus quatinus si dictus in-
quisitor mandatum nostrum in hac parte neglexerit adimplere,
vos in defectum suum id auctoritate nostra sine dilatione aliqua
exequi studeatis. — Datum ut supra.
1. Une rubricelle, placee au sommet du folio 169, permet de corriger cette sus-
cription: « Dilecto filio inquisitori heretice pravitatis in Lugdunensi provincia. »
Le dioccse de Langres etait soumis a ]a metropole de Lyon. Voir Introduction
p. xiv-xvni.
2. Cet inquisiteur etait peut-etre Geraud d'Auxonne, a qui, moins de deux
ans apres, fut adresse le document suivant.
3. Guillaume de Durfort, promu a reveche dc Langres, le 15 novembre 130G;
transfere a Rouen, en janvier 1319; mort le 24 novembre 1330. Gall. christ.,
CLEMENT V 23
t. IV. col. 616-617; t. xi, col. 77 ; Eubel, Hier., t. i, p. .320, 447; E. Albe, Autoiir
(le Jean XXII, ^v^ques quercynoia en France, dans yinnales de Saint-Louis-
des-Frnnfais, 1906, tir. a part, p. 229.
— 9 —
Clement V ordonne a Geraud d^Auxonne ^, inquisiteur dans les pro-
idrhces de Lyon et de Besangon, de reprimer Vheresie et de signaler
au pape ceux qui s* opposeraient au lihre exercice de sa mission, ou
qui, le dei^ant, refuseraient d^y concourir. — Vienne, 15 mars 1312.
Reg. Vat., %. Lix, fo!. 229, n. 15, de Curia; Reg. Clem. V, n. 8766
(in extenso).
Dilecto filio fratri Geraldo de Aussona, ordinis predicatorum,
inquisitori pravitatis heretice in Lugdunen. et Bisuntin. provin-
ciig per Sedem apostolicam deputato. — Pervenit ad audien-
tiam ... — Datum Vienne, idus martii, anno septimo.
1. Auxonne (C6te-d'0r), chef-lieu de cant., arr. de Dijon. •
— 10 —
Clement V exhorte les seigneurs et harons des proi^inces de Lyon
et de BesanQon a preter leur concours d Vinquisiteur dans la repres-
sion de Vhercsie. — Vienne, 15 mars 1312.
Reg. Vat., t. Lix, fol. 229 vo, n. 16, de Curia; Reg. Clem. V, n. 8767
(anal.).
Dilectis filiis universis ducibus, comitibus, baronibus et ceteris
aliis nobilihus temporale dominium in Lugdunen. et Bisuntin. pro-
vinciis habentibus. — Sicut ad audientiam nostram relatio fidc-
digna perduxit, in terris vcstre temporali jurisdictioni subjcctis,
hereses inaudite sunt orte et periculose nimis, que multorum rirn-
plirinm anlmos infeccrunt : quocirca nobilitatem vestram mo
24 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
nemus et hortamur iii Domino nichilominus per apostolica vobis
scripta mandantes quatinus fratri Gerardo de Aussona, ordinis
predicatorum, in Lugdunen. et Bisuntin. provinciis in quibus
eedem terre vestre consistunt inquisitori pravitatis heretice per Se-
dem apostolicam deputato, ad extirpandas huiusmodiheresessicad
requisitionem ipsius favoribus et oportunis auxiliis sicut catholici
viri et zelatores orthodoxe fidei assistatis, quod impedimentum
nullum ei circa suum exequendum officium possit inferri et debi-
tum inquisitio hujusmodi sortiatur effectum; scientes quod nos
inquisitori eidem damus nostris litteris in mandatis quod suum
impedientes ofTicium et in executione illius non prebentes ab eis
possibile requisitum auxilium nominatim nobis intimare pro-
curet, ut nos contra eos juxta censuram canonum nostri officii de-
bitum exequamur. — Datum ut supra [idus martii, anno septimo].
— 11 —
Cest en i^ain que le pape a insiste aiipres de Bertrand Deshordes,
ancien eveque d'Albi, puis cardinal ^, et aupres des inquisiteurs
pour quils terminassent les proces d^un certain nombre de bour-
geois d' Alhi poursuii^is, il y a plus de douze annees, par Bernard
de Castanet et par les inquisiteurs, et, depuis ce temps, prisonniers
et attendant leur sentence ^ ; rien na ete decide d Vendroit de ces mal-
heureux. Le pape invite Ve<^eque Geraud ^ et les inquisiteurs d s'en
occuper enfin. — Avignon, 19 avril 1313.
Reg. Vat., t. Lx, fol. 78 vo, n. 242; Reg. Clem.V,n. 9163 (m
ext.).
Venerabili fratri Geraldo, episcopo Albien. — Dudum expo-
ncutibus nobis Ysarno Colli, Petro Fransa, Johanne Delport,
Petro de Raysaco, Guillelmo Salevert, Guillelmo de Landas,
Ysarno de Cardalhaco et quondam Johanne Payhs et quondam
Guillelmo Borrelli et quondam Bernardo Casas, civibus Albien.
quod ipsi de mandato venerabilis fratris nostriBernardi, Anicien.,1
tunc Albien. episcopi, necnon inquisitoris seu inquisitorum, quij
tunc erant in partibus illis occasione criminis hereseos quo re-
spersi fore dicebantur capti fuerunt et carceri mancipati et per duo-^
CLEMENT V 25
decim annos et amplius tam Albie, quam Carcassone carceris
angustias sustinuerunt, sicut aliqui eorum superstites adpresens
sustinere noscuntur, licet nuUa super hoc facta fuerit condempnatio
de eisdem, nos ad eorum instantiam bone memorie Bertrando,
tituli sanctorum Johannis et Pauli presbitero cardinali, tunc
episcopo Albien., ac inquisitori, seu inquisitoribus predictis per no-
stras sub certa forma dedimus litteras in mandatis, inter alia conti-
nentes ut ipsi erga dictos cives eorum ofTicii debitum adimplerent
prout ordo exigeret rationis. Sed Bertrandus, dum vixit, et inqui-
sitores predicti, presentatis sibi hujusmodi nostris litteris, in hujus-
modi negocio pro ipsorum voluntatis libito procedere distulerunt,
in ipsorum civium prejudicium non modicum et gravamen,
licet fuissent super hoc pluries legitimis temporibus humiliter
requisiti. Nos igitur, qui sumus omnibus in justicia debitores,
volentes civibus ipsis super hoc exhiberi et reddi justicie comple-
mentum, acnolentes ut hujusmodi inquisitionis negociumergaipsos
ulterius protrahatur, [fraternitati tue]mandamusquatinusunacum
dictis inquisitoribus quibus super hoc etiam litteras ncstras diri-
gimus exerceas ofTicii tui debitum sicut decet, ad inquirendum con-
tra illos contra quos inquisitum non est et adversus illos contra quos
inquisitum existit, sed non plene diligenter ac plenarie secundum
formam que debet et consuevit in talibus observari; contro illos
vero contra quos plene inquisitum est ad sententiam previa ratione
procedas, et alias contra reliquos ofFicii tui debitum exequaris prout
ordo exegerit rationis. Sic ergo in hujusmodi executionis mandato
te solerter gerere studeas quod iidem cives qui longis temporibus
carceris angustias sunt perpessi et cupiunt quod meruerunt
rationabiliter in hac parte consequi non cogantur propter hoc
habere recursum ad Sedem apostolicam iterato. — Datum
Avinioni, xiii kalendas maii, anno octavo.
In eundem modum dilectis filiis .. inquisitori, seu inquisitori-
bus heretice pravitatis in Carcassonen. et Albien. partibus a Sede
apostolica deputatis. — Dudum, etc, ut supra proximo, nil
addito vel mutato usque : protrahatur. Discretioni vestre in
virtute sancte obedientie per apostolica scripta districte
precipiendo mandamus quatinus una cum venerabili fratre no-
stro Geraldo, episcopo Albien., cui super hoc etiam lilteras nostras
dirigimus, cum super hoc ab eo fueritis requisiti, exercentes
vestri olficiidebitum sicutdecet, ad inquirendum contra illos con-
26 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANgATSE
tra quos [etc, comme ci-dessus, jusqud] observari; contra pre-
dictos omnes postquam de ipsis plene fuerit inquisitum, necnon
et contra illos contra quos jam plene inquisitum est, ad sententiam
[etc, comme ci-dessus, jusqud la fin, mutatis mutandis]. — Datum
ut supra.
1. Voir n. 7, note 2.
2. Voir n. 3 (note 1) et 7.
3. Geraud de Farges, transfere de Lectoure a Albi, le 12 janvier 1311; mort
l'annee suivante. Gall. chrisl., t. i, col. 23; Hist. de Languedoc, t. ix, p. 347;
Eubel, Hier., t. i, p. 80, 311.
— 42 —
Clement V ordonne au maitre general des fr^res precheurs d^in-
stituer des inquisiteurs de la foi dans les domaines soumis au roi
de Majorque ^, excepte dans ceux de ces domaines qui se trowent
en France ^. — Prieure de Groseau, 7 juillet 1313.
Reg. Vat., t. Lx, fol. 153, n. 474; Reg. Clem. V, n. 9484 [in
ext.).
Dilecto filio.. magistro ordinis predicatorum ^. — Ab exordio
nascentis Ecclesie... — Datum in prioratu de Grausello, etc,
nonis julii, anno octavo.
1. Autres documents se rapportant a la nomination d'inquisiteurs dans le
royaume de Majorque : n. 96-97, 125 bis, 127, 197-198, 327, 335, 336. Ces deux
derniers documents, emanes de Benoit XIII (1413), ont trait a la division du
royaume de Majorque en deux ressorts inquisitoriaux.
2. Cetaient la seigneurie de Montpellier, la baronnie d'Aumelas et la
vicomte de Carlad^s, pour lesquelles les rois de Majorque pretaient hommage
au roi de France. Voir Histoire de Languedoc, t. ix, passim; Lecoy de la Marche,
Les relations politiques de la France avec le royaume de Majorque, Paris, 1892,
t. I, p. 128, 144-147.
3. Berenger de Landorre, ne a Rodez en 1262; prend Thabit dominicain, a
Toulouse, en 1282; fait ses ^tudes k Montpellier et a Paris et devient lecteur h
Toulouse, en 1301. II est designe comme definiteur pour le chapitre provincial
de Carcassonne en 1302. Le chapitre general de Genes le designe, en 130'i, pour
lire les Sentences a Paris. £n 1306, il est fait provincial de Toulouse. II dirige
CLEMENT V 27
dcux ans c:^tt'? province, donl le chapitre le reelit en 1310. Entre temps, il avait
recu le titre de maitre en theologie, Enfin le chapitre de Carcassonne, en 1312,
le nomma maitre general, charge qu'il occupa ju8qu'en 1317. Le 15 juillet de
cette annee, il fut promu k Tarchev^che de Compostelic. II mourut le 1" sep-
tembre 1325. Mortier, Hisloire des mailres gineraux de Vordre des freres pri-
cheurs, Paris, 1905, t. ii, p. 475-529; Eubel, Hier., t. i, p. 207,
JEAN XXII
(1316-1334)
JEAN XXII
(13164334)
— 13-
Le pape reclame d Maurice de Saini-Paul^ inquisitcur de Tou-
raine, les actes du procis par lui intenie d Raoul Pincelot, clerc du
diocese de Treguier, avec les renseignements quil croira devoir y
joindre. Jusqud nouvel ordre, il ne derra plus se mcler de cetle
afjaire. — Avignon, 11 avril [1317-1320].
Reg. Val,y U cx, fol. lvi, n. 269; Couloa, Lettres aecreUs el curicUes
de Jean XXII, n. 1019 (anal.).
Dileclo fillo fralri Mauricio de Villa [sancti] Pauli *, de ordine
fratrum prcdicatorum, inquisitori heretice pravitatis in provincia
Turonen. per Sedem apostolicam deputato. — Certa suadente
causa volentes habere processum perte contra dilectum filium
Kadulphum Pinzeloti, clericum diocesis Trecoren., super qui-
busdam criminibus eidem impositis habitum, discrecioni tue per
apostolica scripta mandamus quatinus totum processum ipsum
sub tuo sigillo fideliter inclusum nobis per fidum mittere nuncium,
nosque de singulis processum ipsum contingentibus per litteras
tuas distincte ac particulariter informare absque more dispendio
non omittas, non processurus ulterius contra clericum antedi-
ctum donec a nobis vel apostolica Sede aliud inde receperis in man-
datis. — Datum iii idus aprilis...
1. Les aiitcccdcnts de ce rcligicux nous sont inconnus. II pronon^a une sen-
tence de privation contre un moinc dc Marnioutier, convaincu d'heresic (cf.
n. 31, 32, 36, 36 bin), et se renditcclebre par le proc^ qu'il osa inlcnterau «ire de
Parthenay, Jean rArchevequc. Voir n. ^2 sq. Le Conlinuateur de G. de Nangis,
edit. Gcraud, t. ii, p. 50, nous apprend qu'il ctait breton.
32 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 13 bis —
Ordre est donne aux officiaux de Narbonne et de Beziers de
citer au trihunal du pape un certain nomhre de freres mineurs
rehelles aux constitutions du Saint-Siege relatii>es d leur ordre. —
Avignon, 27 avril 1317.
Reg. Aien., t. ii, fol. 97; Reg. Vat., t. lxiii, n. 117,118, de Curia ;
\Yadding, Annal. min., ad ann. 1317, n. xi ; Riezler, Valihanische
Aklen, Innsbriick, 1891, n. 52; Coulon, op. cit.. n. 190, rubr. ; Eubel,
BuUar. francisc, t. v, n. 266, texle; Mollat, Jean XXII, Letlrcs comm.^
n. 5227-5228, rubr.
Dilecto filio. . officiali Narbonensi. — Pridem ad nostri aposto-
latus perducta notitia quod humani hostis procurante nequitia
inter dilectos filios nonnullos ex fratribus ordinis minorum super
quampluribus articulis gravium erat dissensionum et discordia-
rum materia suscitata, nos qui ad hoc libenter intenta sollici-
tudine vigilamus, ut cunctos Ecclesie filios in pacis pulcritudine
preservemus, quasdam circa premissa ultre ea que per felicis
recordationis Clementem papam V, predecessorem nostrum, ordi-
nata fuerant ordinationes duximus faciendas, per quas hujus-
modi dissensiones et discordias amputasse credimus et super illis
fratribus ipsis bonum prcis et concordie provenisse. Verum quia,
sicut noviter fuit expositum coram nobis, quidam ex dictis fra-
tribus, vidclicet Guillelmus de Sancto Amantio, Raimundus Cri-
velerii, Cervianus (a) de ..., Bernardus Parasolis, Berengarius
Tortelli, Jacobus de Portali, Guillelmus Laurentii, Jacobus de
Rivo, Laurentius de Salsis, Raimundus Carlati, Bertrandus (h)
Durandi, Petrus Fabri, Bernardus Francisci, Guillelmus Sau-
tons (c), Johannes Barr&vi, Guillelmus Rogerii, Raymundus Bor-
dici, Arnaldus Raymundi, Bernardus de Alzona, Franciscus.
Sysini, Pontius Roca, Johannes Raserii, Bernardus Autrinhaci (d)y
Guillelmus Arnaudi, Raymundus Bels, Berengarius de Ferrali-
bus (e), Guillelmus Tholosani, Bernardus [de] Boneti, Bernardus,j
(a) Eubel : Germanus ; Riezler : omittit.
[h) Eubel : Dernardus.
(c) Eubel : Santonis ; Riezler : Sautoris.
(d) Eubel : Antinihaci ; R\cz\cv : Aulunhaci [?) .
(e) Eubel : Ferrantibus.
JEAN XXII 33
Torncrii, Berlrandus Grancarota (a), Johannes Corvi, Pctrus Au-
stensii, GuillelmusPorcelli, Johannes Ecclesie, Raymundus Ferrerii
Johannes Pruni (6), Raymundus Borditi, Gentilis de Marchia, Ber-
nardus de Savarduno, Raymundus Johannis, Raymundus Ma-
^astri, Guillelmus Rosseti, Guiraudus Martini, Petrus Vitalis, Guil-
lelmus Vesiani et Jacobus de Monteesquino quasdam appella-
liones interposuerunt et protestationes fecerunt, ex quibus non
solum statui dicti ordinis detrahitur, immo inter fratres predictos
ulterioris dissencionis et scandali, sicut verisimiliter creditur,
inducitur incentivum, et etiam honori Sedis apostolice derogatur.
Nos intendentes super hiis remedium apponere (c) salutare, di-
scretioni tue per apostolica scripta in virtute obedientie districte
precipiendo mandamus quatinus per te vel alium seu alios, fra-
tres eosdem superius nominatos ex parte nostra peremptorie et
sub excommunicationis pena, quam eos, si contra fecerint, incur-
rere volumus ipso facto, citare procures, ut decimo die post cita-
tionem hujusmodi apostolico se conspectui personaliter represen-
lent, facturi et recepturi super premissis quod ordo dictaverit
rationis. Diem vero hujusmodi citationis et formam et quicquid
inde duxeris faciendum nobis per tuas litteras harum seriem con-
tinentes fideliter intimare procures. — Datum Avinioni, v kalen-
das maii, anno primo.
Dilecto filio.. officiali Biterrensi. — Pridem ad nostri aposto-
latus ... (etc.y ut supra proxime), Verum quia, sicut noviter
fuit expositum coram nobis, quidam ex dictis fratribus, videlicet
Bernardus Martini, Petrus Dominici, Vincentius Guiraudi, Bc-
rengarius Julioli, Petrus Bayssi, Petrus Raymundi Gontardi,
Pelrus Raymundi de Mayraco, Bernardus Andree, Bernardus
Pelherii (<i),BernardusGuille,BerengariusCo(i, Deodatus Michaelis,
Jacobus Seguini, Pontius Portanove, Johannes Fabri et Guillel-
mus Radulphi, quasdam appellationes (e/c, ut in eadem usque in
finern). — Datum ut supra.
(a) Riozler: Graricarola (?).
(6) Riczler : Primi.
(c) Eiibcl : opponere,
(d) Eubel : Polherii.
BULLAIHfc: - 3
34 BULLAIRE DE L*INQUlSlTION FRANgAISE
— 14 —
JearT' Ferrier, clerc de Narbonne, reconnu innocent du crime
dlieresie dans un premier proces, a ete recemment incarcere par
la curie archiepiscopale, sans que le motif de cette mesure soit bien
clair. Le pape appelle cette cause d son tribunal et ordonne d Varche-
veque de citer son prisonnier et de le deli^'rer de ses chaines, s^il
n*y a aucun obstacle, sinon de le jaire conduire d Aidgnon sous
bonne escorte, — Avignon, 21 jiiin [1317-1320].
Reg. Val., t. cix, fol. 146 yo, n. 594; t. cx, part. 2, fol. 56,
n. 270; Coulon, op. cit., n. 1108 (anal.).
Venerabili fratri B.. ^, archiepiscopo Narbonen. — Ad no-
strum pervenit auditum quod licet dilectus filius Johannes Fer-
rerii, clericus tue diocesis, pridem super quibusdam negocium
tangentibus fidei per tuam curiam inquisitus, innocens, fidelis ct
catholicus repertus extiterit, nuper tamen per eandem curiam ex
eadem causa vel forsitan alia captus fuit et adhuc in carcere
detinetur. Nos igitur certa de causa prefatum clericum habere
presentem necnon de articulis super quibus interrogatus ut pre-
mictitur per tuam curiam extitit, ac de responsione data per
eum ad illos, necnon de causa nove detentionis plenarie infor-
mari volentes, fraternitati tue... mandamus quatinus clericum
iipsum, si non subsit causa quare debeat detineri, statimrestitu
facias pristine libertati, injuncturus eidem ut certo competenti
termino per te sibi super hoc prefigendo compareat personaliter
coram nobis. Alioquin si causa detentionis aliud exigat, ipsum
sub honesta et non indecenti custodia ad presentiam nostram
indilate transmittas; informaturus nos per tuas litteras harum
seriem continentes de omnibus et singulis antedictis, ac missu-
i?us olTicialem tuum qui causam dicte captionis et detentionis in
nostro auditorio prout justum fuerit prosequatur. — Datum
Avinioni, xi kalendas julii.
1. Bernard de Farges, neveu de Clement V; eveque d'Agen, le 25 fevrler 1306;
archeveque de Rouen, le 4 juin de la meme annee; transf6re h Narbonne, le
15 mai 1311 ; meurt en juillet 1341. Gallia chrisL, t. ii, col. 923-924; t. vi, col. 87-
90; t. XI, col.75;Eubcl, Ilier., t. i, p. 76, 373, 447. Bernard de Farges participa
1'ceuvre a inquisitoriale soit personncllement, soit par ses delegues Bertrand,
JEAN XXII ,35
Dauriac, Hugues dc Badefol et Germain d'AIanh. II tint lui-raSmc, lo 11 decem-
cembre 1328, un sernwn solcnncl dans lc cimetiero de Saint-Fciix dc Narbonne.
Douais^ Documents...f t, i, p. lxxiii-lxxiv.
— 14 bis
Jean XXII explique quelques articles obscurs de la rdgle des
freres mineurs. II condamne Vusage des frocs courts, etroits el
grossiers, adoptes par les spirituels, et ordonne d ceux-ci d*adopter
le costume prescrit par les superieurs de la communauti. Ils devront
de mime se soumettre d la regle de la communaute, touchant Vusage
des greniers et des provisions alimentaires. — Avignon, 7 octobre
1317.
Reg. Vat.f t. Lxvii, n. 57; Exlrai'ag. Joan. XXII, tit. xiv;Wadding,
ad ann. 1317, n. 18; Eubel, Bull. franc., t. v, n. 289, p. 128
{in ext.).
Ad perpetuam rei memoriam. — Quorumdam exigit... — Da-
tum Avinioni, nonis octobris, anno secundo {Wadding : idibus
aprilis, an. secundo).
— 15 —
Jean XXII ordonne d Vinquisiteur de Provence^ Michel Le Moine^
franciscain, de poursui^>re certains spirituels designes nominati-
vement dans la hulle ^. — Avignon, 8 novembre 1317.
Keg. Aven, t. xi, fol. 541 ; Reg. Vat., t. lxix, n. 142, dc Curifi; Wad-
ding, ad ann. 1317, n. xiv; Baluze (Mansi), Miscellanea t. ii, p. 247;
Riezler, Valikanische Akten, n. 135 (fragm.) ; Eubel, Dullar.
franciscanum, t. v, n. 293 (m exl.)\ MoUat, Jean XXII, Lellres
communes, n. 8133 (anal.).
Dilecto filio fratri Michaeli Monachi ^, ordinis fratrum minorum,
inquisitori heretice pravitatis in Provincie ac Forcalquerii comi-
36 , BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANgAISE
tatibus, necnon et in civitatibus, terris et locis infra Arelatcn-
sem, Aquensem, Ebredunensem et Viennensem provincias con-
sistentibus auctoritate apostolica deputato. — Super omnia
desiderabilia... — Nuper siquidem non absque multa mentis tur-
batione percepto quod nonnulli pseudo minorum ordinis fratres
solo nomine professores ad eam mentis inopiam et cecitatem
devenerant quod heretica labe respersi adversus saluberrimam
christiane fidei veritatem impie sentiebant et alios verbis menda-
cibus sub mentite palio sanctitatis in errorum suorum devium
trahere ipsosque errores defendere pro viribus conabantur, nos
qui solicitudine vigili contra talium dolosam astutiam oportunum
remedium libenter ubilibet adhibemus, ne virus hiljusmodi in
eodem ordine sub specie sanctitatis hujusmodi subintraret, tibi
mandasse recolimus oraculo vive vocis, ut adversus eosdem pseudo
fratres procederes juxta canonicas xanctiones et de illis faceres
justitie complementum. Vcrum intendentes. ut eo tutius ad hujus-
modi pestis omnimodam exterminationem procedas quo per nos
certiori fueris auctoritate munitus, discretioni tue de qua fidu-
ciam obtinemus in Domino specialem per apostolica scripta com-
mictimus et mandamus quatinus contra fratres Johannem
Barravi, Guillelmum Santoni, Deodatum Michaelis, Pontium
Rocha, Bernardum Aspa, Berengarium Tortelli, Petrum Fabri,
Vincentium Geraudi, Bernardum Antiniaci, Guiraudum Martini,
Bernardum Francisci, Guillelmum Arnaudi, Jacobum Seguini, Jo-
hannem Raserii, Raymundum Bordini (a), Arnardum Raymundi,
Franciscum Sadictii (6), Guillelmum de Sancto Amantio, Franci-
scum de Badonis, Serviatium (c), Philippum Ferrarii, Arnaudum
Maurini, Jacobum de Rivo, Arnaudum de Felginio, Guillelmum Gi-
raudi et Bernardum Boneti pseudo dicti ordinis professores, eadem
labe respersos, quorum aliqui a quibusdam mandatis auctoritate
nostra factis eisdem, certas appellationes et protestationes inter-
posuisse noscuntur, et omnes et singulos ipsis adherentes sic effi-
caciter et solerter juxta statuta canonica procedere studeas quod
per tue solicitudinis circumspectam prudentiam dicti ordinis sacra
plantatio, exterminatis vulpeculis, que illum venenosis morsibus
demoliri presumunt, fructus aflerat catholice puritatis. Nos
(a) Eubel : Dordlti,
(6) Eiibel : Sanctli.
(c) Eubel : Serinanum.
JEAN XXII 37
cnim super premissis (a) contra eos juxta statuta hujusmodi pro-
cedendi et alia omnia et singula que circa premissa oportuna
fuerint faciendi et etiam exercendi : non obstantibus quibus-
cumque privilegiis, indulgentiis et litteris apostolicis generalibus
vel specialibus eidem ordini aut ipsius (b) ordinis fratribus vel
eorum aliquibus sub quavis verborum forma concessis, que pseudo
fratribus et adherentibus supradictis contra premissa vel aliquod
])remissorum in nullo volumus sufTragari; et tam de duabus die-
tis in concilio gen^ali quam felicis recordationis Bonifatii
pape VIII predecessoris nostri [auctoritate] editis, per quas judices
a Sede deputati predicta extra civitatem et diocesim in quibus
deputati fuerint aut aliquos ultra unam dietam a fine sue(c) diocesis
trahere prohibentur, et aliis contrariis constitutionibus quibus-
cumque; sive si aliquibus communiter vel divisim a dicta sit Sede
indultum quod interdici, suspendi, vel excommunicari aut extra
vel ultra certa loca trahi vel ad judicium evocari non possint per
litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo
ad verbum de indulto hujusmodi et eorum personis ac locis et
nominibus propriis vel ordinibus mentionem; et qualibet alia
dicte Sedis indulgentia generali vel speciali, cujuscumque teno-
ris existat per quam tue jurisdictionis explicatio (d) valeat
in hac parte quomodolibet impediri, et de qua cujusque (e) toto
tenore habenda sit in nostris litteris mentio specialis, plenam
tibi concedimus tenore presentium potestatem. Volumus insuper
et apostolica auctoritate decernimus quod a data presentium tibi
sit in premissis omnibus et singulis presentibus et futuris perpe-
tuata potestas et jurisdictio attributa ut eo vigore illaque firmi-
tate possis in premissis omnibus et singulis ceptis et non ceptis,
presentibus et futuris procedere, ac si jurisdictio tua in dictis (/)
omnibus et singulis per citationem vel alium modum perpetuata
legitimum extitisset. — Datum Avinioni, viii idus novembris,
anno secundo.
(a) Eubel : praemissa.
(6) Eubel : ipsis.
(c) Eubcl : finibus.
(d) Eubel : execulio.
{e) Eubcl : ejusque.
(/) Eubel : praedictis.
1. Sur les spirituols ct Ihistoire de leur poursuite en justice, voir rintroduc
tion, p. M Lvii.
38 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
2. Michel Lemoine est surtout celebre par les poursuites qu'il exer^a contre
ce groupe de religieux. II s'etait d'ailleurs toujours montre severe pour les spi-
rituels. Le 13 juillet 1312, il fut cite par Clement V avec Jean de Verunis, in-
quisiteur de Provence, le provincial et d'autres freres mineurs de la province,
pour repondre des mauvais traitements qu'ils avaient fait subir k certains de
ces fraticelles. Le pape les gourmanda en plein consistoire et ordonna que les
deux inquisiteurs fussent revoques. Regest. Clem. V (ed. Vatic), n. 8851; Eubel,
Bullar. franc., t. v, n. 203 et note 8. II est probable que cette mesure n'eut pas
de suites, ou qu'elle fut peu aprcs retiree, puisque, en 1317, MichelLemoine est
appele a punir les fraticelles dont il est question dans la presente lettre.
L'inquisiteur 8*acquitta d'abord de sa mission ^a Tegard des princi"
paux coupables qu'il jugea et condamna en 1318 (voir Introduction, loc. cil.),
puis il se mit a rechercher leurs partisans et leurs defenseurs, dans les diverses
provinces de Tordre. Voici la lettre qu'il adressa au provincial de Tos-
cane, le 3 decembre 1319. Rome, biblioth. Casanaten., ms. 1730, folio
234 vo (273 vo) -235 v» (274 v»).
« Reverendo in Christo Patri, fratri.. ministro Thus[cie] et ejus vicario,
frater Michael Monachi, ordinis fratrum minorum, inquisitor heretice pra-
vitatis auctoritate apostolica constitutus et ex speciali commissione sanctissimi
patris et domini Domini Johannis divina providentia pape XXIIinquisitor et
judex contra quosdam pseudofratres heretica labe respersos eisque adherentes
ubilibet per totum ordinem deputatos (sic), ac etiam Reverendi patris fratris
Michaelis, generalis ministri prefati ordinis commissarius in hac parte, salutem
in domino Jhesu Christo. Noveritis me dudum recepisse litteras prefati domini
pape ejus vera bulla in filo canapis pendente bullata,s, non abolitas, nec rasas, nec
viciatas, neccancellatas necsuspectas inaliqua sui parte, quorum tr^nscriptum
ex ipsis originalibus litteris sumptum et autentico munimine roboratum vobis
transmitto presentibus litteris colligatum. Volens igitur commissionem michi fa-
ctam ac mandatum apostolicum in ea contentum, prout teneor,exequi reverenter;
cum ad audientiam meam sit fide digna et certa relatione deductum multos ex\
pseudo fratribus in dicto rescripto apostolico nominatis et eisdem adherentibus,
qui coram me in judicio quosdam abjuraverunt errores et se propria sponte
eorum jnramento vallata ad penitentias eis datas observandasinviolabiliter
astrinxerunt, contra ipsorum promissionem et juramentum crimen apostasie
dampiiabiliter incurrisse et per diversas mundi partes latenter discurrere in
animarum suarum et aliorum prejudicium et discrimen et scandalum non modi-
cum ordinis memorati, auctoritate apostolica qua fungor in hac parte pro primo,
secundo et tertio et peremptorio termino vos moneo vobisque in virtute obe-
dientie sancte et sub excommunicationis pena districte precipio et injungo
quatinus per vos et alios cum exacta diligentia de predictis apostatisinquiratiSj
si infra vestram provinciam alicubi latitent vel discurrant. Et si quos do hujus-
modi pestiferis viris in predicta vestra provincia poteriti§ reperire eos capiatis
vel capi faciatis et in disciplinam ordinis sub fida custodia detineri invocato
ad hoc si opus fuerit cuxilio brachii secularis. Si autem aliquos vel aliquem do
prenominatorum speudo (sic) fratrum adherentia ct secta notatos probabili
suspicione, vel fautores, aut defensores eorum in prefata vestra provincia
habeatis, procedatig contra eos et eorum quemlibet juxta canonicas sanctiones,
sub quibus quantum michi licct et possum auctoritate apostolica michi concessa,
I
JKAN XXII 39
committo vobis plenarie vicei meas, doncc ipsas duxero revocandag. Nomina vero
omnium illorum apostatarum et defensorum et fautorum ipsorum, cisque adho-
rentium, ac suspectorum de ipsorum secta ct adherentia, quos in sepe dicta vestra
provincia vos contigerit reperire cum probationibus quas inveneritis sub sigillo
officii vestri volo quod teneamini michi fideliter et ccleritcr intimare. Attenden-
tcs tam sollicite quam prudenter ne aliquibus per malitiam vel invidiam aut
odium vel vindictam, vel alias indebite dicti criminis nota aliqualiter impona-
tur; sub ejusdem etiam districtione precepti vobis injungens quod in singulis
notabilibus conventibus vestre provincie predictamcommissionemmichiaprefato
domino papa factam cum presentibus litteris legi coram fratribus publice facia-
tis et in actis sive libris vestre provincie ad cautelam futurorum et in rei perpe-
tuam memoriam registrari sic quod tam penes vos quam successores vestros
remaneant perpetuo et fideliter conserventur. Quicquid autem super premissis
feceritis michi quam cito comode poteritis per vestras litteras sigillo officii vestri
munimine roboratas studeatis fideliter et plenarie demandare. — Datum Massilie,
anno Domini M» CCCo XIX, die m» decembris. »
Le 21 mars 1327, Michel Lemoine re^ut avis de remettre k Tinquisiteur de
Carcassonne un beguin, Pierre Trencavel, et sa fille Andree, evad^i du mur
de Carcassonne. Le 1®' juin 1328, Jean XXII le chargea de recueillir, au nom
de la Chambre apostolique, les objets, livres, hardes, ayant appartenu k Michel
de Cesdne et k Bonagrazia de Bergame (n. 80). II eut pour coIUgues dans la
tharge d'inquisiteur de Provence. en dehors de Jean de Verunis, les franciscaina
Jacques Bernard (cf. n. 33, 40) et Guillaume Astre (cf. n. 49, note 3, 71, etc).
Voir une courte notice 8ur cet inquisiteur dans Hiat. litt. de la Francey t. xxxii,
p. 582.
-46 —
Jean XXII excommunie el supprime la secte des fraticelleSt
freres de la pam>re i^ie, bizoches ou beguins, quiy pretextant une
autorisation du pape Celestin V ^, s* etaient etablis et multiplies en
Italie, en Sicile, en Pro^>ence, a Narbonne et d Toulouse. — Avignon,
30 d^cembre 1317.
Reg. Aven., t. x, fol. 452 v»; Reg. Vat., t. i.xvii, n. 68, d« Curia;
Doat, t. xxxiv, fol. 147; Mahul, Cartul. ,t.y, p. 660; Corpus iuris :
Extraif. Joan. XXII, lit. vii; Eubel, Dullar. franc, t. \, p. 134,
n. 297; Mollat, Jean XXII, n. 8147.
Ad perpetuam rei memoriam. — Sancta romana atque uni-
versalis Ecclcsia... — Datum Avinioni, iii kalendas januarii,
anno secundo.
40 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
1. II s'agitdes freres de la pauvre vie, ou ermites celestins (appeles aussi
quelquefois fraticelles), approuves par Celestin V. Ils pretendaient mener une
vie strictement eremitique, basee sur la pratique de la pauvrete absolue. Leurs
chefs furent Fra Liberato et Fra Angelo Clareno, contemporain de Jean XXII.
Angelo a raconte, dans son Historia septem tribulationum {Archii> fiir Litteratur
und Kirchengeschichte, t. ii), les persecutions auxquelles ils furent en butte,
d'abord de la part de leurs freros du grand ordre franciscain, et puis de celle des
successeurs de Celestin V sur la chaire de saint Pierre. Leurs prieres et leurs
instances ne purent jamais obtenir du Saint-Siege la reconnaissance canonique
de leur agregation. Les beguins ou bizoches etaient les membres du tiers-ordre
franciscain, affilies aux spirituels et partageant leurs erreurs (voir Introduction).
II ne faut pas les confondre avec les beguins orthodoxes, que Tfiglise a toujours
reconnus. En fevrier 1322 (n. 37), Jean XXII ordonna precisement, dans le mid.
de la France et le nord de TEspagne, une enquete destinee a distinguer les bons
des mauvais. Par suite, un grand nombre de ceux-ci furent brules a Narbonne,
Lunel, Lodeve, Beziers, Capestang, Pezenas, Carcassonne et Toulouse (annees
1319, 1320, 1321 et 1322). Voir Liber sententiarum, p. 313; Lea, Hist. de Vlnquis
(trad. fr.), t. iii, p. 89-95; Tanon, Hist. des trib. de Vlnquis., p. 83-86; Mahul,
CartuL, t. v, p. 660-661, 672-683, d'apres Doat, t. xxvii et xxviii, passim;
Bernard Gui_, Practica, p. 264. Sur les beguins en general, voir Mosheim, De be-
ghardis et beguinabus commentarius, Leipzig, 1790; Tocco, Studii francescani,
Naples, 1909, p. 227-310; Tanon, op. cit., p. 79-83; J.-M. Vidal, Proces d'Inqui-
^ition contre Adhemar de Mosset, dans Rewue d'histoire de VEgUse de France,
1910, t. I, p. 555-589, 682-699.
— 16 bis —
Jean XXII condamne les spirituels qui ont emigre de la Toscane
en Sicile, ayant pour chej Henri de Ce<^a, apostat jranciscain,
et qui y ont constitue une sorte de congregation independante ^. //
ordonne aux prelats de punir ces rebelles. — Avignon. 23 jan-
vier 1318.
Reg. Aven., t. viii fol. 238; Reg.Vat., t. lxvii, n. 381; DuUar.
rom. (ed. Taurin, 1859), t. iv, p. 261; Raynaldi, ad ann. 1318,
n. 45-52; Wadding, ad ann. 1318, n. 10-23 [in ext.); Eubel, t. v,
n. 302, p. 137-142 [in exl.) ; MoUat, op. cil., n. 6216.
Venerabilibus fratribus patriarchis, archiepiscopis et episcopis
ac dilectis filiis electis, acl quos littere iste pervenerint. — Glo
riosam Ecclesiam... — Datum Avinioni, x kal. februarii, pon
tificatus nostri anno secundo.
1. Voir Tocco, Studii francescani, p. 395-421.
JEAN XXII ''ll
— 17 —
Jean XXII revoque les lettres de sauvegarde concedees jadis par
Clement V d Aymeric Caslel, de Carcassonne, et d d'autres. — Avi-
gnon, 30 mars 1318.
i?eg. ^^'«n.,!. VIII, fol. 405; i?cg. VcU., t. lxvii, n. 728; Doat,
t. XXXIV, fol. 138-140; Mahul,Car/u/., t. v, p. 660 (anal.); Mollat
op. cil., n. 6776 (anal.).
Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in partibus
Carcassonen. constitutis, salutem. — Utcommissum vobis nego-
tium catholice fidei auctore Domino in vestris manibus prospc-
retur, libenter apostolice sollicitudinis partes spponimus et quequo
obstantia submovemus. Olim siquidem felicis recordationis Clc-
menti pape V predecessori nostro pro parte quorumdam hominum
de partibus Carcassonen. suggesto quod inquisitores pravitatis
heretice illarum partium qui tunc erant et pro tempore fuerant
multa illis gravamina et injurias irrogarant, iniquos contraeoset
alios illarum partium processus contra justitiam facientes ^, idem
predecessor hujusmodi suggestionibus aurem accomodans. bone
memorie Petro, episcopo Penestrino, tunc tituli sancti Vitalis ^,
et venerabili fratri nostro Berengario, episcopo Tusculano, tunc
tituli sanctorum Nerei et Achillei ' presbiteris cardinalibus, qui par-
tium iilarum notitiam obtinebantet perpartes illas transitum fa-
cere tunc habebantsuisdedit litteris inmandatisutdepremississug-
gestionibus et aliis incidentibus se plenius informarent et nichilo-
minus interim personis prosequentibus negotium memoratum de
securitate ydonea pendente dicto negotio auctoritate apostolica
providerent, nec permitterent eos per inquisitores eosdem aliquate-
nus molestari; prefati quoque cardinales hujusmodi commissionis
pretextu Aymerico de Castro, burgensi Carcassonen., et quibusdam
aliis tunc negotium prosequentibus supradictam securitatem
hujusmodi pendente dicto negotio apostolica auctoritate pre-
stantes, illos sub sua protectione et Sedis apostolice receperunt;
quam receptionem idem predecessor ratam habens et gratam
mandavit illam inviolabiliter observari, eisdem inquisitoribus di-
strictius inhibendo ne contra prefatum Aymericumet alios ofricii
42
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSB
eorum pretextu procederent quoquomodo donec prefatum nego-
tium esset per Sedem apostolicam terminatum et a Sede ipsa aliud
reciperent in mandatis. Quia vero prefati Aymericus et alii circa
proposita et objecta per eos ulterius coram predecessore prefato ac
etiam coram nobis negotium ipsum prosequi neglexerunt et quasi
negligunt, prefata protectione securi, nos nolentes sicut etiam nec
debemus propterea vestrum officium impediri, securitatemipsam
penitus revocantes, discretioni vestre per apostolica scripta man-
damus quatinus contra eumdem Aymericum et alios in decreta
vobis provincia Deum et justitiam habendo pre oculis procedentes,
non obstantibus securitate predicta et aliis securitatibus, prote-
ctionibus, confirmationibus, ordinationibus et inhibitionibus qui-
buscumque dicti predecessoris, aut aliorum quorumlibet juxta
formam vobis traditam ac canonicas sanctiones et de peritorui
consilio ofTicii vestri debitum curetis exequi diligenter. — Datum^
Avinioni, iii kalendas aprilis, anno secundo.
1. Sur les allusions contenues dans cette bulle, voir les documents n. 3, note 1,
et 6, note 2.
2. Pierre de la Chapelle, p. 13, note 2.
3. Berenger Fredol, p. 13, note 3,
— 48 —
Le pape reclame d Veveque de Maguelonne ^ les dossiers de Ven*
quete faite par lui dans son diocdse contre des beguins et d^autrei
heretiques. — Avignon, 18 septembre 1318.
Reg, VaL, t. cix, fol. 159 vo, n. 655 ; t. cx, part. 2, fol. 61,
n. 287; Eubel, BulL, n. 340 [in ext.)\ Coulon, n. 725 (anal.
Venerabili.. fratri episcopo Magalonen. — Cum sicut audivi*
mus... — Datum Avinioni, xiiii kalendas octobris, ann<
tercio.
1. Andre Fredol, O. S. A., eveque d'Uzes, le 20 mars 1314; transfere i]
Magueloline, le 18 fevrier 1318; meurt le 29 fevrier 1328. GalUachrisL, t. vr,
col. 633, 780-781 ; Eubel, Hier., t. i, p. 334, 539.
JEAN XXII 43
— 18 bis —
Meme lettre adressee n Veveque de Beziers *. — Avignon, 18 sep-
tembre 1318.
Reg. Vat., t. cx, part. 2, fol. 61, n. 287; Coulon, n. 726.
In e. m. episcopo Biterrensi.
1. Guillaume Fr6dol, d'abord abb6 de Saint-Tibery, promu h Bdziers, lc .*> ma
1313; mort en 1349. Eubel, Ilier., p. 141.
— 19-
Sur les instances de Bernard Gui, inquisiteur de ToulousBf
Jean XXI l confere des benefices vacants a deux neveux et d deux
notaires de cet inquisiteur. — Avignon, 21 septembro 1318.
Reg. Aven., t. xi, fol. 32 v», 36, 39, 78; Reg. Vat.,U lxix,
n. 96, 100, 114, 115; Mollat, Jean XXII, n. 8434-8437 (anal.).
1° Parochia dc Tiiragello *, Pictaven. dioecesis, per dimissionem
Joannis de Estapo vacans, confertur Aymerico Hugonis, nepoti
fratris Bernardi Guidonis, inquisitoris Tolosani. — Litterarum scien-
tia. — In eundem modum abbati Monasterii novi, et subdecano
S. Hilarii Pictaven., ac Guidoni de Velletro, canonico Belvacen.
2° Canonicatus sub exspect. praebendae ecclesiae Montisregalis ^,
Carcassonen. dioeccsis, confertur Petro Boerii, ipsius inquisitoris
ininquisitionis officionotario. — Laudabilibus tue probitatis meri-
tis. — In eund. mod. praeposito Tolosano, etGuidonide Velletro,
Belvacen., ac Raymundo Costa, Ruthenen. canonicis.
3° Canonicatus sub exspect. praeb. et dignitatis seu ofTicii eccle-
siae S. Pauli de Fenolhedesio ^, Electen. dioec, confertur Guidoni
Guidonis, dicti inquisitoris nepoti. — Tuam sinceram devotionem.
— Ineund. mod. archidiacono Carcassonen., et duobus supra
proxime dictis canonicia.
4° Canonicatus sub exspect, praeb. ecclesiae S. Felicis Tolo-
44
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
sanae dioecesis, confertur Jacobo Manivesii [Marquesii ?], in officio
inquisitionis notario, rectori eccl. de Davitz ^, Castren. dioec. —
Yirtutum studiis. — In eundem modum archidiacono Albien., et
cancellario Tolosan., ac Guidoni de Velletro.
Pro omnibus : Datum Avinioni, xi kal. octobris, pontificatus
nostri anno tertio.
1. Thurageau (Vienne), arrond. de Poitiers.
2. Montreal (Aude), arrond. de Careassonne.
3. Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrenees-Orientalcs), arrond. de Perpignan.
H. Saint-Felix-de-Caraman (Haute-Garonne), cant. de Revel, arroud. de
Villefranche.
5. Avits, commune de Castres (Tarn).
— 20 —
Le pape recommande aux inquisiteurs de la foi presents et d ^enir
de s'abstenir de toute molestation d Vendroit des consuls et des bour-
geois de Montpellier, dont la fidelite seculaire d V Eglise catholique^
jadis remarquee par plusieurs papes, merite encore d'etre vi{>ement
louee, — Avignon, 2 novembre 1318.
Reg. VaL, t. cx, n. 960; Coulon, n. 756 A [in exL).
Dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis in regno Fran-
cie per Sedem apostolicam deputa tis et in posterum deputandis. —
Etsi zelo fidei ^ ... — Datum Avinioni, iiii nonas novembris,
anno tercio,
1. Voir plus bas, n. 231, la confirmation de cette bulle par Urbain V; et dans
Coulon, n. 756 B, 756 C, 756 D, 756 E, des lettres d'Honorius III et d'AIexan-
dre IV en faveur de Montpellier. Voir plus loin, les n. 78, 87, 88, 98, 172, 311.
— 21 —
Le corps de Castel Faure, bourgeois de Carcassonne decede
depuis plus de quarante ans, a ete ensei>eli dans le com>ent des
Jreres mineurs de cette ville^. Naguere,une sentence de Vinquisi-
JEAN XXII 45
(eur Jean de Beaune ^, execrant la memoire du defunt, com^aincu
d^hercsicy ordonnait Vexhumation et la cremation de ses restes^ si
toutefois il etait possible de les reconnaitre parmi ceux des autres
jnorts. Les freres mineurs, faussemep,t accuses d^avoir mele les
ossemetits de Vhcretique a ceux des autres, afin d*empecher Vexe-
cution de la sentence, sont reconnus innocents de ce crime d la
suile d^une information entreprise par ordre du pape. — Avignon,
15 mars 1319.
Reg. Aven., t. xi, fol. 251 v» ; Reg. Vat., t. lxix, fol. 124 yo, n. 389;
Eubel, Bull.,n. 357 {in ext.); MoUat, n. 9059 (anal.).
Dileclis filiis Petro Vitalis, guardiano, Arnaldo Gheminarii et
Petro de Montelongo, ordinis fratrum minorum Carcassonen. etc.
— OfTicii nostri debitum exigit ut que justicic convenire percipi-
mus exequantur. Sane in nostra et fratrum nostrorum presentia
propositum extitit quod corpus quondam Castelli Fabri civis Car-
cassonen. in loco fratrum vestri ordinis Carcassonen. sepultum fuit
quadraginta annis et amplius jam elapsis; sed comperto pridem
quod dictus Castellus heretica fueratlabe respersus, dilectus filius
Johannes de Belna, ordinis fratrum predicatorum, in illis partibus
inquisitor hereticorum per Sedem apostolicam deputatus, pronun-
ciavit sententialiter ossa que dicti corporis fuerant exhumanda
fore ac incendio, si discerni possent ab aliis fidelium ossibus, con-
cremanda. Cumque perlatum ad nostram audientiam extitisset
quod vos ne in eisdem ossibus ipsius Castelli talis executio fieri
posset illa commiscueratis cum aliis ossibus fidelium eorundem
ct alias impedimentum prebucratis ne dicti inquisitoris pronun-
cialio hujusmodi cxequtioni debite mandaretur, nos scire volentes
an predicta per vos fuissent operibus adimpleta et invosanima-
verterc (sic) si vos supcr hujusmodi invenissemus culpabiles exti-
tisse, hujusmodi negotium examinavimus diligcntcr, et quia
per hujusmodi cxaminationem invencrimus quod tam fidclium
quani Castelli prefatorum ossa cadem diu ante pronunciationem
hujusmodi simul fuerant diversis temporibus et locis absque
culpa vcstra commista, vosque in executione predicta facienda
inipedimentuni aliquod nullatcnus prcstitisse, sicut nobis minus
vcridica fuerat insinuatione suggestum, vos in hac partc dc fralrum
nostrorum prcdictorum consilio omnino inculpabiles reputamus,
vosquo decernimus nulla proptcr hoc nota infamie maculatos.
46 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
Nulli ergo, etc, nostre reputationis et constitutionis infringerc, elc.
— Datum Avinioni, idus martii, anno tercio.
1. Ce riche bienfaiteur des franciscains de Carcassonne etait mort en 1278,
assiste de six de ces religieux et son corps avait ete inhume dans le cimetiere
du couvent. Une enquete secrete, entreprise vingt-deux ans apres, par Nicolas
d'Abbeville et au cours de laquelle des temoins reputes serieux furent interroges,
vint ternir la reputation d'orthodoxie attachee a la memoire du defunt. L'in-
quisiteur acquit la conviction que Faure avait ete regu dans la secte cathare a
son lit de mort. II fit proclamer, en Tan 1300, dans toutes les eglises de Carcas-
sonne, un avis aux parents ou amis du mort, les invitant a defendre sa memoire.
On sait deja le role joue dans cette affaire par les freres mineurs et surtout par
Bernard Delicieux (n. 2, note 2). Ils essayerent d'opposer aux temoignages des
ennemis de Castel Faure les depositions des freres qui avaient rcQu son dernier
soupir. L'inquisiteur affecta de ne rien entendre. Un appel au pape, redige a
grand'peine par un homme de loi qui tremblait de peur et voulut rester inconnu,
ecrit par un notaire etranger, fut notifie a Tinquisiteur par surprise, au moyen
d'un placard clou^ a la porte de son hotel. Pour le moment, toute procedure
fut suspendue. Puis Nicolas d'Abbeville fut destiLue de sa charge (1302). Le pon-
tificat de Clement V amena une detente. Le fils de Castel Faure, Aymeric, avait
rcsolument pris la defense de ses concitoyens mecontents (n. 6, note 2). On n'osa
probablement plus parler de son pere. Le dossier compile par Nicolas d'Abbe-
ville ne fut rerpis que par Jean de Beaune, des que relection de Jean XXII eut
inaugure une 6re nouvelle. La bulle du 15 mars 1319 nous apprend que cet
inquisiteur venait de prononcer la sentence si longtemps attendue. Les ossemeuts
du defunt devaient etre exhumes et jetes au feu, si toutefois il etait possible d'en
faire le triage dans Tossuaire du couvent. Le bruit courut que les freres mineurs,
desireux de preserver coute que coutc les restes de leur bienfaiteur de cette
suprSme execution, les avaient meles ^ ceux d'autres defunts pour rendre
inapplicable la sentence. Si ce bruit etait fonde, les franciscains couraient le
risque d'etre punis pour avoir mis obstacle a Texercice de rinquisition. Mais
le pape n'ecouta les insinuations de leurs ennemis que pour ordonner une
enquetc. Celle-ci leur fut favorable et Jean XXII les reconnut innocents par
la presente bulle.
Si les ossements de Castel Faure continuerent a reposer en terre benite, la
sentence de Jean de Beaune regut, pour le reste, une rigoureuse application.
Les biens du defunt furent confisques. Le tresor royal en percevait encore
les revenus en 1323. Doat, t. xxxiv, fol. 189, 215; Mahul, CarL, t. v, p. 670,
671. En 1338, rhotel de Castel Faure a Carcassonne fut Tobjet d'une contes-
tation entre le fisc et Pierre de Manse, qui pretendait le tenir en legitime
propriete do la reine, cello-ci Tayant ro^u en don du roi Philippe le Bel. Pierrd»]
linit par robtenir de la liberalite de Philippc de Valois. llisl. de Lang., t. x,^
p. 831-833.
La femme de Castel Faure, Rixende, convaincue d'heresie, comme son mari, :
longtemps apres sa mort, fut condamnee en 1329. L'assemblcc consultative du
8 septembre 1329 pronon^a rexhumation de ses os (Douais, La formule Com-
JEAN XXII 47
municato, elc, p. 58) et cette sentencc fut executee. Doat, t. xxvii, fol.
235 yo sq. ; Mahul, CarluL, t. v, p. 688.
II a ete question ailleurs d'Aymeric Castel (n. 6, note 2). Sur 1'aiTairc de
Castel Faure, voir encore Haureau, Bernard Delicieux, elc, p. 1-11, 167-175;
d'apr^s Doat, t. xxxiv, fol. 123-130.
2. Jean de Beaune, originaire de la ville de ce nom, en Bourgogne, fit ses
6tudes et sa profession religieuse dans le couvent des fr^res prScheurs de Dijon,
En 1316, ii fut nomme a Tlnquisition de Carcassonne, en rcmplacement de Geof-
froi d'Ablis, decede. Outre le proces de Castel Faure repris par lui, enl3l8ou
1319, il poursuivit oi/ recommen^a ceux de Guillaume Salavert et d'Isarn Coll,
d'Albi (1319; Biblioth. nat., ms. lat. 11847, fol. 43 sq.), et celui de Guillem Garric,
de Carcassonne (1320-1321; Douais, Guillaume Garric et le tribunal de V 1 nquisi-
tion, p. 9). II se preta a la fondation d'une succursale du tribunal de 1'Inquisi-
tion a Pamiers (n. 24, note 1) et delegua le dominicain Gaillard de Pomies
(10 d^cembre 1318) pour le remplacer aupres de 1'evSque Jacques Fournier.
Ms. Vatican lat. 4030, fol. 69. La part qu'il prit personnellement aux travaux
de ce tribunal se borne a une intervention tardive pour la conclusion des procds.
Le 1*' mai 1320, il pronon^a, avec Teveque, la peine de mort contre deux vaudois
obstines et difTerentes penitences contre d'autres heretiques. Ms. 4030, fol. 15,
18, 21, 22. Le 8 mars et le 2 aoAt 1321, le 4 et le 5 juillet 1322, le 19 juin 1323, il
assista a des actes de foi celebr^s k Pamicrs. Limborch, Lib. sent., p. 286-289,
291-298, 393; ms. Vat. 4030, passim. D'autre8 ceremonies de ce genre furent pre-
sidees par lui, a Toulouse (30 septembre 1319; Limborch, op. cit., p. 209) avec
Bernard Gui, et a Lodeve (3 juillet 1323; Doat, t. xxviii, fol. 8-37) avec les vi-
• aires generaux de Tevfique. S*il faut en croire dom Vaissete, Hist, de Lang.,
t. IX, p. 398, il aurait tenu, en avril 1324, k Carcassonne, une assembl^e consul-
tative prccedant le jugement de divers heretiques. II est avcre que Vauto da /«'
de Lodevo fut prepare par une reunion semblable convoquee par lui, le 2 juil-
let 1323, dans la salle du chapitrc. Douais, La formule Communicato, p. 16-19.
Le 29 juin 1321, il proceda k la r^conciliation du bourg de Cordes (Limborch,
op. cit., p. 277-282) et^ la mfeme ann^e, se rendit k Narbonne pour juger un be-
guin. Ce fut k Foccasion de rassemblee convoquee pour examiner la culpabilite
dc ce prevenu qu'eclata la fameuse dispute sur la pauvrete du Christ et des
apotres, dont les suites furent si desastreuses (n. 37, notel). Hist.de Lang.,
t. IX, p. 397. Signalons cncore quelques actes emancs do Jean de Bcaunc ou
auxquels il eut part : le 14 janvier 1322, il delivra, de concert avec J. Four-
nier et B. Gui, des lettres de f61icitations k Arnaud Sicre, espion do rinquisi-
tion. Ms. Vat. lat. 4030, fol. 132 C; cf. n. 53. On verra ailleurs (n. 41) qu'il fut
choisi, par Teveque Pierre de Roquefort, comme executeur de ses dernieros
volontcs.
II resulte de divcrs passages du Registre do-4'Inquisition de Pamiers (ms.
4030, fol. 180, 301, 304, 311) qu'il etait mort en aout 1324. Le 7 de ce raois,
raudionco du tribunal est presidce par Jcan Duprat, son successeur. On attribue
k Jean de Beauno une critique des erreurs de Pierre de Jean d'01ive, entreprise
par ordre de Jean XX H et que Baluze a publiee. MiscelL, edit. Mansi, t. ii,
p. 274-276. Sur cet inquisiteur, voir Quctif et fichard, Scriplores ord. praed., t. i,
col. 585-586; J.-M. Vidal, Le tribunal d' I nquisition de Pamiera, p. 86-88.
48 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
— 22 —
Le pape delegue Varcheveque de Toulouse ^, les es^eques de
Pamiers ^ et de Saint-Papoul ^, pour connaitre des crimes imputes
d Bernard Delicieux, de Vordre des freres mineurs *. — Avignon,
16 juillet 1319.
Reg. Aven., t. xii, fol. 10 v^; Reg. Val., t. lxix, n. 866; t. cx,
part. 2, fol. 3; Wadding, ad ann. 1318, n. xxiv; Baluze, Vitae,
t. II, col. 341 ; Eubel, BulL, n. 372 [in ext.) ; Mollat, Jean XXII
n. 9799.
Venerabilibus fratribus.. archiepiscopo Tolosano et. Appa-
miarum ac. Sancti Papuli episcopis. — Etsi cunctorum nequitia
redundans in proximi lesionem merito cunctis bonis mentibus esse
debeat odiosa, illorum tamen actus nepharios acrius prosequi debet
censura judicii, qui voto regularis professionis astricti sub agni
specie gestant lupum et sanctimonie habitum et pietatis opera
cxterius pretendentes per machinationes detestabiles proxi-
morum exterminia moliuntur. Sane ad audientiam nostram fama,
immo verius, infamia publica deferente pervenit, quod (a) Bernardus
Deliciosi, ordinis minorum, in profunda malorum opera obsti-
nans vota sua in illum prorupit horribilis factionis excessum ut,
conspirans in mortem felicis recordationis Benedicti XI prede-
cessoris nostri, operam dederit ut idem predecessor veneni po-
culo necaretur; et quod ad nephanda alia applicans actus pravos
molitus est cum quibusdam hominibus Carcassonen.(6)necnon cum
syndicis Albiensibus et castri de Cordua, Albiensis diocesis, ut a
iidelitate clare memorie [Philippi] regis Francie recederent et
quendam potentem in dominum sibi assumerent, ac Carcassonen-
sem cum burgo, et Albiensem sibi traderent civitates et castrum
predictum ; litterasque huiusmodi proditionis habite et tra-
ctate scripsit et sigillatas sigillo consulatus Carcassonen. detulit
et assignavit dicto potenti, ipsumque rogavit et sibi consuluit
quantum potuit et induxit, ut civitatum, burgi et cfistri predi-
ctorum dominationem reciperet, cum ex hoc posset toti patrie
dominari : cuius quidem proditionis Petrus Probi, de Castris, ct
(a) Wadding, Eubel : quod frater.
[b) Wadding, Eubel : hominibus burgi.
JEA.N XXll 49
Arnaldus Garsie, de Albia, clerici, conscii et participes fuisse
dicuntur. DictusqueBernardus populum Carcassonen. subdolis pre-
dicationibus ac suasionibus deceptivis (a), adversus inquisitores he-
retice pravitatis et ordinem fratrum predicatorum sic studuit con-
citare quod prefatus populus ad domum et ecclesiam dictorum pre-
dicatorum in multitiidine gravi et armorum impetu concurrentes
ipsorum domum et ecclesiam expugnarunt. Idemque Bernardus
carceres dictorum inquisitorum fecit seu procuravit frangi ct
aperiri, et inde plures dampnatos dc heresi abstrahi et liberari,
et quamplures domos hominum burgi Carcassonen. amicorum
dictorum predicatorum penitus demoliri, prede ipsorum bonis ac
viridariis et prediis expositis vastitati. Et alias (/>) plures sermones,
tam in ecclesiis, quam extra publice fecisse dicitur adversus inqui-
sitores et predicatores prcdictos, ex quibus eos graviter infamavit,
ct in fidelium cordibus reddidit odiosos; eorumque processus cor-
ruptus pecunia coram quibusdam predecessoribus nostris romanis
pontificibus et dicto rege Francie studuit impugnare, hereticis
seu credentibus ct receptatoribus eorumdem prebendo auxilium
consilium et favorem; prefatis clericis eidem in proditione (c) et
prcdicationibus et aliis commissis contra officium inquisitorum pre-
dictorum consentientibus, participantibus et alias sibiprestantibus
auxilium, consilium et favorem. Preter hec, idem Bernardus non-
nullaalia detestabilia presumpsisseet commisissedicitur, que non
posscnt presentibus absque difTusa recitationis serie enarrari. Licet
igitursuper premissorum aliquibus et aliisdetestabilibus commissis
per eum contra dictum Bernardum de mandato Sedis apostolice
fuerit hactenus inquisitum, quam inquisitionem vobis duximus
remittendam : volentes tamen, ut super premissis et nonnullis
aliis articulis, quos vobis sub bulla nostra mittimus interclusos,
super quibus etiam dictus Bernardus publica infamia noscitur
laborare, per vos diligentius inquiratur, fraternitati vestre prcsen-
tium tenore committimus ct mandomus, quatinus, vos, velduo
vcstrum, in civitatc Tholosana {d) vel alibi, ubi expcdire videritis,
dc predictis omnibus ct aliis singulis in articulis predictis con-
tentis contra Bernardum et clericos supradictos, quos iamcaptos
(a) Wadding, Eubel : decipiens-
(b) Wadding, Eubel : atiter.
(c) Reg. Ai'en. et Val. : prcdicatione.
(d) Wadding, Eubcl : Toloaae.
BULLAIHh: - 1
50 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
et sub cnstodia fida detentos ad vos mitti volumiis ct mandamus,
et quoscumque alios clericos, de quibus vobis videbitur, summa-
rie et de plano, ac sine strepitu et figura iudicii inquiratis diligen-
tius veritatem; et, si per inquisitionem iam factam, vel per vos
faciendam, seu per confessionem eorum aut alias (a) vobis legitime
constiterit de premissis vel eorum aliquibus, contra eos ad penas
debitas, etiam degradationem, quam per vos aut duos ex vobis
fieri volumus, nullis episcopis seu prelatis aliis, si haberi non
possint commode, convocatis, et penas alias graviores, si enor-
mitatum ipsarum exegerit qualitas, auctoritate nostra iuxta
sanctiones canonicas, appellatione seu provocatione remota, proce-
datis : constitutione aliqua non obstante, seu indulgentiis apo-
stolicis ordini predicto concessis, quod fratres dicti ordinis per
litteras apostolicas nequeant conveniri, vel contra ipsos quoquo
modo procedi non possit, nisi in dictis litteris de indultis(6)
huiusmodi eorumque toto tenore de verbo ad verbum plena et
expressa mentio habeatur ; contradictores per censuram eccle-
siasticam appellatione postposita compescendo. Testes autem
qui fuerint nominati, si se gratia, odio vel timore (c) subtraxerint,
censura simili appellatione cessante compellatis veritati testi-
monitim perhibere. — Datum Avinioni, xvii kal. augusti, anno
tertio.
(a) Wadding^ Eubel : aliter.
(b) Wadding, Eubel : indulgentiis.
(c) Wadding, Eubel : amore.
1. Jean Raymond de Comminges, eveque de Maguelonne, le 29 juillet 1309;
transfere a Toulouse, dont il est le premier archeveque, le 13 novembre 1317;
cree cardinal du titre de Saint-Vital, le 18 decembre 1327; eveque de Porto, en
1329; mort le 20 novembre 1344. Baluze, Vilae, col. 753; Gall. christ., t. vi,
col. 779; t. XIII, col. 38-39; Hist. de Lang., t. ix, p. 444-445; Eubel, Hier., t. i,
p. 15, 334, 515.
2. Jacques Fournier; voir n. 24, note 1.
3. Raymond de Mostuejouls, abbe de Saint-Tibery, puis eveque de Saint-
Flour (31 juillet 1317); transicre a Saint-Papoul, le 16 avril 1319; et promu au
cardinalat, le 18 decembre 1327. II mourut le 13 novembre 1335. Gallia christ.,
t. VI, col. 714 ; t. II, col. 422-423 ; t. xiii, col. 301-302 ; Hist. de Lang., t. ix, p. 368 ;
Eubel, Hier., t. i, p. 15, 261, 409.
4. Sur les debuts de Bernard Delicieux, voir n. 2, note 2. Bernard se mit, en
1317, a la tete des spirituels de Narbonne et de Beziers (n. 15) et tenta
de prendre leur defense devant le pape. II fut jete sur-le-champ en
prison et soumis a une enquete dont le pape confia la direction a Guillaume
Mechiu, evcque dc Troyes, et a Pierre Letessier, abbe de Saint-Serniii. Trois
i
JEAN XXII 51
chcfs d'accusation pesaicnt sur lui : !<> envoutementayant causc la mort du pape
neuoit XI; 2° conspiration contre lc roi de France, dans lc but de livrcr Carcas-
sonne, Albi ct Cordes k rinfant de Majorquo; 3° obstruction au libre cxercico
de rinquisition. Le dossier fut constitue au bout de deux ans; et, le 16 juillet
1310, par la presente buUe, Ic pape delegua Ics jujres de Bernard. Tous trois
sc reunirent d'abord a Castelnaudary; puis, rareheveque de Toulouse s'ctant
ictire, les deux eveques se fixerent a Carcassonne, oii le prcvenu avait ctc trans-
ferc. L'inquisitcur Jcan dc Beaune s'assit a c6t6 d'eux, k Taudicnce, ainsi que
le scnechal de Carcassonne et les rcformateurs royaux, Raoul, cv6quc dc Troyes,
ct Jean, comte de Forez.
Devant cette cour impotante comparurent d'abord d'anciens complices do
Bcrnard dans les aflaircs d'AIbi et de Carcassonnc, qui sc firent ses accusateurs.
II subit lui-mcme de nombrcux interrogatoires, avoua sans difTicuItc la part
qu'il avait eue dans les troublcs suscitcs contre Flnquisition, mais refusa de se
reconnaitre coupablc de trahison. La torture ne vint pas h bout de son obstina-
tion, sur ce point pas plus que sur Ic chof d'envoutement. Le proccs, commencc
en septembre, fut clos le 8 deccmbre. Retcnu coupablc d'obstructioo 4 rinqui-
silion sous diverscs formes, de trahison contre le roi de Francc et de necroman-
cie, mais reconnu innocent de tout complot contre Benoit XI, Taccuse fut con-
damne a la degradation ecclesiastique ct a remprisonncmcnt perpctucl, au pain
ct a Tcau, dans le « mur » de Carcassonne. On proceda sur-le-champ a sa dcgra-
dalion. Voir la sentence dans Limborch, Liber setitent. Inquisilionis TftoloManaes
j). 2G8-273. Lcs procureurs royaux, Raymond Foucault et Raymond Leccurt,
protestercnt, lc Icndemain^ contre cette sentencc, a leur avis trop cldmcnte,
et firent appel au pape. Par contre, les juges de Bernard, pris de pitie pour sa
faiblcsse ct scs infirmitds, le dispens6rent des fers et du jctkno. lU lui laissaicnt
mcme le froc de son ordre; mais le pape ordonna de le lui arracher, le 25 f^vrier
1320 (voir n. 27). Haureau, Bernard Delicieux, p. 143-165, 198-218; Hiat. de
Lang., t. IX, p. 300-393 ct notcs. Voir aussi Fragnunta ord. praed. dc B. Gui, daus
Ilisl. des Gaules el de la France, t. xxi, p. 743-744, 748-749; Baluzc. Vitae, t. i,
col. 116, 648 sq., 672, 676, 681, 691, 696, 753, 758.
— 23 —
Le pape Jean XXII releve un juge ecclcsiastique de Virregula-
rilc quil a pu conlracter en appliquant d la torture une femme accu-
see de sortilege et d*heresie et en causant la mort de la malheureuse.
— Avignon, 28 juillct 1319.
Reg Aven., t. xii, fol. 482 v»; Hcg. Val., t. lxix, fol. 452,
n. 1437; MoIIat, Jean XXII, n. 9843 (anal.).
5!J BULLAIRE DE L^INQUISltlON FRANgAlSE
Dilecto filio Seguino de Belegneyo, canonico Eduen., etc. —
Petitio tua nobis exhibita continebat quod cum tu olim venera-
bilis fratris nostri Fortii ^, episcopi Pictavien., judicis ecclesiastici
officium exerceres, et quedam mulier super criminibus sortilegii
et heretice pravitatis publice diffamata coram te super crimi-
nibus ipsis accusata fuisset nicliilque confiteri voluisset de cri-
minibus antedictis, tu, de consilio quorumdam proborum qui
se asserebant vidisse penis examinari hereticos in partibus
Tholosanis ^, fecisti plantas pedum eiusdem mulieris iuxta car-
bones accensos apponi, que ipsorum calorem sentiens et ardorem
quamplurima erronea et orrenda contra catholicam fidem fuil
confessa et multos in dictis erroribus sibi consocios et complices
revelavit, qui exigentibus eorum demeritis fuerunt postmodum
juxta iuris exigentiam condempnati ; que omnia sic inventa, ut
communiter creditur, nunquam revelata fuissent nisi median-
tibus tormentis eiusdem {sic) predicta mulier revelasset. In quibus
quidem sic revelatis et confessis dicta mulier perseverans, dum
deliberaretur que pena propter premissa imponenda fuisset ei-
dem, in carcere eiusdem episcopi diu post confessionem predi-
ctam debitum nature persolvit. Verum quia dubitatur ne propter
predicta tormenta citius decesserit quam alias decessisset mulier
supradicta si tormentata minime extitisset ; propter quod, quamvis
propter defensionem et zelum catholice fidei consensisses, dubitas
irregularitatis maculam incurrisse, nobis humiliter supplicasti ut
tecum super irregularitate si quam ob hoc incurristi dispensare
misericorditer dignaremur. Nos itaque tuis in hac parte supplicatio-
nibus inclinati benignius annuentes ac tibi de salubri remedio provi-
dere volentes, tecum super irregularitate huiusmodi, si quam pro-
pterea forsitan contraxisti, quod, ea non obstante posses ad omnes
ordines promoveri et ecclesiasticum beneficium obtincre, etiam
si dignitas fuerit, auctoritate apostolica dispensamus. Nulli ergo,
etc, nostre dispensationis infringere, etc. — Datum Avinioni,
V kalendas augusti, anno tercio.
1. Fortius d'Auch, ou Daux, chanoine de Poitiers, devient eveque de cette
eglise, le 29 mars 1314; il meuit le 8 mars 1357. Gallia chrisL, t. ii, 1190-1191;
Eubel, Hier., t. i, p. 419.
2. L'usage de la torturc dans lcs tribunaux d'Inquisition fut autorise par des
bulles d'Innocent IV, 15 mai 1252 (Potthast^ n. 14592), d'Alexandre IV,
JEAN XXll 53
30 novembre 1259 (Potthast, n. 17714) ct de Clement IV, 3 novembre
1265 (Potthast, n. 19433). Nous avons relevo {Jean Galand, p. 18-20;
Tribunal d'Inquisition de Pamiers, p. 170-177) un certain nombre d'allusions a
cet usage dans les tribunaux du Midi. Le pr^sent recueil en offre quelqucs autres
(n. 53 note, 143, 186, 341).
— 24 —
Ordre est donne par Jean XX JI d Vevcque de Pamiers de pro-
ceder contre trois indwidus voues aux pratiques de la magie et au
culte des demons. — Avignon, 28 juillet 1319.
Reg. Vat., t. Lxix, n. 963; Mollat, Jean XXII, n. 9842 (anal.).
Venerabili fratri .. ^ episcopo Appamiarum. — Ad audientiam
nostram non sinc dolore cordis pervenit quod filii Belial Petrus
Ademarii, presbitero [sic), et Petrus Ricerdi ^^ ordinis carmelita-
rum, et Galharda Enquede, de Monte • Galhardo ^, mulier, per
devia vitiorum vagantes factionibus ymaginum, incantationibus
et consultationibus demonum, fascinationibus, maleficiis et aliis
diversis adinventionibus superstitiosis intendunt * , sicque non
solum seipsos precipitant in gehennam, sed et multos trahunt
verbis, perit... et exemplis. Nos autem viam precludere huius-
modi et aliis erroribus ingenti desiderio afTectantes, ac confisi
de zelo quem ad iustitiam geris ut criminosi et crimina compe-
scantur, fraternitatem tuam hortamur attente per apostoHca ni-
chilominus tibi scripta mandantes quatinus contra presbiterum,
Petrum Ricardi et mulierem predictos, quos tuus carcer dicitur
petinere inclusos, et alios si qui sunt principales in illis partibus
errorum huiusmodi sectatores inquiras per le, vel alium, scu
alios, summarie, de plano, sine strepitu et figura iudicii, auctori-
tate nostra ubi tua non sufTecerit plenarie veritatem; et si pres-
biterum, Petrum et mulierem et elios supradictos huiusmodi
scelerum inveneris fore reos, cum dignum sit rigorose procodere
ubi sic graviter deliratur, de hiis que contra tales iuris sancit
auctoritas nil omittas,ita quod dum suos actores debita pena tenuc-
pit, cessent crimina. proscribantur delicta, catholica fidcs ex erro-
pibus j)redictis turbata rlarescat, status oius in tranquillo rema-
54 BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANCAISE
neat, puniantur sui sceleritate malefici et ceteri perversa presu-
mere terreantur. — Datum Avinioni, v kal. augusti, annotercio.
1. Jacques Fournier, de Saverdun (Ariege), d'abord profes dans le monast^re
cistercien de Boulbonne, puis abbe de Fontfroide, au diocese de Narbonne,
fut promu a reveche de Pamiers, le 19 mars 1317. Transfere a Mirepoix le 3 mars
1326, il fut cree cardinal (du titrc de Sainte-Prisque) le 19 decembrel327, et fut
elu pape (Benoit XII) le 16 decembre 1334. Gallia christiana, t. vi, col. 199,
210-211 ; t. XIII, 160-161, 268-269; Eubel, Hier., p. 15, 16, 94, 360; X. Le Bache-
let, Benoit XII, dans Dictionnaire de theologie catholique de Vacant-Mangenot,
t. II, col. 653-704; J.-M. Vidal, Notice sur les oeuvres du pape Benoit XII, dans
Re^ue d'histoire ecclesiastique, 1905, t. vi, n. 3, 4.
fitant eveque de Pamiers, il derploya une grandc activite dans la repression
de rheresie. II crea une succursale de 1'Inquisition de Carcassonne, et, avec
1'aide de Gaillard de Pomies, lieutenant de Tinquisiteur, il fit des proces a plus
de cent heretiques, ses diocesains. Les actes de la plupart de ces proces sont
contenus, les sentences exceptees, dans un volumineux manuscrit conserve a
la bibliotheque Vaticane sous la cote : Vat. lat. 4030. La description de ce volume
a ete faite par Mgr Douais, Documents, etc, p. ciii-cvii; par Gh. Molinier
£tudes sur quelques manuscrits des bibliolheques d'Italie concernant 1'Inquisition
el les croyances heretiques du xii^ au xvn® siecle, dans Archives des missions
scientifiques et litteraires, t. xiii, et par nous-meme, Le tribunal d'Inquisition
de Pamiers. II est heureusement completd par le Liber sententiarum Inqui-
sitionis Tholosanae, publie par Limborch, et par les tomes xxvii et xxviii de
Doat, ou ron trouve la conclusion d'un bon nombre de proces presides par Jac-
ques Fournier. Douais, Documents, etc, p. cviii-cx.
Le ms. 4030 ne contient pas les interrogatoires des trois sorciers dont il est
question dans le present document. Nous savons neanmoins que le moine Pierrc
Record, convaincu de sorcellerie, fut condamne a la degradation et a la prison
perpetuelle, le 17 janvier 1329, par le successeur de Jacques Fournier, Domi-
nique Grima, et par les inquisiteurs Hcnri de Chamay et Pierre Brun. Doat
t. xxvii, fol. 150-156. Notre recueil compte plusieurs documents se referant k
1'action de Jacques Fournier contre rheresie, a Pamiers : n. 22, 25 (note 4), 27,
53 (note 6), 64; a Mirepoix : n. 73; durant son cardinalat : n. 100, 128, 140, 141^
176; durant son pontificat : n. 142-181.
2. II faut probablement lire Pctrus Recordi. Un carme de cc nom fut con-
damne pour sorcellerie, a Pamiers, le 17 janvier 1329. Voir note precedente e1
Lea, Ilist. de Vlnquisition, trad. fr., t. iii, p. 550-551.
3. Montgailhard (Ariege), cant. et arrond. de Foix.
4. Sur les pratiques de sorcellerie et leur repression, voir n. 30 bis, 67, 103,
ct fntroduction, p. xlviii-li.
JEAN XXII 55
— 25 —
Sauj-conduit puur Bertrand Barrau, chapelain de Veveque de
Pamiers, charge de ramener d ce dernier les heretiques Raymond
de la Cote et Jean de Vienne et deux femmes que Vevrque avail cru
devoir envoyer a la cour d' Avignon. — Aviirnon, 26 aoOt 1319.
Reg. Aven., t. xt, fol. 547; Reg. Vat., t. lxix, n. 151, de Curia;
Mollat, Jean XXII, n. 10236 (anal.).
Universis ad quos presentes littere pervenerint, salutem. — Cum
ven. frater noster..* episcopus Appamiarum, Raymundum de
Costa 2 et Johannem de Viana ' cum duabus mulieribus, quos pro
certis corum criminibus * cepcrat, nobis captos transmiserit, nos-
que illos per Berlrandum Barravi ^, prcfati episcopi capellanum, ex
certis causis ligatos ad prefatum episcopum renunciamus, Uni-
versitatem vestram requirimus et attente rogamus per aposto-
lica vobis scripta mandantes quatinus prefatum capellanum, cum
pcp partes vcstras transitum fecerit, libere permittatis abire
cum carceratis eisdem ; ita quod eos secure et liberc reducere
valeat ad episcopum memoratum, nuUam sibi ot eis molestiam
seu violentiam inferentes, taliter quod vos propterea de prompta
obeditione commcndare merito valeamus. — Datum Avinioni,
VII kalcndas septcmbris, anno tcrtio.
1. Jacq\ies Fournier ; voir n. 24, note 1.
2. La C6te-Saint-Andrc (Isere), arrond. de Vienne.
3. Vienne, sous-pr^fectuife du depart. de risftre.
4. Lcs deux femmes avaient nom Agn^s Franc et Iluguettc, et, comme le
diacre Raymond de Sainte-Foi et Jean Fustier, mari de la deuxieme, elles appar-
tenaient k la secte vaudoise. Leurs procc-s sont contenus dans le ms. 4030, lat.
Vatican.(n. 24, note 1) ; celui de Raymond, du fol. 1 ou fol. 17 v^; celui d'Agnd8,
du fol. 17 vo au fol. 18 \°; celui de Jean, du fol. 107 au.fol. 109 v»; celui d'Hu-
guette, du fol. 109 v" au fol. suivant (non foliot^). Le texte en est plein d'inter6t
k cause des noml)reux renseignements qu'il olTre sur les doctrincs de la secte.
Ces quatre individus ^taient venus du Dauphin6, ou sans doute ils n'^taient pas
en sflret^, 8'6tablir k Pamiers. Group^s autour de leur diacre, ils menaient une
vie simple et laborieuse. Saisis par ordre de Jacques Fournier, en 1319, ils
furent d'abr.rd interroges pnr lui et envoyes k Avignon. Mais le papo les fit
reconduire immediatement k Pamiers (n. 25). Leurs proc6s se poursuivirent
en 1:^20 et l'^21. Raymond de la CAte et Agn^s Franc furent livres au bras
seculier le 1" mai 1320 (ms. 4030, fol. 27 v», 32 v^, 33, 35); Jean de Vienne el
56 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
Huguette, sa femme, subirent le meme sort le 2 aout 1321. Leur sentence a ete
publiee par Limborch, Liher senL, p. 289-291. Voir Vidal, Le trihunal d'Inqui-
sition de Pamiers, p. 15, 30, 129-135, 212, 215.
5. Ce Bertrand Barrau prend part comme temoin d'onice a plusieurs seances
du tribunal de rinquisition de Pamiers. Ms. 4030, fol. 106, 109, 112 v», 151 v^,
156, etc
— 26 —
Le pape ordonne d V archeveque de Toulouse ^ de proceder, selon
les regles canoniques, d la degradation de Jean Philibert ^, pretre
du diocese de Besangon, hahitant dans le diocese d' Auch et inculpe
d^heresie vaudoise. — Avignon, 6 fevrier 1320.
Reg. Vat.,t. Lxx, fol. 11 v^, n. 41, de Curia; Limborch, Liher
sentent. Inquisitionis Tholosanae, p. 274; Douais, Practica Inqui-
sitionis heretice prai^itatis, p. 120; GueraLTd, Documents pontificaux
sur la Gascogne, t. i, p. 172, n. 113 [in ext. in omnihus loc. cit.);
Coulon, n. 998 (anal.) ; Molkt, op. cit., n. 12061 (anal.).
Venerabili fratri .. archiepiscopo Tholosano. — Nuper fide
digna relatione... — Datum Avinioni, vtii idus februarii, anno
quarto.
1. Jean Raymond de Comminges ; voir n. 22, note 1.
2. Cet heretique etait originaire de la Chapelle-Saint-Sauveur (Saone-et-
Loire). Ayant regu, vers Tan 1293, mission de Tinquisiteur de Bourgogne de
rechercher et de capturer certains vaudois fugitifs, il poussa jusque dans le
diocese d'Auch, oii il se trouva en contact avec des communautesd'heretiques.
II se fixa au milieu d'elles et se laissa gagner a leurs doctrines et a leurs pratique8,|
De retour dans son pays natal, en 1298, il fut traduit devant Tinquisiteur Gui
de Reims, interroge et emprisonne a Saint-Laurent-la-Roche (Jura). On ne pul
lui arracher ni le serment de dire la verite, ni les noms des heretiques frequentes
par lui en Gascogne. On en tira cependant quelques details sur les doctrines
de la secte. II finit par abjurer, et, sous condition qu'il s'appliquerait desormais
a la poursuite des heretiques, on le mit en liberte. II reprit aussitot le chemin
de la Gascogne et revint a ses anciennes erreurs. En octobre 1311, il fut arrete,
conduit a Toulouse et interroge par Bernard Gui. II rejeta de nouveau Terreur
vaudoise, mais sans conviction, puisque, de sa prison meme, il continuait a
correspondre avec un des chefs de la secte, qui lui envoyait des vetements.
Son proces dura jusqu'en 1319. Le 30 septembre de cette annee, dans la cathe-
drale de Toulouse, Philibert fut condamne comme relaps «^ otre livre au bras
JEAN XXII 57
sccuHor, opr^s avoir subi la degradation canoniquc. Comme on le voit par lo
present document, cette operation n'avait point ete encore accomplie le 6 fe-
vrier 1320. L'archevdque re^ut la bulle du pape le 5 mars suivant, a Mielan
(Gcrs). II ne Texecuta que le 15 juin, non sans avoir pris connaissance du
dossier de Tlnquisition. La degradation eut lieu dans la cathcdrale toulousaine,
en presence de plusieurs abbes, prelats, docteurs, des representants de Tinqui-
siteur et d'une foule nombreuse. Philibert, successivement depouille des insignes
de chaque ordre, fut remis, la t^te rasee, aux ofTiciers civils, qui Texecutdrent
sur-Ie-champ. Liher sententiarum Inquis. Tlwlosanae, publie par Limborch»
p. 252-255, 274-276; Douais, Practira Inquisitionis her. prai^., p. 120.
— 27 —
Le pape ordonne aux eveques de Pamiers et de Saint-Papoul,
juges de Bernard Delicieux, d^aggraver la sentence portee contre
luij en lui arrachant le froc religieux ^. — Avignon, 25 fevrier 1320.
Baluze, Vitae, t. u, col. 365; Eubel, BuU., n. 388 (m ext.).
Johannes episcopus, servus servorum Dei, venerabilibus fra-
tribus Appamiensi et Sancti Papuli episcopis salutem et apo-
stolicam benedictionem. — Cum nimis indecens videatur quod
frater Bernardus Delitiosi, ordinis minorum, pro tam enormibus
criminibus condemnatus, relijrionis adeo venerabilis habitum
extra dictum ordinem in carcere deferat, presertim cum si pro
levioribus culpis esset ad ipsius ordinis carcerem deputatus,
hujusmodi habitum in eodem ordine non deferret, fratcrnitati
vcstre de fratrum nostrorum consilio per apostolica scripta
precipiendo mandamus quatinus eidem fratri Bernardo,
sublato cujusvis tarditatis obstaculo, dictum habitum auferatis,
ab omni mitigatione penitentie per vos eidem imposite, quam
nobis et apostolice Sedi reservamus specialiter abstinendo, nisi
a nobis super hoc aliud receperitis in mandatis. — Datum Avi-
nioni, v kalendas martii, pontificatus nostri anno quarto.
1. Voir n. 22 note 4.
58 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 28 —
En consideratlon de Jean de Beaune^, inquisitenr de Carcassonne,
Jean XXII accorde d Menet de Rohecourt ^, clerc de Toul, notaire^
Vexpectatii>e d'un henefice a^ec ou sans charge d'dmes, dont la col-
lation revient a V archeveque de Narhonne dans son propre dioccse. —
Avignon, 11 mars 1320.
Reg. Aven., t. xiii, fol. 502; Reg. Vat., t. lxx, n. 1105; MoIIat, op,
cit., n. 11109.
Dilecto filio Menneto de Roberticuria, clerico Tullen. diocesis,
notario, salutem, etc. — Datum Avinioni, quinto idus martii,
anno quarto.
1. Voir p. 47, n. 2.
2. Robecourt (Vosges), cant. de Lamarche, arrond. de Neufehateau. Menet,
clerc du diocese de Toul, notaire de par rempereur et le roi, attache a Tlnquisi-
tion, devint notaire apostolique le 29 octobre 1323. Regest. Vatic., t. lxxv,
n. 1723. Un document du 14 fevrier 1335 nous apprend qu'il etait chanoine
de Bourges {Regest.Vaiic, t. cxx ep. 577; Vidal, Leltres communes de Denoit XII,
n. 1256) ; un autre, du 18 fevrier 1340, le qualifie de chanoine de Montreal, au
diocese de Carcassonne (n. 176). Le contenu nieme de cette derniere piece laisse
supposer qu'il ne monta pas plus haut daas rechelle des dignites ecclesiastiques.
Son nom figure au bas des actes de rinquisition de Carcassonne, des Tan 1321.
II est present ^ la reconciliation de la ville de Cordes (21 juin 1321). Limborch,
op. cit., p. 281. Les 30, 31 juillet et 1" aout de la meme annee, il dresse le proces-
yerbal des aveux de plusieurs heretiques de Pamiers. Ms. Vat., lat. 4030. fol. 87,
89, 93, 100-103, 109, etc.
II instrumente dans un grand nombre d'actes presides par Jean Duprat et
Henri de Chamay, de 1323 a 1330. II assiste aux consultations juridiques provo-
quees dans diverses villes du Midi par ces deux inquisileurs. Douais, La formule
Communicalo, p. 16-62. Le 5 octobre 1325, en vertu de la delegation re^ue de
rinquisiteur, « d'entendre et d'ecrire, en son absence et en rabsence de ses
lieutenants, par maniere d'information provisoire, les depositions et les aveux
en mati^re de foi, » il fait saisir et interroge le pretre Pierre de Tournemire, de
Montpellier. Ce malheureux s'etait fait affilier, des Tdge de douze ans, a la secte des
beguins, et, bien qu'il se fut repenti au bout de six mois et eut fait penitence
de sa faute, on n'hcsitait pas a y revenir. Sans egard pour son etat, qui etait
desespere, sans consentir a recevoir une forte caution offerte par ses amis, Menet
de Robecourt et Raymond Pelat, son collegue, Tavaient fait hisser sur un cheval
et trainer demi-mort jusqu'a Beziers. Plusieurs chutes avaient encore aggrave
son mal et les medecins declaraient qu'il faUait renoncer a passer outre. Malgre
leurs protestations et celles des amis du malade, celui-ci fut conduit a Carcas-
JBAN XXII 69
Bonne, ou, h la hftte, il fut interrog^ par Menet et put, avant d'expirer, protester
de son orthodoxie. Le procds-verbal de ces dcclarations suprSmes fut plus tard
attaquc pour avoir ete dresse contre toutes Ics r^glcs du droit. Menct y avait
mentionne, comme 8'ils eussent et? temoins de la scene, deux religieux qui
n'avaient presque rien entendu. Voir leur deposition, faite le 2^ octobre, dans
Doat, t. XXXV, fol. 11 ; Mahul, Cart., t. v, p. 675. Ce n'avait pas ^te sans grande
peine que les amis du defunt 8'etaient fait livrer copie do cet acto et des autrcg
depositions. Ni rinquisiteur Jean Duprat ni ses successeurs n'avaient consenti
k Icur rcndre justice. Aymon de Caumont fut somme par Clement VI d'ecouter
les plaignants (n. 189). Mais quatorze annees 8'ecoulerent encore avant qu'uno
assemblee de jurisconsultes fut appelee a statuer sur le cas de Pierre de Tourne-
mirc, mort depuis trente-deux ans. Le 21 ddcembre 1357, vingt-sept conseillers,
reunis a Montpellier, sous la prcsidence de Tcvc^que de Maguelonnc et de frdre
Arnaud Delher, prieur du couvent des dominicains de Montpellier et lieutenant
de rinquisiteur de Carcassonnc, £ticnne de Y^gVise, donndrent gain de cause
aux hcritiers du dcfunt, dont la mcmoire fut rehabilitce. Voir n. 189 et Gcrmain,
Une consultation inquisitoriale au xiv*' siecle, dans Mem. de la Societe archeol,
de Montpellier, t. iii, p. 330-341 ; dans Mahul, Cartul., t. v, p. C75, la dcposition
d'un dcs religieux, temoins de la mort dc P. dc Tournemirc.
Pierre de Tournemire ne fut pas le seul a patir des durs proc^d^s dont il semble
que Menet de Rob6court ait eu rhabitude. On lira plus loin (n. 176) la sentence
prononcee contre cc notairc par Benoit XII a la suite do poursuites abusives
entreprises contrequelques bourgeois d'AIbi, qui, outrcs des excds de certains
inquisiteurs, les avaient denonces au pape. Non seulement cette proccdure
fut annulee, mais son auteur fut condamne aux depens et au paiement
d'une amende, destituc de ses charges aupres de Tlnquisition et rendu inapte i
en tenir d'autre8 a ravenir (18 fevricr 1340; cf. n. 154-155, 176, 181).
Quelques habitants d'AIbi et de Castres dcnoncerent k Clement VI la conduite
Bcandalcuse de Menet dans rafTaire du juif converti et relaps, Jean de Lombers.
Pour r^duire h n^ant Ics accusations dont ces bourgeois Tavaient accable, celui-
ci ne trouva rien de mieux que de corromprc k prix d'argent le commissaire
inquisitorial, qui devint tout a coup son plus ardent d^fenscur. Mais les temoins,
trop veridiques, gSnaient fort la manoeuvre de cclui-ci. No pouvant obtenir
d'eux qu'il8 retractassent Icurs depositions, il en fit interpoler le texte et se
promit bien de lirer vengeance de cette obstination. Et de fait, les malheureux
furent saisis par ordre de rinquisiteur, le 25 decembre 1342, et jctes dans d'obs-
curs cachots, d'ou leurs plaintes reussirent cependant a 8'elever jusqu'au pape.
Clement VI commit reveque de Carcassonne pour examiner leurs griefs (31 jan-
vier 1343). Cf. n. 186 et J.-M. Vidal, Menet de liobecourt, commissaire de Vlnqui-
sition de Carcassonne, dans le Moyen dge, 1903, p. 425-449.
60 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
— 29 —
Jean XXII exige du senechal de Carcassonne, Aimeri duCros \
la remise d'un pretre inculpe de sorcellerie et de ses complices incar-
ceres d Carcassonne. Deux familiers du pape, Gaillard de Mazeroles
et Pierre de Lapenne, sont charges de conduire les coupahles a A^n-
gnon. — Avignon, 22 juin 1320.
Reg. VaL, t. cx, part. 1, fol. 57 v», n. 190 ; Coulon, n. 1109
[in exL).
Dilecto filio nobili viro Aymerico de Cros, senescallo Carcasso-
nensi. — Operosum studium quod... — Datum Avinioni, x kal.
julii, anno quarto.
1. Aimeri du Cros, senechal de Carcassonne et de BezierS; de 1311 a 1321.
Leopold Delisle, dans Historiens des Gaules, t. xxiv, Preface, p. 257-258 ; His"
toire de Languedoc, t. ix, p. 404.
— 30 —
A Vei>eque et d Vinquisiteur de Carcassonne, touchant V execution
du mandat qui precede. Ils remettront aux em^oyes apostoliques, ai^ec
les coupables, les actes des proces qui leur ont ete intentes. — Avi-
gnon, [22 juin 1320].
Reg. VaL, t. cx, part. 1, fol. 57 v», n. 191 ; Coulon, n. 1110
[in exL).
Ven. fratri P[etro] ^, Carcassonen. episcopo, et dil. filio inqui-
sitori ^ her. prav. in partibus Tholosan. et Carcassonen. a Sede
apostolica deputato. — Presbiterum illum de... — Datum ut
supra.
1. Pierre de Roquefort; cf. n. 41, note 1.
2. Jean de Beaune ; cf. n. 21, note 2.
JEAN XXII 61
30 bis —
Par ordre du pape Jean XXI I, le cardinal Guillanme Goudin ecril
aux inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne pour leur recomman-
der de sevir contre les im^ocateurs des demons, ceux qui les adorent et
font des pactes a^^ec eux,,qui fabriquent des images de cire ou de
toute autre maticre, les haptisent ou les confirment; contre les sorciers
et ceux qui abusent de V eucharislie et des autres sacrements pour
produire des malefices. Les inquisiteurs devront proceder deconcert
avec les eveques diocesains. Ainsi la competence des inquisiteurs
se trouve etendue d de nouveaux cas ^. — Avignon, 22 aoikt 1320.
Reg. Vat., t. xcviii, n. 2, de Curia : document inser^ dans une
buUe de Jean XXII du 4 novembre 1330; Doat, t. xxxiv, fol.
181; Raynaldi, Annal., ad ann. 1320, n. 31; Hansen, Quellen
und Untersuchungen zur Geschichte des HexenwaJins im Mittelalter,
Bonn, 1901, p. 4, n. 4 {in ext.),
Frater Guillclmus miserationc divina episcopus Sahinen. *
religioso viro .. inquisitori heretice pravitatis in partibus Car-
cassonen. ^, salutem in Domino sempiternam. — Sanctissimus
pater noster et dominus Dominus Johannes divina providen-
tia papa XXII optans ferventer maleficos, infectores gregis
dominici, efTugare de medio domus Dei, vult, ordinat vobis-
que committit quod auctoritate sua contra eos qui demonibus
immolant vel ipsos adorant aut homagium ipsis faciunt dando
eis in signum cartam scriptam seu aliud qiiodcumque, vel qui
expressa pacta obligatoria faciunt cum eisdem, aut qui operantur
vel operari procurant quamcunque ymaginem, vel quodcumque
ahud ad demonem alligandum, seu cum demonum invocatione
ad quodcumque maleficium perpctrandum, aut qui sacramento
bablismatis (sic) abutcndo ymagincm dc cera scu de re alia fa-
clam babtizant, sive faciunt babtizari, seu alias cum invocatione
demonumipsam fabricant quomodolibet aut faciunt fabricari, aut
bi scienler babtismus, seu ordo, vel confirmatio iterantur; item
de sortilegis et maleiicis qui sacramento eucharistie seu ostia
consacrala necnon et aliis sacramentis Ecclesie seu ipsorum ali-
quo, quoad eorum formam vel materiam utendo eis in suis
sortilegiis seu maleficiis abutuntur, possitis inquirere et alias
procedere contra ipsos, modis tamen servatis qui de procedendo
62 BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANgAISE
cum prelatis in facto heresis vobi? a canonibus sunt prefixi.
Ipse namque dominus noster prefatus potestatem inquisitoribus
datam a jure quoad inquisitionis officium contra hereticos nec-
non et privilegia ad pretactos casus omnes et singulos ex certa
scientia ampliat et extendit quoad usque duxerit revocandum.
Nos ita premissa omnia vobis significamus per has nostras patentes
litteras de prefati domini nostri pape speciali mandato facto
nobis ab ipso oraculo vive vocis. — Datum Avinioni, die xxii
mensis augusti, anno Domini millesimo trecentesimo vicesimo,
pontificatus predicti domini pape anno quarto.
1. En 1330, le pape Jean XXII rappela les archeveques et evcqucs des pro-
vinces de Narbonno et de Toulouse, ainsi que lcs inquisiteurs dc Toulousc ct dc
Carcassonne, a Tobservation de la lettre de Guillaumc Goudin. Voir n. 103.
Sur la repression de la sorcellerie, voir au meme n. 103, note3, eti'Introduction,
§ p. XLVIII-LI.
2. Guillaume Goudin ; voir n. 72, note 1.
3. Jean de Bcaune (p. 47, note 2).
— 31 —
Jeati XXII ordonne aux destinalaires de recueillir et de conserver
au nom du Saint-Siege les biens meuhles appartenant jadis d Othon de
Randeis ou Berardois, moine de Marmoutier^ prieur de Saint-Martin-
au-Val, d Chartres, poursuivi, pour heresie, par Vinquisiteur de
France et les commissaires de V archeueque de Tours, incarcere par
ordre du pape et prii^e par sentence de son prieurc et de ses hiens. —
Avignon, 31 aout 1321.
Reg. Aven., t. xiv, fol. 516; Reg. VaL, t. lxxi, fol. 68 v», n. 197,
de Curia; Coulon, n. 1283 ; Mollat, n. 14324 (anal.).
Dileclis filiis magistris Bertrando Cariti, archidiacono Vauren.,
et Raymundo de Parisius, canonico Turonen. — Cum olim di-
lecti filii Martinus (sic) de Sancto Paulo ^, ordinis predicatorum,
inquisitor heretice pravitatis in regno Francie ])er Scdem aposlo-
licam constitutus, ct Guillermus, decanus ecclesie sancti Johannis
Andegaven., ac Draconus, officialis et canonicus Turonen.,
JEAN XXII 63
ad hoc per ven. fratrein noslrum .. ^ Turonen. archiepiscopum
deputati, Odoncm de Randeis ^, monachum Maioris monaste-
rii * Turonen., tunc priorem prioratus sancti Marlini in Valle Car-
noten. ^, ad monasterium ipsum spectantis, citari fecissent ut certo
peremptorio termino comparerct personaliter coram eis super
crimine heresis et receptione, defensione et fautoria hereti-
corum, super quibus delatus extiterat, mandatis eorum plene
pariturus, idem Odo coram inquisitore, decano et ofliciali predictis
comparere contempnens ad apostolicam Sedem accessit. Nos
vero adventu ipsius Odonis audito eum capi fecimus et carcerali
custodie mancipari ; ac deinde ipsum ad dictum inquisitorem
puniendum iuxta canonicas sanctiones remictentes, prioratum
ipsum anlequam ad privationem procederetur ipsius collationi
et dispositioni nostre et apostolice Sedis excertis causis duximus
reservandum. Cumque postmodum Odo prefatus per inquisito-
rem ac decanum et ofTicialem eosdem dicto prioratu omnique
peculio et proprio quolibet habitis in ordine suo privatus fuisset,
nos peculium et proprium supradicta, [ac] omnia bona sua mobilia
que tenipore dicte privationis habebat, in quibuscumque con-
sistcrent, ut de illis iuxta nostrum beneplacitum secundum Deum
videremus expediens disponere et ordinare possemus, mandavi-
mus custodiri. Quocirca [dictis executoribus mandat ut de peculio
ac proprio et bonis predictis se informent et eadeniy sii'e in pecunia
aaut i^asis argenteis, librisy supellectilibusj depositis et nominibus
{fii^isj viclualibusj equis et aliis quibuscumque animalibus et bonis
consistant)) d detentoribus recipiant]. — Datum Avinioni, ii ka-
lendas septembris, anno quinto.
1. Maurice de Saint-Paul, inquisiteur; voir n. 13, note 1.
2. GeofTroy de la Haye, chanoine de Tours ; promu a i'archevSche de cette
vilie, lc 20 fevrier 1313; mort le 6 avril 1323. Gall. chrisL, t. xiv, col. 116-117;
Eubel, Hier., t. i, p. 531.
3. Dans le docum. n. 36, on ht Oddonem Berardois.
4. Marmouticr (Indrc-et-Loire), communc de Sainte-Radegonde, arrond.de
Tours.
5. Saint-Martin-au-Val, k Chartrcs, abbayc bcncdictinc.
64 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 32 —
Les executeurs apostoliques charges de recueillir les biens d^Othon
de Randeis deuront remettre d V inquisiteur Maurice de Saint-Paul
la somme de 240 li^res de petits tournois, en dedommagement des
depenses occasionnees par la capture et le proces du moine hereti-
que. — Avignon, l^r septembre 1321.
Reg. Aven., t. xiv, fol. 532 v^; Reg.Vat., t. lxxi, fol. 68 v», n. 198,
de Curia; Coulon, op. cit., nol284; MoUat, op. cil., n. 14325 (anal.).
Eisdem. — Cum nos vobis et vestrum cuilibet per alias nostras
demus litteras in mandatis ut omnia peculium et proprium ac
quelibet bona mobilia que ad Odonem de Randeis, monachum
Majoris monasterii Turonen., olim priorem prioratus sancti Martini
de Valle Carnoten. ad monasterium ipsum spectantis ... manda-
verimus custodiri, vobis nostro et Ecclesie romane nomine a
quibuscumque detentoribus eorumdem faciatis integraliter assi-
gnari... Volumus... quatinus ducentas quadraginta libras
turonensium parvorum dilecto filio Mauritio de Sancto Paulo,
ordinis predicatorum, inquisitori heretice pravitatis in regno
Francie per Sedem apostolicam constituto, quos pro captione
et insecutione dicti Odonis et aliis contingentibus eundem expen-
dit de peculio proprio et bonis predictis restituere indilate
curetis... — Datum Avinione, kalendis septembris, anno quinto.
— 33 —
Une conspiration a ete tramee par les heretiques du diocese dei
Valence contre Catala Faure et Pierre Pascal de Saliente, francis-
cains, commissaires de Vinquisiteur de Provence, charges de pour-
suii^re Vheresie dans ces contrees. Aides de quelques heretiques con-
^ertis, ces hommes ont organise un guet-apens, d'abord au chdteau
de Chabeuil ^, puis dans celui de Montelier ^, localites visitees par
les deux religieux; et tandis que ces derniers se reposaient dans le
prieure de Montelier, les conjures, brisant d coups de hache les portes
de la maison et de la chambre ou ils dormaient, les assaillirent ei
JEAN XXII (j:[)
les massacrerent ^. Le pape ordonne aux e\'eqiies de Valence et de
Vii^'iers et d Vinquisiteur de proceder d une enquete rigoureuse sur
ces faits et de faire prompte et impitoyable justice des coupahles.
— Avignon, 30 novembre 1321.
Reg. Aven., t. xvii, fol. 381 v»; Reg. Vat., t. lxxii, n. 41, de
Curia; Wadding, ad ann. 1321, n. xxii; Eubel, Bull., u. 453 (in
exl.); MoUat, op. cit., n. 16122 (anal.j.
Venerabilibus fralribus.. Valentin,* et.. Vivarien.^ episcopis, et
dilecto filio fratri Jacobo Bernardi ®, ordinis ininorum, inquisitori
herelice pravitatis in Arelaten., Aquen., Viennen. et Ebredunen.
provinciis per Sedem apostolicam deputato. — Vox sanguinis
innocentis... — Datum Avinioni, ii kalendas decembris, ann.o
sexto '.
1. Chabeuil (Drome), chef-lieu de cant., arrond. de Valence.
2. Montelier, commune du cant. dc Chabeuil.
3. Ccs deux rcligieux etaicnt les vicaires de Jacques Bernard dans tout le
diocese de Valence. Voir Chronica XXIV general. ord. min., dans Analecta
franciscana, Quaracchi, 1897, p. 479-480, et Chronica jr. Xicolai Glassberger,
ihid., 1887, p. 128.
'i. Guillaume de Roussillon, evcque de Vaience, en 1298; mort en 1331.
Gallia chrisl., i. xvi, col. 321-323; Eubel, Hier., t. i, p. 542.
5. Guillaume de Flavacourt, archidiacre de Rouen; promu a Viviers, le
9 juillet 1319; transfere a Carcassonne, le 16 juin 1322; a Auch, le 26 aout
1323; eta Rouen, le 18 janvier 1357; il mourut en 1359, Gall. christ., t. i, col. 994-
995; t. VI, col. 895; t. xi, col. 81; t. xvi, col. 572; Eubel, Ilier., t. i, p. 123,
172, 447, 565. Sur les precedents de ce pcrsonnage, qui avait ete chancelier dc
Charles, comle de la Marche (Charles IV ie Bei), voir Guerard, Docunients pon-
tificaux sur la Gascogne, n. 58, 76, 87, 88, 89, 99. Sur ies missions qu'ii rcjjut du
roi de France en Languedoc, voir Ilist. de Lang., t. ix, p. 523-525, 604-605,
614.
6. Jacques Bcrnard partageait aiors ie titre d'inquisiteur de Provence avcc
Michci Lcmoinc (cf. n. 15, note 2) et, en 1322, avec Guiliaume Astre (cf. n. 49,
note 3, n. 71, etc).
7. Les meurtriers des dcux religicux furcnt arrStes par les gcns du comte de
Valentinois, Aymar de Poitiers, a qui rinquisiteur Jacques Bernard ies rcclama
pour les juger. Mais lc comtc rcfusa de les lui livrer el il ies fitconduirea Avignoii.
J. Chcvalicr, Memoire historiquc sur les heresies en Dauphine avanl le xvi'^ sihle,
Valcnce, 1890, p. 12-15.
UUI.LAIRE
CG BULLAIRE DE l'iNQU1SIT10N FRANgAlSE
-34-
Letlre aux seigneurs et aux <^illes sur le meme sujet. — Memc datc.
Reg. Aven., t. xvii, fol. 382; Reg. Vat., t. lxxiii, n. 42, de
Curia; Wadding, loc. cit., n. xxiii; Coulon, op. cil., n. 1335
(anal.); Mollat, op. cit., n. 16123 (anal.).
Dilectis filiis nob. viris comitibus, baronibus, ceterisquc nobi-
libus, necnon universitatibus civitatum, castrorum ct villarum
ad quos presentes pervenerint, salutem. — Vox sanguinis inno-
centis [etc., comme ci-dessus, mutatis mutandis]. — Datum Avi-
nioni, ii kalendas decembris, anno sexto.
— 35 —
Le pape charge Veveque de Valence de jaire une enquete sur la
^ie des religieux massacres, sur leur martyre et la profession de foi
qui Va precede, et les miracles qui se produisent d leur tomheau,
dans Veglise des freres mineurs de Valence ^. — Avignon, 30 no-
vembrc 1321.
Reg. Val., t. Lxxiii, n. 43, de Cur.; Reg. Aven., t. xvii, fol. 382 v^;
Wadding, loc. cil., n. xxiv [in exl.) ; Raynaldi, Annales, adann. 1321,
n. XVII ; Eubel, Bull., n. 454 [in ext.) ; Coulon, n. 1336(anal.) ; Mollat,
n. 16124 (anal.).
Venerabili fratri .. episcopo Valentin. — Vox sanguinis inno-
centis... — Datum ut supra.
1. Un ancien provincial des freres mineurs dit en parlant de cette eglise :
Ubi frater Petrus et frater Cathalanus ab haereticis marlirizali requiescunt, qui in
hora mortis suae apparuerunt cuidam sanctimoniali infirmae, primo sanguino-
lenli Iranseuntes ante illam, postea totaliter gloriosi, innuentes ei quod in crastino
iret ob\nam corporibus eorum pro recuperanda satute ; quo jacto perjecte curata
esl. Eubel, Bult., p. 588, note 96; cf. Chron. XXIV gener., p. 479-480. Ce dernier
chroniqueur suppose que le proces de canonisation de ces deux freres fut arrete
a cause des troubles suscites dans rordre par les fraticclles.
i
JEAN XXII 67
— 36
Le pape confere d Reginald Grosbois, procureur de Vahhaye de
Marmoutier aupres de la curie, le prieure de Saint-Martin-au-Val
d ChartreSj vacant par la sentence de privation prononcee contre
Othon de Randeis, ou BerardoiSf heretique et parjure. — Avignon,
14decembre 1321 ^.
Reg. Auen.f t. xvi, fol. 260 vo, n. 333; Mollat, op. cit., n. 14864
(anal.).
Dileeto filio Refjinaldo Groshois, monacho Maioris monasterii
Turonen. ad romanam Ecclesiam nullo medio pertinentis, ordi-
nis sancti Benedicti, priori prioratus sancti Martini in Valle Car-
noten. dicti ordinis, eidem monasterio iinmediate subiecti, salu-
tein, etc. — Rcligionis zelus, morum honestas.. . — Sane dile-
ctus filius ..^ abbas Majoris monasterii Turonen. ad romanam
Ecclesiam nullo mcdio pertinentis, ordinis sancti Benedicti, nobis
significare curavit quod frater Mauricius, ordinis predicatorum,
inquisitorin regno Francie heretice pravitatis auctoritate aposto-
lica deputatus una cum dilecto filio .. officiali Turonen. et Guil-
lelmo de Brion, canonico ecclesie sancti Johannis Andegaven.,
quos venerabilis frater noster.. ^archiepiscopus Turonen. ad hoc
duxerat specialiter dcputandos contra Oddonem Bcrardois *, mo-
nachuin dicti Majoris monastcrii, tunc priorem prioratus sancli
Martini in Vallc Carnoten. ad dictum monasterium imme-
diate spectantis, ordinis memorati, super criminc credentie,
reccptationis, defensionis ct favoris hereticorum et pravitalis
heretice inquisivit; in qua inquisitione dictum Oddonem super
premissis culpabilem reperit manifeste. Et quia super certis
articulis iuratus coram eis dicere veritatem et post iuramentum
huiusmodi in dictis articulis contenta negavit, ac deinde que nega-
verat in iudicio coram eis forc vera libere fuit confessus, reatum
proptcr hoc periurii incurrendo, administrationc et cura tam
spirituali quam temporali et qualibet presidentia per eorum scn-
tentiam exigente iustitia privaverunt. Quibus omnibus ad noti-
tiam nostram deductis, nos intendentes de prioratu prcdicto hac
vice persone ydonee providere, ipsum collationi et disposilioni
nostre specialiter duximus reservandum. — \picto Reginaldo
Grnsbois, ejusdeni monaslerii procuratori in curia, confertur dictus
prioraLus.] Datum Avinioni, xviiii kalendas januarii, anno sexto.
68 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
1. Voir, sur cette Jjulle, les n. 31, 32, 36 iis.
2. Jean de Mauleon, abbe de Marmoutier de 1312 a 1330. Gall. chrisi.,
t. XIV, col. 230.
3. GeofTroy de la Haye ; voir n. 31, note 2.
4. Aux n. 31 et 32, on lit Odonem de Randeis.
— 36 bis
Le pape mande a Bertrand Cariti et a Raymond de Paris de
vendre certains hiens (ble, vin, animaux et mobilier), qui ont ete
confisques d Othon de Randeis pour crime dlieresie ^. Le prix
de^ra en etre verse d la Chambre apostolique ^. — Avignon,
28 decembre 1321.
fteg. Val., t. cxi, fol. 4 v»; Coulon, op. cit., n. 1346 (anal.).
Bertrando Cariti, archidiacono Vaurensi, et Raymundo de
Parisius, canonico Turonensi. — Dudum Odone de Randeis... —
Datum Avinioni, v kalendas januarii, anno sexto.
1. Voir n. 31, 32, 36.
2. Le 5 juillet 1322, quittance fut donnee a Bertrand et a Raymond de 3 542
florins et 79 deniers d'orarf cathedram provenant des biens d'Otho;i et des revenus
du prieure de Saint-Martin-au-Val, a Chartres. Coulon, op. cit., n. 1466; Goller,
Die Einnahmen der Apostolische Kammerunter JohannXXII, Ptderborn, 1910,
p. 476. Autre versement de 70 florins, le 18 novembre 1329. GoUer, ihid.
— Zl —
Jean XXI 1 ordonne d plusieurs archeveques de jaire une enquete
sur la vie, les moeurs, les croyances et les pretentions de cerlains
freres et sceurs du tiers-ordre de Saint-Francois dont V orthodoxie
est douteuse et les intentions suspectes; il decide que ceux dont les
croyances seront entachees d'heresie de^ront etre remis d V Inquisition^.
— Avignon, 26 fevrier 1322.
JEAN XXII 69
Reg. Ai>en., t. xvii, fol. 409, 410; Reg. VaL, t. lxxiii, n. 52,
de Curia; t. cxi, ii. 392; Wadding, Reg. Joan. XXII, n. cxi;
Raynaldi, Annal., ann. 1322, n. li; Eubel, BulL, n. 462 [in exL);
Coulon, n. 1381 (anal.) ; MoUat, n. 16131 (anal.).
Ven. fratribus universis archiepiscopis et episcopis per Narbo-
nen., Tolosan., Auxitan., Burdegalen,, Terraconen., Arelaten.,
Aquen., Viennen. et Ebredunen. provinciis constitutis. — Si ea
que... — Datum Avinioni, iv kalendas martii, anno sexto.
1. Voir, n. IC, la condamnation des bcguins heretiques.
— 38-
Jean XXII statiie que les heretiques et les personnes seulement
soup^onnees d^heresie ou (Tapostasie pourront etre poursuiides jus-
que dans les eglises ou, d'ordinaire, ils ne cherchent asile que pour
echapper d V Inquisition. — Avignon, 3 juillet 1322 ^.
Reg. Aven., t. xvi, fol. 488 v»; Reg. VaL, t. lxxiii, n. 853;
Wadding, ad ann. 1322, n. lxviii (in e.rL); Ripoll, Bull. prsed.,
t. II, p. 155 (in exL); Mollat, n, 15711.
Dilcctis filiis inquisitoriI)us heretice pravitatis perregnum Fran-
cie constitutis, salutem, etc. — Ex parte vestra fuit nuper proposi-
tum coram nobis quod nonnulli de heretica'pravitate culpabiles vel
suspecti aut accusati seu conversi de judaica cecitate ad fidem-
catholicam, postmodum appostatantes ab ipsa, ad ecclesias confu-
giuntnon ad salutis remedium scd ut vestras manus cfTugiant et
suorum scelerum vitentjudiciumuItionis^superquoapostoliceSedis
providentiam humiliter implorastis. Nos igitur ad extirpandos
orthodoxe fidei inimicos et herbam tam noxiam tamque pesti-
feram de orto dominico radicitus evellendam sollicitis studiis
intendentes, discretioni vestre, ad instar felicis record. Mar-
tini papo II II predccossoris nostri, qui per apostolicas litteras
inquisitoribus hcrctico j)ravitatis per regnum Francie con-
stitutis idem mandavit, per apostolica scripta mandamus qua-
70
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANQAISE
tinus contra illos quos de hujusmodi heretica pravitate fore
culpabiles vel de illa notabiliter suspectos esse vobis constiterit,
accusatos etiajn de labe predicta, conversos quoque judeos et
postmodum patenter vel verisimilibus indiciis appostatantes a fide,
juxta qualitatem delicti exequamini libere officii vestri debitum,
ac si ad ecclesias et loca predicta minime confugissent : contra-
dictores per censuram ecclesiasticam appellatione postposita
compescendo. Et ut nullum in hac parte possit obstaculum
vobis poni, venerabilibus fratribus nostris archiepiscopis et
episcopis per regnum Francie constitutis per alias nostras lit-
teras injungimus ut vos non impediant quominus hujusmodi
mandatum nostrum implere libere valeatis, sed potius ad requi-
sitionem vestram in hiis vobis assistant, sicut extiterit opor-
tunum. — Datum Avinioni, v nonas juHi, anno sexto.
i.Danslo Bull. rorn., ed. Cocquelines, t. iir, part. 2, p. 154, cette bulle porte
la date du 13 aout 1317. A la demande du roi de France, le pape cn renouvela les
dispositions, le 25 mai 1328. Toutefois la force scculiere ne put penetrer dans
les eglises, pour en chasser les beretiques, qu'avec le consentement de
Teveque et de Tinquisiteur (cf. n. 79). Martin IV avait deja, en 1281, sup-
prime le droit d'asile pour les heretiques et les juifs relaps. Ripoll, op. cit., t. ii,
p.i.
— 39 —
Jean XXII ordonne aux archei^eques et evcques, ainsi quaux
inquisiteurs jranciscains et dominicains de Sicile, d' Italie, de Pro-
i'ence, de Narbonne et de Toulouse, de veiller a V ohseri^ation stricte
de la hulle Sancta romana ^, condamnant les jraticelles et autres
pseudo-franciscains. — Avignon, 1^^ aout 1322.
Reg. Vat., t. Lxxiii, fol. 407, n. 1189; Wadding, Reg. Joan. XXII,
n. cxviii; Eubel, Bull., n. 474 (in ext.).
Ven. fratribus archiepiscopis et episcopis et dilectis filiis fratri-
bus predicatorum et minorum ordinum, inquisitoribus heretice
pravitatis ad quos presentes littere pervenerint. — Du-
dum fidedigna relatio ad apostolatus nostri pervenit audi-
JEAN XXII 71
tum quod nonnulli viri pestiferi qui vulgariter fraticelli, seu
fratres do paupere vita, aut Bizoki sive Bichini vel aliis priva-
tis nominibus nuncupantur, in diversis Italie partibus ac insula
Sicilie, comitatu Provincie, Narbonen. et Tholosan. civitatibus
et diocesibus atque provinciis aliisque diversis cismarinis et
ultramarinis partibus contra sacros canones habitum nove
religionis assumere, congre^ationes et conventiculas facere et
superiores sibi ipsis eligere quos ministros, seu custodes, vel
guardianos aut aliis nominibus appellabant, plurimos ad eorum
sectam recipere, loca etiam de novo construere et ab aliis con-
structa recipere et communiter habitare et publice mendicare
et alia facere quasi eorum secta foret una de religionibus per
Sedem apostolicam approbatis temeritate dampnabili pre-
sumebant; et ut error ipsorum veritas et impietas religio puta-
retur, plurimi eorum regulam ordinis fratrum minorum quam
sanctus Franciscus instituit se profiteri et observare ad litteram
confingebant quamquam sub obedientia .. generalis vel prqvin-
cialium ministrorum ipsius ordinis minime morarentur, pre-
tendentes a sancte memorie Petro confessore tunc Celestino
papa V predecessore nostro. hujusmodi vite seu status privile-
gium habuisse, quod tamen si etiam ostendissent caruisset et
careret roboris firmitate, cum pie memorie Bonifacius papa VIII
predecessor noster ex certis causis rationabilibus omnia privi-
legia ab ipso Celestino cqncessa que per ipsum Bonifatium non
contingeret approbari viribus penitus vacuasset, dictumque vite
privilegium non reperiatur per eundem Bonifacium approbatum;et
quod quidam eorum dictum habitum et vivendi ritum a quibusdam
episcopis seu eorum superioribus vel aliis ecclesiarum prelatis se re-
cepisse diccbant, quosneceisrecipere nec dictis episcoplsseueorum
superioribus vel aliis ecclesiarum prelatis concedere licuerat contra
formam conoilii generalis. NonnuIIi etiam ex ipsis asserentes
se esse de tertio ordine beati Francisci penitentum nuncupato,
dictum statum et ritum eorum satagebant sub velamine talis
nominis palliarc, cum tamen in regula dicti tertii ordinis talis
vivcndi ritus nullatenus esset concessus; quodque quidam corum
a veritate catholice fidei deviantes ecclesiastica sacramenta
sperncbant et errores alios studebant multipliciter seminarc :
iios attendentes quod talium dampnanda temeritas in ejusdem
fidei detrimentum, fidelium scandalum, prefati minorum et alio-
rum ordinum opprobrium et etiam suarum et aliarum ani-
72 BULLAIRE DE L*INQ UISITION FRANQAISE
marum multarum pernitiem redundabat, seetam, ritum et sta-
tum hujusmodi de fratrum nostrorum consilio auctoritate
apostolica nuUius fuisse et esse decernimus firmitatis, et quate-
nus de facto processerant de consilio et auctoritate premissis
revocantes omnino perpetue prohibitioni subjecimus eosque
ab Ecclesia Dei penitus duximus abolendos : eisdem personis
et aHis quibuscumque sub pena excommunicationis quam eas
si secus facerent incurrere volulmus ipso facto injungentes ex-
presse ne statum sive sectam et ritum^hujusmodiabipsis assum-
ptum ulterius sectarentur vel de novo ipsum assumere presu-
merent quoquomodo, prout in constitutione nostra super
hoc edita que incipit Sancta romana atque unwersalis Ecclesia
plenius continetur. Quia igitur, sicut accepimus, in nonnullis
cismarinis et ultramarinis partibus prenominati pestifere secte
viri contra predictos processus venire et facere moliuntur,
nos, attendentes quod parum esset prohibuisse premissa nisi
sit qui eadem tueatur et puniat transgressores, discretioni vestro
in virtute obedientie districte precipiendo mandamus quati-
nus vos et singuli nostrum ad requisitionem rectorum et vica-
riorum seu procuratorum et nunciorum dicti ordinis minorum
et cujuscumque eorum dictam constitutionem seu prohibi-
tionem nostram quoad omnia ejus capitula prout jacent au-
ctoritate nostra faciatis per censuram ecclesiasticam et alia
juris remedia prout expedire videritis appellatione remota
inviolabiliter observari : contra quoscumque qui adversus con-
tenta in ea vel eorum aliquod facere presumpserint cujuscumque
status aut conditionis extiterint ad penas debitas procedentes
juxta canonicas sanctiones : contradictores per censuram ean-
dem apellatione postposita compescendo, invocato ad hoc
si opus fuerit auxilio brachii secularis. Non obstantibus [etc.].
Volumus insuper quod a data prcsentium sit vobis et unicuique
vestrum in premissis omnibus et eorum singulis perpetuata
potestas et jurisdictio attributa ut eo vigoro eaque firmitate pos-
sitis in premissis omnibus procedere ac si predicta omnia et
singula coram vobis cepta fuissent et jurisdictio vestra etcujus-
libet vestrum in premissis omnibus et singulis per citationem
vel modum alium perpetuata legitimum extitisset constitutione
qualibet contraria non obstante. — Datum Avinioni, kalcndis
augusti, anno sexto.
JEAN XXII 73
1. Cette bulle est du 30 decembre 1317. Reg. Val., I. lxvii, fol. 322, n. 68,
de Citria; Eubel, liulL, n. 297. Voir n. 16.
— 40 —
Jean XXII renouvelle la commission donnee le 30 novemhre
i321 (voir n. 33) aiix ei>eques de Valence et de FtViers etd Vinqui-
sileur de Pro^^ence, pour la punition des assassins de deux freres
mineursj commissaires de V Inquisition. — Avignon, 17 novem-
bre 1322.
Reg. Aven., t. xviii, fol. 148 v»; Reg. Vat., t. lxxiv, n. 186;
Eubel, Bull, n. 485 (anal.) ; Mollat, n. 16598 (anal.).
Ven. fratribus.. Valentin. et .. Vivarien. episcopis, ac dilecto
fiIio..ordinis minorum, inqiiisitori heretice pravitatis in Arelaten.,
Aquen., Viennen. et Ebredunen. provinciis per Sedem apostoli-
cam deputato. — Vox sanguinis innocentis... — Datum Avinioni,
xv kalendas decembris, anno septimo.
-41-
Jean XXII ordonne d Jean de Beaune, inquisiteur de Carcas-
sonne, et d Bertrand d*Auriac, executeurs testamentaires de Pierre de
Roquejort ^, ci^eque de Carcassonne, de remplir les dernieres ^'olon-
tes du prelat. — Avignon, 15 juin 1323.
Reg. Auen., t. xvi, fol. 590, n. 991.
Dilecto filio Johanni de Belna ^, ordinis fratrum predicatorum,
inquisitori heretice pravitatis in regno Francie per Sedem apo-
stolicam deputato, et Bcrtrando de Auriacho ', canonico ecclesie
S. Vincentii de Montercgali *, Carcassonen. diocesis, executoribus
testamenti, seu ultime voluntatis bone memorie Petri, episcopi
Carcassonen., salutem. — Exposuistis nobis... — Datum Avinioni,
xvii kalendas jnlii, anno septimo ^
74
BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
1. Pierre de Rochefort ou Roqucfort, elu eveque de Carcassonne, le 17sep
tembre 1300; mourut le 31 mars 1322. Gallia christ., t. vi, col. 893-895; Eubel,
Hier., 1. i, p. 172; Mahul, Cartulaire... clu diocese deCarcassonne, t. v, p. 441-4^i5.
2. Voir p. 47, note 2.
3. Bertrand d'Auriac fut d'abord commissaire de Tarcheveque Bernard de
Farges, dans la ville et le diocese de Narbonne, pour les causes d'heresie ; puis
il devint vicaire general de Teveque de Carcassonne etinquisiteurepiscopal(1318-
1329 ?). II prononga, avec Bernard Gui et Jean de Beaune, la sentence de Guil-
lem Garric, de Carcassonne, le 14 juillet 1321. Liher sentenL, p. 282. II participa
a nombre de proces, de consultations inquisitoriales et A'actes de foi. Douais,
La formule Communicato, etc, p. 30, 34, 56; Documents pour sermr a Vhist. de
Vlnquisilion, p. lxxiii, cxxii sq.
4. Montreal (Aude), arrond. de Carcassonne.
5. Des contestations s'etaient elevees entre le chapitre de Carcassonne et
/es executeurs testamentaires de P. de Roquefort. Jean XXII decida, le 30 octo-
bre 1322, que les volontes du defunt seraient executees a la lettre. Le nouvel
ev^que eut les ornements et les vases sacres et le chapitre se contenta des legs
faits par le defunt a Teglise cathedrale. Mahul, Cartulaire, t. v, p. 443-445, 569.
Sur le reglement de cette succession, voir d'autres lettres de Jean XXII:CouIon,
op. cit., n. 1363-1365, 1382-1386, 1420, 1440-1442, 1471, 1473-1474, 1510, 1525-
1526, 1574, 1583, 1665.
— 42
Jean XXII donne a Vinquisiteur de Tours, Maurice de Sainl-
Paul, le pou^oir de connaitre des crimes qui rele^^ent de son trihw
nal, meme en dehors des limites de sa circonscription inquisitoriale.
— Avignon, 9 juillet 1323.
Reg. Vat., t. cxi, n. 876, 878; J.-M. Vidal, Le sire de Parthe-
nay et V Inquisition (1323-1325), dans Bulletin historique et philo-
logique, 1903, p. 422; Coulon, n. 1754 (anal.).
Mauricio \ de ordine fratrum predicatorum, inquisitori heretice
pravitatis in provincia Turonen. — Cum de criminibus ad iuris-
dictionem [tuam], ratione officii inquisitionis tibi commissi spe-
ctantibus infra provinciam tibi decretam commissis. te plerum-
que cognoscere suadente utilitate, sicut accepimus, ex certis causis
expediat extra illam, nos ad extirpanda dicta crimina inten-
fiis desideriis inspirantes, super huiusmodi criminibus procedendi
et difTiniendi, ac exequendi quod canonicum fuerit ubilibet extra
dictam provinciam eo modo quo tibi existenti infra ipsam com-
JEAN XXII 75
petere, prout et quotiens videris expedire, plenam tibi concedimus
aurtoritate presentium facultatem. Per hoc autem prelatis eiusdem
provincie seu aliis in quorum diocesibus te contigerit extia tuam
provinciam exercere predicta vel aliqua de predictis nullum inten-
dimus preiudicium generari. — Datum ut supra proxime. [Avi-
nioni, vii idus julii, anno VII®.]
1. Maurice de Salnt-Paiil, n. 13 ot note 1.
— 43 —
Peponse du pape au roi de FrancBy au sujet des crimes imputes
d un seigneur jrangais. Des instructions ont ete donnees d ce sujet
d Vinquisiteur de TourSy Maurice de Saint-Paul. — Avignon,
9 juillet 1323.
Reg. Vat., t. cxi, n. 879; Vidal, Le aire de Parthenay,
p. 423; Coulon, op. cit., n. 1755 (m exl.); Mollat, dans Annales de
Saint-Louis-des-FranQais, jauvier 1904, p. 90 (in ext.\.
Regi ^ Francie. — Regalis excellencie litteras horribilia quedam
per nobilcm illum ^, de quo in ipsis mentio habebatur, sicut asse-
ritur, in fidei catholice derogationem commissarecepimus, inter
cetera continentes. Quarum tenore diligenter inspecto, super
hiis que per eas regia providentia postulabat dilecto filio Mauricio,
de ordine fratrum predicatorum, inquisitori heretice pravitatis
in provincia Turonen. auctoritate apostoHca deputato, prout
considerata qualitate negotii Deo gratum existere, tue magni-
ficentie nostreque decentie convenire vidimus, nostras patentcs
litteras deslinamus. Nec super mora expeditionis huiusmodi mi-
retur, sed nos polius excusatos habeat, quesumus, regia celsitudo.
Nam litteras predictas scriptas in vulgari gallico minus plene legere
scivimus nec legendas alii libenter committere volebamus; quod
tandem facere et eas transferri de gallico in latinum oportuit, ut
eorum valeremus percipere plenius intellectum. Quare velit amodo
nobis regia serenitas scribere litteraliter ut communicare secreta
regia aliis nisi videremus cxpediens non sit opus, sed per nos Ht-
toris lcctis regiis ct faciliter intellectis possimus citius quod super
76 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
illis expedire secundum Deum videbimus respondere. — Datum
Avinioni, vii idus julii, anno VII^.
1. M. Coulon imprime Reginae, ce qui est une erreur.
2. Jean rArcheveque, sire de Parthenay. Voir n. 46, note 5.
44 —
Malgre sa recente promotion d Veveche de Tuy, Bernard Gui
pourra continuer jusqud nom'el ordre d exercer les fonctions d^iu'
quisiteur de Toulouse. — Avignon, 1^^ septembre 1323.
Reg. Vat., t. cxr, n. 895; Coulon, op. ciL, n. 1778 (anal.). .
Bernardo, electo Tuden. ^. — Licet de te inquisitore heretice
pravitatis in partibus Tholcsanis auctoritate apostolica depu-
tato, nuper ecclesie Tuden. tunc pastoris solatio destitute me-
ritis tuis exigentibus, intendentes potius providere ecclesie quam
persone, duxerimus providendum, te preficiendo illiin episcopum
et pastorem; volumus tamen et nostre intentionis existit quod
ofTicium Inquisitionis predicte geras et prosequaris diligenter
ac fideliter donec aliud ordinaverimus super hoc ^, sicut prius.
— Datum Avinioni, kalendis septembris, anno VII°.
1. Bernard Gui, dominicain, inquisiteur a Toulouse, de 1307 a 1324; promu
a rdveche de Tuy, en Galice, le 26 aout 1323; transfere a Lodeve, le 20 jnillft
1324; mort le 30 decembre 1331. Personnage tres connu_, sur lequel il nous
parait inutiie d'insister. Voir, sur sa vie, scs oeuvres et son role comme inquisi-
teur : Quetif et fichard, Script. ord. praed., t. i, p. 576-580; Gallin christ., t. vi,
col. 554-555; Ilist. de Languedoc, t. ix, p. 395 et note 4; L. Delisle^ Notice siir
les manuscrits de B. Gui, 1879. p. 170-188; Molinier, Ulnquisition dans le Midi,
p. 206-210; Eubel, Hier., t. i, p. 323, 529; Haupt,. dans Realencyclopridie dc
Hauck, t. VII, p. 230, art. Guidonis; Hurter, Nomenclator litterarius theologiae
catholicae, ed. 1906, t. ii, col. 574-579.
2. II ost probable que Bernard Gui conserva le titre et les fonctions d'inqui-
siteur de Toulouse jusqu'a la nomination de Pierre Brun, qui eut lieu le 27 juil-
let 1324 (n. 59). Entre temps, le scnechal de Toulouse, Jcan de Trie, demanda h
Jean XXII de pourvoir a la chargc d'inquisiteur dans la province d'Auch. Le
pape repondit, le 20 decembre 1323, que la nomination du titulaire ne pourrait
beaucoup tarder (n. 57 his).
JEAN XXII 77
— 45
Le pape communique au roi de France sa decision touchant
Vappd porte d son tribunal par le sire de Parthenay et les memhres
de sa faniille contre Vinquisiteur Maurice de Sainl-Paul. — Avi-
gnon, septembre 1323.
Reg. VcU.y t. cxii, lol. 1 v», II. 493; Vidal, Le sirede Parlhenayf
p. 424.
Eidem rejri [Francie]. — Exccllentiam regiam volumus non
latere quod cum nonnulli hiis diebus preteritis ad Sedem apo-
stolicam pervenissent, asserentes pro parte nobilis viri Johannis
de Perliniaco ^ ac eius consortis et nonnullorum sibi sangui-
nem [sic) coniunctorum propter plura gravamina que dicto nobili
per dilectum filium Mauricium dc Sancto Paulo, inquisitorem
heretice pravitatis in provincia Turonen. auctoritate apostolica
deputato, dicebantur illata, ad sedem fuisse appellatum eandem
que nostro volebant apostolatui intimare; tandem intellectis
que volebant proponere plenius, ac super ipsis cum fratribus
nostris deliberatione prehabita diligenti, que Deo grata, nostro
et tuo honori convenientia, ac oportuna iusticie vidimus de fra-
trum ipsorum consilio duximus ordinanda; que utique scriptura
interclusa presentibus circumspectioni tue poterit seriosius rese-
rare. — Datum Avinioni, nonis septembris, anno octavo.
1. Parthenay (Deux-Sevres), chef-lieu d'arrond. Le chdteau, datant des pre-
miers temps de la fcodalite, dcvint un fief important. Les seigneurs se preten-
daient issus dc Lusignan. Ils portercnt, des la fin du xi® siecle, le nomde VArche-
vique. Le chateau actuel est du xiii'^ et du xiv« siecle.
— 46 —
Lc sire de Parthenay, Jean V Archeveque, et sa famille sont en
butte aux j^erseculions de Vinquisiteur Maurice de Saint-
Paul. Le noble personnage a ete arrete el incarcere d Paris par ordre
.7.8 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
de ce juge. Personne, pas meme sa femrne et un conseiUer
quelconque, ne peut penetrer dans son cachot. II nest tenu aucun
compte de Vappel au Saint-Siege interjete par lui. Le pape defend
d Vinquisiteur de poursui^re cette cause sans s'etre concerte avec
1'eveque diocesain et, d son defaut, ai'ec les ci^cques d' Arras et de
Viviers. — Avignon, 5 septembre 1323.
Reg. Vat., t. cxii^ fol. ii, n. 494; VidaJ, op. cit., p. 424.
Fratri Mauricio de Sancto Paulo, inqiiisitori heretice pravitatis
iii provincia Turonen. auctoritate apostolica deputeto. — Ad
nostram fratrumque nostrorum sancte romane Ecclesie cardina-
lium audientiam, pro parte viri nobilis Johannis Archiepiscopi,
domini de Pertiniaco, militis, eiusque consortis ac nonnullo-
rum coniunctorum eidem nobili linea parentele, insinuatio hiis
diebus flebilis et clamosa perduxit quod tu ex odii fomite
contra eundem nobilem, sicut antea verbis satis expresseras, pro-
vocatus, quedam imponens eidem pro libito voluntatis que
sapere pravitatem hereticam asserebas, ipsum capi etadduci Pari-
sius et diro mancipari carceri ^ procurasti ; ad cuius presen-
tiam consortem eius predictam, seu aliquem de eiusdem nobilis
genere, prelatum etiam et adhuc consiliarium aliquem, cum [quo]
posset deliberare super hiis que sibi imposueras seu imponere
intendebas, licet velut juris ignarus seu inscius et in simplicitate
militari nutritus dirigi super premissis sano peritorum coiisiUo
plurimum indigeret, introire, licet instanter et humiliter requi-
situs super hiis sepius, non sinisti. Propter quod et multa alia
habentes te suspectum merito tam pro parte procuratoris eius-
dem nobilis, quam eius consortis et nonnullorum aliorum de
ipsius nobilis genere, te velut suspectum dicto nobili ex premissis
ct aliis causis suspicionis pluribus legitime recusarunt. Cumque
tu causas huiusmodi admittere indebite recusasses, exhoc necnon
et quia notariis publicis requisitis quod de propositis et petitis
publica conficerent instrumenta expresse sub pena excommuni-
cationis quam in ipsos si contra facerent promulgasti, ne ipsa con-
ficerent, precipere presumpsisti, sencientes dictum nobilem ac
se multipliciter indebite pregravari, pro parle dicti nobilis, con-
sortis et aliorum nobilium predictorum fuit canonice in scriptis
ad Sedem apostolicam appellatum. Cui seu quibus appellationibus
tu deferre indebite renuens in dicti nobilis et aliorum premisso-
rum preiudicium et aposlolice Sedis contemptum sevcrius solito
JEAN XXII 79
contra diclum nobilem procedere exarsisti. Quocirca pro parte
dicti nobilis et aliorum premissorum nobis fuit instanter ct
humililer supplicatum ut dicto nobili ac prcmissis aliis curare-
mus super premissis de oportuno remedio providere. Nos autem
cum fratribus nostris predictis super premissis deliberatione pre-
habita diligenti, multis hinc inde in examen recte considerationis
adductis, cupientes ne splendorem negotii fidei contingat per
inordinationem aliquam offuscari, nec prefatum nobilem indebite
pregravari, tibi de fratrum nostrorum premissorum consilio, sub
virtute sancte obedientie precipimus et mandamus quatinus
sic iusle, sic mature, sic provide cures in premissis procedere quod
ipsi nobili seu aliis supradictis iusta de te materia conquerendi
de te (sic) non sumpserit, nec nos oporteat super hiis aliud reme-
dium adhibere; libi nichilominus de eorumdem fratrum nostro-
rum consilio districtius inhibentes ne ad sententiam contra pre-
fatum nobilem, nisi vocato diocesano ad quem eorumdem
criminum * propositorum seu proponendorum contra dictum
nobilcni spectat cognitio, seu ipso diocesano nolente vel non
valente premissis intendere, cui procedere in dicto negotio
extra suam diocesim auctoritatem et licentiam absque alicuius
ordinarii preiudicio impertimur, vocatis venerabilibus fratri-
bus P. Atrabaten. ^ et P. Vivarien. * episcopis, quos unius loco
haberi volumus, et eorum quemlibet, ubi ambo ne(|uirent in-
teresse vcl nollcnt, in ipsius diocesani locum in casu predicto
quoad premissa omnia subrogamus, quibusque et eorum sin-
gulis iuxta ordinationem predictam communicare processum
contra prefatum militem habitum et habendum tenearis ex
integro aliquate^us non procedas; attentius provisurus quod
si forsan inter te et diocesanum predictum scu subrogatos eidcm
circa ])rocessum seu proferendam sententiam dubietatem, vel
conlrarietatem contingeret suboriri, nequaquam nobis incon-
sultis ad sententiam proccdcrc presumatis. Decernentes irritum
et inane si secus a te vel ipsis contingeret attemptari. Diocesa-
num autem dicti nobilis certum exprimere nequivimus quia
qui ille sit propter diversa domicilia et delicta que habere et
commisisso dicitur ignoramus. — Datiim Avinioni, nonis septem-
bris, anno octavo ^.
1. La prisou du Tempic, s'»! faut en croiro lcs Continualeurs de GuiUaume de
80 BULLAIRE DE l'iISQUIS1TION FRANgAlSE
Nangis, ed. Geraud^ t. ii, p. 50, et dc ./. de Saint-Viclor, dans Hisl. des Gaules
et de France, t. xxi, p. 681.
2. Reg. : terminum.
3. Pierre de Chappes, chancelier de France; eveque d'Arras, le 29 octobre
1320; eveque de Chartres, le 21 mai 1326; cardinal du titre de Saint-Martin-
aux-Monts, le 18 decembre 1327; mort le 24 mars 1336. Baluze, col. 764; Gall.
christ., t. III, col. 335; t. viii, col. 1172; Eubel, Hierarchia cafholica, t. i, p. 15,
117, 173.
4. Pierre de Mortemart, eveque de Viviers, le 16 juin 1322; transfere a
Auxerre, le 7 octobre 1325; cree cardinal du titre de Saint-fitienne in Coelio-
monte, le 18 decembre 1327; mort le 14 avril 1335. Gallia christ., t. xvi, col.
572-573; t. xii, col. 315-316; Eubel, Hier., t. t, p. 15, 122, 565.
5. A/Jaire du sire de Parthenaij (n. 42-43, 45-48, 51-52, 54-58, 60,66). VoirJ.-M.
Vidal, Le sire de Parthenay et Vlnquisition (1323-1325), dans^Bulletin historique ct
philologique, 1903, p. 414-434. Le motif qui valut a Jean rArchevcque, sire de
Parthenay, d'ctre poursuivi par rinquisiteur deTours,motif queleschroniqueurs
ont passe sous silence, c'est bien le crime de sorcellerie auquel fait allusion le
document n. 46. II est clairement exprime dans la consultation que le juriste
Oldrado da Ponte, de Lodi, fut appele a donner, precisement au sujet de cette
affaire, aux commissaires pontificaux charges de la juger. Voir le texte dans
Hansen, Quellen und U ntersuchungen zur Geschichte des Hexenwahns, Bonn,
1901, p. 55-59, d'apres Tincunable Consilia seu questiones domini Oldradi de
Laide, ulr. iur. doct. cximii, Rome, 1472. Hansen n'a pas vu que cette interes-
sante piece appartenait au dossier de rafTaire Parthenay; d'ailleurs, le nom de
rinculpe est defigure par lui en Partimacho. Jean de Parthenay fut donc pre-
venu de pratiques de sorcellerie, de fabrication d'images de cira, d'incantation3
demoniaques perpetrees dans le but de se procurer les faveurs d'une femme
qu'il aimait. Oldrado da Ponte laisse entendre (loc. cit., p. 58) que la jalousie
d'une autre femme et d'un ennemi de Jean rArcheveque, nomme Jean, ne fut
pas elrangere a la diffamation du noble Poitevin. II affirme expressement que
les inquisiteurs avaient eux-memes une inimitie personnelle aregarddecedernier
(p. 58). Les parents et les autres defenseurs de Parthenay ne manquerent pas
d'insister la-dessus (n. 46). Toujours est-il que rinculpje fut, au dire du
Continuateur de Guillaume de Nangis, denonce au roi de France, qui le fit saisir
en 1323, conduire a Paris et enfermer dans les cachots du Temple. Ses biens
furent sequestres et son proces commen^a. Tout aussitot se posa la question de
competence. Maurice de Saint-Paul tenait evidemment a mener lui-meme la
procedure; mais il n'avait point de juridiction sur Paris. Le roi de France de-
manda au pape d'etendre le rayon de sa competence territoriale pour qu'il lui fut
possible de connaitre, hors de sa province, des delits d'heresie perpetres dans
les limites de cette province. Le pape accorda la faveur, le 9 juillet 1323, en
ayant soin de reserver les droits des ordinaires dans les dioceses desquels Tinqui-
siteur exercerait ses fonctions (n. 42). En terminant sa lettre (n. 43), il s'excusait
d'avoir tarde a rexpedier, ce qui prouverait qu'a la date du 9 juillet Jean
rArcheveque etait, depuis deja longtemps, en prison.
Rien ne s'opposait pius a ce que Maurice de Saint-Paul conduisil en personne lc
proces. Par ailleurs, Teveque de Paris (alors Etienne de Bourret : n. 66, note 3)
JEAN XXII 81
otail designe par lc pape pour y prendre part en lant qu*ordinairc du diocese.
Mais^ des les premiers interrogatoires, Parthenay et ses parents recuserent for-
mellement leurs juges : rinquisiteur comme ctant suspect de partialite (n. ^j6) ;
Tevcque commc n'ayant aucune juridiction sur Taccuse et, partant, aucun droit
de sieger au tribunal (n. 66). La defense n'etait rien moins qu'aisee; ni sa femme
ni ses parents ni aucun conseiller ne pouvaient penetrer ju8qu'au prisonnier, pour
en arretcr les details. Lorsqu^iis voulurent faire rediger Tacte de recus4tion et,
plus tard, un appel au Saint-Siege, ils ne purent trouver des notaires qui voulus-
sent s'en chargcr, par crainte de Texcommunication dont Maurice de Saint-Paul
les avait, disaient-ils, menaces (n. 46). Un rccours au pape fut cependant libelle
ct apporte a Avignon par des parents ou dea amis du detenu (n. 45). On y dcnon-
gait Ics procedes de Tinquisiteur; on le recusait formellemcnt, ainsi du reste que
rev^quede Paris. Ce fut un motif pour les juges de redoublcr de severite et de
prcsscr Tinstruction Le Continualeur de Nangis pretend qu'une assemblee de pre-
lats et de jurisconsultes fut convoquee, peut-dtre afin d'intimiderraccuse;maisil
refusa de repondre aux injonctions de ses juges et, obstiuement, les rccusa. II
semble ncanmoins qu'au cours des interrogatoires il ait un moment faibli et fait
des aveux dont rinquisitcur se servit contre lui devant la commission pontificale
(n. 66, et Hansen op. cit., p. 57). Cependant, sur de nouvelles instances de la par-
tie lesee, le pape prenait une mesure importante. Le 5 septembre 1323, il ecrivait
k Maurice de Saint-Paul pour lui recommander la justice et la moderation a
Tegard du prevenu qui, dcsormais, devrait n'avoir plus a sc plaindre de lui; puis,
exciuant la cooperation de rev6que de Paris, il exigeait qu'on 8'assurdt celle
de iordinaire dont Parthenay etait le sujet. A d^faut de cet ev^que, qui pouvait
demeurer inconnu, ou bien ne pas vouloir preter son concours, le pape designait
Pierre de Chappes, eveque d'Arra8, et Pierre de Mortemart, ev6que de Vivicrs.
Ces prclats recevraient communication des actes du proces et assisteraient k
toute rinstruction. En cas de divergence entre Ics juges, on recourrait au Saint-
Siejre. Le pape informa aussitot le roi de celte mesure (n. 46-48). Mais rien n'ctait
moins aise que de trouver Tordinaire competent, Jean rArchevequo ayant
des domiciles en plusieurs endroits. Le pape resolut (5 novembrc) de passer outre,
avec le concours des ev^ques d'Arras et de Viviers (n. 51, 52, 54). Un douto
subsistait encore au sujet de la part que devaient prendre ces prelats a la proce-
dure d'instruction. L'existence de ce doute temoigne peut-dtre de la mauvaise
volonte de Maurice de Saint-Paul a Tegard de ses coll^gues. Jean XXII declara
(l'^'" dccembre) que les dcux prclats devaient 6tre presents a tous les actes du
proci's, comme rinquisiteur, et avoir communication des documents du dossier
(n. 5o, 56). Maurice de Saint-Paul re?ut a Avignon la reponse pontificale. II
avait cru devoir allcr prcsenter personnellement des observations au pape. II
clait d'ailleurs trcs altaquc en cour par les amis de Parthenay et par d'autres
qui eusscnt voulu reglcr avec lui leurs difTerends. Mais le pape lui ordonna de
se rcndre a Paris pour y continuer lc proces (n. 57). Un temps prccieux s'otait
ecoule en discussions de compctence. On en j)erdit encore beaucoup. Six mois
de Tannee 1324 se passcrent sans que les jugcs proccdassent a autre chose qu'i
la citation de Tinculpe (n. 66). Qu'advint-il pendant ce laps de temps ? Jean
rArcheveque avait des amis en cour. Leur influcnce ne fut pas etrangcre au
brusque changcmcnt qui s^opcra dans les senlimcnts du roi et dans la marche
du proces. Lc roi conscnlit d'ubord a restitucr les biens confisques; puis ii fit
U U L L A I 11 K — (i
82 liULLAIRE DE l'iNQUIS;1TION FRANgAlSE
coiiduire le piisonnier a Avignon, ou raflairc dcvaii dcsormais sc poursuivre,
Jean rArcheveque etait arrive in Curia, lc 7 juiilet 1324. Le pape rannonce au
roi (n. 58).
Le transfert de sa cause en cour d'Avignon constituait un succes pour Tin-
culpe. A bon droit, il pouvait esperer trouver la plus de justice qu'a Paris. On
evincait Maurice de Saint-Paul; de juge qu'il etait, il devenait partie, et
il etait «Dblige de prouver ses dires. Jean XXII n'eut pas l'initiativc
d'une pareille transformation. Ici encore il est necessaire de faire intervenir
des influences de famille ou d'amitie. Un manuscrit de la Chronique de Saint-
Vietor (Continuatcur) nous les montre s^exer^ant en cour d'Avignon par rcntre-
mise de Teveque dc Noyon, Foulques de Rochechouart, ct obtenant du pontifc
la remise de raffaire a de nouveaux juges.
Ceux-ci etaicnt au nombre de quatre : Picrre de Chappes, dcvenu cvcquc de
Chartres, Pierre de Mortcmart, devenu cvcque d'Auxerre, Bertrand de Daux
archevequo d'Embrun, et Raymond de Moustuejouls, eveque de Saint-Papoul.
Jean XXII etait resolu a proceder avec la plus graude maturite ct d'allcr au
fond. On ferait table rase des procedures entrcpriscs a Paris; on n'cn tiendrait
compte qu'a titro d'information; le prevcnu scrait soumis a do nouveaux in-
terrogatoires (n. 66). Cetait annuler roeuvre de rinquisjteur.
Parthenay jura devant le pape de dire la verite, puisilfutremisasesnouveaux
juges, qui tinrent audience dans le palais apostolique. Une premiere seance
fut consacree k son examen au sujet des aveux faits par lui devant rinquisiteur,
On rinterrogea aussi sur d'autres delits dont il etait accusc, bien qu'il se fut de-
fendu de les avoir commis. Ses reponses furent claires et precises. II les confirma
dans une deuxiemo scance, devant Bertrand de Daux et Raymond de Moustue-
jouls, qui obtinrent de lui de nouveaux eclaircissements. Puis il fallut citcr des
temoins a charge dont Tavis paraissait bon a rccueillir. Ils avaient ctc designes
par rinquisiteur. Cetait d'abord un dominicain, Jean de Bourdinaria. Maitre
Oldrado da Ponte (Hansen, op. cit., p. 58) le tient pour un traitrc qui a flatte
Jean de Parthenay, en lui ecrivant des lettres d'amitie dont Tinstruction a eu
connajssance, et qui, ensuite, Ta trahi. Cetait un juif converti, Jean de Forez,
enuemi de 1'accuse, dont le meme jurisconsulte juge qu'il faut tenir le temoi-
gnage pour suspect, a cause de rindignite du personnage. Hansen, op. cil.,
p, 58. Cetaient Alain Breton, de Parthenay, ancien scrviteur du sirc, et un
noble du voisinage, Hugues Bisto [ihid.], dont la deposition fut plutot favorable
a raccuse. Enfm deux dominicains vinrent aussi, qui firent au savant juriscon-
sulte refiet de deux comperes recitant une legon apprise par coeur, trop subtils
Gt trop astueieux, d'ailleurs se contredisant souvent, et ayant plus Tair de juges
que de temoins. Ihid., p. 58.
Jean XXII avait prie le roi d'user de son autorite pour quc ccs personnes
repondissent sans tarder a leur citation (13 septembre 1324, n. 60). Leurs depo-
sitions re^ues en presence des defenseurs de Taccuse parurent insuffisantes ;
et Maurice de Saint-Paul fut requis de presenter d'autres temoins pour etayer
ses dires. Mais il iie put en designer un scul, tandis quc la partie adverse opposait
de nombreuses excoptions, prcseutait des cedules et des documents qui paru-
rent finalement devoir suffire a eclairer la religion des juges. L'instruction fut
close et fon en rcfera au pape. Le 23 juillet 1325, celui-ci delegua rarchcvequo
d*Embrun et l'eveque de Saint-Papoul pour prononcer la sentence. Ils devaienl,
JEAN XXII B3
au preulable, 8'eclairer des conseiU d'une assemblee de jurisconsultcs (n. 66^
Un de ces jurisconsultes fut probablement maitre Oldrado da Ponte, dont nous
avons la consultation ecrite. Hansen, op. cil., p. 55-59. Les ennemis de Parthe-
nay, et en particulier les inquisiteurs, avaient pretendu ^tablir que les pratiques
superstitieuses imput^es k ce dernier ctaient entachees d*her^8ie. Oldrado
8'attacha a prouver qu'il ne s^agissait que de simples sortil^ges et philtres
d'amour. La passion violente excusait le chevalier, nou moins que son ignorance
et sa rusticitc toute militaire. On ne voyait pas qu'il eut rendu au d^mon un vrai
culte d'adoration. Au surplus, la.preuve testimoniale de ces crimes ctait loin
d'6tre faite. En ce qui le concernait, Oldrado recusait tous les t6moins parce
que suspects, partiaux ou indigncs, et il so pronon^ait pour Tacquittement. Par»
thenay fut eu cITet acquitte. Hansen, op. cit., p. 59. Lc Conlinualenr de Jean de
Sainl-Victor le note en ces termes : « Dont la cause fut estaignie; quar le dit
seigneur avoit en le court pluseurs qui le deportoient (favorisaient). Et bien
apparut en la fin; car il s'cn vint puis franc et delivre ct absous par le papo,
si com Ton dit, de cc (jui li ctoit uppose. • Voir Conlin. Chron. Joan. a S. Victoref
duiis ilisl. des (Jaules et dc la France, t. xxi, p. 681 et note 1; Conlin. Chron.
G. de Nangiaco, edit. Geraud, t. ii, p. 50-51.
— 47 —
A defaul de Veveque dioceaain^ le pape designe les e\>eques de
Vii^iers el dWrras pour poursui^re, de concert avec Vinquisileur
Maurice de Sainl-Pauly Vafjaire du sire de Parlhenay. — Meme
datc.
Reii. Val., U cxii, u. 495; Vidal, op. cit., p. 42G.
Atrabaten. et Vivarien. episcopis. — Pro partc viri nubilis
Johannis Archiepiscopi, domini de Pcrtiniaco, militis, eiusque
consortis ac nonnullorum dicto nobiii coniunctorum linea pa-
rentele ad apostolatus nostri ac fratrum nostrorum sancte ro-
mane Ecclesie cardinalium, insinuatio hiis diebus flebilis et cla-
mosa perduxit auditum quod dilcctus filius frater Mauricius de
Sancto Paulu, ordinis predicatorum, inquisitor herctice pfavitatis
in provincia Turonen. auctoritate apostolica deputatus, ex odii
fomite (e/c, comnie dans la precedente, mutatis mutandis, jusqud)
coiiiinisisse in diversis diocesibus dicitur i«^noramus. Quocirca
fraternilati vcslre in virlute sanctc obedicnlie districte prcci-
picndo mandamus quatinus in co casu ubi dioccsanus eiusdem
S4 BULLAIRE DE L*INQUlSrnON FRANgAlSE
nobilis non potuerit vel noluerit cum inquisitore predicto supcr
premissorum executione personaliter interesse, vos vel alter ve-
strum loco diocesani predicti et extra civitates et dioceses vestras
quacumque constitutione contraria non obstante cum inquisi-
tore prefato illa exequi procuretis : quod si non ambo hiis exe-
quendis potueritis vel nolueritis interesse, alter vcstrum cum
inquisitore predicto ea nichilominus exequatur : ita tamen quod
si vos ambo simul processeritis cum eodem loco unius censea-
mini non duorum. — Datum ut supra.
— 48 —
Ordre de remettre aux destinataires les deiix lettres qui precedenl
— Avignon, 13 septembre 1323.
Reg. Vat., t. cxii, n. 496, 498; Vidal, op. cit., p. 427.
Johanni de Arpadella ^, decano Xantonen. — Cum super nego-
tio nobilis viri Johannis dicti Archiepiscopi, domini de Pertiniaco,
quod coram dilecto filio Mauricio de Sancto Paulo, ordinis fra-
trum predicatorum, inquisitore heretice pravitatis in provincia
Turonen. auctoritate apostolica deputato, vertitur tam venerabi-
libus fratribus nostris Petro, Atrabathen., et Petro, Vivarien.
episcopis, quam eidem inquisitori certas litteras apostolicas de-
stinemus, nos volentes eis et ipsorum cuilibet sicut tibi diriguntur
litteras huiusmodi fideliter presentari, discretioni tue... manda-
mus quatinus dictas litteras eisdem episcopis singulas quas
duplicatas mittimus singulis videlicet et inquisitori ex parte
nostra presentare procures. — Datum Avinioni, idus scptembris,
anno VI IR
Eidem. — Cum certas litteras (efc). Volumus et... mandamus
quatinus circa presentationem litterarum huiusmodi diligentiam
adhibeas oportunam; [et] de illa fieri facias curialiter et pruden-
ter publicum instrumentum, quod nobis destinare quantocius
non omittas. — Datum Avinioni, ut supra.
1. Jean d'Arpadelle, docteur es lois, chapelain du pape, d'abord chanoine
dc Paris; doyen de Saintes. le 23 mai 1323; prevot de Sussey dans le diocese
\
JEAN XXII 85
(VAulun, !e 1" aout 1328; archidiacre de Brie dans le chapitre de Paris, le
12 mars 1331 ; devint evSquc de Frejus, le 6 novembre 1340. II mourut en 1343.
Dcnifle, Chartular., t. n, n. 834, note 1; Eubel, Hier., t. i, p. 262; Albands,
GaU. chri^^t. novis., t. i, col. 363-364; Daumet, Benoit XII, n. 514, 587, 623, 887;
Albe, Autour de Jean XXII, ^viques quercynois en France, extr. des Annales
de Saint-Louis-des-FranQais, 1906, p. 175-176.
-49 —
Jean XXII ordonne d Henri Dauphin, gouverneur du Dauphinc,
sous la menace des peines canoniques, de remettre sans retard d
V inquisiteur de la joi les heretiques d qui il accorde protection et
faveur; il Vinvite d seconder avec zele Voeuvre de cet inquisiteur
dans ses terres. — Avignon, 15 octobre 1323.
Reg. Vat., t. cxii, n. 957; Sauerland, VcUikanische Urkunden
und Regesten zur Geschichte Lothringens, t. i, dans Quellen zur
Lothringischen Geschichte, Metz, Scriba, 1901, n. 399 (anal.).
Henrico *, electo Methen., gubernatori Dalfinatus Viennen. —
Auditui nostri apostolatus infausti rumoris assertio pertulit
hiis diebus quod in terris dilecti filii nobilis viri Guigonis *, dalfini
Viennen., nepotis tui, quarum gubernator existis, nonnullis per-
sonis repertis de heretica pravitate reprehensis, tu ac ministri
et ofliciales tui et eiusdem dalfini dictas personas dilecto filio G. ^,
ordinis fratrum minorum, eiusdem pravitatis inquisitori in illis
partibus auctoritate apostolica deputato, licet requisiti cum in-
stancia sepius, remittere recusastis, ex quo splendor negocii fidei
non absque periculis multipliciter super hiis dicitur in eisdem
partibus obfuscari. Quocirca discretionem tuam rogandam duxi-
mus et hortandam, tibi nichilominus districtius iniungentes qua-
tinus attente considerans quantis favoribus iura canonica et
civilia diclum Inquisitionis negotium prosecuntur, quantisque
penis et periculis gravibus domini temporales et alii negotium
impedientes huiusmodi vel ei suum denegantes favorem cum
requiruntur super hoc subiacere noscuntur, quodque tu qui per-
sona ecclesiastica ad honorem status pontificalis electa esse
dinosceris, si circa id possis reperiri quod absit reprehensibilis,
penis gravioribus esscs dignus, omnes et singulos de dicto crimine
86 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
heresis culpabiles et suspectos de quibus capiendis et eideminqui-
sitori remittendis per ipsum fueris requisitus huiusmodi requi-
sitionibus cessante difficultate qualibet obtemperando, et per
eosdem ministros et officiales obtemperari faciendo remittere non
postponas : ita quod vitatis quibusvis tuis et eiusdem dalfini ac
lerrarum suarum periculis, inde valeas merito commendari;
alias non poterimus preterire quominus contra te dictosque
dalfinum, ministros et officiales ac terras, prout suadebit iu-
sticia et expedire videbimus, procedemus. — Datum Avinioni,
idus octobris, anno octavo.
1. Henri Dauphin, d'abord destine au si^ge de Passau, fut choisi pour cclui
(le Metz le 4 mai 1319. Ayant resigne son eveche (1325), il prit le nom de
baron de Montauban. II administrait le Dauphine pour son nevcu, Guigues VIII,
depuis Tan 1319. Gallia chrisL, t. xin, p. 770; Eubel, Hier., t. i, p. 354; Vidal,
J nter^ention du pape Jean XXI J dans le conflit enlre la Savoie et le Daupliinr,
dans Revue des quest. hist.^ octobre 1900, tir. a part, p. 7.
2. Guigues VIII, fils de Jean II et de Beatrix de Hongric, ne en 1310, succedo
a son p6re, le 5 mars 1319, sous la tutelle de son oncle, Henri Dauphin; il meurt ^
!e 23 juillet 1333. U. Chevalier, Repertoire, etc. Biobibl., col. 945; Vidal, op. cil. 9
3. Guillaume Astre, dont on trouve le nom parmi ceux des freres mineurs
qui prirent part aux discussions engagees, a Fepoque de Clement V, au sujet des
spirituels, fut un des champions des conventuels. fitant gardien du couvent
de Beziers, il fit, de concert avec le gardien du couvent de Montpellier, un proccs
aux spirituels de son obedience et les declara heretiqvies, schismatiques et apo-
stats de 1'ordre. Ils se defendirent a la cour du pape et Astre dut justifier ses
actes. Ehrle, Die Spiritualien, dans Archiv fiir Lilteraiur, 1888, t. iv, p. 37, 61,
63. II aurait ete nomme a rinquisition de Provence par les superieurs cle rordrc,
vers 1322. A cette daio, deux autres freres mineurs, Michel Lemoine (n. 15,
note 2) et JaCqUes Bernard (n. 33), s'occupaient deja de la poursuitc derheresio
dans la province. Les statuts provinciaux des freres mineurs approuves par lc
general fixaient a cinq annees la duree du mandat inquisitorial pour les mem-
bres de Vordrc, lesquels ctaient d'ailleurs, pour rinstitution et la revocation,
k la merci de leurs provinciaux. Mais Guillaume Astre, dont le zele plaisait a
Jean XXII, obtint, le 27 octobre 1326, d'6tre confirme dans cette charge, usqur
ad beneplacilum sanctae Sedis (n. 71). Le 21 mars suivant, il rcQut rordre dr
transmettre a rinquisiteur de Carcassonne copie authentique des aveux d'un
pretre relaps, Bernard Marty ou Maury, de Narbonne (n. 75). Le 9 octobre 1331,
il obtint d'^tre remis en possession, k Avignon, des maisons et des logis de fln-
quisition dans lesquels des prelats et des moines de Tordre s'etaient indumcnt
installes (n. 113). Des rannee 1328, Beatrix de Levis 1'avait recommande au
pape pour un eveche. Jcan XXII prit bonne note de ce desir [Reg, Vat., t. cxiv,
fol. 195 vo) et promut rinquisiteur au siege d'Apt, le 12 juin 1332 (n. 119).
Guillaume s'occupa encore quelque tomps des affaires du tribunal, notammont
du partage, entre lo flsc apostolique ct un certain Pierrc de Gigondas, do Car-
JEA?< XXII 87
pentras, des biens de ce dernier. configques pour her^sie (n. 121-123). II mourut,
a Apt, le 8 octobre 1336. Baluze, a tort, le fait vivre ju8qu'eu 1350. Albands,
Gall. christ. novissima, col. 1\^-2M\ Eubel, //i«*., t. i, p. 95.
— 50 —
Le pape designe les commissaires qui dei>ront faire justice de
Guillaume Rohert^ moine de Figeac, voue aux pratiques de la magie
et de la necromancie, faux monnayeur et convaincu d^autres crimes.
— Avignon, 1®"^ novembre 1323.
/?«g.yli'en.,t. xx,fol. 160 vo, n. 228; /?eg. Vat., t. lxxvi, n. 178;
Mollat, op. cit., n. IS/i^G (anal.).
Dilectis filiis ..^ monasterii Casedei ^, Claromonlen. diocesis,
et ..'^ Claromonten. ac Secureti * Anicien. ecclesiarum abbatibus,
salutcm. — Nupcr dilectus filius Guillelmus ^, abbas monasteril
Figiaccn., Cluniacen. ordinis, Caturcen. diocesis, nostro apostola-
lui intimavit quod dudum Guillcrmus Roberti, monachus ipsius
monastcrii, in eodem monasterio receptus extitit in monarhum
ot in fratrem; et quod postquam ibidem tanquam monaclius
ipsius monastcrii, pcr pbirium annorum curricula moram Iraxc-
rat ct pro monacho ipsius monastcrii al) omnibus publicc habc-
batur, dans in commotioncm dampnabilcm pedes suos, cepit tam
a profcssionis propric rcgula quam a fide catholica dcviarc,
sacrilejriis alquimic, nigromanlic, auguriis ct aliis prophanis
ct prohibitis artibus se in proprie salutis interitum ct perniciem
immiscendo. Pretcr hcc alia scclera premissis accumulans false
inonete forc dicitur fabricator ac ymaginum et votorum cereo-
rum confictor, per ymagines atque vota huiusmodi impia sorti-
lcgia exercendo, pluribus etiam aliis criminibus et sceleribus forc
(iicitur irretitus; proptcr que per curiam carissimi in Christo
filii nostri Caroli, regis Francie iUustris, captus extitit ctcarcerali
custodie mancipatus. Ft tnndcm ad rcquisitionem eiusdem al)ba-
tis onndcm monachum sui nionastcrii repetentis idem monachns
sibi per dictam curiam extitit restitutu» iuxta sanxiones crmo-
nicas punicndus. Vcrum dictus monachus ut debitam pro diclis
scclcribus cfTugcrc valcat ultioncm nd premeditatam malitiam
88
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISF
se convertens falso et malitiose pretendit se esse monacliummo-
nasterii Userchien. *, ordinis sancti Benedicti, Lemovicen. diocesis,
seque fore ad abbatem dicti monasterii propterea remittendum
et per eum etiam puniendum; ac nichilominus ne per dictum
abbatem Figiacen. monasterii puniatur pro parte dicti abbatis
Userchien. seu prefati monachi «d Sedem apostolicam fuisse dici-
tur appellatum. Quare prefatus abbas Figiacen. nobis humiliter
supplicavit ut ne tali pretextu eiusdem monachi scelera remaneant
impunita providere sibi super hoc de oportuno remedio curare-
mus. Quocirca [mandat iudicibus iit iustitiae exhibeant comple-
mentum]. — Datum Avinioni, kalendis novembris, anno octavo.
1. Jean de Champdorat^ elu le 7 mai 1318, abbe de la Chaise-Dieu; eveque;
du Puy, le 25 septembre 1342; mort en 1356. Hist. de Languedoc, t. ix, p. 563;
Gall. christ., t. ii, col. 342-343, 725; Eubel^ Hier., t. i, p. 91.
2. La Chaise-Dieu (Haute-Loire), arrond. de Brioude.
3. fitienne, abbe de Teglise de Clermont des 1302. Gall. christ., t. ii, col. 309.
4. Saint-Michel de rAiguille, ancienne abbaye dans le voisinage du Puy,
dignite du chapitre.
5. Guillaume de Ventadour_, abbe de Figeac en 1315. Gall. christ., t. i, col,
175.
6. Uzerche (Correze), chef-lieu de cant., arrond. de Tulle.
— 51 —
Lettre au roi pour lui communiquer les mesures prises dans le]
document sui<^ant. — Avignon, [5] novembre 1323.
Reg. Vat.y t. cxii, part. 2, fol. iv v^, n. 506; Vidal, Le sire de Par-
thenay, p. 428.
Ipsi regi [Francie]. — Serenitatis regie litteris super negocio;
domini de Pertiniaco per nos, licet tarde, receptis, verentes quod.
inquisitor ante provisionem a nobis super hoc faciendam requi-'i
sivisset ordinarium nobilis antedicti, idcirco eidem inquisitori.
et eius in hac parte collegis sub certa forma per nostras patentes.
litteras soribendum providimus in forma quam continet ccdnla'
JEAN XXII 89
presentlbus interclusa. — Datum Avinioni, novembris (sic)j
anno octavo.
— 52 —
Uordinaire dont le sire de Parthenay est le sitjet ne ponvant elre
clairement determine, d cause de la multiplicite de$ domiciles de ce
seigneur, le pape decide que les eveques d' Arras et de Viviers pren-
dront sa place au tribunal d' Inquisition, aupres de Vinquisiteur
Maurice de Saint-Paul. — Avignon, 5 novembre 1323.
Reg. Vat., X. cxn, n. 507; Vidal, loc. cit., p. 428.
Venerabilibus fratribus Petro, Atrabaten., et Petro, Vivarien.
episcopis, et dilecto filio Mauricio de Sancto Paulo, inquisitori
lieretice pravitatis in provincia Turonen. auctoritate apostolica
fleputato. — Pridem pro parte viri nobilis Johannis, dicti Archi-
cpiscopi, domini de Pertiniaco \etc., voir auxn. 46,47le detaildes
parties narrative et dispositive, jusqu^d la fin du n. 47]. Cum au-
tem propter diversa domicilia que dictus nobilis in diversislocis
habero dicitur, quis eius sit diocesanus hesitari probabiliter et
negotium posset huiusmodi non absque periculis retardari, nos
super hiis et ne dictus nobilis h>nga detentione carceris contra
iusticiam pregravetur diucius, providere salubriter cupientes,
discretioni vestre per apostolica scripta mandamus quatinus^
vos, dicti episc/)pi, vel alter vestrum una tecum, inquisitore pre-
dicto, prefati nobilis irrequisito diocesano, nisi ante presentalionem
presentium vobis faciendam extitisset super hiis (cui in tali casu
preiudicare non intendimus) forcitan requisitus, mature proce-
dere super eodem negocio studeatis; aliarum litterarum nostra-
rum tenoribus plene super omnibus aliis observatis. — Datum
Avinioni, nonis noveml)ris, anno octavo.
90 BULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAlSE
— 53 —
Jean XXII ordonne d Vef^eque de Lerida et d Vinquisiteur d^Ara-
gon de remettre aux mains de Jean de Beaune, inquisiteur de Car-
cassonne, ou de ses gens, Pierre et Jean Maury, de Montaillou,
Esperte, et Mathea, de Tarascon, au diocese de Pamiers, here-
tiques fugitifs refugies en Aragon. — Avignon, 8 novembre 1323.
Reg. Vat., t. Lxxvi, fol. 2, n. 4, de Curia; t. cxii, n, 822;
Mollat, op. cil., n. 20315 (anal).
Venerabili fratri .} episcopo Ilerden., et dilecto filio..^ inqiii-
sitori heretice pravitatis in partibiis regni Aragoniim aiictori-
tate apostolica deputato. — Significavit nobis dilectus filius Johan-
nes de Belna ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitor heretice
pravitatis in partibus Carcassone auctoritate apostolica depu-
tatus, quod cum legitime constitisset eidem Petrum et Johannem
Maurini, de Montealionis *, laycos, et Spertam et Matheam, ipsius
Sperte filiam, de Tarascone ^, diocesis Appamiarum, detestabilc
crimen heresis infra terminos Inquisitionis dicte pravitatis partium
predictarum Carcassone horribiliter commisisse, predictus in-
quisitor prefatos hereticos fugitivos ^ et in partibus regni Ara-
gonum latitantes capi per certum suum ad hoc deputatum nim-
cium ', non absque multis periculis et expensis variis procuravit,
dictusque nuncius dictosque (sic) Johannem Maurini, et Espor-
tam, ac Matheam tilji, frater episcope, dictumque Petrum Mau-
rini tibi, fili inquisitor, tradidit custodiendos fideliter donec pre-
dictus inquisitor. Carcassonen. ipsos duceret repetendos. Cum
autem, sicut habet eiusdem inquisitoris Carcassonen. assertio,
dictorum hereticorum presentia in partibus Carcassonen. pre-
dictis esse speretur orthodoxe fidei plurimum fructuosa, pro co
quod si contingat eos vel eorum aliquos operante gratia divina
redire ad ipsius fidei unitatem per ipsos multorum qui sunt in
eisdem partibus pravitatis predicte fermento respersi procurari
forsan ad fidem catholicam poterit conversio salutaris et Inquisi-
tionis officium propter hoc utiliter informari : Nos qui ad huiiis-
modi fidei negotium ex apostolice debito servitutis afficimur et
ut procedat prospere desiderabiliter afTectamus, discretioni ve-
stre... mandamus (fuatinus predictos Johannem et Petrum, qui
in eisdem ])arlibus Carcassonon. mulla liorrIl)illa conlra fidom
JEAN XXII 91
catholicam commisisse dicuntur, necnon et dictas Espertam
ct Matheam predictas, nisi forsan mulieres ipse in eisdem par-
tibus regni Aragonum talia contra fidem commisissent eandem ex
quibus essent per vos merito retinende et de eis in ipsis partibus
iusticia ministranda, prefato inquisitori Carcassonen. per suum
certum nuncium ad vos propter hoc specialiter destinandum suis
sumptibus vos et vestrum quilibet sub fida custodia transmittatis ;
prius tamen ab eisdem hercticis vel ilHs quos prefato inquisitori
duxeritis transmittendos diligentius inquisitis que ad utilitatem
eiusdem fidei et utiliorem executionem officii memorati videritis
inquirenda. — Datum Avinioni, vi idus novembris, anno octavo,
1. Pons de Villemur, archidiacre de L^rida et chapelain du pape, fut promu
k Lerida, le 2G f^vrier 1322; il mourut en 1324. Eubel, Hier., t. i, p. 294.
2. Bernard de Puigcertos, dominicain. Des Tan 1314, il recherche et condamno
des her^tiques de la secte des spirituels. Lea, Hiatoire de Vlnquis., t. iii, p. 101.
Lc 5 septembro 1328, Jean XXII lui mande de suspendre renquete faite par lui
contre certains frires mineurs de son pays. Eubel, Bullarium franciacanum, t. v,
n. 729. Lc prieur provincial des dominicains de Saragosse re^oit la mdme som*
mation, le 29 d^cembre suivant. U s^agissait d'un groupe de fraticelles parti*
culi6rement remuants. Eubel, n. 748. Voir aussi Llorente, Hiat. crilique de Vln'
quisilion d'Espagne, Paris, 1818, t. i, p. 81, n. 9. Des actes de cet inquisiteur rien
nc reste, croyons-nous, quc les interrogatoires qu'il fit subir aux quatre h6r6'
tiques dont il est qucstion dans la bulle. Nous publions un document qui per*
mettra dc se rendro compte des proced^s employes par lui contrc les gens suspeots
dheresie. II se rapportc probablement a Tun dcs fraticelles dont Jean XXII eut
a «'occupcr et prouve, en tout ca«, que Bcrnard do Puigcertosrestacnchargepen-
dant pr^s de trente anneos. II n'6tait copcndant plus inquisitcur on 1345, lorsquo
CI6ment VI expedia la bulle qui suit {lieg. Vat., t. ccxviii, fol. 104 v», n. cxxxi) :
« Ven. fratri [Arnaldo], archiepiscopo Tcrraconen., salutem. — Debitum
ofTicii nostri... Pctitio siquidem dilecti filii Bcrnardi de Camporotondo, de tcrcio
ordinc beati Francisci, clerici coniugati tue dioccsis, nobis nuper exhibita con-
tinebat quod dudum, licet ipse verus catholicus et firmus in fide christiana
existerct et existat, tamen dilectus filius Bernardus de Podiocertoso, ordinis
fratrum predicatorum, tunc inquisitor herotico pravitatis in rogno Aragonio
pcr Scdom apoatolicam deputatus, coiitra oundem Bornardum voluntario et alias
indebito, o«Iii rancore concepto, inquisivit do fido catholica contra ipsum, ot
aliquos testes corruptos ct inimicos capitales dicti Bernardi contra ipsum recepit
de facto; et quod cum ipse Bornardus de predictis se vellet iuste defendere coram
inquisitore predicto, idem inquisitor advocato ipsius Bernardi prohibuit quod
«ibi in cauaa illa pntrocinium non prestarot, ac omnes defensiones super hiiii
sibi necesKHrinH dencfjuvit eidein, ac oum fecit carceris custodie mancipnri et
captum ftiaiu dotineri; ct nichilominus quondnm suurn ndvocatum, (](ii ei
pntrocinium pre»titornt, por blanditins ct porstuisiones induxit ut pidemBornnrdo
OOnsuleret quod ipso Hernardus aliquos rortos confitorolur errorofl, promitteng
92 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
idem inquisitor in manibus ciusdem advocati se cum eodem Bernardo cum facili
penitentia per eundem inquisitorem ad cognitionem dicti advocati imponenda
eidem super hiis dispensare, si predictos confiteretur errores; alioquin, sicut
idem inquisitor comminatus fuit, dictus Bernardus nunquam liberaretur a
carcere, sed ipse inquisitor eum tociens exponeret questionibus et tormentis,
quod ipse inquisitor, vellet aut noUet dictus Bernardus, extorqueret quantum
vellet ex ore ipsius Bernardi; necnon prefatus inquisitor eundem Bernardum
sic eum detinendo captivum publice proclamando per ecclesias in sermonibus
fecit in illis partibus super dictis erroribus indebite diffamari. Propter que dictus
Bernardus sentiens ab eodem inquisitore procedente contra ipsum inique et
injuste ac ex odio indebite se gravari ad Nos et Sedem apostolicam appellavit.
Quocirca fraternitati tue... committimus et mandamus quatinus vocatis qui
fuerint evocandi et auditis hinc inde propositis, quod iustum fuerit appellationo
remota decernas, faciens quod decreveris per censuram ecclesiasticam firmiter
observari... — Datum Avinioni_, x kalendas septembris, anno quarto. »
3. Jean de Beaune; voir p. 47, note 2.
4. Montaillou (Ariege), cant. d'Ax-les-Thermes, arrond. de Foix.
5. Tarascon (Ariege), chef-lieu de cant., arrond. de Foix.
6. Les freres Jean et Pierre Maury, Mathea, femme, et Esperte, belle-mere
du premier, avaient quitte le pays de Foix et fui en Catalogne a la suite de la
capture des principaux ministres cathares par Bernard Gui. Cetaient de pauvres
bergers qui, dans Texil, continuerent a exercer leur humble profession, comme
aussi a pratiquer la rehgion cathare, sous la conduite d'un parfait, fugitif comme
eux, Guillem BeHbaste. Ils furent decouverts par Arnaud Sicre, espion de Tln-
quisition. Behbaste fut saisi d'abord; puis ce fut le tour de Pierre Maury, pris
a Flix (prov. de Tarragone), des deux femmes et de Jean Maury apprehendes
a Casteldazens (prov. de Lerida), en mai 1323. Les quatre derniers furent
remis a rinquisiteur d'Aragon et incarcercs a Lcrida. Guillaume Costa, Heu-
tenant de rinquisiteur, les interrogea, les 14 et 15 mai. Bernard de Puigcertos
les examina lui-meme, ainsi que Teveque de Lerida, en juillet, aout, septembre
et decembre suivants. Les dossiers de ces audiences furent plus tard transmis
k Teveque de Pamiers, qui les fit transcrire en tete des proces de Jean et de
Pierre Maury. Ms. Vat., lat. 4030, fol. 209 vO-213 v», 247-248 v». A la priere do
Jean de Beaune, inquisiteur de Carcassonne, le pape lanca Tordre ci-dessus,
le 8 novembre 1323. II visait surtout les deux freres Maury, susceptibles de
faire des revelations importantes, et d'ailleurs particulierement compromis
dans rheresie. Esperte et Mathea pouvaient a la rigueur etre jugees en Cata-
logne, ou il semblait qu'elles eussent commis leurs fautes les plus graves. ElTec-
tivement, rextradition parait n'avoir eu lieu que pour Jean et Pierre Maury.
Remis a Jacques Fournier, ces deux herctiques comparurent devant lui durant
les mois de fevrier, juin et aout 1324.
La deposition de Pierre Maury est particulierement longue et curieuse, en
ce qui concerne la doctrine et la vie des derniers ministres cathares. Elle s'etend
du fol. 249 au fol. 274 v°, du ms. 4030 Vatic. latin, et se termine par une serie
de soixante-deux propositions erronees professees par Taccuse ou par les chefs
de la secte. La confession de Jean Maury tient, dans le meme registre, du fol.
213 v° au fol. 224. Les deux freres furent condamnes, le 12 aout 1324, a la prison
perpetuelle. Doat, t. xxviii, fol. G6. Leur cas avajt etc soumis au prealable a'
JEAN XXII 93
unc assemblee de juristes et de theologiens rcunie, le 9 aoiit, a reveche de
Pamiers. Douais, La formule Communicalo, etc, p. 23. Voir J.-M. Vidal, Les
derniers ministres dc 1'albigeisme en Languedoc, dans la Ha^ue des questions
hisloriques, janvicr 1906, § III; Le tribunal d'Inquisition de Pamiers, tir. a part,
p. 45-46, 50-51, 217.
7. Arnaud Sicre; voir note precedente et nos deux opuscules cites.
-54 —
Ordre de presenter la lellre dii 5 no^embre, ci-deasiis (ii. 52). —
Avignoii, 10 novembre 1323.
Reg. Vat., t. cxii, n. 513; Vidal, Le sire de Parthenay, p. 429.
Magislro Johanni de Arpadella ^, decano ecclesie Xanloiien.,
capellano noslro. — Super negotio, elc. [Mandatur ei ut litteias
praedictis episcopis et inquisitori directas praesentet et de prae-
sentatione papam certiorem faciat]. Datum ut supra [Avinioni,
iiii idus novembris, anno octavo].
1. Cf. n. 48, note 1.
— 55 —
Le pape declare que Vinquisiteiir devra, ai^ant le prononce de la
sentence, donner aux ei^eques d^Arras et de Vi^iers communication
des actes du dossier de Jean V Archeveque. — Avignon, 1®^ decem-
bre 1323.
Reg. Vat., t. cxii, part. 2, fol. 7, n. 528; Vidal, op.cit., p. 429.
Pelro, Atrabaten., et Pelro, Vivarien. cpiscopis. — Dudum ex
parte nobilis viri Johannis dicti Archiepiscopi [etc. Voir le detail des
parties narrative et dispositive, ci-dessus, n. 46, 47 et 52, jusqud la fin
de cetle derniere lettre]. Verum, sicut accepimus, quidam in dubium
utrum iuxta tenorem litterarurh nostrarum vobis et vestrum
cuilibet iu prolatione sententie tantum processus habilos et
habendos communicare predictus inquisitor, seu vobiscum vel
'J4 BULLAIIIE DE L INQUISITION FRANQAISE
cum allero vestrum deberet super omnibus procedere, revocare
nitantur; nos dubitationem huiusmodi, ne per eam dictum posset
negotium impediri, amputare volentes, quamvis perearumdem
litterarum tenores evidenter pateret, auctoritate presentium
declaramus nostre intentionis existere ac etiam extitisse quod
vos, vel alter vestrum, una cum eodem inquisitore procedatis
in prelibato negotio, ipseque vobis et vestrum cuilibet processus
habitos et habendos communicare, tam circa proferendam sen-
tentiam, quam omnes alios actus etiam ante prolationem eius-
dem sententic teneatur. Quocirca fraternitati vestre per aposto-
lica scripta mandamus quatinus vos et cuilibet (aic) vestrum
una cum eodem inquisitore iuxta tenores litterarum nostrarum
vobis directarum super hoc ac declarationem nostram huiusmodi
in dicto negotio procedatis. Cui quidem inquisitori per alias no-
stras litteras mandavimus et ctiam auctoritate presentium inlii-
bemus ut sine vobis aut vestrum altero supcr memorato negotio
ad actum aliquem non procedat. — Datum Avinioni, kalendis
decembris, anno octavo.
— 56 —
NolificaUon de la mesure qui precede d Vinquisiteur Maurice
de Saint-Paul. — Avignon, 1^^ decembre 1323.
Rcg. VaL, t. cxii, iol. 7 vo, n. 529; Vidal, op. cit.,\). 430.
Mauricio de Sancto Paulo, ordinis predicatorum, inquisitor
lieretice pravitatis in provincia Turonen. — Dudum exparte...
[comme ci-dessus, mutatis mutandis). Quocirca discretioni tue
per apostolica scripta mandamus quatinus sine predictis epi-
scopis vel eorum altero super dicto negotio ad actum aliquem
non procedas, sed iuxta intentionem et declarationem nostras
huiusmodi prudenter super hiis sic te geras quod inde debeas
merito commcndari. — Datum Avinioni, kalendis decembris,
anno octavo.
JEAN XXII 95
— 57 —
Le pape annonce au roi de hrance quil a donne conge d Vinqui-
sileur Maurice de Saint-Paul, malgre les instances de certains de
ses ennemis qui eussent woulu le retenir. — Avignon, 5 decera-
bre 1323.
Reg. Vat., t. cxii, fol. 6 vo, n. 522; Vidal, op. cit., p. 430.
Eidcm [rej^i Francie]. — Venienlciii nuper ad noslrain pre-
sentiain dilecluin lilium Mauricium de Sancto Paulo, ordinis
fratrum predicatorum, inquisitorcm heretice pravitatisin pro-
vincia Turonen... benij^ne recepinius; et super hiis que nobis
exposuit pacionter audivimus et intclleximus diligentcr. Et eccc
quod eundem, non obstantc quod aliqui eum super nonnullis
objectis nunc et alias contra ipsuin de quibus olFerebant fidem
se sufncienter facturos instanter peterent in curia retineri, pro sui
executione ofTicii duximus reinittendum. Voiumus tamen quod
in negotio doinini de Pertiniaco sine vcncrabilibus fratribus
nostris Atrabaten. et Vivarien. episcopis vel altcro ipsorum, ul
vitetur omnis suspicionis materia, non procedat. — Datum ut
supra [Avinioni, nonis decembris, anno octavo].
— 57 bis —
Jean XXI 1 annonce d Jean de Trie, senechal de Toulouse, quil
a Vintention de nommer un inquisiteur de la foi dans la province
d' Auch. II espere que Varcheveque d\Auch designera de son cote
celui quil entend lui donner comme coUaborateur . — Avignon,
20 decembre 1323.
lieg. Vat., t. cxii, n. 527; L. Gucrard, Documents pontificaiix
sur la Gascogne, Paris-Auch, 1903, t. ii, p. 109-110, n. 267
(in exi.),
Dilecto fiiio nobiii viro Johanni de Tria \ domino de Mou-
chiacocastro^, senescallo Tiioiosanoet Albicnsi. — Dilectum filium
Pliilipi)uni, thesaurarium ecciesie Baiocensis, fratrem tuum, ac
96 BULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAISE
tue nobilitatis litteras nobis per ipsum presentatas afleetu beni-
gno recepimus, et que ipse nobis explicare curavit verbotenus
et littere continebant predicte, pleno coUegimus infcellectu.
Sane super eo quod de inquisitore heretice pravitatis in provincia
Auxitana deputando litterarum habebat series predictarum,
tue prudentie respondemus quod, quantum Sedem tangit aposto-
licam, intendimus breviter de persona ydonea super hoc provi-
dere^; ven. fratrem nostrum Guillelmum, episcopum olini
Carcassonen., electum Auxitan. *, idem facturum, quantum
ad ipsum pertinere dinoscitur, supponentes ^. Ceterum ad ea
que de quibusdam dubiis, sub verbo sibi commisse per easdem
litteras credentie dictus thesaurarius explicavit, respondimus,
prout ipse tibi referre poterit oraculo vive vocis, quem tui con-
sideratione et sue probitatis obtentu recomendatum habere pro-
ponimus, loco et tempore congruis et gratiis et favoribus opor-
tunis. — Datum Avinioni, xiii kalendas ianuarii, anno octavo.
1. Jean de Trie, seigneur de Mouchy-le-Chatel, senechal de Toulouse et
d'Albi, de 1323 a 1325. Leopold Dehsle, Chronologie des haillis et des senechaux,
dans Recueil des hist. des Gaules, t. xxiv, Preface, p. 265-266.
2. Mouchy-le-Chatel (?), Oise, arrond. de Beauvais.
3. Bernard Gui venait de quitter Tlnquisition de Toulouse pour monter sur
le siege episcopal de Tuy (1®' septembre 1323 : n. 44). Pierre Brun^sonsuccesseur,
fut nomme par le pape, le 27 juillet 1324 (n. 59).
4. Gmllaume de Flavacourt; cf. p. 56, note 5.
5. M. Guerard, Documents, t. ii, p. 109, n. 267, resumant cette piece, ecrit
que c'est le tresorier de Bayeux lui-meme que le pape va nommer inquisiteur
d'Auch. Le pape se borne a parler d'une personne idoine. M. Leopold Dehsle,
op. cit., p. 265, ne se trompe pas moins lorsqu'il decouvre dans la lettre que c'est
rarcheveque d'Auch que Jean XXII va choisir.
— 58 —
Le pape injorme le roi de V arrivee de Jean V Archei>eque amene
en cour d^Ai^ignon par deux officiers royaux. — Avignon,
7 juillet 1324.
Reg. Vat., t. cxii, fol. 30 v^, n. 664; Vidal, op. ci7., p. 430.
JEAN XXll 97
Prefato regi Francie. — Celsitudinem regiam volumus non
latere quod dilecti filii nobiles viri Petrus de Macheriaco, miles,
et Antonius, serviens armorum tui, ad nostram presentiam
venientes, nobilem virum Johannem Archiepiscopi, militem,
dominum de Perliniaco, nobis ex parte regia die date presentium
presentarunt. — Datum Avinioni, nonis iulii, anno^^octavo.
— 58 bis —
Le pape attesle que Jean V Arche\>eque a comparu devaiU lui
ce meme jour. — Avignon, 7 juiilet 1324.
/?«g. /li'«i., t. XXI, fol. 170 \°; Reg, Fo/., t. lxxvh, u. 1454;
Mollat, op. cif., n. 19901 (anal.).
Universis presentes litteras inspecturis, salutcm. — Noscat
universitas vestra quod nobilis vir Johannes Archiepiscopi,
dominus Parteniaci, miles Pictaven. diocesis, die septimo presen-
tis mensis iulii, apud Avinionem, in consistorio personaliter repre-
sentavit se et comparuit coram nobis; in cuius rey (sic) testimo-
nium presentes litteras eidem nobili duximus concedendas. —
Datum Avinioni, nonis iulii, anno octavo.
— 59 —
Jean XXII nomme Pierre BruUy dominicain, d Voffice d^inqui'
siieur de Toulouse. — Avignon, 27 juillet 1324.
Reg. Val., t. cxii, fol. 88, n. 407.
Dileclo lilio Pclro Biuni ^, ordinis fratrum prcdicaloruni, in({ui-
sitori heretice pravitatis in partibus Tholosanis per Scdcm apo-
stolicam deputato. — Inter curas assiduas et solicitudines varias
que ministerio apostolice servitutis incumbunt illa nos angit potis-
sime ut negocium fidei ad Dei gloriam et honorem ubique per pcr-
sonas salubriter dirigatur ydoneas et nostris temporibus pro-
speretur. llinc est quod nos attendentes quod diviiia Providenlia
BULLAIRE — 7
98 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANgAlSE
thesaurum tibi scientie contulit teque multis virtutibus edo-
tavit, ita quod cis {sic) tibi per vite meritum et aliis proficere per
exemplum, oflicium inquisitionis heretice pravitatis in Tholosan. et
aliis partibus in quibus inquisitor eiusdem pravitatis in dictis par-
tibus qui fuit pro tempore auctoritate apostolica deputatus, illud
consuevit actenus exercere auctoritate tibi presentium duximus
usque ad apostolice Sedis beneplacitum committendum, faciendi,
gerendi et exercendi in partibus antedictis omnia que ad offi-
cium pertinent huiusmodi facultatem plenariam concedentes.
Quocirca discretioni tue per apostolica scripta mandamus quati-
nus prefatum officium sic solerter et fideliter exequaris quod exinde
divinam et apostolice Sedis gratiam valeas uberius promereri. Per
hoc tamen non intendimus alias ei cui ex Sedis predicte [voluntate]
deputare inquisitorem pravitatis eiusdem in dictis partibus com-
petit aut ordini tuo imposterum super predictis quomodolil)ct
derogare. — Datum Avinioni, vi kalendas augusti, anno octavo.
1. Les debuts de Pierre Brun nous sont inconnus. Mgr Douais, Documenls, etc,
p. cxxiii, cxxxiii, le fait entrer en charge, a rinquisition de Toulouse, des
Tannee 1318. Le document ci-dessus prouve qu'il n'y fut nomme que le 27 juil-
let 1324. Bernard Gui venait d'etre promu a l'eveche de Tuy (n. 44). Son succes"
seur continua si bien son oeuvre que_, dcs Tannee suivante (20 septembre 1325),
il mcrita d'etre loue par le pape pour son zele (n. 63). Son tribunal examinait
alors le cas d'un pretre accuse d'heresie; mais Fon soupQonnait fort ses denon-
ciateurs de Tavoir charge a faux. L'inquisiteur ayant consulte le pape sur la
conduite a tenir, Jean XXII proposa la convocation d'une assemblee consulta-
tive (n. 69). En decembre 1325, P. Brun, assiste d*Henri de Ghamay, inquisiteur
de Carcassonne, et du commissaire de Teveque de Beziers, prononga la sentencej
de six heretiques. Doat, t. xxvii, fol. 89-91. Le 1^'' mars 1327 (n. st.), il assista,]
avec Teveque d'Alet et Jean Duprat^ a un acte de joi celebre a CarcassonneJ
Doat, t. xxviii, fol. 178-186. Durant les annees 1328-1329_, on le trouve, a Car-
cassonne, a Narbonne, a Pamiers, a Beziers, presidant, avec Henri de Chamayj
et les eveques du Languedoc ou leurs delegues, a des abjurations d'heretique8, ;
a des consultations de theologiens et de canonistf s, a des actes de foi, a des pro-
nonces de sentence. Douais, Documents, elc, p. cxi-cxii, cxxiv-cxxviii; La
formule Communicato, p. 41-49. Le 24 novembre 1328, il jugea Barthelemy
Adalbert, notaire de Tlnquisition de Carcassonne. coupable de graves delit8:j
dans Texercice de ses fonctions. II termina ainsi un conflit de juridiction qui
s'etait eleve entre Teveque de Carcassonne, Pierre Rodier, et Tinquisiteur Jean
Duprat, au sujet de la punition de ce subalterne. l5veque et inquisiteur s'etaient,
du reste, entendus pour lui remettre cette cause. Douais, Docum., p. Lxxxinj
Lxxxvii. Bardin raconte dans sa Chronique [Hist. de Lang., t. x, Preuv., col. 37) j
que rinquisiteur eut, en 1329 et 1330, a defendre les privileges de son tribunall
contre Guillaume de Villars, juge d'appeaux de Toulouse, charge par le roi de
couper court aux empietements des cours ecclesiastiques sur la justice royale.
JEAN XXII 99
D6s qu'il eut rcvise les livres des tribunaux ecclesiastiques^Iercformatcurreclama
les siens u linquisiteur; et, sur le refus categorique de cc dernier, il fit forcer
les portcs de la salle ou ils etaient conserves. Pierre Brun en appela au Parlement
de Paris, qui, le 17 mai 1331, lui donna raison, avec le curieux considerant
que rinquisition dtait moins un tribunal ecclesiastique qu'une cour royale.
Percin, Inquisitio, p. 101, dans Monum. con^>ent. Tholos.; Hist. de Lang., t. ix,
p. 458-459. Le 22 fevrier 1329, la juridiction de Tinquisiteur de Toulouse fut
etendue a la villo et aux environs de Bordeaux (n. 83). En 1330 et 1332, Pierro
Brun assista k des condamnations d'heretique8 prononcees a Carcassonne par
rinquisiteur et rofiicial de cette ville. Hist. de Lang., t. ix, p. 401; Douais, La
procedure inquisitoriale en Languedoc au xiv« siecle, Paris, Picard, 1900, p. 39.
En juin 1337, il tint lui-meme, a Toulouse, un acte de foi auquel fut convie
Aymon de Caumont, inquisiteur de Carcassonne. Douais, La procMure, etc,
p. 23, 38. Son activite dans la chasse a rheretique ressort du livre de comptes
de la scnechaussee de Toulouse pour Tan 1337. Le procurcur royal prepose a
la gcstion des biens confisques per^oit les revenus de trente hcretiqucs; il
additionnc Ics frais d'un « sermon » public — pcut-Stre celui dont il vient
d'ctre qucstion — quil paya lui-meme; enfin il constate que lcs prisons de rin-
quisition rcnfeiment quatre-vingt-deux condamncs. Hist. deLang., t. x.Preuves,
col. 782, 792, 813-815. En 1338, Brun etait encore en charge. Le 19 mai, il fut
choisi comme executeur testamentaire par Eleonore de Montfort, contesse de
Vendome. Ilist. de Lang., t. ix, p. 579. Percin, Monum. conv. Tolos., p. 71,
affirme qu'il Ggura comme definiteur au chapitre de son ordre tenu a Condom
en 1340 et qu'il occupait encore a cette date la charge d'inquisitcur de Toulousc.
11 est probable qu'il la conscrva jusqu'a sa promotion k TevSche de Couserans
(26 juin 1342) ou a la nomination de son succcsseur, rinquisiteur Picrrc Gui
(24 juillet 1342). II succ6dait, sur Ic si6ge de Couserans, a Pierro de la Palud,
patriarche de Jerusalem. 11 y raourut en 1345. Eubel, Hier., t. i, p. 211.
— 60 —
Le pape prie le roi de France de jaire venir sans retard en cour
d'A^'ignon certains reUj^ieux et laics dont le temoignage est utile
a V instruction du proces du sire de Parlhenay. — Avignon, 13 sep-
tembre 1324.
Reg. Vat., t. cxiii, n. 1; Vidal, op. cit., p. 431.
Regi Francie. — Cum in negotio inquisitionis contra nobilem
virum Johannem Archiepiscopi, dominum de Pertiniaco, super
crimine heresis apud Sedcm apostolicam inchoato, dilecti filii
Johannes de Bourdinaria \ ordinis fratrum predicatorum, Johan-
nes de Foresio ^, conversus, (jui anle conversionem suam Abraam
100 BULLAIRE DE L^INQUISI TlON FRANgAISE
de Perpiiiiano vocabatur, et Alanus Brito, morans Pertiniaci,
dudum familiaris dicti nobilis, pro testibus credebantur nuilli-
pliciter oportuni, celsitudinem regiam attentius deprecamur (jua-
tinus prenominatas personas et alias, si quas dilectus filius inqui-
sitor heretice pravitatis eidem celsitudini duxerit super hoc nomi-
nandas, ad eandem Sedem celeriter et secrete sicut ipsius qualitas
exigit negotii mittere non postponat. — Datum Avinioni, idus
septembris, anno nono.
1. « Adulator et dicti dcmini Johannis de Partiniacho proditor, ut apparet
ex litteris quas ipse misit domino Johanni de Partiniacho et que producte sunt
in iudicio. » Oldrado da Ponte, dans Hansen, op. cit., p. 58; cf. ci-dessus, n. 46,
note 5.
2. « Unus quondam judeus^ nunc christianus factus, cuius testimonio in
quautum pro eo dicit utitur dominus Johannes de Partiniacho, in quantum vero
contra eum dicit in aliquo non, obstante ratione vilitatis sue et facinorum suo-
rum tam ante baptismum quam post, et quia unicus est cuius etiam in causa
civili dicto non staretur... et quia inimicus... » Ibid.
— 61 —
La proi^ince dominicaine de Toulouse ayant ete recemment dis-
traite de V ancienne pro^nnce de Proi^ence, le pape decide que desor-
mais la presentation des candidats aux fonctions d' inquisiteur di
Toulouse appartiendra au provincial de Toulouse. Le proi>incial
de France, d qui Nicolas IV a concede le droit de nommer lei
inquisiteurs en France, de^>ra choisir parmi les personnes qui
lui auront ete designees de la sorte. — Avignon, 1®'* novembre 1324,
Reg. A^en., t. xxii, fol. 359 v», n, 542; Reg. Vat., t. lxxviii,]
n. 542; Mollat, JeanXXII, n. 20943 (anal.).
Dilecto filio ^.. priori provinciaU fratrum ordinis predicatorui
in Francia, salutem. — Dudum felicis recordationis Nicolauj
papa IIII predecessor noster desiderans per apostolice Sedis dili-
gentiam contra hereticorum dolosam astuciam, ne morbus huius-
modi dilTusius serperet locorum ubilibet et maxime in christia»
nissimo regno Francorum in quo precipue fides cathoHca viger(
dinoscitur, oportunum remedium adhibcri ut negocium fidej
iugi profectu, elisis quibusUbet prorsus erroribus, posset fortitei
prosperari, i^riori provinciaU fratrum ordinis predicatorum inj
JEAN XXII 101
Francia qui tunc erat, eius proprio nomine non expresso, suis dedit
litteris in mandatis ut de consilio aliquorum discretorum fra-
trum eiusdem ordinis eligeret sex de fratribus dicti ordinis pro-
vinciarum Francie et Provincie ydoneos ad huiusmodi opus
dominicum exequendum, prout in litteris predecessoris eiusdem
pleiiius continetur 2; quarum litterarum vigore extunc extitit
observatum quod per priorem provincialem dicti ordinis provin-
cie Provincie de discretorum consilio priori provinciali dicti ordi-
nis in Francia, quotiens erat expediens, alique persone ydonee
noniinate fuerunt, quarum unam dictus prior provincialis Francie
ad exequendum huiusmodi ofTicium in dicta provincia Provincie
deputabat. Cum autem postmodum sicut accepimus in generali
capitulo dicti ordinis aput Bisuntium celebrato per magistrum
gcneralem eiusdem ordinis et diflinitores eiusdem capituli dicta
provincia Provincie * in duas provincias sit divisa* , quarum altera
iuxta ordinationem dicti capituli denominatur provincia Tholo-
sana, in qua quidem provincia, secundum brdinationem dicti
capituli, Carcassona ctiam continetur, ac duo inquisitores exillis
sex, unus videlicet Tholose, et alius Carcassone specialem habent
et faciunt mansionem, habentes ibidem domos suosque processus
ac libros et carceres ad personarum custodiam que sunt pravitatis
heretice labe resperse specialiter deputatos : nos attendentes equi-
tati consonum et etiam rationi quod, sicut ante divisionem pro-
vincie memorate factam in predicto capitulo, per priorem provin-
cialem eiusdem provincie Provincie eidem priori provinciali Fran-
cie aliqui fratres ydonei nominabantur de consilio discretorum,
quorum unus dictus prior provincialis Francie ad exercendum
in civitate Tholosana et dicto regno huiusmodi inquisitionis offi-
cium deputabatur, sic deinceps huiusmodi fratrum nominatio
per priorem provincialem dicti ordinis qui est et erit pro tempore
in provincia Tholosana de discretorum consilio fieri debeat, et
unus illorum ad nominationem huiusmodi in eisdem Tholosana
provincia atque regno ad exercendum predictum officium depu-
tari, discretioni tue per apostolica scripta in virtute obedientie
districte precipiendo mandamus quatinus de cetero, quotiens
expedierit per cessionem vel decessum seu amotionem vel priva-
tionem inquisitoris pravitatis eiusdem in dicta provincia Tholo-
sana inquisitorem alium inibi ordinare, tu et successores tui prio-
res provinciales dicti ordinis in Francia unam de personis quas
prior provincialis dicti ordinis in dicta provincia Tholosana qui
102 BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE
est et erit pro tempore, tibi vel dictis tuis successoribus duxerit
nominandas ad predictum officium exercendum in dictis Tho-
losana provincia atque regno teneamini deputare, statuto quo-
cumque contrario non obstante. — Datum Avinioni, kalendis
novembris, anno nono ^.
I
(
1. Hugues de Vaucemain, d'Auxerre, mattre en theologie enl323; provincial
de France, de 1324 a 1333; general de l'ordre, le 22 mai 1333; mort le 6 aoiit 1341
Quetif et Echard, Script. ord. praed., t. i, p. 580-581 ; Reichert^ Acta capit. gener.
ord. praed., t. u, p. 118, 125; Mortier, Histoire des maitres generaux, t, iii, p. 87
166; Denifle, ChartuL, t. ii, p. 230, 238, 270, 275, 402; A.nnee dominicaine, Lyon
1886, t. III, L8 mars. _
2. Voir Potthast, n. 23297, et E. Langlois, Les registres de Nicolas IV, n. 2776- «
2777 : lettres des 22 et 27 juin 1290. Nicolas IV ne faisait que suivre rexemple
de ses predecesseurs. Des 1233 (20 avril), Gregoire IX donnait au provincial
des dominicains de Provence commission de designer les religieux qui devaient
entreprendre une predication contre rheresie. Ripoll, op. cit., t. i, p. 47. Inno-
cent IV renouvelait ce privilege, le 20 juillet 1243; Doat, t. xxxi, fol. 97. Dix
ans plus tard (24 octobre 1253), il ordonnait au prieur des dominicains de Paris
de deleguer des inquisiteurs dans les domaines du comte de Poitiers et de Tou-
louse. Doat, t. xxxi, fol. 90. Le 7 juillet 1246, il avait concede au general des
freres precheurs le pouvoir de revoquer les inquisiteurs nommes par le Saint-
Siege et de les remplacer par d'autres. Doat, t. xxxi, fol. 73. Le 20 octobre
1248, le provincial d'Aragon et S. Raymond de Pennafcrt recevaient commission
d'en designer pour les dioceses de la province de Narbonne mouvant de TAragon.
Berger, Reg. d'I?inocent IV, n. 4156; Potthast, n. 13057. Alexandre IV enfin
conflrma et renouvela, en faveur du general et des provinciaux dominicains,
1e pouvoir de donner et de revoquer le brevet d'inquisiteur (13 mai 1256). Doat,
t. XXXI, fol. 193. Les superieurs generaux et provinciaux de Pordre des freres
mineurs jouissaient d'ailleurs du meme privilege (n. 71).
3. L'ancienne province de Provence comprenait, a peu de chose pres, les pays
situes entre les Alpes, le Rhone, les Pyrenees et une ligne traversant la France
de Fest a Fouest, a la hauteur de Limoges.
4. Cette mesure avait ete decidee dans le chapitre general tenu a Cologne, en
1301, et confirmee dans celui de Bologne, en 1302. Reichert, Acta capit. general.
ord. praed., t. i, p. 302-303, 312. Le chapitre de Besan^on, en 1303, ne fit que la
renouveler en ces termes : « Confirmamus has constitutiones : primo hanc quod
provincia Provincie dividatur et dividimus cam in duas, ita quod conventus
Tholosanus, Carcassonensis, Appamiensis, Castrensis cum ceteris conventibus
versus Lemovicam, Burdigalam et Baionam cum monasteriis sororum inter-
clusis sint una provincia et vocetur provincia ThoIosan&; et teneat primum
locum in choro sinistro. Conventus vero Montispessulani cum conventibus
Narbonensi, Bitterensi, et tribus conventibus de dominio regis Majoricarum, et
conventibus Amijiani, Podiensi, Albenacii, Marologii, Alestensi, Nemausensi ;
et conventibus qui sunt ultra Rhodanum cum monasteriis sororum interclusis
sint alia provincia, et provincia Provincie nominetur, et teneat locum in choro
dextro post provinciam Aragonie. » Reichert, op. ci7., p. 317.
JEAN XXII 103
5. Clement VI, a la requete de rinquisiteur de Toulouse, Pierrc Gui, renou-
vela, le 7 septcmbre 1342, les dispositions de la presente bulle, en specinant
que le choix du provincial de France pourrait se porter sur le provincial de
Toulouse (cf. n. 184-185).
- 62 -
Jean XXII loue Veveque de Mirepoix d^avoir fait construire des
prisons pour les heretiques dans sa ville episcopale. II Vexhorte d
remplir avec zele son role d* inquisiteur. II lui promet une reponse
prochaine aux doutes par lui soumis au Saint-Siege. — Avignon,
21 mars 1325.
Reg. Vat., t. cxni, n. 81.
Venerabili fratri Raymundo ^, episcopo Mirapiscensi. — Fra-
ternitatis tue litteris solita benignitate receptis et earum pagina
seriose perlecta, placet nobis provisa per te carceribus muri
eonstructio pro perfidis hereticis carcerandis. Ceterum, ex peti-
tionibus pro parte tua nobis exhibitis, quibusdam, prout potui-
mus, per nos benigniter exauditis, quia nobis et sancte romane
Ecclesie infestissima noscitur ipsorum hereticorum invida ra-
bies, que inconsutilem Dei tunicam seva dentium pravitate di-
scindit, dilectionem tuam solicita excitatione requirimus et hor-
tamur atlente quatinus incumbenti tibi oflicio Inquisitionis he-
reticorum huiusmodi sic te, prout ardua materia exigit, diligcn-
ter et efficaciter habeas, quod preter divine retributionis premium
consequaris inde apud nos et apostolicam Sedem favoris et gratie
incrementum. Super dubiis autem super quibus nos consultare
curasti, consilium cum fratribus nostris habebimus [et] quod visum
extiterit tibi per alias nostras litteras rescribemus. — Datum
XII kal. aprilis, anno nono.
1. Raymond d'Athon, augustin, abbd de Saint-Sernin de Toulouse, en1301;
premier ev6que de Mirepoix, promu le 17 fevrier 1318; mort en 1325. Gall.
christ., t. XIII, col. 96, 267; J/ist. de Lang., t. ix, p. 370; Eubel, Hier., t. i, p. 360.
II assista, le 8 decembrc 1319, k la condamnation de Bernard Delicieux. Lim-
borch, op. cit., p. 268-273. Le 20 fevrier 1325 (n. st.), il s'excusa aupres de Jean
Duprat, inquisiteur de Carcassonne, de ne pouvoir participer a Vacte de foi d\i
dimanche suivant, a Carcassonne, et d^I^gua a sa place Bertrand de Roumen-
104
BL LLAIRE DE L INQUISITION FR.VNCAISE
goux. Doat, t. xxviir, fol. 141 \°. Le Liher sententiarum publie par Limborch
nous le montre (p. 330-333) avec Bernard Gui et Jean de Beaune, condamnant,
en 1322, plusieurs beguins au mur. Voir abbe F. Robert, Ilistoire des e^^eques
de Mirepoix, dans Bulletin historique du diocese de Pamiers, 1912, t. i, p. 39-46.
— 63
Le pape repond d Pierre Brun, inquisiteur de Toulouse, en lefeli'
citant du zele quil deploie contre Vheresie et en Vengageant d pro-
ceder en justice contre un pretre inculpe de ce crime. — Avignon,
20 septembre 1325.
Reg. Vat., t. cxiii, n. 1115.
Petro Bruni ^, de ordine predicatorum, inquisitori heretice
pravitatis in partibus Tholosanis auctoritate apostolica deputato.
— Missis nobis litteris tuis quibus quedam que super negotio Inqui-
sitionis tibi commisso acta fuerant intimans a nobis quid super
quibusdam aliis dictum negotium tangentibus agere debeas edo-
ceri petiisti, benigne receptis, earumque serie plenius intellecta,
tuam super predictis adhibitam diligentiam commendantes,
negotio huiusmodi credimus expedire quod contra illum capel-
lanum, seu rectorem ^, de labe heresis vehementer ut predictc
littere continebant suspectum, iuste procedere non postponas,!
aliis quousque de pace Vasconie certiores rumores receperis subj
taciturnitate seu dissimulatione dimissis. — Datum Avinioni,
XII kalendas octobris, anno decimo.
1. Voir n. 59, note 1.
2. Voir, au n. 69, la reponsc du pape a une qucstion posee par P. Brun
sujet de ce pretre.
64-
En recompense des services rendus par Jacques Fournier, e^>eqm
de Pamiers, dans la poursuite des heretiques, Jean XXII lui con-
cede le henefice des fa^^eurs spirituelles accordees ordinairement am
inquisiteurs de la foi. — Avignon, 22 fevrier 1326.
JEAN XXII 105
Reg.Aven.,t.xxiy,ioL^ii;Reg. Val., X. lxxx, n. 749; Mollat.
op. cit., n. 24466 (anal.).
Venerabili fratri Jacobo, episcopo Appamiarum ^, salutem...
— Cum sicut accepimus tu zelo pie devotionis accensus iuxta pa-
storalis ofTicii debitum multos labores in Inquisitione pravitatis
heretice quam in locis tibi subiectis exercuisti hactenus pertu-
lisse noscaris et perferre speres, pro favore fidei, in futurum, ut
prediclis laboribus fructus non desit per quem tibi eterna prcmia
repensentur, tuis supplicationibus inclinati, fraternitati tue pro
huiusmodi Inquisitionis negocio laboranti illam plenam tuorum
peccatorum veniam indulgemus que inquisitoribus pravitatis
eiusdem per privilegia Sedis apostolice est concessa*. Nulli, etc,
nostre concessionis, etc. — Datum Avinioni, viii kal. martii,
anno decimo.
I4 Jacques 1'ournier (n. 24, note 1); cf. n. 73.
2. Durant leur vie, les inquisitcurs beneficiaient des grticcs attachees a la
risite des sanctuaires de Palestinc. Ils avaient droit a rindulgoncc in articulo
mortis. Lea, Hist. de Vlnquisition (trad. franc), t. i, p. 271; Tanon, Uistoirc des
trihunaux de Vlnquisition en France, p. 202.
-65 —
Le pape donne a Garin de Bar, inquisiteur dans les dioceses de
Besangon, Genkve^ Lausanne, Sion, Toul, Metz et Verdun, le pou-
voir de continuer, meme en cour d^Avignon, le proces de Guiot Lefol-
let, retenu pour heresie dans les prisons pontificales. II pourra
reprendre la procedure dejd commencee par lui-meme, par Varche-
veque d' Aix et Vinquisiteur de Carcassonne. au nom du pape. —
Avignon, 6 mai 1326.
Reg. Vat., t. cxiii, n. 1447; Sauerland, Valikanische Urkunden
und Regeslen zur Geschichte Lothringens, Metz, 1901, n. 493 (anal.).
Dileilo (ilio Garino ^ de Barro ^, ordinis fralrum prcdicalorum,
inquisil(»ri herctice pravitatis in Bisuutin., Gebennen., Lausanen.,
Sedunen., Tullen., Meten., et Virdunen. civitatibus et diocesibus,
aiirtoriiate apostolica deputato. — Cum Guiotus Lefolet, de Fra-
106 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
xino ^, laicusBisuntin. diocesis, qui de crimine heresis vehementer
suspectus et culpabilis sicut accepimus reputatur. apud Sedem
apostolicam detineatur carceribus mancipatus, nos cupientes
ubique labem huiusmodi criminis extirpari, ut apud Sedem ean-
dem contra dictum Guiotum super predictis inquirere ac proce-
dere, tuique officii debitum in hac parte libere valeas exercere,
processum alias per te ac venerabilem fratrem nostrum Jacobum,
archiepiscopum Aquen. *, et dilectum filium ^». inquisitorem here-
tice pravitatis in partibus Carcassonen. auctoritate apostoHca
deputatum, de mandato nostro vive vocis oraculo vobis facto,
habitum contra ipsum, si oportunum fuerit et expedire videris,
nichilominus resumendo. — Datum Avinioni, ii nonas maii,
anno decimo.
1. Nous n'avons pas recueilli de renseignements sur ce religieux.
2. Bar-le-Duc (Meuse).
3. Frasne (Doubsl, cant. de Levier, arrond. de Pontarlier.
4. Jacques de Concos^ dominicain, eveque de Lodeve^ le 14 fevrierl318;
archeveque d'Aix^ le 9 juillet 1322; mort en 1329. Gallia christ., t. i, col. 321-
322; t. VI, col. 553; Albanes, Gallia chr. novis., t. i, col. 82-83; Eubel, Ilier.,
t. i, p. 96,323; Doat, t. xxviii, fol.ll vo, 13, 15,21 vO; A. Albe, Autour de
Jean XXII : Evequcs quercynois en France, dans Annales de Saint-Louisdes-
Frangais, 1906, tir. a part, p. 155-157. Ses vicaires generaux, a Lodcve,
condamnerent plusieurs beguins,
5. Jean Duprat; voir n. 74, note 2.
— 66 —
Apres avoir jait le recit detaille de la procedure suivie jusqud
ce jour contre le sire de Parthenay, tant autribunaldeV Inquisition
de Paris quen cour d'' Avignon, le pape donne ordre d ses commis-
saires, Varche<^eque d' Emhrun et Vei^eque de Saint-Papoul, de ter-
miner le proces par le prononce de la sentence. — Avignon, 23 juil-
let 1326.
Heg. Awen., t. xxv, fol. 466; Reg. Vat., t. lxxxi, fol. 380 v^^
n. 2528; Vidal, op. cit., p. 431.
Venerabilibus fratribus Bertrando, archiepiscopo Ebredunen. ^,
et Raymundo, episcopo Sancti Papuli ^, salutem. — Cum oHm
JEAN XXII 107
dilectus filius Mauricius de Sancto Paulo, ordinis predicatorum,
inquisitor heretice pravitatis in regno Francie auctoritate apo-
stolica deputatus, contra nobilem virum Johannem Archiepi-
scopi, dominum de Partiniaco, Pictaven. diocesis, super certis
articulis sapientibus, ut ipse inquisitor dicebat, pravitatem ean-
dem, ex officio suo inquirere incepisset et vellet ulterius in negotio
inquisitionis huiusmodi procedere contra eum; tam ipse nobilis,
qui occasione huiusmodi captus ductus Parisius fuerat, et inibi
detentus in custodia carcerali, quam nonnulli consanguinei ipsius
nobilis eundem inquisitorem ex certis causis suspectum habentcs,
ipsumque propterea recusantes, ab eo ad Sedem appellarunt ean-
dem. Ac ven. frater noster '.. episcopus Parisien. post appellatio-
nem huiusmodi, quandoque per se, ac interdum per alios ex pote-
state ordinaria, quam in ipsum nobilem tunc Parisius ut prefertur
detentum se super hiis habere dicebat, contra eum cepit cum
dicto inquisitore procedere super articulis prelibatis. Et tam
predicto nobili dum sic detineretur quam eisdem consanguineis
proponentibus certas causas propter quas asserebant eundem
episcopum id de iure non posse facere nec debere; ac per eosdem
nobilem et consanguineos quibusdam appellationibus proinde
ad Sedem ipsam emissis, quibus dictus inquisitor non duxe-
rat deferendum, sed contra eundem nobilem nichilominus proce-
debat; nos de fratrum nostrorum consilio eidem inquisitori per
nostras inter cetera litteras duximus iniungendum ut super pre-
dictis nisi vocato diocesano nequaquam procederet, et eo interesse
nolente vel non valente, ut super eisdem una cum ven. fratribus
nostris Petro, Carnoten. *, tunc Atrebaten., et Petro, Autisiodo-
ren. ^, tunc Vivarien. episcopis, quos ... inlocum ipsiusdiocesani
Bubrogavimus... procedere procuraret ®. Verum quia propter
diversa domicilia que ipse nobilis in diversis locis noscebatur
prout noscitur obtincre quis eius diocesanus foret poterat hesitari
probabiliter et negotium huiusmodi non absque more periculo
retardari, nos postmodum tam Carnoten. et Autisiodoren. epi-
scopis quam inquisitori prefatis per alias nostras dedimus litteras
in niandatis ut ipsi Carnoten. et Autisiodoren. episcopi, vel eorum
alter una cum eodem inquisitore, dicti nobilis irrequisito diocesano,
nisi ante presentationem litterarum ipsarum eisdem Carnoten, et
Autisiodoren, episcopis ac inquisitori directarum tunc faciendam
fuisset idem diocesanus super hiis forsitan requisitus, iuste ac
mature in negotio ipso procederent, aliarum litterarum no-
108 BULLAIRE DE l'i NQUISITION FRANCAISE
strariim siipradictarum tenoribus observatis "^. Quarum quidem
litterarum ad dictos Carnoten. et Autisiodoren. episcopos et inqui-
sitorem ut prefertur directarum auctoritate, cum ipse diocesanus
nondum requisitus fuisset, ad citationem duntaxat processum
extitit contra nobilem memoratum. Deinde vero inquisitore ac
nobili prefatis ad dictam Sedem accedentibus et constitutis etiam
apud ipsam, nos volentes iuxta exigentiam premissi negotii ad
examinationem veritatis et difTinitionem etiam ipsius negotii
cum debita maturitate procedere, non obstantibus premissis seu
quibusdam aliis processibus tam ante quam post recusationem
et appellationes huiusmodi per dictos inquisitorem et episcopum
Parisien., seu alios quoscumque quomolibet habitis contra nobi-
lem antedictum, totum huiusmodi negotium ac omnia emergen-
tia et dependentia ex eodem super articulis omnibus antedictis
heresim, ydolatriam et sorlilegia tam simpHcia, quam heresii
sapientia manifeste quoquomodo tangentibus ad nos ct examei
apostolicum de eorumdem fratrum consilio et apostolicc pote-
statis plenitudine duximus revocanduin; et voluimus, dictis
processibus nequaquam obstantibus, examinari de novi
eundem nobilem super articulis supradictis. Ipsoque nobili proptei
hoc ad nostram presentiam evocato, ab eo super sancta Dei
evangelia corporaliter a se tacta iuramentum recepimus de meraj
et plena veritate dicenda super omnibus et singulis articulis memo-j
ratis. Postmodum autem vobis et predictis Carnoten. et Autisio-
doren. episcopis in nostra presentia constitutis cognitionei
predicti negotii commisimus oraculo vive vocis; ita quodl
omnes, aut tres, aut duo de vobis et apud Sedem predictam del
negotio cognosceretis eodem; et quotienscumque aliquem vel
aliquos ex vobis abesse contigeret alii possent per se in negotioj
ipso procedere, et iidem se taliter absentantes illud resumerel
et in illo ac si nunquam absentes fuissent procederej
quociens existeret oportunum. Vohiimus insuper et expressej
vobis dictisque Carnoten. et Autisiodoren. episcopis iniunximus
ut ante omnia examinaretis diligenter prefatum nobiiem et re-j
sponsiones audiretis ipsius super dictis articuHs super quibus iura-
vit, ut premittitur, coram nobis dicere veritatem. Sane predictoj
nobiU coram vobis et ipsis Carnoten. et Autisiodoren. episcopis inj
nostro consistoriaH Palatio in iudicio constituto et a vobis et supra'
proxime nominatis episcopis interrogato cum diHgentia, et re-|
spondente distincte et singulariter super articuHs memoratis, quo-
JEAN XXII 109
rum quidain fuudantur super hiis que ipse nubilis coram dicto
inquisitorc ut coram suo iudice dicitur iudicialiter fuisse confcs-
sus, reliqui vero super hiis que dictus nobilis ultra contenta in
predictis aliis articulis asseritur commisisse eaque in sua confes-
sione huiusmodi subpressisse; dictoque nobili postea a vobis,
eisdem Carnoten. et Autisiodoren, episcopis tunc absentibus, in-
terrogato per idem iuramentum ab eo ut supra dicitur prestitum
si perseverabat in huiusmodi responsionibus suis, aut si volebat
aliquid addere vel detrahere aut mutare in illis; et respondente
quod perseverabat in eis nil addendo, vcl detrahendo, aut etiam
mutando. Et subsequenter per ipsum nobilem coram vobis et
dicto episcopo Carnoten., eodem episcopo Autisiodoren. tunc
absente, prestito de mera et plena veritate dicenda, super sancta
Dei evangelia a se tacta corporaliter iuramento, vos et ipse
Carnoten. episcopus interrogastis eundem nobilem super veritate
factorum in certis eisdem articulis contentorum, que coram dicto
inquisitore fuisse confessus expriniitur in eisdem, ac super hiis
factis responsionibus per nobilein antedictum; receptis qucxjue
ac examinatis diligenter quibusdam testibus per quos verisimilitcr
credebatis veritatem in dicto negotio posse melius inveniri super
articulis memoratis, a testibus ipsis, presente parte nobilis ante-
dicti, primitus solito de veritate dicenda iuramento recepto,
ac eadem etiam parte presente ipsorum attestationibus publi-
catis; cum idem inquisitor nollet nominare aliquem vel aliquos
tcstes ad instructionem vestri olficii super negotio memorato;
et contra attestationes easdem datis quibusdam exceptionibus
et nonnullis scripturis in dicto negocio productis pro parte
nobilis ])relibati; et in eodem negotio ad informationem vestram
cx parte ipsius nobilis quibusdam allegationibus factis et datis;
ac demum facta nobis per vos super premissis omnibus et sin-
gulis relatione plenaria et fideli, nos intendentes, prout ofTicii
nostri debitum exigit, ut premissum negotium suadente iusticia
sententialiter terminetur, fraternitati vestre de eorundem fra-
truni consilio per aposlolica scripta committinuis et mandamus
quatinus in ipso negotio ad ulteriora apud eandem Sedem, ut
expedire videbitis, procedentes et habentes pre oculis solum
Deuni; ac omnil)us in negotio predicto actitatis, habitis, et pro-
ductis et atteslationibus anledictis diligenti examinatione discus-
818, et prout tanti negocii qualitas exigit, et communicato super
eis consilio porilurum, et super illis digesta deliberatione secuta,
110 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
sepedictum negotium curetis auctoritate nostra per difTmitivam
sententiam terminare; facientes quod decreveritis per censuram
ecclesiasticam, appellatione remota, firmiter observari. — Datum
Avinioni, x kalendas augusti, anno decimo ^.
1. Bertrand de Daux, promu a rarcheveche d'Embrun, le 26 aoiit 1323; car-
dinal du titre de Saint-Marc^ le 18 decembre 1338; eveque de Sabine, le 4 novem-
bre 1348; mort le 21 octobre 1355. Baluze, op. cit, col. 811; Gall. christ., t. iii,
col. 1085-1086; dom Vaissete, Histoire de Languedoc, t. ix, p. 478; Eubel, Hier.,
t. I, p. 243.
2. Raymond de Moustuejouls, abbe de Saint-Tibery, puis eveque de Saint-
Flour (31 juillet 1317); fut transfere a Saint-Papoul, le 16 avril 1319; et prornu
au cardinalat, le 18 decembre 1327. II mourut le 13 novembre 1335. Gall. christ..
t. II, col. 422-423; t. vi, col. 714; t. xiii, col. 301-302; Hisioire de Languedoc,
t. IX, p. 368; Eubel, Hierarchia, t. i, p. 15, 261, 409. ,
3. IKtienne de Bourret, eveque de Paris, le 20 aout 1320; mourut le 24 novem-
bre 1325. Gallia chrisL, t. vii, col. 125-127; Eubel, Hier., t. i, p. 410.
4. Voir n. 46, note 3.
5. Voir n. 46, note 4.
6. N. 46, 47.
7. N. 52.
8. Voir, n. 46, note 5, un resume de toute cette aflaire
— 66 bis —
Jean XXII ordonne aux inquisiteurs de poursui^^re les personnes
qui se permeltent d^ajfirmer et d^enseigner quil est licite de porter
ou d^en^oyer d Alexandrie et dans les autres localites de V Egypte
au poui^oir des Sarrasins des i^ii^res et toutes autres marchandises,
sous pretexte que la defense portee par les conciles, et en parlicu-
lier par celui de Lyon, ne <^ise que le commerce des armes, les
na^fires, les hois de construction pour na<^ires et le ser<,dce prete
par des chretiens sur les flottes des infideles. La dejense a ete etendue
par des bulles de Clement V et de Jean XXII aux denrees alimentaires
et d toutes les autres marchandises destinees aux i^illes egyptiennes.
Jean XXII a meme decide que les injracteurs de cette defense
seraient poursuii^is commeheretiques. — Avignon, 1^^ juillet 132G.
Reg. VaL, t. cxiii, fol. 247.
Dilectis filiis inquisitoribus hcretice pravitatis. — Olim in
JEAN XXII 111
generali * et Lugdunen. ^ consiliis ac subsequentcr per fel. record.
Nicolaum quartum ^ et Bonifacium VIII * romanos pontifices,
predecessores nostros, contra illos falsos et impios christianos qui
adversus Deum Redemptoren nostrum et populum christianum
Sarracenis ferruin, arma quibus christianos impugnant, ac ligna-
mina galearum et aliorum vasorum navigabilium deferunt, et in
cos qui eis galeas vendunt aut naves, quique in piraticis
Sarracenorum navibus curam gubernationis exercent, vel in
machinis aut quibuslibet aliis aliquod eis impendunt auxilium vel
(onsiliuin in christianorum dispendium et specialiter Terre Sancte,
fuerunt tam excommunicationis quam alie diverse spirituales
et temporales pene et sententie promulgate. Necnon pie memorie
tllcmens papa V ^ predecessor noster dicti Nicolai vestigiisinhc-
rcndo, duxit auctoritate apostolica statuendum ut nullusarma,
equos, ferrum, lignamina, victualia et alia quecumque merci-
inonia in Alexandriam vel alia loca Sarracenorum terre Egipti
deferre, mittere seu de portibus eorum ut eisdem deferantur
extrahere, seu extrahi permittere [repetition :seu de portibus eo-
runi ut eisdem deferantur extrahere, seu extrahi permittere],
uut eis alias auxilium vel favorem prestare quoquomodo presumat ;
decernentes eos qui contra huiusmodi constitutionem suam
temerario ausu venire presumerent, eo ipso excommunicationis
sententie subiacere, aliis nichilominus penis diversis contra illos
inflictis. Nos quoque dudum percepto quod nonnulli solo duntaxat
iioinine christiani presumpserant in illuin errorem ausu dampna-
bili prorumpere ac etiam presumebant, ut pertinaciter assererent
ubillarum rerum commercio et negotiorum exercitio fore solura-
modo abstinendum, que duntaxat in prefatis consiliis prohibentur,
inendaciter quinimo dampnabiliterastruentescontraconstitutiones
predictas victualia et alia quecunque mercimonia preter dicta
in eisdeni consiliis prohibita in Alexandriam vel alia loca Sarrace-
horum terre Egipti deferre vel mittere non esse peccatum, se et
alios per aflirmationem erroris huiusmodi pertinacem in pecca-
torem [sic) fecein et labem pravilatis heretice inmergendo : que per
eosdem nichilominus Bonifacium et Clementem facta fuerunt
3uper hiis rata et grata habentes, illa duximus auctoritate apo-
stoliia uj)probunda et etiam innovanda,illorumerroremquiastruere
vel allirniare pertinaciter contendcbant victuuliu et aliu quecum-
que mercimonia preter predicta in eisdem consiliis prohibita in
112 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
Alexandriaiii vel alia loca Sarracenorum terre Egipti deferre vel
niittere non esse peccatum dampnantes et expressius reprobantes,
ac decernentes eosdem tanquam hereticos puniendos ^. Et licet
approbatio, innovatio et declaratio nostre predicte fuerint in
diversis partibus solenniter publicate, aliqui tamen, qui eorum
nequeunt ignorantiam allegare, labem vitare criminis huiusmodi
non curantes, sed se ipsos in profundum malorum et dampna-
tionis precipicium potius immergentes, asserere ac affirmare perti-
naciter et quod est detestabilius astruere ac dogmatizare verbo
et scriptis quod deferre vel mittere Sarracenis in Alexandriam vel
aliam terram eorum victualia et alia quecumque mercimonii
preter predicta in eisdem consiliis prohibita non est peccatui
presumpserunt, sicut infesta multorum insinuatione percepimus
dampnabiliter et presumunt in huiusmodi dampnosam heresin?
incidendo. Nos autem animarum periculis aliisque malis innumeris
fidei et fidelibus imminentibus ex premissis obviari salubriter et
celeriter cupientes, discretioni vestre in virtute obedientie per
apostolica scripta districtius precipiendo mandamus quatinus
advcrsus eos qui premissa pertinaciter asserere, affirmare, seu
astruere, vel dogmatizare post publicationem dictarum appro-
bationis, innovationis, et declarationis presumpserunt, vel presu-
ment in posterum, procedere, prout vobis ex iniuncto Inquisitionis
officio competit, iuxta formam canonum taliter exacta diligentia
studeatis quod preter mercedis eterne premium valeatis nostram
et apostolice Sedis gratiam uberius promereri; nos reddituri nichilo-
minus de processibus quos inde feceri[ti]s certiores, — Datum
Avinioni, kalendis iulii, anno decimo.
1. Conc. de Latran. DecreL, lib. V, tit. vi, cap. 6, 11, 12, 17.
2. Conc. de Lyon, 1245. Labbe-Cossart, Concil., t. xi, part. 1, col. G56.
3. Bulle de 1291. Raynaldi, ad ann. 1291, n. xxvi.
4. Constitution Fuit olim, 1299, in die Coenae Domini. BuUarium roman,
ponlif., ed. Cocquelines, t. iii, part, 2, p. 92-93.
5. Extramg. com., lib, V, tit. ii.
6. Bullc du 5 septembre 1324. Raynaldi, ad auu. 1324, n. xliv.
I
JEAN XXII 113
— 67 —
Jean XXII donne commission au cardinal Berlrand de Mon-
fa^'es, d Vefjet de terminer le proces de Bertrand d* Andiran, chanoine
(le Saint-Caprais d* Agen^ accuse de s*etre livre aux pratiques de
lamagieydeValchimieetd autres superstitions. — Avignon, 23 aout
1326.
Reg. Vat.y t, cxiii, n. 1096.
Dilecto filio Bertrando, sancte Marie in Aquiro diacono cardi-
nali ^. — Dudum ad venerabilis fratris Amaneri *, episcopi Agen-
ncnsis, notitiam fama publica deferente perducto quod Bertran-
dus de Andirano ', canonicus ecclesie sancti Caprasii Agennensis,
ct quidam sui familiares et complices eo prescnte, sciente et per-
niittente fierique faciente, ac postmodum ratum habente, nedum
in domo quam idem Bertrandusincivitate Agennensiinhabitabat,
sed aliis locis pluribus et diversis dampnatis scientiis et artibus
non absque transgressione fidei catholice iuris(|ue canonici et
civilis usus seu abusus fuerat in sue perniciem anime diutius
et frequenter contra bonos mores, et in detrimentum plurium
utebatur, quodque ipse ad usum, seu abusum scientiarum seu
artium prohibitarum huiusmodi, diversos libros, scripturas ac
vasa vitrea, terrea et lignea et alia instrumenta diversa cum qui-
bus varios pulveres et liquores tam fetidos, quam alios, et alia
quamplura dampnata et illicita composuerat ac etiam componebat.
Et insuper quod idem Bertrandus, dictis utendo seu abutendo
scientiis et artibus, demum temptare demones et malignos spiritus
invocare, coniuria et alia illicita et dampnata ad illum finem com-
mittere satagebat quod exinde tremenda tonitrua, coruscationes,
fulgura, tempestates, grandines, demoniorum percussiones, inva-
siones ac mortes hominum et alia dampna innumera sequerentur *.
Item quod eodem Bertrando mandante ac fieri faciente, Petrus
de Auriaco ^, laicus, et Johannes de Ponte, clericus de Limosio ®,
familiares dicti Bertrandi, de furchis patibularibus civitatis pre-
dicte duo capita et unum brachium hominum suspensorum in
furchis eisdem de nocte ceperant et apportaverant ad civitatem
eamdem; qui capti cum eisdem capitibus et brachio extiterunt
per custodes seu vigiles civitatis eiusdem, eodem Petro ex sua con-
fessione flammarum incendiis iusto iudicio tradito et prefato
Johanne in carceribus memorati episcopi mancipato. Et preterea
BULLAIRE - 8
114 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
quod dictus Bertrandus in domo sua receptaverat multociens,
ac etiam receptabat plures personas que dictis scientiis et arti-
bus utebantur conversando publice cum eisdem; quodque de
predictis omnibus erat et fuerat prefatus Bertrandus apud civita-
tem eamdem multipliciter diffamatus. Prefatus episcopus nolens
premissa sic enormia incorrecta conniventibus oculis pertransire
contra dictumBertrandumpropter hoc suis carceribus mancipatum
incepit inquirere diligenter. Et tandem propter criminum enor-
mitatem huiusmodi et ut exhiberetur plenius super hiis iusticie
complementum, ipsum Bertrandum ad Sedem apostolicam sub
fida custodia transmittere procuravit. Nos autem super predictis
et ea tangentibus volentes plenius informari tibi ac bone memorie
Petro, tituli sancti Stephani in Celiomonte ^, presbitero cardinali,
ut veritatem solerter inquirere nobisque reflerre quod repereritis in
hac parte fideliter curaretis commisimus viva voce. Cuius quidem
commissionis auctoritate ad actus non nullos dum adhuc dictus
Petrus cardinalis vitam in humanis ageret in predicto negotio
procedere curavistis. Et subsequenter eodem cardinali sicut Do-,
mino placuit vita functo, tu de mandato nostro vive vocis oraculo
tibi facto, super premissis ad actus alios, prout eiusdem exigebat
qualitas negocii, processisti. Volentes itaque negocium huiusmodi
exigente iusticia fine debito terminari, ac de tue circumspectionis
exquisite providentia plenam in Domino fiduciam obtinentcs,
discretioni tue per apostolica scripta committimus et mandamus
quatinus resumptis omnibus processibus tam per te ac eundem
cardinalem simul, quam per te solum et quosvis alios super pre-
dictis habitis eisque completis et perfectis, si perfecti forsitan non
fuerint et completi, habendo pre oculis solum Deum, prefatum
Bertrandum, qui propter predicta nostris detinetur mancipatus
carceribus, absolvendo vel condempnando, prout de iure fuerit
et secundum Deum tibi videbitur, studeas dictum negocium fina-
liter terminare ^. — Datum Avinioni, x kalendas septembris,
anno decimo.
1. Bertrand de Montfaves, chanoine de Chalons, de Cahors et de Lyon, promu
au cardinalat le 18 decembre 1316; mourut le 1" decembre 1342. Ciacconius,
col. 411-412; Baluze, Vitae, col. 728-731; Eubel, Hier., t. j, p. 14; Albe, Autour
de Jean XXII. Le cardinal de Montfaves, Cahors, 1904.
2. Amanieu de Farges, promu a Agen en 1314; mort en 1357. Gallia chr.. t ii,
col. 924; Eubel, Hier., t. i, p. 76.
3. Andiran (Lot-et-Garonne), arrond. et cant. de Nerac.
JEAN xxn 115
4. Cetaient \k dcs griefs dirigcs assez souvciit contre ceux qui avaient
uiie reputation de magiciens (voir un exemple dans Lamothe-Langon,
Hisloirede Vlnquisiiion en France, t. iii, p. 233 sq., cit^ par Hansen, Quellen und
Vntersuchungenutr Geschichtede^ Hexenwahns undder Hexenver/olgunq in Mil-
telalter, p. 450-453). En ccrtains lieux, au lieu de punir ces hommes, on
prenait le parti de se les attacher, moyennant retribution. Moissac, par excm-
ple, avait son tempestarius, charge de faire la pluie et le beau temps dans la region
ou, au moins, de conjurer Torage : vira la malino, comme on dit dans le patois
local. Lagreze-Fossat, l^tudes historiques sur Moissac, t. ii, p. 297.
5. Auriac (Lot-et-Garonne), cant. do Dura?. arrond. de Marmande.
6. Limoux ? (Aude).
7. Pierre Tissier, de Saint-Antonin, vice-chancelier de rflglise romainc; cre^
cardinal, le 19 decembre 1320; mort en juin 1325. Baluze, op. cit., t. i, col. 749;
Ciacconius, t. ii, col. 416-417; Eubel, Ilier., p. 15.
8. Autres documents sur la sorccllcric et les pratiqucs supcrstitieuses, n. 24,
;0 bis, 50, 72, 77, 103 (note 3); cf. Litroduction, p. xlviii sq.
-68 —
Jean XXII declare le dominicain Guillem Garric, de Carcassonne
apte d exercer les jonctions dii ministere sacre et d accomplir, dans
son ordre, les actes requis d^un hon religieux, bien que la memoire,
de son grand-pere et de sa grand* mere ait ete execree pour cause d*he-
resie. — Avignon, 25 aoAt 132G.
Reg. Avfn., t. xxv, fol. 441, n. 2480.
Dilecto filio Guillelmo Garrici ^ de Carcassona, fratrum predi-
catorum ordinis professori, salutem, etc. — Solet plerumque...
Ex tenore siquidem pro parte tua nobis exhibite petitionis acce-
pimus quod avus et avia tui paterni multis annispost obitum
eorum elapsis fuerunt de heresi condempnati. Quare pro parte
tua nobis extitit humiliter supplicatum ut tibi ac statui tuo in
hac parte benigne consulere et de oportuno providere remedio
misericorditer dignaremur. Nos igitur... tecum... ut legendi ac
predicandi et confessiones audiendi ofFiciis... uti, necnon et ad
electiones quascumque... admitli omnesque actus legittimos sicut
alii fralres ipsius ordinis habiles et ydonei exequi et exercere
[eic.] valeas... dispensamus ^. — Datum Avinioni, viii kalendas
septembris, anno decimo.
116 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANgAlSE
1. II etait peut-Stre apparente a Guillem Garric, professeur de droit, de
Carcassonne, heretique fervent qui participa a plusieurs complots contre Tln-
quisition et fut deux fois condamne par elle (1300; 1321). Voir Douais, Guillaume
Garric de Carcassonne, professeur de droit, et le trihunal d' Inquisition {1285-
1329), p. 6-10, extrait des Annales du Midi, 1898.
2. Le statut Cupientes de saint Louis (1228; Ordonnances des rois de France,
Paris, 1723, t. i, p. 50-53) excluait des charges publiques les heritiers des con-
damnes ad murum. Alexandre IV decida que ni les heretiques, ni leurs fils, ni
leurs petits-fils ne pourraient etre pourvus d'un benefice ou office ecclesiastique.
Sext., lib. V, tit. De haereticis, cap. 2; Potthast, n. 18115.
Boniface Vtll declara que, dans la ligne maternelle, Texclusion s'arretait a
la premiere generation. Les petitsfils d'une femme heretique n'etaient donc
pas atteints par elle. Sext., lib. V, tit. De haeret., cap. 15; voir Introducticn,
p. LXVII.
— 69 —
En reponse d une question d lui posee par Vinquisiteur de To
louse au sujet d^un pretre accuse d^heresie par des temoins en
partie suspects, le pape conseille la reunion d' une assemblee consul-
tative. — Sans date. [Avignon, 1325-1326.]
Reg. Vat., t. cxiii, n. 2211.
Inquisitori heretice pravitatis in provincia Tholosana auctori-
tate apostolica deputato ^. — Super consultatione quampertuas
litteras de tribus monachis et uno clerico seculari quendam pres-
biterum ^ de crimine heresis accusantibus et testes nominantibus,
quorum aliqui sunt de falsitate convicti, ac aliis contentis in eisdem
litteris facere curavisti, breviter respondemus : quod cum facti
noticiam plenius habeas, et in loco ubi copia peritorum reperitur
existas, volumus et expediens reputamus quod peritorum ipsorum
adhibito consilio ^, et debita maturitate servata quod iuris et
equitatis fuerit super premissis omnibus exequaris.
1. Pierre Brun; voir n. 59, note 1.
2. Sur ce pretre, voir n. 63.
3. Sur les consultations inquisitoriales, voir Douais, La /or/nuZe Communicalo
bonorum virorum consilio des senlences inquisitoriales, dans Moyen dge, 1898,
p. 157- 192.
i
JEAN XXII 117
— 70 —
Jean XXII ordonne a Ve^>eque d*Elne ^ de faire une enquete sur
les erreurs professees par le franciscain Guillaume Negre^ de Ville-
franche *, au sujet de la pauvrete absolue du Christ et des apdtres '.
— Avignon, 10 octobre 1326.
Iteg. Vat., t. Lxxxii, lol. 1, n. 3, de Curia; Reg. Ai>en.,t. xxvi,
fol. 1, n. 3, de Cur.\ Eubel, BulL, n. 633 (m cx/.).
Ven. fratri.. episcopo Elnen. — Apostolice servitutis studium...
— Datum Avinioni, vi idus octobris, anno undecimo.
1. Berenger Batlle, chanoine, puis, le 3 scptembre 1320, ^vSque d'Elne (/?c-
gesta Vat., X. lxx, n. 1490; Mollat, op. cit., 11991) ; transfere a Majorque, le 27
juillet 1332; ily meurt le l"novembre 1349. Gall. christ., t. \i, col. 1056; Eubel,
Ilier., t. I, p. 248^ 337. Le 24 avril 1330, il re^ut du pape Jean XXII Tordre de
poursuivre, de concert avec rinquisiteur; les h^r^tiques de son diocdse (n. 96).
2. Villefranche-de-Conflent (Pyrenees-Orientales), arrond. et cant. de Prades.
3. Sur la ditcussion touchant la pauvrete evangelique, voir rintroduction,
p. Li sq..
- 71 —
Le pape confirme V inquisiteur Guillem Astre ^ dans sa charge;
nonohstant les decisions du ministre general et des chapitres pro-
vinciaux de Vordre des freres mineurs, d^apres lesquelles nul membre
de cet ordre ne peut exercer la charge d^ inquisiteur au deld de cinq
annees; nonobstant le droit concede par le Saint-Sidge aux provin-
ciaux du meme ordre d'instituer et de revoquer les religieux choisis
par eux *. Le pape loue le zele de Guillem Astre. — Avignon, 27 oc-
tobre 1326.
Reg. Aven., t. xxix, fol. 300; Reg. Va/., t. lxxxvi, n. 1686;
Wadding, Annales, ad ann. 1327, n. v; Eubel, DulL, n. 684 (m ex/.).
Dilecto filio Guillelmo Astre, ordinis fratrum minorum, inqui-
sitori heretice pravilatis in Venaysino, necnon Provincie et For-
118 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANCAISE
calquerii comitatibus, et civitate Avenionen. omnibusque terris
et locis infra Arelaten., Aquen., Ebredunen. et Viennen. provin-
ciarum terminos constitutis auctoritate apostolica deputato. —
— In Inquisitionis officio... — Datum Avinioni, vi kalendas
novembris, anno undecimo.
1. Voir n. 49, note 3.
2. Voir n. 61, note 2. Cf. Introduction, p. xxxii sq.
— 72 —
Jean XXII confie aux trois cardinaux Guillaume Goudin, Pierre
d' Arrahlay et Bertrand de Montfa^es le proces de plusieurs clercs
et laics des dioceses de Toulouse et de Cahors, en particulier
celui du prieur de Saint-Sulpice [Tarn), accuses d'a<^oir jabrique
des images de cire et de pierre destinees a Ven^outement, d Vinvoca-
tion des demons et d d^autres pratiques condamnables. — Avignon,
14 novembre 1326.
Reg. Vaf., t. cxiv, fol. 72, n. 459. |
Venerabili fratri Guillermo, episcopo Sabinen. ^, et dileclis filiis
Petro, titulisancte Susanne^, presbitero acBertrando, sancte Marie
in Aquiro^, diacono cardinalibus. — Ad nostram dudum audientiam
multorum relatio non contempnenda perduxit quod nonnulli pcr-
ditionis filii ct iniquitatis alumpni detestande factionis nefariis
operationibus dampnabiliter intendcntes, quasdam sub figura
seu typario regio confiatiles ymagines plumbeas, vcl eliam lapi-
deas fabricarunt seu fabricari fecerunt, ut magicis artibus hor-
renda maleficia, incantationes et invocationes demonum aliaque
nefanda et prohibita opera exercerent. Sane quia occasione nefandi
sceleris huiusmodi, per curiam venerabilis fratris nostri*.. archi-
episcopi Tholosani, Petrus Raymundi Esparverii et Petrus Engll-
berti, Tholosan., ac Johanncs Ferrerii, Caturcen. diocesum clerici,
etnounulli alii capti et ipsius archiepiscopi carceri mancipatiall-
quali processu ibidem habito contra eos ^ ct subsequeuter per
JEAN XXII 119
officiales regios Tholosan. ducti Parisius cxtiterunt; acdemum
prefati clerici per carissimum in Christo filium nostrum Carolum,
regem Francie et Navarre illustrem, ad nos transmissi fuerunt. Et
nichilominus Geraldus Barasci, prior prioratus sancti Sulpitii,
ordinissancti Benedicti, Tholosane diocesis,super premissis delatus,
contra quem in romana Curia processus aliqui sunt occasione
huiusmodi habiti nostris detinetur carceribus mancipatus. Nos
volentes de tam excessu detestabili scire plenius veritatem, vo-
bis de quorum probata fide et experientia fiduciam in Domino
gerimus specialem, committimus per presentes quatinus vos duo
aut unus vestrum, resumptis in eo statu quo sunt processibus in
eadem romana Curia premissorum occasione habitis, super statu
et conditione dictorum clericorum, ac de predictis omnibus et
singulis, tam contra ipsos et priorem prefatum quam quoscumque
alios cuiuscumque gradus, dignitatis, status, ordinis vel condi-
tionis existant summarie, simpliciter et de plano ac sine strepitu
iudicii et figura, non obstantibus quibuscumque processibus
super predictis extra curiam habilis inquiratis cum diligentia ple-
nius veritatem; nobis que circa premissa feceritis referre fideliter
procurantes ut super eis ulterius procedere, sicut tanti criminis
piaculum exigit ac honori Dei et iusticie convenire videbimus,
valeamus *. Volumus autem vobisque vestrum cuilibet presentium
tenore concedimus ut tam in prefata Curia quam extra citare
possitis etiam personaliter eos de quibus pro premissis vobis
videbitur expedire. — Datum Avinioni, xviii kalendas decem-
bris.
1. Guillaumc Goudin, de Bayonne, doniinicain, lecteur en theologie a la cour
pontificale, en 1306; fait cardinal du titre de Saintc-Cccile, le 23 decembre 1312;
puis evcque de Sabine, Ic 12 scptcmbre 1317; mcurt le 4 juin 1336. Daluze,
Vitae, col. 671; Ciacconius, t. ii, col. 384-385; Denifle, Arch. fur Litteralur, t. ii,
p. 212, n. 53; Eubel, Ilier., t. i, p. 14; Anni-e dominiraine, Lyon, 1893, juin,
p. 87-92; voir un acte de lui, n. 30 his et 103.
2. Picrre d'Arablay, chancelier du roi de France, le 22 juillet 1316; cree
cardinal du titrc dc Sainte-Suzanne, le 18 decembre 1316; promu & revochd
de Porto, cn 1328; meurt en 1329. Baluze, Vitae, col. 731, 796; Ciacconius, t. ii,
col. 411; Eubel, Ilier., t. i, p. 14.
3. Bertrand de Montfavdg : voir n. 67, noto 1.
4. Jean Rayniond deComminges; voir n. 22, note 1.
5. Voici, d'apres un rj</imi/s de rofficial dc Toulouse, le texte desaveux faits
en 1323, par Pierrc Rayinond E^parvirr et Picrrc Engilb(^rt,dcvant lo procurcup
de rarchevgque. Archiv. Valic, /nsfr. miscell^ 132:5, 27 juin. Original, avec
120 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
double queue de parch. sans sceau; Hansen, ()Me//cn wni Untersuchungen zur
Geschichte des Hexenwahns, p. 447, n. 4.
« Noverint universi quod nos officialis Tholosanus vidimus, legimus, tenuimus
et inspeximus diligenter quasdam confessiones factas per Petrum Raymundi
Sparverii et Petrum Engilberti, clericos, una cum quibusdam superscriptione et
subscriptione earumdem contenlas in quodam libro curie criminum domini
iiostri domini archiepiscopi Tolosani* copcrto pelle vituli, scriptas manu magistri
Stephani Brossardi notarii dicte rurie criminum; quas quidem confessione?,
superscriptionem et subscriptionem earundcm per Petrum Cellararii publicum
Tholose notarium abstrahi de dicto libro fecimus et in formam publicam redigi;
quarum quidem confessionum, superscriptionis et subscriptionis earundem tenor
sequitur sub hiis verbis :
« Confessiones facte per Petrum Raymundi Sparverii et Petrum Engilberti
clericos, in curia archiepiscopcli Tholose.
« Anno Domini MoCCC°XXIIP, die lune postfestum Nativitatis beati Johau-
nis Baptiste, Petrus Raymundi Sparvcrii^ clericus, iuratus et interrogatus supcr
facto ymaginum repertarum per curiam secularem in domo in qua inhabitat
Tholose, dixit et confessus fuit quod hoc anno quadam die de qua dixit se non
recordari, ex quo venit de curia romana dominus prior sancti Supplicii**, qui
in domo ipsius deponentis morabatur^ in camera superiori secrete cum Pelro
Engilberti_, magistro Petro Fabri et quondam scutifero suo quodam vocato Ber-
trando loquebatur. Et cum per pausam ita secrete loquuti fuissent, finitis
ipsis verbis seu consilio inter ipsos, et descendissent inferius, ipse deponens
interrogavit ipsum dominum priorem cuiusmodi consilium sic secrete inter
se habuerant. Qui dominus prior respondit et dixit : Nichil ad te_, quia tu es
ita loquax quod nichil potes secrete tenere. Tamen si tu velles csse fidelis et
tenere sccrete cgo bene dicerem tibi. Et tunc ipse deponens, promisso quod
nemini revelaret, ymmo secrete teneret quicquid sibi diceret, dictus dominus
prior dixit sibi ostendendo quandam peciam pargameni in qua erat depicta que-
dam ymago ad effigiem hominis : Ego loquebar Petro Engilberti quod perqui-
reret michi unum hominem qui secrete talliaret michi unum molle ad simili-
tudinem istius ymaginis in lapide; et ymago de plumbo quam in ipso molle
faciemus loqueretur, ut dicit Petrus Fabri, semel in mense dicendo veritatem de
hiis que petentur ab ea : ita quod dicet nobis veritatem alquimie in qua tantum
laboravimus. Item et dicet etiam nobis veritatem, si filie vicecomitis Bruni-
quelli *** fuerunt potionate (Hansen : patronafe !) ; nam dictus vicecomes credit
quod fuerunt potionate et rogavit me instanter quod modis omnibus scirem sibi
veritatem. Item dixit quod dictus Petrus Engilberti fecit fieri dictum molle
Petro Calhavelli; in quo molle fuerunt facte tres ymagines tantum deplumbo
pro assagio; quas ymagines ipse dominus prior posuit in archa, cuius clavem
sibi tradiderat mater ipsius deponentis, ut dixit.
« Petrus Engilberti, clericus Tholose, iuratus et interrogatus super predictis
dicere veritatem, dixit in cfTectu idem quod dictus Petrus Raymundi; et quod
ipse loquens fecit fieri dictum molle ad prcces dicti domini prioris dicto Petro
Calhavelli; et quod dictus Petrus Fabri dixit, ipso dcponente audiente et ipso
domino priore, quod ipse habebat artem cum qua loqui faceret ymagines in ipso
molle factas, dum tamen fierent sub debita constellatione; et quod ymagin.cs
ipse dicerent et revelarent eis thesaurum absconditum in partibus istis. Dixif
JEAN XXII 121
etiam quod in ipso molle f uerunt per ipsum dominum priorem ipso prescnte
et dicto Petro Fabri facte tres ymagines de plumbo pro assagio; non tamen
cum ipsis aliquid operati fuerunt^ quia nullum viguorem habebant pro eo quod
non erant factc sub constcllationc debita. Dixit etiam quod aupra dictam yma»
ginem erat sculpta effigies scorpionis et a parto retro erant sculpte littere que
non liene legi poterant; verumptamcn videtur sibi. ut dixit, quod esset ibi
scriptum : « Rex Salamonis. «
« Predicte confessioncs facte fuerunt in presentia magistri Raymundi Johan-
nis de Molinis, procuratoris domini nostri archiepiscopi Tholosani, qui dictos
clericos super predictis audivit et examinavit; et domini Pontii Malafossa,
thesaurarii dicti domini nostri archicpiscopi; et Bernardi Deyde, carcerarii
(Hansen : cartararii !) et mei Stcphani Brossardi, clerici, notarii curie criminum
archiepiscopalis Tholose, qui ctiam omnibus et singulis per dictos clericos
dictis^ depositis et confessatis presens interfui, una cum procuratore, thesau-
rario, ct carcerario predictis, vidclicetdum predicta clerici predicti deponebant
et confitebantur; et eorum confessiones in libro dictft curie scripsi et registravi.
« Que quidem omnia et singula superius scripta^ cgo Pctrus Cellararii. notariut
Tholose prcdictus de mandato et ad rcquisitionem prefati domini ofTicialis de
libro dicte curie, fideliter et de verbo ad verbum, prout in dicto libro contine-
bantur abstraxi et in hanc formam publicam redegi, die tercia mensis marcii
regnante domino Karolo Franchorum et Navarre regCj et domino Johannc archi-
episcopo Tholosano. Anno ab incarnatione Domini millesimo CCC° XXVI°, in
presentia ct testimonio domini Bartholomei de Albia, rcctoris ecclcsie Bcllipodii
Garnesii****, Tholosane dyoccsis, et magistri Alberti Fabri, Tholose notarii; et
mel Petri Cellararii, publici Tholosc notarii predicti, qui cartam istam scripsi et
signo meo consueto signavi. [Signutn.)
« £t nos ofllcialis Tholosanus in testimonium premissorum et ad maiorcm
firmitatem habendam huic presenti publico instrumento sigillum autenticum
curie archicpiscopalis Tholosane apponi fecimus et appendi. »
*Jean Raymond de Commingcs; voir n. 22, note 1. — **Saint-SuIpice (Tarn),
cant, ct arrond. de Lavaur. : — ***BruniqueI (Tarn-et-Garonne), cant. dc Monclar,
arrond. de Montauban. Chef-lieu d'une vicomtc au moyen 3ge. Voir Grande
encijclopedie. — ****Beaupuy (Tarn-et-Garonne), cant. de Beaumont, arrond. d©
Castelsarrasin.
6. Voir au n. 78 his un autre document se rapportant h. cette mdme aflaire.
— 72 bis
Jean XXII defend rigoureusementj sous peine d* excommunica-
tion, d tous les chretiens de s^adonner au culte des demons, d la
fabrication d'images de cire et d Vusage de tous aulres objels destines
d enchainer le demon d merci, et d pratiquer des malefices. Ceux qui,
122
ULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRANgAISE
dumenl avertis d'apoir d s*ahstenir de ces pratiques, ne se seront pas
soumis dans les huit jours, seront poursuivis comme heretiques.
Meme menace contre les detenteurs de li^res de magie qui nen au-
ront pas fait remise dans la huitaine. — Avignon, 1326 ou 1327.
Raynaldi, Ann., ad ann. 1327, n. 45; Magn. BiilL roman., ed.
Cocquelines, t. iii, part. 2, p. 194; Hansen, Quellen und Unfersu
chungen zur Geschichte des liexenwahns, p. 5 n. 5.
Super illius specula. — Datum Avinioni, etc.
— 73 —
Jean XXII confirme pour Jacques Fournier, e<^eque de Mire-
poix, la concession dHndulgences d lui faite tandis quil etait
ei^eque de Pamiers, en recompense de son zele contre Vheresie. — •
Avignon, 12 janvier 1327.
Reg. Vat., t. Lxxxii, ep. 633; Reg. Aven., t. xxvi, fol. 413.
Venerabili fratri Jacobo ^, episcopo Miraspiscen., salutem. —
Dudum te ecclesie Appamiarum regimini presidente ac per tel
nobis exposito quod tu zelo pie devotionis accensus iuxta pasto-
ralis officii debitum multos labores in Inquisitione pravitatis
heretice quam in locis tunc tibi subiectis exercueras pro favore
fidei pertuleras et sperabas in antea perferre; nos, ut predictisi
laboribus fructus per quem eterna tibi recompensarentur premia
non deesset, tibi, pro huiusmodi negotio laboranti, illam plenam
tuorum peccatorum veniam duximus indulgendam que inquisi-
toribus pravitatis eiusdem per apostolice Sedis privilegia est con-'
cessa ^; nos igitur [nolentes] ex eo quod postmodum te a vinculo
quo eidem Appamiarum ecclesie tenebaris auctoritate apostolica
penitus absolventes, ad Mirapiscensem ecclesiam duximus trans-
ferendum ^ a predicta indulgencia sentias teexclusum, qui etiam
sicut accepimus in Inquisitionem huiusmodi devote laborare non
cessas; nos tuis supplicationibus inclinati, tibi pro huiusmodi
Inquisitionis negocio laboranti, eandcm indulgenciam auctori-
tate predicta de speciali gratia duximus concedendam. Nulli ergoJ
JEAN XXll
123
etc, nostre concessionis infrangere, elc. — Datum Avinioni,
II idus ianuarii, anno undecimo.
1. Jacques Fournier : voir, n. 24, nole 1.
2. Voir n. 64.
3. Fouruier avait ete transfore a Mircpoix, lc 3 mars 1326.
— 74 -
Jean XXII ordonne d Michel Lemoine ^, inquisiteur de Pros^ence^
de remettre aux mains de Jean Duprat *, inquisiteur de CarcassonnCf
Pierre Trencavel ', du diocese de Beziers^ condamne pour heresie,
et Andree, sa fille^ suspecte du meme crime^ tous deux evades de la
prison inquisitoriale de Carcassonne, et presentement detenus dans
celle de V Inquisition de Provence. — Avignon, 21 mars 1327.
Reg. Vat., t. cxiv, fol. 74 vo, n. 469; Doat, t. xxxv, fol. 18;
Eubel, BuU., n. 654 (m ext.).
Michaeli Monachi de ordine fratrum minorum, inquisitori here-
tice pravilatis in partibus Provincie auctoritate apostolica depu-
tato. — Exinsinuatione dilecti filii Johannis de Prato, ordinis fra-
trum predicatorum, inquisitoris heretice pravitatis in partibus
Carcassonen. auctoritate apostolica deputati, nuper accepiinus
quod Petrus Trencavelli, Biterren. diocesis, de crimine hercsis
olim Carcassone in sermone publico condempnatus ctmurocar-
cerali (juem fregisse temerariis ausibus j)ostmodum ct indeaufu-
gisse dicitur, deputatus, necnon et Andrca, eiusdem Petri filia,
dc criininc huiusmodi vchementcr suspecta ct ctiam fugiliva,
tuis niancipati carccril)us detinenlur. Cum autcin negotio fidei ex-
pediat (juod prefati Petrus et Andrea, ut de aliis per ipsos, ut
fertur, infcctis ipsorumque faiitoribus in eis partibus possit
habcri certitudo plenior, inquisitori restituantur predicto, nos qui
negotium huiusmodi ubique cupimus cooperante Domino pro-
sperari prcfati in((uisitoris in hac parte supplicationibus inclinati,
discretioni tuc per apustolica scripta mandanius quatinus eidem
inquisitori, vel eius certo nuntio predictos Petrum Trencavelli
et Andreom filiam eius rcstitucrc cessante difficultatis obstaculo
124 BULLAIRE DE L*I NQUISITION FRANCAISE
non postponas. — Datum Avinioni, xii kalendas aprilis, anno
undecimo.
1. Voir n. 15, note 2.
2. Jean Duprat, normand, d'£vreux ou de Rouen, etudiait, enlSOl^ la theo-
'ogie dans le couvent des dominicains de Condom. Douais, Acta capit. proinnc,
ord. praed., p. 460. En mai 1311 et 131 2^ les chapitres generaux de Naples et de
Carcassonne le designerent pour renseignement du livre des Sentences a Paris.
Denifle, Chartul., t. ii, p. 148, n. 690; p. 156, n. 696; Reichert, Acla capit. gener,
ord. pracd., t. ii, p. 62. II fut fait maitre en theologie en 1318; le 13 novembre de
cette annee, il preta le serment de garder les privileges de rUniversite de Paris.
Denifle, op. cit., p. 227, n. 776. II assista au chapitre general de Bordeaux, eii
juin 1324. Denifle, op. cit., p. 275, n. 830. II etait, a cette date, inquisiteur de
Carcassonne. Quetit et fichard, Script., t. i, p. 593-594, commettent une grande
erreur quand ils retardent sa promotion a cette charge jusqu'en 1334, Ccs
auteurs sont, du reste, peu renseignes sur son compte. Le 11 avril 1328, Duprat
fut promu a Teveche d'fivreux, vacant par la mort d'Adam de risle. Regesl,
Vat., t. Lxxxvi, ep. 1437. Le chapitre general tenu cette meme annee a Toulouse
imposa aux freres la celebration d'une messe aux intentions du nouvel elu f t
de son successeur a rinquisition de Carcassonne. Reichert, Acta capit. gen.,
t. II, p. 184. Duprat se demit de son siege, en juin 1333. Le 30 juillet, le pape
nomma a sa place Guilllaume des Essarts. Reg. Vat., t. civ, ep. 618. Lo
27 septembre, il conceda a Teveque demissionnaire, pour le reste de ses jours,
la jouissance du manoir di' Sac, detache provisoirement de la mense d'Evreux,
et une rente annuelle de 800 livres tournois. Reg. Vat., t. cvii, ep. 154. Jean
Duprat etait mort en octobre 1335, ainsi qu'il resulte d'un document date du
9 de ce mois. Reg. Vat.^ t. cxix, ep. 849. Quetif et fichard le font mourir en 1338.
J'ai dit qu'il succeda a Jean de Beaune, a rinquisition de Carcassonne (n. 21,
note 2). En aout 1324, il assista a plusieurs audiences de Tlnquisition
de Pamiers, consacrees a terminer divers proces pendants. Les 9, 10 et 11 aout,
il reunit, avec reveque Jacques Fournier, un grand nombre de conseillers
auxquels furent soumis les cas des heretiques qui allaient etre juges. Douais,
La formule Communicato, p. 20-29. Les 12 et 13 aoiit, il prononga, dans deux
« sermons » solennels tenus dans le cimetiere Saint-Jean et dans Teglise de Notre
Dame-du-Camp, la sentence de ces accuses et la grace de nombreux penitents.
Doat, t. xxviii, fol. 56-93. Le 24 fevrier 1325 (n. st.), par son initiative, fut
tenu k Carcassonne, en presence des eveques de cette ville et de Pamiers, un
autre acte de foi qu'avaient precede, le 22 et le 23, des assemblees de juriscon-
sultes. Doat, t. xxviii, fol. 96-107; Mahul, Carlul. t. v, p. 672-674; Douais,
La jormule, etc, p. 29-36. Le lendemain, 25 fevrier, Duprat interiogea Guillem
d'Aire, de Quie, dont le proces etait pendant devant le tribunal de Pamiers
Ms. Vat., lat. 4030, fol. 310-312. Le 1" mars, il delivra des lettres d'absolution
a Jean d'Avignon, de Narbonne, et lui imposa des pelerinages. Doat, t. xxviii,
fol. 171-174; Mahul, op. cit., t. v, p. 675. En 1325 ou 1326, il entreprit, par ordre
du pape, avec rarcheveque d'Aix et rinquisiteur de Besancon, un proces contre
Guyot Lefollet, de Frasne, heretique prisonnier a Avignon (cf. n. 65). Le 1®'' mars
1327 (n. st.), de concert avec les eveques de Carcassonnc et d'AIet, Tinquisiteur
Pierre Brun, de Toulouse, et divers commissaires episcopaux, il celebra un aulo
JF.AN XXI» 125
da fe dans le marche couvert de Carcassonne. Doat, t. xxviii, fol. 178 sq.; Mahul,
op. cil., t. V, p. 676-683. Le 21 mars, Jean XXII lui annon^ait la remise, par
Michel Lemoine, inquisiteur de Provence, de deux heretiques fugitifs, Pierre
Trencavel et Andrce, sa fille, ainsi que des actes du proces d'un pr^tre relaps,
Bernard Martin, dont le contenu pouvait lui 5tre utile. Tout en le felicitant de
8on zele contre rheresie, il Texhortait a terminer par une entente amicale un
difTerend qu'il avait avec les gens de Carcassonne. L'eveque Pierre Rodier pou-
vait servir d'arbitre (n. 74, 75, 76). Mais une discussion de competence existait
deja entre ce prelat et rinquisiteur, a propos de la punition de Barthelemy
Adalbert (n. 180, note 2), notaire de Tlnquisition, coupable d'exactions. Chacun
d'eux revendiquait pour lui-m^me le droit de juger le coupable, dont la deten-
tion se prolongeait outre mesure. IIs finirent par 8'entendre et deleguSrent k
rinquisiteur Pierre Brun leurs pouvoirs respectifs, le 4 mars 1328. Douais,
Documenls, t. i, p. lxxxv-lxxxvii. En 1326 ou 1327, Jean Duprat se disposait
a jugcr, a Montpellier, une femme convaincue d'heresie. Le pape lui ordonna
de prononcer la sentence a Carcassonne (n. 78), sans doute, par cgard pour la
fidelite traditionnelle des habitants de Montpellier (n. 20, 231).
£n dchors des actes inquisitoriaux de Jean Duprat, on lui attribue un Com-
mentaire sur lea IV livres des Sentences et plusieurs Sermons. Quetif et lichard,
Script.,i. I, p. 593-594 ; Vidal, Le /rtft. d'//i^. de Pamiers (tir. a part), p. 88-91.
3. Pierre Trincavel ou Trencavel, de Lieuran-Cabrieres (Herault), ctait Tun
des chefs de la secte des beguins. II avait recueilli unesomme d'argentdestinde,
dans sa pensee, a payer les frais d'emigration de ses freres et de lui-mdmc en
Grece et a Jerusalem, ou, pensait-il, ils trouveraient quelque surelc. Saisi avec
sa fille Andree, il fut juge et condamne au mur. Mais ils reussirent tous deux k
8'evader. Hist. de Languedoc, t. ix, p. 396, 399, note 2; Lea, Hist. de Vlnquis.,
id. fr., t. III, p. 90-91; Mahul, CartuL, i. v, p. 680-681. Les registres de Doat
contiennent les procds de plusieurs partisans de Trencavel, fitienne Gramat
de Beziers (t. xxvii, fol. 9), Blaise Boyer, tailleur de Narbonne (fol. 84), le pretre
Jean Roger (fol. 171), Bernard Maurin, prStre de Narbonne (t. xxxv, fol. 21-47),
dont il est aussi question au n. 75.
— 75 -
Le pape ordonne a Vinquisiteur de Proi>ence, Guillaume Astre ^ de
remetlre d Jean Duprat *, inquisiteur de Carcassonne, copie aulhen-
tique des aveux du pretre Bernard Martin [ou Maury], de Narbonne,
d^abord condamne aux croix pour heresie, puis relaps et li^^re au
bras seculier d la suite d'un proces fait en cour d'Avignon ^. On
espere que cette piece aidera d decom>rir ses fauteurs et complices. —
Avignon, 21 mars 1327.
Reg. Vat., t. cxiv, iol. 75, n. 470; Doat, t. xxxv, fol. 46;
Eubel, Bull., n. 655 (tn ext.).
126
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
Guillelmo Astre, ordinis fratrum minorum, inquisitori hereticc
pravitatis in partibus Provincie, auctoritate apostolica dcputato.
— Dilecti filii Johannis de Prato, ordinis fratrum predicatorum,
inquisitoris heretice pravitatis in partibus Carcassone auctori-
tate apostolica deputati, supplicationibus inclinati, discretioni
tue per apostolica scripta mandamus quatinus transsumptum
confessionis coram te facte per quondam Bernardum Martini,
presbiterum Narbonen., olim sicut accepimus in eisdem partibus
supercrimine heresis convictum et ad cruces deferendas publice
condempnatum, ac postea relapsum et etiam fugitivum, qui per te
nuper apud Sedem apostolicam de mandato nostro super hiis
procedente relictus extitit, exigente iustitia, curie seculari, eidem
inquisitori vel eius certo nuncio sub manu publica, ut perillam
informari de fautoribus et complicibus dicti heretici plenius
valeat, cessante difTicultatis obstaculo studeas assignare. — Da-
tum ut supra [xii kalendas aprilis, anno undecimo].
1. N. 49, note 3.
2. N. 74, note 2.
3. Dans le t. xxxv, de Doat, fol. 21-47, on trouve une copie de ce proces. On
y voit que Maury etait un fraticelle disciple de Pierre Trencavel (n.74), et qu'il
se reclamait de Pierre de Jean d'01ive comme de son docteur prefere. Le proces
occupa rinquisiteur durant deux mois; et Taccuse, obstine, fut livre au bras
seculier. v
— 76
Le pape notifie d Jean Duprat, inquisiteur de Carcassonne, les
mesures prises dans les deux bulles qui precedent. II lui recommande
d'user de prudence afin d^arrii^er d un accommodement a^ec les
bourgeois de Carcassonne ; Vei^eque de cette ville de<^rait etre, en tout
cas, consulte. — Avignon, 21 mars 1327.
Reg. VaL, t. cxiv, n. 649, fol. xiv.
Dilecto filio Johanni Petro de Prato ^, ordinis fratrum predi-
catorum, inquisitori heretice pravitatis in partibus Carcassonen.
auctoritate apostolica deputato. — Litteras tuas benigne rece-
pimus et que continebantur in eis sano collegimus intellectu
JEAN XXII 127
operosam dilinjentiam qiiam adhibere non cessas super negotio
fidei purimum in Domino commendantes. Et ecce quod dilectis
filiis Michaeli Monachi *, et Guillelmo Astre *, de ordine fratrum
minorum, inquisitoribus heretice pravitatis in partibus Provincie
auctoritate apostolica deputatis, super restituendo Petrum Trencu-
nelli {sic) * dampnatum et Andream eius filiam suspectam de he-
resi et confessionem Bernardi Martini dudum relapsiet curiesecu-
lariapud Avinionem relicti tibi vel tuo certo nuncio iuxta tue pe-
titionis instantiam assignanda litteras dirigimus oportunas. Cete-
rum super compositione facienda cum Carcassonensibus ^ de qua
tue predicte faciebant littere mentionem te sic prudenter et con-
sulte procedere volumus quod nulla possit exinde suspicio pro-
babiliter exoriri; circa quod expediens crederemus quod venerabilis
frater noster *.. episcopus Carcassonen. super tractatu composi-
tionis huiusmodi vocaretur. — Datum Avinioni, xii kalendas
aprilis<, anno undecimo.
1. N. 74, note 2.
2. N. 15, note 2.
3. N. 49, note 3.
4. N. 74, notc 3.
5. Je n'ai pu savoir quel ^tait Tobjet de cette entente.
6. Pierre Rodier, limousiR, chancelier de France, sous le roi Charles IV promu
a Carcassonne, le 19 novembre 1323; mort en janvier 1330. Call. christ., t. vi,
col. 896; Mahul, Cartul., t. v, p. 445-446; Eubel, Flier., t. i, p. 172. II presida avec
rinquisiteur Jean Duprat les assemblees consultatives des 22 ct 23 icvrier 1325
(n. st.), ^ Carcassonne (Douais, La formule Communicato, p. 29-36), et lo 24
fivrier celebra avec le m6me inquisiteur un acte de foi dans celte ville. II pr^-
sida aussicelui du 1" mars 1327 (n. st.), avec Veveque d'AIet, Jean Duprat
et P. Brun. Doat, t. xxviii, fol. 178-186. Le 8 scptembre 1329, il re^ut le
serment d'obcis3ance aux ordres de rinquisition prononce par le senechal et
les ofliciers civils de la ville. Doat, t. xxvii, fol. 188-190. J'ai dit (n. 59, note 1)
qu'i Toccasion d'un conflit de competence surgi en 1328, entre lui et
rinquisitcur llenry de Chamay, ils avaient, d'un commun accord, remis leurs
droits respectifs k Tinquisiteur P. Brun. Douais, Documents, p. lxxxiv-lxxxvh.
— 77
Le pape ordonne d Ve{>eque de Beziers de faire conduire
sous honne garde. aupres de la CuriCf Raymond Michel, moine de
Valmagne, au diocese de Beziers^ accuse de pratiques superstitieu-
128 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
565, telles que V irn>ocation des demons. — Avignon, 29 mai 1327.
Reg. Ai^., t. xxvri, fol. 266, n. 1764»
Ven, fralri.. ^ episcopo Biterren., salutem. — Nuper ad aposto-
latus nostri quorumdam relatione pervenit auditum quod qui-
dam servientes tui Raymundum Michaelis, monachum monasterii
Vallis Nigre ^ {sic), Cistercien. ordinis, Agathen. diocesis, pro eo
quod dicebatur ipsum quedam experimenta demonum invoca-
cationes continentia penes se habere, et apud eum inventa fore
ceperunt, arrestarunt et carceribus tuis etiam manciparunt prout
adhuc idem monachus ibidem teneri dicitur mancipatus. Nos
igitur volentes de predictis cum eodem monacho scire veritatem,
fraternitati tue per apostolica scripta mandamus quatinus
eundem monachum sub fida custodia necnon informationem et
processus si quos super predictis habuisti forsitan contra eum nobis
mittere non postponas. — Datum Avinioni, iiii kalendas iunii,
anno undecimo.
1. Guillaume Fredol, abbe de Saint-Tibery au diocese d'Agde; promu a
Beziers, le 5 mars 1313; mourut en 1349. Gall. christ., t. vi, col. 347-348; Hist.
de Languedoc, t. ix, p. 456-457; Eubel, liier., X. i, p. 141. Certains clercs de son
diocese Taccuserent d'avoir tente de faire mourir Jean XXII a TaiJe de prati-
ques de sorcellerie. Benoit XII ordonna une enquete (n. 164, 168) qui, sans
doute, conclut a son innocence.
2. Abbaye de Valmagne, aujourd'hui dans la commune de Villeveyrac (He-
rault), cant. de Meze, arrond. de Montpellier.
— 78 —
Le pape ordonne d Jean Duprat, inquisiteur de Carcassonne, de
prononcer la sentence d^une femme heretiqued Carcassonneet non d
Montpellier. ~ Avignon, 1326-1327.
Reg. VaL, X. cxiv, n. 1795.
Johanni de Prato ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitori
heretice pravitatis in partibus Carcassonen. — Nuper fidedigna
relatione percepimus quod super inquisitione contra quandam
JEAN XXlt 129
mulierem [ ] Bonete, ratione criminis heresis cuius[?] fore
culpabilis dicitur per te factam, intendis [apud] Montcmpessul-
lanum, Magalonen. diocesis, [difTinitivam] sententiam proferen-
dom. Sane cum cer[tis causis] rationabilibus melius et expedien-
tius [videatur quod] apud Carcassonam locum utique ad ta[le
opus] accomodum sententia huiusmodi proferatur, [discretioni
tue] presentium tenore mandamus [quatinus] apud Carcassonam
et non in Montepessulano [dictam] sententiam prout et quando
tibi ex[pedierit proferre] te disponas. — Datum Avinioni, idibus
[ ], anno duodecimo *.
1. Voir n. 74, note 2.
2. La marge du registre ^tant k demi d^truite par l'humidite, nous avons, de
notre mieux, supplee, en les placant entre des crochets, les mots efTaces ou illi-
sibles.
— 78 bis -
Le pape ecrit aux troia cardinaux commissaires quHl avait char-
ges, le 14 noi>embre 1324, (V instruire un proces de sorcellefrie (cf.
n. 72), d'ai>oir d terminer ce proces. — Avignon, 8 novembre 1327.
Reg. Vat., t. cxiv, part. 2, fol. 179, n. 1735; Hansen, Quellerif
etc, p. 671.
Venerabili fratri Guillelmo, cpiscopo Sabinen., ct dilectis filiis
Petro lit. Sancte Susanne, presbitero, ac Bertrando S. Marie in
Aquiro diacono cardinalibus ^ — Dudum ad nostri apostolatus
auditum [etc.y comme au n. 72, avec de legeres variantes de forme,
jusqu^d : videremus con^eniens valeremus']. Sane cumvosad inqui-
rendum super predictis iuxta tenorem litterarum processeritis
predictarum nobisque referenda fideliter duxeritis que per vos
facta et reperta in hac parte fuerunt, nos, quiexiniuncto desuper
apostolatus oflicio sumus omnibus tam sapientibus quam insipien-
tibus in iustitia debitores, volentes super premissis exhiberi iu-
stitie complementum, ac de vestre et cuiuslibet vestrum exqui-
site lircumspectionis prudenlia plenam in Domino fiduciam
obtinentes, vobis presentium tenore committimus et mandamus
quatinus vos, vel duo aut unus vestrum per vos, vel aliurn, sen
BULLAIRE - 9
130 BULLAIRF. DE L^INQUISItlON PtlANCAlSE
alios prefatum negotium quoad dictos clericos et priorem difTinire
ac decidere prout iustitia exegerit studeatis. — Datum Avinioni,
VI idus novembris, anno duodecimo.
1. Sur ces personnages, voir n. 12, notes.
Avignon, 17 septembre, 6 octobre, 9 novembre 1327.
Introit. et exit., t. cxlii, fol. 60; Goller, Die Einnahmen der
apostolischen Kammer unter Johann XXII, p. 575.
« Anno a Nativitate Domini M^ CCCo XXVIP, dominus noster
papa fecit nobis tradi per manus domini fratris Guillelmi Astre,
ordinis fratrum minorum, inquisitoris heretice pravitatis et Johan-
nis Banaldi, canonici Cavallicen., die xviio septembris : xxx milia
flor. auri.
({ Item, die vi* octobris, per eosdem : iii" flor. auri. Item, die
IX novembris, per eosdem et executores [testamenti] domini
Vitalis, bo. me. episcopi Albanen. ^ : m flor. auri.
« Qiie summe florenorum fuerunt misse domino Bertrando,
cardinali legato in partibus Lumbardie ^, cum aliis quantitatibus
florenorum per nos traditorum per discretos viros dominos
Heliam Manhani et Guillermum Truelli, quibus tradite fuerunt
dicte summe florenorum ad portandum dicto dom. legato. »
1. Vital du Four, ord. minorum, cardinal du titre de Saint-Martin-aux-Monts,
le 23 ou 24 decembre 1312; eveque d'Albano, en juin 1321; mort le 16 aout
1327.
2. Bertrand du Poujet, cardinal du titre de Saint-Marcel, le 18 ou 19 decem-
bre 1316; eveque d'Ostie, le 18 decembre 1327; mort le 3 fevrier 1352.
i
- 79 -
Sur la demande du roi de France, le pape decide que les apostats
et les heretiques seront desormais pri^es du droit d'asile et que meme^^
la force seculiere pourra les saisir dans les eglises oii ils auraie?
JEAN XXII 131
cherche refuge, poun^u que Veveque ou Vinquisiteur y consentent.
— Avignon, 25 mai 1328 ^
Reg. Aven., t. xx*, fol. 439 yo.
Carissimo in Christo filio Philippo regi Francorum illustri salu-
tem. — Celsitudinis tue sincera devotio promeretur ut votis tuis
hiis maxime que favorem fidei respicere dinoscuntur favorabi-
liter annuamus. Hinc est quod nos tuis supplicationibus inclinati
ut in regno tuo apostatantes a fide catholica vel heretici ad eccle-
sias confugientes ut per unitatem {sic) earum in apostasia vel
heresi defendantur nullam tutelam propterea ab eisdem ecclesiis
consequantur, sed locorum episcopis, vel inquisitoribus heretice
pravitatis illarum partium super hoc requisitis, si dictorum epi-
scoporumvel inquisitorum seu alterius eorundem accedat assen-
sus, de dictis ecclesiis libere abstrahi valeant etiam per brachium
seculare serenitati tue ol) favorem eiusdemcatholice fidei aucto-
rilate presentium indulgemus. Nulli ergo, etc, nostre concessionis
infringere, etc. — Datum Avinioni, viii kalendas iunii, anno
duodecimo.
1. Voir une buUe identique adressee, le 3 juillet 1322, aux inquisiteurs de
France, au n. 38.
— 80 -
Jean XXII ordonne d Michel Le Moine, inquisiteur de Provence,
de recueillir les biens et les objets ayant appartenu d Michel de
Cesine et d Buonagrazia de Bergame, inculpes d^heresie et fugitifs;
ils devront interroger les personnes qui pourraient etre instruites
de Vendroit ou ils se trowent, Quand ils les auront recueillis, ils les
remettront aux em^oyes du pape. — Avignon, 1®' juin 1327 *.
Reg. Vat.y t. cxiv, n. 1546, fol. clii; Eubel, BuW., n. 713 [in ext.).
Micbaeli Monachi *, de ordine fratrum minorum, inquisitori
heretice pravitatis in partibus Provincie auctoritate apostolica
depulato. — Cum Michael de Cesena ^, olim ordinis fratrum mino-
132 BULLAIRE DE L*INQUTSlTlON FRANgAlSE
rum generalis minister, cui delato super diversis articulis fautoriam
et defensionem hereticorum ac heresim tangentibus de quibus
asserebatur esse culpabilis per nos sub excommunicationis, depo-
sitionis ab ofTicio ac inhabilitationis ad quecumque dignitates et
beneficia ecclesiastica penis et sententiis quas ipsum si mandato
et inhibitioni nostris contraire presumeret incurrere voluimus
ipso facto, ne de civitate Avinion. absque nostra licentia recedere
presumeret, dudum duximus districtius inhibendum; et Bona-
gratia * de ordine ipso, qui post inhibitionem ne de curiaromana
recederet per nos eidem, delato etiam super nonnullis criminibus
et excessibus, factam, ad sancta Dei Evangelia [iuravejrat se sine
nostra licentia de [dicta civitate non] recessurum, tanquam male
sibi [super istis impojsitis conscii, furtive ac de nocte[de civitate
prejdicta et curia nostra recesserint fugitivi, [ac per conjsequens de
premissis eisdem ut prefertur impositis[ ?], vehementer suspectos
seu [convictos ?] se reddentes, et sicut accepimus [nonnuUa bona]
ipsorum quorum aliqua nos et romanam Ecclesiam [dicun]tur
contingere, tam penes te quam penes dilectos [filios] conventum
fratrum dicti ordinis Massilien. ac nonnullas alias eiusdem conven-
tus [singulares perso]nas esse dicantur, discretioni tue per apo-
stolica scripta committimus et mandamus quatinus predictis con-
ventu et singularibus eiusdem personis ad [tuam present]iam evo-
catis, per teque sibi premissis expositis, [ipsis] et eorum singulis
sub excommunicationis ac depositionis [a] quibuscumque officiis et
inhabilitatis [ad quas]cumque dignitates et beneficia ecclesiastica
[penis et] sententiis, quas ipsos et corum singulos effectualiter
non parentes incurrere [volumus ipso] facto, precipias ex parte
nostra districtius [et eisdem iniun]gas ut bona predicta, que
ipsi, vel aliquis [ipsorum] habuerint aut sciverint, quecumque [sint
et in] quibuscumque rebus, sive plicatis aut [displicatis?], con-
sistant, tibi revelent integraliter et [assignent]; tuque ipsa ad
manum nostram recipiens [tam ista quam] illa que tecum fuerint,
venerabili fratri [nostro.. ^ Vigin]timilien. episcopo et dilecto fiHo
Gasberto de Monte[?] Lauduno, canonico Turonen., et eorum
cuilibet [quos] illuc propterea destinamus specialiter studeas
[assigna]re, similes penas et sentencias eo [ipso nisi pre]missa
compleveris incursurus. Volu[mus tamen] quod assignatis bonis
predictis episcopo et [canonico] memoratis vel eorum alteri, cum
ipsis [ad nostram] te conferas incunctanter presentiam, nobis
[cum illud ?] mandabimus assignaturus una cum eisdem[bona
JEAN XXll 133
prejdicta et nos informaturus nichilominus super [illis] et aliis
de quibus tecum voluerimus in[formari]. — Datum Avinioni,
kalendis iunii, anno duodecimo.
1. Nous donnons, de cette bulle, le iexie in exlenso,]e V. Eubel n'ayant pas^
selon nous, toujours interprete avec cxactitude les lacunes nombreuses que
presente le registre, par suite de la deterioration de sa marge k cet endroit.
2. Michel Lemoine : voir n. 15, note 2.
3. Michel de C^sene, franciscain^ maitre en theologie, elu ministre general
de Tordre a Naples, en 1316. Le chapitre gcneral preside par lui a Perouse, en
1322, ct ou fut proclamee comme vraie la doctrine de Tabsolue pauvrete du
Christ et dcs ap6tres, est lo point de depart du schismc qui desola Tordre de
Saint-Frau^ois et, bientdt, r^glise elle-mdme. Michel en demeure particuli^re
ment responsable.
Le 8 juin 1327, il fut cit^ k la cour d'Avignon ou une enquSte fut faite par
ordre du pape. Mais Tann^e sulvante, le 25 mai, en compagnie de Guillaume
Ockam ct de Buonagrazia de Bergame, il 8'enfuit d'Avignon et sc rcfugia auprcs
du roi de Bavi^rc. Jean XXII le frappa des censures ecclesiastiques et le deposa
desa chargc dc gcneral, le 6 juindela mSme annee. II mourut a Munich, le
29novcmbre 1343. Raynaldi, ad ann. 1322, n. liii-liv; 1327, n. xlvii; 1328,
n. Lxii-Lxvii; 1329, n. xxii-lxviii; 1331, n. viii-xvii; Denine, Cluirt.y t. ii,
p. 290; Lea, Hist. de Vlnquis., trad. fr., t. iii, p. 158-185.
4. Buonagrazia de Bergame, procureur gcneral de l'ordre des franciscaius,
-iiivit Michel de Cesene dans le schisme; ii mourut a Munich, le 29 juin 1347.
U. Chevaiier, Repertoire, art. Buonagrazia.
5. Raymond, de Tordre des frdres mineurs; evdque de Vintimille, le 26 uo-
vembre 1320; transfere a Vence, lo 6 septcmbre 1328; a Nice, le 10 janvier
1334; mort Tannee suivante. Gall. christ., i. iii, col. 1222, 1286; Eubei, llier.,
t. I, p. 381, 550, 560.
— 81 —
Le pape prie le roi de France de permeltre que les inquisiteurs
fassent justice des fauteurs de Louis de Baviere refugies dans son
royaume. II lui em'oie les actes du proces de Pochin Eshurre
et Vengage d ne pas contrecarrer Vaction de V inquisiteur de Pro-
vence. — Avignon, 30 juillet 1328.
Heg. Vat., t. cxiv, ii. 1885, foi. cci v» K
Eidem regi [Francie]. — [Nuper] fili carissime multi Tusci
amici[?] et servitores hercticorum Bava[rorum qui...]
134 BULLAIRE DE L*INQUISIT10N FRANgAISE
in regno tuo moram trahunt [ ] ut contra fautores ipsorum in
ge[ ] rogamus celsitudinem regiam de [ ]
contra illosut. . Inquisitores permittat procedere et de [?] ipsis. .
iustitiam ministrare [ ] Altissimo et Ecclesie sancte
[sue ] multa comoda temporalia reportare. Processum autcm
per inquisitorem Provincie ^ contra Pochinum Esbure factum
excellentie regie mittimus, de quo dilectus filius Johannes Aufune,
cantor Constantien., circumspectionem poterit regiam informare;
super quo ordinet taliter providentia regia quod inquisitoris
processus in ministranda iustitia per gentem regiam nequeat
impediri. Datum ut supra. — [Avinioni, iii kalendas augusti, anno
XII.]
1. Nous n'avons pu combler les lacunes qui resultent de la deterioration du
fol. 201.
2. Michel Lemoine (n. 15, note 2) ou Guillaume Astre (n. 49, note 3).
— 82 —
Le pape accuse reception des dossiers d^un proces intente a des
religieux, II loue le zele de Veveque de Pamiers et Vengage d conti
nuer, — Avignon, 8 aout 1328.
Reg, Vat., t. cxiv, n. 1893.
i
Dominico ^, episcopo Appamiensi. — Missos nobis processus
per te contra religiosos illos pestiferos habitos litterasque frater-
nitatis tue recepimus tuam in hac parte diligenciam in Domino
commendantes, eamque attentius exhortantes quatinus ad per-
fectionem eorum que restant de illis agenda fideliter et solerter
procedens que inde repereris nobis quantocius mittere non post-
ponas. — Datum Avinioni, vi idus augusti, anno XII®.
1. Dominique Grima, de Tordre des freres precheurs; etudiant en theologie
dans les couvents de Toulouse et de Garcassonne (1291-1292); sous-Iecteur du
couvent de Toulouse, en 1301; licencie en theologie, a Paris; lieutenaut de Fin-
quisiteur de Toulouse, Bernard Gui, en 1320; docteur et lecteur du Palais apos-
tolique a Avignon (1321-1326); nonce du pape aupres du roi de France_, en
1322 et 1323; promu a reveche de Pamiers, le 3 mars 1326; mort en 1348. Gall-
JEAN XXII J35
chr., t. XIII, col. 161; Perciii, Monum. com». Tolos. ord. praed., p. 75-76;
Quetif et fichard, Script. ord. praed., t. i, p. 612-613; Annee dominicaine, nouv.
ed., Lyon, 1883, janvier, p. 917-919; Limborch, Liber senteniiarum, p. 274;
Dout.is, Acta capit. provinc. ord. praed., p. 351, 362, 459; Denifle, CharluL, t. ii,
n. 834, note 1; Denifle, Archiv fur Litteratur, t. n, p. 219, n. 79; Eubel,.i/ icr.,
t. I, p. 94. Dominique Grima continua k Pamiers roeuvre de Jacques Fournier
(n. 24, note 1). Mais il y mit moins de zele. On ne peut signaler qu*un seul acte
de foi celebre dans cette villc durant son cpiscopat (du 17 au 22 janvierl329,
n. st.) ct dans lequel vingt-cinq heretiques seulement furent condamnes, tandis
que cinquante penitents juges par Jacques Fournier beneficinient de diverses
rcinises de peincs. Doat, t. x-\vii, fol. 140-156. Cet acte de foi avait ete precede
d'une consultation inquisitoriale (13-14 janvier) dans laquelle on avaitdiscute
le cas de dix-huit prevenus. Douais, La formule Communicato, p. 41-45. Le
24 octobre 1331, Jean XXII demanda a Dominique Grima de lui adresser un
rapport sur les travaux de Tlnquisition dans son diocese depuis les debuts de
8on episcopat (n. 116). Ce rapport trahissant evidemment la negligence du
prelat a accomplir les devoirs de sa chargc, Ic pape le lui reprocha en des termes
peu flatteurs, le 6 octobrc 1332, et Tengagea a remplir scrupuleusement ses
obligations (n. 124). Vidal, Le tribunal d' Inquiaition de Pamiers, p. 81-83.
Avignon, 14 uovembre 1328.
IrUroit, et exit., t. c, fol. 34; GbWer, Die Einnahmen,etc.,^. 344.
« Dic xnii inensis novembris[1328]frater Henricus de Samayo
(sic) inquisilor heretice pravitatis Carcassonensis, assignavit Ca-
mere per manus fratris Johannis Taurini, domini pape penitentiarii
peccuniam per ipsum receptam a quadam persona quam non
nominavit ex commutatione voti emissi de visitando limina S.
Jacobi, videlicet xxx flor. auri. »
— 83 —
Le pape dedare que la jurldiction de Vinquisiteur de Toulouse
doit s'etendre sur la ville de Bordeaux el ses alentours, sans preju-
dice pour Vaction des juges ordinaires ou delegues. — Avignon,
22 fevrier 1329.
neg. Val., t. cxv, fol. 133, n. 599
136 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
Petro Bruni ^, de ordine predicalorum, inquisitori heretice
pravitatis in partibus Tholosanis auctoritate apostolica deputato.
— Dudum tibi de cuius circumspectione plenam in Domino fidu-
ciam gerimus inquisitionis heretice pravitatis officium in Tholo-
sanis et aliis partibus in quibus illud tui predeccssores in eodem
officio consueverunt hactenus gerere per nostras certi tenoris
litteras commisimus exercendum. Sane quia nunc per aliquos
dicitur in dubium revocari an iidem predecessores in civitate
Burdegalen. et circumvicinis partibus soliti fuerint et tibi per
consequens dictum ibidem competat officium exercere, nos qui
negotium fidei ubique sublatis impedimentis quibuslibet cupimus
prosperari, volentes periculis que circa dictum negotium ex dubiis
huiusmodi possent contingere salubriter obviari, te posse in eis-
dem civitate ac partibus officium exercere predictum tenore
presentium declaramus. Per hoc tamen intentionis nostre nequa-
quam extitit nec existit alicui alii cui forsan iure ordinario vel
ex delegatione Sedis apostolice contra hereticos aut credentes,
fautores vel receptatores illorum in eisdem civitate ac partibus
ius procedendi competeret quin ipse una tecum vel per se uti
iure suo valeat iuxta sanctiones derogare. — Datum Avinioni
VIII kalendas marcii, anno tertiodecimo.
1. Voir n. 59, note 1.
— 84 —
Le pape mande d Vinquisiteur de Carcassonne, Henri de Chamay ^,
d' entreprendre le proces de Barthelemy Brugere ^, frere mineur,
La supplique de Vinquisiteur contient le detail des charges qui
pesent sur ce religieux. II a, dans ses paroles, manifeste des doutes
sur la legitimite de Jean XXIL Deux dominicains le denoncent
d Vinquisiteur qui procede d une enquete et conclut d sa culpahilite
entiere. Un conflit s^elei>e entre les inquisiteurs et les superieurs de
Barthelemy au sujet de la punition du coupable. V inquisiteur le
cite en vain d plusieurs reprises ; Vinculpe refuse de comparaitre
et le gardien des franciscains de Carcassonne de le lii^rer. On recourt
d la force et on Varrete. V inquisiteur Vinterroge et lui arrache des
JEAN XXII 137
a^^eux (Tou il resulte qu^il partage quelques-unes des idees des fra-
ticelles. Henri de Chamay recourt au pape pour savoir quelle con-
duite il doit tenir d Vendroit du coupable et de ses superieurs qui
ont, il est wrai, fait leur soumission {25 fevrier 1329). — Le pape
approuve la conduite de Vinquisiteur ct lui ordonne de proceder.
— Avignon, 5 avril 1329.
Reg. Val., t. cxv, fol. 147 yo, n. 706; Eubel, BulL, n. 785
(m ext.).
Henrico de Chamayo, ordinis fratrum predicatorum, inquisi-
tori heretice pravitatis in partibus Carcassone auctoritate apo-
stolica deputato, — Nuper tuaslitteras... — Datum nonis aprilis,
anno tertiodecimo.
1, llonri (le (^hamay succeda, dans la charge d^inquisiteur dc Carcassonnc
a Jean Duprat, promu k rev^chc d*fivreux, Ic 11 avril 1328. II cUiit cntre cn
fonctions lorsque, le 24 novembre 1328, Pierre Hrun rendit la sentence de Bar-
thelemy Adalbert, notaire de rinquisition. Douais, Docum., p. lxxxvii. II de-
ploya contre Theresie une grande i.ctivite. Voir dans Douais, op. cit., p. cxi-cxii,
cxxiv, cxxv^ cxxvii-cxxviii, la mention dts principaux actes de la procedurc
auxquels il presida en compagnie des cveques dioccsains ou de leurs commis-
saires. Cf. Mahul, Cartul., t. v, p. 684-689; Hisl. de Languedoc, i. ix, p. 399-401 ;
Lca, Hist. de Vlnquisilion, t. ii, p. 14^6. Mgr Douais a publie [La formule Com-
municato, p. 37-62) le texte de cinq consultations provoqu^es par lui, en 1328
et 1329, a Narbonne, Pamiers, Beziers et Carcassonne. Ses actcs remplissent
les tomes xxvii et xxviii de la coUection Doat.
Le 25 fevrierl329, il adressa au pape la supplique touchai\t rafTaire de Barthe-
lemy Brugere. ( Voir la note suivante.) A sa requcte, le roi Philippe VI de Valois
conflrma, en novembre de cette m6me annee, plusieurs privileges coneedes par
les rois de France a Plnquisition, en particulier le statut Cupientes de saint
Louis : 1° Les maisons d'her^tiques devront 5tre detruites ; 2° Les fils et petits-
iils d'h^retiques scront exclus des charges publiques ; 3*^ Les prisons de Tln-
quisition seront, en temps opportun, reparees aux frais du roi et de ccux qui be-
neficient des confiscations; 4° Tous, nobles, ofiiciers, sergents d'armes,-fonction-
naires civils, seconderont rinquisition dans la capture, la garde et rexecution
des coupables, des qu'ils seront requis pour cela; 5° Le roi n'empechera pas lc
libre exercice du tribunal, Ordonnances des rois de France, t. ii, p. 40 sq. ; Paul
Fredericq, Corpus docunient. Inquisit. her. pra^». Neerlandiae, t. ii, p. 90-92,
n. 56. L'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye eut pour complement la lettro
de 1334, adrcssee aux senechaux de Nimes, de Toulouse et de Carcassonne
pour leur recommander de respecter les privileges du tribunal. Hist. de Langue-
doc, t. x, Preuves, col. 37-38. Le 28 octobre 1329, Henri de Chamay et Raymond
Pelat, son lieutcnant a Montpcllier, se virent rappeler par le pape a Tobserva-
tion du decret Mullorum touchant l'action commune de 1'eveque et de Tinqui-
138 BULLAIRE DE L*1NQU1S1T10N FRANgAISE
siteur dans cctte ville (n. 87-88). Six mois apres (27 avril 1330), afin d'eviter
les complications et les retards causes par le recours a Teveque de Maguelonne,
rinquisiteur et son commissaire furent autorises a passer outre (n. 98). Le 6 fe-
vrier 1330, Jean XXII felicita Henri de Chamay de Tarrestation de deux here-
tiques italiens et Tengagea a commencer leurs proces sans retard (n. 90). Henri
fut implique, cette meme annee et les suivantes (1330-1335), dans raffaire des
procedures intentees a des defunts (n. 106, note 3, et 140). Nous savons, par une
bulle de Benoit XII (n. 166), qu'il fit ou continua le proces de Guillaume
Fenasse d'Albi. L'affaire fut portee devant le pape Jean XXII, puis devant
Benoit XII. Le fils du defunt finit par obtenir qu'elle fut confiee a un juge moins
partial (n. 166). Uno lettre d'Aymon de Caumont, successeur d'Henri de Cha-
may, nous fournit la date d'une sentence prononcee, par les inquisiteurs de
Toulouse et de Carcassonne, contre rheretique Raymond Sicred, de Cavanac
au diocese de Carcassonne : c'e8t le 27 septembre 1332. Douais, La procedure
inqiiisitoriale, p. 39. Henri de Chamay cessa ses fonctions d'inquisiteur, a la
fin de rannee 1336. Aymon de Caumont fut nomme a sa place, le 20 janvier
1337 (n. 162).
2. . Barthelemy Brugere fut denonce, en fcvrier 1329, par deux freres precheurs
pour avoir tenu des propos suspects a Albi, le jour de la fete de saint Antoine
(13 fevrier, fete de la translation des reliques). Parvenu, disaient-ils, a cet endroil
du canon de la messe ou il est prescrit de prononcer le nom du pape regnant,
il avait hesite, ce jour-la, entre Jean XXII et Tantipape Nicolas V. On rappro-
chait ce fait d'autres paroles qui lui avaient echappe et ron doutait fort de
sa fidelite au pape legltime. L'inquisiteur convoque d'urgence une assemblee
de juristes pour savoir s'il y a lieu d'engager un proces. Tous sont d'avis que le
cas (^st grave. Un notaire est expedie, porteur d'un mandat d'amener. Barthe-
lemy et le gardien du couvent d'Albi le suivent volontiers vers Carcassonnc.
Arrives pres de la ville, le notaire et le gardien font prier Tinquisiteur de per-
mettre aux deux religieux de prendre logement dans le couvent dcs freres mineurs.
Henri de Chamay condcscend, propter ordinis reverentiam. Les deux freres
pretent serment de se presenter devant le juge, dans la soiree ou le lendemain
matin. Mais, apres le diner, le custode, le gardien et le lecteur du couvent vont
prier rinquisiteur de s'en remettre a eux pour la punition de leur frere. Henri de
Chamay ne peut abdiquer ses droits; mais il assure les religieux que rhonneur
de leur ordre sera sauf. On convient que le coupable sera livre des le lendemain
matin : or, a rheure dite, nul ne se presente. Deux commissaires et un notaire
vont alors sommer les freres mineurs de tenir leurs engagements. Le custode
replique qu'il n'en a pris aucun. Une citation en bonne forme est redigee, et
comme Barthelemy refuse toujours de se rendre, il est declare contumax, sauf
ses explications. A la priere d'Henri de Chamay, rofficial de Carcassonne s'en-
tremet pour venir a bout de cette obstination. II echoue. Un conseil inquisitorial
rcuni d'urgence decide alors que, Tevasion du coupable etant a craindre, il y a
lieu de proceder a son arrestation de force et sans tarder. Un notaire et six per-
sonnes du « conseil secret » se presentent donc a la porte du couvent des fran-
ciscains et font une derniere sommation. Le custode et le gardien se declarent
exempts. Ordre leur est intime d'exhiber leur privilege. Nouveau refus. Enfin
sur la menace de rintervention de la force publique, les superieurs livrent le
coupable. Un interrogatoire sommaire auquel il le soumet suffit a Tinquisiteur
JEAN XXII 139
poiir se convaincre de la vcritc des denonciations. II obtient en outre de precieuses
revclations sur les sentiments de rancune et de haine voues a Jean XXII par
certains freres mineurs d'AIbi, qui ne pardonnent pas au pape d'avoir condamne
les fraticelles et Michel de Cesine. Barthelcmy se repent de ses fautes et abjure;
le gardien et le custode font amende honorable.
Le pape approuva fort la conduite d'Henri de Chamay et Tengagea a faire
au moine rebelle un proces en regle. L'enqudte etait terminee a la fin du mois
d'aout 1329. Le 9 septembre suivant, le cas de Barthelemy Brugere fut soumis
a Texamen de vingtdeux conseillers assemblcs, a Carcassonne, in aula domus
I nquisitionis.
IIs se prononcerent tous pour remprisonnement et la plupart d'entre eux
furent d'avis que cette sentence devait ^tre lue en « sermon public » et que,
par egard pour le pape, contre raulorite duquel Barthelemy avait dogmatise,
celui-ci devrait retracter ses erreurs en presence de la foule. Douais. La formule
Communicato, p. 61. J'ignore si leprononcedu jugement eut la publicilc reclamee
par ces jurisconsultes. Toujours est-il que Barthel''my fut condamne a la prison
(n. 145) et que le gen^ral de Tordre, Gerard Othon, le chassa de la famille fran-
ciscainc. Le froc religieux porte par Barthclomy dcvant faire retour a ses freres,
Jean XXII ordonna, le 16 decembre 1330, que restitution en fut faite au pro-
cureur de Tordre ou au gardien de Carcassonne (n. 102). Le coupable accomplit
sa penitence avec un grand esprit de componction, si bien qu'il m6rita bientdt
d'^tre mis en liberte. Ce fut toutefois k la condition de continuer dans le monde
Texpiation de ses fautes en rccitant des psaumes et en accomplissant des jetines.
Dcs qu'il aurait rccouvrc Tusage de gon sacerdoce, il devrait, en outre, celebrer,
Irois ans durant et chaque semainc, deux messes aux intentions du pape, Tune
du Saint-Esprit, Tautre do la sainte Vierge. II supplia bientdt Benoit XII de le
reintcgrer dans Texercice de ses ordres. Le pape le soumit a une probation de
deux annces, mais ordonna au general des frdres mincurs de le readmettre, on
attendant, au nombre de ses eufants (11 avril 1335; n. 145).
- 85 —
Jean XXII ordonne au chantre de Paris de faire rechercher el'
arreter le jrere mineur Geraud Rostang, de Genes, fauteur de Michel
de Cesene, dont il a favorise la fuite. — Avignon, 13 juillet 1329.
Reg. Val., t. cxv, fol. 151 v», n. 732.
Gcraldo do Capmnlo \ cantori ecclesie Parisien. — Cum clausc
littere venerabili fratri nostro . . * episcopo Parisien. et dilectis filiis
universitati magistrorum et scolarium studii Parisien. directe
ianuis Parisicn. aflixc ecclesie hiis diebus, quas sic clausas nobis
140 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
dicti episcopus et Universitas una cum suis aliis clausis similiter
litteris transmiserunt,. essent cuiusdam fratris minoris fatui sequa-
cis et fautoris illius prophani Michaelis de Cesena, heretici et scis-
matici, qui se facit Geraldum Rostagni de Janua ^ nominari,
quique dicto Michaeli in fuga quam fecit deloco curie nostre affuit
consiliis et auxiliis, ut ipse in eisdem litteris attestatur, volumus
et tue discretioni mandamus quatinus an dictus Geraldus sit
in partibus Francie investigare solerter et fideliter et ut
capiatur si reperiri valeat operosum adhibere studium non
postponas, nobis quicquid inde repereris et egeris rescripturus.
— Datum ut sup^a [Avinioni, iii idus iulii, anno terciodecimo] ^.
1. Gerard de Campinulo (ou Capinulo, ou Campomuli), docteur es lois, archi-
diacre de Sarlat, vicaire general d'Avignon^ le 5 juillet 1318(Goulon, Lettres...
de Jean XXII, n. 644, 645) ; chanoine et chantre de Paris, le 11 mars 1326, cha-
noine de Gahors en 1322. 11 est charge par le pape, en fevrier 1329, de se saisir
de rheretique Cecco d'Ascoli [Reg. Vat., t. cxv, n. 700, 702), et, en mai, de
publier, a Paris, les sentences prononcees contre Jean de Jandun, Marsile de
Padoue, Louis de Baviere et Pierre de Corbiere. Reg. VaL, t. cxv, n. 744. Le
13 juillet, Gerard regoit le present mandat du pape. Le 11 decembre, Jean XXII
lui envoie son propre memoire sur lcs erreurs de Michel de Cesene, en le char-
geant de le communiquer a reveque et a rUniversite. Reg. Vat., l. cxv, n. 1621.
Voir une autre lettre adressee au meme personnage, n. 101. Denifle, Charlul.,
t. II, p. 298, note 1, 320, 332.
2. Hugues Michel de Besangon; voir n. 92, note 1.
3. Cf. Raynaldi, ad ann. 1329, n. xxji.
4. Le meme jour, Jean XXII ecrit sur le meme sujet a Hugues Michel de
Besanfon (n. 92, note 1), eveque de Paris, et a rUniversite. Reg. Vat., t. cxv,
n. 731; Denifle, Chart., t. ii, n. 895.
— 86 —
Le pape donne ordre au cardinal-e^eqiie de Sahine de declarer le
dominicain Guillaume Peyre, de Carcassonne, apte d exercer le
minislere sacre et d participer aux chapitres de son ordre, nonohstant
la sentence qui a frappe recemment la memoire de son pere, decede
depuis quarante ans. 11 devra toutefois etre exclu de la charge de
prieur, — Avignon, 31 juillct 1329.
Reg. A^en., t. xxxiii, fol. 522, n. 2438.
JEAN XXll 141
Venerabili fratri Guillermo *, episcopo Sabinen., salutem.
— Significavit nobis dilectus filius Guillermus Petri, ordinis pre-
dicatorum, Carcassonen. diocesis, quod patersuus, quisicut asserit
fere sunt quadraginta anni elapsi de hac luce migravit, per inqui-
sitores heretice pravitatis in illis partibus auctoritate apostolica
deputatos fuit, non est diu, de heresi condempnatus; quaredictus
Guillermus Petri nobis humiliter supplicavit ut cum ipso pro-
pterea a beneficiiset ofliciis publicis sic exclusus ^ providere sibi
super premissis statui suo de benignitate Sedis apostolice misericor-
diter dignaremur. Nos itaque... fraternitati tue... dispensandi cum
dicto Guillermo auctoritate nostra quod ofHcium predicationis
exercere ac confessiones audire licite sicut et ceteri fratres eius-
dem ordinis, necnon et habere in tractatibus et electionibus vocem
in capitulo ac etiam officia dicti ordinis citra prioratum conven-
tualem duntaxat obtinere valeat, si ei alias huiusmodi officia
legitime committantur... plenam et liberam si hocexpedire videris
concedimus auctoritate presentium facultatem. — Datum Avi-
nLoni, ii kalendas augusti, anno terciodecimo.
1. Guillaume-Pierre Goudin; voir n. 72, note 1.
2. Voir, sur cette exclusion, la bulle 68, note 2, et Introduction, p. lxvii.
— 87-88 —
Le pape ordonne d Henri de Chamay^ inquisiteur de Carcassonne^
el d Raymond Pelat^ son commissaire d Montpellier, de nintenter
aucun proces d'heresie dans ceite ville sans en referer d Ve^^eque de
Maguelonne ou d son vicaire, — Avignon, 28 octobre 1329.
Reg. Vat., t. cxv, fol. 315 y°, n. 1612, 1613.
Henrico de Chamaio *, ordinis fralrum prcdicatorum, inquisi-
tori heretice pravitatis in partibus Carcassonen. auctoritate apo-
slolica deputato. — Ex causis rationabilibus que ad hoc nos indu-
cunt volumus tueque discretioni mandamus quatinus inquisitionis
tibi commissum officium, cum ipsum in villa Montispessulani,
Magalonen. diocesis, te contigerit per te vel alium exercere, vene-
rabilem fratrem nostrum ^.. episcopum Magalonen. loci ordinarium
l''»^ BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANgAlSE
vel eius vicarium in hiis habeas evocare ^. — Datum ut supra
[Avinioni, v kalendas novembris, anno quartodecimo].
Raymundo Pelati *, ordinis fratrum predicatorum. — In Inqui-
sitionis negotio per dilectum filium Henricum de Chamayo, inqui-
sitorem heretice pravitatis in partibus Carcassonen. auctoritate
apostolica deputatum nuper tibi commisso in villa Montispessulani,
Magalonen. diocesis, exercendo, volumus tibique mandamus ex
causa quatinus ven. fratrem nostrum episcopum Magalonen.
loci ordinarium vel eius vicarium habeas et debeas evocare, nec
in eodem negotio prefato ordinario vel eius vicario non vocatis
quovismodo procedas si tamen ipsi vel eorum aliquis in hiis vo-
luerint interesse. — Datum ut supra.
4
1. Henri de Chamay; voir n. 84, note 1.
2. Jean de Vissec, prevot, puis eveque de Maguelonne (14 mars 1328); mort
le 28 aout 1334. Gall. christ., t. vi, col. 781-782, 827; Eubel, Hier., t. i, p. 334.
3. A cause des complications presentees par le recours a reveque de Mague-
lonne, Jean XXII permit peu apres (27 avril 1330) a rinquisiteur de s'en passer
(n. 98); mais Clement VII, a la priere des habitants de Montpellier, exigea de
nouveau la presence de Teveque (n. 311).
4. Raymond Pelat, dont nous apprenons ici qu'il faisait roffice de lieutenanl
de l'inquisiteur de Carcassonne dans la ville de Montpellier, participa a Tassem-
blee consultative chargee, le 4 juin 1329, d'examiner les fautes du franciscainl
Pierre Julien. II fut d'avis que ce religieux, bien que relaps, ne devait etre con-j
damne qu'a la prison perpetuelle. Doat, t. xxvii, fol. 163-170; Douais, La for'
mule Communicaio, etc, p. 51, 54. De concert avec Menet de Robecourt, comji
missaire de rinquisition (n. 28, note 2), il fit saisir dans son lit le pretre Pierrel
de Tournemire, accuse d'avoir embrasse dans son jeune age la secte des beguins,]
et le fit conduire demi-mort a Carcassonne, oii il expira (n. 189).
— 89-
Le pape ordonne d Ves>eque cV Amiens et d Vinquisiteur de Francel
d'intenter un proces d^heresie au clerc Frangois de Todi, inculpe\
d'ai>oir preche no?nbre d'erreurs contre Vunite de V ^glise, la resur-)
rection de la chair et le sacrement de Veucharistie. — Avignonj
9 janvier 1330.
JEAN XXI! 143
Reg. Val., t. cxv, fol. 304 v*», n. 1544; L. Fumi, Eretici e rihelli
neW Umhria, etc, dans Bollettino deUa regia depulazione di storia
palria per VVmhria, an. v, p. 39 [in ext.).
Episcopo Ambianen. * el.. ^ inquisitori heretice pravitatis in
regno Francie auctoritale apostolicadeputato. — Pridem ad au-
dientiam nostri apostolatus pervenit quod Franciscus de Tuderto,
clericus, ad partes regni Francie, ubi inter cetera regna mundi
clarere religio christiana noscitur, dudum se conferens, ibidem
nonnuUos errores et hereses pcssimos presertim contra illos arti-
culos in symbolo apostolorum contentos videlicet : Unam sanctam
Ecclesiam catholicam ; et Carnis resurrectionem, necnon et contra
venerandum et vivificum sacramentum altaris in locis diversis
et pluribus nonnuUis personis presentibus predicare ac dogma-
tizare in divine maiestatis contumeliam et ofTensam ac fidei et
(idclium opprobrium et iacturam non sine magna temeritate
presumpsit. Cum autem idem Franciscus propter hoc et alia
nephanda per ipsum adversus fidem orthodoxam commissa vestris
dctinealur carceribus mancipatus, nos volentes super hiis iustitiam
exhiberi, discretioni vestre per apostolica scripta mandamus quati-
nus tu, fraterepiscope, apostolica auctoritate, et tu, fili inquisitor,
ex officio Inquisitionis tibi eadem auctoritate commisso, super
predictis et ea quomodolibet tangentibus ac aliis erroribus et
heresibus quibus eundem Franciscum irretitum fore reperitis (sic)
vel respersum, summarie, simpliciter et de plano, ac sine strepitu ot
figura iudicii iuxta xantiones {sic) canonicas et privilegia ofiicio
supradicto concessa tam cuni ipso quam contra ipsum veritatem
viis et modis quibus expedire videritis inquirentes, exequi quod
iustitia in hac parte dictaverit studeatis, nobis quicquid super
predictis feceritis fideliter rescripturi. — Datum v idus ianuarii,
anno quartodecimo.
1. Jean de Cherchemont, dvdque de Troyes, le 26 avril 1324; transfer^ k
Amiens, le 18 fevrier 1326; mourut le 26 janvier 1373. Gall. christ., t. xii, col.
510-511; t. X, col. 1192-1193; Eubel, Hier., t. i, p. 84, 521.
2. Aubcrt de ChSIons deploya une certaine activite contre Th^resie durant
les annecs 1330, 1331 et 1331. Outre le procds de Fran^ois de Todi (n. 94-95),
il participa aux poursuites intentees par Teveque de Paris et son officialite,
contre le fraticelle allemand Conrad (n. 92 et note, 100-101, 104-105) et le clerc
Guerin dc THay, accuse de sorcellerie et de magie (n. 146). Celles qu'ils enlre-
prirent tous deux, je ne sais pour quel motif, contre maitres Anselme de G6nes,
chirurgien dc Paris, et Reginald de Cravan, clerc du diocese d'Auxerre, ne sont
point k leur honneur (n. 109-111). Partant d'uae fausse accusation d'h^r^8ie et de
144 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
sorcellerie, ils jeterent ces deux personnages en prison. leur intenterent un pro-
cesinjuste et^ apres avoir reQu de ces malheureux le serment qu'ils ne revele-
raient a personne les procedes dont ils avaient ete victimes, et surtout qu'ils
n'appelleraient pas de leur sentence, ils les condamnerent au bannissement, a
des pelerinages, a des jeunes et a une amende de 100 livres parisis. Le pape, a
qui les deux victimes avaient recours, exigea des deux juges la remise des actes
de la procedure.
— 90 —
Le pape loue Henri de Chamay, inquisiteur de Carcassonne, de
V arrestation de deux heretiques italiens ; il Vengage d leur faire
justice. — Avignon, 6 fevrier 1330.
Reg. Val., t. cxv, fol. 318 v", n. 1634.
Henrico de Chamayo ^, ordinis fratrum predicatorum, inqui-
sitori heretice pravitatis in partibus Carcassonen. auctoritate apo-
stolica deputato. — Si diligenter intelleximus que super captione
illorum duorum Italicorum ac confessione et incarceratione ipso-
rum misse nobis tue littere continebant, inde tuam circumspe-
ctam diligentiam multipliciter in Domino commendantes; et quia
de hiis super quibus apud te delati sunt novisse te plenius credi-
mus veritatem, volumus et placet nobis quod habens pre oculis
solum Deum ordinare iusticia exigente quod expedire in hac parte
cognoveris non postponas. — Datum Avinioni, viii idus februa-
rii, anno quartodecimo.
1. Voir n. 84, note 1.
— 91 —
Le pape ordonne d Jean de Badas, inquisiteur de Marseille, de
s^informer si Vattentat commis par un notaire du diocese d^Arles
et sa femme contre la personne de Guillaume des Baux, seigneur de
Berre, est de sa competence. Si oui, il devra leur intenter un proces
d' I nquisition. — Avignon, 19 fevrier 1330.
Reg. Vat., t. cxv, fol. 410 v», n. 2091; Eubel, n. 839 (anal.).
JEAN XXII 145
Johanni de Badas ^, ordinis fratrum minorum, inquisitori here-
tice pravitatis in partibus Massilien. auctoritate apostolica depu-
talo. — Fidedigna relatione percepimusquodGantalinusGantalini,
notarius, et Berengaria, eius uxor, Arelaten. diocesis, instigatione
diabolica circumventi tanquam proprie salutis immemores contra
dilectum filium nobilem virum Guillelmum de Baucio ^, dominum
de Berra ', prefate diocesis, quoddam nefandumfacinoris crimen
committere presumpserunt in atrocem Creatoris nostri ofTen-
sam et scandalum plurimorum. Nos igitur cupientes quod delin-
quentium sic puniatur temeritas quod nec pena desit eisdem
et ipsius metu a committendo similia alii arceantur, diseretioni
tue... mandamus quatinus super crimine huiusmodi, an videlicet
eius punitio et correctio ad te, ratione tui officii, pertinere noscatur
cum peritis te studeas quantocius informare, et, si ita esse com-
pereris, contra eosdem Gantalinum et Berengariam ad inquisi-
tionem, punitionem et correctionem super crimine prefato pro-
cedas iuxta canonicas sanctiones et privilegia eidem officio ab
apostolica Sede concessa, quominus de ipsis per dictum nobiiem,
si alias ad eum pertineat, possit iustitia fieri ipsum non impedias
quomodolibet nec molestes. — Datum xi kalendas martii, anno
quartodecimo.
1. A celte date, la charge d^inquisiteur de Provence etait excerc^e par Guil-
laume Astre (n. 49, note 3), et peut-Stre aussi par Michel Lemoine (n. 15, note 2).
Jean de Badas ^tait exclusivement delegue pour le diocdse de Marseille. Le
8 juillet 1332, le pape lui ordonna de remettre aux mains de Tinquisiteur de
Piemont un vaudois fugitif, nomme Martin Pastre (n. 120). PIus tard Badas
parait dans les documents avec le titre d'inquisiteur de Provence. Ainsi, dans
la lettre de recommandation que Benoit XII conc^da, en 1338, k deux ^mis-
saires de Tlnquisition charges de rechercher un juif rejudaisant (n. 171 bis).
2. Guillaume II des Baux, fils de Bertrand II, seigneur de Berre, en 1309,
mort sans posterit^ en 1344. Son frdre Bertrand III, duc d'Andria, lui succ^da.
De Mas-Latrie, col. 1560.
3. Berre (Bouches-du-Rhdne), chef-lieu de cant., arrond. d'Aix.
— 92 —
Le pape felicite Vei>eque ^ et Vofficial de Paris du zele dont ils jont
preuve d Voccasion du proces de Vheretique Conrad ^. II a regu la
cedule de defense de ce malheureux, jointe aux lettres qu^eux-memes
BULLAIRE^ 10
146 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANCAISE
lui ont ecrites. II leur ordonne de conduire cette affaire d bon termCy
non sans s^assurer du concours de Vinquisiteur, si celui-ci <^>eut le
leur preter, — Avignon, 28 fevrier 1330.
Reg, Vat., t. cxv, fol. 319, n. 1638; Eubel, Bullar., n. 842 [in ext.),
Episcopo et.. ofTiciali Parisien. — Litteras vestras novissime
recepimus cedulam illius Conradi presumptuosi heretici conti-
nentem, ex quarum serie zelum intensum quem ad exaltationem
fidei Ecclesieque sancte Dei ac nostrum honorem geritis perce-
pimus evidenter; super quo vestram diligentiam plurimum in Do-
mino commendantes, ut ubi deliquit sic publice puniri debeat
expedientius extimantes, ut super propositis per eum et ahis,
si qua proposuerit, si in ipsis persistat pertinaciter, cum sint do-
ctrine evangelice ac apostolice et sancte romane Ecclesie eviden-
ter obvia, faciatis vos vel alter vestrum cum inquisitore seu eius
locumtenente, si adesse voluerit, taliter iusticie, complementum
quod cedat ceteris in exemplum. Super premissis nil scribimus
aliud, scientes vestram doctam scientiam et approbatam expc-
rientiam ad hec sufficere et maiora; scimus etiam quod ad omnia
et singula per ipsum proposita in libello quem nuper vobis mi-
simus est sufficienter ac evidenter responsum. — Datum Avi-
nioni, ii kalendas marcii, anno quartodecimo.
1. Hugues Michel de Besangon, elu le 14 janvier 1326; mort le 29 juillet 1332.
Gall chrisU, t. vii, col. 127-129; Gams, op. cit., p. 596; Eubel, Hier., p. 410.
2. Conrad etait un fraticelle allemand oppose a Jean XXII, contre lequtl il
repandait toutes sortes de calomnies melees a des erreurs dogmatiques (n. 105).
L^ofTicialite de Paris le jeta en prison et commen^a a instruire son proces, qui
se poursuivit avec le concours de Tinquisiteur Aubert de Chalons (n. 89, note 2).
L'afcuse presenta une defense ecrite qui fut communiquee au pape avec les
autres actes du proces. Les cardinaux Jacques Fournier et Pierre de Mortemart
examinerent ce dossier et formulerent leur opinion. Le 30 juin 1330, en retour-
nant a reveque et a rinquisiteur les documents annotes par les deux cardinaux,
le pape leur ordonnait de continuer le proces (n. 100). Geraud de Capmul, chantre
de Paris, devait stimuler leur zele (n. 101). Mais le fraticelle allemand avait
reussi a capter les bonnes graces de la reine Jeanne. II eut merite la prison per
petuelle; par egard pour la reine, le pape consentit, le 23 novembre, a sa raise
en liberte a condition qu'il donnat des signes suffisants de repentir (n. 104-105).
Jean XXII 147
— 93 —
Pierre d' Aragon, pere d' Isarn d^Aragon, chanoine de Carcassonne,
denonce de son ^>ivant comme heretiqiie, mais reconnu innocent, et
mort ^ingt ans apres dans la pleine orthodoxie, a ete recemment
condamne par sentence de Vinquisiteur de Carcassonne. Isarn, son
heritier, est declare apte d posseder tous benefices ecclesiastiques
(dignites et personnats non exclus) en dehors cependant de la charge
episcopale. — Avignon, 19 mars 1330.
Reg. Aven.f t. xxxv, fol. 352.
Dilecto filio Isarno de Aragone ^, canonico ecclesie Carcassonen.
ordinis sancti Augustini, salutem. — Meritis tue probitatis... Sane
j)etitio tua nobis exhibita continebat quod quondam Petrus de
Aragone, pater tuus, dum viveret super crimine heresis delatus
fuit ^ coram inquisitore pravitatis heretice auctoritate apostolica
in illis partibus deputato et per eundem inquisitorem etiam arre-
status et nunquam illud confessus, ac demum fuit per inquisitorem
eundem abarresto huiusmodirelaxatuset dimissus in pace. Post-
(|ue idem Petrus per viginti annos vel circa bene et laudabiliter
vixit et in lecto sue ultime egritudinis constitutus receptis per eu m
occlesiasticis sacramentis, dixit in fine suo in presentia multo-
rum religiosorum et aliorum bonorum virorum ibidem astantium
se mori in vera catholica fide quam tenebant romanus pontifex
ct sancte romane Ecclesie cardinales, eamque se tenere et in ea-
deni velle mori fuit professus, et sic diem clausit extremum, et
ut fidelis fuit traditus ecclesiastice sepulture; quodque quidam
alius inquisitor^ pravitatis eiusdem auctoritate predicta in eisdem
partibus deputatus noviter inquisivit super dicto crimine contra
prefatum defunctum, citatis super hiis dicto Isarno et aliis filiis
dicti defuncti et ceteris possessoribus hereditatis ipsius, ac
demum dictum defunctum dicto crimine fuisse respersum senten-
tialiter declaravit. Quare nobis humiliter supplicasti, ut ne propter
hoc tu a beneficiis ecclesiasticis repellaris *, providere tibi... digna-
remur Nos ilaquc... te... ad quecumque beneficia ecclesiastica re-
gularia obtinenda, etiam si dignilales seu personatus existant, citra
tamenepiscopales dignitates... habilitamus et habilem reddimus ^..
Nulli ergo, etc. — Datum Avinioni, xiiii kalendas aprilis, anno
quartodecimo.
148 BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANC-AISE
1. Aragon (Aude), cant. d'AIzonne^ arrond. de Carcassonne.
2. On trouve dans Doat, t. xxvi, fol. 148-151 v^ (cf. Mahul, Carlul, t. v,
p. 649) Tacte de presentation d'une lettre de rinquisiteur de la province romaine
Adam de C6me_, a Tinquisiteur de Careassonne, Bertrand de Clermont. Cette
lettre est du 18 mai 1293 et elle est remise a son destinataire, le 19 juin suivant.
Elle donne a Pierre d'Aragon, damoiseau de Carcassonne, la permission de se
presenter dans les trois mois a Tinquisiteur Bertrand; pour etre examine par
lui. S'il ne peut s'accorder avec ce juge, Taccuse devra, dans les trois mois qui
suivront, se representer devant rinquisiteur italien. Pierre d'Aragon fut inter-
roge par Bertrand de Clermont et son collegue, Tinquisiteur de loulouse; mais
il nia toute participation a rheresie. Finalement il fut reconnu innocent et il
mourut vingt ans apres, dans la pleine orthodoxie. Ce fut Henri de Chamay qui
reprit le proces dont rissue fut une condamnation. Les enfants du mort etaient
frustres de leur heritage et rendus inaptes a exercer aucune charge ecclesiastique
ou civile et k obtenir un benefice. Une maison provenant de cette confiscation
tut donnee, en mars 1330, par le roi Philippe VI, a Jacques de Boulay, son
notaire. Elle se nommait la Bastide et etait sise a une lieue de Carcassonne,
entre les villages de Casilhac et de Cavanac. Hist. de Languedoc, t. x, Preuves,
col-. 705-706.
3. Ilenri de Chamay (n. 84, note 1), d'apres une supplique presentee par le
meme Isarn d'Aragon, a Clement VI, en 1343 (n. 191).
4. Voir, sur cette exclusion, le n. 68, note 2, et Introduction, p lxvii.
5. Isarn d'Aragon etait prevot de Capendu (Aude), en meme temps que
chanoine de Carcassonne, lorsque fut prononcee la sentence qui frappait la mi-
moire de son pere. Jean XXII nt se borna pas a le rendre apte a conserver ces
benefices et dignites, il lui confera le prieure de Trebes (n. 191), non loin de
Capendu. Mais le prieur de Trebes ayant charge d'ames, Isarn supplia, au bout
de douze annees, le pape Clement VI d'ajouter une clause speciale, dans ce sens,
k la dispense de Jean XXII (n. 191). Isarn d'Aragon etait mort le 10 mai 1345.
Son canonicat de Carcassonne fut confere au Limousin Jean la Baillia. Mahul,
CartuL, t. v, p. 572-573.
~ 94 - 95 —
Le pape ordonne d Ve^eque d^Amiens et d Vinquisiteur de France
de faire conduire sous bonne garde, d Aidgnon, Vheretique Frangois
de Todi. II ecrit au roi de France sur le meme ohjet. — Avignon,
7 avril 1330.
Reg. Vat., t. cxv, fol. 320 v», n. 1655.
Episcopo Ambianen. ^ et dilecto filio.. ^ inquisitori heretic(
pravitatis in partibus regni Francie auctoritate apostolica depu-
JEAN XXII 149
tato. — Scripsisse pridem vobis meminimus ut de Francisco de
Tuderto, qui heresis et scismatis vehementer suspectus criminibus
vestris detinetur carceribus mancipatus exhibere iustitiam solum
Deum pre oculis [habentes] curaretis. Sane quia certis causis emer-
gentibus post modum nobis et quibusdam ex nostris fratribus
videretur expediens quod idem Franciscus ad Sedem apostolicam
mitteretur, volumus quatinus nisi iam ad ferendam sententiam
contra eum processeritis vel existatis in promptu procedendi
ad illjim prefatum Franciscum sub fida tamen custodia una cum
processu et inquisitione contra ipsum habitis nobis transmittere
fideliter studeatis. Et ecce quod nos carissimum in Christo filium
nostrum Philippum, regem Francie illustrem, per nostras litteras
quas vobis mittimus cum presentibus exhortamur ut personas
quas ad adducendum predictum Franciscum ad nostram presen-
tiam deputaveritis de securo conductu faciat provideri, quas
quidem litteras presentari sicut oportunum cognoveritis faciatis.
— Datum Avinioni, vii idus aprilis, anno quartodecimo.
Ibid., n. 1656; L. Fumi, Eretici e ribelli, etc., dans BoUettino
di storia palria per VUmbria, an. v, p. 40 (m ext.).
Eidem regi (Francie). — Cum nos venerabili, (etc. ut prsedictis
personis de securo conductu faciat provideri). — Datum Avinioni,
VII idus aprilis, anno quartodecimo.
1. Jean de Cherchemont : voir n. 89, note 1
2i Aubert de Chaions : voir n. 89, note 2.
— 96-97 —
Lettres dii pnpe d Ve^^eque d' Elne * et d V inquisileur de Majorque *
pour les exhorier d poursuivre de conserve les heretiques du diocese
d'Elne ». — Avignon, 24 avril 1330.
lieg. Vat., t. cxv, fol. 380 v^, 381, n. 1988, 1989; J.-M. Vidal,
Proces d'Jnqiiisition contre Adhemar de Mosset, noble roussillon-
nais inculpe de beguinisme [1332-1334), dans Revue d'histoire de
V/tglise dc France (1910), t. i, p. 567.
150 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
Episcopo Elnen. — Cum nonnulle persone de fide suspecte
catholica dicantur in tuis civitate et diocesi conversari, fratcr-
nitati tue per apostolica scripta mandamus quatinus pastoris
ofTicium exequens diligenter, personas huiusmodi solerter et fide-
liter perquirere, ac contra eos, ne fideles suis erroribus inficere
valeant, sed fides ipsa subductis erroribus huiusmodi pocius
ibidem preclara prefulgeat, exacta diligentia procedere iuxta
statuta carionum, solum Deum habens pre occulis, non postponas.
Contradictores, etc. Non obstantibus quibuscumque privilegiis
[etc.]. Volumus autem quod si te ac dilectum filium.. inquisitorem
heretice pravitatis in terris carissimi in Christo filii nostri Jacobi,
regis Maioricarum * illustris, auctoritate apostolica deputatum,
cui etiam super hiis per alias litteras nostras scribimus, divisim
super premissis contingat procedere, in proferenda sentcntia
vobis invicem teneamini iuxta sanctiones canonicas, ut sine su-
spicione procedat negocium huiusmodi, communicare processus ^.
— Datum VIII kalendas maii, anno quartodecimo.
Eidem inquisitori. — Cum nonnulle persone [etc, comme ci-
dessus, mutatis mutandis, jusqud la fin]. — Datum utsupra.
1. Berenger Batle, voir n. 70, note 1.
2. En 1333, rinquisiteur du royaume de Majorque etait Raymond Dur,
dominicain. Douais, L' Inquisition en Roussillon, dans Annales du Midi, 1892,
p. 537. D'autre part, le proces d'Adhemar de Mosset signalc une enquete faite
apres Tannee 1329 par P. Firmacii, egalement#iualifie d'inquisiteur. II s'agit
ici vraisemblablement de Tun de ces deux personnages.
3. Autres pieces concernant le diocese d'EIne : n. 99, 124 his, 125, 125 his,
127, 127 his, 127 ter, 130 his, 130 ter, 132, 135-136, 139.
4. Jacques II, fils de Fernand, infant de Majorque, ne en 1315, mort en 1349,
avait succede a son oncle Sanche, en 1324. II fut le dernier roi de Majorque.
Cest lui dont le nom revient a chaque instant dans le proces de Teveque d'EIne
contre Mosset, et qui est Taccusateur principal de ce noble. Voir Leeoy de la
Marche, Relations de la France ai>ec le royaume de Majorque, Paris, 1892, t. ii,
p. 4 sq. ; de Mas-Latrie, Tresor de chronologie, col. 1736; U. Chevalier, Repertoire
des sources historiques du moyen dge. Bio-hibliographie, 2° ed., col. 2320.
5. La collaboration de Teveque diocesain et de Tinquisiteur avait ete imposee
par le concile de Vienne, au moins pour Telaboration et Tediction des sentences
les plus graves. Clementin., lib. V, cap. 1.
JEAN XXII 151
— 98 —
Le pape decide quHenri de Chamay ^, inquisiteur de Carcassonnef
pourra exercer seul son office dans la ville de Montpellier, le recours
d Veveque diocesain ^ entrainant des retards et des complications^. —
Avignon, 27 avril 1330.
Doat, t. XXXV, fol. 85; Percin, Monum. com». Tholosani, part. III,
p. 100; Ripoll, op. cit., t. ii, p. 192.
Johannes episcopus servus servorum Dei, dilecto filio fratri
Henrico de Chamayo, inquisitori Carcassonensi, ordinis fratrum
predicatorum, in regno Francie per Sedem apostolicam deputato,
salutem et apostolicam benedictionem. — Cum sicut nuper. —
Datum Avinioni, ii kal. maii, pontificatus nostri anno decimo-
quarto.
1. Voir n. 84, note 1.
2. Jean de Vissec, ev^que de Maguelonne; voir n. 87, note 2.
3. Le 28 octobre precedent, le pape avait, au contraire, exige le concours de
l'ev«que de Magueionne (n. 87-88). C16ment VII l'exigea aussi en 1379 (n. 311).
— 99 —
Le pape engage le roi de Majorque * d seconder de tout son pou-
voir Vaction de Veveque d^Elne et de Vinquisiteur de Majorque contre
les heretiques du diocese d' Elne \ — Avignon, 8 mai 1330.
Reg. Vat., t. cxv, fol. 398, n. 2025; Vidal, Procks ... conlre
Adhemar de Moaset, dans Re^'ue d'hi8t. de V £gl. de France, p. 568.
Regi Maioricarum. — Ad audientiam nostri apostolatus per-
ducto quod in civitate ac diocesi Elnen. nonnulle persone de fide
suspecte catholica conversantur, ven. fratri nostro.. episcopo
Einen. et diiecto filio.. inquisitori heretice pravitatis in eisdem
partibus auctoritate apostolica deputato damus... in mandatis
ut adversus personas huiusmodi, ne fideles partium carumdem
suis erroribus inficere valeant, procedere studeant diligenter.
Quocirca regiam excellentiam attentius deprecamur quatinus
eidem episcopo et inquisilori, ac ipsorum cuilibet, in hac part
152
BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
assistere consiliis, auxiliis et oportunis favoribus pro divina et
apostolice Sedis reverentia zeloque dicte fidei regalis magnifi-
centia non omittat. — Datum Avinioni, viii idus maii, anno
quartodecimo.
1. Jacques II, fils de rinfant Fernand de Majorque, ne en 1315, mort en 1349,
succeda a son oncle Sanche en 1324. Lecoy de la Marche, Relations de la France
avec le royaume de Majorque, t. ii, p. 4 sq. Bibliographie, dans Chevalier, Reper-
toire des sources historiques du moyen dge, Bio-hihliographie, 2^ ed., col. 2320.
2. Voir n. 96-97, 124 his, 125, 125 his, 127, 127 his, 127 ter, 130 his, 130 tcr,
132, 135-136, 139.
— 100 —
Le pape renvoie d Vei^eque de Paris ^ et d Vinquisiteur de France ^
le dossier du franciscain Conrad^, ainsi que les opinions motii^ees]
des cardinaux de Sainte-Prisque ^ et de Saint- Etienne au mont
Celius ^, qui en ont fait Vexamen. Ueveque et Vinquisiteur devront
continuer le proces, — Avignon, 30 juin 1330.
Reg. Vat., t. cxv, fol. 325 v^, n. 1701 ; Eubel, Bull., n. 857 (m exl.),\
Episcopo Parisien. et.. inquisitori heretice pravitatis in parti-
bus Francie auctoritate apostolica deputato. — Processum contra
Conradum... — Datum Avinioni, ii kalendas iulii, anno quarto-
decimo.
1. Hugues de BesanQon, n. 92, note 1.
2. Aubert de Chalons, n. 89, note 2.
3. Voir n. 92, note 2.
4. Jacques Fournier, n. 24, note 1.
5. Pierre de Mortemart, n. 46, note 4.
— 101 —
A Geraud de Capmul, chantre de Paris, sur le menie ohjet. —
Avignon, 30 juin 1330. J
Reg. Vai., t. cxv, fol. 325 vo, n. 1703.
JEAN XXII 153
Geraldo de Capmulo ^ canlori ecclesie Parisien. — Ecce vcne-
rabili fratri nostro .. episcopo Parisien. et dilecto filio .. inquisi-
tori heretice pravitatis in partibus Francie auctoritate aposto-
lica deputato scribimus iuxta formam quam cedula continet pre-
scntibus interclusa, volentes tueque discretioni presentium tenore
mandantes quatinus ut prefati episcopus et inquisitor ea quc
sibi scribimus compleant solicitudinem adhibere studeas opero-
sam; rcscripturus nobis fideliter quicquid agi contigerit in hac
parte. — Datum ut supra. [Avinioni, ii kalendas iulii, anno
quartodecimo.]
1. Voir n. 85, note 1.
— 102 —
Jean XXII donne ordre d Vinquisiieur de Carcassonne ^ de res-
tiluer au procureur des jranciscains RaymonddeLadoSyOuau gar-
dien du cou\fent de Carcassonne^ Vhahit religieux porte par Barthe-
lcmy Brugere ^, condamne d V emprisonnement pour heresie el
expulse de son ordre par Geraud d^Othon^, minislre general. —
Avignon 16 septembre 1330.
Reg. Vat., t. cxvi, fol. 29, n. 1 ; Doat , t. xxxv, fol. 87 ; Eubel,
BulL, n. 874. [in ext.).
Inquisitori heretice pravitatis in partibus Carcassonen. aucto-
ritate apostolica deputato. — Exposuit nobis dilectus... — Da-
tuni Avinioni, xvi kalendas octobris, anno quintodecimo.
1. Henri de Chamay, n. 84, note 1.
2. Voir sur cette affaire, n. 84, note 2.
3. Geraud d'Othon, docteur en th^ologie, de la province d'Aquitaine; elu
general de Tordre, k Paris, en 1329, aprds la d^position de Michel do Ccsene;
il devint patriarche d'Antioche et commcndataire de reglise de Catane, le
27 novembre 1342. II mourut vcrs 1363. Denifle, CharluL, t. ii, p. 424, notc 5,
j). 425; Eubel, Ilier., t. i, p. 93, 183; Othon de Pavie, L'Aquitaine seraphiquc,
t. I, p. 202-221 ; A. Albe, Autour de Jean XXII, Les Querajnois en Italie (Anna-
les de Saint-Louis-des-Frangais, 1904), tir. k part, p. 143-146.
154 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANgAIS]
— 103 —
Jean XXII fait tenir aux archeveques de Toulouse et de Nar-
bonne et d leurs suffragants, ainsi quaux inquisiteurs de Toulouse
et de Carcassonne, la lettre ecrite, le 22 aout 1320 (n. 30 bis) par le
cardinal Guillaume Goudin, di^eque de Sabine ^, aux inquisiteurs
residant d cette epoque dans ces memes i^illes ^. Par cette lettre, au
nom du pape, la competence des inquisiteurs etait etendue aux cas
suivants : ini>ocation et adoration des demons; fabrication dHmages
de cire ou de toute autre matiere ; bapteme confere d ces images;
abus des sacrements et en particulier de V eucharistie dans des
malefices. Le pape, ayant appris la persistance de pareils abus dans
les dioceses du Midi, recommande aux prelats et aux inquisiteurs
de terminer de conserve les proces intentes par eux pour ces motifs
et d^en envoyer les actes au Saint-Siege qui a<^isera aux mesures
d prendre. Nulle procedure de cette sorte ne de<^ra etre entreprise,
jusqud nouvel ordre, sans Vai^is du pape ^. — Avignon, 4 novembre
1330.
Reg. A\>en.y t. xxxvii (Jean XXII, t. xxxvi), fol. 135 \°, 136 ;
Reg. Vat., t. xcviii, n. ii, iii, De curia; Percin, Monum. conuent.
Tholosani, part. III, p. 99; RipoU, t. ii, p. 192; Ilansen, Quellen,
etc, p. 6, n. 6. {in ext.).
Venerabilibus fratribus ..* archiepiscopo Narbonen. ejusque
suffraganeis, et dilecto filio..^ inquisitori heretice pravitatis in re-
gno Francie per Sedem apostolicam deputato, Carcassone residenti,
salutem. — Dudum venerabilis frater noster Guillermus episco-
pus Sabinen. scripsit tibi, fili inquisitor, de mandato nostro per
suas litteras in hac forma. Frater Guillelmus (eic, comme au
n. 30 bis).
Sane noviter intellecto quod errores et abhominationes in eis-
dem litteris comprehensi in partibus iUis de quibus in litteris
ipsis habetur mentio adhuc vigent, nos cupientes super ipsis, ne
deinceps pullulent plenius providere, discretioni vestre presen-
tium tenore committimus et mandamus quatinus omnes inqui-
sitiones quas auctoritatc litterarum huiusmodi vos fratres ar-
chiepiscopi et sufFraganei, prout quemlibet vestrum tangit, et tu,
inquisitor prefate, cum singulis eorumdem insimul, vel tu, inqui-
sitor solus per te ipsum hactenus inchoastis, si complete non fue-
JEAN XXII 155
rint, vos, archiepiscope et suffraganei, quilibet vestrum videlicet
in sua diocesi per se vel alium quem ad hoc deputandum duxe-
ritis, et tu, inquisitor predicte, insimul celcriter compleatis,
quas postquam compleveritis una cum illis que iam per te
solum, prefate inquisitor, forsitan sunt complete nobis sub vestris
sigillis fideliter interclusas quantocius poteritis transmittatis, ut
eis visis quid faciendum sit tam super illis de quibus fuerit inqui-
situm (juam super omnibus ceteris de quibus nondum est ince-
ptum incjuiri plenius et certius auctore Domino disponamus. Tu
vero, inquisitor predicte, super illis de quibus adhuc inquirere
non cepisti, pretextu dictarum litterarum nisi forsan aliud a nobis
reciperes in mandatis te nullatenus intromittas. Per hec autem
non intendimus vobis vel vestrum alicui quantum ad illa que a
iure vobis alias sunt permissa in aliquibus derogari. — Datum
Avinioni, ii nonas novembris, anno quintodecimo.
Venerabilibus fratribus .. • archiepiscopo Tholosano eiusque
sufTraganeis, et dilecto filio .. ' inquisitori heretice pravitatis in
regno Francie per Sedem apostolicam deputato Tholose residenli,
salutem. — Dudum venerabiiis frater... — Datum Avinioni,
II nonas novembris anno XV^. (Doat, t. xxxiv, fol. 181.)
1. Guillaume Goudin, voir n. 72, note 1.
2. Bernard Gui (n. 44, note 1) et Jean de Beaune (n. 21, note 2).
3. Bien avant Jean XXII, la corapetence des inquisiteurs avait ete etendue
k ces pratiques superstitieuses, mais pour le cas seulement oii clles avaient uno
relatioii directe avec la foi. Voir a ce sujet une bulle d'Alexandre IV (10 janvier
1260). Ripoll, t. I, p. 388.
Jean XXII semble n*avoir mis aucune restriction, sinon momeutaMce, k
action inquisitoriale contre ces delits, devenus, a cette epoque, d'une frequence
menacante (n. 30 bis). Au lieu des vieilles pratiques superstitieuses usitees de
tout temps, on avait vu, d^s le xiii® si^cle, se repandre en France Tart plus
raffine de Tltalie et de TEspagne. L'efTroi provoque par roccultisme 8'accrut
tout a coup. Le pape Jean XXII Teprouva, semble-t-il, a un vif degre; il inter-
vint maiiites fois pour stimuler le z^le des inquisiteurs, et meme fit poursuivre
les suspects en son nom propre. Ses successeurs suivirent son exemplc. On trou-
vera dans ce recueil plusieurs documeuts se referant a la repression de ces pra-
tiques : n. 24, 30 6i«, 50, 67, 72, 77, 91, 146, 150, 152,156, 159-160, 161, 171,
172, 173, 175, 177, 179, 192, 220, 285, 338, 342; cf. Introduction, p. xlviii.
L'ouvrage capital a ctudicr sur la mati^re est Hansen, Zauberwahn, Inqui-
sition und Ilexenprocess im Mittelalter, Bonn, 1900. Le m^me auteur a forme un
precieux recucil de documents sur la sorcellerie et la repression de ce crime
dans Quellen und Cnlersuchungen zur Geschichte des Hexenwahna und der Hexen-
156
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
verfolgung in Mittelalter, Bonn, 1901. Les principales buUes papales contre la
sorcellerie gont reproduites en tete de ce volume. Voir encore Hatzfeld, Dar-
mesteter et Thomas, Dictionnaire general de la langue jrangaise, art. Bougre; Lea,
Hist. de V Inquisition, t. iii (trad.), p. 522-524, 547-548; Tanon, //is<. des tribu-
naux d'Inquisition, p. 246-251.
4. Bernard de Farges; voir n. 14, note 1.
5. Henri de Chamay : n. 84, note 1.
6. Guillaume de Laudun, dominicain, maitre en theologie, le 13 juin 1314;
lecteur du Palais apostolique en 1317; promu a Tarcheveche de Vienne, le
27 fevrier 1321; transfere a Toulouse, le 19 decembre 1327; se dcmet de son
siege en 1345. Gall. christ., t. xvi, coL 104-105; t. xiii,col. 39-40; Denifle, Chart.,
t. II, p. 156, note 1 ; Archiv fiir Litt., t. ii, p. 215, n. 66; Eubel, Ilier., t. i, p. 559;
Hist. de Lang., t. ix, p. 613-614.
7. Pierre Brun : n. 59, note 1.
— 104 —
Ue^eque de Paris et Vinquisiteur de France regoi^^ent du pape
Vordre de remettre a ses superieurs, sHl donne des signes sufpsants
de repentir, le franciscain Conrad, fraticelle allemand, condamne
par eux a la prison perpetuelle. Ils de<^ront dresser un instrument
puhlic de cet acte de clemence. — Avignon, 23 novembre 1330 ^
Reg. Vat., t. cxvi, foL 32 v», n. 17; Eubel, Bull., n. 884 {in ext.).
Episcopo Parisien. et inquisitori heretice pravitatis in regno
Francie auctoritate apostolica deputato. — Pridem intelleximus
quod... — Datum ix kalendas decembris, anno quintodecimo.
1. Voir, sur cette bulle, le n. 92, note 2.
— 105 —
Le pape remontre d la reine Jeanne ^ de France que la faute du
franciscain Conrad, qui a traite Jean XXII d' lieretique et a repandu
sur son compte des relations calomnieuses, nest point legere et que
le chdtiment qui lui a ete inflige est loin d'etre proportionne d la
gravite de ses crimes. Neanmoins, par egard pour Sa Majeste, le
pape consent d user de clemence ; il ^ient de donner d Vepeque de
JEAN XXII 157
Paris et d V inquisiteur Vordre de reldcher ce frere mineur^ s*il donne
des signes suffisants de repentir. — Avignon, 24 novembre 1330 ^.
Reg. Vat., t. cxvi, fol. 53, n. 103; Eubel, BulL, n. 885 [in ext.).
Johanne, regine Francie. — Litleras regias super ... — Datuni
VIII kalendas decembriS, anno quintodecimo.
1. Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, ^pouse Philippe de Valois, en
juillet 1313; reine de France en 1328; meurt en 1348. De Mas-Latrie, col. 1523.
2. Voir n. 92, note 2.
— 106 —
Le pape, ayant oui dire que les prelats des provinces de Narbonne
et de Toulouse et les inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne se
preparent d condamner pour heresie certains dejunts qui n*en
avaient pas ete convaincus de leur vivant, leur ordonne de ne
prononcer dorenai>ant de telles sentences quapres avoir con-
sulte le Saint-Siege. Le pape reclame les dossiers des proces de
cette sorte actuellement en cours. — Avignon, 18 d^cembre 1330.
Reg. Aven., t. xxxvii, fol. 136; Reg. Vat., t. xcviii, fol. 3, n. 4, 5,
de Curia.
Venerabilibus fratribus.. * archiepiscopo Narbonensi eiusque
sufTraganeis, et dilecto filio .. * inquisitori heretice pravitatis in
regno Francie per Sedem apostolicam deputato, Carcassone resi-
denti, salutem. — Etsi ofTicium Inquisitionis heretice pravitatis
magnis sit amplectandum favoribus et expeditis auxiliis et con*
siliis prosequendum, decet tamen et expedit, ymo necessarium
est omnino ac debitum ut sic procedatur in illo quod favor non
pariat odium, nec ex celeritate iudicii detrahatur iustitie nec con-
scientie puritati desit iudicium rationis. Cum igitur sicut accepi-
mus vos seu aliqui vestrum intendatis etdisponatis in brevi pro-
cedere ad condempnandum de heresi quosdam iam dudum defun-
ctos, qui de illa confcssidum viverent non fuerunt, nos volentes
ad hoc cum niatura ac plena deliberatione procedi et ex presentibus
vel instanlibus ad sequentia formam dari, ex certis causisquead
158 BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANQAISE
id nostrum et fratrum nostrorum animos rationabiliter induxerunt,
vobis et vestrum cuilibet de consilio fratrum ipsorum aucto-
ritate presentium inhibemus, ne ad condempnandum vel
absolvendum aliquem mortuum de heresi de qua cum viveret
confessus non fuerit per vos vel alios aliquatenus procedatis, nisi
nobis prius consultis super hoc, et omnibus processibus origina-
libus factis circa defunctos huiusmodi, si iam completi sint, alio-
quin cum completi fuerint, per nuncios fideles integraliter nobis
missis ^; quod si secus feceritis nos id decrevimus irritum et
inane. — Datum Avinioni, xv kalendas ianuarii, anno quinto-
decimo.
Venerabilibus fratribus .. * archiepiscopo Tholosano eius-
que suffraganeis et dilecto filio .. ^ inquisitori heretice pravitatis
in regno Francie per Sedem apostolicam deputato Tholose resi-
denti, salutem. — Etsi officium Inquisitionis, etc, zfsrjrwe /n finein.
— Datum ut supra.
1. Bernard de Farges; voir n. 14, note 1.
2. Henry de Chamay; voir n. 84, note 1.
3. Cette bulle a son origine dans les poursuites reprises, en 1330, par Henri
de Chamay, inquisiteur de Carcassonne, cpntre dix-huit heretiques des dioceses
de Narbonne et de Carcassonne, decedes depuis longtemps. Les depositions
remontaient a quarante et quarante-six ans (1284-1290); les delits, a qiiarante-
sept et meme a soixante-deux ans. La procedure avait ete commencee par les
jnquisiteurs Jean Galand et Guillaume de Saint-Seine et par Teveque d'Albi,
Bernard de Castanet; reprise en 1309, par Geoffroi d'Ablis, et, en 1320, par
Jean de Beaune, et jamais conduite a terme. Henri de Chamay voulut en finir
et fit inviter les heritiers des defunts a presenter leur defense a partir du 17 sep-
tembre 1330. Quelques jours apres la Saint-Martin (11 novembre), Tinstruction
etait terminee. Sur les dix-huit coupables il semblait prouve que quinze avaient
assiste a Vheretication ou initiation d'autres croyants et adore les heretiques,
et que trois avaient eux-memes ete heretiques sur leur lit de mort. Sur ce nombre
on comptait cinq pretres, trois femmes et un officier royal du chateau de Cabaret.
Voir leurs noms dans Mahul, CartuL, t. v, p. 688, et Douais, Docum., p. ccix-
ccx. Leurs heritiers, apprenant les intentions de rinquisiteur, se plaignirent
amerement au pape et lui remontrerent le dommage qui resulterait pour eux
de ces poursuites injustes, disaient-ils, et abusives. Jean XXII desira
s'informer et, par la bulle publiee ici, il ordonna de surseoir a toute poursuite
contre les defunts non convaincus d'heresie de leur vivant et de n'en entreprendre
a ravenir que sur Tavis favorable du Saint-Siege. En outre, il exigeait la remise
integrale des livres contenant les depositions et la suite de Tinstruction (18 de-
cembre).
Henri de Chamay apporta lui-meme ces documents a Avignon. Cetait
JEAN XXII
159
\ine copie authentique des /iVre« dixieme et onzieme de rinquisition de Carcas-
sonne dont Clement V avait jadis demande communication afin de s'assurer
de la verite des bruits qui couraient sur les procedures inquisitoriales. On y
voyait le paraphe de ce pape a chaque feuillet. Doat, t. xxxii, fol. 168 \° ;
Mahul, CartuL, t. v, p. 689. Jean XXII en fit faire Texamen par une commission
dont les membres restent anonymes dans le rapport redige par eux, mais qui
furent les cardinaux Jacques Fournier et Raymond de Moustuejouls. « Ayant
tous deux exerce les fonctions episcopales et inquisitoriales dans ces contrees^
dit plus tard le pape au roi de France, ils pouvaient avoir sur les faits allegues
une information plus rapide » (n. 140). Henri de Chamay n'avait point cache
l*embarras que lui avaient cause les divergences existant dans les depositions
de plusieurs temoins. Les commissaires pontificaux conclurent que les temoi-
gnages se detruisaient si bien les uns les autres qu'il etait impossible d'y trouver
des preuves sufiisantes de culpabilite. IIs se prononcerent donc contre la reprise
des poursuites. II est probable que leur rapport fut prSt dans le courant dc
lannee 1331. Et Iorsqu'iIs le present^rent au pape, Tinquisiteur Henri de Cha-
may se trouva d'accord avec eux au sujet de la confusion qui regnait dans le
volume. Aux deux cardinaux Fournier et de Moustuejouls, le pape adjoignit
alors les cardinaux Pierre de Chappes et Pierre Tissier de Saint-Antonin et la
commission ainsi composce continua la revision et la confrontation des temoi-
gnages. Elle n'en etait point venue k bout en mars 1334. II faut croire que le
pape lui confia rexamen de nouveaux dossiers et qu'ellc put ainsi, Theure venue,
se prononcer sur toutes les causes restees pendantes au tribunal de Carcassonne.
Cependant le roi de France avait ete informe par ses ofiiciers de la cessation des
jjoursuites contre les dcfunts. Et, sans doute, parce que son fisc souffrait de Tar-
ret subit des confiscations, il se permit de faire des remontrances au pape, alle-
fjuant la tradilion des tribunaux d'Inquisilion a rendroit des heretiques defunts.
Le pape expliqua sa conduite, le 10 mars 1334 (n. 140). Voir sur cette affaire
Hist. de Lang., t. ix, p. 401 et note 1 ; Douais, Docum., p. ccvii-ccx et notes ;
J.-M. Vidal, Jean Galand, p. 27-29. Le rapport des cardinaux se trouve dans
Doat, t. xxxii, fol. 164-240; une partie en a ete iraprimee par Mahul. CartuL,
t. V, p. 688-689; Douais, p. ccix, note 1, en publie le debut.
4. Guillaume de Laudun; voir n. 103, note 6.
5. Pierre Brun : n. 59, note 1.
— 107 —
Jean XXII declare que Bernard Etnhrin, pretre, Nicolas, son
frerey Barthelemy, son cousin, tous trois religieux trinilaires, sont
aptes d recevoir des benefices et d exercer des charges publiques ;
nonobstant la sentence de Vinquisiteur de Carcassonne qui a fletri
la memoire de leur grand-pere paternel, Bernard-Arnaud Embrin,
160 BULLAIRE DE l'inQUISITION FRANgAlSE J
de Limoux, condamne pour heresie il y a soixante-quinze ans.
— Avignon, 19 decembre 1330.
Reg. Aven., t. xxxix, fol. 638.
Dilectis filiis Bernardo Embrini, presbitero, et Nicolao Embrini,
germanis, .ac Bartholomeo Embrini, eorum consanguineo, fratri-
bus domus de Limoso ^, ordinis sancte Trinitatis et Captivorum,
Narbonen. diocesis, salutem, etc. — Religionis zelus ... Sane peti-
tio pro parte vestra nobis exhibita continebat quod ex eo quod con-
dam Bernardus Arnaldi Embrini, laicus de Limoso, Narbonen.
diocesis, avus paternus vester, post suum obitum iam sunt se-
ptuaginta quinque anni elapsi vel circa super heretica pravitate
delatus per.. inquisitorem pravitatis predicte auctoritate aposto-
lica tunc in illis partibus deputatum asserentem dictum Bernar-
dum impenitentem et inconfessum de pravitate huiusmodi deces-
sisse de labe pravitatis predicte sentencialiter extitit condem-
pnatus ^, vos utpote nepotes ipsius per paternam lineam descen-
dentes a beneficiis ecclesiasticis et publicis ofTiciis propterea ti-
mentes excludi ^, nobis humiliter supplicastis ut vobiscum super
premissis misericorditer agere dignaremur. Nos igitur attendentes
quod, sicut dilecti filii.. ministri domus de Limoso, ordinis sancte
Trinitatis et Captivorum, dicte diocesis, testimonio fidedigno per-
cepimus, in ordine vestro laudabiliter vos geritis.. quod ... possi-
tis admitti ad ofTicia prelibata et administrationes vestri ordinis
supradicti vobiscum... dispensamus. Nulli ergo, etc. — Datum
Avinioni, xiiii kalendas ianuarii, anno quintodecimo.
1. Limoux (Aude), chef-lieu d'arrondissement.
2. Les Embrin de Lmoux etaient une famille d'heretiques. Un Bernard
Embrin aurait^ des 1263, du accomplir un voyage outre-mer par suite d'une cori-
damnation de rinquisition de Carcassonne. Mais, deja avance en age et malade,
il n'avait pu s'acquitter personnellement de cette obligation. Ses freres, Arnaud
et Bernard-Arnaud, presses de payer la dette fraternelle, en refererent au pape
Urbain IV, qui, le 28 mars 1263, somma les inquisiteurs de ne plus les inquieter
a cet endroit. Doat, t. xxxi, fol. 283.
La bulle de Jean XXII nous apprend qu'un Bernard-Arnaud Embrin, grand-
pere des trois religieux trinitaires (et qui serait different de celui dont il vient
d'etre question si, en 1330, soixante-quinze annees separaient ses petits»fils de
Tepoque de sa mort), avait ete condamne comme heretique impenitent apres
son deces. La sentence d'exhumation de ses restes fut-elle executee immediate-
ment ? Je ne sais. Toujours est-il que, le 3 decembre 1318, les inquisiteurs Jean
de Beaune, Bertrand d'Auriac, Hugues de Badefol, les eveques de Castres, de
Pamiers et d'Alet prononcerent une peine semblable contre un autre Bernard-
' JEAN XXII ICI
Arndud Embrin. Les termes de la bulle de Jean XXII ne permettent pas d'iden-
tincr ce dernier avec raieul des moines de Limoux. Doat, t. xxxii, fol. 113,
Vidimus de 1331.
Enfin un Arnaud Embrin, de Limoux, heretique rclaps, fut livre au nras
soculier, le 18 decembre 1300, par sentence de rinquisiteur Nicolas d'Abbeville,
des eveques de Beziers, de Maguelonnc, d'Elne et de Pamiers. Lmc. cil., et
Mahul, CarluL, t. v, p. 629, 641.
3. Voir sur cette exclusion n. 68, note 2.
— 107 bis —
Retractalion et ahjuration de jrere Veran Boyre, de Grasse, frati-
celle, de\'ant le pape Jean XXII et devant trois cardinaux commis-
saires. Sa reconciliation par Jacques Fournier, cardinal de Sainte-
Prisque. — Avignon, 20 decembre 1330.
Diversorum Miacellan., armar. xxxiv, t. ii, fol. 17 v».
Confessio et abjuratio fratris Verani. In nomine Domini, amen.
Anno a Nativitatc ejusdem millesimo CCC** XXX®, die xx men-
sis decemhris, indictione xiii, pontificatus sanctissimi patris
in Christo et domini nostri domini lohannis divina providentia
pape XXII, anno XV°, in mei publici notarii et testium subscri-
ptorum presentia personaliter constitutus, Avinione, inpapalipa-
latio, coram reverendis patribus in Christo dominis cardinalibus
infrascriptis, frater Veranus Boyre *, ordinis fratrum minorum,
non coactus, nec compulsus, sed gratis et sponte legit ibi quan-
dam sedulam papiream manu sua propria ibidem scriptam, et
contenta in dicta sedula dixit et asseruit die date presentis in-
strumenti coram prefato domino nostro summo pontifice dixisse
iterum et se confessum fuisse.
Tenor vero dicte sedule dicitur esse talis : Ego, frater Veranus
Boyre, constitutus in presentia sanctissimi in Christo patris et
domini, domini lohannis Dei gratia pape XXII, ad cor rediens
confiteor quod tam ex diabolica sucgestione quam ex fatua ac
dementi informatione in tanta rebellione contra sanctitatem pre-
dicti domini perstiti usque modo; nunc vero, ex informationc
sollempnium dominorum tam cardinalium quam aliorum confi-
teor ipsum Ecclesie verum sanctum et catholicam papam, ac
BULLAIRE - 11
162 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANgAISE
sponsum legitimum, ac unicum Ecclesie sancte Dei, et vicarium
Jeshu Christi; et constitutiones suas, quarum una incipit : Adcon-
ditorem canonum, alia : Cum inter nonnullos, et alia : Quia quo-
rumdam, confiteor sanctas, catholicas atque iustas et quod con-
tinetur in eisdem esse catholicum, credo et teneo catholicum;
quod vero continetur in eisdem esse hereticum, credo et teneo
hereticum : presertim quod sententiatur ibi de proprio et comuni
Christi et apostolorum, et si quid dixi oppositum, in quantum
dixi oppositum revoco, paratus etiam hec et alia abiurare que
predictus dominus duxerit abiuranda, petens misericordiam ab
eodem domino sicut ab illo qui est claviger regni celestis, a quo
non dubito optinere veniam quodadmodum importune et cum
lacrimis, sicut (a) Maria Magdalena a domino Jeshu Christo.
Postque ibidem dictus frater Veranus, de Grassa ^ oriundus,
ordinem fratrum minorum professus, constitutus in iudicio
personaliter coram reverendis patribus dominis Dei gratia
Bertrando, episcopo Tusculano ^, Jacobo *, tituli Sancte Prisce
presbitero, et Bertrando ^, Sancte Marie in Aquiro diacono
cardinalibus, quibus sanctissimus in Christo pater et dominus
noster predictus super hoc comiserat vices suas, sponte,
tactis per ipsum fratrem corporaliter sanctis IIII*^'* Dei euvan-
geliis coram eo positis, abiuravit hereses infrascriptas, quas
dudum in iudicio et extra confessus fuit credidisse, docuisse,
asseruisse, tenuisse et pertinaciter tanto tempore defPendisse :
videlicet illam que asserit quod Redemptori nostro Domino
Jeshu Christo eiusque apostolis in hiis que ipsos habuisse
Scriptura sacra testatur nequaquam ius ipsis utendi aut consu-
meildi competierit, nec illa vendendi seu donandi ius habuerunt,
aut ex ipsis alia acquirendi, que tamen ipsos de premissis fecissc
Scriptura sacra testatur, seu ipsos potuisse facere supponit aperte.
Et etiam illam que asserit Dominum nostrum Jeshum Christum
et apostolos eius nullum ius habuisse in rebus temporalibus qui-
bus usi sunt vel usi fuisse leguntur, quo possent illas res iure suo
consumare, dare, vendere, emere vel alias iuste alienare in quos-
cumque, nec in proprio nec in comuni nisi simplicem facti usum.
Et illam que asserit quod constitutiones domini nostri pape su-
pradicti, Cum inter nonnullos, Quia quorumdam, et Ad conditorem
canonum, in quibus contrarium determinatur, sunt heretice quoad
(o) Heg. : nec.
f
JEAN XXll 163
predicta et quedam alia in eis contenta; et quod idem dominus
noster papa ab illo tempore citra quo dictas constitutiones fecit
fuit factus hereticus, et quod ex tunc quicquid constituit et in-
stituit ut papa fuit nullumj irritum et inane; articulosque omnes
alios contentos in sua confessione facta coram dictis dominis
cardinalibus quos idem dominus noster papa iudicavit vel iudi-
cabit hereticos esse, et erroneos, vel blasfemos, aut scismaticos
contra fidem Domini nostri Jeshu Christi, vel contra illam quam
tenet et docet sancta romana Ecclesia, quas hereses elarticulos
aliquo tempore, ut predictum est, tenuit pertinaciter et deflendit,
ft generaliter omnem heresim extollentem se adversus scientiam
Dei et fidem Domini nostri Jeshu Christi etsancte romane Eccle-
sie; necnon etiam et omnem favorem, receptationem et deffen-
sionem, ac participationem hereticorum, sub pena que de iure
debetur relapsis in heresim in iudicio abiuratam. Item iuravit
atque promisit pro posse suo persequi hereticos cuiuscumque
secte dampnate, et specialiter secte illorum qui tenent dictos arti-
culos in dicta sua confessione contentos, et credentes, fautores,
receptatores, et defensores eorum, et etiam illos quos sciret vel
•Tederet pro facto heresis fugitivos et quemlibet predictorum,
oosque facere capi et reddi pro posse suo dicto domino nostro
pape, vel episcopis et inquisitoribus heretice pravitatis, quando-
cumque et ubicumque sciverit esse predictos vel aliquem eorum-
dem. Item iuravit atque promisit se tenere et servare ac defTen -
dere fidem catholicam quam sancta mater Ecclesia et idem domi-
nus papa predicat et observat. Item iuravit et promisit obedire
et parere mandatis Ecclesie et dicti domini nostri pape, episco-
porum et inquisitorum, et venire ad diem et dies coram ipsis,
vel eorum locatenentibus quandocumque et quocienscumque
niandalus seu requisitus fuerit ab eis per nuncium, vel litteram,
aut alias et numquam fugere, nec se scienter et contumaciter
absentare, ac suscipere et complere pro posse suo penam seu peni-
tentiam quam sibi duxerint iniungendam. Et ad hoc obligavit
se ipsum. Qua abiuratione per eum facta petiit humiliter se ab-
solvi a sententiis excommunicationum quas incurrerat propter
credentiam et defTensionem pertinacem predictarum heresum, et
fautoriam heretice pravitatis. Et ibidem fuit per dictum dominum
Jacobum, de voluntate et assensu, ac in presentia aliorum domi-
norum cardinaliuni predictorum, qui eidem super hoc comise-
ranl vices suas, a dictis sententiis excommunicationum absolutus
164 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FnANQAlSE
in forma Ecclesie in talibtis observari consueta, et reincorporatus
ecclesiastice unitati. Acta fuerunt hec anno, indictione, die, loco
et pontificatu predictis, presentibus venerabili patre domino fratre
Ramundo ® episcopo Venciensi, domino Arnaldo Barte, canonico
ecclesie Montisregalis'', Carcassonensis diocesis, et Guillelmo de Bo-
laresio, hostiario dominipape, ad hec vocatis specialiter et rogatis.
Et ego Guillelmus de Petrilia, diocesis Caturcensis, Camere
domini pape clericus, auctoritate apostolica publicus notarius,
predictis confessioni, abiurationi, absolutioni, et omnibus ahis
suprascriptis interfui et presens instrumentum de mandato di-
ctorum dominorum cardinalium propria manu scripsi, et requi-
situs in publicam formam redegi meoque signo solito consignavi.
1. Le 21 octobre 1329, le pape avait donne ordre au gardien du couvent
des freres mineurs de Grasse de faire conduire ce religieux a Avignon, sous bonne
garde. Guy Fulcosii, prevot du chapitre de Grasse et chapelain du pape, avait
ete charge de veiller a la prompte execution de cet ordre. Voici le texte des deux
brefs de Jean XXII :
Reg. Vat., t. cxv, fol. 212, n. 2119.
Magistro Guillelmo Fulcosii, preposito ccclesie Grassensis, capellano nostro.
— Que venerabili fratri nostro Amelio, episcopo Castrensi, scribere curavisti
vidimus et intelleximus diligenter, sedulam itaque dihgenciam per te super hiis
adhibitam, ac fidelitatem quam ad nos et Ecclesiam ex hoc te gerere pretendisti
plurimum in Domino commendantes, tuam prudentiam exhortamur, quatinus
sic ordinare prociires quod ille de quo scripsisti liberum volatum non habeat,
sed ad nostram dmnino presenciam adducatur; credimus siquidem quod iam
ilHus superior illuc pro premissis miserit adimplendis ; quod si forsan non fecerit,
ecce dilecto filio.. Gardiano fratrum minorum Grassensium per nostras quas
per te sibi presentari volumus litteras scribimus ut eum per se, vel alium, seu
alios, sub secura custodia ducere ad dictam presenciam non omittat. Super
quibus per eumdem Gardianum ut sibi scribimus exequendis curet tua pruden-
cia operosam solicitudinem adhibere. — Datum Avinioni, xii kalendas no-
vembris, anno XIV.
Reg. Vat., t. xcv, fol. 212, n. 2120.
Gardiano fratrum minorum Grassensium. — Cum Veranum Boyre, ordinis
fratrum minorum, certis ex causis velimus nostro conspectui presentari, di-
scretioni tue in virtute sancte obedientie ac sub excommunicationis pena, quam
te incurrere volumus ipso facto, si te negligentem in hac parte vel remissura
reddideris, districtius precipiendo mandamus quatinus eumdem Veranum per
te, vel ahum, seu alios, ad nostram adducere presenciam sub secura custodia
non postponas, te taUter super hiis habiturus, quin pocius de diHgencia et obe-
diencia commendari valeas quam de negHgencia reprehendi. — Datum Avi-
nioni, xii kalendas novembris, anno XIV.
I
JEAN XXII 165
2. Grasse (Alpes-Maritimes).
3. Bertrand de la Tour, ord. min., cardinal du titre de Saint-Vital, le 19 ou
20 decembre 1320; eveque de Tusculum en 1323, mort en 1332.
4. Jacques Fournier; voir u. 24, note 1.
5. Bertrand de Montfav^s; voir n. 67, note 1.
6. Raimond, ord. min., ev^que de Vintimille, le 26 novembre 1320; tran«-
fere a Vence, le 6 septembre 1328. Eubel, Ilierarchia, t. i, p. 550, 560.
7. Montreal (Aude), arrond. de Carcassonne.
— 108 —
Le pape ahsout ad cautelam Vei^eque de Majorque, qui a admis
a sa table le franciscain Bernard Fustier^ pre^>enu d^heresiedei>ant
le trihunal d^Inquisition de Majorque, durant Vinstruction du
proces. — Avignon, 16 fevrier 1331.
lieg. Vat., t. xcviii, fol. 404, n. 956.
Guidoni, episcopo Majoricensi ^. Sincere devotionis affectus ...
Sane petitio tua nobis exhibita continebat quod dudum cum
coram teet dilecto filio Francisco Sale*, ordinis fr. predicatorum,
locumtenente dilecti filii .. ' inquisitoris heretice pravitatis in terris
carissimi in Christo filii nostri .. * regis Maioricarum illustris, Ber-
nardus Fusterii, ordinis fratrum minorum, super facto fidei de-
latus fuisset et apud eum multe reperte fuissent littere multas et
patentes hereses continentes quarum plures sibi miserat quidam
civis Gorunden., tu et dictus Franciscus eisdem litteris habitis
circa materiam lilterarum ipsarum in generali triginta duo
capitula et circa quamlibet litterarum ipsarum etiam in speciali
certa capitula formavistis, prout materia et errores in eis contenti
exigebant et prout vobis visum fuerit expedire. Et postmodum
super predictis capitulis inquisivistis contra Bernardum predi-
ctum ^ recipiendo eius confessionem pernotarium publicum coram
pluribus religiosls et aliis personis honestis et peritis; sicque pro-
cessu huiusmodi adhuc penes predictum notarium existente nec
per vos habito nec aliter viso, cum propter brevitatem temporis
non potuisset a notario transcribi, nec etiam copiari, necdum
habita per vos coUatione etiam de confessioiiibus dicti Bernardi
que fuerunl plures, varic et prolixe, quadam die de consilio plu-
166 ^ BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANgAlSE
rium sapientum, tu et dictus locumtenens eundem Bernardum
in tua episcopali domo detineri fecistis ne posset de eius fuga
periculum imminere, et tunc illa die, semel duntaxat dictus
Bernardus in publico palatio tuo episcopali publice et mani-
feste vobis et pluribus aliis etiam de familia tua presentibiis
et comedentibus in mensa tua comedit. Adhuc enim non consta-
bat ex processus examinatione predicti nec ex dictarum con-
fessionum coUatione, cum nondum fecissetis eandem, nec etiam
inquisitio tunc completa esset, sicut nec adhuc existit, an dictus
Bernardus esset fautor hereticorum aut hereticus excommunicatus,
licet suspectus super hiis haberetur. Deinde vero post aliquot
dies de mandato vestro dictus Bernardus qui prius in quadam
honesta camera detinebatur inclusus fuit carcerali custodie usque
ad remissionem de eo postmodum ad nos factam detentus ct
etiam mancipatus. Quare tu nobis humiliter supplicasti ut cum
dictus Bernardus ad palatium et mensam predicta non fuerit
per vos in ipsius favorem admissus, nec circa inquisitionern
huiusmodi fuerit aliquid de contingentibus pretermissum, nc
tamen pretextu admissionis huiusmodi contra te possit de
facto aliquid impingi per emulos malignantes providere tibi
super hoc de oportuno remedio paterna diligentia dignare-
mur. Licet igitur pateat ex predictis quod nullus favor eidem
Bernardo in heresi vel sicut heretico per predicta videtur impensus,
ct ob hoc non videaris super hoc aliquo remedio indigere, nos
tamen ut contra te super hoc obloquentium ora claudantur, te
ab omni reatu quod ex predictis incurrere potuisses de apostolicc
potestatis plenitudine ad cautelam absolvimus, tecumque supra
hiis etiam dispensamus» Nulli ergo, etc, nostre absolutionis et di-
spensationis infringere, etc. — Datum Avinioni, xiiii kalendas
martii, anno quintodecimo.
1. Gui de 'Terrena; voir n. 125 bis, note 1.
2. FranQois Sala est au nombre des etudiants du couvent des freres precheurs
de Majorque, mentionnes par les actes du chapitre dc la province d'Espague,
tenu a Barcelone en 1299. Douais^ Acta capitulorum provincialium ord. prae-
dic, Toulouse, 1892, p. 646.
3. Raymond Dur, qui etait inquisiteur du royaurae de Majorque en 1333,
ou bien P. Firmatii, qui Ta ete apres 1329. Voir n. 96, note 2.
4. Jayme II; cf. n. 99, note 1.
5. Cette enquete remontait a plusieurs annees. Le pape, informe du fait,
voulut avoir communication des dossiers et on les hii remit. Mais il ne se pressait
pas d'en faire ]'examen et de statuer sur le sort de linculpe. Pendant ce temp
JEAN XXII 167
telui-ci laiiguissait dans les cachots de rinquisition. Le roi d'Ar;igon Jayme II
s'emut de ces lcnteurs et ecrivit au cardinal Napoleon Orsini pour qu'il attirat
l'atlention du pape sur cette affaire. Gui de Terrena, eveque de Majorque, lors
d'un voyagc a Avignon, se permit aussi d'insister pour que Ton se souvint enfin
de Bernard Fustier. Mais le pape remettait toujours a plus lard sa decision.
Finke, Acta Aragonensia, Berlin, 1908, t. ii, p. 796-797. Enfin, Bernard Fustier
fut conduit a Avignon, vers la fin de 1326 ou au commencement de 1327. Le
5 decembre 1326, Jean XXII donna un sauf-conduit a ceux qui devaient Tac-
compagner. Eubel, Bull., t. v, n. 639. On ignore Fissue du proces.
— 109 —
Le pape a regu la plainte de mailre Jean Anselnie de Genes,
chirurgien, contre Veveque de Paris et V inquisiteur de France. Ceux-
ci, Vayant faussement accuse d*heresie etde sortilege, Vont detenu
pendant longtemps dans leur prison, puis, au mepris des conseils
de jurisconsultes eminents, Vont condamne, comme parjure, d etre
hanni et d faire le pelerinage de Saint-Jacques de Compostellc,
d jeuner, sept ans durant, tous les vendredis au pain et d Veau, et d
payer une amende de 100 livres parisis. Ils lui ont, au prealahle,
extorquc par la force le serment de ne point faire appel de leur sen-
tence injuste. Mais le malheureux, dclii're de ses chaines, a recouru
au pape. Celui-ci ordonne d Veveque et d V inquisiteur de faire exe-
cuter par leurs notaires une copie authentique des actes de ce proces
et de Venvoyer au Saint-Siege avant deux mois. — Avignon, 14 mars
1331.
Reg. Aven., t. xxxviii, fol. 704; Reg. Vat., t. c, n. 723.
Venerabili fratri.. ^ episcopo Parisien. ct dilecto filio Auberto
de Cathalauno ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitori here-
lice pravitalis in regno Francie aucloritate apostolica deputato,
salutem, etc. — Gravem dilecti filii magistri Johannis Anselmi de
Janua, cyrurglci laici, olim Parisius commorantis, querelam recc-
pimus contincnlcm quod vos miiius veraciter asserentes eundem
in crimine sortilegii deliquisse sibique aliqua herelica, seu here-
sim sapientia imponentes ex arupto, nulla contra ipsum super
premissis infaniia precedente, nuUoque iuris ordine observato,
omnique deffensione legitima sibi penitus denegata contra ipsum
inquisivistis ct processum fecisti [s] super premissis et corum
1G8 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
occasione perperam, indebite et iniuste eum que per multa tem-
pora detinuistis carceri mancipatum; eoque ab excommunicationis
sententia quam eum pretendebatis propterea incurrisse, primitus
absoluto, contra ipsum, spreto consilio quamplurium magistro-
rum in sacra pagina et decretis universitatis Parisien. et aliorum
iurisperitorum, quamvis ad hoc per vos fuisset eorum consilium
requisitum, sententiam promulgastis iniquam,i psum per dictam
sententiam declarando periurum, eumque a toto regno Francie
baniendo, sibique imponendo quod ad sanctum Jacobum ^ pere-
gre proficisci, et quod in pane et aqua singnlis se:^tis feriis usque
ad septem annos debeat ieiunare, ipsumque ad solvendum nobis
(sic) centum libras bonorum Parisiensium condempnastis,
sibique plura alia gravamina et iniurias multiplices inferendo;
receptis postmodum ab eodem ante et post prefatam sententiam
per vim et metum nichilominus iuramentis, quod de vobis quere-
lam non deponeret, nec reclamaret, nec impugnaret sententiam
memoratam; et de quibusdam aliis non faciendis vel non dicen-
dis et aliquibus faciendis et dicendis per eum prout nobis (sic)
illa libuit ab eodem quem tenebatis in durissimo carcere extor-
quere; postque relaxastis eundem a carcere prelibato. Quare pre-
fatus magister Johannes super premissis ad apostolicam Sedem
recurrens nobis humiliter supplicari {sic) ut cum huiusmodi
inquisitio, sententia et processus perperam facti et lati fuerint
contra eum et pro parte ipsius fuerit propterea ad nostram
audientiam sicut asserit apellatum, dictaque iuramenta inique
vi et metu extorta fuerint ab eodem ac Inquisitionis sententie
ac processus predictorum copiam per eum petitam pro
deffentione sua non potuerit nec possit habere, predicta
iuramenta relaxare, si relaxatione indigeant ac causam seu
causas nullitatis, iniquitatis, et iniustitie inquisitionis et sen-
tentie ac processus predictorum ac appellationis prefate ac
etiam negotii principalis in romana curia audiendas et deci-
dendas committere dignaremur; non obstante quod huiusmodi
cause non sint de sui natura in dicta curia pertractande.
Quocirca discretioni vestre per apostolica scripta mandamus
qnatinus vos vel alter vestrum cui presentes littere fuerint
presentate huiusmodi inquisitionem et sententiam, omnesque
processus per vos habitos super premissis fideliter per nota-
rios publicos per vos in prefatis inquisitione et sententia ac
processibus dudum adhibitos in scriptis redactos sub vestris
JEAN XXII 169
inrlusos sijriHis infra duorum mensium spatium a receptione
presentium computandum nobis per proprium nuntium destinare
curetis *. Et si forte volueritis vel vestra crederitis interesse
aliquam vel aliquas personam seu personas super predictis in-
structas ad nostram presentiam destinetis; diem vero receptionis
presentium et remissionis inquisitionis et sententie ac processus
predictorum nobis per vestras litteras harum seriem continentes
fideliter intimare curetis. — Datum Avinioni, ii idus martii,
anno quintodecimo.
1. Hugues Michel de Besau^on; voir ii. 92, aote 1.
2. Voir n. 89, note 2.
3. Saint-Jacques do Galice, Tun des grands p^lerinages.
4. Le pape accuse reception de ces pieces le 14 juiii (n. 111).
— iiO —
Le pape prescrit les memes mesures d Vendroil de Reginald de
Cravant, clerc du diocdse d*Auxerre, faussement accuse d* heresie et
de malefices et condamne par Vei'eque de Paris et V inquisileur aux
memes peines que le precedent. — Avignon, 14 mars 1331.
Reg. Aven., t. xxxviii, fol. 704; Reg. Vat., t. c, n. 725.
Venerabili fratri episcopo Parisien. et dilecto filio Auberto de
Catalauno, ordinis fratrum predicatorum, inquisitori heretice pra-
vitatis in regno Francie auctoritate apostolica deputato, salutem,
etc. — Gravem dilecti filii magistri Reginaldi de Crebanno *, cle-
rici Autissiodoren. dyocesis, querelam recepimus continentem
quod vos imponentes eidem quod ipse retulerat cuidam nobili
cuius tunc consiliarius existebat, eundem nobilem sic maleficia-
tum existeret, prout, ex assertione magistri Johannis Anselmi
de Janua cirurgici tunc Parisius commorantis, habentis (?) a
quodam tercio eidem magistro Reginaldo totaliter incognito
perceperat, quod idem nobilis ad cognoscendum uxorem suam
erat impotens nec poterat velle vel pati quod ille qui prefata
maleficia fecerat puniretur; et quod etiam idem nobilis non
poterat velle vel nolle contra formalem voluntatem cuiusdarn
170 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
consiliarii sui; quodque idem magister Reginaldus commiserat
sacrilegia expresse heresim sapientia : ex arupto, nuUa contra
ipsum super premissis infamia precedente, nulloque iuris ordine
observato omnique deflentione legitima sibi penitus denegata;
postquam ipsius bona omnia arestari fecislis, sicut et adhuc
illa dilecti filii.. decanus et capitulum ecclesie Autisiodoren.,
et camerarius, ac maior de Crebanno, et Guillelmus Budini,
armiger, eiusdem Autissiodoren, dyocesis, ac. .^ prepositusregius
Parisien. pretextu quorumdam sententie et processuum per vos
contra dictum magistrum Reginaldum habitorum de facto reti-
nent arestata, eum per sex menscs cum dimidio captivum incru-
deli carcere terribili tenuistis, eoque ab excommunicationis
sententia quam eum pretendebat propterea incurrisse primitus
absoluto, sententiam contra eum, spreto consilio quamplurium
magistrorum in sacra pagina et decretis Universitatis Parisien. et
aliorum iurisperitorum, quamvis ad hoc fuisset per vos eoruni
consilium requisitum, promulgastis iniquam ipsum per dictam sen-
tentiam declarando periurum, eumque a toto regno Francie ban-
niendo, sibique imponendo quod ad sanctum Nicholaum de Baro ^
peregre proficisci[e^c., comme ci-dessus jusqu^d]mierendo. Quas qui-
dem centum libras Parisiensium ab eo priusquam ipsuni relaxaretis
ad (sic) dicto carcere extorsistis; receptis ab eo ante et post
prefatam sententiam [etc, comme ci-dessus jusqud] extorquere;
postque eum a dicto carcere relaxastis. A quibus quidem senteii-
tia et processibus pro parte dicti magistri Reginaldi quamcito ct
prout fuit sibi tutum et possibile extitit ad Sedem apostolicam
apellatum. Quare dictus magister Reginaldus nobis humiliter
supplicavit ut causas appellationis huiusmodi et negotii princi-
palis ac nullitatis seu iniusticie sententie huiusmodi et processum
(sic) per vos in premissis habitorum inromana curia audiendaset
decidendas, non obstante quod de sui natura non sint in dicta
curia pertractande, comittere dignaremur. Quocirca [elc, comme
dans la precedente jusqu^d la fin]. — Datum Avinioni, ii idus
marcii, anno quintodecimo.
1. Cravanl (Yonne), arrond. d'Auxerre, cant. de Vermanton.
2. La prevote de Paris eut pour titulaire Hugues de Crusy jusqu'au 19 no-
vembre 1330, date a laquelle elle fut confiee a Jean Milon, qui la garda jus-
qu'au 13 avril 1334. De Mas-Latrie, op. cit., col. 2186.
3. Saint-Nicolas de Bari^ en Italie.
JEAN XXII 171
— iil —
Le pape accuse reception des acles des proces de Reginald de Cra-
yant et de Jcan de Genes quilui ont ete reniis au noni deVcveque de
Paris et de Vinquisiteur de France. — Avignon, 14 juin 1331 ^.
Reg. Vat., t. cxvi, fol. 61 v», a. 172.
Hugoni episcopo Parisien. et Arberto de Cathalauno, ordinis
fratruni predicatorum, iniiuisitori heretiee pravitatis in regno
Francie auctoritate apostolica deputato. — Cum pridem per
diversas nostras litteras vobis ex certis causis ad hoc nos moven-
tibus dederimus in mandatis ut inquisitionem et sententiam ac
omnes processus per vos contra Reginaldum de Crebano et Johan-
iiem de Janua, cirurgicum, habitos nobis mitlere curaretis, scire
vos volumus quod dilectus filius Egidius dc Ulcheyo, canonicus
ecclesie sancti Martini de Campellis in Bria *, Parisien. diocesis,
nuncius vester, diversos rotulos eonlinentes, ut in eis legebatur,
inquisitionem et sententias et processus adversus predictos Regi-
naldum et Johannem per vos ut prefertur habitos pro parte vc-
stra nostro Apostolatui presentavit. — Dutuni xviii kalendas
iulii, anno XV.
1. Voir les deux buUes precedeutcs.
2. Champeaux (Seine-et-Marue), arrond. de Melun, cant. de Mornant.
— iii bis —
Aveux et retractation de Raphael Suppa, fraticelle, devant le pape
Jean XXII ; son absolution et sa reconciliation. — Avignon,
14 juin 1331.
Diversorum MisceU., armar. XXXIV, t. ii, fol. 33.
Instrumentuni absolutionis jratris Raphaelis de Suppa. —
In noinine Domini, amen. Anno a Nativitate eiusdem millesimo
CCCo XXXI®, indictione xiiii, die mensisiunii xiiii, pontificatus
sanctissimi patris et domini nostri domini Johannis divina pro-
videntia pape XXII, anno XV, in mei notarii et testium sub-
scriptorum presentia, Avinione, in palatio apostolico in consisto-
172 BULLAIRE DE l'inQUISITION FRANQAISE
rio publico coramprefato domino nostro summo pontifice et sacro
collegio reverendorum patrum in Christo dominorum sancte ro-
mane Ecclesie cardinalium personaliter constitutus frater Raphael
Suppa, de Janua, ordinis fratrum minorum, quamdam papiri
cedulam legit coram domino nostro papa et collegio predictis,.
formam que sequitur continentem :
Pater beatissime, ego non sum litteratus multum, nec fui secu"
tus studia, et ideo, licet credam firmiter et confitear simplicitei
omnia que credit et confitetur sancta romana Ecclesia. nescirei
tamen ipsa omnia per sermonem explicare; quicquid tamen sit d<
omnibus, duos tamen articulos qui continentur in quadam decre*
tali Sanctitatis Vestre que incipit : Cum inter nonnullos, ego cord<
credo firmiter et ore confiteor simpliciter esse veros, sanctos et
catholicos, quorum primus dicit quod asserere pertinaciter Chri-
stum redemptorem nostrum eiusque apostolos non habuisse in ho(
mundo in specialinec etiam in comuni hereticum est sensendumj
cum Scriptura sacra, que in omni parte sua veritatem continet e1
per quam veritatis catholice probantur articuli, oppositum astrual
ovidenter. Pater sanctissime, ego credo firmissime hereticam ess<
huiusmodi assersionem. Secundus articulus dicit quod assererc
pertinaciter Christum redemptorem nostrum eiusque apostolos
in rebus quibus utebantur in hoc mundo non habuisse aliquoc
ius utendi, vendendi, seu donandi, ac ex ipsis aliqua alia acqui-'
rendi, hereticum est sensendum; quia tunc sequeretur quod usui
eorum fuisset iniustus, eo quod sine iure fuissent usi, quoi
specialiter de Christo nefas est sentire. Pater sanCtissime, eg(
credo firmissime hereticam esse huiusmodi assertionem et eg(
oppositum teneo, et semper promitto me tenere. Pater beatis^
sime, verum est (fuod ego adhesi Michaeli de Sezena, non tamen e:
(juo scivi eum fuisse depositum ab ofTicio per Sanctitatem Vestrami
et exhibui ei reverentiam sicut generali ministro; numquam ta^
men favi sibi in sua heresi. Adhesi etiam Bavaro heretico et pei
Sanctitatem Vestram de heresi dampnato, exhibuique ei reveren';
tiam sicut imperatori; numquam tamen favi sibi in sua heresij
nec umquam credidi ipsum fuisse verum imperatorem, quia noi
erat confirmatus per Sanctitatem Vestram. Item adhesi Petrc
de Corvaria, sismatico et heresiarche, exhibuique ei reverentiai
sicut pape; num([uam tamen favi sibi in sua heresi, nec umquam
credidi ipsum esse verum papam. Unde, Pater sanctissime, ego
dampno omnium istorum hereses, et quia eis fuvi qui erant
JEAN xxn 173
heretici, quamvis ego non scirem eos esse hereticos, recognosco
me esse culpabilem et peto veniam et misericordiam Vestre San-
ctitatis et sum paratus iurare ad sancta Die euvangelia numquam
alicui de istis me prestare consilium, auxilium vel favorem, donec
redierint ad sancte romane Ecclesie unitatem.
Qua quidem cedula per eumdem fratrem Raphaelem integra-
liter lecta et per dominum nostrum papam bcnigne audita, idem
frater ante pedes Sanctitatis eiusdem domini nostri pape humi-
liter prostratus flexis genibus iuravit capitula infrascripta. In
primis iuravit ad sancta Deieuvangelia corporaliterlibro tacto, se
tenere iidem et tenuisse et credere et tenere quod docet et tenet
sancta mater Ecclesia. Et credidit et credit quod non spectat ad
imperatorem papam deponere et alium facere; sed hoc hereticum
reputat et heresim per Ecclesiam dampnatam. Itemiuravit stare
et parere mandatis Ecclesie et domini nostri pape super illatis
iniuriis, contumaciis, rebellionibus, fautoriis et aliis implicite
vel explicite per eum confessatis et non confessatis, et ceteris sen-
tentiis quas incurrit ab homine vel a iure propter premissa vel
ea tangentia. Item iuravit et promisit domino nostro summo
pontifici et successoribus suis canonice intrantibus fidelitatem,
obcdientiam et reverentiam debitas. Item iuravit et promisit
quod non erit cum Bavaro, nec cum Petro de Corvaria, nec cum
aiiis hereticis seu scismaticis, nec eorum sequacibus per Ecclesiam
(lenotatis, vel denotandis, nec eis auxilium vel favorem dabit
in futurum, directe vel indirecte, publice vel occulte, sed Ecclesie
et domino nostro predicto et successoribus suis canonice intran-
tibus fidelis erit. Item quod nulli obediet nec adherebit ut impe-
ratori, seu admiiiistratori imperii, nisi ille primitus per Sedem
apostolicam fuerit aprobatus. Item iuravit et promisit obliga-
tionem, coniurationem, conspirationem, seu ligam non facere
cum Bavaro dampnato, aut cum aliis dampnatis per dominum
papam et sanctam matrem Ecclesiam, et factam si qua esset
exnunc dimittit et abicit cum efTectu.
Quibus articulis specifice ut premittitur iuratis, idem dominus
noster papa more pii patris dictum fratrem Raphaelem miseri-
cordiam et non iudicium postulantem a confessatis dictis, etreco-
1,'nitis dumtaxal, ct in dicta cedula contentis et ab excommuni-
cationis sententia et aliis penis et sententiis, quas propter premissa
et ea tangentia per processus generales vel speciales contra
rebelles Ecclesie factos incurrit, presencialiter absolvit, ipsum-
174 BULLAIRE DE L*INQUISITION ^RANQAlSfi
que habilitavit et restituit ad famam et statum pristinum et hono-
res, et ad bona que prius legitime obtinebat, dum tamen per di-
ctum dominum nostrum papam aut per alium de mandato ipsius
super hoc potestatem habentem de ipsis bonis interim non sit
aliud ordinatum, seu in eisdem bonis alteri ius quesitum; nec-
non et super irregularitate contracta propter premissa vel ah-
quod premissorum, dum tamen non in contemptum clavium,
divinis se immiscuerit secum misericorditer dispensavit; hoc
expresse per ipsum dominum nostrum papam adiecto et rettento
quod si idem frater Raphael contra premissa iurata et promissa,
vel aliquod eorum per se vel alium aliquid faceret vel contrave-
niret, quod tunc in eisdem sententiis et penis quibus tenebatur
antea, relabatur et reincidat eo ipso; et quod absolutio et habi-
litatio et dispensatio antedicte sint casse, irrite et nullius roboris
vel momenti; habeanturque premissa in favorem ipsius fratris
Raphaelis facta et gesta extunc penitus pro infectis.
Commisitque idem dominus noster papa reverendo patri in
Christo domino Bertrando, episcopo Tusculano, ut eidem fratri
Raphaeli pro premissis penas et peiiitencias imponeret salutares;
de quibus omnibus et singulis, ut premittitur, actis et gestis
prefatus dominus noster mandavit michi infrascripto notario ut
inde facerem publicum instrumentum.
Acta fuerunt hec anno, indictione, die, mense, pontificatu et
loco quibus supra, presentibus venerabilibus viris dominis Gas-
berto, archiepiscopo Arelatensi, camerario, Bernardo Stephani,
notario, Francone de Bort, milite, Hugone Ademarii, domicello,
magistris hostiariis domini nostri pape, et aliorum fidelium mul-
titudine copiosa, testibus ad premissa vocatis. Bt ego Guillelmus
de Petrilia, Caturcensis diocesis, Camere domini pape clericus,
auctoritate apostolica publicus notarius, dictis supplicationi,
iuramentorum prestationi, absolutioni, dispensationi, commis-
sioni et omnibus aliis supradictis una cum predictis testibus pro-
sens fui et huic publico instrumento, manu Johannis Palaysini,
clerici dicte Caturcensis diocesis, auctoritate apostolica notarii
publici, vice mea scripto, me supscripsi et ipsum meo signo solito
signavi requisitus.
JEAN XXII 175
— 412
Jean XXII mande d Guillem Aslre ^, inquisiteur de Pro^ence,
de poursuivre Vafjaire quil a entreprise et au sujet de laquelle il a
consulte le pape. — Avignon, 5 aoilt 1331.
Reg. Vat., \. cxvi, fol. 215, n. 914 ; Eubel, Bullar., n. 922 [in ext.).
Guillelmo Aslre, ordinis fratrum minorum, inquisitori heretice
pravitatis in provincia Provincie. — Negotium super quo... - —
Datum nonis augusti, anno quintodecimo.
1. N. ^9, note 3.
— 113 —
Le pape ordonne de restituer d Guillem Astre *, inquisiteur d*A^i-
^non et autres lieux^ les maisons et logis construits d Vusage de
V Inquisition et de ses archives, dans les dependances du couvent
des franciscains d* Avignon^ et dans lesquels certains prelats ou reli-
^ieux du meme ordre se sont indument instaUes en Vahsence des
inquisiteurs. — Avignon, 9 octobre 1331.
Reg. A^^en., t. xlii, fol. 218 v»; Heg. Vnl., i. ciii, n. 1502 ; Euhel,
BuHar., n. 930 (m ext.).
Ven. fratri .. * episcopo Cavallicen., et dilectis filiis .. decano
Engolismen., ac. preposito Carpentoraten. ecclesiarum. — Si-
gnificavit nobis dileclus. — Datum Avinioni, vii idus octobris,
anno sextodecimo.
1. N. /»9, note 3.
2. GeofTroy Isnard, prevAt du chapitro d*Aix et medecin de Jean XXII;
promu a Tevgche de Cavaillon, le 19 avril 1322; transfere a Riez, le 17 aout
1334; mort le 26 juillet 1348. GaU. ctirisL, t. i, col. 405, 946 ; Albanes, GalUa
christ. novits., t. i, col. 607-608; Eubel, Hier., t. i, p. 185.
176 BULLAIRE DE L*INQUISlT]ON FRANQAISE
— 144 —
Jean XXII bldme le hailli de Briangonnais et le chdtelain de
Queyras pour les obstacles quils mettent d Voewre de la poursuite
des heretiques. II les somme en particulier de lii^rer d V inquisiteur
ou d Vei^eque du lieu deux heretiques d qui ils accordent protection.
— Avignon, 19 octobre 1331.
Reg. VaL, t. cxvi, fol. 310, n. 1461.
Trieto Boerii, bailivo Briansonesii^, et Johanni de Bellacumba,
castellano Cadracii^, Ebredunen. diocesis. — Si attenderetis
sedule et consideraretis attente penas quas canones irrogant hiis
qui officium Inquisitionis impedire presumunt, credimus quod
impedimenta vitaretis adhibere super hoc qualibet et impen-
dere cum omni promptitudine auxilium, favorem et consilium
curaretis. Sane quia sicut displicenter audivimus duos hereticos
perfidos dicimini detinere captivos, eosque diocesano loci seu
inquisitori eiusdem heretice pravitatis a Sede apostolica deputato,
ne procedant contra ipsos, ut debent, recusatis tradere ab eis
propterea requisiti, discretionem vestram requirimus et mone-
mus attente vobis nichilominus salubri consilio suadentes qua-
tiniis diocesano vel inquisitori predicto ad requisitionem ipsius
predictos captivos absque mora qualibet assignetis, eos in
suum carcerem pro executione sui officii sub fida vestra custodia
deducentes. In hiis taliter vos habentes quod sententias evitare
possitis et penas huiusmodi, nec minus de zelo catholice fidei
ac obedientie debito valeatis merito commendari. — Datum xiiii
kalendas novembris, anno XVF.
1. Le BrianQOnnais comprenait les cantons modernes de Briangon, du Mone-
tier, d'Aiguilles et de TArgentiere (Hautes-Alpes). Voir Roman, Dictionnaire
topographique du dep. des Hautes-Alpes, Paris, 1884, p. 21.
2. Mandement et chatellenie de Queyras dans le bailliage de BrianQonn ais;
aujourd'hui, canton d'Aiguilles, arrond. de Brianyon (Hautes-Alpes). Roman,
op. cit., p. 124.
jEAN xxn 177
— 415
Le pape ordonne au provincial des dominicains de Toulouse de
declarer que Berirand Boyer, frere du meme ordre, est apte d occuper
les charges de son ordre et d produire les acles d^un bon religieux,
nonobstant la condamnation pour heresie qui a frappe son grand-
pere paternel, il y a environ soixante-dix ans, et trente ans a^ant la
naissance de Bertrand. — Avignon, 20 octobre 1331.
Reg. Aven., t. xl, fol. 330 v», n. 600.
Dilecto filio . . ^ priori provinciali fratrum ordinis predicato-
rum provincie Tholosane, salutem. — Petitio pro parte dilecti
filii Bertrandi Boerii, ordinis fratrum predicatorum, nobis exhi-
bita continebat quod . . quondam avus ipsius secundum paternam
lineam propter contumaciam in causa fidei, elapsis iam septua-
ginta annis vel circa, extitit tanquam hereticus condempnatus,
et quod prefatus Bertrandus qui post triginta annos vel circiter
a tempore condempnationis huiusmodi natus et tandem eundem
ordinem ingressus extitit publica officia ipsius ordinis eidem
imposita et alios actus legitimos exercuit, ignorans tunc tem-
poris penas in filios, nepotes et alios ab hereticis descendentes
in iure generaliter promulgatas * et quod ex quo de dictis penis
ad ipsius pervenit notitiam ab executione publicorum ordinum
totaliter se subtraxit. Quare pro parte ipsius Bertrandi fuit nobis
humiliter supplicatum ut ne ipse occasione huiusmodi eidem or-
dini reddatur onerosus vel quasi inutilis, cui prout etiam fidedi-
ignorum testimonio percepimus potest in multis propter ipsius
sufficientiam existere fructuosus, iuris impedimento semoto quod
ipsum apprehendere noscitur, in premissis providere sibi super
hoc de benignitate apostolica dignaremur.
[Pontifex ergo dicto priori provinciali committit et mandat ut
cum eodem Bertrando, qui per decem et septem annos et am-
plius in eodem ordine professus extitit, dispenset ut officia publica
et alios actus legitimos exercere possit.]
Datum Avinioni, xiii kalendas novembris, anno sextodecimo.
1. Helie de Ferri6res de Salagnac. Voir une lettre de lul aux prieurs des cou-
vents de sa province, dans Reichert, Litlerae encycllcae magislrorum generalium
BULLAIRK — 12
178 BULLAIRE DE L*INQ UISITlON FRANQAlSE
ordinis praed., p. 333. Gf. E. Albe^ Autour de Jean XXII, dans Annales de
Saint-Louis-des-Frangais, juillet 1902, p. 366, 396, note.
2. Voir, sur ces peines, n. 68, note 2; Introduction, p. lxvii.
— 116-117 —
Jean XXII demande aux eveques de Pamiers et de Mirepoix un
rapport sur les progres et les resultats de V Inquisition dans leurs
dioceses. — Avignon, 21 octobre 1331.
Reg. Vat., t. cxvi, n. 1071, 1072.
Domlnico ^, episcopo Appamiarum. — De statu negotiorum
fidei tuarum civitatis et diocesis volentes efiici certiores, frater-
nitati tue presentium tenore mandamus quatinus in quo statu
nunc sunt eadem negotia et que notabilia circa illa gesta sunt
postquam regimini ecclesie prefuisti nobis quantocius intimare
fideliter non postponas. — Datum viiii kalendas novembris,
anno XVK
Petro 2, episcopo Mirapiscen. — Volentes de statu negociorum
fidei tam tuarum quam vicinarum civitatum et diocesum habere
noticiam pleniorem, fraternitati tue presentium tenore mandamus
quatinus de statu huiusmodi et eorum circumstantiis notabilibus
nos efficere fideliter et celeriter studeas certiores. Ceterum super
certis' defectibus, quos in quibusdam processibus factis per pre-
decessores tuos adversus aliquos hereticos reperis, nos quid agere
debeas duxeris consulendos, volumus quod contra alios, illis
omissis ad presens super quibus nondum plene deliberavimus,
cures procedere iusticia mediante. — Datum ut supra.
1. Dominique Grima; voir n. 82, note 1.
2. Pierre de Lapeyrarede, dominicain, maitre en thcologie; succede a
Jacques Fournier sur le* siege de Mirepoix, le 19 decembre 1327; meurt le
19 aout 1348. Raynaldi, an. 1327, n. 55; Gall. christ., t. xiii, col. 269-70; Denifle,
iChart., t. ii, n. 850; Archii^ fur Litteratur, p. 219, n. 81 ; Eubel, Ilier., t. i, p. 360;
E. Albe, Autour de Jean XXII, dans Annales de Saint-Louis-des-Frangais,
janvier 1903, p. 188-189.
JEAN XXII 179
— 118 —
Jean XXII ordonne d Vei^eque de Carpentras el d Pierre Dan-
roche de poursuivre Venquete et le proces commences contre Felicien
d*Assise, sous-diacre, medecin, accuse d'avoir profere des paroles
injurieuses d Vadresse du pape et des cardinaux, fauteur de Pierre
de Corbiere, defenseur, familier et chapelain de Louis de Bai^iere.
— Avignon, 28 avril 1332.
Reg. Vat., t. cxvi, fol. 302 vo, n. 1434 ; Riezler, Valikanische
Akten, n. 1434 (anal.); Fumi, Eretici eribelli, etc, dans Bollettino
di atoria patria per VVmhria, an. V, p. 265 [in ext.).
Hugoni, electo Carpentoracten. ^, et Petro Danrocha, preposito
ecclesie Haenten. *, Lemovicen. diocesis. — Dudum ad audientiam
nostri apostolatus multorum insinuatione perlato quod Felicia-
iius de Assisio, subdiaconus, phisicus, contra nos et sanctam
romanam Ecclesiam cetumque venerabilium fratrum nostrorum
eiusdem Ecclesie cardinalium et specialiter contra nonnullos
ipsorum nefanda blasphemia et diflamatoria proferre temerariis
non erubuerat ausibus, quorum nonnulla manifestius heresim
sapiebant; nec hiis contentus ad suam perfidiam apertius pro-
palandam Petrum de Corbario, dum se pro papa scismatice gere-
ret eidem velut sc^smaticus et de heresi vehementer suspectus
adherere dampnabiliter eiusque statum sepius presumpserat
multipliciter commendare; Ludovico quoque de Bavaria heretico
et scismatico manifesto ante et postquam etiam fuit per nos pri-
vatus sententialiter iure, si quod sibi ad regnum vel imperium
Romanorum forsitan competebat, et subsequenter de heresi
condempnatus adheserat et faverat multipliciter, et erat familiaris
et capellanus eiusdem ac errores et hereses quos dictus Ludovicus
defendit, dampnabiliter approbaverat, sustinuerat, et defenderat,
aliaque horrenda varia commiserat et nefanda, nos scire volentes
super hiis verilatem, tibi, fili electe, ut archidiacono Cantua-
rien., et tibi, fili preposite, nominibus propriis vestris expressis
commisisse meminimus per nostras alias certi tenoris litteras
et mandasse ut de predictis et ea tangentibus ac aliis, que in cri-
mine scismatis vel heresis caderent, seu perque fautorseu defensor
scismatum seu heresum aut scismaticorum vel hereticorum pre-
dictus Felicianus aliqualiter appareret, simpliciter et de plano.
180
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE
iuxta formam canonum et privilegiorum Inquisitionis negocio
concessorum, tam cum ipso quam cum aliis vos informare solerter
et fideliter curaretis; inquestam per notarium scribi publicum et
in formam redigi publicam faciendo et ad nostram audientiam
quicquid per vos in hac parte reperiri contingerit referendo, sicut
in litteris nostris predictis plenius continetur. Et licet vos tunc
super premissis procedere ceperitis secundum traditam vobis for-
mam, tuque fili electe per nos interim promotus fueris in episco-
pum Carpentoraten., aliis tamen occupatinegotiis, inquisitionem
ipsam perficere sicut accepimus nequivistis. Nos itaque volentes
perfici negotium supradictum discretioni vestre per apostolica
scripta committimus et mandamus quatinus super eodem negotio
procedere iuxta litterarum predictarum tenorem et continentiam,
prout ante promotionem potestatis huiusmodi exacta diligentia
studeatis. — Datum iiii kalendas maii, anno XVI®.
1. Hugues d'Engoleme,- archidiacre de Cantorbery, promu le 4 fevrier 1332,
mort en 1346. Gall. chrisL, t. i, col. 906; Eubel, Hier., t. i, p. 174; E. Albe,
Autour de Jean XXII, IV® partie, JEi^eques quercynois en France, extrait des
Annales de Saint-Louis-des-Frangais, 1906^ p. 195-197.
2. Eymoutiers (Haute-Vienne), arrond. de Limoges.
— 119 —
Guillem Astre ^, de Vorclre des freres mineurs, inquisiteur de Pro-
{>ence, est promu d Vweche d'Apt, vacant par la translation de
Bertrand Acciajoli d Ve^eche de Bologne. — Avignon, 12 juin 1332.
Reg. Vat., t. cii, n. 1086; Wadding, Reg. Joan. XXII, n. cxlvi;
Eubel^ Bull., n. 984 [in ext.) ; Albanes, Gallia christ. novissima, t. i
Instr., col. 148 [in cxt.).
Guilelmo Astre, electo Apten. — Supremc dignitatis fastigio...
— Datum Avinioni, ii idus iunii, anno sextodecimo.
1. N. 49, note 3.
JEAN XXII 181
— 120 —
Jean XXII mande d Vinquisiteur de la uille el du diocese de
Marseille * de remettre le vaudois Martin Pastre, fugitif pour cause
d^heresie, d Jean Auhert de Castellario, dominicain, inquisiteur de
Piemont ^. — Avignon, 8 juillet 1332.
Reg. Aven., t. xl (Joan. XXII, n. xxxix), fol. 608 v»; Reg. Val.,
t. cii, n. 1270; Wadding, ad ann. 1332, u. vi; Euhel, Bull., n. 987
{in ext.).
Dilecto filio Joanni de Badis, ordinis fratrum minorum, inqui-
sitori heretice pravitatis in civitate etdiocesi Massilien. per Sedem
apostolicam deputato vel etiam eius vicesgerenti. — Nuper ex
relatione... — Datum Avinioni, viii idus iulii, anno sextodecimo.
1. N. 91, note 1, 171 bis.
2. Les £:tat8 de Phiiippe de Savoie, le Piemont et la haute Lombardie etaient
alors infestes d'herctique8 vaudois dont l'audace etait telle qu'ils n^hesitaient
pas a s'y reunir en congres au nombre parfois de plus de cinq cents. Ils tenaient
en echec la puissance de rinquisiteur, mettaient le si^ge devant les chateaux
ou il trouvait asile et massacraient les pr^tres qui montraient trop de zele contre
la secte : ainsi le recteur d'Engravia dans le dioc^se de Turin. Reg. Aven., t. xl,
fol. 608 v^; Wadding, loc. cit. Martin Pastre, surnomme Pierre Martyr, ou
Juziano, etait Tun des chefs de ces communaut^s vaudoises. II dogmatisait
surtout contre rincarnation du Christ et sa presencc reelle dans le sacremeiit
de reucharistie. Vingt annees durant, il avait dejouc les recherches de rin-
quisition. II fut flnalement capturc par Tinquisitcur do Marseille. Loc. cit.
— 121 —
Le pape decide que Guillem Astre ^, eveque elu d^Apt, inquisiteur
dans le Comtat Venaysin^ dei*ra faire deux parts des hiens de
Pierre de Gigondas, hourgeois de Carpentras, confisques pour
heresie : cinq mille florins seront verses d la Chamhre apostolique^
et le reste des dix mille florins d^or qui representaient la fortune de
Pierre sera consacre d Ventretien de ses enfants etdlarestitutiondc
sommes indument acquises par usure^. — Avignon, 22 aout 1332.
182 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
Reg. Vat., t. cxvii, fol. 22, n. 298; Alban6s, Gallia christ. novissima,
t. i, Instr., col. 149 [in ext.).
Guillelmo, electo Apten., inquisitori heretice pravitatis ii
comitatu Venaysini ceterisque aliis partibus vicinis per Sedei
apostolicam deputato, salutem. — More celestis misericordia"
rum... — Datum Avinioni, xi kalendas septembris, anno sexto,
decimo.
1. N. 49, note 3.
2. Voir les deux bulles suivantes. Le tresorier de la Chambre apostoHquC
per^ut encore, en 1344, une somme de 1 900 florins provenant « de quadam com-J
positione facta tempore dom. Guillermi de Granhohis, predecessoris si
cum Petro de Gigundasio, qui per inquisitorem heretice pravitatis fuerat con^
dempnatus. » Regest. Aven., t. lxxxv (Clem. VI, t. xxx), fol. 526.
— 122-123 —
Noui^elle lettre d Veveque d^Apt sur le meme objet et ordre au tresi
rier du Comtat Venaissin de percevoir les cinq mille florins destines
la Chambre apostolique sans toucher au reste de la somme. — Avi-j
gnon, l^'* octobre 1332 ^.
Reg. Vat., t. cxvii, fol. lii, n. 298, 299.
Venerabili fratri Guillelmo, episcopo Apten. — Patris miseri^
cordiarum vicesgerens in terris romanus pontifex ad collapsaj
afflictasque personas pietatis sue libentius intuitum dirigit eii
prout placere credit Altissimo miserando. Sane lecta coram nobis'
tua petitio continebat quod Petrus de Gigundassio ^, civis Carpen-
toraten., qui coram te, inquisitore heretice pravitatis in provincia
et comitatu Venaissini auctoritate apostolica deputato, de crimino
heresis per suam confessionem convictus usque ad valorem deccm-
milium florenorum auri vel circa in bonis tam mobilibus quani
immobilibus noscitur, sicut a fidedignis tibi datum est intelligi,
obtinere : quorum quidem bonorum magiiam partem acquisivisse
dicitur per usurariam pravitatem. Cum autem ipse qui de commis-
sis penitens pravitate heretica penitus abiurata per te absolutus
iuxta Ecclesie formam ab excommunicationis sententia quam
JEAN XXII 183
propter premissa incurrerat extitit et restitutus eiusdem Ecclesic
unitati, tam pro restitutionibus de usuris huiusmodifaciendis
quam suis alendis liberis multipliciter oneratus lamentabiliter, ut
dicta subnectebat petitio, supplicavit ut nos ad quos bona prcdlcta
ratione dicti criminis confiscata pertinent pleno iure occulos mise-
ricordie convertentes ad ipsum de bonis eisdem quinque milia
florenorum auri pro Camera nostra facere recipi et residuum bo-
norum predictorum sibi pro predictis faciendis restitutionibus
ct alimentandis liberis dare ac concedere de benignitate aposto»
lica dignaremur. Nos... fraternitati tue... faciendi per dilectum
filium thesaurarium comitatus nostri Venaissmi infra quem
civitas Carpentoraten. consisterc noscitur, quinquemilia flore-
iiorum auri de bonis predictis nomine nostro et dicte Camere
recipi, solvendorum, prout eidem thesaurario per alias nostras
litteras mandamus, residuumque dictorum bonorum prefato Petro
tam pro dictis faciendis restitutionibus quam alimentandis suis
liberis cum eidem thesaurario tantum super dictis quinque milibus
florenorum fuerit [satisfactum] vice et auctoritate nostra donandi
et concedendi de gratia speciali plenam et liberam concedimus
tenore presentium facultatem. — Datum Avinioni, kalendis
octobris, anno XVIIo.
Guillelmo de Granholis, canonico Baiocen., comitatus Venayssini
nostro et Ecclesie romane thesaurario. Venerabilis fratris nostri
Guillelmi, episcopi Apten., inquisitoris heretice pravitatis in pro-
vincia et comitatu Venaissini auctoritate apostolica deputato, lecta
coram nobis petitio continebat [etc. ut supra usque in finern i^er-
bis competentibus mutatis]. Quocirca discretioni tue... mandamus
quatinus dictos quinque milia florenos {sic) auri modo qui sequitur
solvendorum : statim medietatem videlicet, et aliam medietatem
hinc ad unum annum datis tibi sufficientibus et idoneis super
hoc fideiussoribus nostro et Camere nostre nomine recipere ac
solventes tibi et assignantes dicta quinque milia florenorum auri
absolvere de hiis que inde tibi soluta et assignata fuerint plenius
studeas et qultare, in bonis predictis residuis, postquam de dictis
quinque nillibus flor. auri libi nomine predicto satisfactum ut
premittitur fuerit, dictum Petrum vel suos premissorum occasione.
nullatenus molestando. — Datum ut supra.
1. Voir la bullc qui precede.
2. Gigondas (Vaucluse), cant. do Beaumes, arrond. d'Orange.
184 BULLAIRE DE l'iNQUISIT10N FRANgAISE
— 124 —
Jean XXII reproche vwement a Dominique Grima, ei^eque de
Pamiers, sa negligence coupable en ce qui concerne la repression de
Vheresie dans son diocese. II Vengage d secouer sa torpeur et d rem-
plir son de<^oir. — Avignon, 6 octobre 1332.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 402.
Dominico ^, episcopo Appamiarum. — Ad nostri apostolatus
displicibili ad modum insinuatione pervenit quod pestis heresis
in tua diocesi crebrius solito, cuius occasio esse pro magna parle
prelati negligentia dicitur, invalescit. Cum autem ad pestem huius-
modi de tuis civitate et diocesi extirpandam adeo ex debUo
tui pastoralis officii sis astrictus quod si notabiliter circa hec te
negligentem redderes ab eodem esses officio repellendus, frater-
nitatem tuam attentius exhortamur quatinus premissa necnon
laudabilem diligenciam quam tui predecessores circa extirpatio-
nem adhibuerunt huiusmodi consideranter attendens, te a pigricie
sompno nocivo plurimum excitans adversus hereticos, credentes,
fautores et receptatores eorum solerti adhibita diligencia, iuxta
sanxiones canonicas et privilegia officio Inquisitionis heretice
pravitatis concessa procedere, sermonesque innovare ac facere
sicut alii pastores vigiles non postponas; ita quod hac extirpata
peste mortifera, fides ibidem catholica fulgeat curaque tua circa
custodiam comissi tibi gregis dominici appareat, quamvis excussa
negligentia, merito fructuosa. Ad creandos enim plures prelatos
in illis partibus ^ principaliter hoc nos movit, ut per eorum vigi-
lationem credulam [sic) hec pestis Deo odibilis nimium et infe-j
ctiva catholici populi de partium ipsarum finibus fugaretur, —
Datum Avinioni, ii nonas octobris, anno XVII^.
1. Dominique Grima, voir n. 82, note 1.
2. Allusion a la creation de nouveaux evSches dans la province de Toulouse,^
faite en 1317-1318. L'evechc de Pamiers avait ete fondc par Boiiiface VIII, en
1295. Vidal, Les origines de la province ecclesiastique de Toulouse, extrait des
Annales du Midi, Toulouse, Privat, 1903.
JEAN XXII 185
124 bis
Le pape felicLte le roi Jacques II de Majorque du zele quil deploie
contre les ennemis de la foi dans son royaume, et il Vexhorte d con-
tinuer d'en faire preuve d Vavenir. — Avignon, 11 novembre 1332.
Beg. Val., t. cxvii, n. 772; Raynaldi, Annal. Eccl., ad ann. 1332,
n. XXVIII ; Vidal, Proces... contre Adhemar de Alosset,dsLm Revue d'hist,
de V£gl. de France, 1910, t. i, p. 685.
Jacobo ^, regi Maioricarum. — Quam laudabiliter zelo caritatis
accensus ad tuendam veritatem catholice fidei eiusque prose-
quendum emulos, fili carissime, movearis, tam tue quam vene-
rabilis fratris nostri Guidonis, episcopi Elnen., nobis littere nun-
tiarunt; quod utique Deo ad gloriam, adiungeres (sic) tibi meri-
tum, angelis et bone voluntatis hominibus cedit ad gaudium ct
ceteris catholicis principibus ad exemplum. Hec, fili dilectissime,
si in ipsis perstiteris, redent {sic) te Deo acceptabilem in presenti;
per hec illam in futuro coronam recipies quam Dominus diligen-
tibus se repromisit. Et quia nichil est quod lumine clariore pre-
fulgeat quam recta fides in principe, que, cum vcritatemrespiciat
luminis, et tenebras respuit et nescit defifectui subiacere, excel-
lentiam regiam rogamus attente ut donum istud Illi a quo de-
scendit omne datum obtimum {sic) et omne doiium perfectum
attribuens, de tam excellenti munere non omittas gratias iugiter
exhibere. Nos autem divinam potentiam cernui exhoram^is ut
semina que in te iecit nutriat, et usque ad producendum fructum
obtatum {sic) quibuscumque sublatis perducat obstaculis, teque in
hoc ardore fidei, in hac devotione mentis, in hoc religionis sludio
sine defTectu in tempora longiora conservet. — Datum iii idus
novembris, anno XVIR
1. Voir n. 99, note 1.
— 125 —
Annongant d Veveque d*Elne^ Gui de Terrena, Venvoi de la lettre
precedente, Jean XII Vengage d donner au roi de Majorque les
renseignements necessaires sur les intentions pontificales et d proce-
186 BULLAIRE DE l' INQUISITION FRANgAlSE
der lui-meme a^^ec soin d la poursuite des heretiques. — Avignon,
13 novembre 1332.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 771 ; Vidal, Proces, etc, p. 685.
Guidoni, episcopo Elnen ^. — Receptis benigne fraternitatis
tue litteris et que continebantur in eis plenius intellectis, devo-
tionem tuam et providentiam super hiis plurimum in Domino
commendantes, ecce quod carissimo in Christo filio nostro Jacobo,
regi Maioricarum illustri, per nostras clausas scribimus litteras,
quorum tenorem continet cedula presentibus interclusa. Per
alias etiam patentes litteras tue predicte fraternitati certa commit-
timus super extirpanda in eis partibus heretica pravitate, tuani
eamdem providentiam attencius exhortantes, quatinus, tain
circa instruendum et inducendum regem eundem ut nostris acqui-
escat salubribus exhortationibus, quam circa executionem })rovi-
dam commissionis predicte sic tue solicitudinis studium inter-
ponas quod divinam et nostram ex hoc benedictionis gratiani
uberius merearis. — Datum, idibus novembris, anno decimo se-
ptimo.
Sequitur tenor cedule de qua in proxima precedenti nota habe-
tur mentio. (II s'agit de la lettre au roi qui precede.)
1. Voir n. 125 his, note 1.
125 bis —
Le pape concede d Gui de Terrena, e^eque d^Elne, le pou^oi
d'exercer des poursuites contre les heretiques de son diocese, meme
en dehors des limites de ce dernier. — Avignon, 9 novembre 1332.
Reg. Vat., t. cxxvii, fol. 99, n. 490; Vidal, Proces... contre Adhemar
de Mosset, p. 685.
Yenerabili fratri Guidoni ^, episcopo Elnen. — Catholice fidei
negocio, ut extirpata heresis peste de medio fidelium clariiis
ubique fides ipsa prefulgeat, favorem quem secundum Deum pos-
sumus impendere cupientes, fraternitati tue... ut contra quos-
cumque viros et mulieres tuarum civitatis et diocesis suspectos
i
* JEAN XXII 187
vcl difTainalos de heresi, cuiuscumque status vel conditionis exi-
stant, etiam episcopali dignitate prefulgeant, extra tuas predictas
civitatem et diocesim procedere tuumque ofTicium super hiis
exercere plenarie, quibuscumque constitutionibus contrariis
nequaquam obstantibus, valeas, licentiam et facultatem ple-
nariain concedimus per presentes. Per hoc autem dilecto filio..
inquisitori eiusdem pravitatis in illis partibus auctoritate apo-
stolica deputato non intendimus in aliquo preiudicium generari.
— Datum Avinioni, v idus novembris, anno XVII°.
1. Gui de Terrena, provincial des carmes de Provence, puis general de l'ordro
(1320), promu a revdche de Majorque, lo 15 avril 1321; Iransfero a Elne, le
27 juillet 1332; mort le 21 aout 1342. Gallia christ., t. vi, col. 1056-1057; Eubel,
Hier., t. i, p. 248, 337. Voir une notice plus detaillee dans Vidal, op. cit., p. 682-
684. Plusieurs documents de ce recueil se rapportent a son action inquisito-
riale, en particulier au proces d'Adhemar de Mosset; voir n. 125, 127, 127 his,
127 ter, 130 his, 130 ter, 132, 135-136, 139.
— 126 —
Le pape ordonne d Veveque de Carpentras et d Pierre Danroche^
ses cornmissaires dans le proces de Vheretique Felicien d^Assise,
de prononcer la sentence ^, — Avignon, 21 novembre 1332,
Reg. Vat., t. cxvii, fol. xxxv, n. 199.
Venerabili fratri Hugoni, episcopo Carpentoraten., et dileclo
filio Petro Danrocha, preposito ecclesie Haemen., Lemovicen.
diocesis. — Dudum ad audientiam [etc.^comme ci-dessus, n. 118,
jusqu^d] plenius continetur. Cupientes igitur finem imponi
Inquisitionis negotio supradicto, discretioni vestre tenorc
presentium committimus et mandamus quatinus ad senten-
tiam in dicto negotio diflinitivam ferendam ratione previa
iuxta datam vobis a Deo prudenliam non obstante quod su-
per prcmissis nobis relatio facta non fueril procedere studeatis.
— Datum Avinioni, xi kalendas decembris, anno decimoseptimo.
1. Voir la bulle 118.
188 BULLAIRE DE L^INQUISITION FRANgAISB
— 127 —
Le pape concede a Gui de Terrena, e\'eque d'Elne, le pouvoir
de poursuwre dans tout le royaume de Majorque les heretiques de
quelque condition quils soient, originaires ou non de son propre
diocese, sans prejudice d'ailleurs pour les droiis des inquisiteurs
et des eveques diocesains. — Avignon, 27 decembre 1332.
Reg. Vat., t. cxvii^ fol. cl v^, n. 764; Vidal, Proces... contre
'Adhemar de Mosset, p. 686.
Guidoni, episcopo Elnen. — Cum vulpeculas demoliri vineam
domini Sabaoth sicientes, que se ad regnuin Maioricarum inter-
dum sicut accepimus conferunt, de illarum desideremus partium
finibus extirpari, fraternitati tue ... ut contra quascumque per-
sonas tuarum civitatis et diocesis, et etiam undecumque origi-
nem traxerint suspectas vel diffamatas de heresi cuiuscumque
status, ordinis, dignitatis, vel conditionis existant, etiamsi ponti-
ficali prefulgeant dignitate, possis extra tuas predictas civitatem
et diocesim in quacumque parte regni predicti Maioricarum secun-
dum- sanxiones canonicas et privilegia officio Inquisitionis here-
tice pravitatis concessa procedere tuumque plenarie ofTicium, non
obstantibus quibuscumque constitutionibus contrariis exercerCj
licentiam et facultatem plenariam tenore presentium elarginius^
Per hoc autem dilectis filiis inquisitoribus pravitatis ejusdc]
in illis partibus auctoritate apostolica deputatis vel diocesanis
talium, seu in quorum diocesibus premissa commissa fuerinl
'nolumus, nec intendimus in aliquo derogare. — Datum vi kal.
ianuarii, anno decimoseptimo ^.
1. Voir n. 124 his, 125 his, 127 his, 127 ter, 130 his, 130 ter, 132, 135-136,139^
127 bis —
Le pape felicite Veueque d' Elne de son zele et lui annonce Ven-
voi de la commission inquisitoriale qui precede (ii. 127). — A.vi-]
gnon, 28 decembre 1332.
JEAN xxn 189
Reg. Vat., t. cxvii, n, 777 ; Vidal, Proces, etc, p. 686.
Eidem episcopo Elnen. — Zelum purum quem ad dilatandum
fidem catholicam ac errores et hereses extirpandos habere cum
executione prompta dinosceris, multipliciter in Domino commen-
dantes, fraternitatem tuam rogamus et hortamur attencius, qua-
tinus, habens pre oculis solum Deum, quem [sic) incumbent tibi
super hiis ad Dei laudem et honorem Ecclesie sancte sue studiosis
operibus exequi non postponas. Et ecce, frater, quod commissio-
nem tibi mittimus de qua carissimus in Christo filius noster
Jacobus, rex Maioricarum illustris, super extirpandis heresibus
de partium illarum finibus nobis scripsit. — Datum v kal.
ianuarii, anno XVI 1°.
127 ter —
1' elicilalions au roi de Majorque pour son devouement d la cause
de la foij av^ec notificalion de Venvoi d*une commission d^inquisi-
leur general pour Veveque d*Elne. — Avignon, 28 decembre 1332.
Beg. Vai., t. cxvii, n. 776; Vidal, op. cU., p. 687.
Jacobo, regi Maioricarum. — Leta manu receptis magnificentie
regie litteris nobis novissime presentatis, per quas devotionem
sinceram quam ad nos et romanam geris Ecclesiam delectabiliter
recensendo, ad extirpandum errores et hereses de finibus regni tui
te pure ac recte intentionis zelum habere cum prompta execu-
tione operis descripsisti, exinde sublimitati regie gratiarum refe-
rinius uberes actiones, eam rogantes et in Domino exhortantes
allente, quatinus in huiusmodi laudabili proposito stabiliter per-
severet. Et ecce, fili carissime, quod comissionem venerabili fra-
Iri nostro Guidoni, episcopo Elnen., iuxta formam petitam mitti-
inus, ac carissimo in Christo filio nostro Philippo, regi Francorum
illustri, pro concedenda tibi dilatione afTectuose scribimus, ut
petisti. — Datum v kalendas ianuarii, anno XVII.
190 BULLAIRE DE L*INQUISITI0N FR\NgAlSE
— 128 —
Le pape confie d trois commissaires la cause (TYi^es de Keri'
nou, pretre du diocese de Leon, accuse d^avoir tenu des propos sus-
pects d^heresie. Ce pretre, denue de ressources, ne peut venir se
defendre damnt le cardinal Jacques Fournier, qui a ete charge de
cette afjaire. — Avignon, 25 janvier 1333.
Reg. As>en., t. xliii, fol. 539 \^.
Dilectis filiis.. archidiacono de . Kementyli ^ et magistro
Guidomari, ac Guillelmo Evenok, canonicis ecclesie Leonen.,
salutem. — Sua nobis dilectus filius Yvo de Kerinou, rector pa-
rochialis ecclesie de Plebesizin ^, Leonen. diocesis, petitione
monstravit quod nos olim ad eiusdem Yvonis instantiam cau-
sas tam super dicta ecclesia quam etiam super quibusdam
verbis per nonnullos emulos sibi impositis, que quidem verba
apud quosdam heresim sapere dicebantur, dilecto filio nostro
Jacobo^, tituli sancte Prisce, presbitero cardinali, apud Sedem
apostolicam audiendam commisimus et fine debito terminandam;
coram quo inter ven. fratrem nostrum Petrum *, episcopum
Leonen., et dilectos filios Guillelmum^, abbatem monasterii beati
Mathei in Finisbusterrarum ^, ordinis sancti Benedicti, ac magi-
strum Mauricium de Campoduro, rectorem ecclesie de Milifac ',
dicte diocesis, decretorum doctorem, et Prigentium de Castro-
sapientis, ordinis fratrum predicatorum, ipsius episcopi com-
missarios et BernardumCadiaci, presbiterum, qui se asserit ipsius
ecclesie de Plebesizin rectorem, ex parte una, et dictum Yvonem
de Kerrinou, ex altera, fuit in causis processum multipliciter
memoratis. Cum autem cause ipse nondum sint decise dictus-
que Yvo de Kerrinou, sicut asserit, paupertate depressus nequeat
amplius apud Sedem predictam prosequi causas ipsas, discre-
tioni vestre... mandamus quatinus partibus convocatis causas
easdem auctoritate nostra, servatis legitimis processibus coram
dicto cardinali habitis, audiatis et appellatione remota, fme
debito decidatis... — Datum Avinioni, viii lcalendas februarii,
auno decimoseptimo.
1. L'archidiacone de Kemenet-Ili s'etendait sur les cantons modernes de
Lesneven, de Lannilis et de Landerneau, dans rarrond. de Brest (Finistere).
JEAN XXll 191
2. Probablement Sizun (Plehs Sizun), cheMieu de canton, arrond. de Morlaix.
3. Jacques Fournier; voir n. 24, note 1.
4. Pierre-Bernard de Guemene, evfeque d« L^on, le 18 mai 1328; tranafere
a Saint-Malo, en 1349, et a Rennes, le 14 janvier 1359; mort en 1362. Gall.
chrisl., i. XIV, col. 757, 978, 1007; Eubel, Hier., t. i, p. 315, 333, 437.
5. Guillaume le»". Gall. christ., t. xiv, col. 988.
6. Saint-Matthieu, ou Saint-Mahe, ancienne abbaye a la pointe de Saint-
Matthieu, cant. de Saint-Renan, arrond. de Brest.
7. Probablement Milizac (Finist^re), cant. de Plabennec, arrond. de Brest.
— 429 —
Jean XXII met en garde le roi de France contre les rapports
mah'eillants de cerlaines personnes aii sujet de Vattitude du pape
dans la question de la i^ision beatifique ^. U arche^eque de Rouen,
Pierre Roger ^, retahlira la verite sur ce point, comme aussi sur
le fait de Varrestation d^un dominicain, Thomas Walleis^, que les
inquisiteurs d' Avignon * ont incarcere, moins parce quHl soutenait
une opinion contraire d celle du pape que pour avoir profere dans
ses sermons des heresies qualifiees, — Avignon, 28 fevrier 1333.
lieg. Vat., t. cxvii, n. 531 ; Denifle, Chartular., t. ii, p. 415, n. 971
(m ext.).
Regi Francie. — Quia sicut habet ... — Datum Avinioni,
n kalendas martii, anno decimoseptimo.
1. Je rappelle que, dans la dispute soulevee, en 1331, a propos dela vision
beatifique, Jean XXII soutint que les dmes des justes nc jouissent pas^ avant le
jugement dernier, de la vue inluitive de Dieu. Cette attitude ne laissa pas que
d'etonner; car la majeure partie des theologiens, sans parler de la generalite des
fidMes, tenaient pour la vision beatifique imm^diate. L^Universite de Paris
8'emut et Philippe VI de Valois avec elle. L'opinion de Jean XXII fut vivement
censuree et le roi se permit de faire des remontrances k Sa Saintete. Voir les
documents se rapportant k ces episodes de la lutle dans Raynaldi, ad ann. 1331,
i33^, 1334. On sait que Jean XXII, reconnaissant son erreur, la retracta sur
son lit de mort, et que son successeur Benoit XII dennit le dogme de la vision
Iteatifiquo immediate. Raynaldi, ad ann. 1334, n. xxxv; ad ann. 1335, n. iii.
2. Pierre Roger, O. S. B., mattre en theologie, en 1323; moine de Tabbaye
de la Chaise-Dieu; prieur de Saint-Pantaleon au diocese de Limoges, puis (1324)
de Saint-Baudile dans celui de Nimes, et de Savigny dans celui do Lyon; abbe
de Fdcamp, le 23 juin 1326; promu k r^v6ch6 d'Arras, le 3 dicembre 1328;
192 BULLAIRE DE L*INQUlSlTlON FRANgAlSE
transfere a Sens, le 24 novembre 1329; a Rouen, le 14 decembre 1330; cardinal
du titre des Saints-Neree-et-Achillee, le 18 decembre 1338; pape sous le nom de
Clement VI, le 7 mai 1342; mort le 6 decembre 1352. Baluze, Vitae, t. i, col. 835,
836; Gall. christ., t. iii, col. 336; t. xi, col. 77-78; t. xii, col. 72-73; Eubel, Hier.,
p. 17, 117, 447, 471; Denifle, ChartuL, t. ii, p. 272, note 1.
3. Thomas Walleis, ou le Gallois, dominicain anglais, maitre en theologie
avait nettement pris parti contre les fraticelles, a Bologne et a Arezzo. Dans
cette derniere ville, disait-il lui-meme, il avait soutenu une discussion publique
devant cinquante freres mineurs plus ou moins infeodes a la secte, et les avait
demasques. II dira plus tard devant ses juges que ce fut la la cause principale
de son arrestation. L'inquisiteur ne la lui avait point, du reste, cachee.Il se trou-
vait a Avignon quand s'ouvrit le debat sur la vision intuitive. Au dire de cer-
tains, il aurait commence a precher le 27 decembre 1331. L'inquisiteur Guil-
I aume de Montrond affirma que son premier sermon avait eu lieu le 3 janvier
1333. Le theme en etait : Implebit illum spirifu sapientiae et intellectus.
L'orateur y defendait la these de la vision immediate et lan^ait Tanatheme contre
les partisans de Topinion adverse. Le sermon fut suivi d'une declaration ecrite
jue devant la foule. Peu de jours apres, Thomas etait arrete par ordre de Tin-
quisiteur, comme suspect d'heresie. Dans un proces-verbal, date du 9 janvier
1333, Guillaume de Montrond declare avoir releve dans le sermon du dominicain
six erreurs au moins. Mais aucune n'avait trait directement a la question contro-
versee. Le motif de Tarrestation, d'apres frere Thomas, j'ai deja dit quel il etait.
II ne cesse de protester contre Finquisiteur qui lui est « hostile », et de dire qu'il
trouverait plus de justice a la cour du khan des Tartares ou chez le sultan que
chez un tel juge. Les livres de comptes de la Chambre relevent les sommes
d'argent payees a ce dernier, de fevrier a octobre 1333, pour Tentretien de son
prisonnier. Introitus et exitus, t. cxxxii, fol. 64-66.
La nouvelle de cette arrestation avait emu le roi; d'autant qu'a s'en tenir
aux bruits qui couraient, le predicateur n'avait ete incarcere que par ordre du
pape dont il avait publiquement censure ropinion. On disait aussi que ce mal-
heureux etait soumis a de mauvais traitements. Jean XXII se hata de rassurer
le roi par ses lettres du 28 fevrier et du 12 mars (n. 129-130). Cetait Tinqui-
siteur qui avait ordonne Tarrestation. Le motif en etait moins le fait d'avoir
censure Tavis du pape que d'avoir profere des erreurs sur d'autres points de
doctrine. Quant au prisonnier, ce n'est pas dans un cachot infect qu'il est en-
ferme, mais dans une cellule spacieuse, qui ne doit point lui faire regretter celle
de son couvent. Enfin le pape mettait le roi en garde contre les rapports mal-
veillants et les fausses nouvelles.
Cependant Thomas Walleis occupait les loisirs de sa detention a composer,
sans livres ni references, une sorte de traite qui, dans sa pensee, devait etre une
defense. II Tintitula : De instantihus et momentis et prit ce texte de rficriture
pour theme : Non est ve9trum nosce tempora vel momenta. II ecrivit aussi des
Reponses k quelques articles qui lui furent objectes au cours de son proces. Le
traite De instantihus tomba entre les mains de Tlnquisition qui en fit son profit.
Les 6, 7, et 15 septembre 1333, une commission de prelats, de religieux et de
docteurs de marque, au nombre de treize, se reunit, par ordre du pape, sous la
presidence des cardinaux-eveques de Palestrina et de Tusculum, et de Gasbert
de Laval, archeveque d'Arles, camerlingue, pour examiner dix-huit propositions
JEAN XXII
193
reputees erronees, tirees, les onze prentxi^res d*un opuscule de Durand de Saint-
Pour^ain, et les sept autres des ecrits de Thomas Walleis. Denifle, CharluL,
t. II, n. 975. Des sept articles imputes k Thomas, trois provenaient de son
sermon; les quatre autres, du traite De instanlibus. L'auteur se plaignit plus tard
qu'on lui eut faussement attribue vingt-quatre erreurs, disant que ses ennemis
avaient peine pour les extraire de ses ouvrages et en particulier d'un traite dont
ils n'etaient pas surs qu'il fiit Tauteur et que la plupart n'avaient jamais lu.
Nul ne s'etait enquis de lui 8'il Tavait ^crit ou non. Les pages sorties de sa plume
n'etaient qu'une ebauche, semee de blancs et de lacunes, une sorte de brouillon
k son usage personnel, fait k la hSte et sans un livre. II 8'en etait dessaisi, dit-il,
promptement, ne voulant point livrer ses ecritures aux gens qui penetraient
a tout instant dans sa cellule. Or ses adversaires avaient tire de la les articles
incrimincs. Jean XXII dira plus tard (n. 138) que cet ecrit renfermait au moins
seize erreurs. D^s le 15 septembre, le pape priait le roi et la reine (n. 133-134)
d'ecouter les explications que Pierre Roger, archevSque de Rouen, avait mis-
sion de leur apporter, de vive voix, au sujet de ces erreurs et de celles de Durand
de Saint-Pour^ain. Deux mois apr^s (18 iiovembre 1333), c'etait le traite m6me
de Thomas Walleis que Jean XXII faisait remettre k Leurs Majestes, avec une
defense, ecrite par lui-mSme, de Topinion qui lui tenait k coeur. Pierre Roger
devait fournir les eclaircissements et, au besoin, apporter d'autres arguments
(n. 137-138).
A cette date, cependant, la cause de Thomas Walleis avait ete retiree k Tln-
quisition, et lui-mSme transfere dans les cachots du pape (22 octobre 1333). Le
geolier re^ut deux sols par jour pour son entretien. Introitus et exitus, t. cxxxvi,
fol. 76, 78 vo. L'a(Taire fut confiee aux cardinaux Jacques Fournier et Raymond
de Mostuejouls, tous deux experts dans les choses d^Inquisition. A partir de
ce moment, le religieux fut mieux traite. Cest rassurance que le pape se plait
k donner au roi, le 20 mars 1334, en lui annon^ant cette transformation (n. 141) .
Le 15 mars, Thomas comparut pour la premi^re fois devant ses juges et se plai-
gnit am^rement des procedes peu d^Iicats dont on avait us^ k Tegard de sa per-
sonne et de ses ecrits. La suite de son proc^s nous est inconnue. II etait encore
en prison sous le pontificat de Benott XII (Jacques Fournier), et en vie, quoique
libere, sous celui de Clement VI (Pierre Roger). Le 21 fevrier 1349, un de ses
amis essaie d'apitoyer le pape sur le sort de ce religieux, Age et malade. Voir,
8ur cette aflaire, Qu^tif et £chard, op. cit., t. i, p. 597-602; Denifle, Chartular.,
t. II, p. 415, 424 et docum. n. 971, 975. Cet auteur a consulte le ms. Ji. 3.10 de
la bibliotheque de Cambrigde, qui contient en grande partie les actes du procds.
Mortier, Hiatoire des maltres giniraux, t. iii, p. 76-81.
4. L'un d'eux etait Guillaume de Montrond, inquisiteur de Provence. A sa
demande, le 13 avril 1336, Ic pape Benoit XII engagea les prelats, les inquisi-
teurs, les seigneurs et les villes de Lombardie k se prSter k la capture de certains
vaudois originaires de Provence et refugies en Lombardie (n. 149). Les actes
du proc^s d'Andre de Galiano font allusion k un des socii de cet inquisiteur,
Pons Rebolh, qui assista, avec lui, le 29 juillet 1338, a racquittement de ce
frere mineur, prononce par le commissairc apostolique, Guillaume Lombard.
Regesl. A^enion., t. lvii, fol. 475 sq. ; cf. n. 163. Le livre de comptes des Claveries
du Comtat Venaissin nous transmet le nom d'un heretique de Malaucene (Vau-
cluse), maftre Guillaume Andr^, condamn^ par lui, et dont les biens, confisqu^s
BULLAIRE — 13
194 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
au profit des caisses pontificales, figurent parmi les recettes de 1337-1338.
Regest. A^enion., t. liii, fol. 327. Guillaume de Montrond etait encore en charge
en 1342. Le 11 juillet de cette annee, Clement VI lui accorda, pour son neveu,
Pons de Montrond, moine benedictin de Psalmody (Gard), la collation d'un
prieure dans le diocese de Nimes (n. 182).
— i30 —
Jean XXII au roi de France. II le met en garde de nou^eau
contre les rapports mali^eillants et Vassure que le religieux incarcere
a Avignon Va ete non par le pape, mais par les inquisiteurs, non
pour ai>oir soutenu que les dmes des justes jouissent de la ^we de
Vessence dipine a<^ant le jugement, mais parce quil enseignait des
heresies dans ses discours. II nest pas detenu dans une prison etroite,
mais bien dans une chambre con^enable ^. — Avignon, 12 mars
1333.
Reg. Vat., t. cxvii, fol. 109 v^, n. 541 ; Denifle, Chartul., t. n
p. 417, n. 973 {in eoct.).
Eidem regi [Francie]. — Innotuimus nuper ... Sane quia,
sicut intelleximus, viri mendaces non cessant mendaciis variis
animum regium contra nos irritare, rogamus circumspectionem
regiam ut nolit talibus fidem dare. Quicquid enim de fratre illo
capto Avinioni exposuerunt, quantum ad hoc quod nos ipsum
ceperimus aut captum teneamus, quodque captus est quia
predicaverat sanctorum animas videre divinam essentiam, et
quod in diro carcere detinetur, totum est veritati [contrarium];
quia non per nos, sed per inquisitores heretice pravitatis captus
extitit et captus detinetur; nec ob hoc quod premissa predicaverat,
cum nonnulli alii predicaverint et plures de hoc disputaverint,
qui nequaquam fuerunt capti, sed quia in sermone suo do-
gmatizare hereses dicebatur, ideo ab inquisitoribus fuit captus
et adhuc detinetur, non in diro carcere, sed in una honesta camera,
de qua in suo ordine esset bene contentus... — Datum iiii idus
marcii, anno XIIII°.
1. Voir la buUe precedente, note 3.
JEAN XXII 195
— 130 bis —
Le pape se reserve (V entrelenir le roi de Majorque de Vafjaire
d' Adhemar de Mosset ^ dans Ventrevue quil doit avoir avec lui, d
bref delai, d Avignon. — Avignon, le 31 mars 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 786; Vidal, Procis, etc., p. 691.
Regi Maioricarum. — Cessit nobis ad gaudium felix regius
transitus, Illique pro eo referimus gratias qui ventis marique
imperat et obediunt ei; cui utique gaudio adecit letitiam spes
que habetur probabiliter quod via regia excellentie afTeret regie
honoris ac comodi incremento : quod Ille dignetur efficere cui
cum voluerit subest posse. Sane presentia regia nobis cum aderit
gaudia merito cumulabit. De facto AdemarideMossetoad presens
nil scribimus, quia illud intendimus, dante Domino, auditui regio
vive vocis oraculo latius explicare. Profecto, fili carissime, com-
paratio Habrae in litteris adiecta regiis apud nos impertinens
admodum visa fuit, ideoque illam deinceps petimus a litteris regiis
exulare. Gratia Domini cor regium in agendis dirigat et protegat
ab adversis. — Datum ii kalendas aprilis, anno decimoseptimo.
1. Sur le procis d'Adh^inar de Mosset, voir notre memoire Procia d^Inquisi-
tion contre Adhemar de Mosset, noble Roussillonnais, inculpi de higuinisme,
dant Revue dhist. de V £glise de France, t. i, p. 555-589, 682-699, 911-724 ; et
les n. 130 Ur, 135-136, 139.
— 130 ter —
Le pape n^a pu encore s^occuper de Vafjaire de Mosset, mais il
ne tardera pas d prendre les dispositions necessaires. — Avignon,
18 avril 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 787; Vidal, op. cit., p. 692.
Eidem regi. — Scripturas illas de quibus sermo inter te, fili
carissime, et nos habitus fuit transcribi mandavimus, quas cum
scripte fuerint tue celsitudini transmittemus. De facto Ademari
nondum ordinavimus, aliis arduis occupati; sed de illo cito dante
I9ft BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
Domino curabimus ordinare. — DatumXIIII kalendas maii, anno
decimoseptimo.
- 131 —
Le pape ordonne d Alain Gontier, e^eque de Quimper, de faire
justice de Vaccusation d'heresie portee par Y^es de BoisboisseL
ancien e<^eque le Quimper, depant le parlement de Bretagne, contre
Yi^es de Gormon, abbe de Landevennec, et par suite de laquelle
Jean III, duc de Bretagne, a confisque les biens de Vabbaye. —
Avignon, 13 aout 1333.
Reg., t. xLiii, fol. 584 v^; Gall. christ., t. xiv., col. 897-898
(anal.).
Venerabili fratri Alano ^, episcopo Corisopiten., salutem. — Cum
simus omnibus... Ex tenore siquidem petitionis dilecti filii Yvonis^,
abbatis monasterii sancti Wingolai de Landegennoc ^, ordinis
sancti Benedicti, tue diocesis, nobis porrecte collegimus quod
olim ven. fratre nostro Yvone *, Maclovien., tunc Corisopiten.
episcopo, proximo predecessore tuo, dum ecclesie Corisopiten.
regimini presidebat in personam dicti abbatis quem prefecera'
mus ipsi monasterio in abbatem, dictumque monasterium suum
dura diutina et indebita indignatione concepta, ex indignatione
huiusmodi coram dilecto filio nob. viro Johanne, duce Britannie ^,
in Parlamento publico prelatorum et baronum ducatus eiusdem
Britannie, in quo quidem ducatu ecclesia et monasterium prefata
existere dinoscuntur, minus veraciter proponente quod eundem
abbatem de heresi suspectum habebat, ac petente a prefato
duce dictum abbatem sibi tradi per eum de huiusmodi crimine
puniendum, predicto abbate ne traderetur dicto predecessor
tuo ad sui defensionem in contrarium asserente, tandem prefa-
tus dux iamdictum abbatem presentem et consentientem rece-
pturum super huiusmodi propositis iusticie complementum ad
nostrum et apostolice Sedis iudicium remisit, cum suarum testi-
monio litterarum : asserens pro suo libito quod temporalia dicti
monasterii ad manum suam poneret et teneret, donec aliquam
fidem de innocentia eiusdem abbatis haberetur; et quod asse-
JEAN XXII 197
ruit de dictis temporalibus ad manum suam ponendis et tenendis
ut prefertur operis subsequentis executione complevit. Quare
nobis idem abbas humiliter supplicavit, ut cum ipse propterea
et alia personaliter ad dictam Sedem et ad presentiam nostram
accesserit cum litteris prelibatis et per eundem predecessorem
seu pro eius parte nichil contra eum super huiusmodi hereseos
crimine propositum fuerit, vel obiectum, idemque dux adhuc
ad manum suam temporalia teneat supradicta, ipseque abbas
de tali crimine se reputet innocentem, preservare ipsum exinde
ab infamia maculosa suoque providere statui ac indempnitati
eius et ipsius monasterii precavere quoad temporalia prefata,
de ipsius sedis clementia dignaremur. Quia igitur... Fraternitati
tue... mandamus et committimus quatinus auctoritate nostra,
vocatis dicto predecessore et aliis qui fuerint evocandi et auditis
hinc inde propositis de huiusmodi per ipsum predecessorem con-
tra dictum abbatem in eodem Parlamento ut supradicitur pro-
positis inquiras summarie et de plano sine strepitu et figura
iudicii cum diligentia veritatem, et de premissis facias iusticie
complementum. Contradictores... Non obstantibus... — Datum
Avinioni, idus augusti, anno decimoseptimo.
1. Alain Gontier (cf. n. 143), chanoine de Nantea, docteur en theologie, promu
a revSche de Saint-Malo, le 2 mars 1317; transfere k Quimper, le 22 janvier
1333; mort vers 1335. GalL chrisL, t. xiv, col. 883, 1007; Eubel, Ilier., t. i,
p. 219,333.
2. Yves de Gormon, abbc de Saint-Guenole, le 17 aotkt 1317, mort le 17 juin
1344. GalL chrisL, t. xiv, col. 897-898.
3. Landevennec (Finist^re), cant. de Crozon, arrond. de Ch&teaulin.
4. Yves de Boisboissel, evlque de Treguier (7 octobre 1327); promu k
Quimper, le 31 aoikt 1330; transfere a Saint-Malo, le 22 janvier 1333; mort en
1348. GalL chrisL, t. xiv, col. 883, 1007, 1125; Eubel, Hier., t. i, p., 219, 333, 521.
5. Jean III /c Bon, fils d*Arthur II et de Marie de Limoges, ne le 8 mars
1286; duc de Bretagne de 1312 a 1341. De Mas-Latrie, op. cit., col. 1573; Arl
de verifier les dales, II® part., t. xiii, p. 218.
— 132 —
Le pape decide que Veveque de Maguelonne ^ devra se joindre
a celui d' Elne^ et d Vinquisiteur pour conduire le proc^s d^ Adhe-
mar de Mosset *, inculpe d'heresie, qui refuse d' ohtemperer d la
198 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
citation lancee contre lui par Vepeque d'Elne, sous pretexte quil
echappe d la competence de ce prelat. — Avignon, 13 septem-
bre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 919; Vidal, Proces contre Adhemar, p. 694.
Venerabilibus fratribus Guidoni, Elnen., et Johanni, Maga-
lonen. episcopis. — Intelleximus nuper quod tu, frater, Elnen.
episcope, contra nobilem virum Ademarium de Mosseto, tue
diocesis, super certis capitulis heresim et errores tangentibus de
quibus ipse suspectus dicebatur existere volens procedere ut debe-
bas, eundem nobilem, tam vigore litterarum nostrarum, inde
tibi directarum, quam iure potestatis ordinarie citari fecisti ut
certo sibi prefixo termino coram te responsurus dictis capitulis
compareret. Sed ipse moliendo declinare absque iusta et rationa-
bili causa forum tuum parere citationi huiusmodi non curavit.
Nos igitur, volentes quod super eodem negotio pure ac iuste,
cessante suspitione qualibet, procedatur, te, frater, episcope Ma-
galonen., in eodem negotio tenore presentium duximus adiun-
gendum. Quocirca fraternitati vestre... committimus et mandamus
quatinus, vocato dilecto filio.. inquisitore heretice pravitatis in
eis partibus auctoritate apostolica deputato, vel eius vicesge-
rente, ac una cum ipso, in loco seu locis de quibus vobis videbitur
non suspectis, etiam extra vestras vel alterius vestrum civitates
et dioceses, super dicto negotio iuxta statuta canonum et privi-
legia concessa officio Inquisitionis pravitatis predicte solerter
et fideliter procedere ac exhibere complementum iusticie solum
Deum habendo pre oculis studeatis. — Datum Avinioni, idus
septembris, anno decimo octavo.
1. Jean de Vissec; voir n. 87, note 2.
2. Gui de Terrena; voir n. 125 his, nole 1.
3. Voir n. 130 his, 130 ter, 135-136, 139, et notre m^moire deja cite.
— 133 —
Le pape annonce d la reine de France^ que V archei^eque de Rouen,
Pierre Roger ^, lui fournira de {>ive voix toutes les explications desi-
rahles sur les erreurs professees, soit par Thomas Walleis, domi-
JEAN XXII 199
nicain, arrete d Avignon ', soit par Durand de Saint-Pourgain *,
eveque de Meaux, dans Vopuscule dont il est Vauteur ^, au sujet de
la vision beatifique. — Avignon, 15 septembre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 929; Denifle, Chartularium, t. ii, p. 425,
n. 976.
Regine Francie. — Quod te filia... — Datum xvii kalendas
octobris, anno decimo octavo.
1. Voir n. 105, note 1.
2. Voir n. 129, note 2.
3. Voir n. 129, note 3.
4. Durand de Saint-Pourgain, de Tordre des fr^res prScheurs; maitre en theo-
logie, en 1312; destin^ d'abord (26 aout 1317) au nouvel evSche de Limoux;
transf^r^ au Puy, le 14 fevrier 1318, lorsque Jean XXII eut abandonne le projet
d'unev^chea Limoux; ev^que de Meaux, le 13marsl326; mort le 10 septembro
1334. Eubel, Hier.,p. 91, 319, 349; Gall. chrisL, t. ii, col. 723; t. vm, col.
1634-1635; Quetif et £chard, Script. ord. praed., t. i, p. 586-587; Denifle, Chart.,
t. 11, p. 218, note 11, p. 424. Voir U. Chevalier, Repertoire, etc.
5. Jean XXII avait demande, sur la vision beatiflque, leur avis aux th^olo-
giens les plus celebres. Durand fut invite a formuler le sien par ecrit. II defendit
Topinion de la vision immediate dans un opuscule qui deplut au pape et qui fut
defere a une commission de th^ologiens. Ceux-ci y relevferent onze articles erro-
nes, Bur lesquels Tassemblee des 6, 7 et 15 septembre 1333 eut k se prononcer.
Voir n. 129, note 3.
L'opuscuIe de Durand a ete publi^ en partie et en partie analyse par Ray-
naldi, ad ann. 1333, n. xlix-lvii, d'apr6s le texte que le cardinal Jacques Four-
nier (Benoit XII) a fait joindre au traite dans lequel il prend lui-mdme la
defense de TevSque de Meaux. Ms. lat. Vat., 4006, fol. 285 sq.; cf. J.-M. Vidal,
Notice 8ur les ceuvres du pape Benotl XII, dans Revue d'histoire ecdesiastique,
1905, t. VI, p. 792-795.
— 134 —
Meme lettre au roi de France. — Avignon, 15 septembre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, fol. clxxxviii, n. 931.
Eidem rcgi [Francie]. — In quot errores * in suo sermone here-
tice pravilalis, quotquc etiam.. Melden. episcopus dogmati-
zaverit in quodam libello quem hiis diebus preteritis ordinasse
dicitur et a quot magistris sint errores predicti dampnati ven.
200
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
frater noster P., Rothomagen. archiepiscopus, circumspectioni
regie, si audire libuerit, lacius explicabit, cui placeat excellentie
regie fidem indubiam adhibere. — Datum ut supra (xvii kalendas
octobris, anno decimo octavo).
1. La lettre precedente adressee a la reine de France permet de combler ainsi
la lacune qui existe a cet endroit : in quot errores [predicator ille qui captus fuit
A^inione ab inquisitoribus pravitatis heretice in suo sermone inciderit) quotque
etiam . . Melden., etc.
135-136 —
Le pape notifie au roi de Majorque Vadjonction, faite par lui, de
Vei>eque de Maguelonne d Veveque d' Elne et d Vinquisiteur pour la
conduite du proces d* Adhemar de Mosset. 11 insiste aupres du roi
comme aupres de Veveque d' Elne pour que nulle injustice ne soit
commise d Vegard de ce seigneur ^. — Avignon, 7 octobre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, fol. ccxlv v^, n. 1248, 1249; Vidal, Proces,
etc, p. 695, 696.
Regi Maioricarum. — Ut inceptum per venerabilem fratrem no-
strum Guidonem, episcopum Elnen., contranobilem virum Adema-
rium de Mosseto inquisitionis negotium pure ac sine suspitione
procedatur, ven. fratrem nostrum Johannem, episcopum Magalo-
nen.,eidem Elnen. episcopo ac inquisitori heretice pravitatis duxi-
mus adiungendum. Quocirca regiam excellentiam rogamus attente
quatinus ipsum nobilem, ne inferatur sibi iniuria, sed potius, quan-
tum sine preiudicio eiusdem Inquisitionis negocii fieri poterit,
tractetur favorabiliter benivolentia regia habeat commendatum.
Datum nonis octobris, anno XVIII.
Eidem episcopo Elnen. — Cum, sicut novit tua fraternitas, in
negotio fidei puritas sit servanda, fraternitatem hortamur ean-
dem quatinus, ne, super negotio inquisitionis per te contra nobi-
lem virum Ademarium de Mosseto incepte, sibi aliqua inferatur
per te, aut collegam tuum, vel inquisitorem iniuria sed pure pro-
cedatur et iuste studeas precavere. — Datum ut supra.
1. Voir, sur cette affaire, les n. 125 bis, 127, 130 bis, 130 ter, 132, 139.
JEAN XXII
— 137 —
201
Le pape eni>oie a Pierre Roger, archeveque de Rouen, Vopuscule
ecrit par Thomas Walleis, pour defendre ses erreurs. II dei^ra le
remetlre au roi et d la reine de France avec un memoire ecrit par le
pape lui-meme en fai^eur de Vopinion contraire d la vision beati-
fique immediate. U archeveque de^^ra s'efforcer de faire accepter cette
opinion par Leurs Majestes ^. — Avignon, 18 novembre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 979; Denifle, ChartuL, t. ii, p. 427, n. 979
[in ext.).
Petro archiepiscopo Rothomagen. — Fraternitatem tuam volu-
mus... — Datum Avinioni, xiiii kalendas decemhris,anno XVIII.
1. Voir n. 129, notes.
— 138 —
Le pape ecrit au roi de France sur le meme sujet .* le sermon de
Thomas Walleis; son arrestation pour cause d'heresie; Vopus-
cule quil a ecrit dans sa prison pour sa defense et dans lequel sont
contenues au moins seize heresies. Le roi doit itre en garde contre
les intrigues des partisans de ce malheureux *. — Avignon, 18 no-
vembre 1333.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 173; Denifle, Chartul., i. ii, p. 428, n. 980
(m exf.).
Regi Francie. — Fili carissime, per plures... — Datum xiiii
kalendas decembris, anno XVIII.
1. Voir n. 129, note».
202 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 139 —
Vei>eque de Maguelonne etant absent, sans espoir de retour pro-
chain, le pape designe Hugues Auger, chanoine de Narbonne, pour
le remplacer dans Vaffaire d' Adhemar de Mosset ^. — Avignon,
13 janvier 1334.
Reg. Aven., t. cccxxxviii (Bened. XIII, t. lxi), fol. 100, Bullae
Joannis XXII; Regest. Vatic, t. cvii, n. 976; Vidal, Proces, etc,
p. 696.
Ven. fratri Guidoni, episcopo Elnen., et dilecto filio Hugoni
Augerii, canonico Narbonen., salutem, etc. — Dudum intellecto
quod tu, frater episcope, contra nobilem virum Ademarium de
Mosseto, Elnen. diocesis, super certis capitulis heresim et errores
tangentibus de quibus idem Ademarius suspectus dicebatur
existere, volens procedere, ut debebas, eundem nobilemtam vigore
litterarum nostrarum inde tibi directarum quam iure potestatis
ordinarie citari feceras ut certo sibi prefixo termino coram tej
responsurus [super] dictis capitulis compareret, et quod ipsej
Ademarius moliendo declinare absque iusta et rationabili causaj
forum tuum parere citationi huiusmodi non curarat, nos volentes
quod super eodem negotio pure ac iuste, cessante suspicione qua*
libet, procederetur, ven. fratrem nostrum Johannem, episcopuraj
Magalonen., in eodem negotio per nostras certi tenoris litterasj
duximus adiungendum, dantes tibi et eidem episcopo per eas-
dem litteras in mandatis ut tu et ipse, vocato dilecto filio . . inqui-j
sitore heretice pravitatis in illis partibus auctoritate apostolicaj
deputato, vel eius vices gerente, ac una cum ipso, in loco seu locisj
non suspectis de quibus tibi ac dicto Magalonen. episcopo videre-
tur, etiam extra vestras vel alterius vestrum civitates et dioceses
super dicto negotio, iuxta statuta canonum et privilegia concessaj
ofTicio Inquisitionis pravitatis predicte solerter et fideliter proce-
dere, ac habendo pre occulis solum Deum complementum exhiberej
iusticie studeretis, prout in nostris inde confectis litteris pleniusi
continetur. Verum cum [orig. : tam] predictus Magalonen. epi-
scopus absens et in remotis partibus esse dicatur, nec de eius vicinoj
redditu speretur ad presens, Nos... te, fili Hugo, in huiusmodij
negotio prefato Magalonensi episcopo tenore presentium subro-
gamus. Quocirca discretioni vestre per apostolica scripta manda-J
JEAN XXII 203
mus quatinus, vocato dicto inquisitore, vel eius vices gerente, ac
una cum ipso in premissis solerter et fideliter procedere ac com-
plementum iusticie reddere studeatis... — Datum Avinioni,
idus ianuarii, anno XVIII.
1. Voir sur cette affaire ies n. 130 bia, 130 ter, 132, 135-136 et notre m^moire :
Proces d' Iiiquisition, etc.
— 140 —
Le pape informe le roide Francedes mesures prises jusqu dce four
d Vendroit des poursuites exercees par certains inquisiteurs contre des
defunts non convaincus d*heresie de leur \fivant. Le pape a defendu
que Von pronongdt des sentences contre de telles gens avant d^avoir
pris son propre avis. II a confie Vexamen de cette question d^abord
d deux, puis d quatre cardinaux, dei>ant lesquels a comparu Vinqui-
siteur de Carcassonne. Cette commission na point termine ses tra-
vaux. — Avignon, 10 mars 1334.
Reg. Vat., t. cxvii, fol. cxcii vo, n. 965.
Regi Francie. — Ex serie quarumdam litterarum regiarum
nobis presentatarum hiis diebus preteritis perdilectum filium ma-
gistrum Guidonem Baudeti, decanumecclesie Parisien,, clericum
regium, percepimus excellentie fuisse regie intimatum quod gentes
nostre dilectis filiis.. inquisitoribus heretice pravitatis Tholose
et Carcassone inhibuerant ne de crimine heresis inquirendo se
intromitterent specialiter contra illos qui mortui fuerant non
confessi de crimine antedicto; ideoque circumspectio regia nos
rogabat ut mandatum deberemus huiusmodi revocare, cum de
hiis consueverint dicti inquisitores etiam contra mortuos inqui-
rere a tanto tempore de quo memoria in contrarium non existit.
Ad que providentie regie taliter respondemus quod verum est
quod clamosa insinuatio ad nostrum fratrumque nostrorum per-
duxit auditum quod inquisitores ad proferendum sententias su-
per dicto crimine contra mortuos, non servata iustitia, in grave
heredum ipsorum preiudicium et totius ipsorum generis proce-
debant et procedere intendebant. Nos itaque cum fratribus
204 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
nostris super hiis deliberatione prehabita diligente volentes de
hiis que contra inquisitores proposita fuerant informari ple-
nius ac taliter providere quod nec crimen impunitum rema-
neat et mortuorum qui conqueri nequeunt iustitia illibata ser-
vetur, dictis inquisitoribus de fratrum eorumdem consilio scripsi-
mus ne ad condempnandum vel absolvendum aliquem mortuum,
qui de heresi de qua cum viveret non fuisset confessus, procederent
nisi prius nobis consultis super hoc et omnibus processibus origi-
nalibus factis contra defunctos huiusmodi, si tuncessent completi,
alioquin cum essent completi, per nuntios fideles integraliternobis
missis ^. Postque .. ^ inquisitore Carcassonen. comparente per-
sonaliter coram nobis, nos de fratrum eorundem consilio exami-
nationem dicti negotii, ut dictum negotium expeditionem (sic)
consequeretur exitum, commisimus dilectis filiis Jacobo^, sancte
Prisce, et Raymundo *, tituli sancti Eusebii, presbiteris cardinali-
bus, qui pro eo quod in partibus illis episcopi fuerant ac frequenter
in negotiis Inquisitionis interfuerant habere poterant promptius
noticiam de predictis. Qui tandem inquisitore presente relatione
facta in consistorio nobis et dictis fratribus de predictis, cum
inquisitor cum relatione predictorum cardinalium concordaret
in omnibus, pluries ipsos audivimus hinc et inde. Tandem ut nego
tium posset promptius expediri duobus prefatis cardinalibus
adiunximus dilectos filios nostros Petrum ^, tituli sancti Martini
in Montibus, et Petrum ^, tituli sancti Stephani in Coeliomonte
presbiteros cardinales, qui una cum duobus prefatis vel eorum
altero procederent in negotio antedicto. Hec sunt que fecimus in
predictis multorum clamoribus excitati qui multa conmita {sic)
illicita per inquisitores contra mortuos specialiter asserebant.
— Datum Avinioni, vi idus marcii, anno XVIII.
1. Voir cette bulle, n. 106.
2. Henri de Chamay, n. 84, note 1.
3. Jacques Fournier; n. 24, note 1.
4. Raymond de Mostuejouls; n. 22, note 3.
5. Pierre de Chappes; n. 46, note 3.
6. Pierre Tissier de Saint-Antonin ; n. 67, note 7.
JEAN XXII 205
— 141
Jean XXII annonce au roi que Thomas Walleis a ete relire
des mains des inquisiteurs dont il avait d se plaindre et enferme dans
les prisons du pape ^. Sa cause a He confiee aux deux cardinaux
Jacques Fournier ^, du titre de Sainte-Prisque, docteur en theologie,
et Raymond de Mostuejouls *, du titre de Saint-Eusebe, tous deux
experts dans les choses d* I nquisition, pour y avoir ete meles dans
la province de Toulouse. On traite ce religieux aussi humainemenl
que possible. — Avignon, 20 mars 1334.
Reg. Vat., t. cxvii, n. 1007; Deniae, Chartul., t. ii, p. 440, n. 986
(m ext.).
Regi Francie. — Si nuncios primos... — Datum Avinioni, xiii
kalendas aprilis, anno XVIII.
1. Voir n. 129, note 3.
2. N. 24, note 1.
3. N. 22, note 3.
BENOIT XII
(1334-1342)
BENOIT XII
(1334-1342)
— 142 —
Benoit XII ratifie la concession faite par Veveque^ approuvee
par le chapitre de Pamiers, de Vofpce de notaire des causes ciwiles
de Vofficialite diocesaine en fa^feur d^Arnaud Raymond Falcou^
familier du pape, en raison des services par lui rendus d BenoitXlI
iandis quil etait eveque de Pamiers et d la tete du tribunal de VIh'
quisition. — Avignon, 23 fevrier 1335
Reg. Vat.y t. cxx, n. 849; J.-M. Vidal, BenoU XII, Lettres com-
muneSf n, 2301 ; cf. uovam confirm. postulatam ab Arnaldo
Raymundo, Supplicat Clem. VI, t. ii^ fol. 170.
Dilecto filio Arnaldo Ramundi Falconis ^, clerico Appamia-
rum, familiari nostro, salutem, etc. — AfTectus benivolentie
specialis quem ad personam tuam intuitu tue placide familia-
ritatis gerimus et habemus, et obsequiorum gratitudo continua
que nobis ab olim fideliter impendisti et exhibere sedulis et de-
votis studiis non desistis [ ], nos excitant et inducunt
ut personam tuam favore benivolo prosequentes votis tuis libe-
raliter annuamus. Sane oblata nobis tua petitio continebat quod
nuper venerabilis frater noster Dominicus ^, episcopus Appa-
miarum, attendens et considerans gratum servitium per te
ecclesie Appamiarum in ofiicio Inquisitionis heretice pravitatis
tempore quo dudum, antequam ad cardinalatus honorem et
deinde ad apostolicam dignitatem et regimen universalis ecclesie,
licet inmeriti, essemus assumpti, prefate ecclesie Appamiarum
prefuimus, fideliter impensum; tam ob hoc quam ex aliis iustis
et rationalibus causis in aliquo remunerare te volens, tabula-
rium causarum civilium curie sue ofiicialatus Appamiarum .cum
BULLAIRE — 14
210 BtJLLAIRE DE L*INQUISiTlON FRANgAISB
medietate totius emolumenti ratione omnium scripturarum ad
idem tabularium pertinentium exinde proventuri, tibique tan-
quam benemerito per suas litteras ad vitam tuam dedit et con-
cessit pro se suisque successoribus ac etiam assignavit; volens et
concedens nihilominus quod tu tabularium ipsum regere ac ei
deservire valeres communibus expensis totius prefati emolumenti
eiusdem tabularii per te vel per sufficientem et ydoneum su-
stitutum; quodque postmodum dilecti filii capitulum prefate
ecclesie Appamiarum donationem seu concessionem huiusmodi
tabularii predicti per dictum episcopum tibi ut premictitur
factam gratam et acceptam habentes confessi fuerunt eandem
de ipsorum assensu et consilio esse factam, ipsamque donatio-
nem et concessionem laudaverunt, ratificaverunt et etiam appro-
baverunt; necnon et ad maiorem roboris firmitatem in premissis
omnibus et singulis ipsorum consensum et assensum dederunt
expresse, prout in quibusdam super hoc confectis patentibus
litteris ipsius episcopi et publico instrumento dictorum capituli
sigillis munitis, quorum tenores de verbo ad verbum presen-
tibus inseri fecimus, plenius continetur. Quare nobis humiliter
supplicasti ut donationem, concessionem et assignationem hu-
iusmodi ipsius episcopi ad vitam tuam, ut premictitur, factas,
necnon laudationem, ratificationem et approbationem predi-
ctas eorumdem capituli confirmationis nostre fulcire munimine
dignaremur. Nos itaque, premissorum premeritorum tuorum
obtentu, tuis in hac parte supplicationibus inclinati, premissa
omnia et singula in litteris et instrumento prcdictis contenta
rata habentes et grata, illa auctoritate apostolica ex certa scien-
tia confirmamus et presentis scripti patrocinio communimus.
Tenores vero dictorum litterarum et instrumenti tales sunt :
Frater Dominicus, Dei et apostolice Sedis gratia Appamia-
rum episcopus, dilecto nobis in Christo magistro Arnaldo Ra-
mundi Falconis, clerico ac notario Appamiarum, salutem in
Domino Ihesu Christo. Quoniam dignum est et rationi conso-
num ut illi qui Ecclesie fidehter deservierunt ab ea reportent
commodum et honorem et quod propter eorum sufficientiam
ac fidelitatem ad regimen officiorum ecclesiasticorum gratiose
assumantur, igitur attendentes et considerantes gratum servi-
tium ecclesie Appamiarum in officio Inquisitionis heretice pra-
vitatis et aUas, prout ex fidedignorum testimonio percepimus,
dudum per te fideliter impensum tempore quo sanctissimus ni
BBNOIT XII 211
Christo pater et dominus, dominus Benedictus papa XII preerat
ecclesie Appamiarum predicte, de quibus (!) erga nos lauda-
biliter commendaris; ideoque consideratione servitii antedicti,
obque reverentiam dicti domini nostri pape, et ex aliis iustis
causis et rationibus, te volentes in aliquo remunerare de presenti,
tabularium causarum civilium curie nostre officialatus Appa-
miarum tibi tanquam benemerito tenore presentium pro nobis
Iet successoribus nostris damus ad vitam tuam et concedimus
ac etiam assignamus cum medietate totius emolumenti ratione
omnium scripturarum ad idem tabularium pertinentium exinde
proventuri; quod regere et deservire valeas communibus expen-
sis totius emolumenti dicti tabularii per te vel per sufficientem
fit idoneum sustitutum. In cuius rei testimonium sigillum no-
strum duximus presentibus appendendum. Datum et actum
Avinioni, in hospicio hribitationis nostre, die vicesima mensis
ianuarii, anno Nativitatis Domini millesimo trecentesimo trice-
simo quinto.
\n iiomine Domini. Amen. Noverint universi quod nos Jaco-
bus Albenonis, sacrista et prior claustralis, Germanus de Ca-
stronovo, archidiaconus, Hugo Artaudi, operarius, Bertrandus
de Marcafabba ^, precentor, Guillermus dc Sancto Michaele *,
infirmarius, Petrus Durbanni, prior prioratus Sanctorum Bau-
dilii * et Victoris *, Arnaldus de Liphiaco, prior prioratus de
Vallibus ', et Bernardus de Combatorta, canonici ecclesie Appa-
miarum, ex certa scientia omnes unanimiter congregati in capi-
tulo ecclesie memorate ad sonum campane, ut moris est, capi-
tulum ibidem facientes et representantes, attententes et con-
siderantes quam plurima grata servicia que magister Arnaldus
Ramundi Falconis, clericus ac notarius curie ofTicialatus Appa-
miarum, tempore quo Sanctissimus in Christo pater et domi-
nus, dominus Benedictus papa XII preerat ecclesie Appamia-
rum predicte, fideliter eidein ecclesie impendit adhucque impen-
dere non cessat, pro ea ac in ofFicio Inquisitionis heretice pra-
vitatis dilit^enter laborando, que cedunt ad honorem et utilita-
tem ecclesie Appamiarum predicte; ob quorum servitiorum re-
munerationem ac honorem dicti Domini pape reverendus in
Christo pater dominus Dominicus, Dei gratia Appamiarum epi-
scopus, eidem magistro Arnaldo Ramundi, tanquam sufficienti
et ydoneo, tabularium causarum civilium curie ofFicialatus Appa-
miarum dedit perpetuo et concessit gratiose, prout in patentibus
212 BULLAIRR DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
litteris ipsius domini episcopi suo sigillo impendenti nobis ob-
stensis, presentatis, ac per notarium infrascriptum perlectis,
sigillatis, plenius et latius continetur; idcirco nos capitulum
ecclesie predicte donationem seu concessionem dicti tabularii
eidem magistro Arnaldo Ramundi tanquam benemerito debite
ac iuste factum, gratam et acceptam habentes, confitemus ean-
(lem donationem de nostro consilio et assensu factam esse, et
easdem donationem et concessionem laudamus, ratificamus et
approbamus, et nostrum consensum et assensum premissis om-
nibus et singulis impertimur ad maiorem roboris firmitatem,
et ad premissorum-omnium testimonium; et ad maiorem ac per-
petuam roboris firmitatem de premissis habendam nos capitulum
predictum huic presenti publico instrumento sigillum nostrum
apponi iussimus et appendi. — Acta fuerunt hec in dicto capi-
tulo prefate ecclesie Appamiarum, vicesima nona die mensis
ianuarii, anno a Nativitate Domini millesimo trecentesimo tri-
cesimo quinto, pontificatus sanctissimi in Christo patris et do-
mini nostri, dicti domini Benedicti pape XII, anno primo; do-
mino Philippo, Dei gratia Francie rege regnante, et dicto
domino Dominico, Appamiarum episcopo presidente; presen-
tibus discretis viris dominis Arnaldo de Rivobuxa ®, Bernardo
Galliri, Bernardo Guillermi, presbiteris prebendariis seu bene-
ficiatis in dicta Appamiarum ecclesia, Petro de Beciaco, clerico
de Appamiis, et Arnaldo Orfaudi, serviente curie terre Pariagii
inhiti inter dominum nostrum Francie regem et dictam eccle-
siam Appamiarum testibus ad premissa vocatis specialiter et
rogatis. Et ego Bertrandus de Pulchro Stramine(?), de Appamiis,
tabellio seu notarius auctoritate apostolica et regia publicus,
qui ostensioni et presentationi dictarum litterarum, laudationi,
ratificationi, approbationi donationis et concessionis predi-
ctarum tabularii memorati et aliis premissis omnibus una cum
prenominatis testibus interfui, et easdem litteras coram dicto
capitulo in latino de verbo ad verbum et coram eisdem testibus
perlegi et cartam istam recepi, scripsi et mea manu propria in
hanc publicam formam redegi, et signo meo consueto quo in
aliis predicta auctoritate apostolica publicis utor instrumentis
signavi, vocatus, rogatus et requisitus.
Nulli ergo, etc, nostre confirmationis..., etc.
Datum Avinioni, vii kalendas martii, anno primo.
BENOIT XII 213
4. Arnaud Raymond Falcou, « clerc de Pamiers, notaire du roi de France
et de Tevdque, » est un membre subalterno du grefle de Tlnquisition de Pamiers.
II assiste et supplee les notaires attitres en trois circonstances (ms. Vat. lat.,
4030). Son rdle est surtout d'enregistrer les actes dresses par d'autres (ex. : fol.
161 yo, 133, etc). II fut fait notaire apostolique le 5 aoiit 1325. Regesta Ai-en.,
Joan- XXII, t. XXI, fol. 154. Benoit XII Ic retint a son service comme « familier
et commensal » Regest. Vatic. t. cxlvh, n. 771. En Tan 1335, revSque D«»mi-
nique Grima lui attribua la charge de notaire des causes civiles pr6s rofiicijilite
de Pamiers, avec la moitie seulement des emoluments. Cette concession,
approuvee par le chapitre, fut confirmee par le pape (bulle ci-dessus). Comme
Falcou, qui ne residait pas, avait quelque peine k recueillir la part d*emolu-
ments qui lui revenait, Clement VI designa des executeurs charges do lui
faire rendre justice /?cg. Vat., t. cxlvii, n. 771 ; Vidal, Le <rt6una/ d'Inqui-
sition de Pamiers, p. 103-104.
2. Dominique Grima; voir n. 82, note 1.
3. Marquefave (Haute-Garonne), cant. de Carbonne, arrond. de Muret.
4. Saint-Michel (Ariege), cant. et arrond. de Pamiers.
5. Saint-Bauzeil (Ari^ge), cant. de Varilhes, arrond. de Pamiers.
6. Saint-Victor-Rouzaud (Ari^ge), arrond. et cant. de Pamiers.
7. Vals (Aridge), com. et cant. de Varilhes, arrond. de Pamiers.
8. Ribouisse (Aude), cant. de Fanjeaux, arrond. de Castelnaudary.
— 143 —
Herve de Trei^alloet, victime de haines et de jalousies^ a ete accuse
devant Veveque de Quimper et les inquisiteurs de Tours d^avoir
envoute Pierre de Guergolle. Les juges, prevenus contre lui, ont
fait proceder d la confiscation de ses hiens et de ceux de sa famille,
ont excommunie et emprisonne ses partisans, mis d la torture et li\'re
au bras seculier ses domestiques. La cause est portee au tribunal
de Jean XXII. Vun des inquisiteurs et le procureur des Guergolley
i^enus d A^^ignon pour se justifier, s'enfuient au moment critique.
Pour en finir, d la requete de Vaccuse, Benoit XII designe trois
commissaires qui citeront Veveque de Quimper, les inquisiteurs
et les autres interesses. — Avignon, 15 mars 1335.
Reg.Vat. t. cxix, n. 161; J.-M. Vidal, Benoil XII, LetUres com-
munes, n. 2304 (analyse) ; A/Jaire d' envoutement au tribunal d'Inqui-
sition de Tours, dans Annales de Brelagne, juillet, 1903, p. 491
(in ext.).
Dilectis filiis .. ^ abbati monasterii de Calma *, Nanneten.
diocesis, et .. thesaurario Veneten., ac Henrico de Bellomonte,
214 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
canonico Nanncten. ecclesiarum, salutem, etc. — Officii nostri
debitum exigit ut cuique poscenti iustitie plenitudinem impen-
damus. Nuper siquidem pro parte nobilis viri Hervei, domini
de Trevalloet ^, Corisopiten. diocesis, tam suo quam sibi ad-
herentium nomine fuit nobis expositum cum querela quod
dudum nobilis vir Johannes, dominus de Guergolle *, ac Johan-
nes, patruus suus, domicellus dicte diocesis et quamphires alii
sui emuli et inimici capitales ex odii preconcepto rancore et con-
ficta conspirationis malicia secrete ac latenter detulerunt ipsum
Herveum super sortilegio heresim sapiente, quod invultuatio
in illis partibus vulgariter nuncupatur; denunciando eum quod
invultuasset condam Petrum, dominum dicti loci de Guergolle,
prefati Johannis, domini de Guergolle, patrem, ac sibi ob hoc
mortis occasionem dedisset; hec exponentes coram bone memorie
Alano ^, episcopo Corisopiten. et dilectis filiis Johanne Aufredi ^
et Alano Thome ', ordinis fratrum predicatorum, inquisitoribus
heretice pravitatis in illis partibus, affinibus et faventibus parti
adverse, super predictis subornatis, et toto illicito conatu proce-
dentibus. Quodque ipsi delatores et emuli occulte produxerunt
adversus eumdem Herveum super premissis coram eisdem epi-
scopo et inquisitoribus tres falsos testes, domesticos suos, pretioj
corruptos ac maligne instructos, et subornatos per eosdem dela-
tores et emulos, vilissime quidem conditionis et infames; ad
quorum simplicem et occultam depositionem prefati episcopus
et inquisitores proinde suspecti mandaverunt et fecerunt predi-
ctum Herveum ignorantem et absentem, ner citatum, seu voca-
tum, super hiis suis bonis omnibus lotaliter spoliari; et etiam
dilectam in Christo filiam Catherinam de Ponte, uxorem, et
fratres ipsius Hervei, non suspectos, nec delatos super predictis
bonis eorum propriis exui contra ius et iusticiam et consuetu-
dinem patrie per potentiam ct curiam secularem. Et licet prefa-
tus Herveus quamprimo hec ad suam notitiam pervenerunt
recusasset dictum episcopum et inquisitores ut suspectos, et ab
eis ad Sedem apostolicam supradicto nomine appellasset, ct
huiusmodi appellationem cum solemnitatc iuris et ul debuerat
insinuasset, iterque arripuisset ad dictam Sedem pro appella-
tione ipsa prosequenda et sua innocentia ostendenda; predicti
tamen episcopus et inquisitores eum coram ipsis ad iudicium
evocari fecerunt ad locum etiam sibi non tutum, neminem ad-
mittentes ad ipsius Hervei absentiam excusandum; ymo excom
BENOIT XII 215
municarunt et in arresto tenuerunt omnes pro eo comparentes,
ct eumdem Herveum contumacem reputarunt, quia non compa-
rebat coram eis, licet minime teneretur; et tam in eum ob hoc,
quam in omnes qui sibi darent consilium vel favorem excommu-
nicationis sententiam fulminarunt. Et insuper fecerunt alios
processus varios contra eum. Et tandem ipsi episcopus et inqui-
sitores, ad instigationem dictorum delalorum et emulorum,
confovendo et sequcndo huiusmodi odium preconceptum, man-
darunt quamplures domesticos ipsius Hervei capi et incarccrari
diversisque tormentorum generibus lacerari; dictique domestici
asperitate et gravedine tormentorum ipsorum compulsi, duran-
tibus ipsi tormentis et propter eorum dolorem nimium, causa
evitandi tale martirium, variabile testimonium protulerunt;
quo emiss9 solum vi et metu tormentorum fuerunt etiain in
odium dicti Hervei per ipsos episcopum et inquisitores ad cer-
tum ultimum supplicium condempnati, et ad illud postea depu-
tati per iudicem secularem, quanquam corum innocentiam
super hoc ante et post huiusmodi sententiam et tunc et in depu-
tatione huiusmodi publice promulgarent, celestem Curiam in
testimonium evocantes.
Alter propterea dictorum inquisitorum quem dictus Herveus
principalem asserit et procurator partis denunciantis venerunt
ad romanam Curiam contra eum cum omnibus processibus
et inuninieiitis suis quibus eum aggravare valerent; intellecto
quod felicis recordationis Johannes papa XXII predecessor
noster de huiusmodi negocii meritis cognoscere intendebat, et
cum sese ad recessum parassent, fuit ad instantiam ipsius Hervei
per camerarium dicte Sedis, de mandato ipsius predecessoris,
huiusmodi recessus prohibitus, ipsiquc fuerunt ad palatium apo-
stolicum ad iudicium convocati;et demuinetiam de dicti prede-
cessoris mandato fuit iniunctum eisdem quod prosequerentur
dictum negotium, ipsique suos processus defenderent, ac de
illis predecessorem informarent eumdem; nec antea quam
premissa efTicerent de romana Curia prcdicla sub cerla pena
recederent. Quibus non obstantibus ipsi alter inquisitor et pro-
curator se noctu dc ipsa romana Curia contumaciter absenta-
runt, quamvis fuissent ex abundantia citati et diutius expectati.
Unde cum predictus Herveus ad presidium eiusdem Sedis
ianuludum recursum habuerit pro iustitia super predictis obti-
nenda, sitque nudatus omnibus bonis suis et terrenorum neces-
216 BULLAIBE DE L*INQUIS1TI0N FBANgAISE
sitati subiectus, ac dictus episcopus fuisset interim de rebus
humanis exemptus, nobis devotc ac humiliter supplicavit ut
super premissis providere sibi sic nudato et bonis temporalibus
egenti, cum hec, sicut asserit, adeo sint notoria quod nulla pos-
sunt tergiversatione celari, de ipsius Sedis clementia misericor-
diter dignaremur. Quia igitur iuris exigentia postulat ut quis-
quis patefacere volens suam innocentiam susceptricem inveniat
iustitie ianuam, nec possit calumpnia prevalere, nos ob zelun\
ipsius iustitie, huiusmodi supplicationibus annuentes, discre-
tioni vestre per apostolica scripta mandamus quatinus vos, vel
duo, aut unus vestrum, per vos, vel alium, seu aHos, venerabi-
lem fratrem nostrum Alanum ^, episcopum Corisopiten., supra-
dicti Alani proximum successorem et inquisitores prefatos,
necnon omnes alios qui sua crediderint interesse ex parte nostra
peremptorie citare curetis, ut infra duorum mensium spatium
post citationem huiusmodi Alanus episcopus, per se vel procu-
ratorem ydoneum, si sua crediderit interesse, ac inquisitores
predictos super omnibus et singulis supradictis sufficienter et
plenarie informati, et cum prefatis processibus; necnon omnes
alii, qui ut predicitur sua crediderint interesse, cum omnibus
actis, iuribus, et munimentis suis ad dictum negotium facien-
tibus personaliter conspectui apostolico se presentent; parti
dicti Hervei super eis de iustitia responsuri, ac facturi et rece-
pturi supcr illis quod iustitia suadebit. Diem vero citationis huius-
modi et formam et quicquid super predictis duxeritis facien-
dum, nobis per vestras litteras harum seriem continentes curetis
quantocius fideliter intimare. — Datum Avinioni, idus martii,
anno primo ^.
1. Michel de Treal. Gallia christ., t. xiv^ col. 852.
2. La Chaume (Loire-Inferieure), comm. de Machecoul, chef-Heu de canton
de Tarrond. de Nantes.
3. Trevalloet, localite que nous n'avons pu identifier. Les Trevalloet furent
seigneurs de Pont-rAbbe. Supplic, t. xcii (Bened. XIII), fol. 160 v^.
4. Guergolle, ou mieux Quercorle [castrum Cole), dans 1 'archidiacone de
Poher (voir A. de Courson, Cartulaire de Vahbaye de Redon, Paris, 1863, p. 533),
aujourd'hui Corlay, chef-lieu de canton du depart. des C6tes-du-Nord, arrond.
de Loudeac; ou bien Corlay-le-Haut, localite voisine de la precedente.
5. Alain Gontier. Cf. n. 131, note 1.
6. Jean Aufred, ou Aufroid, frere precheur, de Poitiers, fut recu mattre en
theologie, en 1327, par le chanceUer de Paris, sur un ordre de Jean XXII
(13 decembre 1327). Denifle, ChartuL, t. ii, p. 304, n. 868; Arch. fiXr Litteratur,
BENOIT XII 217
t. II, p. 220, n. 87. II fut du nombre des theologiens qui, durant les mois de
juillet et d'aout 1335^ discuterent avec Benoit XII sur ia question de la vision
bcatidque et sur le traite compose par le pape a ce sujet. Son nom : « Johanni
(le Quolibet {sic) inquisitori Pictavie, » figure dans le t. cxlvi, fol. 112 v^, des
Introilus et exitus. Arch. Vaticanes; cf. Deniflo, Chartul., i. ii, p. 453. 11 eut
pour successeur k rinquisition de Tours et de roitiers frdrc Arnaud Manda-
▼ in, son commissairc, quo le pape Clemeut VI nomma, e 28 fevrier 1343^ a la
requete du procureur gcneral des dominicains (n. 187, 188).
7. Religieux inconnu.
8. Alain Angall de Riec, ev^que de Quimper avant 1335, mort avant 1353.
Gams, Series episcoporum, p. 605; Eubel, Hier., t. i, p. 219; Gall. christ., t. xiv,
col. 883-884.
9. Dix ans aprds l'acquittement du sire de Parthenay, prononce k Avignon
en depit de Tinquisiteur de Tours (n. 46, note 5); le tribunal charge de veiller
sur la foi des Bretons se trouvait engage dans une affaire qui eut avec celle-Ia
beaucoup de ressemblance.
Les Trevalloet et les GuergoUe, hobereaux de Bretagne, se sont voue une haine
mortelle. Pierre, chatelain de GuergoIIe, est, un jour, terrasse par un mal mys-
terieux, ou qui fut juge tel. On prononce le mot d'cuvoiktement. Et on nomme
les artisaus du malefice : Herve de Trevalloet. Yvon Beseuc, son domestiquc,
et, probablement, le prdtre Guillaume de Blemcan, ou Blerachant^ le baptiseur
de la poupee de cire, plus tard mis au secret pour complicite. II y a alors a a
t^te de rinquisition de Tours et du dioc^se de Quimper deux religieux et un
prelat parents ou amis des Guergolle. L'heritier du defunt, son oncle, damoi-
seau du pays, d'autres rivaux d'Herve de Trevalloet 8'en vont leur denoncer
le forfait et n'ont pas de peine a les gagner a leur cause. IIs ont la precaution^
declare Taccuse^ de corrompre a prix d'argent trois de ses domestiques qui
viennent, dans le plus grand secret, charger leur maitre. Les inquisiteurs et
['cvSque acceptent ces depositions « viles et infAmes « et, a Tinsu des interesses,
prononcent la saisie de leurs biens. Le duc de Bretagne, Jean III, execute cette
sentence.
A la nouvelle du desastre qui fond sur lui et sur les siens, Herv6 de TrevaUoet
fait rediger un acte de r^cusation et un recours au Saint-Si^ge, dont les juges
rc^oivent communication selon les r^gles. Puis il part pour Avignon, fort de
son innocence.
Cest alors que Jean Aufroid, Alain Thomas et Alain Gontier lancent leur
citation tontre lui. Le lieu fixe pour la comparution n'est point siir. Les amia
ou parents de Tinculpe qui se presentent a sa place sont mis en etat d'arresta-
tion apres avoir ete excommunies. A quoi hon d^ailleurs tenter d'excu8er Tab-
sent? Les juges n'admettent point d'excu8es. Ilerve est declare contumax et
frappe d'cxcommunication; excommunics aont ceux qui le conseillent ou le
favonsent. La procedure se poursuit. Les juges sont talonn^s par les d^Iateurs
qui leur communiquent leur haine.
Juges et denonciateurs affichent cependant la preoccupation de baser solide-
ment Tacte d'accusation. Ils feront parler les domestiques de leur victime.
Deja trois de ces subalternes leur ont rendu service. Mais ceux qu'il8 interrogent
maintenant se montrent durs k la detente. On les arrSte, on les met au secret
et a la question. IIs parlent sous le coup de la douleur; ils font des recits contra-
218 BULLATRE DE L^INQUISITION FRAN^AISE
dictoires, qui ne satisfont personne. IIs deviennent gSnants, non contents d'Stre
inutiles. On s'en debarrasse en les livrant au bras seculier. Jusqu'au dernier
moment, ils s'obstinent a crier leur innocence et a en appeler a la « Cour ce
leste » qui les entend.
Mais ces exces semblentefTrayer ceux meme qui les commettent. Et d'ailleurs
la presence d'Herve de Trevalloet aupres de la Curie commence a leur donner
a penser. Jean Aufroid et le procureur de Jean de GuergoIIe estiment qu'il faut
aller voir. Ils s'acheminent vers Avignon. munis de documents destines a ecra-
ser leur adversaire. Mais, a Avignon, ils sentent le terrain glisser sous leurs pas.
Jean XXII a resolu de traiter raffaire a fond. Ils jugent prudent de s'en retour-
ner en Bretagne. Herve de Trevalloet a beau leur faire signifier par le camer-
lingue Tordre de comparaitre pour justifier leurs actes; en vain leur interdit-
on de sortir de la ville avant la fin du proces, les deux Bretons s'en echappent
a la faveur de la nuit.
Jean XXII meurt sur ces entrefaites. Alain Gontier, ev^que de Quimper
Tavait precede ou le suivit dans la tombe. Herve de Trevalloet expose alors au
nouveau pontife, Benoit XII, Tetat d'extreme denument oii Ta jete Tinjuste
spoliation et lui demande d'y porter remede. Le pape charge trois commissaires
de proceder a la citation peremptoire des inquisiteurs et des autres interesses ;
chacun desquels devra comparaitre devant lui, avant quarante jours, porteur
des actes du dossier et de tous autres documents qui pourront servir a le justifier.
Ce mandat fut lance le 15 mars 1335 (n. 14o).
Les interesses, obeissant a la requisition pontificale, comparurent au jour
marque. Benoit XII confia d'abord leur cause a Raymond de Mostuejouls,
cardinal de Saint-Eusebe, qui mourut le 13 novembre 1335, n'ayant pu que
preiidre contact avec eux. Annibal de Ceccano, eveque de Tusculum, assuma
alors la direction des debats, qui furent longs. Herve de Trevalloet et son domes-
tique, Yvon Beseuc, protestaient vigoureusement de leur innocence. IIs faisaient
surtout ressortir Tenormite de Tattentat commis; avant toute procedure, contre
les membres de la famille de Trevalloet, depouilles de leurs biens quoiqu'i]s
ne fussent point en cause. Jean Aufroid et son vicaire juraient que la spoliation
n'avait ete ni voulue ni ordonnee par eux. Le cardinal-commissaire se pronon^a
d'abord sur ce point dont la solution devait aplanir bien des difTicuItes. II or-
donna la levee du sequestre et la restitution pure et simple des biens d'Herve,
d'Yvon et de la famille Trevalloet. II decida aussi le transfert aux prisons apo^-
toliques du pretre Guillaume de Blemcan, compromis dans le pretendu complot
et prisonnier de rdveque de Quimper.
Benoit XII reprit pour son compte les dispositions de son commissaire et les
completa en consistoire public. II voulut qu'avec le pretre prisonnier on fit
venir, aux frais des interesses, tous les temoins jadis entendus et ceux dont la
deposition paraitrait utile a recevoir. II exigea la remise des aveux extorques
aux domestiques d'Herve morts sur le bucher ou dans leurs cachots. II ordonna
la comparution des notaires de Tlnquisition qui devraient presenter leurs proces-
verbaux dans leur expedition originale, r.on interpoles ni alteres. II prescrivit
la restitution integrale des biens de la femme, de la mere, des freres et soeurs
d'Herve. Mais il voulut que celui-ci ne recouvrat, pour le moment, que ce qui
lui serait necessaire pour subsister lui-meme et couvrir les depenses du proces.
Les eveques de Quimper et de Vannes furent charges de pn'sider, soit a la levee
BENOIT XII 219
du sequestrc, soit k la requisition des temoins (24 novembre 1336; cf. n. 158).
Sept mois s'ecoul^rent sans que ces sages prescriptions re^ussent un commen-
cement d'execution. Les prieres d'Herve et d'Yvon Beseuc ne purent venir k
bout de la nonchalance des prelats Par ailleurs, le recrutement des temoins
8'operait a grand'peine. Herve n'en pouvait trouver qui n^afTichassent des pre-
tentions exorbitantes. Sa fortune n'aurait pas sufTi k payer leurs frais de depla-
cement. Benott XII, informe, chapitra les prelats, en les chargeant de reduire
ces exigences a de justes proportions (22 juin 1337; n, 167).
Ce nouveau mandat eut, a peu pr^s. le sort du premier. L'ev5que do Quimper
86 borna a expedier a Avignon le prisonnier recUme par le pape. S'il essaya
d'obtenir la lcvee du sequestre, il se heurta k ropposition du duc de Bretagne.
Troisi^me mandat, cette fois avec clauses comminatoires ^ Tadresse des prelats
et du dur. On etait au 13 decembre 1337 (n. 169).
Commentse terncina leproces? Nous Tignorons. Nos informations 8'arrdtent
avec ce dernier document, k la fin dc 1337. II n'e8t point douteux que Jean
Aufroid ait merite une punition. Mais il est a peu prcs certain qu'elle ne lui fut
point infligee, sinon tr^s leg^re. II mourut k Avignon, vers 1342, etant encore
en charge. Clement VI nomma son successeur, Arnaud Mandavin, le 28 fevrier
1343. Regest. Aven., X. lxvii, fol. 370. Peut-itre le procii n'^tait-il point termine
k cette date.
— 144 —
Le pape exhorte Gaston *, comte de Foixy d faire rechercher acti-
vement et capturer dans ses domaines du Bearn les heretiques vaudois
qui s'y sont refugies, esperant y hraver impunement Vinquisiteur de
Toulouse *. — Avignon, 29 mars 1335.
Peg. Va/., t. cxxx, n. 125, fol. 21 ye; Daumet,Benof/ XII, n. 33
(m est.).
Dilecto filio nolWli viro Gasioni, coiinli Fuxi. — Kxponeiitc
uobis dilecto... — Dalum Avinioni, iv kalendas aprilis, anno
primo.
1. Gaston II, iils deGaston I*', comte de Foix en 1315; mort en septembre
1343. Hist. deLang., t. ix, p. 353, 547, etTablc des matiftres, au mot Gaston //»
p. 1262 12.i3; de Mas-Latrie, op. cit., col. 1603.
2. rierre Brun : n. 59, notel.
220 BULLAIRE DE l'iNQUIS1T10N FRANgAISE
— 145 —
Le pape ordonne aii ministre general des freres mineurs de rece-
i^oir dans son ordre Barthelemy Brugere, jadis fraticelle, partisan
de Vantipape Pierre de Corbiere, condamne par Vlnquisition, et
recemment absous sous condition quil continuerait d expier son
crime hors de sa prison. Apres deux annees, sHl persevere, ilpourra
etre readmis d la celebration des saints mysteres^. — Avignon,
11 avril 1335.
Reg. Vat., t. cxix, n. 456; Reg. Aven., t. i, fol. 248 yO; Riezler,
V atikanische Akten, n. 1722.
Dilecto filio .. ^ ministro generali ordinis fratrum minorum,
salutem. — Compatiens et misericors in suis actibus sancta
mater Ecclesia filiis excedentibus et deliris mavult mansuete ac
modeste ignoscere quam in eos rigide ultionis iudicium exercere;
tunc enim ad miserationis clementiam pronius inclinatur cum
amplius de vera oris confessione presumit et de contritione
cordis humili evidentius comprehendit et presertim peracta
penitentia salutari. Porrecta siquidem nobis dilecti filii Bartho-
lemci Brugerie, Albien. diocesis, presbiteri tui ordinis profcb-
soris, petitio continebat quod dudum, protho [sic) dolor ! tempore
quo in abhominationem Dei et scandalum sancte matris Ecclesie
Rome fuit erectum ab impiis et filiis Bellial simulacrum anti-
pape, dictus Bartholomeus dilecto filio inquisitori heresis in
Carcassonen. partibus extitit accusatus et per eum ad suum
carcerem in penam ipsius Bartholomei per septennium condem-
pnatus, pro eo quod in quadam ecclesia dicte diocesis in pubUca
predicatione dixerat quod rumor erat quod duo erant pape,
unus Avinioni et alius in dicta Roma quam imperator fecerat
fieri et pro quo eorum ipse et eum tunc audientes orare deberent,
an pro illo qui existebat Avinioni, vel pro eo qui erat in dicta
Roma; ipsi audientes dictam suam predicationem viderent;
sed cum fortiore ipse ac dicti audientes se tenere debebant. Et
in festo beati Antonii ^ eiusdem ordinis ad quod fratres predica-
tores venerant idem Bartholomeus cum duobus ipsorum predi-
catorum in capitulo dixerat quod quando fuerat in illo passu
misse in quo oratur pro domino papa, sibi acciderat cogitatio
pro quo debebat orare, an pro verissimo Christi vicario romano
{
BBNOIT XII 221
pontifice, vel pro antipapa iam dicto; ipsoque capto existente
in dicto carcere per ministrum generalem dicti ordinis, qui tunc
erat, habitu ipsius ordinis expoliatus et ad procurationem ..
generalis procuratoris predicti ordinis in romana Curia de man-
dato felicis recordationis Johannis pape XXII, predecessoris
nostri, habitus quem dictus Bartholomeus gestabat fratribus
ipsius ordinis extitit assignatus; et postremo post longam per
eum tolleratam penitentiam patienter per dictum inquisitorem
pie consideratis patientia humili et conversatione devota idem
inquisitor ipsum de prefato carcere miseridorditer liberavit,
certis sibi penitentiis iniunctis, utpote psalteriis et ieiuniis, et
quod quam cito cum eo super executione ordinum et oflicii sacer-
dotalis existeret dispensatum, per triennium duas missas pro
domino papa, unam de Sancto Spiritu et aliam de beata Virgine
Maria celebrare teneretur, qualibet septimana. Quare nobis
prefatus Bartholomeus supplicavit humiliter et devote quatinus
secum ut huiusmodi penitentiam, sicut cupit, valeatadimplere,
et alias commodius domino famulari super executione predicta
dispensare ipsumque ad eam integre restituere misericorditer
dignaremur. Quia igitur eadem sancta Ecclesia nulli claudit
sue pietatis gremium ad eam humiliter redeunti, nos ad instar
misericordiarum Patris et Domini miserentis ipsius Bartholomei
piis et devotis in hac parte supplicationibus inclinati, discre-
tioni tue per apostolica scripta mandamus quatinus eumdem
Bartholomeum, nisi aliud canonicum obsistat, auctQritate nostra
recipias et recipi facias in tuo et eius ordine supradicto, et si
post duos annos post receptionem huiusmodi predictus Bartho-
lomeus tibi emendatus bene videbitur cum eo eadem auctoritate
dispenses ut in susceptis ordinibus secrete valeat celebrare ac
eliam ministrare, iniuncto eidem quod salubriter conspexeris
n iungendum. — Datum Avinioni, iii idus aprilis, anno primo.
1. Voir 8ur celte aflaire : n. 84, note 2.
2. Geraud d'Othon; n. 102, note 3.
3. Le 13 fevrier, fSte de la translation des reliques (n. 84, note 2).
222 BULLAIRE DE L*lNQUlSITION FRANgAISE
— 146 —
Benoit XII invite Guillaume de Chanac, eveque de Paris, d recher'
cher et d se faire remettre les actes des proces intentes par son pre-
decesseur, Hugues de Besangon, et par V inquisiteur de France
au clerc Guerin, de Ullay, accuse de maleficesetdesortileges pra-
tiques contre dii^erses personnes de rang eleve. — Avignon, 24 avril
1335.
Reg. Vat., t. cxxx^ foi. xxxii n. 161; Dauniet op. cit.,, n. 47. (anai).
Venerabili fratri Guillelmo ^, episcopo Parisien. — Curn Gue-
rinus, clericus, oriundus de villa De Lay ^, tue diocesis, quisuper
diversis horrendis sortilegiis, maleficiis et erroribus infamatus
nostris carceribus detinetur, asserat quod ipse alias supernonnullis
de dictis sortilegiis, maleficiis et erroribus tempore bone memo-
rie Hugonis '^, episcopi Parisien., predecessoris tui, delatus et in-
famatus et propterea etiam carceri mancipatus, quedam de
illis coram prefato predecessore tuo et dilecto filio . . ^inquisitore
heretice pravitatis in illis partibus auctoritate apostolica depu-
tato confessus extitit et pro illis sibi fuit penitentia salutaris
iniuncta, nichilominus subiungendo processus super predictis
habitos existere penes dilectum filium Johannem de Sabaudia,
notarium publicum in Viconovo, prope Parisien. ecclesiam, tunc
temporis commorantem, nos de hiis et aliis quibusvis processi-
bus habitis contra ipsum quomodolibet presertim quia contra
certas excellentes personas machinatus suis dampnatis factio-
nibus fuisse dicitur habere volentes certitudinem pleniorem, fra-
ternitati tue per apostolica scripta mandamus quatinus processus
predictos, ubicumque vel apud quoscumque fuerint, perquiri
faciens diligenter illos nobis in formam redactos pubUcam fide-
liter, integraliter, et celeriter mittere non postponas. — Datum
Avinioni, viii kalendas maii, anno primo.
1* Guillaume de Chanac, docteur es lois, archidiacre, puis (13 aout 1332)
eveque de Paris; patriarche d'Alexandrie, le 27 novembre 1342; mort en 1350.
Gall. chrisL, t. vii, col. 129-131 ; Eubel. Hier., t. i, p. 81, 410.
2. L'Hay (Seine), canton de Villejuif, arrond. de Sceaux.
3. Hugues de Besanfon; voir n. 92, note 1.
4. Aubert de Chalons; n. 89, note 2.
BBNOIT XII 223
- 146 bis —
Dominique Grima^ eveque de Pamiers^devra tenir la main d ce
que son official nempiete pas sur les droits et la juridiction du
comte de Foix. Lui-meme et ses ofjiciers devront s*abstenir de mo-
lester les sujets de ce comte sous pretexle dHnquisition. — Avignon,
11 juin 1335.
Reg. Vat., t. cxxx, fol 56 r*>, n. cccxxxvii; Daumet, op.cit.^
n. 65, rubrique; Vidal, BenoU XII, letlres secretes, n. 341 [in ext.),
Venerabili fratri Dominico *, episcopo Appamiaruin. — Ex
conquestione dilecti filii nobilis viri Gastonis *, comitis Fuxi,
percepimus quod dilectus filius.. ofTicialis tuus cognoscendo
et difliniendo de hiis que ad iurisdictionem ecclesiasticam de
consuetudine vel de iure minime pertinent, iura et iurisdictio-
nem dicti comitis de novo et indebite occupat et perlurbat;
quodque tu vel idem ofricialis, aut alii ministeriales tui sub pre-
textu Inquisitionis heretice pravilatis nonnullos prefati comitis
subditos minus rationabiliter molestatis. Sane quia tuam decet
solicitudinem sic prudenter et diligenter iura ecclesie tue manu-
tenere ac defendere sicque pure fidei negotium, prout ad te spectat,
prosequi catholice quod aliorum iura non usurpes vel turbes
indebite, nec fermentum in eodem negotio quod sinceritatem
eius inficiat misceatur, fraternitatem tuam attentius exhorta-
mur in Domino eidem nihilominus iniungentes quatinus eun-
dem oflicialem a novitatibus inferendis circa premissa vel attem-
ptandis indebitis cohibeas et provideas nichilomiuus diligenter,
quod sic pure sicque iuste per te tuosque ministros negotium
fidei solerti adhibita diligentia pertractetur quod nullus nisi
culpabilis, delatus, vel suspectus de fide ipsa fuerit per te vel
ipsos contra sanxiones canonicas quomodolibet molestetur,
nobis distincte ac seriose quicquid in premissis et eorum singulis
egeris nichilominus rescripturus. — Datum Avinioni, iii idus
iunii, anno primo.
1. Voir n. 82, note 1.
2. Gaston 11; voir n. 144 note 1.
224 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRANgAISE
— 147 —
Benoit XII exhorte le dauphin de Viennois Humhert ^ d recher-
cher soigneusement les heretiques i^audois refugies dans ses terres
et d les livrer aux inquisiteurs. — Avignon, 16 juin 1335.
Reg. Vat., t. cxxx, n. 345^ fol. 58; Daumet, op. cit., n 69 {in ext.).
Dilecto filio nobili viro Humberto, Dalfino Viennensi. —
Deducto nuper ad ... — Datum Avinioni, xvi kalendas iulii,
anno primo.
1. Humbert II^ fils de Jean II et de Beatrix de Hongrie; ne en 1312; succ^de
k son frere Guigue VIII, le 23 juillet 1333; vend Tfitat du Dauphine k Jean, duc
de Normandie, par un acte du 9 juin 1;^44; part pour ia croisade en 1345; entre
dans Tordre des dominicains a Lyon^ le 17 juillet 1349; devient pretre a Avi-
gnon, le 25 decembre 1350; patriarche d'Alexandrie. le 1" janvier 1351; admi-
nistrateur de reglise de Reims, le 30 avril 1352; meurt le 22 mai 1355. Guy
Allard^ Histoire de Humhert II, dauphin de Viennois, Grenoble, 1688; de Mas-
Latrie, op. cit., col. 1700; Noui^. hiogr. gen. (Didot), art. Humhert II; U. Che-
valier, Repertoire, etc. ; Eubcl^ Hier., t. i, p. 82, 440.
— 148 -
Le pape presse Ve^eque de Valence de seconder de toutes ses forces
Voeuvre de la repression des heretiques ^audois entreprise dans
son diocese par les inquisiteurs de la foi. — Avignon, 16 juin 1335.
Reg. Vat., t. cxxx, fol. lviii^ n. 344; Daumet, op. cit., n. 68 (anal.).
Venerabili fratri .. ^ episcopo Valentin. — Ad nostri aposto-
latus pervenit auditum quod in terris tibi ratione Valentin.
et Dien. ecclesiarum subiectis nonnulli latitant heretici preser-
tim de secta dampnata Waldensium ibidem suis venenosis sug-
gestionibus fideles inficere periculose nimium satagentes. Sane
quia nisi predicti heretici extirparentur, ut expedit, magnum
detrimentum fidei catholice ad cuius defensionem specialiter
ex tui presulatus officio es astrictus et periculosa fidelium par-
tium illarum scandala possent sequi, fraternitatem tuam attente
requirimus tibique districtius iniungimus et mandamus quatinus
consideranter attendens quod multum periculosa et reprehen-
BBNOIT XIl
225
sibilis tua si, quod absit, interveniret negligentia, existeret in hac
parte tuum ofllcium circa perquirendos diligenter et fideliter
dictos hereticos, ac capiendos et puniendos exercere solerti adhi-
bita diligentia non omittens, dilectis filiis inquisitoribus * heretice
pravitatis auctoritate apostolica deputatis in illis partibus
assistere super hiis prout ad ipsos pertinuerit studeas auxiliis,
consiliis et favoribus oportunis. — Datum Avinioni, xvi kalen-
das iulii, anno primo.
1. Aymar de la Voulte prevdt de reglise d'Apt; ^vlque de Viviers, le 16 aoiit
1326; transfere a Valence et Die, le 22 avril 1331; et, de nouveau, a Viviers,
e 24 janvier 1337; mort en 1365. Gall. chrisl., t. xvi, col. 323, 574-575; Albands,
Gall. chr. noviss., i. i, col. 300 (23) ; Eubel, Hier., t. i, p. 543, 565.
2. L'un de ces inquisiteurs ^tait Guillaume de Montrond; n. 129, notes 3, 4.
— 149 —
A la demande de Guillaume de Montrond, inquisiteur de Pro-
vence^ le pape ordonne aux prelats, aux inquisiteurs, aux seigneurs
temporels et aux s^^illes de Lombardie de se preter d la capture de
certains heretiques de V Emhrunois et d^autres contrees de Proi^ence,
refugies au deld des Alpes. — Avignon, 13 avril 1336.
Reg. Vat., t. cxxxi, fol. xix, n. 65.
Venerabilibus fratribus archiepiscopis et episcopis et dilectis
filiis inquisitoribus heretice pravitatis, necnon nobilibus viris
baronibus et dominis temporalibus quibuscumque ac communi-
tatibus et universitatibus in partibus Lombardie constitutis. —
Exposuit nobis dilectus filius Guillelmus de Monterotundo *,
ordinis fratruin minorum, inquisitor heretice pravitatis in pro-
vincia Provincie auctoritate apostolica deputatus, quod nonnuUi
heretici Ebredunen. et aliarum terrarum infra provinciam sibi
decretam consistentium, ut manus eiusdem inquisitoris effugiant
suosque dififundant lacius dampnatos errores et hereses, se ad
partes vestras sepius Iransferunt ibique nituntur tanquam vul-
pecule demolientes vineam Domini Sabahot latitare. Cum au-
tem expediat tales notos fieri et de medio fidelium, ne gregem
Domini cum sua venenosa contagione inficiant, extirpari, vos
BULLAIRE — 4 5
226 BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANCAISE
et vestrum singulos attente requirimus el in Domino exhorta-
mur vobis nichilominus districtius iniungentes quatinus tanquam
viri catholici et orthodoxe fidei zelatores, cum per prefatum in-
quisitorem vel certos ipsius nuncios requisiti fueritis, dictos here-
ticos capiatis et captos sub fida et tuta custodia eidem inqui-
sitori ad expensas eiusdem Inquisitionis officii remittatis. — Da-
tum Avinioni, idus aprilis, anno secundo.
1. Voir n. 129, notes 3, 4.
— 150 —
Le pape mande d Ve^eque de Paris de faire conduire sous bonne
garde, d A<^ignon, le necromancien anglais Guillaume Altafex,
accuse de malefices. — Avignon, 13 avril 1336.
Reg. VaL, t. cxxxi, fol. xix^ n. 66; Daumet^ op. cit., n. 160 (anal.) ;
Hansen^ Quellen und Unters. zur Gesch. des Hexenwahns, p. 8, n. 8.
Venerabili fratri .. ^ episcopo Parisien. — Volentes Guillel-
mum Altafex ^, nigromanticum, de Anglia, qui pro quibusdam
maleficiis seu factionibus ab eodem perpetratis ut asseritur
tuis detinetur mancipatus carceribus, ad Sedem apostolicam
certis ex causis adduci, fraternitati tue per apostolica scripta
mandamus quatinus eundem Guillelmum ad dictam Sedem
quantocius mittere sub fida custodia non postponas. Et nichi-
lominus quasdam laminas cum quibus operari dicebatur in
eisdem maleficiis et factionibus componendis perquiri ac recu-
perari et transmitti nobis facias, prout dilectus filius magister
Guillelmus Lombardi ^, canonicus Mirapiscen., officialis Avinio-
nen., premissa designando clarius tibi scribit. — Datum ut supra.
1. Guillaume de Ghanac; voir n. 146, note 1.
2. Guillaume Lombard, official d'Avignon, re^ut, ie \" juin 1336, commis-
fiion de lui faire un proces (n. 152),
3. Guillaume Lombard etait probablement originaire du diocese de Mirepoix
ou de celui de Pamiers. Cela explique la faveur qu'il trouva aupr^s de Be-
noit XIL Quelques jours a peine apres son election, celui-ci lui confera un cano-
nicat dans Teglise de Mirepoix, suh exspectatione praebendae, dignitads. \>e. perso-
natus, \>el officii. A cette date (9 fevrier 1335), Guillaume, docteur es lois, etait
professeur k TUniversite de Toulouse. Arch. Vatic, Regest. Aven., X. xlvih,
1
BENOIT XII 227
fol. 40 \°; J.-M. Vidal, Benott XII, n. 315. Le 28 mai suivant, il est nomme
cur6 d'Antioque dans le dioc^se de Mirepoix, mais il abandonnerexpectative
d'une dignitc ou d'un personnat dans le chapitre de Mirepoix. Reg.Vatic, t. cxx
n. 57; Vidal. op. cit., n. 151.
Le 3 octobre, le pape lui confdre une pr6bende dans ce m^me chapitre. Reg,
Vat., t. cxix, n. 806; Vidal op. cit.^ n. 247. Le 3 d^cembre. ii le nomme official
d'Avignon. Reg. Vat., t. cxxx, fol. 136 v^, n. 701; Vidal, op. cit., n. 43a. Guil-
laume devient alors « familier » du pape et reside in curia. Le 17 juin 1336, il
re^oit un mandat d^inquisiteur pour Avignon et les localites ou se trouvera le pape
(n. 153). I devenait urgent de purgfer la ville et la cour pontificale d'une quan-
tite d'h<^r^tique8, de schismatiques et de sorciers qui s'y croyaient en sOrete.
Nombreux sont les coupables dont Guillaume Lombard re^oit mission de faire
le proc^s : le necromancien Guillaume Altafex (n. 150, 152), le fraticelle Guil-
laume de Castiglione (n. 157, 170); les sorciers Pierre Delcasse et Jean de Sau-
ves (n. 161); le fraticeile Andre de Galiano (n. 162, et notes) , Jean Christophe,
avocat d'Avignon (n. 165); 1e moine Raymond Amelius, du monastdre de Saint-
Polycarpe, hcretique begum (mai 1337-septembre 1338), dont le proces a 6te
publie par Mgr Douais, La procedure inquisiioriale en Languedoc au xiv^ aiede
d'apres un proces inedit de Vannee 1337, Paris, 1900, p. 31-89; deux sorci^res du
dioc^se de Viviers, Catherine Andrieu et Simone Guiot (n. 171), etc.
Le 13 septembre 1337, BenoU XII avait recoinpense son ami en lui donnant
la prev6t6 de Barjols, au dioc^se de Frejus, possedee par le defunt cardinal
Arnaud de Vie. Reg. Aven., t. li, fol. 211 v»; Vidal, op. cit., n. 4323.
— 151 —
Citation lancee contre le franciscain Raymond Richard, auteur
d'un opuscule contenant nombre d^erreurs qui ont fait scandale
d Paris et d Montpellier. Ce moine, originaire de la province de
Proi'ence, est actuellement residant d Naples. — Avignon^ 7 mai
1336.
Reg, Aven., t. l, fol. 450 v«; Reg. Vat., t. cxxii, n. 625, de Curia.
Venerabilibus fratribus ..^ archiepiscopo Neapolitano, ac .. *
Nolan. et .. ^ Suessan. episcopis, salutem, etc. — Vas electionis
decor {sic) egregius et eximius predicator Paulus apostolus
perversitatem eorum qui sanctorum Patrum doctrinis eterudi-
tionibus non contenti dum nova exquirere dogmata satagunt
in errores varios et pernitiosos plurimis et maxime simplicibus
prolabunlur provide refrenare desiderans non plus sapere quam
oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem salutari doctrina
228 BULLAIRE DE l'inQUISITION FRANgAISE
suggessit. Hanc igitur apostolicam disciplinam, sicut miranter
audivimus, Raymundus Riccardi, de provincia Provincie oriun-
dus, ordinis fratrum minorum, minime apprehendens ne quando
irasceretur Dominus contra eum et de via iusta lapsus in devium
deperiret, quoddam libellum, dum esset Parisius, de erronei cordis
archivi dicitur fabricasse in quo multi et varii continentur
errores; dictumque libellum una cum quibusdam litteris ad
Montepessulanum, Magalonensis diocesis, sicut fertur, temere
destinavit; ex cuius missione libelli propter dictos errores con-
tentos in eo in dicto loco Montispessulani magnum, ut dicitur,
scandalum est exortum. Quia igitur de veritate premissorum
per eundem Raymundum volumus informari, fraternitati vestre
per apostolica scripta mandamus quatinus vos vel duo aut unus
vestrum per vos, vel peralium, seualios eundem Raymundum,
Neapoli sicut accepimus commorantem, quamprimum poteritis
post receptionem presentium, peremptorie ex parte nostra
citetis ut infra duorum mensium spatium post citationem ve-
stram cum predicto hbello personaliter apostolico se conspectui
representet, nostris et apostolice Sedis super premissis mandatis
et beneplacitis pariturus et alias super hiis facturus et acce-
pturus quod eius super hiis merita vel demerita postulabunt.
Diem vero huiusmodi citationis et formam et quidquid super
hiis duxeritis faciendum nobis per vestras patentes litteras
harum seriem continentes, quantotius intimare curetis. — Da-
tum Avinioni, nonis maii, anno secundo.
1. Jean Orsini, chapelain du pape, promu le 23 decembre 1327; mort en 1358.
Eubel, Hier., p. 376.
2. Nicolas, eveque de Bisignano (2 avrill319), puis de Nole (22 octobre 1331);
mort en 1340. Eubel, Hier., t. i, p. 140, 387.
3. Jean de Paolo, ev§que de Sessa. depuis 1330. Gams, Series episc, p. 921.
— 152 —
Uofpcial (TAingnon, Guillaume Lombard, regoit commission
de faire justice des crimes imputes d Guillaume Allajex, necro-
mancien anglais, incarcere dans les prisons papales. — Avignon,
ler juin 1336.
BENOIT ^II 229
Reg. Vat.fi. cxxxi, fol. xxxvii v^, n. 130; Daumet op. cit., n. 185
(anal).
Dileclo filio magislro Guillelmo Lombardi *, canonico Mira-
piscen. — Cum Guillelmus Altafex *, clericus Londonien., pro
maleficiis et factionibus aliisque detestandis excessibus ab eo
commissis, ut asseritur, nostris detineatur carceribus mancipa-
tus, nos volentes iustitiam super hiis exhiberi discretioni tue
per apostolica [scripta] committimus et mandamus quatinus
super premissis et ea quomodolibet tangentibus, tam cum eodem
Guillclmo quam alias, prout rationis et iuris equitati videris
convenire, solerti adhibita diligentia veritatem inquirens exhi-
bere studeas iusticie complementum. — Datum ut supra [Avi-
nioni, kalendis iunii, anno secundo].
1. N. 150, note 3.
2 Cf. n. 150.
— 153 —
HeiKtil XII commet Guillaume Lomhard, ofpcial d^ Ai'ignon,
pour proceder, selon les pri^nleges et les regles de V Inquisition, contre
les gens qui, en cour d^ Avignon et dans les localites ou se trouvera
le pape, se rendront coupables de crimes d'heresie, de schisme,
de malefice, de sortilege, et tenteront de corrompre la foid'autrui,
— Avignon, 17 juin 1336.
Reg. Vat., t. cxxxi, fol. xliii, n. 153; Hansen, ^ueWen, etc, p. 8,
n. 9 (anal.) ; Douais, La procedure inquisitoriale en Languedcc cui
xiv« siecle, p. 34.
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi ^, canonico Mira-
piscen., ofiiciali Avinionen. — Inter multas solicitudines quas
nobis offirium apostolice servitutis indicit illa insidet potissi-
mum cordi nobis ut splendor catholice fidei ubique resplendeat,
errorum tenebris profugatis. Sane cum, sicut accepimus, apud
romanam Curiam, ubi fidei eiusdem radius lucere debet clarius,
sint et quand()({ue veniant persone iniquitatibus plene que suis
heresibus et erroribus pessimis fidem ipsam quantum in eis est
230 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
corrumpere satagunt et alios in errores inducere non sine gra-
vibus periculis moliuntur, nos obviari eisdem periculis ac faveri
et observari sinceritatem ipsius fidei cupientes, de tue quoque
fidelitatis et circumspectionis industria plenam in Domino
fiduciam obtinentes, discretioni tue adversus quascumque per-
sonas ecclesiasticas vel mundanas, religiosas velseculares de here-
sis, scismatis, maleficiorum, factionum, sortilegiorum vel aliis
criminibus fidem predictam tangentibus suspectas, diflamatas,
vel delatas, cuiuscumque status, ordinis, religionis, dignitatis
vel conditionis existant, super hiis eorumque singulis vel ea quo-
modolibet tangentibus inquirendi et procedendi easque corri-
gendi et puniendi iuxta sanctiones canonicas et privilegia officio
Inquisitionis heretice pravitatis concessa in eadem curia et ubi
nos fuerimus, et alia faciendi et exercendi que circa hec fuerint
quomodolibet oportuna; et insuper testes propterea necessarios
coram te citandi per nuncios, vel litteras, tam in eadem curia
quam extra eam; necnon eis de quibus tibi videbitur, qui propter
premissa vel eorum aliqua fuerint excommunicationis vinculo
innodati, absolutionis beneficium iuxta ^formam Ecclesie impen-
dendietinvocandi, quotiens propter predicta opus extiterit, auxi-
lium brachii secularis. Contradictores, etc. Non obstantibus quibus-
vis exemptionis velaliis privilegiis, gratiis et litteris apostolicis sub
quacumqueforma velexpressione verborum quibuscumque perso-
nisvellocis religiosis vel secularibus ab apostolica Sede concessis,
etiamsi de illis esset specialis et expressa de verbo ad verbum
in presentibus mentio facienda, seu si aliquibus [etc.'] plenam
concedimus tenore presentium facultatem. — Datum Avinioni,
XV kalendas iulii, anno secundo.
1. N. 150, note 3.
— 154 —
Citation lancee contre Menet de Rohecourt, commissaire de Vin-
quisiteur de Carcassonne, d Vefjet dHnformer le pape au sujet de
proces intentes d certains hourgeois d'Alhi. — Pont-de-Sorgues,
31 juillet 1336.
BENOIT XII 231
Reg. Aven., t. xlix, fol. 183 vO; Reg. VaL, t. cxxi, n. 327; J.-M.
Vidal, Menet de Rohicourt, commissaire de Vlnquisition de Car-
cassonne, dans Moyen dge, 1903, p. 'i37.
Venerabili fratri.. * episcopo Carcassonen., salulem. — In-
tendentes cum dilecto lilio Memeto (sic) de Roberticuria ^,
notario et commissario dilecti filii.. ' inquisitoris heretice pravi-
tatis in senescallia Carcassonen. auctoritate apostolica deputati
super nonnullis processibus contra dilectos filios Bernardum
de Grava, licentiatum in legibus, Pontium Rogerii, Giraudum
Colli *, Bernardum Asturconis * et Durandum de Monteacuto,
cives Albien., per eundem Memetum, ut dicitur, factis, certis
ex causis plenius informari, fraternitati tue per apostolica scripta
mandamus quatinus per te vel alium seu alios eundem Meme-
tum ex paite nostra peremptorie citare procures ut ipse infra
unius mensis spatium a tempore citationis huiusmodi cum dictis
processibus apostolico conspectui personaliter se presentet.
Diem vero citationis huiusmodi et formam et quicquid inde
feceris, nobis per tuas litteras seu instrumentum publicum ha-
rum seriem continentia nobis intimare fideliter quantotius non
postponas. Datum apud Pontem Sorgie, Avinionensis diocesis,
II kal. augusti, anno secundo •.
1. Pierre Despres, ou de Moussy,- notaire du pape^ archidiacre de Bayeux,
puis successivement ev^que de Meaux, 27 fevrier 1321; de Viviere, 7 octobre
1325; de Bayeux, 16 aodt 1326; et de Carcassonne, 3 janvier 1330; il meurt
vers 1338. Gallia christ., vni, col. 1634; t. xvi, col. 573; t. vi col. 897-898; Eu-
bel, Hier,, t. i, p. 127, 172, 349, 565.
2. Voir n. 28, note 2.
3. Henri de Chamay; cf. n. 84, note 1.
4. Un Giraud Coll avait ete delegue, en 1306, par les consuls -jtla ville d'Albi
pour obtenir justice de la Commission cardinalice. Douais Documents, etc,
t. II, p. 319. Disons aussi qu'au nombre des prisonniers de Tlnquisition de Car-
cassonne, de 1300 a 1319, se trouvait Isarn CoII, d'AIbi, condamne en 1319,.
Regest. Clem. V, n. 5238, 9163; cf. n. 3, 7, 11.
5. Un Bernard Astruc, bourgeois d'AIbi, avait approuve la delegation de
Giraud Coll (cf. note precedente) en 1306. Douais, op. cit., t. ii, p. 318.
6. Autres documents se rapportant a cette afTaire, n. 155, 176, 181; ayant
trait a rhistoire de Menet de Robecourt, n. 28 (et note 2), 186 et 189.
232 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 155 —
Citation des bourgeois d'Albi molestes par Menet de Robecourt.
— Pont-de-Sorgues, l^r aout 1336.
Reg. Aven., t. xlix, fol. 167 v^; Reg. Fa<., t. cxxi, n. 299; Vidal,
op. cit,, p. 438.
Venerabili fratri .. ^ episcopo Albien. salutem, etc. — In-
tendentes super nonnullis certis negotiis cum dilectis filiis Ber-
nardo de Grava, licentiato in legibus, Pontio Rogerii, Giraudo
Colli, Bernardo Asturconis et Duranto de Monteacuto, civibus
Albien., certis ex causis plenius informari, fraternitati tue per
apostolica scripta mandamus quatinus per te, vel alium, seu alios,
Bernardum de Grava, Pontium, Giraudum, Bernardum Astur-
conis et Durandum predictos ex parte nostra peremptorie citare
procures ut ipsi infra unius mensis spatium a tempore citationis
huiusmodi apostolico conspectui se presentent. Diem vero
citationis huiusmodi et formam et quicquid inde feceris nobis
per tuas litteras, seu instrumentum publicum, harum seriem
continentia nobis intimare fideHter non postponas. — Datum
apud Pontem Sorgie, Avinionensis diocesis, kalendis augusti,
anno secundo ^.
1. Pierre de Vie, petit-neveu de Jean XXII, archidiacre de Fenouilhet dans
^e chapitre de Narbonne, chapelain du pape, eveque d'Albi, le 15 juin 1334;
mort vers 1337. Gall. christ., t. \, col. 25-26; Eubel, Hier ,t. j, p. 80; E. Albe,
Autour de Jean XXII, dans Annales de Saint-Louis-des-Frangais, octobre 1902,
p. 122-126.
2. Voir n. 154, 176, 181, 186, 189.
— 156 —
Benoit XII mande d Gaston II, comte de Foix,de faire arreter
et conduire d Avignon sous bonne escorte plusieurs indi^idus,
originaires de ses terres ou des eni>irons, inculpes de malefices et
de pratiques demoniaques. — Avignon, 5 octobre 1336.
Reg. Vat., t. cxxxi, fol. 81 v", n. 302; Daumet, op. cit., n. 252 (anal.).
BENOIT XII
233
Dilecto filio nobili viro Gastoni ^, comiti Fuxi. — Cum Petrus
de Coarasa ^, Nicolaus de Saintboys *, ac dictus Lespaylier de
Sola et Divinus de Salias *, infra terras tue ditioni subditas seu
tibi vicinas commorantes, de maleficiiset invocatipnibus demo-
num aliisque factionibus horrendis vehementer suspecti et diffa-
mati publice ac culpabiles, sicut fidedigna relatio perduxit ad
nostri apostolatus auditum, existant, nos volentes scire veri-
tatem super premissis plenius cum eisdem, ut debite corrigi si
veritas sufTragetur relatibus valeant, et tales facinorose pre-
sumptiones vitentur, nobilitatem tuam rogamus, requirimus
et in Domino attentius exhortamur quatinus supranominatos
et eorum singulos capi solerter facias et ad nostram presentiam
sub fida et secura custodia destinari *, te taliter super hiis habi-
turus quod nos sinceram devotionem tuam quam ad Deum et
Sedem apostolicam te habere indubie supponimus exinde com-
mendare merito Valeamus. — Datum Avinioni, iii nonas octo-
bris, anno secundo.
1. Gaston II; voir n. 144, noie 1.
2. Coarraze (Basses-Pyrenees), canton de Nay-Est, arrond. de Pau.
3. Saint-Bo^s (Basses-Pyrenees), cant. et arrond. d*Orthez.
4. Salies, chef-Iieu de cant., arrond. d'Orthez.
5. Le pape finit par envoyer, en decembre, des sergents d'armes querir deux
de ces coupables, Pierre dc Coarraze et Devi de Salies (n. 159, 160). Ils furent
conduits a Avignon et ecroues a la prison papale, a la disposition de Guillaume
Loinbard, inquisiteur. Les registres dcs comptes d( la Chambre temoignent de
leur presence dans ces cachots en juin 1337. Introitus el exitus, t. clxi, fol. 95.
Leur entrctien coAta 12 deniers par jour, soit 23 florins, du 14 janvier au
12 juin 1337.
— 157 -
Le pape designe Guillaume Lomhard pour poursuivre, en com-
pagnie de Bertrand du Poujet, cardinal-eveque d^Ostie, et d la
place de Bernard d^Albi, recemment promu d Veveche de HodeZy
le proces du franciscain Guillaume de Castiglione, inculpe d'heresie
el de schisme. — Avignon, 18 octobre 1336.
Rsg. Vcd., t. cxxxi, fol. xciv, n. 348-
234 BULLAIRE DE l'inQUISITION FRANQAISE
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi ^, canonico Mira-
piscen., iuris civilis professori. — Dudum ad audientiam nostram
perducto quod Guillelmus de Castillione Piscaria, de Tuscia,
ordinis fratrum minorum, romanam sequens curiam, erat de
scismatis et heresis aliisque horrendis criminibus vehementer
suspectus et etiam diffamatus, nos qui non solum in eadem curia
sed ubique purgari crimina huiusmodi et extingi, ac puritatem
et sinceritatem fidei orthodoxe prefulgere desideriis optamus
intensis, venerabiUbus fratribus nostris Bertrando ^, Ostien.,
et Bernardo ^, Ruthenen. episcopis, tunc decano ecclesie Bel-
vacen., vive vocis oraculo duximus committendum ut super pre-
missis et ea tangentibus, tam cum eodem Guillelmo quam alias,
prout rationabiliter esset secundum sanctiones canonicas facien-
dum, veritatem diligenter inquirerent et exhibere iusticiam
procurarent. Et licet ipsi ad aliquos actus ut intelleximus proces-
serint iuxta tenorem commissionis per nos ut premittitur super
hiis sibi facte ; quia tamen dictus episcopus Ruthenen. de curia
predicta recedens ad suam accessit ecclesiam Ruthenen., ulterius
processum non extitit in negocio supradicto. Nos igitur nolentes
negocium ipsum ulterius retardari, te super predictis loco pre-
fati Ruthenen. episcopi tenore presentium surrogamus et adiun-
gimus Ostien. episcopo memorato *; discrecioni tue per aposto-
lica scripta mandantes quatinus sic solerter et fideliter te gerere
una cum ipso studeas in hac parte quod inde valeas merito com-
mendari. — Datum Avinioni, xv kalendas novembris, anno
secundo.
1. Voir n. 150, note 3.
2. Bertrand du Poujet, cardinal du titre de Saint-Marcel, le 18 decembre
1316; ev^que d'Ostie, le 18 decembre 1327; mort le 3 fevrier 1352. Ciacconius,]
t. II, col. 409-410; Baluze, t. i, col. 725; Denifle, Archw fur Litteratur, t. ii,|
p. 217-218; Eubel, Hier., t. i, p. 14; E. Albe, Autour de Jean XXII, dans Anna-
les de Saint-Louis-des-Frangais^ janv. 1903, p. 206-220.
3. Bernard d'Albi, ne a Saverdun (Ariege), doyen de Beauvais, licenc-e en]
decret, chapelain de Benoit XII, fait par lui eveque de Rodez, le 31 janvieri
1336, promu au cardinalat (titre de Saint-Cyriaque), le 18 decembre 1338 ;|
evSque de Porto, le 19 janvier 1349; mort le 23 novembre 1350. Gall. christ.y]
t. I, col. 217-218; Ciacconius, t. ii, col. ^ll-kl^-, Baluze, t. i, col. 820-822, 860-
862; Hist. de Lang., t. ix, p. 479; Eubel, Hier., t. i, p. 17, 449.
4. Le proces fut termine par Guillaume Lombard et par rinquisiteur de'
Provence (n. 170).
BENOIT XII 235
— 158
La cause d^Herve de Trevalloet a ete d'abord debattue, en cour
d^Ai^ignon, devanl le cardinal Raymond de Moustuejouls, puis,
pendant la maladie et apres la mort de ce dernier, devant Veveque
de Tusculum, Annibal de Ceccano, qui, d la demande d^Hervc el
de ses parents, prononga la levee du sequestre pose sur les biens
de la famille. U ordonna, en outre, que Guillaume de Blemcan,
pretre du diocese de Leon, incarcere par les inquisiteurs, fut con-
duit d Ai^ignon. Le pape maintint cette derniere disposition et
somma les interesses de presenter leurs temoins, les dispositions
des personnes, mortes ou vivantes, impliquees dans Vaffaire, les
actes authentiques des notaires, enfin tous les documents necessai-
res d une information complete. De plus, il approuva la levee du
sequestre de tous les biens des freres et de la femme d^Herve, mais
il la restreignit, pour ce dernier, d la part qui lui serait necessaire
pour se sustenter et subyenir aux frais tlu proces. Les eveques de
Quimper et de Vannes sont charges de presenter la citation aux
parties et aux temoins. — Avignon, 24 novembre 1336.
Regest. Vatic, t. cxxii, n. 6^4 ; Vidal, Affaire d'envoAtement, etc.,
dans Annales de Bretagne, juillet 1903, p. 496 (m exL).
\ enerabilibus fratribus .. ^ Corisopilen. ei .. * Veneten. epi-
scopis, sahitein,etc. — Incausa que vertitur inter nobilem virum
Herveum, dominuin de Trevalloet, et Ivonem Beseuc, familiarem
ipsius, Corisopiten. et Leonen. diocesum, ex parte una, et dile-
»'tos filios Johannem Aufredi, ordinis predicatorum, inquisitorem
heretice pravitatis, et Alanum Thome, eiusdem ordinis, vicarium
inquisitoris eiusdem in provincia Turonen.,ex altera, super non-
nullis criminibus et sortilegiis que in necem quondam Petri
domini de Guergolle, eiusdem Corisopiten. diocesis,iidem Herveus
et Ivo dicebantur nequiter perpetrasse, apud Sedem apostoli-
cam de speciali commissione nostra, primo coram bone memorie
Raymundo ^, tituH sancti Eusebii presbitero cardinali, lunc
vivente, et deinde postquam ad nonnuUos actus fuit per dictas
partes coram eodem cardinali processum, eodem cardinali graviter
egrotante et propterea in causa huiusmodi procedere non valente,
coram venerabili fratre nostro Anibaldo *, episcopo Tusculano,
inter easdem partes diutius ventilata; ac demum dictis Herveo,
236 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANCAISE
et Ivone ofTerentibus et exhibentibus nonnullis articulis super
iure et innocentia eorumdem coram episcopo memorato, ac
proponentibus etiam coram eo quod ipsi necnon fratres et sorores
carnales dicti Hervei, ac nobilis mulier Caterina de Ponte uxor
ipsius. bonis suis omnibus mobilibus et immobilibus ante omnem
actum iudicialem habitum contra eos de mandato di(itorum
inquisitoris et vicarii per secularem curiam fuerant spoliati;
et petentibus ante omnia se restitui ad bona predicta, dictis
inquisitore et vicario asserentibus quod bonorum predictorum
spoliatio seu sequestratio facta non fuerat ad eorum instantiam
vel mandatum; idem episcopus decrevit bona mobilia et immo-
bilia ex causa predicta dictis Herveo et Ivoni ablata, arrestata,
sequeStrata seu quomodolibet accepta, fore eisdem reddenda
et restituenda; et quod Caterine uxori eiusdem Hervei et Henrico
fratri et aliis suis, quorum bona dicebantur propter predicta
arrestata, ablata, sequestrata, seu alias accepta, restituerentur
eisdem. Decrevit etiam quod Guillelmus de Blemcan, presbiter
Leonen. diocesis, qui occasione premissorum per dictos inquisi-
torem et vicarium, seu de mandato ipsorum dicebatur carceri
mancipatus, sub fida custodia ad romanam curiam mitteretur.
Quibus omnibus et nonnullis aliispremissa contingentibus relatis
et propositis in Consistorio coram nobis super predicto nego-
cio in dictarum partium presentia taliter duximus ordinandum :
videlicet quod prefatus Guillelmus sacerdos, qui de dictorum
inquisitoris et vicarii, ac etiam bone memorie Alani ^, episcopi
Corisopiten., tunc viventis, mandato detentus fuerat et detine-
batur adhuc in carcere venerabilis fratris nostri .. ^ episcopi
Corisopiten., sucessoris eiusdem Alani episcopi, mancipatus,
sub fida custodia, et alii testes qui fuerant alias super hiis exa-
minati, si viverent, et generaliter omnes qui super hiis scire
possunt quomodolibet veritatem et probabiliter deponere, et
per utramlibet dictarum partium fuerint nominati, ad nostram
presentiam sumptibus producentium personaliter evocentur.
Attestationes quoque et confessiones illorum qui premissorum
occasione dicuntur fuisse combusti vel in carceribus mortui,
vel districti nobis etiam destinentur. Et quod etiam notarii
publici, qui per dictos Herveum et Ivonem seu per eorum pro-
curatores vel alterum eorumdem super dicto negotio dicuntur
fecisse processus vel consignasse aliqua instrumenta, una cum
dictis processibus seu instrumentis veris, perfectis, seu integris,
I
BENOIT XII
237
non truncatis, nec diminutis, nec alteratis ex nova fabrica, ad
nostram presentiam similiter evocentur. Et quod in totum bona
mobilia et immobilia eiusdem Caterine, uxoris dicti Hervei,
matris et omnium fratrum et sororum ipsius, ob premissa vel
eorum occasione arrestata seu detenta, dearrestentur et resti-
tuantur eisdem. Bona vero mobilia et immobilia dicti Hervei
dearrestari et extra sequestrum poni modo vohimus infrascripto;
videlicet quoad omnem necessariarum suarum suflicientiam
expensarum, et quoad omnes alias expensas litis huiusmodi
pro advocatis, procuratoribus, notariis, testibus, nunciis et
generaliter pro omnibus que in causa seu lite huiusmodi
incunbunt vel incubuerunt facienda. Quocirca fraternitati vestre
per apostolica scripta districte precipiendo mandamus quatinus
vos, vel alter vestrum, per vos, vel alium, seu alios, predictos
omnes ad nos, ut premittitur, evocandos peremptorie ex parte
nostra citare ut infra duorum mensium spatium post citationem
huiusmodi dicti notarii cum dictis processibus, seu instrumentis
veris, perfectis et integris, ut prefertur, necnon alii testes
expensis producentium, quas eis in veniendo ad presentiam no-
stram, stando in romana curia, et redeundo ab ea precipimus
exliiberi, personaliter compareant coram nobis; ac nichilominus
alia predicta omnia et singula per nos, ut premittitur, ordinata
iuxta ordinationem huiusmodi executioni debite demandare
curetis. Contradictores per censuram ecclesiasticam, appellatione
postposita, compescendo. Non obstante [etc.] — Datum Avinioni,
viii kalendas decembris, anno secundo '.
1. Alain Angall; voir n. 143.
2. Jean Le Parisy, evfique de Vannes en 1312,mortle 20 janvier 1339. Gams
p. 650; Gall. chrlsL, t. xiv, col. 929; Eubel, Hier., t. i, p. 550.
3. Raymond de Moustuejouls; voir n. 22 (note 3).
4. Annibal de Ceccano, chanoine do Beauvais (1303), de Paris ct de Reims
(1317), de Compostelle^ de Braga, de Viseu, d'Autun, archidiacre de Beaune
et d'Arra8, chanoine de Saint-Pierre de Rome (16 septembre 1323), docteur
en theologie, est fait archeveque de Naples, le 5 mai 1326; cree cardinal.du titre
dft Saint-Laurent in Lucina, le 18 decembre 1327; ev^que de Tusculum, enl333T
il meurt en 1350. Baluze, Vitse pap. Aven., col. 755; C.iacconius, t. ii, col. 419-
42^1 ; Denitle, Chart., t. ii, p. 281, note 4; Eubel, Hier., t. i, p. 15, 376.
T). Alain Gontier; voir n. 131.
6. Alain Angall; voir n. 143.
7. Voir sur cette affaire les n. 143 (note 9), 167. 169
238 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
— 159 —
Lettre de Benott XII d Gaston de Foix,pour le feliciter de la capture
de deux sorciers efjectuee sur ses terres. II lui envoie deux hommes
d^armes charges de conduire ces criminels d Ai^ignon. — Avignon,
21 decembre 1336.
Reg. Vat., t. cxxxi, fol. ci \^, n. 372; Daumet_, op. ctf., n. 253
(anal.); Hansen, Quellen, etc, p. 9^ n. 12 {in ext.).
Dilecto filio nobili viro Gastoni ^, comiti Fuxi. — Nobilitatis
tue insinuatione percepimus quod tu ferventem et purum ad
Deum et fidem catholicam zelum habens, duos homines, vide-
licet Petrum de Coaraza, presbiterum, et dictum Devi de Solies, jB
qui de sortilegiis, factionibus, maleficiis, magicis artibus et aliis
detestandis criminibus diffamati publice vehementerque suspecti
fore dicuntur, pridem in terris tuis Bearni capi fecisti eosque
restituendos et assignandos Ecclesie, ut de predictis corrigi et
puniri iusticia exigente valeant, tute facis in tuis carceribus cu-
stodiri. Cum autem eosdem homines ad Sedem apostolicam, ut
de ipsis melius et plenius iusticia fieri valeat, velimus adduci,
eamdem nobilitatem tuam requirimus et attentius in Domino
exhortamur quatinus per dilectos filios nobiles viros Ramun-
dum de Vonco, magistrum ostiarium, et Rogerium de Quinballo,
servientem armorum nostros, quos propter ea specialiter desti-
namus, et alios de quibus pro tutiori custodia expedire videris
per te super hoc deputandos et assignandos memoratos Petrum
de Coaraza et dictum Devi ad Sedem predictam procures mittere
fideliter et secure... — Datum Avinioni, xii kalendas ianuarii,
anno secundo ^.
1. Gaston II; voir n. 144, note 1.
2. Voir n. 156.
BBNOIT XIl
239
160 —
Lettres a diverses personnes au sujet des deux sorciers captures
en Bearn. — Avignon, 21 decembre 1336.
Reg. Vat:, t. cxxxi, fol. 101 vMOl, n. 373-376; Hanaen Quellen
eic, p. 10, n. 13-16; Daumet, op. cit., n. 255, 256 (anal.)
Eidem comiti, qui captionem predictorum nequam homi-
num pontifici per magistrum Bartholomeum Marchi, iuris civi-
lis professorem, nuntium suum, notam fecit, littera commenda-
toria. — Datum ut supra proxime.
Venerabili fratri episcopo Tarvien. ^. — Ut processus et infor-
mationes per eum contra dictos Petrum et Devi habitos, sub
suo sigillo pontificimittatinclusos mandatum. — Datum ut supra.
Dilecto filio magistro Bartholomeo Marchi, clerico Caturcen.
diocesis, iuris civilis professori. — Mandatur ei ut de excessibus
et criminibus ac maleficiis dictorum Petri et Devi, ac nonpul-
lorum aliorum eorundem complicium, se informet et referat,
in partibus Bearni. — Datum ut supra.
Venerabilibus fratribus archiepiscopis et episcopis, ac dilectis
filiis electis, abbatibus, prioribus, decanis [et aliis ecclesiasticis,
secularibus et regularibus personis], littera super conductu et
provisione necessariorum pro prefatis Raymundo de Vonco et
Rogerium de Quimballo, qui dictos maleficos ad curiam roma-
nam adducunt. — Datum Avinioni, xii kalendas ianuarii,
anno secundo.
1. Guillaume de Lanta, abb^ de L^zat, ord. Clun., promu k r^v^che de
Tarbes, le 26 octobre 1316; transf^r^ k Agde, le 2'» novembre 1339; mort en
13'»2. GaU. chriet., t. i, col. 1^4-1235; t. vi, col. 689; Eubel, t. i, p. 75, 500.
— 161 —
Ordre d Guillaume Lombard de proceder contre deux prisonnierSj
invocateurs des demons, sorciers et magiciens. — Avignon, 18 jan-
vier 1337.
Reg. Vat., t. cxxxii, f o . iv \°, n. 10; Hansen, Queilen, etc.,
p. 10, n. 17 [in ext.).
240 BULLAIRE DE L*INQUISlTION FRANgAISE
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi ^, canonico Mira-
piscen., iiiris civilis professori, familiari nostro. — Cum Petrus
de Quercu, de Canarerio ^, presbiter Tarvien. diocesis, et Johan-
nes de Salvis, laiciis de Arelate, super invocationibus demonum,
maleficiis, factionibus, artibus magicis et similibus criminibus
detestandis vehementer diffamati, sicut accepimus, et suspecti,
nostris propterea detineantur carceribus mancipati, nos inquiri
veritatem super hiis volentes et iustitiam exhiberi, discretioni
tue... committimus et mandamus quatinus tam cum ipsis quam
alias, prout iuris et rationis equitati convenire videris, super
premissis et ea tangentibus solerti et fideli adhibita diligentia
yeritatem inquirens exhibere iuxta merita vel demerita dicto-
rum Petri et Johannis et cuiuslibet ipsorum studeas iusticie
complementum. Contradictores, etc. Non obstante [etc.]. — Da-
tum Avinioni, xv kalendas februarii, anno tercio.
1. N. 150, note 3.
2. Canarie (?), Hautes-Pyrenees, com. d'Argeles-de-Bigorre.
— 162 —
Le pape confie d Aymon de Caumont, de Vordre des freres pre-
cheurs, la charge d' inquisiteur de Carcassonne. — Avignon, 20 jan-
vier 1337.
Reg. Ai>en., t. li^, fol. 40; Reg. Vat., t. cxxiv, n. 54.
Dilecto filio Aymoni de Calvomonte ^, ordinis fratrum predi-
catorum, salutem. — Licet ubilibet Sedis apostolice diligencia
adversus heretice pravitatis labe respersos quorum nequitia
serpit ut cancer, ne in aliorum pernitiem sua venena diffundant,
remedium libenfer adhibeat oportunum, in Carcassonen. tamen
civitate et diocesi aliisque civitatibus et diocesibus, castris, villis,
locis et terminis infra regnum Francie constitutis in quibus
inquisitores pravitatis predicte Carcassone communiter residen-
tes consueverunt seu potuerunt super pravitate predicta inquisi-
tionis officium exercere, de specialis benignitatis affectu preci-
pue cupimus ut negocium fidei iugi profectu elisis omnino et
BENOIT XII 241
eradicatis erroribus prosperetur, ac fides catholica fortius con-
valescat. Ad hec per nos et alios desiderantes attentius vigilare,
talernque ad huiusmodi negotium fidei ibidem efTicaciter promo-
vendum deputare personam cuius honesta conversatio exem-
plum tribuat puritatis, eiusque labia erudita doctrinam fundant
vere sapientie salutarem, ut eius sacro ministerio omne fermentum
exinde labis huiusmodi expurgetur, ad personam igitur tuam
quam sinceritate reHgionis et fidei maturitate, morum et litte-
rarum scientia Dominus insignivit, nostre dirigentes considera-
tionis Jhtuitum, te inquisitorem eiusdem heretice pravitalis in
Carcassonen. civitate et diocesi aliisque civitatibus et diocesibus,
castris, villis, locis et terminis antedictis, auctoritate apostolica
usque ad eiusdem Sedis beneplacitum deputamus; discretioni
tue per apostolica scripta mandantes tibique in remissionem
peccaminum iniungentes quatinus in caritate Dei, hominum
timore postposito, virlutem spiritus induens ex alto, predi-
ctum Inquisitionis ofTicium in eisdem Carcassonen. civitate et
diocesi, ahisque civitatibus et diocesibus, castris, villis, locis et
terminis, prout tanti negocii utilitas suadebit, sub spe mercedis
eterne sic efFicaciter prosequi et exequi studeas diligenter ut
per solicitudinis tue prudentiam radix pravitatis eiusdem ex-
inde penitus evellatur et vinea Domini, exterminatis vulpecuUs
que perversis morsibus demoliuntur eandem, fructus afTerat
cathoHce puritati; in huiusmodi negocio processurus tam secun-
dum indulgentias et privilegia inquisitoribus pravitatis predicte
in regno Francie auctoritate apostoHca deputatis, seu officio In-
quisitionis fiuiusmodi ab eadem Sede concessa, quam secundum
canonicas sanctiones. Per huiusmodi autem deputationem de
persona tua huiusmodi inquisitionis officio per nos factam, nul-
lum eisdem vel quibuscumque aHis privilegiis dictis ordini, vel
inquisitoribu8,seu ofFicio.si qua sint cis ab eadem Sede concessa,
vohimus preiudicium generari. — Datum Avinioni, xiii kalendas
ebruarii, anno tercio.
1. Aymon de Caumont succedait u Henri de Chamay (n. 84, note 1). Ses acte«
comme inquisiteur sont peu connus. II rcprit le proces de Guillaume Fenasse,
d'Albi, de son vivant repute bon catholique, et contre qui Henri de Chamay
avait entame une information (n. 166). En juin 1337, il assista i un sermon pu-
blic tenu k Toulouse. Cest pourquoi il ne put faire executer Textrait des regis-
tres de Tlnquisition de Carcassonne demande par Tinquisiteur de la Curie,
Guillaume Lombard, pour s^assurer de Texistence de plusieurs h^r^tiques, dans
BULLAIRE - 16
242 BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANgAISE
rascendance du moine Raymond Amelius. Aymon s'en excusa, le 4 juin 1337.
Douais^ La procedure inquisitoriale, etc, p. 38-39. En 1339, les juges laiques de
Brissac (Herault) avaient poursuivi et condamne, au nom des coseigneurs de ce
chateau (reglise de Maguelonne et le sire d'Agoult),trois sorcieres dont les fautes
etaient de la competence de Tinquisiteur de Carcassonne. Celui-ci ouvrit une
enquete contre les magistrats usurpateurs. Le conflit s'aggrava si bien que le
pape fut contraint d'appeler Taffaire a son tribunal. L exigea des juges seculiers
et de rinquisiteur la remise des dossiers et la cessation de toute action judi-
ciaire. Le 21 fevrier 1340, ni les juges laiques, ni i'inquisiteur n'avaient livre
leurs actes respectifs, L'eveque de Maguelonne fut charge de faire executer
l'ordre pontifical (n. 172^ 173^ 177). En 1339, Aymon de Caumont denonQa
au pape un frere mineur de Milhau, Pierre Calvet, accuse d'avoif, en par-
ticulier ou en public, profere des paroles suspectes d'heresie. Guillaume
Court^ cardinal des Saints-Quatre-Couronnes examina Taffaire et fit proceder
a un supplement d'enquete (n. 174). J'ai parle ailleurs (n. 28, note) du proces
du juif relaps Jean de Lombers. Aymon de Caumont etait de connivence avec
son commissaire et ce fut par son ordre que les temoins embarrassants furent
jetes dans des cachots (n. 186; 31 janvier 1343), On lira plus loin (n. 190) sa
requete tendant a obtenir du pape rautorisation d'entourer d'une palissade
en bois certain local du bourg de Carcassenne transforme en depot d'immon-
dices apres Texecration de deux maisons d'heretiques. Clement VI permit
Terection de la cloture. Le 11 avril 1344, le meme pontife manda a Aymon de
Caumont et a Tev^que de Maguelonne^ Arnaud de Verdale, de reprendre Tin-
formation jadis commencee contre un notaire royal du diocese de Mende, Jean
Sauret, coupable d'avoir tenu des propos suspects d'heresie (n. 193). Un Sermon
public fut tenu par Aymon, a Carcassonne, le deuxieme dimanche apres Pa-
ques de Tan 1346. Doat, t. xxxv, fol. 120; Mahul, CartuL, t. v, p. 690 : convo-
cation de rofTicial d'Albi, faite par Tinquisiteur.
Un conflit epineux avait surgi, sur ces entrefaites, entre les conseillers et les
ofriciers de Tlnquisition et les consuls de Carcassonne, a propos des taxes et des
tailles dont les premiers se pretendaient exempts. Les consuls s'etant assure
des gages sur les biens de leurs adversaires, Tinquisiteur, apres sommation, ful-
mina Tanatheme. L^affaire fut soumise au pape, qui, en attendant qu'elle fut
conclue, ordonna (27 mars 1348) la restitution des gages et la suspension des
censures (n. 205). Par son ordre_, les parties se rendirent a Avignon, oxi fitienne
Aubert, cardinal des Saints-Jean-et-Paul parvint a les mettre d'accord sans
proces. II fut convenu que Texemption invoquee pour les subalternes du tribu-
nal serait restreinte a trois conseillers, ofTiciers ou jures, et a un seul notaire,
dont la designation appartiendrait a Tinquisiteur; et que nul ne serait dispense
d'observer les divers reglements de po.ico edictes par les consuls pour le bien
de la communaute. Le pape ratifia ces conventions, le 22 juin 1348 (n. 206).
Je ne sais si ce fut Amedee de Langres, dont le nom parait pour la premiere fois
le 30 mars 1354 (n. 216), qui succeda a Aymon de Caumont a la tete de Tlnqui-
sition de Carcassonne. Voir encore sur cet inquisiteur, dans le present recueil,
les n. 201 et 204.
, BBNOIT XII 243
— 463 —
Guillaume Lombard regoit Vordre d'instruire le proces du frire
mineur Andre de Galiano, jadis re^>olte contre Vautorite de
Jean XXII, partisan de Michel de Cesene, heretique et schismati-
que. — Avignon, 12 avril 1337.
Reg. Vat., t. cxxxii, fol. xxv, n. 75.
Dilecto filio iiiagislro Guillelnio Lombardi *, canonico Mira-
piscen., iuris civilis professori, familiarinostro. — Ad audientiam
nostri apostolatus pervenit quod Andreas de Galiano *, ordinis
fratrum minorum, Deum et Sedem apostolicam fidemque catho-
licam graviter ofTendere, eiusdem ordinis honestate calcata in
sue detrimentum anime ac plurimorum scandalum, non formi-
dans, olim adversus felicis recordatioriis Johannem papam XXII
predecessorem nostrum eiusque auctoritatem et Sedem prefatam
nonnulla falsa et detractoria que scismatis et heresis sapiebant
crimina, dixit, asseruit, predicavit et docmatizavit perniciosis
et temerariis ausibus tam publicc quam occullc potestali
el auctoritati predecessoris prefati, dum adhuc viveret, et Sedis
eiusdem ori suo improvide laxata licencia diversimode detra-
hendo. Et ulterius tam Michaeli de Cesena ^, olim ministro
fratrum ordinis minorum, de heresi et scismate condempnato,
quam aliis diversis hereticis et scismaticis super multis here-
sibus, erroribus et scismatibus adhesit et favit ac rebelliones
et inobcdientias innumeras contra dictam Sedem et fidem catho-
licam aliosque diversos excessus detestandos et alias multipli-
citer patrare ac committere non expavit. Nos igitur volentes
supcr hiis iusticie debitum exhiberi, discretionitue per apostolica,
scripta committimus et mandamus quatinus tam cum eodem
Andrea quam alias, sicut exigente iusticia fuerit oportunum,
super predictis et ea quomodolibet tangentibus simpliciter et de
plano sine stropitu et figura iudicii veritatem inquirens, exhibere
iuxla ipsius Andree merita vel demerita studeas iusticie com-
plementum. Nonobstantibus exemptionis aut quibusvis aliis pri-
vileflriis, gratiis et indulgentiis[c/c.]. — Datum Avinioni, ii idus
aprilis, anno tercio.
1. Voir n. 150, note 3.
2. Andr4 de Galiano embrassa Tordre francitcain k Solmonne* par devotion»,
244 BULLAIRE DE L*INQUISITION FRAN^AISE
ainsi qu'il le dit lui-meme. Le provincial de Penne le prit d'abord pour socius;
puis (1313-1314) Tenvoya k rUniversite de Naples et enfin a celle de Paris.
Ses etudes terminees, Andre fut nomme lecteur dans divers couvents et succes-
sivement custode de la custodie de Chieti et provincial de Penne. En 1329,
il cessa ces fonctions et, a la demande de Teveque d'Aversa^ avec Tautorisation
de frere Luc de San Giorgio, vicaire provincial de Penne, il alla occuper a Naples
la charge de chapelain du couvent royal des clarisses du Corpus Domini.
Fraticelle convaincu, il eut pour collegue dans la charge de chapelain le fr^re
Pierre de Cadeneto, egalement partisan de la secte. Ils trouverent aupres du
roi Robert et la reine Sancia^ fondateurs du monastere, une protection efTicace
pour leurs personnes et leurs idees. Hs eurent raudace(on les en accusa du moins)
de precher publiquement contre les statuts de Jean XXII et en particulier
contre la bulle Cum inler nonnullos. Ils essayerent meme de faire des proselytes;
mais leurs tentatives furent denoncees a Jean XXII, qui, le 13 novembre 1331,
ordonna au general des franciscains, Geraud d'Othon, de les citer a comparaitre
en cour d'Avignon et de les suspendre de leurs charges. Eubel, BulL, t. v
n. 945. Le 13 mars 1332. le pape reprochait vivement au roi Robert de favoriser
en la personne de ces moines les pires ennemis de Tl^glise. Raynaldi, /Inna/.,
ad ann. 1332, n. xx. Cependant Geraud d'Othonn'avait pas attendu d'y etre
invite pour proceder contre ses deux sujets schismatiques. Le jeudi 31 octobre
1331, il avait fait recueillir, a Naples, les depositions de onze freres mineurs.
Un autre jour, sept autres furent entendus. parmi lesquels Bernard Quin-
trono (?), socius du prevenu. Voirletexte de ces depositions dans Archiv.Vatic,
Reg. Avenion., t. lvii, fol. 452-468. Mais le proces se poursuivit devant le tri-
bunal du pape, qui, le 4 decembre 1332, annonQait au roi et a la reine de
Naples ses intentions d'examiner lui-meme raffaire. Eubel, Bull., n. 1001. Cepen-
dant les coupables. cites depuis plus d'un an, avaient fait fi de cette sommation.
lls se trouvaient de ce chef excommunies. La reine Sancia prit fait et cause
pour eux et demanda, en faveur du monastere du Corpus Domini et de ses cha-,
pelains, Texemption totale de robedience du general de Tordre et le transfertl
de toute juridiction entre les mains du provincial de la Terre de Labour. EUe]
exigeait que ce dernier eut pleine liberte de choisir dans Fordre tout entier les
freres destines au monastere royal. Elle reclamait en outre la rehabilitation-
complete des deux excommunies. Jean XXII proposa (18 avril 1333) une sortei
d'arrangement. II ne pouvait etre question d'exempter le couvent et les chape-j
lains de Fobedience generalice. Si la reine consentait a rendre ses bonnes graceaj
au general, Geraud d'Othon, le pape ferait absoudre et rehabiliter les deux freres,]
a la condition toutefois qu'ils jurassent sur Tfivangile n'avoir jamais dogmatisej
contre la doctrine definie sur la pauvrete du Christ et des apotres; n'avoir pointj
cru les erreurs reprouvees par la bulle Cum inler nonnullos] n'avoir point adherej
au schisme de Louis de Baviere et de Michel de Cesene. Eubel, Bull., n. 1016,]
1017. Les deux moines etaient sauves, pour le moment du moins. Apres la mort
de Jean XXII, frere Andre de Galiano fut denonce une seconde fois pour les
memes crimes.' Benoit XII le cita in curia, le fit incarcerer et chargea Guil'aume
Lombard de la nouvelle instruction (voir bulle ci-dessus, 12 avril 1337). Des^
fragments considcrables de ce proces se trouvent dans le Registre d'Aifignon,\
i. Lvii, fol. 470-523. L'accuse presenta trente et un « articles » de defense
(fol. 478-485 vo). Environ trente-cinq temoins se porterent garants de son or-
BENOlT XII 245
thodoxie. Cetaient des gens de condition : seigneurs^ dignitaires de la cour
de Naples, fonctionnaires royaux, membres cminents de Tordre des freres mi-
neurs (fol. 486-523). L'accu8e re^ut communication des charges qu'il refuta
au jour marque: puis il fit plusieurs observations juridiques (fol. 470-474).
Le 2 mai 1338, rinstruction etait c ose (fol. 474). Le 30 juiii, cinq auditeurs
du Palais apostolique, appeles en consultation, opin^rent qu*il y avait lieu
d'absoudre le prcvenu, mais apres une purgation canoniquc de quinta manu.
Andre de Galiano et cinq freres mineurs execut^rent cette formalite le 28 juil-
let. Le lendemain, racquittement fut prononce. Rien n'avait ete sufTisamment
etabli a la charge d'Andre, qui par aillours jouissait (rune bonne renommeo
(fol. 475) Eubel a publie ce proccs dans son Bullar. francisc, t. vi, p. 597-627;
Ehrle en avait donne une partie dans Archiv> fiir Litteraiur, etc., t. iv, p. 82-95,
3. N. 80, note 3.
— 164 —
Ordre de proceder d iine enquete dans Vaffaire de certains clercs
et laics du diocese de Beziers auteurs d^un coniplot de faux temoi-
gnage contre Guillaume Fredol, leur eveque, accuse d^avoir tente
un malefice contre la personne du pape Jean XXII. — Avignon,
27 avril 1337.
Reg. Vat., t. cxxxii,foI. 27 vo,n. 85;Daumet. op. cil., n. 286 (anal.) ;
Hansen, Quellen, etc., p. 11, n. 20 (m ext.).
Dilectis filiis magistris Aiiialdo de Verdala ^ decano sancti
Pauli de Fenolhedesio ^, Electen. diocesis, et Petro de Monte-
spertuli, archidiacono de Lunacio ' Biterren. ecclesiarum. —
Pervenit nuper ad noslri apostolatus audituin (juod Franciscus
Juliani et Michael de Parietibus *, clerici Biterren. diocesis et
alii nonnulli clerici et laici [etc.y comme ci-dessous,n.l68, jusqua]
circa illas. Cuin auleiu prefati Franciscus et Michael quidamque
alii clerici et laici, qui huiusmodi factionis ministri dicuntur
cxistere, detineantur ad j^resens in civitate Biterren. carceribus
mancipati, nos volentcs ne tam cxeeranda facinora remaneant,
si veritas sulTragetur relatibus, incorrecta et ut etiam indem-
pnitali fame provideatur eiusdem episcopi veritatem inquiri
super hiis ct iustioiam exhiberi, discretioni vcstre per aposto-
lica scripta committimus ct inandamus quatinus vos, vel alter
vestrum, super predictis et ea quomodoiibet tangentibus, tam
cum eisdein captis quam cuin aliis de (juil)us vobis expedire
246 BULLAIRE DE l'iNQU1S1TION FBANQAISE
videbitur, simpliciter et de plano sine strepitu et figura iudicii
veritatem diligentius inquiratis facientes quos culpabiles vel
suspectos de premissis repereritis custodiri diligenter et tute,
donec nos aliter circa hec duxerimus ordinandum. Contradi-
ctores quoslibet et rebelles per censuram ecclesiasticam appel-
latione postposita compescendo. Inquestam vero et quicquid
in hac parte feceritis et inveneritis nobis fideliter et celeriter
transmittatis. — Datum Avinioni, v kalendas maii, annotercio^.
1. Arnaud de Verdale, chapelain de Benoit XII, promu par lui a 1'eveche
de Maguelonne, le 15 mars 1339 mort le 23 decembre 1352. Gall. christ., t. vi,
col. 783-786; Germain, Arnaud de Verdale, eueque et chroniqueur [Societe archeol.
de Montpellier) , p. 2-40; Hist. de Lang., t. ix. p. 632; Eubel, Hier.^ t. i, p. 334.
2. Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrenees-Orientales), chef-Iieu de cant., arrond.
de Perpignan.
3. Lunas (Herault), chef-lieu de cant., arrond. de Lodeve.
4. Perieis (Herault), hameau dans Nissan, cant. de Capestang, arrond. de
Beziers.
5. Voir la suite de cette affaire au n. 168.
— 165 —
Guillaume Lombard regoit commission de faire justice des cri-
mes de faux, de rapt, de i^iol, d'heresie et d' apostasie imputes d
Jean Christophe, procureur aupres de la Curie. — Avignon, 6 mai
1337.
Reg. Vat., t. cxxxii (secr. Ben. XII, an. III), fol. xxx, n. 97.
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi ^, canonico Mira-
piscen., iuris civilis professori. — Cum Johannes Christofori,
procurator romanam sequens Curiam, de falsitate instrumento-
rum publicorum, litterarum et sigillorum autenticorum, raptibus
et deflorationibus virginum, necnon heresis, apostasie, aliisque
diversis criminibus et delictis vehementer diffamatus et suspectus
existere asseratur, nos volentes inquiri veritatem diligenter
super hiis et iusticiam exhiberi, discrecioni tue... committimus
et mandamus quatinus, si eundem Johannem infamatum repe-
reris de premissis, super eis et ea tangentibus simpliciter et de
BENOIT XII 247
plano sine strepitu et figura iudicii solerti adhibita diligentia
veritatem inquirens, exhibere studeas iusticiecomplementum. —
Datum Avinioni, ii nonas maii, anno tercio.
1. N. 150, note 3.
— 166 —
Benott XII commei Ve\fique de Castres pour trancher un difje-
rend entre Guillaume Fenasse, bourgeois d^Albi, et Vinquisiteur
de Carcassonne. Ce dernier, d Vinstigalion de certaines personnes
ennemies de la famille Fenasse, avait engage une procedure secrete
contre Guillaume Fenasse, pere du plaignant, toujours repute bon
catholique. Uaccuse, fort de son droit, comparut devant son juge,
demandant la copie des depositions regues, afin de les refuter. II
fit remarquer d V inquisiteur Vinimitie qui existait entre lui et ses
calomniateurs. Non content de refuser cette copie, le juge jeta le
malheureux dans des cachots infects ou il mourut. Son fils Guillaume
a en vain tente d'obtenir pour lui la sepulture ecclesiastique, de
prendre sa defense et de venger sa memoire. II a fait appel au pape.
Mais Jean XXII est mort sur ces entrefaites el justice na pu etre
encore rendue. II a demande d Benoit XII de lui donner des juges
moins prevenus que Vinquisiteur et ses commissaires, qui ont
reporte sur lui la haine quils avaient pour son pere. — Avignon,
ler juin 1337.
Reg. Aven., t, li, !oI. 143; Reg. Vat., t. cxxiv, n. 230.
Venerahili fratri .. * episcopo Castren., sahitem. — Instantia
cotidiana deposcit apostolatus officium nobis superna disposi-
tione commissum ut ad reddendum cuique iusticie debitum
a Sedis apostolice auctoritate supprema suppliciter postulatum
parati simus prout esse volumus et debemus. Ex tenore si qui-
dem petitionis dilecli fihi Guillelmi Fenasse, civis Albien., porrecte
nobis accepimus quod quondam Guillelmus Fenasse senior *,
eius pater, civis Albien., semper calhoHce vixit, necaUqua heresis
infamia dum viveret laboravit, neque de heresi aliqua extitit
condempnatus. Verum dilectus filius .. '* inquisitor Carcassonen.
248 BULLAIRE DE l'inQUISITION FRANQAISE
siiper heretica pravilate, ad denunciationem secretam quorum-
dam emulorum suorum contra quos idem Guillelmus defunctus
per viam iuris super certis articulis in iudicio victor fuerat, eum
coram se personaliter citari fecit, asserens se inquisivisse de fide
contra eum licet absentem, idque penitus ignorantem, ac ipsum
de sua puritate confisum comparentem et petentem copiam
processus contra eumdem facti, ut de falso posset testes arguere,
necnon asserentem quod ipsi emuli sibi fucrant publice commi-
nati quod ipsum realiter et personaliter curarent penitus dissi-
pari, huiusmodi copia denegata, fecit adeo diris carceribus
mancipari quod infra breve tempus ibidem miserabiliter
expiravit; post cuius obitum ipse Guillelmus eius filius ad
purgandam famam dicti patris et suam ac generis utriusque
humiliter petiit ab inquisitore predicto sibi concedi ut posset
predictum patrem ecclesiastice tradere sepulture, sibique dictam
copiam faceret ut memoriam ipsius patris tanquam veri et boni
christiani posset defendere. Sed idem inquisitor hec prorsus facere
denegavit, quamquam super hoc fuisset pluries humiliter coram
personis autenticis requisitus; propter que idem Guillelmus
filius, tempore felicis recordationis Johannis pape XXIIprede-
cessoris nostri, ad Sedem apostolicam appellavit, propositoque
huiusmodi negocio in consistorio coram ipso predecessore, de
mandato suo idem inquisitor tunc morans Avinione fuit ad iudi-
cium evocatus, sed ob supervenientem dicti predecessoris
obitum non fuit ultra processum in negocio prelibato. Quarenobis
predictus Guillelmus filius humiliter supplicavit ut cum dictus
inquisitor ac eius et officii sui commissarii propter appellationem
huiusmodi graviter conceperint contra eum, sibique periculosum
existat quoad famam et res suas si eiusdem patris vitam catho-
licam et memoriam minime defensaret et longe periculosius sit
eidem in manus inquisitoris et commissariorum predictorum
incidere, providere super premissis per opportuni remedii suffra-
gium de apostolica clementia dignaremur. Quocirca fraternitati
tuc per apostolica scripta committimus et mandamus quatinus,
vocatis qui fuerint evocandi, causam ipsius appellationis et nego-
cii principalis cum eam contingentibus, emergentibus et connexis,
simpliciter ac de plano sine strepitu et figura iudicii audias et
fme canonico terminare procures, faciens quod decreveris per
censuram ecclesiasticam sublato appellationis obstaculo firmiter
oJ)servari. Testos autem qui fucrint nominati. si se gratia, odio
BENOIT XII 249
vel timore subtraxerint, censura simili appellatione cessante
compellas veritati testimonium perhibere. Non obstantibus tam
de duabus dietis in concilio generali, quam felieis recordationis
Bonifacii pape VIII predecessoris nostri qua inter cetera cave-
tur ne aliquis extra suam civitatem vel diocesim, nisi in certis
exceptis casibus, et in illis extra unam dietam a fine sue diocesis
ad iudicium evocetur; et quibuslibet aliis constitutionibus a
predecessoribus nostris romanis pontificibus in contrarium edi-
tis, per quas tue iurisdictionis explicatio possit super predictis
quomodolibet impediri. Seu si aliquibus communiter vel divi-
sim a Sede sit indultum eadem quod excommunicari, suspendi
vel interdici non possint per litteras apostolicas non facientes ple-
nam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto huiusmodi
mentionem. — Datum Avinioni, kalendis iunii, anno tercio.
1. Amiel de Lautrec, abbe de Saiiit-Sernin de Toulouse, O. S. A., elu evSque
de Castres, le 5 decembre 1326; mort en 1337^ entre juin et decembre. Gall.
christ , t. I, col. 67-68; Hist. de Lang., t. i\, p. 372; Eubel, Hier., t. i, p. 179.
2. Probablement Guillem Fenasse, dit le Boiteux, dont le procds remonte-
rait a Tan 1300. Douais, Documents, etc^ p. xcv, cxciv. Cf. n. 3, note 1.
3. Depuis Tan 1300, six inquisiteurs avaient passe a la tSte du tribunal de
Carcassonne : Nicolas d'AbbevilIe, Geoilroi d^Ablis, Jean de Beaune, Jean Du-
prat, Henri de Chamay et Aymon de Caumont. II semble que ce soit de ces
deux derniers que Guillaume Fenasse, le jeune, ait eu le plus a se plaindre.
— 167 —
Benoit XII presse les eveques de Quimper el de Vannes d^accom-
plir la commission regue du pape dans Vafjaire de Her\.'e de Tre-
valloet. Ils devront^ en particulier, reduire d de justes proportions
les indemnites exigees par les temoins pour se rendre aupres de la
Curie. — Avignon, 22 juin 1337.
Reg. Val., i. cxxiii, n. 362; Vidal, /l/7atre d'envoiUement, eto
dans AnncUes de Bretagne, juillet 1903, p. 499 (in ext.).
Venerabilibus fratribus .. Corisopiten. et .. Veneten. episcopis,
saiutem, et cetera. — Nuper nobilis viri Hervei, domini de Tre"
valloet, et Ivonis Boseuc, familiaris ipsius, Corisopiten. et Leo-
nen. diocesum, conquestione pcrcepimus quod super causa que
inter cos, ex partc una, et dilectos filios Johannem Aufredi»
250 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgA.ISE
ordinis predicatorum, inquisitorem heretice pravitatis, et Alanum
Thome, eiusdem ordinis, vicarium inquisitoris eiusdem in pro-
vincia Turonen., cx altera, super nonnullis criminibus et sorti-
legiis que in necem quondam Petri, domini de Guergolle, eius-
dem Corisopiten. diocesis, iidem Herveus et Ivo dicebantur
nequiter perpetrasse, apud Sedem apostolicam fuerat venti-
lata, sicut adhuc etiam ventilatur; nos inter alia in dictarum
partium presentia taliter duximus ordinandum, videlicet quod
Guillermus de Bemcant, presbiter eiusdem Leonen. diocesis,
qui de dictorum inquisitoris et vicarii [etc, comme au n° 158, 1
dans des termes d peu pres identiques, jusqud] incumberent fa-
cienda. Vobisque per litteras nostras dedimus in mandatis ut
vos, vel alter vestrum [etc, comme au n^ 158, dans des termes
d peu pres identiques, jusqud] per nos ut premittitur ordinata
curaretis executioni debite demandare. Et quod licet predicte
littere vobis ex parte nostra fuerint presentate, et ut ad eorum
executionem procederetis iuxta tenorem ipsarum per dictos
Herveum et Ivonem seu procuratores ipsorum fueritis cum
instantia humiliter requisiti, vos tamen ad premissorum execii-
tionem hucusque non curastis procedere, nec curatis, in non
modicum dictorum Hervei et Ivonis et aliorum predictorum
quorum interest preiudicium et gravamen. lidem quoque Her-
veus et Ivo nobis exponere curaverunt quod prenominati testes,
qui super veritate dicenda ad romanam curiam sunt vocandi,
adeo immoderatas expensas exigunt ab eisdem, quod ad solu-
tionem earumdem eiusdem Hervei non sufficerent facultates.
Quocirca fraternitati vestre per apostolica scripta in virtute
obedientie districte precipiendo mandamus quatinus vos... ad
premissorum executionem procedere studeatis, iuxta predicta-
rum nostrarum super premissis vobis directarum continentiam
litterarum. Et ne dicti testes et alii ad eandem curiam propterea
personaliter evocandi in exigendis expensis superfluis metam
rationis excedant, easdem expensas refrenare, moderari et ta-
xare provide studeatis, prout vobis, Deum habendo pre ocu-
lis, videbitur expedire. Sic vos in predictis habentes quod non
possitis de inobedientia vel contemptu super premissis ratio-
nalibiter increpari. Datum Avinioni, x kalendas iulii, anno tercio ^.
1. Voir d'aulres documents sur cette meme aftaire, n 143, 158, 169.
BENOIT XII 251
— 168 —
Le pape designe les juges qui devront ahsoudre ou p unir les
auteurs du complot de faux temoignage machine contre Veveque
de Beziers, accuse d^avoir tente d^envouter Jean XXII. — Avi-
gnon, 29 octobre 1337.
Reg. Aven., t. li, fol. 250; Reg. Vat., t. cxxiv, n. 412 et 132,
fol. 100 vo, n. 343; Daumet^ op. cit., n. 371 (analyse) ; Hansen, Quellen,
etc, p. 12, n. 20 (m ext.).
Dilectis filiis Petro de Montespertuli, archidiacono de Luna-
cio Biterren.,et Guidoni Guidonis, utriusque iuris professori, pre-
centori Lodoven. ecclesiarum, salutem. — Ad ausus nefarios
improborum et malignantium reprimendos et ne ab eis innocen-
tes et probi gradientes per viam rectitudinis molestentur, admo-
dum oportuna dinoscitur esse iusticia cuius lima excessus et cri-
mina delinquenlium corrigantur. Dudum siquidem perducto ad
nostri apostolatus auditum quod Franciscus Juliani et Michael
de Parietibus, clerici Biterren. diocesis, aliique nonnulli pef-
ditionis filii, clerici et layci, olim tempore felicis recordationis
Johannis pape XXII predecessoris nostri, ad patrationem fla-
L'itiosi sceleris per quam innocentem moliebantur suis nefandis
studiis perdere nequiter intendentes, per litteras seu scripturas
falsas et proditorias quas ipsi composuerant seu componi fece-
rant, tam prefato predecessori quam quibusdam sibi assisten-
tihus falso et mendaciter intimarunt venerabilem fratrem no-
strum Guillelmum ^ episcopum Biterren., quasdam ymagines
cereas baptizatas contra dictum predecessorem et eius vitam
fabricasse seu fabricari fecisse ac commisisse maleficia circa
illas. Nos ne tam execranda facinora remanerent, si veritas suf-
fragaretur relatibus, incorrecta, et ut etiam indempnitati fame
provideretur eiusdem episcopi veritatem inquiri et iusticiam
exhiberi volentes, tibi, fili archidiacone, ac dile«to filio magistro
Arnaldo de Verdala, decano ecclesie sancti Pauli de Fenolha-
desio, Electen. diocesis, capellano nostro. per nostras certi tenoris
litteras ^ commisisse meminimus ac mandasse, ut tu et ipse
decanus vel alter vestrum super premissis et ea quomodolibet
tangentibus, tam cum predictis Francisco et Michaele ac qui-
busdam aliis clericis et laicis, qui propterea detineri dicebantur
252 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
in civitate Biterren. carceribus mancipati, quam aliis de quibus
nobis videretur expediens, simpliciter et de plano sine strepitu
et figura iudicii veritatem diligenter inquirere, nobisque referre
quicquid vos reperire super premissis contingeret fideliter cura-
retis, sicut in eisdem litteris plenius continetur. Cum autem in-
questam per te ac eundem decanum super et de premissis
factam nobisque iuxta litterarum ipsarum tenorem remissam
videri diligenter fecerimus et relationem audiverimus plenariam
super ea, nos super predictis exhiberi volentes iusticie com-
plementum, discretioni vestre per apostolica scripta committi-
mus et mandamus quatinus eandem inquestam quam vobis
transmittimus videntes ac solerter et fideliter examinantes.
necnon complentes et perficientes, si qua complenda et perfi-
cienda fuerint circa eam, tandem adhibitis vobiscum sapientibus
hominibus de quibus vobis videbitur, tam absolvendo innocentes,
si qui forsan iniuste delati vel accusati fuerint in hac parte, quam
nocentibus et culpabilibus penas et penitentias debitasimponendo
exhibere solenniter et publice ut ceteris in exemplum trans-
eat iusticiam studeatis; contradictores per censuram ecclesia-
sticam appellatione postposita compescendo. Vos taliter super
hiis exhibituri quod debito (sic) satisffiat circa premissa iusti-
cie vestraque inde debeat prudentia merito commendari. — Da-
tum Avinioni, iiii kalendas novembris, anno tercio.
1. Guillaume Fredol, n. 77, note 1.
2. Voir n. 164.
— 169 —
Benoit XII resume les actes de la procedure suwie jusqud ce
jour dans Vafjaire d^ Herve de Trwalloet ^. Puis il reproche aux
ei>eques de Quimper et de Vannes de na^^oir rempli jusquici qu une
partie de leur commission : d savoir^ Venvoi d Ai^ignon du pretre
implique dans Vafjaire. II les presse de proceder au lewer du se-
questre des biens de la famille Tre^alloet. Ils deuront sommer le
duc de BretagnCf qui les tient en arret, de les restituer sans retard
aux proprietaires, en ohservant, pour ceux d'Her<^e, les disposi-
tions des precedentes bulles. — Avignon, 13 decembre 1337.
BBNOIT XII 253
Regest. Aven., t. hi fol. 298 v«; Regest. Vat., t. cxxiv, n. 503;
Vidalj Affaire d'en\'oiitement, Hans Annales de Brelagne, juillet
1903, p. 500 [in ext.).
Venerabilibus fratribus .. Corisopiten. et.. Veneten. episcopis,
salutem. — Dudum in causa que vertebatur et adhuc vertitur
inter nobilem virum Herveum de Trevalloet et Ivonem Bosec,
familiarem ipsius, Corisopiten. et Leonen. diocesum, ex parte
una, et dilectos filios Johannem Aufredi, ordinis predicatorum,
inquisitorem heretice pravitatis, et Alanum Thome, eiusdem
ordinis, vicarium inquisitoris eiusdem in provincia Turonen.,
ex allera, super nonnuUis criminibus et sortilegiis que in necem
quondam Petri, domini de Guergole, eiusdem Corisopiten. dio-
cesis, iidem Herveus et Ivo dicebantur iiequiter perpetrasse,
apud Sedem apostolicam de speciali commissione nostra, primo
coram bone memorie Raymundo, tituli sancti Eusebii, pres-
bitero cardinali tunc vivente, ac deinde postquam ad nonnullos
actus fuit per dictas partes coram eodem cardinali processum,
eodem cardinali graviter egrotante et propterea in causa huius-
modi procedere non valente, coram venerabili fratre nostro Anni-
])aldo, episcopo Tusculano, inter easdem partes diutius venti-
lata; ac demum dictis Herveo et Ivone ofTerentibus et exhiben-
tibus nonnullos articulos super iure et innocentia eorumdem
coram episcopo memorato; ac proponentibus etiam coram eo
quod ipsi, necnon fratres et sorores carnales dicti Hervei, et
nobilis mulier Caterina de Ponte, uxor eiusdem Hervei, bonis
suis omnibus mobilibus 6t immobilibus, ante omnem actum
iudicialem habitum contra eos, de mandato dictorum inqui-
sitoris et vicarii per secularem curiam fuerant spoliati; et
petentibus ante omnia se restitui ad bona predicta; dictis
inquisitore et vicario asserentibus quod bonorum predictorum
spoliatio seu sequestratio facta non fuerat ad eorum instantiam
vel mandatum; idem episcopus decrevit bona mobilia et immo-
bilia, ex causa predicta dictis Ilerveo et Ivoni ablata, arrestata
et sequestrata seu quomodolibet accepta, fore eisdem reddenda
et restituenda; et quod Caterine, uxori, et Henrico, fratri eiusdem
Mervei, et aliis suis quorum bona dicebantur propter predicta
arrestata, ablata, sequestrata, seu alias accepta, restituerentur
eisdem. Decrevit etiam quod Guillelmus de Blerachant, presbiter
Leonen. diocesis, qui occasione premissorum per dictos inquisi-
torem et vicarium, seu de mandato ipsorum dicebatur carceri
254 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
mancipatus, sub fida custodia ad romanam Curiam mitteretur.
Quibus omnibus et nonnullis aliis premissa contingentibus rela-
tis et propositis in Consistorio coram nobis, super predicto nego-
cio in dictarum partium presentia taliter duximus ordinandum :
videlicet quod prefatus Guillelmus sacerdos, qui de dictorum
inquisitoris et vicarii et etiam bone memorie Alani, episcopi
Corisopiten., tunc viventis, mandato detentus fuerat et tunc
etiam detinebatur in carcere tuo, frater episcope Corisopiten.5
successor eiusdem Alani episcopi, mancipatus, sub fida custodia,
et alii testes qui fuerant alias super hoc examinati si viverent,
et generaliter omnes qui super hoc scire possent quomodolibet
veritatem, et probabiliter deponere, et per utramlibet dictarum
partium existerent nominati, ad nostram presentiam sumptibus
producentium personaliter vocarentur. Attestationes quoque et
confessiones illorum qui premissorum occasione dicebantur fuisse
combusti, vel in carceribus mortui, vel districti, nobis etiam
mitterentur; et quod etiam notarii publici qui per dictos Her-
veum et Ivonem seu per eorum procuratorem vel alterumi
eorumdem super dicto negocio asserebantur fecisse processus,
vel consignasse aliqua instrumenta, una cum dictis processibusj
seu instrumentis veris, perfectis, seu integris, non truncatis, seu
diminutis, nec alteratis ex nova fabrica, ad nostram presenciam
similiter vocarentur; et quod in totum omnia bona mobilia et
immobilia eiusdem Caterine, uxoris dicti Hervei, matris etiam
et omnium fratrum et sororum ipsius, ob premissa vel eorum
occasione arrestata, seu detenta, dearrestarentur et restitue-
rentur eisdem; bona vero mobilia et immobilia dicti Hervei
dearrestari et extra sequestrum poni modo volumus infrascripto :
videlicet, quoad omnem necessariarum suarum sufficientiam
expensarum et quoad omnes alias expensas litis huiusmodipro
advocatis, procuratoribus, notariis, testibus, nunciis et generaliter
pro omnibus que in causa seu lite huiusmodi incumbebant vel
incumberent facienda. Ac nichilominus vobis per literas nostras
districte dedimus in mandatis ut vos, vel alter vestrum, per vos,^
vel alium, seu alios, predictos omnes ad nos, ut premittitur,
evocandos peremptorie ex parte nostra citare ut infra duorum
mensium spacium post citationem huiusmodi dicti notarii cum
dictis processibus seu instrumentis veris, perfectis et integris,
ut prefertur; necnon alii testes expensis producentium, quas eis,
in veniendo ad presenciam nostram, stando in romana Curia
BENOIT XII 255
et redeundo ab ea precepimus exhiberi, comparerent personaliter
coram nobis; ac alia predicta omnia et singula per nos, ut pre-
mittitur, ordinata iuxta ordinationem huiusmodi demandare
executioni debite curaretis. Contradictores per censuram eccle-
siasticam, appellatione postposita, compescendo.
Cum autem, sicut dictorum Hervei et Ivonis conquestione
percepimus, tu, prefate episcope Corisopiten., qui solus in exc.
cutione premissorum, prout ex forma litterarum nostrarum pote-
ras, procedere incepisti, premissa in parte dumtaxat : videlicet
in mittendo dictum Guillelmum sacerdotem captivum ad roma-
nam Curiam fueris executus; ac de restitucione bonorum mobi-
lium et immobilium subtractorum uxori, matri et fratribus
Hervei predicti et ipsi Herveo, eisdem spoliatis, iuxta dictarum
litterarum nostrarum continentiam, facienda; necnon de aliis
pluribus et diversis articulis in eisdem litteris nostris contentis
seriosius et expressis te non intromiseris; nec aliquam execu-
tionem feceris super eis, in premissorum mandatorum nostrorum
contemptum et predictorum Hervei et Ivonis et eorumdem spo-
liatorum preiudicium et gravamen;nos volentes quod premissa
omnia et singula executioni debite demandentur, fraternitati
vestre, in virtute obedieRcie per apostolica scripta districte
precipiendo mandamus quatinus vos, vel alter vestrum, per
vos, vel per alium, seu alios, in executione premissorum
singulorum et omnium procedatis iuxta priorum super hiis vo-
bis directarum continentiam litterarum.
Ceterum quia dilectus filius nobilis vir Johannes ^, dux Bri-
tannie, predicta bona ad uxorem, matrem, et fratres eiusdem
Hervei spectancia dicitur detinere indebite occupata; cum nec
uxor pro marito, nec mater pro filio, nec frater pro fratre, nec
aliquis alterius odio pregravari, eundem ducem ex parte nostra
requirere et monere curetis ut infra certum peremptorium ter-
minum competentem, quem ei ad hoc duxeritis prcfigendum,
predicta bona spoliatis restituat supradictis, necnon dicto Her-
veo secundum modum determinatum in aliis nostris litteris
supradictis; ad id eum per censuram ecclesiasticam appellatione
postposita compellendo. Non obstante si dicto duci vel quibusvis
aliis communiter vel divisim a Sede apostolica sit indultum
quod excommunicari [etc,]. — Datum Avinioni, idus decembris,
anno tercio.
256 BULLATRE DE l'iNQUISITTON FRANgATSE
1. Voir n. 143 (note 9), 158, 167.
2. Jean III, le Bon, fils d'Arthur II ot de Marie de Limoges, ne le 8 mars
1286; duc de Bretagne, de 1312 a 1341. De Mas-Latrie, Tresor de chronologie^
col. 1573; Art de verifier les daies, II^ part., t. xiii, p. 218.
— 170 —
Benoit XII decide que le proces de Guillaume de Castiglione,
frere mineur, accuse d^heresie et de schisme, devra etretermine par
Guillaume Lombard et par Vinquisiteur de Proi^ence, d la place
des eveques d'Ostie et de Rodez, empeches. — Avignon, 15 decem-
bre 1337.
Reg. VaL, t. cxxxii, fol. cviii v^, n. 367.
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi, preposito ecclesie
Bariolen. ^, Foroiulien. diocesis, iuris civilis professori. — Olim
ad audientiam nostri apostolatus deducto quod Guillelmus de
Castilione Piscaria, de Thucia, ordinis fratrum minorum, roma-
nam sequens Curiam, erat de scismatis et heresis aliisque hor-
rendis et detestandis criminibus vehementer suspectus ac etiam
diffamatus, nos qui crimina huiusmodi et alia que catholice
fidei essent obvia extirpari ubique, claritatemque ipsius fidei
illesam servari desideriis optamus intensis, primo venerabilibus
fratribus nostris Bertrando ^, Ostien., et Bernardo ^, Ruthenen.,
tunc decano ecclesie Belvacen., episcopis, vive vocis oraculo du-
ximus committendum, ut super premissis et ea tangentibus, tam
cum eodem Guillelmo quam alias secundum sanctiones canonicas
faciendum existeret veritatem diligentius inquirentes, super eis
iusticiam exhiberent. Ac deinde, cum ipsi ad actus aliquos super
hiis processissent dictusque Ruthenen. episcopus de romana
Curia se absentans ad suam Ruthenen. ecclesiam de nostro
beneplacito accessisset, nos negotium celeriter volentes ob favo-
rem fidei compleri predictum, te prefato Ostien. episcopo in
eodem negotio per nostras certi tenoris litteras * providimus
adiungendum. Cum autem inquesta super premissis completa,
ut intelleximus, fuerit ita quod parum aut nichil restat nisij
decisio facienda, nos attendentes quod dictus episcopus
1
BENOIt XII
257
Osticn. ad hec vacare commode, aliis arduis negociis occupatus,
non polest et volentes prout iusticia exegerit negocium termina-
nari predictum, ut tu et dilectus filius .. Mnquisitorheretice pra-
vitatis in provincia Provincie auctoritate apostolica deputatus,
veleius vices gerens complere acperficeresi qua complenda vel
perficienda super eadem inquesta fuerint et prout merita vel
demerita dicti Guillelmi exegerint, exhibere super premissis va-
leatis iusticie complementum, plenam tibi et sibi concedimus
tenore presentium potestatem. — Datum Avinioni,;xviii kalen-
das ianuarii, anno tercio.
1.' Barjols (Var), cheMieu de cant., arrond. de Brignoles — Guillaurat Lom«
bard; voir n. 150, note 3,
2. Bertrand du Poujet; voir n. 157^ note 2.
3. Bernard d'Albi; voir n. 157, note 3,
4. Cf. n. 157.
5. Guillaume de Montrond (?), n. 129, note 4.
— 171 —
Ordre d Guillaume Lomhard de proceder en justice contre deux
femmes du dioc^se de Vii>iers, incarcerees d Ai^ignon, accuseea
d*ai>oir conclu un pacte aK>ec le demon et de s^etre livrees dd*autres
pratiques superstitieuses. — Avignon, 7 avril 1338.
Reg, VtU., t. cxxxii, fol. XXIX, n. 94; Daumet^ oprcit,,lTu 438
.(anal.); Hansen, Queilen, etc., p. 13, n. 21 {in ext.).
Dilecto filio magistro Guillelmo Lombardi *, preposito eccle-
sie de Bariolo, Foroiulien. diocesis, iuris civilis professori. — Non
absque horrore detestando percepimus quod Catherina Andrieva
de Sancto Paulo Lofrech • et Simona Guiota de Balneolis ',
mulieres Vivarien. diocesis, ex eo capte dudum et ad Sedem
apostolicam remisse fuerunt quia diabolico exagitate spiritu
olim se in corporibus et animabus dederunt diabolo, eidem
censum spu servitium de blado annuum promittendo etaliquibus
temporibus persolvendo et alia quedam superstitiosa et dam-
pnabilia cum eodem diabolo verbo et opere horribiliter commit-
tendo. Nos igitur talia et similia extirpari de finibus fidelium
BULLAlRE-17
258 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
4iciasque mulieres de tantis corrigi facinoribus lima iusticie
cupientes, discrecioni tue de qua fiduciam in Domino gerimus
specialem per apostolica scripta committimus et mandamus
quatinus tam cum eisdem mulieribus quam alias, prout tibi
pro veritate plenius circa hec indaganda videbitur expediens,
super premissis et dependentibus ab eisdem diligenter veritatem
inquirens prefatas mulieres et quanlibet earum,prout de predi-
ctis culpabiles inveneris, punire ac corrigere penitentiasque ipsis
imponere studeas, sicut iusticia exigerit, cum temperamento tamen
misericordie, prout earum contricio meruerit et racioni conve-
nire cognoveris salutares. — Datum Avinioni, vii idus aprilis,
anno quarto.
1. N. 150, note 3.
2. Probablement Saint-Paul-le-Froid (Lozere), cant. de Grandrieu, arrond.
de Mende.
3. Probablement Bagnols (Lozere), cant. du Bleymard, arrond. de Mende.
— 171 bis —
Benoit XII mande aux prelats ei d toutes autres personnes eccle-
siastiques, seculieres et regulieres, aux seigneurs et aux villeSy
vouloir accorder leur appui ei preter secours d Raimond Rahotl
et d Laurent Raimberti, que Vinquisiteur de Provence, Jeanl
Badas, en^oie d la recherche de V Espagnol judaisant Alphonsel
Diaz, qui s^est refugie chez les Juifs de la Sa^^oie oudu Dauphine,
Ils devront faciliter la capture du fugitif etde ses hiens. — Avignon 1
6 juillet 1338.
Eeg. Vnt., t. cxxxiii, n. 475; Eubel, BulL, t. vi, n. 92 (anal.).
Venerabilibus fratribus, etc. — Pro parte dilecti filii Johannis
de Badis ^, ordinis fratrum minorum, inquisitoris heretice pra-
vitatis in provincia Provincie auctoritate apostolica deputati,
percepto, quod ipse ad capiendum et ad suam presentiam addu-
cendum Alfonsum Dias de partibus Ispanie oriundum, qui olim
de iudaismo ad fidem conversus catholicam, et sacris {sic) ba-
ptismatis gratiam consecutus postmodum instigante di^bolo qui
BENOIT XII 259
saluti hnmane invidet in erroreni iudaice ceoitatis pristinum
!aiu[uain canis ad vomitum sicut asseritur est subversus, cum
iudeis in DaHinatu seu comitatu Sabaudie vel circumvicinis
partibus iugiter conversando, providit dilectos filios Ramundum
Raboti, monachum monasterii S. Euticii ordinis S. Benedicti,
Spoletan. di, et Laurentium Raimberti, laicum, civem Avi-
nionen., exhibitores presentium destinandos, universitatem
vestram rogamus, monemus, requirimus et in Domino attentius
exhortamur quatinus prefatis monacho et civi ac eorum cui-
libet, ut eundem Alfonsum capere cum omnibus bonis suis et
ad prefatum inquisitorem adducere valeant... sicut vos requi-
sierint assistatis eisque prestetis circa hocauxilium, consilium et
favorem... — Datum Avinioni, ii nonas iulii, anno quarto.
1. Voir n. 91 120.
— 172 —
Le pape reclame aux vicaires generaux de Maguelonne et d Ray-
mond Peyre, seigneur d^Agoult, les proces faits par les juges de
la curie seculi^re du chdteau de Brissac d trois sorcieres, au pre-
judice de Vinquisiteur de Carcassonne. — Avignon, 28 mars 1339.
Reg. Ai'en.^ t. 1.111, fol. 143 v»; Reg. Vat., t. cxxvii, n. 306.
Dilectis filiis vicariis ecclesie Magalonen. et nobili viro Ray-
mundo Petri, militi, domino Agautici ^, Magalonensis diocesis,
salutem, etc. — Ad audientiam apostolatus nostri pervenit
quod nuper in castro de Brixiaco *, Magalonen. diocesis,adeccIe-
siam Magalonen. et te, fili Raymunde, communiter pertinente,
per quosdam iudices seculares communis curie utriusque vestrum
castri predicti contra quondam Michaelem Gauterie et Erme-
niardam de Cornutis et Agnetem Fabrice, mulieres, ut asseritur^
sortiiegas et maleficas, certus habitus est processuset contraeas
condempnationis sententia promulgata et executioni mandata
in preiudlcium dilecti filii .. ^ iiiquisitoris heretice pravitatis in
regno Francie per Sedem apostolicam deputati Carcassone
residentis. Cum igitur certis ex causis veliraus de huiusmodi
260 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
processu et sententia informari, discretioni vestre per apostolica
scripta districte precipiendo mandamus quatinus processum
huiusmodi super premissis habitum nobis sub vestris inclusum
sigillis fideliter curetis quantocius destinare. Datum Avinioni»
X kalendas aprilis, anno quinto *.
1. Agoult^ aujourd'hui Goult (Vaucluse)^ cant. de Gordes, arrond. d'Apt.
Cette localite est le berceau de la famille d'Agoult, dont un des membres posse-
dait le chateau de Brissac dans le diocese de Maguelonne.
2. Brissac (Herault)^ cant. de Ganges^ arrond. de Montpellier. Cetait jadis
une baronnie dependante du comte de Melgueil et de Montferrand, c'est-a-dire
de Teveque de Montpeilier. E. Thomas^ Dictionnaire topog. du depart. de VHe-
rault, Paris, 1865, p. 26.
3. Aymon de Caumont; n. 162, note 1.
4. Sur la meme aflaire, voir la bulle suivante et le n. 177.
— 173 —
Benoit XI 1 redame a Vinquisiteur de Carcassonne ou d sei
lieutenants les actes des proces entrepris par eux d la suite de la'
condamnation des trois sorcieres dont il vient d'etre question. Le
pape se reserve Vexamen de Vaffaire, defend aux inquisiteurs de
s^en occuper ^avantage et ordonne la mise en liberte conditionnelle
des personnes incarcereesd cette occasion. — Avignon, 5 avril 1339.
Reg. Aven., t. liii, fol. l^iS vO; Reg. Vat., t. cxxvii, n. 307.
Dilecto filio .. ^ inquisitori heretice pravitatis in regno Francie
per Sedem apostolicam deputato Carcassone communiter resi-
denti vel eius locumtenentibus, salutem, etc. — Ad audientiam
apostolatus nostri pervenit quod pro eo quod in castro dc Bri-
xiaco, Magalonen. diocesis, ad Magalonen. ecclesiam et dilectum
filium nobilem virum Raymundum Petri, militem, dominum
Agautici eiusdem diocesis communiter pertinenle, per quosdam
iudices seculares communis curie eorumdem contra quondain
Michaelem Gauterie et Ermeniardam de Cornutis ac Agnetem
Fabrisse, mulieres, ut asseritur, sortilegas et maleficas, certus
habitus est processus et condempnationis sententia promul-
gata et executioni mandata in officii tui, fili inquisitor, prciudi-
BHNOIT XII 261
( iuin et conlemptiim per vos seu alios de mandato tuo, prefate
iiiquisilor, contra nonnullas personas certi habiti sunt processus.
(lum autem certis ex causis tam de toto processu super premissis
liabito per dictos iudices seculares (fuam de toto processu super
hiis per vos vel alios de mandato vestro postmodura subsecuto
velimus plenius informari, ac propterea dilectis filiis .. vicariis
ecclesie Magalonen. dictoque nobili nostris demus litteris in
niandatis ut dictum processum. per eosdem iudices seculares
super premissis habitum, sub eoruin inclusum sigillis quantocius
iiobis destinarc procurent, discrecioni tue per apostolica scripla
mandamus quatinus omnem processum, omnemque informa-
tionem per vos, seu de mandato vestro contra quoscumque
factos et habitos pretextu executionis sententie supradicte contra
mulieres prefatas per iudices memoratos fideliter in scriptis
redactos nobis de verbo ad verbum sub vestris inclusis sigillis
omni mora et occasione cessantibus quantocius destinare curetis.
Nos insuper totum huiusmodi negocium ad nostrum et eiusdem
Sedis revocamus examen, vobis districtius inhibentes ne contra
revocationem huiusmodi quicquid attemptare vel facere presu-
inatis, ac decernentes irritum et inane sisecus super hiis per vos
vel quoscumque alios scienter vel ignoranter contigerit attem-
ptari. Eos autem quos premissorum occasione cepistis seu
arrestastis, seu capi vel arrestari fecistis, recepta ab eis nomine
nostro et pro parte Sedis eiusdem ydonea cautione quod
cerlo termino peremptorio competenti per vos,prefati inquisitor
vcl locumtenentes, eis prefigendo apostolico conspectui persona-
liler se presentent a carcere seu arresto huiusmodi liberetis,
nobis diem prefixionis huiusmodi et quicquid super hiis feceritis
per vestras litteras ({uantocius intimundo. — Datum Avinioni,
nonis aprilis, anno quinto *.
1. Aymon de Caumont; n. 162, nolu 1.
2. Sur cette ailaire, voir bulle precedcnle et u. 177.
262 BULLAIRE DE L^INQUISITION FRANgAISE
— 174 —
Le pape prescrit un supplement d^enquete dans la cause du
jrere mineur Pierre Cahet, du couvent de Milhau, accuse par
Vinquisiteur Aymon de Caumont, et dont le proces est confie au car-
dinal Guillaume Court. — Avignon, 27 juillet 1339.
Reg. Ai^en., t. xci, fol. 483; Reg. Vat., t. cxxvii, n. 546; Eubel,
Bullarium franciscanum, t. \i, p. 72_, n. 115 Un ext.).
Dilectis filiis.. preposito monasterii Bellimontis ^ per preposi-
tum soliti gubernari, et.. priori sancti Leontii ^, Vabren. et
Ruthenen. diocesum, salutem. — Dudum per dilectum filium
Aymonem de Calvomonte ^, ordinis predicatorum, inquisitorem
heretice pravitatis in regno Francie, nostro apostolatuiintimato
quod dilectus filius Petrus Calveti, ordinis minorum, in loco
fratrum dicti ordinis de Amiliano *, Ruthenen. diocesis, non-
nulla contra fidem catholicam asseruerat et publice coram po
pulo predicarat, et quod ipse inquisitor quandaminformationem
tunc nobis per eum sub suo sigillo transmissam fecerat et rece-
perat; nos volentes super hiis veritatem diligentius indagare,
dilecto filio nostro Guillelmo ^, tituli sanctorum Quatuor Coro-
natorum presbitero cardinali, commisimus et mandavimus ora-
culo vive vocis ut super contentis in informatione predicta ex
oflicio inquireret; et que super hiis inveniret nobis fideliter re-
ferre curaret. Coram quo cardinali prefato Petro in iudicio com-
parente ac per eum quibusdam capitulis sibi per dictum cardi-
nalem super premissis exhibitis factis nonnuUis responsionibus
et contra dictam informationem ipsius inquisitoris quibusdam
exceptionibus datis, necnon per Petrum prefatum ad defensio-
nem suam certis articulis formatis et traditis coram cardinali
predicto in terminis ad singulos actus huiusmodi supradicto
Petro successive et peremptorie per cardinalem eundem assi-
gnatis; quia per ea que coram prefato cardinali apud dictam
Sedem in negotio predicto sunt habita non potest apud Sedem
eandem de ipsius negotii meritis plene liquere, discretioni vestre
per apostolica scripta mandamus quatinus vos vel alter ve-
strum testes, litteras et instrumenta que prefatus Petrus Calveti
super dictis suis articulis quos idem cardinalis vobis sub suo
sigillo transmittit iiaclusos, coram vobis duxerit producenda
i
BENOIT XII
263
infra triiim mensium spatium post receptionem presentium pru-
denter recipere, ac testes ipsos iuxta datam a Deo vobis pruden-
tiam diiigenter examinare curetis; litteras et instrumenta pre-
dicta transcribi fideliter faciendo; depositiones omnium testium
predictorum fideliler in scriptis redactas una cum articulis
supradictis ac transsumptis litterarumet instrumentorum predi-
ctorum sub vestris sigiilis inciusas ad nostram presentiam
quantocius transmissuri ac significaturi nobis que et quanta
sit fides eisdem instrumentis et iitteris adhibenda; prefixo
eidem Petro Caiveti termino peremptorio competenti, quo cum
omnibus actis, iuribus* et munimentis suis huiusmodi causam
tangentibus apostoiico sc conspectui representet iustam dante
Domino sententiam recepturus. Testes autem qui fuerint nomi-
tiati, si se gratia, odio vei timore subtraxerint, per censuram
ecciesiasticam appeliatione cessante cogatis veritati testimo-
nium perhibere. Diem vero prefixionis huiusmodi et formam
et quicquid super premissis duxeritis faciendum nobis per
vestras iitteras harum scriem continentes fideiitcr intimetis.
— Datuin Avinioni, vi icalendas augusti, anno quinto.
1. Belmont (Aveyron), chef-lieu de cant., arrond. de Saint-Affrique.
2. Saint-Leons (Aveyron), cant. de Vezins, arrond. de Milhau.
3. Voir n. 162, note 1.
4. Milhau, chef-Iieu d'arrond., depart. de rAveyron.
5. Guillaume Court, cistcrcien, neveu de Benoit XII, abbe de Boulbonno,
dans le dioc^se de Mirepoix, maltre en theologie; ev6que de Nime», le 3 avril
1337; transferd^ Albi, le 3 decembre suivant; cree cardinal du titre des Saints-
Quatre-Couronnes, le 18 decembre 1338; ev^quo de Tusculum, le 18 decembre
1350; mort le 12 juin 1361. Baluze, col. 816; GalL chrUt., t. xiii, col. 294;
t. VI, col. 450; t. I, col. 26-27; Hiiil. de Lang., t. ix, p. 479; Eubel, Hier., t. i,
p. 17, 378-380; Demfle, Cluirlul., t. ii, p. 718.
— 175 —
Benoit XII ordonne d Vahbe de Boulbonne de jaire une enquete
sur cerlains crimes imputes d plusieurs de ses moines el d un clerc
du diocese de Rieux, le.squels, i>oulant pratiquer clandestinemeni
Valchimie et decou^ir un pretendu iresor enchante^ cn>aient_ fait
264 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
jahriquer une image de cire, tente de la baptiser, pour la percer
ensuite d Vaide d^aiguilles et apprendre d'elle Vendroit ou se trou»
vait le tresor. — Avlgnon, 2 decembre 1339.
Regest. Aven., t. Liii/fol. 253 \^\Regest.Vatic.,\. cyiy.\ii,iu 758;
Hansen, Quellen, etc.,. p. 14, n. 22 {in exl.).
Dilecto filio Duraiido ^, abbati monasterii de Bolbona^, Ci-
stcrcien. ordinis, Mirapiscen. diocesis, salutem, etc. — Ad au-
dientiam nostram pervenit quod Guillelmus de Mosseto, alias
dictus spurius de Mosseto, clericus Riven. diocesis, Raymundus
Fenolh, Arnaldus Gifre, Bernardus Aynerii, ac Bertrandus de
Causaco ^, monachi monasterii tui, ad secularia desideria et lucra
temporalia, que militant adversus animam, queve debebant
velut stercora extimare, retro vertentes affectus, quadam die,
ut possent clandestine alchimiam exercere, ad portam dicti
monasterii invicem convenerunt, se fidei prestite vinculo astrin-
gentes, quod nemini revelarent nec panderent illa que facerent
de alchimia supradicta. Idemque Guillelmus de Mosseto dixit
eisdem monachis quod ipse sciebat quemdam montem incan-
tatum prope villam de Limoso, in quo erat absconsus infinitus
thesaurus incantatus, cuius thesauri custodie quedam mulier
similiter incantata fuerat deputata, et quod ad faciendam di-
ctam alchimiam et detrahendum dictum thesaurum de monte
prefato per ipsos monachos, erat eis necessaria quedam imago
cerea que loqueretur et baptizaretur.
Quam ymaginem postmodum idem Guillelmus emit et defferrl
fecit ad domum Petri Garaudi, civis Appamiarum, per quemdam
famulum dicti Petri; quodque postmodum dicta ymago fuit de
domo dlctl Petri recepta et per dlctum Raymundum Fenolh
ad prefatum monasterium clandestine deportata, et posita super
altare capelle beate Caterine, quod est iuxta portam dicti mo-
nasterli, super quo, per Inconsiderationem monachorum dicti
monasterii non advertencium quod dicta ymago erat ad commlt-
tendum sacrilegium fabricata, per plures dies dlcitur perman-
sisse; postque per prefatum Raymundum ad domum eiusdem
Petri extitit reportata. Idemque Gulllelmus in presencia dlcti
Petrl Garaudi interrogavlt eundem Raymundum si dicta ymago
extiterat baptizata; qui respondit quod non, quia eam nequi-
Verat baptizare. Subsequenter vero dicta ymago per eundem
petrum Garaudi tibi extitit assignata, tuque, in cofino, inquo
I
BENOIT XII 265
fucrat reporlata, novem acus, cuiii quibus dicta yinago pungi
tlebebat, sicut accepimus, invenisti. Dictus quoque Raymundus,
ut dicitur, fuit confessus et etiam probalur per unum secularem
quod idem Raymundus reccpit ct penes se tenuitlibrum in quo
erat scripta forma traditionis baptisinatis sacramenti per plures
dies. Dictus etiam Bernardus dicitur fuisse confessus se habuisse
librum sacri baptisini ab ccclesia de Monte alto *; sequc dictum
librum misisse dicto Raymundo, qui plures dies tenuit eum et
postea ipsum remisit rapellano ecclesie memorate. Diritur etiam
per quemdam clericuin dicte ecclesie de Monte alto fore relatum
quod idem Bernardus eumdem clericum rogavit ut accomodaret
et traderet sibi sanctum crisma dicte ecclesie; quod idem cle-
ricus facere recusavit, dicens (juod ad dictum Bernardum mona-
chum non spectabat alicui impendere sanctum [crisma.
Cum itaque, si premissis veritas sufTragetur, prefati monachi,
fabricando vel fabricari faciendo dictam ymaginem ipsamque
super prefato altari ponendo et tenendo per plures dies, duin
inissa ibi celebrabatur, dicte ymagini volendo conferre baptis-
matis sacramentum ad exercendum huiusmodi alchimiam et
prefatum thesaurum absconditum exquirendum, gravis reatus
macula contraxisse noscantur, ac propterea sint graviter puniendi,
discretioni tue... mandamus quatinus secrete te de premissis
studeas informare, et taliter providere procures quod dicti mo-
nachi, qui premissa perpetrare temere presumpserunt, non
possint fugere et per fugam evadere debitam disciplinam; quod-
que libros, scripturas ct res ipsorum alias capias et custodias
diligenter; nobisque insuper referas per tuas litteras quecumque
super hiis inveneris, queve in premissis duxeris facienda. Contra-
dictores per censuram ecclesiasticam, appellatione postposita,
compescendo. Testes autem qui fuerint nominati, si se gratia,
odio vel timorc subtraxerint, censura simili, appellatione
cessante, compcllas veritati testimonium perhihere. — Datum
Avinioni, [i]v nonas decembris, anno quinto *.
1. Duraiid, abbe de lioulbonne, successeur de Guillaume Gourt. Gallia chrisl.,
i. xni, col. 294; J.-M. Vidal, Benoit XII, Leltres communes, ii. 4071.
2. Boulhoniie, commune de Cintegabelle, arrond. de Muret (Hautc-Garonn§).
3. Cahuzac (Aude), cant. de Bolpech, arrond. de Casleinaudary.
4. Montaut (Ariege), canton de Saverdun, arrond. de Pamiers.
5. Suite de ratlaire, n. 179.
266 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
— 176 —
Acte consistorial du 18 fwrier 1340. — A Vepoque de la promo-
tion de Veveque d^Albi, Pierre de Vie, cinq consuls de cette ^ille
etaient <,'enus d Avignon rendre hommage au pape Jean XXI 1, aux
cardinaux et d leur noweau pasteur, au nom de leurs concitoyens.
Vun d^eux, Giraud Coll, se plaignit au futur Benoit XII, alors
cardinal Fournier, des exces commis d Alhi par certains notaires
ou jures de V Inquisition, coupables, disait-il, dHnjustices et d'exac-
tions.
Jean XXII mourut sur ces entrefaites. Benoit XII lui succeda.
Alors Menet de Robecourt, soi-disant commissaire de Vinquisi-
teur de Carcassonne, prenant pretexte des plaintes formulees par
les consuls d^Albi, entama contre eux une action judiciaire pour
ai>oir tente d' empecher le libre exercice de V Inquisition.
Benoit XII appela Vaffaire d son tribunal et en confia la con-
duite, d'abord, au cardinal Bertrand de Montfa<^ez, puis au cardi-
nal Pierre Bertrand. Les debats furent longs. On entendit une
foule de temoins cites d la requete des deux parties, soit d Avignon,
soit ailleurs. Enfin Benoit XII en personne prononga la sentence.
Guiraud Coll, principal interesse, fut retabli dans tous ses droits
et dans sa bonne renommee; les frais du proces et les dommages
subis par lui de^aient lui etre restitues par son adi^ersaire. Menet
de Robecourt etait re^^oque de son office de commissaire de V Inquisi-
tion et declare inapte d rece^oir une charge quelconque dans un
tribunal inquisitorial. — Avignon, 18 fevrier 1340.
Regesl. Aveii., t. liv, fol. 88; Re^. Val., t. cxxviii, n. 58; J.-M.
Vidal^ Benoit XII, n. 8153 (anal.) ; Menet de Rohecourl, dAiis Moyen
dge, 1903, p. 438.
Ad futuram rei memoriam. — In immensum crescit presum-
torum impunita temeritas et non absque lesione multorum nimis
relaxatur delinquenda licentia que iuris terminis non arcetur.
Dudum siquidem in promotionis nostre primordiis ad apicem
apostolice dignitatis, pro parte dilecti filii Guiraudi Colli ^, civis
Albiensis, fuit propositum coram uobis quod olim, tempore
Johannis pape XXII predecessoris nostri, bone memorie Petro
de Via ^, episcopo tunc electo Albien. et de novo per predeces-
sorem eundem promoto in episcopum Albien., ac huiusmodi
BENOIT XII 267
promotione ad communitatis Albien. deducta notitiam, dicta
rommunitas dilectos filios magistrum Bernardum de Grava,
licentiatum in legibus, Pontium Rogerii, eundem Giraudum
Colli, Bernardum Austruconis '\ ac Durantum de Monteacuto,
cives et consules Albien., ad veniendum ad romanam Curiam
et impendendum dicto predecessori eiusdemque fratribus sancte
romane Ecclesie cardinalibus, de quorum numero tunc cramus,
dictoque Petro tunc electo in dicta curia existenti reverentiam
spccialiter deputavit. Dictique consules propter hoc ad dictam
curiam accedentes {>refatis predecessori et nobis tunc tituli
sancte Prisce presbitero cardinali et quampluribus aliis sancte
romane Ecclesie cardinalibus dictoque Petro tunc electo, nomine
communitatis ciusdem reverentiam impenderunt; et quod idem
Giraudus CoIIi una cum dictis aliis consulibus coUegis ipsius
coram nobis, tunc ut premittitur cardinali, personaliter consti-
tutus, post impensam huiusmodi reverentiam hec verba vel
similia protulit in efTectu, videlicet : quod aliqui homines laici
crant in civitate predicta dicentes se iuratos officii Inquisitionis
heretice pravitatis, de quibus dicebatur quod propter favorem
riusdem oflicii recipiebant multas corruptiones et faciebant
multas oppressiones et exactiones de quibus non recipiebat ali-
quem honorem ofHcium nec civitas prelibata; et quod esset
bonum quod nullus notarius faceret processus vel audiret per-
sonas super facto fidei nisi inquisitor huius esset presens; adiecto
in propositione predicta quod nos huiusmodi verbis respondera-
mus per hec verba vel similia in effectu, videlicet quod tcmpori-
bus quibus nos audiebamus testes vel aliquos de facto fidei
nolebamus quod aliquis notarius eos audiret, nisi nos presentes
cssemus. Va tunc per dictos consules vel aliquem eorum nobis
fuerat humiliter supplicatum quod eidem predecessori tunc
viventi supplicaremus quod tale in hac parteremedium adhi-
beret quod boni possent vivere et mali punirentur. Et quod
tandem dicto predecessore defuncto nobisque ad apicem summi
apostolatus assumptis, magister Mennetus de Roberticuria *,
canonicus ecclesie Montisregalis ^, Carcassonen. diocesis, nota-
rius, pro commissario Inquisitionis pravitatis eiusdem in parti-
bus Carcassonen. et Albien. se gerens, super dictis verbis etaliis
quibuscumque per eosdem consulos Albien. officiura seu ministros
dicte Inquisitionis tangentibus, nobis tuuc cardinali dictis
seu prolatis, que idem Mennetus in iniuriam et impe-
268 BULLAIRE DE L*INQUISITION PRANgAlSE
dimentum negolii fidei et olFicii dicte Inquisitionis et fautoriam
hereticorum redundare dicebat, quosdam processus formaverat
et fecerat contra dictum Giraudum super hiis inquirendo et non-
nullos testes recipiendo, ipsumque propterea multipliciter difTa-
mando et alias expensis et laboribus pregravando. Propter que
nos intendentes cum predictis Bernardo de Grava, Pontio,
Giraudo, Bernardo Austruconis et Duranto super nonnuilis
certis negociis, et deinde volentes cum dicto Menneto supei-
eisdem processibus contra ipsos, ut dicebatur, factis pleniu ;
informari, dictos Mennetum, notarium, magistrum Bernardum,
Pontium, Guiraudum, Bernardum Astruconis et Durantum, ad
nostram presentiam fecimus personaliter evocari ^. Quibus Ber-
nardo de Grava, Pontio, Giraudo, Bernardo Astruconis et Du-
ranto ad dictam curiam venientibus dictoque MenneLo, necnon
prefatis Bernardo de Grava, Giraudo, ac Bernardo Austruconis
in consistorio coram nobis personaliter constitutis, ac per dictos
Bernardum de Grava et Guiraudum suo et quarumdam aliarum
personarum civitatis eiusdem nomine, contra dictum Mennetum
propositis multis variis et diversis, et per dictum Mennetum
ad proposita ipsa responsionibus subsecutis; iios dilecto filio
nostro Bertrando ', S. Marie in Aquiro diacono cardinali, in
dicto consistorio tunc presenti, commisimus et mandavimus
oraculo vive vocis, quod super propositis et responsis predictls
ipsas partes audiret et quod super eis idem cardinalis se infor-
maret, nobisque referret. Ac nichilominus postea sibi manda-
vimus viva voce, quod processum etiam contra dictum Guirau-
dum et alios consules per dictum Mennetum factum et habitum
statim faceret sibi deferri. Quo siquidem processu prefato cardi-
nali delato, et etiam assignalo, dictisque Menneto, Bernardo
de Grava et Giraudo coram eo postea in iudicio constitutis, idem
cardinalis eisdem Menneto et Giraudo ad dicendum, proponen-
dum et dandum in scriptis quicquid alter contra alterum dicerc,
proponer6 et dare vellet, certum assignavit terminum. In quo
prefatis Menneto et Giraudo comparentibus in iudicio coram
eo, idem Giraudus contra dictum Mennetum quendam libellum
exhibere curavit, in quo idem Giraudus inter alia asserebat
quod idem Mennetus, tunc pretendens se notarium et commis-
sarium officii memorati, vocatis dicto Giraudo et eius collegis
predictis super dictis verbis per eos propositis coram nobis,
in nostrum et eiusdem Sedis contemptum ac diffamationem
BENOIt XII 269
dicti Giraudi eiusque nonmodicum preiudicium et gravamen
inquisitionein formaverat et processus fecerat contra eum;
(juare pelebat eundem Mennetuin ad exhibendum ipsos [jroces-
s\is compelli sihi({ue decerni copiam eorumdem seque repertum
innocentem et immunem a contentis in eis per eandem Sedem
absolvi, dictosque processus viam dare et facere cancellari seque
restitui auctoritate apostolica in integrum ad suam bonam
famam, statum et honores in quantum ejus opinio propter hoc
fuerat de facto vel alias quoquomodo gravata; dictumque Menne-
tum compelli ad faciendum fidem et exhibendum potestatem
et mandatum, si quod habebat, cuius auctoritate et vigore
ad dictos processus et actus processerat, ut prefertur; prote-
stando de dampnis et expensis in prosecutione predictorum
factis et in antea faciendis. Ac deinde exhibitis per dictum Menne-
tum quibusdam exceptionibus contra libellum prefatum; et
contra ipsas exceptiones aliquibus pro parte dicti Guiraudi
replicationibus subsecutis, exhibitis quoque in iudicio per dictum
Guiraudum nonnuUis positionibus et articulis super dictis, pro-
positis et petitisper eum adinformationem cardinaliseiusdem, ac
nounullis exceptionibus per dictum Mennetumdatis contra posi-
tiones et articulos prelibatos et ad eas pro partedicti Giraudi
aliquibus replicationibus subsecutis in terminis ad actus huius-
modi per eundem cardinalem predictis partibus peremptorie*
et successive prefixis; demum nos eidem cardinali mandavimus
et commisimus oraculo vive vocis quod super dictis articulis
per eundeni Giraudum exhibitis ad pleniorem informationem
posset testes qui existerent nominati extra romanam Curiam
de diversis locis ad ipsam curiam evocare, ipsosque recipere et
examinare; necnon etiam extra ipsam Curiam receptionem et
examinalionem ipsorum testium personis ydoneis uni vel pluri-
bus in diversis partibus prout sibi visum foret committere. Ac
nonnullis testibus pro parte dicti Giraudi productis super arti-
culis et informatione predictis et probatione ij^sorum in termino
ad hoc prefixo et ab ipsis testibus per dictum cardinalem, pre-
sente dicto Menneto, iuramentis receptis; ac demum prefato
cardinali pro certis arduis et urgentibus negotiis de mandato
nostro se de romana Curia absentante, nos causam seu causas
huiusmodi in slatu in ({uo remanserant coram eo tempore re-
cessus sui de curia mcinorata, dilccto filio nostro Petro *, tituli
sancti Clementis presbitero cardinali, ad instantiamdicti Giraudi
270 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
audlendas commisimus et nobis postmodum referendas. Ac
deinde de mandato eiusdem Petri cardinalis ex speciali commis-
sione super hoc per nos sibi facta,nonnullis testibus reprobatoriis
pro parte dicti Menneti contra dictos testes pro parte dicti
Giraudi productos extra dictam Curiam romanam receptis, et
eorum attestationibus una cum tenoribus plurium instrumento-
rum et litterarum coram commlssariis et receptoribus dictorum
testium productorum remissis ad eandem curlam iuxta morem;
nos eidem Petro cardinali attestationes et processus huiusmodi
recipiendos et aperiendos, ac causam huiusmodi resumendam
et audiendam commisimus et nobis postmodum referendam.
Presentatis igitur dicto Petro cardinali attestationibus et pro-
cessibus huiusmodi, et deinde dicto Giraudo et magistro Nicolao
de Hermondivilla, procuratore prefati Menneti, coram Petro
cardinali predicto in iudicio comparentibus, ac omnibus et sin-
gulis sigillis appositis et appensis in eis omnibusque attestatio-
nibus, remissionibus et processibus in huiusmodi causa in parti-
bus habitis dicto Petro cardinali exhibitis; et per ipsos Giraudum
et Nicolaum hinc inde recognitis et etiam confessatis; et
quibusdam aliis instrumentis et litteris autenticis ut prima
facie apparebat exhibitis; ac deinde prefatis Nicolao pro-
curatore et Giraudo coram dicto cardinali in iudicio constitutis,
idem Petrus cardinalis, in presentia eorumdem Giraudi et
Nicolai, attestationes et processus huiusmodi omnes et singulos
aperuit et etiam publicavit et pro apertis habuit et etiam publi-
catis. Ac ilico post predicta Giraudus et Nicolaus procurator
prefati, quilibet videlicet pro parte sua sponte in causa huius-
modi concluserunt; idemque Petrus cardinalis cum eisdem con-
clusit et habuit pro concluso. Denique facta per eundem Petrum
cardinalem nobis de omnibus et singulis actis, actitatis, habitis et
productis in causa huiusmodi ac attestationibus et processibus
in eadem causa factis, tam coram dicto Bertrando cardinali
quam etiam coram eo, relatione plenaria et fideli, nos, de fra-
trum nostrorum consilio, sententialiter et diirinitive pronun-
tiamus, decernimus et declaramus non licuisse dicto Menneto
formare vel facere processus aliquos seu procedere vel inquirere
potuisse contra dictum Giraudum ratione, vel occasione, seu
causa dictorum verborum per ipsum Giraudum olim ut pre-
fertur in eadem Curia romana coram uobis tunc cardinali, ut
premittitur, prolatorum; neque ipsum Mennetum pretextu po-
BENOIT XII 271
testalis vel commissionis cuiuspiam per dictum inquisitorem
sibi facte premissa facere poluisse; ipsumque processum per
dictum Mennetum contra dictum Giraudum factum et habitum,
ut prefertur, tanquam temerarium et de facto presumptum
cassamus, anullaraus et irritamus, et cassum, nullum et irritum
iiunciamus; ac nichiloininus pronuntiamus, decernimus et decla-
lamus eundem Giraudum fuisse et esse bone opinionis et fame;
nullamque infamiam vel difTamationem per huiusmodi processus
et inquisitiones habitos seu habitas, factos seu factas contra
eum per dictum Mennetum super dictis verbis, per eundum Girau-
dum in dicta Curia romana prolatis vel eorum pretextu seu
occasione incurrisse; dictumque Mennetum dicto Giraudo inex-
pensis per eum in huiusmodi causa factis, quatenus articulum
dictorum verborum per eum in eadem Curia prolatorum concer-
nunt, cum restauratione et emendatione dampnorum que dictus
Giraudus propterea incurrit eidem Giraudo restituendis, prout
hec omnia fuerant per dictum Giraudum petita, sententialiter
t ondempnamus; ipsorumque expensarum et dampnorum taxa-
tionem eidem Petro cardinali committimus modo debito facien-
dam •. Prefatum quoque Mennetum quocumque officio circa
Inquisitionis negotium heretice pravitatis vel eius occasione
({uomodolibet vel ubilibet exercendo perpetuo apostolica aucto-
ritate privamus. Insuper volumus et districte precipimus quod
idem Mennetus nullum ofTicium circa negotium Inquisitionis
heretice pravitatis quocumque modo possit deinceps recipere,
vel quomodolibet exercere, vel de illo se intromittere quoquo-
modo absque nostra vel successorum nostrorum romanorum
pontificum licentia speciali. Supplentes omnem defectum, si
quis forsitan foret ex solemnitate iuris omissa vel pro eo quod
idem Mennetus tempore huiusmodi per nos prolate sententie
presens non extitit, vel alias quocumque modo in processibus
supradiclis. NuUi ergo, etc, nostre cassationis, anullationis, irri-
tationis, nuntiationis, condempnationis, commissionis, priva-
tionis, voluntatis, pronuntiationum, declarationum, constitu-
tionum, precepti et supplementi infringere, etc. **. — Actum
Avinioni, in palatio nostro apostolico xii kalendas martii,
anno sexto.
1- Voir M. 154, note 4.
2. Pierre de Vie; n. 155, note 1.
272 BULLAIRE DE L*INQUlSlTION PRANgAlSB
3. Voir n. 154, note 5.
4. Voir n. 28, note 2, et 154, 155.
5. Montreal (Aude), chef-lieu de cant., arrond. de Carcassonne.
6. Voir les citations, n. 154, 155.
7. Bertrand de Montfavez, n. 67, note 1.
8. Pierre Bertrand, docteur in ulroque jure, archidiacre de Billom dans 1©
chapitre de Glermont, fut promu a reveche de Nevers, le 28 janvier 1320; trans-
fere a Autun, le 19 mai 1322; cree cardinal du titre de Saint-Clement, le 20 de-
cembre 1331; il mourut le 24 juin 1348. Baluze, col. 782; Gall. christ., t. xii,
col. 647; t. IV, col. 408-412; Hist. de Lang., t. ix, p. 459-460; Eubel, Hier., t. i,
p. 15, 71, 386.
9. Le cardinal Pierre Bertrand fixa a 150 florins d'or de Florence la somme
que Menet de Robecourt devait payer a Giraud Coll. Le 15 aoiit 1340, Benott XII
nomma les executeurs de ce jugement (cf. n,^181).
10. Voir sur cette curieuse affaire les n. 28, note 2, 154, 155, 181.
— 177
I
Le pape a reclame, tant d Vinquisiteur de Carcassonne qu^aux
vicaires de Veglise de Maguelonne et au seigneur d^Agoult, les
proces faits par eux ou leurs juges d trois sorcieres du ressort de
Brissac. Mais c^est en vain. Le mandement pontifical a ete supprime
ou tenu secret. Benoit XII en ecrit d Ve^^eque de Maguelonne,
lui ordonnant de faire executer sa volonte, de rechercher les coupables
et d'informer sur la falsification qu'on dit ai>oir ete faite des actes
de ces proces. — Avignon, 21 fevrier 1340.
Reg. Vaf., t. cxxxv fol. x, n. 28; Daumet, op. cit.,n. 693 (anal.).
Venerabili fratri ..^ episcopo Magalonen. — Dudumad audien-
tiam apostolatus nostri perlato quod pro eo quod in castro de
Brixiaco ^, Magalonen. diocesis, ad tuam Magalonen. ecclesiam
et dilectum filium nobilem virum Raymundum Petri, militem,
dominum Agautici, eiusdem diocesis, communiter pertinente.
per quosdam iudices seculares curie communis ecclesie acnobilis
predictorum contra quondam Michaelem Gauterieet Emengar-
dam de Carnicis ac Agnetam Fabrice, mulieres ut asserebatur
sortilegas et maleficas, certus habitus processus fuerat et con-
dempnationis sententia promulgata et executioni mandata in
officii dilecti filii ^ inquisitoris heretice pravitatis in illis parti-
BENOIT XII
273
bus auctoritate apostolica deputati, ut dicebatur, preiudicium
et contemptum, per eundem inquisitorem seu de mandato suo
contra nonnullas personas certi fuerant facti processus. Nos
certis ex causis tam de toto processu super premissis habito per
dictos iudices seculares quam processu predicto per eundem
inquisitorem vel de suo mandato exinde postmodum ut pre-
mittitur subsecuto volentes plenius informari, prefato inqui-
sitori ac dilectis filiis vicariis ecclesie predicte tunc vacantis,
necnon nobili memorato per diversas litteras nostras * dedisse
meminimus in mandatis ut ipse inquisitor processum ex officio
suo super premissis habitum dictique vicarii et nobilis alium
Itrocessum et sententiam factum et latam per predictos iudices
contra mulieres predictas nobis integraliter de verbo ad verbum
sub suis sigillis interclusos destinare quantocius procurarent,
et causam seu negocium huiusmodi ad nostrum et apostolice
Sedis advocantes examen, inter alia prefato inquisitori et eius
locumtenenti, ne quicquam contra huiusmodi advocationem
attemptare presumerent vel facerent districtius duximus exhi-
bendum, ac decernendo ex tunc irritum et inane si secus scienter
vel ignoranter contingeret super hiis attemptari, prout in eisdem
litteris plenius continetur. Cum autem sicut intelleximus aliqui
litteras nostras predictas sic maliciose retinuerint et subticuerint
usque modo quod nequaquam fuerunt executioni mandate, fra-
ternitati tue... mandamus quatinus eosdem processus et senten-
tiam iuxta predictarum litterarum nostrarum seriem facias
quantocius nobis mitti et contenta in eisdem litteris executioni
debite demandari. Contradictores, etc. Et nichilominus super
suppressione ac retentione maliciosa litterarum ipsarum necnon
falsificatione que de ac super processu coram predictis iudicibus
secularibus habito facta fuisse dicitur informatione diligenti
recepta eam nobis sub tuo fideliter inclusam sigillo mittere non
postponas. — Datum Avinioni, ix kalendas marcii, anuo sexto.
1. Arnaud de Verdale; voir n. 164, note 1.
2. Pour touies les referenceg, voir n. 172, notes.
3. Aymoi» de Caumont; n. 162, note 1.
4. Cf. n. 172, 173. -
BULLAIRE - i8
*274 BtJLLAIRE DK L*I NQUlSlTlON FRANgAlSE
^178 —
Ordre de citer deux bourgeois d^Albi d propos d'une afjaire
d'inquisition. — Avignon, 6 juillet 1340.
Reg. Auen., t. liv, fol. 26 v^; Reg. Vat., t. cxxviii, n. 14, 35, de
Curia; Daumet, op. cit., n. 743 (anal.).
Venerabili fratri .. ^ episcopo Albien. salutem. — Cum de qui-
busdam apostolatui nostro relatis, que negocium fidei tangere
disnoscuntur [sic), velimus cum Bartholomeo Maurelli^ et Guil-
lelmo Fransa ^, laicis civitatis et diocesis Albien.,inquirere verita-
tem, fraternitati tue per apostolica scripta mandamus quatinus
per te vel per alium, seu alios eosdem Bartholomeum et Guillel-
mum peremptorie ex parte nostra citare procures ut vicesima
die post citationem luam personaliter apostolico conspectui
se presentent ut cum eis de premissis indagare possimus etscirei
plenarie veritatem. Diem vero huiusmodi citationis et formamj
et quicquid exinde feceris, nobis per tuas litteras harum seriei
continentes quantocius intimare procures. — Datum Avinioni,
ii nonas iulii, anno sexto.
1. Pictavin de Montesquieu, chanoine, puis (19 juin 1325) eveque de Bazas;]
eveque de Maguelonne, le 12 septembre 1334; eveque d'Albi, le 27 janvier 1339;|
promu au cardinalat (titre des Saints-Douze-Apotres), le 17 decembre 1350;J
mort le 1" fevrier 1355. Gall. christ.^ t. \, col. 27, 1203; t. vi, col. 782-783; Hist.
de Lang., t. ix, p. 622-623; Eubel, Hier., t. i, p. 80, 334, 546.
2. Un Barthelemy Maurel, d'Albi, avait ete delegue, le 24 janvier 1306 (n. st.)
par ses concitoyens, pour defendre les interets de la ville devant la commission]
cardinalice. Douais, Documents, etc, t. ii, p. 318.
3. Ce Guillaume Fransa etait probablement un descendant de Galhard Fransa,i
poursuivi pour heresie, en Tan 1300, par B. de Castanet et Nicolas d'Abbevill«]
(n. 3, note 1), ou bien de Pierre Fransa, egalement incarcere a cette epoque,]
mais qui, en 1313, attendait encore dans sa prison que Ton terminat son proc^a,
(n. 7 et 11).
BENbit xit 275
— 179 —
nenotl XI l mande aux abbes de Boulbonne et de Berdoues de
faire justice de quatre nioines de Boulbonne inculpes de maleficeSj
({alchimie et de superstition. — Avignon, 23 juillet 1340.
Reg. Aven., t. liv, fol. 294; Reg. Vai., t. cxxviii, n. 281.
Dilectis filiis, Durando *, de Bolbona, et Raymundo ^, de Ber-
donis ^ monasteriorum abbalibus. Cistercien. ordinis, Mirapiscen. et
Auxitan. diocesum, salulem, etc. - Dudum ad audientiam nostram
deducto quod Raymundus Fenolh, Arnaldus Guifre, Bernardus
Aynerii et Berlrandus de Causaco, monachi monasterii lui, fili
abbas de Bolbona, ad lucra temporalia retro vertentes affectns,
pro exercenda alchimia, nec non pro exquirendo et habendo
(lucdam thesauro abscondito, quandam ymaginem ceream fieri
feceiunt, seu procurarunt habere, quam, in divine maiestatis
olTensam et in iniuriam, intendebant baptizare seu facere
haptizari, licet, sicut asseritur, faciente Deo, ad actum bapti-
zationis huiusmodi complete minime sit processum.
Nos attendentes quod dicti monachi graviter excesserunt in
premissis et propterea erant m«rito corrigendi, tibi, prefate abbas
(lo Bolbona, nostris dedimus litteris in mandatis * ut secrete te
<le premissis informare studeres et super hiis taliter providere
< urares quod dicti monachi, qui premissa temere presumpserant
attemptare, non posscnt fugere et per fugam evadere debitam
tlisciplinam; nobisque per litteras tuas referres quecumque super
liiis invenires, quevc in premissis duceres facienda, prout in
cisden» litteris plenius continelur. Tuque, earumdem litterarum
nostrarum forma servata, de premissis studuisti diligentius infor-
mari dictosque monachos carceri mancipasti, prout nobis, ex
parte tua, postmodum extitit intimatum.
Quocirca discretioni vestre per apostolica scripta committimus
et mandamus quatlnus super premissis auctoritate nostra iusti-
tiani fa(^iatis; ita quod eorum correctio ceteris similia attemptare
volonlibus cedere valeat inexemplum, contradictores per censu-
ram ccclcsiasticam, appellatione postposita, corapescendo. —
Datum Avinioni, x kalendas augusti, aano sexto.
1. Voir n. 175, note 1,
276 BULLAIRE DE L*INQUISlTlON FRANgAlSE
2. Raymond de Taurins. GaUia christ., t. i, col. 1022.
3. Berdoues (Gers), comm. de Lasserre-Berdoues, arrond. de MJrande.
4. Voir n. 175.
— 180 —
Citation de Barihelemy Albert ou Adalbert, notaire de V Inquisi-
tionde Carcassonne. — Avignon, 29 juillet 1340.
; -Reg. Vat., t. cxxviii, fol. 18, n. 35, de Curia; Daumet, op. cit.,
n. V^') (anal.)
Ven. fratii .. ^ episcopo Carcassonen., salutem, etc. — Cum
de quibusdam apostolatui nostro relatis que negotium fidei
Langere dinoscuntur velimus cum Bartholomeo Alberti^, notario
Inquisitionis de Carcassona, inquirere veritatem, fraternitati tue
per apostolica scripta mandamus quatinus statim per te vel per
«lium, seu alios eumdem Bartholomeum peremptorie ex parte
nostra citare procures ut vicesima die postcitationem huiusmodi
personaliter apostolico conspectui se presentet ut cum eo in
premissis indagare possimus et scire plenarie veritatem. . . — Datum
Avinioni, ii kalendas augusti, anno VI.
1. Gaucelin de Jean, archidiacre de Cahors, notaire et familier du pape,
promu a reveche de Carcassonne, Je 22 mai 1338, mort on 1347. Gall. christ.
t. VI, col. 898-899; Eubel, Hier., t. i, p. 172; Mahul, CartuL, t. v, p. 447;
E. Albe, Autour de Jean XXII, dans Annales de Saint-Louis-des-Frangais,
janv. 1903, p. 167-168.
2. Ce personnage fournit une longue carriere aupres du tribunal de rinqui-
sition de Carcassonne. Notaire du roi et de roffice, il etait, de plus, en 1305,
iieutenant de Pierre Raoul, procureur des « Encours ». A ce titre, il fait resti-
tuer, le 24 decembre de cette annee, leurs biens confisques a Marquise Botolh
et a Guillaume Escaunier, d'Arques. Ms. Vat. lat. 4030, fol. 110; Molinier,
dans Archives des Missions, t. xiv, 3^ serie, p. 308. En 1309, il instrumente aux
audiences du tribunal preside par GeofTroi d'Ablis. Molinicr, V Inquisilion
dans le Midi, p. 132. Le 7 aout 1310, il rcQoit a Carcassonne les premiers aveux
de Bernard Clerc, de Montaillou, dont une copie a ete inseree dans le Registre
de Jacques Fournier. Ms. Vat. lat. 4030, fol. 173. II se rend a Pamiers en avril
1320, en mars 1321 et en mars 1323, et figure aux audiences ou vingt prevenu,
environ ratifient leurs precedents aveux ou abjurent en presence de reveque et
de 1'inquisiteur. Ibid., fol. 15, 21, 23, 26, 36, 164, 173; cf. Vidal, Le trihunal d' In-
quisilion de Pamiers, p. 106-107. Barthelemy Adalbert n'etait pas incorrup-
BENOfrT XII 277
tible. Un certain Michel Maury, t!e Ravenac, poursuivi pour heresie, reussit a
lacheter. Le notaire s'einploya, pour sauver son client, a suborner ses denon-
ciateurs; niais ni la douccur ni les niauvais traitemenis ne parvinrent a les faire
revenir sur leurs dires. Adalbert fut demasque, jete en prison et soumis a une
procedure qui traina d'autant plus que Teveque de Carcassonne, Pierre Rodier,
et rinquisiteur Jean Duprat, se disputant Ic droit exclusif de la conduire,
mirent deux ans a 8'accorder. Ils y parvinrent, lo 4 mars 1328 (n. st.), en com-
mettant leurs droits respectifs de juges a Tinquisiteur de Toulouse, Pierre
Brun. Douais, Documents, etc, t. i, p. lxxxv-lxxxvii. Ce dcruier rendit son
jugement le 24 novembre suivant. Barthclemy ctait delivre de la prison, oii il
avait soufTcrt plus de deux ans et conlracte une grave maladic. Sa peinc se
borna a des jeunes, des aumdues et des pelerinages. Doat, t. xxvii, fol. 112-118;
Mahul, Carl.y t. v, p. 684. II reprit bientot aprds ses fonctions de notaire. Le
8 spptcmbre 1329, il assista a la consultation inquisitoriale tenue a Carcas-
sonne. Douais, La formulc Communicato, p. 58. Le document public plus haut
iious le montre encore cn chargc en 1340 et, a ce titre, appelc pour ioformation
et peut-dtre pour punition par le pape Bouoit XII.
— 181 —
Le pape designe les executeurs de la sentence prononcee contre
Menetde Rohecourt. Ces juges devront exiger de ce dernierle paie-
ment de la somme de 150 florins d^or fixee par le cardinal Pierre
Bertrand comme indemnite due d Giraud Coll^ pour frais de
proces et dommages. — AvijTnon, 13 aoul 1340.
lieg. Val., i. cxxviii, n. 327; Vidal, Menet de Robecourt, dans
Moyendge, 1903, p. 444.
Venerabilibus fralribus Albien. * et Caslren. ^ episcopis, ac
dilecto filio decano ccclesie Beate Marie de Villanova propc
sanclum Andream ^, Avinionen. diocesis, salulem, etc. — Dudum
in promolionis nostre primordiis [etc, comme ci-dessus n. 176
jusqud] in processibus supradictis, prout in aliis litteris nostris
super hiis confectis plenius conlinetur. Poslmodum vero Giraudo
et Nicliolao j)redictis corani eodem Pclro cardinali in iudicio
comparcnlibus, ac diclo Giraudo dampna et expensas predicta
taxari petente, dictus Petrus cardinalis expensas et dampna
huiusmodi in centum quinquaginta florenis auri de Florcnlia
provida moderatione taxavil, eiusdem Giraudi super hiis iura-
mento secuto, prout in instrumento publico inde confecto eius-
278
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
dem Petri cardinalis sigillo munito plenius dicitur contineri.
Nos itaque ipsius Giraudi supplicationibus inclinati, discretioni
vestre per apostolica scripta mandamus quatinus vos, vel duo
aut unus vestrum, per vos, vel alium, seu alios huiusmodi
sententiam executioni debite demandantes eamque ubi et quando
expedire videritis sollempniter publicantes, faciatis auctoritate
nostra eidem Giraudo de huiusmodi quantitate peccunie pro
dampnis et expensis predictis iuxta litterarum condempnationis
ac instrumenti predictorum taxationis tenores plenam et debitam
satisfactionem impendi. Contradictores per censuram ecclesia-
sticam, etc, appellatione postposita compellendo. — Datum
Avinioni, xviii kalendas septembris, anno sexto.
1. Pictaviii de Montesquieu; ii. 178, nole 1.
2. Jean Despres, eveque de Coimbre (23 aout 1333), transfere a Castres, le
3 decembre 1337; mort en 1348. Gall. chrisL, t. i, col. 68; Eubel, t. i, p. 203;
Albe, Autour de Jean XXII, Eweques quercynois en France, dans Ann. de Sainl-
Louis des-Frangais, 1906, tir. a part, p. 148-149.
3. Saint-Andre de Villeneuve-les-Avignon (Gard), chef-lieu de cant., arr.
d'Uzes.
CLEMENT VI
(1342-1352)
CLEMENT VI
(1342-1352)
— 18 —
Guillaume de Montrondy inquisiteur de Provence, ohtient du
pape Clement VI, en fa^>eur de son neveu, Pons de Montrond, la
collation d'un prieure dans le diocesede Maguelonne. — Avignon,
11 juilJet 1342.
Supplicat. Clem. VI, t. i, fol. 59.
Supplicat S. V. humilis et devotus vester frater Guillermus
de Monterotundo ^, inquisitor heretice pravitatis in Provincia,
quatinus sibi specialem gratiam facientes in personam Pontii
de Monlerotundo, nepotis sui, monachi monasterii Psalmodien. ?,
ordinis sancti Benedicti, Nemausen. diocesis, de prioratu de
Varenissis, diocesis Magalonen., cuius cura per vicarium exer-
ceri consuevit, consueto per j)redicti monasterii monachos guber-
nari, cuius etiam fructus XXX lib. turon. secundum taxationem
decime val. annuum non excedunt, vacantem apud Sedem apo-
stolicam per mortem Petri Bedocii, monachi eiusdem monaslerii,
eidem Pontio dignemini providere cum non obstantibusetclau-
sulis opportunis cl cxecutoribus. — R. — Et quod transeat
sine alia lcctionc : Fiat. H. — Datum Avinioni, v idus iulii>
anno primo.
1. Voir n. 121), nole 'i.
2. Saint-Piorre-de-Pgalmody, dans la comm. d'Aiguesmortes arrond. de Nimes
(Qard).
282 BULI.AIRE DE l'iNQU1SIT10N FRANgAISE
— 183 —
Pierre Gui, dominicain, esl nomme inquisiteur de Toulouse. —
Avignon, 24 juillet 1342.
Reg, Aven., t. lxvii (Clem. VI, t. xii), fol. 40 v", n. xxx.
Dilecto filio Petro Guidonis ^, ordinis fratrum predicatorum,
salutem, etc. — Licet ubilibet Sedis apostolice diligentia ad-
versus heretice pravitatis labe respersos, quorum nequitia serpit
ut cancer, ne in aliorum perniciem sua venena diffundant, rcme-
dium libenter adhibeat oportunum, in Tholosana tamen civi-
tate ac dyocesi aliisque civitatibus et dyocesibus, castris, villis,
locis et terminis infra regnum Francie constitutis in quibus per-
sone dicti ordinis inquisitores pravitatis eiusdem per Sedem
apostolicam deputate Tholose comuniter residentes consueve-
runt seu potuerunt super pravitate predicta Inquisitionis ofTicium
exercere ex specialis benignitatis affectvi, precipue cupimus ut
negotium fidei iugi profectu elisis omnino et eradicatis erroribus
prosperetur, ac fides catholica forcius invalescat, ad hec per nos
et alios desiderantes attentius vigilare talemque ad huiusmodi
negocium fidei ibidem efficaciter promovendum deputare i^er-
sonam cuius honesta conversatio exemplum tribuat puritatis
eiusque labia erudita doctrinam fundant vere sapientie salu-
tarem, ut eius sacro ministerio omne fermentum exinde labis
huiusmodi expurgetur; ad personam igitur tuam, quam sinceri-
tate religionis et fidei, maturitate morum et litterarum sciencia
dominus insignivit, nostre dirigentes considerationis intuitum,
te inquisitorem eiusdem heretice pravitatis in Tholosana civi-
tate ac dyocesi, aliisque civitatibus et diocesibus, castris, villis,
locis et terminis antedictis auctoritate apostolica usque ad eius-
dem Sedis beneplacitum deputamus, discretioni tue peraposto-
lica scripta mandantes, tibiqueinremissionem peccaminum iniun-
gentes quatinus in caritate Dei, hominum timore postposito,
virtutem spiritus induens ex Alto, predictum Inquisitionis offi-
cium in eisdem Tholosana civitate ac dyocesi, aliisque civitati-
bus et dyocesibus, castris, villis, locis et terminis, prout tanti
negocii utilitas suadebit sub spe mercedis eterne sic efficaciter
prosequi et exequi studeas diligenter ut per solicitudinis tue
prudentiam radix pravitatis eiusdem exinde penitus evellatur
CLEMENT VI 283
et vinea Doinini, exterminatis vulpeculis, que perversis morsibus
denioliuiitur eandem, fructus afferat ratholice puritatis; in
huiusmodi negocio processurus tam secundum indulgentias et
privilegia inquisitoribus pravitatis eiusdem in regno Francie
aucloritale apostolica dej)utatis, seu oflicio Inquisitionis huius-
iiiodi ab eadem Sede concessa, quam secundum canonicas san-
("tiones. Per huiusmodi autem deputationem de tua persona
huiusnn>di Inquisitionis ollicio per nos factam locorum ordina-
riis quominus ipsius Inquisitionis onicium super labc predicta,
ppout volunt canonice sanctiones exercere valeant, necnon pre-
(lictis vel (luibuscunKjue aliis privilcgiis dictis ordini vel inqui-
sitoribus seu oflicio, si (fua sint eis ab eadem Sede concessa, no-
lumus preiudicium generari. — Datum Avinioni, viiii kalendas
augusti, anno primo.
1. Pierre Gui, probableineiit fils de Laurent, frere du celebro iiiquisiteur,
liernard Gui, herita des ecrits de son oncle et embrassa comme lui l'ordre des
Ir^res precheurs. II ctudiait a Carcassonne des 1313. II devint professeur de theo-
logie, puis prieur (1326) du couvent de Limogcs. Le chapitre de Toulouse le re
leva de cette derniere charge, Tann^fe suivante -(1327). Pierre occupa successi
Temcnt celles de lecteur a Albi (suivant Percin), de prieur a Perigueux (1333)
et a Carcassonne (1336). Tandis qu'il (*lail supcrieur du couvent de Carcas-
sonne, il fit transcrire en doux volumcs lc rccueil des \'ie8 des saints, form(»
par son oncle, et commcn^a riiistoirc dos dominicains illustres. Le chapitre
general de Bruges, en 1336, recommanda co dernicr ouvrage aux fr^res et
leur ordonna d'y collaborer. Reichert, Acla capi'. gen. ord. praed., t. ii, p. 241.
En 1338 (n. st.), vers la mi-car^me, Pierre Gui fut elu. a Montauban, provincial
de Toulousc. II conserva cette charge jusqu'a sa nomination a Tlnquisition de
cettc ville (2'i juillet 1342). Percin et l^chard affirinent cependant (ju^il rcmplit,
daiis rintcrvalle, lcs fonctions de professour de thcologic a recole des chanoines,
de Saint-fUienne. Voir gur P. Gui : Percin, Monum., p. 71, 77; Inquisitio, p. 102;
Quetif et fichard, Scriplores, t. i, p. 625; Leopold \y^\\%\ii, Solice sur les mss de
B. Gui, 1879, p. 173, 174 et note 1; Ch. UoVuuer, L' Inquisition dana le .Midi,
p. 208, note 1. L'inquisiteur avait deux neveux : Pierre Gui, clerc et bache-
lier hi lois, Age de vingt-trois ans on 1343, pour lequel son oncle soUicitc une
dispense d'Sge qui lui permette de posseder un benefice avec charge d^dmes;
et Guiard Gui, pour qui rinquisiteur obtient des lettres de chanoine regulier de
la cathedrale de Toulouse (14 juillet 1343). Reg. sup. Clem. VI, an. II, part. III,
fol. 101 v". Des actes de Pierro Gui comme inquisiteur, nous ne pouvons signa-
ler quc le proces qu'il fit, de concert avec les vicaires de rarcheveque de Tou-
louse, en 1325, a soix^nte-trois heretiques, en grandc partie des sorciers et des
niagiciens. Lamothe-Langon, Histoire de Vlnqusiition en France, t. iii, p. 226
sq., cite par Hansen, Quellen und Untersuchungen, etc, p. 450, n. 7. Notons aussi
la petition qu'il adresse au pape pour avoir une confirmation de la bulle de
Jean XXII au provincial de France au sujet de la delegation de linquisiteur
284 BULLAIRE DE L*INQUIS1T10N FRANgAISE
de Toulouse. Ayant probablement eprouve quelques difficultes a obtenir de ce
provincial d'6tre lui-meme promu a cette charge, tandis qu'il etait provincial
de Toulouse, il se fit d'abord deleguer par le pape, puis il fitpreciserquelebrevet
d'inquisiteur de Toulousc pourrait sans inconvenient etre donne au provincial
residant dans cette meme ville (n. 184-185). Le meme jour (7 septembre 1342),
ii obtenait la nomination de deux notaires pour son tribunal (n. 184). II ne resta
en charge que moins de deux ans. En 1344, Jean Dunioulin lui succeda. 11 mourut
a Saint-Girons, en 1347, et fut enseveli a Limoges. Outre le-recueil des Viesdes
sainls composees par son onclc, compile par lui, et les Vies des dominicains illus-
tres, ouvrage reste inacheve, on lui doit un Rapporl sur la visite du monaslere de
Prouille, faite par lui le 25 octobre 1340. Quetif et fichard, op. cil., p. 625.
— 184 —
Suppliques de Vinquisiteur de Toulouse, Pierre Gui, tendant :
1° d faire confirmer par Clement VI le privilege de nomnier Vin-
quisiteur de Toulouse accorde par Jean XXII au provincial des
dominicains de France {cf. n. 61); 2^ d obtenir la creation de deux
notaires pour V Inquisition. — Ratifiees a Villeneuve-les-Avi-
gnon, 7 septembre 1342.
Supplical., t. 1, fol. 180 v^.
Supplicat S. V. devotus filius vester frater Petrus Guidonis,
inquisitor Tholosanus, quatinus ad instar felicis recordationis
domini Johannis pape XXII ^ dignemini precipiendo mandare
priori provinciali ordinis predicatorum in Francia ^, qui nunc
est vel erit pro tempore, cui ex indulto apostolico incumbit
sex fratres eiusdem ordinis inquisitores in regno Franciedeputare,
quatinus de cetero, quociens expedierit inquisitorem ponere iii
Tholosa, aliquem de fratribus nominatis per priorem provin-
cialem eiusdem ordinis Tholosanum qui erit pro tempore, iuxta
tenorem indulti memorati domini Johannis, teneatur in Tholosa
atque regno Francie inquisitorem deputare; et quod addatur
in rescripto per Sanctitatem Vestram reformando ac innovando :
seu de persona ipsius prioris provincialis Tholosani ^, si tibi ina-
gis utilis ac ydoneus pro ofTicio fidei videatur.
Addatur in indulto apostolico quod etiam provincialis ipse
Tholosanus possit assumi : Fiat. R.
— Item supplicat S. V. quatinus cum ofFicium Inquisitionis
CLEMENT VI 285
non valeat exequi sinc auctoritate notariorum, quod dignemini
gerenti vices vestri vicecancellarii imponere et mandare ut
duos clericos aptos ad hoc et ydoneos per eumdem inquisitorem
sibi presentatos habeat ad huiusmodi tabellionatus officium au-
ctoritate vestra depulare. — Fiat. R. Et quod transeant sine alia
lectione : Fiat. R. — Datum apud Villamnovam, Avinionen.
diocesis, vii idus septembris, anno primo.
1. Voir la bulle de Jean XXII au n. 61, cf. note 2.
2. Pierre de Baume (-les-Dames), maitre en theologie, en 1325, elu provin-
cial de la province de France dans le chapitre general de Dijon, en 1333, et gene-
ral de Tordre, en 1343, dans le chapitre de Paris; mort le 1" maris 1345. Quetif et
fichard, ScripL, t. i, p. 614-616; Denifle, ChaH., t. ii, p. 250; Archw, etc, t. ii,
p. 219, n. 80; Mortier, Hiat. des maitres generaux, t. iii, p. 186-216.
3. Pierre Gui etait lui-mSine provinrial de Toulouso lorsqu^il fut nomme in-
quisiteur (n. 183, note 1).
— 185 —
Bulle de Clement VI ratifiant la concession^ faite par JeanXXII
au proi'incial des dominicains de France, de deleguer Vinquisi-
teur de Toulouse {cf. n. 61); ai'ec celie clause, que le choix pourra
porter sans inconvenient sur le prouincial de Toulouse lui-
meme ^. — Villeneuve-les-Avignon, 7 septembre 1342.
lieg. Aven., t. lxvii (Clem. VI, t. xii), fol. 102, n. cxxi; Reg.
Vat.;i. CLV, fol. 202 yo, n. 121.
Dilecto filio . . priori provinciali fratrum ordinis predicatorum in
Francia, salutem, etc. — Dudum felicis recordationis Johannes
papa XXll predecessor noster, attendens quod olim pie memorie
Nicolaus papa llll predecessor noster, desiderans per apostolice
Sedis diligenliam contra hereticorumdolosam astutiam, ne mor-
bus huiusiModi difTusius serperet locorum ubilibet, et maxime
in chrislianissimo regno Francorum in quo precipue fides cha-
tolica [sic) vigere dignoscitur, oporlunum reinedium adhibere
ut negocium fidei iugi profectu, elisis quibuslibet prorsus erro-
ribus, j)osset forcius prosperari, priori provinciali fratrum ordi-
nis predicatorum in Francia qui tunc erat, eius proprio nomine
286 BtlLLAlRE DE L*INQtJISltiON l?RANgAlSE
non expresso, suis dedit litteris in mandatls ut de consilio aliquo-
rum discretorum fratrum eiusdem ordinis eligeret sex de fratri-
bus dicti ordinis provinciarum Francie ac Provincie ydoneos
ad huiusmodi opus dominicum exequendum, prout contine-
batur plenius in litteris Nicolai predecessoris eiusdem^. Quarum
litterarum vigore tunc observatum extiterat quod per priorem
provincialem dicti ordinis provincie Provincie de discretorum
consilio priori provinciali dicti ordinis in Francia, quociens fue-
rat expediens, alique persone ydonee nominate fuerant, quarum
unam dictus prior provincialis Francie ad exequendum huius-
modi ofTicium in dicta provincia Provincie deputabat; et quod
postmodum, sicut eidem Johanni predecessoriexpositumfuerat,
in quodam generali capitulo dicti ordinis apud Bisuntium cele-
brato per magistrum generalem dicti ordinis et difTinitores e:us-
dem capituli qui tunc erant, dicta provincia Provincie in duas
provincias divisa fuerat "^, quarum altera iuxta ordinationem
dicti capituli tunc denominabatur sicut et nunc denominatur
provincia Tholosana; in qua quidem provincia iuxta ordinatio-
nem eiusdem capituli continebaturetiam Carcassona, ac duo in-
quisitores ex illis sex, unus videlicet Tholose, et alius Carcassone
specialem haberent et facerent mansionem, habentes ibidem
domos suosque processus ac libros et carceres ad personarum
custodiam, que sunt pravitatis heretice labe resperse specialiter
deputatos. Idem Johannes predecessor conspiciens equitati
consonum et etiam rationi quod sicut ante divisionem provincie
memorate factam in predicto capitulo eidem priori pro-
vinciali Francie per priorem provincialem eiusdem provincie
Provincie nominabantur aliqui fratres ydonei de consilio discre-
torum, quorum unum dictus prior provincialis Francie ad exer-
cendum in civitate Tholosana et dicto regno huiusmodi Inqui-
sitionis officium deputabat, sic deinceps huiusmodi fratrum nomi-
natio per priorem provincialem dicti ordinis qui tunc erat et
esset pro tempore in provincia Tholosana de discretorum consi-
lio fieri deberet, et unus illorum ad nominationem huiusmodi in
eisdem Thoiosana provincia atque regno, ad exercendum huius-
modi ofiicium deputari. Idem Johannes predecessor tibi in vir-
tute obedientie suis dedit litteris districtius in mandatis ut
de cetero quotiens expediret per cessionem, vel decessum,
seu amotionem, vel privationem inquisitoris pravitatis eiusdem
in dicta provincia Tholosana inquisitorem alium ordinari, tu et
CLlfeMENT V! 287
successores lui priores provinciales dicti ordinis in Francia unam
de personis quas prior provincialis dicti ordinis in dicta provincia
Tholosana qui erat et esset pro tempore, tibi vel dictis tuis succes-
soribus nominandas duceret ad predictum officium exercendum
in dictis Tholosana provincia atque regno tenereminideputare,
statuto quocumque contrario non obstante, prout in ipsius
Johannis lltteris plenius continetur. Nos igitur que per eundem
Johannem predecessorem circa premissa sunt gesta et habita
sub adiectione infrascripta rata et grata habentes, ac ea ex certa
scientia approbantes et etiam innovantes, dignumque ac rationi
consentaneum arbitrantes, ut quociens deinceps huiusmodi
nominationis dictorum fratrum tibi vel tuis successoribus fa-
( iende casus emerserit etiam de persona ipsius prioris provin-
< ialis Tholosani, si utilis et ydoneus pro huiusmodi negotio fidei
\ ideatur, ad exercendum huiusmodi Inquisitionis officium depu-
tanda per te ac successores tuos possit et debeat ordinari; discre-
fioni tue in virtute obedientie per apostolioa scripta districte
precipiendo mandamus quatinus de cetero, quociens in dicta pro-
vincia Tholosana inquisitorem alium, ut predicitur, expedierit
ordinari, tu et successores tui priores provinciales dicti ordinis
in Francia, postquam iuxta predictum ipsius Johannis prede-
cessoris mandatum per eundem priorem provincialem provin-
cie Tholosane, qui est et erit pro tempore, tibi vel eisdem tuis
successoribus huiusmodi eorundem fratrum nominatio facta
fuerit, ut prefertur, aut unum de dictis fratribus tibi vel eisdem
successoribus taliter nominatis, aut priorem eundem nominan-
lem, si forsan tibi vel eisdem tuis successoribus id expediens vel
alias idem prior magis utilis et ydoneus pro huiusmodi oflicio
fM (idei negocio videatur, ad predictum olFicium exercendum in
(lictis Tholosana provincia atquc regno, predicto ipsius Johannis
predecessoris mandato ac statuto (juooumciue contrario nequa-
«luaiM (»bslantil>us, aurtorilate apostolioa deputetis. — Datum
apud Villainnovam, Avinioncn. diocesis, vii idus septembris,
iimo primo.
1. Voir document pr^cedent, et les notes qui raccompagnent.
2. Cf. n. Gl et note 2.
3. Cf. n. 61, nole 4.
288 BULLAIKE DE L*INQUISITI0N FRANgAISE
— 186 —
Clement VI commet Ve^eque de Carcassonne pour entendre
les griefs de certains clercs et laics des dioceses de Castres et
d^Albi contre Vinquisiteur de Carcassonne^ Aynion de Caumont, et
son commissaire Menet de Robecourt. Ce dernier s^etant laisse cor-
rompre par Jean de Lombers, juif, accuse d'heresie, fit tous ses
efforts pour arracher aux plaignants une retractation de leurs temoi-
gnages contre le coupable; n^y pouvant reussir, il fit interpoler
le texte des depositions, se reser^ant d'exercer des poursuites contre
leurs auteurs. Ceux-ci furent saisis par ordre de V inquisiteur , le
25 decembre 1342, et jetes dans des cachots obscurs, d^oii Von espe-
rait que leurs protestations s' eleveraient ^ainement. — Avignon,
31 janvier 1343.
Reg. Aven.. t. lxi, fol. 457 vO; J.-M. Vidal, Menet de Rohecourt,
dans Moyen dge, 1903, p. 21 [in ext.).
Venerabili fratri .. ^ episcopo Carcassonen., salutem, etc. —
Officii nostri debitum exigit ut nos qui sumus omnibus in iusticia
debitore^ eam cunctis poscentibus ministremus. Exhibita si-
quidem nobis pro parte dilectorum filiorum Amelii Massoti, de
Brisatesta ^, soluti, Duranti Ros, Raymundi de Ulmo, Jacobi
Matfredi, de Graulheto ^, et Isarni de Cunho, de Podiobegone *,
coniugatorum clericorum, et Guillelmi Textoris, et Johannis de
Broliis, laicorum, Castren. et Albien. diocesum, petitio conti-
nebat quod cum dudum quidam nomine Johannes de Lombers ^
olim iudeus, coram dilecto filio Aymone de Calvomonte ^, or-
dinis predicatorum, inquisitore heretice pravitatis in regno
Francie auctoritate apostolica deputato, in Carcassona commu-
niter residente, et Manneto de Roberticuria, se notarium et com-
missarium Inquisitionis pravitatis eiusdem tunc dicente, de pra-
vitate ipsa delatus fuisset, et clerici ac laici supradicti ad
perhibendum testimonium in Inquisitione huiusmodi contra
dictum Johannem de Lombers facienda citati fuissent; ipsi-
que super hiis que sciebant et super quibus interrogati fuerant
puram et meram veritatem deposuissent; ac prefatus Johannes
olim iudeus, per dictum inquisitorem seu eius officialem super
Inquisitione predicta citatus et recusans contumaciter compa-
rere prefatum Mannetum corrupisset per pecuniam et alias ut
cliSment VI 289
a (lelatione evaderet supradicta; et tandem procurasset et fe-
risset quod dicti clerici et laici incarcerati, immurc^ili, questio-
nati et inducti fuerunt ad hoc ut contra veritatem eorum
dicta mutarent; tandem prefatus Mannctus, qui dictos testes ad
mutandum dicta eorum induxerat, multaeisdem promisit testi-
hus ut deviarent a testimoniis et dictis eorum, iurando super
• luodam breviario ad sancta Dei Euvangelia corporaliter manu
lucla quod nunquam testimonia et dicta huiusmodi revelarentur
eorum; et quod licet ipsi testes firmi forent et perseverarent in
testimoniis veris depositis pcr eosdem, tamen si aliqua variatio
facta fuit, dictus Mannetus per violentiam et metum qui cadere
poterat in constantem eam fieri fraudulenter et dolose fecit et
scribi prout voluit illa que ipsi testes minime affirmarant nec
in proposito fuerant affirmandi, ad hoc ut idem Johannes olim
ludeus ab Inquisitione absolveretur eadem, et contra dictos
testes posset procedere ac ab ipsis pecunias et bona eorum alia
extorquere; quodque ipsis testibus se prout immunes sunt scien-
tibus a carceribus et vinculis in quibus propter predicta detenti fue-
rant absolutis et etiam liberatis, prefatus inquisitor eosdem testes
jn die festivitatis Nativitatis Domini nostri Ihesu Christi de nocte
capi fecit et carceribus mancipari, eosque in eisdem carceribus
sine aliqua iusta causa detinuit et detinet indebite et iniuste,
ne malicia et iniquitas ipsius et dicti Manneti et tante temeri-
tatis versutia in notionem veniant atque lucem; et quod ipsi
testes alias adeo opprimuntur quod non possunt se defendere,
sed sine aliqua culpa propter iniquitatem et versutiam supra-
dictas in dictis carceribus detinentur et in eis formidant putre-
fieri, nisi ipsis per apostolice Sedis providentiam succurratur.
Quare pro parte ipsorum clericorum et laicorum testium fuit
nobis humiliter supplicatum ut providere ipsis in hac parte de
oportuno remedio dignaremur. Nos igitur cupientes unicuique
fidelium iusticiam exhiberi, ac gerentes de tua fidelitate et cir-
cumspectione probata fiduciam in Domino specialem, frater-
nitati tue per apostolica scripta committimus et mandamus
quatinus, vocatis prefatis inquisitore et Manneto, ac aliis qui
fuerint evocandi, huiusmodi causamaudias et facias super pre-
missis auctoritate apostolica iusticie complementum. Contra-
dictores per censuram ecclesiasticam appellatione postposita
compescendo. Testes autem qui fuerint nominati, si se gralia,
odio, vel timore subtraxerint, censura simili appellatione cessante
BULLAIRE - 19
290 BULLAIRE DE L*INQUISITlON FRANCAISE
Compellas veritati testimonium perhibere. Non obstante si eidem
inquisitori vel quibusvis aliis comrauniter vel divisim a Sede
apostolica sit indultum quod interdici, suspendi, vel excommu-
nicari non possint per litteras apostolicas non facientes plenam
et expressam, ac de verbo ad verbum de indulto huiusmodi men-
tionem. — Datum Avinioni, ii kalendas februarii, anno primo '.
1. Gaucelin de Jean; voir n. 180, note 1.
2. Briatexte (Tarn), cant. de Graulhet, arrond. de Lavaur.
3. Graulhet (Tarn), arrond. de Lavaur:,
4. Puybegon (Tarn), cant. de Graulhet.
5. Lombers (Tarn), cant. de Realmont, arrond. d'Albi.
6. Aymon de Caumont; voir n. 162, note 1.
7. Voir une notice sur Menet de Robecourt au n. 28, note 2; et d'autres docu-
ments le concernant, n. 154, 155, 176, 181, 189.
— 187 —
Le procureur general des freres precheurs ohtient du pape Cle-
ment VI la promotion d' Arnaud Mandavin, prieur du cowent
d^Angouleme, d V Inquisition de Tours et de Poitiers, apres la mort
de Jean Aujred. — Villeneuve, 28 fevrier 1343.
Supplic, t. II, fol. 62.
Supplicat S. V. devotus et humilis orator vester frater Ro-
stagnus, procurator generalis ordinis fratrum predicatorum in
curia, quod cum post obitum fratris Johannis Amfredi^, magistri
in theologia et inquisitoris quondam Pictavie et provincie
Turonen., non sit provisum de inquisitore qui in illis partibus
debeat Inquisitionis ofTicium exercere, quatinus dignemini de di-
cto officio providere fratri Arnaudo Mandavini ^, priori eiusdem
ordinis in conventu Engolismen., ut predictus irater Arnaudus
possit auctoritate Sanctitatis Vestre antedictum officium in
locis, terris ot provinciis exercere in quibus dictus quondamfra-
ter Johannes Amfredi et sui predecessores ipsum Inquisitionis
officium exercebant aut poterant vel consueverant exercere
secundum privilegia indulta a Sede apostolica inquisitoribus
eiusdem ordinis in terris et provinciis antedictis; adhicientcs,
CL^MENT VI 291
i Sanctitati Vestre placuerit, quod ex commissione huiusmodi
unllum ex hoc preiudicium ordini vel illis ad quos spectat ex
iiidullis privilegiis providere preiudicium generetur, cum non
obstantibus et clausulis oportunis. — Fiat, cum adrelationemcar-
dinalis sancte Sabine ^ et aliorum de ordine ad hoc fuerit suffi-
ciens reputatus. R. — Et quod transeat sine alia lectione : Fiat. R.
— Datum apud Villamnovam, Avinionensis diocesis, ii kalendas
martii, anno primo.
1. Jean Aufred; n. 143, note 6.
2. Arnaud Mandavin etait lieutenant de Jean Aufred, avant de lui succeder
comme inquisiteur. La seule piece ou il soit question de lui dans ce bullaire,
II dehors de celL qui prec6de et de la suivante, est une longue et grave plainte
d'un noblo perigourdin contre les actes de cet inquisiteur (n. 194).
3. Gerard de Daumar, de la Garde, dominicain, maitre en theologie en 1342 ;
la meme annce, elu, dans le chapitre general de Carcassonue, generalde Tordre;
cree cardinal-evfique de Sabine, le 20 septembre suivant;]mort le 28 soptembre
1 343. Baluze, col. 852 ; Douais, Les freres pricheurs en Gascogne, p. 405 ; Denifle
Arc/iiV, etc, t. ii, p. 220, n. 96; Eubel Hier., t. i, p. 17; Mortier, Les mailres
Aeneraux, t. iii, p. 167-185.
— 188 —
Nomination (TArnaud Mandavin d V Inqiiisition de Tours et
de Poitiers. — Villeneuve, 28 fevrier 1343 ^
Heg. Aven.f t. lxvii (Clem. VI, t. xii), fol. 370, n. dcxviii.
Dilecto filio Arnaudo Mandavini, ordinis predicatorum, salu-
tem, etc. — Licet ubilibet Sedis apostolice diligentia adversus
heretice pravitatis labe respersos, quorum nequitia serpit ut
cancer, ne in aliorum perniciem sua venena difTundant, remedium
libenter adhibeat oportunum, in Pictavia tamen necnon civi-
tatibus, diocesibus, provinciis, castris, villis, locis et terminis
infra regnum Francie constitutis in quibus quondam Johannes
Aufredi, ordinis fratrum predicatorum, magister in theologia,
incfuisilor heretice pravitatis predicte, qui nuper in romana
Curia diem clausit extremum, et alie persone dicti ordinis inqui-
silorcs pravitatis eiusdem per Sedem apostolicam deputati.
292 BULLAIRE DE L*INQUlSITION FRANgAlSfi
inquisitores Pictavie nuncupati consueverunt seu potuerunt
super huiusmodi pravitate Inquisitionis officium exercere, ex spe-
cialis benignitatis affectu precipue cupimus ut negocium fide
iugi profectu elisis omnino et eradicatis erroribus prosperetur
ac fides catholica fortius invalescat, ad hoc per nos et alios desi-
derantes attentius vigilare talemque ad huiusmodi negotium
fidei ibidem efficaciter promovendum deputare personam cuius
honesta conversatio exemplum tribuat puritatis, eiusque labia
erudita doctrinam fundant vere sapientie salutarem, ut eius
sacro ministerio omne fermentum exinde labis huiusmodi ex-
purgetur, ad personam igitur tuam, circa quam sinceritate reli-
gionis et fidei, maturitate morum, et litterarum scientia Do-
minus insignivit, nostre dirigentes considerationis intuitum,
te, quem ex dilecti filii nostri Geraldi, tituli sancle Sabine pre.;-
biteri cardinalis, et aliarum personarum notabilium prefati
ordinis nobis facta relatione fideli ad hoc sufficientem et ydo-
neum reputamus, inquisitorem eiusdem heretice pravitatis in
Pictavia, necnon civitatibus, diocesibus, provinciis, castris,
villis, locis et terminis antedictis auctoritate apostolica, usque
ad eiusdem Sedis beneplacitum deputamus, discretioni tue per
apostolica scripta mandantes, tibique in remissionem peccami-
num iniungentes quatinus in caritate Dei, hominum timore
postposito, virtutem spiritus inducens [sic) ex Alto, predictum
Inquisitionis officium in Pictavia, necnon civitatibus, diocesi-
bus, provinciis, eastris, villis, locis et terminis antedictis, prout
tanti negocii utilitas stuadebit (sic), sub spe mercedis eterne
sic efficaciter prosequi et exequi studeas diligenter ut per solici-
tudinis tue prudentiam radix pravitatis eiusdem exinde penitus
evellatur, et vinoa Domini, exterminatis vulpeculis que perversis
morsibus demoliuntur eandem, fructus efferat catholice puritatis.
In huiusmodi negotio processurus tam secundum indulgentias
et privilegia inquisitoribus pravitatis eiusdem in regno Francie
auctoritate apostolica deputatis, seu officio Inquisitionis huius-
modi ab eadem Sede concessa, quam secundum canonicas san-
ctiones. Per huiusmodi autem deputationem de tua persona hu-
iusmodi Inquisitionis officio per nos factam locorum ordinariis.
quominus ipsi Inquisitionis officium super labe predicta proul
volunt canonice sanctiones exercere valeant, necnon predictis
vel quibuscumque aliis privilegiis dictis ordini vel inquisitoribus
seu officio, si qua sint eis ab eadem Sede concessa, nolumus preiu di
CL^MENT VI 293
cium generari. — Dalum apud Villaranovara, Avinionensis dio
cesis, II kalendas marcii, anno primo.
1. Voir le document qui precede et les tiotes.
— 189-
Ordre est donne d Vinquisiteur de Carcassonne de rendre justice
aux heritiers et defenseurs de Pierre de Tournemire, pretre, jadis
accuse d^as^oir professe Verreur des heguins. Ce malheureux, grave-
ment malade, avait ete jete en prison d Montpellier, puis conduit d
Carcassonne quoique son etat fiU desespere. Apres sa mort, son
corps etait reste prive de la sepulture ecclesiastique. — Avignon,
13 juin 1343.
Reg. Aven., t. lxxiv, fol. 31 ; J.-M. Vidal, Menet de Robecourt,
dans Moyen dge, 1903, p. 447 {in ext.).
Dileclo filio ..* inquisitori heretice pravitatis in regno Francie
per Sedem apostolicam deputato, Carcassone comuniter residenti,
salutem, etc. — Ex parte dilectorum filiorum consanguineorum
et afTmium quondam Petri de Tornamira ^, de Montepessulano,
presbyteri Magalonen. diocesis, fuit expositum coram nobis quod
dilectus Mannetus de Roberticuria ^, tunc notarius et commis-
sarius, ut dicebat, inquisitoris heretice pravitatis Carcassonc
qui tunc erat, dictum Petrum gravi inrirmilate laborantem iii
Montepessulano capi fecit et in carcere detineri, ubi cum dictus
Pelrus coram dilecto filio Raymundo Pelati *, ordinis predica-
torum, allero commissario inquisitoris eiusdem, examinaretur
super eo quod ipse Petrus in etate duodecim annorum vel circa
constitutus dicebatur habitum beginorum reprobatorum per
sex inenses et non amplius detulisse, et cum eis perseverasse,
summisit se propterea correctioni et dispositioni Sedis apostolice
et veniam petiit de peccatis; quodque licet dictus Petrus foret
<{uasi semimortuus et amici eius ratione dicte infirmitatis vellent
fideiubere usque ad summam viginti milium librarum parvorum
turonensium de presentando ipsum Petrum Carcassone, certa
die, tamen ipsi commissarii huiusmodi fideiussionem noluerunt
recipere, sed ipsum pcr plures servientes de nocte de Montepes-
294 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
sulano detrahi et ad castrum Lupiani ^quasi semimortuum duci;
qui, propter dictam infirmitatem et nimiam debilitatem ipsiua,
priusquam servientes qui eum ducebant per quatuor leucas
equitarent, ter de equo quasi mortuus cecidit prostratus ad tcr-
ram; ac deinde prefati commissarii eum per tres dies quasi mor-
tuum tenentes eundem ipsum postmodum fecerunt Biterris
adduci; quodque cum medici illis, qui eum ducebant, dicerent
quod sine periculo maximo non poterat ultra duci, et eius amici
vellent ut prefertur sufTicienter cavere de representando eundem
certa die, ipsi tamen hoc facere recusarunt, sed eum sic infirmum
Carcassone adduci fecerunt ubi cum dicto presbitero super pre-
dictis de novo extitit inquisitum; dictusque Petrus ultimo
super premissis deposuit quod predictorum beguinorum dictis
et eorum regule non credebat nisi in quantum per dicta san-
ctorum vel sacram Scripturam aut sanctam Ecclesiam approbaren-
tur; et facta depositione huiusmodi subito expiravit; cuius
corpus fuit in loco prophano huiusmodi occasione sepultum.
Ob quam causam amici predicti eiusdem Petri fidem catholicam
et sanctam matrem Ecclesiam immaculatam, et se ipsos indem-
pnes servare volentes, prefatum inquisitorem qui tunc erat et
successores suos postmodum ipsumque Mannetum diutius secuti
fuerunt petentes et requirentes ab eis ut copiam depositionis et
confessionis dicti Petri, tam in Montepessulano quam Carcassone
factarum, eis concederent ut possent ipsum Petrum in casu in
quo reperiretur immunis petere super hiis iustitiam ministrari;
quod obtinere ab ipsis nullatenus potuerunt nec iustitiam aliquam
reportare. Quare prefati consanguinei et afTmes nobis humiliter
supplicarunt ut providere ipsis super hoc de oportuno remedio
dignaremur. Nos igitur... discretioni tue... committimus et man-
damus quatinus, vocatis qui fuerint evocandi, facias super pre-
missis iustitie complementum; contradictores [efc.]; testes
autem qui fuerint nominati [eic.]; non obstantibus [eic.]. —
Datum Avinioni, idus iunii, anno secundo.
1. Aymon de Caumont; n. 162, notel.
2. Tournemire (Aveyron), arrond. et cant. de Saint-Affrique, ou bien Cantal,
cant. de Saint-Cernin, arrond. d^Aurillac.
3. Menet de Robecourt; n. 28, note 2.
4. N. 87-88, note 2.
5. Loupian (Herault) chcf-lieu de cant., arrond. de Montpeliier.
CLEMENT V
295
— 190 —
Uinquisiieur Aymon de Caumonl expose au pape quil exisle,
dans un des principaux quartiers du bourg deCarcassonne, d Ven-
droit ou s^eleifaient jadis deux hdtelsd'hereliques,uneplacede^enue
un depot dHmmondices, par suite de la demolition et de V execration
de ces hdtiments. Ce cloaque fetide rend inhabilable le quartier
{foisin et compromet gravemeni la sante publique. A la demande
de plusieurs habitants et de Vinquisiieur, le pape ordonne que cette
place soit fermee d'une palissade en bois, — Vilieneuve, 22 aoOt
1343.
Heg. Supplic. Clem. VI, aii. II, part. III, fol. 169 vo.
Paler sanctissime, nuper exposito Vestre Beatitudini per fratrem
Aymonem de Calvomonte *, inquisitorem Carcassonen., quod in
burgo Carcassone ({uedam platea in una de melioribus partibus
dicti burgi consistebat in una carreria publica usque ad aliam
per transversum pertingens, in qua fuerant ab olim due domus
contiguc, una videlicet quondam Raymundi Guillermi Mate
et altera quondam Guillermi Martini Frenerii de Carcassona,
dudum per inquisitorem Carcassonen. qui tunc erat de crimine
lieresis per eos nequiter perpetrato sententialiter dampna-
torum, que in detestationem dicti criminis dirutioni exposite et
])erpetuo sterquilinio fuerant depulate^^et quod in eadem pla-
tea tot sordes et immunditie que inibi continue proiciebantur
et ponebantur adeo cumulabantur ibidem quod, propter fetorem
vel infectionem dicti loci, non solum per viriniam undiquedicte
plulee contiguam, ymmo etiam in magna [)arte dicti burgi aer
presertim estivo tempore adeo corruptus et fetidus reddebatur
<Iuod inde nonnuUis frequenter egrotantibus habitatores domo-
rum vicinarum domos suas eliam pretiosas, solempnes et magnas,
quas ibidem inhabitant, relinquere et quasi desertas dimittere
nisi de remedio provideretur, necessario oporteret; et quod pro
pterea nonnullis personis notabilibus dicti burgi cum instantia
devote supplicantibus dicto inquisitori sepius et frequenter ut
eis daret licentiam claudendi dictam plateam undique non de
muro sed de palis ligncis usque «d altitudinem octo vel novcm
pahnoruni super terram; ita tamen quod diclu platea desuper
296 BULLAIRE DE L*IN QUISITION FRANgAlSE
aperta et per totum inhabitabilis in detestationem dicti crimi
nis perpetuo remaneret; idem inquisitor hoc facere iiunquam vo
luerat Vestra Beatitudine inconsulta; ipsoque inquisitore Ve
stram S. consulente quod sibi super hoc videretur et placeret
eadem Vestra Sanctitas respondit quod idem inquisitor, si sibi
videretur expediens, audacter dictamlicentiam largiretur. Digne
tur igitur eadem S. V. concedere et mandare super hoc fieri
litteras oportunas; inhibendo ne aliquis dictam plateam presu-
mat aliter quam supra dictum sit claudere aut in eo quoquo-
modo aliquid edificare sine Sedis apostolice licentia speciali.
— Fiat. R.
Item supplicat humiliter dictus inquisitor quatinus Beatrici
nate quondam Hugonis le Sourrier, de Spinalo, Tullen. diocesis,
carissime consanguinee sue germane, concedere dignemini gra-
ciose quod confessor suus semel in mortis articulo generalem
peccatorum suorum remissionem auctoritate apostolica indul-
gere valeat ut in forma. — Fiat. R. — Et quod transeat sine alia
lectione Fiat. R.
Datum apud Villamnovam, Avinionen. diocesis, xi kalendas
Bcptembris, anno secundo.
1. Aymon de Caumont; n. 162, no4 .
2. Sm* Texecration et la destruction des maisons, voir rintroduction.
p. LXVIII, LXIX.
i
— 194 —
Isarn d'Aragon, chanoine de Carcassonne et prieur de Trebes^
demande et obtient de pouvoir conserver son prieure a^ec charge
d^dmeSy en depit de la condamnation pour heresie qui a frappe
son pere longtemps apres sa mort ^. — Villeneuve, 6 octobre
1343.
Supplic. Clem. VI, an. II, part. I, fol. 252 v^.
Significat S. V. Isarnus de Aragone, canonicus Carcassonen.,
quod quondam Petrus, pater eiusdem, dum vitam duceret in
CL^MENT VI 297
humanis, super crimine heresis delatus fuit etarrestatus et nun-
(juam illud confessus et ab arresto liberaliter relaxatus per
inquisitorem Carcassone et dimissus in pace; et in lecto ultime
egritudinis sue asseruit viva voce se tenuisse et tenere, credere
r[ profileri illam fidem catholicam quam dom. papa et domini
ardinales S. rom. Ecclesie docent, predicant et observant, et
ic christianissime diem suum clausit extremum receptis per eum
devote Ecclesie sacramentis, lanquam verus catholicus et bono-
rum operum sectator. Verum frater Henricus de Chamayo ^,
tunc inquisitor Carcassonen., post obitum dicti Petri per XVI
annos cepit resumere dictam Inquisitionem contra prefatum
defunctum, reiectis defensionibus pro parte ipsius defuncli
})ropositis, eumque respersum dicto crimine sententialiter decla-
ravit; el sic dictus canonicus privatus fuit omnibus bonis suis
patrimonialibus ac etiam prepositura de Canesuspenso ^ quam
canonico titulo possidebat in ecclesia predicta. Et dom. Johannes
fe. re. XXII pie et misericorditer dicto Isarno compatiens
eundem habilitavit ad quecumque beneficia ecclesiastica regu-
laria obtinenda, etiamsi dignitates, seu personatus existant *;
ac etiam mandavit j^rovideri eidem de prioratu de Tribusbonis *,
eiusdem ecclesie, qui tunc sperabatur vacare per translationem
prioris, cui prioratu cura imminet animarum. Unde quia in hu-
iusmodi habilitatione de animarum cura mentio non habetur,
placeat S. V. extendere dictam habilitationem, videlicet etiam
si curam habeat animarum et officia similiter, si eidem semel
et quotiens et successive canonice conferantur, et vocem plenariam
in capitulo, cum omnibus non obstantibus et clausulis oportunis et
cxecutoribus. — Fiat. R.
Datum apud Villlamnovam, Avinion. diocesis, ii nonas octo-
bris, anno secundo.
1. Voir la bulle n. 93 sur le mdme objet, et les notes qui raccompaguent.
2. Hcnri de Chamay; n. 84, note 1.
3. Capendu (Aude), chef-lieu de cant., arrond. de Carcassonne.
4. Bullc n. 93.
5. Trebes (Aude), cant. de Gapendu.
298
BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAISE
— 49 —
Clcment VI donne ordre d Guillaume d^ Auhussac^ eveque de
Frejus, son tresorier, de continuer le proces de Raymond Gilles,
clerc de Narbonne, incarcere d Ai>ignon et accuse de sortileges,
de malefices et de pratiques demoniaques. — Avignon, 23 octobre
1343.
Instrum. miscell. (Arch. Vaiic), ann. 1343, 23 octob.; Reg.Vat.,
t. cxxxvii, fol. 129 \°, n. 443; E. Deprez, Lettres secreies et curiales
de Clement VI..., Paris, n. 481.
Venerabili fratri Guillelmo ^, episcopo Foroiuliensi, thesau-
rario nostro. — Super eo quod... — Datum Avinioni, x kalendas
novembris, anno secundo.
1. Guillaume d'Aubussac, eveque de Frejus, en 1333; mort enl346. II avait
ete, a Rouen, vicaire general de Pierre Roger (Clement VI). Gad. christ.,
t. I, col. 435; Albanes, Gall. christ. noi>iss., t. i, col. 364-366; Eubel, Ilier., t. j,
p. 262.
— 193 —
Clement VI ordonne d Veveque de Maguelonne et d Vinquisiteur
Aymon de Caumont de poursuii^re Venquete entreprise contre mai-
tre Jean Sauret, clerc du diocese de Mende et notaire royal, accuse
d'ai^oir jadis tenu des propos d^une orthodoxie douteuse. — Avi-
gnon, 11 avril 1344.
Reg. Ai^en., i. lxxvi, fol. 370 v»
Ven. fratri nostro Arnaldo ^, episcopo Magalonen., et dilecto
filio Aymoni de Calvomonte ^, ordinis fratrum predicatorum.
inquisitori heretice pravitatis per Sedem apostolicam in regno
Francie deputato, Carcassone residenti, salutem, etc. — Officii
nostri debitum... Sane ex tenore petitionis pro parte dilecti
filii magistri Johannis Saureti, clerici Mimaten. diocesis, notarii
carissimi in Christo filii noslri Philippi Francio rcgis iilustris,
nuper nobis oblate percepimus quod idem magister Johannes
CLl&MENT VI 299
per procuratorem luum, frater episcope, diu detentus extitit
pro co quia ipse magister Johannes linguam suam laxavit ad
quedam verba fatua que fidem catholicam prima facie sapere
niinime videbantur, illaque scripto etiam confirmavit licet post-
niodum se et omnia dicta sua submiserit correctioni Sedisaposto-
lice, prout in processu per te, fratcr episcope, super hoc habito
])lenius dicitur contineri. Subiungebat etiam ipsa petitio quod
tu, fratcr episcope, ad ipsius magistri Johannis expeditionem»
pro eo ne quis procedere {sic) quia negotium huiusmodi tempore
felicis recordationis Benedicti pape XII, predecessoris nostri,
ad Sedem apostolicam extitit devolutum; quare pro parte dicti
niag. Johannis fuit nobis humiliter supplicatum ut providere
sibi super hoc oportuno remedio dignaremur. Nos igitur ...
volentes dicto mag. Jolianni supcr hiis iusticiam exhiberi, di-
scretioni vestre... committimus et mandamus quatinus premissis
non obstantibus exhibeatis ipsi magistro Johanni super hiis
auctoritate apostolica iusticie complementum. Contradictores
[etc.]; non obstantibus [elc.]. — Datum Avinioni, iii idus aprilis,
anno secundo.
1. Arnaud de Verdale; voir n. 16'!, note 1.
2. Aymon de Caumont, n. 162, note 1.
- 194 —
Une plainle tres grave a cte portee au Saint-Sicge contre Arnaud
Mandavin, jadis lieulenant de V inquisiteur de Poitiers^ depuis
devenu lui-meme inquisileur. Alain Bourret d^Exideuil Vaccuse
d'a^>oir essaye d' exlorquer a son pere, Guillaume Bourret, incarcere
80US pretexte d'heresie, une somme de soixante livres, dont en rea-
lite il a pergu vingt-neuf. II a use, pour cela, de prete-noms qui
passaient pour etre les creanciers du detenu. De plus, celui-ci ne
fut mis en liberte quapres a\>oir nomme quatre fidejusseurs, qui,
sous peine d^une amende de 100 marcs d^argent, s*engagerent d
presenler leur client d toute requisition. Guillaume Bnurret est
mort dcpuis sept ans et neanmoins Vinquisiteur ne cesse de mo-
lester ses repondanls parce qu^ils ne peuvent tenir cel engagement.
300 BULLAIRE DE l'iNQUTS1TION FRANgAISE
Ils ont ete excommunles et cites par liii, et Alain Bourret, qui s^est
presente en leur nom, a ete mis en demeure de debourser lasomme
de soixante livres pour obtenir la rwocation des censures. Le pape
ordonne une injormation. Les sommes extorquees seront restituees
immediatement; les fidejusseurs seront absous de leurs censures
ei Arnaud Mandavin devra comparaitre, ai^ant quarante jours,
devant le pape. — Avignon, 24 juin 1344.
Reg. Aven., t. lxxvii, fol. 265 yo, n. lxxx.
Ven. fratri ... ^ episcopo Petragoricen., salutem. — Querelam
Alani Borrelli de Exidolio ^, quondam GuillelmiBorrellinati, c!e-
rici Petragoricen. diocesis, recepimus continentem quod cum
dilectus filius Arnaldus Mandavini ^, ordinis predicatorum, nunc
se inquisitorem, olim vero se locumtenentem, seu vicarium
dilecti filii Johannis Aufredi *, eiusdem ordinis, tunc inquisito-
ris pravitatis eiusdem in diocesi predicta, asserens, dictum Guil-
lelmum, patrem ipsius Alani, tunc viventem, teneret et tenuisset
per quatuor vel quinque menses in vinculis ferreis carceribus
mancipatum, minus vere pretendens dictum Guillelmum verbo-
tenus vel alias in fide catholica erravisse, idem Arnaldus per vim
et metum qui cadere poterant in constantem, seu alias, dictum
Guillelmum ad obligandum se erga Ricardum Anglici et Guil-
lelmum Pictavini, laicos in Engolisma commorantes, compulit
fraudulenter, ut in eorum personis ad sui commodum sexaginta
libras monete currentis recognosceret minus vere ex vero et puro
mutuo se debere; dicto tamen Guillermo infra domum fratrum
predicatorum Engolismen. tunc arrestato manente; addens
et conveniens idem Arnaldus quod prefati Ricardus et Guiller-
mus darent et cederent pietatis intuitu priori et fratribus domus
predicatorum Engollsmen. debitum supradictum, cujus domus
idem Arnaldus tunc temporis prior erat; de qua pecunie summa
ipse Arnaldus, vel alius eius nomine, inquisitor nunc ut dicitur
dicte pravitatis, a dicto Alano vigintinovem libras et amplius
dicte monete habuit et recepit, quamvis ut prefertur mutuum
predictum factum seu contractum minime extitisset; dictusque
Arnaldus tunc vicarius coegit prefatum Guillelmum, antequam
ipsum a dicto arresto dimitteret, quod quatuor fideiussores,
quorum unus fuit predictus Alanus, qui tunc nondum duodeci-
mum etatis sue annum compleverat, daret, quos fecit subpenis
gravibus obligare, videlicet quod totiens ot quandocumquc dicti
CLEMENT VI
301
fideiussores essent per inquisitorem qui tunc erat vel eius vica-
rium requisiti dictum Guillermum sub pena centum marcharum
argenli et aliis gravioril)us penis inquisitori vel vicario redde-
rent supradiclis; et quod licet dictus Guillermus iam septem
annis elapsis viam fuisset universe carnis ingressus, tamen prefa-
tus Arnaldus dictos fideiussores et Alanum, pro eo quod ipsi
eundem Guillermum iamdiu, ut prefertur, defTunctum restituere
non valebanl, per plures capellanos mandavil ct fecit excom-
municatos ac ipsorum fideiussorum uxores et familias per dictos
capellanos interdictos publice nunciari; ac dictos fideiussores
apud Engolismam citari coram ipso, sibi de hiis que ad fidem
et ofiicium Inquisitionis sibi, ut dicebat, commissum pertinent
in Engolismen. ecclesia responsuros. Et demum cum idem Alanus
pro se ac ipsis fideiussoribus procuratorio nomine ipsorum ab
eodem Arnaldo absolutionis beneficium postularet, prefatus
Arnaldus huiusmodi absolutionis beneficium eis denegavit im*
pendere, nisisibisexaginta libras turon. parvorum persolveret; de
quibus antequam impenderetur absolutio supradicta medietatem
realiter assignaret et reliquam medietatem sibi solveret in terminis
per eum propterea statuendis. Quare prefatus Alanus nobis
humiliter supplicavit ut providere sibi super hiis de oportuno
remedio dignaremur. Nos igitur... volentes eumdem Alanum
a premissis gravaminibus relevari, fraternitati tue... commit-
timus et mandamus quatinus vocatis qui fuerint evocandi de
predictis auctoritate apostolica diligentius te informes et si repe-
reris ita esse dictam pecuniam solutam Alano restitui facias
memorato, eundemque Arnaldum compelias ut predictum
Alanum super solutione dicte restantis pecunie non molestet,
et tam eum quam fideiussores predictos a predicta excommu-
nicationis et interdicti sententia alias iuxta Ecclesie forraara
eadem auctoritate absolvas; et nichilominus prefatum Arnaldura
ex parle noslra peremptorie citare procures ut infra quadraginta
dierum spacium post citationem tuam huiusmodi apostolico
se conspectui personaliter representet, super premissis iusticie
pariturus et facturus et recepturus quod ordo dictaverit rationis ;
diem vero huiusmodi citationis et formam et quicquid super
hiis duxeris faciendum nobis per tuas litteras harum seriera
continentcs sludeas fideliter intimare. Contradictores [cfc-.].
Non obstanlibus [elc.], — Datum Avinioni, viii kalendas iulii
anno tercio.
302 BtJLLAlRE DE L*1NQUISITI ON FRANCAlSfi
1. Guillaume Aubert, chapelain du pape, elu eveque d'Apt, le 2 decembre
1336; transfere a Perigueux, le l^'' octobre 1341; mort en 1347. Gall. cJtrisL,
t. J, col. 363-364; t. ii, col. 1478; Albaues, Gall. chrisl. no\^iss., t. i, col. 247-248;
Eubel, Hier., t. i, p. 95.
2. Excideuil (Dordogne), chef-lieu du cant.^ arrond. de Perigueux.
3. N. 187, note 2.
4. N. 143, note 6.
— 195 —
A la priere de Jean Dumoulin, inquisiteur de Toulouse, Cle-
ment VI exhorte le roi d^Aragon a jaire saisir les hcretiques origi-
naires du pays toulousain refugies sur ses terres. — Avignon,
11 decembre 1344.
Reg. Vat., t. cxxxviii, fol. 146, n. dxxxviii; P. Mortier, His-
loire cles maitres generaux des freres precheurs, t. iii, p. 276, note 2.
Carissimo in Christo filio Petro ^, regi Aragonum illustri. —
Habet memoria celebris... Sane nuper dilectus filius Johannes
de Molendino ^, ordinis fratrum predicatorum, inquisitor here-
tice pravitatis in partibus Tholosanis auctoritate apostolica depu-
tatus, nobis insinuare curavit quod nonnulli pessimi heretici
eorumque fautores, credentes et sequaces de predictis partibus
Tholosanis, ubi suos dampnatos errores et hereses disseminare
non sine magnis ipsius fidei et fidelium periculis moliuntur, ut
manus inquisitoris predicti elTugere valeant, ad terras tue
dicioni subiectas se sepe transferunt ct latitant in eisdem. Cum
autem expediat purgare terras eisdem hereticis ac fautoribus,
credentibus et sequacibus eorumdem, ne per ipsos mentes
fidelium corrumpantur, excellentiam regiam requirimus, roga-
mus et in Domino attentius exhortamur quatinus mandare ac
iubere districte o fficialibus et subditis suis procuret, pro divina
et apostolice Sedis reverentia zeloqueipsius fidei, regia celsitudo,
ut hereticos, fautores, credentes et adherentes qui fuerint in ter-
ris predictis reperti et nominati per litteras inquisitoris predicti
ad requisitionem gentium inquisitoris eiusdem celeriter, fideU-
ter et prompte capiant vel capi per gentes ipsas permittant,
eis super hiis et ea tangentibus assistendo consiliis, auxifiis et
CL^MENT VI 303
favoribus oportunis. Te taliter super premissis, fili dilectissime,
liabiturus quod a Deo consequaris perennis mercedis premium
et clara tue devotionis sinceritas digne commendationis lau-
dibus attollatur. — Datum Avinioni, iii idus decembris, anno
tercio.
1. Pierre IV, U Cirimonieux, roi d'Aragon de 1336 k 1387. Baluze, Vitx, 1. 1,
col. 1365-1366; Nouv. biogr. gin., Firmin Didot, art. Pierre IV; de Mas Latrie,
op, cit., col. 1735; U. Chevalier, Repertoire, elc.
2. Jean Desmoulins (de Molino, de Molinia, de Moleruiino, de Molendinis)^
originaire du Limousin comme Gerard de Daumar {n. 187, note 3), fit sa pro-
fession dans le couvent des fr6res pr^cheure de Brive. Percin aftirme qu'il de-
vint lecteur du couvent de Toulouse. II est sur qu'il fut destine au professorat
et qu'il re^ut le titre de docteur en theologie de Clement VI lui-m§me, a Avi-
gnon (1342 ou 1343). II prit part, comme definiteur, au chapitre general du Puy,
en 1344, et, peu apr6s, remplaga Pierre Gui, k Tlnquisition de Toulouse. II r^-
sulte du document publie plus haut que ses eflorts se portdrent aussitdt sur cer-
tains heretiques refugies en Aragon; mais nous ne pourrions citcr un seul acte
emane de lui. Le 12 juin et le 8 octobre 1345, il fut charge par le pape de con-
ferer le titre de docteur en theologie et le pouvoir d'enseigner a deux de ses^frdres
en religion, Raymond de Paris et Bertrand de Saint-Michel (n. 199). Le 21 sep-
tembre de la mSme annee, il obtint, pour Raoul Talot, clerc attache k son tri-
bunal, l'office de notaire et Texpectative d'un benefice, a Toulouse; le 13 sep*
tembre 1346, le pape lui accorda, pour le meme clerc, rexpectative d'un autre
benefice, a Quimper (n. 200). Quetif et fichard, Script., t. i, p. 627, et Denifle,
Chartul., t. ii, p. 565, note, pr^tendent a tort qu'il occupa la charge de maitre
du Sacre Palais, des 1345; tout au plu8,y fut-il appele en 1347 ou 1348. Pierre
de Salgues, son successeur k Tlnquisition de Toulouso (n. 207 note), ne re^ut
8on brevet que le 9 aout 1348 (n. 207). Le chapitre general de Tordre, tenu
k Barcelone, le 30 mai 1349, clut fr6re Jean maitre general. Clement VI le fit
cardinal du titre de Sainte-Sabine, le 17 decembre 1350. II mourut lo 23 fevrier
1353. Le chapilre de Valence, en 1370, prescrivit une messe pour le repos de
8on kme. Reichert, Acla capil. gen. ord. praed., t. ii, p. 425. On lui attribue un
trait^ : De reparatione hominis lapsi, et des sermons De tempore et de sanctis.
Wadding pr^tend, d'ailleur8 sans preuves, qu'il aurait ete neveu du pape
ClementVI. Sur ce personnage, voir Baluze^ Viite, t. i, col. 259, 296, 906; Percin,
Monum., p. 78; Quetif et £chard, Script., t. i, p. 627-628; Denifle, Archiv fur
Litleralur, t. ii, p. 221, n. 103; Chartular., t. u, p. 565 et note, 572; Douais, Les
freres pricheurs en Gascogne, p. 439; Eubel, Hier., t. i, p. 18; Mortier, Hist. dea
mattres generaux, t. iii, p. 274-288.
P
304 BULLAIRE DE L*INQUISITI0N FRANgAlSE
— 196 —
Le pape adresse la meme exhortation aux prelats, aux personnes
ecclesiastiqueSf aux nohles et aux seigneurs du royaume d'Aragon.
— Avignon, 11 decembre 1344.
Reg. Vat., t. cxxxvm, fol. 146 vo, n. dxxxix.
Venerabilibus fratribus archiepiscopis et episcopis, ac dile-
ctis filiis electis, abbatibus, prioribus, decanis, prepositis, archi-
diaconis et aliis personis ecclesiasticis, necnon nobilibus viris du-
cibus, comitibus, baronibus, officialibus et aliis dominis tempo-
ralibus quibuscumque constitutis in regnis et terris, carissimo
in Christo filio nostro Petro, regi Aragonum illustri, subiectis. —
Nuper dilectus filius [etc, meme theme que dans la precedente]'
Universitatem vestram requirimus attentius et monemus, vobis
nichilominus per apostolica scripta mandantes, quatinus hereti-
cos, fautores, credentes et adherentes predictos, qui reperti
fuerint in vestris terris et districtibus et per ipsius inquisitoris
litteras nominati ad requisitionem gentium ipsius, celeriter,
fideliter et prompte capiatis seu capi faciatis aut permittatis
per gentes easdem, ipsis assistendo nichilominus super hiis et
ea tangentibus consiliis, auxiliis et favoribus oportunis... —
Datum Avinioni, iii idus decembris, anno tercio.
197-198 —
CUment VI ordonne au general des dominicains, puis aui>icaire
general de Vordre, de deleguer dans le royaume de Majorque et
les comtes de Roussillon et de Cerdagne des inquisiteurs non
suspects de partialite. — Villeneuve, 22 fevrier, 15 mai 1345.
Reg. Val., t. cxxxviii, fol. 213 yo, 285 v».
Dilecto filio Parisio (sic) ^, magistro fratrum predicatorum. —
Cupientes negotium fidei sic ubique dirigi et... [Ut in regno
Majoricarum, ac Rossilionis et Ceritaniae comitatibus ahisque
conviciiiis partibus, inquisitores, fratres de suo ordine deputet,
qui non existant Petro ^, Aragonum, et Jacobo ^, Majoricarum
CLEMENT VI 305
regibiis, suspecti.] — Datiim apud Villamnovam, Avinionen.
(liocesis, viii kalendas martii, anno tercio.
Dilecto filio .. vicario generali ordinis fratrum predicatorum
niagisterio eiusdem ordinis vacante. — Pridem attendentes
(locens ct honestum existere quod in regno Majoricarum et ter-
ris Confluentis et Ceritanie aliisque vicinis partibus non essent
pro Inquisitionis officio exercendo persone partiales vel alterutri
suspecte partium deputande, quondam.. * magistpo... fratrum
ordinis predicatorum tunc in humanis agenti scripsisse memini-
inus ut personas partiales velsuspectas, ut prefertur, ibidem non
poneret, et si essent forsitan posite, amovere curaret easdem.
Cum autem, sicut intelleximus, ad eundem magistrum medio
lempore vita functum littere non pervenerunt supradicte, volu"
iiius et tue discretioni mandamus quatinus super premissis, sicut
cliclo magistro scripsimus, providere prudenter et provide non
postponas. — Datum ut supra [auud Villamnovam, Avinionen.
diocesis, idus maii, anno tercio ^].
1. II faut ^videmment lire Pelro. Cest Pierre de Beaume qui etait gen^ral des
deminicains au debut de Tan 1345 (n.l8'i, note 2). II mourut le 1®' mars de cetle
annec niemc et le chapitre gcneral de Brive lui donna, enl346, pour successeur,
Garin de Giac. Reichert, Acta capit. gen. ord. praed., t. ii, p. 307, note 1. S'il
fuit maintcnir la lecturc Parisio, ia suitc de radresse devrait Hre corrigee ainsi
lil suit : ordinis predicatorum, magistro in Iheologia, priori provinciali in pro-
vuxcia Pro^incie. Cest le titre donnc k fr6re Parisius par Ic reg. des Suppliques
de Clement VI, an. II, part. II. fol. 193, dans une requete presentee au pape, au
nom de Parisius lui-meme, en faveur d'un tiers. Mais il me semble, et la lettre
au vicaire general de Tordre (15 mai) le prouve surabondammeut* que c'est
bien au general quo le pape ccrit,
2. Pierre IV; voir n. 195, note 1.
3. Jacqucs II; voir n. 99, note 1,
4. Pierre de Beaume, dec^de le i^^ matit
5. Voir n. 12.
— 198 bis —
Les tresoriers du pape donnent quittance d Pierre d*Artix,
tresorier du Corntat Venaissin, d'une somme d*argent provenant
des confiscationSy des condamnations et des compositions du tri-
BULLAIRE -20
306 BtJLLATRE DE L'iNQUISITION FRANCAISR
bunal d^Inquisition dans leComtat. — Avignon, 1®^ jiiin 1345.
Ohligaliones, t. xix, fol. 133 y^.
Universis, etc, permissione divina Stephanus, Cassinen., et Guil-
lelmus, Forojulien. episcopi, domini pape thesaurarii, salutem
in Domino. — Universitati vestre tenore presentium innotescat
quod cum venerabilis vir dominus Petrus de Artisio, canonicus
Anicien., Comitatus Venayssini thesaurarius, de resta compoti
per ipsum camere dom. nostri pape redditi de anno Dominimille-
simo CCCXXXYIIP, de receptis per eum de bonis confiscatis, com-
positionibus et condempnationibus ratione officii Inquisitionis
heretice pravitatis dicti Comitatus et expensis factis et solutis
per eum de pecunia exinde recepta in octoaginta sex floren. auri
et duobus terliis, et per computum per eundem dom. Petrum,
de anno Domini millesimo CCC^XLIIIP de receptis per eum de
bonis, condempnationibus et compositionibus supradictis et ex-
pensis factis et solutis de pecunia exinde recepta prefate camere
redditum, in quinquaginta quinque floren. auri, uno denario
turon. gross. argenti et uno quarto gross. camere predicte re-
manserit obligatus; idem dom. Petrus de dictis restis, die date
presentium realiter et manualiter dicte camere satisfecit in
centum quadraginta uno flor. auri, novem denar. turon. gross.
argenti et duobus den. robertinis parvis. De quibus restis sic
solutis ipsum dom. Petrum, heredes et successores suos ac bona
eorum absolvimus prefate camere nomine tenore presentium
et quitamus. In cuius rei testimonium presentes litteras
fieri fecimus et sigillorum nostrorum appensione muniri. — Da-
tum Avinioni, die prima mensis iunii, anno Domini M° CCC°
XLIIII**^, indictione XII, pontificatus sanctissimi patris et doinini
nostri domini Clementis divina providentia pape YI, anno ter-
cio.
— 199-
Jean Dumoulin ^ inquisiteur de Toulouse, maitre en theologie
d la demande d' Elie de Nabinal^, cardinal du titre de Saint-Vi-
tal "^, est charge par le pape de conjerer le titre de docteur et le pou-
i
CL1&ME.NT VI 307
^'oir (Tenseigner dans VUniversite de Toulouse d Raymond de
Paris *, dominicainj professeur de iheologie, lecteur d Perigueux,
el d Bertrand de Saint-Michel ^, religieux du meme ordre. — Ville-
neuve, 12 juin; Avignon, 8 octobre 1345.
Reg. Vat., t. ccxviii, fol. 52, 149, n. 4, 233; Mortier, Hist.dea
mattres genirauXy t. iii, p. 277, note 1.
Dileclo filio Johanni de Molendino, ordinis fratrum predica-
torum, inquisitori Tholose commoranti, sacre theologie magis-
tro, salutem, etc. — Viri sacre religionis... — Datum apud Vil-
lamnovam, Avinionen. diocesis, ii idus iunii, anno quarto.
Dilecto filio Johanni de Molinis, ordinis fratrum predicatorum,
inquisitori heretice pravitatis in regno Francie deputato, Tholose
communiter residenti, sacre theologie magistro, salutem. —
Viri sacre religionis... — Datum Avinioni, viii idus octobris,
anno quarto.
1. Jean Dumoulin; voir n. 195, note 2.
2. Itlie de Nabinal franciscain, maftre en th^ologie; provincial d'Aquitaine,
de 1325 a 1328; archevdque de Nicosie, le 16 novembre 1332; patriarche de
Jenisalem, le 12 juillet 1342; cardinal du titre de Saint-Vital, le 20 septembre
1342; mort le 13 janvier 1348. Ciacconius, t. ii, col. 497; Baluze, Vilae, t. i,
col. 242; Euboi, llier., t. i, p. 287, 362; DeniOe, Chart., t. ii, p. 343; Othon
de Pavie, UAquitaine seraphique, t. i, p. 200-206.
3. Voir dans Denifle, Chartul., t. ii, n. 1107, la supplique du cardinal de Nabi-
nal.
4. Raymond de Paris, au dire du cardinal son protecteur, avait enseign^ en
divers endroits le livre des Sentences, la Bible et d'autre8 traites, et exerce le
ministere de la predication. Denide, loc. cit.
5. Ce reli^ieux fut designe, en juin 1340, comme lecteur du couvent de Tou-
Jouse. Douais, f.es freres precheitrs en Gascogne, p. 400; Denille, Chartul., t. ii,
p. 500, .^72.
— 200 —
Jean Dumoulin ^, inquisiteur de Toulouse, demande et ohtient,
pour Haoul Talot, pretre du diocese de Quimper, attache au tribu-
nal de V 1 nquisition '. le 21 septemhre 1346 :i^ Voffice de notaire;
2^ Vexpectative d\in henefice dont la coUation apparlient dVarche-
308 BtJLLAlRE DE L*INQUISITI0N fRANgAISfi
veque de Toulouse et i^alant 60 Iwres avec charge d'armes et 40 li-
vres sans charge d'dmes; 3° le 13 septemhre 1346, il obtient pour
son protege V expectati<^'e d'un benefice relevant de Veveque et du
chapitre de Quimper.
Suppl. Clem. VI, an. IV, part. I, fol. 13, 18vO; et an. V, part. III,
fol. 9.
Supplicat S. V. humilis... — Datum apud Viliamnovam,
Avinionen. diocesis, xi kalendas octobris, anno quarto. — Da-
tum Avinioni, idus septembris, anno quinto.
1. N. 195, notc 2.
— 201 —
Aymon de Caumont ^, inquisiteur de Carcassonne, obtient du
pape en faveur de Jean d' Epinal, pretre du diocese de Toul, notaire
de Vlnquisition, la collation d^un benefice dans Veglise de Saint-
Die. Sa Saintete dispense ce notaire du de<^oir de la residence dans
ce benefice, tant quil remplira ses fonctions aupres de V Inquisi'
tion. — Avignon, 4 janvier 1346.
Supplic. Clem. VI, an. IV, part. I, fol. 158.
Sanctissime Pater.... Nuper — Fiat. R. — Datum Avinioni. ii
nonas ianuarii, anno quarto.
1. N. 162. note 1.
— 202 —
Clement VI se plaint au general et aux proi>inciaux de Vordre
des freres mineurs de la negligence de certains inquisiteurs du
meme ordre d poursuivre les fraticelles; il leur ordonne de jaire
cesser cette negligence. — Avignon, 24 avril 1346.
CLEMKNT VI 309
Eeg. Vat., t. cxxxix, n. 1107; Riezler, Vatikanische Akten, n.
2254 (anal.).
Dilectis filiis .. ^ generali et provincialibus ministris ordinis
fratrum minorum. — Intelleximus displicenter quod licet in
tliversis partibus multi fratricelli, quorum secta per Ecclesiam
reprobata extitit et dampnata, pestiferos errores et hereses dis-
seminare pcriculose nimium moliuntur, tamen nonaulli fratres
\ostri ordinis, quibus Inquisitionis heretice pravitatis in diversis
sibi decretis provinciis ne«»otium auctoritate apostolica est com-
missum, super corrigendis et puniendis fratricellis eisdem super
predictis ac eisdem erroribus et heresibus extirpandis se reddunt
tl reddidcrunt hactenus nimium negligentes. Cum autem negli-
gentia huiusmodi eo nobis sit molestior non indigne quo vere-
mur ex ea fidei catholice maiora pericula proventura, di-
scretioni vestre... mandantes quatinus vos et quilibet vestrum
eosdem inquisitores commonere ac solicitare curetis ut ipsi ad-
liibita fideli et solerti diligentia sic super premissis sui debitum
officii exequantur quod pocius de ipsa commendari valeant quam
de negligentia redargui vel puniri. Si vero de negligentia huius-
modi certificati fueritis, super quo vos esse volumus diligentes,
exinde nos certiores eflicere quantocius procuretis. — Datum
ut supra [Avinioni, viii kalendas maii, anno quarto].
1. Forlanier Vassal, quercynois, frere luineur du couvcat de Gourdon
gardien du couvent d'Avignon; elu ministre general de Tordrc, lo 11 juin 1343;
archev^que de Ravenne, le 28 octobre 1347; patriarche dc (irado, le 28 mai 1351 ;
cardinal, le IG septembre 1361 ; mort en octobro ou noveinhre suivant. Baluze,
Vil.pap. Ai>enion., t.,i, d5\-9b't\ X\he, Aulour de Jean XXII. PreUUsoriginaires
du Queraj, tir. a i>art, p. 30-33.
— 203 —
Veveque <V Albi est charge de reprendre ei de terminer Vafjaire
pendante enlre Veveque de Cahors et ses commissaires,d*une part,
et Bernard Perrier de Cajarc, de Vautre. Ce dernier a ete, une pre-
miere fois, poursuivi et condamne pour usure; mais lasentencede
Vevequc a ctc cassce par Vauditeur du palais apostolique. Unei
310 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
deuxieme fois, Bernard Perrier fut accuse de pratiques usuraires;
cette fois, il recusa ses juges, prevenus contre lui, et fit appel
au pape. Mais les juges nen poursui^^irent pas moins leur proce-
dure, Vaccuse ahsent, le condamnerent une deuxieme fois comme
usurier et confisquerent ses hiens au profit de Veveque. Le pape
ayant nomme des commissaires pour connaitre de ce litige, Vweque
de Cahors et ses partisans ne trouverent rien de mieuxque de faire
inter^>enir V Inquisition. Mais Gashert d'Orgueil,lieutenant de
V inquisiteur , et Barthelemy Fons, commissaire de Veveque, ne
sont pas moins suspects d Vaccuse, qui recourt unefois de plus au
Saint-Siege et en ohtient le present mandat. — Avignon, 12 aout
1346.
Reg. Vat., t. cLxxiv, fol. 414, ii. 1313,
Ven. fratri ..^ episcopo Albien., salutem, etc. — Sua nobis
dilectus filius Bernardus Peyrerii de Caiarco ^, laicus Caturcen.
diocesis, petitione monstravit quod cum olim ven. frater noster
Bertrandus ^, episcopus Caturcen., contra eundem Bernardum,
plus ex odii fomite quam zelo iusticie, percuriam seu commissa-
rios suos fecisset inquiri et procedi mandasset super usuraria pra-
vitate, et tandem contra eundem Bernardum fuisset super hoc
diffinitiva sententia promulgata, pro parte dicti Bernardi ab
eadem sententia fuit ad Sedem apostolicam appellatum, dictaque
sententia per certum auditorem causarum Palatii apostolici in
causa appellationis huiusmodi a Sede ipsa deputatum revocata
fuit, dictusque episcopus eidem Bernardo in expensis legitimis
condempnatus. Ac postmodum cum predictus Bernardus
peteret sibi fieri ab eodem episcopo satisfactionem huiusmodi
expensarum, prefatus episcopus necnon Pontius de Heremo et
Stephanus Lacosta, clerici dicte diocesis, contra dictum Bernar-
dum indebite odii rancore concepto consilium et tractatum fece-
runt et deliberaverunt qualiter dampnificare possent eundem
Bernardum indebite, ac dictus episcopus post consilium et tra-
ctatum huiusmodi minus veraciter pretendens quod dictus Ber-
nardus usurarius existebat et contractus usurarios inhierat
questionem^^^usurarum huiusmodi refricando dictis Pontio et
Stephano ordinaria auctoritate commisit ut super premissis
contra eundem Bernardum ex officio inquirerent; dictique Poii-
tius et Stephanus eundem Bernardum super premissis coraiii
86 fecerunt pretextu dicte commissionis ad iudiciura evocari;
CLEMENT VI 311
ex parle vero dicti Bernardi fuit coram Pontio et Stephano pre-
dictis propositum quod dictus episcopus et ipsi ante dictam com-
missionem contra dictum Bernardum indebite odii rancore con-
cepto consilium et tractatum fecerant et deliberaverant qualiter
dictum Bernardum dampnificare indebite possent; propter
que idem Bernardus dictos Pontium et Stephanum merito su-
spectos habebat. Quare ab oisdem Pontio et Stephano fuit humi-
liter postulatum lit cum in hac parte proprium factum dicti
episcopi coram quo alias causa huiusmodi suspicionis contra
dictos Ponlium et Stephanum probanda esset ageretur per eun-
dem Bernardum ad eligendum cum eis arbitros coram
quibus causa suspicionis huiusmodi probaretur se admitti, ut
ea probata dictus episcopus negotium huiusmodi committeret
alicui non suspecto. Et quia dicti Ponlius et Stephanus eum super
hoc aiidire contra iusticiam recusarunt, pro parte dicti Bernardi
exinde sentiens indebite se gravari, fuit ad Sedem appellatum
predictam; ac dictus Pontius et Petrus Raymundi de Morengio,
clericus dicte diocesis, auctoritate ut dicebat dicti episcopi sibi
in ea parte commissa, huiusmodi appellatione contempta, contra
dictum Bernardum pro prosecutione appellationis huiusmodi
apud Sedem apostolicam constitutum et non vocatum uberius
ad Inquisitionem super premissis ex ofTicio descenderunt de
facto, et in eiusdem Inquisitionis negotio de facto procedentes
sententialiter et de facto pronunciaverunt dictum Bernardum
emisse plures res minus quam valerent et ob hoc et alia ipsum
fore usurarium ac bona ipsius Bernardi capi et ad manus eo-
rum et dicti episcopi poni fecerunt. Propter que pro parte ipsius
Bernardi, quam cito hec ad suam pervenerunt noticiam, iterato
ad dittam Sedem cxtitit appellatum, idemquc Bernardus super
appellationibus huiusmodi apostolicos ad. * prepositum mona»
sterii sancti Salvii Albien. per prepositum soliti gubernari et .,
officialem, ac quondam Petrum Gausentii, canonicum Albienses,
sub certa forma litteras impetravit huiusmodi clausula litteris
ipsis apposita, quod si non omnes hiis exequendis interesse pos-
sent, duo ipsorum nichilominus exequi procurarent; dictosque
episcopum, Pontium et Stephanum fecit in causa appellationis
huiusmodi coram predictis ofliciali Albien. et Petro canonico,
eodem preposito notorie in remotis agente, auctoritate dictarum
litterarum ad iudicium evocari. Et deinde dicto Bernardo
referentu nobis quod postquam aliquandiu coram predictis offi-
3i2 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQ^ISE
ciali Albien. et Petro canonico in huiusmodi causa processum
extiteritj prefatus Petrus canonicus viam fuerat universe carnis
ingressus vicibus suis altero non commissis, propter quod causa |fl
huiusmodi remanserat et remanebat indecisa; ac supplicante
nobis ut cum predictus prepositus in eisdem remotis ageret,
ncc de ipsius vicino reditu speraretur, providere sibi super hoc
do oportuno remedio dignaremur : nos dilectis filiis Raymundo
de Prohinis et Anglico de Subertio, canonicis Albien., dictoque
officiali Albien. nostris sub ea forma dedimus litteris in mandatis
ut si esset ita, legitimo coram dictis ofTiciali Albien. et Petro ca-
nonico in huiusmodi causa habito servato processu, in eadem
causa procederent iuxta predictarum eisdem preposito, ac
ofTiciali Albien. et Petro canonico directarum continentiam lit-
terarum; dictusque Bernardus fecit eundum episcopum coram
prefatis Anglico canonico et ofFiciali Albien., ac Guillelmo de
Popia, canonico Albien., cui quidem Guillelmo prefatus Raymun-
dus de Prohinis commiserat super hoc non tamen totaliter vices
suas, auctoritate ultimarum litterarum et commissionis huius-
modi ad iudicium evocari; coram quibus Anglico et ofTiciali
Aibien. ac Guillelmo de Popia inter dictas partes coram ipsis
in iudicio comparentes ad nonnullos actus in causa huiusmodi
dinoscitur fuisse processum; quodque postmodum Gasbertus
do Orgolio ^, ordinis fratrum predicatorum, se comissarium
seu locumtenentem .. inquisitoris heretice pravitatis in illis par-
tibus, et Bartholomeus de Fontibus, clericus dicte diocesis, super
hoc ab eodem episcopo specialem commissionem se habere
asserentes, eundem Bernardum citari mandaverunt et fecerunt
ut certa die coram eis compareret super articulis fideiresponsurus
aliqua clausula specialiter de suspicione fidei non adiecta; pro-
pter quod pro parte dicti Bernardi habentis eosdem Gasbertuin
et Bartholomeum ea ratione suspectos quod Bartholomeus eius-
dem episcopi subditus, et tam ipse quam Gasbertus predictus
dicto episcopo nimis favorabiles existebant, ad dictam Sedem
extitit appellatum. Quare prefatus Bernardus nobis humiliter
supplicavit, ut sibi vexato, ymo quasi totaliter exinanito labori-
bus et expensis, ac parato coram competenti iudice super pre-
missis omnibus de iusticia respondere, et ne super premissis co-
ram diversis iudicibus litigare cogatur, providere sibi super lioi'
dc oportuno remedio dignaremur. Nos itaque... fraternitati
...tue mandamus quatinuSj vocatis qui fuerint evocandi, omnes
CLE&IENT VI
313
prediclarum appellalionum et etiam ipsius principalem fidei
causas audias et quod canonicum fuerit apellatione remota
decernas, faciens quod decreveris per censuram ecclesiasticam
firmiter observari. Testes autem [etc.]. Non obstantibus [e/c]. —
l>atum Avinioni, ii idus augusti, anno quinto.
1 Pictavin de Montesquieu; voir n. 178, noto l. ♦
2. Cajarc (Lot), chef-lieu de cant., arrond. de Figeac. Sur la famille Perrier
dc Cajarc, voir Albc, Aulour de Jean XXII, dans Annales de Sainl-Louis-dcs-
I rancais, juillet 1902, p. 388-389.
.!. Bertrand de Cardaillac, evcque de Rioux (27 fovrier 1321), Iransfere a Ca-
hors, le 20 juillet 1324; mort vers 1366. Gall. christ., t. i, col. 141; t. xiii, col.
18G-187; Eubel, Ilier., t. i, p. 184, 443; Aibc, op. cit., avril 1903; tir. a part,
p. 201-205.
4. Ratier de La Penne, prcvdt de Saint-Salvi dci 1334. Gall. christ., t. i
col. 50.
5. Gasbert d*Orgueil, originaire de la localile de ce nom, paroisse de Saint-
Avit de La Capelle-Cabanac, com. de Mauroux (Lot), prononca scs voeux chez
les dominicains de Cahors, devint lecteur du couvent de Toulouse et futfait
maitrc en theologie a Avignon, par ordre du papo. A cette date (1346-1347),
il etait commissaire de rinquisition dans lo diocese de Cahors. En 1349, il fut
charge par le pape d'une mission auprcs de Jean Cantacuzene, empereur
d'Oricnt. Poiidant son ahsence, le chapitre dc Tordre, tenu a Barcelone, desi-
gna frere Pierre de Maricalmo, pour rempl-r a sa place les fonctions de lecteur
du couvent de Toulouse. Reichert, Acta capit. gen., t. ii, p. 330. Avantson de-
part pour lOiient, Clement VI Tavait promu a reveche de Ceneda en Dalmatio
(13 iiovembre 1349). L'empereur d'Oricnt Tcut c.i grande estime. II traita
aussi avec Charles IV, roi des Romains, coniinc K'^at du pape. II administra
pendant vingt-cinq ans rcglise de Ceneda et mourut cn 1374. II avait compose
une Relation de sa legalion aupres de Jean Cantacuzene, aujourd'hui perduo.
Quetif et £chard, ScripL, l. i, col. 674; Ughelli, Italia sacra, i. v, col. 211 ; ^Vad-
ding, Annal. min., t. iii, ad. ann. 1349, n. 1; Raynaldi, ad. ann. 1350, n. 28;
1374, n. 1; Denifle, Archiv, t. ii, p. 222, n. 112; Douais, Les frcres pr^cheurs cn
Gascogne, p. 404; Eubel, Hier., i. i, p. 187; Alhe, Prelats originaires du Quercy,
dans Annales de Sainl-Louis-des-Franfais, 1904, p. 157-159; tir. a part, p. 20-23.
— 204 -
Aymon de Cauniont ', inquisiteur de Carcassonney obtient de
Clemenl 17, en javeur de Jean Theobald de Bury, clercdu diocdse
de Toul, vicaire de Veglise de Saint-Dic et notaire de V I nquisition,
314 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANQAISE
V expectati^e d^un benefice relevant de Vahhesse et des religieuses
henedictines de Remiremont. — Avignon, 19 septembre 1346.
Suppl. Clem. VI, aii. V, part. III, fol. 21 yo.
Supplicat S. V... — Fiat. R. — Datum Avinioni, xiii kalendas
octobris, anno quinto.
1. N. 162, note 1. ♦
— 205 —
Plusieurs officiers ou notaires de V Inquisition de Carcassonne
ayant refuse de payer les tailles imposees par les consuls, ceux-ci
ont pris des gages, mais ont ete frappes d' excommunication et
d^interdit par Vinquisiteur. Le pape ordonne que les gages soient
renduSj que les censures soient le^ees et que les parties comparais-
sent devant son trihunal, dans la semaine de Pdques, pour tra<^ail-
ler d un accommodement. — Avignon, 27 mars 1348.
Reg. Aven., t. xcvin (Clem. VI, t. xliv), fol. 318 \°, n. 461;
)ouble expedition, fol. 318, 318 vo.
Dilectis filiis .. archidiacono et officiali Carcassonen., salutem,
etc. — Petitio Bernardi Corarie (?), Bernardi Mercerii, PauliTe-
reni, Guillelmi Montanerii, Petri Perrerii, Guillermi de Fresen-
chis, Berengarii Montanerii et Raymundi Rogerii, consulum ci-
vitatis Carcassonen., nobis nuper exhibita continebat quod
cum ipsi dilectos filios magistrum Bernardum Fontisgrive, le-
gum doctorem, et Guillermum Nadini ^, Guillermum Boerii et
Arnaldum Siferedi ^, notarios, ac Johannem Mercerii et quos-
dam alios cives Carcassonen. , tam iure proprio quam vigore
cuiusdam concessionis eisdem consulibus per carissimum in
Christo filium nostrum Philippum regem Francie illustrem
facte, in certa quantitate peciinie talliassent et imposuissent eis-
dem, margister Bernardus ^, Guillermus Boerii et Arnaldus ac
Johannes et alii predicti asserentes se consiliarios, ministros et
servientes dilecti filii Aymonis de Calvomonte *, ordinis fratrum
predicatorum, inquisitoris heretice pravitatis in provincia Car-
casson. auctoritate apostolica deputati, existere acseproindea
CLEMBNT VI 315
solutione ac prestalione lalliarum et quorumdam aliorum one-
rum liberos et immunes, tallias huiusmodi eis impositas solvere
dictis consulibus recusarunt; quodque idem inquisitor contra
dictos consules, pro eo quod magistrum Bernardum, Guillel-
mum Xadini, Guillermum Boerii et Arnaldum ac Johannem et
alios predictos ad solvendum huiusmodi tallias compellentes, certa
pignora receperant seu recipi fecerant ab eisdem, nonnullos
processus excommunicationis et interdicti acalias penaset sen-
tentias continentes fecit et habuit, a quibus pro parte dictorum
consulum fuit ad Sedem apostolicam appellatum; quare pro
parte consulum eorumdem fuit nobis humiliter supplicatum
ut providere ipsis super hoc de oportuno remedio dignaremur.
Nos igitur... cupientes quod huiusmodi inter dictos consules
et cives suborta dissensio sublatis litigiorum anfractibus ami-
cabiliter terminetur, discretioni vestre... mandamus quatinus
vos, vel alter vestrum, si ita est, huiusmodi pignora dictis magis-
tro Bernardo, Guillermo Nadini, Guillermo Boerii, Arnaldo et
Johanni, ac aliis quibuscumque consiliariis, servientibus et
ministris inquisitoris eiusdem occasione huiusmodi accepta au-
( toritate nostra sub recredentia restitui faciatis, ac pignoribus
ipsis ut predicitur restitutis, suspendatis huiusmodi processus
ac penas et sententias contentas in illis usque ad unum men-
sem a festo Resurrectionis dominice futuro proxime computan-
dum; mandantes utrique partium predictarum quod infra octa-
bas dicti festi persevel procuratores eorum legitimos cum pleno
et suflicienti mandato ad concordiam huiusmodi faciendam cum
omnibus actis, iuribus et munimentis quibus voluerint in huius-
modi causa uti coram nobis studeant comparere, ut discussis
iuribus corundem, quod iustum fuerit valeat ordinari. Si
autem pacis hostis faciente malicia partes ipse non possent in-
terim amicabiliter concordari, non intendimus per mandatum
nostrum huiusmodi processibus inquisitoris et appellationibus
consulum predictorum preiudicare in aliquo; quinimo quod eodem
lapso mense, si partes ipse concordiam non duxerint invicem fa-
ciendam, processus necnon sententie el pene in eis contente ac
appellationes huiusmodi in eorum permaneant lirmitate, et quod
predicta pignora in eo statu in quo nunc sunt reponantur; super
quibus ciui( quid faciendum duxeritis nobis per patentes vestras
litteras formam presentium continentes fideliter intimare curetis.
— Datura Avinioni, vi kalendas aprilis, anno sexto.
31G BULLAIRE DE l' INQUISITION FRANgAISE
1. Guillem Nadiui (ou Naudi), de Carcassonne, « de par le roi notaire public,
notaire de Monseigneur reveque, specialement dans roffice d'Inquisition, »
tient la plume aux seances du tribunal d'Inquisition de PamierS;, de 1323 a 1325. ^
II figtire dans quarante-six causes et dans une centaine d'interrogatoires. La ■"
redaction du derniers tiers du ms. Vat. lat. 4030 [Registre de Jacques Fournier,
eveque de Pamiers) lui appartient presque entierement. Voir Douais^ La
formule Communicalo, p. 24, et J.-M. Vidal, Le trihunal d' Inquisition de
Pamiers, p. 102. Le 4 janvier 1346, Guillaume Nadini obtient du pape Cle-
ment VI, pour lui-meme; pour sa femme Cccile et sa belle-mere, Bernarde Ri-
vifere, rindulgence in articulo morlis. Regest. Suppl. Clem. VI, an. IV, t. i, fol.
153. Voir, sur une mission remplie par ce notaire, les n. 215-216.
2. Au fol. 318, on lit Arnaldum Sicredi, qui parait etre la version vraie.
Cet Arnaud Sicre etait attache au tribunal de Carcassonne des l'an 1329. Cf.
Douais, La formule, etc, p. 58, 62.
3. Au fol. 318, le nom Bernardus cst suivi de Guillermus Nadini.
4. N. 162, note 1.
— 206 —
Le pape ratifie et confirme les conventions stipulees d Vamiable,
par les soins du cardinal Etienne Aubert, entre Aymon de Cau-
mont, inquisiteur de Carcassonne, les conseillers, ofpciers et
notaires de V Inquisition d'une part, et les consuls de Carcassonne,
de Vautre, d Vendroit des tailles, gabelles et autres taxes. II &st
com^enu que V exemption in<^oquee en fa^^eur des subalternes du
tribunal nexistera desormais que pour trois conseillers, o/fi-
ciers, ou jures, et un seul notaire, designes par V inquisiteur el
ses successeurs. Cette exemption ne s'etendra pas aux reglemenls
de police et aux penalites edictes par les consuls pour le bien de la
communaute. Les censures portees par Vinquisiteur seront re^o-
quees et les gages rendus ^. — Avignon, 22 juin 1348.
Reg. Aven., t. c, fol. 58 v».
Ad perpetuam rei memoriam. — Ea que iudicio... Dudum
siquidem inter dilectos filios Aymonem de Calvomonte, ordlnis
fratrum predicatorum, inquisitorem heretice pravitatis in regno
Francie per Sedem apostolicam deputatum, Carcassone commu-
niter residentem, et magistrum Bernardum Fontisgrive, leguin
doctorem, consiliarium, et quondam Bernardi Taurellilicenciati
in legibus ac quondam Philippi Philippi, iurisperiti, ac quon-
dam Raymundi Folcaudi, consiliariorum ac iuratorum officii
CLl.MENT VI
317
Inquisitioiiis predicte, heredes et nonniillos alios asserentes fc
consiliarios, notarios et iuratos eiusdem officii ex una parte, ac
Bernardum Mercerii, Guillermuni de Frezinchis, Petrum Peyre-
rii, Paulum Terreni, Berengarium Montanerii, et Raymundum
Rotgerii, consules burgi Carcassonen., i^ro se et nomine universi-
tatis dicti burgi, super eo quod predicti consules suo et dicto-
rum universitatis nomine certas tallias et impositiones urgen-
tibus necessitatibus et negotiis universitatis dicti burgi, tam iure
proprio quam alias ex concessione regia ut dicebant, imposue-
rant et impositas a dictis consiliariis, notariis et iuratis, ([uemad-
modum et ab aliis incolis dicti burgiexigebant et solvi petebant,
et ab ipsis consiliariis, notariis, iuratis dicte Inquisitionis exi-
stentibus tunc in mora huiusmodi tallias et impositiones exol-
vendi propter hoc certa pignora receperant seu recipi fecerant;
inquisitor vero predictus nonnulla privilegia tama Sede aposto-
lica quam a carissimo in Christo filio nostro .. rege Francie illu-
stri inquisitori ac consiliariis, notariis et iuratis eiusdem Inquisi-
tionis officii, ut asserebat, concessa se habere et illorum vigore v
tonsiliarios, notarios, iuratos dicti officii Inquisitionis fuisse libe-
ros et immunes a solutione talliarum et impositionum huius-
modi impositarum et imponendarum, et in possessione seu quasi
libertatis et immunitatis huiusmodi fuisse et esse dicebat, ex al-
tera, materia questionis exorta. Tandem, quia prefatus inquisi-
tor auctoritate apostolica qua in ea parte fungere se asserebat
prcnominatos consules monuerat ut huiusmodi pignora recepta
restituerent eis a quibus ilia receperant; et nichilominus eosdem
consules, quia monitioni huiusmodi non paruerant, nominatim
(juantum in eo fuit interdixit et excommunicavit, et sententiam
excommunicationis huiusmodi contra eos et nonnullos partici-
pantes etsdem nominatim etiam aggravavit, pro parte dictorum
consuhim suo et dicto universilalis nomine ad Sedeiu predictam
exlilil a])pellatum. Iluiusmodi namquc appellationis et proces-
sus negocio pro parte dictorum consulum et universitatis propo-
sito in consistorio coram nobis altera parte presente, nos volen-
tes earumdem partium parcere laboribus et expensis et affectanles
quod huiusmodi suborta dissensio sublatis litigiorum anfracti-
l)us terminaretur amicabiliter, inter partes easdem ordinavimus
quod predictis pignoribus eis a quibus recepta fuerant sub recre-
dentia restitutis huiusmodi processus dicti inquisitoris ac pene
et seotentie contente in illis usque ad unum mensem a tunc
p
318 feULLAlRE DE L*INQUISITI0N FttANgAlSE
instanti festo Resurrectionis Dominice computandum suspende-
rentur, mandari facientes utrique partium predictarum quod
infra octabas predicti festi per se vel procuratores eorum legi-
timos cum pleno et sufTicienti mandato ad concordiam huius-
modi faciendam et cum omnibus actis, iuribus et munimentis
quibus vellent in huiusmodi causa uti, coram nobis comparere
curarent. Factis itaque post modum in partibus illis iuxta ordina-
tionem nostram predictam restitutione pignorum ac suspensione
processuum, penarum et sententiarum predictorum et subse-
quenter comparentibus personaliter in romana Guria inquisitore
pro se et dictorum consiliariorum, notariorum et iuratorum
ac heredum nomine, necnon Paulo Terreni, et Guillermo de Fre-
zinchis, consulibus antedictis, pro se et aliis consulibus et uni-
versitate predictis, nos etiam ad supplicationem partium pre*
dictarum dilecto filio nostro Stephano ^, tituli sanctorum Johan-
nis et Pauli pres))itero cardinali, commisimus et mandavimus
oraculo vive vocis ut partes ipsas super premissis per viam ami-
cabilem exquisitam ad pacem et concordiam reducere procu-
raret. Coram quo quidem cardinali prefatis inquisitore ac Paulo]
et Guillermo consulibus pro se et nominibus supradictis cui
sufEcientibus mandatis personaliter comparentibus, et pei
eundem cardinalem cum eisdem partibus super pace et con-i
cordia huiusmodi faciendis inter eos diversis tractatibus habi-i
tis, tandem partes ipse volentes pacem liti preferre spontanea-
voluntate eodem cardinali tractante amicabiliter pro bono pacis;
et concordie componendo ad invicem convenerunt, videlicetj
quod inquisitor predictus et eius in dicto Inquisitionis officioj
successores possent tres personas de consiliariis, officialibus et
iuratis dicti officii Inquisitionis et etiam unum notarium deser-j
vientem officio Inquisitionis predicte, quos maluerint et elege-
rint, solum et duntaxat reddere quictos, liberos et immunes a
talliis, questis, gabellis et aliis impositionibus quibuscumque factis^
et faciendis indictis et indicendis per consules predictos, qui
tunc erant et alios qui pro tempore essent burgi predicti, solum j
et duntaxat pro futuris temporibus; ita videlicet quod ultra
predictum numerum dicti inquisitor et successores nuUum
alium consiliarium vel notarium possent immunes reddere a
premissis, sed predicto duntaxat numero essent contenti; possent
tamen dicti inquisitor et successores illos dimittere et mutare
prout et quotiens eis placeret;sic tamen quod si exemptos per
CI.EMENT VI 319
unum inquisitorem successor ipsius vellet exemptos esseillipre-
(Jicta exemptione gauderent sicut prius; sed si alios vellet exi-
mere, predicti presens exempti extunc omnino cessarent ab
exemptione predicta; ceteri vero consiliarii et iurati dicti officii
Inquisitionis, cuiuscumque conditionis existerent, qui tunc erant
et pro tempore forent habitatores et incole dicti burgi, preterquam
duntaxat predicti tres auxiliarii et unus notarius non essent
exempti occasione seu pretextu officii supradicti a talliis, gabel-
lis et impositionibus quibuscumqu^ per dictos consules indictis,
et tam per eos quam per eorum successores pro tempore in po-
sterum indicendis, immo compelli possent ad solvendum huius-
modi gabellas, tallias et impositiones sicut ceteri habitatores
et incole burgi predicti, nisi alias per privilegia vel de iure seu de
consuetudine forent exempti, seu immunes contemplatione pter-
sonarum suarum aut alias, non pretextu officii supradicti. Fuit
etiam concorditer ordinatum quod dicti tres consiliarii et unus
notarius per dictum inquisitorem et alios qui pro tempore forent
eximendi, nonessent exempti occasione predicta observatione
statutorum honestorum et rationabilium penas infligentium
non observantibus ea, editorum et edendorum per consules pre-
fatos pro utilitate incolarum et habitatorum dicti burgi; quin
sicut ceteri incole et sub penis in eisdem contentis ad eorum
observantiam tenerentur. Actum fuit etiam inter dictas partes
(juod omnes processus et sententie excomunicationum facti et
late per dictum inquisitorem seu eius locumtenentem contra
consules predictos et eis participantes, necnon appellationes
dictorum consulum et omnis eorundem processuum, sententia-
rum et appellationum efTectus, et quecumque inde secuta, siet
quatinus de iure tenerent, essent cassa et irrita et nullam dein-
ceps optinerent {sic) firmitatem, et pro non factis et habitis
ac interpositis penitus haberentur; prefati quoque consules una
cum eorum participantibus, si et quatinus indigebant, sive sim-
pliciter, sive ad cautelam per nos absolverentur a sententiis
et processibus supradictis. Quam quidem amicabilem compo-.
sitionem prefati inquisitor et consules presentes et eorum quili-
bet pro se et nominibus supradictis prout quemlibet eorum tan-
gebat laudaverunt, approbaverunt, ratificaverunt et omolo-
gaverunt expresse ac ratam, gratam et acceptam in omnibus
et per omnia habuerunt, prout in patentibus litteris inde confe-
ctis ejusdem cardinalis sigilb» munitis j)lriiius (ontinetur. Nos
320 SULLAIftE DE L*INQUISITI0N FRANgAISE:
itaque eorumdem inquisitoris ac consulum et universitatis
supplicationibus inclinati compositionem huiusmodi provide
factam ratam habentes et gratam, ipsam auctoritate apostolica
ex certa scientia confirmamus et presentis scripti patrocinio
communimus ^. Nulli ergo, etc, nostre confirmationis et com-
munitionis infringere, etc. — Datum Avinioni, x kalendas iulii,
anno septimo.
1. Voir la bulle precedente.
2. fitienne Aubert, chanoine deT^aris, docteur es lois, eveque de Noyon, le
23 janvier 1338; transfere a Clermont, en 1340; promu au cardinalat (titre des
Saints-Jean-et-Paul), le 20 septembre 1342; eveque d'Ostie, le 13 fevrierl352;
pape, sous le nom d*Innocent VI, le 18 decembre 1352; mort le 12 septembre
1362. Baluze, Vitse, t. i, col. 321-362, 918-794; Giacconius, t. ii, col. 495; GaU.
christ., t. II, col. 287; t. ix, col. 1015; Eubel, Ilier., t. i, p. 17, 199, 390.
3. Le diflerend se rouvrit quelques annees plus tard. Les consuls carcasson-
nais pretendirent que, si les trois conseillers et le notaire de Tlnquisition etaient
exempts de tailles, gabelles et autres taxes municipales, ils ne Tetaient nulle-
ment des droits de fouage et des autres charges imposees par le roi de France.
L'inquisiteur Durand Salvan en refera au pape Gregoire XI, qui confia au car-
dinal Bernard du Bosquet It soiu d'amener les parties a composition ou bien
d'instruire le proces^ s'il y avait lieu. Le cardinal mourut avant d'avoir fait ra-
tifier i'accord verbal que les procureurs des parties avaient conclu, sans pouvoir,
faute de mccndat, le consigner par ecrit. L'inquisiteur n'en avait pas moins
fulmine rexcommunication contre ses adversaires. Ce fut le cardinal Guillaume
d'Aigrefeuiile qui termina le litige, en decidant que, Texemption fiscale restant
entiere en ce qui concernait les tailles, subsides, impots decretes par les consuls
et le roi de France, les quatre privilegies de Tlnquisition seraient tenus de con-
tribuer aux depens necessites par la construction et Tentretien des murs de la
ville (18 mai 1372h Doat, t. xxxv, fol. 136 vO-161.
— 207 —
Pierre de Salgues, dominicain, est nomme inquisiteur de Tou-
louse. — Avignon, 9 aout 1348.
Reg. Aven., t. c, fol. 79 v», n. 81.
Dilecto filio Petro de Salgis ^, ordinis fratrum predicatorum,
salutem. — Licet ubilibet Sedis [efc, comine au n. 183, dans les
memes termes jusqua la fin]. — Datum Avinioni, vidus augusti,
anno septimo.
CLlfeMENT VI 321
1. Pierre de Salgues etait prieur du couvent de Toulouse lorsque, en mai 1342,
le chapitre general de Carcassonne le nomma lecteur du mSme couvent. Reichert,
Acla capit. gen., t. ii, p. 283. En 1344 le chapitre du Puy Tenvoya a Paris comme
lecteur des Sentences. Op. cit., p. 304. II re^ut le titre de docteur en theologie,
en 1345. Denifle, Archiv, t. ii, p. 223, n. 119. II remplaga peut-Stre frere Jean
Dumoulin (n. 195, note 2) k i'Inquisition de Toulouse. Sur son activite comme
inquisiteur, voir n. 213, 214. L'Hisloire de Languedoc,t. ix, p. 402, mentionne,
dapres les Comptes des senechaussees de Toulouse et de Carcassonne, un acte de
foi celebre en mai 1357, a Carcassonne, et auquel il assista. Le 30 ]uin 1354,
Innocent VI le chargea d'une missioa dont nous transcrivong ici la teneur :
Reg. Aven., t. cxxvii, fol. 563.
« Dilecto filio Petro de Salgis, ordinis fratrum predicatorum professori, in-
quisitori heretice pravitatis in provincia Tholosana, salutem, etc. — Exibita
nobis pro parte dilectorum iiliorum magistri Johannis Marchesii, legum do-
ctoris, et Johannis Marescalli, civium Tholosan., tutorum dilecte iu Christo filie
Germane quondam Germani de Cathena filie pupille Tholosan., petitio conti-
nebat quod dictus Germanus condens de bonis suis in sua voluntate ultima testa-
mentum dictam Germanam, filiam suam minorem, tunc etatis decem annorum
in omnibus bonis suis universalem sibi heredem instituit, dictosque Johannem
Marchesii et Johannem Marescalli. tutores dicte filie sue, in eodem testamento
constituit et dedit; quodque postmodum dicti tutores, dicto Germano de hac iuce
subtracto, verissimiliter metuentes quod prefata puella per quosdam nobiles
Tholosanos cives volentes ipsain puellam secum abducere ct ad matrimonium
contrahendum cogere raperetur, prefatam puellam commendarunt ad tempus in
monasterio canonicarum S. Saturnini Tholosani, ordinis sancti Augustini, in
quu quedam amita dicte Germane canonica existebat. Cumque postmodum
duobus diebus elapsis predicti tutores dictam puellam repeterent. . abbatissa
dicti monasterii illam eis restituere recusavit, propter quod orta super hiis inter
dictos tutores ex una parte et . . abbatissam et conventum dicti monasterii
ex altera coram . . officiali Tholosani non ex delegatione apostolica materia
questionis, prefatis tutoribus petentibus dictam puellam eis restitui vel saltem
in aliquo tuto loco in quo eius voluntas posset sine suspicione perquiri utrum
vellet in monasterio vel in seculo remanere. Et causa huiusmodi ad Sedem
apostolicam introducta et coram diversis auditoribus Palatii apostolici succes-
sive in causa deputatis eadem diutius etiam ventilata, tandem causa ipsa co-
ram dilecto filio magistro Symone de Sudbiria, cancellario ecclesie Saresbirien.,
cappellano nostro et auditore causarum dicti Palatii, noscitur lis pendere. Cum
autem sicut eadem petitio subiungebat prefata puella per violentiam et contra
voluntatem oorumdem tutorum et pupille et amite ipsius adhuc in dicto mona-
sterio tenoatur, ipsique tutores et amici eorumdera . . abbatisse et conventus
in hoc introductiones et fraudes verisimiliter pertimescant, fuit nobis pro parte
ipsorum humiliter supplicatum ut providere eis super hoc paterna diligentia
dignaremur. Nos... discretioni tue de qua in hiis et in aliis gerimus in Domino
fiduciam specialem... mandamus quatinus prefatam puellam in aliquo honesto
«t tuto loco, in quo ipsa puella super premissis suam possit exprimere libere
voluntatem, auctoritale nostra poni facias et procures, contradictores... e/c,
BULLAIRK - 21
P
322 BULLAIRE DE L* INQUISITION FRANgAlSE
Non obstantibus, etc. — Datum apud Villamnovam, Avinionen. diocesis,
II kalendas iulii, anno secundo. »
J'ignore a quelle date expira le mandat inquisitorial de Pierre de Salgues et
quel fut son successeur. Percin, Monum., p. 78, et Martene, Ampliss. collecf.,
t. VI, 433, parlent de Pierre de Mercalm [de Maricalmo), de Rodez, provincial
de Toulouse, comme ayant occupe deux ans durant cette charge. Nos documents
sont muets sur ce personnage, et le premier inquisiteur dont il est question
apres Pierre de Salgues est Hugues de Verdun, qui n'apparait qu'en 1372 (n. 273
note 2). Sur P. de Salgues, voir auteurs cites, Quetif et Echard, Script., t. i,
p. 674; Denifle, t. ii, p. 526 et note, 550, n. 1091.
-^ 208 —
Die xxiiii octobris, anno quo immediate supra [1348],
frater Petrus Sicardi, de ordine predicatorum, locum tenens
generalis inquisitoris Tholosani \ Lemovicen. diocesis, et de
conventu Sancti Juniani ^, receptus fuit in officio penitentiarii
domini pape ^
1. Alors Pierre de Salgues; n. 207, note 1.
2. Saint-Junien (Haute-Vienne), chef-heu de cant., arrond. de Rochecnouart.
Les dominicains s'etabhrent dans cette ville des 1293.
3. Pierre Sicard reQut, le 1" fevrier 1349 (n. st.),le serment par lequel les con-
suls de Cordes s'engageaient a construire le portail de la chapelle qu'ils avaient
fait batir a Cordes, et a y placer les statues de Tev^que d'Albi et des inquisiteurs
de Toulouse et de Carcassonne. Douais, Documents, t. i, p. xcviii-cii, note
— 209 —
Plusieurs citoyens de Narbonne ayani denonce la negligence
des juges competents d Vendroil de Blaise Boyer, leur concitoyen,
dont le proces pour heresie a ete abandonne par suite de tentatives
de corruption, Clement VI ordonne d Varche^eque de Narbonne
de proceder d une enquete et de poursui^re Vafjaire, s'il y a lieu, —
Avignon, 5 septembre 1351.
Reg. Aven., t. cxix, fol. 235,
CLEMENT VI 323
Ven. fratri .. ^ archiepiscopo Narbonen., salutem, etc. — Petitio
dilectorum filiorum Caroli Vitalis, Antonii de Bagis, Pontii Bedo-
cii, et Raymundi Boquerii, civium Narbonen., nobisnuper ex-
hibita continebat quod licet Blasius Boerii *, civis Narbonen.,
fuerit et sit de pravitate heretica publice diffamatus et per in-
quisitores Carcassonen. qui fuerunt pro tempore nonnulli proces-
sus habiti fuerunt contra eum, sicut suspectum et diffamatum
publice de huiusmodi pravitate, tamen intervenientibus preci-
bus, donis et muneribus, sicut in civitate Narbonen. et circum-
vicinis partibus publica fama refert, processus huiusmodi re-
manserunt et remanent in suspenso, non sine iniuria catholice
fidei et gravi Christifidelium periculo et scandalo plurimorum.
Quare dicti Carolus et alii nobis humiliter supplicarunt ut, ne
contagiosus et pestilens homo idem contagio suo simplices
fideles contaminet et avertat a via catholice veritatis, providere
super hoc de oportuno remedio dignaremur; ideoque frater-
nilati tue... mandamus quatinus si, vocatis dicto Blasioet aliis
qui fuerint evocandi, premissa inveneris vera esse huiusmodi.
legitime habitis servatis pro.cessibus quod canonicum fuerit
auctoritate nostra et ex officio tuo etiam postposita appellatione
(lecernas, faciens quod decreveris per censuram ecclesiasticam
tirmiter observari. Non obstantibus [etc.]. — Datum Avinioni,
nonis septembris, anno decimo.
1. Pierre de la Jugie, prieur de Sainte-Llvrade, puls abb^ de Saint-Jean*d*An''
g^ly (18 aoQt 1342); abb^ de la Grasse, O. S. B., au dioc^se de Carcastonne, le
4 fevrier 1343; archevfique de Sarragosse, le 2 mars 1345; transfere ik Narbonne,
le 10 janvier 1347; et k Rouen, le 27 aoflit 1375; cardinal du titre de Saint-Cle-
ment, le 20 decembre 1375; mort le 19 novembre 1376. Baluze, Vitae, col. 1130,
1456; c;ulL chriat., t. vi, col. 91-94, 957-958; t. xi, col. 84; U. Chevalier, Riper-
toire; Eubel, Hier., t. i, p. 21, 1^8, 373, 447; Hi»t. de Languedoc, t. ix,
p. 630-631.
2. Blaise Boyer, cordonnier de Narbonne, comparut en 1325 devant l'Inqui-
sition de Carcassonne et il avoua avoir ^te en relations avec plusieurs des sp'-
ritucls condamn^s k Marseille en 1318 (n. 15, note 1).
32'l BULLAIRE DE l'iNQU ISITION FRA.NC;AISE
— 210 —
Clement VI decrete que les inquisiteurs de Tours et de Poitiers ^
devront aussi exercer leur office dans les comtes d' Anjou et du
Maine, jadis declares exempts de la juridiction inquisitoriale
frangaise par Nicolas IV, comme faisant partie des domaines
du roi Charles II ^ de Sicile ^. — Villeneuve, 26 septembre 1351.
Reg. Aven., t. cxix (Clem. VI, t. lxiv), fol. 307 v»; Raynaldi,
AnnaL, ad ann. 1351, n. xxxvii; Ripoll, Bullarium, t. ii, p. 236.
Ad perpetuam rei memoriam. — Datum apud Villamnovam,
Avinionensis diocesis, vi kalendas octobris, anno decimo.
1. Probablement alors Arnaud Mandavin, nomme le 28 fevrier 13-^3 (n. 187-
188).
2. Charles 11, le Boileux, comte d'Anjou, du Maine, de Provence, roi de Sicile
de 1285 k 1309. De Mas-Latrie, col. 1711; Nouv. biog. gen. (Didot), art. Char-
les II.
3. Le 22 juin 1290, Nicolas IV avait donne ordre au provincial des domini-
cains de France de charger six religieux de son ordre de poursuivre les heretiques
en France, en dehors des terres soumises au roi de Sicile. Potthast, n. 23 297;
E. Langlois, Les regislres de Nicolas IV, n. 2776. Ce pape avait pose la meme
restriction aux delegations d'inquisiteurs en Provence et dans le comte de
Forcalquier pour les territoires mouvant du royaume de Naples. Langlois
op. cil., 319-321.
— 211 —
Le pape exhorte les prelats, les personnes ecclesiastiques, reli-
gieuses et seculieres, les nobles, les seigneurs, les offlciers ciinls
d seconder de leurs conseils et de leur concours efjectif la repres-
sion de Vheresie entreprise par Varche^eque d^Embrun, Guillaume
de Bordes ^, et Pierre des Monts ^, inquisiteur de la foi dans les
provinces d' Aix, de Vienne, d^Arles et d'Embrun. — Avignon,
7 mars 1352.
Beg. Vat., t. cxT.v, fol. 198; Wadding, ad ann. 1352, n. xv {in e.rt.) ;
Eubel, BuU., t. vi, n. 60 {in ext.).
CLEMENT VI 325
Venerabilibus fratribus archiepiscopis et episcopis ac dilectis
filiis electis, abbatibus, prioribus, et aliis ecclesiarum et mona-
steriorum prelatis et clericis ecclesiasticisque personis, secula-
ribus et regularibus et ecclesiarum et monasteriorum ipsorum
capitulis et conventibus, acnob. viris principibus, ducibus, mar-
chionibus, comitibus, baronibus ceterisque dominia temporalibus,
necnon seneschallis, ballivis, iusticiariis et aliis ofFicialibus,
universitatibus quoque et conimunitatibus civitatum, castro-
rum, et alioruni quorumcumque locorum, ad quos presentes
littere pervenerint, salutem. — Sicut expedit ad... — Datum
Avinioni, nonis martii, anno X.
In eundem modum dil. filiis senescaUo et aliis oiliciaiibus
Provincie pro carissimis in Christo fiiiis nostris rege et regina
Siciiie iliustribus.
In eundem modum dilectis filiis universis ofiicialibus Daiphi-
natus Viennen. pro diiecto filio nob. viro Daiphino Viennen.
1. Guillaume de Bordes, archidiacre de Meaux^ iiotaire et familier du pape,
promu a Embrun le 4 juillet 1351; mort eu 1361. Gall. chrisL, t. iii, col. 1087;
Eubel, Hier.y t. i, p. 243. Ce prelat, usant envers les vaudois de ses montagnes
moins de violence que de douceur et de persuasion, reussit a en convertir un bon
nombre. Lea, Hist. de Vlnquisition, t. ii, p. 179.
2. Pierre des Monts ou Dumont pronon^a quelques peines contre sept vau-
dois, en 1353. Lea, loc. cit. En 1355, sur Tordre d'Innocent VI, il entreprit,
avec le concours de Jean deBesse, official d'Avignon, un proces d^heresie contre
Anglesa Pradel, de Toulouse, fr^re Marin Marquis, tertiaire do Saint-FranQois,
Bernarde, fiUe de Pierre du Marsan, de Mas-Grenier, Thomasie, fille de Marc de
Romano, du diocese de Marsicano, Jacquette, fiUe d'Audrard de Perpignan,
et Blanche Viguier, de Portet, dans le diocSse de Toulouse. Ces six individus
etaient accuses de partager les crreurs des fraticelles sur la pauvrete du Chrtst
et des apdtres et de denigrer les decretaies dc Jean XXH. Leurs depositions
furent soumises a une assemblee consuitative qui, des sa premi^re rcunion, se
declara satisfaite a Tendroit des cinq femmes. Certaiiies declarations de frere
Marin no paraissant pas suffisamment claires, les dbnsulteurs oxigerent qu'il
fut soumis a un examen plus approfondi. Trois nouvelles seances furent consa-
crees a la discussion des explications fournies par le pr^venu, qui, onfin, paru-
rent suffisantes. Le 12 juillet 1355, dans lc cimetiere des fr^res mineurs d'Avi-
gnon, rinquisiteur, le camerlingue et ie tr^sorier pontificaux condamnerent
ces herctiques a la prison perpetuelle, mais peu apr6s les cinq femmes obtinrent
la commutation de cette peine en un pelerinage a Saint-Jacques de Compos-
telle. On leur accorda mSme un sursis de trois ans pour accomplir cette penitence.
Le texte de ces proces a ete publie par le P. Eubel, BiUlar. francisc, t. vi, p. 627-
638. Nons publions nous-mSmc, en appendice, lc textedes iettres accordant aux
cinq femmcs le sursis de trois annces.
326 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FBAN(AISB
— 212 —
Varcheveque de Narbohne devra rendre apte d exercer les
charges publiques le laique Raymond de Tournissan, dont le
grand-pere a ete condamne pour heresie apres sa mort. — Avignon,
25 juin 1352.
Reg. Vat., t. ccxiii, fol. 318, n. 202.
Ven. fratri ..^ archiepiscopo Narbonen., saliitem, etc. — Exhi-
bita nobis pro parte dilecti lilii Raymundi de Tornesano ^, de
Limoso, laici tue diocesis, petitio continebat quod quondam Petrus
Stephani de Tornesano, laicus Carcassonen. diocesis, avus eius-
dem Raymundi, post eius obitum per inquisitorem heretice
pravitatis in partibus illis auctoritate apostolica deputatum,
extitit sicut hereticus condempnatus. Quare pro parte ipsius
Raymundi nobis extitit humiliter supplicatum ut, cum ipse
occasione huiusmodi nequeat publica ofTicia exercere, nec etiam
ad dignitates assumi, que persone competunt seculari ^, sibi
qui, ut asseritur, fideliter firmiterque in sinceritate fidei catholice
semper perstitit et persistit, providere de benignitate apostolica
dignaremur. Nos igitur... fraternitati tue... committimus et
mandamus quod si est ita eidem Raymundo quod, premissis ac
felicis recordationis Innocentii IIII, et Alexandri III I, ac Boni-
facii VIII romanorum pontificum predecessorum nostrorum et
quibuscumque aliis constitutionibus ac statutis, seu consuetudini-
bus contrariis nequaquam obstantibus, idem Raymundus huius-
modi publica officia exercere et ad dignitates assumi, que persone
competunt seculari, libere et licite valeat apostolica auctoritate
concedas. — Datum Avinioni, vii kalendas iulii, anno unde-
cimo. •
1. Pierre de la Jugie; voir n. 209, note 1.
2. Tournissan (Aude), cant. de Lagrasse, arrond. de Carcassonne.
13. Sur cette exclusion, voir n. 68, note 2, et Introduction, p. lxvii, 4».
INNOCENT VI
(1352-1362)
INNOCENT VI
(1352-1362)
— 213 —
Le pape Innocent VI mande au roi de Naples de seconder les
efjnrts des inquisiteurs de son royaume qui ont regu mission de
pourchasser les nomhreux heretiques emigres des montagnes de
V Emhrunois jusque dans la Calahre. — A Vinquisiteur du royaume
de Naples, d Alexandre de Padula, Marchesinode Monopoli^
Lrangois de Messine et Barthelemy de Solmone^ autres inquisi-
teurs, il donne ordre de sevir contre ces refugies. — Avignon, 8 jan-
vier 1353.
Beg. Vat., t. ccxxxv, fol. 9 v*», 10; Deprez, Innocent VI (1352-
1362), Letlres closes, pcUentes et curiales se rapporlant d la France,
Paris, 1909, n. 14-16 (m ext.).
Carissimo in Christo filio Ludovico ^, regi Sicilie illusiri, salu-
tein. — Perduxit ad nos... — Datum Avinioni, vi idus ianuarii,
anno primo.
Pilecto filio .. inqqisitori herctice pravitatis in regno Siciiie
»eu terra citra Farum auctoritate apostolica deputato, saiutem,
etc. — Innotuit nohis... — - Datum Avinioni, vi idus ianuarii,
anno primo.
Dilecto filio Alexandro de Padula ^, ordinis predicatorum,
MKpiisitori her. prav. in regno Sicilie, seu terra citra Farum auctor.
aposl. deputato, sahitem, etc. — Innotuit nobis... — Datum
u^t.supra.
In V. m. diiecto filio Marchisio de Monopuio ^, ordinis ptcdi-
Qelo.curn, inquisitori, etc. [ul supra].
• In e. m. Francisco de Messana, ord.pred., etc. . .
330 BULLAIRE DE l'iNQUISIT10N FRANgAISE
In e. m. Bartholomeo de Sulmona, ord. pred.
1. Louis de Tarente, mari de Jeanne V^, reine de Naples, couronne rol le
27 mai 1352, mort le 25 mai 1362.
2. Alexandre de Padula fut institue inquisiteur dans le royaume de Naples
en 1352. Quetif et Echard, op. cit., t. i, p. 640.
3. Marchesino de Monopoli etait deja inquisiteur en Apulie, en 1343, ainsi
qu'il resuite d'un diplome que lui adressait, le 24 novembre de cette annee
Jeanne, reine de Naples. Quetif et Echard, op. cil., 1. 1, p. 616.
— 214 —
Le procureur de Vinquisiieur de Toulouse postule et obtient
du pape Innocent VI que Vexamen du dossier de frere Guillaume Ber-
nard Delpech, franciscain, forme parV Inquisitiontoulousaine,etcelui
des ecrits de ce mcme religieux, oii Von dit que se trouvent des erreurs
contre la foi, soient confies aux cardinaux Pierre de Cros et Gilles
Rigaud, avec le droit de citer et de contraindre Vinculpe. — Avignou,
16 mars 1353,
Supplic, t. XXIII (Innoc. VI, ti i), fol. 115 v».
Supplicat Sanctitati Vestre assiduus et devotus orator vester
procurator inquisitoris Tholosani ^ heretice pravitatis quatinus
examinationem confessionis facte coram vicario archiepiscopi
Tliolosani ac vicario dicte Inquisitionis per fratrem Guillelmuni
B. de Podio '^, ordinis minorum, super factis fidei, necnon expo-
sitionis dicte confessionis et littere per ipsum misse sui ordinis
capitulo generali et quorumdam librorum per ipsum composito-
rum et aliorum dictorum suorum, in quibus contineri dicuntur
aliqua contra bonos mores et aliqua erronea et hereticalia contra
fidem, cum omnibus aliis negotium fidei catholice tangentibus
ac emergentibus, dependentibus et connexis, cum potestate ci-
tandi in Curia et extra ac compellendi ipsum et alios super hiis
iuxta raorem et stilum Inquisitionis heretice pravitatis et alias,
ut iura volunt, reverendissimis patribus in Christo ac dominis
Autissiodoren. ^ et sancti Dyonisii * cardinalibus commictere
dignemini, maxime cum per predecessorem vestrum dominum
Clementem sancte memorie dictum negotium, ut dicitur, eisdera
INNOCENT VI ^ 331
fuerit commissum, ut facta vobisrelatione statuat eadem Sancti-
tas quod placebit.
Audiant predicti cardinales et citent, ut petitur, et referant. G.
— Datum Avinioni, xvii kal. aprilis, anno primo.
1. Pierre de Salgues; voir n. 207, note 1.
2. Guillaume Bernard Delpech est signale par un Provinciale fransciscain, de
1343 environ, conune etant originaire do Castelnaudary, et faisant partiedu
couvent de co lieu. II fut un predicateur renomme. Eubel, Provinciale ord. fratr.
minorum vetustiasimum secundum Cod. Vatic. n. 1960, Quaracchi, 1892, p. 17,
note 20; cf. Wadding, Annales min., Rome, 1733, ad ann. 1334, p. 168, n. 25.
Jean XXII le nomme, en 1333, membro de la commission chargee d'examiner
les ecrits de Durand de Saint-Pour^ain et de Thomas Walleis (cf. n. 129 et notes;
Denifle, Charlular., t. ii, p. 418, n. 975) sur la vision b^atifique. Benott XII
le charge, en 1330, d'etudier, avec d^autres roligieux ct prelats eminents, la re-
forme des coustitutions de Tordre franciscain. Eubel, BuU. franc, t. vi, p. 26,
n. 51. Nul doute qu'il ait compte parmi les meilleurs theologiens de son ordre.
Nous le voyons ici aux prises avec rinquisition, qui lui reproche certains ^crits
eontre la foi et les bonnes moeurs, en particulier des livres sur la pauvrete du
Christ, evidemment entachcs de beguinisme, et d'aulres touchant le sacrement
de Teucharistie. Les pr^liminaires du proces se sont deroules k Toulouse; puis
I'airaire a ete portee ou appelee au tribunal du pape, qui la confie au cardinal
de Cros. La conclusion de renqudte ne dut pas ^tre trop defavorable k Taccuse,
piiisque deux ans plus tard (1355) il fut au nombre des th^ologiens appeles en
consultation a Avignon par rinquisiteur de Provence, pour statuer sur le cas
de plusieurs beguins et beguines. Eubel, Bull. francisc, t. vi, p. 629, 634, 635.
3. Pierre de Cros (de Croso), limousin, neveu de Clement VI, mattre en theo-
logie, evlque de Senlis, le 31 aoiit 1344; transfere a Auxerre, le 1" decembre
1349; cree eardinal du titre de Saint-Martin in Montihus, le 17 decembre 1350;
mort le 23 septembre 1361. Baluze, Vilae, t. i, p. 900; Gall. christ., t. x, col. 1427-
1428; t. XII, col. 319; Eubel, Hier., p. 18, 122, 475.
4. Gilles Rigaud, abbe de Saint-Denis, O. S. B., cree cardinal du titre de
Sainte-Prax^de, le 17 decembre 1350; mort le 10 septembre 1353. GaUia chrisl.,
t. VII, col. 399-400; Baluze, op. cit., col. 905; Eubel, op. cit., p. 18.
— 214 bis
Supplique tendant d obtenir quelques modifications d la pre-
cedente. Les ecrits dudit franciscain roulent sur la question de la
pauvrete du Christ et des apotres, et sur Veucharistie. Le cardinal
Pierre de Cros est seul charge de Venquite, et le vape lui-mime
se reserue la sentence. — Avignon, 15 avril 1353.
332 BULI.AIRE DE l'iNQUISITION FRANgAlSE
Supplic.j t. XXIII (Innoc. VI, t. i), fol. 127 v».
Supplicat Sanctitati Vestre procurator inquisitoris Tholosani
quod examinationem confexionis [sic) facte coram vicariis archie-
piscopi et inquisitoris predicti per fratrem Guillelmum Bernardi
de Podio, ordinis minorum, et expositionis dicte confessionis
et littere per ipsum misse sui ordinis capitulo generali, necnon
et quorundam librorum per ipsum compositorum de paupertate
Christi ac apostolorum et de sacramento altaris, in quihus mulla
contineri dicuntur contra bonos mores et nonnulla erronea contra
fidem cum aliis negotium fidei tangentibus... cum potestate
citandi in Curia et extra Curiam testes, examinandi, compellendi
ipsum et alios super premissis de veritate dicenda iuxta morem
Inquisitionis heretice pravitatis et alias, prout fuerit iuris et
rationis, duobus de reverendissimis patribus et dominis cardina-
libus committere dignemini, et per eos, auditis allegationibus
et probationibus prefati procuratoris contra dogmata predicti
fratris Guillelmi B., factaque vobis relatione, statuat eadem
Sanctitas quod placebit.
Audiat et referat Autisiodoren. cardinalis. G. — Datuin
Avinioni, xvii kal. maii, anno primo.
— 215 —
Sauf-conduit pour deux notaires de Carcassonne qui conduisent
d Ai^ignon les fraticelles Jean de Castillon et Frangois de Arquata.
— Avignon, 19 mars 1354.
Reg. A^en., X. cxxviii (Innoc. VI, t. viii), fol. 43, ii. 2, 3.
Ven. fratribus .. patriarchis, archiepiscopis et episcopis, ac
dilectis filiis electis, abbatibus, prioribus, decanis, prepositls,
archidiaconis, archipresbiteris, plebanis, rectoribus et aliis eccle-
siarum et monasteriorum prelatis, ipsorumque vicesgerentibus;
capitulis quoque et conventibus ecclesiarum et monasterioruni
ipsorum, ceterisque personis ecclesiasticis, secularibus et regula-
-pibus, exemptis et non exeinptis Cistercien., Cluniacen., Pre-
monstraten., sanctorum Benedicti et Augustini, et aliorum or-
INNOCENT Vl 333
dinum et domorum Hospitalis sancti Johannis Jerosolimitani
magistris, prioribus et preceptoribus, salutem, etc. — Cum
nuper mandaverimus quod Johannes de Castillone et Franciscus
de Arquata *, ordinis fratrum minorum, heretica sicut accepi-
mus labe respersi, in civitale Carcassonen. detenti, ad romanam
Curiam ubi de ipsis volumus ministrari [iusticiam] adducantur,
universitatem vestram hortamur et rogamus attente per apo-
stolica vobis scripta, mandantes quatinus dilectis filiis Guil-
lelmo Picardi et Guillelmo Nadini ^ de Carcassona, notariis
publicis, et aliis per quos ipsos Johannemet Franciscum adduci
contigerit, peromnia loca et territoria vestra cum ad illa perve-
nerint de securo conductu si requirendum duxerint necnon de
ipsorum necessariis providere curetis... — Datum Avinioni,
xiiii kalendas aprilis, anno secundo.
Dilectis filiis nobilibus viris ducibus, principibus, comitibus,
baronibus, senescallis, iusticiariis, capitaneis, rectoribus, baiu-
lis, ofTicialibus, ceterisque dominis temporalibus; universatibus
quoque et communitatibus civitatum, castrorum, territorio-
nim, et aliorumcumque (sic) locorum, ac aliis universis et sin-
^ulis ad quos presentes littere pervenerint, salutem, etc. —
Cum mandaverimus quod [etc, comme ci-dessiiSj jusqud la fin].
1. Ces deux franciscains^ dont Tun etait prStre et l'autre frere convers,
avaient repris et enseignaient les doctrines des fraticelles sur ia pauvrete du
Christ et des apdtres. Saisis ^ Montpellier, remis a Tinquisiteur de Carcassonne,
ils furent reclames par le pape et conduits k Avignon. Au cours de leur proces,
ils present^rent une longue c^dule contenant leurs erreurs. Ils y proclamaient,
entre autres choses, que Jean XXII et ses successeurs, jusqu'^ Innocent VI,
itaient heretiques pour avoir excommuni^ les fraticelles. Ils furent condamnes
k la dcgradation canonique et livres au bras sdculier, la semaine de la Pentec6te
de Tan 1354. On raconte qu'en marchant au supplice ils chantaient : Gloria
in exceUis Deo. Raynaldi, Annal., ad ann. 1352, n. xxxi.
2. Cf. n. 205, note 1.
— 216 —
Vinquisiteur de Carcassonne, Amedee de Langres, de^TU veiller
d ce que les deux notaires chargesde conduire d Ai>ignon les frati-
celles Jcaii dc Castillon ct Francois de Arquata re(;oi^'ent la sonune
334 BULLAIRE DE L*INQUISltlON FftANCAlSfi
de quatre florins par jour des personnes ecclesiastiques dans les
localites traversees par eux. — Avignon, 30 mars 1354.
Reg. Aven.y t. cxxviii, fol. 45, n. 9, de Curia; Mahul^ Cartulaire
de... Carcassonne, t. v, p. 690 (anal.).
Dilecto filio Amedio de Lingonis ^ ordinis fratrum predica-
torum professori, inquisitori heretice pravitatis inregno Francie
auctoritate apostolica deputato, Carcassone moram trahenti,
salutem, etc. — Cum nuper mandaverimus quod Johannes de
Castillone et Franciscus de Arquata [etc, comme ci-dessus,
n. 215 jusqud] adducantur, discretioni tue per apostolica scri-
pta committimus et mandamus, quatinus dilectis filiis Guillelmo
Picardi et Guillelmo Naudini de Carcassona, notariis publicis,
et aliis per quos prefatos Johannem et Franciscum ad dictam
Curiam adduci contigerit, singulis diebus, ad ipsam Curiam
veniendo, de quatuor florenis auri pro eorum necessariis a personis
ecclesiasticis exemptis et non exemptis quibuslibet [etc.] facias
auctoritate nostra integre provideri. Contradictores [etc.].
Datum Avinioni, iii kalendas aprilis, anno secundo.
4. Successeur d*Aymon de Caumont (n. 162) ou d'Imbert de Sens (d'apre8
Bouges et Mahul), a rinquisition Garcassonne, il reste en charge probable-
ment jusqu'a l'arrivee d'fitienne de Ecclesia (n. 223, note 1). Ses actes comme
inquisiteur nous sont inconnus. Voir deux suppliques de lui, n. 219.
— 217 - .
Lettre aux prelats dans le meme sens. — Avignon, 30 mars 1354,
Reg. Aven., t. cxxviii, fol. 45, n. 10, de Curia.
Ven. fratribus patriarchis [etc, comme ci-dessus, n. 215, 216,
jusqud] mandantes quatinus dilectos filios Guillelmum Picardi
et Guillelmum Nadini, de Carcassona, notarios publicos, et alios
per quos dictos Johannem et Franciscum ad dictam Curiam adduci
contigerit, cum per partes vestras transitum fecerint, ob reve-
rentiam apostolice Sedis et nostram benigne recipientes et ho-
neste tractantes, eis diebus singulis ad dictam Curiam veniendo
de quatuor florenis auri pro eorum necessariis et de securo con-
INNOCENT VI 335
ductu, cum super premissis per eos vel eorum nuncios fueritis
requisiti, liberaliter providere ac mandatum nostrum huiusmodi
sic eflicaciter adimplere curetis quod nos devotionem vestram
exinde commendare merito valeamus. — Datum Avinioni, ii
kalendas aprilis, anno secundo.
— 218 —
Ue\>eque de Rodez refoit le pouvoir de poursuivre plusieurs reli-
gieux de son diocese, adonnes aux pratiques de la magiej de la sor-
ceUerie et aux invocations des demons. — Avignon, 4 avril 1354,
Reg.. Aven., t. cxxvi, fol. 436 v«, n. %.
Dilecto filio.. ofiiciali Ruthenen., salutem, etc. — Nupe
pro partetua nobis extitit intimatum quod ad audientiam tuam
noviter fama publica referente deducto quod nonnulli perdi-
tionis et iniquitatis filii Ruthenen. civitatis et diocesis se magicis
artibus, sortilegiis et invocationibus demonum implicabant
iu ad recipiendum super hiis informationem congruam et etiam
diligentem ex oflicio procedens, per informationem huiusmodi per
te rite habitam invenisti Hectorem Lenihati, priorem prioratus de
Mayrinhagas^ ac Johannem Carrerii et Pontium de Pradinis *,
monachos, Johannem Blanchi et Johannem Girla, conversos mo-
nasterii Bonecumbe ^, Cluniacen. et Cistercien. ordinum, dicte
diocesis, fore de premissis omnibus vehementer suspectos, et
etiam difamatos; sed occasione exeinptionis et privilegiorum
prefatis ordinibus a Sede apostolica concessorum contra ipsos
priorein et monachos et conversos super liiis procedere non es
ausus. Nos igitur... discretioni tue descendendi ad inquisitionem
hac vice auctoritate nostra si est ita contra predictos priorem,
mona<;hos ei ronversos el quemlibet eorum super premissis
omnibus ei singulis, cosquc si per inquisitionem huiusmodi a te
super hiis rite habendam ipsos culpabiles inveneris in premissis
vel aiiquo preinissorum, corrigendi ei etiam puniendi iuxta
cano nicassanctiones, non obstante[e<r.], plenam ei liberam con-
cedimus ienore presentium facultatem. — Datum Avinioni, ii
nonas aprilis, anno secundo.
33fi BULI.AIRE DE L*INQUISITION FRANgAISE
1. Mayrignagues (Aveyron), cant. de Villeneuve^ arrond. de Villefranche.
2. Les localites du nom de Pradines, ou Pradinas sont nombreuses dans
Tarrond. de Rodez.
3. Bonnecombe (Aveyron), com. de Comps-la-Grandville, cant. de Cassagnes-
Begonhfes^ arrond. de Rodez.
— 219 —
Amedee de Langres, inquisiteur de Carcassonne, postule deux cano-
nicats, Vunpour Guillaume Picard, de Caumont, notaire inquisitorial
et gardien du mur des heretiques d Carcassonne, Vautre pour Jean
Micheleti, familier de Vinquisiteur. II les obtient, le 11 juin 1354.
SupplicaL, t. XXV (Innoc. VI, an. II), fol. 138 v».
Supplicat Sanctitati Vestre devota et humilis creatura ve-
stra frater Amedeus de Lingonis ^, ordinis predicatorum, inqui-
sitor heretice pravitatis in Carcassona, quatinus dilecto et fideli
familiari suo Guillelmo Picardi de Calvomonte, clerico Lingonen.
diocesis, apostolica, imperiali et regia auctoritatibus, ac officii
dicte Inquisitionis speciali notario, et custodi muriin quo rei pro
crimine heresis detinentur, qui dicto officio pluribus annis bene
et fideliter deservivit et in ipso officio continue laborare non cessat,
de canonicatu... eccl. Cathalaunen. et prebenda in eadem
ecclesia dignemini... de speciali gratia providere...
Fiat... G.
Item.. supplicat inquisitor predictus quatinus dilecto fami-
liari suo Johanni Micheleti, subdiacono Lingonen., de canoni-
catu... eccl. B. M. de Belna ^, Eduen. di., et prebenda... digne-
mini de speciali gratia providere...
Vel similem gratiam faciendo in eccl. S. Martini de Chableiis ^,
Lingonen. dioc...
Fiat. G. — Datum apnd Villamnovam, Avinionen, dioc,, iii
idus iunii, anno secundo.
1. Amedee de Langres; n. 216, note.
2. Beaune (G6te-d'0r).
3. Chablis (Yonne), arroiul. d'Auxerre,
INNOCENT VI
337
— 220
Le pape commel Vabbe de Gaillac pour proceder en justice contre
cerlains moines de Bonnecomhe accuses par Vofjicial de Rodez
de pratiquer la magie et d^ai^oir commerce a^>ec le demon. — Ville-
neuve, 24 juin 1354.
^7?«^. Aven., t. cxxvii (Innoc. VI, t. vii), fol. 562 v^.
Dilecto filio .. ^ abbati monasterii Galliaci, Albien. diocesis,
lutem, etc. — Exhibite nobis nuper dilectorum filiorum .. *
abbatis et conventus monasterii Bonecumbe, Cistercien. ordinis,
lUithenen. diocesis, petitionis series continebat quod olim..
olliciali Ruthenen. nobis suggerente quod nonnulli monachi
et conversi eiusdem monasterii se magicis artibus et invocationi-
bus demonum implicabant, dictusque officialis per informatio-
nem per eum super hiis ut asserebat rite habitam nonnullos
dicti monasterii monachos et conversos tunc nominatim ex-
pressos invenerat de premissis omnibus fore vehementer su-
spectos et etiam difTamatos, scd quia exempti erant, contra eos
procedere non audebat : nos ad suggestionem huiusmodi per
nostras litteras eidem ofliciali commisimus quod si relata huius-
modi veritate niterentur, et per inquisitionem per eum super
hiis rite habendam ipsos monachos et conversos tunc expressos
roperiret culpabiles in premissis, eos puniret et corrigeret iuxta
canonicas sanxiones. Cum autem, sicut eadem petitio subiun-
gebat, prefatus officialis nulla super premissis inquisitione
prehabita, formam mandati excedens, Johannem Girla, conver-
sum dicti monasterii in dictis litteris nominatum capi et carceri
mancipari fecerit, dictosque abbatem et conventum et perso-
nas in eodem monasterio degentes odio persequatur, pro parte
ipsorum abbatis et conventus nobis fuit humiliter suppli-
catum ut providere eis super hiis de oportuno remedio digna-
remur. Nos itaque... discretioni tue... mandamus quatinus
si per informationem per predictum officialem rite habitam seu
alias eosdem monachos et conversos in premissis vel aliquo pre-
missorum inveneris culpabiles seu etiam diflamatos, illos corri-
gas eisquc penam infligas... Contradictores... [efc.]. — Datuin
apud Villanmovam, Avinionen. diocesis, viii kalendas iulii,
anno secuiido.
BULLAIRE - 22
338 nUI.LAlRE DE lSnQUISITION FRANgAISE
1. Arnaud du Falga. Gall. christ., t. i, col. 54.
2. Raymond (?). Gall. chrisL, t. i, col. 253.
— 221 —
V inquisiteur Pierre des Monts obtient pour son notaire et fami-
lier, Guillaume Pini, un canonicat dans Veglise de Cai^aillon,
en recompense des sennces quil a rendus en trai'aillant d la repres-
sion de Vheresie, surtout dans la pro^nnce d' Emhrun. — Avignon,
15 mars 1355.
, Reg. Supplic, t. XXVI (Innoc. VI, an. III), fol. 71 v".
Supplicat S. V. humilis orator vester frater Petrus de Mon-
tibus ^, ordinis fratrum minorum, in Arelaten., Aquen,, Viennen.
et Ebredunen. provinciis inquisitor heretice pravitatis, quatinus
sibi in personam dilecti notarii et familiaris sui continui com-
mensalis Guillelmi Pini, diocesis Carpentoraten., qui eiusdem
inquisitoris obsequiis per septennium solicite institit et secum in
huiusmodi Inquisitionis ofTicio, presertim in Ebredunen. provin-
cia, non sine sue persone periculo plurimum laboravit, specialem
gratiam faciendo, eidem Guillelmo de canonicatu eccl. cathe-
dralis Cavallicen.... dignemini providere...
Fiat G. — Item quod transeat sine alia lectione : Fiat. G. —
Datum Avinioni, idus martii, anno tertio.
1. Voir n. 211, note 2.
— 222 —
Guillaume de Bordes, archei^eque d' Embrun, obtie?it un canonicat
dans VegUse d' Agen pour son sncaire, Jean Guilhamin, qai s'est
employe avec zele d la repression de Vheresie dans V Embrunois.
— Avignon, 9 mai 1355.
INNOCENT VI 339
Supplic, t. XXVI (Innoc. VI, an. III), fol. 98 v«.
Supplicat S. V. devolus orator vcster Guillelmus, archiepisco-
l»us Ebredunen. ^, quatinus sibi in personam Johannis Guilha-
>uini, licentiati in decretis, vicarii sui, qui in Inquisitionis oflicio
heretice pravitatis in illis partibus plurimum laboravit, multis
se preterea periculis exponendo, specialem gratiam facientes,
eidem Johanni de canonicatu eccl. Agennen... (sic).
Fiat. G. — Datum Avinioni, vii idus maii, anno tertio.
1. Guillaume de Bordes, n. 211, note 1.
— 223 —
Innocent VI accorde d Etienne de Ecclesia, inquisiieur de Car-
rassonne, la faculte de creer deux notaires pour le tribunal d^ln-
ijuisition. — Avignon, 30 juillet 1357.
Supplic, t. XXVII (Innoc. VI, an. V), fol. 194.
Dignetur S. V. concedere fr. Stephano Ecclesie ^, inquisitori
Carcassonen., quatuor tabelliones auctoritate apostolica, qui in
(licto Inquisitionis ofFicio in diversis sibi commissis partibus
^cribere et annotare valeant, ut in forma.
Fiat de duobus in Cancellaria nominandis. G. — Datum Avi-
nioni, iii kal. augusti, anno quinto.
1. fitienne de Ecclesia (de rfiglise) etait originaire de Clermont en Auvergne.
Les actes du chapitre gencral des dorainicains de Barcelone, en 1.349, le mention-
nent comme procureur de Tordre a Avignon et notent Timposition de 5 florins
par province qui fut decidee par le chapitre comme contribution aux depenses
de ce religieux. Reichert, Acla, t. ii, p. 331. En 1350, le pape Cl^ment VI lui
conf^ra le titie de docteur. Denifle, Quellen zur Gelehrtengeschichle des Predi-
gerordens im xin und xiv Jahrhundert, dans Archii^ fiir LiUeratur, t. ii, p. 224.
En mai et juin 1355, il fit partie de la commission de theologiens appelee par
rinquisiteur d*Avignon, PieTO des Monts, k examiner le beguin Maurino Mar-
chioni, et plusieurs beguines. Eubel, BuU. franc, t. vi, p.629, 635. II fut nomme
inquisiteiir de Carcassonne par le provincial des dominicains de France, en 1357,
et resta en charge jusqu'^ rarrivee de Guillaume Chevalier (n. 236). II se demit
alors et se retira dans le couvent de Clermont. Quetif et Echard, op. cit., t. i,
p. 660; Mahul, CartuL, t. v, p. 693.
340 BULLAIRE DE L*INQUISITlON FRANgAISE
— 224 —
Le pape recommande d la bienveillance des rois d^Aragon ^ et
de Castille ^ V inquisiteur de Proi^ence, Bernard Dupuy ^, charge
de remplir, dans leurs royaumes, une mission interessant la foi.
— Avignon, 25 septembre 1359.
Reg. VaL, t. ccxli^ fol. 135, 135 \°; Wadding, op. cit., ad ann.
1359, n. III [in ext.).
Carissimo in Christo filio Petro, regi Aragonum illustri, salu-
tem. — In desideriis nostris... Cum itaque nos dilectum filium
Bernardum de Podio, ordinis fratrum minorum professorem,
magistrum in sacra pagina, inquisitorem heretice pravitatis
in provincia Provincie auctoritate apostolica deputatum, inter
alias ad Aragonie partes et alias tibi subiectas pro magnis et
arduis negotiis fidem christianam tangentibus destinemus,
magnificentiam regiam paterno rogamus et hortamur aflectu
quatinus eundem inquisitorem propensius recommendatum tua
serenitas secum habens, eius exhortationem in hiis que negotia
predicta contingunt pro divina et nostra ac apostolice Sedis reve-
rentia exaudias et succincte iubeas expediri, ut idem inquisitor
in negociorum ipsorum exequtione votiva valeat felicius pro-
sperari, nosque celsitudinem tuam dignis in Domino laudibus
attollamus. — Datum Avinioni, vii kalendas octobris, anno
septimo,
Carissimo in Christo filio Petro regi Castelle et Legionis illu-
stri, salutem. — In desideriis nostris... [etc, ut supra].
1. Pierre IV; voir n. 195, note 1.
2. Pierre le Cruel, roi de Castille et de Leon, de 1350 a 1368. De Mas-Latrie,
op. cit., col. 1736; Now. biog. gen., art. Pierre ; U. Che\a\\er, Repertoire, etc.
3. Bernard Dupuy allait rechercher et punir les juifs du Comtat Venaissin,
qui, apres s'etre convertis au catholicisme, etaient retournes aux pratiques ju-
daiques (cf. n. 229). La recherche de ces*apostats fut continuee par Hugues
de Cardillon, sous Urbain V (n. 235).
1
INNOCENT VI 341
225-228 —
Lettres a divers sur le meme sujet. — Avignon, 25, 26 septem-
bre 1359.
Reg. Val., t. ccxLi, fol. 135 v«, 136, 137.
Venerabili fralri Guidoni ^, episcopo Portuen., apostolice
Sedis legato, salutem. — Cum dilectum filium Bernardum de
Podio, ordinis fratrum minorum [etc., mSme sens queci-dessus^
mutatis mutandis. — Dicto episcopo mandat ut dictum fratrem
suis consiliis in agendis di»igat]. — Datum Avinioni, vi kalen-
das oclobris, anno septimo.
Dilectis filiis .. inquisitonbus heretice pravitatis ubilibet
aiictoritate apostolica deputatis, salutem, etc. — Cum pro
nonnuUorum [eisdem mandat ut ipsi inquisitori consiliis opor-
tunis et auxiliis assistant]. — Datum Avinioni, vii kalendas
octobris, anno septimo.
Dilectis filiis nobilibus viris ducibus, principibus, marchio-
nibus, comitibu?, baronibus,senescallis, iusticiariis, potestatibus,
capitaneis, gubernatoribus, rectoribus, bailivis, officialibus,
ceterisque dominis temporalibus, necnon universitatibus et
communitatibus civitatum, castrorum, terrarum, villarum et alio-
rum quorumrun([ue locorum, et aliis universis et singulis ad (juos
presentes littere pervenerint, salutem, etc. — Cum nos dilectum
[etc. ; ut ipsi assistant consiliis et auxiliis oportunis]. — Datum
Avinioni, vii kal. octobris, anno septimo.
[Simili modo] archiepiscopis et episcopis [ct aliis preiatis,
ej, personis ecclesiasticis, sccularibus et reguiaril)us].
1. Guy de Boulogne, ou de Montfort. chanoine d^Amiens; archev^que de Lyon,
le 11 octobre la^iO; cardinal du titre de Sainte-Cecile, le 20 septembro 13''i2; evS-
que de Porto en 1350; mort a Lerida, le 25 novembre 1373. Gall. christ. t. iv,
col. 164-166; Baiuze, VUae, t. i, col. 837-840, 1037-1038; Eubel, Uier., 1. 1, p. 17-
330.
342 BULLAIBE DE l'iNQU1SI TION FRA>gAISE
— 229 —
Innocent VI donne d Bernard Dupuy, frere mineur, inquisiteur
de Provence, le poui^oir de se saisir, en quelque lieu quilsse trou-
{>ent, de certains juifs convertis, retournes au judaisme et refugies
hors des limites de f:a proi^ince. II leur fera un proces sommaire
et les punira ^. — Avignon, 30 septembre 1359.
Heg. Vat., t. ccxLi, fol. 13, 134; Wadding, op. cit., an. 1359, n, ii
(in exl.) ; Eubel, BulL, t. vi, n. 772.
Dilecto filio Bernardo de Podio, ordinis fratrum minorum
professori, magistro in sacra pagina,* heretice pravitatis inquisi-
tori in provincia Provincie auctoritate apostolica deputato,
salutem. — Anxia nimis mente percepimus nonnullos ini-
quitatis filios et perditionis alumpnos, spontanee relicto iudaice
cecitatis errore per lavacrum regenerationis ad fidem christianam
conversos eandem fidem catholicam abnegantes ad prebilatam
cecitatem iudaicam velut canes ad vomitum dampnabiliter
rediisse, qui se de tue Inquisitionis finibus ad partes incognitas
vel distantes clandestine contulerunt, quod tanto magis repro-
bum et absurdum fore dinoscitur quanto ex hoc Ghristi nomen
sanctissimum quadam interstina {sic) hostilitate detestabilius
blasffematur ; nos igitur qui sub nostris desideriis gerimus et
instancia multe solicitudinis exitamur ut fides catholica nostris
prosperetur temporibus et calamitas heretice pravitatis de fmi-
bus fidelium extirpetur, adversus tales neophitas novercales illo
volentes tibi remedio subvenire per quod ipsorum compescatur
temeritas et aliis aditus committendi similia prechidatur, discre-
tioni tue de qua experimento laudabili in maioribus comprobata
fidem in Domino gerimus pleniorem, super hiis summarie et de
plano absque strepitu et figura iudicii vocatis evocandis cum
fideli diligentia et soUerti ubicumque fueris plenius informandi,
et si repereris ita esse huiusmodi iudaisantes ad presens ubi-
cumque vivi fuerint adinventi per te, vel alium, seu alios capiendi,
detinendi, incarcerandi, ducendi et debite puniendi, et capi,
detineri, incarcerari, duci et puniri debite faciendi, ubicumque
videris expedire, et mortuos exhumari etde sic exhumatis iusti-
ciam debitam si nondum facta extiterit faciendi; contradictores
quoque cuiuscumque gradus, status, ordinis, vel conditionis
INNOCENT VI 343
existant, etiamsi poniincali vel qualibet alia ecclesiastica vel
miindana dignitate prefulgeant, auctoritate apostolica per cen-
suram ecclesiasticam appellatione postposita compescendi; in-
vocandique deinde ad hoc si opus fuerit auxilium brachiisecularis,
ac reliqua premissa necessaria exercendi. Non obstante si aliqui-
bus communiter vel divisim a Sede apostolica sil indultum [etc.]
et quibuscumque aliis lilteris, privilegiis, seu commissionibus
apostolicis quibuscumque inquisitoribus seu quibusvis aliis sub
quacumque forma verborum concessis per que presentibus non
expressa vel totaliter non inserta aceorumeffectus posset differri,
seu alias quomodolibet impediri, et de quibus quorumque totis
tenoribus habenda sit in nostris litteris mentio specialis; seu
si ordini tuoa Sede predictasit concessum quod fratres eiusdem
ordinis non teneantur se intromittere de quibuscumquenegotiis
que ipsis per eiusdem Sedis litteras committuntur, nisi in eis
de concessione huiusmodi plena et expressa mentio habeatur
plenam et liberam huiusmodi prosecutione durante duntaxat
tenore presentium concedimus facultatem. Per hec autem non
intendimus ut inquisitoribus quibuscumque seu olFiciis eorum-
dem in ceteris preiudicium aliquod afferatur, nec eorumaudien-
ciis vel debitis exercitiis detrahatur. — Datum Avinioni, ii
kalendas octobris, anno septimo *.
1. Voir n. 224 a 228.
2. Wadding, loc. cil., habet : xi kcU. octobris.
— 230 —
Les inquisiteurs de Provence devront s^ahstenir de molester les
juifs justiciahles de leur trihunal, soit en refusant d'entendre leur
defense, ou de leur livrer copie des accusations et des temoignages
reQUs contre eux^ aoit en negligeanl de s*adjoindre Veveque diocesain
pour les condamner, les soumettre d la torture ou d la prison pre-
s^entive. — Villeneuve, 27 juin 1360.
Reg. Aven., t. cxliv, fol. hi^\Supplic., X. xxxi, fol. 128 v» : suppli.
catio syndicorum ludeorum.
344 BULLAIRE DE l'iNQUIS1TION FRANgAISE
Dilectis filiis universis inquisitoribiis heretice parvitatis per
Arelaten. et Massilien. civitates et dioceses ac Provincie et Fol-
calquerii comitatus per Sedem apostolicam deputatis, salutem,
etc. — Significaverunt nobis universi iudei in Arelaten. et Massi-
lien. civitatibus et diocesibus ac Provincie et Folcalquerii comi-
tatibus habitantes quod nonnulli exvobis, in citationibus, inqiii-
sitionibus et aliis processibus quos contra ludeos ipsos vel eorum
aliquem ratione officii vestri Inquisitionis heretice pravitatis
fecistis hactenus et facitis ^, defensiones et exceptiones legiti-
mas contra huiusmodi inquisitiones, citationes et processus
pro parte ipsorum ludeorum per se vel eorum procuratores pro-
positas admittere eisque articulorum super quibus contra eos
huiusmodi citationes, inquisitiones et processus fiunt, necnon
attestationes et aliarum probationum in eis receptarum copiam
tradere et facere eorum sumptibus et expensis ^ recusastis hactenus
et etiam recusatis; et insuper contra eos absque diocesanis
locorum aut eorum seu capitulorum sede vacante delegatis
ad condempnationem procedere, ipsos tormentis exponere, duro
carceri qui magis ad penam quam ad custodiam videtur tendere
presumitis mancipare ^, et alias eos ratione huiusmodi officii
multis gravatis laboribus et expensis indebite et iniuste : super
quo ipsi ludei ad apostolice Sedis remedium humiliter recurrerunt.
Cum igitur pietas christiana ludeos ipsosreceptet et cohabitatio-
nem sustineat eorumdem, nos eis super hiis et ut huiusmodi
officium contra eos cum debita maturitate procedat, ne forsan
absque culpa dampnentur, providere volentes, auctoritate aposto-
lica vobis et aliis inquisitoribus heretice pravitatis in dictis civi-
tatibus et diocesibus ac comitatibus per Sedem apostolicam depu-
tandis precipimus et mandamus quatinus in citationibus, inqui-
sitionibus, et aliis processibus per vos ratione huiusmodi oflicii
vestri Inquisitionis heretice pravitatis contra ipsos ludeos vel
eorum aliquem factis seu in antea faciendis eorum exceptiones
et defensiones legitimas contra huiusmodi citationes, inquisi-
tiones et processus per ipsos ludeos debito modo propositas et
proponendas in antea, et alias ipsos ad defendendum se in pre-
missis, prout iustum fuerit, admittatis, eisque articulorum super
quibus huiusmodi citationes, inquisitiones et processus fiunt
seu fient, necnon attestationum et aliarum probationum super
hiis produGtorum et receptorum ac producendorum etrecipien-
dorum imposterum copiam, si iJJam debite petierunt aut
INNOCENT VI 345
inantea petierint, eorum tamen sumptibus et expensis, dum-
modo id sinc periculo fieri valeat, tradatis; et insupercontra eos
super hiis absque diocesano loci seu eius aut sede vacante capi-
tuli subdelec^ato, nisi si et prout permictunt canonice sanctiones
nullatenus procedatis, et alias in premissis ab ipsorum ludeo-
rum gravaminibus abstinere curetis; statutis, privilegiis et
ortlinationibus per iios seu i^redccessorcs nostros romanos pon-
liliccs factis seu inquisitoribus dicte herelice pravitatis conces-
sis contrariis non obstantibus quibuscumque; nos enim irri-
tum decernimus et inane si secus [e<c.]. Presentibus post quin-
quennium minime valituris. — Datum apud Villamnovam,
Avinionen. diocesis, v kalcndas iulii, anno octavo *.
1. Ce fut Clemcnt IV qui confia aux inquisiteurs la punition des juifs convcrtis
retourncs au judaismc. Potthast, n. 20081, 20082, 20095. Gregoirc X renouvela
ces statuts (Potthast, n. 20720, 20724, 20798); ainsi quc Nicolas III (Doat,
t. XXXVII, fol. 191) et Nicolas IV. Langlois, Registres de Nicolas IV, n. 322
Clement VII, a la dcmande des juifs dcs provinces dc Sens, Rouen, Reims et
LyoM, molestcs par les inquisiteurs, enleva a ces derniers la connaissance des
crimes imputes aux fils d'Israel (n. 318). Voir Introduction, p. xliii sq.
2. Les accuses avaient le droit de reccvoir copie, a lcurs frais, des tcmoignages
rocueillis contre eux, moins ccpendant les noms des accusateurs, quand il pou-
vail y avoir du danger pour ceux-ci. Cette pratiquc avait ete imposee ou sanc-
tionnee par divers papcs : Gregoire IX (Noui^elle Rei^ue historique du droil fran-
fow, 1888, p. 673); Innocent IV (Ripoll, Bullar., t. i, p. 211; Practica delicr-
nard Gui, edit. Douais, p. 189); Alcxandre IV (Teulet, Layettes du Tresor des
chartes, n. 4112, 4221); lioniface VIII (SexL, lib. V, tit. De haerelicis, cap. 20).
Voir Vidal, Le trihunal d' J nquisilion de Paniicrs, p. 188-194, ct Introduction,
p. LXVI.
3. Lo decrct Multorum, promulgue par Clement V dans le concilc do Vienne
et insere dans le recueil dos CU-meiUines (lib. V, tit. ii, cap. 1), exigeait Ten-
tcntc de rcvequc ot de rinquisiteur pour los actes rappelcs dans la prcsente
bulle. Cf. n. 5, notc. 3.
4. Voir d'autrcs lottros on faveur dcs juifs contro les inquisiteurs aux
n. 269-270, 318.
URBAIN V
(1362-1370)
URBAIN V
(1362-1370)
— 231 —
A la requete des consuls et du peuple de Montpelliery Urbain V
renom>elle le pri^ilege d eux concede par Jean XXIIy en considi'
ration de leur zele pour la joi, d savoir : de n^etre pas molestes par
les inquisiteurs, d tnoins d^un motif grave. — Avignon, 2 janvier
1363.
Reg. VaL, t. ccLxi, fol. 60.
Eisdem [consulibus et populo Montispessulani, Magalonen. dio-
cesis], salutem, etc. — Fidei et devotionis... Hinc est quod nos
vestris supplicationibus inclinati mandatum dudum in favorem
vestrum factum per felicis recordationis Johannem papam XXII
predecessorem nostrum inquisitoribus heretice pravitatis inre-
gno Francie tunc per Sedem apostolicam deputatis et inposte-
rum deputandis quod in ipsius predecessoris litteris, quarum
tenorem presentibus inseri fecimus, plenius continetur, auctori-
late apostolica innovamus et presentis scripti patrocinio com-
munimus. Tenor autem dictarum litterarum talis est :
« Johannes *, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis
infiuisitoribus heretice pravitatis in regno Francie per Sedem
aposlolicam deputatis et imposterum deputandis, salutem et
apostolicam benedictionem. — Etsi zelo fidei christiane ad
cuius defensionem tenemur ex ofTicii debito et nichilominus
(livini amoris igne succendimur labem heretice pravitatis abo-
leri de credentium finibus cupiamus, quia tamen iuxta euvange-
lice veritatis eloquium dum de agro Domini colliguntur zizania
triticum conservari debet in horreo reponendum, commissum et
350 BULLAIRE DE l'iN QUISITION FRANgAISE
committendum vobis Inquisitionis officium sic vos volumus con-
tra hereticorum perfidiam viriliter exequi ut in eos qui fidei
christiane professores et divini nominis veri cultores extiterunt
illud non contingat extendi. Sane nonnullis ex predecessoribus
nostris lomanis pontificibus ab olim, sicut in eorum litteris au-
divimus contineri, fuit testimoniis fidedignis assertum quod
villa Montispessulani, Magalonen. diocesis, erat illis temporibus
a macula heretice pravitatis immunis et dilecti filii consules
et populus eiusdem ville supra firmam petram catholice fidei
stabiliti non declinarant ad dexteram velsinistram, quinimo in
devotione sancte romane Ecclesie, matris sue, firmiter et fideliter
persistentes illis laudabiliter inherebant que ad apostolice Sedis
redundarent honorem, necnon per Dei gratiam de villa, consuH-
bus et populo memoratis audivimus hucusque contrarium,
immo ipsos in solita sinceritate catholice fidei et Ecclesie devo-
tione credimus iugi perseverantia permanere. Quia itaque con-
sules et populus antedicti pro huiusmodi meritis per vos cunctos-
que fideles sunt favorabiliter prosequendi, iustumque videtur
et decens ut in gravamine ipsorum vestrum non cedat officium,
sed tantum illorum faciem ignominia repleat qui probabiliter
suspecti creduntur quod catholicam respuant puritatem, nos
eorum supplicationibus inclinati, devotioni vestre per apostolica
scripta mandamus quatinus ipsos, vel eorum aliquem pretextu
vestri officii non molestetis in aliquo vel gravetis indebite ; quin-
ymo eos habeatis propensius commendatos quandiu, ut pre-
missum est, fideliter egerint et devote ut scelus {sic) fidei et fer-
vor devotionis eorum tanto fortius accendatur quanto se per
hoc maiorem sensierint invenisse favorem. — Datum Avinioni,
iiii nonas novembris, pontificatus nostri anno tertio. »
Nulli ergo nostre innovationis, etc, infringere. — Datum Avi-
nioni, iiii nonas ianuarii, anno primo.
1. Reg. VaL, t. cx, n. 960; Coulon, Lellres secretes et curiales de Jean XXII,
n. 756 A [in ext.) ; plus haut, n. 20.
URBAIN V 351
— 232 —
Urhain V exhorte les prelats des proifinces d^Arles, Aix, Em-
irun, Vienne, d seconder de tout leur pouvoir Vinquisiteur Hugues
de Cardillon^, de Vordre des frires mineurs, et ses successeurs, dans
la poursuite des heretiques de ces provincea *. — Avignon, 8 juin
1363.
Reg, VaL, t. ccxLv, fol. 205 v«; Wadding, ad ann. 1365, n. xiv,
(rn exL)\ Raynaldi, Ann., ad ann. 1363, n. vii; Lecacheux, Le<lr««
secretes et curiales du pape Urbain V, Paris, 1902, n. 497 (anal.) .
Venerabilibus fratribus Arelaten., Aquen., Ebredunen. et
Viennen. archiepiscopis eorumque suffraganeis, ac dilectis filiis
eorumdem archiepiscoporum et sulTraganeorum vicariis et offi-
cialibus, necnon abbatibus, prioribus, decanis, prepositis, archi-
diaconis, aliisque prelatis et rectoribus ecclesiarum. — Etsi
cunctis bonis... — Datum Avinioni, sexto idus iunii, anno primo.
1. Hiigues de Cardillon etait gardien du couvent des freres mineurs d'Avi-
gnon, en 1355, lors du proces du beguin Maurino Marchioni et de plusieurs
beguines. II assista a leur condamnation, le 12 juillet de cette annee. Eubel,
Bullar., t. VI, p. 637-638.
Devenu inquisiteur, il eut pour coll^gue Jean Richard, charge sp^cialement
de la province d'£mbrun (n. 233) et des Vallees (n. 237). On a vu plus haut
(n. 211) qu'un autre frauciscain, Pierre des Monts, faisait, en 1352, roffice d'in-
quisiteur conjointement avec rarcheveque d'Embrun, Guillaume Desbordes. En-
fin on se souvient que Bernard Dupuy fut specialement charge par Innocent VI,
en 1359, de rechercher les juifs relaps, refugi^s enAragon (n. 224-229). Hugues
de Cardillon s'attacha aussi a decouvrir, en 1364, les criminels de cette espece.
Urbain V demanda au senechal de Provence, au comte Am^d^e de Savoie, et
k d'autres seigneurs de lui prSter pour ceia leur appui (n. 235). Hugues de Car-
dillon etendit ses recherches jusquo dans le diocese de Viviers (n. 253).
2. Urbain V poussa activement contre les vaudois de Provence, du Dauphine
t de ]a Savoie la lutle commencee sous Benoit XII (n. 147, 148, 149), continuee
par Clement VI (n. 211) et k laquelle Gregoire XI devait consacrer tous ses
eflorts I(n. 276, 281-283, 286-308). Outre la bulle qui prec6de, voir aux
n. 232 his, 233, 237, 238, 2^il, 242-244, 253, 260, d^autres lettres par lesquellcs
il fait appel au concours des princes, des seigneurs, des officiers royaux contre
rheresic, del^gue comme inquisiteur special dans les provinces de Lyon, Vienne,
Embrun, Tarentaise et Besan^on son propre chapelain et auditeur, Bernard
du Bosquet, et organise la poursuite dans |e diocdse de Viviers. Voir Introduc-
p. Lvii sq.
tion.
352 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAIS]
— 232 bis —
Lettre du pape au dauphin de Viennois, dans le meme sens que
la precedente. — Avignon, 8 juin 1363.
Reg. Vat., t. ccxLv, fol. 206; Lecacheux, op. cit ., n. 498.
Nobili Carolo ^, delphino Viennen., ejusque officialibus in
Delphinatu Viennen., salutem. — [Ut supra.]
1. Charles, qui fut le roi Charles V, fils de Jean II le Bon et de Bonne de
Luxembourg, prit le titre de Dauphin de Viennois a ravenement de son pere
au trone (1350) et le garda jusqu^a son propre av^nement, 8 avril 1364. De
Mas-Latrie, op. cit.^ col. 1524; U. ChevaHer, Reperloire, etc.
— 233 —
Le pape adresse aux prelats, seigneurs et officiers une recom-
mandation semblable d celledu n. 232 en fai^eur de Jean Richard^,
inquisiteur de la foi specialemenf delegue dans le diocese et la
proidnce d' Embrun. — Avignon, 17 juillet 1363.
Reg. Vat., t. ccxLv, fol. 224 v»; Wadding, Annal, ad ann. 1363,
n. XV [in ext.) ; Lecacheux, op. cit., n. 542 (anal.) ; Eubel, BulL,
t. VI, n. 879 [in ext.).
Venerabilibus fratribus [etc, comme ci dessus, n. 232]. — Sicut
expedit ad... — Datum Avinioni, decimo kalendas augusti,
anno primo.
In e. m. dilectis filiis nobilibus viris, principibus, ducibus
etc... ad quos presentes littere pervenerint.
1. Voir n. 232, note 1 et 237, 338.
URBAIN V 353
- 234 —
Le pape ordonne d Veveque de Lomhez ^ d' enlreprendre une in-
formation contre certains routiers des Grandes Compagnies ^ eta-
blis dans son diocese et qui, non contents de commettre des exccs
de toute sorte contre les personnes et les choses ecclesiastiques,
osent proferer des heresies contre V £glise et Vautorite du pontife
romain. — Avignon, 7 juin 1364.
Reg. Vat f t. ccxLvi, fol. 232 v^; Denifle, La desolcUion etc., t. ii,
p. 440, note 3; Lecacheux, op. cil., n. 987 {in exl.).
Venerabili fratri.. episcopo Lomberien., salutem. — Ad au-
dientiam nostri apostolatus... — Datum Avinioni, vii idus iu-
nii, anno secundo.
1. Guillaume de Durfort, archidiacre de Saint-Antonin dans T^glise de Rodez,
chapelain du pape 'auditeur du Palais apostolique; 6v£que de Lombez, lel8 jan-
vier 1363; mort en avril 1375. Gall. chrisf., t. xiii, col. 324; Eubel, 1. 1, p. 323.
2. Cf. n. 236, note 4. Sur les courses des Grandes Compagnies dans le Midi,
voir Baluze.. Vitae, i. i, col. 402, 405, 418, 421, etc; Denifle, La diaolation des
eglises, monasteres et hdpitaux en France pendani la guerre de Ceni ans, Paris,
1899, t. II, p. 376-443.
— 235 —
Urhain V exhorte le senechal de Prowence, le comte Amedee de
Savoie, et d*autres seigneurs d priter leur concours d Hugues de
CardiUon, inquisiteur de Provence, dans la recherche de certains
juifs, originaires de cetle comte et de celle de Forcalquier, qui, apres
ai>oir ahjure le judaisme, en ont repris les pratiques et se sont refugies
on ne sait en quel lieu. — Avignon, 26 juin 1364.
Reg. Vat., i. ccxlvi, fol. 230, 230 v»; Wadding, Annal., ad ann.
1364, n. XIV (m ex/.) ; Lecacheux, op.cit., n. 1041-1043; Eubel, Bull.,
i. VI, n. 914 (m ext.).
Dilerto filio nol)ili viro Fulconi de Agouto ^, domino Vallium
Saltus - <'t Ojb» •', Provincie senescallo. — Dilecti filii Hugonis...
BULLAIRE - 23
354 BULLAIRE DE L*INQU [SlTlON FRANgAISE
— Daliim Avinioni, sexto kalendas iulii, anno secundo.
Dilecto filio nob. viro Amedeo ^, comiti Sabaudie. mutatis
mutandis.
In eundem modum, nobili viro Ademaro de Pictavia ^, comiti
VaJentinensi.
In e. mod. nob. viris.. dominis quarumcumque terrarum
Arelaten., Aquen., Ebredunen. et Viennen. provinciarum, mu-
tato numero singulari in pluralem.
1. Agoult; voir n. 172, note 1.
2. Sault (Vaucluse), chef-lieu de cant., arrond. de Carpenlras. Le chate;
remonte au xi® siecle.
3. L'Oulle, riviere qui a sa source dans les Hautes-Alpes et se jette dans
TEygues (Drome). Le Val-d'Oulle comprenait les communes de Cornillon, de
Charce, Cornillac, Lemps, Pommerol, Remuzat, Saint-May. Les comtes de Pro-
vence avaient infeode le Val-d'Oulle aux d'Agoult, au xiv® siecle. Brun-Durand,
Dictionnaire topog. du depart. de la Drome, Paris, 1891, p. 401.
4. Amedee VI, dit le comte Verd, fils d'Aimon, ne a Chambery, en 1334; comte
de Savoie, en 1343; mort le 1" mars 1383. De Mas-Latrie, op. cit., col. 1704;
Nouv. hiogr. gen., art. Savoie; U. Chevalier, Repert., Bio-hibl., col. 100, 2403.
5. Aymar VI de Poitiers, fds de Louis I" et de Marguerile de Vergy, succede
a son pere en 1345; meurt en 1373. De Mas-Latrie, op. cit., col. 1692; J. Cheva-
pier, Memoires pour sen^ir a Vhistoire des comtes de Valentinois et Diois, Paris,
1897, p. 330 sq.
I
— 236 —
Urhain V donne ordre d Veveque ^ et d Vinquisiteur ^ deCarcas-
sonne de faire une enquete sur des propos contre la foi et Vautorite
du pape tenus par sept routiers des Grandes Compagnies dont le
marechal de France, Arnoul d' Audrehem ^, etles bourgeois de Car-
cassonne se sont emparcs recemment *. Arnoul leur avait prornis
la vie sauve et la delivrance d href delai; le Ueutenant de Vin-
quisiteur les fit enfermer dans les cachots deVe^eque. — Avignon,'
10 juiUet 1364.
Reg. Vat., t. ccxLvi, fol. 269 v»; Denifle, La desolation des eglises,
etc, t. II, p. 439, note 2; Lecacheux, op. cit., n. 107t.
^cn. fratri Johanni, episcopo Carcassonen., ac dilecto filio ..
URBAIN V 355
ordinis fratrum predicatorum in partibus Carcassonen. inquisi-
tori heretice pravitatis vel .. eius locumtenenti, salutem, etc. —
Tua nobis, frater episcope, nuper notificavit epistola quod se-
ptem viros nefarios de illa gente dampnabili que Magna Societas
appellatur, qui contra (idem catholicam presertim potestatem
clavium a Salvatore nostro domino Ihesu Christo beato Petro
apostolo et in eius personam suis successoribus traditam, quedam
verba hereticalia pollutis labiis prctulerunt, tibi per dilectum
filium nobilem virum Arnulfum, dominum de Audenham,
raarescallum Francie ac carissimi in Christo filii nostri Caroli,
regis Francie illustris, locumtenentem, qui eosdem viros pro-
pter alios eorum excessus ceperat, eis cum voluntate communi-
tatum illarum partium sub protestatione proprii iuramenti
eiusdem marescalli vite incolumitate promissa, traditos ad ma-
num inquisitoris eiusdem sub fida per te custodia, exeoquod
super ipsorum captorum dimissione seu liberatione quam idem
marescallus se promisisse dicebat, eodem locumtenente inqui-
sitoris asserente illos sibi debere tradi, retinendos in tuis episco-
palibus carceribus tenes inclusos, per te custodiendos donec super
premissis nostre daremus beneplacitum voluntatis, quod a nobis
cum multa instantia postulasti. Nos igitur nolentes, sicutnec
velle debemus, quod propter premissa huiusmodi negotium sa-
cre fidei quam attentissima cura debemus protegere negligatur,
sed quod de verbis huiusmodi, que si vera sint proferentes eos-
dem reddunt vehementer de fide suspectos, diligentius inquira-
tur; discretioni vestre in virtute sancte obedientie districte pre-
cipiendo mandamus quatinus de verbis eisdem ex vestro officio
curetis solerter inquirere veritatem et ea que inde inveneritis
nobis sub manu publica vel sub vestris sigillis clausa et nemini
revelata quam cito commode poteritis destinare curetis ut ma-
ture providere possimus quid per vos agendum fuerit in premis-
sis; inlerimque tu, episcope, viros eosdem nulli, cuiuscumque
status existat, presumas tradere sed illos caute facias custodiri
donec aliud a nobis receperis in mandatis. — Datum Avinioni,
VI idus iulii, anno secundo. _
1. Jean Fabre, cousin d'Innocent VI, abbe de Grammont; evfique duPuy,
le 12 octoljre 1356; transfere a Tortose, le 27 fevrier 1357; et a Carcassonne,
le 10 janvier 1362. Ga//. chrint., t. vi, col. 901 ; Eubel, Hier., t. i, p. 91, 172, 231 ;
Mahul, CartuL, t. v, p. 454-455.
2. Guillaume Chevalier {Militis), originaire d'Anger3, fit sa profession reli-
356 BULLAIRE DE L*INQUIS1TI0N FRANgAISE
gieuse au couvent des dominicains de celte ville. La maitrise en theologie lui
fut conferee sur Tordre de Clement VI (31 juillet 1350) par Guillaume Munier.
Son nom figure dans le catalogue des maitres de rCJniversite d'Angers. Denifle,
Archiv fiir Litteratur, t. ii, p. 223, n. 123. En 1357, il etait procureur general
de rordre. Reg. suppL, t. xxvii ,fol. 308 v^. Puis il fut nomme inquisiteur de Car-
cassonne, a la place d'fitienne de Ecclesia (n. 223). II eut a proceder contre les
sept capitaines de routiers pris au siege de Peyriac (voir note 4). L'eveque de
Carcassonne Taccusa, en 1364, d'empieter sur ses droits touchant la garde des
murs de rinquisition et le serment de fidelite des officiers du tribunal (n. 251).
II usurpait aussi le droit de punir les blasphemateurs non suspects d'heresie;
le pape lui ordonna, le 30 mai 1366, de ne pas depasser les limites de sa compe-
tence (n. 259). Par ordre du meme pontife, le tresorier de la Chambre lui paya,
le 14 decembre de la meme annee, une somme de 40 florins. Introitus et exitus,
t. cccxxvi, fol. 156. Le 22 juin 1369, Chevalier fut elu patriarche de Jerusalem.
II mourut le 12 decembre 1371. Voir Quetif et Echard, ScripL, t. i, p. 673; De-
nifle, ChartuL, t. ii, p. 660, 1183; Eubel, Hier., t. i, p. 287.
3. Arnoul d'Audrehem, ne vers 1305, devint capitaine du roi en Bretagne,
en 1342; marechal de France, en 1351 ; lieutenant du roi en Poitou, Saintonge,
Limousin, Angoumois, Perigord, le 6 mars 1352; lieutenant en Normandie, en
1353; lieutenant en Artois, Picardie, Boulonnais, en 1355; lieutenant en Lan-
^uedoc, en 1360. En novembre 1364, il fut remplace a la lieutenance du Lan-
guedoc par le duc d'An]ou. II se demit peu apres de sa charge de marechal
de France et, le 20 juin 1368, regut le titre purement honorifique de porte-
oriflamme. II mourut a Saumur, en decembro 1370. Voir E. Molinier, Etude
sur la vie d'Arnoul d'Audrehem, dans Acad. des inscriptions et belles-lettres, Me-
moires, etc, 1883, IP serie, t. vi, l''^ part.
4. Une bande de compagnons, ayant a leur tete probablement Bertucat
d'Albret, s'etait emparee par surprise, le 11 novembre 1363, du chateau de
Peyriac, en Minervois. Le 16 novembre, Arnoul d'Audrehem, a la tete des mi-
lices de Carcassonne, des troupes de la province et de celles du vicomte de Nar-
bonne, vint mettre le siege devant la place. II fut obUge de le lever a cause des
intemperies. Les attaques recommencerent rannee suivante (1364), mais le
chSteau ne fut repris que dans la nuit du 18 au 19 juin, grace a rintervention
des troupes de Montpellier. Voir sur ce fait d'armes : le Thalamus Parvus de
Montpellier, dans Societe archeologique de Montpellier (1840), p. 366; Hist.de
Lang., t. IX, p. 760-764; E. Molinier, ^tude sur la ^ie d'A. Audrehem, loc. ciL,
p. 143-162; Denifle, La desolation des eglises, monasteres et hopitaux en France
pendant la guerre de Cent ans, t. ii, p. 438.
Les routiers furent disperses ou massacres, a Texception de sept capitaines
(voir leurs noms au n. 246), qui furent faits prisonniers et incarceres provi-
soirement a Trebes. On decouvrit bientot que ces sept compagnons avaient tenu
des propos contre !a foi et denigre Tautorite du pape. Le lieuvenant de Tinquisi-
teur exigea qu'ils lui fussent livres. Seconde par la foule, dont rexcitation
etait grande contre ces brigands, il obtint leur transfert dans la prison epis-
copale de la cite de Carcassonne (n. 245). Une grave discussion s'eleva
aussitot entre le marechal d'Audrehem ct Tlnquisition a propos de ce coup
de force. Audrehem afTirmait avoir promis par serment la vie sauve et la liberte
aux prisonniers, dont le commissaire inquisitorial pretendait faire justice, selou
m
URBAIN V 357
ses droits. L'ev*que Jean Fahre en refera au pape. La reponse d'Urbain Va
ete analysee plus haut. L'Inquisition ctait maiircsse d'enqueter, mais sous la
haute direction du pontifo lui-mcme (10 juillet 1364). Peu de jours apres, ie
bruit courut dans le bourg de Carcassonno quc ccrtaincs gcns dc la citc avaient
tente de faire s*evader les prisonniers. Aussitot deux mille Carcassonnais so
presentent en armcs devant^^les remparts, mena^ant de mort quiconque favori-
serait cette cvasion. Arnoul d'Audrehem se trouvant alors dans lc chateau de la
cite. cette emeute constituait une insulte au roi. Les consuls demanderentdos
lettres de remission, qui, grdce au pape (13 scptembre 1364; n. 245), furent
accordees. Hist. de Lang., t. x, Prcuves, col. 1329-1331. Lc bruit d'un complot
pour la delivrance des detenus avait sans doute quelque fondement, car le pape
fit promulgucr des censures dans les provinces de Toulouse et de Narbonne
et dans les dioceses de Castres et d'Albi, contre quiconque en renouvellerait
ressai (18 octobre 1364; n. 247). II statua egalement que les frais occasionnes
par rentretien et le proccs des sept compagnons seraient repartis entre les eve-
ques dans les dioceses desqucls ils avaient perpetre Icurs forfaits (n. 246).
L'inquisiteur Guillaume Chevalier et un clerc du tribunal furent plus tard
indemnises de Icurs peincs ct dc leurs depens, a Taide des sommes recueillies
( n. 255). Ce ne fut que le 19 octobre, au regu de renquSte de infamia, qu'Urbain V
ordonna a rinquisiteur et a rdv^que d*entreprendre lo proces k fond. II se re-
servait toutefois d'en examiner les actes, avant la conclusion (n. 248). Le mSm&
jour, il autorisait Teveque de Carcassonne et son vicaire general a connaitre
des crimes le droit commun : sorcellerie, adulteres, homifcides, incendies, viola-
tions d^eglises, etc, dont les sept brigands 8'etaient rendus coupables en diverg
lieux du Languedoc (n. 249). Enfin, il faisait a Jean Fabre la recommandation
pressante de prendre les mesures necessaires pour emp^cher Tevasion ou la mise
en libertc des captifs (n. 250). Lorsque Tenqu^te fut terminee, Guillaume Che-
valier en alla communiquer personnellement le dossier k Urbain V. Apres mi^re
discussion, lc pape prcscrivit un supplement d'informatiun, un nouvel appel
de temoins, un examen plus minutieux des prevenus; apres quoi, les juges pro-
nonceraient eux-m^mes (18 mars 1365; n. 254). II en fut, sans doute, comme
Tordonnait le pontife. Nous ne connaissons le sort que d'un seul des inculpes,
Bidon de Puyguilhem, qui, convaincu d'hcresie, fut condamnc a la prison perpe-
tuelle. Aprcs quclques annees de detention, contrit et retourne.au giron de TE-
gHse, il supplia Grcgoire XI de lui faire grdcc. Le pape s'en remit a Tinquisitcur
de la lui accorder, s*il y avait lieu, moyennant une penitence (14 mai 1371 ;
n. 262). II est a prcsumcr que les six autrcs subirent la mdme peinc et, peut-
6tre, bencficierent de la m6me grskcc.
- 237 —
Le pope exhorle le senechal de Pro^fence d seconder de tout son
pouvoir, dans la poursuite des heretiques des Vallees, Vinquisiteur
franciscain Jean Richard^. — Avignon, 19 jiiillot 1364.
358 BULLAIRE DE l'iNQU1S1T10N FRANgAlSE
Heg. VaL, t. ccxlvi, fol. 255 v»; Wadding, AnnaL, ad ann. 1364,
n. XV (in exL) ; Lecacheux, op. ciL, n. 1103; Eubel, BulL, t. \i, n. 915
(m exL).
Dilecto filio, nobili viro .. senescallo Provincie. — Ad nostrum
pervenit... — Datum Avinioni, xiv kalendas augusti, anno II.
1. Cf. n. 232, notes 1, 2.
— 238 —
Meme exhortation d Amedee ^, comte de Savoie. — Meme date.
Beg. VaL, t. ccxlvi, fol. 255 v^; Wadding, loc. ciL, n. xvi [in exL) ;
Lecacheux, op. ciL, n. 1104; Eubel, Bullar., n. cit.
Dilecto filio nob. viro Amedeo, comiti Sabaudie — Cum di-
lectus filius... — Datum ut supra.
1. Cf. n. 235, note4.
I
— 239 —
Uofficial de Carpentras devra terminer seul le proces de Pierre
Michel, commence, sur une fausse denonciation, par V inquisiteur
de Provence. Uinculpe a suhi une longue et rude prison preven-
tis>e et il est denue des moyens necessaires pour payer les frais de
deplacement de V inquisiteur . — Avignon, 20 juillet 1364.
Beg. VaL, t. ccxlvi, fol. 281; t. ccli, fol. 299 vo, n. 388; Leca-
cheux, op. ciL, n. 1114.
Dilecto filio officiali Carpentoracen. salutem, etc. — Exhi-
bita nobis pro parte dilecti filii Petri Michaelis, laici in civitate
Carpentoraten. commorantis, petitio continebat quod olim falso
suggesto dilecto filio inquisitori heretice pra^^^itatis in partibus
illis per Sedem apostolicam deputato quod idem Petrus crimine
heresis erat infectus, idem inquisitor ad falsam suggestionem
huiusmodi contra eundem Petrum, quem propterea capi fecit
et carcerjbus ven. fratrjs nostri episcopi Carpentoraten. man-
URBAIN V 359
cipari, super prcinissis ex olficio iiujuisilionem inchoans, contra
ipsum Petrum ad nonnuUos actus in huiusmodi inquisitionis
iiegocio solus processit. Cum autem sicut eadem petltio subiun-
gebat idem Petrus, qui, sicut asserit, propter premissa in pre-
dictis carceribus cum cathena ferrea crudeliter alligatus per
magna tempora detentus fuit et adhuc etiam detinetur, non habeat
unde dicto inquisitori, qui quandoque in partibus longinquis
a civitate predicta distat, in expensis pro veniendo ad civitatem
ipsam providere possit, pro parte ipsius Petri nobis fuit humiliter
supplicatuin ut providere ei super premissis de oportuno remedio
de benignilate apostolica dignaremur. Nos itaque... discre-
tioni tue... maiidamus quatinus, legitimo per dictum inquisitorem
iii huiusmodi inquisitionis negotio habito servato processu, in ipso
inquisitionis negotio solus procedas; et si ipsum Petrum culpabi-
lem inveneris in premissis eum punias iuxta canonicas sanctio-
nes, alioquin dictum I^etruin prout canonicum fuerit absolverc
non postponas. Testes autem [cic.]. Non obstante [eic.]. — Da-
tum Avinioni, xiii kalendas augusti, anno secundo.
— 240 —
Urbain V loue la comtesse de Comminges de la capture de Bernard
de Jusfian, coupahle d' a^oir tenu des propos suspects d*heresie. Elle
devra garder soigneusement ce prisonnier, ou hien le remetlre d
Vofficial d'Auch. — Avignon, 1«' septembre 1364.
Iteg. Vat., l. ccxLvi, fol. 307; Lecacheux, op. cit., n. 1201 (m ejrl.)
Dilecte in Christo lilie nobili mulieri Johanne *, comitisse Conve-
narum, salutem, etc. — Ad nostrum pervenit auditum quod no-
bilem virum Bernardum de Jussano, dominum de Cardilhaco *-,
militem Convenarum diocesis, qui quedam verba heresim sapien-
tia dicitur protulisse aliosque similia verba proferentcs et suspe-
ctos de heresi receptasse ac defendisse eisque dedisse auxilium,
consilium et favorem, ex quibus suspectus redditur de heretica
pravitate ex suis aliis demeritis detines captivatum; quod nos
gratum habentes ac intendentes, prout ad nostrum officium
pCTtinet, Ruper hiis inquiri facere contra eum, nobilitatem
360 BULLAIRE DE l']NQU1SITION FRANgAISE
tuam rogamus et hortamur ac tibi nichilominus districte manda-
mus quatinus prefatum militem sine nostra speciali licencia non
relaxes; et si forte tibi ex quacumque causa redderetur mole-
stum eundem militem diutius retinere, ipsum ad dilectum filium
..ofTicialem Auxitan. procures sub fida custodia destinare, in hiis
taliter te gerendo quod de zelo catholice fidei commendari merito
valeas et, quod absit, de contrario non noteris. — Datum Avinioni,
kalendis septembris, anno secundo.
1. Jeanne de Comminges, petite-fille du comte Bernard VII, epouse de Pierre-
Raymond II, cousin de son pere. De Mas-Latrie, op. ciL, col. 1587.
2. Cardeilhac (Haute-Garonne), arrond. de Saint-Gaudens.
— 241 —
Urbain V confie d Bernard du Bosquet, son chapelain, auditeur
du Palais apostolique, le mandat de poursuivre les heretiques dans
les provinces de Lyon, Vienne, Embrun et Besangon^. — -Avignon,
2 septembre 1364.
Reg. Vaf., t. ccxLvi, fol. 322 v^; Lecacheux, op. cit., n. 1204 (anal.).
Dilecto filio magistro Bernardo de Bosqueto, canonico Catur-
cen., legum doctori, capellano nostro, ac sacri palatii apostolici
causarum auditori, apostolice Sedis nuntio, salutem. — De tua
circumspectionis industria donoque scientie quo personam tuam
novimus insignitam, necnon zelo fervido quem habes ad fidem.
catholicam gerentes in Domino fiduciam pleniorem, tibi, quem
ad certas partes pro nonnullis arduis negotiis presentialiter de-
stinamus, ubique locorum, presertim in Lugdunen., Viennen.,^
Ebredunen., Tarantasien. et Bisuntin. civitatibus, diocesibus:
et provinciis contra quoscumque hereticos seu de heretical
pravitate suspectos, ac eorum receptatores et defensores seu ipsisi
dantes auxilium, consilium et favorem auctoritate nostra inqui-:
rendi, et alias prout suadebit iusticia summarie de plano ac sine,
strepitu et figura iudicii procedendi eosque capiendi seu capij
faciendi etcarceribus mancipandi, et ad romanam Curiam dueil
faciendi aliasque puniendi, et ad hoc quoscumque ecclesiarumi
et jnonasteriorum prelatos aliasque personas ecclesiasticj^s se-
URBAIN V
361
culares et regulares etiam ordinum mendicantium, necnon duces,
comites, barones, nobiles, dominos et olTiciales, ac universitates
(|uorunu'um([ue civitatum, opidorum, castrorum, villarum et loco-
rum ex parte nostra requirendi ac eorum seculare brachium
invocandi, necnon contradictores quoslibet et rebelles, cuiuscum-
({ue status, ordinis, sexus, vel conditionis extiterint, etiamsi
pontificali vel alia quavis ecclesiastica vel mundana prefulgeant
ilignitate, auctoritate nostra per censuramecclesiasticam et alia
iiiris remedia compescendi. Non obstantibus, elc. [clauses ordi-
naires] plenam concedimus tenore presentium facultatem. —
Datum Avinioni, iiii nonas septembris, anno secundo.
1. Cf. n. 232, notes, 1, 2.
— 242-244
Lettres d divers prelatSj seigneursj villes sur la mission confiee
d Bernard du Bosquet. — Avignon, 2 septembre 1364.
Reg. Vat., t. ccxLvi, fol. 333, 334; Lecacheux, op. cit., n. 1205.
Ven. fratribus .. archepiscopis et episcopis [et aux autres per-
honnes ecclesiastiques, seculieres et regulikres, ainsi quaux seigneurs
et magistrats civils : ut eidem nuntio credant et predicta exe-
quantur. — Datum ut supra].
Ven. fratri Guischardo *, episcopo Sedunen., salutem, etc. —
[Meme lettre.] Datum, etc.
Eodem modo, Alamanno ^, episcopo Gebennen. ; Aymoni ^,
episcopo Lausanen. ;.. abbati monasterii S. Mauritii Agaunen. *,
Seduncn. diocesis; Johanni Monachi, ordinis predicatorum,
mquisilori heretice pravitatis in provincia Bisuntin. ; Johanni
de Senay, lectori conventus fratrum minorum de Chamberiaco ^
Gratianopolitan. diocesis; Guillelmo de Pisy, preposito ecclesie
Montisiovis, Lausanen. diocesis-; universitatibus civitatum Ge-
bennen., Lausanen., Sedunen., villarum de Ferburgo, de Berna *,
de Paterniaco ', Lausanen. diocesis; nobilibus viris Johanni
de Cossenay **, militi, Ilugoni de Gebennis, militi, Antonio de
Turre, domino Castilionis **, Ludovico de Novocastro ^" militi,
Guillelmo de Grandissono ^*, militi, ..baiulo Chablesii ^^, militi,
362 BULLAIRE DE l'iNQU1SITION FRANgAlSE
.. comiti de Gruyere ^•\ militi Lausanen. diocesis, Aymoni de Pon-
tevitreo, domino Agrimontis, nobilibus mulieribus Bone ^*, co-
mitisse Sabaudie, Mathildi ^^, comitisse Gebennen.
1. Guichard Tavelli, chanoine de Geneve, promu a reveche de Sion, le 25 sept.
1342; mort le 8 aout 1375. Eubel, t. i, p. 465; Gall. christ., t. xii, col. 745-746.
2. Guillaume Alaman, eveque de Geneve, en 1342; mort en 1366. Eubel,
Hier., t. i, p. 271 ; Gall. chrisL, t. xvi, col. 428-430.
3. Aymoii de Cossonay, eveque de Lausanne, le 8 juin 1355; mort le 6 mars
1375. Eubel, Hier., t. i, p. 309.
4. Saint-Maurice-d'Agaune, dans le Valais.
5. Chambery, chef-Heu du depart. de la Savoie.
6. Fribourg, Berne, chefs-Iieux des cantons de ce nom.
7. Payerne, cant. de Lausanne.
8. Cossonay, cant. de Lausanne.
9. Chatillon-de-Michaille (Ain), chcf-lieu de cant., arrond. de Nantua.
10. Neuchatel, chef-lieu du cant. de ce nom.
11. Grandson, cant. de Lausanne.
12. Le Chablais s'etendait sur Tarrond. moderne de Thonon (Haute-Savoie).
13. Gruyeres, dans le cant. de Fribourg.
14. Bonne de Bourbon, veuve de Godefroy de Brabant, epouse Amedee VI,
le comte Verd, en 1357; morte le 29 janvier 1403. Noui^. biog. gen., art. Sa^oie'.
Amedee VI; de Mas-Latrie, op. cit., col. 1704.
15. Mathilde, fille de Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne, epousa
Amedee III, comte de Genevois (1320-1367) en 1334. Art de verifier lesdales)
t. III, p. 607.
— 245 —
A Vissue du coinhat Iwre naguere contre une hande de routiers
des Grandes Compagnies par les hourgeois de Carcassonne et les
afficiers royaux, sept des principaux chefs ont ete faits prisonniers
sous condition d'a^oir la {>ie sam^e. Or, ces gens-ld, etant suspects
d^heresie, ont ete incarceres par ordre de Vinquisiteur. Le pape
prie le roi de France de ne pas trower mau^ais que les Carcasson-
nais aient en cela prete concours d Vinquisiteur, et que leurs pri-
sonniers ne soient mis en liherte quapres la conclusion du proces ^.
— Avignon, 13 septembre 1364.
Reg. Vat., t. ccxLvi, fol. 312; Prou, £tude sur les relations poli-
tiques du pape Urbain V a<^ec le roi deFrance, dans Bibl. de V Ecole
des hautes etudes, fasc. 76, p. 116, n. SS {in ext.); Lecacheux, n.l227.
UBBAIN V 363
Carissiiiio in Christo filio Carolo, regi Francie illuslri, salulem,
etc. — Regiam sublimitatem credimus non latere quod dudum
dilecti filii cives civitatis tue Carcassonen., sive habitatores
suburbii eiusdem, tuos ofiiciales et gentes sequentes fideliteret
audacter illas pravas gentes que se Societates appellant tunc par-
tes illas depopulantes immaniter, tanquani viri fideles et strenui,
niagnanimiter fuerunt aggressi et viriliter prosecuti;easque tan-
dem de eisdem partibus expulerunt, multis ex ipsis cesis et ca-
ptis : inter quos quidem caplos se})tem fuisse dicuntur, qui so
dictarum societatum capitaneos faciebant et qui per aliquos
tuos officiales sub fidc salvationis personarum ipsarum recepti
fuissc dicuntur. Sed quia ad dilcctum iilium .. inquisitorcm hcrc-
tice pravitatis in eisdem constitutum partibus fidedigna relatione
pervenerat quod iidem septem viri propter multa hcreticalia
que dixerant et fecerant multipliciter suspecti erant de labe
heretice pravitatis, ipsos tanquam tales fecit suo nomine arrestari
et in carceribus episcopatus Carcassonen. curie detineri; nosque
premissis prolatis ad nostram notitiam mandavimus eosdem
non dimitti captivos, sed per [eundem inquisitorem procedi
^per suspitione huiusmodi mediante iusticia contra eos. Quare
cum iidem cives seu habitatores tanquam viri catholiciper dictum
inquisitorem seu eius vicarium requisiti eidem tam propter
reverentiam Dei et catholice fidei, quam propter bonum regni
tui, ne dicti mali viri, si relaxati forent, j)eiora prioribus in regno
committerent memorato, in dicta detentione favisse noscantur,
eos de hiis merito laudandos serenitati tue affectuosius commen-
damus-.eam rogantes attente (juatinus cum, prout audivimus,
predicta gesta fuerunt in favorem fideiet pro bono tui regni, etiam
post dationem dicte per eosdem tuos ofliciales date fidei, ut
preferlur, et periculosum foret nimium eosdem captivos nondi-
scusso negotio catholice fidei relaxare, contra cives eosdem, si
forte apud regiam maiestatem de premissis ab aliquibus culpa-
rentur, niansuetudo regia non turbetur; quinimo eos tanquam
Deo devotos et sibi fideies et eorum negotia commendatos ha-
beal ct preclpua benivolentia prosequatur. — Datum Avinioni,
idus septcnibris, anno secundo.
1. Voir 11. 236, note 4.
364 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
— 246 —
Le pape decide que les archeveques de Narhonne el de Toulouse
et leurs suffragants, ainsi que les eveques de Castres et d^Albi,
contribueront, avec Vei>eque de Carcassonne^ aux depenses occasion-
nees par la garde des sept capitaines de routiers, incarceres pour
heresie. — Avignon, 18 octobre 1364.
Reg. Val., t. ccxLvi, fol. 371; Lecacheux, op. cil., i\. 1310 (anal.).
Ven. fratri.. ^ archiepiscopo Narbonen., salutem, etc. — Cum
per nostras litteras ven. fratri nostro .."^ episcopo Carcassonen.
duxerimus iniungendum quod nob. viros Ademarium de Por-
tabove, militem de comitatu Sabaudie, ac Geraldum FabrideDu-
ratio ^, Bernardum Rigaldi, Guillelmum Arnaldi de Maloleone ^
Raymumdum de Poquier, Bidonem de Podio Guillelmi ^, ac
Bernardum de Laborda ^, domicellos Agennen., Aduren., Sar-
laten. et Convenarum diocesum, de heretica pravitate suspe-
ctos, quos de nostro mandato tenet carceratos ', et prout dicitur
multi timorem Dei et amorem sacre fidei non habentes liberare
conantur, diligenter faciat custodiri ac super fide contra ipsos
inquirat, et in hiis et aliis ea tangentibus nonnuUas expensas
oporteat fieri per episcopum prelibatum, nos volentes quod onus
expensarum huiusmodi eo portetur levius quo divisum fuerit
inter plures, fraternitati tue committimus et mandamus quati-
nus de huiusmodi expensis per ven. fratres nostros.. archiepi-
scopum Tholosanum ®, ac eius et tuos suffraganeos, necnon Albien. ^
et Castren. i^ episcopos pro ipsorumrata, secundum quod aposto-
lice camere soivunt commune servitium, facias satisfactionem ini-
pendi. Contradictores etc. Volumus etiam quod in huiusmodi
expensis eadem tua fraternitas et idem episcopus Carcassonen.
pro rata huiusmodi contribuant, alioquin tu illas penas incurras
quas in contradictores eosdem duxeris promulgandas. Non
obstante {etc.\ — Datum Avinioni, xv kalendas novembris,
anno secundo.
1. Picrre de la Jugie; voir n. 209, note 1.
2. Jean Fabre; voir n. 236, note 1.
3. Duras (Lot-et-Garonne), chef-lieu de cant., arrond. de Marmande.
URBAIN V 365
h. Mauleon (Gers), cant. de Cazaubon, arrond. de Condom, ou bien : Mauleon-
Barousse, chef-lieu de cant. du dep. des Hautes-Pyrenees.
5. Puy-Guilhem (Dordogne), cant. de Sigoul^s, arrond. de Bergerac. Ancienne
chatellenie.
6. Laborde (Hautes-Pyr^nees), cant. de Labarthe, arrond. de Bagneres-de-
Bigorre.
7. Voir, sur cette aflaire, le n. 236, note 4.
8. GefTroy ou Godefroy de Vayrols, d'abord evSque de Lausanne (20 novembre
1342), puis de Carpentras (19 fevrier 1347), puis de Carcassonne (ISjanvier
1357); archeveque de Toulouse, le 10 mars 1361; mort le 10 mars 1376. Gall.
christ., t. I, col. 906-907; t. vi, col. 900; t. xiii, coL 41-42; Eubel, Hier., t. i,
p. 172, 174, 309, 515; E. Albe, Autour de Jean XXII. ^^iques quercynois en
France, dans Annal. de Saint-Louis-des-Franfais, 1906, p. 255-259.
9. Hugues Aubert, archidiacre de Noyon, notaire apostoHquc; eveque d'Albiy
le 28 novembre 1354; mort en 1379. Gall. christ., t. i, col. 28; Hist. de Lang.,
t. IX, p. 757; Eubel, Hier., t. i, p. 80.
10. Raymond de Sainte-Gemme, notaire apostolique, promu le 27 mai 1364;
mort en 1373. Gall. chrisL, t. i, col. 69-70; Eubel, Hier.,t. i, p. 179.
- 247 —
Les archei>eques de Toulouse et de Narbonne et leurs suffragantSf
les eveques d*Albi et de Castres,des>ront solennellement promul-
guer Vexcommunication et Vinterdit contre ceux qui tenteraient
de delivrer ou de faire s*evader les sept capitaines de routiers retenus
dans les cachots de Vev^que de Carcassonne ^. — Avignon, 18 oc-
tobre 1364.
Reg. Vat., t. ccxLVi, fol. 371 ; Lecacheux, op. cit., n. 1321 (anaL)
Ven. fratribus.. Narbonen. et .. Tholosan. archiepiscopis ac
eorum suffraganeis, necnon Albien. et Castren. episcopis, salutem,
etc. — Circa defensionem calholice... Cum itaque ven. frater noster
Johannes, episcopus Carcassonen., nobiles viros [etc, ut supra,
n. 246] de herctica pravitate suspectos, contra quos ipseepisco-
pus ot dlleclus filius.. inquisitor heretice pravitatis in partibus
Carcassone super fide de nostro mandato procedunt, detineat
carceratos, nos considerantes quod quidam potentes conatisunt
hactenus et ipsi vel alii conari possent forsitan infuturum di-
ctos liberaie cajjtivos ; et propterea, licet conlra talia presuinentes
366 BULLAIRE DE L*INQUISITlON FRANgAISE
per sacros canones et leges provisum existat, volentes tamen
ex habundanti nostris remediis futuris periculis in hac parte
salubriter obviare, ut timeatur amplius quod specialiter quam
quod generaliter fuerit interdictum, fraternitati vestre tenore pre-
sentium committimus et mandamus quatinus per vos, vel alium,
seu alios, per publicum edictum proponendum in vestris cathe-
dralibus et aliis civitatum et diocesum vestrarum ecclesiis in
quibus id faciendum videritis expedire, universis et singulis per-
sonis cuiuscumque status, ordinis, sexus, vel conditionis existant,
ex parte nostra inhibere curetis eis sub excommunicationis in
personas et interdicti in terras eorum, si quas habuerint, penis
districte mandantes, ne carceres dicti episcopi vel alios in quibus
iidem captivi detinebuntur publice vel occulte, aperire seu fran-
gere aut aliud pro fuga, seu violenta aut clandestina liberatione
dictorum captivorum preter conscientiam et voluntatem dicti
episcopi Carcassonen. attemptare presumant aut attemptanti-
bus dare consilium et favorem ; alioquin in personas talia pre-
sumentium excommunicationis et in terras eorum, si quas lia-
buerint, interdicti sententias auctoritate nostra promulgetis; et
ubi vobis constiterit aliquos de vestris civitatibus et diocesibus
seu in eisdem et ipsarum aliqua contra vestram, ymo nostram
inhibitionem huiusmodi attemptasse, dequa summarieet de plano
[eic.], singuli vestrum in suis civitatibus et diocesibus se...stu-
deant informare, publice nuncietis eosdem et ipsorum terras, si
quas habuerint, ut prefertur, huiusmodi sententiis subiacere,
cum comminatione quod nichilominus contra ipsos tanquam
contra fautores hereticorum prout suadebat iusticia procedetur.
— Datum ut supra.
1. Voir sur cette affaire le n. 236, note 4.
— 248 —
Ve^eque et Vinquisiteur de Carcassonne reQoivent Vordre de
jaire une enquete sur la culpabilite des sept chejs de bandes, leurs
prisonniers, et d'en enwoyer au pape le dosner, des quil sera
termini' ^. -- Avignon, 19 octobre 13C)4.
uttBAiN V 367
Reg. Vat.y t. ccxLvi, fol. 372; Doat, t. xxxv, fol. 132; Mahul,
Cartul. de... Carcassonne, i. v, p. 690 (anal.) ; Lecacheux, op. cil.,
ii. 1312 (anal.).
Ven. fratri Johanni, episcopo Carcassonen., et dilectis filiis
inquisitori heretice pravitatis in partibus Carcassone ac eius
locumtenenti, salutem, etc. — Super custodiam gregis... Cum ita-
que tu, frater episcope, nobiles viros [etc, ut supra n. 246] de no-
stro mandato tuis teneas carceribus mancipatos, nos intendentes
quod per vos contra ipsos, contra quos de nostro mandato de
infamia inquisistis super veritate dicte pravitatis, diligentius
inquiralur, discretioni vestre... commiltimus et mandamus
quatinus vos, vel duo, aut unus vestrum contra dictos nobi-
les et quemlibet ipsorum super verbis et factis eorum heresim
sapientibus diligenter inquirere studeatis; demumque deposi-
tiones testium quos receperitis in predictis et totum processum
Inquisitionis huiusmodi fideliter in scriptis redactos sub vestris
sigillis clausos, vel in autentica forma, cum ex ipsis ferenda sen-
tentia plenius informari velimus, nobis fideliter transmittere pro-
curetis. Testes autem, etc. — Datum Avinioni, xiiii kalendas
4iovembris, anno secundo.
1. Voir n. 236, note 4.
- 249 -
L'eveque et Vofficial de Carcassonne regowent commission de
ionnaitre des crimes de droit commun : sorcellerie^ ndulteres, homi-
cides, incendies, violations d^eglises et autres sacrileges, imputes
aux sept capitaines de routiers et qu*ils auraient perpetres en di-
i>ers lieux des pros^inces de Toulouse et de Narbonne, des diocises
de Castres et d'Albi. — Avignon, 19 octobre 1364.
Reg. Vat., t. ccxLvi, fol. 372 v»; Denifle, La desolation des eglises
t. II, p. 440, note 1 (fragm.) ; Lecacheux, op. cit., n. 1313 (anal.).
Ven. fratri Johanni, episcopo Carcassonen., ac eius vicario
in spiritualiljus, salutem, etc. — Ad audientiam nostram nuper
S68 BULLAIRE DE l'iNQUISITION FRANgAISE
perduxit relatio fidedigna quod nobiles viri [etc, ut supran. 246]
quos tanquam de heretica labe suspectos, tu, frater episcope,
de nostro mandato tenes carceribus mancipatos, de sortilegiis,
adulteriis et homicidiis in personas ecclesiasticas perpetratis,
necnon de incendiis et violationibus ecclesiarum, ac de stupris
sanctimonialium et aliis diversis sacrilegis criminibus, quorum
cognitio ad ecclesiasticum forum dinoscitur pertinere, in diver-
sis locis Narbonen. et Tholosan. diocesum et provinciarum, ac
Albien. et Castren. diocesum commissis sunt publice diffamati,
nos igitur... discretioni vestre tenore presentium committimus
et mandamus quatinus... de infamia huiusmodi criminum et
deinde de veritate ipsorum auctoritate nostra diligentius inqui-
ratis ac faciatis iusticie complementum. Non obstante quod tibi,
frater episcope, et dilecto filio .. inquisitori heretice pravitatis
in partibus Carcassone hodie duxerimus committendum quod
super graviori crimine, videlicet heresis, contra captivos huius-
modi procedatis; contradictores [e<c.]. — Datum ut supra.
— 250 —
Ve^eque de Carcassonne regoit la recommandation expresse de
prendre toutes les mesures necessaires afin d^empecher Ve^asion
ou la mise en liberte des sept chefs de bandes ^. — Avignon, 19 oc-
tobre 1364.
Reg. VaL, t. ccxLvi, fol. 373; Lecacheux, op. cit., n. 1314 (anal.)
Ven. fratri Johanni, episcopo Carcassonen., salutem, etc. — Cum
tua fraternitas nobiles viros [etc, ut supra n. 246] qui fuevimt de
dampnabilibus comitivis de heretica pravitate suspectos, contra
quos tu et dilectus filius .. inquisitor... inquisitis, detineas carce-
ratos, nos considerantes quod quidam potentes conati sunt
hactenus et ipsi vel alii conari possent forsitan in futurum dictos
liberare captivos, licet de tua vigilancia in hiis et aliis nullatenus
hesitemus, ut tamen tanto ad huiusmodi custodiam solicitius
sis attentus, quanto ad hoc per nos fueris excitatus, eandem fra-
ternitatem presentibus exhortamur mandantes quatinus eosdem
captivos in tuis carceribus episcopalibus, si ibidem ipsos tute
URBAIN V
valeas retinere, alioquin in burgo civitatis Carcassonen. aut in
alio loco tuto de quo tibi videbitur diiigentissime facias custo-
diri, ita quod de ipsorum fuga seu evasione per incuriam custodum
aut propter debilitatem loci vel violentam efTractionem car-
cerum a quibusvis eorum fautoribus faciendam, quod absit,
nuUatenus formidetur. — Datum Avinioni, xiiii kalendas no-
verabris, anno secundo.
1. Voir n. 236, note 4.
— 251 —
Veveque de Saint-Papoul est charge de faire respecter par Vin'
quisiteur Guillaume Chevalier les droils de Vei^eque de Carcassonne
d nommer un des gardiens et d tenir une des clefs du cachot inqui-
s itorial et d rece^>oir le serment de fidelite des notaires et des officiers
subalternes. — Avignon, 25 octobre 1364.
Reg. Vat.y t. CJ.V1II (t. ix, Urb. V), fol. 338 vO; Reg. Vat., t. ccun,
fol. 142 vo.
Venerabili fratri .. * episcopo Sancti Papuli, salutem, etc. —
Exhibita nobis pro parte venerabilis fratris nostri Johannis ^ epi-
scopi Carcassonen., petitio continebat quod licetepiscopiCarcas-
sonen. qui fuerunt pro tempore iuxta iuris communis dispositio-
nem ^ unum custodem et unam de clavibus cuiusdam calceti
(sic) siti inter carceres hereticales consistentes iuxta muros ci-
vitatis Carcassonen., qui carceres muri vulgariter nuncupantur *,
in quo quidem calceto ipsius episcopi subditi in heresis crimine
deprehensi consueverunt carceri mancipari, tenere, ac etiama
notario et clientalis, ac aliis servitoribus in officio Inquisitionis
heretice pravitatis servientibus iuramenta fidelitatis recipere
I consueverint, tamen dilectus filius Guillelmus Militis ^ ordinis
fratrum predicatorum professor, inquisitor heretice pravitatis
in partihus illis per Sedem apostolicam, ut asscrit, deputatus, cun-
dem Johannem episcopum super iure et usu tenendi ac habendi
cuslodcii» et unain de clavibus huiusmodi in dicto calceto, ac
recipiciuli iinanHMitji jiredicta multipiiciter perturbat, molestat
BULLAIRE. - 24
370 BULLAIRE DE t'lNQUlSlTlON FRANCATSE
et iiiqiiietat, in ipsius Johannis episcopi et ecclesie sue Carcas-
sonen. preiudicium non modicum et gravamen. Quare pro parte
dicti episcopi nobis fuit humiliter supplicatum ut providere
ei super hoc de oportuno remedio dignaremur. Nos itaque
ipsius episcopi supplicationibus inclinati fraternitati tue per
apostolica scripta mandamus quatinus si, vocatis dicto Guil-
lelmo et aliis evocandis, simpliciter ac de plano ac sine stre-
pitu et figura iudicii inveneris ita esse prefatum Guillelmum, ut
a perturbationibus, molestationibus et inquietationibus huius-
modi omnino desistat, per censuram ecclesiasticam appellatione
remota compellas. Contradictores [etc.]. Non obstante sieidem
Guillelmo vel quibusvis aliis communiter vel divisim [etc.]. —
Datum Avinioni, viii kalendas novembris, anno secundo.
1. Pierre de Cros, abbe de Tournus, O. S. B., dans le diocese de Chalon;
promu a Saint-Papoul, le 27 juillet 1362; archeveque de Bourges, le 9 juin 1370,
puis d'Arles (2 aout 1374) ; cree cardinal du titre des Saints-Neree-et-Achillee,
par Clement VII, le 23 decembre 1383; mort lel6 novembre 1388. Baluze, Vitae,
col. 1302; Gall. chrisL, t. ii, col. 83; 1. 1, col. 578-579; t. iv, col. 973; t. xiii,
col. 304; Eubel, Hier., X. i, p. 26, 104, 142, 409.
2. Jean Fabre; n. 236, note 1.
3. Decret M ui/orum/ dans ClemenU, lib. V, tit. iii, cap. 1. Cf. les ordonnances
des cardinaux Taillefer de la Chapelle et Berenger de Fredol. Douais, Documents,
t. II, p. 326-329; cf. etiam supra, n. 5, note 3.
4. Sur les prisons episcopale et inquisitoriale de la cite de Carcassonne, voir
M. Ch. Molinier, U Inquisition dans le Midi, p. 435-442.
5. N. 236, note 2.
— 252 —
V inquisiteur de la pro^>ince d' Arles et son ^icaire sont char-
ges de faire une enquete contre trois heretiques originaires du dio-
cese de Geneve^ captifs d Avignon. — Avignon, l^'* janvier 1365.
Reg. Vat., t. ccxLvii, fol. 197; Lecacheux, op. cit., n. 1489 (anal.);
Eubel, BulL, t. vi, n. 928 (anal.).
Dilectis filiis inquisitori heretice pravitatis in provincia Arela-
ten. constituto ^ et eius vicario, salutem, etc. — De vestra cir-
cumspectione ac zelo sacre fidei gerentes in Domino fiduciam
URBAIN V 371
specialem vobis et utrique vestrum in solidum inquirendi con-
tra Jacometum Luchet, clericum, et Jacometum de Hermencia ^,
ac Ancelmum de Romelherio ^, laicos Gebennen. diocesis, de here-
tica pravitate suspectos, nostris in romana Curia carceribus
raancipatos, ac ipsos penis debitis puniendi et condempnandi ;
< ontradictores quoque auctoritate nostra per censuram ecclesia-
slicam appellatione postposita compescendi plenam concedimus
tenore presentium facultatem; non obstante si eis vel eorum
alicui a Sede apostolica indultum existat quod interdici, suspendi
vel excommunicari non possint per litteras apostolicas non fa-
cientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto
huiusmodi mentionem. — Datum Avinioni, kalendis ianuarii,
anno tercio.
1. Pierre des Monts (n. 211), ou Bernard du Puy (n. 224), ouencore Hugues
de Cardillon(n. 232), sinon Jean Richard (n. 233).
2. Hermance, dans le cant. de Geneve.
3. Rumilly (Haute-Savoie), arrond. d'Annecy.
— 253-
Le pape mande d Vev^que ^, aux personnes ecclesiastiques^ aux
seigneurs et aux ofpciers cisfils du diocese de Vii^iers, de concourir
aux poursuites engagees par Vinquisiteur Hugues de Cardillon
contre les heretiques de ce diocise. — Avignon, 4 mars 1365.
Reg. Vai.f t. ccxLvii, fol. 57 v^; Wadding, Annal., ad ann. 1365,
n. IV (in exl.)\ Lecacheux, op. cU., n. 1620 (anal.) ; Eubel, BulL,
t. VI, n. 936 a (in ext.).
Venerabili fratri episcopo Vivarien., ac dilectis filiis univer-
sis abbalibus, prioribus, et parochialium ecclesiarum rectoribus,
aliisque personis ecclesiasticis, necnon dominis terrarum, aliisque
nobilibus et universitatibus civitatis et castrorum, ac locorum
diocesis Vivarien., ad quos presentes pervenerint. — Ad audien
tiam nostram... — Datum Avinioni, iv nonas martii, anno III.
In eund. modiiin nob. viro Guidoni, domino loci de Monte-
iauro ^, niiiiti \ ivarien. diocesis.
372 BULLATRE DE L*INQUISTTlON FRANgAlSE
In e. m. nob. viro .. domino castri de Rupe ^, militi Vivarien.
diocesis.
1. Aymar de la Voulte; voir n. 148, note 1.
2. Le 31 octobre 1366, ce chevalier est recommande par le pape au roi Char-
les V. Reg. Vat., t. ccxlviii, fol. 168 v"; Prou, Relations politiques du pape
Urbain V, p. 152, n. 73, dans Bihl. de V £lcole des hautes etudes, fasc. 76.
3. Probablement Rocher (Ardeche), cant. et arrond. de Largentiere.
— 254 —
Urbain V ordonne d Veveque et d Vinquisiteur de Carcassonne
de proceder d un supplement d^enquete dans Vaffaire des sept ca-
pitaines de routiers, a^>ant de prononcer la sentence^. — Avignon,
18 mars 1365.
Reg. Vat., t. ccxLvii, fol. 233; Lecacheux, op. cit., n. 1644.
Ven. fratri Johanni, episcopo Carcassonen., et dilectis filiis
inquisitori heretice pravitatis in partibus Carcassonen. ac eius
locumtenenti, salutem, etc. — Dudum cum tu, frater episcope,
nobiles viros Ademarium de Portabove, militem de comitatu
Sabaudie, et Gerardum Fabri, de Duracio, Bernardum Rigaldi,
Guillermum Arnaldi de Maloleone, Raymundum de Poquier, Bido-
nem de Podioguillelmi, ac Bernardum de la Borda, domicel-
los Agennen., Aduren., Sarlaten. et Convenarum diocesum ^, de
heretica pravitate suspectos, de nostro mandato tuis teneres
carceribus mancipatos, nos volentes quod per vos contra ipsos,
contra quos de nostro mandato de infamia inquisiveratis, super
veritate dicte pravitatis diligentius inquireretur, vobis et cuili-
bet vestrum per alias nostras litteras commisimus et manda-
vimus ut super verbis et factis eorum heresim sapientibus dili-
genter inquirere studeretis, ac depositiones testium quos reci-
peretis in predictis et totum processum Inquisitionis huiusmodi
fideliter in scriptis redactos sub vestris sigillis clausis vel in au-
tentica forma, cum ex ipsis super ferenda sententia plenius infor-
mari vellemus, nobis fideliter transmittere curaretis, prout in
nostris inde confectis litteris plenius continetur ^; vos huiusmodi
URBAIN V 373
litteris reverenter receptis, sicut obedientie filii, ad executionem
contentorum in ipsis litteris procedentes, eosdem nobiles ac non-
nullos testes examinastis et ad alia processistis prout extitit ra-
tionis; que omnia in auttentica forma, tu, fili inquisitor, nobis
personaliter detulisti. Verum quia hiis apud apostolicam Sedem
mature discussis nobis pro maiori prolatione videtur quod dicti
nobiles ac iidem testes de novo et alii etiam testes adhuc ple-
nius examinentur, volumus ac vobis et cuilibet vestrum commit-
timus et mandamus quatinus non obstante quod in processu seu
causa huiusmodi per vos sit conciusum et per eosdem nobiles
seu quosdam ex eis renunciatum defensionibus faciendis,
eosdem iam receptos et alios testes de novo examinare curetis,
ac contra ipsos nobiles alias procedatis prout rationis extiterit
usque ad diirmitivam sententiam inclusive. Testes autem, etc.
— Datum Avinioni, xv kalcndas aprilis, anno tercio.
1. Voir sur cette aflaire le n. 23G et les notes.
2. N. 24.6 et notes.
3. N. 248.
— 255 —
Varcheveque de Narbonne devra indemniser Vinquisiteur Guil-
laume Chevalier et le clerc Jacques Sophie, occupes au proces des
sept capitaines de Compagnies, d Vaide des sommes d^argent quil
a reQues,d tilre de contribution, des prelats du Languedoc. — Avi-
gnon, 18 mars 1365 K
Reg. Vat., t. ccxLvii, fol. 64 v»; Lecacheux, op. cit., n. 1642.
Venerabili fratri .. archiepiscopo Narbonen., salutem, etc.
— Dudum tibi per nostras litteras dedimus in mandatis quod
pro expensis custodie carceralis nobilium virorum Ademari de
Portabovc, militis de comitatu Sabaudie, Geraldi Fabri de Du-
ratio, Bernardi Rigaldi, Guillelmi Arnaldi de Maloleone, Ray-
mundi de Poquier, Bidonis de Podioguillelmi ac Bernardi
de Laborda, domicellorum Agennen., Aduren., Sarlaten. et Con-
venarum diocesum, de heretica pravitate suspectorum, quos
374 BULLAIRE DE l' 1 NQUISITION FRAN^AISE
ven. frater .. episcopus Carcassonen. de mandato nostro tene-
bat tunc temporis, prout tenet, carceratos, ac Inquisitionis
contra eosdem nobiles faciende per ven. fratres nostros ..
archiepiscopum Tholosanum eiusque suffraganeos, necnon Al-
bien. et Castren. episcopos, pro ipsorum rata, secundum quod
camere apostolice commune servitium per ipsos est solvi con-
siietum, faceres satisfactionem impendi; voluimusque quod tu
et prefatus Carcassonen. episcopus ad huiusmodi expensas pro
rata vestra contribuere curaretis. Cumautem dilecti filii Guillel-
mus Militis, ordinis fratrum predicatorum, inquisitor Carcas-
sonen., ac Jacobus Sophie, clericus Carcassonen., bacalarius in
legibus, ineodem negotio, utaudivimus, laboraverunt et expensas
fecerunt multipliciter presertim ad romanam Curiam veniendo,
tuque, ut ad nostrum pervenit auditum, certas pecunias ab eisdem
archiepiscopo, suflraganeis et episcopis receperis pro premissis,
volumus et tenore presentium fraternitati tue mandamus quati-
nus dictis inquisitori et Jacobo de expensis rationabilibus quas
ipsos in dicto negotio iam fecisse et facere in futurum tibiconsti-
terit, de huiusmodi pecuniis per te receptis vel recipiendis, prout
equitas suadebit, satisfiieri facias competenter. — Datum ut
supra [Avinioni, xv kalendas aprilis, anno tercio].
1. Voir le n. 246 et les notes.
— 256 —
Guillaume Chevalier ^, inquisiteur de Carcassonne, regoit le
pouvoir de conferer le notariat d Jean Alleman, clerc de Beziers,
et d Jean Bunbelet, clerc de Carcassonne. — Avignon, 21 mars
1365.
Reg. Aven., t. clix, fol. 377.
Dilecto filio Guillelmo Militis [eic.]. — Necontractuum memo-
ria... — Datum Avinioni, xii kailendas aprilis, anno tertio.
1, -Guillaume Chevalier, n. 236, note 2,
VRBAIN V 375
— 257 —
Urbain V ordonne aux ei>eques et aux inquisiteurs du royaume
de France de poursuivre les beguins ou beguards ^. II transmet
d Ve^eque de Paris * un rapport sur la vie^ les mrurs^ les erreurs
et les refuges de ces heretiques ; les autres prelats pourront en pren-
dre connaissance. — Avignon, 3 septembre 1365.
Reg. Vat.f t, ccxLvii, fol. 309; Raynaldi, Annal., an. 1365, n. xvii
(m ext.) ; Paul Fredericq, Corpus docum. Jnquisitionis her. praw.
Neerlandiae, Gand, 1889-1896, t. i, p. 206, n. 208.
Venerabilibus fratribus universis archiepiscopis et episcopis,
ac dilectis filiis inquisitoribus heretice pravitatis per regnum
Francie constitutis ad quos presentes pervenerint, salutem, etc.
— Super custodiam gregis... Sane ad audientiam nostram fide-
digna relatione pervenit quod quidam filii Belial utriusque
sexus, qui begardi, seu beguini vulgariter nuncupantur, et sub
oviria pelle lupinam feritatem abscondunt multis erroribus
detestal)ilibus involuti in diversis civitatibus, castris, villis, et
locis regni Francie latitantes, nonnullos fideles, presertim simpli-
ces a via veritatis avertere et secum in gehennam trahere moH-
iinlur. Nos igitur cupientes quod adversus talium nefandorum
versutiam periculosam nimium oportunis remediis celeriter
occurratur, discretioni vestre presentium tenore districte preci-
piendo mandamus quatinus, receptis presentibus, omni mora
sublata, contra begardos eosdem ac credentes ipsorum errori-
bus, necnon faulores, defensores et receptatores eorum, cum
omni diligentia, appellatione postposita, vestri officii debitum
cxequi studeatis, invocato ad hoc, si opus fuerit, auxilio brachii
secularis. Sic itaque super hiis vos reddatis solicitos et intentos
quod, preter retributionem divinam, nostram etapostolice Sedis
gratiam mereamini uberius obtinere. Ut autem de talium locis,
vita, conversatione, ac erroribus sitis plene informati et contra
eos procedere melius valeatis, quandam informationem super
hiis nobis traditam venerabili fratri nostro .. episcopo Parisien.,
8ub bulla nostra transmittimus cuius copiam singuli vestrum
recipiant ab eodem. — Dalum Avinioni, iii nonas septembris,
anno tercio. .
376 BULLAIRE DE L INQUISITION FRANgAlSE
1. Les beghards ou turlupins etaient venus d'Allemagne. Voir, sur leur ex-
tension dans ces pays, leurs croyances et leurs rites, Lea, Hist. de V Inquisilion,
ed. fran^., t. ii^ p. 419-428, 441-450, 462-464. Une femme de cette secte avait ete
brulee a Paris en 1310; elle se nommait Marguerite Porete. Cf. Lea, loc. cit.,
p. 144-145. Sous Charles V, il y eut une recrudescence de cette heresie et le pape
langa Tappel ci-dessus. La repression favorisee par le roi (n. 276) fut activement
poussee par Jacques de Morey, inquisiteur de France (n. 274, note 1). Les livres
et les vetements des heretiques furent brules sur le marche aux porcs. En 1373,
on condamna au bucher une sectatrice influente, Jeanne Daubenton. Le corps
d*un heretique de marque, son compagnon, decede dans sa prison quinze jours
avant la date fixee pour Tacte de foi, fut conserve dans de la chaux vive afin
d'etre donne en spectacle a la foule avant de devenir laproiedes flammes. Ray-
naldi, AnnaL, ad ann. 1373, n. 21. Jacques de Morey, inquisiteur « desBougres»,
re?ut du roi Charles V, le 2 fevrier 1373, « pour en recompensation de plusieurs
paines, missions et despens qu'il a eus, souffers et soustenus, en faisant pour-
suitte contre les Turlupins et Turlupines... » une gratification de 50 francs.
Du Cange, Glossarium, au mot Turlupini. Le roi lui-meme fut felicite par Gre-
goire XI, le 27 mars suivant (n. 276). II resulte des lettres adressees par le meme
pontife, le 1" fevrier 1373, a Tinquisiteur, que beaucoup d'heretiques n'atten-
daient pas d'etre poursuivis par le tribunal pour se convertir; ils quittaient
spontanement Theresie et demandaient a etre reconcilies (n. 274).
Voir, sur les beghards, Mosheim, De beghardis et beguinabus commenlarius ,
Leipzig, 1790; Delacroix, Essai sur le mysticisme en Allemagne au xiv^ siecle,
Paris, 1899; p. 77-134; un bon resume par F. Vernet dans Dictionnaire de theo-
logie calholique, art