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vl. 



BULLETIN 



DE LA 



» • 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 



DE SENS 



BULLETIN 



i 



SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 

DE SENS 



TOME XVII 




S K N S 
IMPRIMERIE DE PAUL DUCHEMIN 



OOICRAl. •OOKWMWMO CO. 



£32ST _ OOt* 2579 

75 F3 BB 

QUAUTV CONTROt MAWK 



NOCES D'OR 

DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



COMPTE RENDU 



DES FÊTES 



DES 19, 20 ET 21 JUIN 1894 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DE SENS 



FETES DU CINQUANTENAIRE 



COMPTE RENDU 



■ ^■/'«^- ^.--X/-^%««tf k/^.^ --W ^ww%.^^^ 



Fondée en 1844, la Société archéologique de Sens, 
atteignant le cinquantième anniversaire de son exis- 
tence, a pensé qu'elle devait célébrer ses Noces d'or et 
omvier, à cette fête, les Sociétés savantes avec les- 
quelles elle entretient des relations de correspondance 
ft d'échanges. 

Dans c^ but, une circulaire, signée par une commis- 
sion spéciale composée du bureau de la Société et de 
dix membres élus (1), fut envoyée avec le programme 
de quatre journées consacrées à ces fêtes. 

Les réponses ne se firent point attendre, et, grâce 

r Les nienibrcs iJd bureau pour raimée 1894 étaient : MM. Iloblot, 
firt-sUi» ut ; G. Julliol, vice-présidout ; Ctiariraire, secrétaire ; Duehemin, 
jif.. çr*«.Tt*taire ; Sépol, Iréaorifr; Beaudouin, archiviste, cl Tenaille d'Estais, 
• :r.* -archiviste 

Li* lut.'mhrea de la commission des fêtes adjointe au bureau : MM. Lou- 
\r,K'r, Chamard, Duflot, Kley, Leforl, Loriferne, Perrin, Prudhomme, 
Ppou et TtMiiK'llior. 



— 2 — 

à des rédactiODS de prix accordées par les compagnies 
des chemins de fer, les savants et les curieux arrivèrent 
à Sens, nombreux comme dans les congrès tenus par 
la Société française pour la conservation des monu- 
ments historiques. 

Le mardi 18 juin, bien avant Theure fixée pour la 
séance d*ouverture, la grande et magnifique salle 
Synodale de l'ancien palais des archevêques recevait 
les premières visites des arrivants. L'admirable feues- 
trage, illuminé par les rayons d'un soleil resplendis- 
sant, produisait Tefiet le plus splendide, tamisant une 
lumière égale et réjouissant l'œil sans Tofienser. 

Sur le mur qui fait face aux fenêtres, étaient exposés 
les portraits des hommes illustres de la ville de Sens, 
provenant de la riche collection de M. Félix Chan- 
denier, et au-dessus, les estampages de magnifiques 
pierres tombales, relevées par M. G. Julliot pendant 
les sondages opérés dans le sanctuaire de la cathédrale 
en 1887, et d'autres pris sur les sépultures de la famille 
Saint-Phalle, dans l'église de Cudot-Sainte-Alpais. 

Cinq portraits de famille, peints par Jean Cousin, et 
apportés, le matin même, par M. Edgard Bouvyer, 
de Tours, l'un des descendants du grand artiste séno- 
nais, ornaient le manteau de la vaste cheminée (1). 

(1) M. Edgard Bouvier a eu l'obligcanco do nous donner la description 
des cin(i portraits : 

DESCRIPTION DES TABLEAUX DE JEAN COUSIN 

Ils sont tous cinq points à dumi corps, sur lK)is, à l'huile, et de mOme 
dimension, du 10 à 13 iMmces de haut, sur 9 a 10 de large. 

Ils représentent : 

Le premier, Jehan Douuyor II (d'abord curé de Soucy), chanoine do 
Sens, beau-fr»'ro et ami de Jean Cousin. Il est vôfu d'une soutane noire; 



— 3 — 

Les publications de la Société archéologique de Sens 
«t uu certain nombre de planches en photogravures 
reproduisant quelques sculptures du musée romain, 

b tête couTcrte d'un bonnet carré, aplati sur le sommet; lo monton ra^s 
la main droite tenant un livre rougo, sur letiuel la gauclie est appuyée. 
Mort le tô avril 1583. 

FéliliieD cite ce portrait dans ses vies des peintres. 
Lo second, Estienne Douuyer 11^ neveu et gendre do Jean Cousin. Il 
i^ ViHu d'une sorte de soutanelle noire, col blanc et serré ; sur la tète, 
une petite tmpie noire, iiencliée du côté droit; cheveux noirs et courts: 
i<iites moustaches et barl>c de même couleur, celle-ci fournie et pointue; 
Uam U main droite, une branche d'arbuste ressemblant à l'olivier. 
Murl le i décemt)re 161*2. 

Le troisième, Marie Cousiiiy fille unique de Jean Cousin et femme 
d'Estienne II. Elle est habillée de noir ; la tôte couverte d'une sorte de 
ùJèSc tl'ètotre de môme couleur, aplatie sur la tête et le front et rabattue 
>iir les tempes, et pendant par derrière en forme de voile : cheveux blonds ; 
la poitrioc couverte d'un fichu blanc plissé et froncé autour du cou ; tenant 
«hns la main droite, par une anse passée dans le pouce, uu petit panier ù 
•iiivrage. d'osier ou de paille; une bague d'or dans l'index, et deux 
aiiiKiux semblables, dont un avec une petite pierre, dans le quatrième 
'\o\il uu l'annulaire. 
Mortfle 14 janvier t62«. 

Le qualrièmc, Jehan Bouxiycr III ^ premier tils d'Esliennc II cl de Marie 

Cuusin, elpulil-lils de Jean Cousin. Il est tête nue, le front large et élevé, 

raeîem (.'hiUains, barbe blonde et rare, les yeux bleus el légèrement 

[►/Tiie» de rouge, comme d'une personne qui avoil la vue tendre; velu 

iuiie sorti; de soubreveste noire, à manches larges, plissées et tailladées 

1 !a [lartie éupérioure ; deux collets de toile blanche de finesse dilférente 

<: nljadus en jKjiute sur le haut do la poitrine. Ce portrait a de parlicu- 

!'T: !• «jiie li^:? quatri^ angles du tableau sont remplis (ce qui lui donne 

Un foniie ovak) de ileuronseu grisaille, tels que ceux dont Jean Cousin 

'li-Jit un SI fn.'qui'!il usage; '2* que les armes de Jehan III sont iHîintes îi 

.u ijfi.iu* il»' la lélu, telles qu'elles rélai(!nt au vitrail de Soucy, au lias du 

i"'lraii lie Jehan II, son grand oncle, el qu'elles étaient gravées sur la 

■'li-v ,Jifo des martyrs), el 'S'* qu'au-dessus du cartouche est peinte la 

Mr»rl flopui*» Hii:;. 



— 4 — 

avaient été disposées de manière à être examinées et 
consultées. 

A deux heures de l'après-midi, heure fixée pour la 
première réunion, Monseigneur Ardin, archevêque de 
Sens, primat des Gaules et de Germanie, membre 
d'honneur de la Société archéologique de Sens, prési- 
dent de la séance, et M. Antoine Héron de Villefosse, 
membre de l'Institut, conservateur du département de 
la sculpture grecque et romaine au Musée du Louvre, 
membre du Comité des travaux historiques et scientifi- 
ques, directeur de l'Ecole pratique des Hautes-Etudes, 
membre d'honneur de la Société archéologique, délégué 
par M. le Ministre de l'instruction publique et des 
beaux-arts, suivis d'un nombreux cortège, font leur 
entrée dans la salle et vont prendre place sur l'es- 
trade. 

Autour d'eux, se groupent M. le Blant, membre de 
rinstitut, président du Comité des travaux historiques 
et scientifiques, directeur honoraire de l'Ecole fran- 

Lc cinciuiènic, Savimcnne de liorncs, funimc de Jehan III, ot ainsi deve- 
nue iKjlile-nUo de Jean-Cousin. Elle est roilTéo en cheveux blunds fort 
toullus, crôpés sur les faœi^, rabattus sur le haut du front et surmontés 
d'un ruban noir descendant en pointe sur le milieu de la ItHe; un collier 
et une petite croix de jais sur le cou ; vôtuo d'une robe noire, à manches 
tailladées dans le haut du bras, et coui)ée carrément sur la poitrine qui 
(jui est couverte d'un Uchu blanc. 

Ses armes particulières mni aussi peintes, mais du côté gauche, dans 
nu éou losange et entouré «l'une conleliôre. Ces attributs dos veuves prou- 
vent qu'elles y oui été ajoutées depuis la mort de son mari, et qu'elle lui 
a î*urvécu. 

Ce tableau est aussi rendu, inlériouremont, ovale, par un contour gris, 
mais sans fleurons. 

Morte aussi depuis nii:;. 



çaise de Rome; M. Tabbé Duchesne, membre de 
rinstitot , directeur adjoint de l'Ecole pratique des 
Hautes- Et ude:5, professeur à l'Institut catholique; 
M. Buisson, sous-préfet de Sens; M. Bertrand, pre- 
mier adjoint au maire de la ville de Sens ; les conseil- 
lers généraux de l'Yonne : MM. le vicomte de Rain- 
court, Chéreau, E. Petit; M. Louvrier, président du 
couseil d arrondissement de Sens; M. le comte de 
Marsy, directeur de la Société française d'archéologie, 
poar la conservation des monuments historiques, 
M. Edmond Cotteau, correspondant de l'Institut, pré- 
sident de la Société des sciences historiques et natu- 
relles de l'Yonne ; M. Charles Lucas, délégué de la 
Société centrale des architectes de France; MM. les 
membres du bureau de la Société archéologique de 
Sens. 

Parmi les personnes composant le nombreux audi- 
toire, on remarquait : 

MM.Tabbé Ardin, vicaire général de Sens; Arqué, 
président de la Société d'agriculture d'Orléans ; le baron 
'i'Avout, délégué de la Commission des antiquités de la 
O'ne-d'Oret de la Société bourguignonne de géographie 
et d'histoire ; 

L'abbé Bauffre, directeur de la Maîtrise de Sens ; 
Denoit, sénateur de Seine-et-Marne; Berthelot, ingé- 
nieur à Auxerre ; l'abbé Hoiselle, curé de Cudot-Sainte- 
Alpais: le baron de Bonnault d'Houet, inspecteur divi- 
>ionnaire de la Société française d'archéologie ; l'abbé 
iiunneau. membre de la Société des sciences de l'Yonne; 
Eiljiard liouvyer, de Tours; Emile Caron, président do 
la Société française de numismatique; Casis, rédac- 



— fi — 

Xbuthu chef du Souvelluîe de C Yonne; P. Chapotin ; 
Raymond CheTalier, de la Société historique de Coin- 
piègne; le R. P, Cornât, aumônier du monastère de 
Saint-Antoine ; 

Jo^ph Depoint, secrétaire de la Société historique du 
Vexîn ; Dessus» : l'abhé Dizien, vicaire général de Sens; 
liore/, de la Bibliothèque nationale, élève de TEcoIe 
française de Rome; G. Ducoudra/, professeur hono- 
raire de rUniversité ; Léon Dumuys, attachée la direc- 
tion du musée historique d*Orléans ; 

C. Enlart, bibliothécaire de TEcole des Beaux-Arts, 
élève de l'Ecole française de Rome ; Esmelin, directeur 
de Y Indépendant nujerroU ; 

Feineux^ ancien greffier du tribunal civil ; Albert de 
Feu ; Fliche. avocat à lacourd*appel ; 

L'abbé Jarossay, de la Société historique du Gàti- 
nais; Jordan, président de la Société d'études d'Aval - 
Ion ; 

J. Lacave - Laplagne ; Leblanc - Du vernoy, de la 
Soiîiété (les sciences de l'Yonne ; Lecomte, de la Société 
d'histoire et d'archéologie de Provins ; Bélizaire 
I^dain, de la Société des antiquaires de l'Ouest ; 
I^rnan, de la Société historique de Compiègne ; Léon 
Lescœur, inspecteur général de l'Université ; 

Edgard Mareuse, secrétaire de la Commission des 
Inscriptions parisiennes; le colonel Mathieu ; F. Mo- 
lar.l, archiviste de l'Yonne; Monceau, secrétaire de la 
Société des sciences <le l'Yonne : le docteur R. Moreau ; 
Moriii (le Champroiisse, bibliothécaire de Sens; l'abbe 
MotlHTc, arcllipn'tn; d'AvalIon : le baron Mounier, de 
la Société hisl(jrique du (iàtiiiais; 



L'abbé Olivier, chanoine de Sens ; 

L abbé Parât, de la Société des sciences de l'Yonne ; 
Maurice Prou, de l'Ecole française de Rome, sous- 
bibliothécaire au Cabinet des antiques et des mé- 
dailles ; 

Paul Qaesvers, de la Société historique du Gàtinais ; 

L abbé Tridon, doyen de Charny. 

Nous n'énumérons pas les noms des membres de la 
Société archéologique de Sens. Tous avaient tenu à 
prendre une part active à leur fête. 

Totttes les places réservées aux dames, en face de là 
tribune, aux délégués des sociétés savantes, aux repré- 
sentants du clergé et de l'armée, et aux fonctionnaires 
civils, étaient remplies. 

De nombreux amis de l'histoire et ue l'archéologie, 
dont les noms ne nous ont pas été remis, étaient venus 
se joindre à cette brillante assemblée. 

Monseigneur l'Archevêque, président d'honneur, 
ouvre le Congrès archéologique par ces paroles, qui sont 
rouvertes d'applaudissements : 

« Messieurs , 

• En prenant possession de la présidence que vous 
m'avez donnée dans ces fêtes du cinquantenaire de la 
Sadété archéologique de Sens, je tiens à vous remer- 
cier d'abord de l'honneur que vous m'avez fait. Je 
remercie en particulier M. de Villefosse, membre de 
l'Institut, délégué de M. le Ministre de l'instruction 
publique, et ces hommes distingïiés qui sont venus 
apporter ici l'éclat de leur nom et les lumières de leur 
savoir. 



— 8 — 

« Grâce à eux, grâce à vous, ces fêtes seront belles, 
et Tantique cité sénonaise reverra un instant les jours 
glorieux d'autrefois. 

- Je n'ai nullement l'intention de vous faire un dis» 
cours ; vous avez hâte d'entendre des voix plus auto- 
risées, en la matière, que la mienne, vous parler des 
beautés de Tart ancien. »• 

M. le président donne la parole à M. Roblot, prési- 
dent de la Société archéologique de Sens. 

Allocution de M. Roblot 

- Monseigneur, 
^ Mesdames, 
« Messieurs, 

- Soyez les bienvenus ici. 

« A l'appel que nous avons fait, vous avez répondu 
avec un empressement dont nous sommes touchés et 
dont nous vous remercions. 

- La meilleure façon de vous prouver notre gratitude 
serait de vous offrir des fêtes en harmonie avec la 
valeur et l'amabilité de nos hôtes. Nous nous y sommes 
employés de notre mieux. Si les résultats de nos efforts 
sont inégaux à nos vœux, je pense du moins que vous 
nous saurez gré de l'intention. 

« Le témoignage d'estime que vous donnez par voire 
présence à notre Compagnie est la récompense de cin- 
quante années d'efforts et <le labeurs. Cinquante ans ! 
cVst beaucoup pour la vie humaine. C'est beaucoup 
aussi pour une société, mais la nôtre, plus privilégiée, 
n'a pas à redout<»r les atteintes du temps; elle peut 



— 9 — 

espérer une prospérité croissante et avoir confiance 
dans la vitalité féconde du sang nouveau de ses jeunes 
recrues. Avec nous, vous avez reconnu qu'à l'occasion 
même des choses sérieuses et austères parfois, à côté 
de savants qu'on craindrait sévères, il y a place pour 
les distractions, les diners et les promenades : ce n'est 
pas diminuer la science que de la présenter par son 
aspect le plus souriant. Innocent artifice ! L'amabilité 
ne lui enlève rien de sa grandeur. Et puis, n'y a-t-il 
pas temps pour tout ? Vous accorderez donc à notre 
Compagnie que le moment est venu pour elle de faire 
une courte halte dans son existence de labeur. Sa no- 
tice biographique que vous allez entendre, vous prou- 
vera, j'espère, qu'elle l'a bien gagné. 

• Pour vous. Mesdames, Messieurs, puissiez-vous 
prendre, à votre rapide visite dans notre beau pays, 
le plaisir que goûtent à l'explorer ses enfants eux- 
mêmes. 

• Je croirais volontiers que la satisfaction qu'on 
en recueille est toujours nouvelle, puisque je ne sache 
|«as que notre contrée ait jamais épuisé toute la 
cttriosité d'un chercheur, d'un archéologue ou d'un 
touriste. 

• C'est la terre qui fait sa flore et choisit ses fruits. 
Ace compte, il me semble bien que l'ancienne Sénonie 
ferait être le pays d'élection de l'archéologie et de 
riûstoire. Il a un passé antique et glorieux. Sa vie 
aptèe compte <les dates heureuses et de mauvais jours; 
ilaproduit de valeureux défenseurs; il a été le berceau 
fesaiants, de littérateurs et d'artistes illustres ; ses 
■onuments debout et les débris de ceux qui sont dé- 



— 10 — 

traits, disent assez avec quelle puissance l'art y fleurit I 
il toutes les époques. 

H Nous comptons donc beaucoup sur notre cher pays 
pour vous laisser de nos fêtes un agréable souvenir. 
Nous comptons plus encore sur les visiteurs éminents 
que les sociétés de province et de Paria, nos amies, 
nous ont délégués, sur les savants illustres qui repré- 
sentent ici le Ministère de l'instruction publique et dei 
beaux-arts, le Comité des travaux historiques et scinn* 
tifiques et l'Institut de France ; sur le Prélat vénéré 
qui témoigne de sa sollicitude pour nos travaux en 
nous faisant l'honneur de présider cette séance ; sur les 
magistrats et les fonctionnaires qui ont bien voulu, par 
leur présence, associer la cité, l'arrondissement et le; 
département à la célébration de notre cinquantenaii 

• Enfin, Mesdames, Messieurs, permettez-moi d'ajoi 
ter que nous comptons aussi sur vous, dont le concoui 
empressé nous est U la fois une preuve et un gage de 
sympathique succès. Vous qui allez composer le cortège 
de nos noces d'or, vous serez le vivant ornement df 
nos fêtes et vous y jetterez de bon ci^ur l'animatioiii 
la cordialité et la joie. " 

Ce discours est chaleureuseuienl applaudi. 

DiflcouTB prononcé par M. G. Julliot, 
vice-préaident de la Société archéologique de Sent' 
MoSSBKl.NEUlt , 
MOSSIEUR LE l'iiÉSlDENT, 

Mesdames, 
Messieurs , 



La Société archéologique do Sens i 



>nlié n TuTi de 



— li- 
ses plus anciens membres l*honnear d^esquisser son 
histoire dans cette brillante assemblée. 

Pour plus d'une raison, ce choix aurait dû se porter 
sur d*autres plus valides ; mais devant Tinsistance de 
mes confrères, j'aurais eu mauvaise grâce à refuser. 
Je me suis mis à Toeuvre, et après avoir lutté contre des 
embarras divers, je vous apporte le résultat de mes 
recherches. J'ai fait ce que j'ai pu, et je réclame toute 
votre indulgence. 

ORIGINES DE LA SOCIETE ARCHEOLOGIQUE DE SENS 

Le 17 avril 1844, seize personnes se réunirent dans 
anedes salles de l'hôtel de ville afin « d'étudier l'op- 
■ portanité et les moyens de fonder une société qui, 
> mettant en commun les lumières, les études et les 
« travaux scientifiques ou littéraires de chacun de 

• ses membres, produirait à Sens les heureux résul- 
« tats obtenus ailleurs par des associations de ce 

• genre. » 
Cette étude fut poursuivie dans les séances des 20 et 

22 da raême mois. Un règlement fut rédigé, de nou- 
veaux adhérents se firent inscrire et, le 5 août sui- 
vant, la Société archéologique de Sens, munie de l'ap- 
f probation ministérielle, en date du 21 juin, tint sa 
première séance sous la présidence de M. Leroux, as- 
sisté de M. de Magnitot, sous-préfet de Sens, et de 
.M*' Jolly, archevêque de Sens, qui, pendant toute la 
durée de son pontificat, entoura notre Société des plus 
éclatants témoignages de son estime et de sa haute 
Wenveil lance. 
La S«>ciété comptait alors quatre membres d'hon- 



— Il' — 

Deur, irenie membres tiiulaires. Treize membres corres 
pondanî< eî on membre honoraire. 

Eh lS4<:s elle publiait le premier vôlome de son But 
letiu qui attira >nr elle l'attention du mocde savant, et 
dés l'année !S47, la Société française d'archéologie poui 
la conservation des monuments historiques, présidée 
par son illustre fondateur, M. Arcisse de CaumoD'i 
venait tenir ses assises à Sens et y passer une semait) 
de six jours. 

De tous les membres de notre Société qui prirent par 
à ce congrès archéologique, il n'en reste plus qu'un 
seul : l'honorable M. Provent. N«»us regrettons que ses 
forces ne lui permettent pas d'assister à notre cinquan- 
tenaire : il nous aurait dit, mieux que tout autre, les 
travaux que la Société archéologique avait déjà su 
accomplir. Et son récit des curieuses promenades, diri- 
gées par M^' Jolly et M. Lerat de Magnitot, aux tom- 
belles de Saint-Martin-du- Tertre, à la Motte-du-Ciar, 
autour des murailles de l'enceinte fortifiée, à Vilic- 
neuve-le-Roy, à Saint-Julien -du -Sault (1), l'aurait 
rajeuni d'un demi-siècle. 

Nous allons essayer de suppléer M Provent et d'eS' 
quisser à grands traits les premiers travaux qui furent 
l'objet de la sollicitude de nos prédécesseurs. 

Dès sa première séance, la Société entendait la lec- 
ture de notices sur des monuments préhistoriques : les 
deux dolmens de Trancault, par M. Chanoine, et le 
menhir de Diant, par M Vignon. Le 7 octobre, le 
même membre entretenait l'assemblée de remarques sur 
l'église de Saint-Julien-du-Sault. 

(!) UuUclin de la Sovwtv .irc/i»'«/'»î/i«/*<«* ilc ^vntf. I, pp. 7m a *jii. 



— 13 — 

Les séances suivantes furent consacrées à répondre 
à des demandes adressées à l'assemblée par Sa Gran- 
deur M*' JoHv : 

t' Etude d'un plan de restauration de la basilique de 
âaint-Savinien, présenté par M. Petit de Julleville (1). 

2* Etude sur l'opportunité de la conservation ou de la 
sappression des jubés de la cathédrale de Sens (2). 

2" Rapport sur le mode de restauration de la tour sep- 
tentrionale de la métropole (3). 

Le projet de M. Petit de Julleville fut approuvé, et 
quelque temps après, mis en exécution. 

La Société vota, par 15 voix contre 9, la démolition 
des jubés, mais demanda la conservation de la grille 
monamentale à l'entrée du chœur, en raccompagnant 
de grandes grilles plus simples, là conservation du 
maasolée du dauphin au milieu du chœur et l'applica- 
tion des deux autels de Saint -Louis et Saint-Martin 
contre les piliers du transept. Depuis cette époque, jubés, 
grille, mausolée, autels, tout a été enlevé. 

Entin, la Société se prononça pour Tachèvement de la 
tuur par une construction en pierre à la place de la 
charpente couverte de plomb, qui avait valu à cette 
toor le surnom de 'lour de plomb. 

Pour répondre à une demande de M. le sous-préfet. 
laS-jciété s'occupa de recherches sur les armoiries dt 
la ville de Sens. 

Je passe par-dessus d'autres travaux secondaire^ 
poar arriver aux recherches plus importantes. 

I ; vdij'v j ij ; uo venibru 1 8 4 '• . 
:jS:aii'i' il II "2 dôceiii lin.» 18 14. 
■ '^aiii'c «lu .' juin 18*;». 



— u — 

Pendant que M. l'abbé Chauveau, vicaire général île 
M«' JoUy, s'occupait d'archéologie générale, que M. 
l'abbé Picheiiot, depuis archevêque de Chambéry, fai- 
sait admirer l'harmonie des sciences avec la Bible, que 
M. le professeur Ponpon traitait des phénomènes géo- 
logiques, que M. Giguet, le savant (raducteur d'Homère, 
faisait ressortir l'analogie des monuments celtiqui 
des monuments décrits dans l'Iliade et l'Odyssée, que . 
M. de Lavernade, auleur d'une histoire de Sens, com- 
pulsait les annalistes sénnnaîs, M. Lallier étudiait la 
construction de la formidable enceinte, dans laquelle 
le césar Julien avait pu soutenir, contre les Allemands, 
un siège qui dura un mois, en l'an 395. 

D'accord avec l'administration municipale, M. Lalliflf 
faisait extraire de ces vieux murs les premières pjerreiljl 
entrevues, en 1736, par l'abbé Feiiel, de la grandft] 
inscription du monument élevé par M. Magilius Hono»l 
ratus à la maison d'Auguste, à ses dieux et aux divers 
membres de sa famille (1) et recueillait, avec d'autres 
inscriptions secondaires, des bas-reliefs, des fragments 
d'architecture, qui figurent avec honneur daiis notre 
musée gallo-romain. Enfin, il fixait la date à laquelle 
on peut faire remonter la construction de ces murailles, 

(1)L« [iroiniiri' pii.Tn' U" -v luoiminuoi fut iltoiuvorto lo i!) «optembr» 
tT3ï, cl l'abbâ Fuaul attira l'ailaiifiuudu publie sur son importancu. La 
inunktpaliliï l'otttùt t Hi* Languut, uut Is Ql plooir dana la nmr itu nu- 
iMimnwiil lin la utMpello '[u'il rûiail alan dmslriiïrc. Cicliâo dorriuru asu; 
Iruitlu, kII) rulunbltfe. Ou la cruyail p«r<1iiP, quauJ.un ISSN, U. l'abbé 
niiKia, rjcaira gtoâral, la rciniuvaut la signala au cardinal Bornadou. \j« 
futur aiukilâmicien Fonol avait aiiMi vu, la mËmo aonâu, d'aiiln» piorrM 
du mAmii iiinuoinoal ilana le* fondations i]ii mur il'eacuinlQ k gauctie va 
Krilriinl ilan* la vlllo. 



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IMtM 
raiM 
ndtl 



— 15 — 

les attribuant aux dernières années du m*' siècle, et fai- 
sant remarquer la tradition populaire qui associe la 
venue de saint Savinien à l'existence des murailles (1). 
Pour des raisons multiples, M. Lallier a laissé son 
travail inachevé et, quelques années avant sa mort, il 
a confié à Tun des membres de notre Société le soin de 
reprendre cette étude et d y ajouter les découvertes plus 
récentes. 

MOTTE-DU-CIAR 

En 1845, MM. Chanoine et de Lavernade signalèrent 
à la Société des fragments de murailles antiques dans 
la portion de la plaine Champbertrand qui avoisine le 
massif des fondations, auquel on donne depuis un temps 
immémorial le nom de Motte-du-Ciar. On se mit en 
mesure d y faire faire des fouilles et, deux ans après, 
M. Lallier exposait, dans un mémoire précieux, accom- 
pagné d'un plan, les résultats de cette opération. 

Au confluent de la Vanne et de TYonne, à l'époque 
<le la domination romaine, il avait été construit un 
splendide monument, autant qu'on en pouvait juger par 
des fondations ruinées, par de nombreux fragments 
des marbres les plus rares et des débris de statues 
et de pierres sculptées. Cet édifice occupait une super- 
ficie de 64 "ÔO dans sa plus grande largeur et près de 
76 mètres dans sa longueur. Il était environné d'une 
enceinte de murailles ayant la forme d'un rectangle 
long de 396 mètres et moitié moins large, 198 mètres, 
avec une addition semi-circulaire faisant, à Touest, une 
saillie de 164 mètres. 

\1) BuUetin de la Société archéoloffique de Sens, I, pp. 36 h 73. 



— 16 — 

La façade orientale de cette enceinte présentait trois 
murs parallèles avec une porte médiane de IS'^ÔO. 
Deux autres portes, de même dimension, se trouvaient 
près des angles nord-ouest et sud-ouest du grand rec- 
tangle. Une quatrième, au milieu de la partie cintrée, 
a été découverte par moi depuis celte époque. 

On hésite encore sur la destination de ce vaste éta- 
blissement. M. Lallier pensait que Ton pouvait peut- 
être y reconnaître un camp prétorien, que peut-être 
aussi une partie avait pu servir de théâtre. M. de Cau- 
mont, rejetant l'idée d'un camp prétorien, y voyait un 
riche établissement de bains, des thermes. La question 
reste encore indécise. Nous partageons cependant l'avis 
de M. Caumont. 

Toujours est-il qu'une des inscriptions découvertes 
depuis ces travaux, rappelle l'inauguration de porti- 
ques et de promenoirs, sous le règne de Trajan ou 
celui d'Adrien, et pourrait s'appliquer à cet édifice. 

La découverte d'une mosaïque près du Clos-le-Roi et 
de la rivière, sur la promenade Saint-Didier, avait fait 
placer les thermes en cet endroit. Mais nos Bulletins 
signalent d'autres mosaïques, tant à Tintérieur de l'en- 
ceinte des murs qu'au dehors et surtout entre Saint- 
Pregts et Saint-Paul. Leur présence seule ne peut pas 
être invoquée comme preuve de l'existence de bains. 
Bien d'autres établissements étaient pavés en mosaï- 
ques. 

ARENES 

En 1849, des fouilles, exécutées sous la direction do 
Al. Lallier, ont permis de constater l'existence et rem- 



— 17 — 

placement d*un amphithéâtre, situé entre la caserne 
actuelle et les Caillons. M. Vignon, ingénieur en chef, 
releva le plan et démontra que Tarène, présentant T 1 *" 40 
pour le grand axe et 48 "20 pour le petit, était supé- 
rieure, comme dimensions, à celle de Nimes, qui mesure 
70 mètres sur 38. L*édifice sénonais pouvait avoir, 
dans son entier, 144 mètres de longueur sur 130 de 
largeur. 

AQUEDUC 

MM. Lallier, de Canchy et de Magnitot signalèrent 
on aqueduc qui se dirigeait vers la fontaine Saint- 
Philbert, située entre Pont-sur-Vanne et Vareilles. 
MM. Victor Petit et Emile Amé en auraient dessiné 
quelques fractions. Ces dessins ont été perdus; mais 
après de patientes recherches sur le terrain, un membre 
actif de notre Compagnie en a relevé le plan complet. 
Cet aqueduc, vulgairement appelé le conduit de Saint- 
Philbert, amenait à Agiedicum les eaux pures que 
Paris est venu prendre, il y a une vingtaine d'années. 
D'après ce plan, un nivellement, exécuté par ordre de 
M. l'ingénieur Belgrand, démontra que les eaux pou- 
vaient arriver à 3" 30 au-dessus du niveau actuel de la 
place de la cathédrale et alimenter ainsi tous les quar- 
tiers de la ville. 

De nouvelles observations ont prouvé que Taqueduc 
avait été détruit avant la construction des murs de 
1 oppidum, et am^né la découverte d'un pan du mur de 
soutènement dans l'intérieur de l'enceinte fortifiée. 

La découverte et la position de ces monuments a 

fait passer à 1 et^t de certitude les conjectures émises 

o 



— 18 — 

sur remplacement et Tétendae de la capitale de la cit^ 
des Senoïies. Comme on le voit, elle s*étendait du sud 
au nord de la Motte-du-Ciar, située au delà des moulins 
du Roi, jusque vers la propriété de Saint-Sauveur, e1 
de Test à Touest, de lextrémité du faubourg Saint- 
Savinien jusque dans Tile dTonne et au delà, c*est-à- 
dire remplacement occupé par la ville actuelle. 

Une inscription du m* siècle, trouvée à Sens, à l'en- 
trée du faubourg Saint-Savinien, en 1839, aujourd'hui 
conservée parmi les bronzes antiques du Louvre (1), a 
donné le nom de Tun des quartiers : Vicus Agiedicensis. 
La chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-lo-Vif noua 
donne le nom d*un autre quartier en nous apprenant 
que cette abbaye fût bâtie in vico qui dicitur Vivus. 

TOMBELLES DE SAINT-MAHTIN-DU-TERTRE 

En 1846 et 1847, une commission, composée de 
MM. Vignon, Lallier, Giguet, TonnelUer et Prou, fut 
chargée d'explorer les deux éminences connues sous le 
nom de tombelles de Saint- Martin -du -Tertre. Ses 
recherches ont été interrompues par des raisons indé- 
pendantes de la volonté de ses membres. En lisant le 
rapport présenté par M. Prou (2), on peut se convaincre 
que cette commission, entraînée par des idées précon- 
çues, a considéré comme étant des conduits, ce que Ton 
regarderait aujourd'hui comme des traces de l'existence 
de charpentes. Et si l'on reprenait ces recherches, avec 
les connaissances nouvelles, acquises par la science, au 

(1) Cette iuscriplion ébiit accoiupagiiêe (l'uii buslo de Vulcain qui so 
(njiive égik'iiiODl dans les collocliuns du Louvre. 

(2) nuUotin ilc la Société archèoloyùiuc de Scms, l, II, 78. 



— 19 — 

lieu de sépultures, on verrait dans ces tombelles des 
fortifications gauloises, des murs de défense, des postes 
d'obsen^ation reliés avec d'autres sur la colline. 
M. Yignon a donné, dans le tome II du BulUtin, un 
plan excellent du terrain, mais les fouilles n'y sont 
pas indiquées. 

TRAVAUX DIVERS 

A la même époque, se rattache un certain nombre 
de mémoires intéressant l'archéologie locale : 

Une dissertation sur l'origine de la métropole de 
Sens et les diverses époques de sa construction, par 
M. l'abbé Chauveau (1) ; 

Une notice sur le portail de l'église de Villeneuve- 
l'Archevêque, une autre sur divers objets d'orfèvrerie 
du diocèse, par M. l'abbé Brullée, qui depuis a écrit 
l'histoire de Sainte-Colombe (2). 

Des recherches sur les voies romaines, entreprises 
par MM. de Lavernade, Lallier, Prou, de Canchy, 
Lopne etVignon, ont préludé à d'autres recherches, 
par M. Carré (3). 

Mais le temps qui m'est accordé ne me permet pas 
d'analvser ici tous les travaux des membres de notre 
chère Société, pas même de faire l'énumération de leurs 
titres. J'aurais été heureux d'appeler sur ces études 
variées l'attention des étrangers qui ont bien voulu se 
rendre à notre invitation. 

J'aurais voulu r<)ppeler le souvenir des congrès 

(t; Congrus archéologique de France 14* session, p. 170. 
;ij Ititlletin de la Société arche oi>gique de Sens, t. VIII, I. 
v3] Mémo volume, p. 2fi3. 



* 



— 20 — 

li'Auxerre, eu 1S4S et en 1S50, ainsi que des réunîm 
iiiuiiis importantes mais {ilus intimes qui se tenaient,' 
chaque année, entre les membres de lu Société archéo- 
loj^ique de Sens et de sa sœur cadette, la Société 
des sciences historiques et naturelles de l'Yonne. 

Le lendemain d'une de ces réunions, le 29juin 1852, 
la Société française d'archéologie venait i Sens, pré- 
luder au congrès de Dijon. Aucune lecture ne Tut faite, 
maiâ de nombreuses communications orales par 
MM. Lallier, Thlollet, Achille Leclerc, Lefort, de 
Glanville, Gomart, l'abbé Carlier, etc. Avant de se 
séparer, les congressistes émirent le vœu suivant, qui 
fut plus tard réalisé : •> L'acquisition par l'Etat de 

- l'ancien palais de l'Officialité et sa prompte et com- 

- plète restauration. - La magnifique salle dans la- 
quelle nous nous trouvons réunis a été l'un des résul- 
tats de cette restauration. 

Au mois d'aobt 1S4S, voulant ajouter, aux études 
abstraites et un peu exclusives dont elle s'occupait 
principalement, une branche de travail qui la mit en 
rapport immédiat avec la population tout entière, et 
suppléer à l'insuflisance de l'instruction publique donnée 
alors, la Société archéologique organisa des cours 
publics. Et trois de ses membres, MM. Prou, Ponpon 
et Chaperon, furent chargés de cours de droit usuel, de 
physique et de machines. Ces cours, inaugurés le 5 août, 
durèrent chacun trois mois seulement, et, malgré les 
succès obtenus, ne furent pas repris l'année £ 
pour des raisons dont nous n*aTons pas retrouva 1 
trace. 



— 21 — 

PUBLICATIONS 

La Société archéologique a publié quinze volumes 
in-8», le seizième va paraître, le dix-septième est com- 
mencé. Ces volumes contieunent les procès-verbaux de 
ses séances et quelques-uns des travaux de ses mem- 
bres* Pour les personnes curieuses de s'en faire une 
idée, nous avons exposé dans cette salle une série de 
ces quinze volumes. Les tables, qui se trouvent en tête 
du tome XI et à la fin du toma XV, faciliteront les 
recherches. 

Permettez-moi d'exprimer un souvenir de bonne 
confraternité à quelques-uns de ses membres que je 
n ai pas encore nommés. 

Les uns ont été appelés dans un monde meilleur, les 
autres ont été éloignés de nous par leur grand âge ou 
par des départs pour des résidences éloignées : 

MM. les abbés Carlier, Prunier, Vivien ; 

MM. Brissaut, Carré, Diez, Dubois, Duplès-Agier, 
Genoaille, Hédiard, Hermand, Mayaud, Michel, 
Salmon, Tisserand, Tonnellier. 

En dehors de son Bulletin, la Société a encore publié : 

l*Eu 1875, d'après le manuscrit 271, ancien 59, de 
la bibliothèque de la ville de Sens, la Chronique de 
Saint-Pierrette- Vif, écrite par un moine de cette 
abbaye, Geoffroy de Gourion, et s'arrètaiit à Tan 1294. 
Cette chronique latine est accompagnée d'une traduc- 
tion en français, d'une préface et d'une table des cha- 
pitres (1). Elle forme un volume de 02 i- pages. 

(I) Par G. Julliot, présidonl de la Société archéologique, «iiii fui, à celle 
''û^ion, pro|K>9C pour le» palmes trofllcjer de riiistruclion publique. 



22 

2" En 1884, un volume in-4'' intitulé Cartitlaire 
sênoiiais de Baltatar Taveau, procureur aux causes et 
greffier de la chambre de ville (1). La rédaction du ma- 
nuscrit, commencée en 1572. se poursuit jusqu'en 1581 ; 
l'auteur est mort en 15S6. Le texte a été collationné 
sur l'original autographe et accompagné de diverses | 
tables, par M. G. Julllot, président de la Société, i 
M. Mauroy, archiviste de la Société, l'a illustré de 
troiij planches , reproduisant les miniatures du ma--i 
niiscrit original et de lettrines empruntéei à d'autrflS 
manusciits appartenant à la bibliothèque municipale. 
L'impression en est due à M. Charles Duchemin, de 
Sens, ancien membre de la Société. 

La publication de ce volume, qui a figuré à l'ExposU 
tion de 18S9, a valu à la Société archéologique une 
médaille d'argent. 

3" En 1887, un volume m-S» de 37S pages, conte- 
nant : r le texte latin d'un manuscrit de Saint-Pierr»; 
le-Vif touchant la fondation du monastère, les reliqueft 
qu'on y conservait, l'otfice de sainte Vénère et uo! 
calendrier servant d'obîtuaire . 2" un extrait d'un Mar 
tyrologe sénonais de la bibliothèque Valicane, n° 567, 
du fonds de la reine Christine ; 3' le Livre des reveni 
de la même abbaye, d'après deux manuscrits de 
bibliothèque do Sens, n" 55 et 56 ; i" divers doca^ 
menls concernant les abbayes de Saint -Pierre-le-Vif 
et de Suinte-Columbe t-t le prieuré de Saint-Loup-de- 
Naud ; ïf une préface et des tables. 



— 23 — 

COLLECTIONS 

Les objets recueillis par la Société archéologique se 
composent : 

!• D'armes, en silex, en bronze et en fer, d'objets de 
toilette, colliers, bracelets, fibules et de vases apparte- 
nant à l'époque préhistorique ; 

? D'objets variés appartenant à l'époque romaine : 
poterie, verrerie, bronze, fer, marbre, mosaïques, 
etc. ; 

3» D'objets divers des époques qui ont suivi ; 

4' De titres anciens et de manuscrits modernes ; 

5' D'une bibliothèque devenue assez importante pour 
que le local qu'elle occupe soit maintenant insuffisant ; 

6" De trois médailliers : l'un de monnaies romaines 
de petit module, or, argent et bronze, réuni par 
M. Léys et M. Dubois, son petit-fils ; le second ne 
comprenant que des médailles religieuses, légué par 
M. labbé Chauveau ; et le troisième, un médailler 
général renfermant des séries variées ; 

7* D'une petite collection de géologie , 

8* D'un herbier local; 

9" De quelques tableaux, gravures et dessins ; 

10' De fragments de sculptures et d'architecture. 

Tous ces objets figurent dans les salles du musée 
fflanicipal. Des meubles spéciaux renferment les collec- 
tions. 

MUSÉE LAPIDAIRE 

Un musée lapidaire gallo-romain, que bien des 
grandes villes nous envient, est dû aux généreux sacri- 
fices que la ville de Sens et la Société archéologique se 



— 24 — 

suiit imposés. Il est juste d'ajouter que, sans le zèleil 
la persévérance et le savoir de certains membres i 
cette Société, le musée n'existerait pas. 

L'étude des pierres sorties des fondations de I 
ceinte de Voppiftuni Senottum, montre que Agîedicuni 
la ville romaine qui l'avait précédé, était une villi 
ouverte, dans l'établissement de laquelle les Romains 
avaient apporté tout le conloptable dont ils étatenl 
habitués à jouir dans leur pays : fontaines et haim 
alimentés par l'eau des sources les plus pures ; cioaqtu 
la débarrassant <les eaux ménagères ; arènes dont lo 
substructions ont été plusieurs fols mises A découvert; 
•maixons pavéï^s de riches mosaïques ; palais où bril 
laient les marbres les plus rares; lomlieaux dont t 
luxe variait avec la l'oriune laissée par les défuntS- 
farum dont l'emplacement est encore douteux ; tempk 
ornés de la plus riche architecture. 

Les inscriptions gravées sur certaines de ces pierres 
nous ont montré la cité des Sénonais élevant, de l'an ] 
 l'an IV de Jésus-Christ, an monument important i 
C. César, lits adoptif d'Auguste et, par suite de cetti 
adoption, petit-fils de Jules, le conquérant des Gaules 
(Catalogue n" I, 413, iU, 415.) 

D'autres nous ont permis de rétablir les attiques d 
deux ."(plendides monui lents élevés à un Sénonais ti 
venu comme souverain-pontife des (ïautes, en sa qualiti 
de prêtre â l'autel de Rome et d'Auguste : l'un . 
confluent du Rhône et de l.i Saône, l'autre à Agiedicum 
Du premier, il ne reste que des fragments au musée ( 
I.viin ; tandis que les restes du second m-intrent, danv 
te jardin du musée de Sens, une inscription de i'^ ma- 



— as- 
tres de longueur, nous rappelant les noms de ce prêtre : 
Sextus Julius Thermianus, ceux de deux duuravirs et 
d autres membres de sa famille (n"* 16 à 38, 208 et 
o97). 

D'autres inscriptions se rattachent aux règnes de 
Tibère, n» 41 ; de Trajan ou d'Adrien, n* 5 ; de Sep- 
time Sévère et Caracalla, n» 43. Cette dernière, exhu- 
mée des fondations de l'enceinte, nous prouve que les 
murs que nous voyons chaque jour disparaître, sont 
postérieurs à Tan 208. 

D'autres, les n®* 13, 43, 45. 47, 81, nous énumèrent 
des relations entretenues entre la cité des Sénonais 
et celles des Tricasses, des Vénètes, des Médioma- 
trices, des Leukes et la colonie d'Agrippine. 

Enfin, nous croyons pouvoir annoncer, d'après les 
dernières découvertes, exposées dans le jardin faute de 
place dans la salle du musée, Texistence d'un édifice, 
hors ligne, appartenant peut-être à des thermes. 

Une de ses façades était soutenue par des colonnes 
engagées, dont les fûts sont richement ornés de rin- 
ceaux de vignes , où se jouent des oiseaux et des 
enfants. De vastes fenêtres y sont surmontées de qua- 
driges émergeant des flots et dirigés par des génies 
ailés, qui foulent aux pieds des dauphins. Les baies de 
ces portes sont encadrées de larges coquilles régulière- 
ment disposées entre des guirlandes et des feuillages. 
Les plafonds de ces ouvertures sont ornés de riches 
compartiments. Les soubassements des fenêtres sont 
décorés de bas-reliefs variés. Deux se rapportent à des 
scènes de bains; pn y voit des jeunes femmes occupées 
à se parfumer et à mettre en ordre leur chevelure 



— 26 — 

mouillée. Deux autres représentent des scènes emprun- 
tées à la gygantomachie. 

En dehors de ce monument, d'autres bas -reliefs, 
appartiennent à des sujets mythologiques bien connus : 
l'enlèvement de Ganymède par Taigle de Jupiter, le 
sommeil d'Endymion s')r le mont Latmus ; la fuite de 
Dédale et d'Icare; Bellérophon sur le cheval Pégase; 
la chute de Phaéton dans la mer ; une personnification 
nouvelle d'un vent, celui qui apporte les orages dans 
nos pays ; des scènes de l'Orestéide. 

De nombreuses stèles élevées à la mémoire d'anciens 
habitants d'Agiedicum : les unes, anépigraphes cu- 
rieuses par les attitudes, les costumes et les attributs 
portés par ces personnages ; les autres, par les éloges 
des défunts. 

La Société a publié à grands frais deux fascicules de 
ce musée lapidaire comprenant trente planches hélio- 
gravées, de format in-i", avec texte explicatif des 
figures. Elle ne tardera pas à poursuivre son œuvre et 
à donner place dans cet ouvrage aux inscriptions décou- 
vertes dans les fondations des murailles du xii« siècle 
démolies par le XIX^ 

Je ne veux pas abuser de la bienveillante attention de 
cette assemblée. Je m'arrête, m'estimant très heureux 
si j'ai pu donner une idée du but que poursuit notre 
Société et des résultats qu'elle a atteints. 



« « 



Cet aperçu de l'histoire des premières années de la 
Société archéologique et de ses travaux par un de 
ceux qui fut longtemps à la peine, est à plusieurs re- 
prises interrompu par de chaleureux applaudissements. 



— 27 — 

Discours de M. de Villefosse 

Monseigneur , 
Mesdames , 
Messieurs, 

M. le Ministre de l*instraction publique et des 
beaux-arts m'a fait l'honneur de me désigner pour re- 
présenter son département et le Comité des travaux 
historiques et scientifiques aux fêtes que vous célébrez 
à Toccasion du cinquantième anniversaire de votre 
fondation. Aucune mission ne pouvait m*ètre plus 
agréable. Je suis heureux de venir aujourd'hui vous 
apporter Tassurance de l'intérêt que le gouvernement 
prend à vos travaux et la preuve de la haute bienveil" 
lance avec laquelle il est prêt à les seconder. 

Le Comité des travaux historiques connaît vos ef- 
forts et votre zèle. 11 sait quelles difficultés vous a/ez 
eues à vaincre dans le cours de ce demi siècle ; il sait 
aussi qu'avec des ressources modestes, souvent insuffi- 
santes, vous êtes parvenus à remplir sans défaillance, 
la tâche que vous vous étiez tracée. Assurer la re- 
cherche de la vérité, faire revivre et éclairer, par des 
témoignages authentiques, toute l'histoire du passé, 
arrachera l'oubli des monuments précieux, témoins des 
luttes, des souffrances ou de la gloire de nos ancêtres, 
les sauver de la destruction et leur assurer le respect 
de fous, tel est le but que vous vous étiez proposé- 
Vous l'avez atteint complètement. Votre vie s'est 
et uïilee pleine de sérénité et de calme, comme il con- 



— 28 — 

vient aux nobles études que vous représentez si digne- 
ment. 

Mais votre tâche n'est pas terminée ; elle est de celles 
qui n'ont pas de fin. Les résultats que vous avez obte- 
nus doivent vous être un précieux encouragement 
pour l'avenir. Aux témoignages intimes du devoir ac- 
compli, il m'est particulièrement doux de joindre les 
félicitations du Comité des travaux historiques et 
scientifiques et de vous exprimer les souhaits sincères 
qu'il forme pour la prospérité de la Société archéologi- 
que de Sens. Permettez-moi, dans cette circonstance, 
d'employer la vieille formule romaine : 

ANNOSNOVOSFAVSTOS-FELICESTIBI- 



M. le président donne la parole à M. le comte 
A. de Marsy, directeur de la Société française d'ar- 
chéologie, membre d'honneur de la Société archéolo- 
gique de Sens. 

Discours de M. le comte de Marsy 

Monseigneur, 
Monsieur le Président, 
Mesdames, 
Messieurs, 

Il y a quarante-sept ans, le 21 mai 1847, la Société 
française d'archéologie, conduite par son fondateur, 
Arcisse de Caumont, venait, dans cette ville, tenir le 
quatorzième de ses Congrès. Elle y était accueillie par 
la Société archéologique de Sens, et le président, 



— 29 — 

M. Prou, dont le fils et lepetit-flls n*ont cessé de con- 
server et de développer ces traditions d'érudition qui 
semblent lapanage de certaines familles, prononçait, 
à l'ouverture de cette session, un discours dont vous 
me permettrez de rappeler quelques lignes : 

« Parmi les motifs qui ont déterminé cette savante 

Compagnie — la Société française d'archéologie — à 

choisir Sens pour siège du congrès, les plus graves 

sans doute sont tirés de Timportance historique de 

l'antique cité sénonaise, et des précieux monuments 

qu elle renferme. 

• Mais nous savons, et elle a bien voulu nous Tex- 
primer elle-même, qu'elle a compté aussi pour beau- 
coup le désir de manifester ainsi sa sympathie pour 
nous, de tendre une main amie à une jeune Société, 
dont les essais peuvent attester, du moins, un ardent 
amoar de la science. » 

Et lors de la séance de clôture du congrès, M. Lallier, 
Tun de vos fondateurs, qui fut plusieurs fois appelé à 
diriger vos travaux, exprimait, dans une allocution 
d'ane haute élévation, des sentiments que nous éprou- 
vons tous, et traçait un programme que vous avez lar- 
cement réalisé : 

• Les membres de la Société archéologique de Sens 
s'estiment heureux d'être entrés dans ce mouvement 
général qui porte les esprits vers Tétude du passé. La 
présence du congrès de la Société française donnera 
une nouvelle impulsion à nos travaux. Dans les six 
jours, trop tôt écoulés, que nous venons de passer en- 
semble, nous avons appris à connaître toute Timpor- 
tancô des monuments qui nous entourent... Nous 



— 30 — 

serons soutenus dans ces explorations nouvelles et ré- 
fléchies, par la bienveillance que nous ont témoignée 
MM. les membres adhérents et toutes les personnes 
qui ont suivi nos séances, et par le souvenir des excel- 
lents conseils de tous ces frères que nous ont envoyés 
Caen, Besançon, Bayeux, Tours, Rouen... »» 

« Cette fraternité d'armes, établie désormais entre 
nous, fait, par dessus tout, le charme et le prix de nos 
réunions. Celles-ci seraient moins utiles et moins dési- 
rables, si elles ne devaient créer entre nous des liens 
qui ne périront pas... » Et après avoir exprimé les 
regrets que causerait cette séparation si elle devait être 
définitive, Téminent magistrat ajoutait : 

M Mais iln*en sera pas ainsi. Nous demeurerons unis 
dans une douce communauté de travail et de pensée. 
Les œuvres commencées s'achèveront, il s'en entre- 
prendra de nouvelles. Nous vous suivrons, quoique de 
loin, dans la tâche de conservation que vous avez 
entreprise; nous applaudirons à vos succès, nous aime- 
rons à vous faire part de nos efforts, et, tout en rem- 
plissant les devoirs ordinaires de la vie, nous resterons 
les (ûtoyens du monde immatériel, où la distance et les 
années ne refroidissent pas les cœurs et où les intelli- 
gences ne sauraient être séparées ni par l'espace, ni 
par le temps. »• 

Ces liens, ces rapports, qui datent presque de la 
fondation de votre Société, nous n'avons cessé. Mes- 
sieurs, de les continuer, et si nous ne retrouvons plus 
sur nos listes les noms des organisateurs de ce congrès 
de 1847, MM. Lai lier et Tonnellier père, et ceux de 
M. Challeset du duc de Clermont-Tonnerre, c'est que 



— 31 — 

la mort vous les a enlevés ; mais, jusqu'au dernier 
joar, ils n ont cessé de nous appartenir aussi, et nous 
sommes heureux de voir chaque année quelques-uns 
(les vôtres venir prendre part à nos réunions, réunions 
dans lesquelles ils peuvent retrouver quelques-uns des 
survivants du congrès de 1847 : MM. Léonce de 
Glanviile, Bulliot et Jules de Buyer. 

En quittant Sens, Arcisse de Caumont avait prorois 
à la Société archéologique une nouvelle visite, et, s'il 
ne put personnellement tenir cet engagement, la Société 
française d'archéologie vint, en se rendant à Dijon, le 
29 juin 1852, tenir ici, sous la présidence de M»' Jolly, 
une séance en cx)mmun, avec les Sociétés savantes de 
Sens et Auxerre. 

Cest dans cette réunion que fut formulé un vœu 
pour lacquisition par TEtat du bâtiment de TOfficialité 
dans lequel nous sommes réunis. 

Vous avez bien voulu, Messieurs, demander au direc- 
teur actuel de la Société française d'archéologie de 
venir, à l'occasion de votre cinquantenaire, tenir un 
noaveiiu Congrès dans votre vieille métropole. 

Mais si j'ai été profondément touché de l'invitation 
de Totre président, M. Roblot, je n'ai pas cru pouvoir 
l'accepter, et j'ai pensé qu'il appartenait à la Société 
archéologique de Sens de prendre l'initiative de cette 
réunion, dans laquelle elle nous appelle à suivre avec 
elle le chemin qu'elle a parcouru pendant le demi-siècle 
qui s'est écoulé depuis sa fondation. 

S'est-ce pas à elle, en effet, que revient le droit 
de nous montrer ce musée gallo-romain, aujourd'hui 
l'un des plus riches en France, qui ne se composait, en 



— 32 — 

1«45. que de trente-sept fragments, et qui cumprend 
aujourd'hui quatre cents numéros, musée créé par 
votre initiative, entretenu longtemps avec vos modestes 
ressources, et dont notre confrère, M. Julliot, a entre- 
pris une niagi;jtrale tlescriptiou, que la Société française 
d'archéologie a été heureuse de récompenser, il y a 
deux ans, par une grande médailli> dit vermeil, la plus 
haute des récompenses dont elle puisse disposer. 

Mais je m'arrête, car, en présence de l'émineat épi- 
l^raphiste que M. le Ministre de l'instruction publique 
H désigné pour le représenter à cette solennité, j'oublie 
que mon ami, M. de Villefosse, a seul le droit de vous 
entretenir des monuments rDm;iins de Sens, avec l'au- 
torité qui s'altache à tous ses travaux et de compléter 
la lacune que M. Julliot, par un sentiment de modestie 
exagérée, a laissée dans le rapport si complet qu'il 
vous a présenté. 

Il ne m^apparticnt pas davantage de parler de vos 
publications, mais quand on parcourt lu table qui ter- 
mine le quinzième volume de vos Bulletins et que l'on 
jette les yeux sur le Cartulaire sénonais de Butlhazar 
Taveau, la Chronique de Saint-Pierre-le-Vif, on est 
heureux de constater que vous avez largement tenu les 
engagements que preuaient vos devanciers, et que les 
études historiques comptent maintenant à Sens des 
disciples éclairés et actifs. 

L'abbé Pascal Fenel, s'il revenait au monde, ne 
pourrait plus traiter sa ville natale avec le dédain qu'il 
alt'ectait en écrivant à l'abbé Lebeuf pour l'engager à y 
envoyer quelques exemplaires des Mémoires sur l'hiS' 
toire d'Auxerre. ■ Cependant, que voire libraire ne le 




À 



~ 33 — 

fasse pas sans être sûr débit, car on a* icy un dégoût 
ou une haine pour les lettres qui ne se peut pas conri-< 
prendre. Croiries-vous bien, Monsieur, qu'il y a icy 
nombre de docteurs et de prétendus lettrés qui ne 
m'ont seulement pas fait compliment sur mes prix? Il 
faut sortir d'un pays où les lettres sont si mépri- 
sées (1). » 

Et c est ce que fit Fenel, une fois qu'il fut académi- 
cien; mais, de nos jours, au lieu d'aller à Paris et d y 
étodier l'histoire grecque, il resterait dans vos murs 
pour déchiffrer les inscriptions romaines, heureux d'y 
rencontrer d*aimables lettrés qui, comme Tarchevêque 
Langnet de Gergy, l'encourageraient à achever une 
histoire de Sens. 

Je croyais. Messieurs, n'avoir à prendre la parole 
qo'aa nom de la Société française d'archéologie. Mais 
la distinction aussi exceptionnelle qu'imméritée dont je 
viens d'être l'objet de la part de votre Société, qui m'a 
appelé à occuper une place parmi ses membres d'hon- 
neur, me crée d'abord un nouveau devoir, celui de vous 
eiprimer ma reconnaissance personnelle et de vous 
assurer tout mon dévouement. 

Qq'II me soit permis ensuite d'adresser, au nom de 

la Société française d'archéologie et des confrères qui 

la représentent avec moi, à M. le président et aux 

membres de la Société archéologique de Sens, tous nos 

remerciements pour leur gracieuse invitation à leurs 

n(»ces d'or et de leur offrir nos vœux les plus sincères 

p^»ur l'œuvre qu'ils poursuivent avec autant de zèle. 

;')P. ¥^i\c\ SI Lebouf. LcUre du 22 novembre l7i;J. 

3. 



— 34 — 

Ces nobles paroles provoquent les applaudissement^ 
de l'assistance. 

M. le président donne la parole à M. G. Cotteau, 
correspondant de l'Institut, président de la Société des 
sciences historiques et naturelles de l'Yonne, le savani 
géologue connu du monde entier. 

Dans une brillante et chaleureuse improvisation, 
toute pétillante d'esprit et de verve, M. Cotteau célèbre 
la gloire géologique de Sens et le pur éclat de la craie 
blanche qui, sous le nom d'étage sénonien, se retrouve 
dans toutes les parties du monde et contribue au renom 
universel de la vieille cité. 

Il rappelle le but vers lequel doivent tendre en com- 
mun les recherches des sociétés savantes et la coura- 
geuse initiative de M. Arcisse de Caumont auquel sont 
dus les progrès de l'archéologie et de l'histoire. 

Il invite les membres de ce brillant Congrès archéo- 
logique et particulièrement la Société d'archéologie 
sénonaise au cinquantenaire que la Société savante 
d'Auxerre doit, à son tour, célébrer en 1897. 

Des applaudissements nourris saluent les der- 
nières paroles de l'honorable président de la Société 
d'Auxerre. 

M. le président donne ensuite la parole à M. Charles 
Lucas, membre correspondant de la Société centrale 
des architectes français. 

L'orateur expose d'abord que celle-ci ne pouvait 
refuser l'invitation qui lui était faite, surtout au mo- 
ment où la Société archéologique de Sens est présidée 
par un architecte des plus distingués, M. Benoni 



— 35 — 

Roblot, appartenant à une famille de nos confrères 
dont les œuvres sont bien connues. 

M. Lucas aborde alors son sujet et raconte que 
Cuillaume de Sens, à la fois architecte, sculpteur, 
savant en mécanique et homme de bien, fut appelé, en 
1175, en Angleterre, pour commencer la reconstruc- 
tion de la ca^Aedra/e de Cantorbéry, cathédrale incen- 
diée l'année précédente, quatre ans à peine après le 
meurtre de l'archevêque Thomas Becket, prélat qui, on 
le sait, avait passé à Sens et dans les environs de cette 
TJlle la plus grande partie des années 1164 à 1170. 

D'après un récent plan de grandes dimensions de la 
cathédrale de Cantorbéry, publié dans the Builder de 
Londres en janvier 1891, et que M. Lucas ouvre sur le 
boreau du Congrès en montrant au président. Monsei- 
gneur Ardin, et à Tassistance l'emplacement Martyr- 
km oti fut assassiné Thomas Becket, l'œuvre consi- 
dérable de Guillaume de Sens comprendrait, de Test à 
l'ouest, dans la cathédrale actuelle de Cantorbéry, la 
chapelle circulaire dite Corona or Becket's Crown, la 
ïrinlty C/iapel ou arrière -chœur, et la reconstruction 
du Presbitery ou chœur, ainsi que les croisillons du 
transept oriental (la cathédrale de Cantorbéry ayant 
deux transepts) , mais ces diverses parties réédifiées, 
pour la plupart, sur les substructions de l'ancienne 
cathédrale normande de Tévéque de Lanfranc ; de plus, 
cet ensemble de constructions, facilement reconnais- 
sablés à rinfluence d'éléments d'architecture et de 
sculpture français, a 50 mètres en longueur, 13"50 eu 
largeur et 23 mètres en hauteur. 

C'est en surveillant la construction des voûtes des 



— 3ti — 

opoisillons du transept oriental que Guillaume de Sec:^ 
serait tombé d'un échafaudage, en 1179, et que, apr ^ 
quelques mois de maladie , il serait revenu mou>«|^ 
dans sa patrie, le 11 août 1180^ ayant pour successev^i. 
dans la direction des travaux de la cathédrale c/^ 
Cantorbéry, un de ses aides , William , anglais d© 
naissance. 

Maître Guillaume a-t-il travaillé à la cathédrale de 
Sens, laquelle fut terminée dans son gros œuvre en 
11G8, sous Tépiscopat de Hugues de Toucy ? C'est ce 
qui, quoique plus que probable, ne saurait être affirmé, 
bien que Didron aîné, de Verneilh, Emeric David et 
Viollet le Duc Paient pensé ; dans tous les cas, les 
auteurs anglais — et ils sont nombreux depuis le moine 
Gervais, deCaen, qui écrivait en latin, à Cantorbéry, 
au commencement du xiir siècle, jusqu'à MM. Willis, 
Henri Staiham et the Dictionarij of ArchiieciurCy —les 
auteurs anglais sont unanimes pour reconnaître GaiU 
laume de Sens comme le premier maître d*œuvre chargé 
de la reconstruction de la cathédrale de Cantorbéry. 

Aussi M. Charles Lucas termine-t-il en demandant» 
pour ce confrère du xii« siècle, que le jour où, par les 
soins de la Société archéologique de Sens, une inscrip- 
tion rappellera, sur les murs de la salle Sy^iodale, les 
noms des Sénonais illustres, ne soit pas oublié le nom 
de Guillaume de Sens, architecte, sculpteur et mécani* 
cien de la fin du Xlt siècle , célèbre en Angleterre pour 
y avoir introduit le premier des éléments du style 
gothique dans la reconstruction du chœur de la cathé- 
drale de Cantorbéry. 



— 37 — 
Audition de l'office de Pierre de Corbeil 

Mais voici que SavinienneetPotentienne, les grosses 

cloches de la cathédrale, vieilles de plus de trois siè- 
cles, font entendre leur majestueuse sonnerie et rap- 
pellent à rassemblée qu'après avoir applaudi aux 
discours des savants et des archéologues, il est temps 
d'aller entendre /* chnnteor de Sens (1). Ils veulent 
bien interprêter aujourd'hui l'office composé, au com- 
mencement du XIII' siècle, par l'illustre archevêque de 
Sens, Pierre de Corbeil, pour remplacer, au jour de la 
Circoncision, les fêtes burlesques et scandaleuses, con- 
Does sous le nom de Fêle des fous. 

Longtemps conservé dans le trésor de la cathédrale, 
le manuscrit original de cet office est aujourd'hui 
déposé dans une des vitrines du musée de Sens, il est 
renfermé entre les deux plaques d'un diptyque d'ivoire 
sculpté dans les premiers siècles dé notre ère et connu 
sous le nom de Diptyque de Sens. 

Les scènes, qui sont représentées sur ces plaques, 
sont: 

l* Le lever du soleil : Bacchus-Hélios, debout sur un 
ckarqui sort de l'Océan, vient éclairer diverses scènes 
relatives à la vendange ; 

2* Le lever de ta lune : Diane tauropole, montée sur 
on char que traînent deux taureaux, prête sa douce 
/fl/niereàdes scènes plus tranquilles. 

Jl V<Hr la Icltre île Lo Unuf à Fend, du V.) décL'nihri} I7;i3, sur rctlc 
tpTf^ion firuverbiale. Sens avait élé le siège d'une des trois écoles de 
.'jaiit r'jndccs par l'emiicrcur (iliarleraagne, et l'une des premières églises 
julalmis le 'lâchant, qui était lu mtoif/j/e au xii^ siècle cl aux siècles 

iv.iais. 



L'office religieux de Pierre de Corbeil est précédé de 
quatre hexamètres, qui se chantaient à la porte d* 
l'église : in januis ecciesie. Ils annoncent que les fèt«s 
de c« jour sont les FHes de l'une : Asinnria fcsta, fète^ 
consacrées à la joie et d'ofi la tristesse doit être banni 
prociii omnm inesta. 

Ce prélude ebt suivi d'une prose composée de sepâ 
strophes, de chacune quatre vers, accompagnées dl 
refrain : Hez ! sire asne, lies ! On la connaît sous li 
nom de Prose de l'âne, dont elle est l'apologie. 

On chantait cette prose en s'avançant processionnal^ 
leinent vers le tableau indicateur de l'ordre h suivi 
pendant l'office. C'est ce qu'indique ces mots placés ei 
tète : Conductus ad tabula)». 

Ces deux pièces de poésie ont valu, au manuscrit tooi 
entier, le nom de Missel de t'dne. Elles ne sont cepea- 
dant qu'un hors d'œuvre. Elles n'occupent que la prOi 
luière page; les soixante qui suivent contiennent 
office complet de la fête de la Circoncision, partagé ea 
premières vêpres, compiles, matines, laudes, primo» 
tierce, la messe, sexte, none et secondes vêpres. 

Certains morceaux ont été allongés par des interpo- 
lations, selo[i le goût de l'époque. On les appelait das^ 
morceaux farcis. Trois épitres ainsi interpolées sont' 
placées à la suite de l'office : la première concerne saint 
Etienne; la seconde, saint Jean; et la troisième, les* 
saints Innocents. 

Nous n'insisterons pas davantage sur la compositioi 
de ce manuscrit ; nous renverrons les curieux an] 
i^onscietll;iL■uses études publiées par M. F. liourqueloti 
duns le Hiillctiii i/c ta Socit'lé archéohgiqnc , t. V, pp. 87 



— 39 — 

à 186, et par M. Aimé Chérest, dans le Bulletin de la 
Société des sciences de l'Yonne, t. VII, pp. 7 à 88. 

A quatre heures et demie, la grande nef et les colla- 
téraux de la cathédrale sont remplis par la foule des 
ûvités et des curieuse. La tribune du grand orgue est 
occupée par un chœur de dames sénonaises, le chœur 
de cliant des jeunes filles de la paroisse Saint*Etienne 
et un groupe de violonistes qui ont bien voulu soutenir 
les chants que doit accompagner M. Toudy, organiste 
de la métropole. 

Le chœur de la cathédrale est occupé par divers 
groupes de chanteurs : prêtres, séminaristes, frères de 
la maîtrise, enfants du pensionnat des frères de la 
doctrine chrétienne et de TOrphelinat du Mail et en- 
fants de chœur de la métropole. 
MM. les abbés Baufire, maître de chapelle, et Char- 
traire, membre delà commission des fêtes ^ s'étaient 
partagé lorganisation et l'exécution des chants. 

M. l'abbé Chartraire avait, en outre, été chargé, par 
la commission des fêtes, de publier un livret des mor- 
ceaux qu'on devait exécuter et une courte notice sur 
I l'office de Pierre de Corbeil. Cette brochure, qui se 
trouvait entre les mains de tous les auditeurs, permet- 
taitde suivre le texte des divers morceaux pendant leur 
eiécQtion. 

.Vous ne pouvons ici faire valoir le mérite de chacun 
ie< musiciens, organisateurs, chanteurs et exécutants 
en particulier. Mais il est juste de dire que tous les au- 
diteurs ont été, pendant toute la durée de ce concert 
spirituel, sous le charme d'une harmonie qui pénètre 
Jame et la transporte dans un monde bien supérieur à 



— 40 — 

celui dans lequel nous vivons notre vie ordinaire. Mer 
donc à tous ceux qui, par leurs talents divers, ont 
nous procurer des jouissances aussi vives* et au 
rares. 

Nous pensons être agréable à tous ceux qui ont ^ 
privés du plaisir de cette audition, en publiant ici 
texte des morceaux qui ont été chantés et Votri 
dans lequel ils ont été groupés ; nous regrettons viv< 
nient de ne pouvoir y joindre la musique. 

ENTRÉE 

A la suite d'une entrée magistrale exécutée au grat " 
orgue par M. Sergent, organiste de Notre-Dame 
Paris, dans laquelle il nous fait entendre, comme d^^ 
échos lointains, les modulations de VOrientis pariibu-^^ 
nn quatuor de Mendelssohn est exécuté par dei». ; 
violons, un alto et un violoncelle. 

PREMIÈRE PARTIE 

Des chants, tous pris dans l'office de Pierre de 
Corbeil et arrangés pour la circonstance, se succèdent 
dans Tordre suivant : 

1** Les qvalrc vers qui se chantaient à la porte de 
rEglise, in januis ecclesiae : 

A l'unisson par tous les enfants 

Lux liodic, lux Ictilic! Me judico, Iristis 
Qui«quis crit, romoveiidus erit sollcmpnibus iistis. 
Sint liodio procul iiividic, procul omnia mesia; 
Leta volunl quicum({UO coluiil asinaria (1) foniSL. 

(\) NouB donnons lo texte ùu nian;iscrit originnl ron8i>rvé ilaiis le dip. 
lyi)aodo Sons, ot nouslo feryns imur toule:» l(^s \nw^9 qui suivoiit. Ici, au 
nolMiiuiftii, (A «vaU subelitué lo mut Snoncnsin, 



— 41 — 



i* Les trois strophes, qui suivent sont Vintroduction 
des premières vêpics : 

Un ténor 

Dcus, in adjulorium 
Iiiicnde laborantium, 
Ad do loris remodiumf 
Festina in auxilium. 

Chœur à quatre parties 

In te, Christo, credcntium 
Miscrearis omnium, 
Qui es Dcus in sccula 
Scculorum in gloria. 

Tous à Cunisson 

Ui chorus noslcr psailerc 
Possit, et laudes dicorc 
Tibi, Clirislc, rcx glorio, 
Gloria tibi, Domine. 

3' Chœur de voix de femmes soutenu par des violons 
>t nccompagné par le grand orgue. 

Dans Texécution <le ce morceau, une hymne à la 
.linte Vierge a été substituée à la prose du manuscrit. 
ms plaçons ces deux pièces en regard Tune de 
autre. 



rien lis parti bu s 
Ivcniavit asiiius, 
'cher et fortissimus, 
'cïms aptissimus. 
i .' ^ir asne, hez ! 

in collibiis Siclien 
irntus sub Rubcn 
ii<iit pcr Jordanem 
it in Bctlilceai. Hcz! 



Concordi Uctitià 
Propulsa mœslitiù 
Marice priL^conia 
Recolat Ecclesia 
Virgo Maria f 6«sj î 

Quii3 felici gaiidio, 
Rcsurgcnti filio 
Floruit ut liliuo), 



àO 

^^" T/*' ~^ 



Saltu vincit liinnulos, 
Dagnias ci caprcolos, 
Super dromedarios 
Velox Madianeos. Hez ! 

Âurum de Arabia 
Thus et myrram de Sabba 
Tulit iii ecclesia 
Virtus asinaria. Hez! 

Dum trahit véhicula, 
Multa cum sarciiiula, 
Illius mandibula 
Dura terit pabuta. Hez! 

Cum aristis ordcum 
Comedit et carduum ; 
Triticum a palea 
Scgregat in area. Hez ! 

Âmen dicas^aslne, 
Jam satur ex gramine, 
Âmen, amen itéra 



Vivura cernons filium. 
Virgo Maria ! 

Quam concentu parili 
Chori laudant cœlici. 
Et nos cum cœlestibus 
Novum roelospangimus. 
Virgo Maria ! 

O Regtna virginum, 
Votis fave poscentum 
Et post mortis stadium 
Vitiu <!onf«M' bravium. 
Virgo Maria! 

Gloriosa Trinitas 
Indivisa Unitas 
Ob Mariœ mérita, 
Nos salva per sœcula. 
Virgo Maria! 



Âspernare vetera. Hez ! 

4* Un baryton entonne le Pater et laisse au chœur le 
temps nécessaire pour chanter des passages supplément 
taires. Le morceau ainsi composé est qualifié de farci. 
Des caractères différents distinguent le texte des addi* 
tions. 

Pater noster, fidcni augn fus qui creditnt in tc^ 
Qui es in cœlts, et abysses intueris^ 

Sanctificelur nomcn tuum, in bonitate cleclorunx tuoruni , 
Adveniat regnum tuum, cujus regni non c rit finis ^ 
Sanctiticclur regnum tuum, cujus vajni non crit finis 
Fiat voluntas Uxn^perquani nosfrif/cncris reparata est cittx 
Sicut in celo et in terra, rcqcns, guhvrnansquc, continent 
et stilcaas 



— 43 — 

Panem nostrum cotidianum, pancnx angeloruni 

Da nobis, incorruptibili oeste cireamamietans nos , 

Hodie, nostra ut para pcctora sint et corpora, 

Etdimitte nobis débita nostra, ^o^es cninx cuncta^ 

Sicut et nos dimitiofus debitoribus nostris, ad redimerit 

dapeccata et saloandas anima». 
Et ne nos iriducas in tcmptationcm, ne serpens ilto cal- 

lidm irUrandi temptet adituê, 
Sed libéra nos, et salca nos 
A malo, in perhenni seculoruni tenipore. 

5* Capitale psalmodié par un mezzo^ soprano j et 
réponse du c/iœtir. Ce passage est emprunté aux pre- 
mières vêpres. 

Populus gentium, qui ambulabat in tenebris. vidit lucom 

roagnam. Habitantibus in regione umbre mortis, lux orta 

est eis. 

R- Deo gf ati as, 

6* Evangile de la messe. Solo de ténor et répons da 
chœur, 

f Ooroinus vobiscum. ^ Et cura spirilu tuo. 

F Scquentia sancti Evangelii sccuudum Lucara. 

^ Gloria tibi, Domine! 

ï'i illo tcmporc, postquam consuramati sunt dies octo ut 
cipcumderelur puer, vocatum est nomon ejus Jlicsus, quod 
vooalum est ab angelo, priusquam in utero conciperetur. 

^" Duo de soprano emprunté aux Complies. 

Magnum nomen Domini Emmanuhel, 
Quod anriunciatum est per Gabrihel, 
Hodie apparuit in Israël, 
Per Mariam Virgincm, Rex natus est. 

8' Benedicamus emprunté aux Complies et attribué, 
^^ius certitude, à saint Bernard, 



— 44 — 

Patrcm parii filia, 
l^atrcm ex quo omnia 
Partus hic ex gratia 
Per gratiam traditur et redditur ad patriam. 

Vorbum instar seminis 
Partum format virginis, 
Nicliil ibi crimiiiis. Pcr gratiam... 

Latct sol in svdcrc 
Oricns in vespcrc, 
Arlifex in opère. Pcr gratiam... 

Ccisus est in Immili, 

Solidus in fragili, 

Figulus in Hctili. Per gratiam... 

Venitad nos humilis 

Lucifer mirabilis, 

Pro nobis passibilis. Per gratiam... 

Ergo nostra concio, 
Omni plena gaudio, 
Bcnedicat Domino. Per gratiam... 

Cette première partie se termine par un quatuor 
d'instruments à cordes, deux violons, alto et violon- 
celle : La troisième des sept paroles du Christ sur la 
croix, par Haydn. 

DEUXIÈME PARTIE 

L'ouverture de la seconde partie de l'audition est 
un chef-d'œuvre de Pierre de Corbeil, en l'honneur de 
la sainte Trinité : une hymne tripartite en vers trisyl- 
labiques que le missel intitule simplement Versiculus 
et qui se trouve avant le Magnificat des premières 
vêpres. La partition en musique moderne a été harmo- 



- 45 — 



nisée à la demande de M. Coquard, directeur de l'Insti- 
tut des jeunes aveugles de Paris, par M. Adolphe 
Marty*, professeur de composition et organiste de 
Saint-Francois-Xavier de Paris. Ce Vei^siculu^ était 
primitivement chanté à deux ou troix voix. Nous dispo- 
sions les trois parties de cette hymne en trois colon- 
nes distinctes. 



Versiculus 

Tu sator, 

Creator, 

Aroator, 

Redcmotor, 

Salvator, 

Luxque perpétua ! 

Tu nitop, 

Et dccor, 

Tu candop,- 

Tu spiendor, 

Et odor, 

Quo vivuiit mortua! 

Tu vertex, 
Et apex, 
Regum PCX, 
Legum lex 
Et vindex. 
Tu lux angelica ! 

Quem clamant, 
Adorant, 
Quem laudant, 
Quem cantant, 
Quem amant 
Agmina cclica ! 

2* Sancius farci, tiré de la messe. Un chœur iVhom 
mes répond aux voix des enfant. 

Sancius, Perpciuo numine cuncia regens , 



Trinitas, 
Deilas, 
L'iiiias 
Etcrna ! 

Majestas, 
Potcstas, 
Pietas 
Su(»erna ! 

Sol, lumen 
Et iiumen, 
Cai.'umen, 
Se ni i (a ! 

Lapt>\ Qioris, 
Peira, fons, 
Flumcri, pons. 
Et vita ! 



Tu Theos. 
Et hcros, 
Dives ilos, 
Vivens ros, 
Rcge nos, 
Salva nos, 
Peiniuc nos 
Ad thronos 
Supcpos 
Et vepa gaudia ! 

Tu dccus 
Et viptus, 
Tu justus 
Et vepus, 
Tu sanctus 
Et bonus. 
Tu pectus 
Et suramus 

Dominus, 

Tibit sit glopia ! 



— 46 — 

Sanctus, Régna cujus disponens jure perhenni, 

Sanctus, Consimilis qui bona cuncta nuiris^ 

Dominus, Dcus sabaolh : plcni 8Uiit ccli et terra gloriatua: 

Osanna in excclsis! Benedictus, Marie filiui, qui vciiit ifi no. 

mine Dominiî O Deitas clemenê, scrcorum suspice lauden! 

Flebs tibi mente pia^ fjenitor, dictante sophi/a. jubiietf 
Osanna! Laudibui intenta tibi plebs quoque, Christe re- 

dempior, geminet 
Osanna! Carminis in meta sit Spiritus, et tibi leta tri' 

plicet 
Osanna in cxcelsis! O quanta^ qualis, quam êuaoiê, quom 

beata gloria. Qua complenlur, coniinentur, gubcrnaniur 

omnia ! 

3* Un Versiculus empranté au second nocturne des 
Matines, et qui fait le commencement d*une prose dans 
le missel de Beauvais. 

Qui carnem suropsisti de virgine, 
Accinctus ceisî zona Abralie, 
Te flagitamus dévote. 
Te deprecamur obnixe, 
Nosire cerne, o pater aime, 

Flamina lingue. 

Ecce, incliie 

El gloriose 

Caiene lue, 

Rex, misère. 

5* Une hvmne empruntée aux Matines. Le chant 
alterne avec l'orgme. 

Ave Maria, gratia pteoa, 
Dominu> leoum, eîrjo êerena^ 
Benedicia tu îo mulieribus. 
Que peperisti pac^m hominibus^ 
Et Anjelis g/oriam. 



V 



— 47 — 

Et benedictus fructus vehtris lui, 
Qui coheredes ut essenius sut, 
N^os fecil per gratiam, 

Per hoc autcnx aoe, 
Mundo tani suacc, 
Contra car nis jura 
GcnuisU proienx 
Noou/n Stella sole m 
Noea genltnra. 

Tu paroi et magni 
Leonis et agni, 
Salcatoris Christi 
Templum exiitisti 

Ta floris et roris 
Oois et pastoris, 
Virginum regina, 
Rosa sine spina, 
Genitrix es facta. 

Tu^ cicilas régis justicie^ 
Tu, mater es miscricordie. 
De lacu fecis et mise rie 
Thcophilum reformans glorie! 

Te collaudat celestis curia, 
Tu mater es régis etjilia, 
Per te j'ustis confertur graiia, 
Per te reis donatur tenta, 

Ergo^ maris Stella, 
Vcrbi Dei colla. 
Et salis aurora, 
Pa radt/s i porta , 
Per quani lux est or ta, 
Satum tuum ora. 



— 48 — 

O nos ?o'cai^ a p^cati^ 
Et in re'jnf clariiatÎM, 
Q'to lux lacet serluOj. 
CoU*K*.'î pcr t^eculii. 
A'ncn. 

6* Le morceau final est composé de divers élénients : 
le premier, trois fois répété, est an chœur qui se 
chantait à quatre ou cinq voix en faux bourdon. 

Le second n'est autre que le Conductus ad Ivdas; 
on le chantait après Matines, en se rendant à la récréa- 
tion. Le troisième est le répons bref de Tierce. Le 
quatrième est le Graduel de la messe où le début de ce 
Graduel. 

L^ f'nœmr Hec e^ clara à:e<. claramai riara dierum. 
Uec es: fc^ia d es. fe«Lirum fe^ta dierum, 

No^i.e : c-l*;IiU=i raul^as dUdema dierum (t). 

•. C'MTorrs iT Lrî*os 
l\ ."^'nr^ Niiias o>'i. s.a:u« v^:. :ia:a« c-st Ji\>Jîe Dominu^, 

t^ues lAUr. ÎM.\^*r iws^.uis. 
E; ;arai^«.«k rvâiert-L. 



Sei carr.l* s-n:: *.•:• na^ Jo 

<4aic&: .c*u: lituT^niinm: th^lh^» f*i 'L._i-^:t;^rj.ti ptr ru&lrf iMi cinq thâm^- 

l'iuinraevUiii.iL ii»its^ ;i: r^> u:*. i n^tb^ .* '^b;»^ iLL r^uiE ].«-.« par TalM 
L«>Ba*i'' V^tu-y -? .="-.' -t;^ *T:W. 3 ii*s* t t'k n-kn-tw {or {dus d*aa 



— 49 — 



Les enfants 
Les hommes 
Les enfants 
Les hommes 
L^s enfants 
Les hommes 
Ijcs enfants 
Les hommes 
Ensemble 
Le chœur 
Soprano 
Lje chœur 
Soprano 
Le chœur 
Soprano 
Le chœur 
Un ténor 



Chœur 



Cette 
ceau d'orgue 



lu virginis palatio, 

Ut sponsus de thalamo, 

Processit ex utero. 

Flos de Jcsse vifgula, 

A iructu replet seeulà 

Hune predixit prophctia 

Nascituruai ex Maria 

Quando flos isle nascitur, 

Diabolus confunditur, 

Et moritur mors. 

Et moritur mors ! 

Et moritur morsl 

Hec est clara dies... 

Verbum caro factum est, AUeluya! AUeluya! 

Verbum... 

Et habitavit in nobis 

Ailcluya! AUeluya I 

Gloria patri... 

Verbum... 
Viderunt Emmanuel, patris uuigenitum. 
In ruinam Israhel et salutcm positum, 
Homiiiem in tempore, verbum in principio, 
Urbis quam fundaveral natum in palatio 
Hec est clara dies... 

seconde partie se termine par un grand raor- 



Banquet du 19 juin 1894 



A 7 heures du soir, un banquet de cent couverts 
réunissait les congressistes dans la salle Synodale, à 
laquelle un éclairage nouveau donnait un aspect fée- 
rique. 

Sous les gracieuses arcatures des voûtes, une table, 

4. 



— 50 — 
splendidement chargée, s'étendait, pour ainsi dire, 
perte de vue. 

Les convives odI admiré le menu dessiné pat 
M. Heure, membre libre de la Société arcliéologiqiu 
de Sens. Eu tête se trouvaient les armes de la vill* 
et de l'Eglise de Sens , ainsi qu'une renommée, doBt 
l'étendard portait les noms d'illustres Sénonais. 

M en II 

Potages : Crème de riz Jean Cousin, Consomma 
Tliénard. — HoRs-D 'œuvre ; Bouchées à la Dauphins, 
— RsLEVÉ : Truites saumonées de la Cure, 
Drappès. — Entrées: Escalopes de ris de veau à la 
Condé; Filet de bœuf Brermus à la gelée. — RoTlî 
Poulets nouveaux au cresson ; Jambon sMonais ; Salad< 
russe. — LÉocuEs : Petit pois i la française ; Buia^ 
sons d'écrevisses de la Vanne. — Entremets : Glao^ 
vanille et fraise. — Dessert : Fraises, Cerises, Abri- 
cots, Petits fours. — Vi.vs : Màcon en carafes, Xérès, 
Voliiay, Champagne. — Café et liqueurs. 

Maistre Lbuoime, saulcler rôtisseur, en l'antiqu* 
cité des Sénons. 

En bas de cette liste, le dessinateur avait eu rheu-- 
reuse idée de placer une vue de Sens prise d'un batean 
placé sur l'Yonne et montrant, à gauche, l'église 1I0 
Saint-Maurice avec le portrait d'une ancienne habi-« 
tante de l'ilo d'Yonne. A droite, les maisons étaient 
dominées par la façade de la cathédrale, le palais 
Synodal, et, dans un médaillon, se détachait la statua 
de Jean Cousin. 

Eudn, le revers présentait le» deux plaques du célè- 



— 51 — 

bre diptyque d'ivoire qui contient Toffice composé par 
Pierre de Corbeil pour remplacer la Fête des fous. 

Ce que les convives n*ont pas moins apprécié, ce 
sont les mets succulents, les vins excellents distribués 
par on service irréprochable. 

Att dessert, les toasts ont été nombreux : pendant 
une demi-heure, ce fut un feu roulant de traits d*esprit, 
de compliments et de souhaits. 

Monseigneur TÂrchevèque prononça le discours 
suivant : 

• Messieurs , 

» C^est avec plaisir que j*ai accepté la présidence de 
cette magnifique fête des noces d'or de votre Société 
archéologique. Les hommes éminents qui ont bien 
Toolu s associer à nos joies, et prendre une si belle 
part à vos travaux, emporteront de cette vieille cité, 
j'en suis convaincu, le plus délicieux souvenir. 

■ Mes vénérés prédécesseurs ont vu la naissance et 
raccroisseraent de votre Société; ils lui ont toujours, 
je le sais, prodigué leurs encouragements. Plus heu- 
reux qu'eux, j'ai la satisfaction de proclamer et de 
saluer aujourd'hui sa prospérité en rendant hommage 
àceux d'entre vous, Messieurs, qui l'ont faite ce qu'elle 
est. 

• En répondant à votre gracieuse invitation, je suis 
entré dans l'esprit et dans les traditions de l'épiscopat 
de tous les siècles. 

• L'Eglise, en effet, a toujours été la royale protec- 
trice des arts. Que d'étonnantes merveilles n'a-t-elle 
pas enfantées ? Je suis bien à l'aise pour le proclamer 



— 52 — 

ici, dans cette salle Synodale, près de cette antique 
métropole où il n'est pas une pierre qui n'atteste ce que 
j'avance. Sous son soufflîî inspirateur, la sculpture a 
exercé la magie de son art sur la pierre, le marbre, le 
bois et le bronze. Elle a reproduit ces vieux modèles, 
si justement appréciés, que vous arrachez aux entrailles 
de la terre, où les révolutions des siècles les ont en- 
fouis. 

« Le célèbre musée du Vatican n'est-il pas une pag^^ 
glorieuse de l'histoire des arts, depuis le commence ,^,^^^^ 
ment du monde jusqu'à nos jours ? 

•« La science archéologique donne, à toute intell j^ 
gence réfléchie, de grandes et utiles leçons. Qua^^ 
vous fouillez la terre, pour y découvrir les richesses 
artistiques qu'elle recèle, vous y trouvez le muet récit 
des transformations qu'elle a subies. Chaque page 
nouvelle, dérobée par vos mains à ce livre mystérieux, 
contient l'apologie ou le commentaire d'une page delà 
Bible. 

« C'est une gloire pour vous, Messieurs, d'avoir si 
bifen soutenu, pendant un demi-siècle, votre Société 
archéologique. Elle est maintenant à la hauteur des 
sociétés les plus florissantes. 

« Sans doute, ce n'est point sans peine que vous ay&z 
acquis cette gloire. Mais n'entendez-vous pas Alexand»*e 
s'écrier, sur les bords de l'Hydapse : « Qu'il en cotte 
pour se taire louer par les Athéniens! » Ce grand 
empereur parvient, cepcMidant, à forcer l'admiration des 
peuples par le foudroyant éclat de ses victoires et de 
ses conquêtes. 

- Vos victoires, Messieurs, sont plus pacifiques; vo^ 



— 53 — 

conqaètes n*ont pas le même éclat. Mais les unes et les 
autres n'en sont pas moins brillantes. 

• Sans votre noble passion pour l'art archéologique, 

que de chefs-d'œuvres artistiques ou littéraires, que de 

manuscrits précieux gémiraient de la destinée qui leur 

esi faite! Ils demeureraient privés de soleil, et sans 

asile convenable pour les abriter contre les injures du 

temps. 

• C'est ajuste titre que votre cœur s'émeut d'une 
touchante compassion pour les œuvres d'art en péril. 
Vous avez le grand honneur de les sauver de la des- 
truction qui les menace. Vous avez le mérite de main- 
tenir vivantes nos vieilles traditions sénonaises. et de 
faire connaître les gloires ignorées de l'illustre Eglise 
de Sens. 

• Que ce culte et ce respect de Tart antique et de 
rhiîtoire locale s'épanouissent de plus en plus dans vos 
rangs. Que votre Société soit une tige féconde qui pro- 
duise de merveilleuses fleurs. 

• Je bois à la prospérité de votre œuvre, à son déve- 
loppement. Je fais des vœux pour que de nombreux 
sociétaires viennent grossir votre belle phalange, afin 
que, formant ensemble une armée bien rangée, vous 
puissiez marcher à de nouvelles conquêtes; à ces con- 
quêtes glorieuses qui élargissent le grand domaine de 
la science, et ouvrent aux esprits cultivés comme les 
vôtres de nouveaux et riches horizons. »• 

Ces éloquentes paroles ont été couvertes d'applaudis- 
sements. 

M. Roblot, président de la Société archéologique de 
Sens, prend la parole à son tour. 



- Messieurs, 

" Tantôt, j'ai eu l'honneur de vous souhaiter la bii 
venae. Laissez-moi, ce soir, lever mon verre à votï 
santé. 

■ A la fin de ces agapes amicales et de ce banqi 
confraternel, je ne saurais mieux exprimer ma grati 
tude envers nos visiteurs qu'en leur souhaitant te pi 
mier des biens. L'honneur que nous avons à vous r« 
voir, Mesdames, Messieurs, et vous, Messieurs 1 
délégués, se double ce soir d'un sentiment plus întii 
mais aussi doux au cœur : l'amitié. 

• Je suis sbr que tous les membres de notre Comp 
gnie l'éprouvent en ce moment à votre endroit ; et J 
ne crois pas me tromper en devinant que vous nous i 
rendez bien. 

• Choquons donc nos verres, comme la coutume s't 
est maintenue dans les familles de ce pays, A la saDJ 
de nos visiteurs et de nos délégués, et iiermettez-mw 
Messieurs, d'associer à mon toast. Monsieur le Ministn 
de l'instruction publique qui a bien voulu se joindre 
nos fêtes en la personne de son éminent représentant^ 
M. Héron de Villefosse. 

> Je bois aussi aux Sociétés de Meaux, de Melun, 
Gàlinais et à celle des Sciences historiques et natU' 
relies de l'Yonne. Le distingué président de cette dePî 
nière Société vient de nous exprimer son désir de nom 
voir participer, à Auxerre, dans trois années, au cii 
quantenaire d^ sa Compagnie, H peut être assuré qM 
les archéologues sénonais se feront le plus grand plaisÏR 
de prendre [lart aux fêtes qui seront données û Auxeri 



srrd 



— 55 — 

à cette occasion. Ils savent qu'ils y rencontreront l'ac- 
cueil cordial et la science aimable. 

• Je bois à M. le comte de Marsy, qui représente ici 
\a grande Société française d'archéologie, dont Texis- 
tence, commencée avec M. de Caumont, s'est pour- 
smvie jusqu'ici, semant la bonne parole. 

• Je bois à tous ceux, Messieurs qui, de près ou de 
loin, ont participé à nos fêtes et contribué à leur donner 
l'éclat que vous voulez bien leur reconnaître. »• 

M. Héron de Villefosse se lève et obtient un véri- 
table succès dans le toast qu'il porte à M. Gustave 
Julliot, qui personnifie l'archéologie sénonaise depuis 
trente ans, et, en célébrant les mérites de M. Julliot, 
I en redisant les services qu'il a rendus à son pays et, 
bien plus, à la science historique en général, il n'a fait 
qu'exprimer le-? sentiments de reconnaissance et d'es- 
time que tous les Sénonais professent pour leur savant 
compatriote. 

M. Julliot adresse ses remerciements à M. de Ville- 
fosse; il félicite ensuite tous les membres de la com- 
mission et en particulier M. Louvrier, président Je 
cette commission. Il insiste sur le talent avec lequel les 
musiciens et les chanteurs ont interprété les divers 
morceaux de l'office de Pierre de Corbeil. 

Aunom de la Société du Gàtinais, M. Quesvers porte 
un toast à la Société de Sens et à la seconde jeunesse 
quelle recommence aujourd'hui avec tant d'éclat. 

M.Charles Lucas, délégué de la Société centrale des 
architectes français, boit aux architectes etauxarchéo- 
lojoes, lesquels élèvent, étudient et restaurent les ca- 

tbedrales, et au clergé, auquel, depuis un quart de 



— 56 — 

siècle, on apprend, dans les séminaires, à les apprécier 
et à les conserver. 

M. Tabbé Duchesne, heureux de se trouver dans la 
métropole de Sens, dont Thistoire est intimement liée 
à celle de la mère patrie, dans cette métropole de Sens, 
*qui fut, pendant le moyen âge, la plus importante des 
Gaules, félicite les archéologues sénonais de faire 
revivre les vieilles traditions de leurs ancêtres, dont il 
a toujours admiré le patriotisme. 11 ajoute que les 
Sénonais ne sont pas moins iSns gourmets que fins musi« 
ciens, et que, par la façon dont le diner a été formulé 
et exécuté, il a pu se faire une idée de Thabileté avec 
laquelle les cuisiniers du Brenn sénon ont jadis fait 
rôtir les oies du Capitole. 

M. Cotteau, qui a reçu un accueil empressé et sym- 
pathique, dû à la fois à sa personne et à son titre de 
président de la Société des sciences historiques et 
naturelles de l'Yonne, convie la Société de Sens et 
toute l'assistance à la célébration des noces d'or de la 
Société auxerroise, qui se feront dans trois ans. Cette 
invitation est accueillie par des vivats. 

Après tous les toasts, les conversations reprennent 
leur cours interrompu. Puis les congressistes quittent 
la salle et se donnent rendez-vous pour le lendemain. 

DEUXIÈME JOURNÉE (20 JUIN 1894) 

Le lendemain, mercredi, dès huit heures du matin, 
tous les délégués, auxquels s'étaient joints de nom- 
breux habitants de la ville, se trouvaient réunis dans 
la salle Synodale. Afin d'éviter des pertes de temps et 



— 57 — 

YMïT faciliter à tous le moyen d*en tendre les explica* 
lions, sans donner trop de fatigue aux personnes qui 
ont bien voulu se mettre à la disposition des visiteurs, 
on convient de se partager en groupes, qui visiteront 
successivement le musée du palais synodal, la cathé- 
drale, le trésor métropolitain, le musée gallo-romain 
et le musée municipal. 

MM. Roblot, Julliot, Chartraire et Duflot ont accepté 
de servir de guides aux visiteurs et seront jusqu'à 
midi à leor disposition. 

A une heure après midi, on se réunit de nouveau 
pour entendre la lecture des mémoires annoncés. 
Monseigneur Ardin préside l'assemblée aussi nom- 
breuse que la veille. On écoute avec le plus vif intérêt 
les lectures suivantes : (1) 

!• M. Edmond le Blant, ouvre la séance par la lec- 
ture d'un mémoire intitulé : les Inscriptions du camée 
dit le Jupiter du trésor de Chartres : 

2* M. Tabbé Duchesne, membre de l'Institut, direc- 

feur adjoint à l'Ecole pratique des Hautes «Etudes, 

professeur à l'Institut catholique : Wilchaire de Sens, 

arclieréque des Gaules et le Martyrologe hiéronijmien ; 

3* M. Molard, archiviste de l'Yonne, membre des 

Sociétés de Sens et d'Auxerre : Lettres de rémission 

accordées à des Sénonais au X V' sii^cle ; 

4* M. G. Ducoudray, professeur honoraire, membre 
libre de la Société archéologique de Sens, le journal 
historique de Jacques Chaumoret, chanoine de U Eglise de 
Sras ; 

i; T'M.it««s ri»< lerlurus sonl publiées dans la sccoude parlio de ce 



— 58 — 

5* M. Maurice Prou, bibliothécaire au Cabinet des 
médailles, membre de la Société des antiquaires de 
France, membre libre de la Société archéologique de 
Sens : Etude sur les chartes de fondation de l'abbaije de 
Saint-Pierre-lc'Vif ; — le diplôme de Clovisetla charte 
de Théodechilde ; 

6" M. Maurice Lecomte, membre delà Société d'his- 
toire et d'archéologie de Provins : Etude d'hUtoirc «tx| 
philologie, Yonne et Seine-et-Marne; 

7" M. Paul Quesvers, membre de la Société hista 
que duGàtinais : Deux chanoines de SetisauXVI'siét^ 
Dumont et Fativelet ; 

S' M. le comte de Marsy. directeur de la Société 
française d'archéologie : Un voyage à Sens au X M' siècle; 

9° M. Camille Enlart, ancien membre de l'Ii^cote de 
Rome, bibliothécaire à l'Ecole des Beaux-Arts : les 
Origines bourguignoncs de l'architecture golhifjae e» 
Italie. 



M. C. Enlart. extrait d'un livre (1) qu'il vient c 
blier quelques remarques sur l'influence de TarchitCt 
ture bourguignonne en Italie à la fin du un' et au xiii* 
siècle. Cette influence s'esi produite grâce à l'expansion 
de l'ordre de Citeaux. auquel on doit les premiers monu- 
ments gothiques de 1 Italie. Le plus ancien est FéglisA 
de Fossanova, Idiie au sud des Marais-Poniins, de 
11U7 à lâ08; c'est un édifice de transition, ayant des 
voûtes d'uréles comme celles de Pontaubert , près 
Avallon ; un chevet rectangulaire percé de trois fenâ- 

(11 Ofiyine» fr^nçtitut île Van'liilivliire unlhique vn //bIic, P«ri>, 
TJjurlfl, ISOl, iiiHS Xtl-:):.s p., 34 |il. Iiurs loiM vl 131 %. lOiWoth.O 



— 59 — 

très et d'une rose comme ceux de Nuits-sous-Beaune 
et de Montréal ; une tour centrale octogone analogue à 
celle de Saint-Cydroine, et des chapiteaux semblables à 
ceux du chœur de la Madeleine de Vézelay. L'église de 
Casamari, élevée dans la même région et consacrée en 
1217, offre les mêmes dispositions, mais elle est entiè- 
rement voûtée d'ogives. Son porche est tout à fait sem- 
blable à celui de Saint-Philibert de Dijon, et les roses 
de ses pignons à celles de la cathédrale de Lan grès. De 
1218 à 1300, les moines de Casamari ont élevé, en 
Toscane, l'église de San-Galgano, qui reproduit la 
même architecture, et les moines de San-Galgano, à 
leur tour, ont été les premiers architectes de la cathé- 
drale de Sienne, prototype du style gothique toscan. 
C'est à leur école que Jean et Nicolas de Pise paraissent 
s'être formés. En même temps, une foule d'églises go- 
thiques s'élevaient dans les Etats Romains, sous l'in- 
flaence de l'abbaye de Fossanova, qui possédait une 
école (studium artium) où s'enseignait l'architecture. 
Toutes ces églises procèdent de l'architecture bourgui- 
gnonne : c'est ainsi qu'elles ont presque toutes, entre 
autres détails, la corniche à modillons taillés latéra- 
lement en quart de cercle, et des supports à encorbel- 
lement, formé d'un simple cône renversé, tels qu'on en 
voit à Pontigny, Michery, Fontenay, Saint-Bénigne 
<le Dijon (transept), etc. 

Mais les Cisterciens n'ont pas été les seuls importa- 
teurs du style gothique en Italie. Dès la fin du xii^ siè- 
cle, les chanoines du Saint-Sépulcre ont élevé,à Barletta, 
enPouille, une église de ce style peu développé encore, 
^' est vrai. Cet édifice appartient sans partage à l'écolç 



— 62 — 

Cousin. M. le comte de Raigecourt a fait aux visiteurs 
le plus gracieux accueil, et la Société archéologique lui 
en témoigne toute sa reconnaissance. Enfin, un troi- 
sième groupe s^est rendu à Vallery, pour y visiter les 
restes du château et surtout le tombeau de Henri II de 
Bourbon, prince de Condé. 

Le vendredi 22 juin, plus de cent personnes ont pris 
part à l'excursion ayant pour but la visite de Téglise de 
Saint-Florentin et ses vitraux, et, au retour, celle du 
monastère et de l'abbatiale de Pontigny. 

Ici s'arrêtait le programme, mais d'intrépides 
archéologues ont cru devoir visiter Saint-Julien-du- 
Sault, Joigny, Pierre-Pertuis, Saint-Père, Vézelay et 
Auxerre. 



) 



( 



MÉMOIRES 



LUS A LA SEANCE 



DU MERCRKDI 20 JUIN 1894 



LES INSCRIPTIONS I)U CAMÉE 



DIT 



LE JUPITER DU TRÉSOR DE CHARTRES 



La pierre dont je vais dire quelques mots est Tune 
Jes plus précieuses de celles que possède le Cabinet 
^6s Médailles. C'est un camée antique représentant 
Jupiter debout, tenant d'une main la foudre, de l'autre 
ïïn sceptre ; aux pieds du dieu est l'aigle qui le carac- 
térise. Le roi Charles V a fait présent de cet onyx à 
'a cathédrale de Chartres, ainsi qu'en témoigne l'in- 
^ription en lettres d'émail, gravée au bas de la mon- 
ture: 

f Charles . roy . de . France, 
fllz . du . roy . Jehan . donna . 
ce . jouyau . Tan . m . ccc . Ixvii . 
le . quart . an . de . son . règne . 

^ur la partie antérieure du cadre d'or qui entoure le 
camée, on lit ces mots, en capitales gothiques : 

lEXYS • AVTEM ' TRANSIENS ' PER ' MEDIVM * ILLOKVM * 
IBAT* ET* DEDIT * PACEM ' EIS * SI ' ERGO * ME ' QVERITIS ' 
SINITE • HOS • ABIRE . 

Ao revers de la sertissure sont écrits, sur deux 



— 4 — 

lignes, les deux premiers versets de Tévangile de saint 
Jean et le commencement du troisième : 

f IN PRmCIPlO . ERAT : VERBV. M I ET : VERBUM : ERAT : 
APVD : DEVM : ET I DEVS : ERAT : EVRBVM (sic) HOC I ERAT : IN 
PRINCIPIO : APVD 

+ DEVM : OMNIA : PER : IPSVM : FACTA : SUNT : ET SINE V 

IPSO : FACTVM : EST : NicHiL : QVOD : FACTVM : sBT (sic) Ui ^ 
ipso: 

Le camée de Chartres est mentionné dans plusietif^ 
documents anciens. Le premier, qui parait avoir été 
écrit vers Tannée 1540, est un inventaire de la chAs&e 
dans laquelle cette pierre était encastrée. Elle y est 
désignée comme il suit : <« Une agate en ovale garn/e 
•« tout autour d'or et de grosses perles embellie de la. 
« figure du dieu tenant de la main droite la foudre et 
« de la gauche une lance et un oyseau à ses pieds. * 
En 1578, une fausse interprétation du sujet fait nom-' 
mer la même pierre « le camahiè de saine Jeh" ». Cette 
erreur ne paraît avoir été toutefois qu'un fait isolé, car, 
en 1G82, comme plus tard, en 1726 et en 1793, les 
pièces où Ton mentionne notre camée portent qu'il re~ 
présente un Jupiter (1). 

Une courte notice consacrée à cette agate dans le 
Trésor de nioaisinatlquc et de glyptique en parle comme 
il suit : ** La mouture en or émaillé qui Tentoure portait^ 
« en enciidrenient, sur les deux faces, les premières- 
« versets de l'Evangile suivant saint Jean : Inprincipi 
« crat verbiinif etc., ce qui prouve assez que dans 1^ 

(1) De Mki.y, le Trésor de Chartres, p. 34, 110, 117, 119; Babelox, 
Cabinet des antiques à la Bibliothèque nationatc, p. 170. 



— 5 — 

temps d'ignorance on avait pris Jupiter pour un saint 

» Jean, à cause de l'aigle qui accompagne ordinaire- 

• ment la figure de cet évangéliste (1). »• Il y a dans 

ces mots une inexactitude, car, ainsi qu'on vient de le 

\oir, le début de l'évangile de saint Jean ne figure 

point des deux côtés de la monture, mais seulement à 

son revers, c'est-à-dire du côté où ne se trouve pas Tef- 

figie. En ce qui touche le lien que M. Lenormant a 

voulu reconnaître entre la fausse interprétation du 

sujet et l'inscription faite sur la monture des mots in 

PRiNCiPio ERAT vERBVM, ctc, je ne saurais être d'accord 

avec le savant antiquaire et ceux qui Tout suivi dans 

cette voie (2) . 

Que par une méprise autrefois très fréquente, quel- 
qu'un ait vu, en 1578, l'image de saint Jean dans celle 
de Jupiter, il n'y a rien en cela qui nous doive étonner 
et iâ représentation de l'aigle aux pieds du dieu sufiit à 
le faire comprendre; mais que l'on ait, dans la même 
pensée, et plus de deux siècles avant que nous trouvions 
une marque de cette erreur, inscrit, non sur la face 
principale de la sertissure, mais seulement à son revers, 
les premiers mots du quatrième évangile , je ne 
saurais l'admettre, et c'est dans un autre ordre d'idées 
que je chercherai la raison de leur présence. 

A mes yeux, le joyau de Chartres a dû être, comme 
nous le voyons si souvent au moyen âge, considéré 
comme doué d'une vertu talisraanique. J'en relève une 

1 Tr.'.sor f/<» nuniism,itiquc^ yonvelle (falcrh mylliolofj'uiue, p. l'A, 
:;2 Chvkulim.et, Cataloijxœ ries camt'es et jnerrcs (iravrcs de lu Dihlio- 

fft^jit.' iiniH'rialc, ri' i; Scunerm\ns, Intailles antuiucs em/Woi/écs au 

"i'-j'-i A'jo, j,. h t'I (187 2, in-8") elc. 



— 6 — 

première preuve dans cette légende du sceau magique 
appelé le Pentacle de*Salomon et qui, comme la mon- 
ture de notre camée, réunit un passage du chapitre K 
de l'évangile de saint Jean : et vekbvm caro factvm 
EST, au verset de saint Luc, si fréquemment répété dans 
les recueils cabalistiques : f iesvs avtem f tkansiens 
PER MEDiVM f ILLORVM 1BAT. Deux de ces écrits apocry- 
phes, attribués aux papes saint Léon et Honorius III, 
VEnchiridion et le Gremoire (I), donnent la figure du 
même Pentacle, en fournissant d'autres exemples de la 
réunion de ces paroles à des textes tenus pour posséder 
une vertu préservatrice (2). Que, dans la pensée des an- 
ciens, elles aient eu, même prises isolément, un tel 
pouvoir, c'est ce que je vais essayer de montrer, en les 
examinant les unes après les autres. 

La première des légendes gravées sur la sertissure 
du camée de Chartres est un passage au commentaire 
duquel les Pères de l'Eglise se sont peu arrêtés, mais 
dont nos ancêtres ont souvent fait usage; c'est celui où, 
seul d'entre les évangélistes, saint Luc raconte com- 
ment le Seigneur échappa sain et sauf aux mains des 
Juifs qui voulaient le précipiter du haut d'une mon- 
tagne : Jésus auiem transiens per médium illorum 
ibat (3). Celui qui portait avec lui ou qui possédait une 
amulette ofi se lisaient ces mots se croj'ait assuré contre 
le danger ainsi que l'avait été le Christ. La reproduc- 

(1} Hnrhirûiiim l.onniH papa*^ p. l.'î (Hihiiotli. do rArsciial. si'ionws el 
arlj«, îi* \'.VM) ; iifrmoimhi ;>a/x* llfmorhis,;ivro un rcruoil th's plus rnres 
arcrvtn, p. '2\ (|i'»70, avec rindiration liclivc de Home). 

;.'; <!i deî<sinis p 7. 

(:J) Luc. IV, 3:. 



\ 



— 7 — 

tion en était des plus fréquentes ; je les retrouve sur des 
monoaies dont elles faisaient autant de talismans et 
daus plusieurs passages de VEnchiridion du pseudo saint 
Léon, parmi les formules propres à détourner « les périls 
da monde (i). » Ces paroles sont également inscrites 
sarune bague d'or du xv* siècle que possède le Cabinet 
des médailles (2), et sur une autre sorte de monuments 
anciens dont j'aurai à m'occuper ailleurs. 

La seconde des phrases que porte la monture de notre 
camée : si.ergo.me.qveritis, est tirée de la Passion 
racontée par saint Jean. Ce sont les paroles du Christ 
demandant à la troupe venue pour le saisir que Ion 
narréte pas ses disciples (3). Elles figurent très sou- 
Tentdans les textes cabalistiques et parfois à côté du 
verset : Jésus autem transiens,., (4). Le souvenir des 
apôtres échappés au danger semblait devoir porter 
bonne chance. C'est ce qu'explique nettement ce pas- 
sage de X Enchiridion du pape Léon : « Domine Jesu 

• Chmiij fili Dei vivi, qui hora tux sacratissimx pas- 

• sionis quierentibus te dixisii : quem qu^ritisl Quo 

• audxto tua virtutc ceeiderunt. Sic eripcre me velis a 

• manibus inimicorum meorum et ab eoruni pravis 

• cmsiliis et dicas eis : « Sinite hune abire illxstcm, »» ne 

lU.iauW ou Ertrltirhlion de pru'res contenant las sept Psninnos pèni' 
i'i!ivix,ilkerst's oraisons de Lëon^pnpe^ p. Ô7; cf. p. 3;) cl W (Lyon, l JU'*, 
Bill. nalioD. Invenlaire, B \Î592). 

.' Cliab'.lirnipt, (\italoffue des camées et pierres firnvces de la Bihlio- 
l'-'-r-r iiDiffriale, n*^ "27 1 S. 

• Jo!i. XVIII, 8. 

• M.iiniel ou fCnrliiridion de prières contenant les sept Psnn- 
"* i''niii'nH.ittx, direrscs oraisons de Léon pape, p. 92, de. (Lyon, 






't. 



— 8 — 

« valeant contra me (1) » L'accusé qui, mis à la torture 
répétait à voix basse les paroles du Christ : Si me quss 
ritis, s'endormait, disait-on, sous la main du bourrea 
et ne ressentait aucune souffrance (2). Je les retrouv 
sur une» plaque de cuivre gravée au xiv* siècle et qui 
selon toute apparence, ne peut être qu'une amulette ($ 
Il me reste à parler des mots In principio erat Ve^ 
bum que porte à son revers la monture du camée ^ 
Chartres. C'est à l'antiquité même que remonte la coj 
fiance en sa vertu surnaturelle. Saint Augustin constat 
que, de son temps, les malades s'appliquaient sur U 
tète l'évangile de saint Jean (4) et, plus tard, si nous er 
croyons un vieux livre d'Hector Boethius, la Scotorun 
Historiaf la puissance de ce texte contre l'esprit malii 
était souveraine. « Une jeune fille, belle, de haute nais 
« sance et qui avait, y lisons-nous, repoussé de noble 

(1) Ibid.f p. T)?. 

(?) HiPPOLYTUS DE Marsigliis, Practica rcrnm criminaliitm , r» l'2, ree 
(1532, in-f.) 

(3) Gay, Gloaftairc archéologique du moyen Age et de la rcn&iMance^ T . 
p. 633. 

(4) Tractntus VII in Johannem, c. XII, Deux de mes savants confrère 
qui ont bien voulu s'intéresser h ma petite rocliorclie, me signalent d 
marques do la perpétuation de cet antique usage. M do Boislislo m'indiqii> 
dans son édition d(< Saint-Simon (t. IX, p. G5),. un passage où il est ques 
tion d'une dame de Saint-Hérom qui se faisait dire des évangiles sur J 
tête. A celte mention M. de Boislisle avait joint la note suivante, en rcii 
voyant au diclionnairo de Fureliôres (mol Evangile ) ul à celui de LiUr 
(inrtno mol ^ n® ô) : « Aujourd'liui encore, dans certaines régions, en guis 
«le cén'îmonie propitiatoire, le prêtre récite le commenccmnnt de l'évangile cl 
Saint Jean, en tenant un pan de son élole sur la tt^le de l'intéressé. » Tut: 
les ans, me dit M. (Mnont ii Saint Sébastien, près d'Kvreux, le lundi do T 
l'rntcfôlo et le jeudi de la Fête-Dieu, à l'occasion d'un pèlerinage, pi 
sieurs prêtres, il va peu de temps encore, étendaient le lK)ut de leur él»j 
sur la têto des ]»clerins agenouillés, en récitant l'évangile do Saint Jt 



— 9 — 

prétendants, fut fréquentée par un démon. Un signe 
matériel fit reconnaître sa faute. Contrainte par ses 
parents de nommer son séducteur, elle déclara 
qu'un jeune homme d'une beauté merveilleuse ve- 
nait la trouver de nuit, quelquefois même de jour, 
mais qa*elle ne pouvait savoir ni d'où il venait ni 
comment il se retirait. On ne crut guère à cette ré- 
ponse et Ion se résolut à chercher celui qui avait dé- 
tourné la malheureuse enfant. Avertis un soir par 
une servante que le coupable était dans la maison, 
les parents firent fermer les portes, prirent des tor- 
ches et, pénétrant auprès de leur fille, ils trouvèrent 
dans ses bras un monstre d'aspect horrible dont le 
TJsage n'avait rien d'humain. Dans le nombre de 
ceux qui accoururent à cet effroyable spectacle, était 
un prêtre savant et vénérable ; pendant que d'autres 
s'enfuyaient éperdus ou demeuraient glacés par 
l'épouvante, il récita l'évangile de saint Jean, et, 
quand il fut venu au passage : Verbum caro factum 
est, le démon, jetant un grand cri, s'enfuit par le 
plafond de la chambre qu'il laissa toute en feu fl). •» 
Les fidèles ne s'armaient pas seuls des paroles ins- 
crites au début du quatrième évangile. Elles se ren- 
contrent souvent dans les livres cabalistiques. UEn- 
chiridion, édité en 1584, et, comme je l'ai déjà dit, le 
f}ré)noire de 1670 les associent au verset de saint Luc : 
Jms autem transiens.,. (2). Elles s'y trouvent aussi 
isolément indiquées comme douées d'une valeur surna- 



■I) ^Monun hixtoria, lib. VIII. f* cLiv v» (Ed. de 152(1). 
- KnrMruiion, p. IIO; Grémoirc^ p. '21. 



— iO — 

turelle (1). Un autre livre de cette sorte, imprimé en 
1630, dit que Ton portait au cou des amulettes conte- 
nant les premiers mots du même évangile (2) . J'ajoute 
qu'en 1602, lors d'une attaque tentée contre Genève, 
des soldats savoyards s'étaient munis de charmes por- 
tant des croix, le nom du Christ et celui de la Vierge, 
des caractères cabalistiques et le verset : hi principio 
erai Verbum, Au bas était écrit : « Quiconque portera 
cette cédule ne pourra périr aujourd'hui ni par l'eau 
ni par le glaive (3) ; »» ce qui se vérifia, dit l'auteur, 
car ces soldats, pris par les Genevois, furent pend »s^ 
L'une des vertus prêtées au texte de saint Jean éLi^ 
de protéger les chrétiens contre la foudre. De mes ii k 
pressions d'enfance, il m'est resté un très vif souvenir; 
c'est celui de ma suprise avoir, quand il tonnait, s'nje- 
nouiller en récitant le chapitre : « Au commenceniont 
était le Verbe... » Quel était, n'osais-je demander, le 
lien entre les mots de ce texte où il n'est rien dit da i 
tonnerre et le danger contre lequel on cherchait à se 
prémunir? Cette pratique était ancienne, car un pas- 
sage du livre de Thiers, le Traité des superstitions, la 



(1) (in'nnniro, p l.'i ut 7.'>. 

('!) Trhwin wnijiruin airr ^rrri'htntm mn(jironim ojiUh^ p. ?*2r), (FrADOK 
furli, 1030, in-8*;i ; cf. ('Kjdiîlmanmis, Tractnltis tir. inntjiH^ etc., p. tW! 
(Nr)riiiihergJiî, 107»») ; Cianipiiii, Vrtrrn monhnfntiif l III, p. 95 ; Friji,i 
Mmnarir di Mon:,!, (. I. p. 3'» ; Allo^rjin/.n, 0/»»/«ri//i nnuliti, p. 60| 
OaiUM'lIicri, I}v si-rrrlnriis linn-ltm- Vul'u';tii:p, l. I, p. 314.) 

(.1) SnhiKl'n l'h.'irninutKli Cnrulns .Mlohrox, sivr tttt :ulrnntn AUobr^ 

ifum in nrlirm (irnt'r.nn histm-in^ HlO:}, in-'i". !)«• ro livn* fort ranï et qot 

ji' n'ai pli nMicoiitriT, im <*\lrail : si; Inmv»! Mans l'ouvrage rie Bcrn.'f^aicriii, 

H\ Tiitili (irrniani.t '/»/,r.s7/'</M'< nnsfcUnnc.i: ^ ililîi.'slj() XXXIX. (Argeft-; 

inrali. LViO.; 



( 



— Id- 
iote, avec de long détails, comme employée pour dé- 
tourner la fondre (1). 

Un de ces écrits apocryphes, qu'il ne faut pas crain- 
dre de consulter dans les questions de l'espèce, jettera 
peut-être quelque lumière sur le problème dont se 
préoccupait mon enfance. Il est dit, aux Actes des 
Apôtres, que, parmi les sept fidèles élus pour distribuer 
à chacun des chrétiens ce qui lui était nécessaire, se 
trouvait un juste nommé Prochore. Sur ce personnage, 
comme sur tant d'autres nommés en passant dans les 
livres saints, l'imagination des anciens s'est largement 
donné carrière. On en a fait un compagnon de saint 
Jean et Tun des témoins des miracles faits par Tapôtre 
ao cours de ses voyages. « Arrivé au sommet de la 
« montagne de Patmos» le saint, raconte Métaphraste, 
■ se tint debout comme Samuel , éleva les mains 
• comme Moïse et tendit toutes les forces de son àme 
■ vers l'objet sacré de ses désirs. Qu'advint-il alors ? 

• Le tonnerre et la foudre remplirent Tespace de fracas 

* et de flammes. Ainsi en fut-il quand Moïse se trouva 
« en présence de Dieu et reçut de ses mains les tables 

de la loi. Prochore, la face contre terre, demeurait 
éperdu devant ce prodige ; mais Jean était debout et 
impassible, car Tamour de Dieu avait banni chez lui 
tonte terreur; et ce fut, à la fin, le roulement du 
tonnerre même qui fit entendre ces paroles : hi 
principio erat Verbum, et Verbiim erat apud Deum 
et De us erat Verbum (2). » 
Est-ce dans ce récit, est-ce dans un texte parallèle 

1^ FAlt'um ôc 1641, I. I. p. Vil cl 478. 

■-■ >:.riu5, -7 <JcC. \'ifn B, Joanuia apostoli, § 10. 



— 12 — 

de rapocnrphe intiruiè fKstorra Prochori il), est-c^t 
ce qai me semble plas «loaTeux. <lans le nom de • Bo* 
naergeîi. * c*est-à-*iire * dis du tonnerre, » donné pa^ 
le Christ a saint Jean ;'2 . qu'il faut chercher le lien t«^ 
par nos aïeux entre les fracas du tonnerre et le débat 
du quatrième évanirile ? A-c-on pense que ces paroles 
entendues à Pathmos dans le grondement de la foudre 
en devaient conjurer les etfets ? Je ne saurais le dire. Il 
y a là toutefois, me parair-il. un rapprochement encore 
non signalé dont on pourrait tenir compte. 

Avec les trois passa^res inscrits sur la monture du 
ramée de Chartres, les mots : J^'sus œutem traïuiens.,. 
Si me qu^rifis,.. In principio erat Verbum.,,, il en était 
d'autres encore auxquels on attribuait une vertu sur- 
naturelle. 

Tels étaient entre autres : 

Les vers contenant les noms des Mages qui furent, 
pendant de longs siècles, tenus pour propres à arrêter 
les attaques de 1 epilepsie (3) : 

Le mot Ananisapta qui devait écarter la mort (4): 



'\) lliitlorin Prr/chori, ChriAti ttiAiiituli^ ilr rita , miraculis et Oissuni" 
jtfiotn' li. JoaiiièiM ap'tMtoh. fiihlif,fh retertan Pntnnn^ «"d. Lugiluiii, t. II, 
p. 00.) Voir, sur 1»? faux I*r j<h«»nis, Victor Guérin, iX*jjcri;»/io« ♦<<? l'Ut 
fif VntinoM, p VI, 
(2) Marr. III, 7: (-r. Ilioroii. In Daniel, c. l. 

(Ij M<'?* \oh'it Hur (fiirlt/uf/t furmules r.ihnlistitinrH. i licruo .ii'c/iro(o- 
tliifUf . jarivi<T l^'.»', p ♦»<)., 

»; Ihiil., p. .»7, !/irn|MTalri*'o Kli^abrlh. rr'nnne «l'AIlterl II, omixTcur 
HAlIciiiiifcnf* (pli iiioiiriit en W'M)^ cifl n^prescMilée daiià une ancienne 
iinatfr, (MirlMiit nur la |M>ilrinr une lar^l* hand«.> ou s^iul insi'rils les mois : 
\NMS\|*T\ hl'./ (Ilrrruoll, /•ni.-»ro//<rrvi ininripiim Austriop, t. III, (>ar5 1, 
pi. M r( p. ixwii ili*ii l'rolégoniuiies, ;i*tMiilion, 177:(, iii*r'). 



— 13 — 

Les noms des deux larrons de l'Evangile, le verset : 
Osnoncomminuetis eœ eo, dont on s'armait contre la 
souffrance (1) ; 

Les formules cabalistiques propres à préserver dans 
les combats et à assurer la victoire (2) ; 

Le passage du Symbole : Homo foetus^ est, qui était 
teoa pour posséder une valeur protectrice (3). 

Des objets sur lesquels se lisent ces paroles et 
d'autres de même sorte se trouvent dans nos musées 
et dans les collections particulières ; il en est, dans le 
seul Cabinet des Médailles, trois qui, jusqu'à cette 
heure, n'avaient pas appelé l'attention : le camée de 
Chartres, une bague d'or citée plus haut et la grande 



;i) Notes sur quelques formules cabalistiques (Revue archéologique , 

Tol.cité, p. 56). 

[i] ÏA Sole sur quelques anciens talismans de bataille. (Mémoires de 
l'Acâtlèmie (les inscriptions, l. XXXIV, 2* partie, p. 113-123.) Aux objets 
etfuriDuies cités dans ce travail pour montrer la croyance de nos pères à 
'Je« amulettes protectrices des coinhattants, il faut ajouter les images gra- 
v«fsur (les pierres que mentionnent les anciens Lapidaires (Th. Wright, 
.\n:hipli>tjia, L XXX, p. 449, 450, 454, 455, 457). En ce qui louche l'anti- 
quiié, je noterai qu'au dire de Piularque, Sylla, lorsqu'il allait combattre, 
portait dans son sein et couvrait de baisers une statuette d'or d'Apollon. 
:>Vf'ï. c. x\ix.) Rappelons encore que, chez les Germains, la figure du 
anglier était tenue pour un talisman de bataille (Tacit. Gcrmania, XIV), 
"jiiii temps de Pline, l'agate et une pierre appelée Alectorie passaient, 
fozx^ oale voit plus lard, au moyen âge, pour assurer la victoire. (Plin. 
H*', liât. XXXVII, 54 : Pannier, Lapidaires français des A7/«, XIII' et 
XIV* sh't'Acji. p. 148.) 

[o Ma Sote sur une médaille d'argent de la Bibliothèque nationale, 
lîifrue numismatique, 1891, p. 249. J Trinum magicum, aive secretorum 
jn^Konm opus, p. 226 : a Uti aumletis ad collum suspensis quibus 
ifliîrr.pium esi Symbolum apostolorum vel initium Evangclii Johannis, vcl 
i^âaimi alicujus particula contra incantamenta et d»momum spcctra. a 



— 14 — 

médaille d'argent provenant de la collection Fillon. 
D'autres, sans doute, existent encore non signalés^ et, 
pour ceux d*entre nous qui se plaisent à l'étude des 
croyances d'autrefois, il ne saurait être sans intérêt de 
rechercher ces curieuses épaves d'un passé naguère 
encore vivant. 

Edmond LE BLANT. 



WILCHAIRE DE SENS 



ARCHEVÊQUE DES GAULES 



En 769, il se tint à Rome un grand concile dont la 
oonvocation avait été motivée par une élection ponti- 
ficale irréguUère. Les princes francs, Charles et Car- 
loman, sollicités de faire participer leur épiscopat à 
ces délibérations importantes, envoyèrent une députa- 
lion «le Jouze évèques, choisis parmi les plus éprouvés, 
les plus versés dans les saintes Ecritures et dans le 
i droit canonique. C'étaient les évoques de Tours , 
Bourges, Narbonne, Lyon, Langres, Reims, Noyon, 
\miens, Meaux, Mayence, Worms, Wurtzbourg. Cette 
Imputation fat conduite par Tévèque de Sens, Vulcha- 
riuSy qui prend, dans les écritures du concile, le titre 
5pé<:ial d'archevêque des Gaules : Archiepiscopus pro" 
rmciœ Gallinrum, 

Ce titre et la prépondérance qu'il implique posent 
une question dont on n'a pas, je crois, tenu assez 
compte. D'une part nous sommes habitués, par un 
usaire qui remonte à plus de mille ans, à considérer 
comme équivalents les titres d'archevêque et de mé- 



— 16 — 

tropolitain ; que le titulaire du siège de Sens porte, 
dans un document du viii* siècle, la qualité d'arche- 
vêque, cela nous parait tout simple, Sens ayant été, 
depuis la fin du iv* siècle, une métropole ecclésiastique. 
D'autre part, le titre imposant de primat des Gaules 
et de Germanie, lui aussi consacré par des documents 
d'une antiquité plus que millénaire, nous empêche de 
concevoir de Tétonnement quand nous entendons par- 
ler d*un archevêque des Gaules siégeant à Sens. 

Cependant cela n'est pas aussi simple qu'il parait 
d'abord. Entre Tannée 876, où l'archevêque Anségis^ 
reçut du'pape Jean VIII son diplôme primatial, e:^. _ 
Tannée 769, où Wilchaire porte le titre d'archevêqi^ 
des Gaules, il y a tout un siècle de réformes ecclési^^^ 
tiques. Anségise est dans ce que, nous autres an'ti^ 
quaires, nous pourrions appeler la tradition nouvelle - 
Wilchaire appartient encore à l'ancien monde, et c'est 
là ce qui fait l'intérêt de son cas. 

Sous les princes mérovingiens, comme aux deroi<trs 
temps de l'empire romain, il y avait en Gaule des 
sièges épiscopaux tout court et des sièges^ métropoli- 
tains. Les titulaires de ceux-ci se qualifiaient d'ejïir— 
copus mctropolïtanus, o\x de metropolis; aucun d'eas 
ne prenait le titre d'archevêque. 

Entre les métropolitains, il n'y avait aucune hiérat»*— 
chie; tout ce que Ton peut constater, c'est une certak'nc 
préséance reconnue à celui de Lyon vers la fin <ii 
vi^ siècle et au siècle suivant. 

Ce défaut d'organisation n'était pas sans incor^^^ 
nient. Quant les princes carolingiens Carlomaiz^ 
Pépin le Bref entreprirent de remédier à Tafi''^c*etu 



— 17 — 

décadence daiis laquelle étaient tombées les institutions 
ecclésiastiques, ils ne tardèrent pas à constater que 
leurs évêques, déshabitués de l'action commune, isolés 
les uns des autres, privés de toute direction supérieure, 
ne pourraient les aider que, faiblement. Dans cette 
détresse, ils eurent Tidée de s'adresser à saint Boniface, 
vicaire du Saint-Siège pour les pays transrhénans. 
Saint Boniface ne prit pas le titre à'afc/iiepiscopiùs, ni 
surtout à'archiepiscopus GalUarum, mais il en exerça 
certainement les fonctions. 

On voit, dans sa correspondance et dans les autres 
documents du temps, que le titre d'arcinepiscupvs 
n'était encore employé que pour désigner des évéques, 
métropolitains ou n^n, qui avaient reçu le pallium. 
C'est dans ces conditions qu'il fut porté par. saint Chro- 
degang de Metz, à qui le pape Etienne II donna le 
pallium en 7d4, Tannée même où Boniface disparais- 
sait dans sa mission de Frise. Chrodegang est connu 
pour je rôle spécial qu'il joua, après saint Bonitace, 
dans l'œuvre de la réforme du clergé. Il semble bien 
Que son action ait été soutenue non seulement par sa 
valeur personnelle, mais par une autorité spéciale et 
hors ligne. Paul Diacre rapporte qu'il consacra « un très 
grand nombre d'évèques en diverses cités; ♦» ce n'était 
pas, en ce temps-là du moins, l'affaire des simples 
eveques; je ne sais même si les termes dont se sert 
Paul Diacre ne donnent pas lieu de conclure à une 
activitéplus que métropolitaine. En effet, on ne constate 
^ans la province de Trêves , que quatre changements 
^évéques pendant son épiscopat. Ce ne sont pas là les 
^piscopi quam plurimi dont parle Paul Diacre. Chro- 

2 



— 18 — 

degang a donc exercé son autorité dans un res 
plus étendu que ceux des métropolitains, dans un 
sort analogue à celui de saint Boniface. Du reste 
concile d'Attigny, tenu vers Tannée 765, on le 
présider une assemblée de 27 évéques, parmi losq 
ceux de Mayence, Sens, Rouen, Besançon, Tours 
y avait même là un autre prélat décoré du palli 
Willichaire de Vienne, devenu évêque de Sion et a 
de Saint- Maurice. Et comme évèque et comme déc 
du pallium, ce Willichaire était bien plus ancien 
Chrodegang : cependant il reste dans le rang. 

Chrodegang mourut en 766 ; nous ne savons pas 
prit le titre d'archevêque des Gaules ; mais il pai 
bien en avoir eu le rang et la fonction. Trois 
après sa mort , nous trouvons à la tête d*une dé 
tation de Tépiscopat franc, dans laquelle figurent 
ou sept métropolitains, un personnage qui porte d< 
dément le titre. La chronologie semble indiquer 
certaine continuité : à Boniface succède Chrodegjin 
Chrodegang Wilchaire. 

Et ce n'est pas seulement en 769 qu'on voit ce 
nier dans une situation absolument hors ligne et uni< 
Nous le retrouvons, avec son titre à' archiepisco\ 
mentionné dans la correspondance du pape Had 
avec Charleraagne, comme intermédiaire diplomatie 
en 775 ^i), en 780. Quelques années plus tard, ei 
785 et 791, Wilchaire suggéra au pape l'idée d'envo 
dans l'Espagne sarrasine un évêque muni de pouvc 
spéciaux, analogues à ceux que saint Boniface a^ 

(Ij Jaffé, 2il3, 2429. 



— 19 — 

exercés en B.ivière et en Souabe. Cet évêque, Egila, 

hi ordonné par lui Wilchaire, avec l'assentiment du 

pape ; c est du pape et de lui qu'il tenait son autorité. 

Celte mission, il est vrai, ne réussit pas ; mais nous 

avons deux lettres pontificales qui s y rapportent (i), 

Wilchaire y est appelé expressément archiepiscopus 

Galiwrum, provincix Galliarum, Il fait bien l'effet non 

pas d'un métropolitain quelconque, non pas d*un prélat 

pins ou moins décoré, mais du chef oiBciel de Tépisco- 

pat franc. 

En ce temps-là, il n*y avait plus de métropolitains ; 
Cbarlemagne travaillait, il est vrai, à la renaissance de 
cette institution, mais il n*y parvint pas. tout de suite. 
Une fois les métropolitains reparus, l'institution tem- 
poraire représentée, avec des titres divers, par Boni- 
face, Chrodegang, Wilchaire, perdit sa raison d'être 
et tomba d'elle-même. Ce fut en vain que l'empereur 
Louis fit attribuer des titres spéciaux à son frère 
Drogon, évêque de Metz, et que Charles le Chauve en 
agit de même à l'égard d'Anségise de Sens. Les métro- 
politains s'opposèrent énergiquenient à l'établissement 
de toute primatie effective. 

II 

Une autre question se pose à propos de Wilchaire 
de Sens : c'est celle de son origine. 

Lorsque le pape Etienne II vint en France, en 754, 

pour conclure avec le roi Pépin la célèbre alliance qui 

' fut, pendant de longs siècles, l'une des bases du droit 



— 20 — 

public européen, il était accompagné de plusiei 
membres du clergé de Rome et de deux évêques subi 
bicaires : Tévêque d'Ostie , Georges, et Tévêque 
Nomentum, Wilchairc (1). Georges resta auprès 
Pépin le Bref; il fut pourvu de révéché d'Amiei 
qu'il cumula quelque temps avec celui d'Ostie, si bi 
que, dans les deux textes que nous avons du concile 
769, l'un le qualifie d'évêque d'Ostie , l'autre d'évéq 
d'Amiens. De retour en France, il continua à sep^ 
d'intermédiaire entre le pape et le roi franc; daj 
une lettre de l'année 782, le pape Hadrien, écrivar 
à Charlemagne, parle de l'évêque Georges comme étar 
à la fois Franc et Romain. 

L'autre compagnon d'Etienne II, Wilchaire de Ne 
mentum, ne fut pas moins mêlé que Georges aux négc 
ciations de ces temps-là. La correspondance des pape 
Etienne II et Paul le mentionne souvent. En 755, 
est renvoyé de Rome en France pour instruire le r 
de la perfidie d'Astolfe ; il parait être resté auprès - 
Pépin, car, au commencement de 757, Etienne 
demande qu'on le lui renvoie. Le roi insista sans doa 
pour le garder, car, un an après, le pape Paul, au li 
de le réclamer de nouveau, le recommande à la bon 
du prince. Dans les années suivantes, nous le trouvoi 
à Rome à deux reprises, mais de passage, comme et 
voyé du roi des Francs. Entre ces deux séjours, ur 
autre lettre de Paul le suppose résidant en France; 
pape le charge de célébrer une ordination d'évêque. 

De tous ces faits, il semble que l'on peut déduire, in 

(1) Liber po/l^, l. I, p. 44G. 



— 21 — 

comme chose absolument démontrée, mais comme une 
conjecture très probable, que Wilchaire de Nomentum 
finit par échanger son siège suburbicaire contre Tévêché 
métropolitain de Sens, tout comme Georges d'Ostie 
avait passé de cet évêché à celui d'Amiens. 

Ces deux cas, du reste, ne sont pas les seuls. Pour 
une œuvre de réforme ecclésiastique, comme celle qui 
s'imposait au temps de Pépin et de Charlemagne, il 
fallait avant tout du personnel. Plus tard on en tira 
d'Angleterre ; au début, les clercs et moines anglais 
qui passaient sur le continent étaient plutôt attirés 
par les œuvres de saint Boniface : ils se consacraient 
aux missions de Germanie. Du reste, il était plus na- 
turel de songer à Rome, qui avait sans doute beaucoup 
souffert de la barbarie du temps, mais dont les res- 
sources ecclésiastiques étaient encore considérables. 
Aussi le roi Pépin se montrait-il très accueillant aux 
clercs romains: quand on lui en envoyait en am'iassade, 
il les retenait quelquefois. Constantin II, en 7G8, dut 
réclamer deux prêtres, Marin et Pierre, qui s'oubliaient 
à la cour franque. Un frère du roi, Rémi, métropolitain 
de Rouen, avait fait venir de Rome le sous-directeur 
de l'école des chantres, pour former son clergé aux 
bonnes traditions musicales. Ce ne fut pas sans peine 
qu'on le décida à s'en séparer. 

Voilà, messieurs, ce que les documents bien épars 
de cette période obscure nous apprennent sur Torigine, 
le rôle, la situation, les titres de l'archevêque Wil- 
'liaire. Cest un clerc romain, un évêque suburbicaire, 
umies principaux conseillers du pape Etienne II; il a 
pn>; une part importante aux graves négociations d'où 



— 22 — 
sont sorties la fondation de Tétat pontifical, l*alliance < 



entre la papauté et la maison carolingienne, et plu 
tard la restauration de Terapire d'Occident. Fixé e^ 
France, il a prêté son concours non seulement a^ 
maintien des engagements pris, mais aussi à l'œuvi^^, 
religieuse de la réforme du christianisme dans not^^^ 
pays. A cet égard, il nous apparaît comme un contini^,^ — 
teur de saint Boniface et de saint Chrodegang. Comm^ 
ces deux grands évéques, il a été pourvu d*une situation 
hors ligne ; il a été le chef de Tépiscopat franc. Cette 
situation ne dérivait pas du siège épiscopal qui lui fut 
assigné ; elle était inhérente à sa personne. Cependant 
cet archiepiscopus G'flliarum a été métropolitain de 
Sens ; vous avez sur lui des droits tout spéciaux ; il vous 
appartient. Aussi ai-je cru bien faire en vous parlant 
un peu de lui. 

Abbé DUCHESNE. 



LE MARTYROLOGE 



HIÉRONYMIEN 



)Ia seconde communication ne concerne plus le 
diocèse de Sens, mais celui d*Âuxerre. J'aurais pu la 
réserver pour une cérémonie analogue à celle-ci, à 
laquelle nos confrères d'Âuxerre nous ont aimablement 
conviés; mais comme il faudra l'attendre encore trois 
ans et que je veux vous offrir une primeur, elle aurait, 
d'ici là, le temps de se défraîchir ; je préfère donc vous 
la servir tout de suite. 

II s'agit du premier exemplaire de la nouvelle édi- 
tion du Martyrologe hiérony mien. Ce document, de la 
plus haute importance pour les études hagiographiques, 
a des attaches toutes particulières avec le pays auxer- 
rois. Voiri, en peu de mots, quelle est son histoire. 

Vers le milieu du iv« siècle, un compilateur inconnu, 
qui vivait en Asie-Mineure, probablement à Nicomé- 
die. entreprit d'extraire des œuvres d'Eusèbe et des 
calendriers des grandes églises, les commémorations 
de martyrs qui s'y trouvaient consignées et d'en faire 
une .sorte de calendrier universel ou de martyrologe. 
Onr ans plus tard, en Italie, ce premier martyrologe 
fui traduit du grec en latin et complété par l'accession 
«l'un très ancien calendrier romain, de listes très 



aieaioratii»ii5 .'Hidiiv»»? ». ' ••rraenr m jtMieral, mais 
sairont L .'îtaiie. '.''ir ii:t^ .iiTiju .iitenure^. -.'erte edi- 
"iim '.atitie m .u:ir"''*r'*ioiie Tîmuit. rbrr ►fteniiue» 
•oraine f* 'leui le .e iir*». ''xi uacee sous le aom 'k 

Aacun uauuïor::. ii ie '-«linL'ii zrecque, ni «le le- 
•liriou .atiue ;)r[iiL:ivi*. : •■^•^r-i-tin* .taùeuue, ae **est 
ron^sen'rî ;ut*iii i •luu^. ^lai? ■* ex.re .raiieii tinit pai 
fnmi'iiir -t^s .Vi.Dt*î? ■•**ï'^ -e> inmiêres jmieei^ du ro 
tjijnrnia. il *iMui>a lUi ■uam> f lu -ler: i'.Vtixem;. qa 
enavprir ie .e .•►*ù.aian* *a f uetraur lu ouuninc poa 
la ij.iiiie. D»* ^in\ riv-iii -r^'i-ir me T^.nsienie editioi 
«h)iir nous .iv.nis iii zniiii .itaiiDP" i'-*xemplain**, poa 
la plupait NT' .iin*ie!i>. «>•? --Xr*!!!!}! aires turent oau 
reliemenr «'oiupiete-: ian> .e< iivhinjes loraiire» où lo 
♦*iir lîi'irasit)!! <t»^ - -fu ^rv.r Ll :i -e ii '^^r pas un 'seul q( 
ne n«m.i ait •••.ii^epvrî i** ir:^:!^'!^»^^ :iiâi«ranon.> *ar I 
cuire -i^is ^^•aiar.'; i.:«:aax. ienuis m '-"S ^li^ri*^. 

r*e?*t lie ':e pre:u.*^i' :uar'vr .i- :i'f ^le 'leciveat lou 
Ie?( aiirres, .-irux i-^ br-ir? . : Ai'.ri, 'iT'^uarl, etc 
mèrne le marryroîu'j^r r-ui.ua iioraeilemeuc en asag< 
(\ni fuf. Compila par le oa'-i.aal Bawnius. 

Tomme voma Ir \*}\'-/., Messieurs, la reJaotion auxe 
roi?«e fîHf. roiniii*^ U orrarre «le tout le développe luei 
marf} rologi<^|ue. Tou^ le.:» courants antérieurs qui noi 
ont. ;ipporîe lf;s dtîJ>ris des calendriers antiques soi 
vi-niiH H^î nînnir a Auxerre pour reprendre ensuite lei 
lunrrho. à frav^îTs les :^i«*cles «lu moyen âge. Que 
/jir;ii«'nf t'U' I*"* ^'/Torts d«îs anciens dans ce domaine <i 
«;ciriin* rt. di; tradition, ils iragissent maintenant qv 



— 25 — 

par rintermédiaire de Tœuvre auxerroise; c'est égale- 
ment à celle-ci que se rattache, comme à un point d® 
départ, tout ce qui s'est fait en Occident depuis la fin 
du VI* siècle. 

Il était très important que les savants spéciaux fus- 
sent mis à même, par une édition aussi exacte que 
p<:>ssible, d'étudier cette recension auxerroise et d en 
suivre la tradition paléographique. C'est ce que nous 
avons voulu faire, M. de Rossi et moi. Il est tout 
naturel aussi que les prémices de notre travail soient 
présentées aux représentants de la tradition ecclésias- 

• 

tique et scientifique d'Auxerre : l'oiseau revient ains^ 
â son vieux nid. En prononçant le nom de M. de Rossi, 
je ne dois pas omettre de dire qu'il doit éveiller chez 
vous une sympathie toute spéciale. C'est en travaillant 
à cette édition du martyrologe que l'illustre savant ro- 
main a été frappé de la maladie qui met présentement 
Jes bornes à son activité (i). En son nom et au mien 
je vous offre notre premier exemplaire. Je ne sais à 
quel dépôt public il devra être confié; mais la personne 
â «jui il doit être remis d'abord est toute désignée par 
la natui-e des choses : je le dépose entre les mains de 
re>êque d'Auxerre. 

Abbé DUCHESNE 



1 M. th: i;«jî?<i t-rst iiiorl depuis, lo *20 3«j|iltMiibrc 18'J4. 



LE JOURNAL HISTORIQUE 

DE JACQUES CHAUMORET 



CHANOINE DE l'ÉGLISE DE SENS 



Comme le temps donne plus de prix aux moindres 
souvenirs do l'enfance, il accuse le relief et accroît 
rintérêt des détails se rapportant aux siècles passés. A 
ce titre nous devons être reconnaissants à un bon 
chanoine de l'église de Sens, du xvii* siècle, Jacques 
Chaumoret, d'avoir employé les loisirs de sa vieillesse 
à composer non pas un vrai Journal historique, comme i 
rindique le titre de son œuvre, mais de simples éphé- | 
mérides. 

Ce journal est manuscrit. Il est omis dans la liste < 
qui a été publiée dans le tome VI du Catalogue général , 
des manuscrits des bibliothèques de France. Un de 
mes amis, M. Paul d'Estrée, bien connu des chercheurs 
et des curieux, me l'avait signalé dans le fonds des 
manuscrits de la bibliothèque de TArsenal, où il est 
conservé, sous la cote 5771. Ce journal se compose de 
quatre registres, un par trimestre. Chaque registre 
contient (le î)2 à î)5 feuillets presque tous écrits seule- 
ment sur le recto. Les éphémérides s'égrènent sans 
ordre, 'lu v'' au xvii* siècle de l'ère chrétienne, et dé- 



— 27 — 

t un travail de patience plutôt que de véritable 
tioii. Jacques Chaumoret avait voulu noter, pour 
18 jour de Tannée, un souvenir emprunté à This- 

générale ou à Thistoire locale. Il n*a rien écrit 
3mplet ni de bien original, ni pour Tune ni pour 
re. Pour l'histoire générale, il copie Mézerai ou 
^lasette. Pour l'histoire locale, il a mis à contribu- 
les inventaires de Taveau, les ouvrages de Hugues 
\oud(l) imprimés en 1687, le manuscrit de l>riot, 
^ervé à la bibliothèque de Sens (2), celui de Fenel 
e Leriche. Ce dernier, qui existe à la bibliothèque 
aierre, a peut-être servi de modèle à notre auteur, 
s s arrête à 1709 (3); les notes de Chaumoret se 
rsui vent jusqu'en 1718. Sans exagérer son impor- 
e, on peut dire que ce journal manuscrit fournira 
archéologues des indications dont plusieurs sont 
linement inédites, surtout celles qui viennent du 
iirnage de l'auteur, parlant de ce qu'il a vu et 
int la description des édifices tels qu'ils étaient 
a tenaps. Peut-être pardon nera-t-on au bon cha- 

sa brièveté et ses naïvetés, en raison des pré- 
renseignements qui évoquent souvent dans notre 
i visiun nette du passé, 
lues Chaumoret était né le 4 janvier 1639. Il 



'•.LE* Mathoïtd. Do verA Scnonwn orUfinc CliristinnA^ adveraùfi 
< 'te L<iiiuay. rriticna o/>u»»rra//one« disscrtatio. lii-4* Parisis, 
wX.VII, Ctliilttfiiis ;nrlitrpisrttftnrum Seiutuensium, MDCLXXXVIII. 
i.'T. yt»'lnn*joH hiMttrinucH sur fa villf de Scn«, ses antiquités, ses 
.1-^, nM:iHȔllis par J. Lerirlie. 

■ nh-ii'r .v'-iifni.iis^ tni reciu'il d'épliénuTidcs form«' pur le clianoine 
-:i.i:i ;::V!rit, tToO. CB'l^lioUiètpie «l'Auxerre.) 



— 2« — 

n'a pas manqué, ou le pense bien, dénoter, au railiea 
des événements de son époque, celui de sa naissance (1)« 
Il nous détaille sa famille. Son père, Germain ChaumcH 
ret, bourgeois de Paris, remplissait les fonctions de 
receveur des rentes à Tliôtel de ville et mourut en 
1662. Sa mère, Marguerite Pierret, s*éteignit dans ai| 
âge très avancé, en 1688. Tous deux, le bon chanoiae 
insiste sur ce point, étaient originaires de Sens. Ilf 
eurent le mérite d'élever dou^e enfants, sept garçooi 
et cinq filles. Parmi les garçons, deux se vouèrent i - 
TEglise : Jacques, l'auteur de notre manuscrit, paii " 
Jean-Baptiste Chaumoret. Parmi les filles, Tune em- -. 
brassa la vie religieuse et mourut à Tabbaye dt> 
Montmartre le 8 janvier 1708, d'une hydropisie quil*-} 
tourmenta pendant deux ans et pour laquelle, dit smr. 
frère, « elle eut à souff*rir (il les a comptées) vinj 
et une ponctions avec une joie et une patience qui oi 
édifié toute la communauté. » 

Jacques Chaumoret fut à Sens curé de Saint-Di( 
pendant quatorze ans, puis durant quatorze ans aai 
curé de Nangis. Après vingt-huit années de vie actii 
consacrée au ministère paroissial, il se reposa avec 
jouissance d'une pension de deux cents livres sur 
cure de Nangis et d'un bénéfice de chanoine du tri 
de Sens. Son frère Jean-Baptiste Chaumoret lui avi 

(1) A janvier 10:59. c Co jour 1039, Jacques (iliaumorel, fils de Gei 
Cliauinori'l ri de Margiu-rib» Pierrot, ses père el mère, vint au monde, 
iiianly, survoilU' di? l'Kpiphanie. (jrtave des SS. Iniioc(?nls, fêle de 
Titr, discipU? de saint Paul, sur les fi heures du malin, et fut iMiplttè 
iniMiic jour, sur li's ,'> licun^s du soir, à la paroisse de Sainl Roraato 
S(MJs, par M. l'aul lUcIicr «pii rlail curé-clianoino de Notre-Dame 



rKgli><) di.' Sens. » 



l 



^. 29 — 

nccédé comme curé de Saint-Didier, et c'est à Jui, car 
\ y contribua de la plus grande partie de ses deniers, 
quon doit la construction du chœur de cette église 
Saint-Didier (1), restaurée de nos jours grâce aux li- 
béralités d'un des plus savants membres de la Société 
archéologique de la première heure, Pierre Giguet, et 
en dernier lieu, de Mademoiselle de Meaupou. Les 
temps nouveaux se raccordent ainsi avec les temps an- 
ciens, et les pieuses traditions ne sont point perdues 
d?jks la ville de Sens. 

Dans Tintervalle des occupations canoniales, Jacques 
Cbaamoret rédigea son manuscrit interrompu en 1718. 
Est ce la date de sa mort? Je ne le pense pas, car quel- 
ques notes ajoutées à certains feuillets, d'une écriture 
ferme et jeune, paraissent Tavoir été sous sa dictée 
postérieurement à Tannée 1718. J'ai, cependant, de la 
peine à croire qu'il ait réalisé le rêve, sans doutç en- 
trevu par lui, de devenir centenaire. Et si je suppose 
Iq'iI a caressé cette illusion, c'est qu'il ouvre précisé- 
lent son manuscrit par une liste assez longue de pér- 
inées ayant vécu cent ans et au delà, et qu'il forniu- 
lit ainsi comme un désir de rivaliser avec ces privi- 
•tries de la vieillesse. 

I :i* avril 1083. « Ce môme jour, un vendredi, fut par Cliarb's le Boi- 
-x.' ijin »ine rJe S#»n3 et pré<*liaulro à la place de (Charles Denis, posée avec 
• «t'.v.ii «mi-s aiX'outumecs la première pierre du chœur de l'église Saint- 
'il r. t»âtit' j»ar le» soins cl pour la plus grande pirlio do ses deniers^ 

Jt'in Hapti-t»,' Chaiiiiioret, mon frère puisné et mon successeur m ladite 
n*. /.'iiujt» ii l'eM «Miciinj dans celle de Nangis, dans lescpielles j'ai été 
L'Jaiil MUiZt-lmii ans, quatorze ù la première, quatorze à la seconde, sur 
î'i»'ll«';.ii. .ivo/! J<* raiionical du trésor a parte suiistra, une pension 

.'•'t) livres. •• 



— 30 — 

Bien qu'ayant embrassé dans son plan, les faits (J^ 
Thistoire civile et religieuse, Jacques Ciiaumoret con- 
sacra peu de place à Thistoire civile. On trouve pour- 
tant dans son manuscrit quelques notes sur rhôpital 
des p3stiférés, situé entre le faubourg Saint-Didier et 
Tabbaye de Sainte-Colombe, sur le cimetière de THôtel- 
Dieu, près de l'Eglise Saint-Didier, sur le marché 
établi au Clos-le-Ro^ et les arbres plantés sur cette 
promenade en 1718, • avec sièges pour se reposer r, 
sur le petit Hôtel-Dieu qui se trouvait près de la porte 
Commune et qui fut démolie en 1358 lorsqu'on fortifia 
de nouveau la ville durant la captivité du roi Jean. 
Ce petit Hôtel-Dieu fut réédiflé près de Saint-Pierre-Ie 
Rond. Puis en 1675, - ce même hôpital ayant été pro- 
fané par les soldats du régiment d'Anjou qui, malgré le 
maire et les échevins, firent de ce lieu sacré leur corp» 
de garde et jouèrent aux dés sur Tautel, les gouverneur» 
du grand Hôtel-Dieu le firent abattre. *• Mention qui 
jette un jour singulier sur la licence des soldats en plein 
règne de Louis XIV, licence maintes fois relatée par 
les écrivains du temps, et si grande que les villes fraa- 
çaises redoutaient comme un fléau lepassagede troupes 
françaises. 

D'autre part, Jacques Chaumoret nous édifie sur 
Tintime union et la concorde qui régnaient entre le 
clergé, le corps de ville, les notables, les commerçants, 
le peuple, et qui se manifestaient dans des procession» 
répétées, magnifiques, soit aux grandes fêtes, soit pour 
la réparation du vol de la sainte Coupe en 1541, soit 
pour les plantations de croix, comme celle qui attira 
un concours immense aux Vaux-Martoires {vallis mar- 



— 31 — 

tfum) le 6 mai 1698. On en faisait aussi à Toccasion 
des maladies graves comme la peste terrible de 1483, 
(flï dépeupla la ville de Sens ; on en fit eu 1709, le 9 juin, 
i l'occasion des blés et gerbes gelés. Chaumoret nous 
parle même d'une autre procession générale, le 12 août 
1714, à cause d'une mortalité universelle sur les bœufs 
et les vaches, et. chose plus extraordinaire, à cause 
d'une pluie de sang qui serait tombée le 1'^ juin 1617 
sur nie de Saint-Maurice (1). Chaumoret partage et 
reproduit les sentiments naifs de son époque et, d'après 
le manuscrit de Driot, raconte sérieusement que le 
2 janvier 1599 on entendit pendant matines, dans 
l'Eglise de Sens, un si effroyable bruit l'espace de trois 
quarts d'heure que l'ofSce cessa et que les chantres ne 
savaient où se réfugier, le bruit les poursuivant partout 
où ils tâchaient de se sauver (2). Sauf quelques traits 
qui du xvi* et du xvii* siècle nous reportent ainsi au 
moyen âge, Chaumoret ne donne point trop de place 
aux légendes et aux superstitions. Il est de son temps. 
Il est surtout, si je puis m'exprimer ainsi, de son 
Eglise et de son Chapitre. Chanoine de l'Eglise métro- 
politaine et primatiale de Sens, il se montre préoccupé 

Ij » Ce jour 1617 que l'on célébrail l'octave de la Fôt-3-Dieu à Sens, il 
tomba principalement sur l'ile de Saint-Maurice une pluie do sang. Robert 
Bemarl, UeutA?uant criminel et maire, flt un rapport au cliapilre. Une pro- 
"t<siun générale fut faite à Saint-Pierre- le- Vif pour détourner le fléau dont 
« HiU menacé. Reyist. capitul. Driot. • 

' J janvier 1609. u Ce inômc jour on entendit pendant Matines, au 2 Noc- 
rne-i. dans l'église de Sens un si offroiable bruict, l'espace de trois quarts 
Ij 'un- que le preslre qui célébrait alors la messo, cmpéclié, fut si elTrayé 
il se cacha sous lautel de la chapelle de la Vierge et ceux qui chantaient 
ciiJMir si épf>u vantés qu'ils cessèrent l'oOloe ne sachant où se réfugier, 
liruil les suivaut où ils tachaient de se sauver. Driot. m 



-. 32 — 

(lu développement successif, à travers les âges, de la 
foi chrétienne, et donne une multitude d'indications 
sur les paroisses, les abbayes qui se multiplièrent dans 
une ville, Tun des centres religieux les plus renommés 
de la France. Malgré ses limites étroites qui n*ont point 
varié. Sens contenait treize paroisses (1). Les treize curés 
formaient une - société et confraternité •• approuvée 
par rarchevêque Pierre de Corbeil le 19 février 1220^ 
Suivant des statuts rédigés Tan 1267, dans un chapitr^ 
général, ces curés « devaient accompagner Tarchevéqi^e 
de Sens lorsqu'il officiait pontificalement, revestus à 
la messe de chasubles comme prestres nommés ordi» 
nairement cardinaux. Je me suis trouvé, dit Chaumoret» 
en qualité de curé de Saint-Didier, à cette auguste 
cérémonie, un jour de Saint-Etienne, 3 d'août, sous 
M. de Gondrin. » 

Chaumoret nous renseigne sur les nombreuses cha- 
pelles de la cathédrale, sur quelques-uns des offices 
extraordinaires. Il cite, entre autres, une procession 
fondée, en 1517, par Louis de la Mure, chanoine de Seas 
et archidiacre de Provins et un autre chanoinet 
Robert de la Fontaine. Elle devait avoir lieu le soir d^ 
jour de Pâques •♦ pour éteindre et abroger Tabus im- 
pertinent qui se pratiquait alors d'une danse ridicote 
qui se faisait le même jour dans le cloître, et à laquelle 
assistaient les chanoines marchant deux à deux, chan- 

(l) V(»i{'i la liste doniico pur (Chaumoret : « les curez 13 prostrés de It i^ 
ville (1<' Sfiiss(jnl: l" Sjiiut l»ierro-le-Kon(l, 2" Sainl-Paiil, 3» Saint-Pierre-le* ' 
Donjon, i° Sjii ni -Didier, :>• Suinl-Pregls, <>• Saiiit-Maiirice, 7* Saint-Sympho- ■ 
rien, H" Sainl-Hilaire, 1»" Sainl-Savinien, lu« Sainl-Ivéoii, 1 f Saint Benoît, • 
l\!° Sainl-Honiain, lu* Sainle-Colouibe. »» ' 



— sa- 
int les cantiques de la Résurrection et tournant ainsi 
atour de la place. Ladance faite^ tous allaient prendre, 
het le dernier chanoine reçu, la collation. Ce qui 
[>oayait s'être introduit à bonne fin devint dans la 
Suite ridicule, les ecclésiastiques y passant souvent les 
bornes de la modestie et de la tempérance dans un si 
saint jour. » Cet usage était sans doute un dernier 
écho de la fête des Fous du mois du janvier, fête qui^ 
selon le témoignage de Chaumoret, en dépit des dé- 
fenses de Tautorité ecclésiastique, se célébra par inter- 
valle, jusque vers l'année 1547. 

Bien que beaucoup d'offices eussent lieu le soir^ 
l'éclairage était fort défectueux. Notre bon chanoine 
nous en donne une preuve en nous racontant «« que 
Jean Girard, marchand à Sens, et Michelle Chaume- 
reau, son épouse, léguèrent, en 1646, à la fabrique de 
Œglise, onze livres de rente foncière pour Tentretien 
d'une grosse chandelle allumée dans une lampe depuis 
le premier octobre jusqu'au dernier février, sur les 
degrés de la porte de Sainte-Croix, pour la commodité 
des personnes qui entrent à Téglise. »» Aussi les dona 
leurs farent-iis inhumés Tun et l'autre dans la chapelle 
de Sainte-Croix. 

Curieux archéologue, gardien du trésor, Chaumoret 
donne à chaque instant des détails sur les objets de 
)rii qui ornaient la cathédrale ou les chapelles. Il 
arle avec enthousiasme de la fameuse table d'or donnée 
âf l'archevêque Séguin, et qui fut, en 1760, envoyée à 
monnaie pour contribuer aux nécessités de l'Etat, 
fixe la date (1660) où Mgr de Gondrin donna un 
a^nifique pavillon sous lequel reposait la sainte 

3 



^ ;î4 — 

<^ï^p^, » r^miirnit oa .^ rroav^ aujoiirrl'liui le iniiHmar' 
rîp. <> (javilUm avait 'UHlrn 5 SiH) livras^ Lt» «iliar-- 
imiriA» ^ r<mmirftnr un ïiioiieie ji MM^ de 5iJtr«-0»in»** 
>U^ l>iriK fin .«1 rtr^nr tau'ft un Ih vermeil, - iiuii.*- 
;#^om« Clmumor^r. il ni pan la inémn titiuiuu *«: nt^ 
|MW*r«li pntnt ivs^z **\eiVtt. * C»» pavillon ^îh: au^uiirtf llnii 
wwpmwtii, 'in p«n liant, «tanH le TresMir «te la:aduiiic3itf*.- 
^)n r^wnarqjim ♦^nr.arft dann le nrr*s«}r an bàroa «fe pB»— 
rvhantcft »^n ivoïrft. Ohannu^ret «^n ^inmie aiLaatni Af 
\r^m^l qni rt^'Ciï^r^ pla:^, t^t .^ir lequel était PHpciftwiLCe^ 
^ Knnrw, 1*^ marryrft <ie «♦ainn Enienne. Le pnHifaïuitK' 
(Ui Ai»^^ 'V^iW^Mf"^ fêtait, un «iigaitaire respetiGè- *bt* iM 
p\n< haar^ anr.K^iiirÂ. Notre maanâ^rrit noii» înianBe 
^ii'h«i t.r(ÀA\éim&, mariage du rï>i LooU VU oi^leàre à. 
f'ari:*, k IZ ditr.^mhr^ 1161, dan'» Tégliie de Notre-- 
r>amA» par U m^tropoUrain, l'arcIieTéqae de Sess^ 
Hfi^n^» di^ Iffnf.y, le préchantre de Sens. Madiîes» 
pottA k triton et tint le coté droit do chorar tandis 
finAiy^^n, Ui chantre de Paris, tenait le côté gaache. 
rharimoref, en toafe circonstance, se montre jaloux 
(\^% pr^ro^ative.i da Chapitre auquel il arait llionnear 
d'appartenir. Nous Tavons tu, comme curé, très oc* 
cfip^ de ra?45timiler aux curés cardinaux de Rome. Il 
revendique aussi la robe rouge. • M. de Lacrie, dit-il, 
chanoine de Sens et de Paris, abbé de Jouy, ayant été 
inquiété, en 1571, par les chanoine^ de Paris, sur ce 
qu'il était entré au chœur en robe rouge, pria MM. du 
Chapitre de Sens de lui donner un certificat de leur 
UMage et du l<*ur ancienne possession de porter les jours 
dn fêtes Holennelles la robe rouge. Cet usage se voit 
dnn.<i leH vitres de notre cathédrale, où sont peints, en 



— 35 — 

plusieurs endroits^ nos bienfaiteurs, ainsi nommément 
dans la grande vitre, au-dessus de la porte d'Abraham, 
oà est peint M. Gouffier, doïen. • Parmi les chanoi- 
Des, Chauraoret cite un Jean Coui?in (26 février 1572) 
chanoine de Sens à Tautel de Notre-Dame et chantre 
de l'église de Sens. Ce fut lui qui corrigea )e chant 
des antiphonaires imprimés par ses soins, en 1550. 

Les chanoines durent à l'archevêque Philippe de 
MeluD, en 1341, le privilège « de se faire inhumer, au 
liea d'être portés à Saint-Sauveur, lieu ordinaire de 
leur sépulture, dans la cathédrale, hors le chœur ré- 
servé aux archevêques. Chaumoret n'omet, pour ainsi 
dire, aucun des chanoines qui bénéficièrent de ce 
privilège : à lire ces mentions fréquentes, à voir com- 
bien, de son vivant, il enterre de collègues, il semble 
que la cathédrale était devenue une véritable nécropole. 
La plupart des tombes, ou de pierre, ou de cuivre, ont 
disparu. Les ossements sont sans doute restés et nous 
les foulons sous nos pas. 

Fier d'appartenir au Chapitre d'une des prem^ières 
églises de France, Chaumoret vénère ses archevêques 
et aime ceux qu'il a connus, M. de Gondrin (1G4G- 
1674), M. de Montpezat de Carbon (1674-1685), 
M. HarJouin Fortin de la Hoguette (1085-1715), M. de 
Cfaavigny (1716-1730). Il se montre jaloux des préro- 
farives du siège archiépiscopal. II cite avec complai- 
sance un arrêt du parlement de 1596 confirmant une 
sentence de la Chambre des requêtes du '^1 octobre 
5SS. Cet arrêt condamnait « à faire, en l'église de 
ens, en personne, sur le grand autel, leurs serments 
profession d'obéissance à l'archevêque, leur métro- 



— 36 — 

politain, et à ses successeurs, »» Tévêque de Troj^j^ 
Claude de Beaufremont, Tévèque de Paris, Pierre (}^ 
Gondi, Tévèque de Meaux, Louis de Brézé, levéqu^ 
de Chartres, Nicolas de Thou. Ces évêques suffragants 
devaient, en outre, - bailler à l'Eglise de Sens, les 
uns et les autres, deux chappes de soie honnêtes et 
décentes à leur dignité et payer en même temps cent 
sols, n Un deuxième arrêt du 13 juillet 1609 contre 
Tévêque de Chartres, un troisième contre Tévêque de 
Troyes, du 5 mars 1611, renouvelèrent l'obligation de 
ces formalités qui ne furent sans doute pas étrangères 
au démembrement de Tarchevêché de Sens, en 1624. 
Pour faire accepter ce démembrement, le roi Louis XIII, 
le 23 janvier 1625, exempta les habitants de la ville de 
Sens des tailles et de toutes les autres contributions. 
Et grâce à cette concession très appréciée de nos 
aïeux économes, une procession annuelle et alternative 
aux Jacobins ot aux Cordeliers célébra comme un bien* 
fait ce découronnement de l'Eglise de Sens. 

Néanmoins, le métropolitain de Sens demeurait un 
des prélats les plus honorés de France. Aussi, lors- 
qu'en 1658, à la fin des troubles de la Fronde, le 
marquis de Mosny fit une injure grave à rarchevêqoe 
de Sens, M«' de Gondrin, lorsqu'il envahit la maison 
épiscopale de Brienon, tua un serviteur, en bl«ssa 
d'autres, puis alla jusqu'à Saint-Florentin insulter le 
prélat qui tenait une conférence avec son clergé, l'é- 
motion fut considérable. Une foule de gentilshommeî! 
vinrent offrir leur épée pour venger l'offense. Mai{ 
l'archevêque préféra s'adresser à la justice royale e 
le marquis repentant implora son pardon. Il pay 



— 37 — 

4000 francs pour les frais de justice engagés, une 
rente de 1500 livres pour la veuve du serviteur tué, 
de 600 livres pour un donaestique blessé. Il passa une 
Dttit dans la prison de Tarchevéché et ensuite fit 
amende honorable à l'archevêque, d'abord dans une 
salle de son palais, puis au chœur de la cathédrale, 
où il fut relevé de son excommunication. 

Chaamoret, qui raconte ces détails, s'étend aussi 
sur les honneurs rendus aux archevêques. Par trois 
entrées solennelles qu'il mentionne, mais dont il ne 
vit qu'une seule, on peut suivre les variations singu- 
lières des usages, et avoir la vision de trois époques 
bien différentes. Etienne Bequard de Penoul, doyen de 
l'Eglise de Sens, avait été désigné, en 1292, pour 
succédera Gilles II Cornut. Il fit son entrée solennelle 
par le monastère de Saint-Pierre-le-Vif, accompagné 
de tous ses vassaux, barons et seigneurs, qui le por- 
tèrent de l'église de Saint-Pierre-le-Vif à Téglise de 
Sens. Au xvi» siècle, le 23 janvier 1535, Louis de 
Boarbon, successeur d'Antoine Duprat, partit égale- 
ment, pour son entrée solennelle, du monastère de 
Saint-Pierre-le-Vif. « Depuis la porte Notre-Dame 
jusqu'à l'église métropolitaine, les rues étaient tapis- 
sées de rouge. Les maire et échevins portaient le dais 
sur luy. Après avoir été mis en possession, il célébra 
k messe pontificalement, à laquelle les évêques de 
'hartres et de Troyes chantèrent, l'un 1 Evangile, et 
autre l'Epistre, estant revestus et ornés de leurs 
iitres, et leurs crosses estant portées devant eux. »♦ 
Enfin, le 23 août 1718, M. de Chavigny nommé ar- 
hevéque de Sens en 1716, fit son entrée en venant par 



— 38 — 

Pont -sur-Yonne. Il en arriva par la porte (rYonr^^ 
au bruit des trompettes, des fifres, des tambours, c/e^ 
violons, dont il fut accompagné jusqu*à son palais, aa 
milieu de 60 cadets à cheval, l'épée nue à la main, et 
de tous les bourgeois sous les armes, qui, avec 23 piè- 
ces de couleuvrines posées au Clos-le-Roi et dans la 
première cour de Tarchevêché, firent à diffère tes fois 
plusieurs décharges. Contraste singulier entre les dif- 
férentes réceptions, mais oCi n'en éclatait pas moins le 
même sentiment de générations diverses, unanimes à 
demander la force et la grandeur de la nation à la j 
religion, source de toute force et de toute grandeur, f 
En terminant cette analyse bien rapide et bien iu- l 
complète des quatre registres de Jacques Chauraoret, 
je ne puis m'empêcher de louer sa rédaction impar- 
tiale et plutôt bienveillante. Elle dénote une àme sim- 
ple et bonne. Il enterre, sans doute, très froidement 
ses collègues, mais n*en dit jamais de mal. Même dans 
le récit de faits blâmables il se montre modéré, indul- 
gent, charitable. On reconnaît en lui Tun de ces hom- 
mes modestes, laborieux, savants, qui ont fait la répu- 
tation du Chapitre de Sens, et je n'ai qu'à regarder 
autour de moi pour les retrouver aujourd'hui. Con- 
temporain, émule sans doute, des Driot, des Leriche, 
des Fenel, Jacques Chaumoret ne nous semble pas 
indigne de figurer à côté de ces pieux érudits qui ont I 
travaillé pour THlglise de Sens. On peut invoquer sa I 
mémoire dans ces fêtes du Cinquantenaire de la Société i 
archéologi(iue, qui ont précisément pour but de rap- 1 
peler les brillants souvenirs du passé et y ajouteront 1 
une date non moins brillante. Jacques Chaumoret avait 



— 39 — 

le rif sentiment des grandeurs de la ville de Brennus 
et de Drapés. Mais il a surtout fait ressortir, par ses 
notes, rimportance de TEglise de Sens, du rôle de ses 
archevêques, premiers personnages et souvent ministres 
da royaume de France, de son influence sur la vie 
religieuse et morale de notre pays. Et son simple 
Joarnal démontre une fois de plus comment, par une 
conséquence toute naturelle, l'amour de la religion se 
confond avec Tamour de la patrie. 






G. DUCOUDRAY. 



•-" x*-^ ^ «^^ 



ÉTUDE SUR LES CHARTES 

DE FONDATION 

DE L ABBAYE DE SAINT-PIERRE-LE-VIF 



LE DIPLOME DE CLOVIS 

ET 

LA CHARTE DE THÉODECHILDE 



Les deux documents les plus anciens qui mentionnent 
la fondation du monastère de Saint-Pierre-le-Vif, de 
Sens, sont un diplôme du roi Clovis !•' et une charte 
de donation de la reine Théodechilde. Leur authenti- 
cité a été contestée à plusieurs reprises. En ce qui 
concerne le diplôme de Clovis, la question nous parait 
jugée. Condamné par les plus savants diplomatistes, il 
n'a trouvé grâce qu'auprès des historiens de Saint- 
Pierre-le-Vif. Si je crois pouvoir soumettre ce docu- 
ment à un nouvel examen, c'est d'abord qu'on s'est 
plus attaché à la forme qu'au fond même, de telle 
sorte que les partisans de son authenticité, tout ea 
reconnaissant qu'il ne nous est pas parvenu dans sa 
rédaction primitive, ont pu soutenir qu'il présentait les 
restes d'un diplôme authentique rajeuni et interpolé. F'^ 
importe donc de rechercher si ces prétendus débris d'à i 
diplôme chlodovéen existent. De plus il ne suffit pas 



— 41 — 

démontrer qa*un acte est faux; il reste ensuite à dé- 
terminer Tépoque de sa composition : personne ne l'a 
tenté pour le. diplôme de Clovis. Ce n*est cependant 
pas peine perdue. Car si un acte faux ne peut être utilisé 
pour Tépoque sous laquelle son auteur Ta inscrit, il est 
on document pour le temps même de sa rédaction. 
Comme Ta si bien dit un maître de la critique historique 
moderne, parlant de faux actes mérovingiens : « Au 
lieu de les rejeter absolument comme de la fausse mon- 
naie historique, il faut en séparer les éléments par la 
critique et assigner l'emploi de chacun d'après le temps 
auquel il se rapporte (!).»♦ Est-il besoin de rappeler 
aussi les résultats importants auxquels ont abouti les 
recherches du très regretté Julien Havet sur plusieurs 
diplômes faux de Tépoque mérovingienne? 

Pour ce qui regarde la donation de Théodechilde, la 
question est plus délicate. Pardessus et Pertz sont les 
seuls auteurs qui l'aient rejetée du nombre des actes 
authentiques. La plupart des historiens ont cru qu'elle 
n'était qu'interpolée. 

L'original du diplôme de Clovis est inconnu. En 1620 
il existait, dans les archives de l'abbaye de Saint- 
Pierre, on prétendu original qui, malheureusement, a 
disparu. Dom Mathoud (2) rapporte qu'envoyé à Paris à 

(^) QuiCHERAT, Critique des deux plus anciennes chartes de l'abbaye de 
Sâ«n(-Cermam-dc«-Pré«, dans Biblioth. de l'Ecole des Chartes, t. XX VI 
(JS65). p ji2 et suiv. 

{») D. Mathoud, De vera Senonum origine Christiana, p. 4'i. — Dans 
un iovenlaire dos tilr» de Saint-Pierre-le-Vif rédigé en 1703. on lit, à 
propos de ia fondation do l'abbaye par Clovis I et sa fille Théodechilde en 
*''^'' « Nota : on prétend que la charte en original de cette fondation est 
''*ns la biblioth&jue de M. le président do Mosrae. • (Inventaire sommaire 
"« arc/ijcej» du département de l'Yonne, série H, p. 38) 



— 42 — 

roccasion d'un procès, il resta chez le Prési( 
de Mesme. Mais il a existé un grand nombre de co{ 
dont quelques-unes authentiques, c'est-à-dire vidin 
par les détenteurs de Tautorité publique. Les se 
copies qui nous aient été conservées sont, à ma c 
naissance, les suivantes : 1** copie du xiv* siècle, 
parchemin, Bibliothèque nationale, ms. lat. 11743 ( 
de Harlay), fol. 494 ; 2" copie du xvi* siècle, Bib 
thèque nationale, collection Dupuy, vol. 222, fol. 
d'après une copie donnée « soubz le seel de la prévc 
de Sens, le lundi apprès la Circoncision Nostre J 
gneur, l'an mil trois cens soixante et huit » ; 3* ce 
de la fin du xvr siècle. Bibliothèque nationale, coll 
tion de Champagne, vol. 42, fol. 85; 4* copie 
xvi* siècle. Archives départementales de l'Yonne, H 11 
5* copie du xvi* siècle, mêmes archives (Bibliothèc 
de Sens), H 32, n* 1 ; 6" copie du xvi« siècle, mên 
archives, H 32, n° 2; 7° copie de la fin du xvr siè 
ou du début du xvii* siècle, surparchemin, Bibliothèq 
nationale, ms. lat. 11829 (anc. résidu Saint-Germ< 
158), fol. 1 ; 8° copie collationnée par des notaires roya 
de Mauriac, le 17 avril 1670, et contenant la transcr 
tion d'un vidimus de 1521 renfermant lui-même 
vidimus de 1368, Collection Gustave Julliot, à Sens ( 
9"* copie du xviir siècle , Bibliothèque nationa 
ms. lat. 12779, fol. 216, d'après une copie de 148 
« Datum per copiam sub signo meo manuali extract 

(1) J'aciresscMous mes remerciements à M. G. Julliot quia bien w 
1110 cominniiiriucr otUlo nopie, int(> rossante surtout par une note (ju 
ajouléi* un prii'ur «le Saiiil-Pierre-lc-Vif au xviii* siècle, cl de la(picll 
rcï^sori (juc les nioiiic.>< sunoiiais uu se faisaieul plus illusioo sur lava 
de leur litre. 



— 43 — 

per me a transurapto seu copia publie! instrument! sub 
sigillo praepositurae Senonensis contenti et signât i 
i, Hubelet« anno Domini millesimo quadringentesimo 
octuagesimo septimo, die vicesiraa mensis martii. Signé 
Deshayes avec paraphe. » Les autres copies ne nous 
sont connues que par les publications^ assez négli- 
gemment faites, des diplomatistes des deux derniers 
siècles (1). 

Parmi les copies dont nous disposons, la plus re- 
marquable est celle qui est aujourd'hui reliée dans le 
manascrit latin 11743 de la Bibliothèque nationale. 
Elle est sur parchemin. Certaines formes de lettres, 

(t) Le dipiômo de Clovis a été publié dans les ouvrages suivants : 
^Xw>??ts^ Monasticon aeu de jure Cœnobitarum (Paris, 1601, in*fol ); 
rt ?édil. (Paris, 1610, in-fol . 1. I, Ul. 10, 2 19, p. 123.) — Antonio de 
YiPts, Coronica gênerai de la orden de San Benito (1609, in-4*), t. I, 
Appendix. fol. ?5, v« (publication partielle) : et traduction du même 
ouvrage par D. Olivier Mattiieu, intitulée Chroniques générales de l'ordre 
ieS.lknoiM (Paris, 1619, in-4»), t. 1, page 1126. — R. P. Dominique 
K JÉSC3, Histoire parwnélique des trois saincts protecteurs du Haut 
Auwvjne (Paris, 1C35, in- 12), p. 407 ^publication partielle.) — Labbe, 
Mttlinges curieux, à la suite de Elotjes historiques des rois de France 
(Pirij, 1651. in-4-). p. 388. — Sainte-Marthe, Gallia christiana (Paris, 
\\A in-N.), t. IV, p. 725. — Le Cointe, Annales ccclesiastici Fran- 
nnim (Pari^. 1666, in-folj, t. ÎI, p. 49. — D. Mathoud, De vera 
i^fnonum origine christiana (Sens, lôS7, in-4"), p. 48 (publication par- 
telle', — Bollandistes, Acta Sanctojum (1709, in-fol. \ Juin, t. V, p. 362 • 
- Ba£QiiG?îY, Diplomata (Paris, 1791, in-fol.), t. I (texte A), p. 6, n" III et 
I'. 19, nMV (leste B, dont il sera question plus loin). — Pardessus, Diplo- 
mu Paris, 18i3, in-fol), t I, p. 3%, n« LXIV (texte A) et p. 38, n* LXV 
ilnle R). — Pertz, Monumentn Geinnaniie hMtorica^ Diplomatum imperii 
U (HaQQoveni', 1872, in-fol.), Spuria, p. 114, n'' 2 (Hecensions A et B). 
— J -B. 'Ihabau, Sainte Thëotfcchilde, vierge, fille de Clovis (Aurillac, 

l^v-, iii-ti) p. îj7. — H. Bouvier, Histoire de Saint- Pierre- le-Vif, 

Uns UnUdin ,le la Socii-tè des sciences histor. et natur. de l'Yonne, 1891, 

1' 19^ :iraaucUun). 



— 44 — 

comme aussi la couleur de l'encre, accusent le xiV" siè- 
cle. Mais il est visible que le scribe à ijui nous la devons 
s'est efforcé d'imiter une écriture plus ancienne, qui, si 
je ne me trompe, devait remonter à la fin du xi' siècle 
ou au commencement du xii" biêcle. Si Ton s'est ainsi 
attaché à reproduire les traits essentiels d'un ancien 
titre, c'est que ce titre avait aux yeux de celui qui !e 
transcrivait une importance particulière, c'est qu'il 
était le titre original. Je n'hésite pas à en conclure que 
le parchemin du manuscrit latin 11743 est une copie 
figurée du prétendu original. Dans la discussion qui 
suit je me reporterai û ce texte, assez fidèlement repro- 
duit dans les Motmmcntn Germaniœ. 

De tous les actes mis sous le nom de Clovis, celui qui 
a le plus longtemps résisté à la critique est le diplôme 
de donation de la terre de Micy aux saints Euspice et 
Mesmin. Mais depuis que Julien Havet en a démontré 
la fausseté (1), il ne reste aucune charte royale du 
VI* siècle dont l'authenticité soit incontestable. Pour 
juger de la valeur do diplôme de Saint-Pi erre -le- Vif. 
les pointa de comparaison immédiate nous lont donc 
défaut. Mais les diplômes de Clovis, à supposer qu'il 
en ait existé, étaient nécessairement rédigés sous une 
forme qui, au moins duns ses grandes lignes, ne pouvait 
différer de celle qu'affectent les diplômes de ses succès - 
seurs et qui devait établir la transition entre les res- 
crirs impériaux et les actes royaux du vu* siècle. Nous 
.sommes donc autorisés & rapprocher de ces derniers le 
diplôme de Clovis pour Saint-Pierre le-Vif, « rechercher 



liilicnlUrïT.^i'ff 






. ilans mmothèiivf (fol'EMto 



.. XLVI ilMBJ), p. î.'i. 



— 45 — 

en quoi il en diffère, et à arguer de ces différences contre 
m authenticité. De plus nous pouvons examiner si 
les notions juridiques qu'il renferme sont conformes 
à ce que nous savons du droit du royaume gallo- 
franc au vr siècle. Enfin nous pouvons nous demander 
si les renseignements historiques qu'il nous fournit 
s'accordent avec ceux que nous apportent les chroniques 
mérovingiennes. 

Par ce diplôme, le roi Clovis donne à sa fille Théode- 
childe un terrain pour y construire un monastère en 
l'honneur des apôtrçs Pierre et Paul et un grand nom- 
bre (le terres ou t;i/to, d'églises et de droits ou re- 
devances destinés à former la dotation du nouveau mo- 
nastère. 

Personne ne songe plus à défendre la forme même 

de cet acte. Il débute par l'invocation In Christi nomine. 

Or, les diplômes royaux mérovingiens débutent par une 

invocation monogrammatique. A vrai dire, comme, nous 

n'avons pas l'original du diplôme, je ne saurais tirer de 

cette anomalie aucun argument contre son authenticité, 

car il serait possible qu'un copiste du moyen âge eût 

interprété le chrismon, l'eût développé dans la formule 

In Christi nomine. Vient ensuite la suscription Chlodo^ 

i'm rex Francorum, Je ne m'arrêterai pas à la forme 

Ja nom royal qui devrait être C/ilodovechus, Les copistes 

'le se faisaient pas faute de rajeunir les noms propres. 

Le qualificatif rex Francorum appliqué à Clovis, est 

tien dans les habitudes de la chancellerie des premiers 

^m de France. Et s'il est encore conforme aux usages 

yoe id suscription soit suivie d'une adresse, il ne Test 

pà< que cette adresse vise Tuniversalité des fidèles du 



— 46 — 

Christ : « Omnibus Christi fldelibus qui consistunt fn 
universo regno raeo pax et veritas sit snmper vob/s- 
cura. »• Toujours le roi s'adresse aux viri inlustr's, 
c'est-à-dire aux fonctionnaires chargés de faire exécuter 
sa volonté (1). Après l'adresse, vient un récit tel quon 
en chercherait vainement un semblable dans les actes 
royaux mérovingiens. Je reviendrai sur le fond 
même de ce récit. Le roi parle constamment à la pre- 
mière personne du singulier^ ce qui est absolument con- 
traire aux règles de la chancellerie mérovingienne. 
« Âudiens igitur ego tam justam postulationem... tra- 
didi illi... » Et plus loin : - volo, consentio, »• « trado 
etiam illi, *• etc. Le dispositif de Tacte se termine par 
une prière de Clovis à ses successeurs de respecter sa 
donation, prière faite dans une forme absolument in* 
connue, je ne dirais pas à l'époque mérovingienne, mais 
même à l'époque carolingienne : - Postulo igitur ego 
ChlodoveusrexFrancorum successores meos reges hanc 
dona ionem quam contuli Deo et beatis apostolis ejuset 
filie mee carissime TheodechiMi monachisque ibi deser- 
vientibus ut flrmam et stabilem permanere faciant per 
cuncta secula, amen. Si quis autem contra hanc scrip- 
tionem venire temptaverit, inprimis iram Dei incurrat 
et nullo modo evincere valeat. Omnipotens autem Deus 
qui dixit: miohi vindictam ego retribuam ipse; illum 
condempnet qui hanc nostram cartulam in aliquo ca- 
lumpniam inmiserit, amen. » Un roi mérovingien ne se 
fût pas contenté d'appeler la colère de Dieu sur ceux qui 
iraient à Tencontre de sa volonté; il n'eût pas manqué 
de stipuler une amende au profit du fisc. 

(I) Julien IIavet, Questions méroL'iiKjicnncs, Ibid,^^. Hl, 



.— 47 — 

Après cela, vienneut : une première date, la date de 
liea précédée du mot Actum ; puis la souscription royale 
et une série d'autres souscriptions; enfin, une seconde 
date, la date du temps (1). En ce qui concerne la date, 
jamais au vu* siècle, elle n'est ainsi divisée en deux for- 
males. C'est seulement sous les Carolingiens que s est 
introdait Tusage de faire précéder le temps du mot 
Oatum et le lieu du mot Actum (2). Encore ces deux 
formules se suivent-elles immédiatement. II faut venir 
jusqu'aux diplômes des premiers Capétiens pour ren- 
contrer ainsi les deux éléments de la date,, l'élément 
chronologique et l'élément topographique, séparés par 
les souscriptions. La formule mérovingienne comprend 
le mois et le quantième, Tannée du règne, le lieu; elle 
s ouvre par le mot Datum et se clôt par une apprécation 
tn Dei no mine féliciter. La date de notre diplôme ne 
renferme ni le quantième du mois, ni Tannée du règne; 
en revanche, elle donne Tindiction,à savoir TindictionL 
Si le notaire qui a donné au diplôme la forme sous la- 
quelle il nous est parvenu a négligé d'indiquer Tannée 
du règne, c'est qu'il Tavait consignée au début même 
de l'acte. Le roi y rapporte que, la troisième année 
après son baptême, sa fille Théodechilde est venue le 
trouver pour le prier de lui donner une portion de son 
domaine afin d y édifier un monastère. Or, le baptême 
de Clovis eut lieu à Noël, Tan 496 (3). Notre di- 



VI L'année de rincarnation a élé ajoutée dans quelques copies ; mais 
•^"e ne figure j>as dans la copie du manuscrit latin 11743. 

\^) GiBT, Manuel de diplomatique, p. 578. 

'•') Jlxciians, Ilist. critique des règnes de Childèrich etde Chlodovcch^ 
'^"cl. Mouod, p. 59, 155 à 158. 



— 48 — 

plôme serait donc d'octobre 499 ou 500. Ni Tune 
l'autre de ces années ne correspond à la première ii 
diction, qui pendant le règne de Clovis ne tombe qu e 
493 et en 508. Dira-t-on que le diplôme doit être re. 
culé jusqu'à cette dernière date ; ce qui permettrai! 
d'expliquer certaines allusions à des événements de 
l'an 507. Mais il est invraisemblable que Clovis aitat 
tendu huit ans avant de faire droit à la prière de sa 
flUe. Il est facile, d'ailleurs, de se rendre compte de la 
date assignée au diplôme de Clovis. Et c'est ici qu'é 
date la fausseté de l'acte. En effet, nous savons pai 
le chroniqueur Clarius quelles étaient les notions chro- 
nologiques suivies au monastère de Saint-Pierre-le-Vil 
pour le règne de Clovis. Clarius (1) rapporte à l'année 
466 le commencement du règne de Childéric ; il ajoute 
qu'il régna vingt-quatre ans, que son fils Clovis lui suc- 
céda et que celui-ci reçut le baptême en la quinzième 
année de son règne. Le baptême de Clovis se placerai 
donc en l'année 503. Dans cette hypothèse, le diplôm» 
serait de 505 ou 506, années qui correspondent aux in 
dictions 13 et 14. Mais notre faussaire était sans dout 
un pauvre calculateur. Sachant que Childéric était de 
venu roi en 466 et qu'il avait régné vingt-quatre ans, 
a ajouté non pas vingt-trois à 466, comme il convenait 
mais vingt-quatre, ce qui lui a donné, pour l'avènemeu 
de Clovis au trône, la date de 490 , puis il a procédé d 
même à l'égard de la date du baptême ; il a ajout 
quinze à 490, d'où 505. Dès lors, le mois d'octobre, dan 
la troisième année après le baptême, était octobre 50î 

(I) ^^.i.Anius, dans DrRi:, Bihliotliàfinp historique de l'Yonne ^ l. 1 



b i. 



'i 



— 49 — 

Xoos avons dit que Tannée 508 correspondait à Tin- 
diction première. Malheureusement le système chrono- 
logique des moines de Saint- Pierre-le-Vif ne répond pas 
âla réalité des faits. 

La souscription royale ne se présente pas sous la 
forme usitée à la chancellerie des successeurs de 
Clovis : Ego Chlodoveus in Dei nomine rex Francorum 
mnu propria signavi ctsubscripsi, La formule devrait 
être : In Christi nomine Chlodoveits rex svbscripsi (1). 

Le nom du référendaire fait défaut. Il est remplacé 
par celui d'un certain Gerlebertus qui, à la fin du 
diplôme, signe : Gerlebertus hoc teslamentum scripsi 
d fubscripsi. S'il s'agissait d'un référendaire royal, 
il eût mis : Gerlebertus optolit (2). 

On a déjà fait remarquer que c'est encore une ano- 
malie que la présence, après la souscription royale, 
d'une série de souscriptions de personnes de la famille 
royale et d'évéques. Les diplômes mérovingiens au bas 
desquels figurent les noms de grands laïcs et ecclésias- 
tiques sont rares. Il en existe cependant. Certains 
actes rendus dans de grandes assemblées se terminent 
par les noms des membres de ces assemblées. Qu'il 
suffise de citer le diplôme du 22 juin 653, par lequel 
Clovis II confirma les privilèges de Tabbaye de Saint- 
I)enis (3). Admettons que Clovis I", voulant entourer 
sâ donation de toutes les garanties possibles, en ait 
/ait souscrire Tacte par les plus considérables du 
paiais, encore faudrait-il que ces personnes eussent 

/ GiRV, Manuel de diplomatique ^ p. 708. 

: GlBY, IhitJ, p. 710. 

:j Tabdif, Curions des HoiSf p. 10, n» 11. 

4 



— 50 — 

vécu en ce temps-là. Après les souscriptions de la reioe 
Ciotilde, celles des quatre fils de Clovis, celle de Théo- 
dechilde qualifiée filia ejus carissinaa^ vient la sous- 
cription d'Eraclius, évêque de Sens, qualifié archie^ 
piscopus Senonum. Personne ne fera difiîculté de 
reconnaître quarchiepiscopus a été substitué, pour le 
moins, kepiscopxis. Car le titre d arcAt^pt^copi^ n a été 
en usage, pour les métropolitaius, qu*au ix** siècle (1). 
Mais le mot Senonum ne peut être, lui aussi, que le 
fruit d'une interpolation. A Tépoque mérovingienne, 
surtout au vi« siècle, c'est exceptionnellement que les 
évéques; en signant un acte, désignent leur siège. Les 
actes des conciles en font foi (2) , comme aussi le 
diplôme de Clovis II cité plus haut. Nous avons encore 
un privilège de Tan 657, accordé par l'évèque Eramon 
à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif (3). Des vingt-six 
évoques qui y ont souscrit, trois seulement ont indi- 
qué le lieu de leur résidence; encore, sont-ce peut-ètn 
là des additions de copistes, car l'original de cet act< 
n'a pas été conservé, pas plus que l'original du privi 
lège accordé par le même évêque à l'abbaye de Sainte 
Colombe, dans lequel, sur vingt-six noms d'évêqueî 
dix sont accompagnés du nom de la cité (4). Dans 1 
diplôme de Clovis, au contraire, souscrit par hu; 
évêques, on a pris soin d'indiquer le siège de chacu 

(1) GiRY, Manuel de diplomatique ^ p. 336. 

[i) Voyez Concilia œoi incrovingici ^ t. I (Monumenta Germant 
historien, iii-'»*) : (loiicile d'Orléans de ôll, mss. 0, RI, L, F, p. Il àl;3 
Concile de Lyon «;nlre MO et r»24, p. 34; Concile d'Arles, de 52'», p. • 
à .VJ : Concile de Carpeniras de 527, p. 41 à 43, de. 

(:J) Quantin, r.irtulaire yênêralde l'Yonne, n" VI, t. I, p. 10 à 13. 

{'.) (JUANTiN, Ihid, W VII, p. 14 à 17. 



— 51 — 

d'eax. Quant à Eraclius, vivait-il sous le règne de 
Clovis? Cela est probable, sans qu'on puisse l'affirmer, 
puisque nous n'avons sur lui aucun témoignage con- 
temporain. Si les évêques Rémi, de Reims, Principius^ 
deSoissons, Vast, d*Arras, Guénebaud, de Laon, qui 
ont souscrit à notre diplôme, sont bien les contempo- 
rains de Clovis, il n*en est pas ainsi de Médard, évéque 
deNoyon, qui ne devint évêque qu*en 530 (1), de 
Germain, qui ne devint évéque de Paris qu'en 555 (2), 
d'Aastrille, qui n'occupa le siège de Bourges qu'en 
612(3). Prétend ra-t-on que les loms de ces évéques 
ont été ajoutés. Les exemples sont nombreux de 
chartes présentées, postérieurement à leur rédaction, 
à la signature de grands personnages. Mais c'est là 
une pratique dont on n'a pas d'exemple pour la période 
mérovingienne; outre qu'il est bien visible que ces 
soascripticns forment un tout. Le rédacteur a réuni les 
noms des plus célèbres évêques qu'il croyait avoir vécus 
aa temps de Clovis peur en former comme une auréole 
de sainteté autour du monastère naissant. Quant au 
dernier témoin, c'est Aurélicn, qui, s'il avait réelle- 
ment souscrit ce diplôme, serait qualifié « vir inlus- 
ter • ou •• patricius »» ou de tel autre titre analogue, 
et non pas consiliarius régis, titre inusité à Tépoque 
mérovingienne. Son nom a été emprunté à YHistoria 

[\, \o\.GalliP Christiana, l. IX, col. 979. 

f. Voy. Gallia Christiana, l, VII, col. 18. C'est a lori que les auleiirsde lu 
Oa{{ij affirment que Germain assista comme abbé de Saint-Symphorien 
liAutuu au concile d'Orléans de 549; du moins son nom ne flgure pas 
\*m\ les s(juscriptions. 

[^) Voy. Gallia christianay t. II, p. 16. 



— 52 — 

Francorum epilomata ou aux Gesta, qui désignent i 
certain Aurélien comme envoyé par Clovis auprès do 
roi Goiidebaud pour lui demander la raain de i 
nièce Clotildfl (1). Il est inutile d'insister davanU 
sur la funne de notre diplôme. 

Le fond est -il meilleur? Réstste-t-ll mieux que ] 
protocole à la critiqua ? Examinons les notions histor^ 
ques et juridiques qu'il renferme et les termes qui y 
sont employés. Clovis rappelle qu'il a embrassé la fui 
chrétienne à l'iiistigalion de sa femme Clotilde, qu'il a 
été baptisé par Rémi, évfique de Reims, avec ses fils 
Thierry, Clodomir, Childebert, Clotaire. et d'autres 
grands du royaume. Trois ans après sa fille Théode- 
childe. qui avait voué sa virginité au Christ, vint le 
prier, comme il résidait à Paris, de lui abandonner une 
portion de son héritage ou de l'héritage de sa mère, afin 
d'y édifier un monastère en l'honneur des apôtres. Sur 
les circonstances qui accompagnèrent le baptême de 
Clovis nous n'avons d'autres renseignements que ceux 
que nous a transmis Grégoire de Tours (2). Or, il ne dit 
pas que les fils de Clovis aient reçu le baptême < 
même temps que leur père. C'était cependant un fa| 
assez important pour qu'il le notât s'il en avait eu c 
naissance. Car, après avoir dit que trois mille Frai 
furent baptisés, il fait une mention spéciale du baj 
téme d'AIbotiéde (3) , sœur de Clovis. Le baptême des* 



il) llUlona l-n 



:ha M,lor. <U 



[i) UaioDi 
(:i) Ok£ouii 



: III ToUDS, HMorùi, II, 31. 
CK VlVft, ll.il. : a BipILula e: 



— 53 — 

(ils du roi était d'une autre portée que celui de sa sœur. 
Ad reste, l'un des fils de Clovis, Clodomir, si nous en 
croyons Grégoire de Tours (1), avait été baptisé dès 
$a naissance et avant la conversion de Clovis au chris- 
tianisme. Ajoutons qu'il n'est pas certain que Childe- 
bert etClotaire soient nés avant le baptême de Clovis. 
Enfin, il convient de remarquer que Clarius, moine de 
Saint-Pierre-le-Vif, est le premier historien qui rap- 
porte que les fils de Clovis reçurent le baptême en 
même temps que leur père (2). Odoran (3), qui écri- 
vait an siècle environ avant Clarius, l'ignorait. Et il 
est à craindre que le témoignage de Clarius et celui de 
notre diplôme ne fassent qu'un. Quant à la question de 
savoir si Théodechilde était fille de Clovis et si elle 
resta vierge, nous l'examinerons à propos de l'acte 
rédigé sous son nom. 

Poursuivons la lecture du diplôme. Le roi cède aux 
prières de sa fllle. Il lui livre une partie de son héri- 
tage • fartera de haereditate mea » qui, dit-il, lui venait 
de sa femme qui, elle-même, la tenait de son père, 
Chilpéric, roi des Burgondes. D'abord le mot hœreditas 
netait pas applicable aux biens que Clovis pouvait 
avoir de sa femme. Le mot hxredUas, dans les textes 
du droit salien, ne désigne que l'héritage paternel. En 

I GitGoiRE DE Tours, Ilistoria, II, 29 : f Posl hune vcro genuit 
Chnjichildis) aliuin tirium, qucm baplizatum (ililodoraercni vocavit. » 
j •; CLABiLs.à l'année 503 : « Anno DIII, Clodovcus baplizalur a sanclj 
^'imizio Rtîinensi arcliiepiscopo, et quatuor filii ejus .. » (Duru, liibliothè' 
■/'•'' hi*tor. de l'Younr, l. II, p. 464- 4G5.) 

''■'j Odoman, Opusculum I : « Ciodoveus rex, uxoro sua exhortante et 
^durU> fiera igio, Uemensium cpiscopo, prasdieanlc, sub Sanct.c Trinilatiy 
yjiDinc bdiAizali.is est. » (Duru, Dibl. histor. de l'Yonne, t. II, p. 381).) 



— 54 — 

second lieu, comment Clotilde eùUelle pu transmettre 
à son époux des biens provenant d'un héritage auquel 
elle n'avait eu aucune part. Le roi Gondebaud avait 
assassiné son frère Chilpéric, père de Clotilde, dépos- 
sédé et exilé ses filles (1). Plus tard , quand Clovis 
réclama à Gondebaud la part de sa femme dans Théri* 
tage de Cbilpéric, Gondebaud ne donna à Clovis qu*une 
partie de son trésor et celui-ci s*en montra satis- 
fait (2). Au reste, toute discussion plus longue serait 
superflue quand d*un mot Ton peut trancher la ques^ 
tion. Le lieu où fut fondé le monastère est à Sens * 
la plupart des villages que Clovis donna à sa fille sont 
aux environs. Or jamais le Sénonais n'a été compris 
dans l'ancien royaume des Burgondes (3). Il est donc 
impossible que Clovis y ait rien eu de l'ancien do- 
maine de Chilpéric. 

Clovis abandonne à sa fille deux églises qu'il qualifia 
siennes « ecclesias meas, » dédiées, l'une aux saints 
martyrs Savinien et Potentien, l'autre à saint Sérotin . 
Le fait que Clovis déclare que ces églises lui appartiens 
nent nous reporte à une époque où les églises étaient 
entrées dans le domaine privé. Ce n'était pas le cas au 

(1) Grégoire de Tours, IHstor., II, 28 : u Igitur Gundobadus Gliilpe« 
ricum fralrom suum interrccit gladio uxoromque ejus... aquis imnienfl 
Hujus (luas filios cxilio œndomnavit; quarum son ior mutata veste Vesta 
Crona, junior Clirolcliildis vocabalur. » 

(2) (icsta, c. XIII : « Dcdil (Gundobaiidus) per manus Auriliaoo ad par- 
Icm Clilodovoo innximam parlcm ex Ihesauro suc» et supelloctilem preciosis- 
simam ncpUi; siiaj Clirotliild») rogln.-c Iransmisil. n {Rec, des historietiè de 
France, t. II, p. j'iO-JÔU.) I 

(3) Vuy. LoNfiNoN, firtniraphic de la (inulc au \i* siècle , p. 65 el ! 

suiv. 



— 55 — 

VI» siècle. Clovis a pu accorder à certaines églises une 
protection particulière, les placer sous le mundium 
royal, mais jamais il n*a pu songer à les considérer 
comme ses propriétés. Ces églises sont cédées avec 
leur dime « cum oroni deciraatione, >* C'est tout au 
moins le mot décima qu'un notaire du vi* siècle eût 
employé. Dans le cimetière de ces églises, Clovis con- 
sent à ce que sa fille édifie un monastère en Tbonneur 
des apôtres, à l'exemple de ce que lui-même et sa femme 
avaient fait près de Paris. 

Le roi rappelle ensuite que Téglise des saints Savi- 
nien et Potentien et celle de saint Sérotin sont d'an- 
cienneté le lieu de sépulture des évêques de Sens, des 
clercs de Saint-Etienne, des grands et même du peu- 
ple de tout le pays sénonais ; c'est là que pour 
acquérir la protection des martyrs chacun veut 
être enterré ; c'est là que reposent les saints pontifes 
Léonce, Séverin , Audatus , Eracle (I), Lunanus , 
Simplicius et l'archidiacre Thierry, et bien d'autres 
encore. Cette énumération doit inspirer quelque mé- 
fiance. 

Clovis donne ensuite à sa fille le bourg même où 

devait s'élever le monastère : « Trado etiam villam 

œeam indominicatam Vicuro nomine cum appendiciis 

suis. »• Il est peu probable que le vicus ait préexisté 

âo monastère ; il y a beaucoup de vraisemblance que 

M comme ailleurs le monastère est devenu le centre 

d'an vicus formé par l'agglomération des maisons des 

colons et des serfs autour de l'église. Quoi qu'il en 

<oit, le vicies ne pouvait être qualifié villa indomi- 

rticota parce que ce mot indominicata n'apparaît qu'à 



— 56 — 

Tépoque carolingienne, au plus tôt à la fin du 
vin* siècle (1). 

L'énumération des terres et droits concédés conti- 
nue. Ni dans sa disposition générale, ni dans ses détails 
elle ne rappelle les énumérations des actes mérovin- 
giens. 

Le roi donne un lieu appelé Planca, peut-être la 
Planche -Barraud. Vient ensuite Masliacum subie-- 
riorem, c'est-à-dire Mâlay-le-Roi, et l'eau de la Vanne 
qui y coule, avec les moulins et le bois « cum molen- 
dinis et silva. >* Remarquons d'abord qu'au vi* siècle la 
forme du nom de Màlay ne pouvait être que Mansola- 
cum ou Massolacum, L'expression cum mdendinis ne 
saurait, non plus, remonter au vi* siècle : on eût écrit 
cum farinariis, Clovis abandonne encore la terre qui 
est à Spm.etum et tout ce qu'il possède sur le territoire 
dudit bourg de Saint-Pierre - in circuitu ipsius vici 
Sancti Pétri. »• N'est-il pas surprenant que le roi 
applique au bourg le nom d'un monastère non encore 
existant et qu'il ne désigne ce monastère que par le 
nom d'un seul de ses patrons. Une pareille manière de 
s'exprimer n'impliquet-elle pas une rédaction faite en 
un temps où le vicv^ qui entourait le monastère s'ap- 
pelait vicus Sancti Pétri (2) ? Ce passage est en con- 

(1) Le plus ancioi) exemple que Je runcontro rlo •l'adjoelif indominicatiiê 
m; tn)uve dans l'expred^^ion mnnso imlominicato, clans une charte do 811. 
Taroip, CnrtnjtH ttcs rois, n* 101 ; mais assurément l'usagu do ou mot re- 
monte plus haut. 

(2) A partir de la fin du x» siècle le munaslèrc est di^signé dans les 
•extes latins sous le nom «le Sanctus Peints Vivutt, Le plus ancien exemple 
ipie je tronnaisso î*e tniuve dans la eharle de S<*uin de Tan 980 (Quantin, 
f.'artul. fjèurral itc l'Yonne, u* LXXVll, t. I, p. liU.) Un voit gunéralemont 



— 57 — 

tradiction évidente avec celui où le roi déclare donner 
à sa fille sa villa appelée Vicus, 

Le roi donne aassi un marché qui se tient le jeudi. 
Il y a plus. Il donne la foire annuelle du 29 juin, 
cest-à-dire de la fête des saints Pierre et Paul, patrons 
delà future église. Il est certain que si une foire a été 
tenue jadis dans le bourg de Saint-Pierre-le-Vif, le 
29jam, c'est précisément parce que la fête du. monas- 
tère se célébrait ce jour-là ; les fêtes des grandes 
églises attiraient toujours un grand concours de peu- 
ple. Ces assemblées, d'abord solennités religieuses, 
devinrent rapidement des solennités commerciales; les 
pèlerins en profitaient pour échanger leurs produits ; 
à eux se mêlaient des marchands; les foires, presque 
partout, et toujours, quand elles se tenaient à Tentour 
d'une abbaye, ont tiré leur origine de fêtes religieuses. 
L'institution de cette foire dont parle Clovis est néces- 
sairement postérieure à la fondation de l'abbaye La 
concession de cette foire ne pouvait manquer d'entrai- 
nerla cession des droits de péage et l'interdiction aux 

•Uns le mi>l Vif un dérivé (1«î Vicufi. II est inapossiblo que Viens ait 
Jonnédirwlement le mol franriis Vif. Voici, d'après nous, comment s'est 
(«rmee celle appellation de Saint-Pierrc-le-Vif, On a dit Sanctus Petrus 
/"Hro. c'est-à-dire l'église Saint Pierre sise dans le bourg par opposition 
àliglisc du même nom dans la cité; ce que le populaire a traduit par 
^id-Pierre-le-Vi. Vino a donné Vi, comme Novovico -- Ncuvy, Mosa- 
•fci _ Mi'unj, Caroricua rr. (^ficrvix etc. Mais on n'a plus compris le sens 
'k' Vi. nou plus que le génitif (e Vi. Un rapprocliomenl s'est opéré entre 
^1 d le nom fommuu îw, prononcé ui, qui voulait dire Viwint (Voyez La 
'^urne de Sainte-Palayfc, Dictionnaire historique, i. X, p. 175; Godefroy, 
hiflionmire ne l'ancienne lamjue française^ au mot Vif, t. VIII, p. 234). 
b'*iilalraduclion latinr; Sinnctits-Pclrns-Vivus retraduit en français Sain /- 

f't'TiV-/»» \'iT 



— 58 — 

officiers royaux d'y intervenir pour y lever dea impo- 
sitions. Le roi abandonne tous les pruâts aux moin< 
afin, dit-il, qu'ils la possèdent tritnquillement et sans 
contradiction, comme ont fait ses ancêtres les rois da9 
Burgondea. Nous avons déjà dit que Clovis ne pouvait 
en rien se réclamer, à Sens, des rois lïurgondi-s. 

Clovis cède sa terre appelée Cast^Hum Brilonis et la 
Villa Maii. Nous ne savons quel est le nom actuel du p 
mier de ces villages ; quant au second, comme certain<4 
copies donnent Villa Mari , il s'agit sans doute de 
Villemer, au canton d'Aillant, où l'abbaye de Saint 
Pierre-Ie-Vif eut plus tard une prévôté. Le roi donw 
aussi ' son église • de Saint-Sanctien avec toute I 
dime. Cette église, située à2 kilomètres au nord-estd 
Se.as, devint le sittge d'un prieuré. Elle s'élevait dam 
le village appelé Senceyas, que le roi abandonne éga< 
lement (1). Et encore ■ Saligniacus major • et ■ Sait 
gniacus rainor. - Cette distinction entre deux Salignv;, 
qui suppose le morcellement d'un même domaine < 
deux parties, peut nous surprendre, car, dans la àth 
nation de Théodechilde, prétendue postérieure, cetti 
division n'est pas constatée 

Le roi. qui, au début du diplôme, a si lunguemenl 
insisté sur sa conversion, y revient à nouveau, et 
■ afin que tout le peuple sache qu'il s'est fait catb» 
lique - donne sa chapelle ■• indominicata • dédiée | 



(t) Pif une rh.ru, d. 
l'ÉbbÉfe d(i Siinl-Picrre 
villa i]ii<B ilidliir Sanr 
nanjrrii 

n* LKXVn.) MbIï 
nactii), i|ula nuiiin 



im, allirv qiiod 



Sowin donan ilivcnai dglîM 
m fcUe Aa SainISaiicUoii : ■ 
noro mncll Ranc4li 



n tralilnilun : • «t i|iinil polc-lwnl (« 



— 59 — 
saint Pierre, et que sa femme a construite dans la cité 
prés de la porte orientale. Inutile de signaler ce que 
Texpression « capellam meain indominicatam •* a 
d anormal. 

Clovis donne encore une area piscatoria sous le pont 
de l'Yonne. S'il n'est pas impossible qu'une concession 
de ce genre ait été faite au vi* siècle, il est du moins 
inyraisemblable qu'elle ait été l'objet d'une mention 
spéciale. Nous n'avons qu'à reproduire ici les obser- 
vations de Quicherat, à propos d'un diplôme de Saint- 
Germain-des-fPrés. Les pêcheries « dans les plus an- 
ciennes chartes... ne figurent jamais ni comme mem- 
bres de la propriété, ni à aucun autre titre. Ce n'est 
qu'au déclin de l'époque mérovingienne qu'on voit leur 
mention prendre place à côté des eaux, cours d'eaux et 
moulins (1). » 

Clovis déclare retenir plusieurs territoires dans la 
cité et aussi la villa de Mâlay-le -Grand tout entière. 
L'insertion d'une pareille clause de réserve, suppose 
que des contestations s'étaient élevées entre le roi et 
l'abbaye au sujet de la possession de certains terri- 
toires et spécialement de Màlay-le- Grand. 

Clovis abandonne l'église de Voisines, la villa de 
Voisines tout entière avec ses dépendances et son bois ; 
maissi cette m//a était cédée dans son intégrité, « cum 
appendiciis suis, » pourquoi cette mention spéciale de 
lan/ua^ C'est là une redondance dont on ne trouverait 
^"cun exemple dans les chartes de l'époque mérovin- 

v') QnicHEHAT, Critique des deux plus anciennes chartes de Vabbayede 
^^'^i-Germain -des "Prés, dans Hibl. de l'Ecole des Charlc>*, t. XXVI, p. 



— 60 ^ 

gienne. Ou bien le notaire n'eût mentionné aucune de; 
dépendances, ou bien il les eût toutes énumérés : « cou 
mancipiis, mansis, domibus, etc. » Sont encore cé- 
dées Téglise de Villechat, îa villa du même nom et sei 
dépendances, c*est à savoir la villa de Guidellus sui 
l'Yonne; puis Villiers-Bonneux, l'église de Fonkina 
super Arva, qui est sans doute Fontaine-la-Gaillarde 
Courtemaux (Loiret), Foissy sur la Vanne, Trémont 
Paroy-sur-Tholon, Volgré, la moitié de Béon,Germign^ 
avec son église, Baviacus avec son église ; puis, dan, 
le pagus de Melun, l'église de Vieux-Champagne e| 
d'autres villas et églises non identifiées jusqu'ici avec 
certitude ; dans le pagus de Meaux, deux villae, l'une 
appelée Vesde, l'autre Silviniacus ; et dans le pagus 
d'Auxerre, Misciacics. 

L'énumération qui précède est faite en des termes 
qui ne rappellent pas du tout le style des actes de 
donation de Tépoque mérovingienne. La formule qu 
résume ces donations : * Haec omnia cum mancipiis 
desuper manentibus, mansis, domibus, aedificiis, cur- 
tiferis, wadriscapis, vineis, silvis, campis, pratis, pas 
cuis aquis aquarumv(î decursibus, totum et ad inte- 
grum, rem inexquesitani, cum omni soliditate, »» cette 
formule, abstraction faite des mots desuper manen- 
tibus, di^^o^é^k mancipiis, si elle n'a rien qui répugne 
à Tépoque mérovingienne, ne suffit cependant pas à 
caractériser un acte de cette époque, car son usage a 
persisté au moins jusqu'à la fin du xi* siècle. Mais le 
roi déclare donner toutes ces choses à l'éj^lise fondée 
en riionneur de saint Pierre et aux moines qui la des- 
serviront. Cette déclaration contredit cette autre faiu 



— 61 — 

commencement de Tacte, que là donation s*adresse, 
iQ pas au monastère projeté, et non établi, mais à 
déodechilde. On ne saurait céder d*un même coup les 
èmes biens à deux personnes différentes, surtout quand 
un des donataires n'existe pas encore. Sans compter 
uoD ne s*explique pas l'élimination d*un des deux pa- 
rons duftttur monastère « ad praedictum locum in ho- 
lorepeculiaris patroni nostri Pétri apostoli fundatum. »• 

Clovis prend l'église sous sa protection et lui accorde 
ine immunité. Bien que le plus ancien privilège de ce 
;enre que Ton connaisse et dont l'authenticité ne 
caisse être mise en doute, soit celui que Dagobert 
accorda, l'an 635, au monastère de Resbach (1), il 
n'est pas impossible que Clovis ait délivré de semblables 
privilèges aux églises de son royaume. Seulement il 
n'a pas dû le faire dans les termes que lui prête le di- 
plôme de Saint-Pierre-le-Vif. La formule d'immunité, 
encore qu'elle ait peu varié à travers les âges et qu'elle 
ail compris, dès le vif siècle, tous les éléments essen- 
tiels de sa constitution, n'a cependant pas été, à Tori- 
gine, aussi développée dans son expression (2) que 

I, Publ. dans Perlz, Diplomntaf p. i6, n» lô. Voy. Brunner , Deutsche 
P^^liisgegchichte, t. II, p. 292, note 29. 

.') Comparez avec la formule du diplôme de Clovis les formules suivantes 
•ii'pr(iûtet*s à des actes mérovingiens originaux. Diplôme do Childcbert III 
'JUfl abbaye de Tus^nval, en 696 : « ut nuUus judex poplicus ad causas 
idiend'j.m vcl friilda exigcudum, ibidem introitum nec ingressum liabiro 

'Il (Joberil Adio i)cr présente preceptum ex boc deccrniraus ordenan- 

'ji. -iuod in perpctuo volemus esse mansurum, ut netjue vos, ncque 
..'r-.y >e«» succcssorisque veslri, nec nullus quislibei ox judiciaria po- 
su.' qu'tfim fempore accinctus, in curlis vel villas mouasluri.x', tam de 

3 .l.iikrii prcscuti Icmporc est Ûrmatiim, quam quod in anlia in 

..?.ibet ribus adqiio corporibus, ad causas audienduni vol fridda exi- 



— 62 — 

celle du diplôme de Clovis, la plus compréhensive qu 
soit ; elle est celle qui, arrêtée au début du ix* siècle, . 
persisté jusqu'au xiii* siècle (1) ; de plus, elle contien 
une liste de redevances •* pedaticos, teloneos, rota- 
ticos, portaticos, ripaticos, •• que j'ai trouvée pour U 
première fois, sinon absolument semblable, du moii^ 
analogue dans un diplôme de Charles le Chauve, pou 
Marmoutier, de Tan 844 (2). 

Avec la clause d'immunité s'appliquant à rensembl( 
des biens cédés par le roi, en vue de la dotation du nuu. 
veau monastère, l'acte semble terminé. Il reprend ce- 
pendant pour mentionner la tradition que Clovis fait 
à sa fille et au monastère d'un duc, nommé Basolus, et 
de ses biens. Ici encore, le rédacteur s'est complu à une 
amplification de rhétorique qui n'était pas dans les 
habitudes des notaires mérovingiens et qui, d'ailleurs, 
était inutile : •• Je livre le duc Basolus, naguère superb< 

gendum seo mansionis aul paratas vel qualiscuiiKiuo rctribucionis quo 
flscus nostor cxiiidc accipero aui spcrare p<jlucrat, judiciaria potestas ri4 
nustro tempore. ncc succossoribus rigibus, ingressiim nec introitum p« 
nitus habire prcsuramal.... »> (Tardif, Cartons des rois, n* 37, p. 30-31 
— Diplôme do (ihildoborllll pour l'abbaye de Saint -Maur-des-Fos8Ô8,vc: 
700 : u Idio pcr présente preceplione decernemud urdenandum, quod i 
peqKîluum voiumus esse mansurum, ut neque nus noquo junioros se 
suboossoris vcstri, nec quislibet, in curtis s'el vilas ipsius abbati vel ips 

moneslirio seu de comparato aul dequalibet adtracto possedire ^oditur.. 

nullusjudex publicus ibidem ad causas audientum, freda exogendum, ft;- 
diessoris tollendum nec mansionis aut paratas faciendum. ncr* hominc: 
lam ingenuos ({uam scrvienlis dislrinjendum nec nulas relribucionis re- 
quireuduin u'.'n cxaclaudum, judiciariu potestas ibidem quoquo lempurG 
ingredire non présumât..." (Tardif, Car/ons de* rois, n»4l.p. 35.) 

(l) Voyez Aug. Prost, iimmunità , dans Nouvelle Revue hislor. (le 
flrnit fr. nt (Ur.iiuirr, 1882, p. Il3et8uiv. 

[•2] pLibl. dans (i.illia r/jri.sh'ana, t. XIV, instrumenta, p. 31. 



— 63 — 

et orgueilleux, maintenant humilié et enchainé^ avec 
loot son héritage, ses châteaux, bourgs, terres, et tout 
ce qu'il possède, de telle sorte qu'à partir de ce jour, 
toasses biens appartiennent audit monastère de Saint- 
Pierre de Sens. • Il est aussi question de ce Basolus 
dans la charte de Théodechilde, comme nous le verrons 
plus loin, mais il n y est pas qualifié duc ; ce n*est 
qu'on certain Basolus. Clovis ne nous dit pas que c'était 
an duc d'Auvergne ; mais il énnmère ses biens^ tous 
sis en Auvergne, dans le Limousin, le Cahorsin et le 
Gévaudan. D*où la conclusion s*impose qu'il résidait en 
Aquitaine. Or il est certain que, trois ans après la date 
réelle de son baptême, Clovis n'avait pas encore poussé 
ses conquêtes au sud de la Loire et n'avait pu y confis- 
quer aucune terre. C'est seulement en 507 que Clovis 
occupa l'Aquitaine. Si le rédacteur de l'acte a fait allu- 
sion à la conquête de cette province, c'est qu'il croyait 
que h troisième année après le baptême de Clovis cor- 
respondait à r>08. 

Je ne pense pas qu'il subsiste aucun doute sur la 
fausseté du diplôme de Clovis. Ce diplôme ne nous est 
pas parvenu sous une forme unique. Il en existait jadis 
dans les archives de Mauriac une autre recension, 
évidemment interpolée, mais fort intéressante (1). 

(1) Celle recension du diplôme de Clovis a clé publiée dans Bréquigny, 

D*n\ d'après une copie conservée à Mauriac et paraissant remonter au xii« 

iit-lo. P.iiiDESSus, n* LXV et Pertz, Spuria, n* 2, p. 115, ont reproduit le 

'lie de Bré«f uign y. Il n'existe plus dans le fonds de Mauriac, aux archives 

'iej.artementale8 du Canlal, aucune crjpie du diplôme de Clovis, pas plus 

pt'iie la donation de Thck^dechilde. Je dois cerenseignemeut à M. Cli. Au- 

/i^pirj. nrrliiviste du Canlal, qui a eu re\lrôme obligeance de faire sur ma 

it/ijjn.Je des rcclierches minutieuses dans les vingt-huit cartons qui for- 



- 64 — 

Elle contient une liste détaillée des biens confisque 
sur Basolus et transmis par Clovis à sa fille. Cette Iis4 
indique dans chaque villa le nombre de colonges et 
pour chaque eolonge, nominativement les serfs qui 1 
détenaient avec les redevances qu'ils devaient acquit 
ter : « In Arvernica quidem provincia est alla quedai 
ecclesia in ripa fluminis Marone dedicata in honor 
Sancti Pauli et in ipsa villa coloni[cœ] (Ij très, ub 
manent homines VI : solvunt in anno annonatu 
modios III. . ;in villa Vidrinas,col[onicus] unus, manet 
ibi Frodoaldus, servus Sancii Pétri ; solvit vervicem, 
denarios VIII... etc. » Tous les historiens qui ont 
connu ce texte, sont tombés d'accord pour y voir une 
interpolation. Une seule remarque sufiit : commeat 
Clovis aurait-il pu qualifier serfs de Saint-Pierre les 
tenanciers qui habitaient dans ces villw au moment ot 
les biens de Basolus lui furent enlevés pour être trans- 
mis à Théodechilde ? La forme de cette liste est celU 
des polyptyques ou pouillés du ix* siècle. Elle a eU 
évidemment extraite d'un polyptyque de SaintPierre- 
le-Vif, et très probablement du polyptyque que l'arche 
vêque Hieremias (2) avait fait rédiger pour prémunit 
les biens de l'abbaye contre toute usurpation et qui est 



ment le fonds du priouru de Mauriac. Je lui adrespo mes plus vifsrempr- 
ciemunts. Les archives de Mauriac ont été dilapidées pondant le temp 
qu'elles sont restées à la mairie de Mauriac. En 1875, M. Aubépin a aasur 
la conservation de leurs débris en lus transportant aux Archives déparle 
mentales. 

(l) El non pas coloni, comme porte le texte imprimé. 

f'2) Cctic hypothèse a été déjà émise par l'abbé Bouvier, Ouvrage ri I 
p. 100. 



— 65 — 

aentionné dans un diplôme de Louis le Pieux, du 
18 mai 822 (1). 

Avant de rechercher à quelle époque a été fabriqué 
le diplôme de Clovis, il importe de déterminer la valeur 
de la charte de donation mise sous le nom de la reine 
Théodechilde (2). 

Bréquigny et Pardessus ont tenu cet acte pour faux. 
D'autres diplomatistes ont hésité à le condamner : ils 
yoDt TU une pièce très ancienne mais interpolée. Il en 
existe, aux Archives de TYonne, une copie dont Técri- 
tore parait remonter à la fin du x"* siècle ou au commen- 
cement du XI* siècle (3). Nous suivrons ici le texte 
publié par Quantin dans son Cûrtulaire général de 
nwne (4). 

(l) QcANTm, Cartul. général de l'Yonne , n* XVII, t. I. p. 34 : 
« .... sicuti memoralus episoopus in libelii série singala loca por ordioem 
tdnoiaodo digessit et manu sua subscrîpsit et in conventu episcoporum 
wsqui aderani subscribere rogavil propter cavendas omnimodis conlen- 
ii«Qes quffi fuluris teni{)oribus ix)leranl oboriri... » 

2) C'est à turt que certains au leurs désignent cet acte sous le nom de 
Ifiiamcnt en donnant à ce terme la valeur qu'il a dans le droit moderne. 
DiK le haut moyen âge, testamentum désigne toute espîîce de donation . 
Dans ce sens l'acte de Tliéodocliilde est un testamentum, mais ce n'est en 
aiicime façon un acte de dernière volonté. 

5) Les copies conservées de la charte de Théodechilde sont les suivan- 
te: 1" .archives de l'Yonne, U 167, copie de la fin du x* ou du commen- 
(iii xr siècle, fragment de cartulaire ; 2* mêmes arcliives (portion conservée 
à la bibliothèque de Sens), H 32, copie du xvi" siècle ; 3® Bibliolhwiue 
niîiûQâle, lai. l'2779, fol. 219, copie du xvii* siècle; i» Dom Cotteron, 
a.n,nico» .S. Pétri Vivi, Bibl. d'Auxerre, ms n* 137, p. 171. 

* La fharle de Théodechilde a été publiée dans Bollandistes, Arta 
SinrK.rum. juin, l. V, p. 366. — Bréquigny, Diplomata, t. I, p. 65. 
n» mvil. - Pardessus, Diplomala, t. î, p. 131, n» CLXXVII. — Pertz, 
Oip'oroatum imj)erii t. I, p. 132, Spuria, n* 16. — J.-B. Chabau, 
Sai'ite-TheodechiWe, p. 169. — II. Bouvier, Histoire de Saint-Pierre-le- 

5 



i 

i 



Dans sa forme générais, l'acte de Tliéodechilde i 
rien de repréhensible. Il se présente sous la forme d*! 
épltre, comme c'est le cas pour les donations authi 
tiques les plus anciennes de l'époque méroviagiej 
qui nous soient parvenues. Il est adressé au munast 
des saints Pierre et Paul. Vient ensuite la suscrîpt 
do la donatrice, à la'iuelle se rattache un préamh 
indiquant les motifs qui ont déterminé la donation, 
savoir le désir d'obtenir la vie éternelle. Saiveq 
l'énoncé de la donation, les formules comminatoîl 
la date, les souscriptions de la donatrice et des témoi 
la souscription du rédacteur de l'acte. 

Mais si des actes rédigés sur ce plan se rencontr 
à l'époque mérovingienne, ils ne lui sont pas prupr 
Ce modèle de donation a été usité dans la France si 
tentrionale Jusqu'au X' siècle et dans le Midi jusM 
xr siècle il). Il nous faut donc pénétrer dans le Se 
de l'acte, l'analyser et cheniher si nous n'y découv 
rons pas des expressions ou bien exclusivement pai 
culières aux temps mérovingiens, ou bien, au contrai 
(jui ne peuvent avoir été employées qu'à une èfoi 
plus récente. I 

L'adresse est bien telle qu'on la trouve dansd 
tains actes mérovingiens. La donatrice s'adressa! 
monastère : ■ Domino sancto sacro monasteriôf 
honore beatorura apostolorum Pétri et Pauli sub op 
dum civitatis Senonuin nostro opère a fundamen 
constructo. » Les derniers mots de cette phrase se n 

Vif, (lin* BulM. de la Soc. •!« «ciencM hislor. ri nalur. < 



— 67 — 

contrent dans le privilège accordé, en 657, par Tévêque 
Emmon au monastère de Saint-Pierre : « Monasterio 
Sancti Pétri et PauU quera domna Theodechildis re- 
gina quondam suo opère construxit vel ipsa ibidem 
suum videtur habere sepulchrum, sub opidum Senonis 

civitate (1). » Dans une donation authentique faite 

If • 

an 711 par une certaine Ingoara au même monastère, 

t>n lit : « Monasterio Sancto Petro qui est constructus 
snb opidum civitate Senonum (2). » Les mêmes ex- 
pressions figurent encore dans une autre donation de 
an 719, faite par une certaine Léotherie (3). 
Mais avec la suscription : « Ego in Dei nomine 
Theodechildis, fliia Chlodoveo quondam rege, » une 
<lifficulté se présente. Nous ne savons pas, par ail- 
leurs, que Clovis ait eu une fille du nom de Théode- 
childe. Grégoire de Tours n'en parle pas. J'admets que 
son silence ne soit pas une preuve de la non-existence 
•l'une fille de Clovis nommée Théodechilde. Mais com- 
ïDent admettre, si Théodechilde était réellement la 
fille de Clovis, que les chartes du monastère de Saint- 
Pierre, des vir et viii* siècles, n'aient pas mentionné 
ce fait si notable, puisqu'il ne pouvait que rendre plus 
%nes de vénération et la fondatrice du monastère et 
lemonastère lui-même. Car le privilège d'Emraon qua- 
lifie simplement Théodechilde de reine : « Teodechildis 
fegina. • De même, la donation de Léotherie. L'épi- 
taphe versifiée de Théodechilde, commençant par les 
ïûots : « Hune regina locum, »» jadis encastrée dans le 

W OuANTiN, Cartulaire général de l'Yonne, n* VJ, t, I, p. 10. 
(î) QcANTiN, Ibid. n» IX, t. I. p. 22. 
W QuANTiN, Ibid., n« X, U I, p. 24. 



— 68 — 

mur du chœur de Téglise abbatiale, ne mentionnail 
pas S4 parenté avec Clovis (1), pas plus que la pierre 
placée sur son tombeau et qui portait seulement ; 
« IIII KalJulii transiit domna Techildis regina (2). »« 
Il nous faut arriver jusqu'aux écrits d'Odoran, c'est-4. 
dire au xi* siècle, pour trouver cette affirmation qi4^^ 
Théodechilde était fille de Clovis (3). 

Si Théodechilde n'était pas fille de Clovis, connais, 
sons-nous une reine mérovingienne du même nom qm* 
puisse être identifiée avec la fondatrice de Saint-Pierre- 
le-Vif. On ne pensera pas à Théodechilde, femme de 
Caribert, dont la destinée est exactement connue f4). 
Il ne s'agit pas davantage de la femme de Théode- 
bert II (5), car cette hypothèse reporterait la fonda- 
tion du monastère à une époque trop récente. 

Mais la plupart des historiens s'accordent pour iden- 
tifier notre Théodechilde avec une fille de Thierry dont 
Fortunat a célébré les vertus «6). En efiet, Odoran 
rapporte (7) deux poésies de Fortunat, dont Tune est 
un chant et l'autre une épitaphn en l'honneur d'une 
reine Théodechilde. Il les considère comme s'appliquaut 

(1) Voy. BOLLA.N». Actn Snnctorum, juin, t. V, p. 362 et 373 ; Dunu, 
Bibl. Iiislor. de l'Yonne, l. II, p. 390. — Voyez surtout le procès-verbal de 
l'invention des reliques de Tiiéodochildo du 16 octobre 1643, publ. par 
M. Jjsepli Perrin, dans Bulletin de lu Socit-lè archéolog. de Sens, t. XIV, 
p. 190-197. 

(2) Voy. Boi.LAND. Acta Sanctorum. juin, t. VII, p. 328. 

(3) DuRU. Bihl. hintor. de l'Yonne, t. H, p. 389, 390. 
{'i) Ghégoiiie de Touiid, //w/or., IV, 20. 

[[)) KnÉuÉoAiHE, c. XXXVII. 

(li) Fortunat, IV, 2j, el VI, 3, dans 6dit. F. Léo, Monumenta Germa. 
niir liistoricii, in-4**, p. 9'* et J34. 
(7) Odoran, dans Duru, Bibl. îiiator. de l'Yonne, t. II, p. 390, 



— 69 — 

aune même personne, qui était la fondatrice de Saint- 
Pierre. La seule raison que les moines de Saint-Pierre 
eussent de conserver ces deux petits poèmes de For- 
tunat dans un manuscrit de leur bibliothèque, était 
qu'ils les considéraient comme relatifs à la fondatrice 
de leur église. Car il n'est guère probable qu'Odoran, 
si instruit fûrt-il, Tait été assez pour retrouver dans les 
œuvres de Fortunat ces deux morceaux et les appli- 
quer à la reine dont le corps reposait à Saint- Pierre. 
Eu tout cas, il était de tradition, au commencement du 
XI* siècle, que la reine Théodechilde, chantée par For- 
tunat, était la fondatrice du monastère. Fortunat dit 
que Théodechilde était de race royale, que son père 
était roi, comme aussi son frère et son époux. Il cé- 
lèbre sa charité, sa piété ; il la félicite d'avoir construit 
•ies églises. Procope (1) rapporte qu'au temps de 
Justinien (527-565).- Hermégiscle, roi des Varnes, peur- 
plade établie sur la rive droite du Rhin, épousa une 
sœur du roi Théodebert (534-547). Hermégiscle mort, 
son fils Radigère quitta sa femme pour éj)Ouser sa 
l^lle-naère, que bientôt après il répudia. Procope ne 
donne pas le nom de cette sœur de Théodebert. Mais 
nous savons par Flodoard (2) que Thierry I" avait eu 

('•) Procope, De bello gothico^ IV, 20, dans Rec, des histor. de France, 
^ÏI,p. 4-2,43. 

f^) Flodoard, Histor.ecclesiœ Remcnsis^U, 1. « Bcalo Remigio succcssisso 
^'tur Roman us, Komano Flavius, posl quos Mapinius.... Hujus quoquo 
'^lûporibus, Suavcgolla rcgina Rcmensi ecclesitB lerliam parlcin villœ Viri- 
*'*'*' p^r tesUmenti paginam dclegasse ropi'ritur. Quam parlera villas ipso 
'ï'^îque praegul Teudechildi, praefalîe fegina3 flliie, usufruchiario per preca» 

"am, salvo ccclesite jure concessil Quœ scilicet Thcudcchildis regina 

^tioodum nonuulla per leslameuli sui auclorilaleni teni|)ore duniiii 



— 70 — 

de sa seconde femme, Suavegotte, une fille, Théode* 
childe, qui donna plusieurs domaines à Téglise de 
Reiras. Cette reine Théodechilde était contemporaine 
des évêques de Reims, Mapinius et Egidius, le premier' 
qui siégea vers 550, le second d'environ 5G5 à 590. l\ 
est vraisemblable que la bienfaitrice de Téglise d^ 
Reims était la femme répudiée du roi des Varnes et 
que c'est elle dont Fortunat a célébré les vertus chré* 
tiennes. En efiec, elle se trouvait être petite-fille, fil/e, 
sœur et femme de rois. Evidemment, on ne peut établir 
d'une façon absolue l'identité de cette reine Théode- 
childe avec la reine qui, au vi* siècle, a fondé le monas- 
tère sénonais. Ce qui rend toutefois cette hypothèse 
vraisemblable (1), c'est que le monastère sénonais a 
possédé très anciennement des terres en Auvergne. 
Or la reine Théodechilde avait des domaines dans cette 
province. Elle y percevait des redevances, et probable- 
ment une partie des revenus du fisc royal. Grégoire de 
Tours (2) raconte qu'un certain Nunninus, qu'il qua- 
lifie tribunus, et qui avait apporté d'Auvergne en 
France des tributs dus à la reine Théodechilde, s'arrêta 
à Auxerre pour prier au tombeau de saint Germain. 
On s'expliquerait donc l'origine des propriétés du mo- 
nastère de Saint-Pierre en Auvergne. Il n'y a rien 
d'extraordinaire à ce que Théodechilde ait obtenu d'un 



Egidii Remcnsi contiilil ecclesite praadia. » (Mione, Patrologie latine^ vol. 
13:), p. 94.) 

(1) ('est Ik ropinion à laquelle s'est arrôtéo la commission nommée j 
jKir la So<'iol('î ar('héologiinic .de Sens pour examiner lo livre do Tabbè 
Chahaii. Vcjyez liullct. de lu Socictv arrltcologiquv de Sens. t. XIV, p 226. 

(J) (^RKGoiRE DK TuuRs, (ilot'ia coufcssoriurif c. XLI. 



— 71 — 

grand personnage de l'Auvergne, Basolus, qu'il dis- 
posât d une partie de ses biens en faveur du monastère 
qu'elle avait fondé. 

On nous opposera que Théodechilde était vénérée 
comme vierge au monastère de Saint-Pierre-le-Vif. 
Cette tradition de la virginité de là fondatrice du mo- 
nastère ne remonte pas, que nous sachions, à Tépoque 
mérovingienne. Il en est question pour la première fois 
dans le chroniqueur Odoran. 

Il nous parait donc vraisemblable que le monastère 
de Saint-Pierre-le-Vif doit sa fondation, au cours du 
Tf siècle, à la reine Théodechilde, fille de Thierry I et 
petite-tille de Clovis. Si Ton admet cette conclusion, il 
faut considérer les mots « filia Clodovaeo »• de l'acte de 
Théodechilde comme une interpolation, 

Revenons à l'acte lui-même. Théodechilde expose les 
motifs qui ont déterminé sa donation. Ils sont ceux 
qu'on rencontre dans tous les actes analogues du 
moyen âge. La reine y exprime la nécessité qu'il y a 
pour tous ceux qui veulent obtenir le salut de leur àme, 
de donner aux églises et aux pauvres, leurs biens 
temporels, seul moyen de s'assurer les biens éternels. 
La formule employée contient même quelques fautes de 
latinité telles qu'on en relève dans les chartes méro- 
vingiennes. Mais cette formule contient aussi un pas- 
^a^e suspect. La reine déclare avoir en vue le salut de 
5es parents : « Igitur ego... pro amore Domini nostri 
feu Ciiristi et meorum facinorum parentumque nos- 
frjrura abluenda discrimina. » Je n'ai rencontré de 
nention analogue ni dans les formules de donations 
i dans les actes authentiques de Tépoque mérovin- 



— 72 — 

gienne. Cette préoccupation est la marque d'une épo- 
que plus récente. 

Théodechilde qualifie Tacte qu'elle a fait dresser 
d'epistola cessiojiis ce qui est conforme aux usages de^ 
VI* et vu* siècles. Elle exprime la transmission de s^^ 
biens au monastère dans des termes qui sont ceux d^^^ 
formules mérovingiennes, mais qui, d'autre part, sotit 
restés en usage jusqu'au xi* siècle. Vient ensuite 
rénumération des biens cédés. Les villx mentionnées 
figurent toutes dans le diplôme de Clovis ; mais en 
revanche le diplôme de Clovis en mentionnait d'autres 
que l'on s'étonne de ne pas trouver ici, puisque le di- 
plôme de Clovis devrait être antérieur à la donation de 
Théodechilde. Cette énumération dans son ensemble 
n'a rien qui répugne à la fin du vr siècle, mais elle n'a 
rien non plus de caractéristique. Même, certains détails 
révèlent une époque moins ancienne. Ainsi Màlai est 
appelé Masliaco ; j'ai déjà dit que c'était là une forme 
qui ne devait pas exister au vi* siècle. Il est question du 
vicus Sancti Pétri, Peut-on croire que le bourg qui 
entourait le monastère eût déjà pris le nom du princi- 
pal patron de ce monastère si récemment fondé. La 
liste des villx est précédée des mots « in ipso page. • 
Or il n'a été auparavant question d'aucun pagits. Le 
rédacteur a cru avoir parlé du pagus Senonicus, Un no- 
taire mérovingien n'eût pas commis pareille étourde- 
rie ; car l'on attachait un soin particulirr à la mention 
du pagus qui d'ordinaire suit le nom de la villa et ne 
le précède pas. Il est question de Varca piscaioria, 
mention déjà incriminée à propos du diplôme de Clovis. 
La donatrice dit qu'elle tient cette pêcherie de son 



— 73 — 

çère Clovis : • quam a genitore meo praefato Chlodoveo 
pro hoc ipso impetravi. » Un notaire du vr siècle 
n'eût pas manqué d'accoller le qualificatif rege à Clo- 
ioneo. Après Ténumération des villœ vient le détail 
des éléments de la propriété. « Haec omnia cum man- 
cipiis desuper manentibus^ mansis, domibus, «edificiis, 
curtiferis, wadriscapis, vineis (1), silvis, campis, pra- 
tis, pascuis, aquis aquarumve decursibus, totum et ad 
iategrum rem inexquisitam cum omni soliditate adprae- 
dictum locum in honore peculiarispatrononostro Petro 
fonJato. » Les mots desuper maneniibus n'accompa- 
gnent pas encore le mot mancipiis au vu* siècle. Le 
plus ancien exemple que je connaisse d'une expression 
analogue ^ mancipiis ibidem commanentis (2; » , se 
Irouve dans une formule du recueil connu sous le nom 
de Cartulx Senonicse, recueil qui n'a été formé que 
dans la seconde moitiô du viii* siècle. Ce recueil con- 
tient, il est vrai, quelques chartes mérovingiennes, mais 
dont aucune n'est antérieure au vu* siècle. Nous lisons 
encore la formule « cum hominibus ibidem (îommanen- 
tibus r dans une charte de donation des Formulœ sa- 
Ikx Lindenbrogianœ (3) qui ne remontent qu'au viii* 
siècle. On chercherait vainement pareille expression 
dans les formulaires du vu® siècle. La même obser- 
vation s'applique au mot curtiferis. 



(I) Le IcxUi publié par Ouanlio est fautif. Nous adoptons celui de la copie 

;:; !(• <ièclc. Le mol vinçis est précédé des mots uuidis . capis, qui sont 

:.nr mauvaise trauscriplion do uuafiruicapis. Lo mol capis est surmonté 

■l'un trait abréviatif qui piirail ajouié. Du reste campis se trouve plus loin. 

[.' CnrtuUr scimnkœ, nppendix, n* 1, dans Zeumlr, Forrtiulœ, p. 208. 

.; Formulœ Saliciv Lindenbrofjiana', «'* 1, dans Zeumeb, p. 266. 



— 75 — 

{ait d'un notaire qui ne connaissait ni la chronologie 

des rois mérovingiens, ni la manière de compter les 

années de leur règne. En effet, on comptait les années 

pour chaque roi à partir de son premier avènement et 

non pas à partir de son avènement dans chaque partie 

du royaume. Donc la neuvième année du règne de 

Clotaire était l'an 519. Mais si notre charte était de 

l'an 519, qui d'ailleurs ne correspond pas à Tindic- 

tion2, le notaire sénonais aurait dû la dater du règne 

deClodomir dont l'autorité était alors reconnue à Sens, 

cité comprise dans le royaume d'Orléans (1). Il est 

Trai que l'usage de dater du premier avènement était 

celui de la chancellerie royale et qu'on a pu ne pas s'y 

I conformer dans les autres chancelleries. Soit, mais le 

i royaume de Clodomir a échu peut-être en partie, à 

Clotaire en 526 (2). La neuvième année serait 534 

qai a pour indiction le chiffre 12. Il est possible que 

le rédacteur de la charte — et dans ce cas-là il vivait 

[ aa plus tôt au ix^ siècle — ait cru que Sens faisait 

partie du royaume de Bourgogne. Clotaire a eu dans sa 

Part ce roj-aume en 534. La neuvième année serait 542, 

^ûj rorrespond à l'indiction 5. Enfin, supposera-t-on 

fjue les années sont comptées à partir du moment où 

C/otaire fut roi de toute la monarchie franque. C'est en 

>3S qu'il devint seul roi. La neuvième année serait 566. 

)r Clotaire était mort en 561. La date de notre charte 

donc été ajoutée à une époque où l'on avait des notions 



! Voyez Lo.ngnon. Géographie de In Gaule au vi* siècle, p. 94. 
;: Cetle hypollièse est peu probable; car la cilé de Seas fui plus 
.it-^n.blabhMncnt partagée enire Cliildcbcrl el Théodoberl ; la ville de Sens 
a;iriliutx' à TliécxlclK-Tl. Voy. Longnon, Ouvrage c<7é, p. 321. 



I) 



— 77 — 

àWemeDt propre au vi« siècle. Il n'y a rien dans 
cette charte qui caractérise une rédaction du vi* siècle. 
Nous sommes donc autorisé à conclure que l'acte mis 
sous le nom de Théodechilde est apocryphe. 

Reste à déterminer l'époque de fabrication de la 

charte de Théodechilde et du diplôme de Clovis. Bré- 

quigny a vu dans ces deux pièces Tœuvre d'un même 

faussaire. En quoi il se trompe. Ces deux actes sont 

très différents dans leur aspect général. La charte de 

Théodechilde a été habilement composée par un moine 

qui a pris pour modèles les chartes les plus anciennes 

qu'il eût à sa disposition, ou bien un formulaire. Le 

diplôme de Clovis est l'œuvre d'un moine inexpérimenté 

qui n'a pas su recourir à un diplôme royal mérovingien, 

ni même carolingien, pour encadrer sa composition. 

Ces deux actes ne sont pas du même temps. Car tandis 

que dans la charte de Théodechilde, Basolus n'est 

qu'un - homo aliquis nomine Bazolus » ce personnage 

est devenu - ducem Basolum »• dans le diplôme de Clovis. 

Les domaines cédés sont plus nombreux dans le diplôme 

Je CJovis que dans la charte de Théodechilde ; dans le 

premier de ces actes ils sont, pour la plupart, donnés 

îvec leur église, tandis que l'acte de Théodechilde ne 

ait aucune mention d'églises sauf pour les terres au- 

t^gnates. II est donc évident que la charte de Théode- 

iilde est antérieure au diplôme de Clovis. Enfin pour 

liconque est habitué au style diplomatique le style 

i premier des deux actes apocryphes sent pleinement 

jx" ou le x*" siècle, le second, le xi* siècle. 

Udoran, moine et chroniqueur de Saint-Pierre-le- 

f, connaissait l'acte de donation de Théodechilde. 



— 79 — 

Lietry (1) , qui siégea de 1000 à 1029. Comme au 
moment où il écrivait, l'acte reposait déjà aux archives, 
sa composition est antérieure à Odoran, c'est-à-dire à 
la fin du X* siècle. 

Peut-on préciser davantage ? D'ordinaire l'objet des 
faux était de favoriser et justifier les revendications des 
moines sur les terres dont la propriété leur était con- 
testée. Y a-t-il dans l'histoire de l'abbave de Saint- 
Pierre une période où elle ait dû défendre ses biens 
contre des usurpateurs ? En 886, le 3C novembre, les 
Normands vinrent mettre le siège devant Sens. Les 
monastères qui entouraient la ville furent pillés et 
incendiés (2). Plus tard, en 938, d'autres barbares, 
que Clarius appelle des Hongres, envahirent la France. 
Ils mirent encore le feu à l'abbaye de Saint-Pierre : 
les moines, à leur approche, avaient transporté les corps 
saints dans leur église de Saint-Pierre à l'intérieur de 
la cité (3) Jusqu'alors le monastère n'avait souffert 
en quelque sorte qu'extérieurement. Le temps n'était 
pas éloigné où il allait subir des dommages plus graves, 
être atteint dans sa substance même, dans son patri- 
moine. Sous l'archevêque Heldeman (954-959), il tomba 
entre les mains d'un abbé, ami du luxe, Notran, qui 
commença la ruine de son monastère, encore à cette 
époque riche de tous les biens dont l'avait doté la reine 



(0 Odoran Prologus : u Igitur in primis de douinu) Theudecliildis 
^^igiDe et fine, et loci nostri fundamino oa qua), Rotberlo, piissimo rego, 
^uorianie, et <fomno Leutherico arcliiepiscopo commonenle, brevi calamo 
^D'Prehendi, ponere disposui » (Duau, Bibl. histor . t. II, p. 387.) 

(*) Voyez : Favbe, Eudes, p. 64 

v^) Clabius, dans DuRU, Bibl, hiator., t. II, p. 482. 



— 81 — 

Archambaud mort \2d aoi\t 907), un prélat aus^i pieux 
que celui-ci avait été impie lui succéda : Anastase , 
qui, ami des moines, s'occupa de la réforme de Saint- 
Pierre. Il installa des moines dans Tabbaye, et sur- 
tout il rechercha les terres du monastère et les ra- 
cheta (1). Son successeur Sewin, secondé par son neveu 
Rainard qu'il plaça comme abbé à la tête du monastère, 
continua et acheva l'œuvre d'Anastase (2). N est-il pas 
naturel de penser que le premier soin d'Anastase fut 
de reconstituer les archives du monastère? Cela était 
nécessaire pour mener à bien l'enquête qu'il ouvrit 
pour la reconstitution du patrimoine des religieux. 
Aussi, est-il vraisemblable que c'est sous Tadministra- 
tioa d'Anastase, entre 967 et 976 que fut rédigée la 
charte de Théodechilde, qui, si elle avait existé, avait 
pu périr soit dans les incendies successifs du monastère, 
'^oit lors de la translation des archives opérée par le 
trésorier Frodon. On y inséra toutes les terres pour 
lesquelles les moines n'avaient plus aucun titre authen- 
tique. C était une garantie pour l'avenir. 

A cette hypothèse on n'opposera pas que la charte 
de Théodechilde parle du bourg de Mauriac sans faire 
tnention du prieuré qui y fut fondé par l'archevêque 
Hieremias avant 827 (4), ce qui tendrait à prouver que 

(') Mta S. Saviniani : a Cepit uliro terras ccnobii inquirerc, procio 
^mn. » (DcRU, Bibl. hiator, t. JI, p. 362.} 

i^) Aela S. Savinianiy dans DuRU, Bibl, hiator. t. Il, p. 363, 3r>r>; 
^'Uiios, Ibid, p. 494. 

i^; Sur les dates d'Arcbambaud et d'ÂDaslase, voyez Lot, Les dermev/t 
Caroiingien«, p. 335, 3.36 et Pbou, dans le Moycn-Age, année 1892, p. :/i . 

''^ICuiius: « Ipse (Hieremias) œdiûcavit collam in Aquitanisc, in loco 
l^ïdicihir Mauriacus, rautans noinen ejua cl vocans Noviacuin, in Iionoro 





— 82 — 

ha ch&rtea été rédigée avant cette fondation. Je répc 
drai que le diplôme de Clovis, qui, comme nous 
verrons, a été fabriqué en un temps où le prieuré 
Mauriac existait et depuis deux siècles au moins, n* 
parle pas davantage. Les moines sénonais ne pouvaie 
commettre cette grossière erreur de placer les origin 
du prieuré de Mauriac au vr siècle ; ils s'en seraie; 
bien gardes, d^autant plus que les moines de Manrii 
ayant de bonne heure cherché à rompre ou à détendi 
les liens qui les rattachaient à Saint-Pierre-le-Vif, li 
moines sénonais de leur côté s'efforcèrent de mainten 

Sancli Potri, in proprio fundo ipsius Sancli Pctri SenonoDsis, quam Tlieod 
rliildis, filia rcgis Chloduvci, et Hns^jlus. romes Arvcrtiiœ, ob aroorcm Di 
ad stipendia monachorum roliquerant. Pcr dcprecationem Frodborti, abb 
lis cœnobii Sancli Putri Scnononsis ipsam ecllam coiislruxil ctquodIioDi 
nés i|isiu8 piigl terras et priedia Saneti Pctri diriperent et in proprios us 
retinerent Insliluit aulem et monaclios regii lares de sBCclesia Sancli 1^1 
Senonensis. qui iltic Deo serviront, quatcnus locus ipso prœdia et Icm 
(|uas adimc possidebat, ex tulo non pordcret et ul ipsa cello, Deo auctoi 
per cuncta Icnipora sub custodia Frodbcrli abballs cl ejus successorum e 
set, ol lia guhcrnurent villap cl uîcclesias qiiœ conjacenl in Aquilania 
Arvcrnia, in Lcmovicensi pago, sicul antcccssorcs sui guljernaverur 
l'ostiilavit antem idem Hicremias arctiiepiscopus et Frodborlus àbbis 
Illudowieo augusto flcri sibi privilcgium de eadem cella et de omnib 
:ip|>eu(liliiâ quic adjacent etenobio Sanli Pétri Senonensis quod cl inipelr 
vit »> (Dijiiu, /îi/)/. /a.-î/., t. II, p. i7l.) ~ Pour placer la fondation 
prieuré de Maiiriie avant 8*27 nous nous basons sur un diplôme de Loi 
le Pinux, on dalc du 9 mai 8.?7, aujourd'hui perdu, mais mentionné di 
un inventaire des litres «le l'arclievôclié de Sens, rédigé au xvii* siècle, 
«lié par Deribicr du CluUolet, I)ictionunirc statistique du département 
Cnntnf, t. IV, p. 217, d'après une note do Quantiu : « 827, 9 mai. Conl 
lualion accordée par Louis le Débonnaire à Ilieremias, archevêque. 
privilèges don nés par lui-même cl par ses prédécesseurs aux archevôq 
|)Our riCglisc (le Sens, les monastères de Sainte-Colombe, Saint-Pierre, Sa 
•Iran, Sainl-IIérarl.\pt pour le monastère qu'Hieremias a fait bâtir au» 
do la Loire » 



— a'^ — 

le prieuré aiuergnat dans leur iiniuédiate dépen- 
dance. Les biens de Basolus avaient été donnés à 
Saint-Pierre-le-Vif : les chroniques et les chartes le 
répètent sans cesse. Quand Hiérémias avait fondé le 
prieuré de Mauriac, il s'était proposé d'arrêter le 
pillage des biens de Saint-Pierre sis en Auvergne, fa- 
vorisé par réloigneraent des propriétaires. 

L'argument qu'on pourrait tirer d'un diplôme de 
Louis le Pieux, déjà cité (1) serait plus fort. En effet, 
flans ce diplôme, du 18 mai 822, l'empereur rapporte 
que Hiérémias est venu le trouver et lui a montré que 
les abbayes sénonaises ont été appauvries par les ar- 
chevêques eux-mêmes qui ne pouvant faire face à 
leurs dépenses avec les ressources de lour église, so 
sont emparés d'une partie des biens des abbayes. 
Larchevêque a reconstitué leur patrimoine et pour 
prévenir toute dilapidation ultérieure, il a fait dresser 
la liste de leurs biens dans un libellvs. Il prie Fempe- 
renrde ratifier son œuvre et de prendre sous sa protec- 
tion les monastères et leur temporel. Ainsi dès avant 
^22, Saint-Pierre avait eu h défendre ses propriétés ; 
il serait donc possible que dès 822, à l'époque où l'ar- 
chevêque Hieremias les aidait à rentrer en possession 
*le leurs biens, les moines de Saint-Pierre eussent 
rédigé la donation de ïhéodechilde. Ce qui nous em- 
pêche toutefois de placer la rédaction de l'acte faux vers 
^% c'est qu'il nous parait qu'il eût fait double emploi 
^^ecle libellus de Hieremias, qui, signé de Hieremias, 
présenté dans un synode à la signature des évêques 



.') Voyez plus haut, p. 26 et nott' l. 



présents, sanctionné par rautorité impériale, suffis^j^ 
à établir les droits de Saint-Pierre et constituait no 
titre authentique pouvant être produit devant les tri- 
bunaux. 

La fabrication du diplôme de Clovis est, comme nous 
l'avons déjà montré, postérieure à celle de la charte de 
Théodechilde. Au moment où Odoran écrivait, ce di- 
plôme n'existait pas. Comment croire, s'il eût existé, 
qu'Odoran, qui avait consulté les archives, qui écrivait 
un opuscule spécial sur la fondation du monastère, ne 
Feùt pas mentionné? Comment croire que racontant la 
vie de Clovis il n'eût pas rappelé la part prise par ce 
roi à l'établissement de l'église des saints apôtres de 
Sens ? Le récit que Clarius (1) a fait des origines da 
monastère est tout autre. Odoran ne plaçait les com- 
mencements du monastère que sous le règne de Clo- 
taire, après la mort des frères de ce roi ; Clarius noas 
dit que Théodechilde commença d'édifier l'église sous le 
règne de Clovis, avec Taide de Clovis, permettante 
Théodechilde de procéder à sa pieuse fondation et lui 
fournissant à cet effet les ressources matérielles néces- 
saires. 

La chronique de Clarius s'arrête à l'année il24. 
D'autre part, comme il n'est pas vraisemblable qu'oi 
ait rédigé le diplôme de Clovis du vivant d*Odoran| 
puisque les données de ce diplôme contredisent le 
récit de cet historien, et qu'Odoran mourut en 1046, 
c est entre les deux dates extrêmes de 1046 et 1124 
qu'il faut placer la composition du diplôme de Clo?is \ 

: I) t'.i.Anirs. ilans Dinu, Hihl. hifit.. i. II. p. tfi'â. \ 



— 85 — 

J'ai déjà fait remarquer la complaisance avec la- 
quelle le rédacteur s'étend sur le fait que l'église de 
Saint-Savinien et celle de Saint-Sérotin étaient le lieu 
de sépulture des archevêques de Sens, des clercs et 
même de tout le peuple sénonais. Or nous savons qu'en 
1^)68, quand on entreprit la reconstruction de Téglise 
de Saint-Savinien, rétablissement des fondements du 
nouvel édifice amena la découverte d'un grand nombre 
de sépultures (i). Beaucoup de corps étaient décapi- 
tés : c'étaient les restes des premiers martyrs de la 
foi. De là l'idée que le monastère de Saint-Pierre avait 
été fondé dans le premier cimetière chrétien sénonais, 
^rentourdes sépultures des saints Savinien, Potentien 
et Sérotin. J'aperçois, pour ma part, un lien étroit 
entre le passage du diplôme de Clovis, auquel je fais 
illusion, et l'invention des sépultures de Tan 1068. 
Il me parait qu'on retrouve dans le diplôme le souve- 
nir de cet événement qui marqua dans les annales de 
SaintPierre-le-Vif. 

Le style du diplôme sent, pour ainsi dire, la fin du 
XI* siècle. Un diplôme royal conçu dans des termes 
aussi insolites ne pouvait paraître étrange à des hom- 
mes habitués aux diplômes royaux de Henri et surtout 
de Philippe P"". A cette époque il n'y avait plus aucune 
règle pour la rédaction des actes royaux. Les formules 
mêmes vaniaient à l'infini : résultat de la désorganisa- 
tion de la chancellerie royale. Les actes étaient appor- 
tés tout rédigés des monastères à la chancellerie. Lo 
nMe des notaires royaux se réduisait à y apposer les 

!.. Clarivs, /6td.. p. oOé. 



lignes de validation. C'est aussi le temps où les chart^t^ 
sont remplies de récits historiques, comme c*est le c^^ 
de notre diplôme. De plus, autant que nous pouvons en 
juger par la copie du xiv* siècle, qui est, selpn nous, 
une copie figurée du prétendu original, les caractères 
extérieurs de ce prétendu original, si jamais on le re- 
trouve, ne contrediront pas notre conclusion. Les 
signes d*abréviation rappellent ceux que nous sommes 
habitués à voir dans les chartes du xi*" siècle, comme 
aussi la forme des lettres, spécialement des hastes 
prolongées et légèrement ornées. Il y a même quelque 
chose de plus caractéristique : ce sont les croix, extrê- 
mement variées, qui précèdent ou suivent les noms des 
témoins, et surtout la note tironienne déformée qui 
signifiait subscripsit et qui était très usitée dans les 
chartes de la fin du xr siècle (1). 

Ainsi, je considère le diplôme de Clovis comme ayant 
été fabriqué peu après 1068, ce qui revient à rapporter 
cette falsification au temps de Tabbé Gerbert, qui 
dirigea l'abbaye de 1040 à 1079. Or, c'est sous ce 
morne abbé que fut rédigée, comme Ta établi Tabbé 
Duchesne (2) , la grande passion de saint Savinien. 

On ne saurait invoquer, pour préciser l'époque de 
la composition de la charte de Clovis, un diplôme de 
Louis VI (3) daté de Tan 1112, et dont un passage a , 
élé évidemment emprunté à la charte de Clovis. Le j 
l'oi Louis VI rappelle que le monastère de Saint-Pierre 

l) Voyez un fao-siniile grossier daiia Hollandistes, Acta Sanclorum, 

juii», l. V, p. :î<is. 

.r ynyrz lîullrtin rrHiiiii<\ 188:», p. 107, fl |H«K', p. \r.i. 

■"<'• hiplMpi > j.iiMir |i;ir (.»! \min, f'nrhil (fn l'Yinwe. 1. H, II* XL. p. il. 



— 87 — 

a été fondé à t'est de Sens, au temps de Clovis, par une 
de ses filles nommée Théodechilde, avec l'aide de son 
père et que celle-ci Ta doté de ses biens. Plus loin 
on trouve cette phrase caractéristique : «< Illud etiam 
iuserere placuit ut quoddam monasterium quod in 
Arvernico pago est situm, quodque idem prefatus rex. 
de possessionibus cujusdam superbissinii ducis Aqui" 
tante, nomine Basoli, quem rebellantem in montants 
cepit et carceratum Senonas multotempore tenuit, 
tandemque eidem filie sue. ut inonachum eum faceret 
•D prefato monasterio... »• Si cet acte de Louis VI 
était authentique, il nous permettrait d'affirmer que 
la rédaction du diplôme de Clovis est antérieure à 1112; 
roais cet acte porte dans ses formules insolites des 
preuves de sa fausseté (1). Il peut donc être postérieur à 
la date que ses rédacteurs lui ont assignée. Il est notable 
toutefois qu'il est dirigé contre les moines de Mauriac. 

L'idée d'attribuer un rôle à Clovis dans la fondation 
de Saint-Pierre-le-Vif a été suggérée par la charte 
roéme de Théodechilde. D'abord cette reine s'y décla- 
rait la fille de Clovis. De plus, parlant de la pêcherie 
soos le pont de l'Yonne, elle disait l'avoir obtenue de 
son père Clovis. Enfin elle associait son père au mérite 
de son bienfait. 

Se réclamer de Clovis, le premier roi de France 
chrétien, c'était se forger une arme contre les empié- 
tements des officiers royaux sur les droits de l'abbaje 
de Saint-Pierre. En 1064, l'abbé Gerbert s'était plaint 



'y M. I.iicliairc lient ce diplOnic |M)ur faux. Voyez LtciiAinE, Louin Vf 



iï Philippe V que ses prévôts levassent injustement de^ 
coutumes sur les terres de Saint-Pierre. Le roi avaif 
accueilli les plaintes de l'abbé et lui avait accordé une | 
immunité pour son monastère (1). Il était naturel que ^ 
Tabbé Gerbert, qui se montra si soucieux de rele?er £ 
le prestige de son église et d*en amplifier le domaine, ^ 
cherchât par tous les moyens à le défendre contre les 'il^ 
spolations si fréquentes à cette époque. Il ne pensait % 
pas à coup sûr commettre un acte indélicat en mettant 
sous une forme authentique ce qu'il croyait être 
Texpression de la vérité. En second lieu, le diplôme de 
Clovis visait les moines de Mauriac, oublieux des 
(»rigines de leur monastère et animés du désir de se 
rendre indépendants. Cette lutte entre Saint-Pierre-le- 
Vif et Mauriac éclate aussitôt après la mort de Gerbert: 
il est donc à présumer qu elle était plus ancienne. Le 
second successeur de Gerbert, Hermuin, mourut à 
Mauriac en 1090 (2). On ne s'explique sa présence 
dans ce monastère que par la nécessité où il avait été 
(le ramener les moines à l'obéissance ; surtout qaand 
on voit son successeur Arnaud obtenir du pape 
Pascal II (3) une bulle confirmant les droits de Saint» 
Pierre sur Mauriac et ces mêmes droits affirmés encore 
l»ar le concile de Troyes en H05 (4), puis une révolte 
éclater à Mauriac en 1109 (5). Or, le diplôme de Clovis 
énumère par le menu et avec plus de soin, qu*on ne 

(1) QuAXTiN, Carlul. dr l'Yonne, l. I, n" XCVII, p. IHli. 
,i) (iLARius, dans Bihl. Iiistor,^ l, II, p. 513. 

{:)) Bulle (lu 10 nov. Iio:;. Cf. JAFFÉ-WAXTBNBAcn, liegeata ponlificum 
Ifoninnnrum, n* f>0r)3. 

(»j (iL-^nrus, ilans Duru, liibl. histor. l, II, p. 51 ù. 
>' Claril"^. '^^!an'^ l»UR' , /^'>'. fns^or.. f. II, p. 520. 



— 89 — 

I avait fait dans Tacte de Théodechilde, les possessions 
de Saint-Pierre en Auvergne. Il insiste sur le fait 
que Basolus a été donné à Théodechilde, corps et 
biens, pour être remis au monastère de Saint-Pierre ; 
il décrète que les biens de Basolus resteront à tout 
jamais dans le domaine de Saint-Pierre de Sens et qu'ils 
serviront à l'entretien de ses moines. C'est pourquoi 
lorsque les moines de Saint-Pierre rédigèrent, sous 
le nom de Louis VI, la charte citée plus haut, por- 
tant que le monastère de Mauriac, resterait sous l'au- 
torité directe de l'abbé de Saint-Pierre-Ie-Vif, ils 
sappuyerent sur l'autorité du diplôme de Clovis et 
transcrivirent le passage relatif au duc Basolus. La 
fabrication du diplôme de Clovis s'explique donc par 
le désir de défendre le patrimoine de Saint-Pierre-le- 
^if et contre les officiers royaux et contre les religieux 
de Mauriac. 

En résumé, la charte de donation de Théodechilde, 
Piquée sur un acte ou une formule de la fin du 
W siècle, a été rédigée avant l'an 1000 et très proba- 
blement entre 967 et 970. Le diplôme de Clovis a été 
rédigé entre 1016 et 1121 et très probalement entre 
'068 et 1079. 

Maurice Prou. 



NOTICE 



SUR QUELQUES NOMS DE LIEUX 

DKS DÉPARTEMENTS 

DE L* YONNE ET DE SEINE-ET-MARNE 

DONT LE NOM PRIMITIF EST UN SOUVENIR DES LANGUES 
ET POPULATIONS IBÈRE ET LIGURE 



Suivant MM. Mulleuclorf, d'Arbois de Jubainville oi 
Alexandre liertrand (I) les Ligures étaient très proba- 
blement originaires des contrées baignées par la mer 
Baltique et la mer du Nord. Ils en ont émigré, chas- 
sant devant eux les Sicanes, et représentent la première 
invasion des Northinans, ou hommes du Nord (2). 

Les Ligures, ainsi (|ue les Ibères, s'établirent sur les 
rivages de la Méditerranée, depuis les Pyrénées jus- 
qu'aux Alpes, dès le x". peut-être dès lexif siècle avant 
notre ère. 

(rest en Italie et surtout en Sicile que le premier de 
ces deux peuples fonda des établissements sérieux. Sur 
nos cotes, les Ligures ne furent guère que des pirates. 
Des régions alpestres (ju'ils occupaient, ils ont dû domi- 
ner sur un plus grand territoire, et Festus Avienus 
nous dit qu'ils avaient pour limite occidentale la rive 

[\) l.n iiinilr nv.êiil fi's (;.-|ll^«l>, il ;i)}vrs 1rs innnuincutit Ci /r«î îf.v/f«. 
1 vol. iii-xr l'nris, IS'i.'. 
(.'i liulh'litf fir I .\f:ul*'nnf' '/f- //i.sr r//»/f».»»>.s |S',I|, p. :*.M0. 



— 91 ~ 

gauche du Rhône et que les Ibères se trouvaient à 
l'ouest de cemérae fleuve. 

L'influence des Ligures a été très faible dans l'inté- 
rieur du pays , que d'ailleurs ils connaissaient assez 
l»eu. Quelques groupes durent cependant se détacher 
des régions principalement occupées par le gros de la 
nation et fonder des établissements plus au nord^ car, 
bien <|ue la langue ligure ait disparu sans laisser de 
iraces apparentes dans des textes, les recherches phi- 
lologiques ont fourni des données fort intéressantes 
sur des noms propres qui proviennent, en totalité ou 
en partie, de cet ancien idome. 

Il en est ainsi du nom primitif de Sens, Agedlncus, et 
'lu nom de la commune de Champhst, Camuloscus, 
caotoude Brienon , arrondissement de Joigny. 

Les orthographes de l'ancien nom de Sens sont nom- 
breuses et diverses. 

Nous lisons Agedicon au livre II de la Gcograp/iiCj 
1»* Piulémée (ir siècle de notre ère), et Agetincum dans 
là Mil' de Peutinger et dans V Itinéraire d'Antonin. 

les (!omit\entoires, de César (livre VI., chap. Il), 
la hotice de la Francp, par Magnus, archevêque de 
SensenSOli l), el les Annales Brrtiniani, lumée 859 {2), 
écrivent Agen<licuin, orthographe jusqu'ici le plus sou- 
vent employée, alors que ce dernier document don- 
nait, année 858 (3), Agedincum. 

I Updssag»?(le celk* Solireoii est iiRMiliuiiiteu Agcndicuiii » osl cilt* p.ir 
J ' îrrard (k- Brélïuu (îaiis sa Disucrlatinn sur l'cniytlacpmcnt tl'Afjciuiiaini. 
') J'dUî partit' «i«»s .\»în.i/ej<5 di' ftnint lirrtin c*al altribiioe à saint Pni- 
uMir.'. cvtiin*' (h- Tro\c*s. Sii-iiii.i i-riuiii frnncim^'um . ilr dom noin|U«'l 

'■•'l'viw.ii liiiizMi, y il\rai<*»ii, [\. 104; il»i<lciii, p, 7i. 



— 92 — 

Dans Henry Martin {Hist. de France, t. I, p. 40' 
nous trouvons Agendikcc, forme qui semblerait indiqt 
une origine celtique. 

M. Justin Bellanger, dont la traduction récente 
très littéraire de César a mérité de TAcadémie françai 
le prix Jules Janin (novembre 1893), latinise TAgedicf 
de Ptolémée dont il fait Agedicum. 

Aucun des nombreux auteurs qui ont abordé le pn 
blême, — depuis longtemps résolu en faveur de Sen 
— de ridentification de TAgendicum des Commentaire 
ne s'est placé sur le terrain étymologique relativenie 
à cet ancien nom de la capitale des Sénones. 

Les appellations qu'on trouve dans les Documer 
Itinéraires (Agetincum) et les Annales Bertiniani, ai 
née 858 (Agedincum), sont les plus rapprochées ( 
primitif. 

En effet, dans la tinale incum, ne faut-il pas recoi: 
naitre le suffixe ligure, incns, latinisé, dont nous allor 
donner quelques exemples (1). 

Suivant Pline, le Pu, le Padus des Romains, éta 
appelé, par les Ligures, Bod-incus, signifiant profom 
Le même suffixe se rencontre dans les noms primili 
de: Gap, Vatincum ; Lemenc (Savoie), Lemincuî 
Dourdan (Seine-et-Oise), Durodincus, Dortenco sur d 
monnaies mérovingiennes; l'Albenc (Isère) appelé, da 
des documents latins, Albincum. Le nom de cette de 
niêre localité se prononce, dans le pays, l'Albe ; on 
peut inférer que le suffixe inrus était atone et sa dis 



(1) M. \. LoNGNuN . Cours pmft'sst' n I Eculr prntifiuc de^ haufr.i . 

'Ir.C (Histoire tf rhilologic: t ^ON 1 -:».>. 



^ 93 — 

ritioD complète dans Vatincum, puis Vapincum, Gap, 
appaie cette hypothèse. 

Le nom primitif de Sens serait donc Aged-incus, la- 
tinisé Agedincom et prononcé peut-être Agède. 

Une inscription romaine du m* ou iv* siècle, trouvée 
à Sens en 1839 (actuellement au musée lapidaire de 
cette ville) et citée dans la Bibliothèque historique de 
(ïonne, de Tabbé Duru (t. I, p. 36), présente Tabrévia- 
- tioD Àgied qui peut s*expliquer soit par la véritable pro- 
nonciation du primitif, soit plutôt par Tusage fréquent 
de n'écrire dans les Inscriptions lapidaires qu'une partie 
des noms de lieux. 

Nous ne citons pas en faveur de notre thèse Tappel- 
laiion Aged, qui se trouverait en lettres grecques sur des 
monnaies attribuées aux Senones. M. Delatour, attaché 
au Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale, 
qui fait une étude spéciale de la numismatique gau- 
loise, a bien voulu nous dire que sur les mieux conser- 
vées de ces monnaies qui se trouvent à la Bibliothèque 
nationale, la lecture Aged est très incertaine et que 
i attribution de ces monnaies aux Sénones ne l'est pas 
moins; cependant cette attribution, si elle était exacte, 
serait fort intéressante. 

On ne connaît pas la signification précise du suffixe 

incQS, non plus que de la première partie, et, par suite, 

Je lenserable du nom Aged-incus. E. Salverte (1) 

peusait que le nom primitif était Gentico et que César 

'avait changé en Agendicum, par esprit de « romanisa- 

îion. » pour ainsi dire. 

■ \ » ï^'lrp à Opoix, citée dans l'Hhtoiro pt description df! Provins, p. 163. 



— 94 — 

L'historien de Provins, Bourquelot, n'estime pas o 
opinion vraisemblable, et dit, à son tour, que « Téléra 
principal de ce nom est la racine Agen, qui se tro 
dans Aginnura, Agentoria, etc. « 

Mais cette interprétation ne parait pas plus vrais< 
blable ni compatible avec la véritable orthograj 
Aged-incus. 

La langue ligure a laissé des traces dans un nu 
vocable topographique de l'Yonne : Champlosiy ortl 
graphe déjà existante en 1453, au Registre desias: 
ele,, du diocèse de Sens (B\\A\ot\\, de Sens, Archevêcli 
Nous donnons ici une série d'appellations qui niontri 
les transformations subies par le nom originel, — ( 
muloscus, sur lequel nous reviendrons, — pour revt 
la forme actuelle. 

Une charte de Charles le Chauve donnée, vers 81 
pour l'abbayo de Celles (Camusat, Prompttiarluni, eU 
cite le cas oblique Cambloscuni, au nominatif CambJi 
cMs; puis nous rencontrons le latin Canloustus et 
français Canlost en 1151 (1); Chanlost, en 1157, a 
le chuintement du C en Ch (2); Chanlot, en 1168 ( 
cette même appellation traduite en latin Chanlot 
dans le Cartulaire de l'abbave de Dilo à la date de 12 
puis Chamlo en 1231, au Cartulaire de l'abbaye 
Saint-Germain, folio 07, verso ; enfin Champlost 
1453. Cependant, plus tard, en 1636, on retrc 
Chanlot dans des registres d'état-civil. L'orthogra 
définitive montre bien que les copistes du moyen 

\) Cirtulnire ncnêral de iYininc, par Quantiii, l. l*', pp. 480 cl t 
^'2, Ilildoin, l II, p. 9.*». 
f;5) Cnrhflniri' fio rni»tin}t' '/<• piniiiijntj aux antliivcs (Je l'Yonne. 



— 95 — 

ont cru trouver dans la première partie du nom le latin 
campus, champ. Des historiens locaux ont d'ailleurs 
eiprimé cette opinion. 

La première forme citée Cambloscus est une transfor- 
mation régulière du primitif probable Camul-oscus, par 
saite de la substitution de la labiale 6 à la voyelle brève 
tide la seconde syllabe comme dans simulare, sembler ; 
cumalare, combler, etc. 

Ce nom se décompose en deux termes : 

l* Le nom de la divinité gauloise^ Camulos, que Ton 
trouve aussi dans l'ancienne appellation de Colchester 
(Angleterre), Camulodunos, latinisée Camulodunum, 
montagne ou forteresse de Camulos ; et dans le nom 
Je Camulogène^ l'héroïque adversaire de Labiénus ; 

'i" Le suffixe masculin ligure, oscus, constituant la 
tiuale à prononciation assourdie. 

Camulos était le dieu et le génie de la guerre chez 
les Gaulois, l'équivalent du Mars des Romains et du 
Vintios des Ligures. Pourtant les vieux chants bretons 
It* citent à peine, comme si c'était une puissance se- 
condaire, ce qui peut paraître étrange chez un peuple si 
Wliqueux. Même en allant à la bataille, les guerriers 
?aalois invoquaient un génie plus puissant, Belenus 
prononcer Belnus), mentionné par le poète latin Ausone 
V si»'cle de notre. ère) et dans des inscriptione vo- 
ves. 

Les anciens interprétaient ce nom comme identique 

i radical latin de Bel, Bellum, Bellona, et faisaient 

Belenus un Mars -Apollon. En outre, les Grecs, ont 

lui reconnu de loin leur Apollon ; aussi bien c'est de 

dieu qu'on le rapproche plutôt de nos jours, tandis 



— 96 — 

que l'on compare plus généralement Camulos à Mars^ 
Sur les monnaies, les Gaulois représentaient Beleoos 
sous les traits d*Âpollon. 

On a pensé (H. Martin, Ilist. de France^ t. I), qoe 
Camulos n^est peut-être qu'un des noms de Belenusdont 
le Chant des Séries, Âr Rannou^ dans les Barzas-Breiz 
ou Chants populaires de la Bretagne (1), dit : « Le père 
feu^ c*est-à-dire le grand feu allumé au mois de mai 
sur la montagne de la guerre. » En effet, chaque année, 
des feux allumés de montagne en montagne dans toute 
rétendue de la Gaule, célébraient le retour du printemps. 
Il semble donc que les lieux élevés, les points culmU 
nants, étant de préférence affectés à ces cérémonies en 
Tbonneur de Belenus et probablement de Camulos, fu- 
rent, par suite, consacrés à ces divinités. 

Or, la situation topographique de Champlost s'ac- 
corde parfaitement avec cette constatation. 

Telle est également la situation de Colchester, l'an- 
cien Camulodunos, Camulodunum, sans doute monta* 
gne consacrée à Camulos. Les localités dont le nom a 
pour racine celui du dieu Belenus, Belnus, sont si- 
tuées au sommet ou dans le voisinage très rapproché de ^ 
lieux élevés : ainsi Beaune (Côte-d*Or) appelée Belna, 
et Castrum Belnense dans des documents latins du 
moyen âge, et Beaulne (Aisne et Seine-et-Oise). 

Nous avons cité le dieu de la guerre chez les Ligures, 
Vintios, latinisé Vintius. Ces peuples lui avaient con- 
sacré le rocher sur lequel s'élevait le Yincium des Nu- 
rusii, aujourd'hui Vence (Alpes-Maritimes). 

1) PiiMi.'S |>ar H. <1«' la Villcmaniin», t. I, p. 9. 



— 97 — 

Les Romains ont fait de même pour les éminences 
où se trouvaient Famars (Nord), autrefois Faumars et 
Fanum-Martis, et Talmas (Somme), autrefois Talmars, 
Templam Martis, ces deux vocables signifiant un 
temple ou sanctuaire sur un lieu élevé et consacré à 
Mars. 

Ainsi encore les Gaulois ont dédié à Camulos, di- 
vinité guerrière, la hauteur de Champlost. Il était tout 
natarel d'ailleurs de vouer au culte d'une divinité guer- 
rière, les endroits du haut desquels se faisaient les si- 
gnaux d*alarme et qui servaient de lieux, de défense. 

Le souvenir de la langue Ibère (escara ou euscara) 
subsiste dans un nom de lieu qui se retrouve dans des 
départements de l'Ouest , du Sud-Ouest et du Sud-Est 
et aussi dans l'Yonne et en Seine-et-Marne, sous des 
formes un peu différentes : 

1' Dans l'Yonne : 

Le Jarrier, ferme, commune de Saint -Privé, appelée, 
en 1710, le Jarriel ; 

Les Jarries, forme plurielle féminine, ferme, com- 
mune de Saint-Cyr-les-Colons, déjà désignée sous la 
même orthographe en 1274 ; 

LesJarrys, forme plurielle masculine, commune do 
Pourrains, appelés Jarriciœ, pluriel de Jarricia ou 
mieux Jarrica ou Garrica, vers 680 (1) ; 

Et peut-être aussi la Grande -Jarronnêc^ commune do 
Bœurs, 

2* En Seine-et-Marne, nous trouvons : 

l^^ Jarriel, lieu dit terroir de Couilly, canton do 

IK Cartuliiire général de TYonne, l. I, p. 18. 



— 98 — 

Crécj'-en-Brie, mentionné sous le nom deJarrioi, dans 
une charte d'avril 1220, au folio 10, v° du Carlulaire 
de C abbaye de Pont-aux -Dames (1), et sous celui de 
Boys des Jarroys dans une Déclaration du xvi" siècle (2). 

LaJarric, commune de Bussières, canton de la Farté* 
sous-Jouarre, et lieu dit terroir de Sognolles; 

Le Jarrier, lieu dit terroir de Rupéreux, canton de 
Provins ; 

Le Jarrier, ferme, commune de Fontenailles, dési- 
gnée sous le nom Garie , dans Tappellation Jehen doa 
Garie (Jean du Jarrier), au folio 10 du Rôle des vassaux 
des seigneuries de la Chapelle Rablais et de FontenaiUit 
(xiii'-xiv* siècle), édité par M. Paul Quesvers (Notes sur 
les Cornu, 1894), d'après le manuscrit 2109 de la col- 
lection Joursanvault, Bibliothèque nationale ; 

Le Jarrlel, commune de Vaudoy ; 

Le Jarriely localité aujourd'hui détruite mentionnée 
aux Rôles des fiefs des comtés de Champagne et de Brie 
(1239), sous le nom Jarrioi, et représentée chez Cassiai 
par la chapelle ruinée de Notre-Dame du Jariel, coddi- 
mune de Chalautre-la-Petite ; 

Enfin le ru du, JarrieL 

Ces vocables topographiques ont le même primitif 
antégaulois garric, chêne, dont Torigine plutùt ibère , 
que ligure est indiquée par sa survivance dans les dia^ 
lectes des régions autrefois occupées par les Ibères, 
en Gaule et en Espagne, et pas en Italie. 

Nous savons, par Eestus Avienus, que les Ibères oc- 

(1) <\trlul;iriH)fi Pouiis Doni inarum , Hibliotli. nation., un vol. peUl 
in-s» (le Ij:. (f,, ms II" loîii I, fonds laliii. 

?) UKimiAri.T, Afihuijr <lo P(nit'nnx'I)nmvii, un vol., 1878, p. 205. 



— 99 — 

cupaient la région située à l'ouest du Rhône. Leur nom 
même signifierait, paraît-il, peuple de TOccident. 

En outre, chêne se dit en basque : arris, mot assu- 
rément identique à garric ; et, malgré les controverses, 
on admet généralement que le langage des Ibères sub- 
siste en partie dans la langue basque. 

Le primitif garric se retrouve dans certains patois 
méridionaux, principalement du sud-ouest de la France : 
en gascon (l)et en languedocien, garric; en catalan, 
garrig; en espagnol, avec un suffixe, carrasco; fémi- 
nin, carrasca, signifiant chêne vert. Le dictionnaire 
provençal, de Mistral, donne garrigo au sens de ches- 
naie, plantation de chênes, qui devient, en limousin, 
garrijo, accentué sur la pénultième longue et prononcé 
garrije. 

A ce sujet, remarquons que l'orthographe précitée 
du xni« siècle, Jarrioi, désignant le Jarriel, commune 
de Chalautre-la-Petite et terroir de Couiliy, présente la 
finale oi , dérivée de la terminaison latine etum et , 
comme elle, exprimant une idée de collectivité ; ainsi 
salicetum, saussoy ; casnetum. chànoy. 

Dans le Midi, et plus particulièrement en Languedoc, 
on appelle garrigues de vastes étendues de terres in- 
cultes, landes calcaires et pierreuses qui occupent au- 
jourd'hui la place d'anciens bois do chênes à feuilles 
persistantes. C'est ce genre de chêne que les Espa- 
gnols appellent carrasco. 

Le nom ibère du chêne , conservé en Gaule par les 
populations celtiques, passa dans la langue populaire 

(I; Les Gascon?, primilivemenl Aquitains, descendent des IIktos. 



— 100 — 

des gallo-romains sous les formes garrigia, jarrigia, 
garricae, au sens de terres incultes, que cite du Cange, 
et dut produire, avec le suffixe collectif c(tim, un dérivé, 
par exemple jarricetum, équivalent de casnetum, formé 
par le même mode sur le bas latin casnus, chêne. 

Les noms de lieux le Jarrier, le Jarriel, sont donc 
synonymes de Chânoy ou le Chànoy et, comme lai, 
signifient la Chesnaie, lieu où les chênes sont en agglo. 
mération. 

La Jarrie semble dériver de la forme romanisée Jar- 
rica, citée au sujet de « les Jarries »» (Yonne). La chute 
du c qui , dans cette position intorvocale , est traité 
comme une semi-voyelle, a donné - la Jarrie »» avec la 
finale féminine: ainsi urtica, ortie; mica, mie, etc. Nous 
sommes donc ici en présence d'un nom d'arbre employé 
comme nom de lieu sans l'addition de suffixe d^aucune 
sorte. Un autre exemplede cet emploi est le vocable «la 
Cassine, « commune de la Tombe et canton de Nangi», 
dérivé probable du mot féminin gaulois cassanos, puis 
cassinos, d'où vient sans doute le nom bas latin do 
chêne, casnus. Les mots désignant cet arbre en ibère, 
en celtique, en latin (quercus) et en bas latin étaient do 
genre féminin comme les noms d'arbres en générale! 
comme le mot français chêne lui-même au mojea j 
âge. 

Les vocables topographiques dont nous rattachons U 
primitif au langage ibère ne sont pas nécessairement 
contemporains de ce peuple, ni même des Gaulois. Ce 
n'est peut-être qu'à l'état de mot latinisé que ganHc ^ 
a clé employé seul ou en dérivation comme nom de lieu 
Aussi croyons -nous pouvoir exposer en faveur de notre 



— 101 — 

hypothèse de l'occupation de notre région parles Ibères, 

Yétyroologie probable du mot Yvron, nom d'un cours 

d'eau de 23 kilomètres de longueur qui prend sa source 

\ers Chenoise et passe près de la Croix-en-Brie, Gas- 

tinsetCourpalay, et se jette dans ITères un peu avant 

Cottrtomer. 

L'analyse du mot Yvron permet de dégager comme 
second terme le celtique onnos, qui, suivant le glossaire 
d'Englisher, avait le sens du latin flumeh, cours d'eau. 
Ce mot celtique subsiste également : au masculin, dans 
le nom du Beuvron, ou Bevron, primitivement Bebron- 
nos ou Bibronnos, rivière des Bièvres ou Castors; et, 
au féminin, onna, dans Bebronna, peut-être primitive- 
ment Bibronna, source ou rivière des Castors, nom ori- 
ginel de la Beuvronne, vulgairement appelée Bevronne, 
affluent Seine-et-Marnais de la Marne; et peut-être 
i aussi au même genre dans le nom de l'Essonne, Exona. 
La labiale i; Je Yvron, Beuvron et Beuvronne est le 
i primitif adouci. 
■ Quant à la première partie de Yvron, elle est sans 
doute un souvenir du nom même des Ibères, ce qui don- 
Derait un sens complet et logique au nom de ce cours 
rf'eaa : rivière des Ibères, Ibronnos ou Iberonnos ac- 
cenuié sur la pénultième. En tout cas. ce nom de ri- 
vière ue daterait que de l'époque gaiiloise, puisque le 
substantif onnos est celtique. 

Le5 Teltes, se substituant aux Ibères, pareux refoulés 
ers le sud-ouest de la Gaule, auront conservé le sou- 
enir de ce peuple en donnant son nom à un cours 
"eaa «Joiit il avait occupé les rives. Les nombreux ob- 
L< en pierre travaillée et polie que l'on trouve sur 



— 102 — 

les bords de l'Yvron, non loin et à l'ouest de Chenoise 
ainsi que dans les anciennes clairières de la forêt de 
Chenoise, sont des vestiges matériels de ces populations 
primitives. 

On ne saurait affirmer avec certitude que les deai^ 
suffixes ligures très caractéristiques, ïncus et oscus, ré* 
vêlent la présence, très probable cependant, des Ligures 
dans la région d'Âgedincus et de Camuloscus. Quoi 
qu*il en soit, ces deux noms sont sans aucun doute anté- 
romains et la provenance uniquement ligure du premier 
ne semble pas douteuse, non plus que la provenance 
hybride, c'est-à-dire ligure et gauloise du second. 

Agedincus et Camuloscus présentent deux éléments 
étrangers à la langue latine et, de plus, antérieurs à 
rexpansion de cette langue dans la région de la Gaule 
située aunord des pays occupés par les Romains avant 
la conquête (Narbonnaise, Provincia.) 

Les Celtes vinrent probablement des montagnes de 
la Thrace au v® ou peut-être au vu* siècle: c'est alors 
qu'il faut placer leurs premiers essais de colonisation 
dans les contrées orientales de notre pays. (Bertrand, 
la Gauij avant les Gaulois.) 

Au IV» siècle seulement, ils étendirent leur domination 
sur les Ligures et les Ibères et prirent possession un 
peu plus tard, de l'ouest de la Gaule. Leur invasion eut 
plus (l'importance et de durée que celle des peuplades 
refoulées par eux vers le sud, su<l-est et sud-ouest de 
notre pays. Lors de leur établissement dans le centre, 
Agedincus devait (k\jà exister. Les Sénones firent plus 
îanl (le cette importante cité leur capitale et principale 
place forte. 



— 103 — 

Quant à Camuloscas-Champlost, la période gauloise 
le \it naître; Temploi du nom de Camulos, comme divi- 
nité, surtout pour lui dédier une colline ou un san- 
ctuaire, n'a pas dû longtemps survivre à Tinvasion ro- 
maine : la romanisation de la Gaule fut assez rapide et 
les mœurs et la religion de l'envahisseur n y furent 
pas acceptées sans un certain empressement. 

A laide des données philologiques, nous croyons pou- 
voir inférer, en conclusion de ces pages : 

Que Agedincus est d'origine ligure et reste un souve- 
nir contemporain de l'occupation de cette région de 
TYonne par un groupe ligure ; 

Que Camuloscus dont la fondation, la naissance, est 
plaiùt postérieure à ce peuple, le rappelle cependant par 
sa finale; 

Enfin, que la région formant aujourd'hui l'Yonne et 
Seine-et-Marne fut occupée pendant la période antégau- 
fepar des individus de race ibère et ligure. 

Maurice LECOMTE, 

Licencié en droit, 
Membre de la Socictr d'histoire 
et r{*arch(}olo>/ie de Procins {Seine-et-Marne.) 



oTF. - Dans un ouvrage paru récemment sur les Pre- 
rs hnhifants de l'Europe, diaprés les êcricains de l'anti- 
>'■ et If*:^ trficnux des linguistes (Paris, 1891), M. d'Ai'hois 
uf»ainville, irhercîlio à remettre au jour les races rjiii ont 
édé en Europe la population présente ou qui en forment 
urhe sousjaccnte. La vaste érudition à\\ professeur s'aven- 
ii\ et là dans dos comiJinai^^ons douteuses. Il pense que 
éorîc (chère à Thicrrv) qui fait des Franraii- les dcscen- 



— 106 — 

siastique, membre de la Société archéologique de Sens, 
et à qui j'ai souvent recours pour tout ce qui concerne 
le Chapitre et les chanoines. 

Que de choses curieuses on trouverait dans une mo- 
nographie du Chapitre de Sens! Elle serait presque 
rhistoire intime de la ville même, car nombre de cha- 
noines étaient issus de familles sénonaises. Elle nous 
donnerait surtout des détails précieux sur cet admira- 
ble monument dans lequel ils passaient une partie de 
leur vie, avant d y venir dormir leur dernier sommeil. 
Et sans parler des fondations pieuses faites par des cha- 
noines, ainsi que des ornements et de$ vases précieux 
offerts par eux au Trésor, une monographie du Cha- 
pitre nous apprendrait : 

Qu'en 1493, Louis Brochet, archidiacre de Melun, 
donna 100 livres pour être employées à la réparation 
de la cathédrale (1); 

Que le doyen Jean de Bray, mort en 1519, donna, 
par moitié avec Tristan de Salazar, les tapisseries de 
la lapidation de saint Etienne, dans Tune desquelles les 
deux donateurs étaient représentés à genoux et que, de 
plus, il fit taire à ses dépens, les vitraux do la croisée à 
gauche de la nef, près de la petite horloge (2); 

Que quelques années plus tard, en 1527, Gabriel 
Gouflfier, doyen, donna le grand vitrail de la croisée de 
gauche de la cathédrale ('^); 

Qu'à la fin du xvi" siècle, Jean Viémont; chanoine, 

(3) An'liivt'r» fk- rVoiiin', G. I:J.>. 
(.•)I.l. i«l., (i.7«m. 

^3) M. itl.. (i. 700. 



— 107 — 

£t faire laatel de pierre et la balustrade de la chapelle 
(ielâSainte-Vierge(l); 

Qoau xviir siècle, François Garnot, chanoine, donna 
1200 livres pour augmenter les jeux des grandes or- 
gues (2). 

Qae de détails typiques sur les coutumes anciennes ! 

C'est Jean I"* de Salazar, fils de Galéas de Salazar et 
de Claude d'Anglure, neveu de l'archevêque Tristan de 
Salazar et archidiacre de Sens, qui, dit Fenel, « était 

• si pauvre que personne ne voulut être exécuteur de 

• son testament et que son service fut fait par le 

• Chapitre, qui prit les frais funéraires sur ses gros 

• fraits de Tannée 1539, et qu'il fut fait deffenses à 

• celay qui achepta son aumusse de la porter au chœur, 

• parce qu'elle était trop laide (3) . » 
C'est Jean II de Salazar, fils de Lancelot de Salazar et 

de Louise de Courcillon , neveu lui aussi de Tristan 

de Salazar et qui, quoique simple clerc, fut reçu oha- 

Doine de Sens en 1503. Il faisait alors ses études à Paris 

et il était plus pauvre encore que son cousin, car le 

Chapitre était obligé de lui envoyer trois écus d'or pour 

avoir des chemises (4). 

C'est Jean de Kourron qui, en 1538, donne 10() livres 
aurnois au maire et aux échevins de Sens, à condition 
• (juils commettront ung homme paisible et non que- 
relleur, »• pour aller trois fois par semaine, - à heure 

! Vr' 'iiM'ïi «Je lYoïiin*. (i. 700. 
r J.i i'I.. ti. "îtM». 

. •.;. ni., li. 7<»'». 

; j.^, id., O, 3;)|. 



H de mynuîct, aux carrefours de ladite ville », clama 
ces mots: - Besveilles - vous , resveillos entre vof^ 

- bonnes gens qui dormez et priez Dieu pour les tret 

- passez (1). ■ 
C'est au siècle suivant, Edoie le Riche qu'à cause if« 

sa corpulence on appelait le Rondin, pour le distingue «" 
de ses homonymes et contre qui on fit beaucoup de mé- 
disances, mais qui était si attaché aux vieilles couti&'Vj 
mes qu'il ne voulut jamais changer l'usage ancien dflMl 
surplis non froncés (2). ^ 

C'est, enfin, au xviii' siècle, le préchantre François 
Blénon, qui n'avait qu'un déTaut, sa trop grande bonl^ 
et qui était si jaloux de l'antiquité de l'Église de Setts^ 
qu'il regarda le nouveau bréviaire comme l'abomina* 
tion de la désolation entrée dans le saint lieu (3). 

Et dans les nombreux procès soutenus par le Chapitf 
pour des questions de préséance, que d'anecdotes pi' 
quantes à relever ! 

En 1493, par exemple, Jean de Bray et Pierre i 
Villlers sont élus doyens avec un nombre égal de voil 
On se dispute et chaque parti conduit son candidat i 
grand autel ; la querelle dure six ans et n'est termina 
qu'en 1490, par un arrêt du Parlement qui conSn 
l'élection de Jean de Bray ',4). 

A la tîn du xvr siècle, Jean Miette soulève des dil 
acuités à chaque instant et, un beau jour, se prévalu 
de son personnat d'archidiacre du Oàlinai^^, il prêtent 



(1)0, Juiiiui 
<'.'} ArcbiviM cil) rVonnu, G. 7uu 
[3j w. w., li. 'm. 

(t)i'i- il)-, u.iw- 



— 109 — 

en l'absence de l'archidiacre de Sens, à rentrée au 

chœur, per inagnum îniro'Uum ! 

Au siècle suivant, le Chapitre conteste à Guillaume 

la Barre, devenu chanoine, le droit de porter la croix 
de Tarchevêque Octave de Bellegarde dont il était Tau- 
mônier, et, à la même époque, Etienne Couste, tréso- 
rier du Chapitre, est accusé d'avoir effacé du livre du 
précbantre toutes les prérogatives du doyen, préroga- 
tives que, du reste, il fut obligé de faire rétablir, en 
marge du livre, par arrêt du Parlement (1). 

Un peu plus tard, JeanleVuyt, archidiacre de Sens, 
issu d'une famille d'avocats et de conseillers au bail- 
liage, est si processif qu'il plaide non seulement avec 
ses parents, mais avec ses confrères à propos de tout et 
de rien : sur son stage, sur le titre de grand archi- 
diacre qu'il s'attribue tandis que ses confrères le quali- 
fient d'archidiacre tout court, sur la bénédiction qu'il 
prétend donner aux prédicateurs, sur l'exposition du 
saint Sacrement qu'il veut, comme le premier en dignité, 
faire en l'absence de l'archevêque (2) . 

Au xviii* siècle, Pierre du Sacq, chanoine quoique 

simple diacre, a de longs démêlés avec le Chapitre et ne 

veut point faire réparation de ses injures et accusations 

contre le doyen Fenel qui, par charité, ne parle pas 

ièce chanoine dans son Catalogue (3). 

il va sans dire que le Chapitre avait souvent maille 

^partir avec l'Archevêque. Ces difficultés, très expli- 

Càhlesy du reste, étaient même si fréquentes, qu'on 

\) An?hives de l'Yonne, G. 700. 
(: \d. i(!.. G. 700. 

I .; M. id., G. 401. 



— no — 

cite comme un modèle Hardouin Fortin de la Hoguette 
qui vécut en paix avec trois Chapitres et le cas était si 
rare, qu'on crut devoir le rappeler sur sa tombe, dont 
un fragment existe encore dans la grande sacristie de 
la cathédrale : 

Pacifixe vixit 

cum tribus capitulis 
Briocensi Pictaviensi, 

ET SeNONENSI 

Mais je ne voulais vous parler que de deux chanoines 
et je m'aperçois, que si je continue ainsi, tout le Chapitre 
va défiler devant vous. Je m'arrête donc et j'arrive à 
Toussaint Dumont et Claude Fauvelet qui, tous deux 
furent préchantres et moururent : le premier, le 25 août 
1586 et le second, le 17 janvier 1624.- 

Prêtre du diocèse de Laon et docteur en théologie, 
Toussaint Dumont fut reçu chanoine théologal le 3 oc- 
tobre 1552. Après la mort de Nicolas Marthre, doyen 
du Chapitre, pendant qu'il était, sur provisions en cour 
de Rome, pourvu du décanat par le cardinal Louis 
de Bourbon, les chanoines élurent François Maçon, mais 
Toussaint Dumont prit possession du décanat, malgré 
la protestation du Chapitre (1). L'affaire fut portée de- 
vant le Parlement de Paris qui donna gain de cause à 
François Maçon ; ce dernier prit possession, par procu- 
reur, le 19 juillet 1555, mais il mourut quelques jours 
après à Héricy (2). Le cardinal de Bourbon écrivit alors 



(I) Archives de l'Yonne, G. 10*». 

[Tj Canton «lu CliAlelel (S«ine-el-Marne). 



— 111 — 

au Chapitre pour lui recommander Mathieu de Challe- 
maison qui fut, en effet, admis au décanat le 15 no- 
vembre suivant (1). 

Toussaint Dumont prit à bail, du Chapitre, moyen- 
nant 230 livres par an, la cure de Saint -Hilaire de 
Sens qui, depuis longtemps, était unie au Chapitre (2) 
6t, en qualité de « vicaire de cette paroisse sous le 
■ Chapitre, • il assista, le 4 novembre 1555, à l'assem- 
blée tenue, dans la grande salle des Dominicains de 
Sens, pour la rédaction de la Coutume de Sens [3). Il fut, 
pendant quelques mois, vicaire général du cardinal Jean 
Bertrand, archevêque de Sens (f 4 décembre 1560), puis 
préchantre le 10 mars 1571. Bien qu'en 1571, il eut 
permuté son canonicat (n* 27) avec Claude Arnoul pour 
la cure de Sivry (4), le Chapitre, en considération de 
son grand âge et de son mérite, décida qu'il pourrait, 
tant qu'il serait préchantre, assister aux séances capi- 
tolaires et avoir voix délibérative. S'il était chanoine de 
mérite, ainsi que ses confrères le reconnaissaient, il 
était aussi homme d'énergie. II ne tarda pas à en 
donner une preuve éclatante. 

Après la paix d Etigny, conclue le 6 mai 1576, 
Catherine de Médicis vint à Sens le jour même et voulut 
faire chanter un Te Deum dans la cathédrale; elle 
éprouva une certaine résistance de la part de Toussaint 
Dumont. Mais si l'incident en lui-même n'est pas con- 
testable, les détails diffèrent quelque peu. 

(I) Gallia Christiana, i. XII, pp. tU et tl5, el Archives de l'Youae, G, 10."). 
(?) Archives do l'Yonne. G. 138. 

{:); Pelée de Chenouteau, Con/Vîrcncc delà Coutume de Sensi^ etc.» \k 433 . 
{*} Canton de Melun (Soinc>et-Marne). 



— 112 — 

D'un câté, Claude Haton raconte ce qui suit dans ses 
Mémoires (i) : • Laditte royne et la royne de Navarre 
«« allèrent en la grande église de Sens pour remercier 
« Dieu de la ditte paix ; en laquelle église eut à la ren- 
« contre le premier mons. le précentre d*icelle, nommé 
« nostre maistre de Monté, docteur en théologie de 
«< la faculté de Paris, auquel elle adressa sa parolle 
« et luy dist qu'il feit assembler tons les messieurs 
M chanoines de laditte église, au son de toutes leurs clo* 
« ches, pour chanter le Te Deum laudamus et remercier 
« Dieu de laditte paix A laquelle le vertueux viel- 
« lart precentre fit réponse par telz mots : Madame, 
M selon ce que j'a}' entendu, comment que la paix 
u est faicte, c*est mieux à faire aux huguenotz de 
« chanter le Te Deum laudamus qu*à nous et aux 
« catholicques. Il nous sera, mieux convenable de 
« chanter : Requiem xternam dona nohis, Domine. 
M Toutesfois furent sonnées les cloches, et fut chanté 
« le dit Te Deum tout sur l'heure , qui fut le soir, 
u depuis vespres. »» 

D'un autre coté, Fenel dit nettement que, Toussaint 
Dumont avant refusé de chanter le Te Deum et entonné 
l'antienne Pro pace, la reine-mère fut obligée d aller 
faire chanter son Te Deum dans la chapelle des Cor- 
deliers. 

Tarbé, dans ses Recherches historiques sur le dvpartc^ 
ment deCYonne ^2), répète exactement ce qu'a dit Fenel, 
mais il donne d'assez longs détails sur les préliminaires 



(1)r. 833. 
^•2) I». 'i(»s. 



— 113 — 

't les suites de la paix d*Etigny, détails qu*il emprunte 
^ un auteur du temps (1). 

Enfin, M. Challe, dans son Histoire du calvinisme 
kns r Yonne, rapporte (2) que la reine, voulant faire 
Aanter un Te Dcum dans la cathédrale, « le préchantre 

• s'y opposa disant : Quia plenam victoriam non ha* 
« bemus^ et, au lieu de Te Deum, il chanta : Tu es po~ 

* tentiay ce qui déplut vivement à la reine. On ajoute 

* qu'elle voulut faire allumer des feux de joie par la 

■ ville et que le clergé s'y opposa. Toutefois, le lende- 

■ main, le Te Deum fut chanté par les chantres du roi, 
" mais en l'absence des chanoines, chapelains et chan- 

• trea de Téglise, qui ne voulurent pas s'y trouver » 
(Tarbé). 

M. Challe, on le voit, en ce qui concerne l'incident 
dû Te Deum dans la cathédrale de Sens, a copié Tarbé 
fin se contentant de donner les premières paroles de 
1^0 pace ; mais j'avoue qu'à première lecture, j'avais 
«té fort surpris de voiries chantres du roi suivre l'ar- 
mée à Etigny et se trouver, à point nommé, à Sens, 
pour chanter le Te Deum, alors que le roi n'avait pas 
quitté Paris. M. Challe, citant Tarbé, je me reportai 
au travail de ce dernier et je m'aperçus alors que, par 
suite d'une singulière méprise, M. Challe avait placé 
4 Sens une scène que Tarbé dit expressément avoir eu 
fou à Paris. - Pareille chose, dit l'auteur sénonais, 

ff) Recueil des choses. Jour par jour, avenues en l'armée conduite d'Al- 
■magnc en France, par M. le prince de Condé, pour le rélablissement de 
iUt du royaume ci nommément pour la Religion ; commençant au mois 
Ktobrc 1575, et Unissant au mois de mai suivant (tôTO) que la paix non 
Ix fut publiée a Etigny près Sens. 
2) P. 302. 

8 



•• arriva à peu près à Paris ». Le clergé de ■ la grande 
- église ", c'est-à-dire de Notre-Dame, ne voulut, non 
plus que celui de Sens, clianter le Te Ueum le 14 mai. 
jour de la ratification de la paix d'Etignj', et il ne put 
être chanté que le lendemain par les chantres du roi, 

Je reviens à la version de Claude Haton et à celle àc 
Fenel, les seules qui soient sérieuses. Ëli bien ! de ces 
deux versions, la dernière me parait être la vraie. 
D'abord, qu'on ne l'oublie pas, Fenel a écrit son Ca/o- 
logue avec les documents du temps sous les yeux ; de 
plus, j'ai remarqué que, dans la Table des conclusions 
capilulaires dressée par Fenel (1), il n'est pas question 
du Te Ueum de 157(i, bien qu'il n'ait oublié, ni celui 
qui fut chanté, le 25 septembre 1574, pour le retour 
du rui Henri 111 en France, oi celui qui fut, le 27 mars 
1577, entonné après une élection. Si le Te Oeum, de- 
mandé par Catherine de Médicis, eut été chanté dans 
la cathédrale, comme le dit Claude Haton, •> toat sU 
« l'heure, qui fut sur le .-ioir depuis vespres -, l«s l 
gistres capitulaires n'eussent pas manqué de mentiOÉ 
ner cet événement, et il serait relevé sur lu ro&fai 
Fenel. 

Quoi qu'il en soit, cet acte d'indépendance paraf 
avoir été approuvé par le Chapitre, car, le 15 octobre 
suivant, Toussaint Dumont fut élu député aux étals 
généraux de tilois. Après avoir quitté et repris le cano* 
nicat théologal, il finit par se contenter, en i58<j, d'un 
canonicat simple, dont il se démit aussitôt en faveur dt 
son neveu, lion Viloux. Il mourut le 25 août 158C. ei 



■s dans 
ats«ta 
«s rfl 
intitM 
ibleM 

parâff 



(l) Arehlv 



— 115 — 

fut enterré dans la nef, devant la porte du chœur, sui- 
vant Fenel fa/id* devant l'autel Saint-Martin, septième 
du deuxième rang) . 

Claude V^ Fauvelet, neveu de Guillaume I" Fauvelet 
dont je dirai quelques mots tout à Theure, fut reçu k 
la fois chanoine et archidiacre de Melun, le 28 sep- 
tembre 1582, par suite de la résignation de son oncle 
en sa faveur. Il rendit les comptes de Toffice de la 
chambre pour 1584-1585 (1), devint cellérier le 9 jan- 
vier 1589, puis préchantre le 9 janvier 1595. Lors de 
sa prise de possession, qui eut lieu le 24 mai suivant, 
il se passa même un incident assez comique : Tarchi- 
diacre entonna le Te Deum, mais le doyen, Claude 
Arnoul, protesta; chacun, naturellement, voulut sou- 
tenir sa prétention ; on discuta ; on ergota ; bref, on 
finit par transiger; et, pour se mettre d'accord, ils ne 
trouvèrent rien de mieux que d'entonner le Te Deum 
tous deux ensemble (2) ! Le 19 septembre 1599, Claude 
Fauvelet fut élu l'un des trois vicaires capitulaires, 
quand le Chapitre eut révoqué les pouvoirs de Renaud 
de Beaune, archevêque de Bourges, transféré à Sens 
depuis six ans. Le 21 avril 1600, il brigua le décanat, 
mais il échoua par 13 voix contre 10, données à Jean 
Arnoul. Il rendit les comptes de la fabrique de 1606 à 
1608(3), puis fut cellérier de 1612 à 1613 (4). Claude 
Fauvelet était docteur en médecine, et lorsqu'il mourut, 

(I) Archives de rVoDDe, G. 1014. 
(•2) Id. id., G. 700, f* GO V. 

(3)Id. id., G. 1176. 

(4jld. id., G. 855. 



— 116 — 

le 17 janvier 1624, il se trouvait être le doyen des doc- 
teurs de la Faculté de Paris. Il fut enterré dans la nef 
de la cathédrale, devant Tautel Saint-Loup, sous la 
tombe de son oncle, Guillaume Fauvelet. 

Les Fauvelet étaient une des vieilles familles bour- 
geoises de Sens. Dès le xv« siècle, on trouve, dans 
Fenel, un Denis Fauvelet, qui fut successivement : 
vicaire de Téglise de Sens en 1427, chanoine de Saint- 
Pierre en 1439, chanoine de Notre-Dame le 25 août 
1441, curé de Villeneuve-le-koi en 1471 (1), et qui 
mourut en 1476. En 1480, un Guillaume Fauvelet, 
marchand drapier, vend, moyennant 17 livres 8 sous, 
19 aunes de pers, à l'aune de Sens, pour rhabillement 
des enfants d'aube (2) ; c'est le même, sans doute, 
qu'on voit figurer dans un compte de la ville, du 27 dé- 
cembre 15()6 au 27 décembre de Tannée suivante (3). 
Quelques années après, en 1525 et 1526, Jean Fauvelet 
est cité dans les comptes de la ville (4), et, en 1538, il 
rend compte à Jean-Francisque de Valérius, abbé com- 
mendataire de Saint-Pierre-le-Vif, des recettes et des 
dépenses de cette abbaye, depuis le 7 septembre 1537, 
date de la mort du précédent abbé', Jean de la 
Forêt (5); en 1553, il figure de nouveau dans les 
comptes de la ville (0). Quinze ans après, un Fauvelet 
(peut-être est-ce le même que le précédent ?) était mar- 
chand à Sens, et, en même temps, Tun des amodia* 

(I) Archives de T Yonne, G. i:J7. 
(3) M. i(i., G. ySU. 

(3) Cartulaire srnotiais, p. 183. 

(4) Id. id., p. t84. 
(:>) Archives de l'Yonne, II. t79. 
(ft) Cartulaire «t'/tonaM, p. I8j. 



— Ii8 _ 

abbaye (11. Il devint, au rapport de Fenel, curé il« 
Soucy en 1641 , archidiacre du Gàtinais en 1650, arcU-' 
diacre d'Etampes le 39 mars 1663, et mourot le 28 n 
vembre 1667 (2) ; 

Guillaume III, qui fut chanoine du 13 novembrs' 
1645 à 1649 ; 

Guillaume IV. qui, après avoir été lieutenant ei 
l'élection de Sens, marié et père de plusieurs enfantir 
embrassa l'état ecclésiastique et fut, suivant Fenel,, 
chanoine, du 3 novembre 1649 à l'année suivante. 

Je trouve encore: Jacques Fauvelet, chanoine dt 
Saint-Laurent de 1650 à 1654 et Etienne Fauvelet^ 
lui aussi chanoine de Saint-Laurent (1654-1674), mai 
que ses confrères ne voulaient pas admettre parmi euXj 
parce que ses titres canoniaux étaient fort défectueux f 
il (lut même se retirer devant le mécontentement de 
l'archevêque qui soutenait que ses lettres de prétrisa 
n'étaient pas cauoniques (3). 

Les membres de la famille Fauvelet n'étaient ] 
moins nombreux dans les olHces de judicature, Outt 
deux. Fauvelet, bourgeois de Sens, mentionnés en 1581 
et 16at> (4), j'ai relevé, dans les listes dressées | 
Tarbé à la suite de la Conférence de ta coulume t 
Sens (5) : 

Claude 1", procureur du roi depuis le 23 mai lôKTj 



(l|\rchlïesdo rvonnu 


H. 118. 




(ï) Id. id , 


G. 78. 




(1) L'Rbbd E, Chabtkài 


E. U Chapell 


el le» Chtnnin 


-t. p. ISclîn. ol Arcli 


vos do l'Yuuni. 


,1.1, lois. 


(S) Apclilvc, a» rVonn 


u, a. 1413 ot 


m. - roiu-tfi 


(«mupunoiiiiagv. 






{i)n. ttûSolWti. 







— 119 — 

Claude II, fils du précédent, qui^ en 1596, succéda à 
son père dans son oflBce (1); 
Et Pierre, également procureur du roi vers 1625. 
Parmi les conseillers au bailliage, je trouve : 
Jean, reçu le 12 juillet 1574, et qui, le 10 janvier 
1606, eut Thonneur de loger le prince de Condé, lors de 
soD passage à Sens ; 
Guillaume P% le 4 mars 1620 ; 
Pierre, le 31 mars 1628, le même sans doute que le 
procureur du roi ci -dessus meritiouné ; 

Antoine, le 10 décembre 1650, le même sans doute 
qui fut seigneur du Toc, secrétaire des finances du duc 
d'Orléans (frère de Louis XIV) , auteur de plusieurs 
I ouvrages et qui mourut vers 1683 (2) ; 
f Guillaume II, le 12 janvier 1660 ; 
\ Savinien -Hubert, le 13 avril 4690 ; 
Et Pierre-Antoine, le 23 juillet 1735. 
Un autre Fauvelet, prénommé Etienne, et conseiller 
ionoraire en vertu des édits de 1635 et de 1G91, prit 
les armoiries suivantes, qui furent enregistrées dans 
J'Armoriai de i696 : d'argent, à un buisson de sinople 
sur une terrasse de même, et sommé de deux fauvettes 
affrontées au naturel et un chef bandé d'azur et d'or (3). 
Tarbé mentionne aussi un autre Antoine Fauvelet, 
|ui fut lieutenant criminel de 1669 à 1691 (4), et 



1 Archives do l'Yonne, G. liôO. — Les rnOmes archives, H. OfiO, mcn- 
•jrjc aussi un Claude Fauvclel, avocal en Parlement, qui est, sans doule, 

ie f^iix qui j»récè(lent. 
': Tarbk, Recherches liialoriqueSf nouvelle éd., p. ôl. 
; l»LV, Armoriai historique de l'Yonne, \), 31. 



— 120 — 

SaviDieii Fauvelet de Cliarbonnière, qui, après avoii 
été conseiller au présidial, fut lieuteaant partîculia 
de 1767 à 1770 (i). EiiBn, un Fauvelet était mairad 
Sens en 1733 (2). 

Tarbé, dans ses Recherches /iisl^ri{/ues sur la i 
de Sens (3), rapporte que la famille Faavelet, en ( 
siJération de ses services, fut anoblie, en 1C4Ù, 
lettres patentes données par Louis XIII à Sainti 
Germain, et que ses armes étaient les suivantes : d'an 
à trois levrettes d'argent courantes 2 cf i. colletées 4 
gueules et grelotlées d'or. 

On remarquera que ces armoiries diffèrent de celll 
qui sont attribuées à Etienne Fauvelet par VArmnrk 
de 1696, mais cette anumalie s'explique sans doute p 
ce fait que l'anoblissement de 1640 fut concédé à aa 
seule branche des Fauvelet ; cette famille se subdlil 
saJI, en effet, en plusieurs branches qui portèrent b 
noms de du Toc, Monthard, Charbonnière, Bourriend 
eLc. C'est A cette dernière branche qu'appartenait Looj 
Antoine Fauvelet, secrétaire de Napoléon 1", mort 4 
1S31 ; il fut l'un des membres les plus distingués 4 
la famille, et on doit féliciter la ville de Sens d'avi 
consacré son souvenir, en donnant son nom à une i 
ses voies [lubliques. 

Paul yUKSVERS. 



13} p. M. 



LETTRES DE RÉMISSION 



De tout tempSy si le droit de punir fut reconnu comme 
une des prérogatives essentielles de l'autorité souve- 
raine, le droit de grâce y était ajouté comme contre- 
partie, ou compensation. A Rome, ce droit existait sous 
le nom de purgatio ou de deprecatio (1 ) . 

Les rois de France, qui le possédaient aussi, en 
jouirent jusqu'à la Constitution de 1791. Ils exer- 
çaient ce privilège par des actes divers, connus sous 
les intitulations variées de Lettres de grâce et rémission, 
(PabolUion, de pardon et de rappel de bans ou de galè- 
res (2), Toutes ces lettres étaient expédiées par la grande 
chancellerie, et on les scellait du grand sceau. Nous 
n'avons à nous occuper ici que des lettres de grâce et 
de rémission. On les appelait ainsi à cause des formules 
qui les terminaient invariablement, et étaient conçues 
en ces termes : • Et nous inclinans à leur supplication, 

• eue considération des choses dessus dictes, voulans 

• en caste partie, grâce et miséricorde préférer a 
- rigueur de justice, a yceulx supplians, ou a ycelles 

(i; V. CiCEBoy de Invent., lib. I. 

j II y avait aussi des leltres de commulatioQ de i>oine, ot pour ostor à 
•ifoii, aprùé les cinq ans de conlumacc. 



— 122 — 

« suppliantes (suivant les câs), avons quitte, remis et 
M pardonne, et par ces présentes de nostre auctorite 
« royal et grâce spécial, remettons et pardonnons 

« tout le faict dessus dict et les avons restitue à 

M leur bonne famé et renommée, etc., etc. •• La peine 
civile et criminelle était donc remise, sauf parfois de 
légères pénitences imposées à Tinculpé, ainsi qu'on le 
verra tout à l'heure. Le prévenu n'était point noté d'in- 
famie, mais les droits de la partie civile restaient entiers. 
Ces lettres faisaient donc TefiFet de la loi Bérenger, et 
laissaient blanc^ comme Ton dit actuellement, le casier 
judiciaire. 

Mais ces lettres de grâce et rémission ne s'octrojaient 
que dans des cas bien déterminés , savoir, quand la 
culpabilité n'était point suffisamment établie, quand le 
prévenu n'était ni auteur, ni complice, en cas d'homicide 
involontaire ou non prémédité (1), enfin, toutes les fois 
qu'il pouvait y avoir doute ou circonstances atténuantes. 
Il fallait aussi que le délit ne fût pas CDmpris dans la 
liste des forfaits non grâciables, tels que la lèse-majesté i 
au premier chef, le meurtre prémédité et avec guet-à» j 
pens, le rapt avec violence, etc. Ce qui distinguait les i 
lettres de grâce et rémission d'avec les lettres d'aboli- 
tion, c'est que celles-ci libéraient des coupables dont 
les crimes étaient bien et dûment constatés, sans cir- 
constances atténuantes, et qu'on les pouvait obtenir 
même après la sentence définitive, mais, dans ce dernier 

(1} Lo (Iroil (le grAcc, pri'îrogjilivc royale par cxrollencc, 6tait réglé par 
Mes ordoiiiiauees doiil lis itiincipales sonl les suivaiiU»s : ordonnances ilc 
mars i;ir»r., arl. li ; août lâiU, arl. \11 ; janvier 1571, arl. 1" ; mai lô70, 
!\r[, 11)4, el ordonnance de 1079. 



— 123 — 

cas, le gracié restait noté d'infamie. En un mot, et 
pour nous servir d'une expression moderne, il avait un 
casier judiciaire. 

Les dispositions gracieuses ayant donné lieu à de 
nombreux abus, et la liste des cas non gràciables 
n'ayant pas toujours été respectée, le législateur cher- 
cha à en limiter l'emploi. Le 3 mars 1356, Jean le Bon 
décida qu'il n'en serait plus accordé aux meurtriers, 
aux ravisseurs et aux incendiaires. Le 14 mai 1358, 
sous rinfluence des Etats généraux^ le dauphin déclare 
qu'aucune rémission de crime ne sera accordée par le 
roi, sans délibération du Grand Conseil, et que trois de 
ses membres devront signer chacune de ces lettres 
rémissoires. D'ailleurs, en pratique, avant de les con- 
céder, on procédait sur les lieux à une information 
sommaire, et parfois les cours les annulaient de leur 
pleine autorité. Le 20 décembre 1473, la cour des aides 
annule des lettres de grâce accordées par Louis XI , 
et condamne les coupables au bannissement. Les cours 
pouvaient faire des remontrances à ce sujet, et la partie 
civile former opposition. Enfin, les juges avaient le droit 
de les attaquer comme subreptices. 

L'entérinement (1) des lettres de grâce avait lieu de- 
vant les Parlements pour les gentilshommes, et devant 
' les sénéchaussées et les présidiaux pour les roturiers. 
Dans tous les cas, l'impétrant devait en entendre la 
lecture à genoux et tête nue. 
Depuis l'ordonnance de 1498, au roi seul appartint 

(I) D'après l'art. 35 do l'ordonnanco du Moulins ot l'ordonDance de Blois, 
l'adresse do rémission devait être faite aux bailiis et scnôchauxi ressortis- 
sant nûment aux corps de Parlement. 



— 124 — 

le droit de faire grâce. Mais, auparavant, il avait soo* 
vent été partagé ou délégué. 

Le 14 mai 1358, défense fut faite à la reine, aux liai* 
tenants, capitaines, connétables et autres, de faire «• 
mise de peines. Cependant^ durant assez longtemps, léi' 
reines conservèrent le privilège de faire grâce lors- 
qu'elles entraient pour la première fois dans une viHe, 
après leur avènement. Pareille défense fut faite aiiJL 
grands officiers de la couronne, le 13 mai 1359. PoaN- 
tant, le 29 août 1266, le droit de grâce fut accordé aH 
grand bouteiller de France (1), et le Chancelier en fat 
investi par lettres patentes du 13 mars 1401. Louis XI 
reconnut ce privilège au prince d'Orange dans toatè^ 
rétendue de sa principauté, par décision de juin 1475, 
et raccorda au comte d'Anjou, mais seulement pour là 
première fois qu'il entrerait dans une ville (2). 

Enfin, certains personnages, certaines localités, 
avaient, soit par tolérance royale, soit de par la coo- 
tume, le droit de gracier les criminels. Le plus souventi 
ils agissaient par lettres déprécatoires auxquelles b: 
souverain accédait. C'est ainsi que les ducs de Sully (3) 
avaient reçu des roisHenrv IV, Louis XIII et Louis XI? 
un pareil privilège dans toute l'étendue de leur duché 
d'Henrichemont en Berry. Le Chapitre de la cathédrale 
de Rouen avait également son privilège de la Fierté- 
Saint-Romain (1), et de même que les chanoinesses dé 
Remiremont, graciaient les prisonniers en procession sa 

(1) En lifU, co litre fui roni placé par celui de grand éctianson. 

(2) V. Scrpillon, j». 1iu\ oi siiiv. 

{'.)) lioLLAl.NVILLlKRS, ICt.il (Ic tn /''r/j/icc, t. V., p. '27. 173Ô. 

(i) FLo<,>Lfc;T, liisl. (tu Parlutncnt de Sormandic, t. !••■, p. 281, 379, 



— 125 — 

ennelle, à la fête des Rogations et à la Saint-Barthé- 
emy. La ville de Vendôme avait le droit délivrer un 
)oupable, chaque année, au vendredi d*avant le diman- 
che des Rameaux, en vertu du vœu fait par Louis de 
Bourbon, comte de Vendôme, le 21 août 1428. Les 
Svéques d'Orléans (1), lors de leur entrée solennelle 
m cette ville, octroyaient des lettres de rémission à 
tOQsceux qui s y trouvaient en prison. Mais ce nombre 
Jetant élevé, en 1707, à plus de 900, leur prérogative 
fnt restreinte à ceux qui étaient du diocèse, autrement 
î'eùtét^ une prime offerte à la criminalité. 

Signalons aussi un des privilèges spéciaux du Dau- 
phioé. Les lettres de grâce et rémission concernant 
cette province, devaient être enregistrées par sa cour 
particulière des comptes, et le trésorier pouvait faire 
des observations au sujet de leur exécution, 23 juin 
1410 (2 j. 

Quoi qu'il en soit, les lettres de rémission sont des 
documents du plus haut intérêt pour Thistoire des 
mœurs du temps où elles ont été rédigées. Elles con- 
tiennent, en effet, un récit détaillé et parfois très vi- 
vant, du fait pour lequel le suppliant s'adresse à la 
Diséricorde royale, reproduit très souvent jusqu'aux 
•aroles mêmes échangées entre les personnages qui y 
nt joué un rôle. On y retrouve des individualités con- 
ues, et l'on y rencontre bien des menus faits qui ont 

[I) V. édit de novembre 1573, Berriat de Saint-Prix, Procédure du 
iiui criminel, p. 115. 

'2) Les grâces ont été aussi accordées par les rois lors du la naissance de 
rs fils. Lorsque Charles VI établit le duc de Bcrry, son frère, son lieulo- 
3t général du Languedoc, il lui délégua son droit do grâce. V, Gutot, 
pertoire universel et raisonné de jurisprudence, vol. v» Grâces. 



— 130 — 

tion que d*un simple tapage nocturne. C'était en 1388, 
la lettre de rémission est datée de Vincennes, 9 novem- 
bre de cette même année. Or, à ce moment-là et dans 
les environs de la Saint- Barthélémy, Nicolas Bourbelin, 
Pierre Chacerat, le jeune; Jeannin Chacerat, le jeune; 
Colin Petit et Thévenin le Débonnaire, tous jeunes gens 
de Sens, appartenant à la riche bourgeoisie, avaient fait 
un joyeux souper chez leur ami Bourbelin. Ensuite, 
avec plusieurs camarades, ils résolurent d'aller passer 
la soirée aux étuves. Evidemment, ce n'était pas pour 
s'y baigner. On ne prend pas de bain après un copieux 
repas. Mais les maisons de bain, à cette époque, offraient 
des divertissements aussi nombreux et variés que peu 
innocents. C'est en vain que l'on avait construit des éta- 
blissements spéciaux pour les sexes, garnis « de en- 
veaux à laver les femmes, » ces étuves étant dans le 
voisinage de celles des hommes^ la communication était 
facile, parfois même secrète. Et d'ailleurs, dans la plu- 
part des villes, les bains étaient communs, aussi le 
diable n'y perdait point ses droits. Ils étaient devenus 
le réceptacle des pires débauches. Les chansons de 
Gestes, les fabliaux, les vieux sermonnaires, dont les 
données ont été résumées par Antony Méray dans sa 
Vie au temps des cours d'amour , et les Libres prêcheurs, 
nous offrent à ce sujet d'édifiants exemples. Là dessus, 
on pourra égal»^ment consulter avec fruit une brochure 
aussi intéressante que suggestive, de notre très savant 
confrère, M. Garnier, archiviste de la Côte-d'Or, inti- 
tulée les Etuves dijonnaises, et publiée par Etienne 
Jobard en 18()7. Partout les scandales furent si grands 
(|ue le cri public s'éleva contre les étuves. La réforme 



— 131 — 

et la contre-révolation religieuse qui s'ensuivit, leur 
donnèrent le coup de grâce. Au milieu du xvi* siècle, 
le bail! ne fut guère plus employé qu'en manière de 
femède, voisin de la purgation et du clystère; et l'élé- 
gante Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, épouse 
de Henry IV, avouait ne s'être pas lavé les mains depuis 
hnit jours (1). 

Quoi qu'il en soit, nos jeunes gens en furent pour 
leurs bonnes ou, plutôt, pour leurs mauvaises inten- 
tions, les étaves étaient pleines, et ils s'en retournaient 
fort çléconfits, iorsqu'en passant par la rue de Saint- 
Romain, ceux qui formaient l'arrière- garde de la 
bande joyeuse, s'arrêtèrent à la porte d'une femme 
^ée et veuve qu'ils ne connaissaient point, et qui filait 
au tour en chantant. Après l'avoir écoutée un peu, il 
leur vint l'idée folle de frapper à sa porte. Celle-ci 
demanda aussitôt qui était là, et eux de lui répondre : 
• Ce sont ceulx darsoir, » — c'est-à-dire de hier soir; 
cette locution est encore, dit-on, usitée en Anjou et en 
Normandie ; — •» Kailliez-nous la fillette. » A la fois 
irntée et intriguée, la vieille descendit pour voir quels 
étaient ces insolents visiteurs, et tenta d'attirer à elle 
le battant de la porte, mais, comme elle s'ouvrait en 
dedans, et qu'ils la retenaient par le loquet, ses efforts 
furent vains. Alors, sérieusement effrayée, la bonne 
femme se mit à crier à l'aide, au meurtre et à l'assas- 
sin. Nos jeunes gens, jugeant que la plaisanterie avait 
assez duré, décampèrent sans plus se préoccuper du 
fait, et rejoignirent leurs camarades qu'ils trouvèrent 

{V} V. aussi MoNTEiL, t. IV, p. 7 et 473, et Bulletin at'chéologique du 
Ni Comité fies travaux historiques et scientifiques, 1893. N* 2, p. 293. 



— 132 — 

installés sur des bancs de pierre, au carrefour de 
porte Saint-Rémy. Ils étaient là, devisant tranquil 
ment, lorsque, tout à coup, un tumulte épouvanta 
retentit par la rue qui conduisait audit carrefo 
c^était une masse d'hommes et de femmes, les uns 
chemises et en bonnets de nuit, les autres en pot 
points, les uns armés d*épées, les autres de marteau 
« cryant moult laidement » quand ils les aperçuren 
M Veez les cy les ribeaux. »• A leur tête, mais ils 
purent Tapereevoir, car la nuit était déjà tombée depi 
longtemps, et ni le gaz, ni Télectricité n*étaient alo 
connus, se trouvait Jacquet Merveille, l'un des qu 
rante sergents attachés à cette époque au bailliage i 
Sens(l). 

 la vue de cette insurrection, nos bons compagnon 
qui étaient désarmés, sauf deux d'entre eux, prirei 
peur, et, franchement, il y avait de quoi. L'un d'eu: 
Claude Petit, se voyant assailli par un des porteurs ( 
marteaux, le désarma, le souffleta, et le blessa d'u 
coup de couteau. Un autre, Nicolas Bourbelin, ei 
affaire, sans s'en douter, à Jacquet Merveille, sergen 
qui avait Tépée au clair. Comme il avait un bâton soi 
la main, il en profita pour le désarmer et lui adraini 
trer une solide raclée, tant et si bien qu'il se mit 
crier : A la mort, et aide au roy ! Aussitôt, nos jeun 
gens, voyant que les choses tournaient mal, et qu 
étail leur adversaire, prirent la fuite précipitaramen 
se retirant chacun chez eux. 

Mais les choses n'en devaient pas rester là. Le ve 

(I) Los scrgeiils di.' ccllo oivxfuo scrvaionl à la fois d'huissiers 
iragcnls du i><)lic,L' 



— 133 — 

dredi saivant, un domestique du bailli, nommé Gau- 
tier Dalengoye, et dont il a déjà été question, dans 
les Glanures d'histoire auaerroise (1) vint pour arrê- 
ter Pierre et Jeannin Chacerat. Comme il n'était ni 
sergent, ni officier du roi, ils résistèrent, tirant leurs 
couteaux : « Ne met point la main à nous, s*écrièrent- 
■ ils, nous n'obéirons point à toi, car tu n'es pas ser- 

• gent. Il y a en ceste ville quarante sergents du roi, 

• et ny si petit, s'il nous commande que nous aillons 

• en prison, que nous y obéissons doucement. »• Il en 
résulta un gros procès, durant lequel les délinquants, 
en leur qualité de clercs, furent enfermés dans les pri- 
sons archiépiscopales. Mais leur cas n'était pas penda- 
ble, et Charles VI ne leur fit pas trop attendre la 
liberté. 

Mais passons à d'autres récits. Vers la fin de 1390, 
ttn nommé Crestiennot, de Chàtenay, laboureur, fut 
invité, avec bien d'autres, aux noces de Michel Bergier 
et de Oudote sa femme, qui furent célébrées à Cour- 
mont, hameau des communes de Pailly et du Plessis- 
Saint-Jean, arrondissement de Sens. Or, dans ce pays, 
comme d'ailleurs en beaucoup d'autres localités, les 
nouveaux époux, pour éviter les vexations et mauvai- 
ses plaisanteries qu'on avait l'habitude de leur faire 
subir durant la première nuit de noces, telle que la 
rôtie, la trempette, etc., etc., se résolvaient généra- 
lement à payer aux invités un droit appelé coillage ou 
Citeillage. Bergier et Oudote s'exécutèrent galamment. 
Mais quand il s'agit de répartir cette redevance entre 

(1) V. Bulletin cte la Socièlé des Sciences IS'Jkt l" semestre. 



— 134 — 

les personnes présentes^ les choses se gâtèrent. On i^^ 
put s*entendre, et une grande rixe s'ensuivit, durati^ 
laquelle ledit Crestiennot, passablement ivre, eut )e 
malheur de tuer un nommé Regnaudot Baillot, aaque/ 
il n*en voulait aucunement, mais qui, pris de vin éga« 
lement, l'avait, durant le débat, frappé à la tête et aux 
jambes. Les lettres de rémission furent données i 
Paris au mois de janvier 1394. 

Autre histoire. II s'agit tout simplement d'outrages 
au roi de France. Vers la fin de Noél de 1381, Char- 
les VI venait de monter sur le trône. Lui et ses oncles, 
bien malgré eux, forcés par l'émotion populaire, avaient 
été contraints d'abolir les aides, qu'ils rétablirent 
ensuite dès que cela fut possible. Or, à cette époque, 
un nommé Jean Boivin , l'un des fermiers de cet 
impôt, soupait copieusement en compagnie d'un ser- 
gent et de plusieurs autres personnes, dans un cabaret 
de Soucy. On avait bu plus que de raison, et l'on par- 
lait de cette abolition. Alors un des assistants, bkh 
guant, c'est bien le mot, ledit Boivin, lui dit ces 
paroles : « Entre vous, sergents et fermiers, vous ne 
« vivrez plus si à votre aise, et vous conviendra 
« désormais d'aller bêcher les vignes. »• Irrité, Jean 
Boivin s'échappa jusqu'à dire à propos du jeune roi : 
« Maudite soit leure quil soit oncques nez ne sacrez! • 
Bien plus tard, ces paroles furent rapportées au pro- 
cureur du roi de Sens qui fît enfermer notre homme 
aux prisons du bailliage. Mais comme le fait s'était 
passé longtemps auparavant, et qu'il n'y avait jamais 
rien eu à diro sur son compte, Boivin fut gracié, sous 
la seule condition de jeûner au pain et à l'eau durant 



six jours, et de faire célébrer pour le roi treize inesses 
du Saint-Esprit. Les lettres de rémission furent don- 
nées à Creil, au mois de mai 1393, c'est-à-dire douze 
ans après la perpétration du délit. 

La sixième lettre de rémission, concerne un nommé 
Perrin Triboul, de Lixy, canton de Chéroy, qui, étant 
âgé de dix-huit ans, servait en qualité de charretier, 
la veuve et les enfants do Henri Testart, demeurant 
au Bellêj c'est-à-dire sur la place de la forteresse de 
Courtenay. Un jour, par tentation de l'ennemi, comme 
on disait alors, cet enfant, car il n'était rien autre, 
profitant de ce que les habitants de la maison étaient à 
noces, pénétra chez sa maîtresse par une fenêtre, et 
rompit un « escrin » (cassette), où il prit un mouton 
d'or, un antre écu de même métal, et XVI s. parisis 
en menue monnaie. Mais il s'arrangea de façon a faire 
tant de bruit, que des passants l'entendirent et le pri- 
rent presque en flagrant délit. Comme il s'agissait 
d'un vol domestique, il y allait pour lui de la potence, 
et l'infortuné était sur le point d'être exécuté, lors- 
qu'une jeune femme, nommée Marion, fille de feu Phi- 
libert de Plançon, veuve d'un nomme Pourin, et origi- 
naire de Bourgogne, demanda à l'épouser, et, suivant 
la coutume, l'obtint de la miséricorde royale. Inutile de 
dire que le condamné y consentit facilement. Tout le 
monde, en effet, n'a pas le stoïcisme de ce Picard, cité 
parDesraazes, qui, en pareil cas, après avoir examiné 
la future, refusa la vie, et, se tournant vers le bour- 
reau, prononça ces simples, mais éloquentes paroles : 
• Attaque Bourrel, aie cloque, »» c'est-à-dire elle 
boite. » 



— 136 — 

La coutume de faire grâce au criminel qui trouve 
une femme résolue à Tépouser^ parait d'origine tré$ 
antique, et remonte à Tépoque assez primitive, où la 
femme était la propriété commune de tous les hommes 
du clan^ et où réciproquement, tous les hommes du claa 
lui appartenaient. II s'ensuivait que si la femme se 
donnait à un étranger, celui-ci devenait son co-mari, 
et faisait, ipso facto, partie de la tribu. On trouvait 
encore des traces de cet usage chez les Bretons, ao 
temps de Jules César. Et de nos jours encore, dans 
beaucoup de tribus arabes , si une femme couvre 
de son voile, ou reçoit sous sa tente un étranger, cet 
étranger devient immédiatement sacré pour tous les 
hommes du douar auquel elle appartient. Pareille 
habitude semble avoir été en vigueur chez les Indiens 
de l'Amérique du Nord , et notamment chez ceux 
du Rio de Gila et du del Norle. On peut voir, à ce 
sujet, des détails curieux dans Taylor, Histoire de 
l'humanité. 

Bien entendu que, pour être ainsi sauvé, il fallait 
être jeune, sympathique et bien tourné, les vieillards 
et les hommes laids n'auraient eu aucune chance. Et 
ceci nous rappelle Tépisode du Bâtard de la Hamayde, 
cité par de Barante, t. VIII, p. 410. Ce dernier, apparte- 
nant par des liens naturels à Tune des plus grandes 
familles du Hainaut, avait assassiné le frère d'un cha- 
noine deCondé, dans des circonstances tellement hor- 
ribles, que Charles le Téméraire, d'ailleurs, fort sévère 
sur l'article, refusa impitoyablement de faire grâce, 
bien que la partie lésée eût retiré sa plainte. Comme on 
le conduisait au supplice, les jeunes filles de l'Ecluse, 



— 137 — 

ç\ui le troavaient beau comme un ange, demandaient 
toutes à l*épouser. 

Rien de nouveau sous le soleil, a dit Salomon. Voici 
maintenant, en plein xiV siècle, un fait d'antisémi- 
tisme capable de réjouir M. Drumont lui-même, s*il 
en avait connaissance: En septembre 1394^ un nommé 
Jean Chapelai n , de Villeneuve-sur-Yonne, ayant eu 
des difficultés avec un certain Eliot de Lestoille, juif 
converti, sous le nom d'Ândrier, de Sens, dut rassurer 
et le cautionner par-devant le lieutenant aux bailliages 
de Sens, Troyes et Auxerre, entre les mains de Jean 
de Belbencourt, futur conquérant des Canaries, et, 
en attendant , conservateur général des privilèges 
octroyés par les rois de France aux Israélites des 
deux sexes. Quelques formalités n'ayant point été ac- 
complies, Jean Chapelain crut Tassùrement non vala- 
ble, il ignorait qu'Andrier y avait pourvu secrè- 
tement. Or ledit suppliant, revenant à sa journée 
d'Auxerre , se rencontra sur le chemin avec celui- 
ci et un autre compagnon du nom de Jacquet Raoul. 
Tout alla bien jusqu'à Appoign}^ mais arrivés en ce 
lieu, et passant près du cimetière, ils tombèrent dans 
an groupe de gens d'armes, logés en ce village, qui 
s'emparèrent du juif, le mirent à pied et le battirent, 
mais non jusqu'à Teffusion du sang. L'infortuné pria 
Jean Chapelain de lui prêter de l'argent pour donner 
de quoi boire aux soldats, et, par ce moyen, être laissé 
tranquille, mais, à cause de leurs précédentes querelles, 
celui-ci n'en voulut rien faire, et le laissa se tirer 
fiembarras comme il le pourrait. 11 continua donc sa 
•oute avec Jacquet Raoul. Chemin faisant, ils firent la 



— 138 — 

rencontre d*un homme qu'ils ne connaissaient point, (^^ 
qui, de Bassou, tirait vers Appoigny. Et Chapelain l\jf 
dit : « Vous trouverez des gens darraes à Ëspoigtiy 
M qui ont un juif entre les mains, dites leur que ie leof 
M recommande et leur prie que ils le gouvernent très 
« très bien. >• Tout en allant, Jacquet Raoul disait ao 
suppliant : - Jay lectres qui sont à ce juif, quen feroas- 
M nous? M Et ledit suppliant lui répondit: « Jecteles 

- les en lieaue, je ten prie. »• L'autre lui répliqua : 
•« Non feray. Il y en a contre plusieurs povres gens de 
« nostre pais ; il les vault mieux rompre. Nous yrons 

- à Basso, la buvrons et les visiterons. » Arrivés i 
leur destination, et tout en buvant chopine, ils passè- 
rent en revue ces papiers. Il y avait là seize obligations 
en faveur d'Andrier, de Sens, et deux commissions pour 
ajourner des malheureux qui devaient audit Israélite. 
Le tout fut mis en morceaux. Or, Andrier, de Sens, 
ayant été finalement relâché, n'eut rien de plus pressé 
que de faire arrêter Jean Chapelain à Villeneuve-sur- 
Yonne, par les deux sergents de cette ville, et de le 
poursuivre pour destruction de pièces et rupiure d'as* 
sûrement. Il put cependant obtenir du Parlement sa 
liberté sous caution, et sa liberté définitive du roi, sous 
condition de satisfaire préalablement à la partie lésée. ' 
Les lettres sont datées de Paris, décembre 1394. 

Il no faisait pas bon blasphémer à cette époque; les 
sévères pénalités édictée^ par saint Louis contre les 
blasphémateurs n'étaient point encore abrogées. Le 
pauvre Louis Corradin en sut quelque chose. C'était un 
gar(le-l)ateaux (|ui, ï^e trouvant AVilleneuve-sur-Yonne 
avec des (^.amarades, eut la malencontreuse idée d'enta- 



— 139 — 

mer avec eux une partie de dés. Eile tourna mal pour 
lui, et bientôt il fut complètement décavé, ce qui n'était 
vraiment pas difficile. Irrité de la perte, il jura le 
vilain serement, c'est-à-dire maudit le nom de Jésus- 
Christ et de la sainte Vierge, de quoy il s'est moult 
repenti et a este doulent. Le roi, ayant égard à sa con- 
trition, lui fait remise de sa peine, sous condition qu'il 
fera deux pèlerinages : l'un à Notre-Dame de Boulogne, 
et l'autre à Notre-Dame de Montfort, en laissant, en 
chaque église, un cierge de cire de deux livres pesant. 
La même année, au même lieu, et pour le même cas, un 
nommé Thévenin Potage en fut quitte pour un mois de 
prison et une amende de 40 sols tournois, en faveur de 
de THôtel-Dieu de Villeneuve-sur-Yonne. C'était encore 
s'en tirer à bon marché. 

Citons encore une lettre de rémission de février 1397, 
oàilest question de la célébration du Guilleuleu (1) à 
Chevannes, dans la prévôté de Château-Landon, dio- 
cèse de Sens. Le Guilleuleu n'est autre chose que le 
^avenir de la cueillette mystique, par les druides du 
gui sacré au commencement de Tannée nouvelle. On ne 
trouve guère cette remembrance que dans les pays 
purement celtiques, et, par conséquent, il n'en saurait 
être question chez les peuplades d'origine galato-ger- 
roanique établies dans la Belgique supérieure ou dans 
ia vallée du Rhône, telles que les Allobroges et les 
Voisques, ni non plus chez les Aquitains. 

Il convient aussi de mentionner le pardon accordé 
par Henry, roi de France et d'Angleterre, à Baudet 

(I) r'e»l par corruplion A jçiii l'an neuf, souvenir d»3 la rueillelle du gui 
mystique, au premier Jour de l'aunée druidi(iue. 



— 140 — 

Sorel, capitaine de Dollot, qui, croyant la cause 
Dauphin irrémédiablement perdue après les défaites 
Gravant et de Verneuil, se rendit aux Anglo-Bourg 
gnons et leur livra sa forteresse. Le comte de Warwi 
et d'Aumale servit d'intermédiaire, et le traité eut li 
en mai 1426. Non moins caractéristique est aussi Thi 
toire des deux frères Barbier, du Fayl, dans le bai 
liage de Sens. Cette localité ayant été détruite, ( 
1438 ou 1439, par un parti de soit disant Dauphinoi 
les paysans, enragés, se mirent à la poursuite d* 
traînards, dont deux furent arrêtés par lesdits Barbie 
aidés, en cette circonstance, par un nommé Cléme 
Henault. Ceux-ci remirent leurs prisonniers au chat 
lain du Fayl, qui les fit jeter dans un cul de bass 
fosse, où il les oublia durant quinze jours. Les info 
tunés moururent de faim. Le châtelain, sans se déco 
certer, partagea les hardes des défunts avec ceux q 
les lui avaient amenés. La rémission, pour ce crin 
atroce, eut lieu dix ans plus tard, en mars 1448. 

Cette guerre de Cent-Ans fut sans merci ni pitié, 
fallait se garder de ses amis comme do ses ennemi 
témoin cette absolution pleine et entière, datée i 
Bourges 1447, et accordée à un vieux reître sénonai 
du nom de Jacob Faitout, qui avoue tous ses méfail 
Avant les trêves et ordonnances faites sur les gens 
guerre, déclare-t-il, lui et d'autres capitaines c 
« plusieurs fois couru et logie en plusieurs et div< 
•« lieux, prins, emmené et renconne gens, chevaulx 
u autre bestail, or, argent, vivres et autres choses, pi 
« robe non subgiez et obeissans, destroussez tou 
• manières de gens, tant deglise, que nobles, bourg( 



— 141 — 

marcbans et aultres, de quelque estât ou condicion 
qailz feussent, leur oste chevaulx, harnais et autres 
babillemens, or, argent, monnoye et a monnoier, 
denrées, marchandises, bagues^ joyaulx et autres 
choses quelxconques, quilz pouvoient prendre sur et 
autoar eulx ; a aussi este a courir, piller et rober 
foires et marchiez, y prendre et rançonner les mar- 
chans et autres gens, emmener et emporter leurs 
denrées et marchandises, et aucunes dicelles gastees 
et dicippeesy leur oste leur or, argent et autres 
biens, a este aussi a prendre de force et demblee. 
Tilles, chasteaulx et forteresses sur nos subgiez et de 
nostre obéissance, les piller et rober et y prendre et 
rançonner gens, chevaulx et autre bestiail, et au- 
cunes fois battuz et mutilez non subgiez, quant ij 
nen povoit avoir ce quil leur demandoit ; a este a 
abattre, descouvrir et desmolir maisons et autres 
édifices, en seurvenant esditz logis pour les faire ran- 
çonner, etc., etc., et plusieurs autres maux, excès 
deliz et maléfices ; a le dict suppliant faiz, commis 
et perpétrez, et a este content que aultres faisoient, 
lesquels ne pourroient bonnement estre cy tous 
exprimez ne declairez. » Cette énumération très 
abrégée, qui se rapproche fort de la Confession des 
routiers de Duguesclin dans la, Chanson de Geste, donne 
une idée exacte des agréments de la vie vers la fin de 
h jtrrande guerre des Anglais (1). 
Terminons cette analyse, peut-être un peu mono- 



l'f) V. Confession des rouUcrs de Duguesclin, oiléo par Henri Martin, 
Oitoirtr de France, lome V, p. 256. 



— 142 — 

tone, par deux lettres de grâce vraiment intéressant^^ 
et suggestives, comme disent les Anglais. 

La première concerne un nommé Durand Ton^jY 
maître d'école à Brienon, chargé de femme et d en- 
fants. Cet instituteur avait coutume, par manière d'en- 
seignement et de doctrine, de faire réciter chaque soir, 
à la fin de la classe, à chacun de ses élèves à tour de 
. rôle, un De profundis et une patenôtre, pour les tré- 
passés de la localité. Un certain jour^ vint le tour d'un 
élève nommé Jeannot Beullé, fils de Perrin du même 
nom. Celui-ci ne sut ou ne put réciter le psaume en 
question. Aussitôt, le suppliant prit un faisceau de 
verges qui ne le quittait jamais, et, du haut de sa chaire, 
en appliqua plusieurs coups sur la tète du délinquant. 
Comme ce malheureux, se débattant, cherchait à 
échappera la correction, il fut atteint aux oreilles et 
au visage, mis tout en sang, et le gros bout du fais- 
ceau lui cingla le dos. Voyant qu'il n'arrivait à riea 
malgré ses rigueurs, le suppliant s'adressant à l'élève 
battu : » Puisque tu ne sces de De profundis, lui dit- 
il, dy ta patenôtre. » Même insuccès. Aussitôt, le 
maitre, exaspéré, bondit de sa chaire, renversa le 
coupable d'un coup de pied, et le traînant par les 
oreilles, le roua de coups. Or, le malheureux enfant 
était tout malade, et venait de subir l'opération de la 
taille, ce que d'ailleurs Tontif ignorait. Il se releva \ 
tout meurtri, rentra chez lui pour s'aliter, et mourut 
quatre jours après. Arrêté pour ce fait, le brutal insti- 
tuteur obtint sa grâce du roi, attendu, disent le» con- 
sidérants, que ce qu'il a fait, il ne l'a point fait par i 
« li'iine (ludit .leannot, mais tant seulement par manière 



— 143 — 

de discipline et de doctrine. * Ce nonobstant, il dut 
lenoncer à tenir école à Brienon-K Archevêque, et satis- 
faire à la partie lésée. On conviendra que c'était le 
raoins qui put lui arriver. Ceci se passait en 1398(1). 
Une autre histoire bien édifiante aussi est celle de 
Françoise de Grainville, jeune anarchiste, âgée de 
seize ans, fille de Técuyer du même nom. Cette mal- 
heurease, était entrée, dès l'âge de huit ans, au ser- 
vice de Philibert de Brécy, gentilhomme d'origine 
sénonaise, et gouverneur de Langres. Elle fut traitée 
de telle sorte (2) par Marguerite de Danisy, sa femme, 
quelle en conçut, contre sa maîtresse, une haine 

• 

inapaisable. On sait qu'alors les maîtres n'étaient pas 
tendres pour leurs domestiques, même adultes, et leur 
infligeaient des corrections corporelles avec autant de 
désinvolture, que les boyards à leurs serfs et les colons 

(1) U oorrertion corporelle administrée aux jeunes élèves remonte à 
'(^iginedu monde. Dès l'antiquité, des bons esprits s'étaient élevés contre 
'abus qu'on ca faisait, et les mauvais résultats qu'elle donnait, entre autres 
OuiDlilion (Inatitul, orat. I, cap. ii) Rabelais, Montaigne et Rollin. Ceux 
1"6 ce sujet quelque peu scabreux intéresse, pourront consulter les ou- 
^'s^ suivants : Voltaire, Dictionnaire philosophique ^ an mot : verges. 
*^^L'WjU3, de la Bastonnade et de la Flagellation pénale. — Intermé- 
moire des chercheurs et des curieux. — Du Fouet comme in8trume}it 
^éducation chez nos bons aïeux, t. XXII, 387, 474, 501, 525, 570, 589, 
8*2, 683. V. aussi ibid., t. XI. 3G5, 454. XVI, '264, 343. V. aussi i6it/. 
^ilianisme, t. V, 308, 390, 445. t. XII 430, 491. V. aussi rev. Wm.M. 
Cooper B. A. London (s. d.) llistory of thc rody cli. xl. xli et xlii, p. 413, 
^U. — G. Frusta Flagellantismus, publié en 1873, par Scbeible à 
Stultgard, et lei trois rarissimes volumes do Pisanus Fraxi. 

{'^j Sur la correctio domestica, v. Tallemand des Réaux, Historiettes^ 
passim entre autres le^ deux articles intitulés : Madame Chauvry et 
Madame de Vervins. — V. aussi llistory ofrod de Wm. Cooper, ch. xxxvii 
etxxxviiict XXXIX. G. Frusta Flagellantismus cl Pisanus Fraxi^ passim. 



— 144 — 

à leurs nègres. Cela dura jusqu'à la fin du xvii* siècle 
et Ton peut lire à ce sujet, dansTallemand des Réau:5 
de piquantes anecdotes. Quoi qu'il en soit, la pauvre 
ayant résolu de se venger à tout prix de Marguerit 
Danisy, tenta sept fois de faire sauter, avec de 1 
poudre à canon, le logis de ses maîtres, et particuliè 
rement la chambre à coucher de la dame de la maison 
Prise, à la fin, sur le fait, cette précoce et moyen- 
âgeuse Ravachol avoua sans broncher la vérité. I 
fallait que les traitements qui lui furent appliqué 
fussent bien durs, puisque, au mois de novembre 1448 
la lettre royale qui les constatait, vint la trouver dan 
son cachot, où elle était enchaînée aux quatre meia 
bres, et lui rendit immédiatement et sans condition L 
liberté. 

Francis MOLARD. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



I 



LETTRES PA TENTES du roi Charles VI, portant grâce 
et rémissioa en faveur de Jeannette, ceuoe de Parisot 
Laissé, de Bou r bonne , et de Catherine^ sa nièce, ceuoe 
de Guillemin Chappelle, La première, ayant seroi pendant 
ânq ans, sans recevoir de gages, Jacques Pinard, prieur 
de Saiat'Ràmg-lèS'Sens, crut pouvoir, sur le conseil de sa 
dite ttiève, et sur le consentement du malade lui-même, 
qui, depuis, l'a dénoncée, prendre à titre de gage, quatre 
francs (i*or, un anneau du même métal et divers autres 
objets, dans la crainte qu'après sa mort l'abbé de Saint- 
Rmtj ne vint à s'emparer de sa dépouille. En suite de 
quoi, ces deux femmes a gant été emprisonnées, elles avaient 
restitué le tout à qui de droit. Paris. Juin, 1386. 

Charles, etc. Savoir faisons à tous presens et avenir de la 
partie (Je Jehannettc, jadiz femme de feu Parizot Laissé, de 
Bourboiine, et de Katherine, femme de feu Guillemin Chap- 
pel/p, sa nièce, povres femmes, nous avoir esté exposé que 
omme ladite Jeliannette ait servy Jacques Pinart, religieux 
i prieur de Saint Remy lez Senz par Tespace de cinq ans et 
us sariz avoir eu de lui aucun salaire ou proufit, et il soit 
rj.si que ycellui religieux soit acouchiez malade au lit, au- 
q\ il a esté en tel estât de maladie que on y esperoit mieulx 
mort que la vie. Et pour ce que ycelle Jeliannette le vit en 
ejtat, doubta que il ne morust, et que son abbé prist tout 
que il avoit, et qu'elle n'eust james aucune chose de son 
aire pour le dit service. Par le conseil de la dite Katherine, 

Aïcii. liai. JJ i'-iOto 15 v'O 

10 



— 146 — 

sa nièce, piîst en la chambre du dit religieux son maist^ 
en entencion d'estre payée de son dit salaire les choses ^ 
s'ensuivent, c*est assavoir : II II draps de lit, deux tabli^ 
deux ou III touailles, environ VI livres de file a faire toi 
un ayncau d'or, IIII franc d'or, environ trente ou XL clavej 
clics de II deniers la pièce, IIII draps de lit, et une courtio( 
qu'elle prist en un escrain que ledit religieux avoit en un 
chambre qu'il avoit en la citô de Sens, duquel escrain eii( 
avoit pris la clef en la cace du dit religieux, lesquelles choses, 
excepté les diz IIII francs qu'elle bailla à la dite Katherine, 
elle emporta en la dite cité en Tostel d'une sene suer, en en* 
tencion d'estro paiée de son dit service, comme dit est. Poui 
occasion duquel fait les dites exposantes ont esté prises pai 
justice, et mises en noz prisons a Senz, par la denunciatior 
ou complainte du dit religieux, si comme l'en dit, combieii 
que tantost après, et depuis, il a tousjours dit et maintenuen 
sa dite maladie et encores dit que se que la dite Jehannett^ 
avoit pris, elle Tavoit pris de son consentement et voulenté 
et aussi sitost que on a demandé à la dite Jehannette le 
choses dessus dites, elle les a bailliées, ou fait baillicr et rcs 
tituer, sanz en retenir aucune chose. Hs quelles prisons le 
dites exposante?: sont en grant povrcté et misère et sente 
aventure d'estre destruites, et que justice ne veulle rigorcu 
sèment procéder contre elles, se par nous ne leur est sur • 
pourveu do nostre grâce, si comme elles dient, en nous su 
pliant humblement, comme les dites choses aient esté tout 
rostituéî?, comme dit est, et que ODques ne furent repris* 
d'aucun autre larecin, nous sur ce leur veuillons impartir 
celle. Et nous inclinans alcur supplicacion, eueconsideraci< 
aux choses dessus dites, voulons en ccste partie misericon 
proférera rigueur dejustice,a ycelles suppliante^ou cas dej 
sus dit, avons quitté, remis et pardonné, et par ces présente 
de nostre autorité royal et grâce cspecial, quittons, remetton 
et pardonnons tout le fait dessus dit, avec toute peine, offens 
et amende (corporelle, ciiminolle et civile en quoy elles peuei 
ou pourro|i|ent estre encourues envers nous pour occasi( 



— 147 — 

des choses dessus dites, et les avons restituées ci restituons 

a leur bonne renommée, a leur pais et biens non confisquez, 

satisfaction faite a partie premièrement, se faite n'est. Si 

donnons en mandement au bailli de Senz et d'Auxerre, et a 

touz noz autres justiciers et officiers presens et avenir, ou a 

leurs licuxtenans et a chacun d'eulx, si comme a lui appar- 

tendra, quo de notre présente grâce, quittance et pardon et 

remission, laissent, facentet seufTrent les dites suppliantes 

user et joir plainement et perpétuellement, senz leur mettre 

ou souffrir estre mis aucun empeschement ou destourbier au 

contraire, maiz leurs corps et biens pour ce pris et empes- 

chies, leur mettent, ou facent mettre a plaine délivrance. Et 

que ce soit ferme et estable chose a toujours, nous avons fait 

mettre nostre seel a ces lettres, sauf en autres choses, nostre 

droit et Tautrui en toutes. Donné à Paris Tan de grâce mil ccc 

iliinet six, et de nostre règne le siziesme, ou moys de juing. 

Par le roy, a la relacion de monseigneur le duc de Bcrry. 

Routier. 

II 

^RACE et rémission accordée par le roi Charles VI à Jean 
Cheoaisej Adcnin CortelleSy son beau- fils, Symonnet 
Moreau et Tlieoenin Moreau, son fils, voituriers par eau, 
domiciliés en la uille de SenSy qui, rcccnant de Paris, où 
*'« acaient conduit un chargement de oins, furent procO" 
qaés puis assaillis, entre Gtftj et Pont-sur- Yonne, par 
^ilet Philippon et Guillemin, le Doubieux, de Gisy. Jean 
C/ieoa/ie, roué de coups de bâton, frappa d'un coup d'épéo 
^ilet Philippon, qui, quatre Jours après, mourut des 
^^ites de sa blessure. Paris, septembre 1386 (ï), 

Charles, etc., savoir faisons à tous presens et avenir a 
"ous avoir esté humblement exposé de la partie des amis 
<^«iamelz de Jehan Chevaise, Adenin Cortelles, son filastre, 

(') Arch. nal. JJ 129. ^ 147 v<>. 



~ 148 — 

Simonnei Moroau cl Thevenin Morcau, son fîlz, voiturier* 
d'eauc, demourans à Scnz, que lo mercredi avani la fes*« 
Saint Climent darrenier passée, yceulz voiluiicrs qui avaie 
amenez certains vins à Paris pour certains marclians, aii -^ 
qu'ilz s'en rctournoyoit paisiblement en ladite ville de Se:^ 
et eulx estant entre la ville de Gisy et la ville de Pons ^ 
Yonne, vindrent à eux Gilet Philippon et Guillemin 
Doubteux de la dite ville de Gisy, et estoient montez sur de 
clievaulx, lesquels par manière do dérision s^adrccereni 
audit Adenin, qui tenoit un billart en sa main, et lui dirent 
ces paroles ou semblables : « Or ça, voulez vous billicr?i 
Lcsquelx voituriers qui ne vouloient que paix et retoui*ner 
en leurs liostelz, car il estoient las et traveilliez, leur répon- 
dirent en ceste manière : « Dcautx seigneurs, alez vostro 
c chemin et nous laissiez aler le nostre. Nous ne voulons 
« pas billier. ■> Et lors les diz Gile et Philippon (sic) etGuil- 
lemin le Doubteux, qui estoient esmcuz de leur faire desplai* 
sir, vindrent tournoiant eulx sur leurs chevaulx, en les 
esmouvant et atizant de paroles haynneuses, et par grant 
dérision. Et pour ce que ledit Guillemin le Doubteux se voult 
aprochier dudit Jeliannin Chcvaise, et se tray si près do lui 
par mal talent, atout son cheval, que a bien près que son dit 
cheval ne marcha sur les piez dudit Jeliannin, ycellui Jehan- 
nin, soy veanl ainsi injurié, et pour doute que ledit Guillemin 
ne li feist villenie du corps, saclia son cspée et en feri un 
seul cop du plat sur l'cspaulc du dit Guillemin le Doubteui. 
Et incontinent les diz Gilet Phlipon et Guillemin le Doub- 
teux se départirent, et couiurent sur leurs chevaulx à un 
saulsoy qui estait assos près d'illec, et prirent deux gros 
basions do saulx, tous vers de plain point, et après courru- 
rcnl sur leurs diz chevaux au devant des diz voituriers cl 
descendirent à terre. Kt touz deux assembleraent assaillirent 
et s'adrecerciit moult crueusement audit Jeliannin Che- 
vaise, et le fcriront et le frappèrent de grans coups orbes 
(les diz l)a.stons, tant (|ii'ilz les abatirent a terre, ei lui firent 
1111 plaies en la tête moult périlleuses, dont il est au Ut 



— 149 — 

malade, et en aventure de mort. Et quand le dit Guillcmin le 

Doubteux vit que le dit Jehannin Chevaisc fu abatu a terre, 

il le laissa entre les mains du dit Gilet Phlipon, son compai- 

gnon, qui toujours continuait à le ferir a son pouvoir du dit 

baston qu'il tenoit, et couru sus le dit Guillcmin aux autres 

III compaignons du dit Jehannin Çlievaise, et y ceulx feri et 

frappa de sen dit baâton, tant qu'il crièrent à la mort. Et 

lors ycellui Jehannin Clievaise soy voiant ainsy blecié et 

navré, et en péril de mort, et que le dit Gilet Phiipon feroit 

tousjours sur lui de son dit baston, se redercade son povoir, 

et sur son corps défendant, et en rappel tant force par force, 

îeri un seul cop de taille de son espée ledit Gilet Phiipon. 

Et pour ce que les autres compaignons dudit Jehannin Che- 

vaise apperceurent venir des genz qui acouroient au débat, 

ils se départirent, et se firent passer Teaueeultre pour doubte 

de leur corps. Et depuis les diz Gillet Phiipon et Guillemin 

le Doubteux et plusieurs autres de leurs compaignie, si 

comme l'on dit, vindrent au port de Villeperrot pour passer 

la rivière, s'il eussent peu, afin de trouver les diz voilu- 

riers. El pour ce qu'il n'y porent passer, ils s'en retourné - 

rcût en la dite ville de Pons sur Yonne, la ou le dit Gilet 

Phiipon se fist appareillicr de sa plaie a un barbier qui y 

cstoit, qui lui disi que s'il ne faisoit diligence de soy remuer 

souvent il feroit que fol; et il lui respondi ces paroles ou 

Semblables : « As-tu paour? je n'en laisseray ja a ouvrer. » 

Etalant se départi le dit Gilet Phiipon, et s'en alla en son 

bostel en la dite ville de Gisy ou il dcmouroit, lequel tant pour 

son mauvais gouvernement, comme pour occasion de ladite 

^avreuro est alez de vie à trespassement quatre jours après, 

®u environ Pour occasion duquel fait ycoulx voitturiers qui 

^^testé et sont genz de bonne vie et renommée, et de con- 

^crsacion honneste, sans aucun autre viilain reprouche, et 

^ui n'avoient aucune haine précédente aus diz Gilet Phiipon 

^^ Guillemin le Doubteux, se sont absentez du paiz, doub- 

lans rigueur de justice, et sont en aventure d'estre doserls 

^l furtifs a toujours, se par nous ne leur est secouru de nos- 



— 150 — 

ire grâce, si comme dient leurs diz amis, en nous supplia^ 
que d*eulx nous vcuillions avoir pitié et compassion, et &.^ 
ce leureslargir nostrn miséricorde. Pour quoy, nous, in<H/^ 
nans a leur supplicacion, voulans en ceste partie pour con. 
sidoracion des choses dessus dites, modérer rigueur de jus. 
tice ausdiz Jeliannin Chevaise, Adenin Cortelles, Symonoet 
Morcau etTlievenin Moreau, et a cliiscun d^eulx ou cas des- 
sus dit, avons pardonné, quitté et remis, et par la teneur de 
ces présentes, de grâce especial et de nostre autorité royal, 
pardonnons, quittons et remettons le fait dessus dit avec 
toute peine, offense et amende corporelle, criminelle et civile 
en quoy il pcuont avoir encouru envers nous et justice, pour 
occasion des choses dessus dites, et eulx et cliascun d'eolx 
restituons et remettons a leur bonne famé et renommée, au 
pais et a leurs biens non confisquez, satisfaction faite a par- 
tie civilement, tant seulement. Si donnons en mandement par 
CCS présentes au bailli do Senz et a touz noz autres justi- 
ciers et officiers, presens et avenir, ou a leurs lieuxtenans et 
a chacun d'eulx, si comme a lui appartiendra, que les diz 
Johannin Chevaise, Adenin Cortelles, Symonnct Moreau et 
Thevenin Moreau et chascun d'eulx, il facent, seuffrent et 
Icissent joir et user paisiblement do nostre présente grâce 
et remission, et contre la teneur dicclle ne les molesteutou 
cmpeschent, ou seuffrent estre molestez ou empeschez en 
corps ou en biens, de présent ou pour le temps avenir en 
aucune manière; et se leurs corps ou aucuns de leurs biens 
non confisquez estoient pour ce priz« saisiz ou arrestez, 
qu*il les leur mettent, ou facent mettre sanz delay a plaine 
délivrance. Et pour que ce soit ferme clioso et estable a 
tousjours, nous avons fait mettre notre scel a ces présentes 
lettres, sauf en autres choses nostre droit, et Tautrui en 
toutes. Donné a Paris ou moys de novembre, l'an de grâce 
mil ccc iiii«« et six, et de nostre régne le vii«. 

Par le conseil, 

Mauloue. 



— 151 — 



III 



LETTRES DE CHARLES VI portant grâce et rémission 
enfareurde Nicolas Bourbelin, Pierre Chacerat le Jeune ^ 
Colin Petit, Jeannin Chacerat le Jeune, et Thécenin le 
Débonnaire, Ces Jeunes ffons, tous de Sens, après avoir 
soupe ensemble, firent la partie d'aller aux étuees, mais 
comme elles étaient occupées, ils s'en revinrent che^ eux. 
Or, en passant par la rue Saint» Romain, entendant une 
femme veuve qui chantait en filant, ils firent, par plaisan» 
terie, quelque tapage à sa porte. Celle-ci ayant pris peur, 
s*étant mise à crier au meurtre^ ils se sauvèrent Jusqu'au 
carrefour de la porte Saint- Rémy, où ils retrouvèrent 
plusieurs personnes de la compagnie. Là, poursuivis par 
la foule, ils maltraitèrent un sergent qui voulait les arrêter, 
ci qu'ils n'avaient pu reconnaître à cause de l'obscurité. 
Château de Vincennes, 9 novembre 1388 (1). 

Charles, etc. Savoir faisons à touz presens et avenir, nous 
avoir oyc humblement supplication de Nicolas Bourbelin, 
Pierre Chacerat le jeune, Jehannin Chacerat le jeune. Colin 
Petit et Thevenin le Débonnaire, tous jeunes hommes de- 
DJonrans en nostre ville de Sens, contenant que, comme a un 
jour de mercredi environ la feste Saint Berthelcmin derre- 
i^ier passée, lesdiz supplians eussent alez souper ensemble 
60 l'ostel dudit Nicolas, avec plusieurs bourgeois de nostro 
dite ville, et après souper, yceulz supplians d'un accord, eus- 
sent entrepris dealer aux estuves, et feussent allez en l'ostel 
ou elles sont, duquel, pour ce qu'il y avoit autres gens, ilz se 
^eussent depariiz, et en eulx retournant et passant par la rue 
^^ Saint Romain, les aucuns d'eulx qui aloient derrière se 
«eussent arre^tez a Puis d'une bonne femme vesve qu'ilz ne 
'^ognoissoient, et qui chantoit et filloit au tour, et l'eussent 
'inc pièce escoutêe chanter, et après eussent hurlé à son huis ; 
Quelle demanda lantostquelz gens ilz estoicnt. et ilz repon- 

(*)Arch. nal. JJ 123f*90 v» 



— i52 — 

dirent en ccstc manicro : « Ce sont cculz darsoir; » et p^ 
csbalemcnt lui dirent : « Bailliez nous la fillctto. ■» Et elle 
vint a son dît huis pour le cuidrcr ouvrir, mais iiz le tindreot 
si qu'elle ne le pot ouvrir, et pour ce eust crier a la mort. ' 
Apres lequel cry, se feussent d'illec dcpartiz, et eulx en alez 
vers les autres de leur compaignie qui trouvèrent assis sur 
un siège au carrefour de la porte Saint Rémi en les atten- 
dant. Et cuIx estans illec paisiblement ensemble, eussent oy 
grant tumulte de gens qui venoient par la dite rue, droit audit 
carrefour, auquel tumulte cstoit Jaquet Merveille, no9tre 
sergent. Et quant les dizsupplians les virent ainsi presd'eulx 
les uns en chemise ou pourpoins, les autres ayans queuvro- 
chiez sur leurs testés/ Tun tenant une espéc nue, et aocuos 
autres qui avoient gros marteaulx de fer, criant moult laide- 
ment, quant ilz virent lesdiz supplians : « Vcez les cy, les 
ribauxl » ilz en furent moult etîraiez et eurent paour, car ilz 
n'avoient coustcaulx ne bastons, fors lesdiz Jehannin et 
Colin qui avoient chascun un coustel. Et si ne cognoissoient 
ledit Jaquet ne les autres de sa compaignie pour cause de 
Toscurité de la nuit, qui ja estoit trouble, et qu*ilz n*estoient 
pas en leui*s habiz acoustumez, combien que un po loing d*ealx 
avoit une torche ardant. Et Tun des dessuz dis feust adoDC 
\enuz croit audit Colin et eust lové sur lui un marteau, le- 
quel ledit Colin lui esta, et lui donna do la paulme en la joe, et 
feri de son coustel, et aussi ledit Nicolas, qui trouva d'aven- 
ture un baston, en feri sur les espaules ledit Jaquet, tant qu'il 
chut a terre, et lui estèrent ladite espée, et tantost priai 
ycellui Jacquet a crier : « A la morti aide au roy ! » Etadonc 
touz ceulz de sa compaignie s'en fouyrent. Et quant lesJii 
supplians appenieurcnt ledit sergent, ilz en furent moult 
doulans cl couroiez {sic). Et pour ce fait, le vendrcdy ensui- 
vant un appelle Gautier Dalongoye, serviteur du bailli de 
Sens, le<iuel n'est sergent ou oflîcicr de justice, vint ausdiz 
Pierre et Joliaiiniii nioult impetluousement, volt mettre la 
main a eulx, Icsquelx se reculèrent et sacherent leurs cous- 
tcaulx ïiunz en fcîir aucun, en disant audit Gautier ces paroles: 



— 153 — 

» Kc met point la main a nous. > Lequel leur dist qu*il les 
voaloit mener en prison, cl qu'il en avoit commandcmant du 
lieutenant dudit bailly; auquel Gautier ycculx Pierre et 
Jehannin respondirent en ceste manière : « Nous n'obéirons 
point a toy, car tu n'es pas sergent. Il y en a en ceste ville 
quarante se.'gens du ro}, et ny si petit, s*il nous commando 
que nous aillons en prison, que nous n'y obéissons douce- 
ment, » et fînablement ne vouldrent obéir audit Gautier. Pour 
occasion duquel fait, nostre pi ocureur, tient et s'efforce do 
tenir lesdiz suppliansen procès par devant ledit bailli, disant 
y cculx supplians avoir fait infraction do ville, commis port 
d'armes, avoir esté oultre heure et desobey a justice; et avec 
ce que par informacion, il trouve qu'ilz ont brisé ou esté des 
gons Tuis de la dite femme, et aussi que ledit sergent vcnoit 
criant : « Aide au roy ! » par quoy ilz pouoient assez cognois- 
ti'eque c'estoient gens de justice, et en la baturo dudit ser- 
gent et des autres de sacompaignie, nostre sauvegarde avoir 
Gstéenfraincte, et pour ces choses fait ycellui nostre procu- 
^urgrans conclusions contre eulx, et sont en aventure que 
pour ce il leur conviongue fraier grant partie de leurs cho- 
vances, se par nous ne leur est pourveu, combien que pour 
ledit fait ilz aient esté prisonniers en noz prisons à Sons, et 
depuis comme clers renduz a la court et juridiction de Tarée • 
"iacre de Sens, en laquelle ilz sont encore en procès, si comme 
*'z dient, supplians que comme ilz n'eussent paravant ledit 
•ait ne n'aient a présent audit sergent, ne a ceulx de sa dite 
<?oinpaignie, haync ou maie voulenté aucune, et qu'il n'y a eu 
iiiehairig ne mutilacion, et aussi que aucun ne fait partie contro 
^iilx, fors seulement nostre dit procureur, il nous plaise leur 
eslargir sur ce nostre grâce et miséricorde, et avoir pitié et 
^nnpassion d'eulx Pourquoy nous, eu regart et considera- 
C'onaus choses dessus dites, voulans proférer pitié et mise- 
coi*de a rigueur de justice, ausdiz supplians et a chascun 
^^ulxdc nostre autorité royal et grâce especial, avons quittée, 
J'émis et pardonné, remettons, quittons et pardonnons par ces 
P''<>scutei tout ledit fuit, s'il est ainsi comme dit est, avccques 



— 154 — 

toute peine, amende et offense corporolc, crimincle et civile 
en quoy cuix et chascun d'eulx sont, ou peuent ostre pour ce 
encouruz envers nous et justice, en imposant sur ce perpétuel ] 
[silence] a nos ire procureur, satisfaction faite a partie pre« 
miercmerit, et avant tout ouvre, et parmy ce qu^il vendront 
eulx excuser par devers ledit bailli, et li dire qu'ilz n'apperce- 
voient pas oudit lumulte ledit sergent. Si donnons en mande*' s 
ment par ces mesmes lettres audit bailli de Sens et a tout 
noz autres justiciers, presens et avenir, ou a leurs lieutenans, 
et a chascun d'culx, si comme a lui appartendra, que lesdiz 
supplians et chascun d'eulx laissent, facent et souffrent ou cas 
dessus dit, user et jouir plainnemcnt et paisiblement de nostro 1 
présente grâce, remission et pardon, sanz les traveiilier, j 
molester ou cmpeschicr, ne faire ou souffrir pour ce estro j 
molestez, travcillicz ou empeschiez en corps ou en bieos 
comment que ce soit, non obstans touz procès sur ce faiz ea 
commenciez a faire, mais leurs corps et leurs biens et de 
chascun d'eulx, s'aucuns sont pour ce detenuz saisiz, leveit 
ou arrcstez, leur mettent, ou facent mettre tantost et saos 
delay a plaine délivrance. Et que ce soit ferme chose êtes» 
table a touz jours, nous avons fait mettre nostro sell a ces 
présentes, sauf en autics choses nostre droit, et l'autrui ea 
loutes. Donné en nos\re chastel du Bois de Vincrnne, Tan do 
grâce mil ccc in\^^ et huit, et de notre rùgno le ix", ou mois 
de novembre. 

Par le roy, a la rclacion de monseigneur le duc de Bcrrv» 
J. Bertaut. 

IV 

LETTRES-PATENTES de Charles VI, par lesquellci le 
souverain fait' (jrâcc et rémission à Cresticnnoty de Chà* 
tenatj, demeurant à Courmont, pour le meurtre cominiê 
par lui sur la personne de feu Refjnaudot-Boillot, à (a 
noce de Miehe/ Berf/ief\ dans une dispute au sujet de Cat* 
iribution du droit do coillaje. Paris. Jancier 1391 (I). 

(1) Arcli. liai. .IJ 14 \ f- :'. v. 



— 155 — 

Charles, etc., savoir faisons à touz presens et avenir, nous 
roir esté exposé de par la femme et amis charnelz de Crcs- 
ennoldc Chatenay, dcroourant à Curmont, povro laboureur 
irisonnicr, détenu par le gouverneur de la justice du tréso- 
rier en Tesglise de Langres, que comme le dimcnehc avant 
Ufeste saint Nicolas d'y ver derronier passé, certaines noces 
eassent été faites au dit Curmont, de Michel Bcrgier et de 
Oadotc sa femme, auxqucles le dit Chrcstiennot suppliant 
enstesté, et tout le dit jour eust beu, mangié et dancié et 
Itil bonne feste avecques Jeu Regnaudot Boillot du dit Cur- 
moot, qui estoient bons amis ensemble, sanz ce qu'il eussent 
aucune hayne ou rigueur Tun à Tautre. Et le soir après sou- 
per d'icclles noces, environ deux lieues de nuit, que le dit 
Crestiennot et le dit feu Regnaudot, et plusieurs autres jeu- 
nes genz et varies à marier, furent et estoient assamblez 
devant Tostel de Michiel Aubert dudit Curmont, ou Ten fai- 
m les dites noces, certain grand débat fu meu entr*eulx 
pour savoir à qui appartenait le droit de coillage deu par le 
dit espousé; car Symon. frère dudit suppliant, et Mongin de 
Torcenay, filz Jehan Rebillard, le vouloient avoir, et les 
enfans et variez à marier dudit Curmont y contrcdisoient, 
li-sans qu'il leur compctoit, ei le dévoient avoir, et non mio 
cs diz Simon et Monsgin, pour ce que le dit Symon avait 
sté aulrefoiz marié, et le dit Mongin n'estoit pas de la dite 
ille de Curmont. Et de ce débat qui estoit et fu grarit, et de 
ault langage entre les diz compaignons, le dit suppliant et 
•u Regnaudot Boillot dessus nommé eurent aussi débat et 
)ri(ens de paroles qui vindrent a fait en tant, que le dit feu 
egnaudot feri d'un baston par la teste et par les jambes le 
i suppliant. El lors eulx deux s'entreprindrent par les clie- 
^sses en gi'ant dcspit et couroux ; et ainsi qu'il s'entreto- 
ient Je dit suppliant cscliaufTô et moult couroucié, et cmbcu 
vin, sacha un petit coustcl do IIII d. qu'il avoit, à tailler 
\n, e( en fery le dit feu Regnaudot ou tlanc, dont il s'os- 
d c.>(re mort. Et pour ce fus prins, et mené en prison, et 
<aux ccpi^ ledit suppliant, et par quatre ou cinq jours 



— 156 — 

après le dit feu Regnaudot fu malades au lit, ci reçut se 
sacrcmcns do sainte Eglise, et après raorut. Pour lequel fait 
le dit suppliant est dès lors en prison et touz ses biens son 
pour ce prins, saisis et arrestez, et en aventure d'estre per 
duz a tousjours, si comme ilz dient, supplians humblemenl 
que comme le dit fait soit avenu soudainement, et parcba^ 
leur, et temptacion de Tennemi^ et après boire, sanz aucao^ 
machination précèdent, et que en autres choses le dit sup. 
pliant est bon et loyal preudomme, et simple laboureur sans 
reprouche d'autre villain cas et, qu'il n*avoit aucune hayo« 
précèdent contre le dict dcfunct, niais firent bonne chiereet 
bonne feste l'un à l'autre ledit jour des noces, et ne pensoil 
point que jamais le dit cas dcust avenir, nous lui vucillool 
sur ce extendre notre grâce. Pourquoy, nous ces cLoseï 
considérées, voulans miséricorde préférer à rigueur de jus- 
tice audit Crcstiennot, avons au cas dessus dit remis, quitUt 
et pardonné, et par ces présentes remettons, quittons et paiw 
donnons de nostre grâce cspecial et autorité royal, ledit fait» 
avec toute paine, offense et amende corporelle, criminelle el 
civile qu'il a et puct avoir pour ce encouru envers nous eÇ 
justice, et le restituons a sa bonne famé et renommée et a • 
ses biens non confisquez, satisfaction faite a partie prcmie* ' 
rcment et avant loui ouvre civilement, se faite n'est. Bidon- 
nons en mandement par ces mesmes présentes au bailli dal 
Senz et a touz noz autres justiciers, ou a leurs lieuxtenan^^ 
prcscns et avenir, et chacun d'culx,si comme a lui apparteu* 
dra, que de nostre présente grâce et remission facent, seuf* 
front et laissent le dit Crcstiennot joir et user paisiblcmeni^ 
a touz jours, et son dit corps et ses biens non confisqueSil 
pour ce prins et empeschirz, lu/ mettent hors de prit;on ctdv 
tout a plaine délivrance, sauf nostre droit en autres cho.seS| 
et l'autrui en toutes. Et pour ce que ce soit ferme chose et 
ostablc a toasjours, nous on avons fait mettre nostro scel 
ordoné on rab.soncc du grant, a ces présentes. Donné à Pam 
ou nioy.s de janvier l'an de giàce mil ccc iVù^^ et onze, cl df 
nostre regiu; le douziènie. 
Par le eonseil estant à Paris. N de Voisiniss. 



- 157 — 



TIRES' Pâ TE NTES de Charles VI, par lesquelles ce 
\werain fait grâce et rémission à Jean Boioln, de Souci/, 
Tmer des aides, qui, dans une discussion de cabaret sur 
abolition de cet impôt, consenti par le roi lors de son 
7yeux aeénement, aoait prononcé contre le souoerain ces 
nroles injurieuses : « Maudite soit leur es que il fut onc- 
iiei ne« ne sacres, » CreiL Mai, 1393. 

yharles, etc. Savoir faisons a tous prcsens et avenir, que, 
irumble supplication des amis charnelz de Jclian Boivin 
Soussv, ou diocèse de Sens, contenant que le jour de Noël 
"qier passé ot xii ans, ledit Boivin après soupper en une 
erne en la compaignie d'un de noz sergens et de plusieurs 
npaignons de la dite ville, après ce que ils eurent bien beu, 
omencerent a parler des aydos que nous avions abatus au 
eax advcment de nostre sacre, et pour ce que le dit Boivin 
oit plusieurs fermes et marchiez d^iceulx aides, Tun 
mlx corapaignons dits en adreçant sa parole aux diz 
vin et sergent : « Entre vous sergens et fermiers, vous 
vivrois plus se aise; il vous conviendra desoremais aler 
lier es vignes , car le roy a abatu les aides. » Et 
au dit Boivin qui avoit plus beu que mestier ne lui 
it, et qui estoit, tout entesté de vin, cschappa de la 
:he ces paroles ou semblables en substance : « Mau- 
boit l'eurc que il fu oncques nez ne sacrez! » si comme 
iiieut nostre procureur qui de ce a fait information ; et 
r ce a esté prins et mis en noz prisons a Sens le dit 
,in, ou il a esté et encore est en grant povreté et mi- 
, requerans ses diz amis, que attendu qu'il est simple 
me iaboureur, de bonne vie et renommée, et de honneste 
er<acion, sans oncques avoir esté repriiis, attaint ou 
aincu d'aucun autre vilain cas ou reprouche, si comme 
eut, nous lui vueillons en ceste partie estrc piteable et 
icovs. Nous inclinans a leur supplicacion, considerans 
uses dessus dites, au dit Boivin ou cas dessus dit, avons 



— 158 — 

pardonné, quitié et remis, et par ces présentes de grac€ 

especial, pardonnons, quittons et remettons les dites paroles 

et toute peine, offense et amende corporele, crimincle et 

civile en quoy il puet pour ce avoir encouru envers nous et 

justice, et le restituons cl remettons a sa bonne famé et re* 

nommée, au pais et a ses biens non confisquez; et quant ace 

nous imposons silence perpetuele a nostre procureur, parmi ce 

que le ditBoivin, pour amende et punicion dudit fait, fera dire 

et célébrer pour nous xiii messes du saint Esprit, et jeûnera 

vi jours en pain et eau. Si donnons en mandement par ces 

présentes au bailli de Sens et d'Aucerre et a tons noz autres 

justiciers et officiers, presens et avenir, ou a leurs lieuxtenans 

et a chacun d'eulx, si comme a lui appcrtondra, que le dit 

Boivin ilz facent, seuffrent et laissent joir et user paisiWe- 

ment de nostre présente grâce et remission, sans le molester 

ou empescher au contraire, de présent ou pour le tempsaveoir 

en aucune manière, et son corps et ses biens non confisquez, 

pour ce prins ou arrcstez, lui mettent, ou facent mettre sans 

delay a plaine délivrance. Et que ce soit ferme chose et 

cstable a tousjours, nous avons fait mettre nostre seel aces 

présentes, sauf en autres choses nostre droit, et i'autruyeo 

toutes. Donné à Creil, l'antie grâce mil ccc iiii» et xiii et le 

xiii* de notre règne, ou moys de may. Sellées soubz nostre 

scel ordené en Tabsenco du grant. 

Par le rov, NbauvilU. 

VI 

LETTRES'PATESTES de Charles VI, par Icsquelleid 
soucerain fait grâce et rémission à Pcrrin TribouU ^^ 
Lissij^ près Chêrot/y qui, condamné à être pendu pour r<H 
domestiqueéchcz sa patronne, la ceuce Testard, demeurant 
sur la place de la forteresse de Courtenay, fut sauvé deU 
potence par une jeune ceuce du nom de Marion du Plançw 
qui déclara couloir l'épouser, Paris, Septembre 1393 (1) 

Charles, etc. Savoir faisons a tous presens et avenir a noi 

(I) Ardi. nal. JJ. l'â'i f- 278 \-. 



— 159 — 

avoir esté humblement exposé de la partie de la mère et amis 
charnelz de PcrrinTril#oul,dc Taage de xviii ans ou environ, 
né de Lissy près de Cliesoy, que comme ou mois d'aoust der- 
renier passé, par temptacion de Tennemi, le dit Perrin feust 
aie ou Belle de la forteresse de Courtenay, en un hostel ou 
loge, que la femme et hoirs de feu Henry Testart avoient ou 
dii Belle, laquelle femme le dit Perrin servoit lors en office de 
charretier, et feust entré oudit hostel par une fenestre a heure 
que sa dite maistresse et plusieurs de ladite ville estoient 
unes noces en ycelle ville, ouquel hostel il rompi une huche 
en entencJon de trouver eu ycelle de l'argent et des drapeaulx. 
Et voolentiërs y eust prins dix ou douze florins, se il les y 
sast trouvez, si comme il a confessé, et depuis en la présence 
du prevosi dudit lieu de Courtenay et de plusieurs personnes 
a confessé que il rompi un escrin et prisi en une escuelle en 
y celui escrin, un mouton, un cscu d*or et environ xvi s p. en 
menue monnoie. Et pour ce que en rompant la dite huche, il 
menoit grant noise, les gens qui passoient par la, oyrent la 
noise; il s'en cuida fouir, et en soy en alant mussa, lesdiz or 
et argent d'un plâtras en costé une cheminée entre deux mai- 
sons. Pour lesquelx cas et fait, le dit Perrin fu tantost prins 
et mis en prisons dudit lieu, ou il a depuis esté et est encores 
a grant povreté et misère, et a esté jugiez et menez jusques a 
la justice. Et pour ce que une jeune femme appellée Marion, 
fille feu Philibert du Plançon, jadiz femme feu Perrin Peurin 
(ou Penrin), née du pais de Bourgoigne a requis ledit Perrin 
lui estre donné par nom de mariage, sur les peines et charges 
acoustumées au pais en tel cas, le dit prevost fist ramener le 
dit Perrin es dites prisons, ou il est en aventure de briefment 
finer ses jours honteusement, se sur ce ne lui est impartie nos- 
11*6 grâce et miséricorde, si comme sa dite mère et amis dient, 
qui humblement nous ont supplié que considéré que le dit 
l^errin tout le temps de sa ^ic a esté en autres cas, de bonne 
vie renommée et honneste conversacion, sans oncques avoir 
cstéattaint et convaincu d'aucun autre vilain cas ou reprou- 
che, nous lui veuillons nostrc dite grâce impartir et lui estro 



— 160 — 

miscricors. Pourquoy nous inclinans a leur supplicacioni 
considerans les cliosos dessus dites, voulans en ceste partie 
miséricorde préférer a rigueur de justice, au dit Perrin ou 
cas dessus dit, avons pardonné, quiltié et remis, et par ces 
présentes de grâce especial et de nostre autorité royal, par- 
donnons, quittons et remettons le fait dessus dit, avec toute 
peine, ofTense et amende corporele, crimineleet civile en quoi 
il puet pour ce estre encourus envers nous et justice,, et le 
restituons et remettons a sa bonne famé et renommée, au pais 
et a ses biens non confisquez, et imposons sur ce silence^ 
perpétuel a nostre procureur, satisfaction faite a partie civi^ 
lement avant toute ouvre, se faite n^est. Si donnons en mac>^ 
dément par ces présentes au bailli de Sens et a tous nozai|« 
très justiciers et officiers presens, et avenir, ou a leurs lieii:^. 
tenans, et a chacun d'eulx, si comme a lui appartendra, que 
le dit Perrin ou cas dessus dit, il facent, souffrent et laissent 
joir et user paisiblement de nostre présente grâce et remis* 
sion, et contre la teneur d^icclle ne le molestent, contraigueot 
ou empeschent ou seufTrent estre molesté, contraint ou ern- 
peschié en corps ou en biens, de presens ou pour le temps 
avenir, en aucune manière, mais son corps pour ce prins avec 
ses diz biens non confisquez, s^aucuns en sont pour ce prins, 
saisiz ou arrostcz, lui mettent ou facent mettre sans delayâ 
plaine délivrance. Et pour ce que ce soit ferme chose êtes* 
table a tousjours, nous avons fait mettre notre seel a ces pre« 
sentes, sauf en autres choses nostre droit, et Tautruy en toutes. 
Donné a Paris ou moys de septembre, l'an de grâce mil ccc 
iiiixx et xiii, et le xiii® de nostre règne. 

VII 

GRACE et rémission accordée par le roi Charles VI àJwi 
Chapclairif demeurant à VillenciwC'le'Roi, chargé de 
femme et de six petits enfants quiy étant en procès ant 
un fit if conccrtif nommé André, de Sens^ persuada à an 
messntjer diidit juif de détruire douze lettres (T assigna» 
(ion, contre de pauvres fjens , qu'il portait à Villencttoe^ 



1 



— 161 — 

pour le compte dudit juif. Uaffaire eut lieu à Bassou 
dans un cabaret y et le Juif André, qui reoenait d'Aurcrrc, 
doait ctc maltraité y puis arrêté^ par des gens d'armes 
près d'Appoignt/, Paris, 1394(1), 

Charles, clc., savoir faisons a tous prcsens et avenir, nous 
avoir oye la supplicacion do Jehan Chnpellain, dcmourant à 
Villeoeuve le Roy, chargic de femme et de six petiz enflans, 
contenant que comme en ceste année présente, environ la 
fcsiede la Nativité Nostro Dame, derrenierement passée, il 
eut certain plait et procès pendent entre led. suppliant dune 
part, et Eliot de Lestoille(2) pour lors juif, nomme a présent 
Andrier autrement de Sens, chrestien et convers, si comme 
on dit, d*antre part, pardevunt maistre Jehan Mauduit, licen- 
cie en loys, lieutenant pour lors os bailliages de Senz, d*Au- 
cerre, de Troyes et de Saint Pierre le Moustier, de nostre 
ame et féal chambellan Jehan de Bethencourî, chevalier, 
coDîiervateur général des privilèges par nous donnez et 
oclroiez a tous les juifs et juifves estans en nostre royaume 
^^ la Languedoyl, et eust este led. suppliant a sa journée à 
Aucerre, si comme il lui estait expédiant. Et après ce, les 
diz suppliant juif et un autre compaignon, nomme Jacquet 
'^oul, se partirent asscmblement de lu dicte ville d'Auccrre 
^Uleret touz jours ensemble jusques a Espoigny, et en en- 
^i^nt et en passant par le dit Espoigny par le grant chemin 
commun, assez près, et devant le cimetière dud. Espoigny, 
^^' juif fu pris de gens darmes qui cstoieut logiez en icelio 
^'^ et le mistrent à pie, le ferirent et bâtirent et plusieurs 
^'ïipcschemens lui tirent, sanz le blecier, plaier ne mutiler. 
^isi lostque led. suppliant sceut que led. juif estoit pris, il 
•"ctourna par devers yceulx gens darmes pour parler audit 
M lequel juif demanda aud. suppliant quil lui vousist près- 
^r de largent pour donner le vin aus compaignons, lequel 

(»)Arch. nal., JJ i47 f 3 \\ 

1^1 C'est à ce moment qu*out lieu le dcorot géuôral d'expulsion contre 
^ JuilÎB. Ce fut peul-étro la cause de la conversion d'Eliot de Lesloillo. 

a 



— 162 — 

lui rcpondi ci dist quil ne lui prosteroit riens. Et aprcs < 
aucuns diceulz gendarmes demandèrent aud. suppliant qi 
lui dcmandoit ce juif, et il leur dist que il lui demandait 
prestor de largent, mais il no lui prcsleroit riens, car il U 
avoit fait et faisoit très granl dommage et despendre le sien 
et estoit asseure de lui, et si avoit icelle mesmes journée tir 
une espee sur Icd. suppliant entre Aucerre et Espoiguy, e 
faisoit aussi de grans dommages ou pais ou il demeurait, e 
estoit très mauvais ribaut. Et est vray que en lencommance- 
ment et devant leur procès, le dit juif fist appeler Icd. sup- 
pliant en cause dasseurement par devant nostre prevostde 
la Villeneuve le Roy, ou son lieutenant, a une journée sur ce 
lui assignée, a laquelle led. suppliant no povait estre sana 
dommage, et pour ce se tray par devers justice et exposa soi 
fait en disant : • Tel juif ma fait appeller par devant vous 
« pour lui donner asseurement a telle journée; je nypuis 
« estre sanz dommage; je sui prest de lui donner son asseu» 
« reurement par devant vous, ou cas quil le jurera en vostre 
< présence. » Et de fait led. suppliant asseura led. juif par 
la manière que dit est, sanz oe que onques puis par justice 
lui feust signifie que led. juif cust faicle solempnite en juge- 
mont, ne requis ou jure lasseuiemcnt, combien que depuis!! 
ait bien oy dire. Après losquellcs choses lediz suppliant et 
Jaquot Raoul se partirent, et Jaissicrent led. juif avec iceult 
gens darmes, et en eulx en venant, il encontrerent un com- 
paignon sur le chemin, quilz ne cognoissoient, qui aloita 
Espoigny et venoit de Basse, auquel le dit suppliant dist; 
« Vous trouverez des gens darmes a Espoigny qui ontun 
« juif entre les mains; dictes leur que je leur recommande 
« cl leur pi'ie que il le gouvernent très bien, »» et dillec se 
doj)apiirent cl son alcreiit touzjourî?. Et en alant, le dit Jaquet 
dist au dit suppliant : « Jay lettres qui sont à ce juif. Qucn 
• ferons nous? » Et le dit suppliant lui respondi : • Cette les 
« en loaue, je ton prie. » ICt led. Jaquet dist : « Non feray. 11 
c en a contre plusieurs povres gens de nostre pais; il lei 
« vault n)ieux rompre. Nous yrons à Basso; la buvroDS^ 



->- 163 — 

• 

* les visiterons. » Et tousjours alèrent jusques a Basse en 
Une taverne, et illec les visiteront, et en y avoit en nom- 
'♦rc XVI pièces dobligacions , et deux commissions pour 
tourner gens qui dévoient aud. juif; lesquelles Icd. Jaquet 
^voitpar devers lui, et les bailla audit suppliant. Et lors ilz 
l'ompjrcnt douze pièces dicelles oblîgacions et les dictes deux 
commission, et en les rompant led. suppliant faussa et 
recueilli les pièces dicelles lettres, et mist par devers lui, 
(loubtant que mal nen venist et se repcntoit fbrment. Et led. 
juif ne se partit point davec les dictes gens darmes iceliui 
jour, jusques a lendemain, qu'il sen retourna à Aucerro,6t 
Ast tant par sa poursuite, que led. suppliant un pou après fu 
pi'isen corps et en biens par Jehan de Villiers et Pierre 
Panehon noz sergens, et monte a cheval à la Villeneuve le Roy 
et lie par les jambes moult fort. Desquelles choses ledit sup- 
pliant appella en nostre court de Parlement et a relevé son 
^ppel, et ainsi le menèrent iceulx sergens tout lie jusques a 
Aucerre. Et depuis ce, led. suppliani fu élargi par ledit Mau- 
<iuît jusques au lundi après Nool prochain venant, et son 
^orps et biens mis délivre, a sa caucion, tant seulement. Pour 
lesquelles choses, led. suppliant doubtc que on ne veulle dire 
^uil a enfraintc nostre sauvegarde, et lasscurement quil 
*voil donné aud. juif, et autrement avoir offense envers nous, 
^^ que pour ce il ne soit moleste, travaillie ou empeschio en 
^oi'pset en bienS) se par nous ne lui est sur ce impartie nos* 
^•"e grâce et miséricorde, en nous suppliant d'icelle. Nous 
^uc consideracion aus choses dessus dictes, et aussi la painc, 
^f^vaii, déshonneur et dommage que ledit su) pliant a eu et 
soutenu d'avoir este mené jusques a Aucerre, tout lié comme 
^^^ est, et que depuis il a satisfait audit juif de tout ce en 
^uoy il povoit estre tenu audit juif, tant pour la cause des 
Vicies lettres rompues comme pour quelconque cause ou 
"■aison que ce soit, et est encores prest do faire par rai&on, 
^aucune chose il y a a faire, si comme il dit, a iceliui sup- 
pliant ou cas dessus dit avons quittie, remis et pardonne, 
4^itlons, remettons et pardonnons par ces présentes le fait 



— 164 — 

dessus dit aucc toute paine, amende et ofTcnso corporel 
ci'imincle et civile que pour occasion de ce que dit est, 
puet eslre encouru envers nous et justice, et le restituou 
sa bonne famé et renommée, au pais et a ses biens n 
confisquez, satisfaction falote a partie avant toute euvrc, 
faictc nest, et imposons sur ce silence perpétuel a nost 
procureur présent et avenir. Si donnons en mandement pj 
ces présentes au bailli de Sens et d^Aucerre, et a touz ne 
autres justiciers, presens et avenir^ou a leurs lieuxtenans* 
a cliascun dculx, si comme a lui appartendra, que do nosti 
présente grâce et rémission facent, souffrent, et laissent le( 
suppliant joir et user paisiblement sanz le molester, travai 
lier ou empeschier, ne souffrir estre moleste, travaillie o 
empescliie en corps ou en biens en aucune manière, mais s 
son corps ou aucuns de ses biens estoient ou sont poor c 
prins, saisiz, levez ou arrestez, lui mettent ou facent mettr 
sanz delay a plaÂne délivrance. Et pour ce que ce soit chos 
ferme et eslable a tousjours, avons fait mettre nostre sel su 
les présentes, etc., otc Donne a Paris, ou mois doctobp 
lan de grâce mil ccc iii«« et xiii, et le xiii« do nostre règne. 

VllI 

LETTRES DE CHARLES VI portant grâce et rèmism 
on fdoenr de Lorin CorndinSf garde de bateaux. qui,Joun 
aux drs acec des camarades, à Villencuce'Sur'Yonnc, 
ayant perdu tout son argent, Jura le vilain serment 
Notre'Seigncur. Cette grâce lui est impartie sous con*. 
tion de rester deux mois en prison au pain et à l'eau^ 
de faire deux pèlerinages, l'un à Notre-Dame de Bo 
logne, l'autre à Notre-Dame de Mont/ort, il offrira dat 
chacune de ers églises un cirrge de cire du poids de deu 
licrcs, i't en rapportcf a certiffication. Paris, Septemhi 
îSUo (1;. 

Ciiarlcs, ctc;. Savoir faisonsa touz presens et avenir a noi 

(1) Arrii. iKil. .IJ l'iS f^' \\\ \\ 



— 165 — 

avoir este expose de la partio de Lorin Coradln, povre homme 
^'Sfdede bateaux, que naguercs ainsi que lui et autres com- 
paignoos, se esbatoient et jouoient aus dez en la ville dcVii- 
ieocufve le Roy, et que ledit exposant eust perdu son ar* 
gent audit jeu, y cellui exposant comme moult courroucié de 
ce, de chaude cole jura le villain screment do Nostre Sei- 
gneur, dont il sest moult repenti et a este doutent. Pour 
lequel cas il pourroit estre désert et en aventure dcsire 
pogny honteusement, se par nous ne lui estoit sur ce im- 
partie nostre grâce, en nous humblement requérant que at- 
tendu ce que dit est, et que en touz autres cas et faiz, il a esté 
etest homme de bonne vie, renommée et honneste conversa- 
cion, sanz avoir esté attaint ne convaincu daucun villaiu cas 
ou maléfice, nous lui vueillons sur ce impartir nostre grâce. 
Pourquoy, nous, ces choses considérées, audit Lorin Coradin 
oadil cas, avons quitte, remis et perdonnc, et par ces pré- 
sentes de grâce especial, quittons, remettons et pardonnons 
!edil cas avec toute peine, amende et offense corporelle, cri- 
minelle et civile que pour occasion de ce il puet cstre encouru, 

I Cl le restituons a sa bonne famé et renommée, au pais et a 
ses biens non confisquez, parmi ce qu'il demourra deux mois 
prisonnier au pain et a leau et fera un pèlerinage en lo^liso 
Nostre Dame de Boulongnc et un autre en ieglii^e de Nostre 
Dame de Montfort, ou il offerra en chascune des dictes églises 
un sierge de cire de deux livres pesant, et rapportera ce ni fïi- 
câcion, la ou il appartendra, de ce quil en aura fait. Si don- 
nons en mandement au bailli de Sens et dAuceiTo, et a touz 
'loz autres justiciers et ofTiciers, ou a leurs licuxtenans et a 
ciia-Hcufj deulx, si comme a lui appartendra, que de nostre 

j présente grâce et remission, facent, seulîrent et laissent joir 

t^t user puisibirment ledit Lorin sanz lempescliier ou moleslci\ 

We souffrir estre empescliie ou moleste en corps, ne en biens 

^îi aucune manière au oontraire; mais so son corps ou ses 

lieïis esloienl pour ce prins, arrcslez ou empescliie/., (|ui!z 

les lut mettent ou faccnt mettre, tantost et sanz delay, a 

plaine délivrance, et imposons sur ce silence perpétuel a 




— 106 — 



iiostro procureur. Et que ce soit ferma chose et cslaMe 
lousjoui's mais, nous avons fait mettre DOslre scel acespN 
i, saufoiiauti-esclioaes noslre droit, cllaulruicn loula 
Doiine a Paris ou mois de septembre, lan de grâce railci! 
iiii» et <iuiiLïe, et de nostrc reguc le quiiiEÏesmâ. 

Parle roy a la relacîoa du conseil, Fbeko». 

IX 

(•RACE ET REMISSION uccordée» pat- Chartet VI 
RuOtn le Couturier, à^é de t'mQt-tteux ans, chargé 4 
Jcminc et d'c-n/atiC, deniBarani à Chceannm, dans ta p/\ 
eùlà de Chdleau-Landon, qui t'eêt Irouoê mCdi à une ijm 
relie de cabaret, oit U // a eu mort d'homme, querelle sn 
citcc par de trop fràguciites libations à la suite de la fi 
du Guillealcu, qui vnt lieu ta 5 Jane ier 1337. Pari», Féork 
1397 (l), 

Cljarlef, etc Savoir faisons a tou^ [ircseiis et avenir, doi 
avoir rcuGu lumlile supplicacion de HoLiin le Couvluril 
povro liommo de laaigc environ vint et deux ans, ctiargio i 
jeune femme el dun petit cnfiiiit, demeurant a Clicvaiinea I 
la prevoflâ de Cliasteau tendon, ou bailliage de Sens, conU 
riant que comme la veille de l'Apparicion dun-enieremai 
païisee, Icd. suppliant et v! autres jeunes hommes de la ft 
roisso dud. lieu de Cliovannes, se feussenl assembles a lissa 
de vêpres audit lieu de Clievanncs, et eussent ontrcprins dah 
par ledit lieu par bonne eompaignie et esbulemenl, cemn 
Jeunes gens ont acoustume a faire eu la diète veille, pour 
quérir leur ^uillculeu, cl vindrent environ doux lieues do 
nuit en lostcl de Gilet Hervy ou ilx burent et mangerciiL El 
en buvant ou dit Itostel, aucunes parollcs se murent ei 
Guillot Guerrier eiauire nomme Jehan Philippe, qui estoti 
do la (liete eompaignie, pour ce que Icd. Jehan Philippe dit 
•juil estoit tart, et quil scn vouloit aler on sa maison. Et 1< 
lu dit Gueriiicr respondi aud. Philippe telles OU sembla! 

(!) Arcli.ii»!.]) )a3f!3 v. 



— 167 — 

parolles: « Jehan Philippe, tu ten veulx aler pour co que tu 
Devcuiipasque les compaignons voisent en ta maison boire 
de ton ?in; «t aussi tu ne les y osoroies mener. » Lequel 
Philippe dit aud. Guerrier que si feroit mieulx que luy, et 
tant se multiplièrent les dites parolles quilz sentredesmanti- 
reot. Et lors led. Gilet Hervi, chies qui ilz cstoient, leur dist 
poor les appaisier que cestoil mal fait de rioter ensemble, et 
leur pria quilz sen depportassent. Lequel Garnier no se oit 
depporter, mais se prinst aud. Philippe, et lui dist led. Philippe 
telles parolles : <• Garnier, ne me fais point de villenie, car je 
te ne demande riens. » Et sur ce se murent parolles entreulx 
etles aatres compaignons, en tant que lun de la compaignie 
oomme Ucnnequin Lalemant, forgeron qui ouvre aux forges 
a Cheval les y se courrouça au nomme Guillot Garricr, et 
tant que led Hennequin feri led. Quarrier de la paume eu la 
joeetlegetta ou feu, et sur luy cheut oud. feu led. suppliant 
qui le tenoit par le bras ; et tantosi loste et lostesse le levè- 
rent dud. feu en leur deffcndant quil ne sentrebatisscnt et 
qae cestoit mal fait. Et lors icellui hoste embrassa led. Hen- 
nequin et le mist hors de lostel, et di cellui hostel se parti- 
rent led. Hennequin et tous les autres de la compaignie, et 
laissèrent ou dit hostel led. Quarrier. Et fu trouve icellui 
Quarrier qui estoit tout yvre féru au dessoubz (de) de les- 
paaie dun coustel dont il estoit navre, de laquelle frappcure 
e'.navpeure, led. Quarrier ix jours après, ou environ, ala de 
vleatrespassement. Et disl bien icellui Quarrier a la fin de 
sa mort, que de sa dicte mort, frappcure et navreuru, il ne 
soupccoiHioit personne, fors un de la compaignie, nomme 
Johandes Murs, auquel il auoit liayne de picca, pour laquelle 
^vfjeautres fois avoient batu lun lautre; et mesmemenlque 
^'-"d^dcs Murs avoit plusieurs fois du et menacie led. Quarrier, 
fti..' il ne mourroit ja que par ses mains. Pour kMjuol tait ieel- 
i/ Mippliarii, combien quil soit pur et iiniocont de la dicte 
aj'pcure et navreui'e ,et aussi que led. Quarrier a sa mort 
lout Je dcscoulpa, pour tant quil estoit en la compaignie, 
jbiaiit rigueur Je justice, sest absentez du pays, et a laissie 



— 168 — 

sa dite femme et enfant, povres mendians, et ny oseroitjama 
retourner, se par i^ous ne lui est sur ce impartie et ostendu 
nostre grâce ot miséricorde, si comme il dit, en noushurobU 
ment suppliant, que comme touH les temps de sa vie il aitesi 
homme de bonne vie, renommée et honneste conversacio] 
sans oncques mais avoir este reprins daucun autre villain ca 
nous sur cCf lui vueillons impartir ei rxtcndro icclle nosti 
grâce. Et nous adecertes ces choses considorcez, aud. su] 
pliant, ou cas dessus dit, avons quittie, remis et pardonne, ( 
par ta teneur de ces présentes, quittons, remettons et pardoi 
nons de nostre grâce especial, le fait et cas dessus dit, ave 
toute peine, offense et amande corporelle, criminelle et civij 
quil |a peu| et puet pour ce avoir encouru envers nous et jus 
tice, et le restituons a sa bonne famé et renommée, au pay 
et a ses biens uon confisquez, sattisfaccion faicte a partie ci 
vilement, se faicte nest; et sur ce imposons scillence perpc 
tucl a nostre procureur. Si donnons en mandement aux baill 
de Sens et d Aucerrc et prevost de Chasteaulendon, et tous no] 
autres justiciers, prcsens et avenir, ou a leurs lieuxtcnans, ci 
a chascun deulx, si comme a luy appartendra, que de nostre 
présente grâce et remission facent, sucffrent et laissent joir 
et user led. seppliant, sans le molester, traveillier ou empcs- 
chic, nen corps, nen biens, en aucune manière au contraire: 
mais se son corps ou aucuns de ses biens cstoient pour ce 
prins, saisis, levez ou arrestez, lui mettent, ou facent mettre 
sans dclay a plaine délivrance. Et que ce soit chose ferme c 
cstablc a tousjours mais, nous avons fait mettre nostre sce 
aces présentes, sauf en autres choses nostre droit, et lautru; 
en toutes. Donne a Paris ou mois de février, lan de grâce mi 
ccc iiii*x et xvii et le xviii* de nostre regno. 

Par le roy a la rclacion du consoil, P. de la Mote. 

X 

LETTRES de Ilcnnj, roi de France^ accordant grâce < 
rcniission à Baudet Sorel, capitaine de Dollot, qui a /om 
temps tenu le parti du Dauphin dans le SénonaiSf poi 



— 169 — 

toui ce qu'il a pu faire contre lui, pendant le temps qu*il 
et lit son ennemi. Baudet Sorel a fait sa soumission et 
promet d'être le fidèle et loyal sujet du roi Henry, Paris 
1426, mai (1). 

Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons à tous presens et avenir, nous ayoir 
recea Iimble supplicacion de Baudet Sorel, natif de la ville 
de Douay, contenant comme par le traictie de la reddicion 
de la place et forteresse de Dolot, nagaires faicte a nostro 
Ires chier et ame cousin le conte de Warresvyk et d'Aumalc, 
cappitaine général et lieutenant^ de par nous et de par nostre 
très chier et très ame oncle Jehan régent nostre dit royaume 
de France, duc de Bedfort, par toutes les marches de France, 
Vermandois, Champaigne, Brie et Gastinois, en laquelle 
place et forteresse icellui suppliant dos avant le commence- 
menl des guerres se tenoit comme garde de la dicte forte- 
resse, et sest tenu durans les dictes guerres, sanz soy estre 
aucunement arme, pille ne robe par long temps, comme nos- 
t»^ en ne m y et adversaire, et tantost après icelle reddicion, 
ledit suppliant qui avoit et a grani afîeccion destrc et 
deraourer soubz nous, et en nostre obéissance, offry a nostre 
^'t cousin, et lui requist très instamment, quil le voulsist 
recevoir a estre et dem ou rer on nostre grâce, seigneurie et 
obéissance de nous et de nostre dit oncle, en offrant faire 
*^rement, et de demourer vray subjet de nous, et de loyau- 
^cnt entretenir le traictioz de la paix final faicte entre lesd. 
royaumes de France et d'Angleterre, a quoy nostre dit cou- 
sin, pour révérence de la sainte pa?sion Nostre seigneur 
^'•eiucpist, et pour autres causes et consideracions a celle 
Oîouvans, la receu en lui remettant et pardonnant toute 
offense par lui commise a loccasion de ce (lue dit est, et de 
ce lui a baille ses lettres en forme doue soubz son sccl. Et 
pourseurete de sa personne, do ses biens et héritages, nous 
a requis, et fait requérir très instamment, que pareillement 

(l)ArcIi. nal. JJ 173, f"» 197 v. 



— 170 — 

nous plaise do nostre grâce le recevoir a' estro et domoui 
soubz nous et en notre seigneurie et obéissance, et de nosi 
dit oncle es diz pays, et partout ailleurs en nostre dit royaui 
de France, et dabondant lui remettre, quitter et parJonn 
loffensc, crime et toute autre peine en quoy il est, puut est 
a loccasion de ce que dit est, encouru envers nous et justic 
et le restituer à sa bonne famé et renommée. Pour ce, est 
que nous ces choses considères, inclinans a la supplicaci 
dud. suppliant, et ayans aggreables les lettres de nostre i 
cousin et tout le contenu en icelles, voulans aussi grâce 
miséricorde préférer a rigueur de justice, audit suppliant 
cas dessus dit, avons quitté, remis et pardonne et par c 
présentes, de nostre grâce cspecial, plaine puissance et aut 
rite royal, quittons, remettons et pardonnons le fait etc 
dessus dit, et tous defîaulx, appoaulx ou proclamacions t 
ban se aucuns sen sont ensuivis, avecquos toute peine, oiïen! 
et amende corporelle, criminele et civile, en quoy il puet,( 
pourroit estro encouru envers nous et justice, a loccasion c 
party contraire par lui tenu, et des foiz par lui commis sou 
couleur de la guerre-, et ioellui avons remis, restitué et re 
tabli, remettons, restituons et rcstablissons a sa bonne far 
et renommée, et a ses biens meubles ou il les saura estrc 
nature, de chose non donnez par nous, ne nostre dit oncle, • 
sur lui gagniez en fait do guerre, ensemble à ses héritage 
maisons et autres levenus, possessions, immeublez non do 
ner paravant la date de ces présentes, et imposons quant 
ce scilencc a noslro procureur Si donnons en mandorae 
par cos mesmcs présentes aux bailliz de Sens et de Meau 
et a tous nos autres justiciers, officiers et subgiez, et aclia 
cun dculx, si comme a lui appartcndia, prcscns et advcnl 
que do nostre présente grâce, rémission et pardon le facci 
soulTrent et laissent joir et user plainement et paisiblemci 
sans lui donner, faire ne souffrir estre fait, mis ou doni 
ores ne on temps avenir, aucun destouibier, arrest ou ei 
j)escliL'niCMt au contraire a loccasion devant dicte, mais sii 
cun dt'.'itouibic!', arrest ou autre empeschement lui est 



— 171 — 

lait 00 mis, lui oslent ou facent osier, tantosl etsansdelay, et 
mettre a plaine délivrance. Et afin que ce soit ferme chose 
etestabica tousjours, nous avons fait mettre notre scelaccs 
présentes, sauf en autres choses nostre droit, et lautruy en 
toutes. Donne à Paris au mois de may, lan de grâce mil cccc 
elixvi, et de nostre règne le quart. Ainsi signe : Par le Roy 
a la relacion du Cons^eil. Dourches. 

XI 

GRACE et rémisssion accordée par Charles VI, aux deux 
frérei Barbier, demeurant au Faijl, bailliage de Sens, 
et Odot Mitot du même lieu, demeurant à Langres. Les 
mii de ceux-ci exposent que, oers 1438 ou 1439, une 
bande de gens d'armes, se disant Dauphinois^ ayant incen- 
éiè et pillé le Fayl, les supplions, de concert aoec un 
nommé Clément Henault et de Girard Jachiet, dudit lieu, 
amlèrent deux traînards de cette compagnie et les lie ré- 
rent au châtelain du Fayl , qui les laissa mourir de faim 
en prison. Ensuite de quoi, ils partagèrent entre eux les 
hatjages desdits défunts, dont le châtelain prit pour lui 
une taleur de 15 francs, et leur laissa le reste. Aujour- 
d'hui, ils sont poursuiois pour ce fait, et aUcguent quiU 
n'ont participé en rien à la mort desdits soldats. Paris, 
man^ 1448 (1), 

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, savoir fai- 
'^on^iSL tous presens et avenir, nous avoir recou liimblc sup- 
f'^'caiion des amis charnelz de Jehan le Barbier laiiisiic et 
^hàïile Barbier le jeune, demourans au Fayl, ou bailliage de 
^fis,ct de Odot Miloi dud. Fayl, demeurant à Langres, coii- 
oa/itque environ IX ou X ans a, certaines gens darmes de 
mpaignie qui se disoient estre à nous, vindrent es marches 
Lorraine, d'Alemaigneet deBourgoigneon très *;rand nom 

faisans et aceomplissans tous les maulx quilz povoient, 
fui brûlèrent en lad. ville du Fayl plusieurs maisons ,prin- 

Arch. nal. JJ 17b. f 390, W 



— 17^ — 

drcnt grant quanti le de bestail, et tellement se gouvcrneretit 
qu'il nestoit homme ne femme qui osast se trouver devuH 
eulx. Entre lesquelles gens de compaigne, avoit deux jeunes 
compaignons ostrangers que len disoit cstre diccllcs gens de 
compaigne. et qui passoicnt par lad. ville du Fayl, lun des* 
quclz led. Jehan Barbier lainsne et Jehan Barbier Je jeune, 
frères, accompagnez dud. Odot Milot et de Girard Jachiet 
alerent prendre, et le mèneront prisonnier ou chastel du(î. 
Fayl, et icellui livrèrent comme a justice, a feu Esticnne do 
Thous, lors chastellain dud. Fayl pour Thibault de Ncof- 
chastel, chevalier, lors seigneur dud. Fayl ; et laustre dcsd. - 
fut prins par feu Clément HenauU dudit lieu, et pareiltomenl 
mené piisonnieret livre aud. chastellain comme a justice» 
Et eulx estans ainsi prisonniers furent interroguez par led, - 
chastellain, lesquels se disoient estre de Lorraine, tcignaos 
que Icsd. gens de compaigne, les avoient prins et cnmcDci 
avec eux contre leur gre et voulente, disans quiiz sestoicot 
desrobez desdiz gens de compaigne en entencion dculx ei 
en aler en leur pais. Et iiiialcment led. chastellain les mitt 
ou fist mettre au fonds d'une fosse en laquelle demouroreat 
XIIII ou XV jours comme len dit, ou gouvernement et ait 
charge dud. chnstellain, sans que icellui chastellain leur 
donnast a boire ny a mangicr, et tellement que de faroioe, 

1 

comme len dit, ils moururent eii lad. prison, au desceu dcsd, 2 
frères et Milot. Et eulx estans mors, ledit chastellain eilesd. 
frens, Milot et autres dessus nommez, butinèrent les bac» 
gucs de.sd. deux compaignon, dont led. chastellain eut la 
moitié pour tout, valent environ XV frans, et lesd. frères et 
Odot eurent pour leur part environ neuf frans. Pour occasioa 
dufjuel cas, les gens ctonii'iers dud. Thibault de Ncufchastel, 
siour de Blanmont, a présent seigneur dud. Fayl, ont fattj 
et font poursuite a lencontre dcsd. frères, et ont icealxfait! 
acljonrner a ban an droiz de justice, et ont mis par inven« 
toirt; louis h s Ijien.s dosd. frères, tcllemonl (jue pour doubu* 
(le rijrnonr do justice, ilz et led. Milot se sont absentez d|j 
pais ou il/ noseraient jamais retourner, se nostre graco «4' 



— 173 — 

miséricorde ne leur estoil, ci est sur ce impartie, si comme 
ils dient, requérant humblement que attendu le long temps 
qui! a que Uid. cas est advenu, les maulx que lesd. gens de 
compaigne faisaient notoirement aud. pais et Icsd. maisons 
pareulx brûlées aud. Fayl, que lesd. frères et Milot mis- 
èrent en justice lesd. defTuncts, eulx attendans aud. chaste- 
lain quil feist deulx justice, que lesd. frères et Milot en tous 
autres cas ont toujours este de bonne vie, renommée et hon- 
nesteconversacion, sans avoir este reprins, attains ne con- 
vaincQz daucun villain cas, blasme ou reprouche, nous leur 
vueillons sur ce gracieusement pourveoir. Pourquoy nous 
eue consideracion aux choses dessus dictes, voulans préfé- 
i^rcn cesto partie équité et miséricorde a rigueur de justice 
aosd. Jehan et Jehan Barbiers et Odot Milot, et a chascun 
<leulx deux, ou cas dessusd., avons remis, quitte et pardonne, 
remettons, quittons et pardonnons de nostre grâce especial, 
plaine puissance et auctorite royal, le fait et cas dont dessus 
^tfaicte mencion, avecques toute peine, amende et offense 
^rporelle, criminelle et civile, et tous deffaulx, appeaulx et 
^nnissemens, en quoy ils peuunc et pourroicnt avoir encou- 
rez envers nous et justice, et tout ce qui sen est ensuy, et 
'es avons restituez et restituons a leur pais et a leur bonne 
'^nommée, et a leurs biens non confisquez, satistaccion faictc 
^Ppariie civilement, se faicte nest, et imposons sur ce silence 
perpétuel a nostre procureur présent et avenir, auquel nous 
au cas dessusd. le imposons par ces présentes. Si donnons 
en mandement par ces mesmes présentes au bailli de Sens, 
eu a son lieutenant, et a tous autres justiciers et oiïiciers de 
nostre royaume, ou a leurs lieuxtenans et a chascun deulx, 
SI comme a lui appartcndra, que de nosd. grâce, remission 
-t pardon facent, seuffrent et laissent lesd. frères et Milot et 
•^cun deulx paisiblement joir et user, sans leur faire, 
mettre ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donne pour 
>ccasion dud. cas et des deppendences, ores ne pour le 
emps avenir, aucun destourbicr ou empeschement en corps 
e en biens, aincois se leurs corps ou aucuns de leurs biens, 



-^ 174 — 

sont ou cstdîcnt pour ce prins, saisiz, arrêtez ou empcsclii 
en quoique maniôœ que ce soit, leur mettent ou facent me 
ire sans delay. a plaine délivrance. Et pour quo ce soit choi 
ferme et eslable a tou/ours, nous avons fait mettre nosti 
scel a ces présentes, sauf en autres choses nostre droit < 
lautruy en toutes. Donne a Paris au mois do mars lan d 
grâce mil cccc XLviii, et de nostre règne le xxvii"» Ain; 
signé : Par le Conseil. P. Tarenne. Visa. Contentor. M. ^ 
LA Teillaye. 

XII 

LETTRES de Charles VI, portant grâce et rémission en 
faoeur de Durant Tontif, maître d'école à Brienon, chargé 
d'une femme et de deux petits enfants, qui en corrigeant 
un élèce qui n'aoait pas voulu ou pas pu réciter le Do 
profundis et ses patenôtres, lui acait porté des coups de 
verges si forts sur la tête et la figure, qu'il en mourut peu 
après. Cet enfant, nommé Jeannot Beulle, avait subi peu 
auparacant l'opération de la taille, ce que le suppliant 
ignorait. La grâce est toutefois accordée sous condition 
qu^il n'enseignera plus à Brienon, et qu^il satisfera la 
partie civile. Paris, décembre 1398 (ï). 

Charles, etc.. savoir faisons a tous presenset avenir, nous 
avoir rcceue lumble supplieacion de Durant Tontif, chargie 
de femme et d'enfans, contenant comme lui estant gouver- 
neur et maistre des escolles de Brinon l^rcevesque, ou 
diocèse de Sons, environ trois ans a, il eust plusieurs enfans 
escolicrs, ausquelx il avoit accousturae par manière densei- 
j;iioment et do doctrine, que ch:iscun jour au soir avant quo 
yceulx enfans prenissent congie deulx on aler, do leur faire 
dire chascun a son tour un De Probondis (sic) et une pale- 
nostre pour les trespassez, et ausquelx enfans plusieurs fois 
il avait enjoint quil ny eust faulte. Et tant que a un certain 
jour, a heure (juc Icd. suppliant devait donner congie aux 

(l) Arcli. liai. JJ 153, f'^ 302, r*. 



— 175 — 

iis cnfans pour culx en aler, ledit suppliant eust demande 
aux dis enfans lequel estoit deulx qui devoii dire à son tour 
\e dit De Profondis; lesquelx lui eussent respondu que ces- 
toit Jeliannot Beullc, filz de feu Perriii Beullc. Et lors led. 
suppliant eust commande aud. Jehannot de dire le Des pro^ 
fondis, lequel ne le sceut et failli a le dire. Pour laquelle 
caosc led. suppliant print unes verges, et en frappa pluseurs 
cops led. Jehannot tant sur la teste que sur le col. Et ainsi 
comme led. Jeliannot se débatoit pour cuidier eschapper 
daucuns cops, yceulx cops de verges aloient aucuns sur le 
viisaigc, aucuns sur les oreilles, tant que led. Jehannot sai- 
gooit, et en le bactant des dictes verges, eschappa aud. sup- 
pliant un cop ou deux du gros bou des dictes verges sur le 
dos dudit Jehannot. Et lors ycellui suppliant dist a icellui 
Jchaonot : < Puisque tu ne secs De Profondis, dy ta patre- 
nostrc. • Lequel ne la rceut dire, ou au moins failli a la dire. 
Parquoy led. suppliant descendi de sa chaiere ou il estoit et 
burta Icdd. Jeliannot du pie, et chey a terre ycellui Jehannot. 
Et lors ycellui suppliant qui cuida que led Jehannot se feust 
laissie choir de sa mauvaistie, le print parles oreilles et les 
luitii-a, lui donna de la main es joues et sur la teste aucuns 
cops Et après ce led. suppliant donna congie a ses dis 
enfans; et sen ala led. Jehannot en son hostel, lequel fu le 
lendemain malades, et tant, que trois ou quatre jours après il 
ala de vie a trespasscment. Pour lecjuel fait led. suppliant a 
este emprisonne es prisons de nostre ame et féal consoillicr 
ievesque de Sens, esquelles il a este par lespace do qninze 
jours ou environ, ou il a souffert et seufTre de jour en jour 
f'/usieurs misères, et est en adventure de illcc finir miscra- 
'jiemcnt ses jours, se par nous ne lui est sur ce point im- 
partie nostre grâce et miséricorde, si comme il dit, reque- 
ani humblement, que comme led. suppliant ait tousjours este 
ommc df bonne vie, renommée et honnestc coiiversacion, 
fjs avoir este repris, attaint ou convaincu daucun autre 
ain cas ou blasme, et qui a mis et met grant peine chascun 
\r a gaiguier la vie de lui, sa femme et deux pctis enfans 



— 176 — 

i\Ki\\ a, attendu aussi quo C(^ qu*il a fait, il ne la point fait 
pour liayno quil cust aud. Jeliannot, mai:; tant seulement par 
manioro de discipline et de doctrine, considère aussi que Icd. 
Johannot auait este tailliez et estoit maladiz par Jivroisons , 
do quoy led. suppliant ne savoit riens, ne aussi que ledl^ 
suppliant a ja esté longuement prisonnier, ou il a souffer^i 
grant peine et misère, que sur ce lui vuei lions imparti,, 
nostre dicte grâce. Pourquoy nous , en consideracion ^ 
ces choses, voulans en coste partie miséricorde cstro pre* 
ferco a rigueur de justice, a icellui suppliant avons ou cas 
dessus dit, quitte, remis et pardonne, et par ces présentes 
quittons, remettons et pardonnons de nostre grâce especial, 
plaine puissance et auctorite royal, le fait et cas dessus dit, 
ensemble toute peine, amende et offense corporelle, crimi- 
nele et civile, en quoy pour occasion dud. fait et cas il puet 
ou pourroil estro encouru envers nous et justice, et le res- 
tituons a sa bonne famé et renommée, au pais et a ses bienx 
non confisquez, en imposant à nosire procureur ut a tous noz 
autres justiciers et officiers, perpétuel scilence, pourveutou- 
tovoies que doresmais (sic), il ne tendra plus nules cscoles 
en la dicte ville de Brinon Larcevesque, et en faisant satis- 
faction a partie premièrement, se iaicte nest. Si donnons en 
mandement au bailli do Sens et d*Aucerre, et a tous noz 
autres justiciers prcsens et avenir, ou a leur lieuxtenans et a 
chascun deulx, si comme a lui appartendra, que de nostre 
grâce jt remission seulïVent, etc. Et pour ce, etc , sauf, etc. 
Donne a Paris en décembre lan de grâce mil ccc iiiii" et dix 
liuit, et le xix* do nostre règne. 

Es requestos par vous tenues du commandement du roy, 
es<iuelles le patriarche d'Alexandrie, les evesques de Noyoïi, 
de Chartres et d'Ari'as et autres, estiez. Vivien. 

XIII 

LKTTUKS (lu inrnic souverain, accordant </ràce et râmis- 
slon à Jacob Faitout, r/ui l'a bien serci durant la tjaern 
((Hf/laisr, /tour tou.^ les cri mes ^ violences et excès qu'il a 



— 177 — 

commettre envers les sujets du roi, et dont il fait une 
unvration générale, Charles VII tenait d'établir une 
inée permanente^ et le suppliant, rentrant probablement 
nsla cie cioilc^ craignait d'être inquiété pour sa con- 
\ite antérieure. Bourges. Septembre 1447 (1). 

larlcs, etc. Savoir faisons a tous presens et avenir nous 
rreceu lumble supplicacion do Jacob Faitout, contenant 
led. suppliant nous a par longtemps servy ou fait des guer- 
qui longuement ont dure en nostre royaume, et soubz 
leurs cappitaines ot chiefz de guerre, pendant lequel 
psquil a ainsi suivy lesd. guerre, il a été abstraint avec- 
s plusieurs autres de tenir les cliamps et logier sur le plat 
, comme ont fait et faisoient noz autres gens de guerre 
it les trêves, et nostre ordonnance faicte sur iceulx noz 
s de guerre; et a Icd. suppliant avecques autres, plusieurs 
, couru et logie en plusieurs et divers lieux, prins, cm- 
ic et raenconne gens» chevaulx et autre bestail a argent, 
es et autres choses, pille, robe noz subgiez et obeissans, 
poussez toutes manières de gens tant deglisc que nobles, 
rgois, marchans et autres de quelque estât ou condicion 
z (eussent, leur osto chevaux, harnois et autres habille- 
is, or, argent monnoye et a monnoioi\ denrées, mar- 
idisos, bagues, joyaulx et autres choses quclxconques, 
z povoient prendre et trouver sur et entour eulx; a aussi 
a courir, piller et robcr foires et marchiez, y prendre et 
.'onner les marchans et autres gens, emmener et em- 
er leurs denrées et marchandises, et aucunes dicelles 
ecs et dicippees, leur oste leur or, argent et autres 
i-i; a este eussi a prendre de force et dembleo villes, 
ipauJx et forteresses sur noz subgiez et de nostre obéis- 
0, les piller et rober et y prendre, emmener et rançonner 
, chevaulx et autre bestiail, et aucunes foiz batuz et 
lez noz subgiez, quant il nen povoit avoir ce quil leur 
indoit; a este a abatre, descouvrir et démolir maisons 

\TC\ï, nal. JJ, 179, r> 70 r«. 

12 



^ 178 -T- 

et autres oditliccs en seurvcnant esd. logiz pour le 
rançonner, et avoir de ceulx a qui ilz estoicnt or, j 
vivres et autres choses a lui et a ses serviteurs et ch 
nécessaires ; et aussi a eu pour agréables plusieurs 
deliz et maléfices que sesd. serviteurs faisoient, ont 
commis, et a eu, et a son proffît applicquc les pille 
roberies qu'itz faisoient ; aussi a plusieurs foiz eu sa 
butin de plusieurs destrousses faictes sur nosd. subji 
autres noz gens do guerre, et de sa part et porcioti 
destrousses, pilleries et roberies a fait et dispose 
plaisir et voulente, comme de chose prinse et gaingni 
ennemis, et plusieurs maulx, excez, deliz et maléfices 
suppliant faiz, commis et perpétrez, et a este content de 
que autres faisoient, lesquelz ne pourroient bonnemen 
cy tous exprimez ne declairez. Et combien que ja 
quoy que soit puis nosd. ordonnances faictes sur nosd 
de guerre, il se soit abstenu et ait bonne voulente d 
désormais abstenir do plus faire ne commettre telz r 
excez, deliz et maléfices, et de vivre doresenavant deu* 
et loyaument, toutes voies il doubto rigueur de justi 
que ceulx, et sur lesquelz lesd. maulx et excez ont es 
et commis, ou les aucuns deulx en vueillent ores, ou p 
temps avenir faire poursuite par justice a rencontre d 
et quil soit contraint a en faire restitucion,ce quil ne 
roit jamais faire, et que par faulto de ce faire et autr 
il soit si rigoreusement traicteo que sa desercion tota 
cnsuyve, se nostro grâce et miséricorde ne lui estoit 
lablement sur ce impartie, si comme il dit, humbl 
requérant icelle. Pourquoy nous, ces clioses consid 
voulans miséricorde préférer a rigueur de justice en 1 
et recougnoissance de plusieurs grans et bons service 
Jed. suppliant nous a par long temps faiz oud. fait 
guerre, aud. suppliantavons quitte remis, pardonne et 
et par ces présentes do grâce especial, plaine puissa 
auctorite royal (quittons, remettons, pardonnons et a 
sons, tous et chascuns les faiz, cas, excez, delitz et ma 



— 179 — 

dessus touchez et doclairez, et tous autres qu'il peut et pour- 
roit avoir faiz, commis et perpétrez durant lesd. guerres et 
en ensuivant icellcs, jasoit ce quilz no soient cy tous expri- 
mez et doclairez, autrement que dessus est dit, avecques 
toate peine, ofTense et amende corporelle, criminelle et 
civile on quoy pour occasion diceulx,il peut et pourroit estro 
encouru envers nous et justice, et quant a ce, imposons 
silence perpétuel a nostre procureur, excepte toutes voies 
davoir par led. suppliant en sa personne boute feu, viollô 
églises, efforce femmes ou filles et commis homicide de guet 
appense. Si donnons en mandement par ces mesures pré- 
sentes aux bailliz de Sens et de Chaumont, et a tous noz 
autres justiciers et officiers, ou a leurs lieuxtcnants presens 
etaveoiret a chascun d'eux, si comme a lui appartiendra, 
que de nostre présente gracc^ quittance, pardon, remission et 
al)olicion, ilz facent, seufTrent et laissent led. suppliant joir 
et user plainement et paisiblement a toujours, sans lui faire 
ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donn^ aucun des- 
tourbier ou empeschement, en corps ne en biens quelxcon- 
ques,ores, ne pour le temps avenir en quelque manière que 
ce soit, mais se son corps, ou aucuns de ses biens sont ou 
estolent pour ce prins, saisiz, arrestez, ou aucunement em- 
pcscbiez, les lui mettent ou facent mettre tantost et sans 
delay a plaine délivrance, et au premier estât et deu. Et afin 
qacccsoit chose ferme et cstable a tous jours, nous avons 
fâiimeltre nostre seel a ces présentes, sauf en autres choses 
nostre droit, et lautruy en toutes. Donne a Bourges, ou moys 
de septembre lan de grâce mil CCCC quarante et s«>pt, et de 
nostre règne le xxv"«. Ainsi signe : Par le roy en son con- 
seil. A. RoLANT. Visa. Contentor. E. Froment. 

XIV 

LETTRES par lesquelles Charles VU, roi de France , 
accorde plein pardon à Françoise de Graincille, Jeune 
demoiselle âgée de seize ans, et fille de Jean de Graincille, 
rcujfer, laquelle plant au sercice de Pliilibort de Bréct/, 



— 180 — 

QcntUliommc sânonais^ et de Marguerite Daniai^ sa fenxn 
ayant pris en haine sa maîtresse qui la maltraitait cxti 
niementy tenta cinq fois d'incendier, acec de la poudre 
canon, l'hôtel où elle résidait. Paris, Novembre Î448 ( 

Charles, etc., Savoir, etc.» nous avoir recouc lumble su 
plîcacion des parcns et amis charnelz de Françoise < 
Grainvillc, jeune damoiselle aagce do xvi ans ou enviro 
fille de Jehan do Grainville, escuier, et de Jehanne sa femm 
damoiselle, contenant que lad. supplant huit ans a, ou cn\ 
ron, ala, et fut mise ou service de nostre ame et féal conseilla 
chevalier et chambellan, Philibert de Brocy. a présent gO( 
verneur de Langres, et de Marguerite Danisi, sa femme, 
leur requeste ou de lun deulx, ou quel service elle a tou* 
jours depuis continuelment este, et employé son temps et /es 
a serviz au mieulx quelle a peu. Pendant lequel temps quelle 
a este en leur dit service, lad. femme dud. Philibert de 
Brecy, qui est comme len dit bien, aigre et malo femme, lui 
a fait plusieurs grans duriez et rudesses innumerablcs, el 
mcsmemcnt depuis quelle a este parcreue et hors denfance, 
dont elle a este et cstoit en tel desconfort, quelle ne savoit 
(|uc faire ne que devenir, a laquelle occasion elle conceut 
grant haine et malveillance a lencontre de lad. femme 
dieellui Philibert, et telement quelle lui eust bien voulu 
veoir grant mal avenir pour ce (luollc ne savoit comment 
partir de leur dit service, ne ne son osoit gueriuenter, pour 
eschevcr les griefz, maulx, peine et misère que lad. femme 
d'icellui Philibert lui faisoit porter et endurer. Et par 
tcmptacion de rcnncmi, elle estant ainsi desconfortee lendy 
a faire, se elle eust peu, ardoir et mourir lad. femme dieellui 
Pliilil)ert, et pour cuider parvenir a son entencion le 
xix»' jour de septembre dcrrenierement passe, print de la 
pouidrc de canon (|ui e.stoit en lo.stel dud. Philibert et de 
sad. femme, et on sema sur ung lit en une basse chambre 
d'icellui liostcl, et y mist le feu, et lantost se y print et aluraa 

(1) Arcli. liai., f" lii8 r. 



— 181 — 

et fut led. hostcl en grand dangicr de ardoir, se neust este 
ce que icelle mesmes suppliante crya au feu, auquel cry 
v'indrent les gens de lad. ville, et y mirent telle diligence 
qoilz estaignirent le feu et préservèrent lad. maison. Et ce 
raesmes jour environ trois heures après mydi, icelle sup- 
pliant vcant quelle avoit failli a son entencion, prii.t dcrc- 
chicfdclad. pouldre de canon quelle mist sur led. lit et y 
bouta encores le feu qui se aluma, et fut plus grant et plus 
merveilleux que devant, et en fut led. hostel en grand dan- 
gier désire ars et perdu, mais il fut rescoux comme devant 
est dit. Et pour ce que ladite suppliante vit que led feu avoit 
ja este par deux foiz estains, et quelle ne povoit parvenir a 
sonenlcncion reprintde lad. pouldre de canon cedit mesmes 
joor, et la seriia sur ung lit en une chambre hauite, et envi* 
roD IX ou X heures de nuyt ,mouscha une chandelle dessus 
lad. pouldre, et tantost se y print le feu, et en fut lad. maison 
en grant dangier dardoir, se ncussent este les gens d'icelle 
ville qui y vindrent et estaingnirent led. feu et préservèrent 
lad. maison destre arse. Et le landcmain qui fut vendredi, 
icelle Françoise environ dix heures avant mydi, reprint de 
lad. pouldre de canon, et la sema sur lestrain ou paille dun 
grant lit en la chambre de devant dud. hostel, lequel fut 
semblablement rescoux par les gens dicelle ville. Et ce dit 
mrsraes vendredi ladicte Françoise tendant tousjours a par- 
venir a son entencion, monta ou grenier haut dud. hostel ou 
il avoit grant quantité de bois et de fagoz, ot du chanvre a 
Icillier, et en icellui chanvre bouta le feu qui se y print et 
alama bien merveilleusement, et en fut lad. maison en grant 
dangier, mais elle fut rescousse, et led. feu estaint par lesd. 
gens d*iceile ville. Et quant lad. Marguerite, femme d'icellui 
P/iilibert vit que le feu se prenoît si souvent oudit hostel, le 
hissa et habandonna, et scn ala coucliior la nuyt dii'ellui 
jour en lostel de feu Jehan Nordct, assez loiiig de son dit 
/lostel, et emmena ladicte Françoise avecques elle. Et le 
i^amedi ensuivant, icelle Françoise vcant (juolle avait failli a 
acomplir son entencion, print encore dicelle pouldre do 



- 184- 

cai<oii quelle avoil ciivclo))pee en on petU di-apole( C 
bour'sc, (:t sema diL-clle pouldrc nnr la paille Hun grmtit lit 9i 
sa dicte maistreaso avoit colle nuyt passée couche en un 
i.'liainljro ljas»c, cl y misl le feu. Et ce dit mêmes jour deveiï 
le Hoii', lad. Marguerite, femoio âicellui Pliilibert, i-cioura 
eu son dit liostol, et Hat faire ung lit de paille toute frencW 
cil une granl salle. lit vcaal lad. Françoise que a taule» * 
ses entreprises elle avoil failli de parvonii- a soii cnieticio^i 
cuiUiint y parvenir, et quil iij- eusl autre p<-r 
ouilit lioalcl, print ung cbarboii de feu, en fiic'j l'envoloppt 
ci> une pougiiee de.itraîn ou paille, et le loul liâuta oud. lit; dl 
ce veanl, Guiiiot DorÎJi, eseuier, calant par nostro ordoilf 
nance logic a Langres, et Girard )e Beaoui, bourgois dud< 
l.aiigrpM, Icsque!/. CNloieui musses nudit liustel, iccutx ssi''^ 
tirent sur elle, et la prindrent cl tindrci.l jusqiies aae qlM 
nuz offiiMers esians en lud. ville de Langrcs y vindrent, lO 
quel/ la prindrent et misdrenl en prison OU elle a esl6 Ion' 
guemcnt, et est cncores de présent enferrée, détenus • 
grant peine et misère, et en voye de miseralilement flner s" 
jours. Et avecques ee, lad. Françoise estant encore en sol 
enfance oud, service desd. de Brecy ei sa femme avecqu* 
une leur chamberiere, et par lenvorlemont et iiiduCtio« 
diuelle qui lui promisl une patenosircs de oorail, print u 
des clef» de lad. femme dicellui do Brecy et la bailla a l>A» 
chamberiere, qui au patron eu flst faire une scmbablo et P*"' 
la ri'bailla a lad. Françoise, qui la remisl ta ou elle IflVSJt 
prinsc. De laquelle clef que lad. chamberiere lisi ainsi ta'Tt 
icctle par plusieurs foiz ala depuis a ung coffra apparien>i> 
auad. de Brecy et aad. femme quelle en ouvry, et ouquci cll> 
print par diverses foi/ bien jusque» a la somme de i^uaraO" 
ou cimiuaiiio francs, ou environ, mais icellc Françoise nB* 
eut oncques vaillant cin<| soU. A. loccasion desquels cas, lad 
Françoise et supplians doublent que nostre procureur M 
justice vuellleiit rigapeu«emont procéder a leneoutro dd I 
perboime dicclle Françoise et de xcs biens, dont se pourro 
ensuir sa dcsercion lutale, se nostre grâce et misoricord 



— 183 — 

ne loiestoicnt snr ce préalablement imparties, si comme 
dieot icculx supplians, humblement requerans que attendu 
ce que dessus est dit, et mcsmemcnt le jeune aago de lad. 
Françoise, la durte et rudesse que lui a faicte et faisoit lad. 
Marguerite, sa maistresse, femme dud. de Brecy, et les ser- 
vai^'e, poinect misère ou elle estoit a cause desd. durtez, et 
la desplaisance et desconfort quelle en avoit, attendu aussi 
^ueled. feu na pas fait grant, ne comme point de dommage, 
et que en tous autres cas elle est bien famée et renommée, 
et ne fut jamais attainte ne convaincue d*aucun vilain blasme 
ou rcprouche, il nous plaise icelle nostre grâce et miséri- 
corde lui impartir. Pourquoy, ces choses considérées, vou- 
lans miséricorde estre proférée a rigueur de justice, a lad. 
Françoise en faueur daucuns noz officiers desquelz elle est 
parente, et qui sur ce nous ont fait requérir, avons quittez, 
remis, pardonnez et aboliz, et par ces présentes de grâce 
especial, pleine puissance et auctorite royal, quittons, remet- 
tons, pardonnons et abolissons tous et chascuns les faiz et 
casde&usd. ensemble toute peine, offense et amende corpo- 
relle, criminelle et civille en quoy pour occasion d^iceulx, 
eliepuetet pourroit estre encourue envers nous et justice, 
t et l'avons restituée et restituons a sa bonne famé et renom- 
mée, au pais et a ses biens non contisquez, et quant à ce 
imposons silence perpétuel a nostre procureur. Si donnons 
eu mandement par ces mesmes présentes au bailli de Sens, 
ei a tous noz autres justiciers et officiers, ou a leurs lieux- 
tenaijs presens et avenir, et a chascun dculx, si comme a 
lui appartendra, que de nostre présente grâce, quittance, 
rémission, pardon et abolicion, faccnt, souffrent et laissent 
lâdicte Françoise a lousjours joir et user plaincment et 
/'âisiblement, sans lui faire ou donneur, ne souffrir estre fait, 
tnis ou donne en corps ne en biens quelzconques, ores, ne 
four le temps avenir aucun ennuy, destourbicr ou cmpes- 
'•/jemcfit au «contraire, mais son ooips a présent pour ce 
duLctiu, et aussi se ou temps avenir icellui son corps ou 
lucuns de bcs biens estoienl pour ce prins,saislz arrestez ou 



— i84 — 

aucunement cmpeschez, les lui mettent ou faccnt mettre 
tantost, et sans delay, a pleine délivrance. Et afin, etc.; sauf, 
etc. Donné à Montargis ou mois de novembre lan de grâce 
mil CCCC quarante huit et de nostr(î rogne le xxvii™«. Ainsi 
signe : V&r le roy, nous, levcsque de Magalone, le sire 
DE Blainville et autres prescns. Kolant. Visa. Contentor. 
E. Froment. 



NOTES 



SUR 

l/ORIGINE ET LE DÉVELOPPEMENT 
DU PROTESTANTISME 

DANS LE SÉNONAIS 



L'origine du protestantisme dans le Sénonais est 

assez obscure. Théodore de Bèze, dans son Histoire des 

Eglises réformées {l) , en fait remonter l'apparition à 

l'année 1544, sans plus de détails, et M. Larcher de 

Lavernade, dans son Histoire de Sens (2j, signale, vers 

1522, un habitant de cette ville, nommé Passagne, 

qui fut fouetté publiquement, par sentence de justice, 

pour avoir mangé du porc au lard en carême. Mais 

rien ne prouve que ledit Passagne fût un protestant 

avéré, et, d'ailleurs, il est bien douteux qu'à cette 

époque, le protestantisme eût sérieusement pénétré en 

France. 

D'autre part, M. Ambroise Challe, dans son Histoire 
des guerres du Calvinisme et de la Ligue (3), rapporte 

(1) T. !•% p. -22. 

;•:) P. if>«- 

(3) T. I", V- 21. 



— 186 -^ 

que, le 5 août 1545, des lettres de patentes de Fran- 
çois r' donnèrent commission à Jacques Leroux, con- 
seiller au Parlement, pour informer au pays de Sen- 
et terres adjacentes, contre les prédicateurs et pratL 
quant l'hérésie, et poursuivre leur punition. Il ajoute^ 
« on ignore les suites de cette mission. » 

Grâce au registre des arrêts du Parlement co 
X^*^99, et dont M. le comte de Chastellux a bien voti] 
envoyer des extraits à notre Société d'Auxerre, il e^ 
permis de combler cette lacune, et d'indiquer quel fii 
le résultat de la mission de ce commissaire royal. 

Disons tout d'abord que l'autorité royale avait, dès 
1544, pris des mesures préliminaires. En effet, !< 
13 mars 1544, sur réquisitoire du procureur généra 
du roi au Parlement, portant que, dans cette ville o 
dans les environs, il y a de nombreux hérétiques, l 
cour enjoint au bailli et au prévôt de Sens de leur pa'»: 
faire leur procès. A cette injonction, les autorité 
locales, secouant un peu leur torpeur, commentrent 
agir. Le 5 avril 1544 , le protestant André Jobeloi 
qui avait proféré des paroles injurieuses contre Thori 
neur de Dieu , de la sainte Eglise , et contre h 
culte des saints, est condamné à faire amende hono- 
rable devant le porche de Téglise de Villeneuve-l'Ar- 
chevèque. 

Cette condamnation bénigne, peut-être suivie de 
quelques autres, quoiqu'on n'en trouve pas trace, ne 
parut pas beaucoup épouvanter les réformés, dont 
l'audace et le zèle croissaient chaque jour. Aussi, le 
Parlement crut-il devoir prendre des mesures plus 
énergiques, cl, le '^2 mai 1545, après avoir examiné 



— 187 — 

les informations faites sur sa propre ordonnance, à la 
requête de frère Claude d'Ancienville, chevalier de 
rOrdre de Saint-Jean-de-Jérusalem, trésorier dudit 
Ordre et commandeur de Troyes, à rencontre d'An- 
thoine de Vernoy , dit Chambon, naguère maitre d'hôtel 
da bailli de Sens, et autres , ses alliés et complices, le 
Parlement, disons-nous, « connaissant la première et 

• principalle partie de la justice devoir estre employée 

• en l'honneur de Dieu, et conservacion de la religion 

• chrestienne et foy catholique de ce royaulme très 

■ crestien, et extirpation des hérésies qui encommen- 

• cent de repuUer en ce dict royaume plus avant que 

• jamais, mesmement ainsi quelle est deuement adver- 

■ tye, es villes de Meaux et de Sens, et qu'il estoit 

• nécessaire et besoing y obvier promptement, » 
nomme qaatre commissaires extraordinaires pris dans 
son sein, savoir : maistres Jean Corbin, Jacques 
Leroax, Nicole Sanguin et Christophe Demarle, aux- 
quels il donne pouvoir « exprès et mandement général 

• de illec informer contre tous ceulx qui seront enta- 
' chez de la secte et hérésie luthérienne, et Tinforma- 

• tien faitte, les décretter d'adjournemenz personnels 
•etprinses de corps selon l'exigence des cas, etc., 

■ etc. 1» 

Les effets de cette mesure ne tardèrent pas à se faire 

-^eiitir, et divers procès s'ensuivirent, dont voici Ténu- 

teâtion : le 2 juillet 1545, Colombe Calabre, femme 

ie Nicolas Lenoir, sergent royal au bailliage de Sens, 

prisonnière à la Conciergerie, et accusée, à tort, 

:omn)e elle le prétend, d'avoir tenu des propos erronés 

t :5candaleux contre l'honneur de Dieu, des saints et 



— 188 — 

saintes du Paradis, de la société, foi et religion chré- 
tienne, des constitutions et traditions de notre sainte 
mère TEglise, demande à être élargie sous caution, et 
à résider à Sens, son domicile habituel, en maison 
bourgeoise. Cette faveur lui fut accordée, et Louis 
Bernage, avocat au Parlement, Jean Delandes, sei- 
gneur de Maignanville, et Nicolle Calabre, procureur 
au bailliage de Sens, lui servent de caution. 

Peu après, peut-être le même jour, la cour condamne 
Jean de la Chambre, et Marion, servante de Jean 
Masle, inculpés du même fait, et tous deux originaires 
de Sens, à assisterj en cette ville et dans leurs paroisses 
respectives, à une grand'messe paroissiale, avec diacre 
et sous diacre, par deux dimanches consécutifs ou au- 
tre fête solennelle, en présence des officiers du bail- 
liage de Sens. Ils devront s'y tenir à genoux, têtes 
nues et un cierge à la main, qui sera remis au prêtre 
lors de Toffrande. Il leur est, en outre, fait défense 
pour l'avenir «« eulx trouver ne converser avec gens 
« suspects d'hérésie, ne avoir livres en leurs posses- 
« sions réprouvez par la faculté de théologie, et ne 
« eulx trouver en assemblée, conventiculles, ne lieux 
« suspectz d'hérésie, avec gens soustenans erreurs et 
« faulses doctrines réprouvées, et ne conférer secret* 
« ment avec eulx sus peyne de feu. » Quant à Colombe 
Calabre et à Anne Le Hongre, elles sont élargies pure- 
ment et simjilenient sous les mêmes défenses. Leur 
culpabilité n'avait pas été bicMi prouvée. 

Le 9 juillet, même année, autre procès et condam- 
nation contre Nicolas Herturault, dit Pot -de-Beurre, 
mercier et libraire, natif de Uochefort, près Bonnelles. 



— 189 — 

On Taœusait non seulement d'hérésie, mais de propa- 
gande au moyen des livres qui furent trouvés en sa 
possession. C'était comme Tapotre de la nouvelle com- 
ûiunauté. Aussi fut-il traité durement. Après avoir été 
niis à la question ordinaire et extraordinaire, il fut 
condamné à faire amende honorable devant le porche 
de la cathédrale de Sens, pendant une messe de répa- 
ï'ation, pieds nus, en chemise et une torche du poids de 
d«m livres de cire dans la main, puis fustigé, un jour 
de marché, par les carrefours de Sens, et banni du 
Royaume. Défense, en outre, est faite, aux habitants 
de la ville et des faubourgs de Sens , de converser 
<^yQc les hérétiques , de tenir des propos contre la 
ï^^ligion, et de lire les livres censurés par la Faculté 
de théologie de Paris , dont la liste sera aflSchée aux 
lieux M où Ton a accoustumé de mettre affiches et 
* exploicts. f» 

Le H juillet lo45, le praticien Jean Coppé, de Sens, 

^yantété trouvé possesseur de livres prohibés, et accusé 

^6 propos qui sentaient Thérésie, est condamné à 

assister, tête nue, dans la salle de l'auditoire du bail- 

^^age de Sens, à l'autodafé de sa bibliothèque. Il est, 

^ailleurs, élargi purement et simplement, et, tout en 

^^j enjoignant de se mieux conduire à l'avenir, on le 

^^lève de toute note d'infamie. 

Le 15 juillet, ledit Coppé, ayant exposé qu'il ava^t 
affaire à Paris, et qu'il lui serait plus commode que la 
^^ntencefût exécutée dans une des chambres du Parle- 
^^^^i se voit refuser cette faveur ; on lui accorde seu- 
l^tûent que la séance où ses livres seront brûlés ne sera 
pas publique. 



— 190 — 

Tels furent , pour le Sénonais , les premiers résul- 
tats de la mission donnée à Jacques Leroux et à ses 
collègues ; nous croyons qu'ils ne manquent pas d'in- 
térêt pour l'histoire générale et particulière du protes- 
tantisme. 

Fr. MOLARD. 



'■ïfr;** 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DE SENS 



BULLETIN 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

J)E SENS 



TOME XVIII 




S K N S 

IMPRIMERIK DE PAUL DUCIIKMIN 

I8'.I7 



OSTÈRE 

STRUCTION RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

ÎAUXARTS 

ET 

CULTES 



IBINET 

_ DECRET 



Le Président de la République française , 

Sur le rapport du Ministre de Tlnstruction publique, 
des Beaux- Arts et des Cultes, 

Vu l'extrait du procès- verbal de l'assemblée générale 
de la Société archéologique de Sens, tenue le 29 juin 
. 1896, et par laquelle cette Société sollicite sa recon- 
naissance comme établissement d'utilité publique ; 

Vu les statuts de la So'^iété, Tétat de la situation 
iSnancière, ensemble les autres pièces à Tappui ; 

Vu l'avis de M. le Préfet de ITonne, en date du 
[ 1" novembre 1896 ; 

Vu l'avis de M. le Recteur de l'Académie de Dijon, en 
date du 12 janvier 1897 ; 

La section de l'Intérieur, des Cultes, de Tlnstruc- 
txon publique et des Beaux-Arts du Conseil d'Etat en- 
tendue ; 

Décrète : 

ARTICLE PREMIER 

La Société archéologique de Sens (Yonne), fondée 



— VI — 

en 1811, est reconnue comme établissement d*utilité pu- 
blique. 

ARTICL?: II 

Les statuts sont approuvés tels qu'ils sontci-annexés; 
aucune modification ne pourra y être apportée sans Taa- 
torisation du Gouvernement. 

ARTICLK m 

Le Ministre de Tlnstruction publique et des Beaux- 
Arts est chargé de Texécution du présent Décret. 

Fait A Paris, le 21 mai 1897. 

Signé : Félix FAURE. 



Par le Président de la République, 

Le Ministre de nnstruclion publique, 
des Beavx-Arts et des Çulirs, 



Signé: A. RAMHArD. 



Pour ampliatiun, 
IsC Chef de bureau au Cabinet, 

Lkrov. 



STATUTS 



ARTICLE PREMIER 

La Société archéologique de Sens, fondée le 17 avril 
1844, et autorisée par arrêté du Ministre de Tintérieur 
en date du 24 juin suivant, a pour but Tétude de l'ar- 
chéologie, de Thistoire, des sciences, des lettres et des 
arts. 

Tout ce qui concerne le pays sénonaib fixe plus par- 
ticulièrement son attention. 

Elle s'interdit toute discussion étrangère à l'objet 
de ses travaux. 

Elle a son siège à Sens. 

ARTICLE II 

Les moyens d'action de la Société sont les sui- 
vants : 

1** La pul)lication de ses bulletins et mémoires; 

2* L'orLMnisation de conférences, de concours et 
prix, d'expositions et d'excursions ; 

3* La réunion, dans ses collections et dans sa bil)lio- 
thèque, de tous les monuments, manuscrits, livres et 
objets intéressant les diverses brandies de ses études. 

ARTICLE III 

La Société se compose de : 



i 



— VIII — 

Membres d'honneur; 

Membres honoraires; 

Membres perpétuels ; 

Membres titulaires ; 

Membres libres ; 

Membres correspondants. 

Pour être membre titulaire, il faut : 

1® Etre présenté et agréé dans les conditions énu- 
mérées au règlement intérieur; 

2» Payer un droit de diplôme et une cotisation an - 
nuelle de 2'y francs au minimum. Tout membre titu- 
laire qui rachète ses cotisations par le versement de la 
somme fixe de 300 francs devient membre perpétuel. 

Les membres d'honneur sont : 

M*' rArchevéque de Sens ; 

M. le Préfet de TYonne ; 

M. le Sous-Préfet ; 

M. le Maire de Sens; 

Les personnes distinguées auxquelles la Société croit 
devoir offrir ce titre. 

Tout membre titulaire qui, après dix années au moins 
d'exercice, déclare ne plus pouvoir participer active- 
ment aux travaux de la Société peut demander à devenir 
membre honoraire. 

Sont admises comme membres libres, les personnes 
qui, n'hai)itant pas la ville de Sens et ne pouvant, par 
conséquent, assister l'égulièrement aux séances, s'enga- 
gent à payer une cotisation annuelle et le droit de di- 

Los iiKMiibros correspondants ne sont obligés ni à 
ra>sisian(M» aux s(';ances, ni au versement d'aucune 



— IX — 

cotisation, mais ils doivent acquitter un droit de di- 
plôme. 

ARTICLE IV 

La qualité de membre de la Société se perd : 

!• Par la démission ; 

"^ Par le refus de paiement de la cotisation ou du 
droit de diplôme. Il sera statué sur les cas de refus par 
le bureau après rapport du trésorier ; 

3* Par la radiation prononcée pour motifs graves ; 
soit par le bureau, l'intéressé dûment convoqué, sauf 
recours à la Société ; soit par la Société elle-même. 

ARTICLE V 

La Société est administrée par un bureau composé de 
sept membres, élus pour deux ans. 

En cas de vacance, la Société pourvoit au remplace- 
ment de ses membres, à la plus prochaine réunion. 

Le renouvellement du bureau a lieu tous les ans à la 
séance de décembre : les années paires pour le président 
et les années impaires pour les autres membres. 

Les membres sortants sont rééligibles dans les con- 
ditions énuraérées au règlement intérieur. 

La Société choisit, parmi ses membres, un bureau 
composé de : 
Un Président ; 
Un Vice-Président ; 
I Un Secrétaire; 

E- Un Pro-Secrétaire ; 

\ Un Archiviste ; 

Un Vice-Archiviste ; 
Et d'un Trésorier. 



r 



— X — 

ARTICLK VI 

Le bureau se réunit tous les mois et chaque fois qu'il 
est convoqué par son président, ou sur la demande du 
tiers de ses membres. 

La présence de quatre des membres du bureau est 
nécessaire pour la validit4i des délibérations qui sont 
prises à la majorité d(is voix. Kn cas de partage, la 
voix du président est prépondérante. 

Il est tenu proccs-verbal des séances. 

Les procès-verbaux sont signés par le président et 
par le secrétaire. 

AKTICLK vil 

Toutes les fonctions de mtîinlires du bureau sont 
gratuites. 

AKTirLK VIII 

Les membres titulaires d(» la Société se réunissent 
tous les mois, celui dt» septeiiibn* exc(»pté, et chaque fois 
qu'ils sont convoqués par le bureau ou sur la dpmande 
du quart (b's membres titulaires inscrits. L'ordre da 
jour est réglé par le bureau. 

A la n'îunion «le (b'^cem])r(^ il est donné lecture des 
rapports sur la i:cstion flu bureau, sur la situation finan- 
cière et morale de la Société ; celle-ci approuve les 
(V)mpt(»s rb' re\<aN'ice clos, vote le budget de Texercice 
suivant, délibère sui* les qucîstions mises ;\ Tordre du 
jour et i>ourvoii au renouv(dlem(Mit du bureau. Le rap- 
j)orl aniiiK.'l ri les comptes sont adressés , chaque 
aim/'c, à tous les membres, au Pi'éfet du département, 
an Ministre de rinhM'ieur et au Ministre de rinstruction 
[inbli(jue e( (lo bcan\-arts. 



— XI — 
ARTICLE IX . 

Les dépenses sont ordonnancées par le président, 
qui représente la Société en justice et dans tous les 
actes de la vie civile. Le représentant de la Société doit 
jouir du plein exercice de ses droits civils. 

ARTICLE X 

Les délibérations du bureau relatives aux acquisi- 
tions, échanges et aliénations d'immeubles, aliénations 
de valeurs dépendant du fonds de réserve, prêts hypo- 
thécaires, emprunts, constitution d'hypothèques et baux 
excédant neuf années, ne sont valables qu'après Tap- 
probation de la Société. 

ARTICLE XI 

Les délibérations du bureau relatives à l'acceptation 
des dons et legs, les décisions de la Société relatives aux 
acquisitions et échanges d'immeubles, aliénations do 
I valeurs dépendant du fonds de réserve et prêts hypo- 
thécaires ne sont valables qu'après l'approbation du 
gouvernement. 

ARTICLE XII 

Les ressources annuelles de la Société se compo- 
sent : 

1® Des cotisations et souscriptions de ses membres; 
: 2* Des subventions qui pourraient lui être accordées; 

l 3" Du produit des ressources créées à titre exception- 

T 

l nel et, s'il y a lieu, avec agrément de l'autorité compé- 
: tente ; 

4* Enfin du revenu de ses biens et valeurs de toute 
nature. 



— xn — 

ARTICLE XIII 

Le fonds de réserve comprend : 

1* La dotation ; 

2® Le dixième (au moins) du revenu net des biens 
meubles et immeubles de rAssociatioii ; 

3* Les sommes versées pour le rachat des cotisations; 

4" Le produit des libéralités autorisées sans affecta- 
tion spéciale. 

ARTICLE XIV 

Le fonds de réserve est placé en rentes iiominatives 
sur TEtat ou en obligations nominatives de chemins de 
fer dont le minimum d'intérêt est garanti par TEtat. 

Il peut également être employé en acquisition d'im- 
meubles, pourvu que ces immeubles soient nécessaires 
au fonctionnement de la Société, ou en prêts hypothé- 
caires, pourvu que le montant de ces prêts, réuni aux 
sommes garanties par les autres inscriptions ou privi- 
lèges qui grèvent l'immeuble, ne dépasse pas les deux 
tiers de sa valeur estimative. 

ARTICLE XV 

Les statuts ne peuvent être modifiés que sur la pro- 
position du bureau ou sur celle du dixième des membres 
titulaires, soumise au bureau au moins un mois avant 
la séance. 

La Société, spécialement convoquée à cet effet, ne 
poui niodilier les statuts qu'à la majorité absolue des 
(biux tiers dos membres présents. L'assemblée doit se 
composer rlu (juart au moins des membres en exercice. 



— xm — 

ARTICLE XVI 

L^asseniblée générale appelée à se prononcer sur la 

dissolation de la Société et convoquée spécialement à 

cet effet, doit comprendre au moins les trois quarts 

des membres titulaires inscrits. La dissolution ne peut 

être votée qu'à la majorité des deux tiers des membres 

titulaires inscrits. 

ARTICLE XVII 

En cas de dissolution ou de retrait de la reconnais- 
sance d'utilité publique de la Société, l'assemblée sta- 
tuant dans les conditions de l'art. XVI, désigne un ou 
plusieurs commissaires chargés de la liquidation des 
biens de la Société. Elle attribue l'actif net A un ou à 
plusieurs établissements analogues^ publics ou recon- 
nus d*utilité publique. 

Ces délibérations seront adressées sans délai au Mi- 
nistre de l'Intérieur et au Ministre de Tlnstruiction 
publique et des Beaux-Arts. 

Dans le cas où , la Société n'ayant pas pris les 
mesures indiquées, un décret interviendrait pour y 
pourvoir, les détenteurs des fonds, titres, livres et ar- 
chives appartenant à la Société s'en dessaisiront vala- 
blement entre les mains du commissaire liquidateur 
désigné par ledit décret. 

ARTICLE XVIII 

Les délibérations de l'assemblée générale, prévues 
aux articles XV, XVI et XVII ne sont valables qu'après 
approbation du gouvernement. 

ARTICLE XIX 

Un règlement, adopté par la Société et approuvé 



I 



— XIV — 

par le Ministre de l'intérieur, après avis du ministre 
de l'instruction publique , arrête les conditions de 
détails propres à assurer l'exécution des présents 
statuts. 

Il peut toujours être modifié dans la même forme et 
sous les conditions portées à Tart. XV. 

ARTICLE XX 

Le Ministre de Tinstruction publique aura le droit de 
faire visiter, par ses délégués, les établissements fondés 
par la Société et de se faire rendre compte de leur fon- 
ctionnement. 

Vu à la section de l'Intérieur du Conseil d'Etat, 

Le7avril 1SÎ)7. 

I.c Rapportfiur, 

Signé : NOËL. 

Vus et approuvés pour être annexés aux décrets 
du 21 mai 1897. 

Lr Ministre de i' Instruction publique 
et des De(iuX'Arls\ 

Signé : RAMHAUD. 
Pour ampliation, 

Le Chef de hurrau au Cabinrtj 

Signé : Lkkoy. 



TEMENT SOUS- PREFECTURE DE SENS 

YONNE 



>1SSEMBNT 
SENS 



Le Ministre de l'Intérieur, 



Va le décret du 21 mai 1897, qui recounait comme 
établissement d'utilité publique la Société archéologi- 
que de Sens, 

Va les statuts de cette association annexés audit 
décret, 

Vu la demande par laquelle le Président de la Société 
wchéologique sollicite l'approbation de son règlement 
intérieur; 

Arrête, 

Article i". — Est approuvé le règlement intérieur 
de la Société archéologique de Sens (Yonne) tel qu'il est 
annexé au présent décret. 

Akt. 2. — Aucune modification ne pourra être ap- 
portée audit règlement sans une nouvelle approbation. 

Fait à Paris, le 15 octobre 1897. 

Signé : Louis 13ARTH0U . 
Pour ampliation, 
le Chef adjoint au Cabinet, 

Signé : Amédée Constantin. 

Pour copie conforme, 
Le Sous'Préfet de Sens, 

De la Souchère. 



RÈGLEMENT INTÉRIEUR 



Titre I. — But de la Société 

1 . La Société archéologique de Sens, fondée le 17 avril 
1844, et autorisée par arrêté du Ministre de Tintérieur, 
en date du 24 juin suivant, embrasse dans ses travaux, 
rarchéologie, l'histoire, les sciences, les lettres et les 
arts. 

2. Tout ce qui concerne le pays sénonais fixe plus 
particulièrement son attention. 

3. Elle recueille tous les monuments qui intéressent 
les diverses branches de ses études. Dans ses collec- 
tions, chaque objet porte autant que possible le nom 
da donateur. 

4. Chaque année elle publie, sous le titre de Bulletin 
de la Société archéologique de Sens, un compte rendu de 
ses séances. 

5. Outre son Bulletin^ elle publie, sous le titre de 
Mémoires de la Société archéologique de Sens, les tra- 
vaux de ses membres et divers documents relatifs à 
l'histoire du Sénonais. 

6. La Société s'interdit toute discussion étrangère à 
Kobjet de ses travaux. 



— XXII — 

Titre II. — Organisation de la Société 

7. La Société se compose de membres d'honneur, de 
membres titulaires, de membres perpétuels, de mem- 
bres libres, de membre correspondants et de membres 
honoraires. 

8. Le bureau, formant la commission administrative 
de la Société, est composé d'un Président, d'un Vice- 
Président, d'un Secrétaire, d'un Pro-Secrétaire, d'un 
Archiviste, d'un Vice- Archiviste et d'un Trésorier. 

Titre III. — Présentations et Admissions 

9. — Toute présentation d'un candidat au titre de 
membre de la Société doit être adressée au bureau 
après avoir été signée par le candidat et par trois mem- 
bres titulaires. 

10. Dans la séance qui suit la présentation, les mem- 
bres de la Société, prévenus par leur lettre de convoca- 
tion, statuent sur l'admission du candidat au scrutin 
secret, lequel restera ouvert pendant toute la durée de 
la séanciî. 

11. Aucune admission n'est proclamée si, au premier 
tour de s(!rutin, elle no réunit les suffrages de la ma- 
jorité absolue dos membres titulaires inscrits ; au 
deuxième tour ilo scrutin, ouvert dans les mêmes condi- 
tions à la séance suivante, la majorité des deux tiers 
des membres titulaires présents suffira. 

12. Lors (le soïi admission, chaque membre reçoit un 
diplôme, timbré du sceau de la Société, signé du Présir 
dent, du îSerrétairc et du Trésorier. 



I 



— XXIII — 

13. Les membres d'honneur sont : 

M^' TArchevèque de Sens ; 

M. le Préfet de l'Yonne; 

M. le Sous-Préfet de Sens ; 

M. le Maire de Sens; 

Et les personnes distinguées auxquelles là Société 
rroira devoir offrir ce titre. 

i4. Les titres de membre correspondant et de mem- 
bre honoraire sont donnés aux personnes à qui la Société 
croit devoir les conférer. 

15. Tout membre titulaire qui, après dix ans au 
moins d'exercice, déclare ne plus pouvoir participer 
activement aux travaux de la Société, peut demander à 
levenir membre honoraire. 

Titre IV. — Travaux des Membres. Publications 

ItJ. Lorsqu'un mémoire, un rapport ou un compte 
*endu écrit est présenté à la Société, une copie signée 
le Tauteur doit en être déposée aux archives. 

17. Lorsque le rapport ou le compte rendu est ver- 
bal, une note sommaire indiquant les principales idées 
doit être également remise par l'auteur au secrétaire 
pour la rédaction du procès-verbal. 

18. Le bureau et trois membres désignés par la 
Société, forment le Comité de publication. 

19. Ce Comité examine les articles communiqués, 
propose aux auteurs les modifications qu'il juge in- 
dispensables, et statue ensuite sur Tadmission dans 
les Mémoires. Il règle Tordre d'insertion des articles 
dans les volumes , de manière à leur assurer les 



— XXIV — 

meilleures conditions d'utilité, d'intérêt et de variété. 

20. Le Comité peut, avec Tassentiraent des auteurs, 
publier dans le Bulletin une analj'se ou un extrait des 
lectures faites en séance. 

21. La Société n*assume pas la responsabilité des 
opinions émises dans les travaux de ses membres. 

22. Les membres titulaires et les membres libres ont 
droit à un exemplaire des publications de la Société ; 
mais la distribution ne se fait que conformément à une 
liste arrêtée par le bureau, d'après un rapport du tréso- 
rier sur la rentrée des cotisations. 

23. Tout membre honoraire ou correspondant, dont 
un travail a été inséré dans un des volumes publiés, a 
droit à un exemplaire de ce volume. 

24. Dans aucun cas, le même membre n'a droit à deux 
exemplaires. 

25. Tout auteur d'un travail, dont la Société a décidé 
l'insertion dans un des volumes qu'elle publie, a droit, 
au moment de l'impression, de faire exécuter à ses frais ' 
un tirage à part avec les planches, si le travail en 
comporte. 

TiTKK V. — SÉANCES ORDINAIRES ET EXTRAORDINAIRES 



'M. La Société se réunit en séance ordinaire, le pre- 
mier lundi de chaque mois, sauf le cas d'une fête 
chùmée ou do quelque autre cause dont le bureau sera 
juu<\ Alors la séance sera remise au lundi suivant. 

'^7. Tous hîs membres de la Société peuvent assister 
ù res séances. Les membres titulaires seuls reçoivent 
<l<*s ](»Ures de convocation. 



— XXV — 

28. Les membres titulaires seuls ont voix délibé- 
ralive. Les autres membres ont seulement voix con- 
sultative. 

2i). La séance s'ouvre régulièrement a 8 heures quel 
que soit le nombre des membres présents. Le secrétaire 
donne lecture du procès-verbal de la séance précédente. 
Le président le soumet à l'approbation de la Société ; il 
donne connaissance de la correspondance, annonce les 
ouvrages reçus et les distribue à des membres chargés 
d'en rendre compte. 

La suite de Tordre du jour est réglée par le pré- 
sident. 

'diJ. Toute proposition tendant à provoquer une déci- 
sion importante ne sera discutée, sauf le cas d'urgence, 
quVi la séance qui en suivra la présentation. 

Sauf dans les cas prévus par les statuts et par le 
présent nVglement, les décisions de la Société sont 
prises à la majorité des membres titulaires présents. 

Aucun vote par correspondance ou délégation n'est 
admis. 

31. Chaque année, la Société pourra tenir une séance 
publique, dont elle fixera l'époque Les lectures, qui 
devront y être faites, seront préalablement soumises à 
l'approbation du bureau. 

32. Dans les séances publiques, les lectures seront 
précédées d'un rapport fait par le secrétaire sur les 
travaux de la Société, depuis la séance publique pré- 
cédente. 

Titre VL — Attributions dc Hi:reai: 

33. — Les membres du Bureau et les membres du 



— XXVI — 

Comité fie publication sont élus, au scrutin secret» tous 
les deux ans dans la séance de décembre, par un ou 
plusieurs tours, si cela est nécessaire, et à la raajo* 
rite absolue du nombre des membres titulaires inscrits. 
En cas d'insuffisance du nombre des membres titu« 
laires présents ou en cas de ballottage, rélection es^ 
remise A la prochaine séance: alors la majorité rel^^ 
tive sera suffisante. 

IM. Les membres sortants sont rééligibles ; toutefo;^ 
le président ne pourra être maintenu en fonctioos 
pendant plus de quatre années consécutives. 

155. Le président ou, en son absence, le vice -président 
ouvre et dirige les séances, répartit le travail, nomme 
les commissions après avoir consulté le Bureau, main- 
tient Tordre, fait observer le règlement, dirige et résume 
les discussions, met aux voix, signe les diplômes, dé- 
livre les mandats de paiement. 

15(3. Le secrétaire rédige les procès-verbaux des 
séances, en conservii lo registre, contre-signe les di- 
plômes, prépare pour les séances extraordinaires un 
compte rendu des travaux de la Société. Il est chargé 
de la rédaction du Bul/rtui annunl ; il en surveille l'im- 
pression. Il convcx^ue les membres de la Société poar 
les séances ordinaires, les séances extraordinaires et 
les réunions du Hureau. 

;{7. I/arcliiviste tient un registre spécial des ou- 
vrages manuscrits ou imprimés, ainsi que des objets 
d'art ou d'antiquité appartenant à la Société avec la date 
d(i leur entrée et leur origine. ! 

Il a la gard(i d»» ciîs objets ainsi qde des diplômes ei 
du sceau (l<* la S(H*iété. Il ne peut donner les imprimAa 



— XXVII — 

en comm«iiication que sons récépissé et pour un temps 
limité à trois mois. 

Il peut communiquer, mais sans déplacement, les 
manascrits et autres objets d'art ou d'antiquité. 

38. Le trésorier perçoit les cotisations, les droits de 
diplôme, et touche les mandats. Il distribue les jetons 
«t paie les mémoires, après qu'ils ont été visés par le 
président. 

Chaqae année^ à la séance de décembre, il présente 
i la Société un compte rendu détaillé de recettes et des 
dépenses qui est déposé aux archives, après avoir été 
approuvé et signé par les membres du Bureau. 

Une expédition de ce compte rendu est adressé au 
préfet et au ministre de Tintérieur (art. vin des Statuts.) 



Titre VII. — Cotis.\tions et Jetons de présence 

39. Le montant de la cotisation de chaque membre 
titulaire est fixé à 24 francs par an payables par se- 
œestre. 

Si ladmission d'un membre est prononcée dans le 
coars d'un semestre, le trésorier tiendra compte, dans 
'«perception du premier semestre, du nombre de mois 
^<?jâ écoulés. 

40. Les membres titulaires auxquels la Société croit 
devoir offrir un congé sont affranchis du payement des 
Ofisations pour la durée de ce congé. 

41. Le montant de la cotisation d'un membre libre est 
xé à 6 francs par an, payables d'avance. 

42. Les droits de diplôme sont fixés à 12 francs pour 
:s membres titulaires et pour les membres libres. 



— XXVIII — 

Ils sont de 6 francs pour les membres correspondants. 

43. Les membres titulaires et les membres libres, 
devenus membres correspondants, échangent leur di« 
plôme sans frais. 

44. Tout membre qui aura refusé ou négligé de re- 
tirer son diplôme» six mois après son admission et 
après deux avis du trésorier, sera considéré comme 
démissionnaire. 

45. Chacun des membres titulaires assistant à une 
séance ordinaire a droit à un jeton de présence. En le 
recevant, il fippose sa signature sur un registre spécial. 

Ce jeton est en argent et de forme octogonale, il porte 
d*un côté les armes de la ville et de Tautre la légende. 
Société archœlogique de Sens, 

Les membres titulaires en congé et les membres non 
titulaires n'ont pas droit au jeton de présence. 

40. Le trésorier est autorisé à recevoir, en déduction 
du montant de la cotisation, chaque jeton pour une 
somme de 2 francs. 

Ainsi arrêté en séance ordinaire, le 4 mai 1896, le 
présent Règlement ne s(îra exécutoire qu'après avoir 
été revêtu de Tapprobation de M. le Ministre de 
rintérieur. 

Vu pour être annexé à Tarrôté en date du 15 octo- 
bre 1897. 

Pour le Ministre de Tlntérieur : 
Le Conseiller d'Etat, directeur de V Ad ministroim 
(lé/x/rteinentale et communale^ 

MONOD. 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

DE SENS 



REVISION CRITIQUE 

DU 

CATALOGUE DES ARCHEVÊQUES DE SENS 

ET 

LISTE CHRONOLOGIQUE 

DES PONTIFES DE CETTE ÉGLISE 



Le diocèse de Sens, on le sait, ne possède pas encore 
un catalogue exact et complet de ses archevêques. Deux 
des listes épiscopales les plus récentes ont été don- 
nées : Tune par le R. P. Cornât, dans sa Notice sur les 
archevêques de Sens, imprimée en 1854; Tautre, par 
M. G. Julliot, dans son Armoriai des Archevêques de 
Sens^ publié dans le tome XII du Bulletin de la Société 
archéologique. Ces deux auteurs ont bien indiqué les 
incertitudes, les lacunes, les confusions et transposi- 
' tiens de noms que présentent les catalogues rédigés 
i jusqu^ici ; ils ont signalé les difficultés, mais ils ne se sont 
I pas chargés de les résoudre. Tel n'était pas, d'ailleurs, 
l le but de leur œuvre respective. 
I' II semble donc qu*il est temps d*étudier à fond nos 
1 catalogues épiscopaux, de les comparer entre eux, de 
I recueillir les observations des érudits et les échos de 
l la tradition, et^ à Taide des bréviaires, martyrologes, 
- actes conciliaires et autres documents, de former une 
Uste aussi exacte, aussi complète que possible. Tel est 



— 2 — 

le dessein que nous nous sommes proposé. La tàcl 
est ardue, il est vrai, et nous ne nous flattons pas < 
l'espoir que nous pourrons, même après beaucoup « 
recherches, dissiper entièrement les incertitudes q 
présentent nos catalogues sur Tépoque précise, et mèx 
sur l'identité de quelques-uns de nos prélats. Toutefoi 
il est possible d'éclairer certains points, de rectifier bi 
des erreurs, et ces redressements ne seront pas sai 
utilité pour ceux qui voudront un jour écrire Thistoir 
de notre diocèse. 

LE PLUS ANCIEN CATALOGUE 
DES ARCHEVÊQUES DE SENS 

Quel est le plus ancien Catalogue des prélats séno 
nais? Un savant de premier ordre, M. l'administratev 
de la Bibliothèque nationale, va répondre à cette ques 
tion. « L'arrangement du catalogue des archevëqoe 
« de Sens, dit M. Léopold Delisle, date de Tépoqué 
« carlovingienne. Nous en avons un texte qui s'arrét< 
M à Evrard, contemporain de Charles le Gros. Il a ét^ 
« copié, au xi^ siècle, dans un manuscrit de l'abbajede 
« Saint- Wandrille, aujourd'hui déposé à la bibliotbèqae 
« du Havre ; c'est celui que les auteurs du Gallia Chfis^ 
« tiana ont cité plus d'une fois sous le nom de CaUi^ 
« logus Fontanellensis {\). »» 

Nous avons fait copier, à la bibliothèque du Hatre, 
le susdit catalogue (2). En voici le texte, qui nous a éti 
certifié exact : 

(1) Histoire littéraire de la France ^ t. XXIX. 

(2) Ce catalogue vient d'âtre édité dans le Recueil des publicationa de i 
Société havraise (1892, 1" trimestre, p. 50.) 



— 3 — 
Nomina episcoporam Senonicse urbis. 



SaTioianos 


Ëraclius 


Emmus 


Petrus 


Polentius (sic) 


Paulus 


Landebertus 


WiUebaldus 


Leontius 


Léo 


ScsVulfrann 


usBerradus 


Severious 


CoDStitut 


Ciricus 


Ragcmbertus 


Audactus 


Artemius 


Ebbo 


Magnus 


Eraclianus 


Lupus 


Merulfus 


Hieremias 


Lonarius 


Mederius 


Aulbertus 


AIdricus 


Sifflplicius 


Hildegarius 


Lupus 


Wenilo 


Ursicinus 


Aumbertus 


Wiliarius 


Egil 


Teodorus 


Armentarius 


Godescalcus 


Ansigilus 


Siclinus 


Arnulfu^ 


Cuntbcrtus 


Ewrardus 


Ambrosius 








Agricius 









Cette liste n'est, comme on le voit, qu'une simple no- 
menclature, sans numéros d'ordre, sans indication 
chronologique. Elle comprend 46 noms de prélats, dont 
le dernier, Evrard, mourut en 887. Nous y remarquons, 
dabord, l'omission de trois évèques authentiquement 
connus, dont l'Eglise de Sens fait l'office de temps im- 
mémorial : S. Amé, S. Honobert et S. Honulphe. Cette 
triple omission avait été déjà signalée par M. Léopold 
Delisle : « Des remaniements, dit-il, furent faits au 
« Catalogue des archevêques de Sens, au cours du xii* 
« siècle. L'un des manuscrits qui nous ont transmis la 
« compilation historique du moine Clarius nous offre 
« une liste dans laquelle on a ajouté le nom de sancius 

• Amatus après celui de S. Loup, et les noms de sancUis 

• Honobertiis et de sanctus Honulphus à la suite de 
celui de S. Ebbon. La manière dont ces noms ont été 
introduits, au xii"" siècle, dans le Catalogue des arche- 
vêques, mérite d'être prise en considération pour dis- 



— 4 — 

« cuter plusieurs questions chronologiques dont l^t 
« Bollandistes se sont préoccupés sans avoir le moy^i: 
« Je les résoudre, et dont les auteurs du Gallia chri.s'^ 
« tiana n*ont tenu aucun compte (l). » 

Ces omissions constatées par M. Delisle ne sont pas 
les seules ; nous aurons Toccasion d*en signaler plusieurs 
autres, dans le cours de notre étude. Y a-t-il lieu de 
s'étonner de ces lacunes que Ton remarque dans le plus 
ancien Catalogue de nos prélats sénonais? Non, si Ton 
se rappelle les vicissitudes qu'a subies notre pays aax 
différentes époques de son histoire, les persécutions, les 
guerres civiles, les révolutions de tout genre qui l'ont 
bouleversé, tant aux premiers siècles que pendant le 
moyen âge. 

Un savant, qui s*est occupé de recherches sur rUs- 
toire du diocèse de Bayeux, dit, en parlant des listes 
épiscopales de cette Église : « Ces listes sont très incom- 
« plètes ; leurs omissions portent principalement sar les 
« évêques les plus authentiquement connus, soit par 
« des signatures d'actes de conciles, soit par des di- 

« plômes impériaux Quant aux listes des diocèses 

« d'Evreux, de Lisieux, d'Avranches, de Séez, aucune 
« ne présente quelque caractère d*authenticité et de 
« continuité qu'à partir du xi' siècle. Avec la paix du 
« royaume, chaque église avait pu reprendre son an- 
" tique coutume de conserver la mémoire de ses pas* " 
« teurs. On essaya même de renouer la chaîne des sou- 
•• venirs violemment brisée par le malheur des temps. 
« Toutefois, si honnêtes et si laborieux qu'aient pu être 
« les annalistes des xi' et xir" siècles, leur travail, en- 
Ci) Hist. litt., p. 425. 



— 5 — 

« trepris avec autant de peine, avec moins de ressonr- 
« ces encore que celui des historiens modernes, devait 
« présenter plus de lacunes et se charger de plus d'er- 
- reurs (1). » 

Il n'est donc pas étonnant que les anciens catalogues 
épiscopanx ne noas soient parvenus que mutilés. Sou- 
vent on n y faisait pas figurer les prélats qui étaient 
morts loin de leur diocèse. Par exemple : saint Emilien 
ottEmiland, évéque de Nantes au viii^ siècle, n*a pas été 
inscrit sur les diptyques de son Eglise, rédigés dans 
les siècles suivants, sans doute parce qu'il trouva la 
I mort près d'Âutun dans un combat contre les Sarrazins ; 
il fat inhumé dans un village de TAutunois qui porte son 
nom. C est probablement pour la même raison que nous 
ne voyons pas sur notre ancien Catalogue les noms de 
deux de nos prélats du septième siècle, saint Amé et 
S.Gondelbert. Le premier mourut en Flandre, le second 
en Lorraine. On trouvera plus loin les noms de quel- 
ques autres titulaires également omis, bien que leur 
existence ne puisse être contestée. 

CATALOGUES DU XIIP SIÈCLE 

Noas avons quatre catalogues du xiii* siècle, dont 

rfeux de Geoffroy de Courlon. Le premier a été inséré 

''ans son Libellas de reliquiis, lequel est antérieur 

^'nn an ou deux à sa Chronique de Saint-Pierre^le-Vif. 

Voici les changements opérés par cet écrivain dans le 

Catalogue de Fontenelle. Outre le qualificatif de ^ancft^, 

tîont il a fait précéder les noms de seize prélats séno- 

]âis, il â placé saint Amé après saint Loup, saint 

(I) Bibliothèque de l'Ecole dc8 Chartes, &• série, 4, p. 550. 



— 6 — 

Honobert et saint Honulphe après saint Bbbon. A 
Hilaegarius, il a substitué Âuripertus à Âûmbe 
Il a fait de saint Emmon le successeur, et non le 
décesseur, de Landebertus, et» après saint Ebbon 
supprimé le nom de Merulfus. Ce même catalc 
légèrement modifié par Tintercalation du nom de i 
Senecins, entre Âuripertus et Ermentarius, a été ] 
par Geoffroy en tète de sa Chronique de Saint-Pi 
le^Viff et le texte de ce même catalogue est identi 
sauf quelques variantes dans Torthographe, à la 
qui figure dans le Prœcentoris norma, manuscrit 
XIII* siècle, conservé à la Bibliothèque de la vill( 
Sens (n"" 6). 

Mentionnons encore un autre catalogue, « qui a 
« copié, dit M. Delisle, du temps de Charles VI, c 
« un manuscrit de Tabbaye de Saint-Victor (auj 
« d*hui n* 14 663 du fonds latin à la Bibliothèque 
« tionale, fol. 23). » Il s*arréte à Pierre de Cor 
(1200-1222), et se rattache au même type que les c; 
logues que nous venons d*indiquer. C'est ce mi 
catalogue qui a été édité, avec des annotations 
doyen Fenel, dans le tome XV du BulleHn de la 
ciété archéologique de Sens, page 209. 

CATALOGUES POSTÉRIEURS AU XIII- SIÈCI 

Plusieurs chroniqueurs sénonais, aux xvi*, xvii 
xviii* siècles ont rédigé des listes où les noms des 
chevèques de Sens sont suivis de la date, historiqui 
présumée, de leur avènement et de leur mort. 

Ces auteurs sont : — Au XVP siècle ; le cèle 



Bnreteaa, qui écrivait vers 1516; Pierre Coquin, se- 
crétaire du cardinal de Pellevé (1552); — Au XV 11"^ 
sièck: Taveau, Histoire des archevêques de Sens (en 
latin), imprimée en 1608 ; Dom Janet, prieur de Saint- 
Pierre-le-Vif, dont le manuscrit, copié en 1678, est 
conservé à la bibliothèque de notre ville ; Dom Mathoud, 
aussi prieur du même monastère et vicaire général de 
Monseigneur de Gondrin : Catalogus archiep, Senonens, 
imprimé en 1688; — Au XVI Ib siècle : le doyen Fenel, 
mort en 1727. De la même époque, nous avons encore 
le catalogue dressé par ordre de M»' Languet en 1751, 
et reproduit par Tarbé, à la fin de ses Recherches his- 
toriques sv/r la ville de Sens (1838) (1). 

Dans l'ouvrage précité, le prieur D. Mathoud a 
suivi, pour la succession et la chronologie des pontifes 
sénonais. Tordre adopté par ses devanciers ; il sera 
notre principal guide pour la rédaction du nouveau 
Catalogue. On a reproché, il est vrai, à ce savant de 
manquer de critique ; ce reproche n'est pas fondé. 
Qu'il ait commis quelques erreurs, que sa chronologie 
des papes et des empereurs romains soit parfois défec- 
tueuse, nous l'admettons ; mais il était très versé dans la 
connaissance de nos annales sénonaises. Il dit lui- 
même qu'il s'appliqua pendant trois ans à étudier les 
sources de notre hisioire locale. Non seulement il a 
mis à profit les matériaux recueillis par ceux qui l'ont 
précédé, mais il a compulsé des documents que nous 
ne possédons plus aujourd'hui, parmi lesquels il cite un 

(!) Voir, à la Bibliothèque d'Auxerre, un cahier de la Collection Tarbé, 
loa» V, contenant à la page 9, une liste des archevêques de Sens, rédigée 
en nss, avec notes à l'appui. 



i 



— 8 — 

Légendaire fort ancien (1), que le roi Robert avait fa. i 
recopier, et une Chronique (Chronicum manuscriptumy 
autre que celle de Saint-Pierre-Ie-Vif, car il en extrai 
bien des détails qui ne se trouvent pas dans Tœuvre cL^ 
Geoffroy de Gourion (2). De plus, le prieur de Sain-t 
Pierre-le-Vif était un de ces bénédictins érudits qix- 
consultaient volontiers les grands savants de Tépoqu^ 
tels que le P. Papebrock, Mabillon, les frères Sainte 
Marthe et le P. Sirmond. Ces derniers sont même ve 
nus à Sens pour examiner les chartes et les documetif. 
nombreux que possédait la bibliothèque du couvent. 

Quoi qu*il en soit, nous n^acceptons que « sous bé- 
néfice d'inventaire »• le catalogue édité par Térudi^ 
prieur. Nous aurons à contrôler ses assertions et ses 
chiffres; il nous faudra discuter son système chronolo- 
gique, à Taide des données de Thistoire et de la tradition. 
Par exemple, nous ne prenons aucune responsabilité en 
ce qui concerne la chronologie des sept pontifes qui 
suivent le nom de saint Potentien. Sans doute, les da- 
tes que nous produisons ci-dessous nous paraissent fort 
vraisemblables, mais comme les assertions du susdit 
prieur sont basées sur des manuscrits qui ont disparu 
et que la critique contemporaine n'entend s'appuyer que 
sur des pièces authentiques qu'elle puisse contrôler, 
nous ne citons ses chiffres que sous réserve et à titre 
de documents. 



(1) On ne sanrail trop rcgrellur la jJCrU' de ce U'ycmlairc sênonau, 
«loiil parle le P. Slilling(y\c/a K5., t. '2 seplembris, p. 668). C'esl du tome 
VI (le PO rceueii, dit-il. qu'ont 6té extraitu les Acles de sainl Saactieo, 
qui sont fort aurions, lin du viii* siècle environ. 

{'!) Voir page -!:i de la Dissertation et page 10 du dtAlogus, 



— 9 — 

Le travail de revision portera sur les huit premiers 
siècles, c'est-à-dire qu'il s'arrêtera à Lupus II (761- 
768), 37» archevêque, car, à partir de ce prélat, toutes 
les listes sont concordantes, soit pour la succession, 
soit pour la chronologie. Puis, nous donnerons la 
liste complète des pontifes sénonais depuis l'origine 
jusqu'à nos jours. 

REVISION DES LISTES PRÉCÉDENTES 

I. SAINT SAVINIEN (46-73) (1) 

D'après le récit de Geoffroy de Gourion, aussitôt 
que saint Pierre fût venu à Rome pour y établir son 
siège immortel, il voulut que la bonne nouvelle de 
l'Evangile fût annoncée à toutes les nations et il en- 
voya dans les Gaules nos vénérés apôtres, Savinien, 
Potentien et Altin. Il est probable que ce fut trois ou 
quatre ans, au plus, après la fondation de la Chaire de 
saint Pierre à Rome (an 42), que saint Savinien et ses 

(0 ^ ne crois pas devoir revenir ici sur la question trop longtemps con- 
i^^'enéede Tapostolicité de l'Eglise de Sens. C'est là une vérité communé- 
iQeot admise aujourd'hui parmi nous, a Les plus anciens documents de 
l'histoire religieuse de Sons, dit M. le chanoine Mémain, allestcnt que l'Eglise 
séooDaiao a été fondée dès les temps apostoliques par saint Savinien, envoyé 
^'^ les Gaules par saint Pierre, avec saint Potenlien et saint Âltin, pro- 
aiieis ap6tre8 et fondateurs des Eglises voisines : Orléans, Chartres et Troyes. 
Aussi loin que nous pouvons remonter dans les âges chrétiens, nous voyons 
^e toujours jusqu'au xviii* siècle, l'Eglise do Sens a hautement proclamé 
cette vériié historique, dans sa croyance, dans ses écrits et dans sa liturgie. 
^ tradilioQs des Eglises voisines confirment les traditions sénonaises. » 

^ Origineê des Eglises de la province de Sens ou l'Apostolat de saint 
^««nien, par M. le chanoine Mémain (Sens, 1888). Voir aussi ; Origines 
^J»'<ïienne« des Eglises de Chartres^ Sens, Orléans et Troyes, par l'abbé 
(Chartres 1884). 



— 10 — 

compagnons arrivèrent à Sens, cest-à-dire, en l*an4( 
c est la date assignée par Baronius à Tenvoi dans h 
Gaules de nos premiers apôtres . {Annales^ t, l", ad ai 
num 46. — Martyrologium, 31 décemb,) Cette da 
était admise par Topinion commune, dont on peut sq 
vre la trace à partir du xiii* siècle. Nous lisons, dai 
la Dissertation latine de Dom Mathoud, page 28, çq 
Tapostolat de saint Savinien à Sens, vers le milieu di 
premier siècle, était regardé comme certain ; et il cit< 
à Tappui une phrase de Robert de Saint- Marier 
d'Auxerre, qui attribuait positivement à l'an 46 l'en- 
voi de saint Savinien dans les Gaules. 

C est également la date adoptée par un célèbre chro- 
niqueur du XIII' siècle, Tun des familiers de la biblio- 
thèque du Vatican, Martin le Polonais : « En 44, dit-il, 
« saint Marc écrivit son évangile. Peu de temps 
« après, Tapôtre Pierre envoie AppoUinaire à Ravenne.» 
Il ajoute : « Misit ctiam in Gallias ad plures civiiakê 
« plures discipulos : veluti sanctum Savinianum^Po- 
« tentianum, Altinum et Martiahm de septvagintc 
« dibobus discipulis Domini ; et alios per diversa Gallià 
«• loca et civitates misit. »• (Martini Poloni Chronicon 
Anvers 1574.) 

Il y avait donc une tradition locale, affirmant qu< 
nos vénérés apôtres étaient venus dans nos contrée; 
vers Tan 46, en même temps que le groupe des premier 
missionnaires envoyés dans la Gaule celtique par sain 
Pierre. La plupart des chroniqueurs sénonais !5e son 
faits les échos de cette croyance, notamment Bure 
teau, Pierre Coquin, Reversey, Dom Cottron et les b( 
uédictins de Saint-Pierre-le-Vif. 



— 11 — 

On peat objecter, il est vrai, ce qui est dit dans la 
ir grande Passion » de saint Savinien (1) : que ce disciple 
da Christ et ses compagnons vinrent dans les Gaules, au 
moment où sévissait la persécution de Néron, c'est-à- 
dire, vers l'an 66. Nous croyons que le rédacteur de la 
«grande Passion *• n*apas entendu assigner àlarrivée 
de nos premiers missionnaires une date précise. Il a 
parlé de la persécution de Néron, parce que ce fait his- 
tonqae était de nature à bien se fixer dans la mémoire 
et devait servir à mieux rappeler l'époque de la prédi- 
cation de l'Evangile dans nos contrées (le premier 
siècle). 

S'il en était autrement, il faudrait supposer que le 
chef de la mission sénonaise aurait attendu une vingtaine 
d'années avant de venir évangéliser nos contrées. Une 
telle hypothèse est-elle vraisemblable? La Bibliothèque 
historique de V Yonne a publié deux pièces importantes, 
qai sont comme les annexes de la Grande Passion, et 
qui sont également fort anciennes ; elles datent de la 
première moitié du ix* siècle. — L'une est la Passion de 
saint Savinien abrégée (2) : Igitu/r post gloriosum de 
mrie triumphum ; l'autre, intitulée Homélie (3), est 
an panégyrique du premier évêque de Sens et de ses 
successeurs; ni l'une ni l'autre ne fait allusion à la 
persécution néronienne. 

Mais il y a plus ; nous possédons une nouvelle légende 
de Saint Savinien, jusqu'à présent inédite, et que 
M, 1 abbé Bouvier a publiée à la suite de son Histoire 

(i) In diebus priscis.., Diblioth, histor, de l'Yonne, t. II, p. 297, 
f 2) Bibliothèque historique de l'Yonne, p. 3Î9. 
(3) Jbid, p. 3-23. 



— 12 — 

de V abbaye de SainUPierre-le'Vif (\) ; il Ta empruntée i 
un manuscrit de dom Cottron, « qui dit l'avoir copié 
dans le très ancien bréviaire du monastère, lequel brè 
viaire a été remanié en 1123. *» M. Bouvier fait obser 
ver avec raison que « la provenance de ces nouveau: 
Actes ajoute un intérêt de plus à leur publication. Leurs 
analogies avec la Grande Passion sont frappantes ; Ton 
des deux écrits a été rédigé à Taide de Tautre; » de 
sorte que Ton ignore quel est celui des deux qui rem- 
porte en antiquité. Eh bien, la nouvelle légende, quoi- 
que très développée, se tait absolument sur la persé- 
cution de Tan 66. 

Du reste, il s*est glissé, dans la partie préliminaire 
de la Grande Passion (2), certaines inexactitudes et de 
regrettables confusions : ce que Ton peut reconnaître, 
avec M. Tabbé Hénault, sans vouloir ébranler l'autorité 
de ce monument si vénérable par son antiquité et sa 
provenance. Les Actes originaux de saint Savinien,dit 
l'écrivain chartrain (p. 305), ont disparu lors de l'inva- 
sion des barbares, au commencement du v*™* siècle, et 
on a dû les reconstituer plus tard. Il a fallu recomposer, 
à Taide de lambeaux épars, cette longue légende • ww- 
(jnitudinc valde diffusa » remaniée au ix* siècle par un 
abréviateur officiel. Celui-ci a sagement éliminé les 
amplifications, les hors d'œuvre, les morceaux d'histoire 
rajustés et cousus ensemble, les faits inexacts ou dou- 
teux, tels que : la description emphatique de la ville de 
Sens ; les cent mille Sénonais allant au secours du roi 
de Galatie; nos saints apôtres Savinien et Potentien 

(1) Appendice^ n* IV. 

(2) Bibliothèque historique de l Yonne , l. 2, de la pago294 à la page 2^ 



— 13 — 

it leur mission à Ântioche et non à Rome. Les 
signalés ici, nous le répétons, ne s'observent 
is la partie préliminaire des Actes ; ils n*ôtent 
a valeur traditionnelle des Actes eux-mêmes, 
los chroniqueurs sénonais, ne tenant aucun 
de Tallusion à la persécution néronienne, ont 
nd même à Tan 46 l'arrivée de Saint-Savinien à 

ipport de Geoffroy de Gourion, ce fut après la 
m de la cathédrale Saint-Etienne qu'eut lieu le 
i de S. Savinien, et il place cette fondation en 
Ce serait donc le 31 décembre 73 que ce glo- 
3ntife aurait été mis à mort pour le nom de 
hrist, sous le règne de l'empereur Vespasien et 
ficat de saint Clément, d'après la chronologie 
é Darras, On sait qu'il y a eu des martyrs sous 
en^ parmi lesquels nous pouvons citer saint 
lire , évêque de Ravenne (79). 

II. SAINT POTENTIEN (73-74) 

es les données qui précèdent, il n'y a aucune 
3 pour fixer l'époque du pontificat de saint 
m. On sait qu'il succéda immédiatement à saint 
i, et qu'il fut lui-même immolé un an après la 
iglante du premier apôtre sénonais (31 décem- 

is Camuzat, chanoine de Troyes, qui a rédigé 
ogue des évêques de cette Eglise, reconnaît que 
)tentien a été le premier évêque de Troyes ; 
Qt il ne le met pas en tête de sa liste, « parce 
t-il, ayant été sur le siège métropolitain de 



— 14 — 

Sens, c'est à Sens qa'il a terminé sa vie par le martyre 
Âassi ne âgure-t-il sur aucun des anciens catalogues (I 
de même que saint Âltin, martyrisé à Sens, ne figu 
point sur les anciens catalogues d'Orléans, dont il 1 
Tapôtre et le premier évêque. 

III. LEONTIUS (P' ou IV siècle) 

Voici ce que dit Geoffroy de ce pontife et des cin 
prélats qui lui succédèrent : « Les six archevêques d 
Sens ci-dessus mentionnés, savoir : Léonce, Séveric 
Âudat, Eracle I'% Lunanus et Simplice furent don^ct 
ordre les successeurs immédiats de saint Savinien et d 
saint Potentien et gouvernèrent TÉglise de Sens. Lea 
vie, leur pays et leurs mérites nous sont inconnus 
car, les payens, les Normands et les Vandales ont dé 
truit les livres de leurs Actes. Cependant nous savoa 
qu'ils ont été inhumés (dans le cimetière situé) entn 
Téglise Saint-Savinien et la basilique de Saint-Sérotin 
comme on le voit dans un certain privilège que Clovis 
roi de France, donna au monastère de Saint-Pierre-1& 
Vif, en rhonneur desdits archevêques qu'il appell 
saints et bienheureux. »• 

D'après la vieille « Chronique mcmuscriie »• souven 
citée par Dom Hugues Mathoud, et suivie en cetendroi 
par Claude Robert, Léonce aurait eu 28 ans d'épisco 
pat. Il serait donc mort en Tan 103 (2). 



(l) Promptuarium sacrarum antiquitaium Tricasainm diœcm 
(Troyes, IGIO). 

{1) In cœmetorio ubi prœdecesaores sui tumulati fuerunt aepultMê tt 
anno centeaimo tertiOé Voir Démocharès, Chenu, Pierre de NataUbus. 



— 15 — 

IV. SÉVERIN P- 

Les Diptyques de Saint-Pierre-le-Vif placent la 
mort de ce pontife en Tan 129. Cela concorde avec le 
texte de Geoffroy, d'après lequel Léonce et Séverin 
forent les successeurs immédiats de nos premiers 
éyêqaes : Ordinale et subsequenter. Donc, il y a eu suc- 
cession régulière et non interrompue. Le chroniqueur 
cite à l'appui la Charte de Fondation de Saint-Pierre- 
le-Yif. Dans ce document, ainsi que dans le Catalogue 
de Fontenelle, Léonce et Séverin viennent immédiate- 
ment et sans lacune après saint Potentien . 

Quelques chroniqueurs sénonais des deux derniers 

siècles ont supposé que ce Séverin est le même que 

celai qui assista au concile de Cologne en 346. Taveau 

est le premier qui ait forgé cette hypothèse, qu'ont 

acceptée comme vraie les frères Sainte-Marthe et 

Fenei. Ils se trompent évidemment. S'ils disaient vrai, 

il y aurait eu entre Léonce et Séverin, son successeur, 

Qoe interruption de 243 ans. Est-ce possible? Aucun 

Ustorien ne parle d'une vacance aussi prolongée. De 

plus, il suivrait de là que saint Ursicin, de qui nous 

avons une date historiquement certaine (356), ne 

serait séparé dudit Séverin que par un intervalle de 

dix ans à peine, et cette courte période de dix années 

serait remplie par six évéques : Séverin, Audat, Héra- 

cle, Lunanus, Simplice et Ursicin ! Cela n*est même 

)as vraisemblable. Il vaut donc beaucoup mieux s'en 

enir aux données de la tradition et aux documents 

istoriques qui placent Séverin au commencement du 

xond siècle, et Ton peut admettre sans témérité, avec 



— 16 — 

Robert de Saint-Marien et D. Mathoud, que ce mèm 
Séverin a eu, au iv* siècle, un homonyme : Séverin ^ 

V. AUDATUS 

La « Chronique manuscrite *> assigne à ce pontife s; 
ans d*épiscopat. Il serait mort en 161, au commence- 
ment du règne de Marc-Aurèle. Obiit 161, ex Chronico 
Mss. mihi nwnc ad manum (Dom Mathoud). 

VI. HERACLIUS P' 

Le pontificat d*Héracle P' aurait eu, d'après le ma* 
nuscrit de Pierre Coquin (1), une durée de 46 ans. I 
serait donc mort au commencement du m' siècle. 

VII. LCNANUS 
VIII. SIMPLICIUS 

On assigne au premier de ces deux pontifes 38 ans 
d*épiscopat, et 32 ans au second. D'après le catalogue 
de D. Mathoud, Simplice aurait prolongé sa vie jusqu'en 
280, et il y aurait eu un intervalle de 9 ans entre le 
décès de Lunanus et Tavènement de son successeur. 

N.B. — Nous avons pu jusqu'ici, grâce aux indica- 
tions de nos chroniqueurs sénonais, établir, sur des 
données probables, une succession régulière de nos huit 
premiers pontifes ; mais, à partir du huitième, Simpli- 
cius, il se produit dans certaines listes une lacune assez 
considérable, qui se prolonge jusque vers le milieu du 
iv"" siècle. En effet, le neuvième évêque inscrit dans les 
catalogues les plus anciens est S. Urcicin, qui n'appa- 

(l) Fasciculua archiepiscoporum Senonenaiê civitatis mefropoltian* 
Mss. de 1552. (Bibl. de Sens, n« 63.) 



— 17 — 

rait qaen 356. Il y aurait donc eu un intervalle de 76 
ans entre lui et son prédécesseur. Cette lacune , heu- 
reusement, peut-être en partie comblée, à Taide de nos 
traditions locales ; elles nous révèlent les deux noms 
inscrits ci-après. 

IX. POLYCARPE 

Le nom de ce pontife nous est connu par les Actes de 
S. Mathurin^ dont notre liturgie célèbre la fête le 5 no- 
Tembre. Il y est dit que S. Mathurin, âgé de douze ans 
et dont la famille était payenne, fut instruit dans la 
doctrine chrétienne et baptisé par un saint évêque de 
Sens, nommé Polycarpe, lequel l'ordonna prêtre lors- 
qu'il fat parvenu à Tàge de 20 ans. Ces mêmes Actes 
noQs font connaître approximativement Tépoque à la- 
inelle vivait S. Mathurin; nous y apprenons qu'il alla 
i Rome du temps de Tempereur Maximilien-Hercule 
(288.305). 

Les Actes de S. Mathurin sont anciens ; ils ont été 
rédigés au x* siècle au moins, peut-être au ix*. Cepen- 
dant ils sont rejetés par certains critiques, mais pour 
des motifs qui ne nous semblent pas valables. Qu'il y 
^'t,dans la vie de S. Mathurin, des détails invraisem- 
blables, même des anachronismes, nous l'admettons, 
son histoire n'a pas été sans doute à Tabri de certaines 
interpolations de copistes ignorants ; mais ce n'est pas 
une raison pour la rejeter en bloc. Laissons de côté les 
faits peu vraisemblables, et acceptons seulement ceux 
qui ont un caractère de vérité. Les Actes ont été re- 
coimus dignes de foi par Vincent de Beauvais, au xiii* 



— 18 — 

siècle» par Pierre de Natalibus au xrv* (l), et plus ta 
par Baronius lai-méme. 

Dans ce document (les Actes) il est dit que Mathur 
fut baptisé, puis consacré prêtre à clarissimo viro P 
lycarpo episcopo qui EISDEM IN LOCIS in Dei reb 
fervebat (Texte de la légende du x* siècle). La plupa 
des écrivains ont conclu de ces paroles que Poljcaij 
était évêque de Sens. Citons, parmi nos chroniqueurs 
P. Coquin, D. Cottron, D. Janet, D. Mathoud, Fenel 
et, parmi les étrangers, André du Chesne, Démocharèt 
Cl. Robert, Chenu et Séverce. Ce dernier dit que Polj- 
carpe, devenu évèque en 287, aurait eu 23 ans d*épi8- 
copat. Il serait donc mort en 310, au cours d'un voyage 
à Rome, et il fut inhumé à Saint-Maurice-d'Agaïue, 
au lieu même du martyre de la Légion thébaine. Le 
bréviaire de Sens. le qualifie de saint; ce titre lui avait 
été déjà décerné par Vincent de Beauvais (2). Si le nom 
de ce pontife n*a pas été inscrit dans la liste des évèquM 
de Sens^ cela vient sans doute de ce qu*il est mort et a 
été enterré loin de son diocèse. Baronius reconnaît po- 
sitivement Polycarpe comme évêque de Sens, car dam 
ses Annotations au Martyrologe romain (24 juillet)» il 
dit de notre S. Ursicin : Successxt hic S. Polycarpo. 

X. SÉVERIN II (cité en 334 et kn 346). 

Encore un pontife qui est mort sans doute loin de noi 
contrées, et, conséquemment, ne figurait pas sur do 
listes épiscopales. Et pourtant nous lisons son nom e 
son titre d*évèqu6 de Sens, au temps de Oonstantia 1 

(1) p. de Natalibus, lib. X, cap. 6. 

(2) Specuhnn historiale, U II, c. 1&8. 



■ 

t 

1 



— 19 — 

Grand, dans le Gesta pontificum Autissiodorensium (Bi- 
blioth. hist, de l'Yonne, t. 1, p. 312), où il est dit que, 
lors du sacre de saint Euverte, à Orléans, saint Valé- 
rien, évêque d'Auxerre, lui imposa les mains : cttm 
Severo Senonensif et les autres évêques de la province de 
Sens. Cette cérémonie, d'après Ch. de la Saussaye(l), 
eat lieu en 334. 

Les Actes de deux conciles du iv' siècle — celui de 
Sardique qui eut lieu en 343 (d'après les nouvelles études 
historiques), et celui de Cologne, en 346 (2) — certifient 
qaeSéverin, évêque de Sens, prit part à ces assemblées. 
11 noas parait inutile de revenir ici sur les raisons al- 
léguées plus haut pour prouver que ce prélat doit être 
distingué de son homonyme du ir siècle et inscrit ici 
sons le nom de Séverin II : Ursicinus post Severinum in 
Senonensi cathedra sedit (Propre sénonais, office de 
S. Ursicin, au 24 juillet). 

Depuis le xiii' siècle au moins (3), la liturgie séno- 
naise faisait mémoire, au 23 octobre, d'un évêque dont 
le siège n'était pas désigné : « Saint Séverin, évêque et 
confesseur» » Dans leur tome IX d'octobre, les nouveaux 
Bollandistes disent (page 51), que, d'après une antique 
tradition, ce Séverin aurait occupé le siège de Sens, puis 
Celui de Cologne, et qu'il vivait au iv* siècle. Il est qua- 
lifié évêque de Sens dans deux copies du Martyrologe 

(1) Annules dioscesis A urefianeru» (Paris, 1615, in 4"}. 

(2) M. l'abbé Duchesne, dans son ouvrage intitulé : Origine des diocèses 
de U Gaule (Paris, 1890), prétend que ce concile de Cologne n'a pas eu lieu : 
c C'esf un faux, dit-il, du temps de Charles le Chauve. > Il le dit, mais il 
ne le prouve pas. 

(3) Libellxts de reliquiis, de Geoffroy de Gourion, calendrier, au 23 oc- 



— 20 — 

d'Usuard, au 23 octobre : Primé Senonumj deindé ec 
clesiœ Coloniensis antistes factus . (âcta SS., Grevenui 
t. VII de jain). Un fait certain, c'est que, précisémen 
en 346, un évêque, du nom de Séverin, fut élevé sur | 
siège de Cologne, en remplacen?ent d*Euphratas, d^ 
posé par le concile comme hérétique. 

Quelle est cette tradition à laquelle les Acta SS. fou 
allusion ? Ce ne peut être une tradition sénonaise ; 
on n'en trouve nulle part ici la trace ; mais les annales 
du diocèse de Cologne vont nous la faire connaître. En 
effet, nous avons interrogé le Martyrologe d'Usuard, au 
23 octobre, et nous y avons trouvé ceci : « Deux ma- 
nuscrits, l'un de Lubeck, l'autre de Cologne, contien- 
nent une notice assez étendue sur saint Séverin. Issu 
d'une noble famille de Bordeaux, il ât de très bonnes 
études ecclésiastiques, devint évêque de SENS, puis fut 
élevé sur le siège métropolitain de Cologne et se fit re- 
marquer par son zèle contre l'hérésie aérienne. Il sur* 
vécut à saint Martin (mort en 402, d'après Baronias) 
et alla mourir à Bordeaux (1). » 

XI. S. URSICIN (de 356 a 380 environ) 

D'après tous nos annalistes sénonais, S. Ursicin as- 
sista en 356 au conciliabule de Béziers, et fut exilé en 
Phrygie deux ans après. Geoffroy insinue que ce fut 
avant son exil qu'il construisit le monastère de Saint- 
Gervais, où il résidait habituellement et s'astreignait à 
la discipline des religieux. Le même auteur assore 

(1) Voir dans los Acta SS., t. VII do juin : Martyr d'Usuard, Auctirii. 
Cfr. Petrum de yutalibus^ lib. IX, cap. 98. Item : la DissertatiOii de 17» 
ciléo plus haut (Collection Tarbé). 



— 21 — 

qu'Ursicin fut rappelé de Texil par l'empereur Jovîen — 
par conséqueat, en 363, au plus tôt, — et qu'il vécut 
longtemps encore après son retour à Sens. Le Martyro- 
loge d'Âuxerre et les calendriers sénonais mettent sa 
mort en 380 ou environ. 

XII. S. THÉODORE (380-390) 

Ce prélat est qualifié saint par le Gallia christiana 
(2* édition), qui assure que son nom est inscrit aux 
Ides de janvier (le 13) dans le Florariu/m sanctorurn. 
Il est également nommé dans le Martyrologe de France, 
ce même jour. Sa mort eut lieu, d'après nos chroni- 
quears^ la sixième année du pontificat du pape saint 
Sirice(390). 

XIII. SINDINUS OU SICLINUS (390-421) 

Sindinus (ou Siclinus) serait mort en 421, d'après 
Coquin et Bureteau, que suivent Démocharès et Cl. 

Robert. 

XIV. S. AMBROISE (de 421 a 455 environ) 

Geoffroy nous apprend que ce pieux pontife émigra 
de ce monde vers Dieu le jour des nones de septembre 
(le 5) ; il ne nous dit pas en quelle année et n'indique 
pas la durée de son pontificat. Mais on peut conjectu- 
rer Tane et l'autre approximativement, d'après ce que 
iioas connaissons du temps du pontificat de son succès- 
sear, saint Agrice. Comme on donne à ce dernier, qui 
mourut vers 487, un épiscopat d'au moins 32 ans, il en 
résulte que saint Ambroise a dû mourir en 455, au 
plas tard. Il était inscrit le 3 septembre dans les 



— 22 — 

anciens calendriers, et le 5 dans le bréviaire de 1S2 

XV. S. AGRICE (455-487) 

Les dates que nous inscrivons à la suite du nom 
ce prélat nous semblent suffisamment justifiées par 1 
explications qui précèdent. Saint Agrice « quitta 
monde le jour des ides de juin »• (le 15), d aph 
Geoffroy. C'était le jour où Ton célébrait sa fête dan 
notre ancienne liturgie. Saint Agrice est surtout conn 
par la lettre que lui adressa Sidoine Apollinaire, en 475 

XVI. S. HÉRACLE II (488^20) 
XVII. S. PAUL (520-525) 

La chronologie de ces deux pontifes est facile 
établir. Le premier eut, comme on sait, un long éj^ 
copat. Il assista en 496, le jour de Noël, au baptêi 
de Clovis, et mourut vers 520. Saint Paul, frère d'Hè 
(Je, mourut la quatorzième année du règne de Chilc 
hert I", c'est-à-dire en 525, le 5 juillet. 

Saint Héracle est inscrit le 8 juin dans le Marr 

rologe romain ; il Test le 9 juillet dans tous lu 

calendriers, anciens et modernes, et c'est en ce mém 

jour qu'on célébrait et qu'on célèbre encore sa fête e 

celle de saint Paul. 

XVIII. S. LÉON (520-541) 

Ces dates ne sont pas non plus sujettes à contestation 
lilles sont basées sur la connaissance que Ton ad 
l'époque où se tinrent plusieurs conciles d'Orléan 
Léon so fit représenter au deuxième, il assista au trc 

^iciiK', ('( iH' put assister au quatrième, étant mort 



— 23 — 

541,1e 22 avril, jour où il est inscrit au Martyrologe 
romain et où Ton célèbre sa fête de temps immémorial. 

XIX. CONSTITUTUS (541-579) 

Geoffroy dit que Constitutus succéda régulièrement 
à saint Léon : ordinale successit ; ce fut donc vraisem- • 
blablement en 541 qu'eut lieu son élection. Nos chro- 
niqueurs marquent sa mort en 579, parce que ce fut 
en cette année-là qu'eut lieu la nomination de saint 
Arthème, son successeur. 

XX. S. ARTHÈME (579-609) 

On assigne à ce pieux prélat un épiscopatde 30 ans. 
C'est sous son ^pontificat qu'eut lieu, comme on sait, le 
premier concile de Sens, en 601 . 

XXI. S. LOUP OU S. LEU (610-623) 

fe deux dates sont acceptées par tous les historiens. 
Par exemple, tous ont omis de dire que saint Loup est 
inscrit comme signataire dans une liste de 79 évêques 
qui assistèrent en 615 au cinquième concile de Paris (1). 

Les six premiers siècles ont été franchis; nous ve- 
nons d'entrer dans le septième, et il semble que la 
tâche du chronologiste va devenir plus facile. Il n'en 
ejîtrien; elle est, plus encore qu'au début, hérissée de 
rfifficaltés. tant il y a de variantes et d'incertitudes 
dans la liste des prélats de cette époque. Essayons 
néanmoins d'apporter un peu de lumière dans ce chaos. 

(Ij V. ElemeritA juris canonici, d'Eusèbe Amort, d'où la liste des mem- 
LrCï du roncile a élo cx'raiic iiar Mgr llébrard, vie. gén. dWgeD, 185,'. 



— 24 — 

S. SÉNÈCE, CHORÉVÊÔUE, MORT EN 623 

Après saint Loup, les frères Sainte-Marthe, m 
Mathoud et Fenel inscrivent le nom de saint Sénèc^ 
que Geoffroy, le premier, a admis dans sa liste épisa^ 
pale, sans trop savoir quelle place il y devait occup^ 
D*après la notice qu'il donne de ce personnage (p^o, 
242); Sénèce, après avoir gouverné pendant quelq^^ 
temps TEglise de SenS; entreprit le voyage de Rome, 
mais il mourut en chemin, à Tarinentum (Ternant), 
village situé à 20 kilomètres au nord-est de Lyon, là 
où fut depuis Tabhaye de Savigny. 

La relation de Warnerius le Scolastique, reprodaite 
par Geoffroy, peut être vraie au fond. Ce qu'on ne 
peut admettre, c'est que saint Sénèce ait été réellement 
archevêque de Sens pendant l'exil de saint Loup ou 
d'un autre pontife sénonais; car, comme le dit 
D. Mathoud, cette intrusion aurait été une grave injare 
faite au titulaire. Il y a donc lieu de croire que ce pré» 
lat n'a été qu'un chorévêque. 

XXIL MEDERIUS (623-631) 

Après saint Loup, la plupart des catalogues, y com- 
pris celui de Fontenelle, inscrivent le nom de Mederius. 
Quelques-uns le mettent à tort après saint Amé. Ce 
prélat est celui à qui Ton doit la fondation de l'église 
Saint-Symphorien de Sens, où il fut inhumé. Il est in- 
scrit le quatrième dans la liste des prélats signataires du 
concile de Clichy en 628 (1). 

(t) Dapn'îs les Elmientn jnris canonici, d'Kusôbe Âmorl (1757), aies 
par Mgr Hébranl, vir. gén. d'Agen, 1882. 



— 25 — 

D'après le témoignage de rhistorien Flodoard^ un 
ârcheyéqae de Sens, nommé RicheriuS; serait un des 
signataires du concile de Reims de 625. De là, grand 
embarras pour nos auteurs locaux, qui ne savent quelle 
>lace et quel titre attribuer à ce Richerius. Les uns 
croient qu'il y a confusion de noms : Richerius pour 
Mederias. D'autres, comme D. Mathond, pensent que 
Richerias n'était qu'un archidiacre, qui signa à la 
place dû titulaire, absent ou empêché. C'est l'opinion 
qui nous semble la plus probable. 

XXIII. HILDEGAIRE (631-640) 

Ce prélat souscrivit, en 631, au titre de fondation 
de l'abbaye de Solignac ; en 636, au privilège accordé à 
Tabbaye de Rebais, et, en 639, à la fondation du mo- 
nastère de Sainte-Croix de Meanx. Après lui, le cata- 
logue de Fontenelle inscrit un Aumbertus que tous les 
auteurs suppriment, après Geoffroy. 

XXIV. AURIPERTUS (640^47) 

Le nom de ce prélat est inscrit, à la suite d'Hilde- 
gâire, par Geoffroy, Robert de Saint-Marien, et la 
plupart des chroniqueurs modernes, bien qu'il ne figure 
ni dans le Catalogue de Fontenelle ni dans le Gallia 
Christiana. 

Le Catalogue de Fontenelle met à sa place un A&m* 
hertns, ignoré de la plupart des auteurs et qui pourrait 
•ien n'avoir été qu'un chorévêque, qui aurait gouverné 
) diocèse, après le départ de saint Gondelbert (1). 

fl' Le Gallia Christiana s'est pavement trompé en faisant de cet Aûm~ 
ius Je synonyme ô'Aunobertus. Saint Honoberl appartient au siècle 
[vaut. 



— 26 — 

XXV. S. GONDELBERT (647-648) 

Il y a lieu de s'étonner que ce pieux et illustre prél^ 
qui quitta son siège pour aller s'ensevelir dans Xi^^ 
solitude des Vosges, n'ait pas même été mentionné sur 
nos listes épiscopales. Cette omission s^explique par 
deux raisons, que Dom Faugé explique dans son extrait 
de V Histoire de Senones : « Outre que les anciens 
« Catalogues, y lisons-nous, sont généralement fort dé- 
M fectueux, il était assez ordinaire de ne pas inscrire 
« sur les Diptyques les noms des évêques qui avaient 
« quitté leur siège et étaient morts loin de leur 
« Eglise. *• 

De nombreux auteurs ont confondu notre saint Gon- 
delbert, du septième siècle, avec son paronyme da 
siècle suivant, saint Cuntbert ou Gombert. Le R. P. 
Cornât a cru même que c'est ce dernier qui est inscrit 
dans la liturgie sénonaise au 21 février. C'est à tort. 
L'identité de saint Gondelbert, évéque de Sens, et du 
fondateur de Sénones est établie par des documents 
positifs, notamment par une charte donnée en 061, en 
faveur de Tcvêque Gondelbert par le roi Childéric II, 
roi d'Austrasie . charte dont la copie est déposée à la 
Bibliothèque d'Epinal. 

La durée de l'épiscopat de saint Gondelbert a dû être 
très courte. On ne peut donner à ce sujet que des dates 
approximatives. Auripert, son prédécesseur, étant 
mort en 647, le saint a pu être élu cette année-là même, 
et il aurait donné sa démission en 648 ou 649. 

(2) V. Dissertation sur saint Gondelbert, insérée dans la Semaine relj 
gicusndo Stas du \b février 1^7^. 



— 27 — 

XXVI. ARNULPHE ou ARNOUL (648-650) 

Le pieax prélat, fondateur du monastère de Saint- 
Médard à Paron, est inscrit dans tous les Catalogues; 
maiS; dans les plus anciennes listes, il suit Armentaire 
aalieu de le précéder. 

nVII.ARMENTARIUSouERMENTARIUS(650-659) 

Nous avons des dates précises pour le pontificat 
d'Armentaire. Il souscrivit, en 650, au concile de Châ- 
loMur-Saône, et, en 659, au privilège accordé à Tab- 
baye de Saint-Denys, par saint Landry, évêque de 
Paris. D*après ces dates historiques, il ne serait pas 
possible de placer Arnoul après Armentaire, comme 
l'ont fait les anciens catalogues. 

XXVIII. S. EMMON (659-670) 

Ilyaà peu près unanimité d'opinions sur l'époque 
da pontificat de saint Emraon, qui réunit, en 659 au 
plostard, le deuxième concile de Sens, à Mansolaoum 
(Mâlaj-le-Roi) . Trente évèques y confirmèrent le privi- 
lège d exeraptiun de Saint-Pierre-le-Vif. La mort de 
saint Emmon est marquée en 675, dans Odoranne et 
Geoffroy, mais elle a eu lieu plus tôt, c est-à-dire vers 
670, vu les dates que nous croyons devoir, suivant To- 
)iDion commune, assigner à Tépiscopat de son succes- 
eur. 

XXIX. S. AMÉ (670-675) (1). 

Ce saint pontife siégea à Sens pendant 5 ans, après 

(IJ \olr deux Dissertalioos sur sainl Amé dans la Semaine religieuse de 
;i.«, n" du 13 s<:i»tembre 1873 et du 9 seplembro 1893. 



— 28 — 

lesquels il fut envoyé en exil par Ebroln. Son nom e%^ 
inséré dans les deux listes de Geoffroy, qui a eu leto?f, 
de même que Robert de Saint Marien, de Tinscrire im- 
médiatement après saint Loup. C'est un anachronisme 
de près de 50 ans. 

On a peine à comprendre comment certains auteurs da 
dernier siècle, notamment le rédacteur du catalogue 
officiel (1751), s'autorisant de Terreur d'un copiste 
(Hucbald, moine de Saint-Amand au x* siècle), qui avait 
écrit Sedunensis pour Senonensis, ont pu confondre 
notre saint Amé avec un de ses homonymes, évëqaede 
Sion en Valais. Cette erreur, qui n'allait à rien moins 
qu'à enlever au premier de ces pontifes son titre d'ar- 
chevêque de Sens, ne peut plus se soutenir aujourdliiû. 
Elle a été solidement réfutée par un docte jésuite, Id 
R. P. J. Trentecamp {Acta SS. t. IV septembris). Saint 
Amé est qualifié archevêque de Sens par de très anciens 
et très grayres auteurs : le Gesta pontificum Comeramr 
siumi, la Chroniqtœ d'Hélinand (1), Ménard dans son 
Ménologc, le Martyrologe romain, etc. Sa fête se célèbre 
le 13 septembre dans les diocèses de Sens et de Cambrai. 
Cet illustre pontife mourut en 690, à Merville-sur-la- 
Lys (Nord). 

XXX. LANDEBERTUS 675-690). 

On ne sait si saint Amé, injustement dépossédé de son 
siège, donna sa démission. Quoi qu*il en soit, noas 
voyons Lambert assister comme archevêque de Sens, en 
septembre 677, à un concile qui eut lieu à Marly-le-Roi, 
et où fut déposé Chraralin, archevêque d'Embrun. Ce 

(1) Patrologie de Migne, l. 112, col. 793 et 800. 



— 29 — 

prélat fat le fondateur d'an coavent de bénédictines au 
faoboarg d'Yonne. Geoffroy et la chronique de Saint- 
Marien se sont grandement trompés, en faisant de lui 
le prédécesseur de saint Emmon. 

• 

XXXI. s. VULFRAN (690-698). 

Ce fat en 690, d'après Mabillon, que ce saint succéda 
àLambert. Il ne resta 4 Sens que peu d'années, et quitta 
cette ville pour aller évangéliser les Frisons. Saint Géric 
le remplaça, d'abord provisoirement, puis définitivement 
sur le siège archiépiscopal. 

D'après la Chronique d'Hélinand (1), saint Vulfran 
aurait séjourné 5 ans en Frise, puis serait revenu à 
Sens pour sacrer S. Géric, son successeur : Ordinato 
epiicopo in urbe Senonicd Gerico venerando ; et enfin il 
serait retourné à Fontenelle pour y prendre Thabit mo- 
nastique et vivre saintement jusqu'à sa mort, qui eut 
lieu en 720, selon l'opinion commune. 

XXXII. s. GÉRIC (698-710). 

On donne communément une durée de 12 ou 15 ans 
àl'épiscopat de S. Géric, en y comprenant sans doute 
le temps pendant lequel il administra le diocèse au nom 
àe saint Vulfran absent. On place la mort de ce prélat 
«û 710. 

XXXIII. S. EBBON (710-744) 

D'après Mabillon {Annales t. 2), S. Ebbon fut élu 
éqae soa.s Childebert II, par conséquent en 711 au 

i; Opère ciUto^ col, 812. 



— 30 — 

plus tard. Ce fut en cette qualité qu'il souscrivit cett 
année-là même, à la Charte de Léothérie. Il gouvern . 
le diocèse de Sens jusqu*en 744, année où, d*après i 
même auteur, il demanda aux Pères du concile d 
Soissons de le délivrer du fardeau de Tépiscopat 
Lorsqu'il sut qu*un successeur lui était donné, il & 
retira à Arces dans un ermitage. Il mourut en 750 
d'après Clarius et Geoffroy. 

XXXIV. ARTHBERTUS (744.) 

Toutes les listes inscrivent ce prélat, sous ce nom ou 
sous celui d'Othbertus ou Ardobertus, mais la plupart ne 
le mettent pas à sa vénérable place, c'est-à-dire, immé- 
diatement après saint Ebbon. L'histoire ecclésiastique 
nous apprend qu'il fut désigné et ordonné pour l'église 
métropolitaine de Sens par saint Boniface, archevéqa^ 
de Mayence, et proclamé en cette qualité au concile de 
Soissons, en 744 (1). On sait aussi qu'Ardobert fut en- 
voyé à Rome par saint Boniface, et aussi par Pépin et 
Carloman, puis il n'est plus question de lui nulle par*- 

• 

Bien que ce silence de l'histoire, au sujet d'un prélat q^ 
a mérité des deux pouvoirs ecclésiastique et civil une 
si haute marque de confiance, paraisse incompréhen* 
sible, nous devons le maintenir sur nos Cataloguas 
avec la plupart des auteurs, même les plus ancien^ 
C'est, à tort, croyons-nous, que le R. P. Cornât Tidelï* 
tifie avec le suivant. 



(1) Voir daDS Flodoard, lib. II, c. IG, la lettre du pape Zacbarîe à saic^ 
Boniface. 



— 31 — 

XXXV. S. HONOBERT (750-755) 

XXXVI. S. HONCLPHE (755-761) 

Saint Honobert était fils de celui qui, après sa mort, 
devait lui succéder sur le trône archiépiscopal. Le pre- 
mier mourut le 3 septembre, le second, le 19 décembre. 
Leur fête se célébrait autrefois le 5 janvier (1). 

MÉRULPHE 

Ce prélat figure sans numéro d'ordre dans la plupart 
des Catalogues. On ne croit pas qu'il ait gouverné 
l'Eglise de Sens. D'après les Chroniques de Saint- 
Pierre-le-Vif et de Sainte-Colombe, il aurait été trans- 
féré sur une autre siège ; mais, comme Ta fait observer 
le doyen Fenel, il est plus probable qu'il n'était qu'un 
cûorévêque, car personne n'a pu dire en quel diocèse il 
^^rait été transféré. 

XXXVII. LUPUS II (761-768) 

Ce pontife figurait au concile d'Attigny en 765. Il 
»*eut pas un long épiscopat, car on voit apparaître 
Willicaire, son successeur, dès Tan 768. 

A partir de Lupus II, les catalogues sont uniformes, 
ï^latiYement à Tordre et à la chronologie des arche- 
^^ues, dont nous allons donner la liste ci-après. Mais, 
^^paravant, nous devons faire quelques observations 

8W le quarantième archevêque, saint Gombert (773- 

Î80). 

Plusieurs chroniqueurs ont confondu ce dernier avec 

W Cfr. Lettres de Lebeuf, l. II, p. 36G. 



— 32 — 

le vingt-cinquième de nos archevêques, saint Gonc^ 
bert. L'identification n'est pas possible : saint Gombe 
vivait du temps de Charlemagne et mourut en 77^ 
saint Gondelbert vivait 130 ans plus tôt. D'aiDeor* 
Texistence de saint Gombert, du viii* siècle, est attestée 
historiquement par la tenue d'une assemblée que réaait 
Charlemagne pour délibérer avec les évéques et les 
seigneurs de son empire sur les moyens de rédaire 
Didier, roi des Lombards, qui faisait la guerre aa 
pape. Saint Gombert, archevêque de Sens, assistait l 
cette assemblée, avec Berthemar, abbé de Saint-Pierre- 
le-Vif, Camuzat parle d'un évêque de Troyes, nommé 
aussi Gombert, contemporain de Charlemagne, et qai 
n'est pas inscrit sur le Catalogue des évêques de ceXU 
ville, (PfornpPuarium, p. 158, verso.) 



LISTE CHRONOLOGIQUE 



DES 



ARCHEVEQUES DE SENS 



Avèn. Vtrl 
ti 



4G 
73 

9 



73 



» 
» 
n 
n 



j frères 



4.').*» 
488 



7'é 



» 
» 



:r.f. 380 

380 390 



'• s. Savinien 

2. 8. IV)teDtioD 

^* Uunlius 

*• Séveriii 

'^' Audalus 

*• Hérat-lius !•' 

'• Lun&Dus 

^ Simpiicius 

^- Polycarpe 

^0. Séverin II cité on 

334 ot 34r, 
"•S. Ursiciii 
'î- S. Théoiore 
'•^ ^indinusou Siclinus 390 4-21 
** S.Ambrcjisc, de 4 21 

à 4.^5 environ 
'-'• ^- Agrice 
''^- ^- Héracle II 

^''- Consiiiuiug 

* ' '• Aribème 

*'• ^- ^JUp I" (Senôce 

^••orévôiiue) 
■*■'• ^ederius 

' • • • Gondelberl, dé- 
*»sionDaire 



487 
5-20 



y2i) 525 

5-26 541 

041 579 

579 009 

nio 

fi-23 
031 



023 
031 
040 



040 047 
048 



ATèB. 

048 
050 
059 
070 

(>90 
098 
710 
744 
750 



bi I 



'20. Arnoul 

'27. Armenturius 

28. S. Emmuii 

29. S. Amé 

30. LaDdehcrlus 

31. S. Vulfran 

32. S. Géric 

33. S. Ebbon 

34. Arthbortus 
35 S Ilonubert 
30 S.Honulphe,M6rul- 

plic,chon''v^uu(?) 755 

37. Lupus II 701 

38. Williraire 709 

39. Goticscalc 772 

40. S. Oonibcrt 773 

4 1 . Hcrre I" 780 

42. WilIebauU 787 

43. IJÙrard 792 
4'». Hiniberl 790 
45. Mnguus 801 
\fj. Jérêmie 819 

47. S. Aldric 828 

48. Wéiiilon 841 

49. S. Egile 805 

50. Anségisc 871 

51. Evrard 884 

52. Wallerius 1" 887 

53. Wallerius II. 923 

3 



Uni 
•I 

drBiii. 

0.50 
059 
070 
075 
090 
098 
710 
744 

M 

701 

708 

772 

773 

778 

787 

792 

795 

801 

818 

828 

840 

805 

870 

883 

887 

923 

927 



L 



— 35 — 

Afèi. Itrt Avèn. NtrI 

dcBiii. dênifi. 

tOT. Hardouin de la Ho- 111 De Loin, de Bricrino 

guette 1692 1715 cardinal 1788 1794 
10^. Bouthillicr de Clia- Suppression du siège de 1801 à 1817 
Figny 171fi 1730 112 DolaFare, cirr/ina/ 1821 18>9 
m. Joseph LanguoI de 113. De Cosnac 1830 1843 
Gcrgy 1731 1753 114. Mellon Jolly, démis. 1844 1867 
110. P. d*.\lbort do Lu y- 115. V. F. cardinal Ber- 
nes, cardinal 1753 1788 nadou 1867 1891 

116. Mgr Etienne Ardin(l) 1892 



Dix caniinaux ont jusqu'ici occupé le siège archiépiscopal de Sens. Ao 
toioe Duprat fut le premier d'entre eux. • 



ERRATA. 

Pap:c 20, ligne 18, au lieu de aérienne, lire : arienne. 
Pagre 30, ligne 12, au lieu de vénùrable, lire : véritable. 



(I) Mgr Ardin ne serait que le 11 1* archevêque, d'après le Catalogue 
ifljoiel «le Mgr Languet et aussi d'après la notice du R. P. Cornai. 



ÉPIGRAPHIE SÉNONAISE 

LES PLATES TOMBES 

DB JEHAN LE JEUNE 
CHEVALIER, SEIGNEUR DU PLESSIS- LES - ÊVENT 
ET DE BÈATRIX DE DURNAY, SON ÉPOUSE 



Les Affiches de Sens, du 20 mars 1803, ont ann< 
la découverte de belles pierres tombales dans un ja 
situé, entre la porte Saint-Pregts et la porte Ss 
Hilaire, sur l'emplacement d*un couvent occupé, de 
à 1358, par les Frères-Mineurs. Le propriétaire i 
jardin avait^ en creusant la terre, mis à découvert I 
d*une chapelle (1), pavé de carreaux en terre • 
représentant « des oiseaux, des animaux et des fl 
de lis, *• et entourées par ce dallage, trois pi 
tombes que nous décrirons plus loin. 

Bien que les figures et les inscriptions qui s'y 1 
vaient gravées «« aient attiré Tattention et les re( 
ches des curieux, »» l'autour de l'article les cons 

(1} Taveau, dans h; passage suivant du son Cartulaire, somblc pi 
celle chapelle ou de l'église ii laiiuelle appartenait cette clmpollc 
vestiges duquel (ct>uvenl) resie encore le clos, Duquel il yavaylnaguè 
belle pelile église, en laquelle esloyent anciens aépulcbrosdo nutablc; 
geois dudi(!l Sens, qui a esté destruicte de ce temps, lor8i|uu ladiclci 
assiégée i)ar les Huguenots et rebelles, h la tin do novembre 1567. » 
Jl'lliot, p. oi el '.W. 



— 37 — 

comme ayant peu d'intérêt pour riiistoire de Sens et 
accorda seulement quelque mérite à une inscription 
latine de 1279, « comme pouvant donner une idée du 

* goût bizarre et de l'imagination des versificateurs de 

* la fin du quatorzième siècle. » 

Faut-il attribuer à ce jugement le peu de respect avec 

^^quel on traita ces belles tombes? Faut-il plutôt Tattri- 

buer à l'amour de l'argent, qui les fit vendre? C'est ce 

^^6 je ne saurais dire. Toujours est-il que, trois ans 

plus tard, M. Th. Tarbé les montrait à Millin qui, so 

^^ndant ^n Italie, s'était arrêté à Sens. On les avait 

^Wisées pour faire une passerelle sur un ruisseau ; et 

"éjà elles s'usaient sous les pieds des passants. Le 

^^ septembre de la même année, Millin écrivait de 

Màcon à Alexandre Lenoir, administrateur du Musée 

"6s monuments français, pour lui signaler et ces 

tombes et l'article des Affiches de Sens, reproduit dans 

'e%am encxjclopédiquc , t. III, 1809, p. 373 (l). Cette 

démarche de Millin resta sans résultat. 

En 1847, lors du congrès tenu à Sens par la Société 
française pour la conservation des monuments histori- 
î'ies, Tune des tombes, celle de Jean du Plessis, déjà 
f^rt endommagée, servait encore de passerelle. Sur les 
^ïistances de M. de Caumont, la Société archéologique 
acheta cette pierre, et elle retrouva, dans une propriété 
^^isine, la moitié d'une seconde; mais ne put découvrir 
'^ troisième. 

'^près être restées de longues années sous les han- 

'') Archives du Musée des nionumenlâ français l" jxirliu. — Papiers 
^^^^ Alexandre Lenoir, p. 413. 



gars du jardin de l'hôtel de ville, elles sontaujourd'ï*"' 
dressées au pied de l'escalier du musée. Bn voit^i ■" 



1 

La ppeiniére est mutilée dans sa partie supérieu*^> 
mais, à l'aide de l'article de M. Tarbé, il est fa*^"'* 
de la restituer en son entier. 

Sa largeur est de 1"17; sa hauteur, réduite à 2"" ^^• 
était d'environ 3 mètres; son épaisseur est de O" • **■ 
Ses bords portent, en encadrement, l'inscription 9*Mi- 
vante on lettres onciales : 

[ * : CI i G1ST ': MESSIRES ; lEHANS] J Ll [ lO.-ïE» ■' 
CHRS i SIRES I DOV i PLES5IE ': AVS ': ESVE.NTBZ ': « 'I 
VI ; TKESPASSA ': EN ■ L'A|1N ': DE ; GRACE [ M| CC ." 
niIXX ; et; VIII \ PRIEZ I [pOVRi Ll ! AMEN '. \ 

Ci git messirti Jean le Jeune, chevalier, sire du Pkts*^^ 
aux-Eventés, qui trépassa en l'an de grâce 1288. Pri^^ 
•pour lui. Amen. 

Au milieu, Jean du Plessis est représenté couchés» ** 
le dos, la tête nue, les inaîns jointes sur la poitrine' 
les pieds posés sur un chien. A ses bras sont sus-^ 
pendus son épée, posée en bande, et son écu armorié - 
M. Tarbé a blasonné cet écu : d'or & 6 burelles d'ar — ' 
gent. Ce seraient alors des armes à enquérir, puisqu'» ' 
y aurait métal sur inétat. Le fond de l'écu est uni et le* 
burettes piqui-tées ; on aurait lu plus exactement e 
disant : il'argent à six bumlles d'or, mais la tache P 
terail, il y aurait en'-nre métal sur métal. L« vitrail i^ 
l'aiicieiitie chapelle de Saint-lïuti'ope. en la cathédrale 
de Sens, louilée, en lIJUO. ]iar Lîuitlaume du Plej$st»"« 



— 39 — 

• 

chanoine, appartenant à cette famille, donne la vraie 
lecture : le champ est d*or et les burelles de sable. Le 
graveur a pointillé les burelles au lieu de les quadriller. 
Le noble chevalier, vêtu d*un haubert de mailles et 
d'une cotte d'armes, est placé dans un édifice en forme 
d'arcade avec clochetons gothiques. Les tympans en 
extrados renfermaient deux anges agenouillés; nous 
n'avons plus que la partie inférieure de l'un d'eux, celui 
Je droite. Il est gravé sur un petit fragment détaché 
do grand. 

Le Plessis-aux-Eventés, dont ce chevalier était sei- 
gneur en 1288, porte aujourd'hui le nom de Plessis- 
Saint-Jean, commune du canton de Sergines, arrondis- 
sement de Sens (Yonne). En 1665 il portait encore le 
nom de Saint-Jean-du-Plessis-aux-Eventés (Quantin, 
Dict, top, de l'Yonne). 

Un autre Plessis-aux-Eventés, appelé aujourd'hui le 
Plessis-aux-Chats, fait partie de la commune de Don- 
lilly, arrondissement de Donnemarie (Seine-et-Marne) 
(Delettre, Hist. du Montois). 

Ces deux localités tirent leur nom d'une même fa- 
mille, dont divers membres figurent comme témoins 
dans les chartes de Henri P^ comte palatin de Troyes 
dell58 à 1194(1). 

Le Livre des vassaux du comté de Champagne et de 
Brie, au chapitre de la Chastellerie de Brie, contient, 
entre autres, les noms de Otrans, Jeufroij et Erlebaut 
deuPlessie et de Jeufroi, Glrars, Ihicjnes et Oudes II 
Eventez. 

'»] OiAMiN, CartiiLiirc de l'Yonne, II. 288 à :n2, el d'Aruois de 
iïumviUE, Histoire des comtes de Chumpafinç, UI, !>. U2 el 143. 



— 40 — 

• 

Geoffroy FËventé, fils d'un autre Geoffroy, été 
marié à Reine, Regina, fllle de Pierre de Castello^ 
avait poar frère Girars et vivait en 1190. Girars n'éta 
pas mort en 1200. 

Nous avons cité plus haut le chanoine Guillaum* 
du Plessis, qui vivait en 1230. 

Au XII* et au xiii' siècle» les seigneurs du Plessi 
eurent de fréquents démdlés avec le Chapitre de Sens 
concernant les droits de haute et basse justice et autre 
droits sur les terres et la ville de Pont-sur- Yonne. 

En 1181 et 1183, Hugues TEventé et le Chapitc 
s*accordent sur les droits de fournage et de minage. 

En 1220, Nicolas TEventé, chanoine, lègue « 
Chapitre quatre sols parisis de rente à prendre sur 
péage. 

En 1224 et 1225, Gauthier Cornu, archevêque c 
Sens, et Philippe de Nemours s'occupent de régler le 
droits du Chapitre et de Geoffroy du Plessis et de soj 
neveu Gui, autrement dit Gauthier, fils dudit Philippe 

En 1248, Jean du Plessis ei Gauthier ou Gui à* 
Nemours s*en rapportent à un arbitrage réglé pa* 
Guillaume, trésorier de Sens, Eudes, archidiacr 
d'Etampes, et Guy de Verneuil, chevalier (1). 

En 1257; Jean du Plessis approuve, comme seigneu 
féodal , une donation faite par Gilon de Michery e 
Marie, sa femme, à Tabbaye de Saint- Paul-lès 
Sens (2). 

(I) Carlulnirc. de l'Yontw, t. III, plAct» 5'23 rédigée eu langue Tulgïirw 
Voir au:4si Moutaric, Inventaire îles nrlrs du parlement de Paris, OHm 1 
f- 4i r* et folio l.VJ i* cl v. 

{.;; Arrliivus de l'Youne, H. 477. 






— 41 — 



II 



De la seconde plate-tombe, nous n'avons que la 
moitié inférieure. Elle mesure 1"20cle large et avait 
environ 3 mètres de hauteur sur 0™ 12 d'épaisseur. 

En encadrement, on lisait une inscription métrique 
latine, écrite en lettres onciales avec de nombreuses 
abréviations. Nous la donnons ici, en mettant entre 
parenthèses la partie qui fait défaut : 

( 7 GTA : DEO PPLO I PRM : SPALIS : AMATRIX : OODIT : 
HOC : TVMLO : PDENS : PIA : CASTA BEATIX : I : ) DE : 
DVRNAIO : CARNALIT : HNC : GNAVIT : I : DE : PLESSEIO : s : 
OIVGIO : COPLAVIT : QID : VALET : HVIC : GENIS : I.AVS : 

spoNsiPOPA : VLE (bis : Nvc : cinis : 3 : id : eris : memor : 
ESTo: Q : morieris :) 

Sa restitution fournit les six vers léonins qui suivent : 

Grota [)eo, populo, pairum spccialis amatrix 

Cnnditur hoc tumulo prudens, pia, casta Bcatrlx, 

J' de bwrnaio cornalUer hanc genernvii ; 

J- de Plesseio s Un conjugio copulavit. 

Q'iid valet huic rjcneris laus, sponsl pompa ? Valebls. 

^^^nc cinis est ; id eris. Memor esio quod morieris. 

.limée de Dieu et du peuple, et tout particulièrement 
fi^rc de ses aïeux, la prudente, pieuse et chaste Beatrix 
^^t enfer ûv^e dans ce tombeau. Jean de Durnaij lui donna 
'f naissance : .Iran du Plessis s'unit à elle par les liens 
lu inariage. A quoi lui servent l'illustration de sa race 
t le faste de son époux'i Tu vaudras autant (ju'elle. 



— 42 — 

Elle nest plus que cendre ; tel sera ton sort. Souvie-^r 
toi que tu dois mourir. 

Elle était représentée couchée, les mains jointes 
les pieds sur un chien. Au-dessus de sa tête, qui étai 
couverte d'un long voile, on voyait, dit M. Tarbé, à sa 
droite, l'écu de ses armes : d'argent au lionceau cou- 
ronné de gueules, et à sa gauche, Técu de Jean du 
Plessis, son mari. 

Il ne nous reste plus que la moitié inférieure de cette 
dalle; l'autre a été vue, en 1856, par M. Ph. Salmon, 
notre savant confrère, dans le moulin de Mocquesouris, 
près de Sens. Les recherches que nous y avons faites 
n'ont amené aucun résultat. Cette pierre aura, croit- 
on, été employée dans les constructions du moulin, 
avec d'autres pierres plates, à couvrir un canal sou- 
terrain. 

Nous aurions voulu y vérifier le reste de l'inscription 
qui se lisait, d'après M. Tarbé, en une seule ligne 
courbée en ogive au-dessus de la tète de Beatrix : 

,— bis _ 

M : ivGENs : BIS : cl. s .x. ter : tria : disce : q. 

LANGVORE : GVI : MAIO : çClATA MIGRAVI : 

Bien qu'il ait vu que cette longue ligne devait donne 
deux vers latins, M. Tarbé n'a pu réussir à restituer 1 
premier, en dehors duquel il s'est vu obligé de laisser 
Mille jungcns bis. 

Nous pensons qu'il faut lire : 
M jungcns bis CL, bis A", ter tria, disce 
Qiiain riïu/vore r/ravi niaio crvciata migra vi. 

Nous ne donnons pas leurs valeurs numériques a 
siffles M, C, L. X, mais seulement leurs valeurs ph 



— 43 — 

nétiques. Comme M. Tarbé, nous laissons de côté la 
sigleS,dont nous ne savons que faire. Existait-elle? 
Cest là un des points que nous aurions voulu vérifier. 
La traduction est facile : 

Apprends que, succombant aux souffrances d'une 
^^^^ladie de langueur y j'ai quitté ce monde en mai 1279. 
Voici, en terminant, le résultat de nos recherches 
surDurnay, sur Béatrix et sur sa famille : 

Dttrnay est un ancien fief, situé sur la commune de 
vendeuvre-sur-Barse, arrondissement de Bar-sur- 
^^^, département de TAube. 

Vers 1190, noble dame Agnès de Chacenay, a une 
nlle Marguerite, mariée à Thibault de Bar, et un fils 
appelé Ha... de I)urnay.(LALORE. Cartulairc de Vabbayo 
^ Basse- fontaine n« 81.) 

Le 13 janvier 1219, Gérard de Durnay promet de 
P^jer à Jeanne de Navarre, pour le rachat de la part 
*'ui échue dans le comté de Bar-sur-Seine, une somme 
de 300 livres. 

En avril 1234, Girard de Durnav et sa femme 
iïarguerite font une fondation pieuse en faveur de 
i'hôpital des Allemans. à prendre sur leurs terres de 
Vendeuvre. (Lalore, Cartulairc do Beauvoir, n® 42.) 
En mars 1235, il déclare qu'il abandonnera l'hommage 
'e l'héritier du comté de Champagne et soutiendra 
ontre lui Blanche, fille de Thibault IV et Jean de 
Iretagne, si cet héritier réclame le royaume de Navarre. 
En juillet 1238, il met, dans la mouvance de l'abbaye 
e Montier-la-^elle, des biens, situés près do Troycs, 
L mouvant de Thibault IV, et dégage, de la mouvance 
e celte abbaye, le fief de Landreville. 



— 44 — 

En 1243, il a un procès avec Erard Larron, cheva 
(D*Arbois de Jubainville, Catalogue des actes des co 
de Champagne, n- 1247, 2396. 2460, 2644.) 

En février 1247, Jean seigneur de Durncy, cheva 
achète à Milet on Milon de Poagy tout ce qu'il possé 
à Vendeuvre-sur-Barse (Aube), et dans lachàtelle 
Cette acquisition est constatée et confirmée par ' 
bault IV, comte de Champagne. (D*Arbois de Jub 
VILLE, Catalogue des actes des comtes de Champa 
n~ 2819 et 3468.) 

En 1255, le même Jean de Durnay, fils de Gérai 
Valéry (1) et de Marguerite de Broyés (2), fait de la 
concessions aux bourgeois de VilIeneuve-au-Chène 
février 1275, le même Jean de Durnay et Guillaum 
son épouse, accordent une charte d'affranchisseï 
à tous leurs hommes et femmes de Vendeuvre 

En 1275, Jean V* de Noyers (4), seigneur de Mi 
Courgis, Saint-Cyr, Chitry, etc., cinquième enfar 
Miles VIII, bouteiller de Bourgogne, n'est encon 
simple écuyer. Il épouse, quelques années plus 
Marguerite de Durnay, qui lui apporte en dot une p 
de la terre de Vendeuvre, et il meurt en 1298. 



(t) Kranl de Valcry. cliaiiibcllaii flu France cl connétable de Cliau 
portail une crtjix Bur son écu on U7j. Dès 12'2t, un autre meuilii 
famille avait aussi un écu chargé d'une croix. Les Valéry do Durnay 
seigneurs de Vundouvro. Landrevillc. Ccrvct, du Magniruucarl. 

(2) Lu maison di> Rmyc^s iMirlait d'azur h .1 broyos d'or posées c 
A. Hoskuot, Annarinl </*» l'Auhfi, 

(15) l)(>velnpfn'mcHt dt' rfrnnncipntion communale en Chamjtayi 
lîvie, par iiii hihliopiiile champenois. Arcis-sur-Aube. 1875. 

('«) Les armes des sirei« de Nuyeni étaient : d'azur ù l'aigle a 
employées dur. 



— 45 — 

En 1300, cette noble dame affranchit du droit de 
main- morte une partie du village de Chitry (1). 
Nous croyons trouver en elle la fille de Jean de Durnay, 
la petite-fille de Marguerite de Broyés et la sœur de 
Béatrix. 

Voici un tableau résumant la parenté à peu près 
certaine de quelques-uns des personnages dont nous 
venons de nous occuper et en particulier de ceux dont 
les noms sont inscrits sur les deux pierres tombales : 

Géraitl de Valéry épouse Marguerite de Broyés. 

Ils ont pour enfants deux filles : 

1* Béatrix de Durnay, qui épouse Jean le Jeune du 
Plessis ; 

I 2* Marguerite de Durnay, qui épouse Jean I" de 
Soyers-Maisy (2). 

III 

Il est regrettable qu'on n'ait pas retrouvé un frag- 
ment d'une troisième dalle sur laquelle M. Tarbé avait 
la cette ligne incomplète, gravée en caractères serrés, 
sans ponctuation ni intervalle, et qui semblait appar- 
tenir à la même époque que les deux autres : 

...MADAME YSABIAUS FAME MONSEIGNEUR SIMON DE... 

Dans VAlmanach du département de l Yonne tt de la 
:Ulc de Sens, pour Tannée 1810, M. Tarbé a inséré une 
Soticesur le Plessis^Saint-Jean et Pailly. Il y reproduit 
n partie l'article des Affiches de Sens du 20 mars 1808 et 

J] Chilry, canton de Chablis, arroudissomcnl d'Auxerre, csl partagé en 
■ux : Chitry-le-Haulot Chilry Ic-Bas. Il s'agit des habitants de co dernier 
roupt*. 



— 46 — 

y ajoute quelques détails sur les divers personnages en 
les mains desquels passa la seigneurie du Plessis. 

Ces détails sortent de notre sujet, nous renvojon 
l'auteur ; mais nous croyons utile d'ajouter ici qu 
ques mots sur quatre débris de plates tombes de 
même époque, conservés non loin de celles dont n< 
venons de parler. 

1® Sur le premier, on lit en lettres onciales hautes 
0«036: ... T : PERE [ FISICIAN : : Nous croy 
avoir sous les yeux un fragment de la tombe de 1 
firmier d'un monastère. Le jour de la fête de sa 
Jean, dans la salle du Chapitre où toute la comn 
nauté était assemblée, le physicu^ monasterii S. ]l 
toris Massiliensis j\xv2L\t de fournir à chaque malade ti 
ce qui lui serait nécessaire, et en cela^ il ne devait 
laisser influencer nec amore, nec odio, nec prece, \ 
pacto alicujus (l). Ce fragment mesure 0" 75 de haui 
sur 0"'32 de largeur. 

2» Sur le second : [ICI G1]ST.GEHANZ.LI.F1LZ. 
haut d'une dalle qui mesurait 0"«58 de large, et doi 
ne reste que l'angle droit supérieur, avec le bras d 
et la tête d'une croix fleurdelisée. 

3® Sur le troisième, qui provient de l'abbaye de "^ 
luisant : [HIC]TEGI[TVR...J se trouve gravé en c£ 
tères d'un style admirable. 

G. JULLIOT 

(1) Lo Tcslainciitum Asiiii, atittnn a Petro Lamdccio, conlient une 
qui cUihlit dos dliréroncos filtre l'ajujUiicairc, \o médecin et le physi 
l'rl ujiolht'cniis, slt'VciiH ynviim mrdicis, urinnm quoquc physicis. 



LES DEUX FEUILLETS 

DU DIPTYQUE DE SENS 

ET UN TROISIÈME FEUILLET QUI EN DÉRIVE 



Au nombre des richesses d'art accumulées par les 
siècles dans le^trésor de la cathédrale de Sens, son véné- 
rable chapitre conservait les deux tablettes d'ivoire 
^ûn diptyque consulaire anonyme, dont la prove- 
ïïaaceest resstée inconnue. (1). Le Catalogue de l'expo- 
sition rétrospective de Tart français au Trocadéro, en 
1889, lui a donné pour date le ii" ou le iir siècle, et 
M. A. Duchalais , le v% dans le Bulletin de la Société 
^^chéologique de Sens, t. V, p. 81. 

Au xiii* siècle, on Tutilisa comme couverture d'un 
office composé par Tarchevêque de Sens, Pierre de 
wbeil, pour être chanté] le jour de la Circoncision, à 
^^ place de Toflice des fous (2). Plus tard on a confondu 

i') L'inventaire de tB53, donné par nous dans \o Bulletin de la Société 

^^^ogiquede Sens t. XI, le décrit en ces termes : « Ung livre long et 

^'^ict couvert de deux placques d'ivoire flgurécs on bosse, bordé tout à 

^otour de lames d'argent dont il y a quelques morceaux (Xjrduz, lodict 

^'^ appelé vulgairement le Livre des folz. » 

'^ diptyque, renfermant encore le manuscrit, exi)osé dans une vitrine 

"^^^a^municipaU appartient à la Bibliothèque publique de Sens, où il est 

^•^'^^ésous le n» 276. 

* ^ ^oir au Bulletin de la Société archéologique de Sens t. VI, un travail 

" ï'abbé Carlicr et au Bulletin de la Société des Science» historiques 

^^^relles de l'Yonne, les rcchercbes do M. A. Chérest. 



— 48 — 

ces deux offices. On en fit écrire tout exprès une copie 
du format exceptionnel de la couverture : 0"156 de 
largeur sur 0"345 de hauteur. 

En 1854, le Bulletin de la Société archcologir/uc de 
Sens a donné une description du diptyque par A. Du- 
chalais et une copie du texte par M. F. Bourquelot. La 
mort n'a pas permis à M. Duchalais de mettre la der- 
nière main à son œuvre. Il aurait fait disparaître quel- 
ques inexactitudes et donné à son sujet plus de dévelop- 
pement. Et nos regrets sont d'autant plus vifs, que les 
descriptions données avant et après lui sont toutes plus 
ou moins erronnées et incomplètes. 

Quant au texte publié par F. Bourquelot, il est assez 
fidèle ; mais certains lapsus altèrent le sens et une dis- 
position plus convenable demanderait une réédition. 

Nous allons donner d'abord la description du dipty- 
que, nous essaierons plus tard une nouvelle étude da 
texte. 

DESCRIPTION DU DIPTYQUE 

Les deux plaques d'ivoire, qui composent le diptyque, 
mesurent 0'"126 de largeur et 0'"327 de hauteur. Elles 
sont fixées sur des planchettes de chêne, à l'aide de 
lames d'argent estampées et décorées de feuilles 
d'acanthe rectangulaires, dorées et disposées en échi- 
quier sur les plats et les tranches. Le sculpteur avait 
déjà lui-même ciselé à l'entour un cadre étroit fait de 
fieurons alternativement droits et renversés, séparés 
les uns des autres par des fuseaux allongés, disposés 
en chevrons. Les deux sujets ainsi encadrés sont : 1* le 
lever du soleil sous la figure de Bacchns-Hélios, dont la 



•ii 



I ; 



t 



— 49 — 

chaleur bienfaisante active la maturation du raisin, en 

même temps que sa vive lumière illumine des scènes 

p/eines d'activité et de mouvement ; 2** le lever de la 

Jaiïe sous la figure de Diane-Lucifère-Tauropok, qui ré- 

fsmà sa douce clarté sur des scènes de calme et de 

paii (1). 

PREMIÈRE TABLETTE 

BacchuS; à la longue chevelure, entièrement barbu, 
couronné de lierre, une légère draperie sur l'épaule 
gauche» lient de la main droite un cantliare qu'il vient 
dévider (2) et s'appuye de la gauche sur un thyrse (3). 
Il est debout sur un char triomphal, richement orné, 
attelé d'un centaure (4) et d'une centauresse au 
galop, qui soutiennent, à la hauteur de leurs têtes, un 
acratophore (5) rempli de vin. Entre la centauresse et 
Bacchus, se présente, debout, un personnage entière- 
ment nu, qui porte une crossette de vigne dans sa main 
gauche. Il a les yeux fixés sur le visage du dieu et 
semble le soutenir par derrière. Millin a vu dans ce 
personnage le dieu Pan, Duchalais ne le nomme pas, 
M. de Montaiglon l'appelle Ampelus; on pourrait y voir 

(1} i»n fieut rapprocher ce ces sujeCs le l»as-rcli«^f qui orne \n sarcophage 
de Julia QuintiDa, qu'a vu el décrit Millin lors do sa visite au musée de 
^anFC'îile, pendant son voyage dans les d^partcnieuts du midi de la France. 
PI, XXXVII, 3. 

'^•2) Vase à boire assez profond, muni d'un pied el de deux anses. C'est, 
d'après» MafTobe, Tatlribut do Bacchus : Scyphun ilcrculis jxtculum est Un 
11/ lAberi f*airis cantliarus, 

','-i) Lance dont le fer est orné de feuilles de lierre ou de vigne. 

(4; La jambe droite antérieure du centaure a été mutilée. 

^d) Grand vase qu'on plaçait sur la table rempli de vin sans aucun 
mélange. 

4 



\ 



— 50 — 

Acratus, le vin pur, à Taide duquel le dieu triomphai 
renouvelle ses forces. 

Le char triomphal de Bacchus-Hélios roule sur 1 
flots de la mer, figurés, comme le vin dans Tacrat 
phore, par des traits ondulés. Trois divinités lui se 
vent d'escorte. Elles portent des ceintures de feuill 
de vigne (1) et la partie inférieure de leurs corps $ 
termine en queues de poissons. Malgré cette form 
empruntée aux Tritons pour représenter ces divinités 
celle du milieu, à la barbe touffue et à l'abondante che^ 
velure^ d'où émergent deux pinces d'écrevisse, ne peu 
être prise pour un autre qu'Océanus, fils du Ciel et de h 
Terre ; il retient avec force entre ses mains un lion 
marin. A sa droite est Tethys, fille. d'Uranus et d( 
Gaea, appuyant son front sur un objet vertical quelle 
tient dans sa main droite. La divinité qui nage à leur 
gauche, est Nérée, leur fils, à la longue chevelure, 
tenant un buccin appuyé sur son épaule gauche et 
montrant, de sa main droite, le char de Bacchus. Millia 
avait cru reconnaître dans ces trois divinités un Triton 
et deux Néréïdes. En avant de ces trois divinités na- 
gent un dauphin et un poisson à grosse tête et à corps 
ramassé. 

A ce triomphe de Bacchus-Hélios, se rattachent deui 
autres petits sujets : i* au-dessus de Tacratophore, est 
figuré le rivage, vers lequel se dirige le char du dieu, 
un homme, à la chevelure et à la barbe abondantes 
n'ayant pour tout vêtement qu'une chlamyde enrouléi 
autour de son bras droit. Il court à droite et se retourn 
à gauche en souillant dans un buccin. Il tient, dans s 

(1) Voir los «'eps de vignes représimlés en haut de la labloUe. 



— 51 — 

main droite, les rênes d'un cheval au galop (1)^ sur le- 
quel est assise, du côté droit, une jeune femme vêtue 
dune chiamyde qu'une fibule attache sur son épaule 
gauche, et chaussée de bottines. A. Duchalais voit, dans 
ce groupe qui précède le char de Bacchus-Hélios, V Aurore 
sortie de la mer pour annoncer le jour et guidée par un 
tritony demUdieu introducteur par excellence des divi^ 
nt/éi-/wmièr^^. La disproportion de taille entre le triton 
etTAurore mérite d'être signalée. Nous préférons cette 
interprétation à celle de Millin qui voit, dans la femme 
assise sur son cheval, le propriétaire de la vigne où se 
fait la vendange, et un satyre à cornes de bouc dans 
le personnage que Duchalais appelle un triton. Et cepen- 
dant cette représentation de l'Aurore, assise sur sa 
monture comme Epona, la déesse des ânes et des che- 
Taux, est loin de nous satisfaire. L'artiste ne pouvait 
pas lui faire conduire le char d'Hélios attelé, comme 
il la représenté, d'un couple de centaures, ni la placer 
sur son propre bige , emporté dans le ciel par ses 
chevaux Lampos et Phaéton (2) ; mais il aurait pu 
nous donner de la déesse aux doigts de rose une image 
plus gracieuse. 

2* Derrière l'Aurore et un peu au-dessus d'elle, un 

personnage nu porte des raisins dans une corbeille sur 

^on épaule gauche et dans un panier à anse qu'il 

tient de la main droite. Il marche sur une terrasse dans 

le sens du cortège et semble en faire partie, et pourtant 

il regarde derrière lui ; il s'intéresse à la récolte du 

•aisin et à la fabrication du vin. 

fl) La jambe droite antérieure du cheval a disparu, 
(-■ ïHjn bras gauche a 6té mutilé. 



— 52 — 

Millin et, après lui, M. de Montaiglon n'ont point 
ce qu'ils pensaient de ce personnage. Avec A. Dud 
lais^ nous reconnaissons en lui ce jeune adolescei 
Ampelos, fils d'un satjre et d'une nymphe, d'autres c 
sent du Soleil et de la Lune, qui fut chéri de Bacchi 
à qui ce dieu donna la vigne. En vendangeant^ il tom 
du haut d*un 'Ormeau, mourut des suites cette chute 
fut placé dans le ciel au nombre des constellations, so 
le nom du Vendangeur, Apporterait- il du raisin 
Bacchus ? 

Le tiers supérieur de la tablette se décompose e 
quatre scènes faciles à interpréter : 

1® En haut, à droite, deux vendangeurs rempli 
sent leurs corbeilles de raisins cueillis à une vig; 
en arbre, dont les feuilles ressemblent à des feuill 
d'acanthe. 

2* Au-dessous, un charretier, armé d'un aiguille 
conduit au pressoir son char rempli de raisin et trai 
par des mules. 

3° A gauche, trois enfants qui se soutiennent à la: 
de cordes (1), passées dans le cadre comme dans u 
solive, foulent en dansant le raisin accumulé dans i 
large vasque ornée de perles. Le vin s'en échappe { 
une tête de lion qui le verse dans une grande urne. 1 
tonneau, cerclé comme les nôtres et rempli de vin ne 
veau, est placé sur un char attelé de deux bœufs (2) ( 
partent au galop et que cherche à maîtriser le condi 
teur de la voiture chargée de vendange. 

(1) Millin a pris deux fraginoiils de colle (iordo pour dos cornes, dt. 
gralilie le premier de ces enfants. 
('2) La jambe droite postérieure de l'un des bœufs a disparu. 



— 53 — 



DEUXIEME TABLETTE 



Les scènes représentées sur la deuxième tablette for- 
iDent le pendant de celles de la première. 

Debout sur un char plus élevé mais plus simple que 
celai de Bacchus, attelé de deux taureaux au galop (1) 
et roulant sur les flots (2), Diane-Lucifère-Tauropole 
tient à deux mains son flambeau incliné vers sa droite. 
Un croissant brille sur sa tête qu'entoure, comme 
d'une auréole, une vaste écharpe retenue sous ses deux 
bras. Elle est vêtue d'une longue tunique sans manches, 
relevée sur son genou droit, et d'une épomide attachée 
par des fibules sur ses épaules et à sa ceinture. 

Le char s'avance de droite à gauche , pour indiquer 
le mouvement apparent de la lune par rapport aux 
étoiles, mouvement opposé au mouvement diurne, La 
mer est peuplée de poissons variés au milieu desquels 
Amphitrite, fille d'Océanus, et femme de Neptune, 
assise et tournée vers la droite, se laisse balancer mol- 
lement. Sa tête est ornée d'une longue chevelure qui 
pend derrière ses épaules, ses bras et son corps sont 

0) Co sarcopliago vu par Milliu, à Bordeaux, dans l'ancionnc salle des 

«ances publiques de l'Académie, oiTre des scènes «ju'il esi bon do rappro- 

^licr (le celles du diply.iue sénouais : 1° une Dianc-Tauropole; 2*^ niùme 

ééf^e visitanl Endyinion ; 3" un chasseur et une femme disposant dos 

/o^f/s dans des corbeilles. Celle dernière scène rappelle celle du génie (|uo, 

page 55, nous indiquons comme tressant une guirlande et <|ui pourraient 

bien niissi préparer des lacets. Millin, Voynfjc dnns Ina dt'fiartcmcnts du 

midi de la Fr.ince. T. IV, Cyhl et PI. XXVI. 

C.'j f>.»s n)ues sont à huit raies, celles du char de Hacchus n'en ont (juo 
six. Les iMiîufs sont atlachés au limon, qu'on ne voit pas, jmr de larges 
'xmrroies eo forme do colliers. 



— 54 ■ 

nus, ses jambes sont enveloppées dans les plis muS- ^'' 
pies d'une ample draperie. Dans sa main gauche, i^^ll* 
serre fortement un bélier marin ; dans sa droite. ^^Hb 
soutient une langouste que cherclie à dévorer une p-- '^- 
tris (1). Deux chiens marins boiidissent de chaque c^Sté 
du char. Le calme et l'isolemont d'Amphitrite cc^*n- 
trastent avec la représentation d'Océanus et de ^ 
famille. 

Le char est dirigé par un homme nu et barbu. dci:3it 
l'abondante chevelure est surmontée de deux peti "*** 
ailes (2). Dans sa main gauche, il tient les rênes at"*'^- 
chées sur les tètes des deux taureaux, et sur son b^c"''* 
droit s'appuie un buccin. Il a encore un pied sur la li^le 
de l'un des taureaux ; mais son autre pied pst déjà s^ i"" 
le rivage, où la déesse des fleurs, Ghloris ou Flo «^. 
attend l'arrivée du cortège. Cette dernière esl repré- 
sentée sous la figure d'une femme entièrement nO*- 
laissant tomber son bras droit le long de son corps, ^t 
de sa main gauche, élevant une corbeille de fleurs à '^ 
hauteur de sa tète. 

Sur une terrasse, qui domine le tableau que nous j 
avons essayé d'interpréter, et qui occupe un cinquième I 
de la partie encadrée, une femme assise sur le ' 
appuyée sur l'un flo ses coudes et les jambes à den" I 

(I) llonsiro marin -tua Floiu», 111. ;.. ViB.ï.i.K. .E.whI. m. tîT, M»- 1 
n. N., IX., !, onl cite El i|uo rHpreeoD<e uno [wiDIuro dp CuniiKir. 

[ï] Dm ailin ninsi placii.'* te Irouraul dmis doi reprAs«nlaliont du ^ 
du sommeil, MorpliAoi niais Ipdicii, qui a misaloo d'endormit, poruo*' 
naïrcmnnl iltn pnvnta ni a-ia pu* uno tromiialtit. Ca RnndurUiur n« U 
rotoalir kin Inslninienl rniiiinu lu jionuiiiiage inrroipiiiiiliinl du II 
miùio Ubloilu : lus «ilus du euu [nuil «*ul la «ymbak d« m tntnli* ' 
flviiÉi: cl tu|iid<i. 



— 55 — 

étendues et enveloppées dans les nombreux plis d'une 
étoffe légère, caresse un chien. Derrière elle, sa com- 
)agne se retourne et contemple ce tableau. Leur che- 
elare relevée autour de la tête forme au sommet une 
mffe frisée. Cirrus in vertice, comme se coiffaient les 
'eques. La scène se passe à rentrée d'un bois figuré 
irdeux arbres. Ces deux femmes paraissent être des 
»mpagne3 de Diane, qui se reposent à la tombée du. 
ijour, lorsque Diane les quitte pour éclairer le monde 
indant la nuit. Près de là, le sculpteur a représenté, 
ms une coquille ovale, Vénus-Aphrodite, debout et 
ue, ramenant sur sa tête et ses épaules un ample man- 
îau figuré derrière elle. C'est la planète Vénus, appelée 
U8si Tétoile du soir, qui vient en même temps que 
)iane verser sa douce lumière sur cette scène de repos. 
Enfin, à droite, assis sur un banc de verdure, devant 
ine corbeille, un petit génie ailé est occupé à tresser 
ine guirlande, dont il a jeté la partie déjà faite entre 
es branches d'un arbuste. 

EUILLET DE DIPTYQUE COMPOSÉ DE DIVERSES SCÈNES 
EMPRUNTÉES A CELUI DE SENS 

Dans la curieuse collection de M. A. Raifé, vendue 
en 1867, on remarquait un feuillet de diptyque en 
ivoire fait par la réunion de trois plaquettes fendues, 
chacune parallèlement aux lignes d'assemblage. Ce 
feuillet mesurait 0™1G de hauteur sur 0"' 29 de lar- 
geur. Les sujets, accumulés en largeur sur ce précieux 
feuillet, sont la réunion de presque toutes les scènes 

accessoires du diptyque de Sens, mais avec des sup- 



— 5Ô — 

pressions et des modifications qui jettent de robscuril 
dans les interprétations. 

I. En haut, à gauche, on retrouve les trois scèn^^ 
qui couronnent le deuxième feuillet du diptyque séno^ 
nais : 1* Vénus ; 2" les deux compagnes ; mais le chi^jj 
de Diane ; le .chien 'caressé par Tune d'elles ayanr 
été supprimé, cette nymphe semble chercher quelque 
objet dans Therbe. Le petit génie assis a perdu ses 
ailes; sa corbeille et sa corde sont devenues comme 
un puits surmonté d'une arcade servant de support à 
une tige de vigne. 

II. Plus à droite, Tartiste h placé deux personnages 
qui se trouvent plus bas sur le même diptyque séno- 
nais : 1" le conducteur du char àe Diane tenant encore 
des rênes que Tartiste a réunies en une seule lanière 
qui traîne sur le sol ; et 2" la déesse Flore avec sa cor- 
beille, dont le contenu est caché par l'encadrement. 

III. Des quatre épisodes de la vendange, deux sont 
placés ici en haut et à droite : les génies semblent faire 
des grâces avec leurs mains et leurs bras, tandis qu'à 
Sens ils se soutiennent à une corde ; les vendangeurs 
sont les mômes. Au-dessous, à gauche et à droite, les 
mules et les bœufs attelés aux deux chars sont bien 
caractérisés. 

IV. Plus bas, le Triton , qui conduit l'Aurore, a 
perdu ses guides, et le jeune Ampélus, qui suit, ne 
laisse rien voir du contenu de ses paniers. 

V. Le reste du tableau est occupé : !• par Iç groupe 
d'Océanus, dans l'angle supérieur gauche duquel Tar- 
tiste a ajouté un petit cavalier à la nage, ressemblant 
beaucoup à l'aurore, mais enfourchant son cheval au 



— 57 — 

lieu d*être assis de côté ; 2*» par Timage d'Amphi- 
trite, dont Timportance fait le sujet principal de ce 
feuillet. La déesse tient dans main droite , par la 
queue, un poisson qui remplace le bélier marin, les 
autres monstres ont été supprimés ou remplacés par 
des poissons. 

Le dessin que nous reproduisons nous paraît très 
fidèle, mais il ne nous suffit point pour juger s'il a été 
exécuté par le même artiste que celui de Sens. Nous 
Dous contenterons d'ajouter, eu terminant, que la con- 
ception de chacune des tablettes de Sens est harmoni- 
que, tandis que celle de la collection A. Raifé nous 
fait penser à un recueil d'images diverses, dont il est 
impossible de saisir lei liens, lorsqu'on ne la compare 
pas à celles du diptyque de Sens. 

G. JULLIOT. 



• .-VX '• -s^ 



LES LOISIRS D'UN CHANOINE 

DE LÉGLISE DE SENS 

EN 1792 



Le cardinal Paul d'Albert de Luynes a aimé saTiU' 
métropolitaine d'une manière toute particulière et 11 
en a donné de nombreuses preuves, Entr'autres bien 
faits, on doit lui attribuer la réorganisation du tollèg* 

En l'année 17fi4, après la première expulsion il** 
Jésuites, le Cardinal ne voulut pas que Sens fut pri" 
de l'établissement que les Pères avaient dirigé jo»* 
qu'alors et fit au recteur de l'Université de Paris 1 
demande d'un sujet capable de continuer l'œuvre qi" 
ces religieux étaient forcés d'abandonner. 

Le recteur choisit, pour le présenter à Son BtA 
nence, un jeune homme de vingt-deus ans, 
Charles-François Tuet, né à Hani, le 5 août 1742, qoi 
avait déjà fait ses preuves en professant à Paris en <* 
collège Sénonais des Grassins, dont M, Buzy vous *-^ 
retracé l'histoire dans deux notices insérées IH 
tome Xlli de votre Bulletin. Touché de l'honneur ffl 
luiétait fait, le jeune homme n'osa pas accepter la pl*^^ 
de professeur de rhétorique que ses maîtres n« retlfO" 
talent pas de lui offrir, et demanda humblement â a'hV* ' 



— 59 — 

chargé que des classes de troisième et de quatrième. 

De 1764 à 1782, il resta attaché au collège, acqué* 

rant droit de cité dans notre ville en formant ces 
élèves qui, deux ans après son arrivée, se trouvèrent 
aassi forts que ceux des mêmes classes du collège des 
Grassins. 

« J'adjugerais à mes soins, dit-il (1), une partie de 
ces progrès, si je pouvais le faire'avec autant de mo- 
destie que de vérité : mais pour ne parler que de mes 
écoliers, j*en ai eu souvent, surtout en troisième, plu- 
sieurs de la première force. J'en nommerai un, qui est 
connu de toute la France : c'est M. Tarbé (2), né à 
Sens et ministre des contributions publiques en 1791. 
Vétéran de troisième avant Tâge de douze ans accom- 
plis et presque toujours Talpha de sa classe, il donnait, 
dès 1766, des preuves de ces rares talents qu'il a mon • 
très dans les finances et qui se seraient développés 
d'une manière moins utile sans doute, mais plus bril- 
lante dans une carrière moins étrangère à la littéra- 

(1) Manuscrit, page 144. 

(i) Louis Hardouin Tarbé, né à Sens en 1753, mort en 1806, après avoir 
été premier commis do finances sous les ministres Neckcr et de Galonné et 
direeleur des contributions sous de Lcssarl, fut nommé, en 1791, ministre 
lies fY)niribulions publiques. 

Df'Tèlé d'accusation en 1792, il se condamna à la retraite et refusa, lors 
•in Consulat, les fonctions de conseiller d'Etat et do préfet de la Seine. 

11 s'était retiré à Sens et à Nailly et est mort à Paris en 1806. 

Son administration, qui n'a duré (ju'un an, a laissé de profonds sou- 
^enirs /»ar suite de l'habileté avec laquelle il avait procédé à la réorgani- 
ûHon complète dos finances de l'Etat, dont les réformes politiques avaient 
onievcrsé les bases. 

II a\ait, dans sa retraite, cultivé les lettres avec succès. 
(F. P. M. Tarbé de Saint-Hardouin. Note manuscrite.) 



— 60 — 

ture. Ceux de mes autres disciples qui ont égaleme 
fait ma gloire et ma consolation, me pardonneront < 
ne pas leur donner ici une place qu'ils ont tous dat 
mon cœur comme dans Testime de leurs concitoyens 
ou plutôt ils me sauront gré d'avoir, par mon silence 
ménagé leur modestie, et si j'ai un pardon à demander 
c'est à celui à qui ma plume indiscrète n'a pas fait 1< 
même plaisir. >» 

Le 19 février 1780 un canonicat de la métropoli 
étant devenu vacant par la mort de M. Pelée des Tan 
neries, le Cardinal le lui offrit comme la juste récom* 
peuse de ses services. Devenu chanoine de Sens, l'abbi 
Tuet pouvait espérer que sa vieillesse serait à l'abri di 
besoin. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi, car h 
persécution religieuse ne tarda pas à être une des fa 
nestes conséquences de la révolution de 1789. Laconsti 
tution civile du clergé (12 juillet 1790) entraînait h 
suppression des Chapitres et nous savons que le mer- 
credi 24 novembre de cette année, les membres di 
directoire du district de Sens eurent la triste mission d 
signifier la dissolution de ce corps qui comptait dixsiè 
clés d'existence. Nous savons égal-ement que la nobl 
attitude du doyen l'Hermite de Champbertrand (1) fa 

(1) Louis-Claude rilcnnilc do (ihambcrtraud, nommé chaDoine de Sei 
le 22 août 1752, a pris possession le â mai. Elu cellericr le 12 décemb 
1770 a pris p<jssession lu \(\ février 177 2. Sa signature de Rome du 1" ja 
vicr 1771. 

Le ?.') nov.^rnbro 1777, il fut t'Iu doyen d'une voix qu'on jmîuI direui 
nimc. Son ''I(M'ti(Mi ('onririiié<î par une bulle expédiée de Rome le 15 déce 
bre 1777. A pris possession le "28 janvier 1778. {Ilistoin' tiea diijnité4 
fies chanoines du Cliapilrc de Sens. Bib)iulhè(iue d'Auxerrc.) 

M. de Cliambcrtrand fut le dernier doyen du Chapitre de Sons à la Ré 



— 61 — 

imitée par le plus grand nombre des chanoines qui, 
privés de leurs revenus, donnèrent, pour la plupart, 
lexemple de la dignité dans le malheur. L'existence du 
àànoine Tuet en est la preuve. C'était un érudit et un 
travailleur dont le goût dominant (peur emprunter son 
expression même) était la retraite qu'il savait rendre 
agréable, la plume ou les livres ne sortant presque 
jamais de ses mains. Â l'époque de la Révolution, il 
jouissait en paix d'une aisance heureuse, fruit de ses 
travaux, habitait une maison (très jolie, dit-il quel- 
que part) avec un beau jardin, près de la pépinière, 
possédait une belle bibliothèque et vendait bien ses ou- 
vrages. Peut-on rêver un sort plus digne d'envie ! L'édi- 
tion du Guid^ des humanistes (1), dont il avait conservé 
la propriété, lui avait rapporté 500 livres ; la première 
édition de sa Prosodie (2) encore davantage et il avait 
vendu 1200 livres la propriété de cet ouvrage. Il travail- 
lait encore, et nous savons, qu'outre ses Matinées séno- 



lutjon. Il est mort sur l'échafaud révolutionnaire à Paris, le 9 mai 1794, le 
Oléme jour que M. Martial de Loménie, coadjuteur de Sens, et que Madame 
Aisabeth, sœur de Loui» XVI, dont il aurait reçu, dit-on la dernière 
^nfession. 
Il était âgé de soixante ans. 

(1) Le Guide des Humanistes ou Premiers principes dégoût^ développés 
«ir des remarques sur les plus beaux vers do Virgile et autres bons poètes 
ilins et français. 

A Paris», chez Gogué, libraire. MDCCLXXX. 
Sans nom d'auteur. 

L'exemplaire de ma bibliothèque a été donné en prix au collège do Sens, 
3 l'année 1811. 

(2) La Prosodie a été imprimée trois fois à Sens. La première édition est 
e 1778. 

U ue posséda pas cet ouvrage. 



— 62 — 

naises (1), parues en 1789, il avait dès lors les mani 
crits que nous avons vu récemment passer en vente 
que le prix excessif demandé a fait jusqu'ici rester a 
mains du libraire. 

Un an après la dissolution du Chapitre il n'était p 
conséquent pas encore réduit aux extrémités dans le: 
quelles nous aurons la tristesse de le voir tomber pk 
tard, mais il n'avait plus d'occupation, le service ca 
nonial était officiellement supprimé et il n'était pk 
question d'instruction. Pour charmer sa solitude, l'ex 
chanoine composa la Notice pour servir à VInstoire q 
Sens, jusqu'en 1789, dont j'ai le plaisir de vous pré 
senter le manuscrit, considérant comme une bonn 
fortune d'avoir pu le faire entrer dans une bibliothèqai 
sénonaise. 

Cette pièce a fait partie de la collection de M. Théo* 

(1) Matinées sénonoisea ou Proverbes françois^ suivis do leur origine.d 
leur rapport avec ceux dos langues anciennes et modernes, do Temple 
qu'on en fait en poésie et on prose, do (judijucs traits d'histoire, mois sali 
Unis et usages anciens dont on reclierclie aussi l'origine, etc. etc. 

A Paris, chez Née de la Rochelle et à Sons, chez la veuve Tarbé, impr. d 
roi, MDtXLXXXlX, avec approbation et privilège du roi. 

o .... Il me reste à dire deux mois sur le titre de mon recueil. Gel ou 
vrage ayant été fait à Sens et ma santé no me permettant de travailler qu 
jo matin, j'ai cru devoir rinliluler Matinées scnonoises. Ce litre simplet 
vrai (a) a déplu à un de mos amis «jui voulait me le faire supprimer, ei 
m'alléguant pour raison <juc tout ce qui vient de la province est lual rer 
dans la capitale, et qu'un chef-d'œure mémo, fait hors dos barrières d 
Paris, ne ferait pas fortune dans celte ville si Pou ne cachait avec soin I 
honte de son origine. 

« {^elte observation ne m'a i)oint persuadé » (Préface, pages 14 

i:>.) 

(a' Si le public daiKnc agréer ce recaeil, je me propose d'en juflifier daTtotage le ti 
eo inaéranl à la On du second Tolamc, une Notice poar servir à l'hisloire da SéooBOM 



— 63 — 

dore Tarbé (1)» vendue, comme tout le monde doit le 
déplorer ici, en 1849 (2), sans que ni la ville ni l'ar- 
chevêché n'aient rien tenté pour empêcher que les pièces 
du plas haut intérêt pour notre histoire civile et reli- 
gieuse, n'aillent enrichir la bibliothèque d'un amateur 
de Metz en Lorraine (M. de Salis, député de la Mo- 
selle), les vitrines de riches libraires de Paris (MM. 
Domottlin, Guillemot, Pothier, Téchener,etc., etc.), ou 
rejoindre à Auxerre les belles collections de livres et 
de manuscrits que la Révolution nous a fait perdre. 
Millin, au chapitre VIII de son Voyage dans les dé- 
fartements du Midi, accompli en 1804 et publié en 
1807(3), le cite parmi ceux que possédait alors M. T«irbé 
et qa'il considère comme intéressants, sur la ville de 
Sens. Après la regrettable dispersion de « ce musée 
complet dont (suivant Joseph Techener) aurait dû s'en- 

(1) GratieD-Théodore Tarbé. né en 1770, imprimeur à Soas, mort en 1848, 
Archéologue distingué, A laissé deux filles : M"* Landry et M*» Levert dont 
le fils, Alphonse Levert, ancien préfet des Bouehcs-du-Rliône, est aujour- 
d'hui (en ) député du Pas-de-Calais. (P. P. H. Tardé de Saint Har- 
'»ouw. Noie manuscrite.} 

(2] La vente a commencé le 4 septembre 1849. Il n'existe aucun cata- 
%«ie de cette collection et il parait que les procès-verbaux de la vente ne 
^eotionnent même pas les objets (manuscrits, livres, tableaux gravures) qui 
parfois étaient livrés en bloc aux acheteurs. 

Vn dés libraires présents à cette dilapidation, M. J. Techener, a écrit dans 
le Bulletin du bibliophile (année 1849, pages 248 à 2JI}, un article remar- 
quable auquel il est fait allusion ci -dessus. 

(3) Voyage dans les départements du midi de la France, par Aubin- 
x>uia Millin. Quatre tomes en cinq volumes et un atlas de dessins. Impri- 
Qerie impériale, 1807-1811. 
Le chapitre IV en partie et les chapitres V, VI, VII, VIII et IX et partie 
u chapitre X, sonl consacrés à Sens. M. Théodore Tarbé fut pour Millin un 
;uide obligeant dans ses recherches sur notre pays. 



— 64 — 

norgueillir la ville aa sein de laquelle il avait été fondg 
et qui gisait presqu'inconnu au milieu d*une populo 
tion indifférente qui n'a rien fait pour en conserv^ 
au moins quelques parcelles, » après cette dispersion 
dis-je, le manuscrit de Tuet passa aux mains d*ui] 
libraire de Paris, qui le vendit à M. Léon de Bas- 
lard (1). Ce savant recherchait avec passion les docu- 
ments relatifs à l'histoire du département II traita 
bien notre manuscrit, dont il confia la reliure à un ar- 
tiste de cette époque qui a pris soin de signer son 
ouvrage : Closs. 

II 

La notice pour servir à l'histoire de Sens comprend 
240 pages d'une écriture serrée, fine et correcte. Com- 
mencée le 29 mai 1792 et finie le 25 novembre de la 
même année^ elle est précédée d*une préface, datée da 
1*' décembre et de deux pages d'avant-propos, écrites le 
5 du même mois. La lecture en serait plus facile si, 
après avoir composé sa notice, qui se termine à la 

(1) La bibliothôi]uud'Auxerro coiitieul, entre autres choses remarquablei, 
la collection formée par M. Lùon de Baslard sur le déparlcmenl de l'YuDne. 
Elle comprend des livres, des manuscrits, des gravures et des aulograpbei 
dont beaucoup sont intéressants pour le Sénonais. 

Attaché à l'ambassade du baron Gros, en Chine, M. do Bastard est mort 
en rade de Canton, le 2 décembre 1800. Il n'était âgé que de trente-huit 
ans. M. Grangier de la Marinière, dans le Journal des Débats ; II. Gues- 
sard, dans la bibliolliè<iuo de l'Ecole des chartes ; et M. Aimé Clierest, dans 
le Bulletin de la Sociclr des sciences de l'Yonne, ont publié sur lui d'in- 
tért'ssantes notices. 

Le catalogue des ouvrages concernant le département de rYonne, doDuéi 
par M. le (!oujle de Baslard à la bibliothèque la ville d'Auxorre, estai 
Bulletin de la Société des sciences de l'Y'onnc, a^mée 1878, 



— 65 — 

page 186, l'auteur n'avait fait un supplément de tout 
ce qu'il a trouvé de curieux dans les ouvrages qui lui 
forent communiqués postérieurement. Ce supplément , 
qoi s'étend de la page 187 à la page 231, est divisé 
par numéros qu'il faut, au cours de la lecture, chercher 
â la fin du manuscrit. 

Je n'entreprends pas, Messieurs, de vous faire suivre 

pas à pas le bon chanoine dans ses recherches, et je me 

contente d'indiquer ses points principaux et d'extraire 

quelques ligues dans lesquelles la préoccupation de 

i'époqae à laquelle il écrivait se fait jour dans son récit. 

Nous aurons le plaisir de constater ensemble que ce 

prêtre était un homme de devoir à qui ne manquait 

pas le courage. J'insiste sur ce point, vous faisant 

remarquer que cette notice a été composée à la veille 

de la Terreur et que cependant l'auteur ose, dans sa 

préface, revendiquer pour lui la liberté, qu'en ce 

temps-là cependant, plus peut-être qu'en d'autres, les 

9Mau pouvoir n'accordaient quà leurs amis. « L'opi- 

Dion, dit-il (manuscrit, pages 5 et 6), est une modifica- 

tionde l'àme sur laquelle les lois humaines n'ont aucune 

prise. On peut bien, en certains cas, la régler dans ses 

'ffets extérieurs, mais non la détruire par la force. C'est 

emploi de ce dernier moyen qui a si justement décrié 

es croisades entreprises pour ramener les hérétiques à 

a croj'ance catholique. Il n'y aurait pas plus de justice 

ujourd'hui à inquiéter un citoyen sur les opinions reli- 

ieuses ou politiques. Il ne doit aucun compte des pre- 

ières à la société dont il est membre, pourvu qu'il 

e trouble pas Tordre public. Permis à elle de rejeter 

)ute révélation : mais de quel droit gènerait-elle en ce 

5 



— 06 — 

point ma croyance? Qu'on me punisse si l'on yeulpa'" 
la ridicule et par le mépris ; nulle loi positive ne me met 
à couvert de ce genre d'injustice; mais il en est une 
dans le code politique, laquelle protège indistinctement 
toutes les personnes et leurs propriétés, et le catholique 
est sous sa sauvegarde comme le protestant ou le maté-| 
rialiste. " Assurément le chanoine Tuet se faisait ilio-il 
sion quand il écrivait ces lignes et on lui a donné le 
temps de méditer plus tard, dans les prisons de Sens, 
sur le danger d'émettre des appréciations trop sincères- 
Cette autre, au sujet d'un miracle de saint Bond, n'était 
pas pour excuser sa hardiesse. - L'abbé le Beuf, écrit- 
il (1), qui n'a copié qu'une partie de la vie de Saint- 
Bond, ne m'apprend pas si le bâton mort, arrosé ta"' 
de fois, donna des signes de résurrection, et quand ce 
miracle se serait opéré, devrais-je le dire à un siècle 
qui ne croit plus aux miracles? Au reste, le défaut de 



foi n'ôte rien à leur vérité et o 



i détruit pas un fâi* 



en le niant. Si donc j'avais connaissance de celui-rî et 
que je puisse le certifier par des témoignages respecta- 
bles, j'oserais le consigner ici pour l'édification n 
mes contemporains, qui s'en moqueraient, mais d'nfl 
génération digue de rendre hommage à la toute pUI 
sance divine. Car nous n'avons pas pour toujours ri 
avec le ciel. Un temps viendra où la religion rt'part 
ses pertes et triomphant H son tour du philosophie 
qui la tient concentrée dans les cœurs d'un petits 
de fidèles, elle rendra à tous les Français la foi q 
cherche à nous ravir aujourd'hui. ■ J'ai parlé plus ti 



(l) Maiiuicril, page ïï. 



— 67 — 

de courage, je crois que vous ne trouverez pas le mot 
exagéré, car, dans la pensée de Tauteur, sa notice 
devait être publiée. Elle était prête pour paraître en 
janvier 1793. Il parle toutefois de cette publication avec 
beaucoup de modestie : •< Il est possible (1) (et j*en fais 
le vœu le plus ardent), que d*une notice qui prête à la 
critique, résulte à la fin une histoire complète, écrite, 
avec goût et digne des regards de la postérité. Mon 
nom périra avec ma notice, mais elle aura fait naître 
an bon ouvrage. En cela seul je place ma récompense 
et sais trop bien m'apprécier pour en demander da- 
vantage. » 

III 

L'ouvrage est divisé en trois époques : 

i*^ Epoque. — Sens au temps de Tarquin TAncien. 

2^ Epoque, — Sens au temps du passage de César 
dans les Gaules. 

3* Epoque. — Sens depuis la naissance de Jésus- 
Christ. 

Les deux premières époques sont traitées en quel- 
ques pages dans lesquelles, sans suivre nos anciens 
chroniqueurs dans les revendications d*origines fabu- 
leuses, il parle sans forfanterie des expéditions aven- 
tureuses des Brennus et rend hommage aux deux 
iéroiques défenseurs de l'Indépendance : Accon et 
Drapés. 

Arrivé à la naissance de Jésus- Christ et à rétablis- 
sement du christianisme dans les Gaules, l'auteur 

(I) Préface, page 22, 



— 68 — 

M aime, dit-il, à croire et est loin d'improuver (1) ceu 
qui croit que l'apôtre de Sens a reçu immédiatemcb 
ses pouvoirs du premier évèque de Rome. » 

 travers les siècles, nous le verrons saluer a 
grands évêques qui sont la gloire de TEglise de Sen^ 
mais en reconnaissant toutefois qu on ne sait rien d( 
positif sur les huit successeurs de saint Potentien, el 
que c'est beaucoup de pouvoir, à peu près, deviner le 
temps où ils ont vécu. 

Au VI'' siècle , il nous montrera saint Ursicin (2) 
exilé en Phrigie avec saint Hilaire de Poitiers, rappo^ 
tant de Jérusalem d'insignes reliques, au va* saint 
Loup, « ange tutélaire de cette ville et digne de l'être 
par ses vertus (3), » frappant de terreur les soldats da 
roi Clotaire II et leur faisant prendre la fuite, et saint 
Wulfran, s'arrachant à son diocèse pour aller évangé- 
liser les Frisons. Au viii* saint Ebbon faisant des 
murs de Sens le premier rempart contre les Sarra- 
zins (4) et donnant par sa victoire l'exemple à tout un 

(t) Supplément, p. 192. 

(?) SuppWiiiuiit. p. 193. — Saint Ursicin. 

a En :\bH, saint Ursicin, saint Hilaire, évoque de Poitiers, et plusieurs 
autres prélats de Franco furent exilés à Phrigio, pour s'être déclarés contre 
riiénisio d'Ariiis. Constenco uu, si l'on veut Julien, les rappela au bout de 
trois ans. Ursicin, quoiiiue libre, resta encore quelque temps en Orient, 
alla à Jérusalem, d*oà il rapporta plusieurs reliques, entre autres neuf corp 
des saints Innocents » 

(3) Manuscrit, page 23. 

M. Tuet rac<jiite ici l'histoire do la cloche sonnée par saint Loup et do 
lo son inconnu de rarmé(t de Clotaire lui fit prendre la fuite. — L'exp 
cation qu'il donne étant un jkïu longue, j'ai préféré ne pas parler du n 
racle. 

(4) Manuscrit, page 27. 

a Ces barhîiriîs repoussés par Ebbon n'étaient qu'une partie de leur arr 



— 69 — 

peuple qui, sous la conduite de Charles Martel, arrê- 
tera pour toujours rinvasion musulmane. Il fixera plus 
tard notre attention sur Magnus (1), Tami de Charle- 
magne qui, ayant suivi le roi à Rome, en l'an 800, 
assistera à son couronnement comme empereur d'Occi- 
dent, et recevra de lui les reliques précieuses qui font 
encore du Trésor de notre église l'un des plus vénéra- 
bles de la chrétienté ; puis, sur Jérémie *- modèle de 
fidélité au souverain légitime, » sur Anségise (2), heu- 
reux ambassadeur de Charles le Chauve qui, en 876, 
obtiendra pour lui et ses successeurs le titre glorieux 
de primat des Gaules et de Germanie, enfin, sur cet 
Euvrard, digne successeur de saint Ebbon, qui fit une 
si belle défense de Sens en 887, qu'après un siège de 
six mois les Normands furent obligés de se retirer (3). 
Plus tard il nous rappellera le roi Louis le Gros lut- 
tant pour assurer à Daimbert (4) Tindépendance de son 

qui, bienlôl après, se répandit dans le Poitou. Il était réservé à Charles 
Martel de les défaire entièrement dans un fameux combal où Abderanno 
perdit la vie avec 375 000 Sarrazins. Levèque de Sens préluda à celle vic- 
aire par la sienne, et la facilita en donnant à Charles le temps de joindre 
•oulej ses forces à celles du duc d'Aquitaine et en prouvant à ces troupes 
f^mes que les ennemis qu'ils allaient combattre, quelque nombreux qu'ils 
fussent, n'étaient pas invincibles. » 
(1) Manuscrit, page 30. — Magnus. 

f Pendant son pontiQ(^t, (^harlemagno fit de grands présents A 

/Eglise de Sens, [wur laquelle il avait une grande vénération. » 
(2) Supplément, page 197. 
M. Tuet ajoute cuire parcn thèses que l'extension du litre aux successeurs 

a toujours été contesté. 
':',) Manuscrit, page 35. 
(4; Manuscrit, page 51. 
Louis le Gros ne mit tant de chaleur dans celle alfairc que parce 

gue U ville de Lyon était alors du doitaine de l'empereur » 



— 70 — 

siège, et Henri Sanglier {D présidant ce fameux con( 
de Sens où saint Bernard triompha d*Abailard. Puis 
évoquera la figure de Gauthier Cornu, mariant d; 
notre cathédrale le roi saint Louis avec Marguerite 
Provence, celle de Hugues de Toucy donnant Thospit 
lité à deux exilés célèbres : le pape Alexandre UI 
saint Thomas de Cantorbèry ; celle de Pierre Roge 
qui sera le pape Clément VI (2). H nous montrera Jei 
de Montaigu, mourant sur le champ de bataille d'Âzi 
court (1415) (3) en combattant les Anglais, blâme 
Louis de Melun (4) de n'avoir pas eu l'énergie de défe; 
dre les prérogatives de son église, puis nous fei 
admirer les magnificences de Tristan de Salazar(5) 

(1) M. Tuet no {)arlo pas de la roooQàtruction de la cathédrale quii 
lieu sous l'ôpiscupat de Henri Sanglier. C'est cependant dans celte égli 
reconnue do nos jours « comme la plus ancienne de toutes les églises o( 
vales, » que se tint le fameux concile de 1140. 

(2) Manuscrit, page 72. 

tt Pendant lu peu do lomps quo Pierre Roger passa sur le siège 

Sens, il fonda dans l'église cathédrale une chapelle en l'honneur do sa 
Martial, apôtre du Limoges, cl la dota de hons revenus. 11 renouvela au 
l'anriun statut ({ui ohligc les uvéqiios sulTragants de la province de i» 
du venir, uvanl de prundrc possussiou du leurs sièges, jurer sur le mail 
autel de l'église du Sens ({u'ils seront, en tout et pour tout, soumis au si 
njélro|Xilitain » 

(3) Manuscrit, page 86. 

('«) tt L'apaliquu Louis de Mclun qui préféra son repos à la primatle 

(Suppl., page 213.) 

(.'jj • Si d'autres archevé<|ue3 ont fait du bien à l'Eglise de Sens, Trii 
l'en a comblé. C'est lui cpii a fuit faire la charpente des grandes voûtes 
la calliéilralc. Il fournit toutes lus tapisseries nécessaires à l'ornemenlat 
du cliu'ur. Si elles pourrissent aujourd'hui (1792) dans le coin poudr 
(11111 tîanUMiKîubJes, il ne les a pas moins payés très cher el d'un arj 
(ju'il pouvait s'atljui^tT, piiiscjue eette somme était le produit de l'ame 
ù laquelle il avait fait couilaniner les insolents chanoines de Paris. » 

(Supplément, page 215.) 



— 71 — 

de cette suite de riches pontifes qui ont élevé ce palais 
archiépiscopal dont les restes mutilés attestent encore 
le goût. Toutefois, il déplore avec une juste sévérité les 
effets du concordat de François V et de Léon X. Le 
Le tableau qa*il présente de ces effets dans le diocèse 
de Sens est trop frappant pour le passer sous silence. 
• Da côté de ce qu*on appelle honneur, illustration, ce 
siège, dit-il, a tout d'abord beaucoup gagné. Depuis 
1524 jusqu'à 1560, il compte cinq archevêques, tous 
distingués par leur naissance et leurs dignités. Pas un 
qui ne fut cardinal et quelques-uns étaient princes. Un 
autre avantage, c'est que ces prélats, tous courtisans, 
pouvaient faire ressentir au diocèse les effets de leur 
crédit, mais quel bien réel tout cela procurait-il à la 
religion ! Tirés de la cour qui est ordinairement le cen- 
tre de la corruption, ils apportaient avec eux Tair 
qu'ils y avaient respiré et ils ne pouvaient que très 
difficilement faire germer ou entretenir dans les âmes, 
à eux confiés, des vertus communes et obscures aux 
yeux des grands, et par cela même très agréables à 
Dieu. Pour arriver à lui il faut, selon le Sauveur, des- 
cendre à la petitesse des enfants. Or, comment un 
homme; né, élevé et vivant au sein de l'orgueil et de 
l'ambition, inspirera-t-il des sentiments d'humilité et 
de modestie aux peuples qu'il est chargé de sauver ? 
Aussi, ne voyons-nous pas que cette noble fonction ait 
beaucoup occupé les archevêques dont nous parlons. 
Plus curieux de faire pleuvoir sur eux les grâces de 
la cour que celles du ciel sur leur troupeau, ils subor- 
donnaient le titre de pasteur des âmes à celui de chan- 
celier, de garde des sceaux, etc., etc., et ils prodi- 



f— 72 — 

guaient à ces dernières dignités un temps que la pi 
inière revendiquait tout entier. En vain ont-ils contrit 
à Tornement de leur église» de leur palais, même d^ 
ville, toutes ces décorations n*étaient que Taccesso/ 
de ce qu'ils avaient à faire ; il fallait avant tout fait 
de leur propre cœur, de celui des fidèles, le temple d 
vertus chrétiennes. C'est malheureusement ce qa*i] 
ont négligé. 

« Pour renfermer les évèques dans le cercle de c 
devoir, le seul nécessaire, l'Eglise les a sagemen 
obligés à la résidence Cependant nous avons vu qn 
plusieurs de nos prélats n'ont, de tout leur pontificat 
mis le pied dans leur cathédrale ; tels furent Daprat 
Bertrandi et Louis de Lorraine. » 

Enfin, après avoir rendu hommage aux prélats qa 
ont occupé le siège pendant le xvii* siècle, sans man- 
quer de déplorer la faiblesse d'Octave de Belle- 
garde (1) acceptant un archevêché démembré, arriyi 
au xvui* siècle, il signalera Tépiscopat de Mgr Lan 
guet, adversaire heureux des Jansénistes, et s'étendr 
avec complaisance sur le pontificat du cardinal d 
Luynes, protecteur éclairé des lettres, des sciences c 
des arts, employant son crédit à ramener le commerc 
à Sens, en obtenant l'arrêt du conseil qui autorisai 
rétablissement dans cette ville d'une manufacture d 
velours considéré , jusqu'à la Révolution , comme 1 
« nourrice du peuple de Sens, » et obtenant, lors de 1\ 
tablissemont, dans la généralité de Paris, d'une socié 

(I) u 0(!tuv(! (le ituI]egan1(^ arohovùquc do Sens, dès lo tB novombre 16 
avait i){(i iiuiniué à ce siège, ii cuiiditioii ({u'il on souffrirait lo démomb 
meut. » (Suppi. page 128.) 



V 

— 73 ^ 

d'agriculture composée de qaatre bareaux» que Tun de 
ces bureaux soit fixé à Sens, et offrant son palais 
poor les réunions hebdomadaires de ces assemblées. 

Ainsi que nous le voyons, le chanoine Tuet s'est 
étendu sur l'histoire des archevêques. Il ne pouvait 
en être autrement étant donné le caractère dont il 
était revêtu. Au reste, comment écrire Thistoire d'une 
Tille sans parler de ce qui fait sa gloire? 

Qui, de nos jours, écrivant l'histoire de la cité, pour- 
rait passer sous silence le nom vénéré de ce prélat dont 
la bonté et la dignité suprêmes ont fait l'admiration 
de mon enfance et de ma jeunesse, de cet ami des 
sociétés savantes qui suivait et encourageait vos 
travauxet dont j'ai été fier de retrouver partout où il 
a passé, à Meaux (1), à Séez (2), à Fontainebleau 
comme à Sens même, le souvenir gardé avec un reli- 
gieux respect ? 

(I) Mgr Mellon Joly, archov«5<iiie de Sons do 1844 à 1867, qui avait été 
arrhipnôlre de Meaux do 1831 k 1836 et avait montré beaucoup dn dévoue- 
nieot pendant lo choléra do 1832, est mort à Foutaincbleau le 2*2 avril 
I87>. 

Joabilais Meaux alors et Mgr Aiiou ayant appris mon origine sônonaiso 
Œefil l'honneur de ra'inviter au service solennel qu'il célébrât le vendredi 
31 mai pour notre archevéfjue 

Après le service, je pus me rendre compte qu'après quarante années 

ie souvenir de l'arcliiprétrc de Meaux n'était pas oublié non plus que celui 

du jeune vicaire qui fut son constant ami et que nous avons vu mourir 

prématurément, à Sens, vicaire général : M. Cliauveau, l'un des premiers 

Meufaiteurs de la Société archéologique, qui n'a pas encore payé la dette 

ie reconnaissance qu'elle lui doit. 

'2; M«îs affaires m'appclant dans lo département de l'Orne, j'ai ou, plu- 

i^urs fois, occasion d'en tendre les vieillards parler avec admiration do 

ev»^|uc (le Sc*;z, Mgr Jolly, qu'ils connurent dans toute sa force, puisqu'il 

.vait à [teioe quarante ans lorsifu'il fui préconisé. 



— 74 — 

Qui, écrivant cette histoire aujourd'hui, poun^; 
ne pas s'étendre avec reconnaissance sur le glori^^ 
épiscopat du prince de TEglise (1) qui a été Tàme c 
ces restaurations savantes accomplies avec un gofi^ ^ 
un savoir consommés, soit dans Tantique métropole 
soit dans ce palais que nos évêques de la renaissanc 
avaient fait si magnifique^ et de ces construction 
grandioses qui font du grand séminaire de Sens l'a 
des plus beaux de France ? 

Le chanoine Tuet a fait une large place à nos évc 
ques mais n'a pas entendu écrire seulement leur his 
toire. N Sénonais, non par la naissance, mais par h 
demeure qu'il avait fixé depuis longtemps à Sens, il a 
voulu étendre ses recherches à toute notre histoire, eu 
sorte que, tout en cheminant, le filet d'eau est devenu 
une rivière. »» 

Le temps m'a manqué, messieurs, pour compléter 
l'étude de son manuscrit, mais si je n'ai pas abusé de 
votre bienveillance je reviendrai un jour sur cette autre 
face de son ouvrage, et je compléterai mon étude, au 
moyen du rapide examen de celles de ses lettres qui 
sont en ma possession. 

Nous pourrons ainsi le suivre jusqu'à son dernier 
jour, exemple de la simplicité dans l'accomplissemeni 
du devoir, supportant avec résignation une miser 
imméritée et restant Tenfant respectueux et fidèle d 
ses deux mères : l'Eglise et l'Université. 

Félix Chandenier. 
Sens, le 2 janvier 1888. 

(1) Sou Kraiucucc le cardinal Bcrnadtm. 



EDOUARD DELIGAND 



Messieurs , 

Le 6 février 1893, à cette place même, M. Deligand, 
iâns une courte notice consacrée à son vieil ami 
Edouard Charton, nous exprimait en termes émus « les 
protestations d'un vieux Sénonais, »» « contre la des- 
cription amoindrie »» qu'un illustre académicien avait 
récemment tracée de la ville de Sens. - Malgré ses 
devers, nous disait-il, et au milieu des temps les plus 
difficiles de son histoire, Sens s'est reconstituée pro- 
gressivement, et, dès le commencement de notre siècle, 
elle avait repris son rang parmi les villes les plus 
ïoiportantes de province. Siège d'un archevêché, d'une 
sous-préfecture, de tribunaux civil et de commerce et 
^ Qn grand collège, dont Adolphe Vuitry et Camille 
Poucet furent, avec Charton, les élèves distingués, 
Sens réunissait les éléments et les ressources qui ont 
assuré l'accroissement de sa population et développé sa 
prospérité. S'il y avait, comme partout, de petits 
^^nticrSy plusieurs grandes familles y jouissaient de 
1^ considération et de l'influence que donnent le rang 
et la fortune , et, s'il y avait de petits boutiquiers , 



— Tô- 
le commerce et Tindastrie y prenaient un noa\ 
essor (1). » 

Dans cette page. Messieurs, — et voilà pourquoi 
convenait de la citer au début de la brève notice qQ< 
nous consacrons à sa mémoire, — M. Deligand nous 
révèle cet amour profond et toujours vivace de sa ville 
natale, qui a fait l'honneur et Tunité de sa vie. 

Sa vive intelligence, son activité, ses relations, toat 
semblait rappeler et lui promettre le succès sur on 
théâtre plus vaste ; mais il aimait trop notre vieille 
ville pour consentir jamais à s'en éloigner. Vivre i 
Sens» y faire sa carrière, et consacrer à sa chère petite 
patrie le meilleur de son dévouement et de son cœur, 
telle fut son ambition, et, plus heureux que beaucoup, 
en dépit de certain proverbe, il sut et put la réaliser. 

Jean-François-Ëdouard Deligand est né à Sens, le 
10 août 1812. Son père, Jean-Claude Deligand, que 
des infirmités contractées au service avaient obligé, 
depuis quelques années, à prendre sa retraite, appar- 
tenait à cette élite de nos armées qui^ le 15 août 1804, 
recevait des mains de Terapereur, au camp de Boulogne, 
les premières croix de la Légion d'honneur récemment 
instituée. Deux ans plus tard, à l'époque de nos revers, 
il était appelé' de nouveau à Tactivité et nommé lieu- 
tenant de la cohorte de l'Yonne. 

Vers sa dixième année, M. Deligand entrait a 
collège de Sens, dont il demeura l'un des ancier 
élèves les plus fidèles. Il y rencontra comme condi: 

(I) Edouard Cuauto:», liuUctin de la Sitciété archcolofjUiuc, 



— 77 — 

ciples Vuitry, Camille Doucet, Edouard Charton , les 
docteurs Mercier et Dechambre, et toute cette pléiade 
de Sénonais éminents qui n*ont cessé de Thonorer de 
leor amitié. Le 10 août 1830, il était reçu bachelier 
es lettres, et, ses études classiques terminées, il allait 
bientôt à Paris étudier le droit et se former en même 
temps à la pratique des affaires, en travaillant dans 
ine étude d'avoué. Le 10 novembre 1834, il prêtait, 
levant la cour de Paris, le serment professionnel d'avo- 
cat, et, Tannée suivante (6 octobre 1835), il devenait 
agréé au tribunal de commerce de Sens. Deux ans plus 
tard (6 octobre 1837), il était nommé avoué près le 
tribunal civil, et, grâce à ses qualités oratoires, à sa 
rare aptitude pour les affaires , il ne tardait pas à 
occuper le premier rang de notre barreau, qui comptait 
plusieurs membres d'un réel mérite. 

Lorsqu'il eut cédé sa charge, en 1855, M. Deligand 
Q'abandonna point la vie judiciaire. Inscrit au tableau 
les avocats, il continua à être chargé, tant au tribunal 
e Sens que devant les autres tribunaux du départe- 
ment, de causes importantes, et enfin, en 1881, lorsque 
î nombre des avocats inscrits permit d'organiser régu- 
érement le barreau sénonais, ses confrères le choisi- 
mt à l'unanimité comme bâtonnier. 
C'est vers cette époque, Messieurs, que nous eûmes 
lonneur de faire sa connaissance. II se tenait alors 
)igné de la barre, mais son souvenir y était toujours 
i^ant, et ceux qui avaient eu l'occasion de l'y recon- 
»r comme adversaire, nous ont plusieurs fois parlé de 
clat de sa parole, de la puissance de son argumenta- 
n et surtout des inépuisables ressources de son 



— 78 — 

improvisation. Entouré de l'estime de tous, justement 
fier de la légitime renommée d'un gendre, M. AJolpt' 
Guillot, honneur de la magistrature, à qui des traviui 
remarquables sur les plus graves questions sociales 
devaient ouvrir bientôt les portes de l'Institut, ainsi 
que des succès de son fils, avocat à la Cour de Paris, 
que l'opinion de ses confrères avait déjà désigné pour 
le Conseil de l'Ordre, M. Deligand aurait été endroit 
de jouir d'un repos plein d'honneur. Son exiraordiniif* 
activité ne le lui permettait pas. Tout en disant, av« 
un enjouement pluin de bonne grâce, n'être plus que l« 
premier secrétaire de son fils, il continuait à mettre M 
service d'une nombreuse clientèle, — nous donnons i 
ce mot le sens que les anciens lui attribuaient, — ** 
connaissance profonde des afi'aires et ses vastes con- 
naissances juridiques. L'esprit toujours vif, la mémoitt 
toujours sftre, ignorant le poids des ans, n'ayant 
recueilli, si j'ose ainsi parler, de la vieillesse que s«' 
avantages, je veux dire l'expérience et cette indulgence 
sereine qui en est le fruit, M. Deligand ne se désinté- 
ressait d'aucune des questions qui avaient pu pi»*' 
sionner sa jeunesse; il demeurait attentif au mouve- 
ment artistique, littéraire et juridique ; arrivé presqo* 
à l'extrême limite de la vie humaine, il persistait» 
s'imposer un labeur qui serait de nature à effrajerW 
courages les mieax affermis, et, chaque quinzaine.' 
nous tenons ce détail de lui-même, — il lisait laliïr»'" 
son du Recueil périodique de Dalloz. 

On ne saurait trop admirer. Messieurs, ce qu'il y »■ 
dans ce simple fait, d'énergie morale. Au déclin de 1> 
vie, alors que l'horizon se rétrécit et s'abaisse et 



— 79 — 

les longs espoirs nous sont interdits, il semble que Ton 
doive fatalement céder à ce sentiment de lassitude 
précurseur Je l'éternel repos. En vain reporterait-on les 
yeux vers le passé ! S'il eut ses joies, il eut aussi ses 
peines; — nous savons qu'elles n'ont pas été épargnées 
à notre collègue ; ses dernières années n'ont-elles pas 
été attristées par la mort d'un petit-fils qu'il chérissait, 
— et le commun souvenir des unes et des autres est 
plutôt fait pour jeter dans l'àme une sorte de découra- 
gement. Pour en triompher, pour s'obstiner à continuer 
son sillon et à poursuivre la tâche que l'on s'est im- 
posée, il faut une force de caractère peu commune. 

Au retour d'une courte excursion à Sens, M. Camille 
Doucet écrivait à son vieil ami : « C'est, hélas ! une 
promenade dans le pays des ombres que nous avons 
f^ite ensemble, et j'en rapproche avec tristesse le sou- 
tenir de nos premières années si heureuses au milieu 
<leceuxet de celles que nous regrettons aujourd'hui... 
Tout s'en va, autour de nous, jeunes et vieux. Résis- 
^Qs le plus longtemps possible à la tentation de ce 
long repos. Nous ne sommes pas encore las ! »• Que 
M. Deligand était bien l'homme capable de comprendre 
^et énergique appel. Ajoutons, Messieurs, à ces qualités 
de l'esprit, à cette puissance de la volonté, les qualités 
plus précieuses encore du cœur, cette affabilité exquise, 
SI rare de nos jours et qui, par cela même, trahissait 
son âge, et cet inépuisable empressement à rendre 
^l'vice dont tant de personnes à Sens ont éprouvé 
1 effet, et peut-être, dans cette rapide esquisse, recon- 
û^îtrez-vous le collègue vénéré dont la mort a été, 
pour notre Société, un deuil vivement ressenti. 



— 80 — 

Le 26 novembre 1840, le Comité d*ârrondisseme 
spécialement institué par la loi du 26 juin 1833, p( 
surveiller et encourager l'instruction primaire, s'adj 
gnait M. Deligand comme délégué et lui confiait Tii 
spection des écoles de Véron, Rosoy et Passy. Ce f 
sa première fonction publique. Cinq ans plus ta 
(14 novembre 1845) , il entrait au conseil municips 
où il siégea pendant trente-deux ans. Le 17 octob 
1852, il était nommé premier adjoint au maire ; mai 
quelques mois plus tard (13 janvier 1853), il donm 
sa démission. Appelé de nouveau à ce poste, par décr 
du 27 octobre 1855, des scrupules honorables, inspin 
par Tétat précaire de sa santé, mais que ses meilleui 
amis n'hésitèrent pas à trouver exagérés, le déterrai 
nèrent à se retirer le 18 mai suivant. - Je regretl 
beaucoup pour notre bonne ville de Sens, lui écrivait 
ce sujet M. Vuitry, que tu aies été obligé de donner 1 
démission d*adjoint. L'administration municipale aur 
bien de la peine à se passer de ton utile concours. Es 
ce que tu n'aurais pas pu attendre, pour prendre ( 
parti, qu'une saison des eaux fût venue te rendre 1< 
forces et la santé ? Je suis bien convaincu que le mal 
et ton collègue, le second adjoint, eussent bien voloi 
tiers consenti à prendre toute la charge de l'admini! 
tration pendant quelques mois. » 

Le 27 juillet 1858, un décret impérial confiait 
M. Deligand les fonctions de maire. Circonstance p< 
connue peut-être, plusieurs mois de négociations pn 
santés avaient été nécessaires pour vaincre la ré 
stance de sa modestie et le décider à accueillir 
propositions honorables dont il était l'objet. De gue 



I 



— 81 — 

lasse Je sous-préfet, M. Lapeyrouse, prit le parti de 
faire intervenir les deux hommes dont Tamitié et les 
conseils avaient sur lui le plus d'influence, MM. Camille 
DoBcet et Vuitry. Tous les deux s'empressèrent de 
peser sur la détermination de leur ancien condisciple. 
-Si de tout temps, écrivait M. Camille Doucet, entraîné 
par des convictions politiques, tu avais repoussé à 
jamais toute possibilité de concours, je comprendrais et 
tout le monde comprendrait qu'on eût tort de faire appel 
, à un mérite auquel le dévouement manquerait. Ton 
refQS serait naturel , légitime et presque forcé ; mais 
après une première campagne interrompue par ta santé 
aujourd'hui si bonne, quelle raison de principe l'an- 
cien adjoint peut-il mettre en avant pour refuser les 
honneurs de la mairie, pour refuser surtout le secours 
de son mérite personnel et de son expérience des 
affaires. Libre aujourd'hui, mieux portant que jamais, 
ayant l'habitude et le besoin de t'occuper, placé à la 
tète de la ville par le succès d'une carrière honorable, 
indépendant par ta position et ta fortune, pouvant 
faire danser tout Sens dans un salon qui sent encore 
l'ancienne sous-préfecture, désigné d'ailleurs par la 
voix publique et par l'intérêt général, quand les clefs 
de la mairie te sont offertes sur un plat d'or, quelle 
réponse feras-tu à tes amis et à tes ennemis, si tu en 
as, par quels arguments pourras-tu justifier un refus 
ijui ressemble à un caprice quand il ne repose pas sur 
un principe éternel ? Tout cela n'est pas digne de toi, 
et comme, grâce au ciel, je n'ai plus assez de papier 
pour te dire des injures, je précipite mon dénouement 
et je te supplie, au nom de mille intérêts qui t'en font 

6 



— 82 — 

un devoir, de ne pas te retirer plus longtemps sous 
tente d*Achille et d'accepter, au contraire, sans pli 
d'hésitation, le droit de faire du bien à ton paysqu 
tout prêt à te reprocher ton refus, te saura très bon g 
de ton sacrifice. Ainsi soit-il. « 

Si bon avocat qu'il fût, M. Deligand eût diffîcileme 
réfuté ce plaidoyer intime, petit chef-d'œuvre de boni 
grâce et (Vhumoury où tout en mettant en lumière l 
graves considérations qui imposaient à notre collègu 
de prendre en main le gouvernement de la ville, aucaj 
argument d'ordre secondaire ne se trouvait négligé 
M. Vuitry, de son c6té, s'associait à ces instances ave' 
l'autorité qui s'attachait à ses hautes fonctions. •« Il y ; 
déjà plusieurs années, tu le sais, queje te regarde comiu 
la seule personne qui soit en état d'être utilement mair 
de Sens... Au surplus, Doucet m'a dit hier qu'il t'avai 
écrit dimanche quatre pages sur le même sujet, il 
donc tout dit et mieux que je ne le ferais moi-même 
mais j(î veux au moins ajouter que mon amitié pense 
en cette occasion, comme la sienne, et que nous som- 
mes deux à croire que tu ne peux mieux faire qu'ac» 
cepter. n En suivant ce conseil, M. Deligand, avai 
d'ailleurs la certitude, — et cette considération ne fa 
pas sans peser sur son esprit, — (ju'il concilierait plu 
facilement à s?s concitoyens la bienveillance de so' 
influent ami. M. Vuitry lui en donnait l'assurance dé 
sa nomination. « J'ai toujours été très heureux, li 
écrivait-il, de trouver l'occasion d'être utile à noti 
ville de Sens et d'obliger ses habitants. Maintenant qi 
cela pourra en outre t'étre agréable et aider ton adir 
nistratioii, j'y trouverai plus de plaisir encore. » 



— 83 — 

Ce que fut, Messieurs, Tadrainistration de M. Deli- 
gand, loutle monde, à Sens, en a conservé le souvenir. 
Tout en maintenant les budgets dans un parfait équili- 
libre (1), il a su donner à l'instruction publique le plus 
large développement en adjoignant aux cours de Técole 
primaire un cours public et gratuit de des5>in linéaire 
et d'ornement, ainsi que des conférences publiques de 
littérature et de physique expérimentale auxquels 
plusieurs membres de notre Société prêtèrent leur utile 
concours. En même temps il donnait à la Caisse 
d'épargne la plus grande impulsion et il propageait la 
fondation de ses succursales. 

Captif des étroites limites de cette notice, nous ne 

saurions, Messieurs, entrer dans tous les détails des 

actes d'une administration qui se prolongea pendant 

près de onze années. Mais vous ne me pardonneriez 

pas de passer sous silence la part considérable prise 

par M. Deligand à l'érection de la statue du baron 

Tliénard. En prenant, quatre ans à peine après la mort 

de l'illustre chimiste, l'initiative de perpétuer ainsi le 

souvenir d'un homme que recommandaient à la fois la 

puissance de l'intelligence, la générosité du cœur, la 

grandeur du caractère et l'éclat des services, la ville 

ile Sens et son maire ne rendaient pas seulement hom- 

iiiage à l'un des plus nobles enfants de la cité, ils 

acquittaient la dette de la France envers l'une de ses 

gloires les plus pures. Par une délicate attention, le 

L'ouvernement saisissait cette occasion de reconnaître 



[l. Voir le compte rendu de l'admiuislraliou municipale de la ville do 
Ser:s, prêsoiitc le 23 mai 18G5. 



— 84 — 

■ 

les mérites du maire de Sens, et, le 20 juillet 186 
M. Dumas, qui présidait les fêtes de Tinauguration, r 
mettait à M. Deligand la croix de la Légion d'honnea 
Dans le discours qu'il prononça en cette circonstance 
M. Deligand rappelait Torigino modeste de Thénarc 
« A peine âgé de seize ans, disait-il, Thénard quittai 
nos murs, inconnu, sans fortune et sans appui, et 
aujourd'hui, à la place que ses pas ont sans doute foulé 
lors de son départ, nous lui élevons une statue, ei 
nous saluons en lui le chancelier de TUniversité. Te 
est Tempire de la science et telles sont les hautes desti 
nées qui lui sont réservées. » Et, se tournant vers le: 
enfants des écoles groupés au pied de l'estrade offi- 
cielle, il ajoutait : « Ne l'oubliez pas, jeunes gens qu 
m'écoutez, ne l'oubliez pas, enfants de nos écoles, cai 
comme vous, TUénard est sorti des rangs du peuple, et, 
comme lui, vous pouvez conquérir la noblesse que don- 
nent le travail et le talent. »» Mais, pour que l'enfanl 
du peuple puisse suivre cet exemple, il faut que la com- 
mune rende l'école accessible à tous. De là la nécessitt' 
(le la gratuité, dont M. Deligand était un partisan con- 
vaincu et qu'il se félicitait de voir établie déjà, à tous 
les degrés, dans la ville de Sens. Appelé à présider la 
distribution des prix du lycée, il revenait sur cette pen- 
sée qui a inspiré tous les actes de sa vie publique, eti! 
signalait, dans une formule très heureuse, un nouveau 
motif d'établir celte gratuité dans une société démo 
cratique en disant : ^ (^'(ist par Tiustruction que l'éga 
lilé commence (1). » \'ous reconnaissez là, Messieun 

(1) Discours lu-oiiuiicé le TZ auûl IHi;?, à la dislribuliou des prix i 
lycée. 



— 85 — 

une thèse chère à l'école libérale à laquelle M. Deligand 
est toujours demeuré fidèle et dont il savait concilier 
les principes avec son attachement au régime poli- 
tique sous lequel s'était accomplie la partie la plus 
brillante de sa carrière. Mais il n'allait pas plus loin, 
[ et il n'admettait pas, notamment, que la nécessité de 
I développer l'instruction fut un prétexte pour porter 
: atteinte à la liberté des consciences. 

C'était encore une pensée libérale qui portait M. De- 
ligand à s'associer à cette admirable Caisse d'union et 
de Secours mutuels qui, fondée vers 1832, sous la 
présidence de l'honorable M. Cornisset-Lamotte, par 
quelques mariniers du faubourg d'Yonne, est devenue 
l'une des sociétés de secours mutuels les plus riches 
de France. Pendant près de trente ans, soit comme 
vice-président, soit comme président, il prit à la direc- 
tion de cette société une part prépondérante et elle lui 
doit, en grande partie, sa prospérité. 

Le 15 juin 18t)l, M. Deligand était élu membre du 
Conseil général de l'Yonne par le canton sud de Sens. 
Cette élection l'avait mis en lutte avec le magistrat émi- 
rent qui, unissant à un rare mérite une modestie peut- 
^eplus rare encore, avait, lui aussi, pour demeurer à 
•"^ns, volontairement limité à la présidence de notre 
tribunal civil une carrière judiciaire qui seml)lait devoir 
'e conduire aux postes les plub élevés. M. Vuitry, en 
ft?licitant son ami de son succès électoral, émettait le 
^egret, que tout le monde ici comprendra et approu- 
era, qu'il n'eut pas été possible de trouver une combi- 
aison permeltanl de réunir le président Lallier et 
I. Dei'^'aiid dans Tasisemblée départementale. 



— 8S — 
Napoléon I"et légués au musée de Sens par l'un des 
fidèles compagnons de la captivité de Sainte Hélène (1 
ou sur une clef autlienlitgue île la Bastille (2), sa 
enân, qu'il Tasse, sous une forme humoristique, l'Ili 
toire d'une partie du costume des gens de robe (3). 

Sa notice sur M. d'Eligny, ancien intendant des g 
néralités d'Auch et de Pau (4), est particulièremc 
intéressante i\ tire. On y sent battre, si j'ose ainsi dii 
l'àme sénonaise de Detigand; on comprend combien U 
été beurcux de voir le souvenir du généreux admiD 
trateur, dont le nom est cher à notre pays, pieusemi 
conservé dans les riches contrées dont la prospérî 
coûta À M. d'Etigny tant d'efforts et de sacrifices. 

Mais l'œuvre capitale de M. Deligand est, sans 
tredit, son double travail sur Jean Cousin (5), Lagranl 
figure du célèbre artiste, dont le nom rappelle toute 111- 
lustration du xvi' sièele, a été par lui scrupuleasemenl 
étudiée. - J'ai voulu, nous dit-il, esquisser la vie 
Jean Cousin au point de vue historique et local, laii 
à d'autres plus dignes le soin de dépeindre et d'ap] 
cier chacune de ses œuvres dans leur forme et leur ca- 
ractère; à d'autres aussi la lâche bien grande de retracer* 
l'influence qu'elles ont exercée sur la transformation di 
l'art eu France. ■ 11 ne faudrait pas prendre cette 
clusion trop à la lettre. Sans sortir des étroites lit 

(I) OuKefin vu, p. i:. 

{2) Bulletin, XI, |i. !05. 

(3) Ltt geiit dn robe peuvenl-U» porter inoiialac'ic . UiilMin, 
[1, 301. 

H) fiutlKlin, VI, p. 1RS, 

l'i) Notice HUtoriqaesHr Jeun Voutiu, Ih4leiia,t ^t.p.i.M Jeanfam 
,1 <M MlliAMf. HulMin, I Xtl, p. TT. 



— 89 — 

d'one lecture, il sait, au besoin, décrire en artiste telle 
des œovres du raaftre et discuter Tauthenticité d'un ta- 
bleaa qui lui est attribué. S'il eût eu besoin de conseils 
en cette occasion, ne les eût-il pas, d'ailleurs, facilement 
trouvés auprès de son frère, sculpteur distingué non 
moins que citoyen courageux, qui, cédant aux irrésis- 
tibles attraits de la vocation religieuse, devait renoncer 
aux honneurs que sentaient lui permettait d'ambition- 
ner, sans abandonner le culte des arts (1) ? 

Le 17 décembre 1893, M. Deligand, dont chacun de 
nous admirait la verte vieillesse, ressentait brusque- 
ment les atteintes du mal auquel il devait rapidement 

(1)M. le cbanoioo Augusle-Louis Deligand, né à Sens le 8 novembre 
Ï8 15, décédé à Coutances, le 19 décembre 1874. — Elève de l'Ecole des 
beaux-arls, de Remy et de Dumont, M. Auguste Deligand exposa, en 1846, 
«kau statues, l'Enfant et VEcho et VOraclc des cliami>s, juslonienl reinar- 
*îuéei. O^iro dernière, exposée de nouveau en marbre, en 18:)7, 0:^1 aujour- 
d'hui au musée d'Auxerre, et elle mérita à son auteur une médaille d'or 
de ••classe. M. Deligand a été chargé, depuis par le gouvcrucinenl, des 
siitups suivantes : Statue de «ainl Martin de Tours, ivjur l'cgliso de la 
Madeleine de Paris ; statue ae Bulïon, pour l'hôtel de ville de Paris, (cette 
statue n'a pas été atteinte par l'incendie de 1871]; statue en bronze du 
^ron Puissou, jvjur la ville «le Pithiviers; buste de Nai)oléon 1", pour le 
aj^iin de Marengo à Alger; statue de Christophe de Thou, pour le nou- 
«a'i I/mvre : médaillons de Watt, Oultemberg, xMichel-Ange et Papiu 
"^r la façade du palais de l'Industrie. Entré dans les ordres en 1857, 
Auguste Deligand , après avoir exercé le ministère rlans plusieurs 
V'isiîes de rarchidiocèse de Sens, fut appelé â Coutancos, en 1802, par 
Qàoigneur Brava rd, s<jn ami, et il contribua, dans une largo mesure, 
i n-s tau ration de l'abbaye du Mont-Saint Michel. Le 24 février 1848, 
\ugu.s(e Deligand, par son intervention énergique, a sauvé du pillage 
jiis*>e d'artillerie. Le RuHclin de la S'oc^é^' nrcliroloijuiuc do Sens 
. p. ^îO et suiv.) a reproduit une courte notire, eni|runlée h VAnnuairo 
fnstUttf tics provinces, dans laquelle sont énumérées les principales 
-»s ih'. M. V. Dcliirand, que notre Société s'honorait de compter parmi 
i'.'njl»res corres[»oudanl3. 



— 92 — 

I** Objets anépioraphes. 

Le Panthéon égyptien est représenté par une di: 
de statuettes en matières diverses. 

On sait que la religion égyptienne est une de ( 
qui ont le plus multiplié les noms et les figures di 
vinités(l). Primitivement assez grossière, elle 
élevée, grâce aux spéculations de ses prêtres, jus 
des hauteurs très voisines d'un véritable monothéi: 
Il faut se garder, pour l'interpréter, d'un double ex 
les Egyptiens n'ont pas adoré leurs légumes, comm 
prétendu Juvénal dans une boutade célèbre; mai 
ont bel et bien adoré des animaux et des dieux 
nombreux qui ont été primitivement et sont t©uji 
demeurés pour le peuple tout autre chose que des s 
boles ou des représentations d'un dieu unique. ( 
qu'il en soit, que l'origine des dieux égyptiens ait 
fétichiste ou cosmique, chtonique ou astronomi 
quelques eflbrts syncrétiques que les divers coll 
sacerdotaux aient tentés pour identifier les dieuî 
diff*érentes villes, et réduire à l'unité philosophiqu 
hôtes les plus dissembl^ibles des sanctuaires, cei 
ont gardé avec leurs adorateurs, leurs carcxctères 
tinctifs et leurs attributs, auxquels nous les recon 
sons. 

Des dieux, dont le musée de Sens possède l'in 
le plus érniiient et le plus largement représenté < 
dieu Osiri.s, Son culte est originaire de Mendès, d 

il)(ir. PiMiiu.r, A/»////'//of//r', I';iri< |h7S. — M\si'feuo, l!i.<ttth'f .iii 
ilvs poijilcs (Ir iih'icïit (!"" «mI. 1H7:», V ccl. 18K0). (itthlc du visit 



— 93 — 

répandu dans la - Terre entière ♦» (c'est un des 
s anciens de TEgypte), et même au dehors. Divinité 
e tout d'abord, il se prêta à des alliances avec 
tros dieux qu'il éclipsa, grâce à sa légende, la plus 
e de toutes. Ce qui fit sa fortune, ce fut de présider 

vie d'outre-tombe. Dieu des morts comme Sokar 

Jemphis et Khont-Amenti d'Abydos, il supplanta 
, absorba l'autre, et devint de bonne heure un dieu 
onal. 

eut d'abord, lorsqu'on chercha à unifier la religion 
me le gouvernement du pays, on admit Osiris aux 
neurs de VEnnéade suprême, ou cycle des grands 
X, Paout noutriou, avec Toum, Shou, Tafnout, Sib, 
t, Isit, Sit et Neftit. C'étaient, pour la plupart, des 
X élémentaires : Sib, le dieu-terre, Nout, la déesse- 
que sépare, dans leur accouplement, Shou, le dieu- 
3t-lumière, engendré, avec sa sœur et épouse Taf- 
i , par Toum, le premier dieu sorti du Nouit ou 
n primordial. Selon la légende, Orisis est le pre- 
-né de Sib et de INout, épouse sa sœur Isis, person- 
ation du limon fertile. Il est le Nil fécondateur et 
lier habitant de l'Egypte, il est l'ancêtre et le bien- 
ur des hommes, mais il ne peut échapper à la 
: ; selon une tradition, qui ne semble pas remonter 
elà de le sixième dynastie, c'est son propre frère, 
qui le surprend dans une embuscade, le tue et dis- 
» ses membres. Isis les cherche en pleurant, avec 
î de Xephthys, elle les rassemble, et, par ses incan- 
)s, leur donne une vie nouvelle; elle conçoit un 
ioras, le vengeur de son père, (^ui lutte avec Sit 
net hors d'état de nuire en l'émasculant. Quand 



— 04 — 

la théologie adopta la conception populaire de la famille 
divine, Osiris, son épouse Isis et leur fils Horus formè- 
rent une triade : le temple d'Abydos, édifié par Sêtiet 
Ramsés II, les groupe ainsi dans un culte commun. 
Dans révolution de l'école Ihéologique d'Héliopolis vers 
le dogme de Tunité divine, on fit à Orisis la part belle. 
Le centre de la doctrine héliopolitaine était le culte du 
dieu solaire Rà ; Osiris fut regardé tantôt comme le 
père, tantôt comme le fils de Rà, enfin comme la forme 
nocturne du dieu-soleil, dont Rà était la forme diurne : 
Osiris, dieu des morts, devint le Soleil invisible et mort 
en apparence ; ainsi peut-il être considéré comme une 
manifestation du Dieu unique, et participer, au temps 
de la domination Tliébaine, à la suprématie d'Ammon- 
Rà. 

C'est après un nouvel avatar que le culte d'Osiris se 
répandit dans le monde romain. Nous avons vu comment 
il personnifiait le Nil. Or, le taureau fétiche avait ete 
élevé à la dignité de symbole du pouvoir créateur "" 
grand fleuve et do la divinité même; c'était « l'image 
vivante de Ptah n sur la terre ; il portait le nom du Ni'» 
Iltlpij vulgairement le bœuf Apis, A sa mort, l'aiiim'il 
s'identitiait plus qu(î tous les défunts à Osiris. Sous 1^ 
nom nouveau de Osar-llàpi, et en grec feu Apis ou 
Apis-Osiris, 2a>aT:i;, OU 2£pa77i;, le dicu fut accepté P'*^ 
les Alexandrins, adoré dans le Sérapéum, et vénère 
dans tout Tenjpire romain (1"^. Les Grecs avaient vu ew 
Osiris, à cause de sa suprématie, ziO;, le père des die^^ 
et des hommes ; à cause de son pouvoir fécondateur, '* 

(1; Cf. Lafaye. Culte 'tua ilivinitrs iI'Alfxanitriv hors de VEuyjfte, V^ 



— 95 — 

wvïxjo; des mystères ; et, à cause de son rôle funé- 
aire, leur Ai^r,«, roi des Knfers 

Osiris est représenté tantôt debout, tantôt assis sur 
in trône, mais toujours sous forme de momie, enveloppé 
la cou aux pieds de bandelettes qui forment autour de 
son corps une gaine, d'où sortent seulement la tête, 
ornée de diverses coiffures, et les mains tenant divers 
attributs. 

C'est ainsi qu'il apparaît dans trois statuettes en 
bronze de nos collections. 

Le n® 365, bronze de 0"14 (collection Poncelet), 
montre Osiris debout, tenant de la main gauche, sur 
Fépaule droite, un fléau; de la main droite, sur Tépaule 
^uche, une sorte de lituus, sceptre ou houlette. Sur 
sa tête est un diadème atef assez finement modelé : ce 
i£adème figure, dit-on, une gerbe de joncs, noués en 
haut et au centre, flanquée de deux plumes ou plutôt 
3eux panaches de roseau; il symboliserait la végétation 
que procrée la fécondité de la nature ; par devant glisse 
^ÊRurœiis, serpent qui gonfle sa gorge en se redressant, 
ijmbole de la force du soleil et emblème de la royauté. 
Une statuette sans numéro, dans la salle des vitrines, 
roduit le même type en plus petit. 
Le n® 376 (haut. ™ 10), manque de coiffure, et porte 
s les mains deux hoyaux, dont nous indiquerons 
s loin la signification. 

On peut encore rattacher à cette série, toute celle 
statuettes funéraires, dont le n"* 370 fait probable- 
t partie. Le défunt était assimilé à Osiris, c'est sous 
\ forme et clans le costume de ce dieu que nous le prê- 
tent les n«* 328 à 364. 



— m — 

D'Osiris il ne faut point séparer Isis, son épouse 
fidèle, sa sœur inconsolable. Nous avons dit quelle 
avait été probablement sa signification primitive et 
quelle fut sa légende. Ce fut surtout son culte qu'adop- 
tèrent les étrangers. Apulée en a décrit les cérémonies. 
Les monuments en sont dispersés un peu partout eo 
Europe. A Sens même, un de nos ancêtres (1), dont le 
monument est conservé dans notre musée lapidaire, 
semble, d'après son costume, ainsi que Ta fait remar- 
quer Tan dernier M. Prou, avoir appartenu à la con- 
frérie des Isiaques ou sectateurs d*Isis. 

Un petit bronze, don de M. Granjean, et exposé sans 
numéro dans la vitrine de la galerie de tableaux, repré- 
sente Isis assise, allaitant Horus. C'est un thème sou- 
vent reproduit par la sculpture égyptienne dans les bas- 
reliefs ou en statuettes (2). Peut-être a-t-îl donné aux 
chrétiens l'idée de figurer, dans la même posture, 1* 
vierge Marie et l'enfant Jésus. Toujours est-il qu une 
sculpture copte du musée de Boulaq les reproduit sous 
les traits classiques d'Isis et d'Horus (3). Ainsi ce 
bronze serait, à nos jeux, une réplique, plus ou moins 
bonne, du type ancestral des madones de Raphaël. 

La coifl'ure que porte Isis n'est pas la sienne propre. 
Dans les anciens monuments, Isis porte sur la tète une 
sorte d'escabeau qui sert à écrire son nom. Cette coi»' 

(1) Slèh; «lo HcUiciis. 

(2) Uin; polili; lii:iirino en terri' rmailli'o servant d'ainiilollo, haute ^ 
lî»"", i>ortaiil I»^ !!• H dans la aillecliou de la Société archéolugiiitie, doit 
fKîiil-L'lre mali^ré rimièoision île ses foniius Olro rapportée à co type. 

(3) Mémoires tie l;i Misainn nrcht'olojùiiic du Caire, t. m, fasc. 3. AL. 
(lAVET, eatalogue des sculptures et stèli^s oriM^es do la saUe copte du Miisrt 
do Boulaq, pi. 



— <)7 — 

fure, formée d'un disque entre deux rornes, est celle 
d'Hathor, primitivement représentée sous la forme d*une 
Tache (Iodes Grecs); cette coifTure symbolise l'appari- 
tion du soleil à rhorizon. 

Un autre bronze (S. -A., n" 4), haut de 0"*08, avec un 
anneau derrière la coiffure pour le suspendre, représente 
le dieu Nofri-Toum, Il est représenté debout dans Tat- 
titnde de la marche. Au-dessus du klaft qui enveloppe 
la tète et retombe harmonieusement sur le dos et de 
chaque côté du visage, orné, par devant, d'une vipôre 
oraeus qui gonfle sa gorge. Ce dieu porte comme coiffure 
caractéristique, une fleur de lotus épanouie d'où s'échap- 
pent deux plumes ou panaches de roseau. Ses deux 
mains pendent à droite et à gauche sans rien tenir. 
Le rôle de ce dieu n'est pas très certain. 11 parait avoir 
personnifié une des formes du soleil de nuit, celle qui 
précède immédiatement l'aurore. Sans doute il fut un 
dédoublement du grand dieu élémentaire Toum, adoré 
surtout à Héliopolis. Dans le jeu des triades on le trouve 
associé à Ptah et Sokhit en qualité de fils. 

Le n' 360, en terre émaillée verdàtre. haut de "* 06, 
offre un aspect bizarre. La divinité qu'il représente 
forme un composé étrange d'éléments humains et ani- 
fnaux. Elle s'appelle Nahhkôou, c'est-à-dire celui qui 
0(U les doubles. Ce nom évoque des idées relatives à la 
ie des morts dans la tombe. Des génies similaires 
ibondent dans les enfers égyptiens, et une déesse-ser- 
kent, Miritskro, préside à la nécropole de Thèbes. 
fahbkôou, dans les peintures ou sculptures, n'est sou- 
ent qu'un simple serpent; parfois il a des jambes ou 
es mains. Ici il a l'un et l'autre et porte ses deux 

7 



— 99 — 

portant sur la tête l'hiéroglyphe de la lumière qui sert 
à écrire son nom. Parfois il est figuré avec ïafnout 
sous forme de deux lions couchés à côté l'un de Tautre. 
PourTafnout, on lui donne toujours, ainsi qu'à Sokhit, 
une tête de lionne. On attribue pour auteurs à ces divi- 
nités tantôt Toura seul, tantôt le dieu Rà et la déesse 
I Hathor. 

Deux figurines de la collection de la Société archéo- 
logique, portant les n°* 4 et 5, représentent, assez mal 
d'ailleurs, Anubis. C'était un dieu secondaire, que l'on 
donnait parfois pt)ur fils à Sit et à Nephthys. Il est or- 
dinairement associé à Osiris comme dieu des morts, 
mais avec un rôle subalterne. Il veille sur les nécropoles 
et conduit les âmes devant- le juge des enfers. On le 
figure avec une tête de chacal, au museau pointu et aux 
longues oreilles droites, sur un corps humain dans l'at- 
titude de la marche. 

Len®6 représente un singe cynocéphale. Cet animal 
était consacré au dieu Thot et sert parfois à le repré- 
senter. Thot, divinité secondaire, adorée à Hermopoli 
(Sclimoun), avait aidé Horus dans sa lutte contre Sit. 
Il était le scribe des dieux; il assistait, comme tel, au 
Jugement dans les enfers et enregistrait le résultat de la 
pesée des âmes; on lui attribuait l'invention des arts, 
(le récriture et des livres sacrés (1). C'était encore la 
forme de certains génies infernaux. Leur rôle était 
bienfaisant. Ils acclamaient au passage la barque noc- 
turne du soleil , l'escortaient , la dirigeaient ou la 
hàlaient. 

A Cr Plat«>n, Phhh'c. 



— 10() — 

Après les formes hybrides, les monstres. Le n° 
(émail décoloré, h. 0'"25) représente une forme du di 
Plah. La tête est démesurément grosse pour le cor[ 
les jambes sont trop courtes, le ventre et Tensellu 
sont projetées on avant et en arrière. Hérodote as 
mile cette forme divine au dieu patèque, c'est-à-d: 
embryon, des Phéniciens (1); M. Maspéro y voit la ( 
vinisation de difformités naturelles dont il a vu d 
exemples chez des enfants hydrocéphales (2). 

Enfin, pour clore la liste des divinités, six statuett 
du dieu Dès, le n° 'Mil, haut de 0"015, en émail ver 

— le n° 374, haut de 0'"0î), en terre cuite, sans émai 

— et quatre figurines, appartenant à la Société arché 
logique, trois en terre émaillée, portant les n®« 3, 7 
H (h., n« 3, 0™031 ; n» 7, 0-017; n^ 11, 0»020), - 
et une statuette en bois, n® 2, de 0*" 12, dont les pie» 
sont cassés. 

L(î dieu Dès, Bisou, ou Bésa, venait de Pount, c'est 
à-dire de l'Arabie méridionale. Son nom est celui de I 
panthère dont il porte la peau. C'est une sorte de gn 
te.s(|ue qui ne ressemble nullement comme type ai 
autres divinités égyptiennes. 11 a un diadème et u 
ceinture de plumes d'autruche (3); d'une main, il r 
mène devant lui un l)0uclier ovale, de l'autre souvent 
brandit une épée. La ligure est grimaçante, sa bouc 
énorme et béante, ses lèvres épaisses et relevées, 

(i, ni.<t. m, -M. 

{'y) Ht'ciir'ii /i(>. trjrnux, II, p. 1 .M) , O'aprî'S iino noie hii* ii la >•< 
iV;iullir«HMtli);j:i(', par \v, (lu«'l('iir l'arroi. 

(;'.) La liLMiriiic ir' l iic porln aiu-uiie fv»iiriirc ; cllo se dislingue j^u 
liuUus (jui loiiili;' jnsfiu'a ti^rr". 



— 101 — 

barbe touffue et négligée, son ventre obèse, ses jambes 
courtes et cagneuses. Tout guerrier que soit son appa- 
reil, il aime la danse, la musique et les rêves terribles 
ott gais. Il s Vst confondu en Egypte avec Sit ou 
Typhon; les Phéniciens ont colporté son image ridicule : 
àSaraotlirace il est devenu Kabire ; en Grèce il a prêté 
! sa hideur à Silène et à la Gorgone. La multitude de ses 
représentations prouve la popularité de cette idole. 



9 * 



Les objets compris sous les numéros 308 à 373 se rat- 
tachent au culte des morts. Ce sont des amulettes que 
l'on mettait sur les momies pour assurer leur bonheur 
Jans l'autre monde. Chacun avait sa destination spé- 
ciale. 

Nous la connaissons par le Livre des morts. Ce livre, 
Qoe l'on appelait autrefois Rituel funéraire, était un 
''tîcufil de prières, d^hymnes, de formules magiques, 
9*^'? Ton retrouve isolées ou combinées sur divers amu- 
^^tes, sur les parois des sarcophages ou des tombeaux, 
' surtout sur de longues bandes de papyrus que Ton 
ottait en rouleaux, à la disposition du mort soit sous 
s bandelettes de la moinie, soit dans de petits coffrets 
icés près du cercueil. Le plus célèbre de ces textes est 
Papyrus Je Turin, qui sert de base à la critique du 
cte et d'après lequel on le divise en chapitres. Réciter 
> [.rièros sur chacun de ces amulettes lui donnait 
tî vertu magique. Les prêtres et les parents n'y man- 
■ lieiit p(Mnt au moment des funérailles ; mais, pour 
is de sûreté, cm donnait au mort un exemplaire des 
•iniib»s pour qu'il piit s'en servira TorvMsion. 
lv> itivj-es des égyptiens antiqiius sur la mort et la 



— 103 — 

Cet amulette se plaçait au cou du défunt. Sa couleur et 
sa forme ont le même sens : c'était la reproduction 
exacte d'un signe hiéroglyphique qui veut dire « être 
vert, florissant »•. Le Livre des morts donne, aux cha- 
pitres CLIX et CLX, deux formules pour consacrer cet 
amulette. Au premier abord, ces formules sont extrê- 
mement obscures. L'une fait allusion au voyage que 
f l'âme après la mort fait autour du monde à l'imitation 
: du soleil, ou simplement pour se rendre dans le domaine 
d'Osiris, grâce à la protection des dieux et à ses pro- 
pres pouvoirs magiques : 
î « celle qui sort chaque jour de la demeure de 
' ■ Dieu! Je parle à la grande déesse qui circule par la 
« porte de la double demeure. Elle s'empare des vertus 

• magiques de son père, la momie en taureau (c'est-à- 

• (iireOsiris). Ranen prend la route de ses .suivants; 
« elle refait la route de la grande fois. » Kanen ou 
Bannou, dont le nom sii^niifle allaiter, .^yniliolise l'ali- 

'tentation, les moissons, rabondaiire; elle fait reverdir, 

^'e^ît-â- dire revivre le mort [[). 

L'autre n'a trait qu'à la ])aix de la tombe et à la con- 
servation delà momie; le défunt se comjuare ;'. l'aniu- 
^tte et s'en attribue les qualités : 
- Je ïiuis la colonette de spath vert, sans flèche, que 
(ion ne Thot à ses adorateurs et qui déleste l»i mal. 
Elle est saine, je suis bain. Elle n'est pas entachée 
(le mal, je ne suis pas entaché de mal, réciproque- 
iiiriit. Elle ne blesse pas, je ne blesse pas. Thot dit : 
Le Grand ((Jsiris) est venu en paix dans Pa (quartier 

; l .■ Il .i«IU<-li'>ii riLl.M.l. l';Ul>, Li.ToUX, l>>^.', p. '*'. 



— lOi — 

« de la nécropole de Memphis). Shou marche vers lui 
•• en son nom de spath vert (ou de reverdissement). Sa 
« demeure est achevée, le dieu grand y repose. Toum 
• est dans son œil. Les membres de TOsiris N. (le tlé- 
« funt) ne seront pas attaqués (l). » 

Les n®* 371-373 sont une autre série d'amulettes, 
auxquels les premiers égyptologues avaient donné le 
nom de nilomètrcs; on les désigne aujourd'hui parleur 
nom égyptien tat qui sert à écrire le nom de la ville de 
Mendès. On croit qu'il représente soit un tronc d'arbre 
branchu (2) soit un autel à quatre ou cinq tablettes 
pour recevoir des oflVandes auxquelles fait allusion 1^ 
fin du chapitre CLV : 

« Etant su ce chapitre, on est en défunt accompli 
« dans la divine région . On n'est pas repoussé des portes 
•« de rOccident. On reçoit pains, gâteaux, abondau^^^ 
« de viandes sur les autels d'Osiris, et votre pan"^ 
•• fait loi contre vos ennemis dans la divine région- ' 

De plus le mot « tat »♦ signifie « stabilité »» et on 1**^ 
trouvait quelque ressemblance éloignée avec Tépi'^^ 
dorsale. Aussi plaçait-on ce signe derrière les statu*-'* 
divines et le peignait-on dans le cercueil, souslamoniî^' 
comme pour les soutenir. Ainsi s'explique rincantatî*-'^ 
prononcée sur l'amulette en le suspendant au cou ^^^ 
défunt : 

« Ton épinti dorsale est à toi, ô dieu dont le cœure="' 
« immobile! Mets-toi sur le flanc, car je verse l'e:*'** 
« (c'est-à-dire je vais rendre à ta momie <lesséchée l'hU'^ 
« mi<lité nécessaire à la vie); et voici que je t'ai a|»^ 

(I) TratliHiinii Pirnm:r, |». MT. Cf. « hap. «!V, I. XXXIV, p. ::|".. 
.'.', NJA:*l'rU'», (fi/<»/r, I». Il ".j }în-, tto. XII, \t. 71». 



— 105 — 

ce tat afin que tu te réjouisses de lui. (l) »» 
[ue ces pratiques et ces formules relèvent de la 
ion la plus grossière de la vie future et remon- 
aisemblablement û la plus haute antiquité, elles 
essè de servir. Quelles qu'aient été, en effet, les 
ces, les parents des défunts ont toujours jugé 
t de les prémunir contre toutes les hypothèses, 
ccptiques même, en ne prodiguant pas les amu- 
auxquels ils ne reconnaissaient pas d'efficacité, 
it craint de voir attribuer leur indifférence à une 
se lésinerie. 

s la collection égyptienne de la Société archéolo- 
se trouvent encore plusieurs autres amulettes. 
17, émail vert, h. 0™024. Tète de la déesse 
', divinité secondaire qui ne fait point partie du 
ivin; elle symbolise la fécondité de la nature, ce 

faisait donner une tète ou au moins des cornes 
le ; souvent elle se confondit avec Isis. Deux bou- 
métriques encadrent le visage, l.'n large collier 
rculaire couvre la gorge et teriuine en bas l'amu- 
Ai édicule surmonte la tète de la déesse, comme 
s chapiteaux gracieux du temple de Dendérah ou 
barcadère d'Isis à Philé. 

G, émail rouge, h. ()"'024. Lièvre accroupi sur 
in de derrière, les oreilles dressées. Sa présence 
les amulettes s'explic^ue par un Jeu de mots. 

hiéroglyphe, le lièvre se prononce oan ; or, cette 

siirnifîait « être »• ou « ouvrir-, Klle servait à 
c surnom d'Osiris Oun-nofîr (V hltrc bon, ùwovpi;) 



— 1U6 — 

si bien que le signe et l'idée s'unirent intimement et 
qu'aux basses époques on trouve des Osiris à ièie i^ 
lièvre. 

Plusieurs génies avaient cette même forme : c'étaient 
des gardiens des portes de l'enfer, chargés d^ouvrirh 
voie aux bons et de la fermer aux méchants. Soit donc 
pour assurer Tètreet la survie, soit pour rendre favora. 
blés Osirîs ou les génies portiers, le lièvre sert d'amu- 
lette (1). La métaphore et le calembour ont toujours 
été une source de superstitions populaires, comme de 
mythes (2); ainsi dans les campagnes invoque-t-o» 
encore saint Loup contre la peur. Mais les Egyptiens 
s'en sont montrés particulièrement amateurs. 

Tous ces amulettes, qu'ils figurent des divinités, des 
animaux ou d'autres objets, sont munis d'un anneauou 
percés d'un trou à la partie supérieure et autant que 
possible en arrière. Le n« 13 en a deux malgré ses pe- 
tites dimensions. Au moyen de ces trous on accrochait 
l'amulette soit aux bandelettes de la momie, soit sur- 

• 

tout au collier qui s'étalait sur la poitrine de la momie. 
Ces colliers pouvaient être composés de pièces en or ou 

* 

en émaux cloisonnés; généraionKMit ils étaient former 
de perles rondes ou longues cmi émail bleu, disposée^» 
sur plusieurs rangs ou en réseau. La Société archéolO' 
gique possède une pr) le de ce genre, semblable îi ^^ 
gros grain de chapelet (n** *^<)). Sur la stèle 321 et î^"*" 
plusieurs statuettes funérair(»> de b(Ms ou <le te^r^ 
émaillé(», on v(»it dt-ssiiie le cnllier (n*** 3*J8, .'.»3 ), o-' 
3rj). On mettait le collier au cou du défunt le j«>ur * ' 

,.'} Cf. Hui.Ai.. Miilhr .r«i:.Ii|M-. K.'uc Aivli. |s'..:. 



— 107 — 

l'ensevelissement, eu récitant le chapitre CL VIII du 
Livre des movtSy et le défunt était assuré de se dégager 
de ses bandelettes et de voir Sib, le dieu de la terre. 

Pour achever la revue des objets anépigraphes, men- 
tionnons une bagicc en bronze (S. -A. n^ 4), trouvée à 
Memphis. L'oxyde a enlevé sur le chaton toute gravure, 
s'il V en a eu. 

Enfin signalons deux momies de chats, Tune exposée 
sous le n** 377, l'autre contenue dans un cône de terre 
coite de fabrication grossière. Ces momies proviennent 
généralement de Tell-Basta, l'ancienne Bubastis, ville 
consacrée à la déesse Bast, que l'on représentait avec 
une tête de chatte et que souvent Ton associait, au 
point de les confondre quelquefois, aux déesses Taf- 
nout(l) et Sokhit, à têtes de lionnes, dont elle est une 
forme adoucie, quoiqu'elle ait aussi des aspects terri- 
bles. A Bubastis on enterrait les chats momifiés, comme 
les taureaux Apis au Sérapéum de Memphis, les cro- 
codiles au Fayoum , les loups à Siout , les éperviers 
à Edfou. 

On sait que le chat était sacré pour les Efj^yptiens, 
>udu moins pour certains d'entre eux. Sous Ptolémée 
Ulète le meurtre involontaire d'un chat par un Romain 
•-nileva une sédition. Outre les services que le chat 
md aux greniers des hommes, des raisons d'ordre tliéo- 
piue motivaient ce respect religieux pour divers ani- 
uix. Les (irecs, étonnés de ce culte bizarre, en ont 
nié plusieurs interprétations qu'ils avaient recueil- 
- (2.!. Toutes sans doute étaient égaU^nient bonnes et 

Cf. SUI'RA. p. 93. 

♦ :f. Ilr.iiMiJuTL, n, i;.; DiuixjKi:, I, si, s<i, uo. 



— 108 — 

furent données pour légitimer et spiritualiser le féti- 
chisme persistant. On vit dans les animaux des réin- 
carnations des dieux qui nous épient, ou des morts qui 
veulent nous revoir, ou bien encore des emblèmes 
vivants des principales qualités ou opérations divines. 
La vénération accordée à l'animal envie se poursuivait 
après la mort. 



* 



IP Inscriptions funéraires 

Trois sortes d'objets dans les collections égyptologi- 
ques de Sens portent des inscriptions. A divers titres 
ce sont des monuments funéraires. Classons- les en 
stèles votives, canopes et statuettes funéraires. 

Chaque tombe possédait au moins une stèle ou pierre 
funéraire destinée à perpétuer la mémoire du défunt. 
« Faire vivre son nom, » selon lu formule égyptienne, 
paraissait d'un très j^rand prix aux Egyptiens, car à la 
survivance du nom était attachée celle de la personna- 
lité : un olijet sans nom était comme n'existant pas; un 
homme sans nom sui)issail la « seconde mort », pl^^ 
terri])le que la première, parce que cette fois c'était un 
anéantissement irrémédiable. La stèle se plaçait d'or- 
dinaire au fond dt» la salle ouverte aux parents et au 
public pour y accomplir les rites, et près (h? l'entroe 
murée du souterrain, galerie ou puits, au fond duquol 
reposait la momit». Va\ tout t<Miips, la bièle a été comme 
h» résumé (M Tiniage (b» la toinbiï (Mitière; mais, seb>n 
les ép()([U<»s, ra>pect, la liguraii«»ii et b» texte en ont 
varié. Sous b»s prcml<'res d\ nanties elle e^t carrée, olb' 
s'arrondit par le sommet à pariir de la onziètno. Dans 



— 100 — 

Jes plus anciennes elle figure essentiellement une porte, 
l'entrée (le la - demeure éternelle. " On y joint, dès les 
premiers temp"^, la représentation de l'intérieur de la 
la tombe. Suivant des lois de perspective qui ne sont pas 
les nôtres, on superpose, en registres plus ou moins 
niultipliés, les scènes plus ou moins éloignées. Le dé- 
funt est représenté au fond et devant lui une table 
d offrande chargée de mets. Des parents et des servi- 
teurs s'empressent pour accomplir toutes les cérémonies 
et rassembler toutes les provisions nécessaires à son 

• 

immortalité; ainsi voit-on l'enterrement, le sacrifice, 
'es libations, des bètes et des vases divers. Plus tard 
^ulement, le défunt n'est plus le centre de l'action et 
cède la place d'honneur à un dieu, généralement Osiris, 
auquel il rend hommage. Des inscriptions remplissent 
'encadrement et les vides laissés sur le champ de la 
pierre par les figures. Elles contiennent le nom, la 
^"ation et les titres, une biographie sommaire du 
'*^^ft,des indications relatives aux autres personnages, 
explication des scènes, une prière sacramentelle pour 
assurer au mort la possession de tous les objets figurés 
^^n.s la tombe pour ses besoins, enfin parfois un hymne 
^ 'û divinité. De ces divers éléments le nom du défunt 
^ï la présentation de la table d'oflrandes sont seuls 
essentiels. 

Outre les stèles sculptées ou encastrées dans la 
tombe, il yen avait d'autres que l'on transportait par le 
Nil jusqu'à Abydos, dans la Haute-Egypte, et que Ton 
déposait dans l'enceinte sacrée du temple d'Osiris, près 
le « TEscalier du dieu grand ». Ce transport de la stèle 
itait symbolique : il procurait au défunt le bonheur de 



— 110 — 

dormir sous la protection du dieu, comme si la tom 
tout entière se trouvait placée près du temple d'Abvd» 
avec la stèle qui la représente. C'est d'Abydos que prc 
viennent les 95 centièmes des stèles qui se trouven 
dans les musées d'Europe, et très vraisemblableinen 
en particulier les deux stèles du musée de Sens, n«*32 
et 325(1). 

La stèle 324 est divisée en deux registres, surmonté 
de signes symboliques, et suivis d'une ligne horizontal 
de texte. Une ligne rouge entoure le tout Les hiérO' 
glyphes ont été gravés et peints en bleu. Le contour de 
figures est également gravé, mais de manière que l^- 
corps semblent ressortir en relief; le dessin est loii 
d'être correct ; diverses couleurs ont été appliquées. 

En haut, dans le cintre, se trouve le signe de 1 eter 
nité, un anneau, sur une base plate, entre deux outjas 
on appelle ainsi deux signes symboliques représentao 
les deux yeux du soleil éclairant le monde, ou bien k' 
deux yeux de Tunivers, le soleil et la lune. 

Au premier registre on voit, à gauche, un homme e 
une femme, assis sur le même fauteuil à pattes de lion 
L'homme est vêtu d'une sorte de jupon blanc, étroit 
qui lui tombe jusqu'aux chevilles ; son visage, son buste 
ses bras et ses pieds sont découverts et peints en rouge 
un collier orne sa poitrine; sur la tête il a une coiffur 
noire, peut-être une simple perruque, coupée net à 1 
hauteur du cou ; il tient de la main droite un objet di 
ficile à définir et de la gauche une fleur de lotus do 
il aspire le parfum. A coté et en arrière de lui est 

;i; N" •.2'i, II. 0"(>3:., 1. 0"(»J'i. — N« :vi:>,U. 0-0:i7, 1. 0-o>?. 



— 111 — 

femme qui lui passe affectueusement le bras par dessus 
Vépaule gauche et le touche au bras droit de sa main 
fermée, sauf un doigt allongé; ses chairs sont peintes 
en jaune, suivant l'usage; elle porte, elle aussi, un 
collier; sa coiffure noire descend plus bas que le cou 
et se divise en parties inégales, pour retomber sur le 
dos et devant les épaules ; sa robe blanche, suivant les 
contours du corps et tombant jusqu'aux pieds, est re- 
tenue, au-dessous des seins proéminents, par des sortes 
de bretelles. Devant ces deux personnages est une table 
d'offrandes chargée de provisions : deux pains ronds de 
couleur indécise, un gâteau au profil droit arrondi par 
le haut, puis un vase jaune dont le contenu forme dôme, 
et une sorte de fruit blanc à queue rouge. De l'autre 
côté un jeune homme tend, au-dessus des autres of* 
fraudes, un objet plus grand, blanc, cerclé de rouge, et 
dont l'extrémité rouga pend en avant ; je ne sais ce que 
c'est. Sa taille, bien inférieure à celle des deux autres 
personnages, ne prouve pas que ce soit un enfant (il 
n'en a pas le costume), mais signifie seulement son 
infériorité vis-à-vis des autres : ainsi toujours dans 
les dessins égyptiens un dieu est plus grand que les 
hommes, un roi que ses sujets ou ses ennemis, un 
père que ses enfants. Sa coiffure est noire, arrondie, 
et s'arrête au cou ; il porte un collier ; il a pour vête- 
ment un pagne blanc empesé et formant une pointe 
raide en avant, attaché à la ceinture par une corde- 
lette et ne couvrant pas les genoux, présentant quel- 
que analogie avec la fustanelle plissée des palikares. 
Dans le champ resté vide, entre les outjas, les têtes des 
personnages et la table d'offrandes, trois groupes d'hié- 



— H2 — 

glyphes, tournés dans le même sens que les person- 
nages, indiquent leurs noms. Ce sont : Pahou et se 
femme seconde llolpoUj d'une part; de Tautre, son fi^^ 
Uiq-Nafir, La mention « seconde femme » donnerait i 
elle seule de l'intérêt à la stèle. Elle est très ^are sur les 
monuments égyptiens, quoique le fait de mariages suc- 
cessifs ou de bigamie soit constaté très fréqueraraent 

Au second registre, le mémo individu reparait assi: 
comme dans le premier tableau, mais avec une autn 
femme. En face d'eux, à la place occuj)ée plus hautpai 
le iils, est une femme, vêtue comme les premières, mai' 
debout, un bras replié, l'autre tombant vers la terre 
Trois colonnes verticales d'hiéroglyphes, séparées pai 
des barres rouges, nous donnent les noms de ces nou* 
veaux personnages. Nous connaissons déjà le principal 
mais nous apprenons ici son titre : « Le capitaine dt 
vaisseau (ouii'OiVd) de Sa M'tjesiè Pa-Ilou »». Près de lui 
H sa femme Hont-Tooiiï^A']n face, «♦ sa sœur Hdtsliopsi^" 

Enfin, au bas du tableau, se trouve écrite, de droite 
à gauche, la pri("'re suivante: « Royale nffrande à Osins, 
sei(jneu7* dWb\jdos : rptU d(tnne toutes choses bonnes et 
pures au douhlr du capitaine de vaisseau Pahou ». Pï*^^' 
que toutes les stèles portent une formule de ce genre. 
Elle avait pour but de donner au mort la jouissant* ^^^ 
obj(îts renfermés «lans la tombe, de rendre réelles po'iï 
son service les ollVandes qui n'étaient (|ue figurées oi 
mentionnées, et (h» lui assurer une part dans les vivre: 
(ît les provisions de toutes sortes, consacrés au tliet 
dans les temples par la piété des fidèles. 

La stèle n° iî'J.") e^t moins jolie d'aspect, Les figure 
sont complètement évidées ; hiéroglyphes et person 



— 113 — 

âges sont uniformément peints en bleu. Dans le cintre 
e trouvent deux yeux oudjas affrontés. Au-dessous 
curent, de droite à gauche, quatre lignes de texte hié- 
'oglyphique. Puis viennent deux registres de person- 
lages accompagnés de leurs noms écrits près d'eux 
verticalement. .Enfin, au bas, une bande fruste. 

Le texte contient une formule de prière plus déve- 
oppée que celle de la stèle précédente. La voici : 
« Royale offrande à Osiris, seigneur de l'Occident, dieu 
frand, seigneur d'Abydos ; — à Ap-Ouaïtou^ seigneur de 
a terre sainte; — au cycle des dieux qui résident en 
\bydos ! Qu'ils donnent les offrandes funéraires en 
amSy vin^^ bétail, volaille, étoffes, toutes choses bonnes 
t pures dont vit un dieu, au double de l'artiste (kesenti) 
i-Tép (ou Si-Rd, le signe étant mal formé) »». Le détail 
es souhaits formulés dans cette prière, dont nous 
vons dit Tefficacité, nous montre quelles étaient les 
lées sur Tautre vie les plus répandues dans le peuple 
gyptien. 

Le registre supérieur présente trois personnages. 
^e premier à gauche est assis sur un fauteuil ; Tun de 
(es bras est replié gauchement vers la poitrine, l'autre 
j'avance parallèlement aux genoux; les signes voisins 
nous «lisent son nom, c'est « Kdou, juste de voix**. Cette 
lernière épithète fait allusion à la science, que possède 
e mort, des intonations nécessaires en prononçant les 
ormules magiques dont il doit se servir dans l'autre 
tionde ; mais elle est de style et se donne indifféremment 
. tous les défunts. Kàou reçoit les hommages d'un autre 
lomnie : ** /^artiste Iladjouroit^ juste de voix »». Enfin 
errière ce dernier se trouve une fillette, debout, com- 

8 



— 114 — 

plètemeiit liue, comme rétaient jadis et le sont encore 
les eiifants égyptiens des deux sexes dans leurs pre- 
mières années ; outre l'absence de vêtements, la petite 
mèche de cheveux conservée au sommet de la tète et le 
doigt porté à la bouche pour le sucer, indiquent encore 
le bas âge de Tenfiint. Elle se nomme » la fiUe Ptah^ 

Oïr n. 

Au registre inférieur sont quatre femmes, reconnais- 
sablés à leurs seins pointus et à leur coiffure retombant 
jusqu'au milieu du dos. Elles sont agenouillées et se 
regardent deux à deux. Les deux plus éloignées por^ 
tent le titre de « maitresse de maison » ou « dame ■; ce 
sont (si la lecture des derniers signes est juste) : • '"^ 
dame Noub-Hi-Shé, juste de voix •», à gauche ; « la dntn^ 
Noub-Di'S n, H droite. Entre elles se tournent le dos 
- Ptah-Oïr »» et « Snib-iXoubou. •• 

Quelles relations unissent tous ces personnage^' 
Vraisemblablement ceux du premier registre formai'* 
trois générations. Ptah-Oïr est la fille de Hadjouro«f 
qui rend hommage à son père Kàou. Qu'est-ce que 1^ 
Si -Tep (le la prière? Probablement le frère de Hadjott^ 
rou, qui exerce le même métier que lui et qui a élevé !•* 
stèle à son père et son frère, tous deux qualifiés défunts. 
Comme Hadjourou, Sitep est Jirsoiti ; ce titre semble 
désigner des artistes assez divers : les uns travaillent le 
cuivre (I»; d'autres décorent de peintures des coffrets 
funéraires (J^ ^uo sont les quatre femmes? Leur grou- 
pement symétrique donne à penser que Ptah-Oïrest fille 

(1) MispKju», a. /•;., j». :,i». 

{i} (ilI.VItvs, AnI'u/., Itiitt., j). 8.'.. 



— 1 15 — 

à lu dame Noub-Hi-Shé, et Snib-Noubou tille de la dame 
ioub-Di-s. Quant aux deux dames on peut voir en elles 
oit deux épouses successives du chef de famille Kàou, 
•oit ses filles qui auraient épousé leurs deux frères 
^ilepet Hadjourou; la similitude de leurs noms, com- 
posés en partie des mêmes éléments, et la présence 
sur la stèle de deux Ptah-Oïr qui pourraient bien n'être 
qu'une seule personne, m'inclineraient vers la seconde 
hypothèse. 

Est-il possible maintenant de déterminer la date de 
ces deux stèles, comme nous en soupçonnons la pro- 
venance? Oui, à peu près. La forme des monuments, 
^ les formules usitées, les noms mentionnés nous servi- 
: ront de gui<les. 

Les deux stèles sont arrondies du haut : elles n'ap- 
partiennent donc pas à TAncien-empire qui les fait car- 
rées. La formule de la prière offre un indice non moins 
absolu. Au temps du Moyen-empire, elle commence par 
les trois mots : « Souten hotep di ; « ils sont ainsi ren- 
versés : « Souten di hotep »» au temps du Nouvel-empire 
^t des Saîtes. La stèle 325 est donc antérieure d'une 
dizaine de siècles à la stèle 324. 

L examen des noms propres confirme ces premières 
ionnées. Le nom de Si-Râ (s'il faut lire ainsi), détaché 
}u protocole royal, où il signifie «♦ fils de Rà »» ou « fils 
lu Soleil, f* se porte à divers époques et en particulier 
lu Moyen-empire (Ij. Kàou (taureaux, mâles) est un 
oui rare; on trouve la forme du singulier Kà, avec 



;!; LiF.fJLF.ix. Noins, TâO, 2riO, 515, ;);>*2 (Cf. Mariette, Abyiios, III, 877 

HT*. 



— 11() — 

des variantes orthographiques sous la xi« dynastie (1'. 
et sous la xix*" (2). Iladjourou est un nom du Moyen- 
empire (3). Ptah-Oïr (le dieu Plah est grand) remonte 
aussi à la même date (4) ; mais il peut descendre plus 
bas (5), et s'est trouvé sur un monument du Sérapcuni. 
A défaut de Xoub-IIi-Shé et Nub-Di-s, d'autres com- 
posés de Noub (Kor), Noub-Hi-Sau (6), Moub-Hi-Kheut, 
(7) datent de la xii* dynastie. De même , à défaut de 
Snib-Noubou, on trouve, sous la xi* dynastie , Snib- 
Noub-Si (8). Kien ne nous empêche donc de repor- 
ter notre stèle 325 de la onzième à la treizième 
dvnastie. 

La date de la stèle 324 semble pouvoir se préciser 
davantage. De Pahou je ne trouve qu'un prêtre de Mât 
sous la xviii'' dynastie (U). Plusieurs Hiq-Nofir vivaient 

• 

aux temps des xviii*^ et xix*" dynastieii (10). Honiooui, 
nom d'une reine de la xviii* dvnastie, devient alors a 
la mode (llj, mais se retrouve aussi plus tard. Enfin k 

(I; SclIIAPAUl.I.LI, Ciitul., I». 2il. 

'-y. Lii;ni... n*^ Tivî. 

'.••jSnAUiM., /.*.'/.'//'/. iii<r. pi H:\, xii*(lyii. — Bercmann, /?cr. tr.ir., IS'^'* 
1», n. Mil* «lyii. — I)LVKiiiA, Mus. Lyon, si. K7. 

'X Mksi'uii). /.'.t. /,vjr., |S'.»|. I». m, MI' l'i XIII* dyi). — /.citS''ft''i[l» 
IS'JO. p. '.»7, xiir (lyn. — /.'. //• , p. rj.î, xiv'dyii. 

(ô) Mahii.tti . Mno. 'lir., xx\ir «lyii. — Pikhrlt, Mua. /.ow , p- ^*" 
Cf. LiKiu.. Il" :::>. 

•'•.j Liir.i.. .\. It., pi. ■-'". 

'7 l'ii.i;iii r, /•'••''. //.''•., II, p. ''i. 

I>) i.lMU.., .\. /'., j.l. IS. 

['■); Pr.m.., /.'••<•. //vjr., Iss7, 'i », ri In<r. hist., pi. ÎMU. 

;i(i l' Siiii-; 'iMniin s III Lu im.. .V., u" ."•'ks yl* sous la xiii'jlyii. ;I'""^* 
A. .''H;. :••' ini rwï «lu s.icr-loiT il'nsiris <oiis la xix* dyn. (Il^uiLni. "*^ 
10:', .'! MviiiiTTi Mus.) 'i'» v.w auln* f/.V.'. trnr,, \S{\'J, p. .il ) 

(11, LiKiJi.. .V. Il* 7.'.!. s;'.7. 



— 117 — 

nom de Hàt-Shopsit est celui d'une grande reine de la 
xviii* dynastie, sœur et femme deTlioutmès II, tutrice 
de Thoutmès III, son frère et gendre (1), sous le nom 
daquel elle exerça longtemps la plénitude du pouvoir. 
Tout porte donc à croire que notre stèle 324 est con- 
temporaine des Thoutmès et des Amen-Hotep. 






Les monuments suivants, n°* 326 et 337, nous amè- 
nent SL'x quatrième âge de Terapire égyptien, à Tépoque 
sa!te. Ce sont ce que Ton appelle des canopes. 

Les canopes sont des vases tantôt de terre cuite, 
tantôt de pierre calcaire ou d'albâtre, destinés à rece- 
voir les organes internes retirés du cadavre en vue de 
■' la momification. Le cœur, le foie, le poumon, les autres 
r intestins, entourés d'aromates, de natron ou de bitume, 
I étaient enfermés dans chacun des quatre canopes que 
L Von déposait aux quatre coins du sarcophage ou dans 
^ un coffret à quatre casiers. De même que le défunt, pour 
i échapp^^r aux périls de la tombe et vaincre ses ennemis 
J du monde infernal s'identifiait avec Osiris, du même ses 
'^ oriranes étaient identifiés avec quatre génies funéraires : 
! Amsit, à tête humaine; Hdpi, à tête de cynocéphale; 
Tiou-yîout'f, à tête de chacal, et Kobh-So)uioufy à tête 
d'épervior. Les têtes des génies servaient de couvercles 
aux vases. Sur chacun d'eux devait veiller une des 
quatre déesses Isis, Nephthys, Nitet Seik. Tne inscrip- 
tion inlique généralement h qui est consacré chaque 

\aso. 
Lr*s n°* 3-^> et 327 sont, tous deux en albâtre, d'une 



— 118 — 

hauteur de 0°*40; mais ils n'appartiennent pas à la 
même série. 

Une tète d'hommo surmonte le n** 326; c'est donc le 
canope consacré à Amsit. L'inscription le confirme du 
reste. Le texte, d'une graTure fine et nette, est disposé 
en quatre colonnes verticales qui se lisent de droite à 
gauche. En voici la traduction : 

« Dit Isis : protection sur Amsit, 
L'Osiris, ccuijcr royal (kadjan) Psamtik, 
Juste de voix, fils de Ouah-Ab-Rd, juste de voix, 
Né de dame Tes-Nit-Pert. » 

Les noms Psamtik (^*«uiut.tixo;) et Ouah-Ab-B* 
(Àirpir;?) nous décèlent indubitablement la xxvi* dynas- 
tie Le kadjan conduisait le char du roi ; c'était «^ 
personnage qui pouvait occuper les plus hautes fon^' 
tions (1). 

Une tète de cynocéphale couvre le canope n* '5^'» 
consacré à Hàpi. Le graveur a eu de la peine à en* 
tamor ralhàtre ; aussi l'inscription en trois lignes ver* 
ticales ne se distin<jfue qu'à jour frisant. Voici ce quel** 
signifie : 

- bit yephtln/a : Mrs deux bras cachent ce (jut est U 

dedans ; 
Je protège llùpi qui est là deduéis^ 
Je suis dêi'ouèe à lldpiy le chef \hùi)ycbi, juste de voix. 

Le titn* do hd (l<»sii:nait lo foncMionnairo mis î\ la tet 



lilii' Kiuljau'hii-ii'hrnt-l. mii iwM;ur «Il «lirl lit- 'a Maj«<li'. Jitw fj, 
xi\, i.\ 



— 119 — 

d*une ville ou d'un bourg sous Tautorité du zd ou gou 
verneur de province (1). 



« « 



La série des monuments qui nous restent à examiner, 
celle des sMueUes funéraires, est la plus nombreuse à 
Sens, et non la moins intéressante. 

Ces statuettes sont couramment désignées par le nom 
de ous/icbti, ou ouoshbiii, que l'on traduit par lépon^ 
dants ou remplaçants (du verbe sheht, changer). Leur 
rôle était de s'animer à la parole du défunt, de répon- 
dre à son appel, et d'exécuter avec lui ou à sa place les 
divers travaux et corvées qu'Osiris pouvait exiger des 
morts, ses sujets, dans les Champs-des-Souchets (Sokhit- 
Alloa) (2), comme un propriétaire dans ses domaines, un 
gouverneur dans sa province. Le chapitre V du Livre 
des morts a pour titre : - De ne pas laisser faire à 
l'homme des travaux dans la divine région » ; et le cha- 
pitre VI : « De laisser les oushebti exécuter les travaux 
dans la divine région. » On déposait les figurines en 
plus ou moins grand nombre près de la momie. C'était 
un procédé plus humain que d'égorger des vivants, 
comme les veuves de Malabar ou les prisonniers Trovens 
sur le bûcher de Patrocle. Ces objets se rapportent 
donc à la conception de U vie future, non pas enfermée 
dans la tombe, mais transportée dans une sorte de Pa- 
radis ou de Champs-Elysées. 

îT A Baii-I-ET, AdministrHlio'.i d'nn'* villo rtjiipt'iaun', Hcc. Irav., XI, 

iï Los àuuoIuMs sont des sorlcs do iiéiiii|iliar:s (<'y|u.'riis; : le royauino 
i] OsJrîs fut d'abord piaîé dans hîs marais du Di'lla, ;I.oiii:t, /i*c<- //•.»■. Xllf, 



— 120 — 

('erlains oushubti riMnontont à la treizième dynastie; 
dès lors un cmi trouve à toutes les époques jusqu'à la 
conquête romaine. Mais le progrès et la mode entraiv 
nent des modifications dans la matière employée, l^ 
costume et les emblèmes représentés, le texte inscri* 
Successivement on fabrique les statuettes en bois, ^. 
pierre et en métal, puis en terre éraaillée. On reprê^ 
sente le défunt en momie ou en costume civil. Certains 
attributs usités d'abord laissent la place à d'autres. 
Enfin, tantôt on se contente à peu près d'inscrire le 
nom du défunt, tantôt on le fait suivre du texte du 
chapitre VI du Livre des nwris, qui contient révocation 
des oushebtis, et comporte lui-même plusieurs variantes. 
Tous ces détails, classés par M. Loret (1), un distin^jué 
disciple de M. Maspéro, aujourd'hui lui-même profes- 
seur à la Faculté de Lyon, permettent de fixer, avec • 
une suflisante approximation, la date des figurines de 
ce genre. 

Vax tête de cette série on serait peut-être en droit de 
citer hî n° 37(), on bronze, un Osiris portant deux 
boyaux ; mais aucune inscription ne nous guide. Ces 
boyaux de bois et un sac à grains de semence que 
portent d'autres statuettes, seuls instruments agri- 
coles encore en usage dans certaines localités, con- 
vienncMit bu^n au rôb^ connu des oushebtis. Toutefois, 
b's plus anciens avant la dix-huitième dynastie n'en 
sont point munis et tiennent des emblèmes de vie ou do 
stabilité. 

M(^tl()n.> donc d'abord à part trois statuettes en bois 

(!.' /.'<•<•. //-.M. i\ , p Mil -:i ;_ .'1 V. p. ',)':*'}. 



— 121 — 

de sycomore, les plus grandes et peut-être les plus an- 
ciennes de la collection. Comme d'ailleurs toutes les 
siatuettes funéraires du musée de Sens, elles repré- 
sentent Osiris dans sa gaîne de bandelettes. Les in- 
scriptions en sont courtes, peintes, assez mal d'ailleurs, 
et en partie effacées. Sous le pied de la statuette on 
voit on trou, destiné sans doute à la fixer au moyen 
d'une cheville sur l'extrémité d'un coffret où Ton en- 
fermait uu rouleau de papyrus, contenant, en général, 
le Livre des morts. 

N'SJS. Sycomore, h. 0'"44. Traces de peintures po- 
lychromes, au moyen de couleurs mates appliquées sur 
ttn fond de stuc blanc. Un large collier rouge et vert 
s'étale sur la poitrine. Une ample coiffure bleue élargit 
beaucoup le sommet de la tête et retombe sur le dos 
et sur les épaules. Ni bras ni mains ne paraissent. Le 
corps est enveloppé d'une gaine rouge quadrillée de 
ijoir, donnant à Osiris, dans certaines stèles, un air 
d'Arlequin. Une colonne d'hiéroglyphes devant et une 
derrière. L'inscription commence par : •« Offrande 
royale... »» Cette formule et le costume font penser à 
la dix-huitième dynastie. 

N*" 329. Sycomore. Traces de dorures sur le visa^jre et 
Hs oreilles. Figure imberbe. H. 0"*-l4. Aucun vestii^e 
le lettres ni de dessins. Peut être aussi du Nouvel- 
•mpire- 

N** 33U. Sycomore. Vernis noir. Hiéroglyphes peints 
fi blanc. H. 0™42. Barbe. Grand collier Sur la poi- 
rine un pectoral à fond rouge orné d'un oudja. Sur le 
evant de la gaine, deux colonnes de texte peu lisible, 
ne sur le dos. La coiff'ure plaque sur la tète. Le vernis 






doit être caractéristique d'époque, mais d'une date plus 
récente que les précédents. 

Rapprochons en, pour la date, le n* 331. Sycomore. 
Même vernis noir ; mêmes hiéroglyphes blancs mal 
formés. H. 0*20. Assez endommagé, aucune lettre 
entière. Le défunt portait deux boyaux dont on voit les 
traces. 

Cinq autres statuettes plus petites, également en 
bois, coiffées d'une coiffure qui pend sur le dos et par 
devant, plus bas que les épaules, portant une brève in- 
scripHon, sont, à proprement parler, des oushebtis. Vu 
leurs emblèmes et les premiers mots de rinscription, 
on ne peut les reporter plus haut que la dix-huitième 
dynastie, mais ils peuvent être des trois suivantes. 

N« 3:{3. Sycomore. H. O^iO. Coiffure bleu foncé, 
forme ordinaire. Mains et emblèmes usés. Une colonne 
d'hiéroglyphes tournés à droite, gravés et repeints en 
noir. Texte : - Jllumiaallon de rOsiris, dame Anaouhaî, 
juste de voix. •» 

Los n"" 3:^7 à 310, sont en bois peint par-dessus un 
enduit général blanc, avec un certain soin mais sans 
finesse. La gaine est restée blanche, la chair est jaune, 
le fond des emblômos et de la bande aux inscriptions 
jaune bordé d'un trait rouge, la coiffure et les hiéro- 
glyphes noirs. La coiffure est l'ordinaire, pendant de 
cliaqur; cniô des épaules. Les mains tiennent deux 
lioj'aux, et à la ceinture est représenté le sac aux se- 
monces. L('s lii^'Poglypbes, en une ligno verticale, 
tournés à droite, no sont pas gravés. Le catalogue dit 
CCS statih'l (es t ron vccs dans les tonib(;aux des rois; 
li^oiiN M'iilcinciit (pTclIcs pr'oviennent de la nécro|K>le 



— 123 — 

thébaine : les noms et les titres, qui rappellent les di- 
vinités de Thèbes, confirment cette provenance. Mais 
le mauvais état de trois d'entre elles empêche de sa- 
voir si elles appartenaient au même personnage. 

N* 337. Bois peint. H. 0"13. Texte : « Ulumination 
de VOsiris, scribe de la divine colonne (ou atitel?) dn 
temple de Moût, Khonsou-Mos, juste de voix, » 

>'•• 338 et 339. Bois peint. H. 0»11. Texte : « lllu' 
minaiion de VOsiris, père divin d Amon (titre sacer- 
dotal)... (le reste manque). 

N* 340. Bois peint. H. 0'M2. Figure et mains tout 
roages. Texte : • Illumination de l'OsiriSy scribe de la 
divine colonne. . «(le reste effacé était moins long que 
dans le n' 337). 

Les figurines suivantes, au lieu du nom du défunt 
précédé d'une très brève formule, portent tout le texte 
du chapitre VI du Livre des morts, avec quelques va- 
riantes. M. Loret distingue trois rédactions de ce cha- 
pitre; nous avons des exemplaires peut-être de la pre- 
mière, certainement de la deuxième et de la troisième. 

N* 336. Bois (devenu spongieux). II. ()'"ir). Travail 
soigné. Le corps n'est pas peint; la teinte rouge de la 
gaine provient sans doute des lettres sous Taction de 
]'eau. Dessins et hiéroglj'phes gravés, puis peints, les 
uns en noir les autres en rouge, (irande roiflfure pendant 
devant et derrière, rayée de lignes noires formant, sur 
le dessus de la tète, des cercles concenîri(iues. Bras 
visibles : dans les mains deux hoyaux ; sac sur le dos. 
Texte écrit horizontalement autour de la gaine, de 
droite à gauch«*, plus une ligne verticale sur le dos; 
r|iielques bigneb sur hî dos ont été brûlés. Le nom du 



— 124 — 

personnage est le même que celui de la reine épo«. ^e 
(rAmon-Hotpou III , de la xviir dynastie. Le teic. ie 
s'arrête, faute de place, au moment de choisir entre la 
première et la seconde rédaction. La coiffure doit d c?- 
cider si Tobjet est bien de la xviii'* dynastie. Voici la 
traduction de l'inscription où nous voyons quels travaux 
Osiris imposait à ses sujets : 

« Illumination de rOéiris, le grand (hà) de N. . 
TH. Il dit : Oh ! [ce rew plaçant !] 
Est convoqué (bis) 
L Osiris TU pour faire 
Tous les travaux que Ion fait 
Pour ensemencer les champs. 

Tenir p/rins les canaux d'irrigation, transporter ''*^ 

[sables. * 

N" 342. Calcaire peint. H. 0'»17. Grande coiffa re 
noire, de forme ordinaire, mais dont les bouts ^(>^ 
blancs, rayés do rouge. 13ras visibles. Hoyaux, pas '* 
sac. Collier de trois rangs. Hiéroglyphes noirs, cadre *^ 
raies rougcr? entre les lignes. Comme pour le n* 3I^<». ' 
texte s'arrête à l'endroit critique ; mais le nom indiq^*^ 
la xix*" dynastie. 

« Illumination de f Osiris Rd-Mosou I liarnsès), juaiC 

[ de voix. Il du : 
Oh ! remplaçant ! Le défunt Ramsés est convoqué, 
appelé, revrtJi, }>oni faire tous 1rs travaux 
à faire da)ts l>t l)ivii\e-Ré()io)i khri-noutri^ : ensemen- 
cer les clunnps, pour tenir pleins les canaux, 
po^y tninsjiorter les sabb s à l'Occident. « 

Notons ra"cumulation des termes synonymes tipion. 



— 125 — 

iioUy hcbeSj que je traduis par «• convoqué, appelé, 
;ètu •» et dont les formules types de M. Loret ne 
intionneiit qu'un seul, quoiqu'ils soient fréquents. 
N* 332. Bois. H. 0» 18. Coiffure particulière à la dix- 
ïavième dynastie, dessinée en quinconce, encadrant le 
sage et ne descendant pas derrière au-dessous du 
>u. Rien dans les mains. Hiéroglyphes gravés et peints 
Il noir, allant de droite à gauche. Seconde rédaction 
a sixième chapitre inachevée : cette rédaction se dis- 
ingue par des allusions à la purification du défunt. 

• Illumination de fOsiris, scribe des tables d'offrandes, 

[ Rd, ju^te de voix. 

Il dit : •« Oh ! ce remplaçant ! Est convoque, 

est revêtu l'Os iris Rd 

pour faire tout travail à faire dans le Khri-noutri : 

[ensemencer 

les champs, tenir pleins les canaux d^rrigalion, 

transporter les sables de l'Ouest et de 

l'Est f« de TEst à l'Ouest » est la formule ordinaire). 

[ 0;' je chasse la souillure loin de lui, »» 

N« 334. Bois. H. 0'"21. Figure et fond des inscrip- 
tions rouges. Coiffure de forme ordinaire, noire, sauf 
les trois bouts qui pendent et un cercle sur la tête 
rouges. Hoyaux (?). Deuxième rédaction, assez incor- 
recte et mutilée. Cette statuette présente une particu- 
larité bizarre, quoiqu'on en connaisse d'autres exem- 
ples : le marchand Ta livrée telle qu'elle était dans son 
magasin, oubliant d'y inscrire le nom du défunt. Elle 
a pu être fabriquée de la xix" à la xxi* dynastie. 
« Illumination de VQsiris (nom resté en blanc) 
Ah! remplaçant ! Est convoquéj convoque, (sic) 



— I*^(> — 

appelé à faire : à eiisonencer les champs 
à remplir les canaux, à effacer les souillures 
en lui, à transporter les sables de CEst 
à COvest. Faire. Me voici, moi, l'Osiris, »» 
Ces derniers mots semblent donner une réponse à 
cette question : la fin de la formule complète n'établit- 
elle pas un dialogue entre le défunt qui évoque l'ou- 
shebti et celui-ci qui répondrait « me voici » ? Le gra- 
veur de notre statuette ne l'entendait pas ainsi. 

N*^ 335. Rois. H. 0-20. Pas de trace de couleur, 
sauf du bleu dans le creux des hiéroglyphes. Coiffûï"* 
caractéristique enveloppant la tête et les épaules. Br3-S 
horizontaux tenant à droite et à gauche une sorte ^* 
sceptre. Texte de droite à gauche. Deuxième rédactioï^ 
un peu abrégée. xviii*-xxi* dynasties. 

- Illumination de l'Osiris dame A (oui. Elle dit : 

Oh ! ce remplaçant ! Est convoqué , est appelé, ^-^ 

[ véJt ^ 

'S 

fOsiris Atouij pour faire tous les travaux qu'on {^ ^ 

[danslcK/tri-noiitr^'^ 

pour ensemencer les champs, pour tenir pleins \^ 

[canaux, transpori^ 
1rs sables de l'Est [à] l'Ouest. Or elle a chasse 1^ 

[ souillure 
de lui (sic) : clic est une personne eti boa rtat. Me voici i 

[l'appeL • 
Joignons do suite à cette série les u**' 353 à 35() qui 
nîproduisent, ;\ quelques légères variimtes près dans le 
contenu de chaque ligne, la même transcription, très 
incorrecte d'ailleurs, de la troisième rédaction du cha- 
pitre sixième.. Cette rédaction est caractérisée par Tem- 



— 127 — 

oi du pluriel en s'adresî^ant aux oushebtis et la 
auspositioii des passages relatifs à la purification et 
ux travaux. Elle date les figurines où elle apparaît, 
le la période saïte, c'est-à-dire de la xxvi* à la xxx** 
iynastie. 

Ces statuettes sont en terre émaillée d'un bleu pâle 
et mat pour le n* 353, plus net pour les n** 354 à 350. 
La taille est très courte, O^OG, signe de basse époque. 
La coiffure est le klaft ordinaire plaquant à la tète. Les 
Diainstiennent des cordons d'où pendent sur le dos deux 
tout petits sacs. L'inscription tourne tout autour de la 
gaine, la fin de chaque ligne rejoignant le début sans 
J^sser de bande verticale libre. On lit de droite à 
gauche : 

• Ah! ces remplaçants ! Est convoqué 
^ Osim Pef-Anoup (Son-Anubis) né de dame Shept-cn- 

[^isit (1), pour faire les travaux 
^^, que Von fait là, dans le Khrl-noutri. 
" déposé les souillures là [en homme qui est en bon 

[état] 
^"^ous voici [pour transjwrtcv] les sables 
^^l* Est chaque jour, [pour remplir] les canaux. Vous 
^^oi. Vous êtes appelés, n 

L'ne nouvelle série de figurines en terre émaillée ne 
reproduit pas le chapitre sixième et se contente comme 
inscription de la formule « Illumination »• suivie des 
titres, noms et filiation du défunt. C'est un caractère 



(1) Les n«« 353 et 355 écrivent u ilamo Pisil, » le ii» 354 « Shcpl-isit, • 
le n* 356 u dame Shcpt-isit. » Lea quatre slatuetleâ étant certainement 
du mé^c peraoanage, il y a lieu d'adopler une forme connue. 



— 1-28 — 

commun aux premières statuettes émaillées sous la xix* 
(Ijnastie, et aux dernières des temps saïtes. 

Trois statuettes ont un type caractéristique. Les 
formes en sont lourdes ; la tête, d'une grosseur dis- 
proportionnée, atteint le quart du corps entier. Le mo- 
delage ne suffit pas encore pour rendre les formes. La 
coiffure, les traits du visage, les attributs, les hiéro- 
glyphes ont été peints en noir avant la cuisson de 
l'émail. C'est l'enfance de Tart pour les statuettes en 
porcelaine et cependant Témail offre des tons ch<iuds et 
vifs dont on perdra le secret. Elles sont contemporaines 
des xix% XX" ou xxi' dynasties. 

NS303. Email bleu foncé. IL0»09. Coiffure noire, 
sauf un ruban bleu couronnant la tête et noué derrière, 
les deux l)outs tombants. Yeux, bouche et liiéroglyphes 
noirs. Les mains tiennent les ficelles de deux petits 
sacs dessinés en noir sur le dos. Pas de barbe. Texte 
peint en une colonne verticale : 

M Illumination (le fOsiris scribe, prophète Sou^Mos. • 
N^ 7 S. -A. Email bleu ardent. H. 0"* 1 1. En noir les 
yeux, le ruban sur la coillure, le hoyau, un grand sac 
sur le dos, lo cadni et les hiéroglyphes de l'inscrip- 
tion. Les bras sont entièrement visibles. La formule 
initiale est supprimée ; le nom est douteux : 

« L'Osiris prophète cVAhimon l/or-Khoutl (?y. « 
N" o()l. Email bleu clair. H. 0"05. Imberbe. Les 
yeux, 1(^ nil)an de foiflure, le hoyau, le sac sont violacés. 
Le sac est par devant en relief; ce n'est plus une po- 
('h<M(«' ou uncî r()utî<* en nervures de feuilles de palmier, 
mais une ample poche formant comme un vaste tablier 
attaché à la ceinture, s'évasant et masquant le bas du 



— 129 — 

corps. Un manteau tombe sur le bras gauche. L*inscrip« 
tion est peinte derrière ; elle manque de formule ini- 
tiale, même du mot Osiris, ce qui serait un signe de 
basse époque. Je n'ai pu l'interpréter. 

La taille et Taspect des autres doivent les faire attri- 
buer aux dynasties les plus récentes. 

N* 344. Email vert tendre. Grande finesse de mo- 
delé. H. 0'»12. Barbe soigneusement tressée. Klaft sui- 
vant les formes de la tète et dégageant les épaules. La 
main droite tient une sorte de pioche ; la gauche un 
hoyaa et une cordelette «l'où pend sur le dos un élégant 
petit sac. Le texte, gravé avant la cuisson, forme 
comme unj, iivec une ligne horizontale en ceinture et 
une ligne verticale sur le devant ; derrière, une bande 
plate est restée sans emploi. 

L. h'*: «« Uluminati()n de l'Osiris NU'Aqn'y juste (le 

voix, née 
L- v'* : de Tu'SU'touqri. n 

De nom de Nit-Aqer (siroA^i;) a été usité dès l'An- 
cien-empire et jusqu'à l'époque grecque. Four la beauté 
de sa statuette, supposons que (!ette femme a vécu sous 
la xxvr dynastie. 

Le 11" 345, émail vert bleuté, h. 0™ i"^, el les n<'^351 

et ^îo2, émail gris verdâtre, h. <.)™2<), i-esseniblant au 

précédent comme forme giMiéralo, costume et emhlèmes, 

mais avec beaucoup plus de lourdeur dans les détails. 

Le texte, en une ligne verticale, à peiiK» distinct dans 

les deux derniers, est le même dans les trois : - LOsirls 

Uir, juste de voir, né de Nodjein'AmoHj jy-sle de voix. »» 

N« IVUiy émail bleu tendre. H. U'" 1 1. Type précédent. 

Epoque saïte. Texte en T- 

9 



— 130 — 

L. h'*': - Illumination de VOsiris Peta^nebt-nouhit (1) 
L. v^*: <* ne de Isit-r-mer-s, juste de voix. »• 
N» 349, émail vert bleu. H. O'no. Rongé de nitre. 
Même type. Texte en T. Ep. saïte. 
L. h*" : Illumination du prêtre (ouab ?) Anoup (Avouêiç) 

L. v^'' : «« né de rOsiris Nesou, juste de voix, » 
N® 358, émail vert bruni par le natron. H. 0"CK>. Un 
simple nom inscrit verticalement : 

«• Pet-mou^hir^hotep, »• 
N" 359, émail vert sombre. H. . Texte en T. 

L. h'* : « Illumination de l*Osiris Ka-às (?). né 
L. v"»: u de Khent-aref-en (?) »» 
De ces statuettes, rapprochons le n" de la Société 
archéologique. Email vert pâle roussi. Type semblable. 
Mômes attributs. H. 0'" 14. Texte en j- 

« L. h'«: Illumination de l'Osiri^- 

L. v'"" : - 7i<? de As..., •• 
Les n°*347, 318, 35<> semblent appartenir au même 
personnage. La hauteur est la même, ()'" 12; l'émail a 
)a invuiii teinte vert clair dans 347 et 348, il est vert 
grisâtnî dans 350; le type est identique ; les hiérogly- 
phes sont égaltîinent mal formés; aux trois le texte 
comnieiice entre les mains au lieu de dessous selon 
l'usage. ('('p<MH]ant il y a des variantes notables. 

.'UT : « Ubtinindtion de Hlsiris Aw-a/t-nctcraui, c'«- 
fjendrc par la... dr Movt, Uori, juste de x-oi.r, »» 

3I><: « I/honiii.ntitm de l'Osiris Am-ap-îieteroui, llori, 
c/u/rndré par dame Ton h. « 

o.")!) : - lllnniination de /'Osifis Am-ap-netryoïii. 
i/Ksir (ir rf)/,rf\, Cfif/rndrc pur dame Aiioiip. » 



— 131 — 

On peut se demande si Am-ap-neteroui serait un titre 
sacerdotal encore inconnu, tel que appariteur des dieux. 
A noter le mot qui désigne la filiation : ar engendré, au 
lieu de mos^ enfanté. 

Plusieurs statuettes enfin ne portent pas du tout d'in- 
scriptions. 

N- 341. H. 0"21. Est-ce du grès rouge ou de la terre 
cuite ? Les mains paraissent sans les bras. La coifi^ure 
est assez ample. Peut-être la statuette remonte-elle au 
Nouvel-empire. 

N* 357. Email gris verdàtre. H. 0'*»08. Type saïte. 

N« 361. Email vert sombre. H. 0»»08. Statuette mal 
venue, rebut de fabrication, livré à Théritier, avec le 
reste de sa commande, par-dessus le marché, ou jeté 
hors de l'atelier. Epoque saïte. 

N* 302. Email azuré. H. O^'Oo. La couleur est jolie, 
mais la forme n'est qu'ébauchée. C'est le type des der- 
niers produits d'un art en décadence i[\xi va dispa- 
raître. Hasse époque. 

Enfin deux objets peuvent inspirer des doutes sur leur 
authenticité. 

Le n» 3i-3 est en matière dure grise. Est-ce de la 
pierre? n'est-ce pas <le la terre sécliée et non cuite? La 
roifl'iire est le klaft. La figure imberbe. Les deux 
niaiii< visibles sans les bras. Le hoyau est mal fait; 
il a Tair d'un fouet à deux lanières. Le sac (»st re- 
jeté de côté, sous l'épaule droite. L'objet est cassé et 
ne laisse voir que deux lignes d'inscription verti- 
cale : 

« Illumination An.,, » 
ruiuissiun du mot Osiris, entre la formule et le nom, 



— 132 — 

semble suspecte. La cassure a été produite par un iu- 
strument tranchant. 

L'autre, n* 360, H. 0»08, est en terre rouge revêtue 
d'un vernis vert, et non d*une pâte blanche vitrifiée à la 
surface. Les yeux, le hoyau, les hiéroglyphes étaient 
tracés en noir. L'inscription a été usée et comme grat- 
tée ; plus une lettre n'est recoanaissable ; est-ce pour 
masquer une fraude? Les fellahs qui découvrent et ven- 
dent les antiquités, trouvent parfois plus simple de les 
fabriquer, et certains deviennent très habiles dans l'art 
de la contrefaçon ; le musée du Caire contient toute une 
vitrine d'objets bien imités. 



« « 



En somme que vaut la collection égyptologique d"^ 
musée de Sens et quel en est l'intérêt ? 

Il faut remarquer d'abord que beaucoup des obja.^ 
qu'elle renferme portent des inscriptions : à ce tit^ ^ 
ils ne sont point négligeables et apportent leur conL ^y 
bution discrète à la science. Dans une histoire, encore 
si pleine de points obscurs et de questions mystérîeu. 
ses, il ne faut ni*^prisor aucun détail. C'est ainsi qu'j/ 
est bon de recueillir tous les noms que Ton trouve, 
surtout si les individus qui les portaient ont un ti(re 
quelconque. La généalogie d'un fonctionnaire peut, 
rapprochée d'autres documents, servir de jalon dans la 
chronologie générale. Or, on ne sait jamais d'avance 
si riiunible détail que l'on recueille ou que l'on méprise 
ne sera pas utilisé un jour. 

Résumons donc les indications que l'on peut retiï*^^ 
(le ces petits nionuineiits, en dehors des données gé»né- 
rales <lont ils sont des exemples particuliers. 



— 133 — 
Ils ne nous font connaître aucun fait historique, mais 
iU nomment plusieurs personnages titrés : 

Un oudottd de sa Majesté, ou capitaine de la flotte 
royale (stèle 324). 
Un kadjan, ou écuyer royal (canope 326). 
Deux hd. ou gouverneurs de ville (canope 327 et sta- 
taette 336). 

Un an outhou, ou scribe des tables d'offrandes 
(n«332). 

Un acribe de la divine colonne du temple de Moût à 
Thèbes (n- 337 et 340). 

Un père divin, at noutir, d'Ammon à Thèbes (n*< 338 
eC339l. 

Deux kesenli, artistes décorateurs ou ciseleurs (stèle 
x»»325). 

Od y peut relever une quarantaine de noms propres 
<liïi se répartissent entre le Moyen-empire, le Nouvel- 
^lapire et la période salte. 

Les variantes du chapitre VI du Livre des morts sont 
**^ peu d'importance : presque toutes sont dues (en 
<leIiors de celtes qui se rapportent à la succession des 
trois rédactions) , soit au manque de place , soit à 
* inadvertance des graveurs ou décorateurs. C'est à 
®ix aussi que nous nous en prendrons de l'omission 
*U nom du défunt sur l'une des statuettes (n* 334). 
"«s artistes avaient parfois de singulières distrac- 
tions. Telle la bévue du scribe qui, sur une statuette 
ae Boulaq, a copié sur son formulaire •> l'Osiris Un 
"^i » (1). Attirons seulement l'attention sur les der- 
niers mots du n' 334 et sur la substitution des mots 

(1) UupUo, Guide, p. Ub. 



— 134 — 

aptou, ashtou, hel)cs (n*^ :U2, 332, ^34, 335). Il y a là 

un petit point à étudier. 

Quelques-unes de ces statuettes et les stèles peuvent 

apporter leur contribution à l'histoire du costume. 
Nous avons cité celles qui portent des colliers ; rappe- 
lons encore la statuette peinte, n' 328, pour son ensem- 
ble, et le n" 330 pour son pectoral. Les coiffures surtout 
prêtent à des observations, notamment celles des 
n"» 324, coupée au cou; 328, pour son ampleur par 
le haut; 332, pour son dessin en quinconce ; 334, poixc 
son cercle et ses bouts rouges ; 335, pour envelopper A<^- ^ 
épaules : 33G, pour ses rayures concentriques; 342, po^"^^ 

ses bouts rayés de blanc et de rouge ; 363, 303 et S =• 

7, pour leur ruban bleu sur noir ou noir sur bleu. Ce "^^ 
variété dans les coifluros fournit des indications C^ 
M. Loret a, peut-être à tort, négligées comme éléme^ ' 
de classitication des statuettes funéraires. Une étu^- 
d'ensemble sur cette question ne serait pas sans intér ^ 

Certes le musée de Sens n'élève point très haut r?^^^ 

•"M e 
prétentiniis. Mais, pour une petite collection, la sien ^ 

est ass(V. bien com])osé(*. Si on y regrette d'assez iaipc:* 

tantes lacunes, néanmoins elle ollh» une certaine variée* 

de spérimeiis : images divines, amulettes, stèles» 

momies. caîiôp(»s, figurines funéraires, qui datent du 

Moyen et du Nouvel - empjn» , «les époques Saïte et 

Grecque. (.>n piMil donc y faire une visite intéressante: 

c'(»si la principaie raison d'être d'um» rolleeti()n et 

d'un musiM». 

.1. Baillet. 

Stcns^ iiidi ISÎ).'). 



NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



RUCOUVERT 



Après avoir gravi, par le ravin dit de la Rue- 
Chièvre, les collines escarpées qui dominent, à Touest, 
la ville de Sens, et qiie nos pères ont appelé le Mont- 
Saint-Bernard ou TEchelotte (1), pour peu que l'on 
avance sur le plateau qui s'étend au sommet, on dé- 
couvre, au milieu de petits bouquets de bois, quelques 
maisons isolées qui s'appellent ici le Puits, là le 
Croissant, plus loin les Provendiers, et dont le groupe 
principal est Rucouvert, avec sa maison d'habitation 
et sa ferme connues sous le nom de la Mission. Ces 
petits hameaux, disséminés et bien modestes aujour- 
d'hui, ont pourtant leur histoire. 

Rucouvert était autrefois un fief dépendant de la 

baronnie de Nailly et relevant de rarcheveché depuis 

le partage du comté de Sens au xi" siècle. Situé près 

de la voie romaine de Sens à Orléans, ce lieu doit avoir 

une origine fort ancienne. Nous le trouvons mentionné 

Ij A Ole du lliont. 1080. Vignft 3itu«'î;j an Mont ilo Saiiiinornanl, Mlmi dit 
Ii^-j Ks^.'licl'jtc^. Miii. (k' Lericlic, not. à S(mi<<. — Les tU'îtails liisl sur lo 
ii'dïll'\:iiH' t]o St'iis, piililii's à la snili» de la Coutiiiiie en 17S7. indiquent aussi 
|i:s fitîfs «la Mont-Saiut-Ueriiard et de rKolu iolte, situés sur la chaîne des 
rolcaux à l'ouest de Sens. 



— i:i() — 

(lès le commencement du xiir siècle. A cette époque, 
un riche bourgeois sénonais, nommé Garnier des Prés, 
possédait une partie de la censive de Rucouvert, il en 
fit don à la Maison-Dieu de la Poterne de Sens, pour 
doter une chapelle récemment élevée dans le cimetière 
de cette maison, à charge d y faire célébrer le culte 
divin à son intention et ù. celle de feue Hilaire, ^ 
femme (mai 1218) (1). 

Ce (îarnier des Prés, qui jouissait d'une fortune con- 
sidérable, possédait, dans les environs de Sens, tle 
nombj'ouses terres, entre autres celles de Nùlon, Gisy 
et Granchettes. Il fut investi quelque temps de la 
haute ibnction de bailli royal de Sens (2), mais il avait 
acquis son principal titre à la reconnaissance de ^-^ 

■ 

contemporains par sa grande générosité pour les insti- 
tintions charitables. Dès les premières années <lu 
x[ii« siècle, il fondait, près d'une poterne de Teuceinte 
de la ville, un hôpital destiné aux pauvres pèlerins 

l) niiiiiilm-^ pp"i<'riios liltiTa-^ in'i|H'i'iiiris. Trlriis Doi jfpatia Sfnuni*Q*'- 
an'lii»'|iisriii»iis, in D'iUiiiio salutciii. Novi-riul iiiiiverâi i|iiin1 (larin'ru^*^ 

l'ralis iii iiit>lr.i pn'-i.'iilia i-iiiisfifuius r >mi()vit siî UJtuiii funsui" 'I" 

lialicliaî .ii»iiil lîc-ivrarl l'I mikmmi <!•• Pm's. sitair iii tcrrititrio Allissi'Hli''*'^'" 
iriliT K«*nlivas ri <!iil«MiL'i.i-. d«iiiMii iJi'i ili- l'<>sU>riia S4Mii>iieni»is rati''»' 
«•ajH'llc «le ii'»\n l'uii^'ri]'"!»' m >iiiiiii'ri'i ip-^iu.s (lniiius in ptTpelnum ï*'"' 
li-i-if, it.i ranit'ii tj':-!.! «l-'iiin-; iji.'a .-iiuili-^ «liohus iu iMilt'iii l'ajRîlU f***'* 
l'L'li'lirari ili\iiia ji:-! i j-.-i|i':ii (i.iriii'ri ri «lof'iii<-l»' Hylario, i|i]<inilaiii "*"'' 
sm*. fi iiiiinii.Mi li.lt'liiiiii <I< li.ui'toruni aiiiinariiin n'inoiliD t'I saliitc* 
ilii'ti.s .'luli'in j...<-:i-«-i«uiili:i- <i' ilii'tus rijrii'Tns iu manu m^tra «li'vi»?^^ 
rt iiii'? iiri''li''l.tMi il't'iiniii i!i\«>ii\iiuu> ilf «'isili'iii, salvn jun* alii'ii'' 
riijns rri iiiiMiinrj.iiii rt ir»i.iiiiiiiiiiiiM |ir>-'i<Mil('ni rartaiii siuilli iii>s(ri TiVi ' 
viiii': iiin»n'->i"iii' iiiiiuiri. .\'*Imiii Aiiii.i <irulii' M* CC" oolavti lUviiiiu* 

.Xirh. th- ril,;trt~hn-ii >ir St'iix, I V II'.. 



— 187 — 

ades. Cet établissement prit le nom de petit Hôtel- 
a ou de Maison-Dieu- de-la-Poterne (1). Garnier 

Prés Tavait richement doté, et la tradition popu- 
'e rapportait même qu*il avait enfoui un trésor dans 

murs de Tédifice. Ce qui a pu contribuer à accré- 
er cette opinion, c'est que, s*il faut ajouter foi à un 
ssage des Grandes Chroniques de France (2), on 
couvrit, le 30 mai 1359, lors de la démolition de la 
îtîte Maison-Dieu, « une grande quantité de monnoie 

noire de divers coings et en y avoit environ une bâi- 

» gnouere pleine. » Garnier des Prés avait, de son 

«Want même, en 1215, abandonné une grande partie 

de ses domaines à son fils Geoffroy (3). 

Noas voyons aussi, en 1248, Jean de la Porte 

d'Yonne et Haoysis, sa femme, donner à Téglise 

Saint-Paul quatre arpents de terre situés à Rucouvert, 

• contigus aux terres de Girard Bertot d'une part, et 
de lautre a la terre de Jean Bouffaut (4). »• Mais la 
famille de Garnier des Prés parait avoir possédé long- 
temps une portion notable du fief de Rucouvert ; en 1270, 
Gruillaume du Pré, de Saint-Martin-sur-Oreuse, écuyer, 
^vait encore la huitième partie de la censive et de la 

ustice foncière. Cette censive était alors divisée en plu- 
sieurs parts entre Tarchevêque, qui avait acquis celle 
TAdam Bataud et de Marie de Closelle, sa femme, 
elian dit le Petit, chevalier, Girard du Pré et Adeline 



(i; Voy. art. de M. A. Hédiard sur le petit Hôtel-Dieu de Sens, dans le 

tHetin de la Société archéologique de Sens, VI, 2'ô. 

f •} Les Grandes Chroniques de Franco, VI, loi). 

(^} QUANTIX , Recueil de pièces du XIII* siMe, n« 1 r»î). 

'A. Arr-hives de l'Youne, H. 480 



— i:w — 

dite l'Hennit(i. (luillaumo du Pré reconnut que sa part 
rolovait en arriôre-fief de Tarehevèque, et la lui céda 
pour la somme de 20 livres parisis (1). (10 janvier 
1271 n. st.) Quelques mois après, 1 archevêque achetait 
enc()n\ à Kucouvert, la part appartenant à Pierre 
d'Arcy et à Isabelle , sa femme , que ces derniers 
avaient acquise de Girard du Pré et d'Ap;nès, son 
épouse. Les cens de Kucouvert étaient reçus, chaque 
année, le jour de Sainte-Croix, devant Téirlise àSaînt» 
Maui'ice «le Sens (2). 



(0 H» jaiiviiT r.'7l, II. si. — Oiniiiliiis |»nî5iMilus lilUTas iiis|M>cUirisO/B- 
l'ialis S(MioiiiMi>i> m htmiiiin saluttMii. Ndhiin fiiiMiiiiis ^\W}^\ in nuslraiins. 
sc^ncjji cniistitiiius (iiiilliTiiius (lirtiis (l<> Prali), di.* Saiiftn Martinu super 
orDsaiii. aniii^'i, (lirons ri MS«*i*riMi'« s»* lialuT»' oltavam ]».irtriii in (ulaceo- 
siva (W ltri'tM'\ ranld. in «iniltnsctiinqnt* n.>iMi!« roiisisiat vt in tolo iIcmiiDioe 
tola jnsliria ad ili<'t.ini misivain pcrliiuMilibus, in ipia Ut^vorcnilus Palnr P. 
hci ;;ralia Si>nnn<'ii>.is| uri'liirpi.Hi'ii|Ki;4, (;\ vcniliciuin; ab Adum Hnlaudi et 
Miiria d«^ CIost;ii<i. rjiis u\«iri', cidrin domino fariu, ac Jolinnnes diivni 
l'arvu-*, miles, (iirardii«* dr l'ralt» (»t Adrlina dicla HonMinli iKirriiinlnr, 
diciMit) niiam et a>s('ri'n> qiiod ipsf ]>ri>di('(ani |iarli>ni siiani ( snobât infoihk» 
a (liciii dnmiiio Si>ni)ii«'iisi ri (|M<>d ipsa pars di> rotni fi^ido rjusdcnuii'Oiini 
SfMinn(':i:ais mnvrbal, rccomiovil r\ rmirrssii!» fuit piililir;' in jure n»rani 
ii<iM> se p"rp''îiio ViMiflidi'<si' rid«Mii domino SiMiuntîiisi an'biirpis('M]M) \ir«- 
dii'taiii |>ar|iMii l'I «piisipiid jure i|isi> liabidtat (!t liabiTt* poicral apnd Ui-cur- 
vrardiim l't iii piM'iiiiciP'iis diclj Iih-I, i>: dclx'bat iiiia('unii{uc rariono, fvQ 
ciMisn lam in «'cnsii, i-<>nsi\is, d<Miiinio, jnslirin, onitMidis. laudibu^, vcnlis, 
fi-iidn. ri'lroft'odn (jiiam n-lnis aliis iiniv«»rsis in i|niini<^^iiinqno. n'bu:*, l'om- 
iiiiiilis. cinDliniHMiii-Nf iNMisisiaiit, vid«'lit'(»i pro vi^inti libris parisien^iiii». 

\lliiiii cl daliMii dit» \(MHTis anlc ffstiini bcali Vinr:».Mu*ii, Anno Doiuiiii 

Milli'-iiiin iMi.vjiii'siriio Sf'pliiaiî«'>iino. i liilit. \;tt. Int, OfiQ.',. — r.-iW. */c ^.\^ 

riti'Vi'rhr ilr Si'MX, /, /^' .*.'/ r" r/ .T.'J 

(.', :; >i'|iii'n:liri- I '71. ■-- Oniiiiliiis pr«"siMit'»s I i lieras insi>pphiri9 OUiriMl* 
>.'ii'"ii<'ii>i< i II Moiiiiiii) --ali.tfm Noliun farinins ipnMl fi)r.ini iiobis (V^ni^lî- 
l'.li l'i'hi;^ ili' \i>-ia''M «'i \>.il»c|la r'y\^ iixor roro^novrnint <'i iMuft**^ 
l'icriiiil iii j'.p' |i!il.i;r.' f.ii-ain ii(»lii- m- vi-ndidissi? cl noniiiii^ v«>ndi<toniji a>i 
].c:"|)(.'iirKaiiMM se »Miii'.'.-si.-sj' i.-l «|uiiiass(' l^cvorciido l'alri I*. Dci gralia 



— 139 — 

Malgré ces acquisitions successives, rarchevèché ne 
possédait pas toute la censive de Rucouvert ; une por- 
tion assez importante, comprenant les parts de Jehan 
ïe Petit et d'Adeline THermite, ne fut pas réunie à la 
propriété de Tarchevêque, qui en était seulement le 
seigneur dominant. Nous trouvons, en effet, qu*en 
1406 Jean le Burat, bourgeois de Sens, était proprié- 
taire à Rucouvert de GO arpents de terres en friche qui 
devaient un droit de cens de 5 deniers par arpent (1). 
In peu plus tard, en 1449, Jean de Dicy, écuyer, dé- 
clare tenir en fief de Tarchevèque de Sens, « une masure 
ou soloit avoir maison, grange, estables, bergeries, 
jardin, court et puits près Sens, lieu dit Recouvrart, a 
laquelle masure soloit avoir sept charrues de terre avec 
certains boys, buissons et accrues au lieu dit la vallée 
rfe Vauboulart (2), aboutissant au chemin de Sens ;i 
Villebougis, et dix-neuf arpens de terre au pendant de 
lu montagne, au-dessus du chemin de Villebougis, Hcmi 
clit les terres de la Pourcelaine (3). « 



^^nont'iisi arcliiL'pis<*oiX) el cius suC(;e:?3oril»us in an'hiopis^opatu Scnononsi 
^'1 («pus «licli arcliirpis<.*op:iliis tulain ])nrloin iin.iiii ipsi Polnis vl ciiis uxor 
^^ln'banl cl se liabori* (iin>baiit io ccnsii il»' KiTovranio «fiiaiii ilirtii:* l'elriiy; 
'tïiî:<«5dHvl»ala Gerard'i tli' PraU» el Agiick* cius iixon* (pii (.mmishs ronsucvii 
Vripi, ul Jict'baril, sîugulis aniiis auto c vilrsiain Suticli Manrifii Sciiom'ii- 
î.< âui c'XuUacionis Saiidtî Cruels cuiii nmui justiria. (loiniiii) l-I''.. pro 

("ûn.'iiiî iliiabiis libris turuneiisiiiin \oliiiu Ainio Doiiiiiil Milk'sinio 

lui^'utt^stino Sejituagcsimo ])rii]iu dir Jovis aiiU; nativKaliMii Ir.'alc .Mari(.> 
rirgini:*. (fart, de rArchervchc tto Scus, I. f" 'à'JJ 

:i) Archives «le rVonnc, (î. j-Tl. 

(■i) Vaubfjiiloisou vallK* «IfS Iwuleaux, polil vallon rsitiit- oîiIpl' Riicoinvr l 
I les Pro vend icrs. 

f3';Arob. lie T Yonne, G. •2.10 et US. 



— uo — 

En 1456. Jean des Hajes rend foi et honima^ * 
cause de Jehanne de Dicy, sa femme. 

Quelques années plus tardj Itegnault l« Roy, m^ 
decin à Sens, devient le propriétaire de cette partie 
fief de Rucouvert. Le dénombrement qu'il en présent* 
à l'archevêque, le 18 juin 148:î, contient des îndica 
tions topographiques assez détaillées ; en voici le pu- 
sage principal : - Une masure ou soalott avoir maisaii, 
grange, estable, bergerie, jardin, cour, puiis, prf 
Sens, a Rupcouvert, a laquelle masure souloit avoif 
sept cbarrues de terre avec certains bois et accrue* a" 
lieu de la vallée de Vauboulard, aboutissant au chemi" 
de Sens a Vîllebougis, tenant d'une part, par en bas, * 
un fossé qui est au-dessous de la petite Rup Chiévf*- 
suivant le chemin qui va de Villebougîs jusqu'à 

une haute bornp qui est en un chemin près du chemin 
dudit Villebougis, entre le coin des pièces, d'autre part. 
pour le bout d'en haut, tenant aux bois de l'Hilel-Di"" 
et au bois de Deaupolier en allant droit a VilIeW? 
jusqu'à un vieux chemin allant de Villeroy a Sain'' 
Martin-(lu-Tartre, d'autre part depuis le susdit cIpid'B 
jusqu'au Marchais Mossu, en allant suivant le gran" 
chemin qui va de Villeroy a Sens, et d'autre part depo'* 
le dit Marchais Mossu jusqu'au bas de la petite B"? 
Cbièvre, tout le long du fossé qui sépare la terre dniirt 
seigneur archevesque d'avec celle des hoirs (eu Jean «* 
Dicy. en passant devant la thuillerie (1) dudit Rupo?*" 
vert appartenant audit archevesque. — Item dii-n*" 
arpens de terre en bois et buissons assis au pendant "' 

'i) HetiH tuilerie ^t>U sana iluulu eur Oniiiltomiiial ô» mUa 
•ujuurd'biii Kur le Dom de a l'Dnlven. » 



— 141 — 

montagne de dessus le chemin de Yillebougis, ap- 
liez les terres de la Porcelaine, tenant, par le haut, 
IX fossez de la forest de Nailly, et, par dessous, audit 
\emin de Yillebougis (1). <• 

Regnault le Roy était docteur en médecine et admi- 
Qinistrateur (2) de la Petite-Maison-Dieu de Sens ; dé- 
lenteur pendant quelques années du fief de Rucouvert, 
Il mourut avant 1492, ses obsèques furent célébrées au 
couvent des Célestins de Sens et son inhumation eut 
Uea dans le même monastère. 11 avait épousé une 
nommée Drouyne, veuve de Colas Bachelier, chirurgien 
i Sens, qui avait^ de son premier mariage, un fils ap- 
pelé Pierre Bachelier. Celui-ci se maria de son côté 
arec Marion Phelipon, et à cette occasion, sa mère et 
son beau-père lui remirent non seulement les biens qui 
lai revenaient de la succession de son père, mais encore 
lai léguèrent la nue-propriété de tout ce qu'ils possé- 
daient, se réservant seulement la disposition d'une 
^mme de 20 livres tournois. Les religieux Célestins 
élevèrent des réclamations contre la succession de Re- 
gnault le Roy; sous le prétexte qu'ils avaient avancé 
certaines sommes au défunt, ils tentèrent même de 
^'indemniser et de couvrir les frais des obsèques en 
conservant par devers eux quelques biens meubles que 
ledit Regnault leur avait confié en garde et invoquèrent 
à cet effet une clause de son testament par laquelle il 
leur laissait le résidu de tous ses biens meubles et im- 
meubles. Pierre Bachelier n'eut pas de peine à démon- 
trer que tous les biens de Regnault le Roy lui avaient 

(1) Archives de l'YonDC, G. 4i8. 

(2) Arch. do l'Yonne, H. 300. 



— 142 — 

été attribués par doiïation entre vifs, sauf la somme 
«le 20 livres indiquée plus haut. Une transaction inter- 
vint le 20 mai 1492 (1) et les Celestins, représentée 
par leurs frères Nicole Aligret, prieur, Guillaume de» 
Vailles, sous-prieur, Gilles Barrault, dépositoire (2i, 
Estienne Mousnier, portier, et Jehan Fuzée, procu- 
reur, consentirent à accepter pour toute indemnité une 
somme de trente livres tournois, que Pierre Bachelier 
leur remit en ujie rente «le 10 sols tournois assignée 
sur SCS propriétés à Saint-Martin-du-Tertre et sur une 
maison à Paris, près de Saint-Landry. 

Pi(MT(î Haclielier était marchand et bourgeois *k 
Paris, il eut trois fils : Toussaint, Etienne et Pierre, 
ces deux derniers sont qualifiés de sieurs de Rucou- 
vert en 1523 ('5). Pierre II Bachelier, également bour- 
geois de Paris, parait être, à partir de 1531 {'Oi^^*^^' 
seigneur de llucouvert. Il dut mourir vers i5*Vf 
car un acte de 15 lo (5) indique que les terres "^ 
UurouvtM'l ap|>arl(înaient. alors « aux hoirs de Pierr^î 
l);irliolit*r »• (*l Irhf/n. et rurrirrc-han du bail/iotjede ^^^^ 
nt)us doimt», en 151:^, Ir in)m d'un autre propriétii^^*** 
sans doute un i:«Mi<lr«* (!(• Piei'Hi Bachelier, Jacques A^' 
^»*liii, qui est taxé ^ur un revenu évalué à 71 livres. 

Iles 1557. h» li.'f av.iit de nt)UV(»au passé en d'AUir^» 
mains, «»! h? mi, ••\«Mvant son «Iroit de régale par >"*^^ 

■.1^ lu'u'islii- il-' .li'li.ui r»'»-><it, l.ilti-llioii ili' Si'iis, ari*lii\«'> ilo lu Ji!»*'*'' 
lie- jiii::ii!-iS. 
^ .' 'i:i;tr;îf ir.ill'.iir':* il'niji' alili.r.f. 

^::) \''ic il;j V ; utn. I. ".?.;. Wr^. ilr l..,iiir. di- la rt>iiss<', <!li. ilrt :»••■ 
,É Ai I- il"! .'.' ••.■1. I 1.1 1. Ki;:. ili- CliiTiMi Mijii'if. J'!i. lic:. iiot. 
(.ij *'•". 'i.;i. l.i:... Ji'ul, 



— U3 — 

de la vacance (le rarchevéché (l), reçoit, le 21 juillet de 

cette même année, les actes de foi et hommage (2) des 

nouveaux seigneurs qui sont propriétaires par indivis : 

Jacques Penon, procureur au siège présidial de Sens, 

pour les fleux tiers du fief, à cause de Jeanne (luerard, 

et <jatherine Gauthier (3), dame de Serbonnes, veuve 

de Jehan Guérard, bourgeois de Sens, pour le dernier 

tiers. Mais cette indivision ne fut pas de longue durée 

et il est probable que Catherine Gauthier dut racheter 

la part de Jacques Penon (4), son beau-frère. Car, en 

1574 (5), nous trouvons comme seul po.ssesseur du fief 

Gaillaume Trouillot, qui avait épousé Anne Guerard, 

fille de Catherine Gauthier (0). 

Un vieux plan du xvi" siècle, conservé aux Archives 

Cl) L'arcIicviViuu LuuisII ih; Hmii'Iion iMuLl mort lu \'i. iiiarà l.').'»;, et son 
suorC'â.^c'ur iic fui installé <[ul' k* 8 si^plcinhre suivuiil. 
;■:; An-hivcs iialiunaics P. 1 i, V-. CLXXHI rtLXXIV. 
.:ï) Ont ftori ni> (iaulliicr était fille irHulicrl (iautliicr, iMan-iiiiiiil iiiiur4<'"i9 
de ^H•^^, vl di* M:irie Itavaiilt. ICII" avait \unir Ir.MfH, IIuIktI i-f SimM:i 
Gaut^ik-r, iijan'lian«l< à Sciirâ i!l ii VilIcju'Uvr-hî-riMi, pI |MHir soMir. Kii- 
iTi'-lH.". ri'iniin» dcTi.'UsStiinl iJourgoiiiu', «'oriseilh'r ijii pm an hailliaiir de S-jus. 
— Min. iiol. 

('i^ Jar*i|!ii.*:* iN.'iinii mourul l'ii l.'iTI . Par son ('.iiili«Ml!t' i-n (lah« <|ii :în s<*|>- 

lc!:iljr«' ili' la in«*'iiu' aniiè*', il «Innna, en im'sj.MH-'' (!•• .Inlianni? rinfranl, «-a 

ftîiijriii% ii M* Ji'lian riiaiilinanl. |irnrnri'iir an linilli;ii:«' <li' Si-n-. " I'jii< |i- 

s^-iK'Z. i^îijii'Ts ri |irali<in«: no sun esMiile cl »'liar!,''' dr iiroi-m-i'i.r, ••n «-'in-ii- 

• !iT;i'^i;»:i d'*< s-tT'. ir-f'i que |i' lit riianliiniil l"'ir a cv di'V;iiii laiil/... •'' a 

Il fîjarj^'* quil :«i'ra \r\t\\ rn lunle-î U'< i'ii\\<>'< (jii iirnviliTi'nl il'- ia'liJ»' 

|»r;i?:'Hii' iinnirlP" «-i aiipeler {«iiir ron-^eil l'I advin'-i! M* Si-lcjslicn l'if'illc. 

|«'ur iji'iulri'. w {!" n?u'. dfS insinnatlDUS iln iMilliaiz»' il<* Si'îi-î. Ar.'hivis di> 

la i;!i. 'Ii'^ iiol.) 

. .'.) lîaii » I arri-'Te liamlu iiatlliaise il' Simi<. 

♦ '■.' T'iH* aiilrc lillii de Catherine (fanthier. Pliiliini-- (imTanl. s'i-laif ma- 
ri»*»' a*.' *' (îiiillaiirne Mont^iinrl. wnseilUT an liaillin_'«' ■!•■ Sens, :*i.'nr di.t la 
^a*.-«iif.'. 



— 144 — 

de l'Yonne (1), nous montre quelle était aie 
tance de la terre de Rucouvert, qui comp 
totalité, 1 600 arpents, sur lesquels Tarchev 
droit de dSmage ; le nombre des habitat 
beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui, 
n'avait pas moins de quarante-huit maisons 
hameau des Provendiers, qui lui était près 
se composait de seize maisons. Mais le Ri 
laume Trouillot ne comprenait que les Prov 
avec quelques maisons de Rucouvert, du I 
village des Caves (4), la plus grande partie d 



(1) Archives du rVuuiio, (r. 511. 

(2) liCS iioiiihruusc« maisons («>ini>osaiit lo village* do Hu 
dissuiiiiiiL'tissiir le plateau ut fcirinaiont do {lUlils groupes «]u 
chacun une doiioniinaiidn dilTércnUs c'est ainsi que nous avo 
les niinulos des éludes de notaires : les Chesnuaux (1 .'>):( 
(!:>74), la Chabotterie (U»27), la I.ombardorie (i:)81), le Mo 
et le Marcliais-Moussu (148J), silui's près ilu grand clKMitii 
(roule acluoll« de Clirroy). Le hauicau de Mucouvcrt ne so 
ipie de ([uehiues maisons liAlics prt'S des Marchais-Mathias et 
Ires lunns «le Tkmix «lu lerriloire «hî lluoouverl immivciiI Oln> 
signaler, tels «pie : la <:r'»iv-Moug<', la llndx-Houssi't, plai 
siviion des elitiiiins do Monlargis t^l des Mazunîs, et la ^îroi 
rier, ligurée sur un plan du xvr .sinde (.\itIi. de l'Yonnr, ( 
du eheinin de lu (iroix dei« .* Canlalions, » auj<iurd'hui (!heui 
sur le lalu> de la mule a«"Uielle «le Chéroy. 

(:s) <!e hameau, iloiil le mMii paraît indiipier «pie ses liai 
QuIrefDis de «♦erlain> ^lroil^^ de u pn)V«Mi«le, * doit avoir une «»ri 
Nous Irouvons uuMilionne, «mi I'i'H.j « h» mandiais dj-s Pn)V«' 
vaut «1»' l'i«'rr»; Uaelielier (r»«'g. de Possol, taUdlion à S«m 
Voyous «-e lieu liahili», dès les |»reunt''n's années «lu xvi* si«'H 
InninMirs. «les vimiiTMiis i-l «li-s liss«Mands «mi loiles 'J.M\? «'1 

la FoU>î<e). 

Cl) La plus yramli* parlji* «lu village «les flaves «lepen«lail 
iSaini-Martin-duTertn'. 



— 145 — 

appartenant en pleine propriété à l'archevêché depuis 
le XIII* siècle» comme nous Tavons vu plus haut. 

Les hameaux, aujourd'hui disparus, de Maletaverne 
et dePierreâtte dépendaient aussi du fief de Rucouvert. 
A Maletaverne, dont le nom a été conservé comme lieu 
dit, il y avait plusieurs habitations de cultivateurs et 
QD6 petite métairie appartenant au sieur de Rucou- 
vert (1). Pierrefitte ne se composait que d'une maison 
ou deux, mais ce nom de lieu est intéressant à signa* 
ler, parce qu'il semble conserver le souvenir de Texis- 
tence d'un menhir (2). 

[l)23nov. \ô'2Z. — bail à rcntu par EsUoiino ut Tierro Bacliollier, soi- 
' gDeursdoHuoouvort, du '2 ar[>cn9, liciulit Glacier, ii Guillaumo Syre, vi- 
gneroD et laboureur, demeurant à Mal(Havi>roo. 

lOjuiricr I J3I. — Accord entre siru Pierre BacUelicr, bourgeois de Paris, 
mit de Racouvert, et Robin et Colin le Norinanl, laboureurs, doroeu- 
nntà SlaleLivcnio, seigneurie de Rucouvert, au sujet d'un bail consenti 
pvfou Pierre Biclielier pare, de 08 a^[»enl^« en une pièce, a en laquelle a 
maisoD, granriic et autres bastimens assis ou lieu dit Mallelaverne, tenant 
d'un luiig a la vallc.> de Vaubjullart, d'autre au chemin commun, d'un 
b'iut au sieur do Rui^juverl cl d'autre a Hsliunno Bicrue. • (Min. de 
Mijmot, nutaire ; 

"sept i:>3i. — Cession par Colin le Normant et Guillaume Boucher à 
Uuis Boutiuot, ])rocureur au bailliage (h; Sens, de leurs droits sur u une 
grandie ol déiK»ndances assis ou lieudit Malelavenie. » (Min. de Rourde- 
bun', uol.) 

1" février \h')0, ^ (îlaude Lhermille, vigneron, demeurant a Maleta- 
verne. (Min. de Marteau, not.) 

U) 12 sept. liHG. — Bail il rente par Piern^ Raclielier à Geuffroy Coul- 
dray, lahfHircur à Rucouvert, d'une masure et de 7 arpents de terre au lieu 
dii en I'i»Trc-File, tenant au chemin ipii va du |M>mmier d<; Maie-Taverne 
a laRue-Olièvrc, et aboutissant au chemin qui va du puis de Recouvert à 

>ainl-Marlin, et ù diarsn^ de faire construire eu ladite masure une maison 

«HKinneet sufïlsanle chari>enterio. (Reg. de PdssoI.) 
«ijuin lôiO. '— Lieu dit la Pierre-Frite, finage de RueouverL (Reg. de 

h Marteau, nul.) 

10 



I 



— li() — 

Guillaume Trouillot acquit, le 19 avril 1574(1), de 
Pierre Crou , vi^Mieron à Kucouvert , « un corps de 
logi**, estables, jxrange, jardin et accin, contenant six 
arpens, assis finale de Saint-Hond, lieu dit le Puis » (2). 
Il fit restaurer cette propriété et y éleva un petit pa- 
villon qui devint, à partir de cette époque, la maison 
seigneuriale [}i) du lîef de Rucouvert. En outre, plo- 
sieui*s maisons lui appartenaient à Sens, une d'elles 
était située paroisse de Saint-Hilaire, rue du Saint- 
Esprit (4), et il l'avait acquise de Jehan d*Ailleboust, le 
célèbre niédcîcin de Henri IV ; une autre, « édifflée 
de nouvel » se trouvait sur la même paroisse, rue da 
Tambour-d 'Argent (5). 

Il était valet de garde -robe du roi et fut, pen- 
dant quelque temps, grand maître réformateur des 



(î) Miinili's i|i' Hiiin'dn, iiutairL'. ((ili. «Icts iiol.) 

i'i) Duiis un nr.lo i]i} 1 î'Mî il est <l(>Ja f.-iil iiiciilioii du « ohiMniii ilu Puis • 
qui va ii Villcri»y <'t du n f.'irn'fnur «lu IMiis. » ^H«'i?. 1*»>SS()1.) 

(;>: r.t'Uc li.iliiturKui devait èln' siiucv cnlr.» \v. iiaincaii du f^roissanl i*4 
<'(îlui<lu iMiils, cllf ^îippcla, jilus (.'«ni, sans doul»* du nom do son pruprîc- 
lairi' au xvn* sit-ch' ■ la <!ro.-ni«"'ri'. » 

(1) I)«»nati(»u ;iar (liiillaunic Tniuillf>l, valfl de rlianihn* ordiiiain* «lu 
r'»i, dcmi'uraut a Simi>, a IIuIutI (iaulhior, liourt^cois do Son>, sa vi».* da- 
ranl, df s c< us d'or de rcuf'' a jinMidn; sur sl's tfrros do nui.ruiiveri cl *!ir 
uni" niiiiMiM ;"i Sens, i»aii»i.--'' Saiiit-lhlairc, rui; du Sainl-Kspril « <*y devant 
n<-ij ui-*.' par Icdil Troiljol t\r Mlit ir.\illt'iM»usl. » lU jinii 1 .'i7î». {\* ivi: d«s 
iiisiuualions. (!li. d»*s iinl.) 

(.■>) Doualiou par «luillauuH' ïnmilldi. rruycr, sciginMir dt- lîucouvtTl, à 
Mai'j-Mi'MJli' Troillni, s.i -'tMir, d.-Mu.'iiraul à Sens, de l«i rnis ■-.* liors JV-cu 
sol iv\''iianl a ;»•• ii\r>'-> (nuruois de ri.'idi' à prendre sur un'.* maison à 
SiMis. l'ii- .lu r.ii;ili'.-,nu-d"ArLi<'ul, « «'dinh'O île nouvel, » po»jr lui donii'^r 
les ni"y.ii^ d.' vivr<- à l'axcuir. JT juilli-l IjSl. (ô' rej^. d<'s iridinualiuus. 
(Ji. dfs Mot.; 



— 147 — 

eaux et forêts (1) au bailliage de Sens; il obtint, 
sans doute en raison de cette dernière qualité , la 
concession des coches d'eau faisant sur la rivière 
d'Yonne un service de transports entre Sens et 
Paris. 

Guillaume Trouillot eut la douleur de perdre, le 
11 juillet 1578, sa femme, Anne Guerard, enlevée pré- 
maturément à son affection, comme le témoigne le mo- 
nument qu'il lui fit éleverdans l'église des Cordeliers (2). 
Lui-même mourut, fort jeune aussi, vers 1585, laissant 
ses trois enfants mineurs sous la tutelle de leur cousin, 
Jean-Baptiste Penon, avocat au bailliage de Sens. Les 
immeubles de sa succession se trouvèrent ainsi partagés 
en trois lots (3) : Tainé des enfants, Robert, qui fut, 

(1; Guillaume Tnjuillot prend celte (lualilô dans un acte du 17 février ir>74 
devant BarrtMu, nolairo à Sens, mais dès lu 1 1 si^ptembre du lu mûniu an- 
lu-c Jcliaii do Jijy l'avait remplacé. 11 avait un frùre, Jncqm^s, valet de 
«'îiariibrr- du man.'rh.ii de Kelz et élu à Gien, qui loiicliait pour ses gagi.'s 
t\'i:l\i :5:l i'<:us un tiers par an. (Bibl. nat., pièiTS orig., vol. x^889). 

{1} Voici rinscriijlion qu'il lit graver sur urio pierre du marbre noir 
ItljiN.-».: dan-: la rliupellii de la Vierge de Téglisu des ('ordeliers de Sens : 

AU NOM DK DIKU 
KN LA MÉMOIHK DK FHVK NODM- FEMMK 
ANNE GUERAHD , DÉCKDKE KNTHK LES LARMES 
DE TROIS PETITS ENFANS (JU'ELLE A 
LAISSÉS LE XI» JOLR DE JUILLET M. 1). 
LXXVIII. NOBLE HOMME GLILLAIME 
TROUILLOT, S()N MARI, VALET DE CHAMBRE 
ORDINAIRE DES DEUX ROYS DE FRANCE 
CHARLES IX ET HENRY III, A PRESENT 
REGNANT, REGRETANT SON TlîESPAS, 
A FAIT ERIGER CE MONUMENT. 

(Bibl. nat., f. fr. 8 2-2:..) 

.:)^.\t!le do |>iirlage de ir.88. (Arch. du Cliesnoy.) 



— 14S — 

comme son père, valet de garde-robe du roi (1), eut le 
premier lot composé de la partie du fief de Rucouvert. 
comprenant la maison et métairie des Caves, avec une 
centaine d^arpents de terre, plus une maison à Sens, 
paroisse Sain t-Hilaire, et quelques pièces de terre déta- 
chées, situées sur les ftnages de la Pommeraie, d^Evrv 
et de Cuy. 

Guillaume II Trouillot, fils cadet, obtint la maison et 
la ferme de Rucouvert, avec &J arpents de terre enti- 
ron ; enfin leur sœur, Marguerite (2) dut recevoir en 
partage le pavillon de Jouancy (3) et ses dépendances. 

La propriété des Caves, qui fut attribuée, en 1588, 4 
Robert Trouillot, comprenait « une maison consistant 
en un corps de logis faict en forme de pavillon, voulté 
dessoubz, chambre basse et cuisine attenant, grenier 
dessus, avec la vis hors œuvre servant aud. logis, vo- 
lière dessus ; ung aultre corps de logis consistant en une 
chambre basse, estable a chevaulx, vinée et cave des- 
soubz, estable au bout, four cmi façon de croppe, l®'* 
greniers dessus les chanibros et estables, une grange 
estant dediins ledit encloz, deux estables a porcs atte- 
nant lad. 'n'auLTo, le tout couvert de thuilles. AvecencO" 
res un aultre corps de loL^is servant d'estables a vaches 
et bpel)is, rouvert de chaulmo, lieu et accin, le tout 



:l; r.iiMiiii.' v.il'l lU- Lr,iril('-ri»!i ■ «n'iliiiair^' «In n»i, il roiwail pouf*' 
f:.i.;«'' .'.'<» «''-lis ^"1 p.iraii. ;Hili!. ntl. l'i.'-'-» orii; , vol. JhSO, iiulltan"'»'"'* 

!'♦ ni-lnlin» 1..S«i.; 

1.1,1 
,.'; M.ir::ii''rilr Tr-'iiill'ii -.« inari.i par i-wulral «lu ."i uoiîl TiST awo n^*^ 

li.iiiiMii' l'i >\iii'- M* Ni«''»Ias lie ('.lia-j-T.il, t'-^ii-icilliT iiiai;i^trat au liaiH'*?'' ' 

SiMis ''i* rt.'_'. •li'-' iii-iiiualinii'*, fui. M»i v.^ 

|.î) I,«' |i;ivilliiii il'- Ji)'ia:ii'v Ji\.iil vlr i-iii>lruil |iar (iuillauI11^î Tru»ii""' 

K'iMk siiivaiK iiian.'lif- ilii \ mars. (Min. île l'DUlfv. iml.) 



— 149 — 

ferme de murailles, contenant la totalité dud. lieu et 
accin en fond de terre trois quartiers cinq carreaux, 
tenant d'un long au grand chemin, d'autre long au che- 
min des bois (1). » Les terres, divisées en plusieurs 
pièces, se trouvaient limitées par les bois de Glacier et 
de THôtel-Dieu, le Chesnoy et le 2* lot du fief de Ru- 
couvert; elles étaient situées, pour la plupart, sur les 
lieux dits : les Caves, le Grand-Closeau, Maletaverne, 
la Pointe-des-Baschelliers, Mocquebouteille, etc. 

Robert Trouillot épousa, par contrat du 29 juin 
1587(2), Colombe Olivier, fille de feu Charles Olivier, 
enquesteur pour le roi au bailliage de Sens , et de 
Marie de Gouste, et nièce de M*' Pierre Dapestigny, 

(I) Les niinos du pavillon existent eiirxiro aujourd'hui au hameau des 

VAxa. La IraditioD locale rapi)ortu qu'au xv* siùolo ce pavillon aurait été 

loQglDiniis au pouvoir d'un olli'.'iur anglais et qu'un combat in) portant fut 

livré plus ancionnomenl contre les Anglais dans l'cHroit vallon qui existe 

entre Us Caves et le Chesnoy. Peut-ûlre faut-il voir la confirmation de ce 

dernier évônomcnt dans le récit do (Cabaret dOrville, qui rapporte qnoix 

Mplembrc 1 373 les Anglais s'élant avancés jusqu'aux faubourgs de Sens, le 

sire (le Clissun les fit tomber dans une'MubuscJule à une lieue dt» la\ille, en 

tua six cm l:; et leur infiigoa u la plus gnjj^se deslrouss<j » de leur expédition- 

ll^ Chrftnique du bon duc I.oijs flf linurbou^ édit. Chazaud, p 54 (îf ô.').) 

('2) Dans Sun contrat de mariag(% ilr)l)erl Trouillot est qualifié d'écuyer, 

«'«le Rucouvorl v valet ord'* de garder«jbb«' du njy, aianl la eli.'irge des 

clefï de sa ganlorobhe ; » il est accompagné de « bon. b. Hiiberl Gaultier 

«?' de Buis Rond, n. h. M' Jacques Trouillo'. eleu pour le roy a (iyeu, Loys 

Toison, amseiller du n)y, li(;ulenant particulier au hailliaire de Sens, 

Guillaume Moncijurt, aussi c«m^'ill«'r, dame Piii^liite:^ «iinTanl, s.i f" Savi- 

nion Liurenccau, aussi cx)nseiller du roy a Srus, se>^ oncle»* et IluIi*. rmble 

I». M» Claudt? Minagier, aussi conseiller, Jcliau IVmiou, ai'vornt u Slmis^ un- 

guèn-s*)n tuteur» dame Marguerite Pierre, veufvc» de n ,blc h. M' Claude 

Q«T, prevost de Sens, Fran«;ois (iaudin. Uarbe Tnjuillol, sa f'. Jehan du 

Tour, Ksliemielte Trouillot, sa (*, ses oncles cl tantes. » li)" reg. des ins., 

fol. r.7.] 



i 



— 150 — 

conseiller du roi , président en l'élection de Sen^- 
A la mort de Robert Trouillot, en 1G18, son pet'^ 
domaine fut partagé entre ses deux enfants, Paul ^^ 
Etiennette. Cette dernière, qui avait épousé Pierre 
Cousin, marchand à Sens, reçut le lot qui contenait ** 
maison et une partie de la métairie des Caves, ^*^® 
eut une fille, Antoinette, qui devint la femme ***^ 
Georges Forjot, bourgeois de Sens en IGCG. La j>l^^ 
grande partie de ce lot, comprenant le pavillon <^*^ 
Caves, fut vendue, dans la suite, à Octave Garsera^'^^' 
conseiller au présidial de Sens (1). Quant à P^*-^^ 
Trouillot, il prit le titre de sieur des Caves et fut ^^^' 
cher en la maréchaussée de Sens; sa femme, Mi*-^^*^ 
Fichot, était déjA, en 1040, remariée à Etienne Le V^^'^ 
marchand à Sens, mais lui avait donné un fils, J^*-* 
ques Trouillot, marchand drapier en IC5G et 1078, *^"' 
conserva quelques pièc(î.s de terre sises aux Caves- 

Revenons maintenant à Guillaume Trouillot, *^"* 
avait reçu (mi partairo l'autre portion du fief de X»-"' 
couvert, il était aussi valtM de chambre ordinaire* " 
roi, et continua l'exploitation du si^rvice d(»s coc" '**'^ 
d'eau qui avait étr concédé à son père par privil*-'^'^ 
spécial ; il obtint mùnu\ par Lettres patentes du ^'^ 
août I0'2<^,d(î « fairv (istal)lir un secojid bateau >iv'**^' 
dier, appelle coche de Sens, ])our partir a jours e^^ '* 
heures certains et (ronduir** toutes sortes de passaii=^ *^ 
marchandises ('J). ♦» Guillaun^e Trouillot rendit foi 



1 

1^ 



t'î 



(I;. Iî> juin ir,'.»i. I^iil par M' (Jr'.avf (larsiMm'iil, roiwi'illcr ilii n»* 
I»aillin::«' «Ir Simi-*. a Sa\iiii«'ii b'f«»r!, lai»' •Inn. au\ (iavi'.s., Min. il' 
Hii'lii', Ilot.) 

(.') Ap'hivrs liai., Z. I f. ..MO r«il. |K. 



liommage de son fief à l'archevêque, le G décembre 
1610. A sa mort, survenue vers 1037, la propriété 
passa à son beau-frère, Arnault de Taverny (1), ser- 
gent-major au régiment de Langeron, sieur de Mar- 
signy, puis conseiller du roi et trésorier-payeur de la 
gendarmerie de France à partir de 16i2. Ce dernier 
^^t gratifié, par brevet du 3 novembre 1637 (2), de la 
jouissance do la moitié du revenu du - coche par eau 
allant et revenant sur la rivière de Seine de Paris a 
Sens, dont jouissoit led. deff'unt Trouillot, son beau- 
'^'*ère. ••Arnault Fraiicois de Taverny, qui avait épousé 
Marie-Eléonore Lermont (3), se maria en deuxièmes 
ï^oces avec Marguerite Kauvelet. fille de M' Pierre 
t^anvelet, conseiller du roi et son procureur au l)ail- 
liagede Sens, et de Françoise Coiffard. Il était encore, 
^^ 1Ô70, détenteur du fief de Rucouvort, et laissa son 
domaine à sa veuve, qui parait en avoir fait don, de 
son vivant, vers 1080 (i), à Edme Crosnier, procureur 
*^^ bailliage de Sens. Par son testament (5), en date 
*^^ 2 mars 170<.), Marguerite Fauvelct léirua on outre à 
^® dernier tous ses meul)le.s et cifets mobiliers, « pour 
*^ bonne amitié qu*elle lui port(î, » et le nomma son 
^^écuteur testamentaire. Edme Crosnier présenta à 
* archevêque de Sens, le 30 septtîuibre 1()97, l'aveu ei 
^ dénombrement du fief de Rucouvert. La propriété 
Pîissa plas tard, au comm'jiiccîment du xviii" siècle, à 

■ ' "^^^UmIc foi «îl lionniia^iMlii fiiT dr liiii*t»M\('rl. «mi Ii»^'». par AniaiiU 

^^Coistie Taverny. - Ar.-li. Mo rYoïiiic, ('.. 'l'.S 

' 'archives nal. — l«>c. rit. 

^'^^ '^iljl.iijil. IMôci» oriL'.Vol. ,fSiK\ O.iilhiiin' .lu C juill.'l U\\H. 
M^ Il ■ 

' **-'î*lamenlilii "i mars IlOn. Min. ilo lA'ritln-, ikjI, 



— 152 — 

Jean-Baptiste Crosnier, fils du précédent^ conseiller 
procureur du roi en la maîtrise des eaux et forêts de 
Sens, et à dame Marie*Louise Cassé, sa femme. Ceux- 
ci vendirent, en 1737, comme nous le verrons plu» 
loin, le fief de Rucouvert aux prêtres de la Mission 
Mais à côté du pavillon du fief de Rucouvert s'éta^ 
élevée, sur le domaine appartenant à Tarchevéché ^ 
Sens et formé, ainsi que nous Tavons dit, au X7/^« 
siècle, une habitation plus importante, bien que ^i^ 
jouissant d*aucun privilège seigneurial. Un bourgeois . 
de Paris, appelé Guillaume Philippe, venu se fixer à j 
Rucouvert au commencement du xvii* siècle, avait, en j 
Tannée 1635 (1), agrandi et réparé cette maison ainsi \ 
que plusieurs bâtiments de ferme situés le long du 
grand chemin de Sens à Montargis, dénommé alors • la 
ruée » de Rucouvert, sur l'emplacement de laquelle 
passe la route actuelle de Chéroy. Ayant acquis le titre 
de secrétaire du roi, maison et couronne de France et 
de ses finances, il portait des armoiries qu'il fit scuplter 
au-dessus des deux portes principales de sa nouvelle 
habitation. On voit encore aujourd'hui ces deux écus- { 
sons timbrés d'un casque taré de profil et accompagnés 
de lambrequins ; ils ont été malheureusement martelés, 
sans doute à l'époque révolutionnaire, mais on peut 



(1) \:\ nov. ir»:Jl. — Kslal de loultc la Ina^wonllc^ie qu'il ctuivifiit fairt- en 
la maison de Mon' IMiiiimM', a'i villagtî di; Hiic«)UVorl, par"* de l'aron, mar* 
cJiandrz par J««an Dmiiaa tM Jean Socipu»!, du pays do f.inn;j(»'. deru. a 
Sj'us. 

Mt^nirî «iali? — K^^tal <•( iiMMimiri' il«^ la cliarponhTi"' «pi'il «njuvioiil fain^an 
louis de M' IMiilipjM;, a^^sis a Mucoiivcrt, niaroliaiidez par Pas^piel iuvtHiii 
flJuliiiii llaiilli'iir, «liarpiMiliiTs a Panm. — ^Min. de Fouet, nul. Cli. Ja 



— 15:^ — 

cependant y distinguer quelques fragments des pièces 
principales des armoiries de Philippe, qui sont: d*ar- 
gent à un chevron de gueules accompagné de trois 
glands et de trois olives de sinople accouplés et liés de 
gaeales, et au chef d*azur chargé de trois étoiles 
d*or(l). 

Ce Guillaume Philippe avait pourtant une origine 
modeste, il était Tun des sept enfants qu*un riche 
marchand de bois, établi à Paris devant VAve Mario, 
et nommé également Guillaume, avait eus de son ma- 
riageavec Etiennette Ozon (2). Guillaume Philippe, le 
secrétaire du roi, qui devint plus tard seigneur d'Aren- 
tières(3), d'Engente (4) et de Souville, bien qu'habi- 
tant Paris (5), résidait souvent à Rucouvert, ainsi 
que le témoignent de nombreux actes passés en sa pré- 
seuce. Il acheta, en 1618 (0), de M* Louis Houquot, 
ancien avocat au bailliage de Sens, la petite métairie 
du Croissant, comprenant 37 à 3S arpents de terre, et, 

■ I) Vrinorial d«* irili)zi<;r. ol Ilosentl, Ar. «le rAiil)e, p. \y,). 

'l,\\\h[ nal., ciiln (Ijs Ti[r.'>. «lossicrs Uhms, vol. ô'20,i'| cal), «h; d'Hozior, 
v.il.207. 

») AroulicT«,»3, coiniiniiu' ilii i*aiiloii ili' Bar-siir-Aubo (Aube). 

'X Kniwuti*. i;ijtniiiuii(3 ilu r,iii»«m ilo Mar-sur-Aubo (Aiibtî).' 

(•'•) Il liabila à l'ariî», rin' »lii Fi«iiii»r, puis ru«.' de la J^erisaie. paniis** 
Saiul-Paiil. 

;.♦>) Ai'le de veille du l'J janvier liiiS devant lltuioist, imiaire. (<:ii. de> 
D'il ) La métairie du Cpjis.s.int rousistail «mi i» une mais'in eu lat|u«'l!<' il 
y a i!uo jBîiiiie eour, eliambre ba>!»e cl l'Iianibre liaullc «'i irn-uicr il«'«<'<u>, 
"Maiulirc au fnur, e<lables, irranae d«Mlan> la four di' lad. niai-^nn, h'uaut 
'luiiloD^au tfraiid «du'iniii di- Sens, el'\ »» IMusaurii'uiu'ni'Mil i.f.n.".". i-ciir 
l"lile fornii: jiarail avoir aftparlenu à dauioiseil'' «lallirriui- (îibier. qui 
él^'UM IVrre Cliarlol, reuyt'r. {Ib'ij. de l'elal -ruvii de l'anui.) Ind.'pen- 
•lam.m-.n i|i; i-elte undairie, il y avait, au Croissant, plusi(.'urs niai.*»us de 
'•"lUvaUMir?. 



par des acquisitions successives, s'était formé un 
véritable domaine qu'il conserva toute sa vie. Nous le 
voyons encore, en 1680, assister comme parrain aa 
baptême, à Paron (1), de sa petite-fille, Marie Gene- 
viève, qui épousa, plus tard, François Guillaume 
Champagne Duval, bourgeois de Sens. 

A la mort de Guillaume Philippe, sa propriété de 
Rucouvert passa à son tils, Guillaume, capitaine sxn 
régiment de Philippe d'Orléans, sieur de Souvill^t 
d'Arentières et d'Engenie. Ce dernier s'était mar*i^ 
avec Anne Mérat, fille d'un procureur au présidi ^^ 
d'Auxerre. 

Guillaume Philippe ne conserva pas longtemps *^ 
propriété que lui avait laissée son père, il vendit (^ 
vers IGyO, sa maison et enclos de Rucouvert a 
Prêtres de la Congrégation de la Mission qui étaieiP- 



t 



depuis quelques années, chargés de la direction "^ 
grand Séminaire de Sens. 

[Jn séminaire avait été fondé à Sens par Lettres à 
rarclievê(iuo de Gondrin, du 19 août 1()51 (^) ; il fu 
d'abord établi au presbytère de Téglise paroissiale d 
Saint -Ililaire, puis, peu de temps après, transféré 
dans une m/iison du la (irande-Rue, presqu'au coin 
de la rue du Tambour - d'Arirent. Par Lettres pa- 
tentes d<» mars Ki'iT, le roi Tavail doté d'un revenu an- 
nuel ih'. 'A '){){) livres à [)rt'b»viM' sur tous les bénéfices 

'!• 1" jauviiT If, .si;. Kl.it-'i\il •!«' l'ar-.ji. 

I J; I'm ('«•riiiU'Hiii- Mu 7 h "\ . 17'''' imii!- I.i lixatinii «li'> liinitrs ilii lii*f ih- 
liUi-aiviTl cîitri/ I an'ln-vi''i|i'i' .-i i; iii:i' (!riKiii«T, iii(lii|iu> « la inai</»ii l'I 
«Miflt»-; ihs >i«Mir' ilf la MU-ii:i |iar »• i\ ai-'|i'.is du s' riiilipito. " :Miii. iW 
LiTii'l»»', iimI.) 

..J) Arrji. (1.- i"V.mn<', lî I '.'t. 



— 155 — 

du diocèse. Des prêtres séculiers eurent d'abord la 
direction de cet établissement, mais, dès le 6 octobre 
1^5 (1), M^' Montpezat de Carbon en avait confié Tad- 
^inistration spirituelle et temporelle aux Pères Laza- 
'^stes. Le roi approuva par Lettres Patentes de mars 

'^) D'après la lettres do 107.'} ctjuliaiit la diructioii du Sémiiiiiin^ aux 

'^rtfres de la Mi^ion, ccux-ri élaiiîiit tenus d'ontrelenir au moins quatre 

'*'^n«, l'un ayant ({ualitô du dircclrur, doux counne pri>fL»sseiirs de tlnM)- 

^0» scolas tique Jt morale, cnlin le «|ualriènio «•liari;»'! «l'ensoijxncr le cliant 

'** Cérémonies de l'Eglise. Tn»is frères d-ivaient les assister jwur leur 
•ervico. 

^oiJs avons essayé, h Taido de dociinicnts tirés des Arciiives de l'Vonne 

' • H>2 et 163 et série n) et de divers aek-s notariés, de reeonslituer une 

^ peu prùs complète des noms di« l*èn's de la Mission qui ont fail 

V* "*- iXv la inai9<jn de Sens depuis son «)riij;ine jnsiju'ii sa suppression en 
1702 . 

I. Sui»h RIEURS 

ïft76M" Toussaint Tlièronde, direi-teur. 
—- Licbaiieliani]), sujiérieur et graml vieiire. 

**"1707 Botrjnd Denier, suiKJrieur, prieur de S,iiiil-Pit?rn' d" Montes- 
sier. diocèse de Saintes. 
m 1723 Jean Baptiste du Nez(Mnent. 
^'•'^" 1730 Claude Jrjsepli I.a Cour. 

'''**-l"îi-2 Kdnie IVrricpn^t, dépi'tn «mi I7:îo j"; rAsstMnbiée pnivinciale, fit 

fonctions tle supérieur jçéiiéral de la Mission à Paris en 
avril I7ir.. 
l'îiri François Tliih.iuK. 
174fi Franeois Valiluu. 
nSÇ-nSîJ Antoine Holleville. 

'61.17«> Franeois Moi;laut, né !<• [S juillet 17;.Mi, pn.»fes-«eur di* piiilo- 
s<)phie à Sainl-l-îiziu"e eu 1717 et de lln'.ilijjjii.- ù Sens eu 
17r»l. Supérieur du Se'iiin;iir.' de I7'i| ii I;i lîevoiiitioii. 
r.'était un hildiopliile distiiiLTué qui avait n'unj iin(> iM>lle 
ecdleclion d»* livres, dnut une parli-* se tivMive aujounriiui 
à rilôtel-Dieu do Sens. 

11. PROCI.THKIUS 

♦i'J5 Anl')ine (juillaunie Le, Lièvre. pri>eiireiir, députe de la maison 
de Sens à r.Vssenihlée provinciale. 



— 156 — 

1676 le contrat passé entre l'Archevêque et les Prêtres 
de la Mission. L'administration deces nouveaux Prêtres 
fut prospère sans aucun doute, car ceux-ci» après avoir 
considérablement agrandi leur résidence en se rendant 
acquéreurs de plusieurs bâtiments contigus situés sur 

1707-1710 Jean Corbeau du Nezoment, iWpulé en 1710. 

1715 Simon Jacquomont. 
I7'.»3.1724 Jean Loys. 

172G Jean Charles Troadêe 

1731 Michel St'hdstien Loclerc. 
1735 1737 Guillaume Taaffc. 

17r>0 Claude Tabouillol. 
17G6-17G8 Gahrii^ Mercier. 

1774-171)2 Nicolas Hobinot, né le août 1727, fail porlic de la maison 

de Sens depuis 1772. 

III. Professeurs 

1677 . François Lesevicr. 

— Jean Uegault. 

— Frani'ois Heberl. 
1692 Pierre Fahre. 

— Claude. 

— Mois y. 

— Gérard du Harry, dépulé. 
Ki'JO-lUîn Charles Charbon. 

— Cliarlcs Lcgrus, flépulc on I7(I3. 
1703 Fonrnier. 

1710 K. Darly. 

— J. LcMuaign;. 

1717 Jiiliiîu KyciioI, (Ic'pulc. 
l7!7-!7"2i Fraua»is Loiscaii, ussislaut. 

\l!i Jacques Iiiiliuiilt, proTcssour de tliéologie à CliAlons-sur- 

Manio. puis il Si-iis iju'il (piilla on 1727, devint vicaire de I 
Sainl-Jcaii de Troyi's, ciisuilL' curé janstfuiste de Vouan«, j 
inoiirul It' I") janvier !7(i'.). '^Yoy. sur lui Xouc. certes.. 1 
i;i février I772.) 
17. Jl» I.alniir. 
Diiri'. 

— Mareiiir. 



— 157 — 

la Grande-Rue et faisant le coin de la rue du Tam- 
bour*d*Argent (1), achetèrent bientôt des terres aux 
environs de Sens et se fixèrent à Rucouvert dont ils 
firent leur maison de campagne. Ce lieu, en raison de 
la proximité de la ville, était pour les élèves un but de 

1736 Jean F. Bonoard, député. 

1737 Charles Marie Gabriel Poirier du Bourg. 

— Nicolas. Gensdarmes. 
Mil Picardot. 

— Elcssc. 

— François Thibault, député en 1742. 
1751-1701 François Moulault. député en 1759. 

1759 Guyot. 

— Gcnty. 
1768 Lagny. 

— Bouchez. 
1774 Bncc. 

— Bourassier. 

1774*1780 Claude Vichorat, député en 1780. 

— Ottmann. 

— Barrv. 

1784 1792 Pierre Mirie Claude Wclié, né le 7 février 1741. 

l7Ht> Monceaux. 
i78t>-t788 Jacques Labau me, député on 1788. 

1788 François. 
1 7 SU- 1 79Î Jean Nicolas Bourgeois, né le 3 mars 1 757. 
1789-1792 Franmis Carré, né le 12 septembre 1761. 

L»*s trois frères servants au moment do la suppression du séminaire en 
1792 étaient: Claude Charles Legrand, dépensier; F/anrois Martin, cuisi- 
nier, et Denis Biaise Yerot, portier. 
•U avril 1742. — Inhumation, dans l'église de Snint-Hon do Paron, de 
Jean Baptiste Godard, âgé de soixante-neuf ans, frère dans la congn^galioii 
du grand Séminaire de Sous, en présence de Picardot, prclrn de la con- 
grégation do la Mission et autres prêtres et curés (Reç. état-civil, Paron.) 
(1) Cfjntrat du 29 juin 1677 devant Bollogne, nol., par lequel le Sémi- 
naire achète do la famille Monc^jurt, moyennant une rente de 150 livres, 
« une grande maison en doux corps do logis sur la rue du Tamhour-d*.\r- 






— 15S — 

promenade en même t(Mnps qu'une retraite salutai***" 
ail rétablissement des santés trop éprouvées p-»-^ 
les fatigues de l'étude ou les rigueurs d'un régi» *"* ^* 
sévère. Les séminaristes qui s'v rendaient ne laissaie* »^^t 
pas cependant d'être tenus à la plus stricte disciplii"» *2, 
car on voit figurer |)armi les cas d'exclusion, déterii^»- î- 
nés d'après les ordres donnés en 177^ par le cardii "» ^^1 
de Luynes, les deux infra(*tions suivantes : 1" sort "i i^. 
sans permission du dire(^teur. du premier enclos ^It* 
la maison de campagne de Rucouvert ; 2^ entrer (l.'«. ï^** 
la l)asse-cour de la ferme dudit liucouvert (1). 

A peine établis dans leur maison de Rucouverî, t*^^ 
prêtres de la Mission cherchèrent à étendre leur [••■<^*" 
priéte et à se constituer un domaine. Ils achetèicf^^- 
vers 171Î) ('i), 'S)0 livres de r(»nte foncière et eiivis «-•'' 

(fi'iit, plus un li.itiMiiMit allcnaiit i<i i-<':jarilaul la iiiaisnii tlui^ SiMiiiuairi^ ' 
l'osli' il'iiri*'!!!. 1 ' l'Hil a■i-^is m la (irainli.' H.ii; t't l'aisaul Ir ri>iiu' il*.' '^^ '"''' 
• lufl. Tainli • MJ-'TArj Mil, •> aiu-i iiu'umi' p 'tih.' uiais *;i •■ i':i la «.'iniit <I'i •'* 
iiiorcl •> N|in. <l'' lîi'iliiiîiii', i'!i. il ■> mu!. 
fl , An il. <!'■ rV'.:iii-', (,. |..-t. 

.') l'a: ii:i .1 -t.' ilii l'ijiiil.'i I T-iT, i«'s |iv.''ri'- île 'a \Iis*i tU '"■•ii-'rii if * 

1 II'' ' 

:i ]i:v:iT Ml- - 'Miîiii- 'il' '.ii.ni :lvi-.'.- ."i V:iii' Mcral. Vfuvi' il«' Jii;il«a"»' 

- *l>' 
l'.iili|i,t ■. 'I .1 SI' Ir'jir. .lil -mm^ l.i 'i-i--'->i(c •! ai'ijiiiltcr iliviTM'^ ilrltis»'* i 

[laviT !iii!.ii;iiîciil 1"> ; ouii ir. t-n .] ..-^ ]miu:- i.i «-nnliruiali-in tl • la iii'li:'"=* | 

ili' f''!! .-mi j.i.in : I- ■:li--ri .r. .i;î ■• • i-'ii .■■. i-u rrl:»..r, i» Ii-i.r iiri.ilil, i;iif n-i * 

porpi-lui-llf -II- ■!• I I-. .1-, .1 }!.■ 1 :r-' - ir li--! ri-v.'ucs «ji' «îi-^ Im'ii- m'.;!»'* 

Ilu<*M';v«': t. r.'- 1 11 ■"■! ".••■- Il'" 1.1 ^ll-'l -M ■ ii:'i':i: a,ii-i. p-'Uilaut plii-^iOT» -.r.*"' 

r.i i:jii:i.-'- Il •■.[ <i - i« i- "1 ■.' il i i il •! • I i s.ii'i-f-'JMU i)i! y«ii'ur Pli:li|';n' *' 

-«'••Il i''.i-iii'':i; .1- .(■.■■i'.-:i:- V'ts iri''. -j-i- il mil' p-jiir 1:' |iri\ il:; r.uli.»' «•'* 

Il ri'Mli' •■ iM-'i"'.' ■ 'M !■• .!" ' i^' r. M li-, <\\ i- l'auiH'-' «I-' liMir .u'«pii>il:»i»- 

Ml'- ■- 'H'-' I ■ la p'i'- •*! •■ '1 ■ ^'-M-, il . *2 i:i I " I T .*ii, al.iiU'iM, fii vitI'i 'i . 

ilr.)il il'- i.'Irail Hj-m-' r. .■•' m mm ■- 1< .'n- a Marii'-ii'.'uov ii>\4> IMiilip)K' il*' 

>«iii\ill*, li!i«' ili" li .iila ."i.-' I'liili[ij> '. l.f» V •:>'•* ti'iil<'T>Mil inulili'iiU'iii irt-::- 

Ir.ivtr \\-lh-\ «i.-iiil.' «-.iti-lil :iinn iii -■■ il 'iia'.il ijn il iiic«iiiil)ail a» iii-'.i\i 1 

a''{.ii'rrur ikui M'-ilt-ni>.']it ira<'<|uiliii- h' pri\ priuripal l'I les fr.iio ilr !a 



.1 



— 159 — 

^3() arpents de terre que la famille Philippe avait con- 
servé à Rucouvert ; cette première tentative d'accrois- 
sement ne fut pas heureuse, car ils se trouvèrent pres- 
quaussitôt évincés par le droit de retrait lign.ager que 
fit valoir un des représentants de la famille, Marie 
Geneviève Philippe , femme de François (iuillaume 
Champagne Duval. Mais, quelques années plus tard, 
les prêtres de la Mission réussissaient à devenir les 
seigneurs du lieu en se rendant acquéreurs, le 21 no- 
vembre 1737, du fief de Rucouvert, qui appartenait à 
Jean-Baptiste Crosnicr, et dont nous avons essayé de 
retracer Thisioire. Ce fief se composait alors d' « une 
maison en forme de pavillon, deux chambres et un 
cabinet, grenier dessus, une petite cave, colombier en 
pied, cour, grange, écurie, vacherie, toit à porcs et 
autres bâtiments qui font le logement du fermier, le 
tout entouré de murs, jardins devant et derrière en- 
roiirez d'hâves et deux marchais au bas de Tun desdits 
jardins. Item au bas de laditte maison une autre 
/ernie et bastimens consistans en chambre basse, gre- 
nier dessus, vacherie à côté, une grange et deux 
ètafiles, cour par devant et verger derrière, tous lesdits 
batimensc<)uvertsrh»tuille, »» plus (> arpents de bois taillis 
^rii deux pièces, l'une devant et l'autre derrière la 
maison, un grand marchais situé dans le haut de 
Uucouvert, près du chemin de Sons à Montargis, et 

vfrile, niais onoort' »le leur ItMiir «^oiiipl'; <.li" u l'uiios It'< .iiiLriiii'iitalions lI 
:iiii».'lîoratiuiis )iar eux faits dans li*S(l. hiciis, on rt'>[).iraiil <!•>> Ii:i>tini(Mis ({iii 
*.*.-li»i»'iit en lrC*s mauvais «'S'ut, tMi ùt'iliant des viijrm'ri daii-^ di.-s (erres nues, 
■■Il iiiariiaiit partie de ciilU».-* qui esluienl proi»rus au labuir, i-Diiiiilantanl 
■ :îi ;;ran<l nombre d'arbres fruitiers aul ou r de leur niii^uu ([u'il/, ont en- 
< iuro «Je fossoz et de bayes vives. » Mais ees auiéliorali'jns avant été faites 



— 100 — 

eiitîn une centaine d'arpents de terres labourables d 
visés en un grand nombre de pièces situées sur 1 
territoires de Hucouvert, des Provendiers et de Sair 
Bond. La vente en fut consentie pour une somme 
de 2<X) livres de rente foncière annuelle, rachetai 
moyennant 4000 livres, après le décès des sieur etdai 
Crosnier (1). 

Les Pères de la Mission purent jouir paisiblerae 
pendant plus d'un siècle, de l'important domaine qa 
s'étaient constitué jusqu'au jour où la Révolution v 
les déposséder. La congrégation ayant été suppriii 
par la loi du 18 août 1792, ses biens furent sequest 
dès le 3 octobre suivant et la propriété de Rucouvt 
adjugée, le 23 janvier 1703 (2), pour le prix de 990< 
livres, à une association composée d'une vingtaine i 
cultivateurs et artisans de Paron et des alentours, 
parait assez intéressant d'indiquer, d'après le procè 
verbal des administrateurs du district de Sens, que 
était alors la configuration de l'iiabilaticîn de Rucv 
vert telle (luo la laissaient les Pères de la Mission, 
maison s(î composait de deux corps de bâtiments bi 
en retour d'équerre; le premier, faisant face à V 



avaiil la vt^iitc cl ncinl.iiil liuir n-gio, ils «luroiil ahaïuioiincr Inirs pri 
lions et a<'(.'i'ii|(T >aiis rcM-rvo !«• n'iiilioiirsoimMit iIclfurpriK trar(|(iis 
(Traiisarlioii ilii 11 nnùl ITJ.J.Miii. «le Lctrris, iu»l.) 

(I) Le cajiilal de «mM'.c riMilc fui n'iiilmurs»', lo'2\ juin 17r»0, par lo* 
LazarisUîs, à CuIimiiIm' (irusnicr. veuve iK' ('laiidt- HiM;l«>r Tii«.)inaznn, i 
lU' Si'iis ; MaMi'li'iiM' (irosnior, vi-iivi' «le Clamlc Mon'ior, bour^i-ois lU* : 
.Marie- Vrille (Inisnier, feiuim* d- Olivier Macjuol, uvocal eu parlei 
Sd'iirs el beau \-f ivres de Jeaii-llai»tisli' Onsnier. (ArUMlo VimiIc do 17. 

(\î) IV'ieès- verbal d'atljndicaliDii ilii y.) janvier iTlKî l'i voulo du ii 
lier de la luaianu de Uiieouverl ;^i:. janvier I7î»3). — Arrh. ilo TYonnc 



— 161 — 

trée, contenait quatre pièces et quatre cabinets, une 
^^issine et une cave, dans le second bâtiment construit 
^^ retour était une grande pièce servant de réfectoire ; 
'^^vant la maison, un jardin fermé en pourtour par 
P^ftiedes bâtiments de la ferme, la maison et les murs , 
^® clôture; â l'angle de ce jardin se trouvait une cha- 
P^He. La ferme comprenait environ 148 arpents de terre 
®^ 19 arpents de bois, limités par les chemins de la 
^^osnière, du Chesnoy et la route de Montargis. L'an- 
^'Gnne maison d'habitation subsiste encore aujourd'hui 
*Vec ses deux vieilles portes surmontées des écus- 
*oiis de Guillaume Philippe, seul le deuxième corps de 
"àtiment, renfermant la salle du réfectoire, a été en- 
8«obé dans les contructions modernes de la ferme et 
^®rt depuis longtemps d'écurie. 

Les quelques paysans et autres qui s'étaient réunis 
pour acquérir ce domaine ne purent le conserver, 
^'s le revendirent dès le 15 décembre 1793 à un 
^^namé François Iluault , demeurant à Audeville 
(Oise), qui le céda à son tour à Frédéric Pierre Le- 
'^ordier, de Paris (12 octobre 1794). Ce dernier le 
''^Vendit presqu'aussitôt (11 mai 179.")) au sieur Charles 
*ienry Pierre Lemeignen, médecin à Vire (Calvados), 
î^ij lui-même, ne conserva la propriété que jusqu'au 
^ août 1802, époque à laquelle elle fut achetée par 

®au François Maurey, avoué à Paris. Enfin, 1»^- 

mars 1806, Rucouvert eut encore un nouveau pro- 

Pï^iétaire en la personne du sieur Pierre Laurent 

^^ytie, ancien négociant à Paris. M. Layne, qui fut 
^^iredeParon de 1807 à 1815 et membre du conseil 
^^ïiéraldu département (1811-1816), mourut à Rucou- 

11 



— 162 — 

vert le 28 avril 1822, et institua sa légataire univer- 
selle madame Hyacinthe Ferais, d'origine portugaise, 
femme de M. Dominique Vinot, médecin des hôpitaux 
de Paris, qui conservèrent Kucouvert jusqu'en 1831 ; 
ils le vendirent alors à M. Charles Toussaint Frédéric 
Demeufve, avocat et propriétaire à Nogent-sur-Seine, 
plus tard député de TAube ; ce dernier échangea Ru- 
couvert le 7 juillet 18î3, avec M. Eugène Augustin 
Salleron, contre un terrain sis à Paris, rue des Fossés- 
Saint-Bernard. Depuis, en 18i9, la maison et la ferme 
de Rucouvert ont été réunies au domaine du Chesnov. 



Maurice Roy. 



< 



Le Clicènoij, 4 nocembre 1895. 





CROIX de: nailly 

^liroiiilifsfmnil île Sens (Yi<iiii<-). 

FACE ANTÉRIEURE 



LA CROIX DE NAILLY 



Dans l*une de ses excursions archéologiques, notre 
savant et regretté confrère. Al. l'abbé Urbain Prunier, 
curé de Soucy (1), avait vu à Nailly (2), le H mai 1844, 
sur une vieille table de la sacristie, une vieille croix 
avec reliqxics, dont il avait copié les inscriptions 
got/nqtêes. Dix ou douze ans plus tard, poussé par le 
désir de revoir ces inscriptions, il retourna à Nailly ; 
mais il ne retrouva ni la croix, ni le curé qui la lui 
avait fait voir. Le nouveau curé n'avait même jamais 
entendu parler de cette croix. Inquiété par cette dé- 
claration bien certifiée, M. Jean, curé de Nailly, écri- 
vit à son prédécesseur. Celui-ci ne tarda pas à lui 
répondre qu'il avait confié une croix antique et cassée 
à l'honorable M. B..., gendre de M. T..., pour la faire 
restaurer à Paris. 

On écrivit à M. B..., qui avait totalement oublié la 
mission dont il s'était chargé. Cette réclamation lui 
fit faire des recherches dans tous ses meubles , et, 
enfin, mettre la main sur un paquet portant la suscrip- 

(1) Soucy, Cl H II mu lut du n.iulDii «li; Sous '^iiofil). A ut rot ois sièirr» il'iirie 
pruvôti» relevant du baillingc de Sons. 

'2} Nailly, oommuno du canton de Sons (siul). An xm^siôcle. c'étail une» 
banmnie relevant de rArcliovè<'lio de Sens. Les arcUo\L'4ues de Sens y 
possédaient un château. 



— 164 — 

tioii : Pour /'éf/llsc de Nnilly. C'était la vieille cro^^» 
oubliée depuis douze uns. 

Soumise à Texamen de M. du Sommerard, dont a<->^* 
donnerons plus loin l'appréciation, cette précieuse cr<->*^' 
reliquaire fut reportée à Nailly, et M. le curé Jea»"*^* 
fit placer dans une boite de bois fermée à clé, et vi't r^^c 
sur ces" deux faces, de manière à la protéger coi* t**^ 
d'indiscrètes curiosités, tout en permettant de la ^' ^^^ 
et de Texaminer dans tous ses détails. 

Ce chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du moyen àgc^ *^ 
soumis à l'examen de la Société archéologique le 7 ^^' 
ccmbre 1857. M. rabl)é Prunier présenta quelques ^^' 
tails sur l'histoire de cette croix, demanda à la Soci ^te 
de faire dessiner c<» joyau pour son Bulletin^ et t: ^^^ 
en resta là. 

Deux de nos nouveaux confrères, frappés de la tiii^ ^^*^ 
du travail de cette croix, ont demandé s'il ne st5»^*^^ 
pas possii)le, non pas de dessiner, mais de phota"*" ^*'' 
pliitM' rr.{{{^ 1)h11«î croix; un autre a oflert son taleii 
plioîo^rraphf, «M, jsvîu'i' à eux, Ui Bulletin publie il ^ 



Ae 



JDJies phoiotypit's qui aideront à comprendre la ^^-^^ 
cription. 

1)KS(M{I1TI(»N DM L.\ CROIX 

Sa stmrtnrc 



La croix. (ju«* conserve i*eli«.,ncuse!neni l'église paf 
sialc ili» Naîlly, <*st une petite croix processif- 
nelle (|ui, par s»ni anci(*niieté «M la tiiiesse de son t^^*^' 
vail. mérite d'être piacétî au nomln'tî des Ixdles pnxî*^'' 
ti(Mis lie rorfêvrerie de la tin du xii'" ou du commciK** 
ment du xiii' siècle. 



— 165 — 

"Hille mesure ()«317 de hauteur, sur 0"'2i2 de 
la.irg'eur et 0"014 d'épaisseur. Ses quatre extrémités 
s'ôpsinouissent en fleurs de lis. A la pointe inférieure 
est sijustée une soie carrée en cuivre rouge destinée à 
rîi,ciapter en haut d'une hampe. Une cassure, qui Ta 
pi3tf tiagée en deux au-dessous des bras, permet de voir 
(\\if3 l'àme est faite en deux réglettes de chêne, assem- 
blées à mi-épaisseur, maintenues par une cheville cen- 
trale et creusées de cavités destinées, sans aucun 
douLte, à contenir des reliques. 

ï^*es tranches de ces réglettes sont recouvertes d'une 

feuille de vermeil, attachée par des couples de petits 

rivets à tète dorée. Les plats en sont revêtus : 1® sur 

'a face principale, d'une feuille d'argent dorée et niel- 

'^^» supportant des reliques vénérables par leur origine 

^t importantes par leur volume ; 2* sur la face opposée, 

^ une feuille d'argent également dorée et enrichie de 

Pinceaux en relief. 

Sa face principale 

L*ô revêtement de la face principale, composé de 
tï*ois pièces d'orfèvrerie distinctes : la traverse, la tète 
^'t le pied, est orné de rinceaux ciselés et dorés, dont 
^*^légance rappelle les rinceaux de pierre du trumeau de 
^îi grande porte de la cathédrale de Sens. Ils sont l'œu- 
vre d'une main patiente et habile, qui a su mêler à ces 
Varges feuilles des pampres et des grappes de raisin. 
Toute cette riche ornementation se détache sur un fond 
mellé, dont la couleur noire fait ressortir le dessin. Vn 
Wstel, ciselé de rainures transversales, sert de bordure 
à toute cette face de la croix. 



— 166 — 

Il nous paraît évident que cette croix a été faite tout 
spécialement pour recevoir cinq reliques, rapportées de 
la Terre sainte. On peut s'en convaincre par l'examen 
des bàtes^ qui les enchâssent comme autant de pierres 
précieuses, et des plates-bandes, qui les entourent et 
disent par les inscriptions dont elles sont revêtues, 
l'importance attachée à ces pierres sans éclat. Une 
seule de ses légendes a été ajoutée après Tachèvement 
de la croix ; elle ne fait pas corps avec la plaque 
niellée et on cache certains détails. Peut-être cette 
inscription a-t-elle été oubliée par l'orfèvre et ajus- 
tée là, par lui, après son œuvre terminée. La gra- 
vure de cette légende est de la même main que les 
autres, mais au lieu de faire corps avec la plaque de 
revêtement, elle lui est superposée et attachée par des 
rivets. 

Examinons maintenant les reliques. 

Trois sont fixées à latriiverse : 

I. — Au centre, se trouve une petite croix formée 
de dfîux petites réglettes asseml)lées à mi-bois et main- 
tenues par un rivet d'argent. L'une d'elles mesure 
()"'044 et l'autre ()'"032 de longueur; leur largeur est 
de ()"'O08; leur épaisseur n'a pu être mesurée. On a 
certainement détaché une parcelle sur la droite du pied 
de cotte croix, et, pour masquer le vide, on a repoussé 
le métal de la bâte qui l'enchâsse. Au-dessus et au- 
dessous des l)ras do cette croix, on lit la légende sui- 
vante, ainsi disposée : 

+ DEL — IGN 
ODO - MINI 




CROIX DE NAILLY 
KArrondhumnil âr Snn (Yonne). 

FACE POSTÉRIEURE 



J 



* 



— 167 — 

Il faut lire : De ligno Domini : « Du bois (de la croix) 
du Seigneur. *• 

A droite et à gauche de la bàte^ Tartiste a gravé; là 
où il n*a pas placé de lettres, une série de feuilles tri- 
lobées, qui, dans le haut, alternent avec des grappes de 
raisin. C*est là, sans doute, une allusion à ces paroles 
de TEvangile : Ego sum vitiSy et vos palmites (Joan- 
nes, xv, 5). En haut et en bas, Tencadrement a été 
supprimé. 

II. — Sur la fleur de lis, à droite, s'élève une bâte 
carrée de 0">03 de côté» posée de manière à ce que 
Tune de ses diagonales soit verticale. On y voit un 
fragment d'os scié carrément, mais trop étroit pour 
remplir la bâte, et présentant principalement, sur l'un 
de ses côtés, une concavité dans laquelle on a repoussé 
la bâte, fendue de manière à ce qu'elle puisse se prêter 
à cette opération. La présence de cet os est en contra- 
diction avec la légende : 

h DES — EPV — LCR — ODM 

De sépulcre Domini : « Du sépulcre du Seigneur (1). » 
Il est à supposer que la relique primitive, une pierre, 
perdue ou dérobée, aura été remplacée par cet os qui 
n'est peut-être pas même l'os d'un saint. 

III. — Sur la fleur de lis, à gauche, une autre bâte, 
en forme de quadrilatère irrégulier , renferme une 
pierre blanche et tendre, autour de laquelle on lit : 

f DE SEPULCRO SCI LAZARI 

(1) Quatre petits trous ont été percés irrégulièrement sur les quatre 
fractions de la légende. 



— 168 — 

De sepulcro sancti Lazari : •• Du sépulcre de saint 
Lazare. » 

IV. — La plaque, formant la tête de la croix, pré- 
sente aussi une pierre de forme irrégulière enchâssée 
dans une bâte ovale tournée, la pointe en bas. La 
légende qui raccompagne est : 

t DE MONTE CALVARIE 

De monte Calvarie : « De la montagne du Calvaire. » 

V. — La plaque formant le pied de la croix, pré- 
sente aussi une pierre de forme irrégulière, enchâssée 
dans une bâte ovale, tournée la pointe en haut. La 
légende qui Tentoure est, comme nous Tavons dit plus 
haut, gravée sur une bandelette de métal rapportée, 
qui cache une partie des ornements gravés. On y lit : 

h DE PRESEPE DOMINI 

De presepe Dnmini : « De Tétable du Seigneur (1). « 

Les restes do la crèche du divin Enfant, conservés à 

Sainte-Marie-Majeure de Rome, sont des planches de 

bois. Cette pierre viendrait probablement de Tétable, 

dans laquelle se trouvait la crèche. Le mot prœscpe 

signifie tout aussi bien VêtalAc que la mangeoire^ et le 

mot crèche, dérivé de (jrcx, était aussi pris dans ces 

deux sens : 

Es yi^lises comme en viex craches 
Métoicnt les bues et les vaclios. 

(Guill. GuiART, an. 1Î07.) 

(l) CiiKf trous ont èl«' penùs dans la baïklclclle do métal <|iii porte relit* 
lùmîiidr, pour lii (Ixir sur lu «Toix ; un sixiriiu' trou est aussi jxîrcé au- 
(U'ssu3 de (*ellc bandeli'lle, pr»'S do la rroix (U; la légende. Lo loin» iiifiSriiMir 
de la tieur du lis a été brii^;, et lu fraiçinonl déiacliû a disparu. 



— 169 — 

Les caractères de ces légendes sont un mélange 
l'onciales et de capitales romaines : les hastes ver- 
ticales de toutes les lettres sont composées de deux 
traits parallèles; dans les M et les N\ qui sont des 
caractères romains sans exception, les traits obliques 
sont maigres et simples ; sur quatre C, deux sont ro- 
mains, un est oncial et le quatrième est un E oncial ; 
les grands traits des A, des L et des V sont cunéifor- 
mes, et les barres des A, un v très maigre. Enfin, des 
îinq croix qui précèdent ces inscriptions, deux sont faites 
>ar de doubles traits. Nous signalons enfin Tabréviatidn 
normale D M du mot Domini dans l'inscription II. 

Sa face postérieure 

Au revers, tout le champ de la croix est rempli par 
élégants rinceaux obtenus par les enroulements de 
Lies ou rubans métalliques, larges d'environ un milli- 
l'tre, perlés sur la tranche visible et soudés par la 
iinche opposée sur un fond plan et uni, sans qu'on 
erçoive trace des soudures. Ces rubans, réunis paral- 
einent, forment les grosses branches d'où s^ déta- 
ent, en les rendant plus fluettes, des rameaux en 
rnie de crosses terminés chacun par un perle. Les 
▼es principales sont terminées par des roses. 
Les contours de cette face de la croix sont dessinés 
r une bâte d'argent doré, épaisse d'un fort milli- 
?tre, dont la tranche visible montre, à l'intérieur, 
e rangée de perles très fines, et à l'extérieur, une 
tre rangée de perles plus grosses. 
Le revêtement métallique de la face antérieure était 
é au bois à. Taide de 52 petits clous d'argent doré 



— 170 _ 

symétriquement disposés, il en manque 9 ; le revête- 
ment métallique de la face postérieure par 46, il en 

manque U. 

Fracture de la croix 

Cette croix a été brisée en deux un peu au-dessous 
de ses bras ; et comme la réparation n'a pas été faite, 
on peut voir encore dans le pied, un peu au-dessous 
des bras, une cavité dans laquelle on a placé un frag- 
ment d'une étoffe de soie rouge. Quelques notes de 
M. Tabbé Prunier font supposer qu'il y a vu d'autres 
cavités contenant des petites reliques supplémentaires 
anonymes. 

Histoire de la fracture de la croix 

Nous empruntons encore à M. Prunier le récit delà 
fracture de la croix. II exhale un parfum d*originalité. 
que nous ne voulons modifier en aucune façon : 

•• Cette croix, étant plus légère que les autres, on 
« la portait, pour cela, à différentes processions; et 
« parce qu'elle était une vieille croix, on s'en servait 
« dans les petites cérémonies pour épargner les croix 
- neuves. 

" Une année donc, on la porta en procession, poar 
« la bénédiction d'une croix de chemin, à la Friperie, 
« un d(\s hameaux de Nailly. Après la cérémonie, 
«* M. rabl)é R... renvoya son clergé, et alla faire quel- 
« ques visites pastorales et prendre une petite réfec- 
« tion. Le clergé revint seul (1) avec croix et ban- 
« nières. Chemin faisant, on rencontre un pommier; 

(t) (!(> ('I(.'rjL,'r- st! cuiuiHtsail sans doiiti» du liedcau, des cimnlros d da 
eufanls d« «'.luiMir. 



— 171 — 

" on profite bien vite de l'absence du pasteur, et faute 

• d'autre instrument, on se servit de la vieille croix 

• pour faire tomber les pommes. La croix se brisa, et 
« il fallut monter sur le pommier pour retirer la partie 
« qui était restée accrochée dans les branches. 

•• C'était vraiment assez curieux que la pomme eût 
« été, il y a six mille ans, la cause primitive de la 

• croir, que la croix servit maintenant elle-même à 

• abattre le fruit malheureux et toujours tentateur, 

• et que la pomme se rendît coupable d'un nouveau 
- crime en brisant la croiXy son ennemie. 

« Je ne sais pas trop si saint Augustin, ce génie 
i sublime, ce pôle de l'esprit humain avec saint 

■ Thomas, mais qui, parfois, donnait à son siècle ou à 

• ses pêcheurs d'Hippone quelques antithèses que nous 

• traitons magistralement de jeux de mots, aurait pu 

■ s'en refuser ici quelques-unes, qui, véritablement, 

■ n'aurait pas été des plus mauvaises. 
« La chronique ne dit pas ce qui advint de l'échauf- 

• fourée : mais enfin, comme ce n'était qu'?/7i^ bonne 
I • vieille croir, ra passa sans doute eomme ça. VA la 

• voilà. Messieurs, telle que le malheur nous Ta faite. 

* Restaurée, cette croix serait éblouissante ; non 

• restaurée et de plus fracturée, elle a quoique chose 

• de plus auguste, de plus vénérable et, pour ainsi 

• dire, de plus archéologique. 

• ••••....•... . . • . 
« La pensée d'avoir contribué pro modnio nostro à 

• la découverte de \2i croix de Nailhj, sera pour nous, 
^ toote notre vie, un encouragement pour ainsi dire 
•^ dire divin et une pieuse consolation. 



— 172 — 

« Donnons enfin le jugement de M. du Sominerard 
« sur cette croix comme objet d'art : 

«« Cette croix est de la fin du xir ou commencement 
du xiir siècle. F.lle n'a pu être faite que dans une 
communauté ; celui qui Vu faite avait du pain de cuit. 
Elle a dû user la vie d'un moine ou d'un artiste. Ré- 
parer cette croix coûterait un prix immense ; en faire 
une pareille, serait un prix fabuleux. 

« Ainsi donc, bizarerie des choses et de la langue ! 
•* Il y a vingt ans, la croix de Nailly n'avait presque 
•• aucune valeur ; aujourd'hui, elle est sans valeur, - 

Il nous resterait à parler de la provenance de cette 
croix. Jusqu'ici, nous sommes réduit à des suppositions 
que rien ne justifie et que chacun peut faire comme 
nous. Les cinq reliques, considérées comme authenti- 
ques, devaient, aux yeux de tout chrétien, passer pour 
un trésor des plus précieux ; et l'on comprend qu'un 
riche seif]jneur, les rapportant de la terre sainte ou les 
recevant des mains d'un croisé, ait consacré une grosse 
soinmti d'argent pour le relicjuaire destiné à les rece-, 
voir et à les transmettre aux générations futures. Un 
baron de Nailly p(»ut fort bien avoir payé de ses deniers 
le chef-d'oîuvre d'orfèvrerie que nous admirons au-j 
jourd'hui. 

G. JULLIOT. 



UNE 



CHARTE DE PHILIPPE LE BEL 



LETTRES D AMORTISSEMENT DE LA TERRE DE GRIVET 
(ou GRIVEAU), PRÈS TRICHEY, ACQLISE PAR L AUMONIER 
DE l'ABHAYE de MOLÈxMES. 4 JANVIER 1294. 



L amortissement, si nous suivions simplement les 
ï*^glesde Tétymologre, signifierait Textinction, Tanéan- 
tisseraent d'une chose. En jurisprudence, il comporte 
**ne ac<îeption plus précise. C'est un droit que devaient 
payer au roi les gens de mainmorte quand ils deve- 
naient propriétaires de quelque héritage ou rente fon- 
cière; on disait dans ce sens : « Aucune chose n'est 

• dûment amortie, sinon par le roi et par ses lettres, 

• en forme de chartre, expédiée en sa chambre des 

• comptes (1). » 

Il ne s*agit donc pas ici du droit seigneurial, dit de 
mainmorte, droit tout personnel, en vertu duquel les 
vassaux, de condition servile, se trouvaient assujettis 
à diverses charges ou incapacités civiles, taille, forma- 
riage, et le reste. 

{l) Edité et onlonnances (les roijH de France, par Anloiiiii Fdntanon, 
ItioO, t. Il, p. 1134 



— 174 — 



Nous parlons actuellement de la mainmorte réelle, 
par laquelle on entendait les communautés ecclésiasti- 
ques ou autres, dont le caractère était la perpétuité et 
qui, par subrogation de personnes, étaient censées 
demeurer toujours les mêmes corporations. Les biens 
acquis par ces personnes fictives, ou pour empruntée^ 
le langage des jurisconsultes, par ces personnes mo^^ 
raies, se trouvaient ipso facto mis hors du commerce ^^ 
exemptés pour toujours des droits de mutation, puis» 
qu'elles ne sauraient mourir. Il en résultait ce qu'un 
vieil auteur appelle un abrètjcmcnt de fief, une diminu- 
tion de la seigneurie universelle (1), un déclassement 
de la propriété féodale et de ses charges habituelles, 
principalement de ses charges fiscales. 

Le roi n'était donc pas le seul intéressé dans la ques- 
tion (le la mainmorte. Au-dessous de lui, en dehors de 
son domaine direct, le simple seigneur justicier se 
voyait privé de droits importantij militaires ou autres, 
et pour les sauvegarder, il avait exigé, dès que la féo- 
dalité se fut organisée, tantôt la nomination d'un dé* 
légué aux charges militaires, sous le nom de vidame, 
tantôt un(î inchunnité pé(unûaire ou une rente annuella 
pour les prolits ([u'il ne pourrait plus réaliser à 
l'avenir. 

A ce point d(î vikî pariiculier du seigneur, *• Tamor- 
tissonient est rongé et octroy que fait aucun justicier à| 
c()llrn(» (le colhyjlum du droit romain) ou gens d'église, 
de tenir* aucun héritage en leur main à perpétuité, sans 



(l^ Cullrrli.,!! ih- ilriKioil.^ ii'tU ri'l 1rs *ll' jHrtHpnt(ion(U\ pUF M* UENIZIII, 

jiior'.iiriMir an Cliâlflct ; au mot iimfn'Hj^Aetnent. Paris 17."»7. 



— 175 — 

par iceluy justicier, ne par autres ayant-cause de 
ils puissent dès lors en avant estre contrains à le 
tre hors de leur main. » 

.u point de vue plus général de la royauté, dont 
me la charte qui fait Tobjet de la présente commu- 
ition, Tamortissement était considéré à la fois 
ime une indemnité due au souverain pour le tort 
il éprouvait en raison de cette diminution de son 
it suprême de suzeraineté, et comme le prix de «« cet 
poy et congé » que Tautorité royale, gardienne de 
dre public, et par là même gravement intéressée 
s la constitution du domaine de la mainmorte, 
ait toujours la maitresse de ratifier, d'accorder ou 
•efuser. 

utérieur à saint Louis, puisqu'on a plusieurs or- 
iiances de ce prince à ce sujet, le droit que les gens 
iiainmorte payaient au roi pour les acquisitions 
meubles n'en a pas moins une origine obscure. 11 
Tait bien avoir la même source que cette indemnité 
itive due aux seigneurs justiciers, et en échange de 
3lle ceux-ci délivraient un acte de leur consente- 
: (1). Le droit d'indemnité répété, réclamé tout le 
de l'échelle féodale par chacun des justiciers supé- 
s du premier amortissant, finissait par remonter 
l'à l'échelon premier, le roi, dont tous les fiefs re- 
Qiït médiatement ou immédiatement. 
oiqu'il en soit, le droit d'amortissement ne manijua 
le fixer l'attention et d'exercer l'esprit fiscal de 



'»*■ Lots eccU's'tJustifiuea de France, par Lfinis ul Héhicol'ht, uvucai 
"tneiit. Paris, rhcz Mariette, t II, *• parti»», pp. •2()\ et Jd.';. 



— 176 — 

Philippe le Bel, qui compléta sur ce point une ordon- 
nance (le son père Philippe III (en date de novembre 
1275) et porta beaucoup plus haut les exigences 
royales. 

Par une nouvelle ordonnance : Nova ordinatio, ren- 
due le jour de la Toussaint 1291 : Pro ecclesiarum 
utiiUate et subjectorum noslrorum quiète, il prescrivit 
aux communautés de lui payer la valeur des fruits 
pendant quatre ou trois années pour les biens acquis 
par TEglise à titre gratuit, et suivant qu'il s'agirait de 
fiefs ou d'arrière-fiefs, de censives ou d'arrière-cen- 
sives. 

Pour les biens acquis à titre onéreux, — et telle est 
l'espèce que nous aurons à examiner, — le prince fixait 
le droit à six ou quatre années du revenu. Augmentée 
encore en 1320 par Philippe le Long, qui la rendit 
égale au prix d'acquisition, cette taxe si sévère fat 
modérée dans la suite et donna lieu X bien des rema- 
nienients. 

Au seul point de vue «le l'application des principes 
tout iVaichement émis par Philippe le Bel en cette 
matière délicate, qu'il avait organisée pour de longs 
siècles, la charte de Alolèmes présenterait donc un réel 
intérêt: deux ans à peine la séparent de rordonnance 
royale. Mais il y a plus. Elle permet d'apprécier avec 
exactitude h^ revenu d'une terre du Tonnerrois, auxill" 
îiiècle. 

Klle contient en outre la mention de deux person- 
nages (jui appartiennent évideiiiment à l'histoire méflMj 
«le notre Sénonais : un varlet, Pierre de Villebleviu, efjj 
un chevalier, Jean de Vères, tous deux seigueon^j 



— 177 — 

selon toute apparence, sur 1<î territoire do Pont-sur- 
Yonne. C'est de Pont, on eflbt, q^e sortit, peu d'années 
après, l'illustre Nicolas de Verres, le bienfaiteur de 
son pays natal. Successivement chapelain du pape 
Grégoire XI, chanoine et grand-archidiacre de Sens, 
l'on des huit secrétaires d'Etat ordinaires du roi 
Charles V, puis évêque (1374), de Chàlons-sur-Saône 
où il mourut le 8 novembre 1380, cet homme éminent 
faillit plusieurs fois devenir archevêque de Sens, par 
lo confiant et fidèle suffrage des chanoines, ses anciens 
confrères. Le Souverain -Pontife, engagé dans des 
considérations plus générales, ne jugea pas à i)ropos 
<le confirmer ces élections. Notre charte permettrait 
''e supposer que Téclat de la naissance aurait encore 
relevé les mérites personnels de Nicolas de Verres, si 
'on croit pouvoir le rattacher au noble chevalier Jean 
^eVeres, que nous y voyons investi de fonctions pu- 
diques importantes. Nous insistons sur ce rapproche- 
^^ni si naturel, parce que Tarbé (1) avance que 
Nicolas était le fils d'un pauvre j)ècheur de Pont. Il 
ti^uve, dans cette circonstance, une heureuse allusion 
*vangélique aux pécheurs d'hommes de la Judée, mais 
<îomme il ne rapporte aucun document à Tappui diî son 
^ire, nous avons le droit de signaler, dans la lettre 
foyale de Philippe le Bel, rélénient d'une hypothèse 



fl} Recherches historiquiis sur la licihirlcnimt '/«; l'Yonm'., \\av Tmiui"., 
Jkigc 221. Tarbû écrit « de V'cj/rtM; »> el V.KnnHuire «/<• Wninv^ « r/»* 
Verre». • — ■ Voyez AnnuairCy l. II, p. Ul, arlich; ilu couili; île Baslard. — 
rATEAU, meolionnu dans sou Cfirtulaivc , la préscinr d'un (>(>rlaiiL N. du 
feras, ion de la dôUvrance d'uno IcUru (viluiitu du roi Charles V n\\\ hahi- 
mto de Sons. (1*' avril 1367.) 

12 



— 178 — 

contraire et le complément éventuel de la généalogie 
de la famille de Vères. 

Quoiqu'il en soit, Jean de Vères n'est pas pour nous 
un inconnu. Nous savions déjà qu'en 1292 il avait été 
commis par le roi pour le recouvrement des finances à 
lever sur les nouveaux acquêts dans le bailliage de 
Sens, et que Philippe le Bel avait approuvé au mois de 
février de cette même année, une convention passée 
entre le chevalier et une femme nommée Âdia» veuve 
d'un clerc nommé Thibault. {Cartul. de VArchev, de 
Sens, I, 57, r*.) Il était ou devint bailli de Sens (1), 
car nous avons, de sa gestion en cette qualité, un 
compte qui parait avoir été rédigé entre les années 1307 
et 1308 et présenté au roi à une époque assez rappro- 
chée de la mort de notre comptable : Hec sunt débita 
que debentur in villa Senonensi de tempore qito demi' 
nus Johannes de Verls, miles, erat baiUivxis SenO" 
nensis.,» etc. (2), 

Jean de Vères n'existait plus en 1310. En effet, à 
celte date (janvier 1310, à Poissy), Philippe le Bel 
confirma, comme un acte de dernière volonté, la fon- 
dation à perpétuité qui avait été faite par son bailli 
d'une chapelle dans sa maison de Vères. (Cartul. de 
VArchev. de Sens, t. I, fol. 169, V; 171, v\) 



(1) Vi*\iSQ (l(^ (iiiciioutunu l'a omi? sur sa lisU) dos baillis do Sons. Il in- 
(liciiR* Cîuillauiiio clo Huiigest, comme bailli pour les aonôos 1300, 1306, 
i:j08 cl l.'îll. 

(2) Cette itiùce a êlé publiée sous le n" VI des pièces jusllticalives d'oi 
notice intitulé : hoctimcnts sur l'histoire de la ville de Sens, par H. Dcnii*: 
AoiKH, Paris, imp. de F. Didot, frères, etc., 1858» iu 8*, pièce. (Bibl. nli 
L-K 7, II* 931:K) — Hxtrait de la biblioth. de T Ecolo dos Cbarloe. 



— 179 — 

Texte de ta charte 

Philippus Dei gratia Francorum Rex. Notura faci- 

inus uiiiversis tam prcsentibus quàin futuris quod cuni 

Klemosinarius Molismensis monasterii acquisierit, 

emptionis titulo, a Jacobo de Grusy milite, Bertholo- 

inino et Johanne Sacavin âliis ejusdem militis, Mileto 

de Villamorini, Johanne et Danneleta liberis ejusdem 

Mileti et Margarita eorum sorore ac a Guillelmo 

Briche milite, terras, neraora, prata, vineas, censivas, 

coustumas et justitiam in territorio vocato Griveau 

juxtà Tricheium, estimatis eisdeni valere circiter tri- 

ginta libratas terrae per annum et pro eisdem reti- 

iiendis perpetuô sibi suisque successoribus Elemosi- 

iiariis Molisraensibus ad opus Eleinosina} Molismensis ; 

cùm Johanne de Veris milite et Petro de Villablovani, 

valleto nostris (1) ad hujusmodi et similes financias 

recipiendas pro nobis in Senonensi ballivia deputatis, 

finaverit pro sexaginta et quatuor libris parisiensium 

prout haec in litteris patentibus dicto deputatorum a 

nobis pleniùs continentur. Nos fînanciam hujusmodi 

ratam habentes et graîam, concedimus Elemosinario 

memurato quod ipso et ejus successoros Molismenses 

Eleniosinarii predicta acquisita ad opus Elemosinae 

Molismensis teneant et habeant perpétue absque roac- 

tione vendendivel extra manum suam poneiuli, Salvo 

in aliis jure nostro et in omnibus aliono. Quod ut finiuim 

et stabile perseveret presentibus litteris nostrum feci- 

111 us apponi sigillum. Actum Parisius, anuo Domini 

:l)MiJi(c cl vaUeto nuslris. 



— 180 — 

millesimo ducentesimo nonagesimo quarto, mense j; 
nuarii. 

Sur le repli : 

Kacta est coUatio per me Dyvionein (?) cum G. ca 
tis. 

Au dos est écrit, dans le sens de la largeur : 

Amortissement de la terre de Griveau, de par le Ro3^» 
anno millesimo du centesimo nonagesimo quarto men^^ 
januarii. 

Au-dessus de cette mention, et à V envers, une rmî-^ 
plus moderne a écrit : Grivet. 

Au dos et en bout, d'une écriture moins ancienne: 

f Ausraosn. Trichey. 

Amortissement du Roy Philippe pour les acquest^ 
faits à Grivet, seigneurie de Trichey. 1294. 

A l'autre bout : 

79^ — 1294. Admortisement du Roy Philippe pout^ 
la seigneurie de Grivet, achetée à Jacques de Crusy. 
1294. 

Cette charte originale, écrite sur parchemin, mesure 
0™33 de largeur sur 0"23 de hauteur moyenne; elle 
porte encore les lacs de soie verts et rouges auxquels 
était appendu le sceau aujourd'hui perdu. Elle fait par- 
tie de mon cabinet (1). 

Traduction de la charte 

Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, sa- 
voir faisons à tous présents et futurs que l'aumônier 



(l) Voyez Bulletin de la Sociôlè arcfirftlofjique de Sens, t. XIV, p. 144, 
UDO autre charte de In niùme ahl)aye que j'ai égalomoDt publiôo. 



— 181 — 

du monastère de Molesmes (1) a acheté, à titre oné- 
reux, de Jacques de Grusy (2), chevalier, Berthelerain 
et Jean Sacavin, iSls dudit chevalier, Milet de Ville- 
morin (3), Jean et Dannelète, enfants du dudit Milet, 
ef Marguerite leur sœur, et de Guillaume Briche, che- 
valier, les terres, bois, près, vignes, censives, cou* 
tames et justice, sis au lieu dit Griveau (4), près Tri- 
chey, le tout estimé d'une valeur d'environ trente 
livrées (5) de terre par an, pour les dits biens être 
affectés à perpétuité entre ses mains et celles de ses 
successeurs les aumôniers de Molesmes, à l'œuvre de 
raumônerie de Molesmes; qu'il a payé entre les mains 
de Jean de Veres et de Pierre de Villeblevin, nos 
chevalier et varlet (6), commis par nous à la recette 
des taxes de cette espèce et autres analogues dans le 
baîllage de Sens, les droits de finance pour soixante 
et quatre livres parisis, ainsi que cela esc plus ample- 



(I) Molèmes, célùbrti munastùrc di! l'ordre do saint Hcnoîl, fondé ou 107.') 
par RolM»rl de Cliampagni*. est siluo ilans la Cul-.' d'Or, à 17 kil. n.-o. de 
Chàtillon-sur-Scin»?. 

{2) Grusy est évideminonl mis pour Cruzy. — Le fief de Grivel csl silué 
dans le canton do Cruzy le Chdlel. Un cl is^ilicateiir a écrit au dos Jacques 
Je Cruzy. — Enûn on trouve, au xiii* si.Vjli», un Jaj'obus do Crusi. 
[Qlw^tis, f^art. f/.'/i. de l'Yonai. t. Ill, n'* r>»2.) Le Hict. lopofjrap, 
de rYonnc, par le mi^rne autour, no pf)rl'! au-run lie'- du nom de 
Gr-jzv. 

[Vi Villcin'jrin : une ferme et une niai^in ijj ■• : nom, amieu llcf de la 
}*ar »niii'Ml.* T<»îi<'y, so trouvent dan** la corum'UH» de Dracy. (Ui'-t. topoijr, 

*tr ry',?itic. fKir yuANTiN.) 

(\': Griver, an-MCu c!iai?iu. sis au milie i d'an ]tû< do la ronimune de 
Trii-îu'V. vl ar.'JMunriiui d«'lruit. .Or.WTiv, ihhl ) 

{.'•) McsUPii (le lorre iiui rapportait uii'j> livre de ninie jiar an. 
^.1 Varh't f'if vassalel), iientillioniine qui n'iriail jia.i «li.'varuT. 



— 182 — 

ment contenu en des lettres patentes sur le rapport 
nos commissaires. 

Ratifiant donc et ayaiit pour agréables lesdits droi 
de finance, nous concédons au susdit aumônier quel "mjM.i 
et les aumôniers de Molesmes, ses successeurs, garde '^'^ t 
et possèdent à perpétuité, sans être contraints deL^^ 
vendre ou de les mettre hors da leur main (1), lesd^"^^ 
biens acquis pour l'œuvre de Molesmes. — Sous toi-*'^*^ 
réserve de nos droits sur autres points et de ceux d'î^**' 
trui sur le tout. 

Et en gage de force, de stabilité et de durée, n<-^^^ 
avons fait apposer notre sceau aux présentes lett^^^' 
Fait à Paris, l'an du Seigneur mille deux cent qua'*' ^^^ 
vingt-quatorze, au mois de janvier. 

(1) u Dt; vui(ier leurs niaiiis, n diront plu» lard les juristes. 



Joseph PERRI>î^ - 



I 



LA VÉRITÉ 



SUR LES CHARTES DE FONDATION 



DE l'abbaye 



DE SAINT-PIERRE-LE-VIF 



L'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif a été fondée, au 
commencement du yi* siècle, par une princesse royale, 
du nom de Théodechilde. Voilà ce qu'admettent tous 
les historiens qui ont parlé de l'origine de ce monas- 
tère. 

La tradition sénonaise, qui a subsisté jusqu'au milieu 
du xvii* siècle, attestait en outre que cette princesse, 
qualifiée sainte dès le xiii* siècle, était vierge, fille de 
Clovis, et de son épouse, S**Clotilde; qu'elle reçut du 
monarque, son père, une très riche dotation en biens- 
fonds, destinée à l'établissement d'un monastère, si- 
tué dans le faubourg oriental de Sens ; qu'elle donna 
ces biens par testament au nouveau monastère; enfin 
que ces donations successives étaient garanties par 
deux actes solennels et authentiques, savoir : le 
Diplôme de Clovis et le Testament de la royale fonda- 
trice, qui, d'après le désir qu'elle avait exprimé, fut 
inhumée dans Téglisè abbatiale. 

Les deux A«:tes dont nous parlons ont été, nous le 



— 1-^+ — 

.•;v:r -"r'^U. A :'^*r- .."ji-M-r. Uar aa^heQÛ'nre fat: bar- 
r. ■. ■^• *i :.'-} . --.--r-^rr-V.-'. r-^:" i'.i -»?> .^'Dj-etri'.'n? -Jan? ?a 

Ij".iii*r-> -iva:.v r-orirerii; !;i 'lae^tion ea î*:»^-' 
'ii-ivr-. r. /'.iMirii-rr. 1-- PP. .Sirruôn-I. Labbe ei L-?* 

-:/r:[.- î" i'i':i-:i.î;-:i'r: liii Dipi'"»:!!»^ de Clovis. N^^^ 



U 



• i^'^r'-'inci" 'i^ '.-s 'lHrrii«=:r^, 'Jan? le Mémoire qt* * 
lu 'i.iii- ii:i-' '1'.:- 'î*ran':tr^ «iu f'infpAontenaire de n*^ 
.S'>';l'rî.':. 1-î *J" jiiih «i-: 1S'»4. Ce travail est imp*"* 
t:r ri'j'i- i"i.>.i-: Il t'.v; r.i'''-?iirion que oorapol*"^ 



r»-r:i i!\ ■ 1 -:* i»r ■il-iir bien ojiuius Je Tauteut 
pî.'-'ii- !': It 'ii-tr-v* 'I*: t'I'-vi-? 'Muariir absolument i^ 



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O I il :i '=1- -'Kî jM'r.'iii- •]»- <:'»:nl»artre ces conrlusi' ' 
au 11 •:ii 'l'r ri<»- îr'a'iiîi'iri'» >»'Mi'^nai<es. Avec les Boll 
rji^î— A'f'f .vV., a-j 'J^ jiiiip, aveo M. Tabbé CliaN< 
«l'A'ir-ili.i'- I,. ••? a»-"- M. l'alibê l>oiivi«»r, nous rev*? 
<li'jii')ii- r.t'ii li'-iiîi'-M-' !••- 'I'-ii\ rjiai'tes, tout en roco(^ 
II. Il iir 'ji '■!!♦• 'iîiî '■'*• »-ii jMiiie interpolfes. — 
'.h|.'|.jU'- r'-t1"\i"ii |»:*-!;niiîi ni'''^ ii»* Nfi'-tnt |ia< iiiiitih'> 
» 'i «1«î1iiihi-nI r.il inM i\i' ci'Ili* 'lij'sr. 



:i>. 






I A ij-i'.f'l I ,i •■i.i.'i'i,!!'- ili- "^.iinr-l'l-i r. 



— 185 — 

Sans doute, il est imposant^ plus par la compétence 
que par le Dombre, le groupe d*écriyains que nous avons 
à réfuter. Ils sont munis de toutes les ressourcesi que 
fournit une vaste érudition ; ils déploient toutes les 
armes de la critique moderne, et la science diploma- 
tique n*a pas de secret pour eux. 

Pourtant, les plus doctes écrivains ne se trompent- 
ils pas quelquefois? Ne leur arrive-t-il pas à eux- 
mêmes d'abandonner, après mûr examen, une opinion 
adoptée d abord un peu à la légère? Pour tout dire en 
an mot» les verdicts qu'ils ont rendus sont-ils sans 
appel? Nous ne le pensons pas. Aussi bien, nous savons 
que, précisément sur la question qui nous occupe, des 
sayants très distingués ' ont changé de sentiment : 
témoin le P. Papebrok, le célèbre bollandiste, qui d'a- 
bord avait attaqué le Diplôme de Clovis, dans le 
tome II d'avril, puis, sur les observations de dom 
Toussaint du Carroy, prieur de Saint-Pierre-le-Vif, se 
rétracta dans le tome Vil de juin, page 328, et sou- 
tint mordicus l'authenticité du Diplôme. D'autre part, 
le P. Sirmond, qui regardait le même acte comme apo- 
cryphe, fit un voyage à Sens, — raconte dom Mathoud, 
— et déclara qu'il en reconnaîtrait l'authenticité, si 
l'on pouvait lui démontrer que Théodechilde fût vrai- 
ment fille de Clovis. Les religieux de Saint-Pierre-le- 
V'if lui exhibèrent leurs documents. Les avant exa- 
iiiné.s, le célèbre jésuite s'avoua vaincu et dit qu'il se 
étracterait dans un prochain écrit; mais il fut prévenu 
ar la mort. 

Tn autre grand savant partageait les scrupules du 
\ Sirmond à l'égard de la Charte sénonaise : c'était 



— 186 — 

Mabillon ; mais les immenses travaux du célèbre béné- 
dictin ne lai permettaient pas toujours d*étudier à fond 
les questions qu*il a/ait à traiter; il s'en rapportait 
parfois à des auteurs de seconde main. C*est ce que je 
crois avoir démontré dans la Semaine religieuse {n* du 
9 septembre 1893), à propos de la vie de S. Amé, ar- 
chevêque de Sens. Mabillon s'est grandement trompé 
sur cette question, et il a entraîné dans son erreur un 
autre bénédictin, dom Piolin, notre contemporain. Ma- 
billon s*est de même gravement trompé, comme l'a dé- 
montré M. Challe, en attribuant à Odoranne la compo— 
sition des Actes de saint Savinien. 

Un autre diplomatiste,.M. Pardessus, a été, dans \a 
question présente, égaré par- de regrettables préjag&s. 
Il a cru que les religieux de Saint-Pierre-le-Vif, quia^iJ- 
raient fabriqué, selon lui, le Diplôme de Clovis, n^«J- 
rent d'autre mobile que celui de s'attribuer des posses- 
sions qui ne leur appartenaient pas. - Le but ^^ 
faussaire, dit-il, était d'étaler et d'autoriser la li=*^® 
prodigieuse et vraiment incroyable de donations q** 
supposait faites au couvent. » 

- M. Pardessus, répond Tabbé Bouvier, s'est ab^^" 
lument trompé, eu supposant que la Charte a été f^* 
dans untî idée de spoliation. S'il avait connu Thist^ 

du monastère de Saint-Pierre-le-Vif, il aurait su ^ 

r ié 
cette inai>on a pos^cdé, pendant la plus grand, pa^ 

du niov<*n ài''»', lous l(»s hit»r.s d<îiaillés dans li*s d«? 

('liaiMrs, r\ ijur 1rs ar<"ln'vr4iir<, après s'en ètn» tMii]'" 

r«'-N. pMîii* d«'^ Miniifs rniinii^, l(^s ont ensuite re^tit"* 

au nKniash'iM'. 11 <•>! d«>n<' naturel que les moimis ai* 

fu di's litres iiinncani ft LMranlissanî leurs d»':uain'' 



j- 



»s 



./J^ 



— 187 — 

La base principale sur laquelle s*appuie ce critique fai- 
sant ainsi complètement défaut, le reste de son argu- 
mentation en reçoit un rude contre-coup. »» 

Ce préambule était nécessaire pour dissiper les pré- 
jugés qui pourraient empêcher beaucoup de personnes 
d'envisager la question présente avec une entière im- 
partialité. Passons maintenant à la démonstration de 
Tauthenticité de nos Chartes. Notre tâche sera facile; 
nous n'aurons qu'à résumer la claire et consciencieuse 
étude que M. Tabbé Bouvier a consacrée à cette ques* 
tion, dans son Histoire de l'abbaye de Saini^-Pierre-le- 
Vif (chapitre II et appendice n*» P'). 

Il cite le témoignage d'Odoranne, le premier histo- 
rien connu du monastère, mort en 1046. L'affirmation 
du chroniqueur est catégorique : h Après la mort de 
Clovis et de ses trois fils aines, dit-il, et du vivant de 
Clotaire, le plus jeune de ses fils, une sœur de ce der- 
nier, nommée ïeutechilde, fonda avec son aide, près de 
la ville de Sens, un monastère semblable à celui que 
son père avait construit à Paris en Thonneur des 
SS. Apôtres Pierre et Paul, pour permettre à des 
moines de s'y livrer chaque jour au service de Dieu, en 
vivant sous l'autorité d'une sainte règle et la direction 
d'un abbé. Elle choisit en ce lieu sa sépulture. Elle laissa 
également k ce monastère, par testament^ tout ce 
qu'elle possédait ou pourrait posséder on doçà de la 
Ivoire, c*e.st-à-diro en France, et au dol.ï (h* ce floiivo, 
c'est-à-dire en Aquitaine. Celui qui voudra se ronrlro 
compte de ce fait pourra, on consultant 1rs Archives du 
rnonastèrCj acquérir une certitude absolu-t\ *» 



— 188 — 

Ainsi, nous avons, au commencement du xi' siècle, 
un témoin digne de foi, un homme savant autant qo^ 
pieux, attestant qu'une princesse, reginOy fille de Clo- 
vis, avait laissé par testament, à Tabhaye. les biens 
qu'elle possédait. Telle ôtait, au xi* siècle, la tradi- 
tion, et il y avait un testament, soit original, soit 
transcrit, revêtu du visa d'nn notaire roval, consé- 
quemment authentique, et que t(»ut le monde pouvait 
contrôler aux archives. Notez qu'Odoranne ne par**^ 
pas de son chef ; c'est à la sollicitation du roi Robi^ï^ 
et de l'archevêque de Sens, Léothéric, qu'il publie l* 
relation ci-dessus, où il fait mention du testament* 
Donc ce testament existait alors. M. Prou ne fait p^^ 
difficulté d'en convenir; mais il croit que cette pièc^ 
n'est pas du vi* siècle et qu'elle a dû être composée paf 
un moine, ijui écrivait de 907 à 97(5, c'est-à-dire sous 
l'épiscopat de S. Anastase. quelques années seulement 
avant la naissance dOdoranne. 

Vovez-vous co nh>iiie. qui se met à fabriquer un tes- 
tament, «iunî personne n'aui'ait jamais entendu parler, 
et qui ose y inseriT «les taussctcs, telles que la fable 
d'une fondatrice fille do (.'lovis? Kt cela, avec la conni- 
ven(*e de l'aMx.' et d»*s n»liLri»Mix! Et le bon archevêque, 
un saiui ! accepte tout cela sans mot dire; personne 
ne réclame «lans b» «liorèso, pas même les religieux de 
quelijue alibay»' riva!** ! l*uis, au Innit d'une quarantaine 
»i"annre<, l'ih)umi.' Ii* pla- >avaiil dt* IKirlise >énonaiso, 
qui iir ^ait ri'ii «i»' la »*up«'r«-iicri«'. ost rliargt* par K* roi 
et i'ar<*lir\«"'.jih' il- i imiimm»'!! rr a la |»«Kn*riî«* b*^ faiï^ 
iiKMilionnrs dan< «f îivstaunMit tout fraichenieni fabri- 
(|ué; et < ><i«>raiint' piTiiil la |»luiu«» cl il rompose la nn- 



— 189 — 

lice que Ton sait, calquée sur ledit testament ! Est-ce 
que tout cela est vraisemblable? Que M. Prou nous 
taxe de crédulité tant qu*il voudra^ mais nous aimons 
mieux accepter franchement la tradition, qui nous 
parle par la bouche d'Odoranne, que de croire à de 
pareilles inventions. 

M. Prou fait un second aveu, — nous ne pouvons, 
du reste, que rendre hommage à la loyauté de discus- 
sion dont il fait preuve, — et cet aveu nous en prenons 
acte : il reconnaît (page 4) que la plupart des historiens 
admettent comme authentique la Charte de donation 
de Théodechilde, lesquels reconnaissent seulement 
qu'elle a été en partie interpolée. Les seuls qui Talent 
absolument rejetée avec lui sont MM. Pardessus, 
et de Pertz (1). 

Ainsi, Tauthenticité de cette pièce est admise, avec 
la tradition, par tous les historiens ; et voici trois ou 
quatre diplomatistes qui, au xix"* siècle, viennent nous 
dire : •« Renoncez à votre croyance quatorze fois sécu- 
laire ; vos pères ont été trompés par un faussaire ; 
l'original de la pièce n'a jamais existé. »» 

Et quelles preuves nous présentent-ils à l'appui do 
leur dire ? Aucune; rien que des preuves négatives. Des 
fautes de copistes ignorants : voilà ce qui leur suffit 
pijiir rejeter en bloc rauthenticité de nos Chartes. 

De récentes études nous ont fait voir qae Grégoire 

de Tours connaissait bien peu l'histoire de Clovis ; on 

peut en dire autant de M. Pardessus. Il n'avait étudié 

que d'une manière bien superficielle le premier siècle 

de la monarchie française, puisqu'il regarde comme 

1) .V la page 28, il ajoute Brû([uigny. 



— 191 — 
raient fabriquée poardnnner plus d'importance à leurs 
propriétés. D'après eux, ce serait un faux en écriture, 
iii plus ni moins. Noua ne pouvons croire à cette four- 
berie, ni même à sa possibilité. Des interpolations par- 
tielles, introduites plutôt par l'ignorance que par la 
uaavaise foi, tant qu'on voudra; mais une fausseté to- 
tale, un mensonge complet, une invention faîte à plai- 
sir : impossible (1) ! - 

De tont ce qui précède noua concluons que le Testa- 
°>ent de S'* Théodechilde est authentique, bien que le 
^Ite original ne soit pas parvenu jusqu'à nous. Nous 
>ie nions pas les interpolations, que nous expliquons 
P'us loin, mais une charte n'est pas fausse par cela 
ittéme qu'elle a subi quelques altérations. Les substitu* 
"Ons de mots, de dates et de formules n'ôtent rien à 
' Intégrité substantielle d'un document, dès lors qu'il 
*3t reconnu que l'écrivain était de bonne foi et n'a pas 
'OQla tromper. 

Voilà pour le Testament de S" Théodechide. 
Quant au Diplàme de Clovis, il nous semble qu'il n'y 
* pas non plus de raison valable pour le rejeter. " Les 
***itlandi8tBS, qui l'admettent, supposent que ce docu- 
**ent est composé de deux Chartes qui ont péri, dont on 
***ra gardé la substance, mais dont les différentes par- 
''*Gi ont été rajustées avec peu d"habileté. La première 
***ianait du roi et de la reine, qui donnèrent à leur fllle 
^^ qu'ils possédaient à Sens. La deuxième est de 
**ft8olus, qui, ayant été fait prisonnier, offrit à la sainte 
^8 francs-alleux de l'Auvergne et du Limousin pour 
**0¥er sa vie. Cette Charte est expressément men- 
ti) Siinfe ThéudechUde, vierge, fille île C(oDf«tAiirillac, 18S3). 



— 192 — 

tionnée dans le Testament de S«« Théodechilde. Pl^^ 
tard, on fondit ces deux Chartes en une seale; le Diplôme 
de Clovis en composa la première partie, et, dans 1^ 
seconde, on aura conservé la donation de Basolus (1). * 

SOLUTION DES OBJECTIONS 

Il nous faut maintenant répondre aux objections d ^ 
plus récent de nos contradicteurs, M. Prou. Le trava-i^ 
de réfutation que nous allons entreprendre pour notc^ 
compte a été fait d'avance, et très bien fait, par M. labk^é 
Chabau, el surtout par M. Tabbé Bouvier. Ce dernier & 
consacré à Téciaircissement de ces questions, dans sc^ n 
Histoire de Saint'Pierre'le''Vif (Appendice, n* I"'), pli-^^s 
de treize pages in-8*, petit texte non interligné ; ce q'«Ji 
équivaut à vingt pages au moins de notre Bulletin. J^ 
ne ferai guère que résumer ces auteurs, du moins poi-»r 
les objections principales. 

Le grand argument des adversaires de nos Charte*» 
c'est que ces d()cuments ne sont pas rédigés sous ** 
forme diplomatique en usage à l'époque à laquelle ils ^ 
rapportent (vi* siècle). Mais nous avons reconnu d^) 
que la forme de ces actes est défectueuse. Le t^^ 
oritrinal n'elanl pas parvenu jusqu'à nous, ii^ 
n'avons sous les veux que «les copies d actes perdus , 
usés de vétusté; il a fallu transcrire ces actes, ou rat?^ 
les reconstituer «le uiénioire, à une époque inconu *^ 
(.)n conçoit, dès lors, ([ue bien des fautes de détail ^^ 
dû se glissiTdans les diverses copies. Certains scrib^"^ 
plus ou moins ignorants en fait d'histoire et de chrof 

(1) Op. cit., p. HW; 



— 193 — 

logie, ont cru, de bonne foi, pouvoir changer certaines 
formules de chancellerie, ajouter certaines dates, mais 
ces modifications de détail ne touchaient en rien à la 
substance de l'acte. 

C'est la pensée qu'exprime Mabillon, en ces termes : 
m Quand il s* agit d'anciens instruments, il est plus sûr 
de se prononcer en faveur de leur authenticité, lors- 
qu'ils ont pour eux une longue possession Une ou 

plusieurs défectuosités dans les Chartes, pourvu qu'elles 
ne soientpas essentielles, ne préj udicien t pas à leur vérité, 
puisque nous trouvons ces défauts dans les diplômes les 
plus sftrs... Les additions de dates à partir de Tlncarna- 
tion, de Tindiction, surtout dans les copies, ne prou- 
vent rien contre la vérité des actes {De re diptomaticâ , 
lib. I/J, cap. 6) (1). » 

Voici nos réponses aux objections les plus spé- 
cieuses. Nous les rangeons sous six chefs princi- 
paux : 

Première objection. — S^" Thcodechiltle, fille de Clovis. 
Voilà le grand argument de nos adversaires ; voilà la 
pierre d'achoppement pour les critiques, dont la plu- 
part arguent de fau^ les deux Chartes, uniquement 
parce que S'* Théodechidey est dite fille do Clovis : « Ce 
n'est pas croyable, disent-ils, attendu que Grégoire do 
Twurs, parlant des enfants de Clovis, ne nomme pas 

^!) Un crilique uon moins sévère, M. 4. «juir-.'jiîr.il, a <li( • Il y a J.- 

act03 rcroipies dont les fonniili'S ont ùli? rajeiiiiii.'.^, lurs (!•• \ii lr.iiir."riiili«-;i . 

el, rlans o»? cas, s'il est visible i|iic les copisUs »jril ju'i .i lioim.» inlculi-j:!^ 

qu'ils ont cru donner meillcuro apparence aux pièces (ju'il» rhaltillaiciit 

ainsi à la mode do leur temps, ruUéraliou de l.-i fonni! iio ]»réjudicie pas au 

fond. De pareilles transcriptions ont valeur (iauthcutiiiuc». iBihlifUlioiiuc 

Oc l'Ecole tîcs Chartes, 1805, p. 518.) 

13 



t 



— 195 — 

P^^Taans^isse nôstri Annales trculnnt, disait Jar<jues 
Taveaa en IGOS- (Histoire des Archevêques), Oui, 
'ï'hêodechilde fut et resta \iorge, telle était la tradi- 
^'on du monastère ; et, de plus, elle était révérée 
coname sainte. Aussi, au xiii* siècle, son corps fut 
relevé de terre : c*étaitla canonisation au moyen âge. 
C^tte cérémonie ne se faisait qu'avec l'autorisation de 
* autorité ecclésiastique. 

2« Objection sur les dates. — Au commencement du 

*^*plôme, on lit : - La 3" année depuis que j'ai reçu la 

B^àce du baptême, » et, à la fin : - L'an 500, indic- 

tiou -i», n Or, ces dates sont loin d'être exactes; elles 

^^ concordent pas entre elles ; l'indiction est fausse. 

" Nous répondons : L'indiction a été ajoutée par des 

^piîjtes ignorants. La troisième année depuis le bap- 

^èttie correspond à Tan 499 : mais, à cette époque, 

*héodechilde était trop jeune. Pour résoudre cette 

difficulté, les Bollandistes pensent qu'il faut lire, 

"Moyennant adjonction d'un chiffre : « La xiir année, » 

^^ lieu de la m*. Ce qui rapporterait la rédaction de 

* ^cte à sa vraie date, l'an 5()9. Selon nous, il est pro- 

^^ble que le Diplôme, de même que celui de Micy (1), 

"^^ portait pas de date; ce fut sans doute pour com- 

"'^r cette lacune que les scribes ajoutèrent : «» L'an 

soo. , 

* J Le dip'ômo J.^ Micv av.i il (''(.•, ,;:.vifi'â i\)< -liTMi-'r-: t'::;;!-. n<lr[::> 

. ''^Q aullicniiqiic par lo:^ oriiiijmv. lo- p ■!> si'-vr-Kv.. rî.i:i- 'lîi • i)i--':l.i- 

'* lui a paru on I88j dans la liihliotln'finr '/«■ VEraU' lies i/j/d/i s, 

' miun Uavct prûlcnd qu'il cM apoiTypin». Sa tlirist.', cjui, <:o:ii nu* rolli- il-j 

'Ou, ne roposu que sur des arf^umoiils riôgalif:?, l'st loin d'élrc <*on- 



— 196 — 

C'est aussi par erreur ou ignorance desdits copisfc ^' 
que le Testament porte pour date : Indiction 2*. Cet '^^ 
date ne correspond pas à Tan 520, qui était la n^ 
vième année du règne deClotaire à Soissons. — Mai 
pourquoi la princesse n*a-t-elle pas daté cet acte 
règne de Clodomir, dont l'autorité était alors recona.^** 
à Sens, cité comprise dans le royaume d'Orléan » 
(M. Prou, p. 38.) n Elle voulait sans doute défér'^*' 
riionneur à son frère Clotaire, en reconnaissance ^^ 
Taide qu'il lui avait prêtée pour la construction ^^ 
Tabbave. Odoranne le dit formellement : Monoêteri^^'^ 
œdificavit, eo favente. 

3" Objection sur les signatures. — Nous relayons» ^ 
sujet des signatures, les objections suivantes : 

1" Iléracle est qualifié arcinepiscopus Scnonui^ ' 
« or, le titre iVarchicpiscopit^ n'a été en usage qtt'^** 
IX' siècle (M. Prou. p. 13). n — Mabillon reconn^-*^ 
cependant que ce qualificatif fut employé en Occid^^ 
dès le v" siècle ; mais nous admettons que ce titr^ 
pu r»tre ajouté par les copistes. 

2° " Le même Héracle vivait-il encore sous le vèg^^ 

ih) Clovis? C'tist probable, mais on ne peut Taffiri^**^ 

(Ihid ,11. ^ — Pardon encore, on peut affirmer qu*** 

même survêeu au premier roi chrétien. En effet, s^ 

cesseur (le S. A'n'ice en tS8, il a eu, disent nos p*- 

anciens cliroiiiqufMii's, un long épiseopat, et son fr*-* 

et sueei»sseur, S. Paul, (tnû ne lui survécut à lui-raê'^ 

;i 

une (juatiN* ou nihi an^). mourut on 52."). Héracl«5 
donc pu signer le Diplôme (Mi 509, et le Testament *"' 
520. . 

3" Les évêques signataires (\o ces deux Actes ^ 



— 197 — 

ajouté à leur nom Tindication de leur siège ; ce qui ne 
se faisait qu^exceptionnellement. — Pourtant, nous 
voyons qu'au cinquième concile de Paris, en 615 (1), 
les éyèques, au nombre de soixante-dix-neuf, ont tous 
fait suivre leur nom de l'indication de leur siège. Les 
signataires n'étaient pas tous présents^ carTun d'eux, 
S. Loup, archevêque de Sens, était exilé depuis deux 
ans en Nenstrie, et son exil ne finit qu'en 620, d'après 
le Gallia christiana. 

Cette observation nous aide à résoudre une qua- 
trième difficulté. On nous objecte que, parmi les si- 
gnataires, soit du Diplôme, soit du Testament, figurent 
des personnages qui n'étaient pas encore évèques en 
509, ni même en 520, tels que les SS. Médard, Ger- 
main et Austrille. — « L'usage des signatures de 
gens absents ou nés longtemps après, dit M. Bouvier, 
est surabondamment démontré par les Bénédictins^ à 
l'aide de monuments de toute espèce, qui remontent au 
V siècle. On avait coutume alors de présenter les 
chartes, pour les faire approuver et confirmer, aux 
personnages importants, qui apposaient leur signature, 
t dans l'espace laissé en blanc entre la signature du 
dernier témoin et celle du notaire. (V. Mabillon, De re 
diplomaticd, lib. ii, cap. 26). »» Notre critique révoque 
6n doute également la signature d'un des témoins, 
Aorélien, par ce motif qu'il est qualifié consiliarivs 
tegis, - titre inusité à l'époque mérovingienne. »» — 
Or, J'historien de Reims, Flodoard (cité par D. Ma- 
fboud, p. 124), parlant du baptême do Clovis, dit : 

(IJ D'après Eusèbo Amort, dans Si»6 Klcmcntu jnris tanonici vcterin et 
moderni, (Augibourg. 17r)7.) 



— 198 — 

Rex ab Aurcliaiw consiliario suo suadetur ut crei^'W^^ 
in Chrisium^ etc. Il est question de ce même tit-*"* 
dans le préambule de ht Loi des Burgondes. 

Quatrième objection. — «Le roi cède à sa fille l^ 
partie de son héritage qui lui venait de son épou&* ^- 
qui elleméine la tenait de son père Chilpéric, roi cl *s 
Burgondes. »» On fait sur ce texte trois objections- ' 
1® - Le mot hivredi tas, dans les textes du droit sali«^ i^» 
ne désigne que l'héritage paternel ; •• 2* • Clotil ^^ 
n'avait rien reçu de l'héritage de son père ; » 3* ■ «T ^' 
mais loSénonais n'a été compris dans l'ancien royauK. "Xic 
(les Burgondes. »» 

Nous répondons : 1* D'après le droit des Fran*-^' 

Saliens, la femme avait ses biens propres. L'engag^^" 

ment provisoire mais obligatoire des fiançailles ^ ^^* 

portait la cession du muyidivm ou du protectorat fa-*^* 

au futur par le père ou tuteur. Ce mundium était p^-^. 

un prix sérieux par le fiancé et le père le reconstit**^* 

à s.i filh* à titnî d(^ dot (L(»cov do la Marche, La f^^' 

(hftio/f ilr 1(1 Fnrncrdu I V'' du VI" siècle) ; 2" Nous lis**-'^ * ^ 

«laiis l-'i-tMlciiaifr Ulist. tronc. Epitomata, cap. 1^^ 

>ui\.) : - Loi's «l(i >a [)reiiii(»r« entrevue dans les ei*"^ 

ruii> «K; Trt)V»*s, (,'lovis assiirna à (^lotilde des rev^ • ^ 

('nn.>nlt;ral)k'> : « .'i" 1) apri'.s Malte-Hrun : •* Les 1*^ 

i:ondt;> \ iiirunt, du l()«s a HO, disputer et enlever **' 

iiomaiiis cctlr province, rt le Sénonais fut incorp^ 

au nouveau rovauiiie de? lîouri»'o;i:ne. Clovis s'emi»^ 

. , ' j 0- 
de Sens en l'^i), et la lînm'LinLrne avi^c son roi (ion ' , 

l)aud devint t ril)iitaii'e du vainuueur, nui avait env -* 
(••• l'nyannie i*n l'an r)0() iiiraijrapJfie de In Frai9^^ 

t'Mll»? II . •■ 



— 199 — 

5^ Direction énr les d^ux églises et le Vicus. — 

Clovis abandonne à sa âlle deux églises (Saint-Savi- 

àen et Saint-Sérotin), qu'il qualifie siennes. »» M. Prou 

^jette cette dernière expression, alléguant que le roi 

n'a pu s'attribuer sur ces églises un droit de propriété ; 

il reconnaît néanmoins que le roi «< a pu accorder à 

certaines églises une protection particulière, les placer 

soas le fnttfki^mm royal. » Cela nous semble sufiisant 

poarqaele monarque ait dit : mes églises, comme tous 

les souverains le diront, dans la suite, de toutes les 

églises et abbayes royales. 

En second lieu, M. Prou doute '^ue le Vicu^ deSaint- 
Pierre-le-Vif ait préexisté au monastère. « Il y a beau- 
coup de vraisemblance, dit-il, que là, comme ailleurs, 
le monastère est devenu le centre d'un vicus formé par 
ragglomération des maisons, des colons et des serfs 
autour de l'église (P. 18). »» Pour qui lit avec attention 
la grande Passion do S. Savinien, il est clair que le 
l'icMj existait au !•' siècle, puisqu'il est rapporté que 
•les saints missionnaires, arrivant à Sens, gagnèrent 
d'abord un bourg, quemdnm vicum, situé à un mille 
environ de la ville, » et traversé par une grande voie 
publique ; et ce bourg était très po|)uleux ; Contincbat 
^pse vicus multitudinem populi; et Ton voyait s'élever 
^tïce même bourg un vaste édifice tout rempli d'idoles, 
lue Savinien transforma en église et qu'il dédia au 
'lirist Sauveur fZ/éW/o/. Jnstor, de CYonne, t. 2, p. *J9U).« 
\i dans ce même vicus, il y eut, quelques aimées plus 
ifij, une autre église élevée par S. Savinien, en l'iion- 
!ur des saints apôtres Pierre et Paul. Ce (ait est indi- 
e également dans la grande Passion [Ibid.; p. 301). 






— 201 — 

monastère de Mauriac. II s*agit, comme l'explique 
M. Tabbé Chabaa (p. 162) d*une liève du doyenné de 
Mauriac, que l'on avait intercalée dans le Diplôme, 
poar lui donner plus d'autorité. Mais nous n'avons pas 
à nous en occuper ; nous ne discutons ici que le texte 
de la Charte, tel qu'il a été publié par les Bollan- 
distes. 

PETITES OBJECTIONS 

Nous n'avons répondu jusqu'ici qu'aux objections 
principales, celles qui paraissent les plus spécieuses. Il 
[ eo est d*autres moins sérieuses, ou plutôt vraiment 
f futiles^ comme disait Mabillon, en parlant de diverses 
diflScnltés dont s'armaient certains critiques de son 
temps pour déclarer fausse la Charte de fondation de 
Saint-Germain -des-Prés : - Nihil moror, disait il, effu- 
iias (on pourrait traduire des chicanes), qtias critici 
recentiores in hoc Diploma objiciunt, quod suâseauc- 
iof itate vindicat contra id genus mmutias (1), » Ces ob- 
jections ne prouvent qu'une chose: une critique outrée, 
qui s'évertue à trouver partout des défauts, même 
dans les expressions naturelles, même dans de simples 
transpositions de mots; comme Ta fait M. Julien Havet, 
qui argue de faux le Diplôme de Clovis en faveur de 
Tabbaye de Micy, à cause de certaines vétilles, celle- 
ci, par exemple : le rédacteur de cet acte a mis Franco- 
runi rex, au lieu de rex Francoruni {2). M. Prou ne 
serait pas moins exigeant. Il est dit, dans le Testament 
d«* S* Tliéodechilde, qu'elle tient de son p(Te Clovis une 

(1) Ann. ord., Bencd.^ l. I, 5, p. 45. 

(i) Biblioih' de l'Ecole des Cliarlcs, 1885, (3* livraidoii.) 



— 202 — 

pêcherie : • à paire meo ClodevBso. • Voilà aoe grosse 
faute qu'il se h&te de souligner : • Un notaire do 
Vf siècle, dit-il; n'eût pas manqué d*accoler le qualifi- 
catif rege à Clodoveo (p. 36). » En effet, des distrac- 
tions de ce calibre sont impardonnables!... 

Examinons quelques-unes de ces petites objections; 
on en verra le peu de valeur. 

— !• « (Page 9,) Le roi parle constamment à la 
première personne du singulier; ce qui est absolument 
contraite aux règles de la chancellerie mérovin- 
gienne. » 

Rép, — Dans le Diplôme de Micy, Clovis emploie 
tantôt le singulier, tantôt le pluriel. Le même roi. 
écrivant aux évèques francs, après sa guerre contre les 
Visigoths, termine sa lettre par ces mots : Orate pro 
me. Dire que dans le Diplômii - le roi parle conslamr 
ment au singulier est inexact, puisque Ton y trouve les 
mots xtaluimus, pnvcipimm', deceniirnus, et l'adjectif 
possossif /loA^c?*, (le inùme que dans le Diplôme de Micy- 
M. Prou (lira sans doute (|ue Ui susdit Diplôme est apO' 
eryphe. 11 est reconnu authentique par la plupart (iei 
(•riti(jut^s, excepté par M. Julien Havet. 

— Même page : Il est (question d'une prière de Clû* 
vis, « prière faite, — selon M. Prou, — dans un^ 
forme absoluiuent inconnue, non seulement à Tépoqu^ 
niérovin<^àennt;, mais même à IVpcxjue carolingienne. ' 

Nt>us répond r«»ns, avec M. Quantin : « Les notaire? 
n'«Mai(Mii pas a>treinîs a suivn; les tormules connues. 
et lis dressaient souvent les actes suivant leur fantai- 
sm; ; ce «jui apporta néct»ssai renient des variations dau> 
cette matière. Il ne l'audrail «lonc pas ^u^pecler uni* 



— 203 — 
Charte qui offrirait une formule singulière et nou- 
velle (1). • 

— Mémo page : ■ Un roi mérovingien ne se fbtpas 
conteoté d'appeler la colère de Dieu sur ceux qui 
iraient à rencontre de sa volonté ; il n'eût pas manqué 
H« stipuler une amende au profit du fi»c. » 

Rip. — ' Dés le deuxième siècle , dit le même 
M. Quantin, les empereurs font, dan-î leurs Diplômes, 
des imprécations contre ceux qui les enfreindront. Les 
ruis mérovingiens les imitent quelquefois, bien que 
l'uiage des peines pécuniaires leur soit plus habituel. 
(Il ne dit pas : constant) (S). • 

Mais nous n'en linirioni^ pas, et nous imposerions 
Que tache bien ingrate au lecteur, s'il nous fallait re- 
prendre une à une toutes les menues objections de la 
tbé^e que nous combattons. Uoriions-nou-i à grouper ici 
<*rtaines expressions que M. Prou estime non con- 
formes au protocole employé sous ("lovis, et qui ne 
"Ont. selon nous, que des interpolations parfaitement 
''cites, employées, non dans le dessein de tromper, 
mais dans un but de rectification, pour rajeunir des 
""'1» vieillis, comme nous l'avons expliqué plus haut. 
■^■nsi donc, on a mis MasHacum, au lieu de Mansola- 
"""[p. 19); CHin molendiiiis, au lieu de l'atinafiis ; 
'^'cimatione pour décima. Il y a encore des mois ijui 
'"nnent mal, comme initomintcata, qui n'est pas, 
parait-il, du vi* siècle ; M, Prou a vu ce mot dans une 
i^barti? de 811, mais il avoue qu'il renionli^ |ilus liant ; 
et piiia iirea piscaloria (p. 'ZZ) ; et ("lis enfin, ninnel- 

!\) OKlioniiaire 'Ik Uifitoiiufii/iii^, ii. V<\'. 
(!) Ibùl. p. 477. 



— 205 — 

légation qu*Odoranne n*a pas parlé de cette pièce. — 
fuaad même Odoranne aurait mentionné cette pièce 
Tane façon très explicite, M. Prou n'admettrait pas 
Km témoignage, puisqu'il refuse de croire à la parole 
di célébra écrivain, affirmant que Théodecbilde est la 
JUle de GloviA. En tout cas, Odoranne mentionne ce 
Dipl&me implicitement, quand il invite ceux qui vou- 
:Ment connaître les origines du monastère à con- 
iiiilter dans les archives les pièces à conviction. Si le 
:IKpi6me n*existait pas sous Odoranne, où donc celui-ci 
aarait-il pris la phrase où il est dit : que la princesse 
I constrait le monastère ad instar ilUus quod genitor 
fwis eonstruxit in honorera supradictorum ApostolO" 
%imi Cette phrase n*existe pas dans le Testament. 

2* Il n*y a aucune contradiction entre les affirma- 
iaas d*Odoranne et celles de Clarius, touchant la fon- 
lation du monastère. Le premier, qui s*occupe spécia- 
iement de Tœuvre de Théodechilde, dit qu^elle a con- 
struit cette abbaye du vivant de son frère Clotaire ; ce 
qai est vrai. Le second dit qu'elle a commencé cette 
construction, cœpU œdificare, du vivant de son père, 
avec l'aide de sa mère et de ses frères. Tout cela se 
toncilie parfaitement. On voit que Clarius tient sur- 
tout à faire ressortir l'intervention du monarque dans 
^tte œuvre. 

. Nous verrions plutôt une contradiction clans les 
^os 43 et 44, où M. Prou dit, d'une part, quo, soas 
j*épiscopat d'Archambaud (J^59-9G8), le trésorier Fro- 
rfon emporta chez lui, dans la cité, les chartes {cariai) 
'u monastère, et puis, d'autre part, suppose que, sou^ 
administration d'Anastase (968-97G), fut rédigée la 



— 21)6 — 

charte de Théodechilde, qui, si elle a?ait existé (!i. «i 
(lu périr, soit rians un incendie, soit dans la translation 
de:i archives par Frodon. Voilà un spécimen des hypo- 
thèses forgées par le critique!... 

3* Pour démontrer la fausseté du système qui pré- 
tend renvoyer au xi' siècle la composition des deai 
chartes, il y a une preuve intrinsèque évidente : noos 
la trouvons dans la liste des villx énumérées dans ces 
actes et dont les noms sont tellement anciens, qu'il est 
impossible, pour plusieurs du moins, de les identifier 
avec les localités auxquelles ils se rapportent. Citons: 
Costellum Britonis, Vianaretum, Villacaio, Guidell^ 
sur l'Yonne, Fontanœ-super-Arvaf Trémont, Bâtiacus, 
Boniac, Vesde, Silviniacus, etc. Ces villages apparte- 
naient au diocèse de Sens, et la plupart avaient \^^^ 
église. On ne dira pas que les notaires qui ont rédige 
les deux chartes ne connaissaient pas les paroisses 
énumérées ci-dessus. Mais si ces chartes ne datent q«* 
(lu X' ou du XI* si(M:le, comment se fait-il que les sa- 
vants, même aujourd'hui, ne soient pas capables il<'** 
idcntitier les noms ? 

1*» Paj.^(3s 19 et suivantes, M. Prou cherche à éiaW''' 
que le Diplôiniî d».* Clovis a été fnbriqar sous l'inspira' 
tion (l(* rabbt'î Oerbert (lOid-lOTlM. Voilà un fait q^' 
\\r^\ j»a^ trt*- li'innr.iljb* pour la mémoire de «'»*ï 
illii-tr-* r«'liL:i«"i.\ (1). u (■■|'>î ^oh»- i*e même abbé, dit-iii 



I \ .'1- .i'."'!-^ ■■ ,1 r- :i :■. :ii.i:ii.. u- * iii inv.'iv.t*' i|iii' M. l'r^ i :i ::■■■"■ 
ifri- ii;i'i- i^-Iti' lii-. • I--P11I. Niij-. (■(••■i.iiij.iis^ins voloiiliiTs iin'il îi'l»*! ii:*i.i"' 
ilauiMiii l'-iirit i!«' il •iii^.'îi'mrMt •■Diiln* Its nlii^itMix ili* Saiiil-ï'ii'rri.»-l'-V:'. 
Sil iKMi."**' fpu' i'.ililii- «it'rliorl a pri'siiliî .'i la riiiii|Hj5ition (Vww faux iMplôniv, 
il .1 -ioiîi de r«;x'-UMT : « II no «Toyait pa?. dil-il, riiinmoUn* un aCU' iDtk- 



— 207 — 

le fut rédigée, comme Ta établi Tabbé Duchesne, la 
rande Passion de saint Savinien. •• 
Un savant n affirme rien qu'il ne puisse démontrer 
ièces en mains. Or, comment M. Prou s y prendra-t- 
l pour prouver que la grande Passion de saint Savi- 
den n'a été composée qu'au xi* siècle ? M . Tabbé Du- 
ihesne» avec toute sa science, a essayé d'établir ce fait 
ans pouvoir y parvenir (1). 

M. Prou, en adoptant sur ce point Topinion de l'abbé 
Dachesne, a compromis singulièrement sa thèse; car, 
Bhfin, il y a une vérité qui saute aux yeux, même des 
personnes qui sont peu au courant de ces questions : 
H la grande Passion avait été composée au xi' siècle, 
son rédacteur n'eût pas manqué de relater la Transla- 
tion du corps de S. Savinien, faite par Vénilon, en 
W7; or, il n'en est nullement question ; donc, elle est 
^térieure à cette année-là. — Et puis, (juel rapport y 
*-tri| entre la grande Passion et les deux Diplômes? 
Aucun. 

M. Prou, qui scrute les textes avec un soin si con- 
^iencieux, n'aurait pas dCi suivre Tabbé Duchesne sur 
'e terrain où celui-ci s'est si imprudemment aventuré, 
SQ attribuant au temps de TabbéGerbert la composition 

icat. «Voilà une circoQsUincoattMiiuaMU' qui! nous ne saurions admclirc. ï'no 
AUificalioo substaiiliellcMl'un arlc pulilii-, oiktijo i»ar un Jibb»>, ùo conui- 
■cnci; avt'C »:s religieux^ esl pmir nous un nienàun^r.' inlolcrablo. Nous 
isona, uuua : u II n'y a pas'iu d'a<'t<' Wi-^k. » 

'I) C'était Jaos 3on Bulletin critnp'c anm''*' ISO^', p. \i.',), \[ cliti'-iiait à 
Uiveraer )os preuves don néus par M. l'abbi: Bouvior iluns son Histoire de 
ûnt-Pierre-le-Vif. Celui-ci ri|K)Sla dans une brochure dont il cul soin 
oïlrcsser un exemplaire îi son conlradicieur, Icqui*! ne répondit pas, et 
Hir cinse; il préféra se rcnreriuor dans un dédaigneux silonre. 



— 208 — 

de la grande Passion. Il aurait dft peser la preuve prin- 
cipale sur laquelle s'appuie le rédacteur du Bullelin cri- 
tique : « Que cette légende, dit-il, ait été rédigée aa 
M plus tard sous Tabbé Gerbert, c'est ce que prouve 

• Tusage qui en est fait dans une pièce où l'autear 

• s'adresse à cet abbé comme à un personnage vi' 
M vant (1). » Or, la pièce en question est tout à fait 
indépendante de la grande Passion; elle n'en est pa^ 
même un prologue. M. Duchesne lui-même, qui a Id 
réputation d'être hardi en critique, ne saurait soutenir 
que cette composition , d'un latin barbare , et 1^ 
grande Passion proviennent du même auteur. On sait 
que Tabbé Duru a recueilli, sous le nom « d*Âctes àe 
S. Savinien, » plusieurs morceaux, d*àge et d^autears 
différents, et qu'il les a insérés pêle-mêle, d:ins sa 
Bibliothèque historique de C Yonne, sans la moindre 
préoccupation de l'ordre chronologique. D'ailleurs, i' 
y a une raison absolument décisive : la pièce écrite 
à la (loîuande de Tabbé (lerbert no figure dan^* 
aucun'des neuf manuscrits, sur (UjTj que labbé HénauU 
a consultés (2) ; elle n'existe ([ue <lans le manuscrit 
(rAuxem>. Devant cctt(3 démonsiration si simple, ^' 
évidenUî , la thèse de Tabhô Duchesne ne tient p^- 
debout. 

Conclusion. — En résumé, M. Prou s'est effun^' 
d'établir que l(?s deux Chartes sont des faux, l'une J*^ 
X'" siècli», l'autn» du xi" siècle. Cette démonstration, 
nous estimons qu'il im Ta pas faite, ou du moins iju •• 



(!) liuUct, en/.. iS'.iJ, I». \2:\. 

i i) L'ablM' Ilriiatill. Orrf/iiirs chri-tirmies, jip. i'J0-'2'j;J. 



— 209 — 
n'a pas donné de preuves péremptoires. Taxer de fau£ 
ces deux Chartes est, selon nous, une forte exagéra- 
tioQ. Qui veut trop prouver ne prouve rien : ce proverbe 
Mfa éternellement Trai. 

L'abbé Hlosdel, 
clianoitie. 



APPENDICE 

* U BROCHURE INTITULÉE : •• LA VÉRITÉ SUR LES 
CHARTES DE FONDATION DE SAINT -PIERRE-LE -VIF ■ 



NOTE 

SUR l'identité de sainte THÉODECillUDE (1) 

Ajaiit fait faire un tirage â part de iiioji étude inti- 
'ilée : la Vérité sur les chartes de fbndution de l'abbaye 
''' Saint -Pierre-le-Vif, dont la Société urclièoloijique a. 
"•en voulu voter l'impression au Bulletin, j'ai adressé 
"" eieniplaîre de cet opuscule à M. l'abbé Cliabau , 
'^'lanoine de Saint-Flour, auteur d'un volume auquel 
"t accordée une médaille dH vermeil au concours an- 
""«Ue 1883, et qui a pour titre : Sainte Tbèodechilde, 
"^'ïe, ^lle de Clovis, etc. Il ne me sied pas de parler 
^ félicitations que m'a adressées ce savant ecclésias- 
^"s; mais je puis dire que ses éloges contiennent 

\'l<k Invail u éle lu dam In séani:i- mpusudle ilii 1 jaiiviur 1807. 

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— 211 — 

rcverte^is, AuUssiodorum urbcm adivit : « Du temps de 
la reine Téchilde, un trésorier de rAuvergiie, revenant 
de France (1), où il était allé porter à la reine le pro- 
duit des impôts, passa par Auxerre. » De quelle ïliéo- 
dechilde l'historien des Gaules veut-il parler ici? Ce 
n'est pas de la fille de Thierry P% de la reine des Var- 
nes, car elle a vécu jusqu'en 598 {2) . Grégoire étant 
mort en 593, n'a pu dire : «« Du temps de la reine Teu- 
dechilde; » il n'a pu dire cela que d'une princesse qui 
n'existait plus, conséquemment que de la fondatrice de 
l'abbaye sénonaise, morte en 500 (3). On ne peut pas 
non plus appliquer à cette dernière ce que l'on dit de la 
reine des Varnes, savoir : qu'elle dota de grands biens 
l'église de Reims et qu'elle mourut à Metz. 

Et puis, il n'est dit nulle part que la reine des Varnes 
ait eu des possessions en Auvergne, tandis qu'au con- 
traire, il est certain que notre sainte ïhéodechilde 
«vait d'importants domaines dans cette province, 
Comme en témoigne !• l'épisode de Nunnius, le per- 
cepteur d'impôts, que je viens de citer ; 2" la partie de 
^On testament contenant l'énumération des biens situés 
^n Auvergne. On trouve dans l'histoire de France la 
Confirmation de ce fait. Il y est dit que Clovis, en 
^7, après avoir défait et tué Alaric, roi des Wisigoths, 
Vint à Bordeaux pour soumettre l'Aquitaine, et de là 
«nvoy^a son fils Thierry conquérir l'Auvergne. Il n'y a 

;*j «t De France, » ce^l-îi-diru des pays; qui, par rapport à lAuvergiic, 
ètaicat situés au iIulA de la Loiit». — Lr-Iiouf Irailuii : « Iîi*li»uriiant </o 
SetLS j.ar Auxorrc... » {yfémolres, I. !«', p. 7«.) 

{^l) EWe était coalcinporaino d'Egidius, f'VL'<|ni' do IW'ims (."(Ori-MiO). 

(IJ rrai»rÙ3 GwifTroy de Cuurloii, clic mourut ii ropoquo où S'.m Irèri* 
Clolainr rt'guait seul eu Fraucc* (ôôb-SiilJ, 



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V X. * 



— 213 — 

560; et que Fortunat, italien de nation, n'est venu dans 
les Gaules qu'en 565. D'ailleurs, il y a dans ces deux 
pièces des choses qui ne peuvent convenir à la fondatrice 
de Saint-Pierre-le-Vif : on y parle de son frère et de 
son époux ^ et on sait qu'elle eut quatre frères, et qu'elle 
n'a jamais été mariée. Il y a là une énigme difficile à de- 
viner et au sujet de laquelle ont été proposées diverses 
explications. Voici l'interprétation qui me paraît la plus 
plausible : Odoranne, ayant trouvé, dans le recueil des 
œuvres de Fortunat, ces deux pièces de vers portant 
cette dédicace : Theodechildx reginXf a pensé qu'elles 
s*appliquaient, — non pas à la reine des Varnes, dont 
peut-être il n'avait jamais entendu parler, — mais à la 
fondatrice de Saint-Pierre-le-Vif. Il u'aura pas été sans 
remarquer que certains détails de l'éloge et de l'épita- 
phe ne pouvaient se rapporter à son héroïne, mais il 
pensait que, à Sens du moins, personne ne s'y trompe- 
rait et qu'il pouvait sans inconvénient insérer ces poé- 
sies, qui, à part quelques inexactitudes, célébraient les 
vertus et les bienfaits d(j la pieuse princesse sénonaise. 
Les préjugés se propagent facilement et sont diffi- 
ciles à détruire, parce qu'ils sont fondés sur des équi- 
voques et des malentendus, et puis parce que, souvent, 
on s'en rapporte à des textes adoptés de confiance, 
sans examiner les pièces du procès. Tels ont été les 
procédés de M. Godefroy Kurth, auteur d'un livre ré- 
cent, intitulé Clovis, livre qui sans do^te a une cer- 
taine valeur, puisqu'il a obtenu de l'Institut un prix de 
1 500 francs. Ce savant dit un mot do Saint-Pierre- 
le-Vif (page 543); il déclare qu'on doit regarder comme 
apocryphes les deux chartes de fondation de Saint- 



l 



— 21i — 

Pierre -le-Vif, notamment celle attribuée à Clovîs. 
« Mais, (lit il, Théo'lechilde était la fille de Thierry ï", 
non de Clovis, et toutes les assertions du diplôme 
croulent devant cette simple rectification, unanimement 
admise aujourd'hui. »• Puis il dit, dans une note, au 
bas de la page : ** La confusion est ancienne ; on la 
trouve déjà au xi* siècle, dans Odoranne, de Sens, » 

— Je vous demande pardon, M. Kurth ; c'est vous qui 
faites la confusion; nous, nous faisons la distinction. 

— M. Kurth continue : « A. de Valois et Mabillon en 
ont fait justice ; mais cela n'a pas empêché l'abbé Cha- 
l)au et Tabbé Bouvier de soutenir le point de vue 
d'Odorannus. Récemment. M, Maurice Prou a repris 
Texamen de la question dans un travail qu'on peut con- 
sidérer comme définitif, et qui est intitulé : Etudes sur 
1rs Chartes de fondation de Vabbayc de Sahit-Picn^e^ 
Ir-Vif. n 

Encore une fois, pardon, M. Kurth, la question n'est 
pas définitivement tranchée; M. Prou en convient lui- 
mémo. Il dit : ** (Pape IVA.) Evidemment, on ne peut 
étal)lir, d'une façon absolue, Tidentité do cette reine 
ThéodochiM(^ (des Varnes) avec la reine qui, aa 
VI' siècle, a fondé le monastère sénonais. *» C'est une 
hypothèse qui lui parait vraisemblable, voilà tout, La 
rés(n'v(i de iiotnî collègue est pruderte. Mabillon n'a 
})as étudié la question d'une manière complète ; il s'est , 
trompé en émettant cette assertion que la soumission i 
des Arvornes et d( leur comte Basolus n'a eu lieu qu'en ! 

rrJf); tous les historiens disent 507. Je n'ai pu me pro- i 

i 
rnvrv le texte d'A. de Valois, je ne puis donc le discu- ; 

ter. (vouant à MM. Chabau et Bouvier, eux, ils ont 



— 215 — 

consciencieusement étudié la question à tous les points 
de vue , et surtout à la lumière de la tradition, qui 
est un élément important de la certitude historique, — 
personne ne peut en disconvenir. 

En résumé, d'après le sj'stème que M, Kurth adopte 
et fait sien, il n'y a qu'une Théodechilde ; c'est la fille 
du roi d'Austrasie; la nôtre n'est qu'un mythe. Cette 
Aastrasienne, dont nos plus anciens chroniqueurs n'ont 
jamais parlé, était la fille de la seconde femme de 
Thierry 1*% conséquemment, elle n'a pu naitre avant 
523 (1) ; elle habitait à Metz, où elle est morte en 598. 
Cette date résulte de ce fait qu'elle avait vécu soixante- 
quinze ans, d'après Fortunat, et Ion sait, d'autre 
part, qu'elle était contemporaine de l'évèque de Reims, 
Egidius, à qui elle fit donation, par testament, de dif- 
férents biens pour son église. Voilà qui brouille toutes 
les notions chronologiques qui nous ont été transmi- 
ses sur la fondation de Saint-Pierre-le-Vif, que l'on 
rapporte généralement à Tan 520, au plus tard. 

Voyons, est-ce que tout cela est soutenable ? Est-ce 
qu'il peut y avoir identité possible entre cette reine 
des Varnes, que les Bollandistes appellent Théode- 
childe la Jeune, et notre princesse sénonaiso ? Celle-ci 
est morte à Sens ; l'ancienne abbaye possède son corps ; 
elle a été déclarée sainte dès le xiii' siècle (2), tandis 



(1) Ce fut fil r»22 (|U0 Thierry épousa en secoinlos noces Suavejîotlu', lille 
dtfî Sigismomly roi de Dourgognc, de laquelle il cul une ijlle uoninn'c 
Théodechilde, la future reine des Varnes. (M, Chaijau, p. .'.M.) 

[2) m Un Hituol manuscrit du xiii* siècle, jirovenanl de l'abbaye de 
Saiiil-Piornî-le-Vif, et conservé dans la BibliolluMiue de Sens sous le nu- 
méro 2i, contient, dans les litanies rc^citées parles moines à l'agonie d'un 



— 216 — 

que la reine des Varnes n'a jamais joui d'aucun culte. 
L'abbaye possédait aussi le tombeau de Basolus, avec 
une épitaphe indiquant qu'il avait donné aux religieux 
tous ses domaines de l'Auvergne. 

Ainsi donc, l'hypothèse qui prétend établir une re- 
lation quelconque entre la reine des Varnes et Saint- 
Pierre-le-Vif est tout à fait invraisemblable ; elle sou- 
lève des difficultés, des problèmes impossibles à résou- 
dre; tandis que dans notre opinion, qui est celle des 
Bollandistes, tout se concilie parfaitement avec ce que 
disent la plupart des auteurs. C'est donc en se ralliant 
îi notre traditiou locale que Ton trouve la vraie solu- 
tion et que l'identité de notre sainte Théodechilde s'en 
dégage comme moralement, sinon mathématiquement, 
certaine. 

L'abbé Blondel, 
Chanoine. 



de (leurs fnTos, l'invoralion : Snncla TediildiSf ora pro en. » (Liber rff 
Roliquiis, Inlnidiiclioii de M. Julliot, jwge 10, note 3.) 

La fondatrice de Sainl-Pierre-le-Yif était ùgalement lionoréc comme sainte 
au nionaslùre de Mauriac, où une cliapollo lui était dédiée en 1631. EUe 
avait Sou office inséré dans le Hréviaire inauriacois, lequel fui approuvé 
par révéjjue en l»îr.7. (M. Chabau, p. 112.) — Deux cents ans après* le 
17 avril 18 .'lO, la Congrégation dos Hilos approuvait roftlce de sainte Théo- 
docliilde, vierge, du rilo double-majeur, pour être inséré au Propre du Bré- 
viaire de Saint -Flour. (Ihid.) 



ÉPIGRAPHIE CAMPANAIRE 



LES CLOCHES 



DE LA CATHÉDRALE DE SENS 



Dès les temps les plus reculés, la cathédrale de Sens 
eut de fort belles cloches^ et, si Ton ajoute foi aux 
traditions du pays, sa sonnerie était la plus belle, la 
plas harmonieuse et la plus ancienne de la France. 

En 613, la cloche Marie, sonnée par saint Loup, 
mettait en fuite Tarmée de Clotaire (1) ; plus tard, elle 
épouvantait les Sarrasins. En 1453, la cloche Gauthier 
brisait son éparre en annonçant joyeusement la défaite 
des Anglais à Castillon, près de Bordeaux, et la mort 
de Talbot, leur général, qui, de par son roi Henri VI, 
prétendait être maréchal de France. 

En 1485, le pèlerin Languerant, dont M . le baron de 
la Fons-Mélicoq a publié les notes de voyage (2), 
admirait à Troyes, dit le texte, mais il faut lire à 
Sens, deux cloches au beffroy, dont l'une a deux deœires 

(1) Bollandiatea» Septembre, vie de saint Loup. T. I., chap. 3 x et 
chap. 5 xz et xxi. 
(3) DiDBROSr. Annales arcliéologiques, t. 21, pp. 50 et 239. 



— 218 — 

en crois ic cl i.r piedz ci demi de cloirrc, ou environf et 
en hauHenr ix et plus, et semble qu* elle soit fiussy Itaulle 
que large; et y eut à la fondre (pxe d'estaing que de 
inèloly comme on dit, x,rx mi/ livres, quant première' 
ment fut fondue ; mais à présent ne poise plus que 
xxxii mil, le battant d'icellc poise iiii" et xii libvres de 
fer, et est fendue unq petit, et pardessus cUe^ il y en a 
une aultrc qu'on sonne beaucoup mendre. 

Ces deux cloches no sont autres que Marie et 5ai;i- 
nienne, qui avaient été fondues en IKHl. Le chanoine 
Driot, dans ses notes manuscrites, dit que ces deux 
cloches furent refondues au mois de juillet 1524 (1) ? 

De 1505 à 1702, la sonnerie se composa de huit 
cloches, fiirmaiit une octave dont le chant était soutenu 
par les deux énormes bourdons, et de trois appeaux 
placés dans la flèche du clocher qui s'élevait au-dessus 
de la croisée des transepts avec la grande nef. Il n'est 
guère possible de se faire une idée de ce que Ton appe- 
lait : la messe coupctre, le coup de Vestou^^dy et le coup 
de Ventrée^ où toutes les cloches se faisaient entendre 
à la fois, puis deux à deux, depuis les meneaux jus- 
qu'aux bourdons ri). L'harmonie de ces sonneries était 
moins savaiito peut-être que celle de nos carillons 
modernes, mais elle n'était pas moins riche, et les 
Sénonais que, dans le l)on vieux temps, on appelait Li 
chanlcors de Sens, comparaient les concerts de leur» 
cloches aux concerts des anires. La voix des cloches 
n'était point pour eux, comme elle est aujourd'hui pour 
le plus trrand nombre, le simple retentissement de 

1) .Nhis 11* 7.5, i|o !a l»i[i.iMiljv.|iie île Si-iis. 
\2) Ccrt-m'jriial il" Miby. Mn«. »'• C.'> .il 20, delà bihliotliè<iuc de Sens 



y; 



— 219 — 

Tairai n sonore; c'étaient des voix puissantes et amies 
qui se réjouissaient, priaient et pleuraient avec eux, 
qui chassaient le malin esprit, faisaient taire la fou<lre 
et calmaient les tempêtes. C'était Téclio lointain de la 
vois, du Seigneur. Avaient-ils tort de prêter tant de 
puissance à leurs cloches ? L'Eglise leur donnait rai- 
son. 

En 1794, les tours de nos églises se virent enlever 
ces cloches qui leur donnaient Tàme et la vie. Ces in- 
struments de la paix et de la prière furent transformés 
en engins meurtriers et en gros sols. La cathédrale 
de Sens perdit alors onze cloches, que la commune fit 
porter à Paris. Il lui resta ses deux l)ourdons et les 
timbres de son horloge; c"était bien quelque chose. 
Nous allons parler des cloches qui sont restées, dos 
cloches qui sont venues les rejoindre et de celles qui 
ne sont plus. 

§ L LES DEITX BOURDONS. 

En juin 1537, Nicolas Oaudinet avait achevé la tour 
neuve (1), et Vumnific du Sauveur, tailler* par Jehan 
Nolin, brillait de Tor le plus pur au somiiu^t de la lan- 
terne de l'horloge (2 : maître Claude Ilt^raulr achevait 
d'installer, dans la tour, un mijnifiqui^ li<*irroy, pour 
lequel la forêt du Petit-Pas, à Fou'h»/re-, aval' f'jijrni 

.1) Ou app':^laî! aîri«i la*.:r r.i-fri.iii.ina!" ■" .if- "i-!-. • i ■,■':• 

•le ix'lle qui, le j-.»"iî; sa ': J - la-ï:;-? 1 :••". '^ -.•:•■• j :- • * ■' ': 
1.1 r-}iûte dura Ipfjl- jo •-.-*. 

(îj PlijîBie«.:r« fjî* r^.T.pii^ o, \\ « ît : '. ^ ■ - i ' '['-' ''--'■ - 
Ml'*. 



— 220 — 

100 à 120 chênes (1). Il ne manquait plus que de^ 
cloches dignes du clocher neuf, et cette acquisition» 
projetée depuis longtemps, était retardée par 1^^ 
guerres, lorsqu'enfin, riche de 10500 livres que venait 
de lui produire la coupe de 50 arpents de bois dans l^ 
forêt de Rajeuse (Rabiosa sylva) , le vénérable chapitf^ 
manda maître Mongin Viard, fondeur de cloches, d^' 
meurant à Auxerre. Le 22 avril 1560, il passa march* 
avec lui, par devant maître Cellier, notaire à Sen=*« 
pour la fonte de deux grosses cloches, moyennant *^ 
somme de 450 livres tournois. 

On réunit tout ce qu'on put trouver de métal (2), ^^ 
dans les premiers jours du mois d'août de la mèri'** 
année, la plus grave sortait de son moule. Trois mc>*' 
plus tard, la fonte de la seconde était heureusem^^'^^ 
terminée (3). 

La première de ces deux cloches fut nommée Srt»*'" 
niennc et, suivant M. Tarbé, elle fut bénite le 17 O*-*' 

(\) Oi'ANïiN. -Vot/r»' litstorifiuc sur l:i ronstrucfirm tin l;i i\'ithfdr.ilt. " 
Sons, 

f'J) Kii mai 1. '•«)(> on arliMc à Paris i*i 1«)0 livre» «le iiH'lal à ^wo»» Ici» •* 
li»T, el a Son."* ;'.(jiî livrer d'oiain «loux. Tolal : '2i W.W livrt*3 employées [f* 
le jiçro.s hounlon. Au mnis di- seplembn' suivant, ,'• ?0S livn's a«'lii'U"»' ^=""^ 
Taris, e'. nmiimc un n'i-ii iK»n\ail trouver «lavanlat;»*. on «'D'ivmt ile f«»n * 
<-iiiii rlix'lics «le la T(tur */*• l'iunili, savoir : deux ni'Mieaux liii iMiiil* 

» lUU livH'S l'I trois aiilres movenn»s du i)oids de I Ji'O livres. Tot^ • 

- I»' 
W MU) livres provenant des eloelies, v\ .'. \!i'iS [trovenanl de Taris, «lijnn^ 

Il .'i^s livns eiijpliiNi'es dans la font»' du petit Imurdon. 

(:î} .Suivant l«\s notes r.*eueillies par Fenel p »ur «on llUtoire «/es .ir." 

^i ■ 

r#V/i(e.s Je SV;j.«{, la .^eennd»' ehn.'lie aurait été fondue au mois de st'fitenit" ' 
el la honedieli«»n des deux ejoilies aurait été faite le 11 ortohre suivant— 
X heures du matin, par M. de ('liallemai?on. Ces asserlious smnl en ,ltsrr* 
eord avee l'ins^.Tiplion «lu'on trouvera plus loin. 



900 

Senonis loluinnc Bertrando , cardinale. Niongin viard 
m* a faicte (1). 

Au-dessous sont disposées six images rectangulaires 
en relief représentant : 

1" Le Christ en croix, la sainte Vierge et saint 
Jean ; 

2° Dans un encadrement gothique, dont le fond est 
semé de fleurs de lis, un évéque crosse, mitre et bénis- 
sant, qui, vraisemblablement, est saint Savînien, apôtre 
de la Sénonie ; 

3* Saint Etienne, Tun des patrons de la cathédrale 
de Sens. Il tient, comme au portail de cet édifice, le 
livre des évangiles. 

4® Saint Pierre, assis, le front ceint de la thiare, et 
portant dans ses mains les clefs, symboles de sa puis- 
sance ; 

5* Saint Martin, a cheval, partageant son manteau 
avec un pauvre ; 

()® Saint Paul, debout, la main droite appuyée sur 
une épéo. 

Un sc'ptit'inti bas-relief et quobiues mots place* 
droite et à gauche ont été ellacés. Fenel nous rappor ^^' 



(I) On iruuM.', dans le niaiiu>«Til «lu clianoiiic Driol, lu Ir.niiicli'»» ** 
vaille (K'S doux disli«iu('s ; 

h} fus foiidur à Sj.mis, l'an mil ciini clmiI soixante ; 
l'ar iiKiii M)u (M W nom du iin'micr saint priniut, 
[.a k'm|H''lL' l'I II'-; vimHs n^jiFcn-^rnl cv. climat. 
Ji* si'np>ndi' il l*<irii<:c ri h-s niorU jo lanu'ntc. 

!.•' n-.-'l'- iM.'ul M' Ir.iduin' ainsi : Mor:* IMc IVsir;jtMil à Homo, roiiijionMî ' 
Kfidinand pr'iii\cinjil la CuTinanir, If mi Franijnis H, le:* liauli*>.ol Ji-an. 
cardinal Ucrtrand. larcliidiocc-HC de >('n.-. 



OOQ 

d*après les registres capitulaires, que «* le 21 audt, on 
« ordonna que les armes mises sur la grosse cloche, 
■ sans la permission du Chapitre, seraient effacées. Le 
« Le 2G août, il fut aussi ordonné qu'on effacerait les 
• vers qui y avaient été mis sans sa permission. » Il ne 
noas dit point quelles étaient ces armes, il ne donne 
point les vers. Nous pensons que les vers ont été épar- 
gnés et que ce sont les deux distiques dus à M. Tabbé 
Fauvelet. 

Outre ces bas-reliefs, et un peu plus bas, se trouvent, 
deux fois répétées les armes du Chapitre, surmontées 
d'une croix simple, posée en pal derrière l'écu, et en- 
tourées d'une guirlande de feuillage. 

La seconde cloche reçut le nom de PotcnticnnCy du 
nom de saint Potentien, compagnon de saint Savinien 
et son successeur. D'après M. Tarbé, elle fut bénite, le 
<^ janvier 1561, par le même doyen, M. de Challemaison. 
Elle eut aussi trois parrains et trois marraines (1). On 
''t, sur cette cloche, Tinscription suivante : 

'^^TENTlANA EGO PROXIMA HVIVS SAVIMAN.E COMKS FVSA 
^^.NSE NOVEMBRI ANNO CHRISTI MILJ.I0|| QUINGENTESIMO 
^^XAGESIMO PIO 4" ROMANO PONTIFICE FRANCISCO Z" 
^-^UORVM REGE lOUANNE BERTRANDO]! ROMAN.E ECCLESLE 
^-^RDINALE SENONEN. ARCillEPO. mOnC)iU UCÛrï lîl'û 

^^int (2). 

(1) MM. Rogur de Luru^ bailli cl cu|iilaiiiu du Sciid, Ctiri^lopliu Furrand 
'*<ïUfcuaiil particuliur, cl Piern; CjuillauiiK', rccovcur du doinaiiiu; Ma- 
*'«ime Nicolas CartiiuU, fcnimo d'un avocat , ni M"" de Bt-*auinoulin cl Lliuil- 
iier. 

!''j Co lo iiiscriplion. fiDiiiine lu prjcéd-.'iih.', a toujours «l' roproduili; in- 
Cumplèlumunl cl prosoiilaiil toujours lus mOm.'s lacjUL*s, n.C>niu dans les 



— 224 — 

Potentlana ego, jyroxima Inijus Savi7iianœ comeSj fus'^^ 
mense novemhri anno Chrlsti millesimo quingeni^ — 
simo sexagesimo ^ Pio 4" romano ponUfice, Francist^^^^ 
2**, gnllorum rege, Johannt Berlrando, Romanœ Kcclr^ • 
siw, cardinale, Senonensc archicpiscopp. Mongin Viar^^ 
in a faiclc. 

On peut ainsi traduire : 

« Je suis Potentienne, la plus proche compagne d e 

Savinienne. J*ai été fondue au mois de novembre 156(MM, 
Pie IV étant pontife romain, François II, roi de Franc^^, 
Jean Bertrand, cardinal de l'Eglise romaine, archev&= - 
que de Sens. Mongin Viard m'a faicte (1). 

Les caractères de cette inscription sont identique 5 
à ceux de la cloche précédente ainsi que les orn^* 
ments. 

En donnant les noms de Savinienne et de Potentienoe 
à ces deux formidables voix de bronze, qui devai^^^ 
se faire entendre du haut do la tour de TEglise métro- 
politaine et primatiale des Gaules et de la Germanie» *^ 
vénérable Chapitre voulait sans doute rappeler ^^ 
fidèles la puissante parole des premiers apôtres et UJ^** 
tvrs sénonais, Savinien et Potentien. 



.Xnnillrs .irrhrnhniniiii- , 1. \\||, |ij). .':',.S «'l l.VK H ^<OIIlllll' qiii* M. 

'l.irijr, 11* iin'iiiu'r Oïlih'iir, ail .'npif «•••- inrît^rijiHoii"^ ii la paiii' 4.'»i iln ' 
nuHTil «lu r. (larlaull, |»ai-^-' de -^a liiMioilirquo Jaiis «'oUe «lu «lorlciir • ' 
el arluolleiin'iil i'<»nrf<TVi' ilaiis la IJibliollin(in» «k» St'iis s»>us le u* t»»l. 
aulrrr» wiil «'Mpic Th. Tarin', >aiis se lioriruT ia pi-iiip de vi'rill«*r le f * 
>ur les rl«M-in'>. Le imciidiu d./s/i.i/v/ iJdiiinr an fondeur 'ne s'y tru^ *" 
iMMrit. 

(1 l'K'lN, !.».»'•- loti.». Kraiir lis 11, 1. >..'.»-! .iiih. .Iran IJtTlrand, |jj7-l-'"* 
4 dcc. 



\t 



— 225 — 

Le l4 mai 1837, jour de la Pentecôte, la cloche Savi- 
nienne fut fêlée au moment où Ton commençait à 
sonner Toffice. L'allongement du baudrier, qui sou- 
tenait le battant, causa cet accident : le battant ayant 
touché plus bas que la partie épaisse , appelée la 
frappe ou le bord, et trop près de la partie mince ter- 
minale appelée la 'pince. Cette fêlure nécessita Tabla- 
tien d*an morceau long d'environ un mètre. L'opération 
fut faite par M. Foin, serrurier à Sens, qui répara 
la suspension du battant, fit faire un quart de tour à 
la cloche et la mit en état de sonner la fête de TAs- 
somption en 1838 (1). Ce travail modifia le son de 
rinstrument (2). 

Eu 1840, le système de sonnerie fut changé par les 
soins d'un jeune homme, appelé L. Chicot (3). Le per- 
fectionnement apporté permettait à huit hommes de 
sonner à toute volée, tandis que précédemment il en 



(1) Les Affiches «/<? Scna du 2U mai ol du '2:J juillet |s37 anuoiuvrLMil 

en prose cl en vers l'arcidiMit supvlmiu. el wiiisidénTcul la rlo«.*lio oniiinc 

hors de scrviru. Celles du J.» aoùl 18;t8 détail lèreui les o[»êrations faites 

ï ]Kir M. Foin. 

I ^.•J} Journal de Sens du 7 mars et du IS avril l«iO. 

» 'Z) M. Didrun, t. XXII, p. 2119, «les Annales arrlu'olinj'uim's^ a niermté, 

t au sujet «le cette réparation, l'anecdote suivante, (fui niaiwiue à la fois de 

vérité et de iKiSsibilité : « J'ai (uiteudu dire qu'où avait, il y a (fuelqucs 

; * aunéfS, rèiKiré tout à fait rv\ aecidenl eu «*oulaut. (l;ins la fei»te, du 

• ■ luét'il ii«.>:ivi;au qui avait fait ror[»>* avec le, mél.il :iuci»Mi. r,e l)r«»?i/n 

\ « bouillant se serait incrusté dans le brouze aneieu eoniuic de la eire 

, « cJiaudc dans la cire froide, «lui so serait auiiiiullie au eoulact. En so 

- refroidi ssaiil, le métal neuf cl le vieux raélal se seraient agglutinés de 

• manière à ne faire qu'une subslanee homogène. Aussi, niaiuli'uaut, ou 

.1 ne verrait plus la fente; mais quand on souue l«' lnnirdiui, on w 

" saisirait tu aucune î&i^m (pi'il y a eu rèlurr. t 

15 



{ 



j 



— 226 — 

en fallait trente-deux. L'auteur de cette transforma' 
tion, fier de son travail, grava sur le cerveau de Savi- 
nienne Tinscription suivante : l. chicot, de caen, âgé 
DE 23 ANS, A REMONTÉ CES 2 CLOCHES L*AN 1840. Avant 
ces modifications, le son fondamental était un la bémol 
suivant M. Tarbé, un /a bémol suivant M. le docteur 
Billon (1). 

Le son fondamental de Potentienne serait fa dièze 
selon M. Tarbé, et sol dièze d'après M. Billon, qui dit 
de cette cloche que c'est l'instrument le plus délicieux 
qu'il soit possible d'entendre et qu'il représente, avec 
le iglus gros bourdon de la cathédrale de Reims, fondu 
en 1570, par Pierre Deschamps, le plus haut degré de 
l'esthétique campanaire en France. 

Assisté de deux habiles musiciens^ nous avons essavé 
de déterminer la note la plus grave de chacune de ces 
deux cloches, à l'aide d'un sonomètre accordé sar 
le diapason normal ; et nous a/ons trouvé, pour Savi- 
nienne , un son très voisin du mi bémol , et, pour 
Potentienne, un fa naturel. Mais comme le proverte 
est menteur et qu'une cloche rend de nombreux sons 
harmoni(|ues du son fondamental, un nouvel expéri- 
mentateur trouvera peut-être encore des résultais 
différents. Le désaccord ne sera qu'apparent et s'ex- 
pliquera facilement. 

Il règne le plus grand désaccord dans l'évaluation 
des poids de ces deux cloches; on en peut juger par ce 
tableau : 



,1) linllrtiii momimcntul^ t. .Mi^ p. 711. Los obaurvuliuus de M. Billua 
•lalfiit (le IH.ib. 



— 227 — 



AUTEURS DES ESTIMATIONS FAITES 
X PRBNANT LA LIVRE COMME UNITÉ 


Safiiifine 


PtUilieiM 


i. Tarbé. — D'après V Echelle de 






Pluche (1). • . . 


35 000 


33 900 


id. — D'après rAImanacii des 






Physiciens de Ton IX 


22 418 


16 129 


id. — Diaprés son évalua- 






lion propre . . . 


29 000 


27 000 


3CHois-LiiBAUx, fondeur, 1838 . . 


21 000 


17 000 


. Chicot, fondeur, 1840 .... 


31 171 


27 730 


— — 1874 .... 


32 400 


29 000 


'' BiLLON. — Bulletin monumental, 






T. 26 


30 000 


20 000 


iax. QuANTix, archiviste de TYonne (2^^ 


23 674 


21 537 


rradition des sonneurs 


32 000 


28 000 



(1) L'échelle dont s'est servi TU. Tarbé, est présenléo par l'abbé Plucho 
ins son Spectacle de la Sature, l. VII, p. 288. édif. do 1875, comme 
fausse échelle campanaire ou BAtou de Jacob, di>s fondcurâ, donnant du 
è{iai3seurs fautives relativement au poids. » 

U planche qui accompagne les explications de l'abbé Plurlic ne con- 
rnc que des cloches de 7 livres à 18 000. 

i'i] Dans sa Notice sur ta construction de In CatJicdrale de Sens, 
Ouaotin a donné les chlATresque nous insérons dans ce tableau, il les 
ise, dit-il, aux sources les plus authentiques et les considère comme 
ritaut toute ounûanco. En suivant ses calculs, uous afriv()ns,romnie lui 
chiflre de 24 400 livres de métal achetées par le Chapitre pour la tmxlc 
Savioiennc, réduites à ?3 074 livres (3 O/o) ii la suite de la fonte ; mais 
'en csi \vïs de même jKjur le poids du métal réuni i>our la cloche de 
ulienno. A 5 208 livres achetées à Paris si l'on joint 4 iJOO livres pour 
oids de deux meneaux et 4 jOO pour le poids de trois autres cloches, 
l'arrivé qu'à I4ô68 livres et non pas à Ïi2(î7l. poids brut, et il r»37, 
ctiou faite de ô o parce qu'il s'agit de métal vieux. Il y a une er- 
ou uû oubli. Les lidèles peuvent bleu avoir contribué \>out quelques 



i 



— 228 — 

Quel sont les véritables poids parmi tous ces chiffres t 
Nous nous garderons d'en ajouter de nouveaux, et nous 
laissons le lecteur libre dans son choix. Les plus forts 
sont ceux de la première ligne, les plus faibles, ceux 
de la seconde. Le fondeur L. Chicot varie peu dans ses 
appréciations , et, cependant, il avait varié sensible- 
ment dans la mesure du diamètre de Savinienne qui 
est do 2 " GO et qu jl donne comme étant de 2 " 960, 
dans le devis qu'il dresse en 1874. 

§ IL LA CLOCHE DE l'aNGELUS ET LA CLOCHE DES MORTS. 

Non loin de ces deux bourdons, à l'étage immédia- 
tement inférieur, se trouvent encore deux cloches, qu'on 
regarde à peine, lorsqu'on monte, pour rendre visite 
aux autres. 

L'une est moderne et rend, en mi bémol, un son qui 
attriste Tiiino et f«*iit qu'on la réserve pour Tannonce 
des cérémonies funèbres. On l'appelle vulgairement la 
C/ochc des Morla. Sou diamètre n'est que de 1 " 14 et sa 
hauteur 0" 90. 

Elle pèse 1552 livres et fut fondue par Pierre Co- 
chois, fondeur, à Champigneulle (Haute-MarneV 

Sa longue inscription nous raconte son histoire : 

- ï/an |x|l>, j'ai été nommée, à la bénédiction, 

luillirrs ik; inûlal i|iii n'ciitroril [las en ligne do complo dauâ le calcul du 
savant anliivislc tîl aiiraiiMit pu groàsir ses rliilTres. A la suUe do celle 
n«)l<- ; Muaiil aii\ «liniciisiMiis priiicipalos do cm rleiix bourdiiiis les voici : 

SaviiiiiMiiK.' , liaiilriir iMl^;^i^Mlr^^ .* " (»s, diamôlre iiift^rieur, 2 ■ ô8. 

l'olenlii'uni-. Iiaul''ui" iiirriitMin*, I '" !.».), dianu'iro iiiforiLMir *2 ■ w:). 



1 



— 229 — 

Louise-Thérèse par leurs Alt**"' Roy'" M' le duc d'An- 
goulême mes || parrain et marraine, représentés par 
M' le comte de Laurencin, anc'» lieut* col''' de dragons, 
ch*' des ordres de S* Louis et de S* Jean de | [Jérusalem. 
maire de la ville de Sens, et par M**» v* Benoist de la 
Mothe, fille de M*^* Jodrillat, donatrice de trois mil 
francs pour me fondre. || J*ai reçu la bénédiction en 
présence de MM" de Formanoir, curé-doyen de Saint- 
Etienue, Blanchet, anc«n officier forestier, Billebault, 
s» Il du Hajr, et Miron, s' de Pont-le-Roy, anc«° magis- 
trat, chr' de la Légion d'honneur, marguillers, repré- 
sentant les paroissiens |[ pour l'usage et au profit des- 
quels le legs a été fait le 20 juin 1818^ dev* Meignen, 
not~ à Bray-sur-Seine. 

« MM. Lombart et les Cochois frùres, fondeurs. » 

L'autre, plus petite, ne pèse que 450 livres ; elle 
présente un diamètre de 0™ 81 et une hauteur de ™ 62. 
Elle rend un son clair et agréable en ut bémol. Son 
inscription est en caractères gothiques, hauts de 
Oni02, disposés sur une seule ligne au-dessus de la- 
quelle se trouve une seconde ligne formée de fleurs de 
lis ; mais c'est tout ce que Ton peut distinguer, le mé- 
tal a, pendant la fusion, brouillé toutes les lettres. 
Peut-être nous aurait-elle donné quelques renseigne- 
ments sur son histoire. En compulsant les délibérations 
du conseil général de la commune de Sens, nous avons 
pu nous convaincre que cette cloche est bien, comme 
le rapporte la tradition, Tancienne cloche placée, avec 
la permission du roi, au-dessus de la porte de Saint- 
Pregts ou porte Commune, pour convoquer les citoyens 



— 230 — 

à Tassomblée (1). C'est cette même cloche que Simon 
Bobard, geôlier des prisons civiles de Sons, en 1564, 
devait sonner chascun jour à neuf heures du soyr, 
demi heure durant, à peine de privation de son estât et 
de ramende, et les maires et échevins devaient le tenir 
cloz et couvert en lad, porte Commune et le fournir de 
cordes. 

§ III. LES TIMBRES DE i/hORLOGE MUNICIPALE. 

Dans la lanterne qui s'élève au-dessus de la Tour de 
pierre, à Tangle S-0. (2), se trouvent les trois cloches 
de Thorloge municipale, dont nous avons parlé dans une 
précédente notice (3), Nous croyons devoir compléter 
ce que nous avons déjà dit sur les trois inscriptions 
qu'on lit sur ces respectables cloches. 

La première, qui sonne les heures, pèse 7 000 livres 
et plus; son diamètre est environ de i "50 et sa hau- 
teur 1 "20 ; sa note fondamentale un fa dièze. 

Elle porte, disposée en trois lignes, l'inscription sui- 
vante, en lettres onciales, faisant relief : 

t NOMEN o VIRGINEVM o DICO o MARIA o MEVM ooo || 
t CHARLES oAYo NOM o POVR o LE© ROY o DE o FRANCE ©VU o 
M o ET o PLVS o POYSE o EN © BALANCE o LES \\ BORQOIS o 
DE o SENS o MONT o FAIT o FAIRE o LAN ©Mo CCC o LX o XM 

(I) Tûvuaii. Cartulnirc Scnonais, édil. G. Jlu.iot, p, 4, l.'i, 41 ol 42. 

('2) Celle lanlorne, étlifiée sous le ponlifical (rAnUjino Duprut, on 1532, 
en remplurnil une autre, ronstruilo on bois pour abriter Thorlogu de Pierre 
Mt'lin, qu'on installa en \'M1. C'est ce qui explique la pr6soDcc, dans wlte 
louri'lle. lie eloelies renionlanl au xiv" siècle, 

{^) \:iIorlo(}i; (le Sens. liullotin de lu Société archéologique , l. IX, 
p. V»8G à 400. 



— 231 — 

oKT o CESTo ORLOGEoOVo lE o SVIS o MISE o DE© LEUR o 
CHATBL o A o LEVE o DEVISE o o o (1). 

Ce texte doit être ainsi disposé et traduit : 

•J- Nomen virgineum dico Maria meum (2). 
"h Charles ay nom pour le roy de France ; 
Sept mille et plus poyse en balance. 
Les bourgeois de Sens m*ont faict faire, 
L*an mil trois cent soixante seize; 
Et cest orloge, où je suis mise, 
De leur chàtel a leur devise. 

Le nom de la Vierge est le mien, je m'appelle Marie. 
Le roi de France Charles m'a aussi donné son nom (3). 
Dans une balance, je pèse sept mille et plus. Les bour- 
geois de Sens m*ont fait faire Tan 137G. Et cette horloge 
dans laquelle ils m'ont placée, du haut de leur château, 
parle à chaque heure (4). 

Cette inscription est placée autour du cerveau de lu 
cloche, elle est écrite en lettres onciales, sobrement, 
mais gracieusement ornées, hautes de 12 millimètres 
pour la première ligne et de 30 millimètres pour les 
deux autres ; chaque mot est séparé du suivant par une 
marguerite. Elle est couronnée d'une guirlande com- 

• 

(f) Les o placés dans cette copie de l'iiiscription tieniieiil la place de 
fleurs de marguerites. 

il) Ce vers peatamètre lêoulu, ({ui, à lui seul, forme la première ligne 
rapimlle, par son harmonie, les sons répétés do la cloche. 

(3; Ce roi de France est Charles V. La filleule de la «linle Vierge el 
du roi s'ftppoUo donc MARIE-CHARLOTTK. 

(V Outro l'horloge delà cathédrale, il y avail jadis, ii Sons, une horloge 
au palais du roi (palais do justice], sur une tour aliénant, et une autre sur 
la porte Notre-Dame. 



— 232 — 

posée de marguerites et de fleurs de lis ordinaires ou 
fleuronnées qu'interrompent quatre petits bas-reliefs : 
deux représentent la sainte Vierge Marie portant 
TEnfant-Jésus et ayant un lion couché à ses pieds ; 
deux autres représentent le Christ en croix avec un 
lion couché au pied de la croix et entouré de quatre 
médaillons où sont flgurés les quatre animaux symbo- 
liques des évangélistes. 

Deux autres timbres, servant à annoncer les divi- 
sions de rheure, sont suspendus, Tun au-dessus de 
Tautre, dans une des baies de la lanterne de pierre. 

Le plus gros présente un diamètre de C^ôS, et sonne 
un sol bémol. 

Son inscription, précédée d'un petit médaillon cir- 
culaire qui semble être la reproduction d'une monnaie, 
est disposée en deux lignes, chaque mot étant séparé 
du suivant par une fleur de lis et l'inscription suivie de 
neuf fleurs de lis. 

t POVKt CHANTEPME t AYt NOMt FRANÇOIS t II t CC t 
LIVRES t OV t ENVIRON t A t EN t MON t POIX -^Tt \ \ l'aN t 
XVII t M i- CCC t LX t POVR t SENS t ME t FIST t lOHAN t 
lOVVKNTE tti-trtttt 

Pour Chanteprime aij nom François. 
2<)0 livres ou environ a en mon poix (1) 
L\in dix sept mil trois cent soixante (2) , 
Pour Sens me fist Johan Jouvente, 

(1) Pour {[uv. celU; li^jue ail la mesure d'un vore do huit pioils, comme le« 
ruis autres, il faut supprimt?r([uaU-c syllabes ol la réduire à : 
Ifcux cents environ à man poix, 
^'2) La date iudiipiéu au troisiùuie vers e^l f377. 



— 233 — 

L'autre a un diamètre de 0™40, elle sonne en la 
bémuL 

Son inscription, précédée d*un médaillon sur lequel 
nous croyons reconnaître saint Pierre, est disposée en 
deux lignes : 

•J- PIERRE tAYtNOMtPOURtCHANTEPMEl CtLtPOISEt 
OVir EN -t- VIRONt SENSt RIME.t lOHANt lOV VENTE t MEt 
FITT PORtSENStL ANt XYH tM fï-t XCCC t 

-f Pierre ay nom pour Chanieprimc, 
c l poise ou environ sejis rime (1). 
Johan Jouvente me fit pour Sens, 
L'an dix sept m. L x. trois cens (2). 

Les caractères de ces deux inscriptions sont des 
lettres onciales hautes de 9 millimètres ; les mots sont 
séparés par des fleurs de lis. 

Les deux parrains, François et Pierre de Chante- 

prime, appartenaient à une famille des plus notables de 

Sens. Le premier était receveur des aides en 1373 ; il 

devint maître des comptes en 1481. II avait épousé 

Regnaulde Blanchet, sœur de Hugues Blanchet, que le 

chapitre de Sens avait élu pour succéder à (iuillaumc 

de Dormans sur le trône pontifical de Sens , et qui 

mourut avant d'être confirmé. Le second était trésorier 

des guerres en 1378. 

(I) Rimc^ est un vieux inot français qui signifie : rriaiUpric, tinta- 
marre, ety dans ce cas particulier, cxafji'ration, 

(-2) Pour arriver à trouver la inusunj, il faut : 1® faire de l'ierre un mol 
liissyllabique ; 2* lier avec élision les valeurs plioiiétitiues de c { et 
pronunofr ccl; J* prononcer Jean au lieu de Jo/mm ; V*doinuT aux sijjjles 
m. r. X. leurs valeurs phonétiques respectives. 

La date qui Ici'nlîae le dernier vers doit ittre (radiple par Will , 



— 234 — 

§ IV. LES ANCIENNES CLOCHES DE LA TOUR 
SEPTENTRIONALE DU PORTAIL PRINCIPAL, VULGAIREMENT 

APPELÉE LA TOUR DE PLOMB. 

En 1565, le Chapitre s'entendit avec un maître fon- 
deur de Pernot en Bassigny pour la fonte de sept clo- 
ches destinées à en remplacer cinq, prises dans la vieille 
tour lors de la fonte des bourdons. Ce fondeur, appelé 
Gabriel Mongeot, devait fournir 25000 livres de métal 
mette et roussette) et recevoir pour salaire 7 100 livres 
tournois. 

Unies à la cloche Marie , qui avait été fondue en 
1524 en même temps qu*une autre appelée Savienne, 
ces sept cloches devaient remplacer l'ancien carillon. 

La fonte eut lieu, de 10 à 11 heures du soir, le jour 
de la fête de saint Louis^ 25 aoiit 1565. On lear donna 
tous les enfants de chœur pour parrains et on leur im- 
posa les noms de Eiiennette, Paule, Colombe, Gervaise, 
Jeanne, Victoire et Madeleine. La bénédiction en fol 
faite le 15 septembre, et le même jour, elles furent mon- 
tées dans la tour. 

Le cardinal de Pellevé en avait composé les inscrip- 
tions. Nous les empruntons à Fenel, qui les avait copiées 
dans le manuscrit de P. Coquin. Nous n'avons pas re- 
trouvé colle de la cloche Marie, qui se fêla, en 1792, en 
appelant à rassemblée les citoyens électeurs de Sens 



Sur la cloche Etiennette, on lisait ce distique : 

Cum fuerit Stephanus divino numine plenus, 
Me Stephanam voluit nominis esse sui. 



1 



— 235 — 

• Rempli de l'Esprit divin, Etienne a voulu que de 
son nom Ton m*appelât Etiennette. *» 



Sur la cloche Paule, deux distiques que nous n'avons 
pu compléter : 

Ipsa rxidis liquido tel lus digesta métallo 
Et prius exanimis, nunc animata sono, 

Nata iterum vestros etiam pia euro sepuUos 
Evehorad cultum Paula sonora Dei (1). 

• De terre grossière, je suis devenue métal liquide. 
J*étais sans vie, maintenant je vis et je parle. Depuis 
mon baptême, mes soins pieux invitent à prier pour les 
défunts. Paule la bruyante a été montée ici pour le 
culte de Dieu. » 

Sur Colombe, ces sept vers faisant allusion à tout le 
carillon : 

Huit sœurs ici sommes de divers so7is. 

Et néanmoins qiiand de Dieu nous chantons 

La grand^honté, la gloire et les louanges. 

Sommes d'accord autant que les saints anges. 

Desquelles suis Colombe surnommée, 

Et pour la foy de mon sang couronnée. 

Toutes faisons un assez beau mélange. 

Cette cloche fut refondue en 1078 sous le pontificat 
de M'"" Jean de Montpezat. On lui donna le nom de 
Colombe-Jeanne. M. le doyen Jacques Boileau (2) en fil 

(!) On trouye comme variante du dernier vers le mol avocut au lieu do 
evehor. On peut alurs traduire : « Et Paule lu bruyante a]JiH.>llc (les vivants} 
au culte (le Dieu.) 

(3) C*él4lc le frère du poète, 



— 236 — 

la bénédiction au milieu de la nef le 6 novembre. Le 
parrain fut le prélat, et la marraine, dame Gabrielle de 
Sernage. M. le doyen lui avait composé une nouvelle 
inscription en prose latine : 

Anno reparatx salut is m d c Ixocviii hanc campanam 
frequentiori puisa fissam ac dirutam ad laudem Dei om^ 
nipoîentis, imposilo ex visu chrisHanorum Columb»- 
Johannœ nomine, illustriss. et reverendiss, archUpisco^ 
pus Senonensis, venerabilis decanus, canonici et capitU' 
lum œre suo duci atque instaurari curavcre. 

« L'an de la récupération du salut 1678, cette cloche, 
fêlée et brisée à la suite de fréquentes vol6es en Thon- 
neur du Dieu Tout-Puissant, a reçu, en présence des 
fidèles, le nom de Colombe-Jeanne. L'illustrissime et 
révérendissime archevêque de Sens, le vénérable doyen, 
les chanoines et Chapitre la firent refondre et renou- 
veler à leurs frais. 



Sur Gervaise, ces six vors français : 

Sus, sus 7nes sœurs, ébranlons -nous. 
Et chantons un Dieu débonnaire, 
Qui les tempêtes fasse taire, 
Et soit à son peuple plus doux. 
Moi, qui suis Gervaise, à tous coups 
Inviter vous vcua' à ce faire. 

Cette cloche se brisa et fut refondue en 1715. Elle 
reçut, comme la précédente, une inscription latine et fut 
bénite par le doyen Fenel : 

llxc campantij in pristinnm decorcm renovata, ad 



ï 



-- 237 - 

gloriam Otnnipoteniis et in honorcm sancii Gervasii^ 
martyriSy benedicta fuit, scdente Senonis Harduiixo pcmr 
tifice, anno m dcc xv. 

• Cette cloche, à laquelle sa beauté première a été 
rendue pour la gloire du Tout-Puissant et en Thon- 
near de saint Gervais, a été bénite sous le pontificat de 
Hardouin, archevêque de Sens, Tan 1715. » 



1 



Sur la cloche Jeanne, ces deux vers latins : 

Fundiie, mortales, mecumpia vota Johanni 
Cui ptacidos fundam dicta Johanna sonos, 

« Mortels, que votre piété adresse ses vœux à Jean, 
moi que vous appelez Jeanne, je lui enverrai mes sons 
plus doux. » 



I Sur la cloche Victoire, qu'on appelait aussi Vic- 
• TORDK, remontant à 1505, un distique, suivi de la signa- 
; ture du fondeur : 

A Victore mco, Victrix mca nomina su w psi 
Angelicos inicr ducerc docta sonos, 
Gabriel Mongcot mr fccit in porticu Capituli Sononfnsls 

1505. 

- Mon vainqueur ni*a <lonné le nom de Vicloiie; il 
m'a apprisse à mêler nia voix aux clueurs (I<îs an^^s. 

•* Gabriel Mongeot me fit, sous le portifjue du Chapi- 
tre de Sens, en 1505. « 

Sur la cloche Madeleine, cet autre distique : 



[ 



— 238 — 

M'jgdolenay satis flisti ; 7iunc voce proccllas 
Discute, da nosiro caniica lœta Dco. 

m Tu as assez pleuré, Madeleine; que maintenant ta 
voix chasse les tempêtes, et chante à notre Dieu de 
joyeux cantiques. » 

§ V. Comment les bourdons sont restés dans u 

TOUR DE LA CATHÉDRALE ET COMMENT LA CLOCHE 
DE LA COMMUNE DE SENS EST VENUE LES Y RETROUVE» 

Nous nous contenterons, dans ce dernier paragraphe 
de transcrire, en en conservant l'orthographe, les dé- 
libérations relatives à notre sujet, et d'y ajouter seu- 
lement quelques notes complémentaires. 

I. Airétc pris sur celui du c. Maure, 
représentant du peuple, pour la dessenie des clochct 

25 brumaire an 2. — Jeudi 15 novembre 1793. 

Il a été fait lecture d'un arrêté du C. Maure, repre- 
sautant du peuple dans le département <le l'Yonne, aux 
citoyens de ce département portant entre autre oho^^ 
et suivant Tart. V que, dans la huitaine qui suivra'* 
publication du présent arrêté, en conformité de la K^ 
du 2:3 juillet d^ les cloches des p'^" de Tétendue à^ 
département de l'Yonne seront dt^scendues à l'exepU*'^ 
d'une de moyenne grosseur qui sera réservé po**' 
Texercice du culte, et d'une autre qui portera le dO^ï 
de civis^jue ta qui sera uniquement destinée à appelle' 
les eitovens a l'exercice de leurs droits, a leurs tr^^i 
v:3aux journaliers et à la célébration des fêtes <■'* 
viques. 



- 239 — 

Surqu'oi délibérant, ainsi que sur tous les articles 
dud. arrêté, et sur celui de Tadrainistration du district 
de cette commune les opinions prise des membres du 
Conseil g^^ et après avoir entendu le C. substitu, le 
conseil gênerai arrête que huit cloches seront dessen- 
due demain 25*"* bruinaire» et que Ton conservera la 
pins grosse de la tour de pierre^ et la plus grosse de la 
tour de plomb, et qu*en conséquence l'adjudication sera 
faite le plus lot possible de Tentreprise de la descente 
desdites huit autres cloches, et qu'elle sera annoncée 
aa son de la caise à tous les cytoyens de cette com- 
mune, lesquels seront invités a se trouver a cette adju- 
dication et reçus à enchérir. 

II. Arrêté portant que les citoyens chargé de la descente 

des cloches seront surveillés 

11 nivôse an 2. — Mardi 31 décembre 1793. 

Le C. maire a dit qu'il croioit qu'il étoit du devoir 
iu Conseil de surveiller les traveaux et op2rations des 
:»*»• adjudicataires au rabais pour la dessonte des clo- 
!hes, qu'en conséquence qu'il étoit nécessaire de nom- 
mer dans le sein du conseil des commissaires adhoc, 
àur qu'oi délibérant, le conseil gênerai a nommé les 
c*'** Hunot ofr" Mpal, Renvoyé Mpal, Bonnet, Benoist 
m** notables qui demeurent autoriser à surveiller les- 
dits c'"* adjudicataires. 

(H^Q. V, f° ')7y verso,) 



— 240 — 

lit. Ail clé pris pour la dessente des cloc/iâs 
2.') nivosc an 2. — Mardi M janvier ITîil 

Sur l'exposé d*un membre que la dessente des clo- 
ches ne s'acceleroit point il a été observé que si cette 
opération etoit retardée la cause du retard provenoit 
de ce qu'il étoit à craindre qu*en otant une des cloches 
de la tour de pierre Téquilibre ne seroit plus observé 
et que la charpente pourroit être entraînée par le 
poids de l'autre cloche destinée à rester ce qui occa- 
sionneroit des accidents considérables ainsi qu'il a 
paru suivant un plan du cit. Person, déposé sur le 
Bureau (1). 

Sur quoi la matière mise en délibération , l'agent n*' 

(1) Co ciloyeii Tursoii, ({uc nous voyons ici concourir avec adresse à la 
condorvation des l>ourdons sôuonai:«, ûlait un habile an;!iitoclo doublé d'OB 
artiste distingué. Kn t7K'j, il ('>lait rliargô do sculpter lo buste de il. le 
inanjuis de Cliairihonas, pour lo plaror dans la sallu (li*s dôlibûrations du 
<:onscil conunuual. Hu 1701, il onsuit^nail la p(>rs]>ecliv(% lu rr>upe des pierres 
ot les cinq ordres d'areliiteclure dans réeole gratuite do dessin fniidêc à Scni 
par M. le nianpiis ih: C.luunbonas, et réunie i>lus tard au (.'«jllègi* niuntcipaL 
11 fiait rareliileete et le rondue.leur des travaux dans la cathédrale. Le 
\ uiii'ii 170:'i, sur la proposition du niairo, M. Méneslrior, il fut chargé, par 
le <u)useil général de la eouiniunt*, du dèuionler le niausolé43 olevé c sur la 
« S(>puliiire des ey-dcvanl Dauphin et Dauphine de France, inhumés dans 
« le eo'ur de la parois-^c ealliédralh?. r II en avait, quelipies jours Aupara- 
vaut, fait di.-paraîlre IS pi|■•l•,•^ i-ii enivre doré, qu'il remit à la fulirlipio le 
:îu .ivril |S0'/. a^(.'c <Iimi\ l».i>-n'lii'rs ru ar:.'<Mit de Thomas (it^rinain, prove- 
nant de la elià-<e d<' sailli l,o:ij). ]•'.[ rr lui s«»us sa direction qu'en 1811 Ir 
mausolée fut rélahli dans le ehoMir. Kn noven:bre et décembre 179», il fui 
depulé par l<' dislriel à Valli-ry p^iur dresser proC'>s-v(;rbal îles dégradalions 
faites u ù un uiouuuitMil ili's aris. » (Toniheau de Henri II, jvriuce de Condé.) 
Il avait desei'udii <>i iiuiucroie |c>^ vitraux de .lean Cinisin qui on i aient Ici 
f''uèli'e^ de rriili.-t! lir Sailli lînuiain, el les avait remisés dans hi riuiuilire 
du cliapilrt' )hiiir les >auver de la di'>lfuelion, ►•le. 



— 24i — 

entendu» le Conseil général arrête que sans aucun re- 
tard on s'occupera des demain de la dessente des clo-> 
ches de la tour plomb et qu*à Tégard de celles de la 
': tour de pierre les gens de lart fourniront dans le même 
I delay leur raport sur la situation de la charpente de 
lad. tour de pierre pour être délibéré ce qu'il appar- 
tiendra. 

Rcfj. V, /> 65 c». 

IV. Arrêté pris que toutes les cloches seront dessendues 

à Vexeption des deux grosses. 

l*' pluviôse an II. — Lundi 20 janvier 1791. 

Il a été fait lecture d'un arrêté de la Société Révolu- 
tionnaire (de) cette Commune portant en autre chose 
que sur robservation d'un Membre de cette Société 
que les artistes avoit déclaré qu'il y auroit du dangé 
pour la charpente de la grose tour a ne conserver 
qu*une des deux cloches de ceux qui y sont renfermé, 
qu*en conséquence elle invitoit le conseil gênerai de 
faire droit à son arrêté qui étoit fondé sur Tarrété du 
département de lyonne qui autorise les différentes com- 
mune a conserver une cloche pour le culte, et l'autre 
pour les cérémonies publiques. 

S«jii talent artistique l'avait fait charger, i>ar la intinicipalilé, de l'orj^a- 

nisalion de plusieurs fôtus civiques, cl d'une autre qui fut Jounée, on tlier- 

mîdfir an Vp à uu ainlKisuadeur lurc ; c'est encore lui «lui, ave«r le concours 

des rituveos Challoset Loogijois, exécuta le monument cummênioratirde la 

mallieurvuso affaire des Loges (t"'mes3iilor an 11, P.» juillet IT'J'*), inaugure 

dans la décode rnômc, ot auquel il mettait lu dcTuièrc main le VJ ventôse 

«D V(I9 mars 1797). 

IG 



i 



— 242 — 

Sur qu*oi la matière mise en délibération, Tavispr 
des membres^ le C. agent n'' entendu, le Conseil gen 
rai a arrêté a Tunanimité que toutes les cloches seroie; 
dessendus à lexeption de celle de la tour de pierre i 
conséquence le Bureau mp*' demeure auctorizer à fai 
exécuter le présent arrêté ainsi que celui de la Socié 
révolutionnaire. 

Registre V, J^ 68 recto et cerso. 

V. Délibération prise sur la prêsenlation du memoi 
des ouvriers adjudicataires de la dessente des cloches, 

23 pluviôse an IL — Mardi 11 février 1794. 

Sont entré les C.C. adjudicataires de la dessent 
des cloches lesquels ont représenté au conseil qa*a 
désirs de la délibération et adjudication du Conseil g 
neral ils avoient fait la dessente des cloches, qu'ils d 
mandoient le payement du prix convenu par laditl 
adjudication étant dépozé sur le Bureau Tétat cy apn 
détaillé et dont suit la teneure. 

Etat des pezées des cloches que nous avons dessend 
pour la commune de Sens. 



i» 


Marie paizantc 


13 500 ** 


2' 


Quenette paizante 


11500 •* 


3 m. 


' Paule paizante 


()()00 « 


4» 


Gervaisse pezante 


4 320 ^ 


O 


Charlotte pezante 


4360 "" 


(jm. 


Victoire pezante 


2 500 ^^ 


■rine 


Magdelaine pesante 


1 730 " 


8 


Marguerite pesante 


1 245 " 



(!)• 



(1) Dana sa Description de l'vulise mOlropolitainc de Saint'Etiennc 



— 243 — 

Plus les trois autres cloches du petit clochet n'ayant 
pas connu leur noms mais pezantes ensemble 975 livres 
ce qui fait un total de 46 730 livres pezant (1). 

Snrqa*oi la matière mise en délibération, Tavis pris 
des membres, lec. agent n*' entendu, le Conseil gênerai 
arrête que les mémoires desdits ce. adjudicataire de la 
dessente des cloches sera vizé, a la charge par eux de 
payer la corde qu'ils ont cassé, et sur l'observation 
qu'ils nous ont faites que les autres cordes manquantes 
ayoient étées volés, il a été arrêté que le c. agent n*"^ sera 
chargé de faire toutes les poursuites nécessaires pour 
découvrir les auteurs du vol des autres cloches (lisez 
cordes) provenantes desdittes cloches, mais qu*a légard 
dé lestimation du prix de celle cassée par lesdits ad- 
judicataires, elle sera estimé par le citoyen Jacquelin 
notable nommé commissaire à cet effet. 

(Registre V,/» 77, r» et o«J 

Sens, M. Tabbé a donou les diilTres suivants qui so rapix)rtout à dus cloches 
de mômes noms fondues bien avant la Bc\oIution. 

CLOCHES 

Etiennetto 

Mario 

Paulb ....... 

Colombe 

Gtfnaiso ...... 

Victorino 

Madeleine ..... 

CliarioUe 

Nous n'avons pas trouvé de rcnseigncracnts sur la huiliùnio cIimîIio déal- 
gnce sous le nom de AfargueritOy et nous conslalons (luo la clociic Colombe 
ne figure pas sur la liste. 

(l}Ce8 trois cloches étaient considérét^s comme ayant clé fondues sous 
le pontifical de l'évôqae Sévin, à la fin du x* sièclo. 



l'Oins 


KONDUES 


on livies 


en 


I7.7H4 


IGJ'j 


II.OUU 


t:>',»4 


7.000 


IjOô 


H.ÛOO 


ir,78 


0.000 


171.) 


4.000 


1771 


3.000 


1 M).*. 


:j.ooo 


I«i77 



— 244 — 

VI. Arrêté portant que la cloche déposé chez ic c» 
Thibault sera replacée à la tour de plomb 

21 messidor an III 

Le c*" Maire a représenté au conseil qu'il existoit 
dans la maison ditte t:y devant hôtel de ville et appar- 
tenante actuellement au c*"" Thibault une cloche qui j 
avait étée dépozée, que cette cloche étoit autrefois la 
cloche ditte de la Commune, qui servoit a rassembler 
les ccy"" en cas d'alertes, quelle étoit autrefois placé 
sous la porte commune. 

Surqu*oi la matière mise en délibération, l'avis pris 
des membres, le procureur de la Commune entendu, le 
conseil g''^ arrête que cette cloche sera replacée dans 
la toure de plomb, pour servir, à être sonnée lorsqu'il 
s'agira d*assembler les cc)^°* ou d'annoncer quelque 
aller tes. 

(Registre VI, f^ 78, o*».; 






DÉSIGNATION DES BIENS 



DU CI-DEVANT COUVENT 



DE SAINT-PIERRE-LE-VIF 



Messieurs, 

On ne saurait nier Tintérêt qui, de nos jours, s'at- 
tache à la connaissance approfondie d*une époque, 
dont un siècle à peine nous sépare ; chaque jour il va 
i grandissant, au fur et à mesure que la curiosité du 
\ public est, sur quelques points, satisfaite ou même 
i simplement éveillée. 

j Nos pères et nos grands-pères nous ont raconté 
; des légendes qui se sont formées on ne sait comment, 
I et des faits qu'eux-mêmes ont vus et accomplis. D'autre 
part, de tous côtés s*exliument des mémoires sur la 
période révolutionnaire et sur Tépopée impériale ; tous 
sont lus avidement, quoique beaucoup n'aient pas été 
écrits en vue de la publicité, et que certains autres 
aient été confectionnés après coup, comme ils en por- 
tent la preuve. Mais ceux qui les détiennent, soit dans 
an but personnel, soit pour rehausser Téclat de leur 
famille, ou encore pour sacrifier à la mode du jour, 
s'empressent de les sortir de leurs archives. 






— 246 — 

Ne les blâmons pas ; encourageons-les, au contraire; 
la critique historique ne demande qu'à s'appuyer sur 
des documents, aussi ne doit-elle en négliger aucuns, 
même insignifiants en apparence. Un point ignoré oa 
douteux peut être dévoilé et mis en lumière ; des 
mœurs, des coutumes, des usages spéciaux peuvent être 
révélés par Ténoncé d*un fait, souvent peu intéressant 
par lui-même, par le récit d*une simple anecdote. 

C*est animé de cet esprit que j'ai pensé qu*il serait 
de quelque utilité pour Tlnstoire locale et de quelque' 
intérêt pour notre Société, de publier un document,— 
je le crois inédit, — relatif à l'ancienne et célèbre 
abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens. Il s'agit de 
l'acte en vertu duquel les immeubles qui la com|M>- 
saient cessèrent d'appartenir à la famille de LoiDénie, 
et faisant connaître, en les décrivant, l'état des lieux 
au moment de l'aliénation. 

Dans la savante et très attachante étude que notre 
Société a eu Tainiable attention de distribuer récem- 
ment à tous ses membres (1), notre érudit et trop 
modeste collègue, M.Joseph Perrin, nous a montré le 
cardinal de Brienne parvenu au sommet des honneurs, 
rétrogradant sur le chemin parcouru et devenant 
évéque constitutionnel de ITonne. Il nous l'a montré 
de déchéance en déchéance, et, malgré toutes ses ab- 
dications, mourant, — de frayeur peut-être, empri- 
sonné dans la maison de cet antique monastère qaî\ 
avait détruit et dont il avait rasé le vénérable san- 
ctuaire. (1^' ventôse an II, — 19 février 1794.) 

(i) Le cardinal do Loménio de Brienne, archevô(;(ue de Sont. 



— 247 — 

Ce qu'il en restait ne demeura pas longtemps dans 
d patrimoine de sa famille ; et fut aliéné le 15 fri- 
naire an VII (5 décembre 1798) , à la suite d'une en- 
chère déposée au greffe du tribunal civil de la Seine, 
le 15 vendémiaire précédent (4 octobre 1798) , par 
lean-Baptiste Lefebvre-Rochefort, homme de loi, de- 
meurant à Pariîi, rue de Seine, n* 27 et 1375, section 
de rUnité. Il agissait sur les poursuites et diligences 
d'Alexandre-Louis-Henry Mailly, fondé de pouvoirs 
deCharles-Eléonore(5îc)Carbonnel-Canisy, tuteur de : 
!• Adrienne-Hervé-Louise et 2® Anne-Charlotte-Con- 
lUnce Carbonnel Canisy, ses petites-filles, enfants 
nineares de Marie-Anne-Charlotte Loménie, «^ son 
décès épouse divorcée de François-René-Hervé Car- 
bonnel-Canisy, leurs père et mère, et seules et uniques 
héritières de leur mère, qui, — M. Perrin nous Ta 
raconté, — périt sur la guillotine le même jour que 
Madame Elisabeth de France, labbé de Champber- 
trand, le coadjuteur de Sens Martial de Loménie, et 
de nombreux Sénonais. (21 floréal an II, — 10 mai 
1794.) 

La maison mise aux enchères appartenait à M""* de 
Canisy, nièce du cardinal de Brienne, comme seule hé- 
ritière de Louise-Anne-Constance Poupard in d'Amanzy, 
veuve de Paul-Marie-Charles de Loménie, laquelle s*en 
était rendue adjudicataire au district de Sens, suivant 
procès-verbal du 1" juin 1793. 

Quoiqu'il ne soit parlé, dans cette origine de pro- 
priété très sommaire, que de la maison, il faut en- 
tendre, je crois, tout rétablissement subsistant, ayant 
'ait partie de l'abbaye ; la désignation qui suit le dé- 



f 



~ 248 — 

montre clairement, je la transcris textuellement, l'in- 
térêt de la communication que j'ai Thonneur de faire 
à la Société, étant dans cette description détaillée. 

« Désignation des biens composant l'objet de la pré- 
sente vente, savoir : 

M La maison composant le ci-devant couvent de 
Pierre-le-Vif, situé à Sens, au bout du faubourg Sari- 
nien, et consiste en différens corps de bàtiroens, une 
première et seconde cour, des écuries, une basse-co«r 
à volailles divisée en deux parties, un grand jardin 
c^mplanté partie en potager, partie en vignes, partie 
en foin artificiel et partie en bosquets, le tout cont^ 
nant sept hectares y compris les cours et bàtimens. 

« L'entrée de ladite maison consiste en une porte 
cochère, une porte cavalière sur la première cour* 
droite en entrant, un corps de bàtimens sur toute 1* 
longueur de la cour. 

« Ledit bâtiment divisé savoir : un logement de po^ 
tier composé d'une chambre à feu et de <leux cabinets, 
cave voûtée dessous. A la suite sont plusieurs remis<*i 
une vacherie et un grand «grenier sur le tout. A gaucb* 
en entrant dans ladite cour, un corps de bâtiment seiD' 
blable au précédent dans lequel sont des écuries pour 
<les chevaux et plusieurs pièces à leur usage et plu- 
sieurs cabinets en entresol, un passage pour communi- 
quer à la cour desdites écuries. Ensuite une grande 
pièce destinée pour un(î orangerie, grand grenier à foia 
sur le tout. 

« La cour des écuries est divisée en deux parties, 
dans la deuxième partie sont h'S latrines, une fosse à 
fumier et un puit. En retour du(Mt bâtiment, une aile 



— 249 — 

construite le long du chemin sur lequel est l'entrée et 
sar la largeur de la cour des écuries ledit bâtiment 
composé d*nn rez-de-chaussée, premier étage, grenier 
au-dessus. Le rez-de-chaussée divisé en plusieurs pièces 
à Tusage des écuries, le premier étage divisé en plu- 
sieurs pièces pour les domestiques des écuries, cage 
d*escalier pour arriver au premier étage et grenier. 
Les deux susdites cours sont séparées Tune de l'autre 
par un mur de clôture et fermées par les bâtiments et 
mur de clôture. 

« La première et deuxième cour sont séparées Tune 
de l'autre par un mur d*appui, les deux extrémités 
dud. mur d'appui se terminent â deux pavillons for- 
ï mant avant-corps aux deux corps de bâtiments sur la 
\ i^ cour; les deux pavillons sont construits sur la 
1 deuxième cour. 

« Dans le pavillon à droite en entrant sont une 
• grande pièce servant de buanderie, ensuite une laiterie 
et un passage qui conduit â la vacherie et un angar 
depuis ledit pavillon jusqu'au mur de la ferme; devant 
led. ajigar sont les deux basses-cours â la volaille dans 
lesqnelles sont plusieurs poulaillers. Les deux susd*^ 
cours ne sont séparées l'une de Tautre que par un mur 
d*appui et un treillage au-dessus. 

« Dans le pavillon à gauche, sont une chambre â 
feu servant de bibliothèque, derrière, un logement de 
jardinier composé d'une chambre à feu au rez-de- 
chaussée et un escalier qui conduit â un cabinet et au 
grenier au-dessus. 

« La deuxième cour est formée par le mur d'appui 
qui le sépare de la première, en face, par le principal 




Vmé* à mmè iaInBerîe : toute-< I-- 
N^ tm arrit^. A fnucbe Ji. 
MS doni l'iiite serran! 
. Ml «aolMT et deux autrv^ 




— 251 — 

^e rez-de-chaussée divisé : 1"* en une grande pièce à 

hemiuée et four, cabinet à côté dans lequel est une 

mirée de cave ; 2* un corridor sur la cour dont va être 

^rlé, au dessus dudit corridor plusieurs cabinets en 

eutresol; 3* une pièce servant d*antichambre ; 4* salle 

à manger; 5"* salle de compagnie; &" salle de billard, 

les cinq dernières pièces sont ornées de menuiseries 

de hauteur d'appui, le tout peint en couleurs de bois 

de différentes espèces. 

Le premier étage divisé en quatre chambres à feu 
et plusieurs cabinets, dans plusieurs chambres il y a 
des lambris d'appui« un grand corridor au devant des 
dites chambres. 

• Un pavillon à Textrémité du susdit bâtiment for- 
mant une aile en retour composé comme les précédents 
d'an rez-de-chaussée, cave dessous, ledit rez-de-chaus- 
sée divisé en deux chambres à feu et plusieurs cabinets; 
le premier étage divisé comme le rez-de-chaussée ; un 
grand escalier qui communique à celui des bâtimens 
sur la cour par les corridors. Il y a une distribution 
dans le comble dans le grenier composé de plusieurs 
chambres et cabinets tous en menuiserie. 

« Dans Talignement il y a un corps de bâtimens cou- 
^ers en mansarde dans lequel sont plusieurs petites 
pièces, entre autres une salle de bains et à la suite une 
grande vinée. Dessous la mansarde est une distribution 
le quatre chambres à feu, un corridor et plusieurs ca- 
inets; le dernier grand escalier communique aux sus- 
ites distributions. 

«4 Les susdits bâtiments sont tous couverts en tuiles. 
• :^°* Lies terres labourables consistent en deux hec- 



L^ 



— 552 — 

tares environ, au tinage du'iit Pierre-le-Vif, (tép<jn<)aiil 
des cj-devant treize prestres de Sens, cy-devant affer- 
mées à François BiSTar (ou Bissar), et autres et sous ai- 
modiées par ces derniers par acte passé devant Hélye, 
notaire ÂSens, le vingt-cinq mai 178(i. 

" Ainsi que le tout se poursuit et se comporte, Wi 
qu'en jouissent leadits mineurs et qu'il a été acquis jiw 
leurs auteurs, sans être tenu du plus ou du moins "le 
mesure et ù autre garantie à cet égard que celle stlpuliie 
et énoncée eu leur faveur ou en celle de leurs auteurs 
par les dits titres et prucès-verbaux , n'entenilanl 
vendre et aliéner que dam les mêmes termes et stricte- 
ment les mêmes objets que ceux y exprimés • 

L'adjudication fut prononcée, comme il a été dit, I' 
15 frimaire an VU, â l'audience des criées du tribon»' 
civil du département de la Seine, tenue par le ciloyc" 
Chiniac. juge, au profit du citoyen Lefe livre- Rochefort- 
agissant pour le citoyen Ambroise Fillemin, moyenn»"^ 
la source de 18250 francs outre les charges, 

Parmi celles-ci, dont l'énuraération ne présenter' 
aucun intérêt pour la Société archéologique, j'en rel< 
cependant une : celle de servir une rente annuelle 
viagère de 600 francs, ■ dont sont débiteurs les mm 
de Canisy isic), comme héritières de leur mère, i 
François Dubourg et Jeanne BiUy, sa femme, demi 
à. Sens, ladite rente constituée sur leurs deux tâtes 
contrat passé devant notaires â Sens, le "2 ventôse 

(2U février 1794) et au moyen de la présente obli 

tion, est-il dit, l'adjudicataire demeure quitte d' 
somme do six mille francs sur son prix, A compter 
10 vendémiaire an VU. - 



— 253 — 

Je me permets aussi, messieurs, d'attirer votre atten- 
tion sur le nom du lieu dit attribué aux deux hectares 
de terre labourables comprises dans l'adjudication; ils 
sont situés au finage de Pierre-le-Vif et dépendent des 
cy^devant treize prestr es. 

S*agit-il d'une dénomination de circonstance qui sem- 
blerait indiquer qu'au moment de leur dispersion les 
I noines de la communauté de Saint Pierre-le- Vif étaient 
I réduits à treize membres, ou d'une désignation ancienne 
et difiScile à expliquer, comme la plupart de celles que 
Je cadastre a plus ta^^d employées pour les lieux dits. 

Je ne saurais trancher la question que je livre aux 
recherches de mes collègues (1). 

E. DU Basty. 



(If II rt^siiltc des ronsciguuinenUi ruuriiis par diviTs membres de la 
Société que la aitualion des immetililes est au lieu di^igné, bien anlérieu- 
remcnt à r(t|)rjque qui nous occui>e, sous le nom de Quartier ou lieu dit 
dn Treize Prôtres, 



— 255 — 

II. — Une inscription du pavage de la chapelle 
de la Sainte^ Vierge dans la cathédrale de Sens 

Sar an carreau du pavage de la chapelle de la Sainte- 
ierge, dans la cathédrale de Sens, à main droite, on 
t ces quelques mots : 

lOHANNES 

VIEMONT 

CANON 

23 AVG. 1574 

Traduction : Jean Viémont, chanoine, 23 août 1574. 

On ne peut être plus laconique, il faut même devi- 
ner que c*est là une inscription tumulaire et que la date 
est celle de la mort de ce chanoine. On n'est nullement 
renseigné sur la compagnie ou le chapitre auquel appar- 
tenait le défunt. 

III. — L'épitaphe primitive du même personnage 

Heureusement pour nous, notre curieux anonyme a 
copié autrefois lepitaphe primitive gravée sur la tombe 
€0 cette môme place, et sa copie est parvenue jusques à 
nous. 

Ci-gist vénérable et scientifique personne M" Johnn 

^iedmont, prêtre, chanoine de Sens, fiul a fondé la fête 

^emirannuelle de la Présentation N, I). et fait faire /\vc' 

^el de pierre et cloison de cette chapeUr^ lequel décéda le 

^iy jour d'août 1571. Priez Dieu pour lui. liibl. niit. 

frV. 8 225, p. 27. 

Elle nous apprend que le vénérable chanoine apparte- 
lait au chapitre de Sens, qu'il avait été ordonné prêtre, 



— 256 — 

qu*il était dévot serviteur de la sainte Vierge, dont il 
avjit fondé une fête scmirannuelle, qu*il cultivait les 
lettres et les sciences et que son amour pour les beaux- 
arts se joignant à sa dévotion Tavait entraîné à faire 
exécuter pour la chapelle où il fut inhumé *• un autel de 
pierre et une cloison, » et que la date précitée est bien 
celle de sa mort. 

Remercions notre curieux de nous avoir transmis ces 
détails précieux bien qu*incomplets ; mais reprochons 
lui d*avoir négligé de copier l'image du défunt à la- 
quelle cette inscription servait de cadre. On est toujours 
heureux de pouvoir contempler Timage d'un homme qui 
a passé sur la terre en faisant le bien. On voudrait 
aussi savoir combien d'années Dieu Ta laissé dans la 
compagnie de ses semblables ; mais, surcepoint, Tinscrip* 
tion primitive est aussi muette que celle qui l'a rem- 
placée. Ne désespérons pa5, cependant; de mieux connaî- 
tre le vénérable et scientifique chanoine : un chercheur 
a parfois la main heureuse. 

IV. — L* autel de pirrre de In cimpelle Notre-Dame 

Nous vouons d'appiVMidrfî que Jehan Viedmont avait 
fait faire pour la chapelle de Notre-Dame un autel de 
pierre. Cet autel existe encore; il a trouvé grâce de- 
vant les hommes qui ont mutilé tant de statues dans 
la cathédrale de Sens, cet autel au-dessus duquel on 
lisait autrefois : altark privilp:giatum. Il n'a reçu 
d'autre modification (lu'une épaisse couche de peinture 
l)laiich(i à l'huile empâtant les détails des sculptures. 
Sa longueur est de 2 "*(iO; sa hauteur d'environ 1 mètre. 
Sa face antérieure présente, en un bas-relief assez raé- 



I 



— 257 — 

!, il est yraiy la Malédiction du serpent après la 
chute d'Adam. 

A gauche» on voit quelques édifices groupés sur des 
rochers» puis une plaine dans laquelle s*élève un arbre 
géant : Tarbre de la science du bien et du mal, que le 
Seigneur avait tiré de la terre au milieu du pai*adis. 
(Gen. II, 9.) A terre, est une plante extraordinaire, don- 
nant naissance à un long fruit unique qui s'entrouvre 
et laisse voir une série de graines rondes de grosseurs 
-graduées • Dans les branches de Tarbre, on voit le ser- 
pent» cet animal le plus rusé de tous ceux qui vivent 
sur la terre. (Gen. III, 1.) La partie antérieure de son 
corps présente Tapparence d*une jeune figure humaine, 
mais le reste de son être enveloppe de ses anneaux le 
tronc de l'arbre (1). Â mesure qu'il entend la terrible 
malédiction de son créateur, sa métamorphose s*opère. 
Et celai qui prononce cette terrible malédiction est là 
debout à notre droite, la main étendue vers le serpent 
tentateur* Vêtu d'une robe et d'un manteau aux plis 
trop nombreux que le vent soulève, il vient de sortir 
d'un riche palais qui, sans doute, figure les cieux. 

A peine achève-t-il son discours, dont la dernière 
phrase est gravée sur la pierre (2), que^ dans le fond 

(i) Celte roprôsaatatioQ du démon su rcirouvc dans un tableau de Ra- 
phaël : Adam et Eve; on la retrouve dans uno fresque du cimetière de 
Salnte-AgDÔs, mais, dans cette dernière peinture, la tùle humaine est hi- 
deuse. 

(2) Quia fecisli hoc, malcdictnses intcr omnia animantia et bcstias terru* ; 
super pectus tuum gradioris et tcrram comcdes cunt^tis diebus vit;e tu.e. 

Inimicitias poaam inter le et mulicrom et scmen tuum et semeu illius; 
îpsa coDleret eaput tuum et tu insidiabcris calcaueo cjus. (Gen. III, 14 et 
15.} 

17 



— 258 — 

du tableau, apparaît une jeune femme portant un enfant 
dans ses bras. Cette femme, c*est la \ierge immaculée, 
Marie, serrant contre sa poitrine Jésus, son divin en- 
fant, le futur sauveur du monde. 

V. — La cloison de la même chapelle^ aujourd'hui 

le rétable de V autel 

Que faut-il entendre par la cloison mentionnée dans 
répitaphe 7 Est-ce une clôture de la chapelle? Des chro* 
niqueurs sénonais ont écrit que la clôture de cette cha- 
pelle était une balustrade percée de deux portes : lune 
donnant sur le transept et l'autre sur le bas-côté ; mais 
aucun n*en a dit plus long. Il est probable que la clôture 
dont ils parlent aura disparu au xvm* siècle, lorsqu'on 
posa ces belles grilles ouvragées que nos architectes 
modernes enlèvent de Tédiâce, à mesure quMls font dis- 
paraître les chapelles, pour les remplacer par des ré- 
duits sans style et sans nom. N'ayant trouvé aucan^^ 
description de cette clôture, nous n'en saurions parler^ 

Notre première idée a été et est encore que ces mo%^ 
la cloison de cette chapelle désignaient le retable , ou, ei? 
employant une expression duxvi* siècle la contre-table 
de Tautel, véritable cloison qui sépare la chapelle de la 
sacristie particulière à cette chapelle établie dans son 
abside. Nous allons décrire cette conlre-table, qui nous 
parait être certainement la cloison due au vénérable 
chanoine^ à laquelle nous donnons aujourd'hui le nom 
de rétable. 

Derrière Tautel, et sur toute la largeur de la chapelle, 
se superposent trois ordres d'architecture des plus 
riches. Ils surit placés en avant d'édifices variés, sculp* 



— 259 — 

tés en bas-relief. Le tout a été revêtu, en 1834, d*une 
couche de peinture à Thuile singeant des marbres 
jaunes et blancs et rehaussés d*or en certains en- 
droits. 

Au premier étage, derrière le tabernacle bien plus 
moderne que le rétable et Tautel , on volt une fausse 
porte en bas de deux édifices analogues à des temples 
grecs, et au*dessus, un nuage supportant la sainte 
Vierge Marie, TEnfant-Jésus et des anges. 

A droite : 1® un bouquet de lis dans un vase, au pied 
duquel se trouve une plante semblable à celle qui pousse 
au pied de Tarbre de vie sur le devant de Tautel ; 2° la 
margelle d'un puits ombragée par deux ceps de vigne 
auxquels une amphore est suspendue. Au-dessus de ces 
deux sujets, un nuage supportant Dieu le Père bénissant 
et trois anges. 

ÂQ deuxième étage à gauche, dans la baie d'un arc 
de triomphe, on voit une étoile, une tour et un rosier 
dans un vase. On lit, dans le voisinage, trois litanies 
de la sainte Vierge correspondant à ces images : Stella 
matutina, Turris Davidica, Bosa mystica, A droite, une 
ville bâtie sur une montagne et partagée en deux par un 
pilastre. Au pied d'un escalier qui permet de monter à 
cette cité, on lit cette autre litanie : Janua cœli. 

Le milieu de ce deuxième ordre est occupé par une 
niche dorée, dont la voûte, semée d'étoiles, se perd 
dans le troisième étage , plus étroit que les autres. 
On y a placé une fort belle statue en marbre blanc de la 
Vierge mère debout (1). Depuis quelques années, on a 

(I) CoUe statue a été commaudéo par S. E. lo cardinal de Luynus au 
sculpteur Lorta, élève du G. Ânt. Bridan. Il Tavait fait placer dans la cha- 



^ 260 — 

fttls ùa rosaire entre les mains de cette statae, et au* 
totir de la niche on a substitué à Tinscription : altare 
ptiiviLKGiATUM celle-ci : autel privilégié du rosaire. 
A droite de Tautel, une baie qui donne accès dans 
tine sacristie est fermée par une porte en bois dont les 
Sculptures sont en harmonie avec celles qui Tavoisinent. 
' Pour établir cette contre-table, Jehan Viémond fut 
Dbligé, diaprés nos chroniqueurs, de déplacer une ma- 
done en grande vénération depuis les premières années 
au xiv^ siècle. C*est celle que Ton voit dans cette même 
chapelle, adossée au pilier du bas-côté et devant Itb^ 
quelle brûlent continuellement des cierges. Nous et^ 
parlerons plus loin. 

VI. — Le maître-autel de l'église d'Etigny 

et son rétable 

Delà chapelle Notre-Dame de Sens, transportons-no m^s 
dans le sanctuaire de Téglise paroissiale de la Sainte- 
Trinité à Etigny, pour y examiner l'autel et son réta- 
ble. Comme dans le sanctuaire que nous venons c3e 

pelle de Nolro-Dame do Lorelto, aujourd'hui du Sacré -Cœur, et voulut dlm 
eniorrù à ses pieds. Sauvéi) pcndaut la Hôvolulion, au moment do la tîo/a- 
tiou sacrilùgo de la sépulture du cardinal, elle fut, le 3 mai 1824, mise sur 
le maître-autel de lu calliédrale à la place d'une statue en bois qui ne coa- 
venait en aucune manière et qui choquait les youx do tous ios étrangers et 
des rx)nnaisseurs qui visitaient les objets d'art de l'église. Cetto Statue ram- 
plaçait celle d'un ange en bronze doré haute de cinq pieds, d'une figure 
et d'une fornie admirables (jui soutenait la Sainte-Goupo au-dessus de l'au- 
tel. Elle ^lt sans doute enlevée do cet endroit, on 18'28, lorsqu'un plaça sur 
l'autel le tabernacle en cuivre doré qui s'y trouve onoore aujourd'hui, et 
montée, dans lo rélablu où elle se trouve, par ordro do Mgr do Cosnac^ 
lorsqu'il lit placer les douze grands chandeliers dorés du ma!lre-aatel et 
restaurer la chaiwll'j de la Sainte- Vierge, en 18.17. 



— 261 — 

qaitter, nous trouvons des bas-reliefs ornant et Tautcl 
et la cloison qui sépare le sanctuaire de la sacristie, 
établie dans Tabside. Etudions d'abord la contre- 
Uble. 

Elle se compose actuellement de trois pièces distin* 

êtes : au milieu, un calvaire très mutilé et, depuis ses 

mutilations, entièrement enduit d'une couche uniforme 

d'une peinture à Thuile couleur de bois. La croix s'élève 

très haut en avant d'une ville aux édifices nombreux ; 

la sainte Vierge et saint Jean sont au pied de cette croix 

plantée au milieu de pierres, parmi lesquelles on dis« 

tingueun crâne et des ossements humains. Ce bas-relief 

est dissimulé derrière un tabernacle mobile en bois, at-^ 

tendu que la partie qui aurait été visible a totalement 

disparu, emportant la tète et les deux bras du Christ, le 

titulus et les deux bras de la croix. Ce qui reste du 

^'irista été brisé à plaisir, ainsi que les doux statuettes 

«Je saint Jean et de la sainte Vierge Marie, à ce point 

î"'il serait difficile do distinguer laquelle de ces deux 

images serait celle do la sainte Vierge; mais l'artiste a 

suivi la tradition : V\xn des personnages a les pieds 

chaussés et l'autre les pieds nus. 

La présence de ce bas-relief mutilé, entre deux autres 
restés intacts, nous donne à supposer qu'il n'a pas été 
P^acé là en même temps que le reste du rétable ; mais 
c[Ue pouvait-il y avoir dans ce vide ? Peut-être un 
tabernacle surmonté de cette sculpture qui parait être 
delà même époque que Tautel, c'est-à-dire de 1565. 

A droite et à gauche sont deux niches identiques de 
i"!? de largeur sur 0"75 de hauteur, creusées cha- 
cune entre deux pilastres corinthiens qui supportent les 



— 262 



impostes. Dans chacune de ces niches et faisant corps 
avec elles, se dressent cinq statuettes de 0" 65 en hant- 
relief. Malgré le peu de mérite de ces images, ToBil 6st 
attristé et révolté de voir tous les nus badigeonnés 
en rose, les cheveux, les barbes, les sourcils et les pru- 
nelles en noir, les vêtements en bleu de Prusse, 1«* 
mitres en jaune, une draperie qui règne à la voftte ^^ 
vert réséda et l'architecture toute entière de teinta* 
rouges et jaunes, à l'aide desquelles le malheureux a*^' 
teur de ce barbouillage a cru imiter des marbres. O^ 
lui pardonnerait peut-être s'il avait employé de la pei ^' 
ture à la colle; mais le misérable s'est servi de peintu ^^ 
à l'huile, et il ne l'a pas ménagée. 

Des inscriptions, gravées aux pieds de ces statuette^^*' 
viennent heureusement à l'aide du visiteur qui ve^^* 
connaître les noms des saints patrons honorés par I 
habitants d'Etigny. A gauche, nous trouvons : 

!• S. lEAN BAPTISTE. Il est revêtu d'une tuniq 
intime de peaux de bêtes serrées à la ceinture et d' 
ample manteau noué sur son épaule gauche. Dans 
mains, il porte un agneau. 

2* S. ESTIENNE. Revêtu d'une aube et d'une da 
matique, il porte un livre dans sa main gauche et u 
palme dans sa main droite. 

3* S. SEBASTIAN. Il n'a pour tout vêtement qu'un 
bande d'étofTe nouée à sa droite autour des reins. Se- 
mains sont liées à un tronc d'arbre : la droite au-dessu 
de sa tête et la gauche derrière son dos. 

4* S. VIN'CENT. Dans le même costume que le pro 
tomartyr, il porte un livre dans sa main gauche et de 
pampres et des raisins dans sa main droite. 






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5* S. BLÂISË. Il n*a, comme saint Sébastien, qu*une 
^^intnre; mais elle est nouée à gauche. Sa tête est 
coiffée (i*aae mitre et ses mains sont attachées der- 
^reses reins à un tronc d*arbre. A sa gauche se voit 
^ne colonne. 
A droite : 

i*S. ANTHOINE. Il porte une robe longue, serrée 

^ la ceinture, un scapulaire et un manteau à capuchon. 

I' tient un chapelet dans sa main droite et une crosse 

dans sa main gauche. A ses pieds, un cochon et une 

flamme qui sort de la terre. 

Les quatre saints qui suivent sont mitres et revêtus 
d'ornements pontificaux. 

2*3. NICOLAS. II. tient sa crosse de sa main gau- 
che. A ses pieds sont trois enfants dans un baquet. 

3* S. M.\RriN. Il porte un livre dans sa main droite 
^t ane croix processionnelle dans sa main gauche; ses 
mains sont gantées. 

4* S. GLAVDE. Il bénit et tient un livre dans sa 
main gauche. 

â* S. CLER. Il tient un livre de la main droite et 
^Qe croix processionnelle de la main gauche. 

IJien que le vocable de l'église soit la Trinité, les 
'"^tes d'Etigny sont la Saint-Martin et la Saint-Cler. 
Sur les impostes qui couronnent les deux niches, on 
*^ les inscriptions suivantes : 

JI.Û- VN SEVL DIEV TV ADORERAS ET ....^ 
AIMERAS PARFAITEMENT 

l5Qg MAITRE lEllAN VIEMOND CURÉ DE CEANS A DONÉ . ^^ 
GESTE CONTRETABLE PUIEZ DIEV POVR LVY 



i 



— 204 — 

Cette dernière inscription nous apprend que ce ré- 
table est d& à la libéralité d'un curé d'Etigny portant 
les même nom et prénom que le chanoine inhumé dans 
la chapelle de la Sainte-Vierge de la métropole. Le | 
nom présente, il est vrai, quelques variantes : à Eti- 
gny, c'est Viemond curé de céans; à Sens, c'est actuel- 
ment Viemoni, chanoine; sur Tépitaphe primitive, 
Viedmont, pnHre, chanoine de Sens. Victor Petit et 
M. Quantin, en copiant les inscriptions d'Etigny;ont 
écrit à leur tour Vé-mond et Vernond (1); robitoairo 
du Chapitre de Sens, dressé par le doyen Fenel, porte 
au 23 août la mention : Jlac die, anno 1574, obiii Johan- 
nes de Vielmont, can. B. Marix. Si le nom propre va- 
rie, le prénom reste invariable, et nous n'hésitons pas 
à reconnaître, dans ce curé d'Ëtigny, amateur des 
beaux-arts, et donateur de cette coniretable en 1565,1e 
chanoine qui fit faire Y autel de pierre et cloison delà 
chapelle Notre-Dame de Sens, mort en 1574. Il est 
vrai que Tobituaire du doyen Fenel le qualifie de cha- 
noine (le Notre-Dame, tandis que sur sa tombe il est 
dit chanoine do Sens; mais il est facile d'expliquer 
cette dernière variante. Les chanoines de Notre-Dame 
créés Tan 1188, par Gay de Noyers, archevêque de 
Sens, étaient tirés des enfants de chœur, qui montaient 
de degré en degré et étaient tenus de se faire recevoir 
prêtre dans Tannée de leur nomination. Ils étaient 
méprisés des grands cJianoinvs ; mais à la demande de 
Giles Cornu, archevêque de Sens, une bulle du pape 



(I) Aiiiiu.ih'c ilr lYnniio., LSiS, p 1H\J, v.{ ïît'pf.rloira nrchàolfHjinue dn 



— 265 — 

Innocent IV, datée de Lyon, le 1*' avril 1245, mit les 
chanoines de Notre-Dame à peu près sur le même pied 
que les chanoines de la cathédrale. « Hoc tamen salvo 

• qnod quantum ad locum obtinendum in choro, vel in 

• capituloy yel in ecclesia, yel in capiendis prebendis 

• posteriores existant. In processionibus, ordinem ser- 

• vabunt antiquum, etc. «• 

L*obituaire écrit par le doyen du Chapitre métropo- 
litain lui donnait son véritable titre, tandis que les 
'hanoines de Notre-Dame, ses confrères, qui avaient 
^ns doute rédigé son épitaphe^ tenaient à faire profl- 
•er l'un d*eux des privilèges accordés par la bulle 
l'Innocent IV. 

La générosité du curé d'Etigny^ pour Téglise de sa 
3aroisse^ ne s'était pas arrêtée là, bien que l'inscription 
le Je dise pas. C'est encore lui qui fit sculpter le bas- 
clief en pierre blanche, fort bien conservé, qui orne 
3 devant de Tautel. Et pour cette nouvelle œuvre, il 
est adressé c^ un artiste habile, dont nous regrettons 
ivement de ne point connaître le nom. Plus d'une 
stroisse urbaine serait fière de posséder un semblable 
•avail (2). 

Les statuettes que nous comptons au nombre de dix- 
îpt sont groupées en quatre tableaux que nous décri- 
as en commençant par la gauche. 

!• Un chanoine, revêtu de son rocliet, Taumusse sur 
5 bras, est à genoux devant un prie-Dieu, sur lequel 

'1) Manuscrit l* I du la bibliothèque do Suiis. 

:) Tout en faisaiil l'ôlugo de cet artiste inconnu, nous devons copen- 
iC lui rcproclicr 1«« dimensions oxagi^réeà qu'il a données aux mains do 
9 ses personnages. 



— 206 — 

il a posé son livre. A sa gauche, se tient saint Pierre, 
une clé à la main, sans doute celle du Paradis, où il 
voudrait introduire le pieux chanoine. Derrière lai, 
son patron, saint Jean TËvangéliste, reconnaissable aa 
calice qu'il tient dans sa main droite et d*où s*échappe 
un dragon. L*apôtre saint Pierre, passant son bras 
derrière saint Jean, semble inviter TEvangéliste à ac« 
cueillir favorablement la prière de ce généreux prêtre, 
dont il est le patron (i). Nous pensons que, dans la 
personnage agenouillé, chacun reconnaîtra le dona- 
teur, vénérable et scic7itifique personne, maUre Jehan 
Viedmont, prêtre, chanoine de Sens, qui a fait faire 
Tautel et la cloison de l'église d'Etiguy. Sa pose esta 
peu près celle de Jean Debray et de Gabriel Goufller, 
dans les verrières de la cathédrale de Sens. 

2* Les trois saintes femmes, autrement appelées les 
trois Marie (2) , venue<« au sépulcre dès le matin du 
jour de Pâques, apprennent de la bouche d'un ange la 
nouvelle «le la résurrection du Sauveur. L'artiste a sa 
donner à ces personnages le caractère du mouvement, 
de l'agitation et du bjnlieur que leur communique la 
réalisation de leurs espérances. Les édifices de la ville 
de Jérusalem occupent le second plan de cette scène et 
de la précédente. 

3* Debout sur la pierre de son tombeau, portant, sous 
son manteau flottant, la ceinture que, dans les temps 

(1) Il osl à ruinaniiior ({tio [);irini I(;3 siinUdu I.i contro-tabio. ce patron 
du véuérablo curé n'csl pas n^préscnlé. 

{'2) Marir'M.i'idt'U'.inf, la pénilunl»^ du Magdala MariCy fommu de Oléo» 
j)has, aiilnMiiiMil immunv^ Alpliéo, mùn; do saint Jac(iu>!S le Minour et Je 
sailli Siiut'oii, apjiuNis h.vs Tr >r?s de N<ilr sSi^igneur, et ><alynu'^ fi<!niine(M 
Zfbi'ilù i-l m ;rc du saiiil Jj'imc.-» le Mijeur et do s:ii:il Jean l'Ëvang^disIf. 



— 267 — 

xnodernes, on a mise autour des reins de nos crucifix 
' et tenant à la main, comme symbole de son triomphe 
I sur la mort, la croix pascale avec son étendard, le di- 
^in ressuscité bénit le monde. 

A droite et à gauche du tombeau, deux soldats ro- 
mains sont plongés dans un profond sommeil ; un 
troisième se redresse épouvanté^ il cherche à éveiller 
MOU compagnon dont la main est restée appuyée sur la 
dalle qui fermait le cercueil. Au deuxième plan, on 
[- Toit, sur le calvaire, la croix de Notre-Seigneur dont 
l'image est restée empreinte sur le bois, et les deux 
antres croix beaucoup moins élevées auxquelles sont 
encore attachés les corps des deux larrons. 

4* Le Christ, portant sa croix triomphale, est des- 
cendu aux enfers. 11 a délivré les âmes des justes qui 
attendaient sa venue, il arrive à la porte de Tenfer, 
cette terrible demeure qui se dresse à sa gauche. C*est 
'inédiflce en grosses pierres détaille d'où s'échappent 
des tourbillons de flamme et de fumée^ et autour du- 
quel voltigent des monstres ailés. Par la porte béante, 
trois hommes et une femme se précipitent pour sortir 
^6 ce lieu d'horribles souffrances. De son bras gauche, 
fc Christ leur barre le passage, et celte sentence 
semble coûter beaucoup à son cœur. A sa droite, on 
Toit un petit enfant neutre, nu et appuyé contre la 
inaraille. L'artiste serait -il un Italien inspiré du 
Dante? Aurait-il voulu représenter une de ces âmes, 

Clie visser senza infamia c senza lodo? 

Miscliiate sono a quel cattivo coro 
Degli angeli che non furon rcbcili, 
Né fur fedeli a Dio, ma per sô foro. 



— 268 — 

Cacciar H i ciel por non essor mon belli, 
Ne lo profondo inforno jçli ricevc, 
Chè alcuna gloria i roi avrebbor d^elli. 

{VInfernOj canio, III, vers. 36 a 41) 

qui vécurent sans mériter le blàme ni la louange. EUei 
sont confondues dans un misérable groupe, avec ces 
ges qui ne furent ni rebelles, ni fidèles à Dieu, 
égoïstes. Le ciel les a chassés pour ne rien perdre dl 
sa beauté, et l'enfer ne les a point reçus dans ses 
mes, il ne pouvait en tirer aucune gloire. 

VII . — /ya madone assise de la chapelle de la Sainte- Vierj$ 

dans la cathédrale de Sens 

Cette vénérable madone est assise dans une chaise 
comme presque toutes les images de la sainte Vierge 
qui sont antérieures au xii* siècle. Le dos de la chaise ' 
a disparu ainsi que le côté qui est à droite de la sainte 
Vierge. Celui qui reste est illustré d'un bas-relief re- ' 
présentant le roi David assis sous un dais à pinacles, 
célébrant les gloires de sa maison, et accompagnant ses 
chants des accords de sa harpe appuyée sur ses genoui. 

La vierge est vêtue d'une robe richement brodée, 
attachée sur la poitrine à l'aide d'un magnifique fer- 
mail. Un long voile qui couvre sa tête est retenu par 
une cordelière sur ses épaules et relevé sur ses ge- 
noux, d'où il tombe en formant des plis nombreux, l'tt 
épais empâtement de peinture blanche empêche devoir 
les finesses des broderies et des dentelles (1). Sur son 

(1; MiixiN. Voyatjo duns Itjs tU'partrmcnts tiu Midi de la France^ l. I, 
p. 8:1, a vn lu rulu» pnrsrmrt' dv plaques de verre. 



— 269 — 

bras gauche, est assis son divin enfant, en partie enve- 
loppé dans son voile ; il porte une boule dans sa main 
gauche et cherche à saisir un objet absent que lui pré- 
•aentait sa mère. 

Les avis sont partagés sur les expressions de ces 

Agures ; mais la bonté, qui s*y reflète, fait oublier le 

vianque de finesse dans les traits. Les pieds de la divine 

Bière sont chaussés et reposent sur le socle de sa chaise, 

•ijourd*hui mutilée à gauche et en haut. Ce socle, 

Iiréseute , en saillie , trois faces sur lesquelles sont 

représentées trois épisodes de la vie de la sainte 

Vierge : 

!• L'Annonciation. L'ange Gabriel, vêtu d'une tuni- 
que longue, se tient respectueusement devant Marie, 
qai, elle-même, est debout. Il la salue en lui adressant 
i les paroles que tout le monde cannait : Ave Maria.., 
i 2* Dans le second bas-relief, Millin et Th. Tarbé ont 
1 cm reconnaître la Visitation, c'est-à-dire la visite faite 
: par la future mère du Christ à la future mère du pré- 
^ corsear; mais il y a un obstacle insurmontable à ac- 
^ter cette interprétation. C'est que si la personne qui 
retient debout à gauche est bien la vierge Marie, celle 
I de droite est un homme barbu. Dans ce personnage 
i masculin, nous croyons reconnaître saint Joseph, et 
Boas pensons, d'après les gestes des deux personnages, 
i)ae l'artiste a voulu représenter l'inquiétude de saint 
Joseph s'apercevant que son épouse va devenir mère. 
(S. Mathieu, 1, 18 et 19.) Dans ces deux bas-reliefs, les 
deux personnages sont placés sous des petits dais. 

3* Le dernier sujet est une des scènes de la Nati- 
vité. Deux rideaux portés par une longue tringle et 



JOURNAL D'UN ÉMIGRÉ SÉNONAIS 

Charles - Octave BOUVYER 
sa famille — sks souvenirs — 8b8 malheurs 

(i755-i837) 



Au nombre des visiteurs qui lui avaient fait rhoonear 
de répondre à son invitation, et de venir fêter avec elte 
ses noces d'or, au mois de juin 1894, la Société archéo- 
logique de Sens a été heureuse de voir le délégaé de b 
Touraine, M. Edgar Bouvyer, qu'elle s^est empressée 
d'admettre dans sou sein, en qualité de membre titalaire 
non résidant. 

M. Bouvyer est en effet un Sénonais de race, juste- 
ment fier de se rattacher à notre sol par une généalogie 
quatre fois séculaire, où le nom même de Jean Cousin 
jette sou brillant reflet sur d'autres noms, moins illus- 
tres peut-être, mais fort connus de la plupart de ses 
compatriotes. On a remarqué et beaucoup entouré dans 
la salle du Congrès, cinq précieux portraits de famille, 
qu'il avait eu la gracieuseté d'apporter avec lui, comme 
des monuments traditionnels du talent du grand peintre 
sénonais (i). 

J'appris incidemment que M. Houvyer avait tMitre les 

(I) Voir lîi (Icàoriplion dores lablcuiix. liuUrtui de /a Socivlr .tnU%'-l-i' 
ffiqui' de S<'/i'f , lomo XVlI , p. », ;», i, HijU.-. — <If. Mmi, ti,- lt>,>i-ij^', 
p. »iS;i ri siiiv. 



— 273 — 

mains des notes manuscrites sur l'époque révolution- 
naire. La Société de Tours Tavait engagé à les publier, 
mais il avait différé. Ces notes, écrites par son bisaïeul, 
étaient empreintes du plus vif amour du sol natal, et, 
sans avoir la moindre velléité de dire avec le poète : 
Batbarus has segetes! il pensa avec raison que ces 
fleurs toutes simples devaient éclore aux champs de 
la Sénonie, qui les avaient portées. Elles eussent été 
dépaysées au jardin de Touraine, assez riche et fertile, 
par ailleurs, pour ne pas nous envier cette petite pré* 
férence. 

m Nous sommes heureux, m'écrivait mon correspon- 
« dant, du retard mis à suivre ce conseil, puisque, par 

• votre intermédiaire, c est à la Société archéologique 
m de Sens que nous allons pour la première fois les faire 

• connaître. » 

Je n'avais reçu pourtant que quelques extraits. Lors- 
que craignant d*altérer, contre notre gré, la forme ou le 
fond de la pensée de son bisaïeul, M. Bouvyer eut la 
délicatesse de nous communiquer la totalité de ses ma* 
nuscrits. Ce n'est pas assez dire ; car pour enrichir plus 
sûrement nos archives, notre courageux collègue n'hé- 
aita pas à en exécuter la copie intégrale. Il ne pou- 
vait payer plus largement sa bienvenue parmi nous ; 
la Société appréciera encore mieux son dévouement, 
quand elle saura qu'il nous a envoyé successivement 
deux registres, grand format : l'un de 394 pages et 
l'autre de 324, soit un total de 718 pages de texte 
transcrit de sa main, entièrement et avec le plus 
grand soin. 
Ces deux gros volumes portent le titre suivant : 



— 274 — 

COPIE DES MÉMOIRES HISTORIQUES OU JOURNAL DE LA 
VIE DE CHARLES-OCTAVE BOUVYER : 

« 1* Depuis son émigration en 1791 , jusqu'à tin 
« voyage à Pari^ , en novembre 1813; 2® depuis son 
« retour à Hambourg, jusqu'à sa rentrée définitive en 
•• France, en 1819 ; 3*> depuis la fixation de sa résidence 
« à Vouvray près Tours, jusqu'en 1831. » \ 

En réalité, nous avons affaire au Journal d'un Sénth 
nais; mais Tauteur avait peut-être rêvé de mémoires et 
de grande histoire, et c*est pourquoi le titre est double. 
Il se souvenait de son ancêtre du xvii^ siècle, ce Claoda 
Bouvyer, d'abord échevin en 1679, procureur-comptable 
de la ville en 1682, puis chef de la juridiction consulaire, 
et « qui coopéra, dit-il, dans ses moments de loisir, avec 
« ses amis intimes, MM. Jean le Riche, chanoine, et son 
« frère Paul le Riche, préchantre, à la compilation dci 
« manuscrit in-folio, que je possède en plus grande 
« partie, sur l'histoire de Sens (1). » 

Quel Sénonais ne se pique un peu d'histoire ! Habitant 
d'un pays mêlé à de grands événements, en contact 
journalier avec des prélats grands seigneurs, il voit 
grand lui-même, et veut parler à la postérité. S'il n'est 
pas chroniqutîur, comme 0(loraune,Clarius, Cottron on 
Mathoud, il sera anecdotier comme Tarbé ou Mauclerc, 
ou encore il fera son journal comme Bouvyer, écrivant 

(1) Mrnioirvs, l. II, p. 017. — L'auleur a^outo quo pliisioure cahieit 
avait'iil élc ditUraits, lors du S)'>quuâtro ul do. la dis{)crsion do sa bibliollièqof 
en 17m\î. Cet <)uvrat,'iî ist aujourd'liiii iwrdu, el l'on craint qu'il n'ait < 
hn'ilc aver des iiui)i(.>rs sans valeur, aprùâ lo décès do M. Cbarles-Oetin 

Dcjuvyer. 



— 275 — 

l'instinct» sinon pour le public, du moins pour les siens, 
recueillant une à une les paillettes, dont quelqu'un 
composera le fleuron de la couronne murale de sa patrie» 
et les déposant modestement dans un tiroir discret. 
Elles étaient là, ces feuilles écrites au jour le jour, et 
dans tout le négligé de Tintimité, quand j*ai eu sou- 
dain ridée de les présenter à notre Société. Elles avaient 
près de cent ans ; à cet âge on a quelque droit à la pro- 
lixité, on est dispensé de la mode du jour; je ne sais 
néme si le lecteur ne s'attend pas volontiers à une pointe 
l'aimable radotage, qui sied si bien aux aïeuls. En ce 
Lemps, nous avons horreur du convenu; on doit tout 
roir, tout savoir; l'inédit, c'est d'entrer chez les gens 
ijuand ils ont consigné leur porte et de les « interviewer » 
}ans miséricorde, dans le premier saisissement de leur 
surprise. J'espère que notre émigré, très vif sur les nou- 
veautés, nous pardonnera celle-ci, et que, par amour du 
temps passé, il nous contera de lui-même, en souriant 
et sans quitter ses pantoufles, les aventures qu'il avait 
consignées pour ses seuls petits-enfants. 

I 

Charles-Octave Bouvyer était né à Sens, le 25 mars 
1755. Son père Claude-Charles Bouvyer, avait renoncé 
à la profession commerciale, honorablement exercée 
par ses parents, pour entrer dans l'administration des 
domaines, sous^régide de M. Pelée deChenouteau, rece- 
veur à Sens et conseiller au bailliage; il avait ensuite 
épousé une jeune héritière, M"' Madeleine-Simone 
de Saint-Pierre, qui lui avait procuré la survivance 
de la Recette générale des grandes Gabelles de Sens. 



— 276 — 

Le premier de son nom , d'après une tradition do- 
mestique soigneusement entretenue, était un écuyer 
anglais, Jehan Bowyer, esquire , que la grande 
marée de la guerre de cent ans avait jeté comme 
une épave, sur le fief de Monthard près Soucy, de 1420 
à 1430. Il y avait fait souche, soit qu'il eût acquit» le 
manoir, soit qu'il l'eût reçu en dot de Jacqueline d'Au* 
tun, Sénonaise, qu'il avait épousée (1). Ses descendants 
pressés peut-être par la nécessité, ne tardèrent pas i 
déroger en entrant dans le commerce. Estienne I*' Boa- 
vyer, son propre petit-fils s'étant en effet adonné aux 
sciences naturelles, se mit à exploiter et transmit héré- 
ditairement à ses enfants, une officine d*apothicaire i 
Sens. La ville n'en compta longtemps que deux (2) ; 
cette profession devait donc être fort lucrative; mais 
Estienne avait ainsi perdu les avantages nobiliaires 
attachés à la possession de la terre et seigneurie d6 
Monthard (3). 

Les Bouvyer n'en conservèrent pas moins un rang 
distingué par les alliances qu'il contractèrent et cer^ 

(1) Voyez Mrnioires, p. 7'Ji. Lo fief do Moiilhard, situé à deux lieues «le 
Sens, sur lu paroiss.ï de Suucy, passa plus lard daus la famille Fauvelcl du 
Toc, puis par une alliau«'e daus celle des do Uonnairo. Vid. infrà, — Voir 
aussi, sur la faiiiillc d'Auliiu, «jui subsi<;la jusqu'au xMi* siècle, Mi'iMuires, 
p. 071, Alliances. 

{2) /6i(/., 1». •;U'J, 

(:•] /6k/. p. û'.ti». Le< niauausel habilaus do la ville cl commune do Stini 
pouvoieut aulre''oi^ ■ tenir {'u'ïa et lieritagi-s uohleâ,saus qu'ils puisâtro 
tMro contraints en viiider li!urs mains, ni |uir raison d'iccux payer au Piu 
linance. » Mais les ri>i>i ayant aIiroi;e ce privilèi^e par plusieurs declaratioas 
les roturiers de Sens fun-nt astreints dans la suite, comme ci^ux do Pari 
il I^iyer, [unir leurs tiefs, aux fermiers du Uui, ti>us les vingt aus, vi i 
cliai|ue mutation, une année du revenu de ces Uefs et les dix sous )h>u; 
livre. — Coututm: de ^ctis, par Pelée dl Chenouteau, p. 4*21. 



— 277 — 

taines fonctions qu'ils remplirent avec mérite (1). 
C'est ainsi que Jehan II Bouvyer, né vers 1510 
et frère d'Estienne, fut curé de Soucy, puis chanoine 
de l'autel Notre-Dame, à Sens (2). Il fit don à cet autel 
(11 mai 1551) de belles colonnes de cuivre qui l'ornè- 
rent pendant deux siècles. 

Le zélé chanoine fonda ensuite, à perpétuité, dans 

la même église cathédrale, la messe quotidienne de 

7 heures, puis la grand'messe précédée d'une procession 

que le chapitre devait célébrer le 2 juillet, fête de la 

Visitation, à l'église de Notre-Dame-du-Charnier. A 

partir de 1577, date à laquelle Notre-Dame-du-Char- 

nier avait été mise hors de service par les ravages des 

huguenots, cette fonction eut lieu à l'église des Céles- 

tins. Le chapitre avait ratifié ces deux fondations par 

ses actes des 30 avril 1561 et 12 novembre 1562. — 

j Enfin, le 22 mars 1576, le même « Jehan Bouvyer, 

^ chanoine de Téglise Monsieur Saint-Etienne de Sens, 

mù et touché du Saint-Esprit et en commémoration 

du jour et feste de Pentecôte qu'il descendit sur les 

apôtres de Notre-Seigneur, >» fonda à perpétuité la 

procession solennelle, qui se faisait ce même jour 

dans l'intérieur de la cathédrale, avec un cierge pour 

chacun des membres du clergé et des corps de la ville 

qui y assistaient, et de plus une distribution de 6 sols 

à chaque chanoine et au représentant du fondateur. 



(f) r^ généalogie cl les portraits de la rumiile Bouvyer ont été publiés 
par M. Ambroise Firmia Didol dans son Etude sur Jean Cousin, p. 31 et 
«u/v. Paris, Didol. t87>. 

(?) yfèm., p. 598, voyez nuolques dtMails inlôros^anls sur ctlle branclio 
du cliapitro de Sens. 



— 278 — 

Elle avait lieu à 7 heures du soir et ne prit fin qu*àla 
Révolution. On la sonnait « avec toutes les cloches 
« tant de la vieille que de la nouvelle tour. Les 
« délégués des vénérables doyen et chapitre de cette 
u Eglise se portant forts pour eux et acceptants en 
« leurs noms et sous leur bon plaisir, avec promesse 
•• de leur faire ratifier, furent : nobles et scientifiques 
« personnes Maistre Toussaints Dumont, précentre. 
« Guillaume Fauvelet, archidiacre de Melun et Jehan 
« de Challemaison, tous chanoines de l'église Monsieur 
-• Saint-Estienne de Sens (1). » 

La munificence du bon chanoine Jehan ne s'arrêta 
pas là. En 1584, il ordonna de refaire à neuf et «^ 
arpent, à ses frais, la châsse dite des quarante martyrs^ 
qui n'était que de cuivre et se trouvait délabrée. Mai=* 
la mort ne lui permit pas de voir ce dernier témoipna^^ 
de sa piété envers les saints; toutefois, elle nelesuf 
prit pas; quand, le 15 avril 1585, il s'éteignit àl'àg^ 
de soixante-quinze ans, plein de jours et de mérites» 
il avait pris soin de fonder à la cathédrale et à perpé- 
tuité, une grand'niesse anniversaire pour le repos de 
son âme. Il avait exercé son canonicat pendant qua- 
rante ans et on avait employé presque tous les revenus 
en bonnes œuvres pour son ancienne paroisse et pour 
l'utilité de sa corporation. Il fut inhumé, sur sa de- 
mande, (levant la grille de la chapelle Notre-Dame, à 
laquelle il était attaché beaucoup plus encore par sa 
dévotion particulière (jue par son service canonial. 

(I) p. OuK. — L'auleur dit <iu*il iHis-nl.' une i*oi»it' a!illi<>iUi<iuo «îo* a«-îo* 
4'apilul.'iiri':( «los \t\, tT iM ;\' mars l.'iT»- r*l Ij avril I."i77, for! rurû'ii*c m f 
•luoHi' iliiiiiic la •'<)ii)iM»>ilir)n l'vacli* du <'Iia[iilrc à rclte t^i^j^iut*. 



— 279 — 

Sa tombe était modeste, on Tenleva lors de la réfec- 
îonda pavage de la cathédrale en 1769, et M. Gigot de 
Boisbernier, archidiacre, la remplaça par Tinscription 
que Ton voit aujourd'hui, à la même place, sur un 
carreau de marbre noir (1) : 

JOHANNES BOUVYER 
CAN. B. M. 

OB. 15 AP. 1585. 

Sa physionomie nous a été conservée par Tun des 

portraits, dont nous avons parlé en commençant cette 
étade et que la tradition attribue à Jean Cousin, son 
beau-frère. La belle châsse dont il était le donateur ne 
put être présentée au chapitre que le 1*' juin 1585, six 
semaines après son décès, par Estiennell, son neveu. Elle 
futdésormais portée à toutes les processions extérieures. 
• Le 1*' juin 1585, disent à ce sujet les registres ca- 
pitulaires, M. Estienne Bouvyer, neveu de M. Jehan 
Bouvyer, chanoine de cette église fit apporter au cha- 
pitre, une belle châsse d'argent, qu'il a fait faire par 
uu orfèvre, nommé Christophe Marcillat pour y mettre 
es reliques de la châsse des martyrs qui étoit en mau- 
'aisétat, et la translation des reliques se fil le 7 sep- 
erabre 1585 par M»' de Cheff*ontaine , archevêque de 
ésarée, suffragant de M'*" le cardinal de Pellevé, 
"chevéque de Sens (2). » 

!) G. f. InscripUons do l'ano. diocèse do Sens , par Paul Qucsvors cl 
jri Stoin. (Paris, Picard, '.837). Iu:îCrli»lion d'» Joaii IJùuvior, p. r)7j. — 
/ , sur Marie Bouvier, femnic do Jean Cousin, p. \'.V1. 
?) Voici la dcseripliun qu'en donne l'auteur de nus Mémoires, « Elle 
l NjDguc d'environ '2 pieds et lariçe do là à IS jhjucs; en forme de 
ItCiiM OU plutôt d'une pelitt* maison à comble et à pignons et d'un assez 



— 280 — 

Nous avons signalé, au début de cette étude, Tal* 
liance des Bouvyer avec la famille du célèbre peintre 
Jean Cousin. 

Cette alliance aurait été double, si nos mémoires sont 
bien informés. Sans entrer dans la question délicate de 
la généalogie de Jean Cousin, nous constatons que notre 
auteur déclare que Marie Bouvyer, sœur consanguine 
du bon chanoine, et née à Soucy vers 1515, aurait épousé, 
vers 1537, le grand peintre déjà veuf deux fois (I). Kn 
outre, son neveu Estienne II Bouvyer, apothicaire à 
Sens, avait épousé le 5 septembre 1552, Marie Cousin, 
fille de Jean Cousin et de Christine Rousseau, sa seconde 

bon Iravail. Quoique d'argent, elle portoit l'inscription : T/ieca quadragi^* 
martyrunit sur une petite pla([uo de cuivre qui y avoit sans doul0 ^ 
conservée exprès de l'ancienne. Jehan y étoit représenté k un des bouli<l0 
la chflsse, en bas-rcliuf, en habit de chanoine, avec le surplis et TâUintiMS 
et & genoux aux pieds de sainte Elysabclh. Au-doesous do lui éloit oO 
cartouche ovale contenant unbdîuf passant, aussi en relief; cnsuilfl Ul 
deux inscriptions suivantes : 

-{- Monsieur Jehan Douuycr^ chanoinCf natif de Soucy, a fait faire H 
donné cette châsse = ÎjS'i _- I*riez Dieu pour lui. » 

Présentée par Estienne Bouvyer son neveu le /•* jour de juin 15fô. 

L'autre bout et les deux grands cdtés étaient ornés de ciselures et de 
divers bas- rfiiefs. Sur un de ces derniers étaient gravées ses armes dans 
un cartouche; » — armes (ju'il ne faut i»a8 confondre avec le bœuf sym- 
bolii^ue, menlionué plus Iiuut. 

Elles étaient, dit notre auteur : « d'azur à la tôte de bœuf dé<*harnèc e( 
sans rorn<->s, surmontée de deux éj»ii4 de hicd , chacun issant dt^ yeux et 
recourbés en sautoir, et l'étoile on ouMir (ou en abîme), le tout d'or Pour 
cimier, un casque d'argent de ciMé vl gril h? de même. 

(îettc cliùssc fut détruite en 1793, par les révolutionnaires, lurs de la 
saisie <lu trés(jr de la ralliédrale par la nation. 

(I) Voy. Huliolin de la Soc. orcliéol. de Sons, \otice hist. aur Jean 
Cousin, i»ar Déligand, t. X, p. tu:i et suiv.; du même auteur, Jean Cousin 
et ses alliances^ t. XII, p. 80 el suiv. — Voyez aussi même Bulletin, t. Xi, 
p. 07, tiate du troisième inaringc dr ./'•/!/» Cousin. 



- 281 — 

femme. Marie Cousin avait sans doute apporté en dot à 
son mari, le ôef des Grosses Pierres^ car Estienne II 
est qualifié, dans un arrêt du Parlement du 29 août 
1626, • seigneur de Monthard, du Pavillon, de 
Jonancy, de Soucy et sieur des Grosses -Pierres (1). » 
11 était en outre, receveur du grenier à sel de Sens. 
Hais la continuation du commerce paternel lui fit per- 
dre irrévocablement la noblesse (2). Son nom se trouve 
mêlé à la découverte de Tenfant pétrifié, sur lequel on 
a pablié une curieuse relation en 1582 (3). Le célèbre 
f médecin Âlliboust (4), son ami intime, l'employa à 
■ lautopsie de la femme Colombe Chatry, dans le corps 
de laquelle on trouva ce phénomène extraordinaire. 

Malgré cette grande aisance apparente, la ruine ne 
tarda pas à entrer dans la maison d'Ëstienne IL II 
s'était fait huguenot et sa maison avait été pillée en 
1562, par la populace irritée contre les protestants. 
Il avait cédé sa charge de receveur du grenier à sol à 
son neveu par alliance Ezéchiel Boucher, mari de sa 
nièce Rachel Bouvyer, protestante comme lui. Il avait 
eu l'imprudence de le cautionner; celui-ci s'endetta 
gravement et le malheureux Estienne II fut obligé d'a- 
liéner le manoir de Monthard (5) pour satisfaire les 

(I) C. F. Bulletin de la Soc. arcliéol. do Sens, l. XVIII. Notice histor. 
5wr Ru'Couvert, par Maurice Roy. 

(3) 3/ém., p. 600. 

(3) V. Portentosuni Uthopocdium. Sens. Snvine, 1582. Traduit par 
Simérju de Provenchores, sous le lilro du ProiUyiciix enfant pétrifié de la 
ville tic Sens, 

{%) Aliibousl déjà ronoinmé/à Sons, deviut premier médecin de Henri IV. 

{:») Vfontliard fut achelé par Chrislophe-Guiilaume, S*^ de Hiciiebourg, 
nr>n5HriIlor au bailliago do Sens. 



— 282 — 

créanciers, qui firent vendre, après sa mort, le reste 
de ses biens. 

Le protestantisme n'avait pas réussi à Estienne; ou 
peut supposer qu*il l'abjura dans la suite, puisqu'il se 
chargea de présenter au chapitre le l*' juin 1585, la 
châsse dite des quarantc-martyrs. Ses descendants fa«* 
rent tous de bons et fidèles catholiques. 

Par un contraste complet, qui explique le troubla 
profond de la société à cette époque, le frère aîné d'Es* 
tienne, Simon Bouvyer suivait une voie toute opposés 
et se donnait tout entier au parti de la Ligue. Quand 
les Sénonais résolurent d'adhérer chacun dans leurs 
quartiers respectifs à la Sainte-Union, Simon signa 
l'acte de son sang (1). A l'approche des troupes 
d'Henri IV, qui venait assiéger la ville, il quitta Mont- 
hard (2) et se jeta dans Sens pour se mettre aux ordres 
de Jacques de Harlay de Champvallon, capitaine pour 
la Ligue. Il fut de ceux qui s'opposèrent le plus énergi- 
quement à la reddition de la place, monta sur le rempart 
et se trouva au nombre des quatorze notables qui péri- 
rent bravement, en faisant leur devoir, le 1'' mai 1590, 
à l'attaque principale que le roi dirigeait contre - une 
tour de la porte Formeau. »» On ne sait s'il fut tué d'un 
coup de fauconneau ou écrasé sous Téboulement de la 

(I) L'acle (iu quartier Sainl-Maurire ôlail ilalô du 20 aoûl 1592. Il portail 
environ 300 signatures. L'autour dit l'avoir vu. Celle pièce appartenait à 
M. IVlée do Saint-Maurice (jui l'avail prôtéo à M. Hardy, conseiller en 
rélection, jHjur l'aider h écrire une iiistoiru do Sons (p. GOC). 

(?) 1! possédait, en efTct, le manoir comme aîné. Ce ne fui qu'apros si 
mort que ses tiofs passèrent par ordre de primogéniluro à son frùro puiuo 
KsIiiMine II, à défaut d'iioirs m.lh^s. Toile est du moins la conjeclure df 
l "auteur. 



— 283 — 

oar. Devant cette belle résistance, le Béarnais renonça 
k prendre la ville d*assaut et leva le siège le lendemain 
pour retourner devant Paris. 

Comme pour accentuer encore les divisions intestines 
de ce temps de discordes, la femme du courageux li- 
gaeur, Jeanne Ferrand, professait ouvertement le parti 
de la Réforme et élevait, sous ses yeux même, dans 
lliérésie, sa fille Kacliel. L'enfant n*dvait que dix ans 
i la mort de son père. Un peu plus tard, nous l'avons 
déjà dit, on lui At épouser un calviniste comme elle, cet 
Ezéchiel Boucher, par lequel la ruine entra dans la 
famille. 

On peut voir, par ces détails, avec quelle rapidité les 
doctrines nouvelles se seraient insinuées dans la vieille 
ville métropolitaine si une réaction violente n'avait 
tout d'abord découragé le zèle des prédicants. L'ambi- 
tionde parvenir et Torgueil de l'esprit se trouvaient à 
ce moment surexcités au plus haut point dans la classe 
moyenne par la passion de l'érudition. La découverte 
de l'imprimerie, en jetant à tous, sans préparation, les 
immenses ressources de l'antiquité, avait produit un 
déclassement subit des intelligences. La science traînait 
'iprès soi le libre examen, le goût de l'indépendance et 
a corruption de la civilisation païenne, qu'on était si 
ïer d'avoir découverte. Tous les hommes qui s'occu- 
paient de sciences naturelles, d'hellénisme ou plus gé- 
éralement d'humanités, étaient exposés à la première 
)ntagion de l'hérésie. Or, les apothicaires du xvi* siè- 
e jouissaient de la plupart des prérogatives du corps 
édical ; ils usaient habituellement des langues ancien- 
'S ; ils faisaient de la chimie comme le grand Bernard 



— 284 — 

Palissy, qui se montra si obstiné huguenot, et avec les 
propriétés des métaux ou des corps, voire avec la coin- 
position de la thériaque et la conjonction des astres, ils 
étudiaient à fond la botanique. C*est ainsi que, dans 
son portrait (1), Estienne II s*était fait représenter un 
rameau d'arbuste à la main ; c*est ainsi, sans doute, 
qu entraîné par Texemple de sa belle-sœur et l'en- 
gouement du temps, gonflé peut-être par sa connais- 
sance des sciences naturelles, il avait abandonné la 
religion de ses pères. On ne sait si Marie Cousin, sa 
femme, élevée dans le monde inquiet des artistes, avait 
aussi renoncé à la foi catholique (2). Ils envoyèrent 
leur fils à diverses écoles de médecine, afin de lai 
permettre de continuer honorablement la profession 
paternelle, qu*embrassa après lui leur petit-fils Claude 
Bouvyer. 

Claude étudiait la médecine à Montpellier, quand il 
fut rappelé à Sens par la mort de son père et obligé par 
cet événement de prendre la direction de Tofiicine. Il 
fut le dernier des cinq générations successives de sa 
fiimilîe qui, pendant plus de deux cents ans, avaient 
exercé la profession d'apothicaire. * Il s'y fit, comme 
on le lui avait prédit, tant de réputation que, pendant 

(1) L'un du C(;ux (proii allribii»' à Joan Cousin. 

(*?) Kslii'iine II iiioiiriil, le "2 (loC(Mnl)PC 1012, h quatre -vingt-hutl ans, et 
Marie (^)iisin, le l 'é janvier \Ct'j{\, soixante -(luatorzo ans après son mariage, 
dit notre auteur. lU furent inhumés, à Saintc-Culoinbo du Carrouji^, daos 
un caveau (h; faniille. On a supposé «juc Jean Cousin, comino la plu[>art dei 
artistes de son temps, avail incliné vers les idées nouvi.dles. Son historien, 
M. A. Firuiin-I)i(l«>t, ne partage pas celle conjecture. (Voy, Etude sur Jean 
Cousin^ p. S). Il if^Miorait toutefois les particularités que nous venons A» 
raconter. 






.— 285 — 

te sa vie, la plupart de ses concitoyens le préférèrent 
: médecins de son temps. *• 

Slu échevin en 1679 et 1681, ses avis et ses soins 
nt obtenir aux juges consuls un arrêt du Conseil 

décembre 1679), ordonnant qu'à l'avenir ils rera- 
raient les charges de maire et échevin s alternative- 
nt avec les officiers de robe longue, à peine de nul- 
i des élections. En 1682, il fut nommé procureur 
aptable de la ville et, en 1683, chef de la juridiction 
isulaire, à laquelle il avait également rendu un ser- 
e signalé, en obtenant du conseil d^Etat un autre 
•et contre M. Lhermitte, prévôt de Sens (26 août 
73). Cet arrêt donna lieu à l'article iv du titre XII 
Tordonnance consulaire et lui attira les éloges d'un 
teur de droit contemporain (1). 
A ces suffrages flatteurs, s'ajouta celui du roi 
>uis XIV, qui le commit, par lettres patentes (15 fé- 
ier 1693), pour exercer la charge de maire de Sens 

attendant qu'un titulaire définitif en fit Tacquisition. 

1) c Tout le royaumocst principalcnioul rodovablc de cet arrêt do règlo- 
Dt et môme do cet article de l'ordonnance, à la vigueur, à rinlelligoo(» 
i i*iutrépiditéde M bouvyer, marchand apuliiirairo, qui mérite d'auiant 
â do louanges et do reconnaissance qu'il avoit h lutter contre son juge 
inairo et uaturel, hommo spirituel, savant et de grand crédit, avec le- 
il il fut obligé, on prèsouce do MM. los conseillers d'Etat, non seulement 
discuter et do soutenir la maliôroon qucâtion, mais mOnie di; maintenir 
miieurdes marchands. Ce qui no lui doit pas ùtre pi'u glorieux et avan- 
iux, c'est qu'il a fait voir et juger par Nùss(?igneurs du Conseil que rjuand 
•y auroit que lui, il n'est pas vrai, ce qu'on vouloit leur persuader, 
tous les marchands éloient dos ignorants, sans lettres et sans instruc- 
i dans la langue latine. Aussi M. Bouvyer rci;ut-il dans celle audience 
mt d'applaudissements et do satisfaction que M. le prévôt y reçut do 
grin et de mécontonlomcnt.»(/7i8«/7ure«, par Jean Jouueau, H')urge3, 168'2.) 



— 286 — 

Cet office, créé par un édit du mois d*aoùt précéder! 
fut acheté, le 10 juin suivant, par maître Toussain 
Marcelat, premier maire, par charge, de la ville (1) 

La fille de Claude Bouvyer eut la satisfaction de ré- 
parer en partie les rigueurs du sort. Elle épousa M. Giiil 
laume-Antoine Fauvelet du Toc, conseiller au bailliage 
elle en eut un fils qui rentra par son mariage, en posse^ 
siondu vieux domaine patrimonial des Bouvyer, etprî 
dès lors le nom de Savinien-BIaise-Hilaire Fauvelet d 
Mont/tard (2). 

 défaut de descendance mâle dans la branche ainéc 
représentée par Claude Bouvyer, la famille se contins 
par son neveu, Cosme Bouvyer, honnête négociant i 
Sens. 

Cosme eut pour fils Claude-Octave, qui lui succéda 
dans sa maison de commerce et fut élu deux fois chef 
de la juridiction consulaire, en 1731 et 1745; échefin 

(1) A/ém., p. fil8. 

(2) Hilairo Fauvolcl, (ils d'Aiiloîiiu ol do Komaiao Bouvyor, épousa en 173S 
UQU domoisello Lofèvrc, égaloinont flllo d'un conseiller au bailliage, et 
Iiérilière de la famille de Hicliebourg. Mademoiselle Lefèvro lui apports eo 
dot, lu domaine de Monthard, que les Hicliebourg avaienl jadis acquis dfli 
HouvytT. De œiio union, naquirent seulement deux (illes : l'ainée, mariée à 
M. Larclier, t>remiur avix^at du roi, mourut jeune ot sans on fan (s; la se- 
conde, demeurée s<.'ule Iiérilière, éiHmsa M. de Bonnairc, conseiller au bail- 
liage. C'est ainsi ({ue Montliard devint la propriété de la famille de Bon- 
nairoet, avec Monlliard, la fameuse Pandore do Jean Cousin, labloauque 
les Houvyer avaient sans doute laissé dans lo manoir, lors de la veols 
du XVI* siècle. 

« Il éloil probablemiMil, dit Bouvyer, resté & Monthard, lors de la vcoU 
<lo va litîf par Ksiienne II ilouvyer h M. de Hicliebourg... Selon le rapportai 
divors autours, il éloit, (mi 17v*i, rue des Jacobins, dans la maison de Ma 
demoiselle Lcfèvre... Ju l'ai vu p(?ndanl bien dos années fort négligé et ai 
dessus de la i^rle de M. Fauvelet » (Voy. A/ém., p. 081 et 689, pauim 



— 287 — 

1 1735; maire en 1754, et enfin notable en 1765 et 
îs années suivantes. Il eut Tbonneur, en sa qualité de 
Qaire, de se rendre à Pont-sur- Yonne, le 23 juin 1751, 
i la tète du corps de ville, afin d y recevoir et d'y com- 
plimenter M^' Paul d'Albert de Luynes, qui fut intro- 
nisé le même jour à Sens comme archevêque. C'était un 
homme probe, pieux et bon, fort attaché au sol et aux 
chroniques locales. Un trait résume la religieuse simpli- 
cité de son cœur. Toute sa vie, il avait demandé de 
moarir le jour même où Jésus-Christ était monté au 
ciel; sa prière fut exaucée ; il mourut le jour de l'As- 
cension 1776, octogénaire comme la plupart de ses 
aïeux. 

II 

Claude-Octave était l'aïeul do l'auteur de nos mé- 
moires. Nous avons vu plus haut comment Claude- 
Cbarles Bouvyer, son fils, renonçant au commerce, avait 
embrassé une carrière libérale, celle de l'administra- 
tion des domaines, et comment, grâce cà son mariage 
avec M"* de Saint-Pierre, il avait obtenu la place de 
receveur général des grandes gabelles de Sens (1). Dès 
1756, il avait acheté de M. le marquis de Champignelles 
les magasins du grenier à sel, sis, rue de la Synagogue, 
\ Ja place même où la tradition rapporte qu'aurait 
xisté l'ancienne synagogue des juifs. 
Etonnant efiet de l'atavisme! Lui aussi avait la pas- 
on de l'histoire; il avait composé une chronique 
3régée des archevêques de Sens. 

[1} Cette placo avait été occupée au xvi» siècle i-ar di'ux «lu sw ancûlres, 
iennc II Bouvyer et Ezéchiol Boucher, neveu ck' ce «leniier. 



— 2*8 i 

Cependant la fortune était revenue peu & pan ilt 
cette maison stable et modérée ; avec la fortune, le sond 
du rang des ancêtres. Ecuyer voulait dire noble, exempt 
de tailles et d'impAts personnels. La réintégratîun ilanl 
l'ordre de la noblesse, tel fut le but dominant du pên 
de notreauteur. Mais Charles-Octave Boavyer. le fuloi 
émigré, fut l'heureux fruit destiné à profiter de celB 
longue poussée de sève, que tant d'aleox avaient t 
mentée d'obscur dévouement et de lointaine espérance 

La Révolution le trouva receveur général des (eWti 
grandes gabelles, par survivance, depuis 1777 ; écoyeTi 
secrétaire du roi, maison couronne do France, prît* It 
conseil souverain d'Alsace, séant à Colmar. CeColHWi 
acheté fort cher (80 000 francs) en 1782, lui avait p«* 
curé la noblesse en 1785, par la mort de son père, vit 
la tète duquel il avait été acquis. OrÀce à la rapiditi 
imprévue de la transmission, le récipiendaire fat qoilï 
de tous frais et faux frais moyennant 5 à 6000 frapc* 
Le but atteint, il s'empressa de revendre la chvg«, pit 
coûtant, aux Pelée de Saint-Maurice (1), ses amis, fl 
s'en promettaient un même et heureux effet, mais < 
vain. La suppression de la vénalité des offices et i 
l'hérédité des charges anéantit d'un seul coup pour eU 
avec cette ingénieuse et commode combinaison, ! 
beaux rêves qu'elle abritait. 

Par une coïncidence malheureuse, le nouveau g* 
tilhomme venait précisément de réclamer des EU 
généraux la suppression d'un certain nombre «l'a! 



fl) M. Veim do Saiul-Miurico était flla Jo H. l'uliXi <lfl CliKaoulmu, I 
«Tall ïcheU U chirge iiir U l#le de mu nU. Bn effU 



■cquisc qui pur n 



k laikuilùmc tfi^iiSrBUio 



— 289 — 

au nombre desquels il avait eu soin de mettre : la sup- 
pression de la vénalité des charges judiciaires ou mu- 
nicipales, demandant le concours pour les unes et Té- 
lection pour les autres; puis la suppression de la 
vénalité de Tanoblissement, « moins utile qu'onéreuse 
i l'Etat. » Il est vrai qu'il voulait une noblesse ouverte 
à tous les genres de service, même au commerce, et 
qu'il souhaitait une réforme équitable. Illusion ! La 
' Coustituante n*avait point de ces scrupules ; elle effaça, 
d'un même trait, vénalité et préalable indemnité, char- 
ges de judicature et charges de finances, y compris 
celles des grandes gabelles de France, laissant à la 
Convention le soin de supprimer les titulaires eux- 
mêmes... par la guillotine. 
Le trop confiant réformateur avait proposé sa ruine. 
Le mouvement de 1789, si fatal à la noblesse, trouva 
donc M. Octave Bouvyer dans toute son ardeur de néo • 
phyte. Il en fut étourdi et gravement dérouté. Tandis 
quel'ouragan terrible montait à l'horizon, lui, s'attar- 
dait avec plaisir à disserter sur les avantages de la no- 
blesse pour le soutien de l'Etat (1 .• il rédigeait un cahier 
dew/i ordre pour les Etats généraux (2); il s'absor- 

(l) Jo dois ici vous «lire, el je viens de vous prouver, mes eufdiil*, 
?U6 ce n'est pas uu vain cl uni(iue scutimcnt d'orgueil (pii m'a iM)rlé \ 
Taire celle acquisition. Sans douto je fus llalté de ressaisir cl de rendre à 
notre branche ai niH) la noblesse originaire de notre rumiili.', dont tk;s cir- 
conslaFices mallieuri-'uses l'avoient fait d«'roger et je sai-^is avec i*mpres- 
KmcQt l'occasion (jui m'en fournil les moyens et la possibilité. O. désir 
fut ju8lo, raisonnable, bien calculé el le fruit d»; mûrt-s el sages réllexions. 

Celle sorte de réhabilitation éloit fondée sur h^s ordonnances de nos rois. 

(Suit une longue dissertation sur les avanlag^'s de la noblesse ) A/ém. 

p. 631. 
(?) Ce cahier, soumis par M. Bouvyer aux commissaii'cs do l'ordre de la 

19 



— 290 — 

bait dans son plan de réforme, et négligeait de regar- 
der au delà de Tétroite enceinte de sa petite capitale. Il 
n*é tait pas seul dans son erreur; en lui, nous pouvons 
voir leSénonais d*ancien régime, content de peu, nourri 
de la moelle classique de son collège, passionné poar 
les cérémonies du culte, homme d*Eglise, qui ne doa* 
tait pas que les aspirations de la France no se confoih- 
dissent avec celles du Tout-Scns ecclésiastique. Danses 
monde fermé, chacun se reconnaissait une importance 
relative ; on no rêvait que d'avoir une bonne place dans 
la procession prochaine et de marcher en ligne avec 
MM. du bailliage. 

noblesse, est inséré dans ses mémuires, pagos ,')55-564. H s'étend lurlout 
sur les malièros fiscales, et Irailo, dans un esprit libéral, des priDdpalAi^' 
formes réclaïuées do la noblesse. Il demande la liberté do la pressCi l'iD* 
)^t progressif sur les cbevaux do luxe et les domostiquos, TabaDdoD de* 
privilèges ^lécuniaircs des nobles, sauf do légùros réserves, par oseopl' 
on co qui concerne l'exemption do la Ltillo et le logement des gso* ^ 
guorro. Naturollomont, il est fort cliaud pour le maintien des galcU** 
et propose Siuilcment do diminuer le prix du sol. Il va loin pour le ckrf^* 
suppression de cet ordre, qui doit se fondre dans les deux autres, d'ap>* 
lu blulut pcrsounel de chacun de ses membres; résidence des éTèqV' 
leur exclusion absolue du la cour ; suppression du cumul des bénéfice*» 
réfurmo dci niuines ; les réunir dans un seul ordre utile et respecté 

Périodicilu Iriuiinale dos Etals généraux; l'impôt cesse d'être exigible 8»*** 
colle coudilion « coiislilulioniifllu cl impn.'scriplible de la nalion. • DéfeB**' 
aux (lépulês du voter une aiiginuiilaliun d'impôts, si ce n'est sur « la dé' 
monslrdlidii nriUinu'lKinn de la (luolitc du déficit et T impossibilité de 1^ 
répartfr aulrcmLMit. » l'iiilt» il«' lois, jMjids et mesures; suppression des juf ^ 
licvs du ruuipagnu; diiniiiutloii dos frais. Suins gratuits ptjur les indigent* 
dans les villes el les caiiiiugucs, aux frais dos provinces ; pompes à 
incendie, etc. 

Inulil»? d'ajouter que Ciîs idées n-* s<Jiil pas p-'rsonmdles, qu'elles soai 
énoiicces d'une niaiiièro vague et llicuriquo. L'auteur eût été fort eml>ar- 
rassé d'en faire rap|>licilion. Il n'en rcrut pas moins beaucoup de félici- 
tations. 



— 291 — 

De fait, M. Bouvyer ne manque pas de nous décrire 
ss moindres cérémonies de sa cathédrale, et, dans son 
émigration, il a un souvenir ému pour cette belle proces- 
«ion de Notre-Dame du Charnier ou des Célestins, que 
les • exécrables jacobins » ont supprimée; il ne tou- 
chera plus, hélas! les 6 sols que le Chapitre était tenu 
délai bailler de par un arrêt du Parlement, en sa qua- 
lité de représentant du chanoine Bouvyer, fondateur. 
Il note les reposoirs, les rues traversées. Il était là, 
sortel pavé, quand on exhuma M*' Gaultier Cornutdans 
le chœur de la cathédrale ; il date son journal des an- 
nées des différents pontificats sénonais. et le signe fiè- 
rement de son prénom d'Octave , qu'il porte en sou- 
venir de M»"" Octave de Bellegarde , protecteur de Tun 
de ses ancêtres. 

Ne sourions pas à ce soin minutieux des préséances 
et des usages du vieux temps: nous venons de découvrir 
les fibres même qui constituent Tamour le plus respec- 
table, le plus patriotique : celui du clocher et du pays 
natal. Vienne l'heure du danger et de l'émeute, le ci- 
toyen fidèle saura faire son devoir. 

Il y a là une page intéressante. Le pillage des 
grains arrêté par l'initiative courageuse de la bour- 
geoisie sénonaise, en juillet 1789; les propriétés pro- 
tégées, malgré l'annonce des brigands légendaires ; la 
constitution définitive de la garde nationale (i), qui em- 
prunte l'uniforme de la vieille milice bourgeoise ; 
if. Bouvyer a été mêlé à tous ces événements et 
tnorilre, non sans une pointe d 'amour- propre , à 

(\) Elle a setoit forméo apontanômenl dans noire ville, comme dans 
jut le royaume, dès le mois do juin I7«9. » Mrin. p. (;:>7. 



— 292 — 

Tappui de son récit, ses épaulettes « d'aide^de-camp > 
de M. le marquis de Chambonas , nommé major de 
la garde nationale par le roi. Une photographie d'an 
superbe pastel de Weyler est, en effet, jointe ao 
manuscrit et nous offre, sous les traits de rheureoz 
aide-decamp, la tenue militaire de nos pères (1). 

Cette distribution de grades faciles et pompeux pou- 
vait bien éblouir un instant la société sénonaise et Tem- 
pêcher de discerner, sous le masque brillant da 
M. de Chambonas, Thabile partisan de la faction orléa* 
niste; elle n'était guère faite pour arrêter et fixer la 
Révolution sur la satisfaction d'avancements aussi 
merveilleux. Tout au plus devait-elle exalter dangereu- 
sement les esprits. 

Ainsi en advint-il pour M. Bouvyer. Il commit coup 
sur coup, une suite d'imprudences qui devaient logi- 
quement le conduire à sortir de France ; imprudences 
évidentes pour lesquelles nous aurions pourtant désiré 
trouver un autre terme qui rendit, à la fois, la leçon 
des événements et Testime due à toute activité qui 
s'affirme. La valeur des mots se modifie si facilement 
sous l'effet du succès ! Pour rien au monde, nous ne 
voudrions nous montrer infidèle au malheur; notre 
génération, refroidie par cent ans de revirements poli- 
tiques, a mieux à f;iire que de critiquer les blessés dtt 
dévouement et do l'honneur ; elle doit détourner douce- 
ment les yeux de leurs erreurs, pour ne s'inspirer que 

(1) Vijir sur ces ôvéncmeuls, A/cm., p. I, 3, 657 ol 716. — "Weyler éliil 
inciubn; de racadéiiiie royale d(î peiiiliiro; il actiova son œuvro lo 7 août 
1700. M. Bouvyer a pour uniforme : l'iiabil blauc (ou blaac-ccndrâ), col 

el pareuienls rouges, boutons d'or (?J 



— 293 — 

e Tardeur de leurs convictions et de là constance de 
eurs fidélités. 

Il nous a paru bon de remarquer ici, avant de conti- 
nuer notre récit, que, par ce côté du moins, les impru^ 
dents de 1790 méritent de garder la sympathie de tous. 
Dépouillé bientôt de son office des gabelles, puis de 
ses privilèges nobiliaires, M. Bouvyer parla haut. 
Ua peu grisé par les faciles exploits de la garde na- 
tionale, il annonça Tintention de mettre la nation à la 
raison, de former opposition, lui tout seul, « à la spo- 
liation des dons faits à la cathédrale, » par son grand 
oncle le vieux chanoine du xvi* siècle, et son ancêtre, 
M. le Riche (1) ; à tout le moins, de rentrer en posses- 
sion de ces biens, par voie de justice, comme plus pro- 
che héritier des fondateurs. Il écrivit des projets de 
résistance, qui transpirèrent. C'est ainsi qu'il avait 

(I) Ediuo le Ilii.Mie, clianoiiiu le !•' sopleiubri; HilH, « avDil foinli» à por- 
péluilii la pnxrcasiuu du S.iiiit-Sacrc'nK'Qt qui su Taisoit n l'inlnricur dr la 
eitlièdralc le jour de la graudi» Fùlc-Diou, à 7 licures du soir, avec la 
grande sf m neriu des deux lours. VAW élMil eseorlrt? d(* la eardc ln)nri»»^oise, 
'^iiDniiî Celle du malin. I.e chTy^é de loules lis piroi^-si-s i-l de>< «'Muvriilm'l 
••luslfti ofiriis do ina$;ii%(ralure y assisInicMil, un fi"ri:i' -i la inaiu, ain<i «puî 
'Wlle Hergê el Taîiio ou le plus j>roelie di* s«*s il.v^n'udanls «'i t\\n. coiimih' 
^PMcntanl du fondateur, rerevoil la lélrilmli m c;moui:il(î de lu sou*. 
•Woo père et moi y avons assisié plusieurs fiii-: on rcIN^ rpialii*», iiniiirdiale- 
mcnt opr^s le dais. » [Mt'm. p. Gî).M — Ddino le Hifh' avait rncon* fomlr 
un oblt per[i6tuel, avec rétribution, iMmr le jour anuivfrs.iiro dr sa mort. 
iJavail, en outre, légué à la cathédrale un taraud ba'^siu «•( un«' aii;iiirT(» 
d'an^nt, pour les grandi38 cérémonies. Ses deii\ ucvei.x, l'aul ol .b-an 
Lcrichc, également nlianoines, avaient <loiiiu' h la c.'ilhédrale un mnçni- 
flque bàlon pnycontorial d'argent, représoulaul la iapidalinn «le saint 
ElieoLie, une m trtss riche ehàsso do drap d'nr » brodée à li'urs armes; 
Mitin (ItiSÎ) ibMix anges d'argent sur piédestaux d'ébrne, portant b.'s reli- 
quaire:; des SS. Savinienel l'otenticn. 



— 294 — 

conseillé à ses confrères des villes voisines, « de se 
remplir, de leurs propres mains, dans les dernière 
temps de leurs emplois, du montant de leurs caution* 
nements pour les soustraire au vol que la nation sé. 
proposoit d'en faire (1). » Il avait communiqué à /a 
ferme générale un plan merveilleux, qui lui paraissait 
« d'un succès très probable, »• en ce temps d'utopies. 
Les fermiers généraux devaient faire passer à l'étran- 
ger tous leurs fonds disponibles, s'y faire suivre par 
30 000 de leurs employés, qu'ils auraient soldés, et 
appuyer ainsi puissamment •• les efforts que nos princes, 
déjà émigrés, se proposoient en faveur du rétablisse- 
ment de l'ordre et du salut de la France et du roi. » 

Très compromis dès lors , il ne se crut plus en 
sûreté à Sens, et, quand on installa dans l'église 
Saint-Didier un club des Amis de la Constitution, oe 
voulant pour rien au monde s'y faire inscrire, il jugea 
prudent de se faire oublier à Paris. 

Mais sa nature remuante ne pouvait s'accommoder 
du calme et de l'obscurité; sa retraite lui fut une occa- 
sion de se livrer à d'instantes démarches pour obtenir, 
à prix d'argent, une petite place dans la nouvelle ré* 
gie do l'enregistrenient, d*où il espérait dépister les 
soupçons et voir venir le vent. I! n'eut pas la patience 
(l'attendre. La fuite et l'arrestation de Louis XVI à 
Varennes enflammèrent son imagination : il crut lemo- 
ment venu de se signaler et s'inscrivit parmi les otaget 
du roi. Mais aussitôt lui parvint, de plusieurs côtés, 

M) (le pinjcl iinivo-jii.i anssilôl im (h'crul «lu l'Aî^seiiililOe, dércndiut à 
loio (l'''(Milf'ijrs (le (It'iiicr^ piihlifS de se «'ouvrir pur impiit«itiOQ. fWi 

poiii'j (If •■oii'!ii.>^si'»n. 



J 



— 295 — 

ivis qu'il eût à se tenir sur ses gardes et à ne pas re- 
araitre dans sa ville natale, où les jacobins lui con- 
servaient rancune de son zèle répressif . 

(Test alors, dans Tisolement de son office subalterne, 
que la maladie du temps, Tidée de l'émigration le gagna 
et le séduisit. L'avenir semblait attaché aux pas de 
ces élégants courtisans qui promettaient de revenir, 
soaspeu, chasser à coups de canon les fauteurs d'idées 
nouvelles. II s'agissait d*une courte promenade sur le 
Ehin, après laquelle on rentrerait au sein d'un état- 
major victorieux, couronné de lauriers... et des faveurs 
des princes. 

• Je ne vous dissimulerai pas, mes enfants, déclare 
bonnement M. Bouvj'er (qu'en outre de l'honneur et du 
dévouement au roi), je fus encore personnellement en- 
traîné parle sentiment de ma conservation et par Tes- 
poir, alors général, d'une absence de courte durée, et, 
au retour, de l'obtention de récompenses et (l'indem- 
nités proportionnées aux risques et aux sacrifices. » 
(P. G62 ) 

Tous ses arrangements pris, il partit donc de Paris 
par la diligence, le 2S octobre 1791, à quatre heures 
^prés-midi, « non sans éprouver, dit-il, un sentiment 
bien douloureux de son éloignement de sa tendre mère, 
lie sa bDnne femme et de ses enfants qu'il avait été 
\oirâSenset prévenir de sa résolution, (jaehiues jours 
avant, très secrètement, et sans aller chez qui ce fut 
)endant le court sajour qu'il y fit. Je partis donc, 
ijoute-t-il, avec l'espoir d'un succès prompt et aussi 
latteur qu'il a été cruellement déçu par le résultat. » 
A Chàl )ns-sur-Marne, il rejoignit, comme il avait 



— 296 — 

été préalablement convenu entre eux, M"* la comtasse 
de Fleurigny, ses enfants, son frère, M. le chevalier 
(les Réaux, de Tordre de Malte, capitaine de cavalerie^ 
et M. de Tugnot, officier d'infanterie, ami du cheva^N, 
lier (i). Ces trois messieurs avaient résolu de précéd^. 
en courriers, chacun à tour de rôle, la voiture ^^ 
M"* de Fleurigny, de manière à éviter les indiscrétion^ 
des domestiques. 

D'après cet arrangement, Bouvyer repartit de Ch4- 
lons à franc étrier, le 30 octobre 1791, confiant ses 
bagages à la comtesse. Il courut toute la journée, tra- 
versa Sainte-Menehould, Clermont en Argonne, mais 
ne parvint à Verdun qu'après l'heure du couvre-feu, de 
sorte qu'il fut obligé de prendre gite dans une mauvaise 
auberge de faubourg. La ville était commandée depuis , 
quinze jours par le prince de liesse, qui veillait sévère- 
ment à la consigne. Le lendemain 31, les voyageurs 
passèrent à travers la ville, gagnèrent Verdun et 
Montmédy, où ils rencontrèrent « deux respectables 
habitants dos environs » qui leur firent quitter la poste 
et les menèrent, avec des chevaux de louage, jusqu'au 
dernier village français, nommé Marque, 

•• Ils nous firent quitter la grande route, raconte 
Bouvyer, précisém<^nt devant Tauberge de laquelle 
M. de Houille fils, rerut un coup de feu, lorsqu'il bat- 
toit la canipaj^ne pour protéger l'évasion du roi, cl, 
prenant la traverse, nous arrivâmes sans la plus légère 
rencontre désagréable, et, à huit heures du soir, a 
Tabbaye d'Orval, but et ternie probable de la fuite de 

(r, La rainill"' tic l'l('iirii;iiy |i.is-î.'nMi AtJirlt'Icrrc un an ou tl«nix ]»Iuî* lanl, 
•M M. lie Tuiruol <'ji'}u>a M""' <!.' Fl"migny apriîs su rculn>e en Fniuve. 



- 297 — 

Louis XVI. Telle, selon toutes les apparences, étoit, 
sans doute, la route que devoit parcourir, avec un suc- 
cès pareil au nôtre, l'infortuné Louis XVI, sans la tra- 
hison da traître scélérat, maitre de poste de Varen- 
nes!!! » 

Les fugitifs se reposèrent le jour de la Toussaint, au 
miliea des bons moines d*0rval. Ils repartirent le 2 no- 
Tcmbre, avec le jour, et ne purent arriver à Arlon que 
le soir, en voyageant continuellement par des chemins 
affreux et à travers d'interminables forêts. 

• Arlon contenoit alors environ soixante familles 
françaises réfugiées, et nous eiimos, dit Tauteur, la 
satisfaction d y passer la soirée avec M. le m" de Chouin 
et M"' la c*"* d'Hauteville, et déplorant nos malheurs 
communs, mais en nous félicitant de notre tranquillité 
dans ce pays, et de l'espoir d'un prompt et favorable 
retour dans notre patrie. Ilélas! comme nous nous abu- 
sions! » 

Le lendemain 3, Bouvyer et ses compagnons passent 
à Luxembourg et arrivent enfin, à 7 heures du soir, à 
Trêves, dont on leur ouvre les portes sans difficulté. Il 
lui fut impossible de trouver une chambre dans aucune 
auberge, « à raison de l'aflluence prodigieuse et conti- 
nuelle de Français ; •» et il dut, pour cette nuit, parta- 
frer le logement du ch*'^des Réaux. 

L'électeur de Trêves avait un motif tout particulier 
d'accueillir ainsi, dans ses Etats, les réfugiés de notre 
province. Il avait pour frère le prince Xavier de Saxe, 
comte de Lusace, seigneur de la magnifique terre de 
(.'haumot, près Villeneuve-le-Roi. 

Dès le 6 novembre, Houvyer s'einpresji^o de signer. 



— 298 — 

chez le comte de Pâlis, maréchal de camp de sa pro- 
vince^ « son adhésion au cantonnement des gentilshoiD* 
mes de Champagne, n cantonnement établi dans le vil- 
lage de Phazel, à une lieue de Trêves. 

Le 9 novembre, il assistait à une assemblée où l'oi 
recevait vingt autreis engagements. Il visita la ville av^ç 
beaucoup de curiosité, et le 14, montant à cheval de 
nouveau, il partit pour Coblentz avec MM. le chevalier 
des Réaux, de Tugnot, le commandeur de Villeberiin 
(Mesgrigny)» le chevalier de Chavagnac et quelques au- 
tres. Là, il se rendit à une nouvelle réunion de la no- 
blesse champenoise, présidée par le •• comte de Cognj, ■ 
et signa sur le registre officiel son adhésion définitive 
à la coalition des gcnUlshommcs de Champagne, sans 
se douter un instant qu'il venait de briser sa vie. 
(17 novembre). 

Il revint promptement à Trêves (21 novembre), afin 
de partager la vift factice de ^^es compagnons d'armes, 
qui escomptaient un peu trop vite les avantages de la 
victoire. 

Cil furent d'abord des allées et venues continuelles; 
(les assombléos, où l'on discutait chaudement le nom- 
bre des boutons et la couleur de Puniforme de la légion 
de Champagne, ou encore la f^*rave question de savoir 
si l'on «levrait admettre le Iiaut tiers à servir sous la 
même haîinière que la noblesse. Ainsi passaient le 
t(împs et jetaient leur poudre aux moineaux les sau- 
veurs de la France. 

Cei^endant, à voir ces hommes du monde vaquer avec 
uno aisan*'<» parfait»» à tous les devoirs <le la galanto- 
l'ic, ou so siM'ait peu douté qu'ils préparaient une con- 



— 299 • 

qnète. L'apprentissage des camps dut paraître bien 
doux à notre Sénonais, tout ébloui de cette parade con- 
tinoelle^ qui le mettait de pair, lui^ simple civil, avec 
tant d'officiers en disponibilité, et Tintroduisait, de 
plein-pied, dans le monde de la cour. Jusqu'au mois de 
mai, la manœuvre et le manège furent peu absorbants, 
si même ils furent exigés. Par contre, le journal de 
BooYjer note exactement les concerts publics et privés, 
les dîners, les pique-niques, les bals, les soupers qui se 
succèdent joyeusement. On fait des visites de corps à 
tout propos : « Visite, avec toute la noblesse (i). »» On 
se promène beaucoup; on se rend régulièrement au 
casin (hôtel de ville), où l'on se retrouve et Ton déli- 
bère, à perte de vue, quand on n'y va pas pour appren- 
dre quelque nouvelle sensationnelle, comme la fuite du 
roi et son arrivée à Condé (2) . 

Tout entier aux charmes de cette existence fébrile, 
notre émigré se livre à l'enthousiasme des premiers 
jours. Il veut se rendre compte de tout, circule, surgit 
au moindre bruit, ne manquant pas d'arrêter au pas- 
sage chacun de ses compatriotes, (racclamor les arri- 
vants et de relater les nouvelles de Sens. Que de mo- 
numents! que de choses il ()l)sorvo et décrit dans ce 
pays étranger, où tout rétonne au sortir de sa province 
de France ! 

n est intarissable sur lesrén'Mnonios roligiousc«^, hîs 
objets d'art et les souvenirs historiques qu'il r<^cherrh(» 
avec un vif dé5.ir de s'instruire. Ces notes de vovaij^o 
sont écrites sans prétention scientifique. I/auteur ré- 

(i, loui., p. :îo. 



— 301 — 

Aux couleurs de la pcrfidio 

Succèdent les panaches blancs (bis). 

Il va renaître le bon tcnis ; 

Le tems de la chevalerie. 

Aux couleurs de la perfidie, etc. 

Vrai chevalier a pour devise : 
Honneur sans tache et loyauté {bis). 
Dans son cœur est fidélité, 
Sur ses lèvres, noble franchise. 
Vrai chevalier, etc. 

Servir son Roi. servir les dames, 
C'est le devoir d*un bon Français bis). 
Vertus, amour, sont pour jamais 
La légende de Toriflammc. 
Servir son Roi, etc. 

Ayons pour cri de la patrie : 
■ Vive d'Artois I Vive Condé! » (bis). 
Sur eux notre espoir est fondé ; 
Près d'eux tout Français se rallie. 
Ayons pour cri, etc. 

J'entends le son de la trompette. 
Unissons-nous, braves guerriers (bis). 
Pour Louis, cueillons des lauriers 
Et des myrtes pour Antoinette. 
J'entends le son, etc. 

A chanter ainsi, les jours sombres, la bise, étaient 
renos. 

Les derniers mois de 1791 et une partie de Tété 
!e 1792 s'étaient écoulés stérilement en distractions 
e tout genre et en préparatifs inutiles. Entre temps, 
L coalition de Champagne et du Barrois avait été mise 
)as le commandement de M. le comte d*AlIonviIIe, 
aréchal de camp; elle reçut enfin Tordre de se rendre 



— 302 — 

à Huy, entre Liège et Namur, pour y camper avec ^a^ 
mée que rassemblaient, sur ce point» le duc de Bourboi 
et son fils, le duc d'Enghien. 

Bouvver quitta donc Trêves, le 29 juillet lî92, ai | 
milieu de la 2^ compagnie de l'escadron de cavalerie, et 
marchaiit par Prum^ Malmédy, Spa et Liège, il parriof • 
avec son corps à Huy, le 2 septembre. Mais Dumouriez, 
débarrassé des Prussiens qui venaient de sortir di 
France (1'' octobre), marchait de son coté, avec tootes 
ses forces, à la conquête de la Belgique ; le 6 novembre, 
il remportait sur les Autrichiens deClairfayt, la victoire 
de Jemmapes, qui décidait du sort du pays. Les émi- 
grés, qui manœuvraient sur les derrières des Autri- 
chiens, se trouvèrent alors dans le plus grand danger, 
sans qu'on leur eût permis d*agir. Le corps do Boavjer 
est entraîné dans la retraite de Bruxelles, où il passe 
le 9, pour apprendre dix jours plus tard son licencie* 
ment à Stavelot, près Spa, sans avoir brCilé une carloo- 
che. La campagne était finie, aussitôt que commencée. ; 

III 

A la suite de cette retraite précipitée, humiliante, 
Texaltation des premiers jours avait fait place aux an- 
goisses de la misère. Il faut tout vendre peu à peu, 
tout, jusqu'aux boucles des souliers; et, sur les gran- 
des routes de rAllemagne et de la Hollande, le doulou- 
reux exode des émigrés commence. 

Bouvyer rencontre encore de nombreux Sénonais: 
les deJussy, deTrécesson, de Grandry, de Maubec, les 
de Crécy de Chanipmillon', de Feu, etc.; courts mo- 
ments où Ton échange, à la hâte, avec des soupirs, des 



— 303 — 

uvelles attristantes. L*imagination du proscrit n*est 
lis hantée que par des images de mort ou de rurne; 

enregistre Texécution de ses compatriotes, la vente 
ationale de ses biens, et semble ne fuir de ville en ville 
[ue pour y remplir, goutte à goutte, la coupe arnère 
le sa destinée. 

Rien de plus poignant que cette expression constante 
je regret pour la ville natale^ dHnquiétude, de dénue- 
nent, où la foi, la résignation chrétienne viennent 
«mpérer les cris de colère contre les auteurs de tant 
le maux. Mais en dehors de ce sentiment de compas- 
ion, qu'il fait éprouver pour Thonnète homme qui 
oafire et s'abandonne à la Providence, le journal 
.'Octave Bouvyer perd beaucoup de son intérêt local 
L partir de ce moment. Les deux dernières périodes 
l'offrent plus guère que des détails intimes; elles s'en- 
îombrent de mille réflexions ou descriptions toutes 
personnelles. L'auteur nous rend compte de ses indus- 
:ries infructueuses, de ses essais de littérature, d'en- 
seignement, de commerce. 

Il s'était retiré d'abord à la ferme deWittlhart-Werth, 
près de Dûsseldorff ; c'est là qu'il avait appris, par une 
lettre de M. Lequeux, son cousin, que déjà ses mai- 
sons (1), ses meubles, ses livres, les biens de sa mère et 
la majeure partie de ceux de sa femme avaient été con- 
Bsqués et vendus par le district de Sens. Défense lui 
îtait faite de ne plus écrire en France, sous peine de la vie 



(1) Sa maison d'iiabitalion ulait siliu'-e à Sous, au coin dos mus de la 
Dagoguc el do TEcnvaiiif on fao do l'hôlt'l «lu Kaiivul* t do lluurrionno, 
'occupe aujourd'hui M** do Cancliy. 



— 31)4 — 

p^jar ceax qu'il aimaiii: Jeàcrmaîà il aeiaic plas qau 
proscrit . 

Maî.^ il faur. enten<ire B>avver lui-mérae, sar celtl 
phaite «iéciàive de l'énaigration : j 

• M", voici doîi'. •:*.:::t-i! [^ 1** juin 1703, parvenu i COB- 
poi^r ur» se«:orii t.-jtnî do co journal, pour lo^ael, en aohectoc 
le premier, la veilie de m'>n départ de Paria, le 2fi octobre 
1701, je croyoli prendre un livret trop épaij. Ainsi Dieoii 
joae de.4 prû;eu et des eàperances de:} hommes ! Parti demi 
maison ave.^ la crainte d'arriver trop tari pour partager la 
partis et l'tiOrineur de la conire-rèvolution, et avec l'opinioi 
qij e!!c sero.t terminée en moins de trois mois, roc voici,! 
bout do pr^:s d^; vinin mois- d'exil, de peines, de cha^iuet 
de vovages de toute espèce, au même point que lors de moi 
départ, avec la difreren«>2 4ue, Texpérience fatale du piué 
me rendant plus mêtiant sur le sort des futors événemenU, 
je fluîM réduit au malheur de me refuser en quelque sorte !a 
consolation à*i Tespoir, si flatteur et si encourageant poor lai 
malheureux. En effet, quolqu*ayent été jusqu'à pn^ot lei 
succès des troupes alliées, pn>tes à s'emparer dos villes froi- 
ti»;rcs de France: 'juclqu'ênormes et, ace qu'il semMc, uni* 
vcrseîM que .soient les préparatifs combinés de toatcslei 
pul>?!ances de T Europe, pour .subjuguer notre si coupiblo 
patrie, que notre plus sacré et toutefois plus pénible désirert 
de punir nous-méme, en ven;.'eant l'atroce assassinat du vcr- 
turux et infortuné Louis XVi, et replaçant sur son trône «a 
lé;^itime ^u-.cc'sseur : qU(;lqu*j rapides et certains que doiveol 
être les efTorL.s de Ia.:z}nt.*reuse armée chrétienne, sous lcso^ 
dresde M. de Gaston, qui semble promettre les mêmes suce» 
dans les autres provinces, encore est- il aussi vrai que poi- 
j^nafitîi penser que tniues ces espérarn-es peuvent être frus- 
trées encor»; une loi'^, »i telle est la volonté du Tout-Puis- 
sant (le punir toute la nation en général de 5:on universelle 
démoralisation et oubli de ses bienfaits et de son inouïe iu- 
gratitude. 



— 305 — 

Uinquiétude do notre position en gén^^ral et de la mienne 
peraoDDclIc est encore augmentée par toutes les vexations et 
les meurtres qui continuent a ensanglanter la France. Le si- 
lence forcé de tous mes parents et amis envers moi, depuis 
plus de deux mois, comme le mien envers eux, ajoute à Tlior- 
reur de mon anxiété sur ma famille et mes précieux amis, 
dont je partage, de plus, leur propre inquiétude sur mon 
lort. — A la veille de manquer d'argent, dans Timpossibilité 
d'en faire venir, ni de m'en procurer par la vente du peu 
d'effets qui me restent et qui me sont indispensables... 

Tel est le foible et vrai tableau de toutes les réflexions qui 
no déchirent Tàme nuit et jour. Mon unique espoir est dans 
laProvidence, si elle daigne me continuer la somme de force, 
d'eiprit, de santé et de courage qu'Eile m'a conservée jusqu'à 
ce jour Reconnaissant, confiant et résigné, je ne peux que 
loliii dire du plus profond de mon cœur : Fiat voluntas tua! 
h répète ce que j'ai dit dans Tavant-propos du récit de la 
première époque de mon émigration. C'est pour servir d'in- 
itraction à mon fils que j^ai entrepris et que je continue ce 

• 

joomal; qu*il lise, un jour, à découvert, dans !o cœur de son 
père; que Tusagede ses peines lui serve, sinon à les lui faire 
éviter, du moins à supporter (s'il a jamais le malheur de se 
^Qveren pareil cas) tous les maux que doit affronter l'hon- 
Qéta homme pour la cause de son Dieu, de son roi et de son 
uoaneur quand il a la conscience pure. 

Si je péris avant de rentrer en France, je supplie ceux entre 
les mains de qui tomberont ce volume et son précédent de 
^^laire parvenir à ce cher fils, que je porte sans cesse dans 
niODcœur, ainsi que ma tendre mère, ma chère femme, mes 
P&reots et mes bons amis, dont le souvenir et l'attachement 
^0 fortifient et me consolent dans mes tribulations. 

ferit à Wittlhartwerth, près Kayserwerth, sur le Rhin, 
««l" juin 1793. (Signéj Bouvyer. 

Pour tromper ses ennuis, Texilé se met à errer en 
Hollande et à remonter le Rhin, pendant l'été de 1793, 

20 



— 306 — 

à la recherche d'une place. Peine inutile, qui n*6ut d*aa- 
tre effet que d'épuiser ses ressources, tout en meublant 
son carnet de touriste de nombreuses observations qu'il 
consigne avec une abondance et une précision vrai- 
ment extraordinaires en de pareils moments. Mœan, 
monuments, antiquités, il ne manque de voir ni de 
noter, au passage, aucune curiosité. 

Au mois de septembre, il revint à pied dans sa chère 
ferme de Wittlhartwerth, où il resta en compagnie de 
son ami Ësmangart jusqu'en octobre 1794. Ce domaine, 
situé sur la paroisse de Kayserwerth, appartenait i 
l'électeur de Cologne et occupait une presqu'île di 
Rhin. Il était tenu depuis plus de deux siècles par' 
une honnête famille de paysans, qui avait consenti i 
nourrir les deux amis moyennant 15 livres par tète et 
par mois. Là, on les comblait d'égards et de bontés, à 
ils commençaient à oublier leurs maux, quand Tappro- 
che des armées de la République, « des Carmagnols, • 
comme dit notre émigré, vint les séparer et les chasser 
de leur retraite. Bouvyer n'eul que le temps d'embras- 
ser ses amis, de vendre le reste de ses effets, habits, gi- 
lets, chabraquc et d'emprunter à sa généreuse hôtesse, 
la bonne mère Hœssen, une somme de 15 livres, qui 
s'ajoutait au prix de quinze mois de pension qu'il ne 
pouvait lui payer. Il alla dire adieu, dans le voisinage, 
à M°"' de Fleurigny, au marquis de Maubec, aux frères 
de Jussy et à d'autres fugitifs ; mais déjà la cavalerie 
se montrait sur l'autre rive (6 octobre) et les bombes 
éclataient sur Diisseldorf, lancées par « les patriotes 
prétendus français. »» 

Dès le lendemain, Bouvyer fuit à pied en Westphalie, 



— 307 — 

)ù « il passe douloureusement, dans la petite ville de 
Dorsten, le rigoureux hiver de cette année (1), » s'es- 
sayant, de ses doigts glacés et inhabiles, à divers 
petits travaux manuels : teinture de plumets et pana- 
ches, confection de chaussons de lisière, et le reste. 
3a souffrance est extrême. Mal nourri, les vêtements 
Bn lambeaux, « dénué absolument d'argent, ayant 
&paisé les secours qu*avaient pu lui donner des amis 
aussi à plaindre que lui ; ayant vendu tout ce dont il 
[Mouvait strictement se passer, réduit au plus rigoureux 
oécessaire, » il endurait au moral des douleurs plus cui- 
santes encore. Depuis deux ans, il était privé de toute 
X)rrespondance avec sa famille (2j ; aucune âme com- 
patissante ne venait plus alléger sa peine ; enfin Tincer- 
titade de revoir jamais son pays semblait lui fermer 
iusqu'à Tavenir. Cependant, où Thomme serait tombé, 
le chrétien resta debout : « Grand Dieu, écrivait-il le 
^ décembre, telle est ma position à Tàge de quarante 
^ns ! Mais c'est pour Vous et pour mon Roi : Pro Deo 
f'Bejc/je souffre tout avec résignation, vous rendant 
encore de profondes actions de grâces de m'avoir con- 
servé le courage et la santé, d'avoir pourvu à ma subsis- 
^^ce^ et vous suppliant avec larmes de me continuer 
les mêmes grâces, de protéger et de répandre vos béné- 
dictions sur ma famille désolée (3) ! » 
Cependant, ce jour-là même, il n'y tient plus ; il a un 

[1)11 gela sans intorniplioQ do la mi-décambro au 20 mars 1797. 

(^)n ne put recevoir de leltro do sa femme qu'en juin 1 795. 

(3]U idjure ensuite son fils el ses flll03 d'apprendre des langues, un 
'"^i et de B*adonner à dos talents utiles « aQn do rester supérieurs aux 
*^nwDt8 de la fortune. » Afém., p. *2'i8. 



— 308 — 

besoin intense d'affection, et il part, le bayre-sac sar 
dos. au petit jour; il traverse la grande forêt du dacU 
de Berg, se guidant an soleil, sans rencontrer ni sea- 
tier, ni chemin, ni aucun être vivant, si ce n*est dtt 
chevaux sauvages, et il arrive àWittlbartwerth, apnèi 
dix heures et demie de marche ininterrompue, en pu» 
sant, sur la glace, le faux bras du Rhin qui environ 
la presqu'île. La mère Hœssen et les enfants Taccoeil» 
lirent avec joie, on l'entoura, on lui fit fête; toos ei* 
semble ils allèrent à la messe de minuit, malgré • n 
froid excessif. « — Bouvyer était heureux; mais en faisait 
quelques visites, il put voir, sur l'autre rive, les batte- 
ries formidables que ses compatriotes avaient élevta 
en face de Kayserwerth (1). En vain chercha-t-OQ àk 
retenir « tout à fait, ou au moins plus de temps, • ilié* 
sidta « aux instances les plus pressantes et les plus réi* 
térées de ses hôtes, dans la crainte de leur être àchargs 
et d'augmenter, par sa présence, les perles considé* 
râbles que la guerre et les logements militaires leff 
coûtoient. » Il leur promit seulement de revenir dèl 
quo les circonstances le permettraient, reçut d'eux les 
plus tendres adieux, et regagna Dorsten. 

Ilélas ! il lui restait à faire Texpérience la plus craelte 
de toutes, celle de la mobilité du cœur humain. Lb 
2 févriiT 1795, le tambour résonnait dans les rues de 
Dorsten. Il écoute : ...ordre est intimé à tOut étranger 
de partir dans les quarante-huit heures pour livrer la 
place; à un quartier général autrichien. * Que devenir! 

(1) « ...(lell*; pr'uvo dm Ulcnlâ militaires ol de l'ardeur do mci compi- 
lriol(!S l'g.inis, ajouli à iiifs rogrcla do leur en voir faire usage [iout aiM 
si iiiaiivaiso caii.s'. » Mrin., p. '2 11). 



— 309 — 

Wise réfagier dansce nouvel et imprévu malheur? «i — Il 
dirigea sa marche vers ses bons hôtes deWittlhartwerth ; 
mais, de loin, il aperçut à peine la pauvre demeure 
Uoqaée par des glaçons énormes qui menaçaient de 
toat emporter; le pays était inondé de tous côtés, 
«*4tait la grande débâcle du Rhin. N'osant avancer, il 
}ria l'an de ses concitoyens, M. de Ch., de lui pro- 
curer une botte de paille pour y passer la nuit dans 
le logement quMl occupait; sa demande fut refusée. 
Expulsé de toutes parts à l'entrée de la nuit^ il ne lui 
restait plus qu'à se recommander à la divine Provi- 
dence et à s'aventurer sur les glaces chancelantes du 
fleuve, afin de se réfugier, au risque d'y être noyé, dans 
la ferme presque totalement évacuée (0 fév.). On le 
reçut tristement, car la famille se trouvait totalement 
ruinée par ce dernier désastre. 

BoQvyer partagea d'abord les dangers de ses hôtes, 
Veillant à leurs côtés, au bruit effrayant que formaient 
le mugissement des flots déchaînés et le froissement 
des glaces, qui s'accumulaient, à plus de huit pieds de 
hauteur, autour de la maison. Dès que les eaux dimi- 
nuèrent, il parla de se retirer, on le retint; mais, à 
quelques jours de là, Sophie Hœssen, Tune des filles de 
la maison, s'approcha brusquement et lui déclara, au 
nom de sa mère, que, devant la menace d'un nouveau 
débordement, il ne pouvait rester plus longtemps dans 
la ferme (1). La misère est une terrible conseillère ; 
elle venait d'éclipser, pour un moment, la lueur si 
délicate de la charité (IG mars). 

(1^ Bouvycr apprit liîeDtOt que sa plarc voiiail croiro iiroiuis" à un aiilro 
énizré plus ««^Ivablu. 



— 310 — 

Le pauvre émigré dévora son amertume et se retin^ 
aussitôt à Kayserwerth, où il vendit son manteau e(j 
un habit : — « Il faut vivre, dit-il, avant encore d'étwi 
vêtu... Je suis né et j*ai vécu dans Taisance peodaitfi 
trente-six années de ma vie : DeusdedU, DetisabstulU,flg 
voluntas ma! » — Quelques semaines furent emplojéei 
par lui à s*orienter (1), et il partit alors avec MM. iê\ 
Laigneetde Laage, deux compagnons d'infortune {li 
faisaient le commerce, et lui offrirent de remmener 
avec eux jusqu'à Brème, en passant par Essen. Noi 
content de le défrayer de tout pendant un moii, 
M. de Laigne lui donna encore de l'argent pour luip6^ 
mettre de gagner Âltona (Holstein), où il comptait rei- 
contrer de nombreux émigrés. 

C'est ainsi que la nuit douloureuse de Texil s'éclai- 
rait encore, de distance en distance, aux feux rapides 
d'une discrète et fraternelle assistance. 

A peine arrivé à Altona (16 juin 1795), Bouvyer eut 
le bonheur de retrouver son fidùle ami Esraangart 
de Bournonville, ancien garde du corps et Sénonais, qui 
l'emmena aussitôt « travailler avec lui à fabriquer des 
carcasses de bonnets en papier et soie pour chapeaux 
de femmes et des dessus de souliers, brodés à jour, en 
peau et soie de toutes couleurs (2). » Une nouvelle 

(1)11 loua, clioz un savetier, uno chambre à raison du 7 liv. 10 par moii 
et mangea à frais communs avec deux prûtrcs, l'abLié Marie, dudlocX'jodfl 
Paris, et M, lo Bonvillois, ox -député aux Etals généraux, cuni do Garan- 
ti lly (Cou tances). 

(2) Celte pelito société (•<)mmcrcialo se composait do MM. Esmangirt, 
(le Hornier, parde'clu corps de sa compagnie, cl de Boiouzo. Mu an plot 
tard, Kî'mangîirt et Bouvyer en sortirent pour s'associer sciilr». Enfin, h 
7 juin 17?«8, les deux amis s'adjoignirent MM, de Sapinaiid, frères du n* 



~ 311 — 

épreuve s'abattit bientôt sur lui ; il tomba malade à la 
suite de ses longs jeûnes. Son estomac délabré ne sup- 
portait plus la nourriture. Il s.e remit pourtant, mais 
ion industrie nouvelle semble lui avoir ménagé encore 
de dures alternatives. Il fut réduit au bout de deux ans 
i donner quelques leçons de français (1). 

On lit souvent dans son journal cette courte et signi- 
ficative mention : « Jeudi gras 1798, dîné dans ma cham- 
bre avec du pain, faute d'argent; — resté chez moi et 
dioé comme dessus; — malgré ma malheureuse position, 
6t pour ne pas la faire soupçonner, donné à dîner à 
MM. César Bourbonne, mon compatriote, que je n'avois 
pas va depuis ma sortie de France, et à Esmangart et 
de Vesc (26 fév. 1798) ; — resté à la maison et diné 
dans ma chambre, comme bien d'autres jours précé- 
dents, faute d'argent, avec du pain. Quel anniversaire 
du jeudi gras, si fêté jadis dans ma maison ! Quantum 
mulatusab illo'H » (31 janv. 1799.) 

Kt ne sont-elles pas aussi éloquentes, ces autres men- 
tions jetées, à la dérobée, sur vingt feuillets divers? — 
• 23 octobre 1796, à la messe à Altona ; diné à Ham- 
bourg, avec Esmangart, chez M. le président du Parage, 

l*bre chef vendéen, Esmangart et Casimir de Sapinaud devant voyagt'r et 
^doux autres demeurer à Alloua. Ménaî^o cl d«^pCMS<.»9, loiil rtail rom- 
®on entre eux. Cette société fut ein^oro rompue le \H août suivant, et le.s 
dfittx Sénonais demeurèrent seuls ensemble. — Voir les détails donnés siir 
*W. do Sapinaud, pp. ;i58 et 379. 

(') H fut un jour grossièrement insulté par un inconnu. C,oi ineidenf, 
*l"> aurait pu dôgi^D«^ror en affaire «l'Iionneur, e^l curieusenienl raeonté. 
il n'eut pas de suites, mais indique l)i«Mi l'étal d'(!sprit des êmitrréset leur 
•olidariiô. Le duel ôlnil puni de mort en Danemarclv. W.o»i., 17 fév. ITiH'i, 
P-29îel8uiv. 



- 312 — 

restaurateur. — 1" octobre 1799 (foire d*Hamboorg), 
déballé, étalé et arrangé la boutique, ouvert et resté u 
magasin. — 6 octobre, promené le reste de la soirée afae 
MM. de Latouche, de Chégurat, de Pommery et Bar* 
rois, aussi marchands forains. » 

C*est pourtant dans cette boutique que notre exilé al« 
lait rencontrer « la première joie réelle et bien vive qu'il 
eût goCitée depuis son émigration. » Quelle ne fut pai 
sa surprise, quand il y vit entrera Timproviste (1" no- 
vembre 1799), « son général, " le marquis de Ghambo- 
nas(l), ses fils, sa bru, née de Lavernade, M"*de La- 
vernade, mère de celle-ci, et sa fille ainée, M"* de Lave^ 
nade. Pendant quelques jours, il crut revivre le bon 
temps « de sa ville et de sa société ; >• il composa des 
vers à la louange du marquis, et son journal semble re- 
tentir encore de Téclat de son ivresse : « Louanges et < 
actions de grâce éternelles, écrit-il, au Dieu de miséri- ; 
corde 01 do louto puissante bonté!!! * 

U avait bion raison de s'abandonner avec cette con- 
fiance d'oiifant aux mains »lo la Proviilenco, qui veil- 
lait sur lui sans so lasser jamais ; toujours, aux mo- 
moiits Je oriso, dos amiiit-s inespérées et des secours 
iiiattoiulus surgissaient à point pour l'arracher à la 

t' M. ■.'■-' •.' \" \'." :* v.'rï.'. :^a^ j .l'.'.-j soii a-^-:îi'3 a: Je Je camp ei soa 
« ji • .:. .r. j;.. •- . ? r ^ L <■."■.:? i ■■i-l- '. Y.-, {lyj^l. '.:: avaUaiJresse 
■ •. ■. *.-..; •. r. : î" :"..-.:~^:'-. « •:■: M. «îo Vaux. cap!:iiue 

a., r.^* .:. 1\- ..:.;....-.— .. ^ ::.^._L:-.r -i-i ^.trrM jl Sen* it s'cîail 

r,' '.,•.■ i ^V ; <. > !«.. ... . : : -'j ;-!■.•.■. r ôtf *\ ci.-:x:r:i «>■•>?, 

V. =. N.-...\ À- . <.-.. . « . " . - I-''i:. .'.:■., -r. a-. .* s:y*Vritfnx. 

>. . ' . - ■■--■■: -i •••. :-v i-_ *-.•"■», 



— 313 — 

faim oa aa désespoir. C*est ainsi qu'au plus fort de ses 
peines, au mois d'octobre 1800, un habitant de Hara- 
boargle commandita spontanément pour l'acquisition 
« d'une fabrique et ustensiles de chandelles et de choco- 
lat, • où il travailla jusqu'en 1805 (1). Il resta donc dix 
ans de suite & Âltona, uniquement occupé de lutter 
contre la misère par des efforts incessants, qui lui 
méritèrent cette estime et cette chaleureuse sympathie 
qae nous avons déjà tant de fois constatées (2). 

En vain voudrions-nous suspendre ici le récit de ces 
nombreuses vicissitudes, comment nous arrêter quand 
chaque année semble éloigner davantage du port la 
nef errante et ballottée de notre émigré? 

Au printemps de 1805, il quitte sa maison de com- 
merce pour diriger, aux bains de Travemunde, au bord 
même de la Baltique, une - restauration » qu'y venait 
^'installer l'un de ses amis (3). Il y retourna pour la 
saison de 1806 (4), puis cette ressource disparait à son 
^^T et fait place, sur son carnet, à cette désolante 
'ûention : « Altona, février 1807. Commencé à don- 
ner des leçons de français pour gagner ma vie... ; 
^énué de toute autre ressource d'existence. » Mais déjà 
^ constance avait fléchi sous le poids de la nécessité. 

l'} CeUo fabrique appartenait auparavant à MM. de S.iiiiiiaud. 
'0 II fut reçu bourgeois d'Altoiia en 1802. 

^•) V* RaÏQvilIe, son omi, avait ou l'idyj d'élahlir colle restauration par 

'^'^^ilaiion. n avaîl chargé M. Boiivyer d'on survoillor l'administration 

®^*»ûddle Trina, sa donicstiqne. La promiôrc année, oetlo entreprise eut 

«coup (le succès par sa nouvoavilô et fut houoroo de la prt'scnpe du 

^ foyal do Danoraart'k cl de sa fanii'.lo. 

> '"umino caissier et uini de M. de Lo'»nar»ly, eossiiiniiairo de Rainvillo; 



'^liUs 



fut vendu de nouveau, en IsoT, à un AUojnund. 



— 314 — 

Dérouté par le succès de ceux qu*il avait couvert de ses 
anathèmes, ébranlé par la destruction de tout ce qa*il 
avait défendu, trop endolori par la détresse pour dis- 
tinguer encore, au milieu des ruines^ les matériaux de 
Tavenir, il en vint à douter de lui-même, de ses idées, 
de sa vie tout entière; à sacrifier enfin, d*un même 
coup, son passé et l'avenir à la fatalité du présent. Poor 
qui connaît le cœur humain cette épreuve parait la ploj 
terrible, cette tentation, la plus excusable! La vie de 
rhomme est si courte et Tattente est si longue! Bouvjef 
se prit donc à regretter amèrement d'avoir involontai* 
rement causé la ruine de sa famille, et je ne sache pai 
de témoignage plus pénible de la fragilité de nospeosées 
que cette simple phrase de ses mémoires, qui est an 
aveu de lassitude : « Cédant à la raison, à la nécessité 
des circonstances, soumettant en apparence et forcé* 
ment ma fidélité dorénavant stérile et impraticable, et 
qui eût dégénéré en entêtement funeste pour vous, et 
en une obstination inutile sous tous les rapports, j'ai 
aussitôt qu'il m'a été possible, réparé ce tort (de rémi- 
gration) que toute prudence humaine n'avoit pu prévoir, 
en faisant ma soumission aux lois de la République, â 
la Légation française à Hambourg, le 28 thermidor, 
an X (10 aofit 1802), sous le n» 93 (i). n 

Grâce ù cette démarche très légitime à répoqueoù 
elle se produisit, il allait être raj'é de la liste des émi- 
grés (8 avril 18()3J ; il se voyait enfin rendu à son pays 

'!) Fait ;\ Ilaiiihoiirg (d'après le conseil ol rexem|»Io <!o lous mes aini*)i 
l'Iiez M. RoiiilKirl, miu" |)l(''iiip'« delà Ilép. franc, pn» le '^orclc <!'* Bas**- 
Saxi", ma snimiis-^inii pir érril précédt'.e d'un.* pdttition en tlalo de w jour, 
j)nur jurer lidi'-lilc ei sjimi.ssioii au i^otivcrnemenl cl à la (iOnslitulioo A» 
Tan Vlll... - - M.'in. jt J'iS el (;07. 



— 315 — 

t à la yie civile ; il allait se trouver à même de profiter 
le la réorganisation de la France. Et pourtant sous le 
lourire de la fortune, se cachait une nouvelle déception. 
L'infortuné Bouvyer va servir le régime nonveau, juste 
ELSsez pour s'attirer les défiances et s'aliéner pour tou- 
iours les faveurs de la monarchie, à laquelle il avait 
sacrifié sa fortune et sa vie. 

En mai 1808, la protection de Bourrienne^ ministre 
de France à Hambourg, lui permit d'obtenir de Napo- 
léon, l'emploi de vice-consul de France à Lubeck (1). 
Vite, il écrit sur son carnet cette exclamation reconnais- 
sante: • Grâces infinies à Dieu et ù M. de Bourrienne 
dnne faveur qui met enfin (du moins momentanément) 
un terme à ma misère! » En octobre 1810, son protec- 
teur le rappela à Hambourg, où il l'occupa à la Légation, 
tant qu'il y demeura lui-même, c'est-à-dire jusqu'en 
avril 1811. Bouvyer est alors nommé percepteur à vie 
des contributions directes à Stade (juillet 1811), charge 
qu'il ne peut accepter « à son grand regret, » parce que 
dans l'intervalle, on s'était avisé de lui confier le poste 
de commissaire spécial de police à Lubeck. Le mois ne 
s'était pas écoulé (25 juillet 1811) qu'il était brusque- 
ment « appelé à d'autres fonctions, »» c'est-à-dire révo- 
qué d'un emploi auquel répugnaient également son 
passé, ses habitudes et son caractère. Nous ne tarde- 
rons pas à apprendre les causes secrètes de ce revire- 
ment. Bouvyer se retira donc à Hambourg et y resta 

0) Le territoire anséatiquo venait d'ôlro niuni à I«i France. — M. Faii- 
vclot de Bourricane, ancien secrétaire de Napoléon , devint minislre 
sous la Restauration. Il était, à Sens. le plus proclie voisin de la famille 
Bouvyer. H avait débuté comme seerélaire do la h'-galion di; Sliillgard, par 
la protection du marquis do Clianibonas. minisln* des aHaircs élraugcres. 



— 316 — 

sans place, heareax toutefois, avoae-t-il, qae le maré- 
chal Davoast. goavernear, et le directear général de 
police d'Aobignosc, • ces ileax tigres • Teassent fait 
remplacer '1). 

Le mot est an pea fort et montre A qael point» 
notre Sénonais s'était foarroré, en entrant* ne f&t-a 
qae quelques heures, dans la police militaire. Leprinos 
d*Eckmflhl ne ressemblait nullement, même de loin i 
un tigre. C'était plutôt un lion blessé, dont l'ardeir 
s'allumait aux menaces de l'ennemi; le combat sapréme 
approchait. La Russie, la Prusse, la Suède venaient de 
s'unir à l'Angleterre. Déjà la terrible coalition aiiit 
serré ses nœuds; les Cosaques battaient l'estrade; 
l'Allemagne était en feu; et, en attendant que la con- 
vention de Breslau vint signifier la dissolution de II 
confédération du Rhin (17 mars 1813), d'indomptables 
agitateurs soulevaient de toutes parts la vieille Ger- 
manie, au n'jai de Tindépendance. 

Le 21 février lSi:5, une émeute populaire éclata aax 
bureaux 'les douan^^s du Daumhaus et de la porte d'Al- 
toMa, .i Hambourg. Les insurgés démolirent les corps 
de iranl»; Je la d )uane et chassèrent, à coups de pierre, 
le maire .\benrohr, tandis qu une trentaine de moris, 

(1, I.i :j .rr.;r! ill 'H ■!•* M. B»îvyur avait êlè failc par Savary, duc d* 
H«)viffii. .in.i ■! ■ lî I rr! Tî'j:' . l.i rév.rîirion fui imp«jst:»;î par Ha^ouslK 
d'lul»i.':i'.- -. 'i:.- ■'■:'.' .: tj:;:r.Tjl «le la iHilicc à Hainliour^, lous dcuxailw- 
»Airc< ■l-:"r.T..:r'* l' r.i:ri •;! miiiislri; ilc Franre auprès «k*s villes liaus*- 
allipHS. Il y a 1a un i'\>\n\\r (Ws rivaliU?* profunilcs t\ua Napoléon 
él.iil ohîii;'' «le t-.lrnT ftiln.* ses uvri-Taux. La place ilo |K)rcepfcur de Sl*lc 
avait i>t<' «I iiiiiiM' à ii'i!.':' rnn-'P- par la coiinulssion Uo gijuviTiiomcDl «1" 
llaiiiUiiirk'. M H 'ivy.T, fi:i lo mmI, Tiil vir(iint) de liainos ïKîrsoiin''ll«**J*'3 
prol'Tlrur. (Vnir .1 ••«• '* ijfl M'-m. r/.* llnurrit'niW, L I\, fiasu. ci la Icllrcd" 
jliii" ilf l'.Mvii;.» .1» iiiiiT'*'' i.il l»;iv.ni?i, m'-uic 'uiin', p. :»s:i.) 



— 317 — 

gendarmes» douaniers français ou gens du peuple, jon- 
chaient le pavé. Affolées, les autorités civiles et mili- 
taires avaient perdu la tête. Il fallut que les hussards 
danois, nos alliés, accourussent d*Altona, sur le soir, 
pour rétablir Tordre. Le 27, les troupes et les autorités 
de Lubeck arrivaient de leur côté, en désordre, chas- 
^spar une autre émeute victorieuse. La garde bour* 
gBoise de Hambourg fut mise sur pied. — « Commandé 
de garde bourgeoise moi-même, commt; en France en 
1789, soupire Tex-aide-de-camp de M. de Cbambonas, 
^'en serais-je jamais douté? •• Mais, cette fois, il n'y 
^ plus de plaisir à jouer au soldat. Les feux de peloton 
'fuient et proclament les exécutions ; le préfet, baron 
de Kôunig; se laisse aller au désespoir et tente de se 
suicider avec un mouchoir (1). 

Enfin, le 12 mars, le général Carra Saint-Cyr se 

Croit contraint d'évacuer la ville , où les Russes sont 

*^ientôt accueillis en libérateurs (17 mars), au milieu 

^®s feux de joie et d'une illumination qui dura trois 

Jours (2). Bouvyer, ce semble, n'avait pas à hésiter, il 

devait suivre sjs compatriotes dans leur retraite. 

** n'y pensa môme pas et resta d'autant plus sous 

* influence optimiste de sa mauvaise étoile , que pour 

^^iril lui eClt fallu des ressources. Le voilà donc qui s'at- 

^rde à observer l'ivresse de la ville, pour le compte 

desonami Bourrienne (3) et aussi pour éclairer le gou- 

(1) Âvoc un rasoir, dit Bourriunuo. Mêm. t. IX, p. \î)0, 
(2] Le génôral Carra SaintCyr parait avoir éU^ troinpi!, par des rapports 
nagôrôs et intéressés, sur l'étal des forrrus russes. Ci-tlu retraite subito indi- 
gna Napoléon, dont elle trahissait la fiiiblcsse. (Ib'ni p. i.'i7). 

(3}... « Cependant, dit Bourrienne, ju cuiitinuais h riMnieillir les nouvolles 
eiactes de tout ooqui se passa dans les villes Anséati(iuo3,aprC>s la retraite 
des autorités Trançaises... » Ibid, p. 1G4. 



— 318 — 

vernement central sur Tétat des esprits dans un pajrs 
qu'il connaissait si bien. Ordre est donné à tons les 
Français, résidant depuis 184)4, de se faire inscrire chez 
le général russe Tettenborn ; il y va (24 mars) et ren- 
tre chez lui « tout rassuré par sa soumission à cette for* 
malité. » — L*e(ret ne devait pas tarder : le 31, an agent 
de police Tarrétait à son domicile et lui signifiait, de 
la part du maire. Tordre de s'embarquer pour la France. 
Quelques amis et la recommandation du comte de 
Grote, ministre plénipotentiaire de Prusse (1), le tirèrent 
pourtant (2 avril) de ce mauvais pas, qui nous vandri 
du moins, par compensation, un témoignage de pre- 
mière main, sur Testime que M. Bouvyer s*était acquise 
dans ces circonstances délicates. Itourrienne lui-même 
va se charger de nous raconter le fait : 

- Dès le premier jour de l'entrée des Russes, dit-il, 
M. de Steuve (2) avait fait faire par Tintermédiaire de 
Tettenborn, un recensement de tous les étrangers qoi 
se trouvaient à Hambourg : ils eurent Tordre de se 
présenter à Tétat-major, pour y justifier de leurs titres 
et qualités, et faire connaître les motifs de leur pré- 
sence dans cette ville. L'ordre dirigé contre les étran- 
gers n'avaient, comme on le conçoit, que les Français 
pour objet. Soixante de nos compatriotes furent mis 
en état d'arrestation chez eux et gardés à vue. Ils 
n'éprouvèrent d'ailleurs aucun autre vexation; et, au 
bout de très peu de jours, la moitié de ce nombre fnt 

(1) Remis en libcrlé sur les recommandations de MM. EhrcinsleD, frvt^ 
Thierry, le comte de Grote, P. Godefroy, A. Parisli, le D' K. Norr et autres. 
• (2) M. de steuve était l'agent secret de la Hussie, qui avait fomente avec 
une grande habileté rémcule de 1\ févriifr. 






— 319 — 

endae à la liberté. M. Bouvyer, qui avait rempli à 
iUbeck les fonctions de consul de France , redevint 
ibre un des premiers : par sa noble conduite, il s*était 
soDcilié Testime générale. Dès qu on le sut consigné 
Prisonnier dans son domicile, cinq des plus notables 
udiitants de Hambourg s'empressèrent de se rendre chez 
rettenborn* pour donner en sa faveur les témoignages 
es plas avantageux, et répondre de lui s*il le fallait. 
^ comte de Grote, ministre de Prusse fit les mêmes 
démarches, tant il connaissait le caractère honorable de 
H. Bouvyer. Personne au surplus, n'a pu le mieux 
^nnaitre que moi qui Tavait eu longtemps sous mes 
ordres, mais tels sont les malheurs attachés à la guerre, 
[ttele despotisme militaire peut frapper le plus hon- 
nête homme. Quant aux trente autres Français, que le 
'ommandant russe ne rendit pas à la liberté, ils furent 
léportés sur la rive hanovrienne de l'Elbe. C'était un 
'amas de gens sans aveu, de douaniers extraordinaires, 
îhargés de s'assurer des persécutions de la douane 
-ontre les habitants, et d'agens de la police française, 
l^i, se bornèrent les persécutions et les vengeances 
exercées par les Cosaques ; et il m'en coûte d'avoir 
à leur opposer, dans le chapitre suivant, le tableau 
^es exactions incroyables et des fureurs dont Hambourg 
*it accablée lors de la rentrée des Français (1). »» 

Bientôt, en effet (12 avril), on entend une bruyante ca- 
nonnade; les obus pleuvent sur la ville ; c'est le maré- 
*aJ Davoust qui revient et balaye la Westphalie et les 
"O^ches de l'Elbe. Napoléon est en Allemagne, marche 

(0 Bourrienne. Mim. t. IX. chap. XIII, pp. 172 à 174. 



— 320 — 

sur la Saxe et la Silésie, et remporte les victoires de 
Lutzen et de Bautzen. Le 30, les Russes évacuent Ham* 
bourg et les Français y rentrent. La suite se devine. 

Par ordre du prince d'Ëckmûhl et de M. d'Aubignosc, 
Bouvyer est saisi, fouillé, mis au secret, comme conspi- 
rateur, dans la prison de Vinserbaum (23 juin). On ne 
l'interroge même pas ; ses cartons, ses papiers, toit 
est pris et retourné sens dessus dessous, mais en vaia. 
Il était innocent de toute noirceur; mais non pas (fa 
tout grief; on avait manqué une excellente occasioi 
de mettre la main sur des notes convoitées ; restait u 
témoin gênant à éliminer^ on ne s'en fit pas faute. Oi 
lui rendit donc ses papiers et sa liberté, en y ajoatant 
rinjonction d'avoir à quitter, dans les vingt-qaatn 
heures, la ville de Hambourg, et le territoire de II 
32' division militaire, sous quinze jours (2 juillet). 

Chose étonnante! loin de conspirer, il avait gardé 
toute la confiance du duc de Rovigo qui, dans le mo- 
ment même, utilisait, pour le bien de TËtat, sessin* 
cères et loyales informations. 

Ici encore, nous ne saurions mieux faire que de cé- 
der la parole à son protecteur Bourrienne, en le priant 
de nous raconter tout au long, les dessous de cet évé- 
nement qui le touchait de si près. Il s'exprime en ces 
termes : 

- J^avais, dit-il, conservé des correspondants i 
Hambourg. II en était un, entre autres, qui me 
tenait au courant de tout ce que, dans ma position, 
j'avais si grand intérêt de savoir. La police inquiète 
et soupçonneuse de Davoust ne pouvait manquer d'ar- 
river sur les traces de la personne avec laquelle j'avais 



— 321 — 

eu de nombreuses relations de service, et qui, avant 
et depuis mon départ, prenait des notes sur les affai- 
res du temps avec une loyauté, une rigidité de prin- 
cipes et un amour pour la vérité que personne ne lui 
contestait. Il fallut se défaire d'un observateur impar- 
tial, qui avait la coutume d'enregistrer fidèlement tous 
les faits accomplis sous le règne insupportable d'une 
tyrannie déléguée dans les pays Ânséatiques. 

• Le 23 juin, la personne dont je parle, soupçonnée 
enfin d'dvoir des relations avec moi, fut arrêtée pour 
ce seul fait et conduite dans la prison de Winser- 
fianm. Les scellés furent mis sur ses cartons ; on les 
OBarqaa de son sceau et ils furent enlevés immédiate- 
lûent. On ne lui fit subir aucun interrogatoire, et, le 
1" juillet, à dix heures du soir, on le rendit à la li- 
lïerté, par ordre, lui dit-on, du ministre de la police 
générale; mais on l'informa par une lettre confiden- 
tielle que les soins d'un ami, dont il ne pouvait avoir 
perdu le souvenir, avaient contribué beaucoup à sa dé- 
livrance. 

■ Le lendemain, 2 juillet, la personne relâchée se 

^ndit chez M. Daubignosc, qui lui intima l'ordre de 

partir sans délai et lui remit ses cartons : ils avaient 

etéouverts hors de sa présence. Il en fit l'observation 

^ M. Daubignosc et lui témoigna son étonnement de 

^tte violation des formes; à quoi celui-ci répondit en 

Variant : « Oh ! mais nous ne suivons pas la marche 

ordinaire. » Il l'invita ensuite, amicalement, à se 

^astraire le plus promptement possible aux soupçons 

^^ Davoust. Dans cette cruelle circonstance, mon ami 

datlavie & une fidèle allemande qu'il avait à son ser- 

21 



— a>2 — 

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■ - _ . ,. ..." '••■■• i.i 



— 323 — 

DaDS de telles conditions, Texpulsion de M. Bouvyer 
)rit Timportance d*une affaire d^Etat. Le dac de Rovigo 
rechargea de composer lui-même un long mémoire pour 
!e coavrir et le disculper auprès du maréchal Davoust, 
luquel il témoignait tout son mécontement d'un éclat 
jui Tatteignait personnellement, en le privant de ren- 
leignements sûrs et fidèles, au moment même où il en 
iYait leplus besoin. « L*exposé de ce que je vais avoir 
'honneur devons dire, écrit-il, vous fera voir si le ser- 
rice de lempereur ne perdra pas à ce que je sois privé 
Tan homme qui me servait si bien. Je dois, cependant, 
)ré?enir Votre Excellence que j'ordonne au sieur Bou- 
ger de se tenir provisoirement en Westphalie, jusqu'à 
îe que je trouve une circonstance favorable pour utili- 
jer ses services (1). » 

Dans une autre missive adressée à Daubignosc, le 
lue de Rovigo lui reprochait sévèrement d'avoir amené, 
)arses rapports, la révocation de M. Bouvyer. Ainsi 
iâvary s'en prenait à Daubignosc ; Daubignosc se cou- 
Tait, contre son chef hiérarchique, des instructions 
!a maréchal, lequel ne disait mot ; Bourrienne enfin 

(1] BourrieuQO, Mém. t. IX, pièces jusliûcalivos. — Celto pièce est fort 
iriouflo. Bourrionae l'a reproduite ea entier parce qu'elle dégage son 
joncur, attaqué par M. Daubignosc. L'action du M. Bouvyer lui fut très 
rôcieuso dans cette occasion. En elTet la direction que suivuil notre émigré 
n'était ni politique ni administrative ;... il était (pour le miaistèroj un 
ïbosùr et facile de toutes les plaintes > que soulevaient des malversalions 
loessaates dans une raalUeureuse province accablée d'exactions, et il 
aualt avoir grandomenl contribué a Justifier son ami des charges que la 
iractioQ do la police de Hambourg accumulait depuis trois ans contre lui. 
"Daubignosc rejette sur le marécbal la responsabilité de l'expulsion, mais 
'Avu-y no parait pas convaincu qu3 l'initiative ne soit pas venue du 
lireclour. 



— 324 -^ 

ne veut voir partout que la haine de Davoust. Affaire 
d*Etat, répéterons-nous^ mais cette fois au sens propre 
du mot. Puisque personne n'accepte la pleine responsa- 
bilité de cet ordre mystérieux, cherchons s*il n*éma- 
nerait pas de plus haut. 

Depuis la fin de 1810, Bourrienne avait à lutter 
contre des soupçons qui ne tendaient à rien moins qa*i , 
le perdre, sans retour, dans Tesprit de celui dont iy 
avait été, depuis si longtemps, le plus intimo confident 
Les bruits malveillants que certains foactiounair^ 
avaient répandu sur lui, avaient déjà frappé les orei]. 
les de Tempereur qui donna pour premières instrnc* 
tions à Davoust, en renvoyant sur l'Elbe, « de prendre 
des mesures pour réclairer sur ce qui se passe i Hua- 
bourg, entr autres choses sur ce que fait le sieur Boar- 
rienne, etc. (2 septembre). *• Ces mots sentaient la dii* 
grâce, et, en dehors de toute considération d'antipa- 
thie personnelle, auraient suffi à exciter le zèle ardent 
du maréchal contre un suspect aussi nommément dési- 
gné (1). Mais bientôt l'empereur revint à la charge: 
«« ...Je veux avoir des idées claires sur ces affaires (de 
Bourrienne), dit-il. »» Il lui envoya le 3 septembre 1811, 
une autre dépêche qui jette un plein jour sur notre 
sujet : •« Mon cousin, je reçois votre lettre (relative à 
Bourrienne) ; il serait important d'avoir des lumières 
sur ce qu'il a fait. Faites arrêter le juif Gumprecht* 
Moses, faites saisir en même temps tous ses papiers et 
tenez cet individu au secret; faites également arrêter 
f/uc/f/uc.s autrrs drs principaux agens de Bourrienne 
pour cclanvr SCS menées à Hambourg,,, n 

(I) liourrk'iini' et ses ern-nri*, Paris, I8:î0, I. II, p. -23^. 



— 325 — 

Le 11 août 1812, il enjoint & Davoast de faire partir 
iourrienne, sur-le-champ, pour la France. « Mon cou- 
An, écrit-il enfin le 30 juin 1813^ j'ai reçu votre lettre, 
f ai fait donner Tordre positif an sieur Bourrienne de ces- 
ser toute espèce de correspondance avec Hambourg (1) ; » 
et l'empereur mande qu*on Tinforme^ si, passé le 5 juil- 
let, celui-ci continuait, afin de le faire arrêter. Il est 
évident que ces dépêches s'échangeaient sur la tête de 
M. Bouvyer, alors prisonnier, en raison de son attache- 
ment envers son bienfaiteur. Le maréchal le connaissait, 
dareste,pour l'avoir révoqué brutalement, afin « del'em- 
pècher d*entrer en fonctions ; » la bienveillance que 
Tancien vice-consul de Lubeck s'était acquise de la part 
des diplomates étrangers équivalait, aux yeux du bouil- 
lant soldat, & un brevet de trahison. Pour le prince 
d'Eckmûhl, il était notoire qu*un émigré, un vétéran de 
Coblentz, un légitimiste, était un homme dangereux, 
hostile à sa patrie, « vendu à l'étranger, » et contre 
lequel tous les moyens étaient bons; demeurer attaché 
à son chef disgracié, aider Bourrienne de ses relations 
et de ses renseignements, n'était-ce pas, en outre, faire 
acte de « contre-police » au profit d'un adversaire dé- 
claré de l'empereur, d'un ennemi qu'on soupçonnait 
déjà de pactiser avec les Bourbons? On a vu que le duc 
ie Rovigo appréciait tout autrement la loyauté de notre 
émigré et la sincérité de sa correspondance, qu'il lui 
lontinua publiquement sa confiance, en dépit de cette 
(sclandre et ne craignit pas, en le couvrant, de s'attirer 
a rancune personnelle du tout-puissant Davoust (2). 

(I) Corrcsp. de Napoléon, n*" 19,085 et 20/203. 

(I) Le prince d'Bokmulil, flis <Ui maréchal, ea défiMulant la rnénioin; de 
on père contre les appréciations cnip<jrtécs de Bourrienne, a laiâA*^ toml)er 



— 326 — 

Mais ces lettres arrivèrent trop tard ; le paavre sds- 
pect eut à peine le temps de boacler sa valise et 
de prendre la grande route de Hanovre. Une fiûs 
hors de la juridiction du terrible maréchal, il s arrêta 
en Westphalie, ce qui l'exposait à être rejoint par 
les troupes alliées. Et, en effet, tandis qu'il était i 
Cassel, il entendit tout à coup le canon et la fusillade 
d*un corps de Cosaques, qui venaient surprendre la 
ville. Il assista aux scènes d*émeute et de pillage qui 
marquèrent les derniers moments du royaume de West- 
phalie et la retraite soudaine du roi Jérôme (28 sep- 
tembre 1813). Il vit donc, après la capitulation, les 
assaillants entrer en conquérants dans la place, gai- 
dés par une trentaine d'étudiants allemands très exal- 
tés. Il les vit ensuite sortir en fugitifs, emportant, 
devant un retour offensif des troupes françaises et do 
général Allix (1), un butin qui représentait près de 
trois millions de déprédations ri). Bien qu'il eût passé 

liii-in<^ni(* (11* 9a pluiiit* iiiuMiiucs i»;ir(>k'â viDluntcs t\\i[ visent, sans le dOiB- 
iniT, M. Houvycr. (y«;l:iil un «U'voir [vnir nous ilo Ii-s ifI;.*vor au i)oasiit- 
(Voy. Ilonrrwnm' vt sos erreurs, l. Il, p. '1\S.) (înW à Dieu. — ci doi 
inrinoin»s en font foi, — ou iMMiipivuir une aversion secrète jwrif le despo- 
tisme niililain', conserver rcï^ijéranee «ie voir revivre les vieilles Iraditiooi* 
nourrir naïvement iiuelques illusions sur les intentions génorcust^s des na- 
tions voisines, pratiquer envi-rs un ami iji'oliu tous les ilevoirs tle la n"<H)n- 
naissaniM*, do la fi<léli(t>, et, par ilessus tout, aimer quanJ nu^me et scrri 
son pays avce int"''grilé. 

(1) A la (lato du 8 octobre, il écrit : « Hetour du général Allix, avec doui 
b.i(aillo[is do trou]K's frain;ais«îs, avec le titre de lieutenant du nji. Arre*- 
tition de div(>rs habitants disti;i!jrnés, et surtout des membres île la Oixa- 
mission provisoire. »» {Mrm. p. 'il 1) — On re(r()unait,à ce Irait, le futur e^ 
fouijui'ux déffiisiMir il»' Sens, en 1811. 

(C) Mt'fn. p. iu»» à \\i. — Les n«iles que M. Bouvyer a prises sur «< 
événements ont été ntilis«»es par >f. de Bourriennc dans ses pn>^^ri** 
Mèmnirns^ t. IX. p. 'H'K 



— 327 — 

par de fortes inquiétades et ebt brûlé tous ses papiers, 
dans la crainte d*une perquisition^ curieux incorrigible, 
ilserait peut-être demeuré là, plus longtemps, à obser- 
ver les péripéties de ce drame effrayant. Ses amis du- 
rent l'en arracher en lui faisant passer des avis réité- 
rés : bientôt, il ne trouverait plus de moyens de 
transport ; les arrestations continuelles opérées par la 
police française commençaient à exaspérer la popula- 
tion; le bruit courait que Tennemi approchait de nou- 
veau et que Napoléon rétrogradait; la bataille de 
Leipsig, avec ses terribles conséquences, était immi- 
nente. M. Bouvyer se décida donc à reprendre (21 oc- 
tobre) le chemin de sa patrie, qu'il avait quittée depuis 
vingt-deux ans, et il arriva à Paris dans le courant de 
'ïovembre. 

n s'y trouvait encore au moment de la chute de 
'Empire. Témoin du retour des Bourbons et de Tin- 
^^sîon de la capitale par les années alliées, il reçoit 
®' traduit toutes vives , brûlantes encore des émo- 
*ions de la rue, les acclamations de la capitale. De nos 
J^urs, il nous est plus facile qu'aux contemporains de 
démêler l'enthousiasme de la délivrance et l'égarement 
du patriotisme, maïs l'impression confuse et violente 
^u temps est bien rendue dans ces pages presque lyri- 
ques, où, sous la plume d'un homme doux, bon et 
P^obe, le VsB victis passe et repasse avec une àpreté et 
des raflSnements d'amertume, qui nous jettent encore 
^ distancj le triste écho des passions de cette époque 
troublée. 

Il est partout où paraissent les souverains alliés. Sa 
ï^atupe mobile et inflammai)le partage un moment l'é- 



— 328 — 

umn^roient doaloareax de la popalation derant lu 
K^r^M; d<:fil4i; des hoiumes du Nord, mais c'est poori 
fon ire prevjae aussitôt en • larmes d*actioD de 
y'jiT la magnanimité des vainqueurs, • dont il ne 
i^ Vj^^t !a «îimplicît'; et la délicatesse. • Point d'airi 
d'arro^an'y; et de dé^Jain humiliant envers an peapk] 
y^imis, mais non vaincu. C'étoient des amis qai Te-^ 
L'iItrL: 5«?'yarir et délivrer des amis et des voitiii 
iji^li-rir^ux. Nvn! jamais l'œil de Tbomme n*a Tset 
L^ T^rr^ un ^pe^tacle au^^i surprenant et aussi adni- 
ri'.ltr e: ^i V/ichant sous tous les rapports !!! » 

Qif cire d<r% récils de Bouvyer, quand il se porte 
a^-fi-evan: '!es membres de la famille royale, qui accoi- 
ral-irL: i-? :vJtei parts pour arracher, par le seul asccir 
diL: «irr I-ir ;->m, aui exigences des conquérants, Il 
Fra.'i?* •r^.ui^rf-? Il ne sait que répéter : • Quelle joie! 
Qac! i*ïl:r^! Qiel ravi^jsement général... Il fautTaToir 
•. ■: z ,iT h:. ' iz-tr'. • II court chez Dentu et lui porte i 
.:L:r::::-rr ur.r "'.-rovhure le cirronstance qu'il intitule: 

Z/ej .l(/(i<?3 ou Frhes Corses 

av^: c-rV.^ •rpi graphe : 

I' .ma .-.-x. u!:is:i : icx altcra, vivcre rapto; 

Tvr:.a, •:.-:-:.:!:!. qîjaria nojrare Deos. 

. V.-, :. :a: f. rjp'-ra'id, m'rntcîup, athée. » Sén. 

La semiiii- jui -ait (JO avril), nouvel ouvrage, qu'il 
intitule : 

- Leîtr*^ «îun Champenois à son compatriote, mem- 
bre J^j riiis::ut, à Paris (Campenon), sur la juste ac- 
cepii'.'îi «lu mot : idè»^s (iOr raies. •» 

Et. sans tarl^r. il se met à écrire une Relation dei 



— 329 — 

ioufirances endurées par les villes hansèatiques sous le 
régime de Napoléon (1). 

Mais ces feuilles éphémères étaient insuffisantes à 
nourrir autre chose que les passions, la fièvre du mo- 
ment. De même la décoration du Lys, que M. Bouvyer 
demande et obtient sur ces entrefaites. Il fallait vivre, 
et ses ressources et son temps s'épuisaient dans des 
démarches inutiles pour obtenir une place d*un gouver- 
nement vraiment impuissant à satisfaire, au milieu du 
désordre d*une invasion, tous ses serviteurs malheu- 
reux. Une fois de plus, le pauvre royaliste tombait, 
meartri, sous le poids de son illusion. Le cœur déchiré, 
>1 résolut de retourner à Hambourg, ot l'appelaient le 
eoin de ses affaires et Tespoir de se procurer quelques 
ressources ; mais il n'eut pas la force d'embrasser les 
siens et reprit de nuit la route d'Allemagne, sans les 
i^eiller, leur laissant seulement une lettre d*adieu 
(31 août 1814). Il allait retrouver là, les étreintes de la 
détresse; son journal nous apprend que, pressé par le 
Win, en 1816, il dut vendre, à vil prix, de Targeu- 
terieet des bijoux auxquels il tenait beaucoup. Heureu- 
sement pour lui, son ami Bourrienne avait conservé en 
ce pays de puissants intérêts, dont la gestion lui pro- 
cura sans doute une vie moins précaire. Il parcourut à 
c^t effet le Schleswig et le Holstein et employa l'an- 
née 1818 & des voyages continuels, qu'il raconte avec 
** précision et sa passion ordinaire de voir et de 
^'instruire. 

Mais passons sur ces jours agités; il est plus doux 

"j Mous avons dit plus haut que nous no savions pus si celte relation 
"•itétépabliôe. 



— 330 — 

de jouir du bonheur de M. Bouvyer quand il revoit, 
en 1819 et 182^3, les lieux où il est né, où sa famille i 
vécu sans interruption pendant quatre cents ans; et sa 
maison vendue par la nation, mais non détruite; et sa 
cathédrale, où il assiste à la Fête-Dieu, au milieu des .^ 
mêmes pompes qu'autrefois. Il y a là des contrastes, 
des réflexions touchantes, qui partent des meilleors 
côtés du cœur, et de vraies larmes, sur les ruines acca- 
mulées à Sens par la Révolution. 

IV 

Le journal de M. Bouvyer a été complété par dm> 
SCS notes que son petit fils avait rencontrées parmi ses 
papiers. Les érudits y trouveront, outre le cahier de 
réformes publiques que nous avons analysé plas 
haut (1), une liste curieuse des émigrés sénonais, ac- 
compagnée de détails biographiques; « une liste des 
personnes de Sens ou des environs qui ont été guillo- 
tinées ou qui oîit péri victimes de la fureur révolution- 
naire; » une histoire de la famille Bouv3*er, entre- 
mêlée de beaucoup de souvenirs locaux, et dans laquelle 1 
nous avons largement puisé au début de cette étude (2); 
un tableau généalogique de cette famille ; enfin une autre 
«* liste des anciennes familles bienfaitrices de notre 

(l) V. p. 18. 

{'!) Kii luul <M qui poin.'cnio l'Iiisloire. iloinnaliquc do ia famillo Bouvyer, 
nous n'avons fait <pje suivrai le m'ii ^\^^ noire aulmir. G'osl dire que, loul« 
riMulant lionin]a<;i; à sa parraile VMrai'ilr, nous lui laissons la rt*s)Kiii5aliUiiè 
(le loiilcs ses indicalions, dont la vériliealion critifjtie no pourra Mre qw 
l'o'uvrî (le i'avjMiir, noiainnienl en eo ([iii louche l'urigiue ôrossaise Ue It 
famille, les (îauses diverses qui enj^loulircul la forUiiio d'Estieiine H Bou- 
vyer au wi" sii'clc, ou pncun: certaines daltis de tiliuriua. Los jalons sont 



— 331 — 

le» • depuis les d'Âutun, Ferrand (1), Jamard^ de 
Lallemaison, de la Hache, Rousseau, Cousin, de Bor- 
is, Poney, Fauvelet, le Riche, Tenelle, de Saint- 
lerre, Hodoart, Grassin, Couste, Fenel, de Marsangis 
squ*à M. de Chambonas et à Fauvelet de Bourrienne. 
!ais je dois prévenir le chercheur qu'un émigré ne 
)avait guère se procurer des documents de première 
lain. Il emprunte le plus souvent ses renseignements à 
sn ami Tarbé, dont les almanachs faisaient ses délices. 
L'histoire intime de sa famille est plus intéressante 
arce que son cœur droit et sincère et les préoccupa- 
ions incorrigibles d*un fonctionnaire d'ancien régime 
y montrent dans le déshabillé et la bonhommie d'un 
ntérieur sénonais au xviii* siècle. C'est bien le Livre de 
laison^ écrit avec une pensée parfois un peu exclusive, 
ûais relevée de prévoyance et de tendresse pater- 
lelles; il veut fixer à jamais, parmi les siens, les fruits 
e sa douloureuse expérience et prolonger, au delà 
îs générations présentes, la leçon de sa vie errante et 
sillusionnée : « Mes enfants, quoiqu'il airive, n'émi- 
ez jamais \2) ! Quelque embarras ou quelques nou- 
lles révolutions qui puissent survenir dans notre 

Qtéa ; à noscollùgucs maiiUcnant de complétor ou mému de recdrier, s'il 
lieu, par des rccherclics subséquoulos. les détails du co travail. Nous 

os tenu surtout à montrer le vif intûrôl <iuc la mémoire d3 notre ^rand 

lire sénonais JcaD Cousin donne à tous les souvenirs de la fainillo Dou- 

r eî nous n'avons d'autre prétention cjue de provuquer les léeoiivof les, 

xcitaot lattcntiou des curieux. 

) Mém. p:igcs 671 à 718. — IjQ. notice donne l'itinéraire d(» la prores- 
solennclle que le chanoine Ferrand avait fondée au \vi* siècle en 

mémoration do la récupération de la Sainle-GouiKî. 

I V. pages 667 et 609, les recommandations de l'autour, dont je repro- 
la subsfanco, sinon le texte un peu prolixe. 



— 332 — 

patrie, n*oabIiez jamais d y rester, ne manquez jai 
non plus à la servir... mais que ce soit toujours 
France et jamais au dehors... Âh ! mes enfants, je y 
le répète, gardez-vous d'émigrer jamais! » 

Tout intéresse dans ces pages familières : les 
bleaux évoqués; la candeur des réflexions, la p 
d*un cœur tendre ; les retours inconscients de Tes 
de notre vieille race bourgeoise ; le goût particulier 
Sénonais pour l'étiquette; tout, jusqu'au parfum, 
jourd*hui démodé, de ces mots poudrés de solenn 
d'où semble s'exhaler encore l'émanation affaiblie 
quelques grains de tabac à la rose, tombés par i 
garde du jabot à dentelles du vénérable auteur. 

Notre émigré n*eut pas la consolation de fermer 
yeux, comme il le désirait « ardemment, » dans 
ville natale; mais son inébranlable confiance en 
Providence et la résignation courageuse qui ne I 
vaient jamais abandonné au plus fort de ses épreuv 
n'en reçurent pas moins leur récompense d'une mani 
bien inattendue. Au moment même où la persista; 
de ses adversités semblait lui fermer définitivemi 
les portes de sa patrie, une circonstance fortuite 
produisit enfin, qui vint assurer à ses derniers jo 
l'aisance et le repos que, depuis trente ans, il ne ci 
naissait plus. Vers la fin de Tannée 1818, sa fein 
hérita d'un domaine en Touraine (1), elle lui en of 
aussitôt la Jouissance. felix dles ! s'était-il écrié di 
l'élan de sa gratitude, et il s'était hâté vers cet ai 
de paix, secouant de ses pieds fatigués la poussier* 

(1) 11 comprenait La Millardièru el Le Petit-Bois, sur les poruisM 
Vouvray ol de Rocliecorhon. 



— 333 — 

nie do TAllemagne (1" mai 1819). Dès lors, tout oo 
^é de soins agricoles et de la pensée de ses enfants» 
limait à, jouir avec son poète favori, « des sourires 
ce petit coin de terre, qui l'emportait pour lui sur 
it autre (1) ; » puis, levant les yeux plus haut, « tout 
Détré de reconnaissance pour la bonté céleste, » il 
irmurait, les larmes aux yeux, cet autre vers de ses 
ers classiques : « Ces loisirs. Dieu même me les 
Faits (2). n 

■ Cest ici, raconte-t-il en finissant ses récits, que 
il et livré à moi-même, je repasse toutes les vicis- 
iides de mon errante vie, et, m'en rappelant les 
imières années de bonheur, je me dis avec un sou- 
d'attendrissement : Gusians giistavi paululùm mel- 
: et qu'en en prévoyant le terme que mon âge doit 
idre très prochain, j'ajoute, avec un nouveau sou- 
: Et ecce morior. C'est ici que, profondément ému 
souvenir amer de mes erreurs et implorant avec 
mes la miséricorde inépuisable du Dieu de paix et de 
ité, je lui adresse du fond du cœur : In te Domine, 
raviy non confundar in œlernum. C'est ici, enfin, 
ije mets à ses pieds mon ardente prière pour obte- 
la grâce si vivement désirée : Tanquam cervus de-- 
erat ad fontes aquarumy de terminer mon orageuse 
Tière dans ma ville natale, pour y réunir mes cen- 
îs à celles de mes pieux et vénérables ancêtres et que 
le supplie, avec sanglots, de me faire jouir du bon- 



(1) llle lernirum miliî prœler omnes (lion.) 
ÂDgulus ridot... 

(2) iiibi Deus ha>c olia récit. (Virg ) 



— 334 — 

heur éternel : Et fac mecum sancHs luis in gloria nu- 
merari. Amen! Amen (1)! » 

C'est là, en Touraine, ajouterons -nous en termi- 
nant, que M. Charles-Octave Bouvyer, écuye.', s'étei- 
gnit le 31 mai 1837, dans sa quatre-vingt-troisième 
année, peu de temps sans doute après avoir écrit «:es 
touchantes paroles, sur lesquelles nous voulons laisser 
le lecteur. Aussi bien, mon intention n'était-elle pas de 
publier le Livre de Raison et le Journal de M. Bou- 
vyer. Je ne me suis proposé que de l^s faire connaître. 

Je crois, toutefois utile de reproduire ci-après, non 
pas les 718^pages de ces deux volumes, mais des extraits 
concernant les premiers temps de la Révolution à Sens 
et rémigration champenoise. Une table anecdotiqne 
faciliterait, pour le reste, les recherches que nos tra- 
vailleurs auraient à faire dans nos gros manuscrits, 
on pourra la dresser dans la suite. 

Ce document lui-même, complet, franc d'arôme, 
nourri d'amour du pays natal, sain de lecture et par 
conséquent utile à tous, nous le déposerons dans nos 
archives, où il nous rappellera le travail et la libéralité 
d'un excellent collègue. Nous le conserverons avec soin 
et honneur, en souvenir de lui et de l'une des familles 
les plus anciennes et les plus fidèles de notre ville. 

Joseph PERRIN, 
Avocat. 



(1) Mèm. p. r.70. 



APPENDICE 



Un censier de Tabbaye de Saint-Jean, à Sens, porte, à la 
date de 1534, • Maisire Jehan Cousin, paintre , demorant 
à Sens , ou lieu de Mathurin Harpin , pour ung jardin qu^il 
lient du curé de Sainct-Léon, ou lieu dit Marceau , tenant 
d*un long au rup de Mondereau , 2 deniers ; > et en marge 

— « en Tan cinq cens cinquante huyt, Pierre Bouoier , 
apoticquaire, demeurant à Sens, ou lieu dudict Cousin. » 

— Arch, de V Yonne, sér. //, 420, rcg. — Dans le registre 
soivant, (H. 421) « Jehan Cousin, paintre, demeurant à 
Sens, » est encore porté pour le même jardin, « contenant 
deux quartiers de terre , assis en la paroisse Saint-Léon. » 
On lit en marge : « Il a toujours payé jusqu'en Tan 1558. • 
Quel est ce Pierre Bouvier, indiqué comme apothicaire, et 
possédant au lieu et place de Jean Cousin, en 1558 ? Il ne 
figure pas sur les papiers de la familie. Nous croyons qu'il 
doit être identifié avec Etienne II , gendre de Jean Cousin 
et apothicaire à Sens à cette époque , comme successeur de 
son père Estienne I«'. (Voy. Mèm, p. 609.) Il y aurait dans 
ce prénom de Pierre , soit une erreur, — assez commune 
de la part des rédacteurs de censicrs, soit quelqu'autre con- 
fusion. Du reste, on trouve aux mêmes archives (H, 4*^2, 
années 151X) et suiv.) « Etienne Bouvyer, apothicaire, ■ 
(censitaire de la même abbaye, « pour une maison près du 
grand collège : 3 livres. » 

Les Mémoires de M. Bouvyer indiquent à tort la date du 
2 décembre 1612 pour le décès d'Esticnne II ; il était mort en 
K502, puisque une partie de ses biens ayant été saisie à la 



— 336 — 

requête de Marguerite Minagior, veuve de Jean d'Alibonst, 
médecin de Henri IV, son fils atné Jehan III Bouvier renonça 
à sa succession devant le Prévôt de Sens . le 8 mars I6ÛS. 
Raclicl Bouvier fit de mémo le 15 mars 1603. Outre Jehan III, 
les actes mentionnent encore, comme enfants d*Estienne, 
Louise Bouvier, femme de Jehan Chappelot, procureur, 
Claude Bouvier, veuve d'Estienne Rousseau et Jeliaa- 
Baplistc Bouvier. 

Je dois CCS renseignements à Tobligeance de M. Maurice 
Roy, conseiller référendaire à la Cour des Compies. — 
(Archives du Chesnoy.) 



EXTRAITS DES MÉMOIRES HISTORIQUES 

ou JOURNAL DE LA VIE 
De Charles-Octave Bouvyeu 



PREMIÈRE ÉPOQUE 

DEPUIS MOX ÉMIGRATION ET PENDANT SA DURER 

God, the King, my Friands 
Diou, le Roi, mes amis. 

INTRODUCTION 

révolution de notre infortunée pairie ayant commencé 1789 à 17! 
à. se faire sentir à Sens, ma vihc natale et lieu de ma de- 
meure, dans les premiers jours de juillet 1789, par une di- 
sette subite et extrême de bled, tant dans la ville que dans 
les campagnes des environs, quatre jourj{ avant la révolte 
déclarée à Paris par la prise de la Bastille et le.s premiers 
meurtres publics ; le peuple de notre ville, poussé par la né- 
cessité et le besoin réel et absolu, s'empara do deux bâleaux 
de bled appartenant à M Epoigny, comme commissionnaire 
du gouvernement, et qui se trouvaient slationés à Tancre, 
près du CloS'le-Roty visa vis les casernes, so mit à le piller, 
à l'emporter, et, pis encore, à le jeter dans la rivière. Ces 
bateaux étaient destinés, par le ministère, pour la consom- 
mation de Paris. Tout le monde alors, craignant pour sa 
propre sûreté, s'arma pour la conservation générale des pro- 
priétés. La garde bourf/eoise (de cette époque, dus lors, déjà 
appelée la garde nationale) futconvo(iuée(l). Tous les honnêtes 

(1) M. Bouvycr coraplèlo ce r6cil vers lu un do sus Mumoircs (p. Gj7 el 
suiv.) : 

« Il s*éU)il formé spoulanémcuf, dit-il, dans noire villo, comme dans 
loul le royaume, dès le mois de juin 17S9, une gardj nationale. Elle fui 
provo«iu«ie chez nous par i'arroslalion que lit la populace de quelques ba- 

22 



— 339 — 

nas, qui fut créé, par Sa Majesté Louis XVI, commandant, 
poorle Roi, de la garde nationale de Sens, puis maire de la 
dite ville. 

ie fus ensuite député plusieurs fois auprès du général La- 
&yeltect de M. Bailly, maire de Paris, avec plusieurs de mes 
concitoyens, notamment M. Dosmai>ons, conseiller au pré- 
sidial de noirn ville, pour en obtenir divorces grâces ou fa 
veurs, missions auxquelles nous eûmes toujours un heureux 
>nccès. Nous obtînmes entr'autres, de M. Lambert, alors con- 
trôleur général des finances, un secours de six mille francs 
pournotrc ville, et, une autre fois, de M. le comte de La Tour 
dn Pin, ministre de la guerre, les rôverbcres qui étoient à 
"écolo militaire de Briennc, qui fut alors supprimée, et qui 
forent de suite amenés et placés dans les ruos de Sens, où 
^subsistent encore, pour son utilité et son agrément. Mais 
^us eûmes beaucoup de peine à obtenir un fort baril de pou- 
dre que notre municipalité dosiroit avoir pour sa sûreté. La- 
f&yelte, commandant de la garde nationale parisienne, et 
Bailly, maire de Paris, nous renvovoient toujours de l'un à 
l'&utre, comme de Caîplieà Pilate, sans oser ni l'un ni l'autre 
donner Tordre de cotte expédition, dans lacrainie de ss com- 
promettre, malgré les assurances ([uenous leur donnions de 
'Aires pacifique opinion de notre bonne ville, en faisant clia- 
911e fois, quant à moi, une restriction mentale. Enfin nous 
^tînmes cette insigne faveur qui nous valut plusieurs fois 
^llede diner chez le général, qiio j'avais surnommé le gé- 
néral Poupée, à cause d'une demi-douzaine do faux toupets, 
l^ien poudrés, destinés h décorer son front chauve dès lors 
(présumant bien qu'il Ta encore tel), et qui étoient très ridi- 
^fement placés sur une planche en ovidenco, posée en haut 
dti vestibule et de rescalicrau fond de la cour, à gaucho, qui 
^oduisoit à son appartement dans l'hôLcl qu'il occufioit alors 
*wfaux bourg Saint-Germain... 

Qtiantau bon et excellent M. Bailly, il étoit loin de mériter 
*Cfiielle et déplorable fin qui a terminé son honorable car- 
"Ore. Simple et honnête dans ses manières, comme dans ses 



— 341 — 

digé d'après mes notes de chaque jour, sans prétention et 
iTec sincérité), Timage détaillée do mes longues soulTranccs 
et de la constance, du courage et de la résignation que doit 
avoir persévéramment dans le malheur, Thonnète homme qui 
M dévoue, comme il le doit, et selon sa conscience, pour la 
cause do sa Religion, la oonscrvatîon de son honneur et le 
laiutdesa Patrie et de son Roi : Pro Doo, Rege et Patria, 
Commencé à rédiger ce journil, d'après mes notes de cha- 
îne joar, et à les mettre au net, à Kayserwerth, outre Rhin, 
duché de Bcrg, a| rôs y avoir appris la subversion totale de 
nïa fortune, le mardi gras 12 février I7î)3. 

Signe : Charles-Octave Bouvyer, àcuijcr énwjrô. 

lll convient de compléter cette introduction par deux no- 
tices que M. Bouvyer a composées plus tard sur MM. de la 
Chapelle et de Chambonas. Nous les intercalerons ici.) 

■ Db la Chapellk, ancien major au régiment Royal-Com- 
tO'S -infanterie, et ch*' de S* Louis. Bon et brave militaire et 
excellent homme. Il s'étoit établi à Sens r[uolquos années 
avant la révolution et avoit rendu beaucoup de services à 
notre ville pour le maintien de Tordre, dans le grade de 
Diajor de la garde nationale que nous lui avions conféré. 
PpofoDdémant dévoué à son roi et à sa patrie, il cmigra et 
>orvii dans Tarmée des princes. Je le rencontrai, dans la lin 
^décembre 1792, couché sur la paille, prés de Diisseldorf, 
ûû il s^étoit alors associé et réfugié avec les deux frères 
de Jassy. Attaqué d'une maladie de poitrine très grave, suite 
^ses fatigues et de ses chagrins, il soutTroit inlinimont sans 
pfoféror aucune plainte. Je me réunis à eux et je pai'vins 
pfomptement, après avoir trouvé à Kayserwci'th, sur le Rhin, 
un logement plus convenable, à Ty faire transporter dans la 
toiture d'un chef de la garnison bavaroise do Dusscldorf, 
9ui eut l'obligeance de nous la prêter pour lui. Nous Tétabli- 
^^donc sur la paille où nous couchions cinq, car le ha/ard 
'^ous avoit fait aussi rencontrer notre ami ot concitoven Es- 
uiangart (de Bournor;ville), qui n'avoit plus voulu nous quit- 



— 342 — 

1er. Quoique nous lui prodigu&mrs tous les soins et let 
secours convenables, lo2r) de ce mois, nous eûmes la douleui 
de le voir expirer dans les bras du cli«''de Jussy et les miens. 
(.Wt^m., p, 578. Liste des émigrés.) 

M** DE Chambonas — « Dès les premiers moments de la ré- 
volution, M. de la Garde, m** do Chambonas, avoit été nommé 
par Louis XVI, commandant, pour le roi, de la ville d^ 
Sons (1). Pendant les deux premières années, où il lui f^. 
encore possible de retenir les efforts de la révolution, il pxp^ 
vint, à force de courage et de zèle, à maintenir la tranquillité 
dans nos murs et à on écarter tous les actes de cruauté dont 
d'autres villes avoient déjà eu à gémir. Un des moyens qu'il 
mit en usage pour arriver à ce but désirable, fut d'occuper 
la populace en lui procurant un travail utile pour la ville. Il 
réussit ainsi ù faire combler, tant à l'aide do ses propres 
fonds, que par lo prix de la vente des arbres du Clos le-Roi, 
à faire combler les larges fossés cjui ceignoicnt la ville, de- 
puis la pot te S^ Didier jusqu'à la porte Dauphinc, fossés I 
dans les({ucls croupissoicnt des eaux stagnantes et fétides, 
et à y faire planter des allées d'ormes pour remplacer la pro- 
monade, jadis fort belle, du Clos-Io-Roi. Alors ce dernier ' 
empUifcmciit fut destiné à conicnir les marcliandiscsappor- 
tros par la navigation ; et, ])rès lo pont d'Yonne, il fut con- 

(1) Il rln'xl venu, î\ rc (ju'il pnnil, par l'cfTot du hasard, s'établir depuis 
pou di' Icnips dans noire ville. Il esl de? fait, au surplus, < j ne wju séjour 
il Sens, pendant ces j)r(Mniers temps de (rouble ol de coufusum, y fenn'iw* 
«jue dans son bisloire, parec» «ju'il y lit. (juclles ayeiil pu ùiro s*"» inlen- 
tiiuis st'rrèles, beîiucoiip de bien, préserva de beaucoup do maux publifs 
el indiviilu'ds et niainlint l'ûrdn' et la «ûrt»fé jus<iu'au inoincnt uii, pat 
celle eonduile nicnie, il devint l'objet do la haine et delà pcrî?éculion rt»*! 
sant:uinaiics jacnbin>*. [Mrni. p. iMn el suiv.) 

— Appris di'j)uis, (>t plu^ien^s années après ((^elle de 1799), sa morl pcc- 
nialiircc dans les environs «le Passy, pn's Paris, el ruiné par le jeu, aphs 
Sun rclour d'Ani^'lrlerre. (Teioil un «les boniines les plus aimables «lu'oii 
ji'jl voir; mais, malhcurcusemeni. dominé par une i»nssit>n irrofrOnaliK' 
pour ie j«Mi. (Ihid. ]i. \]U\.^ 



— 343 — 

sirnit an port vaste et commode qui manquoit ii notre ville 
et auquel furent aussi employés les matériaux d'un vieux et 
inutile bastion, dit le Cavalier, qui étolt situé près de la ri- 
irière auprès des prisons. Il restoit à achever de combler 
dWres fossés fangeux et à entourer la ville do promenades 
dtof le reste de son circuit, depuis la porte Daupliinc, jus- 
qu'à celle de Notre-Dame, pour rejoindre le Mail ; comme 
lossi de payer les indemnités nécessaires aux propriétaires 
des terrains qui joignoienl les murs de la ville, ainsi qu'o:i 
Toit fait pour les premières promenades. » (Mâ/n, p. 716.) 

(Nous avons raconté plus haut en détail, comment M. Bou- 
Tjer sortit de France. Nous le retrouvons à Trêves, où il 
Tient d'arriver, le 3 novembre, à 7 heures du soir.) 

k Novembre. — Trêves Le soir je me rendis à l'hôtel de 
ville ou Casin, qui me fut indiqué comme le lieu d'assemblée 
de toutes les familles franr^aises émigrécs et qui s'y réunis- 
soient trois fois par semaine, les dimanches, mercredis et 
vendredis, pour s'y communiquer réciproquement les nou- 
velles. J'y rencontrai MM. de Guilhermy, de Faucigny, 
deFoucaut. de Lambertye, de Marchais, anciens députés aux 
Etats généraux ; M. le président de la More, de Bar-le-Duc, 
et M" de Pâlis, ie père et ses deux fils. 
1! — Le soir, assemblée de toute la noblesse chez M. le 

n)>*de Janson, 1*"* général, représentant M. le m»* de Broglie, 

laquelle n'a abouti à rien. 
14. — (Départ pour Coblenlz.) 
16 — (Arrivée à Coblentz.) Donné nos noms et qualité-; à 

M. Prioreau, nommé par les princes prévôt général de 

/'armée. 

17. - Je commençai ma journée par me rendre à Thôîe! 
lu Cheval Blanc, au Thaï, où il y avoit une assemblée de la 
)obIcsse champenoise, à laquelle présidolt on quelque ma-< 
liérc M. lec*de Cogny. J'y signai sur le registre de la coa- 
iiion, ainsi que la lettre à envoyer à Ms' le duc de Bourbon, 



— 'Mi — 

gouverneur de Champagne, pour lui donner avis dos disposi* 
tiens qui y avoient été arrêtées. 

Cette assemblée se termina par la nomination, au sort, de 
22 députés chargés d'aller prier les princes de nommer les 
commandants en chefs de la noblesse de cette province. Je 
fis ensuite, avec M. le ch*' des Réaulx, et conduit par M. le 
commandant de Mégrigny. mes visites au ministre de ^£le^ : 
teur, M. de Ménich ; & l'ambassadeur de la cour de Franee ^ 
près do lui, M. de Vergeunes, et aux deux premiers gentils- 
hommes de la chambre de Monsieur et de M. le c^ d'Artois, 
à TefFet de nous faire enregistrer et inscrire pour notre pré- 
sentation à ces trois princes, cérémonie mise en usage et 
sans laquelle cependant tout fittnçais étoit admis chezeax, 
mais n^y étoit pas invité à dincr, ce qui n*avoit lieu qa^ 
l'égard des chevaliers de Malte et des officiers, seulement 
jusqu'au grade do major compris. 

(Bouvyer s'en tint là et ne se fit pas présenter. Il évita le 
n cérémonial gênant et inutile pour tout individu qui ii'étoit 
pas au service avant l'émigration, » bien que, lui scmble- 
t-il, l'engagé par dévouement, méritât autant qu'un autre de 
recevoir une fois cet honneur. Il se présenta ensuite au palais 
de rKIccteur, « qui tenoit cour et recevoit tous les Français 
depuis une heure jusqu'à deux. ») 

...Vu, avec vénération, ce respectable prince et vertueux 
Poniifo auquel tout bon Français doit un hommage éternel 
do gratitude et d'amour. 

....le dois ï'cndrc compte do suite des honnêtes et mcinc 
des égards ohli.ijfeans et de tout genre qu'il met en usage en- 
vers tous los réfugiés fran<;ais. Ils sont tous admis chez lui 
avr-c uuv égale confiance et bonté. Le passage du bateau vo- 
lant est franc pour eux, et c'est tout dire qu'il a fait prendre 
à SCS tioiipos la cocarde blanche. Ce souverain justifie plei* 
noinent le protnicr de ses doux noms de baptême : Clemem 
WcncGslas. II a un gouvornenient plein de sagesse, de mode* 
lation, de dou(Turet dMiumanité, qui le rend cher et le fait 
également adorer des Fran<,*ais, comme de ses sujets, aux- 






- 345 — 

eU ses vertus le rendent plus recommandable que le petit 
mbre de ses troupes (d'environ 2000 hommes), qui font sa 
rce militaire habituelle... On a voulu consacrer la mémoire 
i sa générosité envers les Français par cette inscription 
gravée sur une fontaine qu'on inaugura le 23 novembre à 
loblentz) : C le mens Wenceslas, oicinis suis y 179 î, 

23. — • Il y eut ce matin, écrit Bouvyor, jour de S* Clé- 
ment, fête de TElectcur, une messe solennelle chantée pour 
la conservation de ses jours, à la demande de tous les émi- 
grés français qui se firent, sans exception, un devoir d'y as> 
«lier tous, de lout sexe et de tout àf<e, au nombre de 6 à 700 
résidant k Trêves et qui s'empressèrent à l'envi de rendre 
eet hommage de respect et de reconnaissance à leur véné- 
rable et généreux hôte. La grand'musse fut chantée par 
M. Tévêque d'Ascalon, suffragantde l'Electeur, et M. le car- 
dinalde Laval, évéque de Metz, ainsi que plusieurs autres 
éréques français y assistèrent en habits de e.érémoiiic. 

Tous les gentilshommes français s'y étoient rendus en 
corps et ensemble, ayant à leur tète tous les officiers géné- 
raux résidant à Trêves. Ijc soir au Casin. 

24. - Le soir, au concert chez M. de Cosno, où commença 
à se répandre le bruit du départ du roi et de son arrivée à 
Condé, annoncée la veille à Coblentz. » 

(C'était une de ces fausses nouvelles dont aimait à se nourrir 
l'imagination désœuvrée et l'optimisme aveugle de nos émi- 
grés.) 

26. — Assemblée des gentilshommes de Champagne, com- 
Qencée le matin chez M. deJanson et continuée le soir chez 
M d'Arably, où on détermina l'uniforme de la légion cham- 
penoise, le mode d'un emprunt solidaire et divers autres 
objets provisoires pour notre établissement et formation. 

30. — Assemblée matin et soir, où il a été convenu 1* Tad- 
nission définitive du haut-tiers dans la coalition de la pro- 
ince, dans la proportion (ïun cinquième seulement, et celle 
es gentilshommes des autres provinces dans la môme pro- 
^rtion d'un cinquième, et sans, quelques grades qu'ils ayent 






— 346 — 

qu*ils puissent prétendre à parvenir à aucun commandement 
dans la Région ; 2® ensuite quelques règlements provisoirer 
suh l'uniforme de la cavnlerie. 

4 décembre . - Pris Tuniformc de la légion de Champagne 
qui est : habit bleu de roi; collet rabattu et parements Api- 
telettcs, bleu céleste ; boutons d'or, à une seule fleur de \j$; 
rctroussis, une fleur de lys bleu céleste et les armes de II; 
provii«cc, dont j'avois donné le modèle (qui sont d'azur, à la 
bande poicncéc et contre-potencée d'argent); gilet écarlatt 
et boutons armoriés de même, culotte jaune, chapeau àtroii ' 
cornes et cocarde blanche, ceinturon noir et sabre de cavi» 
lerie ; housse do cheval et porte-manteau bleus (A). 

5. — ...Le matin, à rassemblée (aucasin), où, entre autres 
objets, il fut décidé qu*il y en aurait une tous les lundis, mor- , 
crcdis et samedis de chaque semaine, à 10 heures du miiia. 
M. de la Rozièrc, gentilhomme champenois, résidant àCo* 
blontz, y fut nommé, par la légion, pour correspondre cnioo 
nom avec les princes et officiers généraux sur Ijs divers io* 
téréts de la dite légion. 

7. — Allé à l'assemblée, où Ton rédigea la lettre pour 
M. de la Rozière, à Teffet de le prier do nous envoyer 
u[i avis Certain sur Tadmission du tiers. Je fus chargé d« 
faire faii'o les cmportc-pièv^es pourles retroussis de nosuni^ 
formes, d'après les modèles que j'avais faits et qui furent ac- 
ceptés. 

18. — A rassemblée, le matin, chez M. de Janson,où ila 
été lu une lottre des princes, portant nomination de Mon- 
sieur le c} d'AlIonville, maréchal de camp, pour commao- 



(1) Voioi la dosrripliou de l'ùlendftrd do l'oscadron de Champagne, qui 
fui luMii par raiiiiiùniLT,l«; !0 soplombre 1792. «Il ôfoit porté par M. Iccomtfl 
(l(î Hoiicy. in.iréclial ào. camp. D'un cùté, les ariiios de France cl do Cham- 
paij;nc at^j'oliNS, de l'aulre l:i.)8, èpoiiue gioriouse ol mémorable \iouT noire 
pr(»viuco. Aux qualre (V)ins, des croix de Lorraine, en rbamp d'azur k cau« 
def^ Lorrains et Harrois réunis k nous. » (P. 63.) 



— 347 — 

.ni provisoire de la légion de Champagne, à l'effet de pro- 
sdcr à son organisation (1). 

îl. — Visite avec toute la noblesse à M. le baron do Ker- 
en, ^uverneur de Trêves, arrivé hier. 

24. — Le matin, assemblée chez M. d*Allonvlllc, où, après 
M, lecture du règlement des princes, on a procédé à la liste, 
ptr rang do service et d'âge, de tous les présents. Ensuite, 
ordreofïiciel de se rendre mardi prochain à Pliazel, pour Tin- 
tfUlIation et formation do la légion. 

27 décembre. — Eté à Pliazel, où se sont trouvés tous les 
CHiampenoîs résidaiit à Trêves, et qui s\ sont rendus comme 
as chef-lieu de cantonnement de la province. M. d'Allon- 
TÎIle, après la formation et organisation de la légion, a 
aommé et fait recevoir pour commandant de rintanterie 
K. le c^ de Chamisot, le plus ancien licutenanl-coloncl, et 
pour commandant de la cavalerie M. le c^ de Lardenoy, le 
plos ancien colonel. Do là, on s'est rendu à la paroisse où 
Taumônier de la Légion a dit une messe pour demander à 
Dieu de bénir nos efforts et de couronner de succès Tentre- 
prise à laquelle nous nous réunissions pour rétablir, en 
France, la Religion et remettre le roi sur son trône. Ensuite, 
halte donnée chez le maire, par M. d'Allonville, où ont été 
portées les santé.s analogues aux circonstances et, entre au- 
tres, celle du Roi et do sa famille, de TEmpcrcur et de 
i'Elecleur, etc., do nos différents chefs, de notre frater- 
nité, etc., etc. — Le soir, au concert de la ville, après que le 
plus grand nombre de la cavalerie fut rentréii à Trêves, sous 
la conduite de son nouveau chef particulier. 

28. — Le matin, visite de corps à nos chefs, tant anciens 
]U3 nouveaux, et à M™' la maréchale de Broglie. Do là as • 
emblée chez M. de Janson, pour y lire une note de M. de 
kerpeij, par laquelle il instruisoit la noblesse des disfiosi- 
ons de l'Empereur (notifiées à l'Electoup do Trêves) de le 

;l) On pourra CJUJuUur, sur ceUe ôponnî, les Mt}m')ires sccrAs du 
imte d'Allonville. 



— :5.fc>* — 

^n/!^iirii*, ^t «^es ordres n^r lui dnnnca aa jfàn^rai Biium 
^*»»mp'rty/»r la ror^,i* a r^^ primer l'invanion. -la nome meoÊtt 
fi''.\\v^Aif\n drsn FVîin«;aiH. Vinité» j^neraie -le ï^racrdi»aii«i 1 
M. de Kftrn^n : •»! î« wr an «îaain. 

■1f>. — .Viij«emhj«^ii itfi matin <^h<*z M. de ianaan, 'iiï &•£»■! 
ii***tiir*i d«> .'rtrdr^i di^ S. A. S. E. de Trêve», aàr****» i M.fcj 
K^rp«»n, ;rri«7ern«»nr dft Trêves, portanc (ue saai .es Ff»*l 
'^as ay ont a •*vacu#*r'',i*t:re ville dans iabiaicajiie, poar r«iou]At| 
l'ïur 'Virit6on>>m'ïr.t ^c lai.'iser piace aux irnapea lOi Toacir* 
rivîr inci»s:^ammcrit. 
ï'*^* ^ Anr».;e I7î*f2. 1'*' janvier — Trevw. — L.» maiia. r'jît»* 
c/'/fpK '!fi^z î/is '•^h^f.'* Frar.i^a.:* ei Le EUroa ^ie K-îrpen- 

."). — AM^m^fi^Ji de la province, ou oa a comme poarchcii 
d^î <ft#;tir»r» : d»>, l'i n fan r^ri»:, MM. de Caamoac de ILjjrieli 
Mor/r^, dft la Tourn^liri et Obîiri de Viiien : de la .avalcnÉi 
M. ift 'Vifnmar.deur de Mé:çri;rrjy-VillcKeriia ; pour .Monui' 
dar.t 'ïfi H^cond oi pour clief^ de section. MM. de Gagnereii 
le v*^ d'Am^i V, d^ Foriier et De^mirec* de Paîi*. — Orfi« 
douuA poif la cifiahrar^uc ot porte-manteau hleudeRo^. bor# 

l.V -- Au ca^iri, o»i i: a ftté iiommé quatre oomm'ssiirt' 
u .'ffî^'*. f\f', r;C^>rtr»àitrri toui les arrivant.-! fran-^ais ou«^* 
.■;i .*. *': ■■ ï/; -ter j?..rj a fa.', -opt'.r :-;* r.o.-ns de MM. le cofflt* 
/J \ .',■. . '■ ,i; 'r>;irofi ^io r ,*.:.';. ,•=; rOmVEr dj S' -Mesme Cl •« 



'!'• ."''/..or». 



^'1 Jf'" 'j ;ivi^ do M. .oc*- d'Am^iy que jo suis dan*** 
«'•".? 01., ;i-.f:'' .'or'îf- d^- rr/*- jîjip^T lo plui tOt f.o*sibie elo® 

^:',, - O'i'*''' îf''» rriîi.-o:i. i! y a aujourd'hui un an. Le *oti- 
.'■f.ir H" rc. i\h\ï.')\i\f'n\ aij[:ivf:rsaire m'arracha un soup»*"' 
t'\ y. f«'-i;ii fout \f' \')nv jiiori;:'* dariH de bien tristes ^^' 

jr ,,,;,, . _ [ ,. rnri'iij, vi^iio do corps de la noMcssc d*^ 
ri.îirn|.;i:.'ri", nos .-h^-N ^mi t^-f'-, â M. le m*' de Broj^'llc. 

j:# a\fj'. — Appri- ;iii|niir.l"liiji la déclaration de guerre d« 
n«»tt'' l'oi a ci'Mji «!«■ Iloiii'ii*', du 21 couraiil. 



— 349 — 

3 mai. » Appris aujourd'hui la nouvelle de la première 
Taire des troupes autrichiennes contre les patriotes fran- 
iU, et du premier succès pour notre cause, le 28 du mois 
emler, par la défaite de S^OO Patriotes par 3000 Autri- 
liîens, prés Mons par le général Beaulieu, et celle d'un 
Doindre nombre par le général d'Aboncourt, près Tournai. 
Le Rocbambeau, Hls, maréchal de camp constitutionnel, an- 
noncé tué. 

10 mai. — Le soir, monté à cheval, pour me rendre, avec 
tous les émigrés de Trêves et environs, au Pont de la Sarre, 
où était arrivé le Régiment Royal-Allemand cavalerie qui 
étoit déserté en masse du G (comme ensuite Rerchini (sic) 
bossards, le 12) de Davaux et allait couchera \Va:^erbillich, 
lurës Greven mâcher. 11 est difTicilc de rendre la joie pure et 
Teothousiasme de ces braves gens et de tous les émigrés. Les 
cris de Viee le Roi. mille fois répétés de part et d'autre, ti- 
roientdes larmes d'attendrissement de tous les yeux Le ré- 
giment étoit complet, à l'excoption de «{uinze soldats et d'un 
officier qui avoient refusé de suivi-c. Une chose vraiment 
^nnantc, c^esl que le secret du départ, confié à plus de 
W individus, a été religieusement observé, même par les 
refusants. Ils avoient avec eux leurs armes, bagages, caisse, 
chevaux de remonte, etc., etc. Les compagnies de Cham- 
pigDe et de Normandie leur ont fait apporter une tonne de 
^>n et nous leur avons donné nos cocardes blanches. 

30 mai. — Assemblée le matin, chez M. le c^" de Lardenoy 
^laquelle, sur un ordre des princes, on a donné sa parole 
flîonneur de ne plus jouer de jeux do hasard et ceux de 
wmmerco aux prix le plus modérés, sous peine d'être rayé 
du contrôle de la compagnie. Je l'ai prêté de tout mon cœur, 
^'i>o étant toujours abstenu.^ 

Juin. ~ (Tout ce mois fut employé par M. Bouvyer aux 
"^œuvres du manège et do l'escadron.) 

17.— Le ch»' Yong, Hollandai-s, volontaire dans la c'* de 
'Itodres, s'est tué après s'être ruiné au jeu. 
4juillef. — Anniversaire de mo;i pi;re. Sept ans révolus. 



— ;fôo — 

hélas II! Mais qu*ii eût été malheureux s^il eût \u notre 
crabic Révolution 1 .. Le soir, promené seul et bien t 

ment. 

13 — Tous les prêtres français ont jeûné et dit la i 
aujourd'hui à Tiniention du Roi, à cause de la Fédi^n 
dont c'est demain l'anniversaire à Paris. 

14. — Le matin, messe générale aux Jésuites, par les 
très français, pour demander à Dieu sa protection po 
sûreté du Roi. 

17. — Reçu Tordre de se tenir prêt à évacuer Trèv( 
20 au 24. 

20. — Hier, on a commencé la distribution des arro 
rinfantcrie, continuée aujourd'hui et qui sera finie 
main. 

29. — Réveillé le matin à 2 heures et reçu Tordre d< 
tenir prêt à partir à 9 heures du matin. Disposé et la 
chez M*"* de Fleurigny un paquet pour ma femme, plus 
paquet do hardcs, avec prière de le faire tenir à celle-ci, 
cas (jue je fusse tué dans la campagne qui va s'ouvrir.... 
été faire mes adieux, avec grand regret d'être séparé d'e 
à mes cliers compatriotes de Jussy, frères^ M. de (a Ci 
pelle, M'"* de Fleurigny et M™« Dumontct... 

Après quoi, et après avoir fait mes adieux à mes Ik 
hôtes Seypel et d«"« Braun, qui m'ont tous comblés de bc 
tés pendant plus de dix mois de mon séjour chez eux, 
suis parti de Trêves avec la compagnie de cavalerie et d' 
fantcric, à dix heures et demie avant midi. — V^eiiu coud 
le soir à 8 lieues de Trêves, au village de Willsbélicli, 
dormi sur la paille. 

30. — Commencé de la veille, notre association pour U 
le reste de la campagne et pour les frais de route, ck 
riots, cantine, deux chevaux de suite, outre les noires, cl 
palefrenier, entre M. le ch*" de la Motte, de Troyes, eh" 
S*-Louis, le comte de Renti, le cli«' Hocquart et moi. 

ParMis (le Wili'sbélich à 10 h. du matin... — Arrivés à 
Ijoui'^' (diiclié (le Liixumhoui'jr) à 4 h. du boir... 



— 351 — 

. — Partis de Kîlburg, à 8 h. du matin; rentrés dans 
tctorat do Trêves... ; couclié à Prum. 
* août. — Partis de Prum, dernière place de TElcctorat 
Trêves, à 6 Ii. du matin... ; arrivé à 5 heures du soir ù, 
iUc de Malmédy, dépendant du Prince abbé de Stavelot. 
»uvyer profita do son séjour à Malmédy pour visiter Spa 
ies environs.) 

K — Eté le matin en corps à la messo à Tabbaye (de Sta- 
lot), où nous chantâmes, pour la l'* fois, le Domine sal- 
m fac Regem, ce qui nous causa une grande joie... 
12. — Le matin, à cheval, pour la formation d^une seconde 
»iDpagnie, dans laquelle par roffet du dédoublement, je me 
lis trouvé incorporé. Pour capitaine en l*' M. le m*« de 
'ignacourt ; pour capitaine en 2* M. le c^ de Montigny, 
15. — Appris, dans la matinée, les nouvelles atrocités com- 
uses à Paris contre noti*e si bon Roi et sa famille le 10 du 
oarant, le meurtre des Suisses et de tous les gens qui se 
)Dt montrés fidèles à sa Majesté; l'incendie aux Tuille- 
es, etc., etc. Notre douleur ei notre désespoir ne peuvent 
b rendre. — • Reçu aussi Tavis de notre départ fixé au 17, 
latiii, pour Huy, entre Liège et Namur. Reçu cet ordre avec 
autant plus de joie qu'il nous rapprochoil de France, nous 
oonant Tespoir de venger notre Roi. 

(Bouvyer partit donc de Malmédy avec son corps pour 
rendre gîte à Thcux le jour même. Il quitta Theux le 
** septembre pour Liège, d*où il repartit le lendemain ; le 
ioir même, il campait près d'Huy, sur la rive gauche de la 
Meuse.) 

5 septembre. — Passé la revue générale, avec toute Tar- 
mèe, devant le duc de Bourbon, M'** le duc d^Eiighicn, et 
M. le c*« d*Egmont Pignatelli. 
10. — Létendard de notre escadron de Champagne, béni 

par l'aumônier. 
ILo camp fut levé le 11 ei Tcscadron vint s'établir entre 

BoiselClavières. Le 12, il arrive à une heure près Marche.) 

— De grand'garde et bivoua({ué par une nuit, un vent et une 



— :«2 — 

pluyo épouvantables. (Les jours suivants, fiouvycr 
Hollognc, lieu de cantonnement des troupes. Deux j 
suite, 17 et 18, on eut une alerte et Ton passa la nuii 
des clievaux sellés, « sur Tavis d'une attaque de la 
patriotes français de Givct. i» Le 19, toute la cava 
une manœuvre générale devant le duc de Bourbe 
24 seulement» nos émigrés, quittant Hollogne, vinre 
pcr à Imptive.) 

25. — Parti du camp dlmptivo à 6 heures du mu 
rivé ù 2 heures au village de Oavre, sur la Meuse 
lieue de Namur, au milieu d*une forêt et dans une s 
dont le désagrément étoit augmenté par la contin 
froid, de la pluie et du tems affreux qui nous accoi 
depuis plus de six semaines. 

(Là, recommencent, pour Bouvyer, les loisirs vraim 
quiétants do cette campagne II les trompe en rayonn 
touriste autour de son cantonnement, et, jusqu'au 8 oi 
il visite Namur et tous les environs avec son ordinaii 
siondc voir et de noter. Le 7, il va voir au village de Si 
cantonnement de l'escadron de Normandie,— « celui de 
dron du Roi, ajoutc-t-il, composé de la compagnie du 
mont du Roi-cavalerie et de colles dos divers régimci 
mant notre brigade étant au village de Davre (1). » l 
curiosité no sufHt plus ù occuper son àme que \'é\ 
cruelle do son erreur vient brusquement éclairer. Le 
fausse nouvelle do l'exécution do M. le Roi de CamilK 

m 

les scélérats qui égorgent impunément tous les lie 
^ens ou riches, • le jette dans un trouble profond.) 

10 octobre.— « ...Cette nouvelle, écrit-il, me causa 
vivo douleur et mit lo comble ù celle que j'éprouve d( 
longtemps j)ar riniposyibilité absolue d^écrire à ma 
et d'en recevoir des nouvelles; la pénurie d'argent ( 
possibilité de s'en procurer par aucun moyen, ni d'c 

(1) La l" <•'« lie Chain paqruM'tait (îanlomuM an viUago do Limoj 
liour lie Cotiliault ; la '2« ("• ùlail à Hcaulicu. (Voy. Mt-m, p. ",{}.] 



— 353 — 

^enir ; la méoie impossibilité do rotournor eu France depuis 
le décret qui nous proscrit et nous condamne à mort, après 
avoir spolié tous nos biens, Tinquiétude où je suis sur le 
sort de ma si tendre mère, de ma femme et de mes enfants, 
auxquels il est vraisemblable qu'on a ôté tout moyen de 
subsistance. La douleur que me cause Pacte excessif do 
tendresse de ma mère, qui, à la mort de mcn père, m*a tout 
abandonné et no s*est réservé aucun genre de propriété el 
de bien, la crainte continuelle qui m*obsède sur l'existence 
d'êtres si chers, sous tous les rapports, à mon cœur, et sur 
la conservation de proches parents, tant ii Sens qu'à Paris, 
tels que M^* do St-Mars, M" de la Mothe, Foacier, Epoigny, 
etc., etc., et tantd^autres, enfin la crainte d*ôtrc obligé de pas- 
ser encore cet hy ver hors de France et Tincertitude de notre 
rentrée si désirée, malgré les chagrins qui nous attendent 
dans notre patrie, par le spectacle affreux de sa ruine et de 
lan6tro;tels senties sentiments qui m'agitent si douloureu- 
sement et qui me déchirent Tàmc jour et nuit, particulière- 
menldepuis une quinzaine de jours que les mauvaises nou- 
velles, qui nousarrivent des opérations des années combinées, 
détruisent notre espoiret notre confiance dans leur sincérité 
et leur zèle pour notre causequoiqu'ellcsoit également lalcur. 
Jen*ai pu me refuser la trop triste satisfaction de transcrire 
ici, pour le faible allégement do mon co*ur. si opprimé d'une 
douleur inexprimable et plus sensiblement affecté encore au- 
jourd'hui qu'il ne l'a été jusqu'à ce jour, malgré mes ré- 
flexions et mes observations depuis quchiuc temps, sur la 
nullité et la complète paralysie de nos opérations, mais que 
je me donnais bien de garde de communiquer à qui que ce 
fût, quoique j'en observasse la similitude dans beaucoup de 
pli^fsionomies et de regards de grand nombre de mes (*o- 
infortunés camarades, mais toutefois avec ma ferme déter- 
mination de conserver mon zèle jusqu'au bout et de ne pas 
fléchir d^un pas dans la carrière, toute funeste ot fatale 
qu'elle puisse me devenir, mais que j'ai entieprise par un 
pur .sentiment d*lionneur et de fidélité. 

23 



— %4 — 

(Le 15 octobre, alcrlo. Le Duc de Bourbon fît ranger la 
brigade en bataille dans la plaine de Nanine ; mais on ne v it 
rien venir.) 

21. — Appris par M. de Villereau qu*il avoit lu dans u>i 
papier public qu^il y avoit eu à Sens une insurrection cou* 
sidérable à cause de la cherté du bled. Nouveau motif d'in- 
quiétude et de douleur. 

28. — Premier anniversaire de mon départ de Paris. Ce 
triste souvenir m*a arraché un nouveau soupir bien doulou* 
reux. A la messe, à Vierde, ren iu grâces à Dieu et dema ii*^^ 
la continuation de sa proteciion. (Dans la nuit commenco I<^ 
grand mouvement de retraite do l'armée do Clairfait.) 

2 novembre. — Reçu ordre de partir sur-ie champ. Voi»'^ 
coucher ù Spie, village à deux lieues au delà de Namur. 

3. — Venu coucher au village de Mellet, à deux lieucss ^^ 
Charlerov. 

4. — Entendu, toute la journée, une canonnade cof"»*-'' 
nuelle du côté de Mons. (Toute la nuit, la brigade se ti*?*^^ 
prête à partir.) 

5. — Entendu, toute la journée, canonnade comme ■* 
veille, mais bien plus suivie et continuelle. 

6. — Canonnade extraordinaire touie la matinée et sâ-^*'"' 
tout depuis 10 heures jusqu'à deux, d'une force et d'une T»'*-*' 
queiice extraordinaires (1). 

"^ — A une heure du matin, ordre de monter à «'he ^'^ 
Partie à 3 heures, ayant été oliligos de laisser tous »*^^ 
équi|>agos... Ce départ ])récipitê nous apprit que Taflair^^ 
la veille avait été de «iucl(|ue avantage pour Dumouriez, *^^*-** 
vaut Mons. . PasbO par FIcurus et retouiiié sur Namur, j ^*^' 
(fu'au village do Tein|iloii. {Lit toute l'armée se tint en ^**' 
taille pendant deux heures et fut rejointe par son avd" 
gaide ; ]»uis l'ordre fut donne à la brigade de revenir =»^ 
ses pas. Huuvyer relourna à Kleurus f»ar le même cheii^"^' 

lit* 

(l; «/olail la iKil.iilK' «le Jjî.Miiap'S. <jiii allait li\n*r luule la IK.'lje''/" 
aux truu]»r:« «ie Uiiiiiouiirz 



— 355 — 

)ais sans désemparer, arriva à Jcmmapes par une marche 
le nuit.) 

8. — Partis (de Jommapos) à 8 heures et arrivés à Wa- 
terloo... Envoyé par le Prince (duc de Bourbon) à Jemma' 
pc8, pour hàler l'arrivée de Tavant-garde qui formait notre 
arrière garde dans notre retraite. Arrivé à travers la su- 
perbe forêt de Soignes et par une obscurité incroyable à 
Bruxelles, à 10 heures du soir. 

9 ^ Repartis do Bruxelles au jour. . Vu sur la roule de 
Louvain une colonne énorme d'équipages de toute espèce et 
une foule de personnes da toutes conditions que la crainte 
de Tarrivée des Patriotes français et de Tinsurrcction de 
ceux du pays faisoit fuir avec rarctiiduclicsse... 

Rejoint Tarméè à Louvain... Repris mon rang dans mon 
escadron et arrivé la nuit à Tirlemont, au milieu des mépris 
et insultes du peuple qui avoit commencé ses outrages à 
Louvain... Reçu, par grâce, dans une maison hors la ville. 

10. — Le matin, parvenu au jour à rendre compte de ma 
mission à S. A. Mc^^ le duc de Bourbon, qui me donne de 
nouveaux ordres... Toujours rebuts et mépris d'un peuple 
prêta s'insurger et enorgueilli do l'approche dos Patriotes 
français. — Chose déchirante à voir que le concours conti- 
nuel de prêtres à pied et de voitures remplies de toutes 
personnes fuyant ce pays et s'cxposaut, comme nous, à toute 
l'horreur de l'exil pour sauver leur vie. 

Notre escadron réduit de 108 à 2J, tous dans le chagrin le 
plus amer et le dénùment absolu d'argent et de ressources. 

IL — Passage continuel d'une quantité considérable de 
prêtres dont la fuite à pied, malgré le grand âge du plus 
grand nombre, étoit pour nos cœurs un spectacle déchi- 
rant. 

(Parti d^Orsmaël le II, l'escadron vient coucher à Lamal, 
)asse à Saint-Trou le 12 et couche à Guelinghon, t où vu 
irl. de Feu. • Le 13, il s'arrête au Petit-Besne, à une lieue 
u delà de Liège, sur la route d'Aix-la-Chapelle. Bouvyer 
st obligé de vendre sa montre..) 



— 356 — 

15. ^ ...La solitude et Tinoccupation me ramenèrent aux 
tristes réflexions qui ne cessent de nous accabler depuis le 
désavantage de la campagne; revers cruels que nous ne 
pouvons supporter que par les fortes consolations de la re- 
ligion et les principes de morale et de pliilosophtc convena- 
bles à la position affreuse qui nous désespère. 

(Pendant deux jours, Bouvyer assiste avec stupeur au 
défilé des troupes impériales qui évacuent le pays. Le 18, i^ 
apprend enfin le départ du duc de Bourbon, et, le 19, la dis- 
solution de son armée, retombée sous !e commandement ^^ 
M*' de Broglie, puis le « départ de MM. d'ÂlIonvilIe et àe 
Lardcnoy, emportant, sans mot dire, l'étendard de noi*^ 
escadron. • Tout était bien fini. Il se replia donc, lui-më<0^f 
sur Theux et Stavelot.) 

23. — Eté à Malmédy;.. appris des nouvelles de la tr*^* 
quillité de notre ville, où nos femmes se font séparer ^^ 
biens. Appris la dissolution et le licenciement final de nO^**^ 
armée. Douleur et consternation générale. 

24. Etant décidément forcé de quitter notre coalition 
tout projet militaire, laquelle coalition je n^ai voulu al>^'*^' 

donner qu'un des derniers et à la dernière nécessité, J 

et 

été obligé de vendre mon clieval blessé 42 liv., ma sell^ 

mes pistolets 21 liv , par le même besoin d*argent. Uni f>* 
que jamais mon sort au respectable M. de la Molhc, 
Troyes, vieux cli" do S^-Louis, et parti avec lui à H licti»'*;*^ 
dans un petit fourgon. Venus coucher à Theux, après a'*'*-'^ 
fait nos bien cruels adieux au restant de nos camarade*^ ^ 
de nos compatriotes, <|ui, réduits au nombre do 15 ou ï^*' 
s'en alloient do même chacun do son côté. 

(Dès lors on proie à des alarmes continuelles |)arsuit*^ 
des progrès do l'armée fran«;aise et de Tcncombrement de^ 
routes, M. Bouvyer se mit à fuir sans s'arrêter jusqu'au pe- 
tit village do Bilch, aux portes do Dusseldorf {\ décembre). 
La veille, il s'était associé ave»? le général de Pâlis, lecheva- 
lier .son fils, MM. de la Chapelle et de Jussy, pour passer 
ensemble le redoutable hiver qui les saississait en plein vie- 



ï 



— 357 — 

>^tknient. En effet, c^est en vain qu'il alla se * faire enregis- 
trer, pour secours, chez M. de Presle, secrétaire des prin- 
ces (16 déc ). » Ceux-ci avaient dû quitter Dusseldorf, le jour 
naèine, et no purent satisfaire à sa requête que deux mois 
plus tard : ... • 27 février 1793. — M. Ch«' de la Mothe est 
venu coucher à la maison et m'apportcr les premiers 
15 livres pour secours des Princes, pour le mois de janvier. • 
"* Nous devrions terminer, avec la fin do la campagne 
de 17d2, la publication du Journal do M. Bouvyer. Toutefois 
nous croyons être utiles aux érudits en reproduisant encore 
les passages suivants, extraits de la suite des mémoires.) 
30 mars 1793. — Nouoelles de Sens : 
i Appris chez le général de Pâlis, par un abbé exporté de 

Friiico, précepteur des enfants de M"*^ d*Ambly, et qui étoit 
parti do Sens au mois de février dernier, que cette ville 
^^ii tranquille à cette époque, mais qu'en présence de la 
garde nationale, et sans qu'elle eût fait le moindre effort 
pour rempécher,le peuple yavoit massacré (sur Tesplanade, 
à une revue de la garde nationale), M^ Bertrand, greffier de 
l^Election, réputé grand aristocrate, ce qui avoit fait cesser 
l'affluence des gens de Paris et autres étrangers qui venoient 
demeurer à Sens, à cause de la tranquillité dont on y avoit 
joui jusqu'alors dans son enceinte (p, 02). 
DéC€>aoerte du corps de L'archecèque Gaultier Cornut (1) 
(Eln recevant, le 23 juin 1794, la nouvelle de la violation du 
tombeau du Dauphin, à Sens, M. Bouvyer note sur son 
journal le souvenir suivant : ) 

A. la mort de l'archevêque Gauthier Cornu, il fut inhumé 
dans le milieu du chœur, car il n'y avoit point alors de ca- 
veau destiné à la sépulture des prélats, qui n'a été construit 
que de nos jours, sous le sanctuaire, par M. l'archevêque 
Languet, lorsqu'il y a fait construire le magnifique autel 
actuel, accompagné de quatre superbes colonnes de mar- 
bre. 

(1) Cf. Epitaphes des archevêques de Sens^ par G. JirLLiOT, Bulletin 
de la Société archéologique de Sens, t. XVI, p. 1 77. 



— 358 — 

Or donCf lorsquo pendant les fétcs de Noôl (je crois 
1769) (I), on voulut construire un caveau dans le milieu da 
chœur, pour y placer le Dauphin, fils de Louis XV, mort à 
Fontainebleau, puis son épouse Marie -Josèpho, princesse 
de Saxe, morte aussi dans le cours do l'année suivante, de 
chagrin, on trouva, à peu do pieds sous le pavé, le tombeau 
de pierre de Gauthier Cornu, Tarchevôque, cl- dessus dé- 
nommé. 

Plusieurs curieux furent avertis qu'on vouloit Pouvrir, et 
je m^y rendis avec mon père. Ce tombeau, de 6 à 7 pieds de 
longueur, n'étoit composé que do deux pierres fort épaisses 
et creusées, dont Tune faisoit le fond et l'autre le couvercle ^ 
parfaitement joints, et de manière que l'air n*avoit pu y pé ^ 
nétrer, non plus que Thumidité. Tous les spectateurs sepia,^ 
cèrent d'un c6(é et les ouvriers de l'autre Ce ne fut qu'tvQc 
beaucoup de peine qu^il parvinrent, avec de fortes pinces de 
fer, à soulever et renverser le couvercle du côté opposé aux 
spectateurs. Au même moment du renversement du couver- 
cle, et pendant, pour ainsi dire, un seul instant, on appenriil 
le Prélat en habits pontificaux, étendu, tout habillé de son 
costume pontifical, la mitre on tête et sa crosse appuyiJcs ur 
son bras et sur son côté dans toute sa longueur. Mais to *-»t 
s^évanouit et disparut en un instant. Tout le monde fit u" 
cri d'étonnement, et on n'apperçut plus seulement qufi ^^ 
haut et le bout do la crosse en cuivre dor*} et un anneau 
d'or, avec un chaton de pierre rouge. Tels furent lesuniqiios 
vestiges (|ui restèrent, tant du corps que de l'enlier acco^* 
tremoni du bon archev(>(iue Gauthier Cornu.— L'un de» cli^- 
noinos prt^sonts, qui étoit aussi alors administrateur do Tliô- 
tol-Diou, M. (h^ Moiibourg, se fit apporter un vase do la sa- 
cristie et une carte et y mit le peu do cendres, ou de pous- 
sière qu'il ramassa bien soigneusement et los fil porter 
dans la sacristie, jusqu'au lendemain qu'après avoir dit 1* 
messe au m" autel, et en présence de tous les chanoines 

(0 Les fouillt^s eurent lieu en 1705, Voy. Torbé, hisl'» do Sens. p. *»'»*• 
— Le (laupliin mourut le 20 dec. 1705, et la dauphine, le 13 mars 1767. 



— 359 — 

^i du clergé, on fit ouvrir le caveau qui règne sous le san - 
ciuaire, et y déposer le vase, ou boîte contenant les cendres 
de ce vénérable archevêque, d^ailleurs, d*après les chroniques 
de ce tcms, de pieuse et respectable mémoire (p. 225). 

(La pensée du pays natal ne quittait guère M. Bouvyer, 
^naoin ce regret, noté entre mille : ) 

1«* septembre 1801. — Souvenir pénible de ma bonne 
^iUe, dont tous les habitants grands ou petits, se rendoicnt 
en promenade à la foire, qui avoit lieu à i'A.bbaye de 
SaÎDie-CoIombe. 



LISTE DES ÉMIGRÉS DE LA VILLE DE SENS 

ou DR SES ENVIRONS 
DONT j'ai eu CON?lAISa\NCK ET QUI ONT SERVI DANS LES ARUKES 

DE l'Émigration 

NOBLES 

M. de Rochechouarty duc de Morieinart. pair de France, 
maréchal des camps et armées du Roi, chevalier de Tordre 
royal ctrailitaire de Saint- Louis, député aux États généraux, 
s«' d'Ex'criy, près Brai- sur-Seine. Il opla de f.iire partie de 
l'assemblée de la noblesse de Sens, à cause de sa terre 
d'Everly, de préférence à d^autres terres plus considérables, 
pap la certitude d'être nommé, à Sens, député. Après peu de 
moi» d'assistance aux Etats généraux, il s'en dégoûta et 
donna sa démission. Après le licenciement de l'armée des 
Milices (Monsieur, maintenant Louis XVIIl, et M'^»' le comte 
^'Artois, actuellement Monsieur) il lova un corpsd'infanto- 
P'e d'émigrés au service et à la solde de rAngloterrc, (jui fit 
passer ce régiment en Portugal, où il fut dissous au bout de 
2 ou 3 ans, ainsi que le régiment semblable levé par M le 
<lucdeCastrie. 



— 360 — 

Rentré en France sous Buonaparle, devenu empercu r^ 
le servit dans sa maison, ainsi que son frère, le c^ de Afo/ 
temart, qui accepta la place do chambellan. Parce moyen, f^ 
duc fut remis en possession d'une grande partie de sa for*^ 
tune. Au retour de S. M. Louis XVIII, il redevint attaché tu 
Roi et retrouva la faveur et les places dues à sa haute nais- 
sance. Il fut, en conséquence, de nouveau créé pair, sorte 
de pairie actuelle et devenue si banale en comparaison de 
celle dont il étoit membre avant la ré\olution. 

Af. de PtaneUy, m" do Maubec, lieutenant- colonel d'in- 
fanterie et capitaine aux gardes-françaises, ch*' de Saint- 
Louis, s»' de Thorigny, près Sens. 11 opta en faveur do cette 
possession, de préférence à sa terre de fiourgoin, en Dau- 
phiné, aux éiats de laquelle province elle lui donnoit rang, 
par Pespoir qui se réalisa d'être nommé député suppléant 
aux Etats généraux, à rassemblée de Sens. Il y siégea bien* 
tôt par la retraite volontaire de M. le duc de Mortemart. Ce 
fut M. de Maubec qui, à la dissolution de rassemblée natio- 
nale, fut chargé par la noblesse du royaume, de porter aax 
Princes émigrés, alors en résidence à Cobleiitz, les originaux 
dos protostations des membres y siégeant, contre tous les 
décrets destructeurs des propriétés et de ses prérogative?. 
En me confiant le seciet de cette importante mission, sa dé- 
licatesse l'obi ig(?a, par ce motif, de retirer la proposition 
(]n'il m'avoit faite d'émigrer avec lui, par la crainte do coro- 
promoitro ma sûreté à la sortie de France, et m'évitcr le 
danger de me faire m'associer au sien. Il suppléa autant qu'il 
étoit en lui à mes regrets, par la remise d^un certiHcat par- 
ticulier de mou assistance à rassemblée de la noblesse, et y 
ajoutant, comme (h^puté, une recommandation très flatteuse 
et qui me fut fort utile pour mon admission à Trêves dans la 
coalition de relie do Champagne. Pour lui, après avoir heu- 
reusement rempli .sa périlleuse commission, il fit la campa- 
gne de ITî^J «latis l'armi^c des Princes avec les officiers de 
son corps. Je lo rotiouvai ensuite à Dusseldorff en 1794, d'où 
il rentra par la Suisse à Vienne, en Dauphiné. Malgrélasup- 



— 361 — 

ession 4qs droits féodaux de la terre de Bourgoin, et qui 
liproàm^oit un grand revenu avant la révolution, il y ré- 
ipéra cependant encore quelques biens non vendus, et y 
joignit sa digne et chère épouse M*i* de la Valette, de la- 
lefie il avoit eu en mariage la terre de Thorigny, près 
08, dont malgré les charités immenses et journalières 
elle y foisoit. les paysans avoient eu l'ingratitude de dé- 
f/r eux-mêmes le très beau château. Cette perte criante 
niivie de la vente de toutes les terres qui en dépondoient, 
xccption d'une partie de bois assez considérable. J'eus 
mheur de lui indiquer les moyens de se la faire restituer, 
ris, où il s*é(oit rendu au retour du Roi, et où je le re- 
rai logé dans une fort mauvaise auberge, lui qui avoit 
édé dans la rue des Francs-Bourgeois, au Marais, un 
nifique hôtel qui avait été vendu pendant son émigration. 
la marquise, pondant le temps de la Terreur, avoit dû la 
ervation de sa vie à la fidélité d^un de ses anciens do- 
tiques, qui avoit pris un petit hôtel garni ot où il ne 
iva d^autre moyen de la soustraire à la mort qu'en Pad- 
tant chez lui, comme servante, jusqu'au moment où elle 
aller se réunir à son mari. 

1. de Maubcc s'est tenu tranquille et retiré à Vienne, en 
iphiné, pendant tout le règne de TUsurpateur, cl n'a 
itlé momentanément ce séjour, que pour revenir en 1811, 
louveler aux pieds de son Roi, l'hommage inaltérable de 
lamour et de sa fidélité. Il n'a demandé aucune faveur et 
n est retourné finir sa carrière en Dauphiné, où il vivoit 
core, il y a très peu de temps, dans un âge fort avancé. 
le Boêcle, comte d'Argcnteuil, lieutenant-général des 
ovinces de Brie et de Champagne, maréchal des camps et 
TDcesdu Roi, ch" de Saint- Louis, s«f»" de Pouy, près Ville- 
eoTe-l'Archevèque. il est mort à Hambourg en 1796. 
U comte de Roêsel^ maréchal des camps et armées du 
loi et lieutenant- cololonel des carabiniers, cli^'' de Saint- 
lOQiSjS'^CD partie de Villeblev in, près Villeneuve-la- Guyard. 
1 a d'abord servi dans l'armée des Princes. Je le rencontrai. 






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— 363 — 

De Juê9y et le eheoalier de Jusêi/ de Belair, frères, lieu- 
lenants de grenadiers royaux. Ils ont d*abord servi tous 
leax ensemble dans l'armée des Princes, puis comme ser- 
gents dans le corps à la solde de rAngIcterrc, levé par M. le 
bue do Mortemart. et ont été avec ce régiment en Portugal, 
Voù le ch" revint en France, avec la pension de 1 2C0 livres, 
lors du licenciement, avant lequel Tainé avoit quitté ce ser- 
■^ee et étoît revenu à Sens 

*' Boueyer (CharleS'Octave), receveur général des grandes 
Jeabelles à Sens. Otage en 171)1 de LL. MM. Louis XVI et 
fde la reine Marie Antoinette. Il a servi dans Tarmée do 
;liL AA. SS M«^ le duc de Bourbon et le duc d'Enghien. 

Le e^ de Trécesson^ s»' de Saint Loup-d'Ordon en Gâti- 
l^is, et le eh*' de Trécesson^ son frère, tous djux, officiers 
k4*infanterie. Je crois qu'ils ont servi ensemble dans Tarmée 
^ des Princes. 

Ûe Cr^c//, ancien officier d'infanterie. 11 avoit servi dans 
^ rtimée des Princes. Il a été guillotiné dès 1793, prcsqu'à 
hfrontiërd (et je crois à Arras) à ^a rentrée en PVance de 
Ktj-serwerth, près DusseldorfT sur le Rhin (\). Excellent et 
BMlhcureux jeune homme qui s'est sncrilié pour son frère, 
Ailgré tuutes nos funestes et prophétiques représentations. 
De Crècy de Champruilon, lieutenant au régiment do l'Isle- 
<fc-France- infanterie. Il a servi dans l'armée dos Princes. 
Use fait maintenantappcler le comte (^2, ; j'ignore s^il a obtenu 



(1) A la date du 22 ruai 1793, l'autour «'^cril dans sos mémuiros : u C'est 

I 'pniprès à cotte même cpixinc que M. «lu Cliampiniluu lo juunu pcraista, 

■ilgré Im repréfleDtation.-f de son TrAro ot lo:) niMru.*^, à runtrcr un Franco 

'piod. Arrêté à quelques liouus du la frontiôn;, il Tut muduit do suite ut 

Mléàune ville voisine, 2i Arras, je orois. n M. du (Irécy do Champ- 

■iloD, ex^oflSnicr do marine, et non d'inTantcriu. Agé do 3) ans, natif de 

Gourion, près Sons, a péri le 2t floréal an II, «mi mi>mc temps «{uu M"* Eli- 

■belh. (Voy. le Cardinal de Lomênit* dt* lirienne, pur J. Perrin, p. \\2.) 

(2) Loui:! XVIIl lui avait donné eu titre, peut-t>i ru par ni«>Ç}irde, on lui 

écrivaot. Suivant les usages du temps, c4?tto adresse fut considérée 

comme un brevet par le destinataire. 



- 364 — 

ce titre de Buonaparte, sous le gouveroement duquel il tU 
rentré en France, ou du roi depuis la Restauration. Dm\ 
l'un ou l'autre cas, je no lui connais pas do majorai. 

Le chccalicr de Palteau de Formanoir^ capitaine au régi*] 
ment do Haynaut infanterie. Il a servi dans l'armée iml 
Princes, et ensuite dans celle de Condé, jusqu'à sa disèc 
tion, et à laquelle il a été blessé. 

M^* ceuoe Lee 1ère, comtesse de Fleurigny^ D" de FJesri* 
gny, près Sens, avec M son Ois (maintenant possesseur 
cliàteau et y demeurant) et M^^* sa Aile, tous deux alors 
âge tendre. (D'Allemagne ils ont été en Angleterre.) D( 
leur rentrée en France, celle-ci a été mariée et est in< 
Ne pouvant sortir do France avec M. le comte de Maal 
par le motif indiqué plus haut, je la priai do m'associera 
sa soriic de France. J'cmigrai avec elle, ses enfanis et JfJ 
c/i«' de Réaulx, son frère, ch*' de Maite, capitaine au 
nient de Colonel-général cavalerie, qui a servi dans l'i 
mée des Princes. 

Depuis sa rentrée en France, elle s'est remariée ai 
M de TiKjnot (demeurant à Cugloy, près Troye»), capit 
d'infanterie, qui s^étoit joint à noire caravane d'émigratic 
et qui a servi dans l'armée des Princes avec son frère 
M. de Tugnoidc Joncrcuil, lieutenant d'infanterie. Après! 
licenciement des armées royalistes, celui ci est passé à 
dres et est entre au service de la marine anglaise II 
ainsi passé dans l'Inde, on il a trouvé à faire un mariage ri^ 
cho et trôs avantageux. 

De la Chapelle, ancien major au régiment Royal-ComI 
infanterie, et ch*^'^ de Saint-Louis. Vid. sup. sa notice, p. it 

ERmangart de Bournoncille, garde du corps du Roi, de 
(!ompa^nie de Luxembourg, servit avec ses camarades dai 
Parniôe des Princes Du moment do notre heureuse et 
tiiito réunion, nous ne nous quittâmes plus, lui et moi, 
nous associâmes nos travaux et nos moycris de subsist 
jusqu'au 10 avril 1800. qu'il partit d'Altona, près Hamboai 
pour lenlrtM' on France. 



— 365 — 

ouvyer ne devait plus le revoir, après ces huit années 
>inmunauté absolue de maux, de travaux et de rha- 
^smangart mourut avant le retour de son ami ) 
c de Saint-Martin, lieutenant au régiment du M*^ de 
e-Infanterie. Il servit, ainsi que moi, dans Tarmée de 
n, mais dans une compagnie d'infanterie, composée 
idc partie d'officiers de son régiment. Il étoit le beau- 
a m** de Villereau, marié à sa sœur, et d^Esmangart, 
avoit épousé la sœur. 

r Bourhonne avoit servi jusqu'à ia Révolution dans la 
marie de ce temps-là, alors en quartier permanent à 
le, et faisoit partie de la maison du Roi. Dans Témi- 
, il servit d'abord dans Tarmôe des Princes et ensuite 
régiment des chasseurs d'York, composé en grande 
l'émigrés de toutas classes, qui fut levé par TAngle- 
ms le Hanovre, et il y resta jusqu'à la dissolution de 
»s. Il étoit frère de M. de Bourbonne, capitaine de 
aussée à Sens, et guillotiné en 1794. 
y, fils do M. Hardy, procureur au bailliage de Sens, 
de de M. César Bourbonne, dans le môme corps de 
nerie deLunéville, servit comme lui dans Tarmée des 
, et ensuite dans le même corps soldé par TAngieterro. 
cier, fils do M. Bourcier, procureur du Roi en la 
e des Eaux et Forêtsdu Bailliage de Sens; Qwivé dans 
rie dont il étoil élève. Il a servi dans Tarmée des 
:, puis dans un des régiments ù la solde de TAngle- 
: levé en Hanovre. 

lier de Grandry Vaim* et Berthier de Grandry le 
on frère ; lils de M. Berthier de Grandry, capitaine de 
aussée à Sens depuis 1791. Je les vis tous deux arri- 
rèves dans l'hiver de 1792, tous deux fort jeunes, 
du collège, et très intéressants. Ils vinrent m*y don- 
nouvelles de ma mère et de ma femme, chez les- 
leur père demeuroit alors, et auxquelles ce brave 
rendit de grands services dans cette époque si dan- 
. Us servirent dans Tarm